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Full text of "Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XVIe siècle"

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CV 23, J1. W^ ICibraro 




^'ortli Carnliim State (Collrgc 

N Al 041 
V5 

V.2 



I|| Il II llll l'i'l II IIIM III 



S00434229 O 






THIS BOOK IS DUE ON THE DATE 
INDIC ATED BELOW AND IS SUB- 
JECT TO AN OVERDUE FINE AS 
POSTED AT THE CIRCULATION 
DESK. 



Digitized by the Internet Archive 

in 2009 with funding from 

NCSU Libraries 



http://www.archive.org/details/dictionnairerais02viol 



1)1CT1().\.\AII1E HAISONNE 



PF. 



L'ARCHITECTLRE 

FRANÇAISE 
DU XK AU XV l«" SIECLE. 



11 



Droits de traduction et de reproduction reserves 



PARIS 



IMI'RTME CHEZ BONAVENTURF, ET niTESSOTS 
Quai des Anguslins, 55, près du Pont-Neul. 



DICTIOMMAIRE RAISONNÉ 



l)K 



l'archuectlhk 



FIUNCAISK 



DU xr AU xvr siècle 



M. yiOLLET-LE-DUC 

AK<HlTKrTE I» l' (iO t' \ KKN KM EN I 
INSPKrrKl'R-GENERAL DES EDIFICES DIOCESAINS 



TOME DEUXIEME 







HANCE, EDITEUR 

R TT R BON A P A R T K , 13. 
.■MDCCÇf.IX 



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1^ 

J 






BOUND. 
NOV 14 1896 



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)>^*«r 



iTlON.^lItK RAISONNÉ 



LAUCHITECTLRE 



FRANÇAISE 

Dr XI Al \M SIÈCLE. 



^5.iv 



AT.TS (LIBÉRAIS . S. m. p. Los monuments des .vii«" et xw siècles 

représentent fréquemment les sept arts libéraux. La belle encyclopédie 

manuscrite intitulée : Horlus delicianim. composée, au ku*" siècle, par 

Herrade de Landsberg, abbesse du monastère de Hohenbourg (sainte 

Odile), en Alsace, et conservée à la Bibliothèque de Strasbourg ', renferme 

parmi ses vignettes une personnification de la philosophie et des sept arts 

libéraux. La figure principale, la Philosophie, est représentée assise; 

sept sources sortent de sa poitrine; ce sont les sept arts libéraux: la 

Granunaire. la Rhétorique, la Dialectique, la Musique, rArithmétique, la 

Géométrie et l'Astronomie. Cette figure , qui occupe le centre de la 

vignette, est couronnée d'un bandeau duquel sortent trois têtes; les trois 

noms: «Ethica, Logica, Physica, » les surmontent; sous ses pieds, 

vSocrate et Platon écrivent; cette légende les accompagne: Naluram 

universœ rei qucri dociiil Philosophia. Autour du cercle qui inscrit le 

sujet principal sont tracés les sept conqîartinients dans lesquels ces sept 

arts sont figurés. Au sonnnet, la Grammaire est représentée tenant des 

verges et un livre; en suivant de gauche à droite, la Rhétoricpie tient un 

style et des tablettes; la Dialectique, une tète de chien, capiit canis, et 

cette légende: Argumenla sino conciirrere more canino. \.a. Musique 

porte une harpe, cilliara; devant elle est une sorte de viole, nonmiée lira ; 

' Voy. la notice sur le Hortiis deticiarum. par M. A. Le Noble. (Bibt. de l'école des 
Charles, t. 1. \^. 238.1 

T. II. 1 

601^8 

Library 



AUTS 







(lenirrc elle une vielle désignée par le mot organislrum. L'Aiilliméli(|ue 
port(^ une verj^e (lenii-circuiaiie à laquelle sont eiililces des houles noires, 
sorte de conipteiu' encore en usa^'e en Orient ; la (iéoméirie, un compas et 
une règle. I/Astronomie tient un boisseau plein d'eau, prohahlement pour 
observer les astres par réflexion; au-dessus du i)oisseau sont figurés des 
astres. Quatre poètes païens sont assis sous le cycle des arts; ils tiennent 
des plumes et des canifs ou grattoirs; sur leur épaule un oiseau noii' 
(l'esprit immonde) send)le les inspii'er. 

La porte lie droite de la taçadc occidentale de la cathédrale de (Chartres 
présente, sculptés dans ses voussures, les arts libéraux. Chaque science ou 
chaque art est personnifié par une femme assise; au-dessous d'elle, un 

homme est occupé à écrire sur un 
pupitre [scrip(iotiale) jwsé sur ses 
genoux. M. labbe liulteau, dans sa 
Descriplion de la cathédrale de 
Cltarlres^, désigne chacune de ces 
figures; et en eftet la jjlupart d'entre 
elles, sinon toutes, sont faciles à 
reconnaitie aux attributs (|ui les ac- 
compagnent. La Musi(|ue frappe 
d'un marteau trois clochettes; sur 
ses genoux est posée une harpe à 
huit cordes; des violes sont suspen- 
dues à ses côtés. Sous la Musique, 
Pylliagore écrit; il lient un grattoir 
de la main gauch(\ L"Aritlmieli(|ue 
porte danssa main droite un dragon 
ailé, et dans sa gauche un sceptre. 
Gerbert écrit sous sa dictée; il 
trempe sa })lunie dans son écritoire. 
La lihélorique discourt ; Quintilien, 
placé au-dessous délie, taille sa 
plume. La Géométrie tient un 
compas et une éipierre; Archi- 
mède écrit. La IMiilosophie ti«Mil un 
livre ouvert sur ses genoux ; Platon 
semble parler. L'Astronomie re- 
garde le ciel et pt)rte un boisseau, 
comme dans le manuscrit d'Her- 
rade; Ptolémée tient dans chaque 
main un objet cylindrique. La 
(iranmiaii-e lient dans sa droite une verge, un livre ouvert dans sa gau- 
che; deux écoliers sont accroui)is à ses pieds : lun étudie, l'autre tend 




PCGARD.SC. 



Descvipt.de lacatliéd. (le Chartres, p:ir M. l';il)lic I5iilt(\ui ; IS.'iO. 



;{ — 



A m s 



la iiiaiii pidii' rrccvoir uiit' cuiit'clion ; sa ligure t'sl ^riiiiavaiile. Sous la 
lirainiiiaiit'. Cliilon t'ciil. Nous donnons (1) la copie de cclh' diM-nit'ic 
sculpture du xii'^ siècle, remarquahleinent tiaitée. (lliilon est loit attentif; 
penche sur son i)u|>ilie, il se sert du grattoir; à sa droite, des plumes 
sont posées sur un râtelier. 

Les arts libéraux ne sont jtas toujours seulement au nombre de sept. 
On les renconlie lii^urés en plus ou moins i^rand nombre. A la porte 
centrale de la cathédrale de Sens, qui date de la fin du xii<' siècle, les arts 
et les sciences sont au nombre de douze ; malheureusement, la plupart de 
ces bas-reliefs, sculptés dans le soubassement de gauche, sont tellement 
nuifilés, qu'on ne peut les désigner tous. On distingue la Grammaii-e; la 
iMédecine (probablement) . représentée par une tigure tenant des plantes; 
la l{lielori(iue, qui semble discourir; la (Jéometrie ; la Peinture, dessinant 
sur une tablette posée sur ses genoux; l'Astronomie (i) ; la Musique; la 





Philosophie ou la Théologie (3) ; la Dialectique (?) [1]. Sous chacune de ces 
figures est sculpté un animal réel ou fabuleux, ou quelque monstre prodi- 
gieux, ainsi qu'on peut le voir dans la fig. 4. On distingue un lion dévorant 
un enfant, un chameau, un griffon, un éléphant portant une tour, etc. Il 
ne faut i)asoublierque l'esprit encyclopédi(jue dominait à la fin du xii'"siècle, 
et que dans les grands monuments sacrés tels que les cathédrales, on cher- 
chait à résumer toutes les connaissances de l'époque, (tétait un livre ouvert 
pour la foule, qui trouvait là, sur la pierre, un enseignement élémentaire. 
Dans les premiers livres imprimés à la fin du xv siècle ou au conunence- 



AKTS 



nifiit (lu xvi'\ U'Is (jiK' les cosiiiitiirapliies pai' fxfiiiplc , ou rt'|)r()(luisail 
t'iicorc un },Man<l nonihro dn ces figures qu«' nous \ oyons sculptées sur les 
soubassements de nos cathédrales, et qui étaient destinées à Caniiliariser les 
intelligences populaires non-seulement avec l'histoire de l'Ancien cl du 

Nouveau Testament, mais encore 
avec la philosopliie. et ce qu'on 
appelait alors la physique, ou les 
connaissances naturelles. Dans la 
Cosmographie urm^erselle de Séhas- 
licii Munster', nous trouvons des 
gravures sur bois qui reproduisent 
les singularités naturelles sculptées 
dans beaucoup de nos églises du 
xii'' siècle; et pour n'en citer qu'un 
exemple, Sébastien Munster donne,' 
à la page l''2'2U de son recueil, 
rhomme au grand pied qui est 
sculpté sur les soubassemtMits de la 
porte centrale de la cathédral(î de 
Sens (Ti) '^ et voici ce qu'il en dit : 





(( ... Siiuilmente dicesi di alcuni 
« ail ri p(t|)uli. clie ciascheduno di 
« loro ha ne piedi che sono gran- 
M dissimi una gamba sola, sensa 
« piegar giuocchio , et pur sono 
« di mirabili velocitade, li (|ua li 
(( si adimandono Sciopodi. Questi, 
K corne attesta IMinio, nel tempo dell" «>stade, dislesiin terra col viso in su, 
« si l'anno ondua col picde. » Ces étranges figures, que nous sonunes 

' Sei Hliri dclhi Cui^mnri. iiuiv., Sel). MniisU-ro, t'dit. de lof),"]. 
- Nniisdoniioiis ici le fiic-simili' de oclle i^nviire tirée du cluipine inliudé ; " Ddie 
» innriivigiinsce monslniofio cretitiirc clw si Iroi^nint nd' iiUcrnc juirti deC Africii. » 



î5;mii)PI';..ui "ii|(ilii)AM'".-«i' 



— O — l AKTS ] 

li'op racilcinent disposos à considcivr coiumc des t'aiilaisics d'artistes, 
avaieiil leur place dans le cycle cncyclopeduiue du moyeu àye, et les 
auteurs antiques faisaient la plupart du temps les frais de cette histoire 
naturelle, scrupuleusement figurée par nos peintres ou sculpteurs des 
\ii'- et Mil-' siècles, afin de faire connaître au peuple toutes les œuvres de 
la création (voy. bestiauu:). 

Mais revenons aux arts libéraux. L'ne des plus i)elles collections des arts 
lil)eraux ti-ures se voit au portail occidental de la cathédrale de Laon 
(de h2IOa h2-20), dans les voussures de lajjjrande haie de ^^auclie, au-dessus 
du porche. Là, les figures sont au nombre de dix. La première, à gauche, 
représente la Philosophie ou la Théologie (()). Cette statuette tient un 





FEG-MKB 



Pe^M^û 



sceptre de la main gauche % dans la droite un livre ouvert ; au-dessus un 
livre fermé. 11 est à présumer que le livre fermé représente l'Ancien Testa- 
ment, et le livre ouveil le Nouveau. Sa tète n'est pas couronnée connue à 
Sens, mais se perd dans une nuée; une échelle part de ses pieds pour 
arriver jusqu'à son col, et figure la succession de degrés qu'il faut franchir 
pour arriver à la connaissance parfaite de la reine des sciences. La seconde, 
au-dessus, représente la Grammaire (7). La troisième, la Dialectique (8) ; 
un serpent lui sert de ceinture. La (quatrième, la Rhétorique (9). La 
cinquième, rArithmetique ; la statuette tient des boules dans ses deux 



< Le sceptre est tirisé. 



[ AKTS 1 — — 

imiins (10). La piciiiici'c ti^uiv à droite icprcbeiile lu Médecine (piobal)le- 

8 9 





/f L'A no « 

nient) ; elle i-ej^arde à travers un vase (11). La seconde, la Peinture (l'2); 





WÏÏTTT 



PEGhRD 



c'est la seule statue qui soit figurée sous les traits d'un honnne dessinant 



— 7 — I ARTS 

avec 1111 style en loriiif de eloii, siti- une tiihlctle peiila^oiiale. La troisième. 





la Géométrie (13). La quatrième, rAslronomie (11). 11 est à propos de 





remarquer que le disque que tient cette statue de l'Astronomie est coupé 



AUTS 



— K 



par iiii (l(iul)l(' Irait brisé; iiumiic chose à Sens. A (lliaili'c.^, drs aiij^es 
(iciiiicnt ('^mIoihoiiI dos disquos coupés de la mriiK' fav»?fi! C»' sont là 
évidonimciit dos astrolabes avec leurs alidades. La ci. lièiiie , la 
Musique (15). 

Dans le socle de la slalue du (^Juisl (|ui dt'Corail le liuuieau de la callie- 
diale de Paris, ('laieiil S(ul|»tés les ails libéraux. Sur luii des piliei's (|ui 
servent de supports aux belles statues du porche septentrional de la cathe 
drale de (Ihaiti'es (l'iiid environ) . on voit ti{.iui'és le IMiilosophe (l<>), 



16 



n 




^c. 




PhlLO.SOPHVS 



il' PF&ARO. se. 



l'Architecte ou leCéoinètre (17), le Peintre (l<S) ; il tient de la main ijau- 
che une palette, sur laquelle des couleurs épaisses paraissent posées; de 
la main droite, il tenait une brosse dont il ne reste (iiTim moiceau de la 



— •,» — [ ARTS I 

haïupo , ft I» crins sur la paL'Itc. Le Médecin ( |)rol)al)lenipnt) 1 19| ; 



18. 



(9 




des plantes poussent sous ses pieds; le haut de la figure est mutilé'. 
Nous trouvons encore une série assez complète des arts libéraux figurés 

1 11 y a des lois qui prononcent des peines assez sévères contre ceux qui mutilent 
les édifices publics; les cathédrales et les églises, que nous sachions, ne sont pas 
exceptées. Tous les jours, cependant, des enfants , à la sortie des écoles, jettent des 
pierres, à heures fixes, cor.ire leurs sculptures, et cela sur toute la surface de la 
France. 11 nous est arrivé quelquefois de nous plaindre de cette habitude sauvage; 
mais la jilainte d'un particulier désintéressé n'est guère écoutée. Les magistrats chargés 
de la police urbaine rendraient un service aux arts et aux artistes, et aussi à la civili- 
sation, s'ils voui;iient faire exécuter à cet égard l(>s lois on vigueur. On le fait bien 
pour la destruction intempestive du gibier. Or un bas-relief vaut, sinon pour tout le 
monde, au moins pour quelques-uns , une perdrix , et les lois s'exécutent d'ordinaire, 
quel que soit le petit nombre de ceux dont elles protègent les intérêts (voy. art. 237 

T. II. 2 . 



[ ASrilA(iAI.K I 10 

SOUS k' porclif (le la lalliedialt' de Kiiltourj; en lirisj;aii. Ici lis llt)lll^ des 
figures sont |)f'iii(s sous les pieds des slalues. Celte collection est <k»nc 
précieuse, en ce qu'elle peut, avec le manuscrit dllerrade, faciliter 
l'explication (les tij^ures sculptées ailleurs et qui ne sont accompagnées 
que d'attributs. Ainsi, à Krihomg, la Dialectique semble compter sur ses 
doigts, la lîlielori(|ue tient un pa(|uel de Heurs, la Médecine regarde h 
travers une bouteille, la Philosopliie foule un dragon sous ses pieds; elle 
est couronnée. 

On voit par les exemples que nous donnons ici que, dans les grandes 
cathédrales, à la lin du xie' sircjf et au conuuencement du xin^', les arts 
lil)t''rau\occu|)ai('n( une place importante; c'est qu'en effet, à cette époque, 
l'élude de la philosophie anti(pie, des sciences et des lettres, était en grand 
honneur, et sur nos monuments les personnilications des arts libéraux se 
trouvaient de pair a\ec les saints, les représentations des vertus, la para- 
bole des vierges sages et folles. L'idée de former un (Misemble des arts, 
de les rendre tous sujets de la philosoj)hie, était d'ailleurs heureuse, et 
explirpiait parfaitement les tendances encyclopédiques des esprits élevés 
de cette époque. 

ASSEIVIBLAGE, s. m. On désigne par ce mot la réunion de pièces de 
charpente (voy. charpente) . 

ASSISE, s. f. Cha(|ue lit de pierre, de moellon ou de brique, prend, dans 
une construction , le nom d'assise. La hauteur des assises varie dans les 
édifices du moyen âge en raison de hupialité des matériaux dont pouvaient 
disposer les constructeurs. Chacun sait (pie les pierres calcaires se ren- 
contrent sous le sol, disposées par bancs plus ou moins épais. Les archi- 
tectes du moyen âge avaient le bon espiit de modifier leur construction en 
raison de la hauteur natuielle de ces bancs. Ils évitaient ainsi ces déchets 
de pierre qui sont si onéi-eux, aujourd'hui (pie l'on prétend soumettre la 
pierre à une foriuo d'architecture souvent en désaccord avec la hauteur 
des bancs naturels des pieri-es. Les constructeurs antérieurs à l'éjioque 
de la renaissance ne connaissaient |)as les sciages qui permettent de 
débiter un banc calcaire en un plus ou luoins grand nombre d'assises. La 
pierre était (Muployee telle que la donnaient les carrières ; aussi la hauteur 
naturelle des assises a-l-elle une iplluence considérable sur la forme de 
l'architecture des édifices d'une même époque (voy. construction). 

ASTRAGALE, s. m. C'est la m(»ulure (pii sépare le chapiteau du fût de la 
colonne. Ihins les ordres romains, lastragale fait partie du fût; il est 

(lu code Niipolooii, rode |H'ii;tl). Toutes k's miililations des ligiiics si (•lll■i(■MS(■^ , et 
belles souNcnl, (|iic mms ;iv(tiis données ci-dessns, sitnt dues bien plus ;hi\ nuiins d(^s 
(Milants sorlanl de nets écoles publiques rpi'au niarleau des déinolisx'uis de 17915. 



— Il — I ASTRAGALE ] 

(•(»iii|t(>s(' (I un cavt't, diiii lilcl cl (11111 lorc (II. Celle tonne est suivie 
I j,Tnéi'alenieiil dans les éditices des premiers temps du moyen 
à^'e. Le l'ùl ûc la colonne porte l'astrafJiale ; mais, à partir du 
XII" siècle, on voit souvent Taslrajifale tenir au chapiteau, atin 
dV'viter révideiuent C()iisidt''ral)Ie (|ue son d(''^Mp'ment ohlii;»' 
de taire sur le tVit. Tant (pie la colonne est diminuée ou j4all)(}e, 
cet évidement ne se fait (]ue dans une pailie du l'ùl; mais 
quand la colonne devieiil un cylindre parlait, c'est-à-dire 
lorsque son diamètre est éjial du lias en haut, à dater des pre- 
mières années du xiii*' siècl<', rasirairale (hnient, sans excep- 
tion, un membre du chapileau. Son jirotil varie du x'' an 
xvi"si('cle, comme tonne et comme dimension. Dans les édilices de lépocpie 
carlovingienne, laslragale prend, relativement à la hauteur du chapiteau 
et au diamètre de la colonne, une plus grande importance que dans les 
ordres romains; le cavet s'amoindrit aux dépens du lore, ou disparail 
complètement [-2] ', ou bien est remplacé j)ar un ornement. I.a lorme de 




/F 



..^^ 



li 




A". 




^. 



Taslragale romain faisant partie du fût de la colonne est surtout conservée 
dans les contrées où les monuments antiques restaient debout. A Autun. 
à Langres. dans la Bourgogne, dans la l*rovence, en Auvergne, l'astragale 
conserve habituellement ses membres primitifs jusqu'au xiii»^ siècle; seule- 
ment, pendant le xii'" siècle, ils deviennent plus tins, et le cavet, au lieu de 
se marier au fût, en est séparé par une légère saillie (3) \ Quelquefois, à 
cette époque de recherche dans l'exécution des profils, le tore de l'astragale, 
au lieu de présenter en coupe un demi-cercle, est aplati (-i)^, ou est com- 
posé de fines moulures, ou taillé suivant un polygone (5) \ A mesure que 
la sculpture des chapiteaux devient plus élégante et refouillée, que les 

I A, df la ciyiile de l'église Saiiil-béger à Soissoiis; B, de la crjple de l'église de 
Saint-Denis en France; C, de la nef de l'église Saint-.Menoii (Hoiirbonnais). 
- Calliédrale de Laiigres. 
* Clocher vieux de la callK'dralc lic (lliarires. 
' Salle capiUilaire de Vézelav. A; Kglise de Montréal, H (Ronrgofjnc). 



I ASlK.VtiAl.t 1 l'I 

diaiiièlies des colonnes (ievieniit'iit moins t'oils , les astragales perdent de 






leur lourdeur primitive et se détachent bien réellenienl du lïit. Voici (0) un 
astragale de l'un des chapiteaux du clKeur de l'église de Vé/elay (premières 
années du xiii*' siècle) ; (7) des cluiititeaux de la galerie des rois de Notre- 




jp 



1 




1 



Dame de Paris (même époque). Puis enlin iinus donnons (S^ le profil de 
l'astragale adopté presque sans exception pendant le xni'' siècle; profil 
qui, conformément à la méthode alors usitée, sert de larmier à la colonne. 
Quehpu^fois. dans les édifices de transition, l'astragale est orné ; dans le 
chœur de la calhédiale de Paris . (pielques chapiteaux du tritorium sont 
munis d'astragales composés de rangées de petites feuilles deau (iM ; plus 





jV. 




tard encore trouve-l-(jn . surloul eu Noniiaudie, des astragales décorés, 
ainsi qu'on peut le remanjuer dans le cho'ur de la cathédiale du Mans (10). 



13 I VTTUIUITS I 

l*eiulant It'xivsit'cle. les astraiialpss'aniaiin'isscnt, leurs jjrfililsdoviciinciil- 
.. moins acct'ntiu's (1 1 ). Au XV siècle, ils prciiiH'iit 

I au contraire de la lourdeur el de la sécheresse, 



► 



^>>.^ connue tous les profils de cette époque; ils ont 

1^^^^ une forle saillie (|iii contraste avec l'excessive 

J^^^^ maigreur des coloimeltes ou prismes verticaux 

(l'2). 11 n'est pas l)(>soin d'ajouter ([u'au moment 

de la renaissance l'astragale romain reparait 

A' " f avec les imitations des ordres de l'antiquité. 

ATTRIBUTS, s. m. p. Ce soiit les objets enq)runtés à l'ordre matériel, 
qui accompagnent certaines tiguressculptéesou peintes pour les faire recon- 
naître, ou (|ue l'on introduit dans la décoration des édifices atin d'accuser 
leur destination, quchpietois aussi le molit'qui les a fait eleviM-; de rappeler 
certains événements, le souvenir des personnages qui ont contribué à leur 
exécution, des saintsauxquels ils sont dédiés. L'antiquitégrecque et romaine 
a prodigué les attributs dans ses monuments sacrés ou profanes. Le moyen 
âge. jusqu'à l'époquedela renaissance, s'est montré au contraire avarede ce 
genre de décoration. Les personnages divins, les apôtres, les saints ne sont 
que rarement acconq^agnés d'attributs jusque vers le milieu du xni«* siècle 
(voy. APÔTRE, saints) , OU du moms ces attributs n'ont pas un caractère 
particulier à chafjue personnage : ainsi les prophètes portent généralement 
des phylactères; Notre-Seigneur, les apôtres, des rouleaux ou des livres* ; 
les martyrs, des palmes. La sainte Vierge est un des personnages sacrés 
que l'on voit le plus anciennement accompagné d'attributs (voy. viergk 
sainte). Mais les ligures qui accompagnent la divinité ou les saints person- 
nages, les vertus et les vices, sont plutôt des symboles que des atfi'ibuts 

' " El remarque , dit Giiilhuiine Durand, que les patriarches et les prophètes 

sout peints avec des rouleaux dans leurs mains, et certains apôtres avec des livres, 
et certains autres avec des rouleaux. Sans doute parce qu'avant la venue du 
Christ la foi se montrait dune manière figurative, el qu'elle était enveloppée 
de heauciiup dohscurités au-dedans d'elle-même. C'est pour exprimer cela que 
les patriarches et le- prophètes sont peints avec des rouleaux, par lesquels est 
désignée en quelque sorte une coniiaiss;ince imparfaite; mais comme les apôlres 
ont élé parCaiteuient instruits par le Christ, voilà pourquoi ils peuvent se servir 
des livres par lesquels est désignée convenablement la connaissance parfaite. Or, 
comme certains «l'entre eux ont rédigé ce qu'ils ont appris pour le l'aire servir à 
renseignement des autres, voilà pourquoi ils sont dépeints convenablement, ainsi 
que des docteurs , avec des lixrcs dans leurs mains , comme Paul , Pierre , .Jacques 
et Jude. Mais les autres, n'ayant rien écrit de stable ou d'approuvé par l'Kglise, 
sont représentés non avec des livres, mais avec des rouleaux^ eu signe de leur 

prédication. On représente, ajoute-l-il plus loin, les confesseurs avec leurs 

attrilmis; les évéques mitres, les abbés encapuchonnés, et parfois avec des lis <|ui 
désignent la chasieté ; les docteurs avec des livres dans leurs mains, el les vierges 

'd'après l'Kvangde'i avec des lanq)es tiJuillaume Durand, lialional, trail. par 

M. C. Rarihélemv, chap. m. l'aris, l8o4.i 



[ AIJBlbK ] li 

prnpronioiit dits. F. os attril)iits no so sont ^uhv iiifrodiiits dans les arts 
plasti(iu«'s que l()rs(|iu' l'ait inclinait vers lo réalisme, au coninuMicenion! 
du XIV siècle. C'est alors que l'on voit les saints représentés tenant en main 
les instruments de leur martyre; les personna^'es profanes, les objets qui 
indiquent leur lanjj; ou leur état, leurs ^'oùts ou leurs passions. 

Il est essentiel, dans l'étude des monuments du moyen âge, de distin- 
liucv les attributs des symboles. Ainsi, |)ar exeinple , le démon sous la 
tij^ure d'un draj^on (|ui se trouve sculpté sous les pieds de la plupart des 
statues d'évèques, mordant le bout du bâton pastoral, est un symbole et 
non un attribut. L'aj^neau, le pélican, le phénix, le lion, sont des fijrures 
symboliques de la divinité, mais non des attributs; les clefs entre les 
mains de saint Pierre sont un synd)oIe, tandis que la croix en sautoir 
entre les mains de saint Andi'é. le calice entre les mains de saint Jean, le 
coutelas entre les mains de saint liaithélemy, léquerre entre les mains 
de saint Thomas, sont des attributs. 

Sur les monuments de l'antiquité romaine, on trouve fréquemment 
représentés des objets tels que des instruments de sacrifice sur les temples, 
des armes sur les arcs de triom|)he, desmascpies sur les théâtres, des chars 
sur les hippodromes; rien d'analoi^ue dans nos édifices chrétiens tlu moyen 
âf?e (voy. décoration, ohxkmknt), soit relij^ieux, civils ou militaires. Ce n'est 
fîuère qu'à l'époque de la renaissance, alors que \o ^où{ de Timitation des 
arts antiques prévalut, que l'on couvrit d'allributs les édifices sacrés 
ou profanes; que l'on sculpta ou peignit des instruments relif^ieux sur 
les parois des éiïlises; sur les murs des palais, des trophét^s ou des 
emblèmes de fêtes, et même souvent des objets empruntés au |)aganisme 
et qui n'étaient plus en usaye au milieu de la société de celte époque. 
Etrange confusion d'idées, en eflet, que celle qui faisait réunir sur la frise 
d'une église des têtes de victimes à des ciboires ou des calices; sur les 
trumeaux d'un |)alais, des boucliers romains à des canons. 

AUBIER, s. m. C'est la partie blanche et spongieuse du bois de chêne (jui 
se trouve immédiatement sous l'écorce et qui entoure le cœur. L'aubier 
n'a ni durée ni solidité, sa présence a l'inconvénient d'engendrcM- les vers 
et de provoquer la carie du bois. Les anciennes charpentes sont toujours 
parfaitement j)urgées de leur aubier, aussi se sont-elles bien conservées. 
Il existait autrefois, dans les forêts des Caules, une es|)èce de chêne, dile 
chêne blanc, disparue aujourd'hui, qui possédait cet avantage de donner 
des pièces d'une grande longueur, droites, et d'un diamètre à peu près 
égal du bas en liaul ; ce chêne n'avait que peu d'aubier sous son écorce, 
et on l'employait en brins sans le refendre. Nous avons vu beaucoup de 
ces bois dans des charpentes cxéculées j)endanl lès xni'', xivet xv siècles, 
qui, simplement é(|uanis à la hache et laissanl voir parfois l'écorce sur 
les arêtes, sont à j)eine chargés d'aubier. Il y aurait un avanlage considé- 
rable, il nous semble, à tenter de retrouver et de reproduire une essence 
(le bois possédani fies qualités aussi ])récieuses (\<>\. ciiviu'kmk). 



I.") [ AUTEL ] 

AUTEL, s. ni. Tout ce (|u»' Von peut savoir des autels de la primitive 
Église, c'est (|u"ils étaient inditl'éreiunient de bois, de pierre ou de métal- 
P(Mi(hmf les temps de persécution, les autels ('laient souvent des tables de 
bois (jue l'on j)ouvait tacilement transporter d'un lieu à un autre. L'autel 
deSaint-.lean-de-Latran était de bois. L'empereurConstantin ayant rendu 
la paix à l'Kuiise chrétiemie, saint Sylvestre fit placer ostensiblement dans 
cette basili(|ue l'autel de bois qui avait servi dans les temps d'épreuves^ 
avec défense (ju'aucun autre (]ue le pape n'y «lit la messe. Ces autels de 
bois étaient faits en forme de coftre, c'est-à-dire qu'ils étaient creux. Saint 
xVugustin raconte que Maximin, évèquede lia{.;ai en Afriiiue, fut massacré 
sous un autel de bois que les Donatistes enfoncèrent sur lui. Grég;oire de 
Tours se sert souvent du mot archa, au lieu d'ara ou d'altare, pour dési- 
gner l'autel. Ces autels de bois étaient revêtus de matières précieuses, or, 
argent et pierreries. L'autel de Sainte-Sophie deConstantinople, donné par 
l'impératrice Pulchérie, consistait en une table d'or garnie de pierreries. 

Il est d'usage depuis plusieurs siècles d'offrir le saint sacrifice sur des 
autels de pierre, ou si les autels sont de bois ou de toute autre matière, 
faut-il qu'il y ait au milieu une dalle de pierre consacrée ou autel portatif. 
Il ne send)le pas que les autels portatifs consacrés aient été admis avant le 
vm»" siècle, et l'on pouvait dire la messe sur des autels d'or, d'argent ou de 
bois. Théodoret, évèque de Cyr, qui vivait pendant la première moitié du 
v« siècle, célébra les divins mystères sur les mains de ses diacres, à la 
prière du saint ermite Maris, ainsi qu'il le dit dans son Histoire religieuse^ 
Théodore, archevêque de Cantorbéry, mort en 690, fait observer, dans 
son Pénitenliel ^, qu'on peut dire la messe en pleine campagne sans autel 
portatif, pourvu qu'un prêtre, ou un diacre, ou celui même qui dit la 
messe, tienne le calice et l'oblation entre ses mains. Les autels portatifs 
paraissent avoir été imposés dans les cas de nécessité absolue dès le 
viii'" siècle. Bède, dans son Histoire des Anglais, parle d'autels portatifs 
que les deux Evvaldes portaient avec eux partout où ils allaient ^ Hincmar, 
archevêque de Reims, mort en 882, permit, dans ses Capitulaires, l'usage 
des autels portatifs * en pierre, en marbre ou en mosaïques. Pendant les 
XI* et xir siècles, ces autels portatifs devinrent fort communs; on les 

' ... « Ego verb libenterobtemper:ivi , et sacra vasa adfeni jussi (nec enim prociil 
" aberat locus). Diacouunique manibiis utens pro allari , mysticum ol tlivinum ac 
•< salulare sacrificium obtiili. • 

î Cap. II. 

' Diicange, Gloss. 

' Cap. III. n ....Nemo presbyterorum in ;iltavi(i ab eplscopo non consecralo cantare 
• présumât. Oiiapropter si nécessitas poposcerit . donec ecclesia vel altaria cunse- 
" crentur, et in capellis etiam quic conseciationeni non nieientur, tabulam (piisque 
■' presbvter, ciii necessai inin lïierit, de niarnioie, vel nigra petra, aut lUro bonestis- 
" sinio , secundnni suani possibililalein , iioneste aireclatam iiabcal , et nobis ad 
" conseciamlnm nlVi^ral , ipiani scciini , cùin expedierit, deseiat , in qiia sacra niysteria 
■ secnndnni liUini ccclesiaruni ant-re valeat. ■ 



I Al'TKI. I _ |(i _ 

fiii|)(»rl;iil dans les voya^os. Aussi l'Ordre romain les appnllo-t-ii lahukis 
ilinerarias. Les inventaires des trésors d églises l'ont mention fréquem- 
ment d autels portatifs. 

Sur les tables d'autels fixes, il était d'usage, dès avant le ix^ siècle, 
d'incruster des propitialoircs , (\u\ étaient des p!a(|M('s d"or ou d'argent 
sur Icscpicllcs on oilVaii Ir saint sacrifice. Anaslliasc le lîihiiothecaire dit, 
dans sa Vie du pape Pascal /■•■, que ce souverain ixinlife lit poser un pro- 
pitiatoire en argent sur l'autel de Saint-Pierre de Rome, un sur l'autel de 
l'église de Sainte-Praxède, sur les autels de Sainte-Marie de Cosmedin, de 
la basilique de Sainte-Marie-Majeure. Le pa|)e Léon IV fit également faire 
un propitiatoire pesant lH livres d'argent et SO livies d'or pour l'autel de 
la i)asili(|U(' de Saint-Pierre. 

Les autels primitifs, cpi'ils fussent de pierre, de bois ou de métal, étaient 
creux. L'autel d'or di'essé par l'archevêque Angelbert dans l'église de 
Saint-And)roise de Milan était creux, o\ l'on pouvait apercevoir les reliques 
qu'il contenait par une ouverture percée par derrière '. 

Ij'évèque Adelhelme, (pii vivait à la lin du ix<siècle, raconte qu'un soldat 
du r()'\ P»ozon. qui elait devenu aveugle, recouvra la vue en se glissant sous 
l'autel de l'église de Mouclii-le-Nenf. du diocèse de l*aris, ])endant que l'on 
célébrait la messe. Lesmonnnicnis \iennent à cet égard appuyei'les textes 
nombreux que nous croyons inutile de citer"; les autels les plus anciens 
coimus sont généralement portés sur une ou plusieurs colonnes' (1 et 2). 
Laplu|)art des autels grecs étaient portés sur une seule colonne. L'usage 
des autels creux ou portés sur des points d'appui isolés s'est conservé 
jusqu'au xv^" siècle. L'autel n'était considéré jus(|u'alors que comme une 
table sous laquelle on plaçait parfois de saintes reliques, ou qui était élevée 
au-dessus d'une crypte renfermant un corps saint; car, à vrai dire, les 
reli(|uaii'es étaient plut(M, jjendaid le moyen âge, posés, à certaines occa- 
sions, sui- l'autel que dessous '. Il n'existe ])lns, que nous sachions, en 



' Ughdliis, t. IV. 

- Voy. Disnert. ecclés. sur los princip. aiilfls dcK ('ylisi's, par ,1.-15. Tliiers. Paris, 
1 6H8. Nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer nos lecteurs à ce curieux ouvrage, 
plein de recherclies savantes. 

' 1-a tiniire 1 donne l'anlel do la cliapoUo do la Viorçto do rôtjliso do Montr(^al 
(IJourL^o^no); cet aulel osl du xii' siècle, l.a liiçuro 2, le nuiilro aulol de l'église de 
Bois-Saiiite-Marie (Saône-el-Loire) ; col autel est du \i' siècle. A est le socle avec 
rincruslomenl des colonneltes ; 15, le chapiteau ilc la colonuelle centrale; C, la base 
d'iMio dos quatre colonnes. Nous deviuis ce dessin :i roi)ligeanco de M. Millet, rarchi- 
tecte lie la curieuse église de Bois-Sainlo-Marie. 

' « Rien ne nous porte à croire, dit Tliiers dans ses Disucrl. sni' /es )>riiicip. 
autch (/('.s ('(//j'st's (p. 42), qu'un ait mis des reliques des saints sur les autels avant le 
IX' siècle; nul canon, nul décret, nul règleineut. nul exemple, nul témoignage des 
écrivains ecclésiastiques, ne nou> le persuade ; ou, si l'on y eu a mis, les saints de qui 
elles étoients'en sont olfensés et les ont fait ôier.... Dans le x' siècle même, <|uelquos 
saints ont cru qu'il y avoit de l'irrévérence à mettre leurs reliques sur les autels. En 



ALTKI. 



France, d'autels complets d'uiie certaine importance antérieurs au 
XII* siècle. On en trouve fitfurés dans des manuscrils ou des bas-reliefs 




f S2 > 



-5iL. 



M. 




PIOAKD Sf 



avant cette époque; mais ils sont très-simples, presque toujours sans 
retables, composés seulement d'une table supportée par des colonnes et 
recouverte de nappes tombant sur les deux côtés jusqu'au sol. I/usage 
des retables est cependant fort ancien, témoin le l'etable d'or donné par 
l'empereur Henri II à la catbédrale de Bàle, en lOH), et conservé aujour- 
d'iiui au musée de Cluni (voy. retable) ; le grand retable d'or émaillé et 
enrichi de pierreries déposé sur le maitre-autel de l'église Saint-Marc de 
Venise, connu sous le nom de la Pala d'oro , et dont une partie date de 
la fin du xt" siècle; celui conservé autrefois dans le trésor de wSaint-Denis. 
L'autel étant consacré dès les premiers siècles, aucune image ne devait 
y être déposée en présence de l'Eucharistie ; mais le retable ne l'étant 
point^ on pouvait le couvrir de représentations de personnages saints, de 
scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament. Sauf dans certaines cathé- 
drales, à dater du xii'' siècle, les autels sont donc surmontés de retables 



voiri un exemple qui ne peut pas raisonnablement èU-e contesté. Bernou 1 , al)l)e de 
(;iuni, rapporte i;apu(l S. Odon, abb. (".luniac., L. 2) « qu'aussitôt qu'on eut mis, pour 
(luelqucs jours seulement, les reliques de sainte Cauburge sur l'aulel d'une église de 
son nom, et voisine de Cluni, les miracles qui s'y faisoient cessèrent; et que celte 
sainte, étant apparue à l'un des malades qui imploroit son assistance, lui dit que la 
raison pour laqm lie il ne recouvroil pas la santé était parce qu'on avoit mis ses 
reliques sur l'autel du Seigneur, qui ne doit servir qu'a la célébration des mystères 
divins. Ce qui donna occasion de les en ôler et de les rapporter dans le lieu où elles 
étoienl auparavant. El au même instant les miracles continuèrent de s'y l'aire. >• (Juil- 
laume luraiid. dans sim Hatioiial dci^ diviiin officea (cliap. III, p. xxv), qui date du 
XIII' siècle, admet les châsses des saints sur les autels. 11 dit : ■< ... Et les (liasses 
(capsse) posées sur l'autel, qui est le Christ, ce sont les apôtres et les imrtyrs •■ 

T. II. 3 



ALTKL 



— \H 



fori riches, et souvent d'une j^Tande diinension. (Jmmt nu\ lal)les des 
autels, jusque vers la ninilié du xii'' sièch^ elles sont très-fréqueininenl 
ereus(''es en forme de plateau. Saint lienii. ai(lievè(|nr de Lyon, avait 




■ 1,1,5. 




B!g^i^iii-'''''1ii!||||||ii illlii!l i|liil!::!:''''''ii!llii ''i'i'li 




donné à l'église Saint-Élienne, pendant le ix*- siècle, un autel de niarhre 
dont la table était creusée de si\ centimètres environ, avec de petits 
oritices à chacun des coins '. 1). Mahillon reproduit, dans le troisième 
volume de ses Annales liemdiciini , une tahle daulel de sept palmes de 
long sur quatre de large, donnée par l'abbé Tresmirus à son monastère 
de Mont-Olivet, du diocèse de Carcassonne, également creusée et remplie 
d'inscriptions et d'ornements gravés, avec les quatre signes des évangé- 
listes aux quatre c(»ins\ La grande table du maitre-autel de l'église 

' loyaijcs lUurgiques de France, par le sieur de .Moléon, p. 80. l'aris, 1718. 

- L'inscription qui faille tour de la table est ainsi conçue : « 'Jresniirus, gralia dei 




— Ï^J — [ ALTtL J 

Saint-S(Mniii do TkuIouso. retrouvée depuis (iiiel(|nos annéos dans l'une 
des ehaiH'lles, et conservée dans cette é^dise, était eiialeiuent entourée 
d'une riche hordure d"orneinents et creusée ; cette table parait appartenir 
à la première moitié du xii^' siècle. Il semlde que ces tables aient été 
creusées et percées de trous afin de pouvoir être lavées sans crainte de 
répandie à terre l'eau qui pouvait entraîner des parcelles des saintes 

espèces. Voici (3) la tl^aire 
de l'autel de la tribune de 
l'éj^dise (le Montréal près Aval- 
Ion, dont la table, portée sur 
une seule colonne, est ainsi 
creusée et percée d'un petit 
orifice '. « Le fjrand autel de 
la cathédrale de Lyon, dit le 
sieur de Moléon , dans ses 
Voi/ages liturgiques - , est 
ceint d'une balustrade de cui- 
vre assez légère , haute de 
deux pieds environ, et elle finit au niveau du derrière de l'autel, qui est 
large environ de cinq pieds. L'autel, dont la table de marbre est un peu 
creusée par-dessus, est fort simple, orné seulement d'un parement par 
devant et d'un auli'e au retable d'au-dessus. Sur ce retable sont deux 
croix aux deux côtés; Scaliger dit qu'il n'y en avait point de son temps. 
Guillaume Durand, dans son Rational, que l'on ne saurait tiop lire et 
méditer lorsqu'on veut connaître le moyen âge catholique', s'étend longue- 
ment sur l'autel et la signification des diverses parties qui le composent. 
« L'autel, dit-il d'après les Ecritures, avait beaucoup de parties, à savoir 
la haute et la basse, l'intérieure et l'extérieure.... Le haut de l'autel, c'est 
Dieu-Trinité, c'est aussi l'Eglise triomphante.... Le bas de l'autel, c'est 
l'Eglise militante; c'est encore la table du temple, dont il est dit : « Passez 
« les jours de letes dans de saints repas . assis et pressés à ma table près 
« du coin de l'autel.... » L'intérieur de l'autel, c'est la pureté du cœur.... 



\ 



. f£^ARa. se. 



abbas, edificavit banc dorauni, et jussil dedicare in fiouore saiicte Trinilatis, id est 
palris . et filii, et spirilus sancti. Deo gratias. » Dans la longueur, on lit cette autre 
inscription : » Amelius, uutu dei viceconies. » En cercle sont gravées les inscriptions 
suivantes : autour de la télé de lion (saint Marc) : ■ Vox per déserta frendens leocujus 
imagineui Marcustenet"-, autour de la tète de l'aigle (saint Jean) : « More volatiir aquila 
ad astra cujus figurani Johannes lenel »; autour de la tète du ve;iu (saint Luc): •■ Rite 
mactatur taurus ad aram cujus tipum Lucas tenet » ; autour de la tète de l'ange 
saint Mathieu) : « Specieni tenet et naturani Matheusut bomo. » ^T. \\\, p. i95.) 

' Cet autel date de la fin du xir siècle. 

« Page 4i. 

•' Rational, cbap. ii. (iuiilaunie Durand, èvèque île Mende, nnuirul a la lin du 
xiir siècle. Trad. par M. C Hartlièlemy. Paris, 18;)4. 



1 ALTKL I _ .2(» — 

L'pxtt'riciir de I iiiilcl. cCst le hi'iclit'r ou r;int('l iik'ihc de la croix.... Kn 
sot'oiid lieu, laiilrl siiiiiitic aussi lE^disc spiiiliicllc ; «M ses (|iialn' coins, 
1rs qiialiv pai'licsdii monde sur l('S(|U('ll('s IKi^lisc clond son cnipiic. Troi- 
sirnicnirnl. il est 1 inia;;»' du (Muisl, sans le(iu<'l aucun don no peut tMre 
offert d'une manière aj^réable au J*ère. C'est pourquoi l'Ejilise a coutume 
d'adresser ses prièi-f^s au Père par l'entremise du (llnisl. Un^drièmement, 
il est la fiij:ure du cor|)s du Seii;neur ; cinquièmement, il leprésenle la lable 
SIM' la(|ucllc ledhrist but el mant;ea avec ses disciples. Or. poursuit-il. on 
lil dans lExode (|uc Ion dèj)osa dans l'arche du Testament ou du Témoi- 
jiua^e la déclai-alion, c'est-à-dire les tables sur lescjuelles était écrit le 
témoi^Miajjre, on peut mèmedire les témoif^nagesdu Seigfneurà son peuple, 
et cela fut tait pour montrer que Dieu avait fait revivre par l'écriture des 
tables la loi naturelle }»ravée dans les cœurs des bonnnes. On y mit encore 
une urne d'or pleine de manne pour attestei' qu(> l)i<Mi avait domi('> du ciel 
du })ain aux tils dlsiafl, cl lavcriie dAaron pour monticr (jue toute jjuis- 
sance vient du Seigneur-Dieu , et le Deutéronome en signe du pacte par 
lequel le j)euj)le avait dit : « Nous ferons tout ce que le Seigneur nous dira.» 
Et à cause de cela l'arche fut appelée l'Arche du Témoignage ou du Testa- 
ment, et, à cause de cela encore, le Tabernacle fut appelé le Tabernacle 
du Témoignage. Or, on lit un jiropitialoire ou couverture sur l'Arche.... 
(^est à limitation de cela ([ue dans certaines églises on place sur lautel 
une arche ou un tabernacle dans lequel on dépose le corps du Seigneur el 
les reliques des saints.... Donc, ajoute (iuillaume Durand plus loin, par 
l'autel il faut entendre notre co'ur;... et le cœur est au milieu du corps 
comiue l'autel est au milieu de l'église. C'est au sujet de cet autel que le 
Seigneur donne cet ordr<' <lans le Lévilique: «l.e feu brûlera toujours sur 
« mon autel. » Le feu, c'est la charité; l'autel, c'est un co'ui- pur.... Les 
linges blancs dont on couvre l'autel représentent la chair ou l'humanité 
du Sauveur.... » Cuillaume Durand termine son chapitre de l'Autel, en 
disant que jamais l'autel ne doit être dépouillé ni revêtu de parements 
lugubres ou d't'pines, si ce n'est au jour <le la Passion du Seigneur (ce 
que, ajoute-t-il, rei)rouve aujourd'hui le concil(Mle Lyon), ou lorsque 
l'Kglise est injustement dépouillée de ses droits. Dans son chapitre m 
(des Peintures, etc.), il dit : « On j)eint quelquefois les images des saints 
Pères sur le retable de l'autel.... Les ornements de l'autel sont des coti'res 
et des châsses (capsis) , des tentures, des phylactères (pliilotteriis) , des 
chandeliiMs, des croix, des franges d'or, des bannières, des livres, des 
voiles et d( s courtines. Le colfre dans lefjuel on conserve les hosti(^s con- 
sacrées signifie le corps de la Vierge glorieuse.... Il est parfois de bois, 
parfois d'ivoire blanc, parfois d'argent, parfois d'or et parfois de cristal.... 
Le même coffre, lorsqu'il contient les hosties consacrées et non consacrées, 
désigne la mémoire humaine ; cai' l'honnne doit se rappeler contimu'lle- 
ment les biens (|u'il a icçus de Dieu . tant les lenqxirels. q\\\ sont figurés 
par les hosties non consacrées, que les spirituels, représentes par les hos- 
ties consacrées... Et les châsses (capsœ) posées sur l'autel, cpii est le Christ. 



— -21 — [ AUTKL ] 

ce sont les apôtres et les martyrs; les tentures et les linj^es de l'autel, ce 
sont les confesseurs, les vierges et tous les saints, dont le Seigneur dit au 

prophète : « Tu te revèlii'as d'eux eomnie d'un vtMenient » On j)la(e 

encore sur l'autel même, dans certaines églises, le lahernacle {laberna- 
cuhim), dont il a été parlé au chapitre de TAutel. 

« Aux coins de l'autel sont placés à demeuie deux chandeliers, pour 
signitier la joie des deux peuples qui se réjouirent de la nativité du Christ ; 
ces chandeliers, au milieu desquels est la croix, portent de petits tlam- 
beaux allumés ; car l'ange dit aux pasteurs : (( Je vous annonce une grande 
M joie qui sera pour tout le peuple, parce qu'aujourd'hui vous est né le 
« Sauveur du monde » 

« Le devant de l'autel est encore orné d'une frange d'or, selon cette 
parole de l'Exode (chap. xx\ et xxvm) : « Tu nie construiras un autel, et 
« tu l'entoureras d'une guirlande haute de quatre doigts. 

«Le livre de l'Evangile est aussi placé sur l'autel, parce que l'Evangile 
a été publié par le Christ lui-même et que lui-même en rend témoignage.» 
En parlant des voiles, l'évêque de Mende s'exprime ainsi : « Il est à 
remarquer que l'on suspend trois sortes de voiles dans l'église, à savoir : 
celui qui couvre les choses saintes, celui qui sépare le sanctuaire du clergé, 
et celui qui sépare le clergé du peuple.... Le premier voile, c'est-à-dire 
les rideaux (|ue l'on tend des deux côtés de l'autel, et dont le prêtre 
pénètre le secret, a été figuré d'après ce qu'on lit dans l'Exode (xxxiv).... 
Le second voile, ou courtine, que, pendant le carême et la célébration de 
la messe, on étend devant l'autel, tire son origine et sa figure de celui qui 
était suspendu dans le tabernacle et qui séparait le Saint des saints du lieu 

saint (]e voile cachait l'arche au peuple , et il était tissu avec un art 

admirable et orné d'une belle broderie de diverses couleurs;... et, à son 
imitation, les courtines sont encore aujourd'hui tissues <,\e diverses cou- 
leurs très-belles.... 

« Dans quelques églises, l'autel, dans la solennité de Pâques, est orné 
de couvertures précieuses, et l'on met dessus des voiles de trois couleurs : 
rouge, gris et noir, qui désignent trois époques. La première leçon et le 
répons étant finis, on ôte le voile noir, qui signifie le temps avant la loi. 
Après la seconde leçon et le répons, on enlève le voile gris, qui désigne le 
temps sous la loi. Après la troisième leçon, on ôte le voile rouge, qui 
signifie l'époque de la grâce, dans laquelle, par la Passion du Christ, 
l'entrée nous a été et nous est encore ouverte au Saint des saints et à la 
gloire éternelle. » 

Quelque longues que soient ces citations, on comprendra leur impor- 
tance et leur valeur; elles jettent une grande clarté sur le sujet qui nous 
occupe. Tant que le clergé maintint les anciennes traditions, et jusqu'au 
moment où il lut entraîné par le goût quelque peu désordonné du 
xvF siècle, il sut conserver à l'autel sa signification première. L'autel 
demeura le symbole visilile de l'ancienne et de la nouvelle loi. Chacune 
des parties qui le composaient rappelait les saintes Ecritures, ou les grands 



[ ALTKI. I "2^2 — 

faits (le la |)riiniti\p Éi,Misp. Toujuiiis sinipit» de luinic, (|ii(' sa inalièrc lïit 
pivciouse on coiiiiiiunc, il était ciittiuii; de tout ce (jiii devait \o lairo 
paraître saint aux yeux des fidèles, sans que ces accessoires lui otassent 
ce caractère de siinplicite et de pureté (jue l<' faux {ioùt des derniers 
siècles lui ont enlevé. 

Nous allons essayer , soit à l'aide des textes, soit à l'aide des monu- 
ments, de donner une idée coniplèle des autels de nos t'^dises du moyen 
k'jfe. Mais d'abord, il est nécessaiie délahlii- une distinction entre les 
différents autels. Dans les églises cathédrales, le maitre-autel non-seule- 
ment était simple de forme, mais souvent même il était dépourvu de 
retable, entouré seulement d'une clôture avec voiles et courtines, et 
surmonté au dossiei' d'ime colonne avec crosse à laquelle était suspendue 
la sainte Eucharistie. Sui' les côtés ('taient (Mahlies des armoires dans 
les(|uelles étaient renfermées les reliques; (|uei(|uefois , au lieu de la 
suspension, sur l'autel, était posé un riche tabernacle, ainsi que nous 
l'apprend (iuillaume iHnand, destiné à contenir les hosties consacrées et 
non consacrées. Toutefois, il est à présumei- fjue ces tabernacles ou 
coffres, n'étaient pas fixés à l'autel d'une manière permanente. Sur 
l'autel même se dressaient seulement la croix et deux lland)eaux. Jus- 
qu'au XIII'' siècle , les trônes des évéques et les stalles des chanoines 
ré}J[uliers étaient disposés généralement, dans les cath«'drales, au chevet ; 
le trône épiscopal occupait le centre. Cette disposition, encore conser- 
vée dans queUpies basiru|ues roniaines , 
entre autres à Saint -.leaii-de- Latran , à 
Saint-Laurent hors les murs (i) ', à Sainl- 
Clement (5) % etc., et qui appartenait a 





la piimitive Église, devait nécessairement empêcher l'établissement des 
contre-autels' ou des retables, car ceux-ci eussent caché le célébrant. 
Aussi ne voil-on guère les retables apparaît i-e (jue sur les autels adossés. 



> Dniis lo ])I;ni (|iie nous donnons ici, l'autol est élevé en A sur iint' crvi»!»' on 
lonlessioii ; le Irônc épiscopal est en \i. 

* Dans ce pian, l'autel esl en .\, le Irônc épiscopal en 15. 



-l'.i — [ ALTKI. I 

sur ceux desrhapolles. raivnifiit sui' les autels principaux des cathédrales. 
ï>ans les éi,dises monastiques, il y avait presque toujouis l'autel niatu- 
tinal, qui était celui oîi se disait lOtlice oi-diiiaire. plact' à l'entrée du 
sanctuaire au bout du chteur des relif;icux , et l'autel des reli(|ues^ posé 
au fond du sanctuaire, et derrière ou sous lequel étaient conservées les 
châsses des saints. C'était ainsi qu'étaient établis les autels principaux de 
l'église de Saint-Denis en France , dès le temps de Su},'er. Au fond du 
rond-j)oint, l'illustre abbé avait fait élever le leliquaire contenant les 
châsses des saints martyrs , en avant du(juel était placé un autel. Voici 

la description (pie donne L). Doublet de ce monument l'cmarquable 

« En ceste partie est le très-sainct autel des glorieux saincis martyrs (ou 
« bien l'autel des corps saincts. à raison que leurs corps reposent soubs 
(( iceluy), lequel est de porphyre gris beau en perfection : et la partie 
K d'au-dessus, ou surface du même autel, couverte d'or fin, aussi enrichi 
« de plusieurs belles agathes, et pierres précieuses. Là se voit une excel- 
le lente table couverte d'or (un retable), ornée et embellie de pierreries, 
(( qu'a fait faire jadis le roi Pépin, laquelle est quarrée; et sur les quatre 
« costez sont des lettres en émail sur or, les unes après les autres, en ces 
(( termes: lierlrada Denm venerans Chhsioque sacrala. Et puis : Pro 
« Pippino rege fœlicissinio quondam.... Au derrièie de cet autel est le 
(( sacré cercueil des corps des saints martyrs, (|ui contient depuis l'aire et 
« pavé cinq pieds et demy de hault, et huict pieds de long sur sept pieds 
« de large, fait d'une assise de marbre noir tout autour du bas d'un pied 
« de hault, et sur la dicte assise huit pilliers quarrez aussi de marbre noir 
« de deux pieds et demy de hault, et sur iceux huit pilliers une autre 
« assise de marbre noir, à plusieurs moulures anciennes, et entre les 
i( dicis huit pilliers, huit panneaux de treillis de fonte, enchâssez en bois, 
<( de plusieurs belles façons, de deux pieds et demy de long, le pillier du 
« milieu de derrière, et pareillement le pillier de l'un des coings du dit 
(( derrière, couverts chacun d'une bande de cuivre doré, aussi iceux 
« treillis et bois couverts de cuivre doré à feuillages, avec plusieurs 
M émaux ronds sur cuivre doré, et plusieurs clous dorés sur iceux ; et sur 
« le marbre de la couverture, dedans ledit cercueil, une voulte de pierre 
'( revestuë au dedans de cuivre doré, qui prend jusque soubs l'autel, qui 
(( est le lieu où reposent les sacrez corps des apôtres de France saint Denys 
K l'Aéropagite, saint Hustic, et saiiU Éleuthère, en des châsses d'argent de 
« très-ancienne façon, pendantes à des chaînettes aussi et boucles d'ar- 
(( gent, pour lesquelles ouvrir il y a trois clefs d'argent... Au-dessus dudit 
« cercueil il y a un grand tabernacle de charpenlerie de ladite longueur 
« et largeur en façon d'église, à haute nef et basses voûtes, garny de huict 
« posteaux, à savoir à chacun des deux pignons quatre, les deux des coings 
« ronds de deux pieds et demy de hault, et les deux autres dedans œuvre 
« de six pieds et demy de hault , aussi garny de bases et chapiteaux : et 
« entre iceux trois béez et regards de ténestres à demy ronds portaiis leur 
« plein centre, et celle du milieu plus haulle que les autres : le dessus des 



[ AITKI. ] — '2-4 — 

(( pillipi'S (le dedans œuvre en manière d'une nef d'église de ladite lon- 
(( gueur, et de deux pieds et deniy de large, portant de costé et d'autre 
.( dix coloniheltes à jour, et deux aux deux bouts à I)ase et cluipilcau 
(( d'ancienne t'avon : au-dessus de ladite nel' et coloniheltes de chacun 
(( costé est un appentil en manière de basses chapelles, voûtes et allées, 
« les coste/. et ceintres à demy ronds portans (juatre culs de lampe; à 
« chacun des deux pignons de ladite nel'cincj petites fenestres, trois par 
(( haut à deux petits pilliers rpiarrez parvoye, et au-dessous d'eux, au 
(( milieu un pilhcr rond; le dedans de hi nefiemply j)ar bas d "une Ibi'ine 
« de cercueil, et les deux coslez aussi rein|)lis par bas dune même forme 
« de cercueil de bois de la longueur dudit tabernacle, celle (bi mibeu plus 
« liiiul eslevée que les autres. Le devant du cercueil du milieu joignant 
« ledit autel est garny en la Ixtrdure d'en bas de plusieurs beaux esmaux 
« sur cuivre doré, en favon dapplicpu' de diverses façons, et au-dessus 
« desdits esmaux i)lusieurs belles agathes. les unes en façon de camahieux 
(( à faces d'honmies (camées) et les autres en fond de cuve (chatons).... 
« Tout le devant de cet autel est couvert d'or, et enrichy de belles perles 
« rondes d'Orient, d'aiguës marines en fond de cuve, de topazes, grenats, 
(( saphirs, amatistes, cornalines, presmes d'esmeraudes, esmaux d'ap- 
« prupie et cassidoines, avec trois belles croix posées sur la pointe de 
(( chacun pignon du cercueil , dont celle du milieu est d'or, et les autres 
« d'argent doré, enrichies de beaux saphirs, de belles amatistes,,de grenats 
(( et presmes d'esmeraudes. Au derrière du cercueil préallégué ce vers-cy 
« est escrit en lettres d'or sur laiton, ainsi c(ue s'ensuit : 

« Facitulnnnque lalus, fronlem, leclumque Suggerns'. » 

Cette description si minutieuse de l'autel des reliques de l'abbaye de 
Saint-l>enis l'ail voir que, si le reliciuaire ('tait important et aussi riche j)ar 
son oinemenlation (pie par la matière, l'autel placé en avant conservait 
la simplicile des formes primitives, que cet autel elait indépendant du 
reli(piaire, que les trois châsses des saints étaient placées de façon à 
pénétrer jusque sous la table , et que les cercueils supéricnus disposés 
dans le grand tabernacle à trois nefs étai(>nt feints, et ne faisaient que 
rappeler aux yeux des tidèles la présence des cor|)s saints (pi ils ne j)Ou- 
vaient apercevoir. Sans prétendre faire ici une reslauiation de cet autel 
remar(piable, nous croyons cependant dtnoii' en domiei' un ciocpiis aussi 
exactement tracé que possible d'aj)rès la description, alin de rendre le 
texte intelligible pour tous (('•) '^ Cet autel et son reli(|uaire, placés au fond 
du rond-i)oinl de l'église abbatiale, n'étaient pas entourés d'une ch'iluic 
particulière, car le sanctuaire elait lui-même fermé et élevé au-dessus du 

' yUiliq. de l'ahbtnje de Suinct-Dennn en France, par F. J. Doublet, IG-2o, 1 I, 
p. 289 et siiiv. 

^ INous doiinniis (mi A le plan de cet autel et reliquaire, dressé d'aprt's les dimensions 
données par 1). Doultlel. 



lilbrary 



-2:> 



Al ni. 



sol (le la iiot'ct (In liaiisscpt. dr trois iiu-lres t'uvinm ; il nctail acAîoiiipaj^iic 



^ 1^ H^ . 



6 




que de deux armoires à droite et à gauche, contenant le trésor de Téirlise 



r. M. 



I AITKL 1 — -2{\ — 

(voy. AïoioïKi:). (Jiianl à laiitcl iiialiiliiial place ii I c\li'(''iiiil(' de I a\r de la 
croisée ot j)rt'S(|iir adosse à la Ii iluiiic roniicc |>ar rcxliaussciiiriil du saiir- 
tiiaire. il ('lait ciitoiuvdf ^l'illcs de l'cr « l'ailcs par beaux (•ompaiiinitMils, )> 
coiii|)()S('(run<' table de niaibre portée sur cpialre piliers de marbre blanc; 
il avait été consacré pai' le pape saint Etienne '. A la lin du \v siècle, 
cet autel était encore environné de colonnes de vermeil surmontées de 
figures d'anges tenant des (lambeaux, et reliées par des tringles sur les- 
quelles glissaient les conrlint^s. Derrière le retable, (pii était d'or, avait 
été élevée la ciiàsse renl'ermant les relirpies du roi saint Louis. 

Vu «lélicieux tableau de Van Eyck, conserve à Londres dans la colleclion 
de lord ***. nous donne la disj)osition et la forme des |)arlies supérieures 
de cet autel ; le dessous de la table de l'autel e^t caelie par un rielie pare- 




ment de tapisserie (7). On retrou>e ici le retable doime par (Charles le 

' I). i>(lllltl('l, llliip. WXVIII. 



"27 [ AUTKL 1 

dliauvt' vl la croix d'oi' (loiinéc par l'abbé Suger '. Le tableau de Vaii Eyck 
est exécuté avec une Hnesse et une exactitude si reniaïquables, que l'on 
distin^aie parfaitcMiient JKscju'aiix iiioiiidres détails du retable et du reli- 
quaire. Les caractèies particuliers aux styles dilVereiils sont observés avec 
une scrupuleuse tidelite. On voit que le retable appartient au ix*" siècle; 
les colonnes, les anj^es et le reli(|uaire, à la tin du xiii<" siècle. 

D. Doublet donne, dans lecliapitre xi.v de ses Anliquilezdc t'ahhai/e de 
Sainl-lfenis, une description minutieuse du retable d'or de cet autel, qui 
se rai)porle entièrement au tableau de Van Eyck ; il mentionne la qualité 
et le nombre des pierres piécieuses, des perles, leur position , les acces- 
soires qui accompagnent les personna^ics. 

Guillaume Durand semble admettre que tous les autels de son tenqîs 
tussent entourés de voiles et courtines, et en ettet les exemples donnés par 
les descriptions ou les représentations |)eintes ou dessinées (car inalbeu- 
reusement de tous ces monuments pas un seul ne reste debout) vi<'nnent 
appuyer son texte. Du teuips de Moléon ( 1 7 1 S) , il existait encore un certain 
nond)re d"autels ayant conservé leur ancienne disposition. Ot auteur cite 
celui de Saint-Seine, de Tordre de saint Benoit ^ « Le {.,Mand autel est sans 
retable. Il y a seulement un gradin et six chandeliers dessus. Au-dessus est 
un crucifix haut de plus de huit pieds, au-dessous duquel est la suspension 
du saint sacrement dans le ciboire; et aux deux côtés de l'autel il y a 
quatre colonnes de cuivre, et quatre anges de cuivre avec des chandeliers 
et des cierges et de grands rideaux. » A Saint-Étienne de Sens (la cathé- 
drale), même disposition. A la cathédrale de Chartres, « le grand autel 
est fort large; il n'y a point de balustres, mais seulement des colonnes de 
cuivre et des anges au-dessus autour du sanctuaire. Le parement est attaché 
aux nappes, un demi-pied sur l'autel ; la frange du parement est tout au 
haut sur le bord de la table. Au-dessus de l'autel il y a seulement un pare- 
ment au retable, et au-dessus est une image de la sainte Vierge d'argent 
doré. Par derrière est une verge de cuivre, et au haut un crucifix d'or de la 
grandeur d'un pied et demi, au pied duquel est une autre verge de cuivre 
qui avance environ d'un pied ou d'un pied et demi sur l'autel, au bout de 
laquelle est la suspension du saint ciboire, selon le second concile de Tours, 
sub titulo cnicis corpus Domini componalur. » A Saint-Ouen de Uouen, 
« le grand autel est simple, séparé de la nmraille, avec des rideaux aux 
côtés, une balustrade de bois, quatre piliers et quatre anges dessus, comme 
à celui de l'église cathédrale. Au-dessus du retable est la suspension du 
saint ciboire (au pied de la croix), et les images de saint Pierre et de saint 
Paul, premiers patrons, entre deux ou trois cierges de chaque côté. Il y a 
trois lanq^es ou bassins devant le grand autel, avec trois cierges, connue à 

< Un peut encore voir une lepiésentation de ceUe eroix dans le Irésor de Sainl- 
Denis , gravé dans l'ouvrage de D. Kéliliien ; quant au relii|iiairc de vermeil, les 
liuguenots s'en emparèrent lorsqu'ils prirent Saint-Denis. 

' Saint-Seine, près Dijon. (Vofidijcs til\iriii(jiii'^ en Fraiicr, p. l'iT.; 



[ AIITKL i _ -2S _ 

la catln'dralf. » .1.-1». iliici>' déiiKtiili»' ( laiicmcnl (|iii' l'iisajif d'entourer 
les autels de voiles, encore conservé de son tenii)s dans (|uel(|ues éiiiises, 
j'iait 1,'énéral dans les pieniiers siècles du christianisme. Nous donnons ici 
la copie de l'ancien maître-autel de la cathédrale d'Arras (S), représenté sur 
un tahleau du xvc' siècle conservé dans la sacristie de cette éj,dise *. (let 
autel datait ceitainement du xiir' siècle, sauf jteut-éire la partie supérieuie 
do la suspension, la croix, qui parait appartenii- au xv. Ce charmant 
monument était construit partie en n)arl)re hlanc, partie en ar^^ent naturel 
ou doré. La pile postérieure derrière le retable était en marbre rehaussé 
de (pielques doiures; elle |)ortait une petite statue de la Vierge sous un dais 
coui'omic d'un cruciliement en arj^t'ut, avec saint Jean et la A ierj^^e ; trois 
anj^es reçoivent le ])récieux san^ de Notre-Sei^iieur dans de petites coupes. 
Derrière le dais de la Viei'j^e était un anj^e en vérnieil sonnant de l'olilant. 
Une crosse en vermeil à laquelle s'altachail un an^e aux ailes déployées 
soutenait le saint ciboire suspendu par une petite chaîne. Sur le letahle 
étaient jxisésdes l'cliquaires.Six colonnes d'ari;enl et de \('iiiieil portaient 
six an^cs entre les mains desquels on distiniiiie les iiisliumenls de la 
Passion. Dans le tableau de la sacristie d'Arras, l'autel ainsi (|ue le retable 
sont couverts de parements semés de lleurs de lis. Nous ne savons pas 
comment était décoré le retable sous li' parement ; quant à l'autel, il 
présentait une disposition très-remarcpialde . disposition (|ue nous repro- 
duisons dans la trravure (fii^. S), d'après un dessin de feu (iarnerey ■'. 

Le maîlie-aiilel de la catliédrale de Paiis, qui est représenté dans une 
gravure de i(i(i-2 ', est disposé connue celui de lacathediale d'Arras. Quatre 
anj,'es tenant les instruments de la Passion sont posés sur (piati-e colonnes 
de cuivre portant les trinjj;les sur lesquelles «^dissent les courtines. A Notre- 
Dame de Paris, l'autel était fort sinqile, revêtu d'un parement ainsi que le 
retable; derrière l'autel s'élevait le i^rand r(Miqiiaire contenant la cliAsse 
de saint Marcel. « Premièrement, dil le i*. Du P»i<'ui '', derrière et au hault 
<( du ^rand autel, sur une large tal)ie de cuivre, soutenue de quatre {j;ros 
« et fort haults pilliers de même estotî'e, est posée la châssede sainl Marcel, 
K neutième évéque de l*aris, laquelle est d'argent doré, enrichie d'une 
« intinité de grosses peiles et pi(Mres précieuses — Plus haull d'iceile, 
(( est une fort grande croix, dont le crucifix est d'argent dort'. » 

Acùté de ce relitpiaire était un autre autel : « Au côte droit, |)oursuit Du 
« Breul, sui' l'autel de la Trinité, dict des Ardents, est la châsse de Notre- 

' Dinsert. ccclés. .si/r les princip. inili'ls des éiilises, cli. xiv. 

- V(»yez Aiumles archmlniiiquefi , I. IX, p. I, l'ailiclo de M. l,:is>iis ot los notes fie 
.M, l)i(iroi), ainsi que la gravure extVnléo sur nn calque de ce lalili an. 

* Nous devons la conservalion de ce dessin à M. i-assus, (iiii , du \ivant île M. Ijur- 
nerey, en avall l'ail un calque. Ce dessin esl n'iiidduil dans les Aimdles urchéolo- 
(jiqites, l. IX. 

• I^Knlrée Iriomphitnlc île Lnirs Majcslrs Lmiis \l\ ri M a r if- Thérèse ihnis lu 
ville de Piiris. Paris, 1()()2, in-l . 

s Thciilrc (les (iiili'i. (Il' l'diis. |iar l{. I'. !•'. .Iai(|iies \Ui l'.reid, y. :\C>. |':iiis, Mil 2. 



— -20 



Auri: 




(I hamc. (lar^riit (ioiv \ cnU' sciipstrc diidict aiilcl (piiiicipal) est une 



AIjTKL 



;{() 



(( châsse (le luds , ayaiil seulciiiciit le dcxiini ((imcil d'arj^enl dmi;, en 

« l;i(|ii('llo est lecoi'ps (le sainct Lucain. iiiailyi' Au-dessus diidicl aulel 

« de la Trinité sont plusieurs cliàsses » 

Voici, (ra|)ivs la iiiavui'e dont nous avons ])ai"le loul a llieure. la vue de 
cet aulel principal de Notre-Dame de l*aris, avec la (liasse de saint Marcel 
suspendue sous son j^rund ltalda(|uin (9). Ce niailre-aiitel parait avoii-été 




élevé vers la lin du \iii'' siècle; peut-èlre elail-il contemporain de la 
clôture du cliu'ur. (jui date du commencciin'iit du \i\"' sirclc. 



— 31 — [ AUTKI. ] 

L'auti^l dos rpli(iues do la ratlicdrale d'Arras disposé au chovot de retto 
«''^list\ et (|ui est icpi'odiiil dans les Annales arch(''ologi(iuc!> do M. Didroii, 
d'aprôs un lal)loau consorvô dans la saciislio, piu'sonlait nuo disj)()sit'Kui 
analoguo à collo ûi' l'autol du cliovot do Notro-nanio do Paris, si co n'osl 
quo lo roliquaire osl suspoudu au-dossus de l'autel, scellé aux deux piles 
extrêmes de lahside, et qu'on y monte par un petit escalier en bois posé 
à la droite de cet autel '. 

I.'usago do poser dos paremenifi ' devant les autels, bien qu'ancien, ne 
tut pas adopte uniformomont on Franco, (^.ola explique poui(pioi, à partir 
du xio siôolo, (piol(|uos tables dautols anciens sont poiloos sin-dos massifs 
bruts, tandis quo d'autres sont soutenues par des colonneltes riches de 
sculptures, des arcatures, des plaques de pierre ou de marl)re incrustées 
ou sculptées. I.e sieur de Moléon observe ' « que dans les chapelles de 
léglise calliédrale d'Anjiors, les autels (selon l'ancien usaçte quo nous avons 
conservé lo vendredi saint, et, il n'y a pas encore lonytenqis, lo samedi 
saint aussi) sont à nu, et ne sont couverts de quoi quo ce soit ; de sorte 
(jue ce n'est qu'un moment avant que d'y dire la nu^sse qu'on y met les 
nappes, qui débordent comme celle qu'on mot sur une table où l'on dîne; 
et il n'y a point de parement. » La forme la plus habituelle de l'autel, 
pondant lo moyen àfïo. qu'il soit ou non revêtu de parements, est celle 
d'une table ou d'un cotiVe. 

Il est certain que les beaux autels des chapelles de l'église abbatiale de 
Saint-Denis en Franco dont nous donnons plus loin les dessins, et tant 
d'autres, portés sur des colonnes ou i)ivsontant des faces richement déco- 
rées de sculptures, de peintures et d'applications, n'étaient pas destinés à 
recevoir des parements ; tandis quo très-anciennement déjà certains autels 
en étaient garnis. L'autel niajour de la cathédrale de Reims avait un pare- 
ment en partie d'or fin, en partie de vermeil, donné par les archevêques 
Hincmar et Samson des Prés. L'autel des reliques de l'église de Saint-Denis 
était également revêtu sur la face d'un parement d'or enrichi de pierres 
précieuses qui avait été donné par Suger. Mais le plus souvent les pare- 
ments étaient d'étoffes précieuses, pour les devants d'autel connno pour 
les retables. Guillaume iHirand '* n "admet pour les vêtements ecclésiastiques 
que quatre couleurs principales : lo blanc, le rouge, le noir et le vert ; il 
ajoute, il est vrai, que l'emploi de ces quatre couleurs n'est pas absolu- 
ment rigoureux ; l'écarlate peut, selon lui, être substitué au rouge, le violet 
au noir, la couleur hi/sse au blanc, et le safran au vert. Il est |)robable que 
les paromonis dos autels étaient soumis, comme les vêtements <>cclosias- 

• AniKiles urchéo'., t. Vlll. Nous lu; ixnivoiis mieux (idro que de renvoyer nos 
lecteurs à la gravure flou née par MM. I,as^iisft (iaiiclicrcl. 

* Ou eiilt'ud par jmrrmeidfi un l'cvr'tonK'iil moliili' ([tie l'on place dovaiit cl sur les 
côtés des auteU ou rclahlcs , cl (pic l'on change suivant les fêles ou les époques de 
l'annéo. ( Voy. le Dictionnaire du Mobilier, an mol i>ari;ment . 

3 Page 79. 

'' litlliOHlll, C. XVIM, I. II. 



I AITEL 1 — 3'2 — 

tuiuos, àceslois, et il faut les(listin^niprdesc(»ii\frliirosou iiapj)es rouges, 
grises et noires dont parle révèque de Mende dans son troisième cliapitre, 
cité plus haut. Kn changeant la couleur des vêtements ecclésiaslifiucs 
suivant les ditl'éreiUs tem|)s de lannec. le clergé changeait étialenicnl, 
comme cela se prali(jue encore aujourd'iiui, la couleur des parements 
d'autels, lorscpie ces parements étaient faits en étoiles. Il en était de même 
des voiles et courtines entourant les autels; ces tentures étaient xariahles. 
Nous ajouterons, au sujet des voiles et courtines, fpiils n'étaient pas 
uniformément disposés pendant le moyen Age autour des autels. « Outre 
<( (|u'auj(»ur(l'hui, dit Thiers (chap. xix) ', il y a peu de cilxiii'es au-dessus 
a (les autels, hors lltalie , il n'y a point d'aulels ([ui aient des voiles ou 
« rideaux tout autour. La vérité est qu'en plusieurs anciennes églises, 
« tant séculières que régulières, les principaux autels ont des xoiles au 
« côté droit et au côté gauche; mais ils n'en ont ni au devant, ni au der- 
« rière, parce (pi'au derrière il y a des retables, des tableaux ou des images 
<( en relief, et (|ue le devant est entièrement ouvert . si ce n'est ([u'eii 
« carême on y met ces voiles dont parlent lielelh-, Dm and % et les Iz de 
« Citeaux'*. En d'autres églises, les autels n'ont point du tout de voiles, 
(( (pioicju'il y ait apparence qu'ils en ont eu autrefois, ou au moins à droite 
« et à gauche, ce qui se reconnoît par les pilaatrcs ou colonnes île bois ou 
(( (le cuivre <|ue l'on y voit encore à pn'sent. Kniin il y a une inlinité 
(( d'autels (pii non-seulement n'ont point du tout de voiles, mais (|ui no. 
.( paraissent pas même en avoir eu autrefois, n'ayant aucun vestige de 
« i)ilastres ou colonnes. 11 y en avoit cependant autour des anciens autels, 
(( dans les églises d'Oiient , comme dans celles d'Occident , et on les y 
« tenoit dépliés et étendus (fermés) au moins pendant la consécration et 
« jusqu'il l'élévation de lasainte hostie, atiii de piocurei' j)lus devénéralion 
« aux divins mystères. » Après une dissertation étendue sur l'usage des 
voiles posés au devant des autels grecs . Thiers termine son chapitre en 
disant: << A l'égard des églises d'Occident, nous avons des preu\es de reste 
« comme les autels y étoient entourés de voiles attachés aux ciboires, à 
« leurs arcades, ou aux colonnes qui les souteiioient. Il ne faut que lire 
« les vies des papes écrites ))ar Anasthase le bihliolliecaii-e jutur en être 
« convaincu, et surtout celles de Serge I, de ('iiégoire III, de Zacharie, 
« d'Adrien I, de Léon III, de Pascal I, de Grégoire W, de Serge II, de 
« Léon IV, de Nicolas I ; on y verra que ces souverains pontifes ont fait 
<( faire en diverses églises de Kome, les unsvingt-cin(], les autres huit, et 
K la phqiart quatre voiles (rt-tolVes précieuses pour être tiMidus autour des 
« autels, pour être suspendus aux ciboires des autels, poui' êlre allaehès 
« aux arcades des ciboires autoui'des autels. ..('luillaume le bibliothécaire, 

I Thiers t'crivail ceci en 1088. 

* In Explicat. divin, ofjic, c. txxxv. 
' Ratiomil, c. m, 1. 1. 

* C. XV. 



10 



— :{:{ — [ AiTKL I 

K (|ui a ajduté les vies de ('in(| |)a|)("s, savoir : d'Adrien II. de Jean VIII, do 
« Martin II on Marin I, d'A<lrien III e( (rKtieinie V|, à celh^s qn'Anaslliase 
(( a Unies par Nicolas I, parie encore de ces mêmes voiles, dans la vie 
K (IKrK'nne VI, oîi il dit (pie ce pape donna un voile de lin et trois autres 
« voiles de soie pour nieltn' autour de l'autel de l'éj^dise de Saint-Pierre à 
« Rome... )) Thiers, qui ne va guère clierclier ses documents (jue dans les 
textes, ne parait pas certain (pie dans l'(''glise d'Occident il y eut eu des 
voiles derattl les autels. Le l'ait ne nous semble pas douteux cependant, au 
moins dans un certain nombre de dioc('ses. Voici (10) comme preuve la 
copie d'un ivoire du xi'= siècle ', sur lequel le voile anlérieur ûc l'autel est 
parfaitement visible. Dans cette petite sculpture, que nous donnons 

grandeur d'exécution, le prêtre 
est assis dans une chaire sous un 
dais; devant l'autel, trois clercs 
sont également assis, le voile an- 
térieur est relevé. La suspension 
du saint sacrement est attachée 
sous le ciborium. On ne voit sur 
la table de l'autel qu'un livre 
posé à plat, l'Évangile ; des (iercs 
tiennent trois flambeaux du côté 
droit de l'autel. Nous trouvons 
des exemples analogues dans des 
vitraux, dans des manuscrits et 
sculptures du xi'* au xiii'= siècle. 
Plus tard les voiles antérieurs des 
autels sont rares et on ne lès re- 
trouve plus, en Occident, que sur 
les*ôtés, entre les colonnes, ainsi 
que le font voir les fig. 7, 8 et V). 
Il semblerait que les voiles anté- 
rieurs aient cessé d'être employés pour cacher les autels des églises 
d'Occident pendant la consécration , lorsque le schisme grec se fut établi. 
C'est aussi à cette époque que le ciborium, ou baldaquin recouvrant 
directement l'autel, cesse de se rencontrer dans les églises de France, et 
n'est plus remplacé que par la clôture de courtines latérales. En effet, dans 
tous les monuments de la fin du xiii'^ siècle, ainsi (pie dans ceux des xiv^ et 
xvs l'autel n'est plus couvert de cet édicule, désigné encore vn Italie sous 
le nom de ciborium (voy. ce mot) ; tandis que, pendant la période romane 
et jusque vers le milieu du xni« siècle, on trouve, soit dans les bas-reliets, 
les peintures, les vitraux ou les vignettes des manuscrits, des édicules 
portés sur des colonnes et recouvrant l'autel, comme ceux (pi'on peut 




1 Muulage tiré du cal)inel de M. AU'. (Jéiente. Cet ivoire parait apparleiiir à la 
fia du XI' siècle et au style rtiénaii. 

T. !.. ^ 



I AliTKI. I — 34 

encore voir à Kuiiie, dans les églises de Saint-Clément, de Sainte-Agnès 
(hors les murs), de S. Georgio in Velabro; à Venise, dans l'église de 
Saint-Marc, etc. Cependant, du temps de Guillaume Durand, connue le 
fait remarcjuer Tliiers, les voiles antérieurs des autels étaient encore posés 
pendant le carême, et Guillaume Ihuand écrivait son National à la tin du 
xiii'' siècle. « Il est à remarquer, dit-il', que IVju sus|)t'nd trois sortes de 
« voiles dans 1 "église, à savoir : celui qui couvre les choses saintes, celui 
« qui sépare le sanctuaire du clergé, et celui qui sépare le clergé du 

« p(Miple Le premier voile, c'est-à-dire les rideaux que l'on tend des 

« deux côtés de l'autel, et dont le prètie pénètre le secret, a été figuré 
<( d'après ce qu'on lit dans l'Exode (xxxiv) : « Moïse mit un voile sur sa 
« figure, parce que les tils d'Israël ne pouvaient soutenir l'éclat de son 
« visage.... » Le second voile, ou courtine, que, pendant le carême et la 
M célébration de la messe, «m elend devant l'autel, tire son origine et sa 
« figure de celui qui était suspendu dans le tabernacle (]ui séparait le Saint 

« des saints du lieu saint Ce voile cachait l'arche au peuple, et il était 

« tissu avec un art admirable ol orné d'une belle broderie de diverses 
« couleurs, et il se fendit lors de la Passion du Seigneur; et, à son imita- 
« tion, les courtines sont encore aujourd'hui tissues de diverses couleurs 
« très-belles...» Le troisième voile a tiré son origine du cordon de muraille 
« ou tapisserie qui, dans la primitive Eglise, faisait le tour du chœur et ne 
« s'élevait qu'à hauteur d'appui, ce qui s'observe encore dans certaines 
« églises 2.... Mais le vendredi saint, (ui (Me tous les voiles de l'église, 
« parce que, lors de la Passion du Seigneur, le voile du temple fut 
« déchiré.... Le voile qui sépare le sanctuaire du clergé est tiré ou enlevé 
« à l'heure de vêpres de chaque samedi de carême, et quand l'office du 
« dimanche est commencé, afin que le clergé puisse regarder dans le 
« sanctuaire, parce que le dimanche rappelle le souvenir de la résurrec- 
M tion.... Voilà pourquoi cela a lieu aussi pendant les six dimanches qui 
« suivent la fête de Pâques — » 

L'autel de la Sainte-Chapelle haute de Paris ne parait pas avoir été 
disposé pour être voilé, et l'édicule qui portait le grand reliquaire était 
placé derrière et non au-dessus de lui. Nous traçons ici (II) le plan de 
cet autel et de son entourage. L'autel semble être conlenq)orain de la 
Sainte-Chapelle (hiiOà 1^50); (pumt à la tribune sur hupielle est |)osée la 
grande châsse, et dont tous les débris sont aujourd'hui replacés, elle date 
évidemment des dernières années du xui«- siècle. Quatre colonnes portant 
des anges de bronze doré étaient placées aux (juatre coins de l'eunnarche- 
ment de l'autel; mais ces colonnes avaient ete élevées sous Henri 111. Au 
fond du rond-point, derrière le maitre-autel A, était dressé un petit autel B; 
suivant un ancien usage, ce petit autel était désigné sous le nom d'autel 

.' Hntioiial, cfiap. m, 1. I. 

' (^est par suite de ceUe tradition que nous voyons encore sur les murs de quel- 
ques églises des peintures simulant des tentures suspendues (vov. peinture). 



— 35 — [ AiJT;h;u I 

de rétro. C'était, comme à la cathcdralc do Paris, commf à Bourges, à 
Chartres, à Amiens, à Arras, l'autel des reliques, qui n'avait qu'une place 




4-, • 



secondaire, le maitre-autel ne devant avoir au-dessus de lui que la 
suspension de l'Eucharistie. Nous donnons (i'2) l'élévation perspective de 
cet autel, avec la tribune, les deux petits escaliers en bois peint et doré qui 
accèdent à la plate-forme de cette tribune voûtée et à la grande châsse en 
vermeil posée sur une crédence de bois doré, surmontée d'un dais égale- 
ment en bois enrichi de dorures et de peintures. 

Nous entrerons dans quelques détails descriptifs à propos de cet autel 
et de ses accessoires si importants, conservés au musée des Augustins et 
rétablis aujourd'hui à leur place. L'autel n'existe plus, mais des dessins et 
une assez bonne gravure faisant partie de l'ouvrage de Jérôme Morand*, 
nous en donnent une idée exacte. Cet autel était fort simple ; la table 
formée dune moulure enrichie de roses, portée sur un dossier et trois 
colonnettes, n'était pas surmontée d'un retable. Derrière cet autel s'ouvre 
une arcade formant l'archivolte d'une voûte figurant une abside et s'éten- 
dant jusqu'au fond du chevet ; la grande arcade est accompagnée et contre- 
buttée par une arcature à jour servant de clôture. Deux anges adorateurs 
sculptés et peints se détachent sur les écoinçons de la grande arcade, ornés 
d'applications de verre bleu avec Heurs de lis d'or. Sous la courbe ogivale 
de cet arc sont suspendus des anges plus petits; les deux du sonnnet 
tiennent la couronne d'épine, les quatre inférieurs les instruments de la 
Passion. L'arcature et les archivoltes en retour s'ouvrant sous la voûte 
sont couverts d'applications de verre, de gaufrures dorées et de peintures. 



Hisl. delà Sainte-Chapelle royale du Palais, par M . S. Jérôme Morand. Paris, 1 790. 



AUTEI. 1 



:{(! — 




La voùlr est conipnsf'cdc iicrviirpségraloinonlfïaufivcs, fiirirliios (U- piorros 



— 37 — [ AUTEI. 1 

fausses et d<' reniplissafïes l)leiisavec étoiles d'or. Les deux petits escaliers 
en bois qui montent sur la voûte sont d'une délicatesse extrême et très- 
liabilenient coinhinés connne menuiserie. Au roi de France seul était 
réserve \o piivilciic d'aller prendre la monstrance contenant la couronne 
d'épine l'enlérnu'e dans la jurande châsse, et de présenter la très-sainte 
relique à l'assistance ou au peui)le dans la cour de la Sainte-Chapelle. A 
cet etiet, en bas de la iirande verrière absidale, était laissé un panneau de 
vitres blanches, afin que le reliquaire put être vu du dehors, entre les 
mains du roi. La suspension du saint sacrement était devant la grande 
châsse au-dessus de l'autel. Notre gravure ne peut donner qu'une bien 
faible idée de ce chel"-d "œuvre, où l'art l'enqwrte de beaucoup sur la 
richesse des peintures, des applications, des dorures. Il va sans dire que la 
grande châsse fut fondue et que nous n'en possédons plus que des dessins 
ou des représentations peintes. Derrière la clôture, l'arcature (jui garnit 
le soubassement de la sainte chapelle continue ; seulement à droite, sous 
la première fenêtre, est pratiquée une piscine d'un travail exquis (voy. pis- 
cine); à gauche, une armoire. Deux des douze apôtres, dont les statues 
ont été adossées aux piliers, sont placés à côté des deux escaliers ; ce sont 
les statues de saint Pierre et de saint Paul. Au-dessus du petit autel de 
rétro, sous le formeret de la voûte de la tribune, est peint un crucifiement, 
avec le soleil et la lune et deux figures, dont l'une, couronnée, est proba- 
blement saint Louis '. Deux marches montent à l'autel principal. 

On observera que les autels dei-rière lesquels s'élèvent des reliquaires, 
tels que ceux de l'église abbatiale de Saint-Denis, de Notre-Dame de Paris 
et de la Sainte-Chapelle, sont placés de façon à ce que le dessous du 

reliquaire forme connue une 
M'Iiiiil , ^~^ grotte ou crypte à rez-de-chaus- 

sée. A Saint-Denis, cette petite 
crypte était occupée par les corps 
saints; mais à Notre-Dame de 
Paris, à la Sainte-Chapelle, les 
châsses sont fort élevées au-des- 
sous du sol, comme suspendues 
en l'air, de manière à ce que 
l'on puisse se placer au-dessous 
d'elles. Cette disposition paraît 
^2-^ avoir été adoptée fort ancienne- 
ment. Il existe dans les cryptes 
de l'église de Saint-Denis, du 
..,,, côté du nord, proche l'entrée 
du caveau central, une arcature 
dépendant de l'église carlovingienne; sur l'un des chapiteaux de cette 
arcature est sculpté un autel (l''2 a), derrière lequel est posé un édicule 




1 Ces peintures étaient à peine visibles. 



I ALTEL I 38 

IHirlaiit un rolicjuaiiv. Lue petite éfjflise du midi de la France, l'éfîlise de 

Valcabrère près Saint-Bertrand 
de Connninges, a conservé dans 
son chevet, dont la construction 
appartient a icpncpie carlovin- 
^ienne, un autel établi très- 
franclienient au xui'" siècle d'a- 
près cette donnée. Le plan (12 b) 
de l'abside de cette église, l'élé- 
vation (12 c) et la coupe (12 d) 
de l'autel, indiquent nettement 
la j)etite crypte placée sous le 
reliquaire contenant la châsse. 
Un escalier conduit sur la voûte 
qui reçoit la (basse, et les fi- 
dèles peuvent circuler derrière 

lautel sous cette voûte, pour se placer directemenl sous la protection du 





--€'"00- 



pteAHD se 



saint. Nous verrons tout à l'heure comme ce principe est appliqué aux 
autels secondaires de l'église abbatiale de Sainl-Dt'nis. 



— 31> — [ ALTEL ] 

Il est une chose dii^MU' de remarque lorsqu'on examine ces restes 
précieux, ainsi que ceux qui nous sont encore, el en si grand nombre, 




flfÇAfiû.SC 



consen'és à Saint-Denis : c'est que, dans les décorations des autels, dans 
tout ce qui semblait fait pour accompagner dignement le sanctuaire des 
églises, on s'est préoccupé au moyen âge, surtout en France, d'honorer 
l'autel, plus encore par la beauté du travail . par la perfection de la main- 
d'œuvre (\ue par la richesse intrinsèque des matières employées. A la 
Sainte-Chapelle, ce gracieux sanctuaire n'est composé que de pierre et de 
bois; les moyens de décorations employés sont d'une grande simplicité : 
du verre appliqué, des gaufrures faites dans une pâte de chaux, des 
peintures et des dorures, n'ont rien qui soit dispendieux. La valeur réelle 
de ce monument tient à l'extrême perfection du travail de l'artiste. Toutes 
les sculptures sont traitées avec un soin . un art , et nous dirons avec un 
respect scrupuleux de l'objet, dont rien napj)roche. N'était-ce pas, en 
effet, la plus noble manière d'honorer Dieu que de faire passer l'art avant 
toute chose dans son sanctuaire? et n'y avait-il pas un sentiment vrai et 
juste dans cette perfection que l'artiste cherchait à donner à la matièie 
grossière? Nous avouerons que nous sommes bien plus touchés à la vue 
d'un autel de pierre sur lequel l'hounnea épuisé toutes les ressources de 



I AITEL ) — 40 — 

son art, que devant ers morceaux de bronze ou d'arjjjent j^rossièi'enieiil 
travaillés, dont la valeur consiste dans le poids, et (|ni excil(Mit bien |»lntôl 
la cupidité (|u ils néuieuveiU lànie. Nous avons déjà parlé des autels de 
l'église abbatiale de Saint-Denis, et nous avons cherché à donner une idée 
de ce que pouvait être l'autel des reliques élevé dans son sanctuaire ; mais 
ce n'est là qu'une restauration dont chacun peut contester la valeur; 
heureusenxMit j)lusieurs des autels secondaires de cette église célèbre ont 
été conservés ius(|irà nous en débris, ou nous sont domiés par de précieux 
dessins exécutés en I7U7 par feu Percier '. C'est surtout dans ces autels 
que l'œuvre de l'artiste api)araît. Là point de retai)les ni de parementsd'or 
ou de vermeil. La pierre est la seule matière enq)lo\ée; mais elle est 
travaillée avec un soin et un goût parfaits, recouverte de peintures, de 
dorures, de gravures remj)lies de mastics colorés ou d'ai)j>lications de 
verre qui ajoutent encore à la beauté du travail, sans que jamais la valeur 
de l'œuvre d'art puisse être dépassée par la richesse de la matière. Nous 
donnerons d'abord l'autel de la chapelle de la Vierge située au chevet 
dans l'axe de l'église. Cet autel, élevé sur un pavé en terre cuite d'une 
grande finesse, et qui dépend de l'église bâtie par Suger, est posé sur une 
seule marche en pieire de liais giavée et incrustée de mastics. Les 
gravures forment , au milieu dune délicate bordure d'ornements noirs, 
un semis de fleurs de lis et de tours de Casiille sm- champ bleu verdàtre 
et rouge (voy. dallage). Portée sur trois colonnettes et sur un dossier 
richement peint , la table de l'autel est simple et surmontée d'un retable 
en liais rei)résentant, au centre, la sainte Vierge couroimée tenant l'eidant 
Jésus; adroite, la naissance du Christ, l'adoration des Mages; à gauche, 
le massacre des Innocents et la fuite en Egyj)te. (^es ligures, d'un travail 

' M. Percier, dont la jtiédilectioi) pour les arts de raiitiquilé ne saurait être contestée, 
était avant tout un lioniinc de yoùl, et mieux que cela encore, un lionune de cœur et 
de sens. Kn revenant d'Italie, il vit l'église de Saint-Denis pillée, dévastée; il ne put 
regarder avec indillérence les restes épars de tant de monuments d'an irtnassés 
pendant plusieurs siècles, alors nnitilés par l'ignorance ou le lanatisnie; il se mit à 
l'œuvre , et lit dans rancienne alil)aliale un grand nombre de croquis. Ces travaux 
portèrent leur l'ruil , et bientôt, aidé de M. Lenoir , il sauva d'une destruction com- 
plète un grand mjuibre de ces débris, qui lurent déposés au Musée des n)onuments 
français. JNous eûmes cpielquelois le bonbcur d'enlendre M. Percier parler de cette 
époque de sa vie d'artiste; il était, sans le savoir peut-être, le premier qui avait voulu 
voir et l'aire apprécier notre vieil art national ; le souvenir des monuments mutilés de 
Saint-Denis, mais qu'il avait vus encore en place , avait laissé dans son esprit une 
impression inell'açable. A sa mort, M. Vilain, son neveu, béritier de ses portelénilles, 
eut l'obligeance de nous laisser calquer toutes les notes et croquis recueillis dans l'église 
de Saint-Denis; grâce à ces renseignements si libéralement accordés, nous piimes 
rassembler et recomposer les débris sortis du musée des Pelits-Auguslins. Quelcpies- 
uns des anciens autels de l'abbaye ont été ainsi lacilemenl rélai)lis, beaucoup d'autres 
pourraient l'être à coup sur; car les nombreuses traces encore existantes dans les 
cliapelles et les fragments déposés en magasin montrent combien les croquis de 
M. Percier sont tidèlcs. 



— il — 



[ AITKI, 



reniiii'(|iial»It'. sont ciitièi'cnu'iil pcinles sur l'oiid hlf'u losanf.^*' ot somt' Ho 
tleiirs (le lis d oi'. Ih'rriôrc le it'lahlo, eiitiv l'aulcl et le l'ond de la cliapcllc, 
est un poli! cdiculc sous UmjucI on peut passer, et ([ui supporte au niveau 
du (U'ssus du retable un tabernacle en pierre d'une excessive délicatesse. 
Deux colonnes à liuil pans, terminées ;i leiu' sonniiel par des fleurons 
téuillus, posées aux deux côtés du retaille, reçoivent des crosses en fer 
doré," auxquelles des lampes sont suspendues. Au-dessus du tabernacle, 
sur un cul-de-lampe incrusté dans la colonne centrale du l'ond de la 
chapelle, est posé(^ une jolie statue de la sainte Vierge tenant reniant, 
en marbre blanc, demi-nalme; sur sa tête est un dais. Voici (l.'J) un plan 



13 




peoAKc .se 



de cet autel avec la chapelle dans laquelle il est posé, et (i;3 bis) une vue 
de l'ensemble du petit monument. Dans le tabernacle, derrière l'autel, 
était placée une châsse contenant les corps de saint llilaire, évéque de 
Poitiers, et de saint Patrocle, martyr, évoque de Grenoble. Cet autel, 
comme la plupart des autels secondaires de I e^dise abbatiale de Saint- 
Denis, avait été élevé par les soins de saint Louis lorscjuil fil restaurer et 
rebâtir en partie cette éj^lise. 

A l'entrée du rond-point de l'église abbatiale, du côté j^^auche (nord), 
était autrefois la chapelle dédiée à saint Firmin, premier évéque d'Amiens, 



T. II. 



AllTEI. 



— ^^ — 




C'^ff.L A tz-v^ r ^/:a.\tt 



iiiailN !•. Lf pavé de coUc clia|)fll(' cl la iiiarclio do raïUel. (|ui ost tbrl large, 



— -i.'î — [ AlïKL ] 

élaieiil en mosaïques, et dataient du m^" siècle'. Laulel est du connnen- 
cenient du ww siècle, ainsi (|ue son retahlo. qui existe encore en entier-. 
l). Doublet mentionne le pavaiic en mosaïque de cett-e chapelle. d(tnt nous 
avons dernièrement retrouve des |H»itionsen place; il donne la lèj^ende de 
la châsse de saint Firmin concjuise par Dagobert, légende qui était peinte 
sur le devant de lautel, entre l'arcature dont il était décoré '. Il parle de 
la châsse en bois doré posée derrière l'autel, et d'une certaine « bande de 
(( broderie au-dessus de l'autel , toute pourtilée de perles et enrichie de 
« pierieries, de la longueur d'yceluv, à laquelle sont suspendues soixante 
« bransUns (glands) daigent doré. » Voici (1-i) la (ace de l'autel avec son 




ct/'Zt'u^or ^■cc/^€ .1 f 



retable en piei-re sculptée et peinte, représentant le Christ au centre, avec 
les quatre évangélistes; des deux côtés, les douze apiMres avec leurs noius 
au-dessous. En commentant par la droite de lautel, on lit : Simon, Bartholo- 

' Une partie de ce pavage existe encore : c'est une mosaïque composée de pierres 
dures, porphyre, vert antique, serpentine, de pâtes colorées et dorées, et de petits 
morceaux déterre cuite ;vov. mosaïqie). 

2 Le corps de l'autel a été coupé en morceaux lors des restaurations entreprises de 
1 830 à 1 840 ; lieureusenient tous ces fragments existent encore, et peuvent être faci- 
lement recomposés à l'aide d'un dessin très-complet et détaillé de M. Percier. 

■^ On voit dans le dessin de M. Percier l'indication de i-^Wc peinture, l'armée de 
Dagobert au siège de Picquigny, etc. 



ii 



[ ALTKI. I 

meus, Jacolms, JctliiiiiiH'^, Andréas, Petrus; sous le (Christ, Apostolus; puis 
en suivant, Paulus, Jacohus, Tlionias. Filipus, Malheus, Judas (Jude). lians 
lequatre-Ccuillesquicnfourele (llnist.on lit cetlciiisciiplion : Hir Deusesl 
el liomo quem preaens signal imago ; ergo rogahil homo (inctn sntlia figurai 
imago. Le corps de l'autel est coinpose d iinr ;ii( alnif tcuillue soutenue 
par (les colonnettes engagées, cylindriques et piisinati(iues alternées; le 
tout est couvert de peintures; les t'euillages sont colorés en vert ainsi que 
les chapiteaux; les colonnettes sont divisées par des coiupartinients très- 
tins siuudant des niosaiVpies . assez semblables à celles qui couvrent les 
colonnellcs des cloîtres de Saint-Jean de Lalran et de Sainl-l*aul hors les 
murs à Home; les intervalles entre les colonnettes sont couverts de sujets 
légendaires, ainsi (]u'il vient d'être dit. La table de l'autel était bordée sur 
ses rives d'une inscription, perdue, et couverte sur le plat d'une mosaïque 
à compartiments. Nous donnons ici (15) le plan de cet autel, avec la chasse 




>L 



PCSARP se 



de saint Firmin placée derrière le dossier, sous une table portf'e sur des 
colonnes; et (10) le côté de l'autel qui l'ait coiupiendre la disjiosition de 
cette châsse, des grilles dont elle était entourée et de la |)etile lauq)e (jui 
brûlait sur !<> corps saint. On voit combien, malgré la richesse des d«'tails, 



— 45 — 



ACIKI. 



la forme générale de ce petit inonunient est simple et dii^ne. Comme dans 
toutes les (envies du moyen à^e. surtout avant le xiv siècle, on remai-que 
dans le jx'tit nombre d'autels (|ui nous sont conservés par des dessins ou 
des monunu'uts, et surtout dans leurs accessoires, tels que retables, taber- 
nacles, reliquaires, une },M'ande variété; que serait-ce si tous ces objets 



16 



7:^7Z7rM 




^ 






nouseussent été transmis intacts! Les deux deriners autels nous montrent 
des relicjuaires disposés d'un»' façon très-ditierente et parfaitement justi- 
fiée par la situation. En etl'et, l'autel (fii>. 13) de la chapelle de la Viertse de 
Saint-Denis est adossé, et, pour faire voir la châsse, il fallait nécessairement 
l'élever au-dessus du retable; au contraire, l'autel de Saint-Firmin est 
placé de manière que l'on peut tourner facilement tout autour (fig. I o) ; la 
châsse se trouvait alors au niveau du sol, protégée par un grillage. Au- 
dessus d'elle, suspendue à la grande tablette qui la recouvrait, se voit 
la petite lampe. 11 existait encore à Saint-Denis un grand nombre d'autels 
secondaires dont les dispositions accessoires dilferaient de celles que nous 
venons de donner. Voici entre autres l'autel Saint-Eustache, qui se trouvait 
adossé au fond de la première chapelle carrée au nord , au-dessus de la 
chapelle de la Vierge Blanche (17). Ici le tabernacle recouvrant la châsse 
du saint était complètement isolé du retable et porté sur deux colonnes et 
des consoles à figures. Il parait ditficile de donner une signification a ces 
monstres accroupis sur des honnnes vêtus. Le sculpteur a-t-il vouJu faire 



[ AllKL 1 



— m — 




des sirènes, en se conformant aux textes des bestiaires si fort en voii 



ue 



i" — I Al'TEI. 



pendant les xn^' ot xiii' siècles', ft rappeler ainsi aux fidèles le danj^ferdes 
séduclinnsdu siècle? Parmi les autels de Saint-Denis, il en est encore un 
autre dont la plac(> n'a pu être jiiscprà présent reconiuie-, niais qui pré- 
sente un jii'and intérêt : il se compose d'un massit'en maconni'rie entière- 
ment revêtu sur le devant et les côtés (rapi>licati(»us de veries taillés en 
losanges, et à travers iesciuels on aperçoit des tours de Castille sur fond 
écarlate, des fleurs de lis sur fond bleu, des rosaces et des aif^lettes sur 
fond pourpre. Sur le dossier est un retable éj^^alement incrusté de verre 
bleu taillé en poly<ïones, avec un crucifiement, saint .leaiv et la Vierge, 
rEglise et la Synagogue, en bas-relit^f. La marche de cet autel est en liais, 
avec bordure de Heurs de lis et tours de Castille très-tines se détachant sur 
un fond de mastic bleu et rouge; le milieu présente des dessins d'une 
grande délicatesse, noirs, bleus et rouges, également en mastic. Le pavé 
de la chapelle était en mosaïque de terre cuite et de petites pierres de 
couleur, avec carreaux menus de marl)re blanc (voy. pavages). Nous don- 
nons ci-contre (18) une élévation perspective de cet autel. 

Dansquelques-uns desexemples donnés ci-dessus, on ne voitpas que l'Eu- 
charistie ait été placée autrement que dans un ciboire suspendu, et nous 
n'avons pas trouvé de tabernacles ou custodes posés sur les autels pour 
contenir les hosties consacrées et non consacrées, ainsi que le dit Guillaume 
Duranddansson /îa</ona/. L'usage de réserver l'Eucharistie dansdes réduits 
tenant aux retables des principaux autels ne remonte pas à plus de deux 
cents ans, et encore, à la fin du xviiie siècle, conservait-on l'Eucharistie 
dans des boîtes en forme de pavillons ou de tours, ou dans des colombes 
d'argent, suspendues au-dessus des autels majeurs des grandes cathédrales 
et des églises monastiques. Souvent aussi apportait-on les hosties pour la 
communion dans des ciboires que l'on posait sur la table de l'autel au 
moment de dire la messe. Dans ce cas, le ciboire, la boîte de vermeil 



1 Voy. les Mélangea archéol. des RR. PP. Marlin et Cahier, t. il , p. 173. » Phy- 
" siologes disl que la seraine port saniblancc de lenie de si al iKiinlpiil, et la partie 
■' d'aval est oisel. La seraine a si doux chant qu'èle déchoit cels qui nagent en mer; 
'< et est lor mélodie tant plaisant à oïr, que nus ne les ot, tant suit loing, qu'il ne li 
« conviegne venir. Et la seraine les fait si oi)lier quant èle les i a atrait, que il s'en- 
• dorment; et quant il sont endormi, èles les assaillent et ocient en traïson que il ne 
« s'en prennent garde. Ensi est de cels qui sont es richoises de cest siècle, et es délis 
" endormis, qui lor aversaire ocient : ce sont li diable. Ia^s seraines senefient les 
« lémes qui atraient les homes par lor blandissemens et par lor déchèvemens à els, 
« de lor paroles; que èles les mainent à poverté et à mort. Les èles de la seraine, ce 
■ est l'amor de la feme qui tost va et vient. » (Manusc. .Vrsenal, n" 28o.) 

- I-es fouilles faites sons le i)avé actuel du choMir, en faisant retrouver les dallages 
ou carrelages anciens, permettent de replacer à coup sûr les autels dessinés par 
M. Percier avec leurs pavages. Malheureusement, ces fouilles ne peuvent être entre- 
prises que successivement, par suite de la faiblesse des allocations annuelles, et l'autel 
dont nous parlons n'a p;is encore retrouvé sa place, bien que son retable et une grande 
partie de son devant existent encore, ainsi que la marche. 



AlTKI. 1 



— \H — 



conteiiani l'Kucharistip, était hahiuirlloiupnt dépos«''<> dans un sacraire ou 
petite saciislic voisiiKMlo l'autel. Tliieis parle, dans ses Dinaerlalions sur 
les priiicipau.r aulels des églises, de (ours destinées à rontenir IKurlia- 
ristie ; il dit en avoir vu une de cuivre, assez ancienne, dans le chœur de 

18 




Wii^m'^m^^^^^ ^f''^'^^^"''''.^^^^^^^ 



-^ 



i 




%Mèi 




réglise paroissiale de Saint-Michel de Miidn. (!let usaj^e était fort ancien en 
effet; car saint Rémi, archevêque de Reims, ordonna, par son testament, 
que son successeur ferait faire un tabernacle ou ciboire en forme de tour 
d'un vase d'or pesant dix marcs. (|iii lui avait ete donn»' par le loi (llovis. 
Fortunat, evèquede Poiliei's, l«»ue saint Kelix, ar(hevt''(nie de Rouriies, (pii 
assista aucpuitrième concile de Paris en r>7;}, de ce (piil avait fait faire 'une 
tour d'or très- pi'écieuse pour luettre le corps dt^ Jésus -Christ. Les 
exemples abondent, aussi bien pour les tours transporlables que pour les 
colombes suspendues au-dessus des autels et contenant l'Eucharistie. 
Peut-être (uiillaunie Durand , en jiarlant des tabernacli^s posés sur les 
autels, entend-il designer ces tours ou custodes mobiles (pii ne contenaient 
pas seulement les hosties consacrées, mais encore les non con.sacrées et 



49 [ AlITtiK j 

nièine des reliques de saints ; ces custodes, complètement indépendantes 
du retable, se posaient devant lui, sur Taufel mrme, au niomrnt de la 
connuunion des tidèles. Mais il faut reconnaître que le texte de levcque 
de Mcnde est assez va^ue, »'t l'opinion de Tliiers sur les oUstodesou tours 
mol)il(^s nous parait appuyée sur des faits dont on ne peut contester 
l'authenticité. Tliiers rep;arde les tours comme des cottres destinés non 
point à contenir l'Eucharistie, mais les ustensiles nécessaires pour l'obla- 
tion, la consécration et la communion, et il incline à croire (jue l'Eucha- 
ristie était (ot( jours réservée dans une boite suspendue au-dessus de l'autel, 
que cette boite fût faite en forme de tour, de coupe ou de colombe. Saint 
Udalric parle d'une colombe d'or continuellement suspendue sur l'autel 
de la {grande éjjflise de Cluny. dans laquelle on réservait la sainte Eucha- 
ristie. Mais ces suspensions aftectaient diverses formes, sans parler de 
celle représentée dans la fip-. S ; il existe encore dans le trésor de la cathé- 
drale de Sens un ciboire en forme de coupe recouverte, destiné à être 
suspendu au-dessus de l'autel; ce ciboire date du xnii' siècle. Quant aux 
ustensiles nécessaires pour l'oblation, la consécration et la comnmnion, 
tels que le calice, la patène, la fistule, les burettes, le voile, etc., ils étaient 
conservés ou dans ces coffres mobiles que l'on transportait près de l'autel 
au moment de l'oblation, ou dans ces petites armoires qui sont générale- 
ment pratiquées dans les murs des chapelles à la droite de l'autel en face 
de la piscine, ou dans de petits réduits pratiqués à cet effet dans les autels 
mêmes. Nous retrouvons un assez grand nombre d'autels figurés dans 
des peintures et des bas-reliefs où ces réduits sont indiqués. Voici entre 
autres (19) un autel provenant d'un bas-relief en albâtre conservé dans 
le musée de la cathédrale de Séez , sur la paroi duquel est ouverte une 
petite niche contenant les burettes. 

Quant aux retables, ils prirent une plus grande importance à mesure que 
le goût du luxe pénétrait dans la décoration intérieure des églises (voy. re- 
table). Déjà très-riches au xiu'" siècle, mais renfermés dans des lignes 
simples et sévères , ils ne tardèrent pas à s'élever et à dominer les autels 
en présentant un échafaudage d'ornementation et de figures souvent d'une 
assez grande dimension, ou une succession de sujets couvrant un vaste 
champ. Les cathédrales seules conservèrent longtemps les anciennes tradi- 
tions, et ne laissèrent pas étouffer leurs maître-autels sous ces décorations 
parasites. Il faut rendre justice à l'Église française, cependant : elle fut la 
dernière à se laisser entraîner dans cette voie fâcheuse pour la dignité du 
culte. L'Italie, l'Espagne, l'Allemagne nous devancèrent et couvrirent dès 
le xive siècle leurs retables d'un fouillis incroyable de bas-reliefs, de niches, 
de clochetons, qui s'élevèrent bientôt jusqu'aux voûtes des églises. Les 
dossiers des autels des églises espagnoles notannnent sont surmontés de 
retables, dont quelques-uns appartiennent au xiv siècle, et un plus grand 
nombre aux xv»" et xyi»- siècles, qui dépassent tout ce que l'imaginalioii peul 
supposer de plus riche et de plus chargé de sujets el de sculptures d'orne- 
ment. Sans tomber dans cette exagération, les autels de France perdent a 

T. II. 7 



I Al'THl. 1 '><> 

la fin du xiv<' sièclf l'aspect sévère (|u'ils avaient su couserver encore 
|)en(lant le xm*". Les retables prennent assez d'iinportance (excepté, comme 



•4, 




:"i"i I I nil I I I I I I ' PESARD.) 



nous l'avons dit, dans quehpies églises cathédrales) pour faire disparaître 
la belle disposition des autels de Saint-Denis. On n'établit plus cette 
distinction entre l'autel et le rerupiaires'élevant derrière lui ; tout se mêle 
et devient confus ; l'autel, le retabh^ et le reli(|uair(> ne forment plus qu'un 
seul édicule, contrairement à cette loi de la primitive Église, que rien ne 
doit être placé directement au-dessus de l'autel, si ce n'est le ciboire. Il 
ne nous appartient pas de décider si ces changements ont été favorables ou 
non à la dignité des choses saintes; mais il est certain qu'au point de vue 
de l'art, les autels ont perdu cette simi)licité grave, qui est la marque du 
bon goût, depuis (ju'on a surchargé leurs dossiers d'ornements parasites, 
depuis (ju'on a remplacé les susjxMisionsdu saint ciboire par des tabernacles 
qui s'ouvrent au milieu du retable; depuis rpie les retables eux-mêmes, 
convertis en gradins, ont été couverts d'une quantité innombrable de 
flambeaux, de vases de fleurs artificielles; depuis que des tableaux avec 
encadrements présentent des scènes réelles aux yeux, et viennent distraire 
plutôt quéditier les fidèles. Notre opinion sur un sujet aussi délicat pour- 
rait au besoin s'appuyersur celle d'un auleurecclésiasliqu<Mjue nous avons 



— 51 — [ AUTEI. ] 

déjà cité bien des fois dans le cours de cet article. Thiers, en parlanl de ces 
innovations qu'il rejjarde comme funestes, dit • : « Les petits esprits, les 
esprits foibles. les dé\ots de mauvais ^oust. (jui ont j)lus de zèle que de 
lumières, et qui ne sont j)as prévenus de respect j)(>ur les anli(|uités 
ecclésiastiques, louent, approuvent ct's nouvelles inventions, jusqu'à dire 
qu'elles entretiennent, ([u'elles excitent leur dévotion. Comme s'il n'y 
avoit point eu de dévotion dans l'antiquité; connnesi l'on ne pouvoit pas 
être dévot sans cela; connue s'il n'y avoit pas de dévotion dans les églises 
cathédrales, où les tabernacles sont extrêmement simples, aussi bien que 
les autels, quoique les end)ellissements leur conviennent inciMuparablement 
mieux qu'aux églises des Réguliers entre autres. » Que dirait donc Thiers 
aujourd'hui que toutes les églises cathédrales elles-mêmes ont laissé 
perdre la vénérable simplicité de leurs autels sous des décorations qui 
n'ont même pas le mérite de la richesse de la matière, ou de la beauté de 
la l'orme? Depuis l'époque où écrivait notre savant auteur (1088), que de 
tristes changements dans les chœurs de nos églises mères, quelle mons- 
trueuse ornementation est venue remplacer la grave et simple décoration 
de ces anciens autels, témoins des faits les plus émouvants de notre histoire 
nationale! Qu'eût dit Thiers en voyant le chapitre de la cathédrale de 
Chartres démolir son jubé et son autel du ww siècle; le chapitre de 
Notre-Dame de Paris présider à la destruction de son ancien autel , de 
ses reliquaires, de ses tombes dévêques; celui de la cathédrale d'Annens 
remplacer par du stuc, du plâtre et du bois doré le magnifique maître-autel 
dont nous donnons plus bas la description ? Peut-on, après cet aveuglement 
qui entraînait, pendant le cours du dernier siècle, le clergé français à jeter 
au creuset ou aux gravats des monuments si vénérables et si précieux, 
pour mettre à leur place des décorations théâtrales où toutes les traditions 
étaient oubliées; peut-on, disons-nous, trouver le courage de blâmer les 
démolisseurs de 1793, qui renversaient à leur tour ce qu'ils avaient vu 
détruire quelques années auparavant par les chapitres et les évêques eux- 
mêmes? Ces pertes sont malheureusement irréparables : car, admettant 
qu'aujourd'hui, par un retour vers le passé, on tente de rétablir nos 
anciens autels, jamais on ne leur donnera l'aspect vénérable que le temps 
leur avait imprimé; on pourra faire des pastiches, on ne nous rendra pas 
tant d'oeuvres d'art accumulées par la piété des prélats et des fidèles sous 
l'intluence d'une même pensée; car jusqu'à la réformation, sauf quelques 
légères modifications apportées parle goût de chaque siècle, les dispositions 
des autels étaient à très-peu de choses près restées les mêmes. En voici 
une preuve. 

Le maître-autel de la cathédrale d'Amiens avait été érigé pendant 
le xv^ siècle et au commencement du wi»-, soit que l'ancien autel n'eût 
été que provisoire, soit qu'il eût été ruiné pendant les guerres désas- 
treuses des xive et xv« siècles. Ce nouvel ault'l lappelait les dispositions 

' Disserl. mir lex prinrip. milels des églises, cliap. xxiv, y. 209. 



ALTEL 



(I»' (('liii (If la Sainlo-i^liapclle, ce qu'il «'sl facile de l'econiiaitic en 
examinant le plan C^O) ' que nous présentons ici. C.ràce au zèle (l'un 



2(» 




Aniiénuis dont tous les loisirs sont employés à t'aiit' coiuiaitrc lliistoire de 
son pays% et dont les recherches ont déjà produit de précieux travaux sur 
la Picardie, nous pouvons donner à nos lecteurs une idée complète du 
maitie-autel de la cathédrale d'Amiens. Cet autel était en pierre blanche, 
percé de trois niches destinées à contenir les chasses des trois saints les 
plus vénérés du diocèse d'Amiens; il avait été consacié en I iS3 par 
l'évèque Versé, neveu de .1. Coythier, médecin de Louis M. La tahle, en 
marbre noir, avait 4"",5 i de long sur 0"',t>() de lar^'eur ; elle avait été donnée 
en 1413 par un chanoine de la cathédrale, Pierre Millet. Le retable, sur- 



1 Ce plan nous a été communiqué par M. Dullioit, tlWmicns; il csl copié sur un 
dessin l'ail on 1727, et faisant partie de la précieuse collection de M. (JiUtcrt, linlati- 
gal)le historien de nos anciennes catliédrales du nord. 

2 M. Goze; c'est à cet archéologue, dont la com]»laisaucc ne nous a jamais l'ait 
défaut, que nous devons la description suivante, extraite des registres déposés aujour- 
d'hui dans la hihliothèque couinmnalo (fAniiens. 



— r>3 — [ Al IKL 1 

élevé iiu centre, était couvert de panneaux de bois peint représentant la 
Passion, qui, en s'ouvrant connue des volets, laissaient voir des i)as-reliers 
d'ari^ent t'xécutés de I iS5 à \\\V.i. Six colonnes île cuivre, tlonl les fûts 
élaient ornés de slaluelles de saints, posées des deux côtés de l'autel, 
portaient six anyes vêtus de chapes et tenant les instruments de la Passion. 
Des voiles glissant sur les tringles qui réunissaient les trois colonnes, de 
cluKpie côté, térniaient le sanctuaire. Ces voiles furent conservés jusqu'en 
ICtTI . Les colonnes avaient été données par un chanoine d'Amiens, .lehan 
l.eclère, en I.M I . Un lustre d'argent à trois branches était suspendu devant 
l'autel. Tiois grands chandeliers de cuivre étaient en outre placés dans le 
sanctuaire. Vn dais en forme de carré long, couvert d'une étotfe de soie 
semée de fleurs de lis d'or, était suspendu à la voùle inmiédiatemeut 
au-dessus de la table de l'autel. Aux deux angles postérieurs de l'autel, aux 
extrémités du retable, étaient plantées, sur le dallage, deux colonnes de 
cuivre en forme d'arbres chargés de fleurs et de fruits. Les corolles dés 
fleurs portaient des cierges que l'on allumait aux jours de fêtes devant les 
châsses des saints. Quant à la suspension du saint sacrement, elle avait été 
refaite pendant les x\w et wni^ siècles. Il n'est pas fait mention, dans les 
registres capitulaires d'où sont tirés ces renseignements, de la clôture qui, 
comme à la Sainte-Chapelle de Paris, fermait le rond-point derrière l'autel; 
mais il y a tout lieu de croire que cette clôture double, voûtée, formait une 
galerie élevée sur laquelle étaient exposées les châsses qui, à la cathédrale 
d'Amiens, étaient nombreuses et d'une grande richesse. Derrière le maître- 
autel, au fond du rond-point, s'élevait le petit autel de relro; il était 
décoré d'un groupe de statues représentant le Christ mis au tombeau, 
exécuté en 14'84r. 

Pour clore dignement ce chœur, des tombes d'évêfiues surmontées 
d'arcatures à jour , terminées par des pignons et clochetons, étaient dis- 
posées entre les piles du rond-point. Ce fut seulement en 1755 que tout 
le sanctuaire de la cathédrale fut bouleversé pour faire place à des images 
de plâtre et à des rayons de bois doré, avec grosses cassolettes, draperies 
chifl'onnées, gros anges ettarouchés également en plâtre. 

11 ne parait pas que juscpi'au xv«^ siècle il fût d'usage dans le nord de la 
France de placer des statues de saints, et à plus forte raison le Christ ou 
la sainte Vierge, sur le devant des autels au-dessous de la table'. En 
admettant qu'il n'y eût pas là une question de convenance, les nappes 

' Nous disons : dans le nord, parce qu'il existe dans la cathédrale de iMarseille un 
autel du xu"^ siècle dont le devant est décoré d'une flgure de la sainte Vierge , et de 
deux figures d'évéques en bas-i-clief ; mais Marseille ne faisait point alors partie de la 
France. On voit encore dans l'église d'Avenas un autel sur la face duquel sont sculptés 
1(; Ciirisl, les (juatre évangélistes et les douze apùlres. Cet autel est lidélcnient repro- 
duit dans WhxhUecture du v« an xvii" siècle, de M. Gailhabaud. Nous ne prétendons 
pas d'ailleurs aflûrmer qu'il n'y ait point eu en France de devants d'autels ornés de 
figures de saints ou de personnages divins, car les exemples ilautels anciens sont trop 
rares pour que l'on puisse rien altirnier à cet égard. 



[ AtlEL ] — 54 — 

des aulels anciens descendant forl bas ("21) ', il était inutile de placer sur 

les laces des bas-reliefs qui n'eussent point 
été vus. Mais pendant les xv*^ et xvi»' siècles 
on sculpta souvent des fijjrures de saints sur 
les devants dautel^ des anyes, des scènes 
de la Passion ; on représenta même, sous la 
table de l'autel, le ('hrist au sépulcre en 
ronde-bosse;, avec les saintes femmes et les 
soldats endormis*, ('e n'est qu'au xvi^ siècle 
que lautel cesse d'ati'ecter la foiine d'une 
table ou d'un coffre , pour adopter celle 

d'un tombeau , dun sarcophage. Jusqu'alors l'autel n'est pas le 





PEGMD. se. 

tond)eau du (Christ ou dun niarlyr : il recouvre le l(>nd)eau , c'est 

> i/;iul('l que nous (loiiiuins ici est copié sur iiii dos l);is-rclicls du portail de la 
Vierge dorée de la cathédrale (i'Ainiens. (le bas-reliel a[)parlieiit à la seconde moitié 
du XIII' siècle. 

^ Ou voit un autel de ce genre dans le musée du (irand-.lardiu a Dresde; cet autel 
appartient aux ileruiéres années du xV siècle. 



;>•> 



AUTEL 



la table posée sur le toinlxMu <»ii devant lui, et même sur la crypte 
renfermant le tombeau. Olle idée est dominante , et les exeniples 
que nous avons donnés le prouvent surabondamment. La façon dont 
sont disposés les corps saints sous Taulel des reliciues de I e^dise de 
Saint-Denis, derrière les autels de Saint-Kirmin, de la Vier}>e, de Saint- 
Eustache de la même église, de Valcabrère, de la cathédrale d'Amiens 
même, indique bien nettement que l'autel n'est pas un tondteau, mais un 
meuble posé devant ou sur des reliques saintes. Un bas-relief de la porte 
Sainte-Anne à Notre-Dame de Paris donne d"une manière naïve la véritable 
signification de l'autel {"li). Là, on voit la crypte exprimée par les arcs 
sous l'emmarchement ; trois petites baies s'ouvrent dans la partie supé- 



PLAN^ 







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rieure de cette crypte et indiquent la place de la châsse du saint ; puis 
l'autel adossé s'élève sur la crypte et la châsse, il est garni de ses nappes ; 
seul le ciboire est posé sur la table, et une lampe est suspendue au-dessus 



[ AUVEM' 1 56 

do lui '. Mais, à partir du xvi' siècle, c'est Tautel lui-même qui devient la 
repiTsentation du t<)nd)eau; il affecte de préférence la forme duu sarco- 
phage scellé. Les autels pleins, antérieurs au xvi*" siècle, tels (jue ceux de 
Saint-(îernier. de Paray-le-Monial {il'.\) du xii'' siècle, l'autel en veires appli- 
qués de Saint-Denis (tig. 1«), celui mèniedereglisedu Foll-(ioat (BnMagne) 
(2-i) *, qui date du commencement du xvi>' siècle, conservent toujours 



24 




l'apparence d'un meuble. Cette forme traditionnelle se perd avec les 
derniers vestiges des arts du moyen âge. 

AUVENT, s. m. Avant-vent. C'est le nom (|ue l'on donne à un ouvrage 
de chaipente (]ue l'on dresse d'une manière permanente ou provisoire 
devant une porte, devant une l)outi(|ue, ou une salle s"f»uvrant au rez-de- 
chaussée, pour abriter les personnes qui entrent ou qui sortent. Pendant le 
moyen âge on donnait aussi à l'auvent le nom d'ague. L'auvent se distingue 
du porche en ce que ce dernier est porté sur des piliers en plus ou moins 
grand nombre , tandis que l'auvent est comme suspendu à la muraille 
au-dessus de la porte ou claire-voie qu'il est destiné a abriter. La plupart 
des maisons élevées pendant les xu», xni« et xiv« siècles, avaient leurs 
entrées et leurs boutiques surmontées d'auvents attachés à des corbeaux 
saillants que l'on rencontre encore en grand nombre aujourd'hui. Dans ce 
cas, l'auvent avait la forme d'un appentis, c'est-à-dire qu'il était à pente 
simple renvoyant les eaux pluviales dans le milieu de la rue. Lesbouti(|ues 
des marchands étaient généralement ouveiles, et les acheteurs se tenaient 
dans la rue devant l'étalage; force était donc de leur donner un abri, aussi 
bien qu'aux marchandises, au moyen d'un toit saillant ne pouvant gêner la 

1 CeUc sciilpUiro îipinirrKMit au si'coml linteau tic la porto Sainto-.Vnnc; c'est une 
adjonction l'aile, au xiir siècle, à ce linleaii, qui ilate du xir. 

2 L'autel de l'église du Foll-Goal est en pierre uniic de Kersantun ; les petites 
niches sont remplies par des figures d'anges t(?nant alternativement des pliylaclèrés et 
des écussons. 



.M 



I AlVEM 1 

circulation (voy. boltiqle). Ces auvents étaicnl (lailleiiis fort simples, 
composés de potences accrochées aux corheaux ddut nous venons (]o 
parler ( I) . 




Beaucoup d'édifices publics avaient leurs portes munies d'auvents. 
Les entrées des hôpitaux, des maisons d'asiles, des couvents, étaient 
abritées par des auvents pour permettre aux pauvres d'attendre à couvert 
les secours qu'ils venaient réclamer. On rencontre très-peu de ces ouvrages 
de charpente conservés aujourdhui ; leur fragilité, les saillies gênantes 
qu'ils formaient sur la voie publique , ont dû les faire supprimer. C'est 
surtout dans les manuscrits, les anciennes gravures, que l'on trouve des 
auvents figurés en grand nombre devant les portes des édifices publics 
ou privés. Nous en voyons un encore attenant à la porte principale de 
l'Hôtel-Dieu de Beaune, (|ui date du xv siècle ; nous le donnons ici (î>) '. 
Il y en avait un devant le portail de Tancien Hôtel-Dieu de Paris, que l'on 
voit représenté dans d'anciennes gravures du parvis Notre-Dame. Ces 
auvents étaient couverts presque toujours en matières légères, telles que 
l'ardoise, les bardeaux, ou en plomb orné et doré. Il est à présumer que 

' Voy. ÏArchUecture civile et domestique de MM. Verdier et CaUois. In-4«. 

T. II. " 



AXK 



tciix (les ltouti(|ues accrochés à des corheaux de pierre iiclaicnl nu^mc 
soin ont composés cpic de toiles mobiles maintenues par des traverses et 




/0f6/\R0. se. 



des perches inclinées, ainsi que cela se pratique encore aujourd'hui 
devant les maiiasins pour j)réservei' les marchandises du soleil. 



AVANT-BEC, s. m. On dési}j;ne ainsi les renforts saillants élevés en aval 
des piles des ponts, et formant en plan un anjj;le plus ou moins aigu, pour 
r()m|)re le courant ou p;aranlir les piles contre l'effort des j^laces (voy. pont). 

AXE, s. m. En architecture, c'est le nom que l'on donne à la ligne qui 
coupe un éditice en deux parties égales, ('/est aussi la ligne qui passe 
verticalement par le centre d'un |)ilier, d'un(> colonne, qui, en élévation, 
divise une travée, un membre symétiicpu' d'architecture en deux por- 
tions semblables. Dans la plupart des plans des églises du moyen âge 
du XI'' au xiv^ siè(île, on observe que l'axe de la nef et celui du chœur for- 
ment une ligne bi'is(^e au transsept. On a voulu voir dans cette inclinaison 
de l'axe du clueur (ordinairement vers le nord) une intention de rappeler 
l'inclinaison de la tête du Christ mourant sur la croix. Mais aucune preuve 



— 59 — I ua(;li; ] 

ceHuiiU' iievienl appuyer («'ttc ('onjeclurt'. (|iii iia licii dr cunli-airc dail- 
leiirs aux idées du moyeu ài^'e , ft (|ue nous ne donnons ici (|iii' coiiiiiic 
une explication in},^Mneuse, sinon compléleuient satisfaisante. . 



03 



BADIGEON, s. ui. Le badigeon est une |)cintuic dun Ion uni (|Uc Ion 
passe iiidistinctcnicnt sur les nuus et les divers membres ilarchilecturc 
extérieurs ou intérieurs d'un éditice. Ce n'est guèie fjue depuis deux 
siècles que l'on s'est mis à badigeonner à la colle ou à la chaux les édifices, 
afin de dissimuler leur vétusté et les inégalités de couleur de la pierre 
sous une couche uniforme de peinture grossièrement appliquée. La plupart 
de nos anciennes églises ont été ainsi badigeonnées à lintéi'ieur à plusieurs 
reprises , de sorte que les couches successives de badigeon forment une 
épaisseur qui émousse tous les membi-es de moulures et la sculpture. 
Souvent le badigeon est venu couvrir d'anciennes peintures dégradées par 
le temps; il est donc important de s'assurer, lorsqu'on veut enlever le 
badigeon, s'il ne cache pas des traces précieuses de peintures anciennes, 
et dans ce cas il ne doit être gratté ou lavé qu'avec les plus grandes pré- 
cautions '. 

BAÉE, BÉE, s. f. Ancien mot encore usité dans la construction, qui 
signifie le vide d'une porte, d'une fenêtre, d'une ouverture quelconque 
percée dans un mur ou une cloison (voy. fenêtre, porte). 

BAGUE, s. f. On désigne par ce mol un membre de moulure qui divise 
horizontalement les colonnes dans leur hauteur. Lorsqu'au xn*^ siècle 
on remplaça les grosses piles carrées ou cylindri(|ues dans les édifices 
par des faisceaux de colonnettes d'un faible diamètre, ces coloimettes, 

' On peut enlever le badigeon, suivant sa qualité, de plusieurs manières. Lorsqu'il 
est épais et qu'il se compose de plusieurs couches, que la pierre sur laquelle il a été 
posé n'est |>as poreuse, on le fait tomber facilement par écailles au moyen de ràcloirs 
de bois dur. S'd caclie d'anciennes peintures, ce procédé esl CL-Uii cpii réussit le mieux, 
car alors il laisse à nu et n'entraîne pas avec lui les peintures ap|)liquées directement 
sur la pierre. Si, au contraire, l;i couche de badii^eon est très-mince, la méthode 
humide est préférable. Dans ce cas, on humecte à l'eau chaude, au ninyon d'éjionges ou 
de brosses, les parties de badigeon que Ton vent enlever, et lorsque riuiniidité com- 
mence à s'évaporer, on racle avec les ébauchoirs de bois. Presque toujours alors le 
badigeon tombe comme une peau. Le lavage à grande eau est le moyen le plus écono- 
mique, et réussit souvent ; on peut l'employer avec succès si le Itadigeon esl mince et 
s'il ne recouvre pas d'anciennes peintures. En tous cas, il faut se garder d'employer 
des grattoirs de fer qui , entre les mains des ouvriers, enlèvent avec le badigeon la 
surface de la pierre, émoussent et déforment les profils et allèrent les sculptures, surtout 
si la pierre est tendre. 



BA(iUE ] 



— 60 — 



durent être tirées de morceaux de pierre posés eu délit, qui n'avaient pas 
uiif lonjiueur sutlisanle pour ne former qu'un seul bloc de la base au 
cliapileau. Leur petit diamètre relativement à leur longueur oblip;eait les 
coiistnirtcurs à nuMiaiici' un on jtlusieui's joints dans leur hauteur; ces 
coloiincltes étaient dautant plus minces cpielles se trouvaient adossées à 
une pile ou à un mur, et leurs joints devaient être d'autant plus fréquents 
qu'elles étaient plus minces. Les joints étaient une cause de dislocation ; 
force était donc d'empêcher les ruptures ou les déranj,'ements surces points. 
La nécessité de parer à ces inconvénients devint immédiatement un motif 
de décoration. En intercalant entre les lonpfs morceaux des colonnettes 
en délil une assise basse de pierre dure reliée au massif des piles ou des 
murs, les architectes du xii^ siècle les rendiient stables et les fixèrent à la 
construclion. Pour nous faire mieux comprendre, nous donnons ici une 
bague disposée connue nous venons de l'indiquer (I) ; la fig. A présente 




la bague avant la pose des fùls de coloimettes, et la tig. B la bague après 
la pose des fûts. Ce principe une fois admis, on ne cessa de l'appliquer que 
lorsque les colonnettes firent partie des assises de la construction, lorsque 
les mati'riaux enq^loyes furent ass(v, gi'ands et assez résistants pour 
permettre d'éviter les joints dans leur hauteur, ou lorsqu'au milieu du 
xni« siècle on évita systématiquement de couper les lignes verticales de 
l'architecture par des lignes horizontales. Les raisons de construction qui 
avaient fait adopter les i)agues bien comprises (voy. construction) , nous 
allons présenter une suite d"e\emj)les de ce membre d'architecture, si 
lï'e(iuennne!il employé |HMi(lant le xu'" siècle et le coumumcement du xm*'. 



— ni — 



IIAC.UK 



Au xii« siècle, les bannies étaient souvent décorées par des feuilles, des 
perles, des pointes de diamant. Voiei des exemples, 1" d'une hajiue ornée 
de feuilles tenant aux colonnettes du bas-cùté du tour tlu clurur de la 
cathédrale de Lanj,a'es (-2) [milieu du xii»^ siècle]; et 2" d'une bague des 




colonnettes des bas-côtés de la nef de la cathédrale de Sens (3) [tin du 




pr&inB se 




\n^ siècle] présentant un large profil avec billettes. Au commencement du 
xiii»^ siècle, les bagues ne se composent plus que de profils minces sans 
ornements, ainsi qu'on peut l'observer dans le bas-côté du croisillon sud 
de la cathédrale de Soissons, dans la nef de la cathédrale de Laon, dans le 
chœur de l'église de Vézelay (4) et dans un grand nombre d'édifices du 
nord et de l'est de la France. Quelquefois aussi les bagues tiennent à des 
colonnes isolées et ne sont alors qu'un ornement , un moyen de décorer 
la jonction de deux morceaux de fûts. Un des plus beaux exemples de ce 
genre de bagues se trouve dans le réfectoire du prieuré de Saint-Martin- 
des-Clunnps à Paris (5). Les colonnes qui portent les grandes voûtes 
divisent la salle en deux travées. Ces colonnes sont très-hautes et compo- 
sées de deux morceaux de pierre réunis par une bague; la bague est 
d'autant plus nécessaire ici, que le morceau inférieur est d'un diamètre 
plus fort que le .fût supérieur (voy. colOiNne). Voici encore un exenqile 



I BAGtE I (j'2 — 

(l'une I»aj4:ii(' ou lamliour inuulurv, divisant une colonne en deux |K)rlinns 



i 





•1 
(le fùls (5 bis). F.a bagfue (3St ici une véritable assise entre dnix morceaux 




S 



4. 





de pienc posés en délit, (^elle colonne appartient à I une des maisons du 



Mil'" sit'clc (le la ville d( 




2 0.C 




()3 I RAGL'KTTK ] 

Dol en l'rotagne'. Nous ne pouvons omettre les 
bagues de métal qui maintiennent les 
rolonn(»lles de la eathédi'ale de Salis- 
hury, bien que cet édilice n'appar- 
tienne pas à laichi lecture française; 
mais cet exemple est trop précieux 
pour ne pas être mentionné. La ca- 
tbédrale de Salisbury, comme cha- 
cun sait, est construite avec un grand 
soin; les piles de la nef, élevées par 
assises, et qui, en plan, donnent une 
figure composée de quatre demi- 
cercles, sont cantonnées, dans les 
angles curvilignes rentrants, de qua- 
tre colonnettes dont les fûts sont en 
deux morceaux dans leur hauteur. 
Les joints qui réunissent ces fûts, 
placés au même niveau pour toutes 
les piles, sont maintenus par des ba- 
gues ou colliers de bronze scellés 
dans la pile au moyen d'une queue 
de carpe ((>); A représente une de ces 
bagues avec sa queue de carpe, et 
B la coupe du cercle de bronze. 
On donne aussi le nom de bague 
^ aux moulures saillantes, ornées ou 

simples, qui entourent la base des fleurons des couronnements de pinacles 

ou de pignons, etc. (Voy. fleukox.) 

BAGUETTE, S. f. C'est un membre de moulure cylindrique d'un petit 
diamètre, qui fait partie des corniches, des bandeaux, des archivoltes, des 
nervures. La baguette n'a guère qu'un diamètre de 0,01 à 0,05; au-dessus 
de cette grosseur, elle prend le nom de boudin (voy. ce mot). Mais ce qui 
distingue surtout la baguette du boudin, c'est safonction secondaire. Ainsi 
dans les profds que nous donnons ici d'arcs ogives du xiii« siècle (1), A est 
une baguette et B un boudin. Dans l'architecture romane du Poitou et de 
la Normandie, la baguette est parfois décorée de perles (2) ; son profd C, 
dans ce cas, est souvent méplat, pour que la lumière découpe nettement 
chacune des perles ou petits besans. Dans larchitecture des xu'', xm^ et 
xiv^ siècles, les architectes se sont servis de la baguette parmi les faisceaux 
de colonnes pour faire valoir leur diamètre par opposition, et leur donner 
plus de force (3) à l'œil. On trouve souvent, dans les édifices des xiii'^ et 
XIV siècles, des baguettes dégagées dans les angles des piles carrées, et 



\f. 



rccAna se 



Nous devons ce curieux dessin à M. Knprich Robeii. 



[ BAdlETTE 1 t)4 

surtout dans les pieds-droits des portes, pour éviter les vives arêtes qui se 

2 





dégradent facilement ou des aiguités qui peuvent blesser (i). La baguette 








M 






PSGAf^D sr 



F 



t'y'}' ■ 'i 



/yg^RO se ti.uVVvxvy. o<\-.\.-- '' 



alors ne descend pas jusqu'au sol, mais s'arrèlc sur iaiigle vif réservé 



— (>o 



BAHL'T 



il la partio inférieure, soit eu pénétrant un hiseaii D, soit en tombant 
carrément E, soit en se perdant derrière un ornenimt F. re qui se ren- 
contre très-fréquenmient dans les édifices de Bouriio^ne qui datent de la 
tin du \ii«' siècle ou du connuencement du xiu"' (voy. coxiÉ). Dans la 
menuiserie, la ba.uuette est un îles membres de moulures les plus souvent 
employés. 

BAHUT, s. m. Cest le nom que l'on donne à un nun bas([ui est destiné 
à porter un comble au-dessus d'un chéneau, l'arcature à jour d'un cloître, 
une iirille. une barrière. Lorsqu'au \iw siècle on établit sans exception, 
dans tous les édifices de quelque importance , des cliéneaux en pieire 
décorés de balustrades à la chute des combles, on éleva ceux-ci (afin 
d'éviter les dégradations (]ue le passage dans les chéneaux devait faire 
subir aux couvertures) sur de petits murs qui protégeaient leur base , et 
empêchaient les tillrations causées par des amas de neige ou de fortes 
pluies. Les grands combles du chœur et de la nef de la cathédrale de Paris 
sont ainsi portés sur des bahuts de l'",'-2.'i de hauteur, dont nous donnons 
ici la figure (1). Ces bahuts, décorés d'une assise de damiers sous les 




\ 



sablières, sont en outre percés d'ajours pour éclairer et aérer la charpente 
du comble. Plus tard, vers le milieu du xin^ siècle, les bahuts furent 
pourvus dune dernière assise formant larmier pour éviter (pie les eaux 
descendant de la couverture ne dégradassent les parements de i)ie!re et 
pour les faire tomber directement dans le chéneau (2). On trouve à 
Amiens, à Béarnais, à la Sainte-Cha|îelle du Palais, des bahuts ainsi 
couronnés. Ce profil saillant permettait d'ailleurs d'établii- des coyaux A, 
et en laissant une ciiculation d'air enlie les pieds des chevrons, les sabliè- 
res et la couverture . il pi-eservait ces pièces de bois de la |)ourriture. Les 

T. II. il 



I IIVIN I <'<■» 

iialiiils (les ui'aiids comhh's n'ont micic (iiic (),\() (m <>.(»(> c. d'épaissjMir 




et porlciil sur les formerets des voûtes hautes (voy. constulction , (iivu- 
peistk) , en laissant le plus de larj-cur possible à la tète des murs pour 
l'établissement des cliéneaux. Quehpiefois même les balmls dos combles 
sont établis sur des arcs de décharj^e reportant le j)()ids de la charpente 
sur les sonniiiers des voûtes intérieures; alors toute l'épaisseur des murs 
est réservée pour le placement des chéneaux. Les colonnes des f?aleries 
intérieures, pendant l'époque romane et au commencement de la période 
ogivale, sont souvent dressées sur de petits murs d'appui qui sont de 
/ véritables bahuts. L(\s colonnettes du triforium du porche de Téi^lise de 
Vézelay sont ainsi disposées. Dans la nef et le clueur de la cathédrale 
d'Amiens même, c'est encore sur un bahut que sont posées les colonnes 
du liiforium (voy. tkikouilm). 

BAINS, s. m. (Voy. ÉTiVK.) 

BAIN DE MORTiEu. Oii désigne ainsi, dans les ouvrages de maçonnerie, le 
lit de niortier sui- letjuel on pose une pierre de taille ou des moellons. A 
Paris, depuis le conmiencemenl du xvn« siècle, on |)ose les pierres de 
taille sur des cales de bois et on les fiche au morlirr, cest-à-dire que l'on 
fait entrer du moitier dans l'espace vide laissé entie ces deux pierres par 
l'exhaussement des cales au m(»yen de lames de ter mince découpées en 
dents de scie. Ce procédé a rinconvénient de ne jamais remplir les lils 
d'un mortier assez compacte pour résister à la pression. Les ficheurs étant 
obligés, pour introduire le mortier entre les pierres par une fente étroite, 
de le délayer beaucoup, lorsque la dessiccation a lieu, ce mortier diminue 
de volume et les pierres ne portent plus (|ue sui' leuis cales. Heureusement 
pour nos édiUces modernes cpron a le soin de mettre en o'uvre un cube de 



(17 [ haï l STRAIIK I 

j)iori'«' liois on (|nalic l'ois plus fort (jii il nCsl besoin, et (jue, j^iàct' à cel 
excès (le forée. cliiiqiK^ pieti't» ne subit (juinie faible pression; mais lors- 
(ju On bâtissait au moyen àfif , les arcbiteetes étaient poi'les à mettre en 
(l'uvre un cube de pierre plutôt trop faible (jue tiop fort : il devenait donc 
nécessaire de faire poser ces pierres sur toute la surface de leur lit, atin de 
profiter de toute leur force de résistance. On posait alors les pieries à 
bain de mortier, c'est-à-dire (ju'après avoir étendu sur le lit sui)éiieur 
d'une j)remière assise de pierre une épaisse couche de mortier peu delayt', 
on asseyait la seconde assise sur <'ette couche, en ayant le soin de la bien 
appuyer au moyen de masses de bois jusqu'au refus, ce qui, en terme de 
maçons, veut dire jusqu'à ce que le mortier, après avoir débordé sous les 
cou|)sde la masse, refuse de se conq^rimer davantage. On obtenait ainsi 
des constructions i-ésistant à une pression considérable sans craindre de 
voir les pierres s'éi)auti'rer , et on évitait des tassements (jui, dans des 
editices très-élevés sur des points d'appui léj^ers, eussent eu des consé- 
quences désastreuses (voy. constrlc.tion). 

BALCON, s. m. (Voy. bretèche.) 

BALUSTRADE, s. f. ( haiicel , Guriol. Le nom de balustrade est seul 
enqdoye aujourd'hui pour désigner les garde-corps à hauleui' d'appui, le 
plus souvent à jour, qui couronnent les chéneaux à la chute des combles, 
(jui sont disposés le longr de g,aleries ou de terrasses élevées, pour garantir 
des chutes. On ne trouve pas de balustrades extérieures surmontant les 
corniches des édifices avant la période ogivale, par la raison que jus(|u'à 
cette époque les combles ne versaient pas leurs eaux dans des chéneaux, 
mais les laissaient égoulter directement sur le sol. Sans atiirmer qu'il n'y 
ait eu des balustrades sur les monuments romans, ne connaissant aucun 
exemple à citer, nous nous abstiendrons. Mais il convient de divisei- 
les balustrades en balustrades intérieures, qui sont destinées à garnir le 
devant des galeries, des tribunes, et en balustrades extérieures, disposées 
sur les chéneaux des combles ou à l'extrémité des terrasses dallées des 
édifices. 

Ce n'est guère que de l'-2:2(> à h230 que l'on établit à l'extérieurdesgiands 
édifices une circulation facile, à tous les étages, au moyen de chéneaux ou 
de galeries, et que l'on sentit, par conséquent, la nécessité de parer au 
danger que présentaient ces coursières, étroites souvent, en les garnissant 
de balustrades; mais avant cette époque, dans les intérieurs des églises ou 
<le grand'salles, on établissait des galeries, des tribunes, dont l'accès était 
public, et qu'il fallait par conséquent nmnir de garde-corps. Il est certain 
(]ue ces garde-corps furent souvent, pendant l'époque romane, faits en 
bois; lorsqu'ils étaient de j)ierre, c'était plutôt des mursd'ai^pui (pie des 
Italustrades. La tribune du porch<' de l'église abbatiale de Vezelay iporclu^ 
dont la consiruclion |)eul èlre eonqirise entre W'.H) el I I KM est munie 
d'un mur d'appui ([ue nou^ pouvons a la rigueui' classeï p;irini les balus- 



[ BVI.ISTUADK I (IX 

tradf^s, ce mur d'appui t'tani décoré de f-randrsdcnls de scie qui lui douueul 
l'aspect d'un couronuenieiit plus lé^^er (pie le reste de la construclioii (11. 




Les galeries intérieures des deux pignons du transsept de la même église, 
construit pendant les dernièies années du xn" siècle ou au commencement 
du XIII'', possèdent de belles balustrades pleines ou bahuts décorés d'arca- 
tures, sur les(|uels sont posées les coloiiiiettes de ce tril'oriuni. Nous 
donnons ici ("i) la balustrade de la galeri(! sud, dont le dessin produit un 
grand etïet. 

Mais on ne tarda pas, lorsque l'ait^hitecture prit des formes plus légères, 
à évider les balustrades; un reste des traditions romanes fit que l'on con- 
serva pendant un certain temps lescolonneltes avec chapiteaux dans leur 
composition. Les balustrades n étaient que d(>sarcatures à jour, construites 
au moyen de colonnettes ou petits piliers espacés, sur les(|uels venait 
poser une assise évidée par des arcs en tiers-point. Les restes du trilbrium 
primilit'de la nef de la cathédrale de Ilouen (h2"20à IH'M)) présentent à 
l'intérieur une balustrade ainsi combinée, se reliant aux colonnes portant 
la grande arcaturc loniiant galerie, afin d'otlVir une plus grande résis- 
tance (;{). On concevra facilement, en elfet , (piune claire-voie reposant 
sur des points (rapj)ui aussi grêles, ne pouvait se maintenir sur une grande 
longueur, sans quelques renforts qui pussent lui donner de la rigidité. 
Mais c'est surtout à l'extérieur des monuments que les balustrades jouent 
un rôle important a partir du xiif siècle : car, ainsi que nous l'avons dit 
l)lus liant, c'est à dater du commencement de ce siècle quel'on établit des 
cheneaux et des galeries de circulation à tous les étages. Les balustrades 
exécutées pendant cette période présentent uneexlrèm<> variété de formes 
et de constructions, La nature de la pierre inllue beaucoup sur leur compo- 



— ()«.) — [ BALUSTUVDi: 1 

siiioii. La (Ml les iiiiilériaux étaient durs ol résistants, mais d'un '^nùn tin 







t't faciles à tailler, les balustrades sont légères et très-ajourées ; Ikon la 




1^ 
pierre est teiidic. au eonirairo, les vides sont Uioiiis larges, les pleins plus 



I HAi.rsTUAi»!; I — 70 — 

t'[)ais. Leur dimension est éj^alenienl soumise aux dimensions des maté- 
riaux, car on renonça bientôt aux balustrades composées de i)lusieurs 
morceaux de pierre placés les uns sur les autres, comme n'otl'rant pas assez 
d'assiette, et on les évida dans une dalle posée en délit. Kn Normandie, en 
Chamiiai,Mi(\ où la pierre ne s'extrait généralement (pi'en morceaux dune 
petite dimension, les balustrades sont basses et n"alteij,Mient i)as laliauteur 
(l'appui ( l"',()0 au moins). Dans les parties de la liourgogne où la pierre est 
très-dure, ditlicilc à tailler, et ne s'extrait pas facilement en bancs minces, 
les balustrades sont rares et n'ai)paiaissent (pie fort tard, lorsque l'an^hi- 
teclure imposa les formes (pi'elle avait adoptées dans le domaine royal à 
toutes les provinces environnantes, c'est-à-dire vers la fin du xiic si('cle. 
Les bassins de la Seine et de l'Oise otl'raient aux constructeurs des qualités 
de matériaux très-propres à faire des balustrades; aussi est-ce dans ces 
contrées qu'on trouve des exemples variés de cette partie important(Mle la 
décoration des édifices. Connue l'usai^^e de scier les bancs en lames minces 
n'était j>as prati(pié au xni'' siècle, il fallait trouver dans les carri('res des 
bancs naturellement assez peu épais pour permettre d'exécuter ces claires- 
voies légères. Le cli(iuart de Paris, le liais de l'Oise, certaines pierres de 
Tonnerre et de Vernon , (|ui pouvaient s'extraire en bancs de 0,15 à 
0,'20 c. d'épaisseur, se pi'ètaient merveilleusement à l'exécution des 
balustrades consliuites en grands morceaux de j)ierre posés de cliamp et 
évidés. Partout ailleurs les arcbileclt^s s"ingéni('rent à trouver un ai)pareil 
(!ond)iné de manière à supj)l(''er à l'insuflisancedes matériaux qu'ils possé- 
daient , et ces appareils ont eu, comme on doit le penser, une grande 
influence sur les formes adoptées. 11 en est des balustrades connue des 
meneaux de fenêtres, comme de toutes les parties délicates de l'architec- 
ture ogivale des xiic et xiv<' siècles : la nature de la pierre connnande la 
forme ius(prà un certain j)oint , ou du moins la mo(liti<\ Ce n'est donc 
([u'avec circonspection que l'on doit étudier ces variétés, qui ne peuvent 
inditiérenmient s'appli(iuer aux diverses provinces dans lesquelles l'archi- 
tecture ogivale s'est développée. 

Dans l'Ile de France, une des plus anciennes balustrades que nous 
connaissions est c<'lle (|ui couronne la galeri/^ des Rois de la fa(,'a(le occi- 
dentale de la catliedi'aie de Paris; elle appartient aux premières ann(''es du 
xiii*^ siècle (h2IOà h2:2(M connue toute bipartie inférieure (l(M"ettefa(,'a(le(i). 
Avant la restauration du portail, cette balustrade n'existait plus qu'au 
droit des deux contre-forts extrêmes, ainsi qu'on peut s'en assurer' ; elle 
est construite en plusieurs morceaux, au moins dans la pai'tie à jour, et se 
compose d'une assise poi'ianl les bases, de colomiettes posées en délit avec 
renfort par-deri'ièrt», et d'une assise de couronnement évidée en aicatures, 
décorées de fleurettes en j)ointes de diamant. 11 existe encore sur les gale- 
ries intermédiaires des tours du portail de la (>alen(le, à la cathédrale de 

' CfUc l);iliistr;i(l(> est rélalilie ;nijonni'lnii sur loiilo i:i loii^ni'iir do la l'ai,;«li" . ri 
i'oni|)larc «'cllo (jiii avait oU' rol'aile an mV sicclo cl (|iii lomliait ou nmio. 



71 I BAI.I STHADli J 

Uuiicii. mit' Itiilitslradt' du (•(tumiciict'mpnl du \im'' ^irclc. At' niônit' 




construite par morceaux superposés (5). Ici les coloniiettes reposent direc 




tement sur le larmier de la corniche formant pass;ig«%et laissent entre elles 



7^2 — 



I ItAMSrUVDK I 

h's raiix sécoulcr natun'lloinent sans chenal, (le nVst ^Mière qiio vers 
l:2;}0 que l'on élahlit des eliéneaux conduisant les eaux dans des ^ai- 
j^ouilles : jusqu'alors les eaux s'éj^outlaienl sur le larmier des corniches, 
comme à la cathédrale de Cliarlres, à la chute des f;rands cond)les; mais 
ces balustrades, composées de petits piliers ou colonnettes isolées et 
scellées sur le larmier, conservaient dil'licilement Icui' aplomb. Les 
constructeurs avaient tenté quelquefois de les réunira leur base au moyen 
d'une assise continue évidee par-(lessous poui' l'écoulement des eaux . ainsi 
qu'on peut le voir à la base du haut chu'ur nord de la cathédrale de 
Chartres (0); mais ce moyen ne faisait que rendre le (juillage plus dnuno- 




PEGARD.^C 



reuxen multipliant les lits, et ne domuiit pas à ces claires-voies la rii^ndité 
nécessaire pour éviter le bouclement. On dut renoncer bientôt aux 
colonnettes ou petits piliers isolt';s reunis seulement par l'assise supérieure 
continue, et on se décida à prendre les balustrades dans un seul morceau 
de pierre ; dès lors les colonnettes avec chapiteaux n'avaient pas de raison 
d'être, car au lieu d'une arcature construite, il s'aj,Mssait simplement de 
dresser des dalles percées d'ajcturs aiVectaul des formes (pii ne convenaient 
pas à des assises superj)()sées. C'est ainsi (pie le sens dioit, l'esprit loiii(pie 
(|ui dirij^eaient les architectes de ces e|M)(pies, leur commandaient de 
chan^'er les formes des détails, comme de l'ensemble de leur architecture, 
à mesui-e qu'ils modifiaient les moyens de construction. Dans les balus- 
trades construites, c'est-à-dire conqDosées de points d'appui isolés et d'une 
assise de couronnement, on i-emarquera que la partie supérieure d<>s 
balustiades est, (;onq)arativemenl aux points d"M|>pui . Ires-volumineuse. 
Il était nécessaire en etiet de charj^er beaucoup ces poinis d'appui isolés 
pour les maintenir dans leur aplomb, (juand les balustrades furent prises 



— 7;{ — I BAI.ISTKADF, ] 

dans un seul morceau d»' pieno , au contraire^ on donna de la Jorce, du 
pied à leui' pailie inférieure, et de la léi;èi'elé à leur partie su|)(''iieure, 
car on navail plus à craindre alors les déversenienls causés j)ar la multi- 
plicité des lits horizontaux. Les balustrades des jurandes ^^aleries de la 
tavade et du sommet des deux tours de la callié'drale de Paris sont taillées 
conformément ii ce principe (7) : leur pied sempatte vi^'oureusemenl et 




prolou^H' le lilacis du larnner de la corniche; un ajour en qualre-feuilles 

donne une décoration continue qui n indique plus des points d'appui 

T II Ht 



[ BAI-LSTftADE I ' ^ — 

séparés, mais qui laisse bien V(»ii' (lUc collo déoiralion est découiu'c dans 
un seul morceau de pierre; un appui saillant. ména{xé dans l'épaisseur de 
la pierr(\ sert de larmier et préserve la claiic-voie. Aux aniiles . la balus- 
trade de la iirande },'alerie est reid'orcéc^ par des paities pleines ornées de 
f,'ros croehets saillants et de li^'ures (ranimaux, qui viennent rompre la 
monotonie de la li^ne horizontale de l'appui (voy. am:»iaix). Ka balustrade 
extérieuiedutrilorium de la même éiilise,plus légère paree(|u"elle couronne 
un ouvra^^e de moindre importance, est encore nmnie de rempattemeni 
infV'rieur nécessaire à la solidité, ('et empattement, pouréviter les dérange- 
ments^ est posé en léuilkire dans l'assise du larmier (8). Il ne faudrait |)as 




PfTGAfiD 5r 



cependant ((tnsidérer les principes que nous posons ici connue absolus : si 
les architectes du xiic siècle étaient soumis aux rèfïles de la logique, ils 
n'étaient pas ce que nous appelons aujourd'hui des rationalistes; le senti- 
ment de la forme, Tà-propos avaient sur leur esprit une grande pi'ise, et ils 
savaient au Ix^soin faire plier un ])rincipe à ces lois du goût (]ui, ne ])oiivanl 
être formulées, sont d'autant plus impérieuses (ju'elles s'adressent à l'in- 
stinct et non au raisonnement. C'est surtout dans les accessoires de 
l'architectui'e commandés par un besoin et nécessaires en même tem|)s 
à la décoration, que le goût doit intervenir et qu'il intervenait alors, .\insi. 
en cherchant à donner à leurs balustrades prises dans d(^s dalles décou- 
pées l'aspect d'un objet taillé dans une seule pièce, il falUil (lueces parties 
imp(»rtanles de la (h'coration ne vinssent pas , par leur forme, contrarier 



l,^ 



B.VI.LSrUADK 



It's lij;iiés principales ilc raicliilt'ctmc. Si les ajorns ohlniiis au moyen de 
tiètles ou de qua(ie-l"euill»'s juxtaposés convenaient à des balustrades 
continues non inttMroni|)ues par des divisions vevlicalf^ ra|>proclit''es, ces 
ajours produisaient un mauvais ell'et Ntisipiils se développaient par petites 
travées coupées par des pinacles ou des points d'appui veiticaux; aloi'S il 
fallait en revenir aux divisions multiplié<*s et dans lesciuelles la li^Mie ver- 
ticale était rappelée, surtout si les balustrades servaient de courfunieinent 
supérieur à l'archileclure. D'ailleurs les divisions des ajours de balustrades 
par trétles ou (lualic-t'euilles étaitMit impérieuses, lie pouvaient st» l'étn'cir 
ou s'élarjiir à volonté ; si une travée jiermettait de tracer ciiHj (|uatre- 
feuilles, par exemple, une travée plus étroite ou plus larjj^e de quelques 
centimètres (léranj,^eait cette combinaison, ou oblifieait le traceur à laisser 
seulement aux extrémités de sa travée de balustrade une portion de trètle 
ou de quatre-feuilles; ce (jui n'était pas d'un heureux eti'et. l^es ilivisions 
de balustrades par arcatures verticales permettaient au contraire d'avoir 
un nombre dajours complets, et il était facile alors de dissimuler les 
ditierences de lartjeur de travées. 

Nous ferons comprendre facilement par une tij^ure ce que nous disons 
ici. Soit AB (1)) une travée de balustrade conq^renant trois quatre-feuilles; 




si la travée suivante AC est un peu moins lonj;ue , il faudia (|ue lun îles 
trois ajours soit en partie eni;a^;é. Mais si la travée AB (U bis) est divisée 




en cinq arcatures, la travée AC pourra n'en contenii' que (juatre, et \\v\\. 
rHrouvant des formes complètes dans l'une connue dans l'autre, ne sera 
pas cb(»(jue. Les <livisions verticales permettent même des ditVérences 



[ BALUSTKADK ] 7(> — 

notables dans rérartcnient des axes, sans (|ue ces diHërences soient appiv- 
ciahlesen exécution; leui'dessin est j)lusfacileàronipren(lredansdes espaces 
resserrés (|ui ne jx'iniettraient pas à des conil)inaisons de cercle de se déve- 
lopper en nombre sullisant,car il en est de rornenienlalion arcliilectoni(|ue 
comme des mélodies, qui, pour être comprises et produire tout leur ettet, 
doivent être répétées. La l)alustrade supérieure de la nef et du chœur de 
Notre-Dame de Paris, exécutés vers 1230, est divisée par travées inégales 
de largeur, et c'est conformément à ce princi[)e (ju'elle a été tracée (10). 
De distance en distance, au droit des arcs-houtants et des gai'gouilles, 
un pilastre surmonté d'un gros tleuron sépare ces travées, sert en même 
temps de renfort à la balustrade, et maintient le déversement qui, sans 
cet api)ui, ne manquerait pas d'avoir lieu sur une aussi grande longueur '. 
Mais (|ue Ton veuille bien le remarquer, si cette balustrade a (juelque 
rapport avec celles (|ui, peu d'anné'es auparavant, étaient consiruites j>ar 
assises , on voit cepciKJaiil cjuc c'est un evidement, un ajour percé dans 
une dalle, cl non un objet construit au moyen de morceaux de pierre 
superposés; cela est si vrai, que l'on a cherché à éviter dans les ajours 
les évidements à angle droit (|ui peuvent provoquer les riq)tures. Le pied 
des montanis retombe sur le profil du bas, non i)oint bi'us(|uenient, mais 
s'y réuni! par un biseau formant un enq^attement destine à donner de la 
force à ce pied et à facilitei- la taille (1 1). On voit ici, en A, la pénétration 
des montants sur le profil formant traverse inféiieure, et en B, la nais- 
sance des trilobés sur ces montants. Si les formes sont nettement accusées, 
si les lignes courbes sont francheinenl séparées des lignes verticales, 
cependant, soit |)ar instinct, soit par raison, on a cherché à éviter ici 
toute l'orme pouvant faire supposer la présence d'un lit, d'une soudure. 
Mais, nous le réj)étons, les artistes de ce tenq^s savaient, sans renoncer 
aux principes basés sur la raison, faire à l'art une large part, se sou- 
mettre aux lois délicates du goût. Si nous croyons devoir nous étendre 
ainsi sur un détail de l'architecture ogivale qui semble très-secondaire, 
c'est que, par le fait, ce di'tail ac(|uiert en exécution une grande iiupor- 
tance, en tant que couronnement. L'architecture du xiu"' sièch; veut (jue 
la balustrade fasse partie de la corniche; on ne saurait la plupart du 
temps l'en séparer; sa hauteur, les rapports entre ses pleins et ses vides, 
ses divisions, sa décoration, doivent être combinés avec la largeur des 
travées, avec la hauteur des assises et la richesse ou la sobriété des orne- 
ments des corniches. Tell(> balustrade (|ui convient à tel édifice, et qui fait 
bon ell'el la où elle fut placée, semblerait ridicule ailleurs. Ce n'est donc 
pas une balustrade ([ii il l'aul \(»irdansun monument, c'est /a balustrade 
de ce monument; aussi ne prétendons-nous pas donnei' un exemple de 
chacunedes variétés de balustrades exécutées de l'200 à 1 300,encore moins 

' Cctu- l)aliislr;Ml(' ir;(ppai'tieiit pas à la l'oiistnicliuii |»rt'iiii('ro de la nel', qui rt'iiionlc 
à 1210 an plus lard; elle a éié lei'aile vers \2,\0, loiMpio après un inceudio la partie 
supérieure de la nell'ul eouiplélenieut remaniée et rlialiillée |voy. CAriiKoiiALr. . 



I I 



[ BALISTKADK 



faire supposer que telle haliistiade de telle epo(|iu\ a|)|>rK|iiée à tel ('(lilict' 
d'une proviiiee, peut être applicpiée a tctus les t'ililiees de cette niènie 
('pdipie et de cette inovinee. 




Nous voyons ici (tig. 10) une balustrade exécutée de 1-230 à 1-240. 
Cette balustrade est posée sur une corniche d'un j^nand édifice, oii 
tout esî cniicu lar-.Muent et sui' luie grande échelle. Aussi ses espace- 



liALlJSTItADK 



— 7S 



n 



luftiils (If picds-didils ^(Hll larges, ses trilolM>s ouv«Mlt5 ; pas de détails: 
(\o simples biseaux . des foniies arrentiiées pour obtenir des ombres 

el des lumières vives et franches, 
pour produire un etlet net et facile 
à saisir à une j,Mande distance. Or, 
voici qu'à la même époque, à cin(| 
ans de distance penl-èlre, on élève 
la Sainte-dliapelle du Palais, édifice 
|)etit, dont les détails par consé(pienl 
sont tins, dont les travées, au Thui 
d'être larfj;es comme à la cathédrale 
de Paris, sont étroites et coupées 
par des ^^àbles i)leins surmontant les 
archivoltes des fenêtres. L'an hilecle 
fera-l-il la faute de placer sur la 
corniche supérieure une balustrade 
lâche, qui, par les j^rands espace- 
ments de ses pieds-droits, rétrécirait 
encore à I'umI la lari^cur des travées, 
dont on saisirai! ditlicilement h' des- 
sin, visible seulement entre des pi- 
nacles et pignons rapprochés? Non 




pas; 



il cherchera, au contraire, à 



serrer l'arcature à jour de sa balus- 
trade, à la rendre svelte et ferme ce- 
pendant j)()ur sonlenirson couronne- 
ment ; il obtiendra des ombres fines 
et multipliées j)ar la cond)inaison de 
ses trilobés, par des ajouis délicats 
percés entre eux ; il fera cette balustrade haute pour relier les {^âbles aux 
pinacles (12) et poui' empêcher que le grand comble ne paraisse écraser 
la légèreté de la maçonnerie, pour établir une transition entre ce cond)le, 
ses accessoires inq)orlantsel la rich«>sse des corniches el fenêtres; mais il 
aura le soin de laissera cette balustrade son aspect de dalle découpée, afin 
(]u'elle ne puisse rivaliser avec les fortes saillies, les ombies larges de ces 
gables et pinacles. Dans le même édifice, l'architecte doit couronner un 
porche couvert en leri-asse par unt> balustrade. Prendra-l-il |)our modèle 
la balusti'ade du grand cond)le'.' l*oint ; conservant encore le souvenii' de 
ces belles claires-voies du connnencemenl du xiii"' siècle, composées de 
colonnetles portant une arcature ferme et sim|)le connue celle que nous 
avons donnée (fig. i) ; comprenant (jue sur un édifice couvert d'une 
terrasse il faut un couronnement qui ait un asj)ect solide, qui prenne de 
la valeur autant par la cond)inaison des lignes el des saillies que par sa 
richesse, et ([U une dalle plaie percée d'ajours avec de sinq)les biseaux 
sur les arêtes ne peu! satisfaire à ce besoin de l'ieil , il élèvera une baliiN- 



70 I ItAl.lMIlADK i 

Iradc onu'(> tic (•liai)iloau\ siipiun-liiiil iin«' aicaliuv (It'coupi'f en liilohcs, 




relbuillée, doiil les ombres vives viendront ajoutera l'etiet de la corniche 
en la complétant, à celui des pinacles en les reliant (13) . iMais nous sommes 
au milieu du xin« siècle, et si la balustrade du porche de la Sainte-(^ha- 
pelle est un dernier souvenir dt>s primitives clairt>s-voies construites au 
moyen de points d'ai)i)ui isoles supportant une arcalure , elle restera, 
connue construction, une balustrade de son époque, c'est-à-dire que les 
colonnetles reliées à leur base par une traverse, et les arcalures trilobées, 
seront prises dans un même morceau de pierre évidé. La tablette d appui 
A sera seule rapportée. C'est ainsi (ju'à chaque pas nous sonnnes arrêtés 
par une transition, un pro^avs (|uil faut constater, et que nous devo!is 
pres(iue toujours rendre justice au yoùl sûr de ces praticiens du xni'' siècle 
qui savaient si bien tenq)érer les lois sèches et froides du raisonnement 
par l'instinct de l'artiste, par une imagination qui ne leur faillait jamais. 



It\U STUADK 



KO 



L(iiifit(Miips les balustrades furoiit ex idcimncnt l'un des détails do larclii- 
Icctiiit' oiiivalc sur l('S(|iif'ls on a|)i)oita une attention pai-ti(uli»~'re; mais il 
laul convenir (|ua la tin du \nr siècle déjà, si elles présenlenl descond)i- 
naisons iuf^M'nieuses, belles souvent, on ne les tiouve i)lus liées aussi 
intimement à l'arcliiteclure; elles sont parfois comme une œuvre à part 




PFCARD xr 



ne participant j)lusà l'effet de l'ensend)le, et le clioix d«» leurs dessins, de 
leurs comparliments ne i)arait j)as tonjouis avoir été lait pour la place 
(|u'elles occui)eiit. La balustrade supeiieure du clio'ur de la catht'drale de 
{•eauvais en est un exem|)le (li) : rallernance des (pialic-l'euilles posés <'n 
carré et en diagonale est heureuse ; mais cette balustrade est beaucouj) trop 
maigre pour sa place, les ajours en sont trop j>i'ands, et, de loin, elle ne 
prête pas assez de fermeté au couronnement. Sous cette balustrade, la 
coi-niche, bien (jue délicate, parait lourde et j)auvre en même temps. Nous 
retrouvons cette combinaison de balustiades. amai^nie encore, au-dessus 
des diapelles de lé^lise Saint-Ouen (1(> Kouen (ir>). Les défauts sont 
encore plus choquants ici, l)ien (|ue cette balustrade, en elle-même, et 
connue taille de pierre, soil un clicf-d^euvre de perfection; mais, étant 
placée sur des côtés de polvfiones peu étendus, elle ne donne (|ue (|uatre 
ou cin(| comparliments: leur dessin ne se comi»rend pas du pi-emier couj), 
parcecjuela'il nei)eul saisircette combinaison alternée, (pii serait beuieuse 
si elle se développait sur une jurande louj^^ieur. L excessive maii^reur de 
cette l)alustrade lui donne l'apparence d'une claire-voie de meta! , non 



SI 



ItAl 



d'une découpure faite dans de la pierre. Du reste, à partii- de la tin du 
xuic siècle, on ne rencontre plus iiiière de balustrades composées d'une 
suite de petits montants avec arcature ; on semble prelerer alors les 
balustrades foiinées de trètles, de quatre-l'euilles , de triangles, ou de 
carrés posés sur la pointe avec redents, comme celle qui couronne le 




(>£C-Aliû se 



chœui' et la nef de la cathédrale d'Amiens. Nous avons fait voir comme 
à la Sainte-Chapelle du Palais on avait heureusement rompu les lignes 
inclinées des gables couronnant les fenêtres par une balustrade à points 
d'appui verticaux très-multipliés (voy. fig. 12), comme on avait tenu cette 
balustrade haute pour (pi'elle ne fût pas écrasée par l'élévation des pinacles 
et gables. Cette balustrade, indépendante de ces pinacles et gables, passe 
derrière eux, ne fait que s'y appuyer; elle leur laisse toute leur valeur, et 
paraît ce qu'elle doit être : une construction légère , ayant une fonction à 
part, et n'ajoutant rien à la solidité de la maçonnerie, pouvant être 
supprimée en laissant à l'édifice les formes qui tiennent à sa composition 
architectonique. On ne s'en tint pas longtemps à ces données si sages. 
De 1290 à 1310, on construisait à Troyes l'église de Saint-lJbain. Les 
fenêtres supérieures du chœur de ce remarquable édifice sont surmontées 
de gables à jour qui viennent, non pas comme à la Sainte-Chapelle de 
Paris, faire saillie sur la corniche de couronnement et son chéneau, mais 
qui les pénètrent. Et telle est la combinaison recherchée de cette construc- 
tion, que les deux pentes de ces gables et les cercles appareillés dans les 
écoincons portent cette corniche formant chéneau comme le feiaient des 

T M 11 



L BAL ] — 8-2 - 

liens en charpente, il y avait à craindre que ces gables à jour qui n'étaient 
pas reliés au nuir , et cette corniche-chéneau ([ui reposait seulement sur la 
tète de ce mur, sans être retenue dans sa partie enjiagée par une loite 
charge supérieure , ne vinssent à se déverser en dehors. Le constructeui' 

/.5 













imagina de se servir de la balustrade pour maintenir ce dévers (16); et 
voici comment il s'y prit. Tl faut dire d'abord (pi'entre cha<iue travée 
s'élève un contre-tort avec pinacle bien relié à la masse de la construction; 
prenant ce pinacle ou contre-fort comme point fixe (il l'est en effet), 
1 architecte fit ses demi -travées de balustiades A d'un seul morceau 
chacune, et, ayant eu le soin de poser ses pinacles sur un plan plus avancé 
que celui dans lequel se trouvent les gables, il maintint le sonmiet de 
ceux-ci en les étrésillonnant avec les balustrades, ainsi (jue l"in(li(|ue le 
plan (IGbis). Soit lî le pinacle rendu lixe par sa base portant cheneau 
fortement engagée dans la construction , et CG les tètes des gables ; les 
demi-travées de balustrades BC étant d'un seul morceau chacune, et 
formant en plan un angle rentrant en G, viennent étrésillonner et butter 
les tètes des gables G G, de manière à rendre impossible leur déversement 
en dehors. Mais pour rendre sa balustrade à jour très-rigide, tout en la 



- 83 



l«Al, 



(ItVoiipaiil (lélicateiiK'iit, riurliiiecte de Stiiiit-Dil);!!!) la (oiuposa (liiiic 
suito de triangles chevauchés réunis par leurs cùlés, et t'onuaut connue 
autant de petits liens inclinés se contre-buttant nnitnellenient de manière à 
évitei- les chances di' lupluie. C/etait là, il faut le dire, plutôt une combi- 
naison de charpente qu'une construction de niavonnerie ; mais il faut dire 
aussi que la piei're à laquelle on imposait cette fonction anormale est de la 




pierre de Tonnerre, d'une qualité, d'une fei-meté et d'une finesse extraor- 
dinaires, qui lui donnent, une fois taillée, l'aspect du métal. Certes , cela 
était ingénieux et bien raisonné connue appareil ; il était impossible de 
dominer la matière d'une façon plus complète que ne le fit avec succès le 
savant architecte de Saint-Urbain (voy. construction;; mais pour ne 
parler que de la balustrade dont il est ici question, cette suite de petits 
triangles semblables aux grands triangles formés i)ar les gables est 



«i — 



I BAL I 

laclieiisc mi point de vue de lait. L'ct-il est tomnieiité par tes figures 
jîéométri(iiies seiiiblables mais iiiéj-ales ; rhaniionie ([ui doit résulter, non 
<|(" la similitude des diverses parties d'un editice , mais de leur contraste, 
est détruite. Ici. comme dans toutes les formes de l'architecture adoptées 



16 



uis 



B 




PEGAnu. zc 



à partir de cette époque, le raison ueuient, la combinaison géométrique 
prennent une place trop importante; le sentiment, l'instinct de l'artiste 
disparaissent étoufllés par la logique. L'amour des détails, les raffinements 
dans leur application, vinrent encore ôter aux balustrades leur sévérité de 
formes. Les architectes du xiii* siècle, mus par ce sentiment d'art qu'on 
retrouve à toutes les belles épofjues. avaient com[)ris que plus les membres 
de l'architecture sont d'une petite dimension, et plus leurs formes veulent 
être laigcment composées, afin de ne pas détruire l'aspect de grandeur que 
doivent avoir les édifices; car en nuiltipliant les détails sans mesuie, on 
rapetisse au lieu de grandir l'arcliitecture. Si parfois, au xur siècle, dans 
(pielques monuments exécutés avec un grand luxe, on s'était permis de 
faire des balustrades très-riches par leur combinaison et leur sculpture, ce 
sentiment de la grandeur apparaissait toujours, et les détails ne venaient 
pas détruire les masses; témoin la balustrade qui couronne le passage 
réservé au-dessus de la porte sud de Notre-Dame de l'aris (17). élevée en 
1257. Il est impossible de grouper plus d'ornements et de moulures sur 
une balustrade, et cependant on remarque qu'ici Jean de Chelles, l'auteur 
de ce portail . avait compris que l'excès de richesse prodigué sur un petit 
espace pouvait détruire l'unité de sa composition, car il avait eu le soin de 
relier cette; balustrade aux divisions générales de l'architecture par des colon- 
nettes engagées qui viennent la pénétier et la forcer, pour ainsi dire, à 
participer à l'ensemble de la décoration'. Aussi raffinés, mais moins adroits, 
les architectes du xiv« siècle arrivèrent promptement à la maigreur ou à la 
lourdeur (car ces deux défauts vont souvent de compagnie dans les compo- 

' Il n'existe plus que deux fragments de celte cliarniante Ijahislrade sur les deux 
conlrelorls du portail, mais ces fragments indicpient clairement la disposition de 
rcnsemhle. La richesse de cette balustrade est motivée par rexlrèmc délicatesse 
des parties d'architecture qu'elle accompagne et coinonnc. 



85 — 



BAI. 1 



sitions (l'art), en surchargeant les balustrades de profils et de combinaisons 
plus surprenantes (pie belles. Ils cherchèrent souvent des dispositions 
neuves et ne se content«'rent pas toujours de la claire-voie perc(ie dans une 
dalle de champ, et couverte par nu appui horizontal. Parmi ces nouvelles 

il 




i.i' mm\\\ i'ii|i|i'iiwii.,..(ïnt|||i|||j|[pi>ii'>ii lii|i|||||j|]I||IliniiIP|llP(imr5''^ 



'•' COJ K' ZJ. 



jf^i^^plli f ^éM 






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P /■"■.ij v//////////y/;;/i 




;:«; ^ 



formes, nous devons citer les crénelages. Les créneaux avec leurs merlons 
se découpaient vivement au sommet des édifices , et donnaient déjà, par 
leur simple silhouette, une décoration. On se servit parfois, pendant le 
xive siècle, de cette forme générale, pour l'appliquer aux balustrades. C'est 
ainsi que fut couronnée la corniche supérieure du chœur de la cathédrale 
de Troyes ' . Cet exemple de balustrade crénelée ne manque pas d'origina- 



' Le clid'iir (le hi culiiéHrale de Troyes fut conslriiit de 1240 à 1250, mais tous les 
eouioniiemeiils extérieurs lurent reliiits au xiv» siècle. 



BAL 



8« 



lité, mais il a le (léfaut de n'être milleiiient en haimonie avec l'édifice; nous 
ne le (loniioiis d'ailiciirs (jue coninie une e\icj)ti()U (IK). Les nierions de 

18 







f£C/^/li>. Si. 



celte balustrade crénelée sont alternativement pleins et à joui'; les apj)uis 
des créneaux sont tous à Jour. Dcrrièic cliaiiue meilon plein est un 
renfort A (jui donne du poids à l'ensemble de la constiuction et retient 
son dévers. On remarquera cpie cette balustrade est composée d'assises de 
pierre d'un assez petit échantillon, et cela vient à l"ai>pui de ce que nous 
avons dit au conmiencemenl de cet article : que les matériaux et leurs 
dimensions exerc^-aient une innuonce sur les formes doimees aux balustrades. 
Et, en ell'et, à Troyes on ne se procurait que dilticilement alors des jjierres 
basses, mais longues et larges, propres à la taille des balustrades à jour 
posées en délit. 11 fallait les faire venir de Tonnerre; elles devaient être 
chères , et ces réparations faites au xiv« siècle à la cathtidrale de Troyes 
sont exécutées avec une extrême parcimonie. A l'église Saint-Urbain d<' la 



— S7 — 



BAI. 



inr-nu' ville , presque contemporaine de ces restaurations de la cathédrale, 
mais où la (piestion d'économie avait été moins impérieuse, nous avons vu, 
au contraire, connue l'architecte avait profité de la (pialit('' et de la dimen- 
sion (les pierres de Toinierre , pour faire des balustrades minces et 
composées de grands morceaux. 

Il n'est pas rare de trouver dans les édifices du commencement du 
xiv* siècle des balustrades pleines , décorées d'un simulacre d'ajour. 
C'est surtout dans les pays où la pierre, trop tenace ou trop grossière, 
ne se prêtait pas aux dégagements délicats des redents, et ne conservait 



' ^ 



PC(rA KO 




pas ses arêtes, que ces sortes de balustrades ont été adoptées. Dans 
la haute Bourgogne, par exemple, où le calcaire est d'une qualité ferme 
et difficile à évider, on ne fit des balustrades cà jour que fort tard, et 
lorsque le style d'architecture adopté en France envahissait les provinces 
voisines , c'est-à-dire vers le commencement du xiv<^ siècle ; et même 
alors les tailleurs de pierre se contentèrent-ils souvent de balustrades 
pleines, de dalles posées de champ, décorées de compartiments se déta- 
chant sur un fond. C'est ainsi qu'est taillée la balustrade (|ui surmonte les 
deux chapelles du transept de l'église Saint-Bénigne de Dijon (18 bis). Le 



BAI 



88 



cloître de l'éj^'Use cathédrale de Bézieis, dont la construction date des 
premièi-es années du xiv siècle , est couronné d'une balustrade composée 
de la luênie manière comme compartiments et comme appareil, ce (\u\ est 
motive par la nature firossière de la jticrre du pays, qui est un calcaire 
alpin i)oreux, tenant mal les arêtes. Seulement ici (IKter) l'appui lorme re- 
couvrement, il est rapporté sur le corps de la balustrade. L'assise d'aijpui. 







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■■■■■■■;•„■ xvi 



il 



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taillée dans une pierre d'un grain plus serré, protège les dalles de champ, 
et (fait (pii doit être noté) cet appui porte une dentelure, sorte d'amortisse- 
ment fleuronné couronnant la balustrade. Celle-ci, étant pleine, terminait 
lourdement les arcades du cloilre ; sa ligne horizontale se (h'tacliant sur le 
ciel (car ce cloître est couvert par une terrasse), reliait mal les pinacles qui 
terminent les contre-forts ; et c'est évidemment pour ronij^re la sécheresse 
de cette ligne horizontale, à laquelle la balustrade pleine n'apportait aucun 
allégemefit, que fut ménagée cette dentelure supérieure. On trouve plu- 
sieurs exemples de ces balustrades fleuronnées, même lorsque celles-ci sont 
à jour, dans quelques églises de Bretagne, surtout pendant les xv et 
xvi« siècles (voy. tig. "l')- Ce qui caractérise les balustrades exécutées 
pendant le xiv« siècle, c'est l'adoption du système de panneaux de pierre 
percés chacun de leur ajour, séparés par un montant le long du joint, et 
recouverts d'un appui les reliant tous ensemble. Si l'appareil y gagnait, la 
succession de divisions verticales séparant chacun des panneaux juxta- 
posés Atait aux balustrades l'aspect qu'elles avaient au xm* siècle, d'un 



H\) I BALUSTRADE ] 

couronnoinent continu, d'une sorte de fVise à jour, laissant aux iij^Mies 
horizontales leur sini|)lieilé calme; nécessaire dans des n)oiiuinents de 
celte étendue |)Our re|)oser les yeux, que les divisions ré^^dières verti- 
cales troj) répétées t'aliiiueni hienlùl. 

Fjes architectes «'taient conduits à sacritiei- l'art au raisonnement; ils 
perdaient cette liberté (|ui avait permis à leurs prédécesseurs de mêler les 
inspirations du goût aux nécessités de la construction ou de l'appareil. 
L'exercice de la liherti' dans les arts n'appartient (ju'au ^^énie, et le génie 
avait fait place au (calcul , aux méthodes , dès le counnencement du 
xiv siècle, dans tout ce qui tenait à l'architecture. Nous donnons ici (10) 



19 



''''"W''''''''''!i!il''!!'''''"''V 




eâ'GMO. 



un exemple d "une balustrade exécutée en panneaux de pierre, tiré du bras 
de croix méiidional de l'ancienne cathédrale de la cité de Carcassonne. La 
construction de cette balustrade remonte à 13^25 environ. Il faut dire 
cependant que les formes des balustrades adoptées par les architectes du 
xMi'' siècle furent longtemps emj)loyées; on les amaigrissait, ainsi que 
nous l'avons vu dans l'exenqile présenté dans la fig. 1.^, on les surchar- 
geait de moulures et de redents évidés; mais le principe était souvent 
conservé; toutefois, on préférait les formes anguleuses aux formes engen- 
drées par des combinaisons de demi-cercles; les courbes brisées étaient 
en honneur; et des voûtes, des fenêtres, elles pénétraient jusque dans les 
plus menus détails de l'architecture. Le sinq)le biseau (jui, au xuf siècle, 
(tait seul destine à produire des jeux d'ombre et de lumière dans les 

T. 11. 12 



BAI-USIKAlili 



'.)() 



I>;iliistra(les, parut liDp simple, lorsque lous les membres de rarcliilecluie 
se sululivisèrent à riiifiiii ; on le doubla par un temps danèt, et les 
balustrades eurent deux j)lans de moulures : l'un donnait la forme ijéné- 
rale, le thème; le second était destiné à (ornier h^s redenis, la broderie. 
l'n exeuiple est nécessaire pour l'aire <(»mprendre reni[)loi de ce nouveau 
mode. 

Voici CâO) la baluslrad<' qui couromie la corniche du clueurde l'église 



20 







i 



^ 



PC6AHD. se. 



que nous venons de cit(M". la cathédrale de Carcassonne '. La forme iréné- 
ratricede cette balustrade, le ihème , pour nous servir d'un mol (jui rend 
parfaitement nohe pensée, est une suite de triangles équilatéraux curvi- 



hj^nes. 



Si nous examinons la coupe sur AB de cette balustrade , nous voyons 
(|ue 1(^ biseau C est divisé païun arrêt résultant d'une petite coupe à angle 
droit l). dette coupe produit un listel, parallèle à la face de la balustrade, 
('/est ce listel qui dessine les redents E, et le second membre du bizeau 
qui leur donne leur modelé. Mais les parties pleines de l'architecture, les 
points «l'appui, se perdaient de plus en plus sous les subdivisions des 
moulures, des colonnettes; les meneaux des fenêtres s'amaigrissaient 
chaque jour sous la main des constructeurs; les balustrades chargées de 
ce double biseau taillé' suivant un angle de la degrés, et de ce listel du 
second plan, recevaient trop de lumière; elles paraissaient lourdes com- 

< Toutes les fois que nous aurons à parler des édifices du xiv siècle, on ne s'éton- 
nera pas si nous nieUons en preinièrt' littiic la calliédrale do ('arcassnnne. qui est un 
ciiel-d'u-iivri' de «oltc ('-pcKpit', cl (|iii conuiic style apparliciil it larcliilcclure du Nord. 



— "M — 



UAI.ISIHADI 



paralivciiit'iit aux aiilres membres de rarehilccliiit' , dont les plans ren- 
foncés tlé('on|)aient seulement (|uel(iues lignes tiiu's de lumit-ic sur des 
ond)res lari^cs. Dés lors on renonça aux biseaux coupés sui\anl un anyle 
de io de^M'és dans le profil des balusliades, et l'on voulut avoir des plans 
plus vivement accusés. Soit (-21) tiii. A : si le rayon lumineux WC tond»»' 



21 




B 




B 



sur le biseau EF, lui étant parallèle, il le frisera et ne produira qu'une 
demi-teinte; mais si, fig. D, le biseau EF donne un angle moindre de 
45 degrés, le même rayon lumineux RC laissera toute la partie EF dans 
une ombre franche. Les balustrades étant com[»osées presque toujours 
de petites courbes , la lumière frappe sur une grande partie des suifaces 
fuyantes; pour obtenir des ond)res larges, il était donc nécessaire de 
rapprocher, autant que possible, la coupe de ces surfaces fuyantes de la 
ligne horizontale, afin de les dérober à la lumière ; et comme on ne donne 
de la finesse aux parties éclairées que par l'opposition d'ombres larges, 
que les parties éclairées, dans les formes de l'architecture . comptent 
seules, et qu'elles produisent, suivant la lai-geur ou la maigreur de leurs 
surfaces, la lourdeur ou la finesse, les architectes, voulant obtenir la plus 
grande finesse possible dans la coupe des balustrades, arrivèrent à dérol)er 
de plus en plus les surfaces fuyantes aux rayons lumiuiHix. A la lin du 
xiv«^ siècle déjà, ils avaient entièrement renoncé aux biseaux qui, sur 
quelques points, par le glissenient de la lumière, donnaient toujours des 
demi-teintes, et ils les renqjlaçaient par des profils légèrcmtMit concaves 
(•2-2) qui donnent plus d'ombre et découpent plus vivement les plans. Mais 
alors ils amaigrissaient tellement les dalles à jour, qu'elles n'otlraient plus 
de solidité; pour remédier à cet inconvénient, ils leur donnèrent plus 
d'épaisseur, et les balustrades qui, en moyenne, au xiu« siècle, n'avaient 
guère que 0,12 c. d'épaisseur dans leur partie à jour, |inreii1 jus(|u;t 
0,20 c. 

Par Tertet de la perspective, ces balustrades, vues de bas en liaul ou 



BALUSTKADl- 



— M^2 



21 



de eût»';, piésontaienl de si larf,'es surfaces de champ, qu'elles laissaient 
à peine voir les ajouis. Il fallut encore dissimuler ce rléfaut, et. pour 

y arriver, on j)rotila les Italustrades en 
dedans coninie en dehors. On avait 
voulu d'ahord déroher à la lumière les 
surfaces fuyantes des épaisseurs pour 
obtenir des ombres accentuées; par ce 
dernier moyen, on dérobait aux yeux 
une partie de ces surfaces ("23). 

On nous pardomjcra la longueur 
d'une théorie qu'il nous a paru néces- 
saire d'exposer, afin de faire compren- 
dre les motifs des diverses transforma- 
tions que l'on fit subir aux bahisliades 
jusqu'au xy«' siè(;Ie. iN'ous l'avons dit 
déjà, et nous le répétons, cet accessoire 
de l'architecture du moyen âge est d'une 
grande inq)ortance ; il a préoccupé nos 
ancien* architectes, et cela avec raison. 
Une balustrade de couronnement complète heuieuseuient ou gâte un 
édifice, s(Mon qu'elle est bien ou mal conq)osée, (|u'eli(> (>sl ou n'est |)as , 
dans son ensend)le et ses détails, à léchelle des divers membres archilec- 











i 



toni(|ues de cet édifice, qu'elle aide ou contiarie son syslènu» géïK'ral de 
décoration. Tne balustrade bien liée à la coiniche (|ui lui sei't de base. 
en rapport de proportions avec le monument (pielle couronne, (|ui 



— 0:{ — I BALLSrKADK | 

rappelle st's Ibrines de détail sans les leproduiie à une plus petite échelle, 
dont les divisions tout valoir les dimensions de ce nioiunnenf , est une 
(V'uvre assez rare pour (pi'il soit permis de croire que c'est là un des 
ecueils de rarcliileclure du moyeu àye, et poui- qu'il soi! nécessaire 
d'étudier avec grand soin les (juelques beaux exemples qui nous sont 
l'est es. 

L'adoption du système de panneaux divisés à chaque joint par des 
montants verticaux dans l'appareil des halusli'ades lit (juehiuefois ajoutei' 
des terminaisons en l'orme de lleurons ou d"aii;uilles sui- ces montants, 
car les arcliilectes du xiii'' siècle, et, à plus l'orle laison, du xiv" siècle, 
n'admettaient pas dans les formes de l'architecture un n)onlant vertical 
d'une certaine largeur sans le couronner par quelque chose. Pour eux, 
\e pilastre venant s<' i)erdre dans une moulure horizontale était un membre 
tronqué. Mais c'est au commencement du xvf siècle surtout que les 
balustrades à panneaux séparés par des montants verticaux le long du 
joint furent adoptées sans exception. Les conqiartiments à jour dont elles 
se composaient ne permettaient plus, par la conqilication de leur forme, 
un autre appareil. 

Pendant le xv«^ siècle , les balustrades à panneaux se rencontrent fré- 
(luemment, mais ne sont pas les seules. Ce sont alors les losanges, les 
triangles rectilignes qui dominent dans la composition des balustrades. Il 
faut remarquer que ces formes se prêtaient mieux à l'assendjlage d'ajours 
en pierre, étaient plus solides que les formes curvilignes; et au xv*" siècle 
l'architecte était surtout appareilleur. 

Un morceau de balustrade taillé suivant la fig. ^A présentait beaucoup 
de résistance et s'assend>lait facilement par les extrémités AB. Lappui, 
souvent d'un autre morceau, recouvrait et reliait ces claires-voies. Lors(jU(!, 
pendant le xv^ siècle, les balustrades étaient conqjosées de panneaux, les 
montants verticaux étaient parfois saillants en forme de petits contre-forts, 
ainsi que l'indiquent les fig. 25 et 2(5. 

Ce fut aussi pendant le xv siècle que l'on eut l'idée de sculpter, dans les 
ajours des balustrades, des attributs, des pièces piincipales d'armoiries '. 
Nous donnons ["Ih) des panneaux de la balustrade couronnant la nef de 
la cathédrale de Troyes, et dans lesquels les tailleurs de pierre du xv«^ siè- 
cle ont figuré alternativement les clefs de saint Pierre et des tleurs de lis. 
La balustrade refaite , au xv siècle , à la base du pignon de la Sainte- 
Chapelle du Palais, à Paris, présente également, dans chacun de ses 
panneaux, une belle et grand*» tleur de lis inscrite dans un cercle (2(>). 
Vn grand K couronné, tenu par deux anges, se détache au milieu de cette 
balustrade; c'est le chiffre ou la première lettre du nom de Charles Vil 
(Karolus), qui la tit refaire (voy. r.niFFRK). La balustrade de l'oratoire, 
bâti par Louis XI sur le tianc sud du même édifice, porte également un 

I Voir riiotel de Jacques Cœur h Bourges, sur les balustrades duquel on a sculpté 
des cœurs, des coquilles, et cette devise « a vaillans riens impossiblk. » 



I BALISTKADR | — 'M — 

fii'aiid L ((niroiiiic. <lcl iisaj^o de placer des chiflVes. des It-tircs dans 1rs 




haliisti'ades, fui assez généralement adopté à la fin du xve siècle et au 



-J.> 




connnenrenienl du wv; le cliâteau de Blois porle. sur la racad(^ ("levée 



— '.►.") — I n.H.USTK.VDK ] 

|>;ii' KiaiH'nis l"'. (les Iwiliislrados dans lt\sqiu'llt's on voit des F ('oiiromu's 
fl (les salamandres. On alla niènic jus(|u"a y sculpter de i;ian(l<'s insciip- 
lioiis à jt'iii , eoiunie au chœur de leglise de la Kerte-lieinard près du 



26 




Mans, comme au château de Josselin en Bretagne, sur les balustrades 
duquel on lit la devise : A PLUS (27) '. » 

Dans l'architecture civile de la fin du xv siècle et du commencement 
du xvie, on fit souvent aussi des balustrades aveugles qui n'étaient, sous 
les appuis des fenêtres, que des bandeaux larges formant une riche 
décoration. Telles étaient les balustrades qui réunissaient les allèges des 
fenêtres du premier étage de l'hôtel la Trémoille à Paris (28), balustrades 
qui sont toutes variées soit comme dessin , soit connue division ; car il 
n'est pas rare de trouver une grande variété dans la composition d'une 
même balustrade de la fin du xv^ siècle et du commencement du xvi--. 

Lorsque le goût de l'architecture romaine antique eut effacé , vers le 
milieu du xyi" siècle, les derniers vestiges. des formes adoptées par le 
moyen âge dans les détails de l'architecture, on se complut à faire des 
balustrades composées d'ordres réduits. 11 existe une balustrade de ce 



1 Cette balustrade est taillée dans des dalles de granit ; elle esl surmontée d'une 
dentelure présentant des couronnes et des (lenrons alternés. 



— U(i — 



[ bai.ustrahk I 

^(MH-e à la hase du pii;ii(ni de la pt'tiU' cglisf d»> Belloy près Rcaiimoiil ; 
c'est un»' siiilc de ooloiiiicllps doriques suniioiitt'cs d'uno rorniclic à dciili- 
cnlos avor sotlilcs scidplcs «'iilip les cliapilcaux. A Saiiil-lùistaclir de Paris, 



17 




ou voit dos halusfrados forméos d«> polils pilastres doriques ou composites 
séparés par des arcades portées sur des jtieds-droils avec leuis iu)postes '. 
Mais cette succession de Hj^nes vertical«»s données par les colonnetles ou 
pilastres rapprochés prenait tiop dinqjortance dans l'enseuible de la 
décoration, et avait linconvénient de rappeler en petit les jurandes divisions 
et décorations de l'architecture alors en honneur; c'était là ini défaut 
majeur, qui ne manqua pas de frappei' les architectes de la renaissaïu'e. 
On voulut rendre au\ balustrades leur (rlielle, c\ pour (jue les coloimettes 
formant la partie principale de leur décoration ne parussent pas un 
diminutif des ordres de l'architecture, on leur donna un ^^albe particuliei'. 
qui les fait ressembler à un potelet de bois tourné au tour. Les prolils de 
c^s supports se divisent en bafoues, gorges, panses, etc. Quelquefois même 

' Vov. JJ Eglise Saitil-Euslache a l'tiris, par Viilor ('■alliai. Taris, i8."i0. 



— *>7 — 



[ IJALUSTUADK ] 



les reiitlciiiciils des colcmiicttcs ainsi i-alhccs l'urciil décoiV's de sculptures ; 
celles-ci prirent dès lors le nom {U'haluslri'S (\u\ Iciu' est resté. Peu à peu 
ces haluslres s'alourdirent et arrivèrent à ce prolil hi/arre (|ui rappclh' la 
forme d'un flacon avec son ;;(tulol. et dont la réunion, eonipiise entre des 




pilastres et de lourds appuis, couronne assez désagréablement, depuis le 
xvn«" siècle, la plupart de nos édifices. Il faut croire que ces morceaux de 
pierre tournés parurent être la dernière expression du goût : car, une fois 
adoptés , les architectes ne se mirent plus en frais d'imagination pour 
composer des balustrades en harmonie avec leur architecture ; (jue celle-ci 
fût simple ou riche, plate ou accusant de fortes saillies, basse ou élevée, 
religieuse ou civile, la balustrade fut toujours la même ou peu s'en faut, 
bien que les architectes du xvif siècle aient prétendu la diviser en balus- 
trade toscane, ionique, corinthienne, etc. On ne se contenta pas d'en 
placer là où le besoin demandait une barrière à hauteur d'appui, on s'en 
servit comme d'un motif de décoration. Rien cependant n'autorisait dans 
l'architecture romaine antique, (jue l'on voulait imiter, un pareil abus de 
la balustrade, ni comme emploi ni comme forme. Il faut dire même que 
la corniche saillante de l'entablement romain porte mal ces rangées de 
morceaux de pierre tournés, posés à l'aplomb de la frise, et qui, par leur 
retraite, n'indiquent pas la présence du chéneau. La italustrade de l'ar- 
chitecture du moyen âge, posée sur l'arête supérieure du glacis du larmier 
portant le chéneau, est non-seulement un garde-corps pour ceux qui 
passent dans ces chéneaux; mais elle arrête la chute des tuiles ou des 
T. n. i;j 



[ HANC I — MS — 

ai-doisps^ et est une sécurité pour les couvreurs, i|iii sont ohlii^és de jxiser 
des ('chelles sur la.pente des combles lois(|u"il rst nécessaire de les réparer; 
elle fait i)arlie de la corniche, car le i,dacis du larmier demande iiii cou- 
ronnement ; tandis (|ue la balustrade moderne, posé»' sur renlablcment 
lomain, à laplond) de la frise, est un },M'ossier contre-sens, puisque, 
d'après la configuration de cet entablement. !<• cliéneau se trouverait en 
dehors de la balustrade et non en dedans. Aussi, janiais les architectes 
romains, (|ui posst'daient cette qualité pr(''ciense (ju'on appelle le sens- 
commim, n'ont eu l'idée bizarre de placer des balustrades sur les coiniches 
supérieures dt' leurs édifices, faites pour purler les premières tuiles des 
combles. 

Nous ne devons pas omettre de parler des balustrades de bois fréquem- 
ment employées pendant les xv^et xvi'' siècles. Quant aux balustrades en 
métal, il en est fait mention dans le mot (jhu.i.k. C'est à l'interieui' des 
édifices ou à couvert (pi'étaient posées les balustrades de bois. Le peu 
d'exemples qui nous restent de ces claires-voies à hauteur d'appui, anté- 
rieures au xvi«' siècle, sont d'une grande simplicité ; ce sont presque 
toujours de petits potelets assemblés haut et bas dans deux traverses, 
ainsi que le démontre la fig. 29, copiée sur une balustrade du xve siècle. 




posée encore aujourd'hui le long du trifoi-iiun de l'église paroissiale de 
Klavigny ((^«Mc-d'Or). Au x\i"' sit'cic, la forme des l)aluslres tournés conve- 
nait parfaitement aux balustrades de bois; c'était le cas de lenqjloyer, et 
les architectes ne s'en firent pas faute (voy. .mkmiskrik). 



BANC, s. ui. Il n'était pas d'usage, avant la fin du xvi^ siècle, de placer, 
dans les églises, des chaises ou bancs en menuiserie pour les fidèles. Les 
femmes riches qui se rendaient à l'église se faisai(Mit suivre de valets qui 
poitaient des pliants et coussins pour sasseoir et se mettre à genoux. Le 
menu peuple, les honunes, se tenaient debout ou s'agenouillaient sur les 



— ••»^» — [ BANC ] 

dalles. A Rome, dans pres(|iic toute lltalic rt une partie de l'Alleniagne 
callioli(|ue. enooie aujourdliui. on ne voit aucun siei^c dans les éi,dises. 
Mais (|uand. au wi»' siècle, des pièches se furent établis sur toute la surface 
de la Fiance, les réformistes |)lacèrent dans leurs temples des bancs 
séparés par des cloisons à hauteur dappui destinés aux fidèles. Le clergé 
catholicpie. craignant sans doute cpie la rigidité de la tradition ancienne 




ne contribuât encore à éloigner le peuple des églises, imita les réformistes 
et introduisit les bancs et les chaises. L'effet intérieur des édifices sacrés 
perdit beaucoup de sa grandeur par suite de celte innovation; et pour qui 
a pu voir la foule agenouillée sur le pavé de Saint- Pierre de Rome ou de 
Saint-Jean-de-Latran. cet amas de chaises ou ces bancs cellulaires de nos 
é^'lises fran(.aises détruisent com])létement laspec^t religieux des réunions 



BANC 



1(10 — 



(le fidèles. Il n"y avail aiiliclois, dans nos éf^lises, de hancs (jue le lonj^ 
des murs des bas-côtés ou des chapelles ; ces hancs formaient comme un 
souhassement continu entre les piles en^^aj^ées sous les arcatures décorant 
les apjiuis dos fenêtres de ces has-côtés ou clia|)elles (voy. arcatiui:). 
Quelquefois même ces hancs fixes en pierre s'élevaient sur un emniarche- 
ment;, connue on peut le voira l'intt'rieur de la cathédrale de Poitiers (tin 
du xne siècle) [IJ, et le long des murs de la nef de la cathédrale de Reims. 
On en plaçait presque toujours aussi sous les porches des églises, dans les 
('hrasements des portails, dans les galeries des cloîtres, soit le long des 
claires-voies, soit le long des nuirs. Voici ("2) f|uelle est la disposition 







des hancs foiinanl souhassement intérieur de la claire-voie du cloitre de 
Fonth'oide près Narhonne (commencement du xiii»" siècle). Ces bancs se 
combinent adroitement avec la consti-uclion des piles principales de ce 
cloître, ainsi que nous le voyons dans la figure. Le hahut de la claire-voie 
lui tient lieu de dossiei'. On voit encore des bancs avec une marche au 
devant dans les salles caj)itulair<'s, dans les chauHbirs des monastères et 
dans les parloirs. 

Les giand'salles des palais royaux, des châteaux, les salles synodales 
étaient toujours garnies de hancs au pourtour, ainsi que les salles des 
gardes et les vestibules des habitations princières (voy. sallk). On plaçait 
aussi à demeure des hancs de pierre le long des jambages des cheminées. 
|)arliculièr(Mnent dans les habilalions d»' campagne, dans les maisons de 



— loi — 



bam: 



paysans, los feinies, dont runi(jue clieniiiiée servait à faire la cuisine et à 
cliautVei' les habitants. 

Ht's (l('ii\ eûtes (les portes des maisons, il était également d'nsajite de 
})laeer des banesde pierre sur la voie pul)li(pie, soit taillés dans une seule 
pierre, soit composés d'une dalle et de montants avec ou sans accoudoirs. 
Nous avons encore vu de ces sortes de bancs de pierre très-simples, avec 
accoudoir, le lonij de quelques maisons anciennes du midi de la Fiance (3), 




". C£<iC^^^,:>;^<'^^ 



à Cordes, à Saint-Antonin près Alby ; c'était là que se reposaient les piétons 
fatigués, les pauvres; que le soir, après le travail, on venait s'asseoir et 
causer entre voisins. Si les façades des maisons étaient garanties par des 
contre-forts très-saillants portant des galei'ieset les charpentes du cond)le, 
les bancs étaient alors posés le long de ces contre-forts perpendiculaireniciH 
au nuir de face (voy. maison). Lorsque les murs des maisons ou ('hàteau\ 



I BANC. 



1(^2 



prés»Milaieiif une assez forle épaisseui-, on réservait des baïu's eu pierre 
dans leséhrasenienls, à riiih-riciir des fentMics. Voici (A) l'un de ers bancs 




tenant à la fenêtre de premier étage d'une des maisons construites pendant 
le xiii'- siècle dans la ,ville de Flavigny (Bourgogne). Il est placé dans 
l'ébrasement de la baie; le meneau A sépare ce banc en deux stalles et 
se termine en accoudoir; les pcM'sonnes assises tournaient le dos au jour. 
Mais ordinairement, (|uand les imns sont très-é|)ais, comme, par exemple, 
dans les châteaux fortitiés, les bancs sont disposés perj)en(liculaireiiieiit 
au jour, le long des deux ébrasemenis si la fenêtre est large (5), ou d'un 
seul côté si la fenêtre est étroite (0). 

Ce dernier exemple de banc est fréquent dans les tours de guet, où 
l'on plaçait tles sentinelles pour obser\er ce qui se passait à l'extérieur 
par des fenêtres étroites. Les meurtrières percées à la base des c(unlines. 



— lO.Î — 



BANDKAl 



SOUS de grands arcs roriiiant coiiuiif de petites cliainbres |)Ouvant contenir 
tacileineni deux hommes, sont toujours garnies de bancs posés le long des 



.f* 




:îM'j^^-. 





^ 



deux côtés du réduit , perpendiculairement au mur de face. Cette dispo- 
sition de bancs à demeure dans les ébrasements des fenêtres se conserva 
jus([u"au XVI'" siècle (voy. fenêtre, meurtrière). 

BANDEAU, s. m. C'est une assise de pierre saillante décorée de moulures 
ou d'ornements sculptés ou peints qui sépare horizontalement les étages 
d'un monument. Le bandeau indique un plancher, un sol; il ne peut être 
indifteremment placé sur une façade ou dans un intérieur ; c'est un repos 
pour l'œil, c'est larase d'une construction superposée. Dans les églises de 
l'époque romane, un bandeau intérieur indique presque toujours le sol du 
triîbrium ; il est interrompu par la ligne verticale des colonnes engagées, ou 
passe devant elles. Dans l'architecture domestique, le niveau des planchers 
est marqué souvent, à l'extérieur, par un bandeau de pierre. Sur les 
façades, des bandeaux séparent les ordonnances d'architecture super- 
posées. Ils ont cet avantage de garantir les parements extérieurs, leur 
saillie empêchant les eaux pluviales de laver les nmrs; aussi les a-t-on faits 
généralement en pierre plus dure que celle dont on se servait pour la 
construction des parements, et leurs protils étaient-ils, surtout à partir 
du xni'- siècle, tracés de manière à former une mouchelte ou un larmier. 
L'influence des profds antiques romains se fait sentir dans les bandeaux 
comme dans tous les autres membres de l'architecture romane. Pris dans 



[ BANDEAi: 1 — loi — 

une assise assez basse, les bandeaux atteclent, jusqu'au \ir siècle, à I ex- 
térieur ou à l'intérieur, des formes très-simples, et se composent ordinai- 
rement d'un biseau A. d'un eavel B Ici^èrcment roïieave. on dnne doucinc 
C sous un plan boiizontal (I). Ces bandeaux sont IVéquennuenl ornés de 



1 



A 



':^ 








sculptures, surtout à partir de la fin du xf siècle, et ils passent devant les 
saillies verticales de l'arcbilecture , piles, contre-forts, etc. Tels sont les 
bandeaux intérieurs de la nef de l'éj^lise abbatiale de Vézelay posés à l'arase 
du dessus des arcbivolles des bas-côtés (-2) Icommencement du xir siècle]. 




Le lit supérieur de ces bandeaux form(> encore une saillie borizonlale. On 
remarqua bientôt (|ue c<'s saillies à rinlerieurdes éditices masquaient, par 
leur projection, une partie des parements élevés au-dessus d'elles. Soit A 



_ lOr» 



BAISDKAi: 



le profil (11111 liandcaii intérieur (3) , la plus forte reculée «lu point visuel 
,. étant suivant la li^MU^ !)(', toute la hauteur BC 

^ sera j)er(lue pour IomI, la proj)oiti(Mi «le lor- 
(lonnanee ar(hiteetoni«|U(' placée au-dessus 
«le B sera détruite par la perte de cet espace 
B C. Décorant les bandeaux de sculptures, 
surtout à l'intérieur, les architectes tenaient à 
piésentei' les ornements sur une surface per- 
pendiculaire à la lijiiie visuelle ; ils ne re- 
noncèrent pas facilement aux plans inclinés 
EF, et se contentèrent de diminuer peu à 
peu les saillies EB. Tel est le profd (4) des 
l)andeaux intérieurs du i)ras de croix sud de 
la cathédrale de Soissons, du chœur de Saint- 

Bemy de Beinis (thi du xir siècle). A l'extérieur, on avait également 









(ifr^'i,:iM|!î|îr"':'^'!l 



P£CARt' il 



Gl 



/C 



\i^ 



reconnu que les bandeaux saillants dont le lit supérieur était laissé hori- 
zontal avaient l'inconvénient de ne pas donner un écoulement prompt aux 

eaux pluviales. Les bandeaux extérieurs 
S taillés suivant le profil A (5) retenaient la 
neige, faisaient rejaillir les gouttes de pluie 
projetées suivant CD jus«|u"en E, se dété- 
rioraient facilement et étaient une cause de 
^^hoHBÉHM ruine pour la base des parements FG élevés 

J au-dessus de leur saillie, à cause de ce 

A ^^ rejaillissement. Jusqu'au commencement du 

g^ xnie siècle, on décorait volontiers les ban- 

^^# deaux extérieurs, connue ceux intérieurs, 

I d'ornements sculptés, particulièrement dans 

I les provinces de la Nornumdie, du Poitou, 

I de la Saintonge, du Languedoc et de Test; 

on tenait à ce que les sculptures fussent 

vues, et en même temps préservties des «légra<lations causées par les 

eaux pluviales. Ces ornements étaient taillés sur un biseau, une doucine 

ou un talon très-plats et protégés par le lit horizontal supérieur; les orne- 

T. n. L4 



HAMUiAL 



KH) — 



inents los plus onlinaii os élairnl des dénis de scie, des hilletles, «les damiers 
(voy. ees mois). Mais lnrs(jue an xii'" siècle , dans les piovinces du nord 
pailiculièrenient, tous les nienihres de rai'cliiteclure fiMeiil soumis à un 
systènK' ^'én«'ral de construction, tendant à ne jamais pivsenler à la pluie 
des suifaces horizontales, on protéj^ea les bandeaux eux-mêmes par des 
talus en pierre et une niouchette. (l'est ainsi que sont disposés les ban- 
deaux de la tour Saint-Romain (0) de la cathédrale de Kouen (xir' siècle). 







1 

1 


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i III. ■'' 


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1, 




^«i||iiii!'WiÏj;i'':'iï?^ ■'■ "''" ■ •"■'■■ ' ' '■ j|:&iii''''"'''''"'' " 



A la même époque, dans les provinces méridionales, on se contentait de 
donnci' aux bandeaux extérieuis unt» faible saillie ; mais on ne les sui'mon- 
tait pas du ne j)en te très-prononcée connue on le faisait dans rile-de-Fiance, 
la Picardie et la Normandie, et leurs ornements n'étaient pas abrités par 




^. 



''ÈOMasa 



une saillie formant mouchette. Entre autres exemples, nousdoimons ici (7) 



M>" BANDKAI 1 

un (les l)aii(l«\iu\ cxléricurs du has-côté noid de I eglisfi Saint-EuthrDpe 
i]o Saintes. <|ui, sans (ttlVirà la pluie dos aspoiités pouvant »Hre tacileincnt 
<lt'lruiU's , no sont pas oopondanl itarantis par uno assise ou un piotil tni- 
niant larniioi-. Il n'ost pas hosoin ih' dire (|uo oos détails d'architt'otuio 
prosonlont unt'jirando variété, soit connno pvoiils , soit comme ornonion- 
talion; nous no prétendons donner dans cet article que leurs dispositions 
trénorales. Nous ne saurions cependant passer sous silence les bandeaux 
intérieurs (jui servent de soubassement au Irit'orium des éjrlises d'Autun, 
de Beaune et de Lani^M'os; leur ornementation est trop empreinte des 
traditions romaines, poui- cpio nous no reproduisions pas un dv ces exem- 
ples. Voici le bandeau qui pourlourno le cbœur de l'église do Beaune, à la 
hauteur du sol des jïalerios surmontant les bas-côtés (H). I.e même ban- 




deau , à peu de ditiorences près, se retrouve à la cathédrale d'Aulun ; a 
Langres, les rosaces sont remplacées par un enroulomont évidennnent 
copié sur des fragments antiques. 

Au xiiF siècle, les bandeaux deviennent plus rares dans l'architecture 
que pendant la période romane. Déjà, à cotte époque, les architectes 
send)laient exclure la ligne horizontale, et ils ne lui donnaient (juune 
inqiortance relativement secondaire. Opendant larchitocte de la cathé- 
drale d'Amiens avait cru devoir accuser très-vigoureusement la hauteur du 
sol du triforium dans l'intérieur do la nef" par un large bandeau richement 
decorédo feuillages très-saillants ; ce bandeau |)ren(l d autant plus d'inq)oi'- 
lancedans lordonnance aichitectoniqiie de cet intérieur, cpiil passe devant 
les faisceaux de colonnes et les coupe vois le milieu de loin- hauteur (9). 
A indique la coupe ih' ce bandeau avec l'appui du triforium. Evidoujuienl, 
ici. le maître do l'œuxre a voulu roiiq)ro les lignes verticales qui dominent 
dans cette nef. dont la construction remonte à l'2.'j<* envir(»n (voy. aiu.hi- 
TKcTiuK RKi.uiiEisE. fiii'. .'{.%!. Il V avait lii comme un dernier souvenir de 



— 108 — 



I BANDKAl I 

l'aiThiteclure rouiaiie '. Sans avoir une aussi grande importance, il arrive 
presque toujours que les bandeaux, dans les édifices du conuiiencenient du 




xiiie siècle, passent devant les faisceaux de colonnes, et servent de bagues 

« Nous avons entcMiHii s<mivpiiI loiior mi liliiinci' par dfs iumsoimics coiiipclfiitcs la 



— I(K» — 



I ItVNUKAl 



pour inainfonir leurs fûts posés en délit (voy. ba(;l'e). Quelquefois aussi 
les bandeaux s'arrondissent en eorheille, et, souteinispar un cul-de-lainpe. 
servent de point dappui ;i des faisceaux de eolonnetles ne naissant (pi au- 
dessus des co^tinies du rez-de-ehaussée entre les archivoltes. (]ette dispo- 
sition est particulitM'einent adoptée lorsque les piles de re/.-de-cliaussée 
sont nionoc\iin(lri(pies, mais non composées de la iciinion des coloimes 
qui doivent porter les voûtes supérieures. L'intérieur de léfilise de Noire- 
Dame de S(Mnui' en Auxois présente de ces bandeaux devenant tablettes de 
cul-de-lampe sous les bases des colonnettes supérieures (10). 




PROFIL 



Pendant le xui'* siècle, a lextérieur, les bandeaux ne sont plus yuère 



disposition du ^Tand bandeau de la cathédrale d'Amiens. .Mais la vérité nous loroe 
d'ajouter que les louanges étaient données par des amateurs de l'architecture golhifiue 
à son apogée, et le blâme par des enthousiastes du style roman. Comme dans l'un «.m 
l'autre cas il y avait contradiction entre les goûts et les jugeuients de chacun, nous ne 
savons trop quel jiigenieut jxulcr nous-méme. Ndus dirons seulement que le parti 



I IIANDKAl' I — lin — 

(|U(' (les iJioiiluros avec laniiiers sans oriicmonts ; car les architectes 
(le cette époque ne voulaient pas détruire Telfet des lii^Mies verticales, 
en donnant aux membres horizontaux de leur architecture une troj) 
grande iinportaïuîe, et la sculpture, en occupant les yeux, aurait prêté 
aux handeaux trop de valeur-. Cependant on voit encore quekjuet'ois . à 
cette époque, des i)andeaux avec ornements; mais c'est lorscjue l'on a 
voulu indi(juer un étatfe ou sol. C'est ainsi qu'à l'extérieur de la Sainte- 
(]ha|)elle de Paris il existe un f^rand handeau décoré de feuilles et de 
crochets au niveau du sol de la chapelle haute. 

Si séduisante que soit l'architecture romane du F*oitou et des provinces 
de l'ouest, il faut convenir qu'elle n'est pas si scrupuleuse, et ses monu- 
ments sont parfois couverts de bandeaux sculptés dont la place est déter- 
itiinéc seulement parle goût ou la fantaisie de l'artiste, non i)ar un étage, 
une ordonnance d'archilecture distincte. Pendant la pciiode lomane. 
beaucoup de membres horizontaux d'architectui'e dont la fonction est 
très-secondaire, conrnie les impostes des archivoltes, les tailloirs des 
chapiteaux de coloimes engagées, des appuis de croisées, ou les tablettes 
basses des arcatures de couronnement, deviennent de véritables bandeaux, 
c'est-à-dire qu'ils i)onitournent foules les saillies de la construction, tels 
que h'scontre-forts, par exemple. Juscjuà lahndu xu'siècle, cette méthode 
persiste ; mais ((uand le système^ de l'architecture ogivale est développé, on 
ne voit jamais ces membres secondaires horizontaux devenir des bandeaux. 
Cela (>st bien évident à la Sainte-Chapelle de Paris; seul, le profil dont 
nous venons de pailer, et qui indique le niveau du sol de la chapelh^ haute, 
pourtournert'dilice, passe sur les nus des murs comme sur les contre-forts. 
A la cathédrale d Amiens, à la cathédrale de lleimset à celle de Chartres, 
les appuis des fenêtres du rez-de-chaussée forment bandeau, mais sans 
ornements (voy. ciiArEU-i:) ; à parhr de ce protil, les contre-forts montent 
verticalement sans ressauts ni interru|)rion hoiizonlale sur les côtés, leurs 
faces étant seules munies de larmiers «jui enqtêcheni les eaux de laver leurs 
|)aremenls exposes a la pluie. H ne peut en êli-e autrement : lorsqu'on 
examine la siriiclui'e des édifices dans lescpielsle système ogival est fran- 
chement adopté et suivi, toute la construction ne se composant que de 
contre-forts entre les(juelsdes fenêtres s'ouvrent dans toute la hauteur des 
étages, il n'y avait pas de nmrs; les bandeaux indifjuanl des repos horizon- 
(aux, d«'S arases, elaienl contraires à ce système vertical; lem- effet eût été 
fâcheux; leurs prolilssaiilants sur les faces latérales des conire-foris seraient 

adopté à Amiens csl liiiiu'. (ju'il dénolc une inteiilioii bien arrêtée, que cel iulérietir 
(le lit 1 nous paraît être le plus lieau spécimen que nous |)ossé(lions en l'rance de 
r:iiiliilt'ilure du xiii" siècle, (pie nous nous rendons dil'liciiemenl compte de TelU'l 
que pidduirail cel inlérienr dépourvu de celle riilic ceinlure de léuillai;es viiioiiicii- 
senuMil relouillés, s'il y tçaL;nerail ou s'il y perdrait; el prenant la chose i>our loil 
lielle, exécutée par des artistes aussi bons comiaisseuis que nous, el |)lus lamiliers 
avec les j^rands elléts, nous ne iioinoiis qu'approuver celle hardiesse de rarcliilecle de 
la nef d'Amiens. 



— I 1 1 — I hvrhacam: ] 

\tiius pénotrer j^'auclu^ment les picds-dioils dos fenêtres, sans utilité ni 
raison (voy. architectirk rki-k.ieuse, co>tre-fort). A partir du xni"' siècle, 
dans rarcliilecture relif^ieuse, le bandeau n'existe plus par le fait, les murs 
pl(Mns étant supprimés; on ne les rencontre, connue dans le dernier 
e\emj)le dout ikkis venons de parler, que lorsqu ils sont 1»^ prolouiiement 
horizontal des appuis des fenêtres; seulement, leurs profils se modifient 
suivant leiioùt du moment (voy. profil). Dans rarcliitecture civile, où les 
murs sont conservés forcément, où la construction ne se compose pas 
uni(|uement de contre-forts laissant de grands jours entre eux, des ban- 
(l(\iu\ in(li(]U(Mit le niveau des planchers (voy. chatkai, maison). Parfois 
alors les bandeaux sont décorés de sculi)tures. parliculièi'ement pendant 
le XV»" siècle. Composés de simples moulures profilées dans une assise 
basse pendant les xii*", xin« et xiv«^ siècles, ils prennent, au contraire, delà 
hauteur et une saillie prononcée au xv»" siècle, coupent les façades horizon- 
talement par une ornementation plus ou moins riche. Au xvr siècle, les 
bandeaux perdent leur aspect d'arasé, pour devenir de véritables en- 
tablements avec leur architrave , leur frise et leur corniche . même 
lorsque labsence d'un ordre antique devrait exclure l'emploi detous ces 
niembres. Les façades ne sont plus alors que des bâtiments superposés 
(voy. ordre). 

BARBACANE, baibequemie, s. f. On désignait pendant le moyen âge, 
par ce mot, un ouvrage de fortification avancé (jui protégeait un passage, 
une porte ou poterne, et qui permettait à la garnison d'une forteresse de 
se reunir sur un point saillant à couvert, pour faiie des sorties, pour 
protéger une retraite ou l'introduction d'un corps de secours. Une ville ou 
un château bien munis étaient toujours garnis de barbacanes, construites 
simplement en bois, connue les anlenntraiia , procaslha des camps 
romains, ou en terre avec fossé, en pierre ou moellon, avec pont volant, 
large fossé et palissades antérieures (voy. architecture militaire). La 
forme la plus ordinaire donnée aux barbacanes était la forme circulaire 
ou demi-circulaire, avec une ou plusieurs issues masquées par la courbe 
de l'ouvrage. Les armées qui canq^aient avaient le soin d'élever devant les 
enti'ées des camps de vastes barbacanes, qui permettaient aux troupes de 
combiner leurs mouvements d'attaque, de retraite ou de défense. Au 
moment d'un siège, en dehors des nmrs des forteresses, on élevait souvent 
des barbacanes, qui n'étaient que des ouvrages temporaires, et dans 
lesquelles on logeait un surcroit de garnison. 

" Hordéiz ol et bon et bel, 

Far defors les murs dou chastel 

Ses barbacanes fist drecier 

Por son cbastel niiaiiz onforcier. 

Sodoiers mande por la terre 

Qu'il vaingnent à li por conquerre, 



l RARBA(.ANK | I i'2 

Sergeiis à pié et à cheval : 
Tant en y vint que lui un val 
Kn lu ooverl, gianl joie eu fisl 
lienai'l, et luaiiitenaul les niisl 
Es barbacanes por deffense '. » 

Mais, le |)ius souvent, les l)arl)acanes étaicnl des ouvraj^es à dt'iiu'ure 
autour (It's forteresses bien munies. 

<' Haut sont li mur, et parfont li fossé, 

Les barbacaues de lin marbre listé, 

Hautes et droites, ja grciguors ne verres '^. •< 

Parnti les barbacanes temporaires, une des plus célèbres est celle que le 
roi saint Louis fit faire pour protester la retraite de son corps darmée 
et passer un bras du Nil, après la bataille de la Massoure. Le sire de 
Joinville parle de cet ouvrafïe en ces termes : 

« Qtiant le roy et les barons virent ce, ils s'acordèreiil (|ue le roy feist 
« passer son ost par devers Babiloine en l'ost le ducck- l>(tur};oini;ne, qui 
« estoit sur le flum qui aloit à Damiete. Pour reciuerre sa gent plus sau- 
ce veulent, Hsl le roy faire une barbaquane devant le i)ont qui estoit entre 
« nos deux os, en tel manièrt' que l'en pooit entrer de deu\ pars en la 
<( barba(|uaneà cheval. Quant la barbaquane fut arée. si s'arma tout l'ost 
c< le roy, et y ot grani assaut de Turs ;i losl le roy. Toutev(ti/ ne se mut 
« l'ost ne la gent, jusques à tant que tout le harnois fu porté outre; et 
« lors passa li roys et sa bataille après li, et touz les autres barons après, 
« fors (pie monseijineur Gautier de Chasteillon qui fist l'arière-garde. Et 
« à l'entrer en la barbacane, rescout monseignein- Erart de Walery, 
<( monseij^iieur Jehan, son frère, que les Turs emnenoieiit jiris. 

« Quant toute lost fu entré dedans, ceulz (pti démoulèrent en la 
u barbacane fuK'nt à grant meschief; car la barbacane n'estoit pas 
(( haute, si que les Turs leur traioient de visée à cheval, et les San azins à 
« pié leur getoient les motes de terre enmi les visages. Touz estoient 
« perdus, se ce ne feust le conte d'Anjou, qui puis fu roy de Cezile, qui 
(( les ala rescourre et les enmena sauvemeiit ^ » 

(]etle barbacane n'élait certainement qu'un ouvrage en palissades, 
puisque les hommes à cheval pouvaient voir par-dessus. Dans la situation 
où se trouvait l'armée de saint Louis à ce moment, ayant perdu une 
grande partie de ses approvisionnements de bois, campée sur un terrain 
dans lequel des terrassements de quelque imporlance ne pouvaient être 



' liojntm (lu licniirt, t. 11, p. 327, vers 1849.0. 
■•î Le Homtin de Gitriii. 

■^ Mi-moires de Jean siru de Joinvilic, publies par M. l'ianciscpie Mieliel. Paris, 
Didot, 1858. 



II?» , I ItARUACANK "1 

piitrepiis. c'était tout ce (iiitui axait pu t'aiiv (\uv (réi»'v»'r une palissade 
servant de tète de pont, pouvant arrêter l'arniée ennemie, et permettre 
au (•or|)S (l'aiinée en reti'aile de liler en ordi'e avec son matériel. La \ue ii 

















vol d'oiseau que nous domions ici (1) fera comprendre liililité de cet 



ouvrajj[e. 



T . II. 



iS 



I iiaiibacam; ] , — 1 1 i — 

Uno (les |)liis imporlanlfs baiiiacaiips construitps eu niat^-oiinerie élail 
colle qui protégeait le château de la cité de Carcassonne, et qui fut liàlie 
par saint Louis (voy. AuciiiTECTinK >iii.itaiiu:, i'Vfi. Il, 1:2 et 13). (letle 
harbacane . très-avancée, était i'eiiiiée; celait un ouvrage isolé. Mais le 
plus souvent les barbacanes étaient ouvertes à la gorge et lorniaient 
comme une excroissance, un saillant semi-circulaire, tenant au\ enceintes 
extérieures, aux lices. C'est ainsi que sont construites labarbacane élevée 
en avant de la porte Narbonnaise à Carcassonne (voy. pokte) , celle du 
château du côté de la cité, et celle (|ui protège la poteiiie sud de l'enceinte 
extérieure de la même ville. Cette dernière harbacane conununiciue aux 
chemins de ronde des courtines de lenceinle exléiieure pai- deux portes 
qui peuvent être fermées. En s'emparant de la poterne ou des deux cour- 
tines, les assiégeants ne |)ouvaient se jeter immédiatement sur le chemin 
de ronde de l'ouvrage saillant, et se trouvaient battus en écharpe en 
pén<''trant dans les lices. Etant ouverte à la gorge, cette harbacane était 
elle-même conunandee par l'enceinte intérieure. 

Nous donnons (2 A) les vues cavalières de l'extérieur et ("2 R) de 




1 intérieur de cet ouvrage de défense. .Ius(|u'a l'invention des bouches ;i 
leu , la forme donnée aux barhacaiies des le xu' siècle ne lut guère mo- 
difiée, encore les établit-on même alors sur un plan semi-circulaire; 



I ir> I llAKBAr.ANK ] 

cependant, vers le milieu du xv« siècle, on ne les regarda pas seulement 




connue 
3 



^'rande 



P€(?ARO 5: 

un flanquement pour les jjoites extérieures ; on chercha à les 

flanquer elles-mêmes, soit par d'au- 
tres ouvrages élevés devant elles, soit 
par la confi{;;uration de leur plan. La 
harbacane qui défend la principale 
entrée du château de Bonaguil, élevé 
au xve siècle, près Villeneuve d'Agen, 
est une première tentative en ce sens 
(voy. château). Des pièces d'artillerie 
étaient disposées à rez-de-chaussée, et 
les parties supérieures conservaient 
leurs crénelages destinés aux archers 
et arbalétriers. En perdant leur an- 
cienne forme, à la fin du xv siècle, 
avec l'adoption d'un nouveau système 
approprié aux bouches à feu, ces ou- 
vrages perdirent leur ancien nom pour 
prendre ladénoHiination de 6oi//erar(/. 
Lorsque les barbacanesdu moyen âge 
Curent conservées , on les renforça 
extérieurement, pendant les xvi'' et 
XVII'" siècles, par des ouvrages d'une 

importance, (/'est ainsi (|ut' les dehors de la barbacane A (3) du 




I BAUI) I I l<> 

faiibuui^ Sucliseiiliaiisen de Fi'ancrurl-sur-le-Mt'in fuit'ut piotéfiés au 
coniineiK'enieiit du xvu'' sièclr: vcis la nKMnc t'poque, la harbacanc A du 




château (U' Cauliuipit' de (;auil)i'ai (V) devinl Toccasiou de la coiistiuelion 
d'un ouvrage à ('(uuouue H très-éleudu (voy. iioi i.kvauu). 

BARD, s. ui. Ksi un eliaiiot à di'U\ roues sur lessieu desquelles i)orte 
un tablier, avec un limon armé de deux ou intis traverses. Cv cliariot, 
employé de temps inunémorial dans les chantiers de construction, sert à 
transporter les i»ierrrs laillées à pied dd'uvi-e; on le désigne aussi sous 
le nom de binard. Six ou huit liouunes satlellen! à ce chariol , et le font 
avancer en poussant avec les nuiins sur les traverses , cl en ])assant des 
courroies en bandoulière qui vont s'attacher à des crochets en 1er disposés 
à Textréniité antérieure du tablier et sur le timon. Lorsqu'on \en\ charger 
ou décharger les piiMies, on relève le limon; rextrémilé j)ostéi'ieure du 
tablier ])orle à terre, et l'orme ainsi un plan incliné (pii facilite le charge- 
ment ou déchargement des matériaux. On dit barduye pour exj)rimei- 
l'action du transport des pierres à pied d'œuvre , et les ouvriers enq)loyés 
à ce travail sont désignés dans les chantiers sous le nom de hardeurs. 
Par extension on dit barder des pieri'es sur les échafauds, cesf-à-dire les 
amener de réquij)e (pii sert à les monter, au point de la jjose, sur des 
plateaux et des rouleaux de bois. (]es (h'uomiuations sont fort anciennes. 
Le bardage des pierres, du sol au point de pose, se faisail souncuI 



117 



«AHDK.VL 



autrefois au iiKiycii de plans inclinés en bois. Le donjon cylin(lri(|ue du 
château de Coucy, construit en pierres de taille d'un très-fort volume de 
1^1 hase au faite, fut élevé au moyen d'un j)Iaii incliiu' en spirale qui était 
maintenu le loui; des parements extérimus pai- des traverses et des liens 
en^afies dans la mai,omu'i'ie (voy. co.nstiuction, ÉciiAr.vii)). 

BARDEAU, s. m. Bauclie, Essenle, Esscaii. (^est le nom que l'on donne 
à de petites tuiles en hois de chêne, de cliataijj;nier, ou même de sapin, 
dont on se servait heaucoup autrefois pour couvrir les combles et même 
les pans-de-bois des maisons et des constructions élevées avec économie. 
Dans les pays boisés, le bardeau fut surtout employé. Ce mode de cou- 
verture est excellent; il est d'une grande lé^^èreté, résiste aux efforts 
du vent, et, lorsque le bois employé est d'une bonne qualité, il se 
conserve pendant i)lusieurs siècles. Quel(|uefois les couvertures en 
bardeaux étaient jjeintes en i)run rouge, en bleu noir, pour imiter proba- 
blement les tons de la tuile ou de l'ardoise, (les fonds obscurs étaient 
relevés par des lignes horizontales, des losanges de bardeaux peints en 
blanc. 

Le bardeau est toujours plus long que large, coupé carrément, ou en 
dents de scie, ou en pans, ou arrondis au pureau ; il est généralement 
retenu sur la volige par un Seul clou. Voici (|uelles sont les formes les 
plus ordinaires des l)ardeaux employés dans les couvertures des xv« et 
xvi« siècles (1). Leur longueur n'excède guère 0,2:2 c. et leur largeur 




0,08 c. Ils sont souvent taillés en biseau à leur extrémité niférieure, ainsi 
que l'indiquent les deux figures A, afin de donner moins de prise au vent 
et de faciliter l'écoulement des eaux. Les bardeaux ('taient r<>fendus et 
non sciés, de manière à ce que le bois fût toujours i)arfaitemenl de fil; 
cette condition <le fabrication est nécessaire à leur conservation. Le sciage 



[ UAKUIÈUK 1 I IH 

permet remploi de bois défectueux , tandis que le déhita^^e de til exi},'e 
l'emploi de bois sains, à mailles réj^^ulières et dépounues de nœuds. La 
scie contrarie souvent la direction du til ; il en résulte, au bout de peu de 
teiups, sur les sciaj,^es exj)osés à la ])luie, des éclats, des esquilles entre 
lesquelles l'eau s'introduit. Lorsque Ifs bardeaux sont posés sur des 
surfaces verticales telles (|ue les pans-de-bois, ils alleclenl les l'oi'mes que 
l'on donnait aux ardoises dans la même position (voy. audoisk) ; le bois 
se découpant avec plus de facilité que le schiste, les dentelures des bar- 
deaux posés le long des rampants des pignons, sur les sablières ou les 
poteaux corniers, présentent parfois des dentelures ouvragées et même 
des ajours. 

Nous avons encore vu à Hontleur, en IS;jl ', une maison de bois sur le 
port, dont les sablières étaient couvertes de bardeaux découpés en foinie 
de lambrequins (2). On voit beaucoup de moulins à vent en France qui 




4 



sont totalement couverts en bardeaux. En Allemagne, on fait encore 
usage des bardeaux de sapin, particulièrement en Bavière, dans le voisi- 
nage du Tyrol "^ 

BARRE, BARRIÈRE, s. f. Depuis les premiers temps du moyen âge 
jusquà nos jours, il est d'usage de disposer devant les ouvrages de 
défense des villes ou cbàteaux, tels que les portes, des palissades d«' bois 
avec parties mobiles pour le passage des trou})es. Mais c'est surtout 
pendant lesxi*, xw, xiii'' et xiv^" siècles que les barrières jouent un grand 
rôle dans l'art de la fortilicalion. I^es parties ouvrantes de ces barrières 
se composaient ou de vantaux à claire-voie loulant sur des gonds, ou de 



« Nous donnons ceUe date, parce uni' ions les jours ces restes de revètemenls de 
maisons disparaissonl , et que la maison dont nous parlons peut avoir perdu son orne- 
mentation d'essenio on même cU'e démolio aiijonrdlini. 

* Le i)ardeau eloué sur les pans dc-lidis les préserve parl;ûtcnient de riinmidilé 
extérieure, et on ne saurait Inip rcconiniaiiiler son ciniilui |i(iiii les eonstructions 
isolées, exposées aux vents de pluie. Trempé a\;inl la jiose dans une dissolution 
d'alun, il devient incomlmslible. 



— II'.» 



RAItltl^:KK 



tal)liers à bascule (voy. architecture militaire, ti^^, 30), ou de simples 
barres île bois qui se tiraient borizontalenient , coninie nos barrières de 
forets, se relevaient au moyen dun contre-poids (1), et s'abaissaient en 




■•^f 



pesant sur la chaîne. Ces dernières sortes de barres ne servaient que 
pour empêcher un corps de cavalerie de forcer brusquement un passage. 
On les établissait aussi sur les routes, soit pour percevoir un péage, soit 
pour empêcher un poste d"être surpris par des gens à cheval '. Lorsqu'une 
armée venait mettre le siège devant une forteresse, il ne se passait guère 
de jour sans qu'il se fit quelque escarmouche aux barrières; et les assié- 
geants attachaient une grande importance à leur prise, car une fois les 
défenses extérieures en leur pouvoir, ils s"y retranchaient et gênaient 
beaucoup les sorties des assiégés. Ces barrières, souvent très-avancées et 
vastes, étaient de véritables barbacanes, qui permettaient à un corps 
nombreux de troupes de se réunir pour se jeter sur les ouvrages et les 
engins des assaillants ; une fois prises, les assiégés ne pouvaient sortir en 
masses compactes par les portes étroites des défenses construites en 

' Les barrières à conlre-poids sont encore eu usage daus le Tvrol autrichien. 



I BAKHitUF 1 — I-** 

luavomierie : forcés de passer à la tile par ces issues, ils étaient facilement 
refoulés à l'intérieur. Dans toutes les relations des siéj^es des xii«', \\w et 
XIV siècles, il est sans cesse question de combats aux barrières extérieures 
des places foiles; elles sont prises et reprises avec acliaiiiement et souvent 
en perdant beaucoup de monde, ce qui prouve l'inqxiitance de ces défenses 
a\ancées. Pour éviter que les assaillants n "y missent le l'eu, on les couvrait 
extérieurement, comme les bretèches et les betiVois, de peaux fraîclies, et 
même de boue ou de fumier. 

On défendait les faubourj^s des villes avec de simples barrières, et sou- 
vent même les rues de ces faul>ourj.;s, en avant des portes. L'attaipie 
devenait alors très-dan^^ereuse , car on {.garnissait les logis à lentour de 
combattants, et les assaillants se trouvaient arrêtés de face et pris de tlanc 
et en revers. Froissart rend compte dune alta(|ue de ces sortes de bar- 
rières, et son récit est trop curieux pour que nous ne donnions pas ce 
passaiie tout au lonJ,^ Le roi d'Aniiietei-re est camj)('' entre Sainf-(Jn<'iitin 
et Péronne (I. ■].■{'.)). 

« ....Or avilit ainsi que messire Henri de Flandre, en sa nouvelle cbe- 

(( Valérie, et pour son corps avancer et accroître son honneur, se mit un 

« jour en la (ompaj^nie et cueillett(> de plusieurs chevaliers, desquels 

« messire .lean de Ilainaut étoit chef, et là étoient le sire de Fauipiemont, 

« le sire de P)erghes, le sire de P»audresen. le sire de Kuck et plusieurs 

« autres, tant qu'ils étoient bien cin(| cents (•omi)allans ; et avoient avisé 

« une ville assez près de là, que on appeloit llonnecourt, où la plus 

« grand'parlie du i)ays étoit sur la fiance de la forteresse, et y avoient mis 

(( tous leurs biens. Et jà y avoient été niessire Arnoul de Hlakeben et 

« messiie (luillaume de Duvort et leurs roules ; mais rien n'y avoient 

« fait : d(»nc, ainsi (pie par esramie (pronqttement), tous ces seii;i)eurs 

« s'éloient cueillis en i^rand désii' de lii venir, et faire U'ur pouvoir de la 

« coiu[uérir. Adonc avoit dedans llonnecourt, un abbé de <j;ran(l sens et 

« de hardie entrepi'ise, et étoit moult hardi et vaillant homme en armes; 

« et bien y apparut, car il fit au dehors de la poi'te de Honnecourt faiie 

(( et charpenler en graiid'hàte une barrière, et mettre et asseoir au tra- 

« vers de la rue; et y pouvoit avoir, eiitie l'un banc (banchart) et l'autre, 

M environ demi-pied de creux d'ouverture (c'est-à-dii-e que les pieux 

« étaient écartés l'un de l'autre duii demi-pied) ; el |)uis til armer tous 

« ses gens et chascun aller es guérites, [)ourvu de pierres, de chaux, et 

« de telle artillerie (pi'il api)ai-lieiit pour là déifendre. Et si très tôt (jue 

« ces seigneurs vinrent ;i lloniiecourl, ordonnés par bataille, el en grosse 

« route et (épaisse de gens d'armes durement, il se mil entre les barrières 

« et la porte de ladite ville, en bon convenant, et lit la porte de la ville 

« ouvrir toute arrière, et montra el til bien clière manière de défense. 

M Là vint messire Jean de Hainaiil , messire Henri de Flandre, le sire 
« de Fauquemont, le siie de Berghes et les autres, qui se mirent toul à 
« pied el approchèrent ces barrières, qui eloi<Mit l'orles durement, chacun 
¥ son glaive en son poing; et commencèrent à lancer et à jeter grands 



— 1-21 — I BARRIÈRE 1 

« coups à ceux de dedans; et ceux de Honneeomt à eux d«*i"endie vassal- 
ce ment. Làéloit ilanip al)l)é, (|iii point ne sépariiiioii, mais se tenoit tout 
« devant en très bon ronvenanl. et recueilloit les horions moult vaillaui- 
i( ment, et lançoit aucune fois aussi ^lantls horions et i^rands coups moull 
K apertement. Là eut fait mainte heile appertise d'armes; et jeloient 
K ceux des guérites contreval, pierres et bancs, et pots pleins de chaux, 
« pour plus essonnier les assaillans. Là étoient les chevaliers et les barons 
M devant les barrières, qui y faisoient merveilles darmes; et avint que. 
(« ainsi que messire Henri de Flandre, qui se tenoil tout devant, son i;laive 
« enq^oigné, et lançoit les horions i^rands et périlleux, danq) ahlte, (|ui 
<( étoit fort et hardi, euqwigna le glaive dudit messire Henri, et tout 
« paumoiant et en Tirant vers lui, il fit tant (pie parmi les fentes des 
(( barrières il vint jusques au bras dudit messire Henri, qui ne vouloit 
(( mie son glaive laisser aller pour son bonneur. Adonc quand labbé 
« tint le bras du chevalier, il le tira si fort à lui qu'il l'encousit dedans les 
« barrières juscpies aux épaules, et le tint là à grand meschef, et l'eut 
« sans faute sache dedans, si les barrières eussent été ouvertes assez. Si 
« vous dis que le dit messire Henri ne fut à son aise tandis que l'abbé le 
« tint, car il étoit fort et dur. et le tiroit sans épargner. D'autre part les 
« chevaliers tiroient contre lui pour rescourre messire Henri ; et dura 
« cette lutte et ce tiroi moult longuement, et tant que messire Henri fut 
« durement grevé. Toutes fois par force il fut rescous ; mais son glaive 
« demeura par grand' prouesse devers l'abbé, qui le garda depuis moult 
« d'années, et encore est-il, je crois, en la salle de Honnecourt. Toutes 
« fois il y étoit quand j'écrivis ce livre ; et me fut montré un jour que je 
« passai par là, et m'en fut recordée la vérité et la manière de l'assaut 
M comment il fut fait, et le gardoient encore les moines en parement 
« (connue ti'ophées) '. » 

Les barrières étaient un poste d'honneur; c'était là que l'élite de la 
garnison se tenait en temps de guerre. «A la porte Saint-Jacques (de Paris) 
« et aux barrières étoient le comte de Saint-Pol, le vicomte de Rohan. 
(I messire Raoul de Coucy, le sire de Cauny. le sire de Cresques, messire 
« Oudart de Renty. messire Enguerran d'Eudin. Or avint ce mardi au 
« matin (septend)re I37U) qu'ils se délogèrent (les Anglais) et boutèrent 
« le feu es villages où ils avoient été logés, tant que on les véoit tout clai- 
« rement de Paris. Un chevalier de leur route avoit voué, le jour devant, 
« qu'il viendroit si avant jusques à Paris qu'il hurteroit aux barrières de 
« sa lance. Il n'en mentit point, mais se partit de son conroi, le glaive au 
« poing, la targe au col, armé de toutes pièces; et s'en vint éperonnant 
« son coursier, son écuyer derrière lui sur un autre coursier, qui portoit 
« son bassinet. Quant il dut approcher Paris, il prit son bassinet et le mit 
« en sa tête : son écuyer lui laça par derrière. Lors se partit cil brochant 
« des épei-ons, et s'en vint de plein élai férir jusques aux barrières. Elles 

' l.es ChroniqneK rie Froi«';nrt. liv. 1, p. 78. Kfiil. Fiiiclion. 

T. II. 16 



ItAltKl^lIlK 



\-)^l 



« étoienl ouvei-tes; et cuidoiéiil les scij^iK-iiis (|in la étoient (|uil dût 
(( «Mitier (lodaiis; mais il n'en avoit nulle volonté. Ain^ois (|uan(l il eut l'ail 
« «'t liurté aux hairières, ainsi (|ue voué avoit, il tira sui' IVein et se mit 
« au l'elour. I^ors dirent les chevaliers de France (|ui le virent retraire : 

(( Allez-vous-en, allez, vous vous êtes bien acquitté ' » 

Il n'est pas besoin de dire qu'autour des canqis on établissait des 
l)arrières (voy. lice, ci.ôtikk) -. Mans les tournois, il y avait aussi le 
combat à la ban-ière. Tne barrière de cin(| |)ieds environ séj)arait la lice 
en d(Mi\. F^es jouteurs, placés à ses extrémités, à droite et à ^^auclie, 
lançaient leurs chevaux lun contre laulre, la lance en arrêt, et cher- 
chaient à se désarçonner ; la barrière, (|ui les séparait, empêchait les 
chevaux de se choquer, rendait le combat moins danj^ereux en ne laissant 
aux combatlanis (|ue leurs lances pour se renverser. C-es barrières de 
tournois étaient couvertes d'étotiés brillaiiles ou jxMiites et ])artaitemenl 
])Ianchéiées des deux C(Més, pour que les chevaux ou les combattants ne 
pussent se heuiler contre les saillies des poteaux ou traverses. 

Quant aux barres proprement dites , c'étaient des pièces de bois qui 
servaient à clore et renforcer les vantaux des portes (|ue l'on tenait à 
fermer solidement. Les portes extéiieures des tours, des ouvrajies isolés 

de défense, lorscprelles ne se ferment que 
par un vantail, sont souvent numies de 
l)arres de bois (|ui rentrent dans l'épais- 
seur de la muraille. En cas de surpris»^ en 
poussant le vantail et tirant la barre de 
bois, on le maintenait solidement clos et 
on se donnait le i(Mnps de veirouiller. 
Voici (2) une des portes des tours de la 
cité de Carcassonne fermée par ce moyen 
si simple. Du coté opposé au logement de 
la barre est pratiqué, dans l'ébrasement 
de la porte, une entaille carrée qui reçoit 
le bfmt decett(î bari-e, lorsqu'ellt» est com- 
plètement tirée : le vantail se trouvait 
ainsi fortement bairicadé; j)our tirer cette 
''(^^Ko \ barre, un anneau était jiosé à son extré- 

mité, et jiour la faire rentier dans sa loj^c, une morlaise profonde, pra- 




' Les Chroniques de Froissait, liv. |, ir pailif, p. (118. 

"^ Fn l."iS(), lors du projet d'expédition en Aiij,deleiie, « le ooniiétaMe de France 
« Olivier de Clisson lit ouvrer et cliai|)entei' renelosnre d'une ville, tout de bon bois 
« elgi'os, pour asseoir en Angleleire là où il leur [jlairoil , cpiaiid ils y auroient pris 
" terre, pour les seigneurs loi^er et retraire de nuit, pour eseiiiver les périls (tes 

" réveillenieus (surprises) On la pouvoit défaire par eliarnières ainsi que une cou- 

n ronne et rasseoir uiendire à membre, (irand l'oison de eliarpenliers et d'ouvriers 
" l'avoient eompassée et ouvrée » (Les Clironiiiites ûe Froissarl, liv. 111, p. 498., 



— 1-23 



BAI<lll(:itK ] 



tiquée en dessous, permettait à la main de la faire sortir de l'entaille 
dans laquelle elle s'en}ïa}ieait (."M. 




-.9 

M- 



FÈCftRD 



Les portes à deux .vantaux des forteresses se barricadaient au moyen 
d'une barre en bois à tléau, comme cela se pratique encore aujourdluii 
dans bien des cas. Ce tléau, pivotant sur un axe, entrait dans deux entail- 
les faites dans les ébrasemenls en maçonnerie de la porte (4) lorsque les 




vantaux étaient poussés. Quelquefois, comme à la porte iS'arbomiaise de 
la cité de Carcassonne, la barre des vantaux doubles était fixée horizontale- 
ment à l'un des deux vantaux, venait battre sui' l'autre, et était maintenue 
à son extrémité par une forte clavette passant à travers deux gros pilons 
en fer (o). Les deux vantaux se trouvaient ainsi ne t'onner (|u une clôture 



[ BAS-CÔiÉ I — l^2i — 

lij^idf , pt'iidaiit <|ii*' lOii prenait If tt'iii|)s de pousser les vei'roux et de 










\ 



poser d'autres hari'es uiohiles euj;ai;ées a leurs exlreiniu-s dans de> lions 
carres prali(|ués dans les ei)rasenienls. 

BART, s. ni. Vieux mol employé poui' moellon, pavé. 

BAS-COTE, s. m. (^est le nom (jue Ton donne aux nets lalerales des 
éfilises (\()y. vik im rcrriu: iu:r i(;u:rsi;. cATin'nRALi:. i':(U,isrK 



— 1-25 — I BASE I 

BASE, s. I'. Oïl nomme ainsi reMi|)ateiiient intérieur d'une colonne ou 
(l'un pilier. Les(irecs de l'unli(iuifé ne plavaieni une assise lorinant l)ase 
(|ne sons les colonnes des ordres ionique et corinthien ; l'ordre dorique 
en ét;rit dépourvu. Sous lenqùre , les Homains adoptèrent la base pour 
tous leurs ordres , et celte tradition fut conservée pendant les premiers 
siècles du moyen âge. L'ordre toscan, qui n'est (jue le dorique modifié 
par les Homains, fut très-rarement employé pendant le Bas-Empire ; on 
donnait alors la préférence aux ordres corinthien et composite, comme 
plus somptueux. Les hases applitiuées aux colonnes de ces ordres se 
composaient, avec quelques variétés de peu d'importance, d'une tablette 
inférieure carrée ou plinthe, d'un tore, dune ou deux scoties séparées par 
une baguette, et d'un second tore ; le fût de la colonne portait le listel et 
le congé. Souvent la base était posée sur un dé ou stylobale , simple ou 
décoré de moulures. Rien n'égale la grossièreté des bases de colonnes 
appartenant aux éditices des époques mérovingienne et carlovingienne, 
comme protil et comme taille. On y trouve encore les membres des bases 
romaines, mais exécutés avec une telle imperfection qu'il n'est pas possible 
de définir leur forme, de tracer leur protil. Leur proportion, par rapport 
au diamètre de la colonne, est complètement arbitraire; ces bases sont 
parfois très-hautes pour des colonnes d'un faible diamètre, et basses pour 
de grosses colonnes. Tantôt elles ne se composent que d'un biseau, tantôt 
on y voit une séi-ie de moulures superposées sans motif raisonna!)le. Il 
nous serait ditiicile de donner une suite complète de l)asès de ces temps de 
barbarie; car il semble que chaque tailleur de pierre n"ait été guidé que 
par sa fantaisie ou une tradition fort vague des formes adoptées pendant 
les bas temps. Nous ne pouvons que signaler les particularités que 
présentent certaines bases de l'époque carlovingienne , et surtout nous 
nous appliquerons à expliquer la transition de la l)ase romaine corrompue 
à la base détinitivement adoptée à la tin du xii« siècle et pendant la période 
ogivale. 

Un détail très-remarquable distingue la base antique romaine de la 
base du moyen âge dès les premiers temps : la colonne romaine porte 
à son extrémité inférieure une saillie composée d'un congé et d'un listel; 
tandis que la colonne du moyen âge, sauf quelques rares exceptions 
dont nous tiendrons compte, ne porte aucune saillie inférieure, et vient 
))Oser à cru sur la base. Ainsi, dans la colonne antique, entre le tore ^ 
supérieur de la base et le fut de la colonne, il y a une moulure dépendant 
de celle-ci qui sert de transition. Cette moulure est supprimée dès 
l'époque romane. Le congé et le filet inférieur du fût de la colonne 
exigeaient, pour être conservés, un évidement dans toute la hauteur de 
ce fût; ces membres supprimés, les tailleurs de pierre s'épargnaient un 
travail considérable. C'est aussi pour éviter cet évidement à faire sur la 
longueur du fût que l'astragale fut réunie au chapiteau au lieu de tenir à 
la colonne (voy. ASTKA(iAi.K). 

Nous donnons tout darx)!"!) (|uelques-unes desvarielés de bases adoptées 



[ HASE 



— I-2G 



(lu vii»^ au X'' siècle. La tig. 1 est une des hases trouvées dans les substruc- 

tions de r»'>^dise colléfiiale de 
Poissy, siil»stiuclions (jui pa- 
raissent appartenir à l'épcxpie 
niéro\inf,Menne '. La ti^'. i bis 
reproduit le protil de la |)lupart 
des bases de l'arcature carlo- 
viniïicinie visible encore dans 
la crypte de Te^lise abbatiale de 
Sainl-Denis en France (x« siè- 
cle). On retrouve dans ces deux 
profils une grossière imitation 
de la base romaine des bas 
temps. La fig. ^ donne une 
des bases des piliers à pans 
coupés de la crypte de Saint- 
Avit à Orléans : c'est un simple 
biseau orné d'un tracé grossiè- 
rement ciselé (VII'' ou vin* siè- 
cle) ; la fig. ."}, les bases des 
piliers de la cry[)te de l'église 
Sainl-Ktienned'Auxerrelix'^siè- 
cle). Ici les piliers se composent 
( i une masse àplan carré canton- 
née de (juatre demi-colonnes ; 
la base n'est qu'un biseau repo- 
sant sur un plaltviu circulaire. 

(> lait est intéressant à constater, car c'est une innovation introduite dans 



^.. 





iw<D^r?r"^ 




' C'est au-dessous ilii sol de l'église reconsUiiilf ;ui \ii' siccli- (|iie ces hases ont 



)'-27 l BASE i 

rairhiteclme pai' le moyen âg«^ l/'idée de faire leposer les piliers coiii- 
rJiiilil lÀ V posés de colonnes sur une première assise olVranl 

f" 



' une assiette unique aux diverses saillies que pie- 
^^^ „.,.. sentent les plans de ces piliers ne cesse de domi- 
iÇ5«'Ç^vl jj^.j. ^j^i^^ |.^ composition des bases des époques ro- 

--"""'^ mane et ogivale. 

Nous en trouvons un autre exemple <lans l'église Saint-Remy de 





;' \^ 



Reims. Les piliers de la nef de cette église datent du ix'" siècle; ils 




VI, m 



I 



-~~~ ~ Pé^UTcI s 



sont formés d'un faisceau de colonnes (i) avec leur base romaine 



élé découveiles à leur ancienne place; autour délies ont été trouvés de nombreux 
fragments de cliapiteaux et tailloirs du travail le plus l^arbare, des débris de tuiles 
romaines. 11 n'est pas douteux que ces restes dépendent de l'église bâtie à Poissy par 
les premiers rois mérovingiens, l.e sol de ces bases est à 0'",60 en contre-bas du sol de 
l'église du xii' siècle. 



BASH 



— lf>Jî 



corrompue reposant sur une assise basse circulaire (voy. pm.ieu). Dans 
les contrées où les monuments antif|ues restaient debout, il va sans 
(lire que la base romaine persiste , est conservée plus pure que dans 
les provinces on ces édifices avaient été détruits. Dans le midi de la 
France, sur les bords du Rhône, de la Saône et du Rhin, on retrouve 
le profil de la base antique» jusque vers les premières années du xin« siè- 
cle; les innovations apparaissent plus tôt dans le voisinaj^e des grands 
centres d'art, tels cpie les monastères. Jusquau w siècle cependant, les 
établissements religieux ne faisaient (pie suivre les traditions romaines en 
les laissant s'éteindre peu à peu; u^ais quand, à cette époque, la règle de 
Cluny eut formé des écoles, relevé l'étude des lettres et des ails, elle 
introduisit de nouveaux éléments d'architecture parmi les derniers restes 
des arts romains. Dans les détails comme dans l'ensemble de l'architecture, 
Cluny ouvrit une voie nouvelle (voy. architectiuk monastk^xe) ; pendant 
que le chaos règne encore sur la surface de l'Occident, (>luiiy |)(>st' des 
règles, et donne aux ouvriers qui travaillent dans ses établissements 
(certaines formes, impose une exécution (jui lui appartiennent. C'est dans 
ses monastères que nous voyons la base s'affranchii- de la li'adition 
romaine, adopter des profils nouveaux et une ornementation originale. Les 
bases des colonnes engagées de la nef de l'éiilise abbatiale de Vézèlay 
fournissent un nombre prodigieux d'exemples variés : (juchpies-uns raji- 
pellent encore la base antique, mais déjà les profils ne subissent plus 
linlluence stérile de la décadence ; ils sont tracés par des mains qui 
cherchent des combinaisons neuves et souvent belles; d'autres sont 




PfOARD..Si; 



couverts d'ornements (5) et même de figures d'animaux (G). A la même 



— h>'.» — [ BASK ] 

»''poque (vors la tin du \i'' siècle), on voit aillours rij,Mi()ran(;e o\ la 




Il 



' f(i'( Il , '■ 

l'illtl'l l|..wi !1 



' il!l||i IL. 




barbarie admettre des formes sans nom, confuses, et sans caractère 
déterminé. 

Les bases de piliers appartenant à la nef romane de Téglise Saint-Nazaire 
de Carcassonne (fin du x-i» siècle) dénotent et l'oubli des traditions 
romaines et le plus profond mépris pour la forme, l'invention la plus 
pauvre : la fig. 7 reproduit une des bases des piles monocylindriques, et 
la 8» une base des coloimes engagées de cette nef. Toutes portent sur un 
carré qui les inscrit. 

Ailleurs, dans le Berry, dans le Nivernais, on faisait souvent alors des 
bases tournées, c'est-à-dire profilées au tour ; ce procédé était également 
appliqué aux colonnes (voy. coloxne). 

Nous donnons (9) le profil de l'une des bases supportant les colonnes 

du bas-côté du'cbœur de l'église Saint-Étienne de Nevers, qui est taillé 

d'après ce procédé (xi*^ siècle). Le toui- invitait à donner aux profils une 

grande finesse; il permettait de multiplier les arêtes, les filets; et les 

r. M. M 



1 nASK J _ i:{0 — 

toiiriHHirs (le hases usaient de celle faeiilté. La hase tournée B, composée 




rtuAPJ) 



(l'une assise, repose sur un socle à huit pans A (jui inscrit son plus 
^rand diamètre. 

Dans le nord, en Normandie, dans le Maine, déjà dès le x"" siècle, les 




or GARD. se 



1 



tailleurs de pierre avaient laissé de C(jté les moulures romaines corrom- 
pues, et s'apprupiaîenf à exécuter des profils tins, peu saillants,, dun 
j^Mlhe doux et (lelicat. Naturellement les hases suhissaient celte nou- 
vc^lle influence. C'est par la finesse du galhe et le peu de saillie que 
les profils normands se distinguent pendant lépocpie ronume (voyez 

I'UOFIL) . 

Voici une des hases des pieds-droits de l'arcature intérieure de la nef de 
la (^.athédrale du Mans (x<' siècle) [10], (pii se rapproche plutôt des piotils 
.des has temps orientaux (|ue de ceux adoptés par les Uomains dOccident. 



— i;{| — [ BASE ] 

Toutplois, nous pourrions multiplier les exemples de l)ases antérieures au 

xiie siècle, sans trouver un mode gé- 
néral, rai^plication d'un j)riii('ipe. Tn 
monument anli([ue tMicore debout, 
un fragment mal interprété, le goût 
de chaque tailleur de pierre influaient 
sur la forme des bases de tel monu- 
ment, sans qu'il soit possible de re- 
connaître parmi tous ces exemples, 
dune exécution souvent très-né{j;li- 
gée, une idée dominante. .Nous met- 
tons cependant, connue nous lavons 
dit déjà, les monuments clunisiens 
en dehors de ce chaos. 

Dans les provinces où le calcaire 
dur est commun, la taille de la pierre 
atteignit, vers le commencement du 
xiie siècle, une rare perfection. Cluny 
était le centre de contrées abondantes 
en pierre dure, et les ouvriers atta- 
chés à ses établissements mirent bien- 
tôt le plus grand soin à profiler les 
bases des édifices dont la construction 
leur était confiée. Ce membre de l'ar- 
chitecture, voisin de l'œil, à la portée 

de la main, fut un de ceux qu'ils traitèrent avec le plus d'amour. Il est 





facile de voir dans la taille des profils des bases l'application d'une 
méthode régulière ; on procède par épannelages successils pour arriver 
du cube à la forme circulaire moulurée. 



BASE 



— 1.^2 — 



Comme |)rinci|K' de l;i mélliode appliquée au xii»^ siècle, nous donnons 
une des bases si fiéquentes dans les édifices du centre de la France et du 
Charolais (11) '. F>es deux disques A et P> sont, comme la ti^ure l'indique, 



// 



A 



o 




i 



mmunk 






kû[UL\ï4L^\:^jl':^^s 



^ 



exactement inscrits dans le plan carré du socle 1). A partir du point K, le 
tailleur de pierre a conmiencé par défifap,er un cylindie EF, puis il a évidé 
la scotie C et ses deux listels, se contentant d'adoucir les bords des deux 
discpies AR. sansclieicliei-àdonner autrenient de i^^albe à son jn-otil |)arla 
retraite du second tore l> ou par des tailles arrondies en boudins, (le profil 
est lourd tiiutel'ois, et ne peut convenir (jua des bases appartenant à 
des colonnes d'un faible diamètre; mais ce système de taille est appliqué 
pendant le cours du xii<- siècle et reste toujours apparent; il connnande 
la coupe du profil. 

Soit (1^2) un morceau de pierre destiné à une base : 1" laissant la 




hauteur AB pour la plinthe, on déffage un premier cylindre AC, connue 



' Ce«c hase provient de l'égli-ie (ri'Lhreiiil ( VII 



M-'i 



lei 



13:5 I BASE 1 

dans la fij;. 1 1, puis un socond cylindre EH ; on obtiont IVnidonu'nt DEP. 
2" On évidf la scotio F. 3'» On abat les deux arèles GH. -4" On cisèle les 
lilets IKUI. ri" On arrondit le premier tore, la scolie et le second tore. 
Quelquefois nuMue, ainsi ([ue nous le verrons tout à llieure^ la base reste 
taillée coid'ornu'nient au (lualriènie épannelaye en tout ou partie. Le profil 
des bases du xn*- siècle conserve , yràce à cet épannelaj^^e sini[)le dont on 
sent toujours le j)rincipe, quelque cbose de ferme qui convient parfaite- 
ment à ce meMd)re solide de l'architecture et qui contraste, il faut l'avouer, 
avec la mollesse et la forme indécise de la plupart des profils des bases 
romaines. Le tore infcrieur, au lieu d'être coupé suivant un demi-cercle 
et de laisser entre lui et la j)lintbe une surface horizontale qui semble 
toujours prête à se briser sous la charge, s'appuie et semble comprimé 
sur cette plinthe. Mais les architectes du xii« siècle vont |)lusloin : obser- 
vant que, malgré son empâtement , le tore inférieur de la base laisse les 
quatre angles de la plinthe carrée vides, que ces angles peu épais s'épau- 
frent facilement pour peu (jue la base subisse un tassement; les archi- 
tectes, disons-nous, renforcent ces angles par un nerf, un petit contre-fort 
diagonal qui, partant du tore inférieur, maintient cet angle saillant. Cet 
appendice, que nous nommons griffe aujourdhui (voy. ce mot), devient 
un motif de décoration, et donne à la base du xn<= siècle un caractère qui 
la distingue et la sépare complètement de la base romaine. 

Nous doiuions (13) le profil d'une des bases des colonnes monocylin- 
driques du tour du chœur de l'église de Poissy taillé suivant le procédé 
indiqué par la fig. l^, et le dessin de la grifle d'angle de cette base partant 
du tore inférieur pour venir renforcer la saillie formée par la plinthe 
carrée. Il n'est pas besoin d'insister , nous le croyons , sur le mérite de 
cette innovation si conforme aux principes du bon sens et d'un aspect si 
rassurant pour la-il. Quand on s'est familiarisé avec cet appendice, dont 
l'apparence connue la réalité présentent tant de solidité, la base romaine, 
avec sa plinthe isolée, a quelque chose d'inquiétant; il semble (et cela 
n'arrive que trop souvent) que ses cornes maigres vont se briser au 
moindre mouvement de la construction, ou au premier choc. C'est vers le 
connnencement du xi^ siècle que l'on voit apparaître les premières griffes 
aux angles des bases ; elles se présentent d'abord comme un véritable 
renfort très-simple, pour revêtir bientôt des formes empruntées à la flore 
ou au règne animal (voy. griffe). 

Il nous serait ditiicile de dire dans quelle partie de l'Occident cette 
innovation prit naissance; mais il est incontestable qu'on la voit adoptée 
presque sans exception dans toutes les provinces fiançaises, à partir de 
la première moitié du xn^' siècle. Sur les bords du lUiin , connue en Pro- 
vence et dans le nord de l'Italie, les bases des colonnes sont presque 
toujours, dès cette époque et pendant la première moitié du xiii^ siècle, 
nmnies de griffes. 

iNous représentous (14) une des bases des colonnes de la nef de l'église de 
Kosheim, près vSirasbourgi rive gauche du Khin).(|uiest renforcée de grifl'es 



[ BASE 1 l.'J-i 

très-simples (prtMiiièro moitié du xii»" siècle) ; et (15) une base des colonnes 




fteAno 






engagées de l'église de Schelestadt, même époque, qui offre la même par- 
ticularité, bien que, de ces deux protils, l'un soit très-saillant et lautre 
très-peu accentué. Mais on remanjuera que dans ces deux exemples, comme 
dans tous ceux que nous pourrions tirer des monuments rhénans, le goût 
lait complètement défaut. Les bases des colonnes de l'église de Rosheim 
sont ridiculement empâtées et lourdes; celles de l'église de Schelestadt 
sont, au conti'aire . trop ])lates. et leurs griffes fort pauvres d'invention. 



— l;{a — l BASE 1 

C'est toujours dans rih'-dc-Fiancf ou les provinces avoisinantes qu'il 




U 




faut chercher les heauK exemples de Tarchitecture du moyen âge, soU 




comme ensemble, soit comme détails. Tandis que dans ces contrées, centre 
des arts et du mouvement intellectuel au xn«^ siècle, la base se soumettait, 
ainsi que tous les membres de l'architecture, à des règles raisonnees, 
l'anarchie ou les vieilles traditions régnaient encore dans les provmces 
du centre, qui ne suivaient que tardivement l'impulsion donnée par les 
artistes du xu^ siècle. En Auvergne, dans le Berry , le Bourbonnais 
et une partie du Poitou, la base reste longtemps dépourvue de son nou- 



BASE 



— i;{(; — 




\ii''si(VU', la hase anticiuo adopU'r lu 



veau membre, la griffe, el les aiehiteetes paraissent livrés aux fantaisies 

les j)lus étran{j;es. C'est ainsi 
que nous voyons au clocher 
d'Éhreuil (Allier) des colonnes 
dont les chapiteaux et les hases 
sont identi(|ues de forme (l(i). 
Même chose à la porte de l'é- 
glise de Neuvy-Saint-Séi^ulcre 
(Indre) ;. à l'église de Cusset, 
qui nous laisse voir encore 
une hase dont la forme et la 
sculpture appartiennent à un 
chapit(>au (17) '. 

I>à même où les traditions 
romaines avaient conservé le 
plus d'enq)ire, à Langres, par 
exemple, mais où l'influence 
des écoles d'art de la France 
pénétrait , nous voyons , au 
rifle. I.es hases des colonnes du 
tour du clia'Ui' de la cathédrale 
de Langres sont pourvues de 
griftes flnement sculptées (18). 
Le profll A de ces bases est 
presque n»main, sauf la scotie, 
qui semhle seulement épanne- 
lée; la plinthe (voir le plan li), 
au lieu d'être tracée sur un 
plan cai-ré, est brisée suivant 
"angle du polygone sur lequel 
es colonnt^s du cho'ur s'élè- 
vent. 11 y a la une recherche 
qui dénote de la part des con- 
structeurs "de cet édifice un 
soin tout paiticulier'-. Cette re- 
cherche dans les détails se re- 
trouve poussée fort loin dans 
les bases des colomiettes du tri- 
forium du chœur de la cathé- 
drale de Langres. Les colon- 
nettes jumelles qui reposent 




1 Ces deux derniers exenijiles appartieinient au .\ir suite, ('/est à M. Millet, arclii- 
lecle, que nous devons les dessins de -ces deux Itases. 

- I.e chœur de la ealiiédrale de [.angres ouvre un lar^e eiiamp à l'étude de la 



!•<" I BASF I 

sur (les hases taillées dans un luèine morceau de pierre, lorsqu'elles sont 




i-eC/lfiO 



très-chargées, portent toute la charge aux deux extrémités de ce morceau 
de pierre et manquent rarement de le faire casser au milieu, là où il est 
le plus faihle, puisqu'il n'a sur ce point que l'épaisseur de la plinthe. Pour 



construction pendant le xii' siècle; nous avons l'occasion d'y revenir au mot 

CONSTRUCTION. 

T. II. 18 



DASK 



i;{K 



évil(M' cet iiiconvéïiicnl, les conslrucUnns du cliirur de la callicdral»' di- 
Lan}j;res ont eu l'idé'e de réserver entre les deux colonneltes jumelles, sur 
la plinthe, un l'enforl pris dans la hauteur d'assise de la hase (lUi. Cela 




'-1- 




est Ibrt injiénieux, et ce principe est également appliqué aux chapiteaux 
de ce triforium (voy. ciiAriTKAii). 

Il ressort déjà de ces quelques exemples que nous venons de donner un 

fait remarquahle : c'est la propension erois- 
■10 saule des ai'chitectes du xii'' siècle à étahlir des 

transitions enlic la ligne verticale et la ligne 
horizontale, à ne jamais laisser porter brus- 
quement la première sur le seconde sans un 
intermédiaire. Et pour nous faire comprendre 
par une tigure C^O) : soient A A deux assises 
horizontales d'une construction et B un point 
d"ap|)ui vertical; les constructeurs ne laisse- 
ront jamais les angles CC vides, mais ils les 
remplii'ont par des renforts inclinés D D, des 
transitions qui sont des épaulements, contre- 
forts, glacis, quand on part de la ligne hori- 
zontale poui' arriver à la ligne verticale; des 
encorhellements, (juand on part de la ligne 
verticale pour arriver à l'horizontale. Tout est 
logi(jU(' dans l'architecture du moyen âge, à 
dater de la grande école du xn* siècle, dans 
les ensend)les connue dans les moindres dé- 
tails; le prinrij^e ([ui conduisait les archi- 
tectes à élever sur la c(»l(»inie cylin(lri(|ue un chapiteau évasé pour porter 




— I.5λ — , 1 BASK 1 

l«»s nieinluvs divers des constructions supérieures. ;i multiplier les encor- 
bellements pour passer, par une succession de saillies, du ])oint (l'ap|)ui 
vertical à la voûte, les amenait naturellement à {U'océder de la même 
manière lorsqu'il s"ai,Mssait de poser un point dappui veitical mince sur 
un lar{,'e empâtement. Aussi, mettant à part les marches, les bancs qui 
doivent nécessairement , dans les soubassements des édifices, présenter 
des surfaces horizontales . voyons-nous toujours la surface horizontale 
exclue connue ne fonctionnant pas, ne portant pas. 

Kn effet : soit (:2I i A une colonne et P. une assise servant d'empâtement 

inférieur, de l)ase. Toute la 




A 



2i 



B 



D 



charge de la colonne porte seu- 
lement sur la surface C D. Si 
forte que soit l'assise de pierre 
B, pour peu que la surface C D 
s'ati'aisse sous la charge, les ex- 
trémités (] F, D G non chargées 
ne suivront pas ce mouvement, 
et lapierre ne possédant aucune 
propriété élastique cassera en 
EE.Mais si (^l 6«s), entre la co- 
lonne A et l'empâtement B, on 
place une assise 0, les chances 
de rupture n'existeront plus, 
car la charge se répartira sur 
une surface CD beaucoup plus 
large. Les angles E seront abat- 
tus comme inutiles; dés lors, 
plus de surface horizontale ap- 
parente. Telle est la loi qui 
commande la forme de toutes 
les bases de l'époque ogivale'. 
Voyons maintenant comment 
cette loi une fois établie, non- 
seulement lesarchitectesne s'en 
écartent plus, maisencorel ap- 
pliquent jusque dans ses dernières conséquences, sans dévier jamais, avec 
une rigueur de logique qui, dans les arts, à aucune époque, ne fut poussée 
aussi loin; telle enfin, que chaque tentative, chaque essai nouveau dans 
cette voie, n'est (ju'un degré pour aller au delà. Mais, d'abord, observons 
que la qualité des matériaux, leur plus ou moins de dureté, influe sur les 

profils des bases. Lorsque les architectes du xii^' siècle employèrent* le 

• 

• Cette loi , bien enlendd . ne >'appli(iiie pas seulemenl aux bases, mais à loul 
l'ensemble comme aux détails ries constructions Hu nioven âge, à partir du xir siècle 

(VOJ. CONSTRtCTH»,. 







1 
1 




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1 


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1 












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[ RASE I 



— I '((» — 



inarluv ou (l»^s calcaires compactes et d'une nature fière, ils se f(ardèrenl 
de refouiller les scoties des bases; ils multiplièrent les arêtes fines, les 
plans, pour obtenir des ombres vives, minces, et de l'elVel à peu de fiais. 
Dans le I.aniruedoc, où les marbi-es et les pierres calcaires compactes 
froides se rencontrent à peu près seules, on trouve beaucoup de profils de 
bases taillés au xii^ siècle avec un ^l'and soin, une firande finesse de galbe, 
mais où les refouillements profonds si fréquents dans le Nord sont évités. 
Nous prenons comme exemple une des bases des colonnes jumelles de 
la galerie du i)renner étage de Thôtel de ville de Sainl-Antonin près Montau- 
ban (^2-2). La pierre employée est tellement compacte et fière qu'elle éclate 




sous le ciseau, à moins de la tailler à très-petits coups, sans engager 
l'outil. Or le profil A de cette bas(» montre avec quc^lle adresse les tailleurs 
de pierre ont évité les refouillements, les membres saillants des moulures; 
comme ils ont tiré parti de la finesse du grain de la pierre pour obtenir, 
par des ciselures faites à petits coups, des plans nettement coupés, des 
arêtes vives quoi(|ue j)eu accentuées. Les traditions antiques, là où elles 
étaient vivantes^ comme en Provenc»*, conservaient encon», à la fin du 
xii'' siècle, leur influence, tout en permellant rinlroduclion d(^s innova- 
lions. Parmi un grand nombre d'exemples (|ue nous pourrions citer, il en 
est un fort remarquable : ce sont les bases des piliers du tour du cba-ur 
de l'église de Saint-Gilles (23). Des gritïes d'angle viennent s'attacher au 
tore inférieur de la base ionique romaine; leur sculpture rappelle la 
sculpture antique. Cette base, qui, en se retournant entre les piles, forme 
le socle d'une cUMure, porte sur le sol duclid'Uiel n'es! surélevée (jue du 
côté du bas-côté en A. Il est à présumer que les colonnes porlaieni le tilel et 



BASK 



— lil — 

le conjuré cimuno la colonne aii(i(|ii(' ' . Dans le ehd'ui' dr 1 V^'lise do Vézelay, 

23 




PEGARO S( 



77 




là 



peu postérieur à celui de Saint-Gilles (dernières années du xiie siècle) nous 

retrouvons encoi-e la tradition romaine, 
mais seulement dans le fut de la colonne qui 
porte en B un tore, un fdet et un cavet (-24) . 
Quant à la base elle-même, outre ses grif- 
fes, qui sont bien caractérisées et n ont rien 
d'antique (voy. gkiffe), son profil est le 
profil de la fin du xii" siècle; le bahut qui 
■•^^^^ surélève cette base sur le bas-côlé n'est 

^V^ ^ pas couronné par le quart de rond anticjue 

^^Ê ?. de Saint-Gilles, mais par un profil beau- 

WÊ ^^"P "l'PU-'^ approprié à cette place, en ce 

B| qu'au lieu de former une arête coupante, 

^H il présente un adouci. Ces quelques excep- 

^^B ^ fions mises de côté, la base ne dévie |)lus 

de la forme rationnelle que lui avaient 
donnée les architectes français du xii»^ siè- 
cle; elle ne fait que la perfectionner jusqu'à 
l'abus du principe logique qui avait com- 
mandé sa composition. 

Un des plus beaux t>l derniers exemples 
de la base du \w siècle se rencontre 
dans une petite église de Bourgogne, l'église de Montréal, près Aval- 

' Ce chœur est nialheiireusenient déhiiil . el les hases restent seules fi leur place, 
ainsi que findiiiue notre dessin. 




[ BASK 1 _ I i-2 — 

Ion'. Nous (loiliioiis ici (-2.%) i drs hases drs coIoiiik-s .'niiaiit-t's de la 




nef de cette église et son profil A moitié d'exécution. I.'épainiclaj;*' 
indiqué par la ligne ponctuée est encore parfaitement respecté ici. I.es 
|)iles de celte église présentent parfois des pilastres à pans coupés au lieu 
de colonnes engagées; ces pilastres ne j)orlent jias sur un piolil de base 
répétant celui des colonnes : ils ont leur l>ase spt'ciaie {"Ht), dont la compo- 
sition vient appuyer notre théorie e\pli(|uéê i)ar la llg. "21 his. Ce nesl 
guère que dans les monuments élevés sous une influence romaine, connue 
les cathédrales de Langres et d'Autun, comme heaucoup d'édifices du 
Charolais et de la haute Bourgogne, que les pilastres (frétjuenls dans ces 

' l^es proiils de l'église île Montréal sont d'inio pnrelé el d'une beauté tiès-ieniai- 
(lualiles, el leur exécution est parfaite. Dans ce monument, toutes les hases et profils 
à la portée de la main sont polis, tandis que les parements sduI taillés au taillant simple 
d'une façon assez rustique. Ce tonlr;istc entre la tailli" ile^< moulures et des parements 
est fréquent à la tin du xii'' siècle et au commencement du \ni' ; il ^n•éte im cliarme tout 
particulier aux détails de l'architecture (voy. taille). 



— \\:\ — [ BASE I 

('(tnsli'iu'li(>i)s|)('n(lant lo XII'" sit'clo) posent surdesprolilsdo hases son il)lal)les 




0.70 



à ceux des colonnes. La véritable architecture française, naissante alors, 
n'admettait pas qu'un même profd de liase put convenir à un pilastre carré 
et à un cylindre. Et en cela, comme en beaucoup d'autres choses, la nou- 
velle école avait raison. Les tores et filets des bases, fins, détachés, présen- 
tent dans les retours d'équerre des aiguités désagréables à la vue, et surtout 
fort gênants à la hauteur où ils se trouvent placés ; car il est rare que le 
niveau supérieur des bases, à dater du xu^ siècle, excède 1™,'20 au-dessus 
du pavé. Les arêtes saillantes des hases de pilastres se fussent donc trouvées 
à la hauteur des hanches ou du coude d'un homme ; et si les architectes 
du moyen âge avaient toujours en vue l'échelle humaine dans leurs com- 
positions (voy. architecture) , s'ils tenaient à ce qu'une base fût plutôt 
proportionnée à la dimension humaine qu'à celle de l'édifice, on ne doit 
pas être surpris qu'ils évitassent avec soin ces angles dont les vives arêtes 
menacent le passant. Tenant compte de la dimension humaine, ils devaient 
naturellement penser a ne pas gént;r ou blesser Ihonnue, pour lequel leurs 



I BASE ] — \\i — 

t'dificps étaient laits '. Ces raisons. ctAU's non moins inipt-rieuscs déduilt's 




du nouveau système de ennstriiction a(l()|)té dès le ('onuneiu'enieiil du 

» Combien ne voyons-nous pas, dans nos édilioes niodornes, de cei corniches de 
slylobates présenter leurs angles vifs à la liaiitcnr de Td'il? de ces ;irèles do pdaslres 
ou de bases que l'on maudit avec raison lorsque \:\ loule vous précipite sur elles'/ 



\r^ 



[ BASF, ] 

XIII* siècle, ainenèi'piit successivement les architectes à modifier les hases. 
C'est dans rile-de-France qu'il tant étiuHer ces trajisformations suivies 
avec persistance. Ia>s architectes de cette j)rovince ne tardèrent pas ;i 
recoimaitre que le plan carré de la plinthe et du socle était gênant sous le 
tore inférieur, quoique ses angles fussent adoucis et rendus moins dange- 
reux par la présence des griffes. S'ils conservèrent les plinthes carrées 
pour les hases des colonnes hors de portée, ils les ahattiient aux angles 
pour les grosses colonnes du rez-ile-chaussée : témoin les colonnes mono- 
cylindriques du tour du chœur de la cathédrale de Paris (tin du \iv siècle) ; 
celles de la nef de la cathédrale de Meaux , du tour du chœur de l'église 
Saint-Uuiriace de Provins, dont les hases sont élevées sur des socles et des 
plinthes donnant en plan un octogone à quatre grands côtés et quatre 
petits. Toutefois, comme pour conserver à la hase son caractère de force. 




fi£^ffA/ll?. se. 



un empâtement considérahle sous le fiît de la colonne, les constructeurs 
reculent encore devant l'octogone à côtés égaux ; ils conservent la griffe, 
mais en lui donnant moins d'importance puisqu'elle couvre une plus petite 
surface. La tig. -2(» his iu(li(|Ué le plan et l'angle ahattu avec sa giilVe dune 
des hases du tour du chœur dans la cathédrale de Paris, taillée d'après ce 

T. II. lU 



ItASK 



I ic. 



l)r"m(;ip('. Mais (|ue l'on veuille h'wn roiuarquor (|ue ces bases, à j)laii 
octogonal invj^'ulior, ne sont placées (|ue sous les {grosses colonnes isolées 
du re/.-de-cliaussée ; ces angles abattus ne se trouvent pas aux hases des 
colonnes engagées d'un faible diamètre. L'intention de ne j)as gêner la 
circulation est ici manifeste '. Autour du chœur de la cathédrale de Char- 
tres (connnencement du xui*' siècle) , les grosses colonnes qui forment la 
précinction du deuxième has-côté sont portées sur des hases dont le socle 
est cubique, et la plinthe octogonale n'gulière i^l). Mais la position de ces 
colonnes accomj)agnant un ennnarchement justifie la présence du socle à 
pan carré. En ellet, ces marches interdisant la circulation en tous sens, il 
était inutile d'abaltre les angles des carrés. Ici la gritîe est descendue d'une 
assise; elle dégage la base, dont la plinthe à la portée de la nuiin est fian- 
chement octogone. Déjà même le tore. inférieur de cette base, pour garantir 
par sa courbure les arêtes du polygone, éviter la saillie des angl(^s obtus. 
(lél»orde les faces de ce polygone, ainsi que rindicpif en A le protil jtris 
sur une ligne perpendiculaire au milieu de Tune d'elles. En si beau chemin 
de raisonner, les architectes du xiiicTsiècIe ne s'arrêtent plus. A la cathé- 




BgeAUO-^^ 



drale de Fieinis (28), nous les voyons conserver la plinthe carrée avec ses 

I Cos bases de la cathcdrale de l'aris dnivenl avoir élé taillées et mises en place 
entre les années 1 1 Go et 1 1 70. 



Il 



UASJ-: 



grirtes, mais {iardcr los [)assaiils(l<'S arêtes parla première assise du socle B, 
qui est taillée surun plan octogonal; le toic inférieur C déhorde les faces I>. 
A la même ep(t((iie, (ni construisait la lU'f de la cathédrale d'Amiens et 
une (juanlilé inn(tnd)rahle d'édifices dont les hases des j^ros piliers sont 
prolilees sur des plinthes et socles octogones. La griife alors disparait. Voici 
un exemple de ces sortes de bases à socle octogone tiré des colonnes 
monocylin(lri(|ues des has-côtés du chœur de l'église Notre-Dame de 
Semur en Auxois (-29). Pendant que l'on abattait partout, de 1230 à h2iO, 



29 





les angles des plinthes el les socles des grosses piles, afin de laisser une 
circulation plus facih; autour de ces piliers isolés, on maintenait encore les 
bases à plinthes et socles carrés pour les colonnes engagées le long des 
murs, pour les colonneltes des fenêtres, des arcatures, et toutes celles qui 
étaient hors de la circulation; seulement, pour les colonnes <Migagées, on 
posait, lorsqu'elles étaient triples (ce qui arrivait souvent afin de porter 
l'arc doubleau et les deux arcs ogives des voûtes), les has(>s ainsi (jue 
lindique la fig. 30. Il y avait à cela deux raisons : la première, que les 
tailloirs des chapiteaux étant souvent à cette époque posés suivant la 
direction des arcs des voûtes, les faces B des tailloirs étaient perpendicu- 
laires aux diagonales A ; que dès lors les bases prenaient en plan une 
position send)lableà celle des chapiteaux; la seconde, que les bases ainsi 
placées présentaient des pans coupés B ne gênant pas la circulation. Déjà, 
dès 1230, la direction et le nombre des arcs des voûtes commandaient 



[ BASE ] — lis — 

non-seuleiiKMit le nombre cl la force des eolomies, mais la position des 
l)ases (voy. construction). Suppiimaiit les ^a'iffes aux l)ases des piliers 
isolés, on ne pouvait les laisser aux bases des colonnes engragées et des 
eolonnettes des galeries , des fonètn^s . etc. I>es airbitectes du xiir' siècle 



30 




tenaient trop à l'unité de style pour faire une semblable faute; mais nous 
ne devons pas oublier leur aversion pour toute surface horizontale décou- 
verte et par conséquent ne portant rien. Les gritfes enlevées, l'angle de la 
plinthe carrée redevenait apparent, sec, contraire au principe des éi)aule- 
ments et transitions. [*our éviter cet écueil, les architectes commencèrent 
par faire déborder de beaucoup le tore inférieur de la base sur la i)linthe 
(31) ' ; mais les angles A, malgré le biseau C, laissaient encore voir une 
surface horizontale , et le toreB ainsi débordant (quoique lebiseau il ne fût 
pas continué sous la saillie en D) était faible, facile à briser; il laissait voir 
par-dessous, si la base était vue de bas en haut, une surtace horizontale E. 
On ne tarda guère à éviter ces deux inconvénients en entaillant les angles 
et en ménageant un petit support sous la saillie du tore. La fig. 3''2 A 
indi(iue en plan l'angh» de la plinthe dissimulé par un congé, et B, le 
support réservé sous la saillie du tore inférieur. I>a lig. ',)',] donne les bases 
d'une pile engagée du cloître de la cathédrale de Verdun taillé«\s <rai)rès 
ce principe. On voit que là les angles saillants, contre lesquels il eût été 
dangereux de heurter les pieds dans une galerie destinée à la promenade 
ou à la circulation, ont été évités par la disposition à pan coupé des assises 
inférieures P. Toutes ces tentatives se succèdent avec une rapidité incroya- 
ble; dans une même consliuclion , élevée en dix ans, les progrès, les 
perfectionnements apparaissent à clia(iue étage. D(; 1235 à i2io, les 
architectes prirent le parti d'éviter les complications de tailles pour les 
plinthes et socles des bases des colonnes secondaires, comme ils l'avaient 
fait déjà pour les grosses colonnes des nefs, c'est-à-dire qu'ils adoptèrent 



' Base (le l'église de NdUe-Danie de Seniiir, de NoU-e-Dame de Dijon , cle. Vove/. 
aussi (37) la tij^iire d'une l)asede la calliédrale <le l.aoïi, coninieneenient du \\W siècle. 



119 — 



1 BASK I 



partout, sauf pour iiuehjues bases de colonnettes de uieneaux, la pliuihe 
et le socle octogones. A la cathédrale d'Amiens, dans les parties intérieures 




3J 




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^'ÏÏISffî-lJIll'Jfl 




PEGARD.SC 



du chœur, à la Sainte-Chapelle de Paris, dans la nef de l'église de Saint- 
Denis^ dans le chœur de la cathédrale de Troyes, etc., toutes les bases des 
colonnes engagées ou isolées sont ainsi taillées (34). Quelques provinces 
cependant avaient, à la même épo(]ue, pris un autre parti. La Normandie, 
le Maine, la Bretagne établissaient les bases de leurs piliers, colonnes 
ou colonnettes isolées ou engagées, sur des plinthes et socles circulaires 
concentriques à ces tores. Telles sont les bases des piles de la net de la 
cathédrale de Séez (35), les bases des colonnes de la partie de l'église 
d'Eu qui date de 1^210 environ, du chœur de la cathédrale du Mans de la 
même époque, etc.; car il est à remarquer que, pendant les premières 
années du \\\v siècle, ces détails de l'architecture normande ne diffèrent 
que bien peu de ceux de l'architecture de l'Ile-de-P'rance, et qu'au moment 
où, dans les diocèses de Paris, de Reims, d'Amiens, d'Auxerre, de Tours, 
de Bourges, de Troyes, de Sens, on faisait passer le plan inférieur de la 
base du carré à l'octogone, on adoptait en Normandie et dans le Maine le 
socle circiiiaire. Otte dernière forme est molle, pauvre, et est loin de 



BASE I 



— 150 



[H'oduii'c l'cttcl cticoïc solide de la hase sur socle ()clf)j;()iie. (y'esl aussi à 
la forme eircidaii'e que s'arrêtèrent les architectes aii^dais , à la inèiiif 
époque. L'influence du slvie français se fait sentir en NoriDandie à la tin 





n^^ 'iwr^SIP^' 



^ 



du rèf-ne de Philippe-Auj-usle; plus tard, le style anglo-normand semble 
prévaloir, dans celle province, dans les détails sinon dans l'ensemble des 
constructions. 

Cependant le- profil de la base avait subi des modilications essentielles 
de \^^<) à l"240. Le tore inférieur (fiy-. 34.) B s'était aplati; la scotie C se 
creusait et arrivait j)arfois jusqu'à l'aplomb du nu de la colonne; le tore 
supérieur A, au lieu d'être tracé par un Irait de compas, subissait une 
dépression qui alléj^'cait son profil et lui donnait de la finesse. Le but de 
ces modilications est bien évident : les arcliilecles voulaient donner plus 
d'importance au tore inférieur aux dépens des autres membres de la base, 
afin d'arrêter la colonne par une moulure lary<> et se dérobant le moins 
possible aux yeux. Mais ce n'est qu(» dans lés provinces mères de l'archi- 
tecture oiiivale que ces détails sont soumis à des l'ègles dictées par le bon 
sens et le yoùt ; ailleurs, en Normandie, par exemple, où la dernière 
l)ériode romane jette un si vif et bel éclat, on voit que l'école ogivale est 
flottante, indécise; elle mêle ses profils romans au nouveau système 
d'architecture; elle trace ses moulures souvent au hasard, ou cherche des 
efièls dans lesquels Texagération a plus de part que le goût. Le profil de 
la base que nous donnons (fig. 35) en est un e\enq)le : c'est un prolil 
roman; la scotie est maladroitement remplie par un perlé qui amollit 



ir>i — 



[ BASK 1 



t'iicore ce profil , déjà liop plal pour une pile de ce dianièlre. Ce n'est 
pas ainsi (pic |)ro('t'(laienl les inaities, les architectes tels (pie Robert de 
Ln/arclics. Picric de Coi'bie, l*ierre de Montereau el tant d'autres sortis 





PFCARDSC. 



LAN. 



des écoles de l'Ile-de-France, de la Champagne, de la Picardie et de la 
Bourgocne; ils ne donnaient rien au hasard, et ils se rendaient compte, 
dans leurs compositions d'ensemble comme dans le tracé des moindres 
profils, en praticiens habiles qu'ils étaient, des efïets qu'ils voulaient 
produire. 

Qu'on ne s'étonne pas si, à propos des bases, nous entrons dans des 
considérations aussi étendues. Les bases, leur composition, leurs profils, 
ont, dans les édifices, une importance au moins égale h celle des chapi- 
teaux; elles doiment l'échelle de l'architecture. Celles qui sont po/és sur 
le sol étant près de l'o'il deviennent le point de comparaison, le module 
qui sert à établirdes rapports entre les moulures, les faisceaux de colonnes, 
les nervures des voûtes. Trop fines ou trop accentuées, elles feront 
paraître les membres supérieurs d'un monument lourds ou maigres ' ; 

' Combien d'édifices, dont l'elTet intérieur était détruit par ces amas de chaises ou 



[ BAS..; 1 — irr2 — 

aussi los bases sont-elles traitées par les grands maîtres des œuvres du 
xine siècle avec un soin, un amour tout particulier. Si elles sont posées 




/sfCARD 5t 



très-près du sol et vues de haut en bas, leurs profils s'aplatiront, leurs 
moindres détails se prêteront à cette position (36 A). Si, au contraire, 
elles port(Mit des colonnes supériemes telles que celles des fenêtres 
hautes, des tritoriunis, et si, par conséquent, on ne peut les voir que de 
bas en haut, leurs moulures, tores, scoties et listels prendront de la 
hauteur (3() B), de manière que, par l'effet de la perspective, les profils de 
ces bases inférieures et supérieures j)araili'()nt les mêmes. Cette étude de 
l'effet des profils des bases est bien évidente dans la nef de la cathédrale 
d"Amiens, bàlie d'un scid jet de h2'2r) à l-i.t.'). Là, plus les l)as(>s se rap- 
prochent de la voûte et j)lus leurs profils sont hauts , tout en consei'vant 
exactement les mêmes membres de moulures. 

Depuis les premiers essais de l'architecture du \m'' siècle, dans les 



de bancs encomliranl leurs bases, paraissent cent lois plus beaux, une lois ces nieiililes 
enlevés. 



— \:v.] — 



[ BASK I 



provinces do Franco, jusque vois l"2-2o oiivirqn, lorsque dos pilos so 
composont (\o fniscoaux de colonnes inégales de diamètre, la réunion des 




bases donne des profils différents de hauteur en raison de la grosseur des 
diamètres des colonnes ; du moins cela est fréquent ; c'est-à-dire que la 



36 





k^ 



grosse colonne a sa base et la colonne fine la sienne, les profils étant 
semblables mais inégaux. Ce fait est bien remarquable à la cathédrale de 
Laon'j dont quelques piles de la nef se composent de grosses colonnes 
monocylindriques tlanquées de colonnettes détachées, d'un faible diamètre 



' Commencemenl du xm' siècle. 

T. II. 



-20 



BASK 



— ir)V 



(.'{7). A (loniic If profil do hi «iiossc (olomir cniiialc. ri H. le piotil lU- 



i 




37 




coloniipttos reposant tous deux sur un sitclc et une i)iin[|i«' de nièiiip 
épaisseur. Mais déjà, de h23()à l'-2i(), nous voyons les piles composées de 
colonnes de diamètres inéjïaux posséder le même profil de hase pour ces 
colonnes, indépendamment de leur diamèlre. Il est certain que, quelle 
que fiil la conqxtsilion de la pile, les arcliilecl(\s du xiii-' siècle voulaient 
qu elle rùi sa hnse. et non .ses basies; c'était là ujie (pi(>stinn «l'unité. A la 



— irir» — I BASK I 

Saiiile-Chapolle de Paris (voy. tiji. 34), les trois colonnes des piles enj^a- 
{j[ées et les colonnettes de l'arcature ont le même protil de hase, qui se 
continue enlie ces colonnettes le loni; du pied de la tapisserie; seulement 
le protil appliqué au\ coKinnetles de l'arcature et courant le Unv^ du 
parement esl plus camard (jue celui des grosses colonnes. Les architectes 
du xiir siècle, artistes de j;oùt autant au moins que loj;iciens scrupuleux, 
avaient senti qu'il fallait, dans leurs édifices composés de tant de mem- 
hres divei's , nés successivement du principe au(|uel ils s'étaient soumis, 
rattacher ces memi)res pai'de i;randes lii^nes horizontales, d'autant mieux 
accusées qu'elles étaient plus rares. La hase placée pres(|ue au niveau de 
l'œil était, plus (jue le sol encore, le véritahle point de dépait de toute 
leur ordonnance; ils cherchaient si bien à éviter, dans cette ligne, les 
lessauts, les démanchements de niveaux, qu'ils réunissaient souvent les 
hases des piles adossées aux nmrs par une assise contiimant le profd de 
ces bases, ainsi qu'on peut le voii' à la Sainte-Chapelle de Paris. 

Lorsque les éditices se composent, connue les grandes églises, de ran- 
gées de piles isolées et de piles engagées dans les murs latéraux, les bases 
atteignent des niveaux ditterents, celles des grandes piles isolées étant 
plus hautes que celles des piles des bas-côtés; cela est fort bien raisonné, 
car un niveau unique pour les bases des piles courtes et des piles élancées 
devait être choquant; ce niveau eut été trop élevé pour les piles des bas- 
côtés ou trop bas pour les piles isolées qui montent jusqu'à la grande 
voûte. Ainsi , pour les grandes piles, la base se compose généralement de 
trois membres : 1" d'un socle inférieur circonscrivant les polygones, 
2" d'un second socle avec moulure, 3" de la base proprement dite avec sa 
plinthe; tandis que pour les piles des bas-côtés, la base ne se compose 
guère que de deux membres : 1" d'un socle à la hauteur du banc, ^2" de 
la base avec sa plinthe. Si le bas-côté est double, le second rang de i)iles 
isolées est porté sur des bases dont le niveau est le même que celui des 
bases des piles engagées, puisque ce second rang de piles n'a que la hau- 
teur de celles adossées aux nmrs latéraux. Si grand que soit l'édifice, les 
bases dont le niveau est le plus élevé ne dépassent jamais et atteignent 
rarement, dans les monuments construits par les artistes de France au 
xuF siècle, la hauteur de l'œil, c'est-à-dire 1"',G0. La hauteur de la base 
est donc le véritable module de l'architecture ogivale; c'est le point de 
comparaison, l'échelle; c'est comme une ligne de niveau tracée au pied 
de l'édifice, qui rappelle partout la stature humaine. Si le sol s'élève de 
quelques marches, comme dans les chœurs des églises, le niveau de la 
base ressaute d'autant, retrace une seconde ligne de niveau, indique un 
autre sol. Ces règles sont bien éloignées de celles qu'on a voulu baser sur 
les ordres romains, et qui sont du reste rarement confirmées par les faits; 
mais n'oublions pas qu'il faut étudier l'architecture antique et l'architec- 
ture ogivale à deux points de vue différents. 

En soumettant ainsi toutes les piles et les membres de ces piles à un 
seul profil de bases, sans tenir compte des diamètres des colonnes, les 



( BASK ] • — lo(> — 

architccles obéissaient à leur instinct d'artiste plutôt qua un raisonnement 
de savants; ils avaient dévié de l'ornière loj,M(jue. Nous ne sauiions trop 
le dire (parce que dans les arts, et surloul dans l'art de l'arcliilecture, 
♦'iilre la science pure et le caprice, il est un chemin (pii n'est ouvert qu'aux 
lionmies de yénie), ce qui nous porte à tant admirer nos arcliilecU^s 
français du xiii»^ siècle, c'est qu'ils ont suivi ce chemin, connue dans leur 
temps les Grecs l'avaient parcouru; mais malheureusement cette voie, 
dans l'histoire des arts, n'est jamais longue. Le goût, le génie, l'instinct 
ne se l'oiinident pas, et l'heure des ])é(lanfs, des raisonneurs, succède 
bientôt a l'inspiration (|ui |)ossè(le la science, mais la possède prisonnière 
et soumise. 

Avant de passer outre et de montrer ce que devient ce membre si 
important de l'architecture ogivale, la base, nous ne devons pas omettre 
une observation de détail qui a son importance. Si les bases des piles" de 
l'ez-de-chaussée exécutées de \^30 à l'2<iO ne présenl«'nt que peu de 
variétés <lans la conqjosition de leurs j)rotilset de leurs plans; si les archi- 
tectes, pendant cette période, attachaient une grande importance à ces 
bases inférieures, le point de départ, le module de leurs éditices, il semble 
qu'Usaient abandonné souvent l'exécution des bases des colonnes secon- 
daires des ordonnances supérieures aux tailleurs de j)ierre. Les ouvriers 
sortis de divers ateliers , réunis en grand nombre lorsqu'il s'agissait de 
construire un vaste édifice (et à cette époque on construisait avec une 
rapidité cpii tient du prodige) [voy. construction], se permettaient de 
modifier certains profils de détails suivant leur goût. Il n'est pas rare (et 
ceci peut être observé surtout dans les grands monuments) de trouver, 
dans les édifices qui datent de \^W à 1:270, des bases de colonneltes, de 
meneaux de f'enèlres, de galeries suj)érieures, présentant des rangs de 
pointes de diamant dans la scotie, des bases sans scoties, avec tore supé- 
rieur «l'une coupe circulaire, avec plinthe carrée simple ou avec angles 
abattus et supports sous la saillie du tore inférieur. H y a donc encore k 
cette époque une certaine liberté , mais elle se réfugie dans les parties 
des édifices qui sont hors de la vue, et se produit sans la participation de 
l'architecte. 

Au connnencement du xiv' siècle, la base s'appauvrit . ses profils perdent 
de leur hauteur et de leur saillie. Dans l'église Saint-rrbain de Troyes 
déjà, qui ouvre le xiv siècle, les bases des piliers et colonnettes comptent 
à peine; les deux tores se sont réunis et la scotie a disparu (38); les 
moulures des socles sont maigres; et partout, au rez-de-chaussée comme 
dans les gaI(M'ies supérieures, le profil est le même. On voit (pi'alors les 
architectes cherchaient à dissimulerce membre d'architecture, si inq)ortant 
dans les édifices des premiers temps de la période ogivale, à éviter des 
empâtements dont l'iniportance était en désaccord avec le système vertical 
des constructions. En progressant, l'architecture ogivale nuUtiplie ses 
lignes verticales et eft'ace ses membres horizontaux ; ceux-ci se réduisent 
de pins en plus poiu- disparaître conqilt'lrment au \>-' siècle. Telle est la 



— ir>7 — l BASE 1 

puissance d'un principe lo^Mque poursuivi à outrance dans les arts, qu'il 
finit par étoutier ses propres origines. 




Pendant les premières années du xiv«; siècle, les piliers possèdent encore 
la base à niveaux et profils uniques. Non-seulement les colonnes formant 
faisceaux se subdivisent (voy. pilier), mais elles commencent à porter des 
arêtes saillantes destinées à multiplier les lignes verticales. Le profil des 
bases obéit au contour donné par le plan de ces piliers : et, dans ce cas, 
la plinthe conserve son plan carré , dont l'angle saillant est couvert par 
l'excroissance que forme le tore inférieur de la base. Dans le rhieur de 
l'église Saint-Nazaire de Carcassonne (39), les piles engagées pr('sentent 
en section horizontale A des réunions de colonnettes portant, la plupart, 
des arêtes saillantes; le profil de la base contourne ces arêtes, et les 
saillies des tores iiderieurs sont acconqîagnées encore de petits supports. 
Les surfaces horizontales sont soigneusement évitées ici , car les plinthes 
carrées des bases pénètrent un biseau continu dépendant du socle qui 
circonscrit le plan de ces plinthes. Toutefois un fait curieux doit être signalé 
ici : le chœur de l'église Saint-Nazaiie de C.arcassoime conserve encore de 
grosses colonnes cylindriques, et. par exception, rairhitecte de cet édifice. 



BASK 



)S 




PECAKD.SC 



Il uvani pas admis la pliiillic ixilviioiialo sons los toivs (\o>, hasfs. Cul 



I ;;'.) 



RASI-: 



j'iilrainc à fair»- tMicore des grittos pour couvrii- It^s anf,'les saillants des 
pliiilhes que le tore des bases des grosses colonnes ne pouvait masquer (40). 




Ces exemples indicjuent j)arraitement la transition entre la hase du 
xiiie siècle et la hase du xiv»", car la plinthe à plan carré et la {iritie ne se 
retrouvent plus à partir de cette dernière époque. A Saint-Nazaire de Car- 
cassonne, nous voyons encore, sous la plinthe, le profil B (tiJ.^ iO), qui 
fifîure une assise sous cette plinthe, bien que par le t'ait ce prolil B soit 
pris dans l'assise même de la base. C'était là un contre-sens qui ne fut pas 



1 BASE I • — IC»0 — 

souvent répété. Riontôt, en effet, le profil Bdu socle et la piinllie ne (irent 
à A] P'^'^ qii un ; les deux profils des tores de la 
base arrivèrent également a ne former 
qu'une seule inouinie. Soit A (-41) le profil 
dîme hase de la tin du xiii»^ siècle : la scotie 
I) est encore visil)le, ce ir'est plus (|u"un trait 
gravé; l'ancienne moulure du socle E tient 
à la plinthe et lui donne un empâtement 
détaché comme s'il y avait un joint en F, 
qui n'existe pas cependant. La hase se mo- 
difie encore : B, la scotie, disparaît entiè- 
rement; le profil E s'amaigrit, son meîiihi'e 
supérieur se détache. Puis enfin, vers 1320, 

C' les deux tores, se réunissent, et le profil E s'est fondu dans la 





plinllu". Les pelils supports sous les saillies du tore inférieur sont conser- 



— Kil — 



HASK 



vés, lorsque la j)liiitlio à plan carré persiste, ce qui est rare. La plinthe 
(levicnl polygdualc jxtiir nThUix circonscrire les tores. Ne comprenant plus 
les raisons d'art (pii avaifMil (Mif;a^é les archilecles du milieu du xiu'' siècle 
à taire régner la même hauteur et le même protll de base sous toutes les 
colonnes, quel que fût leur diamètre, et tendant à soumettre tous les 
détails architectoniques à une lo^i(|ue impérieuse, les constructeurs du 
xiv« siècle reviennent aux bases iné^^ales de hauteur en raison des diamè- 
tres des colonnes réunies en un seul faisceau. On peut en voir un exemple 
à la cathédrale de l*aris, dont les chapelles ahsidales ont été construites 
de ly-^ri à I ;};}(>; les piles de tète de ces chai)elles sont portées sur des bases 
ainsi taillées (i"2). Toutefois, ici, les inéf;alités entre les hauteurs des bases 
sont peu sensibles, et les tores sont profilés au même niveau. L'œil est 
ramené à une seule ligne horizontale de laquelle les piles s'élancent. Pen- 
dant toute la durée du xiv" siècle, cette méthode est suivie sans déviations 
sensibles. Ce n'est qu'à la fin de ce siècle et au commencement du xv que 
les architectes imaj.(iiient de fiiire ressauter les bases et de ne conserver ni 
les tores ni les plinthes au même niveau. Mais disons d'abord que les deux 
tores de la base, après l'abandon de la scotie. s'étaient si bien soudés 
qu'on avait fini par oublier l'origine de ce profil; des deux moulures, 
pendant le xv<' siècle, on n'en formait plus qu'une seule ; et connue cette 
moulure se trouvait prise dans la même pierre que la plinthe, on ne la 
sépara plus de celle-ci par une coupe vive à angle droit, coupe qui, pour 
les raisonneurs de cette époque, indiquait un lit qui n'avait jamais existé. 
Du profil A (4.3) on arriva au profil B , et le membre C qui remplaçait 



.A. 








l'ancien tore, au lieu d'être tracé sur un plan circulaire, prit la lorme 

T. II. 21 



I HASK 



— l()-2 



polygonale de laiicicmit' pliiillie l), la (((ioiiiic ivslaiil <vliii(lhqiif. Ïas 
arcliilecIcsatVt'clèreiit de piofilcr les hases d'une même pile à des niveaux 
ditféi-enls, connue pour mieux séparer cliaque colonnelle on niemhrede 
ces jMles, et pour éviter la conlinnile des lignes horizontales. Voici ( U) un 





exemple de hases dune pile du xv^ siècle In-é de la nel' de la cathédrale 
de Meaux, Ces exemples sont très-fréquents, et nous ne croyons pas avoir 
hesoin de les multij)lier ; d'ailleurs il en est des hases du xv" siècle comme 
de tous les détails et ensemhles architectoniques de cette épotpie, la 
conq)lication des formes arrive à la monotonie. Plus d'originalité, plus 
d'art; tout se réduit à des fonnuh^s <rappai'eilleur. A la fm du xv siècle, 
les piles, au lieu de se conq)oser de faisceaux de colomies cylindiiciues, 
reviennent à la forme monocylindri(|ue ou aux groupes de prismes curvi- 
lignes. Dans le premier cas, une seule hase à socle polygonal porte le gros 
cylindre (4^); dans le second, on retrouve la hase principale, celle du 
corps du pilier, <lans laquelle viennent pénétrei' l(»s petites hases partielles 
et ressautantes des prismes groupés autour de ce |)iliei'. On se fait ditlici- 



V 
BASK 



— 103 — 

lemeiit iino idt'c de |;i (•oiifnsioii qui icsiiltr de <<■ liacc: mais los appa- 




reilleurs et tailleurs de pieire de ce temps se faisaient un jeu de ces 
pénétrations de corps (voy. trait). 

Nous donnons ci-contre (40) la base d'une pile provenant du portique 
de l'hôtel de la Trémoille à Paris ; cet exemple confirme ce que nous 
disons '. On voit, en coupe, le profd principal D de la base du pilier, 
exprimé en EV dans le plan P. Les bases ressautantes des prismes accolés 
à ce pilier viennent pénétrer dans le profil I) de manière à ce que les 
angles saillants AEFGCH des plinthes tombent sur la circonférence de la 
courbe du socle inférieur. La colonne engagée B, qui a une fonction 
particulière, qui porte la retombée de l'arc doubleau et de deux arcs 
ogives, possède sa base distincte. Les petites surfaces I restant entre le 
profil D de base et le fond des gorges sont taillées en pente, ainsi que 
I indique la coupe F. On en était donc venu, au xv*" siècle, à donnera 
chaque membre des piliers sa base propre, indépendante, tout en laissant 
sous le corps du pilier une base principale destinée à recevoir les péné- 
trations des bases secondaires (voy. pilier, pénétration). 

Lorsqu'au commencement du xvr siècle on fit un retour vers les formes 
de l'architecture romaine, on reprit le profil de la base antique; pendant 
quelque temps encore, le système de bases appliqué à la fin du xv« siècle 
se trouva mêlé avec le profil de la base romaine, ce qui produit une singu- 

' Cette constiiicliim il;it;iil des rloniièrcs années du xv siècle. 



I ItASIC I 



— |()i 



'— . 




lific coiiriisioii ; iiiaiN du uioiiiciil (|iir \vs ordres rurciil rci^uliciciueiil 



— Kià — [ BASii.iyi K I 

admis, les deinières tracî's des pjofds des bases du xv^- siècle disparurent 

(Voy. l'KOFII.). 

BASILIQUE, s. f. Chez les Crées et les Uoiuains de rantiquilé, la basi- 
liiiuf elail une salle plus loii;;;ne que larjj^e, souvent avec bas-côtés et 
tribune au-dessus, terminée, à l'extrémité opposée à l'entrée, par un 
hémicycle. C'était là qu'on rendait la justice, que se traitaient les atïaires 
connnerciales comme dans nos Bourses modernes. Parmi les édifices qui 
entouraieni le forum, la basilique tenait un<'des premières places. Vitruve 
la décrit, en indi(|ue l'usage et les dimensions. 

Les l)asili([ues antiques possédaient (juchpielois des doubles bas-côtés; 
telle était la basilique Émilienne dont le plan est tracé sur les fragments 
de marbre du ^M-and plan de Kome levé sous Septime-Sévère. Lorsque les ^ 
chrélieiis purent pratiquer leur culte ostensiblement , ils se servirent de 
la basilique antique connue convenant mieux aux réunions de fidèles que 
tout autre édifice du paganisme; les premières églises qu'ils élevèrent en 
adoptèrent la forme. A proprement parler, il n'y a pas en France, depuis 
le x*- siècle, de basilique (voy. auchitectire, architecture religiecse). 

Ce nom fut seulement appliqué à quelques églises primitives de Rome, 
telles que Saint-Pierre ', Sainte-Marie-Majeure, Saint-Jean-de-Latran, qui 
sont les trois grandes basiliques chrélieimes de premier ordre; Saint-Lau- 
rent, Sainte-Agnès, Sainl-Paul (hors les nmrs) et plusieurs autres églises 
de la cité antique, conservent aussi le titre de Ijasilique. En France, 
quelques-unes de nos églises obtinrent des papes le privilège d'être 
désignées comme basiliques; mais, au point de vue architectonique, on 
ne peut leur donner ce nom. Le plan et les dispositions générales de la 
basilique antique peuvent convenir aux églises chrétiennes ; mais ces 
monuments ne doivent être considérés que connue l'appropriation d'un 
édifice antique à un besoin moderne, non comme la réalisation d'un 
programme arrêté; cela est si vrai , que les constructeurs du moyen âge, 
du moment qu'ils abandonnèrent les traditions abâtardies de l'antiquité, 
cherchèrent de nouvelles dispositions comme plan, et un nouveau système 
de construction; c'est ce qui a fait dire à beaucoup de personnes s'occu- 
pant des arts religieux, que les églises romane et ogivale étaient les seules 
qui fussent vraiment chrétiennes. 

Si cela n'est pas soutenable au fond, puisque dans la ville chrétienne 
par excellence il n'existe pas une église bâtie suivant la donnée romane ou 
ogivale, nous sommes bien forcé de reconnaître que le christianisme, en 
Occident, a trouvé une forme nouvelle qu'il a merveilleusement appliquée 
aux besoins du culte. On peut adopter ou repousser celle forme, elle n'ap- 
partient pas moins au catholicisme; bonne ou mauvaise, c'est son œuvre. 

' Si Saint-Pierre de Flonie a conservé son nom de ha.silkiiw, il n'est pas besoin de 
dire que la disposition de l'édifice actuel ne rappelle en rien celle des basiliques primi- 
tives. 



I «ASTIDI-; 1 — l(»(> — 

BASSYE, vieux mol employé j)oiir lalrines, privé. (Voy. privé.) 

BAS-RELIEF, s. m. (Voy. iji.vc.kkii:.) 

BASTARDE, s. f. Vioux mot employ(; pour désignei- une \mn' de bois 
(le moyenne grandeur. 

BASTIDE, s. f. Hdsiille. On entendait \yàvbasli(lc. pendant le moyt-nâj^e, 
un ouvrage de défense isolé, mais faisant ('e|)endanl partie diin système 
iiV'iiéral de forliliealion. On doit distinguer les hasiilles permanentes des 
hastilles élevées provisoirement; les bastilles tenant aux fortifications 
d'une place, de celles construites par les assiégeants pour renforcer une 
enceinte de circonvallation et de contre-vallation. Le mot bastide est 
plutôt «'Uiplové, jusqu a la fin du xm*" siècle, pour désigner des ouvrages 
pi'ovisoires destinés à pro.téger un campement (jne des constructions à 
demeuie; ce n'est que par extension que l'on désigne, à partir de celle 
époque, par bastide ou bastille, des forts en maçonnerie se reliant à une 
enceinte. Le mot bastide cs\ souvent appliqué à une maison isolée, bâtie 
en dehors des murs d'une ville '. 

Loi'sque les Romains investissaient une place forte, et se trouvaient 
dans la nécessité de faii'e un siège en règle, leur premier soin é'Iail d'éta- 
blir des lignes de circonvallation et de conire-vallalion, l'cnfoi'cées de 
distance en distance par des tours en bois ou même en maçonnerie. S'il 
était facile d'élever les tours des lignes de circonvallation, on comprendia 
que les assiégés s'efforçaient d'empêcher l'élablissement des tours tenant 
aux lignes -de contre-vallation , de détruire ces ouvrages (]ue l'on dressait 
en face des remparts de la place, souvent à une très-pelile dislance. (iCiK-n- 
dant les armées romaines altachaient la plus grande inqjorlance à ces 
ouvrages, que nous ne pouvons comparer qu'à nos batteries de siège et à 
nos places d'armes. Élever en face des tours d'une ville assiégée des tours 
plus hautes afin de dominer les forlilicafions, d'empêcher les défenseurs 
de se tenir sui' les chemins de ronde, et de proléger ainsi le travail du 
mineur, ("lait le moyen leni mais sûr que les armées romaines mettaient 
en |)rali(|ue, avec autant de melliode et de persévérance (|ue dhal^ileté. 
Nous ne pouriions nous occuper en détail de la bastide , sans avoir au 
jH-èalable in(li(pié l'origine de cet ouvrage d'après les données antiques, 
il faut convenir d'ailh-urs que jamais les armées du moyen âge ne présen- 
tèrent un corj)s aussi discipliné el homogène (|ue les armées roiuaines, et 
(jue, pai- conse(pienl, les moyens d'allaque régulière (ju'elles mirent en 
{uatique ne purent rixaliser avec ceux enq)loyés |)ar les Homains. 

Lorsque le lieutenanl C. Trébonius fut laissé par César au siège de Mar- 
seille, les Homains durent élever des ouvrages cqnsidéral)les pour réduii'e 
la ville, qui était forte et bien munie. L'un de leurs travaux d'approche, 

' biUMiii^c, (ilussitirc. 



— |(»7 — [ IJASriDK ] 

véritable hasiide, est d'une grande importance ; nous donnons ici la tra- 
duction du |)assai,'e des Mémoires de César qui le déciit , en essayant de 
la rendi'C aussi claire quc^ possible: 

«Les léi"ionnaii'es,(pii dirigeaient la droite des travaux, Jugèrent (piune 
« lourde bri(|ues, élevée au pied de la muraille (de la ville), poui-rait leur 
« être d'un grand secours contre lès fréquentes sorties des ennemis, s'ils 
« parvenaient à en taire une bastille ou un réduit. (]elle qu'ils avaient 
(( faite d'abord' était petite, basse; elle leui' servait cependant de retraite. 
« Ils s'y défendaient conti'e des foi'ces supérieures, ou en sortaient })our 
« repousser et poursuivre l'ennemi, (let ouvrage avait ticnte pieds sui' 
« cliaque côté, et l'épaisseur des murs était de cinq pieds ; on recoimut 
« bientôt (car l'expérience est un grand maître) qu'on pourrait, au moyen 
« de quelques combinaisons, tirer un grand parti de celte construction, 
« si on lui donnait l'élévation d'une tour. 

« Lorsque la bastille eut été élevée à la hauteur d'un étage, ils (les 
« Romains) placèrent un plancher composé de solives dont les extrémités 
« étaient masquées par le parement extérieur de la maçonnerie, afin que 
« le feu lancé par les ennemis ne pût s'attacher à aucune partie saillante 
« de la charpente. Au-dessus de ce plancher ils surélevèrent les murailles 
« de brique autant que le permirent les parapets et les mantelets sous 
« lesquels ils étaient à couvert; alors, à peu de distance de la crête des 
M murs, ils posèrent deux poutres en diagonale pour y placer le plancher 
« destiné à devenir le comble de la tour. Sur ces deux poutres, ils âssem- 
« blèrent des solives transversales comme une enrayure, et dont les 
« extrémités dépassaient un peu le parement extérieur de la tour, pour 
« pouvoir suspendre en dehors des gardes destinées à garantir les ouvriers 
« occupés à la construction du mur. Ils couvrirent ce plancher de briques 
« et d'argile pour qu'il fût à l'épreuve du feu, et étendirent dessus des 
« couvertures grossières, de peur que le comble ne fût brisé par les pro- 
« jectiles lancés par les machines, ou que les pierres envoyées par les 
« catapultes ne pussent tracasser les briques. Ils façonnèrent ensuite trois 
« nattes avec des cables servant aux ancres des vaisseaux, de la longueur 
« de chacun des côtés de la tour et de la hauteur de quatre pieds, et les 
« attachèrent aux extrémités extérieures des solives (du couïble), le long 
« des murs, sur les trois côtés battus par les ennemis. Les soldats avaient 
« souvent éprouvé , en d'autres circonstances, que cette sorte de garde 
« était la seule qui offrit un obstacle impénétrable aux traits et aux projec- 
« tiles lancés par les machines. Une partie de la tour étant achevée et mise 
« à l'abri de toute insulte, ils transportèrent les mantelets dont ils s'étaient 
« servis sur d'autres points des ouvrages d'attaque. Alors, s'étayant sur 
« le premier plancher , ils commencèrent à soulever le toit entier, tout 
« d'une pièce, et l'enlevèrent aune hauteur suflisante pour que les nattes 
« de câbles pussent encore masquer les travailleurs. Cachés derrière cette 
« garde, ils construisaient les murs en briques, puis «'levaient encore le 
« toit, et se domiaient ainsi l'espace nécessaire pour monter peu à peu leur 



I BASTIDE 1 — H»K — 

« construction. Quand ils avaient atteint la hauteur d'un nouvel étajjje, 
« ils faisaient un nouveau plancher avec des solives dont les poi'tees 
« étaient toujours nias(juées par la maçonnerie exterieuie; et (h; la ils 
« continuaient à soulever le comble avec ses nattes. C'est ainsi que, sans 
w courir de dangers, sans s'exposer à aucune blessure, ils élevèrent 
« successivement six étages. On laissa des meurtrières aux endroits 
« convenables pour y placer des machines de guerre. 

« Lorsqu'ils turent assurés que de cette tour ils pouvaient défendre les 

« ouvrages qui en étaient voisins, ils commenceicnt à construire un rat 

M {musciilus) ', long de soixante pieds, avec des poutres de deux pieds 

« d'équarrissage, qui du lez-de-chaussée de la tour les conduiraient à celle 

« des ennemis et aux murailles. On posa dabord sur le sol deux sablières 

« d'égale longueur, distantes l'une de lautre de qualie pieds ; on assembla 

« dans des mortaises faites dans ces poutres des poteaux de cinq pieds de 

« hauteui'. On réunit ces poteaux par des traverses en forme de fiontons 

« peu aigus pour y j)lacer les pannes destinées à soutenir la couverture du 

« rai. Par-dessus on posa des chevrons de deux pieds d'équarrissage, 

« reliés avec des chevilles et des bandes de fer. Sur ces chevrons on cloua 

« des lattes de quatre doigts d'écpiarrissage, pour soutenir les briques 

« formant couverture. Otte charpente ainsi ordonnée, et les sablières 

« portant sur des traverses, le tout fut recouvert de bricjue et d'argile 

« détrempée, pour n'avoir point à craindre le feu qui serait lancé des 

« murailles. Sur ces briques on étendit des cuirs, afin d'éviter que l'eau 

« dirigée dans des canaux par les assiégés ne vînt à détremper l'argile; 

« pour (jue les cuirs ne pussent être altérés par le feu ou les pieri'es, on 

« les couvrit de matelas de laine. Tout cet ouvrage se fit au j)ied de la 

« tour, à l'abri des mantelets, et tout à coup, lorsque les Marseillais s'y 

« attendaient le moins, à l'aide de rouleaux usités dans la marine, \erat 

(( fut poussé contre la tour de la ville, de manièie à joindre son pied. 

« Les assiégés, effrayés de cette manœuvre rapide, font avancer, à force 
« de leviers, les plus grosses pierres (pfils peuvent trouver . et les préci- 
« pitent du haut de la muraille sur le rai. iMais la charpente résiste par sa 
« solidité, et tout ce (|ui est jeté sur le cond)le est écarté par ses pentes. 
« A cette vue, les assiégés changent de dessein, mettent le feu à des 
« tonneaux remplis de poix et de goudron et les jettent du haut des para- 
« pets. Ces tonneaux roulent , tond)ent à terre de chaque côté du rai et 
« sont éloignés avec des perches et des fourches. Cependant nossolda'ts, à 
(( couvert sous le rai, ébranlent avec des leviers les |)ierres des fondations 
« de la tour des ennemis. D'ailleuis le rai est défendu i)ar les traits lancés 
(( du haut de notre tour de briques : les assiégés sont écartés des parapets 
« de leurs tours et de leurs courtines; on ne leur laisse pas le temps de 

' Isiilorus, libro duodevigesinio Klipnnloijidnnii. capite da Ariele : « Miisculiis, 
iiiquil, cimiculo similis sil, qiio murus perfodiliir : ex qito cl (tppelUUur, quiisi miirits- 
cultis. . ((Jodesc. Stewec, Cnmm. ad lit). IV Veget., 1492.) 



— Hi'.t 



[ BASnilK I 



« s'y montrer pour les défendre. Déjà une grande (|iianlité (ies pierres des 
« soubassements sont enlevées, une pai'lie de la tour s'écroule tout à 
« coup'.» Afin d'eclaircir ce passage, nous doniKuis (1) une coupe 




perspective de la toui' ou bastille décrite ci-dessus par César, au moment 
où les soldats romains sont occupés à la surélèvera couvert sous le c(»nil)le 
mobile. Celui-ci est soulevé aux (juatre angles au moyen de vis de cliar- 
pente, dont le pas s'engage successivement dans de gros écrous assemblés 
en deux pièces et maintenus par les prennères solives latérales de chacun 



> Cssar, Dr lii-lln ni\, lili. 11. cap. viii, i\, x, xi. 
1. II. 



22 



j BASTIDIs 1 170 — 

des étages, et dans les anjdes de la tour ; de cette façon ces vis sont sans 
fin, car lorsqu'elles quittent les écrous d'un étage inféiieur, elles sont déjà 
engagées dans les écrous du dernier étage posé; des ti-ous percés dans le 
corps de ces vis permettent à six hommes au moins de viier à chacune 
d'elles au moyen de barres, comme à un cabestan. Au fur et à mesure que 
le comble s'élève, les maçons le calent sur plusieurs points et s'arasent. 
Aux extrémités des solives du comble sont suspendues les nattes de câbles 
pour abriter les travailleurs. Quant au rat ou galerie destinée à permettre 
aux pionniers de saper à couvert le pied des murailles des assiégés, sa 
description est assez claire et détaillée pour n'avoir })as besoin de commen- 
taires. 

Protéger les travaux des mineurs, posséder près des murailles attaquées 
un réduit considérable, bien muni, propre à contenir un poste nombreux 
destiné à couvi'ir les parapets de projectiles et à prendiv en tlanc les 
détachements qui tentaient des sorties, telle était la fonclion de la l)astille 
romaine, que nous voyons employée, avec des moyens moins puissants, il 
est vrai, aux sièges d'Alésia et de Bourges. Là ce ne sont que des ouvrages 
en terre en forme de fera cheval, avec fossés et palissades, sortes de 
barbacanes destinées à permettre à des corps de ti'oupes de sortir en masse 
sur le liane des assaillants jetés sur les lignes. Il va sans dire que ces 
bastides étaient garnies de machines de jet propres soit à battre les tours 
de la place assiégée, soit à enfiler les fossés des lignes de circonvallation 
et de contre-vallation. 

Ce système est également appliqué dès les premiers temps du moyen 
âge par les armées assiégeantes et assiégées pour l)attre les remparts et 
défendre des points faibles, ou plutôt il ne cesse d'être employé; car 
vaincre un ennemi, c'est l'instruire, et les Romains, en soumettant les 
barbares, leur enseignaient l'art de la guerre. Charles le Chauve, pour 
empêcher les Normands de remonter la Seine, avait fait élever à Pistes, 
aux deux extrémités d'un pont, qui est probablement le Pont-de-l'Arche, 
deux forts, véritables bastilles. Dans l'enceinte de l'abbaye de Saint-Denis, 
le même j)rin('e, en 8(l(>, afin de niettic le monastère ii l'abri d'un coup de 
main, fil élever uik^ j)etite bastide qui sufiit pour enq)êcher les Normands 
de s'emparer désormais de ce poste. A la même éj)oque, les ponts situés 
aux embouchures de la Marne et de l'Oise, à Charenton et à Auvers, furent 
également nmnis de bastides '. Toutefois, si les textes font mention 
d'ouvrages de ce genre pendant l'époque carlovingieime, si quehpies 
vignettes de manuscrits représentent des bastides, nous ne connaissons 
aucun monument (jui donne une idée aussi nette de la construction d'une 
bastide offensive que le texte de César précité. Nous en sommes réduits à 
constater simplement que ces ouvrages sont généralement élevés en bois, 
qu'ils affectent de préférence la forme carrée, qu'ils sont à |)lusieurs étages 
avec plate-forme pour le jeu des machines, et crénelages jtour garantir les 

' Voy. llisl. descxpécl. riuviL. des Normands, p;ir M. Depping. Paris, 1844. 



— 171 — I BASTIDK ] 

soldats. Une des représt^nlatioiis les plus claires de bastides provisoires 
élevées en dehors des murailles d'une place forte se ti'ouve sculptée sur 
le cintre de la porte nord de la calliédiale de Modène. (Test un has-relief 
du x^' siècle retraçant riiistoire d'Artus de Bretagne^ {"2) '. Les deux bastides 




figurées dans ce bas-relief sont évidemment en bois et à plusieurs étages. 
Nous ne saurions dire si elles appartiennent à la ville, ou si elles dépendent 
d'une ligne de contre-vallation ; mais ce point est de médiocre importance ; 
elles servent de refuge à des soldats soit pour défendre, soit pour attaquer 
la ville. Car si les assiégeants élevaient des bastides sur la circonférence 
de leurs lignes, souvent aussi les assiégés, lorsque les murailles ne pré- 
sentaient pas une défense très-forte, en construisaient en dehors des murs, 
de distance en distance, pour protéger ces murs, éloigner les assaillants ou 
les prendre en flanc et en revers, s'ils se présentaient pour livrer l'assaut. 
Dans ce cas, ces bastides étaient entourées de palissades et de fossés ; elles 
se reliaient aux barbacanes des portes, ou les surmontaient. Quelquefois 
même les portes et les bastides ne faisaient qu'un seul corps d'ouvrages 
derrière une barbacane ; on en élevait aussi pour commander une tête de 
pont, un défdé, un passage, comme le fit Charles le Chauve au ixe siècle. 
L'enceinte de Paris, commencée sous le roi Jean et achevée sous Charles V, 
était défendue par des bastides reliées entre elles par une courtine et de 
doubles fossés avec une braie entre eux deux ^. Ces bastides avaient la 



' Ce curieux l)as-relief nous a été signalé par M. Didron , (jui l'a fait dessiner pen- 
dant son séjour à Modène; nous le croyons inédit; la communication obligeante de 
M. Uidrim est donc d'un grand intérêt. 

* Dans les extraits des comptes imprimés à la suite du Mémoire de IJouquet, il est 



I BASTIKK I — I /"J — 

forme en plan d'un parallélo^rainine dont le fïrand cAté faisait face à 
rextériour. Les portes principales de l*aris sont aussi désii,Miées quelque- 
fois par le mot baatidc, la bastide SaiiU-Denis '. la bastide Saint-Antoine. 
Nous nous oeeui)erons j)lus parliculièrement de celte dernière, qui con- 
serva le nom de bastide, ou bastille par excellence. 

Dès le temps du roi Jean , ou même avant cette époque, il existait \\ 
l'entrée de la rue Saint-Antoine une porte flanquée de deux hautes tours; 
Charles V résolut de faire de cette porte une forte bastide. Vers l.'itiU, ce 
princ(> donna ordie à Uuj^ues Aubriol , prévôt de Paris, d'ajouter à ces 
deux tours un ouvrage considérable , composé de six autres tours reliées 
entre elles par d'épaisses courtines. Dès lors il paraîtrait (jue la Bastille ne 
fut plus une porte, mais un f'oi't protéjjjeant la porte Saint-Antoine construite 
vers le faul)ourg au nord. La bastille Saint-Antoine conserva toutefois son 
ancienne entiée ; dans la partie neuve, trois autres portes furent percées 
dans les deux axes, afin de pouvoir entrer dans le fort ou en sortir par 
quatre ponts jetés sur les fossés. C'était là un véritable fort isolé, fermé <à 
la gorge, commandaiu la campagne et la ville au loin, indépendant de 
l'enceinte mais l'appuyant. Le nom de baslille par excellence donné à ce 
poste indique clairement ce que l'on enlendail par bastide au moyen âge. 
Nous donnons (3) le plan de la bastille Saint-Antoine. Les deux tours Hl 




l'LC-nRD 



-t-^-f -»-+-, 



dépendaient de la porte primitive A. En B s'ouvrait la porte du côté de 
l'Arsenal, au sud ; en F, la porte en face la rue Saint-Antoine, et en C, 
la porte du côté du nord se reliant à l'enceinte de l*aris (les boulevards 

qiieslion des « Eschifflfs^ et des Haslidca étant sur les murs de l'aris, sur les fossés 
« pleins d'eau, par devers la porte Saint-Denys en France (p. 176 ) » Voy. les Disaerl. 
archi'ol. sur les (iiicicnnes mrcintcs de ParÏK, \Mir Honnarddt, 1852. 
' Memnirr <\f ]\tn\qi\ei, H Jounidl de Paris sons ('hurlen 17, 1429. 



t;{ 



IIASTIDK 



actuels) '. La firrande tapisserie de i'IIùlel-de-Ville représentant Paris a vol 
doiseau tel (piii existait sous (>liailes IX l'ait voir la hastille Saint-Antoine 
avec ses alentours. iNuus avons essayé, à lairle de ce plan, de doinier une 







/=■. e&n^^i'/i/û / . 



vue cavalière de cette forteresse (4), prise du côté sud. En A, on aperçoit 



1 La tour (\ élail nommée tour du Puits; les tf»urs fi, de la Chapelle; I, du Trésoi'; 
K, de la Comté; (), delà Bazinière; N, de la Hertaudière ; M, de la Liberté: L, du 
Coin; Prêtaient des bâtiments d'une é|)oque assez récente, mais qui peut-èlre rem- 



[ BASTIDK ] — 174 — 

le sommet de la porte Saint-Antoine ; en B, les murailles de la ville ; en 
C, le pont de la Bastille jeté en face la rue Saint-Anloine. el en l), un j,'rf>s 
ouvra^re en terre intitulé, sur la ta|)isst'rie en question, le hasiiUon, ouvrai^^e 
qui datait probablement de la tin du xv siècle. Ce bastillon est un cavalier 
assez élevé commandant les dehors el llanquant les vieilles nmrailles de 
Charles V. Dans le même plan déposé à l'Hùtel-de-Ville, on voit un {iras, 
bastillon à peu près semblable à celui-ci, construit à côté et en dehors de 
la porte du Tenq)le. Mais nous reviendrons tout à l'iieme sui- ces sortes 
d'ouvrantes. 

Pendant les xiv« et xv" siècles, il est fort souvent question de bastilles en 
terre, en pierres sèches ou en bois, élevées par des armées pour protéger 
leurs camps et battre des murailles investies , pour couper les comnumi- 
cations ou tenir la campagne. Les Anglo-Normands paraissent surtout 
avoir adopté ce systèiue pendant leurs guerres, et il semblerait même que 
chez eux cette habitude était venue du nord plutôt que i)ar la tradition 
romaine. Lors de leurs grandes invasions sur le continent occidental au 
ixe siècle, les Normands choisissent une île sur un fleuve, un promontoire, 
un lieu défendu pai- la nature; là ils établissent des campements fortifiés 
par de véritables blockaus, y laissent des garnisons et remontent les fleuves 
sur leurs bateaux, vont piller le pays, attaquer les villes ouvertes, les 
monastères, et reviennent déposer leur butin dans ces camps, où parfois 
ils hivernent. Plus tard, lorsque les Normands établis dans l(\s provinces 
du noid de la France vont faire la conquête de l'Angleterre, ils couvrent 
le pays de bastilles ; ils ne se sont pas plus tôt emparé d'une ville ou dune 
bourgade, qu'ils y élèvent des ouvrages isolés, des postes militaires soli- 
dement construits, au moyen desquels ils maintiennent les habitants. C'est 
en grande partie à ces précautions, à cette défiance salutaire à la guerre, 
qu'il faut attribuer le succès incroyable des armées de Guillaume le 
Conquérant au milieu d'un pays toujours prêt à se soulever, la réussite 
d'une conquête odieuse aux populations galloises et saxonnes de la Grande- 
Bretagne. C'est encore à ces moyens que les Anglo-Normands ont recours 
lorsqu'ils font invasion sur le sol fiançais pendant les xiv<' et xv siècles. 
Lorsque Edouard assiège Calais , il entoure ses lignes de bastilles ; il en 
garnit les passages (voy. architecture militaire). Quand enfin la ville 
d'Orléans est investie, en i-iâS, «le comte de Sallebery y mis des bastilles 
« du côté de la Beausse ^ » Les bourgeois d'Orléans et la Pucelle à leur 
tête sont obligés, pour faire lever le siège, d'attaquer ces bastilles et d'y 
mettre le feu. L'organisation des armées anglo-normandes, leur génie 
pendant le moyen âge, se prêtaient à ces travaux ; en France, au contraire, 
la gendarmerie les dédaignait, et l'infanterie, indisciplinée, recrutée de 

plaçaient un ancien logis. D était la grande cour; E, la cour du Puits ; R, un corps de 
garde, et S, des magasins. Les portes ACF étaient murées depuis longtemps lorsque 
la Bastille tut démolie. 

' Alaiu Chartier, Hist. de Charles Vil. 



— ITT) — [ BAsriUK I 

tous côtés, !i'eii soupv<»"iait pas l'utilité ; elle eût été d'ailleurs incapable 
de les exécuter. Les bastilles de campaj^ne ou d'assiégeants étaient cou- 
ronnées par une plate-forme atin de permettre l'établissement de machines 
de jet et de pouvoir ainsi, ou connnander la campagne, ou battre les tours 
des assiégés. Il est à croire qu'il en était de même pour les bastilles 
permanentes, et que la grande bastille Saint-Antoine eut, de tout temps, 
ses tours terminées par des plates-formes. Sous Charles V, on faisait usage 
déjà de l'artillerie à feu, et il est possible que ces plates-formes aient reçu 
dès l'origine quelques bombardes. Assiégés comme assiégeants, au moment 
de l'emploi de l'artillerie à feu, plaçaient de préférence leurs pièces desti- 
nées à l'attaque ou à la défense sur des points élevés, et dans la position 
que l'on donnait aux machines de jet ; en substituant le canon aux trébu- 
chets, aux machines lançant des projectiles en bombe au moyen de contre- 
poids, on ne changeait que le moteur, et l'on conservait la position de 
l'engin. Les premières bombardes ne lançaient pas des projectiles de plein 
fouet, mais suivant une parabole comme les trébuchets; il y avait dès lors 
avantage à dominer les points que l'on voulait battre, et ce ne fut qu'au 
xv» siècle que l'artillerie à feu fut placée près du sol et que Ton reconnut 
l'avantage du tir rasant (voy. architecture mihtatre). La bastille, en tant 
qu'ouvrage élevé et isolé, devint donc la défense appi'opriée à l'artillerie 
à feu. Pendant les guerres du xv<" siècle, les vieilles enceintes du moyen 
âge parurent bientôt insutîîsantes pour résister au canon; des bastilles ou 
bastillons furent élevés autour de ces enceintes, soit en dehors, soit en 
dedans, mais de préférence en dehors, pour mettre des pièces en batterie. 
On était pressé par le temps ; les malheurs publics ne permettaient pas 
d'employer des sommes considérables à la construction de ces sortes 
d'ouvrages, et ils furent presque toujours élevés en terre, avec revètisse- 
ment de bois ou de pierre sèche. 

Les bastillons de Paris, dont nous avons vu un exemple dans la fîg. A, 
peuvent donner l'idée des essais tentés pour flanquer les vieilles murailles 
et placer de l'artillerie à feu. Plus tard, sous Louis XI, Charles VIII et 
François I**'", beaucoup de ces ouvrages furent solidement étal)lis en maçon- 
nerie et prii-ent le nom, conservé jusqu'à nos jours, de bastions. Quant 
aux bastilles de campagne, nous les voyons encore employées au commen- 
cement du xvi«^ siècle : ce sont, connue nous l'avons dit plus haut, de 
véritables blockaus propres à contenir un poste et de l'artillerie. Voici (5) 
un de ces ouvrages en bois entouré d'un fossé et d'une palissade, repré- 
senté dans le Récit des actions de l'empereur Maximilien h' '. Toutefois, 
le nom de bastille cesse d'être appliqué, à partir du xm'' siècle, aux 
ouvrages isolés ou flanquants ; ils prennent dès lors le nom de bastions, 
et, dans certains cas, de boulevards (voy. ces mots). Seule peut-être, la 
bastille Saint-Antoine de Pai'is conserva son nom jusqu'au jour de sa 

' Le Roi S(Kjc, Ih'cit, etc., par M. Treilzauvweiii , grav. par llauiisen Burgniayr. 
Vienne, publ. en 1775, p. 144. 



[ BASTION 1 — 170 — 

déiiiolilion. Il ncst pas besoin dt' i;i|»p»'Ii'r i\uo cctl»' tbrieresse sei'vil dr 
prison d'État depuis l'époque de sa ('(iiislructioii jiis(nrà la tin du deiiiier 




siècle; ei. ((iiniuaiidaiii un t'auhouii; populeux, reliée à l'Arsenal par des 
murs el des fossés, elle était ii^stée le sii;ne visible de la suzeraineté royale 
au centre d<' l*aris. depuis la reconstruction du vieux Louvre. 

BASTION, s. ni. OuvraiiC saillant de toi litication, adopte' depuis le 
\\r' siècle pour IbuKiuei' les enceintes el enipècber les appi'ocbes par des 
feux croisés (voy. auciuthcti uk .mii.itaihk). Les bastions leinplacèrenl les 
tours du moyen àiie. Les mois baslide, hasiillc. iKtslUlon , explicpienl 
l'orijiine du bastion. La |)luparl des anciennes enceinles (pie l'on voulut 
renforcer à la lin du xv siècle, lorscpie l'ailillerie de siège eul accpiis une 
lirande puissance de desirnction. fiireiil entourées de bastions en lerre 
gazonnee ou revêtue de mavomieiie, loiscjue le temps et les ressources le 



— 177 — 1 BASTION ] 

peniiettaioiit. Dans cp deiniercas, on donna aux bastions piiinilifs plusieurs 
étajïos (le feux, atin <lo connnandrr la campa^Mio au Idin et d»» hattie les 
assiégeants lors(|u'ils s'emparaient des fossés. Kn France. <mi Allemagne 
et en Italie, on voit apparaitie le bastion dès la lin du xv« siècle; les 
Italiens prétendent être les inventeurs de ce genre de défense ; mais nous 
ne voyons pas que les faits viennent appuyer cette prétention. En France 
et en Allemagne, les bastions ronds s'élèvent en même temps, de 1490 à 
lo'iO. Il nous send)lerait plus raisonnable de supposer rpie, pendant les 
guerres dllalie de la tin du xv siècle, Français, llaliens, Suisses et Alle- 
mands, perfectionnèrent à l'envi les moyens d'attaque et de défense. Le 
texte de Machiavel que nous avons cité dans l'article Àrchitechire militaire ' 
est loin de donner à lltalie cette prédominance sur les autres contrées 
occidentales de l'Europe *. Quoi qu'il en soit, la France et FAlIemagne, 
qui, pendant toute la durée du xvi>^ siècle, eurent de longues et terril)les 
guerres à soutenir, guerres civiles, guerres étrangères, ne cessèrent de 
fortifier à nouveau leurs anciennes places, de munir les châteaux de 
défenses propres à résister à l'artillerie. En France, les armées royales et 
les armées de la réforme, assiégeantes et assiégées tour à tour dans les 
mêmes villes, à quelques mois de distance, instruites par l'expérience, 
ajoutaient tous les jours de nouveaux ouvrages de défense aux forteresses 
ou perfectionnaient les anciens; et il faut dire que si, pendant ces temps 
malheureux, un certain nombre d'ingénieurs italiens montrèrent un véri- 
table talent, ce fut souvent au service des rois de France. Tous les hommes 
qui s'occupaient de construction dans notre pays, pendant ce siècle, 
étaient familiers avec l'art de la fortification, et Bernard Palissy lui-même 
préfendit avoir trouvé un système de défense des places à l'abri des 
attaques les plus formidables ^ 

Parmi les premiers ouvrages à demeure qui peuvent être considérés 
comme de véritables bastions, nous citerons les quelques grosses tours 
rondes qui flanquent les angles saillants de la ville de Langres \ Le plus 
important de ces bastions est un ouvrage circulaire qui défend une porte; 
il est à trois étages de batteries, dont deux sont casematées. La tig. 1 
donne le plan du rez-de-chaussée de ce bastion; la tig. "2, le plan du premier 
étage, et la tig. 3, la coupe. Les embrasures des deux étages casemates 
sont ouvertes de manière à flanquer les courtines. La batterie supérieure 



' T. I, p. 129. 

- On est trop disposé à croire généralement que nous ayons tout emprunté à l'Italie 
au commencement flu xvi= siècle. Peut-être quelques capitaines italiens ayant étudié 
les auteurs romains avaient-ils à cette époque certaines idées sur l.i tactique militaire 
qui n'avaient pas cours en l-rance; mais ce n'est pas dans Végèce qu'ils avaient pu 
apprendre l'art de fortitier les places contre l'artillerie à feu. 

^ OËuvres comiileles de Bernard Pidissij, chap. De la ville de Forteresse. Kdilion 
Dnbochet, 1844, p. 113. 

^ Voy. le plan général de la ville de L.mgres. (Ari:iiiii ctliu, mii.ii aiuk, 1". I, p. 411.) 
T. II. 23 



I «Asrio.v I — l"ÏS — 

seule (levait «'tre réservée pour baltie la campanile au l<»in. I.cs bastions 





(le la ville de l^angres ne sont pas élevés en lerrc ; ce soul encore de 




10 iS 



20 



25' 



véritables tours en maçoinierie d'un fort diamètre , et dont les murs sont 
assez épais pour résister au boulet. La vue extérieure (i) du bastion dont 
nous venons de donner les plans et la coupe a conseivé l'apparence d ime 
tour du moyen â^^e, si ce n'est que cet ouvrage est peu élevé relativement 
il son diamètre, et «]ue les parements sont dressés en talus pour mieux 
résister aux boulets île fer. Les gargouilles (pii garnissent le pourtour de 
l'ouvrage demonli'ent bien claireuKMit quil n'éiail jioint autrefois couverl 
])ai' un comble, mais par une plate-forme, (le bastion fut ilailleurs remanie 
peu de temps après sa ct)nslruction |)remière, et exliausse; à l'intérieui', 
les voûtes in(li(pient un cliangement, et les ih'ux rangs superposés des 
gargouilles (lig. A) ne peuvent faire douter (|ue la plate-forme n'ait été 
sui'élevée. 

Les j)iemiers bastions circulaires n'étaieiU |)as toujours cependani 
dépoui'vus de cond)les , sans parler tles grosses tours l'ontles de la ville de 
Nuremberg bâties par Albert Durer (voy. Tom), (pu peuvent passer poui' 



— •"•• — [ BASTIOA 

(le véritables baslioiis dans l'acception primitive du mol, et ont toujour: 




été couvertes; voici (5) des bastions de l'ancienne enceinte de Soleure 




également couronnés par des combles '. On leconnut bientôt que ces 
bastions circulaires n'étaient pas assez vastes , que leurs feux divergents 
ne pouvaient contrarier les approches des assiégeants, (|u'i!s ne flanquaient 
les courtines que par deux ou trois bouches à feu, qu'ils n'opposaient pas 
des faces étendues aux batteries de siège. Ils subirent, dès le commence- 
ment du xvF siècle , diverses transformations. Quelques-uns, pour bien 
flanquer les deux côtés d'un angle saillant, s'avancèrent sur les dehors , 

' Délia Cof^mnfi. univers, di Scb. Munuter. 



I BASTION 1 _ 180 — 

ainsi (|uc riii(Jit|U(' ht lig. «)', et allonj^^èrciit leurs flancs; d'autres, au 




contraire, étendireni leurs faces pour piolé^er u1i Iront. Albert Durer, 
dans son Art de forlifier les villes et citadelles \, adopte un système de 
bastions qui mérite d'être étudié avec soin; cet artiste, peintre et architecte, 
ne fut pas seulement un ini;énieux théoricien, il présida à la construction 
d'une partie des défenses de la ville de Nuremberg; et ces défenses sont, 
l)our l'éjxxpie où elles furent élevé(>s, un travail très-remarquable. On 
doit même supposer que son système eut une grande vogue dans une 
partie de l'Allemagne et de la Suisse au commencement du xv!*" siècle, 
car on trouve encore dans ces contrées des restes nond)reux de défense 
qui rappellent les principes développés par AllxMt Diirer dans son œuvre, 
et nous citerons entre autres la forteresse de Schatt'hausen (voy. boii.evard). 
Pour renfoicer et tlanquej- un front, Albert Diuer construit de larges et 
hauts bastions avec batterie casematée au niveau du fond des fossés, et 
batterie découverte au sonmiet. Ces bastions présentent un énorme cube 
de maçonnerie ; il les isole des remparts ou les y réunit à la gorge. Le plan 
de son bastion est un arc de cercle ayant pour base un parallélogrannne. 
Nous figurons (7) ce plan au niveau du fond du fossé ; du terre-plein A 
au niveau du sol de la ville, il comnumi(|ue à la batterie casematée Fi par 
un ou deux escaliers C. Les deux escaliers D communiquent du teire-plein 
A à la batterie supérieure et aux batteries inférieures. La iig. H doime le 
plan du bastion sous le sol de la batterie supérieure, et la fig. y le plan de 
cette batterie. La construction se compose de murs concentriques éperon- 
nés et reliés par des murs rayonnants ou j^nrallèles dans la paitie rectangle 
du bastion, de manière à former un grillage terrassé présentant une grande 

' Angle Est de ht ville de liiiy, sur la Meuse, liilrod. à la foiiif., par de Fer. Paris, 
17^2. 

2 Mhrrli Durer), pict. et iirrhil. prœfilantiKsimi, de urb. (ircib. ciixtellixqiw condeii- 
dia, elc, niiHC reeeiis c linijitii germniiiat iu l<diiitii)i Irudiiclœ. l'aiisiis, to3."j. 



— 181 — [ BASTION I 

lorce de résislance aux piojoctiles. La l)atterit' caseiiiatée peut contenir 




<juatie bouches à feu pour flanquer les deux courtines, et huit l)ouches à 

8 




feu pour protéger la face en arc de cercle. La batterie découverte du 

5 




soiniuet (jui coiuiuaiule les glacis et la campagne coiilieul deux bouches à 



BASTION 



— IS^2 — 



Ipu naiK|uaii(»'s. cl iiciit' bouches à feu sui- la face cintrée. Ce bastion peut 
avoir environ 130 nièti'es <U' largeur d'un tlanc à l'autre, et 60 mètres de 
tlcche à la hase. La coupe transversale de cet ouvrajie faite sur l'un des 
deux escaliers droits (! est très-curieuse (10). Les murs, de la hase au 



^,-u 



-^^ 



X 




.G 0-!"^ Qnviziin- ■ 



sonuuel. lendcnl à un centre commun post' sur le pi(»loni;('m(Mit de l'axe K. 
et les assises de maconneiie sont jjeipendiculaires aux rayons, en formant 
ainsi un an^le plus ou moins ouvert avec Ihori/.on^ selon que les murs sont 
plus ou moins éloij^nés du centre de Inut iouvi-age. Alhert Durer re^^arde 
ce moyen de construction connue présentant une grande cohésion, connue 
épaulant puissamment le noyau du bastion; et il ne se trompe pas. Il 
('tahli! un plancher de l)<»is pour le service de la hatt(M'ie su|)érieui'e, atin de 
faciliter le mouvement des pièces de canon. Les détails de cet ouvrai^e sont 
assez bien étudiés et ex|)liquès; la batterie casematée, outre ses eud)rasures 
F, est percée d'évents (i pour la fumée et de cheminées H, afni d'obtenir 
un lirai^e. Le j)arapet supéricui' esl bâti suivant un arc de cercle en coupe, 
poui' faire ricocher les- boulets ennemis; les embrasuies sont numies de 
mantelets en madriers toui'nant sur un axe et masipiant les pièces jiendanl 
(pie lescanonniers sont occupés à les charger (voy. k.mbkaslki:). Ce bastion 
isolé peut tenir encore si la courtine est au pouvoir de rennemi ; on 
retrouve encore là un reste de la fortiticalioii du moyen à^^e ; et ce bastion 
est une bastille que l'on suj)pose moins prenable que les courtines. Le 
fossé est très-larj;e, -2{)() pas, et sa cimetle est creusée le loniidu bastion, 
ainsi que l'indicpie le prolil -énéral \, lig. 10. La coulrescar|)e du fossé esl 



— lî^'J — I ItVMION 

revt'Iuc. I.ii lii;. I I (liniiic rclcvjiiioii rxIcrit'iiiT de l;i iiioilif de ce hasiioti. 



A X.E 



II 




pÉg^rû se 



-1 



On remarquera les grands arcs de décharge qui accusent les embrasures et 
reportent tout le poids du mur extérieur sur les tètes des nuu's convergents. 
Cette élévation t'ait également voir les trous des évents et cheminées, les 
mantelets de bois des embrasures supérieures et les courtines de la ville, 
dont les chemins de ronde sont couverts par un appentis continu. C'est là 
une fort belle construction, et ce qu'on peut lui repi'ocher, c'est l'énorme 
dé|)ense qu'elle exigerait. Il seml)le qu'Alberl lUu'er ait attaché une grande 
inqîortance aux fossés; il les fait très-lai'ges et profonds, et les défend 
souvent par de pelits bastions circulaires isolés, connne nos ra\elins 
modernes. Il laisse ces petits ouvrages au-dessous du niveau de la créle de 
la contrescarpe, et ne les considère que comme des défenses propres à 
battre un ennemi débouchant par un boyau de tranchée au niveau du fond 
du fossé, et se disposant à le passer pour attacher le mineur au pied des 
nuu'ailles, ou pom- les escalader au moyen d'échelles. Dans le cha|)ilre 
de son œuvre inlitulé : Ânliquœ civilalis muniendœ ratio, ou il e\pli((ue 
connnent on doit renforcer par des défenses extérieures une ville dont on 
veut conser\t'i- l'ancienne enceinte munie de tours, il construit de ces 
petits bastions isolés au fond des fossés (l'2) '. 

' Voici le passage in(li(iiiaiit riililitc de ces ouvrages.. . ■■ liiler luee deiude propii- 
'" gnacula ad f'ossa; alla passiiii eonslnientiir loUiiida, qiiec et ipsa liimiilia et siirsum 
•< versus non niliil l'astigiala, Ittti rationeni ;i siiperioribus non ahsimilem sorliantur. 
• In liU'c iiiminiMi propiignaenla seii tossa' slaliunes secretiora itinera quasi dill'ui,'i;i 
" agentnr , quie adilus reditusqui- elaucularit)s pr:eslent. Est eiiiin hoc geuus niuiii- 
" tionnni luin modo utile, sed necessariuni quoqne, cum liostis in lossani provolulus. 



I hatons-ho.mim's 1 — 1^'* — 

Le nom do bastion, ou plutôt do bastillnn. no fut j^uric applique aux 
défenses avancées importantes pendant le \vi'' siècle. On désigna plulùl 



ces ouvra^'ps parles noms de boulevard, de ;j/a/<'-/'o///((',(piils ne |)enlireiil 
que vers les juemières années du xvii'' siècle, pour reprendre détinitiveuieni 
la dénomination de bastion, conservée jusqu'à nos jours (voy. bollkvari)). 

BATONS-ROIVIPUS, zigzogs. C'est un boudin ou une baguette brisée 
que Ion rencontre fréquemment dans les arcs, archivoltes, cintres. i)an- 
(leaux et pilastres même de larchiteclure du xii'' siècle. Les tailleurs de 
pierre à cette époque étaient arrivés à une exécution parfaite, et ils se 
plaisaient à varier les membres nond)reux des archivoltes.'les réunions de 
moulures, au moyen de combinaisons de tracés tpii produisaient un grand 
effet par le jeu des lumières et des ombres. Les bâtons-rtnupus les j)lus 
ordinaires sont ceux qu«^ nous donnons dans la tig. I , reproduisanl l'arclii- 
voltedune des fenêtres de la calliedrale de Tj^dle. Cette orneiiienlation se 
cond)ine avec l'appareil des claveaux; ceux-ci étant taillés el ravalés avant 
la pose, rien n'était plus simple que le tracé du boudin ronqiu sur chacun 
d'eux, comme le démontre le voussoir A ; rassend)la}j;e de ces voussoirs 
produisait beaucoup d'etiet à peu de frais. Mais c'est en Normandie surtout 
que ce moven de decoi-er les archivoltes est fort enq)lo\e du xi«-' au 
xni«^ siècle. La pieric de taille tMuployee dans cette contrée se prétait aces 
recherches de moulures. Non-seulement en Normandie on trouve un grand 
nombre d'arcs moulurés, tracés suivant la tig. 1; mais les bâtons-rompus 
se doublent, se contrarient ("2) ', se pénètrent même parfois. Les monu- 
ments normands de l'Angleterre nous donnent les plus nond)reux et 
riches exemples de ce gemc de décoration '. 

Les architectes de Ille-de-Fiance n'usèrent qu'avec discrétion de la 
moulure en bâlons-ronqjus. Ils évitaient les bizarreries, les recherches, et 
semblaient prendre à tâche dans leurs éditices de laisser aux grandes lignes 
de l'architecture leur fonction, de repousser les formes qui pouvaient 

« calervalini mûris scalas ailnuiliuir » (Voy., au uiul iidUi.tvAiti), des [)olils l)a»li(iiis 

analogues à ceux dont parle Albert Durer , allaciiés aux lianes de la forteresse de 
Scliairiiausen.j 

' Porte du doeiier de Saint-I.oup, à Baveux. 

- Voy. .1 (ilosK. of Ti'rms iisi'd ui (irçcc, liovi., liai, miil (luHiir. Airhil. Oxiord, 
.1. II. l'arker, I8."J0. 



IXr) [ IIAT(»>S-R()MIM s 1 

détruire leur simplicité. S'ils adoptèrent le Ixmdiii ou la l)aj,^uette brisée 




dans certains cas, ce n'était qu'en les subordonnant à des membres de 

2 MA 




moulures conservant la pureté des courbes prin('ij)ales, eu leur taisant 
jouer un rôle très-secondaire. Nous citerons cependant le j>rand arc dou- 
bleau de l'entrée du chœur de l'éf^lise de Saint-Martin-des-Champs à Paris, 
qui est tlanqué de deux j^ros boudins présentant des zij^zajis très-accentués 
T. II. ->'« 



tii 



BKFI'HOI 



— 180 — 



et d'une dimension \wn ordinaire; mais il faut dire que cet are douhleaii 
n'est pas à l'échelle de l'arcliilecture du chœur^ et que le maître de l'ieuvre 
a voulu dissinuderla lourdeur de cet arc par une dentelure (|ui lui donne 
de la légèreté; c'est là une exception '. L'abus de la moulure en bâtons- 
rompus, dans les édifices de la dernière [)ériode romane en Normandie et 
en Angleterre, fatigue et donne un aspect monotone à rarcliileclure de 
cette époque. Cette moulure en zigzags porte mal sur les tailloirs des 
chapiteaux lors(ju'elle prend une certaine inq)orlance ; elle ne |)ro(luil un 
bon etiet que lorsqu'elle est conq^rise entre des nerfs accusant la courbe 
de l'arc, comme dans le cha.'ur de la cathédrale de Canterbury ('.{) *, 




lorsque ses dentelures ne sont pas assez saillantes pour rompre cette 
courbe. On voit encore des bâtons-rompus dans l'architecture de la pre- 
mière période ogivale, comme à la cathédrale de Noyon, dans le chœur 
de l'église Saint-Germer. Ils disparaissent complètement lorsque le 
système de l'architecture adopté à la fin du xn«^ siècle se développe, c'est- 
à-dire vers 1^00. 



BEFFROI, s. m. liaffraiz. On désigne par ce mot un ouvrage de char- 
pente destiné à contenir et à permettre de faire mouvoir des cloches ; 
prenant le contenant pour le contenu, on a donné le nom de beffroi aux 
tours renfermant les cloches de la commune. Les tours roulantes en bois 
destinées à l'attaque des places fortes pendant le moyen âge, et jusqu'à 
l'emploi de l'artillerie à feu, sont aussi nonnnées beffrois ou brelèches 
(voy. ce mot). 

BEFFROIS DE CHARPENTE. Lcs clochcrs dcs égliscs sout toujours disposés 
pour contenir des beffrois en charpente, au milieu desquels manoeuvrent 
les cloches. Ces beffrois sont posés sur une retraite' ou sur des corbeaux 
ménagés dans la construc-lion des tours, et s'élèvent en se rétrécissant 

» Cet arc (loiil)li>:ui a été déposé et reposé avec surélévation au xiii' siècle, lorsque 
la nef de celle éj^lise l'ut reconstruite, ainsi que les voûtes hautes du chœur. 

* En parlant de l'architecture française, on ne s'étonnera pas si nous citons souvent 
la cathédrale de Canterbury. Le chœur de cette catliédrale a été élevé par des archi- 
tectes sortis de France. (Voy. The Architcct. Hislor. of Cantcrburu cailicdral, par le 
Rév. K. Willis. London, 1845.) 




: Ciyy^.^<:f. 



vers leur soiuniet. atiii de ne pas toucher h's parois intérieures de li 



[ BEFFROI I INS 

niacomiei'ie lorsque lo mouvement imprimé aux cloches les fait osciller, et 
aussi pour présenter une plus frraïuie lésistance à l'action de va-et-vicnl de 
ces cloches mises en branle. Dès que l'usa^'e des cloches d'un poids consi- 
dérable fut adopté, on dut les suspendre dans des beffrois de chaipente 
indépendants de la construction en maçonnerie. En France, en Belfiicjue, 
en Allemaj,nie, on construisait déjà, au x* siècle, des clochers d'un diamètre 
tel, qu'il fait supposer l'emploi de fortes et nombreuses cloches, la con- 
struction de beffrois intérieurs de charpente très-importants. Il ne nous 
reste pas une seule de ces charpentes antéiieures au wv siècle. Nous ne 
pourrions donc donner un exemple appuyé sur un monument existant. 

Avant IS;J6, le clocher vieux de la cathédrale de Chai-tres contenait un 
beffroi considérable du xive siècle : malheureusement, cette curieuse char- 
pente fut brûlée à cette époque, et nous n'en possédons qu'un dessin 
donnant l'enrayure basse (I) avec le premier étap;e. Deux j,m'os poinçons 
divisaient ce betfroi tMi deux travées dans toute la hauteur, et les cloches 
étaient suspendues dans chacune de ces deux travées ; les tourillons de 
leurs moutons posaient sur les deux j)ans-de-bois latéraux et sur les 

2 chapeaux assemblés dans ces poin- 
çons portés par les liens courbes in- 
férieurs et soulajiés par des arbalé- 
triers à chaque étage, ainsi que l'in- 
dique la fig. 2. Un escalier posé dans 
un des angles desservait tous les 
étages du beffroi et était destiné aux 
sonneurs. 

Avant le xv siècle, les charpentieis 
paraissent s'être préoccupés, dans la 
construction des beffrois, de main- 
tenir le pan-de-bois central (car les 
anciennes charpentes de beffrois sont 

r^ "^m^^^^^Hk niVI toujours divisées en deux travées) par 
#11 liim MÏ des arbalétriers ou pièces inclinées 

reportant la charge centrale sur les 
pans-de-bois latéraux. Mais on dut 
reconnaître que des fermes taillées 
conformément à la tig. "2, posées les 
unes sur les autres, étaient insutii- 
santes pour résister à la charge et 
surtout aux oscillations causées par 
le mouvement des cloches; que les 
assemblages devaient se fatiguer , 
étant successivement refoulés ou ar- 
rachés par le balancement des cloches 
dont tout le poids se porte brusquement dun côté à l'autre. 

A la tin du xv«^siècle, les pans-de-bois des beffrois furent composés d'une 




IX'.) — [ BKFFKOI I 

succession de croix de Saint-André, dont rassénil)laj,^e à nii-bois les rendait 
beaucoup i)lus rigides, et arrtMait les etVels de roseillation sur les tenons 
et mortaises. Kn etï'et, lorsque les étages des pans-de-l)ois des betl'rois se 
composaient seulement du poin(.-on central E, des deux poteaux corniersF 

et des deux arbalétriers AB, la clo- 
che étant en branle et dans la posi- 
tion indiquée j)ar la fig. 3, l'assem- 
h\',iii(' \) était refoulé et l'assendilaye 
C arraché; il en résultait que le 
chapeau K taisait bientôt un mouve- 
ment de va-et-vient fort danj^ereux 
de L en M. L'adjonction des deux 
pièces G H arrêta ce mouvement en 
reportant toujours le poids de la 
cloche, quelle que fût sa position, 
sur la verticale E. Parlant de ce 
principe, les charpentiers compo- 
sèrent les pans-de-bois des beffrois de grillages en lozange dune grande 
résistance (4), moisés en X par des moises doubles avec clefs pour 





éviter la poussée des pièces PP sur les poteaux corniers. L'oscillation des 
beffrois fut très-réduite par cette combinaison. Mais le mouvement des 
grosses cloches est tellement puissant que ces pans-de-bois rendus rigides, 
entraînés tout d'une pièce, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, avaient pour 
effet, à la longue, de faire |nvoter rensend)le de la charpente de façon à 
placer Temaym-e basse et 1 enrayure haute dans deux [>lans non parallèles. 



BKFFHOI 



— \9() 



ainsi que l'indique la tig. 5. Les quatre pans-de-bois iah^raux et le pan-de- 
hois central gauchissaient, et la dernière enrayure du sommet ariivaif à 
battre les parois de ma(,'onnerie des toui's en A ; les cloches maïKcuvraient 
mal entre ces surfaces gauches, et leurs battants, pnMiant un léger mou- 
vement de rotation, IVapj)aient les bords du bronze à faux et brisaient les 
cloches. Pour parer à cet inconvénient, on établit des goussets R aux angles 
de chaque enrayure à tous les étages (6) ; dès lors les pans-de-bois furent 



S 




X 


K 


X 




^ 




X X 


X 



G 



maintenus dans leurs plans. Ces perfectionnements, apportés successive- 
ment par les charpentiers habiles du xv" siècle, furent oubliés un siècle 
plus tard, et les beffrois, en grand nombre, (|ui datent du xyii*^ siècle, 
sont, malgré l'équarrissage démesuré du bois, de pauvres charpentes fort 
mal combinées, mal exécutées, et qui s'atfaiss(Mit sous leur propr(^ poids. 

Les incendies, le défaut d'entretien, de maladroites réparations ont 
détruit ou altéré les bettVois que lesxin*', xiv^ et xv siècles avaiiMit élevés; 
ce que nous donnons ici ne peut être que le résultat de quelques observa- 
tions faites sur des débris informes aujourd'hui. Toutefois ces observations 
nous ont j)ermis de reconstituer un énoinie beffroi d'après ces données, 
celui de la tour sud de la cathédrale de Paris: et, à défaut d'une ancienne 
charj)ente comi)lèt(', nous croyons pouvoir rej)résenter cell(>-ci , dans 
laquelle nous avons cherché à profiter de rexj)érience des charj)enliers 
du moyen âge, et (jui résume les princij)ales règles posées ci-dessus '. 

La fig. 7 présente le |)ian de l'enrayure basse de ce betIVoi, (\iù repose sur 
une saillie de la ma(,'onnerie ménagée à cet etïet. Au lieu d'un seul j)an-de- 



' l.e Diclioiuinirr tondant avant tout vers un liut praliciiio, on ne nous saura pas 
mauvais gré, nous l'ospérons, de doiniei' un «'xcniple tl'iinc conslnictidn neuve, élevée 
d'après les règles et des principes que les anciens exemples ne sauraient nous fournir 
d'une manière complète. I^e helTroi neul' de Notre-Dame de l*aris fonctionne liien 
di>l»uis sept ans, et sans (in'il soit )iossil»le de remarquer la plus légère altération dans 
loni le svstème. 



— 1»M — 



[ BEFFHOI 




E 



E 



H 



M 



1^ 







ja. 



K' 



a 



12- 




S us 



bois intPiMuédiairo, ici il y en a deux, se coupant à an^Me droit, à cause de 

l'ciionii(> hauteur (le cette 
' ^ cliarijentc cl pour donner 

plus de tixité au poinçon 
central. L'un de ces deux 
pans-de-bois ne s'élève que 
.jus({u au second étajre; les 
deux derniers éta^^s restants 
ne conservent plus qu'un 
seul pan-de-bois de refend 
pour permettre le jeu des 
grosses cloches. La tig. 8 
donne le plan de l'enrayure 
supérieure de ce betiVoi, au 
sonuiiet duquel est posé un 
chemin de service et une ga- 

A ... 

"^ lerie vitrée recouverte de 

plomb. La fig. donne l'un des quatre pans-de-bois latéraux; la fig. 10, 
le pan-de-bois de refend s'élevant jusqu'au faite de la charpente. Le 

g second pan-de-bois de refend, à 

Ë angle droit, est en tout semblable à 

celui-ci, si ce n'est qu'il n'existe que 
jusqu'au point A. L'ensemble de 
l'ouvrage est garni tout autour 



<-N 



-7, 20- 




d'abat-sons recouverts de plomb, et 
ces abat-sons, tenant seulement à la 
charpente, suivent ses mouvements 
sans que les oscillations puissent 
agir sur les piliers en pierre de la 
tour. C'est donc là, conformément 
à la méthode ancienne, un ouvrage 
g complètement indépendant de la 

ma(,'ûnnerie, garni de ses accessoi- 
res, et garanti des intempéries par les ouïes qui sont destinées à rabattre 
le son des cloches. La pluie qui s'introduit par les longues baies de la 
tour, fouettée par le vent, rencontre une construction isolée bien couverte, 
s'égoutte d'un abat-son sur l'autre jusqu'au point B, où un trottoir libre, 
isolé de la maçonnerie et recouvert également de plomb, la renvoie sur 
les galeries en pierre extérieures. Lorsque le bourdon suspendu en C est 
en branle, à grande volée, l'oscillation de ce betiroi à son sommet est de 
cinq centimètres environ, à peine sensible au niveau B des galeries, et 
inappréciable au-dessus de l'enrayure basse '. 

» Celte charpente , qui a remplacé un beflroi du xvii' siècle, a été exécutée en beau 
bols de chêne par M. Bellu, entrepreneur. 



KEKFHOI 



— I«.>^2 



Dans le nord, il était d'usaj^e souvent d'établir des beffrois dans les char- 
pentes mêmes des flèches en bois recouvrant des tours d'une dimension 



ii 




médiocre; ce système t'ati^^uait beaucoup les iiiuis en macoimeiie, et on 
dut renoncera l'employer lorsque les cloches èlaieni dun poids cunsidé- 



— l«K{ — 



[ IIKFFKOI ] 



ial)lo. Les tlèohes(lescallu'(lr;iles(l»'Koiins, (le Paris. (l('noauvais.(l('l^»uf'n, 

de la Saint<'-(^haj)eile 
H il 1 -^^ du imitais, otc, coiite- 

uait'iil un iiraiid noiu- 
bic (le cloclios, mais 
d'une petite dimen- 
sion. La cathédrale 
(rAmiens, qui a con- 
servé sa flèclie du com- 
mencement du xv siè- 
cle, contient un petit 
betfroi indépendant de 
la charpente dans sa 
basse lanterne. Dans 
ce cas , les hettrois 

-A n'étaient pas munis 
d'abat-sons ; leurs bois 
étaient simplement 
garnis de plomb, et 
posaient sur un ter- 
rasson recevant les 

-^ eaux de pluie chassées 
par le vent au milieu 
de ces charpentes à 
l'air libre. 

BEFFROI DE COMMUNE. 

Lorsqu'au xi*- siècle 
s'établirent les pre- 
mières communes, 
elles s'assemblaient au 
son des cloches , et 
presque toujours alors 
c'était des tours des 
églises que partait le 
signal des réunions. 
Le clergé régulier et 
séculier était généra- 
lement opposé à ces 
conquêtes de la bour- 
geoisie, à ces conju- 
rationa qui tendaient à secouer le joug leodaP. Les curés, les abbés 
interdisaient les clochers des églises aux nouveaux citonens, el ne permet- 
taient pas de sonner les cloches pour un autre motif que celui des otiices. 




' Voy. ARCHITECTURE CIVILE. 
T. II. 



25 



I nKFFUoi I — 194 — 

Souvent celte opposition était la cause de scènes de violence (pie dciilo- 
raient les chefs des villes alIVancliies. Plutôt cpie de provoquer des luttes 
continuelles, les l)ourj;eois installcrrnt des cloches an-dessus des porlps 
des villes, sur des tours destinées à tout autre usaiie qu'à celni de clocher, 
et ce ne tut qu'à la tin du xn*" siècle et au comniencenienl du xin^ que 
certaines communes purent songer à élever les tours uniquement réservées 
aux cloches de la ville. Ces tours prirent le nom de beffrois. Elles furent 
d'ahord isolées ; elles étaient comme le sij,Mie visihie de la franchise de la 
coumume. Pins tard, elles furent réunies à la maison fk ville : c'était le 
donjon nuniicipal. Il ne nous reste plus en Fi'ance cpiun bien jietit iiond)re 
de ces monuments, témoins des premiers et des jilus léiiitimes efforts des 
poi)ulalions mhaines iKiur conquérir la lihei-lt' civile, et encore ces rares 
exemples que nous possédons ne remontent |)as au delà du xiv siècle. 

Les premiers heH'rois isolés se composaient d'une grosse tour carrée, le 
plus souvent surmontée d'un couible ou charpente recouvert d'ardoises ou 
de plond», dans le([uel étaient suspendues plusieurs cloches. Tne galerie 
ou étage i)ercé de fenêtres sur les quatre faces servait de poste pour les 
guetteurs qui. le jour et la luiit, avertissaient les citadins de ra|>pro(;he des 
ennemis, découvraient les incendies, réveillaient les habitants au son des 
cloches ou des trompes. C'était du haut du beffroi que sonnaient l(»s heures 
du travail ou du re|)f»s pour les ouvriers, le le\er du soleil, \o couvre-feu. 
que l'on annonçait au bruit des fanfares les principales fêles de l'année. 
La tour contenait ordinairement des prisons, une salle de réunion pour les 
échevins, et quelques dépendances telles que déjjot d"archiv(>s, magasin 
des armes que l'on distribuait aux bourgeois dans les temps de trouble, 
ou lorsqu'il fallait défendre la cité. 

IVndant le xiv siècle, lorsque les grandes horloges furent devenues 
comnumes, les bellrois reçurent des cadrans marquant les heures. Le 
betfroi est longtemps la seule maison de ville, U'inomimenl numicipal par 
excellence. Lorsque le pouvoir féodal est le plus fort, son premier acte 
d'autorité est ladémolili(»ii du beffroi. Kn \:)±2, l'évêque et le chapitre de 
Laon obtieiment de Charles IV une ordonnance dans laquelle il est dit : 
« Ona l'avenir, en la ville, cité cl faubourg de Laon, il ne jxturra y avoir 
(( connnune, corps, université, échevinage, maire, jurés, cotfreconnnun, 
« beffroi, cloche, sceau ni autre chose appartenant à l'état de la coni- 
K mune '. » Et plus tard, en 1331, Philippe VI rend une seconde ordon- 
nance conlirmative de la première, se terminant parcelle danse : a II n'y 
« aura plus à Laon de tour du betlVoi; et les deux cloclu^s qui y étai(Mn 
(( en seront ôtées et conlis(pu''es au roi. Les deux autres cloches qui sont 
{( en la tour de la ]*orte-lMartel y resteront, dont la gi'ande sei'viraà sonnei' 
<( le couvre-feu au soir, le point du jour au matin, et le tocsiu : et la 
<( petite pour faire assend)ler le guet *. » 

> A. Thierry. LcUres sur l' histoire de Fraiici-, IcU. xviii. 

•i Jifiii^ — l^es cloclics claienl placées « iiiter iiisii,Mii;t de nalma ((insuialiis exisleiilia.i 



— l'c) — 



IIKKi'IUII I 



Noyon. Laon, Keims, Amiens possedaitiil des liellVois. Cette deniièn 



// 




iiiâ \ "^ 



ville a ecmseivé le sien jusiiu a 
nos jours; mais reconsiriiil 
à plusieurs reprises et déna- 
turé pendant le dernier siècle, 
la base seule de la toui- car- 
rée présente encoïc rflicUpu-s 
traces de constructions éle- 
vées pendant les xui*^ et xv 
siècles ' . Les autres jjirandes 
cilés que nous venons ih' 
nonnner ont laissé détruire 
complètement les leurs. Ce 
n'est plus, en France, que 
dans quelques villes de second 
ordre qu'on trouve encore des 
bett'rois. 

Nous donnons ici (11) celui 
de la ville de Béthune (Pas- 
de-Calais), qui est assez bien 
conservé et peut donner une 
idée de ces constructions mu- 
nicipales au xiv*^ siècle. L'étage 
inférieur, masqué derrière des 
maisons particulières, conte- 
nait les services mentionnés ci- 
dessus. Une grande salle per- 
cée de liuil haies renfermait 
les grosses cloches ; au-dessus 
était une salle percée de meur- 
trières et de petites ouver- 
tures. Un escalier à vis posé 
sur l'un des angles monte à 
la galerie su{)érieure, llanquée 
aux angles d'écbauguettes 
crénelées. In comble recou- 
vert d'ardoise et de plond» 
contient un carillon cl une 



'Les Olim , oriloniuiiue M, G8 , ail. ix.^ Helirer à une ville ses clociies, c'était lelirei- 
an coii)S nmiiicipal de colle ville, iKPii-s.Miiement le moyen , mais le flroil de s'assem- 
liler. Pondant toute la durée de linlonlictiuii , les allaires reslaienl suspendues , ou 
.-laienl dévolues à la décision des officiers royaux. Ln tel élal de choses ne durait pas 
longtemps, et la ville pouvait (Toidinaire abréger sa durée eu raclielanl le droit des 
cloclii"^. (Les Oliiii, I, p. .S:}() du texte, note 12i). 

' Voy. la De.sciiiiUon du belJnu d<: lu ville d'AmUns, par M . Il . Dusevel. Amiens, 1 8 i7 . 



[ hkfkroi 1 — l".»"» — 

lanlprne supérieure avec {^alerio pdiii le guetteur. Siii\;iiil 

9 



iisiiu»'. une 



^. 




— — «C-t.tJ 



j<irouetlp couromu' la tlèclie. Les villes d'Auxerre, de lieaunc (Uil ciuore 



h)7 [ BKFFKOI ] 

leurs beffrois. Voici (l'2) celui d'Evreux, coiislruit au xv« siècle, et qui est 
complet. Nous en (lonuons les plans, avec la vue persjjcctive, aux trois 
étaitcs AHd. Les luniiicipalitt's déployaient un certain luxt^ dans ces 
constructions uihaiiies; elles tenaient à ce (|ue leurs couroinienients 
élevés, souvent ornés de clochetons, d'aiguill(\s, de j^M-andes lucarnes, 
fussent aperçus de loin, el l(''inoiiiiiassent de la richesse de la citt'. 

Nous avons dit, en connnençant, (|ue les cloches de la connnune étaient 
suspendues, dans certains cas, au-dessus daiu-iennes portes de villes. 
Peut-èti-e est-ce en sonvcnii- de celte disposition prcivisoire ((ue beaucoup 
de beti'rois isolés furent constiuits à dessein sous forme de |)orle suriuontée 
d'une ou deux tours. Nous citerons parmi les beffrois servant de porte, 
bâtis à cheval sur une rue, les tours de beffroi de Saint-Antonin, de Troyes 
^démolie aujourd'hui), d'Avallon, de Bordeaux. Ce dernier beffroi est fort 
remarquable ; il se comj)Ose de deux grosses tours entre lesquelles s'ouvre 
un arc laissant un passaj^e public. x\u-dessus, un second arc couroiuié 
par un crénela^e el fin comble couvre la sonnerie (voy. poktk). 

Dans quelques villes, l'une des tours de l'éjilise principale servit et 
sert encore de beH'roi. A Metz, à Soissons, à Saint-Quentin, une des 
tours de la cathédrale est restée destinée à cet usai^^e. Quant aux beffrois 
tenant aux hôtels de ville, nous renvoyons nos lecteurs au n)ot hôtel de 

VILLE. 

BEFFROI, MACHINE DE GUERUE. Pcudaut les siégcs du uioyeu âge, on se 
servait de tours de bois mobiles pour jeter, sur les murailles attaquées, 
des troupes de soldats qui livraient ainsi l'assaut de plain pied (voy. archi- 
tecture militaire). Ces tours prenaient le nom de beffrois. Cet engin de 
guerre était en usage dans l'antiquité. César, dans ses Mémoires, indique 
souvent leur emploi. Après avoir élevé des terrassements (|ui })ermeUaient 
d'approcher de grosses machines des murailles attaquées, comblé les 
fossés et étal)Ii des mantelets qui couvraient les travailleurs, l'armée de 
César, au siège d'une place forte défendue par les Nerviens, construit 
une tour de bois hors de la portée des traits des assiégés. 

« Lorsqu'ils nous virent dresser la tour, dit César ', après avoir posé 
« des mantelets et élevé la terrasse, les Nerviens se mirent à rire du haut 
« de leurs murailles, et demandèrent à grands cris ce que nous voulions 
« faire, à une si grande distance, d'une si énorme machine ; avec quelles 
« mains et quels efforts des hommes d'une si petite taille pourraient la 
« remuer (car les Gaulois, à cause de leur haute stature, méprisent notre 
« petite taille) ; prétendions-nous approcher cette masse de leurs murs? 
« Mais lorsqu'ils la virent s'ébranler et s'avancer vers leurs défenses, 
(( étonnés d'un spectacle si nouveau, ils envoyèrent à César des députés 
« pour traiter de la paix.... » 

Les (iaulois iniilaieurs, d'après le dire de César lui-même, ne tardèrent 



' Livre 11. ])c liello gallico. 



I UKKFIUtI I — l*>8 — 

pas à adopter^ eux aussi^ les toiiis de bois iiiohiles. Lors(|ue le eaiiip des 
Hoiiiaiiis est assiéfïé par les Nerviens révoltés ', « le septième joui- dti 
« siéj,'e, un faraud veut s'étant élevé, les ennemis lancèrent dans le camp 
« des dards enihnnmés, et avec la fronde des l)alles d"arf;ile rouiiics an 
M feu. Les baraques de nos soldats, couvertes en paille à la manière 
« gauloise, eurent bientôt pris feu, et en un instant le vent j)orta la llanmic 
« sur tout le camp. Alors, poussant de grands cris comme si déjà la 
« victoire eût été jwur eux, ils tirent avancer leurs tours et Ituns tortues, 
« et commencèrent à escalader l(>s retrancbements. Mais tels furent le 
« courage et la solidité de nos troupes, (jue, de toutes pails environnées 
« de flannnes, accablées d'une grêle de traits, sachant que l'incendie 
M dévorait leur bagage et leur fortune, aucun soldat ne (|uilta son poste 
« et ne songea même à regarder en arrière; tous combattirent avec acliar- 
« nement. Cette journéf» fut rude pour nous; cependant beaucoup 
« d'ennemis y furent tués ou blessés; entassés au pied du rempart, les 
« derniers venus empêchaient les autres de se l'elirer. (Juand l'incendie 
« fut un peu apaisé, les assaillants ayant roulé une de leurs tours près 
« du retranchement, les centurions de la troisième cohorte postés sur ce 
« point s'éloignèrent, emmenèrent tout leur monde, et, appelant les 
« ennemis du geste et de la voix, les invitèrent à entrer s'ils voulaicni ; 
« aucun n'osa se porter en avant. On les dispersa par une grêle de pierres. 

« et on brûla leur tour » 

Depuis loi's, et jusqu'à l'emploi de l'artillerie à feu, on ne cessa, tlans 
les Gaules, d'employer ce moyen d'attaque pendant les sièges. Il n'est pas 
besoin de dire qu'il ne nous reste aucun renseignement pratique sur ces 
énormes machines. Nous devons nous en tenir aux descriptions assez 
vagues qui nous sont restées, à quelques vignettes de manuscrils exécu- 
tées de façon qu'il est impossible de constater les moyens employés pour 
les ftiire mouvoir. Pendant le moyen âge, ces tours mobiles étaient assez 
vastes pour contenir une troupe nombreuse; elles étaient divisées par des 
planchers formant |)lusieurs étages percés de meurtrières, et leur sommet 
crénelé, dont la hauteur était calculée de manière à dominer la crête <les 
tours ou murailles atta(|uees, recevait un pont s'abattant sui- les jKirapels 
des assiégés, lorsfjue le beffroi était amené le long des nuu-s. On garnissait 
extérieurement ces grandes charpentes de peaux fraîches , de grosses 
étoffes de laine mouillées pour les préserver des projectiles incendiaires 
(voy. Aur.HiTKCTiRi: imiTAUu;, lig. ITi et !(!). 

C'est au siège du château de l>releuil pai' le roi Jean (I.5.M)). (|u"il est 
l'ait mention une des dernières fois d'un betfroi mobile, et la descri|)tion 
(|ue Froissart donne de ce siège mérite d'êli'e transcrite, car l'artillerie à 
feu connnence à jouer un rt)le important en détruisant les anciens engins 
«l'assaut, si formidables jusqu'alors. 



' Livre \ . De Bello gallko. 



— lO'J — [ BEFFROI ] 

K Et sachez que les François qui éJoient devant Breteuil ne séjournoienl 
« mie (ie iniap^ineiet subliller |)lusi(nirs assauts pour |)Ius i^réver ceux de 
X la t;ainis(»n. Aussi les chevaliers et écuyeis (|ui dedans étoient suhlil- 
« loient nuit et jour pour eux porter douiniai^e; et avoient ceux de lust 
« fait l('\er et (h'esser i^rands enjoins qui jetoient nuit et jour sur les 
<« combles des tours, et ce moult les fiavailloit. ¥11 fit le roi de France faire 
« par iirand Toison de charpentiers un lirand bett'roy à trois étages que on 
'( menoit à roues cpielle j)aif que on vouloif. En chacun ('•faiie pouvoit bien 
K entrer deux cents hommes et tous eux aider; et étoit breteskié et cuire 
« pour le trait troj) nialeuient tort ; et lappeloient les plusieurs un cas, et 
« jes autres un atournement d'assaut. Si ne fut mie si tôt fait, charpenté 
« ni ouvré. Entrementes que on le charpenta et appareilla, on fit par les 
« vilains du pays amener, apporter et acharner grand'foison de bois et 
« tout renverser en ses fossés, et estrain et trefs (paille et pièces de bois) 
« sus p(»ur amener liulit engin sur les quatre roues jusfiues aux murs pour 
« cond)attre à ceux de dedans. Si n)it-on bien un mois à remplir les fossés 
(( à l'endroit où on vouloit assaillir et à faii-e le char (le charroi). Quand 
« tout fut prêt, en ce betfroy entrèrent grand'foison de bons chevaliers et 
« écuyers qui se désiroient à avancer. Si fut ce betfroy sur ces quatre 
« roues ai)outé et amené jusques aux murs. Ceux de la garnison avoient 
« bien vu faire ledit beti'roy, et savoient bien l'ordonnance en partie com- 
te ment on les devoit assaillir. Si étoient pourvus selon ce de canons jetant 
« feu et grands gros carreaux pour tout dérompre. Si se mirent tantôt en 
« ordonnance pour assaillir ce bettVoy et eux défendre de grandvolonté. 
« Et de commencement, aincois que ils fesissent traire leurs canons, ils 
« s'en vinrent condjattre à ceux du beffroy franchement, main à main. Là 
« eut fait plusieurs grands appertises darnies. Quand ils se furent planté 
'( ébattus, ils conmiencèrent à traire de leurs canons et à jeter feu sur ce 
« bertVoy et dedans, et avec ce feu traire épaissement grands carreaux et 
« gros qui en blessèrent et occirent grand'foison, et tellement les enfon- 
« cèrent que ils ne savoient auquel entendre. Le feu, qui étoit grégeois, 
<( se prit au toit de ce betlVoy, et con\int ceux qui dedans étoient issir 
« de force, autrement ils eussent été tout ars et perdus. Quand les com- 
« pagnons de Breteuil virent ce, si eut entre eux grandhuerie, et s'écriè- 
« rent haut : « Saint-George! Loyauté et Navarre ! Loyauté! » Et puis 
« dirent : « Seigneurs françois, par Dieu, vous ne nous aurez point ainsi 
« (jue vous cuidez.n Si demeura la greigneure partie de ce betfroy en ces 
« fossés, ni onques depuis nul n'y entra ' » 

Lorsqu'à la fin du xv«^ siècle les auteurs de l'antiquité furent en honneur, 
on fit de nombreuses traductions de Végèce, de Yitruve, et leurs traduc- 
teurs ou commentateurs s'ingénièrent à trouver dans ces auteurs des 
applications à l'art militaire de leur temps. Ces travaux , utiles peut-être 



' Cbron.de Froinaart, liv. 1"^, p;irt. ii, clinp. \\i. Kdit. Biictioii. 



I BÉMTIKK I — -iOO — 

(|uaiit à la lacliqup, ne pouvai(Mit s "appliquer à l'art des siéjj;es en face de 
rartilleiie à feu, et les combinaisons plus ou moins iuirénieuses de 
machines de ^^uerre (|ue quelques savants s'amusaient à mettre sur le 
papier restèi-ent dans les livres; ils ne pouvaient avoir et n'eurent aucun 
résultat pratiijue ; nous n'en parlerons donc pas '. 

BÉNITIER, s. m, lienoislier. Petite cuve dans laquelle on laisse 
séjourner l'eau bénite pour l'usa^^e des fidèles, à l'entrée ou à la sortie 
des éj^lises. Il y a deux sortes de bénitiers : les bénitiers portatifs 
et les bénitiers fixes. Nous ne nous occuperons que de ces derniers, 
les premiers faisant partie des ustensiles à l'usafije du culte. Il nous 
serait ditlicile de dire à quelle époque les bénitiers fixes furent posés 
à la porte des églises. Nous connaissons quelques bénitiers informes 
qui paraissent avoir été très-anciennement scellés dans les pieds-droits 
des portes d'ejilises d'une date reculée; mais rien ne prouve que ces 
bénitiers appartiennent à l'époque de la construction de ces édifices. Ces 
bénitiers, en tant (|uils soient primitifs, ne sont guère que de très-petites 
cuves en pierre et en forme d'une demi-sphère. Nous serions tenté de 
croire (bien (jue nous ne puissions ai)puyer notre opinion sur aucune 
preuve certaine) tpie, dans les églises antérieures au xm>' siècle, le bénitiei' 
était un vase de métal que l'on plaçait près de l'entrée des églises lorsque 
les portes étaient ouvertes. Cette conjecture n'est basée que sur l'absence 
de toute disposition indiquant la place de cet accessoire. Sous le porche 
des églises primitives de l'ordre de Cluny, il y avait presque toujours une 
table de j)ieiTe d'une dimension médiocre posée près de la porte. Cette 
table était-elle destinée à recevoir un bénitier portatif ? C'est c«^ f|ue nous 
n'oserions affirmer. Était-elle, connue semblent le croire (piel(|ues 
auteurs, entre autres Mabillon , un autel? L'absence de monuments 
existant aujourd'hui nous laisse à cet égard dans le doute. 

Une gravure donnée par Dom. Plancher*, dans son Histoire de lionr- 
(jogne, et représentant le porche de l'église abbatiale de i\loulier-Saint-.lean, 
montre un bénitier fort inqmrtant placé d(>vanl le trumeau de la pt)rte 
centrale, La façade de cette église avait été élevée vers I L'JO, et le bénitier 
semble appartenir à la même époque; autant qu'on peut en juger par la 
gravure, fort grossièrement exécutée, ce bénitier parait être en bronze et 
posé immédiatement sous les pieds de la statue de la Vierge qui fait partie 
du trumeau. Nous donnons (I) une copie de ce l)énitier avec son entou- 
rage '. H était porté sur une colonne ilont l'excessive maigreur nous faii 
supposer qu'elle était en métal. 

1 Voy. entre autres Roberli y<illurii de rc mililurl. fil). XII ; 1493. Édit. do to34 , 
Paris, pet. in-f° latin, avec de nombreuses planclies eu l)ois, donnant les plus étranges 
inventions de machines pour attaquer et prendre les places l'ortes. 

^ Ilisl. génér. d partie, de Hoiinjognc, t. 1". p. 517. Dijon, 1739. 

^ Nous nous sommes permis , tout en conservant aussi tidèlement que possible les 



•un — 



BÉMTir.n 



L'absence des bénitiers d'une époque ancienne dans nos églises n'aurait 
pas lieu de surpivndre, s'il-élait constaté qu'ils eussent été généralement 
exécutés en bnuizr. Kn etl'ct, les bénitiers en pierre, que nous trouvons 
tenant à des monuments des \w et ww siècles, sont dune extrême sim- 
plicité^ et nous ne les rencontrons que dans des églises pauvres. On jx-ut 
donc supposer avec assez de raison que les bénitiers des églises riches, 
étant en bronze, ont été volés, détruits et fondus à répo(|ue des guerres 
religieuses. Dans les petites églises du Soissonnais. de l'Oise, construites 
a la tin du xii'' siècle et au commencement du xni*^, il existe un grand 
nombre de bénitiers taillés comme l'indique la fig. 1 bis '. 



I bi; 





cmj^uuc T jeune 



Mais les architectes du xui*" siècle aimaient à faire tenir aux édifices tous 
les accessoires nécessaires ; ils étaient portés à prévoir, dans la construction, 
des objets qui jusqu'alors avaient été regardés comme des meubles ; ils 
durent disposer des bénitiers faisant partie de l'édifice, près des portes, de 
même qu'ils accusaient franchement les piscines, lescrédences. Ces acces- 
soires devenaient pour eux autant de motifs de décoration. Près de la porte 
méridionale de l'église de Villeneuve-le-Roi , on voit encore un bénitier 



formes indiquées par la gravure, de rapprocher notre dessin du style du xii' siècle, la 
gravure étant cuniplétenient dépourvue de caractère. 

» Ce bénitier provient de l'église de Saint-Jean-aux-Bois, près Compiègne. 

T. II. 2ti 



[ BÉMTfKl? 1 



— ^2(V2 — 







tcnaiil au nilior de droite ; ce béiiilier est combiné avec la construction (2) 



HO'A [ BESAMS ] 

Ses assises rè{;iient avec les assises du i)ilier; ce n'est pas un accessoire 
rapi)orlt' apirs coup : il est prévu eu bâtissant. La cuve polyiionaie est 
sunuoiilcc d'un dais liueiueiit taillé. Cet édicule, connue la coustrucliou 
à la(pi('ll(^ il lient, date di> la première moitié du xni'' siècle '. 

Plus tard, pendant les xiv«- et xv« siècles, les bénitiers reprennent leur 
apparence de meubles, et se composent pi'esque toujours d'une cuve 
polviionale ou circulaire portée sur une coloime ; ils ne font plus partie de 
Tédilice. Quelipu^fois les sculpleui's se sont plu à fii;urer, au fond des cuves 
des bénitiers, des serpents, des grenouilles, des poissons, jjuerilités 
d'assez mauvais yoùt et qui fout l'admiration de beaucoup de yens. Si ces 
fantaisies avaient pour but de rappeler aux tidèles qu'ils doivent prendre 
de l'eau bénite en entrant dans l'église, il faut avouer que cette singulière 
façon d'attirer l'attention eut un plein succès. A l'époque où le zèle reli- 
gieux se refroidissait, les artistes s'ingéniaient souvent à exciter la curiosité, 
à défaut d'autre sentiment. Nous pensons qu'il faut classer ces sculptures 
d'animaux au fond des cuves des bénitiers parmi les fantaisies, parfois 
burlesques, des sculpteurs du xv^ siècle , quoiqu'on ait voulu trouver à 
ces figures un sens symbolique. 

Au pied des tombes, dans les cimetières, il était d'usage de placer ou de 
creuser de petits bénitiers dans la -^lierre même recouvrant la sépulture; 
on en voit encore un grand nombre en Bretagne , dans le Poitou et le 
Maine, où cet usage s'est conservé jusqu'à nos jours. Ces petits bénitiers 
étaient quelquefois en métal, en fer ou en bronze, accompagnés d'un 
goupillon attaché à la cuve avec une chaînette. 

Le siècle de la renaissance sculpta des bénitiers en marbre d'une grande 
richesse, supportés par des figures. Mais malheureusement les guerres 
religieuses détruisirent en France ces petits monuments. L'Italie et 
l'Espagne nous en ont conservé un grand nombre d'exemples. 

BERCEAU, s. m. (Voy. architecture, construction, voûte.) 

BESANTS, s. m. Le besant, en termes de blason, est un (lis(|iiede métal 
pose sur le champ ou sur les pièces principales de l'ecu. Ou désigne, en 
architecture , par besants , une série de disques plats sculi)tés dans une 
moulure. Cet ornement est fréquent dans les édifices du xu^ siècle ; il est 
toujours d'une petite dimension, plus gros que la perle, plus petit que le 
boulon; il décore les bandeaux, les archivoltes, les cannelures des pilastres. 
C'est dans le Poitou, la Saintonge et sur les bords de la Loire qu'on le 
rencontre de préférence. 

()nverraci-contre(l)unfragmentd'unedesarcaturesduclocherdel'église 
de la Charité-sur-Loire, dont l'archivolte et les pilastres sont orné^debesants 
délicatement sculptés. Le besant diffère surtout de la perle et du boulon en 

• Le dessin de re bénitier nous a été comninniqiié par .M. Millet , aicliitecte, k qui 
nous devons déjà de précieux renseignements. 



BKSTIAlKKS 



— -H)ï 



ce (]u'il est plat au lieu de présenter une portion de sphère. Il est f-énéra- 
lenient taillé, ainsi (pif l'iiurKpie la ^i^^ ^2, cpieUpie peu biseauté sur les 

hords ])oui' éviter la sécheresse et la niai- 
j jireur ijioduitcs i)ar des coupes à an^lc 

choit. Les hesanis ont cet avantage, dans 
la décoration, de donner à peu de frais, 
heaucoup de richesse cl de légèreté aux 

2 





'•>!«. 



vi. r 



— ,,r--s/— V" 



membres de l'architecture auxquels ils 
sont a|)prK|ués : leur surface |)lane, acci'O- 
cliant vivement la lumière, les l'ait dislin- 
fy^^ guer à une grande dislance malgré leur 

ténuité; ils rompent la monotonie des 
moulures fines répétées et d'un profil plal, préférées par les architectes du 
xii« siècle; ils ont enfin, malgré leur peu d'importance conmie dimension, 
une fermeté qui convient parfailemenf à des constructions de pierre. Les 
besants disparaissent au xiii'' siècle, pour ne plus rej)arai(re dans la déco- 
ration archi tectonique. 

BESTIAIRES, s. m. On désigne \ydv bestiaires les recueils, fort en vogue 
pendant le moyen âge, qui contiennent la description des animaux réels 
ou fabuleux de la cn'ation. Ces descrijilions sont presque toujours accom- 
pagnées de vignelles. Peiulant les xe", xii'' et xiir' siècles, ces bestiaires, 
copiés et aimotés, dans les monastères, sur les auteurs de ranliquilé, avec 
force variantes et nouvelles histoires, avaient un sens symbolique. Les 
qualités ftu les défauts de chaque animal étaient présentés comme une 
figure de l'état de l'âme humaine, de ses vices ou de ses vertus, comme 
une personnification de l'Eglise ou même de Jésus-Christ. Le bestiaire 
en prose; j)icarde du ('onnnencement du xin»' siècle, donné tout au 
long dans les Mélanges archéologiques des R|{. I»P. A. Martin et 



— :2()r> — [ BÉTON 1 

Cahier ',est précédé d'un court prolo;ïue qui indique parfaitement le but 
que les coinpilateuis des bestiaires se proposaient d'atteindre. « Chi com- 
« menée, dit l'auteur, li livres <''on apèle Bestiaiie. Et par ce est-il apelés 
« ensi, qu'il pai'ole (parle) des natures des bestes; car totes les crt^atures 
« que Dex créa en terre, cria il por home, et por prendre essanple et de 
« foi en eles et de créance.» Du moment qu'il était admis que les animaux 
de la création avaient été créés pour l'homme, et afin que l'étude de leurs 
mœurs fût pour lui un exemple, on ne doit pas s'étonner si nous voyons 
sculptés sous les portails des éijjlises, autour des chapiteaux et jusque sur 
les meubles sacrés, une foule d'animaux destinés à rappeler les vei'tus que 
les chrétiens devaient pratiquer ou les vices qu'ils devaient éviter. Au 
moyen âge, l'homme est le centre de toutes choses sui- la terre, et l'Église 
lui montre sans cesse cette vérité dans les monuments qu'elle élève. Après 
avoir représenté Dieu, ses rapports avec l'homme, l'histoire de son sacrifice 
et la hiérarchie céleste , l'Eglise n'oublie aucun des êtres secondaires, et 
les fait entrer dans le grand concert de la création. C'est là le signe le 
plus évident de la tendance des idées du moyen âge vers l'unité, l'ordre, 
le classement. Tout a sa place dans la création, tout a un but et une 
fonction, tout se rapporte à l'homme, qui doit compte à Dieu, comme 
l'esponsable à cause de son intelligence, de toute chose créée pour lui. Ne 
regardons pas, dans nos monuments, ces sculptures d'animaux, souvent 
étranges, comme des caprices d'artistes, des bizarreries sans signification; 
voyons-y, au contraire, l'unité vers laquelle tendait la pensée du moyen 
âge, les premiers efforts encyclopédiques des intelligences du xiii« siècle, 
les premiers pas de la science moderne dont nous sonunes si fiers - 

(VOy. CATHÉDRALE, IMAGERIE). 

BÉTON, S. m. C'est une maçonnerie faite de mortier de chaux et sable 
et de caillou ou de pierres cassées menu. Les Romains ont fait grand 
usage du béton dans leurs constructions ; ils employaient des chaux bien 
cuites et bien éteintes, presque toujours hydrauliques, des sables ou 
pouzzolanes parfaitement purs; avec ces premiers éléments, ils ne pou- 
vaient manquer de faire du béton excellent (voy. coxstrlctiox). 

Les traditions romaines touchant la construction se conservèrent assez 
bien jusqu'à l'époque carlovingienne, et on voit encore, dans les construc- 
tions antérieures au x" siècle, des massifs exécutés en béton grossier con- 
servés sans altération. Depuis le x^ siècle jusqu'à la fin de la période ogivale, 
les constructions élevées en pierre ou en moellon ne laissent guère de place 
au béton, que l'on ne rencontre que dans les intérieurs des massifs ou dans 

I Manusc. de la bibliot. de l'Arsenal, n° 283, fol. cciii. 

" Nous renvoyons nos lecteurs aux Mélanges archéologiques des RR. PP. Martin et 
Cafiier, pour l'éttide détaillée des bestiaires du moyen âge. Cette portion de l'ouvrage 
des RK. PI\ est très-complète et accompagnée de planches n()nil)reuses, copiées sur 
les manuscrits. 



BfiTON 



— fior. — 



les foiidalions. (iénéralcnu'nt ces bétons ou rciiiplissayes en maçonnerie 
sont mal faits pendant la pt'riode romane ; ils sont inétfaux, mal corroyés 
et pilonnés; les chaux employées sont de mauvaise ipialilé, les sal)les mé- 
lanines de terre. ir;iilleurs les l)étons veulent èlie coules en grandes niasses 
j)our conserver leurs (lualités; et ces remplissages en mortier et débris de 
pierres, que Ton trouve au milieu d(^^ massifs romans revêtus de pierre de 
taille, se desséchaient trop rapidement pour pouvoir acquérir de la dureté. 
Dans les provinces méridionales, là où le mode de conslruire des Komains 
s'était le mieux conservé, nous trouvons, jusqu'au xu*' siè<'le, le béton 
emi)loyé pour les fondations, ))ûur les aires sur les voùles. 11 iaut croire que 
dans ces contrées on avait acquis même une expérience consonnnéedans la 
fabrication du béton ; car nous voyons au château de la cité de Carcassonne 
des fenêtres et des portes de la fin du xc" siècle dont les linteaux, d'une 
grande porlée, sont en béton coulé dans une forme. Nous donnons ici ( I ) 




une de ces fenèlres; le linteau A est en belon d une extrême dureté, et 
nous n'avons pas vu un seul de ces linteaux brisé par la charge. (|ui 



— ^207 — I iiiiîK I 

cependant esl eonsidéiahle. Ce béton, coulé et pilonné dans un encaisse- 
ment, es! c()nii)osé d'une chaux hydraulique uiéiée avec le sable limoneux 
de rAu(l<' ol de jK'lils IVai^uienls de brique; le caillou est cass('' liès-meim 
et pi'es(|ue entièrement composé de grès vert. Ici, l'intention bien ('vidente 
des constructeurs a été de réserver ces pierres factices pour les grandes 
portées ; ils les estimaient donc plus résistantes que le grès du pays , (\u\ 
cependant est très-dur; (>t ils ne se sont pas trompés, car ces linteaux 
n'ont subi aucune altéiation '. Lorsqu'au xiii'" siècle les constructions ne se 
composèrent |)lus (|ue de murs minces et de points d'appui grêles, le IxUon 
ne tiouvait |)lus d'emploi (ju'en fondation, et encore on ne saurait donner 
ce nom aux maçonneries bloquées alors en usage (voy. constiujctio.n). 

BIBLIOTHÈQUE, S. f. Jusqu'au moment oîi l'imprimerie fut inventée, 
les bibliothèques, conq)osées de manuscrits, ne pouvaient être très-nom- 
breuses, les salles pour les contenir très-vastes. Les monastères possédaient 
tous des bibliothèques que les frères copistes augmentaient lentement. 
Ces bibliothèques n'occupaient guère qu'une salle du couvent, de médiocre 
étendue, autour de laquelle des armoires en bois étaient destinées à 
contenir lès manuscrits. Les rois, les grands personnages, dès le xive siècle, 
voulurent avoir des bibliothèques dans leurs palais. Charles V réunit au 
Louvre une bibliothètiue fort nombreuse pour l'épo(|ue. (Charles d'Orléans 
avait formé une bibliothèque dans son château de Blois. En 14'27, ce 
prince, prisonnier en Angleterre, ayant su que les Anglais mettaient 
le siège devant Montargis, donna pouvoir au sire de Mortemart d'en- 
lever de Blois ses meubles et sa bibliothèque ^ et de tout transporter à 
Saumur ^ 

Toutefois , les salles dans lesquelles les manuscrits étaient déposés ne 
paraissent pas avoir présenté, avant l'invention de l'imprimerie, des dispo- 
sitions particulières. 

BIEF, s. m. Canal qui va prendre l'eau d'un ruisseau ou d'une rivière 
en aval, pour la conduire à niveau au-dessus de la roue d'un moulin, en 
profitant de la ditïérence de niveau qui existe entre le point de la prise et 
celui où l'usine est établie. Le bief est ordinairement formé par des digues 
en terre ; mais autrefois ce n'était souvent qu'un canal formé de planches 
posées sur des chevalets. 

Les grands établissements monastiques du xii*" siècle possédaient des 

' La coloiinette qiii divise en deux ceUe fenêtre est en niail)rc l)lanc des l'yrénées, 
ainsi que la l)ase el le ciiapite;iu ; les pieds-droits el le second linteau B sont en grès 
vert. Les constructeurs ont donc admis qu'un morceau de béton était moins fragile 
que les pierres naturelles , étant seulement soutenu à ses extrémités et charge sur le 
milieu. Ce linteau n'a que 0"',2o d'épaisseur sur une longueur de 1"',20 de portée et 
une largeur de 0"*, 30 environ. 

^ Ecole (lefi chartes, t. V, p. 59. V'oir l'inventaire de cette hibrmthèque. 



f BILl-ETTES 1 -O'*^ — 

usines considérables pour l'époque, et l'on voit encore la trace des travaux 
d'cndiguenient qu'ils exécutèrent pour diriger les cours d'eau sur leurs 
moulins et obtenir de puissants moteurs. Beaucoup de nos usines de la 
(Champagne et de la P.ourfîoj^^ie profitent encore de ces ouvrages, exécutés 
souvent avec une grande intelligence et à l'aide de labeurs innnenses. 

BIENFAITURE. Vieux mot qui signifie une bonne construction. 

BILLETTES, s. \\ (^est un terme de blason pour désigner de petits 
parallélogranmies posés sur le champ ou les pièces principales de l'écu. 
En architecture, on entend pavUillelles une série de petits parallélogrammes 
ou portions de cylindres séparés par des vides, et dont les rangs j)lus ou 
uioins nombreux chevauchent. Cet ornement se rencontic Irès-ancien- 
uement sur les lailloirs des chapiteaux, autour des archivoltes, sur les 
bandeaux. Nous trouvons déjà des billettes taillées sur des membres 
d'architecture de la période mérovingienne. Parmi les fragments de celte 
époque découverts sous le sol de la parlie romane de l'église de Poissy, 
s'est rencontré un tailloir décoré de billettes que nous donnons ici (I). 




Mais c'est surtout i)endant les xi^ et xii'' siècles que cet ornement prend 




une grande importaiK c dans la décoration des membres moulurés des 



— -2()«.> — I BILI.ETTES 1 

édifices. Les archivoltes, bandeaux et corniches des monuments de cette 
époque, reçoivent une ou phisieurs rangées de hillettes, presque toujours 
c\iin(hi(iues. 

Lati};. :2 représente l'un des haiidt'aux extérieurs de l'égHse Saint-Etienne 
de Nevers, décoré d'un rang de hillettes (xi»" siècle) , et la tig. 3 l'une des 




corniches extérieures de l'église de Saint-Sernin de Toulouse, qui en 
contient plusieurs. Les coupes de ces deux figures font voir comment 
sont taillés ces ornements, qui, malgré leur simplicité, donnent une grande 
richesse aux membres d'architecture auxquels ils sont appliqués, en leur 
laissant leur fermeté. C'est surtout dans les provinces du centre et du 
midi, dans le Poitou et la Saintonge, que les hillettes sont employées par 
rangées nombreuses, au xn^ siècle. En Normandie et dans l'Ile-de-France, 
l'emploi des hillettes est fréquent à la même époque; mais il est rare 
qu'elles se présentent en rangs répétés, et qu'elles couvrent les bandeaux, 
archivoltes et corniches, conmie dans les provinces du centre. Les hillettes 
alternent avec des moulures et n'ont guère qu'une importance secondaire. 
Comme exemple de ce que nous avançons ici, nous donnons (4) l'une des 
archivoltes des fenêtres de la tour Saint-Romain de la cathédrale de Rouen 
sur laquelle les hillettes à une seule rangée alternent avec des surfaces 
plates et des boudins sans ornements. Dans ce cas, les hillettes, conmie les 
T. II. '27 



[ BISKAIJ I — -2I(» — 

l)Ps;iiiK. les l»(»iil<»iis , les pcrlfs ivoy. ces mots) . lU- Imil (|iit' fi>iii|iic la 



C 




U 



PG ù A R.n 



monotonie des moulures fines et à peu près éj^^ales, répétées. Les billettes 
disparaissent avec les dernières traces de l'architectuie romane. 

BISEAU, s. m. Se (lit d'une arête abattue. Les constructeurs, pendant la 
période ogivale, évitaient les arêtes vives, à anj;le di(»it. suitoul dans les 
parties intérieures des édifices; et lorscjue ces arêtes n'étaient pas masquées 
par des colonnettes ou adoucies par des moulures, ils se contentaient 
souvent de les tailler en hiseau. Les tableaux des portes, des fenêtres, dans 
l'arcbitecture civile, sont prescpui toujours biseautés à l'extérieur; on 
évitait ainsi les écornures, et plus encore les saillies jiênantes des arêtes 
vi\es sur les points des editices oii la circulation est active. Ce principe se 
trouve appfuiue également à la charpente et à la menuiserie ; les bois 
équarris sont souvent biseautés sur leurs arêtes. 

Voici (i) un exemple d'une baie dont toutes les arêtes extérieures sont 
biseautées. Parfois le biseau n'existe ([ue là seulement où l'arête saillante 
j^'ênei'ait le passaj;e; le linteau et l'exticmité supérieure des pieds-droits 
hors de la portée de la main consei'vent leurs arêtes pures ("2). Dans les 
ouvrages de charpente, les biseaux s'arrêtent au droit des assemblages, 
afin de laisser aux bois toute leur force sur ces points. 

La figure 3 donne un juiinvon et un entrait biseautés, conformément à 
cette méthode. Les retraites de soubassements de la maçonnerie sont 
toujours, dans rarchiteclure ogivale, ou moulurées, ou biseautées, en 



— -Il — I BISEAU I 

raison de ce |»iiiici|»c (|iij iradiiirllail ();is les sinfacrs lioiizonlalcs, U'Ilrs 




^as-ju 




petites qu'elles fussent (voy. base). Sur les arêtes horizontales, ces biseaux 

forment presque toujours un an^de 
au-dessus de 45 dej^res (4-) tandis que 
les biseaux sur les arêtes verticales 
sont taillés suivant un angle de 45 de- 
grés. Cette loi est trop naturelle pour 
avoir besoin d'être commentée. On 
voulait dérol)er, autant que possible, 
les arêtes horizontales; il était tout 
simple de donner une forte inclinai- 
son au biseau, et langle à 4-5 degrés 
eût encore présenté une trop grande 
acuité , surtout dans les retours 
d'équerre saillants; tandis qu'il fallait 
abattre les arêtes verticales par une 
, face formant, avec les deux autres 

\^ faces se coupant à angle droit, deux 

angles égaux (5). 

Les arcs doubleaux, arcs ogives et 
tormerets des voûtes construites avec 
■•f^ économie, sont biseautés au lieu 

d'être moulurés; cl. dans ce cas, le 

biseau est taillé suivanl lui angle de 45 degies pom les arcs 




dou- 



[ BOIS I — "21^2 — 

bleaux lar^'es A, ol (!♦• |)lus de 4r> déférés pour les arcs ogives B ou forine- 



5 





rels (6). On laissait ainsi plus de force aux arcs doul)leaux, et on donnait 
de la légèreté aux arcs ogives. 




Le biseau n'est , par le fait, qu'un épannelage, et, dans rarchitectui' 
ogivale, il est taillé en raison de la niouluie qu'il est destiné à prépaie!- 
(voy. épannelaue) . 

BLOCAGE, s. m. On désigne par ce mot un massif en maçonnerie formé 
de blocs de pierre gros ou menus jetés pèle-mêle dans un bain de moi-lier. 
Toutes les coiislruclions romanes ne se conq)osent généralemenl (|ue d'un 
revêtement de pierre renfermant un blocage, l^endant la période ogivale, 
les membres résistants de l'architectuie, sauf les contre-forts ou les sou- 
bassements des tours, étant réduits à la j)lus petite section horizontale 
possible, ne contiennent généralement pas de blocages; on ne trouve alors 
les blocages qu'au centre des grosses piles, des contre-forts épais, ou dans 
les fondations (voy. constructio>). 

BLOCHET, s. m. Terme de charpente (voy. chakpente). 

BOIER, s. m. Vieux mot qui signifie ègoul, cloaque (voy. égout). 

BOIS, s. m. On désigne par ce mot, en architecture, la partie ligneuse 
des arbres propres à la charpente ou à la menuiserie. Le bois de 



— -2i:! — . I BOIS 1 

consliuctioii pai- excellence est le bois de clièiie. I.e sol des (laules était 
renoiunié dans l'antiquité pour l'abondance et la (jualité de ses bois de 
chêne. f>es H(»inaiiis tiraient de celte contrée les bois (|u"ils employaient 
dans la constructictii de leurs editices ou dans la marine; et telle était 
l'immense étendue de ses forêts, que lonj^temps après eux les constructeurs 
firent usage du bois de chêne avec une incioyable profusion dans les 
constructions relijiieuses, civiles et militaires. Pendant les périodes méro- 
vingienne et carlovingienne, les églises, les monastères, les palais, les 
inaisons. les chaussées, les ponts et même les enceintes des villes étaient 
en grande partie élevés en bois, ou du moins cette matière entrait pour 
beaucoup tians la construction. Les premières chroniques françaises 
mentionnent sans cesse des désastres terribles causés par le feu ; des villes 
tout entières sont consumées. Ce tléau devint tellement fréquent, surtout 
pendant les expéditions normandes, que l'on dut songer à rendre les 
édifices publics et les habitations privées plus durables, en remplavant le 
bois par de la maçonnerie. Les voûtes furent substituées aux charpentes 
apparentes. Les palais et maisons eurent des murs de brique et de pierre 
au lieu de ces pans-de-bois si fréquents du temps de Grégoire de Tours et 
longtemps encore après lui. 

A partir du xi*^ siècle, le bois n'est plus guère employé dans les édifices 
publics que pour couvrir les voûtes et recevoir la tuile ou le plomb ; dans 
les hal)itations, que pour les planchers et les combles. Lorsque ces 
désastres causés par la négligence, le défaut d'ordre et les guerres, furent 
oubliés ; lorsque les villes prirent une grande importance commerciale, 
que le terrain municipal eut acquis de la valeur par suite de Taugmentation 
de la population dans des enceintes fortifiées que l'on ne pouvait étendre, 
les constructions privées en bois reparurent, comme plus faciles à élever, 
et surtout perdant moins de terrain que les constructions de maçonnerie. 
Et, en effet, c'est dans les villes commerçantes du xv^ siècle, telles que 
Rouen. Caen, Paris, Reims, Troyes, Amiens, Béarnais, que s'élèvent 
surtout des maisons de bois à la place des maisons de pierre des xn*^ et 
XHF siècles. 

Depuis le xiii** siècle, les provinces du midi étaient en décroissance; 
les enceintes des villes à peine remplies ne nécessitaient pas ces économies 
de l'espace; les habitants continuèrent à élever des maisons de pierre ou 
de brique ; d'ailleurs les forêts de ces contrées étaient déjà dévastées en 
grande partie dès l'époque des guerres religieuses du xiii« siècle, et le 
climat est moins favorable à la reproduction des bois durs que le nôtre. 
C'est donc surtout dans les provinces situées au nord de la Loire qu'il faut 
aller chercher les constructions de bois , que cette matière fut employée 
avec une parfaite connaissance de ses qualités précieuses. Or, si aujourd hui 
nous possédons des ouvrages pleins d'observations savantes sur les bois, 
si nous connaissons parfaitement leur pesanteur spécifique, leur dureté, 
leur degré de résistance; si de nombreuses ex|)eriences ont été faites sur 
les moyens de les conserver, sur la meilleure culture et l'aménagement des 



I BOIS I _ »2 1 i _ 

forêts, il faut cependaiil ieconiiailre(|uedans la j)rali(|ue nous ne pensons 
liuère à ces savantes ivrlicirhes , à ces ol)sorvati(>ns appr«»IVni(lit's; (|ut' 
nous discourons à merveille sur les bois, et (|ue nous les »'inployons trop 
souvent en dépit de leurs qualités, et conini»' si nous ne connaissions pa^ 
la nature de cette matière. iMallieurensenient, de nos jours, le praticien 
dédaifîne Tobseivation scientili(|ue ; le savant n'est pas praticien. Le savant 
travaille dans son cabinet, et ne descend pas sur le chantier; le praticien 
n'obsei'vc |)as. il cherche à produire vite et à bon marché. I>es mauvaises 
habitudes intioduites par Tamour du lucre, rij;norance et la routine, 
suivent leur cours, pendant que le savant observateur compose ses livres, 
établit ses formules. 

Le moyen âge, qui, pour beaucoup de gens, non praticiens il est vrai, 
est encoie une époque d'ignorance et de ténèbres, n'a, que nous sachions, 
laissé aucun livre sur la nature des bois et les meilleurs moyens de les 
employer dans les constiuctions; cette époque a fait mieux que cela : elle 
a su les mettre en œuvre, elle a su élever des ouvrages de charpente dont 
la conservation est encore parfaite, tandis que nos bois employés il y a 
vingt ou trente ans à peine sont pourris. 

Nous a!l(nis essayer de nous servir des observations purement |)raliques 
des charpentiers du moyen âge sur les bois; cet aperçu aura peut-être son 
utilité. On a prétendu (|ue beaucoup de (charpentes du moyen âge étaient 
faites en bois de châtaignier; nous sommes obligé d'avouer que nous 
n'avons, jusqu'à présent, rencontré aucune pièce de charpente de cette 
époque dont le tissu lessemble à celui de cette essence. Toutes les char- 
pentes que nous avons visitées, celles des cathédrales de (Iharlies et de 
Paris, de Saint-ticorges de Rocherville, de l'évèché d'Auxerre, (1»> l'église 
de Saint-Denis, (jui datent du xiik siècle", celles des cathédrales de Reims, 
d'Amiens, de l'église Saint-Martin-des-dhamps, de la cliaj)elle Saint- 
(iermer , de l'hôpital de Tonnerre, et tant d'auties qu'il serait tioplong 
d enumérer et qui datent desxine,xiv*,xv«etxvi«*siècles, nous ont paruètre 
en chêne, et n'avoir aucune ressemblance avec le bois de châtaignier (|ue 
nous j)()Ssé(lons aujourd hui dans nos forêls. (Cependant il l'aut dire que le 
bois de chêiie enq)loye alors elail dune autre essence (|ue celui générale- 
ment admis dans les constructions modernes. Les caractères particuliers 
de ces anciens bois sont ceux-ci : égalité de grosseur d'un bout a l'autre 
des pièces, peu d'aubier, tissu poreux, soyeux, til dioil, absence presque 
totale de nœuds, de geri^'ures, rigidité, égalité de coideur au cu'ur et à la 
surface; couches concentriques fines et égales, légèreté (ce (|ui lient pro- 
bablement à leur sécheresse), il est certain que l'on possédait encore au 
moyen âge et jusqu'au xvii»" siècle, dans nos forêts, une essence de chênes 
parfaitement droits, égaux de la base aux branches supérieures , et très- 
élevés quoique d'un diamètre assez faible. Ces chênes, qui semblaient 

' L'ancienne cliaijieiiU' (Je la ealliedrale de Cli;iiiieb lui mceiuliee en IIS.'5() ; colle de 
l'oylise de Saint-Denis esl démolie, mais il en existe de nomhreu.v fragments. 



-21 ri — 



BOIS 



|)oussés pour faire de la charptMite, n'avaient pas besoin d'être refendus à 
la scie pour faire des entraits, des arbalétriers, des poinçons; on se con- 
tentait de les équarrir avec soin ; n'étant pas refendus, et le cueur n'étant 
pas ainsi mis à découvert . ils étaient moins sujets ii se gercer, à se tour- 
menter, et conservaient leui' foice naturelle. (>es bois (ce qu'il est facile 
de reconnaître au nombre des couches concentriques) ne sont pas vieux ; 
ils conqitent habituellement soixante. (|uatre-vinf,fts ou cent années au 
plus pour les pièces d'un fort équarrissaj^'e. I-,es chevrons portant ferme 
sont eux-mêmes des bois de brin non refendus, et ces chevrons, qui ne 
comptent ixuère (jue soixante années^ altei.unent cependant parfois douze 
et (|uinze mètres de lon<iueur sur un é(iuarrissage de 0,!20 x 0,'20. 
Évidemment nos forêts ne produisent plus de ces bois. 

Les charpentiers du moyen k^e semblent avoir craint d'employer, même 
dans les plus ^n-andes charpentes, des bois d'un fort équarrissage, et très- 
vieux par conséquent ; s'ils avaient besoin d'une grosse pièce, telle qu'un 
poinçon de flèche par exemple, ils réunissaient quatre brins: c'était encore 
un moyen d'éviter les torsions si fréquentes dans les pièces uniques. 
Avait-on une grande charpente à exécuter, on allait à la forêt choisir les 
bois ; on les écorçait avant de les abattre ; on les emmagasinait plusieurs 
années à l'avance, à l'air libre, mais abrités et tout équarris. L'abatage 
se faisait en hiver, et pendant la durée d'une certaine lune '. Vraie ou 
fausse , cette croyance démontre l'importance que l'on attachait à ces 
opérations préliminaires. Les bois bien secs, après un très-long séjour à 
l'air, ou une immersion destinée à dissoudre et enlever la sève, étaient 
mis sur chantier, A la pose, on redoublait de soins; le bois coupé debout 
et posé contre la maçonnerie aspire l'humidité de la pierre; pour éviter la 
pourriture qui résulte bientôt de cette aspiration, on clouait quelquefois 
aux extrémités des pièces touchant à la maçonnerie, soit une lame de 
plomb^ soit une petite planchette coupée de fd; d'ailleurs on prenait les 
plus grands soins pour tenir les sablières isolées de la pierre, pour laisser 
circuler l'air autour du pied des arbalétriers ou des chevrons. On évitait 
autant que possible les assemblages, tant pour ne pas affaiblir les bois que 
pour éloigner les chances de pourritui'e. 11 arrivait souvent (|ue les bois de 
chaipente recevaient une couche de peinture qui semble n'être qu'une 
dissolution d'ocre dans de l'eau salée ou alunée ; et, en etfet, une lessive 
de sel marin ou d'alun empêche les insectes de s'attacher à la surface du 
bois; elle leur donne une belle teinte gris-jaune d'un aspect soyeux. On a 
supposé que le bois de châtaignier avait la propriété d'éloigner les 
araignées, et on a conclu de l'absence des araignées dans les anciens 
combles que ceux-ci étaient en bois de châtaignier; mais les araignées ne 
se logent que là où elles peuvent vivre, et les bois bien purgés de sève, 

' CeMe croyance à l'influence de la lune sur les bois au momenl de l'abatage s'est 
encore conservée dans quelques provinces du centre eu France, à ce point que les bois 
abattus pendant la lune favorable se vendent plus cher que les autres. 



I BOSSAliK 1 — ^"' — 

quelle que soit leur essence, |)ro(iuisaiil peu ou point de vers, de mouches, 
ne peuvent servir de loj-^is aux arai^niées. 

Quant aux bois enqiloyés dans les planchers et pans-de-bois pendant le 
moyen à{iO, ils n'étaicnl jamais enfermés, comme ils le sont aujoindiiui, 
entre des enduits; deux de leurs faces au moins restaient tctujours à lair 
libie : or cette condition est nécessaire à leur conservation. Les planchers 
se composaient d'une série de poutrelles ou solives apparentes recouvertes 
d'une aire, sur laquelle on posait le carrelage; les pans-de-bois laissaient 
voir leurs deux faces intérieure et extérieure. Dans cette situation, la durée 
des bois est illimitée, tandis (|u"ils sechaulVenl , fermentent et se pour- 
rissent avec rapidité, lors(|uils sont conqilétement enfermes. Tous les 
jours nous voyons des planchers qui n'ont pas plus de vingt et trente ans 
d'âge, dont les solives sont totalement pourries. On objectera que ces 
planchers ont été exécutés avec des bois verts ; cela est possible. Mais 
nous avons vu des poutres de planchers restées apparentes ptMidant deux 
ou trois siècles en parfait état, se pourrir en quelques années lorstjuon 
les avait enfermées dans des enduits; ce n'est donc pas seulement à la 
verdeur des bois qu'il fan! allribuer leur décomposition lorscpi'ils sont 
enfermés, mais au défaut d'air qui produit leur fermentation. 

On a cru, surtout depuis le xviie siècle, que plus les bois étaient gros et 
mieux ils résistaient à la destruction ; c'est là une erreui- que ne parta- 
geaient pas les charpentiers du moyen âge. Nous lavons dit déjà : les 
bois qu'ils employaient généralement dans les charpentes n'étaient |)as 
d'un très-fort équarrissage ; ils tenaient plus à leur qualité, à l'égalité de 
leur tissu, à leur longueur et rectitude naturelles, qu'à la grosseur du 
diamètre des pièces. Le bois de chêne ne devient très-gros qu'après cent 
cinquante ou deux cents ans d'âge; alors le co-ur tend à se décomposer, 
et c'est par le coeur que conmience la ponrriture si dangereuse des gros 
bois. Nous renvoyons nos lecteurs à l'ailicle charpenïi:, dans lequel nous 
démontrons, par des exemples, que si les ('harj)entiers du moyen âge 
choisissaient les bois de construction avec grand soin , ils n'étaient pas 
moins scrupuleux dans la manière de les tailler, de les monter et les poser. 

BOISERIE, s. f. (Voy. menuiserie.) 

BOSSAGE, s. m. C'est le nom (pie l'on donne au parement saillant 

brut d'une pierre dont les arêtes seulement 
^ sont relevées par une ciselure, ainsi (|ue le 
démontre la tig. I . Dans des constructions de 
pierre de taille que l'on veut élever rapide- 
ment, en n'enqîloyant que la main-d'œuvre 
rigoureusement nécessaire pour permettre de 
poser les assises sans perte de temps, on s'est 
quelquefoiscontentéde tailler les lits, joints et 
les arêtes des pierres, sans se préoccuper de parementer les surfaces com- 




— -217 — 



BUSSAliK j 



prises entre ces aiètes. Les Koiuaiiis ont fait usa^'e de ce mode rapide dt- 
construire, et, p<Midant le moyen àiîe, nous \ oyons certaines bâtisses dans 
lesquelles on a laisse des bossages bruts sur la face \ue de tluKpie pierre. 
C'est particulièrement dans les tuivrages de tortiticati(»n de la fin du 
xnr siècle (pie ce genre de construction apparaît, surtout dans les contrées 
où la qualité très-dure de la pierre ne se prèle pas à la taille. Toutes les 
parties de lenceinte de la cité de Carcassonne, bâties sous IMiilippe le 
Hardi, ont des parements à bossaa:es ; nous en voyons également, vers la 
même époque, à la grosse tour de l'ancien archevêché de Narbonne, à 
Aigues-Mortes, etc. 

Les bossages disparaissent des parements de pieire pendant les xiv 
et xv«; siècles , pour reparaître au xvi^, avec l'imitation de l'architecture 
italienne. Ils deviennent même alors un motif de décoration dans l'archi- 





tecture civile et militaire: ils sont ou bruts, ou taillés en tables (2), en 



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poinie> de diamant (3), en demi-sphères (i), connue un peut le voir dans 

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T. 11. 



IIOlDIN 



— '2\H — 



qiu'lqiu's timrs l'ortiliccs de la fin du .\\'" sit^'clc »»u du ronnufiift'iiioiif 
du wi-', el nolaunncnt sur les parcnitMils de la grosse lourde la \)inlr 
nord de renceiule de Vezolay, hàlie au <'oiinu«>n(<Mn»'iit du règne de 
François l'''". 

Pondant le développement de l'arcliilecture de la renaissanee , on voit 
les l)ossaj?es se couvrir de divers ornements, tels que vermiculures *, 
emi>lènies, chiH'res, r«''seau\. efe. Le rez-de-cliaussee de la jurande i:alerie 
du Louvre, du pavillon d'Apollon au pavillon Lesdi;;uières, nous lournil 
de nombreux exemples de ce genre de décoration de bossages. 

BOSSIL, s. m. Vieux mot qui signifie une braie, un dos d'âne au milieu 
d'un fossé; aussi l'escarpement que produit la terre d'un fossé jeté sur 
berge (voy. bu aie). 

BOUDIN, s. m. (yest un membre d'architecture de forme cylindri(|ue 
qui décore les archivoltes, les arcs doubleaux, arcs ogives, bandeaux, etc. 
Dès le IX* siècle, on voit apparaître le boudin dans les arcs doubleaux 
pour les alléger. La crypte de l'église cathédrale de vSaint -Etienne 
d'Auxerre présente déjà de gros boudins ou demi-( ylindres saillants siu* 
un arc doubleau à aiètes vives (I). On voit aussi, dans la cryjile de l'église 
Saint-Euthrope de Saintes (conmiencement du xii'' siècle) , des arcs dou- 








bleaux qui ne sont que de gros boudins ("2). Lorsque la voûte en arcs 
d'ogive est adoptée pendant le xu<- siècle, la coupe des arcs doubleaux 
reste souvent rectangle, et les arcs ogives prennent un ou trois boudins (;{) \ 



1 Ces bossaj;;es luMnisiiIitMiques se Irouvent souvent sur les parements fies forlifi- 
calions élevées au nionieiil île l'emploi régulier de l'arlilleiie à l'en. Ils (iijnraienl 
évidemment des boulets. 

2 Ce genre d'ornemenlalion est une imitation des ell'els que produit le salpêtre sur 
certaines pierres caleaires tendres, particnliéreliient à l'exposition du sud. Les tailleurs 
de pierre et les carriers attribuent encore aiijourd'liui cet ellét singidicr de décompo- 
sition à rinihience de la lune. 

■' l'on lie de l'édise abbatiale de Vé/elav. 



-2 lu 



[ BOULEVARD | 



Mais les cou|)es rectaiij'les ne devaient pas ètiv longtemps conservées 
|)our les arcs doubleaux; dès le milieu du \m'" siècle, nous voyons les 
Itondins i"»'mj)lacer les arêtes vives (voy. aik; doibi.eai . arc fMUVE). 




Pendant le xni*^ siècle, les moulures des divers membres de larchitecture 
deviennent de plus en plus délicates, et les boudins donnent une forme 
trop molle pour être longtemps conservés; ils reçoivent une arête sail- 
lante A (4) . 

Au xive siècle, larète aiguë du boudin ne semble pas assez accusée ; 
on lui donne un méplat A (o) '. 





Dans les meneaux, c'est un boudin qui forme le principal nerf de la 
combinaison des courbes (voy. mexeal); dans ce cas, il ne fait que conti- 
nuer le diamètre de la colonnette. Le boudin disparaît au xv»; siècle et fait 
place à des formes prismatiques curvilignes (voy. profil). 

BOULEVARD, s. m. Boluverl, boulevert. On désignait par ce mol, à la 
fin du xye siècle et pendant le xyi», un ouvrage de fortification avancé qui 



' Déjà on trouve, dans des »>difiies du xiu' siècle, des lioudins taillés suivant la 
roupp donnée par la fig. 'i. 



I itou.KWui) 1 — '2-20 — 

remplaçait les barbacanes des anciennes forteresses (voy. architectire 
.Mii.iTArnF,). Le Ixuilevard apparaît en même temps (pie l'application réf,'u- 
lière (le Tartillerie à l'eu. Il est d'abord élevé en teric i^a/.onnée. et c'est 
peut-être à son apparence verdoyante à l'extérieur qui! doit son nom ; 
l)ientôt, d'ouvraj^e "provisoire élevé à la bàle en dehors des vieilles 
nmrailles, il passe à l'état de terrassement pei-manent revêtu de pierre 
ou de construction de maçonnerie épaisse , défendue par des fossés, des 
batteries couvertes et barbettes. Le boulevard devient la principale 
défense des places ; il proté^^e les anciens nmrs, ou bien, établi sur un 
point faible, il forme un saillant considérable et ne se relie à r'ensend)le 
de la forteresse que par des lignes étendues. 

Parmi les essais qui furent tentés, à la fui du xve siècle et au comni^nce- 
ment du xvi«, pour mettre la défense des places au niveau de l'atta(iue, 
nous devons citer en pnMnière ligne la belle forleress(> de Schaffbausen, 
véritable boulevai'd, (pii présente tout un enseml'le d'ouvrages fort 
reniar(piable pour répo(|ue, et parfaitement complet encore aujourd'hui. 
Mais pour faire comj)rendre l'importance de cet ouvrage, il est nécessaire 
de se rendre compte de son assiette. En sortant du lac de Constance, le 
Rhin se dirige par Stein vers l'ouest ; arrivé à Schaffhausen. il se détourne 
brusquement vers le sud jusqu'à Kaiserstuhl. (le coude est causé pai- de 
hautes collines locheuses (pii ont présenlé un obstacle au fleuve et l'ont 
contraint de changer son cours. Stein, SchalVhausen et Kaiserstuhl forment 
les trois angles d'un triangle équilatéral dont Schaffbausen est le sommet. 

II était donc d'une grande importance de fortifier ce point avancé, frontière 
d'un État, d'autant mieux que la rive gauche du fleuve, celle qui est dans 
le triangle, estMominé(> par l(>s collines de la rive dioile qui ont présenté 
au fl(>uve un obstacle iiisuinionlable. En cas d'invasion, l'ennemi ne 
pouvait manquer d'occuper les deux côlés du (l'iangle et de tenter le 
passage du fleuve au j)oml où il forme un coude; il ne risquait pas ainsi 
d'être pris en flanc. Ceci |)osé, les Suisses établirent dès lors un pont 
reliant les deux rives du Khin et les deux parties de lavilledeSchafi'hausen, 
et sur la rive droite ils planlt'rent une gi'aiide forteresse au sommet de la 
colline commandant le fleuve, en reliant cette ciladelle au lUiin par deux 
murs et des tours. Ces deux nmrs forment un vaste triangle, sorte de tête 
de pont commandée par la forteresse. Voici (1) l'aspect général de cette 
fortification, (pie nous devons étudier dans ses détails. La ciladelle, ou 
phil(')t le grand boulevard (|ui couronne la colline, est à trois étages de 
batteries, deux couveiles ei une à ciel ouvert. La batterie inférieure est 
placée un peu au-dessus du fond du fossé, (|ui est liès-profond ; en voici 
le plan (2). On arrive au chemin de ronde pentagonal A par une rampe 
spirale en pente douce B permettant le charroi de pièces de canon. A 
chaque angle de ce chemin de ronde, d'une largeur de 2'",00 environ, sont 
perctM's des endtrasures biaises pour l'arlilleiie batlani le fossé; en avant 
des ci!)tés du p(»lyg()ne sont élevés trois petits ouviages isolés, sortes de 
bastions doiu nous donnons (li) Tt-hnatioii peispcclivc. Ln ïjupposani que 



— --I — [ BOll.KNAHIi I 

rassit'jieaiit Cùl |>ai\tiiii à (Iftiuiic un de ces bastions au moyen d'une 



I 



=^E^^^ 




^ 



VI. 



ah I N 



liatterie de brèche établie sur la contrescarpe du fossé (car le sommet de 




ces bastions ne dépasse pas le iiixcau de la «H'Ic d.- crllf ctintrescarpe. l't 



I BUI'LKVAIU) 



»)>.)v) 



ils sont ((jinplétenu'iil masqués du dcluns) , on ne pouvait s'introduirr 
dans la |)la('(' ; non-scidcinciil ces hastictiis sont isolt's cl n'ont de (■(iitniin- 




t^^M<. 



nication qu'avec le fossé, mais ils sont aiMnés d'embrasuies de canon C à 
la gorge, percées dans le chemin de ronde (fîg.. 2), et leur destruetion ne 
faisait que démasquer ces end)rasures. Les bastions, complètement hàtis 
en pierre, sont couverts par des coujxiles avec lant(Mn()iis perces dévcnts 
pour |)ermettre à la fumée des pièces de s"èclia[)per. Le premier étage (i), 
auquel on arrive par la même pente douce spirale B, hupielle est alors 
supportée par quatre colonnes montant de fond, présente à l'extérieur un 
plan parfaitement circulaire, la tour contenant la rampe formant seule une 
saillie sur ce pâté, du côté du lleuve. Vers le point opixtsè, en E, est un 
pont volant traversant le fossé; c'est de ce côte (pie rai-chitecte a cru 
devoir renforcer son houlevard par une énorme masse de mavonnerie 



— -2-23 - 



BOII.KWUI) 



pleine, ot ct'la avec raison, la foitorpsse no pouvant être l)attuo en brèche 
des plateaux voisins que sur ce point. Sur la (lroit(> du boulevard, eu 




amont du fleuve, du côté on une attaque pouvait aussi être tentée, est une 
batterie F caseniatée, séparée de la salle principale par une épaisse maçon- 
nerie. Une brèche faite en G ne pouvait permettre à l'ennemi de s'introduire 
dans la place. En H est une inmiense salle dont les voûtes d'arêtes sont 
soutenues parquatreirros piliers cylindriques. Quatre embrasures s'ouvrent 
dans cette salle, deux flanquant les deux courtines qui det^c'cudent au fleuve, 
et deux donnant dans le triangde. Outre les évents percés au-dessus de 
chacune des embrasures, dans les voûtes de la i^rande salle s'ouvrent 
quatre lunettes M de près de trois métrés de diamètre, destinées à donner 
du jour cl de l'air, et à laisser échapper pnunptement la fumée de la 



[ BOILKVAHI) I — "l'ii — 

poudre. En I est un puits, el ou K deux jx'tils escaliers à \is (-(nmiiuui- 

(|Uiint à la plale-rornio supérieure 
pour le service de la j,'aruisoii. 
Près de la rampe est un troisième 
escalier à vis qui monte de tond. 
Nous présentons ici (5) une des 
embrasures de la frrande salle, in- 
;;éuieuseuuMit coud)iuee pour per- 
mellre à des pièces de petit calibre 
de tirer dans toutes les directions 
sans démas(pier ni ces pièces ni 
les servants. La tiy. ('» donne le 
plan de l'ela^c supérieur ou jjlate- 
t'oruic dont le parapet est percé de 
dix embrasures pour du canon, et 
de quatre échaujjfuettes ttanciuanl 
la circonlerence de la forteresse, 
percées de meurtrières plou^^an- 
les el borizontales. pour poster des 
ar(iuebusiers. On voit que les deux 
premières end)rasures à droite et 
à gauche battent l'intérieur du 
trianj(le et tlanquent la tour de la 
rampe (|ui sert de donjon ou de 
{jfuette à tout l'ouvrajïe.On retrouve 
„, . ,, sur ce plan les (luatre crandes lu- 

PLAN ,.■•..- 

nettesI\l,lepuUs iet lespetUsesca- 
liers de service. Les eaux de la plate-torme s'écoulent par dix gargouilles 





placées sous les end)rasures. En N,() (fig. i) . soiii les deux cointines (pii 



'2î*r^ — 



KOILKVAHU 





^i/.'LL/iuvor ^savë' 



vont rejoindre le fleuve. Celle N. en amont, est plus fortement défendue 
T. II. -20 



[ BOLLKVARI) | — "^-'J — 

que l'autre; sous les arcs qui portent le chemin de ronde et leshourds de 
bois, encore en place aujourd'hui, sont percées des embrasures qui battent 
les rampes du coteau, du côté où rennemi devait se présenter, l'autre 
côté étant pioté^'é par la muraille du faubourj; de SchatVhausen. Pour bien 
faire comprendre l'ensemble de cette belle forteresse, nous en donnons une 
vue (7), prise en dedans du triangle foiiné par les deux courtines descen- 
dant au fleuve. On voit que la courtine N en amont est tlanrpiée par une 
haute tour carrée. Nous avons rétabli la tour qui se trouvait à la tète du 
pont, et qui est aujourd'hui détruite. H ne reste plus que quehpies traces 
des ouvrajijes (|ui «Miviron liaient celte tour. L'ancien pont a été remplacé 
par un pont moderne. Quant au corps principal de la forteresse, aux 
courtines, fossés, etc., rien n'y a été retranché ni ajouté depuis le 
xvie siècle. La maçonnerie est grossière, mais excellente, et n'a subi 
aucune altération. Les voûtes de la grande salle sont épaisses, bien faites, 
et paraissent être en état de résister aux bombes. 

Cette défense de Schalfhausen a un grand air de puissance, et nous 
n'avons rien conservé de cette époque, en France, qui soit aussi complet 
et aussi habilement combiné. Pour le temps, les llanquements sont très- 
bons, et le plan du rez-de-chaussée au niveau du fond du fossé est 
réellement tracé d'une manière remarquable. Si l'on tiouve encore ici un 
reste des traditions de la fortification antérieure aux bouches à feu, il faut 
dire cependant que les efforts faits pour s'en affranchir sont très-sensibles. 




PSGAHD 



et la forteresse de Sehaniiausen nous parait su|)érieure aux ouvrages 
analogues exécutés à la même épo(jue en Italie. 



■2-27 



iioi l.i:\ AUl) 



A l'instar des lours du moyen àj^e, la forme circulaire est prélerée 
pour les i)remiers boulevards comme poiu- les pr<'iniers bastions. Albert 
Durer trace des boulevards semi-circulaires, avec' tlancs droits en avant 
des anj^les saillants des muiailles. Il les compose d'une batterie barbette 
battant les dehors, la contrescarpe et les jilacis, et d'une batterie couverte 
battant les fossés, ainsi que l'indique le plan (H) cpie nous donnons ici 
d'après son œuvre. Le boulevard d'Albert Durer est isolé de la courtine 
par un boyau DD, sorte de fossé couvert |)ar un j)lancliei'. Derrière le 
boulevard sont établies, au niveau du sol de la place, de vastes casemates 
E(9) destinées au lof^ement de la garnison et au dépôt des nuuiitions (voyez 
la coupe sur AB du plan, fig. 8). La batterie couverte est munie de 




grandes embrasures pour du canon et d'autres plus petites pour les 
arquebusiers. Des évents et cheminées sont percés au-dessus de chaque 
embrasure. Les casemates E sont éclairées et aérées par des lunettes 
percées au milieu de chaque voijte d'arête, comme à Schatî'hausen. 
Contrairement à l'usage adopté jusqu'alors, Albert Durer ne fait pas 
commander les courtines par le boulevard; au contraire, ainsi que 
l'indique la face extérieure (10), il semble admettre que le boulevard étant 

10 




» 

pris , en détruisant le plancher posé sur le fossé D (fig. 8 et 9), les cour- 
tines pourront conmiander cet ouvrage avancé et empêcher l'assaillant de 
s'y maintenir'. 

Quelle que fût l'étendue des boulevards semi-circulaires, leurs feux 
divergents flanquaient mal les courtines; on comprit bientôt qu'il fallait 
se préoccuper de défendre les saillants des boulevards plutôt par les feux 
croisés des boulevards voisins que par leur armement piopre ; que 
l'assaillant tendant toujours à battre les points saillants, il fallait fair«' 



AU). Uureri, picl. cl ardiH., de slruend. aj^gerih. Parisiis, 1535. 



[ BOULKVARD | 



— ■l'2i<> — 



conver^fii" sur le point atfa(|Lié des l)atl('ri<'s prcnaiil r<'miemi en écliaipt' ; 
c'est alors que l'on renonça aux boulevards scnii-eirculaiies pour adopter 
les faces formant un anyle , ou (jue l'on rcnfoiva les batteries circulaires 
supérieures par des batteries basses avec redents, connue à Augsbour^ 
(voy. ARCHiTECTLKE suLiTAMiE, fig. 68). Le plau général dcs fortifications de 
cette ville, au coniniencenient du xyi»^ siècle, que nous donnons ici (II), 




fait voir comme on entendait , à cette époque, disposer les boulevards en 
avant des aniïles saillants des vieilles défenses, et connue on cherchait 
dès lors à rendre ces boulevards plus forts par des redents tlanquant leurs 
faces. 

Mais c'est en France que nous trouvons les boulevards les mieux conçus 
dès le commencement du xvi'^ siècle. Il existe un plan (manuscrit sur 
vélin) de la ville de Troyes, conservé dans les archiv(>s de cette ville, (jui 
indi((ue de la manière la plus évidente des frrands bastions ou boulevards 
àorillons et faces loiinant des angles aij^us ou obtus; et ce plan ne peut 
être postérieur à 1530, car il fut dressé au moment où François I**'' fit 
réparer les fortifications de Troyes, en ir>'-2i. Voici (12) un fac-similé 
d'un des ouvraj^es projetés sur ce plan. Le fossé est plein d'eau; on voit 
en A de petites batteries masquées, à double étajje, probablement réser- 
vées en contre-bas et en arrière des flancs couverts B consliuils deirière 
les orillons. Les batteries B enfilent le devaiU des anciennes tours conser- 
vées. On remarcjuera que la maçonnerie qui revêt le boulevard est plus 
épaisse à la pointe qu'aux épaules , présentant ainsi sa plus {grande 
résistance au point où la brèche devait être faite ; des contre-forts viennent 
encore maintenir, sous le terrassement, tous les revêtements. Ol ouvrajic 
est inliude : lUmlevai'd de (a porte Saint-Jacques. 

Kn donnant, chaque jour, aux boulevards une plus }iraud<' étendue. 



»2'2i) 



BOLLKV.llU) 



«'Il protéiieant leurs faces par des feux croisés, en aufînientaiit et masquant 
leurs tlancs pour enliler les fossés, on chercliait encore, à la fin du 



VILLE 




xvr siècle, à les isoler du corps de la place dans le cas où ils tomberaient 
au pouvoir de l'ennemi. Dans les traités de fortification de Girolamo Maggi 
et du capitaine Jacomo Castriotto, ingénieur au service du roi de France ', 
on voit des l)oulevards très-étroits à la gorge , et pouvant être facilement 
remparés; d'autres sont, au contraire, fort larges à la gorge; mais celle-ci 
est casematée, et la galerie inférieure, étant détruite au moyen de four- 
neaux, forme un fossé entre le boulevard et le corps de la place. Voici le 
plan (13) de ces ouvrages qui méritent d'être mentionnés. Girolamo 
Maggi dit - qu'un boulevard de ce genre avait été construit en 1550 près 
la porte Livinia, à Padoue, par San Michèle de Vérone. Ce boulevard était 
entièrement isolé par une galerie casematée inférieure A au niveau du 
fossé, pouvant servir au besoin de logement pour la troupe et de maga- 
sins. Dans les piles de cette galerie étaient ménagées des excavations 
propres k recevoir des fourneaux; si les faces du boulevard tombaient au 
pouvoir de l'ennemi, on mettait le feu à ces fourneaux, et l'ouvrage avancé 
se trouvait tout à coup isolé des courtines B par un fossé impraticable. 
Pour la défense des fossés, des pièces d'artillerie étaient placées en C aux 
deux extrémités de la galerie et masquées par les épaules D. Il faut 



« Delta forlif. délie Città, di M. Cirol. Maggi, et del capit. Jac. CastiioUo, 1o83. 
In Venelia. 

^ Lib. 11, p. o9. 



[ BOULEVAHI) 1 — •2.'J<) — 

convenir (luo des ouvraiiPS de ce jj;ein'e, eonstruilsen assez j,'i'an<l nonibi-e 
antftur diHK^ place inipnrlante. ani'aieni occasioniu' desdépensesénoiines, 




et qui n'eussent peut-être pas été proportionnées aux avantages que l'on 
aurait pu en relirer; mais, jusqu'au connnencenient du xvir siècle, les 
ingénieurs niilitaires, encore imbus des traditions du moyen âge, ne 
craignaient pas, comme on a pu le voir par les exemples que nous avons 
donnés ci-dessus, de projeter et d'exécuter même des travaux de fortifi- 
cation exigeant des amas considérables de matériaux et des combinaisons 
de construction dispendieuses. Les progrès de l'artillerie à l'eu obligèrent 
peu à peu les ingénieurs à sinqilitier les obstacles détènsifs des places, à 
doimer un plus grand développement aux ouvrages saillants et à les rendre 
solidaires. 

Les boulevards ne sont encore, au commencement du xvie siècle , que 
des fortifications isolées se défendant par elles-mêmes, mais se protégeant 
mal les unes les autres. Le principe « ce qui défend doit être défendu » 
n'est pas encore appliqué. Ce n'est guère (|ue vers le milieu île ce siècle 
que l'on commence à protéger les places autant par le tracé des ouvrages 



— '2'JI — 1 BUULEVAKU ] 

saillants, l'ouverture des angles de leurs faces et de leurs flancs, que par 
la solidité des constructions. 

il est curieux de suivre j)as à pas toutes les tentatives des architectes et 
ingénieurs de cette éixxjue : comme toujours, les dispositions les plus 
simples sont celles qui sont adoptées en dernier lieu. L'art de battre en 
brèche faisant des progrès rapides, il fallait, chaque jour, opposer de 
nouveaux obstacles au\ feux convergents des assiégeants. Longtemps les 
constructeurs militaires se préoccupèrent de couvrir leurs batteries, de les 
mascpier jusqu'au moment de l'assaut, plutôt (|ue de battre au loin les 
abords des forteresses, »'t d'opposer à une armée d'investissement un 
grand nombre de bouches à feu pouvant faire converger leurs projectiles 
sur tous les points de la circonférence. Ce ne fut que quand l'artillerie de 
siège fut bien montée, nombreuse, qu'elle eut perfectionné son tir, et 
que les batteries de ricochet purent atteindre des défenses masquées, que 
l'on sentit la nécessité d'allonger les faces des boulevards, de remplacer 
les orillons, qui ne préservaient plus les pièces destinées à enfiler les 
courtines, par des flancs étendus et enfilant les faces des boulevards voi- 
sins; mais alors les boulevards prirent le nom de bastions K La dénomi- 
nation de boulevard fut conservée aux promenades plantées d'arbres qui 
s'établirent sur les anciens ouvrages de défense. 

La grande artère qui, à Paris, entoure la rive droite, de la Madeleine à 
la Bastille, a longtenqjs laissé voir la trace des anciens boulevards sur 
lesquels elle passait. Les nivellements et alignements opérés depuis une 
vingtaine d'années ont à peu près détruit ces derniers vestiges des défenses 
de l'enceinte du nord commencée en 1336, et successivement augmentée 
jusque sous Louis XIII. « En ce temps-là, dit Sauvai *, les ennemis étoient 
M si puissants en Picardie, qu'ils ne menaçoient pas moins que de venir 
« forcer Paris ; le cardinal du Bellay, lieutenant général pour le roy, tant 
« dans la ville que par toute l'Isle de France, en étant averti, pour les 
« mieux recevoir, outre plusieurs tranchées, fit faire des fossés et des 
w boulevards, depuis la porte Saint-Honoré jusqu'à celle de Saint-Antoine, 
« et afin que ce travail allât vite, en 1536, les officiers de la ville, s'étant 
« assemblés le 29 juillet, defiéndirent à tous les artisans l'exercice de leur 
« métier deux mois durant, avec ordre aux seize quarteniers de lever 
« seize mille manœuvres, et de plus à ceux des faux-bourgs d'en fournir 
« une fois autant, sinon que leurs maisons seroient rasées.... En 1544, 

< Voj. laiticle ahchitectire militaire. Parmi les ouvrages à consulter : Délia 
fortif. délie Città, di M. Girol, Maggi, et del capilan Jacomo Castriolto; 1583, Venetia. 
— Disc, sur pluaieurs poincls de r architecture de guerre, par M. Aurel. de Pasino; 
1579, Anvers. — Delte fortif.., iW Gidv. Scala ; 1590, Rome. — Le fortif., di Buonaiuto 
Lorini; 1609, Venetia. — La fortif. démonstrée, par Lrrard de Bar-le-Duc; 1620. — 
Les Fortifications, du chev. Ant. Deville; 1641, Lyon. — La fort. Guardia difesa et 
expug. délie fortezze. Tensini; 1655, Venetia. — Fortif. ou Archit.milit., par S. Maro- 
lois; 1627, Amsterdam. — Architecture militaire de Speklin; Strasbourg, 1S59. 

" T. I, p. 4:i. 



[ HOtLON 



'2',i-2 



« FiaiH'ois I ayant appris que Chailcs-Uninl avec son arn)ée étoit à 
« Château-Thierry, aussitôt il envoya à Paiis le duc de Cuise, qui revêtit 
« d<' remparts les murs de la ville, tant du côté des laux-lumr^^s du Temple, 
« de Montmartre et de Saint-Antoine, (jue de ceux, de Saint-Michel et de 
« Saint-Jacques.... » 

La plupart de ces ouvrages n'étaient point revêtus, mais simplement 
gazonnés. Les buttes que l'on remarcjue encore entre la rue Montmartre 
et la rue Saint-Fiacre, entre la rue Poissonnière et la rue de (vh'ry. au 
droit de la rue de lîondy, au boulevard du Temple, remplacemenl aujour- 
d'hui bâti du Jardin Beaumarchais, étaient autant de boulevards élevés en 
dehors de l'enceinte de Charles V. 

BOULON, s. m. C'est le iiom que l'on donne à une tige de fer rond, 
munie (liuie tête à im bout et d'un écrou à l'autre bout. Les boulons son! 
c(-nnnunement employés aujourd'hui dans la chari)enle et la serrurerie. 
Avant le wii^ siècle, ils n'<jtaient pas nmnis d'un filet avec écrou et pas- 
de-vis pour serrer, mais sinq)Iement d'une clavette passant à travers l'ex- 
trémité opposée à la tête, ainsi qu'on le voit ici (1). Du reste, les charpentes 




R 



anciennes ne sont maintenues que par la combinaison des assemblages, 
des clefs de bois, et ne recevaient pas de ferrures. Quelquefois, cependant, 
les sablières, les longrines sont retenues enstMulile par des broches de fer 
ou boulons avec clavettes, connue celui représenté ici. Mais ces sortes de 
boulons ne permettaient |)as de serrer les pièces de bois l'une contre 
l'autre connue on le fait aujourd'hui au moyen des écrous. Le boulon 
moderne est un véritable perfectionnement ; il permet d'assembler des 
pièces de charpente avec facilité, t'conomie et pi'écision. A notre sens, on 
en abuse connue de tout<' invention d'un usage connnode et économique; 
on en est venu à conq)ter trop sur la puissance des boulons à écrous, à 
négliger les assend)lages et ces clefs de bois qui possédaient, avec une 
grande élasticité, l'avantage de ne pas endommager les bois par des trous 
et des liges de fer qili souvent les font éclater. Les boulons sont munis 
aujourd'hui de têtes carrées, afin qu'étant engagées dans le bois, la tige 
ne puisse tourner lors(|ue l'on serre l'iîcrou. Autrefois , les têtes des 
boulons étaient généralement rondes comme des têtes de clous. 



— '2'^'^ — [ BoiusE ] 

BOURSE, s. f. Dans les anciennes villes franches du nord, des Flandres 
et de la Hollande, le connnerce prit, dès le xive siècle , une si j^'rande 
importance, ((iic les nciiociants établirent des locaux destinés à leurs 
réunions jouiMialières afin de faciliter les transactions, (^es hàtinients, 
véritable hasilique des marchands, se composaient de vastes porti([ues 
entourant une cour. Au-dessus des portiques étaient ménaf,'ées des gale- 
ries couvertes. Un hetiVoi, muni d'une horloge, accessoire indispensable 
de tout établissement municipal, était joint aux bâtiments. Les villes de 
France ne prirent pas, pendant le moyen âge, une assez grande importance 
commerciale, ou j)lutùt U^s négociants ne composaient pas un corps assez 
homogène et compacte pour élever des bourses. A Paris, on se réunissait 
aux halles ou sous les piliers de l'Hôtel-de-Ville. Dans les grandes villes 
du midi, qui consei-vèrent leur régime municipal au milieu de la féodalité, 
commeToulouse, par exemple, c'était sur la place publicjue que se traitaient, 
en plein air, les att'aires de négoce. Mais, en France, c'était surtout dans 
les grandes assemblées connues sous le nom de foires que toutes les 
transactions du gros commerce avaient lieu; et ces foires, établies a 
certaines époques fixes de l'année sur plusieurs points du territoire, dans 
le voisinage des grands centres industriels ou agricoles, attiraient les 
négociants des contrées environnantes. Là, non-seulement on achetait et 
l'on vendait des produits et denrées apportés sur place , mais on traitait 
d'atfaires à long terme, on faisait d'importantes commandes, dont les 
délais de livraison et les payements étaient fixés presque toujours à telle 
ou telle autre foire ; car le commerce, pendant le moyen âge, n'avait pas 
d'intermédiaires entre le fabricant et le débitant. Les juifs, qui alors étaient 
les seuls capitalistes, faisaient plutôt l'usure que la banque. Un tel état de 
choses, (pii existait sur tout le territoire de la France , ne nécessitait pas, 
dans les grandes villes, l'établissement d'un centre conunercial; tandis 
que les villes libres du nord, dès le xiv^ siècle, villes la plupart maritimes 
ou en communication directe avec la mer, avaient déjà des correspondants 
à l'étranger, des comptoirs, et spéculaient, au moyen de billets, sur la 
valeur des denrées ou produits dont la liviaison était attendue. En France, 
le négociant faisait ses atl'aires lui-même, recevait et payait, revendait au 
débitant sans intermédiaire; un local public destiné à l'échange des valeurs 
ne lui était pas nécessaire ; traitant directement dans les foires avec le fabri- 
cant ou le marchand nomade, payant comptant la marchandise achetée, ou 
à échéance la marchandise commandée à telle autre foire, il n'avait de 
relations qu'avec la clientèle qu'il s'était faite, et ne connaissait pas le 
mécanisme moderne du haut négoce; mécanisme au moyen ducpiel le 
premier venu qui n'a jamais vendu un granune d'huile et n'en vendra 
jamais peut acheter plusieurs milliers de kilogrammes de cette denrée, 
et, sans en toucher un baril, faire un bénéfice de dix pour cent. Les 
grands marchés périodiques ont longtemps préservé le négoce en France 
de ce que nous appelons la spéculation, ont contribué à lui conserver, jus- 
qu'au commencement du siècle, une réputation de i)robilé tradilionnelle. 
T. n. :«) 



I BorTiQUK ] — "234 — 

Nous ne pouvons donner à nos lecteurs un exemple de bourse française 
du moyen î\ii(\ ces étaltlissements n'existant pas et n'ayant pas de raisdii 
d'oxister. Nous devons dire, à riionneurdes monastères (car c'est toujours 
liKiu'il faut revenir lors(|ue l'on veut comprendre et expliquer la vie du 
moyen A^^e en France)^ que ces centres de religieux réj^uliers Curent les 
prenners à établir des foires sur le territoire de la France. Possesseurs de 
vastes domaines, d'usines, afi;iiculteurs et fabricants, ils formaient le noyau 
de ces ajifilomt'i-ations périodicjues de marchands; certes, ils tiraient un 
profit considérable de ces réunions, soit pai' la vente d(> leurs i)ro(luits et 
denrées, soit par la location des terrains qu'ils abandonnaient temporaire- 
ment ; vastes camps paciti(iues dont la foire de Beaucaire peut seule 
auioui'd'liui nous donner l'idée. Mais ce profil, outre qu'il était fort légi- 
time, était une sauvej;arde pour le conunei-ce; voici comment : les 
monastèi'cs conservaient un droit de contrôle sur les objets apportés en 
foiie, et ils ne laissaient pas mettre en vente des marchandises de 
mauvaise (jualité; cela eut peu à peu discrédité le centre commercial; 
quant aux denrées ou produits sortis de leurs mains, ils avaient intérêt 
et tenaient à coeur de leur maintenir une supériorité sur tous les autres. 
Les bois, les céréales, les vins, les fers, les tissus, les pelleteri<'s, les laines 
sortant des établissements i-eligieux étaient toujours de (jualilé su})érieure, 
recherchés, et achetés de conliance; car le couvent n'était pas un fabri(;ant 
ou un aj^riculteur qui passe et cherche à gagner le plus possible sa vie 
durant, quitte à laisser après lui un établissement discrédité; c'était, au 
contraire, un centre perpétuel de produits, travaillant plus pour conserver 
sa réputation de supériorité, et par conséquent un débit assuré à tout 
jamais, (|ue pour obtenir un gain exagéré, accidentel^ en livrant des 
produits falsitiés ou de médiocre qualité, au détriment de l'avenir. 
Les établissements religieux , à la tin du siècle dernier, n'étaient plus ce 
que les xc et xic siècles les avaient faits; et cependant cette époque n'est 
pas assez éloignée de nous pour que nous ayons oublié la réputation 
méritée dont jouissaient encoie les vins, par exemple, des grands monas- 
tères, pendant ces dernières aimées de leur existence. 

Si des villes comme Amsterdam, Anvers, Londres, (|ui n'étaient et ne 
sont, par le fait, que de grands entrepôts, ont eu besoin de bourses pour 
établir la valeur journalière des produits qu'elles recevaient et exportaient, 
il n'en était pas de même en France, pays plus agricole qu'industriel 
et commerçant, qui consomme chez lui la plus grande partie de ses 
produits. 

BOUTIQUE, s. f. Salle ouverte sur la rue, au rez-de-chaussée, dans 
laquelle les marchands étalent leurs marchandises. Il n'est pas besoin de 
dire que l'usage des boutiques appartient à tous les pays, à toutes les 
époques et à toutes les civilisations. Dans l'antiquité grecque et romaine, 
des boutiques occupaient le rez-de-chaussée des maisons des villes; il en 
fut de mêmeen France pendant le moyenàge. Ces boutiques se composai<'nt 



— :2;{.S — i Boi iiQiK ] 

ordinaireiiuMit d'iiiie salle s'ouvraiif siii- la riif |iai' iiii ^raiid arc piPiiaiit 
toute la laifïpur de la pièce, avec un mur d'appui pour poser les inai(;liai)- 
dises. Ce nuu- d'appui était iuleri-onipu d'un cùf»' pour laisser un passafj;e. 
Un arrière-magasin (ounoir) elait souveiil annexé à la honlifpie; les 
ouvriers et apprentis travaillaient soit dans Touvroir, soit dans la boutique 
elle-même; quelquefois aussi un escalier privé montait au premier étage, 
et descendait sous le sol dans une cave; Les exemples anciens de boutiques 
ne sont pas rares, et on peut en citer un faraud nombre appartenant aux 
xir, xni'" et xiv*^ siècles. Karement les boutiques, ius((u'à la fin de ce 
siècle, étaient fermées par une thnanlme vitrée. Les volets ouverts, le 
marchand était en comnumication directe avec la rue. La fermeture la 
plus ordinaire, pendant la période que nous venons d'indiquer, se compo- 
sait de volets inférieurs et supérieurs, les premiers attachés à l'appui, 
s'abaissant en dehors de manière à former une large tablette piopre aux 
étalages, les seconds attachés à un linteau de bois, se relevant comme des 
châssis à tabatière. La tig, I explique ce genre de fermeture. La nuit , 
les volets inférieurs étant relevés et les supérieurs abaissés, deux barres 
de fer, engagées dans des crochets tenant aux montants, venaient serrer 
les vantaux et étaient maintenus par des boulons et des clavettes, comme 
cela se pratique encore de nos jours. Au-dessus du linteau, sous l'are, 
restait une claire-voie vitrée et grillée pour donner du jour dans la salle. 
Presque tous les achats se faisaient dans la rue, devant l"a|)pui de la bou- 
tique, l'acheteur restant en dehors et le mai'chand à l'intérieur; la 
boutique était un magasin dans lequel on n'entrait que loisqu'on avait à 
traiter d'ati'aires. Cette habitude, l'étroitesse des rues expliquent pourquoi, 
dans les règlements d'Etienne Boileau, il est défendu souvent aux mar- 
chands d'appeler l'acheteur chez eux avant qu'il n'ait f|uillé l'étal du voisin. 
D'ailleurs, pendant le moyen âge et jusqu'à la tin du xvn*- siècle, les 
marchands et artisans d'un même état étaient placés très-proches les uns 
des autres, et occupaient quelquefois les deux côtés d'une même rue : de 
là ces noms de rues de la Tixeranderie, de la Mortellerie, où étaient établis 
les maçons; de la Chaironnerie, où habitaient les charpentiers; de la 
Huchette, de la Tannerie, etc., que nous trouvons dans presque toutes 
les anciennes villes du moyen âge. 

Le samedi, le commerce de détail cessait dans presque tous les quartiers 
pour se rassembler aux halles (voy. halle). Les journaux, les atiiches et 
moyens d'annonce manquant, les marchands faisaient crier par la ville 
les denrées qu'ils venaient de recevoir. 11 y avait à Paris une corporation 
de crieurs établie à cet effet ; cette corporation dépendait de la |)révôlé, et 
l'autorité publique se servit des crieurs pour jjercevoir les inqxMs, particu- 
lièrement chez les marchands de vin ou taverniers, qui furent obligés 
d'avoir un crieur public, chargé en même temps de constater la (|uantité 
de vin débitée par jour dans chaciue taverne. Le roi saint Louis ayant 
interdit le débit du vin dans les tavernes , les crieurs de vin se tuent 
débitants, c'est-à-dire qu'ils se tenaient dans la rue, un broc d'une main. 



I BoiTiguK I — "2;ir> — 

1111 haiiap (le laiilrc^ el vciidaieiit le \iii aux passants j)<)ur le cdinj)!!' du 
la\t'rni('r '. 

(yii iciicoiilrc ciicon" hcaticoiiit de l>uiirK|iU'S des xi^'. xiiP'ct xiV siècles. 




à Cliiiiy, à Cordes (Tarn), à Saint-Yriex, à Périgueux, à Alhy, à Sainf- 
Anlonin (Tarn-et-Garonne), à Monlfcrrand près Clerniont, à Kioni, et dans 
des villes plus septentrionales, telles que Keiins, Beauvais, Chartres, etc. 



' Voy. Vlntrod. au Livre rfcs méiierx, d'Etienne Roileau, par G. W. IVpping. {Coll. 
des Doc. inèd. si/r/7ifs/. de France, l'aris, 1837.) 



— ^2:r 



[ lIOUTiylK 



I.a (iisposilidii indiciueo fi^. l l'tait ♦Tii't'»'»'"' adopté*' à Paris, aulaiil 
(|U(.ii pt'ul .'Il ju^tM- pav trancuMines ^Ta\uivs. Dans (piclijiu-s \ill.'s du 
littoral (!.• la Maiiclir . il paraîtrait toutefois (pio rohscuritr onlinairc du 




pèOKno. sn 



ciel avait oblifié les maichands à ouvrir davantaiïe les devantures des bou- 
tiques sur la rue. X Dol, en Bretagne, il existe encore un certain nombre 
de maisons des xiii^ et xiv<^ siècles dont les boutiques se composent de 
colonnes en granit, portant, rommo aiijourd'bui. des poitraux en bois ("2) ; 



1 BOUTIQUE ] — 238 -r- 

vl bien que les devanlinvs primitives aient été remplacées par des ferme- 
tures récentes, il n'est pas douteux que, dans l'orij^ine, ces {jfrandes 
ouvertures carrées n'eussent été destinées à recevoir de la boiserie posée 
en arrière des pilieis. hans les villes n)eridionales, des corbeaux en 
pierre saillants portaient des auvents en bois ou en toile, posés devant 
l'ouverture des arcades (voy. auvent). 

Déjà, au xv*' siècle, les marcliands demandaient des jours plus larges sur 
la rue; les bouticpies ouvertes par des arcs plein cintre, en tiers-point ou 
bombés, ne leur j)erinetlai«Mit pas de laire des élalai;es assez étendus. Les 
(constructeurs civils clierc baient, par de nou\ elles cond)inaisons, à satisfaire 
à ce besoin impérieux ; mais cela était ditlicile à obtenir avec la pierre, sans 
le secours du bois et du ter, surtout lorsqu'on était limité par la bauteur 
des rez-de-chaussée, qui ne dépassait guère alors trois ou quatre mètres, 
et lorsqu'il fallait élever plusieurs étages au-dessus de ces rez-de-chaussée. 

Voici un exemple d'une de ces tentatives (3). ('/est une boutique d'une 



,)iiiiiiiiii"|-w/â;,V">" I ,. 



Jp 1 


* ^-^v'^^*: 




^^"'' l^:/ 




des maisons de Saint-Antonin; son ouverture n'a pas moins de sept mètres; 
sa construction remonte au xv« siècle. L'arc surbaissé, obtenu au moyen 
de quatre centres, est double dans les reins, simple en se rapprochant de 
la clef; celle-ci est soulagée par une colonne. Quoique cet arc j)orfe 
deux étages et un comble, il ne s'est pas déforme; ses coupes sont d'ail- 
leurs exécutées avec une grande perfection, et la pierre est d'une ({ualilé 
fort dure. 

Mais au xv^ siècle, dans les villes du nord surtout, les constructions de 
bois furent presque exclusivement adoptées poui- les maisons des mar- 
chands, et ce mode permettait d'ouvrir largement les bouti(|ues sur la rue 
au moyen de poteaux et de poitraux dont la portée était soulagée par des 



— -239 



[ BOtUQlE 



écharpes ou des croix do Saint-Aiulré disposées au-dessus d'eux dans les 
pans-(le-l)ois. Les villes de Kouen, de Cliailres. de Reims, de Beauvais, ont 
conseivé quelques-unes de ces maisons de bois avec boutiques. La fi},^ i 




donne une de ces boutiques, complétée au moyen de renseignements pris 
dans plusieurs maisons des villes citées ci -dessus (voy. maison). Les 
devantures des boutiques du xv^ siècle étaient encore fermées soit par des 
volets relevés et abattus connue ceux représentés dans la fig. 1, soit par 
des feuilles de menuiserie se repliant les unes sur les autres (voy. fig. A). 
Dans quelques villes de Flandre, les boutiques étaient situées parfois 
au-dessous du sol ; il fallait descendre (}uelques marches pour y entrer, 
et ces marches empiétaient même sur la voie publique. La rampe était 



[ BOUTIQUK j — "2i<> — 

bordée de bancs sur lescjuels des é(;haiitill(ms de niiiicliaiuliscs (Maietil 
posés: un auvent préservait la descente cl les l)ancs de la |t[nie. Il est Ixm 
de i'einar(|uer que, dans les vill(>s marchandes, les l)outi(|uiers cherchaient 
autant ({u'ils pouvaient à barrer la voie pul)ii(iue, à arrètei- le passant en 
mettant obstacle à la circulation. Cet usa^e, nu plutôt ce! abus, s'est 
perpétué loiif^temps; il n"a fallu rien luoins que rétablissement des 
trottoirs et des règlements de voirie rigoureusement appli(iués à grand'- 
peine pour le faire disparaître. I.es rues marchandes, i)en(lant le moyen 
âge, avec, leurs boutitiues ouveites et leurs étalages a\ances sur la voie 
publique, ressemblaient à des bazars. La rue, alors, devenait comme la 
propriété du marchand, et les piétons avaient |)eine à se faire jour pendant 
les heures de vente ; quant aux chevaux et chariots, ils devaient renoncer 
à cii'culer au milieu de rues étroites encond)rées d'étalages et d'acheteurs. 
Pendant les heures des repas, les transactions étaient suspendues; bon 
nombie de boutiques se fermaient. Lorsque le couvre-feu sonnait, et les 
Jours fériés, ces rues devenaient silencieuses et presque désertes. 

Quekpn^s petites villes de Bretagne, d'Angleterre et de Belgique peuvent 
encore donner l'idée de ces contrastes dans les hai)itudes des maichands 
du moyen âge. Sui- ces petits volets abattus, ne piéseiUanl <|u'une suiface 
de quatre ou cincj mètres, des fortunes solides se faisaient. Les tils 
restaient marchands comme leurs pères, et tenaient à conserver ces 
modestes devantures conimes de toute une ville. Un marchand eut éloigné 
ses clients, s'il eût remplacé les vieilles grilles et les vieux volets de son 
magasin, changé son enseigne, ou déployé un luxe qui n'eût fait qu'exciter 
la défiance. Nous sommes bien éloignés de ces ma'urs. Les boutiques, 
dans les villes du Nord i)arliculièrement . étaient plus comuies \rdv leurs 
enseignes (|ue par le nom des marchands (pu les possédaient de })èreiMi 
tils. On allait acheter des draps à la Truie qui file, et la Truie qui file 
maintenait intacte sa bonne réputation pendant des siècles. Beaucoup de 
ces enseignes n'étaient que des rébus; et bon nombre de rues, même 
dans les grandes villes, empruntèrent leurs noms aux enseignes de 
certains nmgasins célèbres. 

Les corj)s de métiers étaient, connue (chacun sait, soumis à des règle- 
ments particuliers. Ln patron huchier, bouclier, palier, gantier, etc., ne 
pouvait avoir qu'un certain nombre (rai)preinis à la fois, et ne devait les 
garder en apprentissage qu'un certain temps ; les locaux destinés à contenir 
les ouvriers de clnuiue maitie restaient donc t(Hiioursles mêmes, n'avaient 
pas besoin détrt^ agrandis. On ne connaissail pas, pendant le moyen âge, 
ce que nous appelons aujourdlmi le marclunidaye, Vouvrier en chambre. 
tristes innovations ((ui ont contribué à démoraliser l'artisan, à avilir la 
main-d'œuvre, et à ronq)re ces liens intimes, et prestpie de famille, qui 
existaient entre l'ouvrier et le patron. Les nueurs inq)riment leurs (|ualités 
et leurs défauts sur rarchitecture domesliciue, plus enc<u'e (|ue sur l(\s 
monuments religieux ou les éditices publics. Les boutiques du moyen âge 
rellèlent l'organisation étroite, mais sage, prudente et paternelle, qui 



— iW 



IIOI T(»> 



l'éjiissait les corps de int'ticis. Il n fiait pas possildc de \(iir alois des 
nu%^asins de (l»'l)ilaiits occupor un jour de vastes espaces, puis disparailr»' 
tout à coup, laissant une lon^'ue liste de mauvaises créances sur la place, 
et, dans toute une ville, des marchandises défectueuses ou falsitif'es. Nous 
n'avons pas a discuter, dans cet ouvraf^e, sur ces matières étranjj^ères à 
notre sujet ; nous voulons seulement faire ressortir, en quelques mots, le 
caractère des anciens magasins de nos villes marchandes, afin qu'en 
passant on ne jette pas un coup d'œil trop méprisant sur ces petites 
devantures de houtique qui, tout étroites et siuiples quelles soient, ont 
abrité des fortunes patientes, laborieuses, ont vu croître et se développer 
la prospérité dt^s classes moyennes. 

BOUTISSE, s. f. On entend par ce mot des pierres de taille qui, de 
distance en distance, prennent toute l'épaisseur d'un mur, et relient ses 
deux parements extérieur et intérieur. Quand un nmr ne se compose pas 
seulement de pieries faisant parpaing (c'est-à-dire portant toutes l'épaisseur 
du nmr), soit parce qu'on ne peut disposer de matériaux d'un volume 
assez gros, soit par économie, on l'élève au moyen de carreaux de pierre 
reliés de distance en distance par des boutisses ; on dit alors un mur 








■'V,f,>-,M'iJI,7,..,i| 



■■*:- 






construit en carraudagea et boiHisses. La pierre A (I) est une boutisse 

(VOV. CONSTRLCTIOM. 



BOUTON, s. m. On entend désigner par ce mot un ornement de 
sculpture qui tigure un bouton de fleur. Le bouton est fréquemment 
employé dans la décoration architecturale pendant le xii» siècle et au 
conmiencement du xm»-. Il est destiné à dé'corer les gorges qui séparent 
des baguettes ou des boudins dans les bandeaux et les arcs ; les boulons 



T. M. 



;ji 



[ BOUTON ] — "24'i — 

sont l'ounis coinm»' les grains d'un chapelet, nii espacés, simples on 

J 




façonnés. Simples, ils affectent la forme indiquée dans la fig. 1 ; façonnés, 

ils sont recoupés en trois, en quatre ou 
cinq feuilles (ît). 

Dans les monuments du Poitou, élevés 
pendant le xir siècle, on rencontre sou- 
vent des boutons qui sont divisés par 
côtes, connue le pistil de certaines 
fleurs (3) '. Quelquefois le bouton est 
percé d'un trou carré au milieu et strié 
sur les bords. Ces sortes de boutons 
sont fi'équents dans la décoration des 
archivoltes des édifices normands du 
xiie siècle (4)^. 

Les roses qui s'ouvraient au-dessus 
du triforium de la cathédrale de Paris, 
avant le j)ercem(Mit des jurandes fenêtres 
du xni'" siècle, sont décorées de boutons 
rapprochés taillés en forme de petit ma- 
melon avec un trou au centre (5) ^ Les riches arcalures de la grande 






galerie extérieure qui ceint les tours de la même cathédrale ont leurs 



' De l'église de Surgère. 

* Delà tour Saint-Romain, cathédrale de Rouen. 

' Cette singulière ornoincMilatidn se voit atijourd'lmi sur les roses, de la Hn du 
xii« siècle, qui ont été replacées au-dessous des fenèlres hautes, dans les bras de croix. 



— -2t;{ — 



I BOUION ] 

^'Oi'fies décorées de jïros boutons trifoliés (|tii tout un toit bel eHcl. en 




PCCAft.D J - 

■tiiiil (les luinifies et des ombres au milieu des courbes concentriques. 




et rompent ainsi leur monotonie (0).r, Les boutons disparaissent, de 

6 




^SARO 



la sculpture ornementale des édifices pendant le xiu'- siècle; alors 



[ BUKTtCllK I — '2ii — 

on ne cherche à imiter que les tleurs ou feuilles «'panouies (voy. flork). 
On (lési^'ue aussi par boulon une pouune de fer ou de bronze qui, étant 
lixée aux vantaux des poi'tes, sei't h les tirer à soi pour les fermer. 
Pendant le moyen àj,^e, les vantaux de portes sont plutiM jj;aiiiis d'amieaux 
que de boutons; cependant, vers la fin du xv^ siècle, l'usage des boutons 
de porte n'est pas rare ; ils sont généralen)ent composés d'un champiiïnon 
de fei- forf^'é, sur le dis(]ue duquel on a rapporté des plaques de tôle 
découpée et formant , par leur superposition , des dessins en relief et à 
j)lusieurs plans (voy. serrikerik). 

BRAIE, s. f. Brai/e. C'est un ouvrage de défense élevé en avant d'un 
front de fortification, laissant entre le pied des murailles et le fossé une 
circulation plus ou moins large, servant de chemin de londe, et destiné à 
empêcher l'assaillant d'attacher le mineur. Les braies étaient le plus 
souvent un ouvrage palissade . renforcé de distance en distance d'échau- 
guettes propres à protéger des sentinelles. Lorsque l'artillerie à feu fut 
employée à l'attaque des places fortes, on éleva autour des courtines, des 
boulevards ou bastions, des murs peu élevés, des parapets au niveau de 
la crête de la contrescarpe des fossés, pour y placer des arquebusiers. 
Ces défenses, connues sous le nom de fausses braies, avaient l'avantage 
de présenter un front de fusiliers en avant et au-dessous des pièces 
d'artillerie placées sur les ren)parls, et de gêner les approches; on dut y 
renoncer lorsque l'artillerie de siège eut acquis une grande puissance, 
car alors, les parapets des fausses braies détruits, celles-ci formaient une 
banquette qui facilitait l'assaut (voy. architecture rulitaire). 

BRETÈCHE, s. f. lirelesche , brelesce, bertesche , berleiche . breireske. 
On désignait ainsi, au moyen âge, un ouvrage de bois à plusieurs étages, 
crénelé, dont on se servait pour attaquer et défendre les places fortes. 
Quand il s'agit de l'attaque, la bretèche diffère du beffroi en ce qu'elle 
est immobile, tandis que le beff'roi est mobile (voy. beffroi). La bretèche 
se confond souvent avec la bastide; la dénomination de bre lèche \nir<\\\ 
être la plus ancienne. On disait, dès le \i'' siècle, brelescher pour fortifier, 
garnii' de créneaux de bois, ou de luniids (voy. holru). 

« l,:i cité (RoMi'ii) csleit rlose de mnr o de fossé. 
" Fiaiiceiz et Aleinan/,, (|ii;iiit il lurent armé, 
" Ont à cels de Roen un graiil assall doné : 

Normaiiz se desf'endiienl ctinime vassal prové; 
« As herteiches nionteiit et al mur quenielé ; 
" N'i ont rienz par assalt cil de lors cnnqiiesté,... ' ■ 

Os bietèches étaient souvent des ouvrages de campagne élevés à la 
hàfe. 

' i.v HoDKtn (le Hou, I' pari., yers iOoi) et sui\. 



— '2ir) — I BKKlfcCIIF I 

" he celé pari el cliiei' del poiil, 

« Par où la genl vienent è vont, 

'< Avoit h cel tems un lossé 

' Haut è pai l'onl è réparé ; 

" Sor li fossé ont heriçun (chevaux de frise), 

" Et dedenz close une maison ; 

" Encore unt Itertesches levées, 

« Bien plancliies è kernelées ' » 

les hretèclios se (U'Hioiitaiont o\ poiivaiont cUv tiaiisporléos duii lieu 
à un autre, suivant les besoins. Guillaunie de Normandie, après s'ètie 
eni|)aré de Domfront, veut fortifier Anibrières sin- la Mayenne : 

« E H Dus fist sun gonfanon 

« Lever è porter el dangon (donjon : 

■• El chasiel a altres niiz 

" Od ki il ont Danfront assiz. 

" Li bertesches en fist porter, 

■ Por li Conte GifTrei grever. 

'< A Anl)rieres les fist lever : 

« Un chastel fist iloec fermer.... - ■ 

Le dur prétend défendre un château, ou plutôt un poste, au moyen de 
l)retèches qu'il fait charrier de Domfront à Ambrières. Beaucoup plus 
tard, « le roy d'Angleterre, qui ne pouvoit conquester la ville de Calais 
'< fors par famine, fit charpenter... un chastel grand et haut de longs 
« niesrins, tant fort et si bien hretesché, qu'on ne l'eust pu grever *. » 

Quand on voulait défendre une brèche faite par l'assiégeant, on 
établissait, le plus pi^omptement possible, en dedans de la ville, un pâlis 
en arrière de cette bretèche, et on renforçait ce pâlis d'une ou plusieurs 
bretèches (voy. architecture militaire, tlg. 10). Ces ouvrages s'établis- 
saient aussi pour protéger un passage, une tête de pont. 

" Et par devant le pont dont je vous ai parlé 
" Furent faites défen ces, brestèques ou terré, 
A la fin qu'il ne soient souspris ne engingiiié. 



(Juaut Englois ont véu jus chéoir une tour, 
A l'autre tour s'en sont fui pour le secour; 
Barrières y ont fait à force et à vigour. 
S'ont sur arbalestrier et maint bon arc à tour, 
La tour fu bretechée noblement tout ontour.. 



On hreteschait des défenses fixes en maçonnerie, soit |)ar des charpenles 
il <lemeure, soit par des saillies provisoires en bois (|ui permettaient de 



I Le Homan de Hou, II' pari., vers 9444 et suiv. 

- Ibid., 11' part., vers 9(i2.^ et suiv. 

' Kroissart, cbap. rxiiv. 

' Chron. de li. Duquesctin. vers l9;j2o el suiv. 



BRET^:(:llE ] 



^21() 



hattre le pied de ces défenses, des passaj^^es. des portes. Dans ce cas, ce 
qui disliuiiue la bretèche du liouid, c'est que le liourd est une galerie 
continue (|ni couronne une nnu'aille ou une tour, tandis «pie la bretèche 
est un appentis isolé, saillant, adossé à li-dilice. fermé de trois côtés, 
crénelé, (^ouvert et pei'cé de mâchicoulis. 

V'oici (1) une porte de ville surmontée d'une bretèche ' posée en 

temps de {^ueire et pouvant 
se démonter. Nous connais- 
sons quchpies très-rares exem- 
ples encore (existants de bre- 
tèches à demeure posées au 
niveau des combles des tours, 
se condiinant avec leurs char- 
pentes, et destinées à tlan^juer 
leurs faces; et, i)armi ceux-ci. 
nous citerons les bretèches de 
la tour des deniers de Stras- 
bourg;, qui sont fort belles et 
paraissent appartenir aux der- 
nières années du xiv siècle 
(^). Ces ouvrai^es de char- 
pente sont assez saillants sur 
le nu des faces en maçonne- 
rie pour ouvrir de larges mâ- 
chicoulis et des créneaux la- 
téraux ; ceux-ci sont encore 
garnis de leurs volets. Leurs 
appuis sont couverts de tuiles 
en écaille et leurs combles en' 
tuiles creuses hourdées en 
mortier. Les poinçons ont 
conservé leur plomberie et 

leurs épis avec girouetles. 

Les bretèches en bois etaitMit aussi posées sur des éditices civils qui 
n'étaient pas spécialement aiîectés à la défense; telles sont les deux 
bretèches (jui sont encore conservées aux angles du bâtiment de la Douane 
de Constance (3), au-dessus de hourds également en bois. Ce bâtiment 
fut élevt' en 1388, et ces ouvrages de charpfMile datent de la construction 
primitive; les bretèches sont posées en diagonale aux angles des hourds, cl 
doiment ainsi, outre les faces diagonales destinées à protéger les angles, 
deux mâchicoulis triangulaires doublant les mâchicoulis du hourdage. 




' M(tn. (le Fruissarl, xv siècle; Hilt. iiiip. ■■ Cy piii'le de l:i l);il:iille à Meaiix en 
" Bryo oii les Jacques l'iiienl (iesconlil/. parle (".diile de l'iiix el le Caplal de liens; el 
" est le IX" V' cliapilre. „ 



-217 ' HItKifiCHK I 

l>ès ir xiv siècle, les hretèches ne turent pas seulement des ouvrages 




Pr&AWj 



fi architecture militaire; les maisons de ville étaient garnies, sur la façade 
du côté de la place publique, d'une bretèche en bois ou maçonnerie, sorte 
de balcon d'où l'on faisait les criées, où on lisait les actes publics. les 
proclamations et condamnations judiciaires. On cRsait breléquer pour 
proclamer. On voit encore à l'HO)tel-de-Ville d'Arras les restes d'une 
bretèche couverte qui était posée en encorbellement sur le milieu de la 
façade. La bretèche de rHôtel-de-Ville de Luxeuil est encore entière. Cette 
disposition fut adoptée dans tous les édifices municipaux d'Europe. En 
Italie, ce sont des loges élevées au-dessus du sol au moyen d'un emmar- 
chement, comme au palais de Sienne, ou des portiques supérieurs, 
ou des balcons, comme au palais des Doges de Venise. En Allemagne, 
non-seulement les édifices publics sont garnis de brelèches, mais les 



I BRETf:<:ilK I — -2VK — 

palais . les maisons |)ai'liciili«'ivs ont picscjuc toujours une hivItVIu» à 




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plusieurs étages, sorte de demi-tourelle saillante posée souvent au-dessus 
de la porte. A Nuremberg, à Insbruck, à Augsbourg, à Prague, les maisons 
desxiv, xvet xvi«-' siècles ont toutes une-ou |)lusi('urs bretj'rhes lermées 
sur leur façade, qui permettent de voir a couvert tout ce qui se passe 
d'un bout à l'autre de la rue. En France, les bretèches atteclent plus 



— •249 — 



I BKigiE 



paiticulièrenit^nt la t'ornie de tuuivllt'S (voy. tourelles), et sont alors 
posées (le prérerence aux anj^Mes des haltilations. On peut considérer 
comme de véritables bretèches les petits balcons à deu\ etaj^es en encor- 
bellement qui tlanquent la ra(,'ade extérieure du château de Blois (aile de 
François I*^""). 

BRETTURE, s. f. Outil de tailleur de pierre, façonné en forme de marteau 
tranchant et dentelé 1 1 1. Les tailleurs de pierre du moyen âge comniencent 

1 





■■^■*Ji-tl!ji# 

à employer la bretture pour laver les parements vers le milieu du 
xu»^ siècle. Jusqu'alors les parements étaient dressés au taillant droit ou 
au ciseau sans dents. La bretture cesse d être employée au xvie siècle 
pour la taille des parements vus. Elle est à dents larf,^es dans l"origine, 
c'est-à-dire vers la tin du xii^ siècle et le commencement du xiiie ci). Les 





2 3 

dents se rapprochent à la tîn du xiiie, et sont très-serrées au xiv^ (3) 
[voy. taille]. La façon des tailles des moulures et parements est donc un 
des moyens de reconnaître la date de la construction des édifices. 

BRIQUE, s. f. On désigne par ce mot des tablettes de terre battues, 
moulées, séchées au soleil et cuites au four. L'emploi de la brique 
remonte à la plus haute antiquité. Les Romains en firent grand usage, 
surtout dans les contrées où la pierre n'est pas connnune. Pendant le 
Bas-Empire, ils élevèrent souvent les maçonneries au moyen de blocages 
avec parements de petits moellons taillés, alternes avec des lits de briques 
T. II. 32 



[ BRiguE I — '2o() — 

posées de plat. Les constructions jjtallo-roniaines et mérovinj^iennos 
conservent encore ce mode. Mais, à partir du ix»-' siècle, on rencontre 
très-rarement des briques mêlées aux autres matériaux; la brique n'est 
plus employée ou est employée seule. Nous devons toutefois excepter 
certaines bâtisses du midi de la France, où l'on trouve la brique rései-vée 
pour les remplissages, les voûtes, les parements unis, et la pierre pour 
les piles, les angles,, les tableaux de fenêtres, les arcs, les bandeaux et 
corniches. C'est ainsi que la brique fut mise en œuvre, au xii'" siècle, dans 
la construction de l'église Saint-Sernin de Toulouse. Cette partie du 
Languedoc étant à peu près la seule conU'ée de la France où la pierre 
fasse complètement défaut, les architectes des xui'' et xiv«^ siècles prirent 
franchement le j)arli d'élever leurs édifices en brique, n'employant la 
pierre que pour les meneaux des fenêtres, les colonnes, et quelques points 
d'ai)pui isolés et d'un faible diamètre. 

Un des plus beaux exemples de construction du moyen âge, en brique, 
est certainement l'ancien couvent des Jacobins de Toulouse^ qui date de 
la fin du xin« siècle. Plus tard, au xiv^ siècle, nous voyons élever en brique 
la jolie église fortifiée de Simorre (Gers) , le collège Saint-Réniond et les 
murailles de Toulouse, des maisons de cette même ville, le pont de 
Montauban; plus tard encore, la cathédrale d'Alby, grand nombre 
d'habitations privées de cette ville, les églises de iMoissac, de Lombez, 
le clochiM- de Caussade , etc. La brique employée dans cette partie de la 
France, pendant les xia», xiv» et xv« siècles, est grande, presque carrée 
(ordinairement 0,33 cent-imètres sur 0,25 centimètres et 0,00 centimètres 
d'épaisseur). Souvent les lits de mortier qui les séparent ont de 0,0-i à 
0,05 centimètres d'épaisseur, La bricpu' moulée est rarem<'nt employée 
en France, pendant le moyen âge, tandis qu'elle est frécjuenle en Italie 
et en Allemagne; cependant on rcMicontre parfois de petits modillonsdans 
les corniches, des moulures simples, telles que des cavets et quart-de- 
rond. La bricjue du Languedoc étant très-douce, les constructeurs 
préféraient la tailler; ou bien ils obtenaient une ornementation en la posant 
en diagonale sous les corniches, de manière ;i faii'e débordei' les angles, 
ou en épis, ou de «-hanq) et de plat alternativement (voy. constrlction). 
La bri(|ue fut lrès-l'réquemm(Mit employée, pendant le moyen âge, pour 
les carrelages intérieurs; elle était alors émaillée sur incrustations de 
terres de diverses couleurs (voy. cauuki.age). Dans les constructions en 
pans-de-bois du nord de la France, des xvj- et xvi'' siècles, la brique est 
utilisée comme l'cmplissage entre les poteaux, décharges et tournisses; 
et la manière dont elle est posée forme des dessins variés. Dans ce cas, 
elle est quelquefois émaillée (voy. pan-de-bois). 

Nous trouvons encore dans le Bourbonnais, au château de la Palisse, à 
Moulins même, des constructions élevées en brique et mortier (jui datent 
du XV siècle, et dont les parements présentent (par l'alternance de briques 
rouges et noires) des dessins variés, tels que losanges, zigzags, clie- 
\rons, etc. La façon dont ces briques sont posées mérite l'attention des 



— '^^1 [ BRIQUE 1 

consh'iufoui's : les lits et joints en mortier ont une épaisseur égaie à celle 
des l)ri(iiies, c'est-à-dire (),()3i; ces briques i)résentent, à l'extérieur, leur 
petit côté, qui n'a que 0,l'2 c, et leur pand côté, de (),ti c, forme ((ueue 
dans le mur. La tig. 1 fait voir comment sont montés ces parements bri- 
quefés '. 

y 




Pendant la Renaissance, les constructions de pierre et brique mélangées 
jouirent d'une grande faveur; on obtenait ainsi, à peu de frais, des 
parements variés de couleur, dans lesquels l'œil distingue facilement des 
remplissages les parties solides de la bâtisse. Les exemples de ces sortes 
de constructions abondent. II nous sutiira de citer l'aile de Louis XII du 
château de Blois, certaines parties du château de Fontainebleau, et le 
célèbre château de Madrid , bâti par François le--, près Paris , où la terre 
cuite émaillée venait se marier avec la pierre, et présenter à l'extérieur 
une inaltérable et splendide peinture ^ Tout le monde sait quel parti' 
Bernard de Palissy sut tirer de la terre cuite émaillée. De son temps, les 

M. Millet , architecte, à qui nous devons ces rcnseignenienls sur les briques du 
Boiirl)()nnais, reconnaît que les briquclages avec lits épais de mortier ont une force 
extraordinaire; cela doit être. La brique, étant Irès-àpre et poreuse, absorbe une 
grande quantité d'eau; lorsqu'elle se trouve séparéo par des lits minces de mortier, 
elle a bientôt desséché ceux-ci, et nous n'avons pas besi.in de rappeler que les mortiers, 
pour conserver leur force, doivent contenir, à l'état permanent, une quantité assez 
notable d'eau. 

2 gi't^lques fragments de ces terres cuites émaillées, du château de Madrid , sont 
déposés au musée de Clunv. 



[ BUFFKT ] — :25-J — 

nombreux produits sortis de ses fourneaux servirent non-seulement à 
orner les dressoirs des riches pai'ticidiers et desseij,Mieurs, n)ais ils contri- 
buèrent à la décoration extérieure des palais et des jardins. 

BUFFET (i)'oRGUEs), s. m. On désigne ainsi les armatures en charpente 
et menuiserie qui servent à renfermer les orgues des églises. Jusqu'au 
xv« siècle, il ne parait pas que les grandes oigues tussent en usage. On 
ne se servait guère que d'instruments de dimensions m/'iiiocres, et qui 
pouvaient être renfermés dans des meubles j)osés dans les chœurs, sur 
les jubés, ou sur des tribunes plus ou moins vastes destinées à contenii' 
non-seulement les orgues, mais encore des chanli'es et musiciens. Ce 
n'est que vers la fin du xv siècle et au commencement du xvr que l'on 
eut l'idée de donner aux orgues des dimensions inusitées jusqu'alors, 
ayant une grande puissance de son et exigeant , pour les l'enfermer, des 
char{)entes colossali's. Les buffets d'orgues les jthis anciens que nous 
connaissions ne remontent pas au delà des dernières années du xv*^ siècle; 
et ces orgues ne sont rien auprès des instruments monstrueux que l'on 
fabiique depuis le xvne siècle. Cependant, dès le xiv«" siècle , certaines 
orgues étaient déjà composées des mêmes éléments que celles de nos 
jours : claviers superposés et pouvant se réunir, tuyaux détain en montre, 
trois soufflets , jeux de mutation; et ce (|ui doit être noté ici particulièi-e- 
ment, ces orgues avaient un positif placé derrière l'organiste, et dans 
lequel on avait mis des tîntes dont l'eHet est signalé comme très-agréable. 

M. Félix Clément, à qui nous devons des renseignements précieux sur 
l'ancienne musique et sur les orgues, nous fait connaître qu'il a trouvé, 
dans les archives de Toulouse, un document fort curieux sur la donation 
faite à une confrérie, par P>eriiard de Hosergio, archevêque de Toulouse, 
d'un orgue, à la date de I4(i3. Il résulte de cette pièce que cinq orgues 
furent placées sur le jubé dans Tordre suivant : un grand orgue s'élevait 
au milieu, derrière un petit orgue disposé comme l'est actuellement le 
positif; un autre orgue, de petite dimension, était placé au haut du- grand 
buttet et surmonté d'un ange; à droite et à gauche du jubé se trouvaient 
deux auti-es orgues , dont deux confréries étaient autorisées à se servir, 
tandis que l'usage des trois premières était exclusivement réservé aux 
chanoines et au chapitre de la cathédrale. Les cinq insiruments pouvaient, 
du reste, résonner ensemble à la volonté de rarchevêijue '. 

« L'église de Sainl-Severin, dit l'abbé Lebeuf % est une des premières 
de Paris où l'on ait vu des orgues : il y en eut dès le règne du roi Jean, 
mais c'éloit un petit buffet; aussi l'église n'éloit-elle alors ni si longue ni 
si large. J'ai lu dans un extrait du nécrologe manuscrit de cette église que, 
l'an l^oS, le lundi après l'Ascension, maître Rei/naud de Doua . écolier 

* Rappnrl adressé par M. Félix Cirmcni à M. le Miiiislrc de rinstrttction publique 
et des Cultes, sur Torgue de Toulouse. tSiii. 

î m si. de la ville et du diocèse de Paris, t. 1, p. 168. 



'253 — [ BUFFET I 

en Ihvohqie (\ Parh et (fourerneur dea grandes écoles de la parouesse 
Sainl-Scverin. donna àréqlise une bonne orgues et bien ordeni-es. Celles 
que l'on a vu subsister jiis(|u"en 17i7, adossées à la tour de l'église, 
n'avoieut été faites qu'en loh2 » 

Au xv siècle, on parle, pour la première fois, d'orgues de seize et même 
de trente-deux pieds ; les buffets durent donc prendre, dès cette époque, 
des dimensions monumentales. 

Au \\i>' siècle, tous les jeux de lorgue actuel étaient en usage et for- 
maient un ensemblede quinze cents à deux mille tuyaux. L'orgue qui passe 
pour le plus ancien en France est celui de Soliès-Ville dans le Var '. Celui 
de la cathédrale de Perpignan date des premières années du xyi» siècle; 
nous en donnons (1) la montre. Le buffet se ferme au moyen de deux 
grands volets couverts de peintures représentant l'Adoration des Mages, 
le baptême de Notre-Seigneur et les quatre Evangélistes. In positif, placé 
à la tin du xvi<' siècle, est venu défigurer la partie inférieure de la montre; 
le dessin que nous donnons ici le suppose enlevé. Le positif n'est pas, 
d'ailleurs, indispensable dans les grandes orgues. Lorsque le facteur peut 
disposer son mécanisme sur une tribune assez spacieuse pour placer ses 
sonnniers dans le corps principal du buffet, le positif n'est j)lus qu'une 
décoration qui cache l'organiste aux regards de la foule. Un clavier à 
consoles est préférable, car il est nécessaire (jue lartiste puisse voir ce qui 
se passe dans le chœur. Il est probable, cependant, que les anciens fadeurs 
trouvaient plus commode de placer le sommier du positif à une certaine 
distance des claviers, à cause du peu de largeur du mécanisme, tandis 
qu'en plaçant leurs sonmiiers dans l'intérieur du grand buffet, ils étaient 
obligés d'établir la correspondance par des abrégés, des registres, etc., 
dont la longueur devait amener des irrégularités dans la transmission des 
mouvements. Le buffet de la cathédrale de Perpignan est bien exécuté, 
en beau bois de chêne, et sa construction, comme on peut le voir, établie 
sur un seul plan, est fort simple; elle ne se compose que de montants et 
de tiaverses avec panneaux à jour. Presque tous les tuyaux de montre 
sont utilisés. L'organiste, placé derrière la balustrade, au centre, touchait 
les claviers disposés dans le renfoncement inférieur; la soufflerie est 
établie par derrière dans un réduit. 

On va voir (2) le buffet et la tribune des orgues de l'église d'Hombleux 
(Picardie) , qui date du commencement du xvr siècle. Ici , l'instrument 

' 1/orgue de Soliès-Ville est fort petit. Sa montre n'a pas plus de 2", 50 sur 2", 60 
de haut; cette montre est datée de 1499. Nous préférons donner à nos lecteurs fa 
montre de l'orgue de f^erpignan, qui est plus grande et plus fiefle comme travail et 
comme composition, et (jui date de la même époque. D'aifleiirs , et bien que l'at- 
tention des archéologues ait été fixée sur les orgues de Soliès (voy. le 111* vot. du 
Hallelin ttrchéol., pub. par le Min. de l'Inst. publique, p. 176) , l'instrument a été 
enlevé du buffet et refondu par un Polonais. L'inscription curieuse qui était sculptée 
à la base le la montre a été arrachée, et le curé actuel de Soliès médite de faire de ce 
buffet vide un confessionnal. 



1 BLKFET I — :25i — 

est porté par des eiicorhelleineiits, la partie inférieure n'ayant guère que 
la largeur nécessaire aux elavi»'rs et aux regisinvs. Cette disposition per- 
mettait à des musiciens, joueurs d'instruments ou clianieurs, de se placer 
dans la tribune autour de lorganiste, assis dans la ])elile chaire portée 




sur un cul-de-lampe; et. sous ce rappoit. elle mérite d'êlre signalée. Du 
reste, même système de menuiserie qu'à lN'r|)ignan el à Soliès. (le sont 
les tuyaux qui commandent la forme de la boiserie, celle-ci les laissant 
apparents dans toute leur hauteur et suivant leur déclivité. Nous citerons 



— "loh — [ BUFFET 1 

encore les buffets d'oij^ues de la cathédrale de Strasbourg, des églises de 

2 




Gouesse, de Mord près Fontainebleau, de (Manieoy, de Saint-Bertrand de 
Conniiinges, de la eathédralf de ("liarties. (jui dalent de la tin du xv siècle 



[ r.ALVAlKK I '25r> 

et du xYi''. La menuiserie de tous ces buttets est soumise à rinstruinent 
et ne fait que le couvrir; les panneaux ajourne remplissent que les vides 
existant entre l'extrémité sujiérieure de ces tuyaux et les j)!at'onds, atin 
de permettre l'émission du son; quant au mécanisme et aux purle-venl, 
ils sont complètement renfermés entre les panneaux pleins des soubasse- 
ments. 11 arrivait souvent (}ue, pour donner plus d'éclat aux niontres, les 
tuyaux visifMes étaient gaufrés et dorés , rehaussés de filets noirs ou de 
couleur; la menuiserie elle-même était peinte ou dorée : tel est le butiet 
des grandes orgues de la cathédrale de Strasbourg. Pres(|ue tous les 
anciens butiets, connue celui de la cathédrale de l'erpignan, étaient clos 
par des volets peints, que l'organiste ouvrait lorsqu'il touchait de l'orgue. 

BUIZE, s. f. Vieux mol encore usité en Picardie, et qui signifie canal, 
conduit d'eau (voy. tlvai. de descente). 

' BYZANTIN (Style) [v. style]. BYZANTINE (architecture) [v.architectlkk|. 

CABARET, s. m. Cahausl. Vieux mai qms\iin\t\e lieu fermé de barreaux, 
d'où vient le nom de cabaret domié aux boutiques de débitants de vin. 

CAGE, s. f. Désigne l'espace dans lequel est établi un escalier (v. escaliek) . 

CAIVIINADE, S. f. Vieux mol employé pour vlyambre à feu, chandjre 
dans laquelle est une cheminée. 

CALVAIRE, s. m. Il était d'usage, pendant les xv« et xvi« siècles, de 
représenter les scènes de la Passion de .lésus-C.hrist dans les cloîtres, les 
cimetières, ou même dans une cha|)elle attenant à une église, au moyen de 
figurines ronde-bosse sculptées sur pierre ou bois, et rangées soit dans un 
vaste encadrement, soit sur une sorte de plate-forme s'élevant en gradins 
jusqu'à un sommet sur lequel se dressaient les trois croix portant Notre- 
Seigneur et les 'deux larrons. On voit encore un grand nombre de ces 
monuments, qui datent du xvou du xvi*- siècle, dans les cimetières de la 
Bretagne. Beaucoup de retables en bois, du commencement du xvi'" siècle, 
représentent également toutes les scènes de la Passion, en connnenvant 
par celle du Jardin des Oliviers et finissant au Crucifiement. Depuis le 
xvi«: siècle, on a riMnpIacé ces représentations groupées par des stations 
élevées de distance en distance, en plein air, sur les pentes d'une colline, 
ou sculptées ou peintes dans des cadres accrochés aux piliers des églises '. 

1 L'idée de présenter aux fidèles les quatorze stations de NoU-e-Seigiieui', depuis 
le momenl où il lui livir par Judas jusqu'à sa mort, osl cerlainouient de nature à 
inspirer les senlinienls les plus iervcnts ; la vue des soullVances supportées avec 
patience par le fils de Dieu est bien propre à rallerniir les âmes aflligées : aussi, 



— ''2'">7 — [ CAîSNKi.nU': ] 

CANNELURE, s. C. (Tosl une iiioiilure pu f'onno do polil canal creusé 
vorticalciiK'iil sur la circonfÏMciico des colonnes ou sur les faces des 
pilastres. Les Cwcs avaieni addplé la cannelure sur les fnts des colonnes 
des ordies dori(|ii(' , ionujue e^l corintliicii ; les Houiains l'employèrent 
également, autant (jue les matières dont étaient composées leurs colonnes 
le permettaient; aussi voyons-nous, en France, la cannelure applicpiée aux 
colonneset |)ilaslrcsde rèpo(|ue romane dans les contrées où rarchitecture 
romaine avait laissé de nombreux vestiges. En Provence, le \o\v^ du Hliône, 
de la S;ione et de la Haute-Marne, et jusfpi'en lîourj^oj^nio, des camielures 
sont paifois creusées, pendant le xir' siècle, sur les colonnes, mais plus 
particulièrement sur les faces des pilastres. Il se faisait alors une sorte de 
renaissance, qui, dans ces contrées couvertes de fragments antiques, 
conduisait les arcliitectes à imiter la sculpture romaine, que la fdiation 
romane avait |)eu i\ peu dénaturée. Ce retour vers les détails de la sculp- 
ture anti(|ue est tiès-sensihle au portail de l'église de Saint-Gilles, dans 
le cloître de Sainl-Trophyme à Arles, au Tlior, à Pernes, à Cavaillon en 
Provence, dans toutes ces églises qui bordent le Rhône; puis, plus au 
nord, àLangres, à Autun, à Heaune, à Semur en Brionnais, à la Charifé- 
sur-Loire, àCluny. Dans l'architecture de ces pays, le pilastre est préféré 
à la colonne engagée, et toujours le pilastre est cannelé; et, il faut le 
dire, sa cannelure est d'un plus beau profil que la cannelure romaine, 
trop maigre et trop creuse, mal terminée au sommet par un demi-cercle 
dont la forme est molle, confuse près de la base, lorsqu'elle est remplie 
par une baguette. La cannelure occidentale du xii« siècle se rapproche 
des profils et de l'échelle des cannelures grecques, comme beaucoup 
d'autres profils de cette époque. 

Nous donnons (1) un des pilastres du triforium de la cathédrale de 

n'esl-il pas, à noire sens, de spectacle plus touchant, dans nos églises, que la vue de 
ces femmes venant silencieusement s'agenouiller devant les terribles scènes de la 
Passion , et les suivre ainsi une à une jusqu'à la dernière. I^ourquoi faut-il que ces 
prières si respectables car elles ne sont inspirées ni par un désir ambitieux, ni par 
des sonliaits indiscrets, mais par la douleur et le besoin de consolation) soient adressées 
à Dieu devant des images presque toujours hideuses ou ridicules, qui déshonorent 
nos églises? Ces tableaux des Stations sont fabriqués en bloc, à prix fixes , se payent 
au mètre ou en raison du plus on moins de couleur dont elles sont barbouillées; elles 
sortent des mêmes ateliers qui envoient en province des devants de cheminée grave- 
leux, des scènes bachiques pour les tavernes; et, il faut bien le dire, au point de vue 
de l'art, ces |ioinlnres n'ont même pas le mérite des papiers peints les plus vulgaires. 
Il nous semble que les images qui doivent trouver place dans les églises, même les 
plus humbles, pourraient être soumises à un contrôle sévère de la part des membres 
éclairés du liant clergé : qu'elles soient parfaites, cela est difficile; mais faudrait-il au 
moins (ju'elles ne fussent jamais ridicules ou repoussantes; qu'elles ne lussent pas, 
comme art, au-dessous de ce que l'on voit dans les cabarets. Sinon, mieux vaut une 
simple inscription ; si pauvre que soit l'imagination de celui qui prie, elle lui peindra 
les scènes de la Passion dune manière plus noble et plus digne que ne le font ces 
tableaux grotesques. 

T. II. 33 



CANNEI.IIUK 



-iaK — 



Laiigres, dont la l'acr pirsenfe une seule canneluie; et (2) un des fïiands 
pilastres des piles inlérieuresde celle même église, dont la l'ace est ornée 
de deux cannelures. Entre les cannelures, des baguettes sont dégagées; 





1 



/'ft^AII.OSC 




l'ensemble de ces surfaces concaves et convexes alternées produit beau- 
coup d'etiet. A la cathédrale d'Autun, dont la construction précéda de 




quelques années l'érection de celle de Langres, les cannelures des pilastres 
se rapprochent davantage de la cannelure romaine (3). 



>5'.» — 



rAKRHI.Adi: 



Lors(|iie les caiiiH'liin's sont traînées sur des colonnes, au xii»-' siècle, il 

est rai'e (|u'elles soient simples; elles 
sont ou chevronnées ou en zij,'/af,'s, ou 
torses, ou rompues, ou remplies par 
des ornements (v.colonnk) ; telles sont 
les cannelures d'une des colonnes de 
la porte principale de la cathédrale 
d'Autun (4); ce n'est ^uère qu'en 
Provence que l'on rencontre des co- 
lonnes cannelées simples. Au \\w 
siècle, la cannelure disparaît lorsque 
l'architecture ogivale est adoptée. 

Un des dernieis exemples de can- 
nelures appliquées à des colonnes se 
voit à l'extérieur du chœur de léglise 
Saint-Rémy de Reims, dont la con- 
struction remonte aux dernières an- 
nées du xir siècle. Mais il ne faut pas 
oublier qu'à Reims il existe de nom- 
breux fragments d'antiquités romai- 
nes, et que la vue de ces monuments 
eut une influence sur l'architecture 
■*1 / / ^ ' \ ^ et la sculpture de cette partie de la 

Champagne. 

Les cannelures reparaissent sur les 
pilastres et sur les colonnes au mo- 
ment de la Renaissance; souvent alors 
conmie à la façade de la galerie du 
Louvre, côté de la rivière, ou conmie 
au rez-de-chaussée de la galerie de 
Philibert Delorme au palais des Tui- 
leries, elles alternent avec des assises formant bossage. 

CANTON, s. m. Terme de blason. CANTONNÉ se dit, en architecture, 
des piliers dont les quatre faces sont renforcées de colonnes engagées ou 
de pilastres ; on dit alors : pilier cantonné de quatre colonnes, de quatre 
pilastres (voy. piLtER). 

CARREAU, s. m. C'est le nom que l'on donne à des tablettes de pierre, 
de marbre ou de terre cuite, qui servent à paver l'intérieur des édifices 
(voy. carrelage). On désigne aussi par carreaux les morceaux de pierre 
peu profonds qui forment les parements d'un mur. Un mur est bâti en 
carreaux ou carreaudages et bontisses (voy. boutisse). 




f*£c*/tû. se 



CARRELAGE, s. m. Assemblage de carreaux de pierre, de marbre OU de 



I rAKHKI.ACK I — ^<)() — 

lern' cuite. Lrs Koinains couvraient (ndiiiairenieiit l'aire des salles à rez- 
de-chaussée de inf)saïques conijX)sées de petits cubes de marbre de 
diverses couleurs, t'orinant, par leur juxtaposition, des dessins colorés, 
(les ornements et même des sujets. Ils employaient souvent aussi de 
{grandes tables de marbre ou de pierre carrées, oblon^^ies, polygonales et 
circulaires, jmur daller les salles qui devaient recevoir un grand concours 
de monde; car la mosaïque ne pouvait durer longten)ps sous les pas de 
la foule. La brique était réservée pour les |)avages les j»lus vulgaires. Pen- 
dant les [)remiers siècles du moyen âge, en France, ces traditions furent 
conservées; mais les marbres, dans le nord , n'étaient pas connnuns, la 
façon de la mosaïque dispendieuse; elle ne fut que rarement employée 
pour les pavages (voy. mosaïque) ; on lui préféra les dallages gravés et 
incrustés de mastics de couleur, ou les terres cuites émaillées. Partout, en 
effet, on pouvait fabri(|uer de la brique, et rien n'est plus aisé que de lui 
donner des tons variés par une couverte cuite au four. Il est vraisemblable 
que, dès l'époque carlovingienne, les carrelages en l)ri(|ues de couleur 
étaient en usage; on pouvait ainsi, à peu de frais, obtenir des pavages 
présentant à peu près l'aspect des mosaïques. Cependant nous devons 
dire que nous ne connaissons aucun cairelage de ferre cuite antérieur au 
xic siècle; on n'en doit pas être surpris, (|uan<l on observe combien peu 
durent les émaux dont on revêt cette matière; pronq)lement usés, les 
carrelages en terre cuite devaient être souvent remplacés. 

Les carrelages les plusanciens que nous connaissions sont ceux que nous 
avons découverts, il y a quelques années, dans les chapelles absidales de 
l'église abbatiale de Saint-Denis; ces carrelages sont du tcnqis de Snger; 
ils fuient laisses la plup;ut en place, à cause j>robablement de leur beault", 
lors(|ue. sous le rt'gne de saint Louis, ces chapelles furent remises à neuf. 
Ils sont en gi'ande partie composés de très-jx'tits morceaux de terre cuite 
émaillésen noir, en jaune, en vert foncé et en rouge, coupés en triangles, 
en carrés, en losanges, en portions de cercle, en j)olygones, etc.; ils 
forment, par leur assemblage , de véritables mosaïcpies d'un dessin char- 
mant. Le carrelage de la chapelle de la Vierge, publie dans les Annales 
archéologiques de M. IMdron et dans VEnci/clopnlie d'Arcliileclure de 
M. Bance, celui de la chapelle de Saint-CiUcuphas, également reproduit 
dans ce dernier ouvrage et dans les Eludes sur les carrelages hisloriés de 
M. Alfred Ramé, et restaurés aujourd'hui, sont deux très-beaux spécimen 
des carrelages mosaïques du \ii'"siècle. Nous croyons inutile de re|)ro(luire 
ici les ensembles de ces carrelages, et nous nous bornerons à en donner 
des fragments, afin de faire connaitre la méthode suivi»' par les architectes 
de ce temps. Ces carrelages se composent généralement de bandes formant 
des dessins variés, séparées par des bordures étroites. L'influence de la 
mosaïque anti(|ue se fait encore sentir dans ces combinaisons, car cha(|ue 
carreau porte sa couleur, et c'est par leur assemblage (|ue les dessins sont 
obtenus. Les britiuetiers du xii»^ siècle avaient poussé fort loin l'art de 
mouler ces petits morceaux de terre, et souvent ils composaient des dessins 



— -<»l — [ i:AHKKLA(il- I 

assez compliqués, (les onitMiK'iils iiièiiu", par reiRlicvètreiiicnt do ((nirbes 
U's mu's dans les aiilrcs. I/'cxomplo que voici (I ) d'un riaj,Mneii( de carre- 



ë^^n^é 






■à 



fil 




G JEMf 

lage de la chapelle de la Vierge de l'église de Saint-Denis nous fait voir 
des bandes formées de cercles noirs et rouges qui se pénètrent^ et des 
comparliments très-fins composés de morceaux triangulaires, carrés, ou 
en fuseaux, qui n'ont pas plus de 0,03 cenlimètres de côté *. Nous trou- 




vons même dans le carrelage de la chapelle Saiut-(Àicuphas de l'église de 
Saint-Denis des tleurs de lis jaune sur fond noir-vert ainsi combinées ("2). 

' .Nous avons ri'iidu les tons noir ou vert sonilirc par ilu noir , U- roiit;e [»ar des 



[ (".\I«IIELAGE 1 "Hy-l — 

La fig. "2 his piV'sente la disposition des morceaux dont est l'oniiée cette 




sorte de mosaï(|iie. Quelquefois h's cari-eaux sont péiiéliés d'une petite 
pièce de terre ( iiile d'une autre eonleui' (|ui vient s"ada|>lei' dans le creux 





^P 




niéna^'é pour la recevoir (3). Os exein|)les sont liies de la même cha- 
pelle, dont tout le carrelage est jaune et noir-vert. 

M. fVrcier nous a laissé, parmi ses précieux croquis faits en 1797 dans 
l'église de Saint-Denis, (|uelques-uns de ces carrelages du xii^ siècle, dont 



li;nlmrt's, el le jaune par le l)lam'. Le ronge esl couleur Inique, le jaune est d'un ton 
(i'oeie clair fort doux. 



— !2().'{ I r.ARREI.ACiK 1 

la romposition «'sl si orifiitialc. Nous cioiinoiis ici (4) l'un des plus beaux; 





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l'exactitude de ces croquis nous est confirmée par la découverte de carreaux 
qui, quoique dérangés, coïncident parfaitement avec l'ensemble que nous 
reproduisons. Dans ce dernier carrelage, beaucoup de morceaux de terre 
cuite simulent un marbre vert jaspé'. Evidenniient, les artistes du 
xne siècle, imbus des traditions antiques, cherchaient à rendre l'etiet des 
mosaïques romaines des bas-temps, dont ils possédaient encore de nom- 
breux exemples; n'ayant pas de marbres à leur disposition, ils les imitaient 
au moyen de l'émail dont ils revêtaient leurs carreaux. 

Nous avons encore trouvé en Allemagne des combinaisons de carreaux 
de terre cuite de couleur formant des dessins variés par leur silhouette et 
leur assemblage. Ces carreaux datent des premières années du \iw siècle ; 
il ne faut pas oublier que les arts de l'Allemagne étaient alors en retard 
d'une cinquantaine d'années sur les arts de la France. Nous pensons qu'il 
est utile de présenter ici quelques-uns de ces exemples qui, d'ailleurs, 
appartiennent bien nettement au style du xii'? siècle, et cela d'autant mieux 
que ces carreaux proviennent des environs de Dresde, et que ces contrées 
recevaient alors tous leurs arts de l'Occident. Ces fragments (n et o bis) 
sont aujourd'hui déposés dans le musée du Grand-Jardin, à Dresde, et 
appartiennent au cloître de Tzelle, situé à vingt-quatre kilomètres de cette 
ville. Les figures A et B font voir comment ces carreaux sont fabriqués et 
comment ils s'assemblent ; ils sont noirs et rouges ; les petites pièces C 
sont seules bordées d'un filet blanc. On remarquera que, dans tous les 



• (^es morceaux sont rendus dans la gravure par un travail irréguiier. 



(:Ai<Ki:i.A<iK 



— -2G4 — 



rxfinplos que nous venons de doiinor ri-dessus, le noir-verl Joue un ^M'and 
rôle; c'est là un des li-ails cin-icU'i'istuiucs des ciini-hi^fs du \\\' sircir. 




landis qu'au xiii»- siècle c'est le rouge ([ui doniiiu'. En règle générale, dans 
les décorations intérieures, au xu*' siècle, les pavages sont d'un ton tiès- 

S ^'' 




-^ 



Ji 




j— .»,« 



soutenu et charge, tandis que les peintures sont claires; le verl, le 
jaune, l'ocre rouge et le l)lanc sont les couleurs préférées. Au xin<* siè- 
cle, au contraire, les surfaces horizontales, les pavages sont hrillanis, 
clairs, landis (|ue les j)eintures des parements sont très-vigoureuses 
de ton ; et il n'est pas rare même, vers la tin du xuc' siècle et pendant le 
XIV, de voir le noir occuper des surfaces inqxirlantes dans la décoration 
des parements verti(;aux (voy. i'kixtikk). 

Mais ce n'est pas seulement par l'harmonie des tons que les carrelages 



— -2{)7\ — [ (Aiuni A<iK I 

du xiii»' siècle diffèrent de ceii\ du xii'", c'est aussi par le mode de falni- 
cation ; en cela, comme en toute eiiose, le xiii*^ siècle rompt fnm('liem<'nl 
avec les traditions : au lieu de composer les dessins des cariclat:>'s en 
assendtlant des pièces de formes variées, il adopta un système de car- 
reaux ordinairement carrés, ornés au moyen d'incrustations de terres de 
couleurs ditiérentes , rouge sur jaune, ou jaune sur rouj^e. Les carreaux 
noirs furent employés , le plus souvent alors , comme encadrements; le 
noir-vert devint plus rare, pour rej)araitie au xiv siècle. Les exemples 
de carrelantes du xiif siècle abondent dans nos anciennes églises, dans 
les chàleaux, palais et maisons. Il tant toutefois remarquer ici que le 
carielage en terre cuite émaillée n'est guère enq)loyé que dans les 
chœurs, les chapelles, ou les salles qui n'étaient pas faites {)Our recevoir 
un grand concours de monde. Lémail s'enlevant assez facilement par le 
frottement des chaussures, on n'employait pas les carreaux émaillés dans 
les nefs ou collatéiaux. dans les galeries ou grand'salies des châteaux et 
palais. Si la terre cuite était mise en œuvre dans les lieux très-fréquentés, 
elle était posée sans émail et alternée souvent avec des dalles de pierre et 
même des carreaux de marbre. D'ailleurs, il ne faut pas oublier qu'à 
partir du xn^ siècle le sol des nefs servait de sépulture, et qu'étant ains 
bouleversé sans cesse et recouvert de dalles funéraires, il n'était guère 
possible d"y maintenir un dessin général composé de petites pièces de 
terre cuite. 

Nous avons dit que le ww siècle avait remplacé le carrelage en terre 
cuite mosaïque par des carreaux incrustés d'ornements. L'origine de ce 
mode de fabrication est facile à découvrir : dès l'époque mérovingienne, on 
cuisait des bri(iues pour pavage, présentant en creux des dessins plus ou 
moins compliqués; ces dessins s'obtenaient au moyen d'une estampille 
ai)pliquée sur la terre encore molle. On retrouve dans l'église de l'ancien 
prieuré de Laître-sous-Amance , consacré en 1076, des carreaux qui ne 
sont pas recouverts d'émail, mais simplement estampés en creux. « Os 
briques ' sont carrées ou barlongues ; ces dernières ont 0,09 c. de largeur 
sur 0.18 c. de longueur. Elles offrent soit des lignes di-oites qui se coupent 
de manière à former des carrés, soit des rinceaux enfei-mes entre deux 
bandes chargées de hachures. Les briques barlongues formaient des 
encadrements dans lesquels on rangeait, l'une à côté de l'autre, un certain 
nombre de briques carrées. » 

Nous avons trouvé, dans des fouilles faites à Saint-Denis, (juelques 
carreaux ainsi gravés de cercles et de losanges recouverts d'un email 
tendre, opaque, blanc sale, produit j)ar une légère couche de terre plus 
fusible que le corps de la brique. Voici une copie, moitié d'exéculion, de 
carreaux ainsi estanqiillés provenant des fouilles faites sui- rem|)lacenient 
de l'ancienne église de Sainte-Colombe à Sens, et dont la date parait foi-l 

' Voy. V Essai sur le imvinje des éijlises uiitér.au w siècle, par M. Itescliaiii[)s du 
ï'm. (Anitdles (trchcoL, l. X). Biillel. mouuui. de M. de Caiiiiioiil, 1848, |). l\i. 

T. II. :u 



[ C.AUKELAGK ] — ^(i(i — 

ancienne (6) '. Ils sont composés d'une lerre blanc jaunâtre assez résis- 
tante, mais sans couverte. Du moment qu'on possédait des carreaux j^ravés 
en creux, il était naturel de clKMrlier à iemj)lir cette j^ravure par une terre 
d'une autre couleur, et de recouvrir le tout dun émail transparent ; c'est 







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C j^^(^'/Vé= 



ce que l'on fit dès le \\\^ siècle, et peut-être même antérieurement à cette 
époque; cette méthode de fabrication devint fjfénérale au xni«^. Par ce 
procédé, en supposant l'émail enlevé, la terre incrustée ayant une épaisseur 
de quehjues millimètres, le carreau conservait lonj^Memps son dessin. La 
gravure du carrelaj^^e étant remplie, la poussière n'élail plus arrêtée par les 
intailles, et on pouvait maintenir ces carrelages [)ropres en les lavant et les 
balayant. Posés dans des chapelles ou dans des salles capitulaires, ou des 
appaitements intérieurs dans lesquels on n'entrait qu'avec des chaussures 
molU's et légères, on ne riscjuait pas de glisser sur leur surface émaillée. 
L'un des plus anciens cari'elages incrustés conmis est celui de l'église de 
Saint-Pierre-sur-Dive; il est reproduit avec une scrupuleuse exactitude dans 
les AmmUi archéologiques *. Le cairelage de Saint-Pierre-sur-Dive (près 



i Le monastère de Sainte-Colombe, fondé en 630 par Clulaire 11, est situé à deux kilo- 
mètres de Sens. Ces briques nous paraissent appartenir à ces premières cunslrucliinis. 

- Annales archéol., pub. par M. Didron aîné, t. XII, p. 281. M. Alfred Ramé lait 
paraître en ce moment un ouvrage spécial sur les carrelages émaillés (voy. Elitd. sur 
les<(irrel(U)cs historiés du xii' an wir siècle). Cet ouvrage, accompagné de nombreuses 
planches exécutées avec le plus grand soin, ne saurait trop être recommandé. C'est 



- * — "IVÛ — I C.ARREI.AtlF 1 

Caen) se coniposp d'une {^Mande rosace de carreaux concentriques, coupée 
par une croix de dalles de pierre, et encadrée de même. Nous partaj^eons 
comi)létement l'opinion de M. Alfred Uamé qui, contrairement à celle de 
M. de Caumont , admet ce mélanj^e de dalles de pierre et de carrelage de 
terre cuite, comme étant de l'époque primitive, c'est-à-dire de la fin du 
xii»- siècle. Les irrégularités que l'on observe dans ce carrelage ne prouvent 
pas qu'il y ait eu renumiement, mais simplement restauration ; nous avons 
remarqué, d'ailleurs, dans tous les anciens carrelages, des défauts de pose 
très-frequents. Cela est facile à expliquer : les fabriciues envoyaient, sur 
commande, un certain nombre de carreaux cuits depuis longtemps et 
emmagasinés ; lorsqu'on les mettait en place , à moins de se résoudre à 
faire une commande partielle et spéciale, et à attendre une nouvelle 
cuisson, ce qui pouvait retarder l'acbèvement du pavage de deux ou trois 
mois , il fallait se résoudre à employer tels quels les carreaux envoyés 
par le briquetier ; de là souvent des combinaisons connnencées avec un 
dessin et achevées avec un autre , des carreaux posés pêle-mêle, ou par 
rangées sans relations entre elles. A Saint-Pierre-sur-Dive, le sujet prin- 
cipal, la rosace centrale , croisée de dalles de pierre, est régulière ; mais 
le grand encadrement carré qui la cerne n'est composé que de rangs de 
briques de dessins divers, la plupart de la même époque cependant et fort 
beaux. D'ailleurs, il faut bien reconnaître que les artistes du moyen âge 
n'étaient pas pénétrés de ce besoin de symétrie puérile qui fait loi aujour- 
d'hui; ils étaient guidés par une idée toute opposée : la variété. Rien n'est 
plus ordinaire que de voir, dans les carrelages anciens, jusqu'à l'époque 
de la Renaissance, de ces mélanges de dessins, de ces divisions inégales 
de bandes, de bordures, de compartiments. 

Le carrelage de Saint-Pierre-sur-Dive est incrusté jaune sur noir brun ; 
il est en cela conforme, comme couleur, aux carrelages mosaïques du 
XII* siècle, où le noir domine, où le rouge n'est qu'accessoire quand on le 
rencontre. Le procédé de fabrication du carrelage de Saint-Pierre-sur-Dive 
mérite d'être mentionné : il consiste en une couche de terre fine noircie, 
posée sur une argile rouge grossière, estampée, incrustée d'une terre 
jaunâtre et couverte d'un émail transparent ; le dessin de ces carreaux est 
noir sur jaune, ou jaune sur noir. La terre blanc jaunâtre pénètre à tra- 
vers Vengobe brune et vient s'incruster jusque dans l'argile rouge, ainsi 



que l'indique la coupe (7) ; l'émail , étant safrané, donne un éclat d'or à 
la terre blanche. 

une étude complète de cette partie importante de la décoration des édifices au moyen 
âge. Un de nos jeunes architectes, M. Amé, a fait également paraîn-e un volume conte- 
nant les plus beaux carrelages des provinces de la Bourgogne et de la Champagne. 



(AKItll a(;k 



^2(iK — 




Nous prosontons (8) uno portion de la rosace ou torre cuite éniaillée 



:2()U [ CAKRKI.AIiK I 

de Saint-Pienv-sur-Mivt'. qui est certaineiiifiU unedesbollpsronipositions 
(le ce jienre. Les carreaux (jui forment cette rosace exc»'(lent les diiiien- 
sions ordiiiaiies; quel(|iies-uns ont O.IH c. de côf»^ , c<mi\ octoiîoiics des 
écoinvons ont ius(|u a i),'23 c. 

On voit encore, dans la chapelle Saint-Michel de l'ancienne collci-iale de 
Saint-Quentin, un carrelaf^e de la lin du xii"" siècle, composé également de 
bandes de pierre encadrant des briques de couleur brun foncé. De même 
à Saint-Denis, si nous en croyons les croquis de M. Percier, quelques 
carrelages des chapelles présentaient des encadrements de pierres unies. 
Ce système parait donc avoir été adopté au xn«" siècle, tandis qu'au 
xiiie s'fècle les deux matières ne se trouvent plus réunies; le carrelage de 
terre cuite couvre sans mélanges les salles pour le pavage desfjuelles il est 
réservé, et les dalles ne viennent plus s'y mêler. 

Ainsi que nous l'avons dit déjà, le rouge domine dans les carrelages du 
xiii*" siècle ; c'est qu'aussi le procédé de fabrication change et se simplifie. 
11 est à remaïquer que, dans tous les arts et industries qui se rattachent à 
l'architecture, le xii*" siècle a, sur le xni«", une grande supériorité d'exécu- 
tion; les vitraux, les peintures, les sculptures, dallages incrustés et carre- 
lages du xu** siècle , et nous dirons même la construction des édifices, 
dénotent un soin et une recherche que le xnr siècle, préoccupé de ses 
grandes conceptions, abandonne bientôt. Le procédé de fabrication des 
carrelages du xie' siècle, soit qu'ils fussent composés de pièces enchevê- 
trées, soit qu'ils fussent incrustés, exigeait beaucoup de temps, un grand 
nombre d'opérations successives, une main-d'œuvre lente. Au xiii«^ siècle, 
on se contente de la brique rouge estampée, incrustée d'une terre blanc 
jaune, et couverte d'un émail transparent. Quelquefois la terre blanche 
fait le fond, plus fréquemment elle fait le dessin ; dans l'un connue dans 
l'autre cas , le procédé de fabrication est le même. Les carreaux noirs, 
pour être incrustés comme ceuxdeSaint-Pierre-sur-Dive, exigeaient cinq 
opérations successives, sans la cuisson : 1" le moulage de la brique ; 
2" une première couverte d'une terre fine, noircie par un oxyde métallique; 
3" l'estampage du dessin en creux ; 4" le remplissage du creux par une 
terre blanche, le battage; 5" l'émaillage. Les carreaux rouges incrustés de 
blanc n'en exigeaient que quatre : 1" le moulage de la brique ; tJ" l'estam- 
page; 3" le remplissage du creux, le battage; 4" l'émaillage. Aussi, 
pendant le xiii«? siècle, les carreaux noirs sont généralement unis et ne 
sont employés que comme encadrements. L'émail des carrelages du 
xni<- siècle est toujours, comme celui du xw, coloré en jaune; il contribue 
à donner ainsi de l'éclat au blanc et au rouge. 

Les carreaux de britjue rouge carrée incrustée, si fort en vogue au 
xiii* siècle, forment des dessins isolés ou par quatre. Il n'est pas besoin 
de démontrer comment ce système permettait de trouver des combinai- 
sons de dessins à l'infini. 

Voici des carreaux incrustés et émaillés provenant du château de Coucy, 
faç(jnnes d'après celle doimée. 



(;arrki.a<;k | — :27() — 

La figure présente deux carreaux dont le dessin est isole; riiii 




9 




d'eux est un écusson arnioyé. Les figures 10 et II donnent chacune 
un assemblage de quatre carreaux complétant un dessin circulaire'. 

10 




La fabrication de ces carreaux est grossière; nous sommes ici bien 
éloignés de la finesse et de la pureté des carreaux de Saint-Pierre-sur-l>ive. 
Mais cependant, en simplifiant l'exécution pour obtenir des produits i)lus 
nombreux et moins longs à fabriquer, le xnu' siècle sut taire d'admi- 

' Ces carreaux, aujourd'hui déposés daus l'ancienne al)l)aye de l*rémonlré, ont 0,1 2 c. 
de côté; ils nous ont été donnés par M. de Violaine. Ils servaient certainement de 
pavage aux salles du cliàteau de Coucy, qui datent de la première moitié du xiii' siècle. 



— "21 \ — [ CARKKLAIJK | 

rables carrelantes , et nous citerons entre autres ceux des chapelles de la 

11 




cathédrale de Laon, dont nous figurons (12 et 13) quelques échantillons, 
et le beau pavé de la salle du trésor de l'ancienne cathédrale de Saint - 
Orner, reproduit en entier dans les Annales archéologiques de M. Didron '. 
Ce dernier carrelaf,^e, qui date de la fin du xiiie siècle, présente une suite 
de compartiments de seize carreaux rouges incrustés de jaune, avec enca- 
drements noirs unis^ Les compartiments sont posés sur la diagonale, et 
les carreaux ont environ 0,12 c. de côté. De deux en deux, les comparti- 
ments offrent un mélange de carreaux noirs et blancs, à dessins mosaïques 
très-fins, qui jettent de l'éclat au milieu de cette riche composition. Les 
carreaux rouges et jaunes sont variés à chaque compailiment, et leurs 
dessins se combinent par quatre ou sont complets dans chaque brique. 
Au xiiie siècle, les dessins des carrelages incrustés sont encore larges, 
simples comme disposition générale ; ils deviennent plus confus et plus 
maigres pendant le xiv« siècle. Lue difficulté de nature à embarrasser les 
archéologues, lorscju'il s'agit de reconnaître l'époque des carrelages, se 
présente fréquemment à partir du xiu«* siècle. Les briquetiers, qui possé- 
daient dans leurs ateliers ces matrices en bois propres à imprimer les 
dessins destinés à orner les carreaux, s'en servirent longtemps après que 
ces estampilles avaient été gravées , et souvent des carrelages furent 

« Voy. Annales archéoL, pub. par M. Didioii aiué, l. XI, p. 65. Nous renvoyons nos 
ieoleurs aux belles planches de ce recueil; elles donnent rensenil)le de ce carrelage. 



CAKKKLAGK 



-27-2 



fabriqués au xiv»' siècle avec des inafrires faites pendant le xui»- ; cela 
explique comment on l'ctroiive, dans des carrehii^es j)oses évidemment à 
une certaine époque, des échantillons de cai reaux beaucoup plus anciens 
que les édifices auxquels ils appartiennent. Comme principe décoratif, les 



h2 




carrelages ne se moditient guère du xue au xv« siècle; leur dessin s'amai- 
grit de plus en i)lus ; à la fin du xiv»' siècle, on introduit à profusion dans 
les carrelages des chiti'res, des inscriptions, des armoiries, (juehiuefois 
même de petites scènes; on voit ap|)araitre les tons verts, bleu-clair; le 
noir devient plus lare. 

Nous donnons (14 et 15) deux portions de carrelages de cette épcxpie 
qui proviennent des fouilles exécutées en 18i0 dans les jardins de riiùlel 
des Archives à l'aris (ancien hôtel Soubise), et dont les dessins, rouge 
sur jaune, sont exécutés avec une rare perfection. Des fragments d'une 
bordui'c bleue et blanche furent dei'ouverls en même tenq)s. 

Les carrelages des xiv" et xv^ siècles abondent; les villes de la Cham- 
pagne, de la lirie, de la Bourgogne en sont encore remplies, et les ouvrages 



-273 — 



I.ARUKI.AUK ] 



spéciaux sur celW uiatirn' nous eu présenteronl des cxcinplcs assez 
iKMiihioux pour (\ue nous nous (lisi)fnsions do les rf'i)ro<luir<' ici. 

l'cndaiil le xvi'' siccic. le carrclaue m brique iiicruf^t»'»' se rencontre 



i:} 




encore, et nous en trouvons de beaux spécimens dans la ville de Troyes 
(l(i) '. Mais alors apparaissent les carrelajj^es en faïence peinte, dans 
lesquels les tons blancs, bleus, jaunes et verts dominent. Tout le monde 
connaît les carrelantes des châteaux d'Écouen, de Blois, de l'église de Brou; 
nous en citerons un loutel'ois qui surpasse tous ceux que nous avons vus 
de cette épocpic : c'est le carrelage en iaïence de la chapelle située au nord 
de la nef de la cathédrale de Langres. Il est difficile de lencoulrer une 



' De l'église de Sainl-Nicofas à Troyes. Ce canelage, qui se compose de hriqiies 
circufaires enfermées dans (raiiUcs l)riques carrées entaillées en quart de ocrclc, 
représente le numograniine du Christ cnlouré de la ((nirtiniic d'épines, i.a date de 
Mï-JZ esl ineriislée au-dessous dii niduoiïrauiiuc 

r . II. 30 



( {-.AKKEl.ACE I — '274 — 

décoration de pavage à la fois plus riche, mieux composée et j)lus harmo- 
nieuse de tons. 

On ne se contenta pas, pendant le iTioyen Afie , de faire des carreaux 



li 




mosaïques ou incrustés de terres de couleurs différentes, on en falniqua 
aussi avec des dessins en relief, (^es sortes de carrelfïges ne pouvaient 
s'exécuter qu'avec des terres très-dures, autrement les dessins eussent été 
promptement usés par les chaussures. Ces dessins en relief avaient 
l'avantage d'empêcher de glisser sur la surAice du carrelage ; mais il 
devait être ditlicile de le maintenir en bon état de propreté, la poussière 
se trouvant arrêtée par les aspérités des dessins. 

Nous possédons un échantillon de carreaux fabriqués suivant ce système 
et qui nous paraissent appartenir au xv« siècle '. La fig. 17 en donne le 



' Ces carreaux nous ont (■té donnés par M. Mallay, archilecto du I»iiv-do-I)ônie : ils 
proviennent fie Hiom. 



^)7r. 



,li) [ CARKELAliK ] 

dessin; K's saillies n'ont pas plus do doux millimètres; la terre en est fort 



compacte, bien battue et bien cuite. 



ÎS 




Les carrelages en faïence furent encore employés en France pendant le 

11 







«c ' 



^ 

^ 



x\ii'- siècle, et iusaye sen est perpétué en Italie, en Espa};ne, en Afrique 



I (:aiii(i(':kk | ' — -27(i — 

et t'ii Orient jus(iu'à nos jours, (^iicz nous, on nr les cinploic plus guérr 

m 




- i"wv\t 



(\\u' pour carreler des fourneaux de cuisine, et, dans le midi, des salles 
de bain ou des otiices '. 



CARRIÈRE, s. t'. Orif^'inairenienl ce ni(>t est employé comme cAo/zm où 
peut panser un char, puis comme lieu doii l'on extrait de la pierre à i)àlir. 
De tout temps, en France, on a exilait la pierre à bâtir soit à ciel ouvert, 
soit dans des f^aleries creusées sous le sol. La colline Sainl-Jacques à Paris 
est complètement excavée par les constructeurs parisiens depuis les 
premiers siècles du christianisn)e. (Vcst de celle colline et des (Mivirons 
(lArcueil que furent lires tous les matériaux calcaii-es employés dans les 
constructions de la cité, et notanniienl ceux ((ui oui seivi à l'édification de 

' «Jiifl jiK-s t;il)ru;Hils l)ri(iii('lieis mil lliit rciiiiîlrc Tnil du caiTcliMir cniailloiir :iv<'(' 
succès. Nitiis riU'rons, l'iitrc îtiilics liihiKiiics, ct'llf «le M. i>iilMiis ii Paris, (iiii a louriii 
les carrelages neufs de l'éj^lise de Saint-Denis, restaures sur les fragu)ents anciens; 
celle de .\J. Millard à Troyes, don! les produits sont lieaux ; la ral)ri(|ne de terres cuites 
éuiaillées de Langeais. Nous renvoyons nos lecteurs, pour de plus amples reiiseiiiue- 
uu'uls sur cet article spécial, ii l'ouvraye de M. AlIVed liauic cité ci-dessus. 



"211 — [ CARKltUK t 

NoIrt'-DaiHt'. On employait alors, coiiiii»' aiijourd'luii, pour cxliaiir les 
bancs calcaires, des treuils munis de grandes roues posés à l'orilice des 
puits. On trouve, dans le recueil des Olim \ quehpies arrêts touchant 
l'exti-action des pierres à bâtir; ils sont relatifs aux indemnitésà payer par 
'les carriers ou constructeurs pour réparations des cbemins défoncés. Nous 
citons ici un fragment d'un de ces arrêts royaux qui date de 1^73. 

« Ce})endant l'abbé et les moines du couvent de Saint-Port se plaignaient 
« de ce que ceux qui réparaient le pont de Melun étaient venus dans leurs 
« terres, et y avaient creusé pour faire une carrière de hupielie ils tiraient, 
« malgré eux moines, des piei-res nécessaires à la construction dudit pont ; 
« que par cela même un tort considérable leur avait été fait, en détruisant 
« presque entièrement un chemin sur lequel on arrivait à leur abbaye; 
« c'est pourquoi les moines demandaient qu'on poursuivit ces carriers 
« pour faire cesser l'abus, et leur faire réparer les dommages qu'ils 
« avaient causés au couvent. Le bailli de la Seine fut donc invité à faire 
« réparer le chemin de telle sorte que les moines pussent se rendre faci- 
« lement et en toute sûreté à l'abbaye, comme auparavant, et à les 
« indemniser des dommages qu'ils avaient soufferts par suite de l'exploi- 
« tation de ladite carrière : savoir, en leur payant des deniers royaux une 
M somme égale à celle de la pierre extraite, ou en leur faisant restituer 
« cette somme par les entrepreneurs dudit pont.... « 

A une époque où il n'existait pas une législation uniforme, propre à 
régler l'exploitation des carrières, ces contestations étaient fréquentes; 
les abbayes, les seigneurs féodaux, possesseurs du sol, faisaient payer des 
droits pour permettre l'exploitation sur leurs teires, ou exigeaient un 
charriage gratuit d'une portion des matériaux exploités pour leur usage 
particulier. Souvent même les couvents faisaient exploiter eux-mêmes et 
vendaient les matériaux. Les coteaux de carrière de Saint-Denis a|)parte- 
naient à l'abbé et aux moines de Saint-Denis; ceux-ci possédaient aussi 
des carrières près Pontoise. Les abbayes de Royaumont, du Val-sur-l'Oise, 
tiraient profit des vastes et belles carrières dont leur sol est rempli. Les 
établissements religieux se faisaient souvent un revenu considérable par 
l'extraction de la pierre, car ils avaient, autant que faire se pouvait, le soin 
de bâtir leurs monastères dans le voisinage de dépôts calcaires; et, sur le 
sol de la France, on peut être assuré de trouver, proche des abbayes, de 
bonnes terres, des cours d'eau et de la pierre propre à bâtir. Agriculteurs, 
industriels et constructeurs, les moines furent les premiers à ouvrir le sol 
et à lui faire rendre tout ce qui est nécessaire aux besoins d'un peuple 
civilisé. Les constructions qu'ils nous ont laissées font voir que les moyens 
d'exploitation (piils employaient étaient bien organises et d'une grande 
puissance, car il n'est pas rare de trouver dans les églises abbatiales des 
blocs énormes. Ainsi, par exemple, on voit, dans le choeur de l'abbaye de 
Vézelay, des colonnes monolithes (|ui ne cubent pas moins de quatre 

1 Les Olim, (li)cmii. iiiéd. siii' lliist. de Kraiier, l. I. 



[ CAKIUÈRK 1 "llH 

mètres; or, ces colonnes proviennent des carrières de Coutarnoux, qui 
sont distantes de vin^'t-huit kilomètres de l'abbaye, et il a fallu montei- 
ces blocs au sommet d'une monta^Mie escarpée, et cela avec des ett'orts 
inouis. Dans beaucoup d'éj^dises de Bour^'ogne, du Maçonnais, on trouve 
des monolithes qui, pour le cube, ne le cèdent en rien à ceux-ci. On ne 
peut douter que l'attention des moines ne se soit portée d'une manière 
toute particulière sur l'exploitation des carrières, car ils ont su extraire 
des matériaux de choix en grande quantité, et les (aire transporter j)ai' 
des moyens niécani(jues assez énergicjues pour causer encore aujourd'liui 
notre étonnemenl. 

Nous n'avons pu jusqu'à présent savoir s'il n'existait pas, pendant les 
xii*" et xiii*^ siècles, des corporations de carriers, comme il existait des 
corporations de constructeurs de ponts {ponlifîces); la vue des monuments 
nous le ferait croire, car nous avons trouvé, en examinant des matériaux 
de gros volume, des traces de moyens de transport identiques dans des 
contrées très-éloignées les unes des autres, des choix de matériaux en 
raison de la place qu'ils occupent, indiquant un système d'extraction suivi 
avec méthode. Mais nous avons l'occasion de nous étendre sur ce sujet 
dans le mot coxstkuction, auquel nous renvoyons nos lecteurs. Il est 
certain, par exemple, (|ue les carriers du moyen âge devaient posséder une 
méthode simple pour rxtraire des pierres dune grande longueur, quoique 
faibles d'épaisseur et de largeui-. 

Pendant les xn« et xui'' siècles, on a mis en œuvre, dans les construc- 
tions, avec une profusion extraordinaire, des colonnettes, des meneaux 
de fenêtres, dont le diamètre n'excède pas 0,'20 c. et dont la longueur 
varie de quatre à cinq mètres, quel(|uefois plus; or, aujourd'hui, nous 
avons souvent de la j)eine à faire extraire des matériaux, iiMuplissant ces 
conditions, des mêmes carrières d'oii autrefois on les lirait en grande 
quantité. En cela, connue en bien d'autres choses, nos progrès, dont nous 
sommes si fiers , ressembleraient foit à une infériorité dans la pratique. 

Jusqu'au xv» siècle, on n'employait pas la scie pour débiter la j)ierre 
«lure ; la pierre arrivait de la carrière dans les dimensions demandées i)ar 
leconslrucleur; il fallait donc, pour extiaire et tiansporter ces blocs longs 
et fragiles, des précautions et des ressources négligées ou perdues, il est 
vraisemblable que, pourobtenir ces pierres longues et minces, on employait 
un i)rocédé encore usité dans quelques provinces en France, et qui consiste 
à faire une tianchée étroite dans le banc que l'on veut IVndre; à placer 
dans cette tranchée, de dislance en dislance, des coins de bois de frêne 
séchésau four, sur lescpiels on laisse loml)er de l'eau goutte à goutte; les 
coins, en se gonllant par l'hiuiiidilé qui les pénètre également, font fendre 
le bloc longiludinalement, sans risquer de le casser par tronçons comme 
le ferait infailliblement la percussion sur des coins de 1er. Trop dédaigneux 
d'un passé que nous laissons dénigrer par quclcpies esprits étroits et 
paresseux, nous négligeons aujourd'hui «'csdélails (|ui, aulicfois, prt'occu- 
l)aient aveciaison les constructeurs. Si lesarchileetes icgardent (■(»mme un 



"270 1 (AlIlfllltAl.K I 

(le leurs devoirs de s'enquérir (les cariières el de les visiter, ils ne cher- 
chent à avoir aucune action sur la niani('r(^ dt> les e.\j)loilcr; cest, nous le 
croyons, un grand tort : car la (jualité de la j)ierre dépend parfois autant 
de son gisement ((ue des proc(klés employés pour l'extraire, ou de la saison 
pendant la(juelleon l'extrait. Beaucoup de carrières sont gâchées par des 
carriers ignorants ou malhabiles, et ce serait un service à rendre que 
d'établir une police sur lexploitation des pieri-es; si cette police n'avait 
pas autrefois une action uniforme sur toute la surface de la Fiance, on ne 
saurait douter, rien qu'en examinant les anciennes cari'ières abandonnées, 
que chaque centre religieux, ou peut-être chaque province, avait la sienne: 
car presque toujours, dans ces carrières anciennes, on retrouve les traces 
d'une exploitation méthodique. Le même fait nous frappa lorsque nous 
visitàuKS les carrières antiques de lltalie et de la Sicile. Et, en eti'e.f, si les 
constructeurs du moyen âge avaient rompu avec la forme de l'architecture 
antique, ils en avaient conservé l'esprit pratique beaucoup plus qu'on ne 
le croit peut-être. Ce qu'on ne saurait trop dire, c'est que précisément les 
amateurs exclusifs de la forme antique, depuis la Renaissance, ont dédaigné 
ces bonnes et sages traditions qu'avaient su conserver les architectes du 
moyen âge. Il est prol)able que le maître des œuvres, Pierre de Montereau 
(à voir les matériaux admirables choisis pour bâtir la Sainte-Chapelle, on 
peut l'aflirmer), allait à la carrière, et voulait savoir d'où et comment 
étaient tirés les grands blocs qu'il allait mettre en oeuvre. 

CATHÉDRALE, s. f. De cathedra, qui signifie siège, ou (rêne éphcopal. 
Cathédrale s'entend comme église dans laquelle est placé le tr(jne de 
l'évêque du diocèse *. Dans les églises primitives, le trône de l'évêque 
(cathedra) était placé au fond de l'abside, dans l'axe, comme le siège du 
juge de la basilique antique, et l'autel s'élevait en avant de la (libune, 
ordinairement sur le tombeau d'un martyr'-. L'évêque, entouré de son 
clergé, se trouvait ainsi derrière l'autel isolé et dépourvu de retable; il 
voyait donc l'oliiciant en face (voy. altel). Cette disposition priniitive 
explique pourquoi, jusque vers le milieu du dernier siècle, dans certaines 
cathédrales, le maître autel n'était qu'une simple table sans gradins, 

1 Cathedra, propria est sedes, seu sessio honestior et augustior episcoporuni in Ec- 
clesia, cœteris aliorum presbyterorum sedilibus excelsior : Ut in nwntem rcvocarenl, 
inqiiit S. Aiigiist. in Psalm. 1 26, altiore se iit loco, tanquam in sjicculd conslittitos, quo 
oculorum acie perviyiti, alque indefessa , in lutetum grecjis incumbdnt , lanlo cœteris 
virtute et probitate dariores, quanto magis essent sedis honore ac sublimilate conspicui. 
(Ducange, Gloss.) 

- Il existe encore quelques-uns de ces sièges épiscopaux. En Provence, à Avignon, 
on en voit un dans l'église cathédrale; il est en marbre, et l'ut enlevé de sa place 
primitive pour être rangé à la droite de l'autel. Dans la cathédrale d'Auiisbourg , le 
siège épiscnpal est resté à sa place, au fond de l'abside, comme ceux que l'on voit 
encore, dans les basiliques de Saint-Clément et de Saint-Laurent (txtra mtiros) à Rome. 

(Voy. CHAIRE.) 



I (AIIIÉDKAIK I -iKII 

tahornarlos ni rolahh's '. La callu'dralt' du nioiidc clnvlicn, Saiiil-Pii'ir»' 
de Homo, coiisci'vt' fiicorp lo sit'j^'o du piiiicc dos apùlifs fiifcniK' dans 
une chaire de Inonze, au fond de l'aliside. (y«»lail dans les églises cathé- 
drales, dans ce lieu réservé à la cathedra, (jue l<'s évè(|ues faisaient les 
ordinations. Lors(|ue ceux-ci étaient invités pai' iabhé d'un monastère, 
on plaçait uno collieih a au fond du saiuluaire. (lejoui'-là, l'église abbatiale 
élait cathédrale. Le siège é[)iscopal était et est encore le sigiie^ le synd)ol(' 
de la juridiction des évè(|ues. La juiidiction é|iiscopale est donc le véritable 
lien (|ui unit la basili(iue anti(|ueà l'église chrétiemie. La cathédrale n'est 
pas seulement une église approj)riée au scivicc divin, elle consei've, et 
conservait bien plus encore pendant les premiers siècles du christianisme, 
le caractère d'un tiibunal sacré; et connue alors la constituti(Ui ci\ile 
n'était pas parfaitement distincte de la constitution religieuse, il en résulte 
que les catht'drales sont restées longfemj)S , et jusqu'au xiv^ siècle, des 
édilices a la l'ois religieux et civils. On ne s'y réunissait pas seulement 
pour assister aux otlices divins, on y tenait des assemblées qui avaient un 
caractère purement ])oliti(pu'; il va sans dire (pie la religion intervenait 
presque toujours dans ces grandes réunions civiles ou militaires. 

Juscpi'à la tin du xm>' siècle, les cathédrales n'avaient pas des dimensions 
extraordinaires; beaucoup d'églises abbatiales étaient d'une plus grande 
étendue : c'est que, jusqu'à cette époqiu\ le morcellement féodal était un 
obstacle à la constitution civile des jxtpulations ; l'inlluence des évè(iues 
était gênée par ces giands établissements religieux du w siècle. Proprié- 
taires puissants, jouissant de privilèges étendus, stMgneurs féodaux, 
protégés par les papes, tenant en main l'éducation de la jeunesse, partici- 
pant à toutes les grandes atfaii'es politiques, les abbés attiraient tout ii 
eux, richesse et pouvoir, intelligence et activité. Lorsque les populations 
urbaines, instruites, enrichies, laissèrent paraître les premiers synij)tômes 
d'émanci|)ation, s'érigèrent en communes, il se lit une réaction contre la 
féodalité monastique et séculière d(jnl les èvéciues, ai>pu\és par la monar- 
chie, profitèrent avec autant de promptitude que (rintelligence. Ils com- 
prirent que le moment était venu de reconquérir le pouvoir et l'inlluence 
que leur donnait l'Kglise, et qui étaient tombés en partie entre les mains 
des établissements religieux, (le que les abbayes firent pendant le xc" siècle, 
les évéques n'eussent pu le faire; mais, au xic siècle, la tâche des établis- 
semenls religieux était remplie; le pouvoir monarchique avait grandi, 
l'ordre civil essayait ses forces et voulait se constituer. C'est alors que 
l'épiscopat entreprit de reconstruire <'t reconstruisit ses cathédrales; et il 
trouva dans les popidations un concours tellement énergique, qu'il dut 
s'apercevoir que ses prévisions étaient just<^s. que son tem])S était venu, 
et que l'activité développée par les établissements religieux, et dont ils 

' A Lyon, le U-ôiie épiscopal occupait eiicorc , il y a un sictic , le luiid de l'abside 
de la-catliédrale, et l'autel était dépouivii de tout ornement aii-dessns de la laide; une 
croix et deux llamheanx devaient seuls y être placés. 



'2H\ I (ATHfiDRAI.K ] 

avaient piolilt'*. allait lui voiiir en aidr. Rien, eu ettel. aujouidliui, si ce 
nest peut-être le niouvenient intellectuel et cnninieicial (|ui rouvre 
l'Europe lie li^Mies dr ehcmiiis de l'er, ne j)eut donner lidee de Tenipres- 
sement avec lequel les populations urbaines se mirent à élever des cathé- 
drales. Nous ne prétendons pas démontrer que la foi n'entrât pas pour 
une {grande part dans ce mouvement; mais il s "y joijinait un instinct très- 
juste d'unit»', de constitution (ixile. 

A la tin du \\v siècle, I érection d'une cathédrale était un besoin, parce 
que c'était une pioiestation éclatante contre la féodalité. (Juand un senti- 
ment instinctif pousse ainsi les peuples vers un but, ils font des travaux 
qui, plus tard, lorsque cette sorte de fièvre est passée, semblent être le 
résultat d'eti'orts qui tiennent du prodige. Sous un régime théocratique 
absolu, les hommes élèvent les pyramides, creusent les hypogées de Thèbes 
et de Nubie; sous un gouvernement militaire et administratif, connue 
celui des Romains pendant l'empire, ils couvrent les pays conquis de 
routes, de villes, de monuments d'utilité publique. I.e besoin de sortir de 
la barbarie et de l'anarchie, de défricher le sol , fait élever, au xi»" siècle, 
les abbayes de l'Occident. L'unité monarchique et religieuse, l'alliance de 
ces deux pouvoirs pour constituer une nationalité, font surgir les grandes 
cathédrales du nord de la France. Certes, les cathédrales sont des monu- 
ments religieux, mais ils sont surtout des édifices nationaux. Le jour où 
la société française a prêté ses bras et donné ses trésors pour les élever, 
elle a voulu se constituer et elle s'est constituée. Les cathédrales des xif 
et xiir siècles sont donc, à notre point de vue, le symbole de la nationalité 
française, la première et la plus puissante tentative vers l'unité. Si, en 
1793, elles sont restées debout, sauf de très-rares exceptions, c'est que ce 
sentiment était resté dans le cœur des populations, malgré tout ce qu'on 
avait fait pour l'en arracher. 

Où voyons-nous les grandes cathédrales s'élever à la fin du xn»; siècle et 
au commencement du xiii*? c'est dans des villes telles que Noyon,Soissons. 
Laon, Reims. Amiens, qui toutes avaient, les premières, donné le signal 
de latiranchissement des conuîiunes; c'est dans la ville capitale de l'Ile- 
de-France, centre du pouvoir monarchique, Paris; c'est à Rouen, centre 
de la plus belle province reconquise par Philippe-Auguste. Mais il est 
nécessaire que nous entrions à ce sujet dans quelques développements. 

Au connnencement du xii*" siècle, le régime féodal était constitué; il 
enserrait la France dans un réseau dont toutes les mailles, fortement 
nouées, send)laient ne devoir jamais permettre à la nation de se développer. 
Le clergé régulier et séculier n'avait pas protesté contre ce régime; il s'y 
était associé; toutefois, quoique seigneurs féodaux, les abbés des grands 
monastères conservaient, par suite des privilèges exorbitants dont ils 
jouissaient, une sorte d'indépendance au milieu de l'organisation léodale. 
Il n'en était pas de même des evêques; ceux-ci n'avaient pas profite de la 
position exceptionnelle que leur donnait le pouvoir spirituel ; ils venaient 
se ranger, comme les seigneurs laï([ues,sous la bannière de leurs suzerains. 
T. 11. 3(i 



( r.ATIlf-DKXI.K I 'l^'l 

« Qui 110 s'étonnorait pas, disait saint Bernard '. de voir (\uo la niôine 
« personne qui, lépée à la niain.ronnnande une troupe de soldats, puisse, 
« revêtue de l'étole, lire rÉvani^^ile an milieu d'une éiilise?» Mais les 
évêques ne tardèrent pas à reconnaître (|ue cette position douteuse ne 
convenait pas au caractère dont ils étaient revêtus. Lorsque la monarchie 
eut laissé voir que son intention était de donqîter la féodalité, « le cleri;é 
sentit aisément- (|ue, dans la lutte (|ui allait s'enjiaj,'er^ les sei^Mieurs 
seraient vaincus ; dès lois il rompit avec eux, sépara sa cause de la leur, 
renoïK'a à tout engagement, déposa ses mœurs guerrières, et même, 
abjurant tout souvenir, il ne craignit pas de rivaliser d'ardeui' avec le 
trône, pour dépouiller les seigneurs de leurs prérogatives. Il commença 
par étendre au delà de toutes limites sa juridiction , (|ui, dans l'origine, 
était toute spirituelle; il lui sutlil pour cela d'un mauvais raisonnement, 
dont le succès lut prodigieux; il consistait à dire : que l'Kglise, en vertu 
du pouvoir que Dieu lui a donné, doit prendre connaissance de tout ce 
qui est péché, afin de savoir si elle doit remettre ou retenir, lier ou délier. 
Dès lors, comme toute contestation judiciaire peut prendre sa source dans 
la fraude, le clergé soutenait avoir le droit de juger tous les procès: 
affaires réelles, personnelles ou mixtes, causes féodales ou criminelles.... 
Le peuple ne voyait pas ces envahissements d'un mauvais œil ; il trouvait 
dans les cours ecclésiastiques une manière de procéder moins harbare que 
celle dont on faisait usage dans les justices seigneuriales : le combat n'y 
avait jamais été admis ; l'appel y était reçu; on y suivait le droit canonique, 
qui se rapproche, à beaucoup d'égards, du droit romain; en un mot. 
toutes les garanties légales (jue refusaient les tribunaux des seigneurs, on 
était certain de les obtenir dans les cours ecclésiasti(iues. » C'est alors que, 
soutenus par le pouvoir monarchique déjà puissant, forts des sympathies 
des populations qui se tournaient rapidement vers les issues qui leur 
faisaient entrevoir une espérance d'atfranchisseinent, les évêques voulurent 
donner une forme visible à un pouvoir qui leur semblait désormais appuyé 
sur des bases inébranlables; ils reuniient des sommes énormes, et jetant 
bas les vieilles cathédrales devenues trop petites, ils les employèrent sans 
délai à la construction de monuments immenses faits pour réunir à tout 
jamais autour de leur siège épiscopal ces [topulat ions désireuses de s'affran- 
chir du joug féodal. Ola se passait sous Philippe-.Vuguste, et c'est en ett'et 
sous le règne de ce prince (|ue nous voyons connueiicer et élever rapide- 
ment les grandes cathédrales de Soissons, de Paris, de Boui'ges, de Laon, 
d'Amiens, de Chartres, de Reims. C'est alors aussi que l'architecture reli- 
gieuse sort de ses langes monacals ; ce n'est pas aux couvents que les évê- 
ques vont demander leurs architectes, c'est à ces populations laïquesdont les 
trésors apportés avec empressement vont servir à élever le premier édifice 
vraiment populaire en face du château féodal, et ()ui finira par le vaincre. 

' Lettre LXXVin. 

i [nstit. de saint Louis, p. 172. l.o lomle Beiignol. 



— "283 — I CATIlfiDKALK | 

Nous ne voudrions pas que cette origine à la fois politi(jue et i'elijj;ieuse 
donnée par nous à la grande cathédrale put taire supposeï- (juc nous 
prétendons diminuer la valeur de cet élan (|ui se nianitésle en France à 
la tin du \w siècle. Il y a dans le haut clergé séculier de cette épo(|ue une 
pensée trop grande, dont les résultats ont été trop vastes, pour qu'elle 
ne prenne pas sa source dans la religion ; mais il ne faut pas oublier que, 
chez les peuples naissants, la religion et la politique vont de pair; il n'e.st 
pas possible de les séparer; d'ailleurs les faits parlent d'eux-méu)es. On 
était aussi religieux en France au commencement du xn*; siècle qu'à la 
fin ; cependant, c'est précisément au moment où les évoques font cause 
connnune avec la monarchie, veulent se séparer de la féodalité, qu'ils 
trouvent les ressources énormes dont l'emploi va leur permettre d'élargir 
l'enceinte de leurs cathédrales pour contenir tout entières les populations 
des villes. Non-seulement alors la cathédrale dépasse les dimensions des 
plus vastes églises d'ahhayes, mais elle se saisit d'une archit(>cture nou- 
velle; son iconographie n'est plus celle des églises monastiques; elle 
parle un nouveau langage; elle devient un livre pour la foule, elle instruit 
le peuple en même temps qu'elle sert d'asile à la prière. 

Nous allons étudier tout à l'heure, sur les monuments mêmes, les phases 
de ce mouvement qui se manifeste vers la fin du xii«' siècle. 

Poursuivons. L'alliance du clergé avec la monarchie ne tarda pas à 
inquiéter les barons; saint Louis reconnut bientôt que le pouvoir royal ne 
faisait que changer de maître. En l'235, la noblesse de France et le roi 
s'assemblèrent à Saint-Denis pour mettre des bornes à la puissance que 
les tribunaux ecclésiastiques s'étaient arrogée. En I^IO, les barons rédi- 
gèrent un acte d'union « et nommèrent une commission de quatre des 
plus puissants d'entre eux ', pour décider dans quels cas le baronnage 
devait prendre fait et cause pour tout seigneur vexé par le clergé; de 
plus, chaque seigneur s'était engagé à mettre en commun la centième 
partie de son revenu, afin de poursuivre activement le but de l'union. 
Ainsi l'on voit l'attitude du clergé français quand saint Louis monta sur 
le trône : elle était hostile et menaçante. » 

Au milieu de ces dangers^ par sa conduite à la fois ferme et prudente, 
le saint roi sut contenir les prétentions exorbitantes du clergé dans de 
justes bornes, et faire prévaloir l'autorité monarchi([ue sur la féodalité. 
Dès 1*250, le peuple, rassuré par la prédominance du pouvoir royal, 
s'habiluant à le considérer comme la représentation de l'unité nationale, 
trouvant sous son ombre l'autorité avec la justice, ne montra plus le même 
enqjn>ssement pour jeter dans l'un des plateaux de la balance ces trésors 
qui, cinquante ans auparavant,. avaient permis de conmiencer, sur des 
proportions gigantesques, les cathédrales. Aussi est-ce à partir de cette 
époque que nous voyons ces constructions se ralentir, ou s'achever à la 
hâte sur de moins vastes patrons, s'atrophier pour ainsi dire. Faut-il 

1 liiKlit. tli' saint Loiiiii. l>e comte Hciif^iud. 



I (,ATH(-I)H\LK I — '2Si — 

atliihiicr cela à im refroidisseineiit relijiieux? nous ne ie pensons pas; la 
nalion. sentant désormais un pouvoir supérieur à la IV'odalit»'. portait ses 
reiiai'ds vers lui, et néprouvail plus le besoin si vif, si prt^ssant, d élevei' 
la cathédrale en lace de la l'orleresse féodale. 

A la fin du xni« siècle, celles de ces vastes constructions qui étaient 
tardivement sorties de terre n'arrivèrent pas à leur développement ; elles 
s'arrêtèrent tout à coup; si elles furent achevées, ce ne fut plus (|ue par 
les etTorts personnels d'évêques ou de chapitres (pii eniployèi-ent leurs 
pi'opres biens |>oni' terminer ce que rentiainement de toute une popula- 
tion avait ))eriuis de commencer. Il n'est pas ?inp .sew/t' calliediale qui ait 
été finie telle ([u'elle avait été projetée, et cela se comprend; la période 
pendant laquelle les j,n'andes cathédrales eussent dû être conçues et 
élevées, celle pendant laquelle leur existence est pour ainsi dire un besoin 
impérieux, l'expression d'un désir national irrésistible, est conq)rise entre 
les années 1180 et l:2iO. Soixante ans! Si l'on peut s'étoimer d'une 
chose, c'est que, dans ce court espace de temps, on ait pu obtenir, sur 
tout un grand territoire, des résultats aussi surprenants; car ce n'était 
pas seulement des manœuvres qu'il fallait trouver, mais des milliers 
d'artistes qui, la plupart, étaient des hommes dont le talent d'exécution 
est pour nous aujourd'hui un sujet d"admii'ati(»n. 

Tel était alors, en France," le besoin d'agrandir les cathédrales, que, 
pendant leur construction même, les premiers travaux, déjà exécutés en 
partie, furent j)arfois détruits pour faire place à des projets plus grandioses. 
En dehors du domaine royal, le mouvement n'existe pas, et ce n'est que 
plus tard, vers la fm du xiu'' siècle. lors([ue la monarchie eut à peu près 
réuni toutes les provinces dt>s (iaules à la France, <|ue l'on entrepiend la 
reconstruciion des cathediales. C'est alors que quelques diocèses rempla- 
cent leurs vieux monuments par des constructions neuves élevées surdes 
plans sortis du domaine royal. Mais ce mouvement est restreint, timide, 
et il s'arrête bientôt jjar suite des mallieurs politiques du xive siècle.. 

A la mort de Philippe-Auguste, en Iiî23, les principales cathédrales 
comjM'ises dans le doiiiaiiie royal étaient celles de Paris . de (-harires.de 
liourges, de Noyoïi, de Laon, de Soissons, deMeaux, d'Amiens, d'Arras, 
de Cambrai, de Rouen, d'Kvreux, de Séez, de Bayeux, de Coulances, du 
Mans, d'Angers, de Poitiers, de Touis ; or tous ces diocèses avaient lebàli 
leurs cathédrales, dont les consti'uctions étaient alors fort avancées. Si 
certains diocèses sont polili(pi(Mnent unis au domaine royal et se recon- 
naissent vassaux , leurs cathedralis s'élèvent raj)i(lement sur des plans 
nouveaux comme celles de la France; les diocèses de Jieims. de Sens, de 
Chàlons, de Troyesen Chanq)agne, sont les premiers à suivie le mouve- 
menl. En Bourgogne, ceux d'Auxeire et de Nevers, les i>lns rapprochés 
du domaine royal, reconstruisent leurs cathédrales; ceux d'Autun et de 
Langres. plus éloignés, conservent leurs ancieimes églises élevées vei-s le 
milieu du xii*' siècle. 

Dans laCuyeime, restée anglaise, excepté Bordeaux <pii tenle un ellori 



;285 l CAIIlf-DRAl.E I 

vfM's i-2-25,Périgueux,Angoulènu\ l>iiiioges, Tulle, Cahors, A^en, gardent 
leurs vieux inoiumients. 

A la nioil (le lMiilii>iit' le Bel, en 131-4, le domaine royal sesl étendu : 
il a englobe la (lluunpagne; il possède le Languedoc, le marquisat de 
Provence ; il tient l'Auvergne et la Bourgogne au milieu de ses provinces. 
Montpellier, Carcassonne, Narlmnne , Lyon, exécutent dans leurs cathé- 
drales des travaux considérables et tentent de les renouveler, (llcrmont 
en Auvergne cherche à suivre l'exemple. Les provinces anglaises et la 
Provence résistent seules. 

A la mort de (Charles V, en liiHO, les Anglais ne possèdent plus (|ue 
Bordeaux, le (Aitentin et Calais ; mais la sève est épuisée : les cathédrales 
dont la reconstruction n'a pas été conunencée pendant le xiii«^ siècle 
demeurent ce qu'elles étaient ; celles restées inachevées se terminent avec 
peine. 

N(tus a\ons essayé de tracer sommairement un historique général de la 
construction de nos cathédrales françaises; si incomplet qu'il soit, nous 
espérons qu'il fera comprendre l'inq^ortancede ces monuments pour notre 
pays, de ces monuments qui ont été la véritable base de notre unité 
nationale, le premier germe du génie français. A nos cathédrales se 
rattache toute notre histoire intellectuelle : elles ont abrité, sous leurs 
cloîtres, les plus célèbres écoles de l'Eurupe pendant les xii'- et xui^ siècles; 
elles ont fait l'éducation religieuse et littéraire du peuple ; elles ont été 
l'occasion d'un développement dans les arts qui n'est égalé que par l'anti- 
quité grecque. Si les derniers siècles ont laissé périr dans leurs mains ces 
grands témoins de l'effort le plus considérable qui ail été fait depuis le 
christianisme en faveur de l'unité, espérons (jue . plus juste et moins 
ingrat, le nôtre saura les conserver. 

Puisque nous prétendons démontrer que la cathédrale française, dans 
le sens moral du mot, est née avec le pouvoir monarchique , il est juste 
que nous commencions par nous occuper de celle de Paris ; d'ailleurs, 
c'est la première qui ait été commencée sur un plan vaste destiné à 
donner satisfaction aux tendances ;i la fois religieuses et politiques de la 
tin du xir siècle. 

La cathédrale de Paris se composait, en SGO, de deux édifices, l'uli du 
titre de Saint-Étienne, martyr, l'autre du titre de Sainte-Marie ; nous ne 
savons pas quelles étaient les dimensions exactes de ces monuments, dont 
l'un, Saint-Étienne, fut épargné par les Normands moyennant une sonnne 
d'argent. Les fouilles ipii furent faites nu midi, en 1845, laissèrent à 
découvert un mur épais qui venait se prolonger, en se courbant, sous les 
chapelles actuelles du chœur. La portion visible du cercle donne lieu de 
croire que l'abside de cette première église n avait guère plus de huit à 
neuf mètres de diamètre. En I UO environ , Etienne de (^.arlande, archi- 
diacre , tit faire d'inq^ortanls travaux a l'église de la Vierge. De ces 
ouvrages, il ne reste plus que les bas-reliels du tympan et une portion 
des voussures de la porte Sainte-Anne, replacés au connnencement du 



I c.ATiifiDKAi.K I — :28(i ' 

Mil'' siècle, loisquOn coiisliuisit la façade acliiollc, prohahloniont parce 
(|iie ces scul!)liires seMii)lèient ti'op reinar(|iial)les pour être délniitcs. 
(/"«'tail (railleurs un usa^e assez ordinaire, au nioinent de cet cnliaincnirnl 
(jui taisait recons^truire les cathédrales, de conserver un souvenir (ies 
édifices piiinitifs, et l'exemple cité ici n'est pas le seul, ainsi que nous le 
verrons^ En 1160, Maurice de Sully, évêque de Paris, résolut de réunir 
ies deux éj,dises en une seule, et il fit commencer la cathédrale (pie nous 
voyons aujoui'dhui ', sous l'unique vocahle de Sainte-Marie. En ll'.Ki, 
Maurice de Sully mourut en laissant ciiKi mille livres pour couvrir le clm'ur 
en plomh; donc, aloi-s, le chœur était achevé jusqu'au transsept, ce que 
vient confirmer le caractère archéologique de cett(> pai'tie de Notre-Dame 
de Paris. 11 y a tout lieu de croire même que la nef était élevée alors jusqu'à 
la troisième travée après les tours ^, à quelques mètres au-dessus du sol. 
Eude de Sully, successeur de Maurice, continua r(euvre jusquen 1:208, 
époque de sa mort. La grande fa(,'ade et les trois premières travées de la 
nef furent seulement commencées à la fin de 1 episcopat de Pierre de 
Nemours, vers I'2I8; car ce fut seulement à cette époque, d'après le 
Martyrologe de l'église de Paris cité par l'abhé Lebeuf, qu'on détruisit les 
restes de la vieille ('glise de Sainl-Etiennc (|ui gênaient les travaux. A la 
mort de IMiilij)|)e-Auguste, en l^^iiJ, le j)ortail était achevé juscju'à la hase 
de la grande galerie à jour qui réunit les deux tours. Il y eut évidenunent, 
à cette époque, une interruption dans les travaux; le style du sommet de 
la fa(,'ade et la nature des matériaux employés ne peuvent faire douter que 
les tours, avec la grande galerie qui enceint leur hase, aient été élevés, 
vecs 1235, fort rapidement. Alors la cathédrale était complètement 
terminée, sauf les flèches qui devaient surmonter les deux tours. 

Nous donnons (1) ^ le plan de cette église primitive dépouillé des 
adjonctions laites depuis cette époque. Comme on peut le voir, cette vaste 
église était dépourvue de chapelles, ou, s'il en existait, elles n'étaient 
(|u'au nond)i'e de trois, fort petites, et situées derri("re l'ahsidfM^n L ; car 
nous avons i'etrouv(' la coiniche extérieure du double bas-ccMé sur |)resque 
tous les points de la circonférence de ce double bas-c(Mé absidal ; ces 
chapelles ne pouvaient donc être percées qu'au-dessous ûo cette corniche, 
et, par consé(pienl , n"o(^cuper qu'une faible hauteur et un petit espace. 
Nous serions pliit(')l porté à croire que trois autels étaient i)la(^és contre la 
paroi de ce (loid)le bas-C('>lé : l'un dédié à la Vierge, l'autre à saint Etienne, 
et le troisième à la sainte Trinité. Mais ce (lu'on avait voulu surtout obtenir 
en fra(,'ant ce plan si sinq)le, c'était un vaste espace pour contenir le clergé 
et la foule devant et autour de l'autel principal |)lacé au centre du sanc- 
tuaire. En E était une galerie à deux étages, dont les traces ont été retrou - 

« Voir, pour de plus amples détails, Vllinér. archéol. de Paris, par M. le baron de 
(Jiiilhcriiiy. — Paris, i85.'i. 

"■' i/c'cliolle de ce plan , ainsi que fie tous ceux qui vunl suivre, est de 0,001'" pour 
mètre. 



->,S7 — 



CATIlf-Kll VIK 



vées, coininiiiiiciiiaiil de r»'Vt'(h(' au clKnir cl aux lai^^cs j^alcries qui 
selt'vcnl surl('|)r('nru'il>as-(ùtf. Kii(i, leslivi/c uiaiclics qui (Icscriidaiciil 




pesAU) se 



du parvis à la berge de la Seine. A gauche, du côtt' uoi-d, contre le flanc 
de la façade, s'élevait la petite église de Sainf-.Iean-le-P,ond, proliahleuient 
un ancien baptistère ; et, de cette église à la ligne poncluée A, les cloitres 
et dépendances de la cathédrale qui s'étendaient assez loin. Ce n'était pas 



I CVIIlf-llUVI K I — 2SS — 

assez (le cette vaste suiiace couverte ' à rez-de-cliaussée ; comme nous 
l'avons (lit tout à llieure, une hw^o j^alerie pdiirtnurne lé^Mise au-dessus 
(lu collaleral intérieur*; on y arrive par ([uatrc j;ran(ls escaliers iixisdun 
emmarcliement de l '",50 environ. Les galeries su|)érieures, de la même 
lar^'eur(|uelel)as-c(Mt^etvoùtées,n'apparaissent{^uèi'e,pendanl lapremi('re 
partie de la période ogivale, que dans les catliédiales de l'IU^-de-France; 
on les retrouve à Noyon, à Laon, à Senlis, à Soissons (voy. aiu.hitectiuk 
RELKjiEcsi;). Dans ces villes riches et populeuses, ou avait probablement 
senti le besoin d'otlrir aux fidèles ce supplément de surface, pour les 
jours de (grandes cérémonies; mais ces {galeries avaient encore cet avan- 
tage de permettre d'ouvrir des jours larges propres à éclairer le centre de 
la nef et de donner une plus grande solidité aux constructions. 

I.a coupe transversale (pie nous pn'stMitons ("2) lera comprendre le 
système de construction adopté pai' rarcliilecte de la cathédrale de Pans, 
de ll(i(> à l^'^O. Des découvertes récentes du plus haut intérêt nous 
engageiil ii rej)ro(luire cette coupe, tracée déjà, mais dune manière 
incomplète, dans larticle ahchitecture kelujieuse.^Oii voit, en A, les 
fenêtres de la galerie ou triforium, dont la position indi(|ue nettement 
l'intention de donner du jour dans la n<»f, que les fenêtres B du double 
bas-cê)té et les fenêlres C supérieures euss«Mit laissc'e dans l'obscurité. 
Mais cette (lis[)osi[ion inclinée d(^s voûtes du triforium l(»r(,ait de relever le 
chéneau \) et par conséquent le comble E; il restait un espace FG, (jue 
nous su|)posions plein , nous en tenant à la première travée de la nef 
laissée dans son étal primitif''. Or cet intervalle entre l'appui de la fenêtre 
haute et l'arc du triforium était percé de roses .1 à meneaux très-singuliers, 
et destinées autant à alléger la construction qu'à donner de la lumière 
sous le comble E. Les jours de grandes cérémonies, ces roses étaient 
utilisées pour décorer l'éditice à l'intérieur. La grande élévation du mur 
du triforium portant le chéneau 1> avait permis de construire les arcs- 
boutants Hl à double volée avec une j)ile K intermédiaire. De plus, la 
naissance des grandes voûtes était maintenue par des S(»us-arcs-boutants L 
portant les jjannes du comble E. (les arcs-boutants L étaient eux-mêmes 
contre-buttes par les arcs-boutants inférieurs M, qui maintenaient en même 
temps les voûtes du triforium. Cette construction, solide , ingénieuse et 
belle en même temps, était rendue stable à tout jamais par les énormes 

' l.a siiiTace cuuvciie de l'éi^lise dv Nulie-Dame de Paris élail de '4,370 lucl.; dédui- 
sant les pleins et le sanctuaire, restait environ 3,800 met à re/.-de-cliaussée, pouvant 
contenir, eu supposant les espaces laissés libres pour les passages, 7,500 personnes. 

2 Ces galeries peuvent contenir 1,500 personnes, en supposiml (in'clics soient pla- 
cées seulement sur quatre rangs. 

^ C'est en réparant les fenêtres hautes de la nef de la cathédrale, pendant le coins 
de la campagne de 1854 , que nous avons découvert les roses s'ouvranl dans la net 
au-dessus de la galerie du premier étage, et éclairant le cond)ie de cette galerie. Des 
fragments de ces roses ont pu être replacés dans la dernière travée de la net et les 
deux travées ouest du croisillon sud. 



-2SU — 



CATIIÉDKALK j 




contre-forts N , qui seuls présentent un cuhe (xtnsidérable de matériaux 
posés à l'extérieur de lédifice. 



T. II. 



■il 




CATIIËDItAl.l': I 

.11». 



-i'.tO 




La fifi. .5 (lomio l"asi>ool extérieur, et la lij{. i lasprcl intérieur (eoupe 



— -2*M 



I r.ATHf-DRAI.K I 




^=^ 



Cjn-i.yj(Mor jêmie 



longitudinale) df dfiix tiav.'cs piimitivt's do la cathédrale et dune travée 



[ CATHÉDRALE ] — ^l'iH — 

modifiée pendant le cours du xiii« siècle. La coupe fait voir avec quel 
soin le poids des constructions était réparti sur les piles^, et combien déjà, 
à cette époque, les constructeurs cherchaient à éviter les murs. En etlet, 
sous l'appui des grandes fenêtres A du triforiuni, faites pour être vues de 
la nef, sont ménagés des arcs de décharge. 

La tradition de la construction romane est donc déjà complètement 
abandonnée dans la cathédrale de Paris de la fin du xii^ siècle ; il n'y a 
plus que des piles et des arcs. Le système de la construction ogivale est 
franchement écrit dans ce remarquable monument. — 

Malheureusement, cette église reçut très-promptement d'importantes 
modifications qui sont venues en altérer le caractère si simple et grandiose. 
De l'-230 à 1240 \ un incendie, dont l'histoire ne fait nulle mention, mais 
dont les traces sont visibles sur le monument, détruisit une partie des 
charpentes supérieures et des combles E du triforium de la caihédrale 
(voy. la C(jupe transversale fig. 2 et la coupe longitudinale tig. 4) ; les 
meneaux des roses J furent calcinés, ainsi que leurs claveaux et les 
bahuts du grand comble. Il est probable (|ue la seconde volée I des 
arcs-boutants et les voûtes du triforium turent endonunagées. 

Déjà, à cette époque, d'autres cathédrales avaient été élevées, et on les 
avait percées de fenêtres plus grandes, garnies de brillants vitraux; celle 
décoration prenait chaque jour plus d'importance. Au lieu de répaicr le 
dommage survenu aux constructions de Notre-Dame de Paris, on en 
profita pour supprimer les roses J percées au-dessus du triforium, faire 
descendre les fenêtres hautes, en sapant leurs appuis jusqu'au point P 
(voy. la (îoupe fig. 2, la face extérieure lig. ,'J et la coupe fig. i) ; on enleva 
le chéneau D, on démolit les arcs-boutanis III à double volée, on descendit 
le chéneau D au niveau H, on abaissa les triangles S des voûtes, on lil 
sur ces voûtes un dallage à double pente; les grandes fenêtres A de la 
galerie furent coupées, ainsi qu'il est iiuli(|ué en Q (fig. 3) ; et, n'osant {)lus 
laisser isolées les piles K (tig. '2), qui ne se trouvaient plus sutlisanunent 
étrésillonnées par les couronnements D abaissés, on établit de grands 
arcs-boulants à une seule volée de T en V. Les arcs-boulanis sous-comble 
L, détruits par le feu, fuient supprimés, et les arcs-boutants M restèrent 
seuls en place dans une situation anormale, car ils étaient trop hauts pour 
contre-butter les voûtes du triforium seulement. Les corniches et les 
couronnements supérieurs X furent refaits, les pinacles Z changés. Les 
fenêtres hautes, agrandies, furent garnies de meneaux (fig. 3 et A) très- 
simples, dont la forme et la sculpture nous domient précisément répcxpu' 
de ce travail. A peine cette opération était-elle lerniinée à la hâte (car 
Texamen des constructions dénote une grande |)récipitalion), que l'on 

1 Nous n'iivons, iioiir <l(»niier ces dates, que le caractère aichitectonique des 
• constnutions; mai», dans rile-de-France, les propres sont si rapides, que l'on apei- 
çoit. dans un espace de dix ans, îles clKinf;enients assez seusildes |iour pouvoir, à coiqi 
sur, lixiM la date dune conslrurlion. 



"293 [ CATHEDRA LK | 

<Mif reprit, vers \^2Ab, de faire des chapelles II, entre les saillies formées à 
rextéi'ieur par les jj;rns contre-forts de la nef. (]es chapelles furent élevées 
éjîal(MHent av(>c une grande rai)idité; leur construction eut poui- résultat de 
faire disparaître la claire-voie A' (voy. les fi^^ ^2 et 3) - qui doiuiait du jour 
au-dessus des voûtes du deuxième bas-côté, et de rendre l'écoulement 
des eaux plus diilicile. En examinant le plan {ii^. 1), on peut se rendre 
compte du fiicheux etiét produit par cette adjonction. Les deux pignons 
du transsept se trouvaient alors di'hordés j)ar la saillie de ces chapelles. 
(^omj)arativement à la nouvelle décoration extérieure de la nef , ces deux 
pignons devaient présenter une masse lourde ; on les démolit, et, en 1257, 
on les reconstruisit à neuf, ainsi (jue le constate l'inscription sculptée à la 
base du portail sud. Entre les contre-forts du chœur, trois chapelles au 
nord et trois chapelles au sud, compris la petite porte rouge qui donnait 
dans le cloître, furent bâties en même tenqis, pour continuer la série des 
chapelles de la nef. (^es travaux, vu leur importance et le soin a|)porlc 
dans leur exécution, durent exiger plusieurs années. En 1290, Matitïasde 
Bucy, évêque de Paris, commença la construction des chapelles du chœur, 
entre les contre-forts du xu*^ siècle, en les débordant de l'»,50 environ. Ce 
fut alors aussi (jue l'on relit les grands pinacles des arcs-boutants de cette 
partie de l'éditice, et (jue l'on ouvrit, dans la pai'tie circulaire du friforium, 
de grandes fenêtres surmontées de gables ii jour , à la place des fenêtres 
coupées précédemment. Ces ouvrages durent être terminés vers 1310. En 
même temps que l'on reconstruisait les pignons du transsept (c'est-à-dire 
vers 1260), on refit, au nord, un arc-boutant à double volée, le premier 
après le croisillon. C'était un essai de reconstruction des anciens arcs- 
boutants du xn*' siècle , probablement conservés jusqu'alois autour du 
chœur, bien que l'on eût fait subir aux fenêtres hautes, vers 1235, le 
même changement qu'on avait inqiosé à celles de la nef. Il n'était plus 
possible de rien ajouter à ce vaste édifice, achevé vers 1230 et remanié 
pendant près d'un siècle. Son plan ne fut plus modifié depuis lors; nous 
le donnons ici (5) tel qu'il nous est resté *. Les tours de la façade demeu- 
rèrent inachevées; les tlèches en pierre dont la souche existe au sommet, 
à l'intérieur, ne furent jamais montées. Une flèche en bois, élevée au 
commencement du xrii'' siècle, recouverte de plomb, surmonta la croisée 
du transsept jusqu'à la fin du siècle dernier (voy. flèchk). Ces change- 
ments, faits à un monument complel, immédiatement après sa construc- 
tion, donnent l'histoire des programmes de cathédrales qui se succédèrent 
en France pendant tout le cours du xiii^ siècle. 

Dans l'origine, peu ou point de chapelles; un seul autel principal, le 

' Kpoque de la construclion de la Saiute-Cliapelle. (ies cliapelles présenleiu des 
détails et des profils identiques avec ceux de ce monument. 

^ Celte claire-voie est restée du côté nord, derrière les couvertures de ces cliapelles. 

•^ Ce plan est le plan actuel, avec la sacristie l)àtie depuis IH'i') :i la place de l'ancien 
arclievèclié, au sud. 



[ CATHÉDKAI.E | — ^VU — 

trônt' (le Irvèque placé (lemère. à l'abside. Tout autour, dans des cnllii- 




téraux larges, la l'ouïe; à l'entrée du eho'ui'. (I(tnnant sur le transsepl, une 
tribune pour lire l'épitreet l'évanj^ile; les stalles du cliapitre dans le chœur, 
des deux côtés de l'autel. La catln'drale, dans cet état, c'est-à-dire au 
moment où elle pnMid une jurande importanc<> moi'ale et matt'rielle . se 
l'approche i)lus de la basilicpie antique (jue les éj^lises monastiques, déjà 
toutes munies, à l'abside au moins, de nond)reuses chapelles, (l'est une 
immense salle, dont lObjet principal est l'autel, et la cathedra, le siéj;e 
du prélat, sijijne de la justice épiscopale. Le monument vient donc ici 
pleinement justifier ce que nous avons dit au commencement de cet article. 
Mais un seul exemple n'est pas une |)reuve ; ce j)eut être une exceplion. 
Examinons daulres calhédiale de la France d'alors. 

A Bourges, il existait encore, au milieu du xii*' siècle , une cathédrale 
bâtie pendant le xi«, d'une dimension assez restreinte, si l'on en juge pai' 
la crypte qui existe encore au centre du cho'ur et qui donne le périmètre 
de l'ancienne abside. En 1 1""^, l'évéque Etienne ((rojelle de bàlirun nouvel 
édifice '. Toutefois, il ne parait pas que l'exécution de ce grand monmiieiil 

' l'iii lltiO, on jeUe les londenieiils de la calhédiale actnrllc de i':iri>; «-n Il7i, 



— -295 



CATHKOKAI.K 



ait été conimtMicép avant les premières années du xiii»" siècle. En voici 
le plan ((>) '. A l'abside, seulement cinq très-petites chapelles ; doubles 




collatéraux comme à Notre-Dame de Paris; f»as de transsept ; i uiiiu- 

on projette la reconstriiclioii de celle de Bourges. 1,'évèque Ktienne (ioiiiie à Odon. 
clerc, celte année I 172, une place située devani la porte de l'église, pour y l>àtir une 
maison , à la condition de rendre remplacement « aussitôt que la conslructioii de 
l'église projetée l'exigera. » {La Cnthodrale de Bourges, par A. de (Jirardot et 
Hip. Durand. Moulins, 1849.) 

' Ndus avons enlevé de ce plan quelques chapelles ajoutées le lonti du iias-côtc d( 
la nef pendant les xiv et xv siècles. 



[ (.ATiU:i>K\i.K I — :2VHi — 

(l'ohjot , dans ce plan, est encorf plus niar<pu'0 (pir dans !»■ pl;in de la 
calliédralt' de l*aiis. Outre les entrées de la l'ai^ade , deux |)()rles sont 
ménagées en A et B ; et c'est (comme à Notre-Dame de Paris, à la porte 
Sainte-Anne) avec des fragments de sculpture appartenant an \ii" siècle 
que ces portes sont bâties '. On élève, vers le milieu du xiii*^ siècle, deux 
porches en avant de ces portes. A côté sont ménai;és deux larges escaliers 
(pii desc(Mi(lent à une église souterraine, à doubles bas-côtés, enveloppant 
l'ancienne crypte de la cathédrale du w siècle. Les petites chapelles 
absidales n'ajjparaissent pas dans l'église inférieure; elles sont portées 
en encorbellement sur un pilier accosté de deux colonnes dégagées. 
Otte église inférieure n'est pas une nécessité du culte, mais une nécessité 
de construction ; à la fin du xii'" siècle, les remparts roiuains de la ville 
de Boui'ges s'élevaient à (juelques mètres de l'abside de l'ancienne 
cathédrale, qui ne dépassait pas le sanctuaire de celle actuelle. Voulant 
faire pourtourner les doubles collatéraux , les constructeurs se trouvaient 
obUgés de descendre dans les fossés de la ville ; il y avait donc nécessité 
de faire un étage inférieur, ce qui fut fait avec un luxe de construction 
remarquable : car de toute la cathédiale de Bourges, c'est cet étage 
inférieur ((ui est le mieux bâti ; là, rien n'a été épargné, ni les matériaux 
(|ui sont d'une belle qualité, ni la taille, ni même la sculpture, qui est du 
plus beau caractère. Mais la cathédrale de Bourges était en retard. Sa 
partie orientale , sortie de terre seulement vers 12'20, était à peine élevée 
à la hauteur des voûtes du deuxième collatéral, que les ressources étaient 
moins abondantes. La construction s'en ressentit, et tf)ules les parties supé- 
rieures de cet immense vaisseau furent terminées tant bien que mal, a la 
hâte, et probablement en réduisant la hauteur de la nef, qui, nous le croyons, 
avait été projetée sur une coupe plus élancée (voy. au mot architecture 
RELIGIEUSE, tlg. 34, la coupc de cette cathédrale). La partie antérieure de 
la nef ne fut achevée qu'au xiv siècle, et le sonmiet de la façade avec ses 
deux tours qu'au xvi''. Hes cha})elles latérales viiu'ent gâter ce beau plan, 
et entourer le colosse d'une décoration parasite; mais , à partir de la tin 
du xiue siècle, bien peu de cathédrales en France purent se soustraire à la 
manie de ces chapelles latérales. La grande idée première qui les avait fait 
élever était sortie de l'esprit du clergé pendant le cours de ce siècle. Les 
confréries, les corporations, des familles même, en donnant des sommes 

' Nous avons entendu exprimer l'opinion que tes porles étnient les restes, demeurés 
en place, d'une église du xii"^ siècle; il n'est pas besoin d'être très-l'amilier avec les 
détails de sculpture et les moulures des xir" et xiir siècles, pour rocounaître (pi'i^i la 
porte 15 du sud, par exemple, le trumeau portant la tigure du C.lirist est du xni' siècle, 
t|ue les moulures de soubassements et quelques colonnes servant de supports aux 
statues sont du xiir siècle, tandis que les figures des ébrasenients, les linteaux et 
tympans sont du xif. C'est encore la , comme à Paris, une collection de IVagmcnls 
précieux, un souvenir d'un édifice antérieur qu'on a voulu conserver et enchâsser dans 
la construction n)è>ne. Du reste, comme à Paris, ces sculptures méritaient bien cet 
li4)nneur , elles sont de la plus grande beauté. 



-21 1" — [ CATIlf:i)KAl.K 1 

pour acliPVPi" ou ivparei' le monument national, voiilaicnf avoir lour cha- 
pelle; on n'obtenait plus d'aiiient quà ce \)r\\. 

Les parties suj)erieures de la cathédrale de Bouri^es se ressentent du 
dél'aut d'unité; déti^'urées aujourd'hui par des restaurations barbares qui 
n'appartiennent à aucune épocjue, à aucun style, on n'en juut plus juger. 
Mais nous les avons vues encore, il y a (juinze ans, telles que les siècles 
nous les avaient laissées; il semblait que l'emploi des sonmies successives 
eût été fait sans tenir compte du projet primitif; cctait connue une 
montagne sur la(piellc chacun élève ;i son gré la construction qui lui 
convient. Les architectes appelés successivement à la terniinerou à conso- 
lider des constructions élevées avec des moyens insutlisants y ajoutèrent, 
l'un un arc-boutant. l'autre un couronnement de contre-fort incomplète- 
ment chargé, (leitainement celui qui avait com u le plan et élevé le ch(eur 
jusqu'à la hauteur des voûtes avait projeté un édifice (jui ne présentait 
pas ces superfétalions et cette confusion ; et il faut se garder déjuger l'art 
des hommes du commencement du xm»" siècle avec ce (pie nous donne 
aujourd'hui la cathédrale de Bourges '. 

l^a cathédrale de Bouiges nous représente mieux encore une salle destinée 
il une grande assend)lée que la cathédrale de Paris, non-seulement dans 
son plan, par l'absence du transsept, mais dans sa coupe, pai- la disposition 



' On a repiOL-lié , et on repioclie iliaque jour aux architectes de cette époque, 
d'avoir conçu des cditices qui irélaieiit pas poi^iblea ; et, confondant les styles, les 
époques, ne tenant pas compte de l'épuisement des sources flnancières qui se tarirent 
au milieu du xiii^ siècle , on les accuse de n'avoir pas su achever ce qu'ils avaient 
commencé. Mais les architectes qui , en I 1 90 , élevaient une cathédrale , no pouvaient 
supposer alors tel était l'entraînement général) que les moyens dont ils dispusaieiit 
viendraient à s'amoindrir. Lorsqu'ils ont pu, par hasard, terminer l'œuvre qu'ils 
avaient conçue, nous verrons avec quelle puissance de moyens et avec quelle science 
soutenue ils l'ont fiit. Déjà l'exemple de la cathédrale de Paris que nous avons donné 
le prouve; nous allons voir qu'il n'est pas le seul. Un fait curieux t'ait comprendre ce 
que c'était que la construction dune cathédrale au commencement du mii' siècle. Ce 
fait étant plus rapproché de nous, bien c;'nnu, convaincra, nous le croyons, les esprits 
les plus enclins au doute. T.a cathédrale d'Orléans fut détruite de fond en comble par 
les protestants, à la tin du xvr siècle. Les Orléanais vouliirciU avoir non-seulement 
une cathédrale, mais ie/fr cathédrale, celle qui avait été démolie , et pendant deux 
siècles ils poursuivirent cette idée . bien que le goiil des constructions ogivales ne 
fût guère de mode alors. \.a cathédrale d'Orléans fut rebâtie, et ce n'est pas la faute 
des populations si les architectes ne surent leur élever- qu'un monument bâtard. 
Certes, nous n'avons pas l'intention de donner cet édifice comme un modèle d'archi- 
tecture ogivale ; mais sa reconstruction est un fait moral d'une grande portée. Orléans, 
la ville centrale de la France, avait seule peut-èlre conserxé, en plein xvii* siècle, 
le vieil esprit n^aional; seule elle était restéi' attachée à son monumenl, qui lui rappe- 
lait une grande époque, de grands souvenirs, les premiers elTorts de la société française 
pour se constituer. Nous l'avcms dit déjà, si les châteaux, si les abbayes furent brûlés 
et ilévastés en 1793. tnntes no> L;randes eaihédralts lestèrent debout, (t beaucmip 
iiK'nie n(^ siiiiirenl pas «le ninliialions. 

T. II. •>'S 



[ r.ATHÉDKAI.E | — "Idii — 

(If^s deux j,'alpries élaf^ées , l'une au-dessus du second bas-cAté donnant 
dans le premier l)as-roté. l'autre au-dessus des voûtes de ce premier bas- 
culé doimant dans la nef centrale. C'était la un moyen de permettre a 
de nond)reux spectateuis de voir ce qui se passait dans la jurande nef. 
Ne perdons pas de vue que les cathédrales n'étaient pas, au xim<^ siècle, 
seulement destinées au culte; on y tenait des assemblées, on y discutait, 
on y représentait des mystères, on y plaidait, on y vendait, et les diver- 
tissements })i()tanes n'en étaient pas exclus '. par exenqile : la l'été des 
limocents à l^aon, (|ui se célebiait le -2H decend)re; la lele des Fous, etc.; 
ces farces furent diHicilement supprimées, et nous les voyons encore 
persister pendant le xv siècle. 

Mais les dispositions particulières à la catliediale de Boui-fj;es nous ont 
fait sortir de la voie clironoloj^ique dans la(|iit'llc il est nécessaire de 
revenir pour mettre de Tordie dans notre sujet. 

En 1 1^1, un incendie teirible détruit la ville de Noyon et sa cathédrale. 
L'évèque Simon, qui occupait alors le siège épiscopal de Noyon , n'était 
pas en état de réparer le désastre; ses finances étaient épuisées par la 
construction de l'abbaye d'Ourscamp; alors, le mouvement qui. quelques 
années plus tard, allait juirter le haut clergé séculier et les fidèles à élever 
des cathédrales siu de vastes [)lans, n'était pas piononcé. I>e successeur 
de Simon , Beaudoiu II, prélat renq)li de prévoyance, i)rudent , régulier, 
sut administrer son diocèse avec autant de sagesse que d'énergie; il était 
lié d'amitié avec saint Beinaid, honoré de la confiance et de la faveur de 
Suger. Dans son excellente notice archéologique sur Notre-Dame de 
Noyon, M. Vitet croit devoir faii'e remontei- la construction de cette église, 
telle que nous la voyons aujourd'hui, à l'épiscopat de Beaudoin; non-seu- 
lement nous partageons l'opinion émise par M. Vitet, mais nous serons 
plus afiirmatif (jue lui, car nous api)uierons ses preuves historiques de 
preuves plus sûres encore, tirées de l'examen du monument même. Nous 
venons de dire que Suger honorait l'évèque Beaudoin d'une confiance 
particulière, et Suger était , connue chacun sait, fort ])réoccupé de la 
construction des églises; il fit rebâtir entièrement celle de sou abbaye, et 
les portions qui nous restent de ces constructions ont un caractère reinaï- 
(juable pourl époque où elles furent élevées. Elles font un grand pas vers 
le système ogival; elles ai)andonnent presque entièrement la Iradiliou 
romane. Qui Suger enq)loya-t-il pour élever l'église abbatiale de Saint- 
Denis? cela nous sei'ait difficile à savoir. I/illustre abbe <'t ses successeurs 



1 (it'S usages ne furciil guère .Tbolis qu'à fa lin (fn xiir siècle. Jean de (^onrlenai , 
arcfievèque de Reims, donna, en I2(i0, des fellres de rél'ormaiion pour la calhédrafe 
de l.iion, dans lesquelles on fil ce passage : « Eccfesiani qinique, quae doraus oralionis 
« esse débet, focuni negociationis fieii |)i'(iliil)enuis, née in eadeni reruni qiiarnni- 
" fibel niercos vendi , causas audiri vef decidi voluinus, sru innndana celebrari : inu» 
'' mundanis excfusis negotiis.soluni ibidem divinuui ncgotinm liai." [^Ciirliil. Liuidiin., 
Essai aw r(-glisc de N.-D. de Luon, par. I. Marion. 1843.) 



— !29'J — I CATIIÉURAI.I': I 

iw iKiiiv, cil dibenl ncii ; ils conservent pour eux (et cela se eon(;oil) tout 
llionneur de cette enlivpiise; a les en croire, les moines sullirent a tout. 
Mais il y a. dans Ihisloire de cette éditiealion, tant de tables, de laits 
eyideniiiiriii présentés avec rinlenlion de frapper la foule de respect et 
d adiniiation , (pie nous ne pouvons y attacher une véritable importance 
Insloiiipie '. Siii^cr était aussi bon politique (pie relij>ieux sincère; il était 
plus (ju aucun aulre a même de se servir des hommes que pouvait lui 
fournir ré|)oqueoù il vivait; celait un espiil (îciairé, et, comme on dirait 
aujourd'hui, amateur du proférés. Son église le prouve; elle est en avance 
de vin-l ou trente ans sur les constructions que l'on élevait alors, même 
dans le domaine royal. Qu'il ait été le premier à former cette école nouvelle 
de coiislrucletirs. ou (ju'ii ail su voir le premiei^iu'à c(Mé de l'école mona- 
cale il se formait une école laïque d'archilecles, à nos yeux le mérite serait 
le même; mais ce qui est incontestable, c'est la physionomie, nouvelle 
pour le temps, des constructions élevées par lui à Saint-Denis. Or nous 
retrouvons, à la cathédrale de Noyon, la même construction, les mêmes 
procédés d'appareil, les mêmes profils, les mêmes ornements qu'à Saint- 
Denis. Nous y voyons ce singulier mélange du plein cintre et de l'ogive, 
i/eglise de Saint-Denis de Suger et la (cathédrale de Noyon semblent avoir 
été bâties par le même atelier d'ouvriers. L'abbé et l'évêque sont liés 
d'amitié; Suger est à la tête du pays : quoi de plus naturel que de supposer 
(pie l'évêque Beaudoin, le voyant rebâtir l't^glise de son abbaye sur des 
dispositions et avec des moyens de construction neufs pour l'époque, se 
soit adressé à lui pour avoir les maiti'es des œuvres et ouvriers nécessaires 
à la reconstruction de sa cathédrale ruinée par un incendie? Si ce ne sont 
pas là des pieuves, il nous semble que ce sont au moins des piésomptions 
frappantes. M. Vitet a compris toute l'importance qu'il y a à préciser d'une 
manière rigoureuse la date de la construction de la cathédrale de Noyon. 
Cette importance est grande en effet, car la cathédrale de N(jyon est un 
monument de transition, et un monument de transition en avance sur son 
temps. H |)récède de (juelques années la construction des cathédrales de 

» Tels sont, par exemple, les faits relatifs aux Ibiidalions, que Suger dit avoir fait, 
exécuter avec le plus grand soin : or ces fondations sont aussi négligées que possible; 
aux colonnes du clia-ur, qui auraient été rapportées d'Italie: elles proviennent des 
carrières de l'Oise; aux vitraux, dans la fabrication desquels il entra une quantité 
considérable de pierres précieuses, sapbirs, éuieraudes, rubis, topazes : or ces vitraux, 
donl nous possédons heureusement de nombreux fragments, quoique fort beaux, sont, 
bien entendu, eu verre cdloré par des oxules métalliques. On objectera peut-être que 
les fabricants cbargés de faire ces vitraux firent croire à Suger que , pour obtenir des 
verrières d'une belle couleur, il fallait y jeter des pierres précieuses; mais alors ces 
vitraux auraient donc été faits en deboi s de l'abbaye, et Suger se servait donc d'artistes 
laïques? Nous sommes plus disposé à croire que ce récit est une exagération. Suger, 
tel que nous le représente l'iiistoire, ne paraît pas être homme à se laisser tromper 
d'une façon aussi grossière. On devait savoir, dans son abbaye, comment se fabri- 
quaient les vitraux. 



1 cAriir-oiiAi-K I — ;{<!() — 

Paris ol de Siiissoiis. h'audrait-il donc voir, dans 1 église de Sainl-hcnis et 
dans It's callit'dralcs de Noyon et de Seidis, le heiceaii de rarcliitectiire 
o;,Mvale? Et Su^^er, k la fois abbé et ministre, serait-il le premier qui eût 
été chercher les constructeurs en dehors des monastères, qui eût compris 
(|iie les arts et les sciences étouHaient dans les cloîtres et ne pouvaient 
plus se développer sous leur ombre? Voilii (h^^ questions que iious laissons 
à lésoudi'e à plus habiles (|ue nous. 

Mais, avant d'enlamer la descriitlion des monuments, (|ue Ion nous 
])ermelte encoi'e un argument. Saint-Bernard s'était, à plusieuisrepi'ises, 
élevé contre le jioùt des sculptures répandues dans les églises clunisiennes ; 
son espi'it droit, j)ositif, éclairé, était cho((ué par ces re[)résentations des 
scènes singulièi'emenl traVesties de IWncien et du Nouveau Testament . 
ces légendes, celte lavon barbare de tigurer les vices et les vertus (jui 
tapissaient les chai)iteaux des églises romanes. A Vézelay même , au 
milieu de ces images les plus étrangement sculptées, il n'avait pas craint 
de qualifier ces arts de barbares et d'impies, de les stigmatiser connue 
confraiies à l'esprit chrétien ; aussi, lorstju'il établit la i-ègle de Cîteaux. 
voulut-il j)i'otester contre ce (|u"il regardait connue une monstruosité, en 
s'abstenant de loule it^i)réseutation sculptée. 

F.es âmes de la lrenq)e de celle de saint Bernard sont rarement comprises 
par la loule : (|uand elles sont soutenues par des vertus éclatantes, une 
conviction inébranlable et une éloquence entrainanle. tant (ju'elles demeu- 
rent au milieu de la société, elles exercent une pression sur ses goûts et 
ses habitudes ; mais sitôt (|u'elles ont disparu, ces goûts et ces habitudes 
reprennent h'ur empire ; toutefois, de laproleslalion(runesj)rit convaincu, 
il reste une trace inefl'açalile. Faites honte à un honune de ses goûts 
dépravés, montrez-les-lui sous le côté odieux et ridicule, il ne se corrigera 
peut-être pas; mais il modifiera la forme, l'expression de ces goûts. La 
protestation de saint Bernard ne changea pas les goûts de la nation pour 
les arts plasli(|ues. heureusement; mais il est certain qu'il les modifia, el 
les modifia en les foi(,ant de se diriger vers le vrai, vers le beau. Celle 
révolution se fait précisément au moment où les arts se répandent en 
dehors du cloître, et deviennent le partage des laïques. 

A Sainl-neiiis, les étrangetés contre lesquelles saint Bernard s'était 
élevé ont déjà disparu. Dans nos cathédrales des xie' et xiii"' siècles, il n'en 
reste |)lus trace. Sur les chapiteaux et dans les intérieurs, des ornements 
empruntés à la Flore locale; jamais ou très-raremeiil des figures, des 
scènes sculptées ; il semble que la voix de saint Bernard tonnait encore 
aux oreilles des imagiers. 

Dans nos cathédrales, l'iconographie se règle sous la haute direction 
des évê(|ues; les ouvrier;? laïques ne tombent jilus dans ces bizarieries 
affectionnées par les moiin'S des xi'" et xii*' siècles. La sculpture cherche 
moins à surprendre ou terrifier qu'a instruire et ex|)liquer ; ce n'est plu.s 
de la superstition, cesl de la foi. de la poésie, de la science. 

Aillai, cftnslalon^ bien ce l'ail : avec le besoin d'élever nos grandes 



:{(il — 



[ ( ATHÉDKALt 



catliéflralj's. liait un sysfèiiu* do ronstnuti<»ii nouveau, apparaît un art 
nouveau, en ilehors de riiithieiue des ordres monastiques, et jMesquen 
opposition avee l'esprit de ees ordres. 

Revenons à la cathédrale de Noyon. Cest donc vers 1150 quelle fut 
connuencée; l'église de Saint-Oenis . Italie par Suger, avait été dédiée en 
1 110 et Il4i. 

Nous donnons (7) le plan de la cathédrale de Noyon '. Le ciid'ur, le 




transsept appartiennent à la construction de Beaudoin ; la nef paraît navoir 
été terminée que vers la tin du xii« siècle. Nous ne pouvons mieux faire ici 



« Ces pians sout tous à la même échelle , 0,001"' pour mètre. Il est entendu que 
lorsque nous parlons du côté sud . c'est la droite que nous prétendons indiquer ; du 
nord, c'est la gauche pour celui qui regarde la planche; toutes les cathédrales étant 
orientées de la même manière, sauf de très-rares exceptions. 



I (ATHÉDRAI.E | 'MH 

que (le cilci M. Vilet ', pour expli(|iiei' la forint de (tr |>lan »'l !«' iiicluii;;»' 
prononcé du plein cintre et de l'ogive dans cette église déjà toute ogivale 
connue constiuction : 

« Lorsque Beaudoin II entieprit la reconstruction de sa cathédrale, il 
M existait à Noyon une connnune depuis longtemps établie, et consacrée 
« par une paisible jouissance, niais placée en quelque sorte sous la tutelle 
« de levéque. (Test le rellel de celte situation que nous présente l'arcln- 
« lecture de l'église. Le nouveau style avait déjà lait trop de chemin à 
« cette époque pour qu'il ne fût pas franchement ado|)té, surtout dans un 
(( édifice séculier et dans une ville en possession de ses franchises ; mais 
« en même temps le j)ouvoir teiiq)()iel de l'évoque avait encore trop de 
« réalité p<)Ui(|u'il ne l'ùl pas fait une large part aux traditions canoniques. 
« Nous ne prétentions pas ([ue cette part ait été réglée pai' une transaction 
« explicite, ni même (juil soit intervenu aucune convention à ce sujet : les 
« faits de ce genre se passent souvent presque à l'insu des contemporains. 
« Que de fois nous agissons sans nous douter que nous obéissons à une 
c( loi générale ; et cependant cette loi existe, c'est elle qui nous fait agir, 
« et d'autres que nous viendi-ont plus tard en signaler l'existence et au 
«, apprécier la j)ortée. (l'est ainsi que l'évè(|ue et les chanoines, tout en 
« confiant la conduite des travaux à quelque maître de l'œuvre laïque, 
(( parce que le tenqis le voulait ainsi, tout en le laissant l)àtii' à sa mode, 
K lui auront reconmiandé de conserver quelque chose de l'ancienne église, 
« d'en rappeler l'aspect en certaines parties; et de là tous ces pleins cintres 
« dont l'extérieur de l'édifice est pei'cé, de là ces grandes arcades circu- 
« laires qui lui servent de couronnement tant au dedans (|u'au dehors. Il 
« est vrai (jue les profils déliés de ces arcades les rendent aussi légères 
« que des ogives; l'obéissance de l'artiste laïque ne pouvait pas être plus 
« complète; elle consistait dans la forme et non pas dans l'esjjrit. 

« C'est encore poui- com{)laire aux souveniis et aux prédilections des 
K chanoines (|ue le plan semi-circulaire des transsepts ama été maintenu : 
i! la vieille église avait probablement ses bras ainsi arrondis, suivant 
« l'ancien type byzantin. Mais tout en conservant cette forme, on scnililc 
« avoir voulu racheter l'antiquité du plan par un ledoublemenl de non- 
ce veauté dans l'élévation. Remarquez, en ettét , que ces transsepts en 
« hémicycles sont percés de deux rangs de fenêtres à ogive, tandis (|ue, 
« dans la nef, bien (ju'elle soit évidennnent posterieui'e, toutes les fenêtres 
« sont à plein cinire. 

« II est très-probable aussi que la fornie arrondie de ces deux transsepts 
« a été conservée en souvenir de la cathédrale de Tournay, cette sœur de 
« notre cathédrale. A Tournay, en effet, les deux transsepts byzantins 
« subsistent encore aujourd'hui dans leur majesté primitive, avec leur 
« ceinture de hautes et massives colonnes. En I !.%;{, la séparation des deux 
« sièges n'était prononcée que depuis sept années. La mémoire de ces 

I Monnij. de l'église dr N.-D. dr .V(»i/o/», par M. !.. Vitet, 1845. 



3(n — 



I (:atii(:i>hai E | 



(( admirables traiissepts était encore toute fraîche , et c'est peut-être eu 
<i ténioiiiiiaiit' (le ses rciirets . et connue une sorte de protestation contre 
« la bulle du Saint-I*ère ', que le chapitre tie Noyou voulut que les trans- 
« septs de sa nouvelle église lui rappelassent , au moins par leur plan, 
« ceux de la cathédrale qu'il avait perdue.... » 

L'incendie de 1131 ne fut pas le seul qui attaqua la cathédrale de 
iNoyon : en 1152, la ville fut bridée, et la cathédrale fut probablement 
atteinte; mais alors, ou léjilise de Beaudoin n'était pas conunencée, ou 
elle était à peine sortie de terre, et l'incendie ne put détruire que des 
constructions provisoires faites pour que le culte ne fût pas interrompu 
pendant la construction du nouveau chœur. En 1238, *le feudé\asta, pour 
la troisième fois, une grande partie de la ville. En 1203, quatrième 
incendie, qui brûla les charpentes de la nouvelle cathédrale et lui causa 
des donnnages considérables. Ces dévastations successives expliquent 
certaines singularités que l'on remarque dans les constructions de la 
cathédrale de Noyon. Nous allons y revenir. 

Observons d'abord que le plan du chœur de la cathédrale de Noyon est 
accompagné de cinq chapelles circulaires et de quatre chapelles carrées ; 
or ces chapelles sont la partie la plus ancienne de toute l'église. Nous 
avons vu et nous verrons que les plans des cathédrales bâties vers la tin 
du xu'" siècle et le commencement du xni*', comme Notre-Dame de Paris, 
Bourges, Laon, Charti-es, sont totalement ou presque totalement dépour- 
vues de chapelles. Mais Noyon précède le grand mouvement qui porte les 
évêques et les populations à élever de nouvelles cathédrales, mais le plan 
de Noyon est encore soumis à l'influence canonique ou conventuelle; mais 
enfin Noyon suit la construction de l'église de Saint-Denis, qui possède de 
même des chapelles circulaires et des chapelles carrées à l'abside. Si nous 
examinons le plan de Notre-Dame de Noyon , nous voyons encore qu'à 
l'entrée du chœur, après les deux piles des transsepts, sont élevées deux 
piles aussi épaisses. En regard, les maçonneries des bas- 
côtés ont également une grande force, et contiennent 
des escaliers. Des tours sont conmiencées sur ce point, 
elles ne furent jamais terminées. Dans la nef, dont la 
construction paraît être comprise entre les années 1 180 
et 1190, nous voyons cinq travées presque carrées por- 
tées par des piles formées de faisceaux de colonnes, et 
divisées par des colonnes monocylindiiques. Cette dispo- 
sition indique nettement des voûtes composées d'arcs 
ogives portant sur les grosses piles, avec arcs doubleaux 
simples sur les piles intermédiaires (8). C'est, en etfet, le 
mode adopté pour la construction des voûtes de Notre-Dame de Paris, de 




• La réunion des deux évècliés de Touniay el de Noyon fut niainlenne jiisqne vers 
41.35; à cette époque, les chanoines de loinnay obtinrent une Itulle qui pronouçait la 
séparation des deux diocèses et donnait à Tonrnay un évèque propre. 



[ CATHÉDUAI.K | — .JOi — 

Bour^«\s Pt (le Laoïi ; coppiidant, contraironient à ccfto dispositidii si 
l)i(Mi écrite dans le plan (1<' la nef, les voûtes sont constiuitcs conforiné- 
nient à l'usa^'e adopté au xiii*' siècle, cest-à-dire que chaque pile, finisse 
ou fine, porte arcs doubleaux et arcs ofi;ives (voy. fi^'. 7) ; seulenuMit les 
arcs doubleaux des grosses piles sont plus épais que ceux posés sur les 
piles intermédiaires. Il y a lieu de croire f|ue ces voùles de la nef furent 
en partie refaites après l'incendie de 1:2.'JS, les piros arcs doubleaux seuls 
auraient été conservés; et, au lieu de refaire ces voûtes ainsi quelles 
avaient existé, c'est-à-dire avec arcs oi>ives portant seulement sur les 
grosses piles, on aurait suivi alois la méthode adoptée partout. Si nous 
examinons les profils de ces arcs ogives et des arcs doubleaux portant sur 
les piles intermédiaires, nous voyons qu'en eHet ces profils ne pai'aissent 
pas appartenir à la lin du xii*' siècle. Les voûtes du dueur et des ('haj)elles 
absidales seules sont certainement de la (construction primitive; leurs 
nervures sont ornées de perles, de rosettes très-délicates, comme les 
arcs des voûtes de la partie antérieure de l'église de Saint-Denis. Quoi 
qu'il en soit, la cathédrale de Noyon était complètement terminée à la fin 
du xn«^ siècle, et, sauf (pu'Iques adjonctions et lestaurations faites aj)rès 
Tincendie de h29.'î et après les guerres du xvi^ siècle, elle est parvenue 
jusqu'à nous à peu près dans sa forme première. 

A Noyon, comme à la cathédrale de Paris, et comme dans l'église de 
Saint-Denis construite jiar Sugei-, les collatéraux sont surmontés d'une 
galerie voûtée au premier étage '. En examinant la coupe du chceur. on 
voit ((ue l'arcature ((ui surmonte la galtM'ie du premier étage n'est (pi'un 
faux trifoiium, sinqile (léc(»ration i)la(|ué(> sur le nun- (jui est élevé dans la 
hauteur du comble en appentis recouvrant les voûtes du premier étage. 
Dans la nef, cette arcature est isolée : c'est un véritable triforium comme 
à la cathédrale de Soissons dans le croisillon sud (voy. architecture reli- 
gieuse, fig. .'51). Une belle salle capitulaire et un cloître du xiir siècle 
acconq)agnent,du( ôtenoid.la nef de lacatht'drale de Nctyon (voy. cloître, 
SALLECArriULAUu:). Deux grosses tours, for! detiguréespar desrestaui'ations 
successives, et dont les fU'ches primitives ont été remplacées, si jamais 
elles ont été faites, par des combles en charpente, sont élevées sur la 
façade. (Juaiit au porche, il date du (ounuencement du xive siècle; mais 
cette parti(^ de l'édifice n'offre aucun intérêt. 

Il est une cathédrale (|ui remplit exacteuK'Ut les conditions imposées aux 
reconstructions de ces grands édifices à la fin du xu'" siècle et au commen- 
cement du xin*", c'est celle de Laon. On a voulu voir, dans la calhedrale 
actuelle de Laon, celle qui fut leconstiuite ou réparée après les désastres 
qui signalèrent, en 11 1*2, rétablissemeiil de la conmiune. Cela n'est pas 
admissible; le monument est là, qui, mieux (pie tous les textes, donne la 
date i)récise de sa reconstruction, et nous n'jivons piis besoin de revenir 

' \nv. I;) MdiiDij. lie /V(///.sr dr A.-/', ilc Aoijon, [kw .M. !.. \ ilcl, <l l',ill;i^ «le 
|il;iinlir>, ji.ii M. I> Uiiinoo. i84.*). 



— 30?) — [ CATHfiDKAI.K | 

là-(lossiis apivs los obstMvatioiis que M. Vile! a iiiséréos sur la cathédrale 
(le Laon dans sa Monographie de Notre-Dame de Xoi/oti. 

La catliedrale de Laou (iM |)res(Mi(e en plan une ;4iand(' net' avec colla- 




téraux, coupée à peu près vers son milieu par des Iranssepis ; lahside se 
termine carrément^ bien que primiliveinenl elle fût sur plan circulaire. 
Deux chapelles sont seulement prali(|uées vers lest aux deux extrénntés 
des bras de ci-oix. La ville de Laon était, pendant les xn*' et xmi'- siècles 
une ville riche, pojxdeuse. tuibulente ; elle selablit à main armée une 
des premières en connnune, et obtint de i*hili|)pe-Au^Histe, après bien 
des tumullcs (M des violences, <'n ll'.tl, une paix, ou confirmati(»n 
de la commune, moyennant une renie annuelle de deux cenis livres 
T. 11. ;{() 



I (.ATHfl>U\I.K ] .■J(><) 

parisis'. (^pst probahlcinciit pou do tomps aprôs l'octroi do oolto p(ii.r 
(|iio los ritoyons i\o Laon , possossoui's tranqiiillos ûo lours IVanchisos. 
aidoi'oiit los évèquos do oo diocèse à éhnor radiuiiablo édifice que nous 
voyons encore aujourd'hui. 

De toutes les populations urbaines qui, dans lo nord de la France, 
s'établirent en connnune, celle de Laon fut une des plus énergiques, et 
dont los tondanros furont plus parlicidiônMnont démocratiques. Lo plan 
donné à leur cathédrale fut-il une sorte do concession à cet esprit? Nous 
n'oserions latlirnior ; il non est pas moins certain que ce plan est celui do 
toutes nos grandes cathédrales qui se prête le mieux, par sa disposition, 
aux réunions populaires, (^est dans ce vaisseau, qui conserve tous los 
caractères d'une salle innnense, que, pondant plus i]o trois siècles, se 
passèrent , à certaines époques de l'année , los scènes los plus étranges. 
Nous avons dit déjà « qu'on y célébrait, lo -2H décembre, la féto dos Inno- 
cents '% où los enfants do chœur, portant chapes, occupaient los hautes 
stalles et chantaient rollice avec toute espèce de bouttonnorios ; le soir, ils 
étaient régalés aux frais du chapitre '. Huit jours après, venait la fête des 
Fous. La veille de l'Epiphanie, les chapelains et choristes se réunissaient 
pour élire un pape, qu'on apj^olait lo jiatriarcho dos Fous. Ceux qui s'abs- 
tenaient do loloction payaioni uiio amende. On ollrait au patriarche lo 
pain et lo vin do la part du chapitic, (pii donnait, on outre, à chacun, huit 
livres parisis pour le repas. Toute la troupe se revêtait d'ornements 
bizarres, et avait, les doux jours suivants, l'église entière à sa disposition. 
Après plusieurs cavalcades par la ville, la fête se terminait par la grande 
procession des rabardiau.r. (-es fai'cos furont abolies on I.MiO; mais le 
souvenir s"on conserva dans l'usage, (jui subsista jusqu'au dernier siècle, 
do distribuer, à la messe de l'Epiphanie, des couronnes de fouilles vertes 
aux assistants '\.. Au xv«^ siècle, de nombreux mystères furent représentés 
dans la cathédrale de Laon, et los chanoines eux-mêmes ne dédaignèroni 
pas d'y figurer connue acteurs ^ En li{>'2, aux fêtes de la Pentecôte, on 
joua la Passion de N.-S. Jésus-t^hrist, distribuée en cinq journées.... Le 
20 août I iTO, on représenta un mystère intitulé : Les Jeiw de la vie de 
Monseigneur saint Denijs. Atiiï de faciliter la rei)résentation, la messe 
fut dite à huit heures et les vêpres chantées à midi ''.... » 

Si le chapitre et les évêques de Laon croyaient nécessaire de faire de 
sond)lables concessions morales aux citoyens, no pout-on admettre que 
cette toléianco influa surlosdispositionsprimilivos du plando laoalhodraioV 

Après los luttes et les scènes lragi(pios i[u\ onsanglantèront rétablisse- 
ment de la commune de Laon, lors(iuo. par l'entremise du pouvoir royal, 
cette conmiune fut définitivement constituée, il est probable que, d'un 

' Aug. Thierry, Letlrea sur l'Iiist. dn France. (Iveltre XVlll.) 

'■' /:.s.s(i) liixt. rt archéol. sur l'i-gl. cnihécl. de N.-IK de L(iou\ \Y.\r .1. Marimi; 1X4:5. 

^ Dom Bugiiâlre. — ^ Idem. 

^ lieyisl. cupil. — ^ Ibidem. 



307 — [ CAIHÉDUALE | 

comimin accord, le cliai)iln', rt''vc(]iip et les hourj^eois élevèrent cet édifice 
à la fois idi^ieux et civil, (^est par des concessions de ce genre que le 
clergé put amener les citoyens d'une ville riche à faire les sacrifices d'argent 
nécessaires à la construction d'un inonument qui devait servir non-seule- 
ment au culte, mais même à des assemblées profanes. Nous ne nous dis- 
simulons pas combien ces conjectures paraîtront étranges aux personnes 
qui n'ont pas , pour ainsi dire, vécu dans la société du moyen âge, qui 
croient que cette société était soumise à un régime purement féodal et 
théocrati(|ue ; mais (juand on pénètre dans cette civilisation qui se forme 
au xne siècle et se développe au xiii*', on voit à chaque pas naître un besoin 
(le liberté si prononcé à côté de privilèges monstrueux, une tendance si 
active vers l'unité nationale , qu'on n'est plus étonné de trouver le haut 
clergé disposé à aider à ce mouvement et cherchant à le diriger pour ne 
pas être entraîné et débordé. Les evéques aimaient mieux ouvrir de vastes 
édifices à la foule, sauf à lui permettre parfois des saturnales pareilles à 
celles dont nous venons de donner un aperçu, plutôt que de se renfermer 
dans le sanctuaire, et de laisser bouillonner en dehors les idées populaires. 
Sous les voûtes de la grande cathédrale, les assemblées des citoyens, quoi- 
que profanes, étaient forcément empreintes d'un caractère religieux. Les 
populations urbaines s'habituaient ainsi à considérer la cathédrale comme 
le centre de toute manifestation publique. Les évèques et les chapitres 
avaient raison, ils comprenaient leur époque ; ils savaient que, pour civi- 
liser des esprits encore grossiers, faciles à entraîner, unis par un profond 
sentiment d'union et d'indépendance, il fallait que le monument religieux 
par excellence fût le pivot de tout acte public. 

Laon est une ville turbulente qui, pendant un siècle, est en lutte ouverte 
avec son seigneur, l'évéque. Après ces troubles, ces discussions, le pouvoir 
royal qui , par sa conduite, commence à inspirer confiance en sa force, 
parvient à établir la paix ; mais on se souvient, de part et d'autre, de ces 
luttes dans lesquelles seigneurs et peuple ont également souffert; il faut 
se faire des concessions réciproques pour que cette paix soit durable. La 
cathédrale se ressent de cette sorte de conqjromis; sa destination est 
religieuse, son plan conserve un caractère civil. 

A Noyon, d'autres précédents amènent des résultats différents. 

« En l'année 1098, dit M. A. Thierry ', Baudri de Sarchainville, archi- 
« diacre de l'église cathédrale de Noyon, fut promu, par le choix du clergé 
(( de cette église, à la dignité épiscopale. C'était un homme d'un caractère 
(( élevé, d'un esprit sage et rétléchi. Il ne partageait point l'aversion 
« violente que les personnes de son ordre avaient en général contre 
« l'institution des communes. Il voyait dans cette institution une sorte 
M de nécessité sous laquelle, de gré ou de force, il faudrait plier tôt ou 
K tard, et croyait qu'il valait mieux se rendre aux vœux des citoyens que 
« de verser le sang pour reculer de (juelques jours une révolution inévi- 



Liilrcs sur l'hist. de France, (l.ellre XV.) 



CATHÉUH.VLi: | — 308 — 



« table De son propre mouvenieiit, l'évt-'fpie de Noyoïi convoiiua en 

(( assemblée tous les habitants de la ville, eleirs, chevalieis, connneivanls 
« et ji^ens de métier, il leui piésenta une charte qui constituait le corps 
'< des bourgeois en association perpétuelle, sous des magistrats appelés 
« jurés, comme ceux de Cambrai.... )x 

M. Vite! a donc raison de dire ' «(ue « lorsque Beaudoin II entrepiit 
« la reconslinction de sa cathédrale, il existait à Noyon une commune 
(< depuis longtemps élablie, et consacrée par vue fjaisihle jouissance, 
« mais placée en quelque sorte sous la tutelle de l'évèque. » 

Aussi lacathédrale de Noyon présente-t-elle le ijlandunédiMceivligieux: 
abside avec chapelles , transsepts avec croisillons arrondis. Là, le clergé 
est resté le directeur de l'œuvre, il n"a besoin de l'aire aucune concession ; 
il n'a pas eu recours, non plus (|ue la connuune, loi-squ'il commença 
l'œuvre, à l'inteivention du pouvoir royal. 11 entre dans la calhédiale de 
Noyon moins d'éléments hùques (\uv dans celle de Senlis, par exemple, 
construite en même temps, et où l'ogive domine sans partage; mais la 
cathédrale de Noyon est de près de cin(|uante années antérieure à celle de 
Laon. Il n'est pas surprenant, objectera-t-on, que son plan se rapproche 
davantage des traditions cléricales; cela est vrai. Cependant, nous avons 
vu le plan de la cathédrale de Bourges, contemporaine de celle de Laon, 
où la tradition cléricale est encore conservée ; nous verrons tout à l'heure 
le plan de la cathédrale de Chartres, où, plus (|u'à Bourges encore, les 
données religieuses de l'architecture romane sont observées. Laon , au 
contraire, possède un plan dont le caractère est tranché; il a fallu l'aire 
une large part aux idées laï(|ues. P»Hit-èti'e voudra-t-on prétendre encore 
(jue, les évèques de Laon ayant eu de fréquents rapports avec l'Angleterre, 
leur cathédrale aurait pris la disposition carrée du plan de l'abside aux 
monuments de ce pays; l'observation ne saurait être admise, par la raison 
(|ue les absides carrées anglaises sont postérieures à celle de la cathédrale 
de Laon : lechceur de la cathédi-ale de Canlorbéiy, (]ui date du xii« siècle, 
est circulaire; les absides carrées d'Ély.ih» Liiuoln.iu'sont pas antérieures 
à l!230. 

Ce n'est pas seulement cette abside carrée, lefaite après coup, (jui nous 
frappe dans le plan de la cathédrale de Laon (Hg. 9), c'est encore la dispo- 
sition des collatéraux avec galeries supérieures voûtées, connue à Notre- 
Dame de i*aris, comme à Noyon , comme à la cathédrale de Meaux dans 
l'origine; c'est la place qu'occupent les chapelles circulaires des trans- 
septs, chapelles à deux étages; c'est la présence de quatre tours aux 
quatre angles des deux croisdlons et d'une tour carrée sur les piles de 
la croisée; c'est cette graiule et belle salle capitulaire qui s'ouvre au sud 
des premières travées de la nef; ce sont ces deux salles, trésors et sacristies, 
(jui avoisinent le clKeui- et sont réservées entre les collatéraux et les cha- 
j)elles circulaires. On \oil m loul ceci un plan con(,u et exécuté d'un seul 

' Mouoij. (le In cdtlK'tlrdlc (U iS'oijoti. 



:]{Y.) — [ CATUtDRALK \ 

jet, une disposition bien tranche conunandée par un proj,Tannne arrêté. 
Quant au style d'architecture adopté dans la cathé(hale de Laon , il se 
rapproche de celui des parties de Notre-Dame de l'aris qui datent du 
conmiencenient du xiii-' siècle; il est cependant plus lourd, plus trapu; 
il faut dire aussi que les matériaux employés sont |)lus j^nossiers. 

A la fin du xiif siècle, ce beau plan fut défijjuré par l'adjonction de 
chapelles élevées entre les saillies des contre-forts de la nef. Une salle fut 
érigée au milieu du préau du cloître. C'est aussi pendant le cours du 
xiu'' siècle que les disjjosilions premières du porche furent nioditiees. Les 
sept tours étaient surmontées de flèches, détruites aujourd'hui (voy. au 
mot clocher). 

Malgré son importance, la cathédrale de Laon fut élevée avec une préci- 
pitation telle, que, sur quelques points, et particulièiement sur la façade, 
les constructeurs dédaignèrent de prendie les précautions que l'on prend 
d'ordinaire lorsque l'on bâtit des édifices de cette dimension : les fonda- 
tions furent négligées, ou bloquées au milieu des restes de substructions 
antérieures; on ne laissa pas le temps aux constructions inférieures des 
tours de s'asseoir, avant de terminer leurs sommets. Il en résulta des 
tassements inégaux, des déchirements qui compromirent la solidité de la 

façade '. 

La cathédrale de Laon conserve quelque chose de son origine démo- 
cratique; elle n'a pas l'aspect religieux des églises de Chartres, d'Amiens 
ou de Reims. De loin, elle parait un château plutôt qu'une église; sa nef 
est, comparativement aux nefs ogivales et même à celle de Noyon, basse; 
sa physionomie extérieure est quelque peu brutale et sauvage; et jusqu'à 
ces sculptures colossales d'animaux, bœufs, chevaux, qui send)lent garder 
les sommets des tours de la façade (voy. ammalx), tout concourt à produire 
une iujpression d'ettVoi plutôt qu'un sentiment religieux, lorsqu'on gravit 
le plateau sur lequel elle s'élève. On ne sent pas, en voyant Notie-Dame 
de Laon, l'empreinte d'une civilisation avancée et policée, connue à Paris 
ou à Amiens; là, tout est rude, hardi : c'est le monument d'un peuple 
entreprenant, énergique et plein d'une mâle grandeur. Ce sont les mêmes 
honmies que l'on retrouve à Coucy-le-Château, c'est une race de géants. 

Nous ne quitterons pas celle partie de la France sans parler de la cathé- 
drale de Soissons. Cet édifice fut certainement conçu sur un plan dont les 
dispositions rappellent le plan de la cathédrale de Noyon ^10). Connue à 
Noyon, le transsept sud de la cathédrale de Soissons, qui date de la fin 
du xw siècle, est arrondi, et il est fianqué à l'est d'une vaste chapelle 
circulaire à deux étages, connue celles des transsepts de Laon. A Soissons, 
ce croisillon circulaire possède un bas-côté avec galerie voûtée au-dessus 

1 CeUe partie de la cathédrale de Laon est aujourd'hui en pleine restauration, sous 
la direction de M. Bœswihvald , architecte des nionmnents historiques. I.a cathédrale 
de Laon n'est plus siét;e épis(op;il depuis la révolution ; elle dépend du siège de Sois- 



sons 



CATHÉDKALE 



— :no — 



et triforiuin dans la hauteur du comhU' do la jïalorio (voy. arcmitectlrk 
REi.iGiKi SK, i\{i. ."{() et .'{1 ). l/t'la^'o supérieur de la chapelle eirrulaire servait 
de trésor avant la révolution ; était-ce là sa destination i)i'iiuitive? C'est 
ce que nous ne pourrions dire aujourd'hui, n'ayant aucune donnée sur 
Tutilité de ces chapelles à deux étages, (|ue nous retrouvons encore à 
Saint-Reniy de Reims et dans la grande église de Saint-Cernier. 




pectAkd 



Que la cathédrale de Soissons ait été élevée coniplélenient pendant les 
dernières années du xii« siècle, ou seulement conmiencée, toujours est-il 
que le chœur et la nef furent construits pendant les premières années du 
xiiie siècle. Le chœur est accompagné de cinq chapelles circulaires et de 
huit chapelles cai'rées. C'est dtîjà une moditication au plan des cathédrales 
de cette époque. Le transsept nord ne l'ut termine (|ue plus tard, ainsi 
(|ue la fa(,ade. 

Jus(|u"à présent, nous \(>)(»n> régner, dans ce> edilices élevés depuis le 



— •'{! I — [ (.ATHÉDRAF.K ] 

miliou (lu xii»^ siècle jusqu'au ('(tiiuutMiconiont du xrii*' ', une sorte d'incer- 
titude; les plans do CCS cathédrales françaises sont comme autant d'essais 
subissant rinlluence de pio^Mannnes variés. On élève des cathédrales 
nouvellt^s plus vastes que les éj^lises romanes, pour suivre le mouvement 
qui s'était si bien prononcé pendant les rèjjfnes de Louis le Jeune et de 
Philippe-Auguste; mais la cathédrale type n'est pas encore sortie de 
terre. Nous allons la voir naître définitivement et arriver, en quelques 
années, à sa jierfection. 

A la suite d'un incendie qui détruisit de tond en comble la cathédrale 
de (Ihartres, en 10^0, l'évèque Fulbert voulut reconstruire son éfdise. Les 
travaux furent continués par ses successeurs à de longs intervalles. En 
1 145, les deux clochers de la façade occidentale, que nous voyons encore 
aujourd'hui, étaient en pleine construction. En I lOi, un nouvel incendie 
ruina léditice de Fulbert à peine achev(''. Les parties inférieures de la 
façade occidentale , le clocher vieux terminé et la souche du clocher neuf 
resté en construction échappèrent à la destruction. Sur les débris encore 
fumants de la cathédrale , iMélior, cardinal-légat du pape Célestin III, fit 
assembler le clergé et le peuple de Chartres, et, à la suite de ses exhorta- 
tions, tous se mirent à l'œuvre pour reconstruire, sur un nouveau plan, 
l'ancienne église Notre-Dame ^ L'évèque Reghault de iMouçon et les 
chanoines abandonnèrent le produit total de leurs revenus et de leurs 
prébendes pendant trois années. 

.... Borjois et rente et niueble 
Abandonèrent en aie 
rhascun selon sa nienantie '. 

Philippe-Auguste . Louis VIII et saint Louis contribuèrent par leurs 
dons à l'érection de la vaste église. 

Déjà, en 1220, Guillaume le Breton parle de ses voûtes «que l'on peut 
comparer, dit-il, à une écaille de tortue, » et qui sont assez solides pour 
défier les incendies à venir. 

La fig. 1 1 tlonne le plan de la cathédrale de Chartres. Ici, lintluence reli- 
gieuse paraît tout entièi^e. Trois grandes chapelles à l'abside, quatre autres 
moins prononcées entre elles, doubles bas-côtés d'une grande largeur ; 
autour du chœur, vastes transsepts. Là, le culte peut déployer toutes ses 
pompes; le cha^ur, plus qu'à Paris, plus qu'à Bourges, plus qu'à Soissons 
et à Laon surtout, est l'objet principal ; c'est pour lui que l'église est faite. 
Il faut supposer que l'église de Fulbert était très-vaste déjà, car les cryptes 

1 Nous comprenons la cathédrale de Bourges dans celte période , parce qu'il y a 
lieu de présumer, eu examinant son plau , que les architectes du xiir siècle qui la 
construisirent exécutèrent un projet antérieur, peut-être celui qui avait été conçu dans 
la seconde moitié du xn' siècle. 

* Deacripl. (/^ lu calhéd. de Chartres, par l'abbé liulteau. 1850. 

' Poème des Miracles, p. 27. (Jelian le Marchant., 



CAllUCDItAI-K 



— .iH — 



(|iii cxislcnt, <'t (latent de son «''pis('o|)at . occupent la surface entière du 
ineniier l)as-cùte; la nef centrale et le clut'ur étant nu tene-plein , le 




\iii<' siècle n ajouta donc a l'editîce roman, connue suil'ace. que le second 
i)as-côté du chœur, les chapelles ahsidales et les extréuiilés des deux 
ti'anssepts. 



3l:{ 1 CATHÉUKALI-; J 

Nous voyons se reproduire à Notre-Dame de (-liartres un fait analoj;;ue 
à ceux sif,Mialés(lans la construrlion descallu'drales de l*aris et de Bourges. 
Non-seulement les arehittMtes du xuesiècle eonservèrent les deux clochers 
occidentaux de l'église du xie' siècle, mais ils ne voulurent pas laisser 
perdre les trois belles portes qui donnaient entrée dans la nef et étaient 
autrefois placées au fond d'un porche en A (voy. le plan). On voit encore 
entre les. deux tours la trace des constructions de ce porche et l'amorce 
du mur de face. Les trois portes, avec leurs belles statues, les tympans, 
voussures et fenêtres qui les surmontent, replacées sur l'alignement des 
deux clochers, furent couronnées par une rose s'ouvrant sous la voûte de 
la nef centrale. La construction de la cathédiale de Chartres fut conduite 
avec une incroyable rapidité. L'enqîressement des populations, des sei- 
gneurs et souverains, à mener l'œuvre à fin ne fut nulle part ])lus actif. 
Aussi, cet édifice présente-t-il une grande liomogénéité de style ; il devait 
être complètement achevé vers HiO '. Ue l"2i() à 1:250, on ajouta des 
porches aux deux entrées des transsepts; la sacristie fut bâtie au nord, 
proche le chœur, à la fin du xui^ siècle, et, vers le milieu du xiv^ siècle, 
on éleva, derrière l'abside, la chapelle Saint-Piat à deux étages. C'est 
aussi pendant la seconde moitié du xur siècle que fut posé l'admirable 
jubé qui fermait l'entrée du chœur il y a encore un siècle ^ 

A Notre-Dame de Chartres, la nef est courtecomparativement au chœur; 
c'est probablement pour lui donner deux travées de plus que l'ancien 
porche de la façade fut supprimé et les portes avancées au nu du nmr 
extérieur des tours. Voulant conserver, pour bâtir le chœur, la crypte qui 
lui sert de fondations et les deux belles tours occidentales, il n'était pas 
possible de donner à l'église une plus grande longueur. 

Aux quatre angles du transsept, quatre tours B furent commencées 
(voy. fig. l'2, présentant le plan du premier étage de la moitié du chœur 
et des transsepts de la cathédrale de Chartres) ; elles restèrent inachevées, 
ainsi que la tour centrale qui, probablement, devait s'élever sur les quatre 
gros piliers C de la croisée. Deux autres tours A furent élevées sur les 
deux dernières travées du second bas-colé du chœur précédant les cha- 
pelles absidales; ces tours restèrent également inachevées à la hauteur 
des corniches supérieures du clia'ur. C'étaient donc neuf tours qui 
surmontaient la grande cathédrale du pays chartrain. Les tours situées 
en A, en avant du rond-point, appartiennent à une disposition normande ; 
beaucoup d'églises de cette province possédaient ainsi des tours élevées 
sur les bas-cùtés au delà des transsepts. Ce monument , complètement 
achevé avec ses neuf flèches se surpassant en hauteur jusqu'à la flèche 
centrale, eût produit un efîét prodigieux. 

Une seule chapelle fut élevée au sud, entre les contre-forts de la nef, en 

• Notre-Dame de Cliartres fut dédiée seulement le 17 octol^ie 1260. 

s Des fragments de ce jubé ont été découverts en gi'and nombre sous le dallage ; ils 
sont de la plus grande beauté, et déposés aujourd'bui dans la crypte et sous la chapelle 
Saint-Plat (voy. jibé). 

T. II. io 



CATHËUKAI.K 



— Mi 




p£ûUii<ir: 



1413. Au (■ominciuniK'iit du wv si<Vlr , ou Ipruiuia le cloc lier uuni du 



M^ I r.ATHÉDUAI.K ] 

portail qui était resté inachevé, et on dressa la {jjraeieuse clôture du chœur 
que nous voyons encore aujourd'hui, et qui seule a résisté en partie aux 
mutilations que les chanoines tirent subir au sanctuaire pendant le dernier 
siècle. Toutes les verrières de cet édifice sont de la plus grande magnifi- 
cence et datent du xiii' siècle, sauf celles des trois fenêtres du portail 
occidental, qui furent n^placées avec leurs baies et qui proviennent de 
l'église du xii»" siècle. 

(uiillnunie le Breton avait raison lorsque, en l'2'20, il disait que la 
cathédrale de Chartres n'avait plus rien à craindre du feu. En I83(j, un 
terrible incendie consuma toute la charpente supérieure et le beau betîroi 
du clocher vieux (voy. beffroi). La vieille cathédrale put résister à cette 
épreuve; elle est encore debout telle que les constructeurs du xiii*' siècle 
nous l'ont laissée ; elle demeure comme un témoin de l'énergique puissance 
des arts de cette époque ; et. du haut de la colline (jui lui sert de base, sa 
mâle silhouette, qui de neuf llèches n'en possède que deux, est une cause 
d'étonnement et d'admiration pour les étrangers qui traversent la Beauce. 

Nous ne trouvons plus à Chartres la galerie supérieure voûtée ; un 
simple triforium, décoré d'une arcature, laisse une circulation intérieure 
tout au pourtour de la cathédrale, derrière les condtles en appentis des 
bas-côtés. Cette église , la plus solidement construite de toutes les cathé- 
drales de France \ ne présente , dans sa coupe transversale, rien qui lui 
soit particulier, si ce n'est la disposition des arcs-boutants (voy. arc-bol- 
TANT, fig. 54) . 

Afin de conserver un ordre logique dans cet article, nous devons, 
quant à présent, laisser décote certains détails sur lesquels nous aurons 
à revenir', et poursuivre notre examen sommaire des cathédrales élevées 
au commencement du xui^ siècle. Jusqu'à présent, nous avons présenté 
des plans dans lesquels il se rencontre des indécisions, des tâtonnements, 
l'empreinte de traditions antérieures. A Chartres même, les fondations 
de l'église de Fulbert et la conservation des vieux clochers ne laissent pas 
aux architectes toute leur liberté. 

En 1-211, l'ancienne cathédrale de Reims, bâtie par Ebon, et qui datait du 

ix*^ siècle, fut détruite de fond en comble par un incendie. Cette église était 
lambrissée, et affectait probablement la forme d'une basilique. Dès l'année 
suivante, en 1-21-2, Albéricde Humbert, qui occupait le siège archiépiscopal 
de Reims, posa la première pierre de la cathédrale actuelle; l'œuvre fut con- 
fiée à un honmie dont le nom nous est resté, Robert de (V)ucy. Si le monu- 
ment était champenois, l'architecte était d'une ville voisine dudomaineroyal; 
il ne faut pas oublier ce fait. Le plan conçu par Robert de Coucy était vaste, 
établi sur des bases solides; cet architecte doutait de pouvoir l'exécuter tel 

« La cathédrale de Chartres est bâtie en pierre de Berchère ; c'est un calcaire dur, 
grossier d'aspect, mais d'une solidité à toute épreuve. Les blocs employés sont d'une 
"randeiir extraordinaire. Nous aurons l'occasion de revenir sur ces détails (vov. arc- 

BOUTANT, BASE, CONSTUl CTKIN , WOROHli, PILIER, SOIBASSEMENT). 



[ CATIIÉDUALK J — 3I() — 

qu'il l'avait projot»'; il doutait de l'étenduo des ressources, et peut-rtic 
de la constance des Héniois. Ses doutes n'étaient (|ue trop fondés, (dépen- 



de la constance (les neniois. >es doutes n eiaiein (|ue irop londes. (>epen- 
dant le projet de Kobert l'ut rapidement exécuté ius(iu"à la hauteui- des 
voûtes des bas-côtés, depuis le chœur jusqu'à la moitié de la nef environ. 




pcgam se 



Nous présentons (i;{) le plan de la cathédrale de Reims. 

Si nous comparons ce i)lan avec ceu\ de Notre-Uaine de Paris, des 



— .317 — I CATHÉDRALK ] 

calhédialt's de R(»urj:es, do Noyon, de Laon el de Chartres, nous serons 
frappés de ré|)aisseur proportionnelle des eonstiuetions formant le péii- 
inètre de ["«'ditice. (Vesl que Hohert de Coucy ajtparteiiait à une éeole de 
constructeurs robustes, «jue cette école s'était élevée dans un pays où la 
pierre est abondante ; c'est, bien plus encore, que Robert avait con(,'u un 
édifice devant atteindre des dimensions colossales. La bâtisse avait à peine 
atteint la hauteur des basses nefs, que Ion dut renoncer à exécuter, dans 
Ions leurs développements, les projets de Robert ; qu'il fallut faire certains 
sacrifices, probablement à cause de l'insutiisance reconnue des ressources 
futures. Le plan du premier elaiie de la cathédrale de Reims est loin de 
repondi'e à la puissance des soubassements. Cependant il est certain que 
l'on suivit, autant que jjossible, en diminuant le volume des points 
d'ap|>ui , les projets primitifs; et il faut une attention particulière, et 
surtout la connaissance des constructions de cette époque, pour recon- 
naître ces chauijements apportés au\ plans de Robert de Coucy. Nous 
essaierons toutefois de les rendre saisissables pour tout le monde, car ce 
fait ne laisse pas d'avoir une grande importance pour l'histoire de nos 
cathédrales, d'autant plus qu'il se reproduit partout à cette époque. 

Voici d'abord (14) une coupe transversale de la nef de la cathédrale de 
Reims. Il est facile de reconnaître que les contre-forts, dans la hauteur 
du collatéral, ont une puissance, une saillie que ne motive pas la légèreté 
de la partie supérieure recevant les arcs-boutants ; on sera plus frappé 
encore de la différence de force qu'il y a entre les parties inférieures et 
supérieures de ces contre-forts, en examinant la vue perspective extéiieure 
d'un contre-fort de la nef (15). Dans la construction des deux pignons 
des transsepts, la différence entre le rez-de-chaussée et les étages supé- 
rieurs est encore plus mar(|uée. Robert de Coucy avait proliablement 
projeté, sur ce point, des tours dont il fallut réduire la hauteur par des 
raisons d'économie. Une observation de détail vient appuyer la conjecture 
d'une modification dans les projets. Le larmier du couronnement des 
corniches qui passent au niveau des bas-côtés devant les contre-forts des 
transsepts et du chœur est muni de petits repos horizontaux, espacés les 
uns des autres de 0,40 c. à 0,.")0 c. qui forment connue des créneaux, 
et que Villard de Honnecourt, contemporain et ami de Robert de Coucy, 
appelle , dans ses curieuses notes, des créllaux réservés sur la pente des 
larmiers pour permettre aux ouviiers de circuler autour des contre-forts à 
l'extérieur ( 10). Cela est fort ingénieux et bien entendu, puisque la pente 
des larmiers ne permettrait pas, sans ce secours, de passer devant les 
parements des contre-forts à toutes hauteurs. Or ces octiaujr, dont parle 
Villard, n'existent que sur les larmiers couroimant le rez-de-chaussée. 
Robert de Coucy eût cependant, s'il eût continué l'œuvre , réservé à plus 
forte raison des passages send)lables dans les parties élevées de l'édifice; 
mais les parements qui se dressent au-dessus de ces larmiers à créliaux, 
au lieu d'atlleurer l'arête supérieure du lit du larmier, ainsi que l'indique 
la fig. 17. sont en retraite, comme l'indique la tig. 17 bis. Donc, alors, les 



I r.ATHÉDRAI.K 



— 31 S — 




créliau.r dcviciiiiciit iiiiililcs. piiisiinc drrrière eux rcslc iiiio |)arlit' liori- 



31 y I CA1IIÈHHAI.K 1 

zontale permettant la cireulatioii ; donc, si Kolteit eût voulu retraiter ainsi 




l)rusquement ses contre-forts à partir du premier étage, il n'eût pas réservé 

16 




des crétiauJi- sur ses larmiers; et })uisquil les avait réservés, c'est qu'il 



1 CAIIIÉDKAI.K j 



liii) 



cnltMidait continuer à donner à ses {.n'os points d'appui une saillie, et par 
eonsécjuent une force |)lus ^M'ande (pie celle laissée après l'abandon des 





premiers projets. Il y a donc lieu d'admettre que Kohert de Coucy éleva 
la cathédrale de Heims jusqu'à la hauteur des corniches des chapelles du 
cho'ur et des bas-côtés, sauf les quatre premières travées de la nel", qu'il ne 
con)menc,'a même pas ; (pi'après lui, la construction fut contiiUK'e en faisant 
subir des chanj^ements aux jti'ojets primitifs atin de réduire les dépenses; 
(|ue cette nécessité de terminer leditice à moins de frais était le résultat 
d'une diminution dans les dons faits parles j)opulations. L'ornementation 
des parties inférieures du cho'ur et des transsepts de la cathédrale de 
lieims, jusques et y compris la corniche des chapelles rayonnantes, jwi-te 
encore le cachet de la scuipfuie de la lin du \w' siècle; tandis qu'innné- 
diatemenl au-dessus du niveau des corniches de ces chapelles appaiait une 
ornemenlalion (pii a tous les caractères de celle du milieu du \ni'' siècle. 
Dans la ti-avée de droite du pij^non du transsept nord, est percée une porte 
donnant aujourd'hui dans la petite sacristie établie entre les contre-foris ; 
cette porte, dont les sculptures sont peintes, date évidenmient des pre- 
mières constructions connneiicées par Hobert de (loucy, et les bas-reliefs 
|)ourraient même élre attribués à l'école des sculpteurs de la tin du 
xu'- siècle. Les parties inférieures du pij-non du transsept sud, qui ne furent 
pas modifiées par l'ouverture de portes, ali'ectent une sévérité de style 
qui ne le cède en rien aux constructions inférieures de la façade de Noire- 
Dame de Paris. Tout, enfin , dans le rez-de-chaussée de la cathédrale de 
Kcims, (lu clueur à la moiti('' de la nef, dénote l'feuvre d'un artiste appar- 
tenant à l'école laïque d'architectes né(? à la tin du xie" siècle. Au-dessus, 
le style o</\\n\ a pris son entier développement ; mais la transition entre les 
deux caractères architectoniques est habilement ménagée. Nous ne savons 
en quelle année Hobert de (>)ucy cessa de travailler à la cathédrale ; cepen- 
dant lui-même, en (construisant, modifia probaldemenl (pieUjues (h'Iails de 
son projet primitif, ('.et architecte n'en était i)as à son coup d'essai lorsqu'il 
commenta r(euvre en l''2h2, et peut-être était-il déjà d'un âge assez 
avancé. Toutefois (et les notes de Villard de Honnecourt sont là pour le 
prouver) il cherchait sans cesse, coimne tous ses contemporains, des 



— .121 — [ (ATIIÈDRAI-K ] 

ppi'fectiomiomfnts à l'art laissé par le xn*" sit'cio; il no pouvait ignorer ce 
que Ion tentait autour rie lui; e'est ainsi qu'il fut amené à terminer les 
chapelles du clKeur. connuencées sur un plan circulaire connue celles de 
la catlu'drale de Noyon, par des pans coupés. Les ornements de la corniche 
de ces chapelles, les créliaux des larmiers dont parle Villard, le style des 
statues d'anges qui surmontent les petits contre-forts, ne peuvent laisser 
douter qu'elles n'aient été achevées par Robert de Coucy, de 1"220 à lîi.'iO. 
Il avait fallu plusieurs années pour jeter les fondements de cet édifice 
commencé suivant un projet aussi robuste, d'autant plus que le sol sur 
lequel la cathédrale de Reims est assise n'est pas égal, et ne devient bon 
qu'à plusieurs mètres au-dessous du pavé (de quatre à sept mètres, d'après 
quelques fouilles faites au pourtour). Il n'est' pas surprenant donc que ces 
énormes constructions, quelle que fût l'activité apportée à leur exécution, 
ne fussent pas, en l''2;30, c'est-à-dire dix-huit ans après leur mise en train, 
élevées au-dessus des voûtes basses. A la première vue, le rez-de-chaussée 
des pignons des deux transsepts ' paraît plus ancien que les chapelles du 
chœur ; les fenêtres basses sont sans meneaux et encadrées de profils et 
ornements qui rappellent l'architecture de transition; tandis que les fenê- 
tres des chapelles du chœur sont déjà pourvues de meneaux dont les 
formes, la disposition particulière et lappareil sont identiquement sem- 
blables aux meneaux des bas-cùtés de la nef de la cathédrale d'Amiens, 
qui datent de l'année i 230 environ . Robert de Coucy avait bien pu amender 
lui-même certains détails de son projet, en même temps qu'il adoptait les 
pans coupés pour ces chapelles au-dessus de la forme circulaire de leur 
soubassement. Quoi qu'il en soit , le maître de l'œuvre, en mourant ou 
en abandonnant les constructions à des architectes plus jeunes, peut-être 
après une interruption de quelques années, avait laissé des projets dont 
ses successeurs, malgré les réductions dont nous avons parlé, se rappro- 
chèrent autant que possible. C'est ce qui donne à cet édifice un caractère 
d'unité si remarquable, fjuoiqu'il ait fallu près d'un siècle pour conduire 
le travail jusqu'aux voûtes hautes. A Reims, plus que partout ailleurs, on 
respecta la conception du premier maître de l'œuvre. Aussi, lorsque l'on 
veut se faire une idée de ce que devait être une cathédrale conçue par 
un architecte du commencement du xnie siècle, de la plus belle époque 
de Tart ogival, c'est à Reims qu'il faut aller. Et cependant, combien ce 
grand monument ne sul)it-il pas de modifications importantes; et, tel que 
nous le voyons aujourd'hui, combien il est loin des projets de Robert de 
Coucy et même de ce qu'il fut avant l'incendie de la fin du xve siècle. 

Le plan de la cathédrale de Reims est simple (voy. fig. 13) ; les chapelles 
rayonnantes du chœur sont larges, profondes ; la nef longue et dépourvue 
de chapelles. Les coupes et élévations des parties latérales de l'édifice 
répondent à la simplicité du plan ; les contre-forts et arcs-boutants sont 

' 11 est eiUeiidu que, pour le pi|,moii uord, nous no parlons pas des deux portes 
percées vers le milieu du xiic siècle. 

T. II. ^1 



I t:\THi-im\Li'; j — .\'i'l — 

;i(lmiral)los do coiicoptioii et de {^raiuleur, les |)iles épaisses, les IVnètres 
siipt'iiciiios pioroiidcmciit encadrées. (!el edilice a toute la t'orce de la 
cailicdiale de (liiaities, sans en avoir la lourdeur; il réunit enlin les véri- 
tables conditions de la beauté dans les arts, la puissance et la grâce; il est 
d'ailleurs construit en beaux matériaux, savannnent appareillés, et on 
retrouve dans toutes ses parties un soin et une recherche fort rares à une 
épo(jue où l'on l>Atissait avec une giande rapidité et souvent avec des 
ressources insidlisantes. (le ne fut guère qu'en I;2i0 que l'on continua les 
parties supérieures du chœur, que l'on commença les premières travée;^ 
de la nef et la façade. Celle-ci ne fut achevée, sauf les deux flèches des 
deux tours occidentales, que vers le commencement du xiv siècle; on y 
travaillait encore pendant le xv siècle, mais en suivant les dispositions 
et détails des xiir et xiv*" siècles. Ihi cloître s'élevait au nord de la nef et 
du transsept; et c'était probablement pour donnei' entiée dans ce cloître 
qu'avait été faite la porte ouverte dans la travée de droite du pignon nord, 
porte dont nous avons parlé tout à l'heure. Deux autres portes publiqua^ 
furent ouvertes, dans les deux autres travées de ce pignon, vers le milieu 
du xiir siècle, et richement décorées de voussures, bas-reliefs et statues ' . 
Deux tours s'élèvent sur la façade occidental*'; quatre tours surmontent 
les quatre angles des transsepts, et une tour centrale se dressait, au centre 
de l'édifice, sur les quatre piles de la cioisée. Une flèche en plond) 
couronnait le poinçon de la crou[)e du coiuble au-dessus du sanctuaire. Le 
pignon du transsept sud donnant du côté de l'archevêché ne fut jamais 
percé de grandes portes. On arrivait du palais archiépiscopal au cha-ur par 
des portes secondaires, percées dans les soubassements de ce pignon 
(voy. le plan). Pendant les xiv et xv siècles, de petites chapelles furent 
bâties du côté nord, entre les contre-forts de la nef et dans l'intervalle 
laissé par le cloître ; mais ces petites chapelles , (pii ne dépassent pas 
ra|)pui des fenêtres, ne dérangent en rien l'ordonnance intérieure du 
vaisseau ; elles ne s'ouvrent, dans le bas-côté, (pie par de petites portes. 
Si les projets de iiobert de Coucy furent modifiés, c'est surtout dans 
la constiuction de la façade occidentale, qui présente tous les caractères 
de l'architecture la plus riche de la seconde moitié du xui^ siècle. Comme 
décoration, elle se relie encore aux faces latérales par ces admirables 
couronnements de contre-forts dans lesquels sont j)laceesdes statues colos- 
sales. iMais la multiplicité des détails nuit a rensend)le; cette façade, 
(juclque belle (juclle soit, n'a pas la grandeur des faces latérales. L'archi- 
volte delà porte principale vient entamer la base des contre-forts intermé- 
diaires, ce qui tourmente l'œil ; les nus, les parties tranquilles font défaut. 
Cependant, et telle qu'elle est, la façade occidentale de la cathediale de 
Heims est une des plus splendides concej)tions du xiir siècle; elle a pour 
nous, d'ailleurs, l'avantage d'être la seule. iNotre-Dame de Paris est encore 
une façade de lepoque de transition. 11 en est de même à Laf)n. Nous ne 

' Seule, l:i porte centrale esl umeite aujoiii<riiui. 



•t'21 — '[ CATIII-DKALi: I 

pouvons fousidérer ces portails coiiiiik' appartenant au style punMnenI 
ogival. Ainieiis n'a (pi'une faeade li'oïKiué*", non terniinf'e, sur lacjuelle 
(les épo(pi('s (iill'erenlrs sont venues se supet'poser. Cliiirlics n'est (|n"iine 
réunion de IVai^nienls. |{ouri;es et Rouen sont des mélanges dv styles de 
trois et quatre siècles. Les façades de Bayeux, de Coutanees^ de Soissons, 
de INoyon, de Sens, de Séez, sont restées inachevées, ont été dénaturées, 
ou présentent des amas de constructions sans ensemble, élevées succes- 
sivement sans i)roiet arrêté. La It^-ade prinei|)ale de Notre-Dame de 
Reims, malj^ré cet excès de richesse, a donc pour nous l'avanlafie de 
nous doimer une conce|)tion franche en style of^ival, et, sous ce point de 
vue, elle mérite toute l'attention des architectes. Son iconoj^raphie est 
complète, et ce fait seul est d'une grande iniportance. Mais nous revien- 
drons sur cette partie de la décoration des cathédrales. 

Afin de donner une idée de ce que devait être une cathédrale du 
XIII'' siècle, couiplète, ach(>vée telle qu'elle avait été connue, nous reprodui- 
sons (18) une vue cavalière d'un édifice de cette époque, exécutée d'après 
le type adopté à Reims. Faisant bon marché des détails, auxquels nous 
n'attachons pas ici d'importance, on peut admettre que le monument 
projeté par Robert de Coucy devait présenter cet ensemble , si ce n'est 
que les tlèches occidentales ne furent jamais terminées et que les flèches 
centrale et des transsepts étaient en bois et plomb. Le ^24 juillet 1481, 
des ouvriers plond)iers, dont les noms nous sont restés ', mirent le feu à 
la toiture par négligence. L'incendie dévora toutes les charpentes. C'était, 
autour de l'édifice, un tel déluge de plomb, que l'on ne pouvait en appro- 
cher pour porter secours. Le dévouement des Rémois ne put maîtriser le 
Héau, et ce fut une véritable désolation non-seulement dans la province, 
mais dans la France entière. Louis XI prit fort mal la nouvelle de ce 
sinistre, qu'on lui apporta au Plessis-lès-Tours ; il fut question de rem- 
placer le chapitre par des moines \ Quels que fussent les sacrifices que 
s'imposèrent le chapitre et l'archevêque, les dons royaux, qui furent 
considérables, on ne put songer à rétablir le monument dans l'état où il 
était avant l'incendie. La sève qui, au xn!»- siècle, se répandait dans ces 
grands corps était é|)uisée. On dut se borner à refaire la charpente , les 
galeries supérieures, les pignons, à réparer les tours du portail et araser 
les quatre tours des transsepts au niveau du pied du grand comble. C'est 
dans cet état cjue nous trouvons aujourd'hui ce monument, si splendide 
encore malgré les mutilations qu'il a subies. 

La cathédrale d'Amiens, dévastée par le feu et les invasions normandes, 
en 850, 1019 et 1107, fut totalement détruite par un incendie en l'218. 
En H^O, Evrard de Fouilloy, quarante-cinquième évèque d'Amiens, fit 
jeter les fondements de la cathédrale actuelle. Le maître de l'œuvre était 
Robert de Luzarches. L'évêque picaid alla chercher son architecte dans 
l'Ile-de-France. Les nouvelles constructions furent commencées pai- la nef; 

' .Iran il lîniii bcgoix. — - Anquelil. 



[ (.AlHfiKHALi: 



3-2i 




probableiiioiit les rcslcsdc r;(ii«i«'ii cIkiiii liiiviil (oiiscrvésprovisoiiviiiciit 



— [i'iiy — [ caiiiCdhai-k I 

iiliii (le ne pas iiiU'n(>iii|)ie iv culte. En ["iilli, l'évè(|Ut' Kviaid inoiiiiit; 
Ifs toiidations rlaioiil achevées sous la nef, et prohahleiuent le pignon du 
traiissept sud était élevé de quelques mètres au-dessus du sol. Sous 
l'épiscopat du successeur de l'évèque Evrard, GeottVoy d'Eu, nous voyons 
déjà les travaux confiés à un second architecte, Thomas de Cormont. 
Rohertde Luzarches n'avait pu ([uc laisser les plans de l'édifice qu'il avait 
fondé. Le second maitrede To'uvre éltna les constructions de la nef jusqu'à 
la naissance des jurandes voûtes; nous arrivons alors à l'année 1"'2:28. Son 
tils, HtMiault de (>ormont , continua l'œuvre et passe pour l'avoir achevée 
en l'288, ce qui n'est guère admissible, si nous obser\ons les différences 
profondes de style qui existent entre le rez-de chaussée et les parties 
hautes du chœur. En l'237, l'évèque Geoffroy mourut; son successeur 
Arnoult termina les voûtes de la nef et fit élever sur la partie centiale de 
la croisée une tour de pierre surmontée d'une flèche en bois et plomb. Ce 
fut probablement aussi cet évèque qui fit élever les chapelles du chœur '. 
En 1240, l'évèque Arnoult avait poussé les travaux avec une telle activité 
que les fonds étaient épuisés; il fallut suspendre les constructions et 
amasser de nouvelles sommes. En l'2o8, un incendie consuma les char- 
pentes des chapelles de l'abside ; on voit parfaitement, encore aujourd'hui, 
les traces de ce sinistre au-dessus des voûtes de ces chapelles. Ce désastre 
dut contribuer encore à ralentir l'achèvement du chœ'ur. 11 est certain 
que le triforium de l'abside, et par conséquent toute l'œuvre haute, 
ne fut commencé qu'après cet incendie : car, sur les pierres calcinées 
en 1258, sont posées les premières assises parfaitement pures de ce 
triforium. Les successeurs d'Arnoult, Gérard ou Evrard de Couchy et 
Aléaume de Neuilly, ne purent que réunir les fonds nécessaires à la 
continuation des travaux. A Amiens, comme partout ailleurs, les popu- 
lations montraient moins d'empressement à voir terminer le monument 
de la cité; on mit un temps assez long à recueillir les dons nééessaires à 
l'achèvement du chœur, et ces dons ne furent pas assez abondants pour 
permettre de déployer dans cette construction la grandeur et le luxe que 
l'on trouve dans la nef et les chapelles absidales. En 1269, cet évèque 
faisait placer les verrières des fenêtres hautes du chœur -, et son succes- 
seur, Guillaume de iMâcon, en 1288, mit la dernière main aux voûtes et 
parties supérieures du chevet. En construisant la nef, de 1220 à 1228, 
on avait voulu clore, avant tout, le vaisseau, et on ne s'était pas préoc- 
cupé de la façade laissée en arrachement. La porte centrale seule avait 

' '< .... Le iiécroloLçe du chapitre en la roiulalioii de l'obil de cet évesque le taiel 
■< origenaire de la ville d'Amiens, ioit débonnaire et de grande estude, et croyrois que 
« c'est luy (|ui gist en marbre noir, tout an pins haut, s'il faut ainsi dire, de l'église, 
« vis-à-vis de la chapelle paroissiale (la chapelle de la Vierge dans l'axe), justement 

« derrière le chœur, en mémoire (pi'il acheva la summité d'icelle » {Antiquilez du 

la ville d'Amiens. Adrian de la Morlière, chan. 1627.) 

2 L'inscription qui constate ce lait existe encore sur la verrière haute située dans 
l'axe du chœur. 



I CAinr-rtKAi.K ) — ;{:2(» — 

été percéfi au bas du pignon et la rose supéiiouro ouverte. Ce ne fut 
iiuève qu'en 123S, lorsqu'une nouvelle impulsion fut donnée aux travaux 
par l'évèque Arnoult, (|ue l'on songea à lerniiner la ta(,'a(le (ucidentale. 
Mais déjà, prohaltlenieni , on pressentait ré[)uiseuient des ressources, si 
abondantes pendant le réunie de IMiili|)pe-Au^aiste, et les projets primitifs 
furent restreints. I/'examen de l'éditice ne peut laisser de doutes à cet 
é^ard. 

En jetant les yeux sur le plan (lî>), nous voyons une lij^Mie EF tirée 
parallèlement au pij^non du portail : c'est la limit<' de lairacliemenl d<' 
l'ancienne façade projetée, contre leciuel on est venu plaquer le portail 
actuel. De cette modification au projet primitif, il résulte que les deux 
tours GH, au lieu d'être élevées sur un plan carré connue toutes les tours 
des cathérliales de cette épotpie , sont barlonjjfues, moins épaisses que 
larges; ce ne sont que des moitiés de tours dans toute leur hauteur, et 
les deux contre-forts, qui devaient se trouver, latéralement, dans les 
milieux de ces tours, sont devenus contre-forts d'anj^fles. La preuve la plus 
certaine de cette modification apportée au projet de Robert de Luzarches, 
c'est que les fondations existent sous le périmètre total des tours telles 
qu'elles sont indicpiées sur le plan présenté ici. De la façade primil4ve, il 
ne i-este que le trumeau et les deux pieds-droits de la porte centrale, sur 
lesquels sont sculptées les vierges sages et folles, et l'entourage de la 
grande rose percée sous la maîtresse voûte. Les trois porches, si remar- 
quables d'ailleurs, les pinacles qui les surmontent, la galerie à jour et la 
galerie des rois, datent de 12-40 environ, ainsi que l'étage inférieur des 
toui s. Quant aux parties supérieures de ces tours et à la galerie entre deux, 
ce sont (h's constructions successivement élevées pendant le xiv siècle, (^e 
fut aussi j)endant le xiv siècle que l'on ferma les parties supérieures des 
pignons des deux lransse|)ts qui probablement étaient restées inachevées, 
et que l'on construisit des chapelles entre les contre-forts de la nef, 
adjonction funeste à la conservation de l'édifice et qui détruisit l'unité et la 
grandeur de cet admirable vaisseau. Le xivi- siècle vit encore exécuter les 
balustrades supérieures du chœur et de la nef. l^es balustrades des cha- 
pelles et les meneaux des deux roses occidentale et méridionale, la conso- 
lidation de la rose septentrionale furent entrepris au conmiencement du 
xvi« siècle. Le clocher central en pierre et charpente, posé sur les quatre 
piliers de la cioisée, sous l'épiscopat d'Arnoult, vers h240, fut détruit par 
la foudre le 15 juillet ir»27. On craignit un instant que le sinistre ne 
s'étendit à toute la cathédrale; heureusement les progrès (lu feu furent 
promptement arrêtés, grâce au dévouement des habitants d'Amiens. 

Ce fut en 1529 que fut reconstruite la llèche actuelle, en charpente 
recouverte de plond), par deux charpentiers |)icards, Louis Cordon et 
Simon Taneau (voy. klèchk). 

Nous avons dit (jue Hoixn't de Luzarches a\ail pu voir non-seuleinenl 
les fondations de sa cathédrale, mais aussi (juehiues mètres du pignon du 
transsept sud, élevés au-dessus du sol. En eti'et. le portail percé à la base 



— :\'îl 



I f.XTIlÉDHAI H 




PF6AR0.sC 



de ce pitinoii, dil portail de la Vi.M-.^ doiee, présente d.-s détails daroh 



[ CATHÉDRALE ] — '.V2X — 

tecturp plus ancifiis ([uo tous ceux des autres parties de lédltice; ce 
portail fut cependant remanié vers l'iriO; le tympan et les voussures 
datent de cette époque, et furent reposés après coup sur les pieds-droits 
«>l le trumeau du coinmencemeiit du xni'' siècle. La Vieri^c (|ui décore ce 
trumeau ne peut être antérieure à l'^riO; le trumeau fut lui-même alors 
doublé à l'intérieur, afin de recevoir une décoration en placajïe qui 
n'existait pas dans l'orijiine. 

Le plan de la cathédrale d'Amiens n'indique pas que les premiei-s 
maîtres de l'ccuvre aient eu la pensée d'élever, comme à Chartres, à Laon 
et à Ueims, quatre tours aux angles des transsepts; de sorte que nous 
voyons aujourd'hui la cathédrale d'Amiens à peu près telle quelle fut 
orijj;inairement conçue, si ce n'est que les deux tours de la façade eussent 
dû avoir une base plus larj^e et une beaucoup plus j'rande hauteur, 
Cependant on remarque sur ce plan les escaliers posés à l'extrémité des 
doubles bas-côtés du chcrur. et précédant les chapelles. Ces escaliers sont 
conmie un dernier reflet des tours placées sur ces points dans les églises 
normandes, et qui, comme nous l'avons dit, se voient encore à Chartres. 
Nous les retrouvons dans les cathédrales de Beauvais, de (Pologne, de 
Narbonne, de Limoges, qui sont toutes des filles de la cathédrale 
d'Amiens. Du côté du nord s'élevaient les anciens bâtiments de Tévéché, 
qui étaient mis en connnunication avec la cathédrale par la grande 
porte du pignon septentrional et par une petite porte percée sous l'appui 
de la fenêtre de la première travée du bas-côté. Sur le flanc nord du 
chœur était placée une sacristie avec trésor au-dessus. Un cloître du 
xiye siècle, dans les galeries duquel on entrait par les deux chapelles A et 
B, pourtournait le rond-point irrégulièrement, en suivant les sinuosités 
données par d'anciens terrassements. En !> sont placé(s des dépendances 
et une chapelle, ancienne salle capitulaiie qui date également de la 
première moitié du xiye siècle. Ce cloître et la chapelle étaient désignés 
sous la dénomination de cloître et chapelle Macabre, des Macabres, et, 
par corruption, des Machabées. Les arcades vitrées de ce cloître, ou 
peut-être les murs, étaient probablement décorés autrefois de peintures 
représentant la danse macabre '. 

Voici ("20) la coupe transversale de la nef de cette iimnense église, 
la plus vaste des cathédrales françaises, dont le plan couvre une surface, 
tant vides que pleins, de 8,000 mètres environ ^ Il est intéressant de 
comparer les deux coupes transversales des cathédrales de Reims et 

' De ces dépendances, il ne reste aujourd'hui «juc la cliapelle qui sert de grande 
sacristie ; elle est décorée par une belle tribune en bois sculpté de la fin du xv siècle, 
l'no porlion du cloître a élé roconslniitc depuis 184S, ainsi que le pdit hàtiniont placé 
en l>. I>es icstes anciens étaient en ruine. 

2 Le plan de la cathédrale de Cologne terminée couvre une surface de 8,900 m. 
environ ; celui de la cathédrale de Reims une surface de 6,650 mètres; celui de la 
calliédralc de Bourges une surface de 6,200 mètres; celui de la cathédrale de f\iris 
une stirlace de •>,■)(>() mètres. 




dAniions. I.anefdp la cathéfliale d'Aniipiis, élevée rapidement (Inii seul 



T. Il, 



i-2 



( CATlH-DHVI.li 1 , .{.'{(1 

jet, dix ans environ avant ccllo de Heinis, présenlc une construclion plus 
lé^'èrp,niioux('ntPnduo. A llcinis.non-soulonionl dans le plan et les paili<'s 
inférieures de lédiliee on retrouve encore fiuehjues traces des traditions 
romanes; mais dans la coupe de la net" il y a un luxe d'épaisseurs de piles 
qui indique, chez les constructeurs, une certaine appréhension. A H(>ims 
(voy. fig. 1-4), les arcs-houtants sont placés trop haut ; on ne comprend 
pas, par exemple , quelle est la fonction du deuxième arc. Le triforium 
est petit, mesquin; les arcs doubleaux, atin de diminuer la pousst'e des 
voûtes , sont trop aij;us, et pi'ennent , par consécpient, trop de hauteur ; 
leur importance donne de la lourdeur à la nef principale; il semble ([ue ces 
voûtes, qui occupent une énorme surface, vous étouffent. La construction 
préoccupe. Dans la nef d'Amiens, au contraire, on respire à Taise; à 
peine si l'on songe aux piles, aux constructions; on ne voit pas, ])our ainsi 
dire, le monument; c'est conmie un f^rand réservoir d'air et de lumièie. 

Bien que la cathédrale de Keims soit un édifice oii;ival, on y sent encore 
l'empreinte du monument antique; que cette inlluence soit due au {^énie 
de Ilobert de Coucy, ou aux restes d'édifices romains réj)andus sur le sol 
de Reims, elle n'en est pas moins sensible. La cathédrale d'Amiens, 
comme plan et comme structure, est l'église ogivale par excellence. En 
examinant la coupe (fig. 20), on n'y trouve nulle part (Texcès de force '. 
Les piles des bas-cotés , plus hautes que celles de Heims. ont près d'un 
tiers de moins d'épaisseur. Le triforium B est élancé et permet de donner 
aux cond)les des bas-côtés une foite inclinaison. Les arcs-houtants sont 
parfaitement jilacés de façon à contre-butter la grande voûte, l^a charge 
sur les piles inférieures est dimiimée j)ar l'évidement des contre-forts 
adossés aux piles supérieures; les aies doubleaux sont moins aigus (jue 
(;eux de Keims. 

On ne voit plus, au sonnnt^t de la nef d'Amiens, cette masse énorme 
de maçonnerie, qui n'a d'autre but que de charger les piles afin d'arrêter 
la poussée des voûtes. Ici, toute la solidité réside dans la disposition des 
arcs-houtants et l'épaisseur des culées ou contre-forts A. Cependant cette 
nef, dont la hauteur est de i'i'",.')^ sous clef, et la largeur d'axe en axe 
des piles de 1 i"',t)0, ne s'est ni déformée, ni déversée. La construction 
n'a subi aucune altération sensible; elle est faite pour durer encore des 
siècles, pour peu que les moyens d'écoulement des eaux soient maintenus 
en bon état. A Amiens, les murs ont disparu ; derrière la claire-voie du 
triforium en C, ce n'est (pTune cloison de pierre, rendue plus légère 
encore par des arcs de décharge; sous les fenèlres basses en I), ce n'est 
(|u"un d\)\)m évidé par une arcature ; au-dessus des l'enétres supérieures en 
E, il n'y a qu'une corniche et un chéneau : partout entre la lumière. Les 
eaux du grand comble s'écoulent sinq)lement , facilement et par le plus 
court chemin, sur les chaperons des arcs-houtants supérieurs. Celles reçues 
par les combles des collatéraux sont déxcrsées à droite et à gauche des 

' Voy. -.iu iiint Ai!Ciiiri:t.Ti lîE Kt;i,i(aiiisii:,liy.35, un eiiseinblo pcrspeclildi' ci'Uc coiiiic. 



— 331 — (;atiii^:i)iiai,k ] 

('ontre-forlspar(los^arj,^ouilles'. Ilfstditliciledevoirunoconslmclioii plus 
sinip|p('l|)liis('('()ii()nii(|ii(\('iH''i;ai(làsa(lini(Misiono(iil'('n"('l(|ir<>II('pr(t(liiil. 

Danslt's parties liaulrs du clia'urdê la calliédralc dAuiicns. ou voulut 
pousser le pi-iucipe si simple^ adopté pour la uef, aux dciuicics liuiil(>s, 
et ou dépassa le l)ut. Lorsque la coustruetiou de l'œuvre haute du clio'ur 
fut reprise après une iuterruption de près de vingt ans, on avait déjà, dans 
l'église de l'abbaye de Saiut-Deuis, dans les cathédrales de Troyes et luénic 
de Beauvais, adopte' le système des galeries de preiiiiei' ("lage à claire-voie 
prenant des jours extérieurs. Le triforium se trouvait ainsi participer des 
grandes fenêtres supérieureset prolongeait leurs ajonrs et leur riche décora- 
tion de verrièies jusqu'au niveau de l'appui de la galerie. Ce parti était trop 
séduisant pour ne pas être adopté par l'architecte du haut clKeur d'Amiens. 

Mais examinons (l'abord le plan de cette partie de fédilice, (pii sortait 
déterre seulement un peu avant h2U), c'est-à-dire au moment où l'on 
commençait aussi la Sainte-Chapelle du Palais à i'ai-is'-. On reconnaît, 
dans le plan du chœur de Notre-Dame d'Amiens, une main savante; là, 
plus de tâtonnements, d'incertitudes : aussi, nos lecteurs ne nous sauront 
pas mauvais gré de leur faire connaître la façon de procéder employée par 
le troisième maître de l'œuvre de la cathédrale d'Amiens, Renault de 
Cormont, pour tracer le rez-de-chaussée du plan de l'abside. Soit AB la 
ligne de base de la moitié de l'abside (21) ; les espaces AC,CB les écarte- 
ments des axes des rangées de piles ; soit la ligne AX l'axe longitudinal du 
vaisseau. Sur cette ligne d'axe, le traceur a commencé par poser le centre 
à 2'",o0 de la ligne AB ; les deux cercles CE,BD ont été tracés en pre- 
nant comme rayons les lignes OC,OB. L'arc de cercle, dont BD est la 
moitié, a été divisé en sept parties égales ; le rayon FO prolongé a été 
tiré; ce rayon vient couper l'arc CE au point d'intersection du prolonge- 
ment de l'axe CC/, et, passant par le centre 0, rencontre le point corres- 
pondant à C. Connnent le traceur aurait-il obtenu ce résultat? Est-ce par 
des tâtonnements ou par un moyen géométrique? Les côtés BFCH n'ap- 
partiennent pas à un polygone divisant le cercle en parties égales. Il y a 
lieu de croire que c'est le tracé primitif de l'abside (|ui a commandé l'ou- 
verture de la nef principale, et que Renault de (>ormont n'a fait que suivre, 
quant à la plantation de cette abside , ce que ses prédécesseurs avaient 
tracé sur l'épure ^ Si le tracé de l'abside n'avait pas commandé l'espace AC, 

> Il esl entendu que nous parlons ici de la nef de la cathédrale d'Amiens telle 
qu'elle existait avant la conslriicliou des cliapelles du xiv siècle. Cette adjonction 
laisse d'ailleurs voir toute la disposition ancienne , et à l'inlérieur , dans le transsept, 
les fenêtres des bas-côtés sont restées en place. 

2 L'architecture des ciiai)elles absidales de la cathédrale d'Amiens a la pins grande 
ressemblance avec celle de la Sainte-Chapelle de Paris. Ce sont les mêmes prolils, les 
mêmes meneaux de fenêtres, le même système de construction, l/arcalure de la Sainte^ 
Chapelle basse reproduit celle des chapelles du lom du chœur d'Amiens. 

•' Il faut se rappeler que la nef était cnlirrcniciil élcvi-c linscpic le (iKi^iir élail à 
peine rnnunemt'. 



CATHÉDIULE ] 

2i hs 




Pf&MtO iC Hi 'il, /i, 

!<■ Ii;is;ii(l ir;iiii;iil pu !';iiir i\nv le |>(tiiil (l'iiilcis«'«-lio!i de la li^ij<' F(>, s<' 



333 [ CATHÉUKALE j 

proloiiiïoaiit jusqu'au point convspoudant à C avrc l'axp C(?, so roncoiitràt 
sur laïc CE. Il »'Sl donc M'aiscmblahlt' que la laij^eur AB elant donnée, 
le centre a été posé sur le grand axe ; que le grand aie de cercle BD a 
été tracé et divisé en sept parties, et que le prolongement du rayon FO a 
donné, par son intersection avec la ligne AB, la largeur AC de la nef 
centrale. Dès lors, traçant Tare CE, la perpendiculaire CC devait néces- 
sairement rencontrer le rayon FO sur un j)oint K de ce cercle, qui 
devenait le centre de la deuxième pile du rond-point. Il ne faut pas 
oublier , d'ailleurs, que, généralement, la construction des cathédrales 
était commencée par le chœur. Amiens fait exception ; mais tous les tracés 
et la plantation avaient dû être préparés par Robert de Luzarches, le 
premier architecte. Quoi qu'il en soit, ce fait indique clairement que les 
tracés de cathédrales étaient commencés par le rond-point; c'était la 
disposition de labside qui commandait l'écartement relatif des piles de la 
nef et des bas-côtés. 

Les rayons GO.HO tirés donnaient, par leur rencontre avec le petit arc 
CE, les centres des autres piles du sanctuaire. Quant aux chapelles, celles 
de la cathédrale d'Amiens présentent cinq côtés d'un octogone régulier. 
Voici comment on s'y prit pour les tracer : la ligne NP, axe de la chapelle, 
étant tirée, les lignes GG ,FF' ont été conduites parallèles à cet axe. La 
base FG du polygone étant reculée pour dégager la pile, la ligne LM a été 
tirée, divisant en deux angles égaux l'angle droit F LS. L'angle MLS a été 
divisé en deux angles égaux par une ligne LR. L'intersection de cette ligne 
LR avec l'axe iNP est le centre T de l'octogone. Les lignes TR,TM,TZ,TF' 
donnent la projection horizontale de quatre des arcs de la voûte. Il en est 
de même des lignes OC,OKF,OG, etc. 

Pour tracer les arcs ogives des voûtes des bas-côtés, soit I le devant de 
la pile séparative des chapelles, la ligne IF a été divisée en deux paities 
égales, et, prenant OJ comme rayon, un cercle a été décrit. La rencontre 
de ce cercle avec les axes des chapelles a donné le centre des clefs des 
voûtes (voy. constrccïion). 

Voulant avoir une chapelle plus profonde que les six autres dans l'axe, 
on a pris la distance HU sur le prolongement de la ligne tirée du point H 
parallèlement au grand axe; puis, à partir du point U, on a procédé 
comme nous l'avons indiqué à partir du point L. 

La fig. -21 bis présente le tracé des arcs des voûtes et piles des chapelles, 
ainsi que des contre-forts extérieurs qui viennent tous s'inscrire dans un 
grand plateau circulaire en maçonnerie VQ, s'élevant d'un mètre environ 
au-dessus du sol extérieur. 

Tout ce grand ensemble de constructions est admirablement planté, 
régulier . solide ; les différences dans les ouvertures des chapelles sont de 
trois ou quatre centimètres en moyenne au plus. On voit que ce sont les 
projections horizontales des arcs des voûtes qui ont conmiandé la dis|)o- 
sition du plan (voy. (Hapelle, coxstrk.tk» . imlieh. thavée. voite, |)our 
les détails de celte partie de la cathédrale d'Amiens). 



CATliÉDKALK 



— 334 — 



La callKkli-ilo d'Amiens n'était pas la seule (jui se construisait sur ce 
plan, dans cette partie de la France, de l~2'i>()ii h2()0. A Beauvais, en l-2"2r>. 




^ — y^ — '^ Zi 



'• ^.'^ C^ c<^ 



on jetait les fondements d'une église aussi vaste; mais la bâtisse était, 
suivant l'usage ordinaire, ronniiencee , dans cette dernière ville, par le 
clueur; et le plan de ce clKcur vient ajjpuyeiropinion (|ue n(tus cMiellions 
ci-dessus au sujet du tracé de ces nionunu'Uls . à savoir : (|ue celait le 



— a.i.n — 



[ CATIlfiDHM.K ] 



tracé du sanctuaire (|ui donnait la larj^^eur comparative des bas-côtés et de 
la nef centrale. 

Si nous jetons les yeux sur le plan de la cathédrale de Beauvais (^2) ', 
nous voyons que si la largeur du cliœui- de la catlu'drale de Beauvais, 
compris les bas-côtés, est moindre que celle du chœur de la cathédrale 
d'Amiens, cependant la largeur du sanctuaire de Beauvais, d'axe en axe 
des piles, est plus grande que celle d'Amiens \ Procédant, pour le tracé 
des parties rayomiantes de l'abside, comme nous l'avons indicpié Hg. *2l, 
le centre étant i)orle ii Beauvais, comme à Amiens, de -2<",ï)() environ sur 
le grand axe au delà de la ligne de base , et le cercle extérieur à diviser 
en sept parties égales étant plus petit, il en résultait nécessairement (ces 
divisions n'étant pas d'ailleurs les côtés de polygones réguliers) que le 
rayon, passant par la première de ces divisions et le centre, venait couper 
la ligne de base à une distance plus grande du grand axe. Tue figure fera 
comprendre ce que nous voulons dire. Soit [i'S) la ligne de base AB, le 




grand axe CD; le point de centre, traçant deux arcs de cercle ADB.GFE. 
Si nous divisons chacun de ces arcs de cercle en sept parties égales, le 
rayon HO, tiré du point diviseur H de l'arc du grand cercle prolongé, 
viendra couper la corde AB au point K; tandis que le rayon, tiré du point 
diviseur I de l'arc du petit cercle prolongé, viendra couper cette même 
corde en L. D'où l'on doit conclure, si nous suivons la méthode adoptée 
par les architectes des cathédrales d'Amiens et de Beauvais pour tracer 
une abside avec bas-côtés et chapelles rayonnantes, que le centre de 
l'abside étant fixé à une distance invariable de la ligne de base sur le grand 
axe , la largeur du sanctuaire sera en raison inverse de la largeur totale 



' A réciielle do 0,001™ pour mètre, comme tous les autres plans conletuis dans cet 
article. 

* I.a nef centrale, d'axe en axe des |iiles, porte, à Amiens, 14'",()0; :i Beauvais, 
■1o'",60. 



[ fATHÊDUALK | — 'VM) — 

comprise oiilre les axes des piles extérieures des has-côlés, du nioimiil 
que la portion du cercle ahsidal sera divisée en sept parties. 

Nous avons vu, dans le j)lan de l'ahside de la cathédrale de (Ihartres 
(tip. 42), que les chapelles sont mal plantées; lesarcs-boutants ne sont pas 
placés sur le prolongement de la li^iie de projection horizontale des arcs 
rayonnants du sanctuaire; (|ue l'on trouve encore là les suites d'une 
hésitation , des tâtonnements. Bien de pareil à Amiens et à Beauvais ; la 
position des arcs-boutants venant porter sur les massifs entre les chapelles 
rayonnantes est parfaitement indi(|iiée pai' le prolon^^ement des rayons 
tendant au cenli'c de Pahside. A Amiens, à Beauvais, on ne rencontre 
aucune irré^adaiité dans la plantation des constructions absidales. 

L'architecte de la cathédrale de Beauvais avait voulu surpasseï' l'œuvre 
des successeurs de Bobert de Luzarches. Non-seulement ^ti^^ '2^) il avait 
tenté de donner plus de larj^eur au sanctuaire de son é^dise, mais il avait 
pensé pouvoir donner aussi une plus i^nande ouverture aux arcades |)aial- 
lèles du chœur, en n'élevant que trois travées au lieu de quatre entre le 
rond-point et la croisée. Aux angles des transsepts, il projetait certainement 
quatre tours, sans compter la tour centrale qui fut bâtie. Ses chapelles absi- 
(lales, moins grandes que celles d'Amiens et moins élevées, laissèrent, entre 
leurs voûtes et celles des bas-côtés, régner un triforium avec fenêtres au- 
dessus '. En élévation, il donna plus de hauteur a ses constructions cen- 
trales, et surtout |)lus de légèreté. Ses etlbrls ne furent pas couroim»'s de 
succès; la construction du chœur était à peine achevée avec les quatre piles 
de la croisée et la tour centrale, que cette construction, trop légère, et 
dont l'exécution était d'ailleurs négligée, s'écroula en partie. A la hn du 
xiii*^ siècle, des piles durent être intercalées entre les piles des trois 
travées du clKcm- (tig. 2'2) en A, en B et en C (voy. c.onstklction). 

Une sacrisli(! fut élevée en l) comme à Amiens, et ce ne fut qu'au 
commencement du xvi« siècle que l'on put songer à terminer ce grand 
monument. Toutefois, ces dernières constructions ne purent s'étendre au 
delà des transsepts, ainsi que rindicjue notre plan; les guerres religieuses 
arrêtèrent à tout jamais leur achè\emenl *. 

La cathédrale d'Amiens et celle de lieauvais |)roduisirenl un troisième 
édilice, dans l'exécution ducjuel on piotita av(>c succès des elforts t<M)tés 
par les architectes de ces deux monuments; nous voulons parler de la 
cathédrale de Cologne. Nous avons vu que le chœur de la cathédrale 
d'Amiens avait dû être conmiencé de 1^235 à l!2iO; celui de la cathédrale 
de Beauvais fut fondé en l'Hl^. Mais nous devons avouer (jue nous ne 
voyons, dans les |)ai'ties moyennes de cet é(liti(;e , lien qui puisse êti-e 
antérieur à l'2iO; cependant, en 127'2, ce chu'ur était achevé, puis(pï"on 
s'occupait déjà, à cette époque, de relever les voûtes écroulées. En 1248, 

' Voy. ARC-BOUTANï, tig. 61 . 

2 Dans notre |ilaii fig. 22, l;i leiiile griso iniliqno les cnnsn'iicliDns du xvi' siècle, et 
le trail le projet de la iielqui ne lui jamais mis à exéculioii. 



on comiiienvait la coiisHiictioii du chœui' de la calliédiale de Cologne ' ; 
en \'.Hîl. ce clKeur «'tait consacré. On a {)relendn que les projets priniilifs 
de lu cathédrale de Colofjne avaient été rigoureusement suivis lois de la 
continuation de ce vaste édifice ; si cette conjecture n'est pas adniissilde 
dans l'exécution des détails architectoniques, nous la croyons fondée en 
ce qui touche aux dispositions générales. 

Nous donnons (:24) le |)lan de celte cathédrale*. Si nous le comparons 
avec ceux (l'A miens et de Heauvais. nous voyons entre eux tiois un degré de 
parenté incontestable ; non-seulement les dispositions, mais les dimensions 
sont à peu de chose près les mêmes. A Amiens, si ce n'est la chapelle de 
la Vierge, qui fait exception, nous voyons le chœur composé de quatie 
travées paiallèles comme à Cologne ; dans l'une et l'autre église, les 
bas-côtés sont doubles en avant des chapelles absidales ; ils se retournent 
dans les transsepts. La ditierence la plus remarquable entre ces deux 
édifices consiste dans les transsepts et la nef. La nef du dôme de Cologne 
possède quatre collatéraux ; celle de la cathédrale d'Amiens n'en possède 
que deux. Les transsepts, à Cologne, se conjposent de quatre travées 
chacun ; ceux d'Amiens n'en ont que trois. A Béarnais, la nef du xiiie siècle 
devait-elle avoir quatre bas-côtés? c'est ce que nous ne pourrions atiirmer; 
mais le plan des chapelles absidales de Cologne semble caUpié sur celui 
de Beauvais. Cependant l'architecte du dôme de Cologne avait élargi ses 
bas-côtés et donné plus de force aux contre-forts extérieurs ; il s'était 
écarté de la règle suivie à Amiens et à Beauvais , pour le tracé de la 
grande voûte du rond-point ; il avait su éviter les témérités qui causèrent 
la ruine du chœur de Beauvais ; si ses élévations et ses coupes se rappro- 
chent de celles d'Amiens . elles s'éloignent de celles de Beauvais. De ces 
trois chœurs élevés en même temps, ou peu s'en faut, celui de Cologne 
est certainement le moins ancien ; et le maître de l'œuvre de ce dernier 
monument sut profiter des belles dispositions adoptées à Beauvais et à 
Amiens, en évitant les défauts dans lesquels ses deux devanciers étaient 
tombés. Mais, nous devons le dire, malgré la perfection d'exécution du 
chœur de la cathédrale de Cologne, malgré la science prati(iue déployée 
par le constructeur de cet édifice, dans lequel il ne se manifesta aucun 
mouvement sérieux, la conception du chœur de Beauvais nous parait 
supérieure. Si l'architecte du chœur de Beauvais avait pu disposer de 
moyens assez puissants, de matériaux d'un fort volume; s'il n'eût pas été 
contraint, par le manque évident de ressources financières, d'enqjloyer des 
procédés trop au-dessous de l'œuvre projetée ; s'il n'eût pas été gêné par 
l'emplacement trop étroit qui lui était donné, il eût accompli une œuvre 
incomparable ; car ce n'est pas par la théorie que pèche la construction du 

' Vuv. fexcellenle Notice de M. Kéli\ de Verneilli sur la calhédrale de Cologne, 
dans les Annales archéologiques de M. Didron, tirée à part. 1848. (Lil)iairie iiiriiéol. 
de M. V. Didron.) 

- Comme loiis les autres, ce plan esl ii ri-cliclk- lie (1,001" pour mélre. 

T. 11. W 



[ CATnf:i)UAi.K I — -^38 — 

chœur de lacallii-dralcdc licaiivais, mais i>ai' rt'xt'Ciilioii. quicsl nn-diocre, 
pauvre. N'oultlions |)as i\iu' la cathédrale de licaiivais fui ('oiiinitMicfe au 




Pt GAno.sc 



uK.iiienl oii déjà sVïtail ralenti le mouveuieiii polidiiue et religieux qui 
avait i)rov(»<iué l'exécution des grandes cathédrales du Nord. 



— .'{.'{U — [ rATllfiDRAI.E ] 

Cet art français du xiire siècle arrive si rapidement à son déveloj)|)einent, 
(jue déjà, vers le milieu de ce siècle, on seul (|u"il eloutVera l'imai^inalictn 
de l'artiste; il se rt'duil souvent à des Cornudes (|ui tiennent plus de la 
science (jue de l'inspiialion ; il tend à devenir banal. Des làtonnemenis, 
il tombe presque sans transition dans la rij^ueur niathémati(|ue. Le 
moment pendant lequel on peut le saisir est compris entre des essais 
dans lesquels on sent une surabondance de force et d'imaj^nnalion, et un 
formulaire toujours loi:i(pie, mais souvent sec et froid, (^ela lient îion pas 
seulement aux arts de cette épo(|ue^ mais à l'esprit de notre i)ays , qui 
tond)e sans cesse des excès de l'imagination dans l'excès de la méthode, 
de la règle; qui, après s'être passionné pour les formes extérieures de 
l'art, se passionne pour un principe abstrait; qui, pour tout dire en un 
mot, ne sait se maintenir dans le juste milieu en toutes choses. 

On nous a répété bien des fois ((ue nous étions lalins : par la langue, 
nous en tond)ons d'accord; par l'esprit, nous penchons plutôt vers les 
Athéniens. Comme eux, une fois au pied de l'échelle, nous arrivons 
promptement au sonmiet, non pour nous y tenir, mais pour en descendre. 
Si nous passons en revue l'histoire des arts de tous les peuples (qui ont 
eu des arts), nous ne trouverons nulle part, si ce n'est à Athènes et dans 
le coin de l'Occident que nous occupons, ce besoin incessant de faire 
pencher les plateaux de la balance tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, 
sans jamais les maintenir en équilibre. 

Ce qu'on a toujours paru redouter le plus en France, c'est l'immobilité; 
au besoin de mouvement, l'on a sacrifié de tout temps, chez nous, lé vrai 
et le bien, lorsque par hasard on y était arrivé. Et pour ne pas sortir des 
questions d'art, nous avons toujours lait succéder à une période d'inven- 
tion, de recherche, de développement de l'imagination, de poésie, si l'on 
veut, une période de raisonnement ; aux égarements de la fantaisie et de 
la liberté, la règle absolue. De l'architecture si variée et si pleine d'inven- 
tion du commencement du xnie siècle, de cette voie si large qui permettait 
h l'esprit d'arriver à toutes les applications de l'art, on se jette tout à coup 
dans la science pure, dans une suite de déductions impérieuses qui font 
passer cet art des mains des artistes inspirés aux mains des appareilleurs. 
Des abus de ce principe naissent les architectes de la Renaissance : ceux-ci 
laissent pleine carrière à leur imagination ; la fantaisie règne en maîtresse 
absolue. Mais bientôt, s'appuyant sur une interprétation judaïque des lois 
de l'architecture antique, on veut être plus Romain ([ue les Romains; on 
circonscrit l'art de l'architecture dans la connaissance des ordres, soumis à 
des règles inqîérieuses que les anciens se gardèrent bien de reconnaître '. 
Cependant, les excès en France sont presque toujours couverts d'un 

• Dans le temps où l'on croyait très-sérieusement faire en France de rarcliitecture 
romaine, on portait des perrtiqnes colossales et des souliers à talons, des canons 
couverts de rubans, des aiguillettes et des baudriers larges de six pouces : nous n'y 
voyons pas de mal ; mais on nous dit, très-sérieusement aussi , lorsque nous croyons 



[ (.ATIIÉDKAIK ] — ;{i() — 

vornis, diino sortp d'onvoloppp qui les rend suppoilaliles; on appclhMii 
cela \o iiinU. si l'on vont. On arrive prompteinenf à l'abus, et l'abus porsisle 
parce (pi'on le rend presque toujours séduisant. 

L'architecture franvaise était en clieniin , dès le milieu du xiie siècle, 
de franchir en peu de temps les limites du possible; cependant on s'airêle 
aux hardiesses, on n'atteint pas l'extravagance. L'architecte du ch(eur de 
la cathédrale de Reauvais, si ce monument eût été exécuté avec soin, fût 
arrivé, cinquante ans après l'inauguration de l'art ogival, à produiie tout 
ce que cet arl |i<'ut produire; il est à croire (|ue les fautes qu'il conniiil 
dans l'exécution anètèrent l'élan de ses confrères : il y eut réaction. A 
partir de ce moment , l'imagination cède le pas aux calculs, et les con- 
structions religieuses qui s'élèvent à la fin du xiii'- siècle sont l'expression 
d'un art arrivé à sa maturité, basé sur l'expérience et le calcul, et (pii 
n'a plus rien à trouver. 

Mais avant de donner des exemples de ces derniers monuments, nous 
ne pouvons omettre de parler de certaines cathédrales qui doivent être 
classées à part. 

Nous avons d'abord fait connaître les édifices de premier ordre élevés 
pendant une j)ério(le de soixante ans environ^ pour satisfaire aux besoins 
nouveaux du clei-gé et des populations, dans des villes riches, et au moyen 
de ressources considéiables. Mais si l'entrainement (|ui portail lesévèques 
à rebâtir leurs cathédrales était le même sur toute la surface du domaine 
royal et des provinces les plus voisines, les ressources n'étaient pas, a 
beaucoup près, égales dans tous les diocèses. Pendant que Reims, Chartres 
et Amiens élevaient leur église mère sur de vastes plans, après en avoir 
assuré la durée par des travaux préliminaiies exécutés avec un giand 
luxe de pi'écautions, d'autres diocèses, entourés de populations moins 
favorisées, moins riches, en se laissant entraîne!' dans le mouvement 
irrésistible de cette époque , ne pouvaient réunir des sonniiesen rapport 
avec la grandeur des entreprises, quelle ((ue fût d'ailleurs la bonne 
volonté des fidèles. 

De ce besoin de construire des églises vastes avec des moyens insuffi- 
sants, il résultait des édilices qui ne pouvaient jirt'senter des garanties de 
durée. Pour pouvoir élever, au moins partiellement, les constru( licous sans 
épuiser toutes les ressources disponibles dès les premiers travaux, on se 
passait de fondations, ou bien on les établissait avec tant de paicimonie, 
qu'elles n'offraient aucune stabilité. Lorsqu'on a vu comment sont fondées 
les cathédrales de Paris, de Reims, de Chartres ou d'Amiens, on ne |)eul 
admettre que les maîtres des œuvres des xw et xm«" siècles ne fussent pas 

qu'on peut tirer quelque chose de l'architecture IVaiK-aiso du xm' siècle et lorsque 
nous engageons les jeunes architectes à l'étudier, pour conihaltre cette opinion et ce 
désir, que nous ne nous li:il)illons pins conniie du temps de IMiilippe-AugusIe. Nos 
iiabits se rapproclient-ds davantage du costume romain ou micore des vêlements du 
siècle de Louis \|V ? 



— ;{il — I CATHEDRA I.F ] 

exjMM'Is dans la comiaissaiioo de ces éléments de la construction. Mais tel 
évèque voulait une cathédrale vaste, pronipteuient élevée, qui pût rivaliser 
avec celles des diocèses voisins, et ses ressources étaient proportionnelle- 
ment minimes; il n'entendait pas qu'on enfouît sous le sol une grande 
partie de ces sommes réunies à grande jM^ine : il fallait paraître. Le maître 
de l'œuvre se contentait de jeter, dans des tranchées mal faites, du mau- 
vais moellon cpie l'on pilonnait; puis il élevait à la hâte, sur cette hase 
peu résistante, un grand editice. Habile encore dans son imprudence, il 
achevait son o-uvre. 

Ces derniers monuments ne sont pas les moins intéressants à étudier, 
car ils prouvent, beaucoup mieux que ceux élevés avec luxe, deux choses : 
la première, c'est que le nouveau système d'architecture adopté par l'école 
laïque se prétait à ces imperfections d'exécution , et pouvait, à la rigueur, 
se passer de précautions regardées connue nécessaires ; la seconde, que, 
dans des cas pareils , les maîtres des œuvres du moyen âge arrivaient, 
par des artifices de construction qui dénotent une grande subtilité et 
beaucoup d'adresse, à élever à peu de frais des édifices vastes et d'une 
grande apparence. Si ces édifices tombent aujourd'hui, s'ils ont subi des 
altérations effrayantes, ils n'en ont pas moins duré six siècles; lesévéques 
qui les ont bâtis ont obtenu le résultat auquel ils tendaient : eux et leurs 
successeurs les ont vus debout. 

Parmi les cathédrales qui furent construites dans des conditions aussi 
défavorables, il faut citer en première ligne la cathédrale de Troyes. Le 
chœur et les transsepts de la cathédrale de Troyes, dont nous présentons 
le plan (-2^), appartiennent, parleurs dimensions, à un monument du 
premier ordre. Le vaisseau principal n'a pas moins de li'", 50 d'axe en 
axe : or, que l'on compare le plan du chœur de la cathédrale de Troyes 
avec celui du chœur de la cathédrale de Reims, par exemple, qui , dans 
œuvre,, est à peu près de la même dimension comme largeur, quelle 
énorme différence de cube de matériaux à rez-de-chaussée entre ces deux 
édifices? L'architecte de la cathédrale de Troyes a établi ce vaste monument 
sur des fondations composées uniquement de mauvais sable et de débris 
de craie ; mais, avec une connaissance parfaite du défaut de sa construc- 
tion, il a cherché à reporter ses pesanteurs sur le milieu du chœur, en 
donnant aux piliers intérieurs une assiette comparativement large, et aux 
contre-forts extérieurs un volume moindre que dans les édifices analogues. 
Il espérait ainsi , en ne chargeant pas le périmètre de son monument, 
éviter le déversement que devait nécessairement produire le poids des 
contre-forts, augmenté de la poussée des grandes voûtes. Il va sans dire 
qu'il ne réussit qu'imparfaitement dans l'exécution. Malgré leur peu de 
pesanteur, les contre-forts extérieurs se déversèrent sous la pression 
oblique des arcs-boulants , et, au xiv siècle, il fallut déjà prendre des 
mesures pour ariètei- les fâcheux etiets causés par le vice radical de la 
construction de la cathédrale de Troyes. Ce n'est pas seulement dans les 
fondations (juc I on ifinarque l'extrême parcimonie avec laquelle la partie 



[ CATHÉDRALE | — -iH — 

orientale de cet édifice ("ut élevée ; en élevai ion, tous les mt-inhies résistants 
et épais de la bâtisse sont construits (M1 matériaux |)etits, inéj^MUX, dune 
mauvaise qualité; les meneaux, corniches et colonnes sont seuls en 




pierre de taille; les voûtes sont en craie. I-e fondateur n'en vit pas moins 
ce vaste cho-ur élevé : son but était atteint. I.e chœur de la cathédrale de 
Troyes est d'ailleurs fort beau comme comj^osilion ; à linlérieur on ne 
s'aperçoit pas de cette pauvre exécution, i.a galerie ou tiiforium est, 
comme dans le chœur de la cathédrale d'Amiens, à claire-voie, et toutes 
les fenêtres sont ^^-u'nies de beaux vitraux. La sculpture intérieure est 
sobre, mais lar^^e et belle; les chapelles sont d'une heureuse proporlifin. 
Vers le conmiencement du xiv»- siècle, la nef fut élevée avec des doubles 



— 343 ( CATIIÈDRAIK ] 

bas-côtés; peu après, c'est-à-dire vers le milieu du xiv» siècle, des cha- 
pelles vinrent encore s'ajouter à cette nef. La façade ne fut conuiiencée 
qu'au wc siècle «^l resta inachevée. Ces constructions des xiv^' et \vi« siè- 
cles sont soridenienl fondées et savanniient combinées '. 

Le chœur de la cathédrale de Troyes présente (]uelques particularités 
que nous devons signaler (fig. "25). Si la chapelle de la Vierge (dans Taxe de 
l'abside) n'est pas aussi profonde qu'à Amiens, cependant elle se distingue 
des quati'e autres chapelles absidales ; elle possède deux travées en avant 
du rond-point au lieu d'une seule. Du côté du nord, deux chapelles plus 
petites s'ouvrent à l'extrémité des bas-côtés, avant les chapelles absidales; 
Tune des deux est ouverte dans le second collatéral. Au sud , est une 
sacristie, et un double bas-côté terminé par une sorte d'abside peu pro- 
noncée. La grande voûte n'est pas tracée comme le sont celles d'Amiens 
et de Beauvais. Le centre du rond-point est posé sur le dernier arc dou- 
bleau, et la poussée des arcs arêtiers est contre-buttée par deux demi-arcs 
ogives franchissant la largeur de la dernière travée. Enfin, si le chœur de 
la cathédrale de Troyes est champenois, bâti à une époque où xette 
province n'était pas encore réunie à la France, il appartient, connue 
architecture, au domaine royal. Sa construction fut certainement confiée 
à l'un de ces maîtres des œuvres appartenant à l'école des Thomas de 
Cormont, des architectes qui rebâtirent, au xiie" siècle, le haut chœur de 
l'église abbatiale de Saint-Denis -, qui élevèrent le chœur de la cathédrale 
de Tours, dont nous présentons (26) le plan. Conq^arativement aux plans 
que nous avons donnés jusqu'à présent, celui de la cathédrale de Tours 
est petit*; mais les constructions sont excellentes. Le triforium est à 
claire-voie, connne ceux de Troyes et d'Amiens. 

Tours était cependant une ville très-importante au x[ne siècle; mais 
nous ne trouvons plus dans les populations des bords de la Loire cet 
esprit hardi, téméraire des populations de l'Ile-de-France, de Champagne 
et de Picardie. Plus sages, plus mesurés, les riverains de la Loire n'exé- 
cutent leurs monuments que dans les limites de leurs ressources. La 
cathédrale de Tours, dans ses dimensions restreintes , en est un exemple 
remarquable. 

Ce charmant édifice est exécuté avec un soin tout particulier; on n'y 
voit, dans aucune de ses parties, de ces négligences si fréquentes dans nos 

' En 1845, il i'allul rebâtir le pignon du Iranssept sud qui s'élail écroulé en partie ; 
déjà, au xv<^ siècle , on avait consolidé celui du nord. En 1849 , il fallut élayer les 
voûtes du chœur , et , depuis cette époque, des travaux de reprise en seus-œuvre des 
fondations ont été exécutés avec une grande adresse : les chapelles sont restaurées, 
et on reconstruit aujourd'hui toute la partie supérieure du sanctuaire. 

2 Le haut chœur de l'église abbatiale de Saint-Denis a la plus grande analogie avec 
le chœur de la cathédrale de Troyes. 

* Le chœur seul de cet édifice date du xiii= siècle (première moitié). I^a nefappar- 
tient, ainsi que les chapelles, aux siècles suivants; la l'a(j^ade ne fut élevée qu'au 
commencement du xvi' siècle. 



[ CATHÉDRALE ] — '{ii — 

},qaiides catlu'drales du nord. Les calhédialfs de (Uiarlies et d'Aïuieiis 
particulièroinpiit paiaissont avoir été élevées avec une liàlequi tient de la 
fièvre; il seniltle . lors(|u'on parcourt ces édifices, (jue leuis architectes 
aient eu le pressentiment du peu de durée de cette inij)ulsi<>n à la(|uelle 
ils obéissaient. A Tours, on sent Tétude, le soin, la lenteur dans l'exécu- 
tion; le chœur de la cathédrale est l'œuvre d'un esprit rassis, qui possède 
son art et n'exécute qu'en vue des ressources dont il peut disposer. On 




|)eut dire que ce gracieux monument suit pas à pas les proj^Mvs de I art de 
son temps; mais aussi n'y sent-on pas rinsi)iration du f^énie (|ui conçoit 
et devance l'exécution, (|ui anime la pierre, et la soumet sans cesse à de 
nouvelles idées. 

Il est nécessaire que nous revenions sur nos pas pour reprendre , à sa 
souche, une autre branche des grandes constructions religieuses du 
xui« siècle. A Autun, il existe encore une cathédrale bâtie vers le milieu 
du xu»" siècle; ce monuuKMit rappelle les citustructions religieuses de 
(lluny ; il avait été élevé sous linllueuce des églises de ce! ordre et des 
traditions romaines vivantes encore dans cette ville. 



— ;}45 I CATHfiDKALK | 

Son plan, (|U(' nous donnons ici ('27), couvr<' une surface médiocre 




rseAM se 



comme étendue' ; il est d'une grande simplicité ; la nef et les collatéraux 
se terminent par trois absides semi-circulaires; le vaisseau principal 
est voûté en berceau ogival, avec arcs doubleaux; les bas-côtés en 
voûtes d'arêtes, sans arcs ogives ^ Un vaste porche , bâti peu de temps 
après la construction de la nef, la précède, comme dans les églises 
clunisiennes. 

Cet édifice en produisit bientôt un autre : c'est la cathédrale de Langres 
(28). A Langres, le bas-côté pourtourne le sanctuaire ; une seule chapelle 
existait à l'abside*; dans les murs est des croisillons s'ouvrent deux 
petites absides. Le rond-point était encore voûté en cul-dc-four; mais, 
dans la travée (|ui le précède et dans le collatéral circulaire, apparaissent 
les voûtes darétes avec arcs ogives. Les fenêtres et les galeries sont plein 
cintre; tous les archivoltes, formerets et arcs doubleaux, en tiers-point 

1 Ce plan est à 0,001'" pour mèlre. La cathédrale d'Aulun est mal orientée : l'abside 
est tournée vers le sudsiul-est. 

2 Voy. ARCIMTECTL'KE heligikusf;, fig. 20. 

* Ce collatéral circulaire a été entouré, au xiv siècle, de diapelles informes; mais 
on retrouve facilenieul , au-dessus des voûtes de ces cliapolles, fort légèrement 
construites, les dispositiiuis |)riniitives <\n has-côlé. 

T. 11. W 



[ CATHfinuMi: I — :{4H — 

(voy. voiite). Des arcs-houlants, qui tiomient à la oonstruclioii piiinitiv»', 
coiitre-lnittont les poussôos rpporl(''ps sur l»'s conlre-forts. 

Le chœur do la calliédrale de Lan^ics date do la sonmdo innilio du 




''ieAp.o (i 



xif siècle; la nef, des dernières années de ce siècle ou des premières du 
xiM«, Nous présentons (29) la coupe transversale de ce monument. En 
examinant cette coupe, il est facile de voir qu'il y a là tous les éléments 
d'un art qui se développe, des dispositions simples et sajj;es. Si la cathé- 
drale d'Autun, avec son j^rand berceau ogival sans arcs-boulants, n'otirait 
pas des conditions de stabilité sutiisantes ', à Lani-res, le problème était 
résolu, les conditions de stabilité excellentes. 

Cette école de constructeui's, dont nous retrouvftns les o'uvres à la 
Charité-sur-Loii-e, dans le jjorche de Vezelay , dans celui de (lluny. dans 
la belle éj^lise de MiMiIrcalr ( Yoime), dans une grande partie du Lyonnais, 



' Quoique la calliédrale (r\utmi ait (Me liàlic eu excellents matériaux , hieu appa- 
reillés, d'un Idil volume, cl posés avec soin , le ^land berceau ogival lit déverser les 
murs latéraux imniédialeuu'iil après le décinUage ; on dut soutenir ces murs par des 
arcs-boutants , qui lurent lelaits ou rliabillés au w^ siècle. Il y a dix ans, il l'allul 
reconstruire les grandes voûtes en poterii» et ter; elles nuMiaçaienl luiiu'. 



:U7 



I (:.\TllfU)U.\I.K 



de la BouriiOj^iie et du tond de la (llïaiiipaftiie , s'élevait paiallèleinent à 
l'école sorlie de l'Ile-de-France; elle fut absorbée par celh'-ci. 

La catlieiliale de Laiigres es! la dernière expression originale de celle 




branche de l'art ofrival issue des provinces du sud-est; les deux rameaux 
se rencontrèrent à Sens pour se mêler et {troduire un édifice d'un carac- 
tère particulier, mais oii cependant l'intUience française prédomine. 



r.ATIir-DIlAI.K I — ^'*X 

Nous présentons (30) lo plan dr la oathédralo de Sens ', lenninée à la 



'^ 




fin (lu \ii' siècle. En comparant le chœur de cette catliédrak; avec celui 
de Lan^nes, on tiouve entre eux deux une certaine analogie. Le sanctuaire 
est entouré d'iin collatéral; une seule chapelle est disposée dans l'axe; 
dans les ti'ansse|(ts, les absides, dont nous tiouvons rend)i'yon à l.ani,M*es, 
se développent à Sens. Dans les détails, on rencontre é^uilenient, entre 
les deux édilices, des points de rapport. Les arcs ogives, par exemple, 
des voûtes des has-cotés, à Sens connue à Langres, reposent sur des 
culs-de-lampes ménagés au-dessus des chapiteaux, ceux-ci ne recevant 
(|ue les retombées des archivoltes et des arcs doubleaux. 

Mais, à Sens, plus de j»ilasfres cannelés : déjà le sysiènie de la voûte 



A ri'cliellc (If 0,001"' |i(>iii iKcl 



If. 



[W.) — [ CATHfinRAI.K I 

française est adopté dans les bas-côtés '. Autour du sanctuaire, ce n'est 
plus, comme à Lanjjres , une simple rangée de colonnes qui porte les 
parties supérieures, mais des colonnes accouplées suivant les rayons de la 
courbe, et des piles formées de faisceaux de colonnettcs. Ce système de 
colonnes accouplées entre des piles plus fortes se re|)roduit dans toute 
l'œuvre intérieure de la catliédrale de Sens, et s'adapte parfaitement à la 
combinaison des voûtes dont les diagonales ou arcs ogives comprennent 
deux travées ; c'est une disposition analogue à celle de la nef de la cathé- 
drale de Noyon, et rpii lut généralement adoptée dans les églises de 
l'Ile-de-France de la tin du xii^' siècle. Malheureusement, la cathédrale de 
Sens subit bientôt de graves modifications; des reconstructions et adjonc- 
tions postérieures à sa construction changèrent profondément ses belles 
dispositions premièi-es. Pour bien nous rendre compte de l'édifice primitif, 
il nous faut passer la Manche et aller à Canterbury. 

Nous ne possédons aucun renseignement précis sur la fondation de la 
cathédrale actuelle de Sens, et le nom du maître de l'œuvre qui la conçut 
nous est inconnu; on sait seulement que sa construction était en pleine 
activité sous l'épiscopat de Hugues de Toucy, de 1 144 à 1 168, dates qui 
s'accordent parfaitement avec le caractère archéologique du monument. 
Nos voisins d'outre-mer sont plus soigneux que nous lorsqu'il s'agit de 
l'histoire de leurs grands monuments du moyen âge. Les documents 
abondent chez eux, et depuis longtemps ont été recueillis avec soin; 
grâce à cet esprit conservateur, nous allons trouver à Canterbury l'histoire 
(le la cathédrale sénonaise. 

En 1 174-, un incendie détruisit le chœur et le sanctuaire de la cathédrale 
de Canterbury; l'année suivante, après que les restes de la partie incendiée 
eurent été dérasés et qu'on eut établi provisoirement les stalles dans 
l'ancienne nef, on commença le nouveau chœur. L'œuvre fut confiée à un 
certain Guillaume de Sens *. Ce maître de l'œuvre ne quitta l'Angleterre 
qu'en 1179, à la suite d'une chute qu'il fit sur ses travaux, après avoir 
élevé la partie antérieure du nouveau chœur et les deux transsepts de 
l'est '\ Avant de partir, étant blessé et ne pouvant quitter son lit, Guillaume 

' Nous ne parlons pas des voûtes hautes du chœur et de la nef qui, dans la cathé- 
drale de Sens, furent refaites, vers la fin du xiii' siècle, à la suite d'un incendie. 

•2 II ne faut pas oublier que la cathédrale de Canterbury avait conservé avec la 
France des relations suivies. Lanfranc, Saint-Anselme, tous deux Lombards, tous 
deux sortis de Tabbaye du Bec en Normandie, devinrent successivement archevêques 
de Canterbury, primats d'Angleterre. Saint Thomas Becket demeura longtemps à 
Pontigny et à Sens; le trésor de cette cathédrale conserve encore ses vêlements 
épiscopaux. 

•^ La cathédrale de Canterbury est à doubles croisillons ; les croisillons de l'ouest 
dépendent de la basilique primitive; ceux de Lest appartiennent à la construction 
commencée par (Hiillaunie de Sens. (Voy. The architcclunil hiatorii of Canterbury 
culhedral, par le professeur \\ illis, auquel nous empruntitns ce curieux passage, que 
l'auteuru) lui-même extrait iW la chronique de (Jcrvase.) 



( CATHÉDKALE | .joO 

(le Sens, voyant l'hiver (I77S-I77U) appi'ocliciM't ne vonlant pas laisser la 
grande vonle inachevée, donna la condnite dn ti'avail h un moine habile 
rt industrieux (|ui lui servait de eotiduelcur de travaux, (le fut ainsi que 
jiut tMre terminée la voûte de la croisée et des deux transse|>ts oiicnlaux. 
Mais « le maître, s'apercevant quil ne recevait aucun soulajiement des 
K médecins, abandonna l'œuvre, et, traversant la mer. retourna chez lui 
« en France. Un autre lui succéda dans la direction des travaux. William 
« de nom, Anj^dais d(> nation, petit de coips, mais pi'obe et habile dans 
« toutes sortes darts. « Ce fut ce second maître, atiglais de nation, qm 
termina le clueur, le chevet, la chapelle de la Trinité et la chapelle dite 
la couronne de liecket. Or cette extrémité orientale, dont nous donnons le 
plan au niveau de la j>alerie du rez-de-chaussée (lil), (|uoique élevée par 

un architecte anglais, conserve encore tous 
les caractères de l'abside de la cathédi'ale de 
Sens, non-seulement dans son plan, mais dans 
sa construction, ses protils et sa sculi)ture 
d'ornement, avec plus de finesse et de léj^^è- 
reté ; ce qui s'explique par l'intervalle de quel- 
ques années qui sépare ces deux construc- 
tions. William l'Anglais n'a fait que suivre, 
nous le croyons, les j)roiets de son malheu- 
reux prédécesseur, qui pourrait bien être le 
maître de l'œuvic de la cathédrale de Sens. 
Le chevet de la cathédrale de Canterbury nous 
donne le moyen de restituer le chevet de la 
cathédrale de Sens, ainsi que nous l'avons fait (fig. .'{()) '. 

Ce qui caractérise la cathédrale de Sens, c'est lauqjleur et la simplicité 
des dispositions générales. La nef est large, les points d'appui résistants, 
élevés seulement sous les retombées réunies des grandes voûtes ; le chœui- 
est vaste et profond. L'ai-chitecte avait su allier la, mâle grandeur des 
églises bourguignonnes du xu»' siècle aux nouvelles formes ado|)tées par 
I lle-(l(!-KraMce. Mais il ne faut pas croire que ce monument nous soit 
conservé tel que l'avait laissé l'évèque Hugues de Toucy. Dévaste par un 
incendie vers le milieu du xiii« siècle, les voûtes, les fenêtres hautes et 
les couronnements furent refaits, puis la chapelle absidale. Des colonnes 
furent ajoutées entre les colonnes accouplées du rond-point, afin de porter 

' La seule partie contest;il)le de ceUe resliuition serait la chapelle circulaire dans 
l'axe, r('ni|)la(ée par une chapelle plus profonde élevée, après l'incendie , a la lin du 
xiir siècle. Mais il y a tant d'analo5j;ie entre le clievel de ("anterhnry et celui de Sens, 
que nous sommes iorl disposé à croire cpie la couronne de i?ecket n'çsl (prune imitation 
d'une chapelle send)lal»ie bàlie à Sens par le maître (Miillaunie , avant son dépari pour 
i'Auifliterre. N'oublions pas que c'est en t 168 que la cathédrale de Sens est terminée, 
et (jue cesl eu I l7o que (Jnillaume commence les constructions du chœur de (".anter- 
hury. iNous renvoyons nos lecteurs, pour de plus anq)les renseignements sur ce sujet, 
à l'excellent ouvrage déjà cilé du l*rol' Willis. 




•'*•"»• I (ATllfiDRAI.K I 

(le fond l»>s archivollps qui devaient, ooinnie à (>anterl)ury, porlei' sur des 
euls-de-lainpc saillants entre les deux eiiapiteaux (vuy. imli;). 

A la lin de ee siècle, on i)rati(|ua d(^s ehaix'llcs entre les contre-torts de 
la nef,; cette malheureuse opération, que subirent toutes nos catliédiales 
françaises, sauf celles de Keiniset de Charlivs, eut poui' résultat d'allaiMir 
les points d'appui extérieurs et de rendre I écoulement des eaux dilliciie. 
Vers 1^2()(), la tour sud de la façade s'écroula sur la belle salle synodale bàlie 
vers h2i(). en C ; cette tour fut remontée à la fin du xui*' siècle et achevée 
seulement au xvi"' siècle. La tour du nord, élevée vers la tin du xii»- siècle, 
n'était terminée que par un bettroi de bois, recouvert de plomb, monte 
vers le conmiencemeiii du xiv siècle '. Au connnencement du xvi»' siècle, 
le pij^Mion du transsept sud, qui datait du xm»^ siècle, fut reorisdans toute 
sa partie supérieur»'; celui du nord, complètement rebâti; les fenêtres 
hautes des croisillons , refaites avec leurs vitraux; enlin, deux chapelles 
de forme irré^ulière vinrent s'accoler, à la Hn du xvr et au xvii"' siècle, 
contre les lianes du collatéral de l'abside. Une salle du trésor et des 
sacristies qui communiquent avec l'archevêché s'élevèrent en B. l/entree 
principale du ])alais archiépiscopal était sous la salle synodale en A. 

Dans la cathédrale de Sens, le plein cintre vient se mêler à l'ogive, 
comme dans le chœur de la cathédrale de (lanlerbury. (]'est encore là une 
influence de l'école bourguignonne. 

Les constructions achevées en 1168 avaient dû s'arrêter à la seconde 
travée de l'entrée de la nef. Les parties les plus anciennes de la façade ne 
remontent pas plus loin qu'aux dernières années du xiie siècle; il ne reste, 
de cette épo(|ue, que les deux portes centrale et nord et la tour nord 
tronquée. \ l'inférieur et à l'extérieur, sur ce point, c'est un mélange 
incompréhensible de constructions reprises pendant les xin«, xiv et 
xvi»" siècles. Ce qui reste des vitraux du commencement du xni»- siècle et 
du xvie, dans la cathédrale de Sens, est fort remarquable (voy. vitrail). 

Saint-Etienne de Sens est une cathédrale à part, connue plan et comme 
style d'architecture; contem[)oraine de la cathédrale de Noyon, elle n'en 
a pas la tînesse et l'élégance. On y trouve, malgré l'adoption du nouveau 
système d architecture, l'ampleur des constructions romanes, bourgui- 
gnonnes et de Langres, comme un dernier reflet de ranfi(piité romaine. 
Ce qui caractérise la cathédrale sénonaise, c'est surtout l'unique chapelle 
absidale et les deux absidioles des transsepfs. Quoique Sens et Langres 
dépendissent de la Champagne, ces deux églises a|)partiennent bien 
moins a cette province qu'à la Bourgogne, comme disposition et style 
d'architecture. 

Nous en trouvons la preuve dans les substructions de la cathédrale 
d'Auxerre. La cathédrale d'Auxerre, rebâtie après un incendie par l'évêque 
Hugues, vers lO.'JO, possédait un sanctuaire circulaire avec bas-côtés et 

1 Ce helhdi n'exisU' |>lus; il lui descendu, pour cause de vétusté, il y a une ili/.;tine 
d'années. 



32 




1 i:athédralk 1 — "{o^ — 

tliapcllo unique dans l'axe; la crypte de cette église, encore existant*' 
aiijouid'lmi , est , sous ce point de vue, du plus j^M-and intérêt. Nous en 
donnons ici (3'2) le plan ', dépouillé des contre-forts extérieurs ajoutés 

au xiii« siècle. En comparant ce plan de 
crypte avec le plan du chœur et du chevet 
de la cathédrale de Lan^M'es, et surtout avec 
celui de la cathédrale de Sens, il est facile 
de reconnaître le de^ré d<' parenté intime 
qui lie ces trois édilices , construits à des 
époques fort ditierentes ; et on peut con- 
clure, nous le croyons, de cet examen, 
que les diocèses d'Autun , de Langres , 
d'Auxerre et de Sens, possédaient, depuis 
le xi*" siècle, certaines dispositions de plan 
qui leur étaient particulières, et qui furent 
adoptées dans la partie orientale de" la 
cathédrale de Canterbury. 

Nous retrouvons encore les traces de cette école, au xni* siècle, à 
Auxerr*' même. En 1215, l'évêque Guillaume de Seignelay commenta la 
reconslruclioii de toute la partie orientale de la cathédrale d'Auxerre ; 
Tancienne (■ryi)le fut conservée, et c'est sur son périmètre, augmenté 
seulement de la saillie de ((uel(|ues contre-forts , (jue s'éleva la nouvelle 
abside. Sur la petite chapelle absidale de la crypte, on bâtit une seule 
chapelle carrée dans Taxe, en renforc^-ant par des piliers , à l'extérieur, le 
|)etit hémicycle du xi<^' siècle (tig. 32). 

Certes, à celle époque, si fou n'avait pas regardé cette forme de plan 
comme consacrée par l'usage, même en conservant la crypte, on aurait 
pu, comme à Chartres, s'étendre au dehors de son périmètre , soit pour 
élever un second bas-côté, soit pour ouvrir un i)his gi-and nombre de 
chapelles absidales. Le plan du xi" siècle fut conserve^ et le chœur de 
la cathédrale auxerroise du xni'" siècle respecta sa forme traditionnelle. 
Cependant la construclion du chœ'ur de Saint-Étienne d'Auxeri-e fut assez 
longue à terminer. 

Guillaume de Seignelay, en prenant possession du siège épiscopal de 
Paris, en 1220, laissa des sommes assez importantes pour contimier 
l'œ'uvre; son successeur, Henri de Villeneuve, (pii moiiiut en 1231, parait 
avoir achevt' l'entreprise; c'est l'opinion de l'abbé Lebeuf-, opinion (|ui 
se trouve d'accord avec le slyle de cette partie «le la cathédrale. Quant 
aux transsepts et à la nef de l'église Saint-Étienne d'Auxerre, commencés 
vers la tin du xiiie siècle, on ne les acheva que pendant les xiv et xv^ siè- 



' A récliclle (le 0,001"" pour mèlre. 

* Mém. conccrn. l'hisl. civ. cl ceci. d'Auxerre , \y.w V:\\)\n' I.cIkmiI', I. 1 , p. '(02 ol 
siiiv. I84S. l'oiir les dispiisitions iiil(''iioiiros (\e rc'diticc du mm'' sirclo, voyez au mol 
iMiNSTKUCTioN. ( '.cs dis|i(isil idiis ;iii|i:iH irii iiciil II aiicliciiinil a \'fi(<\f Imiiii i^uiiiiionnt'. 



— :WA 



(ATHÉDRAIK 



des. La favade occidontalo ivsta iiicoinplMe: la tour nord seulo fut 
terminée vers le coninienceniont du wi*' sit'('l(\ 

Si les diocèses méridionaux df la Cliampaj^ne avaient subi Tintluence 
des arts bourguignons, lun de ceux du nord avait pris certaines disposi- 
tions aux édifices reli^deux des bords du Hhin. Au conmiencement du 
xiii" siècle . on reconstruisit la cathédrale de Chàlons-sur-Marne , dont le 
sanctuaire (33) était dépourvu de bas-côtés, rt dont les transsepts allon^^és 




étaient accompagnes, à l'est, de deux chapelles carrées, de deux petits 
sacraires et de tours, restes dun édifice roman. Nous ne pouvons savoir 
si, comme dans les églises rhénanes, la nef était terminée, à l'ouest, par 
des transsepts et par une seconde abside ; nous serions tenté de le croire 
en examinant les dispositions rhénanes de ce plan du cO)té de l'est '. 
Toutefois, si la cathédrale de Châlons-sur-Marne rappelle, dans le plan de 
son chevet, celle de Verdun, par exemple, qui est entièrement rhénane, 

' Au \i\' siècle, un collatéial ciirulaire et des chapelles lureul élevés autour du 
sanctuaire de la cathédrale deChàlons, et la nefiiit presque entièrement reconstruite. 
La partie occidentale de cette cathédrale date du dernier siècle. Après un incendie qui 
causa les plus graves dommages à cet édifice et qui détruisit la voûte du sanctuaire, 
une restauration, entreprise sous le régne de Louis \1V, acheva de dénaturer ce qui 
restait du monument du xui' siècle. Cependant on peut encore facilement reconnaître 
le plan primitif enté sur ini édifice roman. 

T. II. *^ 



f r.ATHÉUHAI.K 1 — .{^4 — 

les détails, le système de construction et l'ornementation, se rapprochent 
de IfH'ole (le Reims, (l'est là un monument exceptiomiel , sorte de lien 
ejilre deux styles fort dillcrents, mais qui se réduit à un seul exemple. 

Ne pouvant nous occuper des admirables cathédrales de Canihrai et 
d'Arras ', détruites aujourd'hui, et qui auraient pu nous fournir des 
renseignements précieux sur la fusion de l'école rhénane avec l'école 
française, nous ferons un détour vers les provinces du Nord-Ouest et de 
l'Ouest. 

Dans le Nord, les voûtes avaient paru tardivement; les grandes églises 
du centi'e de la France, des provinces de l'Est et de l'Ouest, étaient déjà 
voûtées au \v siècle, quand on couvrait encore les nefs principales des 
églises par des charpentes apparentes dans une partie de la Picardie et de 
la Champagne, dans la Nm-mandie, le Maine et la Bretagne. 

Pendant le xii''siècl<\ la Normandie et le Maine n'étaient pas reunis au 
domaine royal; et, quoicjue les ducs de Normandie tinssent leur j)rovince 
en fief de la couronne, chacun sait coniliicii ils reconnaissaient peu, de fait, 
la suzeraineté des rois de France. Ce(}ui reste des cathédrales normandes du 
xi^au XM*" siècle, en Angleterre et sur le continent, donne lieu de supposer 
que ces monuments, dont le plan se rappiochait beaucoup de la basilique 
romaine, étaient, en grande partie, couverts par des lambris; les voûtes 
n'apparaissaient (pie sur les bas-côtés et les sanctuaires. L'ancienne cathé- 
drale du Mans fut construite d'après ce juincipe au commencement du 
XF siècle. Nous en donnons le plan (3i) -. Les bas-C(')tés A étaient fermés 
par des voûtes d'arêtes romaines, les absides par des culs-de-four, les 
transsepts B et la nef C par des charj)entes lambrissées. Sur les quatre 
piles de la croisée, dans les églises normandes, s'élevait toujours une 
haute tour portée sur quatre arcs doubleaux. Au Mans, la façade occiden- 
tale existe encore, ainsi que les murs latéraux et la base du pignon du 
Iranssept nord. On aperçoit l'amorce des absidioles E. 

La cathédrale de Pélerborough en Angleterre, d'une date plus récente, 
mais qui ceixMidant , sur presque toute son ('tendue, est ant(''rieur(' au 
xii<" siècle, présente encore une disposition analogue à celle-ci. 

Pendant le xii« siècle, vers l'époque où l'on construisait les églises de 
l'abbaye de Saint-Denis et de Notre-Dame de Noyon, la nef romane de la 
cathédrale du Mans fut remaniée; on reprit les piles et les parties supé- 
rieures de la nef, (|iii fut alors voût(^e ainsi qm» les transsepts. Ces voûtes 

' L;i Ix'iic (allit-dralo dAnas no lui détniilt' (|nc depuis la lévoliilion de 1792; elle 
existait encore au coniniencenicnt du siècle. Celle de (laminai était l'œuvre de Villard 
de Iloiinecourt, ce maître dont nous avons parlé plusieurs fois, l'ami de Robert de 
Coucy. Vienne possède un modèle de celle cathédrale dépendant d'un plan en relief 
enlevé, en 1815, du musée des Invalides, par les iréiiéraux aulricliiens. 

- Ce plan est à l'échelle de 0,001'" pour mètre. H est entendu que nous n'avons eu, 
pour le tracé de l'ahside principale, que des données fort vagues. Mais nous présentons 
ce plan comme un ivpe plutôt que comme un édifice parlicnlier. 



— ;j5r> 



CATHËDKALE 



se i-approi'lu'iit, connue constriulioii . non du système adopté dans l'Ile- 
de-Fiance et le Soissonnais, mais de eelui (|ui dérivait des coupoles des 

u 



I I 




églises de l'Ouest ivoy. volte). Une porte ^ décorée de sculptures et de 
statues qui ont avec celles du portail royal de la cathédrale de Chartres la 
plus grande analogie, fut ouverte au milieu de la nef au sud (35). On ne 
se contenta pas de ces changements importants. Vers 1:2^0, les anciennes 
absides furent démolies, et on construisit l'admirable chœur que nous 
voyons figuré dans ce plan. Mais alors le Maine venait d'être réuni au 
domaine royal. Le diocèse du Mans payait sa bienvenue en reconstruisant 
un chœur qui, a lui seul, couvre une surface de terrain plus grande que 
tout le reste de l'ancienne cathédrale. 

Le chœur de la cathédrale du Mans, si ce n'était la profondeur inusitée 
des chapelles absidales, présenterait une disposition absolument pareille à 
celle de la cathédrale de Bourges. C'est-à-dire qu'il possède deux rangs de 
galeries; le piemier bas-côté, étant beaucoup plus élevé que le second, a 
permis de prati(|uer des jours et un trit'orium dans le mur séparant ces 
deux bas-côtés au-dessus des archivoltes. Mais la construction, la disposi- 



[ CATHÉDRALK | 



— :iM\ — 



lion des chapelles, les détails de l'architecture sont beaucoup plus heaux 
au Mans qu a Bouii^es. Les extérieurs sont traités d'une nianièi-e remar- 
quable, avec luxe, et ne laissent pas vf»ir la j)auvrel<' des moyens conune la 




PBGARÛ 



cathédrale du Berry. Tne belle sacristie s'ouvre au sud ; elle date égale- 
ment du xiii« siècle. r>es deux pignons des transsepts et le seul clocher ' bâti 
à l'extrémité du croisillon sud ne furent fenninc's (|u'au xiv siècle. Il 
est à croire que le maiire {\v Iceuvre du clurur de la cathédrale du Mans 

> La posilion inusitée <le ce clocher ne pont être expliquée que par la détermination, 
prise à la fin du \iii' siècle, de ne pas étondre plus loin que les transsepts les nouvelles 
constructions, et de conserver la nel roman- restaurée au xii' siècle. Dans l'église 






CAlHÈUUALli 



songeait à reconslruire la nef dans le même style; les liavaux s'anètè- 
rent aux transsepts, et si le monument y perd de l'unité, Ihistoire de lart 
y ga^nc des restes tort jirt'cieux de lu catlunlrale primitive. 

Au Mans, la chapelle de la Vierge, dans l'axe, est beaucoup plus pro- 
fonde que ses voisines, et s'élève sur une crypte dans laquelle on descend 
par un petit escalier particulier, (^ette disposition de chapelles ahsidales 
profondes, celle centrale étant accusée par une ou deux travées de plus 
que les autres, se retrouve également dans le cho'ur de la cathédrale de 
Séez. Cet éditice, complètement de style normand dans la nef, (jui date 
des premières années du xni« siècle, se rapproche du style français dans 
sa partie orientale ; il peut être classé parmi ceux qui , élevés au moyen 
de ressources insutlisantes, connue Troyes, Châlons-sur-Marne, Meaux, ne 




furent point fondés, ou le furent mal. La nef (36), bâtie au commencement 
duxiu'-siècle, fut remaniée dans sa partie supérieure cinquante ou soixante 

primitive, dont nous avons donné le plan fig. 34, le clocher nnuiue devait être posé 
sur les quatre piles de la croisée, suivant la méthode normande. Démoli lorsqu'on 
refit le chœur, en renonçant 'a la reconstruction totale, ou ne trouva pas d'autre place 
pour recevoir les cloches que rextrémilé du croisillon sud. 



[ CATHÉDRALE ] .JaS 

ansapivssa constiuclion ; le rlid'ur. élevé vers \îi:\0. et presque eiitière- 
uiciil (lelruit jkiiuii incendie, diitèlre repris, vers hiiiO.deloiid en coniltle, 
sauf la chapelle de la Viei'j^e, que 1 on '\u'^od pouvoii' èlre cons»'ivée. I.e 
maître de l'œuvre du chœur, ne se tondant (juesur des maçonneries très- 
insuttisantes, avait cherché, |)ar l'extrême légèreté de sa construction, a 
diminuer le danf>er dime pareille situation ; et en ne considérant même 
le chœui' de la cafht'drale de Sée/ (|u'ii ce jioint de vue. il meriteiait d'être 
étudié. I^es chai)elles |)r(tl'on(les ahsidales, |)resentaiit des nmrs rayonnants 
étendus, se pn-laient d'ailleurs a une construction léj^^ère et bien empatlee. 
En effet, les travées intérieures du sanctuaire sont d'une légèreté (pii 
dépasse tout ce qui a été tenté en ce genre (voy. tuavée), et la construction 
en élévation est des plus savantes; cependant, rien ne peut remplacer de 
bonnes fondations. Vei's la lin du xiv siècle, on crut nécessaire de ren- 
lorcer les contre-forts extéiieurs du chœui' ; mais ces adjonctions , mal 
fondées elles-mêmes, contribuèrent encore, par leur poids, à entraîner la 
légère bâtisse du xiii*" siècle, (jui ne lit, depuis lors, que s'ouvrir de plus 
en plus. Au commencement de notie siècle, les grandes voûtes du sanc- 
tuaire s'écroulèrent ; il fallut les refaire en bois. 

I^a façade de la calbédi'ale de Séez est couronnée fiai' deux tours avec 
llèches élevées au conunencemenl du xm*^' siècle et réparées ou reprises 
pendant les xiv* et xv. Os toui-s, ainsi que toute la nef, ont fait de très- 
sérieux mouvements, par suite de rinsuilisance des fondations. C'est 
aujourd'hui un monument fort compromis '. 

iNous ne ([uillerons pas la Normandie, sans parler des cathédrales de 
Baveux et de (loulanc(>s. 

La cathédrale de Baveux, dont n(^us doimons le plan (37), est un éditice 
du xm»- siècle enté sur une église du xik; et, de l'église du x[F siècle, il 
ne reste que les piles, les archivoltes et les tympans du rez-de-chaussée 
de la nef. Connue an Mans, comme à Séez, les transsepts sont simples, 
sans collatéraux; à Baveux, deux chapelles lrès-j)eu piofondes. dont nous 
trouvons •■l'alemen! la trace dans le mur oritMital du ( loisillon sud de la 
cathédrale de Seez, s'ouvraient , à l'est , sur les deux transsepts nord et 
sud. C'est là un dernier souvenir des chapelles romanes des transsepts 
normands que l'on voit développées dans le plan primitif de lacathédiale 
du Mans (fig, 34.). A Bayeux encore, dans le plan du chu'ur du \\w siècle, 
on voit les deux tours normandes (sur une petite échelle, j)uis(pi'elles ne 
contiennent «juedes escaliers) (|ui tei'niinaient la série des chaj)elles carrées 
avant les chapelles absidales^. Sur la façade, deux giands clochers romans 

' Do funesles restaiiratiims turent entreprises sur la façade et autour de la nef de la 
cattiédrale de Séez, de 1818 à 18ii) ; elles n'ont lait qu'empirer un étal de choses déjà 
fort dangereux. Des travaux exécutés avec intelligence et soin depuis celte époque 
permettent d'espérer que ce remarquable édifice pourra être sauvé de la ruine dont il 
esl menacé depuis longlemps. ' 

* Voy. le plan du premier étage de la cathédrale de Chartres, où ce parti est large- 
ment développé. 



— 359 — 



(.ATHfiDKAI.K 



avec tlèclips. Sur les quatre piles de la croisée, une tour existait dès le 
xir siècle; elle fut rebâtie au xiii'', puis continuée pendant les xive et 
xve siècles, pour être terminée, pendant le siècle dernier, par une coupole 




avec lanterne. Ces quatre piles de la croisée turent successivement enve- 
loppées de placages pendant les xiii'' et xiv" siècles '. On remarquera la 
disposition des clochers romans de la façade occidentale : ils sont com- 
plètement fermés à rez-de-chaussée et portent de fond; c'est là une 
disposition normande, que nous retrouvons à Rouen, à Chartres même, 
encore indiquée à Séez et a Coutances (voy. clochkr) ^ 

A Baveux, il n'ya plus Irace, dans le style de l'archileclure, de l'influence 
française. Le mode normand domine seul ; c'est celui que nous retrouvons 

' Par suite de ces constructions successives, faites d'ailleurs en matériaux peu 
résistants, des écrasements si graves se sont manifestés dans les quatre points d'appui, 
sous l'énorme charge qu'ils ont à porter, qu'il a fallu cintrer les quatre arcs doubleaux, 
étayer les piliers, et procéder à la démolition des pariies supérieures. 

* La cathédrale de Baveux possède encore, des deux côtés dii cliœiir, ses sacristie 
et salle de trésor, et, au nord de la façade occidentale, une belle salle capitulaire du 
XIII' siècle (voy. salle capiti lairf.. 



( CATHÉUKAIK | 3<i() 

à Westminster, à Lincoln . à Salisbury. ii f'^ly , en An^Meterre ; et cepen- 
dant, connne disposition de plan , la cathédrale de Baveux se rap|)i()che 
plus des cathédrales françaises du xiii"' siècle, au moins dans sa partie 
orientale, que des cathédrales anglaises. C'est qu'au xui" siècle, si la 
Normandie possédait son style d'architecture propre, elle subissait alors 
l'influence des édifices du domaine royal. 

La cathédrale de Dol seule, en -Bretagne, paj-ait s'être affranchie com- 
plètement de l'empire (pi'exervaient , sur tout le territoire occidental du 
continent, les dispitsilions de plan adojttées, à la tin du rèjine<le IMiilippe- 
Auj^uste, dans la constiuclion des cathédrales. La cathédrale de Dol est 
terminée, à l'orient, par un mur carré, dans lequel s'ouvre un immense 
fenestrage, connne les cathédrales d'Ely et de ï^incoln. 

La cathédi-ale de Coutances, fondée en 1030 et terminée en 1083, soit 
(pi'elle menac'ât ruine comme la phij)art des grandes églises du nord de 
C(Mte époque, soit (|u"elle parût insuttisante. soit enfin que le diocèse de 
(Coutances. nouvellement réuni à la coui'onne de France, voulût entrer 
dans le grand mouvemeiU (|ui alois faisait reconstruire toutes les cathé- 
drales au nord de la Loire; la cathédrale de Coutances, disons-nous, fut 
complètement réédifiée dès les premières années du xiii-' siècle. Le chœur, 
avec ses chapelles layonnantes, qui rappelIfMit celles du ch(eui' de la 
cathédrale de Chartres, parait avoir été fondé vers la fin du règne de 
Philij)pe-Augusle. Les constructions de la nef durent suivre presque 
immédiatement celles du sanctuaire; mais il est probable que les trans- 
septs furent élevés sur les anciennes fondations romanes du xi*' siècle, et 
que même les énormes piliers de la croisée ne font, comme à Baveux, 
qu'envelopper un noyau de construction romane. 

En eti'et, si nous examinons le plan (38) de cette partie de l'édifice, nous 
y trouvons une sorte de gêne dans l'ensemble des dispositions, et la trace 
encore bien marquée des chapelles normandes des croisillons. Quellf^ 
que fût la charge que le maître de l'oeuMe voulait faire porter aux (juatre 
piliers de la croisée icharge énorme, il est vrai), il nous parait difficile 
d'admettre qu'en plein xiii*- siècle, s'il n'eût pas été commande j)ar des 
substructions antérieures, il ne se fût pas tiré avec plus d'adresse de cette 
partie importante de son projet. Quoi qu'il en soit, il ne reste plus de traces 
visibles de constructions romanes dans la cathédrale de Coutances; c'est 
un édifice entièrement de style ogival pur; la chapelle de la Vierge, à 
l'extrémité de l'abside, et les chapelles de la nef furent seules ajoutées^ 
après coup, au xiV siècle '. La façade occidentale est surmontée de deux 
clochers avec flèches en pierre, sous lesquels, outre les trois portes princi- 

' Les cfiapelles de la iieC présentent une disposition si i)elie et si rare, que nous avons 
cru devoir les donner sur ce plan, bien qu'elles dénaturent les dispositions primitives, 
(les elia])olles soûl mises en ((immunicalion les unes avec les antres, à une hauteur de 
trois nit'lres environ, par des claires-voies on meneaux sans vitraux : c'est comme un 
collatéral qui serait divisé par des cloisons transversales peu élevées. 



— .'Kil — l CATHÉDKAI.E ] 

pales, souvroiit. au unn\ o\ au sud. doux porches latéi-au\ d ini ^'laud 
prtof. Sur los (jualre piles dt» la croisép s'élève une énorme tour octogonale, 
flanquée, sur les (juatre laces diaiionales . de quatre touielles servant 
d'escaliers. (Irlle loui" centrale, (jui devait cei laineuient êtrt' <(iuronnée pai- 

38 




Pe&AHb 



une flèche, est restée inachevée. Aux deux extrémités des croisillons sont 
adossées, au sud, une chapelle; au nord, une vaste saciistie. On retrouve 
encore à Coutances, en avant des chapelles rayonnantes, les deux tourelles 
carrées normandes, qui, connue à Baveux, contiennent des escaliers et 
séparent si lieureusement l'altsidedu chœur proprement dit. Comme style 
d'architectuiv , la cathédrale de Coutances est complètement normande. 
Le diocèse dans lequel le mélan{j;e du style normand et du style français 
est le plus complet, ce doit être, et c'est en effet le diocèse de Rouen. La 
cathédrale de Rouen occupait déjà, au xii^ siècle, la surface de terrain 
quelle occupe encore aujourfl'hui. Rebâtie, pour la troisième fois, pendant 
T. fi. -iH 



I (ATHÉDKAI.i: I — •■»»"2 — 

le rours du w*" siècle, elle lut enlièienient réédifiée pendant la seconde 
moitié du xii'' siècle dans le style normand de Iransilion. 

neresconsli'urtions {'M)), il ne reste (|ue la tour dite de Sainl-liownln. 




/'e&AKO 



qui s'élève au nord du portail occidental, les deux chapelles de l'abside. 
celles des transsepts et les deux portes de la ia(,a(le s'ouvrant dans les 
deux collatéraux; ces derniers ouvraj'es même paraissent apparlenir aux 
dernières années du xii'' siècle. Ainsi donc, lorsque l*.icliar(lC(eur-(le-Lion 
mourut, en ll'.M», la cathédiale de Uoueii avait déjà letendue actuelle. 
Cesl en l^2(H que IMiili|>pe-Au^Hisle arracha des mains de Jean-sans- 



— 3(53 — I c.ATiir'DUAi.i; 1 

Terre la Nonuiiiidie, et (lu'il réunit à la coinoniie <le France eelte helle 
province, ainsi (|ue rAnjon, le Maine et la Tonraine, avec une partie du 
l*oiluu, Peu après, de j^rands travaux furent entrepris dans la cathédrale 
de Rouen. l>a nef, les transsepts et le sanctuaire durent être reconstruits, 
a la suite dun incendie qui, probablement, endommagea ^M'avement 
I eylise du xu'- siècle. Là, connue dans les autres diocèses français, s "élève 
une cathédrale au commencement du xiuf siècle, sous l'hinuence du 
pouvoir monarchi(iue; et, chose remarquable, à Houen. les coustrucîtious 
(pii paraissent avoir été élevées sous le règne de IMiilippe-Aiiguste, c'est- 
à-dire de 1^210 à h22<) environ, appartiennent au style français, tandis que 
celles qui datent du milieu du xuit- siècle sont enqireintes du style ogival 
normand. Ce fait curieux , écrit avec plus de netteté encore dans l'église 
d'Eu, est d'une grande importance pour l'étude de l'histoire de notre 
architecture nationale. 

La Normandie possède, pendant toute la période romane et de transi- 
tion, c'est-à-dire du xi«^ au \w siècle^ une architecture propre, dont les 
caractères sont parfaitement tranchés. Dans les édifices élevés pendant ce 
laps de tenqis, la disposition des plans, la construction, roriTementation 
et les proportions de l'architecture normande, se distinguent entre celles 
des provinces voisines , l'Ile-de-France, la Picardie, l'Anjou et le Poitou. 

Au connuencement du xne' siècle, lorsque l'architecture ogivale atteint, 
pour ainsi dire, sa puberté, en sortant de son domaine elle étouffe les 
écoles provinciales; si elle respecte parfois certaines traditions, certains 
usages locaux qui n'ont d'intluence que sur la conqjosition générale des 
plans, elle impose tout ce qui tient à l'art, savoir : les proportions, la 
construction, les dispositions de détails et la décoration. Cette sorte de 
tyrannie ne dure pas longtemps, car, de 1220 à 1230, nous voyons 
l'architecture normande se réveiller et s'emparer du style ogival pour se 
l'approprier, connue un peuple conquis modifie bientôt une langue 
imposée, pour en faire un patois. Disons tout de suite, pour ne pas 
soulever contre nous, non-seulement la Normandie, mais toute l'Angle- 
terie, que le patois ogival de ces contrées a des beautés et des qualités 
originales qui le mettent au-dessus des autres dérivés, et qui pourraient 
presque le faire passer pour une langue. Mais nous aurons l'occasion de 
développer notre pensée à la fin de cet article. 

La cathédrale de Rouen, reconstruite au connuencement du xui** siècle, 
adopta cependant certaines dispositions qui indiquent une singulière 
hésitation de la part des architectes, probableuient français, qui furent 
appelés pour exécuter les nouveaux travaux. Dans la nef, le maître de 
l'œuvre semble avoir voulu figurer une galerie de premier étage, comme 
dans presque toutes les grandes églises de l'Ile-de-F'rauce et du Soisson- 
nais, mais s'être arrêté à moitié chemin, et, au lieu d'une galerie voûtée, 
avoir fait un simple passage sur des arcs bandés au-dessous des archivoltes 
des bas-côtés, et pourtouruant les piles (voy. galkku-:) au moyeu de colon- 
nettes portées en encorbellement. 



[ CAIHÉUKALE | — 'MM — 

Dans réjjrlise d'Eu, même étian^^cté, mais partailt'iiicnt ('\|)li(|ii('*'. Le 
chœur, les ti'anssepts et la dernière Iravée de la iiel'de cet edilice turent 
élevés dès les j)remières années de la coïKiuèic de IMiili|(|)e-Auj^uste, c'est- 
à-dire de Hori à 1^10, en style français parfailement pur, avec {jaleiie 
voûtée au premier étaj^e, comme à Notre-Dame de Paris. De h2lO à 1:2-20 
environ, interruption; de 1220 à I2:{0, reprise des travaux ; la nef est 
continuée eonloi'mèincnl aux disjtositions |)reniières, c"est-à-dire que tout 
est prt'pait' jiour recevoir une i^aleiie voùlee (h- premi(M' éta^^e au-dessus 
des ('(tllaleiaux ; mais déjà les tailloirs des chapiteaux et les socles des 
bases sont circulaires, les ornements et moulures sont devenus noiiuands; 
puis, en construisant, on se reprend , on coupe les chapiteaux destinés à 
recevoir les voûtes formant galerie, on laisse seulement subsister les 
archivoltes dans le sens de la longueur de la nef entre les j)iles; on ne 
construit pas les voùles devant servir de sol à la galeiie de premier étage, 
et ce sont les voûtes hautes de celte galeiie (pii deviennent voûtes des 
collatéraux ; les fenêtres de cette galerie supprimée et celles du rez-de- 
chaussée se réunissent, en formant ainsi des baies démesurément longues. 

La nef de la cathédrale de Rouen est de (pielques années antérieure à 
celle de l'église d'Eu. A-t-on voulu, dans ce dernier éditice, imiter la 
disposition adoptée à Kouen, seulement (piani à l'eflet produit (les sous- 
archivoltes de la nef de l'église d'Eu étant sans utilité puiscpi'on ne peut 
communiquer de l'un à l'autre, tandis qua Houen ils forment une galerie)? 
C'est probable... Quel que fût le motif qui dirigeât l'aichitecte de la cathé- 
drale de Kouen , toujours est-il que la disposition de sa nef ne fut plus 
imitée ailleurs en Normandie . et que. dans cette province, dès que l'art 
ogival se fut alfraïu-hi de linlhuMice française et eut acquis un caractère 
propre, on ne voit plus de galeries voûtées de premier étage, ni rien qui 
les rappelle; un sinq)le triforium couronne les archivoltes des bas-côtés. 

La cathédrale de Kouen, rebâtie presque totalement en style ogival 
français, est terminée , à partir du niveau des voûtes des collatéiaux, en 
style ogival normand. Les quatre tours qui tlanquent les transsepts, les 
fenêtres, les coi-niches et les balustrades supérieures sont normandes. 
Mais la nef de la cathédrale de Kouen était, connue toutes les nefs des 
cathédrales françaises du commencement du xui»" siècle, dépourvue de 
chapelles. A la fin de ce siècle, on en construisit entre les contre-forts (39), 
comme à la cathédrale de Paris. En 1302, on connnença la reconstruction 
de la chapelle (\o la Vierge, située dans l'axe au chevet . eu lui donnant 
de glandes dimensions, à la place de la chapelh^ du xii'' siècle, (pii n'était 
pas plus grande que les deux autres chajielles absidales encore existantes. 
Vers cette époque, on refit les deux pignons nord ci sud des transsepts 
(portail de la Calende et portail des Libraires). Ces travaux, du commen- 
cement du XIV siècle , surpassent comme richesse et beauté d'exécution 
tout ce (pie nous connaissons en ce genre de cette epo(pu\ 

Alors, la Normandie possède une école de consli iicleurs, d'appareilleurs 
et de sculpteurs, qui égale l'école de l'Ile-de-France. 



— 3(55 [ CATHÉDKALK 1 

Les portails de la Caleiide et des Libraires, la chapelle de la Vierge de 
la cathédrale de Rouen, sont des chefs-d'u'inre '. 

Mais la cathédrale du xni'' siècle, dont les dispositions primitives étaient 
déjà altérées au connneuceuient du xiv siècle, suhit encore des change- 
ments importants qui . malheureusement, ne furent pas aussi heureux 
que ceux dont nous venons de parler. En 14.30, les chanoines firent 
agrandir les fenêtres du clKcnr , non par nécessité, mais parce que, 
connue le dit Pommeraye% le clueur paraissait «sombre et ténébreux. » 
Les fenêtres de la nef et une grande partie des couroimements extérieurs, 
des galeries intérieures, furent également moditiés pendant le xv«" siècle. 
En 1485 fut conmiencée la construction de la tour qui flanque le portail 
au sud, comme sous le nom do lour de Beurre \ Le caidiiuil George 
d'Amboise commença la reconstruction de la façade occidentale, qui ne 
fut jamais achevée. Déjà, au xiii'- siècle, il existait, sur les quatre piliers 
de la croisée, une haute tour carrée, dont deux étages subsistent encore, 
endommagée par le vent en 1353, puis réparée et brûlée en 1514 par la 
négligence des plombiers; l'étage supérieur de cette tour fut reconstruit 
et surmonté d'une immense tlèche en bois recouvert de ploml), (\u\ ne 
' fut achevée qu'en 1544. La foudre y mit le feu en IS-21, et on Ta voulu 
remplacer de nos jours par une flèche en fonte de fer \ 

Les dépendances de la cathédrale de Rouen étaient considérables, et. 
sous son ombre, l'archevêché, un beau cloître, des écoles, des biblio- 
thèques, des sacristies, salles capitulaires et trésors étaient venus succes- 
sivement se grouper du côté du nord et de Test. Il reste encore de beaux 
fragments de ces divers bâtiments (voy. cloître). 

Jusqu'à présent, nous avons vu l'architecture, née en France à la fin du 
xn«" siècle, se développer avec le pouvoir royal et pénétrer, à la suite de ses 
conquêtes ou à l'aide de son influence politique, dans les provinces voisines 
de l'Ile-de-France. Cette révolution s'acconq^lit dans lespace de peu 
d'années, c'est-à-dire pendant la durée du règne de l*hilippe-Auguste. 
Mais, jusqu'à la fin du xiii«^ siècle , elle ne dépasse pas les territoires que 
nous venons de parcourir. Dans d'autres provinces, au sud et à 1 ouest, 
l'architecture romane suit paisiblement son cours naturel; si elle se 

' Le portail des Libraires (nord) vient d'être restauré, par MM. Desniarels et 
Barliiélemy, avec un soin et une perfection qui font le plus grand fionneuv à ces deux 
architectes. 

i Hisl. di' l'pql. cathéd . de Bnnen. ftouen, 1696. 

3 « Chacun sçait (dit Ponimeraye dans son Hist. de l'ajl. aithrd. de Rouen, p. 35) 
« qu'elle a eu ce nom à cause de la permission que le cardinal Cnillaume d'Estoule- 
.. ville obtint pour les fidelles du diocèse de Roiien et (l'Kvienx d'user de beurre et de 
« laict pendant le carême.... Hobert de Croismare archevêque de fiouen; destina au 
« bâtiment de cette tour les deniers qui furent offerts par les fidelles pour reconnoissance 
" de cette faveur.... La tour ne fut achevée qu'en 1507.... 

* A la suite de l'incendie de 1821, ime partie de la toiinre des grands combles et 
les voûtes de la nef furent refaites à neuf. 



r.ATIIËDItALE 



— ;j(»() 



modilio, ce n'est pas dans son princi|)o, mais dans les détails de son 
orncnieiitafioii. 

LV'^lise al)l)atial(' de Saint-Front de IVrii^ncux avait clé élevée, vers la 
lin du X'' siècle, à rimilalion de l'éj^lisede Sainl-.Marc de Venise (voy. aiu.mi- 
TECTUUE kelicieuse). Pcu apivs, ou en n)cnic temps peut-ctie, on élevait 
Icjilise caihédrale de Péiij^ucux ' et l'église catliédiale deCaliors, toutes 
deux sans tianssepts, et présentant seulement une seule nef avec abside. 

Nous doimons (iO) \e plan de ce dernier edilice. 11 se comj)ose de deux 




coupoles portées sur six gros piliers, huit pendentifset des arcsdoubleaux. 
L'abside est voûtée en cul-de-tour, et trois petites chapelles s'ouvrent 
dans le nnu* du sanctuaire. 

L'église abbatiale de Saint-Fiont était plus étendue et plus riche que 
les deux pauvies cathédrales de (lahors et de la cité de IN-rigueux. 

Dans les j)rovinces de l'Ouest, comme en liouryogne, en Cliamj)agne,en 
Normandie, les églises abbatiales, pendant les x« et xi^ siècles, attiraient 
tout à elles; mais si, dan.s les provinces du Centre et de l'Ouest, la renais- 
sance épiscopale fut moins active au xn» siècle que dans le Nord et l'Est, 
elle fit cep(Midant de grands efforts , sans trouv(^r une école darclùtectes 
laï(|ues toute prête à la seconder, et, dans les ])o|)uIations, un désir j)ro- 
non( é de se constituer en corps de nation. D'ailleurs, l'architecture romane 
de ces dernières provinces avait adopté, pour ses monuments religieux, 
un mode de construction durable, solide, qui excluait les charpentes et, 
par conséquent, annulait les causes d'incendie ; et nous voyons (jue, dans le 



' Nous ilcsi^iioiis ici l';incienne catfiédraie de Péiii^uoiix ol non la caliiodralo 
acUielle, rélal)lie dans l'église abbatiale de Sainl-Kionl. 



— 'Mil — I CATIIÉDIIAI.I'; I 

Nord, à la tin du xii« siècle, la reconsUuction de la plupart des ealliédi-ales 
romanes (>st i)iov()qut'e j)ar des iueendies, eoinnie si ce tléau avait voulu 
venir en aide aux tendances de l'épise()|)at et des populations urbaines. 

A An^oulènie, une eatliediale avait été hàtie au eoinnienecnicnt du 
xii*" siècle ; elle se composait d'une nef à quatre coupoles, avec une abside 
et quatie chapelles rayonnantes (il). Vers IfMuilieu de ce siècle, alors que 



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sur une grande partie du territoire de la France actuelle on élevait ou on 
songeait à élever de nouvelles cathédrales plus vastes, on se contenta 
d'agrandir la cathédrale d'Angoulème par l'adjonction des deux transsepts 
surmontés de deux tours', et on enrichit l'inféiieur de la nef en incius- 
tant des colonnes engagées et quelques détails d'architecture. La façade 
occidentale fut reconstruite et couverte de sculpture. De la primitive 
église, la première ti-avée de la nef demeure seule intacte. A l'extérieur, 
les couronnements furent refaits. 

Nous donnons (42), en A, la coupe sur le transsept nord de cette église, 
et en B la coupe transversale sur la nef*. Les adi(»nctions et les réparations 
à l'église primitive de Saint-Pierre d'Angoulème ne moditient pas le 

1 Seule la lour du nord existe aujourd'tiui. 

2 Nous devons ces dessins à notre ami, M. Abadie, architecte de la catliédraie 
d'Angoulème, qui vient do terminer avec autant de tionlicur que do taiont le démontage 
el la l'econstruclioii pioco |iar pièce do la belle lour dont nous doiuions la coupe. 



I CATHl-DKALK ] — .{(iS — 

système de construction. La liadilion romane est conservée pine. Kn se 




-I ■■';■■ ' ' 1 — I I I I — ■— • — I I j 



ÎOm 



v|j A.KCAXO.iX. 



iap{)ro('hanl des provinces du Nord, le style l)yzanlin des éiilises de 
rOuesl allait, dès le milieu du wv siècle, suhir liidluence des écoles de 
rile-de-France et de Picardie. 

Me 1 1 iri il I Kiri, on bâtissait, à Anfifers, la nef de la cathédrale '. Le 

• Voy. K Arch\i. byzanline en Frnnrp, par M. Friix df Vornoilli, p. ^S!^ o\ suiv. 
Paris, 1851. 



— 369 f r.ATIII-DRAlK 1 

plan do (t'ttc nef (13) se.rapproche beaucoup do celui de la net" de la cathé- 




drale d'Anj^^oulême (fig. -41). Mais, à Saint-Maurice d'Angers, la coupole a 
fait place à la voûte d'arête. Au conniiencement du xui»" siècle, on élève 
les transsepts et le chœur, en suivant encore le système adopté au xii*. 
L'architecture du Nord n'impose ici ni ses dispositions de plans, ni même 
son système de construction ; car ces voûtes d'arêtes sont plutôt des 
coupoles nervées que des voûtes en arcs d'ogive (voy. construction). Les 
nervures diagonales sont une décoration plutôt qu'un moyen de 
construction. Point de collatéraux, point de chapelles; une nef, des 
transsepts et un sanctuaire. 

Saint-Front de Périgueux avait été l'origine de tous les monuments à 
coupole bâtis dans les provinces de l'Ouest pendant un siècle '. Mais, dans 
le Poitou et les provinces du Centre, il s'était, dès le xi«^ siècle, formé une 
(H'ole de constructeurs dont le mode dittV-rait essentiellement de ceux 
adoptés par les architectes romand-byzantins de l'Ouest ou par ceux du 
Noid. Une grande partie des églises romanes du Poitou, du Limousin, de 
la Saintonge, de la Vendée et même du Berry , possèdent une nef avec 
bas-côtés, dont les voûtes atteignent à peu près le même niveau; celles 



Vov. If mémo diiviago, el l'arlicle AiiCHirecTiiRE religieiisk. 
T. II. 



I CATIIÉI)BAI.K I — 370 — 

(les collaléraux , plus étroites , en berceau ou d'arêtes , servent de buttée 
aux voûtes centrales en berceau (voy. ARr.iiiTKc.TiRK uki.kwusk. li^. \î>). 
(l'est contoi-niénient à ce [)rinci|X' (|ue sont conslruites les enlises de 
S;iinl-Savin |)rès Poitiers, de Notre-Dame ladrande, de Melle, de Surj^ère, 
de Saint-Euthrope de Saintes, et niênie dans des provinces éloif^nées, de 
la cité de Carcassonne au xi^ siècle, de Brives et de Limoges au xiii»". Ces 
trois nefs, égales en bauteur, sinon en largeur, ne permettaient de prendre 
des jours que dans les murs des collatéraux, la voùle ceuliale restant 
dans r»»bs< lu'ilé. Ce mode de construction tut adopté ])our redilicatiou 
de lacalbédrale de Poitiers, au commencement du xni'' siècle. Seulement, 
l'arcbitecte donna à ses trois nefs une largeur à peu près égale , et les 
voûtes fui-enl laites en arcs d'ogive avec nerf partant des clefs centrales 
aux clefs des arcs doubleaux. 

Voici (i'O le plan de la cathédrale de Poiti«M's. I,ii encore, dans les 




dispositions c(»nMuc dans le svstème de la construction, linlluence du 



— ;ni — 



[ CATHEDRA I.K J 



Nord est nulle, quoique tous les arcs soient en tiers-point, ainsi qut; dans 
la cathtVirale d'Angers; elle se fait sentir dans le style des moulures et 
dans rornonientation. Grâce à la lari^^eur et à la hauteur des travées, k la 
grandeur des fenêtres jumelles ouvertes au-dessus de l'arcature des bas- 
côtés, cet intérieur est fort clair. Les transsepts ne sont, à vrai dire, que 
des chapelles latérales orientées, et les absides, tracées suivant une 
courbe peu prononcée, ne paraissent pas à l'extérieur. 

Du dehors , la cathédrale de Poitiers , couverte par un cond)le à deux 
pentes, terminée à l'orient par un énorme mur-pignon sans saillies et à 
peine percé, paiait être i)lulùt une salle immense ([u'une église avec nef 
et collatéraux. Hien, dans le plan, n'indique ni le clio'ur, ni le sanctuaire. 
Nous sommes disposé à croire que, connue à Saint-Pierre d'Angoulême, 
des tours avaient été projetées sur les deux transsepts. Une façade de 
style français du Nord fut commencée , vers le milieu du xiif siècle, à 
l'ouest, et flanquée de deux petites tours non achevées. Les constructions 
supérieures de cette façade ne datent que des xiv»^ et xv«^ siècles. Maigre 
sa grandeur, la beauté de sa construction et de ses détails, c'est là, nous 
l'avouons, un monument étrange, une exception qui ne trouve pas d'imi- 
tateurs. 

Nous donnons (45) la coupe transversale de la cathédrale de Poitiers, 




dont les voûtes se rapprochent plutôt, comme à Saint-Maurice d "Angers, 



I r.ATIlÉORALE ] — 'M"! — 

de la coupole nervée que de la voûte en ares d'o^'ive (voy. construction). 
Dans la cathédrale de Poitiers viennent se réunir et s'éleindre les an- 
ciennes dispositions de plan et de coupe des é^dises lonianes du Pctitou, 
à trois nefs égales de hauteur, et les ti'aditions de la construction des 
coupoles byzantines. 

A partir du milieu du xni"' siècle , rarchitecture ogivale française 
s'impose dans toutes les provinces réunies à la couronne, et même dans 
(|uelf|ues-unes de celles qui ne sont encoi'c (pic vassales. Excepté en 
Provence et dans (|uelques diocèses du îMidi . les styles provinciaux 
s'etVacent, et les eti'orts des évêcpies tendent à élever des callicdrales 
dans le style de celles qui taisaient l'orf^ueil des villes dn Nord. 

C'est de 1260 à 1275 que nous voyons trois villes importantes du midi 
jeter bas leurs cathédrales romanes pour élever des édifices dont la direc- 
tion fut évidemment confiée à un même architecte du Nord : Clernumt en 
Auverj,fne , Limoi^^es et Narhonne. Ces trois diocèses connnencenf leurs 
cathédrales, la première en 12(58 et la dernière en 1272, sur des plans 
tellement idenliciues, qu'il est ditliciie de ne pas voir, dans ces lidis 
monuments, la main d'un même maître. IVut-êtie, cependant, la calhé- 
diale de Narhonne, tout (mi appartenant à la même école que les deux 
autres, fut-elle élevée par un autre architecte ; mais, cpuint aux cathé- 
drales de (^lei-inont et de Limof^es, non-seulemeiU ce sont les mêmes 
plans, mais les mêmes profils, les mêmes détails (rornementation, le 
même système de construction. 

Nous représentons ici (4<i) le plan de la cathédrale de Clermoni , la 
première en date '. 

La construction de la cathédrale de (^lermont fut conunencée par le 
chœui'. L'ancienne éptlise romane avait été laissée debout, son abside ne 
venant j,'uère (jue jusquà l'entrée du chœur nouveau -. Le sanctuaire 
achevé vers la fin du xiic siècle, l'éj^dise romane fut démolie, sauf la 
façade occidentale, ol on continua l'œuvre pendant les premières années 
du xiv« siècle. Quatre travées de la nef furent conq)létées. Le travail, alors 
suspendu, ne fut j)Ius repris, et on voit encore les restes de la façade du 
XI*" siècle '. I^a pai'lic orienlale de la cathédrale de (ilern)ont, enlièicmcnl 
bâtie en lave de Volvic, est admirablemcnl conslruile, bien que Ton 
s'aperçoive de l'extrême économie imposée au maître de l'œuvre. Absence 
d'arcalure dans les soubassements des chajjclles, sculpture raie, i)as de 
formerets aux voûtes. Ce qui est surtout remaïquable, à Clermoni comme 
à Limoges et à IVarbonnr, c'est la concession faitf t'vidciumenl aux lia<li- 

' Coiiiiiic Unis les ;iiilr('s plans, celui-ci est ii Tcclicllc de 0,()()l"' |)(Uir inclrc 

- Kn iaisaiit qii('l(|ii('s rouilles, iM. Mallay, aicliilecle, a reU'omé exacteineiil le pian 

de la cathédrale du \'- au xi« siècle, dont les dis|)osilions se ia|)porlaienl a celles de 

tontes les éirlises romanes d'Anvergne. 

3 Denx lonrs qui snhsislaienl encore sur ceUe façade, mais (pii avaient été déiiatu 

rées depuis lon;j;leiiij»s, onl dû èU'c démolies parce cju'elles meiia<,';iieul de s'écrouler. 



;n:j 



[ CATHÉDRALE 



lions méridionales par l'architecte du Nord. Ainsi, les bas-côtés et les 
chapelles sont couverts en terrasses dallées, quoique le triforium ne soit 



L.Ml 




^e-Jin? 1 



point à claire-voie. Les fenêtres hautes ne remplissent pas complètement 
l'intervalle entre les piliers, mais laissent entre elles des trumeaux d'une 
certaine lar^^eur, ce qui est tout à tait contraire au système adopté dans 
toutes les éj^dises du Nord de cette époque. Deux des chapelles carrées du 
chœur, au nord, sont consacrées au service de la sacristie, avec trésor 
au-dessus. 

A la cathédrale de Limoges, dont nous donnons le plan (47), c'est au 
sud et de la même manière que sont placés les services pris aux dépens 
de deux chapelles. Dans les chapelles absidales de ces deux plans, qui 
présenttMit non-seulement des dispositions, mais encore des dimensions 
semhlahlrs, on remanjuera la petite travée d'entrée qui précède le poly- 
gone ; c'est là un parti que nous ne trouvons pas adopté dans les chapelles 
absidales des cathédrales du Noitl. Du reste, comme à Reims, comme à 
Beauvais, les chapelles rayonnantes sont toutes égales entre elles ; il n'y a 
pas de chaj)elle plus jn-ofonde dans Taxe, connue à Amiens, à Troyes, etc. 

La net' de la catlicdralc (le (llermont appartient au mv siècle; celle de 



[ CATHÉDRALE ] — '{7 4 — 

la cathédrale de Linio^^es au w^et même au wi»^ ', ainsi que le pignon du 
transsept noid. L'histoire de la construction de ces deux nKinuincnts est 
doncsemhlahle. Les ressources que les chapitres et les évèques de (llmnont 




et de Limojj;es avaient pu rt'unir, vers la fin du xm^ siècle . pour rehàlir 
leui's cathédi-ales, furent proniptement éi)uisées; et, à Limoges, ce ne tut 
(pi'à la tin du xv siècle que les travaux j)urent être repris, pour être de 
nouveau abandonnés. 

A Narbonne, siège archiépiscopal, la cathédrale de Saint-Just,dont nous 
admirons aujourd'hui le chœur, ne sortit de terre que vers les dernières 
années du xm*" siècle ; entre cet édifice et ceux de Clermont et de Limoges, 
on i-emartpu' une dillérence notable dans le style des profils et des 
détails de la construction. La cathédrale de Narbonne, conçue d'après des 



> La nef de la calliédrale de Limoges resta inachevée comme celle de la cathédrale 
de Cloimont. A l'ouest (voy. tig. 47), on a laissé suhsisler un déi)ris de raïKicMiiie nef 
romane et les soubassements de la tour du xr siècle, renlorcés cl surélevés au xiii' et 
au xiv siècle (vov. CLociiti! . 



— 375 — [ r.ATIIÈDIULK 1 

données hoaucoup plus vastes que ses deux devancières, ne vit élever, de 
1"27''2 à i;{;{0 environ, que son chœur (48) '. 



PEMUD St 




Vers cette époque, Narbonne perdit son antique importance par suite de 

' Ce chœur est à peu près aussi élevé que celui des caihéd raies de Beauvais el do 
Cologne. 



[ (ATllfiimAI-E I .ne» 

l'eiisablomont de son port. La cathédrale resta inachevée; h'S Iraiissepts 
ne furent même pas élevés '. La construction de ce vaste chœur est admira- 
blement traitée, par un hoM)me savant et connaissant j)artailement toutes 
1er; ressources de son arl. Il semble mèm(> (|u'on ait voulu, avant tout, à 
Narboime, faii'c preuve de savoir. Les chapiteaux des piles sont complè- 
tement dépourvus de sculi)ture ; le triforium est d'uiu' simplicité rare; 
mais, en revanche, l'agencement des arcs, les pénétrations des moulures, 
les profds, sont exécutés avec une perfection (pii ne le cède à aucun de 
nos édifices du Nord. Les voûtes sont admiiablement apjtareillées et 
construites. Celles des chapelles et des bas-côlc's (jui reçoivent , connue à 
Limoges et àClermont, un dallaj;»' presque horizontal, ont ()'",i() d épais- 
seur et sont maçonnées en pierres dures. L'ensemble de la constj'uclion, 
bien pondéré, dont les poussées et les buttées sont calculées avec une 
adresse incomparable, n'a pas fait le moindre mouvement; les piles sont 
restées parfaitement verticales. L'architecte, afin de \w pas aflaiblir ses 
points (l'appui princi|)au\ par les passages des galeries, a l'ait tourner le 
mur <'xtérieur du triforium aut(»ur des piles (voy. ahciutkc.ti uk «ELKirKUSK, 
fig. 38). Cette mêniP disposition se retrouve également a la cathédrale de 
Limoges. Mais outre la grandeur de son plan, ce qui donne à la (;athédrale 
de Narbonne un aspect particuUer, c'est la double ceiidure de créneaux 
(|ui reuq)lace les balustrad(>s sur les chapelles, et qui réunit les culées des 
arcs-boutauts terminées eu forme de tourelh^s (voy. aiu.-boi tant, fig. (iiS). 
C'est (|u'en etl'el cette abside se reliait aux fortifications de l'archevêché 
et contribuait , du côté du nord , à la défense de ce palais (voy. évêché). 
C'était, dans les villes du Midi, un usage fré(iuent de f(utilier les cathé- 
drales. Celle de Béziers, outre ses fortitications de la fin du \\w siècle, 
laisse voir encore des ti'aces noiubreuses de ses foililications du xic". La 
partie de la cathèdi-ale de Carcassonne qui date du xi** siècle se reliait aux 
fortifications de la cité. 

Au xiv siècle , nous voyons encore les archevêques d'Alby élever une 
cathédrale qui présente tous les caractères d'une forteresse. Ce fait n'a rien 
d'extraordinaire, quand on se rapi)elle les guerres féodales, religieuses et 
politicjues (|ui ne cessèrent de bouleverser le Languedoc pendant les xu'', 
xni'" et xiv<" siècles, l'our en revenir à la cathédrale de Narbonne, on icmai- 
quera la disposition neuve et originale des chapelles nord du cho'ur, 
laissant entre elles et le collatéral un étroit bas-côté qui produit un grand 
effet , en donnant à la construction beaucoup de légèreté, sans rien ôter 
de la solidité, il est vraisendjlable que cette disposition devait être adoptée 

1 L'un (les archevêques fie Narbonne, peiidanl le dernier siècle , voulut reprendre 
celle consUiiclion el élever l'église au moins jusiiu'ii la ineniière Uavée eu avant des 
Iranssepts ; l'enU'eprise l'ut bientôt suspeudue ; les constructions, reprises de nouveau il 
y a quinze ans, n'ont lail qu'ajouter ([ueUiues assises .^ celles laissées en attente à la Hn 
du xvm' siècle, bans notre plan, la teinte L,'rise indique les constrnclioiis dernières, cl 
le trait le projet prolialilc. 



— ■{"T — I ( ATHÉDUAIK ] 

(laii> la net', (|ui, coiimit' celles de Clermoiit et de Liiiiof,^es, avait été 
pntjetee avec des cliapelles latérales. 

A Narlioiint», la sacristie et le trésor sont disposés dans deux des 
chapellt^s du clueur , au sud ; cest encore là un point de resseudtlance 
avec Clerniont et Linio^'es (voy. fig. 46 et 47). Les fenêtres de ces trois 
monuments fuient j^^arnies de vitraux ; mais ceux de la cathédrale de 
Narhonne . posés seulement pendant le xiv siècle, ne présentent , dans 
toutes les chapelles, excepté dans celle de la Vierjjje, (jue des grisailles 
avec entrelacs de couleur et écussons armoyés. Il semble (|ue Ion ait 
tenu à bamiir la sculpture et la peinture de cette église; aussi est-elh; 
d'un aspect passablement froid. C'est plutôt là l'œuvre d'un savant que 
d'un artiste. Le sanctuaire de Narbonne, connue celui de Limoges, a 
conservé sa clôture formée de tombeaux d'évèques (voy. tombeau). La 
cathédrale de Narbonne possède encore son cloître du xv*" siècle, au flanc 
sud du chœur, connue celle de Béziers (voy. cloître), et des dépendances, 
entre autres une salle capitulaire d'un fort bon style. 

Saint-Just de Narbonne est un édifice unique dans cette contrée du sol 
français, et par son style et par ses dimensions; car les cathédrales du 
Languedoc sont généralement peu étendues, et la plupart ne sont que des 
édifices antérieurs aux guerres des Albigeois, réparées ou reconstruites 
en partie à la fin du xni«" et pendant le xiv^ siècle. 

Toulouse, seule peut-être, possédait, au xn«^ siècle, une grande cathé- 
drale à nef unique sans collatéraux, autant qu'on peut en juger par le 
tronçon qui nous reste de ce vaste et bel édifice '. Mais Toulouse était, au 
xiie siècle, une ville riche, très-populeuse, et fort avancée dans la culture 
des arts. 

Avec celle de Béziers, la cathédrale de Carcassonne ' est une de celles 
qui nous présente cette invasion du style ogival du Nord dans un monu- 
ment roman du Midi. Nous donnons (49) le plan de ce curieux monument. 
La nef et ses deux collatéraux, jusqu'aux transsepts, appartiennent à une 
église de la fin du xf siècle. Immédiatement après que Carcassonne eut été 
réunie à la couronne de France sous saint Louis, l'évêque Radulphe fit 
construire, en style ogival quelque peu bâtard, à l'extrémité du transsept 
sud (qui alors était roman et devait avoir létendue actuelle) , la chapelle 
teintée en gris sur le plan et la salle voisine \ Au connnencemenl du 
xiv^ siècle, l'évêque Pierre de Roquefort ou Rochefort démolit le chœur, 

' CeUe nef dans œuvre n'a pas moins de 54 mètres ; les voûtes sont en arcs d'ogive, 
portées sur des piles et contre-buttées par des conlre-torts formant des travées inté- 
rieures profondes ou des chapelles entre eux. 11 est probable que ceUe disposition était 
une de celles adoptées dans ces provinces avant l'invasion du style français, après les 
guerres des Albigeois. 

- Aujourd'hui l'église de la Cité, le siège épiscopal :iy.tiil, depuis le concordat, élé 
Iransléré dans la ville basse. 

^ CeUe salle a été nioditiée au xv= siècle. Le tombeau de l'évêque Kadulplie est placé 
dans la chapelle (voy. tombkau). 

T. n. . '^^ 



[ CATHÉDKAI.I' ] 'f"!^ 

les transsepls roiuaiis, et hàliteii styl»' ogival pur IVanvais la pai lie orifiilalc 
de la calhédrale que lums voyons aiijoiiidliiii. (lepeiidanl, soil (pioii ail 
voulu se tenir sur les fondations ancinincs du clicxcl cl drs transsepls 



v< 



ï\) 




romans, soit quon ait voulu conserver une disposition liaditionnelle et 
que nous ne voyons guère adoptée, en dehoi's de Careassonne, que dans 
l'éylise d'Obazine, on donna à la nouvelle consiruotion un plan qui ne 
trouve d'analogue nulle part dans le Nord; mieux encore : dans la nef 
romane, il existe des piles alternativement carrées, cantonn(''cs de demi- 
colonnes et cylin(lri(|ues. dette foiine de pilier. (\u'\ n'est pas ordinaire dans 
les constructions d'églises du xiii"' et du xiv siècle, fut ado|)tce pour les six 
piliers formant tètes des chapelles et du sanctuaire, c'est-à-dire que les 
deux piles de la croisée, à l'entrée de l'abside, lebâties en face des deux 
piliers romans laissés en place, prirent la section horizontale en plan de ces 
derniers, et (pie les quatre autres piles sc'parant les cha|)elles des transsepls 
prin'nt la forme cylindricpie, connue pour se relier avec la vieille église; 
partout ailleurs les sections des pilieis du xiv siècle adoptent les formes 
usitées à cette époque. lj'évè(jue Pierre de Ko(|ucfort, en faisant lebàlir la 
partie orientale de sa cathédrale, axait donc r'intenlion de borner là son 
entreprise et de respecter la nef lomane, puisqu'il chenhait à conserver, 
enti'e les deux constructions, une certaine hainionie. malgré la ditVérence 
de style. Ce n était |)lus celle confiance des evè(|ues du iNoi'd , (|ui, au 
XIII'' siècle, lors(|u'ils laissaient subsister, pour le service du culte, une poi- 
tion d'église antérieure, ne le faisaient (ju'à titre provisoire, et ne songeaient 
guère à raccorder leurs nouveaux projets avec ces débris romans destinés 
a être jetés bas aussitôt «pie l'avancement de l'œuvre nouvelle l'aurait 
permis. On voit, d'aillems, combien les consli'uciions dernières de I;i 
cathedraU' de (larcass(»nne sont exigu«'s : on rebàlissail Tcglise pour se 



— .{7".> — j CATIIÉDKALE ] 

coiifonner au ^'oùt du temps, mais on ne pensait pas à l'aj^^-andir ' ; tandis 
qu'à Clermont et à Limoires encore, bien que ces cathédrales ne soient pas 
d'une irraiide dimension, on avait cependant beaucoup anirmenté, au 
XIII'' siècle, le périmètre des èirlises romanes -. Si, a la tiii du xiir- siècle, 
dans le Nord, la puissance qui avait tait élever les cathédrales commentait 
à satiaiblir. il est évident (jue. dans les provinces du Midi, et même dans 
celles alors réunies à la couronne de France, il n'y avait plus qu'un reste 
de l'impulsion piovof|uée |)ar le itrand mouvement de la fin du xii"" siècle. 

l/e\è(|ue Pierre de R(»(|ucfort send)la vouloir, du moins, l'aire de sa 
petite calliediale de Saiiit-Na/aire, si modeste comme étendue, un chef- 
d'œuvre d'éléjj^ance et de richesse. Contrairement à ce que nous voyons à 
Narbonne, où la sculpture t'ait complètement défaut , l'ornementation fut 
prodiguée dans l'église Saint-Nazaire. Les verrières innnenses et nom- 
breuses (car ce chevet et ces transsepts sont une véritable lanterne) sont 
de la plus grande magnificence (voy. vitrail) comme composition et 
couleur. Le sanctuaire, décoré des statues des apôtres, était entièrement 
peint. Les deux chapelles latérales de l'extrémité de la nef, au nord et au 
sud, ne furent probablement élevées qu'après la mort de Pierre de 
Rochefort, car elles ne se relient pas aux transsepts comme construction, 
et dans l'une d'elles, celle du nord , est placé, non pas après coup, le 
tombeau de cet évèque . Tun des plus gracieux monuments du xiv siècle 
que nous connaissions (voy. tombeau). 

Les grands vents du sud-est et de l'ouest qui régnent à Carcassonne 
avaient fait ouvrir la porte principale au nord de la nef lomane; une 
autre porte est percée dans le pignon du transsept nord. Le clocher de 
l'église, qui datait du xi^ siècle, s'élevait sur la première travée de la nef 
et servait de défense, car il dominait la nuu'aille de la cité, qui . alors, 
passait au raz du mur occidental. 

En A est le cloître: il reliait les bâtiments du chapitre et de l'évèché à 
l'église. Des deux côtés du sanctuaire, entre les contre-forts, sont réservés 
deux petits sacraires qui ne s'élèvent que jusqu'au-dessous de l'appui des 
fenêtres. Ces sacraires sont garnis d'armoires doubles fortement ferrées 
et prises aux dépens du mur. Ils servaient de trésors, car il était d'usage 
de placer, des deux côtes de l'autel principal des églises abl)atiales ou des 
cathédrales, des armoires destinées à contenir les vases sacrés, les reli- 
quaires et tous les objets précieux. A Saint-Xazaire , on avait habilement 
profité des dispositions de la construction pour établir d'une manière fixe 
ces sacraires qui, le plus souvent, n'étaient que des meubles (voy. autel). 

Les cathédi'ales des diocèses de la France actuelle avaient tous, ou peu 

• Ce plan est à hi même échelle que les autres, 0,001'" pour mètre. 

* La crvpte romane de l'église cathédrale de Limoges , qui existe encore et était 
placée sous le chevet, n'arrive guère qu'au milieu du s:incluaire actuel. Les fonda- 
tions de la lalhédrnle romane de (Mormont ne dépassent pas la premiiTi' travée du 
chœur. 



I (,ATiif:i)«\i !•: I — •{^<* — 

s'en faut, reconstniit leurs cathédrales pendaiil lt's\ii>'. \iii' et \iv siècles; 
ceux dont l'teuvre de reconstruction n'avait été conunencée (|ue lardive- 
nicnt ne purent , la plupart, la terminer. Les j,aierres qui, ])endant la 
dernière moitié du xiv^ siècle et le connuencement du xv«', ensanglan- 
tèrent le sol français, ne permirent pas de continuer ces monuments 
tardifs. Ce fut seulement à la fin du xv«" siècle et au conmiencemenl du 
\vi* que l'on reprit les travaux. Alors, comme nous l'avons dit en décri- 
vant (|uelques-uns de ces grands édifices, on fit de nouveaux eHorts; à 
Troyes, à Auxeire, à Tours, à Évreux, à Fiouen. à Heauvais. à Limoi^es, à 
Bourj,^es, à Ncners, etc., les évé(|ues et les chapitres consacrèrent des 
sonnnes considérables à parfaire des monuments que le refroidissement 
du zèle des po|)ulalions et les guerres avaient laissés incomplets. Quelques 
cathédrales, en bien petit nombre, furent commencées à cette époque. 
Le xv«; siècle vit fonder la cathédrale de Nantes, celles d'Auch, de Mont- 
pellier, de Hhodez, de Viviers ; les gueires religieuses du xvi'' siècle tirent 
de nouveau suspendre les travaux. 

Nous ne devons pas quitter ce sujet sans parler de la cathédrale dAlby , 
monument exceptionnel, tant à cause du principe de sa construction et de 
ses dispositions particulières que par la nature des matériaux employés, 
la brique. 

• Nous donnons (50) le plan de la cathédrale dAlhy '. néjà nous avons 
parlé de deux cathédrales ilu midi de la France qui pouvaient, au besoin, 
servir de forteresses : Narbonne et Béziers; ce parti est plus franchement 
accusé encore dans l'église Sainte-Cécile d'Alby. La tour occidentale est 
un véritable donjon , sans ouvertures extérieures à rez-de-chaussée. Du 
côté méridional , une porte fortifiée se reliant à une enceinte défendait 
l'entrée qui longeait le fianc de la cathédrale, et s'élevait au niveau du sol 
intérieur au moyen dun large ennnarchement. Du côté du nord, des 
sacristies fortifiées reliaient la cathédrale à l'ai'chevêché, fort bien défendu 
par d'épaisses nmrailles et un magnifique donjon ^ 

Sainte-Cécile d'Alby, conunencée vers le milieu du xiv*" siècle, n'est 
qu'une salle iunnense terminée par une abside et ('omj)létement entourée 
(le chapelles, polygonales au chevet, carrées dans la nef. Ces chapt^lles sont 
prises entre les contre-forts qui contre-buttent la grande voùle;àdeux 
étages, ces chapelles communiquent toutes enti'e elles, au premier étage, 
par des portes percées dans les contre-forts, et forment ainsi une galerie. 
Ces chapelles du rez-de-chaussée sont, les unes voûtées en berct^iu ogival, 
les autres en arcs d'ogive, irrégulièrement, ainsi (\nc rindi<|ue le plan. 
Les voûtes du premier étage des chapelles sont toutes en arcs dogive. 
Les contre-forts, ou séparation des clia|)elles, au-dessus du soubass«Mnenl 
continu, se dégagent en tourelles fiantpiantes dont la section hoiizonlale 
donne un arc de cercle dont la fièche est courte. Des fenêtres étroites et 

' A l'ôclicllc (lo (),()()!"' pour nictro. 

2 Cet iiiclicvt'ilié l'iail ori^'iiiaircnicnl lo palais des comtes di; Idiilduse. 



— '{^^1 — [ CATHÈDUALi; ] 

i(m}j;ii('s. porcéos Sfnilcmciil au premier claiic . dans les imiis, entre les 
ennli'e-torls, éclairent le vaisseau. 




La construction de cette éi^iise fut interrompue vers le commencement 
du xyp siècle; les couronnements projetés, et qui certainement ne devaient 
être qu'un crénelage, ne furent pas montés. Au conmiencement du 
xvre siècle, on se contenta de placer des balustrades aux ditïérents étages 
de la tour, de faire quelques travaux intérieurs, le porche sud, et la clôture 
du chœur avec un jubé qui occupe la moitié du vaisseau et forme ainsi 
comme un bas-côté autour du sanctuaire, (le grand édifice , entièrement 
bâti en briques, excepté les meneaux des fenêtres, les balustrades et la 
clôture du chœur qui sont en pierre, fut enduit à l'intérieur et complè- 
tement couvert de peintures de la fin du xve siècle et du xvi' '. 

' Voy. la cuiipe de la calliédralo dAlljy, a railicle auchitk.ctirk reiigieisk, lig. ol . 



La catlicdralc dAlby est certaiiiêiucnt leditice ogival le plus imposant 
dos pro\iiU'«'s du Midi; il est (railleurs orii^^iiial, et n'a pas subi, coinnie 
Narltonne, IIIk (df/,, Mende. Hé/iers, les iniluenees du Nord. Il dérive des 
éfîlises de la ville basse de Carcassonne, de laiieieiMie catbédrale de Tou- 
louse, uKiMuiiicnls leligieux sans bas-côtés, (|ui n'élaieiit eux-mêmes 
(|uinie application des constructions quasi-romaines de Fréjus, de Notre- 
Danie-des-Dons d'Avij^Mion, de la iMajor de Marseille, éfdises rap|)elant le 
système de consfructinn adopté dans la basilique de ('onstaiitin à Kome. 

Si la cathédrale (lAlby est unéditice <»^ival dans les moyensd'execution, 
il faut reconnaître qu'il est, comme dispositi(»n de plan, connue structure, 
complètement roman et môme antique. Le style oj,Mval n'est là qu'une 
concession faite au ^oi\t du temps, l'application d'une forme étranj^fère, 
nullement une nécessité. La voûte de la cathédrale d'Alby pounait être un 
Krand beiceau plein cintre, pénétré par les petits berceaux Iraiisveisaux 
fermant les travées entre les contre-forts; la stabilité de ICdilice n'eût 
rien perdu à l'adojjlion de ce dernier système roman ou romain ; et nous 
dirons même que les voûtes en arcs d'ogive qui couvrent les travées entre 
les contre-forts, à la hauteur de la finaude voûte, sont un non-sens; la 
véritable consliuction de ces voûtes eût dû être faite en berceaux, bandés 
perpendiculairement à la nef et portant sur ces contre-forts. Ce parti eût 
été plus solide et suitout plus logique. 

C'est en étudiant les monuments (|ui ont admis les formes de l'architec- 
ture ogivale sans en bien comprendre l'esprit, que l'on reconnaît combien 
le style adopté, à la fin du xne siècle, dans le nord de la France, est 
impérieux; cond)ien il se sépare nettement de tous les autres modes 
d "architecture antérieurs. 

L architecture romaneest multiple; dérivée du principe anti(|ue romain, 
elle a pu pousser des rameaux divers, ayant chacun leur caractère particu- 
lier. Il n'en est pas et ne peut en être de même de l'aichilecture ogivale : 
il n'y aqu'wwe architecture ogivale; il y a dix, vingt architectures romanes. 
Nous voyons en A(|uitaine, en Auvergne, en Poitou, en Normandie, en 
Homgogne, en Alsace, en Provence, en Picardie, dans l'Ile-de-Fiance, dans 
le iMaine, en ChaMq)agne, des écoles romanes (pii se dévelo|)pent chacune 
dans leur propre sphère, bien qu'elles soient filles de la même mère, 
connue les langues italienne, française, espagnole se sont développées 
chacune de leur coté, quoique dérivées du latin. Pour(|uoi? C'est que dans 
I "architecture romane, connne dans rarchileclure anti(pie, la forme d'art, 
renvelo|»pe ne dé|)en(l |)as absolument de la consti uclion , du besoin à 
salisfaiie ; l'art est libie, il ne dépend que de la tiadition et de rins[)ira- 
tion; il n'est pas une déduction dun principe absolu. Veut-on des exem- 
ples? Nous ne répéterons pas ici ce qu'on a dit du t(Mnple grec, qui repro- 
duit en pierre ou en marbre une construction de bois; nous estimons trop 
ces maîtres dans tous les arts, pour les accuser d'avoir ainsi manqué aux 
règles les plus sinq)les du bon sens, et par cons(''(|ueiil du bon goût; mais 
il est certain que, dans l'archileclure greccpir, les ordres prennent une 



.ÎH.'} — I (.ATHfiDKAI.K ) 

iiu|)ortaiice, ('(MUiue art, qui doiiiint' I aichitocle; l'arl est le inailrede son 
iiiia^Miiatioii, plus fort (|iie son raisonnement. Aussi, que t'ait l'artiste? Il 
fait tendre toutes les facultés (l(^ son esprit à perfeetionnei- cette tornie qui 
l'élicint ; ne pouvant l'assouplir, il la polit. Les Honiains, peu ai'tistes de 
leur nature, prennent la fcu'uie d»' l'art ^rec pour l'ai)pliqu(M' à des monu- 
ments qui nont aucun rapport avec les principes de cet art. Ils trouvent 
des ordres; entre tous, ils adoptent volontiers le plus riche; confondant, 
comme tous les parvenus, la richesse avec la beauté, et ces ordres dont 
l'oriiïiiu' est j)ait'aitenient rii,'oureuse et définie, ils les appliquent au 
rebours de cette orij^ine. Les Komains veulent des arcs et des voûtes; les 
Grecs ne connaissaient que la plate-bande. On devrait conclure de ceci 
que les Romains ont trouvé ou cherché une forme nouvelle propre à leur 
nouveau système de construction; point. Les Romains prennent la forme 
grecque, l'architecture grecque, les ordies grecs, et les plaquent, comme 
une dépouille, contre leur construction ; peu leur importe que la raison 
soit cho(|uee de ce contre-sens; ils sont les maîtres. Mais ce sont des 
maîtres qui font passer le besoin, la nécessité avant la satisfaction des 
yeux ; il leur faut de vastes monuments voûtés ; ils les construisent 
d'abord, puis, leur progranmie rempli, trouvant un art tout fait, ils s'en 
emparent, et l'accrochent à leurs murailles comme on accroche un tableau. 
Que ceux qui voudraient nous taxer d'exagération nous expliquent com- 
ment, par exenq:>le , on trouve, autour du Colysée, des ordres complets 
av(;c leurs plates-bandes (des plates-bandes sur des arcs !) ; dans l'intéi-ieur 
des salles des Thermes , des ordres complets , avec leurs corniches sail- 
lantes, sous des voûtes (des corniches saillantes à l'intérieur, comme s'il 
pleuvait dans l'intérieur d'une salle !). Il est évident que les Grecs, amants 
avant tout de la forme . ayant trouvé cette admirable coml)inaison des 
ordres, étant parvenus, guidés par un goût parfait, à donner à ces ordres 
des proportions inimitables, se sont mis à adorer leur œuvre et à lui 
sacrifier souvent la nécessité et la raison : car, pour eux, le premier de 
tous les besoins était de plaire aux sens; que les Romains, indifférents 
au fond en matière d'art, mais désireux de s'approprier tout ce qui dans 
le monde avait une valeur, ont voulu habiller leur architecture à la 
grecque, croyant que l'art n'est qu'une parure extérieure qui embellit 
celui qui la porte, quelle que soit sa qualité ou son origine. 

L'habitude prise par les Romains de se vêtir des habits d'autrui a lini 
par produire, on le conc^-oit facilement, les costumes les plus étranges. 
L'architecture romane, dérivée de l'architecture romaine, n'ayant plus 
même sous les yeux ces principes grecs pillés par les Romains, a inter- 
prété les traditions coii'ompues de cent façons diti'erentes. La forme 
n'étant pas intimement liée à la matière, n'en étant pas la déduction 
logique, chacun l'interprétait à sa guise. C'est ainsi que l'art roman a pu, 
à son tour, s'emparer des lambeaux du vêtement romain , sans en com- 
prendre l'usage. puis(|u'il n'était (piune jtanire empruntée, et arriver, 
dans les ditferentes jjrovinces des (iaules, a former des écoles sépart'es et 



I CATIII-DKALE | — -iHi — 

qui pouvaient se divisera linliiii. Il n'en est pas ainsi de rarcliilccluic 
(|ui naît au xii'' siècle : tilio du rationalisme moderne, chez elle le calcid 
précède lapplication de la tonne; bien [)his, il la connuande, il la somnet ; 
si, parce besoin naturel à 1 homme, il veut qu Clle soil belle, il faut (|ue 
ce soif suivant la loi d'unité. 

En entrant dans le domaine dun autre art, nous pourrons peut-être 
nous faire mieux conqirendre... I/architecture antique, c'est la mélodie; 
l'arclntecture du moyen àj^e , c'est l'harmonie. L'harmonie, dans le sens 
que nous attachons à ce mot, c'est-à-dire l'arrangement. et la disposition 
des sons simultanés, était inconnue chez les anciens (Irecs; lantiphonie, 
au temps d'Aristote, était seule pratiquée, c'est-à-dire les octaves produits 
par des voix d'honmies et de fenniies ou d'enfants chantant la même 
mélodie, ('e ne fut que pendant les premiers siècles de notre ère que 
l'usat^e des quartes et des quintes fut admis dans la nnisique ^rec<|ue, et 
encore l'échelle tonale de ses modes se j)rètait si peu aux sons simultanés, 
que la pratique de l'harmonie était hérissée de ditliculles et son enq)loi 
fort leslreint. M. Vincent ', maljijré des etïbrts persévérants pour découvrir 
les traces de l'harmonie chez l(>s Grecs, n'a encore pu arriver à aucun 
résultat concluant. 

Dans l"Et;lise latine, au contraire, l'harmonie n'a cessé de prendre des 
développements rapides, et c'est i)rincipalement au moyen àj^e (ju'il faut 
raj)porter l'invention et l'établissement des rèj^les qui ont élevé cet art à 
la plus merveilleuse puissance. 

Dès l'époque de Charlemagne, on trouve des traces de l'art de combiner 
les sons simultanés, et cet art s'api)elle or<ianum, arsorganandi. Il était 
réservé à Hucbald, moine de Saint-Amand au x<' siècle, de donner une 
grande impulsion à l'harmonie, en établissant des règles tlxes (!t fécondes. 
Aux diaj)honies à mouvements semblables succéda , au xi<" siècle, la dia- 
phonie à mouvements contraires et à intervalles variés, comme le prouvent 
les ouvrages de Jean Cotton et d'autres auteurs. Enfin, pendant les xn« et 
xni'' siècles, l'harmonie s'em'ichit successivement de tous les accords qui 
forment la base de la composition nnisicale moderne; et les traités de 
Jean de (iarlande, de l*icrrt^ IMcard, de Jérôme de Moravie, etc., prouvent 
surabondannnent l'emploi, dans la synq)honie, des tierces, des quartes, 
des quintes, des sixtes, des septièmes même, la résolution des intervalles 
dissonants sur des consonnances par mouvement contraire ; et bien plus 
encore , l'existence des notes de passage, du contre-point double et des 
imitations ^ 

Or, s'il est deux arts qui peuvent être comparés, ce sont certainement la 

' Membre de riiislilul. 

- Si l'on cloute de nos assertions, on peut consulter TexcelUMii ouvi;igi> de M. de 
(loiisseniaker sur celte niatièri', el les travaux de M. VéWx (Mcnioiil, (|ui a tiioii 
voulu nous fournir tous ces renseiyneuionts scieutiliiiues (voy. les Annales avchml. d<' 
M. Didron). 



.'Wri [ CAIHÉURAI.K I 

iiiiisi(|iif l't larcliilecliiit' ; ils s'expliciuriit l'un |»iir l'aiilif ; ils ne pidcèdeiit 
ni lun ni lautiv de l'imitation de la nature : ils cirent. Pour ciéei-, il laut 
calculei'. j>r»'voii'. conslruii-e. Le musicien (|iii seul, sans instruments, 
sans articuler un son. enlend. la jjlume à la main et le |)a|iier leglé devant 
lui, la composition harmonicjue la |)lus c(»mprK|uée. (jui calcule et combine 
l'ettet des sons sinmitanés; Taichitecte qui, à l'aide d'un compas et d'un 
crayon , trace des projections sur sa planchette, et voit, dans ces tracés 
géométriques et dans des chittVes, tout un monument, les etléts des pleins 
et des vides, de la lumière et des ombres; qui pr(''voil . sans avoir besoin 
de les peindre, les mille moyens delever ce fju'il conçoit; tous deux, 
musicien et architecte, sont bien forcés de soumettre l'inspiration au 
calcul. Les peuples primitifs trouvent tous des mélodies : c'est la création 
d'instinct, lépanchement extérieur par les sons d'un sentiment ; mais à 
notre civilisation moderne seule apj)artient l'harmonie : c'est la création 
voulue, préméditée, calculée, raisonnee de l'honmie qui est tourmenté 
par l'éternel u Pourquoi?»; qui cherche, travaille, et veut, en produisant 
un etiét, en obtenant un résultat, que son labeur paraisse, qu'on apprécie 

les efforts de sa raison et la science qu'il lui a fallu déployer pour créer 

Vanité 1... soit; niais plus l'homme mordra au fruit de l'arbre de la 
science, plus sa vanité croîtra. Peut-être (Dieu veuille que nous nous 
trompions 11 le jour n'est-il pas éloitiiié oii l'amour de l'art sera remplacé 
par la vanité de l'art. 

L'architecture grecque est une mélodie rhythmee ; mais ce n'est qu'une 
mélodie, admirable, nous en tombons d'accord. Enlevez d'une mélodie 
un membre, ce qui restera n'en sera pas moins un fragment de mélodie; 
enlevez un ordre d'un tenq)le grec, ce sera toujours un ordre que vous 
pourrez appliquera un palais, à une maison, à un tombeau. D'un morceau 
d'harmonie, d'une synqjhonie, retirez une partie, d ne reste rien, puisque 
l'harmonie n'est telle que par la simultanéité des sons. 

De même, dans un édifice ogival, toutes les parties se tiennent; elles 
n'ont adopté certaines formes que par suite d'un accord d'ensend)le. La 
lecture de ce Dictioimaire le prouverait ; nous ne pouvons nous occuper 
d'un détail de l'architecture ogivale, et expliquer sa fonction, qu'en indi- 
quant sa place, les circonstances qui ont imj>osé sa forme, sa raison d'être, 
indéj^endamment du goût de l'artiste ou du style dominant. Le même 
soutile moderne (|ui faisait substituer l'hai inonie à la mélodie dans TsT 
musique faisait, au \ir siècle, renqjlacer. dans l'architecture, les tradi- 
tions plus ou moins (•orronq)ues de l'art antiiiue i)ar une succession de 
combinaisons soumises à un piincijje absolu. Les cathédrales sont le pre- 
mier et le plus grand etlorl du génie moderne apjjliqué à l'architecture, 
elles s'élèvent au centre d'un ordre d'idées opposé à l'ordre antique. Et, 
pendant qu'on les construisait, les études de la philosophie grecque, du 
droit romain, de l'administration romaine, étaient en grande faveur. 

Au xii*" siècle, l'esprit moderne prit à l'antiquité certains j)rincipes de 
vérité éternelle poui' se les a[)propriei- r[ les transformer. Au x\e' siècle, on 
T. II. lu 



I CATIII-DUAI.K I •W> 

s'empara de la forme aiilique, sans trop se soucier du fond. C'est donc une 
erreur, nous le croyons, de présenter, connne quelques écrivains de noire 
temps ont voulu le l'aire, rarchilectui-e née au xii>' siècle connne une sorte 
(le déviation de resj)ril humain ; déviation hruscpie, sans relations avec ce 
(jui a précédé et ce (pii doit suivre. Si Ton j)rend la peine déludier sérieu- 
sement cet art, en mettant de côté ces repi-oches banals eni^endrés par la 
prévention, répétés par tous les esprits paresseux, on y trouvera, au 
contraire , développés avec une grande énergie , les éléments de ce que 
nous appelons nos con(|uètes modernes , l'ordre gén(M-aI avec l'indépen- 
dance individuelle, lunité dans la variété ; Iharmonie. le concours dt^ tous 
les membres vei-s un centre connnun; la science qui s'impose à la forme, 
la raison qui domine la matière; la critique enlin, pour nous servir d'un 
mot de notre lenq^s, qui veut que la tradition et rinspiration soient soumises 
à certaines lois logiqut^s. Et ce n'est pas seulement dans la combinaison 
géométrique (les lignes de l'architecture ogivale (|uen( tus trouvons l'expres- 
sion de ces principes, c'est encore dans la sculpluie, dans la statuaire. 

L'ornementalion et riconogra|)liie de nos grandes cathédrales du Jiord 
se soumettent à ces idées d'ordre, d'harmonie universelle. Ces myriades 
de figures, de bas-reliefs qui décorent la callu'drale, composent un cycle 
encyclopédique, (jui renferme non-seulement toute la nature créée, niais 
encoi-e les passions, les vertus, les vices et l'histoire de l'humanité, ses 
connaissances intelleclut^lles et physiques, ses arts et même ses aspirations 
vers le bien absolu. Le temple grec est dédié au culte de Minerve, ou de 
Neptune, ou de Hiane; et, considérant ces divinités au |)()int de \ue 
mythologique le plus élevé, on ne peut disconvenir (ju'il y a là comme un 
morcellement de la Divinité. Le temple de Minerve est à Minerve seule; 
son culte ne satisfait qu'à un ordre d'idées. L<' Crée qui désire se rendre 
propices les diviniU'S , c'est-à-dire la puissance surnaturelle maîtresse de 
l'univers et de sa propre existence, doit aller successivement sacrilier à la 
porte des douze dieux de l'Olympe ; il ne peut, à son point de vue, croire 
(ju'un sacrifice fait à Cérès pour obtenir de bonnes récoltes lui rendra 
Neptune favorable, s'il doit faire un voyage sur mer. 

Nous adniellons volontiers que les grands esprits du paganisnievoyaieni, 
dans les dillérenls mytlH'S(iu"ils adoraieni, les (pialiles diverses et person- 
uiliees d'une |)uissan('e divine; mais, eiitiii . il fallait une viétodie jiour 
chacun de ces mythes. L'harmonie moderne ne pouvait enirer dans le 
cerveau d'un (ire(;; elle n'avait pas de raisons d'exister; au contraire, tout 
la repoussait. Avec le christianisme, l'idée du moicellement des qualités 
de la divinité disparaît ; en priant, le chrélien inqilore la pi-oleclion de 
IHeu pour lui, pour les siens, })our ce qu il possède, pour l'humanité tout 
(litière ; son Dieu enibnisse l'univers sous son regard. Or cette idée chré- 
tienne, chose singulière, nous ne la voyons matériellement dévelop|)ée 
qu'au xiie siècle, 11 semble que, jusqu'à ce réveil de l'esprit moderne, la 
tradition païenne laissait encore des traces dans les espi'ifs, connne (>lle 
en laissait dans les l'(»rm(>s de rarchileclure. .Ius(|u"au \w siècle, les églises. 



— '.\H1 — [ CATHÉKKALli | 

nièiue nioiiasli(|ues, conservent ([uolque chose du niorcelleiuent de la 
Divinité antiqii(\ En voyant les nond)reuses sculptures romanes {|ui déco- 
rent nos monuments occidentaux, on ne sait trop connnent rattacher ces 
imajjjeries à nue uh'n' conmiune. Les traditions locales, le saint vénéré, les 
tendances ou l'histoire des populations, dirii^cnt le sculpteur. L'Ancien <'l 
le Nouveau Testament se mêlent aux légendes. Si nous visitons une é'^Wse 
clunisienne, nous voyons que saint Antoine, saint Benoit, l'archange saint 
iMichel jouent un rôle important dans riconograi)hie; on retrouve ces per- 
sonnages partout , en dedans et en dehors, sans qu'il soit possihie d'assi- 
gner un ordre hit'rarcliique à ces représentations. Tout cela est entremêlé 
de figures d'animaux hizarres, et nous ne croyons pas que la symboTuiue 
romane puisse jamais être claire pour nous, puisque saint Bernard lui- 
même traitait la plupart de ces sculptures de monstruosités païennes. 
Admettant, si l'on veut, que la fantaisie de l'imagier n'ait pas été pour 
beaucoup dans le choix des sujets, toujours est-il que chaque église, sauf 
certaines représentations invariables, possède son iconographie propre. 

Avec la cathédrale de la tin du \iv siècle, surgit l'iconographie métho- 
dique, et, pour en revenirà notre conq)araison musicale, chaque sculpteur, 
en faisant sa partie, concourt à l'ensemble harmonique; il est astreint à 
certaines lois dont il ne s'écarte pas, comme pour laisser à la symphonie 
sa parfaite unité. 

Beaucoup d'églises cathédrales, avant cette grande époque de l'art 
français, se composaient de plusieurs églises et oratoires. Connue premier 
pas vers l'unité, les évèques qui reconstruisent ces monuments, aux xrr 
et xrne siècles, englobent ces églises et ces chapelles dans la grande 
construction; puis ils adoptent une iconographie dont nous allons essayer 
de présenter sommairement le vaste et magnifique tableau. Disons d'abord 
que les cathédrales qui nous donnent un ensemble de sculptures à peu 
près complet sont les cathédrales de Paris, de Reims, d'Amiens et de 
Chartres, toutes les quatre dédiées à la sainte Vierge. 

Trois portes s'ouvrent à la base de la façade occidentale. Sur le trumeau 
de la porte centrale est placé, debout, bénissant de la droite et tenant 
l'Évangile de la main gauche, le Christ honmie'; ses pieds reposent 
sur le dragon. Les douze apôtres sont rangés des deux côtés contre les 
ébrasements -. Sur le socle du Chiist est la figure de David ', ou les 
l)i'ophètes qui ont annoncé sa naissance, et les arts libéraux * en bas-relief. 
Sous les apôtres sont sculptés, en bas-relief, les vertus et les vices, cha(|ue 
vertu j)lacée au-dessus du vice contraire ^ Les quatre signes des évangé- 

' Paris, Amiens, porliiil principal; (liiarires, portail niciidional ; Roinis, portail 
st'ptenlri(,)nal. — - - hlrm. 

■' Amiens. 

* Paris. 

■'' Paris, Amiens. A Chartres, les vérins et les vires sont soulplé> sni les piles du 
|)(ireiie méridional. 



I CAIIlIlDKAI.K I ."ÎSiS 

listes occupent les an^'les «les éhrasenienis '. On \(»if sélever, sur les deux 
pieds-droits, a la droite du Christ, les vierj^'es sages; à la gauche, les 
vierges folles - ; au-dessous d'elles, un arhre feuillu, aurpiel sont sus|)en- 
(lues des lampes, du coté des vierges sages; du coté des folles, un arbre 
mort frappe «lune cognée^. I^e linteau ([ui ferme la j)orte au-dessus du 
trumeau représent<» la Résurrection, le pèsement des âmes et la séparation 
(les élus des danmés. Au-dessus, dans le tympan, le (Ihiist au jour du 
jugement, nu, montrant ses plaies; des anges tiennent les instruments de 
la Passion; la Vieige et saint. lean à genoux, imj>lorant le divin Juge'. Dans 
les voussures, des ;uiges''; à lagauche du Ciirist. les su|)plices des danmés; 
à la droite, les élus; jtuis les niartyrs, les confesseurs, les vierges martyres, 
les rois, les patriarches, ou des prophètes, quelquefois un arbfe de Jessé *. 
Des deux côtés de la porte, l'Eglise et la Synagogue '. Le trumeau de l'une 
des deux portes latérales est occupé par la statue de la Vierge tenant 
l'enfant Jésus * ; ses pieds portent sur le serpent à tète de femme. Sur le 
socle est sculptéf^ la création de Ihomme et de la femme, et Thisloire de 
la tentation ^ Sur la tèie de la Vierge, et lui servant de dais, l'arche d'al- 
liance, soutenue par des anges'". Des deux côtés, dans les ébrasements, 
les rois Mages, l'Annonciation, la Visitation, la Circoncision, David ". Sur 
le linteau de la porte, on voit les rois et les prophètes '% ou Moïse et 
Aaron et des prophètes '\ xVu-dessus , la mort de la Vierge '% ou son 
ensevelissement par les apôtres et Tenlèvement de son corps par les 
anges '^ Dans le lynq)an, son couronnement "^. Les voussui'f^sco'ilieiment 
des anges, les rois ancêtres de la Vierge, et les prophètes (pii ()nt annoncé 
sa venue ". La troisième porte est ordinairement réservée au saint patron 
du diocèse (à Amiens, c'est saint Firmin qui occupe le trumeau); des deux 
côtés. dans les ébrasements, viennent les représentants de Tordre religitnix 
dans Tancienne et la nouvelle loi, Aaron. Melchisedech et l'Ange; les 
premiei's prèlres martyrs, saint Etienne, saint D(Miis, etc.; quelquefois des 
saints vénéi-és <lans la localité, comme sainte Mlphe, saint Honoré et saint 
Salve à Amiens, i^es linteaux et tynqwns de ces portes, consacrées au 
saint palron du diocèse, contiennent sa légende et l'histoire de la transla- 
tion de ses reliques '^ Sur les soubassements ou les pieds-droits de lune 
de ces portf^s latérales sont sculptés, en bas-relief, un /.odiacpu» et les tra- 
vaux de l'année '^. A Amiens, sur l«»s faces des contre-forts, en avant des 
trois portes, sont posées les statues des prophètes, et, au-dessous, les 
pi'ophéties dans des médaillons; c'est connue une sorte de prologue aux 

' Paris. — 2 |»mis , Amiens, Sens.— ■'Amiens. — '• Paris, .\miens, iieinis, 
Chartres. — ^ l*aris, Amiens, Reims, C-liartres. — "Amiens. — ' l*aris. — «A 
l'aris, la Vierge esta la porte de gauche, en iT^ardanl le portail ; à Amiens,, à la porte 
de droite. — ' Paris, Amiens. — '" /(/t/n. — "Amiens, Keims. — '* Paris. — 
1-' Amiens. — ''• Paris, Seidis. — '•' Amiens, Senlis. — '" Paris, Amiens, Seidis , 
Reims. — ''' .Vmiens. — '''Reims, portail sei)lenni()nal ; Amiens. Paris, Meaux , 
porlaii méridiunal. '■' Paris, {{einis, .Vmiens. 



— 3S'.> — I CATHÉI)KAI,K | 

scènes sculptées autour des portes et qui tieiinenl a la nouvelle loi. Sur 
les façades des ^'randes cathédrales du litre de sainte Marie, mère de Dieu, 
au-dessus des portes, on voit une série de statues colossales de rois ancê- 
tres de la Vierjie '; ils assistent à sa ^loritication. Une galerie supérieure 

I A Paris, à Iteims, à Amiens, on a voulu voir, dans ces statues de rois, la série 

des rois de France; et celte idée populaire date de tort loin, puisqu'elle est déjà 

exprinu';e au xm' siècle. L'une de ces statues, iiivarialileiucnt posée sur nu lion, est 

alors prise pour l'epin. Dans Im .Wlll manièrcf; de vilai)ts, manuscrit qui dale de la 

tin du xiii'- siècle, on lit ce passage : •' \À vilains Babnius est cil ki va devant Nolre- 

.. Dame il i'aris, et regarde les rois et disl : ■- Vés-la Pépin, vés-la Charleniainne. " 

• Et on li coupe sa borse par derière. ■> Nous ne voyons pas cependant que les 

évèqnes qui, h la tin du mi' siècle, fixèrent les règles générales de l'iconograpliie 

des cathédrales, aient voulu représenter les rois de France sur les portails des églises 

du titre de Sainte-Marie , mais bien plutôt les rois de .luda; car rien ne rappelle 

riiisloire contemporaine dans ces grands monuments, ou, quand par hasard elle s'y 

montre, ce n'est que d'une numière très-accessoire. Le manuscrit cité ici est une 

satire, el son auteur a bien pu d'ailleurs, en taisant ainsi parler le badaud parisien 

devant le portail de Notre-Dame de Paris , vouloir rappeler une erreur populaire. 

Il nous paraît bien pins conforme à l'esprit de l'époque d'admettre que les statues 

des rois sont des rois de .luda, puisqu'ils complètent, par leur présence, les 

représentations des personiuiges qui participent ii la venue du Christ. Le roi 

toujours posé sur un Hou , et tenant luie croix et une épée, ne peut être que 

David; l'autre roi, tenant également une croix et un anneau ou un globe, Salomon. 

D'ailleurs, avant le règne de Philippe- Auguste, et même jusqu'à celui de saint Louis, 

les évèques ne pouvaient avoir, de la puissance royale, les idées admises à la tin 

dn xiii' siècle. Il nous suffira, pour l'aire comprendre ce qu'était, au \u' siècle, 

un roi de France aux yeux de l'évèque el du chapitre de Paris , «le citer un 

fait rapporté par un écrivain contemporain , Ltienne de Paris. <> J'ai vu , dit-il , 

' que le roi Louis (VU), qui voulait arriver un jour à Paris, étant surpris par 

« la nuit , se relira dans un village des chanoines de la cathédrale appelé Creteil 

« [Crislolium]. Il y coucha; et les habitants fournirent la dépense. Dès le grand 

«- matin , on le vint rapporter aux chanoines ; ils eu furent fort affligés et se dirent 

<• l'un à l'autre : « C'en est fait de l'Kglise, les privilèges sont perdus : il faut ou que 

•• le roi rende la dépense , ou que l'ollice cesse dans notre église. » Le roi vint à la 

'■ cathédrale dès le même jmr , suivant la coutume où il étoit d'aller à la grande 

« église, quelque temps qu'il fît. Trouvant la porte fermée, il eu demanda la raison, 

" disant cjne si quelqu'un avoil olfensé cette église, il vouloit la dédommager Un lui 

« répondit : « Vraiment , sire , c'est vous-même qui , contre les coutumes et libertés 

« sacrées de cette sainte église, avez soupe hier à Creteil, non à vos frais, mais à 

« ceux des hommes de cette église : c'est pour cela que l'olfice est cessé ici, et que 

. la porte est fermée, les chanoiiu's étant résolus de plutôt soutlrir toutes sortes de 

« tourments que de laisser de leur temps enfreindre leurs libertés. » Ce roi très 

.< chrétien fut frappé de ci s |)aroles. ■■ Ce qui est arrivé, dil-il, n'a point été fait de 

.. dessein prémédité. La nuit m'a retenu en ce lieu, et je n'ai pu arriver à Paris 

« comnu' je me l'étois proposé, (^est sans force ni contrainte que les habitants «le 

■< Creteil ont fait de la dépense pour moi ; je suis fâché maintenant d'avoir accepté 

■ leurs ollres. (jue l'évèque Thibaud vienne, avec le doyen Clément, que tous les 

chanoines approchent, et sinloiit le chanoine (pii est prévôt de «e village : si je suis 



[ CATHÉDKAI.K ] '.\W 

reçoit la statue de la sainte Vieif^e entourée d'anges '. C'était de ce hakon 
élevé qu'au Dinianelie des Rameaux le clergé entonnait, en plein aii. le 
(jfloria (levant le peui)le assemblé sur le parvis. Le sonnnet du pij;n(»n de 
la nef poi'te une statue du (Ihrisf bénissant . ou un ani,^e sonnant de la 
tiompette, connue pour rappeler la scène du .luiicmenl deinier tracée sur 
le tympan de la porte centrale. Les sculptures des portes nord et sud des 
transsepts sont ordinairement réservées aux saints particulièrement vénérés 
dans le diocèse^, ou, comme à Paris, du côté sud, consacrent le souvenir 
de l'une des éiilises annexées à la cathédrale avant sa reconstruction '. 
Autour de la catlit'drale , sur les contre-loils , contre les parois des clia- 
|)elles ', des statues d'anj^es tiennent les ustensiles nécessaires au service 
religieux, des instruments de musique *, comme pour indiquer que 
IKglise est un concert éternel à la gloire de Dieu. 

Nous ne pouvons ici entrer dans tous les détails de la statuaire de nos 
grandes caihédiales du Nord ; ce serait sortir du cadre déjà très-large (|ue 
nous nous sommes tracé. N(»us avons seuleuKMit voulu tu'wo comprendre 
le principe d'unité (jui avait dû diriger les sculpteurs. Un a pu le voir, par 
cet exposé sommaire, non contents de tracer l'histoire de la naissance du 
Sauveur, les évêques voulaient, aux yeux de tous, établir la généalogie de 
la Vierge, sa victoire sur le démon, sa gloritication, les l'apports (jui 
exist(Mit entre Tancienne et la nouvelle loi par les prophéties, et surtout 

" en lort , je veux doiiiier salist'actioii ; si je n'v suis pas, je veux m'en tenir à leur 
« avis. » Le roi resta en prière devant la porte en ailt'udanl Tèvèque et les clianoines. 
« On tit l'ouverture des portes; il entra en l'église, y donna pour caution du dédoni- 
« niagenient la persoinie de l'évêque même. Le prélat remit en gage aux clianoines ses 
« deux chandeliers d'argent; el le roi, pour marquer par un acte extérieur qu'il 
« vouloit sincèrement payer la dépense qu'il avoii causée, mit de sa propre main une 
« baguette sur l'autel , laquelle toutes les parties convinrent de laire conserver soi- 
« gneusement , h cause que l'on avoit écrit dessus qu'elle étoit en mémoire de la 
" conservation des libertés de l'Kglise. » (L'al)bé L<'beuf, Hisl. rfc.s /)/or. de Paris, 
t. XII.) Nous le demandons, est-il possible dadmcttre ipie , quarante ou cinquante 
ans après une scène de ce genre, l'évêque et le ciiapilre de Paris eussent l'ait placer, 
sur le j)ortail de la catliédiale neuve, au-dessus des trois portes, au-dessus du Christ, 
des statues coh)ssales des rois de France, qtiami on (îommençait à peine à se faire une 
idée du pouvoir monarchique V 

* A Paris. Autrefois à Amiens. 

■i On n'a pas ouldié (pi'à Paris"' l'une des deux églises caliiédraies était placée sous 
le titre de saint Klienne. Le tympan de la porte sud retrace la prédication et le mar- 
tyre de ce saint, dont la statue était posée sur le trumeau; dans les ébrasemenis 
étaient rangées les statues de saint Denis, de ses deux compagnons, et de quelques 
autres saHits évècpies (hi diocèse. La statue de saint Ktienne se vovait encore dans 
l'une des niches latérales tie la l'açade. Ce fut, en etïet, pour bâtir cette l'açade que l'on 
détruisit les restes de la vieille église de Sainl-lllienne ; et lors de la consUnction de 
cette l'açade, le portail sud n'était point élevé. 

i lleinis. 

• Palis, biir les pii;ii(Piis des leiièties des chapelles du elneiir ; iîeims. 



'{-H I CATIlfiDUAr.K I 

fVapjior les iiua^iiiiatioiis i>ar la roprésentatioii du Jiif^cnH'iU dorniei'. de la 
récompcDst' des l)()nset de la luiniliou des niécliauls. Comme épisodes d<? 
ce jiiaiid poi'iiie, la paraliole des vierges sai^'os, celle de renfaiit piodi^aie, 
(pielqiieluis îles scènes tirées de l'Ancien Testament, la tentation et la 
chute d'Adam, la mort d'Ai)el, le délui;e, l'Instoii-e de Jose|)h, de Jolt, 
celle de David, les principaux exemples de la faiblesse^ de la rési{,Miation 
ou (lu cduraj^^e humain, de la venj,Tance divine; puis ces tijjrui'esénerf,Mques 
des vertus et des vices pei-soimitiés; puis, enfin, l'ordre naturel, les 
saisons, les éléments, les travaux de l'atirieiUture. les sciences et les arts. 
L'iconographie de la cathédrale, à l'extérieur, embrassait donc toute la 
création. 

Dans Téiilise, la statuaire était remplacée par les peintures des verrières; 
sur ces splendides tapisseries, on retrouvait, dans le ch(eur, la Passion de 
Jésus-Christ, les apôtres, les évanj^élistes et les prophètes, les rois de Juda; 
dajis la nef, les saints évéques. Les fenêtres basses retraçaient aux yeux 
les légendes des saints, des paraboles, l'Apocalypse, des scènes du Juge- 
ment dernier; celles de la chapelle du chevet consacrée à la Vierge, son 
histoire, ses légendes, l'arbre de Jessé, les prophéties, les sibylles. Le 
pavage venait à son tour ajouter à la décoration en entrant dans le concert 
universel; au centre de la nef était incrusté un labyrinthe (voyez ce mot), 
figure symbolique, probablement, des obstacles (|ue rencontre le chrétien 
et de la patience dont il doit être armé; c'était au centre de ce labyrinthe 
que les noms et les portraits des maîtres des œuvres étaient tracés, 
conune pour indiquer qu'ils avaient eu, les premiers, à traverser de 
longues épreuves avant d'achever leur ouvrage. Sur les dallages des 
cathédrales, on voyait aussi, gravés, des zodiaques', des scènes de 
l'Ancien Testament *, des bestiaires^. Si nous ajoutons à ces décorations 
tenant aux monuments les tapisseries et les voiles qui entoui'aient les 
sanctuaires, les jubés enrichis de fines sculptures, les peintures légen- 
daires des chapelles, les autels de marbre, de bronze ou de vermeil, les 
stalles, les chasses, les grilles admirablement travaillées, les lampes 
d'argent et les couronnes de lumière suspendues aux voûtes, les armoires 
peintes ou revêtues de lames d'or renfermant les trésors, les statues en 
métal ou en cire, les tombeaux, les clôtures de chœur couvertes de bas- 
reliefs, les figures votives adossées aux piliers, nous pourrons avoir une 
idée de ce qu'était la cathédrale, au xin-' siècle, un jour de grande céré- 
monie, lorsque les cloches de ses sept tours étaient eu branle, lorsiju'un 
roi y était revu par l'évêque et le chapitre, suivant l'usage, aussitôt son 
arrivée dans une ville. 

Dépouillées aujourd'hui, mutilées par le temps et la main des hommes, 
méconnues pendant plusieurs siècles par les successeurs de ceux qui les 

' Canterbury. 

^ Saiiit-Omor. 

■' (ienève ; ('aiilcihiirv. 



[ rAVALIEK 1 — .■{«.>t> — 

avaieiil élevées, nos cathédrales apparaissent . au milieu de nus xilio 
|)(>puleuses, coininede grands cercueils; cependant elles inspireni toujours 
aux populations un sentiment de respect inaltt-rahle; à certains jdurs de 
solennités pnhiicpu's, elles reprennent leur voix, une nouvelle jeunesse, 
et ceux mêmes (jui répétaient, la veille, sous leurs voûtes, rpie ce sont 
là des monuments dun autre âi,'e sans signiticalion aujourdliui , sans 
raison d'exister , les trouvent belles encore dans leur vieillesse et leur 
pauvreté '. 

CAVALIER, s. m. On dési^Mie ainsi un ouvrafje en terre élevé au milieu 
des bastions ou boulevards, pour en doubler le feu et commandei' la 
campafjne. Ce n'est guère qu'au xvi» siècle que Ton eut Tidée d'exécuter 
ces ouvrages pour renforcer des points faibles ou jjour dominer des fronts. 
On en exécuta beaucoup, pendant les guerres de siège de cette époque, 
en dedans des anciens fronts fortitiés du moyen âge, et on leur donnait 
alors généralement le nom de plaie- fonnc ; ils présentaient connue une 



» Un jour qii('l(iii'im nous dit, en pitrcoiirant riniiMUMir de Notro-Daino d'Amiens : 
« Oui, c'est i'uil l)L'uu ; mais c'est lolic de vouloir conserver, i|uand même, ces 
monuments d'un autre âge qui ne disent plus rien aiijourd'luii. Vous pourrez galva- 
niser ces grands corps , la manie de l'archéologie et du (jotliiquc leur donnera quel- 
ques années d'existence de plus ; mais , celte mode passée , ils t(Mnl)eront dans l'oultli. 
ad milieu de populations qui ont besoin de chemins de 1er, d'écoles, de marchés, 
d'abattoirs, de tout, enfin, ce qui est nécessaire à la vie journalière. ■> A quelques 
jours de là , une grande solennité publique appelait dans la cathédrale un immense 
concours de monde; elle était parée de quelqiu's maigres tentures, son chu-ur 
étincelail de lumières. Notre interlocuteur ne se souvenait [>lus de son discours 
précédent; il s'écriail alors : << Vraiment, c'est bien là le monume.it de la cité; tout 
ce qu'on peut faire pour donner de l'éclat à une cérémonie publique n'a jamais cet 
aspect imposant du vieux monument qui appelle toute la |)opul:ition de la ville sous ses 
voûtes. Voyez c(jnune celte loule donne la vie à ce grand vaisseau si bien disposé pour 
la contenir! Combien d'illustres personnages ont abrité ces arceaux! Quelle idée 
merveilleuse d'avoir voulu et su élever la cathédrale comme un témoin éternel de tous 
les grands événements d'une cité, d'un pavs; d'avoir (ail (pie ce témoin vil. ])arle, eu 
présentant au peuple ces eveniples tirés de Ihisloire de i humanité, ou plulôl du cœur 
humain! •■ Pour un peu , notre interlocuteur, entraîné i)ar la grandeur du sujet, nous 
eût accusé de froideur. Telle est aujourd'hui la cathédrale française ; aimée au fond 
du cœur par les populations; tour à tour llattée et honnie par ceux qui sont charmés 
de s'en servir, mais (pii ne songent guère ;i la conserxei'; oeeupéi' par un clergé sans 
ressources , et souvent insouciant; énigme pour la plupart, dernier vestig • des temps 
d'ignorance, de superstition et de barbarie pour quelques-uns, texte de phrases creuses 
pour ces rêveurs, amaleurs de poésie nébuleuse, qui ne voient qu'ogives élancées vers 
le ciel, dentelles de pierre, sculi>ture mvstérieuse ou lanlaslique, dans des moniMuents 
où tout est méthodique, raisonné, clair, ordonné et précis ; où tout a sa place marquée 
d'avance, et retrace l'histoire morale de riiomnie, les efforts persévérants de son intel- 
ligence contre la force matérielle et la barhai'ie. ses épreuves et son derni<'r reiiige dans 
un UKtude meilleur. 



— :\\):\ 



C.AVAIIKK 



suite de t'orliiis détachés, possédant des feux de face et de flanc, avec une 
pente douce du côté de la ville pour amener les pièces et pouvoir les 
mettre en halttM'ies. Les cavaliers étaient ou semi-cii'( idaiies ou carrés. 
Les ])lus anciennes re|)résentations de cavaliers se voient li^inces sur les 
bas-rclicls en niarhrc, du connnencement du \\v siècle, (pii j^arnissent les 
parois du tond)eau de Maxiniilien, à Inspruck. 

Voici (h un de ces cavaliers copié sur l'un de ces h.is-rcliefs représentant 




la ville d'Arias. 11 es! en portion de cercle, établi en arrière d'un bastion A 
possédant un orillon avec deux batteries découvertes C et une batterie 
casematée D au niveau du fond du fossé. Le cavalier B est revêtu et planté 
à cheval sur la gorge du bastion ; il commande ainsi les dehors, le bastion 
et les deux courtines voisines. La fig. '2 nous montre un autre cavalier 
carré fermé sui- ses quatre faces, élevé au milieu d'un bastion dont les 
parapets sont munis de fascines et de gabions. Ce cavalier est également 
revêtu, percé d'une porte; ses parapets sont garnis de fascines. Cette 
seconde figure est copiée sur le bas-relief représentant l'enceinte de la 
ville de Vérone. 

Lorsque l'on éleva, au xvi^ siècle, des bastions en avant des anciennes 
enceintes du moyen âge, on conserva souvent, de distance en distance, les 
tours les plus fortes <le ces enceintes, en détruisant seulement h^s courtines; 
on remplit ces tours de terre, on enleva leurs crénelages, et on établit des 
plates-formes sur leur sommet pour recevoir une ou j)lusieurs pièces de 
canon. Les tours furent ainsi converties en cavaliers. Mais, en France, 
ces dispositions ne furent prises qu'accidenlellement et pour profiter 
d'anciennes défenses, tandis qu'en Allemagne, nous les trouvons, dès 
le \vi^ siècle. (M'igées en système, ainsi (|u"oii piMil le voir encore à 

M» 



T. M 



CAVAI ii:u 



— :\\)'i 



iNiirtMubor^. Dans la Inrtiticatioii iiiodcnit' iiit'iiit' . U's AlItMiiaiids ii (tut 
pas renonce aii\ lours isolées, hâties. de dislaiicr fii distance, en arrière 




desouvra^'es extérieurs. A la Kochelle, pendant les sièges que cette ville 
eut à subir à la fin du xvif siècle, des cavaliers en teiTC d'une jurande 
importance fuient ('levés en arrière des anciennes enceintes, et, étant 
armés de pièces à longue portée, liren! heaucouj) de mal aux assiégeants. 
Les cavaliers tienncMit lieu aussi, dans certains cas, de traverses, c'est-à- 
dire que leur élévation au-dessus des courtines et des bastions empêcbe 
l'artillerie des assiégeants d'enfiler des ouvrages dominés du debors; ou 
bien, comme à Sainl-Omei' encore, au xvii'" siècle, du côté de la porte 
Sainte-Croix (3), ils commandent au loin des jdaines s'abaissant vers les 
abords d'une place , et l'orciMit l'assiégeant à ne connnencer ses travaux 
d'approcbe qu'à une grande distance. Ce cavalier de la porte Sainte-Croix 
deSaint-Omerse composait d'une haute batterie semi-circulaire revêtue A, 
protégée par un fossé i)lein d'eau : elle doublait les feux du saillant EC 
de la ville le plus lacilcment attaquable, et, au moyen du fosst'' (]ui 



— ;{«».% — 



C.AVK I 



reiitoluait |)i>'S(|in> nitièreinent, donnait aux assiéjjésiiiicdciiiit'redéCens»' 
assez forlo poui- arrêter l'ennenti qui eût pu s»* loiicr <laus le Imstion sail- 




lant, et le forcer, pour passer outre, de faire un nouveau siège, (l'est 
encore là une dernière trace du donjon du moyen âge. 

CAVE, s. f. Étage souteriain voûté. prati(jué sous le rez-de-chaussée des 
habitations. De tout temps, les palais, les maisons ont été bâtis sur caves. 
Les caves ont l'avantage dempècher l'humidité naturelle du sol d'envahir 
les rez-de-chaussée des habitations, et procurent un lieu dont la tempéra- 
ture égale , fraîche . permet de conserver des provisions de bouche qui 
entreraient en fermentation si elles restaient exposées aux changements 
de la température extéi'ieure. Mais c'est surtout dans les pays de vignobles 
(|ue les caves ont cté particulièrement pratiquées sous les maisons. En 
Bourgogne, en Champagne, dans le centre et le sud-ouest de la France, 
on voit des maisons anciennes, d'assez chétive apparence, qui possèdent 
jusqu'à deux étages de caves voûtées, construites avec soin, quelquefois 
même taillées dans le roc. 

Pendant le moyen âge. les \illes, clant entourées de muiailles. ne [)ou- 
vaient setendie ; il en résultait que les terrains réservés aux consliuctions 
particulières, lorsque la population augmentait, devenaient fortchers; on 
prenait alors en hauteur et sous le sol la place que l'on ne pouvait obtenir 
en sui'face , et les caves étaient (|uel(|uefois habitées. On y descendait 
ordinairement |>ar une (uuerluie pratiquée devant la façade sur la voie 
nubruiiie. Dans (piehpies villes de pruvinee. el parlicnliereiiieiil en |{(iin' 



I ciiai>a(;m 1 — :UH> — 

i^ofïiie , on voit encore un i^rand iKiniltrc de ces descentes de caves (jui 
einpièlent siii' la rue, et sont lerniées par des volets léfîèrenient inclinés 
|ioui- luire écouler les eaux pluviales (voy. maison). 

CAVEL, ^. Ml. \icii\ iiini (jui siyiiitie une clievilli' lU- li(ii>. uwv clef 

(VOy. CLEF). 

* 

CÈNE (la). Dernier repas de Jésus-(^hrist entouré de ses apôtres. La 
(lène est (juelcpu'fois sculptée sur les tynii)ans des portes de nos églises 
du moyen ài^c. On la voit tii^urée en bas-relief sur le linteau de la porte 
occidentale de l'église abbatiale de Saint-Gerniain-des-Prés {xii« siècle). 
Une des plus belles représentations de la Cène se trouve sur le linteau de 
la porte principale de l'église de Nantua {wr siècle). Cette sculpture est 
fort i-eniarqnable; on ne voit à la table de Jésus-Christ que onze apôtres ; 
Judas est absent. Le nom de chaque apôtre est gravé au-dessus de lui. 
Voici l'ordre dans lequel sont placés les apôtres , en counnen^ant par la 
gauche du spectateur : Simon, Taddsus, Bartholomens, Jacobus,' Ma- 
theus,Petrus, (leChrist),Johannes, Andréas, Jacobus, lMiiiipi)us. Thomas. 
Saint-Jean appuie sa tète sur la poitrine de Notre-Seigneur. Dans le tympan 
au-dessus, on voit le Christ entouré des (piatre signes des évangélistes; 
mais ce bas-relief a été conq)létement mutile , ainsi que les anges qui 
garnissaient la première voussure. Sur les chapit(>aux (|ui portent les 
voussures, on voit, sculptés, l'Annonciation, la Visitation, la naissance 
du Sauveur, le voyage des Mages et l'Adoration des bergers et des Mages. 
Sur le linteau de la porte de droite de la façade de Notre-Dame de Dijon 
(xin*' siècle), au-dessous du crucitiement sculpté dans le tynipan, on voit 
aussi une représentation de la Cène, malheureuscMuent fort mutilée. La 
l'assion de Notre-Seigneur est fréquemnient représentée en sujets légen- 
daires sur les verrières des églises. La Cène ouvre la série de ces sujets, et 
l'apôtre saint Jean, placé le plus souvent à la droite du Christ, y est encore 
représenté incliné sur la poitrine de son maître. Dans les monastères, 
on peignait souvent la (>ène sur un des nmrs du réfectoii'e; mais nous 
n'avons jamais pu lenconlrer en Fiance une seule de ces peintures 
(•onq)lète. 

CERPELIÈRE, ^. f. Vieux mot (|iii est enq)loyé connue cercle, enceinte 
circulaire. 

CHAFFAUT, ^. m. Vieux mot dont on a fait ce h a failli, l liaffaul sem- 
ployail principalement poiu' désigner un a|»pentis, un houi'd (voyez ce mot). 
Lu ClKunpagne, en Pxuiigogne, ou dit rncori' cita f faut \)i)ur ('cliafaud. 

CHAINAGE, ^. m. Ce mot s'apidicpie aux longiines d<' bois, aux succes- 
sions de (Tampons de fei- posj's connue les < hainons d une chaîne, ou 
même aux barres de fer noyées dans ré|)aisseur «les nuns. liori/.oulale 



;{«)7 — I CHAINAGE 1 

iiKiit, et destinées à pnijW'clu'r les éeartements, la dislocatioiides construc- 
tions en maçonnerie. 

Les Romains, et même avant eux les Grecs, avaient Tliahitude, lorsqu'ils 
construisaient en assises de pierres de taille ou de marbre, de idier ces 
assises entre elles par de ^ros iioujons de ter, de bronze ou même de bois, 
et les blocs entre eux par des crampons ou des queues d'aronde. Mais les 
Grecs et les Romains posaient les blocs de pierre taillés à côté les uns des 
autres et les uns sur les autres sans mortier (voy. joint, ht). Le mortier 
n'était employé, chez les Romains, que pour les blocages, les ouvrages 
de moellon ou de brique, jamais avec la pierre de taille. 

Dès repocpie mérovingienne, on avait adopté une construction mixte, 
qui n'était plus le moellon smillé des Romains et qui n'était pas l'ouvrage 
antique en pierre de taille : c'était une sorte de grossier blocage revêtu 
de parements de carreaux de pierre assez mal taillés, et réunis entre eux 
par des couches épaisses de mortier (voy. construction). 

Du temps de César, les Gaulois posaient , dans l'épaisseur de leurs 
murailles de défense, des longrines et des traverses de bois assend)lées 
entre les rangs de pierre. Peut-être cet usage avait-il laissé des traces 
même après l'introduction des arts romains dans les Gaules. Ce que nous 
pouvons donner comme certain, c'est que l'on trouve, dans presque toutes 
les constructions mérovingiennes et carlovingiennes, des pièces de bois 
noyées longitudinalement dans l'épaisseur des murs, en élévation et 
même en fondation '. Ces pièces de bois présentent un équariissage qui 
varie de 0,12 c. X 0,12 c. à 0,20 c. X 0,20 c. 

Jusqu'à la fin du xn-- siècle, cette habitude persiste, et ces chaînages 
sont posés, comme nos chaînages modernes, à la hauteur des bandeaux 
indiquant des étages, à la naissance des voûtes et au-dessous des couron- 
nements supéi'ieurs. Les travaux de restauration que nous eûmes l'occa- 
sion de faire exécuter dans des édifices des xf et xw siècles nous ont 
permis de retrouver un grand nombre de ces chaînages en bois, assez bien 
conservés pour ne pas laisser douter de leur emploi. Dans la net de 
l'église abbatiale de Vézelay , qui date de la fin du xi'^ siècle, il existe un 
premier chaînage de bois au-dessus des archivoltes donnant dans les 
collatéraux, et un second chaînage, interronq:)U par les fenêtres hautes, 
au niveau du dessus des tailloirs des chapiteaux à la naissance des grandes 
voûtes. Ce second chaînage de bois offre cette j)articularité qu'il sert 
d'attache à des crampons en fer destinés à recevoir des tirants transversaux 
d'un mur de la nef à l'autre à la base des arcs doubleaux. Ces tirants 
étaient-ils (h'stinés à demeurer toujours en place pour éviter l'écartement 
des glandes voûtes? nous ne le pensons [las. Il est à croire qu ils ne 
devaient rester posés que pendant la construction, jusqu'à ce que les nmrs 

' II n'est pas besoin de dire que le bois ;t disparu, et se trouve réduit en poussière ; 
mais son moule existe dans les inaronueries. I,e bois, Inlidenirnl privt" d'air t-l 
entouré di' riminiditt' iii'iniaiiiMilc de la niai-oniierie, est bienlôl [luuiri. 



CIIAINAUK 



— 39S — 



jioutferols fusseiil charges, (HJ juscju'à ce (jiu' les iiioiliei-s des voùles 
eussent acquis toute leur dureté, c'est-à-dire ius(|u"au déciiilraf,'e 

(VOy. CONSTRUCTION). 

Voici (1) coniuient sont posées les cliaines de bois et les iiiauds cram- 




pons ou crochets destinés à recevoir un tirant, en supposant les assises 
supérieuies eidevées; et ("2) la coupe du nuu' avec la position du chainajic 
A et du crochet en ter R sous le sonunier des grands arcs douhleaux. 

En démolissant la tour d<' l'église abbatiale de Saint-Denis, qui datait 
du milieu du xir siècle, on trouva, à chaque élaiic, un chaînage en bois 
d'un fort é(|uarrissage chevillé par des chevilles en fer aux retours 
d"é(iuerre, ainsi (jue lindiciue la tig. li, et noyé dans le milieu des murs. 
La pourriture de ce chaînage, formant un vide de près de 0,30 c. de sec- 
lion dans l'épaisseur de la maçonnerie et sur tout son pourtour, n'avait 
l»as peu contribué à déterminer l'écrasement des parements intérieurs et 
extérieurs. Des croix horizontales en bois venaient en outre s'assemblei- 
dans les mili(>u\ des longrines, à chafjue étage, comme l'indique la tig. 4, 
et devaient relier les quatre trumeaux de la tour entre les baies ; mais ces 
croix, visibles à l'intérieur, avaient été brûlées, au xn^" siècle, avant la 
construction de la tlèche. 

.Nous trouvons encore, pendant la première moitié du xiu« siècle, des 
chainag<'s en bois dans les constructions niilitain's et civiles. Le donjon du 
cliâlcau de (loucv laisse^ \oir. à tous ses étages, au nixeau (\u sommet des 



— ll\)\) — [ CIlAlNACiK ] 

voiUcs. (les cliainaues rirculairos on bois, de (),;{(>X(>/2r)r. dï'quarrissajjo 




environ, sortes de ceintures noyées dans la maçonnerie, desquelles partent 




des chaînes rayonnantes é^'alement en bois, passant sous les bases des 
piles engagées portant les arcs de la voûte et venant se réunir au centre 

(VOV. CO.NSTRlf.TION. DON.ION). 



CIIAINACK 



KM) — 



(IcporKlant, à la lin du \m' sièclecléjà, on r«'('<>unul prohahlciiinii le |i(ii 
(le (liiive des chainaj^fs en bois, cai- on tenta de les renipiacei' pai' des 




cliainages en for. La j^n-ande corniche à damiers qui couronne le choeur de 
la cathédrale dt^ Paris, o\ qui dut être post'e vers 11^)5. se conqiose de 
trois assises en pierre dure t'oruiant j)ari)ain^, dont les morceaux sont tous 
réunis ensend)le par deux ranj^xs de erauq)(uis. ainsi (|ue l'indique la lij;. .%. 




^ 



N^^^NVV\m 






~--^>\-^AXN'V-;, 






Cela constituait, au sonunet de 1 editice, au-dessus des voûtes, un puissant 
chaînage; mais ces crampons, en s'oxydanf, et prenant, par suite de cette 
décoiuposition, un plus fort volume, eurent pour effet de fêler presque 
toutes ces pierres loiii;itu(linalemeiit. el de faire, de celle léie de mur 
homogène, tiois uuns juxtaposés. 



— 401 — 1 CHAINAGE ] 

En construisant la Sainte-(]hap(^lle de Paris, Pierre de Montereau se 
rapprocha davanta^'e du système des cliainaj^es modernes. Au niveau du 
dessous des ai)puis des fenèti-es de la chappelle haute, à la naissance des 
voûtes et au-dessous ^\o la corniche supérieure, il posa une suite de cram- 
pons d»' ().;j() c. il O.oO c. de louj^ueur, ([ui, au lieu d'être scellés dans 
cha(|ue morceau de pierre, vinrent s'agrafer les uns dans les autres, 
coid'ormémenl à la fij;. (5. Celte chaîne, posée dans une rij^ole taillée dans 




le lit de l'assise, fut coulée en plomh. Le chaînaf^e, au niveau de la nais- 
sance de la voùle, se reliait, à chaque travée, à une foi-te harre de fer de 
0,05 c. d'é(|uarrissaj>e, passant au-dessus des chapiteaux des meneaux, à 
travers ceux-ci, et faisant ainsi partie de l'armature des vitraux. A mi- 
hauteur des fenêtres, il existe des barres semblables, qui sont reliées 
entre elles dans l'épaisseur des piles. Ce système de chaînage était certai- 
nement moins dangereux que celui employé au sommet du chœur de la 
cathédrale de Paris; cependant il eut encore, malgré la masse de plomb 
dont il est enveloppé, Tinconvénient de faire casser un grand nombre de 
pierres. Pour donner une idée de la puissance du gonflement du fer, 
lorsqu'il passe à l'état d'oxyde ou de carbonate de fer, nous ferons observer 
que le chaînage placé au-dessous des appuis des grandes fenêtres de la 
Sainte-(>hapcll(% en gonflant, souleva les assises composant ces appuis et 
les meneaux qu'elles supportent, au point de faire boucler ces meneaux et 
de les briser sur quelques points, bien qu'ils soient d'une grande force. 

Au \ui^ siècle, le fer ne se travaillait qu'à la main, et on ne possédait 
par des forges comme celles d'aujourd'hui, qui fournissent des fers passés 
au cylindre, égaux et d'une grande longueur. Pierre de iMontereau eût pu 
ce|)endant chainei- la Sainte-Chapelle au moyen de pièces de fer d'une plus 
grande longueur que celles indiquées dans la tig. (i, puisque, dans le vide 
des fenêtres, les traverses se reliant aux chaînages ont plus de quatre 
mètres de long; mais il faut croire qu'alors la difliculté de faire forger des 
fers de cette longueur et d'une forte épaisseur était telle qu'on évitait d'en 
employer, à moins de nécessité absolue. 

Au xiv^ siècle, on voit déjà de hnigs morceaux de ( hahies en fer posés 

T. M. :»i 



! (iiviN\(iK i — -40:2 — 

dans les coiislruclions. iNous citerons^ entre autres cxtniples, la l'avade de 
la cathédrale de Strasl)oiUi,% qui, de la hase jusciuà la hauteur du |)ie(l de 
la flèche, est chaînée av<'c un irrand soin à tous les étapes, au moyen de 
lonj^ues harres de fer j)lal hien forcées, noyées entre les lits des assises; 
le chœur de l'ancienne cathédrale de ('aicassonne, qui est de même soli- 
dement chaîné au moyen de lonj,aies et fortes harres de fer passant à 
travers les haies, et servant d'armatures aux vitiaux; l'éjJtlise Saint-(\uMi 
de Rouen, la cathédrah' (le Narhonne. 

l>es architectes du wu*" siècle n'enq)loyèrent pas seulement les chainaj^es 
à demeure, noyés'dans les constructions; ils s'en servirent aussi connue 
d'un moyen provisoire pour maintenir les poussées des arcs des collaté- 
laux sur les piles intérieures, avant que celles-ci ne fussent charj^ées. 
Dans le chreur et la nef des cathédrales de Soissons et de Laon, dans la nef 
de la cathédrale d'Amiens, dans le ch(eur de celle de Tours, constiuctions 
élevées de l''21<> à \^2'M), on ohserve, au-dessus des chapiteaux poitant les 
archivoltes et les voûtes en arcs d'oyives des has-côtés, entaillées dans le 
lit inférieur des sommiers, des pièces de bois sciées au ras du ravalement ; 
ces pièces de bois n'ont jruère que 0,12 c. X 0,12 c. d'équarrissa^e. Ce 
sont des tirants posés, en construisant les voûtes, entre les cintres doubles 
sur lescpifis on bandait les archivoltes et les arcs doubleaux, et laissés 
iuscju'à rachèvement de l'édifice, c'est-à-dire jusijuau moment où les 
piles intérieures étaient charj^ées au point de ne plus faire ciaindre un 
bouclement produit par la poussée des voûtes des bas-côtés. On pouvait 
ainsi, sans risques, décintrer ces voûtes, se servir des bols pour un autre 
usage, et livrer même ces bas-côtés à la circulation. La construction 
terminée, on sciait les tirants en bois. 

La fig. 7 ' fera conq)rendre l'emploi de ce procédé fort ingénieux et 
simplg,. On \oit en A le bout du chaniage de bois scié. Ce moyen avait élé 
indiqué pai' l'expérience; beaucoup de piles intérieures d'églises, bâties à 
la tin du XII'" siècle, sont sorties de la verticale, sollicitées par la poussée 
des voûtes des bas-côtés avant l'achèvement de la construction : car, poui- 
interrompre le culte le moins longtemps possible, à jieine les bas-côtés 
»'taient-ils élevés, on fermait les voûtes, on les décintiait, on établissait un 
plafond sur la nef centrale à la hauteur du triforium, et on entrait dans 
l'église. 

A la cathédrale de Keims, dont la construction est exécutée avec un 
grand luxe, on avait substitué aux chaînes provisoires, en bois posées sous 
les sonmiiers des arcs des piles des bas-côtés des crochets en fer dans 
lesquels des tirants en fer, portant un œil à cha(|ue extrémité, venaient 
s'adapter ; la construction chargée autant qu'il était nécessaire pour ne plus 
craindre un bouclement des piles, on enleva les tirants ; les crochets sont 
restés en place. On retrouve les traces de ces chaînages provisoires] usqu'à 
la fin du XIV siècle. 

' De l'une des piles fie \a net de la cathédrale d'Amiens. 



— i();{ — 



<:iiviN\(.i: I 



Les cliainajAt's en l'cr noyés dans la mavouiierie à demeure et donl nmis 
avons parlé plus haut élaienl, aulanl (|ue les ressources desconstmcJeurs 
le i)erniettaient, coulés en plomb dans les scellemenis ou les rigoles ijui 



7 




..le 



". cjy/i:jL,v^^a ^ . 



les renfermaient, quelquefois scellés simplement au mortier. Nous avons 
vu aussi de ces chaînes scellées à leurs extrémités et dans leur lonj^uem- 
au moyen d'un mastic gras qui paraît être composé de grès pilé, de 
minium, de litharge et d'huile, ou dans un bain de résine. Les tirants 
scellés par ce procédé, dans des édifices de la tin du xin'" siècle, se sont 
moins oxydés que ceux scellés au plomb ou au mortier. La présence du 
plomb paraît même avoir hâté quelquefois la décomposition du fer, surtout 
lorsque les chaînes sont placées au cœur de la maçonnerie, loin des pare- 
ments. 

Pendant le xv" siècle, les constructeurs ont préféré souvent placer leurs 
chaînes libres le long des muis, au-dessus des voûtes, transversalement 
ou longitudinalement. On avait dû reconnaître déjà, à celte époque, les 
effets funestes que produisait le fernoyédans la maçonnerie par les maîtres 
des œuvres des xiii« et xiv« siècles, (.es chaînes libres sont ordinairement 
composées de barres de fer carré d<' deux à six mètres de longueui'. 



CHAINK I 



— iôi 



réunies à leurs extrémités par des boucles et des clax elles, ainsi que 
l'indique la fig. S '. On tendait la ciiainc fortement en IVapiiant sur les 

8 




clavettes, connue on le fait aujourd'hui pour les chaînages dont les bouts 
sont assemblés à lraiU-de-Jt(piter. 

CHAINE. Pendant le moyen âge et jusque vers le commencement du 
xviie siècle, il était d'usage de placer aux angles des rues, aux portes des 
villes et des faubourgs, h l'entrée des ponts, des chaînes que l'on tendait 
la nuit, ou lorsqu'on craignait (piehiue surprise. Ces chaînes, fort lounh^s, 
étaient scellées d'un bout à un gros anneau fixe et de l'autre venaient 
s'accrocher à un crochet ^ ou à une barre de fei', sorte de verrou gaiiii 
d'un moraillon entrant dans une serrure que l'on fermait à clef pour 
empêcher les premiers venus de détendre la chaîne. Lorsque les chaînes 
étaient tendues dans une ville, il devenait impossible à de la cavalerie de 
circuler ; les piétons même se trouvaient ainsi arrêtés à chaque pas ^ 
Dans les rues, les maisons permettaient de scellei' les chaînes à leurs 
parois ; mais sur les routes, à Fentrée des ponts ou des faubourgs, en 
dehors des portes et passages, les chaînes étaient attachées à des poteaux 
de bois avec contrefiches. Ces supports étaient désignés sous le nom 
d'estaquea. En temps de paix, les portes des villes restaient souvent 
ouvertes la nuit, et on se contentait de tendre les chaînes, attachées à 
l'extérieur, d'une tour à l'autre. On voit encore, à la j)()ite Narbonnaise 
de Carcassonne, la place de la chaîne ; elle était scelle»^ d'un bout à la paroi 
de l'une des tours ; l'autre bout était introduit, i)ai' un liou pratiqué à cet 

1 Ce délai! est coi)ié sur le grniul cliaîiiage qui lut placé, à la fin du xv siècle, sur 
le sol du triforium de la cathédrale (rAiiiieiis pour anvicr le itoucleinent des quatre 
piles de la croisée, fatiguées par la charge de la tour centrale, avant l'incendie de 
cette tour. 

^ On voit encore un de ces grands cnichets à l'ani^lo du mur sud de la caliiédralc 
d'Amiens, près de la ra(;ade. 

* « Deniers paye/, pour la conlence des kaisnes que on a lait en aucunes rues. >. 
— Compte de recette et dépense de Valenciennes, année 1414. — Les chaînes nouvel- 
lement faites, sans compter les anciennes, étaient au nombre lie quatre -vingt-lrei/.e. 



405 — 



CHAIISE 



ettet, dans la salle basse de la tour en face; on passai! une l>ari-e de fer 
dans le dernier chaînon, et, du dehors, il n'était plus possible de détendre 
la chaîne. La tii;. 1 explicpie celte manœuvre très-simple. 




CHAINE (UK FiKRKE). Dans la bàlisse on désijj;ne, parcliaines, des piles 

formées d'assises de pierre ou de maté- 
riaux résistants se reliant aux maçonneries 
et ne présentant pas de saillies sui" le nu des 
nmis. On ne trouve que rarement ce procédé 
employé dans les constructions du moyen 
âge. Quand les nuus sont en maçoimerie 
ordinaire, et qu'on veut les renforcer par 
des points d'appui espacés plus résistants, 
la chaîne de pierre forme presque toujours 
une saillie extérieure, et jn-end alors le nom 
de contre-fort. (ïependanl les constructions 
rurales, militaires ou civiles, bâties avec 
économie, présentent quelquefois des chaî- 
nes de pieire noyées dans les murs et ne 
portant pas une saillie à l'extéi'ieur, mais 
formant un pilastie intéi'ieur pour porter 
' une poutre, une charj<e quelcon(|ue. Alors, 
pour économiser les matériaux et pour 
éviter les évidements, ces chaînes sont 
appareillées et posées ainsi que l'itidique 
ormant houtisse. les pieries H parement exté- 




[ CHAIKK I iOr» 

rieur, les pierres C Jiiorreau de pilastre sans liaisons ; ainsi de suit»' de l;i 
base au sommet du inur. 

Dans les constructions militaires de Normandie qui datent des xii' ri 
xin*" siècles, on rencontre des chaînes de pierre destinées à renforcer des 
anodes ol)tus lorsque les murs sont hàlis en moellons. I.e donjon de la 
Koclie-Guyon en présente un exemple remarcjuahie (voy. do.njon;. 

CHAIRE A rRfi('iiKH, s. f. Pupitre. Sorte de petite tribune élevée au- 
dessus du sol des églises, des cloîtres ou des réfectoires de monastères, 
destinée à recevoir un lecteur ou prédicateur. Dans les éj^lises |)rimilives, 
il n'y avait pas, à proprement parler, de chaires à pi-ècher, mais deux 
ambons ou pupitres placés des deux côtés du cha'Ui' pour lire lepilre cl 
l'Evaufiile aux fidèles. On voit encore cette disposition conservée dans la 
petite basilique de Saint-Clément à Kome et dans celle de Saint-Laurent 
hors les nmrs. Dès le xm« siècle, cependant, il paraîtrait qu'outre les 
ambons destinés à la lecture de l'épitre et de l'Kvanfjile, on avait aussi 
parfois, dans Téglise, un pupitre destiné à la pré(li( ation. 

(iuillaume Durand, dans son Ralional, s'exprime ainsi à l'éyard du 
pupitre ' : «Le pupitre placé dans réji;lise, c'est la vie des hommes f)ar- 
« faits, <■! on l'appelle ainsi pour sij^iiitiiM' en (juclque sorte un i)upitre 
« public ou placé dans un lieu public et exposé aux rejiards de tous. Kn 
K effet, nous lisons ces mots dans les Pai'alipomènes : «Salomon fit une 
« tribune d'airain, la pla(;aau milieu du temple, et, se tenant debout dessus 
« et étendant la main, il parlait au peuple de Dieu. » Esdras fit aussi un 
« degré de bois pour y parler, et lorsqu'il y montait, il était élevé au-dessus 
« de tout le peuple.... On domie encore à ce pupitre le nom (Vanaloginm. 
« parce qu'on y lit et qu'on y annonce la parole de Dieu.... On rajjpelle 
« aussi nmi)on, de anihicmlo, entourer, parce (ju'il entoure comme d'une 
« ceinlure celui (pii y monte. » 

Mais le plus souvent c'était sur une estrade mobile que se tenait le prédi- 
cateur lorsqu'une circonstance voulait que l'on exhortât les fidèles réunis 
dans une église ou dans le préau d'un cloître. 

Les églises italiennes ont conservé des chaires à prêcher d'une époque 
assez ancienne, des xnc et xiv siècles; elles sont en pierr(\ ou plutôt en 
marbre, ou en bronze, (lelle de la cathédrale de Sienne, qui date tlu 
xiii« siècle *, est fort belle; elle est portée sur des colonnes posées sur des 
lions, et son garde-corps est orné de bas-reliefs représentant la Nativité. A 
Saint-Marc de Venise, les ambons placés à droite et à gauche des jubés 
afi'ectent la forme de cliaires à prè<;her et sont composés de marbres pré- 
cieux, de pf)rphyre «M de jaspe. On voit également, dans l'église San- 

' lidlioii tl, (III Mimui-I des divins offices, par (Jiiill. Duruiid, évèque de Meiide, 
chap. l"", parag. xxxiu. xui* siècle. ïrad. Harlliéleniy. 

* l/escalior est du wc siècle. (a-Uo cliairc est placée dans le cImpiii' cl non dans la 
nel. 



1(17 



CMAIItK 



Minialo df Kloirnce, (l;iiis la cliapfllc n.yalr de Palmiie, des pupitres 
poiivani servir de chaires, jjlaces à la gauche de l'autel, à l'eutrée du 
chd'ui'. 

Mais en lManc(% aucune de nus anciennes éj^lises n'a conservé, qiio nous 
sachions, de chaires à prêcher, ou pupitres pouvant en lenii lieu, antérieurs 
au w siècle. I/usaiiC. à partir du xm-' siècle surtout, était, dans nos églises 
du Nord, de disposer à l'entrée des chœurs des jubés, sur lesquels on 
montait pour lire l'epilre et l'Évangile, et pour exhorter les fidèles s'il y 
avait lieu (voy. jlbé). Toutef'(»is c(>s prédications, avant rinstitulion des 
frères prêcheurs, ne se faisaient quaccidenleilenienl. Jacques de Vitrv. 
écrivain du xui-^ siècle, dit « que Pierre, chantre de Paris, V(»ulaiil l'aire con- 
naître les talents extraordinaires de Foulques, son disciple, le Ht prêcheren 
sa présence et devant plusieurs habiles gens dans l'église de Saint-Severin ; 
et que Dieu donna une telle bénédiction à ses sermons, quoiqu'ils fusseni 
d'un style fort sinqjle, que tous les s^avans de Paris s'excitoieni les uns 
les autres à venir entendre le prêtre Foulques, qui preschoit, disoient-ils, 
comme un second saint Paul. Ces faits sont d'environ l'an 1 180.... • » Il 
est probable que, dans ces cas particuliers, les prédicateurs se plaçaient 
dans une chaire mobile disposée en quelque lieu de l'église pour la circon- 
stance. La chaire n'était alors, ainsi que l'indique la fig. I % qu'une petite 




estrade en bois fermée de trois côtés par un garde-corps recouvert ^ur le 
devant d'un tapis. 



' HiHt. de la ville cl du diocèse de Paris, par l'aljbé [.eheiit, t. I, p. KiO. 
2 Lf Miroir k,!>ton<tl. Maiiusc. de la Blbl. imp., n» 6731. w siècle. Prédic. <le 
saint l'aiil. 



<:iiAiKK J 



— iOS 



Mais, an xiii» siècle, quand Ips onlros pièclunirs se fuient élahlis pour 
(combattre l'hérésie et expliquer au peuple les vérités du chrislianisnie, la 
prédication devint un besoin au(|uel les dispositions aicbitecloniipics des 
cditices rrliiiiciix dnreni obéir. Pour rciiiplirexaclrnient ces conditions, les 
dominicains, lesiacobinseiitre autr«>s. bàlirent des éj^lisesàdeux nel's, l'une 
étant i-éservée poui le clneur des relijiieux et le service divin, l'autre pour 
la prédication (voy. architecture monastiqie. fifr. 24 et 24 bis). .Mors les 
chaires devinreiU fixes et entrèrent dans la construction. Elles formaient 
connue un balcon saillant a linlérienr de l'éi^lise. porté en encoibellemenl. 
accoin|)aiine dune niche |)rise aux dépens du mur, et ordinairement 
éclairée par de |>etites fenêtres ; on y montait |)ai' nn escalier praticpie dans 
I epaisseiu' de la construction. La nef sud de la j^^rande éi^lise du couvent 
des jacobins de Toulouse possédait, à son extrémité occi«lentale, unechaiie 
de ce irenre à la(pielle on montait par un escalier s'ouvrant en dehors de 
Téiilise ilans le petit cloiti'c ; nous en avons \n encoi-e les traces. (pioi(|u<> 




la saillie du cul-dc-lampe eût été coupée et la niche bouchée. (Test ainsi 
qu étaient disposées les chaires des rt'fectoires des monastères, deslintM'> 



— W.) — 



ciiAiiti': 



a contenir le lecteur pendant les repas des reli^Mcux. L'une des plus an- 
ciennes et d(^s plus belles chaires de rélectoii-e (pii nous s(»ient consei'vées 
est celle de l'abbaye Sainl-Martiii-des-Chaïups; nous en donnons (^2) le 
plan. (-2 bis) la coupe, et (:{).rélévation perspective. 




On remarquera la disposition ingénieuse de l'escalier montant à cette 
chaire : praticpié dans l'épaisseur du mur, il n'est clos du côté de l'intérieur 
que par une claire-voie ; mais pour éviter (pie la c 

T. II. 



■harjjie du mur au-dessus 
52 



niAïKi': 



A\() — 




n ocrasâl collo clairo-voir. \o rnnstnirloui- a pose un aie dcdt'chapgp A (|iii 



ill — [ CHAIRE 1 

vient l;i soulager, et, aliii (|ue cet aie ne poussât pas à son arrivée en B, les 
deux premiers pieds-droits C C de la claire-voie ont été inclinés de tavon à 
opposer une hutée à celte poussée. Aujourdlini on trouverait étranf,^e 
(lu'un architecte se perniil une pareille hardiesse : incliner des pieds-droits! 
On lui demanderai! duser dartilices pour obtenir ce résultat de butée sans 
le reiulre apparent ; au commencement du xni«- siècle, on n'y mettait pas 
autrement de finesses. 

Sauvai cite la chaire du réfectoire de l'abbaye Saint-Germain-des-lM-és, 
oâti par Pierre de Montereau. connue un cliel'-d'ieuvre en ce i;em-e. Elle 
était, dit-il, « portée sur uu liros cul-de-lanipe charj^e dun i;rand cep de 
vii;ne coupe et touille avec une patience incroyable '. » Lebeuf parle aussi 
de la chaire du réfectoire de Saiid-Maur-des-Fossés, comme étant remar- 
quable et «revêtue de dix images ou petites statues de saints d'un travad 
antitpie, mais grossier -.» Les exemples de ces chaires de réfectoires ne 
sont pas rares ; elles sont toujours disposées à peu près connue celle 
représentée fig. "2 et 3. 

En 1 109, un morceau considérable de la vraie croix fut rapporté de 
Jérusalem à Paris par la voie de terre, en traversant la Grèce, la Hongrie, 
l'Allemagne et la Champagne. Il fut provisoirement déposé à Fontenet- 
sous-Louvre, puis transporté en grande pompe à Saint-Cloud pour y être 
gardé jusqu'au premier d'août, jour désigné pour sa réception solennelle 
dans la cathédrale de Paris. Il y eut une grande affluenc(Kle peuple dans la 
plaine de Saint-Denis pendant la translation de cette précieuse relique de 
Fontenet à Sâint-Cloud, pour la voir passer. Depuis lors, tous les ans, le 
second mercredi du mois de juin, le morceau de la vraie croix était rapporte 
dans la plaine située entre La Chapelle, Aubervilliers et Saint-Denis, alin 
d'être exposé à la vénération des fidèles, trop nondireux pour pouvon- être 
reçus dans la cathédrale. 

« Au sortir de Notre-Dame, dit l'abbé Lebeuf ^ on passoit au cimetière 
« de Champeaux, dit depuis des Innocens. Après une pause faite en ce 
« lieu, et employée à quelques prières pour les morts, l'évêque commen- 
« çoit la récitation du Pseautier qui étoit continuée jusqu'au lieu mduiue 
« (ci dessus) usque ad indiclum. Là, après une antienne de la croix, 
« l'évêque ou une autre personne en son nom, étant au haut d une 
« tribune dressée exprès, faisoit un sermon au peuple : après quoi le 
a même prélat, aidé de l'archidiacre, donnoit la bénédiction à toute la 
a multitude avec la croix apportée de Paris, se tournant dabord à l'orient 
« d'où cette relique est \ enue, puis au midi vers Paris, ensuite au couchant, 
« et enfin au septentrion du C(Mé de Saint-Denis.... » 
Cet exemple de prédication en plein air n'est pas le seul. Saint Bernard 

' Histoire de Paris, l. I, p. :M I . 

^ Histoire de la ville et du diocèse de Paris, l. V. y. l-'iV. Ce ivlr.lniiv (hil.iit du 

\iv siècU'. 

' Ibidem. I. III, !• 2»:î. 



[ CIIAIKK 1 — ihi 

pi'ècliM, mniité sur une estrade, du haut de la ((illiDc de \é/elay, devant 
l'armée des croisés rassemblés dans la vallée d"As(|nin, en présence de 
F^ouis le Jeune, [^a chaire du prédicateur n"«''tait alors (|u'une petite plale- 
l'orine sans ifai'de-corps : car, au milieu d'un vaste espace, en |)lein aii'. le 
prédicateur de\ait être vu en pied; sa pustui'e dans luie boite semblable à 
nos chaires eût été ridicule '. 

f.es prédications en plein airétaient fréquentesau moyen âge et ius(|u'au 
moment de la rétbrmation. Les prédicateurs se retirèrent sous les voûtes 
des ('glisescpiand ils j)ui'ent craindre de trouver |)armi la foule assemblée 
des cf)ntra(licleurs. deux (|ui se seraient permis de prov(M|uer un scandale 
au milieu d'un champ ou sur une place j)ubli(jue n'osaient et ne pouvaient 
le faire dans l'enceinte d'une église. 

Nous trouvons encore des chaires élevées dans les cloîtres et cimetières 
pendant les xiv^ et xv« siècles, et même sur la voie publitiue tenant à 
l'église. Le cloître de la cathédrale de Saint-Dié en contient une en 
l)ierre, j)lacée vers le commencement du \\v siècle, et que nous don- 
nons figure A. Ce petit monument est recouvert par un auvent égale- 
ment en pierre, destiné à garantir le prédicateur contre les ardeurs du 
soleil et surtout à rabattre la voix sur l'assistance : car, pour les chaires 
élevées en plein air ou dans les églises, on sentit bientôt la nécessité de 
suspendre au-dessus du prédicateur un plafond jKiur empêcher la voix 
de se perdre dans l'espace ; cet appendice de la chaire prit le nom d'abat- 
voix. 
^ A l'un des angles de l'église Saint-Lô, sur la rue, on trouve encore une 
de ces chaires extérieures en pierre, dont la porte communi(]ue avec un 
escalier intéi'ieur, et qui est recouverte d'un v'who abat-voix terminé en 
pyramide '-. dette chaire date de la tin du xv- siècle. Mais c'est i)arti(Mi- 
lièrement pendant le xvr siècle et au moment de la rèformation (jue l'on 
établit des chaires dans la plupart des églises françaises. La prédication 
était, à cette époque, un des moyens de combattre l'hérésie avec ses 
|)ropies armes ; on plaça leschaires dans les nefs (ce qui ne s'était pas fait 
jus(pi'alors), afin que le prédicateur se trouvât au milieu de l'assistance. 
Les cathédrales de Strasbourg et de riesanc-on ont conserve des chair(^s en 
pierre de cette éi)oque ; celle de Strasl)ourg particulièrement est d'une 
excessive richesse et du travail le plus précieux. Son abat-voix est cou- 
ronné par une pyramide chargée de détails et découpures infinies ; ce 
monument est d'ailleurs, connue conqîosition et ornementation, d'un 
assez mauvais goût, se lapprochant du style adopté en Allemagne à la fin 
de 1 ère oi;ivale. 



' l'.u Italie, corlaiiios [trédicaliuus t;ii plein air se toiil encore sur des estrades; les 
gestes et la pose de l'oraliMir produisent alors un grand eïïel, pour j>eu tpi'il soit doué 
de (jueUpie talent. 

- Ce nionnnieni esl re|.r(>ilnil daie- le L;i,nid ouvrage île \| M '\':<\\<>\ cl N'odiei . 
Francr pitlori nipa . 



— A Mi — 



CIIAIKK 



lii(Mitù( (»n cessa do faii»' (l»^s chaires en iiiaihic (. 



Il cil |)i('nc ; on se 




Ï-Lcu^ 




«•«'i.tenla de les elal.lir ru Iw.is. en Us adossant et les acioclu 
pailois aux piliers. 



ml iiicitic 



I cH.viKK 1 — ili — 

Nous ne saurions dount'i" à nos lecteurs des chaires donl la construc- 
tion remonterait aux xiir et xiv siècles, par la raison (luil n'y en avait 
point alors dans les é^dises se rapprocliani de la loriue adnph'c depuis 
le XM»^ siècle, (-e meuble est cependant aujuindhiii iiidis|»erisal»le . 
et si les architectes des xii" et xin** siècles eussent dû exécuter des 
chaii'es, ils leur auraient certainement donne des formes parlailemenl 
en harmonie avec leur destination et les matériaux employés, marbre, 
piei'i'e, métal ou bois. En l'absence de tout document, nous croyons 
devoir nous abstenir, laissant à chacun le soin de salislaii-e à ce nouveau 
programme. 

CHAIRE, s. f. Siéye épiscopal (calhedra). Dans les é^dises primitives, 
le siège de l'évèque était placé au foiul de l'abside, derrière l'autel 
(voy. CATiifiDiîALE). Celte disposition existe encore dans (|uel(|ues basili- 
(|ues italiennes; on la retrouve conservée dans la catbediale de Lyon, le 
sanctuaire étant l'ermé et dépourvu de collatéraux. Le siège de l'abbé, 
dans les églises abbatiales antérieures au xw siècle, était placé de la 
même manière. Ces chaires étaient généralement fixes (c'est pounpioi 
nous nous en occupons ici), en marbre, en métal, en pierre ou en bois, 
et se reliaient àdes bancs ou stalles disposés de chaque coté le long di^s 
nuu^s de labside. Nous possédons encore en France (luehjues exemples, 
en petit nombre, de ces meubles fixes tenant à la disposition architecto- 
nique du sanctuaire ; seulement ils ont été déplacés. Nous avons vu encore 
en Alleniagne une de ces chaires absidales en pierre, demeurée vn place, 
quoique mutilée, dans la cathédrale d'Augsboui'g. Le style de ce monu- 
ment, fort ancien ', n'est pas tellement particulier au pays doutre-Ubin 
que nous ne puissions le considérer connue ai)partenaiU à lejioque 
carlovingienne d'Occident. 

Nous croyons donc devoir donner cette chaire (I ), l'un des plus anciens 
meubles fixes que possède l'architecture romane du Nord. Sa forme se 
rapproche beaucouj) de celle des chaises antiques que possèdent les musées 
d'Italie et de Kran( e. 

Dans la sacristie de l'église de l'ancien prieuré de Saint-Vigor près 
Bayeux, il existe une chaire en marbre rouge autrefois placée au fond du 
sanctuaire. Le nouvel evéque venait s'asseoir dans cette chaire la veille de 
son entrée à Bayeux. De là, le prélat, avant son intronisation, donnait sa 
|)remière bénédiction au peuple, revêtu de ses habits pontificaux -, i)uis 
s'acheminait à cheval, processiomiellement, vers la \ille. 

On voit dans l'église Nolre-Dame-des-Dons, cathédrale d'Avignon, 
la chaire en marbre blanc veiné qui était autrefois fixée au fond du 



' Nous le iM'oyoïis du i\' siècle. Le siège, son ;ippni et sou socle soûl sculplo i1;im 
un seul l)loc ; les lions licuucut des rouleaux daus leurs pâlies de dcvaui. 
Vo}. le Jiitllel. mnniimciil. puli. par M. del'aunioul. JSi/, p. ■i.'X. 



'^'-"^ [ CIIAIRK ] 

SMiicliiain' : clic est jniionidluii posée a la dioilc do l'aufol, et sert encorf 

1 




nm 




lions le croyons, de sii'ire épiseopal. ("-elle chaire date du xir siècle ; elle 



[ r.MAlRK ] — 4"' — 

csl l'orl Ix'lU' coiuiiu' coinposilion et li;iv;iil ri), h un cùlc csi s(iil|ttr Ir 




lion dp saint Marc, de l'autre le bœuf de saint Luc. On sent encore riniluencc 
anti(|ue dans ce meuble, connue dans raicliiteclnrc de la Pi'ovencc à celte 
épof|ne. 

Mais il existe une cbairc en pierre, du xne' siècle, conservée dans la 
cathédrale de Toul, et connue sous le nom de chaire de saint (iérard, 
dont la forme ainsi que les détails sont étranj^ers aux traditions antiques. 
Les acoudoirs sont composés avec ce respect pour les nsaj^es ou les besoins 
qiii caractérise les arts do cette époqu»\ La sculplure est lVai)cli(\ parlai- 



— 417 — I CIIAIKK ] 

temont àré<holIe(lecepetitinonuinent,riehosansèfrécIiarjj;ée. llestditiicile 
de rencontrer une composition à la fois plus simple et mieux décorée'. Des 
coussins épais étaient natmcllemenl posés sur la tablette de ces meubles. 

« Au fond du sanctuaire de la catiiédraie de Keims, dit M. Didron dans 
ses Annales archéologiques ', derrière le maitre-autel, on voyait, avant 
1793, un siéj^e en pitMie, haut d'un mètre soixante-dix ceiUinièti-es, et 
Jarfîe de soixante-dix centimètres. C'est là qu'on intronisait les nouveaux 
archevêques. Ce monument de Reims s'appelait la chaire de saint Rigo- 
bert Dans cette chaire, on plaçait, pendant la vacance du siéj^e archi- 
épiscopal, la crosse la plus ancienne de tout le trésor de la cathédrale. Par 
là, saint Nicaise, saint Rémi, saint Rigobert ou même Hincmar, auxquels 
celte crosse pouvait avoir appartenu, étaient censés gouverner le diocèse 
en attendant la nomination dun nouvel archevêque.» 

On suspendait au-dessus de la chaire épiscopale un dais en étoffe ; mais 
plus tard, pendant les xiv<- et xv siècles, ces dais entrèrent dans la compo- 
sition même du monument, ils furent faits comme eux en pierre ou en bois. 
R existe encore, dans l'église Saint-Seurin ou Saint-Severin de Bordeaux, 
une chaire épiscopale en pierre de la fin du xiv« siècle, ainsi complétée 
d'une façon magnihciue (3). Au centre du dais, sur le devant, entre les 
deux gables, est sculptée une mitre d'évêque soutenue par deux anges. Le 
siège et les accoudoirs sont délicatement ajourés. Les quatre pieds-droits 
qui supportent le dais étaient autrefois décorés de statuettes, aujourd'hui 
détruites. Deux autres figures devaient être placées également sur deux 
consoles incrustées dans la muraille, sous le dais, au-dessus du dossier. 
Cette chaire est aujourd'hui déplacée; elle était autrefois fixée au fond 
du sanctuaire, suivant l'usage. 

En Normandie, en Bretagne, et plus fréquemment en Angleterre, on 
voit, dans les sanctuaires des églises dépourvues de l)as-cùtés, des sièges 
ménagés dans l'épaisseur de la muraille, à la gauche de l'autel, et formant 
une arcature renfoncée, sous laquelle s'asseyaient l'officiant et ses deux 
acolytes. Ces chaires à demeure sont ((uelquefois de hauteurs différentes, 
comme pour indiquer l'ordre hiérarchique dans lequel on devait s'asseoir. 
Le Glossaire dWrchileclure, de M. Parker d'Oxford, en donne un assez 
grand nombre d'exemples, depuis l'époque romane jusqu'au xvje siècle. 
Nous renvoyons nos lecteurs à cet excellent ouvrage. En France, ces sortes 
de sièges sont fort rares, et il est probable que, dès une époque assez 
reculée, on les fit en bois, ou tout au moins indépendants de la construc- 
tion, comme celui que nous donnons (fig. 3). Ces chaires, ou formes 
anglaises, se combinent ordinairement avec la piscine; dans ce cas, il y a 
quatre arcatures au lieu de trois, la piscine étant sous la travée la plus 
rapprochée de l'autel. 

Mais a la fin du xv« siècle, on étaldit de préférence les chaires épiscopales, 
les trônes, à la tête des stalles du chœur, à la gauche de l'autel (voy. stalle). 

1 Vov., dans les Aniutles archéoL, t. lî, p. 17o, mie gravure de celte belle ctiaire. 

2 T. M, p. 175. 

T . 1 1 . 53 



[ (IIAIKI 



— ils 




l>iinsIpssall('S(;ipitiil:iiiPS. ily;ivait aussi, an milieu des sir^rs. lacliairt' 



— il'.» 



CMA.MUUK 



(lu président du chapitre, de l'évèqueou de rarchevé(|ue. A Mayence, on 
voit encore une de ces cliaires, qui date du xii«^ siècle, dans la salle carrée 

altenaii! au cloître de la cathédrale. 

Ou donnait aussi le nom de chaires, pendant le moyen ài,^e et jusqu'au 
XVII* siècle, aux stalles des rtMi^ieux ou des chai)itres. 

CHAMBRE, s. f. Pièce retirée dans un j)alais. un hôtel ou une maison, 
destinée à recevoir un lit. Par suite de cette destination, on donna le nom 
de chambre aux salles dans lesquelles le roi tenait ou [touvait tenir un lit 
de justice; aux salles dans lesquelles, chez les i^rands. était place le dais 
sous lequel s'asseyait le seii;neur lorsijuil exerc^ait ses droits de justicier; 
on appelait ces cliambres : Chambre du dais, chambre de paremeyil. 

Lai.frand'chand)re du Palais à Paris avait été bâtie par Enj^fuerrand de 
Marigny, sous Philippe le Bel ' ; elle fut richement décorée en ISOti *. 

Jean sans Peur, duc de Bourgogne, tit faire, dans l'hôtel d'Artois, après 
le meurtre du duc d'Orléans, une chand)re « toute de pierres de taille, pour 
« sa sûreté, la plus forte qu'il put, et terminée de mâchicoulis, où toutes 
« les nuits il couchait '\ » Dans les donjons, il y avait la chambre du 
châtelain, qui se trouvait toujours près du sommet et bien munie; quel- 
quefois même on ne pouvait y arriver que par des couloirs détournés, ou 
au moyen d'échelles ou de ponts volants que l'on relevait la nuit. 

Les chambres des riches hôtels étaient sonqîtueusement décorées. 

Les solives des plafonds en étaient sculptées, peintes et dorées ; les 
fenêtres garnies de vitraux et de volelsquelquefois doubles, ajourés de fines 
découpures et pleins; les parements tendus de tapisseries; les lambris en 
bois travaillés avec art et se reliant à des bancs fixes (banquiers) garnis de 
dossiers en étoffe et de coussins; le pavé de carreaux de terre cuite éniaillée 
avec tapis; une grande cheminée, souvent avec bas-reliefs sculptés, armoi- 
ries peintes, occupait l'un des côtés; elle était acconqjagnée de ses acces- 
soires, de tablettes latérales pour poser un flambeau, quelquefois d'une 
petite fenêtre s'ouvrant près de l'un des jambages ou sous le manteau 
même de la cheminée, pour voii- le dehors en se chautt'ant ; de ses écrans 
et escabeaux. Les portes perdues derrière la tapisserie étaient étroites et 
basses. Le lit, place perpendiculairement à la face opposée à la cheminée, 
était large, garni de courtines et d un dais à gouttières; il se trouvait or- 
dinairement plus rapproché d'un nmr que de l'autre, de façon à laisser un 
petit espace libre qu'on appelait la ruelle. Quehjuefois, danslébrasemeiU 
profond de l'une des fenêtres, on plaçait une volière et des fleurs, car les 
oiseaux devenaient les compagnons ordinaires des femmes nobles, dont 
les distractions, hormis les grandes fêtes publiques, étaient rares. Lue 
chaire (chaise à dossier) se trouvait au fond de la ruelle ; un dressoir, une 

• Sauvai, l. 111, p. 8. 

2 Diilxt-nl, lis. I. 

"• Sauvai, l. Il, |i. 64. 



CHAMBKK 



— 'r>(> 



petite table, des escabeaux et carreaux pour s'asseoir, complétaient l'a- 
meublement (voy. le DirHotmaire du Mobilier). 

« Adonc est li sires levé 

« Et est entrez Hedenz sa cliainhre 

« Qui tôle estoit uvrée à Tamltre. 

« N'a el monde besie n'oisel 

« Oui n'i soit ovré à cisel, 

« Va la procession Heiiarl 

« Qui tant par sol engin et arl, 

" Que rien a fere n'i lessa 

>< VW qui si bel la conpassa. 

'< Qu'en li séusl onques nonier '. 




fiC&^PD 



Nous donnons (i) un plan d'une de ces chambres privées, que Ion avait 
' Romnn du Renart, vers 22 162 et suiv. 



— 'ril — I CHA.MIKK j 

le soin, autant (|ut' lairc se pouvait, de placer à Tan^Me des l)àtiinents et de 
mettre, par ee moyen, en comnumieation avec une tourelle qui servait de 
boudoir ou (le cabinet de retraite. La disjiosition que nous in<li(|uons ici se 
retrouve i'réquemment, à (iuclqut\s tlétailsprès, dans les cliàlcaux des \ui% 
xiv«'et \v« siècles. Kn A est le lit, en B la ruelle avec sa chaire C et ses 
carreaux I), en E le dressoir, en V des bancs Hxes, bahuts destinés à 
contenir la gardei'obe ; en (1 la cheminée avec sa petite fenêtre H et sa 
tablette I, en K les portes, en L la tourelle, en M la petite table avec son 
banc à dossier N, en des escabeaux mobiles, en X une armoire destinée 
au linyeet aux objets de toilette. Les lénnnes recevaient souvent le matin 
ou le soir couchées, et alors ce n'était que les intimes et les membres de la 
famille qui étaient admis dans la ruelle. Le jour, on recevait les visites sur 
le banc à plusieurs places posé près de la cheminée : les hommes se tenaient 
sur les escabeaux ou carreaux ; les gens que 1 on faisait attendre ou les 
inférieurs s'asseyaient près de l'entrée sur les bancs bahuts. Les fenmies 
de haut rang tendaient leurs chand)resen noir pendant les quinze premiers 
jours de grand deuil et restaient couchées, les contre-vents fermés. Pendant 
leurs couches, les chand)res étaient richement décorées, mais également 
fermées et éclairées aux tland^eaux '. Les époux, même dans les classes 
élevées, n'avaient habituellement qu'une chambre ; chez les bourgeois, les 
enfants couchaient, pendant leurs premiers ans, dans des berceaux que l'on 
plaçait tout à côté du lit dans la ruelle. Aussi ne trouve-t-on qu'un petit 
nombre de chambres dans des maisons, même vastes, souvent une seule; 
les familiers couchaient dans des galetas. Quand on recevait un parent ou 
un étranger auquel on voulait faire honneur, les maîtres, dans la bour- 
geoisie comme chez les paysans, abandonnaient leur chambre et allaient 
coucher dans la salle, c'est-à-dire dans la grande pièce qui servait à la fois 
de salon, de lieu de réunion et de salle k manger; ou bien, ce qui arri- 
vait souvent, on dressait un lit dans la chambre des maîtres, et maîtres 
et étrangers couchaient dans la même chambre (voy. hôtel, maison). 

CHANCELLE, S. m. Cliaticel, chaingle. Enceinte, clôture ; le chancel du 
chœur, pour la clôture du chœur d'une église; s'employait aussi comme 
balustrade. 

s 

CHANFREIN, s. m. Arête abattue suivant un angle de 45 degrés. Dans 
l'architecture du moyen âge, surtout à dater de l'époque ogivale, les arêtes 
à la portée de la main, au lieu d'être laissées à angle droit, sont souvent 
abattues. Les chanfreins sont très-fréquenmient appliqués à la charpente 
et à la menuiserie de cette époque (voy. biseau, cnAuriiME, .memjiseiue). 

CHANTIER, s. m. Place vague, espace découvert sur lequel on dépose 
les matériaux qui doivent servir à la construction d'un édifice (voy. coi>- 

1 Les Honneurs de la Cour. Aliéner de Poicliers. xv siècle. 



(HAI'K 



Vl'Z 



sTRLCTio). Du désij'iie aussi par ce mot des pièces de bois (|iic l'on j)ose 
à Icrre hori/.onlalenient. pour isoler et soustraire à l'iunuidilc du sol des 
chai'pcutes ou des |)lauclies, des touueaux couteuaut des boissous. 

CHANTIGNOLLE, S. f. Petite pièce de charpeute (|ui sert à empêcher les 
pannes de jj;lisser sur l'arbalétrier. La pièce A (l) est une chauti^nolle. La 





chantijiuolle est toujours asseud)lée dans Tarbalétrier à tenon (.'l mor- 
taise et cbevillée, pour éviter (ju'elle ne se relève par suite de la pression 
que la panne exerce sur la partie supérieure. Souvent, dans les char- 
pentes de la période oj^ivale, les pièces verticales sont moisées; mais, 
comme alors on n'employait pas de boulons mais simplement des clefs 
de bois ]»our serrer les moises contre les pièces moisées, on jiosait des 
chanti^iiolles A sous ces moises pour que leur poids ne lali^uàt pas les 
clefs, ainsi que l'indique la tig. -2 (voy. chakpeme). 

CHAPE, s. f. Crouste. Vieux mot emi)loyé pour voûte, lieu voûté. 
Aujourd'hui on entend par chape l'enduit (lue l'on pose sur l'extrados 
d'une voûte pour le pioté^(M'. Toutes les voûtes of^ivales étaient coiixertes 
d'une chape en mortier ou en plâtre. En cas d'incendie, celle précaution 



— 'r2.{ — I (.HAI'KI,1.K I 

* 

siittit pour cmpèclitM' la hiaisc de calciner l'extrados des voûtes, surtout 
si la chape est eu plâtre. Nous avons vu aussi des chapes de voûtes faites 
en ciment de l)rique dans les édifices du Laiif^uedoc. La chape a cet avan- 
tai;e encore d(> garantir les voûtes des filfi'ations d'eau pluviale, loi'S(|ue 
lescou\er(ures sont en mauvais état ou lorscju'on l'ail des réparations aux 
l(»ilures. Sur les voûtes oj^nvales, les chapes sont f'ailes avec soin ; elles 
étaient surtout destinées à les j^arantir pendaiil le laps de temps qui 
s'écoulait entre leur achèvement et le montajre des charpentes. À cet 
effet, dans les reins des voûtes, sont ménagées des cuillers en pierre avec 
frari,fouille extérieure, qui ne servaient que pendant cet intervalle de temps 
elaussidanslecasdedejiiadationsàla couverture' (voy.(;AR(;()iiLi.i:,voL"TK). 

CHAPELLE, s. f. « Dans plusieurs endroits on a|)|)elle les piètres, dit 
« Guillaume Durand', chapelains (cape//awî), car de toute antiquité les rois 
« de France, lorsqu'ils allaient en g;uerre, portaient avec eux la ('haj)e 
« icapam) du bienheureux saint Martin. (|ue Ion iiardait sous untMente 
« qui, de cette chape, fut appelée chapelle (a capa, capella). Et les clercs 
« à la garde desquels était confiée cette chapelle reçurent le nom de 
« chapelains {capedania capella) ; et, par une conséquence nécessaire, ce 
« nom se répandit, dans certains pays, d'eux à tous les prêtres. Il y en a 
« même qui disent que de toute antiquité, dans les expéditions militaires, 
« on faisait dans le camp de petites maisons de peaux de chèvre qu'on 
(( couvrait d'un toit et dans lesquelles on célébrait la messe, et que de 
M là a été tiré le nom de chapelle (a caprantm pellihus. capella). » 

La première de ces deux étymologiesest établie sur un fait. La petite 
cape que saint Martin revêtit après avoir donné sa luni(jue à un pauvre 
était religieusement conservée dans l'oratoire de nos premiers rois, d'où 
cet oratoire prit le nom de capella. L'oratoire, depuis lors appelé chapelle, 
se trouvait compris dans lenceinte du palais royal ■'. Le nom de chapelle 
fut, par extension, donné aux petites églises qui ne contenaient ni fonts 
baptismaux ni cimetières*; aux oratoires dans lesquels on renfermait les 
trésors des églises, des monastères, des châteaux ou des villes % les 
chartes, les archives % des reliques considérables; puis aux succursah's 

I Ces gargouilles existent encore à la Sainte-Chapelle dn Palais, sous les pignons 
des fenêtres, et à Amiens; dans ce dernier édiflce , ce sont des baies assez grandes 
pour qu'un tioninie puisse y passer; ces baies correspondt^nt aux gargouilles (]iii 
desservent les chéueaux à l'arrivée des arcs-boiitauls. 

* Batioiial, liv. II, chap. x, §8. 

a " Capella, postmoduni appcllata sedes ipsa, in ipia asservala estcupa, seu capella 
« S. Martini, intra Palatii amliituni ine<litiiat:i : in (juaui etiaui prtecijuia Saiictoriim 
" aliorum Àc'-Ya/^' illala, uude ol) cjnsuKtdi l>eli(iuiaruin reverenliani aidicuhe istse 
" sanctœ capellœ vulgo appellantur. « Ducange, (r/o.ss. 

* Ibkl. .loan. de Janua. — * Ibitl. 

* « Caucellaria : ita vero dicta qiidd in Capella Principis, seu oratorio Archivuui, 
» diplomata et regni niouunicnla olini, iil iioilie, asservareutur. lu Krancia eniui 



I CHAPKI.LK I — Wi — 

des paroisses, aux édicules annexés aux ^^randes églises cathédiales, 
conventuelles ou paroissiales, et contenant un autel, et même la cuve 
baptismale; aux oratoires élevés dans Tent^'inle des cimetières, sui- un 
eniplaceniont sanctifie' par un miracle ou j)ar la présence d'un saint. 

iS'ous diviserons donc cet article : I" en cliaiH'lles (saintes) ; "2" chapelles 
ou oratoires de châteaux, d'évêchés; 3" isolées, des morts, votives; 
4" annexes d'églises ; 5» chapelles faisant partie des églises, et renfer- 
mées dans leur périmètre. 

(^iiAi'Ei.i.KS (sAiNTKs). I)ès Ics premiers siècles du christianisme, on 
avait élevé un grand nombre d'oratoires sur les emplacements témoins du 
martyre des saints. Os oratoires se composaient le plus souvent d'une 
crypte avec petite église au-dessus. « Lorsque les saincts Denis, Rustic, 
« et Éleuthère souft'riient le martyre, dit Dubreul', une bonne dame chré- 
«I tieime, nonnnée ('atulle, demeuroit en un village, (pie l'on surnommoit 
(( de son nom : lacjuelle ensevelit et enterra les cor|)s des susnommés mar- 
« tyrs en une petite chapelle (au bas de la ITLilte Montmartre.), juscpies en 
« laquelle (par grand miracle) saincl Denys avoit apporté sa teste entre 
« ses bras, après (pie l'on la luv eust trancluîe; laquelle (cha[)elle) fut 

(' rei)asti(; du temps de saincle tienevielVe Cette chapelle est double, 

n s(,'avoir la plus petite (pii est presque dans terre, et l'autre plus grande 
« qui est érigée au dessus d'icelle. Mais au dessoubs de tout ce bastiment 
i( il y avoit encore une chapelle ou cave souterraine, (pii toutefois a 
« demeuré incogneiie à nos pères jusques en l'an KJl I » 

Cette disposition de chapelle double en hauteur demeure liaditionnelle 
pendant les premiers siècles du moyen âge. Nous la voyons conservée 
encore dans la célèbre Sainte-Chapelle du l'alais bâtie par saint Louis à 
Paris; mais ce n'était pas avec riiiteiition de consacrer la chapelle infé- 
rieure au dép(M des relicjues. Au contraire, à l*aris, c'est dans la chapelle 
haute que la couronne d'épines, les morceaux de la vraie croix et les 
saintes reliques recueillies par I-,ouis IX fureni déposés; la chapelle basse 
était réservée aux familiers du palais et au piddic; elle servit aussi de 
sépulture aux chanoines. De toutes les chapelles |ialatiiies (pii existaient 
en France, celle de Paris est aujourd'hui la |)lus complète et l'une des plus 
anciennes. Elle fut commencée en 12-42 ou 124.%, et terminée en 1247, sur 
remplacement de deux oratoires, l'un bâti en llTiien l'honneur de Notre- 
Dame, l'autre bâti en 1 100 sous le titre de Saint-Nicolas, .léreuue Moi and ' 
prétend (pic c'est pour rappeler ces di^ux fondations (pic la Saiiit<'-Cha|)(llt' 
actuelle est double. Nous voyons là plut(~)[ rintluence de traditions aiili'- 
rieures, comme nous l'avons dit, et surtout une nécessité commandée j)ar 
la disposition même du palais. Ainsi, la chapelle haute communiquait de 

" Chartanim Rcijiitrnin, ut vocaiil, thésaurus, in Sacra Capella l'arisiensi etiamnuni 
« asservalur. >> [Ibid.) 

' Dubreul, liv. IV, p. 1152. Kdit. de 1612. 

- Hist.drid iSf(i/i/('-r/if»;)c//c roj/., p:ir .It'iûine MoimiuI, cliimoino; P:iris, 179(1. 



i"2o [ f.HAI'KLLK 1 

|)lain-pio(l avec les sallos du premier étage et les appartements royaux ; 
tandis que la chapelle basse, au niveau du sol extérieur, pouvait êtrr 
abandonné»' au publie. 

De tout temps, cet édifice, dû au uiaitre Pierre de Monlfreau, fut con- 
sidéré avec raison comme un chef-d'œuvre. Le roi saint l^ouis n'éparijna 
rien pour en faire le plus brillant joyau de la capitale de ses domaines; et 
si une chose a lieu de nous étonner, c'est le peu de temps employé à sa 
construction. En prenant les dates les plus larges, on doit admettre que la 
Sainte-(^-lia|)t'lle fut fondée et complètement achevée dans l'espace (UM"in(| 
ans; huit cent mille livres tournois auraient été enq)loye»'s a sa construc- 
tion, à sa décoration et à l'acquisition des précieuses reliques qu'elle 
renfermait. Si l'on observe avec une scrupuleuse attention les caractères 
archéologiques de la Sainte-Chapelle, on est forcé de reconnaître l'exac- 
titude des dates historiques. Le mode de construction et l'ornementation 
appartiennent à cette minime fraction du xni'' siècle. Pendant les règnes 
de Philippe-Auguste et de saint Louis, les progrès de laichitecture sont 
si rapides, qu'une périodede cinq années y introduit des modifications sen- 
sibles : or la plus grande unité règne dans l'édifice, de la base au sommet. 
Ce n'est plus la fermeté un peu rude des sommets de la façade de Notre- 
Dame de Paris (1"230), et ce n'est pas encore, il s'en faut de beaucoup, la 
maigreur des deux extrémités des transsepts de la même église (1257). 

Pierre de Montereau fut également chargé d'élever une chapelle dédiée 
à la ViergC;, dans l'enceinte de l'abbaye de Saint-Cerniain-des-Prés. Cette 
chapelle avait été fondée, en l'24o, par l'abbé Hugues : or les fragments 
assez nombreux qui nous restent de cette construction ' accusent une 
certaine recherche, un travail déjà maigre dans l'ornementation et les 
moulures, qui se rapproche de l'exécution du portail Saint-Etienne de 
Notre-Dame de Paris et s'éloigne de celle de la Sainte-Chapelle; c'est qu'en 
etiét la chapelle delà Vierge de Saint-Germain-des-Prés n'avait été achevée 
que sous l'abbé Thomas, mort en 1^255. Il y avait donc cinq années de 
différence environ entre la construction de la Sainte-Chapelle du Palais et 
la chapelle de Saint-Cermain-des-Prés; cette ditierence se fait sentir dans 
le style îles deux édifices : donc, la Sainte-Chapelle du Palais a dû être 
élevée eu quatre ou cinq années au plus, puisqu'elle ne laisse pas voir, 
même dans ses parties supérieures, cette tendance à la recherche et à la 
maigreur. On nous pardonnera d'insister sur ce point; nous désirons 
constater ainsi, une fois de plus, la rapidité avec la([aelle les maiires des 
œuvres construisaient leurs édifices auxiii»^ siècle, lorsqu'ils n'elaient pas 
entraves par le man(|ue île ressources, et délrune une opinion trop 
généralement accréditée, même parmi les personnes éclairées, savoir : 
que les édifices de cette époque n'ont pu être élevés qu'avec lenteur. 

1 f>a porte principale déposée dans le cinielière des V;dois à Saiiit-I)eiiis ; des 
"arituuiiles et perlions de coiiionnomenls déposés dans une cour d'une des maisons de 
la rue de l'Abltaye, côlé nonl. 

T. II. 54r 



[ CHAPELLE 1 i'2<) — 

Ijfusqii'on pai'court la Saiiil('-('ilia|»'ll(' du Palais, on ne peut concevoir 
comment ce travail, surprenant par la niulliplicilé et la variété îles détails, 
la pureté d'exécution, la l'icliesse de rornenieiilation et la heauh' des 
matériaux, a pu être achevé |)endant un laps de temps aussi court. !)«> la 
base au faîte, elle est entièrement bâtie en pierre dure de choix, liais 
cliquart; chaque assise est cramponnée par des agrafes en fer, coulées en 
plomb; les tailles et la pose sont exécutées avec une précision raie; la 
sculpture en est composée et ciselée avec un soin paiticulier. Sur aucun 
point on ne peut constater ces néirlifjjences. résultat ordinaire de la préci- 
pitation ; et cependant, telle qu'elle est aujouid'hui, la Sainte-Chapelle 
du Palais est privée d'une annexe importante qui, à elle seule, était un 
nionument : nous voulons parler du trésor des chartes accolé à son flanc 
nord, bâti et terminé en même temps qu'elle. 

i 




Nous donnons (I) Ir plim de la chapelle basse du Palais '. In porclic 
' Ce phiii esl à l'ctlii'lk' de (),()02o ixiiir iiielir, :iinsi (pic loiis les phiiis >;iii\:iiils. 



'L 



C 



1-27 — 



[ CIlAl'KI.I.K I 



précède la port»' principale; un has-côté élroil fait le t(»iir du vaisseau. 
L'architecte a dû l'établir pour ne pas être contraint ou de trop éle\er le 
sommet de la voûte, ou de poser les naissances des arcs près du sol. Il 
était commandé pai- la hauteur des sols des appartements du premiei- 
éta^'e. (|ui dcja existaient, et il tenait à placer le dalia^^e de la chapelle 
haute de plain-j)ied avec ces appartements et galeries. Deux escaliers de 
service couuuuniquent du rez-de-chaussée au premier étage et au cond)le. 
La ( hapelle basse est éclairée par des fenêtres occupant tout l'espace 
compris entre les formerets et l'appui décoré d'une arcaluie, de sorte que 
ces fenêtres attecteni la foiine de triangles dont deux côtés sont curvi- 
lignes ; elles sont admirablement composées pour la place (voy. fe.nèthe), 
et étaient autrefois garnies de vitraux colorés ou en grisaille. Cette chapelle 




laisse voir de nombreuses traces de peintures du xiii* siècle ', cl, dans 
' Elle fui en iirande partie repeinte sous Louis XIIF. 



1 r.llAPELI.K 1 — VIH — 

rarcatui'c, des inédailliuis t'inichis d'incruslations de verre avec dorures 
d'une finesse rare, de gaufrures et de petites tij^^ures d'apôtres en bas- 
relief sculptées dans un stuc autrefois peint. Ledallaj^e de cette cliaix'llt' 
est entit'reinent composé de pierres tonil)ales. Au })reinier étaj^^e (ti^. '2). 
un p(»rclie précède le vaisseau, comme au rez-de-chaussée. Avant 179.'{, au 
trumeau de la porte était adossée une statue du (Christ bénissant et teiiani 
l'Évanjjfile. Au-dessus, dans le linteau, était sculpté un Jugement dernier, 
le Pèsement des âmes, et, dans le tympan, le Fils de lllomnie luontrant 
ses plaies, ayant la sainte Vierge à sa droite, saint Jean à sa gauche, tous 
deux agenouillés comme à la porte centrale de la cathédrale de Paris. 
Toutes ces sculptures ont été complètement détruiles. Le porche servait 
de conmiunication, du côté du nord, avec les galeries du palais royal, et 
formait connue un vaste balcon couvert, de plain-pied avec Téglise. 
Lorsqu'on entre dans la Sainte-Chapelle haute, ce qui frappe surtout, c'est 
l'extrême légèreté apparente de la construction. Au-dessus d'une arcature 
très-riche, s'ouvreni de grandes fenêtres qui occupent tout l'espace com- 
pris entre les contre-forls sous les formerets des voûtes; de sorte que la 
construction ne [)arait consister ((u'en légers faisceaux de coloimes |)orlant 
ces voûtes. Les vitraux qui garnissent les fenêtres, à cause de leur puis- 
sante coloration, ne laissent pas voir les contre-forts extérieurs qui consti- 
tuent à eux seuls la solidité de l'édifice. L'arcature régnant souslesappuis 
des grandes fenêtres repose sur un banc contiim, et présente, dans des 
quatre-feuilles, des scènes de martyres (voy. arcatlre, iig. S). Les statues 
des douze apôtres, portées sur des culs-de-lampe, sont adossées aux 
piliers. A l'abside, un édicule avec clôture fut élevé derrière Tautel après 
la mort de saint Louis, pour porter la gi-ande châsse contenant les saintes 
reliques (voy. autel, fig. 11 et l^). L'intérieur de la Sainte-Chapelle était 
entièrement couvert de riches peintures et de dorures avec incrustations 
de verres colorés et dores. Mais les vitraux forment certainement la pai'tie 
la plus brillanle de cette décoration; ils sont, comme couleur et composi- 
tion, d'une grande beauté, quoi([ue, dans l'exécution, on s'aperçoive de 
la précipitation avec laquelle ils durent être fabriqués. 

Nous présentons (3) la coupe transversale de la Sainte-t'hapelle du 
Palais, qui fera comprendre mieux qu'aucune inscription laconstruclion 
simple et hardie en même temps de ce charmant édifice. 

Le plan 2 indique en A l'annexe, le trésor des chartes, avec le passage 
B comnmniquant à la chapelle. Cet annexe était divisé en trois étages : 
celui du rez-de-chaussée servait de sacristie à la chapelle basse; celui 
du premier, de trésor et de sacristie à la chapelN^ haute; et le dernier 
étage, auquel on arrivait par un escalier à vis, de dépôt des chartes. L'ne 
autre porte de service, percée dans larcalure en C, mettait la galerie du 
nord longeant les premières travées en comnmnication avec la chapelle 
haute. Sous les deux fenêtres DD, deux renfoncements dim mètrr 
environ de profondeur sur la largeur de la travée étaient les places d'hon- 
neur réservées au roi et à la reine. Mais Louis XI. qui probablenitMil 



i.>2*» — [ CliAl'ELLK 

liiiuxa (OS [)lacos liop tMievideiuu?, fit bâtir eii K mi niduit entre les con- 



■7 
O 




tro-forts, dans lequel il se retirait pour entendre les oftices; une petite 
ouverture biaise et f;rillée lui permettait de voir l'autel sans être vu. 

Sous Charles VU, des travaux importants viment modifier certaines 
parties de la Sainte-Chapelle. Ce prince fît refaire la rose en pierre et ses 
vitraux, les couronnements des deux escaliers et les crochets du jj^rand 
pij,Mion. Déjà, au xiv*; siècle, on avait changé la décoration des pignons ou 
gables des fenêtres; des crochets dans le goût de cette époque et des 
statues danges étaient venus remplacer les lleurons et les crtîchets du 
xiii" siècle. Charles VII tit également exécuter la tlèche en charpente 
recouverte de plomb «pii surmontait le cond)le. ainsi que les crêtes et 
décorations de la toiture. Nous ne savons pas si la Sainte-Chapelle de 
saint Louis possédait une tlèche; aucune vignette antérieure au xv' siècle 



CHAPELLE 



— 430 



■4 



ne la i-eprésent(^, aucui) texte iieii |)arle'. Le l'ait parait douleux : car, 
eonfiairement aux hal)itudes des arehitectesdu xiif*" siècle, rien, dans la 
eonstruction en maçonnerie, n'indique que cette flèche ait du être élevée. 
Peut-être quelque tour du palais, dans le voisinage de la Sainte-Chapelle, 
tenait-elle lieu d(> clocher. Louis XU, étant ^^outleux et ne pouvant mon- 
ter à la Sainte-(]hai)elle par les escalieis du palais qu'il n'habitait pas, lit 
faire le long du liane sud un vaste degré couvert par des voûtes et un 
comble. Ce degré était assez doux pour que des porteurs pussent monter 
sa litière jusque sous le porche. Les voûtes de cet escalier furent déiruiles 
pai' l'incendie de KÎ.'JO -, et remplacées par un appentis en char|)enle. 

A l'imitation du roi de France, les grands vassaux de la couronne se 
firent bâtir, dans leur résidence habituelle, une sainte chapelle, et le roi 
lui-même en éleva quelques autres. Celle du château de Saint-Germain 

<'n-Layeest même antérieure de quel- 
ques années à celle du Palais; son 
achèvement ne saurait être postérieur 
à I^IU). Co très-curieux inonumeiil. 
fort peu connu, engagé aujourd'hui 
au milieu des constructions de Fran- 
çois 1«^>' et de Louis \IV,est assez com- 
|)let cependant pour que l'cui puisse 
serendie un compteexact. non-seule- 
ment de ses dimensions, mais aussi 
de sa coupe, de ses élévations latéra- 
les et des détails de sa construction et 
décoration La sainte chapelle de 
Saint-Cierniain-en-Layea cela de par- 
ticulier qu'elle n'appartient pas au 
style ogival du domaine royal, mais 
{ju'elleest un dérivé des écoles cham- 
penoise et bourguignonne. 

Nous en donnons (i) le plan '. (]on- 
forménuMil aux consiruclions cham- 
penoises et bourguignonnes, les voû- 
tes portent sur des pih's saillantes à 
l'intérieur, laissant au-dessus du soubassement une circulation. La coupe 




' La flèclie de Ciiarles Vil a été rétal)lit' sous la direction de l'eu l^assus (voy. flèche); 
elle avait été lirûlée en 1630 et remplacée par une flèche dans le goiit de ce temps, 
qui fut détruite î"» la fin du dernier siècle. 

'■' INous avons eiicoro vu quohjuos restes de col escalier que les dernières restaura- 
lions ont l'ait disparaître. (Voy. les i^ravures d'Israël SylvesUe, le tableau déposé an 
musée de Versailles représentant la visite de Louis XV enfant au palais.) 

^ A Téchelle de 0,0025 pour mètre. Nous devons ces dessins à M. Millet, architecte 
du château de Sainl-tiorniain-en-Lave. 



i.n — 



[ (.IIAI'KI.I.K 




li'iinsvei.salo io). faito sur le milieu d'iiix^ travée, eN|)ii((ue la disposition 



[ r.HAI'KI.M' J — W-2 — 

principale de cet édifice. Les formeiets A des voûtes, au lieu de servir 
d'arcliivoUes aux fenêtres, sont isoh's, laissent entre eux et les baies un 
espace lî couvert j)ar le chéneau. Les fenêtres sont alors prises sous la 
(•(trniche et niellent à jour tout l'espace compris entre les contre-forts. Si 
nous examinons la coupe lonj^itudinale (6), faite sur une travée, et (0 bis), 
faite sur lapile intérieure enB C (voy. fig. 5), nous pourrons nous rendre 
un compte exact du système de construction adopté. Les fenêtres, n'étant 
plus circonsciites par les formerels, sont carrées; les tympans, ('tant 
ajourés et faisant j)artie des meneaux, ne laissent comme pleins visibles 
que les contre-forts. A l'extérieur, cbaque travée est conforme à la ^IJ,^ 
C» ter: le iiKtmiiiient tout entier ne consiste donc (ju'en un soubassement, 
des contre-forts et une claire-voie fort belle et combinée d'une manière 
solide; car les contre-forts (très-minces) sont étrésillonnés par ces puis- 
sants meneaux portant l'extrémité de la corniclie sui)érieure et le clié- 
neau. Ces meneaux ne sont réellement que de grands cbàssis vitrés posés 
entre des piles et les maintenant dans leurs plans. 

Le système de la construction ogivale admis, nous devons avouer que 
le parti de construction adopté à la sainte chapelle de Saint-Germain nous 
semble supérieur à celui de la Sainte-Chapelle de Paris, en ce qu'il est 
plus franc et plus en rapport avec l'échelle du monument. La richesse de 
rarchitccline (le la Sainte-Chapelle de Paris, le luxe de la sculpture ne 
sauraieiU faire disparaître des défauts graves évités à Saint-Germain. 
Ainsi, à Paris, les contre-forts, entièrement reportésk l'extérieur, gênent 
la vue par leur saillie; ils sont trop rapprochés; la partie supérieuie des 
fenêtres est (jiiebpie p(Hi lourde et encombrée de détails; les gables qui 
les sunnoiUent sont une superfétation inutile, un de ces moyens de 
décoration qui ne sont pas motivés par le besoin. Si TeHet produit parles 
verrières entre des piles minces et peu saillantes à l'intérieur est surpre- 
nant, il ne laisse pas d'inquiéter l'ceil par une excessive légèreté apparente. 
A Saint-Germain, (in comprend comment les voûtes sont maintemies par 
ces piles qui se prononcent à rintérieur. Les men(^aux ne sont (pi un 
accM'ssoire, qu'un châssis vitré indei)endant de la grosse constiuclion. Ce 
petit passage chanqx'nois ménagé au-dessus de l'arcature inférieure, en 
reculant les fenêtres, donne de l'air et de l'espace au vaisseau; il rouq)t 
les lignes verticales dont, à la Sainte-t^hapelle de l^aris, on a peut-être 
abusé. Les fenêtres elles-mêmes, au lieu d'être relativement étroites connue 
à Paris, sont largf^s; leurs meneaux sont tracés de main de maître, et 
rappellent les beaux conq)artiments des meilleures fenêtres de la ( allie- 
drale de Reims. Les fenêtres delà Sainte-Chapelle de Paris ont un défaut, 
qui paraîtrait bien davantage si elles n'éblouissaieiU pas par l'éclat des 
vitraux : c'est quelescolonnettesdes meneaux sont dénu^surément longues 
et que les entrelacs supérieurs ne conunenceni (pi'a partir de la naissance 
des ogives (voy. fkxètki;). Cela donne ii ces fenêtres une appanMice giêle 
et pauvre ([ue l'architecte a voulu dissinuiler à l'extérieur, oii les vitraux 
ne produiseiU aucmKMllusion, par ces detads darchivolles et ces gables 



[ (.M.\ri;i.i i: 




iluiii nous parlions tcml à riicurc A la cliapcllc de Saiiit-(i(M'niain. aucun 

T. n. rir> 



( CIIAI-KIIK I 'i.{4 

détail suporflu ; c est la construction seule (jui tait toute la décoration ; et 
sans vouloir faire tort à Pierre de Montereau, on peut dire (jue si l'archi- 
tecte (dianipenois prohahleinent) de la cliapelle de Saint-Onnain eut en 
à sa disposition les In'soi-s employés à la construction de celle de Paris il 
eût l'ait un monument supérieur, connue composition, i\ celui que nous 
admirons dans la Cité. Il a su (chose rare) conformer son architecture à 
l'échelle de son monument, et, disposant de ressources modiques, lui 
donner toute l'ampleur d'un ^M-and éditice. A la Sainte-Chapelle de Paris, 
on trouve des tàtomuMuents, des recherches (jui occupent l'esprit plutôt 
(juelles ne charment. A Saint-(iermain, tout est clair, se comprend au 
premier coup iWvW. J>e maître de cette (eu\re était sûr de son art; c'était 
en même temps un honnue de j.jont «i un savant de premier ordre '. 
L'intérieur de ce monument était peint et les fenêtres garnies prohahle- 
ment de vitiaux. Inutile de dire que leur effet devait être prodigieux à 
cause des larges surfaces qu'ils occupaient. Hien n'indique qu'une tlèche 
surmontât cette chapelle. On ne voit point non plus (juc des places spé- 
ciales aient été réservées dans la nef, connue à la Sainte-Chapelle du 
Palais, pour des personnages considéi'ahles. 11 faut dire qiw la chapelle 
de Saint-(iermain-en-La\e n'était (jue le vaste oratoire d'un château de 
médiocre importance. Tous les détails de ce charmant édihce sont traités 
avec grand soin; la sculj^ture en est helle et entièicment dut^ à l'école 
chanqjeijoise, ainsi que les protils. 

De riches ahbayes voulurent aussi rivaliseï' avec le souverain en élevant 
de grands oratoires indépendants de leur église. Nous avons dit que les 
abbés de Saint-Cermain-des-Prés chargèrent l'architecte Pierre de Monte- 
reau de leur bâtir la chapelle de la sainte Vierge jirès de leur réfectoire 
(voy. Architeclure nu)nasli(iue,i\{i. ir>). Les abbés étaient seigneurs féo- 
daux, et, comme tels, voulaient imiter ce que faisait le suzerain dans 

I La cliapelle du cliàlcaii (Je Saint-tierniain-eii-l.aye est aiijiiiinl'iiui tort déiiaUirée; 
les coiUre-l'orls ont été rcvèlus, au xvii' siècle, de placages daus ieguùt du leiups; le 
s(il iiitéiieur a été relevé de plus d'un mèlre. i/arcalure a été détruite, ainsi que la 
balusU'ade extérieure. Cepenriant nos dessins (saul' la décoration des contre-toits, sur 
laquelle nous n'avons aïK une donnée) ])iésciitciit ri!;(puieiis<'nicnl renseinhie et les 
détails (le ceUe belle conslruclion. Des touilles l'ailes avec intelligence par l'arcliitecle 
M. Millet ont mis à nu les bases intérieures. Des fragments de l'arcature et de la 
balustrade ont été retrouvés ; les piles ont été dégagées. Quant aux autres parties de 
l'édifice, elles sont conservées, et la coiislniction n'a subi aucune altération. On ne 
saurait trop étudier cette clia|H'lle , (pii nous parait être un des exemples les |)lus 
caractérisés de cet art du xm' siècle, au monient de sa splendeui . Si Ton avait (piel- 
ques doutes sur la date, il suflirait de comparer ses profils et sa sculpture avec les 
profils et la scul|)lure des inonninenls clKinipenois du mii"" siècle, pour être assuré que 
la cliapelle du cliàleau de Saint (iermain est contemporaine des cliapelles absidales 
delà cathédrale de Reims, des parties inférieures du chœur de la cathédrale de Troyes, 
de la chapelle de l'archevêché de Heinis. constructi(Uis qui sont antérieures à l'24(). 
La corniche supérieure et la lialuslrade, dniil on a retrouvé des fragments, peuvent 
même renioiiler a I -l.W. 



— i;{.*. — 



CHAI'EI.I.K 



Sf^s (lomaiiies; heaucoup (Talyhayc's \inMil donc, vers le milieu du 
xiiie siècle, éhner, dans leur enceinte, de jurandes chapelles isolées, dont 
la construction n'était pas toujours justitiée par un besoin tu-j^ent. Le 
prieure de Saint-Martin-des-Clianipsà Paris hàlit aussi, \erscelte é|)o(|ue, 
deux grandes chapelles, lune dédiée à \otre-hanie, l'autre à saint Michel. 
Voici (7) le plan de la chapelle de la Vierj>e de l'ahhaye Saint-(;erniain- 




des-Pres ', qui se distiiifîue surtout de celui de la Sainte-Chapelle du 
Palais par la disposition de ses \oùtes, dont les arcs ogives, s'il faut en 
croire un dessin de xM. Alexandre Lenoir relevé avant la destruction de ce 
beau monument, comprenaient deux travées, et dont l'abside était plantée 
d'une façon peu conforme aux habitudes des constructeurs du milieu du 
xni* siècle. Mais Pierre de Montereau avait certainement, dans la con- 
struction de la chapelle de la Vierge, été forcé de se renfermer dans une 
dépense assez peu élevée, relativement à la dimension donnée à l'édifice. 
Ce geme de voûtes est moins dispendieux (|ue celui adopté pour la Sainte- 
Chapelle du Palais, et les fragments des couronnements qui existent 
encore accusent une exécution ptii dispendieuse. I/abbaye Saint-Cer- 

' A IVcliplle de 0,002') pour iiidre. 



[ r.iiAi'in.i.i: I — i.'{<» — 

inaiii-(les-l*rés n'avait pas, telle riche qu'elle fût , les ressouiees du roi 
de France. A ce point de vue, la comparaison de ces deux édifices, élevés 
j»res(|ue en même temps par le même arcliilecte, est intéressante. 

Mais saint Louis ne tut pas le seul roi de France (pii éleva des saintes 
< hapclles. Lt' vaste château de Vinceimes , connnencé par le roi Jean, 
était achevé, au point de vue militaire, sous (>harles V. Son fils com- 
mença, sur de fïrandes proportions, la construction d'une sainte cha|M'lle, 
au milieu d(» son enceinte. Charles VI éleva \o hâtimenl vei-s l'abside 
ius(|u'au\ corniches supérieures, dans la nef .ius(|u"an\ naissances des 
archivoltes des fenètn's, et sur la façade jus(|u'au-dessous de la rose. Les 
malheurs de la fin de ce rèj^ne ne permirent pas de contimier l'édifice, qui 
resta en souffrance pendant un siècle. François Lr reprit les constructions 
vers 1525, elles ne furent achevées que sous Henri IL Les deux sacraires 
et le trésor à deux étajïes annexés à la chapelle étaient terniinés à la fin 
du XIV siècle ou au commiMicemenl du w". Deux époques bien distinctes 
ont donc concouru à ledilication de la sainte chapelle de Vincennes, et 
cependant, au premier abord, ce monument présente une jurande unité. 
Les architectes de la renaissance charj^^és de l'achever ont, aulant (ju'il 
était possible à cette épo(|ue, cherché à conserver l'ordonnance de l'en- 
semble, le caractère des détails. Il faut examiner la sculpture, reconnaître 
les déiiradalions causées par les pluies et la i;elée aux parties supérieures 
des conslruclions laissées inachevées pendant un siècle, jjour trouver les 
points de soudure des deux époques. 

La ti^. 8 flonne le plan de la sainte chapelle de Vincennes ', avec ses 
annexes. Ce sont d'abord deux oratoires à double étaf.re ayant vue sur le 
sanctuaire par deux petites ouvertures biaises. A la suite, à droite, un 
escaliei" conduisant à l'étaiic supérieur de Toraloire, aux terrasses el aux 
combles. A ^^auche, lasacrislie avec son tiésor, éi^alement a deux elaiiis. 
le trésor ayant, comme à la Sainte-Chapelle du Palais, la forme, en plan 
et en élévation, d'une pelite cha[)elle. Un escalier particulier conduil au 
premier étage du trésor et au comble. 

Il est vraisemblable (pie l'oratoire construit par Louis XI entre deux des 
contre-forts de la Sainte-Chapelle de Paris, pendant la seconde moitié du 
XV siècle, est une imitation de ceux de la sainte chapelle de Vincennes, 
cette disposition ayant paru plus commode que celle adoptée par saint 
Louis, et ne consistant qu'en doux renfoncements dans l'épaisseur de la 
muraille (voy. fif^. :2 , en D). Le roi, la reine se trouvaient ainsi séparés 
des assistants, et voyaient le prêtre à l"aut(>l sans être vus. 

A Vincennes, une tribune larj^e est portée jiar une voûte au-dessus de 
l'entrée; elle occuj)e toute la première travée. A Paris, cette tribune n'est 
(|u'une simple j^alerie d'un mètre de larfj;eur tout au plus. Les statues des 
apôtres et de quatre aiifics. derrière l'autel, étaient, à Vincennes, c(»iiinic 
à Paris, adossées aux piliers, a la hauteur de raj)|)uides fenêtres, suppoi- 

' A fi'i'licilc (le 0,0()2o ponr nièlro. 



— i'M — 1 (.IIAI'KI.LK I 

Icrs |>;ii (Ic^ ciils-dc-liiiuiM' cl sniiiioiiltM'^ dr dais '. I,i'> iiiiir> dapiuii 




X 



sous les meneaux nelaient point décorés d'arcatures à Viiiceiuies, mais 
piohaltlement j;aniis autrefois de bancs en l)ois avec des tapisseries. Les 
fenêtres de l'abside ont seules conservé leurs vitraux, qui ont été peints, 
au xvi<* siècle, par Jean Cousin, et représentent le Jugement dernier. Parmi 
les vitraux de la renaissance, ceux-ci peuvent prendre le piemier rang ; 
ils sont bien roni|)Osés et d'une belle exécution. Le condde de la sainte 
cliapelle de N incennes, construit en bois derhène, t>sl coiid)iné avec une 
grande peifeclion; il ne fut jamais surmonlé que dune llèche fort petite 
et simple, qui n'existe plus. 



' Cos (igurcs ont t'Mé hi'isi'-t^s ; \ouv trace est seul»^ visilili 
el les amorces des da's. 



ainsi ( 



|iif 1 



es eiih-( 



le-lani|ie 



C.IIAPEU.K 1 i'{^< 

Voici (ÎM la coupe transversale do la sainte (liapellc de Vinceniies; si 




elle couvre une su{)erricie plus fiiande (|ue celle de Paiis. elle est loin de 
présenter en coupe une proi)ortion aussi heureuse. Sous clef, la Sainte- 
Chapelle du Palais a un peu plus de deux fois sa larjieur, tandis que celle 
de Vincennes n'a, du sonniiet de la voûte au pavé, que les neuf cinquièmes 
de sa largeur. A ce sujet, qu'il nous soit permis de faire remarquer 
combien on se laisse entraîner à pi-opa^jer les erreurs les plus faciles à 
constat<'r cependant, lorsqu'on ])arledes éditices de l'époque ogivale. On 
veut toujours (jue ces éditices affectent des proportions élancées, et qu'ils 
aient des hauteurs exagérées relativement à leur base ; d'une part, on loue 
les architectes de ces temps d'avoir ainsi accunmlé des matériaux sur une 
base étroite; d'autre part, on les blâme. Or ces momnnents ne méritent 
ni cette louange ni ce blâme; les rapports de leur hauteur avec leur largtMU 



VM — 



(.IIAl'El.LE 



sont ceux (|u»\ de tout leinps, on a donnés aux édiHces voûtés : une fois 
et demie, deux lois la largeur. S'ils adoptent des proportions plus sveltes, 
c'est pour pi-endre des jours au-dessus des collatéraux , lorsqu'ils en 
possèdent, (le dont il faut louer ou blâmer les architectes du moyen âge, 
suivant les goûts de chacun, c'est d'avoir eu le mérite ou le tort de faire 
paraître les intérieurs de leurs édifices beaucoup plus élevés (luils ne le 
sont réellement. 



CHAPELLES DE cHATEALx , D'ÉvÊCHÉs. Chaquc seigncur féodal voulait 
posséder, dans l'enceinte de son château, une chapelle, desservie par un 
chapelain ou n)ème par un chapitre tout entier. Ces chapelles ne furent 
donc pas seulement de simples oratoires englobés dans l'ensemble des 
constructions , mais de petits monuments presque toujours isolés , ayant 
leurs dépendances particulières, ou se reliant aux bâtiments d'habitation 
par une galerie, un porche, un passage. Très-fréquenunent, ces chapelles 
sont à double étage, afin de placer l'oratoire du maître au niveau des 
appartements qui se trouvaient toujours au-dessus du rez-de-chaussée, de 
séparer le seigneur et sa famille des domestiques et gens à gages qui 
habitaient l'enceinte du château, et aussi par suite de cette tradition dont 
nous avons parlé au conmiencement de cet article. 11 va sans dire que les 
évèques, dans l'enceinte du palais épiscopal, avaient leur chapelle. L'évèque 
Maurice de Sully en avait élevé une à Paris, à deux étages, du côté de la 
rivière, et qui existait encore avant le sac de î'archevéché en 1831. 

L'archevêché de Reims possède la sienne, qui est fort belle, à deux 
étages, et dont la construction remonte à 1-230 environ. Son rez-de- 
chaussée, dont nous donnons le plan (10), est construit avec une grande 





siiiiplicite. Ialllli^ (|uc If prriiiitT étage est richeniciil décore à rinlerieur 
par de Hne> >< id|»lurt'>. La lig. I 1 |»r»'senle le plan de ce |)reiniei' étage. 



1 CHAPKMK 1 \M) 

Suivant le inodcdr coiistinctiuii adopté «mi Oliainpafiiic. It> pilo luiiiiciil 
saillie à riutéiiour, de fa(,'(>M à diminuer à i'extérieui- la saillie des contre- 
forts; ces piles, isolées de la nuiiaillt' ius(|u'à (piatre mètres du sol. 
ddunent un étroit has-eôté autour de la chapelle et produisent un cliarmani 
etlet. Les mius sont décorés par une arcatuie posée sur un banc continu, 
et les fenêtres ouvertes au-dessus de celte arcature sont sans meneaux. 
Voici (12) la coupe de ce petit éditice , d'une bonne exécution . et rpii. 




1 



1 Jr££i 



malgré les plus regrettables mutilations, passe avec raison pour un clief- 
do'uvre; on y trouve, en effet, toutes les (jualités à la fois gracieuses et 
solides de la bonne architecture champenoise, et, à côté de Notre-Dame 
de Heims, la chapelle de larchevéché parait encore une des meilleures 
<'onceptions du xiii*" siècle. 

Pendant lépoque romane, les chapelles de châteaux ou d evèchéssont 
généralement d'une grande simplicité , compienant une nef couite avec 
une abside; (|uelquefois de petits bras de croix forn)ant deux réduits pour 
le châtelain et sa famille, des bas-côtés étroits accompagnent la nef, et 
deux absidioles llan(|uent l'abside centrale. Telle était la chapelle du 
chàleau de Monlargis (voy. <:HATEAr). 

Cicrlains châteaux d'une grande im|)ortance possédaient deux chapelles, 
lune située dans la basse-cour pour les gens de service et la garnison, 
l'autre au milieu des bâtiments d'habilalion intérieurs pour le seigneur 
du lieu, (".cite dispositinii existait à ('oucy. ainsi (pie le fait voir le plan de 



— iil — I (HAI'KLI.K 1 

Duceiceau '. La cliapcllc de la hasse-cour parait èliv de l'époqu»' romaiit' ; 
celle du chàleau, dont le rez-de-chaussée est encore visible, datait du coin- 
niencenienl du xiii"" siècle; elle conniiuiiiquail diredenieul , au preniiei- 
étajic, avec la j^^rande salle, (yélait un adniiiahlc édiiic(\ à eu ju^ci' par les 
nond)reu\ traj^uienls (jui jonchent le sol autour des piles ruinées du rez- 
de-chaussée, quoi(jue d'une simplicité de plan peu ordinair«> (v.chatkau). 
A dater du milieu du xiii«* siècle, la construction de la Sainte-Chapelle 
du Palais eut une iniluence sur les chapelles seigneuriales, et son plan 
servit de type. A lexeniple du saint roi, les fondateurs de chapelles 
seigneuriales les décoraient de la façon la plus somi>tueuse, et augmen- 
taient leurs trésors de vases et d'ornements précieux. L'hùlel Saint-i*ol, à 
Paris, qui devint une des résidences les plus habituelles des rois pendant 
les xiv« et xv«* siècles, possédait une chapelle « dans laquelle Chailes V 
« avoit fait placer des figures de pierre représentant les apôtres, dit 
(( Sauvai; Charles VI les fit peindre richement par François d'Orliens, le 
« plus célèbre peintre de ce temps-là. Leurs robes et leurs manteaux 
« étoient rehaussés d'or, d'azur et de vermillon glacé de fin sinople; leurs 
M tètes, accompagnées d'un diadème (niml)e) rond de bois, que l'on avoil 
« oublié, qui portoit un pied de circonférence, brilloient encore d'or, de 

« vert, de rouge et de blanc, le plus fin qui se trouvât Au Louvre, 

c( Charles V entoura encore la principale chaj)elle de treize grands pro- 
ie phètes, qui tenoient chacun un rouleau dans un petit clocher de 
« menuiserie terminé d'une tourelle, où il fit mettre une petite cloche : 
w les vitres furent peintes d'images de saints et de saintes couronnées 
« d'un dais, et assises dans un tabernacle. » 

Les oratoires tenant aux chapelles royales, comme ceux encore existant 
à Vincennes, conlenaient eux-mêmes des reliques, et étaient nmnis d'une 
cheminée, de tapis et de prie-Dieu. 

La chapelle de l'hùlel de Bourbon était une des plus riches parmi celles 
des résidences princières à Paris. « Louis 11 (duc de Bourbon), dit encore 
« Sauvai, comme prince dévot et libéral, prit un soin tout particulier du 

« bâtiment de la chapelle, aussi bien que de ses ornements : sa voûte 

« rehaussée d'or, les enrichissements dont elle est couverte, ses croisées 
c< qui l'environnent coupées si délicatement, ses vitres chargées de cou- 
(( leurs si vives, dont elle est éclairée; enfin les fleurs de lis de pieri-e qui 
M terminent chacune de ses croisées, et si bien pensées pour la chapelle 
« d'un prince du sang, témoignent assés qu'il ne jjlaignoit pas la déj)ense. . . 
« 11 fit faire à côté gauche de l'autel un oratoire de menuiserie à claire- 
(( \o\e où il arbora quatie grands écussons : dans le premier étoienl 
(( gravées les armes de (^luiiies VI à cause (jue celle chapt'lle fui achevée 
a sous son règne; celles de Charles, dauphin, renq)lissoient le second; 
(( dans le troisième étoient les siennes; el dans le (irniier celles d'Anne, 



' Dis plus cxccllcnii hastnioiii: de Fi(tncf. 

T. 11. M» 



I CHAPELLE 1 — 44:2 — 

« daui)hine (l'Auvergne, sa lenime. C'est dans cet oratoire que le roi se 
« retire ordinairement pour entendre la messe. » 

Ce n'était jias seulement à Paris qu'on déployait ce luxe de peinture et 
de sculpture dans les chapelles particulières. Le château de Marcouci, dit 
l'abbé Lebeuf, « possédoit deux chapelles l'une sur l'autre, peintes toutes 
« deux; celle du rez-de-chaussée étoit dédiée à la sainte Trinité, l'autre 

« étoit au niveau du premier étage A la voûte sont peints les apiMres, 

« chacun avec un article du symbole, et des anges qui tiennent chacun 
« une antienne de la Trinité notée en plain-chant. Sur les nuus sont les 
« armes de Jean de Montaigu et celles de .lac(jueline de la (Irange, sa 
« femme; il y a aussi des aigles éployées et des feuilles de courge » 

On peut encore voir aujourd'hui la charmante chapelle de l'hùtel de 
Jacques Cœur, à Bourges, dont les voûtes sont peintes d'azur avec des 
anges vêtus de blanc portant des phylactères, connue ceux du château de 
Marcouci. Mais nous ne multiplierons pas les citations; il sutlit de celles-ci 
pour donner une idée de la recherche que l'on apportait dans la décoration 
des chapelles privées pendant le moyen âge. 

Vers la tin du xv« siècle et le connnencement du xvie seulement , on 
s'écarta parfois du plan type de la Sainte-Chapelle de Paris, pour adopttn' 
les plans à croix greccjue ', les rotondes avec croisillons*, les salles 
carrées ' avec tribune pour le seigneur du lieu. 

CHAPELLES ISOLÉES, DES MORTS, VOTIVES. Bcaucoup dc uos graudcs églises 
conventuelles ne furent d'abord que des oratoires , successivement 
agrandis par la nmnificence des rois ou de puissants seigneurs. Le sol des 
Gaules, pendant les premiers temps mérovingiens, était couvei't d'oratoires, 
bâtis souvent à la hâte, pour perpétuer le souvenir d'un mii-acle et la 
présence d'un saint. Ces édicules furent le centre autour duiiuel vinrent 
se fonder les premiers établissements monastiques. Plus tard, des 
évéques, des abbés ou des seigneurs fondèrent des chapelles autour des 
abbayes, dans le voisinage des églises, soit i)our renqilir un vo'u, soit 
pour y trouver un lieu de sépulture pour eux et leurs successem-s. Saint 
Germain ht bâtir, j)rès le jjortailde l'église Saint-Vincent (Sainl-Cermain- 
des-Prés) , une chapelle en llionneur de saint Symphorien, et voulut y 
être enterré \ En 734 , sous le règne de Pépin , les restes de ce saint 
évêque furent transférés de cette chapelle dans la grande église. 

Le cardinal Pierre Bertrand fonda plusieurs chapelles, et, entre autres, 
une, vers 1300, au couvent des Cordeliers, à Annonay, où fut enterrée sa 
mère '\ Philippe de Maisièi-es, conseiller du roi Charles V, se' retira aux 
Célestins en 1380, sans toutefois prendre l'halùt; il y mourut en 1405, 

' Voy. la chapelle du cliâleau d'Aiiiboise. 

2 Anet. 

' Kcouen. 

^ Diibreul, Anliq. de Paris, liv. 11. — ^ lUid. 



— ii.} — [ CHAPELLE 1 

dans « la même infirmerie qu'il avoit fait bastir à ses propres cousts et 
« (léspeiis, avec une belle chapelle et un petit cloître pour rt'ciéer les 
« malades '. » Les maisons d'asile, les maladreries, les collèges et hôtels- 
Dieu possédaient des chapelles plus ou moins vastes , mais toutes fort 
riches des dons des tidèles et, par conséquent, décorées avec luxe et 
remplies d'ornements précieux. Des oratoires plus modestes, et qui 
n'étaient souvent qu'une petite salle couverte d'un comble en charpente 
ou d'une voûte en moellons surmontée d'un campanile ou seulement d'un 
pijinon percé d'une baie pour recevoir une cloche, s'élevaient près d'un 
ermitaire ou dans les passaires ditiiciles des montajxnes. sur quelque 
soumiet escarpé. Ces monuments isolés, consacrés par quelque tradition 
religieuse > ou élevés par suite d'un vœu, étaient et sont encore, dans 
certaines provinces de France, en grande vénération ; on s'y rendait, 
processionnellement, un jour de l'année, pour y entendre la messe; 
l'assistance se tenait dans la campagne, autour du monument, et la porte 
ouverte laissait voii- le prêtre à l'autel. Ces chapelles sont souvent bâties 
sur des plans assez étranges, imposés soit par les dispositions du terrain, 
comme la chapelle de Saint-Michel du Puy-en-Vélay, par exemple, soit 
par un souvenir, une tradition, la présence d'un tombeau, les traces de 
quelque miracle, peut-être même les restes d'un édicule antique. Il serait 
donc ditiicile de classer ces monuments qui, la plupart d'ailleurs, n'ont 
aucun caractère architectonique. 

Nous devons cependant faire connaître à nos lecteurs quelques-unes de 
ces étrangetés monumentales, et nous choisirons, parmi elles, les exem- 
ples présentant des formes qui permettent de leur donner une date à peu 
près certaine, ou qui sortent des données ordinaires. 

La chapelle de Planés, dans le Roussillon , située à six kilomètres de 
Mont-Louis, peut passer pour un de ces caprices de construction que l'on 
rencontre en recueillant ces monuments élevés au milieu des déserts. Elle 
se compose d'une coupole posée sur une base triangulaire et sur trois 
grandes niches ou culs-de-four. Construite grossièrement en moellon, il 
serait assez difficile de lui assigner une date précise. Cependant le système 
de la bâtisse et la forme du plan ne nous permettent pas de la regarder 
comme antérieure au mm*" siècle. 

13 




Voici le plan (13) de cet édicule. La porte est percée çn A près de l'un 
' Ibidem, \i\. III. 



Ui — 



I CIIAPEI.I.K I 

«les iiiijih's (lu liiiiiiiilc t'(|iiiliil('riil. I,;i liii. I i prcsenft! s;i viu* cxU'i'ipiii»', 




et la fif>. ih sa coupe sur la li^Mie BC. A moins de supposer que la chapelle 




<1 



10' 



de Planés ait été élevée en l'Iionneur de la sainte Trinité, nous ne saurions 



— iin 



CHAPELLE ] 



cxpruiiit'i' la disposition Iriloln'o du plan. (J""' M^' '' ''" ^'*'' « 'ï<*i'^ "^^ 
donnons cet («xcnipic (|ii»' connue uncde ces oxcoptioiis dont nous avons 
parié. 

Il oxistf , dans l'oncointf dp l'abbaye de Montniajour près Arlos , une 
('hai)elle élevée sous \c titre de la Saint«'-(li(»i\ , et ((ui mérite toute 
l'attention des architectes et archéologues, ('/est un édifice composé de 
quatre culs-de-lour é-^aux en diamètre, doiil les arcs poilent une coupole 
a hase cairée ; un porche précède l'une des niches (|ui sert d'entrée. En 
voici (It)) le plan. L'intérieur n'est éclairé que par trois petites fenêtres 




I I 



percées dun seul côte. La porte A donne entrée dan> un petit cimetière 
clos de murs. La chapelle de Sainte-Croix de Montniajour est bien bâtie 
en pierres de taille, et son ornementation, très-sobre, exécutée avec une 
extrême délicatesse, rappelle la sculpture des éf^lises j^recques des envi- 
rons d'Athènes. Sur le sommet delà coupole s'élève un rami)anile. I>a 



[ C.HAPKLLE ] — ii(i — 

liu. I" prcsoiiff l'élévation extérieure de cette chapelle, et la fif;. 18 sa 




^^^^^sfJ^W^^ IL 



coupe sur la lii,Mie RC. L'intérieur est coiiiplétouient dépourvu de sculp- 
tui-e, et devait probahlenuMit être décoré par des peintures. Nous voyons, 
dans cet édifice, une de ces chapelles de morts que l'on élevait, pendant 
le moyen âge, au milieu ou proche des cimetières, non point une église 
pouvant être utilisée pour le service journalier d'une connnunauté. même 
provisoirement, ainsi (|ue le suppose M. Vilet '. Sa forme ni ses dimensions 
n'eussent pu permettre de réunir, dans son enceint(>, les moines d'une 
abbaye comme celle de Montmajour, et de disposer les religieux d'une 
façon convenabh' près de l'autel. Pourquoi, d'ailleurs, adopter un plan en 
forme de croix grecque pour une église destinée aux religieux d'une abbaye 
qui doivent être placés dans un chœur suivant un oi'dre hiérarchique et 
sur deux lignes parallèles? Pourquoi cette» absence jH-es(]ue totale de 
fenêtres? Pourquoi cette porte latérale donnant sur un petit terrain clos 

> VArchil. byznnt. en France; réponse à M. Félix de Veriieilli, par M. L. Vitel. 
{Journal des Savants, janv. , fév. et mai 1 853.) 



— ii" — [ CHAPELLE 1 

de murs et conipléteiiient reuipli de tombes creusées daus le roc, si l'ou 



IS 




.43 




ii^'^iW'niV • Il ''' YTTTTr 




lOia. ,<>5rô*a7JK 



ne veut voir dans l'église Sainte-Croix de Montmajour la chapelle funé- 
raire de l'abbaye? Si , au contraire, nous admettons cette hypothèse, sa 
forme, ses dispositions et sa dimension sont parfaitement expliquées. Les 
moines apportent le mort, processionnellement ; on le dépose sous le 
porche; les frèi'es restent en dehors. La messe dite, on bénit le corps et 
on le transporte à travers la chapelle, en le faisant passer par la porte 
latérale A pour le déposer dans la fosse. On traverse la chapelle pour 
entrer dans le cimetière, qui cependant avait une porte extérieure. Les 
seules fenêtres qui éclairent cette chapelle s'ouvrent toutes trois sur 
l'enclos servant de champ de repos. La nuit, une lampe brûlait au centre 
du monument, et, conformément à l'usage admis dans les premiers siècles 
du moyen âge, ces trois fenêtres projetaient la lueur de la lampe dans le 
charnier. Pendant l'oiiice des morts, un frère sonnait la cloche suspendue 
dans le clocher au moyen d'une corde passant par un leil réservé, à cet 
effet, au centre de la coupole. 



I ciiAi'Ki.i.K I — ii^ — 

Lit cliaix-llc Sainlf'-(^roix d»» Moiitmajour fut l)àlie»'n lOh) '. Ce iiVlail ' 
passcultMiicnl dans le voisiiiai^iMlcs ciiiirlit-ros jiai liciilicrs. des ctalilissc- 
montsreliiiicux (|U<' Ton élevait dos rliapcllcsdcs morts. Tons Icsdiarnicrs 
|)la('('s au niilion des villes ou près des églises possédaient un oratoire; 
(lueUiuelois même cet oratoire n'était quune sorte de dais ou de pyramide 
en pierre portée sur des colonnes, laissant des ajours entre elles, de 
manière à permettre à l'assistance de voir le prêtre qui, le jour des Morts, 
disait la messe et donnait ainsi la bénédiction en plein air. 

Il existe encore une tres-jolie chapelle de ce ^emc à Aviotli (Meuse), 
qui date du xv siècle. Nous en d(»nnons le plan (!«.)), la coupe (20) el la 




vue perspective (21) -. dette chapelle est placée près de la i>orle d'entrée 
du cimetière; elle est bâtie sur une plate-forme élevée d'un mètre environ 
au-dessus du sol ; l'autel est enclavé dans la niche A, iv^. H) et 20 ; à côté 
est une petite piscine. Au milieu de la chapelle est placé un tronc en pierre 
B, d'une {^Maiide dimension, poui- re(>evoii' les dons (pie les assistants 
s'empressaient d"app<»rler pour le repos des Ames du puri^aloire. La messe 
dite, le prêtre sortait de la chapelle, s'avançait sur la |)late-f'orme jtour 
exhorter les fidèles à prier pour les moits, et donnait la bénédiction. On 
remarquera c(ue celte chapelle est adroitement construite pour laisser \(iii 



1 Voy. des fiajJîmciils de la cliarle de loiidiilion de ceUe eliapelle el d'une liistoire 
niaïuiseiile de la ville d'Arles, cilés dans les \()tcs d'un vojidiif ditns le midi de tu 
l'iaiicr, \>ar M. M»''iiiiiée ; jdèces ccinniiiiiiiiiiices i)ar M. ('.. Lenorniaiil. 

i Nous devons ces dessins ;i Idlili^i'aiicr île M. li(rN\\i'i\\;dil. 



- 44'.» 
20 



I (H.vrELLt 




ottiriant à la fViulc et pom' laltrifei' aiilanf que jwssiblf du vent et de la 
T. ir. 57 



(IIAPKLI.K 1 



— 450 — 




pliiio. Au-dessus de ((tlonnt's courles qui. iivér leur l»;isc cl cliaitité'iu 



— i.M — I CHAI'KI.LK ] 

n'ont pas plus do deux mt'dvs de haut, est posée une claire-voie, sorte de 
haluslrade (jui porte des fenêtres vitrées. 11 est à croire (jue du s(»inint't de 
la voûte pendait un Canal allumé la nuit, suivant l'usage; la partie supé- 
rieure de la chapelle devenait ainsi une jurande lanterne (voy. la.mernk 
des morts). 

On trouve encore, dans quelques cimetières de Hretaj,nie, de ces cha- 
l)elles ou ahris pour dire la messe le jour des Morts. 

Le petit monument , composé d'un mur d'appui avec un comhie en 
pavillon élevé sur quatre colonnes, que l'on voyait encore, à la fin du 
siècle dernier, dans l'enceinte du charnier des Innocents à Paris, et qui 
se trouve reproduit dans la Slalistique monumenlale de M. Alh. Lenoir, 
sous le nom de Prèchoir , n'est autre chose qu'une de ces chapelles des 
morts destinées à abriter le prêtre, le jour de la fête des Morts, pendant 
la messe et la bénédiction ' . 

CHAPELLES ANisçxEs dcs graudcs éjiiises. Jusqu'au xni« siècle, les églises 
les plus inqiortanles ne possédaient qu'un petit nondîrede chapelles; les 
cathédrales elles-mêmes en étaient souvent dépourvues (voy. cathédrale, 

fir.LISE). 

Lorsqu'au xui*" siècle on apporta des modifications importantes dans 
les habitudes du clergé, que l'on sentit la nécessité de nndtiplier les 
otiices pour se conformer aux désirs des tidèles, (|ui ne pouvaient tous, a 
une même heure, assister au service divin , ou pour satisfaire les corps 
privilégiés qui voulaient avoir leur chapelle, leur église particulière, on 
bâtit des chapelles plus ou moins vastes sur les flancs ou à l'abside des 
grandes églises, dans leur voisinage, et en communication avec elles. Les 
églises conventuelles avaient un chœur fermé par des stalles et des jubés; 
l'assistance ne pouvait que ditlicilement voir les otiices. Les monastères 
élevèrent donc des chapelles où les religieux ordinés pouvaient dire les 
offices pour les fidèles en dehors du chœur clôturé. Quelquefois aussi, 
des chapelles anciennes, en grande vénération, furent laissées près des 
églises nouvelles. C'est ainsi que les religieux de Saint-Bénigne de Dijon 
conservèrent la curieuse rotonde qui renfermait les reliiiues de ce saint 
en reconstruisant leur nouveau chœur (voy. sépulcre [saint]) , et qu'une 
chapelle à deux étages, qui date du x«^ siècle, fut laissée debout, à la fin 
du xne siècle, par les religieux (jui rebâtirent l'église de Neuwiller (Bas- 
Rhin). 

Cette chapelle, dont nous donnons le plan ("2^2) , était placée sous le 
vocable du fondateur, saint Adelphe, et présente une disposition des plus 
curieuses. C'est une petite l)asilique, à deux étages, dont le rez-de-chaussée 
est voûté et le premier étage couvert par une charpente apparente. Ce 
premier étage est presque de plain-pied avec le sanctuaire de la grande 



' Ce nionnmtMit ])ar;iîl remonter au xiv« siècle. 



[ CHAPELLE ] 45"2 — 

é{,'liso, tandis que le nv.-de-chaussée est, relalivniuMil an sol du clMnird»' 




l'éfîlise, une véritahle crypte. 

Nous en présentons (^23) la coupe transversale '. 

Vers la fin du xin»' siècle, on éleva, derrière l'abside de la trrande é^dise 
abbatiale de Saint-dermer (près Gournay) , une ^'rande chapelle copiée 
sur la Sainte-Chapelle haute de Paris, et connnLini(|uanl avec le sanctuaire 
de l'église au moyen d'une charmante galerie. Ce monument, exécuté 
avec un grand soin, était décoré de vitraux en grisailles et de peintures; 
son autel i)ortait le beau retable en pieii-e peinte qui est aujourd'hui 
déposé dans le musée de Cluny à Paris, cl (|ui est un des chefs-d"(euvre 
de la statuaire de cette époque ^. 

La cathédrale de Mantes, bâtie à la fin du xii« siècle, ne posséda aucune 

chapelle jus(iu'au xiv; à cette époque, on éleva contre le bas-côté sud 

lu chœur une belle chapelle, composée de quatre voûtes retombant sur 

' Ce monument vient d'être restauré et déblayé par M. Bœswihvald, à qui nous 
levons encore ces dessins. 

2 Ce reJ;il)lecst repnidnit^aiissiVninp'étemenlJqup possible dans la Hcvnc d'archilec- 
t'ii-e de M. C. Dalv. 



'(.%.{ [ CHAI'EM.K I 

imr pile centrale, mise en coininuriicalidii avec ce lias-cAlé pai- l'ouver- 




■^v-^^/*«».'' 



ture de deux aiccatix perces enire les anciennes piles. 

Nous donnons (;24) une vue extérieure de celle cliapelle. Inn des nie 



CIIAI'i-:! 



45-i — 




CI//L 1. A i/j»f/9 r «^tr^/Kf 



lours o\(>inplPs de rairliit»x-tuiT du ((HiiMiciic.'iiimt du mv sièclo (|n il v 



( iiAi'i II !•; j 




.'iil (l;ms rilt'-dc-KiiiiR-c, ri (-lU) une vue inlericuic juisr de I aiuicii hiis 



I CIIAI'KLLK 1 — ioC) — 

côté du xw siècle. Otte adionction lut faite avec adresse; eu consn\iiiii 
les voûtes du bas-côté, dout les arcs AB sont ancieus, l'architecU' du 
xiv siècle romphu-a la pile C en sous-œuvre, accola les deux piles d'entrée 
1)1) aux piles K du collatéral du xie" siècle, conserva les anciens contre-forts 
F ; et, suppiiniant celui qui existait derrière la pile C, y substitua un arc 
aigu venant reporter le poids des constructions supérieures sur la pile (I. 
Une charmante arcature décore l'appui des quatre grandes fenêtres doni 
les meneaux offrent un dessin d'une ])ureté remarquable. 

Les xiv«, xv et xve' siècles bâtirent à proximité, ou attenant aux grandes 
églises, unerjuantité innombrable de chapelles; parmi h's plus belles, on 
doit citer la chapelle de la Vierge bâtie à l'abside de la cathédrale de 
Rouen (xiv« siècle) , les grandes chapelles élevées sur le ilanc sud de la 
cathédrale de Lyon et nord des cathédrales de Châlons et de Langres 
(xvi'= siècle). 

ciiAPKi.i.i-s (comprises dans le plan général des églises). A quelle épo(jue 
précise des chapelles vinrent-elles entourer le sanctuaire des églises? Il 
serait ditlicile, nous le croyons, de répondre d'une façon catégorique à 
cette question dans l'état actuel des connaissances archéologiques; nous 
n'essayerons même pas de la discuter; nous nous bornerons à constater 
quelques faits. Mais, avant tout, nous devons dire que nous ne donnons 
le nom de chapelles qu'aux al)sidioles plus ou moins profondes et larges, 
circulaires, carrées ou à pans, qui s'ouvrent sur les bas-côtés d'une église; 
nous rangeons les chapelles posées à l'extrémité des bas-côtés, comme dans 
la fig. 2^ de cet article, ou celles qui s'ouvrent des deux côtés du sanctuaire 
sur les transsepts, au nombre des absides secondaires. Or nous voyons des 
chapelles absidales donnant sur le bas-côté qui pourtourne le sanctuaire, 
dans des églises dont la construction remonte au iv ou x^' siècle, couune, 
par exenq)le, l'église de Vignory. Dans le centre de la France, nous trou- 
vons des chapelles absidales dès le x^ siècle '. L'église de Saint-Savin 
(Poitou) nous donne cinq chapelles s'ouvrant dans le bas-côté du sanctuaire 
(xF siècle). L'église Saiiit-KJienne de Nevers {xi<^ siècle) en présente ti'ois; 
celle de Notre-Wani('-(lu-l'orl(le('lermont (xi"' siècle), quatre. Dans d'autres 
provinces, les cha})elles absidales apparaissent beaucoup j)lus tai'd. En 
Normandie, par exenqjle, les sanctuaires demeurent longtemps, jusqu'à 
la tin du xii« siècle, sans bas-côtés et, par conséquent, sans chapelles absi- 
dales. En Bourgogne, nous ne les voyons adoptées qu'au xiie siècle. Les 
abbayes connnencent, dans les provinces du Nord et de l'Est, à élever des 



• Une importante découverte vient ajouter un (ait nouveau à ceux déjà coniuis. 
Des fouilles, exécutées dans le sanctuaire de la calliédrale de Clermont, sous la 
direction de M. Ma'.lay et la nôtre, viennent de faire reconnaître l'ancien plan de la 
cathédrale |)rimitiYO, qui date du x"" au xi' siècle; ces l'ouilles ont laissé voir quatre 
cliai»elles autour i\u ijas-côté du sanctuaire, comme dans l'église de Notri^DanuMlii- 
l»ort. 



— 457 — I ciiApia.i.K I 

cliapt'lle.s ahsidalcs dts le w siècle '. An \ir' sirch», rlh's st^ dcVrloppcnt 
fil iKniihre et «mi éleiidue -. 

La callK'di'al*' iVaiivaisc. (|ui iiail à la lin du xii''sitVle, scinlilc protcslcr 
conlif ce besoin «le niniliplicr les ault'ls. Kri^éo soUs une pensée donii- 
nanle. I iinilé, elle n'adniel les chapelles quassez tard (voy. (:Ariif;i)i{.\i.i;). 
Si nous les voyons poindl'e , au xir siècle , daus les deux cathédrales de 
Noyon et (h' Sen lis, c'est que ces deux monuments s^élèveiit sous linlhience 
«H idente de i'éj^lise abbatiale de Saint-Denis, et encore, dans Ih cathédrale 
de Senlis, pal' (exemple, dont la conslructioii n'est pas aussi direclenu'iil 
soumise à celle de labbaye t|ue la construction de la calhédiale de Noyon, 
ces chapelles absidales osent à peine se développer; elles ne t'ornient en 
plan, à l'extérieur, qu'un arc de cercle très-ouvert; elles peuvent diHici- 
lement contenir un petit autel, et ne présentent qu'une fail)le excroissance 
en dehors du périmètre du bas-côté., Bientôt, cependant, il y a réaction 
contre le ]>iincipe qui avait fait exclure les chapelles des cathédrales; on 
auiiniente en nond)re et en étendue d'abord celles de l'abside, puis on en 
construit après coup h; long des bas-côtés des nefs. Cet exemple est suivi 
dans les églises paroissiales. Nous ne nous occuperons pas des chapelles 
élevées entre les contre-forts des bas-côtés des nefs, car elles ne consistent 
réellement qu'en une voûte et une fenêtre; mais nous essayerons de 
présenter une série de chapelles absidales en prenant les types principaux 
classés par ordre chronologique, ou suivant leur ordonnance. 

Les chapelles absidales romanes ne consistent à l'intérieur qu'en une 
demi-tour ronde voûtée en cul-de-four, percée d'une, de deux ou trois 
fenêtres cintrées, simples, ou ornées de colonnettes des deux côtés de 
l'ébrasement. Ces chapelles, destinées à être peintes, ne sont pas décorées 
de sculptures. Quelquefois le soubassement reçoit une arcature ^ A 
l'extérieur, au contraire, elles sont enrichies de moulures, de délicates 
sculptures et quelquefois d'incrustations de pierres de diverses couleurs. 
Telles sont les chapelles absidales de l'église de Notre-Dame-du-Port à 
Clermont, dont nous donnons (26) une vue intérieure, et (27) une vue 
extérieun*. Ces chapelles sont à double étage, c'est-à-dire qu'elles régnent 
dans la crypte connue au rez-de-chaussée; cela leur donne à l'extérieui' 
une proportion très-allongée, les voûtes de la crypte étant au-dessus du 
niveau du sol extérieur afin d'obtenir des jours par de petites baies percées 
dans le soubassement. Les deux fig. 26 et 27 font voir que l'ordonnance 
des chapelles est indépendante de celle du bas-côté. Les corniches ne sont 
pas posées au même niveau. Cependant, à Notre-Dame-dn-Port. la diffé- 
rence du niveau entre la corniche du l)as-côté et celle des cliaiielles nesl 
pas telle, que la couverture en dalle de ces chapelles ne dépasse l'arase de 

' Prieuré de Saiiil-Marlin-des-Champs. 

- Clunv, Clairvaux, S.iint-Deiiis; à la fin du xir siècii-, IVtnligny, Vt'/elay, rAi)l)aye- 
aiix-Homnies de ('aeii, Saiut-lîcini do Heiiiis. 
^ Sainl-Savin près |'oili(M's. 

1. M. ' :>« 



I CHAPE1J.K 1 — ^^^ 

la corniche du bas-côlé. Pour éviter le mauvais effet des pénétrati<.i.s dc^ 




'^■''z:i'</v..7,^. 



couvertures des chapelles sur les dalla^^es du collatéral, on a élevé les 
petits pi^Mions A (fig. -i') qui arrêtent le dallaj>e des chapelles et masquent 
une couverture à deux égouts pénétrant le dallage continu du has-côle. 
Cela est adroitement combiné, quoique un peu recherché; mais les dispo- 
sitions les plus simples ne sont pas celles qu'on adopte tout d abord, i.es 
formes primitives des chapelles absidales romanes des pioxinccs du Centre 



(■.IIAPKI.LI': 




^t (If lAquitainr varirnt \h-u: ol si nous avons choisi oH êxeniplo. cVsf 



I CIIAI'KI.I.K I — i<;0 _ 

quil est un des plus anciens cl des plus heaiix. I^es cliapellesahsididesdr 
iXdlre-Danie-dii-INtrtsonleneoreenipreiiilcsdiiiiccitiiiii pai finn de ll..|ltl.• 










lUE»!!' 



ilMîl 



\ 



^' 



iiiili(|iiil(' (pii leur donne à nos yeux un earaelère pailicidiei-. (!e nesl |»his 
I aiehileeluie anli(pie. mais ce n'est pas I arclnleelure loniaiie du .Ndid ri 



ici — 



CHAPKLLE 



(If IKst. l>'(iii Nt'iKtil («M art. citiiimt'iit clail-il iir dans ers provinces 
cenli'ales de la France? Coininciit se t'ail-il (|ih'. dès le xc siècle, il se 
disliniiue entre tous les styles daichiteclure des auiies pro\inces par son 
extrême linesse, par son exéculion délicate, la pureté de ses |)i()fils et 
rhaïuionie parfaite de ses proportions? La t'av<>n dont est dis[)osée la 
décoration de l'extérieur de ces chapelles dénote un art arrivé à un haut 
degré. La sculpture n "est pas prodij^aiée, elle est liiic ri cependant pioduit 
un grand etiet par son judicieux emploi. Les inciuslationsde pierre noire 
(lave) cntie les modillons et au-dessus des archivoltes des fenèti-escontri- 
huent à domierde lelégance à la partie su|)érieurede ces cha|)elles, sans 
leur rien enlever de leur l'ermelt'. 

Lorsqu'au wv siècle on abandonne les voûtes en cul-de-1'our pour 
adopter définitivement la voûte en arcs d'ogive, les constructeurs profitent 
de ce nouveau mode pour agrandir les fenêtres des chapelles et pour les 
orner de colonnes liégagées (pii reçoivent les arcs et les formerets. C'est 
d'après ce principe (jue sont construites les chapelles de l'église abbatiale 
de Saint-Denis et celles de la cathédrale de Noyon (milieu du xii'' siècle), 
dont nous présentons ("28) l'aspect intérieur. Quant aux chapelles de la 
cathédrale de Senlis, elles ne se composent que de deux travées dont une 



29 




seuleesl percée d'une fenêtre. En voici ("2'.)) le plan, (.{(M ia\U(^ extérieure 
et (31 ) l'aspect intérieur. A Noyon, l'arc doubleau d'entrée est plein cintre; 
à Saint-Leu d'Esserent et à Senlis, il est ogival ; cependant ces chapelles 
sont construites à la même époque , ou peu s'en faut. Les chapelles de 
Noyon sont décorées d'une petite arcature plein cintre, celles de Saint-Leu 
et de Seidis en sont depoui'vues. 

Il faut mentionner un lait imp(»rlanl : ^lit (|ue ces cliapelles se C(»mpo- 



I (IIAI'KI.I.K ! ' — i<>-2 — 

sent (le (l«'iix Iravees. (oiiiiiic a Sciilis. ou de ((ualic li'avé«>s, coiiiiiH' a 




...i;.V,K9,^ V. 



Noyou o\ à Saiiil-Lcii, I autel de chacune «Iclles est |)lacé suivant l'axe du 
chevel , de façon à être toujouis orienté, et . par consé(|uent, dans I une 



— ic.:{ 



cii.vn I m 




des travées latérales, ainsi que l'indique la tlj;. :M . Cependant les chapelles 



[ niAi'Ki.i.i- I — i(>4 — 

iihsidalcs (le. l'»îj;lis»' aMuilialc de Sa'ml-l^ciiis laisaiciil cxccidioii à (fil»' 
lè^Ic ; Icursaiitclsélaicnl tous posés pcrpcndiciilaiicmcnl au rayon parlaiil 
du centre du sanctuaire et l'oiinant Taxe de < liaeune des eliapelles. l)an> 
les j,M"andes é^dises de l'ordi-e de (>luiiy et dans les cathédrales de TOise 
citées plus haut, bâties vers le milieu duxii' siècle, les chapelles ahsidales 
sont senii-eireulaires; elles sont carrées dans les éj;lises de l'ordre de 
Citeaux. A Clairvaux , à Ponlijxny, c'est un paiti franchenienl ado|)le, el 
(pii n(»us parait coniniandé par la rèi,de de ccl ordre, (jui voulait (jut> les 
constructions nionasticpies se renferniassenl dans les doiniées les plus 
simples. En eÛ'oi, les chapelles circulaires enli-ainent des dépenses hiipor- 
tantes, parce qu'elles compliquent les constructions, nécessitent des 
développements considérables de murs,exij;ent une main-d'œuvre dispen- 
(lieus(% des couvertures ditliciles à ex(Vulei', des pénetialions, des ('oui)es 
particulières, et, par suite, un iirand dclail de précautions. Les cliajx'Ues 
carrées, au contraire, ne font (luajouter une précinction au bas-côté, ne 
demandent (|u'un mur de clôture très-sim])!»' et des couvertures (pii ne 
sont que le prolonj^ement de celles du collatéral de l'abside: les contre- 
forts nécessaires à la buttée des voûtes supérieur(>s leui" servent de murs 
de séparation ; les voûtes conqiosées de deux arcs oiiives st^ consli'uisenl 
pluséconomicjuenient que les voûtes couvrant une surfaire semi-circulaire, 
une seule fenêtre les éclaire au lieu de deux. Ces chapelles carrées ne son! 
dfuic réellement (|u"un second bas-côté divisé par des murs de refend 
construits suivant les rayons partant du point de centre du sanctuaire '. 

Les constructeurs de l'éfilisedePontijiny (Yonne) voulurent cependant, 
tout en se conformant à cette donnée de Tordre, faire» une concession au 
jioût du tenq)s. Le chueur de cette éi;lise abbatiale, élevé pendant les 
dernières années du xii*' siècle, conserve le principj^ des chapelles absi- 
dales carrées à l'extérieur, tandis qu'à l'intérieur ces (chapelles sont 
plantées sur un polyjj,one irrégulier. 

Voici (3% le plan d'une de ces chajielles. La couverline ne tient pas 
compte de celte forme ])olyfj;onale ; elle j)asse uniformément sur toutes, 
laissant seulement les souches des arcs-boutants percer l'appentis. Nous 
devons reconnaître toutefois qu'il y eut de l'indécision dans la favon de 
couvrir les chapelles absidalesde l'église de Pontigny, car les filets solins 
des combles, ménagés sur les flancs des souches des arcs-boulanls, ne 
suivent pas la direction de ces combles, et donnent à croire qu'on avait 
voulu faire, soit des cond)les brisés, soit un appentis sui' le bas-c(Me, 
pénétré par des combles à double pente avec pignon sur chacune des 
chapelles. Ces tâtonnements, quant à la manière de couvrir les chapelles 
absidales des églises monastiques, ne sont pas seulemeni apparents à Pont i- 
gny. Il y avait là une dilhculté (jui, évidennnent, end)a>rassa longlenq>s les 
architectes des grandes églises d'abbayes pendant les \i'' et xic siècles. On 



' Voy. le plan do riil)bayo de Ciairv.Tiix, Archikcture inoïKisdiiiif, liii. (i. 



— Kir» — I CHAPELIE 1 

arrivail à couvrir ces cliap«'llos par des procédés (|ui iiOiil ricii de franc cl 




accusent une certaine indécision. Cela est visible dans le chœur de l'éj^lise 
Saint-Martin-des-Clianips de l*aris, dans le chœur de l'église de Vézelay, 
où les couvertures des chapelles circulaires, au lieu d'être coniques, 
forment une surface gauche qu'il n'était possible d'obtenir que par un 
massif posé sur les voûtes. Dans les églises de l'Auvergne, du Poitou et 
de l'Aquitaine, les chapelles absidales étant plus basses que le collatéral, 
les couvertures venaient naturellement buter contre le nun- de ce collatéral , 
sous sa corniche; mais, dans l'Est et le Nord, on voulut de bonne heure 
donner aux chapelles absidales la hauteur du collatéral, et les construc- 
teurs, après avoir arasé les corniches, ne savaient plus trop comment 
couvrir ces surfaces inégales, et reculaient devant les dithcultés que 
présentent des pénétrations de combles en charpente. 

Dans l''Ile-de- France et les provinces voisines, les églises de quelque 
importance possédaient toutes, au-dessus des bas-côtés, une galerie aussi 
large que lui, formant au premier étage un second collatéral. Cette dispo- 
sition permettait d'éviter les dithcultés que nous venons de signaler, 
puisque le mur de précinction de la galerie du premier étage présentait 
une surface verticale assez haute pour permettre d'appuyer une couverture 
contre elle. Ce cjue nous disons ici est parfaitement i>\pliqué par la vue 
extérieure des chapelles absidales de la cathédrale de Senlis (lig. 30). 
Mais aussi ces chapelles n'avaient-elles qu'une faible profondeur, et 
n'étaient-elles pas, à cause de leur exiguïté, d'un usage coimnode. 

Avant de passer outre, nous devons revenir sur ce que nous venons de 
dire des chapelles absidales des églises du Poitou et de l".\(|uitaine. Dans 

T. II. •'»•• 



[ ciiAi'Ki.i.i: I — i(»() — 

ces provinces, les bas-côtés des éfïlises ont à peu près la liaiileiirdu vais- 
seau pi'incipal (voy. architectlre ukligiiîlse, cathèdhai.k), atii) de coiilre- 
huler la poussée des voûtes centrales; quoicpie ce mode eut rincoiivéïiit-nl 
(rein|)ê('licr d'ouvrir (U's joins au-dessus des collatéraux sous les voùles 
hautes, il avait l'avantagée d'éviter la constiuction des arcs-hoiilanls, et de 
donner des i)as-C(Més fort élevés contre lesquels on pouvait adosser des 
clia|)elles d'une bonne dimension connue diamètre et bauteui-, sans que 
leur couverture vînt dépasser le niveau des corniches de c<'s collatéiaux. 
La chapelle était alors une absidiole seiui-circulaire accoN'e à un mur 
élevé; elle était un appendice à léditice, nu cdicuie indépendant |)our 
ainsi dire, ayant son ordonnance particulière. 

L'exemph; pris sui" le plus beau monument de ce genre (pi'il y ait m 
Saintonge, et que nous donnons (33), expliquera nettement ce (pi'est la 
chapelle ai)sidale dans les églises romanes de l'Ouest. A Saintes, il existe 
une charmante ('giise du \\v siècle, Saint-Eulhrope. qui possède une vaste 
crypte, ou plutôt une église basse, à rez-de-chaussee, sous le chieur. 
L'abside de cette église est tlan(juée de trois chapelles dont nf)us repi'odui- 
sons l'aspect extérieur. Ces chapelles régnent dans la crypte connue au 
niveau du clueui", ainsi (|ue le fait voir notre gravure ; Icnrs fenêtres ne 
sont pas de la même dimension (pie celles du collatéral A ; «'lies sont plus 
petites. Les chai)elles de Saint-Euthrope de Saintes sont doiu', connue 
nous le disions, un petit édifice accolé à un autre plus grand. Si ce parti 
peut être adopté dans l'architecture romane de l'Ouest, dont l'échelle n'est 
pas soumise à des proportions fixes. (|ui ne lient pas compte de l'unité 
dans ses dispositions archilectoniques, il n'aurait pu être admis par les 
architectes des provinces du iNord à la fin du xn"" siècle, alors (pie l'archi- 
teclui'c n(> se permettait plus ces désaccoi'ds (r(''chclle, et (pie l'on revenait 
à des lois impérieuses duniU;. D'ailleurs on n'avait pas, dans le Nord, cette 
ressource des collatéraux élevés; il fallait les tenii" assez bas pour pouvoir 
éclairer largement le vaisseau cenlial au-dessus de leur (dincrture. Force 
fut donc, loi'S(pi'on voulut, au commencement du xiu'" siècle, ouvrir des 
(chapelles à l'abside des églises, de hnir donner la hauteur des bas-côtés et 
de les couvrii' sans troj) de ditiicultés, sans gêner réconiciiient des eaux 
et sans nuiie à rordonnaiice générale. On procéda timidement d alioid; 
à Bourges, par exenq)le, les chapelles absidales ne formèrent que des demi- 
tourelles atta(;hées au bas-côté, couvci les par des Icnassons coniques en 
dalles '. A Chartres, les diapelles absidales ne fureiil guère aussi (pu' des 
ni(hes couronnées par des pa\ liions dalles. (Test en Champagne (pie les 
chapelles absidales paraisseiU prendre, des la fin du xii'^ siècle, un deve- 
lo|)pement considérable. Le cha'ur de l'église Saiiil-liemy de Keinis es! 
contemporain de celui de la cathédiale de Paris, c'est-à-dire (ju'il dut être 
élevé vei's 11 HO; il y a même entre ces deux édifices une très-grande 

' IMiis taiil , cos couverUu'cs lurent i'Oiii[>l;u(''('s par des pyraniidcs cm picrri' l<'il 
élevées (ini ne soiil jtas iriin lieureii\ ellcl. 



— u\- 



(IIAI'KI.I.K 




KiAVOICNAT 



aïKilo^ié. (l('|>t'ii(laiit 1rs (l(inl)lrs has-cùlfs du clia'ur de .NoIic-lhiiiH' (le 



CHAFKI.LK 



— i08 — 



Paris n'avaient pas de chapelles ou n'en possédaient que de tivs-jxMites, 
tandis qu'à Saint-Reniy de Reims on voit apparaître autour do l'aljsidc 
une disposition particulière à la Clianipaiiiie, disposition que nous 
trouvons exister déjà dans les chapelles du tour du chœur de Notre-Dame 
de Châlons-sur-Marne, et qui consiste à ouvrir les chapelles sur le bas- 
(;olé, de façon à ce que leur voi!ite soit inscrite dans un cercle. Ainsi, ii 
Saint-Remy de Reims {'-VS bis) *, les chapelles absidales sont parCailciiiciii 




rt£ZM>FJ'.,5r 



circulaires, voûtées au moyen de (juatre arcs o^^ives , de cin(| foiiiit'rct> 
et de trois arcs doubleaux ouverts sur le bas-ccMé. Deux colonnes AA 
séi)arent la chapelle du collatéral et complètent les huit points d'appui 
sur lesquels reposent les quatre arcs ogives. Ces chapelles, à Texléiieur. 
ne laissent voir qu'un segment de cercle assez peu étendu , à cause de l:i 
saillie des gros conire-torts qui les séparent et sont destinés à contre- 
buter les arcs-boulants des voûtes hautes. Dans l'axe, nue cba|)elle 



IM^^i; il l'échelle de (),(l(i-) poiii melre. 



— i(iO — [ CIUPKLI.K 1 

heaucoiip plus profonde B terniino le chovot. Au-dessus de l'arcaturequi 
décore à rintérieur le soubassement de ces chapelles ivj,Mie un passage 
traversant les piles qui portent les arcs; les ten«Mres occu|i(Mit fout 
l'espace laissé entre ces piles, et sont terminées à leur sommet par des 
berceaux ogives concentriques aux formerets. Les voûtes sont contre- 
butées par les piles formant contre-forts à l'intérieur. A (>bàlons-sur- 
Marne , les chapelles présentent, à l'extérieur, des contre-forts (jui ne 
sont qu'une demi-colonne cannelée terminée par une statue et un dais 
(voy. c.onstriction). (]e plan circulaire, les piles formant contre-forts 
intérieurs, les deux colonnes posées à l'entrée de la chapelle sur le 
collatéral, et juscju'aux demi-colonnes cannelées extéi'ieures, sont des 
dispositions qui rappellent encore l'architecture antique romaine. Son 
influence, surtout apparente dans la Haute-Marne, à Langres, et le long 
de la Saône, se fait aussi sentir jusqu'à Reims (ville (jui possède encore 
un monument antique), et même jusqu'à Chàlons, pendant les premières 
années du xiii*' siècle. Les chapelles absidales de la cathédrale de Reims, 
élevées vingt ou vingt-cinq ans après celles de l'église de Saint- Remy, 
sont évidemment dérivées de ces dernières. Mais, à la cathédrale de 
Reims, Robert de Coucy a supprimé les colonnes isolées de l'entrée, et 
a donné à son plan plus d'ampleur. 

Les chapelles absidales de la cathédrale de Reims méritent d'être 
étudiées avec soin. Commencées sur un plan circulaire , comme celles de 
Saint-Remy,ellesdeviennent polygonales au niveau de l'appui des fenêtres: 
c'est la transition entre les deux systèmes roman et ogival. Les architectes 
soumis aux principes de l'école ogivale reconnaissaient : l"que les archi- 
voltes des fenêtres percées dans un mur cylindrique poussaient au vide ; 
-2" que les meneaux ne pouvaient être étal)lis solidement (|u"autant qu'ils 
se trouvaient dans un plan droit ; que leur taille, suivant un plan courbe, 
présentait des diflicultés insurmontables. Ainsi, en adoptant les meneaux 
connue châssis de fenêtres et pour maintenir les vitraux, on se trouvait 
forcément entraîné à abandonner la forme cylindrique dans les absidioles 
aussi bien que dans les grandes absides. Mais la rencontre des meneaux 
avec les talus circulaires du soubassement nécessitait des pénétrations 
conq)liqnées, un raccordement présentant certaines diiiicultés; on trouva 
bientôt plus naturel de prolonger la forme polygonale jusqu'au sol. Pour 
nous résumer, l'habitude des constructions romanes fait commencer, au 
\\n<^ siècle, des chapelles sur plan circulaire; le principe de la construction 
adoptée fait «énoncer au plan circulaiie en construisant les fenêtres, sur- 
tout lors(|ue celles-ci sont garnies de meneaux ; ce principe, une fois admis, 
fait abandonner la foiine cylindrique même pour les soubassements, et 
connnande la forme polygonale ou prismatitjue dans les plans des chapelles. 
Il y avait dans tout le système ogival des données inqiérieuses qui forçaient 
ainsi les architectes, de déductions en déductions, à l'ajjpliquer avecplus 
de rigueui'. (pielle que fût la force des traditions antérieures. Toutefois, à 
Reims, l'architecte sut se tirer avec adresse du nuunais pas où il s'était 



[ CIIAl'KI.I.K 



'(70 — 



en{i:afïé en (biKlaiil les chapelles sur plan circnlaiie; mais la leiifalive de 
concilier les deux sysItMnes ne fut j^uère renouvelée depuis; on avait fait 
là, évidemiuenf. ce (|ue nous appelons une ('colc '. 

Nous dounous {'M) le plan inférieur d'une des chaix-iles ahsidales de la 




calliédi'ale de Reims -, et (3o) le plan au niveau des fenêtres, qui indi(|ue 
comment les meneaux vieimeni péiiétrei- le talus coni(|ue couroimaiil le 
soid)assemeiit à l'extérieui'. Suivant le mode champenois , il existe une 
circulation au-dessus du souhassemcnt décoré dune aicature à l'intérieur. 
I><'s fenêtres se trouvent ainsi, connue à Saint-Hemy, comme à la cha|)elle 
de l'archevêché de Keiins, comme à la chapelle du château de Saint- 



' Les chapelles (tu chevet de la cathédrale de Tours sont de même prismatiques sur 
■UH souhasscmcni circulaire. 

- A rccliclic de O.OO:; pciiir mclrc. 



— ïl\ — I r.HAPKi.i.i; I 

Gei-inain-cn-I.ayt', oiivcries dans un ivnfoncpiiieiit produit |)ar la saillie 
iiilérifure des j)il('s. A lu'inis, «'cpcudanl, on ne retrouve pas le l'ornieret 




isolé de la fenêtre par un plalbnd portant le eliéneau (ce (|ui est du reste 
une disposition bour^uiiinonne) ; c'est un éhi'asement concentrique au 
fornieret qui sépare celui-ci de la baie. La fi^. 30, donnant la vue inté- 
l'ieure de l'une de ces chapelles, nous dispensera de plus longues explica- 
tions à ce sujet; elle fait voir le passage pratiqué au-dessus de l'arcature 
et toute l'ordonnance intérieure. La proportion de ces chapelles est des 
plus heureuses; leur aspect est solide, les détails de la sculpture et les 
profils sont traités avec la plus rare perfection. A l'extérieur, ces chapelles 
ne sont pas moins belles et simples, et n'était la malencontreuse galerie à 
jour [)lacee, vers le milieu du xni"' siècle, sur la corniche su|)érieure, dont 
le moindre inconvénient est de faire paraître ces chapelles petites, on 



CII.VI'KI.I.K 



— 47^2 — 



/11'-'- ; ' ' / il'', 




poumiil lt'S|n-cs(;iil(TC()iiiiiic un niodrlc |)arlail cl compl.-t d'airliifcrliiiv 




ogivale primitive. La fig. 37 reproduit leur aspect extéi-ieur. S'élevant 
)US((u'au niveau supérieur du collatéral, elles sont couvertes par des cliar- 

r. .1. <■'<> 



r.iuPixi.K 1 



47 i 



pontes foniiaiit |)avill()ns pyraiiiidaiix isolés, revêtues de plomb. Entre 
ees pavillons et l'appoiifis lerouvrant le has-eôfé, est un l)eau ehéneau de 
pierre posé sur les arcs doubleaux d'entrée des eha|)elles, et rejetant les 
eaux à travers les ^^ros contre-forts séparalils, par des canaux dans lesquels 
un homme peut entrer debout, et des gargouilles. Ce canal principal es! 
coupé en croix par un autre canal d'égale hauteur, recevant les eaux des 
chéneaux posés sur la corniche du couronnement des chapelles. 

Quoique les chapelles absidales de la caihédrale de Reims soient fort 
bien composées, elles n'ont pas encore comph'temenl abandonné les tradi- 
tions romanes; on en retrouve la trace dans le soubassement circulaire, dans 
les piles saillantes à l'intérieur, dans ce bandeau horizontal qui, couronnant 
l'arcature, coupe les colonnettes, et dans la construction qui est quelque peu 
lourde. Si nous voulons voir des chapelles absidales de l'époque ogivale 
ariivées à leur complet développement, il faut nous transporter dans la 
cathédrale d'Amiens; celles-ci sont d'autant plus intéressantes à étudier 
qu'elles ont servi de type à toutes les constructions élevées depuis lors, 
entre autres pour les chapelles des cathédrales de Beauvais, de Cologne, de 
Nevers, de Séez, et, plus tard, de Clermont, de Limoges, de Narbonne, de 
l'église de Saint-Ouen de Rouen, etc. Les chapelles absidales de la cathé- 
drale d'Amiens sont hautes, largement ouvertes et éclairées ; leur construc- 
tion ne comporte exactement que le volume de matériaux nécessaires à leur 
stabilité; ell«»s sont aussi simplement conçues qu'élégantes d'aspect. 




Nous donnons (liH) le plan d'une de ces chapelles pris au niveau des 



17 o 



(HAriciii; 




t'eiiètvfs. (3V») nue vue intérieure, et (40) une vue extérieure. Trois j-randes 



I i;iiAi'i:i II- 



i7«> — 




vciTu-ivs,, qui u'onl pas moins de (|uatorze mèlivs (!<• Iiiiiilciir. ri lairalmv 



477 I CHAl'EI.LK 



inférieure avec s;i piscine, font toute leur décoration à l'intérieur; les 
fenêtres, comme à la Sainte-Chapelle de Paris, occupent tout l'espace 
compris entre cette arcature, les piles et les voùles, auxquelles leurs archi- 
voltes servent de formerets. A l'extérieur, une belle eorniehe à crochets et 
feuilles les couronne ; les contre-forts, dont toute la saillie est reportée en 
dehors, reçoivent des archivoltes al)ritant les fenêtres et dont l'épaisseur 
porte le chéneau supérieur. Les bahuts de la charpente reposent directe- 
ment sur les formerets des voûtes. Il est impossible d'imajj;iner une 
construction voûtée plus simple et plus sage. Les sommets des contre-forts 
sont brusquement terminés par des talus sur lesquels viennent se reposer 
des animaux, che\aux, griti'ons et dragons. A la chapelle de la Vierge, ces 
animaux sont remplacés par des rois de Juda (voy. amortissement). Nous 
ne pensons pas que ce couronnement soit complet, car on aper(,'oit, au 
sommet des contre-forts, comme des assises recoupées, des repenlirs, des 
négligences qui marquent une certaine hâte de finu' tant bien que mal, 
et qui ne répondent pas à l'exécution soignée, précise des constructions 
jusques et y compris la corniche. Ce qui nous contirme dans l'opinion 
que les couronnements des contre-forts des chapelles de la cathédrale 
d'Amiens ^ n'ont pas été terminés comme ils avaient été projetés, ou que 
l'incendie qui détruisit leur couverture, avant l'érection de la partie haute 
du chœur, les ayant calcinés, ils furent refaits avec parcimonie et à la 
hâte, c'est qu'à Beauvais, et à la cathédrale de Cologne particulièrement, 
les chapelles, copiées sur celles d'Amiens, portent des pinacles très-élevés 
et dont la proportion élancée forme un complément indispensable au bon 
effet de ces contre-forts saillants et minces, et, plus encore, assurent leur 
parfaite stabilité par leur poids. Il est intéressant de comparer ces deux 
édifices, Amiens et Cologne, qui ont entre eux des rapports si intimes. 
Les chapelles absidales de Cologne, comme celles d'Amiens, reposent sur 
un plateau circulaire qui les inscrit et sert de base à tout le chevet; leur 
proportion est pareille, les meneaux des fenêtres identiques. A Amiens, 
deux gargouilles prises dans la hauteur du larmier rejettent les eaux des 
chéneaux à chaque contre-fort; à Cologne, c'est une seule gargouille prise 
dans la hauteur de la corniche feuillue sous le larmier qui remplit cet 
office. A Amiens, les balustrades lefaites au xvi*- siècle devaient, nous le 
croyons, rappeler la balustrade de la Sainte-Chapelle de Paris; à Cologne, 
la balustrade est semblable à celle de Beauvais. Restent les sommets des 
contre-forts, incomplets ou inachevés à Amiens, terminés à Cologne, 
quelques années après la construction des chapelles, vers le conmience- 
ment du xiv^ siècle, par de hauts pinacles à jour renfermant des statues. 
Dans l'une comme dans l'autre de ces deux cathédrales, les chapelles 
absidales sont couvertes par des pavillons en charpente isolés et pyrami- 

• Voy. au mol cathédrale riiisloriqiie de la construclioii de la cathédrale d'Amiens. 
A peine les chapelles de l'abside sonl-elles terminées, que les travaux restent suspen- 
dus et ne sont repris qu'après un incendie des couvertures iulërieures. 



[ CHAI'KI.LK 1 ITS — 

(laux. A Beauvais, les cou\iei'lures des chapelles «liaient en dalles; mais il 
ne faut pas oublier (|Liê. dans ce dernier monument, il y a un double 
friloriiiin , et (|ue larcliitecte avait voulu laisser à cette belle disposition 
toutesDii importance à l'extérieur, et ne point la masquer par des combles. 
A ClerinonI en Auvergne, à Limoj^^es et à Narbonne. et |)lus tai'd a 
Kvreux, l<'s chapelles ahsidales furent protégées par un dallage Ibi'mant 
imc seule et même pente, très-faible, avec celui établi sur le bas-cùlé; 
mais nous ne pouvons considérer ce mode de couveilure connue définitif; 
il nous sera fa(;ile de le démontrer. A ('l(<rmont, à Limoges <^t a Narbonne, 
ces dallages sans ressauts, mais presque plant\s, son! couverts dejturcs 
tracées sur la pierre comme sur une aire, ('.es épures sont celles, naluiel- 
lement, de constructions postérieures à l'érection des chapelles ; ce sont les 
tracés des arcs-boutants, des portails des transsepts, des fenêtres hautes. 
Dans les villes du moyen âge, l'espace manquait pour élal)lir des chantiers 
avec tous leurs accessoiies. Sitôt les chapelles et bas-côtés du chevet 
achevés, on It^s recouvrait d'une aire dallée, et cette surface servait de 
chantier aux api)areilleurs pour tracer leurs épures; ce qu'ils faisaient avec 
le plus grand soin, |)uis(pie, encore aujourd'hui, nous pouvons les relever 
exactenuMit et tailler dessus des panneaux. Or, à Cleiinniil, quoifju'il y ait 
un dallage, on voit, tout autour des souches des aics-boulantsqui percent 
l'aire, des chéneaux disposés pour recevoir des combles; bien mieux, le 
nmr du triforium porte un lilet de cond)le et des corbeaux destines à 
soutenir les faîtages de l'appentis en charpente que l'on projetait sur le 
bas-côté. A Limoges, des restaurations récentes ont fait disparaître des 
traces analogues dont probablement on n'a pas compris l'importance au 
point de vue archéologi(pie. Ces dispositions indiquent évidenmient qu'au 
xiiie siècle on ne songeait pas à élever des chapelles ahsidales polygonales 
sans cond)les pyramidaux, et (|ue ces dallages n'étaient que des couvertures 
provisoires destinées à fournir un emplacement aux traceurs d'épurés 
pendant la construction des parties supérieures, et en même temps à 
protéger les voûtes jusqu'au moment où l'on aurait pu, l'œuvre achevée, 
établir des cond)les délinilifs. La forme polygonale des chapelles de chevet 
adoptée depuis h' xuc siècle jusqu'au xvr demande une couverture j)yra- 
midale, et les architectes de ces temps avaient un sentiment trop juste de 
l'etiet des masses archilectoniques pour ne pas être choqués par l'absence 
de ce couronnement indispensable; car c'est un principe général, dans 
l'architecture ogivale , que toute partie d'un monument doit porter sa 
cou\erlure propre, lorsqu'elle se détache tant soit peu de la masse. Nous 
voulons bien admettre qu'à la cathédrale de Narbonne on n'a jamais 
songé a couvrir autrement les chapelles ahsidales que par une plate-forme 
dallée; mais ces chapelles étaient couronnées par un crénelage au lieu 
d'une balustiade. La cathédrale de Narixunie était presque une forteresse 
en même tenq)s (|u'une église, et dans ce cas les plates-formes étaient 
juslilic'cs; c'est la une exception. Quant aux chapelles ahsidales delà 
cathédrale de Limoges, l'absence de combles pyramidaux jure avec leur 



— iT'.i 




^.y^/rH'^^^fjJX' 



composition, (|ui appartient exciusiveiiient a lecole darchitectuip du 



[ CHAPITEAU 1 4^0 — 

Nord. L'une de ces chapelles, celle du chevet (il),oflVe une particularité 
rare, même au xiv siècle : c'est que les fenêtres sont couroniK'es par des 
^^âhles à jour ; or cette partie de la cathédrale de l>inioj;es date de la tin 
du XIII*" siècle. Pour le reste de la composition de la chapelle du chevet 
de la cathédrale de LimojACS, on retrouve les éléments fournis par Amiens, 
B(>auvais et Cologne. 

La fig. Ai fera recoHnaîti'e la parenté rpii existe entre ces monuments. 
Toutefois, outre les p"il)les à jour rpii font exception, à Limoges connue à 
(llei'mont, la halustrade des chapelles absidales passe au-devant des gros 
contre-forts séparatifs, et on peut regretter que cette disposition n'ait pas 
été adoptée antérieurement parles architectes d'Amiens et de Cologne, car 
elle sert de transition entre le gros contre-fort inférieur et celui supérieur 
servant de buttée aux arcs-l)outants ; et de plus, die rend l'enlielien facile, 
ainsi que le nettoyage des gargouilles. Les ('hai)elles du chevet de la cathé- 
drale de Limoges portent sur un énorme soubassement en granit (jui en- 
globe leur base dans sa masse. A partir de ce moment (les dernières années 
du xiii'" siècle), on ne voit plus que des dispositions particulières aient été 
prises pour la consti'uction des chapelles absidales; les mêmes errements 
sont suivis par les ai'chitectes jus(ju"au xvi*' siècle, quant à l'ensemble, et 
les dittérences que Ton pourrait signaler entre les chapelles <lu xv<- et celles 
du xiiif ne tiennent qu'aux détails de l'architecture qui se moditient. 

Nous terminerons donc ici cet article, puisque nous avons, dans le 
cours du Dictionnaire , l'occasion de revenir sur chacun de ces détails. 

CHAPITEAU, s. m. Nom (pie l'on donne à l'évasement que forme la 
partie supérieure d'une colonne ou dun pilastre, et qui sert de transition 
entre le support et la chose portée. 

Les Romains, à partir de l'époque impéi'iale, n'employaient })Ius, sauf 
de rares exceptions, dans leurs édifices, que l'ordre corinthien. Plus riche 
que les autres , se prêtant aux grandes dimensions des monuments, il 
convenait au gont et aux programmes romains. Mais, dans les derniers 
temps de la décadence, les sculpteurs étaient arrivés à pervertir tîlrange- 
ment les formes des chapiteaux antiques. Des chapiteaux ionicpie et coiin- 
thien, on avait fait un mélange que l'on est convenu d'appeler le chapiteau 
composite, mais qui, par le fait, n'est qu'un amalgame assez disgi'acieux 
de deux éléments destinés à rester séparés. Déjà même les Romains 
avaient introduit dans le chapiteau composite des figures, des victoires 
aih'cs, des aigles; ils avaient chargé le tailloir d'ornements, et cherché, 
dans cette partie inqmitante de la décoration archilecloni(pu% la richesse 
plutôt que la pureté du galbe, si bien com|)rise par les Grecs. Lorsque 
dans les Gaules, sous les rois mérovingiens, on voulut élever de nouveaux 
édifices sur les ruines qui couvraient le sol, les matériaux ne manquaient 
pas; la sculj)lure était un art perdu; on em|)l()ya donc tous les anciens 
fragments (\uo l'on put iccueillir dans la construction des bâtisses nou- 
velles. Des colonnes et des chapiteaux, différents de diamètre et de hauteur. 



— 4SI — I ciiAi'miAi J 

viiiront so ranjier tant bien que mal dans un m^nie monument. Les 
anciennes basiliques de Rome ne sont elles-mêmes qu'une iV'union de 
frafïments antiques. Cette vari«''té d'ornementation, imposée parla néces- 
sité, fut cause que les yeux s'habituèrent à voir, dans un même édifice, 
des chapiteaux fort ditiérents par la composition, l'àfie, le style et la 
provenance. Lorsque les frajj^nients antiques vinrent à manquer, il fallut y 
suppléer par des œuvres nouvelles, et les sculpteurs, depuis le vi« siècle 
jusqu'au ix«, cherchèrent à imiter les vieux débris romains qu'ils avaient 
sous les yeux. Ces imitations, faites par des mains inhai)iles, avec des 
outils grossiers, sans aucune idée de la mise au point régulière, ne furent 
que d'informes réminiscences des arts antiques, dans lesquelles on cher- 
cherait vainement des règles, des principes d'art. Toutefois, il faut 
reconnaître que, dès cette époque reculée, il se fit une véritable révolution 
dans la manière d'employer le chapiteau ; ce membre de la colonne 
reçut une destination plus vraie que celle qui lui avait été affectée par les 
Grecs et les Romains, 

Certains développements sont nécessaires pour faire comprendre toute 
l'impoitance de ce changement de destination donnée au chapiteau. 

Les ordres grecs se composent, comme on sait, de la colonne avec son 
chapiteau supportant un entablement, autrement dit, une superposition de 
plates-bandes comprenant l'architrave, la frise et la corniche. Il en est de 
même des ordres romains. Avant les dernières années du Ras-Empire, pas 
de colonnes grecques ou romaines sans l'entablement ; et ce n'est que fort 
tard, dans quelques édifices de la décadence, que l'on voit, par exception, 
l'archivolte romain posé sur le chapiteau sans entablement. Dans les ordres 
•■•recs et romains; le chapiteau est plutôt un arrêt destiné à satisfaire les 
veux, qu'un appendice nécessaire à la solidité de l'édifice, car la première 
plate bande ne dépasse pas l'aplomb du diamètre supérieur de la colonne, 
et le chapiteau est ainsi (au point de vue de la solidité) un membre inutile, 
dont la forte saillie ne porte rien sur deux de ses faces. 

La fig. 1 , qui donne un chapiteau d'un des temples d'Agrigente avec 
son entablement, exprime clairement ce que nous voulons indiquer. 
Supposant les parties A du chapiteau coupées, l'architrave portera tout 
aussi bien sur le fût de la colonne. En gens de sens et de goût, les Athé- 
niens furent évidemment frappés de ce défaut; car, dans la construction 
du Parthénon , ils firent saillir laichitrave sur le nu de la colonne, ainsi 
que l'indique la fig. 2. La fonction du chapiteau est là bien marquée; 
c'est un encorbellement placé sur le fût cylindrique de la colonne pour 
donner une large assiette à la plate-bande. Ces finesses échappèrent aux 
Romains; ils ne virent dans le chapiteau qu'un simple ornement, et ne 
profitèient pas de son évasement pour porter une plate-bande plus large 
que le diamètre supérieur du fut de la colonne. 

Dès les premiers temps du moyen âge, l'entablement disparait totale- 
ment, pour ne plus reparaître (juau xvr siècle, et le chapiteau avec son 
tailloir porte larchivolte sans intermédiaire. Alors, le chapiteau prend un 
T. ... <'• 



I CHAI'ITKAU I — 4S'2 — 

rôle mile ; du cyliiHlip il passe au carré par un pncorl)ellpmpnt. n\ rf'(,nit 





le sommier de l'arc; ce rôle, il le conserve jusqu'à l'époque de la renais- 
sance. Cependant, jusqu'au xi*" siècle, en posant un sonunier d'arcs sur le 
tailloir du chapiteau, on n'osait pas toujours pi-ofiter de l'évasement donné 
par la saillie de ce tailloir, et on tenait le lit de pose du sonimier à l'aplomb 
de la colonne. C'est ainsi (jue sont disposés les chapiteaux de la nef de 
rég;lise Saint-Menoux (Allier), qui datent du ix"" ou x*' siècle (3). ('e n'était 
que successivement qu'on arrivait à se servir de l'évasement du chapiteau 
comme d'un encorbellement pouvant être utilisé pour porter un sommier 
dont le lit de pose débordait le diamètre de la colonne. Nous verrons 
quelles furent les conséquences importantes de cette innovation dans la 
construction des édifices, et comme le chapiteau dut peu à peu abandonner 
les formes antiques pour se prêter à cette fonction imposée j)ar les prin- 
cipes de l'architecture du moyen âge. Dans les édifices mérovingiens et 



— 48.'{ — [ ("IIAIMTEAL 1 

carlovingiens, on plaçait souvent des colonnes aux angles saillants , ainsi 




que l'indique la tiy. i, afin de dégager et doiner ces angles; si une voûte 




en berceau venait se reposer sur le mur AB, le chapiteau de la colonne 
formait supj)ort de la tète du berceau et venait atilcurer le nu AH suivant 
la ligne pnnctueo BB C; le tailloir seul formait saillie sur le nu du mur. 



I (.iiAriri;vr ] — iMi — 

C'est dans cette position que nous voyons les premiers chapiteaux porter 
une niac^'onnerie en encorbellement; car, dans un même édifice, les 
colonnes isolées portent des sommiers d'arrliivoites dont le lit de pose 
inscrit exaclemeni l(^ diamètre supérieur du lïil, tandis (jue les colonnes 
d'angle sont déjà surmontées de chapiteaux dont I evasement , comme 
dans la tig. 4, sert à supporter un sommier saillant. 

La crypte de Téj^lise Saint-Etienne d'Auxeri'e nous présente ces deux 
exemples, qin datent de la même époque (ix'' ou x'' siècle). 




La \'v^. \ bis est l'élevalion perspective du plan i, el la fii-. T» le chapiteau 
dune colonne isolée, (hi voit que si le cha|)ifeau de la colonne d'angle 
porte un sommiei' plus saillant que le nu de la colomie, il n'en (>st pas 
encore de même pour la colonne isolée. Ces trois chapiteaux (lig. 3, i bis 
et .-)) l'oni voii- comment les sculpteurs carlovingiens inlerprt'laient le 
feuille du diapiteau romain : les uns, ne sachant conmienl réserver el 
dégagei' dans la pierre le revers de la feuille, |)osaienl celle-ci de prolil el 
connue raltatUie sur la corbeille; les aulies se conteiUaieul de (pielques 



— AHh — [ ciiAPiTiau I 

cannelures ciselées en éventail pom- siniulei- les nei-ls et découpures de la 

S 





feuille romaine. Ces artistes priniilils tentaient cependant de se soustraire 
parfois à la tradition antique, et taillaient déjà, dès le x*- siècle, des figures 
sur les corbeilles de leurs chapiteaux, ou des formes dont il serait ditii(>ile 
de découvrir l'origine , des traits, des zigzags, de grossiers linéanienls ; 
souvent aussi ils se conlentaient de les épanneler. Mais nous ne voulons 
pas fatiguer nos lecteurs par des reproductions de ces premiers et informes 
essais, qui n'ont qu'un attrait de curiosité ; nous arriverons au xi^ siècle, 
époque pendant laquelle la forme des chapiteaux , leur fonction et leur 
sculpture peuvent être parfaitement définies. 

11 nous faut d'abord distinguer les chapiteaux, à partir de cette époque, 
en chapiteaux de colonnes isolées, monocylindriques, et en chapiteaux 
de colonnes engagées. 

Dans les églises, les colonnes monocylindriques sont ordinairement 
réservées pour le tour des sanctuaires; partout ailleurs la colonne est 
presque toujours engagée au moins d'un tiers dans une pile , un pilastre 
ou un mur. La fonction de la colonne engagée étant, dans l'intérieur des 
monuments, de supporter un archivolte, et son diamètre ne dépassant 



[ CHAIMTKAL' ] — i^56 — 

guère un pied (de 0,33 c. à 0,40 c, voy. pile), il fallait donn»M- au 
chapiteau un évaseuieiit assez considérable pour recevoir le lit du som- 
mier de cet archivolte (jui devait soutenir un mur épais ou tout au moins 
un contre-tort. Dès l'instant (|ue le système de la constiuction des voûtes 
romanes était adopté, le chapiteau n'était plus un simple ornement; il 
entrait dans la construction comme une des parties les plus importantes, 
puisqu'il devenait l'assiette, le point de dépari des voijtes (voy. construc- 
TioN, l'ii.i:). Donc, après ces tâtonnements et c(>s grossiers essais des 
architectes et sculpteurs, nous \oyons tout a coup, au xi*" siècle, le 
chapiteau composé pour remplir une fonction nouvelle et utile. Cela est 
particulièrement sensible dans les édifices de l'Auvergne, du Nivernais 
et de la Bourgogne, qui datent de cette époque. Dans ces provinces, les 
archivoltes présentent une section carrée qui exige un point d'appui solide 
pour recevoir le sommier; le chapiteau est alors muni d'un double tail- 
loir, le premier tenant à l'assise même du chapileau, et le second formant 
tablette saillante : or c'est ce premier tailloir (jui embrasse exactement la 
surface donnée par le lit de pose du sommier. 




La hg. G, copiée sur 1 un des chapiteaux du lotu' du chinu' de l'église 



— 4S7 — [ CHAPITKAU ] 

de Saint-Étienne de Nevers (seconde moitié du xi»" siècle), fera comprendre 
le rôle utile du chapiteau roman. 

Dans l'Ile-de-France et la Normandie, l'indécision dni'e plus lonj^temps; 
les archivoltes sont nmnis souvent de yros boudins, sont maigres et ne 
viennent pas franchement se reposer sur la saillie du chapiteau. Cela est 
apparent dans la nef de la cathédrale d'Evreux , où (juelques piles du 
xi« siècle, qui ont conservé leurs chapiteaux et archivoltes primitifs, nous 
présentent une disposition reproduite ici (7). 




C'est toujours dans le voisinage des grands centres monastiques qu'il 
faut étudier l'architecture romane , c'est là qu'elle se développe avec le 
plus de vigueur et de franchise. En Bourgogne, l'ordre de Cluny forme 
une école , au xi^ siècle, à nulle autre comparable ; c'est donc à lui que 
nous irons demander les exemples les plus beaux de cette époque. C'est à 
Vézelay , puisque l'église mère de Cluny est détruite aujourd'hui. La nef 
de l'église de Sainte-Madeleine de Vézelay présente une série de quatre- 
vingt-quatorze chapiteaux décorés d'ornements et de tigures ; leur galbe, 
leur proportion et la façon monumentale dont la sculpture est traitée. 



[ CHAPITEAU I — 4S8 

sont un liche sujet d'études auquel on revient toujours après avoir examiné 
d'autres édifices du même temps. Parmi ces chapiteaux, on en remai(iue 
([iiel((ues-uns , vers les transsepts, qui appartiennent à une cpociuc anlé- 
rieui'e, el ont été replacés, lors de la reconstruction de la nef, à la tin du 
xi« siècle. 11 ne sendile pas que le maître de l'œuvre ait suivi un ordre 
méthodique dans le classement de ces chapiteaux; étant tous apjjarcillés 
de la même manière et sculptés, connue toujours, avant la pose, il est 
vraiseml)la])le (|ue les poseurs les ont montés el scellés à leur place sans 
suivre un oidre. mais au l'ur et à mesui'e ((u'ils sortaient des inams des 
sculpteurs. Outre les chapiteaux f'euiihis et qui n'ont aucune sif^nilication, 
il en est un grand nombre, parmi ceux à figures, qu'il est ditlicile, pour 
nous du moins, d'expliquer. Quelques-uns repi'ésenlent des scènes de 
l'Ancien Testament ; par exemple , la bénédiction de Jacob, la mort 
d'Absalon, David et Goliath, Moïse descendant du Sinaï (H), ('e chapiteau 
est un de ceux <|ui sont traités avec le plus de verve; son tailloir est décoré 
de gros l)oulons orlés qui rappellent les oves antiques. Le démon s'échappe 
par la bouche du Veau d'or à la vue de Moïse, un homme apporte un 
chevreau pour le sacrifier à l'idole •et parait interdit. Les gestes sont 
justes, bien sentis et fortement accentués; la figure du démon (>st d'une 
énergie sauvage qui ne manque j)as de style. En sonune, si les délaiis de 
ces S(;ulptures sont souvent barbares, jamais on ne peut leur l'eprocher 
d'être vulgaires. Dans les compositions, il y a toujours quehjue chose de 
grand, de vrai, de dramatique qui captive l'attention et l'ait songei-. 
Beaucoup de ces chapiteaux représentent des paraboles : le mauvais riche, 
l'enfant prodigue; des légendes : celles de Gain, tué par son fils Tubal ; de 
saint Eusiache; des scènes de la vie de saint Anioine et de saint Benoit; 
puis des vices et leur punition (le diable joue un grand rôle dans ces 
conqwsitions) ; des travaux de l'année : la moisson, la moulure du grain, 
la vendange, etc.; des animaux bizarres tirés des bestiaires (9) ; des lions 
et des oiseaux adossés ou affrontés au milieu de feuillages. Tous ces 
ornements et figures se renferment dans le même e|)annelage. consistant 
en un cône ti'onqué renversé, pénétré par un cube donnant en projection 
horizontale (10) le tracé A, et en projeelion verlicale le trace li. L'astra- 
gale tient toujours au fût, el le second tailloir saillant est pris dans une 
autre assise; du reste, tous les tailloiis soiU variés connue profil ou tléco- 
ration. Si les chapiteaux à Hgures de la nef de l'église de Vézelay sont 
d'un style tant soit peu sauvage, il n'en est pas ainsi de ceux conq)osés 
uni(|uement de feuillages; ces derniers sont dune pureté d'exécution et 
dune beauté iiK-onqiarable. 

Mais c'est surtout pendant le xii« siècle que la sculpture des chapiteaux 
atteignit une singulière perfection. Leur fonction désormais arrêtée, 
supports avant d'être ornements, ils conservent cette forme dominanle en 
se couvi'ant de la paiure la plus riche . la plus délicate e! la plus vaiiée. 
Depuis longtemps (lejii il était admis que les chapili^aux dun même monu- 
ment, en se renfermant dans un galbe uniforme, devaient fous être variés ; 



— iXU 



ClIAI'ITKAi; 




-V. ^^3£Z-î/B5'.^^ 



c'était donc là. pour les sculpteurs, une occasion de se surpasser les uns 

62 



T. H. 



CHAPITEAi; 



— Am 



les autres, do faire preuve de talent dans la eoiuposition, de finesse d'exé- 
cution, de patience et de soin, (yétaient. dans les inh-rieurs des monuments. 




pesÂRD. se. 



de nond)reuses pa^^es à remplir, destinées à captiver l'attention et à 
instruire la foule. Les chapiteaux à figures tiennent essentiellement à 
l'architecture romane, surtout dans les provinces éloignées de l'Ile-de- 
France. Ils persistent , jusque vers la fin du xii« siècle , dans le Poitou, le 
Herry, la Bourgogne, l'Aquitaine et l'Auvergne, tandis (|ue les feuillages, 
les entrelacs sont adoptés de préférence dans les ])rovinces dépendant du 
domaine royal. Nous ne trouvons ces grands chapiteaux ave(; tailloirs 
très-saillants et large sculpture qu'à Vezelay et dans le voisinage de cette 



491 l CHAPITEAl ] 

rélèbre al)l)aye. Ailleurs, pendant les xi" el \ii« siècles, ils sont plus 
trapus, moins saillants sur la colonne, moins hauts, et ne sont pas 





couromiés par ces énormes tailloirs d'un etiet si muiiumental. A Vezelay. 
les chapiteaux des colonnes engagées des bas-côtés ont en hauteur . 
compris le tailloir, le quart de la hauteur du fût ; tandis que généralement, 
en Auvergne et dans le Berry , ils n'ont guère que le cinquième ou le 
sixième de la hauteur du fût. En Normandie, dans le Maine, l'Anjou et 
le Poitou . ils sont plus bas encore, comparativement à la longueur de la 

colonne. 

La dimension des matériaux employés était pour quelque chose dans 
ces différences de proportion. En Bourgogne, les bancs de pierre sont 
hauts et ont toujours été extraits en blocs d'une grande dimension ; tandis 
que, dans les provinces que nous venons de désigner , la pierre était . de 
temps immémorial, extraite par bancs dune faible épaisseur. Or. pendant 
la période romane, les chapiteaux sont toujours sculptes dans une hauteur 
d'assise ; jamais un lit ne vient les séparer en deux assises. Les chapiteaux 
étant, conmie tous les membres de l'architecture, taillés et terminés avant 
la pose, il eût été impossible de raccorder des sculptures faites sur deux 
pierres. Ce ne fut que plus tard que l'on conq)osa des chapiteaux en deux 
ou trois assises, et nous verrons comment sy prirent les appareilleurs et 
sculpteurs pour rassembler ces divers morceaux termines sur le chanlier. 
Il \ a sans dire que, si la hauteur des bancs calcaires inilue sur la proportion 
donnée aux chapiteaux, la qualité de la pierre, pendant toute la période 
romane, vient en aide au sculpteur si elle est fine et compacte, gène son 
travail si elle est grossière et poreuse. Là où les matériaux permettent une 
glande délicatesse de ciseau, les chapiteaux sont sculptes avec une rare 
perfection : ils se couvrent de détails a peine vi>ibles a la distance oii ils 



[ CIIAIMIKAL I iU-2 

sont placés. Il est tel cliapilt'au , (111X11*= siècle, des provinces l'avorisées 
par la nature des matériaux, qui peut passer pour une u'uvre destinée à 
être vue de près connne le serait un nieui)le. Les exein|)les abondent ; 
nous en choisirons un entre tous, tiré des ruines de léj^dis*' de Deols 
(Bouig-Dieu) près Chàteauroux (11). Ce chapiteau est bas, coniparative- 



H 




ment à ceux de la liourfïogne de la même épo(|ue; son tailloir est lin. peu 
saillant; les ornements exécutés avec une délicatesse remartiuable; il 
présente ces singuliers enchevêtrements d'animaux <|ue Ton rencontre si 
souvent dans les j)rovincesvoisinesde la Loire et jus(|ue dans lAn^oumois. 
Ce n'est plus là cet art imposant de la Houri^oi^ue , ce pdlx» hardi des 
chapiteaux du porche de Vézelay, contemporain de Féi^lise de Deols. La 
sculpture n'est pas découpée sur le fond, mais très-modelée ; les traditions 
antiques ne paraissent pas avoir dominé l'artiste, qui semble plutôt inspiré 
parées dessins d'étoffes, ces ivoires , ces bijoux venus d'Orient et si fort 
prisés au xn'" siècle (voy. sculptlre). 

Mais c'est sui'tout dans les contrées méridionales compiises entre la 
Caronne, la Loire et la mei', (jue. dès le xr' siècle, les chapiteaux se 



'*">5 [ CHAl'ITEAl I 

couvrent d'animaux Irailés avec une rare énergie , modelés simplement, 
d'un caraclère étrange et plein de style. On en jugera par lexemple que 
nous donnons (1-2), eo|)ié sur un ehajtiteau du porche de l'église de 




Moissac (partie du xi'' siècle). Cette sculpture, dessinée avec vigueur, 
coupée dans une pierre dure par une main habile, n'est cependant pas 
exempte de tinesse; la netteté de la composition, la franche disposition 
des masses, n'excluent pas la délicatesse des détails, comme le fait voir, 
autant que possible, notre gravure. Les articulations, les mouvements de 
ces lions fantastiques ayant une seule tête pour deux corps sont vrais, 
bien compris dans le sens de la décoration monumentale; la sculpture est 
peu saillante, afin de ne pas déranger la silhouette du chapiteau, dont la 
forme est trapue connue celle de tous les chapiteaux de grosses colonnes. 
Car il est, dès l'époque romane, un fait à remarquer : c'est (fue la hautein- 



CHAI'ITEAL 



ï\)'i — 



d'assises cominandaiil la liaiileiir du chapiteau , il en résulte (|ue, dans le 
niènje édifice, les eliapileaux des fji'osses colonnes sont l»as, larj^vs, écrasés, 
tandis (jue ceux des coloiinelles sont svellcs, élancés. Il nr faut jjascroiic 
(|iie ce principe est adopté dune t'act>n absolue; mais il a toujouis une 
irdluence sur les pi'oportions des chaj)iteaux, qui sont daulant plus allon- 
gées, relativeineni au diamètre des colonnes, que celles-ci sont plusj-ièles. 




Nous avons dit qu'à partir des temps mérovingi<'ns, les diapileaux 
portent directement, les sommiers des arcs et ne sont plus, connue dans 
l'architecture antique grecque et romaine, destinés à soutenir une plate- 
bande. A cette règle, quelque générale qu'elle soit , il y a cependant îles 
exceptions. 

Dans les provinces du Centre, en Auvergne, dans le l'oilou et l'Aqui- 
taine, dès le xi« siècle, on rencontre souvent des colonnes tenant lieu de 
contre-forts sur les parois extérieures des absides ou chapelles circulaires 
(voy., au mot ciiAPKi.i.i:, les fig. '27 et 34). Les chapiteaux alors portent 
directement la corniche sous la couverture, l'inleivalle entre ces chapi- 
teaux étant soulage par des corbeaux. On trouve de beaux exemi)les de 
ces chapiteaux autour des absides des églises dissoire, de Saint-iNectaire, 



— i9r> I CHAPITKAU ) 

(le Chamaillèi'es, de Noli'e-I)aiiie-(lii-l*ort à Clermont (13), qui datent du 
xi« siècle; nous les reiieoutrons encore au Mas-d'Aj^enais, sur les bords 
de la (iarf)iine. à Saint-Sernin de Toulouse, à la callK'drale d'Amen , et 
jusqu'à Saint-l*apoul, sur les frontières du Houssillon. [.a eoiniclie n'est, 
dans ce cas, qu'une sinq^le tablette destinée à recevoir les premières dalles 
de la couverture et à proté{jfer les murs par sa saillie (voyez cornichk). 
On sent encore l'influence antique dans le chapiteau (fig. 13) d'une des 
chapelles de Notre-Dame-du-Port ; mais ces réminiscences sont peu 
connnunes, et les chapiteaux ap|)artenantà ce style et à l'architecture des 
XI*; et xiif siècles de ces pi'ovinces ont un caractère original. 

Pour rencontrer des chapiteaux dans la composition descjuels les tradi- 
tions gallo-romaines ont une grande influence jusqu'au commencement 
du \in<; siècle, il faut aller dans certaines localités de l'Est et du Sud-Est, 
à Autun, à Langres, le long de la Saône et du Rhône. Les chapiteaux des 
colonnes monocylindriques du sanctuaire de la cathédrale de Langres, 
(jui datent de la seconde moitié du xii*" siècle, sont évidenunent imités de 
chapiteaux corinthiens gallo-romains; on y retrouve même le faire de 
la sculpture, les trous nombreux de trépan percés pour dessiner les sépa- 
rations des membres des feuilles, la découpure dentelée des feuillages, les 
volutes, culots et retroussis, le tailloir curviligne avec ses quatre fleurons 
et la corbeille corinthienne. Souvent , à côté de ces chapiteaux imités de 
l'antiquité, le goût particulier à l'époque apparaît, et les feuillages coiin- 
Ihiens sont remplacés par des flgures, connne à la cathédrale d'Autun, 
par des entrelacs ou des rosaces, genre d'ornement fréquemment adapte 
aux chapiteaux pendant le xii*^ siècle, ainsi que le fait voir la fig. 14, 
reproduisant un chapiteau de l'ancien cloître roman de l'abbaye de 
Vézelay '. Il faut reconnaître que, même dans les contrées où la tradition 
gallo-romaine persiste, à cause surtout du voisinage de fragments antiques 
qui couvraient encore le sol, cette influence n'a d'ettet que sur les chapi- 
teaux posés sur des colonnes monocylindriques comme les colonnes 
anti(|ues, et sur des pilastres disposés comme le sont les pilastres romains. 
Sur les colonnes engagées, d'angles, et les colon nettes, le chapiteau roman 
prend sa place, connue si ces genres de suppoits appartenaient exclusive- 
ment à ce style et ne pouvait admettre de uiélanges. Cela est bien visible 
dans la cathédrale de Langres. 

Ce monument ne présente à l'intérieur et à l'extérieur que les colonnes 
monocylindriques du chœur, dont nous avons parlé tout à l'heure, et des 
pilastres. Les chapiteaux de ces colonnes et pilastres rappellent avec 
plus ou moins de fidélité la sculpture et la conqwsition des chapiteaux 
corinthiens romains. Mais le triforium du chœur présente une suite 
d'arcatures supportées par des colonnettes accouplées. Ces coloimettes 
sont surmontées de chapiteaux jumeaux portant les sommiers des petits 

1 Ce chapiteau es.l le seul de ce cloîUe qui soit conserve inlaci ; il est déposé dans 
le musée de l'église, el reproduit dans la nouvelle construction du cloître. 



CHAPITKAi: 



U)(l — 



iiir-hivollos. C-rla est iiiu' disposition toute romane : or les cliaijileaiix 
jumeaux des colonnes accouplées ont, la plM|)ait , un caractère étranj^'er 



Pf 




^ a. JS///v£' 



aux arts antiques; on en jufïera par l'exemple que nous donnons ici (15). 
Le nuir supportant le triforium du cho'ur de la cafliédrale de Lanières est 
épais; pour le ])orler sans avoii' des colonnclles dun l'orl diamètre, 
l'arcliitecte a dû éloigner passablement ces coloimettes lune de l'autre, 
suivant la section du mur; voulant aussi (|ue les chapiteaux jumeaux 
fussent pris dans une seule pierre, afin de ne pas donner troj) de quillaf^e 
à ses colonnettes, il les a réunis par une jjfrosse tète de lion . ainsi que le 
lait voii' notre ti^uur. 

Un procédé analogue avait été suivi pour la laille des l)as(\s jumelles 



i9T — 



f r.HAI'ITKAl' ] 



«le ces colonnettes . qui sont éfialement défiai^ées dans un seul luoiceau 
(le pierre (voy. base, Hg. 19). Ainsi, d'une part, nous voyons la forme 
primitive de la colonne ou des pilastres antiques faire eoiiscrver, à 
i.anirres. la formt' et la eompdsition du chapilt'aii (•(irinlliioii ; cl. de 



/5 




lautie . l'adoption dune disposition toute romane de colonnettes faire 
adoptei' le chapiteau roman dans lequel les traditions antiques ne sont 
plus apparentes. 

C'est, nous le répétons, pendant la seconde moitié du y.w" siècle, que 
ces influences diverses a^'issent à Laniires. Mais il fallait (pie cette tradition 
de la forme antique fût bien forte dans cette contrée, puisque , pendant 
les dernières années du xu« siècle ou les premières du xiii'', lorsque l'on 
construit la nef de la cathédrale, en conservant le pilastre antique canton- 
nant les piles, on voit encore, dans la conqjosition des chapiteaux de ces 
pilastres, la disposition corinthienne conservée avec certains détails et 
ornements qui appartiennent à la sculpture la plus belle et la plus carac- 
térisée de la première période ogivale. 

Ainsi nous trouvons (16) dans un même chapiteau, connne masse, les 
divisions des feuilles sur la corbeille corinthienne , les restes des volutes 
avec leurs caulicoles et bagues, puis les reiroussis, et un beau crochet 
appartenant franchement à la sculpture des premières années du xn^ 

siècle. 

Cn autre chapiteau de la même nef présente, avec un souvenir plus 

T II - <>3 



[ C.MAI'irKAl 1 ' — •iV*^» — 

('H'iicé mais porsistant «'iiroiv du cliapilcaii ((iiiiilliicii . des détails (|iii 




quoique fort étranges, sont empreints du style des premières années du 
xine siècle; c'est ce chapiteau dont les relroussis des téuilles viennent 
couvrir des tètes humaines (17). 

ï.a Bourgogne nous présente quelques autres exemples de chapiteaux 
de cette époque décorés de têtes en guise de crochets; nous en avons vu 
un dans la petite église de Sainte-Sabine (Cùte-dOr), entre Saint-Thibaut 
et Arnay-le-L)uc. La Normandie et le Maine en possèdent aussi en assez 
grand nombre, mais d'une date plus reculée. 

Aucune époque de notre architecture ne foui-nit une aussi grande 
(|uantité de chapiteaux variés de forme et de détails que le xii^' siècle. A 
aucune époque aussi la sculpture de ce membre important de la colomie 
ne fut exécutée avec plus d'amour. iNous ne pouvons que donner quelques 
types bien caractérisés et en petit nondjre, en essayant de les classer 
méthodiquement. 

Puisque nous en sonnnes à l'interprétation plus ou moins exacte des 
formes antiques, nous ne saurions passer sous silence ces chapiteaux des 
bords de la Haute-daronne qui ont une physionomie bitMi tranchée, et 
qui, en conservant à peu près les masses du chapiteau corinthien, subdi- 
visent les grandes feuilles en gracieux (leurons s'em-oulant les uns près 



4-*.)*.) — I (IIAI'ITKAl' I 

des autres coiiiiiic une sorte dedaniasquinaj^e. l/éj;iisedt'Saiiil-Seiniii de 




Toulouse en fournit de beaux échantillons exécutés avec une rare perfection. 

Nous donnons (18) un de ces chapiteaux. Dans le même monument, il 
en est d'autres qui ne donnent que l'épannelage de cette riche ornemen- 
tation; quelques-uns, posés sur les colonnes monocylindriques du sanc- 
tuaire, sont des copies assez fidèles de chapiteaux romains, copies dans 
lesquelles cependant on trouve un style, un goût et une pureté d'exécution, 
qui rendent ces sculptures supérieures aux chapiteaux des bas-temps. 

Il est un fait que nous devons signaler, car il est particulier à leglise de 
Saint-Sernin ainsi qu'à certaines églises méridionales du xu^ siècle : c'est 
qu'à l'intérieur de ces édifices les chapiteaux sont seulement décorés de 
feuillages, sauf de rares exceptions, tandis que ceux qui décorent les 
portails à l'extérieur sont presque tous couverts de figures légendaires, 
symboliques, ou d'animaux bizarres. Les colonnes du portail souvrant à 
l'extrémité du transsept sud de l'église de Saint-Sernin sont surmontées 
de chapiteaux sur lesquels on a figuré la personnification des vices et leur 
punition. Le portail de la nef, du même côté, reproduit,' sur ses chapiteaux, 
l'Annonciation, la Visitation, le massacre des Innocents, etc. Cette méthode 
de figurer des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament sur les chapi- 
teaux des portails est généralement a(lo[)tce, au xii'' siècle, non-seulement 



I (.11 AIMIKM I h(H) 

dans 1p Midi, mais ^iicoïc dans (|uel(|iu's-iiiu's de ii(>séi;lises du iNord. I.c 
j)()rtail royal de la callicdralc de (lliarti'ps, par exeinijle. développe sur ses 




chapiteaux une série descènes sacrées (|ui se suivent »'t forment <(imiiie 
une frise pourtournant les ressauts produits par la disposition des colonnes 
en retraite les unes sur les autres. 

Mais c'est dans h's cloîtres surtout (|ue les chapiteaux sont, au xic siècle, 
couverts de scènes empriu)tées à l'histoire sacrée ou aux léjj;en(les des 
saints. Les cloîtres de Saint-Trophyme d'Arles, de Moissac, d'Elne, sont 
])articulièrement riches en représentations de ce j^enre, ainsi que les admi- 
rahles cloîtres, détruits aujourd'hui, des églises de Toulouse et d'Avignon. 
r>es nmsées de ces villes renferment encore (piehpies-uns de ces fVa^ments 
<pii sont de la plus jurande beauté et d'une liuesse d'exécution incompa- 



— 50 1 — I CHAIMTKAU ] 

rable. Les chapiteaux des cloîtres romans sont presque toujours doubles, 
les colonnes supportant les arcaturesdes lialeries étant jumelles ; et, dans 
ce cas, ces chapiteaux ne sont souvent qu'une frise sculptée supportée 
par un ranjf de l'euiiies au-dessus de chacune des astrajiales. Quelques-uns 
des chapiieaux déposés dans le musée de Toulouse et provenant, dit-on, 
du cloître de Saint-Sernin (xri« siècle), sont ainsi composés. 

.Nous donnons (19) une copie de l'un deux. Il représente une chasse à 
l'ours au milieu d'enroulements d'un 5^:0111 ex(|uis. I/ours est remarquable- 
ment imité, contrairement aux habitudes des sculpteurs du xn'' siècle, qui 
donnaient presque toujours à leurs animaux une forme conventionnelle; 
on voit que le voisinage des Pyrénées a permis à l'artiste de prendre la 
nature sur le fait. Quant aux chapiteaux du cloître de Moissac, ils repré- 
sentent des scènes diverses, dont les figurines sont sculptées avec la plus 
grande délicatesse, ou des ornements dans le genre de ceux du chapiteau 
de Saint-Sernin (fig. 18). 

Mais, dans ces provinces méridionales, l'école des sculpteurs qui étaient 
arrivés, au xn** siècle, à une si rare habileté, s'éteint pendant les guerres 
des Albigeois, et il nous faut retourner vers le Nord pour trouver la 
transition entre le chapiteau roman et le chapiteau appartenant au style 
ogival. Cette transformation suit pas à pas celle de larchiteclure; elle est, 
à cause de cela même, fort intéressante à étudier. Dans les provinces 
septentrionales, et particulièrement dans le domaine royal, la sculpture 
avait atteint, au xn» siècle, une perfection d'exécution qui ne le cède 
guère aux écoles méridionales. Toutefois, dans les chapiteaux de cette 
époque et appartenant aux édifices de ces contrées, les figures sont rares ; 
l'ornementation, composée de feuillages ou d*enroulements , domine. 
Lintîuence du chapiteau corinthien antique se fait souvent sentir, mais 
elle est déjà soumise à des formes particulières; c'est plutôt un souvenir 
qu'une imitation. L'artiste adopte un galbe, certaines dispositions des 
masses qui lui appartiennent; il ne tâtonne plus, il a trouvé un type 
auquel il se soumettra de plus en plus jusqu'au moment où il abandonnera 
complètement les dernières traces de l'art romain. La transition entre le 
chapiteau roman plus ou moins fidèlement inspiré de la tradition antique 
et le chapiteau appartenant à l'art ogival peut être observée dans un assez 
grand nombre d'édifices construits pendant la première moitié du 
xiie siècle. 

Nous prendrons un exemple, entre beaucoup d'autres analogues, dans 
léglise de Sainte-Madeleine de Chàteaudun (-20). Les piliers de la nef de 
cette église (côté nord! sont cantonnés de colonnes engagées de diamètres 
ditiérents; cependant tous les chapiteaux^ pris dans la même assise sont 
de la même hauteur, (|u'ils appartiennent aux grosses ou minces colonnes. 
La corbeille du chapiteau de la colonne mince s'entoure de feuilles peu 
recourbées à leur extrémité, tandis que déjà le chapiteau de la grosse 
colonne retourne vigoureusement les bouts de ses feuilles de façon à 
former, à chaque extrémité, une masse assez volumineuse pour accrocher 



I CHAI'IIKAI 



— o(>-2 




^^vo 



:^^y^ 



CIIAPITKAl 



la lumière et faire prévaloir ainsi , au milieu du j^roupe de feuillages, 
certaines masses fortement accentuées. C'est, en eflet , dans les gros 
(']ia|)iteau\ (|ue l'on voit se développer d'abord ces extrémités de feuilles 




qui peu à peu prennent une grande importance, jusqu'à figurer ces 
volumineux bourgeons , ces paquets de folioles que l'on désigne aujour- 
d'hui sous le nom de crochets. 

Les puissants tailloirs carrés des chapiteaux romans, encore conservés 
dans l'architecture du'xii'" siècle, supportant des sommiers d'arcs dont le 
lit était lui-même inscrit dans des angles droits, obligeaient les sculpteurs 
à donner aux angles du chapiteau une grande résistance pour ne pas être 
brisés sous la charge. Ces letroussis de feuilles, non point évidés comme 
les volutes du cha{)iteau corinthien antique qui n'ont rien à porter, mais 
pleins, formaient comme une console, un encorbellement nécessaire à la 
solidité. C'est pourquoi nous voyons ces retroussis adoptés d'abord dans 
les gros chapiteaux portant les arcs principaux, tandis qu'ils ne paraissent 
pas nécessaires dans les chapiteaux plus grêles (|ui n'ont que des arcs 
ogives à soutenir. A plus forte raison donnait-oîi aux angles des chapi- 



CHAHIÏKAI 



rioi — 



teaux des colonnes isolées, portant de très-lourdes char^TS et réparlissanl 
cette char^'e sur un fût assez mince comparativement, un lrès-j,M'and 
dévelopjiement. 

Cela esl bien accusé dans les chapiteaux (h>s colonnes monocylindriques 
du lour du chœur de ICj^lise de Saint-Denis, (|U()i(|U(' lii encore on sente 
l'influence de la sculpture romaine Le déveloj)peuient est complet dans 
les chapiteaux du sanctuaire de léj^lise de Sainl-Leu d'Esserent cil). 




Nous n'avons pas i)esoin de faire ressortir les l)elles qualités de cette 
dernière sculpture, qui réunit au plus haut de}.';ré la finesse à la fermeté. 
Dans cet exemple, nulle ccud'usion, pas de làtomuMuents. Les angles de 
l'épais tailloir sont puissamment souteims par les gros crochets, com- 
posés avec un ait infini ; entre eux on voit paraître la corbeille circulaire 
qui fait le fond du chapiteau ; des tètes d'animaux sortant à la réunion 
des larges feuilles découpées occujjent et décorent la partie moyenne. Les 
feuilles, afin de [)resenter à l^eil une masse plus ferme, sont cernées par 



— 505 — [ CHA ] 

deux nerfs qui servent de tige au crochet d'angle, en «'enroulant sur eux- 
mêmes. 

Pour tout artiste de goût, c'est là, quelle que soit l'école à laquelle il 
appartienne, une œuvre digne de servir d'exenq)le, autant par la manière 
dont elle est composée que par son exécution^ à la fois sobre, fine et monu- 
mentale. 

La révolution qui s'opère dans la forme et les détails des chapiteaux, 
vers la fin du xn^ siècle, arrive promptement, dans le domaine royal et 
les provinces environnantes, à son entier développement, connue nous le 
verrons tout à Iheure ; elle se fait moins rapidement en Bourgogne. 
L'influence romane persiste plus longtemps. Dans les provinces de l'Est, 
sur les bords du Rhin et de la Moselle, le chapiteau roman se décore de 
détails plus délicats, mais conserve sa forme primitive. Le chapiteau 
roman rhénan est bien connu ; c'est une portion de sphère posée sur 
l'astragale et pénétrée par un cube. 



mm0Ê \ 




1% 



hj 




La fig. 22 nous dispensera de plus longues explications au sujet de cette 
forme singulière que l'on rencontre dans presque toute l'Allemagne, et 
dont on trouve la trace dans certains édifices du x« siècle, du nord-est de 
l'Italie et en Lombardie. Ces chapiteaux ont leurs faces plates décorées 
souvent, soit par des peintures, soit par des ornements déliés, découpés, 
peu saillants, connue une sorte de gravure. 

Au xri^' siècle, lorsque tous les profils de l'architecture prirent plus de 
finesse, la forme cubique de ces chapiteaux dut paraître grossière; on 
divisa donc les gros chapiteaux en quatre portions de sphères se péné- 
trant et pénétrées ensemble par un cube, ainsi que l'indique la fig. 23; puis 
on orna chacune de ces parties qui formaient comme un groupe de quatre 
chapiteaux réunis. 

La nef de l'église de Uosheim près Strasbourg, qui date du xu'" siècle, 

(U 



n. 



1 ni A 1 — rioo — 

nous donne un bel exemple de ces sortes de chapiteaux (2i). On voitquiR 



mamf 




rorncmentation n'est qu'accessoire dans les chapiteaux rhénans; ce n'est 
guère qu'une gravure à peine modelée qui ne modifie pas le galbe géomé- 
trique du sonmnet de la colonne; on sent là l'influence byzantine, car si 
l'on veut examiner les chapiteaux de Saint-Vital de Ravenne et de Saint- 
Marc de Venise, on reconnaîtra que dans ces édifices la plupart des chapi- 
teaux, appartenant aux constructions primitives, ne sont décorés que par 
des sculptures très-plates, découpées, ou même quelquefois, comme dans 
le bas-côté nord de cette dernière église, par des incrustations de couleur. 
Ouelle que soit la beauté de travail de ces sculptures, la forme romane, 
même à la fin du \\w siècle, reste maîtresse; il ne semble pas que cet art 
puisse se trantormcr. 

L'architecture comme la sculpture romane du Uhin ne peuvent se débar- 
rasser de leurs langes carlovingiennes; elles tournent dans le même cercle 
jusipi'au moment où les arts français importés viennent prendre leur place. 
Cette innnobilité ou ce respect pour les traditions, si l'on veut, existent, 
(pioicpie avec moins de force, en Normandie. La forme du chapiteau nor- 
mand roman persiste, sans modification sensible dans lésinasses, justpi'au 
moment oii \o, style français tait invasion dans celte province lors de la 



507 



f rii\ 



(•oiiquète de Philippo-Aiigiisle. l.e chapiteau (ubKiiie simple ou divisé se 
rencontre aussi dans cette province; il est souvent décoré de peintures, 
comme on peut le voir encore dans l'église de Saint-Georges de Boscher- 
ville et dans celle de l'abbaye de Jumièges. Nous retrouvons même ces 
chapiteaux dans des parties carlovingiennes des églises françaises de l'Est. 
La crypte de l'église Saint-Léger de Soissons contient encore un chapiteau 
cubique peint, fort remarquable , qui paraît dater du x« siècle. Nous en 
donnons une copie (2,%). Les ornements sont blancs sur fond jaune ocre. 



A 



(^v/ 








La pénétration du cube dans la sphère est tracée par une légère entaille 
double, ainsi que l'indique le profil fait sur l'axe A B, ce qui donne à ce 
chapiteau une physionomie particulière. Ce n'est pas là le pur chapiteau 
rhénan. 

De tous ces divers styles romans, dont la variété est infinie et dont nous 
n'avons pu que tracer les caractères les plus saillants, un seul arrive à une 
transformation à la fin du \u^ siècle ; c'est le style français proprement dit, 
car les chapiteaux suivaient naturellement les progrès de l'architecture 
(voy. ARCHiTECTCRE, CATiiÉDRALK). Lcs autrcs sc traînent sur des traces 
vieillies, se perdent, ou louibent dans des raffinements puérils Nous allons 



[ CHA ] — 508 — 

donc pouvoir suivre pas à pas les transformations successives du chapiteau 
français, sans plus faire d'excursions, connue dans la première partie de 
cet article. 

Ainsi que nous l'avons fait voir, il avait toujours existé une ditïérence 
marquée dans la composition des chapiteaux romans appartenant à des 
colonnes isolées monocylindriques d'un diamètre assez fort par conséquent, 
et des chapiteaux de colonnettcs et colonnes engagées. Toutefois, cette, 
différence est plutôt le résultat d'un instinct naturel d'artiste que d'un 
système arrêté. En abandonnant la tradition romane pour entier dans 
l'ère ogivale inaugurée, à la fin du xn^ siècle, dans les provinces du 
domaine royal, de la Champagne, de la Picardie et de la Bourgogne, la 
composition des chapiteaux se soumet à un mode fixe; elle devient 
logique connue le principe général de l'architecture. Ce sera dorénavant 
le sommier des arcs supporté par le chapiteau qui commandera la forme 
du tailloir; ce sera la forme du tailloir qui commandera la conqxjsition 
du chapiteau. Notons encore une fois ce fait, sur lequel nous reviendrons 
souvent, et dont nous ne saurions trop faire ressortir l'inqiortancc : dans 
l'architecture ogivale, c'est la voûte et ses divers arcs qui inqwsent aux 
mend)res inféiieurs de l'architecture, aux supports, leur nombre, leur 
place et leur forme jusque .dans les moindres détails. 

A la fin du xw siècle, le chapiteau devient, connue tous les membres 
nombreux de l'architecture, un moyen de construction ; il est connue une 
expansion intelligente de la pile; il prend ses fondions de support au 
sérieux. 

Dans l'Ile de France on avait, à la fin du xn^ siècle, adopté fréquemment 
la colonne monocylindrique connue pile, non-seulement autour des sanc- 
tuaires, mais aussi dans k-s nefs, peut-être parce que cette forme est celle 
qui prend le moins d'espace, gêne moins que toute autre la circulation, et 
démasque le mieux les diverses parties intérieures d'un édifice. Mais la 
colonne cylindrique d'une nef devait porter : 1" deux archivoltes de 
travées, 2° l'arc doubleau et les deux arcs ogives du collatéral, 3o le 
faisceau de colonnettcs montant jusqu'aux naissances des grandes voûtes. 
Ces membres compliqués, se pénétrant, ayant chacun leur fonction, 
demandaient une assiette large, snr laquelle ils devaient s'asseoir, et qui 
ne pouvait se renfermer dans la section horizontale d'un cylindre, dans un 
cercle, ni même dans le carré qui aurait inscrit ce cercle. 

A la cathédrale de Paris , par exemple, dont le chœur et la nef sont 
portés sur des colonnes monocylindriques, la section de la colonne étant 
un cercle dont le centre est en A (i(i), les lits de sounniers des archivoltes 
tracent la projection horizontale B; ceux de l'arc doubleau du bas-côté et 
des deux arcs ogives, les projections C,DD; et, enfin, les bases des faisceaux 
de colomiettes montant juscju'aux grandes voûtes, la projection horizontale 
E. Qu'ont fait les constiiuleurs? Ils ont tracé simplement le tailloir du 
chapiteau suivant le carré FG III (jui inscrit tous les lits de ces divers 
membres, et se sont contentés d'abattre ses angles pour éviter des aiguités 



— 509 -^ l lUA I 

désagréables, lorsque l'on regarde le chapiteau parallMemenl à ses diago-? 
uales. Mais ce tailloir n'inscrit pas exactement les traces données, surpjao 



26 




horizontal, par le lit des sommiers et bases des colonnettes; il reste deux 
surfaces K inutiles; on ne tarda pas à les éviter. 

Avant de passer outre, nous faisons voir (27) l'élévation de ces chapiteaux 
des gros piliers cylindriques de la cathédrale de Paris, du côté de la nef. 
Les bancs de beau cliquart dont sont composés ces piles et leurs chapiteaux 
sont bas d'assises et ne portent guère plus de 0,40 c. à 0,45 c. de hauteur. 
Force était donc, pour donner aux chapiteaux une proportion convenable 
par rapport au diamètre de la colonne, de les sculpter dans deux assises. 
Notre fig. ^21 montre comment l'ornementation de ces chapiteaux concorde 
avec la hauteur des assises, et conunent on a pu raccorder les deux tam- 
bours des chapiteaux très-facilement, quoiqu'ils aient été sculptés avant la 
pose'. Les chapiteaux des piles du chœur, sculptés et posés quelques 
années avant ceux de la nef, présentent les mêmes dispositions d'ensemble ; 
seulement leurs crochets d'angles sont plus forts, plus larges, les feuilles 
plus grasses et moins découpées. Il est, du reste, une observation à faire 
au sujet des chapiteaux du chœur de Notre-Dame de Paris, que nous ne 
devons pas omettre, c'est que les chapiteaux des colonnettes isolées de la 
galerie du premier étage paraissent d'un travail plus ancien que les chapi- 
teaux des grosses piles cylindriques du rez-de-chaussée. Ils ont dû tous 
cependant être taillés en même temps, et s'il y a quelques années de ditfé- 



1 Notre gravure ne peut donner qu'une idée fort incomplète de ces magnifiques 
chapiteaux dont la scnl[)liiro grassement traitiV, quoique modelée avec -un. soin 
extrême, présente une série variée de compositions du medleur style 



[ CHA ] - 510 — 

reiice entre leur sculpture, évidenuiient ceux du triforiinu sont posU'rieuis 
h ceux (lu lez-de-chaussée. Mais, à cette époque de transition, encore 




rapprochée de la période romane, il n'est pas rare de rencontrer de ces 
soites d'anachronismes en sculpture. Noyon, Sonlis nous en offrent des 
exemples. Cela tenait à ce (pie l'on employait en nuMue temps, pour sculpter 
les noiuhreux chapiteaux de ces grands monuments, des artistes d'âge 
diflférent; les uns appartenaient encore à la vieille école romane, d'autres 
plus jeunes suivaient les nouveaux eriements. Or, connue en France on a 
toujours été enclin à préférer la nouveauté aux traditions, on confiait les 
sculptures les ])lus en vue, les plus iinpoitantcs. aux artistes appartenant 
a la nouvelle école, et les œuvres des vieux sculpteurs étaient reléguées 



— oll — [ CHA ] 

dans les parties des édifices le moins en vue. Les corporations laïques 
d'artisans ou d'artistes qui, à la fin du xii» siècle, étaient à l'origine de leur 
puissance, avaient cette intellij^îence des corps qui s'organisent dans le but 
de produire et de progresser ; elles ne cherchaient pas à nionoi)oliser les 
œuvres d'art entre les mains de quelques hommes dans nn intérêt 
personnel; elles favorisaient, au contraire, les innovations, et les patrons 
étaient débordés et supplantés par leurs apprentis devenus rapidement 
plus hardis et plus habiles. Les corporations, pour tout dire en un mot, 
étaient des corps et non des coteries ' . 

Dans le même monument, la cathédrale de Paris, nous voyons les chapi- 
teaux des piles séparant les deux collatéraux déjà combinés pour recevoir 
exactement les retombées des ditférents arcs des voûtes. Mais nous revien- 
drons tout à l'heure sur les fonctions si bien écrites du chapiteau appaite- 
nant à la période ogivale. 

Pour faire ressortir l'influence exercée par la nature des matériaux 
employés, sur la sculpture des chapiteaux, nous présenterons un exemple 
tiré du tour du chœur de la grande église de Mantes , contemporaine du 
chœur de Notre-Dame de Paris, et qui paraît avoir été élevée par les mêmes 
maîtres. Les murs du sanctuaire de l'église de ÏNIantes sont portés sur des 
colonnes en grès qui n'ont pas plus de 0,50 c. de diamètre. Pour résister à 
la charge sui)érieure, les chapiteaux durent être également sculptés dans 
un grès très-résistant, difficile à travailler et qu'il eût été dangereux de trop 
évider ; ils devaient encore présenter un évasement considérable pour 
recevoir, sur le lit supérieur du tailloir, le sommier de deux archivoltes, de 
deux arcs ogives, d'un arc doubleau, et le départ de la colonnette montant 
jusqu'à la naissance des voûtes hautes. Afin d'éviter les brisures qui pou- 
vaient se manifester aux angles de ces chapiteaux très-évasés, il fallait que 
ces angles fussent soutenus par la sculpture entourant la corbeille, que 
cette sculpture formât comme un encorbellement reportant la charge d'un 
large sommier sur un fût très-mince. Les sculpteurs résolurent exactement 
ce prol)lème, ainsi que le fait voir la fig. 28. A est Vrvc doubleau du colla- 
téral. La composition de ce chapiteau a cela d'étrange que, sur quatre 
volutes d'angles, deux se retournent dans un sens, deux dans l'autre, mais 
toutes quatre sont fortement épaulées sous le retroussis. Cette méthode 
avait déjà été employée, quelques années auparavant, autour du chœur de 
l'église de Saint-Denis, pour les chapiteaux des colonnes monocylindriques 
qui datent de la construction de Suger, et qui portent les culées des arcs- 
boutants reconstruits au xur siècle. Il est donc facile de reconnaître qu'au 



1 Si (tes faits ne paraissent pas une preuve suffisante en faveur de notre opinion, 
on peut consulter les Règlements d'Etienne Boileau ; on y verra avec (pielle sollicitude 
ils s'occupent de l'apprenti : s'ils obligent celui-ci h rester auprès de son patron, ils 
veulent que le patron lui donne un travail assuré. Un labeur constant entre les mains 
de jeunes gens devait naturellement amener des progrès rapides, et il était de 
rintérèl du patron de l'encourager. 



•[ ciiA "j - rvi2 - 

.monlentoîiTarchitcctnro ogivale se développe, le chapiteau se soumet ai* 
système de construction adopté, sa fonction est nécessaire et sa forme se 
modèle sur les membres des arcs dont il doit porter la charge. 




'Si rapides (|ue soient les transformations dans un art, il est certains 
usages, certaines traditions qui persistent, dont on ne s'athanchit qu'avec 
peine. Déjà la section hoii/ontale du pilier roman était abandonnée depuis 
longtemps, le pilier ogival, dans les nefs, se composait d'un cylindre can- 
tonné de quatre colonnes, (^l'autour des sanctuaires on conservait encore 
la colonne monocylindrifiue, soit parce que cette forme était traditionnelle 
et que le clergé y tenait, soit parce qu'elle dégageait mieux les bas-côtés 
du chœur et permettait aux tidèles assemblés autour du sanctuaire de 
mieux voir les cérémonies, soit enfin parce que, les travées de rond-point 
étant plus étroites que les autres, on voulait donner une grande légèreté 
apparente aux points d'appui, et ne pas diminuer la largeur des vides 

(VOy. PILK, PILUUl). 

Cependant le système général de la construction des voûtes ogivales 
franchement appliqué ne pouvait concorder nxoc la colonne monocylin- 



— 513 — 



CHA ] 



(Iriqiie. L'esprit inipérieusemont logique des constructeurs excluait les 
surfaces horizontales ne supportant rien, inutiles par conséquent, quelque 
peu étendues qu'elles fussent (vov. base). 

Passer d'un lit de sounnier tel que celui donné [i'ù), par exemple, à un 




cercle, en évitant les surfaces horizontales sur le tailloir du chapiteau, 
devenait difticile; on pouvait bien inscrire le lit des différents arcs 
ce ,DD ,E dans un octogone régulier, et de l'octogone régulier passer au 
cercle, mais les trois colonnettes ABB', destinées à recevoir trois nerfs des 
voûtes hautes, sortaient avec leur base de l'octogone; il fallait ajouter un 
appendice au tailloir pour les soutenir, et cet appendice du tailloir devait 
être lui-même soutenu par un ornement du chapiteau ; de là des combi- 
naisons que les architectes faisaient concourir avec un art exquis à la 
décoration de l'ensemble. 

Le plan de tailloir et la trace de sommier, fig. 29, provenant du chœur 
de la jolie église de Sémur en Auxois, donne, en élévation perspective, la 
fig. 30 '. On voit avec quel scrupule l'architecte a évité des angles saillants 
présentant des surfaces horizontales sans emploi, comment il a su conduire 
l'œil du tut cylindrique à la rencontre compliquée des ditiérents membres 
des voûtes et des colonnettes , de manière à faire voir que ce chapiteau 
porte réellement et qu'il n'est pas seulement une décoration banale. Une 
fois le principe admis, il y a dans ces combinaisons une sincérité et une 
f^ràce bien éloignées de notre architecture moderne, dont la plupart des 



' Celte paille du chœur de l'église de Sémur eu Auxois dul élre consliuile de I 220 
à 1 230. 

T. 11. t)0 



rn.v 



ol4 



membres se superposent sans qu'il soit possible de dire quelle est leur 
fonciion, pounpioi ils occupent une place i)lutol qu'une autre. 

La pierre mise en œuvre pour la construction des églises de Sénuir en 
Auxois est, il faut le dire, fort résistante; c'est un gros grès (pierre de 
l'ouillenay) qui, bien qu'il se taille assez facilement en sortant de la carrière, 
acnjuiert la dureté du granit. 

L'assise du chapiteau représenté fig. 30 n'a pas moins de 0,80 c. de 




lianteur, non compris le tailloir pris dans une autre assise. Les construc- 
teurs n'avaient pas partout des matériaux de cette hauteur de banc et de 
cette force. Alors, s'ils voulaient maintenir la colonne monocylindi'iqne 
dans les sanctuaires (connue ils l'ont fait plus tard encore dans la Bour- 
gogne), ils lui donnaient, comparativement au sonmiier. un plus fort 



515 — 



[ CHA ] 



diamètre, et ils sculptaient le chapiteau dans deux assises, ainsi qu'on peut 
le voir à la cathédrale d'Auxerre. 

Cependant on ne tarda pas à s'affranchir de la difficulté résultant de la 
retombée des membres des voûtes sur un chapiteau unique, et à oublier 
ce dernier vestige des traditions romanes. Admettant définitivement, vers 
\'2io, que les voûtes devaient commander la section horizontale des piliers, 
on cantonna les colonnes monocylindriques de deux ou de (piatre 
colonnes; cette nouvelle combinaison vint déranger l'ordonnance des 
chapiteaux (voy. pile, pilier). 

Un des premiers exemples de cette transformation se rencontre à l'entrée 
de la nef de la cathédrale de Paris; les premières travées de cette nef sont 
d'une époque un peu postérieure aux suivantes (voy. cathédrale). L'archi- 
tecte, en laissant subsister au centre du groupe de colonnes le gros pilier 
monocylindrique adopté dans le reste du monument, lui conserva son 
chapiteau; seulement il l'interrompit au droit de chacune des colonnes 
engagées. 




31 



/'SJMIÙ. 



La fig. 31 rendra notre description plus claire. Un voit en A la colonne 



[ CHA J — 510 — 

qui porte, comme un renfort ajouté au pilier, les colonnettes montant 
jusqu'à la naissance des voûtes hautes ; en B l'une des trois autres colonnes 
qui portent k'S deux archivoltes et l'arc douhlcau du collalcral ; les arcs 
ogives posent sur les sections circulaires du tailluii- du gius chapiteau, 
laissées encore inutiles, en partie, du côlé de la nef. Si le gros chapiteau 
est formé de deux assises , les trois chapiteaux des colonnes engagées B 
sont sculptés dans une seule. L'instinct de l'artiste lui commandait cette 
diHérence de hauteur donnée à des chai)iteaux de colonnes de diamètres 
différents. Quant à la colonne engagée A ne portant pas d'arc , mais un 
groupe de colonnettes, elle n'a pas de chapiteaux. Ce fait indique bien 
clairement que l'on n'admettait alors le chapiteau (comme déjà pendant la 
période romane) que pour porter des arcs de voûtes, et servir de transition, 
d'encorbellement, entre le sommier large de ces arcs et les fûts minces des 
colonnes. 

Ce moyen transitoire trouvé, les architectes ne purent manquer d'être 
choqués par ces démanchements d'assises ornées, ce tailloir d'une forme 
assez peu gracieuse et compliquée en plan. Ils cherchèrent à concilier 
l'efllet d'unité donné par le chapiteau unique possédant un seul tailloir 
avec les nécessités de proportions (jui obligeaient d'avoir des hauteurs de 
chapiteaux en rapport avec le diamètre des fûts des coloimes réunies. Ils 
résolurent ce problème avec beaucoup d'adresse dans la construction des 
piliers latéraux du chœur de la cathédrale d'Auxerre (1230 environ), ainsi 
que le fait voir la fig. 32. Les colonnes engagées ne viennent ici qu'épauler 
quatre des faces du tailloir octogone du chapiteau de la grosse colonne 
centrale. L'astragale des petits chapiteaux passe également sur le gros, 
indique le lit; et au-dessous, ce gros chapiteau, entre l'astragale fausse et 
sa véritable astragale, présente une sculpture plus simple, plus en rapport 
avec son diamètre. L'ornementation de la partie supérieure du gros cha- 
piteau participe, comme échelle de celle des petits, tandis (lu'elle lui 
ap[)artient en propre dans la partie infériem-e où il reste seul visible. Ce 
n'est pas là, il faut bien en convenir, l'effet du hasard ou d'une fantaisie 
d'artiste, mais la e()usé(pience d'un j^incipe (jui cherche à devenir de plus 
en plus absolu jusque dans les moindres détails de la construction et de la 
décoration des édifices. 

Entre le chapiteau de Notre-Dame de Paris (fig. 3») et celui que nous 
représentons ici (32), il y a un grand pas de fait vers l'unité d'aspect; mais 
les (juatre colonnes engagées viennent encore couper le gros chapiteau, 
et l(î demanchemenl cpii choque, dans la fig. 31, n'est pas évité malgré 
le passage de l'astragale des petits chapiteaux sur la corbeille du gros. Un 
voulut tout concilier à Reims en construisant les piliers de la cathédrale 
(1230 à 1240) '. 



' Nous pailuns dos piliers de la i)ar(ie la plus aiicicuuo de la uef avoisiuaul les 
Iranssepts. 



— ril7 — [ CHA ] 

Le gros chapiteau conserva son ordonnance propre au milieu des 



lé i 




quatre autres '. Ceux-ci prirent toute la hauteur du gros chapiteau en 



' Par exception, les qiKitre edlonnes engagées dans les piliers portent chacune un 
ciiapiteau au même niveau, les colonnettes supérieures reposant sur le chapiteau de 
la colonne engagée du côté de la nef(voy. cATHÉuiiALii, lig. !4, pilier). 



[ en A I ■ — 518 — 

deux assises; mais une seconde astragale vint les divisera mi-hauteur (33). 




Hi'fCErsr 



On remarquera, en outre, dans les chapiteaux de la nef de la cathédrale 
de Reims, la forme des tailloirs; oelni du jjros clia|)it('au est un carré posé 
diagonalement, ceux des petits chapiteaux sont octogones; ils sont com- 
binés de manière à circonscrire exactement la trace du lit du sommier des 
arcs et des bases des cinq colonnettes montant juscpi'à la naissance des 
grandes voûtes, ainsi que le démontre la section horizontale (34.). La ligne 
ponctuée indiiiue le pilier; en A,BB,GG sont les cinq colonnettes (lui, posant 
sur un des quatre chapiteaux octogones, portent le gros arc douhleau, les 
deux arcs ogives et les deux formerets des voûtes hautes ; en DU les traces 
des sommiers des archivoltes sur lesquels reposent les écoinçons entre les 
piles, le triforium et les grandes fenêtres supérieures; en EE les deux arcs 
ogives des voûtes des bas-côtés; en F l'arc douhleau de ces mêmes voûtes. 
Le tailloir du chapiteau principal avait ses deux diagonales CiII.IK parallèles 
et perpendiculaires à l'axe de la nef, ce (pii était motivé par la trace du 
sommier de tous les arcs. On arrivait ainsi successivement à prendre le lit 
inférieur du sommier conmie générateur du tailloir du chapiteau. Ce que 



— 519 — [ CHA j 

l'on ne saurait trop remarquer dans la structure de la cathédrale de Reims, 




./Lonux^iP.iK: 



c'est la méthode, la régularité de toutes les parties. Le tracé de ces som- 
miers d'arcs est très-savant, et nous avons l'occasion d'y revenir aux mots 

CONSTRUCTION, SOMMIER, VOUTE. 

Il nous suffira de faire observer ici que la disposition du groupe de chapi- 
teaux, n'ayant pour eux tous qu'un seul tailloir, se soumettant déjà au 
nombre des arcs principaux et à leur section, est un acheminement vers les 
chapiteaux isolés appartenant à chaque colonne. La transition est encore 
plus sensible dans la disposition des chapiteaux du tour du chœur de la 
cathédrale d'Amiens (1240 environ). Leurs tailloirs prennent des formes 
rectangulaires qui, non-seulement se modèlent exactement sur la trace du 
lit inférieur du sommier, mais encore accusent chacun des arcs des voûtes. 
Ainsi (35) : soit la ligne ponctuée la section horizontale du pilier ; en A est 
la colonnette qui monte jusqu'aux voûtes hautes, le tailloir ne fait que la 
pourtourner comme une bague sans chapiteau; en B les archivoltes et 
leurs doubles claveaux C; en D l'arc doubleau du collatéral, et en E les arcs 
ogives. On voit que chacun de ces arcs porte sur une portion du tailloir qui 
lui appartient en propre ; ce n'est plus un tailloir commun pour plusieurs 
arcs. En élévation perspective du côté du collatéral, ces chapiteaux artéctent 
la disposition donnée par la fig. 36. Si la naissance du chapiteau est 
composée comme celle des chapiteaux des piliers du chœur de la cathédrale 
d'Auxerre, son tailloir se découpe, se sépare en autant de membres qu'il y 



I CHA 1 — 520 — 

il d'arcs. Il n'y a encore que quatre chapiteaux, un gros et trois plus petits 




/t^ffstMn.'j^. 



et il y a déjà six tailloirs. Du moment que les architectes se laissaient ainsi 
entraîner par une suite de raisonnements , la pente était irrésistible. Les 
arcs des voûtes (à cause de cette sorte d'horreur que les maîtres avaient 
pour les surfaces horizontales inoccupées), en forçant de subdiviser le 
tailloir du chapiteau, intUièrent bientôt sur les piles. Dès 1250, on donnait 
déjà aux piles autant de colonnes qu'il y avait d'aics, et par suite autant de 
chapiteaux ; on arriva à doinier aux jjiles autant de membres que les arcs 
avaient de nerfs, et les chapiteaux perdirent alors leur véritable fonction de 
suppoit, d'encorbellement, pour ne plus devenir que des bagues ornées, 
mettant une assise de séparation entre les lignes veiticales des piles et les 
naissances des arcs. Puis enfin , comprenant que les chapiteaux n'avaient 
plus de raisons d'exister, les maîtres les supprimèrent complètement, et 
les arcs, avec toutes leurs moulures, vinrent descendre jusque sur les bases 
des piliers. C'est ainsi que par l'observation rigoureuse d'un principe on 



5*21 — 1 CHAl'ITKAl i 

tombe du vrai dans l'absurde, par l'excès luènic de la vérité; car la vérité 
(dans les arts du moins) a ses excès. 




On est fondé à soutenir que l'art ogival, à son déclin, aboutit à des 
recherches ridicules : quand on le considère isolément, de 1400 à 1500, il 
est impossible, en elïèt, de deviner son origine et de prédire juscpi'à 
quelles extravagances il pourra s'abaisser; mais si Ton suit pas à i)as les 
transformations par lesquelles il passe, de sa naissance à sa décrépitude, 
on est forcé de reconnaître que l'excès n'est, chez lui, que l'exagération 
d'un principe juste basé dans l'origine sur l'application du vrai absolu, 
trop absolu puisqu'il a conduit par une pente rapide à de tels résultats. Le 
goût peut seul, dans les arts, comme en toute chose, opposer une barrière 
à l'exagération, même dans lajjplication du vrai; mais le goût ne peut 
exister dans une société qui, ayant rompu avec les traditions, se trouve à 
l'état d'enfantement perpétuel ; le goût n'est alors qu'un sens individuel 
propre à chaque artiste, il n'existe pas à l'état de doctrine. L'architecture 
de la fin du xii« siècle prend sa source dans la raison des artistes; ceux-ci 



T. 11. 



f CHAITIEAI ) — '.rm — 

ne font que poser des principes matériels étranj^ers aux principes admis 
jusqu'alors; la forme, si belle qu'ils Taienl trouvée, n'est qu'un moyen, 
qu'une enveloppe soumis(> aux cilculs de Tesprit. Une fois enj,^aj;és dans 
cette voie, les artistes (|ui suivent ne cherchent (|u"à la pousser plus avant; 
entraillés par une succession de lois qui se déduisent fatalement comme 
des j)roblèines de géométrie, ne possédant pas ce tempérament de lesjjrit 
qu"on appelle le goût, ils ne peuvent revenir en arrière ni même s'arrêter, 
et ils étendent si loin leurs raisonnements qu'ils perdent de \ue le point 
de départ. C'est toujours la même voie parcourue dans le même sens; 
mais elle va si avant, que ceux qui sont forcés de la suivre ne savent où 
elle les conduira. Les arts antiques consei'vent un étalon auquel ils peuvent 
recourir, car pour eux la forme domine le raisonnenu'ut; les arts du 
moyen âfi;e n'ont d'autre j'uide qu'un piincipe abstrait auquel ils soumet- 
tent la forme. Cela nous explique connnent , dans un espace de temps 
très-court, des raisonnements justes, le savoir, l'expérience, peuvent 
aboutira l'absurde, si une société n'est pas réglée par le jioùt (voy. golt). 

On voudra l)ien nous paidoimer cette dii^iession à propos de chapiteaux; 
mais c'est que, dans rarchitecture ojj;ivale, ce membre est dune jurande 
importance; il est comme la mesure servant à reconnaître ies doses de 
science et d'art qui entrent dans les compositions architectoniques; il 
permet de préciser les dates, de constater rintluence de telle école, ou 
même de tel monument ; il est connue la piern' de touche de lintelMijence 
des constructeurs : car, jusque vers le milieu du xne- sièch^, le chapiteau 
est non-seulement un support, mais aussi le point sur lequel s'équilibrent 
et se neutralisent les i)iessions et poussées des constructions oj^ivales 
(voy. constuuction). 

L'histoire que nous avons tracée de la transition entre le chapiteau 
roman et le chapiteau appartenant définitivement à lère offivale devait 
être trop succincte pour que nous n'ayons pas été forcé de né|.;lii;er de 
nombreux détails. Du jour où chaque colonne ou colonnette porte son 
chapiteau propre, ce n'est plus qu'une question de décoration. Mais cette 
question a sa valeur, et nous devons la traiter. Elle ne peut cej)endaiit 
être séparée de la forme et des dispositions données aux tailloirs. 

Versle milieu du xm^^siècle. lors(|ue. dans rile-de-Fraiice.iaClianipaf;ne 
et la Picardie, les architectes s'efforçaient de tracer les tailloirs des chapi- 
teaux suivant des (ij^ures qui inscrivaient méthodi(piement les lits des 
sommiers des arcs, en Normandie on tranchait brusquement la ditiiculté; 
au lieu de formes anj,'uleuses, on donnait aux tailloirs la tif-ure d'un cercle 
sur lequel venaient s'asseoir les arcs avec leurs divers membres. L'archi- 
tecture en Normandie et en Ani,deterre a cela de particulier, a cette cjxxpie, 
quelle emploie des moyens que nous pouri ions ajjpeler mécaniques dans 
l'exécution des détails. Ainsi se révélait déjà l'esprit pi-atique de ce peuple 
plus industrieux que raisonneur. Cette observation s'apj)lique également 
à la sculpture qui, en Angleterre et en Normandie, à partir du xm»" siècle 
devient d'une monotonie insupportable; on y sent le travail manuel, mais 




5^3 — , [ CHAPITEAU ] 

point l'empreinte de l'imagination de l'artiste. Nous reviendrons sur ce 
fait. 

Les raisons qui font donner au chapiteau telle ou telle forme, qui 
influent sur le tracé du tailloir étant connues d'une façon sommaire, on 
remarquera que, pendant la seconde moitié du xn^' siècle, rornementation 
tend de plus en plus à prendre une fonction utile. Les retroussis ou 
crochets qui sont destinés à soutenir les angles du tailloir deviennent plus 
volumineux, plus solidement greffés sur la corbeille (voy. fig. 21); 
cependant la saillie de ces crochets ne dépasse pas l'angle du carré du 
tailloir tenant au chapiteau : c'est-à-dire que A étant le sommet de l'angle 
de la tablette du tailloir tenant au chapiteau, le crochet 
sera pris dans l'épannelage BCDE (37). On ne trouve 
que l)ien peu d'exception à cette règle jusqu'au moment 
où les tailloirs commencent à être tracés sur des poly- 
gones, vers l^SO. Au contraire, à partir de ce mo- 
ment, les crochets débordent plus ou moins les angles 
de la tablette supérieure du chapiteau, et il est certaines 
provinces, par exemple, où ils sortent de sa corbeille 
comme des végétations vigoureuses, pour s'épanouir en dehors de l'aplomb 
des moulures les plus saillantes des tailloirs. 

Cette première observation faite sur le plus ou le moins d'étendue que 
prend la sculpture dans les chapiteaux, il en est une autre, non moins 
importante, c'est celle relative au caractère même de cette sculpture. 
Pendant la période romane, la décoration des chapiteaux suit des tradi- 
tions, répète ou arrange certains ornements pris soit à l'antiquité, soit 
aux meubles, aux bijoux, aux étoffes venus de Lombardie ou d'Orient, 
tout en s'appropriant ces ornements et leur donnant une allure française, 
bourguignonne, normande, champenoise, poitevine, etc.; cependant on 
voit bien qu'il y a là l'interprétation d'un autre art. Ce sont des plantes 
acclimatées , modifiées par la culture locale ; mais ce ne sont pas des 
plantes indigènes. 

Vers la fin du xii«' siècle, c'est tout autre chose; une nouvelle plante 
naît sur le sol même et finit par étouffer celle qui était exotique. On voit, 
vers le milieu du xii^ siècle, percer autour de la corbeille du chapiteau 
certains bourgeons peu développés d'abord, qui se mêlent aux entrelacs 
romans, à leurs feuilles, à leuis animaux fantastiques. Peu à peu ces 
bourgeons s'étendent, ils s'ouvrent en folioles grasses, encore molles de 
duvet; les tiges charnues, tendres, ont cette apparence vigoureuse des 
jeunes pousses. Mais déjà cette première végétation a expulsé les enrou- 
lements perlés et la feuille anguleuse, découpée , du commencement du 
xiie siècle; elle est luxuriante, quoique encore chiffonnée et repliée sur 
elle-même comme le sont les premières feuilles qui crèvent leur enveloppe. 
Entre ces feuilles repliées, on aperçoit les boutons des fleurs. Déjà les tiges 
deviennent plus nervées, elles accusent des angles dans leur section. Mais, 
chose singulière, il ne faut pascroiieque cette floraison de l'ornementation 



[ CIIAPITKAU 1 Mi 

(les chapiteaux, au (((inuiencenieut du xu«^ siècle, imite la floraison de 
telle ou telle plante; non, c'est une sorte de tlore de convention, (|ui 
ressemble à la floi'e naturelle et pi-ocède connue elle, mais à Iaf|uelle on 
ne pourrait donnei- un nom d'espèce. 

Les beaux exemples de ce printemps de la sculptuie française d'orne- 
ment sont innond)rables ; nous en choisirons un parmi les chapiteaux si 
remarquablement exécutés du chœur de l'église abbatiale de Vézelay (38). 




Malheureusement la gravure ne peu! donner Tidée de l'extrême finesse 
de modelé de ces feuilles repliées, qui ont toute la grasse souplesse et la 
pureté de contours des bourgeons qui s'épanouissent. 

Jamais la sculpture doruement n'avait atteint ce degré de perfection 



— 5>25 — [ CHAPITEAU ] 

dans l'exécution, avec une entente aussi coujplète (ie l'etïet des masses. 
En Bouriioirne et dans le Nivernais . ce commencenient de végétation est 
abondant, puissant : il se développe dans le même sens. Dans llle-de- 
France, et en Chanipaçine surtout, il est plus délicat; la plante est moins 
viiïoureuse, son développement est aussi plus maii^re. Ces observations 
pourront paraître étianj^^es; elles sont cependant établies sur des faits 
tellement nombreux, que chacun peut vérifier dans tous les monuments 
de la période ogivale, qu'on ne saurait en contester la réalité (voy. flore). 

Mais en même temps que se développait cette sorte de végétation de 
pierre, l'esprit des maîtres, connue nous lavons vu, ne restait pas inactif. 
La corbeille ' du chapiteau roman était formée par la pénétration dun 
cône dans un cube. En voulant donner plus de souplesse à la sculpture, 
et plus de grâce au chapiteau, on avait successivement, pendant la seconde 
moitié du xii^ siècle, supprimé le cube et creusé le cône. Mais le solide qui 
servait de transition entre le cylindre de la colonne et le carré du tailloir 
ne pouvait être géométriquement tracé ; c'était un solide dont la forme 
n'était pas définie dune façon rigoureuse, et qu'on laissait à chaque sculp- 
teur la faculté de tailler à son gré. Il en résullait que les chapiteaux 
analogues d'un même édifice présentaient souvent des galbes très-diffé- 
rents. Cela ne devait point satisfaire les architectes du \iu^ siècle, qui 
tendaient chaque jour davantage à ne rien laisser au hasard et qui procé- 
daient méthodiquement. On arriva donc à adopter poui' les chapiteaux 
une corbeille indépendante du tailloir, et ne venant plus s'y relier tant bien 
que mal, comme on le voit dans la fig. 38, par des surfaces gauches. En 
cela, on se rapprochait de l'ordonnance du chapiteau corinthien antique. 
Mais, dans le chapiteau corinthien antirpie, le diamètre supérieur de la 
corbeille n'excède pas les côtés curvilignes du tailloir, et le tailloir n'est 
qu'une tablette horizontale pai'-dessous. dont les angles saillants ne sont 
soutenus que par les volutes à jour qui terminent les caulicoles. Cela 
n'avait nul inconvénient, parce que les angles du chapiteau corinthien 
antique n'avaient rien à porter, et qu'on ne craignait pas, par conséquent, 
qu'une charge supérieure les fit casser. Mais tout autre est la fonction du 
chapiteau du \u\*- siècle ; les angles de son tailloir sont utiles, ils reçoivent 
la charge considérable des sonmiiers des arcs ; il était donc important de 
leur donner la plus grande solidité. 

Nous avons vu qu'à Saint-Leu d'Esserent (voy. fig. "21), dès les der- 
nières années du xii^ siècle, on avait adopté une corbeille circulaire dont 
le bord supérieur n'excédait pas les côtés du tailloir, et ([ue les angles en 
porte-à-faux de ce tailloir n'étaient supportés que par des crochets auxquels 
on avait dû (à cause de ce porte-à-faux) donner un volume exagéré. Lors- 
qu'on voulut que les chapiteaux prissent un galbe plus élégant, une 
apparence moins écrasée, et qu'on sculpta des crochets d'angles plus fins, 

' On désigne par corbeille, dans le chapiteau, l'évasement qui sert de transition entre 
le fût et le tailloir, évasement autour duquel vient se grouper la sculpture. 



[ CHAPITEAL' J — a"2(> — 

il fallut suppléer au manque de force qui en était la conséquence par un 
plus grand développement donné à la corbeille; un Iraça donc le Ixtrd 
supérieur de celle-ci de façon à le faire dél)order les côtés du carré du 
tailloir, ainsi qu<' l'iiidicpie la fit;. 3'.». il ne l'cslail plus alois en portc-à-fau\ 




fee/\Rù 



que les petits trianp:les A facilement soutenus par les crochets d'angles. 
Ces petits triangles même ne furent pas laissés plats, mais vinrent j)énétrer 
le revers des crochets d'angles et le bord supérieur de la corbeille par un 
biseau (|ui évita toute surface horizontal*\, toute maigreur, tout porte-à- 
faux si minime (ju'il fût. Le tracé B explitiue cet arrangement de l'angle 
du tailloir sur le crochet destiné à le supporter. On conviendra que si le 
hasard a seul inspiré les architectes du xni«' siècle, ainsi qu'on l'a quelque- 
fois prétendu, ceux-ci ont eu un rare bonheur; le hasard eut été cette 
fois bien prévoyant et sid)til. Ces transformations, ces perfectionnements 
sencliaiiK'iil si iMpidemcnl, qu'il fan! une grande attention pour en suivre 
toutes les phases. La corbeille débordant les côtés du tailloir carré restait 





fort en vue; on décora son bord supérieur par un profil simple (iO), ou 
même quelquefois par un prolil orné de sculpture (il ). 



:r21 



[ CHAPITKAU I 

En Bourgogne, les tailloirs des chapiteaux sont tiès-(léveloi)pés par 
rapport au diamètre de la colonne, parce que dans cette contrée la pierre, 
étant forte , permettait de mettie en œuvre des colonnes minces compa- 
rativement aux sommiers quelles avaient à supporter; aussi la cori)eille 
s'évase-t-elle d'autant plus que le tailloir prend plus d'imp(»itance. En 
Champagne et en Picardie, au contraire, où la pierre n'a pas une très- 
grande résistance, les chapiteaux ne portent pas une grande saillie, et 
leurs corbeilles, par conséquent, ne sont pas très-évasées ; les crochets se 
serrent contre elle et ne se projettent que peu en dehors de son bord 
supérieur. 

Pendant que se produisaient ces diverses modifications dans la forme et 
la décoration des chapiteaux, les archivoltes, arcs doubleaux et arcs ogives 
changeaient leurs profds; au lieu d'être pris dans un épannelage rectan- 
gulaire dont les faces étaient parallèles aux faces des tailloii-s carrés, on 
commençait à les tailler suivant un épannelage à pans abattus ou angu- 
leux. Les cornes du tailloir carré excédaient alors inutilement les lits 
inférieurs des sonmiiers des arcs; on les abattit et on donna à ces tailloirs 
des formes polygonales, ou on les posa diagonalement. La corbeille alors 
n'eut plus besoin de prendre autant d'évasement ; son bord supérieur fut 
seulement assez saillant pour inscrire à peu près exactement les angles du 
polygone du tailloir, ainsi que l'indique la fig. 4-2. Cependant on n'adopta 



42 




pas sans transition le tailloir polygonal pour les chapiteaux. On connuença 
par abattre les cornes du tailloir carre, de manièi'eà former un octogone 
à quatre grands et quatre petits côtés, et l'on maintint seulement quatre 
crochets sous les petits côtés de l'octogone; pour meubler la partie 



CHAPITKAll 



— *)-28 — 



moyenne de la corbeille, un posa un lanj; infV'rieurde feuilIcs) on cioclicis 
issant entre les liftes des crochets supérienis à Taplonih des (|iiatic i^i andcs 
faces du tailloir oetoj^^onal. 

Le chapiteau que voici (-i3) , l'un d(> ceux qui su|)p()rtenl les voùlcs <lii 




M 



réfectoire de Saint-lMarlin-des-Clianips à Paris (l''2'2() enviion) , explique 
ce premier pas vers le chapiteau à tailloir octof^onal du milieu du xiii»^ siè- 
cle. La transition est évidente dans les exemples tirés deSaint-Martin-des- 
Champs ; quelques-uns ont déjà des corbeilles à bord supérieur mouluré, 
comme rindiqu(^ la fii;. 40; d'auties. connue celui donné fil,^ 43. ont 
aussi une coibeille, mais sans bord suj)érieur. et dont la courlx^ vient se 
perdre sous le biseau du tailloir. Dès (|ue la corbeille est bien distincte du 
tailloir, son galbe est tracé de façon à prolongera peu près jusciu'aux deux 
tiers de sa hauteur le fût de la colonne, au-dessus de l'astragale ; tandis 
(jue, pendant la période ron)ane, et même encore à la fin du xii« siècle, la 
corbeille commence à s'évaser tout de suite en sortant de l'aslingale. ou 
(pielque peu au-(l(\ssus d'elle. Il faut observer même (piau coinmen('"ment 
(lu xin'' siècle, la corbeille du chai)iteau est légèrement éti-anglée au-dessus 
d'un fdet qui surmonte l'astragale; cette forme est indiquée dans le cha- 
piteau qu'on voit ici. 

Dans la fig. .'W, nous avons laissé les crochets et folioles (jui entourent la 
corbeille du (•ha|)il(\au à l'étal de bourgeons à peine développés ; nous les 



— 529 — [ CHA 1 

trouvons épanouis vers 1250; les feuilles sont ouvertes à la base du crochet 
(voy. i\^. 43) ; celui-ci est plus relbuillé. plus dégagé, les boutons de Heurs ne 
sont plus enveloppés dans le paquet de feuilles, ils poussent de leur côté. 
La sculpture conserve encore cependant (juelque chose de monumental, 
de symétrique, de conventionnel qui n'exclut pas la souplesse, non cette 
souplesse molle de la jeune pousse, mais la souplesse vigoureuse, puissante 
de la végétation qui arrive à son développement et peut^braver les intem- 
péries. 

Si nous ne consultions que notre goût particulier, nous dirions (pie c'est 
là le point où la sculpture eût dû s'arrêter. Car, malgré leur exubérance 
de végétation , ces magnifiques chapiteaux du réfectoire de Saint-JMartin- 
des-Champs conservent un caractère de force, de résistance qui est en 
rapport avec leur fonction. Ce sont, en même temps, et de riches couron- 
nements de colonnes, et des encorbellements dont la forme énergique est 
en rapport avec la ciiarge énorme qui s'appuie sur leur tête. L'œil est à la 
fois rassuré et charmé. Mais l'ornementation de l'époque ogivale ne pouvait 
s'arrêter en chemin, pas plus que le système général de l'architecture. 
f'^ ne jour les membres des moulures des arcs tendaient à se diviser; on 
excluait les plans planes, et on les remplaçait par des tores, des boudins 
nervés, séparés par de profondes gorges. Les chapiteaux qui portaient ces 
nerfs déliés devaient subir de nouvelles transformations. D'abord ces larges 
feuilles si monuuh^jitales parurent lourdes ; on alla chercher' dans les forêts 
des feuillages plus légers, plus découpés; les crochets perdirent peu à peu 
leur forme primitive de bourgeons pour n'être plus que des réunions de 
feuilles développées se recourbant à l'extrémité de la tige. Ces transitions' 
sont si rapides qu'il faut les saisir au passage ; d'une année à l'autre, pour 
ainsi dire, les changements se font sentir. 

"' Dahs la cathédrale de Nevers, monument qu'on ne saurait étudier avec 
trop de soin, à cause des curieuses modifications qu'il a subies, on voit 
encore, dans la nef, un triforium qui date de 1230 environ. Les chapiteaux 
de ce triforium sont exécutés par d'habiles sculpteurs, et ils présentent 
les dernières traces de l'ornementation plantureuse, grasse du commence- 
ment du xni«^ siècle , avec une tendance marquée vers l'imitation de la 
nature. 

Nous donnons l'un de ces chapiteaux (44). Ses feuilles, bien qu'elles ne 
soient pas encore scrupuleusement reproduites d'après la tlore, rappellent 
cependant déjà les feuilles des arbres forestiers de la France ; cela peut 
passer pour du poirier sauvage. La grosse tige du crochet est encore appa- 
rente derrière la branche de feuillage. Les têtes des crochets ne sont plus 
des bourgeons, mais se développent. Le tailloir est un polygone irrégulier; 
c'est hn carré dont les angles ont été abattus ; ce chapiteau conserve 
encore ses quatre crochets primitifs sous les petits côtés du polygone. 

Vers 1230, il s'opère un nouveau changement; on pose un crochet sous 
chacun des angles du tailloir; autant d'angles saillants, autant de crochets, 
ou, pour mieux dire, de supports ; cela était logique. Mais alors aussi les 

T. u. 07 



f r.HA ] — 530 — 

crochets, se trouvant plus nombreux autour de la corbeille, diminuent de 
volume, deviennent moins j)uissants. nuaiid les chapiteaux étaient d'un 




fort diamètre, il fallut occuper l'intervalle laissé entre ces cro( hets par des 
feuillages nuiltipli»^ (voy. ï\^. 32 et 33); loiscpi'ils étaient fins, j)osés sur 
des colonncttes grêles, ou se contenta d'un crochet sous chaque angle du 
tailloir, d'abord avec une feuille en j)remier rang entre eux, puis, plus tard, 
vers 1240, la feuille fut remplacée par un crochet. Ce fait est remarquable 
dans les chapiteaux des meneaux des fenêtres, et peut servir à reconnaître 
leur date. 

Nous devons à ce sujet entrer dans (juelques exi)lications. Tant que les 
meneaux ne se composèrent que d'un boudin avec deux biseaux, l'aspect 
de force que présentait ce genre de moulure exigeait que les chapiteaux 
portant les compartiments supérieurs conservassent eux-mêmes une appa- 



— 531 — 



[ cil A 



rence de résistance. D'un autre côté, le chapiteau adapté aux meneaux se 
trouvait en dehors de la règle commune imposée par le système og^ival; il 
ne portait rien, puisque la moulure supérieure au chapiteau est identique- 
ment semblable à la colonnetle iniV'rieure (voy. meneai;). Gela enil>arrassa 
fort des arciiitectes habitués à donner une fonction à chaque nuMubre de 
l'architecture, si peu important (]uil fût. La raison eût indiiiné de ne 
pas mettre de chapiteaux aux meneaux , mais cela eût été d'un aspect 
mou, désagréable; d'ailleurs le chapiteau du meneau se trouvait à l'extré- 
mité d'une colonnette posée en délit, servait d'assiette aux compartiments 
supérieurs, et de point de scellement pour la barre en fer transveisale qui 
est toujours posée à la naissance des courbes. Admettant donc le chapiteau 
connue nécessaire sur ce point, on lui donna d'abord un tailloir carré 
suivant l'usage admis (45) , connue dans les meneaux des fenêtres supé- 





rieures de la cathédrale de Paris (1225 à 1230), et un seul rang de crochets 
soutenant les angles de ce tailloir; mais les deux angles A ne portaient 
rien, n'avaient aucune raison d'exister; on changea de système. Ce chapi- 
teau des colonnettes des meneaux était une bague, non point un s