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Full text of "Dictionnaire raisonné universel d'histoire naturelle, contenant l'histoire des animaux, des végétaux et des minéraux, et celle des corps célestes, des météores, et des autres principaux phénomenes de la nature; avec l'histoire des trois regnes ... une table concordante des noms latins .."

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Muséum Libnn 

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^.2. ■ 



DICTIONNAIRE 



RAISONNE UNIVERSEL 



D'HISTOIRE NATURELLE. 



■^•! 



TOME SECOND. 

l Ol. 



BA « CAO 






I 



DICTIONNAIRE 

RAIS ON N M UNIVERSEL 

P'PISTOIRE NATURELLE,^ 

CONTENANT 

UHISTOIRE DES ANIMAUX, DES VÉGÉTAU3Ç 
£T DES Minéraux , et celle des Corps célestes i 
des Météores » et des autres principaux Phénomènes 
de la Nature ; 

UHISTOIRE DES TROIS REGNES, et le détail de« 
u$iages de leurs productions dans la Médecine , dans rEconomie 
domestique et champêtre , et dans les Arts et Métiers ; 

fj me Table concordante des Noms Laàns , etc. et k renvoi 
aux ohjets mentionnés dans cet Ouvrage. 



\ Par Mr*i A L M O N T^% o 



M A RE^ 



(voyageur et Démonstrateur d'Histoire Naturelle avoué du Gouvernement ; 
ancien Censeur Royal ; Directeur des Cabinets d'Histoire Naturelle , 
\ de Physique , etc. de S. A. S. Monseigneur le PRINCE DE CONDÉ ; 

Honoraire de la Société Economique de Berne ; Membre des Académies 
Royales des Sciences de Naples , de Médecine de Madrid , Impériale des 
Curieux de la Nature , Impériale et Royale des Sciences de Bruxelles s 
Associé Regnicole des Acaçlémies des Sciences , Belles-Lettres et beaux 
Arts de Rouen et de Dijon ; des Sociétés Royale des Sciences de Montr 
pellier , Littéraires de Caen , d'Orléans , de la RocheUe , etc* y d'Agrî* 
çuluve de Paris ; Membre du Collège de Pharn^acîe. 

^u^TRXEHE Edition , revue et consîdérahl^ient atiptuntit 

par l'Auteur, 

T O M ]E SECOND, 



4 LYON, 

Chez BRUYSET Frère»; 



M. I?çç. ^Çl 






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*. V. 



I 



DICTIONNAIRE 

^.^.41, s.\â I s O N N È 
D'HISTOIRE NATURELLE. 



lB. 



B 



»ABI-ROSA, aux Indes Orientales, eft le 
" hahiroufa. Voyez Barbi-rouSSa. 

BABOUCARD ou Baboucarp. Nom qu'en lan- 
gue Jalofe , on donne au manin-pêcktur du Sénégal , 
de M. Bnffon. Tout ce qui eft bleuâtre dans notre 
martin-pêchtur , eft d'un bleu tirant fur le vert dans 
le baboucard. 

BABOUIN ou Babon. C'eft un nom de làmille 
dans la grande peuplade des finges , & qui déftgne 
trois efpeces groflès , à queue courte , à face alongee , 
à mufeau large & relevé , qui font le pstpion , le 
mandrill , & vouanderou. Voyez ces mots. Au refte ^ 
le nom de babouin a été plus fpécialement dojiné à 
l'efpece particulière du papion. Vonjci. auffi l'article . 
5l»GE. 

BACCHANTE. Foyei à la fuite de l'article HÉROS, 
Terne //, A 



i ' BAC B A D 

BACHE. Nom donné au fruit du iatanîer. VoyftC 
ci mot. 

BACILE. Voyei Passepierre. 

BACKELEYS. Voye^ Bakeleys. 

BACKER , eft le nom d'ime hirondelle de met* ; 
très-connue aujourd'hui en Eiland ou Œlande , partie 
de nfle de Gothland en Suéde , & dans Plile de Su- 
deroop , près de Pelvorm* Lorfque quelqu'un va dans 
l'endroit où Pun de ces oifeaux a fon nid , il vole 
autour de fa tête , & femble vouloir le fuivre & l'at- 
taquer â coups de bec. Son cri eft fort aigu , & il 
répète fans interruption ce monofyllabe ùr-tirr. Voye^ 
Hirondelle de mer, 

B ACOPE îKjuatique , Bacopa aquatka , Alihlet. 
Plante de la famille des Lyfimackies , & qui croît fiir 
le bord des niiffeaiix dans l'Ifle de Cayénne. Les 
Habitans l'appellent herhe aux bruluns , & prétendent 

3ue fon application fur la plaie les guérit en peu 
e temps. Ses tiges font herbacées , fucculentes y 
cylindriques , branchues , noueufes & rampantes ; 
elles pouffent de leurs. noeuds des racines capillaires, 
blanches & rameufes ; les feuilles font oppofées y 
feffiles , amptexicaulès , linéaires , lancéolées , con- 
caves 5 pointues , vertes , gjabres & d'une confiA 
tance tm peu charnue; les fleurs font bleues, pédun- 
culées , îblitaires y & naiffent alternativement dans 
^ les aiffelles des feuilles ; le fruit eft une capfule 
membraneufe y uniloculaire y & remplie de femences 
très-menues. 

BACOVE ou Pacobe. Voye^^ à Vartich BanaNîer. 

BADAMIER , Terminalia, Nom donné à un genre 
de plantes à flevu's incomplètes , de la famille des 
Chalefs , ( Elaeugnus ) & qui comprend des arbres ou 
des arbriffeaux exotiques ^ dont les feuilles viennent 
plufieurs enfembk aux noeuds des branches , difpofées 
en rofettes ou en manière de verticilles ; les fleurs 
naiffent en grappes fim^îes , fituées entre les feuilles j 



B A D f 

tè^ Wits ibnt des noix cymMfbMies» tjës èfpèctés à^ 
ce genre font: : 

i.^ Badamier de Malabaf , Adamafam^ RhèçA 

Jmygdalus ïndica^ NkuK Raj*. Cet arbre ^ qui eft 

très-beau , très-^rand , d*une forme pyramidale , com* 

parable à celle du fapin , croît naturelleinènt dans lel 

endroits fablonneux des forêts du Malabar^ Son bois 

tft blanc 5 tfès-dur ; fon écorce eft liffe ^ grisâtre en 

dehors , rouge en dedans ; ies feuilles font ovoïdes ^ 

élargies vers leur fommet ^ avec une pointe coiiite ^ 

légèrement crénelées ert leurs bords , vertes & liifei 

en deffus , velues & d\in vert jaunâtre en deffous ^ 

& foutenues par des péduncîules courts j, velus & rou-* 

geâtres ; elles font difpofées fix ou fept enfemble j, à 

chaque nœud des raftieaux qu'elles entourent ; leui? 

longueur eft de fix à neuf pouces ^ & leur largeur de 

qiian*e ou cinq» Les fleurs font petites ^ inodores ^ d'un 

vert blanchâtre ; les fruits ont une coque elliptique 

feroufTâtre , qui renferme un noyau oblong, très-dur^' 

lequel contient .une amande blanche dont le gpût ap-* 

proche de celui de l'aveline* Dans les meilleures table» 

de l'Inde on ttiange ces antàndes entes. Oïl en tire païf 

e35)reffion une huile douce & qui ne fe rancit jamais* 

Le fuc de fes feuilles ^ mêlé avec de l'eau de liz , fert 

aiix Indiens pour modérer la côliqiie ^ l'ardeur de k 

bile , & les maux de tête qui ont pour caufe de mau-» 

Vaifes digefiions* 

1.^ Badamier des Moluques ^ Caitùppd ^ Rumph; 
Ses feuilles font glabres des deux côtés , nullement 
crénelées en leurs bords J elles font plus grandes^ plusi 
larges que dans l'efpece précédente ; mais le tronc ^ 
qui eft droit & épais, eft moins élevé , auflî fa.cime 
efr-elle plus belle ^ plus étalée > & fournit plus d'om-» 
brage. Cette efpece ou variété , ôbfervée par M* Sow 
^trat , croît aux Molitques ^ à Java , & dans les autres 
Mes qui en font voifines. Les amandes de fes frujitsi 
fe niangejrtt auifi toutes crues, A Batavia on fait doit 

A a 



H B A D 

plantations régulières de cet arbre , dans les jardins 8c 
les grandes places publiques , pour jouir de fon 
ombrage. 

3,^ Badamier de Bourbon, ou le Faux-Benjoin , 
Terminalia MaurUiana ; Arifioulia , Commerf. ; Pamea 
Guiancnjîs , AubL Suivant M. de Commtrfon ^ c'eA le 
plus grand & le plus gros arbre des Ifles de France 
& de Bourbon. Ses feuilles , qui fe rétréciffent un peu 
vers levu" pétiole , font bien moins larges à proportion 
de leur longueur. Cet arbre croît par-tout dans les 
bois des lieux cités ci-deffus. On préfère le bois de 
cet arbre pour les pirogues, U eft vraifemblablement 
très-réfineux , car M. de Commtrfon lui avoit d'abord^ 
donné le nom de njinaria , comme on le voit dans 
fon heAier. 

!. 4.^ Badamier au benjoin 5 Croton beniot^ Linn. 
Mant 297. Cet arbriffeau , que Pon cultive aâuellef- 
ment au Jardin du Roi , croît dans les Indes Orientales* 
Ses rameaux répandent un fuc laiteux quand on let 
coupe , & l'on préfume aujourd'hui , dit M. deUMarck , 
que c'eft lui qui produit l'efpece de réfine, connue 
ious le nom de benjoin , & non vm laurier , comme 
l'avoit penfé Linnaus d'après Commeiin. Les nerviures 
des feuilles de ce badamier font rouges. 

5.® Badamier au vernis , Arbor vernicis. C'eft 
Varbre au yerms. Voyez ce mot. 

BADA. C'eft' VAbada. Voyez ce mot. 
, BADÉ , fleuronedes rhancus , Brouifonet C'eft 
Varama^a de Marcgr. ; dans l'Ifle d' Anamoka , badé ; 
Se pathi-mattre y dans l'Ifle d'Ulietea. Ce poiffon eft 
du genre du PleuroneSe ; il fe trouve dans la mer Paci- 
fique. Son corps eft comprimé ; les écailles font en 
recouvrement ; il s'en trouve aiiffî fur les deux côtés 
de la , tête ; la ligne latérale eft arquée ; la partie pof- 
térieure de la tête, eft comprimée & aufli large que le 
corps ; il y a un enfoncement entre les yeux ; l'ou- 
verture de la gueule eft ample ; le menton ofire im , 



B A D B^A G } 

tubercule obtus Se oiTeiix; il y a d^s châqifflriâchoiré 
deux' doubles rangs de dents , petites , fixes , déliée^ 
& pointues ; la rangée extérieure eft plus courte & 
plus épaiffe. Les yeux font fur le côté gauche de' kl 
tête ; ils font ovales , très*écartés l'un de l'autre ; 
Tins eft argentée , la prunelle oblongue eft noire. -La 
nageoire dorfale commence au deftlis du mufêau, & 
fe termine près de la nageoire de la ^ueùe ; fts rayons 
font fourchus à leur fommet ; la nageoire' peâorale 
gauche eft échancrée ; l'autre eft ovale , ôrleurs rayons 
iont iîmples , ainiî que ^eux des* abdominales ; U, 
nageoire de l'anus eu longue & écailleufe ; celle de 
la queue eft d'une figure ovale , plus large que longue* 
La furâice gauche de ce poîftbn eft cendrée y avec des 
points noirs &c des taches d'im blanc verdâtre de dif- 
férentes grandeurs ; la ûir&ce droite eft dHm blanc 
verdâtre , moucheté de bnm. 

BADGER. Nom donné par quelques-uns au blaireau. 
Voyez u mot. , ' » 

BADÏAN ou Badiane , Itticium\ Linn. Genre de 
plante à fleurs polypétalées , de la famille des Ancncs ^^ 
& qui comprend des arbres ou des arbrifteaux exoti- 
ques. Voyt^f^ Vaniclt Anis iroiLÉ de la Chine. 

BAGAGE. Nom donné aux cannes à fucre qui ont 
pàfte au moulin , & dont on fe &rt poiu^ brûlei; après 
les avoir féchées aa foleil : on nourrit les beftiaux 
avec celles qui ont été trop btifées fous, le cylindre.; 

Voye:(^ CaNNE A SUCftE. - 

BAGADAL Nom donné à une variété ou race dan9 
Pefpece du pigeon de volière. Voyez ce mot. 

BAGASSÎER ^ ÊagaJJa arbor qud Indi ad extrumdos 
Imtres utuntur^ Barr. Fr. Equin. p. lo. C'eft un très- 
grand arbre de la Guiane ; fon tronc eft droit &. 
s'élève à (juatre-vingts pieds de hauteur , fur quatre à 
cinq de diamètre. Son bois eft blanc &: recouvert 
d'une écorce Me & cendrée ; fes rameaux font nom- 
heux^ s'étendent a\i loin de tous les côtés ^ 6c lui 

A 3 



\ 



ÎJ • / B: A G * 

é>itn^^sine eîme vafte & touffue ; ils font garnis êi 
feiûlles opppfées , pétiolées , amples , à demi divifées 
en trois. Jobes ptointus , âpres au toucher , vertes & 
munies chacune à leur bafe de deux flipule^ lancéolées 
^j caduques. Les fruits ont la forme & la groffeur 
flHme . orange moyenne ; ce. font des baies jaunâtres , 
recouvertes, d'\me peau grçnuei kur chair intérieiure 
isft ferme,- ô( 1-extérieure , qui eft moUe & fuccu- 
lente , enveloppe un grand nombre de femences , qui 
ont la forme dé {5epins bruns & vifqueux. Ces fruits 
fonj d'un très-bon gpûti ks Créoles & les Naturels 
du pays les manant avec plaiiir. 

Le iagaj^r fe trouve dans les forêts de la Guiane» 
Lorfqu^on l'entame il rend un fuc laiteux. Son tronc 
eft employé pour conftruire de grandes pirogues , ôc 
Ton ea peut .tirer des courbes , &c* pour la conftruc* 
tion des navires, 

. Oh feit.dans le pays une différence entre les arbres 
qui croiffent fur les mornes ou petites montagnes > &i 
dans les marécages. On prétend que .le bois du tagaf* 
fitr des.mornés , quoique coriace & plus difficile à 
fe fendre, eft plus léger , & qiiil flotte; celui des 
marécages eft plus pefant ; de forte que la pirogue qui 
en eft conftruite coule à fond lorfqu'elle fe remplit 
d'eau ^ tandis que les autres reviennent fur Teau dans 
la même circonilance, La partie d'Oyapock eu la plus 
abondante en baga£îers. Les Habitans de' ce Canton 
font un commerce de ce bois y avec les Habitans de 
C^yenne, 

BAGLAFECHT. Oifeau d'Abyflînie , qui n'eft 
qu'une variété du toucnam-^ourvi : il n*en diffère que 
par quelques nuances &c diftributions de couleurs ; il 
te rapproche encore du toucMm-^ourvi par la manière 
dont u fufpend fon nid , prefque toujours au-deffus 
d'une eau dormante , à Textrémité d'une petite 
branche , & l'ouverture tournée du côté de TEft i 
mais il lui donne* une. forme différente de celui du 



B A G 7 

iouenam ^ & il le i^uie en fpirale ^ à-peu-près comme 
un nautile. 

BAGNAUDIER , Coltaca. Genre de plante à fleurs 
polypétalées ^ de la famille des Ugumineufes , qui a 
Deaucoup de rapports avec celle des ÀjiragaUs , 6c qiû 
comprend des arbrifleaux, des fous-arbriffeaux & des 
herbes dont les fleurs font papilionacées » les fruits 
véûculeux Ô6 fans doifon , parraitement uniloculaxres ^ 
avec des femences réniformes , attachées aux deux 
bords des futures fupérieures ; les feuilles ailées avec 
impaire. 

Bagnaudier commun ou Faux-Séné , Coluua , 
Dod, Pempt. 784 ; Coluua v^ficaria^ C. B. Pin. 396; 
Cobuta arborefcens j Linn« 1045» Arbrifleau rameux , 
haut de huit à dix pieds , & dont les fleurs font en 
grappes , jaunes & légmnineufes ; on obferve une 
ligne rotigeâtre , courbée , à la bafe de leur étendard. 
l^s feuilles font alternes , ailées , compofées de neuf 
à onze folioles , d'un vert glauque , fur-tout en deflbus ^ 
ovales , un peu échancrées par le bout : à la fleur 
fuccede urife goufle très-renflée , en forme de vefïie 
affez grofle & prefque vide , dans laquelle on trouv« 

filufieurs femences figurées conmie un rein. Cet ar- 
rifleau , qui croît naturellement en Italie , & dans 
les Provinces Meriionales.de la France , fleurit fou- 
vent deux fois par an , en Mai & en Septembre ; il 
eft très-propre a décorer les bofquets du printemps & 
d'autonme. Il convient fort dans les remifes , car. il 
fe multiplie très-facilement. Son écorce efl d'un gris- 
brun. Les feuilles & gouflès de cet arbrifleau font 
au bagnaudUr , ce que les feuilles du féné & les fol- 
licules font à l'égard de la plante du fini : elles font 
également purgatives ; mais il en faudroît une plus 
grande dofe que de celles du fini : on ne s'en fert 
guère en Médecine. Le fruit du bagnaudUr , qui mûrit 
fur la fin d'Août , fert en quelques pays à engraiflet 
le$ btehij^ & à leur fsure *aYok beaucoup de lait : U ç^ 

A4 



s 6 A G 

bon aulC pcmr les volcûlles» Les abeilles en sument k 
fleur. On diflingue une variété à gouffes porpurines^r 

On connoît encore trois autres efpeces auffi à tige 
ligneufe ; la première fe nomme tagnaudier ^ Ethiopie^ 
Colutea JEthyopica , fion purpureo , Toum. C'eft un 
Irès-joli arbufte , mais bien plus petit que le nôtre ; fes 
feuilles font oblongues & fes fleurs purpurines , de 
couleur de feu ou d*un rouge affez vif ^ il mérite 
d'être placé auiH dans les bofquets du printemps 6c 
même dans ceux d'été : on l'eleve de femences fur 
couche & fous des cloches pour en orner les /ardins, 

La deuxième eft le tagnaudier du Levant , Coluua 
Oriintalis , fiorc fanguinei coloris y luud macidâ notato ^ 
Tourn. Cor. 44. Ses fleurs font d'un rouge de fang , 
avec une double tache jaune à la bafe de leur étendard» 

La troifieme efl le bagnauditr tPAUp , Colutea foliis 
€vatis integerrimis , caule fnaicofo , MUl. Il commence 
à fleurir dans les premiers jours de Mai , & continue 
ainfi fans interruption jufqu'à la mi-Oâobre. On cul- 
tive ces trois efpeces au Jardin du Roi. 

Les bagnaudiers à tige herbacée font ^ i .^\ le bagnaU' 
^dicr annuel d'Afrique , Colutea Africana , vejuulis com^ 
prejjis , fioribus atro-rubentibus , Volk* Les fleurs font 
d'un violet-brun. 

2.^ Le bagnaitdier des Alpes , Pkaca Alpina^ linn; 
Les^-fleurs font jaunâtres , avec quelques poils noirâ* 
très & courts fur leur calice. Cette plante croît fur 
les montagnes du Dauphiné , de la Suiflè , de la La- 
jJbnie & de la Sibérie. 

3 .^ Le bagnauditr Auflral , Pkaca Aufiralis , Linn. 
C'eft l'efpece la plus petite de ce genre ; elle croît 
dans les montagnes de la Provence , de l'Italie & de 
la Suifle, Ses fleiurs font d'un blanc-jaunâtre avec une 
teinte de violet à l'extrémité de leur carène.. 

BAGRE 5 Silurus Bagre , Linn. Poiflbn du genre du 
'Silure. Il fe trouve dans le Bréfil , & dans les autres 
gran^ fleuves de l'Amérique Méridionale ; on le fert 



B A G 9 

ht fes tables. Selon Gronovius , ce poîffon n'a pomt 
tfécailles ; fa peau eft lifle & d'une couleur à reflet 
tf or & d'argent , mais d'un bleu fonibre fur le dos. 
Le bagrt a la tête courte ; la mâchoire fupérieure eft 
plus longue que l'inférieure ; les dents très-fines , & 
difpofées comme par groupes fur autant de petits ef- 
paces. La gueule très-ample ; les yeux fitués près les 
angles de cette dernière partie ; quatre barbillons , dont 
deux font comprimés & fitués avant les yeux , & ont 
trois fois la longueur de la tête ; ils font fortifiés à leur 
hafe par im offelet articulé. Les deux autres barbillons 
font courts , déliés , & pendent fous le menton. La 
ligne latérale eft droite , & a des ramifications courtes & 
oppofées , deux à deux , qui fortent en plus grand 
ncinbre près de la queue»; la première nageoire dorfaie 
efl petite , triangulaire , & garnie de huit rayons , dont 
le premier , qui a une longueur égale à celle de tout 
le tronc , eft triangulaire à fa bafe , terminé en forme 
d'aiguille , & hérifie de petites épines fur la furface 
antérievire ; la féconde nageoire du dos eft près de la 
queue , & eft d'une confiftance charnue. Les nageoires 
peûorales offrent douze rayons , un peu rameux , qui 
d^)affent la membrane qui les unit , & dont le premier 
eil roide , aigu & hériffe de petites dents fur fon bord 
intérieur; un filament très-alongé fort de la partie fu- 
périeure de ce premier rayon. La nageoire de l'anus 
contient trente -deux rayons fourchus à leur fommet; 
celle de la queue , profondément divifée en deux lobes, 
dont le fupérieur eft le plus long , contient quinze rayons , 
fans compter ceux des parties latérales qui font plus 
petits que les autres. 

Il y a ime autre efpece de bagre appelée le Matou. 
Voy^i ce mot. 

BAGUENAUDIER. C'eft le Bagnaudier. Foyci 
ce mot. 

BAGUETTE DIVINATOIRE ou Verge d'Aaron. 
Oq donne ces beaux noms à une branche de faule ou 



to BAH 

à un rameau fourchu de coudrier , ou d'aune , ou dfe 
chêne , ou de pommier , dont les Jongleurs ou Empi- 
riques en Métallurgie fe fervent , lui attribuant des 
vertus merveilleufes pour découvrir , en vertu des éma- 
nations p les mines , l'eau fouterraine , une pièce d'or 
ou d'argent cachée. Nous doutons très-fort de l'au- 
thenticité de ce phénomène : depuis long-temps la faine 
Phyficpe a défabufé fur ces ufages fuperffitieux , & nous 
ne craignons pas de dire que l'intérêt mafqué par l'at« 
tuce & la charlatanerie , trouve toujours des reflburces 
afliirées dans l'efprit des gens fimples & crédules. On 
trouve cependant des personnes qui , quoique très-inf- 
tRiites d'ailleurs j donnent encore leur croyance à ces 
tours de main & de paffe-paffe , & qui ont de la peine 
à revenir de ces erreurs. Si on a trouvé effeftivement 
des mines dans l'endroit où l*on avoit vu ou cru voir 
tourner la baguette , c'eft parce que celui dans les mains 
de qui elle tournoit par un mouvement purement mé- 
canique , & qui dépend de la pofition initiale d'un point 
donné par rapport au centre de gravité , ne la niifoit 
jouer qu'à propos , c'eft-à-dire après s'être affuré de la 
nature du terrain. On peut confulter im Traité qui a 
été fait fur cette matière par M. l'Abbé Je Vdmom^ & 
la DifFertation que M. lAmah en a donnée dans le pre* 
mier tome d'un Journal Littéraire qui paroît à BerUn , 
fous le nom H Amiifcmms Phyfiqius. 

B AHEL-SCULLI , Barkna ImgifolU , Linn^J^^rbrifTeau 
épineux , qui aoît naturellement dans les lieux aqua- 
tiques , aux Indes & au Malabar. Ses t^es font fim- 
ples , dures ^ articulées , tétragones , rougeâtres , hériffées 
de poils blancs. Ses feuilles font oppofées , étroites, 
enfiformes , rudes au toucher. De l'aiffelle de chaque 
feuille fortent trois épines roides , rougeâtres : fes fleurs 
font vertîcillées & d'ime couleur pourpre foncé. C'eft 
le gcnijlafpinofa Indica , vtrticiUata ^ fioreyurpurzo-cçtrW' 
ho. On attribue à ïa décoôion de fa racine & à fa feuille 
conSte dans du vinaigre , la vçrtu de provoquer les 



B A J B AI ir 

ittînes 5 fur-tout fi la décoâîon a été faite dans l'huile 
du ficus infemalis. On ajoute que les feuilles du bahd'^ 
fculli , réduites en poudre & prifes dans de l'huile tirée 
par expreflion dxx ficus infemalis , réfolvent les tumeurs 
des parties naturelles. ( Ancienne Encyclopédie, ) 

Ce genre de plante (^Barleria^ eft delà divifion des 
Perfonnées. Il offre encore la Barreliere à feuilles de mo* 
rdle , de l'Amérique Méridionale ; la Barreliere hirijfonne^ 
des bides Orientales , qui eft le Lycium Indicum dç Seba , 
& qui a luie variété défignée ainfi dans Rheed. Mal. co^ 
Utta-vetla. La Barreliere à feuilles de buis ; celle à crête ; 
celle à longues jUurs , dn Malabar & de l'Inde ; celle à 
fimrs ècarlaus , & celle à épis pyramidaux de Saint-Do- 
mingue. 

BAJANG. Fcyei Bessi. 

BAIE , Bacca. On donne ce nom à de petits fruits 
qui, daiîs leur maturité., font motisr, pulpeux , fuc* 
culens , plus ou moins arrondis ou ovales , qui ne 
font point réimis en grappes , mais ifolés , & qid , fous 
une enveloppe charnue , contiennent des pépins ou des 
noyaux non renfermés dans des loges , mais flottans 
dans la chair ou le parenchyme ; ce qui s'obferve dans 
les fruits du folanum : tels font encore ceux du gent^ 
vrier , du laurier & autres. On donne le nom de 
Bacciferes aux plantes qui portent des baies comme la 
hr'wne , le chèvre -'feuille , le fceaurde^Salomon , le lis 
des jardins y la beUe^de-nuit ^ Vafpergc. 

Lorfque de pareils fruits font petits , réunis en 
grappes ou en corymbe , on leiur donne alors le nom 
de grwis. Par exemple , on dit des gnUns de grofeille , 
un gnwzî de raifin , un grain de fureau. On confidere 
fouvent le nombre de femences contenues dans la 
iait ; on dit baie monofperme , quand il n'en a qu'une , 
comoie dans les thymêltes & les fumacs ; ^Jpermc ^ 
quand il y en a deux , conune dans le caffeyer , le 
vimtier ; trifperme , quand il y en a trois , comme 
dans le muguet ; polyfperme , ^pignd il y en a un 



li .BAI B A K 

nombre îïidétennîné , coinme dans le capritt. Voye^ff 

VarticU PLANTE. 

Baie ou Baye , JEJluanum. Nom donné à an petit 
golfe. C'eft un petit bras de mer qui fe jette entre 
deux terres , & qui s'y tenrnne en cul-de*fac , par 
un enfoncement plus grand que celui de Vanfc , & 
plus petit que celui du golfe. Darls une boit les vaif- 
îeaux font ordinairement à Tabri des vents & des 
tempêtes. Tous les Navigateurs connoiiTent la baie de 
Sierra-Leona , & celle de Bénin en Afrique. Foye^ Us 
articks GoLFE & Mer. 

Baie a ondes. On lit dans YEJfaî fur tHiJtoirt 
NaturdU de Saint-Domingue , que ce nom eft donné 
dans cette contrée à un arbre de moyenne grandeur^ 
qui eft fort commun dans les Savannes. U fe plaît 
dans les endroits fablonneux. Sa racine eft fibreufe 
& traçante ; fon tronc noirâtre , droit , trevaffé. Il 
fe divife en plufieurs branches qui fe fubdivifent en 
ramilles fourchues , auxquelles les feuilles font atta- 
chées. Ces feuilles font oblongues de quatre à cinq 
lignes , larges d'ime à deux lignes , difpofees par paires 
juiqu'au nombre de vingt fur une même ramille , 
tmviTfées dans toute leur longueur par un petit filet, 
écartées durant le jour , repliées durant la nuit les 
unes liir les autres. Les fleurs font légumineufes , jau- 
nâtres , inodores ; elles croiffent par bouquets aux 
extrémités des branches. A ces fleurs fuccedent des 
gonfles longues d'un demi-pied , arrondies , & qui 
rentèrment plufieurs petites graines plates , alongéés , 
brunes , luifantes , grofles comme une lentille , envi- 
ronnées d'une pulpe blanchâtre , fans odeur ni faveur. 

BAISONGE ou Badzenge. roye^ tarticU Puce- 
ron. 

BAKELEYS ou Bakkeleyers ou Backeleys. 
Efoece de bœiifs à bojfe ou bifons que l'on voit en 
Afrique chez les Hottentots , où il y en a de cfifFé- 
rentes tailles ^ des giamls , des petits , dès moyens ^ 



\ 



l 



B A K ij 

iie in&ne qu'on en voit aux Indes : les Hottentots 
prennent pour ces animaux les mêmes foins que les 
Arabes pour leurs chevaux ; ils les élèvent avec tant 
de douceur , que ces quadrupèdes courageux devien- 
nent affeôionnés , fenfibles , mtelligens , & qu'ils font 
ar amour ce qu'ils ne font chez nous que par crainte ; 
eur nature s'élève même par la douceur de l'éduca- 
tion & par les attentions affidues , au point qu'ils 
deviennent capables d'aûions prefgue humaines : auffi 
le bœuf eft-u l'objet de la vénération & du culte 
fiiperftitieux des Indiens. 

Les Hottentots en élèvent pour la guerre , dont ils 
fe fervent comme les peuples de l'A fie emploient les 
cléphans ; on choifit toujours les plus fiers & les plus 
généreux. Chaque armée eft fournie d'un bon trou- 
peau de ces bœufe de combat , qui fe laiffent gouver- 
ner {ans peine , & que leurs conduâeurs lâchent à 
propos : ils font auffi dociles à leur voix que le font 
ici nos chiens ; habitués à connoître l'ami & l'en- 
nemi , au moindre fignal , ces animaux belliqueux 
tombent fiu* l'armée ennemie avec fureiu: ; rien ne 
peut les arrêter ; ils frappent des cornes , ils ^ruent , 
ils renverfent , éventrent , foulent aux pieds avec une 
férocité affreufe , tout ce qui fe préfente devant eux; 
3s s'élancent au milieu des rangs , y jettent le défor- 
dre & la confufion fans que rien les effraie , & pré- 
parent ainfi une viftoire facile à leurs maîtres ; mais 
dociles à la voix de leiu: condufteur , ils modèrent 
kur furie , & rentrent dans l'obéiffance à fa volonté. 
Ainfi cet animal joint à l'intrépidité martiale du cheval 
l'affeâion & la fidélité du chien. 

Le génie des anitnaux qui fe flétrit par la <a*aînte,' 
fe développe donc , comme on le voit , lorfqu'on 
ks traite avec douceur , & qu'on les élevé avec art. 

Les Hottentots ont encore de ces bœufs qui font 
inftruits à garder les troupeaux lorfqu'ils font au pâr 
turage\ à les ramener quand ils s'écartent ^ & les défen- « 



i4 B A It 

dre des botes féroces. Dans chaque village 11 y en â 
plufieurs qiii font dreffés à ce maniége; ils connoif- 
lent tous les Habitans du lieu , hommes , femmes , en- 
fans , qui peuvent impunément approcher des trott- 
peaux , & pour lefquels ils ont le même refpeft quHm 
chien a pour tous ceux qui demeurent dans la maifon 
de fon maître ; mais fi quelque étranger , & en parti- 
culier un Européen , s'avifoit d'approcher du troupeau , 
fans être accompagné d'un Hottentot, ils iroient fur 
lui au grand galop , & s'il n'étoit pas à portée d'être 
entendu du Kraal ( Village Hottentot ) , ou qu'il n'eût 
point d'armes à feu , ou qu'il ne trouvât pas d'arbre 
pour s'y fauver en y grimpant , il feroit tué à coups 
de cornes & foulé aux pieds. Cette flireur à la vue 
d\m étranger qu'ils ne connoiffent pas , leur vient de 
ce qu'on les a drefles à courir contre tous ceux qùî 
approchent des troupeaux , afin de fe garantir des( 
bujchis ou voleurs qui font aflez fréquens dans ces 
pays, & qui en veulent aux troupeaux. Toutes les 
habitudes qu'on voit prendre à ces fortes de bœufs à 
boffe , font beaucoup d'honneur au génie & à l'induf- 
trie des Hottentots. Bachelcys , dit Kolbe , en langue 
des Hottentots , fignlfie la guerre^ 

Aux Indes on fe fert auffi de ces bœufs à bojfe ^ 
comme nous nous fervons ici des chevaux pour 
voyager ; il y en a qui font tout blancs ; leur allyre 
ordinaire eft douce , on ne leur met au lieu de mors 
qu'une cordelette paflee eh double par le tendon des 
narines , & on renverfe par-defliis la tête de l'animal 
un gros cordon attaché à ces cordelettes , qui fait l'ef- 
fet d'une bride que l'on afllijettit par la boffe. On les 
couvre de belles bouffes , on leur met quantité de 
fonnettes au: cou , on garnit les bouts des cornes d'é- 
tuis de cuivre ou d'un autre métal. On leur met des 
felles , & il y en a qui courent aufîî vite que de bons 
chevaux. On fe fert de ces bêtes généralement par 
toutes les Indes ^ poiur tirer les cattrolTes ,'les voitures? 



B A K îj 

tôtûtnuiies , les chariots. On attelle ces animaux avec 
un long joug qui eft au bout du timon , & qu'on pofe 
fur le cou de deux bœufs ; le cocher tient à la main 
le coidoiî qui fert de bride pour les conduire. Ces 
bœufs attelés à une voiture peuvent faire des voyages 
de foixante journées, en parcourant depuis douze 
jufqu'à quinze lieues par jour & toujours au trot : 
à la moitié de la journée on leur donne à chacun deux 
ou trois pelottes de la groffeiu* de nos pains d\m fou, 
faites de farine de froment , pétrie avec du beurre & 
dii fucre noir ; le foir on leur donne des pois-chiches 
concafles qu'on a laiffés tremper une demi-heure dans 
Teau. Tavemier avoit deux de ces bœufs attelés à fon ^ 
carrofle. Ils avoient coûté lix cents roupies. 

Il femble que le bœuf eft né d'un naturel propre 
à fupporter toutçs fortes de climats , les plus chauds 
comme les plus froids. On a trouvé , dit M. de Buffon y 
quantité de blfons ou bœufs bojfus dans toute la partie 
Septentrionale de l'Amérique. Ces bïfons qui habitoient 
autrefois les bois des terres du Nord , ont probablement 
paffé d'un Continent à l'autre; ils font devenus , comme 
tous les autres animaux , plus petits dans ce nouveau 
Monde ; & félon qu'ils fe font habitués dans des cli- 
mats plus ou moins froids , ils ont confervé des four- 
tiires plus ou moins chaudes : leur poil eft plus long & 
plus fourni , leur barbe plus longue à la Baie d'Hudfon 
qu'au Mexique; & en général ce poil eft plus doux 
que la laine la plus fine. On ne peut guère fe refufer 
à croire que ces bifons du nouveau Continent ne foient 
de la même efpece que ceux de l'ancien ; ils en ont 
tous les caraâeres principaux , la boffe fur les épaules y 
Içs longs poils fous le mufeau & fur les parties anté- 
rieures du corps ; les jambes & la queue courtes. On 
voit aufïî aâiiellement dans toute l'Amérique des 
homfs fans bojfe , que les Efpagnols & les Européens 
^^ ont fiicceflïvement tranfportes ; ils s'y font très- 
ien miiltipliés , mais ils font devenus plus petits d^ns 



i 



f^ B A K BAL 

ces terres nouvelles. Voyc^ Bison 6» C article AuROCHSj 

BAKKA, Voyei^ à PaiticU Bangue. 

BALANITE , eft le gland de mer devenu foffile. 
Nous en avons trouvé aux environs de Lamoflon , 
près Montpellier , & en Suiffe dans le territoire de 
Bâle. 

BALAOU. Voyt[ à tarûde BÉCASSE (poiffon). 

BALATAS. Arbre qui croît en Amérique & fur- 
tout dans la Guîane : on en diftingue de plufieurs 
efpeces. Il y a i .^ le Balatas blanc ou maou des Nègres, 
dont le tronc s'élève dans les bois de la Guiane , à 
foixanté pieds de hauteur , fur près de quatre pieds 
de diamètre ; il eft affez droit ; fon écorce extérieure 
eft gercée , l'intérieure eft compofée de plufieiurs feuillets 
minces qui fe féparent , & qui , en fe deflechant , de- 
viennent d'une couleur de cannelle. Son bois a affez 
d'aubier blanc; le centre eft rougeâtre ; les branches 
forment une gii^nde cime; les feuilles font alternes , 
entières , ovales , aaiminées ^ glabres , rougeâtres étant 
jeunes , longues de fix pouces , fur deux & demi de 
largeur. Le fruit eft une capfule ligneufe , trigone , 
& comme tronquée ; fes graines font oblongues , apla- 
ties , & bordées d une aile membraneufe. Les Natu- 
rels du pays it fervent de fon écorce , qu'ils coupent 
par larges bandes , dont ils forment une corde en 
manière d'anneau autour des grands arbres , & par le 
moyen de laquelle , en fe plaçant entre le tronc & la 
corde, ils parviennent à grimper jufqu'au fommet. 
Le bois de ce balatas fe fend au foleii; il attire les 
poux de bois qui le pénètrent jufqu'au centre ^ & s'in- 
finuent d'un bout à l'autre du tronc : quand on em- 
ploie le bois du centre pour la charpente ^ fa couleur 
rougeâtre difparoît dans la fuite , & le bois devient 
affez blanc. Cet arbre eft le couratarl de la Guiane. 
an Balabouç & caouroubara des Caraïbes ? 

2.° Le Balatas rouge , appelé à Saint - Domingue 
fapotilkr maron ^ fe trouve fur les mornes dans les 

terrains 



BAL 17 

terrains rocheux & arides : il vient ordînaîrement au 
bord des rivières : il l'emporte fur tous les autres par fa 
beauté , par fa tige droite , aînfi que par fa groffeiir 
& par fa longueur : il a moins d'aubier que le balatas 
liane , par conféquent il ell plus abondant en bois 
proprement dit. Son écorce eu grife - jaunâtre , cre- 
vaffée , gommeufe & filamenteufe , comme dans les 
plantes malvacées. Son bois eft dur, compade, & 
d'un rouge-brun. Sa feuille eft grande , ovale , mou- 
chetée ; fa fleur grande ; fon fruit ovale , pointu & 
gris , ou longuet & jaune ; quelques-uns le trouvent 
d'une faveur douce , agréable & fucrée , d'autres le 
trouvent fade : on en mange au deffert. Ce bàlatas 
eft eftimé à Cayenne le premier des bois poiu: bâtir : 
c'eft un de ceux quji réfiftent le plus à l'air , & lorfqu'il 
eft à couvert , il diure aufti long-temps que le chêne ; 
en un mot , il eft excellent pour toutes fortes d'ou- 
vrages. Il s'éclate quelquefois & fe fenjd au ibleil j 
il perd auftl de fa couleur rouge-brune , mais elle ne 
devient que griiatre. Son écorce eft propre à fah-e des 
cordes. 

3.^ Le B datas a grojje icorcc : il vient auffi haut & 
plus gros que le balatas rouge , mais il eft tortu ÔC 
plein de nœuds. Son bois n'eft bon qu'à de gros ou- 
vrages , étant trop plein de fève , & trop fujet à fe 
retirer ou à faire la gouttière. Maif. Ruji. de Caymnc. 

B ALAUSTIER , Punica balaujlus. Nom que quel- 
ques-uns donnent au grenadier fauvage. En Provence 
en donne auffi ce nom , ou celui de paparoi , à uae 
efpece de grenadier qui donne des fleurs doubles. Le 
calice de ces fleurs eft aplati & large : les pétales 
font quelquefois fi nombreux , que ces fleurs reflem- 
blent à de grandes rofes de couleur foncée. Les 
Apothicaires font ufage de ces fleurs fous le nom 
de halaufies ; mais ils donnent ce nom indifférem- 
ment aux fleurs de toutes fortes de grenadiers, Voye^ 
Grenadier. 

Tome IL ' ^ B 



i^ B A t 

■ BALBUZARD , Aquila marina ^ aquila anatarîal 
Cet oifeau a été nommé auilî aigU de mer , craupe-- 
cherot , OU corbeau pêcheur tn Bourgogne. Tout confi- 
déré , dit M. ^ Buffon , on doit dire que cet oifeau 
n'eft pas un aigle , quoiqu'il reffemble plus aux aigles 
qu'avtx autres oifeaux de proie : il eft bien plus pe- 
tit que l'aigle , il n'en a ni le port , ni la figure , ni 
le Vol ; fes habitudes naturelles font auffi très-diffé- 
rentes , ainfi que fes appétits , ne vivant guère que 
de poifTons qu'il prend dans l'eau , même à quel- 
xjues pieds de profondeur. Ce qui prouve que le poiffoa 
eft en effet fa nourriture la plus ordinaire , . c'eft que 
fa chair en à ime très-forte odeur; il a les jambes 
nues , & ordinairement de couleur bleuâtre ; cependant 
il y en a quelques-ims qui ont les écailles des jambes 
'& des pieds jaunâtres , les ongles noirs , très - grands 
& très-aigus ; les pieds & les doigts fi roides qu'on 
ne peut les fléchit ; le ventre tout blanc , la queue 
large , & la tête groffe & épaiffé ; il diffère donc des 
aigles en ce qu'il a les pieds & le bas des jambes de 
derrière dégarnis de pliunes , & que l'ongle de derrière 
eft le plus court , tandis que dans, les aigles cet ongle 
de derrière eft le plus long de tous ; il diffère encore 
eh ce qu'il a' le bec plus noir que les aigles, & que 
les pieds , les doigts & la peau qui recouvre la bafe 
du Bec , font orcunairement bleus , au lieu que dans 
le$ aigles toutes ces parties font jaunes. C'eft une 
eiteur populaire de croire que cet oifeau nage avec 
ùrî pied y tandis qu'il prend le poifTon avec l'autre. 
\jt hcdhkiard ne peut pas être nommé proprement 
aigle de mefj car il ne fréquente pas de préférence les 
côtes de la mer ; on lé trouve le phts fouvent dans 
' les tèités méditerranées voifines des rivières , des étangs 
& d'autres ëaiix douces ; il eft peut-être plus commun 
en Boiurgogne , qui efi au centre de la France , que 
fur aucune de nos côtes maritimes. Le balbuzard pond 
fouyent quatre ceufs ^ & ^rarement moins de troiS[ % 



BAL i^ 

aii lîeu d'habiter les rothers efcarpés & les hautes 
montagnes comme les aigles ^ il fe tient plus volon- 
tiers perché fur un arbre élevé , dans les terres baffes 
& marécageufes 9 à portée des étangs &c des lacs 
poiâbnneux : on prétend qu'on peut le dreffer pour 
la pêche , comme on dreffe les autres oifeaux pour la 
chafle ; il eft moins fier que V aigle : il a un pied 
onze pouces du bout du bec à celui de la queue ; 
fon envergure eft de cinq pieds, & {es ailes pliées 
dépaffent un peu fa queue. Le balbuzard efl une efpece 
des plus nombreufes des grands oifeaux de proie , & 
elle eft répandue affez - généralement en Europe, du 
Nord au Midi , depuis la Suéde jufqu'en Grèce , & 
même on la retrouve dans des pays plus chauds , 
comme en Egypte , & Jufqu'en Nigritie ; & il paroît 
<jue cet oifeau appartient également au nouveau Con- 
tinent , car on en a reçu plufieurs fois de la Louifîane*» 

BALEINE , Balana. La baleine tient , fans contredit, 
le premier rang entre les animaux de mer de Pordre des 
Cetacées. C'eft le plus grand de tous les animaux connus ^ 
& on peut le regarder comme le roi des mers. 

Perionne n'a donné des détails aui& curieux & auffi 
fatisfeifans fur les différentes efpeces de baleines , que 
M. ATiderfon , dans fon Hijïoire Naturelle d^IJlande & 
du Groenland. On ne s'attachera ici , fuivant le plan 
qu'on s'eft propofé , qu'à jeter un ^ coup d'œil générai 
uir les efpeces de baleirus les plus curieufes , & fui* 
celles dont on retire le plus d'utilité. On ne peut 
rien foire de mieux que de parler , en partie , d'après . 
le curieux Navigateur Anderfon , ainfi que l'ont fait 
tous ceux qui depuis lui , ont traité des baleines. 

Hijïoire des BALEINES en général. 

Ct gerare de feux poiflbn de mer fe diftingue d'une 
maniée très-marquée de tous les vrais poiffons de 
mer. La baleine , notamment celle de Groenland , danà 
Sa forme extérieure & dans le total de fa figure . 

B % 



*o BAL 

préfente Celle d'un monftrueux polflbn , au corps 
enflé , au mufeau arrondi , &c, ; mais à l'intérieur , 
fon organifetion offre presque toute la charpente d'un 
énorme quadrupède , comme emprifonné Se coufu dans 
la peau d'im poiffon : nous expoferons ici les traits 
d'analogie les plus frappans , les mieux connus. 

Le fang des baleines eft chaud: elles refpirent par 
le moyen des poumons ; & c'eft pour cette raiion 
qu'elles ne peuvent refter fous l'eau. Elles s'accou- 
plent comme les animaux terreftres : elles font vivi- 
pares 4 elles ont du lait , & leurs petits tettent. Tous 
les animaux du genre des baleines ont fur la tête une 
ou deux ouvertures par oii ils rejettent , en forme de 
jet , l'eau qu'ils ont avalée. Ces ouvertures fe nom- 
ment év€ncs, 

La Nature a pourvu ces animaux de nageoires d'une 
flniôure & d'une force proportionnées à leur mafTe. 
Les nageoires des vrais poiffons font compofées d'arêtes 
jointes Jes unes aux autres par des membranes fort 
minces j les baleines ont à leur place des os articulés , 
qui , tant par leur flruâure que par l'ufage qu'en fait 
la baleÎTu pour embraffer & emporter fon baleineau , 
reffemblent à des bras ; au moins , ils font figurés 
comme ceux de la main & des doigts de l'homme , 
& font foutenus & mis en mouvement par des muf- 
çles vigoureux. Il eft bon d'obferver ici en paflant y 
que ces os ont été pris quelquefois , par des perfonnes 
peu inftniites , pour des os de mains ^hommes marins ^ 
pu àejîrenes. Dans la charpente des os de la baleine , 
on dlftingue les côtes articulées & conformées de 
même que celles des animaux de la terre. A la vérité ,. 
la fubftance de ces divers os eft plus cellulaire & 
moins compacte que celle des os des quadrupèdes ter- 
iceftres , néanmoins elle eft de la même nature. 
. Tout le genre de ces animaux de mer a , outre ces 
vigoureufes nageoires , une queue lajge & épaiffe , 

taillée comme en deux denû-lunes ^ ôc couchée hori-. 



BAL 21 

iofttalement fur Teaii , qui leur a été donnée pour 
diriger leur com-fe & modérer leur defcente , afin que 
rénorme maffe de leur corps ne fe brisât pas contre 
les rochers , lorfqu'ils viennent à plonger. 

La Nature a conftruit ces maffes organifées ,*de 
manière qii'elles peuvent s'élever à la furface des eaux , 
ou s'abaiffer dans leur profondeiu: à volonté. Du fond 
de leur gueide part un gros inteftin fort épais , fort 
long , & fi large qu'un homme y pafferoit tout entier. 
Cet inteôin eft un grand magafln d'air que ce cétacée 
porte avec lui , & par le moyen duquel il fe rend à 
ion gré plus léger ou plus pefant., fuivant qvi'il l'ouvre 
ou qu'il le comprime , pour augmenter ou pour .dimi- 
nuer la quantité d'air qu'il contient. '^ 

La couche énorme de graiffe qui enveloppe léi 
haleines , allège beaucoup la maffe de leur corps , qui 
auroit été trop pefante pour pouvoir être mife en 
mouvement D'ailleurs .cette enveloppe de graiffe tient 
l'eau à une diftance convenable du fang qui , fans cela , 
pourroit fe refroidir ; ôc elle^fert dimt à conferver la 
chaleur naturelle de l'animal. 

On ne peut rien dire de biçi^ certain fur la grandeur 
des différentes efpeces de baleines.. On en a*Vii qui 
avoient jufqii'à cent trente , & même jufqu'à deux 
cents pieds de long; On. lit dans, l'ancienne Encyclo- 
pédie , à l'article baleine , que l'on trouva en 1620*, 
près de l'Ifle de Corfe ^ une baleine qui avoit cent 




pour tirer du corps de 1 animal le gros 
teftin , dont la capacité étoit fi grande , qu'un homme 
à cheval auroit pu y entrer. L'épine du dos étoit 
compofée de. trente-deux vertèbres. Cette baleine étoit 
femelle ôc pleine ; on tira fon fœtus , qui^avoit trente 
pieds de longueur , & pefoit quinzie cents livres^ 
(Cette longueur & ce poids du fœtus de la baleine , 
,nous paroiiïent exagères. ) Quelque énormes qiift 



11 B À t 

foieiit ces proportions, & fi monflruèux qiie (bit 
réellement cet animal marin , l'amour Six merveilleux 
a fans doute fait dire qu'on avoit vu dans les mers 
de la Chine des baleines qui avoient jufqu'à neuf 
cents foixante pieds de longueur ; auflî les a-t-ort 
comparées à des écueils ou à des Mes flottantes , & 
de là , fans doute , eft née chez les Pêcheurs du Nord , 
ridée de leur kraken ou poijfôn montagne. Voyez 
Kraken. 

Quoi qu'il en foit *de ces relations , on afliire que 
les premières baleims que l'on a pêchées dans le Nord , 
etoient beaucoup plus grandes que celles que l'on y 
pêche préfentement , parce qu'elles étoient plus vieilles*. 
On ignore la durée de la vie de ces animaux ; mais 
îl y a apparence qu'ils vivent très-long-temps. On les 
voit quelquefois dormir fur la furface des eaux , où ils 
font comme immobiles. 

Anderfon décrit jufqu'à quinze efpeces de baleines 
afférentes* On pourroit les cÊvifer en baleines à tuyaux 
& en baleines à narines. Ces dernières efpeces font très^ 
rares. A Pégard de celles qui refpirent par les tuyaux', 
les unes en ont deux , comme la véritable baleine de 
Groenland y & d'autres n'en ont qu'un , comme le 
cachalot. 

Quelques efpeces de baleines n'ont point de dents ^ 
& n'ont que des lames barbues ; telles font celles de 
Groenland & le nord-caper ; d'autres ont des dents. 
De ces dernières , les unes ont vme feule dent comme 
la licorne ; d'autres en ont plufieurs , qui font placées 
tmiquement , ou du moins pour la plus grande partie , 
à la mâchoire d'en bas , comme dans le cachalot , où 
également dans les deux mâchoires > comme dans le 
daup/^n & le marfouin. 

là diyifion la plus frappante à la. vue , de ce geni^e 
^d'aiiimaux de mer , efl: en baleines à dos uni , & en 
baleines à dos raboteux. La véritable baleine de Groën- 
bfîd & le nord-^aper font de la première fous-divifio»; 






BAL ai 

le poîffonr de Juplur &c Vipéc des GroenUndois font de 
la féconde fous-divifion. 

BaUinc de Groenland. 

La baleine de Groenland^ Balœnavulgarls , edentula^ 
dorjo non pinnato , Ray. Cette baleine dont on retire 
tant de profit , & pour laquelle fe font proprement 
toutes les expéditions de la pêche , eft tres-groffe 8ç 
très-maflive. Sa tête feule fait un tiers de ^ maffe ; 
eUe parvient jufqu'à foixante à foixante-dix pieds de 
long ; l'endroit le plus gros de l'animal , & qui efl 
près de la tête , a en circonférence ^ le tiers de la 
longueur totale de l'animaL 

Aux côtés du corps , près de la tête , font deu^ 
grandes nageoires ou larges palmes , de ûx à huit pieds 
de long ; fa queue y qui efl étendue & couchée hori* 
zontalement , a quatre braffes de large. Lorfque cette 
haleine eft couchée fur ^e côté , elle en donne des coups 
terribles , capables de renverfer & de fubmerger la 
plus forte chaloupe. On ne peut voir fans étonne- 
ment avec quelle vîteffe cette xnaffe énorme & pefante 
fend les flots de la mer à l'aide de f^ queue , qui liû 
fert comme d'une efpece de rame. 

Cet animal marin ne fe fert de fes nageoires ou 
bras que pour fe diriger & aller de côté ou tourner 
dans l'eau ; rn^s la temelle en fait auffi ufage lorf- 
qu'elle eft en fuite , pour embrafTer & emporter fon 
baleineau. 

La peau de cette baleine eft im cuir fort dur , de 
couleur noire ^ liffe & fans aucun poil j de l'épaiffeur 
d'un doigt ; il recouvre immédiatement la graifte qui 
a huit , dix .& douze pouces d'épaiffeur , & eft d'un 
beau jaune quand l'animal fe porte bien. ( Il y 3 dès 
taleints dont la graiffe ou lard eft blanchâtre , d'autres 
l'ont rpugeâtre. } La chair qu'on trouve fous la graiffe 
eft rouge , & fenjiblable à celle des animaux terreftrcs,. 
L'QUYçrture de la gueule a quelquefois plus de yinp^t 

' B 4 



Î4 . BAL 

pieds ; lès mâchoires ne font pas années de derîtsr i 
mais garnies des deux côtés de longues & larges lames , 
qui ont la courbure d^une lame de faux , pointues 
comme elle , & d'une fubftance de corne noire , 
flexible , élaÔique , & qui finit pat fe franger aux 
bords en manière de foie de fanglier. Ces lames font 
appelées fanons. On obferve que ces lames , dans la 
mâchoire fupérieure , s*ajuftent obliquement entre les 
lames de la mâchoire inférieure comme dans un four- 
reau , & qu'elles embraffent poiu* ainfi dire la langue 
des deux côtés. Ces lames font garnies du côté de leiu- 
tranchant de plufiéurs appendices ; & ces appendices 
ou franges fervent en partie à l'animal pour empêcher 
fes lèvres & fa langue d'être coupées par les lames , 
& en partie à prendre & à contenir , comme dans im 
filet , les petits poiffons & les vers ou infeftes que ce 
cétacée attire pour fa nourriture , & qu'il écrafe entre 
fes lames. 

La langue de ce faux poiffon n'eft prefque qu'un 
gros morceau de graiffe , dont on peut remplir plufiéurs 
tonneaux; elle eft fi molle que lorfqu'on l'a tirée hors 
de la gueule , on ne peut plus l'y faire rentrer. Les 
yeux ne font pas plus grands que ceux d'un bœuf: 
quelle petiteffe pour un animal auffi volumineux 1 Ils 
font diftans de feize ou vingt pieds l'un de l'autre. Contre 
l'économie animale des poiffons , ces yeux font revêtus 
de paupières & de fourcils , comme ceux dçs animaux 
terreffares : ils font placés fur le derrière de la tête ; 
pofition fans doute la plus avantageufe pour que cet 
animal marin , d'une fi longue étendue , pût voir éga- 
lement en avant comme en arrière , & peipendiculaî- 
rement au deffus de lui ; ce qui femble convenir le 
plus à fes befoîns journaliers. 

Ces cétacées ont un inftînft naturel & convenable 
à leur fureté , qui eft de fe tenir volontiers cachés 
fous les glaces ; mais comme d'un autre côté ils ne 
faurôiçnt vivre long-temps fans r^pirer , ils cherchent 



BAL if 

au delïus d'eux: des endroits oh la lûmîefe f ravcfrfe là 
glace ,& où par conféquent celle-ci eft'la plus mince^ 
Ils font en ces endroits des efforts; & quoique la 
glace ait fouvent deux ou trois pieds d'épaiffeuf , ils 
la rompent avec leur tête pour fefpirer un nouvel airj 
Sans cette reffource , ils (croient dans la néceflîté de 
fortir chaque fois des glaces , & de s*expofer aux: pour- 
fuites de leurs ennemis. C'eft fur la têf e qu*eft ouvert 
le tuyau ou évene , par lequel elle afpire Tair & rejette 
Veau avec une force & un bruit prodigieu3f. 

La baleine a Pouïe extrêmement fine , & reconnoît 
de fort loin le danger qid la menace. Comme ce cétacéé 
multiplie très-peu, la. Nature lui a donné fans doute 
cet avantage iur les vrais poiffons , pour Pavertir à 
temps des pièges contimiels que hiitendept les hommeà 
& certains monftres de mer. On n'apperçoit au dehors 
aacun veftige d'oreilles 4 mais on découvre fous Pépi- 
derme derrière Pœil, une tache noire qui marque Iç 
conduit auditif par lequel le fon pénètre fans doute 
jufqu'au tympan. C'eft pat ce conduit que les Marins 
introduifent leurs crochets jufqu'à environ quatre pieds 
de profondeiu" , QÎi ils rencontrent la coquille qui eft 
un os fervant à Porgane de Pouïe , & qu*Us nomment 
oreille de baleine. 

Ces os font commimément appelés dans les Apo- 
thicaireties , nfâis très-improprement ^ pierres de tiburon 
ou de loup marin , ou pierres de manati ou de lametitin y 
animaux de mer bien différens. Foyé[ Lamentin \ 
Tiburon , Manati & Loup marin , ■ celui qui eft 
amphibie. Ces os d'oreille de baleine n'ont pas la 
moindre reffemblance avec ce qu'on appelle pierre de 
.pciffon : on en fait ufage comme abfdrbans. 

Excrémens , parties génitales & accouplement de 

la Balbine. 

Les excrémens de la baleine n'ont rien de répugnant 
pour Podorat, Leur conteur eft communément d'un 



i$ BAL 

rouge de verimllon. Quelques perfonnes ont tenté d^eit 
faire ufage en teinture , notamment fur la toile : la 
couleur a toujours paru confiante & agréable. 

Le mâle de la baleine a une verge de plus de ûx 

fieds de Ipng , de figure conique ( la bafe du cône eu, 
fpn origine, & a ftpt à huit pouces de diamètre )^ 
renfermée au-dedans du corps , 6ç cachée comme dans 
un fourreau ;' par ce moyen elle efl garantie de tous 
les accidens. extérieurs. Il ne paroiyt point de teAicules 
en dehors : cette verge a des corps caverneux, & ne 
fort de ^intérieur de fon corpç qu'à Pinftant de Taccou- 
piement. La partie naturelle de la femelle eft &ite 
comme dans les quadrupèdes. A la partie antérieure 
du corps ( on dit que c'eft près ck la vulye , ) il 
y a de chaque côte une mainelle, que la mère, 
lorfqu'elle a des petits ^ piewt pouffer en dehors 
pour les faire teter. Ces mamelles ont dix pu douze 
pouces de diamètre , & fept pu huit de longueur 
cans le moment que U baleine allaite. Ce moment 
pajpTé , la baleine retire par contrajâign fes mamelles , 
de manier^ à oe laiffer paroître aucime éminence fur 
fùn ventre, , 

Suivant le rapport unanime des Pêcheiurs Groën-f 
landois , l'accouplement des baleines fe fait de telle 
forte , que les deux arufçaux fe laiffent tomber per- 
pendiçulairement fur leiur queue. Ils s'approchent en 
le tenant fufpendus droits dans l'eau , &: fe ferrent 
l'un contre .l'autre, avec leurs nageoires qui font l'ofr 
fice de bras : il parpît que l'accpuplement ne fe fait 
pas de même dans toutes les efpeces de baleine. Les 
TranfaSions PUhfçphiqu^ Jîarjient d'un accouplement 
oii la femelle :fe jcouçhe fur le dos , replie fa queue^ 
& reçoit le mâle fiir elle , en le ferrant & l'embraf- 
fant avec fes nageoires. 

Chaque efpece de baleine s'accouple en partiailîer,^ 
& ne le mêle jamais avec les. autres. On prétend 
.ftueUaccouplem^tn'a Jiçii .^ue.^tous tes deux ans» Avi 



B A t Vf 

refte , les baldnts fe tiennent toujours eniefld>le , & 
voyagent en grandes troupes, 

Temps de la portée 4^ la Bai^INE. Soin qudlt prend 

de fon petit» 

La mère porte fon foetus pendant environ dix mois : 
elle eft alors plus graffe , prindpalemeiit vers le temps 
où elle ^ doit mettre bas. Le balùneau , lorfqu*il vient 
de naître , a dix pieds & plus de longueur , & eftpour 
le moins de la groffeur d'im taureau. La baleine ne 
porte ordinairement qu'un petit , rarement deux. Lorf^ 
qu'elle veut donner à teter , elle fe jette de côté à la 
furfàce de la mer , & le petit s'attache à la mamellç. 
Son lait eft comme le lait de vache. La baleine h un 
foin particulier de fon petit : elle le tient pour Pallaiter , 
l'emporte par-tout avec elle lorfqu'on la pourfuit , en 
le ferrant étroitement entre fès-btas ou nageoires : elle 
ne le quitte pas même étant bleffée. On a remarqué 
que quand elle plonge au fond de l'eau , où elfe 
pourroit refter pendant plus d'une demi-heure fans re- 
venir prendre l'air , elle remonte plutôt*, malgré k 
danger qui la menace , parce qu'elle fent que fon petit 
ne peut pas reiler fi long-temps fous l'eau fans refpirer. 

Les petits tettent pendant un dîn , ôc les Anglois 
les appellent alors courus^tetes. IJs ftnt extr&ïiement 
gras , & donnent , <lit-on , cinquante tonneaux de 
graifle ; les mères au contraire font alors fort mai- 
gres. Lorfqu'ils^ ont deux ans, on les i\ov^xù.t bétes ^ 
parce qu'ils font comme hébétés après avoir quitté 
la mamelle. Ils ne donnent 'alors* que vingt-huit ton- 
neaux de graiffe : après ce t^ps. on ne fait guère 
leur âge que par la longueur de leurs barbes. 

Nourriture de la-BALElKE. 

On ne peut apprendre fans étonnement qu'une 
bête auffi énorme que la baleine nt fe nourrit que 
de petits animaux marins } ^ que malgré, cela elle 



\ 



28 BAL 

engralfle beaucoup plus que les autres anîmaux. H 
paroît qu'elle fe nourrit , errtre autres , de beaucoup 
.de petits vers qui flottent par pelotons dans la mer , 
ou qui fourmillent par millions fut le fond de plufieurs 
mers , & notamment dans celles diii Nord. Les Pê- 
cheurs HoUandois ont nommé ces vers ou infeâes 
de mer Walfifchaas , c'eft-à-dire , amorce ou nourri^ 
turc de la baleine. Ces vers font conformés en rond 
comme les limaçons , ayant des appendices membrar 
jieux dHme ftruâure admirable , dont ils fe fervent 
pour nager. Les fanons des baleines en font toujours 
garnis ; & ces fanons , dont les plus grands ont de fix., 
)ufqu'à dix & douze pieds de longueiu: , fix pouces 
de largeur moyenne , & environ trois , quatre à 
cinq lignes d'épaiffeur , font autant de grands râteaux 
ou. de filets avec lefquels la baleine va recueillant au 
fond des mers fa patiu-e. Il eft à préfumer qu'en 
ramaffant ainfi fa nourriture , la baleine doit aufli 
.engloutir dans fon large gouffre difFérens poifTons , 
-tels que des harengs y, de^ petites morues^ &c. Mais 
il ne parok pas qu'elle les chaffe ni les recherche, 
à la différence du cachalot qui les dévore par milliers : 
. & le cachalot a de- véritables dents. 

Ce que les Anciens ont dit fur le poiffon con- 

duâeur de la baleine , paroît abfolumejit fabuleux ; 

car les Modernes n'ont rien obfervé de femblable. 

. Peut - être ont - ils pris pour guide de la baleine le 

, baleineau , que la mère fuit toujours jufqu'à ce qu'elle 

P^t fevré. , . . . 

IL n'eft pas rare de voir fur les baleines des plantes 

î. de mer , des coquillages , ou autres animaux tefla- 

cées qui y font attachés. : ce monftre flottant eft 

pour eux une ifle ou ua rocher. Il y a une efpece 

de gland detner qui s'attache fur le corps & jufque 

'dans la graiffe d'une efpece de ^<î/lfiw femblable à la 

haleine du .Groenland ,' qui fe trouve dans les mêmes 

' pargges ,.& qqp Ton nomme le nord-caper. Elle n'^ 



BAL z9t 

diffère qiie p'àr fa petïteffe ; aufS eft-elle plus agile , 
& la pêche en eft-elle plus dangereufe. 

Après avoir vu les baUmcs qui , au lieu de dents , 
ont des barbes ou fanons , on va jeter un coup d*œil 
fur les efpeces||di^ baleines à dents y en commençant 
par celle qui n'en a qu'une ; on la nomme licorne de 
mer, 

Ucorne de mer ou NarkwaU 

* 

La licorne de mer eft le monoceros-plfiis , nahrwal 
lundis , de Ray , Vunicomu marinum de Charleton , 
le touwack des Groënlandois & le narhwal des Danois 
& des Iflandois. La Ucorne de mer eft un grand ani- 
tnal du genre des Cétacées , & qui fe trouve de même 
que la grande baleine dans les mers du Groenland. La 
licorne de mer a trente à quarante pieds & plus de 
longueiu-. Ce cétacée eft remarquable entre tous les 
autres. Sa tête eft armée extérieurement d'une défenfe 
qui eft cannelée en fpirale , comme tordue dans tdUte 
la longueur , & finiffant en pointe ; cette défenfe eft 
longue de fept pieds & davantage* On tend à prouver 
que c'eft ime véritable denj:, & non pas une corne. 
Cette défenfe qui fort de la mâchoire fupérieure ^ 
au deffus de la lèvre ^ & plus communément du côte 
eauche que du côté droit, fe dirige en avant, imite 
l'ivoire ; mais on peut l'en diftinguer , tant parce que 
fes fibres font plus déliées , que parce qu'elfe eft plus 
folide , plus pefante que l'ivoire , èc n'eu pas fi. fujette 
à jaunir : en un mot , le tiffu de la corne ou défenfe 
du narhwal n'offre pas à l'œil la même organifation 
que celle de V ivoire. Voyez ce mot^ 

On a vu des narhwals avec deux défenfes ; ( en 
1684, ^^ Capitaine Dirk Peterfcn apporta à Hambourg 
une tête de narhwal armée de deux longues dents ) , 
& l'on prétend que dans ceux qui , comme il arrivé 
plus communément , n'en portent qu'une , on diftingue 
de l'autre côté l'alvéok de la féconde , qui n'a pa$ 



^o BAL 

pris fon accroîfliement : mais nous certifions n'avoir 
pas toujours reconnu le trou ou alvéole dans les têtes 
de narhwals qui n'avoient qu'une défenfe. 

C'eft cette défenfe offeufe que l'on voit depuis long- 
temps dans les Cabinets des Curieux , fous le nom de 
corne de licorne , & que quelques përfonnes avoient 
regardée autrefois comme la corne d'un animal qua- 
drupède, auquel on prétendoit donner auffi le nom 
de licorne. La licorne quadrupède eft tm être fabuleux. 

Les licornes de mer font vivipares comme la baleine , 
& ont plufieurs des carafteres propres aux baleines^ 
Anderfon vit, en 1736 , un narhwal échouer à l'em- 
bouchure de l'Elbe. Ce cétacée , dit-il , étoit fort gros 
relativement à fa longueur: il n'avoit que deux na- 
geoires ; la tête étoit comme tronquée ; la dent ou 
défenfe fortoit du côté gauche de la mâchoire fupé- 
rieure au defllis de 4a lèvre. Elle étoit contoiu-née en 
ipirgle , & elle avoit cinq pieds quatre pouces de 
longueur. Le côté droit du mufeau étoit fermé & 
couvert par la peau. La queue étoit fort large & 
couchée horizontalement. La peau avoit beaucoup 
d'épaifTeiu- ; elle étoit très-fclançhe & parfemée fur le 
dos d'une grande quantité de taches noires , qui péné- 
troient fort avant dans la fubftance ; la peau du ventre 
étoit très-blanche aufli , mais fans taches , luifante & 
très-douce au toucher. Ce narhwal n'avoit point de 
dents au-dévant de la gueule , dont l'ouverture étoit 
très-petite , car elle n'excédoit pas la largeur de la 
main , & la langue remplifloit toute fa largeur. Les 
bords du mufeau étoient un peu durs & raboteux. Il 
y avoit au-dejfTus de la tête un trou ou tuyau garni 
d'une foupape qui s'ouvroit & qui fe fermoit au gré 
de l'animal , par où il jetoit l'eau en expirant l'air. 
Lès yeux étoient petits , fitiiés ' au bas de la tête , & 
garnis d'une efpece de paupière. Ce narhwal étoit mâle. 
Sa longueiu: étoit de dix pieds & demi , depuis le bout 
du- mitfeau jufqu'à l'extrémité de la queue , qui avoit 



BAL 3» 

trois pîcds deiix pouces & demi de largeur ; chaque 
nageoire n'avoit que deux pieds de longueur. Par cet 
cxpofé on voit que ce narhwal étoit d\tne bien petite 
taille ; car , fi l'on en croit Anderfon , il s'en trouve qui 
ont plus de foixante pieds de longueur. 

Les narhwals mâles & femelles font armés de ces 
vigoureufes défenfes offeufes dont nous venons de parler, 
pour rompre les glaces , lorfque ces animaux veulent 
venir fur la furface des eaux pour refpirer. 

On rencontre fôuvent de ces cétacées dont la dé* 
fenfe eft mutilée , & l'on trouve une grande quantité 
de ces armes fur les Côtes d'Iflande , de Groenland , &c 
du Détroit de Davis. 

Il arrive quelquefois à ces animaux de mer d'en 
donner un coup contre les navires ; ce qui leur occa« 
fionne une fecouffe fenfible. Lorfqu'on radoube enfuite 
les navires , on y trouve un morceau de cette défenfe 
rompu & enfoncé dans le bordage. 

Les Groënlandois & les Danois qui vçnt à la pêche 
de ce grand animal , regardent les licornes comme les 
avant-coureurs des baleines : l'expérience leur ayant 
appris que par-tout où il y a des licornes , il doit y 
avoir des baleines dans les environs ; ce qui peut venir 
de ce qu'elles vivent de la même noumtiure , & que 
par conféquent elles fuivent toujours les mêmes bancs, 
La licorne , faute de dents , ne peut mâcher rien de 
dur ; elle eft obligée de s'en tenir à fucer des inféâes 
de mer. Au refte , le narhwal fe rend redoutable à la 
haleine , qu'il combat & qu'il perce fouvent de ik 
longue défenfe. 

Ces animaux font d'excellens nageurs : leur queue 
leur fert de rame & les feit avancer avec ime vîteffe 
étonnante : on auroit de la peine à en attraper , s'ils nç 
fè joignoient par troupes. Auffi-tôt qu'on les attaque , 
ils fe ferrent de fi près en mettant leurs dents ou 
défenfes les ims fur le dos des autres ^ qu'ils s'em-» 
barraflent . & s'empêchent par -là eux-mêmes de 



%x BAL 

plonger & de s'échapper : auffi en attrape-t-on tôujoursi 
quelqu'un des derniers, 

; Il eft parlé dans VHiJioirc naturelle des Antilles ; 
d'une efpece de licorne qui diffère du narhwal par fa 
corne qui fort du front , & non de la mâchoire fupé- 
rieure ; par les dents qui garniffent fa gueule , & par 
fa nourriture qui diffère de celle du narhwal. Suivant 
les relations , les licornes des grandes Indes , de l'Afrique 
& de l'Amérique , font des efpeces différentes de celles 
du Nord. Il lemble par-là que les mers du Nord ne 
font pas les feules oîi ces cétacées foîent confinés. Peut- 
être auffi que la prétendue licorne des Indes n'eil pas 
ce même animal du Nord. 

On retire de la dent ou défenfe de licorne les mêmes 
principes que de l'ivoire ; auffi peut-on l'employer 
aux mêmes ufages. Voye^^ l'article Ivoire du Narhwal^ 
& le mot Licorne. 

Cachalot ou la petite Baleine. 

é 

Quelques Ecrivains ont regardé le cachalot comme 
le mâle de la haleine , mais M. Anderfon croit que 
ir'eft une baleine d'une efpece particulière , & il a 
jaifon. 

Les cacJialots font de l'efpece dés baleines qui au lieii 
de fanons ont des dents. Il y en a de plufieurs fortes : 
les uns ont la mâchoire inférieure toute garnie d'un 
ou de deux rangs de fortes dents , & n'ont point , ou 
n'ont que très-peu de dents uniquement mâchelieres 
dans celle d'en-haut ; le refte de cette mâchoire fupé- 
rieure eft parfemé de trous ou alvéoles , deftinés appa- 
l-emment à recevoir les dents de la mâchoire inférieiu-e , 
lorfque les deux mâchoires fe rapprochent ; d'autres 
ont de groffes dents , courtes , arrondies & plates par 
le bout , d'autres les ont minces & recourbées en fau- 
cilles : la fubftance de ces dents paroît femblable à celle 
de l'Ivoire : elle en a la dureté. Willughby a décrit un 
cachalot dont 'le palais étoit pefcé de quarante deux 

• ^ alvéoles y 



B A t« )l 

ÛvèAti ; vingt -un de chaque cèté ^ ■^^81$ fe%iel$ 
totiolent autant de denté dont étoit garnie là mâchoire 
inférieure* 

Les Marins diftinguent eiicore deux ef^iees de iù4U:ha^ 
hts^qak fe rèflemblént -pàifaitetnent jjar ta figure du 
corps & par les dents , mais qui différent eii ce que 
les uns font d*un nbit vétdâtre Air te dos , & ont uii 
crâne ou couvercle dur & ofleux parKlefTus le cerveau , 
& que les autres aU contiraire font gris fur le dos , &t 
blancs foUs le ventre , & que leUt cerveau ri*eft fecou-» 
Vert que d'une forte membrane de répaifTeur du doigt t 
on prétend que cette différence ne dépend pas de l'âge 
du poifTon. C'eft dé cette dernière efpece qu*eft le 
cachalot , dont les elTemens ont été e^pofés a la vue 
ài public à l'Hôtel de Soiffons ^ ( aujourd'hui la Nou-« 
velle Halle ) & fur les Boulevarts à Paris : le fpe^cle 
de ce fquelette fert à fe fojrmer une idée de ces monf^» 
trueux animaux^ Le tathatot eft le plus grand cétacée ^ 
après la bakinè de Groenland» 

On ne trouve ^ dans le Détroit de Davis & aux 
environs de Spitzbetg , qu^une èfpece de caàhalou C^efl 
celle qui a les dents courtes , groffes èc aplaties ; la 
tête fort grofTe ; deux nageoires épaiffes , longues aux 
côtés ^ & une forte de petite nageoire fur le dos ; la 
queue large de douze à quinze pieds ^ bifurquée & 
horizontale* 

Le cachaiot que l'on pf end fur les Qttti de la Nou^i 
vette Angleterre & aux Bermudes ^ eil différent de celui 
de Groenland } fes dents font plus gf ofTes & plus larges ^ 
elles reflemblent aux dents de la roue d^engtainage d'un 
moulin ^ & font de la grofleur du poignet. 

C'eft prefque toujours vers le Cap du Nord & (vàt 
les Côtes de Finmarchie ^ qu'habitent aulfi ces efpecei 
lie bakÎTiiSé Un Capitaine de vaifleau afTure aVoir vu 
arriver un jour du côté de Groenland , une grande 
troupe de pareils animaux , à la tête de laquelle il y 
en avoit un de plus de cent pied^ (du Rhin) d|| 
Tom$ Ilê C 



54 B A t 

Jongueùry i|i^ paroiflbit être le toi , & mit ,^ l'^pfeâ du 
vaiueau ^ aVoit fait un bruit û terrible en ^foufflant 
Peau , que ce bruit avoit été comme celui des cloches ^ 
& û, fort 9 que le vaiilèau, en avoit tremblé pendant 
ouelque temps ; qu'à ce ûgnal toute la troupe s'étoit 
àauvee» avec précipitation. 

Ces cipeces de taleines font plus agiles que la vrait 
baieine de Crçëniand , & plus fauvages ; aum font-elles 
fort difficiles à attr^er , parce qu'il n'y a qu'un endroit 
ou deux auprès de la nageoire où puifTe prendre faci- 
lement le harpon ; d'ailleurs leur graifle eft tendineufe 
& ne rend pas beaucoup d'huile. Le cachalot a fur le 
mufle une ouverture , ou évent , qvii lui fert à 
rejeter l'eaiu 

On trouve dans le preinter volume des Mémoires 
fur ^diffirmt^s parties des Sciences & des Arts , par 
M. Gmttard , la defcription ^'im ^ cachalot jeté à la 
côte près Saint-Pô , au mois de Mars 1 76 1 . Cette 
defcription qui eft faite par M. Serard , Médecin de 
Calais , & par M. Blondeau , alors Profeflèur d'Hy- 
drographie de la même ville , eâ curieufe & infhxiâive : 
on y lit que l'animal doit être beaucoup plus léger 
que fa mafle énorme ne femble le comporter , ôf qiji'U 
doit fe mouvoir facilement dans le nulieu où il vit. 
.Comme le fang de cet animal , mort depuis plufieurs 
joiu-s , eft encore très-liquide , très-vermeil & très- 
jmifcible à l'eau , & qu\ine petite partie de ce fang 
peut teindre une grande quantité d'eau , on a la facilite 
de fuivre cet animal très4oin à la pifte de fon.feng 
^dans l'eau de la mer , lorfqu'il a été blefle.. . - . 

L'efpece de cachalot des Remiudes eft d'autant pluj 
remarquable ^ qu'indépendamment de fon lard , ;elle 
fournit deux précieux médicamens, le blanc de b^lci^e ^ 
,& ^ félon M. Anderfon , V ambre gris. Ofi lit dans le^ 
Tranfaciions Philofpphiques , qup l'on trouve VofUhrp 
ms dans les entrailles de cet animal , & qu'on peut 
[e regarder comme ime concrétion de parties huikvifc^ 



BAL 35 

& bottantes au milieu d'une liqueur couleur d'orange 

foncée , qui a la même odeur & encore plus forte 

que les boules d'ambre qui y nagent librement. On 

prétend que ces boules d'ambre ne fe trouvent que 

dans les cachalots vieux & bien formés , & , comme 

Ton croit communément , dans les feuls mâles ; mais 

on ne fauroit décider quelle eft leur matière & d'oii 

elles fe forment. Ce qu'on avoit.pris dans les boules 

d'ambre pour des becs d'oifeaux uniquement , ne 

font communément que des becs de jechcs , dont 

ces baleines ïont leur principale nourriture. On dit 

cependant qu'on a trouvé aulfi dans l'eftomac d'un 

de ces monures , des arêtes. & des carçaffes à moitié 

digérées de poiffons de fept pieds &. davantage de: 

longueur. 

n réfulte de ces obfervations qu'il refte. beaucoup 
d'incertitude fur la nature de V ambre gris. Voyez ce mot. 

Blanc de Baleine^ furnômmé improprement jj^enwe oit 
nature de BaUine\ ou ambre blanc. 

• 

La tête du cachalot eft énorme à proportion de fon 
corps , mais elle eft certainement bien proportionnée 
fuivant l'intention du Créateur > qui lui a donné cette 
tèt<è immenfe pour pouvoir contenir dans fa vafte capa- 
cité la quantité fuffifante de ce précieux cerveatu, non- 
feulement pour les befoins de l'animal 'même ^ niais 
encore pour fervir de réceptacle à un médicament utile 
au genre humain , & fur-tout nécefTaire djans un cliniât 
tel que celui du Nord , oii les maux de poitrine 
font très-fréquens. C'eft ce cerveau préparé qui donne 
le blanc de baleine {à)* ' . 

( a ) 11 eft tris-probable , dît M, Halter- , que te cachaioi a le, cenreau 
fait comme les poiffon». 1^ ont gënéraleii^ent l? dure->-mere attachée au 
crâne , ôc très* éloignée de la pie-mere 8c du cerveuu. Linteryalte eft 
rempli d'un tiflRi .cdhilaîre extrêmem^rtf tendu, ôi fout' rcînpli d'huile. 
Dans^ l'Anatoftife fiiperficielle des Matelots , cette huile aura été prife 
pour le' cervea«,-qm n^occupe que la patrie inférieure du crâne, M. Hilt 
aflttre ^qué leiMc d€ htUmt h'eft ^«îe l'huile ordinaire de baleine raffinée» 



/ 



iS fl A t 

Lorfqu^pn a enlevé Tépaiffe metnbmftê qttî recotl* 
Vre le cerveau du cachalot qui n^a point de crâne ^ 

* On trouve une coudie de graiffe épaiffe de quatre 
doigts} au*-deflbus une membrane très- nerveufe, qui 
fert de crâne , & plus bas xme autre cloifon , affez 
femblable à la première , & (îui s'étend dans toute la 
tète depuis le mufeau jufcju^a la nuque. La première 

^ chambre qui éft entre ces deux membranes , renferme 
le cerveau le plus précieux & dont on prépare le 
meilleur èlanc dé baleine. Cette chambre du cerveau 
eft divifée en plufieurs cellules , formées par une 
forte de réfeau , reflemblant en quelque façon à un 
gros crêpe ; 6c elle fournit c(ans le cachalot jufqu'à 
lopt i huit tonneaux d'huile claire 6c blanche : au-' 
deffous de cette première chambre , il y en a un^ 
autre qui fe trouve au-deffus du palais , & qui , félon 
la grandeur de l^Miimal ^ a depuis quatre juiqu'à fept 

Îneds & d^ de hauteur , 6ç eft également remplie de 
a matière du hlanc de haleine , qu on nomme matière 
fpermatique â caufe de l^ifage qu^on en .fait fous le 
nom impropre de Jperme de baleine ^ ( Sperma cetî. ) 
Il y eft éntùméj renfermé comnie le miel dans de 
petites cellules , dont les parois reiTemblent à la pelli-' 
cule irttétieure d'un (»\rf. A tïiefure que Von eekve le 
blan^ de baleine de cette chambre ou cavité , elle fe 
tempïît 4« nouveau d^ fp^rme qui y eft conduit de 
tout le corps par un gfos vaifeau^ & Von en tire 
jfouVe^t de c^tte façon Jufqu'à onze petits tonneaux* 
Le VmfTeau dont on vî^nt de parler ^ a la grofTeur 
de la çvà& d'un hoiiime ; il s'étend le long de 
l'épine du dos jufqu'à la queu^ ^ oii ia groffeur 
iî'eft |ilus qite d'un doigt. Ainfi l*on voit que ce 
prétendu Jperme qui vient remplir la cavité d^oîi on 

en la falfani cuira à <!iffér<întes U^tiCea ave« beaucoup d^cân. Deâ 
Chirurgiens , t^itioinsi de la préparation du hlM€ de halmtU^ nous ont 
eepen/iâAt-aâuré qu*on Ce fer voit des fufafiaiïces médtfUaire^ du çertetUj 
-du cetvelet ^ de la moelle dpiniere ; à la yéritd pn j Joi^oit é^ 
iliuile qui dtoit coatanue dans le tiâ^u cellulaire* 



BAL 37 

a âré le hlane de baUim ^ n'eâ autre chbfe que fa 
moëtte de Pépine. ^ 

Loifque l'on dépecé le corps du cmhalot pour en 
trancher le lard , on évite avec grand foin de coupeç 
le canal de la moelle épiniere , de peur que le blanc 
de balûnc ne s'en écoule & ne fe perde* 

A Bayonne & à Saint- Jeanrde-Luz on prépare bcai!- 
coup de blJtc de baleine ; on fait . fondre la cervelle 
du cachalot fur un petit feu , on la met enfuite dans 
de$ moules f^mblables à ceux oîi l'on jette le fiicre ; 
zfxhsi. qii'elle efl: refroidie & égouttée de io^ huile , 
on la retire & on la refond jufqu'à ce qii*elle io\% 
bien purifiée & très4)lanche ; on la coupe enfuite en 
écailles telle qu'on la voit d«ms le commerce. . 

X.e plus beau blanc de baleine eft en écailles blan- 
ches, claires, tranfparentes, d'une odeur fauvagine r 
on reconnoît facilement s^il efl falfifié avec de la cire , 
à fon odeur , à fon blanc mat & à 6>n peu d'épaifleur. 
On conferve cette drogué dans des vaiffeaux de verre 
bien fermés , parce que le contaâ de 1 W la rend 
jaune & lui donne une odeUr rance* 

Le blanc d4 baleifc efi ^ dk'-on , un, des meilleurs 
remèdes pour la poitrine ; il en adoucit les âcretés , en 
déterge & confolide les ulc^es : appHqué extérieiue*- 
ment , il eâ adouciilant , émolUent , comblidanL Cette 
dernière propriétié n'eft pas équivoque , car, fuivant 
la rémarque de M. , Jïf//er , iputes aes Wles & tous 
les baumes embarraflênt les^^^^ges <^ poumon, &: 
laiflènt une difficulté ' de rej^irer très - lenfible ; par 
conféqueht It -blanc de ba&he hç peut être que très- 
nuifibfe à la poitrine. On l'emploie auflï, & peut-être 
avec plus d^efficacité , comme ip -ccifinétique dans le 
fard & dans ïès pommades^ , ppur adoucir la peau & 
pcizr embellir le teint. .,.' ~ 



i J, i 



^l 



» « » 



î« B A L . 

Pèche des BALEINES. Avantages qû^ on en' retire. 

De toutes les pêches qui fe font clans l'Océan & 
, dans les autres mers, la plift difficile & la plus péril- 
leufô eft fans contredit celle de la' battmei Lés Baïques 
fçnt les premiers qui l'aient entreprife, vers le XV* 
fiecle , malgré Pâpreté des mers du Nord ^ & les mon- 
tagnes de glaces au travers defquelles il falloit paffet : 
( cair un inftinft falutaire fait appréhender à . la haleine 
les bas-fonds j fa grolïeur l'empêche d^approchef des 
côtes,, te la retient dans^ les abymes 'T[)refqué inaccef- 
fibles de la nier du Pôle , vers le Spitzberg, le Groën^ 
bndj'ôc le Détroit de' Davis. ) Ils ont lés premiers 
enhardi *âux différens détails de cette' pêche les autres 
Peuples Maritimes de l'Europe. Les HoUàndois , tou- 
jours habiles' à profiter des découvertes des autres 
Peuples , . & attentifs à faiïïr tes différentes manières 
de s'enrichir , fe foht fofttés'à^ cette pêche , qui eft 
devenue un des ' ôbjete lejT plus impomns ^ ^^ 
commerce ; ils^ y ont éiripïoyé , dit-on , jùfqii'â trois 
ou quatre cents bâtiment /tntiùis de. harpons ^ dérlances, 
d'une grande quantité de^..€c^rde5% & deiix' 6û trois 
mille Matelots , ( fàfis èomptèr neuf à dix^miîle per- 
sonnes que. cette pêche pccupe encore après le retour 
des navires) ,* ce qui leur produit deslothnies très- 
confidér^les , car ilîT' Whiffent feuls, ôû îrrefque 
ieuk ; toute rEurOpe^'''#A«z}& & de fayôn'de bàUine. 

^L'atinée 1667 eft' ;âtée ,dans les annales de la 
pêche de^ la B'a/eine; coittuije îa plus riÀ^ & là: plus 
abondante ." loi vaifleaùx*de différentes Nations , dont 
les HoUandôis en avôïerità éuix feuls 129^ prirent 1968 
haUinei ^àont on tita' 37^4450^ florins/ Cette pêche 
n'a pas"^ ièté- depuis aiiffl cônfidérablé ;rhl^iinioîns les 
HoUandoîs e^^ortent affez régulièrement par dnnée , tant 
en fanons qu'en huile, pour im million de florins ; par-là^ 
ainfi que par les pêches du hareng & de la morue , (Voyez 
ces mets y) ils^pnt , depuis plus d'un fiede , ajouté de& 



B A t 39 

finnmes îmmeÀfes à leurs- rkkefiles ^' ad/Ir-^^bien qu'à 
la force de leur Etat cbûûdé^é comme PuifTance 
Maritime. : ;. . j 

C'eft dans le Détirotf.de .t>àyîs que Id vraie iaUinc 
fe trouve en abondance ^ dans les mois, de Féyrier &C 
de Mars ; après ce temps les balùms fe perdent peu-à-. 
peu fur ces côtes ^ en prenaait la ixHite de rOueft. vers 
celles dé l'Amérique; Elles ne font plus; £ abondantes 
préfentement ; car voilà près d'un fiecleSc; demiiqu'elle^ 
y font attaquées par les HoUandois & par 1^ autres Na« 
tions. On trouve dans le; Détroit de Davis v vers Wfle 
Difco , des baUints de dbixante «^ dix pieds : de* longer 
Elles font plus difficiles à harponner , parce qu'elles^ 
plongent , & reviennent alternativement fur l'eau. Cette 
pêdie Ji'eft point fi périllelife que celle qui fe fait liir 
les Côtes de Groenland, oii- les navires courent de- 
grands dangers j à caufe des glaces qui viennent s'y» 
attacher^ les arrêtent ibns qu'ils puiffent s'en débar- 
jfaiTer , &. les font périr i»m reffaurce'y ainfi que 
l'éprouvent tous les ans queimies HôUandôis ( tf ). 
. ' Oit avitaillé pour petif mois les vaifieaux qui par- 
tent pour, la pêche .dé hibalei/» : .ils" vont pôutfmvroi 
ks bakittcs jufque fur les Côtes de l'j^ixierique ^ &L 
continuent la pèche jitfqu'à Jai.fin du moi^dlÂoût. 

Quelques. Pêchairs rd)Utés d^ dangers , font venu& 
faire la pêche de la; ^^oe.vers l'Ifle. de Finlande ^ . 
dans l'endroit nommé Sarde. .Les , baleines ^^y {pjnt plusi 
petites que celles du Groenland. La pêche de la baleint 
for lès Côtes de Spitzberg , étoit déjà xonfidérable 
vers la fin du feiziemé fîecie. ' . . 

Voici en. peu de mots la manière donè:£i| &it la 
pêche de ce monftrueux cétacée. . > . 

•T 
(et) Les hardi» Navigateurs » qur T-Ofit nous, dierclm^e Thuile au. 
jDHiea des glaces , y vont plu^eurs ejpfemble ; & , p^<9u^ chaque. 
année • il y périt quelque» bfU^mtns éalfiinUrs tedés . daôs les glacés ;> 
nais les Matelots des autres, qui- n'y foqt pas encore «enfermés , vont 
chetchef.leùrf camaradt» ûir û«- glaces , & c*eft p« qui les enhardit» 
à aller & loia« , v. ' 

C 4 



40 BAC 

LotiqiiW bâtiment e& arrivi dans les parages oS 
doit fe Êiiie le paifage & la pêche des baleines j ua 
Matelot placé au haut du mât de hune , en vedette ^ 
avertit aufli-tôt qu'il voit une haleine. Il crie , en langue 
bafque , iaHa J ialiaj L'équipage fe jette auffi*»tôt dans 
les chaloupes qui étoient lufpendues aux côtés du bâ«-» 
timent , & qu'on a mifes à l'eau , & on fait force de 
famés pour atteindre la baleine appeicue. Le plus hardi 
& le plus vigoureux Pêcheur , arme d'im harpon , fe 
place lur l'avant de la chaloupe ; dès qu'il eâ à portée 
de la baleine ^ il lance avec adrefle le harpon iur les 
endroits les plus feniibles de l'animal y tels que le 
deiTous de l'ouïe , la plus grande partie du dos. 6c les 
parties de la génération , quelquefois la tête. Le Har^ 
ponneur court de grands rufques ; car la baleine ^ après 
avoir été bleifée y ^agite , iàit de grands mouvemens , 
donne de fiirieux coups àe quene & de nageoires qui 
battent l^au , la font fauter & jaillir en brouillards ^ 
tuent ibuv^t le Harponneur àc les Rameurs ^ briiènt Qsn 
renvérfent la chaloupe ^ tf ), 

Lorfqvie le harpon à bien pris ^ on fe hâte de Ski la. 
corde à laquelle il tient , 6cla chaloupe fuit à la; vne« 
Lorique la baleine , qui au coup 'de harpon a ptis la 
fiiite & plongé dans la mer , revient for l'eau peu» 

ffpirer , on tâche d'^jiphever de la tuer en la perçant 
coups d& lance , mais en évitant toujours, avec grand 
ibin ia queue & fes nageoires , qui donnenit des coups 

( tf ) Le. hiorpçft eft nji iQftnunent de fer légèrement tremj^é » dt twî^ 
pieds de longueur , avec un manche et. bois de (ix pieds de long , plu^ 
gros en haut qu*en bas, Qc crcut jufqU'à ta moitié pouf y faire entre? 
» fer. La pôiniie da haqton eft triangulaire • & a la forme d'une flecbe* 
Le poids du fer étant en bas , de qitelnue manière que le hargon. Çp\% 
lancé , il tombe toujours fur' ta pointa. A ce fer , près dû manâtr; eÀ 
attachée la harpoin^ qui eft une corde de (îx à fept bralTes de longueur 
fur un pouce drépaifreùr } elle' doit être faite du chanvre le plus do\ix 
& le plus fin , Se Oins être goudronnée ; on la r^ule » afin qU*eIle ne 
retienne pas le hatfon lorfqU*ori le liKce. Cette corde «ft liée 4 une 
mitre , placée à l'autre bout du futrpoA , pbur fuivre ranimai dans (m 
fuite. Cette dernière eft bien goudronnée ,-4iite d*UA chaArre rt^ei ^ 
beaucoup plus groiTe ^ plu< Igrte ^ue U h^r^wu i . . 



BAL 4^ 

inoTtel^; Ce moment eft le plus dangereux. Toujours 
elle rejette Peau avec fureur & un bruit épouvantable ; 
fouvent elle feit rejaillir fon fang en fi grande qua»- 
tité, qu'elle en couvre les chaloupes & les Pêcheiurs, 
& que la mer en paroît teinte dans im grand efpace^ 
Le bâtiment toujours à la voile , fuit de près , afin 
d'être à portée de remorquer la baleine harponnée» 
Lorl'qu'eile eft morte , ou que l'animal épuifé n'a 
plus de force , ce qui fe reconnoît à la corde qui 
parcît lâche , ôc au foible bruit de l'eau que la baleine 
rejette alors par fes nafeaiix , on la remorque , on 
lui coupe la queue , ,&: on l'attache aux côtés du 
bâtiment avec des chaînes de fer : la tête eu vers la 
poupe j & Tendroit oii l'on a coupé la queue , vers la 
proue. Auffi^tôt les Charpentiers ie mettent defllis la 
baleine y vêtus d'habits de cuir , avec des bottes ar-» 
mées 4e crampons ide fer aux iemelles , aainte de g^iâbc 
fur la peau. D^ cet état ^ ils edevent le lard de la 
halwu fu£>endue dans l'eau ^ & on le pçrte à l'inftan^ 
^ans le bltiçiçnt où on le fait fondre. 

Lès Hollandôis craignant les dangers du &u dans kflf 
vaîffeaux , tranfportent les barriques de .^raiiTe dans 
kur pays pour ki faire fondre , en (nioî ils fe mon."; 
trent moins hardis que les Çafques. La hardieiTe de 
ces denitm eâ xé^^^ p» Iç çi^fk qu'ils font, 
qui eft commuoément txiple oe c4v^. des Hollandôis^ 

Comme le» FiraAçbîs ^ les B^^ies ifibnt fondre 1^ 
graiflè ou le laird des k^^k^. à fl^çfiire qti'oo l'enieye ^ 
ks huiles, françoijfes toni auifi meiUf lures^ & QipM^ 
puantes que celles ^fiiQl préparent les Hollandpis. 

Une baleine moyenni^ prçxkiit' environ sxpoc^ ^m^ 
pefaut d'huUe. EJk dpnne \m plus grand nombre dc^ 
barriques d'huile , à raifon de fa graoideur & de fo% 
embonpoint. £n général y la cquc^ de lard dc^t une 
bonne baleine eu totalement recouverte^ a dix oi^ 
douze pouces d'épaifiSeur* Les eouteaus; .dont QSh ^ 
fert dans cette apà:«ïtPA. «tf .jufqit!à cinq, pie^s de 



4i BAL 

longueur : on fe tient loin àe la graîffe , on la croîl 
capable de caufer une contraftion de nerfs, & de ren- 
dre perclus les bras & les mains. 

Lorfqu'on a tourné & retourné la baleine pour en 
enlever la graiffe , on retire les barhes ou fanons qui 
font attachés dans la gueule , & que nous avons dit 
lui fervir de dents, 

La côte entière & ofFeufe appartient non-feulement 
au propriétaire du vaiffeau , mais encore à tous les 
întérefles dans Péntreprife. L'Equipage a la moitié dii 
produit de Phuilé , & le Capitaine , le Pilote , le 
Charpentier, ont. encore par-deffus les autres une 
gratincation fur le produit des -iarbes ou fanons. 

L'huile & les fanons font les grands produits que 
Ton retire de là baleine. L'hùik fert a brûler à la 
lampe , à faire le favon du Nord , à la préparation 
des laines des Drapiers , aux Çorroyeurs pour adoucir 
les cuirs , aux Peintres pour' délayer certaines cou* 
leurs , aux Marins pour graiffer le brai qui f^t à 
enduire & ipalmer les vaifléaux , a\ix Archite£les & 
aux Sculpteurs* pour faire une efpece de maftit- avec 
3e la cérufe &: de la chaux , lequel durci , fait xm€ 
croûte fur ,1a pierre^ & la gfflrahtit des impreffîons^ 
de l'air & des4n)urés (du teitips. ,.z ::\ 

' On diftinguë" à Paris deux fortes ^hàte dé baleine. 
Celle qu'on nomme ^e grande baie on àt ptché fran^ 
çoife y ell la mèillètïre, par k ràîfon qlie' l'on a dite 
â-deffus, A l'égard des lames , appelées /i/^ar?;^ ak ^^- 
kine^ Se que le vdgaire nomme iniprôprement cous 
de baleine , leltt ufage s'étend; a iHie infinité de chofes 
utiles : on s'éhTért d'ans les Arts, & en particulier 
dans l'ajùftemerit^^ dés, feftirtie^ , à faire tout ce qui 
exige à la fois de là force & de la-foupleffe , du reifort 
fans roideur,^ & de la flexibilité fans 'molleir42i ; en un 
mai y on en fait des -bufques -de corps, des branches- 
et parafol , & mille autres ouvrages. 

La chair des-&*?€fw eft difficiie 4 digérer^ mais 



^ . B A L 4j 

cependant proprç aux eflomacs robuftes des Habitans 
des contrées au'elles fréquentent. 

La néceffite a appris aux lilandois & aux Pêèheurs 
des Ifles de Féroë , le moyen de s'emparer de Pef^ 
pece de baUinc qu'on nomme le nord-coftr^ quoiqu'ils 
foient dépourvus dé chaloupes, de bâtimens & des 
uftenfiles néceflaîres à cette pêche. Lcrfqu'ils apper- 
çoivent le nord-cape^ donner la \ chaffe aux harengs ^ 
& les poufler adroitement fur les côtés pour en attra- 
per un plus grand nombre à la fois , ils fè jettent à 
rinflant dans kurs. canons ; ils pQurfuiyent la baleine 
par-derrière à force de rames i & fi le vent foufl^e/ur 
la côte, ils verfent dans la itfèr quantité de fang^ 
dont ils ont fait bonne provifîon. La baleine qui veut 
regagner la haute mer , s'effraie lorfqu'elle voit ce 
feng; & plutôt que de nager à' travers, elle retourne 
en fuyant vers la côte , où elle échoue , * & aloi^ ils 
s'en emparent aifémeht. V ^ / 

Emiemis des Baleines. 

( • • • • 

Les baleines ont, indépendamment de l'homme J 
^îufièurs ennemis très-dangereux^ dont quelqlies-uns 
font eux-mêmes dé véritables baleinés , mais d'efpèce 
différente ; telle eft la licorne de mer ou le narhwaU 
Voyez au comrhehcemmt de cet ariicU LiCORNE DE 
Mer. "Tel eil Yourquè'oxx èpaulard dont nous pàiierons 
d-après. " ; :" . , ' ' \r/[ . ; ^ T- ' 

Les baleines , malgré leur force 8î' la groffeur pro- 
digieufe de leur tnaffe , tremblent à l'a^eô di^ Vé^éè 
de mer de Groenland, & de lay?/e de mer; elles s'a- 
ffltent en fautant 'd'une façon extraordinaire ^ & fe 
lauvent avec précipitation du côté oppofé. P^oye{ farr 
iicle Scie de Mer, & d-aprèf^VEE de Mer de 
Groenland. - " - * */ 

Là baleine a im autre ennenu qui la tourmente beau- 
coup , quoiqu'il foît en apparence infiniment moins 
redout^le que TOitx dont ncâis venons de parler j 



BAL 

ç'eft un ver teftacée , qui, lorfqu'il.eft étendu, peitt 
avoir fix à fept pouces de long , & qu'on nommç 
poy, de baleine. Cet animal eft armé d'une coauille à 
nombre de pans , dont les deux extrémités forment 
une ouverture par oîi il paffe fes bras , avec de longs 
poils qui lui fervent à piquer la balàne & â fe nourrir 
de fa graiffe. Cet animal fe loge fous les nageoires , 
dans les oreilles & vers le membre génital Lprfqu'il 
eft étendu , il a tout l'air d'un polype de meu Voyez 
Poy DE Baleine, . 

EpU de mer de Groenland. 

VÊpée du Groenland eft une petite efpece de ha-^ 
Uine de la longueur de dix à douze pieds', d'une 
agilité étonnante. Ses deux mâchoires font armées de 
petites dents pointues : fa queue eft horizontale ; & 
elle rejette , comme là baleine ^ p^ un évent , Vesw 
cu'elle avale. Elle porte ftir le bas du dos une efpece 
a'épée ou de fabre , d'oîi lui eft venu fon nom. Cette 
efpece de fabre i trdi^ où quati^e pieds de haut ^ Se 
reifemble plutôt à un pieu pointu qu'à un fabre. De 
plus , il eft revêtu de la même peau que l'animal , Sc 
pafoît être hors d'éiat de bleffer la baleine,. On penfë 
qu'il fert à cet anixp^I pour s'arrêter dans fa courfe j^ 
ou pour en modérer quelquefois la trop grande raw-^ 
dite. Ce pieu eft-il une eibece de nageoire ? M^ Srî^n 
déligne ainfi cette efpece Ciépie de mer: Dclphinus pinnd 
in dorfo uni gladii rccury} amuM ^ den^jfius aeuiU , rofiro 
fua£ tpmcaeo^ ^ 

Ç'eft par le\ir gue^l^ que ces animaux font à crain- 
dre ^ ils marchiçjint e» troupe ^ ôç attaquent tous enfçcabîe! 
la baleine : ils lui arrachent avec leurs dents , chacune 
de Umx côté , quelcjiiçs morceaux du corps , jiifc^'à 
ce qu'étant harcelée & fatiguée , elle quvre la gueule^ 
& en fait ii?rtir, fa Içngiie. A Vm&^t ils s'élancent 
fitr cette langue, qyi. eu prejfque ia ^<^e partie déla^ 
ïialcim propre^ à leur nouirinure ^ & s'étsnt prefcj^ft 



BAL 4j 

fetïoâmts tlans ïâ gueiile , ilsTarrachent toute entières 
ce qui feit que les Marins trouvent quelquefois des 
haUints mortes . qui Ont pef du la langue. Vipéc de 
mer el^ le kafatki des Kamtfchadales ! il eft aufli très- 
commun dans leurs mers* Les Pêcheurs de ces Infu- 
laires le redoutent tellement , que loin de l'attaquer , 
ik ^évitent , & lui font mêfUe des offres pour qu'il 
ne leur faffe pas de mal : tout cela ne l'empêche pas 
de renverfer leurs barques* Les Pêcheurs de baleines^ 
fur les Côtes de la Nouvelle Angleterre ^ l'appellent 
VUUurs , i^^Sf^JP^\ A l'égard de VipU de mer dite 
efpadon ^l^iSon feid de fon genre , f^aye{EsPADON« 

Marjbttin ^ félon quelquesi^-uns ^ U Sxmffloir vulgaire. 

Le Matjhuln ou cochon de mer^ ùiiporc de mer, c'efl 
le turfio des Latins y le phocana des Grecs. Le nom de 
marjouin eft dérivé , fuivant Belon , de deux mots du 
]>as-Allemand ; meer , mer , &cfchwein , pourceau ; de 
forte que marfouin veut &xt pourceau de mer^ & cette 
dénommation. eft aifez jufte. Le marfouin , par la ftruc- 
ture de fon mufeau, & par fa conformation intérieure, 
ayant beaucoup de rapports avec le cochon. 

Le marfouin eft le plus petit dei animaux cétacées ^ 
& eft regardé par M. Anderfon comme une très-petite 
efpece de baUine, Sa longueur ordin^re eft de cinq à 
fix pieds ; mais , quoique moins long que le dauphin , 
il a le corps plus fourni à proportion , & plus épais ; 
il a , comme lui , un trou ou évent fur la tête , par 
lequel il rejette ' l'eau. Sur le dos s'élève une nageoire 
échancrée en demi-lune vers la queue , laquelle eft 
taillée en faucille & horizontale , de même que les 
flageoires. La gueule eft garnie , tant en haut qu^en 
bas ^ de petites dents fort pointues ^ efpacées & dif- 
pôfees de manière qu'elles s'engrènent réciproque- 
tnent les unes dans les autres. Le tnarfouin n'a point 
d*oreilles externes , & l'œil peut à peine reconnoître 
l|s conduits auditils \ \%% dç^ûc trous de$ narines font 



4^ BAL 

furmoiités chacun par un poil ou une ifoîe rude y 
longue d'un demi-pouce , & qui fe trouve même dans 
le fœtus de cet animal. Sa langue efl frangée par les 
bords , courte & attachée au fond de la bouche. Les 
parties de la génération font apparentes dans les deux 
fexes. La femelle ne produit qu'un ou deux petits. 

Le marfouin n'a pas la gaieté pétulante du dauphin ; 
il paroît morne & lourd ; il a beaucoup de reffem- 
blance avec Tourque pour la forme du corps , mais 
il eft plus petit. Au relie , l'efpece du marfouin 
renferme quelques variétés ; car on en voit de cou- 
leur bnme , & d'autres tout à fait blancs. Il paroît 
que les marfoums blancs habitent les fleuves de pré- 
férence à la mer ; qu'ils font moins nombreux , plus 
folitaires que les bruns ; qu'ils ont auffi la chair moins 
bonne. Quelques-uns nomment pourjilk , Tefpece 
bnme , & moim de mer , Tefpecé qui èft blanche & 
qui a comme une forte de coqueluçhon. Cette efpece 
eft très-nombreufe & univerfellement répandue. On la 
trouve dans toutes les mers , & même dans quelques- 
uns des grands fleuves de la Chine & de l'Amérique. 
Ces petits cétacées vont par troupes , quelquefois de 
plufieurs milliers , & en telle quantité que la mer en 
eft couverte dans gin efpace de plufîeiu'S lieues. Us 
fuivent les navires , & quand ils s'en approchent de 
fort près, c'eft, au dire. des Mariniers, un préfage de 
tempête prochaine. 

Le marfouin entre & monte affez haut dans les 
grandes rivières avec le flux ; on l'y voit s'y jouer , 
eh pirouettant & s'élançant à liii-corps hors dé l'eau ; 
fouvent il fait entendre un flfilèmenl pareil à celui que 
rend un bœuf par une refpiratiôn ^profonde ; & c'eft' , 
à ce qu'on prétend encore , le préfage d'un temps 
orageux. 

La nourriture des marfouins co'nfiftè en fàrdînes ,* 
maquereaux , & fur-foitt en harengs, La pêche de ces 
petits cétacées fe fait de différentes manières i la plus 



•• •• * t^ « » 



BAL 47 

uiltée çft de les harponnter avec le bargoik , mû ^ un, 
gros javelot monté d'un fort, bâton, auquel eu attaché 
une corde que le Pêcheur laiffe filer à mefure que le 
marfouin bleffé s'éloigne. On a obfervé que les autres 
marfquins viennent s'abreuver du fang qm fort en 
grande abondance de la blefTure de celui qiù ed harr 
penné , & que fi par hafard le harpon ie détache , 
ou que le marfouin retombe lorfqu'on le tire de l'eau , 
les autres ne le quittent point qu'ils ne l'aient mangé. 
Lorfqu'on les jette fiu: le tillac après I4 pêche , ils 
pouffent une forte de gémiffement femblable à celui 
d'un cochon qu'on vient d'égorger. Le fang des moT'^ 
foidns efl aum chaud que celui des animaux terreilres:; 
Les Pêcheurs du Mont-Farville en Normandie fe fer- 
vent pour la pêche des marfouins , de rets ou filets 
de gros fil , avec des mailles dé neuf pouces en carré : 
lorlque les Pêcheurs» apperçoivent de haute mer à la 
côte des marfoiân^ dans les petites anfes que forment 
les ppintes des rochers , ils approchent , ferment une 
efpece d'enceinte au moyen du filet ; alors les mar- 
fouins reftent à (^c , au reflux de la mer , & échouent 
les uns fur les autres ; on les prend facilement , on les 
affomme : on en voit quelquefois franchir le filet eu 
s'élançant , quand U y a encore affez d'eau pour qu'ils 
puiffeçt nager. Au Canada , dans le temps de la baffer 
marée , on fiche dans la vafe ou dans le fable des 
piquets garnis par, le haut de verdure : on attache à 
ces piquets des filets en forme d'entonnoirs , & lorfque, 
la marée monte ^ les marjbuins qui pouriliivent les; 
harengs que la verdure attire, paffent par l'entonnoir, 
fans pouvoir retourner à la haute mer ; , ils reftent à 
fec lors du reflux parfait , & on les affomme à coups 
de bâton. 

On dit (ce qui payqît très-fingulier) que tous les 

ans, dans le mois de Juin j le marfouin devient aveugle^ 

par l'effet d'une petite membranç ou efpece de taie qui 

iè forme, fur fes ye\ix. Les Iflandois ne manquent pas 



jfi BAL 

<le profiter de cette faifon , & ils cil cîiaffeiit qùeU 
quefois jufqu'à trois cents à la fois vers les côtes ^ 
où ils les prennent fecilement. Us mangent les jeunes 
marjbuins , & retirent un peu d^huile des autres. En 
général la chair des marfouins eft peu délicate & de 
difficile digeftion ; il n'y a guère que le foie & la 
tête qui en foient mangeables ; &l la plus grande utilité 
qu'on retire de la pêche des marjbmns , confifte dans 
leiu" lard , qu'on fait fondre pour en tirer de l'huile ^ 

Îii fert à orùler , &c qu'on emploie auili dans les 
anneries , les Savonneries > &c* On prétend que la peau 
du marfouin , apprêtée , donne un cuir léger , fouple 
&c impénétrable aux coups de feu. 

Epaulard ou Ourque (Orca). 

Rondelet donne ce nom à une efpece de baUine , qui 
efl le buti^opf d'Anderfon. On le nomme dorg;ua ert 
Languedoc ; c'efl le delphinus pinnâ in dorjb unâ ^ 
dentibus cbtujk de M. BrifTon ; le delphinus roftrofur^ 
Jum repando , detidbus lotis ferratis d'Artedi. C'eft urt 
cétacée de moyenne grandeur ; il n^a guère que quinze 
à feize pieds de longueur , & reflTemble en tout li fort 
au marfouin , tant à l'intérieur qu'à l'extérieur , qu'on 
ne pourroit le regarder que comme une efpece de très-* 
grand marfouin , ou comme la première entre cellef 
des petits cétacées , marfouins & dauphins* Vourqué 
a , comme tous ces animaux: marins , im conduit poui» 
afpirer l'air & rejeter l'eau : c'efl un ennemi qui fe 
tend redoutable , même aux plus grandes baleines , pat 
fa "férocité , fk force & fon agilité dans l'attaque , ÔC 
par les dents larges , tranchantes & pointues , dont fa 
gueule efl armée ; il mord U baleiru & la fait mugir 
& fiiir fur les côtes , ce qui efl très-favorable aux 
Pêcheurs : aufS empêchent-ils autant qu'ils peuvent ^ 
qu'on ne blefle 6c qu'on ne tii^e les épaulards, 

- - DaupJdfti 



BAL 49 

Dauphin. 

Le Dauphin, eft mis au rang des baleines. Son nom 
eft formé dans la plupart des langues du Grec «TgA^/y ; 
c'eft la baUzna minor , utrâque maxillâ dent^td , dorfo 
pinnato , delphinus vulgb diSa , d'Anderfon. C'eft un 
animal marin dont la figure a peu de rapport à celle 
qui entre dans le. Blafon , & à la forme fous laquelle 
les Sculpteiurs & les Peintres repréfentent cet animal. 
Le dauphin eft un cétacée moins grand que Vourque , 
& plus grand que le marfouin ; tous trois forment le 
groupe des petits cétacées , qui j poiu" toutes les di- 
minuons , font infiniment au-defl(ous des baleines & 
des cachalots. Le dauphin a communément dix pieds 
de longueiu" & deux d'épaiffeur à l'endroit le plus gros 
du corps ; fa queue eft à-peu-près de la même largeur. 
( Celui qu'on a vu à Paris en 1773 , avoit un peu plus 
de dix pieds de longueur , il étoit gros comme un bœuf, 
& du fexe mâle : on le montroit au public fous le 
nom de puiu baleine. ) Il a deux nageoires ou palmes 
latérales , longues d'environ feize pouces , & larges 
de dix ; & luie autre d'un pied & demi de hauteur , 
élevée en manière de gouvernail fur le milieu du dos. 
La forme du corps eu ronde , oblongue , renflée à la 
partie antérieure , & fe terminant en pointe ; fa peau 
eft dvire & très4iffe , noire fur le dos & blanche fous 
le ventre. Le mufeau eft cylindrique , très-alohgé en 
manière de bec , d'où vient le furnom de bec d'oie , 
que l'on a donné au dauphin : ce long bec ou mufeau 
eft profondément fendu , & les deux mâchoires font 
garnies , fur plus d'un pied de longueur , de petites 
dents pointues , rangées en peigne , & dont l'atteinte 
paffe pour être venimeufe. Sur la tête paroît Tévent 
ou l'ouverture de la trachée par laquelle il afpire l'air 
& rejette l'eau. Les yeux font affez grands , & beau- 
coup plus à proportion du corps ^ que dano les plus 
grands cétacées. 

Tome //» . D 



50 BAL 

Béton dît qiie le fquelette du dauphin reflemble à 
celui de Phomme ; il faut en excepter les Jambes , il 
n*en a pas. On y diftingue vingt-quatre greffes ver- 
tèbres , dont les premières font percées & contiennent 
la moelle épiniere ; mais celles qui defcendent depuis 
Tamis jufqu'à l'extrémité de la queue , font autant de 
petites rouelles rondes, attachées les-lmes aux autres 
& non percées, La queue eil uniquement compofée 
d'ime matière nerveule , fans autres offemens ; mais 
les bras & avant-bras , quoique courts , ont les mêmes 
offemens que dans l'homme. Le dauphin a aufli vingt- 
tjuatre côtes , un fternum , des omoplates , des clavicu- 
ïes ; l'efpece de main eft compofée aufS de cinq doigts 
à articulation ; le pouce a deux os , le doigt d'après 
en a trois , le maître doigt en a quatre , celui d'après 
en a trois, le petit doigt n'en a qu'un. On lui. trouve 
auili les os du poignet in carpo , au dedans de la main* 
JE/r. Poijf. foL 46 & 46. 

Le dauphin paroît être le plus vif, le plus léger & 
le plus intelligent des cétacées : il nage , s'élance dans 
l'eau & pourfuit fa proie avec tant de vîteffe , qu'on 
l'a nommé làfiechc de mer : il devance les navires à 
la voile ; il eu , dit Pline , plus vîte qu'un oifeau , 
plus Tapide qu'un trait : Ocyor volucre , ocyor telo ; 
& fuivant la remarque du même Naturalille , aucun 
poiffon ne pourroit échapper à fa pourfuitè , ni éviter 
de devenir fa proie , fi l'ouverture de fa bouche n'étoit 
coupée de manière qu'il eft obligé de fe renverfer fur 
le flanc pour faifîr , ce qiii laiffe au poiffon yn inftant 
pour échapper. Cependant les nageoires du dauphin 
font affez petites , & la rapidité de fes mouvemens 
tient plus a l'élancement & à la force mufailairé de 
fon corps qu'à l'impulfion de fes rames. Il lui arrive 
quelquefois , ' en pourluivant avec cette impétuofité 
les poiffons fiu- les bords de la mer,de fe mettre à fec,ainfi 
que lorfqu'il eft , dit-on , tourmenté par de certains petits 
infedes qui le mpleftçnt d'une m,aniere înfuppoitoplç» 



/ 

Bal yr 

La génération & l'accouplement de ces efpecfcs de 

cétacées font les mêmes que dans la talein^ ; k 

femelle ne porte ordinairement qu'un fœtus , & .rare-* 

nv?nt deux ; fon terme eft à fix mois ; elle allite foa 

petit , & le porte tent qu'il ne peut nager ; tout fon 

accroifferaent eflr à! dix ans. On croit que la durée d^ 

leur vie eft de vingt-cinq à trente ans. On les. voit; 

ordinairement nager par troupes , ou feulement deux 

à deux. On en voit dans prefque toutes les tfierij^j^ 

les Grecs difent qu'ils font des migrations ^, qu'ils yônX 

de la Méditerranée vers l'Hellefpont , qu'ils jeftenj^ 

quelque temps au fond du Pont-Euxin , & qu'ils re?» 

viennent enfiiite d'oîi ils font partis. Lorfqif'on. le^ 

voit s'agiter , s'élancer , bondir à la furface de ï'çau ^ 

& pour ainfi dire fe jouer fur ta mer, en tempscalnie ^ 

on en tire l'augure d'une tempête. On dit qu'ils fe 

battent par troupes contre Ats tonius &(, les âltifpfcs. 

Ces bonites , ainfi que les albicof es ( ou thons ) pour* 

fuivent les poijfons volans pour s'en nourrir, f^oyc^ 

Bonite & Poisson volat^t, ' ; . 

Malgré ce qu'on a dit dii caraâere focîàl de ces 
animaux , de rafFeftion que les dauphins \ Oï;iï^ ^oyxé^ 
les hommes , & leur goût prétendu pour la'mufîqiie ^ 
s'ils fuivent les vaiffeaux , s'ils en approchent cle^.trçs- 
«*àn ^'^rfque les Mariniers les fij(Hent , (»»-^^ -»-1"*a* — 

mandife d'attraper ce qu'ôa leur 

pour l'homme ; aufïi les attrap( 
morceau de viande mis au bout d'un hameçoù ; 4'awir^* 
fois on les pêche en les harponnant, çomm^lçs ^i^res 
cétacées. Néanmoins, dans les'niérsdè Grefj ils con? 
fervent une cfp'ece de franchife, fpnd.ée .apjp^emiJien^ 
fiir la tradition des hîiftoires quÇ contôit l'ar^enhe 
Crece , du fervice qu'ils avoiéiit rendu' à , ptu^^irs 
Grecs, &c; , en ïes iauvarif du naufrage : & ^^&^ dit 
que jamais aucun des Pêcheurs Turcs , Grecs ^Êfclay pas, 
& Albanois , ne fait de mal à un daiiptdii, . CoQ^iiltçj; 
^ihPoiJf. paf 7, nrjQ. 

P » 



52 B A L 

\ Le dauphin peut vivre plus long-temps dans Paît 
fens eau , que fens air dans î*eau , oîi il ferait fiifFoqué , 
s'il he pouvoit venir de temps en temps refpirer à la 
furface. Gefncr en a vu un qui vécut trois jours hors 
àe Peau. On raconte que lorfqu'ils font pris , ils ré- 
î^ndent des larmes & font entendre quelques fons 
(laintifs.. On prétend auffi que , flottant & donnant â 
îk liirface de la mer , on les entend ronfler. 

Le dauphin a , comme tous les cétacées , un lard ou 
èrî^^raiffe qui lui récouvre tout lé corps , d'où vient 
^le (Jtielqiiés-uns Pont appelé porc de mer , nom qui 
néannipins appartient au marfouin. On retire de la 
graiflif DU lard du dauphin une hiule qui n'eft bonne 
^l'àiltrrûler. Sa chair eft noirâtre , a une odeur & wn 
goût; défagiréables ; elle eft difficile à digérer. 

'_. . . ;•: . Autns ejpeces de BALEINES. 

•"Lés mers du Nord ne font pas les feules où Poli 
frouve des baleines ; on en voit auflî dans la mer des 
îndes\ au Cap de Bonne-Efpérance. Ces animaux ont 
en général la même conformation , à Pexception ^ 
peut-être , de quelques petites différences. L'hiftoire 
qu'cmx a dôxmée des baleines convient donc auili à 
celleS%. ■ " 

On lie peut apprendre fans étonnement quelle eft la 
force^^oc radrefîe de Phomme fauvage , privé de tous 
iés» féèblifs que Pihdùôrie de Phomme dvilifé a 
îtîîagiïiés y & jouifTant de toutes les forces de la 
Naâïé: : - - 

iLorfqùé les Sauvages de P Amérique apperçoivent 
une' baleïm^ ^ ils^fe jettent à la nage , vont droit à elle 
& ôtif P^ii^efle de fé jeter fur fon cou , en évitant fes 
nagetJire^ & fa èlrôîiè: , 

"" ;LôJrjfbué;la baleine a lancé fon premier jet jd'èau , le 
Sauvage, prévient lé fécond , en mettant un tampon 
lié ' fois" qtiSf renfonce à c de maffue dàhs un des 

^veHts'^'ou Mç'âwx**"àé U baleine; celle-ci plonge 






BAL ,. 55 

tuffi*tôt , & entraîne avec elle le Saùva^ qtiî la tient 
fortement embraffée , au moyen de. crochets qii-ip a 
promptement feit entrer dans fa peau. La baldnt , cjiiî 
a beloin de refpirer , remonte fur Peau , & donne le 
temps au Sauvage de lui enfoncer un fécond- tanipon 
dans Pautre nafeau , ce qui l'oblige à replonger dans 
le fond de la mer , où elle eft étouttée faute de pouvoir 
faire évacuation de fes eaux pour refpirén 

Dans les mers qui baignent les liïes de i^eroe , on 
voit plufieurs efpeces de ces haldh&s , que les Pêcheurs 
de ce pays , qui ne font pas auffi hardis que ' les 
Sauvages , n'ofent attaquer. La plus d'arigereufe dâ 
toutes eft celle qu'ils appellent trold^wal , qui culbute 
fouvent leurs barques , ou qui les fouleve eà paflknt 
par-defTous , & les foutient fur fon dos , comme fur 
un rocher. Les Pêcheurs ont cependant trotivé ùrt 
fecret de les éloigner, en cachant du ckjlêrtum entre 
des planches fur le devaiit de leur barque ; l'odeui* 
défagréable qui s'en exhale , & qui fe fait îentîr Sqs 
baleines , dont l'odorat eft très - délicat , les fait ftiir 
auffi^tôt. Les Kamtfchadales n'ont pas d'autrS manières 
de prendre les baleines , qu'eh les perçant de traits? 
empoifonnés. On a remarqué d^epuis quelques années j 
que ces cétacées fréquentent volontiers les mers de 
Kamtfchatka ; on y en voit de très-grands qiiir appro- 
chent quelquefois des bords du rivage , & élèvent leur 
dos au-deffus des eaux , afin que les grollâs & les 
moïunes puiffent enlever les coquillages qui s'attachent 
à leur corps & les incommodent beaucoup. ^ 

B A L I , Coluber plicatilis , Linn. Ce lerpent à' au 
moins un pied de longueur. Sa tête eft ovale , lifle , à 
peine anguleufe ; les yeux très-petits , les ouvertures des 
narines très -peu fenfibles , 8c fituées au fornihet du 
mufeau; les dents peu confidérables ; le tronc épais, 
livide en deffus , marqué fur les côtés d'une bander 
longitudinale , formée par des écailles bnmes , excepté^ 
k leur fommet où elles £>nt blanchâtres ;, l'd^dometif 

B3 



U B A îi 

eu aiTez' blanc i maïs, fur chacun de fes eàtés, ttt itfK^ 
rangée dé petites écailles jaunâtres ; les grandes plaques 
€]ui couvrent Tabdomen font au nombre de ii8 ; la 
<queue eft très-courte & garme de 46 paires de petites 
plaques , ayant chacune une tache brune afTez grande ; 
on diiftingue aufli quelques points bruns fur l'abdomen 
& fur les premières grandes plaques. Ce ferpent eft 
du troifieme genre. 

.BALICASSE. C'eft le choucas des Philippines \ de 
M. Brijforij & dits pL ml. 603. Il eft à-peu-près de la 
grofleur du merle; fa queue eft foiu-chue ; le bec , les 
ongles & les pieds font noirs. On prétend que le chant 
du balicajfe etl auili agréable que le cri des choucas eft 
rauque. Leplumage à\xbalicajfc eft noir changeantenvert* 

BALISIER ou Çannë d'Inde ou Baralou , 

^ Baroulou ) Arundo, Indica FlorUa , Cannacorus 
quorumdam^ Lobel. Icom 57; Cannacorus mufa folio 
& facit , Barr. EfT. p. 30^ Racua-canga , Pif. Katu-bala , 
Rheedr Mal. ; Alpina racêmofa , Plum.; Canna Indica^ 
Lînn. ï> Les Caraïbes l'appellent couroualy , halyri ; c*eft 
le cannacorus latifolius ^ vutgaris ^ Tourn. Inft. 3670 Le 
halijitrj^ une fort belle plante qui croît en Amérique^ 
notamment au bord des'ruifTeaux. Sa racine eft un peu 
tubéreufe & garnie de ^res ; elle pouffe des tiges 
£mples , droites , feuillées & hautes de trois à quatre 

Eieds & plus. Ses flevu-s font en épi terminal , d'une 
elle couleur rouge ^ & reffemblent en quelque forte 
à celles slu glaïeul : elles font , dit M. Deleu[e^ d'une 
feule pièce droite ^ partagée çn fix lanières , dont une 
eft courbée en dehors : elles n'ont qu'une étamine & 
qu*un piftil j auquel fuccede une capfule ovale à trois 
loges 9 garnies de femenccs globuleufes. Ses feuilles ^ 
qui ont environ quatre pieds de long fur vingt pouces 
de large ,. font ovales & reffemblent à celles du bananier : 
celles font alternes , pétiolées , d'un vert fatirté , munies 
de nervures très-fines & parallèles : elles fe développent 
tn & d4r9ulant comme un çQtmu C'eft fiur ççs fevultes^ 



BAL ff 

Sue Von étend le cacao , lorfqu'on le fait fécher. Les 
milles du balijier fervent quelquefois à envelopper la. 
gomme ilémi , & à faire des cabas. Les Sauvages s'en 
fervent en guife de ferviettes. On en faitufage à Cayenne 
pour couvrir les cafés , en les fendant par le milieu le 
long de la côte , & les rangeant enfuite fucceflivement 
fur le toit qu'on veut couvrir ; on les coud de pied e» 
pied, pour qu'elles ne foient pas endommagées par le 
vent : d'autres les attachent côte à côte ; de cette 
dernière manière les couvertures durent le double du 
temps. La racine de cette plante eft regardée comme 
é'urétique & déterfive, La graine du balijier teint en 
beau pourpre : il feroit à délurer qu'on pût fixer cette 
couleur & la. rendre durable. Divers oifeaux , les pigeons 
ramiers fur-tout , font fort friands de cette graine , ce qui 
rend leur chair amere dans la faifon oîi ils en mangent. 
Barrerc dit que les Sauvages mangent auffi ces graines 
par délices. Dans quelques contrées on fe fert de ces 
mêmes graines en place de plomb , pour tuer les 
animaux. On aifure que le baliJicr fe trouve auffi dans 
l'Ifle de Madagafcar , & dans les régions chaudes de 
l'Afie & de l'Afrique. 

Il y a le baliJicr à feuilles étroites , Canna Indica ,' 
anguftifolia ^ Linn. Cette efpece eft plus petite ^ & fes 
feuilles font lancéolées , étroites ; les fleurs jaunâtres^i 
Elle croît en Amérique entre les Tropiques. 

On diftingue ime variété à fleurs d'un jaiuie pâle , 
tacheté de rouge. 

M. Le Vicomte de Qucrhoint^ habitant du Croific en 
Bretagne , nous mande que le Balifier d'Amérique s'eft 
parfaitement naturalifé au climat du Croific. » J'en ai , 
» dit-il , en pleine terre depius plufieiurs années , à 
» différentes expofitions & fans aucun abri , qui me 
n donnent tous les ans des graines parfaitement mûres,. 
y^ Ses tiges périflent tous les ans aux premières gelées , 
y^ & dès le mois d'Avril les nouvelles pouffes repa- 
^ roiffent. Comme il n'a pas encore gelé ici , ( 1 5 



56 BAL 

» Novembre 1779) j^ai aduellement des halijîers en 
» fleut. Il en eft de cette plante comme de Vyucca de 
» Virginie que Ton a d'abord tenu en ferre , & qu'on 
» a éprouve foutenir enfuite les plus rudes hivers de 
» ce pays. Barrcre fait un conte, lorfqu'il dit que les 
» Sauvages mettent les fruits capfufcires du badjiér 
» auprès du feu pour qu'ils s'ouvrent & donnent 
» leurs femences. Les graines du hdifi^r font renfermées 
» dans vme enveloppe herbacée , à trois loges , très- 
» aifées à rompre «. 

BALISTE. Nom d'un genre de poijGTons cartilagineux. 
P^oye[ à VarticU PoiSSON. 

BALIVEAU. Voye:(^ U mot Bois. 

BALLOTE. V(ryt:^ Marrube noir & puant. Les 
Arabes donnent le nom de ballou à un chêne dont les 
fruits , doux comme les châtaignes, donnent de ITiuile 
& fervent de nourriture aux Habitans de l'Atlas. 

BALSAMINE , Balfamina fcmina , C. B. Pin. 306 ; 
BalfamincL perfic(Z folio , impatiens balfamina , Linn. 
1 3 18 ; Tilo-onapu , Rheed. Mal. Plante annuelle , cultivée 
dans les jardins poiu: l'ornement des parterres en 
automne. Des mêmes graines que l'on feme , il levé 
des plantes dont les unes donnent des fleiurs fimples , k$ 
autres des fleurs doubles. 

Cette plante pouffe des tiges droites , cylindriques , 
hautes d'environ un pied & demi , tendres , fucailentes , 
un peu renflées , qui portent des feuilles d'un beau 
vert , alternes , oblongues , pointues , lancéolées , 
dentées , affez femblables à celles du péchzr. Des aiflelks 
des feuilles fortent des fleurs ou d'un beau rouge ou 

Î)anachées , compofées de cinq pétales inégaux , dont 
a fupérieure eft voûtée , & dont l'inférieure reffemble 
à une chauffe y hippocras ou à un capuchon : les deux 
latérales tombent en devant en manière de Kibat , 
garnies chacune d'une oreillette. A la fleur fuccede un 
fruit de la longueur d^ln pouce , ayant la forme d'iuie 
poii-e, ôc compofé de plufipurs pièces affemblées cc^nie 



BAL 57 

les douves d-iin tonneau. Lorfque ce frmt eft mûr , 
auffi-tôt qvi'on k touche il fe détache ^ne des pièces ; 
les autres , par une force élaftique , fe roulent fur elles- 
tnêmes , & la graine eft lancée aux environs ; ainfi 
toutes les parties de ce fruit paroiflent tendues comme 
des refforts , que la maturité ou le contaâ détendent. 
C'eft un des moyens dont la Nature fe fert dans 
certaines plantes pour femer les graines. Cette balfamint 
eft originaire des Indes. 

La plante connue fous le nom ^herhe impatiente où 
de merveille àjUurjauru , s'appelle baljamine fauvage ou 
des bois , Balfamina lutea , ( impatiens ) , noli me tangere , 
C, B. Pin. 306 , Linn. 1 319. Sa racine eft vivace , à 
fleur de terre, & fibreufe. Sa tige eft haute de plus d'un 
pied , cylinchrique , glabre , verdâtre , genouillée , 
creufe ; fes feuilles pétiolées , ovales , dentelées & 
alternes ; fes fleurs font jaunes & fuccédées de fruits 
longs , menus , noueux , & qui s'ouvrent comme 
ceux de la baljamine ordinaire. Cette plante croît dans 
les bofquets , aux lieux hunaides & ombragés de 
l'Europe , de la Sibérie & de l'Amérique Septen- 
trionale : on la peut placer entre lès plus puiffans 
diurétiques. M. Boérhaave aflure que les feuilles de 
cette plante ayant été employées poiu: des lavemens 
au lieu de mercuriale ^ à laquelle elles refiemblent aftez , 
l'eflfet en a été trèi-pernicieux. M. Odhelius a décrit 
dans les A9es {PUpfal de 1 774 , une fubftance concrète 
de la groffeur d'un grain d'orge , qu'il a trouvée dans 
le nefîbire de cette balfamine , & qui étoit im vrai 
fucre natif , dur , tranfparent. On a appelle noli me 
tangere cette plante , parce que , quand cUe eft mûre ^ 
elle a cette propriété finguliere , que pour peu qu'on 
touche aux tiliques qui contiennent fa femence , elles 
s'ouvrent & la laiffent échapper : c'eft une propriété 
commune à l'une & à l'autre efpece. 

Le genre des balf aminés offre encore d'autres efpeces. 
Il y a la balpmine de la Chine y Impatiens Chinmfis ^ 



5? BAL 

Linn. ; fa tige cft rouge , & fa fleur pourpre. Lsi 
balfaminc à faâUts larges de PInde , ImpatUns latifolia , 
Linn, ; A^^ //i-o/w/i/ , Rheed. Mal. ; faveur eft roueeâtre, 
La balfaminc fafciculU du Malabar , Impatiens fafcicu^ 
lata j Linn. ; Onapu , Rheed. Malab. ; fa fleur eft rouge^ 
La balfaminc à feuilles oppofées ^ Impatiens oppofitifoUa ^ 
Linn. ; Koudan-pullu ^ Rheed. ; fes fleurs font d'un 
pourpre-bleuâtre : cette efpece fe trouve dans les lieux 
fablonneux de l'Ifle du Ceylan & du Malabar. La 
balfaminc cornue , Impatiens comuta y Linn. ; fon 
capuchon eft très -long & filiforme : cette plante fe 
trouve à Ceylan. La balfaminc à trois fleurs ^ Impatiens 
triflora^ Linn. ; la fleur eft d'un rouge agréable : cette 
pïante croît dans les lieux humides à Ceylan. 

BALTIMORE , Iclerus. Oifeau du genre des 
Troupiaks. On en diftingue de plufieurs efpeces. Ces 
oifeaux font à-peu-près de la groflTetir du pinçon ; 
ils ont la tête , la gorge , les parties fupérieures du 
cou , le haut du dos , les ailes âc la queue d'un beau 
noir brillant ; le bas du dos & les autres parties du 
corps d'un très-bel orangé. Il y a ime bande de cette 
couleur à l'origine des ailes & au bout de la queue ; 
les pieds & les ongles font de couleur plombée. Ces 
oifeaux fe trouvent en été dans la Virginie & le 
Maryland. Le baltimorc vulgaire eft repréfenté y pi. enl. 
506 , fig* I. «Celui du Canada eft appelé bahinwrc 
bâtard , pL enl. 506 , fig. z ; il a les couleurs un peu 
fombres. Le baltimorc vert de Saint-Domingue eft 
zigiçtXè fîffleur. Voyez ce mot. 

Ces oifeaux difparoiflent en hiver. Ils placent leur 
nid fur les arbres les plus élevés , ordinairement à 
l'extrémité d'une branche aflez forte , & pour l'affurer 
ils entrelacent dans fes bords une menue branche de 
chaque côté. Les femelles ont les couleurs moins vives 
que les mâles : il y a des baltimores mâles qui ont les 
grandes plumes des ailes bordées ^ à l'extérieur , d'ujoie 
Ugne blanche. 



B A L ;B A N 5^ 

Baltimore , Baltimora ereSa , Linn. ; Chryfanthemum 
Amtncanum , cauU alato , ampUoribus foliis binatis y 
fioribus pallidh lutefcentibus ^ parvis , Pluk. Cette efpece 
de plante radiée croît dans le Maryland , auprès de 
la ville de Baltimore ; elle eft annuelle. Sa tige eft 
tétragone , velue , rude au toucher , ainfi que fes 
feuilles. Ses fleurs font compofées , jaunes , terminales. 

BALTRACAN. Plante qui croît dans la Tartarie , 
dont les feuilles , dit-on , reflemblent à celles de la 
rave. Sa tige eft groffe comme le pouce , haute de 
deux pieds , creufe & revêtue d'une écorce verte- 
jaunâtre. Son fruit s'ouvre dans la faifon , & il répand 
alors l'odeur de l'oranger : il contient des graines 
fcmblables , pour la figure & l'odeur , à celles du 
fenouil. Les Tartares mangent ce fruit pour fe foutenir 
en voyage. 

BAMBLA , pL ml, 703 » Nom donné à un oifeau 
de l'ordre des Fourmillurs , & qui fe trouve quelquefois 
à la Guiane ; fon plumage eft d'un brun-rouflâtre* 

Voyt^ FOURMILLIER. 

BAMBOCHE, f^oyc^^ à VanicU Bois de Bambof. 
BAMBOU, f^oyt^ Us mots Bois de Bambou & 

VOULOU. 

BANANIER ou Figuier d'Adam , ou figueira ; 
en latin , mufa , Plum. ; Bala , Hort. Malab ; Poma 
paradifi^ palma humilis , longis latifquc foliis , C. B. Le 
bananier paroît être plutôt une plante herbacée qu'un 
arbre , dit le Père Nicoljbn ; car il n'y a point d^rbre 
fans bois ni brjanches , & le bananier n'a ni l'un ni les 
autres : fon port , fa grandeur repréfentent cependant à 
la vue un arbre plutôt qu'une plante herbacée. Le 
bananier ne feroit-il pas un paflage de la Nature entre 
ces deux manières d^être des végétaux ? Le bananitr 
eft, fi l'on veut, une efpece d'arbre exotique qui croît 
dans les climats chauds de l'Afie , de l'Afrique & de 
l'Amérique, & dont le plus grand diamètre du tronc 
eft de huit à dix pouces. Ofi n'y diftingue ni écorce ni 



6o ' BAN 

bois proprement dît ; on ne peut repréfenter le tronc 
ou tige arborée & fimple , que comme un gros rouleau 
de plufieurs feuilles couchées les unes fur les autres , 
& non adhérentes. Cette groffe tige, qui eft verdâtre , 
très-tendre , s'élève à la hauteur de dix à douze pieds , 
( à Saint-Domingue de fix à fept) : on l'abat facilement 
d'un coup de labre. On voit cette grande plante 
dans les ferres du Jardin du Rdî , mais bien infé- 
rieure fans doute à celles Cjyi croiffent dans leur pays 
natal : on Ta cependant vu fleurir & porter des 
fruits en 1744.. Lorfque la tige commence à fortîr 
de terre, elle a la figure conique; elle produit enfuite 
deux feuilles roulées , qui peu-à-peu fe déploient , 
s'éloignent du centre pour faire place à deux autres qui 
en fortent de même ; à celles-ci fuccede une troifieme 
paire , & ainfi de fuite ( en total quatre à cinq paires ) , 
jufqu'â ce que la plante foit parvenue à fa grandeur 
naturelle. 

Les feuilles , en y comprenant le pétiole ou la queue 
qui les foutient , ont fix à neuf pieds de longueur , & 
prefque deux pieds dans leur plus grande largeiu". Ces 
feuilles font donc plus longues & plus larges qu'aucunes 
que nous connoimons ; deux fuffifent pour envelopper 
un homme : elles font d'un vert fatiné admirable , 
foncé en à^us , & pâle en deflbus ; obtufes à leur 
fommet; compofées d'une quantité de petites nervurçs 
tranfverfales , parallèles & ferrées étroitement les imes 
aux autres ; quelques-unes d'entre elles font plus appa- 
rentes , & forment autant de bandelettes de huit à dix 
lign^ de largeur : le moindre vent fuffit pour les divifer ; 
mais le plus fort ne peut leur faire quitter la côte , qui eft 
le prolongement du pétiole auquel elles font attachées. 
Ces pétioles s'élèvent du centre de la tige en ligne 
droite , fe fuccedent à mefure que la plante croît , & ne 
s'écartent que peu les uns des autres ; ils font convexes 
en dehors , plats en dedans , verdâtres , d'un goût fade , 
( les feuUles font d'vm goût douceâtre & un peu 



BAN 6i 

ôftrlngent) , compofés de filamens blancs & fermes , 
divifés intérieurement par des cellules & des cloifons , 
^ul fe refferrent à mefure qu'elles approchent de rextré- 
mité de la feuille. Lorfque toutes tes feuilles ont paru , 
il s'élève de leur centre une groffe, tige comme un 
rameau unique , ligneufe , verte , penchée ou pen- 
dante , divifee par nœuds , terminée par un bouton 
alongé , pointu, long d'un demi-piéd. Il eft compofé 
de plufieurs feuilles oblongues , appliquées les unes fur 
les autres , verticillées , veinées , d'un rouge - clair en 
dedans , rembruni en dehors , couvertes d'une efpece 
de rofée bleuâtre. Ces petites feuilles ou écailles 
fpathacées s'ouvrent les unes après les autres , tombent 
& laiffent à découvert les fleurs & les embryons des 
fruits attachés quatre ou cinq enfemble fur le même 
péduncule. 

La corolle du bananier ^ félon Nicolfon , eft compofée 

ie quatre pétales blancs , dont deux oblongs , droits , 

épais, veinés , creufés en cuillers ; les deux autres font 

minces , terminés en pointe : le centre eft occupé par 

cinq étamines droites,, blanches , qui environnent un 

piftÛ cylindrique , terminé par un ftigraate épais , 

arrondi , rouflatre. Les fleurs qui fortent. des aiflelles 

des dernières feuilles vers la pointe du bouton , font 

flériles & ne produifent point de fruits , fans doute 

parce que l'arbre , dit le Père Nicolfon , a épuifé toute 

fa vertu prolifique en fécondant les premières fleurs : 

celles-ci ie changent en un fiiiit oblong , arrondi , long 

de cinq à huit pouces , tantôt droit , tantôt arqué comçae 

nos concombres .,. recouvert d'ime pellicule épaiflîe , 

tinie , d'abord verte , enfuite jaune ^ compofée de 

filamens longitudinaux. L'intérieur eft rempli par une 

fubftançe jaunâtre , molle , onûueufe , hvunedante , 

d'un goût douceâtre^ aigrelet , agréable , divifée par 

plufieurs filets longitudinaux , parièmés de petits points 

noirs , qui font les feules graines que cette plante 

prodiiit : elles ne fruftifient point. Ces firuits groiflent. 



6t BAN 

en grappe , & forment neuf à dix étages autour de 
la tige ligneufe : plus ces étages approchent du fommet 
de la tige , plus l'intervalle qui les fépare eft grand. 
Ils font compofés deç, 6,7, 8 ou 9 individus ferrés 
les uns contre les autres : c'eft ce qu'on appelle 
aux Ifles , patte de banane ; l'enfemble des pattes fe 
nomme régime de banane. Chaque fruit eft appelé 
banam par lés Indiens : il devient d'un brun-noir quand 
fa maturité eft paffée. Les plus gros régimes font 
compofés de plus de cent fruits dans les individus 
vigoureux qui vivent dans leur climat naturel. 

Les fruits appelés bananes font très-nourrifTans , 
mais de difficile digeflion. Les Egyptiens en font ufage 
contre les âcretés de la poitrine. A Cayenne , 
on les mange crus ou aiits au four , ou coupés en 
trois morceaux fur le gril , ou coupés en deux & 
féchés au foleil : on les mange auffi au vin , à l'eau , 
au fel, ou cuits avec de la graiffe. Dans ce même 
pays ^ on donne le nom à^embagnon à une forte de 
Ix)uillie qui fe fait avec des bananes. Les Habitans de la 
Grenade en font vme efpece de pain , qui eft d'un grand 
ufàge parmi eux. Enfin on en fait une boiiTon agréable : 
des bananes cuites avec leur peau dans de l'eau, la 
rendent fucrée ; après avoir ôté la peau , on les braffe. 
Cette boiffon eft très-néceffaire aux Nègres. 

Quelques Auteurs croient que c'eft ce fruit qu'ap- 
portèrent à Moife les elpions qu'il avoit envoyés à la 
découverte dans la Terre Promife , & que deux hom-* 
mes avoient peine à porter, (c'étoit lans doute im 
régime entier. ) Dans les pays oti croît le bananier , 
on retire des fils de fa tige , en lui donnant certaines 
préparations. 

L'eau qui fort du corps de la plante ou d*une feuille 
qu'op romprait, eft jaunâtre, & laifTe au linge une tache 

3ui ne s'efface jamais : mêlée avec le jus des feuilles 
u pois de fept ans , qui rend une belle couleur verte ^ 
elle lui donne de la confîfli^ce ^ & l'empêche de pâlir^ 



BAN 6^ 

On Et J dans VHiJloire générale des f^oyages , 
Tome 2 , que la banane , fruit qui croît dans PIfle de 
Madère , eu effimée des Habitans avec une forte de 
vénération ^ comme le plus délicieux de tous les fruits ; 
jufqu'à fe perfuader que c'eft le fruit défendu du Pa- 
radis Terreftre, fource de tous les maux du genre 
humain. Pour confirmer cette opinion, ils allèguent 
la grandeur de fes feuilles , qui ont aiTez de largeur 
pour avoir fervi à couvrir la nudité des premiers pères 
du genre hiunam. 

M. de Prefontaine dit auffi ( Maif. Rujl. de Cay, ) 
que les Portugais n'ofent manger de ces fruits par fu- 
perftition , parce qu'en les coupant en travers , ils 
croient , dans la figure qui s'y trouve marquée , recon- 
noître la croix du Chrift. Ce n'efï qu'un Y. Ce tàème 
Auteur dit que dans la Guiane il y a deux efpeces de 
bananiers , ou deux variétés qui différent par le fruit. 
Le fruit de l'une s'appelle pacobe ou baciAfe , & on 
lui donne le nom de figue banane. Il efl plus court , 
plus gros , plus droit & même moins pâteux , plus 
zofidant & plus délicat que celid de la banane com- 
mune & ordinaire ^ qui cil plus long. La tige du 
baccvier^ Mufa fruHu cucumerino breviori , Plum. , efl: 
en dehors d'un vert- jaunâtre , taché de noir ; celle du 
bananier eft toute verte* Le bacovitr croît dans les 
Indes , & fpécialement en Guinée , au Bréfil , aux 
Antilles & dans la Guiane. M. de Préfoniaine ajoute 
qu'il n'y a qu'une figue bacovè à Cayenne ^ mais qu'il 
y a plufieurs fortes de bananes qu'on diftingue par 
des noms différens , & qu'un Habitant doit avoir de 
toutes fur fon habitation. La Jîmple & la mufijuie 
font celles dont les Blancs font le plus d'ufage. C'eft 
une excellente nourriture : les Nègres de la Grenade 
ne vivent prefque pas d'autre chofe. Les fruits du 
bananier mufque font de quatre à cinq pouces de lon- 
gueur , un peu arqués & d'un bon pouce de diamètre. 
la banane-ÇQçhm €Û U plus groife . çUç çâ arquéç 



€4 BAN 

& a quelquefois plus d'un pied de longueur fur déivi 
à trois pouces de diamètre. C'eft ime variété de la 
iananc proprement dite y Mufa fruUu cucumerino j Ion* 
giori y Pliun. , c'eft le plantain ou planianier des 
Efpagnols ; le piffang-'tando de Rumph. : fon fruit], 
quoique moins délicat , fe mange avec plaifir , fur- 
tout quaiid il eft cuit au fovir. La guinga fournit 
moins que les autres : elle ne rapporte que cinq ou 
lix fruits par régime , les autres en donnent vingts- 
cinq ou trente. Les Sauvages , pour avancer la maturité 
^e ces fruits , les enveloppent dans des feuilles de la 
plante même , & les mettent dans un trou pratiqué 
au coin de leurs cafés ; quelques joiurs après ils les 
retirent mûrs & d'un beau jaune. 

On voit aux Indes Orientales une autre forte de 
petite hananc appelée banane de finge , parce que ces 
animaux en font très-fHands ; elle n'a que deux à trois 
pouces de longueur fiu: cinq à fix lignes de diamètre : 
c'eft de toutes les bananes celle dont le goût eft le 
plus fin & le plus délicat. On trouve dans les Molu- 
ques un bananier à grappe droite^ Mufa troglodytaruai , 
Linn. ; Mufa uranofcopm , Rumph. Son fruit ne fe 
mange que cuit. Il provoque l'urine , & la teint en 
rouge. Les régimes en contiennent jufqu'à cent cin* 
quante & plus. 

Les régimes des bananes ont cela de particulier , 
qu'ils ne mûriffent jamais bien tant qu'ils font atta- 
chés à la plante ; il faut les couper verts , & leur 
laiffer prendre ainfi toute leur .maturité. Les bœufs , 
moutons, &c. aiment beaucoup les tiges des bana-^ 
niers ; & comme elles confervent long-ten^s leur fraî^ 
cheur, on en embarque fur les vaiffeaux en guife de 
fourrage , pour la nourriture de ces beftiaux , dans les 
voyages de long coiurs. 

Le kananier offre un genre de plante qui paroît très- 
voifîn de celui des baltjiers. Le bananier fe multiplie , 
comme Vananas , par des oeilletons ^ui naîffent au 



BAN ^j 

pied. Il lîê porte jamais qu'une feule foîs ; après quoi , 
foit qu'on le coupe ou non , il fe flétrit peu - à - peu 
comme un rofeau , fe feche & tombe ordinairement : 
mais fa racine , qui eft une efpece de groffe bulbe ar- 
rondie , remplie d'Une liqueur vifqueufe , couverte de 
petites fibres ligneufes ^ & qui forme une touffe d'envi- 
ron un pied de diaûietre , produit des caïeux avant que fa 
tige périfle ; ainfî cette racine a bientôt poufle d'autres 
rejetons , qui dans l'efpace de douze à quatorze mois 
portent du fruit & meurent enfuite. Un caïeu de 
bananier^ planté dans un terrain convenable à ce 
végétal , fleurit communément au bout de neuf à 
dix mois ; il a acquis en quelque forte toute (a, 
grandeur à c^t âge ; fa culture exige un terroir 
humide, gras.& profond. 

Les étoffes faites avec la filaffe de bananier , font 
beaucoup plus belles que celles qui font faites avec le 
fil a agave. 

Les Caraïbes appellent halatana les grofles bananes s 
baloufou y les petites bananes. 

BANC , Stratum. On donne ce nom à des lits de 
pierre qui s'élèvent les uns fur les autres , tantôt ho- 
rizontalement > comme la pierre calcaire , & tantôt 
inclinés à l'horizon , comme ceux de l'ardoife." On ne 
peut fixer ni la hauteur , ni la largeur du banc ; elles 
varient l'une & l'autre , félon la quantité de la ma- 
tière , la profondeur , l'étendue & la nature de la 
camere. 

On dit aulîî un banc de fable , ( armarum cumuli ) j 
c'efl un amas de fable qui s'élève dans la mer vers Ici- 
furfece de l'eau ; celui de Terre-Neuve efl le plus grand 
qu'on connoifle ; il a environ cent cinquante lieues de 
long fur cinquante de large , & n'a au-deffus de lui 
qu'environ vingt brafles d'eau. Ce banc n'efl pas dan- 
gereux ; les Ei\ropéens y font la pêche çle la morue» 
Voyt\^ ce mou On dit auffi banc de baleines & 'bam^dc^ 
f tries. Voyez BALEINE j 6'/Wi<^ J^AÇRE BE Perlej^ 
Tome 11^ ' ' Ë 



€6 BAN 

B ANCHE. Efpece de pierre tendre & feuilletée , qiié 
M. de Réaumur regarde comme de la glaife durcie par 
la vifcoiité des eaux de la mer. La hanche , à fa furrace 
fupérieure , eft affez dure ; plus on iapproche, de la 
pure glaife , plus elle paroît auffi infenfiblement s'ap- 
procher de la nature de cette terre , & cela par degrés 
fi infenfibles , qu'il n'eft pas poflible de déterminer 
precifément où la tanche finit &r oii là glaife commence. 
La hanche^ de grife qu'elle eft , devient blanchét & 
dure lorfqu'elle n'eft plus humeâée par l'eau. Nous 
avons obfervé que la tanche (celle que M. de Réaumur 
a défignée fous ce nom , & qu^il dit faire partie des 
couches de terres qui bordent certains parages) eu 
une forte de marne compofée du tritm des coquilles 
marines , & de glaife ou vafe fine de la mer y le tout 
plus ou moins endurci. 

BANDE BLANCHE (la) , Efpece de tortue; Tcjbida 
terrefiris pujilla , ex Indiâ Orientali , Worm. ; Tejludo 
tejfellata minor Jf ricana , Edvards & Rai ; Tejludo pcdi^ 
bus fub^gitans , tejld hemijpkaricd , fcutellis convexis 
trapeiiis ^ marginejiriatis ^ difco punSatis ^ Linn. L'écaillé 
fupérieure de cette tortue eft à peine longue de quatre 
doigts ; elle n'a pas plus de largeur ; elle eft compofée 
de trois rangées de lames , & d'un rebord qui règne 
tout autour. Ces lames font agréablement panachées 
de noir , de blanc , de purpurin , de verdâtre & de 
jaune ; & lorfqu'elles tombent en s^sxfoliant , les par- 
ties dont elles fe font détachées paroîffent d'un jaune 
noirâtre. L'écaillé inférieure eft blanchâtre dans toute 
fon étendue , avec différentes lignes qui imitent des 
dentelures. La tête , en y comprenant le mufeau , 
reffemble à celle d'un perroquet avec fon bec ; elle a 
fur fon fommet quelques protubérances d^me couleur 
de vermillon , mélangée de jaune ; le cou eft étroit. 
Les pieds de devant font garnis , ainfi que les bras , 
de petites écailles qui reffemblent à de la corne ; ils 
' font armés de quatre ongles. Les cuiffes , ou plutôt 



B A N 67 

les jambes de derrière , font plus alongées ^ plus 
minces , & couvertes d'une peau conunune qui a 
l'afpeô d\in cuir ; les pieds de ce même côté font 
écailleux & pourvus de quatre ongles comme ceux 
de devant. La queue eft effilée , terminée en pointe , 
& à peine longue de la moitié d*un doigt. Wormius ^ 
qui a donné cette defcription , rapporte dans fon 
Mufaum , p. 317, qu'il a nourri long-temps dans 
(on jardin une tortue de cette efpece , qui lui avoit été 
apportée par des Marchands. 

Bande d'argent , Clupea atherinoîdes , Linn; 
Poiflbn du genre du Clupe ; il fe trouve à Surinam. 
Selon Unnaus , le caraôere de ce poiflbn confifte dans 
une large bande de couleur argentée , qu'il a fur les 
deux cotés : à l'endroit où la plupart des poiflbns 
n'ont qu'une fimple ligne latérale , le poijfon d^argeru 
proprement dit , & le jotl ont une pareille bande ; 
mais ils appartiennent d'ailleurs à des genres très- 
différens. F^oye^ à ^article PoissON. Le poiflbn bande 
d'argent , a le corps comprimé ; la nageoire dorfale a 
douze rayons ; chacune des peâorales en a quatorze ; 
chacune des abdominales , Se qui font petites , en a 
huit; celle de l'anus en a trente -deux; celle de la 
queue dix-huit 

Bande noire. Voyei Serpent esculape. 

BANDURA. Foye^ Anramatique. 

BANGUE ou Banque ou Chanvre des Indes ; 

Cannabis Indica , Rumph. Amb, ; Cannabis fimilis 
exotïca y Bauh. Pin. 320 ; Kalengi cansjava j Rheed^ 
Mal. ; Tsjeru-cansjava , ibid. Plante qui croît dans les 
Indes Orientales , & qui a beaucoup de reffemblance 
avec le chanvre : elle eft moins grande , plus ra- 
meufe , à tige plus dure , prefque cylindrique-, & 
fes feuilles font toutes conftammént alternes. Les 
individus mâles portent cinq ou fept folioles ; les 
inividus femelles n'en ont conununément que trois 
fur chaque pétiole. La dureté de' |a tige , & foA 

El 



69 ^ BAN 

écorce mînce ^ tendent cette plante incapable de four* 
hir des filamens pour la filature. ^ 

Les Indiens font ufage de la gradne de cette plante , 
de diverfes manières. Ils la pulvérifent avec de l'opium, 
de Paréca & du fucre , & prennent de civette compo- 
fitioh lorfqu'ils veulent s*etôiu:dir le cerveau pouf 
oublier leur chagrin , calmer leurs itiaux & dormit 
fans inquiétude. Lorfqu'ils veulent être joyeux & 
facétieux , ils mêlent cette graine avec du mufc ^de 
Pambre & du fucre. Cette préparation du bangue , que 
les Indiens appellent majuh , paroît avoir beaucoup de 
rapport avec le maffàc Ou malach des Turcs ^ dont ils 
font ufage en plufieuts maladies. Lemery dit que les 
Indiens mangent des feuilles & de la graine de cette 
plante pour eicciter leur appétit , & fe rendre plus 
habiles à Pafte vénérien ; ils y joignent du camphre. 

IL paroît que cette lîiême plante croît au Cap de 
Bonne-Efpérance chet les Hottentots , oh elle eft 
connue fous le nom de bakka. C^eft un chanvre fauvage , 
que les Européens fement & qu'ils y cultivent prin- 
cipalement pour les Hottentots qui l'euiment beaucoup, 
ïls en font ufage en guife de tabac , lorfqu'ils ne 
'peuvent s'en procurer , ou ils le mêlent avec leitr 
labac , lorfque la provision vient à s'épuifer. 

BANIAHBOU. Les Habitans du Bengale donnent 

xe nom à un oifeau o^Edwards a déligné fous k 

nom de ^rivt brune des Indes ; c'eft le merle de Êengalc 

de M. BriJJhn. On foupçOnne que c^eft le canorus de 

4f^Linn(ziLS , & probablement ime efpece de moqueur, 

BANISTERE , .Banijleria. Genre de plante à flëiù-s 
polypétaléès , qui a beaucoup de rapports avec les 
)mourelliers ^ &c qui comprend des arbres ou des arbrif- 
feaux exotiques , la plupart farnienteuix ou grimpans ^ 
•dont les feuilles font ordinairement oppofées ; le calice 
'divifé en cinq partiel' ; la corolle à cinq pétales & 
ouverte en rofe. Le fruit compofé de trois capfules 
'jnonôfpèrmes ^ & terminées chacime par vme aile ou 



BAN 69 

ïangiietté membraneufe , comme dans les fruits de 
l'érable. Ni. le Chevalier Je la Marck en cite treize 
efpeces : 

i.** BanistERE anguleuse, Banîjlcria foliisjintuup* 
angulàfis , Linn, Cette plante farmenteufe croît fpécia- 
lement à Saint-Domingiie ; fes fleurs font jaunes. 

2.® Banistere a fleurs pourprées y Banifieria 
foliis ovads , fpicis latcralibus , feminibus creSis , Linn; 
Elle croît natiu^Uement dans TAmérique Méridionale. 

3.° Banistere a feuilles de laurier , Banip* 
ttria laurifolia , Linn. Elle croît à la Jamaïque & danj 
la Guiane ; fçs fleurs font jaunes. 

4.^ Banistere a fleurs bleues , Banifteria cœru^ 
ha , Unn. Elle croît dans l'Amérique Méridionale. 

5.® Banistere unicapsulaire , Banifltria unicap* 
fularisy an Banijtqia Benghalmjis y Linn. r Toutes les 
parties de la fleur font cotonneufes ; la corolle efl: 
rougeâtre. Ce petit arbre croît à la Côte de Malabar» 
Les Indiens le cultivent dans leurs jardins , & fe fer- 
vent de fès fleurs , dit M. Sonntrat , pour parer 
leurs Dieux. 

6.** Banistere a rameaux fourchus , Bamp* 

ttria dichotoma , Linn. Elle croît dans l'Amépque 
Méridionale ; fes fleurs font jaunes. 

7.^ Banistere a fruits éclatans , BarMtria 
fuirais , Linn. ]EUe fe trouve dans l'Amérique Méri-* 
dionale j fes fruits font d'un jaune d'or éclatant. 

8.® BanisteUe BRANCHUE , Baniûeri^ branchiata ^ 
Linn. Elle fe trouve dans la Contrée citée ci-defTus^ 
Ses rameaux font ramifiés , difRis & grimpans. 

9.^ Banistere de sinemari > Banijleria Sinfima^ 

rltnfis , foliis ovatis , acuminatis , fioribus luteis , 
corymbojis , AubL C'efl un arbriffeau qui croît dans 
la Guiane , au bord des forêts qui entourent les 
Savanes & les terrains défrichés ; fe branches font 
rameufes , farmenteufes , & fe roulent & s'étendent 
fur les branches des arbres vpiiins, 

E3 



70 B A N 

10.^ BanisteRE a CORYMBES, Banificria quapara:^ 
Aubl. C'eft le quapar'w des Galibis ; il ne diffère guère 
du précédent qu'en ce qu'il eft un peu plus élevé j 
fes fleurs font jaunes auffi , axillaires & corymbi- 
formes. 

11.^ Banistere DOREE , Bonifieria chryfophylla. 
M. de Commcrfon a obfervé cet arore au Bréfil ; fes 
feuilles reffemblent à celles du caimitier. Voyez ce mot. 
Celles de cette banijlere ont en-deffous un duvet très- 
court , foyeux , luifant & d'un roux doré. 

II.® Banistere à feuilles luisantes, Banif- 
uria nitida. M. d& Commerfon a encore obfervé cette 
efpece dans le Bréfil ; mais fes rameaux ne font point 

J)arfemés de petits points vemiqueux, comme dans 
'efpece précédente» Le deffous des feuilles eft blan- 
châtre , luifant & comme fatiné ; le "deffus eft glabre. 
1 3 .^ Banistere ciliée , Banijlena faliis cordato^ 

fubrotundis , auricidatis , glabris , margiTie ciliatis , La 
Marck» Elle a été obfervée au Bréfil , par M. ^ 
Commerfon. Ses fleurs font jaunes , affez grandes , & 
ramafitées prefque en tête. 

BANTAME* Voyez Coq de Bantamyk l'article COQ. 

BANTIALE , Bantiala. C'eft le nom Macaflare 
d'une plante parafite , qui fe trouve dans les Molu- 
ques fiur les arbres. Les Malais appellent cette plante 
parafite ruma-fumot , qui fignine nîd de fourmis^ 
Rumphius en diftingue deux efpeces , Tune noire ^ 
l'autre rouge. 

BantiaLE noire, Nidus formicarum niger^ Herbar.. 
'Amb. p. 1 1 9. t. 5 5. f. I . C'eft une tubérofité arrondie ^ 
grife en dehors , couverte de verrues , lefquelles font 

Eointillées comme un dé à coudre j elle pend aux 
ranches des arbres , où elle fe trouve attachée par 
de petites racines qui naiflènt de fa partie inférieure» 
Sa fubftance interne eft blanche , yerdâtre fur les bords , 
& toute percée de trous en galeries & en labyrinthes y 
qui fervent d'habitations aux fourmis. Du fommet dç 



BAN B A Q 71 

cette tubérofité partent quatre à cinq tiges cylindri- 
ques articulées , longues de plus d'un pied ^ chargées 
en leur fommité de quelques feuilles amplexicaule^ , 
alternes , ovales , pointues aux deux bouts , un peu 
épaiffes , fermes , glablres , liffes , fans nervures laté- 
rales, & longues de quatre à cinq pouces. Rumphius dit 
Ïiie du milieu des feuilles fupérieures naît une petite 
eur fimple & folitaire , à quatre pétales blancs. 
BâNTIALE rouge ^ Nidus formicanim ruber , Herb. 
Amb. Ibid, C'eft une tubérofité un peu plus grofle 
que la précédente ; elle eft fphéroïde , couverte dç 
nigolités , à-peu-près comme Porange dite pampd^ 
moufiy d'un beau vert, à écorce molle, tendre ôc 
féparée de la fubftance intérieure , qui eft charnue , & 
que Ton peut comparer , par fon organifation , aux 
gâteaux des ruches a miel ; les cloifons de W fubftance 
interne de la bantiaU rouge font habitées par des fourr 
mis. De la partie fupérieure de cette tubérofité part 
une petite tiee trigone , ftriée , dont Técorce ^ft écall^ 
leufe ; elle eît chargée vers fon fommet de plufieurs 
feuilles difpofées prefque en faifceau , lancéolées , poin; 
tues , molles , avec quelques nervures latérales & 
obliques. Après la chute des feuilles paroiflent le^ 
fleurs ; elles font blanches & à quatre pétales. Cettç 
efpece de tubérofité eft fufpendue au tronc & aux 
greffes branches des arbres. La grofliur de ces tube- 
routés qui leur fert de racine , paraît occafibnnée 
par 1 extravafation d'une portion de la fève , caufée par 
les fourmis qui les habitent. La fubftance de ces tii- 
bérofités eft d'une nature un peu caufticjue. ( Èncyclo^ 
piiit ancienne, ) 
BAOBAB. Voyei à VarticU Pain DE SINGE. 
BAQUOIS , Pandanus. Genre de plante unilobqe, 
qui , félon M. de la Marck , paroît avoir des rappojft? 
avec les ananas , & qui comprend des plantes exoti- 
ques qui s'élèvent prefque à la manière des palmiers , 
iontjnunies de feuilles umples bordées de cils épineux , 

E 4 



7z ^ > 

& portent des fleurs dioïques , difpofées fur une forte 
de chaton terminal , qui eft environné de toutes parts 
de ramifications courtes & très-nombreufes. Le fruit 
eft une groffe tête ovoïde , formée par l'affemblage de 
qviantité de noix anguleufes , rétrécies prefque en fèrme 
de coin par leur bafe , ferrées les unes coritre les autres^ 
& qui renferment chacune une femence lifle & ovale. 
( UnnœiLs fils , Suppl. 64. ) 

BaqùOIS odorant , Pandanus verus , Rumph. 
Amb. ; Kaida , Rheed.; Keura odorifera , Forsk. ^gypt. 
Cette efpece croît naturellement dans l'Inde & aux: 
Mohiques : on la cultive à l'Ifle de France , oii elle 
eft connue fous le nom de baquois ou de vacoua. Les 
chatons des fleurs mâles répandent ime odeur très- 
agréa-ble , & affez forte pour quHm ou deux chatons 
fleuris puiflent fufiire pour parfiimer une chambre 
pendant un temps aiFez long. En Egypte on vend ces 
chatons à Un grand prix pour la bonne odeur qu'ils 
C7;halent loffqu'ils ibnt cueillis nouvellement/ 

BAt^UOIS À PLI; SIEURS TÊTES, Pandamis {paly-- 

^tçpKcdiis ) hiimiÏLs , Rvmiph, Cette efpece croît dans les 
Moluqiiçs , dans ' les teirains fablonneux ou pierreux 
iqui avoifment la mer. Ses fleurs font inodores. Du 
inilieu. des' -feuilles , dans les individus femelles , fort 
tirf péduTLCUle ' trigone , dur , & qui foutieht cinq à 
liùit têtes gîobuleufes , difpofées en ime grappe droite ; 
îes feiàillesr intérieures de chaque faifceau de feuilles 
Tont 5 dans leur jeuneffe , très-blanches vers leur bafe, 
ïnolies 5 d'un^ faveur douce , & fe mangent comme les 
î)ourgeons ou lès jevmes feuilles de certains palmiers 
qu'on nomme choux palmijlcs, 

Baquois faîsciculaire, Kaldata dai^ Rheed. MaL 
Cette efpece croît au Malabar. Son fruit eft une très^ 
]^jpffe tête ovoïde , formée par l'affemblage d'uç grand 
nombre de faifceaux particuliers , féparés les uns des 
^autres dan's leur partie fupérieure , & compofés chacun 

iJç fix à hvut noix ptdoiiguçs, Ce gros fruit ^ft rougç 



BAR 7 j 

îdans fa maturité ; la chair intérieure de chaque noix 
eft jaune ; celle du réceptacle commun eft blanche , 
fpongieufe , & a ime cavité dans fon milieu. 

BaquoiS CONOÏDE , Pandanus ceramicus , Rumph» 
Amb. Cette* efpece fe trouve dans les Moluques , & 
fpédalement dans PIfle de Ceram. Son fruit , qui eft 
rouge dans fa maturité , a plus d*un pied de long ; 
il eu conique , obtufément trigone. Ses noix font très- 
nombreufes & petites. 

BARALOU ou Baroulou. Voye^ Balisier. 

BARBAIAN. Foye^ Duc. 

BARBARESQUE ou Écureuil de Barbarie. 

Voye[ à la fin de l* article Rat PALMISTE. 

BARBARINE ou Barbaresque. Voyc[ à la fidte 
de f article CouRGE à limbe droit. 

BARBARINS. Nom donné aux petits barbeaux , & 
diwfurmuUt. 

BARBASTELLE. C'eft ime efpece de chawe-fouris^ 
Voyez ce mot. 

BARBE , Barba. Nom donné au poil qui croît fur 
la partie inférieure du vifage de Thomme. Ce poil eft 
le caraâere de virilité le plus conftant ; la barbe pa- 
roît à Page de puberté , & croît Jufque dans Page le 
plus décrépit ; feulement elle change de couleur & de 
folidité. Voye[ ce qui en efi dit à ^article PoiL , 6* i 
celui de /'HoMME. 

Barbe ou Fanons de baleine. Foyei à f article 

Baleine de Groenland. 
Barbe de bouc. Foyei au mot Sersifi sauvage* 
Barbe de Chèvre , Barba capm fioribus oblongis , 
C. B, Pin. 163 , Tourn. ; Spirceaaruncus ^ Linm 
Cette plante reffemble à la reine des prés ( ulmaria ). 
Ses tiges font hautes de quatre pieds ou environ , 
rondes , rameufes; fes feuilles oblongues , pointues , 
dentelées , attachées phtfieurs fur une même côte qui 
eft terminée par une feule feuille , n'ayant entre elles 
aucunes petites feuijles^ comme dans la reine des prési; 



74 . BAR 

Ses fleurs naiffent en grappes longues aux fommîté^ 
des branches ; elles font blanches & compofées 
de cinq pétales difpofés en rofe. Ses femences font 
oblongues« Sa racine eft fibreufe. Cette plante vivace 
& propre à TEurope , croît aux lieux humides , dans 
les bois , fur les montagnes y &c efi eftimée afbingente, 
La petite iarbe de chèvre eft k reine des prés. Voyez 
ce mot. 

Barbe espagnole ou Caragate mufciforme , 

Vifcum caryophyUddes -^ tcnuijfimum è ramis arborum 
mujci in modum dépendons , foliis pruince inflar candi-^ 
cantibus , fiore tripetalo , femine jUammtofo , Sloan. Jam. 
Suivant le Père Nicolfon , c'eft une efpece de gui qui 
s'attache aux arbres & forme de longs filamens enchâffés 
les uns dans les autres , ( ils ne font que mâles ) & qui 
flottent au ^é des vents. Ils font couverts de petites 
écailles , & renferment un petit filet noirâtre , élaftique , 
aiOTez femblable au crin de cheval. Ils font divifés dans 
leur longueur par des nœuds , placés à deux ou trois 
Ipouces les uns des autres ; de chaque nœud fort une 
petite fleur obloneue , jaunâtre , à trois pétales , envi- 
ronnée de cinq , fix ^ fept ou huit filamens , qui s 'éten- 
dent de tous côtés , & fe divifent également en nœuds 
qui en produifent d'autres , & ainfi de fuite. Aux fleurs 
fticcede une capfule oblongue à trois côtes , qui s'ouvre 
en trois parties par le fommet , & qui contient les 
femences. Cette plante parafite fe trouve fur les arbres 
qui croiflent au bord de la mer , le long des rivières 
& des étangs , à Saint-Domingue ^ à la Jamaïque , 
dans le Bréul & dans la Virginie. 

Barbe de Jupiter , Barba Jovis , pulckrh lucens , 
J. B. J. 385 , Toiu-n. 651 ; Anthyllis barba jovis y 
Linn* Petit arbrifleau , haut de trois pieds à fix , 
qui croît dans lés lieux pierreux & montagneux , en 
£{pagne ^ en Provence , en Languedoc & dans le 
Levant. Cette plante , dont l'afpeâ eft affez agréable , 
. «I une tige dure ^ Ugneufe y droite ^ rameufe ^ fes jeunes 



BAR 75 

fameaùx & fes feuilles font couverts d'un duvet courte 
couché , luifant , très-foyeux & d'iuie couleur argentée ; 
fes feuilles font rangées comme par paires fur leurs 
côtes ; la foliole terminais eft feffile. Ses fleurs petites , 
jaunâtres , légumineufes , qui reflemblent à celles du 
genêt , naiflent aux fommîtés des tiges : à ces fleurs 
liiccedent des goufles ovales , contenant chacune une 
femence. Cette plante eft apéritive. 

Barbe de renard , Adragant ou Épine de* 
BOUC , Tragacamha^ C. B. Pin. 388 , Cluf. Cur. Poft. 
Add. 60 ; Tragacantha Maffîlimjis , J. B. J. 407 , Tourn. 
417. Sous-arbrifleau épineux qui croît naturellement 
en Provence. Sa tige eft épaiÎTe d\m pouce , haute 
d'environ un pied ; elle forme par fes ramifications 
nombreufes une touffe large , diffûfe , couchée en 
rond fur la terre ; fes rameaux , qui font comme hérifles 
d'épines , font dénués de feuilles à la partie inférieure , 
qui paroît feche & comme morte : la partie fupérieure . 
eft chargée de petites feuilles oppofees , oblongues , 
obtufes , cotonneufes , blanchâtres , & même un peu 
foyeufes ou argentées lorfqu'elles font je\mes. Les 
fleun font petites , légumineufes , axillaires & blan- 
châtres : aux fleurs' luccedent des gouffes velues , 
renflées , à deux loges & remplies de petites graines 
de la figure d'un rein. Cette plante , ainfi que la 
fuivante , eft de la famille des AfiragaUs. 

Barbe de renard de Crète , Tragacantha Cntica 
încana , fiore parvo lincis purpureis Jlriato , Toumef. 
Cor. 19, Sous-arbrifTeau qui croît dans le Levant , & 
fpécialement dans l'Iile de Candie. M. de Toumefort en 
a trouvé une grande quantité dans les vallées qui font 
auprès du Mont Ida. Ce fous-arbrifl!èau à tiges ligneu- 
fes , très-rameufes , velues , noirâtres , très-piquantes , ^ 
hautes ou longues de deux à trois pieds , forme une 
touffe par-tout bien garnie; les épines , comme dans 
l'efpece • précédente , font les pétioles dépouillés de 
kurs foholcs ; ils font fort aigus, roides & jaunâtres; 



7§ BAR 

les feuilles cotonneufes & blanchâtres ; les fleurs fonf 
d*un pourpre clair & rayées de blanc. 

Au commencement de Juin , jufqu'en Août , découle 
naturellement le fuc gommèuX , qui eft connu dans le 
commerce fous le nom de gomme adraganthc , Traga- 
cantha gummi. Les fibres dont la tige & les branches 
font tiffues , dit M. de Toumefort , le contraâant dans 
les grandes chaleurs , expriment le fuc glaireux dont 
cette plante abonde ; ce fuc extravafé le congelé eu 
gros mets , ou en manière de petits rubans tortillés , 
ou comme autant de petits vermiffeaux , qui percent 
à travers Técorce dans les endroits où elle réfifle 
le moins ; les Bergers meurtriffent en marchant diffé- 
rentes parties de ce fous - arbrifTeau , & c'efl par. 
ces entfroits meurtris plutôt que par les autres, , que 
les kmes ou filets vermifcrmes de la gomme adragantç 
s'échappent. 

Lorfqu'on met tremper dans Teau cette gomme , elle 
fe gonfle beaucoup , & paroît comme une efpece de 
crème glacée : c'efl ce mucilage de gomme adraganthc 
que Pon emploie en Pharmacie & chez les Confifèurs , 
pour donner du corps aux compofitions dont on veut 
former des pilules , des pâtes , des tablettes , des paf- 
tilles , &c. On mêle aufS cette gomme avec du lait 
pour faire des crèmes fouettées , & Ton y joint un peu 
d'eau-rofe ou de fleur d'orange. 

La gomme adraganthe , priië intérieurement , efl Jiu- 
meftante , rafraîchifTante , aglutinante , propre à calmer 
les douleurs de colique , les ardeurs d'iurine & la toux. 
Lorfqu'on veut la pulvérifer promptement , il faut que 
le mortier foit chaud , afin de difïiper l'humidité aqueufe 
qu'elle contient. 

Les Peintres en miniature rendent le vélin fur lequel 
ils veulent peindre , aufîi uni qu'une table d'ivoire , en 
le vernifTant avec de la gomme adraganthe. Pour cet effet , 
ils mettent du mucilage de cette gomme dans un nouet 

ëe linge fin , & çn frottent le vélin. Les Teintvuriers 



BAR 77 

to {bïe & les Gaziers emploient fou vent cette* gomme 
par préférence pour donner de la confiftance & un 
luftre particulier à leurs ouvrages. 

Projper Alpin , de cxoticis , fait mention d\me féconde 
efpece de plante adraganthe , tragacamha alura , qui 
reffemble en quelque forte au dos du hériffon ter- 
reftre , & même à certains gros ourfins garnis de leurs 
piquans» Sa racine eft fibrée. ( On voit cette plante 
dans le Cabinet de Chantilly avec cette étiquette , Lim(H 
nium erinaceum Creticum, Plante cueillie fur le Mont 
Ida ou PfiUority , le lo Juillet 1730, par M. Saume^ 
Conful à Candie ). 

BARBEAU ou Barbot , Cyprinus barbîis , Linn. Eil 
Italie , barbio ; en Allemagne , barble ; en Angleterre 
barbcL PoifTon de rivière & de lac d'eau douce , dii 
genre du Cyprin, Au bout ou plutôt aux angles de fort 
mufeau , qui eft pointu & cartilagineux , pendent deux 
barbillons de chaque côté , d'oii lui eft venu le nom 
de barbeau. Une petite veine rouge règne dans l'inté- 
rieur de ces barbillons. Les yeux ibnt petits & tournés 
vers le bas ; la couleur des iris eft dorée ou argentée, 
avec des taches brunes. La forme du corps du barbeau 
eft oblongue & un peu arrondie dans fon contour ; le 
dos fe courbe en arc , & a à fon fommet ime arête 
aiguë. Le ventre eft plat , en forte que quand ce poif- 
fon repofe fur cette partie , fa gueule touche la terre ^ 
ainfi qu'on l'obferve dans prefque tous les poiflbns qui 
fe tiennent au fond de l'eau. La ligne latérale eft for- 
mée d'une fuite de petits points ; le dos eft aufli par- 
femé de points noirs. La mâchoire ftipérieiu-e plus longue 
que l'inférieure. Il n'a point de dfents ; la fente des 
ouïes eft petite , ce qui fait qu'il vit long-temps hors 
de l'eau* Ses écailles font peu grandes , tendres , & 
minces ; leur couleur eft olivâtre fur le dos , & argentée 
fur le ventre. Les nageoires du ventre font Jaunes , & 
celles de la queue font rougeâtres. La nageoire dorfale 

a dis rayou^, do»î le feçon4 oft h plus élevé \ les. nai-. 



78 BAR 

geoires peôorales font d'une grandeur moyenne ; kjS 
abdominales ont chacune neuf rayons ; celle de Panus 
en a fept ; celle de la queue eft échancrée en forme de 
fourche. Ce poiflbn a communément un pied ou un 
pied & tlemi de longueur , & pefe ordinairement deux 
ou trois livres ; il s'en trouve dont le poids va à huit 
livres & plus. Quand il efl péché dans les eaux pures , 
fa chair eft blanche & d'un très-bon goût. Les anciens 
Romains faifoient un grand cas de ce. poiflbn , qui fe 
plaît plus dans les rivières que dans les lacs. Le froid 
leur eft nuifible , car ils font languiffans en hiver. On 
. doit éviter en tout temps de manger les œufs du bar-- 
beau , car ils troublent la digeôion , & purgent par 
haut & par bas , . quelquefois très-violemment , fur- 
tout dans le printemps. Comme ce poiflbn eft vorace, 
il fe prend fecilement à la ligne. Son fiel eft eftimé 
Jtrès-propre à rétablir 4a vue : on en a eii un exemple 
bien frappant à Paris en 1767 , dans M. BaraddU , 
Artifte très-connu pour les inftrumens de Mathéma- 
tiques. L'on prétend même que c'étoit là le remède 
,qu'avoit j^ployé le jeune Tob'u pour guérir la 
cécité de ion père. Les infeâes, les petits poiffons y 
.même ceux de fon efpece , font fa nourriture ordi- 
naire. Il eft moins gras & moins bon à manger en 
hiver qu'en été. La laite de ce poiflbn eft , en certaines 
faifons, grcfffe , d'un blanc-rougeâtre & bonne à 
manger. On donne à ce poiflbn le nom de barbillon 
quand il eft jeune , & celui de barbeau quand il a 
acquis fa croiflance. 

Barbeau. Foyei Bluet. A l'égard du barbeau jaune , 
&c. Foyei à V article CENTAURÉE. 

Barbeau de Mer. C'eft le Rouget. 

BARBET. Nom donné à une race de chiens qui 
font couverts d'un poil long , fourni & laineux 
comme une toifon. Pour le refte des caraderes du 
barbet , Voyez à V article Chien. 

BARBICAN ,7?/. enlr. 6ox. M^ de Buffon a donné 



BAR 79 ^ 

te nom à un oîfeau apporté des Côtes de Barbarie, 

oîi il n'eft pas rare. Son nom indique d'une manière 

affez jufte fa nature mixte. Il reffemble aux toucans Se 

aux barbus par le nombre & la pofition de fes doigts. 

Il a le bec fort & dentelé . comme le toucan , mais bien 

plus compaâe , bien moins long , comprimé fur les côtés 

& cannelé ; il reffemble au tarbu par des poils qui 

lentourent la bafe de fon bec , & par la conformation 

de fa langue. Le barbican a le plumage de couleur 

noire fur la tête , le cou , le corps , les ailes , les cuiiTes 

& la queue ; la gorge eft rouge ; le ventre eft rôugeâ-* 

tre ; une large bande noire travferfe la poitrine ; le bec 

eft jaunâtre , long de dix-huit lignes fiu: dix d'épaiffeur. 

Les pieds font bnms. Cet oifeau a neuf pouces de 

long ; fa queue en a trois & demi. 

BARBICHON , /?/. enl. 803. Efpece âe gote "^ mouch 
de Cayenne , long de près de cinq pouces , & d'un 
jaune verdâtre. Sa femeÛè eft un peu plus grande que 
lui , & la couleur du plumage eft plus foncée ; le bec 
eft noir , les pieds grilatres ; de longues barbes ou foies 
entourent la oafe du bec. Cet oifeau femble fiffler dou- 
cement les deux fyllabes pipL Le mâle & la femelle 
vont affez de compagnie ; leur nid eft pofé fur les ra- 
meaux les moins touffus , & conftruit avec de la mouffe. 
Ce nid eft d*ime groffeur exceflîve , il a un pied de haut , 
cinq pouces de diamètre , & une petite ouverture fur 
le côté à trois pouces du fommet. 

BARBIER , Labrus anthias , Linn. Poiffon du genre 
du Labre ; il fe trouve dans les Mers de l'Europe & de 
l'Amérique Méridionale. Ce poiffon , dit Unnctus , a 
toute la furface du corps de couleur rouge ; la queue 
eft fendue en forme de fourche ; la nageoire dorfale 
a dix-neuf rayons , dont dix-fept font épineux ; les 
opercules des ouïes font' dentelés comme la lame 
d'une fcie. 

Selon Rondelet , cet anthias a le premier rayon 
de la nageoire du dos long ^ fort & tranchant comme 



So BAR 

un rafoîr , & de là efl: venu le nom de barhUr à ce poifîbn J 
Les Anciens étoient dans l'opinion qiie Vanthias voyoit 
fort clair & de loin , & que quand il étoit pris à 
la ligne , il la coupoit avec fon aiguillon tranchant : 
on a dit plus , on a ajouté que les autres poiffons de 
la même efpece venoient au fecours de celui qui 
étoit pris , & le délivroient en coupant la ligne... La 
chair de ce poiffon eft d'un goût agréable & le digère 
facilement. Voilà tout ce qu'on fait fur le barbier. « 

BARBILLON. Nom donné au barbeau encore petit; 
Foyei Barbeau. 

On donne axiflî le nom de barbillon à une efpece de 
chien de mer , dont il eft mention à la fuite de l'article 
barbu. Voyez ce dernier mot, 

BARBI-ROUSSA ou Barbi-ronsa ou Baby-roes a 
ou B ABIROUSS a. Faux fanglier des Indes Orientales , de 
la grandeur du cetf , dont il a à - peu - près la figure. 
Ce n'eft ni un fanglier ni un cochon ; il n'en a ni la 
tête , ni les foies , ni la queue ; il a les jambes plus 
hautes & le mufeau moins long ; il eft couvert d'un 
poil court & doux comme de la laine ^ & fa queue eft 
terminée par une touffe de cette laine ; il a auffi le 
corps moins lourd & moins épais que le cochon ; fbn 
poil eft gris , mêlé de roux & d'un peu de noir ; {é% 
oreilles font courtes & pointues. Le caraôere le plivs 
remarquable , & qui diuingue le babirouffa de tous les 
autres animaux , ce font quatre énormes défenfes ou 
dents canines , dont deux fortent de la mâchoire fupé* 
xieure en perçant les lèvres , & s'étendent en courbe 
jufqu'au - deffus des yeux , en imitant parfaitement 
des cornes ; les deux autres dents , qui font moins 
longues , partent , comme celles du fanglier , de la 
mâchoire inférieure. Ces défenfes font d'un très - bel 
ivoire , plus net & plus fin , mais moins dur que 
celui de l'éléphant. On prétend que les femelles 
manquent de celles de la mâchoire fupérieure. Ces 
inorme^ défenfes donnent à ces animaux un air 

formidable > 



BAR 81 

formidable ; cependant ils font peut-être moins dan- 
gereux que nos fangliers. Quoique groffiers & féroces 
Us s'apprivoifent aifément. 

Cet animal , dit-on , fe fufpend la nuit par fes dents 
d'en haut à une branche fort élevée d'un arbre , pour 
dormir en fureté & à Tabri des tigres &c autres ani- 
maux fauvages : refte à concevoir de cruelle manière 
ce quadrupède grimpe plus facilement fur des arbres 
que fes ennemis , d'ailleurs plus agiles. & plus fouples 
que lui. Il paroît plus naturel de dire avec M. de Buffon , 
que le babiroujfa ne s'accroche ainil à des branches que 
pour repofer fa tête ou pour dormir debout. Cette 
habitude lui efi cornmune avec l'éléphant , qui pour 
dormir fans fe coucher , foutient fa tête en mettant le 
bout de fes défenfes dans des trous qu'il creufe à cet 
effet dans les murs de fa loge. 

Le babirouffa marche légèrement & en troupe ; il 
exhale une odeur forte qui le décelé , ce qui fait que 
les chiens le chaffent avec fuccès. Il grogne terrible- 
ment , fe défend & bleife des défenfes de deflbus : car 
celles de deffus lui nuifent plutôt qu'elles ne lui fer- 
vent. Comme il a le poil fin & la peau mince , il ne 
réfifte pas à la dent des chiens , qui le chaffent de pré- 
férence aux fangliers , & en viennent fecilement à bout.' 
II a l'odorat très-^fin , & fe dreffe fouvent contre les 
arfxres pour éventer de loin les chiens & les Chaffeurs : 
mais s'il eft pourfuivi fans relâche & long - temps , il 
court fe jeter à l'eau , où il nage aufli bien que le canard l 
plonge de même , & échappe de cette manière fou- 
vent aux Chaffeurs. 

Les Indiens, trouvent la chair de cet animal très- 
délicate., la plus favoureufe & la meilleure de toutes 
celles des bêtes fauvages ; cette chair fe corrompt en 
aflez peu de temps. 

Le babiroujfa fe trouve en Afie , danss Tlfle de 
Bouro , l'une des Moluques : on prétend qu'il fe trouve 
auffi dans les Contrées Méridiopiales de l'Afrique. 
Tquic Ilm F 



îi BAR 

BARBON , Andropogon. M. le Chevalier de la Marck 
donne ce nom à un genre de plante unilobée, de la 
femille des Graminées , & qui comprend des herbes 
dont les fleurs , en général , font difpofées fur un 
réceptacle linéaire , denté alternativement , formant 
foit un feul épi , foit plufieurs épis fitués en faifceau 
cil comme des digitations. Les fleurs font glumacées , 
velues ou laineules à leur bafe , & de deux fortes fur 
chaque épi ; lés unes font hermaphrodites & feflîles , 
& les autres font mâles & légèrement pédiculées. 

Parmi les efpeces dont les fleurs font difpofées ert 
un feui épi ou en panicule , on compte : 

I .^Barbon CARIQUEUX , Andropogon JpicâfolUarld^ 
imbrîcatd , feminibus hirfutis , arijlis nudis , contortis , 
Linn. Selon Rhumphius , fes tiges ont quatre à cinq 
pieds de hauteur. Cette plante croît dans les Inde$ 
Orientales ; on s'en fert à Java & à Balaya pour couvrir 
les maifons ; les pauvres ramafTent le duvet foyeux dé 
fes épis pour en former des couflins & en garnir leurs 
lits. En général, comme cette plante eft plus nuifiblê 
en incommodant les Chaffeurs , en bouchant les 
chemins , & en gênant les beftiaux dans leur pâtu?- 
rage , qu'elle n'eft utile , on la détniit ordinairement 
par le feu. 

2.^ Barbon A épis tors, Andropogon fpicâ folltaridy 
fioribus inferioribus muticis , Linn. ; jEgilops Maderap- 
patana , glumis pilojis ^ ariflatis , Scheuchz, Cette eipecé 
croît naturellement dans Tlnde ; fon épi eu un peu 
tors en fpîrale. 

3.^ Barbon a fleurs divergentes , Lagurus 

humilior , paniculd conicd , laxd , niélante , culmum 
terminante , Gronov. Virgin. Cette efpece fe trouve 
dans la Virginie. 

4.® Barbon panicule , Andropogon panUuùt 

peduncuUs fimpliciffimis tfifioris ( aut quadrifioris ) 
jhfculo hermaphrodito , arijlato , ciliato , baji barbato ^ 
Lilin. ; Phçenix , Hall ; Mgylops bromdides , jub£ 



B A R 8) 

furpurafçenu , Bauh. Hift. Cette efpece croît à 
Vérone , aux environs de Montpellier & dans la 
Suifle. 

5.*^ Barbon penché , Andropogon paniculâ nutanu , 
aripis tortuojis lavibus , glumis calycinis hirfutis , Linn, 
Cette efpece croît dans la Virginie & à la Jamaïque» 

6.® Barbon QUADRIVALVE , Andropogon paniculâ 
nutante , calyçibus quadrivalvulihus , trijloris , Jlofculo 
hzrmaphrodito arijlato , Linn, Mant. Cette efpece croît 
dans l'Inde. 

7. Barbon CYMBIFERE, Andropogon cymbarium^ 
Linn. Ses braôées font purpurines & cymbiformes. 

8.^ Barbon couché des Indes Orientales j, 
Andropogon projlratum y Linn. Ses tiges, qui font très- 
rameufes , font couchées fur la terre , & y prennent 
racine. 

9.® Barbon AlopÉcuroïde , Andropogon Alope-^ 
turoïdes y linn. Cette efpece croît dans ^Amérique 
Septentrionale. Sa tige eft haute de fix pieds ; fou 
panicule eft long, lâche ôç laineux. 

io.° Barbon a fe allés rudes de ITfle de Ceylan , 
Andropogon fquarrofum , Linn. Ses tiges font glabres 
& flottent à la furface de l'eau dibs étangs profonds oîi 
elles croiffcrtt. . 

II.® Barbon des IsLES , Andropogon infulart ,' 
Linn. Cette efpece croît à la Jamaïque. Brown dit 
qu'elle eft vulnéraire & déterfive. 

II.** Barbon NARD , Andropogon natdus ^ LînnJ 
On croit que c'eft le nard Indien des boutiques , c'eft- 
à-dire , le fpica^nard. ^oyt'L C article NarD. 

Les barbons à fleurs difoofées fur plufieurs épis 
fitués en faifceau , ou en torme de digitations , ou 
par paires , font : 

i.° Barbon double i.n ^ Andropogon dtflachium ^ 
Linn. Cette plante croît dans les Provinces Méridio^ 
nales de la France , fur les côtes feches & pierreufesj 
Ses épis font fouvent im peu violets. 



\ 



S4 BAR 

2.® Barbon hérissé , Andropogom hinum , Lînn* 
Cette efpece croît dans la Sicile , en Provente . dans 
TEfpagne & le Portugal. Ses épis font courts , barbus 
& hériffés, 

3.^ Barbon odorant , j4ndtopogon fchcmantus y 
Linn. C*eft le jmc odorant. Voyez SchÉnante. 

4.^ Barbon de Virginie , Andropogon Virginicum , 
Linn. 

5.^ Barbon bicorne , Andropogon bicorne , Linn. 
C'efl: le cupupéba de Pifon. Cette elpece croît à la 
Jamaïque , au Bréfil; on la trouve aum en Arabie* 

6.^ Barbon CRÊTELÉ , Andropogon barbatum ^ 
Linn. Cette efpece , qui eft le kouda -pullu , Rheed. 
Mal. , croît dans les Indes Orientales. 

7.^ Barbon MUTIQUÊ , Andropogon muticum ^ 
Linn. Cette efpece croît au Cap de &)nne-Efpérance, 

8.^ Barbon DIGItÉ, Androvogon ifchamumy Linn. 
Cette plante fe trouve dans les lieux ftériles & pierreux 
de PEurope auftrale. 

9.^ Barbon de Provence , Gramen daBylon 

vîlîofum , ramofum , altijjimum , GalloprovinciaU , 
Tournef. 3 1 1 . On fo^pçonne que c'eft une variété de 
Telpece précédente. 

10.® Barbon fascicule , Andropogon fafcicu-- 
latum , Linn. Cette efpece croît dans les Indes. 

11.^ Barbon a épis nombreux, Andropogon 
polydaByhn y Ijxin. Cette efpece croît à la Jamaïque. 

1 1.^ Barbon a anneaux , Andropogon annulatum , 
Forsk. Cette efpece croît en Egypte , le long des rives 
du Nil. 

BARBOTE franche. Voyt^ Franche-barbote. 

BARBOTINE. Voyci Poudre a vers. 

BARBU , Buuo. Genre d'oifeau dont le caraâiere 
eft d'avoir quatre doigts , deux devant & deux der- 
rière , le bec un peu convexe en defTous & comprimé 
par les côtés. On en diftingue plufieurs efpeces , qvvî 

toutes ont pour trait fpéçialçmçnt c«:aèénflique ^ 



BAR 85 

une cfpece de barht à la bafe du bec , qui eft cotnpofée 
de plumes roides comme du crin, & tournées en 
devant. Ces oifeaux ont les mœurs fanguinaires , 
à-peu-près comme les pies - gricches , & font propres 
à l'Ancien Continent : les tamatlas qui ont beaucoup 
de rapports extérieurs avec les barbus , font d'un na- 
turel tranquille , qui approche de la ftupidité , &'font 
propres au Nouveau Continent. Les barbus & les 
iomatias ayant les ailes fort courtes , ne peuvent four- 
mr un long vol , & par conféquent , dit M. de Buffbn , 
n'ont pu paffer d'un Continent à l'autre ; ainu les 
tamaûas doivent compofer un fous-genre du Barbu. 

Barbu ( à gorge jaune ) des Pmlippines , pU ml. 
331. Il eft au moins de la groffeur du moineau-franc ; 
là longueur totale eft de cinq pouces trois lignes ; 
l'envergure de neuf pouces quatre lignes; la queue 
n'a que quinze lignes de longueur : la partie anté- 
rieure de la tête eft dans le mâle d'un beau rouge ; une 
bande de cette même couleur fur la poitrine ; le refte du 
plumage fupérieiur d'un vert obfcur ; le refte de l'in- 
férieur jaune , mais d'une teinte foible fur le -ventre , 
avec des traits d'un vert obfcur ; l'œil eft auffi entoiuré 
de jaune ; le deffous de la queue d'un cendré-bleu . : 
les jambes & les pieds jaunâtres ; le bec & les ongles 
bnins. Il y a le barbu à gorge noire de Tlfle de 
Lucon. ( Voyage à la Nouv. Guin. ) Le barbu àplajlron 
noir du Cap de Bonne-Efpérance , //. enl. 688, Jig. i. 
Le grand barbu de la Chine, //. «2/. 871 ; le vert eft 
la couleur dominante de fon plumage : cet oifeau a 
près de onze pouces de long. Le barbu vert de Mahé ; 
fon bec eft blanchâtre. Voyez pi. enl. 870. Le petit 
harbu du Sénégal ; fon bec & fes pieds font jaunâtres» 
Voyez pi. enl. 746 ,/g^. 1. A l'égard du barbu à gros 
h^y de celui k poitrine noire , de celui à ventre tacheté , 
de ceux à tête & gorge rouges de Cayenne & de Saint- 
Dommgue , & du barbu à^s Maynas , Foye^ P article 
Tamatïa, 

F 3 



8(5 BAR 

Barbu. M. Broujfomt donne ce nom à une efpece 

de chitn de mer de la feôion de ceux qui ont une nageoire 
derrière Vanus , avec les trous des tempes ; mais ce qui 
diftingue ce barbu , ef't le grand nombre d*appendices 

2u'il a fur la partie Inférieure du mufeau. La (lefcrîption 
e cette efpece , donnée par M. Bronjjonet , eft extraite 
des manufcrits du Dodleur Solander. 

» Sa tête étoit large , aplatie & courte ; Touverture 
» de la gueule fituée prefque au bout du mufeau ; les 
v^ dents en forme de lance* , & difpofées en plufieurs 
^ rangs : à la partie inférieure du mufeau étoient 
» plufieurs appendices de différentes forme & longueur ; 
» il y en avoit une d'un demi-pouce de long , placée 
» au-devant de chaque narine ; elle étoit diviiee latéra- 
>> lement en plufieurs autres plus petites ; il y en avoit 
» cinq autres de chaque côté ; au-deffus de Pangle 
^ que formoit l'ouverture de la gueule , elles étoient 
>► vermiformes , & avoient vm demi-pouce de long : 
» on en obfervoit encore deux de chaque côté au-delà 
» de l'angle de l'ouverture de la gueule ; l'antérieure 
^f étoit la plus longue & bifide : on en voyoit en outre 
» deux autres au-delà de celles-ci ; la poftérieure 
» formoit plufieurs divifions : enfin , entre ces dernières 
» & les nageoires peôorales , on en trouvoit deux 
» afliz grandes , divifées fur un de leurs côtés en 
w lobules obtus ; les trous des tempes étoient grands ; 
>> les narines placées immédiatement au-devant de 
» l'ouverture de la gueule ; il y avoit cinq bouton- 
» nieres ou évents ( expiracula ) de chaque côté ; 
» l'anus placé au-delà du milieu du corps ; la pre- 
» miere nageoire doifale à l'aplomb de l'anus ; la 
M fecohde utuée entre la première & l'aplomb de la 
y> nageoire de derriére.l'anus : les pedorales plus grandes 
» que les abdominales ; la nageoire de la queue légé- 
» rement divifée; la peau recouverte de très-petites 
^ écailles , dures , lifTes & luifantes : le corps avoit 
^ trois pieds & dexni de long y & il étoit garni dç taches 



BAR sr 

)^ de différentes graildeurs , noires ^ platées fafts ordre , 
» rondes & anguleufes , entourées d'un cercle blan- 
» châtre , & reffemblant en quelque forte à des yeux. 
» Cette efpece de chUn de mer a été prife dans la Mer 
>» du Sud , fur la Côte de la Nouvelle Hollande , 
>> dans une Baie que le Capitaine Cook a nommée 
» Sting Rays^Bay , à caufe de la grande quantité de 
» Taie$ qu'il y a trouvées «. 

M. Broujfonet fait mention d'une autre efpece de chien 
de mer , qu'il nonune le barbillon : >► Celui-ci ( dit-il ) 
» eil de la même feftion que le barbu ; mais une 
w appendice vermiforme à chaque narine forme un 
» caraâere diftinôif dans l'efpece du barbillon , & lui 
>> en a fourni le nom. Le barbillon eu de couleiu: 
» rouffe. Les individus dont la longueur n'excède pas 
>> un pied, ont fur tout le cOrps de petites tacnes 
» noires , rondes , qu'on ne retrouve point dans les 
» gros. Cette efpece de chien de mer fe trouve dans 
» les Mers d'Amérique «. M.. Broujfonet en a vu plu- 
sieurs individus qui avoient été péchés aux environs 
de la Jamaïque ; M. le Chevalier Banks l'a encore vue 
dans la Mer du Sud , fur la côte de la Nouvelle 
Hollande. Les plus longs que M. Broujfonet a eu 
occaiîon d'examiner , avoient un peu plus de cinq pieds; 
les écailles font larges , aplaties , très-luifantes : comme 
elles font auffi très - rapprochées ,. notre Obfervateur 
préfiime qu'on pourroit faire avec leiu-s peaux def- 
féchées , les plus beaux ouvrages en galluchat ; mais 
qu'elles prendroient , à la vérité ,. difficilement les 
couleurs. On voit au Cabinet du Roi un aflez grand 
nombre d'individus de cette efpece defféchés , d'après 
lefoiiels M. BrouJJonu a fait la defcription . fuivante , 
& d'après pKifieurs individus confervés dans la liqueur, 
& qui fe voient dans la CoUeâioa de M., le Che- 
valier Banks. 

» La tête du chien de mer , appelé le baiiUlon , f ft 
P. aplatie j le mufeau comrt & obtus ;. !lej. lèvre* 

' ^ F X' 



88 BAR 

^ épaiiTes lur les côtés; les dents en grand nômbt^ ^ 

^ atongées ^ aiguës &c dilatées à leur bafe ; au-devant 

» de chaque narine , une appendice vermiforme ; les 

» yeux & les trous des tempes très-petits ; cinq évents 

f^ ou boutonnières de chaque côté ^ dont les deux 

^ derniers plus rapprochés , fur-tout dans les adultes ^ 

» femblent n'en teire qu'un feul : les nageoires peâo- 

^ raies grandes ; l'anus également diftant du bout du 

9f mufeau & du bout de la queue ; les nageoires qui 

» l'entoiurent arrondies , &i phis petites que les peâo- 

» raies ; la première du dos à l'aplomb des abdominales ; 

^ la féconde fituée avant l'aplomb de la nageoire de 

» derrière l'anus ; celle-ci efl: petite & très-rapprochée 

^ de la queue : la queue forme le quart de la longueur 

^ de tout l'animd ; elle eft d'abord divifée en deux 

» lobes , & légèrement échancrée vers l'extrémité «. 

BARBUE , Ophidium barhatum , Linn. Poiffon du 

genre de la Don[elU. Il eft commim dans le Golfe 

de Venife ; fa chair eft blanche & ferme ; Bdon 

dit qu'elle eft d'un goût très - délicat. Ce poiffon a 

beaucoup de rapport, pour la figure, avec VanguilU 

& le congre ; mais la barbue a le corps bien plus covui: 

à proportion de fon volume , plus comprimé par les 

côtés , & d'une couleur plus claire : le dos eu d'une 

teinte cendrée ; le milieu des côtés a un éclat argenté ; 

la peau a de petites écailles oblongues , étroites , 

éparfes & fans auam ordre ; la gueule eft fpacieufe ; 

les mâchoires & le palais font heriffés de très-petites 

dents ; la langue eft aiguë ; les yeux font grands , 

recouverts par une membrane commune , tranfpar ente , 

leurs iris argentés. Les quatre barbillons que ce poiffon 

a fous la mâchoire inférieure , partent d'un point 

commun , & ont un pouce de longueur. De mtême que 

VangulUe , la barbue n'a que trois nageoires ; favoir , 

deux pç^orales ; & l'autre fur le dos , à la diftance 

de deux';pouces & demi de la tête ; elle fe prolonge 

de manière qu'elle fait , fans intemiption , l'office 



BAR 89 

de nageoire dorfale ; de celles de la queue & de 
l'anus , elle fe termine à cette dernière partie ; le bord 
fupérieur de cette nageoire unique , eft noir comme 
dans le congre. 

Fillughby obferveque laveflie aérienne de cepoiflbn^ 
a le fond percé d'un trou dans lequel s'infère un petit 
tube fermé feulement par une membrane d*im tiffu 
lâche & délié ; en forte que quand on comprime, la 
veflie , Pair entre dans le tube & le diftend : ce même 
tube eft rempli d'ime liqueur vifqueufe & tranfpa- 
rente. A la partie oppofée de la veflie , eft un corps 
dur & glanduleux , femblable à im opercule ; en forte 
que cette veflie paroît avoir deux prolongemens dan$ 
la direftion de fon axe. 

BARDANE , Glouteron ou Herbe aux 1^1^ 

Q}^VX ^ Lappa major y arclium Diofcoridis ^ C. B. Pin. 
198 ; Perfonoiafeu Lappa major aut Bardana^ J. B. 3, 
570; Lappa tomentoja , arSium lappa y linn. 1143* 
C'eft une plante annuelle qui crQÎt naturellement dans 
les prairies & fur les chemins , dont la racine eft 
blanche en dedans & noirâtre en dehors , d'une faveiu: 
douceâtre , terreufe & un peu auftere ; elle rougit légé- 
tement le papier bleu. Sa tige eft haute de deux ou trois 
pieds , épaifle , ftriée , un peu cotonneufe. Les feuilles 
de la bardant font molles , cordiformes , pétiolées , 
vertes en-defliis , blanchâtres en-dcflx>us , larges , & 
longues d'un pied & plus. Ses fleurs , ramaflees en 
bouquets , font compofées de plufieurs fleurons pur- 
purins , contenus dans un calice globuleux , compofé 
d'écaillés imbricées , terminées par un crochet qui 
s'attache aux habits lorfqu'on en approche. Aux fleurs 
fuccedent des femences ovales à aigrette. 

La racine de cette plante eft regardée comme un 
excellent fudorifique; fa décoâion eft préférable à 
celle de la fcorfonere dans les fièvres malignes ; 
on prétend que fon infiifion a guéri des goutteu^^ : 
mais elle eft bien délagréable à boire. Les feuilles de 



90 BAR 

bardant font réfolutives , Vulnéraires , & doivent leur 
vertii au nitre qu'elles contiennent ; car étant feches ^ 
fes feuilles fufent fur les charbons* Sa femence eô un 
puiffant diurétique. On appelle auffi la bardanc , herbe 
aux teigneux y parce qu'employée extérieurement elle 
eft très-utile pour la gale. On fe fervoit autrefois de 
{ts feuilles pour fe mafquer le vifage , ce qui Pavoit 
feit nommer perjokata. 

Le genre de la bardant a de très -grands rapports 
avec les chardons. La petite hardane efl le glaiteron^ 
Yoyez'Ce mot, 

BARDEAU. C'eft le nom donné au mulet provenant 
du cheval & de l'âneffe. Foyei â l'article MuLET* 
BARDEAUT , en Guienne , eft le bruant. 
BARGE , Caprkeps aut Limofa. Oifeau aquatique & 
de paffage , très-commun en Egypte , affez femblable 
au courlis. Cet oifeau , très-délicat à manger , a vm 
cri qui imite celui du bouc & de la chèvre. Il vient 
for nos Cotes en Septembre , & cherche à vivre la 
nuit dans les marais falugineux , ainfi que font la plu* 
part des oifeauxr de nuit : comme les becaffes , la barge 
vit de vers & de vermiffeaux qu'elle tire de la vafe : 
cet oifeau court très-vite. 

M. de Buffon , à l'occafion des barges , obferve que 
de tous ces êtres légers ( les oifeaux ) , fur lefquels la 
Nature a répandu tant de vie & de grâces , & qu'elle 
paroît avoir )etés à travers la grande fcene de fes 
ouvrages , pour animer le vide de l'efpace & y pro- 
duire du mouvement ; les oifeaux de marais font ceux 
qui ont le moins de part à fes dons .... Auam d'eux* 
n*a les grâces ni la gaieté de nos oifeaux des champs : 
ils ne favent point , comme ceux-ci , s'amufer , fe 
réjouir enfemble, ni prendre de doux ébats entre eux 
fur la terre ou dans l'air ; leur vol n'eft qu'une fuite ^ 
une traite rapide d'un froid marécage à un autre. . . . 
Us gifent à terre & fe tiénnenf à l'ombre pendant le 
jour ; une vUe foible , im natiu:el tixnidè , leur fout 



BAR 91 

préférer Pobfcurité de la nuit , ou la lueur des cré- 
pufcules , à la clarté du jour ; & c'efl: moins par les 
yeux que parle taft, ou par l'odorat, qu'ils cherchent 
leur nourriture. C'eft ainli que vivent les bécafTes , les 
bécaffines , les barges , & la plupart des autres oifeaux 
de marais. 

La barge eft d'un genre partiailier ; on en diftingue 
plufieurs efpeces : leiu* caraâere eft d'avoir quatre 
doigts , trois devant & un derrière ; le bec eft menu , 
fort long , plutôt recourbé en haut que droit , & 
obtus par la pointe. 

fl y a la barge griji , pi. enl. 876 ; c'eft la barge 
ûboytufe , le totàno de^ Vénitiens , le crex de Belon : 
la barge aux jambes ^ pieds rouges: la barge brune ^ 
pi. enl. 876 : la barge commune , pi. enl. 874 , fon 
plumage eft en général d'un brun rouflatre : la barge 
rouffe , pi. enl. 900 ; elle fe trouve dans le Nord des 
deiuc Continens ; c'eft le francolin à poitrine rouge 
d'Edvards , & l'on en diftingue en Amérique une très- 
grande efpece , pi. enL 916: la barge variée reflemble 
a la barge grife ou aboyeufe , mais le croupion de celle- 
ci eft blanc , & fes pieds font gris ; l'autre a le crou- 
pion brun & les pieds d\m noir verdâtre : la barge^ 
blanche fe trouve à la Baie d'Hudfon ; Edwards lui 
domie le nom de francolin blanc. 

BARNAQUE. yqye[ Bernacle & Conque ana- 

TIFERE. 

BARNET. Nom donné par M. Adanfon à une efpece 
de buccin qui offre une éngularité remarquable. Toutes 
les vieilles coquilles , dit-on , foit mâles , foit femelles , 
fe caflent par l'extrémité du fommet , lorfqu'elles ont 
atteint le nombre d'onze à douze fpires , de manière 
<ïu'il ne refte que les quatre ou cinq fpires d'en-haut 
ou de fa bafe. Par quelle mécanique l'animal peut-il 
procurer cette rupture dans une coquille* operculée , 
auffi dure & aum épaifle que l'eft celle-ci dans fa 
vieiUefle ? . 



92 BAR 

BAROUTOUS. Nom que l'on donne à Cayennc 
à une tùurttrdU qui y eA aflez commune ; on diroit 
d'un grand cocoeiin. Voyez ce mot. 

BARRAS, yoyei Galipot. 

BARRE. Nom donné par les Normands au flot ou 
flux des eaux de la Seine , lorfque la mer monte, yoyei 
r article Mer. 

Barre ou Barrus aux Indes Orientales , eft IV/e- 
phant. Voyez ÉLÉPHANT. 

BARRÉ 9 (le) Sïlurus fafiiatus , Linn. Poiffon du 
genre du Silure, Cette efpece fe trouve au Bréfil & à 
Siuinam : c'eil le myjlus cirris fex , rnaxilld ihfcriGre 
brevwri , rojlro plagio^plateo , lato , de Gronoviiis. Cet 
Auteur dit que la tête de ce poiffon eft aplatie en 
deffus , marquée d'un fiUon longitudinal ; elle eft par- 
tout de la même largeur que la plus grande de celle 
du corps ; la gueule eft un peu ouverte & placée fur 
le deffus du mufeau ; les mâchoires , le palais & le 
gofier font garnis de petites dents ; la mâchoire 
lupérieure eft immobile , & beaucoup plus longue que 
celle de deflbus ; des fix barbillons , deux font beau- 
coup plus longs que la tête , & fortent de l'angle de 
la mâchoire inférieure ; les quatre autres , un peu 
moins longs , font difpofés fur cette même mâciiolre. 
Les yeux font faillans , arrondis ^ petits , litués iiir le 
fommet de la tête ; les opercules font dépourvus 
d'aiguillons ; les lignes latérales font liffes &: relevées 
à leur naiffance. La première nageoire dorfale eft garnie 
de fept rayons rameux , excepté le premier qui eft 
fimple; la féconde dorfale eft petite ; les peâorales 
ont chacune dix rayons , dont l'antérieur eft roide ; 
les abdominales font dépourvues d'aiguillons , mais 
garnies chacune de fix rayons ; celle de l'anus en a 
treize ou quatorze ; la queue eft très-échancrée , & 
fon lobe iriférieur bien plus long que celui de deffus. 
La peau liffe & fans écailles ; la couleur des parties 
de deffus eft rouflâtre } celle de deffous eft blanchâtre; 



BAR BAS 9j 

les côtés font panachés de grandes taches d*Un6 teinte 
fombre , & les nageoires parfemées de taches noires^ 
Linnaus prétend que le dos eft marqué de bandes 
blanches fur un fond noir. 

BARRELIERE, Foyei à rarticU Bahel-sculli. 

BARRIS ou Homme des bois , ou Grand Orang- 
outang. yoy€[ Homme sauvage , l'anidc Singe 
& celui <£*Orang-outang. 

BARROS. P^oyei Bucaros. 

BARTAVELLE. Efpece de perdrix de Savoie & de 
Grèce. Foye^ à VarticU Perdrix. 

BASAAL. Genre de plante à fleurs polypetalées , 
qui paroît avoir des rapports avec les Antifdcrms ; 
Voyez u mot. Il y a le bafaal à pétales pointus , 
Bhud. Mal. ; les Brames l'appellent viUngi ; les Por- 
tugais , fruita perdrica ; & les HoUandois , fif^inr-beffen. 
C*cft un arbriiTeau toujours vert ; il croît dans les 
terres fablonneufes du Malabar , & particulièrement 
aux environs de Cochin. Sa dxu'ée eft d'environ quinze 
ans. La décoâion de fes feuilles dans Peau , avec un 
eu de gingembre , foulage dans les maux de goi^ ; 
es Naturels frottent le front & les tempes des fré- 
nétiques avec fes baies rouges , fucculentes & frites 
dans le beurre ; fes amandes font blanchâtres & efli- 
mées vermiftiges. 

Une autre efpece de bafaal , eft à pétales arrondis. 
C'eft le tsjcnum-cottam , Rheed. Mal. ; le ramifol des 
Portugais , & le liis-bcffen des HoUandois. Cet arbrif* 
feau croît naturellement à la Côte de Malabar. 

BASALTE , Bafalui. Ce nom défigne , en Minéra« 
logie , une efpece de pierre de touche propre à éprou- 
ver les métaux , & qui fe trouve en Lorraine ^ en 
Bohême , en Saxe , en Siléfie. C*eft une pierre dure 
dont Pline a parlé le premier , & qu'il dit fe trouver 
en Ethiopie (a). Quelques Naturaliftes modernes re- 

(«) PltM entend par le nom hâfdlit , la pierre d^Etkiopiê noire & 
ttès-dare, dont Strapon a vtt des col^n&çi U des aorçrnu d'uno 



i 



94 BAS 

gardent comme un hafaltt la fkmeufe pierre de Stolpen 
en Mifnie , près de Drefde : cette pierre , qui a diverfes 
configurations & grandeurs , eft en maffes qui fe dé- 
tachent communément en morceaux de figure carrée. 
On a aufli trouvé dans le lit du Rhin , proche Bonne , 
im véritable bafaltt , & nous en avons confervé un 
bel échantillon dans notre Cabinet : il efl hexagone., 
Telle eft encore la pierre connue fous le nom de pavi 
de la chauffée des Géans ^ {bafanos maximus Hibernicus^ ) 
& que l'on voit dans le Comté d'Antrim , au Nord 
de rirlande. > 

La pofition naturelle des morceaux de cette forte de 
pierre ou pavi des Gians , offre en cette contrée un 
fpeftacle digne de l'attention des Nàturaliftes : qu'on fe 
figure une immenfe quantité de pierres fort obfcures , 
noirâtres , pefantes , très-dures , affez liflès en leur fur- 
face extérieure , d une figure prifmatique ou polygone , 
commimément à cinq pans & quelquefois à fix , à 
fept, rarement à huit , à neuf, à trois & à quatre 
pans; chaque pierre ordinairement convexe par une 
furface & concave par l'autre , très-rarement plane 
par les deux furfaces : plufieurs de ces pierres de la 
même configuration ,, empilées perpendiculairement 
à l'horizon les unes fur les autres , de manière que 
ce font comme autant d'articulations ç[ui s'emboî- 
tent , s'engrènent ou fe joignent toujours exafte- 
ment pour former une colonne. Chaque artiailation 
eft facile à féparer. Voilà la première. efquifTe de 
ce phénomène aufli curieux que fmgulier. On re^- 
cohndît déjà que la nature , la figure & la pofitioh 
de ces pierres leur donnent un caraâere unique ; main- 
tenant qu'on fe figure un affemblage^ de plufieurs 
inlUiers de colonnes angulaires , (on diroit d'un groupe 
de folides piliers artificiels ) dans ime grande éten- 

^paîfleur confîdërablc. D*une feule colonne , TEmpereur Veffaptn fit 
faire une fiatue entière , avec (eize eufans , qu^il dédia au Nil » 4aas 
■Je Temple de la iPaix* 



^ B A s 9f 

due de terrain , & qui fait une digue vers TEcoflè ; 
autre beauté des plus frappantes. Chaque articula- 
tion ou morceau a environ dix-huit pouces de haut 
& vingt de. large, &c même plus. Quant à la diffé- 
rence des figures que Ton obferve entre quelques- 
unes de ces pierres , ne poim^oit-on pas dire que ceci 
a dépendu de la différence des milieux, dans lefquels 
les matières conftituantes fe feront réunies pour s'y 
criftallifer? Uéquilibie des fluides ou leur agitation, 
peut-être l'intervention accidentelle de corps étran- 
gers , auront produit ces différences. Quant à l'efpece 
d'irrégularité dans les affifes continues &: refpeâives 
des colonnes , ce fait eft .plus difficile à expliqu€j\. 
On peut dire feulement qu'elles auront pris leurs hau- 
teurs par intervalles dans l'eau chargée de la matière 
du bafaltc; &c comme dans ime même maffe chargée 
de cn&àxxx de roche ou de fels , il y des criftaux plus 
gros, plus grands & plus réguliers les uns que les au^ 
très , il a dû arriver que les articulations ayant acquis 
chacune dans la même direâion plus de volimie, les 
colonnes qui en feront compofées dépafferont les co- 
lonnes voîfines. La féconde articulation fe fera criflallifée 
fur la première déjà confolidée; la fuperficie convexe 
de la première aura donné fon* empreinte en creux 
dans la ailaffe de celle du deffus , & ainfi de fuite. 
Cette emlication fuppofe des dépôts affez tranquilles , 
ou des fluides peu agités : cependant un bon Obfer- 
vateur très-connu , M. Dcfmarefls , regarde ces criflal- 
lifations comme le produit des volcans, une matière 
graniteufe comme vitrifiée ou en fufion; & cette 
forte de lave , en fe refroidiffant , a dû fe criflallier , 
peut-être fe filer , fe fendre, fe divifer en morceaux 
auffi réguliers : il a trouvé des articulations de bafalu 
en Auvergne , d'une groffeur énorme , dans des en- 
droits qui ont autrefois fubi des éruptions & des 
cataraâes de feux fouterraips. Ce dernier fyflême ne 
ladfle pas d'avoix dfi3 partifans. M. Defmareds dit çnçojfQ 



96 BAS 

que les hafattes articulés ne peuvent être confidéréî 
comme PdFet de la retraite de la matière de la lave , 
mais comme celui de la compreffion des boules de lave. 
Journal dt Phyjiquc^ Juillet & Août lySj. Peut-être 
ces boules bafaltiques ont-elles été formées ainfi lors de 
Péniption du volcan; peut-être font-ce des noyaux 
de prifmes ou de colonnes bafaltiques ufées &: chariées 

{>ar l*eau. Revenons à la hauteur des colonnes en 
rlande ; il y en a depuis trois & quatre pieds^ jufqu'à 
trente & quarante; on n'en trouve prefque point d'ifo- 
lées ; elles forment des mafies énormes; la plus grande 
eft particulièrement appelée la chauffée des geansj l'autre 
{)orte le nom de jm d^orgue ; celle-ci n'eft compofée 
que de foixante piliers, tandis que dans celle de la 
chauffée on en compte plus de trente mille. Dans les 
baffes marées on obferve que cette chauffée s'avance 
de cent .tolfes dans la mer, &: il eft probable que fa 
longueur eft beaucoup plus confîdérable. On effime ià 
plus grande largeur à deux cents quarante pieds ^ & fa 
plus petite à cent vingt. Du côté des terres on trouve 
plitfieurs de ces colonnes à plufieurs milles à la ronde. 
On en a découvert auili dans les roches graniteufes 
des montagnes Euganéennes près Padoue en Italie. 

Cette pierre eft ti'un tiffu ferré, feit feu avec le 
briquet , & prend un beau poli ; elle eft brillante dans 
fes fraâures; on n'y découvre point de corps étrangers, 
ni bulles, ni pores; fa duretç la rend difficile à être 
travaillée ; elle peut fervir de pierre de touche pour 
effayer les métaux ; elle ne fe calcine pc^nt au feu 
ordinaire , elle y acquiert une couleur ferrugineufe , 
& fe convertit , à l'aide de la foude dans un feu vio- 
lent, en un verre noir. On voit trois beaux mor- 
ceaux de bafalte d'Irlande dans le Cabinet de Leyde, 
& fept à huit au pied du grand efcalier du Mufaum à 
Londres. Fôyt[ ^article Lave , & confului notre 
Minéralogie & le Supplément du Dictionnaire de Cham* 

bers, au mot Giants-Causeway. 

Dom 



BAS 97 

Dom de Al[au y Ramyns a mandé du Mexico à 
V Académie Royale des Sciences , qu'on voit dans le 
domaine royal des mines de Paftucca une montagne 
formée de pierres taillées de la groffeur & de la 
figure dont on peut les défirer^ On n'a que la peine 
de les détacher du monceau. Ces pierres ne font pas 
rangées horizontalement, mais perpendiculairement % 
Phorizon; & telle qu'eft une de ces pierres, on peut 
Être affuré que toutes celles qui font au-deffus ou au- 
deffous lui reffemblent. Ces pierres paroiffent être 
encore un bafalte de même nature que celui de la 
chauflee des Géans. M. Montent a auffi trouvé du 
hafaUe en Languedoc. Le bafaUe du Nord eft bien 
différent, Voye^ l'article Pierre de Bafalte. 

A l'égard du bafalte de roche , Voyez à l'article 
^PUrre de Corne. 

BASELLE, Bafella. Genre de plante à fleurs incom<« 
pietés , de. la famille des Arroches , & qui comprend 
des herbes exotiques, dont les tiges font grimpantes^ 
les feuilles fimples-&-^ernes , & Tes fleurs difpofées 
en épis axillaires qui n'ont aucun éclat. Le fruit eft 
une lemence recouvette par le calice qui , en groiïiffant, 
a acqms une confiilance charnue , ëc pris la forme 
d'une baie. 

II y a la Bafdlt à tiges ^un rouge-pourpre , Bafella 
Tubra , Linn. ; c'eft le gondola rubra , Rumph. Amb. 
Cette efpece croît dans les Indes Orientales , & on l'y 
cultive dans les jardins, pour en manger les feuilles 
cuites en guife d'épinards. Ses baies donnent une 
belle couleur rouge, en teinture, mais peu durable; 
La bafelle blanche efl le marafahki de Kâempfer ; 
cette efpece croît au Japon ,^ns la Chine & au% 
Moluques : la bafelle à feuiUW en coeur du Malabar : 
c^Vat â feuilles, luifantes de l'Inde : celle à femlU$ 
wales ^ rhomboidales du Japon : enfin celle à fruits 
véficuUux du Pérou ; celle <- ci eft Vanridira d^ 
Efpagnols. 

Tonu lU Q 



^8 BAS 

BASII^ ^ çpî couronné, Bafilaa coronat^^ 'CorcHA 
ngalis , lilu-folio crenato^ DiU. i FridUaria, re^a , Linn^ 
5on épi de fleur eft denfe , & couronné par un bouquet 
de feuilles femblables! à celles du bas de la plante , ■ pais 
petites , & qui a quelque analogie avec la couronne dç 
Yanands. Cette plante croît naturellement au Cap de 
Bonne-Efpçrance ; M. Unnaus la rapporte au genre des 
Frinllaius i mdis M. ^ iaMarck^ dit que fa racine ed 
tubéreufe comme celle des ajphodeles. 

BASILIC , Ocymum. Plante dqs plus agréables par 
fa forme élégante , par foh odeur fuave & aroma- 
tique. Elle eô. indigène aux Indes , en Perfe , à Saint- 
Doiyiingue : elle s*efl naturalifée en Europe , oîi elle 
eft aflez comnaun,e : elle croît dans Içs lieux fablonneux 
^ incultes. On en connoît de plufieurs fortes , qui 
croiffent avec ^u fans culture. Il y a le ba/îlic grand ou 
franc-^bafin 4esjndes & de TA^nérique ; c*eû leyS^Wi- 
ïirtava , nala-tirtava de Rheçd. Mal. ; Ocymum vulgatius ^ 
C. B. Pin. 126; Ocymum magnum yT^ern. Icon; 343 ; 
Ocymum bajilicum , Linn. 833 : le bafiUc moyen & vertj 
Ocymum médium j le bajilic moyen & violu ; le bafilU 
petit &C violet ; le bafitic petit & vert , Ocymum minimum , 
C. B. Piiî. 216, Lmn. 833 : c'eft la petite efpece veru 
que Ton élevé communément dans des pots, & fes' 
fteurs font hermaphrodites , chacune a quatre étamines 
& un piftïl. Les fleurs de ce genre de plante font en 
verticilles , axillaires., difpofées en épis , fort odorantes ^ 
variées en couleur fuivant les efpeces ; chacune de ces 
fleurs eô en gueule , 1^ lèvre inférieure eft entière , 
la fupérieure divifée en quatre ; le calice eft à deux 
lèvres , dit M. Deïm^e, L'efpece de bajîtic dont on fait 
ufage dans les fauces, eft le bafilic moyen ^ qui s'élevê 
à la hauteur d'envir^ un demi -pied , & dont les 
fçuilles reflemblent à celles de la pariétaire. Ces plantes 
annuelles fleuriflent en Juillet & Août ; Texcellence de 
leur odeur les a fait noauner bafjlk ^ comme qui diroi^ 
plante royale. 



BAS 9^ 

JJnnaus fait mention du ba/îlic blanc^ Ocymum album ^ 
linn. , Mant. 84. Il eft originaire de Java & annuel ; 
fa tige eft haute d'un pied , verdâtre ; fes feuilles larges 
d'im pouce ou environ , concaves , nerveufes , glabres , 
à peine dentées; fes fleurs verticillées , garnies de brac- 
tées 5 ovales , cordiformes & pointues ; la corolle eft 
blanche. ♦ 

On diftingue encore le ^and bafilic fauvage , Clinopo» 
dium origano Jîmile , elatius , majore folio , C. B. Pin; 
ai 5 ; & le petit bafilic fauvage , Clinopodium arvmfe , 
ocymifacie , C. B. Pin. 12 5 ; Acinos midtis , J. B. 3 , 1 59. 
Le grand bafilic fauvage ^ Clinopodium vulgàre , Linn. 821^' 
a une tige de deux à trois pieds , fimple , velue , carrée ; 
fes feuilles font oppofées , pétiolées , ovales , un peu 
dentées & velues ; fes fleurs font verticillées & termi- 
nales en tête , garnies de braftées fétacées. Cette plante 
croît le long des bois. 

On diftingue auffi le bafilic des Moines ou le bafilic 
velu d*Egypte ; le bafilic inodore de PInde : c'eft le 
fulafii-putiutan de Java. 

M. de Prefontairu ( Maifon Ruftique de Cayenne , ) 
fait mention du bafilic du Para ou baume de Savanne. 
Cette plante s'élève à deux pieds de hauteur ; fa feuille 
eft rude & d'un vert-noir ; la fleur eft petite & bleue, 
\]vi<^ poignée de ce bafilic cuite dans du fort vinaigre , 
& appliquée fort chaud fur le point de côté , le guérit 
s'il ne provient que de vents. 

Toutes les efpeces de bafilic , dont nous n'avons 
cité que les plus remarquables , font eftimées cordiales 
& céphaliques ; deflechées & réduites en poudre , on 
les mêle avec les autres herbes aromatiques : bien des 
perfonnes s'accommodent mieux de cette poudre que 
du tabac , qui leur irrite trop les fibrilles nerveufes dé 
la membrane, pituitairé. L'inHifion de cette plante , 
prifê en guife de thé , eft très-utile pour les douleurs de 
tèlt. Il y a des Cuifiniers afl!ez habiles pour employer 
ayçc tant d'art U baJUic , k ferpoUt ^ la farriette ^ iç^ 



100 BAS BAT 

ihim , & quelques autres herbes aromatiques , que les 
mets quHÎs préparent avec ces aflaifonnemens , font 
auffi agréables au goût , que s^ils y employoient les 
épices des pays étrangers ; auffi ne faut- il pas s'étonner 
fi quelques Épiciers font aujourd'hui dans Tufage de 
jfaire entrer dans leur compofition c^épices ces fortes 
d'aromates indigènes avec les exotiques. 

Basilic ( le ) , Lacerta ( bafiUfcus ) caudâ urcd 
ïongâ , pinnd dorfali radiatâ , occipiu crijiato , Linn. 
Ce U^iard , qui fe trouve dans l'Amérique Méridionale y 
êft remarquable par une efpece de crête ou de mem- 
brane qu'il porte fur l'occiput ; cette crête eft couverte 
d'écaillés &c s*éleve en forme de cône comprimé ; le 
dos & la queue font ornés d'une autre crête également 
élevée , partagée en plufieurs fegmens par des efpeces 
de rayons , & couverte de petites écailles, Lorfque 
l'animal eft tranquille fur un arbre , il replie & déve- 
loppe alternativement cette crête comme un éventail. 
Ce U[ard eft du quatrième genre. 

Des Ecrivains ont donné auffi le nom de bajilic à un 
animal febuleux , que Ton mettoit au rang des dragons 
&c des ferpens; y on prétendoit qu'il tiroit fon origine 
de l'œuf d'un coq ^ & que le feul regard de ce 
hafilic donnoit la mort. On débitoit fur cela plufieurs 
autres contes, qui ne méritent point quyon en parle. 
Nous nous contenterons feulement de dire ici que le 
ia/ilic que les Charlatans & les Saltimbanques expofent 
tous les jours avec tant d'appareil aux yeux du Public 
pour l'attirer & lui en impofer , n'eft qu'une forte de 
petite raie . qui fe trouve dans la Méditerranée , & qu'on 
feit deffecher fous la bizarre configuration qu'on lui 
donne. 

BASSE, yoyei à Particle Perche. 

BASSET. Nom donné à une race de chiens à jambes 
jpourtes & baffes. On peut voir à l'article C/uen U% 
caraâeres & la filiation de cette race. . 

BASSOMBE. roye^ Accrus DES Indes, 






BAT 101 

BATATTË ou PatatTe. On va réunir dans cet 
article le topinambour & la pomme de um , parce qu'on 
^inguera mieux par oppofition ces plantes , qui 
toutes foilt originaires de l Amérique , & que quelques 
Auteiurs ont confondues enfemble , en attribuant ces 
différens noms à ime feule plantée Cette réunion 
fera d'autant plus à propos , que ces plantes , dont 
la grande utilité dépend des racines , demandent à-peu-^ 
près la même adture» 

La baiatte <^ o\\ patiatu ^ Battata^ efl^ dit-on , un 
convolvtdus dont la tige eft verte & rampante, & pouffe 
de nouvelles racines chevelues & laiteufes. Ses feuilles 
font d'un vert clair en-deffus , & un peu blanchâtre 
en-deffous, le plus fouvent taillées en cœur pointu; 
fes fleurs font petites , vertes extérieurement & blanches 
intérieurement , femblables par leur forme à celles du 
iiferon. A Ces fleurs fuccede un fruit qui renferme de 
petites graines, La battate fe multiplie par \t$ racines ; 
il ne s'agit que de les fendre par quartiers & de les 
tranfplanter , elles reprennent aifément. Suivant des 
avis reçus de Stockholm , la culture de cette plante , 
introduite en Suéde par la Comteffe de GarJke , y 
réuflît parfaitement ; on en feit du pain , de l'amidon , 
de la poudre , & Ton en tire auflî de l'eau-de-vie. 
Cette plante n'aime que les pays chaivds : elle vient 
naturellement entre les deux Tropiques , en Afie , en 
Afrique & en Amérique r on en active auflli en 
Efpagne, Sa iracine eft tuberculeufe , plus ronde que 
longue , d'un jaune plus ou moins rougeâtre. La pataùe 
cuite dans l'eau ou fous la cendre , a iui.goût approchant 
de celui du marron. C'eft Vapichu des Péruviens ,. & le 
maby des Caraïbes : ces peuples appellent canncha fa 
patatte blanche ; hultromtm , la patatte à mademoifellé ; 
alaeti , la patatte marbrée ; chimouli , la romilliere ; 
yahmra , la verte ; hueléche , celle qui eft rouge en 
dehors , jaune en dedans. 

Nicolfon diftingue fix efpeces de patattes ; favoir^ 

G 3 



toz BAT 

les pataius blanches à greffes racines , dites à gros bois J 
les patatus blanches , moins greffes , dites patancsfuif; 
lespatanes violettes en dehors & en dedans ; les patattcs 
, jaunes , à feuilles luifantes ; les patattcs d'un jaune 
£ abricot , dites de Samana. A Saint-Domingue les tiges 
de cts patattcs fe donnent aux chevaux , & le nomment 
bois patatte; elles leur tiennent lieu de fourrage; les 
racines font la nourriture ordinaire des Nègres. 

Pomme de Terre. 

La Pomme de terre ou Morelle tubéreuse ?&> 

ment^ire j Solanum tuberofum efculentum^ C. B. Pin. 167, 
Linn. 265; Battata Virginiana^ Park. Theat. 1385. 
Cette plante pouffe, dit M. Lejliboudois ^ une tige groffe 
comme le pouce , & qui s'élève à deux ou trois pieds 
de hauteur : elle eft rameufe , anguleufe , ftriée , 
légèrement velue ; fes feuilles font conjuguées & 
rangées fur une côte , fans pédicule , de figure oblongue ; 
fa couleur efl d'un vert trifte, tachetée fouvent d'un 
point noir-purpurin ; fes grandes feuilles un peu lanu- 
gineufes & découpées ^ fe trouvent ordinairement 
au nombre de fept ou neuf, toujours terminées par 
une impaire plus ample que les autres : dans les inter- 
valles de ces feuilles , il s'en trouve d'autres plus petites 
à la côte , qui forment ce que les Botanifles appellent 
aile. Cette plante a de plus une petite feuille particu- 
lière que l'on appelle décurrente , ( parce qu'elle règne 
vaguement le long de la tige , fans pédicule , ) un peu 
firangée ou repliffée. Ses fleurs , qui paroiffent en Juin 
& Juillet , fortent par bouquets du fommet des tiges ; 
elles font compofées d'une feule pièce à cinq angles , 
formant une rofette un peu pliffée; elles font commu- 
, nément au nombre de huit , dix , douze , s'ouvrant 
alternativement, & de couleur blanche-purpurine ou 
Ç'is de lin , & d'une odeur qui approche de celle du 
tilleul ; chaque fleur a cinq etamines & un piftil , qui 
fe raffemblent & forment une forte de bouclier qui 



B A T ^ tà^ 

wne la fleur. Ses fruits font de greffes baies charnues , 
molles , à-peu-près de la groffeur de nos cerifes , de 
couleur verte ; elles deviennent jaunes en ihûriffant '^^ 
même d'un rouge fale , & contiennent une pulpe 
mucilagineufe , d'un çoùt défagréable , remplies de 
quantité de petites femences plates. Cette plante poufle 
en terre vers fon pied trente ou quarante racines tubê- 
reufes , de différentes groffeurs ^ irrégulieres , qui 
xeffemblent en quelque façon à un rognon de veau „ 
d'où partent les tiges & les petites racines blanches &. 
chevelues : il y a de ces . tubercides longs , oblongs y 
quelcpiefois gros comme le poing , & qui pefent 
jufqu'à huit & douze onces ;^ il s'en trouve de diffé- 
rentes couleurs , blanchâtres , jaunes , gris , couleur de^ 
chair , rouges , purpurins :. ces derniers font les plus 
communs.. Lorfqu'on les tire de la terre , on les voit 
garnis , outre leur pelHcule , de petits nœuds ou mame- 
lons qui annoncent les germes d'autres plantes toutes, 
prêtes à fe développer , fi on les remettoit en terre. 

Cette plante aime les pays froids, une terre meublé 
& un peu humide, A force de la cultiver , on parvient 
Bientôt à des variétés qui pourroient paffer ( mais mal- 
à-propos ) pour de^ efpeces originaires. Cette plante 
eu originaire du Chily , oii les Naturels l'appellent 
gapas : ià racine leur fert de pain ; ils la mangent 
bouillie ou rôtie , & ne la confervent qu'après l'avoir 
€xpofée au foleil ou à la gelée. On verra par ce qui 
fiiit, cjfxehi pomme de terre dk peut-être le meilleur pré- 
fent que nous ait fait le Noûvcau-Monde. C'eft k. 
Kartoffd des Allemands (<z).. 

(«) M. Domhayz ictit à M. ÙUcliefnt k VtrU ,. une Lettre datée de tîmt 
le 20 Mal 1779: en Yoici l'extrait : >* Les Péruviens , detenips inunëmorial ». 
n- ont (a Ce préferver de toute efpece de difette Si de famine , par la culture 
*» de cette plante, qui, avec le maïs,eR. leur unique nourriture. Comme 
M cette denrée eft fufceptible de la pourriture , les Péruviens ont obvié 
M à cet inconvénient par deux manières (impies de les préparer. Ces. 
9» Peuples fobres ehtr\eprennent les pTu$ grands voyages à pied avec ùik 
»>bavxerac plein de pomuus de térrc deflécttét^ le an' peu de mdu <§J?t[%. 

G A 



BAT 

On doit ètxt iuipris que ce n'ait été qu*au com- 
mencement du dix-ieptieme fiede , long-temps aprè^ 
via découverte de l'Amérique , que les Européens ont 
penfé à en faire ufage. Les Irlandois commencèrent les 

firenûers cette culture. La Bretagne eft, après l'Irlande, 
'iendroit où elle croît le mieux. De l'Irlande , la cul- 
ture de cette plante a paffé bientôt en Angleterre , de là 
fucceffivenïent en Flandres , en Picardie , en Franche- 
Comté, en AMace , en Bourgogne , en Languedoc & daiK 
d'autres endroits de la France ; enfin en Suiffe , où depuis 
vingt-cinq à trente ans la culture s'en eft tellement 
accrue dans les champs , que cette manne fiait en hiver 
|a nourriture du peuple, fur-tout des enfans, qui, 
comme l'on fait, ne deviennent pas des hommes 
moins robuftes que nos François nourris avec le plus 
beau froment. 

La culture de la pomme de une n'a pas été traitée 
jufqu'à préfent avec autant de foin qu'elle le méri- 
toit. Elle eft digne d'attirer l'attention du gouver* 
nement & de chacun de nos Cultivateurs modernes, 
fur-tout fi l'on feit réflexion à la grande utilité dont 
éBe peut être en cas de difette; & avec d'autant 
plus de raifon, qu'un petit efpace de terrain peut 
fufHre pour produire la nourriture d'une famille con- 
fidérable; car par la culture dont on parlera plus 
bas, un arpent de terre qui produiroit douze quin- 
taux de froment, en rapporteroit deux cents à& pommes 

M mâchent continuellement : ta première préparation nommée par les 
.M VétMyitTi^, papa fica ^ con(ifte à faire cuire Xapomnu de terrt dans Teau^ 
>» on la pete » on Texpcfe enfuite au ferein , puis au foleil , îufqu'à ce 
*» qu'elle Toit feche ; dans cet état, elle peut fe conferver phifîeurs fîedes , 
M en la garantiiTant de Phumidité. Dans le pays on en fait une grande 
M confommation , mélangée avec d'autres alimens. L'autre préparation eft 
« appelée chunno : on fait geler la pomm€ de terre , on la foute enfuite 
M aux pieds pour lui faire quitter la peau : aînfi préparée » tes Péruviens 
»» la mettent dans un creux d'eau courante , & la cfi argent de pierres ; quinze 
é¥ ou vingt jours après» ils la fortent de feau, & rexpofent au ferein & 
»> au foleil jufqu'à ce qu'elle foit feche. Ces Peuples en font des efpeces 
M dt confitures , une farine pour lu convalefcens. &bi mélangent arcc 
m prefque tous leurs sacts «^ 



BAT ïof 

ik eerrt. Dans les cas même d'abondance de grains , cette 
plante 9 tant par fes tiges que par fes racmes , four- 
nira une excellente nourriture à nos animaux domei^ 
tiques. La culture en feroit beaucoup plus lucrative 
que celle des menus grains; d'autant mieux que^ 
lorfque les chevaux y font habitués, ils mangent 
la pomme dt ttrrt avec le même plaifir que \avoinu 
Cet aliment étant cru paroît un peu acre, & étant 
cuit im peu £ïde ; mais des pèrfonnes qui ne deman* 
dent qu'à fe fubftanter, s'y accoutument bientôt, 
avec d'autant plus de ^cilité, qu'il n'eft point mal- 
&i{ànt Des Sybarites reprochent à la pomme de 
terre d'être venteufe; mais qu'eft-ce que des vents 
pour les organe^ ^goureux des Payfans & des Manœu- 
vres ? On peut faire manger généralement à toutes 
fortes de volailles les pommes de terre cuites; on 
peut de même les &ire cuire pour commencer à 
y habituer les bœufs, vaches, chevaux, moutons 
& cochons; enfuite ils en viennent à les manger 
toutes crues. 

Après avoir labouré la terre, on doit fonger, à 
la mi de Février ou au commencement de Mars, 
iliivant que la faifon eft précoce, à femer les pommes 
de terre. On met les petites tout entières à deux 
pieds les unes des autres : on peut couper les groffes 
pommes ( racines ) par tranches ; car il fuffit qu'il 
y ait fur chaame de ces* tranches im ou deux yeux 
f germes ) pour qu'elles puiffent pouffer. ( M. Bourgeois 
dit que les Cultivateurs ont cependant obfervé que 
les pommes de terre qu'on coupe par tranches , & les 
petites qu'on planta, ne viennent jamais auffi groffes 
que Icnciqu'on fait un choix des plus belles & des 
plus groffes pour les planter; d'ailleurs elles produi- 
xtnt moins de pommes latérales , & la récolte en >efl: 
beai)coup moins abondante )• On peut faire cet enfemen- 
cement en fe fervant d'une charrue qui trace les rigoles , 
à laquelle eft attachée une trémie, d'où fortent les 



io6 BAT 

tronçons de pomme de une , qui fur le chaïap 
font recouverts par un râteau qui eft attaché à la 
charrue; autant de germes qui fe trouvent dans cha-^ 
que tronçon, ne tardent pas à fe montrer par une 
petite pointe blanche, rouge, purpurine, qui eft le 

f)rincipe de la plante. A mefure qu'elle s'élève on 
'entoure de nouvelle terre , afin de la foutenir & de 
faire multiplier les racines; par ce moyen on s'affure 
d'une plus grande récolte ordinairement affez conii- 
dérable ; quelque temps qu'il faffe on ne la voit jamais 
manquer entièrement. Vers le mois d'Août, on peut 
faucher le feuillage, que les beftiaux nixangent très-- 
bien en vert; & en automne, même dans prefque 
tout le coiurs de l'hiver, on peut récolter les pommes 
de terre. 

Suivant un Cultivateur zélé , ( Voyez le Joum. Econ^ 
/yôi. ) la pommz dt^ terre eft nourriffante , légère &. 
tempérante : elle tient le ventre libre; elle efl; un: 
excellent anti-fcorbutique. Les Ànglois la cultivent 
avec foin dans toutes leurs Colonies, notamment à 
Sainte-Hélène , & la préfèrent à toutes les autres 
racines qui* y croiffent. Nous avons dit ci-deffus que 
quand les hommes fe font accoutumés à cette nour^- 
riture, elle plaît au goût, fur-tout fi on fait cuire^ 
ces pommes avec un peu de lard. On peut retirer,, 
dit M. Duhamel^ de la pomme de terre ^ une farine- 
très-blanche , laquelle , inêlée avec celle du froment y, 
fait d'affez bon pain. J'en ai mangé, dit-il, où it 
n'étoit entré de farine de froment, que ce qui avoit 
été neceffaire ppur faire lever la pôte. M.MuJlel^ Che— 
valier de Saint -Louis , a préfenté , en 1770 , à la: 
Société Royale d'Agricul^re de Paris du pain fait 
avec moitié farine de froment , & moitié rarine de 
pomme de terre : nous goûtâmes ce pain , qui fut 
trouvé très - bon & fans fadeur. Le même citoyen, 
fit goûter du pain où il n'étoit entré que très- 
peu de froment , & il fut trouvé excellente CeU 



BAT 107 

ufage de la pomme de une eft fans contredit le plus 
utile : il eft facile d'y réuflir en fuivant la méthode 
imaginée par M. Mujlel. On fe fert pour cela d'une 
elpece de varlope renverfée , en un mot femblable 
à celle des Tonneliers ; on promené fur la longueiur 
<ie cette varlope, garnie de fon fer, une efpece de 
petit coffre fans fond & rempli à-peu-près aux trois 
quarts de pommes de terre , que Pon a pelées aupara- 
vant; ces pommes font recouvertes d'une planche qui 
f)uifle facilement entrer dans l'intérieur du coffre ; on 
met un poids quelconque fur cette planche , afin de 
la charger & de la faire pefer fur les pommes : la 

nche doit être percée de plufieurs trous, qui 
snt un paftage à l'eau que l'on verfe de temps 
en temps pour raciliter l'opération : à l'aide des deux 
mains , on fait aller & venir fur la varlope le coffre 
garni de pommes de terre; ce qui s'en trouve râpé 
â chaque coup de main, tombe par la lumière de 
la varlope, en \me bouillie que reçoit un vafe placé 
defTous. 

En veut-on faire du pain , on incorpore cette bouillie 
avec telle quantité que l'on veut de ferine de froment 
ou de feigle , &c. Quelques pcrfonnes , pour manger les 
pommes dt urre ,ife contentent de les faire cuire fous la 
cendre , puis on enlevé leur pellicule , & on accommode 
la chair pulpeufe coupée par tranches , en la manière 
des culs d'artichauts , &c. On en retire auflî une fécule 
qui produit une efpece d'amidon , &c. 

M. Mujlel obferve que les terres qu'on laifTe en 
jachère peuvent être employées à la culture des pom-- 
mes de urre : elle améliorera celle du blé j & même la 
terre déjà bien difpofée par le remuage qu'on eft obligé 
de faire pour leur récolte , n'exigera qu'un labour. 
Que d'avantages réunis ! Maintenant on peut confulter 
V Examen chimique des pommes de terre , & les divers 
Mémoires fur cette plante , par un vertueux & favapt 
citoyen , M. ParmmtUr-y Apothicaire Major des Inva- 



io8 BAT 

lides. Heureux celui qui confacte fes (ueuirs au bîerf 
de l'Etat & au bonheur de l'humanité ! Coiifultez âufS 
les Obfervations fur ce végétal , par M, Ltjliboudois , 
Joum. de Phyjîquc iyy4* 

Topinambour. 

Le TOPINAMB OUR , Corona folis pafvojlore , tuhcrosâ 
radice , Tourn. Inft. 489 ; Baetatas de Canada , Parle. 
1383 ; Hdianthus tuberofus , Linn. 1178 ; c'eft le 
gnmdbim des Allemands ; V artichaut de terre ; la poire 
de terre ; la turatoujU. C'eft une plante dont la tige efl: 
affez groffe , & s'élève à la hauteur de cinq à fix pieds , 
quelquefois plus. Son écorce eft verte , rude au tou- 
cher ; fes feuilles , qui ont plufieurs nervures , font 
larges vers la queue , & fe terminent en pointe. Sur 
le haut des tiges font des fleurs radiées , comme nos 
foleils vivaces de jardin , mais plus petites. Ses racines 
font de gros tubercules verdâtres , qui tiennent fou- 
vent de la figure de nos poires ; mais quelquefois de 
forme irréguliere. Ces tubercules pouflent en telle 
abondance , que fix pieds en carré peuvent en donner 
trois à quatre boiffeaux. 

Cette plante eft originaire de l'Amérique Septen- 
trionale , & naturelle à la Nouvelle-Angleterre : elle 
porte rarement graine en France , quoiqu'elle y fleiir- 
riffe ; mais elle le multiplie par fes racines , & fa cul- 
tiu*e eft la même que celle de la pomme de terre : on 
dit qu'on pourroit préparer fon écorce comme celle 
du chanvre. Les beffiaux en mangent bien les feuilles^; 
les vers à foie pourroient même s'en nourrir. On peut 
feire dès mèches avec la moelle des tiges , comme on 
en fait avec celle des rameaux du fureau. On mange 
quelquefois fes tubercules cuits à la manière des 
artichauts. 

BATAULE. f^oyei Beurre de Bambuck. 

BATIS maritime , Bâtis maritima ^ Linn. ; KaR fru" 
dcofum conifèrum , Jlore albo y Sloan. Petit arbriffeau 



BAT B A U 109 

^mii croit à la Jamaïque &C aux Antilles , dans les lieux 
Mlés & voifins de la mer. Les jeunes ranteaux font 
verts & tétragones , munis de quatre filions & oppofés. 
Ses feuilles font courtes , convexes fur le dos , un peu 
aplaties en deffus , charnues & fucculentes comme 
celles de certaines foudes. Ses fleurs font incom- 
plètes , dioïques , fort petites , & viennent fur des 
chatons axillaires ; les fruits font des baies unilocu- 
laires , qui renferment chacune quatre femences trian- 
gulaires & pointues. 

BATRACHITE. Foyei Brontias. 

BATTAJASSE , Battelessive ou Battequeue^ 
\royei Lavandière. 

BAVANG , AUiaria^ Rumph.; Maliact cajurbawang. 
CTeft un grand arbre des Moluques , très-remarquable 
par Podeur d'ail qu'exhalent prefque toutes fes parties» 
Ses feuilles ont un côté plus large que l'autre ; fes 
fruits font des noix piriformes , verdâtres en dehors , 
& qui , fous une coque d'un rouge de fang , renfer- 
ment un noyau dont l'amande peut fe dîvifer en 
trois à cinq parties. On fe fervoit autrefois , à Amboine, 
de ces .fruits pour affaifonner les alimens en guife d'ail 
& d'oignon , qui fortt maintenant en ufage depuis qu'on 
les y a tranfportés de Java & des autres Régions de 
Wnde. Le bavang femble avoir des raj^rts avec les 
crotons. ( EncycL Métk. ) 

BAUBIS. Efpece de chien Anglois , qui fe plaît à 
chafler le renard , le fanglier , & autres bêtes d'une 
odeur forte. Les haubis ont le nez dur , & font domme 
des barbets à demi-poil , plus longs & plus bas de terre 
<jue les autres chiens. Voyt^ Chien. 

BAUD. Nom donné à une race de chiens courans 
qui, viennent de Barbarie. Us font propres à la chafle 
du cerf: la plupart font blancs & d'une feide couleiu*. 
On les appelle auffi thUns muets , parce qu'ils ceffent 
d'aboyer quand le jcerf vient au change. 

BAUDIR les chiens, en termes dç chafle, c'efl: les 
cxciten Foy, Chien, 



iio B A U 

BAUDET, royei Ane. 

BAUDROIE , Lophius , Lînn. Nom d*un genre Aé 
poiffons à nageoires cartilagineufes , & qiii ont un 
évent près des ouïes. 11 y a : 

La grande Baudroie , Lophius pifcatonus , Linn. ; 
Rana pifcatrix , ( marina ) Belon ; en Italie , Marina 
pefcatore & Diavolo-di-marc , c'eft le g^alanga de Ronde- 
let ; Pefcheuau à Montpellier. Ce poiflbn eft conunun 
f>rès de la côte de Gênes ; mais il fe trouve auiïi dans 
a Manche & dans l'Océan. Willughby dit que fa chair 
eft blanche & d'un goût femblable à celui de la gre- 
nouille de marais. RondtUt dit qu elle eft molle, de 
mauvais goût & facile à digérer. 

La forme de ce poifîbn fingulier a du rapport avec 
celle d'im têtard , & cette reSemblance , jointe à fbn 
adreflie pour pêcher , lui a fait donner le nom de 
grenoidlk pêcheufc. Le volume de fa tête égale ou même 
fvupaffe celui de fon corps; elle eft dune figure cir- 
ailaire. L'ouverture de la gueule eft très-fpacieufe ^ 
& la mâchoire de deffous depaffe celle de deflus , ce 
qui fait que ce poiffon a toujours la gueule ouverte 
en partie ; les mâchoires , & fur-tout l'inférieure , font 
armées de dents longues , aiguës & ferrées , dont plu- 
fieurs font mobiles ; le palais & la bafe de la langue 
offrent auffi des df nts. Dans la gueule fous l'angle de 
la mâchoire fupérieure , eft un large trou , avec ime 
cavité fituée vers le cerveau , que JFillughby foup-- 
çonne faire la fonûion de narine ; il y a auffi deux 
rangées de chacune huit dents , qui partent des angles 
de^ ce trou ; la langue eft grande & large. Les yeux 
peu faillarfs , & fitués fur la partie lupérieure du 
corps ; les iris font blancs. Il y a quelques rides qui 
vont des yeux vers la gueule. 

Sur la tête font deux rayons mobiles au gré de l'ani- 
mal y longs d'environ un pied ; on prétend que la 
baudroie s'en fert comme de lignes pour pêcher les 
autres poiftbns qui viennent ea mordre l'extrémité^ 



R A U fit 

& qu?ll recourbe alors ces mêmes rayons vers fa gueule 
pour y feire tomber fa proie. Vers le milieu dii dos 
font trois rayons moins longs que les précédens, Au- 
defliis des deux côtés de la mâchoire fupérieure fe 
trouvent deux fortes épines, A l'entour & au-deffus 
des yeux paroifTent des tubercules épineux; la nageoire 
demie eft placée près de la queue , & garnie de dix 
rayons ; le dos en brunâtre ou verdâtre , avec une 
teinte de rouge , parfemée de taches blanches ; la 

3ueue affez. ample, n'eft pQint fourchue, & les rayons 
ont elle eft garnie font ramifiés. Les rayons de 
toutes les nageoires dépaffent les membranes qui les- 
réuniffent. Les nageoires peâorales font placées fous 
la gorge , voifines l'une de l'autre , & diviiées en cinq 
rayons ou efpeces de doigts, ( Belon a comparé ces 
nageoires à des efpeces de pieds femblables à ceux de la 
grenouille, & prétend que la baudroie s*en fert pour mar- 
cher au fond de Peau, ) Les nageoires abdominales font 
fituées vers les bords latéraux du corps , chacune con- 
tient vingt rayons ; l'extrémité de ces nageoires, ainfi* 
que celle de la queue , eft d'une couleur noire ; fous 
ces mêmes nageoires du ventre font deux grands trous , 
au fond defquels fe trouvent les ouïes. Le corps de ce 
poiffon eft entouré dans fes bords d'appendices char- 
nues , difpofées par intervalles. Nous avons vu plu- 
fieurs de ces poiffons , au fortir de la mer , dont l'un 
avoit plus de quatre pieds & demi de long ; fa plus 
»ande largeur étoit d'environ deux pieds , lur un pied 
d'épaifleur. On trouve dans le Journal de Médecine , 
(Janvier 1765 ) la defcription & la figure de deux, 
dMbles de mer , échoués fur le fable dans la Rade de 
Breft , en 1 764 : l'un d'eux avoit dans fon eftomac, 
un petit chien de mer de la longueur du bras, & une 
anguille de mer ; ce fait prouve la voracité de la 
grande baudroie. 

Comme la figure de ce poiffon a quelque chofe de 
nonftrueuxp quelques-un^ Vont notamé diable de mer y 



112 B A U 

en effet , fa figure hideufe , fon regard de côte , fa 
^eule énorme , tout répoqd aflez à Tidée fentaftique 
que l'on s'eft formée de l'être mal-faifant , furnommé 
le Prince des ténèbres , ( le Diable. ) Des perfonnes fe 
font im amufement puéril , de produire , à l'aide du 
corps de ce poiffon mort , une illufion effrayante , en 
lui introduilant une bougie allumée dans le ccnps , 
après en avoir retiré les entrailles , & en Texpoiant 
ainfi comme un fpeâre dans l'obfcurité. 

Baudroie tachée , Lophius hiflrio , Linn. ; Gua^ 
ptTva Brajilimjibus , Willug. , Marcg. ; Pifcis Brafilienjîs 
comutus , Petiv. Gaz. Cette efpece , dit Linnaus , fe 
trouve dans l'Océan , parmi les fucus qui flottent fur 
Peau. Lorfque ce poiffon nage il étend fes nageoires 
en même temps qu'il enfle fon corps , qui prend à-peu- 
près la forme d'un ballon. Il fe nourrit de fquiÙes ; 
la chair ne fe manee point. Selon Willughby , fa gueule 
étant ouverte , imite à-peu-prcs celle jd'un chien. S^ 
dents font très-petites ; fes yeux ont à peine la grof* 
feur d'un grain de millet ; ils font d'un bleu de tur- 
quoife. Sur le front eft une petite corne qui ie redreffe 
vers l'arriére , & devant cette corne eft un fil délié ^ 
mobile au gré de l'animal , long d'un pouce , dirigé en 
avant & terminé par une petite appendice. La nageoire 
dorfale longue d'un pouce , ainfi que celles de l'anus 
^ de la queue ; les deux peâorales très-petites. Vers 
le milieu du corps , il fort de chaque côté une efpece 
de bras , termine par une nageoire longue de huit 
lignes , fur autant de largeur ; cette nageoire renferme 
huit petits rayons divergens , épineux & faillans j 
chaque bras eu compofé d'une feule articulation, & 
fe recourbe vers la partie antérieure du corps. Ce 
poiffon n'a point d'ouïes ; fa peau eu fans écailles ^ 
molle à l'endroit du ventre , & par-tout ailleurs rude 
ani toucher. Ce poiffon a environ quatre pouces de lon- 
gueur, fur fix d'epaîffeur ; la couleur eft d'un rouge-bnm> 
avec des taches noires ondées ^ éparfcs fur tout le corps. 



B A U iiy 

Une troîfîeme efpece du genre de la baudroie porte 
ie nom dé Cïïauve-souris (poiiTon). Foye^ ce mot. 

BAUDRUCHE. Nom donné à la pellicule d'un 
boyau de bœuf apprêtée , dont les Batteurs d*or fe 
fervent pour étendre l'or , &c. f^oye^ à la fuite de 
rhiftoirc du TAUREAU. 

BAVEUSE , Blennius photis , Lînn, ; Bavofa , à 
livourne ; Galcto , fur les Côtes de Cornouailles ; en 
Angleterre , Mulgranoc 6c Bulcard. Poiffon du genre 
du Blmne ; il fe tient dans les cavités des rochers , ce 
qui lui a fait donner par pkifieurs Naturaliftes le nom 
de ptTct'pitrre. On le trouve fréquemment dans la 
Méditerranée , fur-tout près d'Antibes , & dans l'Océan. 
On dit qu'il mord quelquefois la main des Pêcheurs , 
mais que cette morlure n'eft point dangereufe ; retiré 
de l'eau , il vit encore pendant plufieurs heures. Sa 
chair n'eft pas un mets très-eftimé. Le nom de baveufe 
a été donné à ce poiffon à caufe du fuc muqueux ,' 
ou de l'efpece de bave gluante dont tout fon corps eft 
enduit ; il a plus de facilité à i^ager , à l'aide de cette 
(Miéhiofité qui rend fa furface gliuante. 

Ce poiffon a la tête comprimée latéralement ,amîncîe 
en forme de tranchant par fon bord fupérieur ; les 
yeux petits , recouverts d'une menirane ; les iris blancs 
miés de rouge ; la gueule médiocrement fendue ; la 
mâchoire de deffus plus longue que l'inférieure ; les 
dents difpofées dans un ordre régulier ; un enfonce- 
ment entre la tête & le corps femble former un cou 
à ce poiffon ; les opercules des ouïes font réunies & 
forment ime membrane continue. Gronovius a obfervé 
autour des narines plufieurs barbillons courts , fem- 
blables à des poils foyeux. La nageoire dorfale eft 
fort étendue , & garnie de trente-deux rayons ; celle 
de l'anus en a vingt-huit ; la queue bien déployée eft 
de forme circulaire* La veffie aérienne eft adhérente 
au dos. La couleur de la baveufe varie beaucoup ; il 
y en a qui font olivâtres , d'autres ont fur les côtés , 
Tome 11^ H 



114 B A ir 

fur le dos & fur la nageoire dorfale , des bandes tranlr 
verfales d'un bleu clair , qui font un effet agréable ; 
celles du dos ont leurs interftices d'une couleur qui , 
félon Texpreffion de WiUughby , imite celle des feuilles 
de vigne defféchées ; d'autres individus ont deux bandes 
de cette même couleur , & une jaunâtre , fur la lon- 
gueur du dos : il y a auffi entre les yeux de petites 
bandes brunes qui aboutiffent à trois autres bandes 
azurées. Le ventre eft blanchâtre. 

BAUGE , Apri volutabrum. Les Chaffeurs donnent 
ce nom au lit du fanglier , qui eft ordinairement dans 
l'endroit de la forêt le plus fort & le plus fourré , fur 
un tas de feuilles feches. F(^c[ Sanglier. 

BAUHINE , Bauhinia. Genre de plante à fleurs po- 
lypétalées , de la famille des Légumineufcs , qui a des 
rapports avec les cajjes & le courbaril , & qui comprend 
des arbres & des arbriffeaux remarquables par leurs 
feuilles , qui font toujours partagées en deux lobes 
plus ou moins profonds : les fruits font des gouffes 
affez longues , communément comprimées , unilocu- 
laires , & qui contiennent plufieurs femences aplaties , 
réniformes ou elliptiques. 

Il y a douze efpeces de ce genre : favoîr , la bauhinc 
grimpante ; c'eft le Naga^ma-^valli ^ Rheed. Mal. La 
iauhine à fleurs pourprées , celle à fleurs couleur de 
rofe & panachées de jaune & de pourpre , celle à 
feuilles cotonneufes ; les Indiens fe fervent de fes 
fleurs , qui font d'un blanc jaunâtre , pour parer leurs 
idoles ; la bauhins à fleurs en grappe , celle à feuilles 
un peu pubefcentes en deflbus , & dont les deux lobes 
font acuminés ; c'eft le Fdutta^mandaru , Rheed. Mal. 
Toutes ces efpeces croiflent- dans, les Indes , notam- 
ment au Malabar, dans les Moluquès. Il y a la bauhine 
à feuilles d'un bnm - rouflâtre d'Afrique : les autres 
efpeces font de l'Amérique Méridionale , telles que la 
batihiTu à ti^e & rameaux épineux ; celle dont les deux 
lobes des feuilles font pointus & divergens; celle à 



B A U M, 

lobes dtôîis ; celle à feuilles glabfeâ ; celle de la 
Guiane ^ appelée Atimouta à feuilles dorées» 

BA VION des Allemands» C'eft le Babouin. royef(. 
ce mot. 

BAUME , Balfamum. On ne donnoit autrefois ce 
nom qu'à Parbre d'oîi découle le haume^ nommé en 
latin opobalfamum , dont on veJrra Phiftoire au mot 
Baume de Judée , jointe à la defcription de Tarbre 
d'oîi découle cette liqueur balfamique & réfineufe. 
On appelle en latin cet srhre y ialjhmum verum. Main- 
tenant le mot Baume eft devenu un nom générique , 
fous lequel on comprend non-feulement le baume de 
Judée ) opobalfamum , mais auffi tous les fucs réfineux , 
balfamiques , foit defféchés ^ foit liquides > plus com- 
munément fluides ou moUaffes y & qui approchent ^ 
par leur odeur ou par leur vertu , du baume de Judée^^ 
Tels font les baumes de Copàhu , de Tolu , du Pérou , 
du Canada , même la térébenthine vulgaire ^ &Cé 

On comprend auffi fous le nom de baume ^ leâ 
liqueurs fpiritueufes faites par Part , dont les vertus 
font vulnéraires , & dans lefquelles il entre des liqueurs 
balfamiques , telles que font le baume vulnéraire de 
Fioravemi & autres , dont la recette fe trouve dans 
tous les Difpenfaires de Pharmacie. Les Charlatans 
n'ont pas niianqué d'appliquer à leurs remèdes le 
nom de baume ^ auquel eft attachée Pidé^d'un re- 
mède excellent. Le baume naturel n'eft qu'une fub- 
ftance réfineufe , huileufe , odoriférante , provenant 
des incifions faites à certaines plantes ou arbres : les 
réfines ne font en quelque forte que des baumes def- 
féchés ; cependant l'analyfe chimique , dit M. Mefai[e , 
Apothicaire à Rouen , donne dans les baumes des fels 
volatils , & les réfines n'en fourniflent jamais. Voye^ 

RÉSINE. 

Baumê de l^ Amérique ^ ou Baume de Cartha- 
GENE, f^oyei Baume de Tolu. 
Baume du Brésil. Voyei Baume de Copahv» ^ 

H 1 



ïiiî B A U 

Baume de Calàb a. Foyci à P article Baume vert.^ * 

Baume du Canada , Balfamum Canadmfe. C'eft 
une f éfine plus ou moins liquide > très-limpide , prefque 
fans couleiu- & fans odeur , mais d'un goût de téré- 
benthine la plus agréabk , ne caufant aucune naufée : 
on s en fert intérieurement , & de préférence à toutes 
autres fortes de térébenthines , dpnt elle eft une efpece. 
Des perfonne^ , attaquées d'abcès internes , en prennent 
à la dofe <le deux gros , foit dans le bouillon , foit avec 
l'huile d'amandes douces , ou plus ordinairement incor- 
porés avec un jaune d'œuf. Cett« térébenthine , ainfi 
nommée baume , à caufe de fes bons efïets , découle 
d'une forte de Japin appelée finette , fort femblable à 
la pejje , par fon port , & qui croît àms le Canada & 
dans la Virginie. On a donné , dans le conunerce , le 
nom de baume dur , fapinette de Québec , ou de rifinc 
epinette du Canada , à cette même térébenthine épaime , 
parce qu'elle découle d'une forte de fapin de Canada , 
abies Canadenjîs , dont les feuilles font rangées en ma- 
nière de dents de peignes <Hi de touches £ipimtu^ Voyez 
à V article Sapin, 

Baume a Cochon, ou Sucrier de Montagne, 

'Terebinthus betuUe cortice , P. PLUMIER. C eft une li<pieur 
réfineufe d'une couleur & d'une confiftance femblables 
à celle du baume de Copaku ; elle en a aufli un peu 
l'odeur ôe^a faveur. En vieilliffant ^ le baume fucrier 
rougit un peu. On l'eftime un excellent vulnéraire ap- 
pliqué fur les plaies , & pris intérieurement pour les 
maladies de poitrine. Du temps des premiers Naviga- 
teurs , lors de la découverte de l'Amérique , où croît 
le fucrier de montagne , ce haumc , d'une odeur forte & 
aromatique , y étoit déjà d'un grand ufage; on le tire par 
încifion faite à l'écorce d'un arbre qui porte le même nom. 
On prétend que les cochons marrons , lorsqu'ils ont été 
bleffés par les Chafleurs , vont fe frotter contre l'arbre 
pour s'oindre du baume qui en tranffude , & que de là 

cil venu le nom dç baume à cochon , & à Taibre , celui 



B A U . «i/ 

de hois à cochon. On l*a appelé auffi fucrîcr de mon^ 
tagne , parce qii'oii fait avec le bois de l'arbre les douves 
des tonneaux à fucre-cafïbnade. On trouve fréquemment 
cet arbre dans les mornes , à Saint-Domingue & dans 
quelques autres Mes de TAmérique» 

L'arbre du bois à cochon eft tres-élevé ; on en voit 
monter jufqu'à cinquante & même foixante pieds : fori 
tronc , alors , a quatre à cinq pieds de circonférence. 
Sa première écorce eft grifôtre , unie ; l'enveloppe 
cellulaire , verdâtre , comme gommeufe ; le liber rouge 
& gommeux aiiffi ; le bois folide , rougeâtre, fendant? 
iès feuilles ovales , terminées au fommet par une 
pointe alongée , fans denteliu:e , minces „ luifantes ,' 
ondées , d'un vert mêlé de jaune , longues de cincj 
à fix pouces fur trois de largeiu* ., rangées par paire^ 
fur une côte qui eft toujours terminée par ime feuille 
impaire. Ses fleurs naiffent par grappe aux extré* 
mités des ranrilles : elles font blanches & fe changent 
en lui fruit aufli en grappe ^ gros comme une petite 
noix , divifé en deiix ou trois parties , couvert d'ime: 
écorce verte , coriace , qui renferme une pulpe blan-; 
che , charnue ,. fucrée ^ d'une odeiu* aromatique ; 
chaque divifion contient un noyau aplati , ligneux ,' 
qui renferme une amande amere & onâueule. Dti 
bois de cet arf>xe , on en feit du merrain & des effentes J 
On tire de fes amandes une huile aromatique , qu'on 
eftime beaucoup pour les maladies de la poitrine. 

Baume de Copahu ou Huile. Cqpau , Malfa^'- 
mum BrafiUmfc aût Copdhci^, Il y en. a de deux efpeces ^ 
dont l'une eft un fuc réiineux , de la confiftance de 
l'huile j lorfqu'il eft récent y mais qui devient tenace 
avec le temps.^ D; eft d'uii blanc-jaimâtre , d'un goût 
amer y acre >. & d une odeiir aromatique : c'eft le plus 
agréable & lé plus eftimé. L'autre , qui a la confif- 
tance du miel , & une odeur pénétrante , approchante 
de celle de térébenthine , eft chargée d'im peu de liqueur 

trouble > ôc eft ipctmt dçs ram^âvu 6c de l'écorce dq^ 



ïi^ B A XJ 

l'arbre par décoûîon. On le vendoit , îl y a qiielqités 
années , fous le nom de baume Malpcyr ou Malpain , 
du nom d un Epicier de Paris qui en faifoit un gros 
débit, La première efpece , au contraire , découle par 
incifion , quelquefois à la dofe de douze livres dans 
rintervalle de trois heures , lorfque le temps eft favo- 
rable , du tronc de Tarbre Copahu. Il faut que Pinci- 
fion foit profonde , perpendiculaire , & de lix à fept 
pouces de longueur ; on glifle enfidte dans cette fente 
im morceau de calebaffe , pour diriger VhuiU balfa^ 
mique & la faire tomber dans une calebaffe entière. 
Cette incifion étant couverte auflî-tôt que l'écoule- 
ment ceffe , avec de la ciré ou de l'argile , elle répand 
encore fa liqueur réfineufe en affez grande quantité , 
une quinzaine de jours après. On fait Tincifion en 
Mars ou en Septembre, 

Cet arbre doublement ntlle , dont Marcgrave ( Z)^/^ 
cript. du Brijil , in-foL 1 648 ) donne l'hifloire , s'appelle 
Copaïba ou Capdier^ Pif. ; Arbor balfamifera Brajilunjis , 
Ray. ; Copaiftra officinalis , Linn. ; Copcuva , Jacq. Amer. 
Il croît dans les forêts épaiffes qui font au milieu 
des terres du Bréfil ; il vient auili dans l'Ifle de 
Maranhaon ou Maragnan , & dans les Ifles Antilles 
voifines. Il s'élève droit , devient fort gros , & a 
vingt-deux pieds de haut : fes racines font groffes & 
nombreufes ; fon écorce eft épaiffe , grifâtre; fon bois, 
d'un rouge foncé , & pariemé de taches qui font 
d'un rouge vif , comme cekii du vermillon , a la 
dureté du hêtre ; auflî eft-il très-recherché par les Me- 
nuifiers pour en feire des meubles , & pour des 
ouvrages 'de marqueterie , à caufe de fe riche cou- 
leur : ce bois fert auffi dans la teinture. Ses plus 
petits rameaux font fléchis en zig-zàg. Ses feuilles 
lont nombreufes , alternes , ailées & portées fur ime 
affez groffe queue de la longueur d*enviï6n deux 
pouces. Les folioles font plus étroites d'un coté que 
de l'autre , ôc à pédicule court. Les fleurs de cet 



B A U 11^ 

arbre font blanches , compofées de quatre à cinq p^ 
taies , & croiffent fur des grappes paniciilées & axil- 
laires , à l'extrémité des rameaux ; à ces fleurs fuccedent 
des gouffes arrondies , qui contiennent une amande 
de la groffeur d'une aveline , munie d'une enveloppe 
pvilpeufe dont les finges font très-friands. 

Les Portugais apportent en Europe le baume de 
Copahu du Bréfil , de Rio-Janeiro , de Fernambouc 
& de Saint - Vincent ; on le tranfporte dans des pots 
de terre pointus par le bout , & qui contiennent 
encore beaucoup d'hunridité & d'ordures mêlées dans 
Je baume , mais dont on le purifie ; après quoi on le 
met en baril ou en eftagnon de fer-blanc. 

On fait beaucoup d'éloge de ce baume pris intérieu- 
rement depuis dix gouttes jufqu'à trente , dans quelque 
liqueur convenable ou en pilules , foit avec la poudre 
de rcgliffe , foit avec celle du fucre , ou diffous dans un 
jaune d'œuf. Outre les vertus femblables à celles des 
autres baumes que poffede le baume de Copahu , il a 
de plus éminemment la propriété d'arrêter le cours de 
ventre, la dyffenterie, les pertes rouges & bbnches 
des femmes & les gonorrhées : il convient auffi dans le 
fcorbut , mais il faut ne le donner qu'avec conhoiffance , 
loin des repas , & en petites dofes ; autrement il irrite 
les tuniques délicates des premières voies , & porte le 
fang à l'inflammation. Ce baume , ainfi que l'obferve 
M. Bourgeois , a encore la propriété de purger douce- 
ment par les felles , comme la térébenthine , & de 
pouflTer fortement par les urines ; ce qui le rend recom*- 
mandable poiu: chaflTer les glaires & les graviers arrêtés 
dans les reins & dans la veflie : il eft aufll utile dans 
rhydropifie pour rétablir le cours des urines. 

Ce baume eft admirable pour déterger , confolider & 
produire la fynthefe des plaies : les Juifs s'en fervent 
après la cîrconcifion pour étancher le fang. Indépen- 
damment de la propriété vulnéraire & aftringente qu'a 
ce baume , il communique , de même que la ter ébexv» 

H 4 



lîO B. À U 

thine , Tôdeur dé la violette à l'urine de ceux quï en 
font ufage intérieurement. 

Baume d'Egypte ou du Grand -Caire* Foye:^^ 
Baume de Judée. 

Baume Focot ou Faux Tacamaca. yhyei à 
t article RÉSINE Tacamaque. 

Baume de Galaad ou de Gilead. Foyei Baume 
DE Judée. 

Baume ou Huile d'Ambre liquide, f^oyti 

LiQUIDAMBAR* 

Baume des Jardins ou Menthe domestique , 

^Mentha hortenjis , venUUlata , ocymi odorc , C B. 
Pin. 217 ; Mcntha fufca five vulgaris , Ray Sy- 
nopf. 3 , 131; Mentha gentilisj Linn. Il y a un très- 
grand nombre d'efpeces de menthe , qui ont toutes 
prefque les mêmes propriétés. L'efpece que l'on cul- 
tive dans les jardins , & dont on met les feuilles 
dans la falade , eft d'une odeur très - agréable* 
Sa vertu balfamique . lui a fait donner le jiom de 
baume. 

Cette plante pouffe des tîges qui s'élèvent à la 
hauteur d'un pied & plus , carrées , velues & rougeâtres. 
Les feuilles du bas font oppofées & arrondies , celles du 
haut font plus pointues ; les fleurs font en gueule , 
petites , purpurines , & paroiffent en Juillet & Août. 

On feit infufer les feuilles & les fleurs de cette 
plante dans de l'huile , & elles lui communiquent une 
vertu balfamique , qui la rend propre pour toutes fortes 
<le plaies & de contufions : toutes les merahes en 
général font carminatives , ftomachiques & hépatiques ; 
mais on fait ufage par préférence du baume des jardins. 
L'eau de cette menthe diiUUée eft d'un grand ufage dans 
la Médecine : c'eft un excellent remède dans toutes 
les efpeces de coliques , notamment dans celle qui eft 
venteufe. Elle arrête le cours de ventre & les vomiffe- 
mens , & calme les douleiurs de la dyifentçrie. Voy^i^ 

Menthe, 



B A U 121 

Baume de Judée, d'Egypte , du Grand-Caire, 
DE LA Mecque , de Syrie , de Constantinople , 

ou Baume blanc , Opohalfamîim feu Balfamum Ju-» 
dàiciim. C'eft une réfine liquide , d'un blanc jaunâtre , 
d'un goût acre & aromatique , & d'une odeur péné- 
trante , approchante de celle du citron , d'une laveur 
amere & aifcringente. Comme cette réfine eft précieufe, 
on la falfifie fouvent avec le baume de Canada & l'huile 
effentielle de citron , ou avec de la térébenthine fine ou 
autres drogues ; tromperie qui peut fe cônnoître à 
Podorat & au goût. Pour parvenir à dîftinguer le 
baume de Judée nouveau , qui eft toujours le meilleur , 
on en verfe dans l'eau ; s'il eft récent , il fera fluide 
& fiirnager^ , quoique verfé de haut , & formera * 
une pellicule fur la furface de leau , laquelle fe 
coagule , & on le retire de l'eau en entier & très- 
laiteux : le baume qui eft vieux a beaucoup plus de 
confiftance , de couleur , & va tout de fuite au fond 
de l'eau ; il ne revient à fa furface que lentement. 

Ce baume fi précieux pour fon ufage , tant interne 
qvi'externe , eft une réfine qui découle par incifion pen- 
dant la çaniaile , & que l'on retire d'vm arbriffeau que 
l'on appelle amyris de Gilead ou baume véritable ( balfa^ 
mum verum lentifii folio , jEgyptiacum ^ Belon. ) 

Cet arbriffeau , qui eft toujours vert , s'élève à la 
hauteur du troène , porte des feuilles femblables à celles 
du lentifque , & des fleurs purpurines , odorantes , 
blanches & en étoiles, (M. Haller dit que cet arbriffeau 
eft efïeûivement de la famille des Térébintkes & des 
Lentifqtus. ) Les femences font renfermées dans des 
follicules rougeâtres, & on en exprime une liqueur 
jaune , femblable à du miel. Le véritable pays natal 
de cet arbre précieux , eft l'Arabie heureufe. Il a été 
auffi ailtivé dans la Judée & l'Egypte , d'où lui eft 
venu le nom de baume de Judée ou ai Egypte y ou 
baumur du Levant. Lors de l'invafion des Turcs dans 

b Judée y ces arbres y furent détruits i mais un Sultan 



ïîi B A U 

en fit apporter de l'Arabie hevireufe dans fes jardins y 
oii ils lont cultivés foigneufement , & gardés par des 
Janiffaires ; ce qui fait que ce baume mérite plutôt 
le nom de baume du Grand-Caire que celui de baume 
de. Judée. Les Arabes l'appellent bcàeffan. 

Les Anciens ne recueilloient , pendant la canicule ^ 

3ue le baume qui découloit de lui-même ou par incifion , 
e cet arbriffeau ; mais aujourd'hui on en reaieille de 
trois efpeces. Celui qui découle des arbres efl très- 
rare en Europe , parce qu'il eft employé par les Grands 
de la Mecque & de Conftantinople : l'autre efpece eft 
celle que l'on retire à la première ébuUition , & qui 
furnage fur l'eau , dans laquelle on fait bouillir les ra- 
meaux & les feuilles du baumier : cette féconde efpece 
eft comme une huile limpide & fluide , & eft réfervée 
pour lufage des Dames Tiurques , d'Egypte & de 
quelques Afiatiques , qui s'en fervent pour adoucir & 
blanchir la peau du vifage & de la gorge , & pour en 
oindre les cheveux ; auffi ne nous parvient-elle que 
par le moyen des Grands qui en font des préfens. 
L'huile qui furnage après la première ébullition , eft 
lus épaiffe , moins odorante ; elle , eft apportée par 
es Caravanes ; & c^eft ce baume blanc qui eft le plus 
commun. Les Dames qui fe fervent de ce baume parmi 
nous en qualité de cofmétique , en font par art le lait 
virginal & une pommade à la fultane , qui font fort 
eftimés pour l'embelliffement de la peau. 

Comme la grande vertu de ce baume pour l'ufage 
intérieur dépend de parties très-volatiles , il a d'autant 
plus d'efRcacité , qu'il eft plus nouveau. Les Egyptiens 
en font un ufage très-fréquent en Médecine ; ils en 
prennent tous les joiu-s un demi-gros , comme le remède 
le plus efficace dans la contagion de la peôe. Il eft 
eftimé alexipharmaque & employé chez eux à diverfes 
maladies. On dit que les femmes d'Egypte fe guérif- 
foient de la ftérilite , foit en l'avalant , foit en 1 em- 
^ployant en fugpofitoire ou en fumi^tion. Quoi qu'il 



i 



B A U 12} 

en foit , jce haiime a toujours été fort recommandé pour 
guérir les plaies. ^ 

Il eA intéreflant d'obferver que le baume de la Mecque^ 
.comme tous les balfamiques & réfineux , eft très- 
utile pour la réunion des plaies où il n*y a que fo- 
lution de continuité , parce qu'en empêchant le con- 
tad de l'air , ils hâtent la réunion qiii fe feroit faite 
naturellement , mais plus Jéntem^nt, Si la plaie eft 
accompagnée de contufions , qui font ordinairement 
fuîvies de fuppuration , ces baumes , au lieu d'être 
utiles , font défavorables , parce qu'alors la matière 
qui doit s*écouler étant retenue , augmente par fon 
acrimonie l'inflammation de la partie malade , & les 
chairs ne peuvent Ken fe réunir qu'après la ftippiu-a- 
tîon. On trouve dans les boutiques des Droguiues le 
fruit du baumier ,fous le nom de carpobalfamum , & le 
bois , ou plutôt l'extrémité des petites branches , fous 
celui de xilobalfamum. Quoique produdions du même 
arbriffeau , leurs vertus font bien inférieures à celles 
Al baume dont il vient d'être queftion ; & cependant 
iés Difpenfâires recommandent aux Apothicaires de les 
«mplover toutes trois dans leur plus fameux antidote , 
qui eft la Thériaque. 

On donne auilî le nom de baumkrk une efpece de 
peuplier. Voyez ce mou 

Baume de Marie ou Baume de Calaba. Voye:^ 
Baume vert. 

Baume de momies , Gummi funerum. Nom que 
l'on donne aujourd'hui dans le commerce & chez les 
Curieux , à ï^ajjphalte ou bitume de Judée , parce qu'on 
l'employoit dans les embaumemens des corps. Foye[ 
Asphalte & l'article Momie. 

Baume du Pérou , Balfamum Peruvianum. On 
en diftingue de quatre efpeces ; le blanc qui eft 
liquide , le roux ou rou^e qui eft fec , , & le brun ou 
noir liquide > ils tirent cependant tous les quatre leur 
origine du même arbre ; que l'an, appelle hoi^ifr 



loxilt OU arbor balfami Indici. C'eft le capurciha des 
Brafilieiîs. 

Cet arbre eft de la hauteur du citronnier , & porte 
des feuilles qui ont quelque reffemblance à celles de 
Tamandier ; ton bois eft rouge & odoriférant comme 
le cèdre ; fon écorce eft cendrée , épaifle d'un doigt & 
couverte d'une pellicule roufsâtre ; fon fruit eft de la 
groffeur d'un pois , & fe trouve à l'extrémité d'une 
gouffe étroite de la longueur d'un doigt. Cet arbre 
croît dans les pays chauds de l'Amérique Méridionale ^ 
comme le Pérou , & plus fréquemment encore dans le 
Mexique & dans le Bréfil , fiu- les rives de Rio-Janeiro* 
Il découle de fon écorce , fur-tout après un temps de 
pluie , & dans le mois de Mars , un fuc réfineux , 
îluide , d'un blanc jaunâtre , inflammable ,. d'une odeur 
approchante de celle du ftyrax : il n'eft alors que peu 
coloré ; & quelques Naturels du pays en confervent 
en cet état dans des bouteilles bien bouchées : on 
l'appelle baume d!*inciJion. Celui que l'on trouve dans 
le commerce , eft ordinairement dans des coques de la 
grofl'eur du poing , qui ont fervi à le f ecevoir : voilà 
le baunu en coque, Lorfqu'il découle de l'arhre , il eft 
d'abord moUaffe ; mais il devient fec & d'un brun 
rougeâtre plus ou moins tranfparent. On nous l'envoie 
dans des boîtes : c'eft le baume dur ou fec. 

On retire , en faifant bouillir dans de l'eau l'écorce 
& les rameaux de cet arbre , un fuc réfineux tenace , 
d'un roux qui tire fur le noir , d'une odeur approchante 
de celle du benjoin ; c'eft ce dernier qui porte le nom 
de baume brun ou noir , ou de baume de lotion. On doit 
jejeter celui qui eft Afolument noir & qui a une odeur 
d'empyreume. 

Lemeri noxis apprend que les Indiens , après avoir 
tiré ce baume brun des rameaux de l'arbre , font évapo- 
rer la décoûion reftante jufqu'à confiftance d'extrait ; 
ils y mêlent un peu de gomme , & ils en font une 
pâte fblide dont vs foraient des grains de chapelet qiû 



B A U '125 

aenleitreflt noirs & odorans , principalement fi après 
les avoir formés , on les enduit extérieurement avec 
un peu de baume. On nous apporte beaucoup de ces 
chapelets d'Efpagne & de Portugal. 

On eftime le baume du Pérou , propre aux mêmes 
ufages que le baume de Judée ou d* Arabie : il eft eftimé 
extérieurement pour la contufion des nerfs : fon odeur 
vive peut quelquefois afFeâer la tête. En unifiant un 
.peu de camphre au baume noir , l'en en fait un fpécifi- 
que pour les engelures. On a auflî quelquefois contre- 
fait le baume du Pérou en faifant bouillir une demi-once 
de fantal rouge dans une livre & demie d'huile d'olive , 
puis y ajoutant une livre de cire jaune fondue , une 
livre & demie de térébenthine ck Venife , & une 
once de batime noir du Pérou ; mais ce mélange fe re- 
connoît facilement. 

On donne auffi le nom de faux baume du Pérou au 
lotier odorant. Voyez ce 'mot. 

Baum£ de Savanne ou Basilic du Para. Voye:^ 
à Tarticle Basilic. 

Baume de Tolu , Balfamum Tolutanum , connu 
aufli fous le nom de Baume de l'Amérique , 
Baume de Carthagene , Baume dur , Baume 
SEC. C'eft un fuc réfineux , tenace , d une confiftance 
qui tient le milieu entre le baume liquide & le fec y 
tirant fur la couleiu* d'or ou d'im blond rouflatre , d'une 
odeur qui approche de celle du benjoin ; d'un goût doux 
& agréable , ce qui le fait différer eflentiellement àes 
autres baumes qui ont ime faveur acre & amere. La 
faveur agréable de celui-ci le rend plus propre à être 
pris intérieurement , ayant fur-tout l'avantage de ne 
point exciter de naufée comme les autres baumes ; lorf- 
qu'il eft bien fec , il eft fragile & caffant. 

Ce baume découle , comme les autres , par incificn 
de l'écorce d'un arbre qui croît cjans une Province de 
l'Amérique Méridionale , fituée entre Carthagene & 

Nombre-dç-Dios , pays ou province que les Indiens 



lîtf ô A tr 

appellent Tolu , & les Efpagnols Honduras, Cet arbf e 
a quelque reffemblanGe aux bas -pins , & porte des 
feuilles toujours vertes , femblables à celles dii carou- 
bier. Les Indiens en recueillent le fuc réfineux loriqu'il 
découle , dans des couis ou cuillers faites de cire noire , 
& le verfent dans des calebaffes. Les Anglois font fur- 
toutufage de ce baume dans la phthifie & les ulcères 
internes. En général il a les mêmes vertus que le 
baume de Jvdtt. Voyez u mot. 

Baume vert , ou Baume de Calaba , ou Baume 
DE Marie. C'eft la réfine que fournit un arbre appelé 
fooraha à Madagafcar , palo^Maria aux Philippines , 
& tacamaque aux Mes de France & de Bourbon. C'eft 
le Calaba de Plumier y le Calophyllumàt Linné. Cet arbre 
que Ton trouve auffi * fur les bords de la mer , aux 
Antilles , a la tige haute de vingt à trente pieds , 
droite , d'une moyenne groffeur. Son écorce eft liffe , 
foongieufe , brune ; Tenveloppe cellulaire verdâtre ; 
foh bois flexible , d'un vert-jaune. Ses feuilles ovales, 
fans dentelures ni nervures , apparentes , obtufes , lar- 
ges de quinze à dix-huit lignes , longues de deux à 
trois pouces , lifles , luifantes , douces au toucher, 
d'un vert gai en deffus , pâle en delTous , couvertes 
d'une infinité de petites fibres ferrées les unes contre 
les autres ; elles font oppofées deux à deux fur une 
ramille , qui eft terminée par une paire de feuilles ; 
fa fleur eft petite , blanche , odorante , en rofe , 
compofée de quatre pétales arrondis , creufés en cuil- 
ler ; il y a plufieurs étamines dont les anthères font 
jaunes , & un piftil arrondi , lequel fe change en 
un petit fruit fphérique , d'im vert pâle , charnu , 
gros comme ime cerife , dans lequel eft renfermé un 
noyau ligneux qui contient une amande. Cet arbre, 
qui prend aifément de bouture , fert aux Mes à faire 
des entourages. M. Pouppé des Portes dit qu'on en tire 
par incifion un fuc gommeux , d'un jaune-verdâtre , 
qui s'épaifiit &. devient d'un vert très-foncé, C'eft une 



B A U 117 

téfine d'un jaune-verdâtre qiii , lors de fa tranffuda- 
tion , eft liquide au-deffus du vingtième degré de 
chaleiur , & qui devient concrète & caffante comme 
une réfine feche aiï-deffous de ce degré. Les Efpa- 
gnols l'appellent balfamitm del Maria , 6c le préfèrent 
au baume de Copahu , & fouvent à celui du Pérou. 
Son odeur eft fuave , aromatique, f^oye^ Calaba. 

BAUMIER ou Balsamier. Nom d'une famille de 
plantes qui contient plufieurs genres ; on y trouve des 
arbres ou des arbriffeaux , dont le fuc propre eft ordi- 
nairement réfineux , coloré , odorant ; les fleurs de ces 
végétaux exotiques font polypétalées. Amyris eft le 
nom latin du genre des Balfamicrs proprement dits. 
Il y a , dit M. le Chevalier de la Marck , le baumicr 
de la Mecque & ceux qui donnent les réjines EUmi. 

Le Balfamier des bois , Amyris fylvadca , Linn. Il fe 
trouve près de Carthagene en Amérique , dans les 
bois & les lieux maritimes ombragée. 

Le Balfamier vénéneux , Amyris toxifera , Linn* 
Cette e{pece fe trouve à la Caroline & dans les Ifles 
de Bahama. 

Le Balfarhier de Java , Amyris protium , Linn. Il 
croît fur les montagnes. 

Le Balfamier de la Jamaïque , Amyris balfamifera , 
Linn. C'eft le bois de Rhodes de la Jamaïque. Voye^ cet 
article. 

Le Balfamier de la Guiane , Amyris Guianenfîs ; Tere-^ 
binthus mxixima , pinnis paucioribus majoribus atque 
rotundioribus , fruBu racemofo fparfo , Sloan, Jam. Hift. 
C'eft, un grand arbre qui croît dans les forêts de 
la Guiane , & à l'Ifle de France , au quartier de 
Moka ; fon écorce incifée rend un fuc balfamique , 
qui , étant defleché , devient rouflatre & d'une odeur 
de citron. 

• Le Balfamier kataf ^ Amyris kataf ^ foliis tematis ^ 
apice ferratis , pediculis dichotomis , Forsk. iEgypt. p. 8o» 

Cet arbre croît da^s TArabie j fon bois eft blanc. 



120 Bt A U 

Dans les mois pluvieux , au rapport des Arabes J cet 
arbre paroît fe gonfler , & enfuite cette forte cl'épai{^ 
fiffement fe réfout en une pouffiere rouge d'une odeur 
très- agréable , & dont les Dames du pays fe fervent 
pour fe parfumer la tête. 

Le Balfamicr kafal , Amyris kafal , Forsk. ibid. Cet 
arbre fe trouve auflî en Arabie ; mais il eft plus haut ; 
fon bois eft rouge & fes rameaux font épineux à leur 
fommet ; fes feuilles font velues dans leur jeunefle ; 
elles deviennent glabres en vieilliflant ; fi on entame 
fes fruits , dont la pulpe eft verte , & d'une odeur 
de baume très-fuave , il en découle un baume réfi- 
neux , qui eft blanchâtre. Son bois eft un objet ccn- 
fidérable de commerce dans ce pays ; on le tranfporte 
en Egypte , oîi l'on s*en fert pour faire contraûer aux 
vaiffeaux de terre qu'on expofe à fa fumée , un goût 
qui plaît dans cette région. M. le Chevalier de la Marck 
préuime que le Balfamicr kafal pourroit bien être 
l'arbre même d'où découle la myrrhe. Voyez ce mot. 

Le Balfamier huileux ; Amyris oleofa : Nanari menjac 
Malaïcenjium. Cet arbre croît dans les Moluques ; 
fes fruits font d'un bleu-noirâtre ; lorfqu'on entame 
l'écorce de fon'tronc , il en découle d'abord un fuc hiii- . 
leux , trahfparent & jaunâtre , & enfuite une vifcofité 
qui noircit en peu de jours , & fe change en petits 
grumeaux qui adhèrent à l'arbre. Ces fucs réfineux ont 
une odeur forte , cependant agréable. 

BAUQUE. C'eft le nom que l'on donne en Lan- 
guedoc à une efpece à^ algue à feuilles étroites , qui 
croît dans les étangs falés aux environs de Montpellier, 
On s'en fert , dit M. Deleu^e , pour fumer les terres 
& pour emballer. Voyei Algue. 
. BAURD-MANNETJES. Le Voyageur Bofman a 
appelé âinfi une forte de guenon noire à barbe blan- 
che , & qui doit être rapportée à Pefpece du Talapoin. 
Voyez ce mot. 

BAZAN, Foyei Pasan. 

BDÈLLIUM^ 



B D E BEA t29 

BDÈLLIUM. C'eft une gomme-rcjîm qui vient d'Arabie 
& des Indes : les Auteurs ne s'accordent point fur l'arbre 
tjui la produit. Samuel Dah foupçonne que c'eft un 
arbre femblable à celui qui s'appelle arbor ùui^cms ncu^ 
Uata , foliis qtumis , AmericarUi. D'autres prétendent 
que c'eft une efpece de palmier appelé par les Arabes 
Diami ou Mokhl. Quoi qu'il en foit , l'expérience ap- 
prend qu'une partie du bidlium fe diffout dans l'eau , ôi 
l'autre dans l'eforit de vin ; que toute fa fubftance fe 
diffout dans l'eiprit de vin tartarifé , dans les liqueurs 
alkalines , dans le vin & le vinaigre. Cette gomme^réjine]^ 
à l'extérieur , reffemble un peu à la myrrlu œmmunt ; 
elle eft ou en lames demi * tranfparentes , de couleur 
grife * jaunâtre , ou en maffes ^ & d'un brun un peu 
rouflâtre à l'intérieur ; elle s'amollit dans la bouche & 
s'attache aux dents ; elle eft d'une faveur im peu amere 
& vapide : la partie réfineufe s'enflanune en partie fur le 
feu , & pétille à caufe de la partie faline aqueufe. On 
fait peu d'ufage à l'intérieur du bdeUium ^ mais on l'em- 
ploie extérieurement pour réfoudre les tumeiurs , déter» 
ger les plaies &: les conduire à cicatrice. 

BEARFISCH , Infede marin , très-malfaifânt, & 
nommé ainfi en Norvège. Son corps eft recouvert 
d'une écaille blanchâtre , dure , brillante & cornée , 
divifée en deux anneaux de cercles ; & par le deflbus 
& du côté plat , il a douze pattes. Cet infeâe attaque 
diverfes fortes de poiffons , & fur -tout la morue. 
Hijloire Naturelle de Norwegs. 

BEAUMARIS - SHARK* Ptnn. Brit. ZooL tom. 3. 
p. 104. tab. //. Voyez Nez (le). 

BEAUMARQUET. Nom donné à un moineau de 
la Côte d'Afrique , (/>/* enL xo-^.fig , i.) dont le plu- 
mage eft varié & peint de couleurs fort brillantes ; 
près du bec & à la gorge ^ d'un rouge éclatant ; cendré 
fur le derrière de la tête ; le dos & les couvertures 
des ailes , jaune-verdâfife ; le pennage des ailes noir ; 
ks plumes de la queue rouges ; le cou orné d'im 
Tome IL I. 



V 



I3a BEC 

collier d'un beau jaune ; tout le deffous du ventre & 
de la poitrine à cercles noirs-jaunâtres , avec un point 
blanc ; le bec & les pieds rougeâtres. 

BÉCADE. Foyei Bécasse. 

BÉCARDE. M. de Buffon donne ce nom à une 
efpece d'oifeaux qui lui a été envoyée de Cayenne y 
Tune fous le nom de pic^grieche grife , pi. enl. 504 , 
& l'autre fous le nom de pie-grUcke tachetée , pU enl. 
373. Ces oifeaux lui paroiffent être d'ime efpece <li£- 
férente de nos pies^grieckes d'Europe : il les nomme 
bkardes à caufe de la grofleur & de la longueur de leur 
bec , qui eft de couleur rougeâtre , mais noir à fa 
pointe , où il fe courbe en un crochet trèsrfort; ces 
bécardts différent encore de nos pies^grieches ^ en ce 
qu'elles ont la tête toute noire , ainfi que le pli de 
l'aile , les grandes pennes & la queue , & l'habitude 
Al corps plus épaiffe & plus longue ; le refte du plu- 
mage eft cendré , même les pieds ; les ongles font 
noirs. L'oifeau qu'on lui a envoyé de Madagafcar fous 
le nom de vanga , lui paroît être de ce genre : on 
l'appelle becardt à ventre blanc ; c'eft Vécorckeur de 
Madagafcar, pL tnl. ix8 ; l'occiput eft d'un noir- 
verdâtre ; le refte de la tête & tout le plumage in- 
férieur font d'im beau blanc ; le refte du plumage 
fupérieur eft noir , chaque plume étant bordée de noir- 
verdâtre ; les plumes de la queue & des ailes offrent 
im peu de blanc. On diftingue encore une bécarde à ventre 
jaune; c^eûlapU'-grieche/aime de Cayenne, de M. Brijfon. 

BEC d'oiseau , Rojirum. C'en cette partie de la 
tête des oifeaux qui leur tient lieu de bouche , & qui, 
en effet , répond par fes ufages à la bouche de l'homme > 
à la gueule des animaux , aux mâchoires , à la ti'ompe 
des infoûes , au fuçoir & aux mâchoires des vers & 
à^s zoophytes , fans reffembler en rien d^ailleurs à ces 
organes. Cette partie de l'oifeau ( le bec , ) eft remar- 
quable ; elle eit en générai longue , épaifle , feite 

en pointe pour fendxe Tair ^ dure \ folide ^ lifle ^ Se 



BEC 131 

de la nature de la corne pour fuppléer au défaut 
de dents ; cependant il y a des oifeaux , tels que les 
plongeons , dont le bec eft dentelé à-peu-près comme 
une Icie : l'ufage de ces fauffes dents , car elles ne fpnt 
point logées dans des alvéoles comme les dents des 
quadrupèdes , eft de retenir le poiffon gliffant que 
l'oifeau a attrapé. D'autres oifeaux ont k bec crochu 
ou arqué pour arrêter & déchirer la proie. Chez ceux 
qui doivent chercher leur nourriture dans les endroits 
marécageux , le bec eft long & mince ; au contraire , 
chez ceux qui la cherchent dans la vafe , le bec eft 
long & large. Le bec des oifeaux leur fert non-feule- 
ment pour preridre leurs alimens , mais ils l'emploient 
auflî comme arme ofFenfive & défenfive ; c'efl: avec 
leur bec qu'ils conftruifent leur nid , qu'ils donnent 
à manger à leurs petits , & qu'ils arrangent leurs 

Elûmes. Quelques-uns , tels que les perroquets , les 
ecs-croîfés , &c. s'en fervent comme d'une main pour 
iàliîr & tenir les objets , & pour monter le long des 
arbres. En un mot , la Nature a donné aux difFérens 
oifeaux des becs très-variés pour la grandeur & pour 
la forme , mais appropriés chacun aux befoins de 
l'animal , ainfi qu'on aura lieu de le remarquer à la 
defcription des diverfes efpeces d'oifeaux. Ce tableau 
eft frappant dans les Cabmets des Curieux , oîi l'on 
voit reunis im grand "nombre d'oifeaux, Fqye^ tarticU 
Oiseau, 

Voici les dénominations employées par les Auteurs ^ 

& qui concernent les caraâeres génériques établis ou 

tirés de la conformation du bec de l'oifeau : bec en toit , 

rojlrum umbricatum; en hameçon , hamatum; en faux, 

falcatum ; partie en feux & partie en hameçon , hamato^ 

falcatum : bec courbe , arciiatum ; en fautoir , decuf-* 

fatum ; en forme d'alêne , fubulatum ; en forme de 

couteau , cultratum ; en forme de couteau & voûté ^ 

cultrato-gibberum ; en forme de fpatide , fpaihulatum ; 

conique ^ comcum ; conique & courbe , conicchincurvunu 

\ X 



ijl BEC 

Bec ALONGÉ, ChaioJon rojlratus ^ Vinn. ; Jaculatar^ 
A&. Angl, 1765 , p. 89 , t. 9. Poiffon du genre du 
Chetodon : il fe trouve dans la mer des Indes. Les in- 
feftes font fa nourriture ordinaire ; aufli-tôt qu'il en 
apperçoit un qui voltige à une petite diftance , il lui 
lance adroitement , à l'aide de fon mufeau en forme de 
tuyau , ou afTez femblable au long bec de certains 
oifeaux , une goutte d'eau qui le fait tomber , & à 
l'inflant il faifit fa prgie & la dévore. Ainfi la déno- 
mination de bec alongéj & celle de jacuLator ^ indiquent 
le caraftere fpécifique de ce poiffon. 

Ce poiffon a le corps large , court , & peu épais ; 
la tête large , aplatie par les côtés ^ & très-inclinée 
vers le mufeau , qui eft d'ime fubftance offeufe. 
L'ouverture de la gueule ample ; la mâchoire de deffus 
efl un peu dépaffee par celle de deffous ; les narines 
ont chacune deux ouvertures ; les yeux font placés 
haut , arrondis & tournés de côté. Les opercules des 
ouïes ont beaucoup d'écaillés , & les ouvertures des ouïes 
font très-amples. Le dos eft uri peu arqué ; la nageoire 
dorfale offre trente-neuf rayons , dont les premiers 
font fermes , courts & épineux ; les peôorales font 
amples & garnies de quinze rayons ; les abdominales 
en ont chacune fix , flexibles & rameux , excepté le 
premier qui eft épais & aigu ; celle de l'anus en a 
vingt-quatre , dont les trois premiers font épineux* La 
queue eft large , courte & d'ime forme arrondie ; les 
écailles font grandes & peu adhérentes à la peau. La 
couleur de tout le corps eft d'un blanc- jaunâtre , mar- 
qué dans fa longueur de quatre bandes tranfverfales ; 
il y a en outre , à l'origine de la queue , une ligne 
noire tranfverfale , & à la bafe de la nageoire dorlale 
une tache noire affez grande. 

Bec d'argent. Voyei à tanidc Cardinal. 

Bec de cire. Nom donné au Senegali rayL Voyez 
^t mot, ' 

Bec en ciseaux , pi. enl. 357, ou Coupeur 



B Ë C 15^ 

D^ÊAtJ , àe Catesby , en latin Rygckopfatla. Genre 
d'oifeau dont le caraftere efl d'arvoir trois doigts anté- 
rieurs palmés , & un poftérieur ifolé ; un trait oien plus 
faillant , & qui n'appartient qu'à lui , le diftingue de 
tous les bipèdes : le l>eCj compolé de deux pièces minces , 
moufles à leur extrémité , eu édenté , droit , aplati & 
déprimé par les côtés ; la mâchoire inférieure eft beau- 
coup plus longue que la fupérieure , fiUonnée & creufée 
dans (a longueur , & les bords en font fort tranchans, 
La mâchoire fupérieure , qui , lorfque le bec eu fermé , 
ie trouve comme emboîtée dans Pinfcrieure , à la ma- 
nière du tranchant d'un couteau entre les deux côtés 
du manche , eft arrondie en deffus ; en deflbus elle eft 
tranchante & en forme de lance. C'eft avec ce hc 
d'une conformation fi particulière , & qui paroît d'un 
iifage fi difficile , que le bec en cifeaux prend le poif- 
fon dont il fe nourrit : il le faifit en rafant d'un vol 
tent la furface de l'eau , d'aflez près pour que la partie 
inférieure de fon bec plonge dans l'eau par fon 
extrémité ; c'eft de là qu'on a donné à cet oifeau le 
nom de coupeur dUau , comme celui de bec en cifeaux 
exprime le mouvement & le jeu de fon bec. 

Le bec en cifeaux a plus d'un pied & demi de lon- 
gueur; fon envergure eft de trois pieds & demi ; fon 
plumage eft , fur le cou & le dos , d'un brun noirâtre ; 
le deflbus du cou & du corps eft blanc ; la queue eft 
fourchue & variée , ainfi que fes ailes , de brim-noirâtre 
fur vm fond blanc ; (es pieds font roitges , les ongles 
ftoirs ; le bec eft rouge à fon origine , & noir dans le 
refte de fa longueur. On trouve cet oifeau , qui eft 
unique dans fon genre , à Cayeime , à la Louifiane & 
à Saint-Domingue. 

Bec courbe. Foyei Avocette. 

Bec croise , pL ent, 118^, en latin Zr<?^/^. Genre 
d'oifeau un peu plus grô$ que le moineau franc , re- 
connoiflable fur-tout par la forme fînguliefe & unique 
de fon bec , lequel eu compofé de deux pièces pro-r 

i y 



134 B Ê C 

longées , courbées à leur extrémité en fens côrttraîff 
l'une de l'autre , ( la fupérieure de haut en bas , & 
rintérieure de bas en haut ) & qui fe croifent mutuel- 
lement ; ce qui a fait donner à cet oifeau le nom de 
bec croifé. La fituation de ces pièces n'eft pas toujours 
la même dans les oifeaux de cette efpece. Il y en a 
dont la pièce fupérieure paffe à droite en fe cfoifant 
avec la pièce inférieure : & dans d'autres , elle (è 
trouve à gauche. La forme de ce bec fert à ces oifeaux 
pour grimper , poiur s'accrocher , pour ouvrir , fendre 
par le milieu les pommes de fap'in , tous les fruits des 
arbres conifères , même , fuivant la faifon , les poromes ^ 
les poires & autres fruits , pour prendre dans leur 
antérieur les pépins ou femences ou amandes , dont ib 
font fort friands : on voit cet oifeau au Cabinet du 
Jardin du Roi. On dit que la' couleur de fon plumage, 
excepté celui de la queue & des ailes , changé trois 
fois de couleur par an , fuivant les faifons de l'année ; 
C[u'il eft vert en automne , jaune en hiver , & rougeâtre 
au printemps ; d'autres affurent qu'il paffe par cracune 
de ces couleurs d'une année à une autre : fentiment 
qui paroît auffi vraifemblable , ce changement pouvant 
trèsi-bien dépendre autant de l'âge & du fexe de l'oifeau 
que dp la mue. Le chant de cet animal eft foible mais 
affez agréable , & ne fe fait entendre que pendant 
l'hiver. Il fait ordinairement fon nid fur les fapins , 
vers la fin de l'hiver ; il ne fait qu'une ponte par an ^ 
& elle eft de quatre ou cinq œufs. Ces oifeaux qui 
ibnt fortement imprégnés de l'odeur de térébenthine , 
ont cependant la chair d'un bon goût ; ils font com- 
muns en Allemagne • en Suéde, & en Norvège; il en 
vient aufti quelquetois fur' les Cptes Occidentales 
d'Angleterre , oîi ils font grand dégât dans les vergers. 
Il y a environ trente ans qu'on en vit arriver ime 
grande quantité aux environs de Paris* Qn ne compté 
qu'une véritable efpece de bec croifé^ celle dont nous 
venons de parler , Loxia vcrjicolor , dont le dos eft 



BEC i3f 

noirâtre ^ la poitrine & le ventre, font d'un brun- 
pourpre ; Vautre n'eneft qu'une variété ,& s'appelle le bec 
croiff roufsdtrcj Loxia rufejcens. Sa tête eff affez rouge. 

Bec a cuiller, f^oyei Cuiller. 

Bec a Faucon de DampUr. Voyez à Van. Tortue; 

Becf-aal. V<^t[ à tarcicU Torpille. 

Bec-Figue , pL ml. 6^8, fig. f , en latin jî^^^^i^ 
Genre de petit oîfeau à-peu-près de la groffeur de 
la linotiCj qui a été connu des Anciens } fon plu- 
mage efl fort fombre ou d'un gris-brun fur. le dos^ 
& d'un gris-blanc fous le corps. Le bec , les pieds & 
les ongles font noirâtres. Le cçraâere du bec ^.fi^ dk 
d'avoir les narines découvertes comme Valouccte ; mais 
le dpigt poftérieur eft arqué. Xjès fauvettes appartiennent 
au genre du bec -figue ^ ainii que les petits oifeawc 
$ippelés figuiers. 

Les bec --figues font friands en général de tous tes 
fruits éui ont une faveur fucrée. Us n'aiment pa^ 
moins le raifin que les figues» comme le marque 
Martial dans ce diftique. 

Cùm me ficus alat ^ dtm pafcar diddSus uvïs ; 
Cur potiîts nomen non dédit uva mihi^ 

On voit de ces oifeaux dans les lieux oîi il y 9 
beaucoup de ces fruits ; ils ne quittent que tard , au 

Erintemps , les régions du Midi , & y reviennent de 
onne heure en automne : il y en a qui pénètrent 
jufqu'en Suéde. Dans les pays chauds ^ ils deviennent 
comme de jietites pelottes de graifle légère & fon^ 
dante , & font alors un manger très-délicat. A Venife^ 
où on les appelle beccafico > on en fait un grand com- 
merce. 

En été, le bec-figue ne fe réunit point par bandes : 
le mâle ne vit çuere en foeiété qu'avec fa femelle ; 
il habite les bois y sW nourrit ainfeûes , en atten* 
dant la fàifon des fruits , s'y tient dans les parties 
les plus fourrées ^ y cache ïçn nid avec art» Axix 

I4 



i3« BEC 

approches des premiers froids , les hurfigues ^gnent 
peu-à-peu les régions Méridionales , ils fe réuniffent y, 
ils volent par bandes : c'ell alors qu'ils font com- 
muns dans ces Contrées , en Italie , en Gr^ce , fur les 
-Côtes d'Afrique , &:c. 

Chaque Province, chaque Canton a , pour ainfi 
dire , fes prétendus bec-figues ; on en applique le nom 
aux différentes efpeces de cette nombreufe claffe d'oi- 
féaux à bec efRlé, qui, en automne, becquetent les figues 
& en font une partie de leur nourriture : c'eft ainfi 
que dans le Bugey , on donne improprement le nom 
de bec'figiu ^ hiver à Y alouette -- pipi ; & dans la 
Provence à la iimnte vulgaire des vignes : on Taj^elle 
vinette en Boiu^gogne ; mûrier ou petit pinçon des lois ^ 
en Lorraine. 

Dans Pille de Cayenne il y a , dit-on , plufieurs 
efpece^ de bec-figues qui font, pour ainfi aire, les 
deftrufteurs des papaies^ des goyaves y des bacoves & 
des bananes , dont- ils fe nourriffent. Ces oifeaux font 
des figuiers. Voyez ce mot. 

Bec de grue , en latin Géranium. D'im très-grand 
nombre d'èfpeces qu'il y a de géraniums , on ne feit 
ufage en Médecine que de trois i favoir, i.° D*une 
éfpece annuelle dont les fe.iilles refftmblent à celles 
At\à mauve; c'eft le Géranium columbinum ^ Linn. 956^ 
aut folio malvce rotundo , C. B» Pin. 318; Pes colum^ 
binum , Dod. Pempt. 6 1 , en françois pied de pigeon 
ou bec de grue; fes fleurs font affez grandes, rouges 
ou bleuâtres , portées fur de longs pédicules. Il vient 
en abondance dans les prés & dans les jardins. 

%.^ D'une autre nommée herbe à Robert , Géranium 
Robertianum , Linn. 955 ; i , viride , C. B. Pin. 31, aus 
murale , J. B. 3 , 480 , dont les feuilles font découpées 
comme celles de la matricaire . & ont une odeur aie panais y 
ou plutôt de lamium : elle efl bifannuelle , croît fur 
les vieux murs , dans les haies & fur les décombres., 
La troifieme efpece^ que l'on nomme bec de gru^ 



B E C 137 

fangiàn^ Gcraniitmfanguimum , Lînn. 958 , & maximo 
flore j C. B. Pin. 318, porte des tiges nombreufes , rou- 
geâtres , velues , & nouevifes , rameufes , hautes d'uiie 
coudée. Sa racine eft vivace , épaiffe , rouge & 
fibreufe : elle , pouffe tous les ans de nouvelles 
racines dans les forêts & les buiffons, même dans 
les prés. Ses feuilles font pétiolées , partagées ordi- 
nairement en cinq lobes ou lanières découpées }uf- 
qu'à la queue ; chaque lobe eft découpé en trois. 
Toutes ces efpeces de géranium portent des fleurs en 
rofe de couleur purpurine , petites , excepté la der- 
nière efpece dont les fleurs font grandes. La fleur 
eft grande, folitairé, compofée d'un calice à cinq 
feuilles , dHme corolle rouge à cinq pétales , de dix 
étamines réunies à leur baie autour d'un piftil à cinq 
ftigmates. Ces plantes^ font remarquables par leur 
fruit , qui reffemble à un bec de grue marqué de 
cinq rainures. Leur graine eft jetée dehors quand 
elle eft mûre , par le recoquillement du bec des cap- 
fules. Ces capudes, au nombre de cinq, renfermant 
chacune une femence , dit M. DeUu[e , font attachées 
à la bafe du pivot du fruit , & furmontées chacune d'une 
lame élaftique placée dans une des rainiures du pivot. 

Toumefon compte foixante - dix - huit efpeces de 
géranium ; M. de i^avani/le en porte le nombre à cent 
vingt - huit. Ce Botanifte divife les géraniums en deux 
grandes claffes ^ à corolles régulières , & à* corolles 
irrégulieres. La premiei-e contient en général les ef- 
peces Européennes , & a communément les feuilles 
oppofées. La féconde réunit la plupart des efpeces 
Africaines , dont les feuilles font le plus fouvent 
alternes , & contient foixante - onze efpeces. Ce 
genre de plantes eft , dans l'ordre naturel , très» 
voifin des Malvacées. Miller nomme au moins qua- 
tBnte géraniums , qui font cultivés en Angleterre 
dans les jardins des Curieux : de ce nombre il y 
en a pluiienrs qui le méritant par la beauté do 



138 BEC 

leurs ileiffs. Tels font le géranium annuel à lar^ 
feuilles & à fleurs bleues; le géranium à petites 
feuilles & à grandes fleurs purpurines; le géranium 
d'Afrique à feuilles d'œillet & à fleurs d'écarlate.; 
le géranium Africain qui s'élève en buiflbn , & qui 
€ft à feuilles de mauve & à. fleurs d'un rouge de 
carmin. On l'appelle bec de grue y pot de feu , Géra-- 
mumfulgidum. D'autres efpeces de géraniums y outre 
la beauté de leurs fleurs nombreufes , rouges ou 
violettes y répandent dans l'atmofphere , après le cou- 
cher du foleil, une odeur fort balfamique ou muf«« 
quée.. Tel eft le géranium mufqué^ Géranium mqf' 
€hatumy folio ad myrrhidem accedenUy minus , J. B. 
3 y 479 ; Géranium cicuta folio , minus & fupinuriiy C. 
B. Pin. ^19; Géranium cicmarium y Linn. 951, Il eft 
annuel. On en ailtive dans les ferres chaudes une 
efpece dont les feuilles , légèrement preflees y taiflent 
aux doigts l'odeur de l'encens. On diftingue encoiie 
le géranium, trijley Géranium trille y Linn. 950. Il eft 
vivace par la racine. Sa tige eu une hampe avec une 
feule feuille y foutenant plufîeurs fleurs jaunâtres, 
d'un œil triile , mais répandant la nuit beaucoup 
d'odeur. Les pétales font marqués de brun-noir j le 
calice eft d'une feule pièce; les feuilles qui partent 
de la racine font très •- découpées. Ce géranium eu 
originaire des -Indes. Il y a le hec de grue à cercle 
noir fur la feuille. Géranium ^on^ile. Le iec de grue 
panaché y Géranium variegatum. Le géranium brun , 
Géranium fufcum y Linn. ( MaruijT. 97 ). Le calice eft 
velu y & les pédicules à deux fleurs brune$ & fran* 
gées. KMe a le premier fait mention du géranium 
épineux du Cap de Bonne-Efpérance y dont la racine defle- 
•chée eft d'un blanc citrin , à trous étoiles à l'endroit des 
nœuds d'où partent le chevelu. Cette ^nguliere racine 
eft très-inflammable , fur-tout au centre 9 noirâtre & 
d'une odeur de benjoin mêlée de ftorax. 
, M. Umi(ms {JAantiff^ 97, ) a donné l'épithete Hhi* 



BEC 139 

iridum à un beau géranium y à prefent très-commun^ 
dont les fleurs font d\m rouge éclatant. Cette efpece 
qui perMe Phiver , eft , fuivant ce Botanifte , une 
produdion du géranium inquinanSy avec le géranium 
acetofum d*Afrique. 

Ces diverfes efpeces de géraniums font d'excellens 
vulnéraires aflringens , fur-tout V herbe à Robert y qui 
eft un aftringent très-tempéré. L'infiifion de fe$ 
feuilles dans du vin arrête toutes fortes d'hémor- 
ragies; mais elle n'eft pas fébrifiige, comme on la 
prétendu. Le bec de gruefanguin, dont les feuilles 
tont ftiptiques , & dont le fuc colore en rouge le 
papier bleu aufli vivement que Palun, arrête le fang 
d'une manière fui^prenante ; aufli les gens de la cam- 
pagne en font-ils grand ufage pour Içiu^s bleflures* 
On donne à ces plantes le nom d^ herbe a Pefquinancié , 
parce qu'elles font utiles dans cette maladie ; mais la 
véritable herbe à Pefquinancie eft la petiu garance. 

Bec de hache. Voye^ Pied-rouge. 

Bec d'oie. Nom que l'on donne au Dai^him 
Voyez r article Dauphin ^ à la fuite du moi Ba- 
leine. 

Bec ouvert. Nom donné à un oifeau trouvé aux 
environs de Pondicheri, par M. Sonnerai. Cet oi&au 
qui eft de paflage , & paroît fur la Côte de Coro-» 
mandel , dans les trois derniers mois de l'année , 
reflTemble aflez au héron , il en a . les habitudes & 
vit de la même manière ; mais la mandibule fupc*** 
rieure n'a point fiu: chaque côté 'la rainure longî-^ 
tudinale qu'on ôbferve chez le héron ; fon bec eft 
renflé dans le milieu , tant en defliis qu'en deflbus , 
& ces portions convexes en dehors du bec ^ font 
excavées ou échancrées en dedans , ce qui fait que 
les bords des deu^ mandibules laiflient entre elks un 
vide dans le milieu de leur longueur j l'ongle du 
milieu n'eft pas dentelé comme àms les hérons* Le 
bout du bec fupérieur eft dealelé ; les doigts <te 



Ï40 BEC 

devant unîs par une membrane jufqu'à la première 
articulation. 

Bec rond, A la Gulane on donne ce nom à des 
efpeces de petits bouvreuils^ l'un à plumage bleu, & 
Tautre à ventre roux , pL ml. 319, fi§. 2 ; le premier fe 
trouve au Bréfil & à la Caroline , l'autre à Cayenne ; 
leur bec eft moins crochu & plus arrondi que celui de 
nos bouvreuils. Voyez u mot. 

Bec-scie. Oifeau aquatique de la Louifiane , dont 
le bec eft réellement dentelé comme la lame d'une 
fcie- : les dents de la partie fupétieure s'adaptent 
exaâement avec celles de la partie inférieure. Cet 
oifeau eft un hark. Voyez et mot. 

Bec a spatule ou Palette. Voye^^ Spatule. 

BÉCASSE, pL enl. 885 , en latin Stolopax. Oifeau 
de paffage, très-bon à manger, un peu moins gros 
que la perdripc^ & pourvu d'im long bec obtus par 
le bout ; fon vol eft aflez pefant : le roux , le noir 
& le cendré forment fa couleur. Il a quatre doigts y 
trois en devant & un en arrière. 

Ces oifeaux fe rétirent dans l'été fur le haut des- 
montagnes de la Suiffe, de la Savoie, des Pyrénées^ 
des Alpes, L'hiver (dès la mi-Oâobre) ils defcen- 
dent dans la plaine , & alors on en voit en France 
& dans^ tous les pays voifins. Ils s'envolent par 
paires , ou un à un, & fréquentent les bois humi- 
des & les ruiffeaux près des haies, où ils trouvent 
des vers dont ils font leur nourriture , & oh ils 
iè lavent en même temps les pieds & le bec qui 
fe trouvent enduits de terre. Il paroît qu'une lumière 
foible leur convient ; car c'eft le foir & le matin 
que les bécajfes volent pour chercher leur picorée; 
auffi eft-ce l'heure oii on les prend fur les lifieres 
ÀQS bois , dans des filets à la paffée , ou fur le bord 
des ruiffeaux avec des lacets. Pendant le jour , elles 
fe tiennent cachées : on dit qu'elles viennent & s'en 
Tont la nuit ou par des temps de brouillards. Les 



BEC 141 

tccajjcs regagnent les hauteurs au mois de Mars ; 
elles partent appariées. Il en refte quelquefois dans 
le pays ; elles y pondent & y couvent. Elles font 
leur nid à terre , & ce nid efl: compofé d'herbes 
feches & de petits brins de bois ; elles l'appuient 
contre un tronc d'arbre ou une groffe racine : leurs 
œufs, au nombre de quatre ou cinq par nid, font 
oblongs , un peu plus gros que ceux du pigeon , de 
couleur rougêatre-pâle , & bigarrés d'ondes & de 
taches bien foncées. Le père & la mère prennent 
. également foin des petits. Pendant l'incubation , le 
mâle demeure fouvent couché près de' la femelle , & 
ils paffent réciproquement leur bec fur le dos l'im 
de l'autre , ce qui eft probablement chez eux une 
marque de tendreffe. Les petits quittent le nid fort 
peu de temps après être eclos. Ces oifeaux ne font 
entendre le cri qui leur eft particulier que dans le 
temps de leurs amours ; car les bicajfes font muettes 
le refte de l'année. Si le vol de cet oifeau paroît 
rapide , il n'eft ni élevé , ni foutenu ; il bat des ailes 
avec bruit en partant, file ou fait le crochet, fui- 
vant le Heu d'où il s'eft levé , s'abat bientôt comme 
une mafte abandonnée à fon poids; après fa chute, 
il trotte à terre avec une grande vîteffè , & eft déjà 
bien loin du Chaffeur à l'inftant oîi il l'apperçoit. Au 
refte la bécajjl eft d'im naturel obtus, prefque ftu- 
pide , & l'efpece de cet oifeau eft généralement 
répandue dans l'un & l'autre Continent. La chair 
de la bécajfe eft noire , mais excellente & nourrif- 
fante ; auflî cet oifeau eft-il très-connu fur nos tables. 
Autant l'homme en aime le fumet & la faveur, 
autant fon odeur & fon goût déplaifent-ils aux chiens ; 
ils répugnent à la rapporter ; on n'y peut guère 
accoutumer que les chiens barbets ; & tous refiifent 
d'en mander la chair. 

On diftingue plufieurs variétés de bécajje. On a 
Vil, pendant quelques années , au Café de Southaropton , 



i4t BEC 

me de la Chancellerie à Londres , une bicajje blanche 
confervée dans une boîte de verre. Son bec étoit 
jaunâtre, ainfi que fes jambes & fes pieds. 

La bécajje eft la bécade de la Guienne , & le vidccoq 
de plufieurs autres Contrées. 

BÉCASSE DE MER , VOye[ HuiTRIER. 

BÉCASSE ÉPINEUSE. Coquillage univalve, cannelé & 
tubercule, que les Conchyliologiftes eftiment appar- 
tenir au genre des Pourpres. Voyez ce mot, 

La bécajfe épiruufe eft très-fragile , fa bouche ovale 
eft bordée d'im liferé couleur de chair vive. Sa robe 
eft grife & fauve ; elle eft armée , tout le long de fa 
queue , d'un grand nombre d'épines courbées & arran- 
gées en dents de peigne par quatre compartimens : 
il y en a une efpece qui n'a point d'épines , & que 
l'on nomme feulement tête de bécajfe. 

BÉCASSE d'arbre. Voye^^ à l'article Huppe. 

BÉCASSE desSavannes,/?/. enL 895. Sorte de ^^^ 
qui fe trouve très-communément à Gayenne; elle eft 

f)rès d'un tiers plus petite que celle d'Europe , mais 
a chair eft aufli bonne , & fon bec eft plus long. 
Son plumage eft d'un brun-rouflatre , varié ou rayé 
de noir, fur-tout à la tête; le haut de la gorge eft 
blanchâtre. Cette becaffe n'habite que les lieux les plus 
bas des favannes ou prairies qui ne font pas noyées. 
Elles vont pîar paires, font plufieiurs pontes de deux 
œufs , nichent uir des tertres , dans des trous tapiffes 
d'herbes feches : elles fliient les bois. 

Bécasse , ( poiffon ) Centrifcus Scolopax , Linn. A 
Gênes , Trombetta ; à Rome , Fojjietta. Poiffon du genre 
du Centrifque.^ Il eft long de quatre pouces ; fon mufeau , 
efpece de trompe très - alongée , eft compofé d'un 
os fîmple , large vers la tête, droit, étroit par le bout , 
tenniné par un orifice recouvert d'un operaile qui 
tient à la partie inférieure , & qui s'élève pour fermer 
l'entrée de la trompe , & s'abaiffe pour l'ouvrir. La 
reffembl^ce vague qu'un prçmiex coup d'œil a indi- 



BEC I4J 

rpée entre cette partie & celle qui lui correfpond 
dans certains animaux , a fait donner à ce poiuon , 
felon les pays , les noms à^ éléphant & de hécaffe • 
D'autres rapprochemens ont produit les dénominations 
populaires de foufflu & de trompuu. 

Le corps de ce poiffon eft comprimé, large d'un 
pouce, couvert d'écaillés rudes; les yeux grands; 
les iris blancs, nues de rouge; le devant du ventre 
en forme de tranchant aigu; les deux nageoires dor- 
fales ; la première confifte en une arête tr-ès-longue , 
très-forte, & articulée; elle s'abaiffe & fe relev^; 
éXt eft dentée fur les côtés : autour de cette arête 
font trois autres petites ; la deuxième nageoire dorfale 
a douze rayons ; les peâorales en ont quatorze ; celle 
de Panus en a dix - huit ; la queue eft légèrement 
foiu-chue ; au lieu des nageoires abdominales fe trou- 
vent deux dents comme ofleufes, & au-defîbus une 
troifteme dent, plus longue que les autres. 

On préfume que ce poiflbn eft le même que ïe 
Balaou , qui fe trouve abondamment à la Martinique, 
& qui eft bon à manger; il fe laifie facilement prendre 
^ la lueur d'un flambeau , avec de petites foênes garnies 
d'hameçons redrefles ou d'un rets autour d'un cercle. 

BÉCASSEAU , Tringa , (quelques Auteurs l'ont nom- 
mé Cinclus , & d'autres Glareola ), Nom donné à un 
genre d'oifeau différent de celui de la bécajje , & dont on 
diftlngiie plufieurs efpeces. Le caraâere du bécaffeau 
eft d'avoir quatre doigts à chaque pied, trois devant 
& un derrière , le bec d'un vert obfcur , droit jus- 
qu'au milieu de la longueur un peu obtus , & légère- 
ment courbé vers la pointe. 

Le bécajjeau vulgaire , pi. enl. 843 , qui porte auffi 
le nom de cuUblanc , pied-vert , pivmc , fiffUJJon , a les 
pieds verts , le corps brun tacheté de blanc , le cou 
cendré tacheté de brun , & eft de la groffeiu: du pluvier 
doré. Les ailes étant croifées font prefque de la Ic«î- 
S^eur de la quçue i les pieds font verdâtres & les 



144 BEC 

ongles noirâtres : ce bicajfeau fe plaît [dans les lîeux 
paifibles & folitaires , excepte dans les temps de Pap- 
pariement; alors le mâle & la femelle vont de com- 
pagnie ; mais on ignore en quels lieiix ils font leur 
fionte. Ils fréquentent ordinairement , pendant la fin de 
*Eté & l'Automne , les bords découverts & fableux 
des rivières & des ruiffeaux ; cet ^ oifeau fe nourrit de 
vers & de différentes efpeces d'infeâes qui vivent dans 
Peau ou en peuplent les bords ; il les prend à la 
courfe ou au vol ; il entre affez fouvent dans Peau , 
6ç on l'y voit faifir fa proie ; il court légèrement & 
^vec grâce , en balançant fouvent la queue ; il rafe 
en volant la furface de Peau ; fon cri n'eft pas défa- 
gréable. Les bicaffeaux n'ont de rixes entre eux qu'à 
la découverte d'une proie ou plus abondante , ou pour 
laquelle ils ont un goût plus décidé. 

BÉCASSINE , pL tnl, 883 , en latin Gallinago 
minor. Oifeau de paffage , de la groffeur à-peu-près 
de la caille , remarquable par la longueur de fon bec 
qui a près de trois pouces. Les plumes du dos de cet 
oifeau font de la couleur de celles de l'alouette ; le 
deflbus de la gorge &: des ailes eft blanc & entremêlé 
agréablement de noir dans plufieurs endroits. L'iris des 
yeux eft de couleur de noifette , les pattes font d'un 
vert pâle , les doigts font longs & ieparés dès leur 
naiflance. La bécajjim eft du genre de la bicaffc. 

Ces oifeaux nous arrivent de l'Allemagne en Au- 
tomne 5 & s'en retournent au Printemps : ils vivent 
affez folitaires , & habitent les prairies baffes , les lieux 
marécageux : ils fe plaifent fur les bords des petites 
mares d'eau , ou dans les herbages & les plants d'ofiers 
qui bordent les rivières , oîi ils cherchent des vers 
& d'autres infeftes à l'aide de leur bec. Ils^ nichent 
quelquefois dans les parties les moins acceffibles de 
nos marais ; ils placent leur nid au pied des faules 
ou des aunes ; ce nid eft conftruit d'herbes feches , 
& garni de plumes à l'intérieur. La femelle pond 

quatre 



BEC »4f 

<ffa2ttte ou cinq œufs blancs tintés de rouge. Lorsque 
la ticojfine prend fon effor , elle jette un petit cri : 
elle efi fort difficile à tirer y à tnoins qu^ôn ne chôififTe' 
rinftant oîi elle vole en ligne droite i car fon Vol eft 
le plus communément très-ûnueux ^ .c'e(l-à*dire , en 
crochet. 

L'efpece de la UcaJ/mertû, très-rcpandue fur les lerres 
des deux' Continens, On en voit beaucoup dans les 
parties Méridionales de la France* Ellçs..jCc5nt très- 
communes en Hollande .^epuis le mpis de.^ pëçembre 
îufqu'à rentrée du Printemps. Celle du Càp de Bonne* 
Ëfpérance , pi, enl. xyo , a en quelque fôrite le plumage 
du geai ; celle de Madâgafcar , pL e/^/, 9iz , eft/de là 
grofleur de la nôtre, mais elle a le bée beaùcQûp t)lui! 
court & les Jambes mçins lonj^ues ; celle de la Chine , 
pL enL 8S i > a le plumage fupieirieur r^yé qu ^nouchètl 
de brun , de noir ^ de blanc. & de jaiihâtre , fur un 
^nd gris-bleuâtre ;- l'inférieur eif )}lànç ou bïanchâti^e^ 
cependant le haut de la poitrme onre Un^ lar^e bandé 
noire. Celle de Madras/a le plumage de là perdrix, & 
le doigt poftérieur eft aûfUlong m^^ ceux de devant, 
La hkcJBru d'Angleterre ou d'Êcoffe a au conli-àirè lé 
doigt poitérieur fort i;ourt, C'eft le diuUin des.Ahglois ^ 
ou la hruxutu, Lb bkaJRru de favannt , ou de Cayenne , 
eâ un peu ^\jis grufle quq la nôtare, A regard de \à 
bicajpnt bUmchù^ Voyez Gi^atUr blanc, hàtlcaj^e ej^ 
un mets çléUcat &, fort recherché. , ., , 

La puiu bécaffmc proprement dite , pV^tnt. %%j^^ 
i^eù, pas fi r^af^due que la grande ^ecaffîne ; elle fe 
tient cachée ipus les joncs &c lés plantes aquatiques ; 
elle ne quitte pas nos maraisv» elle y niche.; ia chair 
eu aufS très * efHmée ; les ChafTeiurs rappellent la 
fourde ,. parce qu'elle refte obftinément à terre , malgré 
le bniit <ju'on fait en venant à elle ; foii vol eil 
moins rapide & moins finueux. Les Pourvoyeiu'S & 
les Traiteurs à Paris lui donnent improprement le nom 
itbècajfeau. 

Tamt II. K ' 



M^ BEC 

: BECCABUNGA ; . Kttonkà^ aquitUa. Cette plan» 

^ft une vironîque aquatique qiii croît fur le bord des 
niîjfîeatix. On en diftingé deux efpeces î* 

La/pfëmlefe eft la Vlromqût crcffonnU ^ Veronïcd 
jBcccatunga 'j lAnxié i6 ; Ferônica aquaticd major foLo 
filbroeundo yMoûï. Hift. 0:^on. JPart. 2, jiajc^eftle 
JBeccaT>iinga à feuilles- Ton<fes. Ses racines font vivaces , 
fibreufes , blanches & rampantes ; fes tiges font un peu 
couchées ftir terre , Jtendres ,* cylindriques , rougeâtres 
& branchués.* Ses feuilles font très-hffes -, d'un vert 
foncé , épaîffcs , ovales , arrondies , oppofées deux à 
^eiix. Pes hœuds dss tiges- s'élèvent dfes pédicules 
trarichiis portant quèlc[ue!5 fleurs bleues , fort jolies ^ 
en îiofette'V. 4^coùpee's cri cjuàtre parties , doht Û y en 
^ toujours une Jpliisr -petïte'^î caraâere- di^nôif des 
véroniques :! le miit a la figure* crun cœur-^^On fait 
un, gi-and yûïage ^ i^^^ cette plante , ainfi qu«' de"rautre 
^fpécç gui eA plus petite t" on' les- préfereà toutes Ici 
$utrçs '|)lahtes , ântifco^huti^ius \ parce qii'ellèS' font 
nîoîns âctes^l^ .tomme le crépon de 

fontaine , eïlé éfr très*i;tiie*^aiix- tcmpéranie^ & 

chauds., Y ;.. ; ^^V ; ^'^ ^ . . . .: . , 
* tir' (Têùkîe Aie 'lefpete f en lé ' ' Èeccalimga k (Quilles 
lon^iQS V f^fronièa "àqiïizHca ^'fnajor ^ fotiù 'obiongo^ 
J^J[pniQ' ibïâi .3x3; P^^ron'ica , dnagalUs ,- Liilil; ï6f ; on 
râppètte àûffi^ Véràrlqùe'i^oî^ohnit. Elle difllWre <peu de 
la précédente ; fes tiges font plus droiteis , lâais^ fes 
feiifllps font étroites & pbintites. -^ . 

'' BECCÀKD. Voytik rarticU Sau'M<>N. 
. ' ttmP^XJrmft.de PAcai. tom* IIÏ; G^efl le FU^ 
inhnl â*e*M. Brijfohlon It-'-Fiàmbantl et Selon ; le 
Ï7tf/^^/ d'Amérique de^ pk M. 63 ; le Phenicâpure ^ 
en Idîûn' Pkœnjcoptems ; en anglois Flamingo : les Hâbi*-. 
tans de la Gitiaile' l'appellent Tococi). M. 'Mauduyt dit 
que lé mot phlhicoptérc dérivé du nom que ies Grecs 
à voient' donné à l'oifeau que tiôus nommons aujovu*-* 
d'hui fiamhmt ou fiamant , lignifie , félon fon étytao* 



BEC i4f 

lôgle l oifiau aux ailes de fiamme , & peint bien le 
fUnicopure , dont les ^iles font en effet d*un rouge 
très-yif. Le nom de becham lui a été donné à caufe 
de la figure particulière de fon bec , qui eft recourbé 
comme le manche d*une charrue. 

Cet oifeau eft feul de fon efpece , & compofe lui feul 
un genre particulier : fes caraôeres font quatre doigts , 
dont les trois antérieurs fe trouvent joihts enfemble 
par des membranes entières , le poftérieur eft féparé ; 
les jambes avancées vers le milieu du corps , hors de 
l'abdomen , & plus longues que le corps ; le bec afleaç 
gros , dentelé , courbé en en-bas vers le milieu de fa 
longueur ; la mandibule inférieure plus large que la 
fupérieure;la partie inférieure des jambes (des cuiffes) 
dégarnie de plumes. 

Le btcharu ou phénicoptere a le corps peu épais , 
les jambes & le cou menus & exceffivement longs. 
Cette difpofition & la forme fmguliere de fon bec le 
rendent un oifeau en quelque forte bizarre , mais diP 
tingué par la beauté de fon plumage ; il a les pieds 
palmés, quoiquHl ne nage pas & qu'il ne fréquente 
que Içs rivages. Les phénicopteres différent beaucoup 
pour la taillé & même pour le pliunage, M. Mauduyc 
dit ^ue ceux qu'on voit le plus ordinairement ont 
quatre pieds quelques pouces du bout du bec à celui 
de la queue ^ & environ fix pieds jufqu'à Pextrémite 
des doigts : ils ne font guère plus gros que Voie 
domejliquc; leur envergure eft de cinq pieds quelques 
pouces , & les ailes pliees s'étendent julqu'au bout de la 
queue ; les yeux font petits ; l'iris ordinairement rouge : 
tout le plumage , pourfuit M. Mauduyt , eft d'uo 
très-beau rouge , plus vif cependant fur les ailes , 
excepté les grandes pennes qui font noires ; le bec ^ 
la partie nue des cuiffes, les jambes^ les doigts, leurs 
membranes & les ongles font rouges; mais le bec eft 
noir par le bout. 

Il faut obferver que , dans la première année , Ut 



M» BEC 

fhénicoptîrti Ont le plumage varié de blanc & de giîs J 
excepté les grandes pennés de l'aile qui font déjà noi- 
res ; k bec & les pieds ibnt gris : dans la féconde 
année , la tête , la gorge & tout le corps font d'un 
blanc animé par une teinte couleur de rofe ; les grandes 
pennes de Paile font noires ; les plumes fcapulaires 
& les couvertures des ailes font d'un rouge aflez vif, 
& c'eft alors que cet oifeau mérite vraiment l'épithete 
( aux aiUs dtfianum ) que les Grecs lui avoient donnée ; 
il a le bec & les pieds jaunes , ou d'un jaune - rou- 
geâtré avec l'extrémité d'un bleu - noirâtre : ce n'eft 
qu'alla troifîeme année que le phenicopterc devient tout 
rouge , & tel que nous l'avons^ecrit d'abord ; & 
comme il y a de ces oifeaux d'un rouge plus vif les 
uns que les autres , il eft très-probable que ce font 
les mâles qui font les plus fortement colorés ; l'Or- 
nithologifte , que nous citons , a obfervé que tous les 
phmicopteres qui nous viennent d'Amérique , ont le 
plumage de tout le corps d'un rouge plus uniforme & 
plus foncé que ceux qui nous font apportés de l'an- 
cien Continent ; le corps de ces derniers eft d'un 
rouge-rofe vif, & les ailes coideur de ponceau : ceux 
d'Amérique font auffi , en général , un peu plus grands 
que ceux <lii vieux Monde ; au refte , les ^ifférens/^A^ 
nicopteres font tous de la même efpece , & les diffé- 
rences qu'on remarque entre eux ne tiennent qu'à des 
circonftances locales & dépendantes probablement du 
climat ; ajoutons , de l'âge & du fexe* 

M. Mauduyt dit que le phinicoptere habite en général 
les Contrées du Midi : on le trouve dans Tancien 
Continenj , depuis les bords de la Méditen-anée , 
jufqu'à la pointe la plus auftrale de l'Afrique ; les 
Côtes qu'il fréquente en Europe , font celles d'Ef- 
pagne ,' d'Italie , de Provence , de Languedoc , parti- 
culièrement vers Montpellier & Martigues , & les 
marais près d'Arles. Ces oifeaux font très-commiuis 
liir toutes les Côtes Occidentales de TAâique : on les 



BEC 14^ 

connoit en Amérique , à Cuba, à la Côte de Vénézula ^ 
aux liles de Bahama ^ à Saint-Domingue , aux Antilles ^ 
à la Guiane , au Pérou ^ au Chili, &cc. 

Le Père Laiat dit que , près de Gefines ^ eft un 
village habité par des Nègres , oîi ces oifeaux font 
regardés comme facrés ; ils s'y raflemblent par milliers , 
fur les arbres , & y font un bruit qu'on entend d'un 
quart de lieue : malheur à un étranger qui feroit fur- 
pris , par ces Nègres fuperftitieux , à tuer un de ces 
oifèaux facrés , ils en vengeroient l'injure & la mort. 

Ces oifeaux font voyageurs , mais feulement entre 
les latitudes méridionales ; ceux que Ton voit quel- 
quefois dans l'intérieur des terres &c dans les Régions 
Septentrionales , font égarés & hors de leur route. Ils 
volent fouvent en troupes très-nombreufes , & quel- 
quefois ils voyagent feuls ; ils font leiu"S nids fur^ les 
terres bafles & noyées ; ce font des amas d'une terre 
glaifeufe , relevés d'environ vingt pouces ; ils ont la 
Forme d'un cône tronqué , dont la bafe ^ qui a un 
pied &c demi de diamètre , refte plongée dans l'eau , 
& dont le fommet , à fec & defféché , creux & dé-» 

Î)rimé , reçoit immédiatement les œufs , fans aucune 
iibftance intermédiaire. Au rapport des Voyageurs , 
la femelle couve fes œufs , les jambes pendantes &c 
tombantes dans l'eau , comme un homme ailis ou à 
califourchon fur lin tabouret ; la ponte eft de deux ou 
trob geufs , blancs , gros comme ceux de Voie , un peu 
plus alongés ; les petits , peu de jours apî^s leur naif- 
fance , courent avec une finguliere vîteffe , mais ils ne 
volent que quand ils ont acquis à-peu-près toute leur 
grandeur. 

Ces oifeaux fe nourriffent de coquillages , de frai de 
poiffons , d'infeftes aquatiques ; ils cherchent leurs ali- 
mens en enfonçant leur bec dans la vafe ^ & en la 
remuant continuellement avec leurs pieds , qu'ils agi- 
tent en les levant & les baiflant fans ceffe : ils man- 
gent auâi du poiûbn ^ 6c Içs dentelures de leur b^c 

^ 1 



150 BEC 

leur fervent également à falfir & retenir tous les aK- 
mens qui leur font propres. 

Ces oifeaux ,en cherchant & faîfiffantleur picorée, 
remuent çà & là leur tête , mettent le deffus du bout 
du bec à plate terre , & leur cou femble fe tordre. 
Le bec fingulier du phinicopure a mérité Tattention de 
plufieurs lavans Naturalises & d'Anatomiftes habiles , 
fans qu'ils foient d'accord laquelle de la portion fupé- 
rieure du bec , ou de l'inférieure , eft mobile , & laquelle 
eft immobile ; c'eft encore , dit M. Mauduyt , un 
point à éclaircir dans Phiftoire de cet oifeau fingulier 
& unique dans fon genre. Les pkinicoptercs s'éloignent 
fort peu des rivages de la mer , & ne fréquentent guère 
ceux des fleuves qu^à leur embouchure ; foit qu'ils pè- 
chent ou qu'ils fe repofent fur la plage , ils ont Tha- 
bitude , quand ils font en troupe , ce qui eft le plus 
ordinaire , de fe ranger , les jeunes & les vieux mêlés , 
fur une feule file : mais , comme ils font très-méfians , 
il refte toujours quelqu'un d'eux pour faire fentinelle ^ 
examiner ce qui fe pafle , & au befoin , donner lalarme 
par un cri aflez jfeniblable au fon d une trompette : 
alors toute la troupe , voyant le danger de refter 
plus long-temps dans cette ftation , prend fon vol y en 
obfervant un ordre femblable à celui des grues. Si 
cependant on peut les approcher en fe cachant , & que 
Von en tue un à coup de fufil , il arrive quelquefois 
^e les autres , falfis d'étonnement , prennent difficile- 
ment leur eflbr. On prétend que, comme les grues ^ 
les pkmicopures dorment , en Europe , les pieds pofés 
à terre fur un pied. 

Le phénicoptere , quoique très-fauvâge , ou peut- 
être très - craintif dans l'état de liberté , s'apprivoife 
àfTez facilement , fur-tout étant pris jeune ; mais il a 
de la peine à s'accoutumer à nos climats , dans les 
ménageries où il languit & vit peu de temps : dans 
quelque pays qu'on le retienne captif, il refufe de fe 
reproduire i il y a apparence que le défaut d'alimens 



J « E G _ 151 

iëônvéfiablesr.lm nuit autant en domeftîcîté dans* nos 
contrées , que k température du climat ; il trempe 
dans Peau le pain dont on le nourrît , 'èc il mange 
plus de nuit que de jour. 

En Amérique , les Indiens tirent parti du beau 
plumage de cet oifeau;.ils en- font des.ûoUiers , des 
£>onnets ou tours de ,tête , des ceintures & autres 
atours dont ils fe parent très-fouvent. On peut em- 
ployer le duvet dé ces oiièaux aux mêmes ufagqs 
que celui du cygne. LesAnqiens regardoijent la chair 
au phénicoptcre , encore jeune , comme un mets fort 
exquis , & c'eft encore le fentiment de pïufieiirs Voya- 
geurs ; fa langue y dit-on , a un goût de moelle de 
bœuf;, on eh fervoit aflèz communément /ui^ la table 
du Prince Méliogaba/e, Cependant. k Montpellier, ou 
Von tue quelquefois de ces oifeaux , ils font peu efli- 
mes comme comeilible; mais la diverfité des climats 
& de la nourriture peut apporter beaucoup de diifé- 
rence à cet égard. . , , 

On trouve, dans les Mém.de VAcad. des Sciences ^ 
tom. III, part 3 , page 43., la defcription ànatomiqiîe 
du phinicoftere ou bécham. 

BECHE 6u Coupe-bourgeon. Foye^ fort article , à 
là fuite du mot Lisejte. 

BECHET & Becquet, Dans le Maine & l'Anjou, 
c'eft le Brochet. On Pa nommé ainfi à caufe.de foa 
long. bec. 

BECMARE , Khinomacer. Infefte coléoptere qui ref- 
femble au charançon : il vi^ïi diffère que par fes antennes 
qui font tputes droites , & Meurs articles qui font 
prefque tout auffi longs les uns que Jes autres. Au 
bout de la trompe on obferve les mâchoires de Pin- 
feôe, qui font fort petites. On trouve XéMcmare fur 
les fleurs , le chardon , le charme & dans les bois. 

BECONGUILLES. Foye^ Ipécacuanha. 

BECOT & Becquerolle. Noms triviaux donnés 
•à la petite bécaffiru^ Le becquçbo eft \q pùyvert. 

' K 4 *^ " ^ 



n(i BEC B E G 

BECQUE-FLEUR ou Quindé. Nom donné ait 
Pérou à une efoece de eoHM. Voyez ce mot. 

BÉCUNE. n eA à pr^umer que ranimai de mer 
défigné fous ce nom par quelques Voyagçurs , eft , 
6u une efpece de ■ requin , ou Ve/padon. 

BÉDAÛDE. Efpece de chenille épineufe qui fe 
trouve fur Torme , fur quelques autres plantes , & que 
l'on nomme ainii», parce qu'elle eft habillée de deux 
coideurs. Sa partie antérieure éft d*im cannelle clair ^ & 
le refte du deflus de fon corps eft d'un blanc-jau- 
nâtre. Elle fe change en un papillon roux, tacheté 
de noir, & à qui la découpure finguliere de fes ailes 
a fait donner, dit M. DcUuie^ le nom de Rokert U 
diabU y & qui eft décrit fous le nom de double c. Voyez 
ce mot. Il y a auffi la cigale bedaudt. Voyez à CardcU 
Cigale. 

On a donné encore le nom de hldauâe à la comdlle 
mantelie. Voyez C article CORNEILLE. 

BEDEGUAR ou Eponge d'Eglantier. y(^€[ à 

^article RosiER. 

BEEKBOK. Voyei à ^article Nagor. 

BÉFROI. Oifeau du genre des FourmiUers , & du 
genre XXII.* de M. Briffm. On en diftingue deux 
efpeces , l'une grande & l'autre petite & grivelée ; 
on les trouve à la Guiane. Le bijroi , grand , a envi- 
ron fix pouces & demi de longiieur ; le deiTus du corps 
d'un brun pâle , le defTous en blanc ; le bec eft noir 
en dèiTus , blanchâtre en defTous ; les pieds & les 
ongles d'une couleur plombée. Cet oifeau a une voix 
très-forte , femblable au fon d'une cloche qui fonne 
l'alarme. Son chant , qui offre des fons précipités , 
fe fait entendre foir & matin , pendant une heure , 
& on le diflingue de très-loin. PL enl. 813 & 706. 

BEGONE , Bégonia. Genre de plante à fleurs in- 
complètes & irrégulieres , qui comprend des herbes 
exotiques , qui , par leur port & leur faveur , femblent 
fe rapprocher d€s ofeilles. Les fleurs font ordinaire-! 



B E H lyf 

tnent toutes unîfexuelles , 6c de deux fortes fur chaque 
individu. 

Il y a la bégone à racme tubéreufe des Indes Orien- 
tales ; la bégom à tiges rougeâtres du Malabar ; c'eft 
le Ts/crla-narinampuli , Rheed. Mal. Il y en a une 
variété dans PIfle de Bourbon ; on l'y appelle ofcilU 
fauvage. La bcgom à feuilles velues de la Guiane ; 
c*^ Vherbc à cchduffure. Voyez ce mot. Les Colons 
rappellent ofdUc dts bois. Ses feuilles font couvertes de 
poils courts ; elles ont un côté plus large & plus long 
que l'autre, & font veinées de rouge ; les fleurs mâles 
iont fur Un pied, & les femelles fur un autre. La 
icgone à feuilles liffes ; on la trouve fur les troncs des 
vieux arbres , dans la Guiane. La bigone rampante de 
Saint-Domingue v elle croît dans le voifinage des ruif- 
féaux. La bigone à grandes feuilles de la Martinique ; 
la bigone à feuilles rondes ; ,elle fe trouve attachée 
aux rochers ou aux troncs d'arbres dans l'Attiérique 
Méridionale. La bégone à fleurs violettes de l'Amérique. 
La bégone femigineufe de la Nouvelle Grenade ; le 
deflbus de fes feuilles cfl: muni de petites écailles colo» 
rées ; les fleurs font monoïques & de couleur de fang. 

BEHEMOT, On foupçonne que cet animal , grand , 
puiflant, formidable, dont Job a parlé, efl \q chevtU 
de rivière appelé hippopotame. Voyez ce mot. Peut-être 
le bekemot n'eft-il autre chofe que la vache marine \ 
car on prétend que les os fofllles qui fe trouvent en 
Ruflle & en d'alitres Contrées du Nord , font des 
dents d'un bel ivoire. Les Turcs & les Perfans font 
des manches de poignard & des poignées de fabre 
avec cet ivoire, qui peut fouffrir le poli. Tout ceci 
convient fort aux deux grandes dents de la vache 
marine & à celles de VéUphane. Voyez ces mots & 

celui YVOIRE FOSSILE. 

BÉHEN, C'eft une racine dont il y a deux efpeces, 
l'une blanche & l'autre rouge. Il y a eu grande diver- 
iîté de iendmens au fujet de cette racine, que les uns 



ïÇ4 B E H . 

attribuoîent à une plante d'une efpece, les autres li 
une autre. L'illuftie Toumefort a rapporté de TOrient 
la femence d'une plante qu'il a fémee au Jardin du Roi 
foii5 le nom de jacic Orientale ^ qui porte dois feuilles 
femblables à celles du canhame , & des fleurs jaunes : 
on a reconnu cette plante pour être celle qui donne 
le béh&n blanc des Arabes , Jaçea Onentalis patuJay 
carthami facie y flore luteo magno^ Tourn. Cor. 31. L'^^- 
jine du bêhen rouge n'eft point encore connue. On 
fait préfentement peu d'ufage de ces racines, quoique 
les Arabes difent qu'elles fortifient, engraiflent & aug- 
mentent la femence. L'une & l'autre nous viennent du 
Levant. M. Haller rapporte que le favant M. Hydc 
donne , dans fon livre fur la religion des Perfes , deux 
figures des deux béhens qui ne permettent pas de les 
placer parmi les jacées. C'eft plutôt une valériane ou 
quelque autre plante à petites fleurs pentapétoïdes , 
rangées en ombelles. M. de Toumefort n étoit pas aflèz 
înflruit dans les langues Orientales pour faifir le fens 
des Auteurs Arabes. 

Des Botaniftes défignent ainfi le béhen rouge ^ f^al> 
rïana rubrce Jimilis pro Lxmonio mijfa^ Dod. Pempt. 351; 
lÀmonium Maritimum majus , C. B. Pin,. 192 ; Limonium 
majus multis , aliis Betien rubrum , J. B. 3 , app. ^'j^. 
Ils ont ainfi défigné le bien ou béhen blanc des jardins j 
Lychnisfylvejlris^ qua Behen album vulgd ^Tourn. 335, 
C B. Pin. Z05 ; Been album officinar. J. B. 3, 356; Beoh 
album five Polemoniumj Dod. Pempt. 172. 

Pour ce qui concerne le Béhen rouge de nos jardins ^ 
yoye:(^ à la fuite de V article Statice. 

L'efpece appelée Béhm blanc ou Camillct , Cucu^ 
balus Behen ^ Lmn.. 591, eft vivace par .la racine. Ses 
tiges font longues de deux à trois pieds , noueufes vers 
le bas, brancnues y< étalées , foibles & garnies de poils 
(bibles. Ses fleurs font pédunculées, blanchâtres & 
pendantes : la corolle eft à cinq pétales écartés; le 

calice cfl: globuleux & veiné ; les feuilles font lancéo^ 



BEI BEL ï5f 

΀es^ aîgues, glabres & d'un vert-glauqiie. Cette efpece 
croît naturellement dans les prés fecs, fur le bord 
des champs & des chemins. Foyei rarticlc CucuBALE» 
BEIDELSAR ou Beidel-ossar. Efpece ^apocin 
ou plutôt ^afcUpias^ dont on fait beaucoup d'ufage 
en Afrique contre la fièvre, & fur-tout contre la 
xnorfure des bêtes venîmeufes. Les Nègres réduîfent 
en poudre l'écorce de fa racine, & la mêlent avec 
de la poupre de charbon' de la même racine : ce mé- 
lange eft un excellent cauftique qui ronge les boutons 
galeux & vénériens. Voyt:^ Apocin. 

BÉJUCO GRIMPANT , Hippocratca fcandens ^ Linn, 
Jacq. ; Coafcandens ^frucbi trigemino ^fubrotundo^ Plum. ; 
Bzjuco pmdulus j Jloribus ptndiculatis j Laefl. C'eft un 
arbre farmenteux, qui grimpe & fe foutient fur les 
arbres qui font près de lui , fans s'entortiller autoiu* 
de leur tronc. Ses fleurs font fans odeur , petites , à 
cinq pétales, & d'un jaune- verdâtre ; les fruits font 
compofés de trois capfules obtufes , comprimées ; elles 
contiennent chacime environ cinq femences, garnies 
d'une aile membraneufe. Les feuilles font oppofées, 
ovalaires, légèrement dentées. Cet arbre croît à Saint* 
Domingue, à la Martinique, & aux environs de Car- 
thagene dans l'Amérique Méridionale. 

BEKKER-EL-WASH. Les Arabes donnent ce nom 
au Zebu , petit bœuf à boffe. Voyc^ AuROCHS & Zebu. 

BEL AME , CluptA Balama , Forsk ; Clupca fetirofiris , 
BroufTonet , Icht. decas prima. Poiffon du genre du 
dupe. D fe trouve dans la Mer Pacifique. Son corps 
cû comprimé, de la forme d'un fer de lance; entre 
la gueule & l'anus, eft une efpece de dentelure for- 
mée par environ vingt-cinq offelets pointus, dont 
chacun a deux autres offelets adjacens qui s'élèvent 
en liffit droite; les écailles font en recouvrement, dif- 
pofées fur des lignes obliques , peu adhérentes à la peau ; 
la tête comprimée par les côtés, en forme de carène 
par*de2bus; la peau de la tii^ percée d'une multitude 



15^ BEL 

de troiis inégaux; la mâchoire de deflus plus larg# 
que celle de delTous; les dents courtes & d'inégale 
grandeur; chaque narine a deux ouvertures; lesyetuc 
font orbiculaires , les paupières noires ; leurs iris ar* 

Î;entés , &c nues de vert & de rougeâtre , fur - tout vers 
e haut ; les operailes argentés ; la nageoire doriâle 
a fes rayons mous & flexibles , & les derniers font 
fourchus à leur extrémité. Ce poiÛbn a des nageoires 
peâorales , abdominales ; celle de Tanus & celle de la 

3ueue font partagées en deux lobes égaux. La couleur 
u dos eft d'un bleu- verdâtre ; les cotés & le ventre 
d'un brillant d'argent; les nageoires font blanchâtres» 

BÊLEMENT , Balatus. Se dit du cri du bélier , des 
brebis , des agneaux & de la chèvre. Quand le petit 
de ces efpeces bé/e , la mère qiri l'entend lui répond. 
Les moutons btlene beaucoup en ibrtant le matin de 
rétable , pour aller aux champs , & le foir quand ils 
en reviennent, f^oyei Brebis & Chèvre. 

BÉLEMNITTE. Corps foffile, diu-, pierreux, cal- 
caire^ de forme conique, de diverfes groffeurs, & que 
Pon trouve dans toutes fortes de hts de tetre^ de 
fable , de marne ou de pierre , prefque toujours accomr 
pagné de coquillages ou autres dépouilles de l'Océan» 
Dans toutes les langues on a nommé les télemnites 
pierres de foudre ou de tonnerre^ dans la fauffe fuppo- 
iition qu'elles étoient formées dans les nues , & qu'elles 
tomboient avec la foudre. D'autres les ont nommées 
pierres de lynx y prétendant qu'elles fe formoient dans 
l'urine du lynx. Les Natiu-aliftes ne font point d'accord 
fur l'origine . de ce foffile : on n'a pas encore prouvé 
d'une manière bien décifive 9 fi c'en une pétrincatfon 
originaire du règne animal. Eft-ce une holothurie Joffîlej 
ou une forte lHorikocératite^ ou une pointe d^ourfin 
d'ime efpece particulière, ou une dent JC animal? 

Quant à leur ftruûure , on peut remarquer que 
les bilemnites font en général d'une figure fort régu- 
lière y quoique de formes difFérçntes çntre ellçs. Les une;s 



Ibnt parfaitement conicfiies, ou reffemblent au fer d\ine 
flèche, les autres prçfque cylindriques, & les autres 
renflées dans le milieu ou en fufeau , ou comprimées, 
( M. yiaUe , de la Société de Chdlons , en a trouvé près 
de cette ville une à deux pointes : Ton en a vu au<H 
deux femblables dans notre Cabinet , qui ont été trou* 
vées prèsdeCaën), Leur longueur eft depuis deux pouces 
jufqu'à huit & plus. Leur groffeur eft depuis celle 
d'une plume à écrire' jufqu'à trois ou quatre pouces 
de circonférence. Elles ont à leur furfaçe une ou plu- 
ifieurs cannelures plus ou moins marquées qui régnent 
depuis la bafe julqu'à la pointe. Dans leur intérieur 
On obferve un petit tuyau ou fiphon pyramidal, qui 
tfaverfe tout le cône & en fait Taxe, & la matière 
paroxt difpofée en rayoès qui divei^ent du centre à 
h circonférence , ainfi ifjiton Tobferve dans celles 
qui font caffées. Elles font auffi toutes compofées de 
couches drailaires, qu'on peut aifément feparer les 
unes des autres , en mettant la pierre fur un charbon 
ardent ou à la flamme d'une forte bougie, & la plon<^ 
géant enfuite dans de l'eau froide. Alors il en fort 
tme mauvaife odeur de corne brûlée, ou d'urine de 
chat. 

C'eft cette conformation organique qui a déterminé 
M. Bourgutt , dans fes Lettres phUofofhiquts fur la for*, 
motion des fels & des crijlaux , à regarder les bélemnites 
comme les dents de quelques animaux , & particuliè- 
rement comme les dents droites du crocodile. M. U 
Marinier , d'après d'autres obfervations , les regarde 
tomme appartenantes au règne minéral. 

Enfin dans le DiSionnaire d*0ri3ologie , oîi l'on 
voit une aflèz longue diflertation fur les bélemnites , 
on les foupçonne d'avoir été la demeure & l'ou- 
vrage d'un polype articulé , ofleux , & doué d'un 
fiphon. 

D'après cet expofé , & la comparaifon du nombre 
prodigieux de bélemnites que nous ayon$ pu faire, fpî^ 



15» BEL 

dms les Cabînete, foit en voyageant i nous {enotsa 
tentés de croire que la hcUmnUectt un coquillage droite 
fans Jpiraks , mais chambré &foj[filCj d'autant plus que 
toutes celles qui font entières ou les mieux conf er-» 
vées 9 ont à leur bafe une cavité de figure conique , 
plus ou moins large & longue ; cette cavité eft fou- 
vent vide , & quelquefois pleine de fable ; d'autres fois 
auffi on y trouve une alvéole fort curieufe , corn- 
pofée de petites cloifons ou coupes orbiculaires , 
convexes en deffus , femblables aux verres des montres, 
de poche , empilées Time dans l'autre , & qui , toutes 
cnfemble , forment un cône fort analogue à Vonhocé^ 
ratite. Voyez ce mot. Ces coupes femblent commu- 
niquer entre elles par un petit fiphon ou canal , 
qui fe prolonge dans toute la longueur de Taxe de la 
béUmniu. 

On prétend que la béUrjimu calcinée eft la bafe du 
&meux remède lithontriptique de Mademoifelle Stefens 
de Londres. Les Allemands la croient bonne contre le. 
cauchemar. 

BELETTE , BUnnitts mufislaris , Linn. Poiffon du ' 
genre du Blmne ; il fe* trouve dans la Mer des Indes, 
La première nageoire dorfale n'a que trois rayons ; la 
féconde en a environ quarante ; les nageoires pedorales 
en ont chacune feize ou dix-fept ; les abdominales 
deux ; celle de l'anus vingt-huit ou. vingt-neuf; celle 
de la queue en a environ douze. Cette efpece de blmnc 
n*a point de crête fur la tête. 

Belette , Muflela vulgaris. Joli petit quadrupède i_ 
d'une forme alongée , très-bas de pattes , & qui iemblQ 
fait pour fe gliffer & s'infinuér dans les plus petites 
ouvertures. Son dos & les côtés du corps font de cou-» 
leur rouffe ; la gorge & le ventre font blancs ; {a tête 
eft alongée ; fes oreilles qui font courtes , ont ^e fin-^ 
gulier que la partie poftérieure de la conque eft double, 
c'eft-à-dire compofée de deux panneaux qui forment une 
forte de poche y dont l'entrée eft au bord de la conque* 



BEL ij^ 

Cet animal , qui a fix dents incifives à chaque mâ-^ 
choire & les doigts onguiculés , eft aufïi commun dans 
les pajrs tempères & chauds , qu'il efi rare dans les 
climats froids. Comme parmi l^s belettes ordinaires il 
y en a quelques-unçs qui , comme Vhermine , devien» 
nent blanches pendant PHiver , même dans notre climat, 
cela avoit donné lieu de les confondre , & de les 
prendre pour le même animal. Il eft à obferver que 
Vhermine , rouffe en Eté , blanche en Hiver , a en tout 
temps le bout de la queue noire : la belette au contraire, 
même celle qui blanchit en Hiver , a le bout de la 
queue jaune ; & cette queue , ainfi que la corpulence 
de la belette,^ font fenfiblement plus petites. De plus, 
y hermine habite les déferts & les bois , & ne fe trouve 
qu'en très-petit nombre dans les régions tempérées : 
on n'eq trpuve^ $fm% vers le ' Midi ; mais elles : font 
trèsrâbohdàntes dans.;le Nord. Koyei Hermine. 
• \A,bdettc '.eft. avec Thermine , la plus petite , maïs 
non la moins fanguinaire de cette claffe inférieure de 
menues bêtes de proie à corps alongé & à marche 
rampante , furûts /fouines , putoi^ , qui s'infinuent dans 
les colombiers ,, les poulaillers , dans les volières , & 
y font les exécutions les plus fanglantes. 

La belettttk'iort vive & fort agile: en Hiver elle 
habite dans .Je^,t greniers , Içs granges,, les étables, & 
fur-tout dans les trous en terre. En Été ,, elle Va à 
quelque diftane^ ^s. maifons , fiiMout dans les lieux 
l»s , aut0iur des moulins , le long des ruiflèaux & des 
rivières. Sa jufe la porte à fe cacher dans les buiffons 
pour attraper de petits oifeaux. La beleue , quoique 
moins forte quiç le putois & la fouine , puifqu'elle n*a 
que fept pouces <le longueur ^ fait néanmoins la guerre 
aux volailles , aux pigeons , &c. En effet , elle eft 
le âéau des baftès-cours & du gibier. Elle cherche avec 
avidité les o^ufs de poules & de pigeons , qu'elle caffe 
pour les fucer. Ce petit animal tue les jeunes poulets 
& les petits pouâins , d'un cQup de d^nt qu'il leuc 



i6o BEL 

donne à la tête y & les emporte les uns après les intstt 
clans fon trou. Il çft très-triand de cervelle. Il parcourt 
les champs & les prairies , dévore les cailles & leurs 
ceufs. Il eft fi courageux &: fi hardi , qu'il attaque des 
animaux plus gros que lui , tels que de gros rats d'eau : 
on prétend même qu'il leur donne la chafTe de quelque 
cfpece qu'ils folent. Il furprend les taupes dans leur 
trou : il eft affez lefte & affez fin pour attraper des 
chauve-fouris & ^s moineaux , &c. dont il fuce le 
fang. Il ne dédaigiie çoint d'attaquer les mulots & le^ 
couleuvres , & de lavourer la chair corrompue. U 
n'entre point dans les ruches comme le putois & la 
fouine , n'étant point friand de miel. Dans fes couriès 
fanguinaires , la teleete ne marche jamais d'im pas égal, 
elle ne va qu'en bondifiant par petits fauts inégaux âc 
précipités ; & lorfqu'elle veut monter fiir un arbre , 
elle fait un bond par lequel elle s'élève tout d'un 
coup à plufieiu^ pieds de hauteiu* ; elle bondit de même 
lorfqu'elle veut attraper un oifeau. La femelle met bas 
au Prmtemps ; fes portées font de quatre ou cinq petits , 
qu^elle tient dans le foin ou la paille. Lorfqu'elle met 
bas dans le creux d'un vieux faule , elle leur prépare 
un lit avec de l'herbe , de la paille , des feuilles. Ces 
petits naiffent les yeux fermés , mais en peu de temps 
ails prennent affez d'accroiffement & de force pour fuîvre 
leur mère à la chaffe. 

Cet animal dort les trois quarts du jour , & emploie 
la plus grande partie de )a nuit à manger ou à chercher 
fa. proie. Il marche toujours en filenc^ , & ne domie 
jamais de voix qu'on ne le firappe ; il pouffe alors vtn 
cri aigre & enroué qui exprime la colère ou la dou- 
leur. En Été il a une ockur extrêmem^ent forte & 
défagi;éable : on dit cependant qu'en fe frottant fur les 
arbres il y laiffe une efpece d'humeur onôueufe , qui 
fent beaucoup le mufc ; ce qui pourroit être , puifque 
l'odeur du mufc elle-même efl très-défagréable lorf- 
<]u'elle eft trop concmtrée, La hlcuc ç^ û âxouche ^ 

fi 



BEL i6i 

û conftamment fauvage , qu*on ne peut l'apprlvoifer r 
elle s'agite dans fa cage , & cherche à fe cacher ; c'eft 
pourquoi , fi oa veut la conferver , il faut mettra 
dedans un paquet d'étoupes , dans lequel elle pulffe fe 
fourrer. 

A Pégard de la beleue Amériquainc à longue queue 
& à griffes d'écureuil , Foye[ à FarticU PoxTO. 

La beUtu de Java , eft le Vansire. yoyei^ ce motj 

La grojfc beUtu noire du Bréjil ^ eft le Tayra. VoyeT^ 
ce mot. 

BÉLIER , Arles. Ce quadrupède à pied fourchu eft 
Je mâle de la brebis. Il porte le nom à^ agneau ( agnus ) 
dans les premiers temps de fa vie , & prend celui de 
mouton (^vervex ) , lorfqu'il a été coupé. 

La brebis (ovis) porte auffi les noms ai agneau & d« 
mouton dans les mêmes circonftances. Voye^^ Agneau. 

On peut dire en quelque forte , que les moutons 
font des animaux faâ&ces , que l'induftrie humaine a 
façonnés pour en tirer plus d'avantages. L'homme a 
joui de tout fon empire fur cette efpece d'animal, 
qui , fuivant la remarque de M. de Buffon , ne doit , 
pour ainfi dire , fon exiftence qu'à la proteftion qui 
lui a été donnée. Sans le fecours de l'homme , cet 
animal foible feroit devenu & deviendroit encore la 
proie de la voracité des efpeces qui font fes ennemis : 
auffi obferve-t-on que l'on ne trouve point de brebis 
faùvagcs dans les delerts , tandis qu'on y retrouve les 
analogues des diverfes autres efpeces d'animaux domef- 
tiques. Nous difons que notre brebis domeJUque , tell« 
qu'elle eft aujourd'hui , ne pourroit fubfifter d'elle- 
même , c'eft-à-diré , fans le fecours de l'homme ; mais 
il eft également certain que la Nature ne l'a pas pro- 
duite auffi foible qu'elle l'eft préfentement : cet animal 
a donc dégénéré , il s'eft abâtardi entre nos mains , & 
Ton en peut reconnoître la fouche primitive dans 1«^ 
mouffbn qui fe trouve en Ruffie , en Tartane , en Perfe y 
fn Syrie , &c. Voye^ MOUFFLON» 



i5i BEL 

De tous les animaux quadrupèdes dans Vétat de 
domefticité , cette efpece eft la plus ftiipide ; elle a 
moins de relTources & de fentiment que la chèvre : 
& ce qui dans les animaux , dit Tilludre M. de Buffon ^ 
paroîi être le dernier degré de la timidité ou de Tin- 
fenfibilité , la brtbis fe laiffe enlever fon agneau fans 
le défendre , fans s'irriter , fans réfifler & fans marquer 
fa douleur par un cri différent du bêlement ordinaire. 
Mais cet animal , ajoute-t-il , fi chétif en liii-même , 
fi dénué de qualités intérieiu-es , eft poiu* Thomme 
l'animal le plus précieux , celai dont l'utilité eft la plus 
immédiate & la plus étendue ; feul , il peut fufEre aux 
befoins de première néceffité ; il fournit tout à la fois 
de quoi fe nourrir & fe vêtir , fans compter les avan- 
tages particuliers qu'on fait tirer du fuit , du lait , de 
la peau , & même des boyaux , des os & du fumier 
de cet animal , auquel il femble que la Nâtiue n'ait 
pour ainfi dire rien accoitlé en propre , rien donné 
que pour le rendre à l'homme ; auffi cette efpece eft»^ 
elle immolée à nos befoins. 

Il n'y a que l'amoiu* , dit M. ^ Buffon , qui dans les 
animaux eft le fentiment le plus vif & le plus général , 
qui femble donner quelque vivacité & quelque mou- 
vement au bllitr : lorfqu'il eft en rut , il devient pétu- 
lant , il fe bat , il s'élance contre les autres béliers ; 
ijuelquefois même il attaque fon Berger. Mais la brebis 
quoique en chaleur , n'en paroît pas plus animée ^ pas 
plus émue : elle n'a d'inffinâ: qu'autant qu'il en faut 
pour ne pas refufer les approches du mâle , pour choifir 
fa nourriture , & pour reconnoître fon agneau. L'inflinâ 
eft d'autant plus sûr , qu'il eft plus machinal , & , pour 
îdnfi dire , plus inné. Le jeune agneau cherche lui- 
même dans un nombreux troupeau , trouve. & faifit 
la mamelle de fa mère , fans jamais fe méprendre. 

Il y a des efpeces dans la Nature oîi la femelle peut 
également fervir à deux mâles d'efpeces différentes , 
^ produira d9 tous deux ; la brebis prodvjiit avec te 



BEL i6$ 

}mic «uifi bkn qu'avec le biUer , & produit toujours 
«les agneaux , des individus de ion efpece ; le bilUr , au 
contraire, ne produit point avec la chèvre ; on peut 
donc regarder la brebis comme une femelle conunune 
à deux mâles différens , & par conféquent elle conflltue 
Tefpece indépendamment du mâle. Que de conjediu-es 
fur le croifement des eipeces s'oiErent ici à l'efprit qui 
réfléchit } 

Le bilier porte for la tête des cornes > qui viennent 
fc contourner fur le devant en forme de demi-cercle : 
«lies font auffi quelquefois contournées en fpirale y 
creufes & ridées. On connoit Page du bélier par ces 
cornes : eltes paroiffent dès la première année ^ louvent 
même dès la naiflance , & crc^fTent tous les ans d'un 
anneau jufqu'à l'extrémité de fa vie* Communément 
les brebis n'ont pas de cornes ^ mais elles ont fur la 
tête des proéminences off<nifes aux marnes endfoits oit 
naiflent les cornes des béliers. A un an les béliers , les 
brebis Sc les moiuons perdent les deux dents de devant 
de la mâchoire inférieure ; car ils manquent de dents 
Incifiives à la mâchoire fupérieure. Ils perdent le refle 
de leurs premières dents jufqu'à l'âge de trois ans ^. 
' oîi elles lont remplacées par d'autres qui font égales,, 
afiez blanches , mais qui y à mefure que l'animal vieil** 
lit , fe déchauffent quelquefois , s'émouffent , & de- 
viennent inégales & noires. Ainfi on juge de l'âge; 
des moutons par l'état de leurs dents. Ils n'ont d'abord 
que huit dents canines à la mâchoire inférieure; deux 
de ces dents font , au bout d'un an , remplacées par des 
mâchelieres , quatre à deux ans , fix à trois ans , & lès 
huit enfin à quatre ans. Elles fe foutiennent en bon 
état environ un an ; & leur dépériffement fucceflif 
indique la fuite de cet âge. 

Il y a des bélitrs qui n'ont point de cornes ; on en 
voit beaucoup en Angleterre ; mais ceux qui en ont 
paffent pour être plus ardens & plus prppres à féconder 
\^ brebis. On.doijt choifir pour couvrir, les brebi^^ 



i64 BEL 

& pour fe procurer une belle race , les téliers qitî 
paroiffent les plus vigoureux &c les plus propres à la 
génération. Tels font ceux dont les leilicules font les 
plus gros , qui font les plus garnis de laine dans les 
endroits oii il en manque ordinairement. Ils doivent 
avoir la tête forte & groffe , le nez camus , le front 
large , les yeux noirs & gros , les oreilles grandes , 
le corps long & élevé , l'encolure & le râble large , 
le ventre grand , la queue longue , & de belles cornes ^ 
quoique ces armes les rendent dangereux ou incom- 
• modes dans un troupeau ; mais pour les empêcher de 
daguer , on leur perce les cornes près des oreilles , à 
Tendroit où elles fe courbent ; d'autres fois on attache 
à la racine des cornes un morceau de planche garni 
de pointes de fer tournées du côté du front , qui piquent 
l'animal toutes les fois qu'il donne un coup de tête. 
Les brebU dont la laine efl la plus abondante , la plus 
toufiue , la plus longue ,. la plus foyeufe & la plus 
blanche , font aufli les meilleures pour la propagation; 
fur-tout fi elles ont en même temps le corps grand , 
le cou épais & la démarche légère. On obierve aufli 

3ue celles qui font plutôt maigres que grafTes , pro- 
uifent plus sûrement que les autres. La durée la plus 
ordinaire des iéiiers eft de douze à quatorze ans. Cet 
animal pourroit engendrer à dix-huit ou vingt-mois , 
«lais on ne doit lui permettre de faire ufage àe fes 
forces qu'à l'âge de trois ans ; (à deux ans pour les 
treiis ; jf un feul peut fuffire à vingt-cinq ou trente 
irebîs ; & par un goût qui doit nous paroître bizarre , 
51 s'attache de préférence aux brebis âgées , & dédaigne 
les jeunes. Au bout de huit ans il n'eft plus guère 
propre *"à la génération dé l'efpece. Alors on le biP 
tourne , ( c'eft lui comprimer & lui tordre les tefti- 
cule^ , ) afin de le faire engraifler ; mais fa chair tient 
toujours un ^eu de l'odeur & du goût de celle du 
bouc. Il n'en eft pas de même die celle du moucom 

qiu a fubi la ^caib^Uon ddn$ fa jewiçfie. 



BAL, ï^5 

Quoique la toîfon d'un bélier foît èntiértment blan- 
' ehe , on prétend qu'il ne produit que des agneaux 
tachetés , îorfqu'il a la 'moindre tache à la langue ou 
au palais. On ne voit en France que des moutons 
blancs , bruns , noirs & tachetés ; il y en a de rouK 
en Efpagne , de jaunes en Ecofle. 

La bnbis & les moutons , dont le naturel eft fi Am- 
ple, font d'un tempérament délicat. Dès qu'ils cou- 
rent , ils palpitent , & font bientôt efibufSés ; la fatigue 
les abat; la grande chaleur , l'ardeiu* du foleil les 
incommodent autant que l'humidité, le froid & la 
neige : quelquefois ils deviennent boiteux , ou de 
laffitude , ou parce que leurs ongles font ramollis pour 
avoir refté long-temps dans la fiente de l'animal. Les 
moutons & les brebis font fujets à la vermine , à la 
gale , à la fièvre , à l'enfliue , à la difiîculté de ref- 
pirer , à la morve , à Vavcrtin , vertige ou ctourdif- 
fement ( ^ ) , en un mot à un grand nombre de n;îa- 
ladies > dont la plupart font contagieufes. Les mauvaifes 
herbes qu'ils peuvent rencontrer dans les pâturages y 
contribuent beaucoup ; notamment la crapaudine éc 
une efpece de renoncule, appelée par les Payfans douve, 
& par les Botaniftes y Ranuncuius longifolius palujlris y 
( Gafp. Bauh. Pin. ); cependant la crapaudine ,yîi/«r/Vij,. 
ne leur eft point encore fi dangereufe que cette efpece 
de renoncule. Les moutons font quelquefois tourmen- 
tés par un infede qui dépofe it% œufs dans leur nez^ 
Cerf un Oeflre. Voyez l article MouCHE DES VERS- 

DU NEZ DES Moutons. 

Les Bergers appellent du nom de claveau ou cUv^ 
velU , ou clavin , une maladie qui fait beaucoup de 
ravage parmi les brebis ; c'efl: une efpece de petite 
vérole qui eft beaucoup moins dangereufe dans le 



(tf) M. TAbbé Fùntana dît qu'il fe troure une yefllîe au cerveau;. 

parti* 



^ans le côté oppofé à celui fur lequel les moutons , dans leur accès de 
folie , tombent » c*eft une efpece d*hydatid'e remplie d*une lympbe 



c«liere,-& dans laquelle fe trouTent dies vers «vifocmes. 



i66 BEL 

printemps Si Pautomne qu'en été & tn hiver. Ceffé 
maladie fe mamfefte par d^ pufhiles ou boutons qm 
s'élèvent fur tout le corps de ranimai , & princip»- 
lemènt fur les parties dénuées de laine. L'éruption eâ: 
retardée ou accélérée félon la température de, Pair , 
la force & l'âge des bêtes, 6c que le troupeau eil 
plus ou moins nombreux. En un mot , les périodes 
& les circonflances de cette maladie ont beaucoup de 
refTemblance avec ceux de la petite vérole qui affeûe 
les hommes. Confultez le Traité intitulé ; Médecine 
des Bétes à laine. Il paroît que l'air eft le véhicule de 
ce venin contagieux , de même que dans la plupart des 
maladies épidemiques ou épizootiques. En effet , une 
Irebis attaquée du virus variolique, communique très 
rapidement ce mal à tout un troupeau. Une obfer- 
vatiott bien digne de remarque ^ c'efi: que tous les 
agneaux qui naiffent de tretis infeâées y ne font point 
attaqués 9 même en tétant leur mère durant tout le 
cours de la maladie. Ces agneaux n'auroient - ils pas 
eu la maladie dans le ventre de la mère ? Dès que le 
clavin fe manifeAe 9 la brebis devient trifte & lanr» 
guiflante ; il faut aufli-tôt la mettre dans ime étable à 
part , vafte , plus aérée en été qu'en hiver. Il faut 
faire prendre dix foufre ou de Vajfa fœtida en poudre 
à l'animal , à la dofe d'une demi-once mêlée avec du 
fon & un peu de fel marin. L'un de ces remèdes agit 
par tranfpiration , & l'autre par les urines. Il faut auffi 
faire ufage d'un feton enduit de bafilicum. On propofe 
aujourd'hui d'inoailer le clavin à l'infbir de l'inocula- 
rion de la petite vérole. 

La faifon de la chaleur des brebis eft depuis le 
commencement de Novembre jufqu'à la fin d'Avril» 
Cependant elles ne laifTent pas de concevoir en tout 
temps , ii on leur donne ^ auffi^bien qu'au bélier , des 
nourritures qui les échauffent , comme de l'eau falée 
& du pain de' chenevis. Elles portent cinq mois , & 
mettent bas au commencement du fîxieme : elles ne 



BEL 167 

proàulfent ordinairement qu*un agneau , & quelquefois 
deux. Dans les climats cnauds elles peuvent produire 
deux fois par an ; mais en France & dans les pays 
plus froids , elles ne produifent qu'ime fois par année. 
Pendant les premiers jours qui fiuvent la fécondation , 
Tœuf d\me irehis , dit M. de Halhr , ( Mémoires de 
t Académie des Sciences , année //ij , ) paroît ne ren- 
fermer qu'une efpece, de lymphe ; il eft encore gélati- 
neux le dix-feptieme joiu-. Après ce terme , Von diftin* 
gue fort bien le fœtus enveloppé de fes membranes. 
Sa longueur eft d'environ trois lignes» Il avoit donc 
pris un accroiffement confidérable fous la forme de 
fluide , & enfuite fous celle de gelée ; mais fa tranf- 
parence ne permettoit pas de le reconnoître. 

Les brebis mettent bas difficilement : auffi eft - oiî 
fouvent obligé d'aider à leur accouchement ; elles font 
fujettes à fe bleffer, à avorter fréquemment ; elles devien- 
nent quelquefois ftériles , & il n'eft pas rare qu'elles 
faffent des monftres ; auffi demandent-elles beaucoup 
plus de foins qu'aucun des autres animaux domeftiques^ 
On ne laiffe point teter à l'agneau le premier lait 
contenu dans les mamelles de fa mère , parce que ce 
lait, dit-on, eft gâté, & feroit beaucoup de mal à 
l'agneau ; mais c'eft une erreur. 

Xfg brebis a du lait pendant fept ou huit mois 9 & 
en grande abondance. Ce lait eft une affez bonne nour 
riture pour les enfans & les gens de la campagne ; on 
en fait auffi de bon fromage , fur - tout en Iç mêlant 
avec celui de vache. Le temps de traire les brebis eft 
avant qu'elles aillent aux champs , ou immédiatement 
après qu'elles en font revenues : on peut les traire deiuc 
fois par jour en été , & ime fois en hiver. 

Les brebis & les momons aiment beaucoup le fel , 
qui leur eft en effet très-favorable ; car on a obfervé 
que quelques troupeaux avoient été garantis de mala- 
dies contagieufes par l'ufage du fel , ainfi que des trou- 
peaux de vaches & autres bêtes à cornes \ le fel pror 

L 4 



'j68 bel 

duit un effet merveilleux ; il leur facilite la dîgeftîoii ; 
& ces animaux extraient de la même quantité d*herbes 
une plus grande quantité de fubftance nutritive , ce 
qui leur procure une plus grande abondance de lait. 
On eft dans Tufage, en Languedoc, de ne donner du fel 
aux beftiaux que pendant l'hiver* La quantité qui leur 
fuffit eft une livre de fel en huit jours pour vingt 
moutons : on a foin de les empêcher de boire le refte 
tîu jour où ils ont mangé du fel ; ils ont enfui te un 

Îjrand appétit. Les laines des moutons qui ufent de 
el, font plus belles & meilleures. Il n*y a que le 
Gouvernement qui puifle faciliter cet ufage important, 
icn diminuant le prix du fel ; ce feroit une perte paf- 
iagere qui tournerolt en plus grand émolument. Voyc:^ 
le Tome I des Mémoires préfcntés à l* Académie Royale 
'des Sciences* 

La chair des moutons qui paiffent dans un terrain 
ïec & dans des pacages ou près falés , acquiert un goût 
des plus agréables, (tels font les moutons de Dieppe, 
connus fous le nom de moutons de pré f aie , ceux de 
Ganges en bas Languedoc , & ceux de la plaine de la 
Crau en Provence ;. Aufli dans quelques bergeries 
a-t-on foin de mettre dans quelque endroit un fac de 
jfel ou une pierre falée , {^f^^légre) , que les moutons 
.vont tous lécher tour-à-tour- 

Rien ne contribue plus à l'engrais des moutons que 
l'eau prife en grande quantité , & rien ne s'y oppofe 
davantage que l'ardeur du foleil ; mais ceux qui les 
ont engraifles de cette manière , & même de toute 
autre , doivent s'en défaire aufli-tôt qu'ils font en- 
graifles , c'efl-à-dire les vendre pour la boucherie ; car 
on ne peut jamais les engraifler deux fois , & ils 
periflent par des maladies du foie, occafionées par les 
Vers qui s'y engendrent. Les moutons n'ont pas d'au- 
tre graijje que Xtfuifj & cette matière domine fi fort 
dans l'habitude de leur corps , que toutes les extrémi- 
tés de la chair en font garnies ; & le mouton a le fui/ 



BEL i6gi 

pliis abondant , plus blanc , plus fec , plus ferme & de 
meilleure qualité qu'aucun autre animal, f^oyei Parti- 
cle Graisse. 

La caftration doit fe faire à Page de cinq ou fix 
mois , ou même un peu plus tard , au printemps ou 
en automne , dans un temps doux. Cette opération peut 
fe pratiquer de deux manières. La plus ordinaire fe fait 
par incilion en enlevant les tefticules ; mais on peut 
aufli Amplement lier avec une corde les bourfes au-def- 
fus des tefticules ; & l'on détruit par cette compreflion 
les vaifTeaux fpermatiques. 

Tous les ans on feit la tonte de la laine des mou^ 
tons , des bnbis & des agneaux. Dans les pays chauds , 
où Ton ne craint pas de mettre l'animal tout- à- fait à 
nu , l'on ne coupe pas la laine , on l'arrache , & 
on en fait fouvent deux récoltes par an. En France 
& dans les climats plus froids , on fe contente de ton-, 
dre les moutons une fois par an. Le temps le plus 
favorable eft au mois de Mai ; la toifon a le temps de 
recroître pour garantir les moutons du froid de l'hiver. 
La laine du cou & du dos des moutons eft de la pre- 
imere qualité : celle qui recouvre les autres parties eft 
moins bonne. La laine blanche eft plus eftimée que celle 
qui eft colorée ^ parce qu'à la teinture elle peut pren- 
dre toutes fortes de couleurs. La laine lifle vaut mieux 
que la laine crépue. ' 

Les laines d'Italie , d'Çfpagne & même d'An- 
gleterre , paffent pour être plus fines que les laine's 
de France , & la France fe voit néceffitée d'ache- 
ter fort cher de l'Étranger des laines longues , 
blanches , fines & foyeufes qu'elle pourroit tirer 
de fon propre fonds , ainfi que le prouve un boh 
Citoyen dans un Mémoire qui a pour titre ; Cori- 
Jidcrations fur Us moyens de rétablir en France les 
hennés efpcces de Jbêtes a laines. Cet objet mérite 
tellement d'attirer notre attention par fa grande utilité 
& par fon importance poiu: la richeffe de l'Etat, 



I 



170 BEL 

e Von Va prëfentçr un tableau raccour d des vues 
e ce Patriote. 

La France , ainfi que le prouve très-bien cet Auteur, 
a été en poffeflîon , pendant près de fix fiecles , de pro-- 
duire d'excellentes laines , tant de carde que de peigne , 
de toutes les qualités , & fi belles , que l'Etranger etoit 
obligé de venir fe fournir en France d^ laines & même 
des étoffes dont il avoit befoin. Elle a perdu cet avan- 
tage depuis que l'Efpagne & l'Angleterre ^ la. Hollande 
& la Suéde ont eu le fecret de perfeftionner la qualité , 
& d'augmenter la quantité de leurs laines par l'impor^ 
tation d'une race étrangère meilleure que celle du pays. 

L'avantage qu'a eu la France autrefois , peut €e 
recouvrer. Le climat & les pâturages qui influent tant 
fur la qualité des laines , font les mêmes qu'autrefois , 
peut-être même ces derniers font-ils perfeftionnés. Les 
véritables moyens à employer font d'importer & de 
multiplier en France de bonnes efpeces de moutons , & 
des races choifies , appropriées au climat & à l'efpece 
de pâturage des Provinces oîi on les renouvellera ; car 
on a dans la France plufieurs fortes de climats , & qui 
font pour le moins aufli avantageux pour élever les 
moutons , que ceux des voifins qui nous ont fupplantés. 
Les foins que l'on prendra de ces animaux influent 
auflî beaucoup fur la beauté de leurs laines. 

Il efl: utile de détruire un préjugé enraciné depuis 
long-temps , & de montrer dans le dernier degré d'évi- 
dence , que la France poflede des laines de la même 
qualité que celles d'Angleterre. L'Auteur , d'après 
lequel nous parlons , s'eft afluré , par un examen exad ^ 
que. la laine des plus beaux moutons de Flandres , eft 
d'une qualité femblable à celle d'Angleterre y en lon- 
gueur , en blancheur & en finelfe. Après avoir fait 
pafler par un Ouvrier intelligent une peau en fuint d'un 
mouton de la meilleiure efpece des environs de Lille en 
Flandres , il obferva que lorfqu'on-enlevoit la fuperficie 
de la toifon oîi la fiente avoit féjourné , & qui avoit 



BEL 171 

ïine covdettr jaune fale , le refte étoît d'une blancheur 
éclatante. Les flocons de la mere-laine de cette toifon 
avoîent fept pouces de longueur ; encore faut - il ol>- 
ferver que l'on avoit tué l'animal cinq mois avant le 
temps de la tonte : les filets de la laine préfervée ref- 
fembloient à de la foie blanche , tant ils étoient fins 
& luifans. Cette laine comparée à celle d'Angleterre 
filée , car on ne la reçoit jamais autrement en droiture , 
ne préfenta pas la moindre différence en qualité. Û 
fuit donc de ces obfervations , que l'on pourroit recueil* 
lir , fans fortir du Royaume , en tenant les bêtes à laine 
proprement , & en en prenant les foins néceffaires , 
des laines auffi longues , aufii blanches & aufii fines que 
celles d'Angleterre* 

Le François ayant la manie de préférer les matières 
étrangères , à qualités égales, à celles de fon crû, les Mar- 
chands font convenus dans le commerce de vendre 
fous le nom de laine (C Angleterre la belle laine de Flan- 
dres triée , qui , ainfi que celle d'Aogletcrre , fe vend 
jufqu'à cent fous la livre. Les HoUandois en ufent de 
même, & on a recoiurs à la même fupercherie pour 
certaines étoflFes de foie. 

S'il exifte quelque légère différence entre nos belles 
laims de Flandres & celles d'Angleterre, c'eft que les 
nôtres ne prennent pas auffi bien la teinture de cou- 
leur de feu que celles d'Angleterre , défaut qui difpa- 
roîtra dès qu'on aura foin de tenir proprement les 
bêtes à laine. 

On peut faire de toutes les qualités de laines deux 
clafifes principales , & rapporter toutes les laines cour- 
tes à la clafle des laines d'Efpagne, les longiies à la 
clafife de celles d'Angleterre. Le Roiiffillon, le Langue- 
doc , le Berry , font des qualités d'Efpagne ; les mour- 
tons de ces Provinces donnent ordinairement quatre 
livres d'une laine qui diffère peu de celle que donnent 
les moutons des plaines de Ségovie en Efpagne. Les 
moutons Flandrins , qui font notre efpecc la plus greffe^ 



tji BEL 

donnent depuis huit îufqu'à dix livres de laîne de fe 
même efpece que celle d'Angleterre. En jetant ainfi 
lin coup d'œil général fur les diverfes Provinces du 
Royaume, on voit qu'elles font propres à nourrir 
diverfes efpeces de moutons. 

Comme il y a une analogie, un rapport eflentiel 
entre les pâturages , la laine & la chair des moutons ^ 
il faut nécefTairement affortir les pâturages à chaque 
efpece de moutons. L'efpece de mouton choifîe, que 
l'on fera paître fur le penchant des collines, fur les 
peloufes d'herbes fines, donnera une laine fine, courte 
& très-belle. L'efpece dont la corpulence demande une 
nourriture plus fubftantielle , donnera ,dans des pâtu- 
rages abondans & fous un climat favorable, une laine 
longue, belle & foyeufe. La France pourroit donc fe 
pafTer de tout fecours étranger en perfeôionnant , mul- 
tipliant les bonnes races, fupprimant les moindres,. 
& appropriant chaque* efpece de mouton au climat & 
à la nourriture qui lui eu propre- 
Un coup d'œil jeté fur la manière dont les étran- 
gers s'y font pris pour nous fupplaiiter dans cette 
efpece de commerce, fera peut-êtrë^très-propre à rani- 
mer notre émulation , & à nous faire profiter de leurs 
leçons pour recouvrer notre ancienne fupériorité. 

Vers le miKeu du quatorzième fiecle. Dam Pedrc 
IV ^ Roi de Caftille , fucceffeur d'^^Ao/2/J , ayant appris 
qu'il y avoir en Barbarie des moutons qui fàifoient à 
leurs propriétaires un grand profit , fit venir en Efpagne 
un certain nomWre de cette belle efpece de hilurs & 
Ae brebis d^oiitremer y ganaJos-merlnos; voilà l'origine 
des belles laines de Gaftille. Cette race de moutons^ 
tranfpprtée en. Efpagne réuffit affez bien pendant deux 
fiecles. Le Cardinal Ximenh^ fous le règne de Ferdi^ 
nand h Catholique & êilfabcllc de Caftille , la voyant 
dégénérer, fit venir de nouveau des béliers de Barbarie 
de la plus belle efpece. En Miniftfe intelligent, ce grand 
homme eut foin d'exciter parmi les Efpagnols une 



B E L 17} 

anoble émulation pour le foîn des troupeaux, en forte 
qu*encore aujourd'hui des Chefs de familles très-diftin^ 
guées fe font un plaifir de vifiter eux-mêmes leius 
troupeaux, & que le jour de la tonte, jour d'une 
nouvelle foiu'ce de richeffes , eft célébré par des fêtes 
brillantes & fomptueufes. Les Efpagnols fe fouviennent 
que les Rois étoient autrefois propriétaires de la plus 
grande partie de ces troupeaux : de là ce grand nom- 
bre d'Ordonnances, de lois pénales, de privilèges & 
d'immunités, établis fous difFérens règnes pour la con- 
fervation & le gouvernement des troupeaux; de là 
cet ancien Tribunal formé fous le titre de Confiil du 
grand troupeau royal , ( Conccjo de la mejla, ) C'efl: par 
une telle attention que les moutons rapportent annuel- 
lement dans le tréfor plus de trente millions de réaux : 
auffi les Rois d'Efpagne , dans leurs Ordonnances , les 
appellent-ils k précieux joyau de. la Couronne. On fe 
rappelle que Philippe èakXxt ^ en 1429, [Ordre de la 
Toifon^dury en mémoire d'une vente de laine très- 
confiderable , dont le produit avoit beaucoup aug- 
menté la richeffe de fes peuples dans fes domaines de 
Flandres & de Brabant. Tout cela annonce de quelle 
importance eft pour la Nation ce genre de richefl'es^ 
X*a Nature s'embellit & fe perfeûionne fous la main 
du riche poffeffeur; cette émulation à foutenir la bonne 
race des moutons par le choix des béliers^ eft même 
devenue en Efpagne ime forte de jaloufîe fi grande, 
qu'on a vu de riches particuliers payer jufqu'à deux 
cents ducats un excellent bélier. Ce font ces mêmes 
foins qui leur procurent de« chevaux d'une fi belle 
forme, & d'une taille fi élégante. P^oye^ à Vartick 
Cheval. 

Au quinzième fieclè , Edouard IV , Roi d'Angle- 
terre , fit venir , avec la permiflîon du Roi d'Efpagne, 
trois mille bêtes blanches de cette belle race 'de mow* 
tons dont on vient de parler. Par la fagefle de Tadmi- 
jj^a^pn, r Angleterre p au bout de quelques années. 



174 BEL 

fiit peuplée de cette précieufe efpece. On forma des 
écoles de Bergers , on leur donna les inAruâions né- 
cefTaires ; on parvint par degrés à habituer les moutons 
qui paffoient d'un climat fous un autre bien différent, 
à fupporter le froid de Thiver en plein air au milieu 
d'un parc. L'Angleterre nous fupplanta alors par les 
foins qu'avoit eus le prédécefleur A^ Edouard , d'attirer 
en Angleterre des ouvriers François. La Reine Elifahtth 
5'eft couronnée de gloire par l'attention de renouveler 
cette race de moutons^ pour l'empêcher de dégénérer; 
gloire que lui avoit préparée Hmri VIII. L'Angleterre 
doit beaucoup à ce Roi. 

Toutes les laines d'Angleterre ne font pas de la 
même beauté ; les Anglois ont trois fortes de bêtes à 
laine : l'efpece commune qui eft l'ancienne , & dont 
les toifons ne valent pas mieux que nos grofles laines 
de Picardie ; l'efpece bâtarde produite par les bilurs 
d'Efpagne & les brzbis d'Angleterre , dont la laine tient 
le milieu pour la bonté ; & enfin la troifieme efpece 
qui eft celle d'Efpagne. Il eft digne de remarque que 
le féjour des bêtes Efpagnoles en Angleterre a fait 
changer leur laine de nature. Elle eft beaucoup plus 
longue , mais moins fine que celle d'Efpagne , appa- 
remment par la nature des pâturages & du climat. 
Elle eft auffi plus blanche & plus nette , parce qu'on 
y a l'attention de tenir les troupeaux plus proprement 
qu'en Efpaene. Une des caufes en général qui peut 
contribuer le plus à la beauté & à la blancheur des 
laines , c'eft la méthode de laver la toifon fur le corps 
des moutons , fur-tout lorfqu'on feit ufage d'eau favon- 
neufe , telle qu'en donnent quelques fontaines ; ce 
lavage purifie parfaitement bien les laines. En Efpagne , 
4es Pafteurs conduifent leur bétail dans des vacans 
immenfes , fous un ciel doux pour la faifon , & c'eft 
de ces promenades d'un territoire à l'autre , que ces 
moutons ont été nommés bétts trafumantcs > l^trans-' 
humantes,) La vie de ces animaux & des Bergers qui 



BEL I7J 

les gouvernent , eft un voyage continuel , un paflage 
des pâturages d'été dans les pâturages d'hiver ; point 
de bergerie ; point d'abri ni de parcs domeftiques ; 
point de féjour que le temps néceffaire à l'opération 
de la tonte. Les Anglois raffemblent leurs bêtes à laine 
dans de vaftes enceintes, le long des côtes de la mer, 
ou à la campagne dans des terrains circonfcrits de 
haies vives , ou par d'autres défenfes. Ce font autant 
de prairies naturelles ou artificielles ; les moutons y 
mènent la vie fauvage , tant de jour que de nuit , 
fans Berger & fans chiens. Il faut en convenir , on ne 
voit point de loups en Angleterre , & les voleiu-s 
n'exercent guère leur cupidité que fur les grands 
chemins. 

Au fiede paffé les Hollandois convaincus par l'exem- 
ple des pigeons , des poules-d'Inde & d'autres animaux 
transfplantés , que les efpeces de la vaûe contrée des 
Indes Orientales , accoutumées une fois à l'air de 
l'Europe y y deviennent plus fécondes & y multiplient 
à fouhait , tranfporterent des Indes Orientales ime 
cfpece de téliers & de brebis , haute , alongée , groffe 
de corfage , & dont la Idne égaloit prefque les laines 
d'Angleterre en fineffe & en bonté. Cette race , tranf- 
plantée dans le Texel & dans la Frife Orientale , y 
réuflît au point que les femelles donnoient quatre 
agneaux par année. En général l'expérience a toujours 
démontre que les moutons profperent lorfqu'ils font 
accoutumés au froid , & qu'ik ne foufFrent point d'al- 
tération en paffant d'un pays chaud dans un pays froid,- 
n en eft tout autrement , lorfqu'on les tranfporte ^un 
climat froid fous unciel beaucoup chaud. 

Dans le Texel on retire de ces moutons tranfplantés 
des Indes Orientales , des toifons qui donnent depuis 
dix jufqu'à feize livres d'une laine longue , fine & 
foyeufe , dont on fait commerce fous le nom de /aine 
d'Angleterre. Les Hollandois permirent aux Flamands 

de tranfporter quelques bêtists Indiennes ^yxsi environs 



iy6 BEL 

de Lille & de Varneton ; elles y réuffirent fi bien J 
que toute Tefpece tranfplantée des Indes en prit le 
nom de moutons Flandrins. 

Les Suédois , quoique fous un climat plus rigou- 
reux , ont auffi tranfporté chez eux des bêtes à laine 
de la meilleure efpece d'Angleterre & d'Efpagne ; & 
par les foins qu'ils en ont pris , ils recueillent pré- 
fentement des laines auffi belles que celles d'Angleterre 
& . d'Efpagne. Confultez le D'y cours fur la race des 
Brebis à laine fine , prononcé par M. Alftroemer dans 
V Académie Royale de Stockholm , le 15 Avril 1770. 
Ce difcours eft rempli de recherches très-favantes & 
très-curieufes. 

De femblables exemples ^ ne doivent-ils pas nous 
animer ? Que Ton multiplie cette efpece de mouton 
Flandrin , qu'on en confeiTe la race pure & fans 
mélange , qu'on la répande dans toutes les Provinces 
où elle peut trouver à fe nourrir , & on fe procurera 
' par la fuite des moutons couverts d'une belle laine & 
en grande quantité ; car le mouton a ordinairement 
près d'un tiers de laine de plus que le bélier & la 
brebis. Que l'on multiplie dans le Cotentin , prefqu'Ifle 
de la Normandie , l'efpece de bêtes à laine d'Angleterre y 
celle à grand corfage : la nature du pâturage , la difpo- 
fition du lieu , tout annonce qu'on y recueillera une 
laine pareille à celle des plus belles toifons d'Angle- 
terre. Que l'on répande enfuite ces efpeces dans les 
différentes Provinces , fuivant la nature de leur climat. 
. C'eft dans l'original même qu'il faut voir les caufes 
qui ont fait dégénérer jufqu'ici les meilleures efpeces 
de moutons dans nos différentes Provinces , les abu$ 
qui ont nui à la perfeftion des laines de France , & 
les divers moyens propofés d'après l'exemple des étran- 
gers poiu- rétablir cette branche de commerce ; tels 
font les foins de^ former des écoles de Bergçrs , & ce 

2ui concerne les parcs & les étables. Cet objet, d'un 
étaîl abXolument économique, deviendroit ici trop 

long* 



BEL. . 177 

long. Les vues de cet excellent Citoyen poiirroient 
peut-être devenir auffi très-utiles , appliquées à une 
autre efpéce d'animaux domeftiques , dont on retire 
déjà tant d'avantages ; je veux parler de la chcvre & du 
bouc. Voyez à VartitU Bouc. On devroit auffi s'atta- 
cher à marquer les moutom autrement qu'on ne fait; 
la marque en couleur à l'huile , au goudron , au tare 
ou à la poix noire , eft une forte de caraâere indélébile 
qui gâte la portion de laine qui en eft flétrie & la fait 
mettre au rebut. 

La France ne tirant pas tout le profit poffible de fon 
propre fonds , & employant beaucoup de matières dans 
les Manufaâures , eft obligée de tirer auffi des laines 
du Levant par la voie de Marfeille. Smyrne & Conflan-* 
tinople fourniffent les meilleures. (On fait qu'en S3nrie, 
les brebis ont la toifon d'une beauté parfaite ; & la 
brebis d* Angora , de même que le chat & la chèvre de 
la même Contrée , femble être vêtue de foie plutôt 
que de laine ou de poil. Tavemier dit que la plus 
grande partie de ces laines du Levant, fi belles & H 
fines , fe trouve dans la Province de Kerman , qui eft 
l'ancienne Caramanie. ) La laine nouvelle eft toujours 
préférable , parce que , gardée dans le magafin , elle 
jaunît & devient huileufe. Lorfqu'on embarque la laine 
du Levant , il faut qu'elle foit extrêmement feche , de 
peiu que l'humidité ne s'y mette & ne l'échaufFe. 

On donne , dans le commerce , le nom de laine de. 
chevron , à ime forte de laine noire , rouffe ou grife , 
que l'on tire du Levant: la noire eft la plus recherchée; 
elle entre dans la fabrique des chapeaux. On diftingue 
aifément cette laine parmi les autres , par la perfefiSoiiî 
de fa couleur , par fa fineffe , par Ibn odeur , qiS 
approche de celle du mufc , odeur qu'elle retient dç$ 
chèvres fur lefquelles on la tond. Il fembleroit qu^oa 
devroit plutôt lui donner le nom de poil de chevron: 
Quoi qu'il en foit, toutes les Nations qui trafiquent^ 
gu Levant , enlèvent de cette muichaadife. Foye^ povuii 



1 

I 



I7& BEL 

Thiftoire de la ckcvn , U mot Bouc. H nous reftt 
maintenant à faire mention de quelques efpeces de 
moutons qui méritent encore d'être connus ; tels que 
le mouton d'Iilande ^ celui des liles Danoiies y ceux 
du Cap de Bonne-Efpérance , &cc. 

Notre bretis , telle que nous la connoiiTons y ne fe 
trouve qu'en Europe & dans quelques parties tempé- 
rées ^de l'Afie ; tranfportée dans des pays plus chauds ^ 
elle perd fa laine & fe couvre de poil ; elle y multiplie 
{>eu y &c fa chair n'a plus le même goût. Dans lefi 
pays très-froids elle ne peut fubfifter ; mais on trouve 
dans ces mêmes pays troids , & fur-tout en Iflande , 
une race de brebis à plufieiu^ cornes y à queue courte, 
à laine dure & épaiffe ^ au-defTous de laquelle fe 
trouve une féconde fourrure* d'une laine plus douce, 
plus fine &c plus touffue. Ces moutons ont , dit 
M. Anderfon , le même fort que les chevaux du pays , 
c'efl-à-dire qu'il n'y a point d'étable pour eux ni en 
été , m en hiver. Cette efpece de mputon refle toujours 
en pleine campagne , où ils fe mettent à couvert fous 
les éminences des rochers , ott dans les creux des 
piontagnes , & fe nourriffent comme ils peuvent , étant 
pour ainfi dire abandonnés à eux -«mêmes. Ils vivent 
toujours avec les chevaux , qu'ils fuivent par-tout en 
hiver , pour profiter , dans les fortes gelées y du peu de 
moùfTe qui refle à découvert dans les creux que les 
chevaux font pour eux-mêmes dans la neige , & oit 
Jes moutons n'auroient pu atteindre à caufe de la foi- 
blefTe de leurs jambes : on a même fouvent obfervé 
c[ue , tourmentes par la faim , ils mangent le crin des 
jueues des chevaux , ce qui leur forme bientôt une 
\agropiU dans l'eflomac. Quand il neige avec un grand 
vent , ils quittent les mpntagnes , & courent comme 
S*ils*youloient devancer le vent; ils prennent alors la 
route de la mer , & s'y jettent quelquefois ; en forte 
^u'il en périt fouvent de grandes quantités. Si au 
contraire ils fe trouvent furpris par unç neige fubùe | 



Vî 



fi Ë t 17^ 

8c fi confidérabîe , cjii'ils en foient promptetnent cou-* 
verts , alors ils fe joignent en très-grandes troupe^^ 
en mettant leurs têtes ensemble , & reftent immobiles 
en préfentant le dos à la neige ; fouvent ils y périffen j 
par le froid. La faim les'^ oblige quelquefois de fe 
ronger réciproquement la laine , pour fe fotitenir 
jufqu'à ce qu'ils foient fecounis. Les payfans con* 
noiflent l'endroit oti fe tient la troupe , par la vapeur 
qui s'en élevé. La foumire extérieure de ces moitoni 
eft fort groffe & rude ; on ne la tond jamais ^ mais 
elle fe renouvelle tous les ans vers la Saint- Jean , après 
avoir formé fur le dos de l'animal une couverture 
compofée de fils entortillés , qui tombe d'elle-même 
tout à la fois comme une peau fuperficielle. Pour 
recueillir leurs toifons , on les affemble en lèuj don-** 
nant la chaflè. Un Berger , accompagné de chiens bien 
dreffés , monte fur une colline , & ayant donné le 
fignal avec fa corne , les chiens fe détachent chacun 
de fon côté , & chaffent les moiaons de tous les en- 
droits , en les forçant d'entrer dans un certain parc 
immenfe , qui eft fort large fur le devant , & qui fe 
rétrécit peu-à-peu vers l'autre extrémité. Forcés dans 
ce retranchement, il eft aifé de les dépouiller de la 
foumire extérieure qui ne tient plus à leur peau ; 
enfuite on tond aux deux tiers de longueur , la four- 
rure intérieure dont nous avons fait mention. Au refte , 
ces moutons fe propagent volontiers dans ces cam- 
pagnes gelées , comme les nôtres dans l'afile d'un parc , 
ou dans la paix d'une étable. 

Toutes les efpeces de moutons d'Illaride ont les 
cornes extrêmement grandes & tournées efi fpirale ; 
il y en a"^qui en ont deux , quelquefois quatre & 
quelquefois cinq , & une feule , dit-on , qui fort droite 
de la tête en avant. Au contraire les autres bêtes à 
cornes des autres pays en ont moins ou point du tout 
quand elles font tranfplantées dans cette Ifle, Les 
ioinçs font d'un grand kïv\c^^\xsi moutons '&l^^aàQ ^ 

M 1 



t 



\îù BEL 

pour les défendre contre les oifeaux de proîe de toiité 
efpece qui abondent dans ce pays défert. 

Il y a cependant certins encfroits de l'Iflande oii le 
commerce confifie principalement çn moutons ; lesf 
Payfans gardent chez eux les brebis ^ & envoient les 
ié/iers à la montagne. Dans Tautomne , lorfqu'il s'agit 
de tuer des moutons pom les vaiffeaux qiu font à la 
rade, on les chafle , par le moyen des chiens, en 
réignce des Juges, afin que chacun puiffe retirer ht 
ête qui porte fa marque. 

Les moutons des Ifles Danoifes ou de Feroë font 
vagabonds comme ceux d'Iflande ; ils fe retirent dans 
l'hiver fous les rochers , & ils s'y tiennent ferrés entr« 
eux autant qu'il eft poflible : ceux qui font bien 
échauffés au dedans de la troupe , vont relever de 
temps en temps ceux qui font en dehors , & qui vont 
à leur tour s'échauffer pour en relever enfidte d'autres. 
Quand la terre efî gelée & couverte de neige , au 
point qu'ils ne peuvent plus atteindre la bruyère ou la 
mouffe avec leurs pieds , ils fe niangent la laine les 
uns aux autres , & fe foutiennent par-là jufqu'au dégel ; 
dans l'été leur pâturage efl affez bon. 

Dans les pays chauds on ne voit que des moutons 
à cornes courtes & à queue longue , dont les unes 
font couvertes de laine , les autres de poil , & d'au- 
tres encore de poil mêlé de laine. En pluiieurs endroits 
de l'Afrique les Européens donnent le nom de mou^, 
tons de cmq quartiers , aux brebis à grofTe & longue 
queue. Le mouton de Barbarie efl connu aufS fous le j 
nom de rpouton d'Arabie. 

Les moutons du Cap de Bonne - Efpérance font fort 
nombreux ; leur chair ■ efl de bon goût : les pauvres 
emploient la graifTe de ces animaux au lieu de beurre 
& de fain-doux, & cette graifTe n'a pas la confiflance 
du fuif de nos brebis ; on diroit que c'eft un fain-doux 
ou ime huile figée. La queue de ces moutons , ainfî 
c[ue de ceu^ de Madagafcar^ eft fouvent large de plus 



BEL . ï^f 

jffun pkd & pefe quinze à vingt livresl - A^û rfefte , oti 
moutons n'ont rien de rematxjuafele. cpiè la queue '^ 
cu'ik portent comme fi on leur avoit^ttache tm couiïia 
iousla queue. La furabondance de k ^raiiTe qui, dans 
nos moutons^ fe fixe fiir les reins, delcend dans cette 
race de moutons à grojfè^ à large & longue qutue , fous 
les vertèbres de la queue. Les autres parties du corps: 
en font moins chargées que dans n^ moutons grasi 
& cette race de moutons à queue fi voliuniheufe ,, 
paroît plus répandue que la nôtre : on la trouve êbm--* 
munément en Tartarie, en P^rfe , en Syrie, en Egypte^. 
en Barbarie , en Ethiopie , à Mofambique , à Madagafcar ,1 
&au Cap de Bonne-Efpérance, ainfi qu'il eft dit ci-deffus. 

Les moutons des Côtes dTeman & de ZéiTà ont la 
laine du corps blanche , & celle de la tête noire : il 
leur pend à Textrémité du dos une groffe maffe de 
chair ^ d'oîi fort ime queue femblable à celle du cochon 
de lait. Les moutons de la Garabrà ont une queue- fî 
groflfe, fi longue, fi graffe & fi pefante, que les Ber- 
gers font obligés de la foutenir fur une efpece de petite 
brouette, pour foulager Ranimai dans fa marche. La 
queue des moutons des Eleuthas en Tartarie , pefe quel- 
ouefois jufqu'à quatre-vingts livres : ils ont une bofle 
iur le nez comme les chameaux, & les oreilles pen- 
dantes. Quelques - unes de ces bêtes ont jufqu'à fix 
cornes de différentes formes. - \ 

Les moutons de la Côte de Malaguette ont une cri- 
nière aflez femblable à celle du lion : ceux de la Côte 
d'Or ont du poil au lieu de laine ; c'çft ce qui a fait 
dire à Artus , qu'en ce pays le monde efl: renverfé : 
les hommes y ont de la laine , & les moutons du poiU 
Les moutons de Guinée , les grandes brebis du Sénégal , 
ont un bêlement . abfolument différent de celui- de nos 
moutons : ils font différens aufli par leur poil bnm & 
noir. Foye[ tarticle ÂDIMAIN. 

Les moutons de la Baie de Sambras font fort grands 
& d'une extrême beauté } ils ont aufiî^ au lieu de laine^ 

Mi 



iM BEL 

un poil femUaUe/ à ^celui de$ chèvres : le four de leîtf 
queue a près, de deux pieds. 

5 Les mQutonS' de Undoftan & de la Perfe ont une 
jainç courte & très-fine , qui tombe d'^le - même en 
cert^ns terçipsr 

Qléarius dit que les moutons des Tartares Usbecks 

6 de Befcl^ac , font chargés d'ime laine grifâtre & 
longue 9 {xiîé,^ at% bout en petites boucles blanches 6c 
ferrées en forme de perles, ce qui fait un très -bel 
effet ; c'eft pourquoi Ton eftime bien plus la toifoit 
que. la chair ; cette forte de founure étant la plus pré- 
çieufe de toutes celles dont on fe fert en Perfe & à 
Aftracan,5r après la Zibeline. Ces fortes de moutons 
que Ton . retrouve auffi en Afie , n'ont point dc;^ queue, 
mais le train de derrière ejft fort gras. A Tégard de la race 
de brebis domeftiques , que Btlon appelle brebis firep^ 
ficheras , elle ne diffère dé nos brebis ordinaire que 

par les cornes qu'elle. ^ droites & cannelées en fpirale. 
Elle fe trouve dans les Ifles de l'Archipel , & princi- 
palement dans riile de Candie. On lui donne aufli le 
nom de mouton de Crète. 

L'on a toujours remarqué dans ces contrées étran- 
gères, ainfi que dans les nôtres, que plus les climats 
font froids & peu herbeux^ plus les moutons font 
couverts d'une laine roide , peu blanche , courte & 
mauvaife ; maïs que plus les climats font doux ou 
tempérés , & les pâturages abondans , plus la laine des 
moutons & le poil des chevra font fins , fouples , 
lones & de bonne qualités Uoe autre çonfidération , 
c'eu que fi un mouton refte toute l'année dans le même , 
endroit , & pendant les. nuits d'hiver enfermé dans une. 
bergerie bien clofe , fa laine .fera groffiere ; au lieu 
que fi un momon vit toujoiu*scn pleiaair ( aumolns^ 
dans une étable ouverte nuit & jour, & dont la litière 
foit bien propre & enlevée tous lès huit ou quinze 
jours ) , . & qu'il voyage deux fois l'année , fa laine 
fera fine, ainfi qu'on le.poiirroit pratiquer dans le 



BEL i»j 

I5auphîné , dans la Provence , dans le Languedoc & 
d'autres Provinces Méridionales , oîi lés pacages mon- 
tueux & les herbages font convenables, obfervant 
toutefois de ne leur faire paffer Thiver que dans les 
plaines tempérées ^ & c|ue le Berger ne les laiffe pas 
manquer de fel ; ce qiu fert beaucoup à entretenir la 
iànté des moutons , & à rendre leur conftltution plus 
ferme lorfqa'ils paiffent fur des terres argileufes ; car 
fi la terre de leur pâturage eft uji débris de terre cal- 
caire , il^ dédaignent le fel ; & en effet ils n'en ont pas 
befoîm On ne peut encore qu'approuver ceux qui la- 
vent par intervalles le corps aes moutons avec une 
eau chargée de terre favonneufe. 

Dans deux Mémoires lus à tAcadimle 4fs Sciences 
en 1768 & 1769, M. Daubenton rapporte les expé- 
riences qu'il â faites pour conftater les avantages reel^ 
qu'on trouve à tenir les bêtes à laine en plein air pendant 
ITiiver, fans qu'il leur arrive même auam accident. 
II démontre que la. fueur eft plus à craindre pour les 
animaux nimin'ans que pour les autres , parce qu'elle 
fufpend ou diminue la (ccrétion de la férofité du fang 
qui eft néceflaîre pour la rumination. Les bêtes à laine 
étant en fueur lorfqu'elles ruminent , ont une double 
évacuation de férofité : alors leiu- corps fe deffeche ^ 
le fang s'épaiflît & s*échaufFe , l'animal devient altéré , 
il boit plus qu'il ne convient à fon tempérament : l'ex- 
cès de tranfpiration & de chaleur prive la laine d'une 
partie de fa noiu^riture , ou la fait croître trop promp- 
tement , pour qu'elle prenne affez de confiftance. Ainû 
en logeant nos bêtes a laine dans des étables oîi elles 
fuent en été & en hiver , par des foins mal-entendus , 
par ime dépenfe inutile & même nuifible , nous alté* 
rons leur fanté & nous gâtons leur laine. 

La Nature a vêtu ces animaux de façon qu'ils n'ont 
pas befoin de couvert. Le froid , la pluie , ni les injures 
de l'aif dans nos climats , ne leiu: font point de mal : 
ils ne craignent que la grande chaleur* M. Daubenton 

M 4 



tl4 B E t 

a fait parquer en plein air, nuit &'jour', fans aiiam 
abri , un petit troupeau pendant tout l'hiver de 1 768. 
Ces animaux , tous de la race des bêtes à laine de 
l'Auxois, ëtoient placés dans un lieu expofé au Nord, 
.& \\\n des plus froids du canton ; ils ont éprouvé des 
gelées qui ont fait defcendre le thermomètre dt Réaumur 
|ufqii'à quatorze degrés & demi au-deffous de la congé- 
lation ; ils ont été expofés à des vents très-violens , à 
des pluies continuelles, à des brouillards, au givre & 
à laneîge; ils ont fubi toutes fortes d'épreuves des 
intempéries de l'air, & cependant ils ont été plus fains, 
& même par la fuite plus vigoureux que ceux que Ton 
avoit renfermés dans des étables. L'épaiffeur de la laine 9 
fon fuint , empêchent Teau de la pluie de pénétrer jufqii'à 
la peau de l'animal , & la partie de la laine qui fe mouille 
cft bien plutôt féchée au grand air que dans les étables. 
Des brebis ont mis bas lors de ces fortes gelées , & 
les agneaux , comme les mères , n'en ont eu aucim mal* 
Notre Obfervateur prétend qu'en gouvernant ainfi les 
bêtes à laine , il n'y a point de moyen plus sûr pour 
les maintenir en bonne fanté , . pour leiu- donner de la 
vigueur, poiu* les préferyer de la plupart des maladies 
auxqtielles elles font fujettes , pour donner un meilleur 
goût à leur chair & pour rendre la laine plus blanche, 
plus abondante & de meilleure qualité. A la force du 
raifonnement fe joint ici l'authenticité des faits : ce 
font des innovations dont on démontre le fuccès au 
doigt & à l'œil, hts économes vraiment citoyens doivent 
mettre en pratique un exemple àufli utile , & ne 
jamais perdre de vue ce point de difcipline rurale. Il 
n'y a qu'à gagner , puifque Pon augmentera la vigueur 
du bétail , la bonne qualité & la quantité de la laine ; les 
peaux en feront aufli plus grandes & plus fortes. Voilà 
le meilleur moyen pour relever Tefpece des bêtes à lapine 
en France, y multiplier, y maintenir de bonnes races, 
& procurer à la Nation ïes laines néceffaires pour fes 
Manufaûures. Nous pouvons attefler , comme témoin 



BEL i8f 

t>ciilaire , qiie les Ânglois , les EcofToîs , les Irlandois 
ne retirent à Tétable en aucun temps leurs moutons & 
autres beftlaux. ( Nous avons déjà dit que ces moutons 
înfulaires n*ont rien à craindre du loup. ) Il y a feule- 
ment quelques endroits où on les met à demi-abri , 
mais en plein champ , au moyen de toits foutenus par 
des percnes , & oii Ton arrange des râteliers que Ton 
garnit de bon foiu-rage'; mais c'eft uniquement quand 
la terre cft couverte de neige. 
. Cet article étant très-important, vu Futilité de fon 
objet , nous invitons encore notre Leâeur à confulter 
un très - bon Mémoire fur Viduuuion dts troupeaux & 
ta culture des laines ^ par M, R. D. L. InfpeSeur général 
des Manufactures de Picardie , &ç* çonfigné dans le 
Journal de Phyfique , Juillet lyyg. L'éducation des trou- 
peaux &C la culture des laines font ime des fources les 
plus fécondes de la profpérité des Empires. Les laines 9 
dit-il j font aux manufaâures ce que l'argent eft à là 
guerre» La France , ce Royaume piiiiTant par fon 
étendue , fa population , fa iituation , fes produâions , 
le génie & l'afHvité de fes Habitans , peut rendre tri- 
butaire le refte du monde ; cependant la France Feft 
des Etats agricoles qui Tentourent. Son induftrie eft 
gênée dans la partie dont il eft queftion. L'Angleterre ^ 
la Hollande , le Danemarck , le Bas-Rhin , prefque toute 
l'Allemagne , & principalement la Saxe & les Marches 
du Brandebourg , qui produifent les plus belles laines' 
de CCS vaftes contrées , font les fources oîi notre induf-^ 
trie va puifer la matière première. Sans elles il faudroit' 
renoncer aux étoffes remarquables par leur fineffe & leur 
légèreté : fans elles , plus de ces chef-^d'œuvres de l'art 
qui montrent la fupériorité de l'induftrie Frânçoife , ( les 
camelots , les bouracans , les ferges , les étamines , les 
tamifes , les calmandes , &c. &c. , la bonneterie , le 
tricoté , &c. &C. 9 les tapijferiej des Gobdins , & t»nt 
de beaux ouvrages à l'aiguille. ) Jaloufe de cette main- ' 
d'œuvre , l'Andeterre s'eiForce encore de nous en . 



i8(5 BEL 

priver. On feroît effrayé par le calcul des femmes qite 
nous faifons paffer cHaque année pour Tacquit de la 
prodigieufc quantité d'étoffes dont elle inonde la France» 
La Saxe nous confidcre du même œil , & nous lie des 
mêmes chaînes. Du côté du Midi , lIEfpagne , Tltalie , 
!a Tiu'quie d'Europe & d'Afie , les Côtes de la Barba- 
rie , alimentent nos Mamifaftures de draperies fines » 
& la plupart des communes , qui fans elles n'exifteroient 
pas. La France , dans toute ion étendue , fabrique des 
étoffes de laine. Ses établiffemens en matières natio- 
nales font , du côté du Midi , en draperies ; & du côté 
du Nord , en étoffes rafes. Les grandes Fabriques de ce 
dernier genre , font celles de là Picardie , de la Flandre, 
de la Champagne & du Mans. Les Manufaûiires de 
draps d'Abbeville, de Sedan , de Louvîers , d'Elbeuf , 
des Andelis ,' de Darnetal & autres , n'emploient que 
des laines étrangères. C'eft d'après ces considérations 
que notre Obfervateur , (Citoyen zélé , voudroit qu'on 
s'ocaipât davantage en France de l'éducation des trou- 
peaux & de la ^culture des laines. Nos Fabriques ne 
feroient alimentéé^s que des laines de nos moutons. La 
France , dit-il , poiuroit en exporter^ & pUis aifément 
arrêter l'introduâion des étrangères. L'éducation , la 
culture augmentent ou altèrent les qualités primitives y 
& les variétés immenfes des êtres ne proviennent que 
de l'une ou de l'autre. Les animaux , comme les plantes y 
prennent un cafaôere particulier au climat où ils fe 
trouvent tranfportés. La France pourroit avoir de toutes 
les qualités & de toutes les fortes de laines. Il faut en- 
coiu-ager le Cultivateur dans l'éducation des troupeaux , 
& les Manuikâures dans leurs çntreprifes. M. R. D. L. 
convient de la beauté des laines des vaftes plaines de 
Narbonne , mais il fe plaint de l'éducation qu'on y ob- 
ferve. Il profcrit auffi l'ufage des étables. Une bergerie t& 
toujours mal-propre : le cK)ttin , l'urine croupiffent dans 
les toifons ; le fuînt en devient cauftique , les rend jau- 
nâtres &les brûle. Lldée feide de la chaleiu* étouffante ^ 



BEL 187 

de Taîr «mpefté que les animaux refpîrent entaffcs dansf 
ces étable? toujours trop étroites , oîi ils font conti* 
nuellement dans l'ordure & mal nourris , doit faire 
juger de leiu- état de foibleffe , de langueur , du 
nombre de maladies qui les affligent , & de la quantité 
qui en ^érit. Ce tableau eft plus ou moins conforme 
à -ce qui fe pratique généralement en France. Notre 
Obfervateur convient auflî que les moutons devroient 
être toujours à Tair libre , hiver & été , quelque temp^ 
qu^il feffe : jamais i Tétable , au plus fous des hangars^ 
ou dans un parc en barricades ; car on obferve que les 
moutons craignent beaucoup la grande chaleur i même à 
Tair libre , & qu'ils ne mangent point aux heures oîi elle 
fe fait le plus ifentir , quand ils ont pu fe raffafier dès le 
matin , & à leur choix. Il ne faut pas attendre que les 
hUiers foient ufés & que les brebis n'aient plus de lait 9 
peau- s'en défaire. La laine diminue , & la vigueur de 
l'individu s'altère par l'âge. Il faut donc fe hâter de 
remplacer Tefpece avant la caducité ; en un mot , fou- 
tenir & renouveler les belles races ; de là les belles 
toifons« On peut croifer les moutons de la plaine avec 
ceux qui vivent fur les hauteurs \ c'efl un moyen de 
varier les laines. On ne doit donner le bilur aux brebis ^ 
là première fois , qu'à l'âge de dix-neuf à vingt mois , 
& les brebis ne doivent être couvertes qu'au même âge ^ 
& au nombre de vingt par bélier. La féconde & troifiemé 
année de fervice on peut donner à chaque biUer qua- 
rante à cinquante brebis. On ne doit pas faire l'ampu- 
tation de la queue de l'animal , mais en tondre fouvent 
la laine , ainfi qu'aux proximités de l'anus & des parties 
fexuelles où s'attachent ordinairement beaucoup d'or- 
dures. L'amputation de la queue, quoique ufitée en 
Angleterre , en Hollande , en Allemagne , en Efpagne 
& ailleurs , n'efl pas fans conféquence poiu: la fanté 
de l'animal. Il faut laver la lainfe liir le dos de l'animal 
huit à dix jours avant la tonte , & préférer l'eau 
courante à une eau (lagnante. Tous > ou [H-efque tous 



i«8 BEL 

les autres détails qu 'on lit dans le Mémoire de M. Jl. D. tl 
confirment ce que nous avons dit dans tout cet article. 
Confultez encore un Mémoire fur Us moyens de per-- 
ftSionner Us laines de la France , &c. par M. VAbbi 
Cartier : Journal de Phyjique , FévrUr , Mars & Avril , 
§68^ ; &C enfin le Mémoire fur U premur drap de laine 
. fuperfine du cru de la France , par M. Daubenton* Même 
Jcum. Août lyS^» 

En Aftronomie on donne awfli le nom de bélUr au 
premier des douze Signes du Zodiaque. Foyei le mot 
Constellation. 

BELLE-DAME. Ce nom a été donné à un papillon 
remarquable par la beauté de Tes couleurs & Félégance 
de fa forme. Ce nom lui convient d'autant mieux , 
que la parure de fes trois états ( chenille , chryfalide & 
papillon ) femble avoir été très-r«. cherchée. Sa robe 
n*eft point déchiquetée ; le diapré du deffus eft brim , 
orné vers le bord des ailes inférieures , de bandes de 
couleur de cannelle foncée , avec des points noirs , & 
deux en bleu chatoyant. Les ailes fupérieures ofîrent 
des taches blanches , fauves & roug -s* Le deiTous des 
ailes eft marlwé de prefque toutes les couleurs : on y 
dKftingue cinq petits yeux. Le papillon belU-dame paroit 
pendant tout Tété. On en voit fouvent une prodigieufe 
quantité pendant l'automne. Il parcourt les prairies & 
hs chemins ; il vifite fur-tout les fleurs de navette pen- 
dant l'automne. Il fe borne à une enceinte dans laquelle 
îl paffe Us beaux jours ; il s'en écarte peu. Il eft connu 
dans toute l'Eiu-ôpe. On le trouve aufli dans les autres 
Parties du Monde ; en un mot il fe voit par-tout où 
U y a des chardons & des épines. On l'approche aifé- 
ment , & par cette raifon il eft facile à prendre. C'eft 
peut-être de tous les jwpillons celui qu'on trouve dans 
la faifon la plus avancée : on en voit encore au mois 
de Novembre : il eft auffi celui des papillons de jour 
qui vole le plus tard ; les autres fe retirent au coucher 
(ju foleil i la bdler^darm au contraire vole encore longr 



B E L _ i9f 

itemps après , & avec beaucoup d'agîlîté : en en voit 
fouvent dans les grands jours à neuf heures du foir, 
particulièrement le long des grands chemins. Ce papillon 
n'emploie que quatre pattes pour marcher. PaUons à 
fon état de chenille. 

Dans cet état d'enfance , les deux fexes fe dlflînguent 
par la diverfité des couleurs & des ornemens. Cepen- 
dant Tefpece mâle & l'efpece femelle varient beaucoup 
pour la couleiu". Il en eft de bnmâtres , de rougeâtres, 
& quelques-unes des chenilles ont une bande blanche 
de chaque côté du corps , les interférions toujours jau- 
nâtres; mais en général les mâles font. plus bnms que 
les femelles. Cette chenille qui eft de Tordre des épineujis^ 
TL2L point de piquans à la tête ni fur l'anneau du cou ; les 
troifieme & quatrième en ont chacun quatre ; les fuivans 
chacun fept ; l'avant^dernier quatre , & le dernier deux j 
en tout foixante & dix épines. Ces chenilles paroiflènt 
deux fois l'an , au mois de Juin & au mois d'Août. Elles 
fe nourriffent de toutes les efpeces de chardons , c'eft 
pourquoi des Auteurs en ont appelé les papillons char-' 
donneras , ou papillons du cnardon , Papilio cardui^ 
Elles fe trouvent auffi fur l'artichaut , & rarement fur 
les orties ; elles vivent folitaires & féparées. En fortant 
de l'œuf elles fe forment avec leur foie des loges d'un 
tiffu blanc ; elles mangent les parties les plus délicates 
des feuilles dont elles n'attaquent jamais la nervure ; 
,ellcs ne percent pas même ces feuilles tout-à-fait. Quelque 
temps après , elles quittent leiu: première demeure & 
s'en conftruifent une autre , en rapprochant quelques 
feuilles dont elles fe forment une retraite arrondie 
qu'elles cimentent avec leur foie. Elles y la^ffent une 
porte poiu- fortir & aller picorer , & elles n'y rentrent, 
que lorfque leur faim eft aflbuvie. Elles bâtiflent plu- 
(leurs de ces maifons pendant leur état de chenilles; 
mais fi une fois elles fe trouvent comme emprifonnées 
. ou trop gênées dans leurs loges , elles renoncent ab- 
solument i la bâtifle , vivwt à découvert & dans ua 



f ' 



190 BEL 

état de liberté. Quoique leur habitude foît d'être folî- 
taires & ifolées , on en trouve cependant quelquefois 
pluiieurs raflemblées ftir la même plante : leur tiffu 
alors eft femblable à des nids d'araignée. Leur chry- 
falide , qui eft nue , angulaire & lufpendue par la 
queue , varie beaucoup de couleur comme dans Tétat 
de chenille : plufieiu-s ont des taches d'or , d^autres 
d'argent ; il en eft même qui font tout-à-fait dorées ; 
quelques-unes font Amplement grifâtre^ ou brunâtres. 

Belle-dame ou Belladone baccifere & vul- 
gaire , Bclladona aut Solarium UthaU feu maniacum ; 
Bdladona majoribus foliis & jhrlbuSy Toum. Inft. 77; 
Solanum melanocerafus ^ C. B. Pin. 166; Atropa bcUa" 
dona , Linn. z6o. Plante qui s'élève à la hauteur de 
quatre à cinq pieds , branchue , reffemblante à la morelU 
des jardins , mais plus grande & plus velue. Ses feuilles 
font ovales , entières , géminées , une grande & une 
petite. Sts fleurs font en cloche , découpées en cinq 
quartiers , rayées , un peu velues , d'un pourpre noi- 
râtre: aux fleurs fuccedent des fruits prefque fphériques, 
mous , femblables à un grain de raiun , noirs , luilans , 
feffiles & remplis d'un fuc vineux. Sa racine eft vivace, 
épaifle, longue , rameufe & blanchâtre. 

Cette plante croît aflez volontiers autoiu* de Chan- 
tilly , à dix lieues de Paris ; elle fe trouve autour des 
forêts , dans les fofles , le long des murailles & des 
haies ombragées : elle eft commune en Angleterre ; il 
eft utile de la connoître , car l'ignorance des eflfets de 
£bn fruit a été fatale à plus d'une perfonne. Il eft parlé 
de jeunes Anglois qui , prefles de la foif dans unvoyage y 
mangèrent imprudemment des baies de belladona ; 
ils moururent fous dans un demi-aflbupiffement. De 
deux jeimes gens qui dans le Jardin des .Plantes de 
Leyde mangèrent deux ou trois de ces baies , l'im mou- 
rut le lendemain, & l'autre fut très-mal. On eft d'abord 
attaqué d'un court délire ; on fait des éclats de rire & • 
différentes gëftîculatîbns même audacieufes i enfuite QXt 



.» 



BEL 191 

tombe dans une véritable folie ^ après ceb daiis une 
ftupidité femblable à celle d'ung perfonne ivre furieufe, 
& qui ne dort pas ; enfin Ton meurt. On trouve dans 
le Recueil périodique de Médecine , Août lySg , une 
obfervation remarquable au fujet de deux jeunes filles 
qiii fiirent frappées de manie & des fymptômes pré- 
cédens , pour avoir mangé deux à trois baies de morelle 
furuufi ou belladone , & qu'un Médecin guérit par; 
Mage de Témétique en lavage. 

Le vinaigre , le fuc de limon , & en général tous 
les todes végétaux, paffent pour être les contre-poifons 
cle toutes les efpeces dangereufes de morelle. Les feuilles 
de la htUadona appliquées extérieurement en cataplafme ^ 
font réfolutives. Ces remèdes affoupiflàns ne doivent 
pas être appliqués , même à Textérieur , fans beaucoup 
de précaution. 

M. Gataker , Chirurgien de Londres , vient de com- 
muniquer des Obfervations fur Pufage intérieiu: du 
folanmn : on y lit que- M. Lambergen , Profeffeur à 
Groningue , a publié, en 1754 , Phiftoire d'un cancer 
guéri avec le foLmum lethale où la belUdona ( belle- 
dame) ; ce qui donna lieu à M. Goiaker de travailler 
fur cette plante. Il commença par le folanum de jardin 
ou la morelle , dont il prit lui-même Pinflifion avant 
de la donner à fes naïades. Il y trouva à-peu-près les 
mêmes vertus que dans le folanum lethale. Son ufage ^ 
dit-il , guérit les ulcères les plus invétérés , ramollit 
les parties adjacentes , & diffipe les éruptions fcorbu- 
tiques 1 un grain de cette feuille infufé dans imè once 
d'eau boitillante , pouffe par la tranfpiration & les 
urines* La décofHon de deux grains manque rarement 
de faire vomir: notre Auteur confeille de ne com- 
mencer que par l'infîifion d'un demi-grain de la feuille , 
de fe mettre enfuite au lit , & de continuer un peu 
plus long-temps Tufage du remède. M* de Haller ol>- 
ferve ici que l'ufage interne de la belladona eft entié- 

lewAt toçobé, C'eft , dit- il , w poifon yioknt & 



içt BEL 

narcotique , qui a pu diminuer rirrltabilité des fbrés ;* 
mais il prétend ' qu'il ne change pas la nature des fuc» 
corrompus. Le Doâeur Munch a fait une differtation 
fur l'utilité de Pufage de la beUadona dans la mélan- 
colie , la manie , l'épilepfie & la rage. Des Peintres 
en miniature font macérer le fruit de cette plante , & 
en préparent un très-beau vert. 

On diftingue deux autres belladones : Pefpece à . 
feuilles de nicotiane , Belladona frutefcens , fiore albo , 
. nicotiana foliis , Pliun. ; elle croît dans l'Amérique 
Méridionale. L'autre eft la Belladone d'Efpagne, 
Belladona frutefcens ^ rotundifolia y Hijpanica. Toum, 
Voye[ MORELLE. 

Belle-dame des Italiens , Amaryllis rofea ; Lilio^ 
narciffus Indicus ^ faturato colore purpurafcms , Morif. , 
Tournef. 385. C'eft une amaryllis à fleur rpfe , & à-* 
jlpathe multiflore ; une hampe élevée d'environ deux 
pieds porte à fon fommet ime ombelle magnifique , 
compofée de cinq à huit grandes fleurs campartulées , 
régulières ; fes feuilles , qiu reflemblent un peu à celles 
des narciffes , ne naiffent qu^après que les fleurs ont 

Ϋru 5 & fe confervent jufqu'à-peu-près au temps oii 
a tige qui doit porter de nouvelles flôurs commence 
à croître ; alors les feuilles fe fanent & fe détachent 
de l'oignon qui les jiourriflbit. Cette belle plante croît 
naturellement aux Antilles & à Cayenne ;-elle ne fleurit 
qu'en Septembre & même en OÔobre. On la cultive 
dans les jardins , & fur-tout en Italie , pour la beauté 
de fes, fleurs qui y font un bel effet. Les Dames 
d'Italie font, avec le fuc ou l'eau diftillée de cette 
plante , un fard dont elles fe frottent le vifage pour 
blanchir la peau. 

La Belle-dame (^Belladona) jaune d'Afrique, Ama^ 
ryllis A f ricana , a fes feuilles longues , étroites , lan- 
céolées & en gouttière ; elles font plus longues que 
la hampe n'eft haute.; quatre flevurs jaimes; les^éta- 
iQmt% dépaflent la corolle. 



B £ L 19) 

BÉLLE'-DE-NUIT. Plante à racine \âvace , que 
î'on cultive pour l'ornement des jardins dans l'au-» 
tomne , & que quelques-uns rapportent au genre de 
la plante appelée jalap. On en diftingue deux fortes, 
la grande & la petite efpece. La grande bdUiU'nuit 
eft défignée ainfi par les Botaniftes , Mirabilis iongi* 
pra^ Linn» 352; elle diffère des bcUes-^de-nuit ou 
mirabelles de la petite efpece de notre pays > fios mira*- 
b'dis , par fa tige qui eft beaucoup plus élevée , par ' 
fes feuilles tapiffées de duvet, gluantes & d'un vert 
grifâtre. 

La ^nde heUe ^ de ^ nuit eft originaire du Pérou; 
auflî rappelle-t-on quelquefois merveille du Perçu. On 
lui donne le nom de beUe-^der-niât , parce que fes fleurs 
qui font odoriférante^ , ne commencent a s^épanouit 
qu'à l'approche de 4a nuit \ l'impreffion des rayons 
de la lumière les fait refermer C'eft parmi les végé* 
taux une petite maîdrefte , qui dérobe aux ardeurs du 
foleii & à l'éclat de la lumière la délicatefte de fes 
couleurs : le jour la bleffe ; mais lorfqu'il vient à baif- 
fer , elle déploie fes richeffes , fes fleurs fe dévelop- 
pent, elle étale dans un parterre fes grâces & iës 
atours» 

La tige de cette plante eft cylindrique > & s'élève à 
la hauteiu: de deux à trois pieds, quelquefois davantage ; 
fouvent elle eft couchée * Ses feuilles font oppofées , 
d'im beau vert, garnies d'im duvet doux &: court ^ 
entières , ovales , pointues ; fes fleurs font axillaires , 
en entonnoir , de couleur rouge ou jaune , ou mêlée 
de blanc. (Il y en a une variété qui eft blanche , & dans 
laquelle le tuyau de l'entonnoir , c*eft-à-dire , le tube 
de la corolle , eft long de trois pouces , quelquefois 
davantage ; elle répand le foir & pendant la nuit une 
odeur très-agréable. ) Aux fleurs fuccede le fruit qui 
a la forme d'une capfule à cinq angles. 

On prétend que la racine dont on fait ufage dans 
les boutiques fous le nom de jalap , fe tire d'un^ 
Xomc Ih N 



194 B E I^ 

plante affez femblable à la hclU-dc-nuit vulgaire ^ &: 
qui n'en diffère que parce que fon fruit eft plus ridé i 
c'eft une efpece de lifcron d^Amérique. On prétend 
encore que la plus grande difFéi^ence qui exifte entre 
ces deux plantes , dépend fans doute de celle qu'apporte 
le climat ; car la racine dé la bdU^dc-^ntiit , quoique 
ctdtivée en Europe, eft charnue & eft aulîi purgative à 
la dofe de deux gros. Cependant M. Halkr & d'autres 
Botaniftes inftruits , difent que le jàlap eft la racine 
<l'une' efpece de convoLvulus d'Amérique , au lieu que la 
bdlerdi-nuit eft d'un genre très-différent d^ convol- 
vulus par le fruit , & par la pofition de la f!eur. 

On a donné encore dans quelques Provinces le nom 
ide belle- de --nuit à l'oifeau appelé roujjirole. Voyez 
ce mot, 

BELLES-DE-JOUR. Nom donné aux plantes dont 
les fleurs ne s'ouvrent que le matin , & fe ferment 
à l'approche de la nuit ; telles font les fleurs du genre 
des Malvacées. Voyez ce mot. 

Le nom de belle-de-jour eft donné particulièrement 
à une efpece de convolvulus dont la fleur a le tour 
liipérieur ou les bords de couleur bleue , eft blanche au 
milieu du limbe , & d'un jaune de foufre au fond , 
c'eft-à-dire au centre de la fleur. C'eft le Uferon à 
trois couleurs, Convolvulus tricolor ^ Linn. 225. On 
cultive cette plante annuelle dans les jardins ; elle eft 
^originaire d'Efpagne ; fa tige eft longue d'un pied Se 
' plus 5 foible ; fes feuilles font lancéolées , ovales , 
glabres & lifles ; ks fleurs folitaires & pédunculées^ 

BELLUGE ou Bélouga. C'eft le grand cjlurgeon. 
Voyez ce mot. 

BELO ou Bois de pieux , Arborpalomm , Rumph. ; 
c'eft le cajii^belo des Malais. Rumphius fait mention 
de trois arbres ou arbriffeaux helo , dont il diftingue 
deux fous le nom de bois de pieux blanc , l'im à 
petites feuilles , & L'autre à feuilles larges ; & le troi-^ 

fieme qu'il afçelle bois de pieux noir ; ils croiffent danji 



BEL 195 

fcs Moluques, L'écorce des premiers eft grifatre ; celle 
du trolfieme eft noirâtre. Les fleurs font odorantes & 
r^ffemblent affez à celles de V aubépine. Le bois des tiges , 
en vieilliffant , devient tortueux , noueux & difficile 
à couper. Les tiges les plus longues & les plus droites 
fervent à faire les pieux dont on forme les viviers & 
autres enceintes deftinées à renfermer le poiffon, 

BELONE , Efox Belone , Linn. ; Ahanigcr , Albert. ; 
A eus OppioJii , Aldrov. Jonft. ; en Angleterre ^Garfish 
ou Hornjish ; à Rome , Acticdla ; à Vemfe , Angujicîda ; 
ailleurs Aiguille & Broche , par allufion à la forme 
effilée de ce poiflbn. Il fe trouve dans la Méditerranée 
& l'Océan ; il prend peu d'accroifTement ; il pefe or- 
dinairement de deux à quatre onces. Rondelet dit que 
{à chair eft dure & feche. La telone , félon WilUigkby , 
a le corps long , fluet , un peu arrondi , aplati à 
l'endroit du ventre , & approchant de la forme qua- 
drangulaire vers la queue. La tête eft plane ; le muleau 
très-alongé , mince^aigu^i la mâchoire de defîbus dépafle 
celle de deffus ; l une & l'autre font armées d'une mul* 
titude de petites dents aiguës ; les yeux font grands ,' 
arrondis , jaunes ; les narines bien ouvertes ; la ligne 
latérale eft droite. La nageoire dorfale offre dix-huit 
rayons ; les peftorales , chacune treize ; les abdomi- 
nales en ont fix , rameux à leur fommet , excepté le 
premier ; celle de Panus a viftgt rayons. La queue eft 
fourchue. On trouve à la fuite de l'article poijfon , 
une obfervation de M. Mauduit , qui tend à prouver 
que cette aiguille de mer eft vivipare. La belone paroît 
être V orphie.. Voy a ce mot. 

BELUGO. f^oyei Milan marin. 

BELVEDERE ou Belle-a-voir , Chenopodium 
fcoparium Linn. Dodonée la nomme Ofyris. Par fes 
feuilles elle reffemble un peu à la linaire , & eft auflS 
commune à la Chine que le faule : fa racine eft fîbreufe ; 
fes tiges font menu«s , un peu velues , droites , fort 
rameufes , cançielées ^ rougeâtres vers le fommet , Se 

N % 



196 BEL 

s'élèvent en Avril & Mai à la hauteur de trois à 
quatre pieds : fes branches forment naturellement une 
pyramide : fes feuilles font vertes , étroites , longuettes , 
pointues , un peu velues en leurs bords , attachées 
lans queue le long des rameaux : fes fleurs naiflent en 
petit paquets fefliles & verdâtres , le long des rameaux 
& à l'extrémité des tiges ; elles font compofées 
chacune de cinq pétales dilpofés en rofe , & de plufieurs 
étamines : il leur fuccede des femences menues & 
hoirâtres : elles mûriflent en automjie. 

Cette plante eft en vigueur en été , & eft très- 
agréable a la vue. Le Dofteur Marqua , dans fon 
Dictionnaire portatif des Herborifies , lui attribue tine 
vertu apéritive , déterfive , atténuante , propre pour 
enlever les obftruâions du foie & de la rate , foit 
qu'on l'emploie intérieurement , foit qu'on l'applique 
extérieurement. 

Le P. du Halde , dans une de fes lettres datée de 
Pékin , & inférée dans le Recueil des Lettres édifiantes , 
fait connoître particulièrement les vertus de cette 
plante. Les Botaniftes François n'en font pas beaucoup 
de cas. Cette plante fe nomme en Chinois fio-uhcou-* 
tfao ou kive , c'eflrà-dire plante pour les balais. \! Her- 
bier Chinois cite les vertus fans nombre de cette plante 
qui croît natiurellement dans la Grèce & en Italie. 

BELZEBUT de M. Brifon. Efpece de finge de la 
famille des Sapajous^ qu'on voit aftuellement au Jar- 
din du Roi , & qui a paru , il y a quelques années 
à Paris , aux yeux du public , fous les noms de bel^e* 
but , de diable de tinde. On l'appelle quoata à la Guiane ^ 
& chameck au Pérou. C'eft le quatto de Surinam. Les 
Hollandois lui donnent le nom de Jlinger^aap ( finge 
voltigeur ) qui exprime très-bien l'allure de ce qua- 
drumane , d'autres l'ont appelé diable des bois à caufe 
de fa couleur noire. Ce hl^ebut du Jardin du Roi , 
reflemble un peu à l'homme par la face. II l'a efFe&ve- 
mejit moitié alongée ou plus aplatie que celle des 



BEL 197 

iaioîuns &C des guenons^ fur-tout au-deffus des yeux. 
Sa fece eft de couleur rouflâtre , & feroit entièrement 
nue s'il n'y avoit par-ci par-là quelques poils afftz 
longs. Ses oreilles font noirâtres , nues & faites comme 
celles de l'homme ; fur les côtés de la tête , au devant 
des oreilles , fe voit un petit rang de poils ; la lèvre 
fupérieure a im peu de barbe , l'inférieure en a davan- 
tage ; les yeux font fort gros : le front n'a point de cils , 
mais il eft élevé , & le poil qui y croît entre les yeux 
fe dirige en bas & fe termine en pointe. Le nez eft aflez 
large , long , aplati , & defcend avec tout le mufeau 
en ligne oblique. Les narines ne font ouvertes que 
vers les côtés. Les dents antérieures font au nombre 
de quatre à chaque mâchoire, indépendamment des 
autres dents de chaque côté , qui , fur-tout celles de 
deffus, font plus pointues & la moitié plus longues 
que^ les autres. Ce Jinge n'a point de falles ou poches 
au-deflbus des joues ; prefque tout fon corps eft d'un 
beau noir; les poils des côtes font roux; toute la partie 
inférieure du corps & l'intérieur des jambes, font d'un 
blanc-jaunâtre : il manque de pouce aux pieds de devant ; 
Xes ongles font noirs. On obferve que fa queue , qui 
eft longue , eft à fon origine fort épaiffe , couverte d'un 
poil ferré , noir & fe terminant en ime pointe ; mais 
elle n'a point de poils en-deffous vers l'extrémité : on 
y voit une efpece de peau noire & femblable pour la 
dureté à celle de la plante de pieds de l'homme. Cette 
queue lui fert comme d'une cinquième main : elle fait, 
de même que la trompe de l'éléphant, -l'office de main, 
& lui fert pour porter fa nourriture à la bouche , ôc 
pour tout faifir. On voit aftuellement (en 1775 ) à la 
Ménagerie de Chantilly , un de ces fînges : il eft aflez 
docile ; U donne la main aux dames , fouille dans leur 
poche & fait y prendre la boîte aux bonbons qu'il 
mange : il prend à pleines mains le tabac en poudre & 
en frotte tout fon poil. Il marche fur la corde lâche „ 
& s'y fufpend par la queue qui ferre très-fort. 

N j 



i^È BEL 

Il y a queliqiies années qiie je vis un femblable qua- 
drumane à Amflerdam, dans la Ménagerie de M. Ba^' 
meyer. Il étoit attaché par une chaîne & un anneau , à une 
longue corde tendue, autour de laquelle il entortillolt 
fa queue d'une manière fi ferrée , que fans autre appui il 
s'y fufpendoit , faifoit toutes fortes de tours , & volti- 
geoit d'une manière furprenante. Je me fouviens que 
pour avoir voulu badiner avec cet animal , il faifit ma 
main de fa queue , & la ferra affez fortement poiu- me 
caufer de la douleur : on fiit même obligé de frapper 
l'animal pour lui foire qidtter prife. J'eus le temps d'ob- 
ferver que cette efpece A^JingCy fans être méchant, 
cft un peu traître. Je remarquai auflî que le bel[tbut 
mange prefque de tout ce qu'on lui prefente ; mais il 
fembloit préférer les fruits, ainfi que le font toutes 
les efpeces de finges. Damp'ur dans les Voyages , Eiiu 
Franc. (TAmJi. 171 1 , in-8^, T. III ^ p. 91 ; & Wafir^ 
dont les Voyages font imprimés à la fuite de ceux de 
Damphr^.T. //^, /. 87, fon^ mention de cette efpece 
de Jinge , & ce qu'ils en difent mérite d'avoir place 
ici. En voici 1 extrait : 

Ces Jinges fe trouvent à l'Ifle de Séries dans la Baie 
de Campêche , &c. Ce font les plus laids du genre des 
Singes. Tout le deffus de leur queue efl: garni , ainfi 
que tout le çéfte du corps , d'un poil rude , long , noir 
& hérifle. Us vont vingt ou trente de compagnie rôder 
dans les bois, où ils fautent d'un arbre à l'autre : s'ils 
trouvent ime perfonne feule , ils font mine de vouloir 
la dévorer : c'éft ce qui arriva à Dampku Les uns 
craquettoient des dents & faifoient beaucoup de bruit , 
tandis que d'autres faifoient des grimaces de la bouche, 
des yeux , & mille poftures grotefques. Quelques-uns 
rompoient des branches & les lui jetoient; d'autres 
répandoient leur urine & leurs excrémens fur lui : le 
plus hardi d'entr'eux defcendit de branche en branche 
& fauta tout droit contre Dompter^ ce qui le fit reculer 
«n arriert ; bientôt le finge beb^ebut fe prit à une bran- 



BEL 199 

che avec le bout de fa queue; là 11 demeiu'a fufpendu 
en fe balançant & lui failant des mines. Il faut la pré- 
fence de plufieurs hommes pour les faire enftiir. Les 
femelles font fort embarraffées pour fauter après lés 
mâles avec leurs deux petits : elles en portent un de 
leurs bras , & l'autre , qui eft aflîs fur leur dos , fe tient 
accroché à leur cou avec {es deux mains. Quand ils 
veulent pafler du fommet d'un arbre à un autre , dont 
les branches font trop éloignées pour y pouvoir attein- 
dre d'un faut, ils s'attachent à la queue les uns des 
autres, & ils fe balancent ainfi jufqu'à ce que le der- 
Jîier attrape une branche de Târbre voifin, & tire tous 
les autres après lui. JP^a/er dit que ces Jinges font fort 
gras dans la belle faifon , lorfque les fruits font mûrs : 
la chair en eft bonne à manger. 

Ce finge bel^ebut eft le Coaïta. Voyei^ ce mot. 

M. Vofmàér a donné la defcription d'un Singe Voltl^ 
geur Américain, furnommé leji0eur; ce fapajou Jifflêur 
reffemble , dit-il plus 2isxfajoubnm qu'au bd'{chut\ cepen- 
dant il en diffère tant par la forme que par cette pro- 
priété naturelle & remarquable qui lui a fait donner le 
nom àt Jifflêur. Le Jingc de cette elpece eft naturellement 
affez bon; mais il fe fouvient des perfonnes qui l'ont 
offenfé , & - alors il paroît méchant envers elles , & il 
crie lorfqii'il fe met en colère : mais quand l'anima! 
n'eft point provoqué & qu'il eft en paix , il fiffle comme 
im homme, & à chaque inftant; ce fbn eft monotone,* 
très-fort en commençant & s'affoibliflant par degrés. 
Ce Jinge qui fe voit aujourd'hui dans le Cabinet du 
Stathouder à la Haye, eft grand ou long de quatorze 
pouces , ^ prendre du fommet de la tête jufqu'à l'ori- 
gine de fa queue : la face tout autour des yeux & du 
nez eft nue ou pelée , mais un peu plus loin fe voient 
des poils très-courts , gris-bruns , couchés à plat jufque 
fur les lèvres ; les oreilles font fort grandes & peu 
velues ; les yeux gros & fans fourcils ; le nez plat & les 
narines ouvertes ; les dents aatérieures ou inciiives font 

/ N 4 



loo BEN 

au nombre de cjtiatreà la mâchoire inférieure ^ & de 
trois à la fupéneure^ les canines font au nombre de 
ouatre de chaque côté, tant en haut qu'en bas , & une 
fort groife défenfe , &cc. Chaque pied eft à cinq doigts 
fort longs & à trois articulations; (le coaita ou bcliebiu 
T^dL que trois doigts aux mains ou pieds de devant ) les 
deux doigts du milieu font les plus longs , & les pouces^ 
les plus courts; les ongles font noirs, aplatis par les 
côte;s , recourbés en bas & pointus ; ceux des pouces 
des pieds de derrière font un peu pliis larges & mieux 
arrondis : les doigts font couverts de poils courts & 
noirs jufque fur les ongles. La queue eft affez longue 
& ^mie jjufqu'au bout d\m poil noir , fort ferré : la 
couleur du dos eft d*un brun obfcur, plus clair aux 
flancs & à la poitrine : la tête & les pieds de derrière 
tirent plus fur le noir; l'articulation fupérieure des 

Î>ieds antérieurs eft en devant d'im jaune-brunâtre clair ; 
a face chauve & dlin gris-rouflâtre , donne à ce finge 
ime figure de mafque. Quoique fa queue foit totale- 
ment velue , il s'en fert comme le bd^but pour, 
tout faifîr , pour f e tenir ferme en montant & en def- 
cendant, ou pour foulever fa chaîne dans les maifons 
lorfqull grimpe, & fou vent on le voit, au moyen de 
cette queue , ramaffer à terre & porter en haut plufieurs 
chofes qu'on lui jette. Ce caudimane prend plaifir à 
voltiger fufpendu uniquement par fa queue , & la plu- 
part du temps il marche en portant le bout de cette 
efpece de main recourbé. H eft très-friand d'œufi & 
d'araignées , qu'il cherche avidement. Au refte il mange 
& boit volontiers de tout. Celui qui a vécu pendant 
plufieurs années à la Ménagerie du Stathouder ne refu- 
îbit pas Feau-de-vie de genièvre : c'étoît un mâle d'un 
tempérament f6rt .chaud; fouvent il fe lavoit toute la 
face avec fa propre urine , qu'il recevoir à cet effet dans 
fes pattes antérieures. 

BEN. Petite noix de figure tantôt oblongue , tantôt 
arron^e ou triangulaire, couverte d'une coque bki^ 



BEN 2ÔI 

châtre, fragile, contenant uhe amande blanchâtre aiTez 
groffe : on l'apporte d*Egypte. 

C'eft le fruit d'un arbre appelé gtans tmguentaria , 
Bauh. Pin. 401, dont on voit la figure dans VHortîis 
Famejianus : arbre que Bdon dit reffembler au bou- 
leau , & qu'il a vu auprès d'une montagne d'Arabie que 
l'on appelle pharagou , dans le chemin qui conduit du 
Caire au Mont Sinaï. Cet arbre porte, dit -on, deux 
fortes de feuilles, l'une fimple & l'autre branchue; 
la feuille branchue eft affez femblable à un petit rameau 
de genêt; ces rameaux de feuilles en portent d'autres 
petites à leurs nœuds. 

On retire par expreffion de l'amande de la noix de 
bm une huile épaifle & une autre huile effentielle acre, 
d'où dépend la vertu que l'on attribue à ces noix 
d exciter le vomifTemcnt & de purger. Mais comme 
elles troublent l'eftomac & qu'elles ont même quelque 
chofe de cauftique , on en a aboli l'ufage parmi nous : 
on ne fe fert qu'extérieurement de l'huile tirée par 
expreffion pour corriger les vices de la peau , & cette 
hiule eft prefque toujours figée. Nous devons dire que 
dans le conunerce on fubftitue fouvent à l'huile àtbcn^ 
celle de fefame. Voyez V article Jugoline. 

l^ Parfiimeurs recherchent beaucoup cette dernière 
cfpece Shuilt de ben , parce qu'elle eft très-propre pour 
fe charger de l'odeur des fleurs odorantes , puilqu'à 
peine parvient-elle jamais à rancir; la raifon en eft, dit 
M. Bucquet , Qu'elle eft éloignée de la fluidité , état 
favorable à la fermentation , & qu'étant fans odeur, elle 
n'altère point celle des fleurs. Pour cet effet, on prend 
un vaifleau de verre ou de terre , large en haut , étroit par 
le bas ; on y arrange de petits tamis de crin par étage ; 
cnfuite on met des fleurs par lits fur ces tamis , & 
fur ces fleurs du coton cardé imbibé ^huile de beiu 
Cette huile fe charge de l'efprit reâeur des fleurs 
qui conititue l'odeur : on remet ce même coton 
iur de nouvelles fleurs ; on exprime enfuite l'huile 



îôî BEN 

du coton, & elle a l'odeur de VhuiU effcntlelle is. ces 
plantes. 

Il y a une autre forte de groffe noix dé bcn triangulaire, 
€]ui s'appelle mouringou , Kheed. ; Guilandina moringa , 
Linn. ; Balanus myrtpfica,^ Blackv*; Moringa oleifera. C'eft 
le fniit d'un arbre qui croît abondamment dans les fables 
du Malabar, de Ceylan , Moringa Zeylanica , fcliorum 
pinnis pinnatis ^ jlon majore^ fruSu angukfo^ Burm, Les 
Indiens le cultivent dans leurs jardins, à caufe de fa 
femence que l'on envoie vendre comme les fèves au 
marché. Cet arbre eft haut d'environ quatre toifes; fon 
écorce eft blanchâtre en dedans & noirâtre en dehors , 
d'vme odeur & d'un goût de raifort fauvage» Uécorce 
des branches eft verte, & celle des racines jaunâtre. 
Les feuilles font ailées , alternes ; & les fleurs qui 
paroiflent en Juin , font blanchâtres , hermaphrodites , 
difpofées en grappes éparfes à l'extrémité des rameaux. 
A ces fleiurs fuccedent des> goufles cylindriques, lon- 
gues d'im pied ou environ, cannelées, à trois pan- 
neaux , contenant dix-huit à vingt noix fur un feu! 
rang , triangulaires , de la groffeur d\me noifette. Sous 
l'écorce de ces coques font des amandes blanchâtres 
très-huileufes. Les Indiens préparent des pilules anti- 
fpafmodiques avec les feuilles , l'écorce de la racine & 
les fruits. Hort. Malai. Tom. FI y page 19, tab. 11. 
Cette efpece paroît la même que la précédente. 

BENARI. Elpece à^ Ortolan paffager en Languedoc, 
qui devient très-gras, & qu'on fert fur les grandes 
tables comme un mets des plus exquis. Foyc^ Ortolan. 

BENÊT. Nom donné par quelques Voyageurs à 
rpifeau appelé Fou. Foye^ ce mot. 

BENGALL Nom donné à de petits oifeaux du genre 
des Moineaux : il y en a de bnms , à ventre bleu &c de 

Eiquetés. Ces petits bipèdes, qui ont la plupart le 
ec rouge, font -d'une forme charmante, du pliuna^e 
le plus agréable, de la groffeur de la linotte : ils habi- 
tent également la Terre Ferme & les Ifles de l'Afrique 



BEN 10) 

& de PAfîe, maïs notamment le Royaume de Bengale, 
ce qui les a fait appeler bengalis : ceux-ci ont le delffus 
du corps d'un joU gris & le refte bleu, au-deffous 
des yeux un trait pourpre ou rouge; ceux de Java 
font piquetés de petits points blancs fur un plumage 
rouge différemment nuancé, comme du nougat : on 
les appelle amandava. 

'Les bengalis vivent de grain, & ils font, par leur 
nombre, de grands dégâts dans les plantations de millet;;^ 
Les Nègres en prennent une grande quantité par le 
moyen de calebafTes qu'ils tiennent ^ demi-foulevées 
avec un bâton aucjuel ils ont attaché une ficelle qu'ils 
tirent quand le grain , mis fous la calebaffe , y a attiré un 
nombre fuffifant de ces bipèdes. Ces oifeaux s'appri- 
voifent aifément; quoique vifs, leurs habitudes lont 
très-douces. On en peut nourrir plufieun (mâles & 
femelles ) dans ime même cage ; leur chant çft foible , 
cependant agréable. On en apporte fouvent dans nos 
climats , mais il en périt beaucoup en route. On diftin- 
gue le bengali^ appelé par nos oifeleurs le cordon 
bleu , & le maripofa ; celui-ci a le trait rouge fous l'œil , 
en travers : le bengali brun : le bengali piqiuté. Voyez 
pLinL 11^ y fig. 1 , 1,3, A regard du bengali rouge de 
Ja Guiane, Foye^ Senegali. 

Benguelinha di Edward. Voyez 4 tarticU Ven- 

COLINE. 

BENJOIN , Ben[oinum aut Bel:(oinum , feu Ajfa dulcis 
Officinarum. C'eft ime réfine feche , dure , fragile , 
inflammable , d'une odeur fuave & pénétrante , fur-tout 
iorfqu'on la brûle. Cette réfine découle naturellement 
ou par incifion d'un arbre appelé bel[of ^ (c'eft le 
comingham des Chinois , le louanjaoy des Malais , ) 
lequel croît dans les bois du Royaume de Siam & 
dans ceux des Ifles de Malacca , de Java & de Sumatra^ 
M. Linnceus , Spcc. Ç 3 G , le place parmi les lauriers. Mais 
M. Bernard de Jujffieu obferve dans la Pharmacopée de 
Lille y que ce n'eu pas le lauruS'- benioin qui fournît 



104 . BEN 

H la vraie réjmt de benjoin. Nous ne connoiffdns point 
» encore, dit ce favant Botanifte , l'arbre d'oii elle 
» découle ; cet arbre ne croît que dans les Indes Orien- 
» taleis. Le laurus benjoin ne vient que dans la Virgi- 
» nie & autres pays d'Amérique ; fes feuilles froiffees 
» ont une odeur approchante de celle du benjoin^ 
» ce qui avoit fait croire à Boèrhaave que c'étoit le vrai 
» benjoin. Enfin l'on croit aujourd'hui que Varbre au 
» benjoin eft le Badamier au benjoin. Voyez t article 

B ADAM 1ER. 

Quand l'arbre qui donne le benjoin a cinq ou fix 
ans , on lui fait des incifions en longueur & un peu 
obliquement à la couronne du tronc; c'eft de là que 
découle cette excellente réfine, qui eft d'abord blan- 
che , glutineufe & tranfparente , & qui fe fige & fe 
durcit peu-à-peu à l'air , & devient grlfe-jaunâtre , quel- 
quefois d'un brun-rougeâtre , maculé comme des aman- 
des caffées ou du nougat , ce qui l'a fait appeler benjoin 
amygdaloïde ou amande. Si on fépare cette réfine dans 
le temps convenable , elle eft belle & brillante ; mais 
fi elle refte long-temps à l'arbre , elle devient bnme , 
& il s'y mêle des ordures. Voilà ce qui fait la diffé- 
rence des deux fortes de benjoins tn forte & en larmes^ 
qu'on trouve dans les boutiques. 

On ne retire pas plus de trois livres de benjoin d'un 
même arbre. Comme les jeunes arbres donnent plus 
de réfine que les vieux , les Habitans ne les laiffent 
pas Croître au-delà de fix ans ,. à compter de l'inflant 
qu'ils commencent à donner de la réfine. 

Le benjoin fe fidîlime en fleurs argentées , lorfqu'on 
le tient fur le feu dans une cucurbite entourée de fable 
& couverte d'un cofnet de papier, & mieux encore 
d'un cône de verre. Les fleurs de benjoin font le fel 
effentiel que l'on retire par la fublimation. Ce fel a 
une /faveur acide très-marquée; il rougit le firop de 
violette , & fait effervefcence avec les alkalis. Les 
iels neutres qu'il forme avec eux, n'ont pas encore 



BEN 20^ 

hé bien examinés. Ce fel de bmjoîn paroît être l'acide 
de ce baume rendu concret par une portion de fon huile. 
Ces fieurs dt benjoin font employées dans les par- 
fums 9 en Médecine pour les maladies du poumon , &: 
dans la Chirurgie pour réfifter à la gangrené : on pré- 
tend qu'elles enlèvent les taches de roufleur, La refine 
en nature , diffoute dans de l'efprit de vin , donne 
une teinture dont quelques gouttes jetées dans de 
l'eau , la rendent trouble & laiteufe ; c'eft ce que quel- 
ques-uns appellent lait virginal. Les Dames en font ufage 
à la toilette comme d'un cofmétique. Le benjoin en 
nature eft auffi , félon M. Bourgeois , un très-bon re- 
mède dans la phthifie pour fondre & déterger les ul- 
cères tuberaileux du poumon; il eft moins aftif & 
ftimulant que les fleurs qui font , dit-il , très-efficaces 
dans l'afthme pituiteux. 

On donne le nom de benjoin françois à Vimpera-^ 
toire. Voyez ce mot. A l'égard de l'arbre appelé yaiM? 
benjoin , Voyez Badamier de Bourbon. 

BENITIER. Nom donné à une coquille de la fa- 
mille des Peignes : fes oreilles font égales : la valve 
inférieure eft très-convexe , & la fupérieure un peu 
concave. Voye[ Peigne. 

BENOIT, Foyei l'article Fou. 

BENOITE , Galiote ou Recize , en latin Ca- 
rlophyllata vulgaris , C. B. Pin. 311; Et flore parvo 
bitte y J. B. 2 , 398 ; Geum urbanum^ Linn. 716. C'eil 
une plante dont la racine eft vivace , un peu fibreufe , 
& qui , lorfqn'elle croît dans un lieu fec & chaud , & 
qu'on la recueille au printemps , a une légère odeur de 
clou de girofle. Sa couleur eft bnme-noirâtre; fes tiges 
font droites , hautes d'une coudée , velues , garnies de 
rameaux alternes & feuillées. Les fleurs de cette plante 
naiflcnt au fommet des rameaux & font en rofe > de 
couleur jaune, pédunculées , compofées de cinq pétales , 
& de plufieurs étamines attachées au bord intérieur du 
calice i il leur fuccede une tête fphérique , çompofée 



to6 B E N ^ 

de plufieurs femences velues , terminées chacune ^ 
dit M. Deltu^t^ par un filet recouAé par le bout. 
Ce filet eft plus alongé dans d'autres efpe,ce3 , & garni 
de poils qui le font reffembler à une plume. Les feuilles 
fupérieures , c'eft-à-dire , celles de la tige , font d'un vert 
foncé , découpées en trois lobes; les inférieures ou radi- 
cales font dentées & accompagnées de deux petites ailes à 
la bafe. Ces deux fortes de rcuilles font un peu velues. 

Cette plante croît le long des haies , dans les bois 
& dans les lieux incultes en Europe. La racine fraîche 
contient beaucoup de fel volatil , ce qui la rend ttès- 
utile dans les obftrudions de la tête : lorfqu'elle eft 
feche , elle contient moins de ces parties volatiles , & 
eft plus aftringente, L'infufion de cette racine dans du 
vin occafionne la fueur , & , donnée au commencement 
du friffon, facilite la guérifon des fièvres intermit- 
tentes. On prétend qu'un fachet de cette même racine 
coupée par morceaux ^ & mis dans un tonneau de 
bière , empêche cette liqueur de s'aigrir. Toujours 
jcft - il vrai que la tifane faite avec toute la plante , 
eft un vulnéraire très-utile dans les chutes , & dans 
tous les cas oii il y a à craindre qu'il n'y ait intérieu- 
rement du fang extravafé. 

On diftingue dans ce genre de plantes vivaces ^ à 
fleurs polypétalées & terminales , & à fruit en tête ^ 
plufieurs autres efpeces. Il y a la benoîte de Virginie , 
Geum Virginianum , Linn. ; fes fleurs font petites & 
blanches. La benoîte aquatique , Geum rivale , Linn» ; 
elle fe trouve dans les lieux humides ou voifins des 
ruifleaux , en Europe ;' fes fleius font penchées & d'une 
légère couleur de rofe. Il y a une variété appelée par- 
ticulièrement benoîte à fleurs penchées , Geum nutans , 
Hort. Reg. : fes fleurs font jaunes , les pétales cordi- 
formes ; les tiges forment de larges touffes. La benoîte 
de montagne , Geum montanum , Linn. : une feule fleiu: 
g-ande & d'un beau jaune : on la trouve fur les monr 
tagnes des Pyrénées , du Pauphiné , de l'Auvçrgne ;i 



BEN B E R 107 

fle la Suifle , & de l'Autriche. La bmoîu rampanu , 
Gcum nptans , Linn. ; indépendamment des feuilles & 
des tiges qui portent chacune une belle fleur jaune ,' 
elle pouiïe des rejeta grêles , numis de quelques petites 
feuilles , couchés & rampans ; cette elpece fe trouve 
dans la Vallée de Barcelonnette , dans les montagnes 
de la Provence , du Dauphiné , & de la SuifTe. La btnUtt 
de Kamtfchatka , Dry as ptntapetala , Linn. Amœn* 
Acad. : la tige de cette benoîte qui croît naturelle-* 
ment au Kamtfchatka , eft une hampe terminée par 
une fle^U" blanche, hai- benoîte a fetdUes de potentille ^ 
c'eft le dry as gcoïdes de M. Pallas : elle croît dans 
la Sibérie. 

BENTAVEO, rqyeç Tyran. / 

BEORI ou Dante ou Manipoûris. Woyei Tapira 

BEPOLE. royei^m^o. 

BERBÉ. Nom que les Nègres de Guinée donnent 
à Pefpece de geneue ou de fouim , que npus appelons 
fojfane. Voyez FOSSANE. 

BERBERIS. Voye[ Épine-vinette, 

BERCE ou Fausse Branc-ursine , Sphbndillunt 

vulgare^ hirfutum ^ C B. Pin. 137; Sphondilium qui* 
bufdam Jive Branca-urfina Germanica , J, B. 3. Part. 2,' 
160; Spondilium ^ Dodon. Pempt. 307. Herachunt 
fphondilium ^ Linn. 358. C'eft une plante qui croît au 
bord des bois , dans les prairies humides , & fleurit 
en Mai & Juin. Sa racine eft vivace , charnue & pleine 
d'un fuc jaunâtre ; die poufle une tige haute de deux 
à trois pieds , & même plus , xreufe , cannelée , cylin* 
drique , rameufe , velue , qui foutient des feuilles cou*- 
vertes , notamment en deflbus , d*un duvet aflfez fin , 
fort amples & déc^oupées en plufieurs lobes ou parties 
qui font affez reffembhntes à celles du panais. On a 
donné à cette plante l'épithete de faujfe branc-urjine , 
parce qu'on a cru trouver dans fes feuilles quelque 
reffemblance avec les pieds d'un oiurs. S^s fleurs font 
«n ombelle ^ blîmçheç çu purpurines ; à cincj pétalç* 



aoS B E R 

inégaux ; il leur iuccede des graines aplaties , rayées 
fur le dos. 

Dans ce genre de plantes à fleurs conjointes , & 
de la famille des OmbclUfcns , on compte auffi la 
berce à feuilles étroites , Heradcum angujlifolium , Linn. ; 
elle croît en Suéde & en Angleterre. La berce de Si- 
bérie , Herackum Sibericum^ linn. ; on mange fes jeunes 
feuilles en guife de légumes dans le pays. La berce à 
larges feuilles , Voyez Grande berce. La beru d'Autriche, 
Heracleum Aufiriacum , Linn. Il y a auffi la beru des 
Pyrénées & celle des Alpes. Enfin la beru naine du 
Dauphiné. 

Quelques-uns prétendent que notre herce vulgaire 
eft plus nuifxble qu'utile , qu'elle infefte les prés & 
les pâturages , & détériore les foins où elle fe trouve 
trop abondante. Cependant les feuilles de la berce font 
réputées émollientes; la femence & les racines font 
incifives & apéritives ; la racine , appliquée en cata- 
plafme , diffipeles callofités. Les Polonois & les Lithua- 
niens font avec fes feuilles & fa femence une forte de 
boiflbn qu'ils appellent parjl , & qui tient lieu de bière 
aux pauvres gens. Les lapins font friands des feuilles 
de cette plante. On fait quelquefois ufage du fuc de 
cette plante afoiré par le nez avec de l'eau de mar- 
jolaine , pour faire couler la pituite lorfqu'on efl enchi- 
frené ; mais Ohus Borrichim dit dans les ABes de 
Coppmhague , en avoir vu des effets très-fâcheux : le 
vif âge groffit prodigieufement , & la perfonne efl atta- 
<juée de vertiges , d'infomnie , &c. M. Haller dit crue 
les membranes blanches de l'intérieur des tiges fîftu- 
leufes de la berce , macérées & diflillées , donnent \m 
efprit inflammable , que les Ruffiens préparent dans le 
Kamtfchatka. On vante la berce , dit le même Auteur , 
pour guérir la plica Polonica. Voici , fuivant M. Steller^ 
î'ufage & les propriétés de cette plante chez les 
Kamtfchadales : 

La berce leur eft d'im auffi grand ufage que la fàraru. 

y oyez 



B E R M9t 

Voyez et mot. Ils en mettent dans leurs tartes & leurs 
foupes 5 & ne peuvent s'en paffer dans leurs eérémo-. 
nies fuperftitievrfes : elle eft ^i nombre de leurs plaitfes 
douces. Lorfque les Rxiffes fe furent établis dans ce 
pays , ils remarquèrent qu'on jpouvoit tirer de la ^isros 
une liqueur fpiiitueufe , & c'eft la feule, eau-de-vie 
qu'on y vend aujourd'hui publiquement. La btru y 
eft très-commune. Les Habitans la cueillent & la pré- 
parent de la manière fuivante : ils coupent les pédi- 
cules des feuilles à l'endroit de leiu: iniertion» y ils les 
ratiffent avec un coquillage , & en font des paçieta 
de dix chacun ; dès que ces paquets commencent à 
fentir , ils les enferment dans un fac , & il s'y formé 
une pouffiere douce qui provient vraifemblablement 
du fucre ou fuc de la moelle de la plante. Cette pré-: 
tenckie planu fucrée , comme ils l'appellent, approche^ 
difent-ils , du goût de la régliffe : elle eft affez agréable» 

Ce font les femmes qui en font la récolte; elles 
font néanmoins obligées de mettre des gants.; ow fon 
fuc eô fi acre & fi cauftique , qu'il fait élever de» 
ampoules fur la chair par-tout où il tombe,. Quand 
les Ruffes veulent en manger dans la faifon du prin- 
temps , ils fe contentent de la mordre , & prennent? 
garde d'y toucher avec ks lèvres. M. SuU^r dit avoir 
vu des perfonnes qui , pour n'avoir pas pris cette 
précaution , ont eu les lèvres , le menton , le nez &c 
les îoues couverts de puftules; & quand elles crèvent, 
l'enflure ne fe dîfiipe qu'au -bout ck huit jours. 

Pour retirer de Peau-d^Vie de cette planle, on met 
plufieiu^s braffées de berce dûns un petit vaiffeau qu'oii 
place dans un Ueu chaiid^ oii on le laiflb jufqu'à ce 
que la liqueur fermentei, ce qu'elle ne tarde pas à 
opérer ; & fouvent en caffàrît le vaifleau. Après ea 
avoir préparé d'autres- de la même ma^jere, on les* 
mêle enfemble , & le tottt fermente au bout de vingt- 
quatre heures. On met ks lier^eis & la liquaur qu'elles 
ont produites dans une ià^<îiere que l'ocu couvre feu-» 
Tomt IL O 



110 B E R 

iement avec Un chapiteau de bois , auquel on adapte 
un canon de fuiil* La première liqueur qui en fort à 
la force de Tcau-de-vie. Cette eau-de-vie cohobée , 
c'eft^à^dire diftillee une féconde fois , produit un efprit 
qui corrode le fer. Ce font les riches du pays qui 
ufent de cet efprit reâifié i le peuple fe contente de la 
première. 

Le marc qui refte dans l'alambic fert ^ faire fer- 
menter de nouvelles infufions ; quelquefois on le donne 
au bétail pour l'engraiffer. Il convient d'obferver que 
reau-de-vie qu'on retire de la plante fans Pavoir ratif- 
iée , jette dans la mélancolie ceux qui en boivent , 
& leur caufe des délires. Suivant les remarques de 
M. Suller , cette eau-de-vie eft très-pénétrante & con* 
tient un efprit acide qui noircit & coagule le fang. 
Elle enivre pour peu qu'on en boive , & rend le vifage 
noir : il fuffit d'en avaler quelques drachmes poiu: avoir 
pendant toute la miit des fbnges affligeans , èc le len- 
demam des inquiétudes &c des frayeurs ^ telles qu'on 
ie' croit être menacé de grands malheurs; &c ce qui 
^ très-extraordinaire , c'eft que notre Auteur a vu 
des gens qui ayant bu de l'eau froide le lendemain 
qu'ils s'étaient enivrés avec, cette eau - de - vie , font 
retombés dans une ivreffe qui les empêchoit de f© 
pouvok tenir debout. Les Habitans fe lavent les che- 
veux avec le fuc qu'ils Ârent de cette plante au prin- 
temps pour fe garantir de la vermine ^ & trouvent que 
ce remede.eft le feul qui leur réuffiffe. Parmi les Kamtf 
chadales -,: ceux qui veulent avoir des enfans, ne man^ 
gent podnt de la berce fermçntée y dans la perfuafion 
où ils font que cette plantée ainfi préparée éteint la 
puiffance reprodi-iâive..... Jel eft l'extrait du détail 
.hiftoriqueiiu Iz^Mrce , par M. $teUer. Que de propriétés 
étranges & oj^oiSées ! Cette ^êr^^ ^-elîe bien la nôtre ? 
Eft-ce le dimat;ou la préparation qid lui donnent de 
telles vertus ? N'éft-ce pas h ^^ce. de Sibérie ? On lui 
ÎI-; donné le jnool de fphmdiUmi^^ ,pafce que fa femence 



B È R tu' 

a l'odeuf défagrëable du fphondiU , efpece dé ver qui 
ronge les racines des plantes. 

On donne aufli le nom de berce à la gorge-rouge & à 
la plante qui donne Vopopanax. Voyez ces mots &C 

f article GRANDE BeRCE. 

BERGAMOTE. Foye^ Citronnier* 

BERGE. Nom donné aux rochers élevés à pic fur 
Teau. Il y a fur la côte de Poitou des rochers que Toà 
appelle les berges cPOtonne^, 

BERGERONNETTE, MotaciUa. Petit oifeau du 
genre XL de M* Briffon^ & dont on a pluiîeurs efpeces 
ou variétés très - répandues dans l'ancien Continent. 
i.^ La bergeronnette grife^pL enL 6j^^fig. i. Tout fon 
corps eô de couleiu: cendrée ; les couvertures de la queue 
font noirâtres ; la gorge & le cou , d'un gris-blanc , avec 
une efpece de collier d'un gris-brun chez le mâle unique- 
ment ; le deffous du corps eiî d'un blanc-gris ; les plumes 
des ailes , bnmes & terminées de blanchâtre ; le bec , 
les pieds & les ongles font bnins-grifâtres. 

Ces jolies efpeces d'oifeaux ont reçu leur nom de 
l'habitude qu'ils ont de fuivre les troupeaux dans les 
champs, & fpécialement les moutons. Ils font naturel- 
lement familiers & ne paroiffent pas éviter la fociété 
de l'homme ; ils ne fuient pas loin ; ils reviennent auflî- 
tôt que Fapparence du péril eft paffée. En été , ils fe 
nourrifTent de mouches , de moucherons ; en hiver , ils 
fe retirent fur le bord des lieux aquatiques pour s'y 
noiurir de vers. Les bergeronnettes ne s'accoutument 
point à la captivité. Quand ces oifeaux font en amour, 
leurs mouvemens font précipités 5 les mâles courent & 
tournent autour de leurs femelles ,en renflant les plumes 
du dos. Ils font communément leur nid à terre , près 
des ruiffeaux , fur les rivages , & quelquefois au milieu 
des blés. Ce nid eft conftruit extérieurement de moufle 
& dTierbes feches , garni en dedans de laine , de crin »• 
de plumes. La femelle fait d'une feule ponte fix ou huit 
ceiifs aun blaac fale , parfemés dç taches & de ligne*. 

O 7. 



212 . ,* ,^ ^ 

brunes dlfpofées irrégulièrement. L'efpece de la herge^ 
ronnette paroît s'ctendre dans l'Eiu-ope en général. Leur, 
chant eft doux, très-différent d'un cri aigu qu'elles 
jettent en. prenant leur effor. ( Bdon les déSigne ainfi : 
Autre fom de LAVANDIERES. ) 

Il y a aufli : hàtergeronnette grife des Indes. La bergeron- 
nette jaune , pU enL 18. La bergereae; c'eft Xtficedula de 
M. Brijfon , & le cavda tremula des Italiens ; elle eft un 
peu plus grande que Tefpece. grife : le mâle a ime tache 
noire placée fur la gorge , & une raie blanche fous chaque 
joue ; le deffous du corps eft jaune. La bergeronnette du 
printemps , pi. enl. 674 , fig. r , reparoît des premières 
dans nos campagnes à là fin de l'hiver. Ces oifeaux ne 
différent entre eux , peut-être , que par l'âge. La fe/gsc- 
ronnette à collier , de l'Ifle de Luçon ; la bergeronnette de 
Madras , grande & petite y ( motaciUa Maderaspatana y 
nigro alboque mixta y Rai. ) , ont le bec y les ongles & les 
pieds noirâtres , ainfi que les bergerotmettes du Cap 
de Bonne-Efpérance , /rf. enl. 7.% y fig. 2. Celle de l'Ifle 
de Timor , a les pieds d'un rouge-pâle ; fon bec efî 
large d'abord , rétréci enfuite , puis renflé. La bergeron- 
nette de Java ne paroît être qu'ime variété de la berge^ 
geronnette jaune. 

BERGFORELLE, Salmo alpiusy Lînn. ; Umbla 
minory Gefn. , Aldr.,Willugh. ; en Suéde, Rotele^ Roding; 
en Suiffe , Reut^; en Angleterre, Torgoch. Ce poifTon 
eft du genre du Salmone : il fe trouve dans les lacs de 
ïa Laponie & de l'Angleterre , oh l'on prétend qu'il n'y 
a aucune autre efpece de poiffon. Willughby dit qu'ils 
nagent par troupes : leiur chair eft molle & tendre ; elle 
prend une légère teinte de rouge par la cuiflbn : on la 
regarde y dans le Comté de Galles , comme un aliment 
très-délicat , & on lui donne la préférence fur les mets 
les plus recherchés. La forme de ce poiffon a des rap- 
ports avec celle de la truite ; mais elle eft plus alongée 
& plus efEÎée : l'ouverture de la gueule eft ample ; la 
mâchoire inférieure eft plus rétrecie & un peu plus 



B E R xij 

iongue qiie la fupérieure: elles font, airïii que la langue, 
garnies de petites dents aiguës : les trous des narines 
i'ont doid^es de chaque côté. Il y a treize rayons à la 
nageoire du dos ; quatorze , aux peâc^-ales ; dix , aux 
abdominales ; douze, à celles de Tamis ; dix -neuf, à 
celle de la queue. Le dos eft d'im vert-olivâtre, par- 
femé de pomts d'un gris-obfcur ; le ventre d'un rouge 
plus ou moins clair , ainii que les nageoires de la partie 
inférieure. Les yeuxj ont l'iris jaune , marqué de points 
noirs* Il y a de ces poiflbns qui ont douze à feize 
pouces de longueur. 

BERGSNYLTRE , Latrus fuillus , Linn. ; Spavus 
btr^nyltra , It. Wgoth. 179. Poiffon du genre du 
Lahrt. On le trouve dans l'Océan. La nageoire du dos 
a dix-fept rayons , dont neuf font épineux , accom- 
pagnés d'un filament qui fort de la partie poftérieure 
de leur bafc. Les peôorales ont chacune treize rayons ; 
les abdommales fix , dont t^is ^ineux ; celle de 
l'anus dix , dont trois épineux ; celle de la queue en 
a quatorze : la furfàce fupérieure eft marquée d'une 
tache noire. 

BERJCHOT. Viyyt:^ Roitelet. 

B£RIL , Beryllus. Nom que les anciens ont donné à 
Vdiguc" marine Orientale des Modernes , & même à 
pliÂeurs autres efpeces de pierres précieufes qui por- 
tent préfentement d autres noms. Le icril tenoit le 
huitième rang fur le peôoral du Grand -Prêtre Juif. 

yoyei AlGUE-MARÏNE. 

BERINGENE. r&yei Melongene. 

BERLE ou Ache-d'eau, Sium aut Apium palujlrei 
foliis ùbiongis ^ C. B. Pin. 154 ; Benda offkinarum , 
Chom. 41 6 ; Sium latifotium , Linn. 361. C'eft une plante 
aquatique qui croît dans les ruiffeaux & les fi&ffés aqua- 
tiques , comme k creffon de fontaine. Ses racines font 
vivaces , noueufes , rampantes , blanches & fibreufes. 
Sa tige eft cannelée , droite & branchue , haute de deux 
fiieds ou environ. Ses feuilles font lancéolées j longues 



114 B E R 

de deux polices ,' dentées & rangées par paire fur nné 
côte terminée par une feule feuille : elles ont une 
faveur acre. Ses fleurs font blanches, enrofe, difpofées 
en ombelle ; il leur fuccede de petits fruits arron- 
dis , compofés de deux graines acres , odorantes. 
M. De/euie obferve qu'à la naiffance de Tombelle géné- 
rale & de chacune de fes fubdivifions eft une fraife de 
feuilles courtes rabattues. Cette plante eft antifcorbii- 
tique : on la mange en falade : on la prefcrit dans les 
bouillons apéritifs , lorfqu'il s'agit de rétablir le refTort 
des folides & la fluidité des liqueurs. On prétend 
qu'elle eft nuifible aux beftia^ix qui en mangent , & 
qu'elle produit une frénéfie dans les bqeufs ou les 
vaches , qui les porte à fe battre à coups de tête* La 
hrle diffère de Vache ordinaire , qui n'eft qu'une efpece 
àe céleri fauvage. Foyc[ CÉLERI. 

On diftingue la bcrU arcmatiqut , Sium aromaticum , 
S if on oficinarum , Tourn, Inft. jo8 , on la cultive dans 
nos jardins : c'eft le fijon faux^amomc , Sifon amomum^ 
Linn. 362. ^^ femences .ont l'odeur de Vamomc en 
grappe des boutiques. On nous apporte . quelquefois 
cette femence du Levant : on l'eflime. propre pour la 
colique venteufe. Il y a la berle des blés, Sijbnfegetumj 
Linn. La berU nod'ifiore , Siurn nodifiorum , Linn. La 
"i^erk de Virginie, Sium rigidius y Linn. La berle à feuilles 
dlntées en manière de faucille , Sium fa/caria : c'eft 
VAmmi perenne de Tournef.'305 ; VEryngium monta" 
num y Lobel. La berle à feuilles de panais , de la Sicile , 
Sium Siculumy Linn. : c'eft \^ Myrrhis pajlinatœ foliis j 
latè virentibus , Tourn. Cor. %%. La btrU Grecque, 
Sium Gracum , Linn. : c'eft le LiguJIicum Gracum , folio 
j4pH , Tourn. Cor. 23. La berle de Canada, Sifvn 
Çanadenfe^ Linn. ; Myrrhis Canadenfis trilobafa , MoriC 
La berle inondée , Sifon inundatum :, Linn. La berh 
verticillée ^ Carvi foliis tenuijffîmis , Afphodeli radiu , 
Tourn. 306 : c'eft le Daucus pratenfis de Dalechamp. 
La berle à tige nue , Sium nudicauU : cette eijjeçe croît 



B E R it^ 

dans la Ruffie & dans les lienx falins , Ëmgëinc & fté- 
riles qiii avoifinent le Wolga : elle fleurit en Août. Le 
cb/vi , le ninjzn appartiennent aufli au genre de hBerJe^ 
BERMUDIENNE (la), royei à Vart. Iris BuiBEUXW 
BERNACLE , ou Bernaghe. ^ ou Bernig&e ëir 
Bretagne , Conque anatifeae. Efpece de coqutibge 
multivalve des plus finguliers. ^ qui , iAoa les opfer^* 
tions de Néedluun , parok tenir beaucoup des polypes à 
panaches. Voyes u qi^U m ta dit au mot CONQUE 

ANATIFERE. 

Le nom de bemachc ou hrmacht fe donne auffi à 
une efpece d*oie , Bemida. Viyyez Oie Nonnette. 

BERNARD-UHERMITE ou le Soldat , Cancdlus; 
Animal demi-cnifiacée qui refiend>le beaucoup par :1a 
partie antérieure à Véçrtviffc ou à la Imgoi^e ^ mais doitf 
la partie poâérieute .n'eâ P<>int recouverte. d*€cailte$»' 
La Nature lui .a donné Finmnâ.dé fe réfu^r dans des 
coquilles vides 9 unsvalves &:': contournées » qu'il ren- 
contre , & de s'en approprier une pour un sin , plus ou 
moins grande 9 félon le degré de fon accroiflement an* 
nuel« On en diftii^ue deux efpeces , cehii de merii ççlui 
de ttm. Celui de mer , Cancellus marinm 9 fe log€;.qiielf 
quefois auffi dans les [oopfyus qui ont des cavités propres 
i le recevoir, ou dans d'autres corps (piTil trouve çonver 
nables pour mettre les parties m^les de fon corps if, 
l'abri de tout c« qui pourront le blefler , & aflèz i^er$ 
pour qu'il piûfle le déplacer avec fa loge , loifqu'U veut 
changer de lieu. 

On donne à cet animal le nom de hcmAri-'Vhemiuc i 
parce qu'il vit fc^itaire dans fa cellule ;'& cçlui étfol^ 
dot , parce qu'il eft dans fa coquille comme un foldat 
dans la guénte. La partie anténeune de fon corps efî 
cruilacée, couverte de quelques poils épars çà.^ là ; 
«lie eft garnie ou environnée^ cinq paire? de prîtes 
violettes ^ quelquefois de couleur rofe 9 velues & cou- 
vertes de tubercules ^ tantôt ^pktis j ftanjtôt poîi^tuSj 
tNicolfon dit que la premi^e pâtre de pattes ^-çpoi* 

O 4 



ii« B î; n 

^poCéedeclnq ardculatîons, dont la dernière tH terminée 
par une tenaille garnie de dents : les deux antres paires 
imvantes (ont compoféesde fix artiailations , dont la 
éertùèt^* dï terminée par ime griffe poîntiie & arquée^ 
<}es ^atre pattes fervent znfo/dat pour marcher. La 
^laitieniie paire de pattes tû plus mmce , plus courte , 
^ a cinq- articulations , dont la dernière porte une 
petite tenaille arquée dans la partie fupérieure. Les 
4leux dernî^^s pattes font les plits petites , à cinq 
articulations , une tenaille dentelée les termine. Les 
yc«x;lejf antennes. Ut bouche font comme chez !*<&/•«- 
viffi de mer : deux petits bras articulés fervent à 
•porter 4a nourriture â la bouche. Le dos eft divifé en 
«quatre comps^imens cuiraflés cm criiâacees , unis en- 
^mble par une meml^-aiie* La partie poâéiieure du 
corps €U charnue, moHaffe , couverte d^une membrane 
unie , divifëe en defTous par quatre anneaux terminés 
fur les bords des ckux côtés par une efpëce d'aileroo 
mince' ^ tranfparent & un peu velu. La queue, propre- 
jnent dite , elIt à la fuite des anneaux ; plnfiein-s lames 
âfiez minces & légèrement cruilacées , la compofent : 
Tamis eit placé. un peu au-deiTus des lames. 

C eft par le moyen de ces groffes piattes ou tenailles, 
femblabtes à celles des icreviyis , que lefoUae fe cram- 
ponne' (Ur * le fable , & <qpi'il défend rentrée de fa 
Coquille : elles lui fervent zx^i à faifir les petits poiffons 
&lcsinfeftes doiit il fe nourrit. Lorfqu'il entend quelque 
briiit , il fe retire fi avant dans fa coqmlle , qu'on la 
prendroit pùOSt une coquille vide. 

Cet ahinial ne fort & n^abandonne fa coquille que 
jpour dépc^r fes œufs & chercher fur le rivage une 
nouvelle^ coquille : car à ttiefure qu'il prend de Tac* 
Icroiflement , la coquille qu'il avoit habitée devient 
trop jétroite. C'eft un fpeâacle affez âgréabte de voir 
ïiTi^'décesfoidaes occupe à chercher un nouveau domi^ 
cile. Dès qu*il^renc6ntre une coquille, il fort de fou 
ancienne ^ & il effaie ce i&ouveaii logement. Si elle 



B E R 217 

fi^eft ps proportionnée à fa taille , il va plus loin en 
chercher une autre , jufqu'à ce. qu'il en trouve une qui 
lui convieone. L'a-t-il trouvée , il fourre Ton derrière 
nu dedans avec grande précipitation y & fait gaiement 
irois ou quatre caracoles fur le rivage. Ce cynique , 
£ l'on peut parler ainfi , roule la coquille d'autrui 
comme fon propre tonneau. S'il arrive que deux 
foldats s'arrêtent a la même coquille > il fe livre un 
combat, & le foible, obligé de céder au plus fort, 
abandonne la coquille , qui devient le prix du vainqueur. 

On trouve le btrnard-l^htrmite fm: le bord de la mer , 
dans la boue. C'eft une erreur de penfer que chaque 
efpece à^foldai foit attachée à une efpece de coquille; 
chacun choifit celle qui lui convient le mieux , & c'eft 
toujours dans celles qui Ont des foires. Lorfqu'on 
prend ce demi-cruAacée , il jette , oit-on., un petit 
cri , & tâche de faifir avec fa ferre celui qui veut 
le prendre ; s'il l'attrape , il le pince de toutes fes 
forces. Le meilleur moyen de lui faire lâcher prife , 
eft de chauffer ià rcoquille ; c'eil mîême atiffi le moyen 
de l'en faire fortir; car on ne l'en retire pas raci^ 
lement. 

En Amérique , il y a des foUats , ( Caracol-foldado ,) 
que les habiians mangent, & ils les trouvent affez 
hos^ ; mais on dit qu'ils font pernicieux pour les 
étrangers. On trouve dans leur coquille environ une 
demi-cuillerée d'eau claire , qui' efl Mn remède fouve- 
f ain contre les piifiides , qu'excite fur la peau le lait 
du mancénillur , efpece d'arbre^ ^<îy^ç MANci-î 

NILLIER. 

Lorfque les Sauvages pèchent im certain nOftibre de 
ces cruuacées , ils les enfilent & les exp<^ènt'au fô* 
leil poiu: en faire fondre la graiffe , qui fe convertit en 
une efpece d'huile , dont la vertu ^H adnûfabk pour 
les rhiimatifmes , auxquels ils font fujets. On oWerve 
eue les foldats marins , qui ont été pris dans les 
làfsts des Pêcheurs languiflent &: meurent au . bout 



/" 



ii8 B E R B E S 

de quelques heures , s'ils font privés de leur élément 
habituel. On en voit quelquefois de monftrueux qui 
font logés dans les lambis ou dans d'autres grones 
coquilles. 

Le foldat de terre , CanceUus terrejlris , eft affez fem- 
blable à celui de mer ; mais il eft communément plus 
petit. Les plus gros ont à peine quatre pouces de 
longueur. Il ne le loge que dans les coquilles ter- 
reftres; il recherche les endroits fecs. On en trouve 
vers les bords de la mer & clans les mornes. Il évite 
les lieux fangeux oh l'on ne trouve que de petits 
Crabes. Il fe nourrit d'excrémens , d'infeâes , d'herbes, 
de feuillages. Nicolfon dit que fi on le met dans l'eau ^ 
foit de mer , foit de rivière , & qu'un obftacle Pem- 
pêche d'en fortir , il y périt en peu de temps. 

Nicolfon fait mention du^i^ bemard^Phermite , qu'il 
définit ainfi ; CanceUus marinus in bivalvibus deg^ns. Le 
defTous de fon corps eft feulement cruflacée , tandis 
que le defTus eft moUafTe , membraneux , & tient corn* 
munément à la valve d'une came ou d'un cœur. Des 
Obfervateurs inftruits , &• qui oint vifité les parages 
qu'a parcourus Nicolfon ^ nient Texiftence d'im tel 
hernard'-Chermite , & les fiiigularités qu'il attribue à 
cet animal. Au refte , confultez cette merveille dans 
VEffai fur PHiJl* Natur. de Saim-Domîngue , pag. 338 
& fuiv. 

BERTONNEAU. Ceft le turbot. Voyiez ce mot. 

BERVISCH. Nom que les HoUandois donnent i 
la LoMPE* f^oye:^ ce moti 

BESONS- Voyei à Carticle Bouc. 

BESSI y Mfitrojideros Arhhoinenfis , Rumph. Amb. ; 
Ugnum ferreum vulgare Andfoinerî/îum ; Malaïch Caju- 
beffi^ Macaffarià Bajang.he be0eû un grand arbre afTez 
commun dans les Moluques ; il paroxt être de la famille 
des Légumimufes , & avoir des rapports avec les ca- 
néficiers. Son tronc , qui eft rarement droit , foutient 
une cime fdrt étendue 4e toutes parts.; fon izotit 



B E s B E T 219 

feft grifatre , Me , mais crevafîee & détachée par lam- 
beaux vers le bas du tronc. Ses feuilles font ovales , 
fermes , coriaces , glabres & d'un vert gai. Ses fleurs 
font jaunâtres , à cinq pétales , & viennent en grappes 
courtes à l'extrémité des rameaux. Les fruits font des 
gouffes t*niades , alFez droites , longues de huit à 
onze pouces , lar|:,es de deux pouces & demi , d'un brim* 
foncé dans leur maturité , & qui renferment quatre à 
fix graines. 

Lprfqu'on entame un peu profondément la fubftance 
de cet arbre, il en découle un fuc d'un beau rouge 
de fang , qui fait fur le linge des taches prefque inef- 
façables. Dans les individus tout-à-fait développés , 
l'aubier n'a . pas plus de deux doigts d'epaifleur ; le 
bois , proprement dit , que cet aubier recouvre , eft 
d'un beau brun , pefant & très-dur. Rumphius cite une 
variété de cet arbre , dont la couleiu: du bois eft tfun 
TOUX pâle , Mttrofideros rubra^ Le heffi eft le principal 
& le meilleur des bois de charpente que l'on emploie 
dans les Moluques ; & comme le bois prend un beau 
poli , à caufe de fa dvireté , on en fait divers meubles 
& des ouvrages de tour qui préfentent une furfece 
luifante , d'im brun très-agréable. Il paroît que le beJli 
eft le bois de fer de l'Ane, 

BESTEG, Terra pinguis. Nom que les Mîneuiip 
Allemands doiment à une terre onûueufe de différentes 
couleurs , qui paroît être la même que celle que des 
Minéraîogiftes ont nommée befiieg , & dont la décou- 
verte annonce , de même que le quart^ gras , la pro- 
ximité des filons ; car cette terre les accompagne tou- 
jours & indique leur richeffe. 

BÉTAIL , Pecus. Nom donné à toutes les efpeces 
de quadrupèdes dont l'homme fe fert, foit pour fa 
nourriture , foit pour la culture des terres. On diftri- 
bue les beftiaux en bétes. a cornes , (^armtnta , ) tels que 
les bœufs & les vaches ; ou en bCtes à laine , tels font 

les moutons , Içs brebis , ks boucs & les çhevrçsv 



210 B E T 

BÊTE , Befiia. On entend par ce nfôt un anîitt^ 
brute , affranchi des lois de la raifon , qui cônferve 
ion être particulier & fon cfpece parPattrait du plaifir, 
& par l'inftinâ du befoin. La betc veut & agit ; mais 
toutes les fondions qui marquent de l'intelligence font 
bornées chez elle. Elle fubit , comme nous , la mort, 
mais fans la connoître. La biu efl comme un inAni* 
ment aûif qui exécute & fiiit ks volontés de Phomme. 
Voyez au mot Homme , la différence de la béu avec 
Tefpece humaine. Voyez auffi vA mot Animal, la 
progreffion comparée dans l'échelle des différens genres 
«'animaux. 

BixE A LA GRANDE DENT. Foyei VACHE MARINE. 

BÊTE A DIEU. Voyei COCCINELLE. 

BÊTE A FEU. yoy€[ à Partidc MouCHE LUISANTE. 

BÊTE NOIRE des Boulangers. C'eft une efpece de 
Blatte. Voyc^^ ce mot. 

BÊTE PUANTE. C*eft le nom d*un animal qui eft 
fort commun à la Louifiane ; il eft plus petit qu'un 
chat de huit mois. Le poil du (nâle eft d'un très- 
beau noir ; celui de la femelle eft mêlé de blanc : il 
a les oreilles & les pattes d'une fouris. Cet animal 
foible &: tf ès-leiit dans fa démarche , a été pourvu 
par la Nature d'une finguliere arme défenftve. Lorfqu'on 
«ft prêt de l'atteindre en le pourfuivant ^ il lance fon 
urine fur celui qui le pourfuit ; & elle eft d'une 
odeur fi forte & n fuffoquante ^ qu'aucun homme & 
aucun animal n'ofé en approcher , ou l'on efl; obligé 
dé fe retirer pour reprendre haleine , ce qui donne le 
temps à la hétt puanu de s'éloigner par la fiiite. 
Recommence -t -on à la pourfuivre, elle lâche une 
féconde dofe & continue ainfi de battre en retraite , juf- 
^u'à ce qu'elle fe trouve en fUreté. De plus , cette 
odeur infupportable eft fi tenace , qu'elle ne fe diffipe 
^ue très-Klifficilement. Ce qu'il y a de remarquable y 
c'eft que cependant cet animal ne fe nourrit que de 
fruits & de différentes graines, L^ béu puanu du Cap 



B E T ziw 

de Bonne - Efpérance , appelée par quelques-uns le; 
blaireau puant ^ fe fert de la même rufe. f^<?ye{ Blaireau 
PUANT. La hitt puantt de la Louiiiane eft ou le coafc 
ou le conepau. Voyez à C article Mouffettes. 

BÊTES rouges. Petits animaux d'une belle couleur 
rouge , luifans , & de la groffeur de la pointe d'une 
épingle. Ces infeâes fe font tellement multipliés à la. 
Martinique & dans les autres Ifles de l'Amérique, 
qu'on ne fauroit foire un pas fans en être fort incom- 
modé , à moins qu'on ne foit dans les bois : on les 
trouve par-tout & par lîiilliers fur la terre nue , comme 
fur les plantes , mais particulièrement dans les favannes 
o\i prairies. Quand on s'y promené , on eft auffitôt 
aflàilli de ces petites bêtes par tout le corps. Elles 
montent quelquefois jufque dans les cheveux. Elles 
s'attachent à la chair , oîi elles enfoncent leur trompe 
pour fucer ; cette piqûre fait naître ai^ffi^tôt une petite 
enflure enflammée , & qui çaufe les plus cuifantes dé- 
mangeaifons. Comme il eft prefque impoflîble d'y, 
réfifter fans fe gratter , il en réfulte fouvent des UK 
ceres qui font toujours dangereux & longs à guérir^ 
Pour fe délivrer des bêtes rouges , on fe lave avec dç 
l'eau dans laquelle on mêle du jus de citron , ou dç 
l'eau-de-vie , ou du tafia. Ces animaux , quoiqu'un 
peu moins dangereux que les cMques y s'attachenf 
encore à la peau des animaux ^ notamment à cemi 
qui font à la pâture , & leiu* caufent aui& une 
démangeaifon fi cruelle , fi épouvantable ^ que , pour 
s'en délivrer , ils fe frottent contre les pierres & 
les arbres , conune s'ils vouloient fe déchirer. Foyc{^ 
Chiques. 

BÉTEL , BÉTRE ou Temboul , Betela^codi^ C'eft 
une plante que l'on dit être de la famille des Convolyulus^ 
& qui croît dans les lieux maritimes aux Indes Orien? 
taies. Elle s'attache » comme le lierre 9 aux arbres 
voifins. Ses feuilles font en cœur ; elles refltmblent 
flioins à celles du citronnier qu'à celles du grand Hferonp 



3: 



112 B E T 

& ont un petit goût d'amertume. Ses fruits reffemblent 
à la queue d'un lézard ou d'un loir. On cultive cette 
plante comme la vigne. 

Les Indiens mâchent prefque toujours de ces feuilles , 
u'ils mêlent avec de Varéca^dn cardamome ^dts* girofles ^ 
caté ou autres aromates , & des écailles d'huîtres 
calcinées ; ce qui donne à kur falive & à leurs lèvres 
une couleur rovige enfangjantée , qui nous déplairoit 
beaucoup. Cette compofition raréfie la pituite , fortifie 
Feftomac , raffermit les gencives , & donne à leur 
haleine une odeur très-agréable. On prétend que , fans 
l'ufage du bétel , ils auroient naturellement l'haleine 
fort puante. 

Lorfqu'on fe quitte pour quelque temps , on fe fait 
préfent de bétel '^ que Ion offre dans une bourfe de 
loie. On n'ofe parler à un homme en dignité fans avoir 
du bétel dans la bouche. Les femmes , & fur-tout les 
femmes galantes , en font grand ufage , & le regardent 
comme un puiffant attrait pour l'amour. On mâche 
du bétel pendant les vifites ; on en tient à la main ; 
on s'en offre en fe faluant & à toute heure , comme 
^ous faifons ici de la poudre du tabac. Une boîte à 
bétel eft ordinairement garnie des drogues fuivantes : 
j.^ de feuilles de bétel}, 2.^ de chaui de coquilles ; 
3.° de noix d'areque ; 4.^ de caté-cambé , ou caté 
Indien; 5.** de cardamome; 6.® de feuilles de tabac. 
Par ce moyen chacun affaifonne fa feuille de bétel fui- 
Vant fon goût. Le grand ufage qu'en font les Indiens 
leur carie les dents de bonne heure ; fouvent ils n'en 
ont plu$ à l'âge de vingt-cinq ans. On lit néanmoins 
clans V Encyclopédie , que 1 ufage du bétel devroit être 
préféré au tabac , au moins pour l'odeur ; & que fi 
les dents s'en trouvoient mal , l'eftomac en feroit plus 
faîn & plus fort ; car il y a dans ce pays-ci plus de 
gens qui manquent par l'eftomac que par les dents.. 

BÉTOINE , Betonica vulgans purpurea ^ J. B. 3 , 501,' 
C. B. Pin. 235 ; Betonica off^ifiaUs, Linn^-^^JO ; c'eft 



B ET iij 

Une {dante qui croît communément dans les bois & 
les lieux ombragée , en Europe. Sa racine efl: annuelle , 
de la groffeur ou pouce , coudée , brune , fîbreufe & 
araere. Ses tiges quadrangulaires , droites & fimples ,, 
légèrement velues , s'élèvent à la hauteur d'ufl pied &c 
demi. Ses feuilles font d'un vert foncé , crénelées tout 
autour , d'une odeiu- aromatique , ovales , oblongiies , 
ridées & un peu velues , oppofées deux à deux , 
pétiolées y & laiffant entre fes feuilles beaucoup d'in- 
tervalle de la tige à nu ; les feuilles fupérieures 
prefque feflîles & dentelées. Ses fleurs font verticillées , 
en gueule , purpurines ( une variété les a blanches^ ) & 
difpofées en épis denfes & interrompus ; la lèvre 
fupérieure efl: peu concave , échancrée par le bout. Ses 
graines font arrondies , brunes , & renfermées au fond 
d'une capfule qui étoit le calice de la fleur , & le calice 
efl à cinq pointes égales. 

On diilingue une tétoine du Levant ; Bctonica Orienr- 
talis , Linn. 8 1 1 , Tourn. Cor. 1 3 . Sa tige efl haute de 
deux pieds , carrée & velue ; les feuilles qui partent 
de la racine font en cœur , très-alongées , crénelées 
& velues ; celles de la tige prefque feflîles. Ses fleurs 
font d'un pourpre clair , en verticilles rapprochés & 
non interrompus. On trouve encore dans le Levant 
une autre efpece de ce genre , c'eft la bétoine laimuft^ 
Bctonica luracUa ^ Linn, Il y a aufll la bitoine velue ^ 
Betonica hirfuta , Linn. BetonUa rubicundifpmo fiore , 
Montis Aurei , Tourn. 103 : cette efpece fe trouve fur 
les Alpes , les Pyrénées & le Mont d'Or, Il ne feut> 
pas la confondre avec la bétoine alopècurcide , Betonica . 
alopecuros , Linn. ; Betonica Alpina latifolia major , 
villofa y jLore luteo^ Tourn. 103 ; Betonica montana ^ 
liaea^ Barell. Icon. 339 : cette efpece croît iwx les 
montagnes de la Provence & des Alpes. Ses fleurs font 
d'un jaune pâle. 

Les feuilles & les fleurs de la bétoine. vulgaire font 
i'un grand ufage en Médecine : »elle< font apériûves ,. 



114 B E T 

réfolutîves, céphaliques & vulnéraires. Leur décoQion 
cft utile dans les migraines & eingourdifTeméhs des 
membres : on prétend que pUifieurs goutteux ont été 
guéris par Tulage continue des feuilles 6c fleurs de 
tétome ^ accompagné d'un régime approprié. 

Les parties lubtiles odorantes qui s'élèvent de cette 
plante lorfqu'elle eft verte , font fi vives ^Ique Von dit que 
les Jardiniers & autres gens qui arrachent de la bétoimy 
deviennent ivres & chancelans , comme s'ils avoient bu 
du vin. Aufîi M. HalUr dit-il que la bctoim ayant une 
odeiu- à&'lamium , en a apparemment les effets , qui ne 
peuvent être céphaliques ; & que les Anciens avoient 
une plante du nom de bétoine , dont on a attribué les 
vertus à la nôtre , qui pounroit bien être très-diiférente 
de celle des Anciens. 

Les racines de bétoine purgent par haut & par bas , 
effet bien différent de celui des feuilles & des fleurs ; 
ce qui prouve que les diverfes parties d'ime même 

Elante peuvent avoir des vertus différentes , fuivant 
i nature des fucs qu'elles- contiennent & la cUfférence 
d'organifation. 

BÉTOINE d'eau, yoyei Scrophulaire aqua- 
tique, 

BÉTOINE DES MONTAGNES , dite le TaBAC DE 
J^ONTAGNE. f^oyci à Vartklt DORONIC. 

BÉTOIRES. Nom donné dans les campagnes à des 
trous peu larges & peu {Jrofonds en apparence , qui 
abforbent » dans les terrains oîi il s'en trouve , l'eau de 
la pluie fans la dégorger. Voyt:^ f article RiviERE , inféré 
à la fuite du mot FONTAINE. La bétoire eft une forte 
d'abyme ou de gouffre aquatique. Foye^ Abyme. 

BETTE ou POIRÉE COMMUNE , Beta vidgaris , 
Linn. 322. Plante bifannuelle, potagère, dont on dif- 
tingue plufieurs efpeces ; favoir , la bette ou poirécblanche 
ou réparée^ Beta alba vel pallefcens , quœ Cicia officlfia-* 
rum^ C B. Pin. i x8 , Toum. 502 ; Beta candidat Dod. 
Pempt 6x0 j & kl rouge , Beta rubra vulgaris , C. B. 

Pin. 



y 



B E T li, 

Kn. iî8: ces plantes , de la famille des Arraches y ont 
des racines dures & cylindriques , blanches & de la 
groffeur du petit doigt. Elles portent fur des tiges 
droites , hautes de trois pieds & cannelées , des fleurs 
petites 9 à étamines , formant de longs épis, & aux-, 
quelles fuccedent des fruits prefque fphériques , qui 
contiennent deux ou. trois graines. Les feuilles de ces 

Î)lantes font alternes , larges, épaiffes & fucculentes; 
es unes font blanches , les autres rouges. Il y a auffi 
la bette de Crète à femence épineufe. 

Les cardes poiréés fe replantent aux mois d'Avril & 
de Mai : ce ne font guère que les pieds de poirée.blonde 
ou légèrement jaunâtre , replantés en planche , quj 
pouffent de grandes feuilles , dont la côte blanche & 
épaiffe eft la véritable cardt qui fert aux potages & 
aux entremets , comme celles du cardon d'Efpagne ^ 
avec lefquelles il ne faut pas les confondre. 

Les bettes appelées betteraves , font à groffes racines 
de rave. Ce font des efpeces ou des variétés du genre 
de la Bettei. Il y en a à racine rouge , Beta riéra , 
joêke râpa , Bauh. Pin. 1 1 8 ; Beta rubra Romana , 
Dod. Pempt. ; d'autres font j aimes , Beta lutea , major;, 
d'autres font blanches , Beta paLlidl virens ,• major , 
Bauh. Pin. , Tourn. ; cts racines font charnues , tendres ^ 
épaifles de deux ou trois pouces , longues de fept à dix 
pouces , & faites comme celle de la rave, La tige des 
betteraves s'élève im peu plus que celle des poîrées. 
La betterave rouge a fa racine de couleur de fang en 
dedans & en dehors ; & fes feuilles , fur-tout leurs 
pétioles , d'im rouge foncé. La betterave à racine jaune 
a les côtes de fes feuilles jaunes; tout ce qui eft 
rouge ou jaune dans ces deux betteraves , eft blanc oa 
d'un vert pâle dan^ la betterave blanche. Ces plantes 
font originaires des lieux maritimes de l'Europe Auf- 
trale. On mange les betteraves coupées par tranches^ 
en falade , après les avoir fait cuire : les jaunes font 
les plus délicates» On prétend que Pefpece qui ei^j 
Tome II. P^ 



2i« B E T B E U 

rouge , donne à Turine cette couleur. Les feuilles de 
poiric font émolUentes : le fuc de la racine , pris par 
le nez , excite Pétemuement ; mais cette errhine a été 
i&tale à une jeune pedbnne , qui en foufFrit des dou- 
leurs cruelles dans la tête qui enfla prodigieufement. 
Malgré cette propriété de la bute , M. Margraf en a 
tiré , ainfi que de la racine du chcrvis , un fel effentiel 
cui eft un véritable ilicre. La racine de la btturavt 
^uvage ou c|iampêtre , eft appelée aujourd'hui radnt 
dt difttu : on l'emploie ^ ainu que fes feuilles ^ en 
fourrage. 

On trouve fur les bords de la mer , en Provence & 
icn Angleterre , une poirit bifannuelle , dont la tige 
longue d'un pied §c demi 9 efl un peu couchée à la 
bafe , glabre , cannelée ; les feuilles alternes , ovales , 
liffes & fucculentes ; les fleiu-s font axillaires , prefque 
en épi alongé , garnies de petites feuilles« Les femences 
en forme de rem, 

BETTERAVE. Voyt^^ cUdeJfus Bette. 

BELHICHON. Nom , en quelques Provinces , du 
RoiuUt huppé. 

BEURRE DE BAMBUK ou Batauie. Ceft une 
cfpece de graiffe végétale que les Maures & les Nègres 
du Sénégal recueillent d'un arbre qui croît dans le pays 
de Bambuk , & dans <fuelques autres endroits fur les 
bords du SénégaL 

L'arbre qui produit le fruit dont on tire cette 
graiffe «ft d'une groffeur médiocre. Ses feuilles font 
petites y rudes , & rendent tm jus huileux lorfqu'on 
les preffe. Le tronc de l'arbre même donne aiiifi 
par inciiion un peu de cette liqueur grafle. Son 
fruit eft rond , d^ la groffeur d'une noix & couvert 
d'une coque 9 avec une petite peau feche & brillante. 
il eft d'un blanc rougeâtre , ferme comme le gland , 
huileux , & d'une odeur aromatique. Le noyau 
eft de la groffeur d'une mufcade > & contient une 
juaandeé 



B E U B E Z xvf 

Les Nègres font paffîonncs pour ce fruit. Après en 
avoir féparé une partie qui tient de la natiure du fiiif , 
ils. pilent le refte, & le mettent dans l'eau chaude. H 
fumage pour lors une graifle qui leur tient lieu de 
beurre & de lard. Les Eiuropéens qui en mangent ne le 
frouvent pas différent du lard , à l'exception d'une 
petite âcreté qui n'eft pas défagrëable. Cette graiffe , 
ians être auiS blanche que celle du mouton , a la même 
confiftance. Les Nègres l'emploient & ^ la préfèrent à 
l'huile de palmier pour les doideurs de nerfs. Hifioirt 
des Voye^gcs , tome II. 

Beurre de pierre. Voyt[ à VanicU Alun. 

BEZETTA. f^oyei Ujinde V article CocHENILLEj 

BÉZOARD ou Calcul d'animal y Calculas ani-- 
malis. Concrétion inorganique , folide , comme pier- 
reufe^ qui fe trouve &c ie forme dans le corps de 
certains animaux y Sc dans différentes parties , telles 
que l'eflomac , le canal falivaire ^ les inteftins , la 
véfîcule du fiel , la veflie & les reins. Ces divers té^ 
{oards différent par la fubftance , la forme & le volume; 
n y en a qui reffemblent à une fève , d'autres foiît 
ronds ou oblongs , ou ovoïdes , tantôt unis , tantôt 
raboteux , &c. Il y en a depuis la grofTeur d'un pois 
jufqu'à celle d'un melon ; mais on les connoîtra mieux 
en les examinant dans les Cabinets des Curieiix y que 
par les defcriptions qu'on en poiu-roit donner. 

Les animaux herbivores des régions de l'Afîe Mérîi 
dionalc , & auffi de l'Afrique & de l'Amérique , pro- 
duifent plus communément des bi[oards que les am« 
maux des climats tempérés : ceux des pays froids en 
fourniflent encore moins. 

On diftingue principalement les bi^oards en Orien* 
taux & en Occidentaux. Les gabelles ou chèvres des 
Ittdes donnent le bct^oard Oriental ; V y fard ou chamois^ 
le lama & ^alpaca du Pérou , donnent le bi^oard Oc- 
cidental ; les chèvres domefiiques donnent les bi^oards 

•rdinaires. Ceux qui viennent il*£gypte y de Perfe ^ 



iz8 B E Z ^ 

des Indes , de la Chine , font tirés d'une efpece de 
bouc. Il y a auiîî les béioards du caïman , du porc-épic, 
du fanglier, du finge-douc , de la tortue , de l'éléphant, 
du cheval , du mulet , du rhinocéros , de la vigogne , 
du chien , du bœuf, du morfe , du caftor. La pierre 
de la veiHe de l'homme eft auffi une efpece de béioard. 
Voj'^ez tardcU Calcul. 

Les béipards font compofés de couches concentri- 
ques , de couleur verdâtre ou olivâtre , tachetées de 
blanc dans leur épaiffeur. Toutes les lames n'ont ni 
la même couleur ni la même épaiffeur : elles s'écrafent 
facilement fous la dent , ont une faveur glutineufe, 
urineufe , & donnent une légère teinte à la falive. 
On remarque prefque toujours au centre du béioari 
quelques corps , tels ' que des pailles , du poil , des 
grains , du bois , des noyaux , &c. Ces corps ont fervi 
de point d'appui pour la formation des couches. Les 
bc^oards fonnent quelquefois comme les géodes , en les 
agitant ; effet produit par le corps dur qui avoit fervi 
de point d'appui , & qui s'eff détaché. 
. On attribue au bé^oard^ fur-tout à l'Oriental, de 
grandes vertus fudorinques : on croit qu'il chaffe les 
venins hors du corps. Ces bc[oards qiii proviennent 
des chèvres & gazelles de l'Afie , font d'autant pliis 
chers , qu'ils font plus grois. Comme les vrais bé[oards 
font très-chers , on en a fait de fadices. Par exemple , 
les compofitions nommées pierres de G on ou de Malacca^ 
font, de faux béioards. Voici la manière dont on s'y 
prend. 

On fait avec des Cerres d^écreviffis de mer ^ des co- 
quilles à^huîtres broyées fur le. porphyre , du mufc & 
de V ambre gris , une pâte que l'on réduit en boulettes , 
de la forme des bé^oards , & qu'on roule enfuite dans 
I cles feuilles d'or. Ceux qui veulent imiter davantage 
les vrais bé^oards ne les recouvrent point de feuilles 
d'or. Cette fupercherie feroit cependant utile pour imi- 
tgr les be{oards de bosuf^ s'il étoit vrai^ comme on le 



B E Z 129 

lit dans une obfervation des Éphéméndes^^t^xt les bé^aardi 
de cet animal ont une couleur d'or & im brillant 
métallique , lorfqu'on a enlevé les premières couches. 
On diftingue ces bé^^oards faftices , en imprimant une 
trace fur un morceau de papier frotté de cérufe , de 
craie ou de chaux ; fi la trace devient d\m jaune ver- 
dâtre ou olivâtre , c'eft la marque que le bé^oard eft 
naturel; du moins jufqu'à préfent on n'a pu donner 
cette propriété aux bé^oards faftices. Les bé^oards na- 
turels s'imbibent^ d'eau & d'efprit de vin , troublent 
ces liqueurs , & font effervefcence avec les acides. ' 

On peut regarder comme des efpeces de bé^oards 
les pierres nommées improprement yeux d^ccrevijfesi 
Quant aux perles , ce font des efpeces d'exoftofes na- 
crées. 

De tous les bé^oards , celui du porc-épic ( piedra del 
porco ) , eft le plus cher. Il eft gras & favonneux à 
l'œil & au toucher, d'une couleur verdâtre ou jau- 
nâtre : on en trouve auffi de rougeâtres & de noirâtres. 
On auroit peine à croire le cas qu'on en fait en Hol- 
lande. Nous avons vu un de ces béioards , de la groffeur 
d'un petit œuf de pigeon , chez un Juif à Amfterdam y 
qui le vouloit vendre fix mille livres. On les loue 
dans ce pays & en Portugal dix livres ^\k fous ( un 
ducat ) par jour aux gens qui fe croient attaqués de 
contagion , & qui s'en préfervent en les portant en 
amulette , de même qu'on fait en Allemagne des pierres 
à* aigle , pour faciliter l'accouchement ; de V aimant en 
France , pour guérir de la fièvre ; du jade en Efpagne , 
pour prélerver de la gravelle. Voilà un tableau afliez 
fiappant de la fuperflition & des folies de l'imagina- 
tion humaine. Voye^ Pierre de Porc-épic. 

Ainfi les bé[oards varient relativement à la différence 
des animaux , des climats , & des caufes accidentelles. 
En général , il paroît que le bé^oard eft , ou une fubf- 
tance mucilaglneufe & tartareufe , durcie; ou un 
réfidu de nourriture végétale , & qui ne fe trouve pas i 



130 B E Z B I B 

ou rarement , dans les animaux carnafliers , & qui né 
fe produit que dans ceux qui fe nourriiTent de plantes: 
quelques Chimiftes foupçonnent que les bi[oarJs de la 
veflîe font formés , pour la plus grande partie , par un 
acide concret particulier. 

Le bé[aard d'Allemagne eft le bi[oard de poil , plus 
connu fous le nom è^égagropiU. Voyez u mot y & ce 
qui eft dit des bt^oards que fourniiTent les lamas ^ &c« à 
VarticU PacOS. 

BÉZOARD FOSSILE. Pierre arrondie^ de couleur jj 
cendrée , compofée de couches concentriques , friables, 
depuis la grofieur d'une aveline juiqu'à celle d'un œuf 
d'oie. Au centre de cette pierre eft quelquefois \m grain 
de fable , une petite coquille , ou un morceau de char- 
bon de terre. Une de ces matières a fervi de noyau , 
de point d'appui , & venant à rouler fur des terres 
molles , à demi-trempées , elle s'eft ainfi accrue par 
couches roulées comme une pelotte de rubans. On en 
trouve dans divers terrains près de Montpellier & de 
Compoftelle : les plus gros le rencontrent en Sicile & 
dans le fleuve de Dezhuatlan à la NouvcUe-Efpagne. 
Les Italiens vantent beaucoup cette pierre contre le 
poifon, &c. 

BizoLE DE Rondelet. Selon Artedi , c'eft une 
.variété du lavaret. Voyez ce mot. 

BIBBY. Arbre qui croît dans l'Ifthme de TAmérique. 
On dit que c'eft une efpece de palmier ; il eft de la grofieur 
de la cuiffe d'un homme : ton tronc eft droit & haut 
de foixante à foixante-dix pieds^ fans branches ni feuilles 
jufqu'au fommet. Cet arbre eft chargé de pointes. Son 
bois eft dur & noir comme l'encre. Son fruit, qui 
«ft de la groffeur d'une noix mufcade, blanchâtre & 
huileux y croît au-deftbus & tout autour de l'endroit 
où les branches commencent à pouffer. Les Indiens 
tirent une huile de fes fruits écrafés ; pour l'obtenir , 
on les écrafe dans un mortier , on les tait bouillir , & 
on les met à la prefle > on écume k liqueur à n^efure 



B I K • Ï31 

^i*elle fe refroidit , & ce deffus devient une huile 
très-claire , que les Indiens mêlent avec les couleurs 
dont ils fe peignent le corps. Lorfque cet arbre eft jeune, 
on y feit une incifion , d'oii il découle par une feuille 
roulée en forme d'entonnoir, un jus qui reffemble à 
du petit-lait , d'un goût aigrelet , affez agréable , que 
les Indiens boivent après l'avoir kifle repofer pendant 
quelques jours. Les Indiens donnent auili à ce fiic le 
nom àe bibby. Ce palmier paroît avoir beaucoup de 
rapport avec celui appelé Aavora. 

BIBE , Gadujcîdus y Linn. ; en Angleterre , au pays 
de Cornouaille y bib &c blinds.. Poiflon du gera^e du 
Gode, Il fe trouve dans l'Océan Européen ; il n'a ja-* 
mais , félon Willaghiy , plus d'im pied de longueur i. 
{à couleur eft olivâtre ou d'un jaune fale fur le dos, 
& argentée fous le ventre ;, fes, écailles ont plus du 
double en grandeur que celles de, la morue. Sa gueule 
efl médiocrement fendue; il a un barbillon fous lai 
mâchoire inférieure ; les deux mâchoires garnies d'unt 
rang de dents aiguiës & recourbées , avec d'autres ran-% 
gées. intérieures &: tournées, en dedans de la gueule ; 
il fe trouve auili fur le palais pluûeurs rangs de 
petites dents. Les narines ont chacune deux ouver-: 
tures ; les yeux font couverts^ d'une membrane lâche y, 
qui s'enfle , dit - on , comme une veflie , au gré 
du poiflon ; la langue eft molle & lifle : il y a troi& 
nageoires dorfales ;, la première a douze rayons , dont 
le fécond eft le plus élevé ;. la nageoire du milieiL 
eft la plus longue des trois > & a; vingt-trois rayonç; 
la dernière dorfale en a vingt : la queue n'a avicune 
échancnire ; fes deux nageoires ont , la première 
vingt-fept rayons, & l'autre vingt-un;, les peftorales. 
en ont feize> les abdominales ont chaame fept ou. 
huit rayons , dont le premier s'avance en forme de 
pointe alongée. 

BIBION. Nom que l'on donne à ]à mouche de Sairu^ 
fdarc. Voyez; ce mot^ 

P4 



231 • B I B B I D 

BIBLIOLITES. On donne ce nom aux pierres qoi 
portent l'empreinte des feuilles de végétaux. On en 
trouve en différens endroits , notamment dans le Ké* 
mont & à CEninghen. 

BICHE. C'eft la femelle du ceff^ Voyez ce mot. MM. 
de l'Académie ont donné le nom de biche de Sardaigm à 
Vaxis , Voyez ce mot. La biche des bois & la biche 
des palkuvieres à Cayenne , font des chevreuils , Voyez 

V article CHEVREUIL. 

Biche. M. DcUu[e obferve qu'on a donné auffi 
le nom de biche à un infeâe coléoptere du genre du 
cerf volant , & qui en diffère principalement par la 
forme de ks pinces , qui , au lieu d'être longues & 
ràmeufes , font petites , faites en croiffant , & font 
feulement garnies chacune d'un petit denticule. La 
grande biche infede , eft un peu moins grande que le 
èerf volant , auquel elle reffemble pour la couleur ; la 
petite n'a que la moitié de fa grandeur. 

Biche. Nom donné par quelques-uns à l'efpece de 
chien de mer bleu. Voyez Glauque. 

BICHON ou Chien de Malthe. Très-jolie petite 
efpece de chiens dont le nez eft court , le poil long 
& fort délié ; ces petits chiens font fort recherchés 
& fort aimés des Dames. Voye^ à f article Chien. 

BIDENT , Bidens. Nom d'un genre de plante à fleurs 
conjointes , qui , félon M. de la Marck , a beaucoup de 
rapport avec les verbejînes , & qui comprend des 
herbes dont les feuilles font oppofées , & dont les 
fleurs communément flofculeufes , ont quelquefois quel- 
ques demi-fleurons à leur circonférence : le fruit con- 
iifte en plufieurs femences oblongues , terminées cha- 
cune par deux dents ( quelquefois quatre , dont deux 
oppofées font plus petites ) , ou deux pointes droites , 
roides , & qui ont louvent de petites afpérités tournées 
en bas. M. de la Marck réunit au genre du bidens , celui 
du fpilanthus , de Linnàus. Il y a le bident à calice 
fiuilU j c'eft Veupatoire femelle ou bâtarde , Voyez cù 



B f D B I E 13| 

mot. Le iident velu , de l'Amérique ; on en trouvé 
une variété à la Chine & dans les Moluques , & qui 
eft VAgrimonia Molucca de Rumphius. Le bident â feuilles 
de ciguë , de la Virginie. Le bident à fleurs penchées 
des lieux aquatiques de l'Europe; cette éfpece donne 
une teinture jaune , comme le bident à calice feuille. 
Le bident à tiges filiformes , du Cap de Bonne-Efpé- 
rance. Le bident à feuilles lobées , d'Italie ; il eft ori- 
ginaire d'Amérique. Le bident à fleurs blanches , de la 
Caroline. Le bident à fleurs venicillées , de la Vera- 
Crux, Le bident à tige grimpante , de la même 
contrée. Le bident nodijlore , du Bengale. Le bident 
dit acmella , Voyez Acmella. Le bident à faveur 
de pyrethre , vulgairement le creffon de Para , Spilan^ 
thus oleracea , Linn. Le bident à fleuilles de bafilic , 
du Pérou. Le bident â feuilles d^un rouge^brun y de 
l'Amérique Méridionale. Le bident à feuilles étroites ; 
il croît dans les endroits fablonnéux , près de Cartha- 
gene , en Amérique ; fa faveur eft piquante. Le bident 
infipidg , de la Havane. Le bident â feuilles d^arroche , 
de l'Amérique Méridionale. 

BIDET. Petit cheval qu'on trouve en quantité à 
Ouëffant en BalTe-Bretagne. On en voit d'une petitefle 
extrême en Chine , & dont la forme eft très-belle. 
Foye[ Cheval. 

^ BIERKNE , Cyprinus biœrkna , Linn. ; Cyprinus quin-» 
cunàalis , &c. Arted. Poiffon du genre du Cyprin. Il 
eft commun dans le Lac Mêler , en Uplande. Il fraie 
vers la fin de Juillet. Ce poiiTon a tant de reflem- 
blance avec celui appelé le rougeâtre , qu'il n'y a guère 
^que les Pêcheurs exercés qui puifTent diftinguer facile- 
ment l'un de l'autre. 

Le corps du bierkne , félon Artedi , eft à peine long 
d'une demi-palme ; la tête eft comprimée latéralement ; 
l'ouverture de la gueule très-étroite ; les mâchoires 
de longueur égale ; les dents fituées près du gofier ; 
l'iris des yeux de couleur argentée & nuée de quel- 



^34. B I E B I G 

Sues points verdâtres ; les nageoires ,oh blanches , ovi 
^ \m gris obfcur; celles du ventre ont dans quelques 
individus , une légère teinte de rouge ; elles ont cha- 
cune neuf rayons ; les peaorales en ont quinze; celle 
de Panus vingt-cinq ; la dorfale en a onze ; celle de la 
queue , qui eft fourchue , en a dix-neuf ^ outre d'autres 
bien plus courts , & qui fe trouvent vers f extrémité. 
BIEVRE* royei Castor. On donne auffi le nonn 
de hievre à un oifeau aquatique & palmé, roye^ Harle^ 
BIFEUILLE. Nom que M. Y^tbé Dicqmmart donne 
à ime efpece de [oophyte^ qui fe trouve dans les plages 
du Havre; Tenfemble de Tanimal imite une rofette 
un peu tranfparente, &, en général, d'un très-beau 




de cet enfemble eft ovale ; de chaque tuyau fort un 
tube tranfparent , flexible , évafé par le bout ; cette 
efpece de fourreau eft d'un vert foncé. On voit de 
temps en temps fortir de fon intérieur , & beaucoup 
au dehors, une tige auffi trairfparente & de même 
couleur, terminée par un bouton qui fe déploie 




maUté cachée fous une forme finguUere. Joum. de 

Phyjiquty Juin iy86. 

BIGARADIER. Voyti ^ l'article Oranger. 

BIGARREAUTIER. Voyei Cerisier. 

BIGNONE , bignonia. Nom donné à un genre de 
plante à fleurs monopétalées , de la divifion des Per- 
fonnics , qui , félon M. dt la Marck , paroît avoir quel- 
ques rapports avec les gratioles , les digitales , &c. , & 
qui comprend un affez grand nombre d'efpeces qui , 
la plupart, font des fous-arbrifleaux , des arbriffeaux 
& des arbres exotiques , dont les feuilles font commu- 
nément oppoféesp & dont Içs fleurs campanulées, ou 



B I G 135 

(Ml entonnoir, ont en général un afpeû agréable oc 
d'affez belles couleurs. Le calice eft court; les fleurs 
n'ont que deux étamines feniles , & trois fîlamens 
ftériles ; un piftil. Le fruit eft une capfule partagée 
intérieiu-ement en deux loges ; elle s'ouvre par deux 
battans , & renferme des femences nômbreufes , apla- 
ties , munies de chaque côté d'un aile membraneufe ^ 
& couchées les unes fur les autres. Des Auteurs ont 
réimi à ce genre de plante , des lianes y des ibenes g^ 
de faux jafmins ^ &c« 

Signants a fiuilles Jîmples» 

Catalpa ou BiONONE â fmilU m cotur^ B'gnonia 
catalpa , Linn. Ceft un arbre d'un beau port , & qu'il 
nous intéreffe de connoître. Il croît naturellement dans 
la Caroline & au Japon. La beauté & la fraîcheur de^ 
fon feuillage, l'élégance de fes panicules de fleiu-s 
qui paroiiTent dans un temps oîi la plupart des autres 
arbres en font dépourvus, & l'avantage de pouvoir 
fubfifter en pleine terre dans nos climats s tout affigne 
à cet arbre ime place, diftinguée dans nos bofquets 
d'été , dont il peut faire le plus bel ornement ; ainfî 
qii'oQ le voit à Chantilly , dans l'endroit appelé le 
Hameau. 

Le Catalpa s'élève à la hauteur de quinze à vingt 
pieds , fur im tronc droit , robufte , recouvert d'une 
écorce grifâtre , & qui foutient une cime aflez ample , 
hémifphérique , & bien garnie. Son bois cft blanc , 
peu dur , & contient une moelle afTez abondante ; 
î'écorce des rameaux eft d'un beau vert ; ils portent 
des feuilles difpofées communément trois à trois à 
chaque nœud , fort grandes , pétiolées , cordiformes , 
pointues , entières , d'un vert agréable , glabres en 
defliis , & chargées de poils courts en deiflfous , avec 
des nervures alternes & faillantes. Elles font larges de 
quatre à fept pouces , & longues de fept à onze , non 
compris^ leiu* pétiole, qui a quatre à fix pouces de 



i^6 ^ B I G 

longueur; les fleurs viennent à rextrémîté des bran-^ 
thés , en beaux panicules , dont les ramifications font 
oppofées ; elles font campanulées , courtes & bien cva* 
fées; leur corolle eft d'un blanc de perle, marquée 
de points pourpres ou violets , & rayée de jaune dans 
fon intérieur. En Amérique , elles produifent des cap- 
fules longues de quinze à dix-huit pouces , prefque cy- 
lindriques , très-grêles , droites , pendantes / & qui 
reflemblent à de longues filiques ; les femences qui y 
font contenues , font minces & munies de chaque côté 
d'une aile membraneufe , longue , étroite , & terminée 
par une petite houppe de poils. 

Il y a une variété dont les feuilles font velues des 
deux côtés ; c'eft le kakusju , vulgb kawara-fifagi , de 
Kaempfer. 

• BiGNONE à feuilles ondées^ Bignonia qutrcus , Hort. 
Reg. On l'appelle vulgairement le chêne noir ^ àjîliques^ 
d'Amérique. Foye[ cet article. 

BiGNONE toujours verte , Bignonia fempervirens , 
Linn. C'eft le grand jafmin odorant , de, la Caroline, 
f^oye[ à Varticle Jasmin. 

BiGNONE à feuilles de Caffine. M. de Commerfon a 
découvert cet arbriffeau aux environs de Rio-Janeiro , 
au Bréfil, & un aurre à feuilles obtufes. 

BiGNONE à petites feuilles , Bignonia arhor ^ Buxi 
folio tenuiore^ Plum. Cet arbriffeau croît à Saint- 
Domingue. 

Bignones à feuilles conjuguées ou ternies. 

BiGNONE à griffe de chat , Bignonia Americana , Ctf- 
preolis aduncis donata^ fîliquâ longifjimâ ^ Tourn. 164. 
Cette efpece eft la liane à griffe de chat. Voyez cet 
article, 

BiGNONE equinoxiale , Bignonia cequinoxialis , Linn. ^ 
vulgairement liane à crabes , liane à paniers , liane 
blanche. Voyez ces mots^ 



B I G 237 

BiGNONE pamculic , Bignonia tifolia fcandens , fiore> 
violaceo odoro , frucbi ovato duro , Plum. Elle croît dan$ 
rAmëriqiie Méridionale. 

BiGNONE poru - croix , Bignonia crucigera , Linn, ; 
ia tige y qiii eft farmenteufe , eft remarquable en ce 
que, lorfqu'on la coupe en travers, elle repréfente 
une croix. Elle croît dans l'Amérique Méridionale. 

BiGNONE â jkurs orangées , Bignonia capreolata , 
linn. Elle fe trouve en Amérique. 

BiGNONE pubefunu , Bignonia puhefcens , Linn. Cette 
efpece croît aux environs de Campêche & dans la 
Guiane. M. AubUt dit qu'elle s'étend fur la cime des 
plus grands arbres des forêts de la Guiane. 

Il y a encore : La bignoru â trois feuilles ,^de la Vera-^ 
Crux ; la bignorie à rapt , des forêts de la Guiane & 
des environs de Carthagene: les fruits font hériffés 
de pointes dures. La bignone à longues itamincs , de 
Saint-Domingue , Toum. 1 64. La bignone à fleurs in^ 
carnaies ; elle fe trouve dans les forêts de la Guiane , 
& particulièrement vers les bords de la rivière de 
Sinèmari. Les Galibis fe fervent de fes farmens, en 
place de cordes ; les Nègres en fabriquent des paniers 
& de grands chapeaux comme des parafols, qui les 
garantiffent de la pluie & de l'ardeur du foleil. La 
bignone à liens , c'eft la liane franche , Voyez ce tnou 
La bignoru à odeur d^ail , c'efl la liane à l^ail , Voyez 
cet article» 

BignoneSf , à feuilles digitees. 

On dlftingue l'efpece à cinq feuilles ; c'eft le poirier 
des Antilles , Voyez ce mot. La bignone à ébene , Voyez 
ébene jauru & verte. CcjS arbres fe trouvent dans l'Amé- 
rique Méridionale. La bignone aquatique , de la Guiane. 
L'efpece k fleurs velues & jaunes ^ de l'Inde. La bignone 
à feuilles divergentes en manière de rayons ; elle croît au 
Pérou. ^ .... 



-Hl 



23S B î G B I H 

Signones â fctdlUs une ou deux fois allées J 

Il y a : La bignone de Firginie , Bignonia radkans J 
Lînn. ; c'cft le Gelfcminum hederaceum Indicum , Coriu 
Canad. , vulgairement le jajmin de Virginie. La bignone 
multifiore & rouge , de la Chine ; la bignone à feuUles de 
frêne ^ de Saint -Domingiie, & la m^me efpece du 
Pérou ; la bignone de l Inde & du Malabar , c'eft le 
Falega-pa/anellij Rheed. Mal. ; ùs fleurs font d'un blanc- 
jaunâtre, & ont une odeur défagréable. La bignone 
d* Afrique ou du S inégal \ fes fruits font de la forme 
de nos concombres & longs de deux pieds , coriaces ; 
la bignone à grappes ^ de Madagafcar ; celle à rameaux 
aplatis , de l'Inde , c'eft le fevarantou de V Herbier de 
M. Poivre^ La bignone jpathacie , Bignonia fpathacea , 
Linn.; cette efpece croît au Malabar, dans l'ifle de 
Ceylan , à Java & à Amboine, dans les lieux humides 
ou près des rivières : la fecilité de travailler fon bois 
le rend propre à en former divers uftenfiles commodes : 
cet arbre eft le Lignum equinum , Rumph. Amb. ; 
le Nûr^pongelion , Rheed. Mal. ; Singi Bram. 

M. de la Marck range aufli dans cette dernière fec« 
tion des bignones à feuilles digities : la bignone a ^fruits 
âors^ Bignonia chelonoides^ Linn. ; Padri , Rheed. Mal. ; 
cet arbre croît au Malabar & dans l'Inde; fes fleurs 
fraîches, jetées dans l'eau , lui communiquent une odeur 
agréable ; on fe fert de cette eau pour arrofer le matin 
les Temples , & en purifier 1 air croupifiant. La 
bignone farmmeeufe j noueufe & â fleurs blanches ^ de la 
Guiane. L'efpece à fleurs bleues , des Ifles de Bahama; 
M. Aublet défigne aînfi une variété , Bignonia copdia. 
I^ Bignone du Brijil ; on préfume que c'eft le Jaca^ 
randa de Pifon. Voyez ce mot. 

BIHAI , Heliconia. Nom d'un genre de plante uni- 
lobée 9 de la famille des Bananiers , & qui comprend 
4es herbes exotiques dont les feuilles font fimples & 
engaîaées à l^iur bafe > & dont les fleurs viennent 



B ï H 13^ 

èommunément dans des fpàthes diftlqiies & cymbifor- 
mes ; le fruit eft une capfule ob'ongue 5 à trois côtés 
arrondis , tronquée à fon fommet , & di vifée intérieu- 
rement en trois loges qui , chacune , contiennent luie 
feule femence dure & oblongue. 

Il y a : Le bihai des Antilles , Heliconîa Cariiaa , tihai 
foliis amplijfîmis ^fiorum vajiculïs coccimis , Plum.; cette 
belle plante eil commune aux Antilles, dans les bois 
humides & les lieux fangeux. M. AubUt dit qu'on la 
cultive à rifle de France ; que 'c'eft avec its feuilles 
que les Nègres couvrent leurs cafés , & que les Créoles 
& les Galibis ( dans la Guiane ) les emploient à faire 
des cabanes fiu- leurs pirogues , pour fe garantir de la 
pluie & de l'ardeur du foleil. Il y a aum : Le bïhai à 
ftuilUs ' pointues ^ Hdiconia bihaî ^ Hmu, \ cette efpece 
croît dans l'Amérique Méridionale , où on lui donne 
le nom de balifitr. Le bihai des Indes Orientales £e 
des Moluques , c'eft lé Folium bmcinatum afptrum ^ 
Rumph. Amb. Le bïhxii des perroquets ^ HeUconia pju^ 
tacorum , Linn, ; cette efpece croît à Surinam. Le bihai 
velu , Hdiconia hirfuta , Linn. ; l'axe qui Soutient la 
fru6Hfication eft velu , & fléchit en ag-zag ; cette ef- 
pece fe trouve dans PAmérique Méricuonde, 

BÎHOR. Voyei Butor. 

BIHOREAU,/^/. ml. 758 le mâle ; 759 la femelle; 
c'eft le roupeau de Behn , en latin Pfeudo-nyBicorux'^ 
c'eft une efpece de héron de moyenne taille , & qui 
fe trouve fur Jies côtes de Bretagne ; le bihoreau a la 
tète , le cou plus gros à proportion , les jambes moins 
longues & le corps plus épais & plus fourni que dans 
la plupart des autres hérons ; il a un pied huit pouces 
du bout du bec à celui de la queue , & trois pieds 
deux pouces d'envergure ; il eft à-peu-près de la grof- 
feur d une corneille , coiffé dW nâr changeaat en vert, 
ayant fiu* le finciput ime bande blanche, courte & 
étroite ; de l'occiput partent trois plumes (rarement 



140 B I H B I M 

& terminées par une pointe fort aiguë , ce qiû lia 
forme une huppe élégante & d'un très -beau blanc; 
Toifeau , à volonté , écarte & roule les imes autour des 
autres , ces trois plumes ;. un blanc tirant un peu fur le 
cendré diftingue la partie fupérieure & les côtés du 
cou ; le haut du dos & ler plumes fcapulaires font 
d'un vert foncé-obfcur ; le refte du corps en deffus eft 
' cendré , & le deffous blanc ; l'iris eft d'un jaune-orangé; 
le bec d'un vert-jaunâtre à fon origine , & noirâtre 
dans le refte de fa longueur ; les pieds d'un vert-jau» 
nâtre , & les ongles noirâtres. La femelle du bihoreau 
n'a point de huppe ; fon pliunage eft cendré-rouflâtre , 
& les ongles d'un gris-brun. 

Lé bihoreau eft un . oifeau erratique & . trifte ; 
fon cri eft rauque , très-fort , & n 'imite pas mal le 
bruit prx)duit par les efforts que fait l'homme en vo- 
miflant : c'eft la nuit , fur-tout , qu'il le fait entendre , 
^& qu'il fe met en mouvement : il fe tient caché pref* 
que tout le jour ; il fe trouve dans les deux Contî* 
nens , fréquente également le bord des eaux douces & 
les rivages de la mer ; à défaut de poifTons , il fe nourrit 
de reptiles , de vers , d'infeftes. 

On a repréfenté le bihoreau de Cayenne ^pL enl. 899. 

Le véritable nyBicorax des Grecs y ou le vrai corbeau-^ 
dc-^nuit , eft la hulotte^ Voyt'L ce mot. 

fiIJON. Voye\^ Térébenthine. 

filLIMBL Voye^^ t article CaramboUER. 

BILLONS. Voye^^ à f article Garance. 

BIMBELÉ ou Fausse Linotte. Les Nègres , 
à Saint-Domingue ^ donnent le nom de bimbelé à un 
oifeau qui paroît être du genre XL de M. Brijjon^ 
c'eft un des oifeaux de la ieâlon particulière, faite 
par M. de: Montbeillard , fous le nom de demi-fins ^ il 
n'a aucun rapport avec la vraie linotte ; foi), chant 
ne roule que fur quatre ou- cinq notes ; mais les 
tons en font pleins , doux & moelleux ; le deffus 
du corps eft brunâtre ^^ le deftbus eft d'un blanc 

fale; 



B I N 241 

(aie ; wi dîftingue une teinte jaune au ventre & fous 
la queue. 
BINERY. royei Bruant. 

BINOCLE. Norh que Toh donne ààtïsVÏUJidire abrégic 
des InfeScs des environs de Paris , à une efpece d'ani- 
mal aquati^ie qui s'attache aux poiflbns. Plufieurs 
autres animaux qui s'attachent aux poiffons de mer , 
paroiffent être de ce genre ; aufli Baker en a-t-il donné 
plufieurs figures fous le ilom de poux des poijp>ns. 

On va réunir auffi fous cet article les petits ani- 
maux que TAuteur de VHifioire des Infectes appellfe 
monocLs , parce que ce font detix geni"'es d'animaux qui 
fe rapprochent beaucoup. Le monocle a été décrit par 
Swammerdam , foiis le nom de piue aquatique arhonf^ 
cente , Fulex arborefcens. 

La puce aquatique ou le monocle , ou Perroquet 
itm , que l'on trouve dans les eaux des mares & 
des baffins , eft un animal très-petit , qui n'a guère 
plus d'une ligne de longueur. Tous les ainimàux de ce 
genre font três-finguliers & très - recorinoiffables par 
des carafteres qui leur font propres. Ils ont des an* 
ternies branchûes , qui font garnies de poils , ce qiû 
les fait paroître touffliei. Ces antennes leiur fervent 
comme de bras pour nager : ils s'avancent & s'élèvent 
dans Peau comme par bonds & en fautillant ; ce qui 
les a fait nommer puces d^eau ; & arborefctntes\ à caufe 
delà ramification de leurs antennes. A l'aide de leurs 
fix pattes & de leur queue , dont la forme varie , 
fimple dans quelques efpeces , fourchue dans d'autres, 
mais toujours mobile oc qui leur fert d'aviron , ils 
exécutent dans l'eau diverfes fortes de mouvement. 
Un dès caraâeres de ces petits animaux, c'eft celui de 
n'avoir qu'un feul œil, ^nu que l'a obfervé M. Geoffroï; 
ce qui les lui a fait nommer rnonocUs , quoique cepen- 
dant Swammerdam ait crû en voir deux. Ces animaui 
font tous ovipares ; & leur corps , plus ou moins ferme 
& dur , eft il tranfparent , que \oti voit leurs œufs ^ 
Tome //. Q 



à4i B I N 

travers de la peau. On en voit quelques-uns quî por» 
tent ces œufs à l'extérieur fufpendus en paquets à leurs 
côtés. Obfervés dans des bocaux pleins d'eau, on les 
voit fe défaire de chacun de ces paquets à la fois ou 
fcparément. 

Les puus d'^tau font des animaux fi petits , qu'ils 
n*ont pas befoin de prendre beaucoup de nourriture ; 
aufli ne font-ils point carnaflier« : il paroît qu'ils ne 
fe nourriffent que du débris des plantes , & c'eft pro- 
bablement la différence de la couleur des fucs de c^ 
plantes qui donne à ces animaux la différence des cou" 
leurs qu'on leur voit. On obferve , du moins dan5 
plufieurs efpeces , qu^ils varient du blanc au vert & 
au rouge plus ou moins foncé, C'efl la multitude de 
ces vers-infcScs dans certaines eaux qui les a fait pa* 
roître quelquefois rouges comme du fang , & a porté 
la terreiu" dans l'efprit du peuple. Cette prétendue tranf- 
ttiutation d*eau en fang le remarque en tout pays, & 
notamment en Suéde , oti , dit M. Linnxus , l'un des 
trois étangs qui fe Voient dans le Jardin d'Upfal , & 
dans lequel il n'y a point de plantes aquatiques , paroît 
toujours fe changer en fang au temps du folftice d'été, 
fur-tout par le temps calme ; alors tous les matins , 
ajoute le même Auteur , cet étang paroît de tous les 
<}uatre coins comme fi l'on y avoit répandu de la poudre 
à canon. Cette poudre voyage peu-à-peu des bords au 
centre, comme autant d'armées, marchant en-Aon 
ordre ; & au bout de quelques heures elle s'arrête & 
s'alTemble toute au centre de l'étang. L'eau fur laquelle 
cette poudre a pafTé , paroît couverte d'ime pellicule 
grisâtre , & prefque imperceptible : fi l'on amalTe un 
peu de cette poudre dans une cuiller, on voit avec 
ctonnement que tout eft en vie , & compofé de mil- 
lions de vers^infccUs , que M. de Gé^r a parfaitement 
bien décrits & deffinés fous le nom Atpodura aquatica. 
En même temps on voit fous l'eau une fubftancè fan- 
£uine qui rougit Teau oîi çUe fe trouve , & la fai^ 



B I N 24j^ 

paroître (le coùkur de chair : cette, fiibftance eft tantôt 
plus, tantôt moins folide; elle le diffout quelquefois 
& devient invifible , pendant qu\me autre . nouvelle 
prend fa place. L'eau en efl alors fi /emplie , que per- 
fonne n'ofe s'en fervir pour la cuifine. Vers neuf ou 
dix heures du matin , tout femble fe diffoudre & difpa- 
roître; mais le même phénomène fe renouvelle vers 
le foir. On Pobferve auffi de grand matin, fur -tout 
quand il a plu pendant la nuit. Auffi-tôt que Peau 
croupit , elle devient trouble ; alors ces vers-infe&es 
y trouvent abondamment de la nourriture. On ne 
peut que s'étonner de la quantité inconcevable de ces 
petits animaux & de leur multiplication rapide par 
millions. Trop fpibles par nature , ils deviennent la 
proie des canards qui en font leurs meilleurs repas. 

Ces monocles fervent auffi de pâture à plufieurs in- 
feôes aquatiques , & même aux polypes , qui les en- 
trelacent dans leurs bras , & les avalent enfuite. Il y a 
cependant quelques efpeces de monocles qui font ren- 
fermés dans une coquille bivalve , & qui par confé- 
quent ne peuvent devenir la proie des polypes. Cq 
monocle refte dans fa coquille , fi on le tire de l'eau»; 
Cette coquille s'entr'ouvre en deffous , l'animal fait 
fortir fes antennes , à l'aide defquelles il nage très-vite 
dans l'eau de côté & d'autre , cherchant un corps folide, 
pour s'y arrêter, & c'eft alors qu'il fait 'ufage de fes 
pattes pour marcher , en les alongeant par l'ouverture 
de fa coquille. On trouve volontiers ces vers-infe&es 
<lans les ruiffeaux bourbeux & dans leseaux: dormantes.,' 
Lorfque , dans un verre de cette eau , on met quelques 
gouttes d'eau - de - vie , ils meurent fur le champ ÔC 
tombent au fond. Kôyei Pucerons branchus. 

Le binocle ou le pou des poijfons , a beaucoup de ref- 
femblance avec l'infefte que l'on vient de décrire : il 
en diffère , parce qu'il a deux yeux bien diftinfts ; ce 
(}ui Va fait nomrher* binocle. Il eft pourvu d'antennes 
^i ne font point garnies de poUs latéraux. Sa queuii 



144 B I O BIS 

eft fourchue dans quelques efpeces , & en plumet dam 
cl*autres : fon corps eft recouvert d*écailles. Les infeâes 
de ce genre ont en général une figure qui les fait ref^ 
fembler en petit aux crahes de mer , fur-^tout à Tefpece 
appelée crate des Moluqucs ^ & qu'on voit dans les 
Cabinets. Voyc^ Pou des Poissons. , 

Les binocles vivent dans l'eau ; mais ils font voraces : 
ils s'attachent aux poiflbns ^ qu'ils fucent fortement 
par le moyen des organes ( fuçoirs ) placés à la partie 
mférieure de leur corps. On en voit des efpeces qui 
ont près d'un pouce de longueur , d'autres moins : 
on en voit peu dans les eaux des environs de Paris , 
mais beaucoup fur les poiflbns de mer. 

BIONDELLA. Voyci à l'article Bois gentil. 

BÎOURNEAU ou Bigourneau. Foyei Vignot,: 

BIPEDE, C'eft un animal qui a deux pieds. Foyc^ 
Oiseau. 

BIQUE. Nom populaire de la chèvre qui allaite ou 
qui donne abondamment du lait. Ce mot eft trivial ; 
néanmoins il femble confacré dans notre langue , par 
l'ufage qu'en à fait un Poëte très - aimable ( La 
Fontaine^. La bique allait remplir fa traînante mamelle^ 
Fab. XV. Liy. iv. 

BIRCKHAHN, f^oye^ à l'art. CoQ t>ES Bruyères. 

BISEMUS. Nom donné en Siléfie à la mufaraignc^ 
Voyez ce mot. 

BIS -ERGOT. Cet oifeau a été envoyé à M. ^ 
Buffon fous le nom de perdrix du Sénégal^ pi. enU 1 37 î 
inais il lui paroît avoir plus de rapport avec tes 
francolins qu'avec les perdrix , foit par la grofleur , foit 
par la longueur du bec &f. des ailes , foit par {ts éperons* 
Son plumage eft inêlé de gris & de brim. Il donne à 
cet oifeau le nom de bis-ergot , parce qu'il a à chaque 
pied deux ergots ou plutôt deux tubercules de chair 
dure & calleufe ; caraûere qui lui paroît en faire une 
efpece & une race particulière. On trouve aulfi , dit-on 3^ 
à i'Hk dç FriUiçç Iç bis - ergot. On y appelle raçUufy 



B I S I4i 

tette efpece de perdrix , parce qii*on trouve que fon 
cri a quelque rapport au bruit produit par deux corps 
durs , frottés l'un contre l'autre ; fon plumage tient 
un peu de celui de la caille ; les pattes & le bec font 
verdâtres ; elle niche eii Septembre ou Oâobre , & 
habite dé préférence les bois des montaghes ; elle fe 
perche fur les arbres , hors le temps de fes amours. Au 
relie , cette perdrix à deux ergots eft étrangère à l'Ifle 
de France , fuivant ce que nous a mandé M. le Vicomte 
it Querhoënt ; la chair de cet oifeau efl blanche. 

La perdrix rouge de Madagafcar a aufli deux ergots 
à chaque pied. 

BISET 9 pL enl. 5 1 o. Voyez à C article Pigeon. 

BISMUTH , Wifmuthum. Demi-métal connu auflî 
foiis le nom Setam de glace , & qu*on a fouvent qua- 
lifié de marcajjite par excellence. Cette fubflance , dans 
l'état de# régule, pairoît formée d'un -afTemblage de 
feuillets groupés en cubes ou en ftries, fort pefans 
& caffans. Sa couleur approche de celle de l'étain. 
Le caraftere diftinôif de la mine de bifmmh eft de pré- 
fenter , lorfqu'elle a été expofée à l'air , les couleurs 
variées de la gorge de pigeon ; telle eft la mine appelée 
fieurs de bifmuth. La mine de bifmuth eft minéralifée ou 
par le foufre ou par l'arfenic. Elle contient ordinaire- 
inent ou du cobalt ou de l'argent , mais en très-petite 
quantité. Il y a plulieurs efpeces de mines de bifmuth , 
que l'on trouve dans la Saxe , dans la Bohême , dans 
la Suéde , ô^c. & qui varient en cpulevur , ainfi qu'on 
peut le voir dans les ouvrages des Minéralogiftes. U 
y en a de grifes , de bleuâtres & brillantes , &c. 

On diftingu^ le bifmuth vierge ou natif; il eft quel- 
quefois en maffe , quelquefois en écailles minces , ou 
appliquées les unes fur ks autres , ou ii)cniftées fur 
une gangue ou fur d'autres fubftances métalliques ; la 
mine de bifmuth grife^cendrée , eft la mine de bifmiuk 
commune : fi fon tiffu reflemble à l'antimoine , elle 
•ft minéralifée par le foufre , eft très-fufible & diffo- 



î4^ BIS 

lubie dans les acides. Celle qui eu d'un gris clair eft 
du bifmuth combiné avec le cobalt, & plus d'arfenic 
que de foufre. La mine de bifmuth chatoyanu , eft la 
mine de bifmuth .qui paffe à l'état de chaux. Cronjlcdt 
fait mention d'une mine de bifmuth fcrrugincufc ; elle 
eft en écailles angulaires. 

Le bifmuth fe fond à la fimple flamme d'une bougie ; 
par conféquent il facilite la fufion des autres métaux , 
mais il les rend auflî caftans que lui : mêlé au cuivre 
dans la fonte , il le blanchit , ainfi que Tétain , qu'il 
rend plus fonore. Il donne même à ce dernier une 
confiftance qui approche de celle de l'argent , ainfi 
qu'on l'obferve dans l'étain d'Angleterre, qui, dit-on, 
eft allié d'un mélange de bifmiuh , de régule d'anti- 
moine , & même d'une portion de cuivre. Lorfque 
l'on fond le bifmuth avec l'argent , l'étain & le plomb , 
il rend ces métaux plus propres à s'amalgamer avec 
le mercure; &.fi on paffe l'amalgame à la peau de 
chamois , on remarque que le meraire entraîne vifi- 
blement avec lui beaucoup plus de métal qu'il n'auroit 
fait fans cela. On dit même que rfeft un moyen que 
certaines gens emploient pour augmenter le poids , ou 
plutôt la quantité apparente du mercure. La propriété 
qu^a le bijmuth de s'unir à toutes les fubftances mé- 
talliques , même les plus dures ( excepté le zinc ) , lui 
a mérité quelquefois le nom ^aimant dts métaux. Le 
bifmuth eft volatil : expofé au feu , il s'en élevé des fleiu^ 
en flocons qui font la terre métallique privée de prefque 
tout phlogiftique. 

On retire du bifmuth , en le diffolvant par l'acide 
nitreux & le précipitant par la fimple addition de l'eau, 
Wne chaux blanche que l'on nomme blanc de bifmuth , 
blanc d^Efpagne ou blanc de perles. Lorfque cette chaux 
eft bien édulcorée , elle donne un beau blanc éclatant, 
qu'on fait entrer dans la compofition d'un fard dont 
les Dames font ufage à la toilette pour fe blanchir la 
peau. Comme ce fard n'cft qu'une chaux métallique | 



BIS _ 147 

xjiû fe charge très -facilement du phlogiftîqiie réduit en 
vapeurs , & qu'elle devient noirâtre par cette addition , 
les femmes fardées avec ce blanc courent rifque de 
voir leur blanc fe changer eii noir , fi elles s'expofent 
aux vapeurs phloglftiquées qui s'exhalent des matières 
en putréfaâ^on , des latrines , du foufre , du foie de 
foufre , de rail écrafé , &c. Ainfi l'avantage de ce far J 
eft contre-balancé par de grands défauts , fans compter 
celui (k dégrader & de gâter confidérablemeht la peau 
à la longue. Puifque ce fard , ainfi que tous ceux qu'on ' 
peut employer , altèrent la peau des jeunes perfonnes, 
& ne reparent point les ruines du vifage , voici ce 
qu'il feut mettre en ufage , dit im Auteur moderne : 
» Des grâces fimples & naturelles , le rouge de la pu-* 
» deur , l'enjouement & la complaifance : voilà le rard 
» de la jeunefle. Pour la vieilleffe , il n'eft point de 
» ferd qui puiffe l'embellir que l'efprit & les connoif- 
» fanées «• f^oye^^ maintenant VarticU PiERRE A FARD. 
Le bifmuth diffous dans l'acide nitreux donne une encre 
de fympathie. On écrit fur du papier avec cette dif- 
folution, & il n'en refte pas la-moindre empreinte appa- 
rente. Que l'on étende enfuite légèrement fur le papier ^ 
avec un pinceau , du foie de foufre diffous dans l'eau ^ 
à Pinflant l'écriture devient lifible , effet produit par 
le phlogiflique du foufre qui reffufcite le métal en 
s'uniffant avec lui , & lui fait reprendre fa couleur, 
naturelle* 

BISON, Bos jubatûs. Race de bœufs à boffe , en 
partie fauvage & en partie domeflique , qui fe trouve 
dans les Contrées de l'Afrique , dans la plupart de 
celles de l'Afie , & qui s'efl retrouvée dans le nord de 
TAmérique. 

Cet animal peut être regarde comme une variété 
de \ aurochs , qui efl le taureau fauvage ; car ces ani- 
maux produifent énfemble. Le bifon efl le chef de la 
race fecondâire provenue de V aurochs ; il efl auffi le 
chef des bœufe à boffe. Cette boffe à\x bifon , ainfi qite, * 

Q4 



%4n. BIS 

Celle de toutes les efpeces de bœu& boffiis , n^eft 

3ii*une excroiffance , une efpece de loupe , un morceau 
e chair tendre , auffi bonne à manger que la langue 
des bœufs. Il y a de ces boffes qui pefent jufqu'à qua- 
rante pu cinquante livres, f^oye^ au mot Aurochs, 
la manière dont on prouve que le bifon n'eft qu'une 
variété du taureau fauvage. * 

En 1769 nous avons vu à Paris un de ces bifons 
y^vans, II avoit été pris, en 1763 , dans TAmérique Sep- 
tentrionale , au nord du Miiliflipi , près de ls#petite 
rivière Arreco : le propriétaire nous affura que peu de 
temps avant fpn départ , cet animal , qui étoit du fexe 
inâle , avoit couvert deux vaches appartenant au Gou- 
verneur du lieu ; mais qu'il ne favoit pas ce qui en étoit 
provenu : il nous affura encore que ces animaux vont 
«ans les bois par groupes de dix , jufqu'à vingt , 
tous Tun après Tautrè , & que la femelle eft plus grande 
que le mâle ; que la chair en eft bonne & d'un excel- 
lent goût de venaifon ; qu'ils coiuent fort vite , & 
qu'étant pourfuiyîs ils jettent en arrière toutçs les 
pierres qu'ils rencontrent^ qu'ils joignent en certaines 
circonftances à la force , le courage & la férocité ; 
qu'il eft trèsrdifficile de réduire leur inftinft natiu*el, 
qui eft infiniment moins brut que celui de nos bœufs 
dpmeftiques ; que ce n'avoit pas été fans danger qu'oi) 
ayoit fprcé le bifon qui fe voyoit à Paris , à paffer 
lés mers , & qu'on avoit éprouvé les mêmes diffi- 
c^iltés pour le débarquer en Hollande , à fon arrivée 
tjn.Eiu-ppe; comme il refufoit quelquefois de marcher , 
éf, qu'il s'efforçpît de maltraiter fes conduûeurs , le 
propriétaire prit le parti de Penfermer dans une forte 
cage en bois , pofee fiu* quatre roues , & tirée par 
4e3 chevaux, 

Nous ayons, examiné en Naturalifte cet animal pen- 
dant fbn féjour à Paris : ce bifon arraché des mains de 
là vieille Nature, devenu captif , fon.caraftere pétu- 
Jajxt Vdl: flétri ou adouci par l'efclavage^ p^t les mau-- 



BIS 249 

fais traîtemens & par le befoin : on l*a dompté en 
quelque forte ; il annonce une forte d'intelligence , 
ae docilité & d'éducation : il y avoit des momens oti 
il paroiffoit afFeéHonné & fenfible à Tafpeâ: & à la 
voix de fon maître : dans les inftans où la Nature lui 
faifoit fentir Peffervefcence du rut, il en annonçoit le 
befoin ou le défir avec vigueur & fureur ; il mugiffoit 
tantôt d'une manière lamentable , & tantôt il rugiflbit 
un peu à la manière du lion ; & alors il s'efForçoit de 
rompre fes lien», donnoit des coups de tête contre 
lin poteau avec tant de force que fes cornes en étoient 
mutilées. 

Nous avons mefuré exaûetnent ce quadrupède : la 
ligne horizontale , latéralement , depuis le mufeau juf- 
qii*à la queue ou au jarret , étoit de neuf pieds deux 
pouces ( il faut ôbferver qu'il porte fa tête dans une 
pofition alongée ) ; la hauteur prife. du garrot ou du 
fommet de la boffe jufqu'à la pointe du iabot ou pied 
antérieur , étoit de cinq pieds quatre pouces.; h hau- 
teur , prife au niveau ou à l'origine de la queue jus- 
qu'au bout du fahotou pied pouérieur, étoit de trois 
pieds dix pouces ; la groffeiu* , mefurée par le garrot 
& le fàoon , avoit dix pieds de circonférence ; la grof< 
fevu- , prife entre les faufles côtes & les cuiffes , étoit 
de cinq pieds & demi ; la ligne diagonale de la tête , 
depuis la bafe des cornes jufqu'aa bout du mufeau , 
etoit de vingt-trois pouces; la largeur du. front, entre 
hs cornes ,' étoit de feize pouces & demi. Les cornes 
petites , eu égard au voliune du hifon comparé avec 
iios bœufs domeJftiques , font d'un brun - grifâtre 
depuis la bafe jufqu'au milieu de leur longueur, & 
noirâtres dans le refte de leur, longueur jufqu*à la 
pointe. Les pointes des cornes font éloignées Tune de 
IWre de deux pieds. Leur pofition ou leur direûion 
tft à-peù-près la même que dans nos boeufs. 

Ce cjuadrupede coloffal , qui femble n'ofBîr que des 
difibmutés^ des monilruofités; eft cependant un animal 



150 ^ BIS 

d'une beauté furprenante ; fon enfemble offre tout-à-k- 
fois à l'œrl & à l'efprit un fujet d'étonnement & d'admi- 
ration ; fa tête , qui eft paffablement groffe à propor- 
tion du corps , paroît d'un volume prodigieux par la 
quantité & la longueur du poil bnih-fauvc dont elle 
eft garnie , on diroit de cette jubé , une couronne de 
poils ; d'autres poils plus foyeux , très-longs , plus 
doux au toucher que la laine , & luftrés , forment en- 
deçà du bourlet de la mâchoire inférieure & fur les 
abajoues , une* barbe merveilleufe. (Jes mêmes poils 
^rniffent aufli la gorge , le fanon , & le dedans des 
jambes antérieures juifqu'au genou. Ses épaules & fon 
cou font couverts , ainfi que la boffe , d'un poil dru , 
long , comme crépu , mais fin & extrêmement doux au 
toucher. Cette forte de chevelure forme une four- 
rure très-chaude , & donne au bifon l'afpeft noble & 
îjnpofant du lion : auffi Ta-t-on appelé bos jubatus : 
les Sauvages l'ont nommé muthufufa. Les oreilles iie 
font pas fort grandes , le long poil de la tête les cache 
prefque entièrement ; leur pofition eft affez droite : 
près des cornes elles paroiflent comme pliflees , prefque 
pointues & garnies de poil ras. Ses yeux qid font 
grands, orbiculaires , bruns & bleuâtres au» milieu^ 
nir ime cornée blanche , manifeftent d'ime manière 
prompte & pathétique la douceur ou la colère. Autour 
des paupières , de la largeur de deux doigts en deffus 
& de trois' en deffous , la peau eft d'un noir fauve y 
rafe , fans poil. Le nez nu , fort large , d'un noir fauve. 
Les narioes font fort grandes , & par le haut beaucoup 
plus éloignées l'une de l'autre 'que par le bas. Quand 
cet animal ouvroit la bouche , on comptoit huit dents 
incifives & très -blanches à la mâchoire inférieure. 
Lorfqu'on lui préfentoit un morceau de pain , il 
felfoit fortir fa langue , * gui eft longue , épaîfTe ^ 
noirâtre , & alors il attirait & faififToit le paih , en 
formant un crochet avec fa langue. A la moitié du 
dos y même plus près des épaules , s'élève une boffe 



N 



BIS i^f 

ou loupe (qiû eft une vafte maffe de chaîr) quî s'abaifTe 
latéralement & vers la tête. La partie la plus élevée 
de cette boffe eft perpendiculaire aux omoplates , c'eft- 
à-dire , entre les épaules. Ses Jambes font affez courtes» 
Le bas des jambes antérieures , depuis le genou , ainfi 
que la partie poftérieure du corps , font en été rafes ^ 
& la peau eft d'un noir fauve. En hiver le derrière du 
corps , la croupe & les cuiffes font garnis d'un poil 
court & aflez doux : il n'y a que ce poil qui tombe 
au moment de la mue. Sa queue eft longue de feize 
pouces , rafe , mais garnie par le bout d'une houppe de 
crins fort doux , & qui pendent à la longueur de huit 
pouces. La croupe eft rétrécie , très-eftilee. Les fabots 
font f ointiis , noirâtres , ainfi que l'ergot» 

On donne auflî au bifôn le nom de bœuf Illinois ^ parce 
que les prairies de ce pays font rouvertes de boeufs à 
Doffe. Les femmes des Illinois n'ont d'autre occupa- 
tion que de préparer le poil de ces fortes de bœufs, 
& d'en faire, des jarretières , des ceintures & des facs. 
Ces peuples ont l'art auflî de préparer les peaux des 
bifons , de les rendre fort fouples & blanches : ils y 
tracent des compartimens de différentes couleurs. On 
voit une de ces peaux dans l'im des Cabinets de curio* 
fîtes de Chantilly. 

BISSUS ou Poil de nacre , Bypis animalis. C'eft 
le nom que l'on donne à des filamens d'une efpece de 
foie brune , & longs d'environ cinq ou fix pouces , 
dont la pinne marine fe fert pour s'attacher & fe fixer 
aux corps contre lefquels die veut s arrêter. Ils lui 
fervent comme autant de cordages pour fe foutenir y 
de même que font les moules. Ces fils , vus au microf- 
cope , paroiffent creux , & donnent , quand on les 
brûle , une odeur urineufe comme la foie. Le bijfus de la 
pinne marine eft propre à l'ourdiflage , & plus précieux 
que la laine. Les plus habiles Critiques n'ont pas en- 
core bien eclairci ce que les Anciens entendoient par 
le bijfus^ Comme ils confbndoient fous ce nom les 



BIS 

cotons , les ouattes y même l'amiante , en im mot tout 
ce qui fe fiioit & étoit plus précieux que la laine y il 
n'eft pas aifé de dire ce que c'etoit , & s'ils n'en tiroient 
point de la pinne marine. 

Au refte on voit communément en Italie & en Corfe 
des camifoles , des bonnets , des gants , des bas & 
autres ouvrages fabriqués avec le bijfus des pinnes 
marines. L'on a de la peine à foutenir la chaleiu: de 
tels vêtemens , que l'on eftime fpécifiqiies pour les 
rhumatifmes & la goutte. Ces ouvrages leroient peut- 
^tre plus recherches fi la Voie étoit moins commune. 
Avant de filer ce biffus , on le laiffe quelques joiu^ 
dans la cave afin quTl s*humeâe & fe ramolliffe ; en- 
fuite on le peigne pour ' en féparer la bourre & les 
autres ordures , & on le file çomnxe la foie. Il eft bon 
d'obferver que ce biffus ne prend point la teinture 
fjuis en être altéré. Foy^i Pinne marine y& Us Mém. 
Je CAcad. des Sciences ^ ann. iji^^p^^ 2,04. 

BissxJS 9 Bijfus. Genre de plante cryptogame, de 
la famille des Algues , ait M. de ia Marck , qui a beau- 
coup de rapport avec les conferves , & qui comprend 
^es fubfiances qui naifient fur des matières humides: 
çlles ont l'apparence ou d'un duvet poudreux plus ou 
moins coloré , ou d'un duvet filamenteux , à filets fim- 

Î>les y cylindriques , tantôt ramifiés , tantôt en réfeau y 
buvent articulés , & plus ou moins longs. Quelques- 
uns regardent les bijfus comme des plantes imp^faites; 
parce qu'elles paroiffent dépourvues de quelques par- 
ties qu'on obferve dans les autres. On n'y découvre 
aucunes racines , ni feuilles 9 ni fleurs , ni fruits. 
MicheU , Boccone & Dillen n'ont donné rien de fatîs- 
faifaqt fur les graines des bijfus ou fur la manière 
dont ils fe reproduifent. M. Adanfon dit avoir élevé 
pendant quinze mois des touffes de cette plante dans 
4es bocaux , & avoir reconnu affez clairement que 
chaque articulation féparée naturellement ou par l'art, 
végétoit comme une graîoe , & produifoit une plante 



-^m.^^^ 



BIS ifî 

toute femblable à fa mère. On a un ej^emple de ce 
genre de plante fi fingidier dans le conferva. On eh 
trouve qui reffemblent à un amas de fils de foie , à uh 
tapis , à ime peau de bête à poil , à une toifon dé 
brebis , à un morceau de drap , à ime toile d'araignée» 
M. Haller dit avoir vu les articulations d'un petit 
bijftts vert , & qu'elles fe détachent efFeâivement ; 
mais on doit à M. Adanfon l'expérience qui femble 
prouver que cette plante eft vivipare , comme dé 
certains polypes. Voye^ maintenant l'article tremellc 
On feroit prefque tenté de regarder Cette forte de 
plante comme un corps organique faifant la nuancfe 
ou le paffage du végétal à l'animal. Voici les efpeceS. 
de bijfus connues. 

Bis su s m duvet filamenteux. 

Il y a : Le hipis des caves , FL Franc. ; Bijftts 
feptïca , Linn. ; il a im tiffu très-mou , épais d'enT- 
won deux lignes , fort large , léger , d'abord blan- 
châtre , enfuite brun. Ce tiflli eft formé de filamens 
fimples , très -menus , entrelacés , & reffemble en 
quelque forte à un morceau de drap , ou à une pièce 
d'amadou. On trouve cette efpece dans les caves, fur 
les tonneaux , ou fur leur chantier ; dans les celliers y fur 
les bois qui fe pourrififeilt , & fous les carreaux qui 
pavent les maifons. Le biffas flottant ou ftcur-^d'eau , 
Biffas flos aqua y Linh. 1637; il offi*e des filamens 
courts, plumèux, extrêmement fins, formant à la fur^ 
face des eaux croupiffantes urte croûte verdâtre & très- 
molle. Le bijjus à filamens crolfés & comme grillés 
de toutes parts, È^us cancellata , Linn, ; il flotte, 
comme une moififlure , d'un vert, jaunâtre , dans les 
eaux douces & tranquilles. Le bijJus à filamens fort 
coiuts , formant un duvet lanugineux , d'un pourpre- 
violet , Bijfus pkofphorea , Linn. ; il fe trouve fur les 
bois qui pourriflent. Le bijfus velouté^ Bijffus veLm 
f'^na , Linn. ; cette efpece fe trouve fur la terre & fur 



154 B-I S 

les pierres , oîi elle forme un duvet très-fin , foyeux J 
court & de couleur verte : fes filamens font rameux. 
Le bijfiis doré , Bijfus aurca , Linn. ; on le trouve fiu: 
les murs & fur les pierres ; il forme des efpeces de 
couflînets laineux , convexes , ramaffés , d'un jaune 
rouflâtre , & qui deviennent eriiatres en fe defféchant. 
Le bijfus des cavernes , Bijjus cryptarum y Linn. ; on 
le trouve dans des cavernes , fous des rochers , en 
laponie & en Suéde. Il a des filamens capillaires, 
grifâtres , permanens, & fortement adhérens aux rochers. 
Le bijfus orangé , Bijfus aurantiaca ; M. de la Marck 
idit avoir trouvé cette belle efpece fur des morceaux 
de bois qui pourriffoient & étoient expofés à la 
pluie. Ce bijfus eft affez grand , forme une barbe d'un 
jaune-orangé, compofée de filamens droits, très-moiis, 
longs de dix-huit lignes , comme entrelacés à leiu* bafe, 
.mais libres , & im peu plus épais dans leur partie fupé- 
rieiue. 

B ISS us à tijfu prefque poudreux. 

Il y a : Le bijfus des antiques, Bijfus aneiquieatis, 
Linn. ; c'eft lui qui noircit les anciennes murailles, 
la fuperficie des marbres blancs & des ftatues cal- 
caires fculptées depuis un temps confidérable : il 
«û compofé de filamens très-menus , couverts d'une 
poudre noire. Le biffus poudreux & cendré des 
vieux rochers , Bijfus faxatilis , Linn. Le bijfus 
rouge & odorant, Bijfus jolithus^ Linn. lôjSyMich. 
r. 89 , / 3 : il fe trouve fur les pierres & dans les 
fentes des rochers ; il y forme une croûte large , prefque 
poudreufe , affez rouge dans fa jeuneffe & qui pâlit en 
fe féchant : il exhale une odeur de violette ou d'iris 
affez remarquable. Le bijfus bleu , Bijfus carulea ^ FUFr. ; 
cette efpece , que M. de Beauvois a trouvée fur des 
planches à demi- pourries , forme une croûte mince, 
large , prefque poudreufe , & d'un beau bleu d'indigo, 
mais qiû dçvi^çnt im peu grifôtre en féchant. Le bi^us 



fi j s I55 

Jaiine , Bijfus canddaris , Linn. ; il fe trouve fur les 
vieux murs , fur Pécorce des arbres ^ & fur les bois 
des bâtlmens , à Texpoûtion du vent & de la pluie , oii 
il forme une croûte jaune ^ poudreufe , & qui a Tafpeâ: 
d'im lichen naiffant. Le hijfus pourpre , Bijjiis purpurea , 
FI. Fr. ; cette efpece fe trouve au bas des murailles 
humides & fur le bois à demi-pourri ; elle forme une 
croûte poudreufe , très-étendue , & de couleur de lie de 
vin rouge. Le bijfus vert , Bijfus botryoides , Linn. ; cette 
efpece eft très-commune , & reffemble à une poudre 
verte, répandue fur l'écorce des arbres, fur les pierres 
& fur là terre , dans les lieux obfairs & un peu 
humides. Le hiffus blanchâtre , Biffus incana y Linn. ; 
on le trouve fur la terre nue & glaifeufe , fur le bord 
des foffés & des chemins ; il forme une croûte blan- 
châtre , farineufe & peu cohérente. Le bijfus d'un blanc 
de lait , Bijfus laUza , Linn. ; cette efpece vient fur 
récorce des arbres & fur les moufTes , oti elle forme 
une croûte très-blanche , fpongieufe , farineufe , ou quf 
reffemble à de la chaux. 

Bissus MINÉRAL, Nom donné à Vamianu. Voyez 
ce mot. ' 

BISTORTE , Polygonum bijiorta , Linn. 516. Cette 
plante efl ainfi nommée , parce que fa racine vivace ^ 
oblongue & noueufe efi plus ou moins torfe ou re- 
pliée fur elle-même à la manière du ferpent. Elle pouffé 
des feuilles longues , larges & pointues comme celles 
de la patience , courantes fur leurs pétioles. Ses tiges 
s'élèvent à la hauteur d'un pied & plus , garnies de 
quelques feuilles ; elles foutiennent des fleurs à étaminest 
de couleur purpiurine , rangées en épi & formées d'une 
corolle fans calice, divifée en cinq quartiers ,& portant 
huit étamines. A ceis fleurs fuccedent des femences à 
trois coins. La racine de la bijlorte êû brune en dehors , 
rougeâtre en dedans : elle a une vertu balfamique vul- 
néraire & aflringente ; elle efl aufïi alexipharmaque* 
Oa nous l'apporte feçhe des pays chauds , oii cette 



25« BIS BIT 

plante croît dans les lîeiix humides & montagnettx? 
elle croît chez nous dans les prés & les bofquets. On 
diflingue la bijlonc à racine moins repliée , Bijlorta 
major ^ radicc minus intortd^ C. B. Pin. 191.; Biflona 
major rugojioribus folïis ; Bijlorta ^ Dod. Pempt. 333. 
Voilà pour la grande bijlone : car la petite biflone eft 
défignee ainfi par Cafp. Bauhin , dans fon Pinox^ 193 , 
Bijlorta major , radice magis intortd. 

BISTOURNÉE. Voye^ Dévidoir. 

BISULCE. Voye[ Quadrupède. 

BITARDE ou BISTARDE. roye^ Outarde. 

BITUME , Bitumen. Les bitumes font des matières 
huileufes & minéralifées , qu'on rencontre dans le fein 
de la terre fous une forme fluide , & nageant quelque- 
fois à la furface des eaux , ou fous une forme tantôt 
'moUaffe , tantôt concrète , & plus ou moins folide. 

On ne connoît qu'une feule efpece de bitume liquide ; 
c'eft la ( ou le ) pétrole ou huile de pierre , ainfi nommée 
parce qu'elle découle des fentes des rochers : car il 
paroît que ce qu'on nomme naphte n'eft autre chofe 
que la pétrole la plus fluide ^ la plus blanche & la plus 
piu-e. Voye^ Pétrole, 

Les bitumes folides font Je fuccin , le jayet ou jais y 
Vafphalte & le charbon de terre ■': il y en a de mollafles 
ôc qui poiffent la main comme la pijfajphalte. Voyet 
chacun de ces articles. 

Le défir de répandre quelque jour fiir l'ori^e des 
bitumes ^ queftion intéreffànte fur laqiielle les Natu- 
raliftes ne font point d'accord , nous a engagé à ob- 
ferver foigneùfement , toutes les fois que nous avons 
vifité des minières bitumineufes ^ les différentes fubf- 
tances dans l'ordre où dîes s'y trouvoient y & les iin- 
gularités qu'elles pouvoient omir. Plufieurs phénomènes 
nous ont déjà paru expliqués dans notre Minéralogie , & 
à l'article charbon minéral de ce Dictionnaire T on y lit 
que l'origine des bitumes paroît due à des végétaux 
emévelis dans la terre par des révolutions locales* 

Cette 



BIT 1J7 

Cette opinion eft nouvellement appuyée par des expé» 
riences chimiques , préfentées fous un feul point de 
Vue dans le Diciionnairc de, Chimie , où Pon tâche 
de démontrer que les bitumes font le réfultat des fub-». 
fiances végétales , qui ont été amenées à ces différens 
états de pétrole , de fuccin , &c. par leur union avec 
les acides minéraux , & par leur long féjour dans les 
entrailles de la terre ; car il eft bien démontré qu'il 
n'y a pas un feul cor^s d'une origine bien décidément 
minérale , dans lequel on trouve un feul atome d'huile ,' 
piilfqu'il n'y en a pas même dans le foufre , celle de 
toutes les lubftances minérales qiu approche le plus 
des bitumes. 

L*analyfe chimique démontre que les bitumes , ainfî 
que toutes les matières huileufes concrètes du règne 
végétal & animal , font compofés d'huile & d'acide- 
Ils différent des réfines par leur folidité qui eft plus 
confidérable , par leur indiflblubilité dans l'efprit de 
vin , & par quelques autres caractères chimiques , ainlî 
qu'on peut le voir dans le Dictionnaire de Chimie » 
Entre les bitumes , il y en a d'affez cOmpaûes pour fe 
tailler & fe polir : tels font le fuccin & le jayeU 
Voyez ces mots. On vient de découvrir dans le Der- 
byshire un bitume êUjiique , mou & foffile , & qui 
reunit les propriétés phyfvco-chimiques de la gomme 
élaftique ou caout-chouc ; fa couleur eft d'un brun • 
foncé à l'extérieur , & d'un jaune-verdâtre intérieure-* 
ment ; les morceaux fe trouvent mélangés avec de la 
galène de plomb & du fpath calcaire. Il paroît que 
le bitume éîajliqtie en queftion eft la même fubftance , 
ou au moins une fubftance très-analogue au caoutchouc ; 
mais ce dernier ne fe trouve aujourd'hui que dans 
l'Amérique Méridionale. Ceci confirme donc les an- 
ciennes révolutions qu'a éprouvées notre globe. Voye^^ 

RÉSINE ELASTIQUE. 

Les bitumes étant très-inflammables^& très-abondans ,' 
on les regarde comme une des caufes de la fiUmm^ 
Tome IL R 



ajj BIT B L A 

perpétuelle des volcans , & de tous ces autres phéno-*. 
menés défaftreux qui ont donné lieu à tant de difler- 
tations , & qui méritent bien de fixer encore l'attention 
des Savans. Foye[ Volcans. 

Bitume des Arabes. C'eft un compofé de poîx 
minérale & de poix végétale. Voye[ Pissasphalte. 

Bitume de Judée. Foyci Asphalte. 

BIVALVES , Bivalvia. Nom que l'on donne aiix 
coquilles à deuxbattans , c'eft-à-dire, pièces ou écailles. 
Les HoUandois les appellent doutlaus ; telles font les 
huîtres , les moules , &c. Il y a des bivalves de mer 
dont les pièces font inégales ; d'autres les ont égales 
& femblables l'une à Pautre. Les premiers font les 
huîtres de notre pays ; les autres font la mere-perle , 
k moule , &c. Parmi les bivalves , il y en a dont les 
deux pièces ferment exaûement de tous côtés , comme 
la came , le peigne ; dans d'autres , les deux pièces ne 
ie touchent qu'en partie , & laiflent une ouvertiu-e à 
chaque bout , comme le coutelier. VoycT^ Coquille. 

BIZARDA. Voyc\ et que c^cjl à l'article CITRONNIER. 

BLACOUEL , Blakwellia. C'eft , félon M. de U 
Màrck , un nouveau genre de plante , qui paroît avoir 
beaucoup de rapports avec Vacomas , & qui comprend 
des arbres & des arbriffeaux exotiques , dont les 
feuilles font fîmples & alternes ; & dont les fleurs 
velues, petites & nombreufes , font difpofées en grappes 
ou en panicules : le fruit paroît être une petite capfide 
unilocul^re , polyfperme. Il y a le blacouel à feuilles 
entières , de l'Ifle de France ; le blacouel paniculé ou le 
bois à ccorce blanche , de l'Ifle Bouibon ; le blacouel à 
fleurs axillaires , de l'Ifle de Madagafcar. Les fleurs font 
terminales dans les deux efpeces précédentes. 

BLAIREAU , en vieux françois Taïsson , en latin 
Taxus ou Mêles. Le blaireau qui reffemble au chien 
par le mufeau, eft un animal lourd, bas de jambes. Il 
a le corps alongé , le cou court , les oreilles coiurtes , 
^oi^dies , aflez femblables à celles du rat domestique » 



B L A 2ç^ 

le poîl long , très-épais , & rude à-peu-près comme 
des foies de cochon. Le dos de cet animal eft mêlé de 
noir & de blanc , ce qui lui a fait donner le furnom 
de grifart : les poils de deffous le ventre Ibnt preique 
noirs , ce qui eft affez remarquable ; car dans prefque 
tous les animaux le poil du ventre eft d'une couleur 
moins foncée que celle du dos. Ses jambes , quoique 
coiutes , font très-fortes , ainfi que la mâchoire & les 
dents : les ongles , fur-tout ceux des pieds de devant , 
font trèsr-longs & très-fermes. Il a des caraôeres tran- 
chés & dignes de remarque qui lui font propres : telk 
font les bandes alternativement noires &: blanches 
qu'il a fur la tête , & Tefpece de poche qu'il a entre 
l'anus & la queue. Cette poche afl'et large ne com- 
munique point à l'intérieur , elle ne pénètre guère 
qu'à un pouce de profondeur ; il en fuinte continuel- 
lement une liqueur onâueufe d'affez maityaife odeur , 
qu'il fe plaît à fucer : la queue eft courte '& garnie de 
poib longs & forts. 

Le blaireau , dit M. de Buffon , eft un animal paref* 
feux , défiant , folitaire , qui fe retire dans les ^lieux les 
plus écartés , dans les bois les plus fombres \ & s'y 
creufe une demeure fouterraine ; il femble fuir là fo- 
cîété , même la lumière , & paffe les trois quarts de 
fa vie dans ce féjour ténébreux , d'oïl il ne fort que 
pour chercher fa fubfiftance. Cette demeure eft tor- 
tueufe , oblique , & pouflée quelquefois fort loin. Le 
renard , qui n'a pas la même facilité que lui à creufer 



quitter 

tinelle à l^entrée , en l'infeftant même de fes ordures \^ 
enfuite il s'en empare , l'élargit , l'approprie & en fait 
fon terrier. Le blaireau ne change pas pour cela de 



z6ù B L A 

danger : il n'a qiie ce moyen de fe mettre en fureté ^ 
car il ne peut échapper par la fuite , il a les jambes 
trop courtes pour pouvoir bien courir. Lorfqu'il eft 
furpris par les chiens , il fe jette fur le dos , combat 
long-temps » & fe défend courageufement & jufqu'à 
la dernière extrémité, avec fes griffes & fes dents 
qui font de profondes blejfTures ; quelquefois il 
s accule comme le fanglier & fe lance comme lui 
fur les chiens. Sa peau , comme fa vie , efl fi durç 

3u'il eft peu fenfible à leurs morfures : on dit cepen- 
ant que pour peu qu'on le frappe fur le nez , il en 
meurt. 

La chaffe du blaireau eft un peu laborieufe ; il n'y 
a guère que les bajfcts à jambes torfis qui puiffent entrer 
dans leurs terriers. Le blaireau fe détend en reculatnt , 
& éboule ,de la terre afin d'arrêter ou d'enterrer les 
chiens. Lorfqu'on juge que les chiens l'ont acculé 
Jufqvi'au fond , on fe met à ouvrir le terrier par-deffus ; 
on ferre le blaireau avec des tenailles, & enfuite on 
Je mufelle pour l'empêcher de mordre. 
• Les petits sf apprivoifent aifément , ainfi que l'a 
jobferyé M, de JBuffon : ils jouent avec les petits chiens 
& fiiivent comme eux la perfonne qu'ils connoiffent 
& qui leur donne à manger ; mais ceux que Ton prend 
vieux demeiu-ent toujours iauvages. Ils ne font ni mal* 
faifans , ni goiu-mands comme le renard & le loup , 
& cependant ils font carnafliers ; ils mangent de tout 
ce qu'on leur offre , de la chair, des œufs , &c, ; ils 
préfèrent la viande crue à tout le refte ; ils dorment 
la nuit entière & les trois quarts du jour , fans être 
cependant fujèts à l'engourdiflement que les marmottes 
ou les loirs éprouvent pendant l'hiver. Ce fommeil fré- 
quent fait qu'ils font toujours gras , quoiqu'ils ne 
mangent pas beaucoup ; & c'eft par la même raifon 
qu'ils fuppqrtent aifément la diète , & qu'ils reftent 
Couvent dans leur terrier trois où quatre jours fans 

ÇA iortk.i iw-tout dsns ks îçmps d^ aeige, 



B L A i6i 

Les Blaireaux ûetment toujours leur domkîle propre, 
ils n'y font jamais leur ordure. On trouve rarement 
le maie avec la femelle : lorfque celle-ci eft prêtç à 
mettre bas , die coupe de l'herbe , en fait une efpece 
de fagot qu'elle traîne entre fes jambes jufqu'au fond, 
du terrier , où elle fait \m lit commode pour elle & 
poiu* fes petits. C'eft en été qu'elle met bas , & fa 
portée eft ordinairement de trois ou quati-e petits. 
Lorfqu'ils font devenus un peu grands , elle leur ap- 
porte à manger ; elle ne fort que la nuit , va plus au 
loin que dans les autres temps ; elle déterre Içs nids des 
abeilles - bourdons , & en emporte le miel ; elle prend 
ks jeunes lapereaux , faifit auffi les mulots , lézards , 
ferpens , faiiterelles , enlevé les œufs des oifeaux & tout 
ce qu'elle peut attraper , pour le porter à fes petits , 
qu'elle fait fouvent fortir fur le bord du terrier , foit 
pour les allaiter , foit pour leiu: donner à manger. 

Les blaireaux font naturellement frileux, & ceux 
qu'on élevé dans la maifon ne veulent pas quitter le 
coin du feu : ils s'en approchent fouvent de fi près 
qu'ils fe brûlent les pattes , & ne guériffent pas aifé- 
ment. Ils font auffi fort fujets à la gale: les chiens 
qui entreilt dans leuirs terriers prennent le même mal , 
à moins qu'on n'ait grand foin de les laver. 

L'efpece de blaireau , originaire des climats tem- 
pérés de l'Europe , ne s'eft guère répandue au-delà de 
î'Efpagne , de la France , de l'Italie , de l'Allemagne , 
de la Pologne & de la Suéde ; & elle eft par- tout 
aflez rare. Il n*y a que peu ou point de variétés dans 
Fefpece , & même elle n'approche d'aucune autre par 
les carafteres finguliers dont on a parlé plus haiit. En 
effet , l'efpece de cet animal ne fe trouve point en 
Afrique ni en Afie , & Ton n'eft pas fur qu'elle foit 
en Amérique , à moins qu'on ne regarde comme une 
variété de l'efpece , un animal envoyé de la Nouvelle 
Yorck , & décrit par M. Brijfon , fous le nom de W^zi- 
Tum blanc i & qviant à cette raçç ou variété dont 

R3 



i6i B L A 

parlent les Chafleurs , & qu'ils appellent hlalfeau^ 
cochon ( Du Foiùlloux , dans fon vieux langage ^ 
dit ujfon "porchin ) ; elle n'eft caraûérifée que par 
quelques différences légères dans la grandevir y la 
couleur , &c. , qui font toutes accidentelles ; & les 
plus grandes recherches de^ Naturaliftes n'ont pu 
faire trouver ce prétendu blaireau à groin de cochon. 
On peut donc conclure que le blaireau eft une efpece 
unique & ifolée. 

La chair du blaireau n'eft pas abfolument mauvaife 
à manger , & Ton foit de fa peau des fourrures grof- 
fieres , des colliers pour les chiens , des couvertures 
pour les chevaux de trait. Quant à fon poil , il eft 
toujours gras & ma^-propre. 

Blaireau puant du Cap de Bonne-Espérance; 
M. de Buffon regarde cet animal , décrit fous ce nom 
par Kolbe , comme une efpece tout-à-fait différente du 
blaireau. Cet animal eft le plus grand peteur , le plus 
grand veffeur & le plus puant animal qu'il y ait Ibus 
le ibleil , dit le P. Labat. Cette puanteur eu même la 
meilleure défenfe que la Nature lui ait donnée contre 
fes ennemis; car dès qu'il fent fon ennemi affez près 
de lui , il lui lance en fuyant une bouffée d'odeur fi 
déteftable , qu'elle étourdit l'animal , & l'oblige de fe 
retirer. La bcte puante de la Louifiane fe défend à-peu- 
près de même en lançant fon urine. Voye^ Bête 
puante. 

Blaireau de rochers. Les Zoologlftes Hollan- 
dois l'appellent kUpdaas. C'eft le même animal que le 
daman du Cap. Voyez t article Marmotte BatarD£« 

BLANC, (le) Voye:;^ à t article Quatre DENTS. 

BLANCHAILLE , Rouissaille & Blanquet. 
Noms donnés aux poiffons des étangs qui ne font 
point encore marchands , & plus particulièrement aux 
petits poiffons blancs , dont les Pêcheurs ne peuvent 
encore diftinguer l'efpece , & dont on emploie la chair 
pour faire des appâts. ' 



B L A 16$ 

BLANCHET , Silums fœuns , Lînn. Poiffon du 
genre du Silure : il fe trouve à la Caroline ; il a le 
corps long & effilé ; la tête affez ovale ; les yeux 
noirs , & leurs iris rougeâtres ; la gueule très-fendue ; 
les mâchoires , le palais & la langue garnis d*une mul- 
titude de petites dents aiguës. La première nageoire 
du dos a douze rayons ; la féconde , très-petite , eft 
d'une fubftance charnue ; les pedorales ont chacune 
quatorze rayons ; celle du ventre en a huit ; celle 
de la queue douze ; celle-ci eft échancrée en forme de 
croiffant ; la couleur du corps eft d'un noir cendré. 

BLANG-JAUNE , Salmo Niloticus , Linn. Poiflbn du 
genre du Salmone : il fe trouve dans le Nil ; toute la 
lurface de fon corps eft blanche ; les nageoires font 
d'une couleur jaune ; celle du dos a neuf rayons ; les 
peôorales en ont chacune treize ; celle du ventre en 
a neuf ; celle de Tanus vingt-fix ; celle de la queue 
dix-neuf, celle-ci eft fourchue. 

Blanc de baleine. Voye[ Cachalot à PartkU 
Baleine. 

Blanc-nez. Nom donné à la petite guenon à lèvres 
blanches , dont l'efpece eft rapportée au Mouftac. 
Voyei Moustac. 

Blanc d'Espagne , Blanc de perle ou Blanc 
DE BISMUTH. Foye[ BiSMUTH. On donne auffi le 
nom de blanc d^EJpagne à de la craie très-friable. 

Blanche-coiffe ou Geai de Cayenne, /?/.€«/. 
373. Cet oifeau eft un peu plus gros & plus grand que 
notre geai , mais fa forme eft moins maflive ; le finci- 
put , les joues , la gorge , & le bas du cou font noirs ; 
trois taches blanches lur chaque côté de la tête ; le 
fommet & le derrière de la tête blancs , ainfi que le 
haut du cou , la poitrine , le ventre & les côtés ; le 
dos d'un violet clair , ainfi que prefque tout le refte 
du plumage ; le bec , les pieds & les ongles gris. 

Blanche-raie, eft Vétourneau des Terres Magella- 
niques» 

R4 



L.. 



i64 B L A 

BLASIE naine , Blafia pufilla , Linn. ; & lichm 
fyxidad facit , Michel. ; Mnium llchcnis facit , Dill. 
Mufc. Z37. Cette plante , que l'on trouve fur les 
bords des foffés , & dans les bois humides de TEiuDpe , 
eft très-petite ; elle eft cryptogame & de la famille des 
Algues. Elle a l'afpeû d'un lichen , & fa fructification 
paroît conftituée par deux fortes de parties , qu'on 
prend , l'une pour des fleurs mâles , & l'autre pour des 
fleurs femelles. 

BLATTAIRE. C'eft Vkcrbe aux mites. Voyez ce mot. 

BLATTE DE CONSTANTINOPLE , Blatta ByidJl- 

tma. Nom donné au couvercle oti opercule carti- 
lagineux d'une coquille vmivalve , oblongue , dont la 
fubftance refîemble aflez, à de la corne : il y en a de 
très-grands qu'on nomme feuilles de laurier : cet oper- 
cule étoit autrefois fort en ufage pour fimiiger la 
matrice , & en fuppofitoire. Il y a eu de grandes dif- 
putes entre les Naturaliftes ^ pour favoir fi le blatta étoit 
le couvercle de la pourpre murex , ou fi ce n'étoit pas 
V ongle odorant. Tout ce que nous pouvons dire ici , 
c'eft que les divers blatta que nous avons eu occafion 
de voir , font des opercules de buccin. Voye^^ Ongle 

ODORANT. 

Blatte , Blatta. Nom que Ton a donné à plufieurs 
fortes d'infeûes de nature très-différente , tels que les 
vers qui naiflent dans les oreilles , & ceux qui rongent 
les étoffes ; très -connus fous le nom de teigne. 
'S oytT leur hijloire au mot Teigne. Suivant M. Linr 
Tîceus , on ne doit réunir fous le nom de blatte que les 
înfedes dont les antennes font longues , filiformes , 
dont les fourreaux des ailes font mous & comme mem- 
braneux 5 & dont la poitrine eft aplatie & arrondie. 
Ces infeftes courent affez vite ; ils ont cinq articles 
aux deux premières paires de pattes , & quatre feuk- 
itnent à la dernière ; ils font affez hideux à la vue , & 
remarquables fur-tout par deux appendices en forme 
<ie longues véficules ridées & placées aux deux côtés 



B L A 16^ 

de l'anus : quelques-unes de ces efpeces d'infeftes 
volent , fur-tout les mâles ; car la femelle n'ayant que 
des moignons d'ailes fort courts , ne peut aucunement 
voler. Une autre diftinftion , c'eft que les étuis dé- 
bordent le ventre d'un bon tiers dans les mâles, & 
nullement dans les femelles. 

La larve des blattss ne diffère guère de l'înfefte par- 
fait que par le défaut toral d'ailes & d'étuis. Cette 
larve fe nourrit de farine , dont elle eft très-vorace ; à 
fon défaut elle ronge à la campagne les racines des 
plantes. C'eft de ce même genre qu'eft ce fameux ka- 
kerlac des Ifles de l'Amérique , qui dévore fi avidement 
les provifions des Habitans. Foye^ Kakerlac. Cet 
înfeâe , ainfi que nos blattes , fuit le jour & la lumière : 
tous ces infeâes fe tiennent cacliés dans des trous dont 
ils ne fortent que pendant la nuit. 

Du nombre des blattes font les infeâes qu'on trouve 
fur les lunettes des latrines , dans les bains , dans les 
boulangeries , dans les étuves , dans les cuifines. Ils 
font très-fréquéns dans les poêles des Finlandois , où 
ils rongent leur pain pendant la nuit. On trouve aufîî 
cet infeâe dans les cafés des Lapons : il y en a une 
«fpece qui fe loge entre les écailles des poifTons que 
l'on fait deflecher fans être falés. La blatte des cuifines 
eft l'opprobre des maifons qu'elle habite , par fa fécon- 
dité , fa figure & fa mauvaife odeur ; c'eft la béte noire 
des Boulangers ; Blatta Orientalis de Unnœus. On la 
croit originaire du Levant. 

BLATTI acide , Blatti feu Jambos fylvefins , Rheed. 
Mal. ; Mangium cafeolare rubrum , Rumph. Amb. ; iî/zi- 
{ophora cafeolaris , Linn. ; Bagatbat Camelli^ Raj. Luz, 
8 5 5 N.^ 1 ; Pagapate , Sonnerat. Arbre qui croît au 
Malabar , dans les Moluques & à la Nouvelle Guinée , 
dans les lieux humides. Il eft de la famille des Myrtes , 
& ne s'élève qu'à environ quatorze pieds de hauteur ; 
fa cime eft arrondie ; fes rameaux font oppofés , à 
giiâtre angles tranchans , & d'im rouge-brun ; Técorce 



i66 B L A BLÉ 

eft épaîffe & cendrée ; les feuilles oppofées , orale 5 ^ 
glabres , épaiffes & veineiifes ; les fleurs rouges , 
grandes , folitaires & terminales. Le fruit eft une eroffe 
baie prefque fphérique, enveloppée dans fa moitié in- 
férieure par le calice , auquel elle adhère par fpn fond, 
divifée intérieurement en vingt -fix loges ^ par des 
membranes fines ; chaque loge eft un tiffu véficuleiix 
rempli d'un fuc acide , & dans lequel font répandus 
quelques pépins ovoïdes & anguleux. Le fuc , tiré de 
ce fridt par expreffion , fe donne avec le miel pour 
guérir les aphtes & pour tempérer l'ardeur des fièvres. 
Les Malabares font cuire ces fniits pour les manger 
avec d'autres mets. Ils font , avec fes feuilles pilées , 
un cataplafme qu'ils appliquent fur la tête pour diffiper 
les vertiges , & procurer le fommeil dans les fièvres 
continues. 

PLAVÉOLE. royei Bluet. 

BLÉ ou Bled , ou Froment , Trhkum hyier- 
num , arijlis carens , C. B. Pin. 21 , Tourn. ; Tri' 
ticum vulgart , glumas trituranio dtpomns , J. B. 2 , 
407. C'eft fans contredit de toutes les plantes la plus 
precieufe k l'humanité : c'eft elle qui , dans nos climats , 
fait la nourriture de la plus grande partie du genre 
humain ; elle eft , ainfi que les autres dons du Créa- 
teur , un bien toujours renaiflant , fe rajeuniffant , fe 
perpétuant fans ceffe pour la confervation de l'efpece 
humaine. Quelle fécondité furprenante dans chacun de 
fes grains ! quelle nourriture plus falutaire & plus ap- 
propriée à nos organes , fur-tout depuis que l'art a 
trouvé le moyen de faire de ces grains une nourriture 
légère ! L'origine de cette plante & de fa culture fe 
perd prefque dans l'origine du monde ; peut-être a-t-elle 
été d'abord foulée aux pieds , & n'étoit-elle point plus 
remarquable qu'un fimple gramcn : la culture l'aura 
amenée au point de 'perfeâion oii on la voit ; car on 
obferve tous* les jours que l'Auteur de la Nature a 
donné à l'homme une forte d'empire & un pouvoir 



B LE 4<?7 

prefque createtif fur les fruits , fur les fleurs & liir 
plufieurs autres produôions naturelles ; il les embellit , 
les perfeâionne , les rend prefque méconnoiflables par 
la beauté qu'il leur procure à force de foins & de 
travaux affidus , & par fa fagacité à mettre à profit les 
moyens que lui prefente la Nature. C'eft une forte de 
récompenfe utile & agréable , accordée à l'homme pour 
le fruit de fes travaux. 

Quel que fut le bli dans fon origine que Ton pour- 
roit peut-être connoître par voie de dégénération , 
c'efl préfentement une plante qui pouffe , d'une racine 
compofée de fibres déliées , plufieurs tuyaux de quatre 
ou cinq pieds de hauteur , plus ou moins gros , félon 
la nature du fol , & félon que le gîain a été femé 
plus ou moins clair. Ces tuyaux font garnis d'efpace 
en efpace de nœuds qui leur donnent de la force. Ils 
font creux en dedans , & garnis au dehors de feuilles 
longues , étroites , femblables à celles du chiendent. 
Ils foutîennent à leur extrémité des épis longs, oii 
naiffent des fleurs par petits paquets , compofées 
d'étamines auxquelles fuccedent des grains ovales , 
moufles par les deux bouts , convexes fur le dos & 
fiUonnés de l'autre côté , de couleur jaune en dehors , 
remplis en dedans d'une matière blanche & farineufe , 
avec laquelle on fait le pain. Ces grains font enve- 
loppés dans les écailles qui ont fervi de calice à la 
fleur , & qu'on appelle la balle du froment. 

De tout temps les travaux des Cultivateurs ont 
tendu à recueillir la plus grande quantité poflible de 
We dans un efpace donne , parce que defliné à la 
nourriture de l'homme , fon excellence le rend la 
matière d'un commerce néceffalre qui ajoute encore 
à fon prix. L'on peut avancer que la fécondité des 
hlis dans une terre nouvelle tient quelquefois du 
prodige. 

Pline dit qu'un des Intendans d'Augufl:e lui envoya 
d\m canton d'Afrique où il réfîdoit , une curiofité afïez 



169 BLÉ 

furprenante ; c'étoît un pied de tlé qui contâioit quatir 
cents tiges , toutes provenues d'un feul & même grain 
tle blé ; fi ce fait eft vrai , on peut dire que ce font-là 
de ces phénomènes curieux où la Nature fignale fon 
texceflive libéralité. Cette terre n'étant plus auffi riche 

Eréfentement en principes nutritifs , les chofes ont 
ien changé depuis ; car , fiiivant le rapport exaâ d'un 
Voyageur Angiois , nommé Thomas Shaw , un boijQTeau 
de froment n'y rapporte aujoiu-d'hui que douze , ou 
tout au plus que dix-huit boifTeaux , encore dans le 
meilleur terrain ; au lieu qu'autrefois il rapp'ortoit 
cinquante boiffeaux , & poiu" la fécondité , un grain 
ne produit que douze , quinze ou vingt tiges , quel- 
iquefois cinquante ; mais cela eft extrêmement rare. 
f^oyci Blé de miracle. 

M. Buc^ho[ , dans la cinquième lettre fur Us végétaux^ 
dit avoir vu dans les mains d'un Laboureur , à Caftel- 
naudary en Languedoc , une trouffe de bU compofée 
de cent dix-fept tiges ; cette trouffe lui parut de l'efpece 
qu'on nomme Triticum arijlis longioribus , fpicd alhâ. 
Les tiges avoient cinq pieds de hauteur , plus folides 
& plus groffes que celles du froment ordinaire. Chaque 
€pi contenoit foixante grains , & la trou|re en tout 
fept mille vingt grains. Nous avons vu dans un petit 
terrain du Faubourg Saint-Antoine à Paris , toutes 
les trouffes d'un blé qu'on avoit fait tremper dans une 
liqueur végétale avant de le femer , compofées de 
foixante à quatre-vingts épis: quelle fécondité ! Il 
faut croire que la macération appropriée ouvre les 
conduits des germes multipliés dans chaque grain , & 
les développe & les rend propres à recevoir une plus 
grande abondance de fève. Cette grande multiplication 
tiendroit-elle au principe de la fuperfétation ? 

En France il n'y a rien de décidé fur la multipli- 
cation du bit : cependant on peut dire en général , 
que dans les terres médiocres vm boiffeau de bll^xvi 
rend deux ou trois boiffeaux ^ dans les bonnes terres 



B L È i6<) 

huit & dix , dans les meilleures douze ^ & par extra- 
ordinaire quinze; mais tout cela eft fujet à des varia- 
tions infinies. Il eft des pays oîi , pour procurer la 
multiplication des tuyaux ïiir un pied de froment ^ 
on iait brouter le fuperflu du vert par des beftiaux ^ 
afin de ne laiffer à chaque pied de froment que la fève 
néceflaire pour bien nourrir Pépi principal , & faire 
végéter les épis latéraux. Virgile nous apprend , qu'on 
pratiquoit defon temps cette méÛioà.txLuxuriem fege^^ 
tum tenerâ depajcit in hcrbâ. 

Les récoltes font plus ou moins abondantes fuivant 
que la faifon a été plus ou moins favorable , félon la 
bonté des terres , & les préparations que lui donne 
le Cultivateur intelligent. Ces préparations de la terre 
varient fuivant la nature du terrain , que chaque éco- 
nome doit étudier. En général la bafe de l'agriculture 
eft que la terre foit, avant de femer, bien préparée 
par les labours & par les engrais, tels que la marne, 
le fiimier & autres. Il faut qu'elle foit nettoyée de toute 
herbe étrangère qui enleveroit la nourriture aux blés , 
& lui conferver le plus qu'il eft poflible fon état 
d'humidité fi favorable à la végétation : moyen qu'on 
ne peut employer qu'en faififlant l'inftant propre à 
faire paffer la herfe fur la terre. Les blés pouffent 
alors avec vigueur, donnent en abondance de beaux 
grains; & lorique la faifon devient favorable, on fait 
d'amples récoltes. 

La méthode ordinaire des Laboureurs avant de femer 
le blé^ eft de donner un premier labour à la terre qui 
a rapporté de l'avoine , & dès4ors la terre refte en 
jachère : c'eft-à-dire , fans qu'on lui faffe rien rapporter 
pendant ime année , afin qu'elle profite des influences 
de l'atmofphere, & qu'elle recouvre de nouveaux fels. 
Lorfque la terre s'eft repofée ainfi pendant une année , 
on y feme le blé vers le mois d'Oûobre , après avoir 
eu loiçi de donner deux ou trois labours , fuivant la 

laturç dç te tjrrç, p^odjUJtt l'aQP^Ç dg repos. Le grand 



27Ô BLÉ 

art eft de femer bien également, afin qiie les radnes 
des blés fe répandant également fur la furfàce de la 
terre , puiffent également tirer leur nourriture : on fait 
rapporter à la terre qui a donné du blé cette année , de 
l^voine Tannée fuivante, & à la troifieme année on 
la laiffe repofer. 

M. Duhamel j ce citoyen fi éclairé & fi zélé pour le 
bien public , propofe , d'après M. Tull , une nouvelle 
Culture des terres très-ufitée en Angleterre , la grande 
école de l'Agricultiure ; méthode fur laquelle M. Duha- 
mel & plufieurs bons Citoyens ont fait un nombre 
infini d'expériences. Voici une légère idée de cette 
nouvelle méthode qui paroît avoir de très- grands avan- 
tages , & dont le but eft de difpofer le bU de manière 
à extraire de la terre & de Tatmofphere la plus grande 
quantité de nourriture poflible, & de profiter des 
labours donnés à propos. 

Lorfqu'on veut femer , par exemple , un arpent , la 
terre ayant été préparée par les labours néceflâires, 
on laiffe fur le bord de la pièce deux pieds de terre 
fans la femer; on feme enlulte avec un femoîr fait 
exprès, & qui feme avec égalité, trois rangées de 
froment qid occupent deux pieds de lareeiu* ; parce que 
Ls grains des rangées fe trouvent éloignes de fept à huit 
pouces. On laifle enfuite quatre pieds de terré fans y 
mettre de femence : de ces quatre pieds de terre , deux 
l'année fuivante feront femés en blé y & lès deux autres 
de même , la troifieme année. Après ces , quatre pieds 
de terre laifTés fans femence, on feme encore trois 
rangées de froment , & ainfi de fuite dans toute Féten- 
%' due de Tarpent : on a foin au printemps de vifiter les 
rangées, & d'arracher les pieds de blé qui font plus 
près les uns des autres que de quatre à cinq pouces , & 
de donner aux plates bandes qui font entre les rangées, 
avec une charrue faite exprès, un premier labour, ce 
qui fait taller le blé^ au point que chaque grain qui 
dans l'ancienne méthode n'auroit 4Qnaé quç deux ou 



BLÉ 171 

trois tuyaiix, en produit depuis douze jufqu'à vingt, 
<jiii portent tous de gros épis. Lorfque le bU des iran- 
gées eft en épis , on lui donne un fécond labour qui 
lid fait prendre de la nourriture , en forte qu'il fleurit 
& défleurit promptement , & s'il fur vient des chaleurs, 
il mûrit fubitement. . 

Selon cette méthode , la terre étant toujours dégagée 
d'herbes étrangères, la plante profite de toutes les in- 
fluences deFatmofphere. Il réfulte de diverfes expériences , 
qu'un arpent ainfi cultivé rapporte un tiers de plus 
de blé que fuivant la méthode orcEnaire , & quelque- 
fois le double , par la longueur & la grofleur des tuyaux 
& la quantité de beaux grains qu'ils contiennent. On 
tait entrer en ligne de compte . dans cette méthode le 
prbc qu'il en coûteroit pour les fumiers que Ton emploie 
très-peu, & la moindre quantité de femence qu'on 
eft obligé d'employer. On a l'avantage de recueillir 
trois ans de fuite àwblé^ dont le rapport eft plus grand 
que celui de Tavoine; car la récolte d'avoine n'eft 
effimée que le tiers de celle du froment, C'eft dans le 
livre de la Culture des terres par M. Duhamel , qu'il 
faut voir un détail plus ample de cette méthode , de 
ks avantages , de laTéponfe aux objeâions faites contre^ 
Cette nouvelle culture. 

Quoique cette méthode ait parfaitement bien réuflî 
à quelques Cultivateurs , les dÛBcultés , dit M. Dulia-- 
nid^ fe multiplient à mefure qu'on veut la pratiquer 
plus en grand. Un Payfan n'éprouvera aucun embarras 
à la pratiquer lui-même, & fùrement il fe procurera 
des avantages réels ; le Fermier au contraire qui doit 
faire prefque toutes fes opérations avec des charrues, 
y trouvera plus d'embarras. La difficulté fe réduit 
cependant à avoir l'adreffe d'exécuter le labour dans 
des bandes de terre qui oxit tout au plus trois pieds & 
demi de largeur. On ne doit pas efpérer d'y réuflir 
dans les terres trop difficiles à cultiver. Les vrais, 
principes de l'agriculture étant dén^ontrés dans cette 



271 BLÉ 

nouvelle méthode , après avoir apperçu le but oh îl 
feut parvenir, c'eft à chacun d'imaginer les moyens 
d'y atteindre. 

Des circonftances , qui naiffent de la dlftribution 
des terres, rendent dans certains endroits cette méthode 
impraticable. Une branche de cette nouvelle culture 
qui eft plus aifée à pratiquer, & qui pour cette raifon 
eft déjà adoptée par plufieurs Cultivateurs, c'eft Pufage 
du no\xy çzw femoir qui épargne beaucoup de femence 
par la manière dont il la répand , & qui procure une 
meilleure récolte. 

On a obfervé plus haut que l'on feme le blé en 
automne ; il levé fort vite , il a déjà pris du corps avanC 
l'hiver, auquel il réfifte ordinairement très-bien, & 
cette faifon lui eft très-favorable pour lui faire poufler 
une plus grande quantité de racines. Si on ne femoit 
le blé qu'en Mars , il ne réuffiroit pas ; auflî dans la 
terrible année de 1 709 , les blés ayant été gelés par une 
alternative continuelle de gelées & de dégels, on 
fema en Mars une autre efpece de blé^ que l'on nomme 
blé barbu. Voyez ci-aprh BlÉ de Mars. 

Nous voyons tous les jours j^ie prefque chaque 
plante eft appropriée à chaque climat : c'efl donc ici 
que l'économie de la Providence eft remarquable , en 
ce que notre blé y l'aliment d'une partie de l'efpece 
jiiumaine, foutlent également les deux extrêmes, le 
chaud & le froid. Il croît aufli bien en Ecoffe & en 
Danemarck, qu'en Egypte & en Barbarie. 

Maladies du blé. 

Avant que le blé parvienne à fa parfaite maturité ,' 
il eft fuj'lt à plufieurs accidens & à plufieurs mala- 
dies. Lorfque fon épi commence à fe former , il fur- 
vient quelquefois des vtnts fi impétueux, qu'ils bri- 
fent ou plient la paille du tuyau ; alors la fève ne peut 
plus monter dans l'épi , le grain ne prend plus de nour- 
riture, ne fe remplit point dç farine, il refte petit & 

> menu, 






i 



B L Ê Î7J 

ffièilU, c^eft Ce qii^on nomme des tles retraits. La même- 
chofe arrive lorfque les hlés ont été nourris d^hiimidité, 
& que fiur le champ il furvient de grandes chaleurs qui 
deffechent la paille & le grain; il mûrît fans être rem- 
pli de farine, ce que Pon appelle l'Us échaudés & retraits^ 
Si les vents ou les pluies qui font ainfi verfer les blés 
furviennent lorfque le grain eft déjà formé, il n'en 
réfiilte point le même inconvénient» Au refte, ces 
efpeces de blé font de très-bon pain, mais deux facs 
de blé retrait ne fourniffent quelquefois pas plus de pain^ 
qu'un fac de bon blé. 

La rouille ( rubigo ) éft Une maladie des bUs qui con» 
fifte en ime fubftance rouffe , pulvérulente , de couleur 
de rouille , qui bouche les pores des feuilles & des tuyaux 
du froment , & empêche de croître les parties de la 
plante qui en font attaquées» Elle y produit une défor- 
ganifation, & noircit les tiges. Cette poulîîere, peu 
adhérente, inodore & fans faveur, jaunit tout ce qu'elle 
touche. Si la rouille attaque la plante avant que les 
tuyaux fbient formés , le mal n'en pas grand , il croît 
d'autres feuilles; mais fî elle attaque les jeunes tuyaux^ 
la moiflbn en fouffre, à moins qu'il ne furvienne 
une pluie abondante qui détache la rouille & lave tous 
les tuyaux : on attribue cette maladie à des brouillards 
fecs fuivis d'un foleil ardent. La rouille qui fe trouve 
auj(Ii fur les feuilles du rofier & fur celles du tithy- 
male à feuilles de cyprès , reconnoît la même caulè 
que le givre des plantes, y^oye:^ ce mot à la fuite de 
t article ArbrE. 

La coulure eft une autre forte de maladie des hlés\ 
on la reconnoît lorfqu'au lieu de trouver les épis rem- 
plis de bon grains dans toute leur longueur, on en 
trouve l'extrémité dépourvue, ou lorfqu'ils ne con- 
tiennent que de petits grains fans farine. Cette mala- 
die eft occafîonnée par un défaut de fécondation; s'il 
furvient des jpluies abondantçs & de gros vents lorf- 
gué le blé eft en fleur ;j^ toutes les pouflîeres des éta-% 
Tome Ilm S 



174 BLÉ 

ôiines font enlevées par ces fluides, & la chaîne qui 
ti*a point été fécondée refte petite & fans rarine. On 
prétend auffi que la vivacité des éclairs fait couler les 
tlés. M. Duhamel a vu , après de grands orages , des 
arbres perdre toutes leurs feuilles, & d'autres mourir 
fans quHls paruffent avoir été frappés du tonnerre. La 
gelée qui attaque les épis les fait auifi couler» 

La nidlc & le charbon font deux maladies qui ren- 
dent les blés noirs. Ces maladies ont été fouvent con- 
fondues; elles ont cependant des carafteres qui leur 
font propres , & qui doivent les faire diftinguer Tune 
de l'autre. Il eft vrai que dans. les années oîi les grains 
font irtfeâés de nicUc , on trouve ordinairement beau- 
coup de charbon. 

La nidU eft une maladie qui détruit totalement le 
germe & la fubftance du grain. Toute la partie fari- 
neufe du grain & fon enveloppe font réduites en une 
pouffiere noire & de mauvaife odeur, qui n'a nulle confif- 
tance. Cette pouffiere légère eft facilement emportée par 
les vents & lavée par les pluies : elle ne peut donc point 
faire de tort aux grains làins que l'on enferme dans la 
grange, & il ne paroît pas même que cette pouftîere 
loit contagieufe comme celle du charbon. 

La maladie de la nielle peut fe reconnoître dès les 
mois de Mars & d'Avril , lorfque l'épi eft encore tout 




Lorfque l'épi fort eniuite des envelopp< 
feuilles , il paroît menu & maigre : les enveloppes des 
grains font tellement amincies , que la pouffiere noire 
le manifefte au travers. 

Il y a eu grande diverfité de fentimens fur la véri- 
table caufe de cette maladie , qui paroît être la même 
que celle du givre. Les expériences de M. Aimen lui 
ont fait conclure que la moififfure eft une des caufes 
de la nielle. Après avoir examiné plufieurs grains d'orge, 
& avoir mis à part ceux fur lefquels y. appercevoit 




BLÉ vff 

taclies noires , qui à la loupe fe montroîent cou-» 
Vertes de moififlure , il fenia ces grains , qui tous pro* 
duifireAt des épis niellés ; tandis que des autres graine 
mis en réferve , les uns ou ne levèrent point , ou ne 
produifirent point de nielli, ( Voyez les Mémoires pré* 
fentis à V Académie^ Tom^ ///, 17G0 ^ pag, Sj^ & 
Tom. /f% pag. 3^i. ) Cependant les expériences de 
M. Tillet nous aflurent que la moififlure ne fe com« 
inunique nullement , même en faupoudrant les grains 
avec cette pouffiere noire , & qu'elle eft due à un vice 
interne dont la blancheur du calice ou de l'enveloppe 
extérieure de la fleur , indique Pexiftence avant foa 
développement. On a remarqué dans le maîs &: dans 
rœillet fauvage ^ que ce mal commence par les anthères^ 
& pourroit bien être une maladie diflerente ; car dans 
les autres plantes il commence par le réceptacle de la 
fleur , fous la forme de petits pomts noirs qui gagnent 
peu-à-peu les autres parties de la fleur ^ la corolle &C 
les étamines , fans attaquer autrement le piilil qui 
avorte cependant pour Pordinaire* Des Cultivateurs 
croient avoir reconnu que la £emence du tic qui a 
mûri & féché fur fon pied, avant d'être fcié, n'efk 
que peu ou point fujette à la nielle. 

Le iremede pour prévenir cette tnaladîe , eft celui 
qui convient à la maladie des blés charbonnés dont on 
va parler. 

Le charbon ( ufiilago ) , que l'on nomitie âulïî carit 
ou boffe en quelques pays ^ fur *- tout en Beauce ^ 
cloque dans le Vexiri ^ c/iambucke dans te Lyonnois , &Cé. 
eft une maladie beaucoup plus funefte & colitagieufe 
aux blés que la nielle. Les épis attaqués du charbon , 
font d'abord aflez difliciles à diftinguer des épis fains ; 
maïs lorfque la fleur des blés eft paflee , ils prennent, 
eii partie , une couleur d'un vert foncé tirant fur le 
bleu , & deviennent enfuite blanchâtres. Lorfqu'on vient 
à, preflTer ces grains , q^ii f^^^t petits, & qui àî Pexté-» 
neur paroiflent très- fains , pii les trouve remplis d'unç' 

2^ % 



I 



'vj$ BLÉ 

ifiatiere çraffe au toucher , pulvérulente , brane , tîranf 
fur le noir , & de mauvaife odeur , comme la pôuffiere 
îfe la veÔe-dc-loup. Une partie des grains chatbonnés 
cft écrafée par le fléau ; Todeur de maquereau poiirri 
cjui s*en exhale , rempliffant dans ce moment^la grange, 
incommode les Batteurs. Cette pouffiere noire infeâe 
les bons grains & s'attache principalement aux poils 
qui font à Pextrémité du grain oppofée au germe , ce 
«jue les Fermiers défignent en difant mie ce bit a le 
hvut. Ces gtains ainii infeâés donnent à la farine une 
icouleur vioiétte , un goût & notamment une odeur 
défagréable. On a oblervé que la nitlU endommage 
les grains beaucoup plutôt que le charbon , fit que le 
charbon attaque plus partiailiérement Pavoine que le 
froment ; au refle , la paille des épis cariés déplaît 
aux beftiaux , & fon ulage peut même leur devenir 
|)réjudiciable. 

La véritible caufe de la maladie du charbon n'etf 
pas encore bien connue jufqu'à préfent. Quoi qu'il en 
îbit , l'expérience démontre que cette maladie eft con- 
îagicufe ; & il a paru que les pailles infeâées de cette 
pouffiere , mais qui n'étoient point réduites en fumier, 
communiquoient cette maladie aux grains. La conta*-^ 
gion eft encore plus fenfible , lorfqu'on mêle avec de 
la terre de la poudre ^épis charbonncs. M. Ainun affure 
avoir procure cette maladie par la pouffiere de vcffc;* 
de-bup. De nouvelles obfervations à cet égard poiu-- 
roient donner lieu à une découverte très-importante , 
d'autant mieux qiie cette mabdie fe communique aux 
grains d'autres plantes , comme l'ivroie , & récipro- 
quement. La pouffiere noire fi contagieufe pour le 
froment , rie l'efl ni pour lefeigle , ni pour Vorge carré. 
Le blé de miracle ou de Smyme eft moins fufceptible 
de cette maladie que les^ autres grains; mais les blés 
de Mars en foufFrent de grands dommages , ainfi que 
le forgo. ou grand millet , & la perjicaire brûlante^ On 
peut confulter un Mémoire fur les animalcule du bl^ 



B L Ê 177 

rachuîqm ^ par. Dom Maurice Roffredi; Journal de Phy^ 
fiqut. 6* d'Hifi. Natur^ Janvier & Mars l'jyS. 

A une année abondante en charbon , il en fuccede 
une autre où on n'en trouve prefque pas : la î^ifon 
en eft que les grands hivers âifant fans doute périr 
les pieds afFeâes du charbon , ils arrêtent les progrès 
que cette maladie pourroit faire fans cette heureufe 
circdnfbnce. On peut prévenir le charbon , en chauffant 
le grain avant de le femer , c'eft-à-dire ^ en le lavant 
dans une forte leifive de cendre ^guifée d'un peu de 
chaux vive. 

Ver^pt ou le clou eft une autre maladie différente" 
de la mdk &C du charbon ^ qiii attaque quelquefois le 
froment , mais plus communément le feigte^ Voyez ce, 
qui en eft dità tarâcU S£IGL£« 

Les Cultivateurs ont obfervé qu'un des meilleuïs 
moyens pour fe garantir des bU$ noirs ou mouchetis , eft 
de lefEver la femence daxos^de l'eau de chaux. Cette mé^ 
thod(2i ,, quoique très-bonne ^ eft quelquefois infuffifante : 
le miçux eft d'avoir recours à de fortes leffives alkar 
lines , telli^s que celles de la fonde 9 de k potaffe , des 
cendres ^velées , ou des cendres ordinaires , ou biea 
à u^e forte faxunure de fel marin , dans lefquelles on 
fait paffer le blé en le tenant dans des corbeilles y ainfi 
qu'il' réfulte des expériences qui en ont été faites à 
Trianon par M. Tillet , par ordre de Louis XV; 
M. Puhanid penfe que l'eavt de la leflîve qui a fervj 
à blanchir k linge , en la fortifiant avec un peu de foude 
& doiublant la dofe de chaux vive, produiront les 
mêmef eStts. 

Un Cidtivateur intelligent a appris par l'expérience 
que: la b^onne préparation & l'excellente cidtiire que 
l'on donne aux terres avant de femer , garantiffent auiîi 
beaucoup des blés niellés. La plus sûre méthode pour 
s'en préferver , eft de changer de femence , & 
l'on eftime la meilleure celle qui viwt dans le^ terjci^ 
fortes. 



^17^8 . , B'L Ê 

Il y i des années oh la paille du l^lé eft parfêméè 
de taches noires ; on croit que. ces taches font des 
cxcrémens d'infedes qui attaquent la paille. Si ces in- 
feâes n'endommagent la paille que lorfque l*épi eft 
formé , ils ne font point de tort , mais plutôt ifs ren- 
dent le tlé retrait en interceptant la nourriture. Les 
récoltes font donc plus ou moins abondantes , félon 
que les faifons ont été plus ou moins favorables , tc 
<jue ces caufes de deftniâion, ainfi que quelques au- 
tres , telles que les mulots , vers & autres , n'ont point 
eu lieu. 

On fait que le bU eft une plante robufte qui réfifte 
très-bien à la gelée ; on obferve même que les récoltes 
font plus abondantes lorfqu'il y a eu des gelées , qui , 
empêchant Pherbe de pouffer , donnent aux racines le 
içmps de pouffer , de croître dk^vantage , & de fournir 
enfuite un fuc plus abondant. On lit dans les Mémoires 
de t Académie de Stockholm , qu'on a obfervé que le bU 
^ui avoit paffé l'hiver fous la neige battue & fcellée ^ 
donnoit une récolte plus belle 8c plus abondante ; ce 
qui indiqueroit qu'il feroit peut-être très -favorable 
'de fouler la neige avec deç rouleaux. Ces bons effets 
•font attribués à ce que la gelée pénètre plutôt fous de 
la neige battue , que fous celle qui ne l'eft pas. 

Les caraûeres diftindifs d'un beau hU^ font d'être 

1>efant ^ compaâe , bien mûr, d'im jaune clair ,. bril- 
ant , fec , tonfervant néanmoins une forte de fraîcheur, 
ce que les Marchands appellent avoir de la main. Le 
iU retrait î^ diftingue au premier coup d'œil : on re- 
connoît que le bli a été mouillé ^ lorfqu'il eft d'un 
blanc mat. 

Une année trop humide, aînfî qu^ine année trop 
ïeche y font contraires au ble; Tannée *trop feche dimi- 
nue la quantité , car les blés font petits ; l'année trop 
humide eft préjudiciable à la qualité & non à la quan- 
tité. On reconnoît encore la bonté des bUi, à la quan- 

|lté 4'^u quç boit U ^iaç lorfqu'on la pétrit. Mai^ 



BLÉ ±751 

une des méthodes les plus sûres pour diftinguer les 
bons blés , & celle à laquelle o^t recours les Boulangers , 
e'eft de comparer leur pefanteur fpécifique. Le blé le 
plus pefant à volume égal, eft toujours le meilleur ; 
car il eft bon de faire remarquer que même le blê 
mouillé a ime pefanteur abfolue moindre que le bli 
bien fec. Cette différence eft même fi conudérable , 
qu'un feptier de bon blé & bien fec pefera deux cents 
quatre-vingts livres , au lieu qu'un feptier de blé mouillé 
n'en pefera que deux cents quarante. 

La France eft de toutes les contrées la plus fertile 
^vi froment de toutes les efpeces , principalement dans les 
Provinces qui environnent Paris ; entre autres l'Ifle de 
France , la Brie , le Hiu^epoix ^ la Beauce & le Vexin. 

Lorfque le blé a été récolté , battu & mis dans les 
greniers , il demande des foins pour pouvoir être con-- 
fervé, car il eft fujet à être attaqué par des ennemis 
très-dangereux , tels que rats^ fouris , teignes ^ charen^ 
çons & vers de blé. Voyez ces mots^ 

Confcrvation du ble^ 

' Le charençon , le plus grand deftruâeur du blé , fe 
nourrit de ia fubftance farineufe : cet infeûe fe mul- 
tiplie quelquefois fi prodîgieufement, fur-tout lorfqu'on 
a mis les blés en grange avant d'être parfaitement fecs ^ 
qu'il réduit une grande quantité de blé en fon , & 
qu'on eft oblige de fe défaire de ces blés & de\ les 
vendre à bas prix. Voyc^^ Charençon* 

La teigne eft un petit papillon brun qui dépofe fiur 
les tas de blé des œufs d'oti fortent des vers qui s'en- 
veloppent fous des grains de blé qu'ils réunifient & 
qu'ils détndfent. Us communiquent de plus au blé une 
odeur défagréable, qu*on défigne en difant que le bU 
a 1 odeur de mite. 

Tous les moyens propofés îvifqu'à préfent pour 
garantir les blés des charençons ^ font ou infuftifans ou 
impraticaWes, malgré ks recherches qui en ont été 

S 4 



iSo B L È 

faites par les Naturaliftes , par les Phyficîens & par 
les Amateurs du bien public. L'expérience faite par 
M. Duhamel^ de renfermer du bit attaqué des charen" 
çons dans une caiffe verniffée d'huile effentielle de téré- 
benthine , oîi les charençons fe font très-bien maintenus, 
donne lieu de fe méfier de ces prétendus moyens de 
les faire périr ou de les chaffer avec des décodions 
d'ail ou d'autres plantes d'ime odeur forte & défagréa- 
ble. La feule vapeur du foufre les fait périr , mais 
communique au blé une od|eur défagréable. Si quelqu'un 
pofTédoit le précieux fecret de garantir les blés de ces 
infeûes deftruâeurs , dans les greniers de conilniûion 
ordinaire , l'amour de l'humanité devroit l'engager à le 
<livulguer. M. Argond a déjà propofé de répandre fur 
le plancher d'une grange qiu ne contiendra alors nî 
grains , ni pailles , ni foins , quelques facs de fourmil- 
lieres , parce qu'auffi - tôt les fourmis fe mettent en 
^uête de tous les côtés , attaquent & dévorent en peu 
de )oiifs tous les charençons : il fuffit de balayer enfuite 
& de tranfporter ailleurs la terre des fourmillier'es , 
pour que les fourmis elles - mêmes difparoiffent. On 
peut tenter ce moyen aux approches de 1^ Saint- Jean, 
L'ufage ordinaire, qui ne fait que diminuer le mal 
fans le détruire dans la fource, eft de remuer le bll 
fréquemment , de le cribler &' de le pafTer fur un gril- 
lage de fil de fer en plan incliné , dont les fils Tbnt 
aflëz ferrés pour que le b6n grain ne fafle que couler 
deffûs , tandis que le grain vermoulu & les charençons 
paiTent entre les fils, font reçus dans une poche de 
peau , & fe trouvent ainfi féparés d'avec les bons grains» 
Dans quelques Provinces on mêle des grains de millet 
avec lesbUs^ parce qu'on a remarqué que les charençons 
s'attachent par préférence à ces grains. On a enfuite 
un crible fait exprès , fur lequel on Jette les blés qui y 
font retenus , & le millet avec fa poufliere paffe a tra- 
vers. Dans l'Ouvrage cm a remporté le prix propofé 
par la Société (P Agriculture de Limoges, yî/r/</ manicn 



B LE ^ iSi 

2e détruire Us charcnçons , on lit que ces înfeûes aimant 
la tranquillité , pour peu qu'on les inquiète en remuant 
le blé , & qu'ils ne^Te fentent pas en fureté , ils percent 
les grains où ils ont pris naiflance , ils fortent , ils les 
guittent, & cherchent à fe procurer un autre abri, 
C'eft fur quoi font fondés la plupart Ats bons effets 
qiii réfuîtent du pellàge du blé; dès qu'on les remue 
vigoureufement à la pelle , ces infeftes commencent à 
fiiir ; ils grimpent même aux mur^Ues , lorfqu'il 
s'y en trpuye d'oppofées à leur pafl'age; & dès 
qu'ils font parvenus à la hauteur., ils s'en précipi- 
tent fans rien craindre , à caiife de la folidité de leur 
çuirafTe; après leur chute on les voit quelquefois 
immobiles, non par nife; ou pour contrefaire les morts, 
comme il leur arrive quelquefois, mais par étour- 
diffement ; ils en reviennent peu-à-peu dans fintervalle 
de deux minutes , & ils continuent leur niarche du côté 
oîi rien ne s'oppofe à leur pafiTage ^, à leur fliite. Orx 
eil quelquefois étonné de voir forjiir. dççreffaijns de 
charcnçons d'un tas de bié^ qui peu aypi^ravant avoit 
paru bien faii) , & qui cependant eft prefque à moitié 
rongé. Les çharmçons n'aimenf .pas. fevilement la tran-i 
quillité , mais encore l'obfcurité. Ils fuient conftamment 
la lumière, & s^îs habitent de préférence le coté du 
midi , il n'en.eft pas moins yrai qu'ils afteâent l'endroit 
du grenier le plus abrité , le plus reculé & li^^us, obf- 
cur. Voilà le principal motif pour lequel les ^charcn-* 
çons fe plaifent dans le blé^ pour y faire leur p^onte &: 
s^tn nourrir. Les grains de cç végétal fort rapproclaés par 
leur petitefîe, lés dérobent entièrement à la clarté du 
jour, à une profondeur cependant peu conûdçrable,.à 
deux ou trois pouces au plus;. Pans Uhiver ces animaux 
refient tapis, & fans bouger, dans des trous oti ils 
ne mangeur pas • Des le mois d'Avril ils fe mettent en 
quête; vers les fepj; he,ures du matin. ils mangent avec 
avidité & fans relâthe, ce qui prou^ieieur befoin; en^ 
cette faifon ils ne ^unoient-pas xàhait refter huit jours 



iSi B L É 

fans prendre de nourriture , ils quittent volontiers le hll 
quand ils trouvent un autre aliment plus tendre , de leur 
goût , & la liberté du choix. Ils ne préfèrent le bll que 
pour y dépofer leurs œufs. Au printemps & en ^té , le 
grain , par fa fermeté , par fa configuration , par fa peti- 
teffe , eft de toutes les fubftances peut-être la plus pro- 
pre pour conferVer leurs petits y depuis la ponte jufqu'à 
leur métamorphofe. L'on a obfervé qu'on ne trouve 
guère dans le hU que des charençons jeunes. Ceux-ci ne 
s*en vont qu'après avoir dépofé à leur toiy: une ponte , 
6c leurs générations en fpnt de même. Pour cela la 
femelle fait une piqûre ( avec fa trompe ^ qui eft com- 
J)ofée d'anneaux & armée d'un dard, ) à la peau du 
grain , qui la tient un peu foulevée. en cet endroit , & 
y forme une éruption prefque infenfible. Ces fortes de 
trous ne font point perpendiculaires à la furface du 
grain , mais ils font obliques ou même parallèles. La fe- 
melle ne dépofe ordinairement dans le grain de W«' qu'un 
œuf, au plus., deux. Dans les grains des végétaux qui 
font plus volumineux , elle y en dépofe trois & quatre r 
leur multiplication eft prodigieufe. On a démontré que 
deux charmions y un mâle, l'autre femelle, peuvent 
produire depuis le 15 Avril jiifqu'aiv 15 Septembre^ 
tant par eux que par leur génération, iix mille qua- 
rante-cinq individus. Les jeunes vers une fois éclos, 
s'enfoncÂt dans le cœur, du grain, en rongeant tou- 
jours de^nt eux ; les avenues de ces trous font toujours 
remplies par les excrémens qu'ils laiffent après eux , & 
qui ne différent prefque point en couleur ni en confi- 
nsmce de la fubftance du grain : on diroit d'une poudre 
grenue que l'on reconnôît en la froiffant entre les doigts. 
Le channçon fortant de Vétat de nymphe , eft tout blanc , 
Gtwnme tranfparent ; mais bientôt il acquiert de la 
confiftance & une Couleur de châtaifi clair , t^nt qu'il 
refte dans le grain. Eft-il expofé à l'air , il devient brun. 
On Jie peut trop admirer , à Taidè du microfeope, la 
«naniçre avçc laquçîle le j^harmçon fait ion trou poui; 



B L Ê 28} 

Sortir du grain oîi il a fubi {es développemens. Le mé- 
canifme au bout de fa trompe eft fort fingulier. On 
croit y voir deux efpeces de mâchoires tout-à-&it 
noires , qui s'ouvrent horizontalement , & raclent avec 
une vîteffe & une a6Hvité étonnantes. Confultez le 
Journal {PHiJloire Naturelle par M. l'Abbé Rozier, Mois 
de Janvier lyyz. ' 

La Méthode qu'on emploie ordinairement dans la 
plupart des Provinces pour conferver lès hlês^ eft fujette 
à des déchets & à des frais confidérables, & demande 
des bâtimens fpacieux lorfqu'on veut en conferver de 
grandes quantités; fans compter qu'il eft expofé à la 
rapacité d'un très-grand nomore d'animaux. M. Dukor 
md a imaginé une forte de machine qu'il appelle un 
grenier de confervation ^ & qui mérite par fon utilité, la 
plus férieufe attention & les plus grands éloges. Cette 
machine a l'avantage , i .^ de renfermer une très-grande 
quantité de froment dans le pliîs petit efpace poflîble ; 
2:° d'empêcher qu'il ne fermente , qu'il ne s'y échauffe," 
qu'il n'y contrafte un mauvais goût; 3.^ de le garantir dé 
la voracité des rats , des fouris , des oifeaux, fans Texpo- 
fer à être endommagé par les chats ; 4.^ de le préferver 
des mîtes ^ Sqs teignes , des charençons^ &c de toute efpece 
d'infeûes ; 5 .° de le conferver auffi long-temps qu'on 
voudra , & cela fans frais & fans embarras. On va don- 
ner une légère idée de fes curieufes f è^herches ; mais 
c'eft dans fon Traité de la confervation des grains qu'il 
feut voir ce détail fi intéreffant. 

M. Duhamel a donné des defcriptiohs de greniers de> 
toutes fortes de grihdeiu-s , depuis celui qui luffit pour 
la fubfiftance d'une ^fàfiiille , jufqu'à celui qu'il faudroit 
pour l'approvifiônnement d'une ville entière. Vôicf 
l'idée d\in grenier de moyenne grandeur , propre à con- 
tenir mille pieds aibes de froment : il eft bon d'obfer- 
ver que pour les conferver fuivant l'ufage ordinaire , il 
feudroit un grenier de cinquante-neuf pieds de long fur 
dix-neuf de large. Le grenier dpnt il s'agit doit être fait 



184 BLÉ 

à-peii-près coxnme une grande c^ffe, i laquelle oii 
donne treize pieds en carré fur fix de -haut : on fait 
avec de fortes planches les côtés & le fond : on la 
pofe fur des chantiers. A quatre pouces de ce premier 
tond, on en fait un autre de deux rangs de tringles 
qui fe croifent à angles droits ; on le recouvre d'une 
forte toile de crin, qui empêche le blé de s'échapper, 
& laiffe à l'air un paffage libre, A la partie Supérieure 
de cette caiffe , on fait un couvercle plein , pour empê- 
cher les fouris & autres animaux d'y entrer : on y prati- 
tjue feulement quelques trotis qni s'ouvrent & fe fer- 
ment à volonté : on met le bit dans cette grande 
caiffe ; & pour le conferyer , on fait jouer des foufflets* 
Un homme peut faire jouer , à l'aide d'un levier , deux 
de ces foufflets imaginés par M. Ualcs , & auxquels il 
a donné le nom de vemiiatmrs. Ce fôufflet , ap[diqué 
fi heureufement par M. Duhamel k fon grenier de con- 
servation, afpire l'air extérieur, &, par le moyen d'un 
porte-vent , introduit l'air par un trou pratiqué au fond 
de la caiffe. L'air, pouffé vivement dans l'elpace qui fe 
trouve entre les deux fonds , traverfe rapidement le grain , 
fe charge de rhumi4ité, & fort par les ouvert;ures du 
couvercle fupérieur .: le vent traverfe fi puiflàmment 
le froment y qu'il él^ve dc^- ^ains jufqu'à un pied de 
hauteur. 

G>mme dans nos pays Se dans tous les pays Septen* 
trionaux les blés font toujours humides, M. Duhamel 
exige , avant de mettre le grain dcjns le grenier de con- 
fervation, dé lui donner 4eux préparations : la pre- 
mière, celle du nettoiement; la féconde, celle de Iç f^ire 
paffer à Tétuve. La. manière doi^ ^nous avon^ dit que 
l'on s'y prenoit commimément pour la confeirvarion 
des grain$i, continuée pendant une année , fu^t lorfqu'on 
ne met que peu de grains daiis le! grenier de conferva- 
tion ; m^s lotfque la quantité de bli ^ft grande, ^}^k& 
avoir paffé le grain à travers les cribles, on pwt le laver 
dans l'eau > &ie mettre fécher dans une étuyet Le bU-j. 



B L Ê i8j 

perd toute fon humidité : la chaleur de l'étuve fait 
périr les teignes fanS exterminer les charençons ; mais 
toutes les expériences donnent lieu de penfer qu'ils ne 
peuvent fe multiplier dans le grenier de confervation , 
parce que le bU y eft tenu dans un état de fraîcheiur- 
contraire à leur multiplication. 

Un Fenjïier qui n'auroit que mille pieds cubes de fro* 
ment à cohfefver, peut conftruire à peu de frais une 
petite étuve de cinq à fix pieds en carré avec des claies > 
& réchauffer par le moyen d'un grand fourneau de tôle 
où il mettroit du charbon. On ne dépenfe que pour 
vingt à trente fous de bois pour étuver deux cents pieds 
cubes àt froment. La chaleur de Fétuve pour le paifait 
defféchement, doit être de cinquante à foixante degrés; 
on reconnoît que le Mi eft bien fec , lorfqu'en le caffant 
fous la dent , il rompt comme un grain de riz , fan» 
qiie la dent y faffe impreflîon. C'en dans les fources 
même qu'il feut puifer un plus grand détail de tous 
ces objets. 

Mal|ré les grandes difficultés qui fe rencontrent dans 
la confervation des grains , on a l'exemple d'un ma- 
gàlîn dans la citadelle de Metz , oîi le bU que le Duù 
SEperhdn y avoit fait dépofer, s'eft confervé dans 
fon enïier pendant cent trente-deux ans, ainfi qu'on 
l'apprit par la date marquée fur le b/é mtme. En 1707, 
on en ht du pain qui fut trouvé très- bon ; Louis XIV 
en mangea & plulîeurs performes de fa Cour. [1 s'étoit 
formé à la furface du tas de ce grain , tme croûte qui 
contribua le plus à fa confervation. On-dit qu'à Metz:^ 
les Habîtaris font" dans l'ufage de conferver ainfi du 
b'ie dans des magafins fouterrains , ayant grand foin 
d'y former , par le moyen de la chaux , une croûte 
fuperficielle. Le b^le qui eft fur la furface du tas , germe ^ 
& pouffe une tige qui périt l'hiver ; après cela on eft 
sur que le tas de blé fe conferyera : on n'y regarde 
plus que lorfque la néceflîté preffe les Habita ns. Lors 

'de la inaladie de LquU ^F^ à Metz , en 1744 , ou 



iî6 B L Ê 

fit avec du hié gardé iin fieck & demi , du paîn que 
feu Mgr. le Dauphin goûta & trouva excellent. 

Dans toute TAfrique on conferve les grains dans 
des puits très-profonds , creufés au milieu des rochers , 
& qui font fecs en tout temps : les Arabes les nom- 
ment mattamotes. L*entrée de ces puits eft fort étroite ; 
ils vont en s'élargiffant ; on en tapiffe le fond avec 
de la paille feche avant que d'y jeter le grain î lorfqu'ils 
font pleins , on les ferme d'ime manière bien fimple , 
avec de petits morceaux de bois bien entrelacés , fur 
lefquels on jette du fable, & par^deffus quatre pieds 
de bonne terre en talus , afin que Teau de pluie n'y 
féjoiu'ne pas. Les blés fe [confervent dans ces fouter- 
rains un temps confidérable fans fe gâter , ni fe cor- 
rompre. Il arrive même quelquefois que les proprié- 
taires , qui ont tout à Craindre fous une domination 
arbitraire & defpotique , n'en ofent faire aucun ufage , 
& qu^on ne les retrouve que pluiieurs années après 
leur mort. 

En Ukraine" & dans le Grand-Duché de Lithuanie , 
ks Habitans ne ferrent leurs blés c^ dans de fem* 
blables greniers fouterrains ; mais ils ont foin de ne 
point ouvrir ces foffes à bU tout d^un coup, & de 
les éventer par degrés , fans quoi il en fortiroit, dit- 
on , des exhalaifons fi meurtrières , qu'elles étouffe- 
roient tous ceux qui, par ignorance ou par mégarde, 
fe trouveroient expofés à cette ouverture : c*cft ce que 
l'on apprend de M. Dejlandes , dans fon Traite fur la 
manière de conjirver les grains. L'ufage des mattamores 
eft certainement d'un grand avantage ; en cas d'înceii- . 
die , la perte de l'habitation n'entraîne poijit celle des 
fubfiftances, malheur trop ordinaire dans nos pays. 
yoye:;^ maintenant t article FARINE. Conililtez auiflî les 
Obfervations fur les blés germes , pat le Comité de t École 
gratuite de Boulangerie ^ à Paris ; & Recherches fur 
V origine des mattamores , par M, k ^ Baron de Setyieres* 
Joum^ de Phyf Dec. 178^4 



I 

BLÉ 187 

Bl)É d'abondance. Voyti^ Blé de miracle. 

Blé barbu* ou Sorgo. Voyc^^ aux articles Millet 
6» Ble de Mars. 

Blé de Guinée. Voye^ Millet. 

Blé d'Inde ou Blé d'Espagne. Foyei Blé de 
Turquie. 

Blé ergoté ou cornu, yoyes^ tartlde Seigle. 

Blé De Mars , Triticum œjlivum, Ceft une efpece. 
de ^ût froment qu*on ne feme guère qu'au printemps , 
& que l'on técolte dans la même faifon que le blé 
ordinaire qu'on a femé en automne. Il y en a de deux 
efpeces; l'une qui aies balles renflées , velues & garnies ^ 
de longues barbes , & que l'on nomme bU barbu range , 
Triticum arijèis circumvallatum , granis & fpicâ rubentibus ^ 
glumis lavibus & fplendentibus , Raii Sinopf. 224 ; & 
lautre qui eft ras , c*eft-à-dire , à balles non velues. 
Tous les deux donnent une bonne farine , mais rendent 
peu. Ces efpeces de blé ont été d'une grande reffource 
en 1 709 ; comme les blés furent gelés , on .fema , 
après l'hiver , de ces bUs , qui donnèrent leurs épis en 
abondance au mois d'Août; au lieu que le blé d'au-- 
tomne , que l'on femeroit en Mars , ne donneroit que 
peu de tuyaux & des épis fort petits, dans lèfquels 
le grain feroit à peine formé , à moins qu'après le 
printemps il ne furvînt un temps des plus favorables 
pour le froment. 

La paille du blé barbu diffère elTentiellement de celle 
du ble ordinaire ; car elle eft pleine de moelle , & n'eft 
creufe que vers le pied ; auÔî cette efpece de blé étant 
fur pied, eft-elle moins fujette à être'attaquépar les in- 
feôes ; ou fi la paille l'eft , le grain n'en fouffre point, 
& eft toujours plein , dur & pefant. 

Dans les hivers doux , les blés de Mars ne periflent 
point , & dans ce cas ceux qu'on a femés en automne 
viennent plus beaux, & donnent plus de grains que 
ceux qu'on a femés vers le printemps. Ces blés font 
auffi fujets à la nielle que les blés ordinaires. 



iM BLÉ 

Deux raîfons empêchent les Fermier^ de femer beau- 
coup de ces bUs de Mars ; Tune , parce que quand ils 
font à leur maturité , ils s'égreneht trop ailément ; 
& la féconde, parce que s'il ralloit femer leurs blés 
dans le temps de Mars , ils ne pourraient fuffire à 
tous leurs travaux. Il eft cependant eifentiel que les 
Fermiers en recueillent une certaine quantité pour fervir 
de reffource dans les cas malheureux. 

Blé de Miracle , Triticum fpicd multipUci^ C. Bauh, 
Tourn. Inft. 512; Triticum turgldum , Linn. Cette ef- 
pece de bli^ qu'on nomme auffi bU de Smyrru , Sabonr 
dance ou de Providence ^ modmt ^ outre Tépi principal, 
des épis latéraux. Il n'eft pas rare de voir des trouffes 
de ce bli compofées de trente-fix tuyaux ou chalu-* 
meaux , & chaque chalumeau avoir dix épis , dont 
Pun occupe le milieu. Tous ces épis de chaque cha- 
lumeau réunis forment un volume plus gros qu'un 
ceuf de poule ordinaire. Chaque épi contient trente , 
trente-cinq à quarante grains , & le total des épis eft 
de trois cents cniquante grains ou environ ; & le pro- 
duit total des trente-fix brins ou chalumeaux fera de 
douze mille fept cents quatre-vingts grains ou environ , 
pour la fécondité d'un feul. C'eft fans doute de ce 
blé dont le Gouverneur de Byzance envoya à Néron 
une trouffe compofée de trois cents quarante tiges. 
Ceft probablement le même que Pline cite , & dont 
nous avons fait mention à l'article Bli froment. De fept 
livres de femcnce , on en a retiré quatre cents trente 
livres de grain*; , dont] on a fait de bon pain. Suivant 
M. Bourgeois , on grue le bli de Smyrru comme Pcrge 
& l'avoine , & on en fait d'excellentes foupes ; mais 
ce grain ne peut réuflir que dans les terres fubftan- 
tielles , bien amendées & bien cultivées , parce qu'il 
demande beaucoup de nourriture ; femé dans des terres 
trop maigres ou trop feches , il n'a prefique pas d'épis ra- 
meùx. On feme ce blé en automne ; mais étant femé 

çn Mors , iQrfquê la faifoiji dgviçnt favôr^ible , c'efl-à- 

dire, 



B L Ê 18^ 

dîre ^ forfqii'elle eft chaude & légèrement humide , il 
produit davantage que le bU de Mars , que l'on feme 
au printemps. Ce hlé a encore un avantage fingulier , 
c'eft de n'être pas fujet au charbon : on a feulement la 
précaution de l'enfoncer avec la herfe un peu plus 
avant que le blé ordinaire , parce qu'il prend plus de 
racine. Il ne doit pas être femé fi dru que le froment. 
Huit boiffeaux fuffifent pour cnfemeiicer un arpent. 
Ce feroit bien ici le cas de dire, Ofortunatos nimiùm , 
fm fi bona nôrint , agricolas. On connoît auffi un défa^ 
vantage dans ce bU , c'eft que les lièvres en font fort 
friands lorfqu'il eft jeune , & cni'ils le détruifent prefque 
entièrement , fi on n'a pas loin de les éloigner ; & 
quand il éft à fa maturité , la force de fa paille eft 
telle , que les oifeaux s'y perchent & en dévorent tous 
les grains : on éft pour lors obligé d'avoir recours à 
des épouvantaîls. Les gelées fortes lui font auffi quel- 
quefois préjudiciables. Le blé de miracle eft. à-peu-près 
de la même g^offeur que le bU de Mars; mais ion poids 
excède d'un douzième celui du fromeni ordinaire. Au 
refte , le blc de Smyme , fuivaiat M. Adanfon , peut 
être qualifié , préférablement à toute autre plante ^ d?e/^ 
ftu nouvelle. C'eft une monftruofité par excès & plus 
confiante dans la multiplication qu'aucune autre ; néan- 
moins fi on néglige fa culture , il rentre bientôt dans 
l'efpece dont il eft originaire , qui eft en épi fimple 
& régulièrement conformé. 

Blé noir. Voye[ à Varûcle Sarrastn; 

Blé de Providence. Voye^ Blé pe miracle. 

Blé rouge. Voye;^ à [article SARRASIN. 

Blé de Smyrne, Foyei Blé de miracle. 

Blé trémois. C'eft le feigle d'été. 

Blé de Turquie ou Blé d'Inde , connu auffi 
fous le nom de maïs. On donne à cette plante cu-^ 
rieufe & utile le nom de bU d^Inde , Tritkum Indîcum ; 
Frumentum Indictqp. , Mays diSum , C, B. Pin. a-5 ; 
Zca mays^ Linn, 1378 , parce qu'elle tire, dit-on^ 



190 B L Ê 

{on origine des Indes , d'où elle fiit apportée en 
Turquie , Triticum Turciçum , & de là dans toutes 
les autres parties de l'Europe , de l'Afrique & de 
l'Amérique. On donne à cette plante y dans la 
Guienne , dans l'Angoumois & dans le Limouûn 
où on en cultive , le nom de bU d'Efpagne. Maïs 
eft le nom Américain, Quelques-uns l'appellent auffi 
gros millet ; ( en Allemand , Turkijchcr wcitim ; en 
Anglois , Indian Wheat ; en Italien , Maliga^ MclUca^ 
Saggina. ) 

Cette plante pouffe une groffe tige roide , noueufe, 
haute de quatre à fix pieds, & pleine d'une moelle 
blanche qui a le goût fucré. Elle porte fur le même 

f>ied des fleurs mâles &; femelles , mais fans pétales ; 
es fleurs mâles font au fommet de l'épi , compofées 
de trois étamines ou blanches , ou jaunâtres ,. ou pur- 
purines , & formées d'un grand nombre de paniailes. 
Des noeuds des tiges fortçnt des timiques compofées 
de plufieiu's feuilles ; & du fommet de ces tuniques , 
il, fort de longs fîlamens qui font autant de piftils , au 
bas defquels font les embryons de chaque graine. Lors- 
que les étamines font mures, elles s'ouvrent & fé- 
condent ces piftils qui font au-dçffous. Les feuilles du 
hU d^Inde font éngamées , d'un beau vert , très-longues , 
larges d'un à trois pouces , & femblables à celles du 
f oleau ; fes racines font nombreufes , diu-es , blanchâ- 
tres y fibreufes & traçantes. 

La tige fraîche de cette plante , efpece de gramî- 
née , eft de couleur de vert d'eau , & contient un (wc 
de même que la canne à fucre ; on en peut faire un 
firop très^doux , & qui a le véritable goût du fucre. 
On propofe , dans les Mémoires de V Académie , d'effayer 
s'il ne pourroit point fe criftallifér comme le fuc de 
la canne à fucre^ Les Américains tirent auflî im bon 
parti des tiges defféchées ; ils les taillent en pluiieiirs 
lilamens , dont ils font des paniers £( des corbeilles 
^^ diiFérente$ formes & grandeurs. 






BLÉ 191 

L'épi du mtâs croît par degrés , quelquefois jufqu'à 
la groffeur du poignet , & à la longuei^r de près d'un 

f>iedL A mefure qu'il groflit & qu'il mûrit, il écarte 
es tuniques & paroît jaune , rouge , violet, bleu ou 
blanc , fuivant Pefpece ou variété : celle à grains jaunes 
eft la plus eftimée ; c'eft du moins la plus univerfel- 
lement répandue ; Mays granis aureis , Tourn. Inft. 
531. Les hommes Caraïbes l'appellent Aouachi , & 
lei femmes , MarichL On voit des épis , & même des 
grains qui préfentent à eux feids cette bigarriu-e de trois 
& quatre couleurs. Lorfqu'on feme cette plante ea 
plein champ, comme le blé ^ elle ne rapporte qu'ua 
épi; inais u on la feme, ou plutôt fi on la plante 
féparément , même par touffes , à dix-huit pouces de 
diilance les unes des autres , fes racines prenant plus 
de nourriture , elles rapportent plufieurs grappes , c'eft- 
à-dlre, plufieurs épis. Ces grains de blé de Turquie 
multiplient prodigieufement : celui qui croît dans les 
liides , rapporte quelquefois des épis qui ont fept cents 
grains. 

n n'eft peut-être point de plante oîi la diftributiôn 
des grains loit plus lenfible que dans le mdi^ ou blé 
de Turquie. On fe plaît à l'y obferver. Les épis de 
cette plante , fi féconde & fi utile , forment des maffes 
coniques qui ont quelquefois plus de neuf à dix pouces 
de longueur', fur deux à trois pouces de diamètre à 
leur bafe ; nous l'avons déjà dit. Les grains de figure 
elliptique , & un peu plus gros que des pois , font, 
dit M. Bonnet , rangés a la nie fur plufieurs lignes , 
tantôt droites ou parallèles à l'axe de l'épi , tantôt 
courbes ou qui montent en fpirales autour de cet 
axe. Les grains font placés fur ces lignes de façon 
que leur grand diamètre coupe à angles droits Taxe 
de l'épi. M. Bonnet ayant eu la curiofité de compter 
le nombre des lignes , ou des rangées de différens, 
épis , a reconmi que la plupart en avoient douze ou 
quatorze î notrç Obfervatgur ^ curieux dé s^affurer fi 



i^i fi L É. 

l'Auteur de ïa Nature avoit préféré ces polygones $ 
toute autre figure pour la diflributlon des grains du 
hU de Turquie , exanîina enfuite fept cents vingt- 
quatre épis de cette plante. De ce nombre il en trouva 
cent quatre-vingt-dix-neuf oîi la diftribution des grainî 
étoit irrcguliete ^ c'eft-à-dire , où les rangées étoient 
tellement confondues les unes dans les autres , qu'il ne 
put les. fuivre diftinftement d'un bout à l'autre de l'épi. 
11 a reconnu que cette confufîon étoit bien plus grande 
à la bafe de l'épi que vers (on extrémité fiipèrieure. i 
Venons aux épis réguliers , ceu?^ dont les rangées 
étoient parfaitement diftinftes : il en trouva trois où 
la diflribution des grains étoit fur huit lignes ; feize 
où cette diftributiojn étoit fur dix-huit lignes; trente- 
deux fur dix lignes ; foixante-dix-huit fur feize lignes; 
cent quarante-quatre fiir quatorze lignes ; deux cents 
cinquante-deux fur douze lignes. On voit par cet exa- 
men que les polygones de douze & de quatorze côtés 
font ceux qui dominent dans les épis du }>U de Turquie. 
Nous avons dit ci-deffus que les grains de hU de 
Turquie font elliptiques ; cela eft très-vrai , comme 
l'a remarqué M. Bonnet , de ceux qui font placés vers 
le milieu de l'épi ; mais il a paru à cet Obfervateur 
que ces grains s'arrondiffoient à mefure qu'ils s'ap- 
prochoient de la bafe de Tépi ou de fon fommet Quelle 
eft la raifon phyfique de ce changement de forme ? 
Quelle en eft la caufe finale ? Les grains placés dans 
le milieu de Fépi j plus prefles par les grains qui font 
au-deffus & au*deïlous d'eux, que paV ceux qui font 
placés fur les côtés, trouveroient-ils plus de facilité 
a s'étendre dans ce dernier fens que dans le premier ? 
Le blé de Turquie offre une efpéce précoce & une 
efpece tardive ; & l'on en diftingue plufieurs variétés 
par rapport à la longueur de^ la tige , le volume & 
la couleur de l'épi. Le blé de Turquie donne une farine 
blanche , lorfqu'elle eft féparée du fon , & on en 
^'*^ du paûi aiïfiz agréiablç ^ niais qitt €Û pefant ^ & ^i 



BLÉ 29; 

nVft bon que pour les eftomacs vigoitreiix & les per- 
fonnes qui y font habituées de jeuneffe» Cette farine, 
mêlée en petite quantité , comme d'une huitième 
partie , avec de la farine de froment , donne au pain 
un goût favoureux. 

Les avantages que Phumanité retire de ce grain font 
infinis. Une grande partie des hommes & des animaux • 
privés.en font leur nourriture. Cette plante eu cultivée 
avantageufement dans prefque tous les climats des 
quatre Parties du Monde : elle eft un objet intéreflVt 
de commerce dans la Bourgogne , la Franche-Comté , 
la Brefle , oit on engraiffe des volailles qui profitent 
à vuiî d*œil avec cette feule nourriture : les chapons de 
Brefle, fi fort en .réputation , & qui pefent dix à douze 
livres , en font preuve. Cette nourriture fait prendre 
aux cochons un lard ferme : les fameux cochons de 
Naples , qui pefent jufqu'à cinq cents livres , ne font 
engraifles qu'avec ce grain. La chair des pigeons de 
volière qu'on en nourrit , eft blanche & tendre ; leur 
graifle eft ferme & favoureufe. Les feuilles en vert font un 
excellent fourrage pour les beftiaux, qui en font avides • 
Ce blé , qui ne demande à être; femé qu'après 
l'hiver , peut être quelquefois d'ime grande reÔburce ; 
on le mange & on le prépare de diverfes manières^ 
Les Indiens en mangent les grains en vert comme les 
petits pois , ou grilles ou bouillis. On le mêle, comme 
nous l'avons dit , avec la farine du blé pour en faire 
du pain : on en fait aufïi de la bouillie. On a même 
trouvé le moyen d'en faire un mets délicat : on aieille 
les jeunes grappes lorfqu'elles font de la groffeur du 
petit doigt , & encore vertes ; on les fend en deux , &C 
on les fait frire avec de la pâte comme des artichauts. 
On les confit auflî dans du vinaigre comme des corni-» 
chons , & ils font très-agréables dans la falade. Quand 
le grain eft prefque mûr y, il eft encore fucré : nous 
avons dit qu'on peut en manger cpmme d<ss petits, 
pois, & les préparer de même. Les Américains rett* 

T3 



194 BLÉ 

rent de ces grains piles & macérés dans de l*eau l Ufté 
liqueur vineul'e qui enivre ( c'eft la ckicka ) ^ & dont on 
peut extraire un efprit ardent. Les Sauvages de la Loui- 
iiane , dès que le maïs du printemps commence à mûrir ^ 
font une fête qui dure huit jours, pour remercier le Bon 
J^fprity qu'ils logent dans le foleil , de leur avoir fait un 
auiîî beau préfent. Les François de ce pays nomment 
ces réjouiflances la grande fête du petit blé. 

Le blé de Turquie fe conferve plus facilement que le 
froment vulgaiie: il fe plaît principalement dans les 
terres graffes & fortes : le binage que l'on donne au 
pied de la tige , fait qu'elle poufle avec vigueur. Lorf- 
c[ue les feuilles font grandes , & que la pouffiere fécon- 
dante eft diffipée , on coupe une partie des feuilles, 
ainfi que la tête de la tige , afin que la plante prenne 
plus de corps. Le blé de Turquie eft fujet à la nielle ou 
au charbon. Voyez ce que c'eft à Varticle Blé. Mainte- 
nant confultez le favant Mémoire fur le maïs , couronné 
en 1784 , par l'Académie de Bourdeaux: ce Mémoire 
eft de M. Parmentien 

Blé de vache. Voye^ à T article SaRRASIN. 

BLECHNE, Blechnunt ^Linn.Ctû. un genre de plante 
cryptogame , de . la famille des Fougères , qui a des rap- 
ports avec les doradilles , & dont le caraaere diftinftii 
eft d'avoir la fruâification difpofée fur deux lignes 

{)aralleles & rapprochées de la côte des feuilles. Il y ? 
a blechne Occidentale, de l'Amérique Méridionale ; la 
blechnt Orientale , de la Chine ; la blechne Auftrale , du 
Cap de Bo^ne-Efpérance ; la blechne de Virginie ; la 
hlechru à feuilles radicantes , de Madère ; la blechnt du 
Japon. 

BLENDE, Galena inanis aut Pfeudo-galena. Subf- 
iance minérale. Ce mot , dans le langage des Mineurs 
Allemands , fignifie une fubflance qui aveugle ou qui 
trompe , parce qu'il y en a qu'on prendroit au 

{}remier coup d'œil pour de la mine de plomb, tant 
cur tiflu eft également feuilleté ou çompofé de lames 



BLE i9Ç 

Se différentes grandeurs , & difpofées de manière à 
produire quelquefois des cubes. MM. Pott & Margraff^ 
de l'Académie de Berlin , & dont l'autorité eft d'un 
grand poids en Chimie , ont examiné cette fubftance: 
il refaite de leiu"s obfervations , fur-tout de celles de 
M. Margraff^ que la bkndc eft ime vraie mine de :^nc; 
qu'on peut s'en fervir comme de la calamine pour 
convertir le cuivre rouge en laiton. Elk a uiie forte de 
conformité extérieure avec la galène ou mine de plomb 
cubique. Outre le zinc , elle contient du foufre & 
quelquefois de l'arfenic , communément du fer , quel- 
quefois même de logent ; mais qu'il eft très-difficile 
d'en féparer , à caufe des parties arfenicales & volatiles 
avec lefquelles il eft combiné* La blende eft une mine de 
iinc vitreufe ; elle fe trouve dans prefque toutes les 
mines en Allemagne , en Suéde , &c. fous différens états 
de couleur , de dureté & de denfité 9 & avec différentes 

f)ropriétés particulières ; l'une eft fort femblable à de 
a corne , & s'appelle hom^blcnâe ; une autre eft noire , 
lamelleufe^ à petites écailles , luifantes^ comme la poix^ 
& porte le nom de pech-hUnde. On en fencontre encore 
une cfpece qui eft brune , jaunâtre ou rougeâtre ^ quel- 
quefois criftallifée & tranfparente comme la mine d'ar- 
gent rouge : celle-ci eft rare & paroît phofphoriqiie ^ 
fi on la frotte dans robfcurité; elle abonde en foufre, 
tandis que Celle qui eft grife & jaunâtre ^ participe 
encore de beaucoup d'arfenic r il y en a aiiffi de ftriée. 

M. Bergmannohferve que pluiieurs variétés éepfeudâ- 
galènes ( fauffes galènes 9 ou efpeces de blertJe ) frottées 
dans les ténèbres , donnent de la lumière : celle d'entre 
elles qui mérite 9 dit-il 9 le plus de célébrité , eft celle 
de Scharfenberg en Mifnie. Frottée avec du verre, un 
os 9 clu fer , ou quelque autre matière dure , elle fent 
mauvais , & dans l'mftant du contaÛ , donne ime 
lumière couleur d'or , même dans l'eau ; & enfin dans^ 
les acides , elle retient cette propriété après une forte 
mandefcence. Jêumal de /'Anbé Rozier , JuiUtt , 1 780^ 

T4 



— •. f 



%ç6 BLE 

M. Dcleu^e obferve qiie prefque toutes les htenédf 
font efFervefcence avec les acides; calcinées, elles de- 
viennent rouges ou grifes. On en compte , dit-iï , deux 
efpeces principales : la première , de couleur obfcure 
ou noire , a pour variétés Xhom^kndc & la ptch-bUndc 
dont il eft parlé ci - deffus , & qui font teffufeires ; la 
firalil'bUnie , qui eft à écailles en parallélogrammes, 
& quelques autres. La féconde eft rougeâtre ; il en eft 
parlé à la fin de cet article. Foye^ Calamine & Zinc. 

Blende de fer, ou mine de fer en bkndcy eft une 
cfpece de wolfram. Voyez ce mot. 

BLENNE , BUnnius. Nom d'un genre de poljfon. 
.Voyez ce mot. 

BLETTE, en latin Blitum. Plante très-commune , qiri 
croît dans les terres graffes , dans les potagers , & dont 
on diftingue deux espèces générales ; Tune blanche & 
l'autre rou§e. La première, Blitum album majus^ C. B. 
Pin. 1 1 8 , croît jufqu'à la hauteur de quatre piedSr 
Sa racine eft longue & grofle comme le pouce , & d'un 
ïoût fade. Sa tige eft ferme, blanche & r^pieufe. Ses 
feuilles font femblables à celles de la poirée. Ses 
fleurs font petites, à étamines , verdâtres ; il leur fuc- 
cede des femences oblongues , qui ont beaucoup de 
rapport à celle de Vatriplex ( arroche ) : il y a aum la 
petite blette blanche. La deuxième efpece , qui eft rouge, 
un peu noire, Blitum rubrum majus y C, B. Pin. ii8; 
Blitum nigrum , Ang. , ne diffère , pour ainfi dire , de la 
précédente que par la couleur & par la petiteffe de ks 
feuilles , qui font quelquefois femblables à celles dii 
folanum. Il y a auffi la petite blette rouge. On effime 
leurs vertus humeftantes , rafraîchiffantes & émoUientes» 

Il y a encore la blette épineufe de l'Amérique ; la hlatt 
à fruits en tête , Blitum capitatum , Lin. ; elle croît dans 
quelques régions de l'Europe tempérée & auftrale: la 
blette effilée , Blitum virgatum , Linn. ; elle croît dans la 
Tartarîe , l'Efpagne , le Languedoc & la SuifTe : la bUtt^ 
à feuilles d'anferine , de la TartariÇt 



BLE Î97 

BLEU (le), f^oyei Glauque. 
Bleu d'émail , ou Bleu d'azur , ou Bleu de 
Cobalt. Voyc[ V article Azur & le mot Cobalt. 
Bleu d'Inde. Voye^ Indigo. - 
Bleu-manteau. f^oyc[ Goéland à manuau gris. 

Bleu de montagne, Caruleum montanum. Minéral 
ou efpece. de pierre bleuâtre , tirant un peu fur le vert- 
d'eau , & affez femblable au lapis^-la^uli , ou à la pierre 
Arménienne tTEurope. Voyez ces mots. 

Le bUu de montagne diffère cependant de ces fub- 
ftances , parce qu'il eft plus tendre , plus léger , plus 
poreux & plus caffant : en un mot , il ne. peut recevoir 
le poli , & fa couleur ne réfifte point de même au feu. 
Il ne faut pas confondre la mine de cuivre appelée 
bUu de montagne , avec celle qui eft connue fous le nom 
de mine de cuivre apurée ; le Heu de montagne eft tou- 
jours graveleux , pierreux , fouvent lamelleux fuperfî- 
ciellement ^ quelquefois étoile , plus communément 
folide. 

On trouve cette fubftance minérale en Sibérie ^ en 
France, en Italie , en Allemagne , & fur-tout dans le 
Tirol & la Saxe , près des lieux où il y a des mines 
de aiivre. On la regarde aujourd'hui comme une terre 
colorée par urt ocre cuivreux : quoique l'on fâche que 
cette couleur bleue n'appartient pas feulement aux 
mines de cuivre; car l'expérience a appris que le fer, 
furchargé d'une plus grande quantité de phlogïftîque, 
donne auffi avec l'alkali minéral cette couleur : tel eft 
le bleu de Pruffe ou de Berlin ; & on dit que les Hol- 
landois l'imitent , en faifant fondre du foufre , & y 
mêlant du vert-de-gris pulvérifé. 

On réduit cette pierre en poudre ; on la broie pour 
l'employer en peinture en détrempe ; mais ce bleu dans 
la peintiu"e à l'huile eft fujet à devenir verdâtre , tout 
au contraire du bleu ^ email , qui eft fort vif au jour , 
& qui paroît gris aux liunieres. Voye^^ Cendres 
bleues. 



1^9 BLE B L O 

Bleu d'outremer, f^oyei Lapis-Lazuli; 

Bleu pe Prusse du Commirce, Ce n'eft poîilt une 
produâion de la Nature , c'eft une compofition tirée 
du fer divifé par un acide , & par le moyen de Talkali 
fixe végétal, bien phlogiftiqué , &c. M. Baunach^ 
apothicaire à P Hôpital miluaire de Met^^ a configné dans 
le Journal dt Phyfiquc , &c. Avril lyyS , des Ôbferva- 
lions chimiques nir la préparation du bleu de Prujfe^ 
ufîtée en Souabe près d'Augsbourg, dans les Fabriques 
en grand. Confultez aufli le Dictionnaire de Chimie. 

Le bUu de Pruffe naturel eft un fer qui s'eft uni avec 
Talkali minéral & le principe inflammable. Cette fub- 
tance préparée par les mains de la Nature , eft fort rare. 

BLEUET. Nom que Ton donne en Canada à Vairclle, 
Voyez ce mot. 

Bleuet eu auffi le nom du martin-^pécheur , en Pro 
vente. 

BLONGIOS de Suiffe, pi. enL ii'^j Ardeota. Oifeau, 
l'un des plus petits du genre des Hérons , & de la fec- 
tiort de ceux que M. de Buffon nomme crabiers^ de 
l'ancien Continent. C*eft le petit butor SEdyt^ards ; il n'eil: 
pas plus gros qu'un râle , & il habite les marais de la 
Suiffe. On en difliingiie deux efpeces ou variétés .* la 
première a le bec & les pyds d'un vert-jaunâtre , le 
deffus de la tête & du corps, Snfî gue les pennes des ailes 
& de la queue , d'un noir vert-brillant & lul peu doré ; 
le cou , le ventre , le deffus des ailes font d'un gris* 
fauve ou marron : un blanc mêlé d'une légère teinte de 
feuve marque le bas-ventre ; celles de la poitrine font 
Cfuelquefois mêlées ou variées de grandes taches noires. 
Cet oifeau replie fon cou , l'efFace quelquefois au point 
de paroître n'en point avoir , & que fa tête femble 
pofer fur le haut de fon dos : à volonté il déploie fort 
cou , & frappe de la pointe de fon bec qu'il tient fermé. 
JLa féconde efpece ou variété de blongios eft coiffée d'un 
noir-verdâtre ^ avec des bords couleur de marron fur le 
front ; tout fon phunage eft d'un roux plus oi\ moin^ 






B L U 29^ 

fotîcé. fl y 5 lift hlongios tacheté , Ardeold navia : on 
foupçonne qiie c'eft la femelle , ou un jeune de la pre- 
mière efpece. Ses couleurs font moins foncées. 

BLUET , Cyanus , J. Bau. 3,11; Cyanus fegetum , 
flore cxruleo , C. B. Pin, 273 , Tourn. 466 ; Cyanus 
fos y Dod. Pempt. 251 ; Jacea fegetum , Centaurea 
cyanus y Linn. 1289. Cette plante annuelle eft connue 
aiiflî fous les noms Saubifoin^ blavéole^pirooley barbeau ^ 
jàtée des blés & cajje-lunene. Elle croît communément 
dans les champs , parmi les blés. Sa racine eft ligneufe 
& garnie de fibres. Sa tige eft haute, d'un à deux pieds , 
an^leufe , creufe , un peu cotonneufe & branchue. Ses 
feuilles inférieures font découpées profondément & fort 
menues : tes autres font longues , entières , garnies de 
nervures. Elle eft remarquable par fes fleurs terminales, 
à fleurons de différentes fortes ; ceux qui occupent le 
centre de la fleur font plus petits que les autres , & 
panagés en cinq lanières ; ceux de la circonférence 
font partagés en deux lèvres. Les bluets font ordinaire- 
ment d'une belle coideùr bleue. On cultive cette plante 
dans les jardins, où* elle devient double par la culture ; 
& par la femence qui eft oblongue & aigretée , on 
obtient beaucoup de variétés : on en a à fleurs blan- 
ches , couleur de chair , purpurines , panachées , qui 
font fort agréables à la vue par leur élégance. On 
retire , par la diftillatîon des fleurs du Muet commun , 
une eau qui diflîpe la rougeur & l'inflammation des 
yeux ; comme cette eau eft bonne pour éclaircir la 
vue, on lui a donné le nom i^eau de cajje" lunette. 
M. Haller dit qu'on a imaginé en Angleterre de faire 
une couleur de miniature bleue de fleurs de bluety 
comme on l'a fait jaune avec le fafran : l'opération eft 
affez difficile ; il faut feire une efpece de gâteau avec 
les fleiu*ons de bluet , qu'il faut féchcr avec beaucoup 
de précautions. 

BLUET(oifeauy Voyei^ytoviL. 

n y a aufli le ferpmt dit U bbut. 



500 B L U BOB 

BLUETTE. Quelqiies-iins ont donné ce nom à It 
pintade , oifeau d'Afrique, f^oye^ Pintade. 

BOA. Suivant Pline , on nommoit ainfi des ferpem 
ijui étoient fi grands que Ton trouva un enfant tout 
entier dans le corps d'un de ces animaux > que Ton 
avoit tué au Vatican. Lémeri dit que cet événement 
arriva fous le règne de TEmpereiu- Claude , & qu'il fe 
trouve quelquefois de ces ferpens dans la Calabre, 
Pline ajoute que le nom de Boa venoit de ce que ces 
ferpens fe nourriffaient de lait de vache ; M. Dau- 
henton doute qu'il y ait jamais eu d'auffi grands ferpens 
ta Italie j & il ne lui paroît pas vraifemMable que ces 
grands ferpens fe nourriffent de lait de vache ; mais 
il paroît , dit - il , que le nom de boa vient de bos. 
Voyez VarticU Serpent. Le fcrpent itouffcur eft du 
genre du boa. Voyez tarticU Devin. 

BOB A* Arbre des Moluques> dont il eft mention 
dans V Herbier ^Amboint. St% fridts reflemblent affez aux 
myrobolans chebules , mais ils font moins anguleux ; 
l'amande eft d'un mauvais goût. ^ 

BOBAK ou BOBAQUE. Petit quadrupède qui fe 
trouve en Pologne & dans les autres contrées du Nord ; 
il reffemble beaucoup à la marmotte par les habitudes 
naturelles : il fe creuîe de même un terrier qu'il garm't 
de foin ^ & où irpafle l'hiver , y vivant de la pro- 
vifiofl d'herbes fecnes qu'il y a amaffees en été. Son 
poil eft d'un jaune foncé* Les pieds de devant ont une 
efpece de pouce ou plutôt de cinquième ongle : au 
lieu que la marmotte n'a que quatre doigts , le pouce 
liû matique. 

On prétend que le bobak T^?i que quatre dents , deux 
çn haut & deux en bas ; qu'on apprivoife cet animal, 
& que fes manières , alors , font des minauderies qiû 
font autant de plaifir que celles du finge. Quelques- 
uns ont écrit que les bobaques font des animaux her- 
maphrodites ; mais cela eft plus que douteux. Ils font , 
dit-on , fi rufés , que lorfqu'ils fortent pour picorer 



B O B B G D jor 

Sans la plaine , il y en a un qiii fait fentinelle , & qui 
au moindre bniit fiffle pour avertir les autres de ce 
qu'il découvre , & chacun fe fauve dans fon trou^ Des 
Auteurs placent cet animal dans le genre des Marmotus. 
Voyez et mou 

BOBART des Indes Orientales , Bobarticf Indîca ^ 
linn. Cette plante , qui n'efl pas rare aux environs de 
Madras , eft une graminée qui a Tafpeft S\infoucbet ou 
d'im fcirpe. C*eft le Gramen Cyperoïdes Madtrafpatanum ^ 
capitt è fpicis plurimh acuminatis in cacuminc cauli^ 
glomerato , Pluk. Alm. 

BOBR. Ce nom qui veut dire cajlor^ eft donné par 
les Ruffes de Kamtichatka , à la faricovimne. Voyez 
a mot, 

BOCAMELE, Nom que les Italiens donnent à une 
tfpece de telette , qii^ Jlrijiou a décrit fous le nom 
ffittide , & qid ne fe trouve guère qu'en Sardaîgne. 

BOCCA DTOERNO. Nom donné ea Italie à un. 
météore qui paroît fouvent aux environs de Bologne , 
lorfqu'il fait obfcur. Ce font des exhalaifons enflam- 
mées , auxquelles les gens du pays attribuent la malice 
de chercher à égarer les voyageurs. Les gens du peuple 
en difent autant parmi nous de ce qu'on appelle feux, 
follets. Voyez ce mou 

BOCCONE , Bocconia frutefcms , Linn. ; Bocconia 
râccmofa , fphondiHi folio tomtntofo , Plum. ; Chdidc^ 
nium majus arboreum y foliis quercinisySlozn. Jam. Hift. ; 
Cocoxihuid y Hem. Mex. 158. Petit arbriffeau qui 
croît natiu-ellement au Mexique , à la Jamaïque , dans 
rifle de Cuba & dans celle de Saint-Domingue : il 
s'élève à la hauteur d'environ neuf pieds ; il a quel- 
ques rapports avec les chilidoiries. Son tronc eft creux 
& moelleux comme celui àxifunau ; toutes fes par- 
ties donnent un fuc jaimâtre , dont on fe fert dans le 
pays pour teindre de cette couleur. 

BODDART , Gobius boddarii , Pallas. Poiffon du 
gçojç du Ç^ic ; Q^ ^jt qu'il fe trouve dans lia mer de 



joz B (E T B (E U 

rinde. Il eft à-peu-près de la grandeur du goujon or- 
dinaire ; la tête obtufe ; la membrane des ouïes d'une 
couleur bleue , & à quatre ou cinq rayons ; lés écailles 
petites & molles ; cinq rayons mous à la première 
nageoire dorfale , qui eft d un bleu-noirâtre , tachetée 
de blanc; la féconde dorfale .a vingt-cinq rayons déliés 
comme des fils de foie , avec des lignes blanches , dif- 
pofées fix à fix ; les peâorales ont chacune vinet-iin 
rayons; les abdominales, comme réunies en une feulcj^ 
ont en tout trente-quatre rayons ; celle de l'anus en 
a vingt-cinq ; la queue eft bleuâtre & en a dix-huit. 
La couleur du ventre eft d*un jaune pâle ; celle du 
refte du corps eft ardoifée ; il y a des mouchetures de 
brun & de blanc fur la tête ; lept taches très-brunes 
fur chacim des côtés. 

BCETSOI. Nom èa. /Vienne en Laponie. roy. RjiENNEà 

BCEUF. Voyei à l'article Taureau. 

B(EUF A BOSSE. Foye^^ BiSON. 

BcEUF d'Afrique. Foye[ Buffle. 

BcEUF DES Illinois. Voye^ Bison. 

Bœuf domestique. C*eft le taureau châtré. Foyt^ 
Taureau. 

Bœuf gris du Mogol , de plufîeurs Voyageurs. 
C'eft le NiL-GAUT. Voye[ ce mot. 

Boeuf guerrier & Berger. Voye^ Bakeleys. 

Bœuf de marais. Voye[ Butor. 

Bœuf de mer. f^oye[ Phocas. On donne encore 
le nom de bœuf marin au lamentin , & à la raie au hng 
bec. Voyez as mots. A Saint-Domingue , le bœuf marin. 
eft Vofcabrion. 

Bœuf musqué. Nom donné à une variété de l'urus 
mâle, qui fe trouve dans les parties Septentrionales 
de l'Amérique , & qui eft le iijôn du Canada, Voyes^ 
Bison & Urus. 

Bœuf sauvage. Foyei â Partide Taureau. a 
regard de l'animal appelé le père aux bœufs des Saw^ 
vages du Canada ^ Voyez à lUttick MamANT» 



B O G B O H 30J 

flOOGO ou BooGOO. Nom donné gar les Nègres 
de la Côte d'Or au mandrill^ grande efpece de babouin. 
Voyez Mandrill. ^ 

BOGUE , Spams boops , Linn. ; Bo§a , fur les bords 
de la Méditerranée ; il eft abondant dans la mer de 
Tofcane. Ce poiffon eft du genre du Sparc Sa lon- 
gueur eft â-peu-près d'un pied; le corps eft long, 
effilé , un peu cylindrique ; la tête courte ; les yeux 
très-grands ; les iris argentés ; la gueule médiocre ; 
les dents petites ; la langue aiguë ; la ligne latérale 
large & brvme. La nageoire dorfale a vingt - neuf à 
trente rayons , dont les quinze premiers font épineux ; 
celle de l'anus a trente rayons. Les écailles font aiTez 
grandes fur le dos , & de couleur changeante d'olivâtre 
en jaune brillant ; le ventre eft de couleur blanche 
argentée. On remarque fur les parties latérales de fon 
corps de légers traits , qui régnent de la tête à la 
oueue , fur quatre lignes de chaque côté , dont les uns 
lemblent être dorés ^ les autres argentés. 

On mange de ces poiffons en Italie ; leur chair eft 
faine 9 d*un goût agréable , & convient aux eftomacs 
\ts plus délicats. 

BOHON-UPAS. Nom d'un arbre qui croît dans 
rifle de Java , & qui paroît être du genre de VAhouaî. 
Voyez ce mot. On l'appelle arbn-poifon , par excellence; 
on prétend qu'il n'y a point de poifon plus fubtil & 
plus dangereux que l'efpece de gomme qui tranflude à 
travers le bois & l'écorce du bohon^upas , & que fes 
vapeiurs détruifent tout ce qui a vie à trois ou quatre 
lieues à la ronde ; on afture que le Mataram ou Em- 
pereur de rifle , le fait recueillir par les crinûliels 
condanmés à mort. La plupart y périflent ; mais quel- 
ques-uns en revierment , & obtiennent alors leur grâce. 
Le Prince pourvoit même à leurs befoins pendant le 
tefte de leurs jours. Ainfi dans l'efpoir de conferver la 
vie , ils ne balancent point à fe charger de cette com- 
jpaiflion périlleufç, 11$ ont fouj ai prendre le vent, U 



\ 



304 B O I 

recueillent I4 gomme dans une boîte, d'argent ou 
d'écaillé de tortue. On afTure qu'il en revient à peine 
un fur dix. On trempe dans ce poifon la pointe de 
toutes les armes. Il faut en convenir , fi le bohon-upas 
>xiftoit dans un Royaume d'Eiu-ope , il feroit bientôt 
détruit ; mais le Mataram de Java le conferve avec 
foin comme un don précieux de la Providence. Con- 
fultez Journ. ginér. de Franc, n.^ 74 ; & Journ. dt 
Paris , n*^ 139» d'après les Mélanges de lÀttérdturc 
étrangère^ tom. i.*" , 1785. f^oye^ Ippo. 

BOICININGUA de Marcgrave ; ou BoiQUiRA des 
Brafiliens , Crotalus horridus , Linn. ; Serpms crotalo- 
phora , feu Vipera caudijbna , AmerUana , Seba. Ce 
ierpent du genre de ceux à queiu formante ou à cW- 
nons , eft commun aux deux Indes 9 & particulière- 
ment dans les Occidentales ; il eft très-dangereux par 
fon poifon , & communément défàgréable par ion 
odeur. C'eft le cafcavel des Portugais , & le tangedor 
des Efpagnols. 

Ce ferpent , qui eft du premier genre , n*a guère 
plus de iix à huit pieds de longueur , & eft quelque- 
fois de la groffeur du bras. On en voit deux de cette 
taille dans le Cabinet de Chantilly. Sa tête eft plate 
en deffus , étroite ou ovale fur le devant , & s'élargit 
en arrière vers le corps : les narines rondes , creufes 
& très-près de la gueule ; fes yeux font étincelans , 
d'un brun foncé , & pouvant , comme les chats , con- 
centrer la lumière dans fes yeux au moyen de- deux 
tuniques qui s'approchent l'une de l'autre ; fa langue 
eft noire , flexible , fourchue en devant , & comme 
renfermée dans une gaine au fond de la gueule. Le 
deffus de la tête de ce fetpent eft joliment figuré de 
raies noires tranfverfes & latérales , de la même cou- 
leiur de celles du cou qui font au nombre de deux. 
Son dos eft peint de taches d'un brun-noir , difpofées 
fur ime ligne longitudinale , & dont chacune eft bordée 

de blanchâtre. Les écailler qiû g^rfûiTçiit le defliis du 

corps 



B O I 305 

tôtps font d\ine couleur cendrée-jaunâtre ; les grandes 
plaques de l'abdomen font d'un jaime plus clair ; on 
en compte cent foixante-fept fur cette même partie ^ 
& vingt-trois fur la furface inférieiu"e de la queue ; 
ces dernières font comme blanchâtres. 

Sa cqfcabeUt ou crefcerclU ou fonnau eft placée à 
Pextrémité de la queue ; c'efl: un alîembkge d'anneaux 
d'une fubftance de corne très-mince , fonores , emboîtés ' 
les uns dans les autres , & attachés à un mufcle de la 
dernière vertèbre de cet animal» Chaque artîailation 
eft mobile , & , félon M. Vofnuur , intérieurement 
compofée de trois oiTelets gui tiennent 1 un à l'autre 
d*ime manière admirable, marcgrave dit que l'on con- 
noît l'âge de ce ferpent par le nombre des grelots ou 
offelets dé fa fonnette» parce qu'il lui en croît un tous 
les ans. Quot annos Jerpens , tôt habet annulas crepitu'^ 
tulum hoc. La Nature a voulu que ce dangereux animal 
ne pût cacher fa marche ; 'car il ne peut ie remuer fans 
faire entendre fa fonnette. 

Ce ferpent rampe avec tant de vîteffe fitf les ro- 
chers , que les Mexicains lui ont donné le nom d'ec^- 
ami , qui fignifie U vent. Sur terre il marche plus len- 
tement , & même la lenteur de fa courfe ne lui permet 
I»s de pouvoir y pourfuivre les honunes ; mais fa ra- 
pidité , ditM>n , eft extrême fur l'eau , où , quand il 
nage, il reffemble exaftement à une longue veffîe. Il 
y a autant de danger à l'attaquer fur cet élément , 
qu'il y a d'imprudence de refier fur le tillac des petits 
yaiffeauxV quand il nage anprès 1 il s'y Tance avec tant 
de vîteffe , qu'il n^efl plus poflîble d*é viter fes morfures. 
On prétend que ce reptile , l'un des pjus dangereux 
qu'il y ait , n'eft fiirieux & terrible que lorfqu'il pleut , 
ou qu'il eft tourmenté par la faim. Alors il pouffe des 
fifflémehs qiû tiennent beaucoup du bruit que font les 
cigales. Les écailles dont il eft couvert font articulées fî 
librement , qu'il peut les dreffer & même les faire 
bruire, lorfqu'il ç^ ^n CçlerCi Suivant les obferyations 
Tome lU VT 



50^ B O I 

de M. Kabn , de rAcadéniie de Suéde, la mâchoin (te 
ce ferpent eft garnie de quantité de dents canines, Sur- 
tout la mâchoire fupérieure ,où ron-obferve de pliis 
deux longues dents» crochues & aiguës y cachées dans 
une efpece de fourreau ,' d'oii Taninaal, le$ fait fortir 
lorfqii'il veut mordre. ( La forme ,, tant des dents ve* 
nimeufes que des autres , ainfi que celle de toute la 
tête diflequée y eft parfaitement repréfentée & décrite 
•par le Doôeur Miad. Voyez Mechanical .Accotmt of ' 
Peifons , Lond, /747. ) Les Indiens difent qu'on vent 
fouvent le ferpent afonnetu entortillé autour d un arbre, 
les yeux fixés en haut fur quelque écureuil , qui , 
après avoir manifefté fa frayeur par i^s cris & fon 
agitation , tombe enfin au pied de Tarbre , & eft dévoré 
fur le champ. M. Vofmair qui a fait à la Haye de nou- 
velles expériences fur les.effet;s mortels de la morfure 
d'un boiciningua qu'il avoit en vie , dit que les animaux 
qu'on lui jetoit dans fa'cage^ oifeaux, fouris, ténioi- 
gnoient une grande frayeur de ce reptile ; d'abord ils 
cherchoieïîi à fe tapir dans un coin, enfuite ils cou- 
roient comme faifis des angoifles de la mort., à la 
rencontre de leiu" ennemi qui ne ceffoit de fonner de 
fa queue. Watfon décrit fort agréablement cette faculté 
attraâive , ce charme invincible qu'on attribue aux 
boîtininguas quand ils regardent fixeniént leur proie, & 
au moyen de laquelle tous les animaux devroient 
comme accourir , ou tomber d'eux-mêmes dans leur 
gueule béante. 

Ces ferpens fe raffemblent tous aux approches de 
l'hiver, & paffent cette faifon enfévelis fous terre ou 
dans lés fentes des rochers , & m reparoiffent qu'au 
printemps. Les Indiens faififfent ce temps , pîi ils font 
foibles. & encore engoiurdis , pour les détruire. Des 
Nègres ou Efclaves qui favent les furprendre quand 
ils font entortillés , ou, comme ils difent , endormis, 
les faififfent très-promptement près de la tête ; le (e^ 
|)ent veut fe débattre ^utoar du bras ^ vom fes mou? 



B O I 507 

Yemens font îrifruftiieux. C'efl aînfi qu'on les prend 
en vie. De tous les ferpens, qui croiffent dans T Amé- 
rique Septentrional^ , le boiciningua qui . s'y trouve 
auffi , eft celui qui franchit le pltis grand efpace ; ce- 
pendant cet efpace ne s'étend jamais au-delà de I9 
moitié de fon corps. Se replier en cercle , s'appuyer 
fur fa ,queue , s'élancer fur fa proie , la bleffer & fe 
retirer^ ji'eft pour lui qu'un inîlant. On a cru remar- 
quer que le bruit de leurs grelots eft autant l'effet de 
là crainte que de la colère, & leur fert auiS poiur 
appeler leurs femelles au temps de l'accouplement. 

Ces ferpens ne pondent pas un auflî grand nombre 
d'œufs que les autres;. par conféquent us ne multi- 
plient pas tant ; mais en échange ils vivent plufieurs 
années. Les Indiens en mangent la chair , qu'ils trou- 
vent très-bonne ; mais qui , â ce qu'on afllire , devient 
un poifon lorfque l'animal s'eft^ mordu > comme il lui 
arrive quelquefois dans fa fureur. 

Dans les^ranJkSions Philofophiqu^s , Ton trouve ime 
ample differtation renfermant pluueurs expériences que 
le Capitaine Hall a faites dans la Caroline , touchant 
les {effets de la morfure du boiciningua fur divers ani- 
maux. Il fit attacher à un piquet un de ces ferpens à 
fonneue , long, d'environ quatre pieds. Trois chiens en 
furent mordus. Le premier en mourut en moins d'un ' 
quart de minute. Le fecond , mordu peu de temps après, 
mourut au bout de 'deux heures dans des convuluons. 
Le troifieme , mordu une demi-heure après , fubit l'effet 
yifible du venin au. bout de trois heures feulement. 
Quatre jours après une femblable expérience , mourut 
un chien en une demi-minute , & un autre enfuite 
dans quatre minutes. Un chat fiit trouvé mort le len- 
demain. Huit jours agrès ime grenouille mordue mounit 
en deux minutes , & un poulet de trois mois y dans 
trois minutés. Quelque temps après on mit auprès de 
ce boiciningua un ferpent commun blanc , fain & vi- 
goureux ; ils fe mordirent Tun l'autre. Ce ferpent^ a 

• . • ■ y 2, 



^0^ B O ï 

fonruttt répandit même quelques gouttes de fang | 
néanmoins le ferpent blanc mourut en moins de huit 
minutes > & Tautre ne donna auam figne de maladie. 
Oh agita affez le bolciningua poiw le forcer à fe mordre 
jkii-meme , ce qui réuflît, & en moins de douze minutes 
îl mourut. Ceci nous paroît fort furprenant ; feroit-ce 
l'effet d'un excès de colère ? 

Le poifoh de ce ferpent à fonrutu eft fi violent qu'il 
réduit la perfonne qui en a été mordue dans l'état le 
plus fâcheux : il furvient une enflure générale ; la bou- 
che s'enflamme , & ne peut contenir le volume de la 
langue , tant elle eft enflée. Une foif dévorante accable 
le malade : s'il boit, il eft perdu ; la plus petite goutte 
d'eau hâte fa mort , & redouble les tourmens de fou 
.agonie. Parmi ceux qui , blefles par le boiciningua , ont 
le bonheur de guérir , il n'y en a aucun qui ne porte 
toute fa vie les marques de fon trifte accident. Les uns 
xeftent jaunes , ou gardent jufqu'à la mort des taches 
qui confondent leurs traits. Ceux qui paroîffent parfai- 
tement guéris refîentent , pendant une ou deux années, 
auflî vivement que les premiers jours qu'ils ont été 
mordus , de violentes douleurs , accompagnées d en- 
flure. Le remède le plus préfent contre la morfure de 
ce ferperit , dont faffent ufage les Américains , eft d'en 
écrafer la tête , dont ils font un emplâtre. D'autres 
fois ils appliquent fut la plaie , après l'avoir fcarifiée , 
la racine d une plante qu'ils appellent yi/igw/w du nom 
de la couleur rouge de fon fuc. 

La racine de œllinfonla ( de vipérine ) , ainfi que 
quelques autres , eft très-efficace. L*huîle d'olive , le 
beurre , appliqués fur la bleffure & pris intérieure- 
ment , font , de même que le fel commun , du nombre 
des remèdes indiqués par M. Ralm. 

Quelque dangereux que foit ce reptile , im affez 
léger coup de baguette frappé fur fon dos , le fait 
inourir incontinent. Les fignes de mort font fouvent 
équivoques dans les autres efpeces de ferpens \ mai* 



B O I Î09 

par le filence de la fonnette de celuî-cî , on eft fur 
qu'il rie refplre pliis. Les animaux les plus féroces 
tremblent à leur toiu* devant d autres animaux ^renriemî 
le plus cruel de ce ferpmt , eft le cochonrmarmn , qui 
le recherche & le dévore avec avidité fans ei;i être in- 
commodé. Auflî , lorfqu on veut cultiver un champ 
occupé par ces reptiles , commence-t-on par y rçnferr 
mer Ats cochons-marrons. Voyez U Journal Encyclopcdi-r 
que, , 03. lyGx, Nous préfumons que la graiffe qui efl 
un corps infeniible , &dont l'arrangement eft. bien diffé- 
rent chex le porc que chez les autres animaux , eft ua 
moyen pour que la morfure du boidningua n 'altère qii^e 
peu ou point 1 *efpece du cocAo/r. On a encore obfervé 
que par-tout oii croît le pouliot fauvage , du diâame 
de Virginie ^ on ne voit point de boiciningua , & l'on 
prétend que , quand ce firpcnt mord , il s'engourdit 
pour quelques momenSi. Foye[ maintenant 1 article^r- 
pent àjonnctte, 

BOICU AIB A. Serpent du pays des Incas ^ long d'envie 
ron vingt pieds, noir dans la moitié antérieure defon 
corps , & jaunâtre dans le refte. Cet animal fait une 
guerre perpétuelle aux autres ferpens & les dévore ^ 
iiir-tout une efpece àtfcrptnt àfoimtttt. Il n*en con-r 
traâe pour cela aucun venin dans fa chair , puifque 
les Indiens le mangent , dit-on , fans crainte. 

BOIGA , Coluber ahatulla . , Linn. Serpent qui fe 
trouve en Afie & en Amérique ; il eft du troifieme 
genre. Le tronc eft plus long de moitié que la queue j 
fa gr<^eur , vers la tête , furpaffe à peine celle d*unel 
plunie d oie , & elle eft égale à celle d\me plume de- 
cygne , à l'endroit de fa plus grande largeun 

Le boiga a la tête garnie de neuf écailles difpofées 
par paires , excepté qu^entre les yeux il y en a trois : 
celles de la féconde & de la dernière paire font plus 
grandes que les autres. Les narines très-petites & arronr 
dies. Les écailles ont toute leur furface liffe , leur fcm* 
met fans diviûon ,, & ne font relevées par aucune arète^ 

Vj 



iio B O I B O J 

L abdomen eft recouvert par eent foixantc-cîéux grâtt^ 
des plaques , qui forment fur cette partie de légères 
faillies anguleufes. La queue , qui eft très-déliée , eft 
garnie par-deffous de cent cihquante paires de petites 
plaques, La mâchoire fupérieure eft blanche , & le defTus 
de la tête bleuâtre ; ces deux couleurs font féparéespar 
une ligne noire qui s'étend derrière les yeux. L'abdo- 
men eft d'une teinte blanche ; la couleiu" du dos , 
notamment celle de la partie voifine de la tête , eft 
d\m vert-bleuâtre , avec une ligne blanchâtre , qui la 
traverfe longitudinalement. Le bord des écailles eft noir, 
fur-tout vers leur fommet. Toutes ces bordures for- 
ment ime efpece de réfeau , dont 1 effet eft très-agréa- 
ble à la vue , & font fortir la couleiu* principale , 
en forte que le dos de ce yi^^mf paroît moucheté d une 
multitude de taches rhomboïdales , verdâtres , difpofées 
dans un ordre régulier. On a obfervé que les reflets 
de la lumière du foleil fur la couleur du hoiga , lui 
donnoient un éclat femblable à celui de Fon 

BOIGDACU. yoyei Ibiboboca. 

BOJOBI , Boa canina ^ Linn. ; Serpens omatiffîma , 
^Amboinenjis ^ Boiguatrara diSa , Seba Miif. i, t. 8i, 
f . I ; Serpens Bojobi , Brajilicnjis ^ id. t. 96 , f 2. 

Le ferpent défigné par la première phrafe de Seba^ 
eft du deuxième genre , ainfi que l'autre variété, n 
fe trouve à Amboine & à Ceylan : il a le regarcf 
affreux , les lèvres épaifTes & pendantes , les dents 
pointues , cachées dans un fourreau qui %\nionc^ 
dans la mâchoire , & qui eft couvert d une enveloppe 
membraneufe. Les lèvres font bordées de grandes 
écailles , relevéçs en boffe , & d'un rouge pâle. Les 

J^eux font enflammés ; le defTus du corps ^ orangé , 
uifant , parfemé de taches d'un jaune clair , avec une 
bordure d'un rouge foncé*- Ces taches courent en fer- 
pentant fur le dos , & tout cet affortiment de cou- 
leurs 5 diverfement nuancées , produit un effet agréable 
à la vue. 



i> 



B O I jir 

lie ferpent défigné par la féconde phrafe de Seba , 
fe trouve au Bréfil & dans d autres pays de l 'Amé- 
rique ; il reffemblé au précédent , excepté que le fond 
de fa couleur eft le vert de mer , au lieu de l'orangé. 
On affure-que les bojohh entrent quelquefois dans les 
maifons , oîi ils ne nuifent à perfonne ; mais fi on les 
irrite , ils. font des morfures dangçreufes , non par le 
venin^ qu'ils infinuent dans la plaie , comme quelques 
Auteurs Pont avancé , mais en déchirant la partie 
mordue avec leurs dents fines & acérées , ce qui pro-^ 
duit ime inflammation qui efl: fuivie de la mort , fi Ton* 
ne r^nédie promptement au mal. 

Uwuzus dit que dans cette efpece , le deffous de la 
queue eft garni de foixante-dix-fept plaques , & l'ab- 
domen eft recouvert par deux cents trois grandes pla- 
ques. y<rye[ maintenant VarticU GuiMPE. 

BOIQUIRA. f^oyei^ Boiçiningua. 

BOIS. Ce terme a deux grandes acceptions : ou il 
fe prend pour im grand canton de terre planté d'ar- 
bres (^fylva ) propres à la conftruûion des édifices , 
au clwronnage , au fciage^ au chauffage , &c. ^ ou 
pour cette matière dure que nous fournit l'intérieur 
àts arbres & arbrifleaux. 

Le bois proprement dit ( Ugnum ) , varie en pefan- 
teiu: , en denfité , en dureté dans les divers arbres , 
& même dans les mêmes efpeces d'arbres qui ont crû 
dans diiFérens terrains', ou dans des climats différens. 
La denfité du bois a toujours un rapport avec le temps 
de fon^ accroiiTement : les arbres qui crpiflTent le plus 
lentement ont le bois le plus diu: , au, contraire des 
autres. Les couches ligneufes commencent d'abord 
par être molles & tendres avant d'acquérir la folidité 
qu'elles ne prejment que peu-à-peu ; & comme elles 
s'appliquent extérieurement les unes fur les autres 9 
il s'enuiit que les intérieures , dans un arbre bien fain , 
font plus dures & plus colorées que les extérieures, 
& ont leurs fibres plus reflerrées : ce font ces couches. 

y4 



i 



fit B o r 

intérieures qtte Ton. appelle iois; les couches cxtérieit- 
res , qui font plus tendres & communément d'une 
couleur différente , s'appellent atihiffr ; ainfi Vaubur vitii 
lui-même qu\m bois nouveau > fort imparfait , qui n'a 
pas encore acquis toute fa folidité ; mais qui en eft 
lufceptible , comme on le verra ci-après. VaubUr n'eft 
bien diftinâ que dans les bois durs , comme Véhau , 
le gayac ^ la grenadilU , même le chêne & le pin , &c. 
Dans les arbres mous au contraire , c^ii ne peuvent 
as prendre beaucoup de folidité , tels que le ùUeul , 
e bouleau , Vaune , le cdba , le baobab , ôcc. 9 il n'y a pas 
à* aubier ^ ou , pour mieux dire , il n'y a pas de bois ^ 
parce que le corps ligneux refte toujours clans fon pre- 
mier état A* aubier , fans jamais fe durcir. C'cfft cet au-- 
bier qu'attaquent & rongent les infedes qui sW logent 
& s'en nourrirent. Les arbres vigoureux ont plus à^au- 
bier , mais en moindre nombre de couches , que ceux 
qui languirent. Le chêne a communément depuis fept 

i'ùfqu'à vingt-cinq de ces couches, quife rejettent dans 
'emploi que l'on fait de ce bois pour la menuiferie. 

La nature différente des bois , dont les uns fe cou- 
fervent mieux dans l'eau , d'autres dans l'air , les rend 
propres à divers ufages. Il y en a qui font fufceptibles 
d'un beau poli & d'une grande divifibilité , ainfi qu'on 
le voit dans les ouvrages de placage. Plus les bas ont 
de dureté , de folidité , meilleiu-s ils font pour toutes 
fortes d'ouvrages , & fur-tout poiu- le pilotage & la 
menuiferie. Les Allemands, chez qui les Hollandois 
vont chercher leurs bois de menuiferie , ont un fecret 
bien fimple pour leur procurer ces qualités. Au prin* 
temps , lorfque la fève monte en abondance 9 on enlevé 
l'écorce qui fe détache très -facilement , & on les 
laiffe fur pied ainfi pendant toute l'année. Le prin- 
temps fuivant ils jpouffent encore quelques bourgeons,, 
des feuilles, des fleurs & même des fruits (la féconde 
aanée il ne paroîtroît point de fruits) : & 1<h-s de 
la faifon dç la coupie on abat ces arbres^ qui pour 



B O I 3î^ 

lors fournîffent un bois bien meilleur par la durée. 
Suivant les expériences qu'a faites M. Je Buffon , 
Yaubier de l'arbre aiiifi écorcé & laiffé fur pied, devient 
aufîi dur que le cœiu: , il augmente de force & d'in- 
tenfité ; par conféquent cet aubier , qui aiuoit été 
perdu , devient propre à être travaillé comme le relie 
du bois , & n'eu point alors plus fujet que lui à la 
piqûre des vers. 

La connoifTance de la force dés bois , auxquels on 
fait fupporter tous les jours des fardeaitx énormes , 
étant un objet important d'utilité , a mérité l'attention 
des yeux philofophiques du favant Académicien que 
nous venons de citer. Il a fait fur ce fujet im très- 
grand nombre d'expériences , dont on peut voir un 
ample détail dans les Mémoires de P Académie. «Suivant 
fes obfervations , la force du bois n'efl pas propor- 
tionnelle à fon volume : une pièce , doid)le pour ht 
grofTeur d'une autre d'égale longueur , efl beaucoup 
plus du double plus forte. Le^ois de même nature, 
qui dans le même terrain a crû le plus vite , efl le 
plus fort ; celui qui a crû plus lentement , ^dont les 
cercles annuels font plus minces , efl moins fort. La 
force du bois efl proportionnelle à fa pefanteur. De deux 
pièces de même grofTeiu: & longueur , la plus pefante 
efl la plus forte , à-peu-près dans la même proportion 
l'elle efl plus pelante. Une pièce de bois chargée 
implement des deux tiers du poids capable dé la faire 
rompre, ne rompt pas d'abord, mais bien au bout 
d'un certain temps. Il réfulte de ces ingénieufes expé- * 
ricnces , que dans im bâtiment qui doit durer long- 
temps , il ne faut donner aii bois tout au plus que la 
moitié de la charge qui peut le faire rompre. 

Dans certaines contrées oh le travail du' fer efl encore 
inconnu , les Nègres , quoique les moins ingénieux de 
tous les hommes , ont néanmoins imaginé , dit 
M. de Buffon , ( Hiji. Narur. des Miner. ) de tremper 
le bois dans l'hxule ou dans d^ graifTes» dont ils ti& 



? 

m 



iaiffent s'îmbîber , ènfiiite ils l*envelôppent avec dé 
-andes feiiillès , comme celles du bananier ^ & mettent 
►us de la cendre chaude , les inftnimens de iois qu'ils 
veulent rendre tranchans ; la * chaleur fait ouvrir les 
pores du tois qui s'imbibe encofe plus de cette graiffe, 
& lorfqu*il eft refroidi , il paroit liffe , fec & luifant > 
& il eit devenu fi dut qu'il tranche & perce comme 
une arme de ter : des zagaies de tois dur & trempé 
de cette façon ; lancées contre des arbres à là dtibnce 
de quarante pieds , y entrent de trois ou quatre pouces ^ 
& pouiroient traverfer le corps d'im homme ; leurs 
haches de bois , trempées de même , tranchent tous les 
autres bois. On fait bailleurs , continue M. de Buffon , 
qu'on feit durcir le bois eji le paffant au feu , qui 
lui enlevé l'humidité qui caufe -en partie fa moUeffe ; 
aînfi , dans cette trempe , à la /grailfe ou à l'huile , 
fous la cendre chaude , on ne fait que fubftituer aux 
parties aqueufes du bois une fubftance qui lui eft plus 
analogue & qui^cn rapproche les fibres de plu^ près» ' 

H convient de citer ici une expérience de M. Faggot^ 
de Suéde , qui prouve que le bois , lorfqu'il eft im-' 
prégne d'alun , içi'eft plus inflammable : ce moyen fur 
pour garantir les bois de charpente de l'aâion du feu, 
<onfifte à les faire féjourner quelque temps dans une 
eau qui a diflbus ou du viti^ol ou de l'alun, ou même 
vn autre fel qui ne foit point chargé de parties in- 
flammables : par ce même procède , on garantit le 
tois de la pourriture , fur-tout fi,, après l'imprégnation , 
on enduit ce bois de goudron ou de peintiu"e. M. Salberg 
prétend que du bois qui auroit été trempé dans un 
fimple bain de vitriol , ne feroit point infeâé d'in- 
feôes, que les punaifes n'y logeroient point, & que 
la graine des champignons n'y germeroit jamais. Mémoires 
de Stockholm ^ tom. i , 1740, Confultez aufli le Mémoire 
fur les diverfes méthodes inventées jufqilà préfent pour 
garantir d^inceâdie les édifices en bois ^ par M. /'Abbé^ 
iMann i Journ. de Pkyf* OHobt^jyjS , & Avril lyy^m 



Ce Mémoire expofe aiiflî des vues & des procédés 
utiles , par deux illuftrës Anglois (•M. HartUy & Milord 
MahmT) Ces hommes méritent par leurs inventions , 
lîon-feulement , dit M. XAbbt Mann , la reconnoiflance 
de leurs Concitoyens & de leur fiecle , mais auffi de 
toutes les Nations & de la Poftérité. - - 

Quel objet plus intéreffant que la confervation des 
hois ou forêts qui nous reft^nt, & le renouvellement 
de ceux qui font détruits en partie ! Auffi M. de Buffon 
en a-t-il fait le fujet de fes expériences. Il eft d'iuage 
de conferver dans les coupes des bois , des baliveaux 
que l'expérience déjà trop longue montre être. d'une 
mauvaife qualité. De plus y fuivant les obfervations 
de M. de Buffon , ils font beaucoup de tort aux taillis. 
Pans deux cantons voifins de bois taiïïis ^ placés à la 
même expofition dans un terrain femblable, la gelée 
a fait un ii grand tort à un bois taillis furchargé de 
baliveaux de quatre coupes, qu'il a été devancé de 
cinq ans fur douze par les bois taillis voifins , où ^1 
n'y avoit que les baliveaux de la coupe aduelle r effet 
pernicieux , qu'on ne peut attribuer qu'à l'ombre & 
a l'humidité occafionée par les baliveaux. On ne ' 
doit pas compter fur les glands que fourniffent les 
baliveaux pour regarnir les bois ; car , de cette grande 
quantité qui en tombe ^ à peine en leve-t-il quelques- 
uns. Le défaut d'air , les eaux qui dégouttent des arbres , 
la gelée qui eft plus vive à la furface de la terre , 
tous ces obftacles réuhis détruifent le plant dans fa 
naiffance. Si l'on voit quelques arbres de brin dans les 
taillis , ils ne viennent que de graine , car le chêne: ne 
multiplie pas de rejetons, & ne pouiTe pas de la racine; 
il eft. à remarquer que ces arbres de brin étant éloignés 
des baliveaux , ne doivent leur naiffance qu'à des 
geais , mulots ou autres animaux, qui y ayant apporté 
ces grains pour leur npiu'ritiu-e , les y ont laiffés. 

lia manière de tirer d'un taillis tout l'avantage & 
tout le profit pofl^iblè , n'eft pas la méthode ordinaire 



> 



3i($ B O f 

de mettre les taillis en coupe réglée ; méthode qnî 
fans doute doit fa Aveiu' à fa grande commodité. 
Pour la coupe des bois , il faut avoir égard à la na- 
ture du terrain ; on gagne à attendre dans les bon^ 
terrains ; mais il faut les couper fort jeunes dans le^ 
terrains oii il n^ a pas de fond. Il eft effentiel d'ob- 
ferver que, dans les premières années, le bois croît 
toujours de plus en plus ; que la produâion d'une 
année furpalOfe celle de Tautre , jufqu'à ce que , par- 
venu à un certain âge, fon accroiiTement diminue» 
L'économe doit donc faiiir ce point ^ ce maximum y 
pour tirer de fon bois tout le profit poflîble. Un arbre 
entre en retour , fuivant M. Duhamel j quand le^ 
feuilles de fa cime jaunifTent & tombent de bonne 
heure en automne; quand une partie ^de Téccrce fe 
defleche & fe détache, ou qu'elle fe fépare de dif- 
tance en diftance par des gerçiure^ qui fe font en tra- 
vers. Ces marques de vieilleffe ou ces progrès de dé* 
périffement , s'offrent encore dans les armées qui fe 
couronnent , c'eft'^à-dire , quand il meurt quelques 
branches du haut, fignè infaillible que le bois du 
centre s'altère , fe dégrade confidérâblement. Nous 
avons configné à l'article arbre ^ les différentels mak- 
dies des végétaux. 

L'expérience a encore appris à M. de Buffon^ que 
le foin que l'on prend de nettoyer & de bien cultiver 
le terrain oti l'on veut faire des femis ou plantations^ 
eft plus nuifible, que profitable ; ordinairement , dit-il , 
on dépenfe pour acquérir ; ici la dépenfe nuit à Tac- 
quifition. La meilleure manière de réuffir à faire aoître 
du bois dans toutes fortes de terrains eft d'y femer des 
épines , des buiffons ; & par une culture d'un ou deux 
ans , d'amener le terrain à l'état d'une non-culture 
de trente ans. Tpus ces buiflbns font autant d'abris 
qui garantiffent les jeunes plantes , brifent la force 
du vent , dimimient celle de la gelée , & les défen- 
dent contre l'intempérie ^es faifons. Un terrain cou* 



B O I 317 

Vert de bruyères ^& un bois à moitié fait, & qui 
peut-être a dix ans d'avance fur un terrain net & bien 
cultivé. On peut femer dans certaines terres de Pavoine \ 

avec les glands , elle garantit le plam dans fon enfance. 
Pans les 'deux premières années , Pactroiffement 



»j 



du planf va toujours en augmentant ; mais le plus | 

ibuvent dès la troifiemte il va en diminuant, & il } 

continueroit de fuite dans les années fuivantes ; il faut 
faifir cet inâant pour couper le jeune pianc jufqu'au- 
près de terré, fur-tout dans les terres fortes. L'arbre ! 

étant ainfi coupé , toute la fève fe porte aux raci- 
nes, en développe les germes; de tendres & her- 
bacées qu'elles étoient, elles deviennent fortes , & pé- 
nètrent dans le terrain ; il fe forme une grande quan- 
tité de chevelus, d*o{i partent autant de fuçoirs; l'arbre 
pompe abondamnlent aes fucs noiuriffiers ; & dès la 
première année , il donne un jet plus vigoureux & 
4)lus élevé que ne l'étoit l'ancienne tige de trois 
ans. Par cette jnéthode facile & peu coùteufe , on fup- 

J>lée aux labours , & . on accélare de plufieurs années 
e fuccès d'une plantation, Lorfque les jeunes plants ^ 
ont été gelés , le vrai moyen de les rétablir , eft de 
les couper de même ; on facrifie trois ans , pour n'en 
pas perdre dix ou douze. 

Pour tirer aufli tout l'avantage poffible d'un ter- 
rain , il faut entremêler les arbres qui tirent leur now- 
rlturè du fond de la terre, avec ceux qui la tirent 
de la fiurface ; c'efl-à-dire , il faut mêler les arbres à 
racine pivotante avec cevix à racine traçante. On doit 
auffi confulter la nature du terrain , pour diflinguer 
l'efpece de plant qui lui convient. On trouvera ces 
détails itnportans dans les Mémoires donnés par M. de 
Buffon , & inférés dans ceux de V Académie des Sciences , 
-années *7J^ 6* //^j). Voyez auffi les mots Fofeâx 
^ Taillis. 

Quant à la manière dont le tois fe forme & le 
'^veloppe, yoye{^ Arbre. Nous parlerons . ci-après 



3i8 B O 1 

des arbres dont le nom vulgaire commence par le moi 
bois. s 

Bois. En Zoologie ou dans l'Hiftoire Naturelle 
des, animaux , on appelle bois cette produâion qui 
croît en manière de corne rameufe & s'élève fur la 
• tête de plufieurs efpeces d'animaux fauvages : tels font 
le ctrj\ \e»daim^ le chevreuil ^ V clan y le rkmne , &c. 
Voyt[ maintenant PanicU CoRNE. 

Bois agatifié. Voye^^ à V article PÉTRIFICATIONS.' 

Bois d'Agouty ou Bois lézard. Aux Mes Fran- 
çoifes, l'on a donné ce nom à un arbre aflez grand 
& mal-feit , dont le fruit , qui eft comme une petite 
hoifette , fert quelquefois de nourriture au petit ani* 
mal nommé tfg(?«/y. Voyez ce ^ mot. On prétend que 
cet arbre tire fon nom de celui de Vagoûty , animal qui 
a coutume de fe loger dans fon tronc qui efl fouvent 
creux. Le bois de cet arbre , qui eft Vj/attouhai des 
Car cubes dure long-temps en terre. Il eft ençloyé 
dans qvielques ouvrages de, charpente, 
^ Bois d'Agra. Voye\^ Agra. 

Bois p'Aguilla. Voyt^^ Fimpi. 

Bois d'Aigle.^ Voyc\^ à l article Boi? d'Aloès^ 

Bois d'Ainon, Nom d\m grand arbre de Saint- 
Domingue ; il fe plaît dans, les endroits marécageux ; 
fa tige . eft affez élevée , un peu crochue , crevaflee , 
de couleur cendrée. Son bois fehjdant , blanchâtre ; fes 
feuilles qui font longues de fix à fept pouces & laiges 
de trois , croïffent à Textrémité des branches rangeas 
par paire fur une côte qui eft toujours terminée 
par une impaire ; elles font pointues , d'un vert 
pâle en deffous , d'un vert foncé & luifant en deffus. 
Le bois d'ainon s'emploie dans les ouvrages de chatv- 
ronnage. ^ 

Bois d' Aloès , Lignum Alojes^ mtXiloalotSy feu Agalr 

lochtan. C'eft le bois d'un arbre étranger & qui eft abfo- 

. lument différent dé^ la plante dont on retire le fuc 

. ^alocs purgatif, fi ufité dans les boutiques, Lçs çaJrs^-^ 



B O ï 3î9 

leres botaniques de l'arbre à lH>is d*alo^s ne font pas 
encore bien connus. . 

. On diftingiie trois efpeces de bois (Taloh, La pre- 
mière eft le càlambac dis Indiens ou tombac , nommé 
en latin Agallochum pmfiann£îmum , Bauh. Pin. 393 j 
Calambac Indorum , Kmam Cochinçhinenjium , «S/Jt- 
kiang Sincnjîum , Dal. ; Sokio , G, Camell. C'eft im 
bois gras , réfineux , noirâtre , veiné de grifâtre , fo- 
lide , pefant * dont des parties cèdent en quelque forte 
fous les dents comme la cire. Il a une faveur un peu 
amere & une odeur très-aromatique : il fe fond fur 
le§ charbons comme la réiine ,'6c répand une odeur 
des plusfuaves; aufli eft-il très -recherché dans Tlnde, 
fur-tout par les Grands de la Chine , du Mogol & du 
Japon, où il fe.vend prefque au poids de Tor. Les 
Chinois en brûlent dans leurs Temples. Lorfqu'ils 
veulent recevoir tme perfonne avec magnificence , 
& qu'ils veulent faire des feftins fomptueux , ils font 
.mettre des petits morceaux de ce bois de fenteur 
dans des caffolettes , dont Todeux fuave embaïune les 
appartemens , quand on les approche des perfonnes 
qu'on veut^ honorer ; ces caffolettes font couvertes 
d'ime grande toilette dé foie , pour qu'elles ne per- 
dent rien de leur parfum , qui; outre fon odeur. agréa- 
ble ^ a, dit-on, la propriété de fortifier le cerveau, 
le cœur & l'eftomac , de ranimer les efprits , chaffer 
.le mauvais air ^^ ,& réfifter au venin. Ce bois eft fi 
précieux^ & fi recherché dans ces pays , qu'il n'en 
vient prefque point; ici. Les Grands du pays s'en 
6>nt faire des poignées . de .fabre , & divers petits 
ouvrages. 

La féconde efpeçe de bois tPalois , & qui eft celle 
que l'on trouve dans les boutiques, agallochum officia 
nanim , lignum Alo^s vulgan ; Tckin-kiang Sinenjium, 
Thim-hio , nous eft apportée en morceaux de diverfés 
jgroffeurs , pefans ,.d'un rpuge-bnm ^ parfepés de lignes 
xifineufes & noirâtres^ rçmpUs de petits trbus^ daijs 






310 B O I 

lefquels eft contenue une réfine roufsâtre & odorante : 
ce bois , mis fur des charbons ardens , répand une 
odeur affez agréable. On apprend des Chinois & des 
Siamois , que le calamhac & le hois d^aloh croiffent 
dans le Royaume de Siato , dans les Provinces de 
Tsjampa & de Bonna auprès de la mer , aînfi que fur 
les montagnes prefque inacceffibles de la Cochinchine 
ou Anamico , & de la Province de Junam ; mais 
notamment à Sjampaha en Chine , dans la Province 
de Coinemen ou Quinam y où ce bois eft appelé 
tsyen - tsjeny. On ne !:etire du calamhac des arbres , 
que lorsqu'ils commencent à vieillir : la réfine fe raf- 
femble alors en plus grande quantité aux environs deis 
nœuds. Ce font ces morceaux épars çà & là dans 
Farbre , que Ton fépare & qui font fi précieux. ,Le 
calambac le plus réfineux & le plus odorant, fe retire 
du tronc près la racine^ Il refte indécis fi \t bois ^ dois 
cfl: la partie du bois qui refte lorfqii'on a féparé le 
calambac i, on fi c*eft le bois d'un autre arbre. Les Aa- 
glois vantent ces efpeces de bois pour la guérifon de 
la goutte & des rhumatifmes. 

La troifieme efpece ,de bois Valois ^cû ce que Toil 
nomme calambouc ou bois if aigle , ou garo de Malacca: 
Aquilaria Malaccenjîs , Sin-koo , Kaempf ; Agallochuni 
fecundarium , Rumph. ; Pao de aquila des Portugais ; 
Kawo richi , •( c*eft-à-dire , bois d'une bonne odeur, ) 
par le commun des Japonnois ; les Siamois l'appellent 
Kijjpna ; c'eft le lignum aquila des Latins. Il parak 
' que l'arbre qui fournit ce bois fe trouve aufiî aux Ifles 
de Timor & de Soîdr , & même au Mexique ; Agallo^ 
chum fylvejlre feu Lignum aIocs Mexicanum: on eii 
apporte de grofles pièces de ces contrées ; le bois eft 
moins pefant que celui des précédens : il eft peu ré- 
sineux , cependant d'une odeur agréable , d'un bnin- 
verdâtre & d'une faveur amere. On fait ufage de ce 
boîs en marqueterie ; on en fait des boîtes , des 
écritoires , des émis » des chapelets , &:c» 



B O î 3n 

Le iaîs {Taloès a été ainfî nommé , à Caiife de fon 
amertume qiii tire fur celle de l'extrait à^aloès. Rumphius 
^Amboinc a fait mention d'un agallochum des Ifles 
Moluques , qu'il nomme Arbor excacans ; cet agal^ 
lochum paroît être de la famille des Euphorbes ; les autres 
agallochums paroiffent s'^n éloigner beaucoup. 

Bois amer de Surinam* f^oyei Bois de Quas* 

SIE. On donne auffi le nom de hois amer zyxfimarouba 
de Cayenne. 

Bois d'anis. Voyei^ Anis de la Chine & t article 
Avocatier. 

Bois d'anisette. Ceft le Sauturus frutefcens de 
Plumier y le Joborandi ou Bihimitrou des Caraïbes* 
, Bois arada. Foye[ Tavernon. 

Bois bâcha. Foye^ Bois a caleçons/ 

Bois de bambou , Tabaxifera ; Arundo arbor. Cet 
arbre eft nommé par les Chinois tchouHfe , & par 
les Européens bambou ; c'eft l^^Ily chw-tfe de VHortus 
Malab. C'eft une efpece de rofeau des pays maritimes 
<les Indes Orientales ^ dont la racine eft blanchâtre , 
couverte de petites fibres , remplie de nœuds feparés 
les uns des autres. Ces nœuds en produifent d'autres , 
& il s'en élevé , comme d'autant de racines , plufiaurs 
tiges vertes , lefquelles en fortant de terre paroiffent 
fous la forme d\me groffe afperge naiffante : le bambou 
croît quelquefois à la groffeur d'un arbre ; commune* 
ment il eft de la groffeur de la cuiffe par la bafe , & 
va toujours en diminuant jufqu'à fon fommet , qui 
porte un panicule de fleurs. Cette tige s'élève per** 
pénfficulairement ^fit" rapidement depuis vingt jufqu'à 
trente , & même plus de quarante pieds de hauteur. 
Son bois eft duf t, fendant , creux & moelleux en 
dedans , & ivife par des nœuds ou articles plus durs 
encore ; de ces nœuds , lorfque le bambou eft parvenu 
à la hauteur de dix à douze pieds , félon le climat , 
fortent des rejetons , c'eft-à-dire , divers rameaux col- 
latéraux , creux auffi çn 4çdans y la tige eft armée à 
Tqiite Ih X 



312 B O I 

Vetténeyxr de quelques épines oblongues. Il fatit cepei> 
dant obferver que les épines ou piguans noirs font 
uniquement fiu: les enveloppes circulaires placées entre 
les nœuds , & ces piquans tombent avec les enve- 
loppes. Chaque enveloppe s'ouvre à mefure que le jet 
fe développe, & tombe quelque temps après avoir 
fait place aux feuilles & aux branches. Âinfi les nœuds 
qui garniffent les tiges , environ à un pied de diftance, 
produifent des ramilles fujr lefquelles les feuilles font 
alternativement placées. 

Au fommet & des nœuds des rejetons diihamhouciin a 
atteint ime grande partie de fa hauteur, fortent fucceffi- 
vement des feuilles d'un vert pâle , tant en deffus qu'en 
deffous , cannelées , c'eft-à-dire , ftriées dans leur lon- 
gueiu:, longues d'un empan, larges d'un pouce près delà 
queue, & fe terminant en pointe , féparées en deux par 
une côte fort mince , rudes au toucher , garnies fur les 
bords de petites dents, qui font inclinées vers le fom- 
met de la feuille , dont la bafe eft attachée à la tige 
par im pédicule fi petit qu'on le prendroit d'abord à 
la vue pour une feuille ieflile. Ces feuilles , dont les 
beftiaux font friands , font fuivies de branches princi- 
pales qui fe garniffent à leur tour de plufieurs autres 
petites branches. Les feuilles font attachées aux bran- 
ches & jamais au tronc. Le bas de la tige eft fans 
branches : les fleurs reffemblent aux épis du froment. 
Suivant les Auteurs de VHortus Malabaricus , les fleurs du 
bambou font à étamines ; elles naiffçnt aux nœuds des 
rameaux & forment plufieurs épis écailleux ; lorfqu'ils 
s'ouvrent , ces fleurs femblent en fortir , & ne tenir 
qu'à des filamens très-minces ; mais elles y rentrent 
bientôt comme font celles du riz , & font alors affez 
femblables au froment renfermé dans l'épi , mais plus 
petites. 

Lorfque les jets font tendres & nouveaux , ils font 
d'un vert-brun , prefque folides , contenant une moëlI« 
fpongieufe > que les Indiens fucent avec avidité , à 



B O I 32J 

k:aufe de fa faveur agréable. Au bout de qiielgue temps 
ces jets deviennent d'un blanc-jaiuiâtre & luifant. Il 
fuinte & découle albrs naturellement de ces tiges , une 
liqueur qui fe coagule près des nœuds par Tardeur du 
foleil , & forme des larmes dures & fragiles. Ces larmes 
font une efpece de fucre naturel , t|ui efl: le tabaxir 
des Anciens. Les Perfes , les Turcs & les Arabes lui 
donnent encore le même nom & celid de faccar^ 
mambu. Il parcît que les Anciens n'ont connu d'autre 
fucre que ce fucre naturel , qui découloit de lui-même 
du bambou ou de la canne à fucre : on efl porté à 
croire qu'ils ont abfolument ignoré l'art de retirer par 
expreflion le fucre des cannes à fucre. Voyez ce mot. 

Les jeunes rejetons du bambou font très-fucculens, 
ainfi qu'on l'a dit, & font la bafe d'une célèbre com- 
pofition , que l'on appelle achar ou achiar , & qui eft 
recherchée comme délicieufe dans les Indes & en 
Europe. 

Les Médecins Arabes , Indiens , Perfkns & Turcs 
font im grand cas de ce fucre naturel qui découle du 
bambou ; ils l'eftiment très-utile dans les inflammations 
internes & externes , & l'on dit qu'il fe vend en 
Arabie au poids de l'argent. La raifon pour laquelle 
on ne voit plus dans les boutiques de ce fucre naturel , 
c'efl que depuis que Part a appris aux honmies la 
manière de tirer une plus grande quantité de fucre des 
cannes en les coupant & en les comprimant , il efl 
arrivé que les Indiens ont coupé tous les ans les ro- 
feaux , & en ont planté d'autres à leur place ; & 
comme il ne refloit plus de vieux rofeaux qui fuflent 
remplis du fucre de plufieurs années , l'opération de la 
Nature a été troublée ; & par ce moyen le fucre na- 
turel des Anciens s'efl perdu ; du moms tel efl le fèn- 
timent des Auteurs de la Matière médicale. 

Le bambou fe multiplie beaucoup par la racine , de 
laquelle il s'élève une touffe rameufe à la manière de 
quelques efpeces 4^ gr^mçns ; ou plus naturellement ^ 

X 1 



jt4 B O ï 

la manière des cannes de ITEiirope ; car il eft du 
même genre que la canne. Nous avons dit que 
le bambou croît promptement. Il furpaffe tous les 
autres rofeaux en hauteur & grofieur; il aime les 
lieux hiunides. 

, Nous voyons avec quelle facilité certaines plantes 
fe naturalifcnt , & paflant de climats en climats , y 
croiffent par la fiiite , comme fi elles étoient dans leur 
pays natal. Le bambou qui croît à la Chine , fe retrouve 
en Afrique , & a été porté à la Martinique & à Saint- 
Domingue , oîi il vient très-bien : il y croît à la hau- 
teur de plus de vingt pieds ; cependant il n'avoit point 
encore donné de fleurs au bout de quinze ans qu'il 
y avoit été tranfporté. Le rofeau bambou eft d'un ufage 
infini dans ces Colonies ; fes tiges font employées 
pour faire des pieux dont on entoure les champs , & 
il arrive fouvent que ces efpeces de haies deviennent 
vivantes , les pieux prenant quelquefois tracine ; on en 
fait dès chevrons , des fabliers , & des faîtages pour 
les cafés à Nègres ; en les refendant on en retire de 
la latte , du cercle & du clilTage pour ces cafés. En un 
mot on peut dire que cette produâion efl ime des plus 
utiles qui ait été tranfportée aux Ifles* 

Le bois de bambou , quoique très-facile à fendre , eft 
très-difficile à couper : il efl fort dur & ferme ; les 
Indiens en font des bateaux , des pilotis pour foutenir 
de petites maifons feites du même bois , & qu'on bâtit 
flir les canaux ; toutes fortes de meubles & d'ufïenliles 
pour Tufage de leurs cuifines & de leurs tables ; les 
bâtons fur lefquels les efclaves portent cette efpece de 
litière qu'on appelle poianquia ou palanquin ; ils cou- 
pent ce bois en fils déliés & en font des nattes , des 
ouvrages.de vannerie , des boîtes & divers ouvrages 
affez propres. Ce bois efl fi dur , que lorfque les In- 
diens veulent fumer du tabac ou allumer leurs gar- 
foulis , ils en frottent deux morceaux , & fans que ce 
lois 6'çoââpmiS jji éÛjac^U^ ^ uaç feu^e feche qu'oa 



BOT 325 

applique deffus , prend feu à Tinflant. On en fait aufli 
des plumes à écrire. 

Il y a plufieurs efpeces de bambou. Voyez VouLOU, 
Les petits jets font les cannes que l'on api>elle bam-- 
hoches , qu'on voit en Europe chez les Merciers, On 
fait à la Chine une grande quantité de papier , pref- 
qu au£B uni que le vélin , avec la pellicule ou le liber 
qui enveloppe le bois de bambou ; la plupart des livres 
ia^>rimés à la Chine font de ce papier. 

Bois de 3Aume ou Xïlobalsame. Foy.ei à Var^ 

ticle Baume de JudÉE# A l'égard du bois du petit 
baume d'Amérique , Foye[ Croton BalsamiféRE. 
Le bois de baume à grandes feuilles , eft le croton k 
fwilles de peuplier. 

Bojs BENOIST FIN. Aux Antilles on donne ce 
nom à un arbre d'une ^ffez belle venue , grand 
& gros. On s'en fert pour faire de beaiix meubles^ 
Ce bois a leè veines plus rouges que celles du 
bois fatiné ; le fond en eft jaunâtre. Foye^ Bois 

DE FÉROLES. 

Bois blanc de la Guiane. hxxx Mes fous le vent , 
& notamment dans l'Ifthme d'Amérique , on donne ce 
nom plus communément à V arbre de Saint- Jean qu'au 
bois de favanne dont il eft parlé dans l'article Poirier 
fauvage. Voyez ces mots. 

Bois a boutons. Foye^ t article CÉphalante/ 
Bois de Brésil ou Bresillet , Cafalpiriia ; 
Lignum Brajîlianum, C'eft un genre de plantes à fleurs 
polypétalées , de la femille des higwniruufes , qui , 
félon M. le Chevalier </<e la Marckp a des rapports avec 
les poincillades & les canéficiers , & qui comprend des 
arbres ou des .arbriire^u;^ . exotiques ., . communépient 
epipeux , & dont les feuilles font deux fois ailé^. .Le,s 
fleurs font à cinq pétales ; il y a dix étamines. Le fruit 
eft une gouffe ou ovale , ou ohlongue , avec une 
pointe oblique à fon fommet , un peu aplatie , uni-. ' 
loailaire, & qui contient de deux à fîx femences. ovoïdes 



jilS B O I 

ou rhomboïdales. On diftingue plufieiirs efpeces de lois 
de Bréjil ou brlJUltt. 

Le BriJilUt de Fernaxnbouc , vulgairement hou à 
Bréjil y Arbor Brajilia , Rai. Hift. ; Pfeudo-fantdim 
rubrum y feu Arbor Brajilia^ Bauh. Pin. 393^; Acacia 
gloriofa , fpinis armata , ( cujus lignum Brajilia diSum ) 
^ncloria , Pluk. Alnv 5 ; Arabôutan , quorumdam ; 
IbirapUanga , Pifon. C'eft un arbre qui croît naturel- 
lement au Bî;éfil , dans les bols & parmi les rochers ; 
il devient fort gros & fort grand ; fon écorce , tant 
fur le tronc que fur les branches , eft brune & année 
de piquans courts & épars ; fes rameaux font longs 
& étalés ; fes feuilles font alternes , deux fois ailées , 
& portent des folioles comparables à celles du buis. 
Les fleurs viennent en grappes fimples ; elles font 
petites , panachées de jaune & de rouge , & ont une 
odeur agréable. Les firuits font des gouffes aplaties , 
oblongues, d'un brun obfcur, hériffées à ^extérieur 
de beaucoup de petites pointes , & qui renferment 
quelques femences liffes & d'un rouge-brun. 
' ' Le bois intérieur du tronc de cet arbre eft rouge , 
mais il eft recouvert d'un aubier fort épais. Ce bois 
eft très-pefant , fort fec , & pétille dans le feu , où il 
ne produit prefque point de fumée, à caufe de fa 
grande fécherefle ; ce bois , à i'inftant qu'il eft divifé 
en éclats , paroît d'un rouge pâle , mais^ frappé par 
l'air , il devient d'une teinte plus foncée ; étant mâché , 
il donne une faveur comme fucrée. Il eft propre 
pour les ouvrages de tour , & prend bien le poli ; 
mais fon principal ufage eft pour la teinture , où il 
fert à teindre en rouge , & fait , fous ce point de vue , 
un grand objet de commerce en Europe : néanmoins 
c'eft une faufle couleur qui s'évapore aîfément , & 
qu'on ne peut employer fans l'alun & le tartre. C'eft 
communément avec ce bois que l'on teint en rouge 
la coque des œufs de Pâques , les racines de guimauve 
pour nettoyer les dents , & plufiçurs autres chofes» 



B O I 327 

On en tire auffi , par l"e tnoyen de Palun , une efpece 
de carmin végétal , & le faux ht:^tta ; on en fait une 
laque liquide pour la miniature y & c'efl de la teinture 
de ce bois , qu^eft compofée cette craie rouge âtre qu'on 
nomme rofttu , & qui fert pcKir la peinture. 

Le BréjUkt de Bahama , Pfciiio^fantalum croceum ^ 
Sloan. Jam. ; Câtesb. Carol. C'eft un fort arbriffeau ouï 
croît dans les Ifles de Bahama & à la Jamaïque ; les 
piquans dont fes rameaux font armés , font redreffés ; 
les fleurs font blanchâtres & viennent en grappes 
droites: les femences obrondes* Son bois fert en tein- 
ture ; fa couleur eft d'un rouge de fafran. 

Le BréJîlUt à veffies , Cafalpinia vejîcaria , Lînn, 
C'eft un arbre qui croît naturellement à la Jamaïque; 
il s'élève à la hauteur d'environ quinze pieds. Son 
tronc eft à-peu-près de la groffeur de la cuiflTe , un 
pai tortu y & recouvert d'une écorce unie & blan- 
châtre ; fes rameaux font tortueux & munis de pi- 
quans. Les fleurs font jaunes ; les fruits font des gouueà 
ovales 5 prefque obtufes , noirâtres , fiUonnées , & qui 
ne contiennent que deux ou trois femences. Cet arbre 
eft le Coliuca verœ crucis , Vcjicaria de Pluknet Tab. 165. 

Le BréJîlUt des Antilles , Cafalpinia crifla , Linn. 
C'eft un petit arbriffeau qui croît aux Antilles ; fon 
tronc eft à peine de la groffeur de la cuiffe , & ne 
s'élève qu'à environ quatre pieds de hauteur ; il fé 
partage à fon fommet en plufieurs branches , de la 
groffeur du poignet , hériffées d'aiguillons nombreux y 
épars , coiu-ts , crochus , très-roides , noirâtres , & 
pofés chacun fur im tubercule. L'écorce du tronc eft 
im peu épaîffe , cendrée à l'extérieur , & rouge à l'in- 
térieur ; le bois , proprement dit , eft rouge , pefant , 
folide , facile à rendre ; fes fleurs font d'un vert- 
blanchâtre & à cinq étamines ; elles font en grappes 
droites & pyramidales. 

Le Bréfiiht des Indes , vulgairement bois de Sapan ^ 
ià\xbréflU$ du Japon « Cafalpinia Sappan , Linn» ^ 

X4 



3i8 . ^ ^ ï. 

JJgno Brafiliano JimiU , Bauh. Pîn. 393 ; Ugnum Sûp^ 
pan , Rumph. ; Tsjampangam , Rheed, C'eft iin arbre 
qui croît aux Indes Orientales , à Siam , dans les 
Moluques & au Japon ; il s'élève de dix à quinze 
pieds de hauteur ; le tronc eft un peu plus gros que 
la cuiiTe ; les branches font chargées de beaucoup de 
piquans , courts , courbés & épars. L'écorce eft cen- 
drée , rouffâtre à Pintcrieur ; le bois eft dur , d'un 
rouge pâle, & la moelle eft bien diftinde au centre 
du tronc. Les fleiurs font jaunes ; les fruits offrent des 
gouffes aplaties , prefque en forme de coin , d'un 
rouge-brun , & contierment deux ou trois femences. 
Son bois , appelé auflî par comiption bois de Lamon , 
fe vend dans les Indes povvt teindre en rouge , & 

Eour faire de jolis meubles. Si l'on fait bouillir ce 
ois dans Peau , il donne une teinture noirâtre , mais 
qui devient rouge lorfqu'on y mêle de Palun , & eft 
d'un grand ufage pour teindre en im beau rouge , les 
cotons & les laines. 

Le BréJîlUt à feuilles (Tacacie du Malabar, Cafd- 
plnia mimofoïdes ; Kal-tadda-vaddi , Rheed. Mal. C'eft 
wti arbrifteau d'environ quatre pieds de hauteur, 
dont la tige , les rameaux , les pétioles & les pédun- 
cules font chargés de piquans ou aiguillons nombreux , 
très-aigus , petits & épars. Rheede dit que les pin- 
miles & les folioles des feuilles de cet arbriffeau fe 
contraâent lorfqu'on les touche, comme celles des 
fmjîtivcs. Voyez ce mot. Ses fleurs font aflez grandes , 
jaunes , & difpofées en longues grappes' ; les fniits 
ibnt comme dans l'éfpece précédente. 

Le BnJilUt bâtard^ Spondiasfpurius. Cet arbre croît 
dans les mornes , aux Mes fous le vent. Son bois 
donne une couleur plus brune que rouge ; fon écorce 
eft aftringeqte. 

Le Bréjillet faux d'Amérique, ou Bréjillot ^ Brafr 
Hajlrum Ammcanum , De la Marck ; Tariri arlor nn3(h 
ria , folUs alurnis ohfcuri violaceo 9 Barr. 1 06. M. à 



i 



B O I 319 

la Marck dît qiie cet arbriffeaii eft de la famille des 
Balfamitrs. Il croît dans la Giiiane , à la Jamaïque 
& àr^aint-Domingue ; il s'élève à la hauteur de huit 
à dix pieds ; fa tige a deux pouces de diamètre ; les 
rameaux font couronnés de grandes touffes de feuilles ; 
les folioles font ovales , pointues , entières , lifTes , 
vertes & luifantes en diffus , velues dans leur con- 
tour , & foutenues pat* un pétiole rougeâtre. Elles 
prennent une couleur pourpre-noirâtre en fe deffé- 
chant. Les fleurs font petites , d'un rouge obfcur , 
d'un feul fexe fur chaque individu , & viennent fur 
des grappes rameufes & terminales. Les fruits font 
mous , pulpeux , de la forme de nos olives , d'un 
rouge de corail , légéré<nent acides , & contiennent 
chacun un noyau. 

Plumier dit que quand on entame le tronc , il en 
fort un fuc qui noircit , & qui , par fa caufticité 9 
forme une tache prefque ineffaçable s'il tombe fiu: 
ouelque partie du corps. Son bois , qu'on nonmie 
faux'bréjilkt en Amérique , parce qu'U eft comme le 
brijillu de Femambouc , propre à teindre en rouge , 
donne une couleur qui eu plus brune que rouge. Ce 
bois eft d\m rouge-brun , ou au moins prend cette 
couleur quelque temps après qu'il a été expofé à l'air. 
M. AuhUt dit que l'es feuilles écrafées toutes vertes 
& prefTées dans du coton , lui donnent d'abord une 
teinture verte, qui peu après devient d'une couleur 
violette. 

11 croît à Saint-Domingue un breJîlUt plus petit , 
dont le bois eft d'un blanc pâle , & les feuilles tout- 
à-feit glabres : il eft bien moins propre en teinture. 

Bois cabril bâtard. C'eft le Beurreria de Brown ; 
le Cordia , de Linnaus ; le Jafminum de Sloane. 

Bois caca ou Bois de merde ^ StercuUa , Linn, 
Grand arbre aflez commun à Caycnne , & dont 
le bois étant employé eft de peu de durée en terre. 
J-*odeur très-fétide qu'il répand , quand on le coupe , 



550 B O I 

liii a tait donner le nom foiis lequel il eif connu; 
Cette odeur s'évapore en féchant. On prétend qiie cet 
arbre eft le kavalam de XHortus Malabaricusn 

Cet arbre qui fe trouve auffi dans les endroits fa- 
blonneux & inailtes , à Saint-Domingue , a la racine 
greffe , pivotante , fîbreufe , blanchâtre & un peu 
amere; ion tronc eft couvert d*une écorce épaiffe, 
d'un vert-cendré en deffus , blanchâtre en deffous; 
fon bois eft blanc , poreux , filandreux ; fes feuilles 
oblongues , terminées par une pointe qui eft recour- 
bée d'un côté , unies , d'un vert clair en deffus , obfciir 
en deffous , d'une odexu* forte , portées fur des queues 
qui font gonflées vers la bafe ; les fleurs font petites , 
à cinq pétales étroits , formant une rofe de couleur 
rouffe en dehors , d'un vert-jaunâtre en dedans & 
velouté ; ces fleurs font tantôt ifolées , tantôt portées 
deux à deux fur de longs pétioles ; elles ont une odeur 
femblable à celle des excrémens de l'homme , & leur 
odeur eft même plus fétide que celle du bois. Les 
fruits qui leur fuccedent, croiffent à l'extrémité d'un 
pédicule commun; ils font ferrés les uns contre les 
autres , oblongs , couverts d'aune écorce épaiffe , dure , & 
renferment une pulpe blanchâtre, & neuf ou dix graines 
attachées à un placenta ; ces graines font oblongues , 
noirâtres, remplies d'une fubftance blanche, farineufe. 
, M. Thunbcrg , dit que le bois <U merde croît auffi 
Spontanément dans les Ifles de Java & de Ceylan. Ce 
favant Botanifte Suédois a vu fa décodion guérir comr 
plétement plufieurs vices ctitanées chroniques. 

Bois a caleçons ou Bois Bâcha. C'eft , félon 
Nicoljbn , un aîrbrifïeau qui fe plaît dans les endroits 
montagneux & dans les rochers à Saint-Domingue ; fa 
racine eft fibreufe , peu profonde ; il s'en élevé plufieurs 
tiges hautes de (Ux à douze pieds , » & d'un pouce de 
diamètre par le bas ; elles fe fubdivifent par le haut 
en plufieurs petites branches flexibles ; fon écorce eft 
grisâtre y Uffe \ fon bois mou , blanc , fendant > fes 



B O I 531 

fexûUes minces , d'un vert foncé , oblongues , alternes , 
longues de deux à trois pouces , & larges d'environ 
deux pouces , divifées vers le milieu en deux parties 
obtufes ; fes fleurs font blanches , difpofées par bou- 
quets , légumineufes , inodores ; au centre fe trouvent 
plufieurs etamines longues , déliées , & un piftil dont le 
fty le eft terminé par un ftigmate brun , oblong : à ces 
fleurs fuccedent des gouffes de quatre à cinq pouces 
de longueur & d'un demi-pouce de largeur , brunes , 
très-minces , brillantes , qui renferment dix à douze 
petites graines aplaties & grifâtres. 

Bois de Campêche ou Bois de la Jamaïque , 

Lignum Campefcanum , Sloan. Jam. ; c'eft VHamatoxi^ 
lum de Linnaus ^ le TJiam pongam de VHort. Malabar. ; 
le faux bréJUUt d'Amérique , Pfmdo-brafilium , Plum. 
Les Auteurs ont confondu mal-à-propos cet arbre avec 
celui appelé bois J^Inde : ce dernier eft de la famille 
des Myrtes. Le bois de Campêche eft de la famille 
éts Légumineufes. On trouvera à la fin de cet article 
la defcription àts ufages du bois d^Inde ; & afin qu'on 
en puiffe mieux juger , ou trouvera à l'article Poivre 
de la Jamaïque , la defcription de l'arbre appelé bois 
d*Inde. L'arbre qui donne le bois de bréjîl ou bréfîUei 
de Femambouc eft auffi très-différent. 

L'arbre appelé bois de Campêche eft très-grand & 
fort épineux ; fon tronc s'élève perpendiculairement , 
répand des rameaux de tous côtés ; il eft communé- 
ment à côtes , fur-tout par le bas ; fon écorce eft 
grife - bnmâtre ; l'aubier jaunâtre ; le cœur du bois 
eft rouge ; fes feuilles font petites , prefque rondes ^ 
rangées deux à deux fur une côte ; fa fleur eft d'un 
jaune-blanc , petite , & fe change en une follicule 
membraneufe , lancéolée , mince , plate , qui ren- 
ferme quelques petites graines aplaties : cet arbre 
croît également bien par-tout , à Saint-Domingue , 
& partiailiérement aux environs de Campêche. A 
Saint-Domingue, félon Nicolfon ^ on .ea fait des 



33[i B O ï 

haies vives qiu croiffent en peu de temps , & font urt 
auffi bel effet que le citronnier, pourvu qu'on ait 
foin de les tailler cinq ou fix fois par an , ce qu'un 
Habitant attentif ne manque jamais de faire , car lorf» 
que l'on ceffe de couper les branches de cet arbre , 
elles s^élevent en peu de temps à une hauteur confi- 
dérable , produifent quantité de graines qui donnent 
naiffance à une infinité de jeunes plants qu'on a bien 
de la peine à détruire ; les épines viennent fur les 
branches , & ont quatre à ûx lignes de longueur. 

Le bois d^Inde dont l'arbre eu décrit à l'article 
Poivre de la Jamdiqiu ^ eft un bois dont on fait ufage 
en teinture pour les couleurs noires & violettes , 
& pour les gris : il eft fourni par un grand arbre qui 
croit en Amérique , dans l'Ifle de Sainte-Croix , à la 
grande Terre de la Guadeloupe , à la Grenade , aux 
Grenadins , à Marie-Galante , au gros Morne de la 
Martinique , an quartier des Tartanes. Ses fetiilles font 
aromatiques &: ont quelque reffemblance avec celles 
du laurier ordinaire , ce qui l'a fait nommer auffi laur 
Tur aromatique ; mifes dans les fauces , elles leur don- 
nent un goût femblable à celui de pluiieurs épices. 
Ses fruits font de la grod^ur d'un pois , d'un goût 
piquant 9 femblable à un mélange de cannelle , de 
girofle & de poivre. On connoît ce finit, en Angle- 
terre , fous le nom de graine des quatre ipkes ; il eft 
f)ropre à alfôifonner les fauces. Les ramiers , les grives , 
es perroquets font avides de ces graines : fi on en met 
digérer <Èins de l'eau-de-vie , on en retire par la diflil- 
lation une liqueur d'une odeur agréable , qui devient 
délicieufe au goût, & propre à fortifier l'eftomac, 
en y ajoutant une quantité fuffifante de fucre. Cette 
liqueur efl: très-eftimée dans les Mes. 

Le bois d^Inde eft dur , compaâe , d'un beau hnin- 
marron , tirant quelquefois fur le violet & fur le 
noir : on en voit à fond brun tacheté de noir très- 
réguliérçment ; on en fait des meubles très-précieux. 



B O I 333 

car il prend un très-beau poli , & ne fe corrompt 
jamais : les Luthiers emploient ce bois , qui a quel- 
quefois le coùp-d'œil de Pécaille, pour faire des 
archets. On s'en fert dans la teinture : fa décoâion 
eft fort rouge , lorfqu'on fait ufage d'alun ; mais fi 
on n'y en ajoute point , la décoâion devient jaunâtre , 
& au bout de quelque temps noire comme de Pencre : 
auffi fait-on ufage de cette décoftion pour adoucir & 
velouter les noirs ; c'eft ce velouté qui fait tout le 
mérite des noirs de Sedan, 

Le bois de Campêchc eft pefant , rouge ; il brûle fort 
bien , & fért à teindre en rouge ou en violet ; comme 
c'eft le cœur de Tarbre qu'on emploie pour la tein- 
ture, on enlevé tout l'aubier qui l'environne avant 
de le tranfporter en Europe. Quelque temps après 
qu'il eft coupé , il devient noir ; & s'il eft mis dans 
l'eaii^ il lui donne une couleur d'encre affez vive , & 
on s'en patt fervir pour écrire : il peut donc teindre 
auffi en noir. 

Bois de Cannelle. Nom donné à la Cannelle 
BLANCHE. Voyc[ ce mot. 

Çois A canon. Foyei Ambaïba. 

Bois Capitaine, ^ojeç Cj^risier Capitaine; 

Bois Capucin ou Bois signor. Très-grand arbre 
dti pays de Cayenne , que l'on peut regarder comme 
une efpece de balatas ( Voyez ce mot ) , mais d'un 
grain plus fin. 5on bois , quoique bon pour bâtir , 
eft encore de peu d'ufage ; peu d'Habitans le connoif- 
iènt, quoique les quartiers de Ko & de Provat en 
foient affez fournis. On en doit même la connoifTance 
à des Indiens fugitifs <lu Para. Maif. Rujt. de Caym, 

Bois de Cavalam. Il a l'odeur fétide d'excré- 
mens humains , ce qui lui a fait donner le nom de 
hais de merde dans les Pays chauds. Foye^^ BoiS CACA. 

Bois de Cayan. Foyc[ Simarouba. 

Bois de chambre. Nom donné dans nos V[eSy 
Cii Amérique , à uflç pl^ç 4oBti 1* tige fet d'iUiMidewu 



ÎÎ4 ^ ^ \ 

Cette plante qui eft annuelle , croît dans les lieux maré- 
cageux & incultes ; elle s'élève à plus de iix pieds ; fa 
racine eft blanche , chevelue ; fa tige eft grofle comme le 
doigt , cannelée & fpongieufe , rougeâtre ; fes rameaux 
oppofés en croix ; fe^ feuilles alongées , d'un pouce & 
demi de longueiur fur deux lignes de largeur , difpofées 
deux à deux jufqu'au nombre de cinquante fur une côte, 
d'un vert pâle , couvertes d'une pouffiere fine. 

Bois de chandelle. C'eft le Taouia ou Jlacolay 
des Caraïbes : on en diftingue deux efpeces , le blanc 
& le noir ; le premier eft un arbre de moyenne gran- 
deur 9 & croît dans nos Ifles , en Amérique , dans les 
bois qui font iitués aux bords de la mer. Son bois 
eft compaâe , dur, pefant , réfineux , odorant; auffi les 
Indiens le coupent par éclats , & s'en fervent pour 
s'éclairer la nuit, ce qui lui a fait donner le nom 
de hois de chandelle. Sa belle couleitf citrine le rend 
propre à faire de beaux ouvrages de marqueterie; 
il prend avec le temps im poli auffi beau que celui 
du coco : à la beauté de la couleur il réunît une odeur 
approchante de celle du citron y ce qui l'a fait appeler 
bois de citron y Lignum citri , par quelques-uns. Jes 
feuilles font pointues , en forme de fer de lance , 
fermes , odorantes , fans dentelure , de deux pouces de 
longueur , larges d'im pouce , paroiflant percées lorf- 
qu'on les regarde au foleil , luiiantes , d'un vert fcncé 
en deffus , d'un vert pâle en deffous , difpofées-trois 
à trois à l'extrémité des branches , qui font toujours 
terminées par une feuille impaire : fes fleurs font 
petites , blanches ; il leur fuccede de petites baies 
noires , qui , comme les fleurs , font d'un goût aro- 
matique , & d'une odeur qui tire un peu fur celle 
du jalmin , ( ce qui a fait auffi nommer par quelques* 
uns , cet arbre , bois de jafmin. ) 
^ Le bois de chandelle noîf a fes feuilles plus longues 
& plus larges; fon écorce eft noire , & fon bois eft 
plus pefant , plus réfineux & noirâtre, 



A regard du iols de chanddU dé PHle ût France 
Voyez Dragonier à feuilles réfléchies. 

Quelques-uns prétendent encore que le bois de roft 
de la Guiane eft le même arbre : on le nomme auffi 
bois citron & bois jaune aux Ifles ; c'eft Varbor ligno ci-^ 
trino rojam fpirante de Barrere^ p. i6. Son bois eft de 
couleur de citron , ayant une petite odeur de rofe ; 
fa feutlle a Todeur de citronnelle , & quand on la fait 
bouillir avec le bois de crabe , elle donne à l'eau une 
odeur qui tient du citron & de la cannelle : cette liqueur 
eft agréable à boire. Les Naturels l'emploient aufli 
dans les bains contre les efFervefcences de fang , appe- 
lées échauboidures^ 

Bois de Cheval. Voyei Bois major. 

Bois de la Chine. Voye[ au dernier article du mot 

Bois de Palixandre. 

Bois de Chypre. Voye^^ Bois de Rose. 

Bois Citron. Voye^^ à la fin de f article Bois de 
Chandelle. 

Bois de Clou du Para. Foye[ Cannelle giro- 
flée. 

Bois a cochon. Voye^ Baume a cochon. 

Bois de corail d'Amérique. Voye^ Bois immor- 
tel. Le bois de corail des grandes Indes , eft le condori 
rouge. Voyez ce mot. 

Bois côtelet ou BoisdeGuitard, Citharexilum 
cirurcum. Linn. Arbre qu'on trouve aux Ifles , particu- 
lièrement à Saint-Domingue , & qu'on a nommé ainfî 
à caufe de fa tige qui eft garnie de côtes faillantes ; fon 
écorce eft d'un bnm-cendré , unie , peu crevaffée : fon 
bois eft blanc , tendre ; on l'emploie dans la charpente 
du pays , & il dure affez long- temps , pourvu qu'il foit 
à l'abri du foleil & de la pluie : fes feuilles font oblon- 
gues , pointues aux deux bouts , d'un vert commun , 
îmestant tu deffus qu'en deflpus, luifantes, fans den- 
telure , alternativement poféés , très-veinées : fes fleurs 

ipm petites , monopét^es ^ blajnichâtre^ y odpraates; il 



^.(5 B O î 

tiU" iacceÀe de petits fruits à trois côtes , verts ^ endûte 
' rouges-noirs, 

4^ Bois de couille ou Pétard , Breynia. Ceft, dit 
Nicolfon , le Menecouy ou JUptlecou des Caraïbes. » Ceft 
» un-arbriffeau qui ié trouve fréquemment furies bords 
f^ de la^mer, à Saint-Domingue. Ses tiges fdht grêles, 
• n minces , [droites., & fe divifent en plufieurs rameaux 
» • qui s'clevent perpendiculairement. Son écorce e^ gri- 
y^ fâtre, unie ; fon bois blanc , fendant , légier ; fes feuilles 
>» font fermes , bien nourries , caffantes , d*un vert foncé , 

^ >> longues de quatre à cino pouces & larges de deux à 
» trois pouces, ovales, très-veinees, fans dentelure, 

,i '%> divifées par une côte rougeâtre , portées fur un petit 

^ » pédicule d'un rouge -brun. La fleur eft en rofe, 
» compofée de cinq pétales blancs, arrondis, pointus, 
» creuîés en aiiller , portée fur un calice mono- 
» pétale, dentelé : le centre eft ocaipé p^ plufieurs 
yy étamines minces, dont les anthères font fphériGues; 
^ elles environnent le tùftil , ^li eft très-long , tlan- 
» châtre , arrondi , gonflé au fommet : %e piftil devient 
» une goufle d'un demi- pied de long , boffelée , arroa- 
^ » die, d'un demi-pouce au plus de diamètre, jaunâtre 
,, >f en dehors , rouge en dedans , ligneufe , d'un goût 
» un peu amer , divîfée intérieurement en plufieurs 
» loges r,les graines qiii y, font contenues ont environ 
» deux lignes de diamètre & quatre lignes de longiieiu", 
» d'un vert fombre , couvertes d'une pellicule rou- 
» geâtre , d'un goût fort amer. La racine de ce^ arbrif- 
». feau eft employée- en décoâiîpn dans les maladies 
» vénériennes «. 

» Jacquin , à l'article Marcgravîa umbdlata^ donne la 
» defcription d'une plante parafite que les Habitans de 
» la Martinique appellent hois des couilks ; mais** elle 
>> n'a auajine reffemblance avec l'aAriffeau dont on 
n vient de^faire mention «. 
Bois de couleuvre ou Bots couleuvre, l^i" 

mm cQlubrinumwi OphioxUum /cf^mùmms en langue 

Malaicj 



m 



B O I 337 



Malale, Caju-ular ; i Ceyian , &c. Rametul , Camc^ 
ml , Nay-ldli , Ehawtya. C'eft une racine ligneiife 
de la groffeur du bras , qid renferme fous une écorce 
brune, marbrée, un bois dur, compaôe , fans odeur , 
d'un goût acre & très-amer. On appelle cette racine 
bois de couleuvre , parce que Ton dit que ce bois guérit 
de la morfure des ferpens, ou, félon d'autres, à caufe 
de récorce des racines , qui eft marbrée comme la peau 
à^s ferpens. On nous apporte ce bois des Mes de Samar 
ou Soloo , & de Timor , où il eft appelé caju-naffi. 
Cet arbre porte une efpece de noix vomique , beau- 
coup plus petite que la noix vomique ordinaire ; mais 
qui lui reffemble par la confiftance , le goût & la cou- 
leur. Quoique quelques perfonnnes faffent beaucoup 
d'éloges de cette racine pour chaffer les vers & pour 
les fièvres intermittentes , elle ne paroît cependant pas 
exempte de danger ; car on fait mention 4e perfonnes 
qui , en ayant fait ufage , ont été faifies de tremblement 
& de ftupeur , f ymptômcs prefque femblables à ceux 
qui font produits par la noix voniique. Voyez ce mot. 
Le pohon ou foulamoe-^aju des Malais , & qui eft peut- 
être le bouati amer, ( Foyei ce mot, ) eft encore un 
pareil remède en vogue à Ternate , où' il eft appelé 
panawa-majfou , oepas^majfou , & panowar-plpis : c'eft 
la racine d'une plante qui croît à Java & dans les Mes 
Moluques. On foupçonne que c'eft aufîî une efpece 
Sopjûoxylon : quelques - uns prétendent que c'eft la 
racine du bois des Moluques. Voyez ce mm. Le bois de 
couleuvre des Antilles eft une efpece A'arim. Voyez l'^r- 
ticle PiÉ DE Veau. 

BOJS DE CRABE OU DE GRAVE. Voyei CANNELLE 
GIROFLEE. 

Bois de Cranganor. Foye^ Pavate. 

Bois de cuir. Foye^ Bois de plomb des Cana- 
diens. 

Bois des Dames ou Bois d'huile. C'eft VÉrytrho- 
xylon à feuilles de millepertuis, Foye[ ÉRYtroxylon, 
Tome JI, Y 



y 



3)8 B O t 

Bois de dentelle. Foye[ Lagetto; 

Bois dur du Canada. Voyci Charme & Acacia 

tOMMUN. 

Bois d'ecaille. Faye[ à Fartide Bois de Campécki 
Bois a écorce blanche. Voyei Balouet. 
Bois a enivrer le poisson ou Bois-ivrant- 
Voyé[ Arbre a enivrer les poissons , & PartkU 

CONANI. 

Bois Di'iBÊNE. Voye^ Ébene. 

Bois épineux des Antilles. Sous ce nom on crt 
"fliftingue deux fortes : Tun qui eft blanc , & appelé 
totonnitr^mapou ; Voyez à C article FROMAGER : l'autre 
«ft jaune ; c*eft un clavaUtry Voyez ce mot ; & on eit 
diftingue deux fortes , le grand & le petit. 

Le bois épineux jaune y grand , eft VAgoualaly des 
jCaraïbes : on le trouve par-tout , fur-tout dans les 
mornes , tant aux Antilles qu'à Saint-Domingue. 
Nicolfon dit qu*il s'élève & devient gros comme le 
chêne du pays : fon tronc eft droit , élevé , très-bran- 
chu , couvert d'épines fortes , peu npmbreufes ; l'écorc* 
rude , légèrement crevaffée , rouflatre ; le bois jaune, 
dur y compaâe ; les feuilles oblongues , pointues , un 
peu dentelées , rangées deux à deux fur une côte qui 
eft terminée par une feuille impaire , d'un vert gai en 
deiTus 5 pâles en deflbus , armées de trois ou quatre 
petites épines. Les fleiu's naiffent le long des ramilles : 
elles font blanches & produifent une graine noirâtre , 
grofle comqie un grain de millet. Sow bois eft recherché 
pour les bâtimens. 

La féconde efpece de bois épineux jaune , eft bien 
plus petite que la première ; elle s'élève à peine à 
douze pieds : fon tronc n'a guère que cinq à fix 
pouces de diamètre, L'écorce eft noirâtre en dehors, 
|aime en dedans , couverte de quantité d'épines plus 
petites & plus aiguës que celles du précédent , d'un 
;oût fort amer : il lui reffemble dans tout le refte. Son 
>oisôc fon écorce peuvejit foiurflir en teinture unebellç 



B O I 339 

roxilèiw jaûfte-fafranée. Les Sauvais font iifage de 
rinfufion de fon écorce pour guérir les vieux ulcères : 
c*eft un vulnéraire déterfif aui pafle poiu: excellent 
Elle a encore la réputation d'être fébrifuge. 

Bois de fer , lÀgtium feni ; Ihra puterana ; Ibira 
ohi , Marcg» ; Sidtroxylum Americanum ^ Pluk. ; Side^ 
roxyhîdes femum , Jacq* Ce bois eft ainfi nommé k 
cauife de fa dureté : il nous eft apporté de l'Amérique 
en groffes pièces. Il eft très -pelant & va au fond de 
l'eau ; fa couleur eft rougeâtre ou obfciure ^ & on Tem^ 
ploie pour des ouvrages de menuiferie : il prend un 
très-beau poli. Les Indiens en font divers inftrumens ; 
les Sauvages en font leurs flèches : mais ce qui eft 
fingidier 5 c'eft que fon bois , quoique dur ^ fit très-- 
fuj€t à être attaqué par les» poux dé bois* Les Indiens 
font ufage de l'ecorcç de bois de fer râpée ^ dans les 
maladies où il faut exciter la tranfpiration. L*arbre da 
bois de fer fe voit dans les ferres du Jardin du Roî. 

I^ns nos Ifles en Amérique , on diflingue deux efpecea 
de bois de fer \ le blanc ^ & le rouge. Le bois de fer blanc\ 
eft un grand arbre dont la tige eft droite, haute, très- 
branchue, garnie de feuilles au fommet; Técorce eft 
épàiffe , cendrée en dehors , brune en dedans , d'iuie 
faveur aftringente, profondément fiUonnée; fon bois 
amer, fort dur, jaunâtre; le centre eft de couleur de 
fer rouillé ; fes feuilles font ovales , terminées par une 
pointe moufTe, larges d'environ un pouce , longues de 
deux pouces, peu veinées, difpofées tantôt alternatif 
vement , tantôt deux à deux fur les rameaux , d'un vert 
foncé en defTus, un peu pâle en deffous, lulfantes , fans, 
dentelure : fes fleurs croifTent par bouquets ; elles font 
en entonnoir, d'une couleur violette & blanchâtre, affez 
femblable à celles du lilas. Il leur fuccede une baie 
d'abord violette , enfuite noirâtre, qui renferme trois 
petites graines. Cet arbre fe trouve dans les mornes : 
fon bois eft employé dws les ouvrages de charpentç & 
de memûferiet . - 



340 B O I 

L'arbre appelé le bois de fer rouge diffère du précé- 
dent , par les feuilles qui îbnt longues de cinq à fix 
pouces, larges d'environ deu:iij; pouces, divifëes dans 
toute leur longueur par trois côtes {aillantes, fans 
nervure apparente ni dentelure , fermes y d'im vert fom- 
bre ; fon écorce eft rouge tn dedans ; Ifon bois eft rouge, 

Eefant, plus dur que le blanc, & prend un bien plus 
eau poli. On l'emploie aux mêmes ufages que le pré- 
cédent , & on lui attribue les mêmes vertus antivené- 
riennes & antifcorbutiques. 

M. de Commerfon a obfervé à l'Ifle de France , un 
arbriffeau appelé vulgairement le bois de fer de Judasy 
Cofjlnia pinnata. Ses feuilles font ailées , alternes , lan- 
céolées ^ à cinq ou fept folioles, vertes en deffus, un 
peu cotonneufes & blanchâtres en defTous ; le bout des 
rameaux eft couvert d'un duvet roulïatre; les fleurs 
font blanches, paniculées, terminales ; elles ont cinq 
pétales; le fruit eft une capfule ovale, trigone & coton- 
neufe ; les femences font globuleufes & noirâtres. 

D croît aufTi à la Chine , dans la province de Qiiang- 
Tong , une efpece de bois de fer y qui en a la couleur , 
& qui eft fi dur , qu'eau rapport du- P. du Halde , les 
Chinois en font des ancres pour leurs vaifTeaux de 
guerre. Ce bois de fer de la Chine eft profaablenient 
l'arbre appelé Beffy. Voyez ce mot. 
Bois de Fernambouc. Voye^ Bois de Brésil. 
Bois de F^roles ou Bois MARBRi, FeroUaarkr^ 

ligna in modum marmoris variegato ^ Barr. EfT» p. 51» 
Arbre de Cayenne & des Antilles; il eft fort toijffu: à 
Saint-Domingue, c'eft un arbriffeau dont les tiges ne 
s'élèvent guère ; elles font couvertes d'une écorce mince, 
membraneufe, blanchâtre; le bois eft dur, très-pefant, 
lifTe , à fond blanc , rempli de veines colorées ; il eil 
comme jafpé ou conune parfemé de taches qui refTem- 
blent à celle d'un marbre veiné de rouge, de blanc & 
de jaune ; ce qui lui a fait aufîi donner le nom de hois 
marbré ou œlorU^ M. de Prifoméne dit qu'il conferve le 



/ 



B O I 341 

nom de Bols de FéroUs , parce qu'il a été trouvé pour la 
première fois dans une habitation à^M.de FéroUs^ alors 
Gouverneur de Cayenne, C*eft , dit-il , le bois le plus 
recherché pour les ouvrages de marqueterie & pour 
difFérens meublas : nous avons dit que le fond en efl 
blanc. Quand le fond en eft jaunâtre, on l'appelle bois 
bmoififin : c'eft le même arbre que le bois fâtiné^ ou une 
variété; & on lui donne ces difFérens noms, fuivant 
les couleiu-s, les nuances & d'autres accidens qu'on y 
remarque, & qu'il offre étant coupé à différentes hau- 
teurs. Ses feuilles font oblongues, pointues parles deux 
bouts , fans dentelures , très-veinées , d'un vert foncé & 
luifant en deffus , pâle en deffous , portées fur de petits 
pédicides. 

Bois des Fièvres. Voyei Quinquina. 

Bois à flambeau. Nom donné au bois rouge par la 
propriété qu'a fon écorbe de brûler & de faire l'office 
d'un flambeau. f^oyc[ Bois rouge. 

Bois de Fléau ou Bois Flot. Voyez Cotonnier 
JiffUux^ à l'article Mahot. 

Bois fossile , Lignum inhumatum. Oefl commu- 
nément du bois non dénaturé , qui s'eft trouvé enféveli 
à différentes profondeurs par des éboulemens de 
terre & d'autres déplacemens occafionés par diffé- 
rentes caufes , foit par des torrens , foît par des inon- 
dations , foit par des tremblemens de terre ou par d'autres 
révolutions de la Nature. On peut citer en exemple une 
forêt entière qu'on a découverte ces années dernières 
dan§ les marais du Comté de Lancaflre en Angleterre : 
les arbres s'y trouvent couchés l'un auprès de l'autre , & 
«tendus fous une terre molle*, fpongieufe & noire , à la 
profondeur de trois pieds ou environ. Ces arbres font 
la plupart entiers ou flétris de coups de hache ; mais ils 
font aufîi noirs & aufïi durs que Tébene. On eft porté 
à croire que cette forêt fouterraine a été enfévelie du 
temps que les Romains conqiûrent l'Angleterre. En 
1754 • des gens du lieu fouillant parmi ces arbres, trou* 



342 B O I 

verent iin cadavre humain très-bien confervé : {es haKt^ 
qui étoient auffi entiers que le corps , ont fait Juger que 
c'étoit quelque Voyageiu: qui , en paflant par ce marais, 
y a été^englouti ; & 1 on eftime que Taccident peut être 
arrivé depuis un fiede. Tous les jours des Chaffeiirs 
s'enfoncent en parcourant la furface de ce terrain mou 
& poreux ; ils fe meurtriffent même les jambes contre les 
branches de ces arbres fouterrains. Un ruiffeau groffi par 
les pluies ayant entraîné^ en fe débordant, plus de 
huit arpens de la furface de la terre d\in de ces marais, 
donna Toccafion de tette découverte. 

On trouve en Ulande quantité de gros troncs dW- 
ires foj^csy pénétrés de pétrole concrète > qui leur a 
donné une couleiu" noire & une manière de brûler qiri 
n*eft pas propre au bois feuî. L'affemblage des cercles 
de couches concentriques qui y dans un tronc d'arbre 
coupé tranfverfalement , montrent les accroiffemens an- 
nuels parallèles aux plus éloignés , fe trouve com- 
-primé en une lame mince. 

Il eft digne de remarque que la plupart des terrains 
bourbeux ont la propriété de conferver les bois , &c. , 
témoins quelques pilotis de l'ancien Pont d'Orléans, 
& ce tronc d'arbre trouvé parmi les fouilles de la Gare 
de Paris , & ceux de chêne découverts dans le lit de 
la Seine , à l'occafion des fouilles faites pour la conftruo 
tion du Pont de Louis XVL Ces bois font noirs , très- 
durs & femblables à cei^x de Lancaftre. On a vu à 
Paris quantité de cannes à main faites des pilotis de 
l'ancien Pont d'Orléans. 

En 1768 on découvrit, en creufant les fondations 
des nouveaux murs de Nanci , un chêne d'^enviroh cin- 
quante pieds de longueur fur cinq de diamètre; ce chêne 
etoit entièrement de couleur d'ébene , néanmoins très- 
fain , à l'exception de quelques nœuds qui fe trou- 
voie nt changés en une efpece de charbon tbflîle. Il eil 
probable que cet arbre y étoit enterré depuis plufieurs 
iiedes, & qu'il n'a été entièrement couvert de tent 



SOI 34J 

qu^ la longue , par le changement de lit de la rivière 
de Meurthe , qui paffe aftiiellement à près de trois cents 
toifes de Pendroit marécageux où il s'efl . trouvé ^ , & 
oii il étoit enfoncé environ à cinq pieds de profondeiu*. 

Enfin , on trouve près de Bruges , en fouillant la 
terre à cinquante pieds de profondeur, une quantité 
immenfe de boisfojjile ; on y voit des troncs , des rameaux 
& des feuilles , fi bien confervés , qu'on diftingue les 
différentes efpeces d'arbres. 

Bois d£ Fredoche ou Bois d'Ortie , ou Bois 
PELÉ. Nom qu'on donne à Saint-Domingue à un arbre 
très-élevë qu'on trouve dans les endroits rocheux & 
arides de cette Contrée. Son tronc eft droit, j^rand & 
gros; l'écorne unie^ membraneufe , grifâtre; Ion bois, 
qui eft dur , compafte & blanc ,. eft recherché par les 
Charpentiers ; il dure long-temps étant garanti du foleil 
& de la pluie. Ses feuilles font en forme de lance , 
pointues au fommet , arrondies vers la bafe , fans den- 
telure, d'un vert foncé en deffus, clair & luifant en 
deffous, longuQS de hidt à neuf pouces, & larges.de 
cinq à fix , iialées , les unes éloignées des autres* 

Bois de Fustet, Cotinus coriara. Dod. Pempt. 780; 
Connus , Linn. 383-, L'arbriffeau qui donne ce hbis, 
s'élève de cipq à fix pieds , & croît en Italie & dans les 
Provinces Méridionales de'la France , à Antibes , & à ce 
qu'il paroît, auffi à la Jamaïque. Ses feuilles font ovales , 
fimples , arrondies par le bout , liftes , pétioléès , nerveu- 
fes , blanchâtres ^n deflbus : (es fleiu-s , d'im vert obfcur, 
viennent dans des touffes de filamens rameux. Lorfque 
le bois de cet arbriffeau eft d'un beau jaune & agréa- 
blement veiné, les Ebéniftes & les Luthiers l'emploient 
à différens ouvrages^ Ce bois , garni de fon écorcp ^ dpnne 
en teinture une couleur jaune , qui n'eft point folide* 
Les Teinturiers l'emploient aufli pour les couleurs ver- 
tes, en faifant pafler dans le bain de gaude les étoffes 
qui fortent de la cuve de paftel. Sa femlle eft emplpyéc 
çkez les Corroyeurs, 

Y 4 



344 B O I 

Bois a gaulettes. Arbriffeaii très-commun clans 
le pays de Cayenne : c'eft le coubouliroua des Caraïbes. 
Il eft droit , & a environ neuf à dix pieds de hauteur : 
on en fend le bois en morceaux très-minces , & on leur 
^onne le nom de gàuUttes ; elles fervent en guife de 
lattes pour tapifler les murailles. Maif. Ruji. de Caymnu 
Bois gentil, Mézéréon, Garou , Trentanel , 
Thymelée, Lauréole , Sain-bois, Malherbe. 
Ce font autant d'efpeces de petits arbriffeaux que Tort 
cultive. Le Bois gentil eft le Daphne meiereum , Linn. 
509; c'eft la Lauréole femelle, La ThymeUe^ Daphne 
Thymalea , Linn. 509 ; la Lauréole maie , Daphne Lau- 
reola , Linn. 510. La petite ThymeUe des Alpes, 
Daphne Cneorum^ Linn. Le Sain-bois ou Gar4)u^ Da- 
phne Gnidium , Linn. Ces arbriffeaux font des eipeces 
de laureoUs qui croiffent bien dans les pays chauds , fur- 
tout dans les environs dé Cortone , oà ils font appelés 
hiondella par les gens du pays ; ils portent au fommet 
de leurs rameaux des bouquets de fleurs en forme de 
tuyau, évafées en haut & découpées en quatre parties 
oppofées & contenant huit étammes. Lés uns ont des 
fleurs rouges , les autres des fleurs blanches , d'autres 
des fleurs d*un rouge pâle , &c. Elles paroiffent avant les 
feuilles. Il y a de ces arbriffeaux qui fe trouvent auffi dans 
les bois de la partie Septentrionale de TEurope , & 
jufque dans la Laponie. Ils fe plaifent aux expofitions du 
Nord , & fur-tout à Tombre ; ils fe multiplient de 
bouture & de graine. On les plante dans les terres fran- 
ches , humides & mêlées de fable ou de pierrailles. 

Ces arbuftes donnent des baies ou fruits de la grof- 
feur de ceux du myrte , ovales , remplis d\m fuc fort 
acre & cauftique ; rouges lorfqu'ils font mûrs , caufant 
des diarrhées & des douleurs très-vives dans les en- 
trailles ; on en prépare avec de la viande un appât pour 
faire mourir les loups & les renards , mais les perdrix 
& autres oifeaux en font très-friands ^ & n*en font 
point ^incommodés. 



B O I 345 

Le hois gentil annonce le printemps par les fleurs 
rouges, qui font très-jolies, & qui s'épanouiffent dès 
le commencement de Mars. La beauté , la durée & la 
bonne odeur de ces fleurs feflîles, latérales, difpofées 
trois à trois , font un ornement dans les jardins. 

La tige du bois gentil^ eft haute de deux ou trois 
pieds , & rameufe : Pécorce eft brilne , fes feuilles font 
ovales & lancéolées , alternes. Le bois gentil croît dans ^ 
les bois du Nord. 

Tous les mi!^rtons ^ lauréolts , &c. font de vîolens 
purgatifs dont on ne fait plus d'ufage , fînon en Tur- 
'quie. L'écorce du garou àjetiille de lin^ connu auflî fous 
le nom Atfain-bois , Thymœleafoliis Uni , appliquée fur le 
bras, tient lieu d'un cautère. Cette écorce eft lifTe , épaifle 
& jaunâtre. Les racines de cet arbre font jaunes, moUaflTes, 
courtes & lifles. Ses feuilles font longues , étroites , ver- 
dâtres en deflTus & bleuâtres en deflbus. On perce quel- 

3u,efois les oreilles , & on y introduit un petit morceau 
e bois de ce garou pour attirer la férofité. Les Tein- 
turiers fe fervoient autrefois de ce bois pour colorer 
en jaune ou en vert, en le faifant bouillir avec le paftel 

îndigoté. f^oyei MALHERBE , ThYMELEE & LaUREOLE. 

Bois de Girofle ou Bois de Grave. Foye^ Gan- 

NELLE giroflée. 

Bois de Grenadille. f^oyei a tarticle Ebene. 
Bois de Grignon. f^oyei Grignon. 
Bois de Guitard. Fcye^ Bois côtelet. 
Bois d'Huile, f^oye^ Bois des dames. 
Bois de la Jamaïque, f^oyei Bois de Campêche. 
Bois de Jasmin. J^oyei Bois de Chandelle. 
Bois Jaune. Foyei Tulipier. Aux Mes on donne 
aufîî le nom de bois jaune au bois citron. Voyez ce mot. 

Bois immortel , Erytmrine ou Arbre de Co- 
rail des Antilles , Corallodendron triphyllum America-- 
. ^^m , fpinofum , flore ruberrimo , Tourn. 66 1 ; Siliqua 
fylveflrisfpinofa^ arbor Indica , Bauh. Pin. 401 ; Coralarbor 
Americana , Cluf. , Comm, , Barr. , p. 41 . ; c'eft VAhiphiy 



54« . B O I 

Tuinanti-Iba des Caraïbes. Arbre de la Guîane qm vient 
aifément de bouture & de graine , & qui eft excellent 
pour faire des entourages ou des haies. Toutes les parties 
de cet arbre , écorce, branches , ^bois & racines , font 
cftimées dans le pays, pour guérir le mal d'eftomâc* 
Les Nègres en font ulage dans Teau ferrée. On Ta 
nommé bois immortel^ parce qu'il eft d'un très-bon 
ufage 5 & diu-e très-long-temps étant employé* Il croît 
par-tout, & très-promptement. Sa tige s'élève à douze 
ou quinze pi^ds & fe divife en plufieurs branches qui 
forment ime tête très-toufiue. Ses feuilles font alternes > 
à trois folioles , fans dentelure , arrondies , terminées en 
pointe , lifTes , minces , d'un vert-jaunâtre & rougeâtre , 
portées fur de longues queues. Ses fleurs , qui paroifTent 
en Février & Mars , font de l'ordre des Ùgumineufts , 
d'un rouge de corail tȏs-vif, & naiffent avant les 
feuilles; il leur fuccede des goufïes longues de. cinq à 
fix pouces , cylindriques , boflfelées , d'im vert-rougeâtre, 
quj contiennent plufieiirs graines en forme de fève , 
arrondies , couvertes d'une pellicule de rouge foncé ; 
elles renferment une fubftance blanchâtre, tarineufe, 
im peu amere. Cet arbre fe trouve aufli à Saint-Domin- 
gue. Son tronc eft quelquefois muiû d'iguillons. 

Bois d'Inde. Voyc[ a t article Bois de Campêche, 

Bois Indien. Nom que l'on donne à Caycnne à ime 
grofTe Uancy qui fe trouve dans les gros bois dont la racine 
battue & jetée dans l'eau des trous des favannes, a la pro- 
priété d'enivrer le poifTon* yoye[ Us unicles Liane & 
Conani-Franc. 

Bois Joli. C'eft le bois gentil. Voyez <e mot^ 

Bois laiteux. Foye[ VarticU Arbre laiteux des 
Antilles. 

Bois de Lamon. Voyt^ Brésillet des Indes. 

Bois de Lance. Voyt:^ à tarticlt Cornouiller. 

Bois Latanier. Nom donné à Saint-Domingue à 
un arbre de moyenne grandeur , & qu'on trouve coni- 
tnunément fur le bord des riyierçs i il ne feut pas le 



B O I ,347 

confondre , dît Nicolfon , avec l'arbre nommé Latanier. 
Voyez ce mot. Le bois latanier a fes feuilles diftribuées 
deux à deux fur une côte ; elles font minces , d'un vert 
pâle, oblongues, pointues. Ses fleurs fe changent en 
un petit fruit rond , alongé , divifé en quatre caj^ules 
qui renferment autant de graines triangulaires , un peu 
oblongues, revêtues d'une pellicule liffe, mince, jau- 
nâtre, groffe comme ime petite fève. ^ 

Bois de Laurier des Antilles. Ceft le croton à 
feuilles de noifetier. 

Bois de Lettres. Arbor lauri folio ^ Ugno varkgatOy 
vulgb Lignum litteratum^ Barr. p. i6. C'eft le Baira des 
Canûibes. Arbre de la Guiane , dont les feuilles ref- 
femblent à celles du laiurier : le bois eft beau , luifant, 
très-dur, à fond rouge & moucheté de noir. Il y en 
a dont le fond eft jaune : l'un & l'autre s'emploient en 
meubles, fur-tout pour des montans de chaife & des 
pilons , parce que le cœur a peu de largeur , n'excédant 
pas trois à quatre pouces de diamètre. L'efpece à bois 
jaune fert plus ordinairement de canne aux Nègres. Ce 
bois eft fort recherché en Europe par les Ébéniftes. On 
dit que c'eft le même que le bois tapiré- Voyez ce mou 

Bois Lézard. Foye^ Bois d'Agouty. 

Boiç DE Liège. Voyez Cotonnier fifflmx , à l'article 
Mahot. 

Bois long. Arbre laiteux , qui eft le .pao comprido 
des Portugais du Para. Son.fuc acre &.corrofif eft fi 
dangereux pour fes yeux , qu'on ne peut trop prendre 
de précautions quand on en taille le tronc: ce fuc s'épaiffit 
fans aucvm mélange, & a beaucoup de rapport avec 
celui du bois de feringue , pao^xiringa qui produit la 
réjim élajiiqm. Voyez cet article. Cet arbre eft très- 
rare dans la Guiane , & n'y eft connu fous aucun nom. 
Suivant la defcription que nous en donne M. Frefnau, 
il eft extrêmement haut , de groffeur proportionnée , 
fans branches autour de fa tige, avec une belle tête ronde 
& de petites racines. Sa feuille eft pointue par les deux 
extrémités , liffe en deffus^ rude en deffous y de couleur 



54» B O I 

vert clair tirant fiir le jaune : fon finît eft long & gros 
à-peii-près comme le petit doigt , jaune dans fa matu- 
rité : fop noyau eft fort long & dur. On mange ce finit 
(pii eft doux & agréable au goût. Confultez les Mémoires 
dt C Académie des Sciences de Paris ^ 'T-^'jP^S^^^SS^ î 
/?/. 19 , n.^ 6 , 7 , 8 , 9. On y voit la figure de l'arbre , 
de fa feuille , de fon fruit , & de fon noyau. 

Bois DE Lumière ou Pala de Luz. On donne 
ce nom dans l'Inde Efpagnole à une plante qui s^éleve 
ordinairement de la hauteur de deux pieds ; elle eft 
compofée de plufieurs tiges- qui fortent d'une racine 
commune ; qui font droites & unies jiifqu'au 
ibmmet , où elles pouffent de petits rameaux garnis 
de feuilles très -menues ; ces tiges font à-peu-près 
égales : elles ont environ trois lignes de diamètre ; 
lorfqu'on a coupé cette plante , elle s'allume quoique 
toute verte , & donne une lumière aufli forte que celle 
é\in flambeau. Ce phénomène , tel qu'on l'expofe , 
paroît hors de vraifemblance : il eft vrai que des plantes 
qui abondent en fubftance huileufe , inflammable , vo- 
latile , peuvent s'enflammer ; mais il faut exciter cette 
flamme en y approchant la lumière , comme on le fait 
à la fraxinelU , Voyez DiCTAME BLANC ; ou bien il 
£iudroit fuppofer que le frottement occafioné en la 
coupant , fut affez violent pour déterminer la plante 
à l'inflammation. Obfervez encore que cette plante 
croît dans les paramos du Pérou : ce font des elpeces 
de plaines extrêmefment froides , & communément 
couvertes de neige , qui fe trouvent entre les fommets 
des montagnes qui forment les Cordillieres des Andes. 
Bois de Mafoutre des Madagaffes. f^oycik^-* 

TIDESME. 

Bois de Mahagoni ou de Mahogani. Les 

Anglois & les HoUandois donnent ce nom à un bois 
dont ils fe fervent très-communément pour faire des 
tables , des boîtes , & ce qui eft en bois dans les 
inftnunens de Phyfique. Ce bois eft d'un rouge fl^ 



/ B O I $49 

bols de bréjillet ou H amarante ; il eft fufceptible de poli, 
& devient bnin à la longue. On prétend que les An- 
glois tirent ce bois d'une de leurs Colonies. Améri- 
caines. Cattshy ^ fait mention de l'arbre qui foiu-nit 
ce bois ; voici fes caraâeres botaniques : Cinq à onze 
feuilles impaires & paires ; les fleurs en épis & pani^ 
cules ; le calice à quatre ou cinq dents ; la corolle à 
qiiatre ou cinq pétales ; les étamines , huit ou dix réu- 
nies ; le piftil , un ftyle & un ftigmate ; le fruit efl à 
quatre ou cinq loges & de quatre ou cinq valves ; 
les graines font plates , ailées , imbriquées dans chaque 
loge. On prétend que le mahagoni eft Yacajou à 
planches. Voyez à VarticU ACAJOU. 

Bois mav>b ou Boi$ de Cheval, « Sa racine, 
•» dit Nicolfcn , efl mince , fibreufe , grifâtre ; il s'en élevé 
» plufieurs tiges articulées de trois à quatre pouces cfe 
>> diamètre , droites , couvertes d'une écorce minc-e , 
» liffe , grifâtre dans les vieilles branches , vertes dans 
» les jeunes. Le bois eft léger , blanc , compafte , flexible ,. 
» rempli d'une moelle blanche comme le fureaiu Ses 
w feuilles font alongées , pointues au fommet , rudes au 
» toucher , fans dentelure , divifées par une côte qui fe 
» fûbdivife en plufieurs nervures , qui font toutes diri- 
>> gées vers le fommet , d'im vert pâle tant en diffus 
» qu'en deflbus , portées fur un pédicule très-court , 
v> longues d'un demi-pied , & larges de deux à trois 
» pouces. Ses fleurs croiflent par bouquets au fommet 
» des branches ; il leur fuccede une petite grdne jau- 
» nâtre de forme ovale. On emploie les feuilles du bds 
» major en décoâion pour panfer les plaies des che- 
» vaux. Ce bois croît dans tous les endroits humides 
n à Saint-Domingue ». 

Bois Manprou. On lit dans VEffai fur rHiJlmû 
Naturelle de Saint-Domingue , que c'eft un arbre dont 
les feuilles font de différente grandeur ; les unes ne 
font longues que de trois pouces & demi , d'autres 
ont jufqu'à neuf pouces de longueiu" , & deux à trois 



550 B O I 

pouces de largeur ; elles font liffes , d'un vert foncé 
en deffus , d*un vert pâle en deifous , pointues , fins 
dentelure , divifées par ime groffe côte Taillante , 
portées fur un pédicule recoiu-bé du côté de la branche 
oii il eil attaché. 

Bois Makaque. Qrand arbre des Antilles & de 
peu de durée : il eft plein de trous. L'arbre eft ainfi 
appelé , parce que Pefpece de finge makaque préfère 
fon fruit à tout autre. 

Bois marbré. Voyc^ Bois de Féroles. 

Bois Marie. Nom donné à Tarbre dont on tire 
par incifion le baume vert. Voyez ce mot. 

Bois de mèche. Voye[ Karatas & Ouaye, 

Le bois de mèche des Créoles , eft VApeUki^oUis glabris^ 
fioribus virefcentibus , fruHu ajptro , de M.^ Aublet. C'eft 
im arbre de la Guiane , qui croît près de la Crique 
des Galibis ; fon tronc s'élève à la hauteur de douze 
pieds ou environ ; il a huit à dix pouces de diamètre ; 
les fleurs font polypétalées , en grappes & terminales; 
le fruit eft une capliile arrondie , aplatie en deffus & 
en deifous , & chargée dans toute fa furfece de petites 
afpérités qui reffemblent aux dents d'une liiiie. Les 
Garipous appellent cet arbre yvouyra ; ils fe fervent de 
fon bois , ainfi que les Galibis , pour avoir du feu : en 
frottant l'un contre l'autre deux morceaux de ce bois 
arrondis & pointus , ils parviennent bientôt à en avoir. 

Bois de merde. Voyti^ Bois caca. 

•Bois de Merle. <];'eft le celafin onduU , Celafims 
vndulatus , Hort. Reg. ; Omitropha merularia , Comm. 
Cette efpece de célajlre eft un arbrifleau haut de huit 
à douze pieds , & qui croît à Madagafcar & aux Ifles 
de France & de Bourbon. Ses fleurs font blanchâtres 
& difpofées en bouquets ombelliformes. 

Bois minéralisé. F(yye[ à l'article MINERAUX. 

Bois des Moluques , Lignum Molucenfe. C'eft le 
bois d'un arbrifliau qui croît aux Mes Moluques, 
( Crotum TigUuijt ^ Linn, Sp. ) Voyez Ricin Indien, 



i 



B O î jjï 

fioiS NÉPHRÉTIQUE , Lignum mphntiCUm mit pere-^ 
grinum. C'efl un bois d'un jaune pâle , pefant , d'un 
oût acre & un peu amer , dont l'écorce eft noirâtre : 
e coeur du bois eft d'un rouge-brun. Ce boîs a une 
fingularité remarquable : lorfqu'on a fait inflifer dans 
de l'eau le véritable Bois néphrétique , l'eau mife dans 
un vafe tranfparent , paroît d'un beau jaune fi on la 
regarde en tenant le vafe entre fon œil & la lumière; 
mais fi on tourne le dos au jour , l'eau paroîtra bleue ; 
effet qu'il faut vraifemblablement attribuer aux parties - 
colorantes , qui font conftituée's de manière à laiffer 
paffer les rayons jaunes comme un tamis , & à réfléchir 
les rayons bleus que l'œil ne peut appercevoir que 
lorfqu'il eft entre le vafe & la lumière. Si» l'on mêle 
une liqueur acide dans le vafe , la couleur bleue dif- 
paroît fur le champ ; & de quelque manière qu'on . 
regarde l'eau , elle a toujours alors la couleur d'or ; 
aifii-tôt que l'on y ajoute un fel alkali , la couleur 
bleue lui eft rendue. Tous ces effets fi finguliers font 
produits par les divers arrangemens des parties colo- 
rantes , & leurs combinaifons avec les matières falines. 

L'arbre dont on retire ce bois , eft le Guilandimi 
moringa , Linn. Sp. , & croît en Amérique , dans la 
Nouvelle Efpagne. On prétend que cet arbre eft ori- 
ginaire du Ceylan. On l'appelle dans le Malabar mo^ 
ringu , & dans le Ceyfan katu-^murunglia ou wattu-^ 
murunga. Ses feuilles reffemblent à celles des pois- 
chiches. L'infufionde ce bois' eft apéritive & utile , 
dit-on , dans la néphrétique , ce qui lui a fait donner 
ce nom ; on l'eftime aufti très-fébrifuge. Quoique bien 
des perfonnes fajQTent de grands éloges de cette infu- 
fion pour diffoudre la pierre , les Auteiurs de la Matière 
médicale doutent fort de cette vertu. S'il exiftoit quel- 
que difTolvant véritable de la pierre , ce feroient les 
favons^, qui , compofes de parties falines &c huileufes , 
font propres à diffoudre les parties conftituantes de 
la pierre» 



35^^ , ^ O I 

Comme ce bois eft peu ufité , on le trouve rare^ 
ment dans te commerce : des Marchands de mauvaife 
foi lui fubftituent Ibuvent l'aubier du gayac d^Europe. 
Quelques-uns foupçonnent que le muncudu ou htnr 
cîidu ou lakki^lakki , dont les racines donnent dans la 
teinture une belle couleur rouge , eft Tarbre à bois 
nlphritiqiu du Ceylan , tranfporté à Malacca , à Java 
& aux Mipluques ; d'autres prétendent que cette ra- 
cine à teinture rouge eft le Ronas^ Voyez Racine 
d^ Arménie. 

Le bois néphrétique d'Europe eft le bouleau. Voyez 
ce mot. 

Bois de lait de l'Ifle de France , Antafara. Il 
paroît que c'eft le franchipanier à feuilles retufes. Son 
bois, eft eftimé pour toutes fortes d'ouvrages au tour 
& pour la marqueterie. 

Bois de Nicarague. C'eft le Bois defang. Voyez 

ce mot. 

Bois noir. Ses feuilles croiffent oppofées le long 
des ramilles ; elles font oblongues , pomtues , longues 
de quatre à cinq pouces , & larges d'environ deux 
pouces , fans dentelure ; portées fur de petites queues , 
elles font d'un vert très-foncé en deflus, tirant fur 
le noir & luifantes , d'un vert fombre en deffous. 
Telle eft la defcription trop fuccinte de ce bois , par 
l'Auteur de VEJfaifur VHifix Nat. de Saint-Domingiu. 

On diftingue le bois noir de Malabar ; c'eft V Acacia 
de Malabar , Mimofa Icbbeck , Linn. ; Acacia non fpi- 
nofa Indice Orimtalis , coluttce foliis y filiquâ crufia- 
ced y &c. Pluk. Cet arbre croît dans l'Inde & dans 
l'Arabie. L'écorce en eft affez unie & grifatre; fes 
feuilles font deux fois ailées ; les folioles ovales , 
oblongues , glabres & d'im vert glauque ; les fleurs 
font blanchâtres , difpofées en faifceau ombelliforme ; 
les étamines nombreufes & très -longues ; les fruits 
font des goufTes longues de fept pouces , larges d'un 
pouce & demi, très * aplaties , d'im blanc jaunâtre » 

prefque 



B ^ îl 551 

ptéiinîë tuifanies i & qui renferment chacune huit à 
dix lemences planes & orbiculaires. 
Bois d'or du Canada. Voye^ à t article Charme; 
Bois d'Ortie. f^oyc[ Bois deFrédoche. 
Boii5 DÉ La PaIile. Foye[ à VanicU Sang- 
Dragon. 

Bois De PaLixandrë ou Bois^ violet ^ Uffium 
nolaceum. C'eft un bois que les Hollandois nous en- 
voient des Indes en eroffes bûches. Il réunit à une 
odeur douce & agréable une belle couleur tirant (ut • 
le violet ^ & enrichie de marbrures : ce bois eft d'au- 
tant plus eftimé que fes veines tranchent davantage^ 
Comme fon grain eft ferré ^ il eft fufceptible de 
prendre un poli luifant î il eft propre au tour & à la 
marqueterie. On en feit grand ufage pour les bureaux , 
les mbliotheques & autres ouvrages. C'eft de ce boià 
que les Luthiers font la plupart des archets de violon. 
Il nous vient encore par la voie de Hollande , une 
autre efpece de bois de couleur rougeâtre tirant fur 
le violet , propre à la marqueterie ; mais il fe ternit 
aifément , & il eft trop fujet à fe fendre , fi on n'a 
foin de le cirer de temps en temps : on le nomme 
improprement tois de la Chine ; car on prétend que 
l'arbre dont on le retire , ne croît que dans le Conti* 
nent de la Guiane en Amérique , au bord des mare* 
cages ; il eft monté fur des arcabàs , dit M. ^^ Pré-* 
fontaine. C*eft le Spartium arbortum trtfolium ligna 
violaceo. Barr. Eff. p. 105. 

Bois Palmiste. Les Habitans de Saint-Domingue 
donnent ce nom à un arbre qu'il ne faut pas confondre 
avec les palmifics proprement dits. La tige du bois pal-* 
mifte eft d'une hauteur médiocre , droite , branchue 
dans fon fommet & très-garnie de feuilles ; fon écorce 
eft d'un noir cendré , liffe dans la jeuneffe de l'arbre > 
& crevaflee lorfqu'il vieillit ; fon bois eft d'un blanc 
fale & pefant ; fes feuilles aflez femUables à celles- 
du noyer , plus étroites cependant & conjuguées } fes 
Tome II. Z 



154 B O I 

fleurs (ont rameufes & d'un blaoc pourpré ; il leur 
fuccede un fruit femblable à celui de Vfurmoda3c^ 
( ££ai fur HHifi. NaturdU d$ Saint-Domingue. ) 

Bois pelh. Foyei Bois de Fredoche. 

Bois pétrifié ou Dendroutk^I/VAojt/Avz. Voyei 

^ Vartick PÉTRIFICATION. 

Bois a pians% Nom donné à Sa>nt - Dosiingue à 
un arbre très-branchu , & qui s'élève beaucoup ; il 
croît dans les endroits humides de cette contrée. Ses 
feuilles font oblongues , arrondies par la bafe , ter- 
minées au fommet par une pointe alongée & recourbée 
d'un côté, d'un vert très^foncé en deffus, un peu 
clair en dcffous , lifles , opaques , fans dentelure , lon- 
gues de qiiatre "à cinq pouces , larges d'environ ua 
pouce , diipofées fur une côte tantôt par paire , tantôt 
alternativement ; chaque raitiille eft terminée ou par 
une feuille ou par deux fevdlles. Aux fleurs fuccede 
une gouife plate , longue de deux à trois pouces , 
large d'un pouce ôc demi , qui renferme une ou deux 
graines ridées , cotonneufes , d'un vert pâle , très- 
veinées , plates , en forme de cœur , de douze à quinze 
lignes de diamètre , rouifâtres , d'un goût défa^éabk. 
On prétend que les feuilles de cet arbre , ^)pliquée$ 
en cataplafme fur les pians , les guériflent radicalement. 
On emploie Técorce de l'arbre pour teindre en jaune. 

Bois de pieux. Voyc[ Belo. 

Bois piquant. Voyc^^ Tavernon. 

Bois de plomb des Canadiens , ou Bois DE 

CUIR , Dina palujlris , Linn. ; Jhymcdta fioribus altis 
primo vere erumpentibus , foliis oblongis acuminaiis y 
viminicus & Cortice valdi tenacibus , Gron. Virg. Petit 
arbriffeau de la iàmille des Garous ; il croît naturelle- 
ment dans les endroits marécageux & couverts, de 
l'Amérique Septentrionale. Son bois eft léger ; fes ra- 
meaux & fon écorce fort tenaces , & peuvent à peine 
fe rompre fans le fecours d'un couteau ; fes feuilles , 
qiii tombent tou$ Içs an^ ^ font vertes & glabres ea 



B O I },5 

âdïuS , blanchâtres & un peu velues en deffous , 
alternes , ovales ; les . rameaux font à articulations 
comme enthevlllées les unes dans les autres. Les fleurs 
paroiffent avant les feuilles développées , trois en- 
femble , latérales , pendantes 6c blanchâtres ; le fruit 
eft baccifere , ovale & monofperme. 

Bois pouilleux. Foyi^^ u qut. Ctjt à VanicU 
Arbre. 

Bois de ptisane. Dans le pays de Cayenne on 
donne ce nom à la liant feguine ; on en prend une ou 
deux poignées , que Ton mêle avec force citrons , 
pour faire tremper les malingres. Voye^ à Partich 
Liane. 

Bois puant. Voyc^ à VankU Anagyris. Il ne 
faut pas confondre ce bois puant avec le hois caca. 
y(yj.ti, ce mot. 

Bois punais, Voyc^ Cornouiller sanguin. 
Bois de Quassie , Quajjîa amara , Linn. Spec. 

Î>ag. 553. Il nous vient d'un arbriffeau qui croît dans 
es forêts de Surinam , & porte le nom d'un efclave 
Negrc nommé Quaffi qui l'avoit découvert , & s'en 
fervoit avec fuccès pour guérir les fièvres malignes de 
fes camarades dans la Colonie de Surinam , dont l'air 
chaud & humide eft très-mal-fain. M. de la Borde y 
Médecin à Cayenne , nous a dit qu'on a tranfporté 
dans l'Ifle de Cayenne plufieurs plants de quaj/îc ; 
qu'ils y ont bien réuflî ; que vers la fin de 1 77 1 , ils 
avoient déjà fleuri & fruâifié ; qu'ils fe plaifent dans 
les lieux frais & humides ; & qu'en les plantant fiu" les 
bords des rivières , il y a lieu de préfumer qu'on les 
verra multiplier autant qu'on peut le défirer. Planté 
de graines , cet arbrifleau y donne ks premières fleurs 
au bout de deux ans , ou de deux ans & demi. Il eft y 
dit M. Patris , de moyenne hauteur , produifant 
une ou plufieurs tiges d'un pouce de diamètre , qui 
s'élèvent de fix à huit pieds , avant de donner des 
branches, Jufqu'à ce que les tiges commencent à fe 

Z & 




3ç5 B O I 

ramifier , elles font , dans toute leur longueur , garnies 
de feuilles , dont elles fe dépouillent affez ordinaire- 
ment après la formation des branches. 

La tige de l'arbriffeau eft cylindrique & cendrée ou 
grifâtre. Les jeimes pouffes ont Pécorce verte & très- 
îegérement pointillee de blanc ; celle des branches , 
dans leur naiflance , eft d'un beau rouge , bniniffant 
& fe marquant de quelques lignes ou ftries grifatres 
en vieilliffant. Les feuilles font alternes , compofées 
de trois ou quatre rangs de folioles fans pétales , mais 
de forme ovale. Cet arbriffeau quitte rarement fes 
feuilles. 

Les fleurs de qiiaj[pc , dit M. Linnxus , font difpofées 
en grappes à Textrémité des branches , & ont le port 
& le volume des fleurs de la fraxinelle ; leur couleur 
eft d'un beau rouge de corail ; le calice eft court & 
compofé de cinq pièces ; les pétales font auffi au 
nombre de cinq , égaux , arrondis , larges à leur baie , 
roulés en cornet les uns fur les autres , & ne s'éps- 
nouiffant jamais ; les filets des étamines font au nom- 
bre de dix , furmontés de fommets oblongs , jaunes , 
& qui ont une pofition à -peu -près horizontale; le 
piftil eft un peu plus long que les étamines. Il ki 
fuccede cinq femences de forme ovale. 

La racine du quafpt eft pivotante , groffè comme le 
bras, blanchâtre en dedans, & jauniffant à Tair. Elle 
eft toute en aubier , & l'on ne peut pas en féparer la 
moelle : fon écorce eft fine , grife , rabcteufe , & 
comme gercée en quelques endroits. 

Cet arbriffeau eft un des plus agréables à la vue par 
la multiplicité de fes bouquets & la variété des cou- 
leurs dans fes feuilles. La racine , feule partie en ufagc 
de l'arbre , eft légère & n'a point d'odeur , fur-tout li 
elle a été defféchee à propos ; elle eft , ainfi que toutes 
les parties de cet arbriffeau , d'une amertume extrême , 
durable, fans avoir la ftipticité du quinquina. On eftime 
ce bois très-baliàmique , & propre , par fon amertume > 



B O ï 357 

à réfifter aux acides & à la piitréfaftion , les deuji 
principaux deftrufteurs des végétaux & des animaux. 
On s'en fert dans l'Amérique pour les fièvres intermit- 
tentes , continues , malignes & putrides. Oh le prend 
en poudre , & plus efficacement en décoûion. Un gros 
de cette racine râpée fiiffit pour une livre ou çhopine 
de vin; on peut auffi fe fervir d'eau au lieu de vin. 
Il n'y a que peu d'années que ce remède s'eft introduit 
dans la Médecine de TEurope. On fé fert auffi de fa 
teinture au vin contre la goutte & pour fortifier l'ef- 
tomac. On en prend deux cuillerées à foupe avant le 
repas. En un mot le bois de quaffie peut fuppléer au 
défaut de quinquina , il a les mêmes vertus , &c fouvent 
même il termine des fièvres qui avoient été très- 
rebelles au quinquina & aux fleurs de poincillade. 

Bois Quinquina , Malpighia latifoUa cortice fangui- 
nto^ Barr. Eff. p. 71 ; dans la langue des Galibis , -Xbzz- 
rouquouy. On ne fait point , dit M. dz Préfofitainc , ce 
qui a fait donner à ce bois le nom de quinquina , avec 
lequel il ne paroît avoir aucun rapport. Cet arbrifleau 
croît naturellement dans les grandes favannés y ou prai- 
ries abandonnées depuis long-temps, dans la Guiane. 
Bamre ajoute qu'on s'eft fervi quelquefois , dans la 
dyflenterîe , du bois &• de l'écorce de ciet arbriffeavi , 
avec le même fuccès que du Jîmarouba. Voyez ce mot. 

M. Deleu^e dit que les fleurs de cet arbre & des 
autres. plantes du genre des Malpighia^ font à dix éta- ' 
mines & trois pillils , & ont dix neûaires en dehors 
du calice. 

Bois Ramier. Foye^ Bois de soie. ^ 

Bois RaMon. Nom d'un arbrifleau qui croît à 
Saint-Domingue ; fon écorce efl: amere ; fes feuilles ' 
font épaifles , rudes au toucher , d'un vert foncé , 
larges ; fes fleurs croiflTent par bouquets , d'un blanc- 
jaui^atre & d'ime odeur agréable , qui fe changent en 
un fruit aflez femblable à une amande. ( EJJai fur 
rHiJl. Natur. de Saint-Domingue. ) 

- ^ • - z 1 • 



3j8 B O t 

Rois t>K RemETTE. Foy^i Dodonee à feuilles 

ilroius. 

Bois de Rose , Lignum Rhodium ; ainiî nommé à 
çaufe de foh odeur, qui approche de celle de la rofe: 
on l'appelle auffi bois de Rhodes ou bois de Chypre , 
parce qu'il croît dans ces Ifles , ainfi que dans celles 
de Canarie , aufîî bien qu'au Levant , le long du Da- 
nube , & à la Martinique où on le nonune auffi 
afpalixtK Nous avons obfervé que ce bois odorant 
n'offre guère que la partie des racines. 

Il y a diverfité de fentimens fur Tarbre dont on retiré 
ce bois aromatique , qui eft de couleur de feuille-morte, 
dur , tortueux & rempli de veines , qui , par leurs va- 
riétés, forment des compartimens agréables. Les An- 
tilles en fourniffent beaucoup : il eft très- propre pour 
le tour & pour la marqueterie , parce qu'il reçoit 
très-bien le poli , ainfi qu'on en peut juger par les jolis 
meubles qui décorent nos appartemens & nos cabi- 
nets : il eu d'un jaune pâle & qui devient roux avec 
le temps ; il eft rcfmeux , dur , amer & parfemé do 
' nœuds : fon aubier eft blanc & fans odeur. Quelques- 
uns croient que c'eft le même que le bois citron. Voyez 
ce mot. p autres foupçonnent que le lignum Rhodium 
eft un cytife. 

Les Hollandois retirent, par la diftillation du bois 
de rofe , une huile très -pénétrante , que l'on peut 
fubftituer à l'huile effentielle de rofe dans les baumes 
apopleâiques , céphaliques. Les Parfumeurs fontufage 
de ce bois de rofe , à caufe de fon odeur. 

Il y a une efpece de bois -de Rhodes ^ ayant peu 
d*odeur, qui croit à la Jamaïque : Amyris baîfamifcraj 
Linn.; Lauro affinis tcnbenthi y folio alatOy ligno odoratOy 
candido , fiore albo , Sloan. Jam. Hift. ; Lutvnium , Pluk. 
Quelques perfonnes le prennent pour le bois derofi^ 
quoiqu'à bien examiner il en diffère. L'illuftre Natura- 
lifte Sloane dit que le tronc de cet arbre , qui s'élevc à 
«nviron vinet j)ieds , eft blanc en dç<ians \ & que ce ' 



B O I 359 

boîs réfineux étant brûlé , répand une odeiir de rofe 
très-agf éâble. Ses fleurs font blanches , en bouquets , 
comme celles drf fureau. Ses fruits reflèmblent aut 
baies du Idurier. Il y a auflî à la Ciiiane im bois qu'où 
appelle bt>is de rofe. Voyei à Vartidc Bdis DE CHAN- 
DELLE. Le bois de rqfc de Saint-Doiïiingue , dit Nicol-- 
fin ^ a les feuilles oblongues , larges dé douze à quinze 
lignes , longues de deux à ti'ois pouces , terminées au 
fommet par une pointe moufle , recourbée d'un c'Ôté, 
d\ift vert clair en deffous , plus foncé eh defïiis ; très- 
veinées , fans denteliH-e. 

H croît à la Chine un bois de rofe nommé tfetan > 
qui eft d une très-grande beauté. Sa couleur eft d'un 
noir tirant fur le rouge , rayé & femé de veines très** 
fines qu'on diroit être peintes : c'eft Very^cepeum àt 
quelques-uns. Les buvrages faits de ce bois font fi 
eftimés qu'ils fe vendent ]plus cher qite ceitx auxquels 
on applique le vernis. Da litdde. 

Bois rouge ou Bois i>£ sat^g ou Bois sanglant*. 

Terebinthus procera balfamiftra mira , fiarr. p. 1 07 ; afi 
Cabueriba , Pifon. CVft ^Anacoucou des Caraïbes. Ce 
bob provient d'un très^grand arbre qui ctoît en Améri- 
que , près du Golfe de Nicaragua & dans les environs de 
Cayenne. Le cœur de ce bois eft d'un très-beau rouge 
étant travaillé , mais il s'éclaircit & devient gris à la 
longue. Son écorce qui eft grife d'abord , devient 
rouge en féchant , tant en dehors qu*eri dedans. 
Les Indiens fe fervent quelquefois de cette cottleut 
pour colorer certains ouvrages. Ce bois eft cher ; 
ils s^en fervent cependant pour s'éclairer, de ftiêmè 
qu'on emploie le pin dans les Pyrénées. M. de 
frifontaine dit que c'eft , après le balatas , le meilleur 
bois pour bâtir. ^ 

On donne auiS le nom de Bois rouge , Lîgnmft 
rubrum , PttrocarpuÈ dfacoràs fanguis , à un arbre qui 
croît à Java , Sumatra & Malacca, & que les Indiens 
dppelient en iaingire Malaie Anxatut. 

24 



3^0 B O I 

Nicolfon obferve qiie le hois rouge eft un grand arbre 
dont on diftingue plufietirs efpeces , qui different entre 
elles tantôt par les fleurs ^ tantôt par les feuilles. Dans 
le quartier de Léogane , au bord de la mer , à Saint- 
Domingue , il en croît une efpece fort commune > qui 
s'élève environ à vingt pieds. Son bois eft lifle , gri- 
latre , dur , pefant , mailif : fes feuilles ont fix à ièpt 
pouces de longueur & environ deux pouces de lar- 
geiu" ; elles font oblongues , terminées par une pointe 
recourbée d'un côté , d'un vert gai en deffiis , clair en 
deffous , fans dentelure , partagées par une côte & 
plufieurs nervures faillantes. Sa fleur devient une baie 
iphérique , de quatre lignes de diamètre , remplie d'unç 
pulpe molle , mmce , charnue^ d*une odeiu: aromatique , 
d'un goût fade ; Técorce qui covtvre ce fruit eft mince, 
grifâtre , lifle en dedans. On trouve au centre une 
graine prefque ronde , divifée en deux lobes , dure, 
noirâtre , farineufe , ayant le même goût & la même 
odeur que la pulpe. Son bois eft employé dans les 
ouvrages de menuiferie. 

Bois sain. C'eft le garou^ Voyez ce mot. 

Bois saint. Voyc{ Gayac. 

Bois de Saint- Jean. Voyez Arbre de Saint-Jean^ 

Bois de Sainte-Lucie. Voyez Makatep^ à rarticle 
Cerisier. 

Bois de sang. f^oye[ Bois rouge. 

Bois de Sapan* C'eft le bréJUlu des Indes. Voyez à 

Carticle BoiS DE BRESIL» 

Bois satiné. Bel arbre des Antilles ; c'eft le même 
que le bois de Féroles. Voyez u mot. On emploie fon 
bois en marqueterie : il a le fond rouge , veiné de jaune. 
lie bois faune d'Europe eft le prunier. Voyez ce mou 

Bois e»e Savanne. Voyè:^ Poirier sauvage de 
Cayenne. 

Bois savonneux. Voyt^^ Savonnier. 

Bois de Saxafras. Voyt:^ Sassafras. 

Bois de Senil. Voye\^ Conise à jfeuilUs de faulcp ^ 



B O I 3^1 

Bois de seringue. Voye^ à Canich RÉSINE ÉLAS- 
TIQUE. 

Bois siffleux. Voyi^^ Cotonnier siffleux , à 

VarticU Mahot. 

Bois signor. Voye^^ Bois Capucin. 

Bois de Soie ou Bois Ramier , Munùngia folio 

fericeo molli ^ fruclu majori , Plum. Gen. 41. C'ell ua 
arbre de la famille des Tilleuls ; il s'élève à environ 
trente pieds de hauteur ; fon écorce eft épaiffe de près 
d'un demi-pouce; elle eft blanche & toute hachée ;^^ 
fon bois eu gris , il a le fil long , tendre & plein de 
fève ; cet arbre eft affez branchu , de belle apparence y 
bien fourni de feuilles , qui approchent fort de celles du 
charme ; elles font alterne^ , tendres 5^ douces , fines 
& couvertes notamment en defîbus d'un petit duvet 
blanchâtre , doux & fin comme de la foie. Son bois 
n'eft bon qu'à faire des douves pour les barriques , 
encore durent-elles peu. A Saint-Domingue , où cet 
arbre fe trouve , les Nègres font des cordes avec fon 
écorce. , 

Bois de ,Tacamaque. ^(jye:^; Tacamaque. 

Bois tapiré. Grand arbre de la Colonie de 
Cayenne , dans lequel le cœur du bois eft mêlé de rouge 
& de jonquille : on en fait des meubles dans le pays ; 
& comme il eft d'une excellente odeur , il la com-, 
niunique au linge qu'on renferme dans les armoires 
faites de ce bois. L on commence à nous en apporter 
çn Europe pour Tufage des Ébéniftes. 

Bois trompette. Foye^ Ambaïba. 

Bois veiné. Nom donné par des Amateurs à une. 
coquille univalve du geiîre des Murex , parce que fa 
couleur imite celle du bois veiné. Voyez Murex. 

Bois vert , ainfi nommé de fa couleur dominante. 
C'eft le bois £ébene de la Guadeloupe & de toutes les 
Antilles. Voye^ à VarticU Ébene. 

Bois violet. C'eft le Bois de Pauxandre ; 
cependant les. Ébéniftes appellent plus particulière- 



3<5î BOL 

ment hois violet , celui dont les veines tranchent davan- 
tage & font plus vives, royei ^^^^ DE Palixandm, 

BOLDU , BoUu arbor oliviera , Plum^ Jourru du 
Pérou. Arbre qui paroît avoir quelques rapports avec 
les lauriers , & qui croît dans les forêts au Pérou : 
il s'élève à la hauteur de vingt à vingt-quatre pieds ; 
fon tronc eft de la grofleur d'un homme. Son écorce 
a le goût de la cannelle ; fes feuilles font oppoféçs , 
cordiformes , longues de trois pouces , cfe moitié 
moins larges , vertes , un peu velues ^ .& d'une 
odeur d'encens. Les fleurs viennent en bouquets au 
bout des branches ; elles font blanches , à fix pétales 
difpofés en rofe ; il y a fix étamines jaimes , & un 
piftil ; le fruit reflemble à nos olives ; fon noyau eft 
noir , rond & ofleux. Les Indiens mangent ce fririt 
par délices. 

BOLET , Bohtus , Linn. Gêner. iiîO. Voyt{^ i 
r article CHAMPIGNON. 

On a donné le nom de Bolet' de cerf ^ (^ Boktus 
urvinus , ) à une efpece de champignon à cavité pul- 
vérulente ; ceux que nous ayons vu fous ce nom font 
des vefles-de-loup , petites , otbiculaires. 

BOLS , Terres bolaires ou Terres sigillées, 

Terrœ bolares. Ce font de vraies argiles ; mais il pa- 
roît qu'on a affeâé finguliérement ces noms à celles 
qui font un peu poreufes , affez friables , s'attachent 
& happent fortement en etepâtant la langue , de même 
qu'à certaines argiles remplies d une grande quantité 
de terre ferruginettfe , & colorées par cette terre d'une 
manière uniforme en jaune ou en rouge , &c. 

Il y a ime efpece de terre hdaire de conteur At 
chair, que l'on voit avec étonnement avoir été de 
tous temps célèbre parmi les hommes , puifque du 
temps même à^ Homère & H Hérodote , on ne la tiroit 
de la terre qu'avec de grandes cérémonies. On nous 
^porte cette terre fous la forme de paftilles convexes 
cPon cdté , ^ aplaties dt l'autre par l'imprelfion du 



BOL 353 

cachet que chaque Souverain des lieux oti il fe trouve 
aujourd'hui des bols , y fait appofer , moyennant un 
tribut , ce qui lui conferve le nom de tern Jîgillée. 
Autrefois les Prêtres y imprimoîent l'image d'une' 
thevre , fymbole de Diane. Les bols (m tems Jigillées 
qui nous viennent de Saxe , font en paftilles rondes 
au pourtour , & planes tant en deffus qu'en deffous r 
Tune des faces offre rettipteinte de deux fabres 
croifés. 

On voit en Allemagne , dans les boutiques , plu- 
fleurs efpeces de terres Jigillées , marquées de cachets 
difFérens. La plus grande partie de la tehe JigUlee , 
que l'on nomme auflî terre de Lemnos , parce qu*on 
la. tire de cette Ifle , appelée aujourd'hui Stalimene ^ 
eft marquée du fceau du Grand -Seigfiein:. Le Gou- 
verneur de rifle en vend aufli une partie aux Mar- 
chands , fut laquelle il imprime foîi fceau. 

Les Anciens ont beaucoup vanté cette tefre , dont 
on ne fait aujourd'hui prefque point d ufage : Its cé- 
rémonies qu'on emplôyoit pour la tirer de la terre , 
ne côntribuoient pas peu à augmenter , dans l'efprit 
du peuple toujours crédule , l'idée de fa vertu. Ils la 
regardôient <5omme im alexipharmaque , comme un 
remède* très-utile à la dyffenterie , & propre à refer- 
mer les plaies récentes; effets qui, quoique très-foi- 
blés , pouvoient être produits par l'acide vitriolique , 
qui eu contenu dans les terres argileufés. Henckel dit 
que l'ufage de ces terres efl propre à engendrer & à 
augmenter les calculs , de même qtie le talc que les 
Cfinois brident , & qu'ils boivent nlêlé avec du vin , 
comme un remède propre à prolonger la vie. ïl efl 
étonnant que les terres bolaires foietit toujours dVm 
itfage âufli familier dans la Médecine. Il efl reconnu 
que tes acides n'agiffent pas fenfiblement fur les terres 
grafes; fi ces diffolvans ne peuvent les attaquef , il 
^y a guère lieu de Croire que ceux qtd fe trouvent 
^3 reftofûac produîfent cet- effet. Nous élirions vo- 



3^4 BOL 

lontiers ^ avec la pliis faine partie des Médecins mC^ 
trults , qu'on peut regarder comme un abus Tulàge des 
t-irres bolaircs &'des ums jigUlits. Effeftivement , fi 
elles ne fe diffolvent point dans les premières voies , 
elles ne peuvent que fatiguer l'eftomac fans paffer 
dans l'économie animale. S'il s'en diffout une partie , 
c'eft ime preuve que la urrt holairc étoit mêlée d'une 
portion de ttrrt calcaire ; & alors il vaudroit mieux em- 
ployer des terres abforbantes , telles que la c/vwV lavU ^ 
les yeux d^écrevijfes , &c. Si c'eft à la partie ferrugi- 
neufe qu'on attribue les vertus des terres JigilUes , il 
feroit beaucoup plus fimple d'employer des remèdes 
martiaux. 

On a des bols & des terres figillées de plufieurs autres 
Contrées , & ces bols font aufli plus ou moins vantés. 
La terre de Mafia , près de Lisbonne , a la réputation de 
guérir les cancers. Celle de Smnt- Ulrich a , dit-on, la 
vertu de chaffer les rats' ; & celle du Chav au Pérou 

{)afre poiu rendre les femmes fécondes. En Allemagne 
es terres bolaires ont encore beaucoup de cfédit. 

On met au rang des bols une terre du Mogol de 
couleur grife tirant fur le javme , que l'on nomme 
terre de Patna ; on en feit des pots , des bouteilles , 
des carafes que Ton nomme gargoulettes , capables de 
contenir une pinte de Paris , mais fi minces & fi lé- 
gères , que le fouffle de la bouche les fait rouler çà 
& là fur le parquet. On prétend que l'eau y con- 
tra ûe un goût & une odeur agréables , ce qui n'a 
point lieu dans ce pays-ci , lorfqu'on veut répéter 
Fexpérience dans ces vafes. Quoi qu'il en foit , ce 
vafe s'humeâe infenfiblement , & après que les Da- 
mes Indiennes ont bu l'eau qu'il contenpit , elles le 
croquent & mangent avec plaifir , & principalement 
quand elles font enceintes ; car alors elles aiment 
avec fureur cette terre de Patna ; & fi on ne les cb- 
fervoit point , dit plaifamment Limerï , il n'y a point 
/ de femme groffe au Mogol qui , en peu de temps , 



B O M 3(^5 

rfeùt grugé tous les plats , les pats , les bouteilles , 
les coupes & autres vafes de la maifon. On dit qu'en 
Efpagne on fait ufage d'iuie efpece de tem qui a pref- 
que les mêmes vertus , & qu'on nomme bucaros. 
Voyez ce met. Le bol d^ Arménie , fi célèbre comme 
ingrédient de la grande thériaque , eft d*iin rouge- 
brun. Il s'en trouve d'affez femblable auprès de Saumur. 
Les Naturaliftes diftinguent encore ptufieurs autres 
efpeces de terres bolaires par leur couleur , ainfi qu'ils 
donnent à beaucoup d'argiles des épithetes qui indi- 
quent leur couleur ; comme argiks blanches , argiles 
grijes , argiles bleues. Mais toutes ces dénominations , 
comme le dit avec raifon l'Auteur du DiBionnaire de 
Chimie , ne donnent que fort peu ou même point du 
tout de connoiffances fur la vraie nature des diffé- 
rentes argiles naturelles. Ne feroit-41 pas-, dit-il ', plus 
avantageux d'examiner d'une manière plus particu- 
lière , & fur-tout par des épreuves chimiques , quelle^ 
font les matières hétérogènes dont le mélange altère 
dans les différentes argiles naturelles la pureté de la 
ttrre argileufe , fimple & primitive , à laquelle elles 
doivent tout ce qu'elles pnt de propriétés argileufes , 
& de leur donner des noms qui indiquaflent ces ma- 
tières hétérogènes , ou du moins celles d'entre elles 
qui dominent , en y joignant , fi l'on veut , la cou- 
leur de V argile ? Dans ce plan de nomenclature , on 
auroit les argiles blanches , fabUufes ^ micacées , c^/- 
caires ; les argiles grifes ou bleues , pyriteufes ; les ar- 
giles jaunes ou rouges , ferrugineufes : les argiles noires 
ou bitumineufes. Ces observations judicieufes prouvent 
combien la Chimie peut répandre de liuniere dans 
V Ni flaire Naturelle fur l'objet préfent & fUr une infi- 
nité d'autres , particulièrement dans la Minéralogie. 

Comme cet article a une liaifon intime avec 
(îelui de la glaife & de Vargile , Voyez Argile & 
Glaise. 
BOM , Borna, Grand ferpent du- Bréfil & du pays 



3<^^ B O M 

d'Angola > qui fait im bnilt fingiilier en rampant , & 
dont il eft parlé dans VHiJloirç Générale des Foyagcs^ 
Le Borna eu le Boa. Voyez ca article. 

BOMBARDIER ou Canonnier. Nom donné à une 
efpece de buprefie qui fait par l'anus une explofion 
femblable à un coup de feu. Cet infefte , que M. 
SoLandtr a fait comioître le premier , eft de moyenne 
groffcur & de l'efpece des vers-luifans ; voici la phrafe 
qui défigne fes carafteres : Cicindela capïte , thorace , 
pedibufque rufis^ elyms nigro-caruleis. Le bombardier a 
les yeux faillans & d'un bleu- noirâtre ; (es cornes font 
courtes. Il a la tête , l'eftomac , le ventre & les pattes 
d'un rouge mat : l'extrémité des pattes de derrière eft 
d'un bleu foncé. Les étuis de fes ailes ont luie largeiu- 
inégale & des pointes obtufes. C'eft vers le commen- 
cement d'Avril que cet infede fort de terre : il refte 
d'abord caché fous des pierres ; mais Iprfqu'il fe met 
en marche , il va toujours en fautant & fans faire ufage 
de fes ailes ; fi on le touche , il jette auffi-tôt par 
l'anus , avec un bruit prefque femblable à celui d'une 
arme à feu , une fiimée qui parok d'un bleu fort clair. 
L'Obfervateur avoue que dans la frayeur que lui caufa 
pour la première fois cette explofion , il lâcha Pin- 
îefte ; mais que dès qu'il en eut trouvé un autre , & 
qu'il l'eut pris , l'animal tira fon coup comme le pre- 
mier. M. i o/a/2^r , familiarifé avec l'artillerie de ces 
petits animaux , s'avifa de chatouiller celui-ci avec une 
épingle fur le dos , & il tira jufqu a vingt coups de 
fuite. Etonné de voir tant d'air contenu dans un fi 
petit corps , il ouvrit l'infeâe , & il lui trouva vers 
l'anus une petite veflie afFaifîée. Cette vefiîe eft donc 
l'arfenal foudroyant de cet infeâe , qui eft lui-même 
une efpece de petite baftille , dont la manoeuvre pé- 
tulante & fans effet nuifible , mérite l'attention de 
l'Obfervateiu:. Cet animal à un ennemi qui lui dpnne 
continuellement la chaflë , c'eft le grand carabus dé- 
crit dans le FoMna Sufciça de Linmeus, Quan^ le tireur 



BON ^67 

cft fatigué par les pourfuites du carabus ( qui eft iin 
autrç buprefte) , il fe couche devant ion ennemi. Celui- 
ci , la bouche béante , & les pinces ouvertes , eft tout 
prêt à dévorer fa proie ; mais à l'inftant qn^il s'apprête 
à fauter fiu- elle > le tireur lâche fon coup de bombe , 
& le carabus effrayé recule. Le bonAardur pourfuivî 
cherche à mettre le chaffeur en défaut , & s'il cil aflez 
heureux pour trouver un trou , il échappe cette fois 
au danger ; autrement le carahus , qui revient tou- 
jours à la charge , le prend par la tête , ie coupe & 
l'avale, M. Solandcr eft furpris que cet infcfte qui a 
des ailes , ne cherche pas à fe fauver en volant ; mais 
il ajoute que cet infeâe fait apparemment comme 
Toie qui, dit-on, vole devant lepervier , & ne fait 
qiie fauter devant le renard. M. Solander vient de nous 
feire connoître une autre forte d'infeûe fort fingu- 
lier : c'eft une chenille qui mange de la foupe & 
d'autres chofes graffes. 

BONANA. Nom tranfporté par corruption au pin^ 
çon de la Jamaïque de M. Brijjon , parce qu'il a l'ha-» 
bitudç de fe percher fur le conana pour fe nourrir des 
fruits ou femences de cet arbre. Causby dit que c'eft 
par la mêoie raiibn qu'on donne auftl au iroupiale le 
même nom de bonana. 

BONASUS. Efpece de taureau que Ton trouve en 
Péonie , dans les vaftes forêts de Lithuanie* , & dans 
quelques parties des Monts Crapacs , & peut-être 
dans le Caucafe. Ce quadrupède bifulce eft de la grot 
feur . de notre taureau domefiique , mais fon cou eft 
depuis les épaules jufque fur les yeux couvert d'un 
long poil , bien plus doux que le crin du cheval. Cet 
animal vient originairement de V aurochs , qui eft le 
taureau fauvage , animal fupérieiur au bonajus pour la 
grandeur & pour la force, yoye^ , au mot Auroghs, 
toute la variété des bœufs & ks cawfes de Içur dégé- 
nération. Le bonafus a été connu à^jirijiotc ; c'eft le 
monops ^Elim , le tauruiu fauvage de Peonie , le même 



368 BON 

animal que Jules-Céfar a décrit fous le nôitt genîiaîfl 
ii^urus ; en un mot , c'eft une efpece de bifon. Voye2 
u mot. 

BONDRÉE ,/?/. ml. 410. Goiran de Belon , Buuo 
apivorus. Cet oifeau de proie a tant de reffemblance 
avec la bufe , qu*à moins de les comparer bien foi- 
gneufement , il eft aiié de les confondre. Ces deux 
efpeces , quoique voifines, .& quoique ayant beau- 
coup de carafteres communs , offrent cependant des 
traits de différence dans le naturel , dans le caradere, 
dans les habitudes , fuffifans pour conftituer deux 
efpeces. La hondree eft à-peu-près auffi grofl'e que 1» 
bufe ; elle a vingt-deux pouces de longueur depuis 
le bout du bec jufqu'à celui de la queue , & dix- 
huit pouces jufqu'à celui des pieds ; {^s ailes , lori* 
qu'elles font pliées , atteignent au-delà des trois quarts 
de la queue } elle a quatre pieds deux pouces d'en- 
vergure ; fon bec eft un peu plus long que celui de la 
bufe ; la peau nue qui en couvre la bafe eft jaune , 
épaiffe , inégale ; les narines font longues ''& cour- 
bées ; lorfqu'elle ouvre le bec , elle montre une 
bouche très-large & de couleur jaime ; Tiris des yeux 
eft d'im beau jaune ; les jambes & les pieds font de 
la même couleur , & les ongles , qui ne font pas 
très-crochus , font forts & noirâtres ; le fommet de 
la tête paroît large & aplati : il eft d'un gris-cen- 
dré. Ces oifeaux , alnfi que les bufes , compofent 
leurs nids avec des bûchettes , & les tapiffent de laine 
à l'intérieur ; c'eft fur elle qu'ils dépofent leurs œufs, 
qui font d'une couleur cendrée & marquetés de pe- 
tites taches brunes. Quelquefois ils occupent des nids 
étrangers ; on en a trouvé dans un vieux nid de mi- 
lan. Ils nourfiffent leurs petits de chryfalides , & 
particulièrement de chyfalides de guêpes. On a trouvé 
des têtes & des morceaux de guêpes dans un nid où 
il y avoit deux petites bondréts : elles font dans ce 
premier âge couvertes d'un duvet blanc , tacheté de 

noir; 



BON 5(?^ 

^ït ; elles otit alors les pieds d'un jaune pale , & lai 
peau , qui eft fur la baie du bec , blanche. On a 
àuffi trouvé dans Peftomac de ces oifeaux , qui eft 
fort large , des grenouilles &c des. lézards entiers. La 
femelle eft , dans cette efpece , comme dans toutes 
Celles des grands oifeaux de proie , plus groffe que le 
tnâle ; & tous deux piettent &c courent , fans s'aider de 
leurs ailes , auffi vite que nos coqs de baffe-cour» La 
hondrée eft moins commune qiie la bufe; fa maniera 
ordinaire de chaffef , eft de fe placej: fur les arbres 
en plaine , pour épier fa proie. Elle prend les mu- 
lots^, les lézards , les grenouilles , les chenilles & 
autres infeftes. Elle ne vole guère que d'arbre en arbre ^ 
& de buiffon en buiffoh , toujours bas & {ans s'é- 
lever comme le milan > auquel du refte elle reffemble 
affez par le naturel , mais dont On pourra toujours la dif- 
tinguer de loin & de près , tant par fon vol que pat 
fa queue , qui n*eft pas fourchue comme celle du 
milan. Comme la bondree eft graffe en hiver , & que 
fa chair alors eft affez bonne à manger , on tâche, 
dans cette iaifon dé prendre cet oifeau au piège. 

BONDUC ^ Guilandina^ Genre de plante à fleurs 
polypétalées , de la famille des Liguminmfes , & qui * 
comprend des arbres & des arbriffeaux exotiques , 
épineux , dont les feuilles font une ou deux fois ailées ,' 
& dont les fruits font des gouffes courtes, prefque 
Irhomboïdales , tout-à-fait unlloculaires , & qui renfer- 
ment quelques femences dures , offeufes , & la plupart;, 
prefque fphériques» 

BONDUC commun^ Ou PoiS QUENIQUE , OU GtJJÉNIC ^ 
ou CniquiéR , ou (ElL t>E CHAT , Guilandma Bon^ 
duc , Linn. ; Bonduc vulgarc , majus ypolyphyllum ^ Plum %^ 
Acacia glorloja kntifci folio , Jpinofa ^ fion fpicato ImeOy 
Jiliqua magna, muricatâ , . Pluk. Âlm. ; Lobus ecfdnaeus ^. 
fru3u jlavo , foliis rotundionbus , Sloan. Jam* \Pruux 
Globulorum , Rumph. Amb. Ceft im arbrifféau épineuaS 
<im croît nàtiu-elleméot. da.n^ Jeç climats chauds ^ei 
Terne LU A a 



\ 



570 BON 

deux Indes ; on le trouve très-communément au bord 
de la mer , aux Ifles fous le vent ; fes tiges font ver- 
dâtres , cannelées , comme farmenteufes & caffantes ; la 
tige , les rameaux & les pétioles des feuilles font munis 
d'aiguillons nombreux , fort petits & en crochets ; fes 
feuilles font deux fois ailées , à pinnules oppofées & 
fans impaire , & à folioles ovales , glabres , un peu 
pétiolées ; les fleurs font affez petites , jaimâtres ou 
rôuflâtres , terminales , garnies de dix étamines très- 
déliées : le piftil devient une gouffe ovale ou rhom- 
boîdale , légèrement comprimé^ par les bords , renflée 
au milieu , d'un bnm rouflatre , large de quinze à 
dix-huit lignes , longue de trois à quatre pouces , 
couverte d épines fouples & nombreules ; cette gouffe 
eft uniloculaire , & contient deux ou trois graines 
fphériques , fort dures , lifles , d'un gris bleuâtre ou 
nué de vert, groffes comme des avelines; chaque 
graine renferme ime efpece d'amande blanchâtre, 
ridée , huileufe , d'une odeur & d'un goût de pois vert, 
mais amer ou peu agréable ; quand la gouffe , garnie 
de fes graines , eft bien defféchée & qu'on l'agite , elles 
réfonnent. 

BONDUC rampant , Guilandina BonduuUa , Linn. ; 
Crifia pavonis , glycirrhiiœ folio , minor ^ repcns ^Jpin<h 
fijpma , &c. Bregn. Prodr. ; Caruti , Rheed. Malab. 
Cette efpece eft plus petite & plus rampante que la 
précédente; les H^itans du Malabar s'en fervent 
comme d'irn fpécifique dans les hernies : on en peut 
faire des haies impénétrables aux animaux y à caufe 
de la grande quantité d'aiguillons dont fes rameaux , 
qui s'étalent à la manière des ronces , font garnis* 

BONDUC à goufftsUjfcs , Guilandina nuga , linn. 
Cette efpece croît à Amboine, dans les lieux pierreux, 
vers les bords de la mer. 

BONDUC à ficurs m grappts panicutccs , GuUanJirut 
panicidata , Linn. Cette efpece croît au Malabar. 
M. de CQmn«rfon dit l'^ivoir vue à la Nouvelljg Brç:^ 



BON 371 

tagne : c^eft le Catit^muLIu , Rheed Mal. ; le Ticànto da 
M. 'Adarifon. 

BONDUC à jkurs^ axi&iires , GuUandina axillarîs^ 
Cette efpece croît dix Malabar, dai3$ les bois épais: 
ç'eft le B^m^amti , Rheed. MaJL 

BON-HENRI ou Épinard sauvage , Bonus hcn^ 
ricus^l. B. %y 965 ^ Linn. 320; Chmopodium folio triant 
gulo , Tourfl. Inft. 506. Plante à fleurs à étamines , aiïeç 
Jemhlahle, pour la figure extérieure, aux épinards ^ &Ç 
qu'on peut leur fubftituerj étant également émolliente &ç 
laxative. On dit que i^s feiUlles écrafées & appliquées 
^n cataplâfine fur les plaiies nauvelies , les cicatrifent 
promptement , réunifiant le double avantage de net^ 
joyer les ulcères &c les plaies. On trouve fréquemment 
cette plante dans les lieux incultes , les maiiires , Sç 
le long des chemins. Des perfonnes la cultivent auflji 
avec les herbes, potagères ; Pon mange fes jeunes tiges 
jen manière d'afperges ^ & fes feuilles en guife d'épinardsj 

Le bon-'henri , dit M. Ddeu^ , eft du genre appelé 
païU'-^ouy ( Chenopodium. ) Sa racine eft vivace , épaifle , 
rameufe , jaunâtre dans fon intérieur , acre & amere ; 
fes tiges font hautes d'un pied & plus, épaiffes , 
droites , creufes , cannelées & garnies de feuilles alter- 
nlBS , triangidaires , fagittées, un peu ondulées , liffes, 
nerveufes, ftns dentelures dans leur contour, d'un 
gros vert en deffus, & comme chargées d'une pouf- 
fiere farineufe en deffous ; elles font portées fur de 
longs pédicules & renfoncées à leur infertion : fes fleurs 
fiaiflent en épis au bout des branches ; elles font d'ùnf 
couleur herbacée. 

Bon -HOMME, f^cjy^î Bouillon-blanc. 

Bon-jour-commandeur. Nom donné, \ 
Cayenne , à un petit oifeau qui a le plumage , lès mœur^ 
& le? çaraâeres dje notre moineau ; fon chant fe fait 
entendre de grand m^tin, & C'eft le premier des oifeaux 
idpnt le cri frappe l'oreiUe 4^ ceux qui commandent 



372 BON 

BONITE. Poiffon fort commun dans la mer AtlaiS 
tique , d'ime couleur affez approchante de celle des 
fnaquereaux , auxquels il reffemble auffi pour le goût j 
mais il en diffère beaucoup par la grandeur ; il a jufqu'à 
deux ou trois pieds de longueur. Son corps eft fort 
épais , charnu & couvert d'une petite écaille fi ferrée , 
qu'à peine Papperçoit-on : quatre raies jaunâtres qui 
naiffent du côte de la tête , régnent le long du corps è 
diftance à-peu-près égale , & le réunifient à la queuç, 
La bomu a l'œil grand & vif. 

Ces poiflbns fe trouvent plutôt en pleine mer qim 
près des côtes ; ils vont en troupe , & la mer en eil 
quelquefois prefque toute couverte : on les prend à 
la fouine , au trident & de diverfes autres manierez 
Si l'on attache une ligne à la vergue du vaiffeau lorfr 
qu'il vogue , & qu'on l'amorce avec deux pliunes df 
pigeon blanc , on a le plaifir de voir les bonites s^élancei 
îur ces plumes qu'elles prennent pour un poiffon volant ^ 
& fe prendre ainfi à Thameçon. 

Quoique les bonites ou germons des mers d'Amen^ 
que & d'Europe foient un excellent manger, on dit 
que la chair de celles que l'on pêche dans les mers 
d'Angola eft très-pemicieufe. Les Nègres de la Côtç 
d'Or mettent ce poiffon au rang de leurs DieiLX ou 
Fétiches. Ce poiffon n'eft-il pas le Thon è 

BONITON. Foyei Amie. 

BONNE-DAME. Foyei Arroche. 

BONNET-CHINOIS. Ceft un finge de la fimilte 
des Guenons , & qui paroît n'être qu'une variété dç 
l'efpece du malbrouck. Voyez ce mot. 

Bonnet d'Électeur. Foyei à la fuiu de l'ari 
ticle Courge à limbe droit ou BoNNET de Prêtre, 
Ceft une race de pepons. On l'appelle pajlijfon. 

Bonnet DE Neptune. C'eftim fongîpore de forme 
arrondie ; fa partie convexe eft quelquefois terminée 
par wnetfpe.çe de tubercule en façon de bouton, d'oùt 
p;utent en tous fens des lames mijacçs fort {sni^% 



"Bon .571 

^ont les dentelures farllantes forment de dHlance en 
diftance de petits tubercules comme étoiles, qiû leur 
font donner le nom de grand bonnet de Neptune , 
ou la rj^trc Polonoife. Les efpeces ordinaires font 
plus petites , & n'ont point ces tubercules étoiles , 
mais quelquefois des boucles irrégulieres. La partie 
concave du bonnet de Neptune eft garnie de ftries 
granuleufes , quelquefois pointues. On donne auffi 
le nom de bonnet de Neptune à une efpece 
d'épongé , dont l'organifation imite celle du fongi- 
pore décrit ci-deffus. Foye^^ Us mots MADREPORE & 

FONGIPORE. 

Bonnet de Prêtre ou Fusain commun , Évoni^ 
mus^ Dod. Pempt. 783 ; Evonimus vulgaris, granis ru- 
htnûbus , C, B, Pin. 418 ; Evonimus multis aliis tetra^ 
gonia y J. B. 7 , ICI ; Evonimus Europaus , Linn. i86* 
Ceft un arbriffeaii dont le bois efi dur , & toutefois 
fecile à fendre , de coidcur jaunâtre pâle ; fa tige eft 
droite ; les branches encore jeunes paroiffent qua- 
drangulaires , parce que Técorce , félon M. Deleu^e , 
eft marquée de quatre lignes rougeâtres un peu éle- 
firées; les feuilles font ovales ,, lancéolées , nnement 
ilentelées par les bords , vertes , pétiolées , & pofées 
deux â deux fur les branches/; les fleurs font petites ^ 
couleur d'herbe , compofées de ouatre ou cinq feuillet 
& d'autant d'étamines avec un feul piftil : aux fleurs 
fuccedent des fruits membraneux , relevés de quatre 
ou cinq côtes de couleur rouge , compofés de quatre 
capfules qui renferment chacune une {emence de cou- 
leur fafranée en dehors. 

Cet arbrifl^eau qui s'élève à la hauteur de fix à fept 
pieds , croît naturellement dans les haies ; fon bois eft 
employé pour faire des lardoires & des fiifeaux , ce 
qui Pa feit nommer fufmn. Il fleurit à la fin de Mai 
& eft propre à mettre dans les remifes ou les bof^ 
Juets d'agrément. La belle couleur rouge de fes fruits 
£)riae un ai&z htl afpeâ en automne. 

Aa } 



174 . B O O B O R 

On drftingue plufieurs autres efpeces ou variétés ivL 
fitfain ; (zvoix ^\q fufain à fruit blanc; celui iiJUurrom 
qui fe troirve en Hongrie j en Moravie & dans la Baffe- 
Autriche ; lefufain à larges feidlUs ou k grand fiifain; 
celui de Virginie , dont il y a deux e^eces , l'un qui 
<{uitte fa feuille , & l'autre qui demeure toujours vert* 
On dit que les feuilles & les fruits iufufain font 
pernicieux au bétail , &c que deux ou trois de ces fruits 
purgent violemment. Heureufement tout le bétail a 
âe la répugnance pour cet arbrifieau ; les infeâes mêmes 
lie s'y attachent .pas. La poudre des capfules du/ufak 
répandue fur les cheveux & fur les habits tue les 
poux. On tire une teinture rouge ée l'enveloppe 
<les graines. En faifant bouillir les baies àa/ufain dans 
-une leffive , elles peuvent fervir à dcmner aiDc che- 
yeux une coulejur blonde ; fon bois qui eô jaune , 
obéit au dfeau ^ èceû quelquefois employé ^ans les 
ouvrages de failpture. On fait avec des baguettes de 
fiifain des crayons noirs->poiff les DeffisiaCeurs. Pour 
cet effet , on prend un petit canon de fer que l'oa 
ix>udie par les deux bouts , on le remplit de baguettes 
de ^iéfain , on le met dans le feu , & le fufain s'y con- 
vertit en un charbon tendre & très-propre pour les 
efquiffes. Lorfque l'on taille ces crayons > il faut faire 
la pointe fur un des cotés pour éviter la moelle. 

Quelques-uns donnent aufli le nom de ionnu Je 
iPrctre au bonnet d^ÈUBmr. Voyez u dernier mot. 

BOOSCHRATTE ou Rat des bois. Nom donné 
par les Hollandois au farigue , eipece de dïddphe. 
Voyez à V article Didelphe. 

BORAMETZ. P^oye:^ AGNEAU TaRTARE ou DE 

Scythie. 

BORAX (tf). Le borax eft une combinaifon de 

^«} Les deuils dtns tefquek je vais entrer , font longs à la ¥^'t^ ; 
nais comme ils ont été lus en forme de Mémoire, en 17^ , à l'Acadé- 
mie Koyale des Sciences » & que ce Mémoire a été égaré deux fois, 
perdu trois fois dans l«s nains de Tua des CommiâBices ùat%i de 



^ O R 57y 

Talkalî-imncral avec le fel fédatif ; c'eflun feî (I*vin grand 
ufage en Médecine , & très -employé par divers; 
Artiftes. 

Les Nktiiraliftes le défignent comme un fel foffile ; 
des Chimifles le placent auffi dans le reene minéral. 
Pes Commerçans prétendent que cette fubUancç n-'eft 
point un corps naturel ,mais un produit de l'art. Divers 
Auteurs ont dit que le borax naiffoit ou fe trouvoit 
dans des mines de cuivre en Afie , dans les mines d'or 
& d'argent des grandes Indes & de la Tartarie , & 
fur-tout dans l'We de Ceylan. Malgré tous les tra^ 
vaux qu'on a tentés fur ce fel pour en découvrir la 
nature , & quoi qu'en aient penfé ou foupçonné la 
plupart des Ecrivains & des Artiftes , il paroît qu'oa 
eft toujours fort incertain fur l'origine & le raffinage 
du borax. 

Je me propofe de donner ici non-feulement une 
bonne defcription du tinkal & des différentes efpeces 
de borax connus dans le Commerce , mais encore leur 
origine , leur ufage , la manière de raffiner le borax à 
l'imlar des HoUandois , & de difcuter quelques points 
chimiques ^ tendans à éclaircir ou à confirmer les 
notions que nous avons de la nature & de la forma- 
tion de ce fel fingulier. Le borax brut^ ou cru & 
groffier , tel qu'il nous vient de l'Inde Orientale , ref- 
femble à une terre plus grifatre que jaunâtre , gni-» 
meleufe , affez pefante , d^urie faveur de fucre , & 
d'alkali de fondé ou de fel marin. Dans cet état il 
contient beaucoup de corps étrangers , différemment 

rex^roîner ; & qu'en 1773 M. Cadtt ayant ët^ nommé en place de feil 
M. Baron ^ pour en faire le rapport conjointement avec M. Bouriclin'^ 
é*après lequel rapport fait » TAcadémie conclut que Ton ne feroit 
«tt'un extrait de ce Mémpire pour être inféré dans THiftoire de ladite 
Académie , j*ai cru que mes Leéleurs ne me fauroiént pas mauvais gré 
<le trouver ici la totalité de mes recherches & de mon travail fur Id 
horax» Quant à deux autres Mémoires , Tun fur la vitrioiifation , Vautra 
fur le camphre , que )*avois lus en 1760 & 1761 , à la même Académie i 
ils n*ont été égarés qa*une fois ; mais comme je les ai réclamés férieufe* 
ment , 1* Académie les « fait imprimer dans les Mémoires d(s Savan^ 
Etrani;crst ' 

Aa 4 ^ 



^7^ B O R 

colorés , tefreux & pierreux. H n'elb pas rare J?y 
trouver des crlftaux d'un borax à demi-tranfparent ^ 
verdâtres & réguliers comme le borax raffiné ; on 
nomme ce fel borax gras & brut de l'Inde. 

On trouve aufli dans le Commerce du borax en paîn^ 
il reflemble à du fucre peu tranfparent & candi , ou à 
un amas de criftaux confus de tartre vitriolé. Onl# 
nomme borax en rocher de la Chine^ 

L'autre efpece de borax efl afTez tranfparent, luifant, 
d'un blanc mat , dur ; fa figure efl un pnfme hexaèdre , 
comprimé , & tronqué par les deux bouts. On le 
nomme borax . raffiné J^ Hollande , Borax depuratus , 
albus , oSangularis Wallerii (tf). Son goût eft 
d'abord afTez doux ; il devient enfmte âcre-piquant; 
mis fiu" des charbons embrafés , fon odeur , ^ qui efî 
fuave au commencement, devient enfuite alkaline & 
«rineufe. 

Le raffinage du borax efl une efpece de manipulation 
t[ue les Hollandois annoncent comme un fecret ; mais 
ils s'en font fait trop gratuitement un privilège excliifif. 
Je peux dire d'avance qu'il en efl du raffinage du borax 
comme de celui du camphre. Pendant combien de tempa 
n'a-t-on pas dit que le camphre ne fe pouvoit purifier 
que par la fimple liquéfadion ? Quelques-uns cependant 
loupçonnoient que cette réfine fi finguliere pouvoit être 
purifiée par la fublimation : tant d'incertitudes auroient 
dû faire tenter l'expérience ; mais chacun parloit le lan- 
gage de fon Auteur ; il n'y avoit que les Hollandois 
<5ui favoient feuls profiter de notre trop crédule corn* 
plaifance^ jufqu'au moment (en 1761 ) oii j'ai com* 
muniqué à l'Académie des Sciences que le véritable pro»- 
cédé du raffinage du camphre brut , fe rédùifoit à une 
feule fublimation, au procédé que j'ai décrit avec les 
détails nécefTaires pour accélérer & raciliter l'opération. 
Si l'on eût tenté en France la purification du borax brut 

{a) J'ai expofé aux yeux de TAcadémie ces différentes efpeces dt 
^oTox y & toutes les expériences que j'ai fik^s fur te fel» 



B O R 37f 

île l'Inde & qu'on l'eût rendue publique , on fauroit 
qu'on en peut faire le raffinage uns l'intervention de 
Teau de chaux vive & jd'autres matières , qu'on a pré* 
tendu ou ignorer ou foupçonher. Enfin on fauroit déjà 
que la purification du borax eft fondée fur le même 

!)rocédé ufité pour les autres fek que l'on piurifie par 
a voie de la diffolution , de la filtration , de l'évapora-^ 
tien & de la criflallifation. 

Etant à Âmfierdam, un riche Négociant de cette' 
ville me fit entrer dans un de ces fameux laboratoires , 
cil l'on ne feit des opérations de Chimie qu'en grande 
quantité : la théorie eft bannie de ces efpeces d'atteliers ,' 
la pratique feule conduit la main d'un ouvrier qui ne 
manque jamais de réuflîr , & de produire à fon maître 
un bénéfice dont la fpéculation lui tient lieu de toutes 
réflexions phyfiques. Ce fut dans ce laboratoire HoUan- 
dois oii je puifai diverfes inftruûions , dont je rendrai 
compte dans un inftant. 

Le borax brut nous eft apporté de Bengale & d'Ormus : 
on en trouve auflî dans la grande Tartarie. 

De tous les vaiffeaux Européens qui mouillent dans 
le Bengale , ce font ceux des HoUandois qui apportent 
le plus de borax ; je fais même que ce qu'en apportent 
quelquefois les François ou les Anglois , eft auffi-tôt 
revendu à quelques Négocians d'Amfterdam qui ont 
Part de le purifier. Les Vénitiens ont eu les pre- 
nùers la réputation de raffiner ce fel ; mais ils pré- 
tendent que la longue guerre des Turcs avec les 
Perfans ayant interrompu toute efpece de commerce 
dans les Echelles du Levant , ceux qui avoient à" 
.Venife l'art de raffiner le borax des Indes , manquant 
de matière à borax , périrent de mifere , & emportèrent 
avec eux leur fecret. Que ce fait foit ou non , toujours 
cft-il vrai que les Vénitiens & tous les Européens 
tirent aujourd'hui & uniquement le borax rafiiné des 
Droguiftes de Hollande , & que ceux-ci font un myftere 
de la manière de U raffiner. 



37« fi Ô R 

UAuteur du DlcHonnain du Citoyen dît à cet égffj 
que le grand fecret des HoUandois eft l'économie & leur 
application à rendre la maiivd'oeuvre à très-bon marché^ 
pour empêcher les autres Nations de tenter la même 
chofe ; fecret qu'ils appliquent efFeftivement à plufieurs 
autres objets de commerce , tels que la préparation du 
mimtmt^ du cinabre, Anfublimé corrojify les htdles de 
mufcàdey de girofle ^ de, bois de rofe^ de fajpifrasy de 
t^édooire , de coulilawan j de cannelle , & df plufieurs 
autres matières , dont ils font feuls le commerce à 
l'exclufion de toutes autres Nations. Je reviens au borax y 
comme étant le feul objet que je me fois propofé 
de traiter dans ce Mémoire. 

La quantité de borax brut qui m*a paffé par les mains, 
ou que j'ai eu occaiion de voir dans (es magafins de 
Maneille , de Londres , d'Anifterdam & de plufieurs 
autres endroits de l'Europe , les récits de plufieurs 
Négocians Arméniens ÔC de Voyageiu"s inftruits que j'ai 
entendus dans mon dernier voyage , tant en Angleterre! 
qu'en Hollande, tout me porte à dire que le borax fe 
tire par lixiviation d'une terre graffe & laline , laquelle 
fe trouve en manière de dépôt dans des efpeces de puits 
creufés? exprès eh certains cantons de la Perfe & du 
Mogol , & oîi l'on n'a l'art de purifier ce fel qu'à demi , 
même à l'aide d'une féconde diffolution. Le procédé ufité 
dans l'Inde pour cette première purification du borax 
appelé borax gras bnu de VInde , diffère peu de ce qu'on 
lit dans le premier voliune de notre Minéralogie , pre- 
mière édition, lySzypag. ^^44 , &c. d'après la lettre qui 
m'avoit été écrite en 1754 dlfpahan. Voici le précis 
de cette lettre ; 

Le borax tire fon origine d'une terre grifStre , fablon- 
neufe , graffe, que Ton trouve en Perfe & dans le Mogol, 
proche des torrens de Radziaribron , & notamment au 
bas des montagnes de Purbeth , d'oii il découle une eau 
mcàiffeufe, laiteufe, acre , lixivielle & comme favon- 
neufe; Lorfque la terre eil dure & par monceaux, on 



fi O R 379 

Pcxpofe à Phumîdîté de l'air, oh elle s'amollît & devient 
marbrée en (a fuperficie. Cette terre ou pierre à borax ^ & 
cette eau , font les matrices , les matières premières 
du borax. On ramafTe auffi une eau de la coniiflance 
d'une gçlée très-claire qui fe trouve en Perfe dans des 
foflfes très- profondes, près d'une mine de cuivre jaune; 
cette liqueiu: a un œil verdâtre , & la faveur d'un fel 
Éide. On mélange la pierre à borax avec l'eau favon- 
neufe & la liqueur gélatineufe ; on les leffive ; on fait 
évaporer la liqueur jufqu'à coniiilance requife ; puis on 
la verfe à demi-refroidie dans des foffes enduites de 
glaife blanchâtre ; on couvre ces foffes d'un toit ou cha- 
piteau enduit de la même matière. Au bout de trois 
mois on trouve un dépôt terreux , grifâtre , d'une 
confiflance vifqueufe , d'une faveur faline & nau- 
féabonde^ entremêlée de ^elques criftaux plus fales, 
verdâtres & affez opaques; quelquefois auffi le dé- 
pôt eft griiStre & peu tenace, mais d'un goût plus 
alkalin. On diffout auffi ce dépôt terreux & falin ; on 
procède comme ci-deffus ; on verfe la liqueur dans unç 
autre foffe femblable à la première > &: deux mois 
après l'on y trouve encore un dépôt terreux , mais plus 
ialin , remj^i d'un plus grand nombre de criflaux plus 
réguliers , demi-tranfparens. Tel eft le borax qu'on 
apporte en Europe fous le nom de borax brut. 

Celui qui m'a affuré, en 1766, que ce procédé eft 
toujours le même dans Tlnde, m'a dit auffi que le pro^ 
chût des foffes à borax des diftrids de Patna , du Décan , 
de Vifapour , de Golconde & de quelques autres con- 
trées du M(^ol , étoit porté à Bengale ; tandis que Iç 
produit des foffes de Schiras, de Kerman & de quelques 
autres lieux de la Perfe , étoit porté à Gomnon , ou 
Bender-Abaffy. Le même Narrateur m'affura qu'avanç 
la guerre des Tiurcs contre les Perfans , les Arméniens 
alloient, par Smyrne, près l'ancienne Babylone^, oîi il 
y avoit auffi des puits ou foffes à borax ^ & que là ils 
achetoient le borax brut^ & l'apportoient aux Véni- 



jSo B O R 

tiens , qui alors avoient Tart de le raffiner ; îl me mcn^ 
ira airffi un bârax naturel^ qu'il me dit fe trouver tan- 
tôt dans des cavernes en Perfe , 8c tantôt dans un lac du 
grand Thibet (a). Ce horax natif qu'il me donna 9 eft 
blanchâtre , formé par couches , & un peu fableux » d'im 
jgoùt très-alkalin & peu fucré , ou moins fede que le 
torax ordinaire : on l'appelle fd de. Perfe. En cet état il 
ne peut fouder; il lui manque l'onftueux du einkalcp^on 
lui donne à volonté (f) ; c'eft de ce fel dont les femmes 
Tartares fe fervent quelquefois poiu: adoucir la peau 
<les bras & du vifage. 

{a) M. Binot , Chirurgien fur Tun des vaîiTeaux cle la Compagnie det 
Indes , a communiqué les détails fui vans à M. Balliert , de TAcadémir 
de Rouen , à-peu-près dans le même temps que nous irons lu ce Mé** 
moire : 

9» Le horax eft un Tel foflile qu*on tire d*un endroit du Rojaume da 
fi g^nd Thihet , nommé StmhuL II y a dans ce lieu-là un grand lac 
f » de cinq lieues de tour ou. environ. Dans un certain tenpsde Tannée» 
*» les gens du pays débouchent des égouttoîrs qu'ils ont pratiqués pour 
tt faire fortir du lac autant d'eau qu'il leur eft poflible : il en refte ordî- 
M nairement deux ou trois pieds. Alors fept ou huit hommes fe Jettent 
M à l'eau après s'être bien bouché la bouche & les oreilles : fans cette 
f* précaution , cette eau leur feroît enfler tout le corps, ce qui arrive 
pt Couvent. Ils {é rangent en file dans l'eau , 6c tous raclent avec les 
»t mains & les pieds pour détacher le borax qui eft au fond. Ils le 
9s mettent enfuîte dans des bourfes pour le bien laver en le frottant 
>» entre les mains. Ils le font pafler ainfi de main en main iufqu'aa 
»t dernier homme • qui met ce horax dans un grand vafe attaché à un 
>* poteau au milieu du lac. Quand ce vafe eft plein , ils mettent le tout 
)> dans une outre ou fac de peau , & au moyen d'une corde , ils ti» 
a» rent le horax hors du lac , fans y faire d'autres préparations. On ne 
'» trouve pas autre chofe dans ce lac. Il y a feulement auprès de cet 
9* endroit une minière d*or. En partant de Négral pour aller à Sembul y 
9» lieu du horax , il faut marcher entre le Levant & [a Tramontane ; le 
f» chemin eft à-peu-près de trois cents lieues >t, ( Ce horax ne feroit-i( 
pu un natron)} 

(h) Cette fubftance onâueufe eft le t'tnkal même » cette matière dont 
le horax brut eft mélangé » & qui étoit inconnue aux Chimiftes & aux' 
Katuraliftes. Cependant, en 1741 , M. KnoU , qui étoit à Tranquebar , 
«nvoya à M. Langiut , Profefleur à Hall , de la mine du horax & du 
fel qui en avoit été tiré • avec du favon & du verre qui en avoient 
^té faits. M. Pou , Chimifte de Berlin , fît par la fuite des recherches 
fur la terre fablonneufe & lîxiviclle du horax, & découvrit qu'elle con- 
tenolt en effet un fel alkali terreftre. J^oyei Pott da Borate , pag. ;. 
Mais on ignore toujours la manière dont le tinkal fe fait avec un a|f 
kali terreftre , & peut-être M. Knoll aura-t-il donné de plus graads 
éclairciifemens fur cette importante matière* 



B ©R 381 

On me fit en même temps obferver la forme &c 
la nature des inftrumens dont on fe fervoit dans le 
laboratoire Hollandois : j'examinai d'abord le tamis 
à filtrer ; le tiffu de fa toile étoit ourdi entièrement 
de fils très-fins de cuivre jaiine ; cette circpnftance 
jointe à la nature & à l'emplacement du réfervoit 
qui contient la liqueur comme gélatineufe , & dont 
il eft fait mention ci-deffus , me firent un peu réflé* 
chir fur l'origine de la partie terreufe & de la por- 
tion verte cuivreufe , foupçonnée par les uns , & 
comme démontrée par M. Cadet. C'eft cette même 
couleur verte du Borax brut qui a fait dire à pref- 
que tous les Auteurs que le borax naiffoit dans diffé^ 
rentes mines de cuivre ; on a même avancé qii'ua 
tel borax étoit préférable pour les Arts à celui qui 
fe tiroit des autres mines. 

Examinons maintenant fi les Hollandois ajoutent 
ou diminuent la dofe du cuivre dans la purincatiori 
qu'ils font du borax , & fi les artifans qui fontu(age 
de ce fel , emploient également celui qui eft tranfpa- 
rent/fans couleur , très-rafiiné , & celui qui eft un 
peu tranfparent verdâtre , &c qui contient plus de 
cuivre en apparence. 

Dans le laboratoire déjà cité j'appris : 

i.^ Qu'ils diftinguoîent deux fortes de bomx Brutl 
l'un apporté par mer de Gornnon & de Bengale ^ 
c'étoit le plus commun. L'autre étoit un borax de 
caravane y apporté par terre de Bender-Abaffy à Ht- 
pahan , & jufqu'au Gihlan, Là on l'embarque fiu*4^ 
Mer Cafpienne jufqu'à Aftracan , & de là on l'apporte 
par terre à Pétersbourg , & de Pétçrsbourg par mer 
à Amfterdam. Le borax d$ carava^ eft prelque tout 
€n criftaux verdâtres. . ^ 

x.^ Que cent livres de borax brut de l*Inde ne donsv 
noient que quatre-vingts livres de borax purifié. 

3.^ Que ce fel , dans fon état d'impureté , eft fi 
idiffidk à fe diffoudre dans l'eau ^ qvi'iji ùXiX fl'y ^^^^> 



382 B O R 

dre jufqu'à huit & quelquefois douze tepiifês , & 
verfer à chaque fois le double du poids d'eau chaude, 
pour en extraire ou féparer toute la matière purement 
laline. 

4.® Que par ce moyen on pouvoit obtenir huit& 
douze criftallifations de borax , différentes entre elles 
par la couleur , la figure , la tranfparence , la pefan- 
îeur & l'excès des propriétés. 

5 .** Qu'avant de procéder à la diffolution du iorax 
hut y on en retiroit tout ce qui paroiffoit trop hétéro* 
gène, purement terreux & abfolument pierreux. 
. 6.^ Que pour difpofer la fubftance faline à fe difrou«> 
dre plus facilement , il étoit important de Ja feire 
macérer pendant huit jours avec un poids égal d'eau 
chaude. 

7.® Qu'on verfoit chaque diflblutioii toute bouil- 
lante Air un tamis à fils de laiton , lequel tamis étoit 
adapté à l'ouverture d'un filtre de laine taillé comme 
la chauffe d'hypocras. 

. 8.*^ Que les premières leffives fe feifoient avec len?» 
teur , & étoient rouflâtres. Les dernières étoient au 
contraire peu colorées , & exigeoient peu de temps. 

9*^ Que les inflnimens , tels que jattes , badines 
& chaudières , étoient de plomb. 

lo.^ Que l'aliment du feu qu'ils employoient pour 
ces opérations , étoit la tourbe du pays de Gouda. 

I iJ^ Qu'on verfoit la liqueur très-chaude & éva- 
porée à petit feu dans un vafe de plomb y fait comme 
un très-grand creufet ; lequel vafè étoit à l'abri & en- 
touré de beaucoup de paille hachée fort menu , & 
f ouvert d'un rond de bois plombé en fa partie infé- 
rieure , & garni de nattes de rofeau & de toile en ùt 
partie fiipérièure. Ces précautions , mé dit-on , font 
iies moyens furs pour que la liqueur reliant long- 
temps chaude & très-fluide , les corps hétérogènes s'y 
précipitent plus facilement , & que la crifbllifation fe 
iafîe lentement Se plus rég^éroment ; cettg dernkif 



B O R 38} 

^ératîon , qiii me parut fuivant les principes deTart, 
exige vingt jours de temps. Voilà tout ce que j*ai vu, 
tout ce que j'ai appris en Hollande fiu: cette matière* 

On m'avertit auffi qu'il y avoit une douzième con-» 
dition requife , abfôlument néceflaire pour le raffinage 
du borax. Cette condition devoit être la bafe Ai 
fecret. Etoit-ce l'addition d'une eau de chaux vive ? 
On a prétendu en Europe que ce pouvoit être la 
bafe du myftere. Nous verrons dans im moment que 
fi Ion n'avoit pas été fi long^temps dans une forte d'm- 
difFérence au uijet de ce fel , il etoit facile de dévoileç 
tout le fecret que les Hollandois afFeâent de cacher , 
& acquérir par-là une connoifiance de plus fur U 
fuUlance faline que nous traitons. 

De retour à Paris , j'ai tenté quelques expériences 
fur le raffinage & la nature du borax. J'ai lu d'abord 
toutes les analyfes que d'habiles Chimiftes François 
ont faites de ce fel. J'ai reconnu que M. Homberg eft 
le premier qui a retiré le fel fédatif fublimé du borax , 
en diftillant ce fel avec l'acide vitriolique ; que M. Lémery 
le fils a découvert qu'on pouvoit auffi retirer le fel 
fédatif du. borax , par ïes acides nitreux & marins ; 
que M. Geoffroy a trouvé le moyen de l'obtenir par 
l'évaporation & la criftallifation ; il a auffi démontré 
le premier que le borax contient la bafe du fel marin ; 
que le célèbre M. Baron paroît être k premier qui 
ait bien connu la nature du borax ; non-feulement il 
a prouvé qu'il étoit pofiîble d'obtenir le fel fédatif 
du borax , en fe fervant des acides minéraux , mais 
encore à l'aide des acides végétaux; il a même dé^ 
montré que ce fel exiftoit tout formé dans le^^r^r, 
& que le borax n'eft autre chofe qu'un compofé. de 
fel fédatif & d'alkali du fel marin; & qu^n combi- 
nant le fel fédatif avec la bafe du fel marin ^ on re- 
faifoit du borax ; que l'illuilre M. Bourdelin a fait un 
très -grand travail pour décompofer le fel fédatif; 
^nfin^ que M. Coda eâ le premig: qui «ut gru r^. 



3«4 ^ B O R 

i:onnoîtfe dans le borax l'exiftence du aiîvre dégiiîfc 
par un principe arfenical & une terre vitrifiable , terre 
qui avoit déjà été analyfée par M, Pou ^ Chimifte de 
Berlin , & dont les procédés fur cette matière étant 
^fFérens de ceux de M. Cadet , ont dû néceffaire* 
ment amener à des rçfultats différens. 

D'après tant de travaux faits fur la même matière 
par d'aufli grands Maîtres, je ne devois tenter au- 
cune des opérations , ni répéter aucune des expérienœs 
idéjà décrites. Qu'il me foit permis d'avouer que l'exif- 
•tence du cuivre reconnue par M. Cadet comme partie 
jtonftituante & effentielle à la nature du borax , me 
paroiffoit fi finguliere , que j'ai ofé défirer voir par 
mes yeux un tel phénomène. 

On . doit bien préfumer que pour cette opération je 
devois être fur du borax que j'emploîrois ; il me falloit 
donc en purifier moi-même , & en même temps m'affu- 
rer du rafiînage du borax. Voici mon travail : 

J'ai pris fix livres de borax brut de Bengale ; j'en 
ai retire quelques graviers de granité qui s'y trou- 
voient , & tous les corps durs abfolument pierreux ; il 
y en avoit fix onces. J'ai verfé fiu" le borax trié & 
piis dans une terrine de grès deux livres d'eau bouil- 
lante ; le mélange étant bien remué avec une fpatiile 
de bois dur, je T'ai laifîe macérer pendant huit jours; 
aij bout de ce temps j'ai verfé trente livres d'eau 
bouillante fur la même mafle faline , que je remuai 
long-temps avec la fpatule ; je laiflai un peu repo- 
fer ; je filtrai la leflive encore chaude au travers d'un 
morceau de drap appelé W^î/zcA^/, Je verfai fur le dé- 
pôt falin qui reftoit fur le blanchet quinze livres de 
nouvelle eau bouillante ; enfin fix autres livres fur le 
deuxième dépôt, & quatre livres fur le troifieme; 
alors la terre qui refta me • parut infipide , je • la mis 
à part : j'en parlerai dans un inftant. 

Je mêlai les difi^érentes diffolutions dans une tenine 
*s grès placée dans uo bain ^t fkbJç > 5c j'évaporai 

jiifqii'à 



B O R 38^5 

jufqu'à l'inftant oîi des flocons falins partaient eiT 
abondance du fond de - la terrine ver^ la fuperficie de. 
la liqueur. Je portai ainfi la terrine avec fon bain de 
fable dans un endroit bien clos ; je la couvris d'une 
autre terrine chaude , gueule contre gueide ; j'entourai 
promptement & avec foin cet appareil , de gros linges 
que j'avois fortement chauffés ; par ce moyen , j'ai 
obtenu au bout de vingt jours ( huit m'euffent fuffi ) , 
des criftaux tranfparens fans couleur , à fix pans tron- 
qués par les deux bouts , & d'une groifeiu- propor- : 
tionnée à la quantité de borax brut que j'avois em-. 
ployée. 

Il eft peut-être important de dire qu'avant de retirer . 
l'excédent de la liqueur qui ne s'étoit pas criflallifée , ^ 
j'obfervai avec furprife im rhomb de rayons ,qui di- 
vergeoient très-réguliérement du centre à la circon- 
férence. Ces rayons étoient les rudimens; & la route 
de la matière déjà criflallifée & de celle à criflallifer; 
ils étoient aufli plus gros , plus multipliés du côté 
oïl la terrine avoit été 4e moins couverte ^ par con- 
féquent plutôt refroidie ; c'efl aufïi de ce même côté 
où il y avoit le plus de criflaux-, mais en même 
temps moins réguliers. Cette obfervation juftifie les 
Hollandois du foin qu'ils ont de faire refroidir la li- 
queur par degrés infenfibles , & de ne la pas porter 
fubitement au frais , comme il efl d'ufage diez la plu-: 
part des Chimifles , à deffein d'accélérer la criflallifa- 
tion de leurs fels. 

Craignant que mon borax raffiné n'eût fouffert quel-, 
que décompofition , quelque altération, en un mot 
qu'il ne contînt pas effentiellement autant de cuivre 
que M. Cadet en a reconnu dans celui que Jes Hol- 
landois nous envoient fous le nom de borax raffiné *j. 
d'ailleurs inflruit par état que des artifans de Paris 
faifoient moins de cas d'un borax raffiné par des Par- 
ticuliers de cette Capitale , fous prétexte qu'il pétille 
trpp dans le feu ^ qu'il a une couleur aufli verdâirt 
Tom^ Ih Bb 



^8tf B O R 

que celui d'Hollande eft blanc, .& qu'il ne bîafe pas 
aufll bien ^ ni ne vitrifie pas û facilement , je craignois 
que le principe de cette couleur verte vifible dans le 
t^rax ra^ni à Paris , invifible , mais reconnue par 
M, Cadu , dans celui d'Hollande , je craignois , dis- 
je , que mon borax n'eût pas les mêmes propriétés qu'on 
défire en Médecine , en Chimie , pour la teinture , & 
dans la Métallurgie. Voici ce que j'ai feit à cet égard : 
- Mon borax raffiné réduit en poudre , s'eft affez 
bien diffous dans l'efprit de vin ; arrofé de vinaigre , il 
n'a . point fermenté , il m'a paru avoir conftam^ 
ment toutes les propriétés d'un fel neutre ; il n'a 
produit d'effervefcence qu'étant diffous dans Teau , & 
cp lui affociant peu-à-peu les acides nitreux , ou 
marins , ou^ vitrioliques. Ces combinaifons m'ont 
donné des liqueurs d'un Jaune laiteux, & affez ana- 
logues à celles qui rcfultent de lalkali du fel marin, 
faturé féparément par chacun des trois acides miné- 
raux. J'ai tiré de celui qui étoit combiné avec l'acide 
vitriolique , la fubilance faline connue fous le nom 
de fd pdatif ou fel narcotique de mtriol. Mon borax 
expofé fur le charbon enflammé , s'y eft liquéfié & 
a bourfoufié y l'odeur me parut d'abord fuave , & 
pnfuite alkaline urineufe. Le borax mis dans un creufet, 
s'y: eft converti- en une maffe vitriforme* Ce verre 
falih & tendre jdiffous dans de l'eau ^ mis enfuite à 
évaporer jufqu'à pellicule, le borax a repris fa pre- 
" miere forme criftalline. Ces criftaux avoient la même 
propriété qu'avant de fubir l'aâion du feu , la même 
qualité fondante & vitrifiante ; diffous de nouveau 
$L arrofés d'alkali très -volatil , ils n'ont donné 
aucune teinte bleue. Cette expérience eft la pierre de 
Couche ordinaire pour reconnoître fi une lubftance 
contient , ou non , du cuivre» 

Mais comme la lefture des Mémoires de M^ Cada 
fur le borax ^ m'annonçoit que le cuivre étoit non- 
fçidement déguifé, mafgué dans ce. fel par im prin^» 



B O R ,587 

CÏpe arfenîcal , xnaîs encore qii^il y entroît comme 
partie effentielle à fa manière d'être / & n'ofant , pour 
les raifons que j'ai expofées , me rendre à une telle 
afiertion , ayant d'ailleurs exécuté mes opérations avec 
le borax le moins vert , & ayant banni tous inflru- 
mens de cuivre , tout m'engageoit à répéter les expé- 
riences décrites par l'Académicien , d'autant plus que 
M. Modtlly Chimifte renommé à Pétersbourg, n'a 
jamais pu découvrir quel étoit le principe de la cou- 
leur verte du borax brut. Indépendamment des expé- 
riences faites par M. Cadet , & que j'ai répétées, j'en 
ai tenté un grand nombre d'autres que je ne rougirai 
pas de rapporter : elles pourroient paroître fingulieres , 
fi je n'expofois ici quelles ont été mes réflexions fur 
le borax , telles que les différences entre la criftallifa- 
tion , & la couleur du borax brut & du borax purifié ,• 
je me fuis fait cette objeâion : Le borax feul ne donne 
point à la flamme de l'efprit de vin une teinte verte y 
tandis que le fel fédatif , tire par la combinaifon du borax 
& de l'acide vitriolique , donne avec l'efprit de vin 
ime flamme d'un vert de cuivre rouillé. Ce phéno- 
mène ne dépendroit-il point d'une portion de cuivre 
qui fe trouveroit unie a l'huile de vitriol , acide mi- 
néral que l'on retire fouvent des pyrites fulfiireufes , 
un peu martiales, mais qui contiennent quelquefois, 
auffi du cuivre. 

I ^ J'ai pris du même acide vitriolique dont je m'étois 
fervi pour extraire le fel fédatif , j'ai verfé deffus de 
l'alkali volatil , & il n'a point paru de teinte bleue. 

1.^ L'alun , dont l'acide paroît être vitriolique , 
uni au borax , Tun & l'autre réduits en poudre & 
enveloppés dans un papier blanc que j'ai trempé enfuite 
& en cet état dans de Tefprit de vin , préfenté à une 
bougie allumée , n'a point donné de flamme verte. 

3 ,** Le fel de Glauber eft compofé de Tacide vitrio- 
lîque & de la bafe alkaline du fel marin , telle qu'on 
la démontre dans le borax : j'ai fait un. mélange du 

Bb X 



588 B O R 

lel de Glauber avec le borax , j'ai procédé comme 
ci-deffus , la flamme n'a point changé de couleur. 

4.® D'après les mêmes confidéralions , J'ai eflfayé 
le borax avec le tartre vitriolé , avec le fel de cui- 
fine , avec le gypfe de Montmartre ; la flamme a tou- 
jours été confiante , c'eft-à-dire > fans couleiu* cuivreufe. 

5.° Les vitriols naturels blancs & verts , mais très- 
puS , pulvérifés féparément avec le borax , ou fans 
borax , & jetés dans de Tefprit de vin enflammé , n'ont 
point altéré la couleur de fa flamme, 

6.^ Les vitriols du commerce contiennent tous plus 
ou moins de parties cuivreufes ; auflî ont-ils donné , 
étant unis au borax\ ime coideur verte à la flamme 
de Teiprit de vin. Le vitriol blanc faftice, & non 
mêlé avec le borax ^ n'a cependant point altéré la 
flamme. Le vitriol vert faâice , non uni au borax , en 
a fait autant ; le vitriol bleu faâice , non pulvérifé avec 
le borax , a feul donné à la flamme de l'efprit de vin 
une teinte légère de vert. 

7.^ J'ai traité ces mêmes fubftances folides , tantôt 
avec le borax d'Hollande , tantôt avec celui que j'avois 
rafiîné ; enfin je me fuis fervi , au lieu d'efprit de vin 
ordinaire , tantôt de l'éther vitriolique , & tantôt de 
la liqueur vitriolique d'Hoffmann ; toutes mes expé« 
riences n'ont rien offert de plus. Je conviendrai ce- 
pendant qu'en jetant dans de l'éthér enflammé le fel 
fédatif préparé avec mon borax , la couleur verte 
paroît infiniment plus belle qu'avec l'efprit de vin. 

D'autres expériences , faites tant chez moi que chez 
divers artifans , m'ont affuré que le borax que j'avais 
rafliné vitrifiioit très-promptement les pierres, facili- 
toit finguliérement la fufion de l'or ^ de l'argent ic du 
cuivre {a). ( Comme le borax a la propriété de pâlir 
l'or dans fa fiifion , les Afiineurs ont foin de joindre 
à ce flux ou fondant , du nitre ou du fel ammoniac 

(a) M. Achard prétend que la propriété qu*a le borax de vitrifiai: Ic^ 

leri^s I viSAt (itt fel (edatif qui «otre dans fa compgÂuoi^ 



B O R 389 

qui maintient l'or dans fa couleur naturelle. ) On Pa 
aufli employé avec fuccès pour brafer & fonder ces 
métiux les uns avec les autres , même avec le fer. 
Un Teinturier , très-habile dans fon art , m*a affuré 
qu'il donnoit éminemment de l'éclat aux étoffes de foie, 
& qu'il lui paroiffoit avoir au moins toutes les qua- 
lités du plus beau borax d'Hollande : on s'en eft fervi 
avec fuccès pour blanchir des dentelles. 

Je reviens à la liqueur reftante de la première crif- 
tallifation ; je l'ai tait évaporer affez rapidement au 
degré d'ébuUition & au bain de fable. J'ai tranfvafé 
la liqueur dans une terrine que j'ai couverte d'un 
fimple papier gris , je l'ai portée au frais , & j'ai ob- 
tenu au bout de trois jours des criftaux moins tranf- 
Îarens ^ tumultuairement groupés , en un mot fem- 
lables au borax de la Chine que les HoUandois nous 
vendent fous le nom de borax dcmi^raffinL Non con^ 
tent de ces imitations des différentes fortes de borax 
plus ou moins raffiné , j'ai diffous de nouveau du borax 
gras brut : je n'ai paflTé la diffolution que par un tamis 
de crin , & je n'ai obtenu que des criilaux confus , 
colorés & affez obfcurs ; ainfi l'on peut dire que le 
borax demi" raffiné des Chinois , travaillé en Chiné ou 
dans le Bengale , diffère de celui qui eft raffiné en 
Hollande , moins par les corps étrangers qu'on feroit 
en droit d'y foupçonner , vu fon opacité & fa diffé* 
rence de criftallifation , que parce que ces efpeces de 
criftaux ne contiennent pas effentiellement tout ce qui 
entre dans la compofition d'un borax bien clair & fait 
fuivant les principes de l'art. Mais ceci demande une 
explication plus détaillée & des exemples. 

Nous avons vu que le borax brut terreux contient 
des criftaux de ce même fel , & qu'ils font d'un vert 
de poireau , prefque opaques & rhomboidaux ; nous 
avons vu aufïi que le borax raffiné tH au contraire en 
criftaux affez tranfparens , &t tf ime figure communé- 
ment oftogone» J'ai pris des criilaux de borax verdâtrcsL 

Bb j 



I 
390 B O R 

& opaques , je les ai diffous , & j'en aï ohtenn 
par Pévaporation des criftaiix d'un vert plus clair , plus 
purs, mais rhomboîdaux. 

J'ai diffous une partie de ces mêmes criftaux verdâ- 
très , & fans en iéparer la terre vifqueufe & faline 
qui leur fert comme de matrice , & j'en ai obtenu des 
criftaux odogones ; donc la terre faline du borax eu 
effentielle à la nature & à la configuration de ce fel , 
indépendamment des autres précautions requifes ^ lors- 
qu'on veut avoir des criftaux bien réguliers , précau- 
tions qui dépendent de la quantité du diffolvant , de 
la force du feu , du degré d'évaporation , de l'équi- 
libre que la liqueur éprouve en fe refroidiffant ; de 
fon refroidiffement même & de plufieurs autres cir- 
jconflances que les gens de Tart fentent de refte ^ mais 
que les Chinois , ou plutôt les Habitans du Bengale , 
& d'autres Nations méprifent ou ignorent. 

Des Chimiftes , difons plutôt les ouvriers du labo- 
ratoire HoUandois dont j'ai parlé , m'ont dit aviffi que 
les dernières criftallifations de leur borax raffiné étoient 
opaques ou rouffes , parce qu'ils n'y portoient pas 
autant d'attention que pour la première criftallifation , 
& qu'ils vendoiênt ce borax terne pour du borax demi- 
raffiné de Chine , mais qu'il falloit bien fe donner de 
garde de le confondre avec le véritable tinkal , cette 
drogue fi recherchée dans l'Inde Orientale , & dont les 
Auteurs ont parlé avec beaucoup d'obfcurité. Le tinkd 
eft le tyncar des Arabes ; le borax raffine eft le v/rpr 
^(MfA^vi des anciens Grecs ; le borith des Hébreux ( car 
le nater ou nathcr des Hébreux eft le natron ; & quand 
les anciens Grecs fe fervoient du natron , ils diloient 
feulement vn^ùv ; ) le ;;tf:iço%oXAcfc ou- le ^j^fct^v des 
Grecs modernes ; le baurach ou bora des Arabes ; le 
horcck des Perfans ; le borax des Latins , & le burack 
4es Turcs. Enfin le tinkal n'eft , à proprement parler ^ 
We la terre vifqueufe & faline du borax , celle qui 

AÇ3t.de matrice aus; criftaux dç cç k\ çncQrç brut^ 



B ô a 391 

On m*a affuré que le tinkal eft infiniment plus efficace 
pour la fonte des pierres , pour brafer & fouder les 
métaux. J'en ai propofé Pexpérience à un Chaudron- 
nietj elle lui a très-bien réuffi. On m'a dit encore que 
le tinkal eft plus efficace en Médecine que le borax. 
Je fais auffi que les Apothicaires d'Allemagne achètent 
beaucoup de borax brut y & l'emploient ainfi pour lés 
maladies des femmes {a). 

J'ai examiné la terre que j'ai ramaifée fur les filtres 
de laine & de papier ; elle eft légère , d'un gris-blan- 
châtre , tenace , d'un goût vifqueux , comme înfipide i 
je l'ai expofée à l'air libre pendant un mois ; elle à 
augmenté fenliblement de poids , & la faveur propre 
au borax s'y eft décélée de nouveau ; phénomène qui 
me confirme de plus en plus que la matrice terreufe 
des fels , celle qui eft comme partie intégrante du fel 
même , fe convertit peu-à-peu en fubûance faline. Il 
en faut feulement excepter la terre abfolument pure ^ 
& qui n'a ppint été attaquée ou combinée , elle refte 
élémentaire. 

Maintenant nous favons d'o& fe tire le borax , &c 
comment on s^y prend pour l'extraire & le purifier» 
Nous pouvons déformais le raffiner nous-mêmes ; nous 
avons intérêt de partager avec les HoUandois le corn- 
merce lucratif de ce tel. 

Peut-être que fi l'on faifoit beaucoup d'expériences 
ftlr les terres glaifevifes de la nature de celles de l'alun ^ 
ou de la marne combinée avec des fubftances alka- 
lines , &c. parviendroit-on à découvrir en Europe des 
matériaux propres à faire en grand le borax» 

Si j'avois plus de temps à moi , Je continuerois mon 

(d) Le hora» eft eflirnë comme un excellent apéritif » propre à divî- 
fer Se atténuer les humeurs épaifTes & viiqueufes ; on en fait un ufage 
fréquent dans la fuppreilion des règles des femmes •& des lochies. Oa 
k regarde aufll comme un cofmétique propre à blanchir le teint , & 
à faire difparoitre les taches de rouflfeur. Nous avons dit que c'eft avec 
le borax & ('acide minéral » connu fous le nom d'huile de vitriol , qu'on 
obtient le fel fédatif A*Homberg , qui eft fort eftimé pour calmer \t% 
fefienrtfceaccs ^ les rêveries « dit M. Bourgeois» 



39Î B O R 

travail fur cet objet. Trop heureux fi je pouvôis par* 
venir à une découverte fi importante pour le progrès 
de la Chimie , & fi utile pour le commerce de ma 
patrie ! 

Nous avons déjà l'exemple d'un Particulier de 
Drefde , qui découvrit en 1755 dans TEleâcrat de 
SaTce une terre minérale dont il compofa un borax 
propre à la foudure & à fondre l'or & l'argent. Les 
Conmiiflaires que le Gouvernement avoit chargés d'en 
faire l'examen , ont jugé que ce borax avoit toutes 
les propriétés de celui qu'on raffinoit autrefois à 
Venife. Les environs d'HalberJftadt , le lac Cerchiaco , 
ont aufli fourni ou du borax combiné , ou la matière 
du borax {a). 

Tout ce que j'ai rapporté dans cet article , tend à 
confirmer de plus en plus les connoiflances que nous 
avions déjà fur le bmax , & on peut en déduire les 
corollaires fuivans ; ifavoir : 

I .^ Que la matière première du borax eft fofiîle , 
& fe trouve en Perfe & dans le Mogol. 

2.® Que la terre graffe & vifqueufe qui englobe 
le borax , entre efîentiellOTient daos la compofition de 
ce fel. 

(«) M. Bttumi a donné , en 1767, un procédé pour fabriquer du hù^ 
rax, lequel confiée à faire digérer féparément de la graiffe arec des 
matières vitritiables très -atténuées , telles que du fable , de la terre 
d'alun , de Targile , du quartz & un peu d'eau. Voyt\ ce procédé qui 
a occaiîoné quelques difcufTions chimico-polémiques dans YÀvant-CoU'^ 
reur , année ij6j , moi* de. Décembre & fuivans. Lémery , Traité dt» 
JProgues , dit que Ton fait un borax artificiel avec du nitre filé par les 
charbons"» de l'alun & de l'urine. Oii fait cuire le tout enfemble jur* 
qu'à ficcité , & l'on y ajoute , dit-il , d'autres matières , fuiyaot l'idée 
qu'on a dans le travail. 

Le hafard a fait rencontrer à M. Hafer le fel fédatîf tout formé dans 
les eaux du lac de Cerchiaco en Tofcane. 

M. Antoine Carrere , Médecin établi au Pptoii , vient de découvrir 
en cette contrée des Indes Occidentales plutieurs mines de tincan ou 
horax : il dît que les mines de Viquintipa ,Jk celles qu'on trouve dans 
les environs d'Efcapa , offrent ce fel en abondance ; les gens du pays 
l'appellent qucmajon , & le font fervir dans la fonte des mines de cuivre 
aflez nombreufes dans ces parages. Ils l'emploient tel qu'il fort de la 
terre. 



B O R 395 

3.*^ Qu'on peut purifier ce fel à l'aide de Peau 
pure , & que Peau de chaux vive y paroît inutile^ 
d'autant plus que fi l'on verfe de l'eau de chaux 
dans la leffive nltrée du borax , il fe fait auflî-tôt un 
dépôt grifâtre qui annonce une forte de décompolî- 
tion , laquelle me paroît être de la nature de la 
terre tinkal. Le point néceflTaire à fa criftalUfation 
s'annonce par des flocons falins , femblables à ceux 
du fel fédatif fublimé. 

4.^ Que le borax eft un véritable fel neutre ; il ne 
tombe point en déliquefcence , mais en efflorefcence. 

5.®. Qu'il fe fond , fe calcine & le vitrifie fans fe 
décompofer. 

6.® Qu'en raifon de ia terre , ce fel exige beaucoup 
plusî d'eau pour entrer en diffolution , qu'il n'en re- 
tient dans rétat de criftallifation. J'ajoute qu'il femble 
que par des diffolutions réitérées , on réduit prefque 
toute la bafe de ce fel ondueux à un état comme 
terreux. 

7,^ Que la bafe du borax eft alkaline , terreufe & 
minérale , & qu'elle a beaucoup de rapport avec 
l'alkali du fel marin , & notamment avec le natron 
d'Egypte, 

8.® Que la portion de principe cuivreux qui fe 
trouve caché dans toutes les efpeces de borax , n'eft 
point un être de raifon , & qu'il y exifte , & que 
s'il n'y eft point effentiel , au moins il ne nuit point 
à fes propriétés ; en un mot , que fon origine eft due 
autant & même plus à une efpece d'intervention lo- 
cale , qu'au produit des uftenfiles dont on s'eft fervi 
pour la purincation ordinaire de ce fel , & dont nous 
avons fait mention. 

9.® Que la différence des criftaux de borax raffiné ^ 
comparés à ceux du borax brut , dépend de la terre 
ùnkal qui fe trouve combinée dans le borax purifié , 
tandis Qu'elle fert prefque uniquement d'enveloppe 
aux criuaux de borax brut. 



594 B O R B O S 

1 o.^ Enfin , que la matière graffe , falîne , terreuie 
& vitrefcible du borax brut , eft le tinkal fi célébré des 
Chinois , & , jufqu'à ce jour , fi peu connu en Europe. 
, BORDELIERE , Cyprinus balUrus , Linn. Poiffon 
du genre du Cyprin. Il eft fort femblable à la brème , 
& très-commun dans tous les lacs de la Suéde & de 
la Savoie ; il fe tient toujours au bord de l'eau , ce 
qui lui a fait donner le nom de borddurc. Sa tête eft 
petite & comprimée latéralement; l'iris de fes^ yeux 
eft argenté , fouvent mêlé de jaunâtre au-deffus de 
la prunelle ; fon corps eft couvert d'écaillés minces , 
petites , de couleur argentée , fur un fond noirâtre : 
la nageoire dorfale offre dix ou onze rayons ; les 
peâorales , chacune feize ; les abdominales , neuf ou 
dix ; celle de Tanus , qui eft large & ample , qua- 
rante ou quarante -un; celle de la queue, qui eft 
fourchue , en a dix-neuf grands. On ait qu'il n'a 
ni dents ni langue , mais les os de fa mâchoire font 
durs, & fon palais charnu. Artédi dit que toutes les 
nageoires font blanchâtres ; mais Rondelet dit que celle 
du dos eft noire, & les autres rougeatres : ce poiffon eft 
le blick des Allemands. 

BORÉE. Dans la CoUeûipn 6ss papillons d* Europe ^ 
on donne ce nom à un papillon de jour qid a beaucoup 
de rapports avec Tefpece appelée le fatyrc ; le borée eft 
cependant plus grand : il fe trouve aux environs de 
Meuron fur le Wolga en Ruflie. 

BORSUC. Nom que l'on donne en Pologne au 
blaireau. Voyez ce mot^ 

BOSBOK. Ce nom, qui Veut dire bouc des bois ^2. 
été donné par les Hollandois établis au Cap de Bonne» 
Efpérance , à une efpece de gabelle de moyenne gran* 
deur. Cet animal le tient dans les forêts , & ne fe 
trouve guère qu'à foixante lieues de ce Cap , dans 
l'intérieur des terres ; le poil qui couvre fon dos , eft 
fauve-bnm, tiqueté de petites taches rondes & blanches; 
ie mâlç porte dçs CQrnçs , noires , légèrement coût- 



B O s BOT 395 

bées en avant, mais torfes en longues fpirales : cette 
gabelle bosbok n'a -point de larmiers ; fur les côtés des 
quatre mamelles font deux poches , oîi Pon peut faire 
entrer le doigt; la voix de cet animal reffemble à l'aboie-, 
ment du clûen. 

BOSTMCYiE^Boftrichus. Infeôe coléoptere, dont 
les antennes en mafle compofée de trois articles font 
pofées fur la tête , qui n'a point de trompe. Son 
corfelet vehi eft d'unç forme cubique , excepté fur 
le devant , où eft un enfoncement qui reçoit ,k tête 
comme un camail ; fes pieds font épineux, Hijloire 
des InJèSes dts environs de Paris. Le bojtriche; eft 
très-rare. 

BOTANIQUE , Botanica, C'ëfl le nom que Pon 
donne à cette belle partie de i'Hiftoire Naturelle , qui 
a pour objet la connoiffançe intime du règne végétal 
en entier; ainfi la Botanifi0 eft la fcience qui traite 
de tous les végétaux confidérés feulement comme êtres 
naturels. On ne peut parvenir à connoître Pécopomie 
végétale , ( fcience qui eft la phyfique des végétaux , ) fi 
Pon n*eft inftruit de la manière dont les plantes fe dé- 
veloppent , quel eft le mécanifme de leur germination , 
de leur accroiftement , de leur multiplication ; dé leur 
organifation en général , de la ftruôure de chacune de 
leiu"s parties en particulier , & des termes par lefquels 
on les défigne ; du mouvement & de la qualité de la 
ftve; enfin, fi on ne fait en quoi le terrain & le 
climat peuvent influer fur les plantes. Il faut aufli avoir 
la connoiiTance des Sciences & Arts qui ont des rap- 
ports immédiats avec les corps orgaiiifés dont il eft 
queftion. 

Parmi les produâions de la Nature , dont Phomme eft 
parvenu à retirer quelque utilité , ce font les végétaux 
qui en offrent les objets les plus importans & les plus 
nombreux ^ puifqu'ils fourniffent aux befoins les plus 
^flentiels de la vie ; que la Médecine , dans le traite-* 
ment dçs maladies ^ en obtient fes principales reflburces ^ 






)9^ BOT 

& qiie les Arts les plus utiles à la focîété font telle^ 
ment enrichis de leurs tributs y qu'ils ne feroient 
prefqiie rien fans eux. 

Le détail de la Botanique eft divifé en trois parties 
principales ; favoir , la nomenclature des plantes j leur 
culture j & leurs propriétés. Les deux premières ne doivent 
nous ocaiper qu'autant qu'elles peuvent contribuer à 
Eure valoir la troifieme ( vertus & ufages ) ; mais mal- 
heiireufement il paroît, par l'état préfent de la Bota^ 
nique & par l'expérience du paffé, que l'on s'efl ap- 
pliqué à la nomenclature par préférence aux autres 
parties de cette fcience : il eft tnême à craindre , ainâ 
qu'il eft dit dans l'ancienne Encyclopédie , que cette 
conduite ne foit un obftacle à l'avancement de la 
Botanique. Pour s'en convaincre , dit-on , il faut exa- 
miner quelle eft l'utilité que l'on a retirée de la feule 
nomenclature des plantes • pouflée au point de par- 
feâion que des Botanijles le ibnt efforcés de lui donner. 
La connoiftance des plantes ei} ou dogmatique y ou 
empirique. 

La Botanique dogmatique eft la connoiftance des vé- 
gétaux par principes , par une méthode qui apprend 
à reconnoître les caraderes fpécifiques & eflbntiels , à 
mettre de l'ordre dans la nomenclature de ce nombre 
prodigieux de plantes femées fi confiifément à la fur- 
fece du globe ou au fein des eaux , & les réduit toutes 
à un petit nombre de claffes , par le moyen defquelles 
on defcend enfviite aux différentes feftiqns , genres & 
efpeces qui les diftinguent. Ainfi la Botanique dogmor 
tique ou élémentaire eft agréable , utile & bienfàifante. 
La Botanique empirique eft la connoiftance fortuite 
des plantes ; c'eft vm amas de notions vagues , que 
l'on a acquifes par hafard , par routine ; & une telle 
connoiffance eft toujours foible , incertaine , peu fatis^ 
feifante , fouvent nuifible dans l'ufage. 

Quelques Obfervateurs ont diftingué environ dix- 
huit à vingt mille efpeces de plantes , en comptant 



BOT 397 

toutes celles qui ont été obfervécs tant dans le nou- 
veau que dans Tancien Continent : ( favoir ; trois mille 
en France & en Angleterre ; deux mille en Efptigne, 
en Italie & dans le Pays du Nord de l'Europe ; deux 
mille dans les Pays Orientaux ; mille depuis le Canada 
jufqu'au Miffiffipi ; autant depuis le MiflîfEpi jufqu'à 
Surinam ; autant dans les Ifles de '■ rAmérique ; autant 
dans le Bréfil & le Pérou ; autant fur la Côte de Bar- 
barie & une partie de l'Egypte ; autant au Cap de 
Bonne-Efpérance ; autant dans Tlfle de Ceylan & fur 
la Côte de Malabar ; autant dans les Mes Moluques ; 
autant dans les Mes Philippines & la Chine ), Si l'on 
avoit parcouru tpute la Terre , on en auroit vraifem- 
blablement trouvé cent mille & plus , à en juger par 
proportion de ce qui vient d'être dit. C'eft d'après 
iine telle comparaifon que M. Adanfon a ajouté au 
dénombrement fait ci-deffus des plantes connues , le 
calcul fuivant de vingt-cinq mille plantes. Cet Auteur 
dît pofitivement que tout l intérieur connu de l'Afri- 
que peut fournir au moins cinq mille plantes ; Tinté- 
rieur de l'Afie , trois mille ; la grande & belle Me 
de Madagafcar , quatre mille ; les Mes de France , 
Rodrigue & autres adjacentes , mille; Surinam & 
Cayenne , deux mille ; l'Amérique Méridionale depuis 
le Bréfil jufqu'à la Terre de Feu , quatre mille ; les 
montagnes du Pérou , deux mille ; les Mes de la mer 
du Sud , mille ; enfin, les Terres Auftrales qui relient à 
découvrir , & qui peuvent égaler une des quatre Par^ 
ties du Monde connu , trois mille. 

On remarque en général que plus on approche des 
climats chauds, plus il y a d'efpeces différentes de 
plantes , & plus la totalité eft abondante, 

C'efl: fur les parties de la floraifon ou de la fruc* 
tification que font établis les fyftêmes botaniques les 
plus vantes , les plus accrédites , les plus lumineux , 
les {itos profonds ; celui de Toumefort & celui de lin- 
uausi & ce double fyftême paroît approcher davan. 



39» BOT 

tage de celui de la Nature ? Il faut même convenir 
que cette manière de connoître les plantes & de dif- 
tinguer leur caraâere effentiel , eft un art fur , facile 
& ingénieux , qui doit furprendre ceux qui ne font pas 
dans l'habitude d'exetcer leurs yeux & leur mémoire. 
L'appareil fcientifique , connu fous le nom de phraje 
botanique j en indiquant les caraâeres efTentiels & 
naturels de la plante , n'efl pas moins utile. C'efl par 
ime fuite de ces indications , bien fenties & bien 
déterminées , que [les Botanifles Ont tiré des Etrangers 
l'orme , le plane , le marronnier , le pêcher , l'abri- 
cotier , le rofier & tant d'autres que l'on a naturalifés 
chez nous. Tous les difFérens objets d^agriculture font 
bien dignes d'occuper les hommes , & principalement 
ceux qui fe font voués à la Botanique , & c'eu ce que 
font continuellement quelques Savans de ce fiecle. En 
effet , n'efl-ce pas par de telles obfervations que l'on 
a reconnu les changemens opérés par le climat ou 
par la culture dans les plantes potagères > dans les 
plantes d'agrément , & dans les fromens ? C'efl ainfi , 
par exemple , que l'on a obfervé que le tabac & le 
ricin , qui forment des arbriffeaux vivaces en Afiique , 
ne font qu'herbacés & annuels en Europe. La Nature 
paroît encore moins confiante & plus diverfe dans les 
plantes que dans les animaux. Il y a , dit M. Adanfon , 
des quadrupèdes & des oifeaux parmi lefquels l'accou- 
plement de deux efpeces différentes ne produit rien : 
il y en a d'autres oîi il donne une efpece bâtarde , 
mais qui ne peut fe reproduire , & périt dès la 
première génération. Les végétaux franchiffent le pas , 
& forment , dit-on , au lieu de mulets , des efpeces 
vraies & franches", qui fe reproduifent fuivant les 
lois ordinaires à leur génération, jufqu'à ce que de 
nouvelles caufes les fafient ou rentrer dans leur pre- 
mier état , ou dans un troifieme état , différent de 
celle des deux premières , &c. Mais cette derAre 
affertion mérite d'être difcutée plus amplement. Foy^l 



BOT 399 

tarûclc Plante & Vanich Fleur. On trouvera auffi 

aux articles arbn , bois , tcorcc , fetdllc , branche , fruit ^ ' 
racine , tige , quelques vues générales , en un mot , ua 
fommaire fur les connoiffances acquifes jufqu'à ce joiu" 
fur cette belle partie de la Botanique , appelée PAy- 
Jique des végétaux. 

BOTRYS. 'Plante dont on diftingue deux efpeces 
principales ; l'une croît en Efpagne le long des ruif- 
leaux , & 1 autre eft originaire du Mexique. 

I .^ BOTRYS VULGAIRE OU PiMENT , Chenopodium 
ambrofioïdes , folio Jînuato , Tourn. Inft. 5 06 ; Botrys 
ambrojidides , vulgaris , C. B. Pin, 1 3 8 ; Chenopodium 
Botrys , Linn. 3 lo. Il eft ainfi nommé à caufe de fon 
odeur aromatique. Cette plante annuelle , pouffe une 
tige droite , velue , rameule , qui s'élève d'un pied ou 
environ; elle foutient des feuilles découpées comme 
celles du chêne , mais vertes , traverfées de veines 
rouges , ^u feulement rougeâtres en leiurs bords , & 
portées fur de longues queues rouges : fes fleurs font 
à étamines , petites , gluantes , difpofées en épis ou 
en petites grappes , dans les aillelles. des feuilles , au 
haut des tiges & des rameaux ; aux fleurs fuccedent 
d.es graines femblables à celles de la moutarde , mais 
plus petites. Ce botrys croît natiu*ellement dans les 
lieux incultes , fecs & fablonneux de nos Provinces 
Méridionales. 

Toute la plante eft enduite d'un mucilage réfineux, 
qui tache les mains quand on la aieille ; elle a une 
faveur acre & aromatique* Par fes particides fubtiles y 
elle divife .& incife les humeurs épaiffies ; ce qiû la 
rend utile dans la toux & dans l'afthme humide ; elle 
eft carminative ; appliquée extérieurement , elle eft 
utile pour les tranchées qui furviennent après l'ac- 
couchement Les Dames Vénitiennes regardent le botrys 
comme un remède in&illible contre les accès de la 
paffioo hyftérique. 

Xn^ Botrys du Mexique j, Chenopodium ambro^ 



400 B O U 

fi)idcs ^ Me^icanum , Tourn. Inft. 506, Linn. 3105 
Botrys ambrojîoïdcs ^ Mexicana ^ C. B. Pin. 138. On 
r^eve dans "les jardins; les feuilles ont une faveur 
aromatique qui approche de celle du cumin. Sa tige 
eft haute d*im à deux pieds , droite , rameufe ; its 
rameaux {ont fimples & feuilles ; fes feuilles font 
iimples , d'un vert pâle , lancéolées , dentées ; fes 
fleurs font verdâtres & refTemblent à celles de Tarro- 
che blanche : cette efpece eft fudorifique , carmina- 
tove , utile dans Tafthme & les obftruâions. On l'ap- 
pelle aujfli thé du Mexique ; elle croît naturellement au 
• Mexique & dans le Portugal. 

On affure que cette plante , femée avec le blé , 
tue les vers qui font nuifibles au grain. 

M^ Haller dit , avec raifon , que le piment , Pimimu^ 
eft le nom du capjicum. Voyez Piment de Guinée. 
Le botrys ordinaire , dit-il , vient en abondance en 
Suifte dans les graviers ; celui du Mexique fe familia- 
rîfe aifément avec notre climat. L'odeur de l'un & de 
l'autre eft très-forte ; celle du botrys du Mexique approche 
de celle du cirniin, mais me répugne beaucoup. On 
l*a en effet donné comme une efpece de thé à Rome ^ 
fur une reflemblance très4égere , & on ^ recommandé 
rinfiifion des feuilles contre les maux de reins & les 
douleurs que caufe la pierre. Les botrys font de la fa- 
mille de Varroche puante , ainfi que les plantes appelées 
paues d^oie, ^ 

BOUATI AMER , Soutamea amara , Rex amarôrisy, 
Rmnph. Amb. Petit arbre ou arbrifleau qui croît dans 
les Indes Orientales & dans les Moluques. Il a été 
obfervé au Port-Praflin dans la Nouvelle Bretagne , par 
M. Commerfon. Rumphius dit que toutes les parties de 
cet arbriffeau, fur-tout fes fruits, fa racine & fon 
écoree, ont ime très-grande amertume. On s*en fert 
avec fuccès pour guérir les fièvres , rétablir les forces 
& s'oppofer aux ravages des poifons. Linnmts croit 
que cet arbre eft le même que fôn ophioxylou ( bois r 

4? 



B O U 401 

èc Couleuvre ) ; mais M. de la Marck dit qu'il en diffère 
totalement par fa fruSification* Son bois eft jaunâtre , 
caflant ; l'écorce cendrée ; les feuilles fimples , pétio* 
lées 9 entières , molles , pubefcentes fur les nervures 
poftérieures ; elles ont neuf pouces de longueur & 
trois de largeur : les fleurs font petites , en grappes, 
fimples ; la corolle eil à trois pétales pointus ; fix 
étaniînes, im ovaire î le fruit eu une petite capfule 
cordiforme, aplatie , biloculaire; une femence dans 
chaque loge. 

BOUBIES. VoyciùPanicUfoXf. 

BOUBIL de la Chine. C'eft, fuivant M, Sonnerai ; 
un oifeau du genre du Merle ; mais il eft un peu moins 
gros ; fon plumage eft d'un brun fombre ; le bec & 
les pieds font d'un gris-jaunâtre. C'eft , dit le même 
Auteur , le feul oifeau de ce vafte Empire qui ait du 
chant , ce qui l'a fait appeler , mais improprement y 
roffignU , par les Européens. 

BOUC > Hircus. Le bouc eft le mâle de la chèvre ; 
il diffère du bélier en ce qu'il eft couvert de poils & 
non pas de laine, & en ce que fes cornes ne font 
pas autant contournées que celles du bélier. De plus, il 
porte fous le menton une longue barbe , & il répand 
une mauvaife odeur. Du refte , c'cft un affez bel ani- 
mal , quoique fort puant ; il eft très-vigoureux & très-* 
chaud ; il paiTe même pour le fymbole de la lafçivetéj 
En effet , un feul peut fuffire à plus de cent cinquante 
chèvres ; mais cette ardeur qui le confume dès fa 
première année révolue , ne dure que trois ou quatre 
ans , & ces animaux font énervés , & même vieux ^ 
à l'âge de cinq ou iix ans. 

Communément les boucs & les ckcures ont des cor- 
nes ; cependant il y a , quoique en moindre nombre f 
des chèvres &C des boucs fans cornes ; ils n'en font pas ^ 
dit-on , moins bons pour la génération , & font même 
préférables dans un troupeau , fur-tout les boucs , parce 
qu'ils font moins pétuUûlS ÔC xsxqïï^ dangereux» 
Jjitm^ IL Ce 



401 . B O U 

La chèvre , Capra , a , de même que le bouc , un 
toupet de barbe fous le menton , & de plus , deux 
glands ou efpeces de groffes verrues qui lui pendent 
tous le cou. Sa queue eft très - courte , ainfî que 
celle du bouc. Notre efpece de chevn eft remarquable 

f)ar la longueiu: de fes deux pis qui lui pendent fous 
e ventre. Cet animal étant devenu domeftique , 
varie par la taille & a acquis diverfes couleurs ; auflî 
voit-on des chèvres blancnes , noires , fauves , & 
d'autres couleurs. 

La chèvre , dit M. A Buffon , a de fa nature plus de 
fentiment & de reflburce que la brebis ; elle vient à 
l'homme volontiers : elle fe familiarife aifément ; elle 
eft fenfible aux careffes , & capable d'attachement ; 
elle eft aufli plus forte , plus légère , plus ' agile & 
moins timide que la brebis ; elle eft vive , capricieufe , 
lafcive & vagabonde ; ce n'eft qu'avec peine qu'on la 
conduit & qu'on la réduit en troupeau ; elle aime à 
s'écarter dans les folitudes , à grimper fur les lieux 
efcarpés , à fe placer & même à dormir fur la pointe 
des rochers & fur le bord des précipices. Toute la 
foupleffe des organes & tout le n^f de fon corps , 
fuffifent à peine à la pétulance 6c à la rapidité des 
mouvemens qui lid font naturels. L'inconftance de fon 
naturel fe marque par l'irrégularité de fes aftions ; 
elle marcîhe , elle s'arrête , elle court , elle bondit , elle 
faute , s'approche , s'éloigne , fe montre , fe cache ou 
fiiit comme par caprice , & fans autre caufe détermi- 
nante que celle de la vivacité bizarre de fon fentiment 
intérieur. Elle eft robufte , aifée à nourrir ; prefque 
toutes les herbes lui font bonnes , & il y en a peu 
cjui l'incommodent. Elle n'eft pas fujette à un auflî 
grand nombre de maladies que la brebis ; elle s'expofe 
volontiers aux rayons les plus vifs du foleil , fans que 
fon ardeur lui caufe ni étourdiffement ni vertige 
comme à la brebis. Elle ne s'effraie point des orages , 
ciç s'impatiente pas à la pluiç. 



B O U 403 

Lés chèvres entrent ordinairement fen ehaleur aux 
mois de Septembre , Oftobre & Novembre ; elles 
cherchent le mâle avec empreffement , & s'accou- 
plent avec ardeur ; elles portent cinq mois , & 
mettent bas au commencement du fixieme. Elles 
allaitent leurs petits pendant un mois ou cinq 
femaines. Elles ne commencent à produire que depuis 
rage d'un an ou dix - huit mois , jufqu'à fept ans J 
Elles ne mettent bas ordinairement qu'un chevreau ,' 
Hctdîis , quelquefois deux , très - rarement trois , & 
îamais plus de quatre» Elles n'ont point, non plus 
que la brebis ^ de dents incifives à la mâchoire 
fupérieure : le nombre des dents n'eft pas confiant dans 
les chèvres ; elles en ont ordinairement moins que les 
ioucs : elles ont , ainfi que les bœufs & les moutons , 
quatre ellomacs , & elles ruminent. 

Dans la plupart des climats chauds on nourrit des 
thevrcs en grande quantité. En France elles périroient 
£ on ne les mettoit à l'abri pendant l'hiver. Il paroît 
cependant que celles qui font habituées au n'oid ,' 
pourvu qu'il ne foit pas auffi exceffif qu'en lilande , 
y réfiftent bien , quoiqu'elles ne multiplient pas tant 
dans les pays froids. Lorfqu'on conduit les chèvres en 
troupeau avec les moutons , elles ne reftent pas à leur 
fuite , mais les précèdent toujours. 

On peut commencer à traire les cAevrw quinze jours 
après qu'elles ont mis bas ; elles donnent du lait en 
très-grande quantité pendant quatre à cinq mois foir 
& matin , & même plus que la brebis. Les chèvres 
dont le corps eft grand , la croupe large , les cuiffes 
fournies , la démarche légère , le poil doux & touffii ,' 
les mamelles groffes & les pis longs , font les meil- 
leiu-es. Elles font fi familières qu'elles fe laiffent aifé* 
mient teter , même par les elifans qui les appellent , & 
pour lefquels leur lait eft une très-bonne nourriture. 
Elles font /comme les vaches & les brebis , fojettes à 
être tétées par la couleuvre^ 

Cç % 



404 B O U 

L'efpece delà ckevn eft beaucoup plus répandue que 
celle de làbrebis^^ &c on trouve des ckcvrcsfemblables aux 
nôtres dans plufieurs Parties du Monde ; car , indépen-- 
damment des deux races fauvages du bouquetin Se du 
chamois , on trouve en Guinée , à Angole &i fur les 
autres Côtes d'Afrique , une chèvre à laquelle on a 
donné le nom de bouc de Juda , & qui ne diffère de 
la nôtre qu'en ce qu'elle eil plus petite ^ plus trapue 
& plus grafle. Sa chair efl auifi bien meilleiue à 
iiuuiger , & on la préfère dans le pays au moutoiu 
On trouve également en Afrique une autre variété , à 
laquelle on a donné le nom de chtvre naine , à caufe 
de fon extrême petiteffe. 

Les chvres d'Héraclée , ainfî qu'on le lit dans la 
Matière médicale , font de la taille de nos moutons ^ 
& ont de petites cornes. Leur poil eft plus blanc que 
ia neige , aflez long , mais plus délié qu'un cheveu. 
On ne les tond pas comme les brebis , mais on leût 
arrache le poil. La chair en eft aufti délicate que celle 
du mouton , & ne fent point la fauvagine comme 
celle de la chèvre ordinaire. Tous les phis fins came- 
lots fi eftimés , font faits de la laine de ces cluvres. 

Les chèvres d'Angora & de Syrie font de la même 
cfpece que les nôtres , car elles fe mêlent & produi- 
fent eniemble , même dans nos climats. La tête du 
bouc d'Angora eft ornée de cornes qui s'étendent ho^ 
rizontalement de chaque côté , & font agréablement 
contournées : elles forment des fpirales à -peu -près 
comme un tire -bourre. La femelle en porte aidS , 
mais d'une forme différente ; elles font^ courtes & fe 
recourbent en arrière , en bas & en avant , de forte 
qu'elles aboutiflent auprès de l'œil ; fes oreilles font 

Rendantes. Il y a eu de ces chèvres à la Ménagerie du 
sÀ ; & on voit avec plaifir ces animaux peints de la 
manière la plus élégante dans le Recueil de VHifioirc 
Naturelle qui eft dans le Cabinet des Eftampes à la 
Bibliothèque Royale. Ces chèvres ^ ainfi que prefquei 



tous les animaux de Natolie & de Syrie , ont le poil 
très-blanc , très-long , très - fourni , bien frifé & n fin 
qu'on en fait des étoffes auffi belles & aufïi luftrées 
que nos étoffes de foie. C'eft de ce poil précieux qu'on 
feit le beau camelot de Bruxelles. D'après ce qu'on 
vient de dire , il paroît que les chèvres d'Héraclee fe 
rapprochent beaucoup des chèvres d'Angora ou Angourî 
( Angora efl l'ancienne Ancyre dans l'Alie mineure , 
aujourd'hui Natolie. Le climat a fans doute la propriété 
de rendre le poil des animaux plus doux & plus long, 
C'efl de là que viennent les chats d'Angora , que nos 
Dames appellent angola , parce que le nom efl plus 
doux à prononcer ; ce qui a induit quelques Natura- 
lifles en erreur. Angola efl un grand pays d'Afrique 
dans le Congo ; il n'en vient point de chats. ) 

Dans le même pays , en Syrie , aufïi bien qu'en 
Egypte & aux Indes Orientales , on trouve la chèvre 
mambrinc ou chèvre du Levant à longues oreilles pen- 
dantes ; cette chèvre qui n'efl qu'une variété de celle 
d'Angora , donne beaucoup plus de lait ; il efl d'affez 
bon goût , & les Orientaux le préfèrent à celui de 
la vache & du buffle. Le fromage qu'oa en fait efl 
auffi meilleur ; elle porte ordinairement deux che- 
vreaux. Son poil efl très-fîri & bien fourni. 

Ce font les chèvres de Barbarie , de TAfie mineure 
& des Indes , qui fourniffent la plus grande quantité de 
ce beau poil de chèvre , avec lequel on fait des étoffes. 
Cette marchandife efl fujette à être altérée frauduleu- 
iement par le mélange de la laine avec le fil de chèvre» 

En Provence il y a une petite efpece de chèvre à 
poil gris , & dont les chevreaux s'appellent béfons. 

La chèvre commune en Europe, le chamois^ le bou^ 
quetin , ne font point originaires en Amérique ; ils y 
ont été tranfportés d'Europe. Us ont , ainfi que la 
brebis , dégénéré dans cette terre nouvelle ; ils y font 
devenus plus petits ; la laine des brebis s'efl changée 
un poil rude , comme celui de la chèvre. Dans les^ 

C^ 3 



4o5 B O U 

premiers temps , lorfque les Efpagnols transportèrent 
les chèvres au Pérou , elles y furent d'abord fi rares 
qu'elles s'y vendoient d'abord jufqu'à cent dix ducats 
pièce ; mais elles s'y multiplièrent enfuite fi prodi- 
;ieufement , qu'elles fe donnoient prefque pour rien , 

que l'on n'eftimoit que la peau ; elles y produifent 
trois , quatre & jufqu'à cinq chevreaux d'une feule 
portée, tandis qu'en Europe elles n'en portent qu'un 
ou deux. Les grandes & les petites Ides de l'Amérique 
font auiïï peuplées de chèvres que les Terres du Conti- 
nent ; les Efpagnols en ont porté jufque dans les 
Mes de la mer du Sud ; ils en avoient peuplé VIJU de 
Juan Fernandis , où elles avoient extrêmement mul- 
tiplié ; mais comme c'étoit im fecours pour les Flibuf- 
tiers , qui dans la fuite coururent ces mers , les Efpa- 
gnols refolurent de détruire les chèvres dans cette Ifle, 
& pour cela ils y lâchèrent des chiens , qui , s^y 
étant multipliés à leur toiu" , détniifirent les chèvres 
dans toutes les parties acceffibles de l'Ifle ; & ces 
chiens y font devenus fi féroces qu'aâuellément ils 
attaquent les hommes. 

On trouve dans le nouveau Continent , i .^/le capri- 
corne , qui n'eft qu'un boîiqiutin dégénéré ; 2.° une 
petiu chèvre à cornes droites , recourbées en arrière 
au fonmiet , & à poil court , qui ne paroit être qu'un 
chamois d'Europe auflî dégénéré & devenu plus petit 
en Amérique ; 3.^ une autre petite chèvre à cornes très-' 
courtes , très-rabattues , prefque appliquées fiur le crâne, 
& qui a le poil long. Cette petite chèvre , qui tire ion 
origine de celle d'Afrique , produit avec le petit char 
mois d'Amérique dont nous venons de parler. 

Les Hiftoriens Nomenclateurs , féduits par quelques 
carafteres équivoques , ont fait de ces variétés autant 
d'efpeces différentes ; mais après les avoir confidérées 
une à une & relativement entre elles , il paroît que 
de ces dix efpeces dont ils parlent , l'on n'en doit faire 
qu'une : d'abord , i ,^ le bouquetin ou bouc fauvage efl 



B O U 407 

la tige & la fouche principale de Pefpece ; 2.® le ca- 
pricorne n'eft qu'un ic?r/j'^er//2 bâtard, ou plutôt dégénérç 
par l'influence du climat ; 3 .^ le bouc domefliquz tire 
Ion origine du bouquetin ; 4.® le chamois femble n'être 
qu'une variété dans l'efpece fauvage de la cht^vre , avec 
laquelle il doit , comme le bouquetin , fe mêler & 
pioduire; 5.^ la petite chèvre à cornes droites & re- 
courbées à la pointe , n'eft que le chamois d'Europe 
devenu plus petit en Amérique ; 6.^ l'autre petite chèvre 
à cornes rabattues , & qui produit avec ce petit chamois 
d'Amérique , eft de la même race que le bouc d'Afrique ; 
7.*^ la chèvre naine , qui probablement eft la femelle du 
boîic d'Afrique , n'eft , <iufli bien que fon mâle , qu'une 
variété de l'efpece commune ; 8.^ il en eft de même 
de la chèvre & du bouc de Juda , & ce ne font auflî 
que des variétés de notre chèvre domefliquz ; 9.® la 
àuvrt d'Angora eft encore de la même efpece , puif- 
qu'elle produit avec nos cAerrej ; lo,^ hi chèvre mam-' 
brine à très-grandes oreilles pendantes , eft une variété 
dans la race des chèvres d'Angora : ainfi ces dix ani- 
maux n'en font qu'un pour l'efpece ; ce font feule- 
ment dix races différentes , produites par l'influence 
du climat. Au refte , de l'union de la brebis & du 
bouc , on obtient aifément des métis , qui ne différent 
guère des agneaux que par la toifon, qui, au lieu 
d'être de laine , eft de crin ; ces individus dont on 
a vii naître les premiers dans nos Mes , y font appelés 
chabins^ 

La chèvre eft un animal pour le moins aufîi utile que 
la brebis ; aufïi M. de Buffon dit-il que l'on peut re- 
garder en quelque forte la chèvre ainfî que l'âne , 
comme des efpeces auxiliaires qui pourroient à bien 
des égards remplacer la brebis & le cheval , & nous 
fervir aux^ mêmes ufages dans le cas où ces deux pré- 
ôeufes efpeces viendroient à nous manquer. Ces ef- 
peces auxiliaires font même plus agreftes , plus robuftes 
que les efpeces principales. 

Ce 4 



4o8 B O U 

Que de richeffes ne retirons-nous pas de ces am-* 
tnaiix domefHques ! La chèvre nous donne du fuif en 

auantité , & un lait qui tient le milieu entre le lait 
e vache & le lait d'ânefTe ; & ce lait efl moins épais 
que le premier , & moins féreux oue le fécond ; ce 
qui le rend très-propre aux temperamens pour les- 
quels le lait de vache feroit trop pefant, & celiiî 
d'âneffe trop aqueux. Son ufage eu très -propre à 
rétablir les enfans en chartre , & à donner de l'em- 
bonpoint aux perfonnes qui feroient extrêmement 
maigres fans en être incommodées. Le lait de la chèvre 
a une petite qualité aftringente ^ parce que cet animal 
fe plaît à brouter les boiu-geons des chênes & autres 
plantes aftringentes , ce qui commimique à fon lait 
cette propriété ; auffi eft-il utile dans les maladies con- 
fomptives , accompagnées de cours de ventre féreux. 
Ces propriétés des plantes dont l'animal fe nourrit , 
fe communiquent tellement au lait malgré tous les 
couloirs & tous les filtres au travers defquels il paffe , 
que le lait d'une chèvre à qui l'on a donné des pur- 
gatifs , avalé par une pourrice , piwge doucement & 
luffifamment l'enfant qu'elle allaite. Il eft donc eiflèn- 
tiel , lorfqu'on boit le lait d'une chèvre , d'avoir atten- 
tion à ne lui faire brouter que des herbes dont les fucs 
fdient bénins & modérés ; car elles font friandes des 
tithy malts , dont le fuc eft acre & cauflique. On fait 
avec le lait de chèvre des fromages excellens : ce lait 
fe caille aifément. 

Le bmc réformé du troupeau eft mis à l'engrais 
avec les vieilles chèvres & les jeunes chevreaux maies, 
que l'on coupe à Page de fix mois , afin de rendre 
leur chair plus fucculente. La chair du houe eft encore 
moins bonne que celle de la chèvre , quoique l'odeur 
forte de cet animal ne vienne pas de fa chair, mais de 
fa peau, 

La barbe du bouc croît d'une fi grande longueur, 
qu'on s'en fert pour faire des perruques en la mêlant 



B O U 409 

avec des cheveux. Les Chandeliers font un grand uiage 
du fuif de cet^nimal : cette efpece de graiffe paffe pour 
un excellent émoUient. On prépare les peaux de bouc 
& de chcvrc de différentes manières : on les rend au£B 
douces & auffi moëlleufes que celles du daim y &c elles 
font d'une auffi bonne qualité , & meilleiu-es que celles 
du mouton* On les prépare auffi en chamois , en mé- 
gie & en marroquin rouge & noir. Le plus beau & 
le meilleur marroquin rouge vient du Levant : on le 
rougit avec de la laque & autres drogues : on le 
pafTe en fumac ou en galle , & à Palim. Le plus 
beau marroquin noir vient de Barbarie. Ces marro- 
quins font d-autant meilleurs , qu'ils font plus hauts 
en couleur, d'un beau grain , doux au toucher, & 
qu'ils n'ont point d'odeur défagréable. On prépare 
auffi des marroquins dans plufieurs villes de France 
& d'Efpagne ; mais ils n'ont ni la bonté ni la durée des 
précédens. 

On dit que le touc s'accouple volontiers aVec la 
èrebis , & le bélier avec la chèvre , & que ces accou- 
plemens font quelquefois prolifiques ; cependant on 
jie voit point que le produit en foit bien connu : nous 
fommes un peu mieux informés des jumars^ c'eft-à-dire 
du produit de la vache & de l'âne , ou de la jument & 
du taureau, f^oye^ Jumar. Les Latins expriment par 
le mot caper , le bouc châtré. Hœdus fignifie le jeune 
bouc , & cdpella la petite chcvre ou chevrette. 

Bouc. Nom du mâle de la Mendole ( poiffon ). 
Voyt[ ce mot. 

Bouc Damoiseau. M. Vofmaer a donné , il y 
a quelques années , lliiftoire naturelle de ce joli 
petit quadrupède ruminant & originaire de Guinée. 
Il eft connu chez la plupart des Naturaliftes fous le 
nom de chèvre de Grimm , parce que Grimm eft le 
premier qui en ait fait mention. C'eft la Grimia de 
Linnœus ; la Capra fylvejlris Africana Grimii de Ray ; 
la Capra niSitans de M, Pallas ; M, Brijfon le nomme 



4IO B O U 

chcvrotin (TJfnquCy Tragulus Africanus^ page 97 , n,^ 4. 
M. Vofmdér l'a appelé bouc damoifeau , à caufe de la 
grande déliéatefle de cet animal. Il a la grandeur d un 
faon de daim ou d'un chevreau de deux mois ; fes 
membres font bien proportionnés , & fes jambes , 
quoique minces & grêles , très-bien afforties au corps, 
A la courfe cet animal ne le cède à aucun de fon 
efpece. Sa tête eft belle & reffemble affez à celle d'un 
chevreuil. Les narines ont la forme de croiflans alon- 
gés ; les bords du mufeau font noirs ; la lèvre fupé** 
rieure , fans être fendue , fe divife en deux lobes ; le 
menton a peu de poil , mais plus haut on leur voit de 
chaque côté une efpece de petite mouftache , & fous 
le gofier une verrue garnie de poils, la langue eft 
arrondie. 

Les cornes font droites, pyramidales, noires , finement 
fillonnées , c'eft-à-dire (triées longitudinalement comme 
celles des gazelles , & longues d'environ trois ou quatre 
pouces , ornées en leur bafe de trois à quatre anneaux , 
& en même temps dirigées horizontalement en aniere ; 
la pointe en eft aiguë & liffe. Les poils du front font \m 
peu plus longs que les autres , rudes , gris , hériffés à 
l'origine des cornes entre lèfquelles le poil fe redreffe 
encore davantage , & y forme ime efoece de bouquet ou 
de toupet pointu & noir, d'où defcend une bande de 
poil de même couleur qui vient le perdre dans le nez 
également noir. 

Les oreilles font grandes , & ont en dehors trois ca- 
vités qui fe dirigent du haut en bas. Les yeux font vife, 
pleins de feu, affez grands & d'un brun foncé. Le poil 
des paupières eft noir, long & ferré. Des deux côtés > 
entre les yeux & le nez , oju au deffous de chaque œil^ 
fe montre une énorme cavité nue & noire : elle a une 
propriété remarquable & fmguliere; cet enfoncement, 
qui feit d'abord reconnoître cet animal, eft fi grand dans 
la mâchoire fupérieure , qu'il ne laiffe qu'une lame d'os 
très-mince contre la doifon du nez. Vers le milieu de 



B O U 4if 

cette cavîté, qui eft comme calleufe & toujours humide, 
découle une petite quantité d'une liqueur gralîe , vif- 
queufe, jaunâtre, qui avec le temps fe durcit & devient 
noire , & dont Todeur participe de celle du caftoreuni 
& du mufc. L*animal femble fe débarraffer de temps à 
autre de cette matière excrémentitielle , car on la trouve 
comme collée aux bâtons de fa loge. 

Le cou eft peu long , couvert par le bas d\m poil 
affez roide , d\m gris-jâunâtre , tel que celui de la tête, 
mais blanc au gofier , gris au ventre ôc blanchâtre vers 
les cuiffes. Le poil du corps eft noir & roide , quoique 
doux au toucher. Les jambes font noirâtres près des 
fabots. Les genoux font ornés d'une raie noire. C'eft la 
même couleur des fabots , qui font pointus & liftes. La 
queue eft fort courte , blanche en deflus , marquée d'ime 
bande noire. Les parties de la génération font fortes ; 
le fcrotum eft gros , ooir , pendant entre les jambes ; 
le prépuce eft ample. La femelle du houe damoiftau ne 
porte point de cornes ; mais , fuivant le témoignage de 
Grimm , elle a fur la tête une touffe de poils droits. 

L'efpece du bouc damoiftau fe trouve aux environs 
du Cap de Bonne-Efperance , oîi on lui donne le nom 
de chèvre plongeante^ parce qu'elle fe tient toujours parmi 
les brouflailles, &, dès qu'elle apperçoit un homme , elle 
s'élève par im faut pour découvrir fa pofition & fes 
xnouvemens , après quoi elle replonge dans les brouf- 
failles , s'enfuit , & de temps en temps reparoît pour 
reconnoître fi elle eft pourfuivie. 

Ces animaux font d'un naturel fort timide; le moindre 
mouvement, & fur-tout le tonnerre , les effraie. Si on 
les pourfuit , ils donnent à connoître leur épouvante , 
en ioufflant du nez fubitement & avec force. Cependant 
ils s'apprivoifent peu-à-peu. Quand on les appelle par 
leur nom du pays , tetje ( qui dérive de teuig , c'eft-à- 
dire net ou propre ) , ils fe laifTent volontiers gratter la 
tète&c le cou. Ils aiment effeftivement la propreté ; auflî 
ne leur voit-on jamais la moindre ordiue fur le corps ; 



4Ti B O U 

ils fe grattent fouvent à cet efFet de l'un de leurs pîedi 
de derrière. La taille fvelte , les jambes minces , &c. 
dénotent dans ces animaux une agilité extraordinaire; 
fouvent ils tiennent une de leurs jambes antérieures éle- 
vée & recourbée, comme s*ils étoient grêts à courir, 
ce qui leur donne un air agréable ; ils s'élèvent avec 
grâce fur leurs pieds pofiérieurs pour prendre les alimens 
qu'on leur prefente. 

Bouc DE Hongrie ou Saïga. Efpece moyenne 
entre les chèvres & les gazelles, ^oyq Saïga. 

Bouc DE JuDA. Variété dans Tefpece de la chèvre, 
Voye^ à FarticU Bouc. / 

Bouc Sauvage, Bouc-Estain , ou Bouc-Stein; 
ou Bouquetin, ou Bouc des Rochers , ^/rcw 
fylvefiris aut Ibtx. C'eft le bouc fauvagc qui habite les 
Alpes de la Siiiffe & de la Savoie,* fur-tout près des 
Glaciers. On le rencontre auffi dans les Pyrénées , dans 
les montagnes de la Grèce & celles des Mes de l'Archipel. 
Ce bouc reffemble entièrement & exaâement au bouc 
domeflique par la conformation , l'organifation , le natu* 
rel & les habitudes phyfiques ; il n'en diffère que par 
deux différences ; l'une à l'extérieur , & l'autre à l'inté- 
rieur. Le bouquetin furpafle en grandeur le bouc domef- 
rique , décrit fous le feul nom de bouc. Ses cornes font 
bien plus grandes, ayant jufqu'à trois pieds de longueur, 
brunes , noirâtres , larges à leur bafe , un peu -recoure 
bées en arc fur le dos, très-fortes y ayant deux arêtes 
longitudinales (celles du ^oz^ commun n'en ont qu'une)^ 
marquées au deffus de toute leur longueur par des éiai- 
nences qui font autant de gros nœuds ou tubercules 
tranfverlaux , lefquels indiquent les années de Taccroif- 
fement ; leur nombre ordinaire pour un bouquetin qtkî 
a pris tout fon accroiffement , eft de vingt; alors le poids 
des deux cornes eft de i6 à 20 livres. (Celles au bouc 
commun ne font marquées que par des ftries au lieu dtf 
tubercules). Les cornes de la femelle font très-diffé- 
rentes de celles du mâle; la rate eft ovale & faite 



B OU 4ir 

t^me celle des animaux fauvages réputés les meilleurs 
coureurs. Ses jambes font menues ; fon poil eft de cou- 
leur fauVe, ainfi que fa barbe qui eft très-longue; ksr 
yeux font grands & pleins de feu. 

Les bouquetins vont par petits troupeaux de douze ou 
xjuinze ; ils font fi légers à la courfe qu'ils égalent le 
cerf en vîteffe ; ils fautent plus légèrement que le che- 
vreuil ; ils font plus agiles , & plus forts que le bouc 
domeftique; ils nranchiffent les précipices en bondiffant 
de rochers en rochers les plus efcarpés. S'il leur arrive 
en fautant de fe précipiter , ils tombent fur leurs cor- 
nes & ne fe font aucun mal. Lorfqu'on chaffe ces ani- 
maux fur les montagnes couvertes de neige ( car ils ne fe 
trouvent point en plaine ) , & qu'ils font au large , ils 
fe ruent fur les Chaffeurs, les frappent d'un coup de tête , 
& les renverfent fouvent dans le précipice voifin. Mais 
lors , dit-on , qu'ils n'ont pas aflez d'efpace pour fe 
tourner , îls perdent courage & fe laifTent prendre. 

Le bouquetin conune le chamois^ eft couvert d'une 
peau ferme , mais moins folide, & vêtu en hiver d'une 
double fourrure , d'un poil extérieur affez rude , & d'im 
poil intérieur plus fin & plus fourni. Tous deux ont 
auflî une raie noire fur le dos , & fe frayent des chemins 
dans les neiges. Enfin quelques-uns croient qu'il y a 
identité d'efpece entre ces deux animaux ; que le bou'- 
quetin eft la tige mâle , & le chamois la tige femelle de 
î'efpece" des chèvres : on a eu tort de dire que les 
cornes du bouquetin femelle refTemblent à celles du 
chamois. En été , l'un & l'autre demeurent au Nord 
de leurs montagnes; en hiver, ils cherchent la face du 
Midi, & defcendent des fommets jufque da»s les val- 
lons. Mais la femelle du chamois a quatre mamelles ,' 
& porte deux petits ; celle du bouquetin n'a que deux 
mamelles & ne porte qu'un petit. Le bouquetin a une 
très-longue barbe ; le chamois^ dit M. Girtanner^ n'en 
a point, & cet Obfervateur prétend que le bouquetin 
ne produit jw avec le chmo^ pi avec la chèvre domelt 



4T4 B O U 

tique. M.SenhotU van Berchen a cependaftt Vu & dédit 
de petits chevreaux appartenans au Gouverneur d'Aigle, 
& iiTus de différentes chèvres qui avoient été fécondées 
par un bouquetin apprivoifé. La femelle du bouquetin 
«'appelle Etagru. 

Les Payfans de Suiffe fe fervent dans leurs maladies 
éafangde bouquetin comme d'un excellent- fudorifîque ; 
ils font même fécher de ce fung^ le mettent dans des 
veilies & le vendent affez cher. Ce Jang eft d'autant 
plus aâif , que l'animal s'eft nourri de plantes abon- 
dantes en parties volatiles. On en faifoit autrefois plus 
d'ufage dans le traitement des pleiu-éfies ; mais aujour- 
d'hui-il n'eft guère employé que par les gens de la cam- 
pagne qui craignent les faignées , & auxquels il réuffit 
très-bien. 

Le Quadrupède , connu fous le nom de capricorne ,' 
n'eft qu'une variété du bouquetin , un bouquetin bâtard j 
• pu dégénéré par l'influence du climat. 

On trouve dans les boucs fauvagts , lorfqu'ils com- 
mencent à vieillir , une efpece de bé[oard ; on dit que 
fi l'on n'a pas foin de le retirer dès que l'animal eft 
tué , il difparoît par ime prompte diffolution. Quoique 
ce bé[oard foit fort mou lorfqu'on le retire , il acquiert 
à l'air une grande dureté. Voye[ BizOARD. 

BOUCAGE , BoucQUETiNE , Persil de Bouc , 

ou PiMPRENELLE SAXIFRAGE & BLANCHE, TrogO* 

fdinum majus , utnbdlâ candidâ , Tourn. Inft. 309 1 
Pimpinella faxifra^a , major y umbcUd candidâ , C. B. 
Pin, 159; Saxi/ragia hircina , major , J. B. 3, 
part. 2 , III. C'eft une plante qui pouffe d'une racine 
îiififorme , blanche , acre & aromatique , une tige 
ftriée , rameufe & qui s'élève à la hauteur de deux 
à trois pieds. Ses feuilles font dentées ; les unes font 
radicales , attachées par des pétioles le long d'une côte, 
ovales , arrondies & trilobées ; celles qui tiennent im- 
médiatement à la tige , font compofées de trois folioles ; 
les feuilles fupériçures de la tige fgnt ailées de cinq 



B O U 415 

à neuf folioles ; l'impaire ta à trois lobes. Les fleurs 
font blanches , en ombelles » nues ou fans fraife , dif- 
pofées en fleiu-s de lis. A ces fleurs fuccedent des 
femences jointes deux à deux , planes d'un côté & 
convexes de l'autre , avec trois ftries faillantes. 

Il y en a plufieurs efpeces qui font apéritives , dé- 
terfives , vulnéraires & fudorifiques. On diftingue une 
grande efpece de boucage à ombelle rougeâtre , Trago^ 
Jelinum majus , umbcUâ rubentc , J. R. He^b. On trouve . . 
fur les peloufes la petite efpece de boucage , Tragofi--' 
linum minus , Tourn, Infl. 3 09 ; PimpincUa faxifraga 
rrùnory C. B. Pin. 160, Linn. 378. La grande boucage 
fe trouve dans les prés; l'une & l'autre font vivaces 
par la racine. 

Lémery dit que l'on trouve en certains lieux fiu- les 
racines de la grande efpece de boucage ^ des grains 
rouges qu'on a nommés coclunille fylvejlre ou cochenille 
de graine^ mais improprement Foye^ Cochenille. 
M. Haller obferve qu'il y a une efpece de tragofelinum 
dans le Brandebourg , qui eft remplie d'un fuc bleu» 
L'efpece commune étoit avec la mille-feuille , la plante 
favorite de Stahl; il en tiroit une teinture vulnéraire 
& incifive , dont il fe fervoit quand il falloit ranimer 
Teflomac & le ton des fibres. 

M de la Marck diftingue encore dans ce genre de plantes 
à fleiu-s en ombelles, fans collerette : La boucage à fruits 
velus , du Dauphiné ; la boucage annuelle , d'Italie ; la 
boucage à feuilles lacihiées, du Levant; la boucage à 
fruits fuaves , c'eft l'anis ordinaire ; la boucage à feuilles 
d'angélique , c'eft la petite angélique fauvage ; la boucage 
fourchue , d'Efpagne ; la boucage dioïque; il y a des indi- 
vidus mâles , & d'autres qui font hermaphrodites. Cette 
efpece croît dans l'Autriche , la Suifle & la Provence. 

BOUCARDE. Coquille bivalve appelée cœur dç 
boeuf. Voyez u mot^ 

BOUCHARL En Bourgogne , c'eft la pie - griech 
grifc. 



4i6 B O U 

BOUCHE , Os , ricbis. C'eft cette partie de la tkt 
qui eft compofée des lèvres , des gencives & des dents, 
du dedans oes joues 6c du palais : toutes ces parties , 
excepté les dents, font tapiffées d'une tunique glan- 
duleufe qui fe continue mr toute la fur&ce interne 
des joues. Les glandes de cette tunique féparent une 
forte de falive qui fert à entretenir dans la bouche 
rhumidité ic la (oupleffe. 

M. Dtrham obferve que dans les animaux zooph^es 
la boucht ou ^itult efl large & taillée profondément ^ 
poxu- brifer plus aifément une nourriture dure , d'un 
gros volume & qui réfifte. Dans ceux qui vivent d'her- 
bes , elle eft taillée moins avant & étroite. Celle des 
infeâes eft très-remarquable : dans les uns elle eft en 
forme de pinces pour faifir , tenir & déchirer la proie: 
dans d'autres elle eft garnie de mâchoires & de dents 
pour ronger & arracher la nourriture , & pour traîner 
des fardeaux : dans quelques-uns elle eft pointue pour 
percer & bleffer certains animaux & fucer leur fang, 
ou poitf perforer la terre & même le bois le plus dur, 
& jufques aux pierres même , afin d'y pratiquer des 
retraites & des nids pour les petits. La boucht ou htc 
des oifeaux n'eft pas moins remarquable^ étant fait 
en pointe pour fendre l'air , &c. Voyc^^ ce qui en efi du 
au mot Bec. 

Bouche d'Eole. Nom donné par les Italiens à 
des crevaffes ou petites cavernes ouvertes par la Na- 
ture dans le flanc d'une montagne qui eft à Cefi , petite 
ville fituée à cinq à fix milles au Nord de Terni. De 
'ces ouvertures femeufes & appelées par les Italiens, 
Bocche dei venti , fortent des vents , qui font d'autant 
plus forts & d'autant plus froids que la chaleur de 
l'air extérieur eft plus grande; on dit qu'en hiver elles 
afpirent & pompent l'air extérieur & le réchauffent 
en même-temps. Les Habitans de Cefi favent tirer un 
très-grand parti de ces vents : ils bâtiffent leurs caves 

à l'entrée des foupiraux dont iis jfortçnt» Les vins s'y 

çonfervent 



B O U 417 

ôonfervent des fiecles , & les fruits , même ceux d'été , 
y réfiftent pendant très - long - temps à la pourriture. 
Ils conduifent par des tuyaux cet air frais jufque dans 
leurs appartemens & les rafraîchiffent plus ou moins à 
leur gré , en ouvrant plus ou moinis les robinets placés 
à l'extrémité de ces tuyaux. U ]j en a même qui ont 
pouffé la recherche jufqu'à conduire cet air fiais fous 
la bouteille de vin qu'ils boivent à leur table. 

BOUCLÉ (lé), Brucus. Nom que M. Broujfomt 
a donné à un chim dt mer , de la feaion de ceux qui 
ayant les trous des umpeSy n^ont point de nageoire der-*, 
riere Panus. 

Le boucle fe trouve dans l'Océan ; M. Brouffonet Ta 
décrit d'après un individu femelle qui fe voit au 
Cabinet du Roi : 11 eft long d'environ quatre pieds ; 
fa peau eft liffe & recouverte , même fur la partie 
fupérieure des nageoires , de tubercules à bafe 
large & ronde, armés d'ime ou deux pointes courtes, 
légèrement recourbées. ; ces tubercules font placés 
fans ordre , de grandeur inégale , & prefque fem- 
blables aux piquans des raies bouclées ; on ne peut 
les détacher fans déchirer la peau. Ce caraâere par^ 
ticidier à cette efpece fuffit pour la diftinguer des 
autres chiens de mer. Le mufeau du bouclé eu faillant 
& de forme conique ; les narines placées un peu ea 
avant des yeux ; l'ouverture de la gueule eft médiocre , 
armée de plufieurs rangs de dents prefque carrées , 
comprimées , & dont les bords préfenrent des 
zigzags irréguliers ; les yeux grands , placés ea 
devant des trous, des tempes ; cinq évents {expiraculay 
de chaque côté ; les nageoires pedorales larges , ainâ 
que celles de Tabdomen; les nageoires dorfales très-» 
rapprochées de la queue ; la première fituée prefque 
à l'aplomb des abdominales, & plus grande que U 
féconde ; au-deffous de la queue , eft une nageoire aai 
guleufe. 
Bouclée (la), Voye:^^ Rai* bouclée. 
Tome II. Ddi 



4iS B O U 

BOUCLIER , Çyclopurus. Nom d'un genre de poîf* 
. fons à nageoires cartilagineufes, f^oye^ à rartuk 
Poisson. 

M. P allas défigne fous le nom de Cyclopterus mïnutus , 
une efpece de bcuclur^ qui paroît appartenir à l'Océan 
Atlantique. M. Daubmton Ta nommée le menu. Sa forme 
a du rapport avec la lompe ; la tête plus épaiffe que 
le corps & prefque quadrangulaire ; le mufeau garni 
de trois tubercules ; les mâchoires & le palais garnis 
tie très- petites dents ; les iris brunâtres. P allas Sfi- 
cileg. fafcic. 7 > p. 12, tom. III ^ fig. 7 , 8 , 9. 

Bouclier, Ptlds. Nom donné par M. Geoffroy^ 
un genre d'infeûes , à caufe de leur forme qui imite 
affez celle des boucliers des Anciens* Les efpeces de ce 
geme différent des caflides , parce que leur tête déborcfe 
6c paroit au dehors, au lieu que dans les catfides ht 
tête eft tout-à-fait cachée fous le corfelet. Le ca- 
raûere des boucliers eft d'avoir les antennes de plus 
en plus grofles , en avançant de la bafe vers l'extré- 
mité ^ & en même temps perfoliées ou composées de 
lames tranfverfes > enfilées par le milieu , & d'avoir le 
corfelet affez plat & bien bordé , ainfi que les étiiis» 
Les larves des boucliers ont fix pattes y font affez vives ^ 
brunes , dures , prefqtie écailleufes , aplaties & plus 
tîtroites vers la queue qu'à la tête. On les trouve dans 
les corps d'animaux morts & à moitié gâtés ; c'eft-là 
qu'elles, fe nourriffent , qu'elles croiffî^nt & qu'elles fe 
métamorphofent ; c'eft aufli dans les mêmes endroits 
que l'on trouve fouvent l'infefte parfait , qui fe nourrit 
de ces charognes , & y dépofe fes œufs. 

BOUDIN DE MER. Animal de l'ordre des mol- 
lufques y nommé ainfi par M, TAbbé Dicquemart , & 
que l'on trouve dans les parages du Havre-de-Grace. 
Pour avoir une idée de ce corps marin , qu'on fe 
figure un | tuyau mou, gros comme le pouce , d'un 
blanc iale , taché de couleur jaunâtre comme une vieille 
yeffie de cochon , d'environ un piei de long , pliant > 



B o y 4,^ 

tÈtïûinè en pointe obtufe & déchiquetée par les deux 
bouts ; telle eft l'enveloppe du boudin de mer. L'animal 
renfermé dans ce tuyau eft d*une forme très*finguliere. 
La partie antérieure a un peu la forme d'une felle 
alongée en avant , elle eft terminée par deux crochets ; 
à chaque côté , font dix petits ailerôrts garnis de poils 
fins , foyeux , de couleur dorée ; vers le quatrième 
aileron ^ il fe trouve quelques poils courts , noirs , 
Toides comme du crin; un appendice, accompagné de 
deux grands ailerons^ joint cette partie à celle du milieu 
par un étranglement fi fin , fi délicat , que fouvent , 
lorfqu'on ouvre le tuyau , on trouve l'animal féparé 
en deux ; la partie du milieu eft compofée d'un canal 
fur lequel font ajuftées dix-huit nageoires de chaque 
côté , de manière que chaque paire de nageoires repré- 
fente une efpece de fourchette à deux aiguillons ; à la 
partie poftérieure fe trouvent trois poches offrant par 
leur afTemblage, leur forme & leur mouvement, une 
forte de refTemblance avec les godets ou augets de 
certaines chaînes hydrauliques ; ces poches font bordées 
d'iui fefton blanc , & ont au bout un appendice qui a 
la forme d'une chryfahde, & qui en a lui*même d'autres 
petits , mais ces derniers varient dans différens indi*^ 
vidus. Il eft bon d'obferver que toute cette partie & 
le canal de celle du milieu font remplis d'une efpece 
d'éthyops plus épais que celui de la feche, Tout l'a- 
nimal hors de fon logement a au moins fix pouces dé 
long. Journal de Pkyjîq, 03ob. lyyS. 

BOUE , Liuum , eft en général un amas d'ordures 
& de terre atténuées par le frottement des voitures 
& détrempées par l'eau. La boue des villes contient 
beaucoup plus de fer que celks des campagnes ; auffi 
eft - elk d'une couleur noirâtre & pefante. Foy^i 
Limon. 

BOUFRON. Voyci Sêche. 

BOUILLEROT. Foyei GouJON DE RivlERE. 

- BOUILLEUR DE CANARI, /"oj^, Bout bç PetOn. 

Dd X 



/ 



I 



420 B O U 

BOUILLON-BLANC , Molêne , Bon-Homme , erf 
latin , Vtrbafium, C'eft une plante bifannuelle dont on 
difiîngue pluûeurs efpeces; nous citerons ici les plus con^ 
nues &c celles qui font d'image en Médecine; la première 
eft le bouUlon^blanc mâle ou ailé , Vtrhafcum mas laùfo-' 
lium lutaim ; C. B. Pin« 139 ; Tapfus barbatus , Gérard y 
619; Vtrbafcum thapfus ^TuoïSi. 252. Cette plante pouffe 
une tige à la hauteur de trois , quatre & cinq pieds y 
droite , cylindrique , ferme & un peu velue. Ses feuilles 
font grandes , ovales , pointues , décurrentes , molles , 
couvertes d'un duvet blanchâtre & cotonneux des deux 
côtés. Mais le duvet de la furface inférieure eft beau- 
coup plus épais que celui de la furface oppofée. Les 
fleurs font mfpofees en rameaux , ou en épi fort long 
& cylindrique , formées en rofe , d'un beau jaime & 
à cinq étamines. ( M. DcUu^t bbferve que la co- 
rolle des verbafcum eft monopétale , découpée en rofette 
im peu irrréguliere , ou à cinq pièces inégales ) ; il 
leur fuccede des coques ovales , terminées en pointe. 
Cette plante fleurit en Juin , Juillet , Août ; elle croît 
le long des chemins. 

Toute la plante eft adouciffante y vulnéraire & dé^ 
terfive. Ses fleurs font principalement employées dans 
les tifanes adoudflàntes y les dyffenteries y la colique 
& le ténefme. Ses feuilles pilées & réduites en un^ 
efpece d'onguent avec de ITiuile , font excellentes dans 
les plaies récentes ainfl que les emploient les payfans. 
Son ufage , tant interne qu'externe , eft propre poiu: 
les hémorrhoïdes & les demangeaifons de la peau. 

Le bouillons-blanc femelle y f^erbqfcum fœmina , ftort 
lutîo magno y C. B. Pin. 239 ; Vtrbafcum tommtofum; 
Verbafcum phlomoidtSy Linn. 253. Cette efpece croît 
dans les lieux fablonneux ; fa tige eft haute de deux 
à trois pieds > un peu branchue , garnie de flocons 
blancs & cotonneux ; les feuilles qui partent de b 
racine font ovales y fort grandes y épaiffes & comme 

Râpées ; rçcQUYÇi:tes d'un durçt très-blv^c y \%% fi?uiUe$ 



B O U 411 

rupérieurcs cmbraffent la tige, font feffiles & non 
décurrentes ; les fleurs font grandes , jaunes , forment 
tin épi garni de braâées lancéolées , qui foutiennent 
quatre fleurs chacune ; la capfule eft oblongue. 

Le touillon^nolr y Verbafcum nigrum^ Linn. 15 3» 
Cette plante à racine vivace , fe trouve dans les villa- 
ges , fur-tout en Flandres ; fa tige eft haute de deux 
pieds , droite , anguleufe , terminée en épi ; fes fleurs 
font jaunes , & les étamines garnies de poils rouges 
ou purpurins ; les feuilles inférieures oblongues , cor- 
diformes , pétiolées , crénelées , un peu cptonneufes 
en deflbus ; les fupérieures feffiles , prefque glabres , 
d'un vert obfciu*. 

Le bouillon^mîtkrs eft Therbe aux mittes. Voyt[ cet 
article. . 

Bouillon Sauvage. Voye^ Sauge en Arbre. 

BOUIS. Voye[ Buis. 

BOULEAU, Betida , Dod. Penïpt. 839, J. B, i, 
1 48 ; Betula alha , Linn. 1 393. C^eft un arbre qui vient 
droit y & qui , lorfqu'on le laifle croître , s'élève juf- 
qu'à fonçante à foixante - c^x pieds de hauteur , fans 
avoir une groffeur proportionnée ; il n'eft qu'un ar- 
briffeau dans les terrains montagneux , pierreux & arides , 
ou lorfqu'on le tient en taillis. Il a plufieurs écorces ; 
l'extérieure eft épaifle , raboteufe , très-blanche ; la 
féconde eft mince , Hfle, luifante^ fatinée, blanchâ- 
tre. Quelques-uns ont penfé que les Anciens , avant 
le fiecle d'Alexandre le Grand, & même depuis les 
Gaulois , fe fervoient de cette dernière & fine écorce 
comme de papier , fur lequel ils écrivoient ou gra- 
voient leurs penfées avec un poinçon. Le bois du 
tronc eft blanc , & ce tronc eft nu dans les trois 
quarts de fa longueur; il foutient une cime médio- 
cre , ovale , médiocrement ramifiée , & à rameaux 
pendans ; fes feuilles font alternes ,' ovales , un peu 
triangulaires , pointues , finement dentelées à leur 
contour > un peu épaiftes ^ d'un vert clair eqi deiFus } 

Dd } . 



421 IS O XJ 

blanchâtres en deflbus , odorantes , d'une ^veiir amere j 
les rameaux qui portent les feuilles font très-menus , 
extrêmement flexibles , glabres , d un bnm-rougeâtre , 
& fouvent parfejnés de très-petits points blancs , comme 
réfineux. Cet arbre porte des fleurs mâles & des fleurs 
femelles , féparces & attachées à différentes parties de 
l'arbre ; les fleurs mâles font difpofées en forme de 
chaton aflez long , cylindrique , grêle , un peu lâche 
& pendant , portées fur un filet commun , & corn- 
pofées de petites étamines , favoîr, quatre dans chaque 
fleur , & trois fleurs fur un même calice ; les fleurs 
femelles font plus grofles , elles font oblongues & 
paroiflent fous la forme d'un cône écailleux : les jeunes 
fiaiits pouffent en même temps que les chatons & 
fur les mêmes branches , mais dans des endroit)? 
féparés. Chaque fruit contient dans fa maturité des 
femences aplaties ou bordées de deux petites ailes 
membranejes. ^ 

Cet arbre efl: commun dans les bois de la France & 
dans toute l'-Europe Septentrionale. Quoique le bouleau 
fe plaife particulièrement dans les bonnes terres humi- 
des, il vient cependant auflî dans les terrains ftériles: 
on l'a vu réuflîr dans des endroits oii tous les autres 
arbres périflbient. M. le Baron de Tfchoudi dit que 
ceux qui ont des terrains crayeux , arides & pierreux , 
ne fauroient mieux faire que d'y établir des tailUs de 
boaiUaux. Cet arbre eft le dernier que l'on trouve yer& 
le Pôle Arftique ; <^eft le feul que produife le 
Groenland. 

Linnaus fait mention du bouleau nain , Betula nanct^ 
Lînn. , qui fe plaît fur les hautes montagnes les plus 
arides de la Laponie , & n'exige prefque aucun toncf 
de terre. Il n'a que deux à trois pieds de hauteur, & 
fupporte bien le froid des hivers les plus rigoureux» 
Le bouleau nain eft remarquable par la petitefle & 
la forme de fes feuilles , qui lui donnent un a{pe6è 
agréable. Cette petite efpece ne dédaigne pas les lieux 



B O U 425 

hiimkles des montagnes , même dans celles de la Siiiffe ; 
ion écorce eft d'un rouge- brun. 

On trouve dans rAmérique Septentrionale , un bou* 
Icau àfeuilUs de Marfeau , B&tula pumila , Linn. Oeft 
un arbriffeau im peu moins petit que le précédent ; il 
a trois à quatre pieds de hauteur ; fon écorce eft d'un 
brun-grifâtre ; l'es rameaux font pnbefcens. 

On diftingue auffi le bouleau appelé merifier par les 
Canadiens , Betula Icntay Linn. ; Bctulajulifira ^fruciu 
concile , viminibus kntis , Gronov. Virg. , Ouham. Les 
Canadiens foot un grand ufage de fon bois ; fon 
«corce a un goût & une odeur aromatique affez agréa^ 
ble ; its feuilles font oblongues , un peu échancrées 
en cœur à leur bafe , acuminées & doublement den^ 
tkts en leiurs bords ; elles reffemblent en quelque forte 
à celles du mnijier ou cerifier des bois; cet arbre croît 
naturellement dans le Canada & la Virginie , c*eft le 
fugar hirch ou hlack blnh des Anglois : on ep tire une 
très-petite quantité de fucre. On trouve dans ces 
dernières Contrées , ^& même en Laponie , le bouleau 
à canot , Betula nigra , Linn. ; il eft nommé alnfi , " 
parce qu'on en fait en Canada de grands canots ' qui 
durent long -temps & qu'on nomme pirogues ; c'eft 
un bel arbre qui s'élève encore plus que notre beuleau; 
fes feuilles font plus grandes , un peu rhomboïdales 9 
inégalement dentées en leurs bords, & d'un vert plus 
fombre ou noirâtre. 

Lorfque le bouleau de France eft à la hauteur des tail- 
lis ^ on en fait des paniers , des corbeilles & des cer- 
ceaux pour les tonneaux & pour les cuves ; fon bois eft 
recherché pour faire des fabots. De jeunes bouleaux 
courbés de bonne heure , fervent ^ en Suéde & en RiHîîe , 
à faire les jantes des roues , qui font , dit-on , fort 
bonnes. Tout le monde fait que l'on fait des balais d'un 
bon ufage avec les menues branches de cet arbj-e. Linder 
donne une manière de faire avec les feuilles de bouleau ' 
une couleur jaujne propre à la peinture ; on peut coiii-* 

Dd 4 



414 ^ ^ ^ . . . 

muniquer cette couleur à la laine que Ton fait bouillir 

avec elles. Les feuilles font d'un goût amer, & glu- 
tineufes. Les feuilles du bouleau noir de la Laponie 
donnent une plus belle couleur que celles de notre 
pays. Les femences du bouleau nain fervent de nour- 
riture aux lémings. Voyez ce mot. On peut retirer des 
chatons de cet arbre , une efpece de cire , par un 
procédé femblable à celui qu'on emploie pour en 
retirer des graines de Varbre dé cire. Voyez ce mot. 

Les Canadiens font avec Técorce de la grande efpece 
de bouleau , difFcrens uftenfiles & meuj||es qui durent 
long-temps ; fon likr peut fêrvir de papier ; nous en 
îivons une quantité d'échantillons. • En Suéde & en 
I-aponie on couvre, avec Pécorce du bouleau , les 
cabanes , & Ton en fait des efpeces de bouteilles. On 
peut vraifemblablement attribuer cette efpece d'incor- 
ruptibilité de récorce des bouleaux à la partie réfineiife 
riont elle eft remplie ; aufli les Habitans des Alpes en 
font-ils des torches qui brûlent & les éclairent très- 
bien. Il n'eft pas rare de rencontrer fous les climats 
glacés , vers le Pôle Arâique , des bouleaux dont 
le bois , depuis un temps innni , eft mort & détruit 
cle vétufté , mais dont l'écorce fubfifte feule , & con- 
ferve encore à Tarbre fa figiu-e. En Norvège , oii le 
bouleau eft très-commun , c'eft même le bois le plus 
ordinaire pour le chauffage. A Saint-Pétersbourg , Pécorce 
intérieure de ce bois fert à tanner les peaux , & à faire 
des filets & des voiles pour des baixjues. Le bouleau 
hlanc acquiert ime telle grofleur chez les Kamtfçha- 
dales, que Ton en conftniit de petites chaloupes ou 
canots d'une feule pièce. Le bouleau de ce pays eft 
beaucoup plus rempli de nœuds & d'excroiffances que 
ceux d'Eiurope. Les Habitans fe fervent de ces nœuds 
pour faire des. aflîettes , des taffes & des aiillers. Ils 
font auffi grand ufage' de 1 ecorce , qu'ils dépouillent 
lorfqu'elle eft encore verte ; & après l'avoir coupé 
inenue comme le vermicelle , ils en mangent avec le 



B O U 425 

kavlar fec. Dans tous les villages de cette Pénlnfule ^ 
on voit toujours les femmes occupées à hacher cette 
écorce avec leurs haches d*os ou de pierre. On la 
lait encore fermenter avec le fuc ou la fève du même 
arbre, & cette boiffon eft fort de leur goût. En 
Ruffie , on retire per dcfcenjum , de 1-écorce du boultau , 
ime huile empyreumatique , que Ton appelle dans le 
pays , dioggot , c'eft-à-dire huile ou goudron de bouleau : 
cette diftillation s'opère dans des creux faits dans la 
terre, 

Siu- la fin de l'hiver , le bouleau eft plein de fuc , & 
répand des larmes. Van-Htlmont obferve à ce fujet 
ime chofe curieufe. Si on fait une incifion à cet arbre 
près de la racine , la liqueur qui en fort eft de l'eau 
pure & infipide : fi , au contraire , on perce jufqu'au 
milieu une tranche de la grofleur de trois doigts, il 
en découle une liqueiu* qui a plus de faveur , qui eft 
légèrement acide &: agréable, même fucrée : elle eft 
vantée pour le calcul des reins & de la veffie , & pour 
le piffement de fang. Il Jàut recueillir cette liqueur 
avant que les feuilles paroiflent ; car lorfqu'elles font 
venues , elle n'eft plus fi agréable : lorfqu'elle a fermenté, 
elle devient bonne à boire , & comme vineufe ; elle 
a une agréable odeur , & peut fe t:onferver une année 
dans des vaifleaux bien fermés, avec un peu d'huile 
par defllis. Les Bergers fe défalterent fouvent dans les 
forêts avec cette liqueiu: , fortant des mains de la Na- 
ture : d'un feul rameau , dit-on , diftille quelquefois en 
un jour plus de huit ou dix livres de cette liqueur : 
on afifure qu'elle enlevé les taches du vifage , fi on l'en 
lave plufieurs fois par jour, & qu'on la laiffe fécher 
fans l'effuyer. 

Les bouleaux prennent leurs feuilles de très-bonne 
heure ; ainfi il^convient d'en avoir quelques pieds dans 
les bofquets^du pfàaitemps. 

BOULEREAU , Gobius nigcr , Linn. ; Jojtt , à 
Venife ; ZoUro , à Gênes. Efpece de goujon ou de 



4i6 B O U 

poliroc âa genre àx GcbU. On îe îtoîivc isr^s les raeis 
c*£u^op^ ÔC d'Alîe , près eu rivage , & sum cLins ks 
iViïi^ iâlés. Sa chair eflgroJie &cailàiite; cmenàir cas 
à Venife , ou Tca pêche communémenc ce foiSonz 
£à langueur eil d'cuvîron un |»ed ; fa tète eft groù'e^ 
& les mâchoires gonilies ; les yeux petits, rap^nocbcs ; 
les prunelles bordées d'un cercle doré; la gueule am- 
ple ; les mâchoires garnies d^un <iouble rang ce petites 
cents ^ & deux groupes de pareilles au fond du parais; 
le corps mou; la peau glîitànte, quoique les écailles 
foîcnt fermes ; le corps & les iris mouchetés ; la pre- 
mière nageoire dorl'ale a fix rayons ; la féconde en a 
quatorze ; celle fies ptâorales , feize ou dix-fept ; les 
abdominales , chacune dix ou douze ; ( les Pécheurs 
Anglois prétendent que ces nage ires fervent à ce 
poiflfon pour s'attacher aux rochers ; ) celle de Tanus , 
douze ou quatorze ; la queue , quatorze à dix-huit ; elle 
€Û circulaire. 

BouLEROT. Voyez Gou/on de mer, 
BOULET DE CANON ou Couroupite de la 
Guîane , Pckia fi-ucbi maximj globrfj , Barr. pag. gx. 
Ceft le Kêurou Piteutoumcn des Caraïbes ; Ptqmafivc 
Pckia ^ Plion , 1658 , p. 141. Sagroffeur & la forme 
fphérique du fruit de cet arbre , lui a fait donner par 
les Crcoles & les Nègres le nom de bouUt de canon z 
il eft de la groffeur d'un boulet de trente-fix. Quel-* 
ques-uns le nomment abricot fauvage. Uécorce de ce 
fruit capfulaire & rond , eft épaiiTe , dure , jaunâtre , 
madrée de gris , ayant dans îa partie fupérieure un 
rebord circulaire ; fous la chair ou pulpe qui eft 
fibreufe , on trouve une féconde caplule g-obu- 
leufe , mince , caftante , partagée dans fon intérieur 
en fix loges par des cloifons membraneufes , & conte* 
nant dans chaque loge plufieius femences arrondies , 
comprimées , nichées dans une pulpe fucculente , d'une 
faveur acide. En agitant ce fruit defîeché , les femences 
font du bruit. Les Sauvages aiment ce fruit ; mais les 



B O U .47 

Blancs n*en font ufage que dans les maîaclies de poi- 
trine. La feuille de cet arbre eft liffe, longiie d'un pied 
fur quatre pouces de largeur , pointue , entière , glabre y 
liffe & pétiolée; fa nervure principale s'étend jufqu'à fon 
extrémité ; les autres font affez diftantes entre elles , & 
obliques. Les fleurs grandes , belles , couleur de rofe , 
d'une odeiu: fuave , & naiffent en grappes droites ^ 
fituées fur le tronc & fur les branches. L'arbre s'élève 
à une grande hauteur ; le tronc a deux pieds de dia- 
mètre ; le bois eft blanc , mais rougeâtre à l'intérieur ; 
il eft peu folide. 

Pifon dit qu^il y en a une autre efpece que les Por- 
tugais nomment Setim , dont le bois ne fe pourrit 
jamais , & qui feroit très-propre à faire des canots. 
y'oyei la figure de l'arbre & du fruit dans Vjippindix 
de Marcgrave , page ac^j. 

BOULETTE, royci Globulaire. On donne atiffi 
le nom de boulette au chardon échinope. Voyez cet article^ 

BOUQUETIN. Voyei Bouc sauvage. 

BOUQUIN. Ce nom n'eft guère en ufage que 
parmi les Chaffeurs , pour défigner le lièvre mâle, f^oye^ 
Lièvre. 

BOURAGINJÉES , Borragines aut Afpeiifolicé. Les 
Botaniftes donnent ce nom à une famille de plantes 
qui paroiffent tenir un milieu entre les Apocins & les 
JLabiées. La plupart font herbacées & vivaces par leurs 
racines. Il y en a peu d'annuelles , & quelques - imes 
forment des arbres ou arbriffeaux qui quittent tous 
leurs feuilles dans l'année. Leurs racines font rameufes 
& garnies de fibres : leurs tiges & branches font 
rondes , les feuilles rudes au touchjer : les fleurs font 
hermaphrodites , complètes , monopétales , à cinq 
étamines & un piftil , & fuccédées par quatre femen- 
cts. Ces plantes comprennent la bourrache , la confoude ^ 
la cynoglojje , Vkéliotrope , la pulmonaire , la buglofe , 
Vherbe aux vipères , le gremil , &c. yoye:^ ces mots. La 
plupart font mucilagineufcs ^ prefque fans goût & fans 



4i8 B O U 

odeur : étant cieffechées , elles fufent comme le mite 
fiir les charbons ardens. 

BOURDAINE ou Bourgene , ou Aune noir , 
Rhamnus frangula ^ Linn. i8o, Dod. Pempt. 784; Al- 
nus nigra baccifera , C. B. Pin. 418 , J. B. i , 560. C'eft 
un grand arbriffeau du genre du nerprun , & qui croît 
principalement dans les lieux humides & les bois taillis. 
On le voit dans les bofquets : il porte des fleurs en 
rofe , auxquelles fuccedent des baies rondes , divifées 
par une rainure qui les fait paroître comme doubles , 
vertes d'abord , enfuite rouges & noires lorfqu'elles 
font mûres. S^s feuilles font d'un beau vert , affez fem- 
blables à celles de Vaum , mais plus noirâtres , pétio- 
lëes , chargées de nervures parallèles , placées akema- 
tivement lur les branches. Son écorce eft noire en 
dehors , d'un Jaune fafrané en dedans. Le bois de cet 
arbre eft blanc , quelquefois jaunâtre & tendre ; fon 
-ccorce eft bnme ; on réduit ce bois en un charbon lé- 
ger , fort fec , & eftimé le meilleur pour k fabrique 
de la poudre à canon. 

Il eft permis au Commiffaire -Général des Poudres, 
& à fes Commis , de faire exploiter dans les bois du 
Roi & autres , tant de bourdaines qu'il leur plaît , de- 
puis l'âge de trois ans jufqu'à quatre , & en quelque 
temps qu'ils le jugent à propos , après toutefois en 
avoir obtenu la permiffion des Officiers des Eaux & 
Forêts , & ayoir appelé les Gardes à la coupe. 

Un quintal de ce bois , dit M. Duhamel y qui coûte 
à-peu-près quatre francs-, ne produit que douze livres 
de charbons. Il va des Provinces oii les Cordonniers 
ne font point .d'ufage d'autres bois pour les chevilles 
de fouliers. La féconde écorce , iur-tout celle de lai ra^ 
cine de cet arbriffeau , eft amere , un peu gluante , apé- 
ritive & employée par les gens de la campagne dans 
l'hydropifie & les fièvres intermittentes ; elle purge 
lorfiqu'elle eft defféchée ; elle eft émétique quand elle 
eft verte. M. HalUr dit qu'on peut tirer ime huile de 



B O U 429 

la gr^e de Vanne noir ; elle fert à entretenir la lampe* 
Les baies de cet arbre , étant vertes , peuvent fervir 
à teindre en vert des étoflfes de laine, L'écorce teint 
en jaune. 

BOURDON , Bombylins. Voyez à lafuiu du mot 
Abeille VarùcU des Abeilles^ Bourdons. 

BOURDONNEUR.Nom donné au colibriM oy. ce mot. 

BOURET DE MER. Voye^ à C article BucciN, 

BOURGEON , Gemma. Les Cultivateurs donnent 
ce nom aux boutons ouverts ou développés que Ton 
obferve fur les branches des arbres ; ils difent que les 
atbres & les *arbriffeaux bourgeonnent , lorfque leiurs 
boutons groffiffent & commencent à s'ouvrir. Us ap- 
pellent auffi bourgeons les jeunes pouffes de l'année , & 
ils difent ébourgeonner un arbre , quand , pour le ren- 
dre plus vigoureux ou pour lui faire porter plus de fruit , 
ils retranchent des boutons à bois ou de jeunes pouffes 
fuperflues. En Botanique , bourgeon & bouton font fy^ 
nonymes. Voye^ aux mots Plante , Arbre , &c. 

BOURG-ÈPINE. F(>yeî Nerprun, 

BOURGMESTRE. V. Goéland à manteau gris-brun. 

BOURLOTTE. Nom qu'en Bretagne l'on donne à 
une efpece de ver blanc ^ doqt on fe fert pour amor-* 
cer le poiffon. 

BOURRACHE , Borrago officinalis , Linn. 1 97 ; Bor^ 
ragofioribus cariileis , J. B. 3 , 574 , Tourn. 133. C'efl 
une plante annuelle des plus ufitées en Médecine, &; 
que l'on cultive dans prefque tous les jardins ; ellç 
5'y multiplie d'elle-même & s'y naturalise en quelque 
forte. Sa racine eft blanche , longue , de la groffeur 
du doigt , tendre & d'une faveur vifqueufe ; fa tig« 
eft velue , creufe , haute d'une coudée , branchue , 
cylindrique , creufe , fucculente , hériffée de poll$ 
4COurts & rudes. Ses feuilles font d'un vert foncé , 
larges , . obtufes , hériffées de pointes fines & fciillan- 
tes , rudes au toucher , pétiolées & oppofées à la 
jbafe ^ feffiles $c alt^rne^ dans le hâut : au fonu^et 



430 B O U 

des rameaux nalflent des fleurs d'une belle couleur 
bleue , (rarement blanchâtres ou de couleur de chair) ^ 
en rofette d'une feule pièce , formant ime étoile , ou 
imitant la molette d'un éperon : les fruits contiennent 
quatre femences noires , prefque femblables à des 
têtes de vipères. 

La bourrache commune eft , fuivant quelques-uns , 
originaire d'Alep , & s'eft répandue prefque par- tout 
dans nos climats. 

La bourrache vulgaire , dit M. Haller , eft naturelle- 
ment fade , vifqueufe , & le lieu oii elle prend naif- 
fance , lui procure des parties qui la rendent foible- 
ment favonneufe. 

Le fuc de bourrache clarifié , évaporé au bain-marîe , 
en confiftance de miel épais , eft du nombre de ceux 
qu'on nomme extraits favonneux , parce qu'ils fe 
diflblvent en partie dans l'efprit de vin. Le fuc de 
bourrache , diftillé à feu nu , fe bourfoufle confi- 
dérablement , donne un peu de flegme infipide , qui 
eft bientôt fuivi d'un elprit alkali volatil très-péné- 
trant ; il pafle enfuite une huile empyreumatique 
fétide & pefante ; il refte un charbon fort léger qui 
fe réduit aflez difiîcilement en cendres ; ces cendres 
leflîvées donnent un alkali fixe déliquefcent , tel que 
le fourniflent la plupart des végétaux ; le charbon 
lui-même leflîvé avant l'incinération , foiurnit beaucoup 
de nitre , quelque peu de fel marin & un fel alkali 
fixe déliquefcent. 

Il eft clair , dit M. Bucquet , que de tous ces prin- 
cipes il n'y avoit dans le fuc de bourrache (^^i le 
flegme , la partie huileufe , le nitre , le fel marin , l'al- 
kali fixe & la partie terreufe. A l'égard de Talkali 
volatil , il eft le produit du feu qui l'a formé aux dé- 
pens de Talkali nve & de l'huile , puifque ce produit y 
quoique très-volatil ne paffe qu'après le flegme, & 
quand la décompofifion eft déjà avancée ; d'ailleurs de 
quelquç manière qu'on opère pour féparer les fek 



fconteniis dans le fuc de bourrache , on n'y trouve 
jamais d'alkali volatil. 

Cette plante divife les humeurs épaifles & groffie- 
res, rend le fang plus fluide, rétablit Ls fecrétions 
& excrétions , & eft utile dans toutes les maladies 
où il faut éviter les remèdes chauds, comme dans la 
pleuréfie , la péripneumonie , &c. Elle eft eftimée 
diurétique , adoucillante , expeâorante & béchique. 
Les fleurs àt bourrache font mal-à-propos placées au 
nombre des fleurs cordiales; lorf qu'elles font feches, 
elles n'ont guère de vertu ; auflî dans l'hiver ordonne* 
t-on préférablement les racines de la bourrache , parce 
qu'étant fraîches elles ont toute leur vertu. On eft 
affez dans l^fifage de mettre fes fleurs fur les falades , 
avec celles de la capucine , pour les orner par leurs 
belles couleurs. 

Il y a plufieurs autres cfpeces de bourraches*^ 
I .° la bourrache des Indes Orientales , Borrago Indïca , 
Linn. La corolle , qui s*épanouit en Juillet y eft 
d'un bleu pâle ou légèrement purpurine , & mar- 
quée intérieurement de cinq taches aurores , ou de 
touleur de rouille de fer; i.® la bourrache d'Ethio- 
pie , Borrago Africana y Linn. ; elle eft très - rude 
au toucher; fa fleur eft petite, penchée, bleuâtre 
en dehors , jaune en dedans , avec cinq taches 
purpurines ; 3.^ la bourrache de Ceyîan , Borrago 
Zcylanica , Linn. ; le calice de la fleur eft velu , 
blanchâtre , point auriculé , & auflî long que la 
corolle ; 4.^ la bourrache de Candie, ou du Levant ^^ 
Borrago Orientalis , Linn, ; cette efpece croît naturel- 
lement aux environs.de Conftantinople ; Toumefort la 
défigne ainfi, Borrago Conjlantinopoïuana ^ fiore rejlexh 
c^ruleo , calice vejïcario ; elle fleurit à l'entrée du prin- 
temps , avant l'entier développement de fes feuilles 
radicales. 

A l'égard de la petite bourrache (^Omphahdes y) 
Voyez Herbe eu nombrlL 



43* B O U 

BOURRE , Tommtum. Nom donné au poil de plu^ 
fieurs quadrupèdes , comme taureaux , bœufs , vaches , 
veaux , bufles , cerfs ^ chevaux , &c. On le détache 
par le moyen de la chaux , ou on le rafe avec im long 
couteau , de deffus leurs peaux ou cuirs , lorfqu'on les 
prépare dans les tanneries ou qu'on les paffe en mégie. 
La bourre fert à garnir des felles , des bâts y des chaifes , 
des tabourets , des banquettes , &c. Voyc^ VarticU Poil. 

Il y a aufli la bourre de foie : c'eft la filofelle ou 
fUuret , c'eft-à-dire , cette partie de la foie qu'on rebute 
au dévidage des cocons , mais qu'on a l'art de filer &c 
de mettre en écheveaux comme la belle foie : on en 
fait des padous , des ceintures ^ des lacets , du cor- 
donnet , &C. Voyei^ à V article Ver A SOft. 

Bourre & Bourret. Nom donne en quelques 
endroits , à la femelle & au petit du canard domeftique, 

BOURREAU des arbres. Voye\lUrticUY.yo^\WiO\iy^^ 

BOURRIQUE, Nom donné par le vulgaire à l'a/z^. 
Voyez ce mou 

BOURSE ^ Tetrojodon. Nom donné aux Mes de 
France , de Bourbon & à Madagafcar , à différentes 
çfpeces de Guapervas. Voyez ,u mot. Les poiffons 
bourfes ont des écailles très-fines , & femblables à des 
épingles ; leur pointe s'éloigne du corps ; cette direc- 
tion devenoit indifpenfable dans ces poiffons , qui 
enflent à volonté leur corps & le réduifent tout de 
fuite en un très-petit volume. 

Bourse a Berger ou Tabouret , Burfa pafiorls , 

Linn. 903 ; & major y folio Jînuato y C. B. Pin. 108* 
Cette plante annuelle croît naturellement dans les 
chemins , dans les lieux incultes & déferts ; fà racine 
blanche & fibreufe pouffe une tige qui s'élève à la 
hauteur d'une coudée , plus ou moins , félon les 
variétés ; fes feuilles inférieures ou radicales font 
découpées comme celles du piffenlit; celles qui em- 
braffent la tige font plus petites y garnies d^>reilles à 
leurs bafes > ou fagittées ; fes fleurs font petites y 

blanche 



\ 



B O U ^3 

Wanchcs , en croix , & naiffent au fommet des î;ameaux t 
à ces fleurs fuccede un fruit aplati , en forme de 
petite bour/e ; ( c'eft une filique , en cœur renverfé ; ) 
ce qui lui a fait donner le nom àt bourfc à pajhur. 

Cette plante eA mife par quelques Médecins au rang 

des rafraichiffantes & des vulnéraires aflrïngentes ;, 

elle eft regardée comme fpécifîque dans ]e- piiTement 

de fang : la plante pilée ou ijne tente de charpie 

trempée dans fon fuc, arrête les hémorragies des 

narines ; la plante fraîche pilée & appliquée fur les 

plaies récentes , arrête le fang & prévient Tinflam- 

mation. Mais M. Halkr regarde le tabouret comme 

Paftringent le plus foible de fa clafle crucifère ; il 

n'eft ^ dit-il , point en ufage. Les Méthodifles rangent 

le tabouret dans la feâion des thlaspL Voyez ce mot* 

On a donné le nom de drave printanniere ^ Draba, 

vema , à la petite efpece de bourfc à berger qui croît 

fur les murs. 

BOUSCARLË. Les Provençaux donnent ce nom 
à une fauvette qui eft un peu plus petite que Tefpece 
kppellée grifute ; tout le deiïus du corps eft rouflatre ^ 
le plumage inférieur eft mêlé de blanc & de roux 
clair ; les pennes des ailes & de la queue font noirâtres ^ 
bordées de rouflatre > pi. cnl. 655» 

BOUSIER ou BouziER, Copris, Le caraftere de 
ce genre d'infeâes eft d'avoir les anteones en mafîe 
à feuillets , & de n'avoir point d'écuflbn entre ks 
étuis , à Tendroit de leur origine ou de leur attaiçhe 
avec le corfelçt. C'eft par ce dernier caractère qu'ils 
différent des fcarabées proprement dits j outre ce 
caraftere particulier , tous les infedes . de ce genre 
ont un certain port que leur donnent leurs longues 

Î>attes ; celles fur-tout de la dernière paire font fort 
ongues ; en forte qu'il femble que ces animaux foient 
montés fur des écnafles : quelques efpeces ont une 
corne fur la tête ; d^autres en ont deux ; leur ufage 
^'eft pas aifé à déterminer , peut-être leur fervent- 
* Tome IL ^ E e 



l 



4U * tf 

elles pdlif s'enfoi^cer plus aifément dans les boitzei 
de vaches , \tsr fientes d'animaux & les irtimondîce^ 
Its plws Pàks, oîi on les ti-ouve ordinaîren\^nt. C'eft-là 
lie éfes infeétèi- dépofent leurs œiift , que leurs larves 
clofent , ctôiffent & fe métamorphofent. On en 
dîftingue de pluficurs fortes , connues fous les noms de 
capucin ^..hottentot, af-aignée^ &C. 

BOUSSEROLE. royti Raisin £)'Ours. 

BOÙTàRQUE ou Poutargve. Dans les Pays 
Méridionatiîc on donne ce nom à une préparation 
d'oeufs de poiflbh. '^oyt^ à tarticU MuGE. 

BOUT DE PETUN ou Ani des Brafiliens , Cro^ 
90p/uigiis. Oifeaii du Lïl* genre, de la Méthode de 
M. Sriffhn ; on en diftingue deux efpeces , favoir : le 
grûfzd bout dï'petuk , pL enl. loi , fig. 2 , ou Vani des 
palttttviersi le hont dcpettm petit, ou \ani des favanncs. 
Le prèîtiîei- eft à- peu-près du double plus grand qiie le 
deuxième : celui-ci eft gros à-peu- près comme un fort 
Aierle. Ces oîfeia«5c font pro^pVes au nouveau Contiûent. 
Bs font fort comftnms dans rAmérique Méridionale , 
au Bréfil , à Cayenne & à Saint-Domingue , 8cc. 
Les Cï'éoles ôftt donné à ces oifeaux le nom de boiu 
it pttiin ^hcùt dt tabac ^ diable de'sfavannes , diable des 
paUtuviers ; on les a nommés aufîi bouilleurs de Canari ^ 
barce que , dk-bn , ktir cri reffembîe au bruit que 
l'eau fait en bouillant ; cependant leur cri , ou lî Ton 
veut, lelir chant , eft ime forte de fiiHeitient toujours 
aigre & défagréable. 

Les ànis ou bouts de petun , vivent en troupes , & 
l'on prétend que pkifieiirs femelles fe réuniffent pour 
îcohftruîre uri nid dans lequel elles pondent , & oîi elles 
couvent eh <:cmmim ; le nid eft conftruit de brins de 
bois fec , fans garniture à l'intérieur , proportionné y 
dit-on , ^u nombre de femelles qui fe font affocîées 
pour le confîruire & y couver ; on prétend qu'il y a 
dans ce nid bannal des féparations qui diflihguent leurs 
«ufe en particulitn (^uand les femelles quittent Içuï» 



Il, 



B O U 435 

tjeufe , elles les couvrent avec des féiûlles. Les œufs 
font de couleiu" d^aigue-marine uniforme, & fans taches; 
Les femelles font deux ou trois pontes par an i 
elles nburriffent indifféremment tous les petits , aux-* 
miels elles donnent la becquée , & les mâles aident à 
fournir les alimens. Ces oifeaux réunis , même dans Iç 
temps des amours , contre ce qui eft ordinaire aux 
autres oifeaux , vivent également en fociété' dans 
le refte de l'année ; les compagnies font composées 
depuis huit à dix individus julqu'à vingt-cinq. 

Le plumage des anis eft noir dans les deux efpec^ ; 
mais la nuance eft plus foncée , & les reflets de violet 
^ de vert-doré , font, fuivant les afdefts, plus fenfibles , 
plus vifs & plus étendus dans la grande efpece. Le beC 
& les pieds font noirs ; le bec eu court , crochu , plus 
épais que lai*ge ; la mandibule fupérieure eft déprimée 
fiu: les côtés , & relevée en demi-cercle tranchant. 
Les plumes de la queue font au nombre de dix. Les 
doigts longs ^ arrondis & placés deux en avant & deux 
en arrière. 

Ces oifeaux ont le vol Court & peu élevé ; ils fe 
pofent plus fouvent fiu- les buiiTons que'fiu* les grands 
arbres ; ils fe placent très .- près les uns des autres ; 
rinftinâ focial a beaucoup d'impulfion fur tous leurs 
mouvemens. Ils fe noiurriflent de graines ^ d'infeftes 
& de reptiles ; comme les pies , ils fe perchent fui? 
les bœufs , pour chercher les tiques & les autres 
infeftes attacnés au cuir de ces animaux ; ils ne font 
ni farouches , ni craintifs ; on les . approche aifément ; 
mais on en tue peu , parce que leur chair n*eft pas 
mangeable , & qu'ils ont , même vîvans , une odeur 
défagréable. Vani s'apprivoife aifément , il apprend 
à parler , & dans Tétat de liberté il ne fait aucune 
forte de. tort, 

BOUTIS. Terme ulîté dans la chaffe du fanglier. 
Voyci^ le Tableau alphahitiqu^ des termts de Vinmc 
% la fuite de Vartide Cerf. 



4^6 B O U 

BOUTON D'ARGENT. Nom que les Jardinîert 
Fleuriftes ont donné à la ptarmique à jUurs.douhlts. On 
connoît le bouton £ argent d'Ar^leterre dont la racine 
eft une patte rèffemblante à celle de l'afperge , & U 
feuille à celle du fraiiier. 

Bouton de mer. Nom que Ton donne à Vourfin, 
Voyez umot. 

Bouton d'or & Bouton blanc, Voye^ Immor- 
telle & Ptarmique, ^oyc^ aujfi VankU Herbe 
Blanche, 

Bouton & Bourgeon, Voyez us mots dans le 

Tableau alphabétique^ &c. à&V article PLANTE. 

Bouton gris. Nom donné par M. VAbbé Dicqiur 
mare à un corps marin & animal , dont le nom fait 
prefqiie feul la définition extérieure. Joum^ de^Phyf. 
JuilL 178^. 

BOUT-SALLICK. Ceft le coucou hrun & tacheté 
de Bengale. Foye^ Coucou. 

BOUTURE. Voyez à V Alphabet <Us termes à la fuite 
du mot Plante. 

BOUVERET & BOUVERON. Foye^ à C article BOU- 
VREUIL. 

BOUVIER. Voye^ Gobe-mouche ( Oifeau ). 

BOUVREUIL, pi. enL 145, fi§. i , le mâle; 
jig. 2, la femelle ; Pivoine de Selon ^ Pyrrhula, Genre 
d'oifeau un peu plus gros que le moineau appelé 
pierrot , & que fes couleurs mâles & foncées rendent 
agréable : le deffus de la tête eft d\in noir brillant ; 
le deffus du cou , le dos & les pliunes fcapulaires 
font de couleur cendrée , très - légèrement teintes de 
roux ; le croupion eft blanc , ainfi que le bas-ventre ; 
les ailes & la queue d'un noir luftré & à reflets 
violets. Le mâle a toute la poitrine , le cou & les 
joues d'une belle couleur rouge : ( chez la femelle 
cette partie du plumage eft de couleur brune- vineufe ; ) 
fon bec eft noir , gros , court , fort , convexe en 
deffus & en deifcus , & I3 partie fupérieure eft 



B O U 457 

courbée en en bas à fon extréinité ; fes ongles l'ont 
noirs , & fes pieds bruns. 

Les bouvreuils aiment les pays montueux & bolfés. 
Us paffent Pété dans les bois , vivent de grains , font 
leur nid fur les buiffons , & le compofent de mouffe 
en dehors ; de laine , de plumes , &c, à l'intérieur. La 
femelle pond communément quatre œufs , d'un blanc 
teint de bleuâtre , & tachetés vers le gros bout de 
violet & de noir. En hiver , ces oifeaux fe répandent 
par bandes dan^ les plaines ; on les prend alors avec 
des nappes. Cet oifeau, pendant le printemps, fait un 
grand dégât dans les vergers ; il aime beaucoup les 
premiers boutons qui précèdent les feuilles & les fleurs 
des pommiers , poiriers , pêchers & autres arbresi , 
auxquels il caufe de grands dommages : auffi les Nor- 
mands l'appellent-ils bourgconnier ou ibourgeonneux\ le 
bouvreuil eft un des oifeaux qui réunit le plus d'agrémens : 
il plaît par la beauté de fon plumage , par fes mœurs 
fociales & par la douceur de fon chant. On l'élevé 
facilement en cage ; mais fa belle couleur rouge s'y 
afFoiblit. On en a vu qui y prenoient un plumage pres- 
que totalement noir, & d'autres prefque tout blanc. 
Le bouvreuil eft fufceptible d'attachement & d'une belle 
éducation; il apprend, fans beaucoup de peine, à imiter 
le fon de la flûte , & à répéter des airs. Son chant eft 
agréable , mais cependant moin§ fort que celui de la 
linotte. On dit que la femelle chante auffi bien que 
le mâle : fi cela eft vrai , c'eft une des exceptions que 
la Nature fe plaît à mettre aux règles générales , pour 
répandre plus de variétés dans fes produâions. Suivant 
M. de Sakrne , le bouvreuil eft appelé bouvreux , bour^ 
geonmer en Baffe-Normandie ; bœuf ^ pinçon^-maillé en 
"Cologne; cbojfpard ^ grojje tête noire en Picardie ; pive 
€n Provence ; pivane en Berry ; pion ou piene en Lor- 
raine ; pinçon J! Auvergne en Saintonge ; & ailleurs 
pinçon rouge , fiffltur , jlûteur , groulard , perroquet de 
France , écojfonncuX^ roj/ignol-monet y civière ,y tapon» 

Ee 3 



4)« ^ BOY 

Parmi l'efpecc du bvuvreuU , on diifingue i Le 
vreuil tout noir & à tcc blanc de la Gukne : le bomtran 
ou petit bouvreuil noir d'Afrique ; il a trois bandes 
blanches fur la tête ; la partie antérieure du cou , & 
le deflbus du corps d'un beau blanc ; les plumes du 
bas-ventre , jufgu'au-deffous de la queue, font longues, 
contournées , irifées à contre-fens. On trouve auffi 
<lans le Bréûl , le tcuvercn à plumes plus ou moins frifées, 
fl.. mL 319 j^i?» I • Le bouvreuil bleu d'Amérique, 
Voye^ Bec rond : Le bouvreuil d* Hambourg ^\oytz 
Hambowreux : Le bouvcret ou le bouvreuil de Tlfle 
de Bourbon & du Cap de Bonne-Efpérance , pL enL 
204 : ils ont le deflbus du corps blanc , le deûlis & 
la queue de couleur orangée ; le bec brun & les pieds 
rougeâtres : Le bouvreuil ""huppé d'Amérique ; il eft beau- 
coup plus gros crue les nôtres ; une belle huppe noire 
s'élève fur fa tête ; le deffus du corps , les ailes & 
la queue font d'un rouge d*écarlate \ le deflbus du 
corps eft d'un b!eu éclatant ; fon bec eft blanc. 
Le grand bouvreuil noir d'Afrique , eft de la taille 
de notre gros - bec ; tout fon plumage eft noir ^ 
excepté ime petite tache blanche au milieu des ailes ; 
le bec & les pieds d'im gris -blanchâtre. Le bouvnuU 
noir du Mexique , à bec rond, noir Se blanc. Les 
bouvreuils violets^ à bec rond de la Caroline & de 
fiahama ; ceux de B^hama ont la gorge , la queue & 
les fourcils rouges. 

BOYAUX 5 Imefiina. Nom donné aux inteftins. Il 
y a des animaux dont les boyaux, font utiles dans le 
Commerce > après avoir été préparés par les Boyaur 
dicrsi. Tout le monde connoit les cordes de violon, 
de bafîe ÔC d'autres inftnimens de M^ifique. Foye{ h 
manière dont les Ouvriers s'y prennent pour fabri- 
quer les cordes à boyau, à la fin de C article AGNEAU, 
& dans le Diction, des Arts & Ateliers. 

On a donné le nom de boyau dt çhqt à Vtdva in- 
'UfiinaUs4 Voyçz à Vardcle Ulve, 



B R A 439 

BRAC. Ceft le Calao d'Afrique. Foyei <i ranicb 
Calao. 

BRACELETS , Armillœ. On voit d^ns les Cabinets 
ces ornemens des Anciens ; ils paîolffent avoir été du 
goût dç prefque toutes les Nations, Oa, les a portés 
autrefois au haut du bras , çiuelquçfois auÀi on mettoit 
de femblables anneaux aux jambes. Ils ont été des jnat- 
ques arbitraires d'honneur ou d'^efclavage ; c'étaient 
quelquefois des récompenfes de \^ valeur. Il y en a 
eu de fer , d'ivoire , d'argent , de cuivre jaune & de 
lames d'or. On a trouvé a Store , près de l'Ifle Adam y 
dans un endroit appelé le Camp de Juks - Çifar , des 
fquçlettes huniains qui avoient encore des hauffe-cols, 
des hacçkts 6c dçs anneaux d'un cuivre comme doré, 
cil l'on fufpendoit des bulles d'or ou d'argent. Les 
Sauvages çn ont de coco ou de coquilles. On fait que 
le goût du luxe & de la parure n'eft pas moins vif 
chez les Sauvages que parmi les hommes policés. 
N'a-t-on pas vu des peuples barbares vendre leurs* 
parens , piême leurs pères , leurs niercs , leurs femmes 
& leurs enfans pour pofîeder des braciUts de verrote- 
rie ? &c, 

BRADYPE. Foyei Paresseux. 

BRAI. Voyc[ Poix liquide auifç articles Pin & 
Sapin. Le hrai fec eft Varcançon. 

BRAINVILLIERS. Foyc^ Spigeua. 

BRAIRE , BeaiemenTp Nom du cri rauque , 
bruyant & difcordant que pouffe Vdne , lorfque le 
défir , l'impatience ou le beioin le prefiènt. f^oye^ à 
ïartkU Ane. 

BRAMIE 9 B^ami , Rheed. Mal. Plante qui croît dans 
l'Inde & au Malabar , dans les lieux humides ; elle eft 
rampante comme certaines, gr^/io/e^; fcs tiges font d'un 
vert-rougeâtre ; fes feuilles prefque f^fublables à celles 
du GratiaLa, monn'ura de Linnmm ; les fleurs (qi:^ txLO^ 
nopétales^ bleues, foUtaires , axillaircs. Le fruit eâ 
^ne capfule coni^ç , ^vironnée . par. ks feuilles du 

£e 4 



440 B R A B R E 

ôdice unilocukire y & qui contient beaucoup dé 
iemences menues. 

BRANCHES , RamL Voyez ce mot dans le Tabkojà 
alphabctiquc , &c. À l^arncU PLANTE, 

BRANCHIALE. Voye[ à l'article Lamproie. 

BRANCHIES. Se dit des oides des poifibns. Voyc^ 
Poisson. 

BRANC-URSINE. Voye^ Acanthe. 

BRANDHIRTZ. Voyei À ranicle Cerf. 

BRAQUE. Nom donné à une race partiailiere dans 
refpece du chien. Voyez fes carafteres â farêicle Chien. 

BRASIL. Les Mineurs Anglois donnent ce nom à 
une marcaffite fouvent lamelleufe , mais unie & fem- 
blable au laiton ou au cuivre jaune. J^oye^ Mar- 
cassite. 

BRASSICAIRES. Ce font les papillons du chou, 
yêjyq Chenille du chou. 

BRÉANT ou Bruant, royei Bruant. 

BREBIS. rc»y«î à CanicU Bélier. 

BRÉCHITE ou Goupillon de mer. M. Guueari 
donne ce nom à un foflile qui pourroit être re^dé 
comme une forte Sarrofoir marin , mais d'une elpece 
finguliere. Le caractère générique de ce polypite ou 
•poiipier foifile , eft d'être d'une figure conique , & 
d'être percé de trous en fon fommet , d'avoir des 
crêtes circulaires & des ftries longitudinales. 

BRÉDE de Malabar. C'eft V amarante epineuft. On 
remarque entre les fleurs , qui font difpofées en épis 
vcrdâtres, quelquefois purpurins , droits, plufieiirs 
écailles en alêne & fpinuliformes : cette plante fe 
trouve à Amboine , à Ceylan , & en Amérique dans 
les Antilles. 

BREDIN. Vùyei Lepas. 

BREHAIGNE. Mot populaire reçu en Vénerie, & 
qui exprime que la Uche ou un autre individu femelle 
rft ftérile & n'engendre point. Voye:^^ â l'article Cerf. 

BREHÉME, royei Melongéne» 



B R E 441 

' BREHIS- Nom d'une licorne quadrupède \ de la 
grandeur d'une chèvre , & que l'on dit fe trouver à 
Madagafcar. Son exiftence eft une chimère , ainfi que 
celle de la licorne terreftre , appelée camphur. Voyez 
ce mot, 

BRÈME, Cyprlmis (^latus). En Angleterre , Bream; 
en Allemagne , BraJJem ; en Suéde , Brax ; Brama , Linn. 
Poiffon du genre du Cyprin; il fe trouve dans les eaux 
douces de l'Europe , notamment dans les lacs & dans 
ceux qui confluent aux embouchures des grandes ri- 
vières ; on le pêche plus fréquemment au printemps 
que dans les autres faifons. Ce poiffon a le corps 
large & aplati latéralement ; il y en a d'un pied de 
long & même plus. Le deffus de la tête eft prefque 
noir ; la gueule eft petite , & les lèvres font groffes ; on 
diftingue plufieurs dents qui font crochues ; la langue 
eft fixée au palais & rouge ; les iris des yeux de cou- 
leur d'or , quelquefois argentés ; le dos très-convexe ; 
la ligne latérale courbe ; les écailles grandes & en re- 
coirvrement , difpofées fur des lignes parallèles , d\me 
couleur jaune pâle & mêlée de bnm ; celle du ventre 
eft argentée. J^a nageoire dorfale , qui a douze rayons 
branchus , eft d'un gris foncé , avec une bordiu-e 
noire ; les peâorales ont chacune dix-fept rayons ; les 
abdominales en ont neuf ou dix ; celle de l'anus , qui 
eft noirâtre , en a vingt-fept ; celle de la queue , qui 
eft fourchue , en a dix-neuf, La chair de ce poiffon 
eft blanche & délicate ; mais elle paroît défagréable , 
fi le poiffon a été péché dans des eaux fangeufes. La 
brème que les Pêcheiurs nomment gardonnée , n'eft 
qu'une -jeune brème qui a les écailles plus brillantes 
à cet âge. 

Brème de mer« où Brame , Spams Rhomboïdes , 
Linn. ; Perça Rhomboïdes , Catesb. Poiffon du genre 
des fpares ; il fe trouve dans les mers de l'Amérique. 
Le dos eft fillonné par une efpece de canal comme 
iians les fcicnes. Les mâchoires font garnies de dents 



^41 B R E BRI 

obtiifes; une tache noire entre les nageoires peôofalçs. 
& la dorfale ; celle-ci a vingt-trois rayons , dont les 
douze premiers font épineux ; les peâorales en ont 
chacune feize ; les abdominales ûx , dont un épineux ; 
celle de l'anus quinze , dont trois épineux ; celle de 
la queue vingt. Le corps eft de couleur jaune , marqué 
longitudinalement de plufieurs lignes •qui le font pa- 
roître ftrié. Les trois dernières efpeces de nageoares 
font ronfles. On eftime la chair de .ce poîffon bonne 
à manger. 
.BRENACHE ou Bernache. royci Oie nonv 

KETTE. 

BRESILLET & Bresilliot- Foyei à l'article Bois 
j^E Brésil. 

BRESLINGE. Nom d'une race de Fraijîcr. Voyez 
cet article. 

BRESSDIUR. Efpece à'Ours de Norvège, Foyci 
Ours. 

BREVE. Nom donné à des oifeaiix de Pancien 
Continent , qui , dans la Méthode de M. Briffim , font 
du genre XXII : ce font des merles , mais qui ont le 
beo plus épais , plus fort ; les jambes beaucoup plus 
longues , & la queue & les ailes au contraire beaucoup 
plus courtes que les autres oifeaux du même genre. 
On en diftingue quatre ou cinq efpeces : \.^ la brève 
de Bengale , pL ml, 158 , qui eu le merU vert des Mo- 
luques de M. Briffon ; fa gorge eft noire ; une variété 
eft la brève de Bengale à gorge blanche ; x,^ la brève du 
Ceylan , c'eft la pie à courte queue de§ Indes Orienta- 
les y A^Ed^^ards ; j.^ la brève de Madagafcar , c'eft le 
merle des Moluques , pL enL 257 ; 4.^ la brève de Ma- 
làca ^ ( f^oyag. aux Indes); 5.^ la brève des Philippines, 
c'eft le merle vert à tet^ noire des Moluques , de 
M. Brljfon , pi, enL 89, 

BRIDÉ , (le) Chatodon capifirutus , Linn, ; Pifds 
pûlitaris ^foldatea or klipvifch^ Ruyfc. Poifîbn du genre 
du ChUodm ; il fe trouve dans TOcéan Atlantique, 



BRI 445 

foxis la Zone torride. Gronovius a décrit un de ces 
poiflbns ; il avoit trois pouces & un quart de Ion- 
gueiu: ; la mâchoire inférieure plus longue que celle 
de deffus , & toutes deux garnies d\ine multitude de 
petites dents oblongues ; les yeux affez grands ; les 
opercules des ouïes liffes & écailleiix. La nageoire 
dorfale garnie de douze rayons épineux , & de douze 
autres flexibles & rameux ; les peûorales ont chacune 
quatorze rayons ; les abdominales en ont fix , dont le 
premier eft épineux ; celle de Panui en a dix -huit , 
dont les deux premiers font forts & épineux ; celle de 
la queue , qui eft arrondie, offre dix -huit rayons. 
Les lignes latérales offrent un arc convexe. Le corps 
& la tête font recouverts de grandes écailles liffes ; le 
fond de la couleur eft jaunâtre* Il y a fur chaque côté 
du corps , vers Textrémité de la nageoire du dos , 
deux taches noires , grandes , & une blanche ; la partie 
fupérieure des côtés eft marquée de plufieurs lignes 
obfcures , parallèles entre elles , & qui s'étendent 
obliquement ; une partie allant de la nageoire dorfale 
aux opercides , .& Vautre allant en fens conti;aire du 
dos à la nageoû'e de Panus ; en forte qu'elles coupeot 
les premières , & forment une fuite d'angles continus 
fur les furfaces latérales du corps. 

Bridé , Spams capijlratus , Linn. M. Daubcnton 
donne ce nom à un poiffon du genre à\xfparc;\\ fe 
trouve dans les mer? de l'Amérique. Les écailles font 
dlfpofées à l'aife , & bordées antérieurement de deux 
petites bandes blanchâtres , qui , par leur jonâion , 
forment un angle droit , de manière que le corps du 
poiffon paroît marqué d'un réfeau blanc. Les deux 
premières dents de la mâchoire de deffus , & les quatre 
premières dans celle de deffous , font beaucoup plus 
grandes que les. autres ; la nageoire dorfale eft très- 
jbngue £i garnie de vingt rayons , dont les neuf pre- 
miers font épineux ; les pe^orales en ont chacune 
. 4Quze y le$ ^pnùnale^ lu % dçipt uu eft épineux .; 



444 BRI 

celle de Tanus (eize , dont le premier efl: épineux ; celte 

de la qiieue en a quatorze. 

BRIGNOLIER. Nkolfon dit qu'on en dîftingiie 
deux efpecesà Saint-Domingue , Tun â fruit jaime, 
& l'autre à fruit violet ou d'un rouge - violet. Les 
feuilles font longues , terminées 'en pointe , affez 
épaiffes & bien nourries , verdâtres & luifantes en 
deflvis , lanugineufes en defTous ; fes fleurs petites , 
blanches , épaiffes , ferrées par bouquets les unes contre 
les autres ; elles fe changent en un fruit oblong, de 
la forme d'une olive , mais plus petit , mou , charnu , 
un peu aigrelet. On en mange les fruits avec plaifir. 
^ BRIN D'AMOUR. -Suivant l'Auteur de VEjpd fur 
VHijl, Natur. dt Saint- Dominant , c'eft un végétal 
dont la tige a deux pouces de diamètre , & fept à huit 
pieds de hauteur ; elle eft verte , cylindrique , tendre , 
Ipongieufe , couverte d'aiguillons très -fins & trè^- 
aigus ; fes branches font difoofées alternativement 
autour de la tige ; ' elles fe foudivifent en plufieurs 
petites branches , au bout defquelles font placées des 
feuilles tendres- , luifantes , d'un beau vert foncé en 
deffus & mat en deffous , découpées largement fur les 
bords , longues de huit à neuf pouces , fur fix de lar- 
geiu" , terminées en pointe , portées fur une greffe 
queue de quinze à dix-huit lignes de longueur , cou- 
vertes d'un duvet fin & piquant, qui s'infinue pro- 
fondément dans la peau lorfqu'on y touche , & excite 
une démangeaifon très-aiîfante , qui dure cinq à fix 
heures. Les nervures de ces feuilles , ainfi que la zq\& 
à laquelle elles aboutiflient , font garnies de petits ai- 
guillons jaunâtres , très-piquans. Autour de fa tige & 
des principales branches , naiffent de petites fleurs d'un 
Touge de carmin , très -agréables à la vue , qui de- 
viennent bientôt de petites baies fphériques , grofiès 
comme un grain de grofeille, tranfbarentes , blanches, 
luifantes , attachées à un long pédiaile : elles renfer- 
ment deux ou trois petites graines oblongues , envi^ 



BRI 44^ 

ironnées d'une fubftance douce , agréable* On dit que 
ces fruits excitent à l'amour. Cette plante croît dans 
les endroits fecs & rocheux à Saint-Domingue. 

BRIN BLANC & Brin Bleu. Noms donnés par 
quelques-uns à des efpeces de colibris à longue queue ; 
le premier eft de Cayenne , & l'autre du Mexique. 
f^oye[ Colibri. 

BRINDONES. Fniit des Indes Orientales , & dont 
les Portugais, établis à Goa , ont fait pendant long- 
temps un commerce affez confidérable , fa pulpe étant 
d'ulage en teiiîture , & fon écorce fervant à la. confec- 
tion du vinaigre de ce pays. Le brindoms eft rougeâtre 
en dehors , & d'un rouge de fang en dedans. Il con- 
ferve toujours fa couleur intérieure , ainfi que fon 
goût , qui eft affez acre ; mais à mefure qu'il mûrit , 
il devient noirâtre à l'extérieur. On en mange quel- 
quefois, mais rarement. Ray. Hiji. Plant. 1831. 

BRISE-OS. Voyei ^ l^* article Chiendent. On a donné 
âuffi le nom de brije-os à Toifeau Orfrayc. Voyez ce mot. 

BRISSOIDES ou Brissites. Nom donné à un genre 
èiOurJins devenus fofliles. Voye^ f article OuRSiN. 

BRIZE , Bri[a , Linn. Nom donné à un genre de 
plante unilobée de l'ordre des Graminées : on en diftin- 
gue plufieurs efpeces : i .^ La bri^e très-grande , Bri^a 
maxima^ Linn» 103 , celle que l'on cultive dans les 
jardins , qui eft originaire d'Italie & qui s'eft naturalifée 
& très-multipliée en France : fa tige eft grêle , cylin- 
idrique , longue d'un pied ou environ , terminée par un 
panicule de deux à fept épillets fort gros , liffes , pana- 
chés de blanc & de vert , pendans & compofés chacun 
de cinq à fept fleurs : x.^ La brii^ tremblante , Briiç^ 
treniula ; la mobilité des panicules de cette plante lui a 
fait donner le nom qu'elle porte : elle produit un effet 
agréable dans les bouquets dés Dame^au moment qu'elle? 
danfent. 11 y en a deux variétés : l'une , Bri^a mcdia y 
Linn. 101 : l'autre, Bri^a minor^ Linn. 103 ; elle eft 
annuelle, les épillets font orales ou ttiangulaires, m.'lés 



44« B R O 

de blanc ou de violet, compofés de cinq k fept fleiiirs t 
elle crdÎT dans les prés fecs : j .^^ La briie amourette , 
BriiçL tragrojlis , Linn. 103 ; elle croît dans les lieux 
fablonncux ; les épillets font lancéolés , d\in vert-brun , 
olivâtre ou violet : ils contiennent chaciui quinze à 
vingt-cinq fleurs imbriquées fur deux rangs oppofés ; 
on la trouve en France & dans d'autres régions dé 
TEuropc Auftrale & tempérée. La brire vtrdâtrc d'Ef^ 
pagne , B'iia virens ^ Linn. La bn^z de la Caroline , 
Bri^a Caroliniana , Linn. ; elle fe trouvg auffi dans la 
Virginie*. La belle brisée bipinnec d'Egypte , Bri^a bipin» 
nota , Linn. La briit mucronit de Tlnde , Uniola mucro- 
nata , Linn. La bn^e en ipi , Uniola fpïcata y Linn. ; 
cette efpece fe trouve dans les lieux maritimes de 
l'Amérique Septentrionale. 

BROCARD DE SOIE. Nom donné par les Cittieiix 
à une coquille du genre des rouleaux. Sa couleur eit 
gris de lin nué de couleur de chair , à bandes longi- 
tudinales de taches d*un rouge-brun , en forme de 
réfeau , ^& à deux zones de grandes taches de même 
couleur. Sa tête eft aplatie , & les orbes en font un 
peu tuberculeux. Voyti^ Rouleaux, 

BROCHET , Efox luc'ms , Linn. Poiffen du genre 
de )Lcfou ; il fe trouve dans les lacs , étangs & rivières* 
Il eft remarquable par fa tête longue , de figure fingu- 
' liere , aplatie dans fa partie antérieure depuis les yeux 
jufqu'au bout du bec , de forme carrée , & percée d'en- 
viron douze petits trous. Sa mâchoire inférieure eft 
plus longue que la fiipérieure , ayant fur les CQXé% 
environ treize trous , elle eft armée de petites dents très- 
aiguës , alternativement fixes & mobiles ; il n'y en a 
J)oint à la fupérieure , mais il y en a deux rangs fur 
e palais. Le ventre du brochet eft évafé & large. Il a 
le dos obfcur , la • queue fourchue , la ligne latérale 
affez droite , fon ventre tacheté de points blancs & lui- 
fans : fes yeux enfoncés dans leur orbite ; les iris iont 
môles de blanc , de noirâtre , de verdâtre & de jaune . 



B R O 447 

obfcur ; les prunelles ovales & bleuâtres ; les narines 
font placées devant les yeiix , grandes , ouvertes , & 
ont deux orifices. 

M. Delm^e obferve que le brochzt efl: du genre des 
poiffons à nageoires molles : celle du dos , formée, de ' 
vingt-un rayons, efl: placée tout près de la queue ,.& 
il a quatorze rayons à la membrane des ouïes. Les 
rayons de la nageoire dorfale font en partie fourchus 
à leur extrémité , & formés de deux offelets étroite- 
ment unis entre eux ; les peÛorales ont chacune quinze 
rayons ; les abdominales , chaame onze ; celle de l'anus 
en a dix - huit ; celle de la queue en a dix-neuf. Les 
nageoires font jaunâtres , tachetées de noir. 

Ce pôiffon n*aime nullement les eaux falées ; il ne 
fe trouve que rarement aux embouchures des rivières , 
à moins qu'il n'y foit porté par Pimpétuofité de l'eau; 
alors il devient makrç «Se fec. Il eft très-yorace, dé- 
trmt les autres poiflons , & preffé par le befoin , ceux 
de fon efpece ; il fuit les carpes dans le temps où elles 
iraient , pour avaler leur frai, Qçs poiflons , dont la 
jueule eli ample & fendue prefque jufqu*aux yeux ^ 
lont fi camaflî«rs , qu'ils s'efforcent d'avaler d'autres 

E^oiflTons prefque aufl[î gros qu'eux ; ils commencent par 
a tête , & ils attirent peu-à-peu le refte du corps , à 
mefufe qu'ils digèrent ce qui efl: dans leur efîomac. 
On a vu de ces poiflTons d'égales forces vouloir fe 
dévorer l'un l'autre , & l'un , rcftant engagé dans la 
gorge àt l'autre , s'étouffer réciproquement , & venir - 
expirer fur le rivage. Le brochet s'élance avidement fur 
la grenouille & même fur le crapaud ; il. les avale , 
mais il vomit ce dernier, ainfi qu'on en a fait l'expé- 
rience. On dit qu'il n'attaque point les groffes perches, 
parce qu^elles font armées d'aiguillons qu'elles hérîiTent; 
d'autres affurent qu'il les prend en travers , & les 
ferre jufqu'à les étouffer. 

La femelle du brocktt , îorfqu'elle veut jeter fon frai', 
(^ç'eft en Mars $ç ^ Avril , ) s'éloigïîe ^ dit-on ;, du liçu 



44^ B R O 

oîi elle a coutume de demeurer , de peur que fes œufe 
ne foient dévorés par d'autres brochets : ce qui paroît 
afîez vràifemblable , vu que les mâles de plufieurs 
autres efpeces de poiffons pourfuivent les femelles qiû 
font prêtes à mettre bas , pour en avaler les œufs 
auflî-tôt qu^ils font jetés. 

Dans bien des pays on fe garde bien , lorfqu'on 
empoiffonne un étang , d'y jeter du brocheton i car il 
s'en trouve toujours affez fans qu'on y en ait mis. 
On croit que cela vient de ce que les oeufs du brocha 
fe collent aux pattes ou aux cuiffes du héron , s'en 
détachent enfuite lorfqu'il vient à la pêche dans un 
autre étang, & le peuplent ainfi de frai de brochet. 
Quelques - uns ont dit que quand un héron , ou un 
canard , ou quelqiv'autre oîfcau , après avoir avalé des 
œufs de brochet ^ venoient à fienter fur Teau d'un étang, 
il naiffoit des brochets de cette fiente remplie d'œufc 
întafts & féconds. On eft dans l'ufage , dans certains 
pays , d'enfermer les brochets dans des caiffes de bois 
qu'on laiffe flotter fur les étangs , & dans lefquelles on 
les engraiflfe en leur jetant de la nourriture. 

Le brochet efl: rufé ; il fe tient comme à l'affût contre 
le coiu-ant de l'eau, & lorfqu'il apperçoit quelque 
proie , il fe jette defllis avec avidité. On dit que ce 
poiffon vit très-long-temps : on cite pour preuve celui 
que l'impereur Frédéric II jeta dans un étang avec un 
anneau d'airain paffé dans les opercules de les ouïes, 
& portant une infcription Grecque ; on aiTurç que ce 
brochet fiit retrouvé deux cents foixante - deux ans 
après : mais ce récit a bien l'air d'une fable. Le brochet 
eft auffi un des^ poiffons qui entend le mieux. On en 
a vu dans le vivier du Louvre, du temps de Charles IX ^ 
qui, quand on crioit lupule ^ lupule , fe montroient & 
venoient prendre le pain qu'on leur jetoit. 

Les brochas différent entre eux pour la grandeur & 
pour la couleur , fuivant l'âge & les lieux ; il n'eft pas 
rare d'en voir qui ont jufqu'à deux ou trois coudées 

dç 



B R O 44^ 

fïeîonglieun M. Darcy y ancien Contrôleur de la bou- 
che de S. A. S. Mgr. le.Pripçç. de Çondi ^ nous a (Ut 
avoir vu, chez le Prince Loikoviti en Bohême, deux 
brochets qui pefoient chacun cinquante livres , & qui 
fiirent ftrvis lur la table de fon S. A. S. Mgr. le Prince 
de Conti. On a troiiyé quelquefois des taenia attachés 
aux inteftins de ce poiffon. 

On appelle le petit broche^ pu brocheton^ lanceron ou 
lançon ; fon dos eft verdâtre : le mpyçn , celui qui eft 
gros comme 1# poing , brochet, pu poignard ; & le gros » 
^ui a plus de dix-huit pouces entre cpil &,bat, brochet^ 
carreau^ 

La fécondité de ce poiffpn efl merveilleufe : on 
a compté dçins un brocha femelle de moyenne gran- 
deur , jufqù'à CQxxt. quarante -hitfc ^Ue^oçufs, Ces 
œufs excitent des naiifées & purgent violemment : 
auffi les gens du peuple s'en, fervent - ils quelquefois 
pour fe purger, 

La chair du broçht eft blanche , fè-me , & fe divife 
par feidllets. Ceux des lacs & des grandes rivières font 
les plus eftimés, H n'^ft pas rare d'en voir dont la groffe 
arête & une partie de lachair font d'une coideur verte ; 
les gens friands eftiment beaucoup cette variété. Le 
foie du brochet eft très^bon ^ manger. On les prépare 
de plufieurs manières , au court-bouillon , à la faucé 
d'anchois & à la Polonoife; on les frit, on les met. 
en ragoût , ou on les farcit. Il y a des brochets , aini; 
que quelques autres poiflbns , auxquels on a trouvé en 
même temps des œufs & une laite ; d'oîi l'on • peut 
conclure qu'ils étoîent hermaphrodites. Comme ce 
poiffon. eft fort vorace , & que par conféquent il court 
beaucoup , la pêche en eft fort facile ; il fe prend de 
lui-même dans les filets ou mord à l'hameçon. Sa 
grande voracité lui a fait donner le furnom de loup ou 
de tyran des eaux. On en a vu dévorer de petits 
chats & des chiens nouvellement nés que l'on avoit 
jetés dans un vivier. Gmelin dit qu'en Sibérie il y ^ 
Tom^ IL Ff 



45© B R 

des Pêcheurs qui font fécher les Brochets à î*air lîtré 
au foleil , pour les conferver. 

On emploie en Médecine les mâchoires & la graifTe 
de brocha : cette dernière eft fort en ufage dans bien 
des pays , & on en oint la plante des pieds pour 
détourner les catarres & pour appaifer la toux. La 
mâchoire inférieure eft , dit-on , fpécifique dans là 
pleuréfie. Ces mâchoires ont donné le nom aux PilluUe 
de mandihula lucii. 

Le brochet s'appelle en Italie , luccio ou lu^o ; en 
Allemagne , heckt; en Flandres , fnook ; en Angleterre, 
pike ; en Suéde , giadda ; en Turquie , turna ; à 
fiourdeaux , luc[i ; en Anjou , bequet & bechet. 

Brochet de mer. roye[ Spet. On donne auiS 
te nom de brochet de mer y au merlus. Voyez à l* article 

Morue. 

■ Brochet de terre. Ceft le lézard , appelé mabouja. 

.Voyez u mot. 

BROCOLIS. Voyei à l" article Chou-FLêur. 

BROME ou Droue , Bromus, Genre de plante unî* 
lobée , de la famille des Graminées j qui a beaucoup 
de rapports avec les avoines & les fétuquts , & qui 
comprend des herbes dont les fleurs font glumacées 5 
& ont communément leurs épillets difpofes en pani- 
cule , oblongs , plus ou moins cylindriques , contenant 
des balles florales, difpofées fur deux rangs oppofés 
& tout garnis de barbes , placées dans plufieurs elpeces 
fur le dos des écailles florales , un peu au-deflbus de 
leur extrémité ; le fruit eft une femence oblongue 3^ 
convexe d'un côté , munie d'un fillon de l'autre , & 
enveloppée dans la balle florale qui tombe avec elle 
lans s'ouvrir. 

Ce genre contient im aflez bon nombre d'efpeces. 

Il y a : Le Brome seglin , Bromus fecalinus & 
mollis , Linn. 1 12. Cette efpece qui eft haute de deux 
pîeds , & qui croît fur le bord dès champs , des che- 
mins & fiir. les murs en Europe ^ ofte çlufieun va* 



ÎÔ il Ô 4Çt 

frietes. Le hromt rude & à barbes dlver^nies^ Bromui 
fquarrofus , Linn. ; il fe trouve dans les champs. Le brome 
cathartiquey Sromus purgans ^ Linn. ; une efpece croît 
dans le Canada ; une autre dont parle FeuilUe , croît 
au Chili , & fa racine eft purgative ; les Habîtans de 
cette Contrée en font beaucoup d'ufage en décoâion* 
Le brome à épillets nus , dn Fejluca Maller ? Bromu^ 
inermis , Linn. ; cette efpece , qui a beaucoup de rap-* 
ports avec la fétuque flottante ^ croît en Allemagne 
& dans la Suifle. Le bromt de buiffons , Bromus dume^ 
torum , Flor» Franc* ; c'eft le plus grand de tous ; il 
fe trouve dans les lieux couverts & les bois , en Eu* 
rope. Le brome â balles ciliées , Bromus ciliatus , Linn. ; 
il fe trouve dans le Canada. Le brome Jlérile , Bromus 
jlerilis ^ Linn. 113; il croît dans les lieux incultes , 
en Eiu-ope ; lUie variété eft la Fejluca avenacea JleriliÈ 
flatior , Bauh. Pin. 9* Une autre plus petite eft le 
Bromus teSorum , Linn. Le brome à liges gènouillées , 
. tlu Portugal , Bromus gcniculatus , Linn, Le brome â petiti 
épillets y Bromus giganteus , Linn. ; malgré fa dé- 
nomination latine , il eft moins grand que celui des 
buiflons ; il fe trouve fur le bord des champs mon-^ 
tueux & pierreux , en Europe. Le brome à épillets 
droits^ Bromus praienjis y Fejlucd pratenjîs Idnuginofa^ 
Bauh. Pin% i o ; il eft Commun dans les champs ôf 
les prés fecs , an Bromus racemofuS > Linn. ? 

On diftingue encore le bromt à panicules rougeâtres^ 
iPEfpagne , Bromus rubens , Linn. Le brome en balais ^ 
Bromus fcoparius , Linn. ; Cette efpeCe croît en Ef- 
pagne. Le brome à épis dilatés , d*Efpagne , an BromuS 
Madritenjis , Linn, ? Le brome à épi roide ^ du Portugal , 
Bromus rigens ^ Linn. Le brome trijlore ^ Bromus erflo-* 
rus , Linn. ; cette efpece croît dans les bois de TAlle- 
magne & du Danemarck. Le brome à panicules épais ^ 
dltalie & d*Efpagne , an Bromus flipoides , Lim. ? Le 
brome rameux^ du Levant & du Portuçral, Bromus ra^ 
êcmofus ^ linn, 114. Le brome comiculé ^ Bromus pirvf\ 

fi % 



4$» . B R O 

natus 9 Linn. 1 1 5 ; il fe trouve dans les champs & \tt 
endroits montueux. Le brome des bois, Sromusjylva" 
jlcus , FI. Franc. 1 1 8 1 . Le brome à barbes en crête , 
Bromus crijlatus , Linn. ; cette efpece croît dans la 
Tartane & la Sibérie. Le brome à ipilltts plats , Bromus 
dijiachyos , Linn. ; il fe trouve dans diâerentes Régioni 
de l^Europe Auftrale. 

Forfkal a découvert quelques autres bromes en 
Egypte. 

BRONTIAS. Pierre fort célèbre chez les Anciens , 
qui la nommoient auffi batracfdte^ & chélonite ; ils 
prétendoiént , mais fans aucun fondement j qu'elle 
tomboit des nuages avec la grêle. Le brontias n*eft 
qu'une pyrite fulfureufe martiale , brimâtre à l'exté- 
rieur , ftriée du centre à la circonférence. D y en a 
de différentes groffeurs. f^oye^ V article Pyrite. 

BROU , Viride nucis corium. C'eft ainfi qu'on ap- 
pelle Tenveloppe verte de la noix, f^oye^i a.Variuk 
Noyer. 

BROUILLARD , Nebula. Efpece de météore com- 
pofé de vapeurs & d'exhalaifons , que la chaleur des 
rayons du foleil élevé infenfiblement de la furfece de 
la terre & des eaux , & qui retombent enfuite lente- 
ment de la réeion de l'air , en forte qu'elles y paroif- 
fent comme fiifpendues. 

Les brouillards ne font le plus fouvent compof& 
que de parties aqueufes , alors ils n'ont point de mau- 
Vaife odeur , & ne font point nuilibles à la fanté'; 
mais quelquefois ils font mêlés d'exhalaifons , comme 
cela eft affez ordinaire dans les pays fulfureux & ma- 
récageux ; alors ils ont une mauvalfe odeur , & font 
très-mal-fains. Selon M. Bourgeois, les brouillards froids 
& glacés de l'hiver font prefque toujours nuifibles à 
la fanté , quoiqu'ils ne foient point chargés d exhalai- 
fons fulfiireufes & putrides , parce qu'ils diminuent & 
fuppriment en partie la tranfpiration infenfible. Lorf- 
iju'jjs uurent plufiçurs femaines , on voit ordinaire^ 



B R O 453 

ment régner à leur fuite des maladies épidémiques 
très - dangereufes. Lorfque le brouillard eft compofé 
tfexhalailons , & qu'il eft tombé , on trouve quelque- 
fois fur la furface des eaux ime pellicule rouge , & 
même allez épaiffe. 

En général , les brouillards font plus fréquens en 
hiver qu'en aucun autre temps , & plus fenfibles le 
foir & le matin : lorfqu'ils jparoiffent , l'air eft calme 
& tranquille , mais ils fe dimpent dès que le vent vient 
à fouffler. Les plus forts brouillards^ dans nos climats, 
paroiffent en automne & au printemps. 

Quand les années font pluvieufes , il tombe fouvent 
en France des brouillards gras , que l'on croit caufer 
aux blés la maladie que l'on nomme nielle. Le feiglc 
fur-tout fe corrompt quelquefois à un tel point , que 
le pain dans lequel on en met ^ occafionne la gangrené^ 
. Foye[ au mot BU l'article des maladies du blé , ainfi 
qu'au mot Seigle les maladies de ce grain* 

Les brouillards ne font que de petits nuages placés 
dan? la plus baffe région de l'air , & les nuages ne 
font que des brouillards qui fe- font élevés plus haut. 
M. de Saujfure dit que les brouillards font formés par 
l'eau réduite fous la forme de vapeur véficulaire. 

Les objets qu'on voit à travers le brouillard ^ pa- 
roiffent plus grands & plus éloignés ; effet produit 
par la refraâion de la lumière. Si le brouillard eft fort 
délié & difperfé dans une grande étendue de Patmof- 
phere , on peut alors envil'ager le foleil à nu fans en 
être incommodé ; mais alors cet aftre paroît pâle , tan» 
dis que le refte de Tatmofphere eft bleu & ferein. 
Les Matelots donnent le nom de hrumè au brouillard 
qui fe voit fur mer. 

L'année 1783 eft devenue mémorable dans une 
partie de TEiu-ope , notamment dans les Régions Sep- 
tentrionales y par fes brouillards extraordinaires , no- 
tamment en Juin & Juillet ; & comme ces brouillards 
avoient été précédés de la teixiJble cataftrophe de la 

Ff 3 



454 B R O BRU 

Sicile & de la Calabre , des idées ûniifaies de touta 
clpece avoient préoccupé refprit du peuple ; & com-« 
bien dans ce lens le peuple n'eft-il pas nombreux J 
Ces brouillards étoient dus aux faîfons froides & hu-* 
mides qui avoient précédé ; le foleil paroiÇoit d'im 
rouge de grenat; il en étoit de même de la lune. Cette 
année 1783 a été fertile en météores de toute efpece. 

BROLNE, Browrua coccinca , Linn. C'eft un arbriC- 
feau de la famille des Légumineufcs ; il croît dans les 
bois de l'Amérique Méridionale. Selon M. Jacqidn , 
il eft rameux ; fon bois affez dur ôç jaune ; les fleurs 
font grandes , de couleur écarlate , dilpoiees fix à 
dix enfemble par bouquets latéraux : le fruit çft une 
goufTe uniloculaire. 

LROUSSIN D*ÉRABLE. Voye^ Érable. 

BRUANT y pl^ enU 30, fig. 1. .En lafin Emberîia^ 
Le bruant des Ornitholcgiftes eft le verdierçn langue 
vulgaire ; & le verdUr clts Oiieleurs & des gens de 
la campagne eft le bruant des Ornithologiftes ; le bntant 
eft le verdelet des Provençaux ; verdat en Sologtae; 
verdoie en Poitou ; verdangc en Périgord ; binery dans 
rOrléanois ; bardeaut en Guienne. 

Le bruant a la forme , les couleurs du plumage , 
la chair délicate, la quantité de graifte & le bec de 
Vortolan ; il eft à-peu-près de la grolieiu- du moineau 
franc , mais il eft plus alongé ; la tête , les joues , & 
la gorge font plus ou moins jaunes ; le deflus du cou 
eft olivâtre ; les plumes du dos èc les fcapulaires font 
mêlées de roux , de noir & de blanc ; le croupion eft 
marron clair ; la poitrine eft jaunâtre ; le ventre d'un 
jaune, fans tache : les grandes plumes des ailes & de la 
queue font , les unes bnmes & bordées de gris-blanc , 
les autres font olivâtres ; les pieds jaunâtres ; le bec & 
les ongles bnms ; l'iris couleur de noifette ; les jambes 
couleur de chair. 

Le bruant fait fon nid à terre , au milieu de quelque 

touâe d'herbes , 4'<^utres fois il le pofe fvu: uq buijflbft 



BRU 455 

fort bas ; il le compofe à l'extérieur de foîn , d'herbes 
feches, de moiiffe; rintérieur eft garni de crin, de 
laine. La ponte eft de quatre ou cinq œufs, tiquetés 
de brun fur un fond blanc; il y a plufieurs pontes 
par an , & la dernière eft en Août ou Septembre. E131 
été , cet oifeau fe retire en partie dans les bois ; en 
hiver , il fe répand dans les plaines , s'approche des 
lieux habités , -fréquente les haies , le bord des chemins : 
c'eft' dans cette faifon qu'on le prend au lacet & avec 
àes nappes. 

Le caradere du bruam eft d'avoir quatre doigts^ 
trois devant & un derrière , le bec conique & aigu ^ 
les bords des deux portions du bec rentrans en dedans i 
la mâchoire fupérieure eft intérieurement armée d'un 
petit tubercule ofleux qui iert à ces oifeaux pour brifer 
les graines dont ils fe nourriftent» 

Le bruant eft l'un de ces oifeaux qm , par fon édu- 
cation privée , eft admis dans l'intérieur de nos mai-^ 
fons ; Ion chant eft agréable £ç répand la gaieté dans 
nos appartemens. On élevé cet oifeau facilement en 
cage & dans les volières , en le nourriilknt de mUict ^ 
de navette & de chmevis^ 

On diftingue plusieurs fortes de bruants :^ 

TX y 2i '.ht bruant des haies yOMy^i^pL enl. 653 ^fig^t 
le maie , jig^ i la femelle ; en latin , Emberi:^ fepiaria ; 
il n'habite guère que les Provinces Méridionales de 
l'Europe ; il fe mâe volontiers avec, les pinçons dont 
il imite/le chant ; tantôt il fe perche fiu* les arbres^ 
tantôt il court fur les terres nouvellement labourées 
cil il cherche fa picorée , mais les grains font le fond 
de fa nourriture. Le bruant des près de France , pL enU 
}0, fig. 1 ; eft fimiommé bruant fou , parce qu'il donne 
plus aifément dans les pièges que les autres bruants ; c'eft 
te Cirlus flultus^y d'Aldrovande , & le verdier fonnette de 
nos Oifeleurs. Le bruant du Canada eft fur^ommé cul^ 
rouffet. Le bruaru familier S A&t ^ défigné mnfi par Lin\ 
mfus ^ Familiarisemberi^ gfijio maadata , apicibus. ^" 

Ff 4 



4^6 BRU 

cùm alhis , Joffo pojlico fiavo. Le bruant du Mexique ^ 
appelé thinfc jaum\ pi. enl. 386, fig, 1. Le bruant de 
Surinam , indiqué fous le nom de gonambouck par 
Seba. Le bruant du Bréfil , connu fous le nom de 
guimegat ; on en trouve quelquefois chez nos Oi- 
feliers ; ils ' l'appellent moineau-^paille , nom qui donne 
une idée de la nuance de fon plumage. Le bruant de 
rifle de Bourbon , ou le bruant mordoré. Le bruant de 
Saint-Domingue , furnommé Xolivt ; la couleur domi- 
nante de fon pliimagp eft olivâtre. Le bruant bUu de- 
Canada , eft Va:(uroiix. 

BRUCHE 5 Bruchus. Genre d'infeâe coléoptere , à 
antennes filiformes , dont le corfelet & le corps font 
arrondis en boflè ; ils ont fix articles à toutes les 
pattes. On ne connoît guère que deux efpeces de ce 
genre, la bruche à bandes j & la bruclie fans ailes; 
toutes deux font petites & vivent* dans les champs 
& dans les maifons , de fubftances animales ou végé- 
tales , mais deflechées. On les trouve dans les tas 
de feuilles feches , dans le foin & dans les herbiers , 
même dans les animaux confervés dans les cabinets 
des Curieux. 

La bruche â bandes , Cerambix fur ^ Linn. , a une 
ligne & demie de long ; fon corfelet eft chargé d'af- 
pcrltés , couvert fur les côtés de poils blanchâtres ; fek 
étuis font convexes, couverts de points enfoncés qui 
les font paroître comme ftriés , & traverfés de deux 
bandes de poils blancs fort courts ; les antennes font 
beaucoup plus longues que le corps. 

La bruche fans ailes en moins abondante que celle 
à bandes ; elle n*a qu'une ligne de long : comme tovit 
fcn corps eft arrondi , cet infefte reffemblé à un petit 
globe mouvant ; fes antennes n'ont pas tout-à-fait la 
longueur de fon corps qui eft d'un brun luifant ; les 
étuis font convexes , réunis enfemble , immobiles , & ils 
s'étendent en dcffous du corps qu'ils enveloppent preif^ 
que en entiçr. 



BRU 4J7 

La larve des bruches a iix pattes ; elle eft couverte 
«le poils qui forment des anneaux alternativement bruns 
& alternativement blanchâtres. Pour le métaraorpho*- 
fer , elle creufe im trou dans le bo^s ou dans le carton , 
y entre & forme une coque en barillet oblong , d\in 
tiffu ferré , foyeufe , grite en dehors , latinée & de 
couleur de perle en dedans. 

Ces infeâes font à craindre avant & après leur 
métamorphofe ; il^ ne font formidables que par leur 
nombre , encore n'endommagent-ils guère que les col-r 
leâions de grands animaux; mais ils ravagent fou vent 
les coUeôions d'infeâes , . en s'introduifant dans leur 
corps & y vivant fans être vus. 

On trouve les bruches en automne , au printemps 
& fur-tout en hiver; c'eft au milieu des plus grands 
froids pendant les jours les plus rigoureux de cette 
faifon , dans le temps que les autres infedes font 
morts ou engourdis , ou que leur race n'exifte que 
dans les œufs & les çhryfalides qu'ils ont laillés , que 
les bruches ont plus de vigueur & d'aûivité ; elles ont 
les mêmes craintes & les mêmes inclinations que les 
dermejles , par rapport à la lumière qu'elles évitent , 
au bruit & au mouvement qu'elles redoutent; rare- 
ment fortent-elles de leur gre pendant le jour , mais 
la nuit elles vont & viennent; & c'eft alors qu'on 
peut les appercevoir , en obfervant , la lumière à la 
main , les coUeâions d'animaux defféchés. Les excré- 
mens des bruches font grenelés, grifatres; leurs dé- 
pouilles velues, ceintes d'anneaux blancs & d'anneattx 
grifatres ; l'un & l'autre très - peu voliunineux , & 
cépofés pêle-mêle au bas des animaux que les bruches 
iongent. 

BRUGNON ou Brignon. C'eft une efpece de pêche, 
Voyei PÊCHER. Dans le commerce de l'Epicerie on 
donne le nom de brugnoUs à des prunes de . Provence 
féchées au foleil : elles nous viennent dans des boîtes à la 

maïuere des confitures &ches« F<>yti âfarticU PfiUNiER. 



45» BRU i 

BRUIA, Cali-calic. Oifeaux eiïvoyés àe Mada- 

Îjafcar à M. ^ Buffbn : le premier eft la femelle , & 
e dernier le mâle. Ils font de la groffeur de notre^/- 
^uct ; le deffua du corps eft cendre , le croupion rouf* 
(atre , la gorge noire & le ventre blanc ; les ailes font 
brunes. Par leur petitefle ils fe rapporteroient à notre 
écorchcur (T Europe ; cependant ils en différent aflèiL 
poiu" être regardés comme oifeau d'une efpece diffé- 
rente. C'eft la petite pU - griêcht de Madagafcar , de^ 
Planch, tnlum. 299. 

BRUINE , Pruina. C'eft une petite pluie fort fine qui 
tombe très-lentement. Lorfqu'il ne fait point de vent ^ 
la pefanteur fpécifique de ces petites gouttes d'eau n'eft 

{>refc|ue pas différente de celle de l'air , fur-tout quand 
a diflblution de la nuée commence par le bas. Voy^^ 
Pluie. 

BRULEBEC. f^oyei Scandebec. 

BRULOT. A la Louifiane on donne ce ' nom aux 
ckiques & aux tétcs rouges. Voyez ces mots. 

BRUMAZAR eft , félon Beccher^ une matière onc- 
tueufe , formée par les vapeurs & exhalaifons fulfu- 
reufes & mercurielles qui viennent des entrailles de 
la terre , & qui mifes en mouvement par une chaleur 
continuelle , s^uniffent étroitement. Cet Auteur dit que 
perfonne ne veut admettre pareille chofe dans les mé- 
taux , quoiqu'on l'y apperçoive clairement : c'eft ^ 
félon lui , la matière première des métaux , & le fer- 
ment qui les conduit à la perfeétion. Foye[ Caràck 
MÉTAUX & celui de, MiNES. 

BRUME. Voye[ Brouillard & Ver a tuyau. 

BRUN - ROUGE. C'eft le nom que l'on donne à 
ime efpece A^ochrc ferrugineux , & dont on fait ufagp 
dans la peinture , foit à l'huile, foit en détrempe. 
Son ufage eft fort étendu. Les Hollandois ont pimé 
pendant long-temps la matière première de cette fubA 
tance. Ils venoient acheter dans la Province du Berry 
Vochrt jaune feize fons le quintal ^ & par ime légère 



I B R U 4591 

calânatîon qu'ils felfoient fubir à cette efpece à!ochre , 
qui acquéroit alors une couleur rouge plus ou moins 
ioncée , ils nous revendoient cet ochre ainfi déguifé , dix 
livres le quintal. Cthrun-rotigt étoit excellent; quand 
on a fu leur fecret , on a voulu s'approprier cette 
branche de Commerce ; on a refiifé de vendre la terre 
aux Hollandois. Uétabliffement fait dans le Berry pour la 
préparation de cette terre , a langui , parce que l'empire 
du préjugé eft tel , qu'à toutes choies égales , ce qui 
vient de loin vaut mieux que ce que nous avons chez 
nous* Les Hollandois ont été ailleurs ; le brun - rouge 
qu'ils nous fourniffent aujoiu"d'hui eft fablonneux & 
de mauvaife qualité. Foye[ OCHRE. 

BRUNELLE , BruncUa , Toiurn. tab. 84. Plante à 
racine vivace y dont on diflingue deux efpeces princi- 
pales. La brunelle vulgaire , Brurulla major , folio non 
dijfeSo , C. B. Pin. , Toum. i8l ; Prunella vulgaris , 
linn. 837. C'eft ime plante d'Evu-ope qui croît dans^ 
les prairies , les bois , ainfi que la bugle , de laquelle 
elle diffère peu au premier afpeâ* Mais la différence 
eft facile à iaifir par la fleur , qui dans la brunelle eft 
d'ime feule pièce en gueule , & dont la lèvre fupé- 
rieure eft en cafque ; au lieu que dans la bugU » à la 
place de la lèvre fupérieure, il n'y a que des dente- 
lures ; M. Deleu^e dit aufli que les étamines font four- 
chées par le haut en deux petits filets , dont l'un porté 
J'anthere. Ses tiges font hautes de fix à dix pouces ^ 
droites ou couchées , carrées , & un peu velues ; fe^ 
feuilles font oppofées ; les fupérieures im peu pétiolée^ 
& dentées : fes fleurs font bleuâtres ou purpurines , 
quelquefois blanches , terminales , en épi verticillé j^ 
garnies de braftées en cœur: fes fruits çonfiftent en 
quatre femences nues , ovoïdes , & attachées au fond 
du calice. Le nom de cette plante dérive de l'AUe- 
tnand , dit M. Haller , & indique que fon infufion eft 
bonne dans les maux de gorge ; elfe a auflî la pro- 
pxiété de raffermir les dents vacillantes par la faUva^^ 



4^0 B R U I 

tion mercurielle. Elle eft employée dans les dyffenteries 
& autres excrétions fangiiines. Ses autres propriétés 
font les mêmes que celles de la bugU. Voyez ce mot. 
La brundU à feuilles découpées , Prunella laciniaia ^ 
Llnn, 837. Cette plante croît fur les peloufes , & n'eft 
pas une fimple variété de la précédente ; les feuilles 
qui partent de la racine font petiolées , ovales , oblon- 
gues , entières ; celles du bas de la tige font dentées , 
& les autres au haut de la tige , lont à découpures 
étroites & diflantes : les fleurs font blanches ou un 
peu rougeâtres. 

Il y a la brundk à feuilles d^hyfope , des Provinces 
Méridionales de la France , Brurulla hyjfopifolia. Il y 
a .encore la bmnelle odorante de Portugal , à grande jlair 
ifioleite ou bleuâtre. 

BRUNET. Nom donné par M, Brijfcny au merle 
brun du Cap de Bonne - Efpérance , T. //, pL 27; 
& zw pinçon de Virginie, T. /, pL 34. 

BRUNE TTES. Nom que les Curieux donnent à 
quelques efpeces de coqidllages de la famille ôsbRou-- 
leaux. Voyez u mot. 

On a donné encore 1e nom de brunette , traduit du 
mot Anglois dunlin , à la bécafpne d'Angleterre. yoyt[ 

BÉCASSINE. 

BRUNOR. C'eô le petit pinçon rotege de M. Brif[on , 
& la pivoine brune petite di Edwards. 

BRUNSFEL , Brunsfelfia Americana , Linn. ; Brum- 
fdjia flore alboyfuBu croceo molli ^ Plum, Gêner, iz. 
C'eft im arbre médiocre qui croît à la Martinique, 
Vers les bords de la mer , dans le lieu appelé le Fonds 
de Saint-Jacques. Son tronc acqiûert la groffeur du 
corps de Thomme; fon bois eft blanc , affez folide; 
fa moelle femble charnue ; fon écorce eft blanchâtre , 
ayec des rides rouffatres; fes feuilles reffemblent un 
peu à celles du citronnier, mais elles font plus minces 
& un peu plus grandes. Cet arbre fleurit & fruâifie 
dans le mois de Mai 5 les fleurs font grandes 9 mono; 



—BRU , 4^1 

^étalées > en entonnoir , d'un blanc-jaunâtre , avec des 
poiiïts violets , diipofées trois ou quatre enfemble aux 
ibmmités des rameaux. Leur tube eft fort long. Le 
fruit eft une baie fphérique , un peu plus groffe qu'une 
noix 5 d'un rouge-orange , unilocuîaire , &c qui con- 
tient beaucoup de femences rouffâtres, placées entre 
récorce de la baie & une fubftance charnue qui en 
occupe la capacité. Cette fubftance charnue eft pleine 
de fiic ; d'abord fort blanflie , elle noircit enfuite & fe 
putréfie. ( EncycU Méth ) 

BRUSC Voyci Genêt épineux. 
BRUTE , Bnuum animal. C'eft la bêu. Voyez ce mot. 
BRUYERE , Erica, C'eft un genre de plante à fleurs 
monopétaléês ; on en diftinguè im grand nombre d'ef* 
peces ; les unes s'élèvent très-peu ; les autres s*élevent 
en petits arbrifleaux très-rameux ; leurs tiges font li- 
gneufes & perfiftantes l'hiver. Ces plantes Ibnt remar- 
quables par la petitefle de leurs feuilles; elles font 
fimples , entières , très-nombreufes , peu écartées les 
unes des autres , & communément oppofées ou vertî- 
cilléés , deux à cinq enfemble à chaque nœud. Les 
bruyères fleuriflent vers 1^ mois de Juin & Juillet ^ 
& font voir de petites fleurs en cloche fort jolies ^ & - 
diverfement colorées fuivant les efpeces. Elles font à 
huit étamines; le calice eft à quatre feuilles, & la 
corolle monopétale partagée plus ou moins profon- 
dément en quatre quartiers, Leu^ pî^î^, devient dans 
la fuite jun. fruit; ordinairement aprondi , qui s^ouvre 
en quatre parties. IL eft plus fomvent partagé en quatre 
loges , & il renfermé des femënccs nombreiifes aflez * 
petites. M., le Chevalier de la Marck divife ainfi les 
bruyères : 

Bruyères à anthères à deux cornas ; feuilles oppofus; 

. BRtTYERE COMMUNE, Erica vulgaris ^ Linn., O 
glabra,y Bajuh, Pin. 48s , Tourn. 6oz. Cette efpece qui 
çft commune dans les landies , les terrains incultes & 



4fi BRU* 

arides de ^Europe , eft un fous - arbrlffeau qiiî formé 
des touffes baffes , étalées , diffufes , hantes d'environ 
un pied & demi , à vieux rameaux tortueux , roides , 
affez épais, & dont Técorce efl rude & rougeâtre ; 
ies feuilles font ferrées contre les rameaux, comme imr 
briquées fur quatre rangs , d'un vert tendre. Les fleurs 
font petites, d*un rouge vif, quelquefois blanches , 
difpofées en grappes iîmples &c terminales. Ses feuilles 
& fes fleurs font eftimées diurétiques , propres à chaA 
fer les fables &c les petits calculs des reins &c de la 
veflîe; on prétend que fon eau diflillée eu ophtal- 
mique. Les abeilles font d'amples récoltes fur les fleurs 
des bruyères , mais le miel qu'elles ramaffent fur cette 
plante n'efl pas eflimé ; il efl jaune & finipeux. 

Dans cette feûioi> , il y a la bruyère à fleurs jaunes, 
du Cap de Bonne -Efpérance. 

Bruyères â anthères à deux cornes ; feuilles temées. 

Elles croifTent, 1^ plupart, au Cap de Bonne-Efj>é- 
rance ; il y a : La bruyère à fleurs veficuleufes y Erka 
halicacabu^ Linn, Celle regerminante, Erica regenninans^ 
Linn. Celle à rameaux chargés de poils , Erica hijpi-^ 
. duUy Linn. La bruyère à fleiu-s muqueufes : celle à calice 
réfléchi : celle à tiges couchées : la bruyère pilulifere 
d'Ethiopie : celle à fleurs d'un vert-pourpî^é^ Cette efpece 
croît dans le Portugal & dans les Provinces Méridio- 
nales de la France. L^ b/uyere urcéolée , Erka penta^ 
fhylla , Linn. Celle à tige d'un noiif rx)ugeâti3e , Erica 
nigrica. 'lÀfm* Celle à. ieuiUes planes. La bruyère tar^ 
<live, Erica vejperdna, Linn. La bmyere blanche , Erica 
monjfbni/m^ , Linn. ; cette efpece fe -trouve, dans l'in- 
térieur de l'Afrique. 

Il y a encore dans cette deuxième feâion , la bruyère 
à corolle tétragone ; fes fleurs font jaimes ; cette efpece 
s'élève à la hauteur de trois à quatre pieds. La bruyère 
à balais, Erica fcoparia^ Linn. 50i;c'efl:un arbriffeau 
^ s'éleye aufli à la hauteur de trois à quatre piech» 



BRU 46^ 

il croît dans les lieux incultes & ftériles de l'Europe 
Auftrale ; il fe trouve dans les landes de Bourdeaux ^ 
aux environs d'Orléans & ailleurs. Cette efpece quitte 
fes feuilles tous les ans ; fes rameaux font droits , &c 
les plus petits font grêles, effilés , flexibles , un peu 
blanchâtres & très-glabres : on s*en fert dans plufieurs 
Provinces pour faire des balais. La bruyère en arbre , 
Erka arborta , Linn. , Erica maxima alba , Bauh. Piil. 
485, Tourn. 601; cette efpece fe trouve en Pro- 
vence & dans d'autres régions de l'Europe Méridionale ; 
la tige de cet arbrifle^u s'élève de quatre à fix pieds ; 
les plus petits de it% rameaux font couverts d'un coton 
blanc tres-fin ; fa racine produit un charbon très-dur 
& excellent pour les forges. 

Bruyères à anthères à deux cornes; feuilles quaternées^ 

Il y a : La bruyère à rameaux efiîlés , Erica ramcn-' 
tacea^ Linn, Celle à calices ciliés, La bruyère à feuilles dif- 
pofées en croix, Erica tetralis , Linn. ; cette efpece fleurit 
en automne & au printemps : on la trouve en France 
dans les lieux marécageux & dans les folTés humides 
qui bordent les chemins. Là bruyère à fleurs pubefcentes: 
celle à feuilles de fapin : celle â fleurs lâches , an 
^Erica mammofa , Linn, ? La bruyère cafre ;. cette efpece 
eft de la grandeur du genévrier, elle fe trouve ea 
Ediiopie. La bruyère à fleurs feflS.lesv 

Bruyères à anthères m crête ; feuilles ternies^ 

n y a ; La bruyère à trois fleurs ; celle à fleurs ert 
iaie. La bruyère gnaphaloïde : celle à feuilles de Coris : 
celle à tige comme articulée, La bruyère braftéolée : 
celle à calice ample ôr prefque ouvert en roue : l'ef- 
pece à écorce cendrée; elle croît en France fur les 
coteaux arides & fablonnéux ; elle vient aufli en An- 
gleterre , dans l'Efpagnç ôc dans le Levant. La bruyère 
paniçulée. 



4«4 BRU 

Bruyères à anthères en crête ; feuilles quatetrues. 

Il y a : La bruyère auflrale ; elle croît en Efpagne î 
l'efpece à fleurs enflées : celle à feuilles de camarine : 
celle à feuilles recourbées , Mala y Linn. 

Bruyères mutiques & enfermées; feuilles oppofies. 

Il y a : La bruyère à feuilles menues, & celle qui 
a le port de la paiTei ine* 

Bruyères a anthères mutiques & enfermées ; feuilles 

ternies, 

U y a : La bruyère blanchâtre : celle à calices triflo- 
res y Mala , Unn. La bruyère à fleurs en têtes globu- 
leufes & laineufes : celle à anthères noires. La bruyère 
cjui a le port de l'abfinthe. La bruyère à feuilles ciliées; 
cette efpece fe trouve dans le Portugal & en France , 
félon M. Richard , dans les landes qui avoifinent le 
chemin de Tours , à deux lieues au-delà du Mans. 

Bruyères à anthères mutiques & enfermées ; feuilles 

quatemées» 

Il y a : La bruyère tubiflore : celle à fleurs courbes : 
celle à fleurs de melinet : celle à fleurs en bouquet : 
celle à calice aibique : celle à fleurs vifqueufes : celle 
à calice court & fcarieux , ou granulé. La bruyère pam- 
prée , Erica comofa , Linn. Celle à fleurs hériflées , 
Eriea Sparmanni , Linn. FI. La bruyère oâogone , Erica 
Majjoni , Linn. FI. 

Bruyères à anthères mutiqttès& faïUantes ; feuilles 

ternies, 

U y a : La bruyère à longues étanûnes : celle à 
fleurs en pinceaux : celle à fleuri nues :. celle à calice 
laineux : celle à Veuilles de mélèze. La bruyère à fleurs 
à ombelles ; celle à anthères blanches : celle à longs 
pétioles. 

Bruyères 



BRU B R Y 46^ 

Bruyères à anthères mutiques & f aillantes ; feuilles 
quaternées ou plus nombreufes aux vtrticilles. 

Il y a : La bruyère à fleurs pourprées ; elle croît 
dans les Provinces Méridionales de la France. La bruyère 
herbacée, des lieux montagneux de l'Europe Auftrale, 
La bruyère multiflore , des Contrées précédentes, La 
bruyère méditerranéenne , Erica meJitermnea.j Linn. ; 
elle croît dans le Portugal. La bruyère à têtes velues. 

Bruyères â feuilles aJumes , fans former de verticilles 

dijlincls. 

Il y a : La bruyère à feuilles de roflbli. Celle à 
feuilles de myrte ; elle croît en Irlande Sf, dans les 
environs de Bayonne. Enfin la bruyère dont les fleurs 
font en im failceau terminal. 

A regard de la plante, appelée bruyère à fruit noir 
ou vacietj c'eft une camarigne. Voyez ce mot. 

BRY , Bryum. Nom d'un genre de plante crypto- 
game , de la famille des Moujfes , & qui comprend 
beaucoup d*efpeces prefque toutes indigènes de l'Eu- 
rope , formant la plupart , au moyen de leurs tiges 
droites & la plupart fimples , de» failceaux ou de petits 
gazons convexes & ferrés. Les brys portent des urnes 
munies d*opercules , à coiffe glabre , & foutenues com- 
mimément par un filet terminal , qui naît d'im tuber- 
cule, & rarement d'une gaîne. Ces plantes, <£t M.. de 
U Marcky n ont point les rofettes de feuilles particu- 
lières , que l'on trouve dans les mnies^ \es,polytriçs , &c. 
& n'ont point leiu-s urnes fituées latéralement comitie 
les hypnes. Voici les efpeces : 

Brys à urnes fejples ou prefque fefjiles^ 

Il y a : Le bry apocarpe, Bryum apocarpos ^Xxnn. Qn^ 
trouve cette plante fur les pierres & les troncs d^arbres v 
la variété eit le Mufcus faxatilis tortuofus^ ^ic^n^c^-^ 
Tome 11^ G g 



466 B R Y 

Tourn. 555. Le iry a coiffe JirUc ; \\ fe trouve fur teè 
troncs d'arbres. 

BrYS à umcs pidUulces & droites. 

* Il y a : Le Bry pomiforme ; cette efpecé , à urnes 
gîobuleufes , croît dans les lieiix frais , fablonneux & 
pierreux. Le iry â urne pyriforme ; il croît dans les 
terrains argileux. Le Bry a urne en étcignoir. Le ^ry a 
urne en forme d'alêne , Bryum fubulatum , Linn. ; il 
croît dans les bois. Le bry rujlique^& à umcs cylin-- 
driqtùs ; il croît fur les toits des maifons de campagne» 
Le bry des murs ; il eft d'un beau vert , & brunit en 
vieilliilant. Le bfy à balais , Bryum fcoparium , Linn. ; 
il fe trouve dans les bois. Le bry à feuilles ondulées , 
des bois. Le bry à feuilles glauques , des landes. Le 
hry blanchâtre , de TMe de la Providence. Le Bry à 
feuilles tranfparentes , des lieux fangeux. Le Bry à 
urnes (zns cils , Bryum imberbe , Linn. ; il fe trouve 
auprès des haie?. Le bry unguiculé & barbu ^ des fablons. 
Le Bry à urne dont l'opercule eft aigu , Bryum acicu/are^ 
Linn. ; il croît dans les montagnes , en Angleterre > en 
Aflemagne & en Suifle. 

Cette deuxième feôion ou foudivifion , comprend 
aiffîi : Le Biy à pidictSes fléchis en [ig^ag j des bois. 
Le bry élégant ; il forme au pied des arbres , dans les 
boîs , 'de petits gazons fôyeux & d'un beau vert ; fès 
feuilles font capillaires , & la plupart courbées en 
faucille: Le bry a tiges roujfes par le bas , des montagnes 
de la Siiiffe. & du Dauphiné. Le bry à feuilles tortilUcs 
dans divers fens , des nigntagnes. Le bry à urru tron-- 
quée;ïi eft très-petit , ainfi que le fuivant ; il croît 
dans les terrains argileux. Le bry verdoyant , des bords 
des foffes-humides ; fes tiges ont à peine une ligne & 
demie de longueur, h^ Bry hypnoïde ; il croît mr les 
perres & dans les lieux fablonneux ; fes tiges font 
couchées & lon]^iés de deux à cinq pouces. Le bryvtr* 
ÛùUi^^yUu; ^ croît fur les côtés des collines* Le 



\ 



B R Y 4Ç7 

bry d'eu ; il croît dans les marais ; il a Pafpeû d'un 
conferva. Le bry à longs pédicules ; les tiges font très- 
courtes : cette efpece croît dans la Suéde , TAUemagne 
& la SuifTe. Le bry à feuilles imbriquées comme fur cinq 
rangs & recourbées ; cette efpece , qui croît dans les 
marais de l'Europe Septentrionale , eft le Bryumfquar* 
rojum y Linn. 

Bry s à urnes penchées ou pendantes. 

Il y a : Le bry d'un vert argenté ; il croît fur les 
murailles & fur les pierres , ainfi que le bry couffinety 
qui eft le Bryum pulvinatum , Linn ; celui-ci eu d'un 
vert-noirâtre , velu ou laineux. Lé bry de ga^on ; fes 
pédicules font purpurins dans leur partie inférieure: 
cette efpece croît dans les lieux frais & fur les murs. 
Le bry rougeâtre , Bryum carruum , Linn. ; il croît dans 
les lieux frais & argileux. Le bry à tiges fimpUs & â 
pédicules rouges , des prairies. Le bry des Alpes ; cette 
efpece eft d'un rouge-noirâtre. 

BRYONE ou CouLEuvRÉE ou Vigne blanche^ 
Bryonia. Quelques-uns en diftinguent deux efpeces 
principales , dont Time porte des baies rouges & ovales, 
de la grofleur d'un pois, & l'autre des baies noires. La 
première , dont on fait plus d'ufage , Bryonia afpera fivc 
alba j baccis rubris , C. B. Pin. 297 , Toum. 102 ; 
Bryonia alba , Linn. 1438 , a une racine vivace,plus 
ou moins groffe , dont la fiibftance eft marquée par 
des cercles , d'une faveur acre , défagréable y & d'une 
odeiu" fétide. Cette plante poufle des tiges herbacées , 
longues de cinq à fix pieds , grêles , grimpantes , an- 
guleufes , garnies de petits poils roides & diftans. Les 
feuilles reflemblentun peu à celles de la vigne, elles font 
alternes , pétiolées , anguleufés , palmées , cordiformes 
• & un peu rudes au toucher ; à la bafe dé chaque feuille 
naît une longue vrille , (impie & roulée en fpirale ; 
des aiflelles des feuilles fortent des fleurs mocopétalées , 
petites , d*ua Uanç-verdâtre , en forme .de baflin , dé^ 



4êî B R Y 

coupées en cinq parties. Il y a deux efpeces de ces 
fleurs fur le même pied ; les unes plus grandes , qui 
ne font point ^ fertiles , & d'autres plus petites , aux- 
quelles (uccedênt des baies de la groffeur d*un pois , 
rondes , rouges lorfqu'elles font mures , pleines d'un 
fuc qui excite des naufées. Cette plante croît dans les 
haies , autour des villages , en Europe. 

La racine a la forme d'un navet , elle eft d'un blanc- 
jaunâtre, & a un goût acre ; c'eft pourquoi quelques-uns 
la nomment le navet du diable. Des Charlatans & des 
Bateleurs fe fervent de cette racine pour en faire des 
efpeces de figures monftrueulç s , qu'ils mettent quel- 
ques jours dans le fable (^c^ & qu'ils vendenjt en- 
fuite pour des mandragores. Voyez ce mot. On a pré- 
tendu que cette racine étant fraîche , diffout puiflam- 
ment la pituite tenace ; mais c'eft un purgatif acre 
trop violent : on dit encore qu'étant, tempérée par la 
crème de tartre , elle étoit utile dans l'hydiopifie , les 
affeâions foporeufes , & la plupart des maladies chro- 
niques. M. le Doâeur Harmand la recommande aujour- 
d'hui comme un fpédfique certain contre les diffen- 
teries épidémiques ; cependant cette racine , mangée 
même en petite quantité , eft un poifon. M. Morand y 
réfléchiflant fur la nature de ce poifon dont il avoit 
vu des effets funeftes , a examiné cette racine , & lui 
a trouvé beaucoup d'analogie avec celle du manioc , 
dont on retire , quoiqu'elle foit im poifon , la cajfavt 
qui eft une efpece de pain. Il a fait macérer cette 
racine , & en a retiré par la macération ime efpece 
d'amidon ramafle en grumeau , qui , traité & préparé 
de la même manière que le manioc , lui a donné un 
pain ou galette femblable à la cajfave. Voyez la manière 
de préparer la cajfave au mot Manihot, Après la ma- 
cération de la racine il ne refte que le fquelette ifolc 
de tout le parenchyme , qui étoit renfermé dans le 
lacis réticulaire. Il réfulte de ces expériences , qu'il 
^!eft pas imp.ofly>le d'enlever le mauvais goût & \t 



B R Y 469 

poifon qiie contiennenrt ces plantes , pour s'approprier 
les parties amidonnées , qui dans des temps fâcheux 
pourrolent devenir une nourriture douce & fucculente. 
Il en réfulteroit un avantage confidérable par la facilité 
avec laquelle ces plantes croiffent foontanément : la 
culture les dépouilleroit peut-être de leur amertume & 
de leur qualité vénéneufe. M. Baume a prouvé auffi 
par des expériences , que la fécule que Ton retire de la 
bryonz , dégagée de fon fuc par la filtration & par le 
lavage , foumiflbit une matière fort analogue à Pami- 
don. La racine de bryont à baies rouges , appliquée 
extérieurement , eft , félon M. Bourgeois , très^^cace 
dans les fciatiques & rhumatifmes invétérés. On pile 
cette racine dans un mortier avec un quart de fon 
poids de beurre frais , & on en frotte la partie malade 
trois à quatre fois de vingt-quatre heures en Vingt- 
quatre heures ; elle fait lever de petites veffies qui 
rendent beaucoup de férofités acres. 

Il y a auffi la bryone palmée , de Tlfle de Ceylan , 
Bryonia palmata , Linn. ; fes baies font jaunâtres. La 
hryoTU à grandes fleurs , de l'Inde , Bryonia grandis y 
Linn. La bryone de Madras , an Mucca-piri ? Rheedv 
Mal. ; elle croît au Malabar & dans Tlnde. La bryone. 
à feuilles en cœur , du Ceylan. La bryone amplexicaule , 
de l'Inde , an Karivi-valli ? Rheed. Mal. La bryone à 
feuilles laciniées , du Ceylan ; fes péduncule's (ovd prefque 
épineux , & le font même plus que la tige ; le fruit 
efl: marqué de fix raies d'un blanc de lait. Cette plante 
paroît être le Néhoémeka de Rheede, La bryone herijfée 
des Indes Orientales. La bryone d'Afrique. La bryone 
naine d'Afrique. La bryone d'Abyffinie. La bryone de 
Crête ; fes feuilles font tachées de blanc. La bryone 
d'Amérique ; elle fe trouve jux Antilles , dans les haies. 
La bryone à feuilles de figuier ; elle croît aux environs 
de Buenos-Ayres. 

l^fceau de Notre-Dame , ou la racine vierge ^ Bryo" 
nia Uyis five nigra , racemofa , eft , félon quelques-uns ^ 

Gg 3 



470 B U B 

une autre efpece de bryonc ; mais , fviivant M. HalUr ; 
le fccau dt NotTù-Damc n'a rien de commun avec la 
bryone , qiii eft de la claffe des Cucumiracécs , claiOfe 
naturelle & très -bien déterminée. yoyc[ Racine 

,VlERGE. 

BUBALE. Quadrupède défigné chez les Anciens 
fous le nom de Bubalusy & dans plufieurs Auteurs 
fous celui de BucuU urvina. Animal qui tient pour 
la forme de celle de la vacJu & de celle de la biche ; 
il paroît faire une efpece moyenne entre celle du bœuf 
& celle du urf: deux caraâeres , effentiels fépcU^nt le 
bubale du genre des cerfs ; le premier , ce font les cornes 
qui ne tombent pas ; le fécond , c'eft la véficule du fiel 
qui fe trouve dans le bubale ^&c qui , comme l'on fait, 
manque dans les cerfs , l^s daims ^ les chevreuils , &c. 

Le bubale eft affez commim en Barbarie & dans tou- 
tes les parties Septentrionales de FAfrique. On retrouve 
cet animal dans Pintérieur des terres du Cap , oh on 
les voit courir en grandes troupes & avec une vîteflë 
qui furpafie celle de tous les autres animaux. Il paroît 
qu'ils n'habitent que les plaines. Leur cri , difent les 
Voyageurs , eft une efpece d'éternuement ; leur chair 
eft d'un très-bon goût ; les Payfans qui font éloignés 
du Cap la coupent par tranches minces , qu'ils tont 
fécher au foleil, & qu'ils mangent avec d'autres viandes 
au lieu de p^n. 

Le bubale eft de la grandeur du cerf d'Europe ; il 
a le train de devant plus élevé que celui de derrière ; 
fes dents font larges , tronquées & égales ; la lèvre in- 
férieure eft noire , & porte un petit faifceau de poils 
noirs de chaque côté. Il y a fur le menton & le long 
du chanfrein , ime bande noire terminée fur le front 
par une touffe de poils plantée en devant des cornes ; 
des bandes de même couleur font placées de chaque 
côté de la tête , & fur les cuiffes & les jambes. La tête 
eft longue , étroite ; les yeux vifs , d'un noir -bleu , & 
des laixoiers au*deftbus. Les cornes font permanentâ^» 



N 



B U C iji 

iK>îres 5 fortes , epaiffes , & chargées de gros anneaux , 
rapprochées par la bafe & très-diftantes à leur extré- 
mité , recourbées en arrière & torfes comme une vis. 
La queue longue d'un pied & garnie au bout 'd'un 
boucpiet de crins. Les oreilles femblables à celles de 
Tantilope. Le pelage du dos d^un rougè-bi^n% dair 
fur les flancs, blanc au ventre, à la croitpe , à Tinté-^ 
rieur des cuiffes & des jambes. j 

La femelle du bubale n-a que deux mamelles , ne 
fait qii\in petit à la fois , met bas en Septembre y quel- 
quefois en Avril ; fon corps eft uniformément roux , 
mais toutes (es parties font plus petites que dans -te 
mâle. 

• On prétend que cet animal eft fi timide , qti'S n^a 
d*autre reflburce que la foite pour éviter Us bêtes 
féroces ; mais il eft très-léger à là courfe. 

Quelques-iuis veulent que le bubale folt le tnètùé 
animal que la vache de Barbarie dont a parlé M.Pér* 
ratdt dans les Mémoires' de P Académie. Voyez VACHE 
PE Barbarie. M. Pallas range le bubale parmi les 
antilopes lyri-comes. Voyez à rarticle GA7;ELiE. 

BUCARDITE , eft la coquille bi^lve appelée ccéur 
de bœuf y & devenue foflile. ^ 

BUCAROS ou Barro^. Il eft dit dafts ranciertie 
Encyclopédie , qu'on donne ce nom en Efp^ne & en 
Portugal à une efpece de terre figillee ou bolaire qui eft 
rouge & fe trouve dans ces pays , notamment dan^ 
le voifihàge de la ville d'Eftremds , darfs la Province 
d*Alentejo; T^oye;;; TERRE SIGILLÉE €• iWtîcle BOL^. 

On attribue à cette terre beaucoup de propriétés & 
de vertus ; elle eft fort flyptique & aftringente ; -on 
la dit bonne dans pliifieurs niàladies , on prétend que 
c'eft im excellent antidote' contre toutes fortes de poi- 
fons. Lés Dames Efpagnoles fe font fait autrefois une 
telle habitude de mâcher & de prendre continuelle- 
ment du bucaros , ( les François prononcent boucaro ) 
qu'on pétend que la péniteiice la plus févere que le$ 

Gg4 



^1 B U C 

Çonfe0éâ'ts de ce pays-là pouvoiçnt împofeî à leurs 
pénitentes , étoît de s'en priver feulement pendant 
un jour , foit que les vertus qu'on lui attribuoit , les 
détenniqoient à en prendre fi opiniâtrement , foit que 
la forte de l'habitude la leur eût rendu néceflaire. 

Le vin confervé dans des vafes feits de cette urre^ 
en prend le .goût .& l'odeur qui font afTez agréables. Il 
en eft de même de l'eau ; mais quand on l'y verfe , il 
fe fait vioe efoece de bouillonnement & d'efFervefcence ; 
& fi elle y iéjourne quelque temps , elle en fort à la 
fin y parce que la matière de ces vafes eft très-poreufe 
& fpongieiil'e, 

BUCCIN, Buccïnwn. Genre de coquilles univalves, 
£^. nommées ainfi à <mife de leur refTemblance avec use 
trompette. Le caraâere diftinâif de ce genre de coquil- 
les , eft d'être contournée en volute , à plufieurs fpirales, 
dçnt la plus baftç eft beaucoup plus grande que les 
autres ; ce qui les rend groftes par le milieu. Un autre 
c^adere .^ c'eô d'avoir le ventre un peu gros ^ l'ouver- 
ture de 1^ co^iille ou bouche , large, très-alongée, peu 
garnie de* dents , ou entière ou échancrée , ou terminée 
par luie efpece de queue plus ou moins alongée ( cet 
alongement prod|À par le noyau , s'appelle le iec de la 
coquiiU-^ &î^e bec eft. fouyent recourbé & creufé en 
gQuttiere ) , e» quoi il diffère àes pourpres , dont l'ouver- 
ture eft ronde ; il<differe aufll des murex y en ce que fa 
coquille n eft point couvéïfte de pointes proprement 
di^es. En perçant le petit boutou fommet du buccin maria 
appelé bouret de mer ^^r quelques-uns, on s'en fert 
C9nuTié d'un cor ou d'une trompette pour fe faire enten- 
dra de loin. Cette efpece de trompette eft citée plufieurs 
fois dans l'Exode ; on attribue l'invention de. cet inftru- 
ment à vent à Thyrrene fils à^ Hercule , l'an du monde 
a 8 84. Les Rabbins prétendent que le premier buccin , 
iiit une des pornes du bélier c^jibraham immola à Dieu 
au lieu de fon fils Ifaac. On fe fervoit du buuin à l'armée, 
pour avçrtir Içs fgldats^ pendant la nuit^ des heures 



V 



.B U C 473 

auxquelles Us dévoient monter & defcenâre la garde. 
Les Anciens dlfoient A/arc/Vzw/z darc , fonner ou donner du 
buccin ; de là les Anatomiftes ont appelé mufiles bucci^ 
nateurs^ ceux des joues qui fe dilatent ou s'enflent quand 
on fouffle à l'embouchure d'im inftrument à vent. 

Quoique Ton fafle trois familles des buccins^ des 
munx & des pourpres , par rapport à la figure exté- 
rieure de leurs coquilles, l'animal qui les habite eft 
prefque entièrement le même ; ils ont tous la propriété 
de donner une liqueur femblable à celle que les Anciens 
tiroient de la pourpre. 

On diftingue les buccins en buccins à bouche entière 
& fans bec , en buccins à bouche échancrée & fans bec , 
ep buccins à bouche garnie d'un bec peu long, & en 
Buccins à bouche garnie d un long bec. 

La famille des biucins contient un grand nombre 
d'efpeces de coquilles , tant de terre que d'eau douce. 
On a donné à celles de mer divers noms qui ont quel- 
ques rapports avec leiurs formes ; telles font la quenouille ; 
le grand fufeau blanc , efpece de buain fort rare ; la 
mitre à fond blanc , tachetée régulièrement de rouge; 
V ivoire ou mitre jaunâtre'^ la tour de Babel, dont les con- 
tours font formés de différentes moulures rayées de 
taches raugés ou noires fur un fond blanc ; la tulipe 
remarquable par fa belle marbnu"e de couleur brune 
ou jaune fur un fond blanc ; le minaret, la tiare ou cc^- 
ronne Papale, V aveline *, V oreille de Midas ; Id. licorne ',\e 
cabejlan'j la trompe marine oa conque de Triton ; la corde-- 
liere ; le tapis ou la robe de Perfe ; & im trop grand nomr 
bre d'autres dont la vue dans un coquillier flatte plu^ 
que les defcriptions qu'on poiu-roit en donner, quel- 
que détaillées qu'elles fiiATent. 

L'animal qui habite les coquilles que l'on nomme 
buccins, eft remarmiable par une trompe qu'il porte à 
l'extrémité de la tête, qui lui fert à fouiller le limon 
& à pomper l'eau de la mer ; c'eft par ce canal qu'il 
laiiTe écouler la liqueur purpurine employée par les 



474 . B U C 

Anciens , aînfi que celle de la pourpre , pour teindre en 
rouge. Le réfervoir de cette liqueur eft dans un petit 
vaiâfeau à côté du collier de l'animal. Ce vaifTeau ne con- 
tient qu'une bonne goutte d'im fluide un peu jaunâtre , 
qui pafle à la couleiu- de pourpre après qu'il a été 
expofé à l'air un certain temps. La trompe du buccin 
n'étant point armée de dents à fon extrémité , ainfi que 
celle de la pourpre^ il ne perce point comme elle les 
coquillages. L'animal a outre cette trompe ime bouche 
& une autre efpece de petite trompe qui lui fert de 
langue ; c'eft par ce moyen qu'il attire à foi les ali- 
mens néceflaires. L'opercule attaché à la plaque char- 
nue fur laquelle il rampe y lui fert de cloiion quand il 
veut iè renfermer. 

La Société Royale de Londres a découvert , il y a en- 
*viron foixante & dix ans, fur les côtes d'Angleterre, une 
efpece de buccin très-commune qui fournit la coûUur 
pourpre fi recherchée des Anciens. Sur les côtes du Poi- 
tou , M. de Réaumur en a auiS découvert une efpece qui 
donne cette belle couleur. Les buccins du Poitou qid 
donnent la pourpre , fe trouvent ordinairement aflfemblés 
autour de certaines pierres ou fables , fur lefquels on voit 
beaucoup de grains ovales, longs de trois lignes, pleins 
d'ime liqueur blanche im peu jaunâtre, affez femblable 
à celle qui fe tire des buccins mêmes , & qui , après 
quelques changemens , prend la couleur de pourpre. H 
paroît , par les obfervations de M, de Réaumur y que ce 
ne font point les oeufs des buccins , ni les grains de quel- 
que plante, marine, ni des plantes naiffantes; il y a lien 
de croire que ce font des œirfs de quelque poiflbn. On 
ne commence à les voir qu'en automne. Ces grains 
écrafés fur la toile , ne font d'abord que la jaunir imper- 
ceptiblement ; mais fi on expofe cette toile au grand air, 
à im foleil vif ou au feu, elle paffe en trois ou quatre 
minutes , de cette couleur foible à un beau rouge de 
pourpre, qui s^ffoiblitun peu par le grand nombre de 
^blanchiffages. Si la toile n'étoit expolée qu'à un foleii 



B U C 475 

peu vîf , elle prendroit d'abord iine couleur verdâtre , 
enfuite une couleur de citron , un vert plus clair , & 
piiis plus foncé ; de là le violet , & enfin un beau pour- 
pre. Ce feroit une chofe affez curieufe que de fixer à 
volonté ces couleurs , à chacune des nuances par lef- 
quelles elles paffent fucceffivement. 

Suivant les expériences de M. de Rcaumur^ l'effet de 
l'air fur la liqueur des grains , confifte non en ce qu'il 
lui enlevé quelques-unes de fes particules, ni en ce 
qu'il lui en donne de nouvelles , mais feulement en ce 
qu'il <:hange l'arrangement des parties qui la compofent, 
M. de Riaumwr n'a pas manqué de comparer la liqueur 
que Ton tire des buccins avec celle de ces grains; & les 
expériences lui ont démontré que ces liqueurs font à- 
peu-près de même nature. Celle des grains eft feulement 
plus aqueufe , elle a ime faveur falée ; au lieu que 
celle des buccira paroît extrêmement poivrée & piquante. 
La cochenille donne line très belle couleur rouge, 
mais qui n'eft bonne que fur la laine & fur la foie. Le 
cartame donne le beau ponceau & le couleur de rofe ; 
mais ce n'eft que fur la foie , le fil & le coton. Peut-être , 
dit M. de Fontenelle , les grains de M. de Réaumur nous 
fourniroient-ils le beau rouge pour la toile. Si on vou- 
loit faire ufage de cette couleur en teinture , il feroit plus 
commode & moins coûteux de la tirer des grains que 
des buccins. On pourroit écrafer une grande quantité 
de grains à la fois ; au lieu que pour avoir la liqueur 
des buccins , il faut ouvrir le réfervoir de chaque buc- 
cin tn particulier. Ce qui demande beaucoup de temps : 
ou fi, pour expédier, on écrafe le plus petit de ces 
coquillages , on gâte la couleur par le mélange des diffé- 
rentes matières que fournit l'animal. 

La Chimie , cette fcience qui analyfe tant de pro- 
duftions de la Nature & les fait paroître fous di- 
verfes formes , pourroit trouver des moyens de per- 
fectionner cette couleur , de la faire paroître plus 
promptement , plus belle , & de la rendre plus tenace; 



47^ B U C 

M. de Réaumur a éprouvé que le fubllmé corrofif pro- 
duit cet effet fur la liqueiu- des buccins. 

Les buccins fluviatiles périffent quelque temps après 
avoir été tirés de l'eau ; ils n'ont que deux tentacules 
larges & aplatis comme des oreilles. Quoique herma- 

Îhrodites , Taccouplement n'eft pas double comme dans 
5 limaçon. Mais il n'efl pas rare de trouver dans les 
ruiffeaux , notamment à Gentilly , près Paris , des ban- 
des très-confidérables de ces animaux , dont tous font 
Poffice de mâle & de femelle avec deux de leiu-s voi- 
fins , tandis que les deux qui font aux extrémités de 
ce chapelet, moins fortunes que les autres par leur 
poiition , n'agiiTent que comme femelle ou comme 
m^le feulement. 

BUCCINITES. On appelle ainfi des buccins de- 
venus foffiles, Voyei Buccin. 

BUCÉPHALE. Foyei t article Cheval fur la fin. 

BUCK-BEAN , ou Trèfle aquatique à feuilles 
moins larges que celles du ménianthe vulgaire , Menianikes 
palujlre angafii/olium & triphyllum , Toiirn. Infl. ; Tri* 
folium palujlre minus , acutiore folio , C. B. Pin. 317 ; 
Trifolium fibrinum , Tabem. Icon. 5x1. Parmi les ani- 
maux de première utilité , nous voyons des efpeces 
en quelque forte fecondaires , & qui elles feules nous 
tiendroient lieu des efpeces principales , fi elles ve- 
noient à manquer : Pane peut être regardé comme 
Pefpece fecondaire du cheval , & la brebis comme celle 
de la vache. Il eft encore plus fréquent parmi les 
végétaux de trouver des efpeces fecondaires , & qui 
peuvent être fubftituées aux premières , lorfqiie 
celles-ci ne font point affez nonabreufes , ou même 
qu'elles viennent à manquer. La plante appelée buck- 
bean eft dans ce cas : elle pourroit aîfément remplacer 
le houblon , & donner à la bière une amertume agréa- 
ble : à ces qualités elle joint l'avantage de pouvoir fe 
multiplier facilement dans des terrains très-marécageux 

gù il ne croît quç de mauvaifçs herbes. 



B U C 477 

e La racine de buckrbcan eft fort grande, d'une forme 

îrréguliere & d'une fubftance fpongieufe ; elle eft longue, 

fort épaiffe & ne perce pas perpendiculairement dans 

la terre, mais elle coule obliquement fous la furface, 

envoyant de divers côtés les pouffes de fes feuiUes ; 

par ce moyen elle s'étend & fe multiplie confidérable- 

ment. Les feuilles y font placées fur chaque pédicule 

comme dans les trèfles , mais elles font beaucoup plus 

grandes que dans ces plantes , d'une forme ovale & de 

la grandeur d'une feuille de laurier. Il s'élève enfemble 

plufieurs tiges; de forte que fouvent une feule plante 

produit une quantité cohfidérable de feuilles. Lorfque 

les tiges fleuriiTent, elles ont environ dix pouces de 

hauteur. Les fleurs dont elles font chargées ont une 

couleur blanche avec une nuance de rouge, & elles 

font un peu velues : il leur fuccede des capfules à 

graines qui font ovales & contiennent beaucoup de 

femence. Le buck-bean eft une plante fort connue en 

Médecine fous le nom de trèfle de marais , & nous 

l'avions déjà défignée dans notre féconde édition fous 

le nom de ménianthe , nom que* Toumefort a tiré de 

Théophrafle pour le donner à cette plante. Foye[ l'article 

MÉNIANTHE. 

Cette plante croît naturellement en Angleterre dans 
lés marais & les lieux humides , & mêipe autour des 
terres à tourbe. Lorfqu'on veut faire une plantation de 
cette plante , on peut choifir une pièce de terre qui 
foit humide par elle-même , ou fujette à être fouvent 
fubmergée , qui ne produife que des joncs , des gra- 
mens en joncs, & autres plantes inutiles; on doit 
commencer par arracher toutes les grandes touffes de 
rofeaux ou de flambes cuiii peuvent y croître : quant 
aux autres productions on peut les laijÇfer. Le buch- 
beau n'en fleurit que mieux quand fa racine court 
fous une fiuface couverte. La plantation eft des plus 
aifées : il ne s'agit que de fe pourvoir de morceaux de 
çiçines de cette plante qui aient ç»virpri dç\J^ poucç 



478 ^ ^ Ç 

de longueur , & une bonne tête ou œil. Pour les 

planter on prend une truelle coupante avec laquelle 
on coupe une touffe d^herbes ; on place la racine du 
buck^bean à un pouce ou environ au-deflfous de la 
furface , & on en laiffe retomber le gazon par-deffus. 
Cette plante s'empare peu-à-peu du terrain , & fi com- 
plètement , que les mauvaifes herbes ne peuvent plus 
y trouver place. Comme on n'a en vue dans cette 
plantation que de faire pouffer les feuilles en abon- 
dance , il faut faire couper légèrement avec la faux les 
tiges à fleurs. 

La manière de recueillir les feuilles de cette plante 
cft de la faucher & de la tranfporter fur un terrain 
fec , poiu: la faner en la remuant fréquemment y 
comme on le fait pour le foin. La faifon vraiment 
favorable pour la cueillette , c'efl lorfque les feuilles 
font pleinement ouvertes; fi on attend plus tard, 
elles perdent leiu" couleur verte & fi^îche , & dimi- 
nuent de qualité. Quand elles font entièrement féchées , 
il feut les féparer d'avec les tiges ; car il n'y a que les 
feuilles qui poffedeiU les qualités du houblon. La tige 
eft fpongieufe , aqueufe ; & bien loin d'avoir de Tamer- 
tiune , elle reffenmle à de la farine lorfqu'elle a été bien 
féchée & réduite en poudre au moulin. M. Linnaus 
prétend mên^ que dans les pays Septentrionaux , le 
petit peuple , dans les difettes de blé , fe fert de cette 
tige au lieu de fàrme pour faire du pain. 

Les feuilles de buck-^bean étant bien defféchées , 
peuvent fe conferver en bon état pendant trois ou 
quatre ans , ou même phis long-temps , s'il ne leur 
arrive point d'accidens par l'humidité ou autrement ; 
mais elles font toujoiu's meilleiures dans la première 
année. Il paroît certain que ces feuilles , employées 
d'une manière convenable par un Braffeur expérunenté, 
égaleroient pour le moins le houblon ; elles donnent à 
la bière une amertume qui n'a rien dé défagréable^ 
çoQu^e eâ çell^ de l'abfinthe qu'on avoit cherché à 



' B U F 479 

fltbfHtiier au houblon ; peut-être même povuroient- 
elles empêcher quelques-uns de ces accidens nom- 
breux qui arrivent à 1^ bière lorfqu'on la garde , & qui , 
quoique attribués à des caufes fort différentes , font la 
plupart occafionés par le houblon. 

Les vertus médicinales du iuck-bcan font celles de 
tous les amers ^ c'eft-à-dire , de fortifier Peftomàc & 
d'aider à la digeftion : fes feuilles font aulli diurétiques 
lorfqu'on les prend fimplement en infufion ; elles ne 
peuvent donc donner à la bière que de très-bonnes 
qualités , fans pouvoir lui communiquer rien de nuifible, 

BUFFLE , Buffdus. Animal quadrupède bifulce , 
originaire des climats les plus chauds de l'Afrique & 
de l'Afie , & qui eft devenu domeftique en Europe : 
il flit amené en Italie vers la fin du feizieme fiecle , 
oà depuis ce temps Ton s'en fert , ainfi que dans quel- 
ques-unes de. nos Provinces Méridionales , pour cul- 
tiver la terre ; & il y a confervé l'avantage de fe re- 
prodidre. Il vit de dix-huit à vingt ans. 

La taille & la grandeur de cet animal juilifient & 
rendent confiante une obfervation faite par un grand 
Philofophe ; c'eft que Ton trouve les plus gros qua- 
drupèdes fous la Zone Torride ; tels font V éléphant , 
le rhinocéros , Vhyppopotamc , après lefquels Ton peut 
mettre le bujfle pour la groifeur. 

Le bwffh reffemble pour la forme au taureau ; il eft 
domeftique comme lui , fert aux mêmes ufàges , & fe 
nourrit des niêmes alimens que le bœuf; mais il ef^ 
en. général plus grand , plus fort que le bœuf ; il a Iç 
corps plus court &c plus gros , les jambes plus hautes , 
la tête proportionnément plus petite , les corner 
moins rondes , noires & en parties comprimées , un 
toupet de poil crépu fux le front ; fa peau & fon poil 
font d'une couleur foncée; fon poil eft fort comme 
celui du fanglier ; le ventre , la poitrine , la croupe , 
la plus grande partie des jambes .& de la queue font 
entièrement ras , 6c en général il n'y a que peu de 



48o B U F 

poil fur le corps de cet animal ; fa peau eft dure Sz 
très-épaifle ; fa chair noire & dure , eft non-feulement 
défagréable au goût , mais répugnante à l'odorat. 

Ce quadrupède eft d'une autre efpece que le tau- 
reau , car les mâles & les femelles de ces animaux ^ 
quoique également réduits en efclavage , & fe trou- 
vant fouvent réunis dans les mêmes pâturages, fous 
le même toit , ont toujours reflifé de s'unir , malgré 
qu'on eût cherché à y exciter les mâles par Pabfence 
de leurs propres femelles ; leur natiure eft par conféquent 
plus éloignée de celle du taiureau , que celle de l'âne 
ne l'eft de celle du cheval , elle paroît même antipa- 
thique ; car on affure que les mères buffles refufent de 
fe laifler teter par les veaux , & que les vaches re- 
fufent de nourrir les petits buffles (a). 

Ces animaux différent aufli par le caraôere. Le Buffle ^ 
dit M. de Buffon , eft d'un naturel plus dur & moins 
traitable que le bœuf; il obéit plus difficilement; il 
eft plus violent; il a des fantaiues plus brufques & 
plus fréquentes ; toutes {ts habitudes font groflieres & 
brutes ; il eft , après le cochon , le plus lâle des ani- 
maux domeftiques, par la difficulté qu'il met à fe laiffer 
nettoyer & panfer : fa figure eft groffiere & repouf- 
fante , fon regard ftupidement farouche ; il a la vue 
très-foible ; il voit mieux la nuit que le Jour ; il avance 
ignoblement iç^n cou , & porte mal fa tête , prefque 
toujoiu-s penchée vers la terre ; fa voix eft un mugif- 
fement épouvantable , d'un ton beaucoup plus fort en- 
core & beaucoup plus grave que celui du taureau ; il 
a les membres maigres, la queue nue, le mufeau noir 

comme 

(â) Des expériences faîtes dans le Brandebourg, par \as foins de 

M le Préfident dt Bcnckcndorf , prouvent cependant que quelques 
vaches domef^iques ont été fécondées par des buffles ; mais Ton eft 
généralement d'opinion à Âftracan,, que les ve^ux mulets qui en 
rél'uitent ne vivent pas , & que très-fouvent les vaches mêmes périiTent 
des fuites d'une telle portée; il faut en convenir, quoiqu'il y ait beaucoup 
de difproportion entre la taille des buflu &• celle des vaches» elle 
n'eft pas auffi conûdérâble qu'entre le taureau ôc TàneÛ'e qui produifeoç 
i& juman, ** 



< 



^60mme le poil & la peau ; cet animal aime beaucoup 
à fe vautrer & même à féjourner dans Peau ; il nage 
très-bien & traverfe hardiment les rivières les plus 
rapides*: comme il a les jambes plus hautes que le 
bœuf, il court auffi plus légèrement fur la terre. 

Le biiffie efl très-ardent en amour ; il combat avec 
flireur pour fa femelle , & quand la viftoire la lui a 
affurce, il cherche à en Jouir à Pécart : elle porte en- 
viron douze mois , ne met bas qu'au printemps ; elle 
a quatre mamelles , & ne produit qu'un petit ; ou 
fi par hafard elle en produit deux , fa mort eft pref- 
que toujours la fuite de cette trop grande fécondité ; 
elle produit deux années de flûte , & fe repofe à la 
troifieme , pendant laquelle elle demeure ftérile , quoi- 
qu'elle reçoive le maie ; fa fécondité commence à 
i'âge de quatre ans , & finit à douze ; duand elle entre 
en chaleur , elle appelle le mâle par un mugiffement 
particulier, & auquel il ne manque pas d'accourir. 

Quoique le buffle naiffe & foit élevé en troupeau , 
il conferve cependant fa férocité naturelle ; en forte 
qu'on ne {5eut s'en fervir à rien , tant qu'il n'eft pas 
dompté : on commence par marquer , à l'âge de quatre 
ans , ces animaux avec un fer cnaud , afin' de pouvoir 
dîftinguer les buffles d'un troupeau , de ceux d'im autre ; 
on donne à chaque buffle un nom qu'on répète fou- 
vent d'une manière qui tient du chant , & en careflant 
en même- temps l'animal fous le menton. L'habitude 
d'entendre ces tons cadencés eft telle pour le buffle , que 
fans cette efpece de chant, il ne felaifl'e point approcher, 
fur-tout la femelle pour fe laiffer traire. La marque eft 
fuivie de la caftration , qui fe fait à l'âge de quatre 
ans , non par compreffion des tefticules , mais par in- 
cifion & amputation. Cette opération paroît néceflaire 
pour diminuer l'ardeur violente & furieufe que \e buffle 
montre au combat , & en même temps le difpolèr 
à recevoir le joug pour les difFérens ufages auxquels 
pn veut l'employer. Peu de temps après la caftration , 
Tom IL H h 



^t B U F 

on lui paiTe un anneau de fer dans Us narines ; tR^i 
la force & la férocité du tuffie exigent beaucoup d'art 
pour parvenir à lui paffer cet anneau. Après l'avoir fiiit 
tomber au moyen d'une corde que l'on entrelace dans 
{es jambes , des hommes fe jettent fur lui pour lui 
lier les quatre pieds enfemble , & lui paiTer dans les 
narines l'anneau de fer; ils lui délient enluite les pieds, 
& l'abandonnent à lui-même : le tuffie fiuieux court 
de côté & d'autre ,^ & , en heurtant tout ce qu'il ren- 
contre , cherche à le débarraffer de cet anneau ; mais 
avec le temps il s'y accoutume infenfiblement , & 
l'habitude aut^it que la douleur l'a^nent à l'obéif- 
fance. On le conduit avec une corde que Ijon attadie 
à cet anneau , qui tombe par la fuite , au moyen de 
l'effort continuel des Conduâeurs , en tirant la corde; 
mais alors l'anneau eft devenu inutile , car ranimai 
déjà vieux ne fe refufe plus à fon devoir. C'eft ainfi 
que les hommes , poiu: dompter & diriger les animaux^ 
les faifiiTent par les parties les plus feniîbles. 

Le buffle paroît encore plus propre que le taiireavi 
à ces chafies dont on fait des mvertifTemens publics ^ 
fur-tout en Efpagne ; auffi les Seigneurs qui tiennent 
des iuffies dans leurs terres , n'y emploient-ils que ces 
animaux. La férocité naturelle du iuffle augmente lorP* 
qu'elle eu excitée , & rend cette joute auffi animée 
qu'elle eô périlleufe. En eifet , le biiffle pourfuit l'homme 
avec acharnement , jufque dans les maifons , dont il 
monte les efcaliers avec une facilité particulière ; U 
fe préfente aux fenêtres , d'oh il faute dans l'arène , 
franchiflant même les murs , lorfque les cris redoublés 
du peuple font parvenus à le rendre fiirieux. 

Les buffles font cependant des animaux très^itiles ; 
conwne leur corps en très-maffif , ils font propres au 
labour ; on leur fait traîner & non pas porter les 
fardeaux ; on en fait un grand ufage en Italie ; il y 
a des endroits dans ce pays , comme par exemple les 
confins dç, la Tofcane &c de TÉtat Éccléfiaflique ^ dans 



B U F 48J 

les Fermes de Marfiliana , Montaoutô ^ CaÔîglione ^ 
Corneto , &c, où l'on laiffe paître les buffics domef* 
tiques dans les bois : (les marais Pontins & les ma^ 
rtmmts de Sienne font en Italie les endroits les plus 
favorables aux bufflts ; mais ils y gagnent fouvent le 
batbone^ expreflîon Italienne qui a rapport au fiége 
principal de cette maladie très-contagieufe , & qui eft 
dans ces animaux , à la gorge & au menton.) Lorfque 
le Laboureur vient à la charrue ^ il fait figne à un de 
fes chiens ( ce font de ceux de forte race ) d'aller danâ 
les bois ; le chien court , faifit avec la plus grande 
adréffe un buffle jMir l*oreille , (& fans quitter prife il 
Tameneàfon maître, qui l'attache fous le joug pendant 
qu'il retourne dans les bois lui en chercher un autre , 
qu'il met à côté du premier. Le Laboureur leur fait 
tracer fes filions , les fait tourner à volonté d'un côté 
& d'autre, & les conduit facilement en tirant une 
petite corde qui eft attachée à cette forte d'anneau 
de fer, dont nous avons fait mention, & dont la 
pointe picote le nez de ^animal. Lorfque les buffle^ 
ont fourni leur travail , on les ôte de la charme , & 
ils retournent dans lesL.bois fe repofer & fe nourrif 
jufqii'au lendemain oti les chiens viennent les y cher- 
cher de nouveau. Comme ces animaux portent natu- 
rellement leur cou bas, ils emploient en tirant tout 
le poids de leur corps; auffi un attelage de deux buffles 
enchaînés à un chariot , tire-t-il autant que quatre forts 
chevaux. Nous tenons ces détails d*un homme de mé- 
rite, qui a fait valoir des fermes confidérables dans 
les cantons d'Italie dont nous avons parlé plus haut* 
Il y a une grande quantité de troupeaux de bufflti 
fauvages dans les contrées de l'Afrique & des Indes , 
arrofees de rivières & oîi il fe trouve de grandes 
prairies. Ces animaux ne font point de mal , à moins 
qu'on ne les attaque ; mais fi on vient à les blefTer , 
ils vont droit à leur ennemi , le terrafTent & le foulent 
aux pieds, Uafpeft du feu les effraie ; la couleur roug^ 

Hh 2 



484 B U F 

les irrite & les met en fureur , au point que l'on n'oft 
s'habiller de rouge dans les pays où il y a des buffics; 
parmi nos bœufs nous n'en voyons que peu fur lef- 
quels cette couteur faffe cette impreffion. 

Les Nègres de Guinée & les Indiens du Malabar 
vont à la chaffe des buffles fauvages : ils n'ofent les 
attaquer de face ni les pourfuivre à terre ; ils grim- 
pent fur les arbres & de là ils leur décochent leurs 
flèches ; ils font un grand profit de leurs peaux & 
de leurs cornes , qui font plus dures & meilleures que 
celles du bœuf; ils trouvent la chair de ces animaux 
afTez bonne à manger : la langue eft le mets le pliis 
délicat de tout l'animal. En Italie les Juifs mangent 
la chair du buffle engraiffé, & Ton fait d'exceUens 
fromages avec le lait des femelles buffles , qui en donnent 
en grande abondance ; ce lait a un petit goût mufqiié ; 
on dit qu'en Perfe il y a des femelles qui en fournif- 
ient par joiu- jufqu'à vingt-deux pintes. 

Les cornes , les ongles , la gtaifTe & la fiente du 
huffle ont, dit-on, les mêmes vertus en Médecine que 
celles du bœuf. Quand fa peau a été paffée à l'huile 
comme celle du chamois , elle porte le nom de huffle. 
Les Militaires s'en fervoient anciennement pour armure; 
& les Grenadiers Anglois , de même que la Cavalerie 
Françoife , l'emploient encore à préfent, à caufe de fa 
légèreté , de fa dureté & de fa refiftance : on s'en fert 
à feire des ceinturons , des bourfes , &c. Le buffle îsàt 
xm objet de commerce très-confidérable chez les Fran- ' 
çôis , les Anglois & les HoUandois , qui en trafiquent 
à Conftantinople , à Smyrne & le long des Côtes 
d'Afrique; mais combien de peaux d'élans, de bœufs, 
d'orignacs , & d'autres animaux de la même efpece , 
qui étant paffées à l'huile & préparées comme celles 
du buffle , en prennent le nom , & fervent de la même M 
panière aux gens de guerre , &c. ^ 

Buffle a queue de cheval. On trouve inférée 
dans le Journal (U Ph^Ji^ue ^ /uff, qSz ^ top. XXI. 



B U F 4gç 

la defcriptîon du buffle à queue de cheval^ par P. S. 
Pallas. La race fauvage de ce bétail eft connue au 
Tibet fous le nom de Yak-^ c'eft le poéphagus d*Eiien^ 
le farlik des Mongols : on en voit chez les Princes 
Mongols y & dans les troupeaux des plus riches de ces 
Nomades. On emploie les queues toutes blanches de 
quelques-uns de ces huffîes , tant pour cette efpece 
d'étendard des Orientaux , connu fous le nom de queue 
de chsval , dont Tufage eft très-ancien aux Indes , & 
commun aux Perfans &; aux Turcs , que pour l'orne- 
ment des éléphans , des chevaux , & pour les chaffe- 
mouches des Indiens. Les Chinois , qui fe fervent du 
crin blanc de ces buffles ^x^ént d'un beau rouge, pour 
former les houppes dont ils ornent leurs bonnets d'été, 
en ont introduit la race dans leur pays ; mais ils tirent 
la plus grande partie de ce crin du Tibet , oîi les 
Marchands de l'Inde & de la Perfe viennent auffi en 
feire emplette, & renchériffent fur-tout les queues de 
ces buffles , dont le prix varie félon la longueur & la 
beauté du crin , qui joint à la fineffe & au luftre de 
la plus belle foie , une roideur élaftique , approchante de 
celle du crin de cheval. Celles d'entre ces queues qui ont 
plus d'une aune font les plus eftimées. Grew en décrit 
une de la Société Royale de Londres , qui avoît un 
crin gris de cinq quarts d'aune de longueur : on en 
conferve une autre toute blanche , de fix pieds , dans 
le Mufœum de Londres. 

Ceci démontre que cette race domeftîque de buffles 
à qmue dt cheval varie. Witfen dit qu'il en naît 
chez les Mongols de roux & de noirs, & qu'on y 
trouve des vaches qui ont les cornes blanches comme 
l'ivoire. Au Tibet & chez les Mongols on tâche de 
multiplier fur-tout la variété qui naît avec la queue 
& l'arriere-train , ou quelque autre partie du corps 
blanche , parce que ce font les crins & queues blanches 
fufceptibles de teinture , qui font les plus recherchés 
dans le commerce. La variété qui2 Gnulin a décriteavoit 



4%6 B U F 

des^ cornes longues , minces , recourbées , fans arêtes m 
aplatiffemens. JrUfcn dit qu'en Daouries les mâles de 
ces buffles portent de très-grandes cornes aplaties & 
courbées en demi - cercle , dont on fe fert pour la 
fabrication des arcs, Rubruquis rapporte que les Ti- 
bétains font dans l'ufage de leur couper les cornes ; 
M. P allas n'a vu oiie des individus fans cornes dans 
les deux fexes ; ils lont , dit-il , vifs , inquiets & bon- 
diffent avec une forte de légèreté : leur caraftere de 
férocité ne permet pas qu'on les approche de fort 
près ; ils ne font qu'indifFérens pour leurs furveillans, 
mais ils ne peuvent fouffrir les étrangers. Les couleurs 
des habits d'une teinte vive , notamment en jaiuie ou 
en rouge , les rend fluieux ; approcher de leurs veaux, 
c'eft fe faire attaquer par les vaches. Pour premier 
ligne de colère , ces buffles fecouent leurs corps , relè- 
vent & agitent la queue , & lancent des regards me- 
naçans ; ils font d'autant plus à craindre , qu'ils ont 
les mouvemens brufques & la courfe affez rapide. 
Malgré ce natiu-el farouche , ces buffles , dit M. Pallas , 
fe mêloient volontiers aux troupeaux de vaches do- 
meftiques , & l'on a vu les mâles couvrir x:clles-ci , 
quoique les taureaux ordinaires ne vouluffent jamais 
rendre cette politeffe aux buffles femelles. Les accou- 
plemens des premiers n'ont rien produit. Les mâles de 
ces buffles à queue de cheval approchent de leurs fe- 
melles , la tête étendue en avant , la bouche béante 
à la manière des buffles ordinaires , & la queue levée; 
ils font extrêmement lourds & lents à s'accoupler. 
Dans l'été , pour éviter la chaleur , ces animaux cher- 
chent l'ombre , ou fe plongent dans l'eau & y reftent 
des heures entières. C'eft à caufe de cette propriété, 
qui les rapproche encore des buffles ordinaires , que les 
Chinois leur ont doxuié le nom de fi-nijoû ( vache 
qui fe lave ) ; ils nagent fort bien , fouillent de leur 
tête la terre. Les deux fexes grognent comme le co- 
chon , mais d'un fon. grave & monotone j kur taillq 



V 



B U F BUG 4^7 

éft celle June petite vache domeftique ; ils reffemblent 
par la forme & le port de la tête au buffic ordinaire : 
l'encolure des mâles eft beaucoup plus groffe que celle 
des femelles ; le dos forme une boffe à l'endroit des 
épaules , qui paroît confidérable à caufe d'une touffe 
de poils crépus , laquelle s'alonge fur le cou en forme 
de crinière ; le refte du poil elt affez court & dirigé 
vers la tête : le deffous du tronc , la gorge & le gros 
des quatre jambes , produilent des crins très-touffus & 
longs d'une demi-aune ; les fabots font très-grands , 
les ergots très-faillans. Ce buffle du Tibet a quatorze 
paires de côtes, & autant de vertèbres dans la queue; 
une boffe offeufe , convexe à l'occiput ; en tout trente- 
deux dents. • 

BUFOLT, Foyei Suctolt, 

BUFONE , Bufonia tmuifolia , Unn. Plante de la 
famille des Morgelims ; fes feuilles font menues ; fes 
fleurs font blanches , axillaires & terminales ; fon fruit 
contient deux femences : cette plante fe trouve dans 
les Provinces Méridionales de la France , de l'Efpagne, 
& de l'Angleterre. 

BUFONITES. Foyt[ Crapaudine. 

BUGHUR. En Perfe, c'eft le Chameau à deux faoffesj 
Voyei Vankle Chameau. 

BUGLE , Bugula. Genre de plante à fleurs mono- 
pétalées , de la famille des Labiées , & qui comprend 
des herbes la plupart indigènes de l'Europe , dont les 
feuilles font oppofées ; les fleurs viennent en épi ter- 
minal ; le fruit confifte en quatre femences nues , 
oyales , oblongues & fituées au fond du calice qui eft 
court & perfiftant.Ondiftingue plufieurs efpeces de bugle^ 

BuGLE rampante vulgaire , Ajuga reptans , Linn. ; 
Bugula , Dod. Pempt. 135; ConfoHda média pratenjis 
cœrulea , Bauh. Pin. 260. Cette efpece eft prefque 
entièrement glabre dans toutes fes parties , & fe dif- 
tingue facilement des efpeces fuivantes par les rejets 
traçans , rampans ^ qui naiffent de la bafe de fa tige; 

) H h 4 



An B V G 

Cette plante croît dans les bofquets & les prairies ; fa 
racine eft vivace , menue , blanche & fibreufe ; fa tige 
cft haute de cinq à fix pouces , droite , fimple & 
carrée ; (es feuilles font oppofées , ovales , oblon- 
gues , fpatulées , d*un vert foncé , légèrement fmuées , 
très-peu dentées , quelquefois purpurines à leur partie 
inférieure : leur faveur eft un peu amere & aftringente. 
Ses fleiurs fortent des aiffelles des feuilles ; elles font 
bleues , quelquefois pourprées , verticillées & difpofées 
en épi terminal ; ces fleurs font labiées , mais n'ayant 
qu'une feule lèvre : à la place de la lèvre fupérieure 
il y a des dentelures ; elles- font garnies de braâées , 
fouvent colorées en bleu. 

Cette plante eft aujourd'hui très -peu d\ifage en 
Médecine ; cependant on eftime qu'elle eft très-utile 
tant à rintérieiu" qu'à l'extérieur ; car c'eft un excel- 
lent 'Vulnéraire aftringent. La décoftion de la hug/e eft 
reconnue pour un fpecifique dans les maux de gcrge 
ulcéris & gangreneux , qui fuppurent après des efqui- 
nancies rebelles. Elle a de plus la propriété de diflbudre 
le fang grumelé ; c'eft pourquoi on en fait boire aux 
perfonnes qui ont fait de grandes chutes : elle con- 
vient auflî dans les hémorragies , le crachement de 
fang , la dyffenterie & les fleurs blanches. Son fuc 
appliqué à l'extérieur , guérit les coupures , les plaies 
& les ulcères. 

Les autres efpeces de tugles font : la tugà des 
Alpes , Ajuga Alpina. M. de la Marck l'a auffî obfervée 
fur le Mont Cantal en Auvergne. La hugle en épi py- 
ramidal & feuille , Ajuga pyramidalis , Linn. ; Bugula 
fylvcjiris v illofa ^Jlore cœruleo^ Tourn. 209 ; cette efpece, 
qui le trouve dans les endroits fablonneux , & les prés 
montaeneux & couverts , eft abondamment velue & 
n'a point de rejets rampans comme l'efpece pfemiere. 
La buglc du Levant , Bugula Orimtalis villofa , ficre 
invcrfo caruleo^ albâ macula notato ^ Tourn. Cor. 14; 

fes fleurs font panachées de bleu ÔC de blanc , ou cfe 



BUG 489 

blanc & de pourpre ; la lèvre inférieure de la fleur eft 
tournée en haut. 

BUGLOSE vulgaire , Buglojfum vulgare majus , J. 
^* 3 > 57^ > ^^ Buglojfum angujlifolium , Lob. Icon. 
-570 ; & majus fion caruUo , C. B. Pin. X56 ; Anchufa 
officinalis ^Uixin. 191. Cette plante, qui eft de la fa- 
mille des Bouraginécs , croît dans les champs , fur le 
bord des chemins , en France , en Italie & dans TAl- 
lemagne. Elle eft d\m afpeft agréable lorfqu'elle eft en 
fleur. Sa racine eft vivace , de la groffeur du petit 
doigt , rougeâtre ou noirâtre en dehors , blanche en 
dedans , remplie d'un fuc gluant ; les tiges font hautes 
de deux pieds ou environ , rameufes , cylindriques & 
chargées de poils roides & épars. Ses feuilles alternes , 
lancéolées , très-pointues , fimples , & difperfées fur les 
tiges auxquelles elles font attachées immédiarement , 
ne font point ridées comme celles de la bourrache , 
mais garnies des deux côtés de poils fcmblables ; & 
la buglofc en diffère encore effentiellement paf k^ 
fleurs , qui ïont d'une feule pièce , en entonnoir , d'un 
bleu - piupurin , garnies dans leur milieu d'un bouton 
obtus , compofé de cinq petites écailles velues qui 
couvrent cinq étamifies ; le calice eft oblong , & re- 
fendu profondément en cinq pièces : les branches qui 
portent les fleurs font repliées comme la queue d'un 
icorpion , avant que les fleurs s'épanouiflent. 

La buglofe s'ordonne avec la bourrache , ou y eft 
fubftituée : fa décoftion avec le lait , eft utile dans la 
dyfl'enterie ; fes feuilles fiifent fur les charbons comme 
le nitre ; auflî fes vertus font:^elles fcmblables à celles 
de la bourrache. Voyez ce mot. Ses feuilles bouillies 
dans de l'eau avec de l'alim donnent une belle cou- 
leur verte. 

On diftingue plufieurs autres plantes de ce ge^e à 
fleurs motaopétalées. Il y a : La buglofe à feuilles étroites , 
Buglojfum angujlifolium minus ^ Bauh. Pin. X56; ce 
lî^eft peut-êtr^ qu'une variété de la précédente, La 



ç ...w: . lij: • Il bifhankum , tchii folio un^ 

f: ' .^. •^-:. :2fne dpece fe trouve dans le 

ç- - . ' : :. :^p: : îès deurs font bleues, termi- 

c - ^ lt .^-j glcmerulés & roulés dans 

< •..:.. I ^s '. ariêtcs de cette efpece , à 

* .. .-^ j:.L:zr^s 5l légèrement dentées. La 

. s ..:. -lz^'^.'^ l?2^'a , Ijnn,; cette efpece 

. . - . . .Li .- .T. :!S c Alger , a beaucoup de 

/ -. ^ ., - Tt i':ji:îe , & qui eft Voramctu 

... ^JL ' -T ^-RCA^ETTE. La buglofe de, 

... ... : :- ^-^ ^-L: , f:i-: ^cjLzpmt Amcricam. 

_ -:. : . :!.- i.'^> - -:r w^ua beau jaune & 

. .: ^- — ^. li> rL-X3rs de l'Amérique 

- - . I : ^^^--'n c crrrs en rouge avec /à 

. . : .:. .j:. *- r ^ m dt qu*elle eft on- 

:r^ «--^-^-iit iue croît naturelle- 
. ._ •= i- ; _ -*- ::r perâflantes l'hiver» 
. :r :':\-^ l''^^^Jfickufa longifolia. 
• ^ _ • ^._ Irr S-ttiaoïty humifufuniy 

z - ^ .. -.:nr:. _Sw,Toum,Cor. 6i 

;•-•.-'- --ifls rifle de Candie , 

. _. _ . . iuJ!e5 verruqueufes ^ -^/z- 

^. >^ ^r croit en Egypte ; fes 

— •__ ;- ^t vert & de blanc ; i^ 

^^ _ _ i ie Crète à feuilles bul- 

_. ^ :..- ^ emies perlées, blanches 

-^ji^-,;i;/n Creticttm y annuum ^ 

_^.:a; , Toiim. 134 ; an Lyco^ 

_! :uC''^{i hmiiée , comme épi- 

^ . ,_:j^ ; c al Tefpece la plus hénf- 

_:i cucJcue ibrte , de petites épines 



— > 



j 



Svî^ - Genre de plante à fleurs poly- 
;_.Ci ^ -i .:-i-w-:ri£Qiot plus ou moins 



BUG 49^ 

epîhèux, dont les feuilles font fiinples ou ternies, &c 
dentelées en leurs bords. Le fruit eft ime gouffe fort 
courte , enflée , communément un peu velue , unilo- 
culaire , & qui renferme quelques femences rénîformes J 
Ce genre de plantes offre un aflez grand nombre 
d'efpeces. Il y a , félon M. le Chevalier de la Marck : 

Les BuGRANES à fieurs purpurines ou blanches J 
mais point panachées de jaune, 

La bttgraru à longues épines , vulgairement arrête-hceuf. 
Voyez ce mot. La bugrane des champs ou Varrête-bœuf 
des champs ; Ononis arvenjîs , Linn. ; cette efpece eft 
commvme danS les champs incultes & fur les bords 
des chemins* Ses tiges (ont dures , très - rameufes , 
rougeâtres , velues , & ordinairement couchées & 
étalées fur terre ; elles n'acquièrent d'épines qu'en 
vieilliflTant. La bugrane rampante^ des lieux maritimes 
& fablonneux de l'Angleterre , Ononis repens , Linn. ; 
elle n'eft point épineufe , mais pubefcente dans prefque 
toutes fes parties. La bugrane élevée de la Siléfie , Ono^ 
nis altiffima , Linn. Celle à jlipules blanches , du Por- 
tugal , Ononis mitijjima , Linn. La bugrane à fleurs en 
épis feuilles , épais , barbus , longs & terminaux , 
Ononis alopecuroïdes , Linn. ; cette ef