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DICTIONNAIRE
UNIVERSEL
FRANÇOIS ET LATIN,
VULGAIRE ME NT APPE LÉ
DICTIONNAIRE DE TRÉVOUX.
TOME CINQUIEME
JAN=MIS
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DICTIONNAIRE
UNIVE R SE L
FRANÇOIS ET LATIN,
VULGAIREMENT APPELÉ
DICTIONNAIRE DE TRÉVOUX,
Contenant la Signification & la Définition des mots de l'une & de l'autre l ano-ue '
avec leurs difFérens ufages; les termes propres de chaque Etat & de chaque Profeflion :
La Defcription de toutes les chofes naturelles & artificielles ; leurs figures , leurs efpèces •
leurs propriétés : L'Explication de tout ce que renferment les Sciences de les Arts loir
Libéraux , foit Méchaniques , ôCc.
AVEC DES REMARQUES D'ÉRUDITION ET DE CRITIQUE i
Le tout tiré des plus excelle ns Auteurs , des meilleurs Lexicographes , Etymoloeifles
ML Se Glojffaires , ^ui ont paru jufqu'ici en différentes Langues,
NOUVELLE ÉDITION.
Corrigée et coNsiDâRABLEMENT augmentée.
TOME CINQUIEME.
A PARIS,
PAR LA COMPAGNIE DES LIBRAIRES ASSOCIÉS.
M. DCC LXXI.
AVEC APPROBATION ET PRIVILEGE DU ROI.
AOAMSi//
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d J: . h 4.
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À i-.
DICTIONNAIRE
UNIVERSEL,
CONTENANT TOUS LES MOTS
.-- DELA
LANGUE FRANÇOISE,
DES SCIENCES ET DES ARTS,
y4vec les Termes Latins qui peuvent y convenir.
JAN JAN
A N. Terminaifôn des noms
propres qui en Litin finil-
lent par Janus. Nos an-
ciens tenninoient autrefois
en jan, tous les noms Latins
terminés en janus , Se di-
foient Vefpahan , Julian ,
&c. & quelques uns le font
encore. Mais il faut diftin-
guer ces noms en deux es-
pèces , lavoir ceux où 1'/ eft confonne , & ceux où il
eft voyelle. Dans les premiers on conferve l'a du Latin :
ainll l'on dit Trajan , Séjan , &c. Dans les autres il fe
change en e. Ainfî l'on dit Odavien. Vefpafien , &c.
JAN & JANIN. Voyez JEAN & JANNIN.
Marot écrit Jan,
Et ne fallolc , Sire j tant feulement
Qu'effacer Jan & écrire Clément ; ■
Or en eft Jan par fon trépas hors mis ,
Et puis Clément par fon malheur omis. Marot.
Tomi F,
Jan. Terme du jeu de Triârac. Plein. L'une ou l'au-
tre des deux tables du Triârac remplie , en forte que
toutes les cafés de la table foient faites , c'eft à-dke ,
qu'il y ait au moins deux dames fur chaque Hèche. Il y
a plufieurs jans au Trictrac. Le jan de trois coups , le
jan de deux tables , le contre] an de deux tables , kjan
de mézéaSjle petit ;<j«, le %iznàjan ,\e. jan àe. re-
tour : outre qu'il y a une infinité de jan de recom-
penfe , & àcjan qui ne peut. Autrefois il y avoit encore
en ce jeu au nombre des jans , kjan de rencontre. Faire
[on jan , c'eft remphr une des râbles du Triârac ,
de torte qu'il y ait au moins deux dames fur chaque
flèche de cette table. Conferver Con /an , ou fimple-
ment Conferver , c'eft jouer fins défaire aucune des
cafés de la table qui eft pleine , de iorte qu'il refte
toujours deux dames au moins fur chaque flèche. Rom-
pre fon jan , c'eft ôter des dames de la table qui etoit
pleine , en forte qu'il y ait au moins une flèche qui n'ait
plus qu'une dame , ou qui n'en ait point du tout. On dit
communément : Je remplis , je confei-ye , je romps , lans
ajouter le nom àejan. Quand onfait fon jan , on gagne
quatre points. Quand on conferve fon jan , on gagne
aulli quatre points.
Quoi qu'il en foit de l'origine de ce mot , & de la
manière dont il faut l'écrire , le Traité du Triftrac
écrit toujours jan.
Grand Jan ou Grand plein. Terme de Tridrac. C'eft
quand on a douze dames couvertes dans la table du coin
de repos , c'eft-à dire , dans la féconde table. Ce grand
jan quand on le fait , vaut autant que le petit /a/z , c'eft-
à-dire , quatre points par hmple &c fix par doublet. Il
faut prendre garde quand on tait fon grand jan de ne pas
tenir mal à-propos , principalement lorsqu'on donne
beaucoup de points à fon homme , ou que le jeu eft
pallé de forte qu'on ne peut jouer qu'un coup fans
rompre , ou tout au plus deux , à moins que le jeu de
l'adverlaire ne fut beaucoup plus pallé. Le grand jan
demande beaucoup plus de conduite que le petit yan.
Traitu du Trictrac.
On appelle Grand jan par rapport à chaque joueur
en particulier , la partie du tablier où n'eft pas le talon.
Il ell compofc de lix flèches, c'eft-à-dire , deprus la
charnière julqu'au coin. L. S.
Petit Jan ou Petit plein , eft au Tridrac lorfque l'on a
douze dames toutes couvertes dans la première table ,
où eft le tas du bois ou des dames , lorfque toutes les
flèches de cette première table font toutes couvertes de
deux dames au moins chacune. Le petit jan , quand on
le fiit , fi c'eft par iîmple , vaut quatre points , par
doublet fix , par deux moyens fimples , ou quand on
le fait en deux manières fimples , il vaut huit ; par
trois moyens , douze , c'eft-à-dire , quatre par cha-
que moyen ; par doublet, par deux moyens il vaut
douze. Tant que vous pouvez entretenir ce petit jan ,
vous gagnez quatre par iîmple , & fix par doublet ; mais
il faut bien prendre garde de ne pas tenir mal-à-propos
ce petit jan , car fouvent il arrive que l'on eft obligé de
palfer fes dames dans la table au. petit jan de Ion adver-
faire , ce qui eft capable de faire perdre beaucoup. Ainfi
il eft plus à propos après une Iîmple partie ou bredouil-
le de s'en aller. Si cependant vous aviez votre coin , &
que votre homme n'eût pas le fien , ou du moins que
(on grand jan ne hit pas avancé , Vous pourriez tenir ,
parce que du débris de votre petit jan vous auriez bien-
tôt fait votre grand jan.
On appelle petit jan par rapport à chaque joueur,
la partie du tablier où le trouve le talon. Il eft compo-
fédefix flèches, c'eft-a dire , depuis le talon juf qu'à
la charnière. L. S.
Jan de deux tables. Terme du jeu de Tridlrac. Le jan de
deux tables fefait lorlqu'au commencement d'une par-
tie , vous n'avez que deux dames abattues qui font pla-
cées de manière que de votre dé vous pouvez met-
tre une de ces deux dames dans votie coin de re-
pos, &: l'autre dans le coin de votre adverlaire. Ce
jan par fimple vaut quatre points, & iix par dou-
blet , que vous marquez , quoiqu'en eftet vous ne pub-
liez pas mettre ces dames dans l'un ni dans l'autre de
ces coins , ne pouvant être pris que par deux dames
à la fois.
Jan de trois coups, ou de Iix tables. Terme du jeu de
Triétrac. Le jan de trois coups fe lait quand au com-
mencement d'une partie l'on abat en trois coups fix
dames toutes de fuite , c'eft-à-dire , depuis le tas jul
ques & compris la café de faunes ou de fix. Ce jan vaut
quatre points à celui qui le tait. Il ne fauroit valoir da-
vantage 3 ne pouvant être fiit par doublet. Pour pro-
fiter ànjan de trois coups , l'on n'eft pas obligé de
jouer le dernier coup ; mais l'on peut marquer quatre
points pour fon jan , Se faire une café dans fon grand
/an , avec le bois qui eft abattu dans le petit jan.
Jan de courtes chauffes. Quand dans le jan de retour un
joueur a ton jeu tellement difpofé que le coup de dez
qu'il amené le met prefque hors d'état de remplir , la h
tuation de fon jan s'appelle pour badiner , jan de cour-
tes chauffes. L. S.
J Ali qu: ne peut. C'eft lorfque l'on bat une dame décou-
verte , ou des damei découvertes en paflantpar une cale
pleine. Par exemple : Vous amenez cinq oC quatre ; la
cinquième ôc la quatrième café de votre advêrlaire par
JAN
laquelle il faut que vous paillez pour aller battre la neu-
vième qui ell découverte , font remphes de deux da-
mesi vous ne (auriez donc battre cette dame de la neu-
vième café , quoiqu'elle ne foit point couverte , ni
rien compter pour cela. C'eft au contraire votre ad-
verfaire qui compte & qui gagne. C'eft ce qui s'ap-
pelle jan qui ne peut. Ce mot ne fe dit plus. Battre
par impuillance , ou jan qui ne peut. Traité du Tric-
trac.
Jan de mc\éas. C'eft le coup que fait un joueur , qui
n'ayant que deux dames abattues , qui occupent fon
coin , tait un as ou ambezas ; alors le coin de l'adver-
faire étant vide , le coin plein le bat ; c'eft quatre points
pour un feul as , 6c fix pour ambezas que doit marquer
celui qui l'a amené. L. S.
Contre jan de mé\éas. Quand le coin de l'adver-
faire fe trouve également garni , celui qui amené l'as bat
l'autre coin à faux , & l'adverfiire doit le marquer.
C'eft-là ce qu'on appelle contre jan de mé'^éas.
Jan de récompenfe. C'eft lé contraire au jan qui ne peut,
c'eft - à - dire , lorique le paftage eft ouvert , &
qu'il y a une café vide pour pafler à une dame feule
& la battre. Si votre advêrlaire ayant jette le dé
joue ce qu'il a amené avant que de marquer ce qu'il
gagne par jan de récompenfe , c'eft-à-dire , par des paf-
fages ouverts , vous l'envoyez à l'école. Traité du
Trictrac.
Jan de rencontre , fe fait lorfqu'en commençant une
partie , le tecond coup ell icmblable au premier , com-
me fi ayant le dé vous taillez quine , & que votre
homme en fît autant. Ce jan vaut quatre par fimple
& fix par doublet. L'Auteur du "traité du Tridrac dit
que ce jan ne te fait plus.
Jan de retour. Le jan de retour fe fait lorfque le grand
jan de l'un & de l'autre joueur étant rompu , l'on
palîe dans la table du petit jan de fon adverfaire ;
mais pour palfer il faut trouver des pallages ouverts
entièrement, c'eft-à-dire, que la café ou flèche fur la-
quelle vous prenez pallage foit ablolument vide :
car s'il y a une dame , c'eft un paftage pour baare
cette dame & même une qui fera plus loin , mais non
pas pour pafier. Ce jan de retour, quand on le fait,
vaut autant que le grand ou le pexk jan, mais pour
le faire il eft diftérent des autres ; car au lieu qu'en
failant les autres, l'on fait tant que l'on peut des cafés ,
dans le jan de retour l'on ne fait d'abord que des demi-
cales , que l'on couvre après tout à loifir , parce que
l'on n'appréhende plus d'être battu. Il faut prendre
garde en couvrant , quand votre jeu eft preftc , &: que
vous avez beaucoup de bois tur les tept & lîxième
cafés du grand jan de votre homme , de ne pas cou-
vrir les plus éloignées les premières ; parce que fi après
vous taillez gros jeu , vous ne pourriez plus taire votre
jan , Se vous feriez obligé de pafler vos dames.
(fÙ" JANA. 1. f. Nom qui fut changé en celui de Diana.
Fc
oye~
Jane,
JANÂCA. i. m. Animal terreftre qui fe trouve dansl'A-
frique au pays des Noirs. Il eft de la grolfeur d'un
cheval , mais il n'eft ni fi long ni fi maigre. Son cou
eft long &: roufleâtre , & moucheté de blanc. Il fait
de grands (auts , 8c a des cornes qui lont aullî lon-
gues que celles des bœufs , avec des veflies au côté.
Ces veflîes font d'un grand ulage pour les devins &
les fiifeurs de prodiges , qui les enflent , ôc qui mu-
gilîant par leur moyen , font pafléi leurs paroles pour
des oracles.
JANACI. f. m. Terme de Relation. Les Janaci font de
jeunes hommes fort vaillans Se courageux , que les
Turcs nomment ainfi à caule de leur vertu guerrière.
VigénÈre. Continuation del'hijî. des Turcs ,L. III ,
P-3I3-
JANAGAR. Nom d'une ville de l'Empire du Mogol ,
en Afic. Janagara. Elle eft dans la province de Sorer,
vers le fond du golfe de l'Inde. On conjeélrure que
c'eft l'ancienne Aftacapra , ville de l'Inde deçà le
Gnnge.
JANCAM. f m. Il y a un bouilli d'argent pour chauf-
fer l'eau pour le thé , & cuire le jancam. Chev. de
Chaum. Préfens de M. Confiance au Roi j p. lo.
J A N
Un petit fourneau de terre de la Chine pour faire
bouillir l'eau pour le thé , &c pour cuire le janiam ,
p. 1 1 . I 2.
^' JANCOMA ou JANGOMA. Contrée d'Alic ,
dans ks Etats du Roi de Pé^^u , vers les frontitres des
Royaumes de Siam & de Tonquin , le long du Meton.
11 y a une ville de même nom.
Sur cet Art. de Baudrand , on obfei-ve dans le Grand
Didionnaire Géographique que cela ne s'accorde
point avec les bonnes Cartes & les Relations tidcks.
Car il y a entre le Pégu & le Tonquin toute la lar-
geur des Royaumes de Laos & de Siam. Anili une
ville ni un pays de Pégu ne fauroit être la frontière
du Tonquin. Outre cela la rivière de Mecon qui coule
aux Royaumes de Meng , de Laos & de Comboge , ne
peut avoir rien de commun avec les Etats du Roi de Pégu.
JANDIROBA. f. f. Plante du Brelîl qui enibralle les
arbres à la manière du lierre. Elle eft grollé comme le
doigt , & porte un fruit rond , temblable au coin. Il
eft rempli d'une chair blanche , & a au dedans trois
fèves qui donnent une huile jaune , dont on fe fert
pour les douleurs qui proviennent de froid.
JANE, ou JANA. f. f Nom que portoit d'abord Dia-
ne, & dont l'on fit enfuice celui ci en ajoutant un D
au commencement du premier. Jana. Il paroît ma-
nifelkment par Varron , de Re Ruft. L. I, c. j/ ,
que la Lune a porté ce nom ; puifqu'il l'appelle Jane
croillante & décroilfante. Quelques-uns difent que
Diana a été fait de Diva Jana , Dca Jana , ou plu-
tôt , Dia Jana , ce qui eft plus vraifemblable que ce
qu'on a dit d'abord. Varron dit auHI Jane nouvelle ,
pour Nouvelle Lune. C'eft ainfi que le Soleil a été
appelé Divos Janos , Dieu Janus. Volîîus , de IdoloL
L. II, c. i6 & 2s.
JANEIRO. Rio Janeiro ou Ganabara. Janvarius Fluvius.
C'efl: une grande rivière du Brcfil. Elle fe décharge
dans la mer du Brefil après avoir traverfé la Capita-
nic de Rio Janeiro , qui prend fon nom de cette ri-
vière , &: qui eft fituée entre les Capitanies de S. Vin-
cent , & de Spiritu Sanfto. Ses lieux principaux font S.
Sébaftien capitale, & Angra dos Reyes. Maty.
^ Rio Janeiro. Ville de l'Amérique , au Brefil ,
fur le golfe nommé Rio Janeiro. C'eft la même que
Si Sébaftien du nom de Sébaftien , Roi de Portugal ;
mais quelques Auteurs la nomment du nom de la ri-
vière.
JANÈS. C m. C'eft le même que Janus.
JANGLE. i. f. Vieux mot. Cri. Il a fignifié encore mé-
difance. On a dit auftî jongler., pour crier , blà-'
mei;. Se jangleur & jangkrejje , pour caufeur &
caufeufe .
JANGLOUR. Voyei Jongledr.
JANGOMAS. f. m. Arbre des Indes , grand comme un
prunier j-hérilfé d'épines. Sa feuille eft femblable à
celle du prunier. Sa fleur eft blanche : fon fruit eft
femblable à celui du lorbier , de couleur jaune quand
il eft mûr , d'un goût de pruneaux , aftringent &c âpre.
Cet arbre croît fans culture dans les champs & dans
les jardins à Bazain , Chaul & Batequala. On em-
ploie fon fruit dans les remèdes aftringens , pour ar-
rêter le cours de ventre & pour les inflammations de
la gorge. Aubius arbor pruno Jlmdis ^ fpinofa. C. B.
JANICULE. Janiculum. C'étoit un bourg , ou une pe
tite ville que Janus bâtit fur ime colline près de l'en-
droit où Rome fut bâtie. _
JANICULE. f m. Nom d'une des fept coUines de Ro-
me. Janiculum. C'eft Ancus Martius qui le renferma
dans la ville , & fit faire de ce coté la un pont fur le
Tibre pour la communication de ce quartier avec les
autres. Il prit ce nom d'une ville que Janus y avoir
autrefois bâtie. Aujourd'hui on le nomme Montorio ,
Mans aureus , montagne d'or , à caufe de la couleur
de fon terroir , qui n'eft qu'un lable jaune. C'eft l'en-
droit le plus haut de Rome , & d'où l'on voit mieux
la ville -, mais l'air n'y eft pas bon , fi l'on en croit
Martial , L. IF, Epigr. (f^.
Ce nom vient de celui de Janus. D'autres difent
de Janua , porte , parce que c'étoit par-là que les Ro-
Tome y.
J A N
mains foitoient pour aller en Étrurie ; c'étoit pour
eux la porte«le l'Ltrurie.
JANIPABA. f m. Arbre qui cil un des plus grands du
Brehl , &c qui rellemble au hêtre. C eft une efpèce de
Geiupar ou Junipart. Jcnipa fruclu ovaco. Son
écorce eft grile ou blanche. Son bois eft moel-
leux & fragile. Ses rameaux font revêtus de feuilles
longues d'un pied ou d'un pied de demi , ayant la
figure d une langue de bœuf, de couleur verte luifante.
Sa rieur eft petite , Icmblable à celle du narcilie , blan-
che , avcc,des taches jaunes dedans. Son huit eft plus
gros qu'une orange , rond , couvert d'une écorce ten-
dre & cendrée; fa chair eft iolide, jaunâtre , vifqueufe
remplie de fus aigre , d'une odeur agréable ; on trou-
ve au miUeu de ce fruit une cavité remplie de lemen-
ces entourées d une pulpe molle ; il devient mou en
mûrillant comme la nêiie , &C alors il eft bon à man-
ger ; il eft cftimé aftringent , & propre contre les cours
de ventre , appaile les ardeurs de la bouche tk de l'ef-
tomac. Le lue de ce fruit eft blanc d'abord , & quand
on s'en eft frotté le corps , il noircit en peu de temps ,
de telle lorte que les Sauvages s'en fervent au lieu
d'encre .pour paroîrre plus terribles à leurs ennemis ;
il faut pour cela que ce fruit ne loit pas mûr. Cette
couleur noire a coutume de durer neuf jours, après
quoi elle s'ef&ce.
JANIRE. f. f Nom d'une Nymphe Océanide. Janira.
Elle étoit fille de l'Océan &c de Thctys. C'étoit auffi
le nom d'une Néréide.
JANISARKI. L m. On nomme ainfi à Conftantinople
le bazart couvert où fe vendent les drogues & les
toiles.
JANISQUE. f. m. Nom propre d'un fils d'EfcuIape & de
Lampetié. Janifcus. C'eft le Scholiafte d'Ariftophane
qui le dit, fur le Plurus de cet Auteur ,v. joi.
JANISSAIRE, f. m. Soldat de l'Infanterie Turque , qui
fert à la garde du Grand Seigneur. Prdtcorianus , ou
Sclopetarius Imperii Turcici miles j JaniJJarius , Ja-
ni\erus , Janiy^arius j Jenni-^erus , Gemierus ^ Genit-
■[arus \ car je trouve tous ces noms Latins dans nos Au-
teurs. Pedes Turcicus. Comme on diftingue dans les
armées du Turc les troupes d'Europe & les rroupes
d'Afie, les JaniJJaires le divifent aulli en Janijfaires de
Conftantinople & en JaniJJaires de Damas. La paye
des Janijfaires eft depuis deux afpres jufqu'à douze ;
car quand ils rendent quelque (ervice particulier , ou
qu'ils ont quelque enfant , on augmente leur paye.
L'habit des Janijfaires eft un doliman , que le Grand-
Seigneur leur donne tous les ans le premier jour du
Ramazan : c'eft une longue robe à manches courtes ^
qu'ils ferrent vers le milieu du corps d'une ceinture de
toile rayée de plufieurs couleurs , & ornée aux deux
bouts d'une frange d'or , ou d'argent. Sous le doli-
man ils ont une fur-vefte de drap bleu , nommée Spa-
hi. Ils ne portent point le turban, mais un bonnet
de feutre qu'ils appellent un Zarçola , ds^ un long
chaperon de même étoffe qui leur pend fur les épau-
les. Les jours de cérémonie ils l'ornent de plumes
longues , qu'ils font entrer par le bout dans un petit
tuyau qui eft fur le devant du bonnet. Les armes des
Janijfaires en Europe font en temps de guerre, un
fabre , un fufil, ou un moulquer , & un fourniment
qui leur pend du côté gauche. En temps de paix , ils
ne portent à Conftantinople qu'un baron eii main.
En Afie , où la poudre &c les armes à feu lont plus
rares , ils ont un arc , des flèches , & un poignard
qu'ils appellent haniare.
Les Janijfaires ézoient autrefois un corps formidable
aux Grands Seigneurs eux mêmes. Ofman régna en-
viron trois ans , au bout defquels les JaniJJaires lui
ôterent l'Empire & la vie. Racine. En 1648 , les
Jan'-jfaires dépofèrent le Sultan Ibrahim , & l'étran-
glèrent dans le château des fept tours. On les a de-
puis avilis , pour en être plus maître. Leur nombre
n'eft point fixe.
Beaucoup de Dgébedgis , de Mekteclers , de Za-
gardgis, & de Samfondgis font Janijfaires , &: leur
Chef relève eu quelque façon de l'autorité de l'Aga
Aï]
4
J A N
des Janiffaires , qui n'eft pas plus avant dans l'intrigue
du Scnail; mais qui eft pourtant un des plus redouta
blés & des plus puillahs Oliicicrs de l'Empu-e Ottoman,
conune les exemples nous le témoignent allez. C'eft le
Colonel Général de l'Infanterie du Grand Seigneur ,
&■ il a lous fa charge quarante mille JumJJ'aires j dont
il y en a enviroji huit mille rélidens dans Conftantino-
ple , tant morte-payes , qu'ils appellent Otourak , qui
lignifie proprement Ajjis , c'eft à dire , Gens de repos ,
qu'autres dans les Provinces ; le refte étant difperfé en
divers lieux , quand ils ne font point à 1,'armée. Du-
toiR, p. çj.
Les Janillaires font des enfàns de tribut que les Turcs
lèvent fur les Cliréciens, &: qu'on élève pour iervir à
l'armée. On les prend à l'càge de douze ans , afin qu'où
bliant leur Patrie , Se leur Religion , ils ne reconnoil
fent d'autre père que le Sultan. Mais aujourd'hui ce
ne font plus généralement parlant des enfàns de tri-
but; car le carach , ou ttibut que le Turc exige des
Chrétiens pour leur l.ailler la liberté de leur Religion ,
ne le paye plus qu'en argent , excepté dans quelques
endroits , où l'argent étant plus rare , on ne le peut
payer en elpèces, comme en Mingrélie . ..'r dans les
provinces qui iont aux environs de la mer Noire.
Autrefois même il n'y avoir ailleurs que les pauvres ,
qui ne pouvant payer le carach en argent, doiuiaf-
(cnt leurs enlans.
L'Officier qui commande tout le corps des Janïf-
faires s'appelle Jamjfar Agaji , ou Jen-ycenles Aghajl ,
ou comme nous difons en François , l' Aga des Janlf-
faires. Quoiqu'il ne foit point défendu aux Janijfaires
de fe marier, ils ne le font pourtant que rarement ,
8c avec la pcrmiiîîon de leurs Officiers , parce que
l'on croit qu'un homme marié eft moins boji foldat
qu'un autre. Le Janillar Agafi , ou Clief des Janijjai-
rcs , eft un des premiers Officiers de l'Empire. Toute
la puillance du Turc dépend des Janiffaires.
C'ell Olman , ou Ottoman , qui , félon quelques Au-
teurs, & entre autres lelon Léunclavius, inftitua les
Janiffaires. Jovius Geufrœus , & d'autres difent que ce
fut Amurat II, en 1562. Léunclavius croit qu'il en
augmenta feulement le nombre. Plufieurs autres Hiftcv-
riens Turcs croient que ce fut Orkan , fils d'Oth-
man , & père d'Amutat I , qui les établit , & qu'ils fu-
rent d'abord appelés en langue Turquelque Jaja , c'eft-
à-dire , fantallîns , piétons , pour les diftinguer des au-
tiTS Turcs , dont les troupes conliftoient prefque tou-
tes en cavalerie. Le premier Icntiment me paroît plus
vrailemblable , d'autant plus que cette milice confer-
ve encore aujourd'hui le nom de Jénicchiri , & porte
le bonnet de feutre , cocflure fort différente de celle des
antres Turcs.
Ménage , après Vofllus , dérive ce mot de geni\en ,
qui fignifie en Turc novi homines ou milites ■■, tk non
pas de janua. Selon êLHcthelot Jénitchéri lignifie , Nou-
velle Jlfende , nouvelle troupe. Morad Gazi , c'eft-à-
dire Amurat I du nom, dit le Conquérant , Sultan
des Tufcs Othmanides , ayant pris la cinquième par-
tie des jeunes prilonniers Chrétiens qu'il avoir faits
fur les Grecs, les fit élever Se inftruire dans la difci-
çhnc militaire , Se dans la Religion. Il les envoya en-
luite à Hagi Bektafche , perfonnage eftimé & révéré des
Turcs pour ta prétendue lainteté , afin qu'il leur don-
nât fa bénédiiffion , & en même temps quelque mar-
que qui'les diftinguât de fes autres troupes. Bektafche ,
après les avoir bénits à ia mode, coupa une des man-
ches de la robe de feutre qu'il portoit , Se en coëiîa le
Chef de cette nouvelle milice , à laquelle le nom de
Jénitchéri & le bonnet de feutre font toujours demeurés
depuis ce rcmps-là ,qui fut l'an 76? , del'Egire , Se de
J. C. I 361. Tel eft le fentiment d'Ebn , Jofeph Se de
Gianabi touchant l'inftitution des Janiffaires. D'Her-
BELOT. On pourroit dire cependant encore que cette
jiouvelle milice ayant été preniièrement allemblée à
Jénifchéher, ville neuve qui fur bâtie par Othman , a(-
fez près de Nicée en Bithynie , pour être le lîége de
l'Empire Ottoman , elle auroit tiré Ion nom de celui
de cette même ville; la ditîérence de Sckéhéri à Tehéri
J A N
n'étant pas fort grande. Je m'en tiens cependant tou-
jours au premier fentiment. Idem.
D'autres , dir Vigénere , tirent ce mot d'une ville
appelée Sar dont le Sultan Aladin , environ l'an de
grâce 1 180 fit prélent à un Turc de la race des Ogu-
iéens , pour avoir défait en champ clos un brave Che-
valier Grec, qui lui avoir tué beaucoup d'hommes; de
forte que Gianud^-^ari , en langue 1 urquelque , fig-
nine Enfans de Sar , ou procrées de Sar. La vraie dé-
rivarion de ce mor, félon Vigénere, ILlujlr.fur Chal-
cond. p. 36 p , vient de la langue Tartarcfque , ainli
qu'il parle ; dans laquelle Cliam lignifie Seigneur , ou
Prince , mais les Turcs le prononcenr Tham , Se de Je-
fer , clclave , comme qui diroit efclave du Seigneur.
Rien n'eft plus extravagant que de tirer le mot Ja-
niffaire , avec Reineccius , de Janua , porte , comme
Il les Turcs l'avoient formé du Latin , ou que janua
fe dît en leur langue pour fignifier porte : c'eft Capi ,
ainli il faudroit dire Capifaire , ou Capilîlaire, plu-
tôt que Janijj'aire. Spanduginus prétend , mais lans
fondement , que ce nom vient du nom de Sari , bcurg
dont s'empara un cerrain Delus , de qui Olman def-
cendoit. La véritable lignification de ce nom eff celle
que rapporte Léunclavius j Pandecl. luft. Turc. C.
J f , & au commencement , JaniJJaire veut dire un
nouveau loldat. Ainfi il vient d'un mot Turcî^qui s'é-
cnt Jekyceri , & fe prononce Jen-yceri^ Se qui efî com-
pofé de deux mots , jek-y que l'on prononce Jen-y , Se
qui lignifie nouveau Se ceri , qui veut dire en Turc
milice , foldat. f^oyei^ Ménenski au mot ceri , Se zu.
ïwoz jek-y i ou jen-y J Tom. IV. p. s S 9^ .
On peut voir fur les JaniJJaires Léunclavius, Pan-
decla J hijl. Turc, au commencement , au titre de Ori-
gine Sultanorum Turcicorum , Se plus bas , C. jj. Et
encore , Ai/?. Aluful. Turc. L. F, p. 228 ., &c. Cbal-
condyle J L. I. Se les lUuftrat. de Vigénere lur cet Au-
teur, p. j6 p &fuiv.
Vigénere dit Jennit':^aire. Les Jennit^aires fe con-
forment en beaucoup de choies à la difcipline de»
Légionnaires Romains. Vi&énÈre.
Le Cap des JaniJJ aires, ou de Janf^ari. Janïfariorum
Promontorium. Ce cap eft dans l'Anatolie , à l'entrée
du golfe de Gallipoli , vis à-vis la pointe de laprefqu'ilc
de la Romanîb. On l'appeloit anciennement Sigttum
promontorium , à caufe de la ville de Sigée qui y-étoic
conftruite. Se qui eft maintenant ruinée. On y voit
maintenant le village de Troj.ilvi , c'eft à-dire , de
petite Troyc , qui n'eft habité que par des Chrétiens
Grecs. Maty. •
Janissaire à Rome , Officier ou penllonnairc diiPape ,
qu'on appelle auilî Participant , à caufe de certains
droits aille nés fur les Annates, Bulles , ou expéditions
de la Chancellerie Romaine , comme il paroît dans les
Mémoires de taxe que donnent les Banquiets pour les
frais des levées des Bulles. Claude Vaure , qui a bien
écrit d'ailleurs de la Cour Romaine, dit que ces Janif
/aires font des Solliciteurs des Banquiers Expédition-
naires , qui font louvent à la porte du Pape ; mais
il le trompe. Du Cange dit bien la même choie , &
cite Octavius Veftrius , de judiciis AuU Romane ;
mais la vérité eft que ce font des Officiers du troifiè-
me banc au Collège de la Chancellerie Romaine , dont
le premier banc e(f des Scripteurs , le fécond des Abré-
viateurs , Se le ttoifième des JaniJJaires , qui font des
efjjèces de Correélaurs & de Révileurs de Bulles , à
qui pour cela on paye un certain droit fur les Anna-
tes. Il y en a qui écrivent Jani\erc.
JANISSAR AGHASL Foyei Jen - Yceriier
Aghasi.
JANISSÉROT. f. m. Terme de Relation. Enfant de tri-
but dans l'Empire Turc, petit Janillaire. Janiffario-
lus , Janifferotus. Ces enfàns , ( de rribut ) que les Chré-
tiens nomment ordinairement Janifferots , aptes deux ,
trois , quatre , Se fix ans dans cette laborieufe école , en
font tirés par celui qui les y a mis , (^' l'Aga des Janif-
faires en .ayant fait de nouveau la revue , les remet
fous la difcipline d'un autre Aga , qui leur eft infé-
rieur, & qui les emploie aux bâtimcns , aux bois , Se
J A N
aux jardins , comme aides à maçons , bocherons &
jardiniers. Ce glorieux emploi leur donne la qualité
à.'AJgiamy Oglan , qu'on dit par abus Azamoglans ,
c'eftà dire, En/ans buj'cs. DO Loir , f^oyagc de Le-
vant^ p. lOO.
JANIZl , ou TISBE , ou THISBE. C'étoit ancienne-
ment une petite ville de Béotie , en Grèce. Januia ,
Tisha , autrefois, Ogygia. Ce n'eft maintenant qu'un
village de la Livadic , htué près du golfe de Lépante ,
& de l'iflhme de Coriiithc. Maty.
jfCF JANIZZA. Ville de la Turquie , en Europe , dans
la Macédoine. M. de Lifle , Carte de la Grèce , la nom
me Jenizzar dans le Comenolitari. Son nom annon
ce qu'elle ell nouvelle.
JANNA. Foyc:[ Thessalie.
JANNA , ou JANNINA. Nom d'une ville de la Grè-
ce. Joanna. Elle eft fituée fur un petit lac , qui porte
fon nom , vers les fources du Penée , environ à trente
lieues de Larillà, vers le couchant. Elle donne, Iclon
quelques Géographes, le nom de Janna à toute la
Thellâlic , où elle eft maintenant renfermée. On la
prend pour l'ancienne Caffiope des Dolopcs, qui étoit
dans lÉpire. Elle eft affez confidérablc ; c'eft le liége
d'un Gouverneur , & celui d'un Archevêque Grec.
Maty.
|3- JANNANINS. f. m. pi. C'eft le nom que quelques
Nègres de l'Afrique donnent à certains elprits , qu'Us
regardent comme les mânes de leurs ancêtres , &
qu'ils vont conlulter dans leurs tombeaux. Ils ne font
rien qu'après avoir coniulté leur Jannaiùn, qui eft
comme l'Ange Turélaire de chaque Nègre. Chaque
village a auftî fon Jannanin. Protedteur , auquel on
rend un culte public.
JANNEQUIN , ou GÉNEQUIN. f. m. Coton filé d'u-
ne médiocre qualité , qui fe tire du Levant par la voie
de Smyrne.
JANNET. f. m. Nom d'une monnoie qui a été en ufage
dans l'Ordre des Chevaliers de S. Jean de Jérulalem ,
tandis qu'ils étoient maîtres de Rhodes. Jannetus ,
Joannecus.LcsJannets étaient des deniers d'argent qui
tiroicnt leur nom de Jean , Roi de Chypre , dont la fi-
gure y étoit imprimée. Vertot.
JANNICE. C f. Vieux mot. Jaunilfe. Ce mot eft ve-
nu de jannir , qui fe difoit pour jaunir.
JANNIZARL Cap. rôye^ Janissaire.
JANO , ou JANOÉ. Nom d'une ville de la Terre-Sainte.
Jano , Jànoe , Janum. C'eft une ville de la Tribu d'E-
phraïm , à l'orient , & près du Jourdain. Au temps
d'Eusèbe Si de S. Jérôme ce n'étoit qu'un bourg qu'ils
appellent Jano. II étoit à douze milles de Naploufc
dans l'Acrabatène, & à l'eft de Taanathfchilo. P. Lu-
bin , Reland.
gCTJANOUARE. f. m. Animal du Biéfil , très léger à
la courfe , &c très vorace. Il eft de la grandeur d'un
chien, la p-eau tachetée comme celle du Tigre.
JANOWITS. Nom d'un bourg du Cercle de Caurzim ,
en Bohême. Janovitium. Il eft à neuf lieues de Pra-
gue , vers le midi , &: il eft connu par la viiStoire que
les Suédois y remportèrent fur les Impériaux l'an
1645. Maty.
JANSÉNI^, ENNE. adj. m. & f. Dodrine Janfénïm-
ne , dogme Janfénien.
JANSÉNISME, f. m. Dodrine extraite du livre de
Janfénius , Évêque d'Ypies , iur la grâce <!<.: la prédefti
nation. Janfénifmus. Corneille Janfen , que nous nom
mons communément du nom Latin Janfimus , Auteur
du Janfénifme , étoit d'un village de Hollande , fitué
près de Léerdam , &c nomrné Accoy , où il naquit en
I jSj le 28 d'Oftobre , de païens pauvres , mais ca
tholiques & gens de bien. Il fit les premières clalfes à
Utrecht, puis fa Philofophie &• fa Théologie à Lou-
vain. Delà il vint à Paris en 1604 , où Jean Du Verger
de Haurane , depuis Abbé de S. Cyran , qui l'avoit con-
nu à Louvaia, le plaça chez un Confeiller pour être
précepteur de fes enfans. Enfuire il l'appela à Rayon-
ne , où il le fit choifir Principal du Collège qu'on ve
noit d'y fonder. Après douze ans de féjour en France ,
ij retourna à Louvain , où en 1617 , il fut fait Princi-
pal du nouveau Collège de Sainte Pulchérie , & Pro-
J A N
fcfteur de l'Écriture Sainte. En i6j|, il fut fait Évê-
que d'Ypres. On dit que ce fut -ion Livre contre !a
France &: injurieux à noi Rois , intitulé Mars Galli-
cus , qui lui mérita cet tvêçhé. Il ne le polléda qu'en
viron deux ans, étant mort de pelle le iixicme jour de
Mai 1638. Le Janfcnifmc ne ht de bruit qu'après fi
mort , que Fromonci & Calénuv , fes exécuteurs tcfta-
mentaires , firent imprimer (on Livre , intitulé Aiiguf-
tïnus. Les opinions de Baïus furent le berceau du ]an-
fdnifne , & on dit que ce fut Jacques Janlon , Ptpkf-
Icur de Théologie à Louvain , qui les infpira à Janfé-
nius. Le Janfcnifme , ou la Doctrine de l'Auguftin de
Janlénius , fut réduite par les Évêques de France à
cinq propolitions , que voici. Première Propolitron.
Quelques commandemens de Dieu font impolhbles
aux hommes juftes, lors même qu'ils veulent & s'ctior-
cent de les accomplir félon les forces qu ils ont pré-
fentes , & la grâce leur manque par laquelle ils loient
rendus pollibles. Seconde Propofition. Dans l'état
de la nature cori'ompuc 011 ne réhfte jamais à la grâce
intérieure. Troifième Propofition. Pour mériter &c
démériter dans l'état de la nature corrompue , la li-
berté qui exclut la nécellité , n'eft pas requile en l'hom-
me, mais la liberté qui exclut la contrainte luffit. Qua-
trième Propofition. Les Sémipélagiens admettoient
la néccllité de la grâce intérieure prévenante pour cha-
que aéte en particulier , même pour le commence-
ment de la foi , & ils étoient hérétiques en ce qu'ils
vouloient que cette grâce fût telle que la volonté hu-
maine pût lui réfifter , ou lui obéir. Cinquième Pro-
pofition. C'eft Sémipélagianifme de dire que Jéfus-
Chrift eft mort, ou qu'il a répandu fon (ang généra-
lement pour tous les hommes. Le Janfinijme confifte
à foutenir cette do6trine , en allurant que ces propo-
fitions font (aines & orthodoxes. Le Janfénifme a été
condamné par les Papes Urbain VIII , Innocent X ,
Alexandre VII & Clément XI. Il ne paroit pas qu'il
y ait beaucoup à gagner de penfer avec les Janfcnif-
tes que Dieu commande des chofes impollîbles , que
J. C. n'eft mon que pour le falut des feuls prédefti-
nés ,<S'c.|K7' Cela n'eft, dit Voltaire, ni philofophe ni
confolanti mais le plaifir lecret d'être d un parti, la
haine contre les Jéluites , l'envie de fe diftinguer , &
l'inquiétude d'efprit formèrent une Sede.
ÇCr Telles font les cinq fameules Propofitions qui don--
lièrent lieu à la Bulle d'Innocent X , à laquelle 011
objeda que les cinq Propoiitions n'étoient pas dans
le Livre de Janfénius , lîç qu'elles n'avoient pas été
condamnées dans le fens de l'Auteur. Alors on vit
naître la fameufe diftindion du fait & du droit : en-
fuite la diftintfion du double fens des Propoiitions de
Janfénius , l'un qui eft le fens vrai , naturel & pro-
pre de l'Auteur , & l'autre imaginé par le Souverain-
Pontife , & qui n'eft point le fens vrai , propre Se na-
turel. On fait trop les détails de cette malheureufe af-
fnire ,qui a allumé dans l'Églife un incendie que rien
ne peut éteindre , pour s'y arrêter plus long-temps.
JANSÉNISTE, f. m. & f. Nom de fede. Celui qui
fui: le parti , & la dodrine de Janfénius. Janfenianus.
On dit aulîî Janfemfla ; mais l'analogie de la langue
Latine demande qu'on dits Janfenianus. Les Janfé-
niftes font nés dans les Pays Bas , où ils fe font fort
multipliés; de là ils fe font répandus en Hollande ,
en France , en Angleterre & en Italie. Il n y en apoint ,
ou prefque point dans le refte de l'Europe.
Janséniste , fe dit de ceux quiatFedent une grande févé-
rité dans leur manière de vivre , & une grande auftéri-
té dans leurs mœurs , Se dans leur dodrine. Mais il ne
fe dit en ce fens que dans le ftyle familier , & le plus fou-
vent en raillmt , Se fans prétendre attribuer les fenti-
mens de Janfénius & de fes difciples à ceux qu'on ap-
pelle Janfénïfles en ce lèns. Il emporte cependant lUi
reproche d'affedarion de réforme , Se de trop grande
févérité. Mais on le dit fouvent, en plaifantant, de
gens vertueux , Se qu'on n'eftime pour cela nullement
Janfénifles.
Janséniste , fedit enc'ore d'un homme oppofé -"ux Jéfui-
tes , ennemi des Jéfuites , parce que les Janfénifles
leur font fort oppolés.
6
J AN
J A N
Dans les deux derniers feus le mot de Janfénljle n'eft
point un terme propre , ni icricux. On n'appelera
jamais Janjlmjles dans un Ouvrage grave &c {crieux ,
ni ceux qui arteiitent de la fcvéntc , ni ceux qui n'ai-
ment pas les J:;iLiites , il d'ailleurs ils ne lont point dans
les (entimcns des Janfenijles. Mais on le fait louvent
dans la converlation , dans le llyle familier , &c en
plail'antant. Le leul premier lens eft le lens propre ,
& celui qu'on donne à ce nom dans l'Hiftoire ,
daçs les Mandemens des Prélats , dans les tdits , dans
les Ouvrages Théologiques , &c.
Janséniste. Les femmes ont appelé JanféniJlcs , des
poignets qu'elles mertoient par modeif ie pour cacher
leurs bras. Le mot de JanféniJlc en ce lens n'cft plus
en ulage depuis quelque temps.
Janséniste. Se dit d'une force de Juppé , ou de panier
pour les femmes modcftes. Il ^_ a des panieis qui ont
des baleines depuis le haut juiqu'cn bas , ce ne font
pas ceux qu'on nomme Janfenijles. Un Janfenijîe cil
un panier qui n'a des baleines que julqu'à la moitié ,
& qui n'en a point dans la partie balFe ; mais qui eft pi-
qué. Madame , voulez-vous acheter un Janfénljle ?
Srupparum cïrculïs fupernè d'ijlentum , infernè ïnter-
punclionibus Jlipatum.
Janséniste, eft aulfi un adjeétif. Efprit JanféniJle. Ce
coup eft parti d'une main JanféniJle. Cette propoli-
tion eft Janfénïfle. Livre JanféniJle. Des heures Jan-
fenijles.
A la Janséniste. Phrafe adverbiale , qui fe ditauflîde
pluiieurs choies fûtes avec une propreté afteélée.
Habillé à la JanféniJle. Meublé à la JanféniJle. Re-
liure à la JanféniJle.
JANTE. 1. f Terme de Charron. Pièce de bois de char-
ronage courbée qui fait une partie du cercle de la
roue d'un moulin , d'un carrelle , ou d'une charrette.
Canthus. Les jantes lont débitées de deux à trois
pieds de long , & doivent être bien chantournées.
Ce mot vient de xo:»9ij, qui lignifie le fer appliqué
fur les roues des chariots. Nicod.
JANTHE. f. f. Nom de femme. Janthe. Elle étoit de
Crète; elle époufalphide, & le jour même de l'es no-
ces elle fut changée en homme. Ovide, Mec. L. IX ,
V. S [ y ,Sû , 8 ç6.
JANTILLE. f. f. Mouillez les deux //. Gros ais qu'on
applique autour des jantes & des aubes de la roue d'un
moulin, pour recevoir la chute de l'eau, & la faire
mouvoir plus vite. h3.jantille fert aulli pour élever les
eaux par le moyen des roues dilpolées à cet effet.
JANTILLER. v. a. Mettre de la jantille autour de la
roue d'un moulin , ou d'une roue deftinée à lever des
eaux. Il m'a coûté tant pour jantiller cette roue.
JANTRA. Nom d'une rivière de la Bulgarie. Jatrus ,
Jeterus. Elle prend la fource au mont Argentaro,
baigne Ternovo , & va (e décharger dans le Danube ,
à quatre ou cinq lieues audclîous de Nicopoli.
Maty.
JANUAL. f. m. Non d'une fête de Janus. Januale. Fcf-
tus dit qu'on faifoit ce jour-là à Janus des oftrandes
de g.âteaux , & d'une efpèce de pâte fiite de farine
d'orge , &: allailonnée de fel , d'encens tic de vin.
Ovide, Fajl. L. î ,v. ij2. Onappeloit aullî J^j/zi^a/tf,
Te gâteau qu'on oftroit.
JAN-VANGENTEN. Foyei Mouette.
JANUBISTUH. f. m. Terme de Calendrier. Nom du
fixième mois des Géorgiens. Il répond au mois de
Juin de l'année Julienne.
JANVIER, f. m. Nom du premier mois de l'année, fé-
lon la fupputation dont on le fert aujourd'hui en Oc-
cident. Januarius. Le Roi Charles IX , ordonna par un
Édit de l'année 1565, qu'on commenceroit à compter
l'année par le premier de Janvier. Auparavant on la
commençoit à Pâques , ou à Noël , comme témoigne
le Père Pétau en fon Racionarlum.
Cette renrarque eft importance pour entendre la
date des anciennes Ordonnances , & celle des Aétes
qui nous viennent de Rome, où l'année commence
encore à Pâques.
Cette Ordonnance de Charles IX ne fut enregif-
rrée au Parlemear que le 15? Décembre 1^64. Le i
premier Janvier qui fuivit l'enregiftrement , le Roi
& la grande Chancellerie comptèrent i j6j. Le pre-
mier Janvier fuivant on compta i j66 en la Chancel-
lerie de Paris. Mais au Parlement on ne commença à
compter 1566 qu'au 14 Avril, jour de Pâques. Au
mois de Janvier fuivant, on compta IJ67 dans toute
la France.
Ce mot vient du Latin Januarius. Les Romains lui
ont donné ce nom, à caufe Ac Janus ^ Divinité à qui
ils attribuoient deux têtes, parce que d'un côté le pre-
mier jour de /t!«v;t'r regarde l'année précédente. Se
de l'autre celle qui vient. Le mot de Januarius peut
auin venir de janua j porte , &c. Ce mois étant le pre-
mier de tous eft comme la porte des années. Il fut
ajouté à l'année par Numa Pompilius : l'année de
Romulus commençoit par le mois de Mars. Les Chré-
tiens jeùnoient autrefois le premier jour de Janvier^
pour abolir les fuperftitioiis des Païens, qui en 1 hon-
neur de Janus faifoient des feftins , des danfes & des
déguilemens , comme des malcarades. Voye-^ le Ser-
mon de l'Évêque Fauftin fait en ce jour , & imprime
par le P. ChiHet Jéfuite, & cnfuite par BoUandus dans
les Acla Sancl. Januar. T. J , p. 2. ôc les Notes de
Baronius fur le Martyrologe Romain , au premier
Janv. Not. i-
On dit proverbialement, que Janvier z trois bon-
nets , pour dire qu'il fait froid en ce temps là , & qu'il
fe faur bien couvrir la tête. On dit aullî, c'eft un foleil
de Janvier qui n'i ni force , ni vertu ; pour dire, quune
perfonne n'a guère de pouvoir.
Janvier, f. m. Eft aufti un nom d'homme. Januarius.
Saint Janvier J Evêque de Bénévent, aflifta au Concile
de Sardique , en 347. Janvier Évtque de Caillari du
temps du Pape S. Grégoire, étant peu zélé pour la
converfion des Barbaricins de Sardaigne encore idolâ-
tres, S. Grégoire y envoya un Evêque & un Abbé
fiour travailler à leur converfion. S. Janvier Evêque de
Malaca en Elpagne ayant été dépolé par injuftice ôc
par violence , fut rétabli par S. Grégoire Pape en 60 j.
JANVILLE. Nom d'une petite ville de France. Janvilla^
Heinvilla. Elle eft daiis l'Orléanois , entre Orléans &:
Chartres, environ à moitié chemin de l'une à l'autre.
JANUM. Ville de la Tribu de Juda. Janum. Les Sep-
tante l'appellent Jémain^ Jof. XV, 53.
JANUS. f. m. Nom d'un homme , dont les Anciens
firent un Dieu. Janus. C'eft le plus ancien Roi d'Ita-
lie , dont la mémoire fe foie coniervée , & peut-être le
premier. Les fables difent qu'il étoit fils d'Apollon &
de Créiife fille d'Érichchéc. Quelques Auteurs difenc
qu'il fut feulement adopté par Xiphéi' , mari de Créiifè.
Quoi qu'il en foit , il régnoit en Italie i yo ans avant
l'arrivée d'Enée , & par conféquent près de 1400 avant
Jes us-Christ. Il y aborda avec une grande Hotte , Se
y reçut Saturne chalfé de Crète par Jupiter fon lîls j
Si. ayant appris de Ion hôte l'art de cultiver la terre,
il partagea le gouvernement de fon Royaume avec
lui , <& l'y alFocia. Ils régnèrent avec beaucoup d'u-
nion , & bâtirent deux villes, Janicule & Sacurnium.
Ils introduiiirenc aulli l'ulage de la monnoie de cuivre j
Se y firent graver d'un côté la tête de Janus , Se de
l'autre la proue du vaifteau de Satiurne , Rour confer-
ver la mémoire de fon arrivée en Italie. On voit
encore aujourd'hui ces figures fur les anciens as
Romains qui font dans les Cabinets des Curieux.
Plutarque , dans fes Queilions Romaines , Se Ovide
dans lés Faftes , L. I ,v. 22 p, nous ont expliqué ces
figures.
Janus étoit le Roi de ces temps le plus fage Se le plus
prudent. Il favoit le pallé , il prévoyoit l'avenir ; Se
pour marc]uer ces talens on le dépeignit avec une tête à
deux vitages , l'un devant, l'autre derrière. Nous en
rapporterons encore dans la fuite d'autres raifons. On
le peignit encore tenant une clef d'une main , & une
baguette de l'autre. Après fa mort Ja^ti^s fut mis entre
les Dieux. Macrobe & Ovide, FaJl. L. /, v. 6 s > di-
fent qu'il étoit le Dieu de l'année.
Numa lui bâtit un temple à Rome. Il avoit deux
portes , que l'on n'ouvroit qu'en temps de guerre , &
que l'on cenoit fermées en temps de paix. Delà cette
J A N
infcription qui fe voir au revers de plufieuis médailles
deNéiou, avec le temple de Janus , Pace t^rra ma-
H.IQ.UE PARTA Janum clusit. Et cette inlcriprioii
rrouvée à Mérida en Elpagne , Imp. Caes.Divi. f- Av-
cusTus Pont. Max. cos. XI. Tribvnic. Pot. X.
Imp. VIIII. orbe mari et terra pacato templo
Jani clavso , &c. Delà aulll les funionis de Patulcius
& de Clufius qu'on donna à Janus ^ comme qui di
roit, V Ouvert &c le Fermé. On remarque que ce tem-
ple ne fut pas fort fouvent fermé lous 1 Empire de Ro-
me ; une fois lous Numa , l'inftitutcur de cette céré-
monie; la féconde fois après la leconde guerre Puni-
que , l'an J19 , de Rome ; la troificme après la guerre
d'Augufte (& d'Antoine , &c la bataille d'Adium, l'an
71$, de Rome, au cinquième Consulat d'Augufte ;
deux fois encore fous Auguftc : premièrement , pen-
dant fon neuvième Conlulat , l'an 719 , de Rome, fe-
condement , vers la nailfance de J. C. une fois (ous
Néron l'an 811; fous Velpafien l'an S24; tous Gor-
dien le jeune avant l'an 99 j. Ammien Marcellin pré-
tend que la coutume s'en conferva quelque temps ,
même fous les Empereurs Chrétiens , & que Conftan-
rius , après fes viéioires fur Magnence & fur tous les
tyrans, ferma le temple de Janus , l'an de Rome 1 1 o j.
Aurefte , on rapporte différemment l'origine & l'infti-
tution de cette coutume de l'ouverture ôc de la clôture
de ce temple. Les uns difent que dans un combat que
Romulus livra aux Sabins , la vicioire penchant du cô-
té de ceux-ci , il forcit du champ de bataille de l'eau
chaude , ce qui fit prendre la fuite aux Sabins; qu'en
mémoire de ce prodige on bâtit un temple en ce lieu ,
que l'on ouvroit en temps de guerre , afin de tirer en-
core de là du fecours. D'autres difent que Tatius &
Romulus ayant fait alliance , bâtirent un temple à frais
communs , ôc que la coutume de l'ouvrir en temps de
guerre , 8c les deux vifages du Dieu qu'on y adoroit ,
marquoient , ou bien l'union des deux Rois, ou qu'en
faifant la guerre il faut penfer à la paix , ou qu'en al
iant au combat on doit toujours avoir fes derrières li-
bres , pour Elire {a retraite en cas d'accident.
Quelques uns croient que Janus eft le loleil , Se ils
lui donnent non pas deux vifages , mais quatre , à caufe
des quatre parties du monde qu'il parcourt , ou des
quatre faifons de l'année qu'il fait. C'ell: pour cela
qu'on le faifoit Dieu de l'année, & qu'on le repré-
lentoit tenant d'une main le nombre de CGC , Se de
l'autre celui de LX'V ; ce qui fait le nombre des jours
de l'année. Janus eft Noé , qui fut encore appelé
Xifufius , ou plutôt c'eft Javari , fils de Japheth , &
père des Ioniens. Vossius, de Idol. L. I, c. 1 8 ■, L.
VU , c. 9. Sous ce nom on adoroit toute la nature. Ib.
c. 4. D'autres difent que Janus eft le même que
Gygès. Le fentiment de-ceux qui difent que c'eft Noé,
eft le plus vraifemblable. Tout ce qu'on dit de Janus
convient à ce Patriarche. Le vaiilçau qu'on lui don-
noit , & qu'on marquoit fur la monnoie , n'eft point
le vailfeau de Saturne. Les Anciens eux-mêmes, com-
me Plutarquc , rejettent ce fentiment. Combien d'autres
s'étoient retirés par mer & iur des vailfeaux î Qu'y a t-il
qui foit particuher à Saturne , & qui ne déligne que
lui î Ce vaiifeau eft bien plutôt l'Arche de Noé. Ja-
nus eft formé de l'Hébreu pi ,}ain , du vin , parce
que Noé planta la vigne , & fît du vin. On le dépei
gnoit avec deux faces , pour marquer les deux âges ,
& les deux mondes , qu'il avoir vus devant Se après le
déluge. Il écoit le Dieu de l'an , & le premier mois de
l'année portoit fon nom , parce qu'il avoit commencé
le nouvel âge après le déluge.
Janus étoit l'un des Grands Dieux, & on le nommoit le
premier dans les invocations des facrifices. Dans les
vers des Saliens , il étoit qualifié de Dieu des Dieux.
O nlui donnoit aullî le nom de père par excellence ,
parce qu'il palfoit pour le premier des Dieux. On at-
tribuoit d, Janus l'invention deplufieurs chofes. Il avoit
appris aux hommes à conftruire des autels, & on le
reprefentoit avec douze autels lous les pieds II leur
apprit aulTi à faire des facrifîces , & des fx-tts à l'hon-
neur des Dieux. Il inventa les vergers , ou les jardins
fruitiers. Il donna aulli aux chefs des Colonies les ver-
J A P 7
gcs & les faifccaux , pour contenir les peuples dans le
devoir. Pour mettre les biens Se la pudeur des particu-
liers en lureté , il inventa les portes , qui pour cela fu-
rent appelées Jtf««« , &c les clefs. Aulii portoit -il une
verge d'une main , Se une clef de l'autre. 'Vossius , de
Idol. L , IX c. 2S. Il palloit encore pour l'inventeur
des couronnes , des vailîèaux pour la navigation , Se
des ponts volans. Janus étoit pris pour le inonde. Vos-
sius , de Idoll. L. FUI , c. 2. Il piéfidoit encore aux
portes , qu'on appelle en Latin Januéi.. 'Vossius , de
Idol.L. VIII, c. ij.
Les Auteurschez qui l'on peut apprendre ce qui re-
garde /i7««j, lont Rofin , Antiq. Korn. L. II ^ c. 3.
Dempfter fur Rofin , Lilius Giraldus , Sync. Deor.
Ca(p. Barthius , Comment, fuperjl. 'VolL de Idol. L.
I ,c. 22. 18. L. II , c. 16.
Janus a été aulîl le nom de plulîeurs hommes. Baïf s'ap-
peloit Janus. Le fameux Gruter , dont nous citons
louvent le recueil d'Infcriptions antiques , s'appeloic
auflî Janus. Ce nom Latin eft demeuré dans notre lan-
gue fans aucun changement.
JANUTL Voyei Gianuti.
JANZ MAYEN EYLAND. Voye-^ Jean M^y.
J A O.
JAO. f. m. Nom propre de Dieu. Jao j Jeova. C'eft le
même nom que Jéhova , que les Grecs prononçoienc
Jao , comme on le voit dans Diodore de Sicile , L. I.
Se dans un Oracle de l'Apollon de Claie , rapporté
par Macrobe , Z. /, c. /7. Le P. Soucier, Jéluite ,
dans fa Dillertation fur le nom de Dieu o{-[C\'> , Jehovah ,
prétend que c'eft l'ancienne Se première prononcia-
tion du nom propre de Dieu parmi les Hébreux , Sc
qu'elle vient du verbe n^n , ou m~l , conjugué félon
la forme des verbes Hébreux , dont la féconde radica-
le eft un : , ou un 5 , qui n'a point de voyelle propre.
QulefcentuL ain vau.
JAOCHEU. Joacheum. Belle Se grande ville de la Chi-
ne , féconde Métropole de la province de Kiangfi ,
fur le bord leptenuional du Heuve Po. On y fait de
belle porcelaine. Elle elf plus occidentale que Pé-
kingde 31 m. & à 29 d. 40 m. delat. Atlas. Chi.
J A P.
JAPAR A , ou JAPARE. Nom d'une ville des Indes orien-
tales. Japara. Elle eft fur la côte léptentiionale de l'île
de Java , à l'embouchure de la rivière de Japara , envi-
ron à foixante dix lieues de Batavia , vers le levant.
Cette ville eft capitale d'un royaume qui porte Ion
nom , Se qui ell une des plus conlidérables de l'île de
Java. Maty. Long. 128°. 40'. lat. mérid. G°. 4j'.
JAPARANDIBA. f. m. Arbre du Biéfil , dont l'écorce
cil cendrée , comme celle de l'aune. Son bois eft dur,
moelleux. Ses fleurs lont abondantes , & attachées
lans ordre autour des rameaux par des queues. El-
les font femblables à celles du janipaba , oblon-
gues , pointues , nerveules ; fes fleurs lont grandes
Se belles , compofécs de huit grolfes feuilles , fou-
tenues trois à trois par un même pédicule. Elles font
femblables en figure , en grandeur , en couleur Se en
odeur à celles de la rofe. Elles ont en leur milieu plu-
lîeurs petites étamines dilpofées en rond , avec un petit
fommet jaune Se tremblant. Il leur fuccède des fruits
faits comme des pommes , mais plats en leur partie fii-
périeure , gris en dehors , jaunes en dedans , contenant
chacun un noyau gros comme une aveline , anguleux ,
ayant la figure d'un cœur , de couleur de foie , luilanr.
On applique fes feuilles fur les duretés du foie & des
hypocondres. Elles proJuifcnt le même effet quand on
les donne en forme d'apozême : ce qui fait qu'onpeut
les mettre au nombre des remèdes apéritifs. Ray , Rifi.
Plant.
JAPET. f. m. Nom d'homme. Japetus. Les Poëtes di-
fent que Japet étoit fils du Ciel , ou deTitan, Se de
la Terre ; qu'il époula la Nymphe Aile , qu'il en
eut quatre fils, Hefpérus , ou 'Velpérus, Atlas , Epi-
méthée Se Prométhce ; que c'étoit un Géant d'une taille
8 J A P
énorme. Les Grecs le recoraioinbient pour l'Auteur
& le chef de leur race , & ne reconiioillent rien de
plus ancien que lui , au delFus duquel ni leur hilloire ,
ni leur tradition , ne remontent point. C'eft pour cela
<ju'il avoit paire en une elpcce de proverbe chez eux
d'appeler un vieillard décrépit & radoteux , un Japet ,
comme on le voit dans Héiychius , & dans Suidas.
Le Japec des fableseft le Japhetde l'Ecriture , fils de
Noé. C'étoit le père des Grecs , parce que dans le par-
tage de la Terre , cent ans après le déluge , Japhet eut
ce que nous appelons l'Europe qu'il commença à peu-
pler par les Iles de l'Archipel , que l'Ecriture , Gen.
X j-. appelle ks lies des Nations , Se enfuite par la Grè-
ce, en allant toujours de proche en proche. Ils ne re-
montoient point plus haut, parce qu'ils n'avoient nul-
le connoillànce de tout ce qui avoit précédé le déluge
univerfel. Japhet , qui a peuplé la plus grande partie
de l'Occident , y e(l demeuré célèbre fous le nom fa-
meux de Japet. Bossuet.
JAPHE. M. Féîibien appelé Jiiphe cette ville de Pa-
leftine qu'on nomme ordinairement Ja£a. Eudes de
Montcreau accompagna Saint Louis dans le voyage
de la Terre-Sainte , il fortifia le port & la ville de Ja-
pke. FÉLiB.
APHET. ù m. Nom d'homme. Japhet j Japhetus.
C'eft l'aîné des trois fils de Noé, Gen. V, ji. X,2t.I\
eft pourtant des Auteurs qui après S. Jérôme & S. Au-
guftin foutiennent que Sem étoit l'aîné. L'expreffion
eft douteufe dans le Texte Hébreu , mais le premier
fentiment paroît néanmoins plus conforme au génie de
la langue. Dieu le bénit, Gen. IX, /i. Il eut fept fils,
GcK. X, 2. &c peupla l'Europe , qui lui échut dans la
diftiibution de la Terre , qui fe fit cent ans après le dé-
luge. Japhet eft manifeftement le Japet des Poètes
Grecs & Latins. Voyez ce mot. Il n'y a pas fur cela
deux fentimens.
Le pays que l'on dit être aux confins de Japhet y
•dans Judith , I, i y. félon quelques interprètes , eft
Joppe , ou Jafa , & fon territoire lelon le P. Lubin ,
c'eft une contrée de l'Arabie. L'un eft auili probable
que l'autre. Ce font les côtes occidentales de l'Afie
mineure.
Le nom de Japhet vient de l'Hébreu n£i , qui figni-
fie e'tendu y on heau, ou quipcrfuade , félon différentes
i-acines dont on le dérive. Le nom de Japet , fi connu
dans la fable , vient lans doute de celui de Japhet ;
mais l'Etymologifte Grec ne lui donne qu'une origine
Grecque; i'utuI®-, dit cet Auteur, vient de iml'Sf ■ ayà
eft dérivé à'i'mu^ i^;'» vient de r.;, oudci>-^(,de forte
<)ue fuiv.ant ces étymologies Japet veut A^nc jaculator ,
ou Venator ; c'cft-à-dire, lanceur de dards ^ chajfeur.
JAPHIÉ, Nom d'une ville de la Tribu de Zabulon.
Japhie, Japhia. Elle étoit du côté que les limites du
■ midi fe joignent à celles de l'orient. Jof. XIX, 12.
P. Lubin. Au contraire M. Reland dit qu'elle étoit
fur la Méditerranée, près du mont Carmel , entre Cé-
farce & Ptolémaïde ; qu'on l'a nommée Oppidum Syca-
minum , & Hépha , félon Eusèbe , qu'aujourd'hm les
Arabes appellent Epha, ou Ipha; & que c'eft peut-
être la Jehba de Pline, L. V, c. iS. Il falloir dire, c i g.
^APHO. Foye-{ Jafa. C'eft la même chofe.
JAPIS. f m. fils d'Iafus : il fut aimé d'Apollon, qui lui
fit connoître les verms falutaites des plantes , & lui ap-
prit à guérir les maladies des hommes.
JAPODES. f m. pi. C'étoit une Nation mêlée d'Illyriens
& de Gaulois , qui occupoit à peu près le pays que nous
appelons maintenant Croatie , entre la Save éc la mer
Adriatique. Ce peuple ayant caufé quelques r.ivages
fur les terres de l'Empire, furent attaqués & vaincus
par le Coiiful C. Sempronius Tuditanus , l'an de
Rome 625 , & on accorda au vainqueur l'homieur du
triomphe. Appien , Illyr.
JAPON. Nom d'un grand Empire de l'Ahe. Japonia ,
JappnicA InfuU. Il confifte en plufieursîles, dont il y
en a trois qui font beaucoup plus confidérables que les
■ autres , Niphon , beaucoup plus grande que toutes les
autres enfcmble , Ximo , ou Saicock , Xicoco , ou
Tokoefi. Ces îles ont la Chine au couchant-, la Tarta-
ïie Orientale, & le pays de Jefto au noidi l'Océan
J A P
oriental les baigne au levant &: au midi. Elles s'éten-
dent depuis le 171"= degré de longitude jufqu'au 188"^ ,
& depuis le 3 l'de latitude jufqu'au 40'=. L'air y eft tem-
péré &: fain , &: le terroir , quoique montagneux , très-
fertile en orge , en ris , en maïs , & en pluiicurs fruits.
Mais ce qui les rend plus conlidérables, ce font les
mines d'or & d'argent. On y trouve aufti quantité de
grofles perles, qui font rouges, & aulli eftimées que
les blanches. Toutes ces îles étoient gouvernées par
un Dayro, qui étoit tout enlcmble chef de la Reli-
gion , & de l'État i mais il y a long-temps que les guerres
civiles détruifirent cet Etat , &C le divifercnt en CG
Royaumes, dont l'île de Niphon, avec quelques unes
des petites qui font voifines, en contenoit j8 , celle de
Ximo 9 , & celle de Chicoco les quatre autres. L'an
I J50, il s'y éleva un nouvel Empereur, fous le nom
deCubo, qui réduiht tous ces Royaumes en Provin-
ces, S.C qui ne lailla aux fuccelfeurs des anciens Dayres
que l'autorité qu'ils avoient en qualité de chefs de la
Religion, &: quidivifa tout l'État en fept grandes con-
trées; l'île de Niphon en contient cinq, qui font Ja-
maïftero , Jetfengen , Jetfengo , Quanto & Ochio , les
deux autres (ont les deux îles de Ximo & de Chicoco.
Il y a quantité de belles villes dans cet État; les princi-
pales lont Mé.aco , anciennement capitale , & mainte-
nant réiidence du Dayro, &: Yendo nouvelle capitale,
& réhdence du Cubo. Maty. Un (oldat François , qui
étoit de l'expédition de M. de la Sale , & qui après la
inort de ce Commandant pénétra jufqu'aux Acaanibas
à l'occident du Canada , a rapporté qu'il avoit appris
d'eux qu'ils trafiquoient leur or avec une nation iituée
à douze journées au couchant, qui leur donnoit du
fer; & il juge que ce lont les Japonais.
Japon. ( île de ) f^oye^ Niphon.
^0°JAPON. f m. Terme de commerce. C'eft le nom
qu'on donne à la porcelaine qui nous vient du Japon»
Ces tades font d'ancien Japon.
JAPONNER. v. a. Les Marchands qui font commerce
de porcelaine , fe fervent de ce terme pour exprimer
une nouvelle cidiron qu'ils font donner en Hollande
ou en Angleterre aux porcelaines de la Cliine , donc
ils louhaitent augmenter le prix , en les lailant palier
pour porcelaines du Japon, /'^oy^? le Dict. de Com.
JAPONOIS , OISE. C m. & f. Nom propre de peuple.'
Qui eft du Japon. Habitant du Japon. Japo. Les Japo-
nais font originaires de la Chine ; ils font de grande
taille , robuftes , fiers , cruels , fermes dans l'adveriîté ,
guerriers, foutfrant facilement toutes les incommodi-
tés de la guerre. Ils ont l'ufage des armes à feu, du
fabre & de la pique : mais ils fe fervent encore de
l'arc & des flèches. Ils haïllènt les jeux de hafard, les
juremcns , la médifance , le menlonge iSc le larcin. lis
fe défient extrêmement des étrangers ; les (euls Hollan-
dois ont le droit d'aborder dans leurs ports, parce
qu'ils font les feuls qui veulent fouler un Crucifix aux
pieds. Quand leurs vailfeaux arrivent, on les def-
arme , Se des Commilûires ayant fiit l'inventaire de
la charge , ils les font décharger , & y ayant rechargé
de l'or , de l'argent , &: d'autres denrées , telles qu'il
leur plaît , ils leur rendent leurs munitions de guerre ,
& leur fixent un jour pour leur départ. Quoique dans
ce commerce ils loient juges Se parties , on alfure
pourtant qu'ils y fuivent exactement les loix de l'é-
quité. Ils font idolâtres, & leurs principaux Dieux
font Xaca Se Amida. Ils ont parmi eux un prodigieux
nombre de Religieux Se de Religieules qui le confi-
crent à leurs idoles , Se qu'on nomme Bonzes. Saint
François Xavier, de la Compagnie de Jésus, y prêcha
l'Évangile vers l'an i 549 , à la faveur des Portugais
qui commerçoient dans ce pays , & il y convertit un
très grand nombre de gens. Au commencement du
fiecle palfé un Flamand , natif de Bruxelles , contrefit
une lettre, qu'il prétendit avoir été trouvée dans un
vaifteau Portugais , qui contenoit un delîèin de le ren-
dre maître du pays par le fecours des Chrétiens qui y
étoient. Il la fit voir à l'Empereur , qui fit mallacrer
tous les Portugais fans diftinélion d'âge ni de lexe , (S.'
fcs fuccelfeurs n'ont point permis depuis qu'on parlât
duChriftianifme dansleurpays. PlulieursMiirionnaircs
Européens
I
J A P
Europcens Se une infinité de Chrétiens da pays y
ont lourtcit le niLUtyre & les tounnens les plus cruels ,
avec une conllaiice & un courage dignes des premiers
licclcs de rÉglilc. Les Japonais font une nation d'une
exade probité, noble, généreufe, & aimant l'hon-
neur fur toutes chofes; nulle autre nation barbare ne
les furpaiiè en bonté. Ils ont l'efprit aiié, nullement
tourné à la fraude &: à la tromperie. Xaver. LpiJI. L.
m, ep. s-
JAPONOIS , OISE. adj. Qui .appartient au Japon. Jcipo-
nicus. Il y a un Didfionnairc Japonais imprimé à
Nangazaki au Japon. Il y a une Grammaire Japonoifc
& un Ditlionnaire Japonais imprimés à Rome, /«-40.
en lôji , compoCs par le P. Didaque CoUado, Do-
minicain. Celui ci eft Japonais &c Latin, l'autre Por-
tugais & Japonais.
Il y a une Deicription Latine du Japon par Caron ,
Se une autre par Varenus, une hiftoirc du Royaume
du Japon par Buxéda en Efpagnol, une d'Anialdus
Montanus en Allemand. On trouve encore beaucoup
de chofes touchant ce pays & fcs peuples , dans les
Lettres de S. François Xavier , L. II , ép. G. L. III , L.
IF, dans l'hiftoire des Indes de Malîée, L XII , dans
celle de la Compagnie de Jésus en Latin, P. /,Z. IX ,
XI, & XF. P. II, L. IF. P. III, L. II, F, FI , Fil.
P. IF, L. III. P. F. L. III , IF, FI, IX, XI, Sec.
dans celle de Bartoli en Italien l'JJîa, P. I Se II ;
dans l'hiftoire des Millions de la Chine Se du Japon ,
par Louis Gufman, Jéfuite, en Efpagnol; dans l'Am-
balfade des Hollandois au Japon , dans la vie de S.
François Xavier par le P. Bouhours, I. F; l'hiftoire
de l'Églife du Japon, par le Père Cralîet; dans Alle-
gambe , Mortes illuftrcs ; dans Vollîus , de Idol. L. I ,
c. S Se 2 s-
JAPONOIS. f m. Langue du Japon. Japonica lingua.
Prêcher en Japonais. Bouh. Fie de Xav. L. F. Il n'y
a qu'une langue en tout le Japon; mais fi abondante &
fi mêlée , que c'eft en effet comme s'il y en avoit plu-
fieurs. On fe fert de certains iTiots Se de certaines phra-
fes dans le dilcours femilier : on emploie d'autres lo-
cutions dans les dilcours compofés. Les gens de qualité
ont un langage tout différent de celui du peuple. Les
Marchands & les loldats ont le leur ; les femmes fe fer-
vent de paroles Se d'expreiïïpns qui leur font propres.
Quand on traite un fujet (ubhme , & qui touche , par
exemple , la Religion ou l'État , on ufe de termes par-
ticuliers , Se ce feroit une irrégularité très-vicieuf e ,
que de confondre les différentes manières de parler.
Idem.
JAPPANT , ANTE. Madame Des Houlières fait dire à
Ion chien:
Souffre qu'un cœur de tes charmes épris
Te conte quelquefois de ia.ppa.ntesjleurettes.
Des Houl.
JAPPE. (. f Mot bas & du petit peuple , qui fe dit en
mauvaile part , & qui fignifie caquet. Garrulitas. Cet
homme , cette femme a bien de \x jappe.
JAPPEMENT, f m. Terme de Vénerie. Aftion de
japper. On le dit particulièrement des petits chiens.
Latratus. Leya/'jPc'/Tze/zr des chiens fait partir le gibier.
JAPPER , v. n. Aboyer. Latrare. Ces chiens ont jappé
toute la nuit. Les petits chiens jappent quand ils (en-
tent le gibier. Il le dit proprement des chiens qui
aboient fins néceffité, & fiu:-tout des petits.
Quand du chien qui jappe là-bas. Des-H.
Quelques-uns emploient auftî ce mot , quand il
s'agit du renard. Quand le renard Se le quincajou
chalfent enfemble , le quincajou monte fur un arbre ,
& le renard jappe pour détourner la bête , Se la faire
palfer fous l'arbre. I)e?jis , Hijl. de l'Amer.
JAPyCIE. Ancien nom d'une contrée d'Italie. Japygia.
C'étoit une prefqu'ile dont l'ifthme s'étendoit depuis
Tarente jufqu'à Otrante. On la nommoit Meffapie.
En fuppofant , comme on le dit communément , que
l'Italie a la forme d'une botte, la Japygie eil ce qui en
Tome F.
J A Q 9
fait le talon. Servjus dit que c'étoit une partie de la
Pouillc , dans laquelle eft le mont Gargan ; ainfi il
donne à la Japygie des bornes plus étendues que
Strabon , de qui la defcription que nous venons d'en
faire eft tirée ; car le mont Gargan eft loin de la pénin-
fule doiit nous avons parlé : on l'appelle aujourd hui
la Terre d'Otrante.
^CF JAPYX, fils de Dédale , donna fon nom à ce canton
de l'Italie méridionale.
JAPYGIE , étoit auîli un nom de ville. Il y avoit une
' Japygie en Italie , & une en Illyrie.
JAPYGIEN , ENNE , adj. Qui appartient à la Japygie. la-
pygius. Le promontoire Japygien étoit à la pointe de
terre la plus orientale de l'Italie , à l'extrémité de la
Japygie , Se .à l'entrée du golfe de Tarente. On le
nomme aujourd'hui le Cap de Sainte Marie.
J A Q.
JAQUE, f. f. Militare flragulum. Vieux mot , qui figni-
fioit une petite calaque que les Cavaliers portoient au-
trefois fur leurs armes & cuiralfes. Elle étoit foite de
• coton ou de foie , contrepointé entre deux étoffes lé-
gères. Elle s'appeloit aullî haubert , ou haubergeon y
comme prouve Jean le Maire , en fes Uluftrations des
Gaules. Il s'en faifoit aullI de drap d'or & d'argent ,
d'où font venus les Jaquettes Se grands pourpoints.
Du Cange croit que ce nom pourroit venir de ces
factieux qui ont paru autrefois fous le nom de Jac~
querie.
JAQ.UE de mailles. Armure fiite de plufieurs petits an-
neaux attaches enfemble en forme de maille , qu'on por-
toit lous les habits. Annulis conferta loricula. Les pol-
trons qui fe battoient en duel , niettoient une jaque de
maille fous leur pourpoint: ce qui obligea ceux qui fe
battoient fans fupercherie , de mettre pourpoint bas en
fe battant.
Ménage , après Pontanus , dérive ce mot de l'Alle-
mand joche , d'où on a fait depuis Jaquette.
Autrefois on a écrit Jaque pour Jaques , nom pro-
pre , en Latin Jacobus. Vers le milieu du quatrième
liècle Jaque Bd-homme étoit chef des factieux qui
parurent en ce temps-là. La prononciation diftingue
fort ces deux mots. Dans Jaque de Mailles Va eft bref.
Se il eft long dans Jaques , nom propre d'homme , Ja-
cabus. Quelques-uns cependant conjedlurent que le
nom de Jaque , vêtement, vient de Jaque Bon-hom-
me , Se de Jacquerie.
^ JAQUE, f. m. Fruit des Indes , dont l'Abbé de Choi-
dit qu'il ne le trouvoit pas trop bon. Foye-^ Jaca
dans le Diélionnaire des drogues de Lemery.
JAQUE , EE. Geftans annulis canfertam loriculam. Par-
ticipe du verbe Jaquer , qui n'eft point en ulage. Avoir
une jaque de mailles. Il étoit jaque. Ce mot eft vieux i
le Comte de BullI s'en ell pourtant fervi dans fes Mé-
moires.
JAQUEMAR. L'Académie écrit JAQUEMART , Se
M. Félibien JACQUEMART, f. m. Terme d'Hor-
loger. C'elf une figure de fer , ou de fonte , repréientant
un homme armé, qu'on met à côté des horloges , avec
un marteau à la main , pour frapper fur le timbre Se fon-
ner les heures. Appojîtum haris pulfandis Jlmulacrum.
On l'a ainli appelé du nem de l'ouvrier qui en a été
■ l'inventeur , qui s'appeloit Jacques Marc.
On appelle proverbialement Jacquematc un homme
mal-propre, en défordre , qui a quelque habit ,' quel-
que accoutrement ridicule , qui relfemble aux Jaque-
mars des horloges , qui onî ordinairement une figure
plaifante.
Quand on dit , Armé comme un Jaquemar , cela
vient de Jaquemaràe Bourbon , troifième fils de Jacques
de Bourbon, Connétable de France £ous le règne du Roi
Jean. C'étoit un Seigneur fort brave Se vaillant , qui fe
trouva dans toutes les occafions les plus dangereufes de
guerre & de tournois , mais qui pour donner bon exem-
ple , Se fe moquer des fanfarons, étoit toujours armé à
l'avantage , difant que les armes n'étoient faites que
pour cela , & dès-lors on appela Jaque-mars , tous ceux
qu'on voyoit armés de pié en cap. Ce qui même a don-
B
lo J A R
né lieu â ce proverbe : il efl: armé comme un Jaquemart ;
pour dire, il eft armé de cuiralFe <Sc embarrallé de Tes
armes. Ménage contefte cette origine ; il dit que ce mot
a été fait de Jaque de maille , qui étoit un habillement
de guerre.
|?3° Jaquemar. Ancien terme de Monnoyagp. C'étoit
un rellbrt placé au premier balancier pour faire relever
la vis du balancier quand elle fait fon eliort pour l'em
prcinte des efpcces. On le croyoit capable de produi-
re cet eftct: ce que l'expérience a démontré faux.
JaQ,uemar. Borel dit qu'on appelle aulîî Jaquemar , au-
trement Quintaine , un homme de bois planté en ter-
re , auquel on tire au blanc.
JAQUERIE. rojei Jacquerie.
JAQUES. Petite monnoie , qui a eu cours autrefois en
Galcogne , comme on a dit Jacobus en Angleterre , &
comme on dit maintenant Louis en France.
JAQUET ou JACQUET, f. m. Dimmutif de Jaques ou
Jacques. Son petit laquais , c'étoit Jaquet. Madame
DE Sévigné.
JAQUETTE, f. f. Robe de petits garçons qu'ils por-
tent jufqu'à ce qu'on leur donne la culotte. Toga. Cet
entant avoir appris mille gentillellés lorfqu'il n'avoit
encore que \x jaquette.
Borel dérive ce mot de auqueton , qu'il dérive du
Grec nûot. VoyeT^. Jacque.
Jaq,uette , eft aufli un habit de paylan fait en petites
cafiques {ans manches. Sagulum villatïcum.
|CF On appelle généralement jaquette tout vêtement
qui va jufqu'aux gejioux , & quelquefois plus bas.
On dit en plaifantant la Jaquette d'un Moine , d'un
Capucin.
On dit proverbialement qu'on a troulfé la jaquette
à quelqu'un ■■, qu'on lui a bien fecoué fa jaquette ; pour
dire , qu'on lui a donné le fouet , ou qu'on l'a battu.
On dit auili d'une chofe qu'on a tout-à-fiit oubliée
Je ne m'en fouviens non plus que de ma première y'^z-
quette.
J À R.
JAR, ou IJAR, r. m. Nom propre d'un mois des Hé-
breux. Ijar , jar. C'étoit le fécond mois de l'année Ec-
cléiîaftique , ou ficrée , qui commençoit par le mois
Nifan , Se le huitième de l'année civile , qui commen-
çoit par Titri. Il répondoit en partie à nonre mois
d'Avril. Selon Tornicllus, à l'an du monde 2/45, n.
iS, il avoir trente jours; & félon Bartolloci , dans fa
Bibliothèque Rabbinique, T. I , p. ^ qô , il n'en avoit
que 19. Il n'y avoit de fcte remarquable dans ce mois
que celle de la délivrance de la citadelle de Sion par
Judas Machabée, qui fe faifoit le ij du mois.
Ce nom vient du nom Chaldéen de ce mois Tiib>.
Torniellus, dit Jar, comme on dit Job , de iiiy ; mais
Bartolocci , Buxtorf , &c , difent Ijar. C'eft la pronon-
ciation Hébraïque. Jar paro'it mieux en nos langues à
caufe de l'analogie de Job _, Jé\abel^ J^W^ Jé:^rïta ^ &
même Jéabarïm , Se femblables , qui viennent de 511« ,
Vans, ~\\yi<, ■^-}\VA Se Dnapn-ip.
■|JCF On dit proverbialement en ftyle populaire qu'un
homme entend le Jar, pour dire qu'il eft iîn, qu'il
n'eft pas ailé de lui en frire accroire. L'origine de cette
façon de parler vient fans doute de ce qu'il n'y avoit
que les gens les plus inftruits qui entendilfent la ma-
tière du calendrier. Ainlî il faut écrire jar Se non pas
jars, comme on fait communément.
JAR. Rivière, f^oye^ Jecker.
JAR. f m. Voyei Jars.
JARACA. f. m. Nom d'un ferpent de l'Amérique méri-
dionale.
JARACAÉPÉBA. f. m. Autre forte de ferpent de l'Amé-
rique méridionale, aflez femblable à notre vipère, &
anlfi dangereux par fon venin.
JAR ACOAIPITIUGA. Nom d'une efpèce de ferpent qui
fe trouve dans l'Amérique méridionale.
JARAMOTH. Nom d'une Ville de la Tribu d'Ilfachar
dans la Terre Samte. Jaramoth. On la nomme aulfi
Jarmuth , félon l'Hébreu. Les Septante l'appellent
B-emmatk^ Remmas Se Ramoth. C'eft la même que
JAR
Rameth. C'étoit une ville Lévitique, un afile. P.
LuBIN, RÉLAND.
JARARACUCU. f. m. Nom d'un ferpent des Indes
occidentales , très venimeux. Il eft long de dix palmes;
il a des dents terribles , qui diftillent un poifon li dan-
gereux , que quand on en eft mordu , on meurr dans le
jour. Un 11 mauvais animal eft très fécond. Se l'on a
trouvé des femelles qui portoienr jufqu'à treize petits
Voiïms, de Mol. L. IF, c. f/.
S^FJARAVANA. Ville d'Afie , dans la Tartarie Mof-
covite , au pays des Daouri , fur la route de Sehnga à
Nipchou , aux frontières du royaume de Calka.
JARBAS, 1. m. Roi de Gétulie, étoit fils de Jupiter Am-
mon, félon Virgile, Se d'une Nymphe du pays des
Garamantes. Ce fut ce Prince , qui , irrité du refus que
Didon avoit fait de l'époufer, fit la guerre aux Cartha-
ginois.
JARCE , EE. adj. m. Se f. Vieux mot. Fendu, fêlé.
JARDAN. Le Cap Jardan. Jardanum promontorium ,■
anciennement , Jehty s promontorium. Ce Cap eft dans
le Belvédère , en Morée , entre le Golfe d'Arcadie ,
Se celui de Zonchio , .au couchant de l'embouchure
de la Longarola , Se au midi de celle de lAlphée.
Maty.
JARDAN. f m. Roi de Lydie, père d'Iole, MaîtrefTe
d'Hercule.
JAR DES. Foye\. Jardons.
ifT JARDIN, f. m. Efpace de terre renfermé de haies
ou de murailles , Se qu'on cultive avec foin pour y faire
croître des plantes utiles ou agréables , ou pour en fai-
re un lieu de promenade. C'eft pourquoi l'on diftin-
gue les Jardins en jardin de propreté , jardin fleurif-
te , jardin fruitier , jardin potager , Se jardm botanif-
te. /^oyej ces mots. Hortus. Les jardins font compo-
fés de parterres pour les fleurs , de potagers , de ver-
gers , de bois de haute futaie , & d'allées , félon leur
diverfe étendue,
Souffrei J Mufes , Jouffre^ , qu'à l'ombre du repos ,
Je chante des jardins le paifible Héros :
Ainjila Qumtinie apprit de la nature
Des utiles jardins l'agréable culture. Perr,
JxT^.Timfufpcndu. C'étoit chez les Anciens une terraftè
élevée fur les voûtes des édifices , où l'on plantoit en
pleine terre des arbres de toutes efpèces. Hortus penji-
lis. Ceux de Babylone ont été les plus conlidéra-
bles.
Ce mot vient de l'Allemand garten , ou gaart , qui
fignifîe la même chofe. Ménage. L'Italien àïtgiardino.
Du Cange dit qu'on a dit aulli dans la balfe Latinité
gardinum ,gardinus , Sejardinus ; mais il y a plus d'ap-
parence que ces mots Italiens Se Latins corrompus vien-
nent du mot de jardin , qui eft purement Bas-Breton
vu que cette langue étoit en ufageen France avant que
le Latin y lïit connu. Henri Poftel prérend que jardin j Se
en Efpagnol huerto , guerto , viennent du mot Punique
kartha , qui fignifie , dit-il , un lieu muni , entouré ■
d'où font venus les noms Canhago , Carthage , Se G&-
dio, Cadiz ; mais il fe trompe. Le Kartha Funiaue eft
IcKiriath Hébreu , Se lignifie dans l'une & l'autre lan-
gue non pas un jardin , mais une ville.
Goetzius , Surintendant de Lubec , imprima ea
1 706 , une Differtation fur les Savans qui onr aimé les
jardins , ou la Campagne ^ K,t<;^,A« , feu de Eruditis
hortorum cultoribus. Il met de ce nombre pour les An-
ciens Adam , Saint Grégoire de Nazianze , Saint Auguf-
tin , Pline Se Cicéron. Il ne devoir pas oublier le vieux
Caton , ni Platon & fon Académie.
Jardin , fe dit aufli d'un pays fertile , d'une terre agréa-
ble Se cultivée. La Touraine eft le jardin de la France.
Gouverneur de ces beaux climats y
Que du Ciel la douce influence y
Loin des hyvers & des frimats y
A fait le jardin de la France. N. ch. de vers.
Il n'y a point de fi beau jardin pour les fruits , que
la Halle ; on l'appelle /izrifi/2 pavé. Le Paradis terreftre
a été appelé \e jardin i'Eden,\e jardin de délices. Le
■J A R
jardin des Hefiaciides. Le jardin du Roi eft celui où l'on
cultive les plantes médicinales , tk où l'oa cnfeigne à
connoîtie les iunplcs.
Jardin, fe dit proverbialement en ccsphrafes. On dit de
celui qui dans un di(cours mêle quelques paroles qui
attaquent indu-ettement quelqu'un , qu'il jette des
pierres dans ion jardin. On dit aulli de celui qui dif-
pofc ablolument de l'clprit ou des biens d'un autre ,
qu'il en fait comme des choux de (on jardin. On dit
encore figurcmcnt de celui qui a lait quelque ouvrage ,
quand il le préfente , que ce font des fruits de fon
jardin.
Donner le jardin. Terme de Fauconnerie , qui fe
ditde certains oileau'x , comme des laniers , des ficres ;
& iîgnifie , les mettre au grand air , leur faire pren-
dre l'air.
Quelquefois on appelle fur mer les balcons d'un
vailleau qui font ouverts , du nom de jardin.
Jardin. Terme de Philo(ophie hermétique. Le jardin
où le foleil luit nuit o: jour; c'cftlc fourneau philolo-
phal , où il y a du feu qui prépare continuellemenc
l'œuf des Philolophes.
JARDINAGE, f. m. L'art de cultiver les jardins. Àrs
. hoici colendi j Ars honulani , res hortenjis. Cet Art
eft très-étendu , & erabralle tout ce qui concerne la
manière de planter , de décorer & de cultiver toutes
fortes de jardins. Le jardinage a été mis depuis peu
de tem^ en un haut point de perfection par le lieur
Le Noitre. La Qiùatinie eft encore allé plus loin , &
nous a donné une ample inftruétion fur le jardinage.
M. Fatio a donné au public un livre fur le jardinage ,
où il enfeigne hs moyens d'employer utilement les
réflexions du foleil. On ne fauroit allez louer les amu-
{emcns da jardinage , Se l'innocente occupation que
donne la culture des fleurs, «Se des fruits. f^oye:( le
beau Pocme Latin du P. Rapin liir \c jardinage. Hono-
rum lihri IV -, & fa Dillertation , de difciplina cultu-
re hortenjis.
Jardinage , eft aulll un terroir propre pour y faire un
jardin, il faut de la terre gralle & noire pour le jar-
dinage. Le fable , le terroir pierreux & de roche , ne
valent rien pour le jardinage.
fK? Jardinage , fignitie auili collectivement pluiîeurs
jardins mis enfemble qui (e trouvent dans un même lieu.
La moitié de c(me.\\\\ct{itn jardinage. On voit dans ce
quartier de beaux jardinages.
JARDINER, v. n. Travailler à fon jardin , & le cultiver
foi-même. Hortum colère. Il ne le dit point des ou-
vriers de mercenaires. Un curieux fleurifte fe plait à
jardiner , à planter , à cultiver (qs fleurs. Ce Terme
n'eft que de la converfation.
Jardinïïr. V. a. Terme de Fauconnerie , qui fe dit des
oifeaux qu'on expofe le matin au foleil , à l'air , à la
verdure , ou dans un jardin. Il fa.az jardine ries autours
fur la barre , ou fur la perche , & donner le jardin aux
laniers & aux facres fur la pierre froide.
JARDINET, l. m. diminutif. Petit jardin. Hortulus. Dans
le cœur de la ville il fe faut contenter d'un jardinet,
Ip- JARDINEUSE. adj. f. Terme de Joaillier. On ap-
pelle Emeraudes Jardineufes celles dont le vert n'eft
pas de fuite , qui ont quelque chofe de fombre & de
mal net , comme s'il y paroifl'oit des branches , des
veines , des brouillards.
JARDINIER , 1ÈRE. f m. & f. Qui travaille à cultiver
un jardin. Hortulaniis. Il yaàParis un corps, une mai
trife de Jardiniers , des ftatuts de Jardiniers. Le livre
du Jardinier François. On dit un Jardinier Fleurifte.
La Quintinie dit Jardinier 3. fruitier , Jardinier à pota-
ger , Jardinier Fleurifte , Jardinier Maréchais , c'eft-
à-dire, comme il l'explique lui-même. Jardinier de
marais delTéchés , Jardinier a. pépinières, qu'il appel-
le Pepiniérifte. Jardinier Botanifte , qui s'attache aux
plantes rares , médicinales , étrangères.
En voyant ces œillets qu'un illujlre guerrier
Arrofe d'une main qui gagne des batailles ,
Souviens-toi qu'Apollon bâtijfoit des murailles ,
Et ne t' étonne pas que Mars fait iaxdin'Kï.
RSC, DE VERS.
Tome V.
JAR II
§C?On appelle aullî Jardinier celui qui entend bien
l'ordonnance , la culture & l'cmbcllillémcnt des jar-
dins , &: qui en donne les defleins.
Jardinier , iÈre , fedit aulïi de celui ou de telle qui
vend les fruits , les Heurs , & les herbes d'un jardin.
On dit proverbialement par reproche à ceux qui ne
fe fervent point d'une choie , & qui en veulent empê-
cher l'ulage aux autres ; qu'ils font comnic le chien
du Jardinier , qui ne mange point de choux, & qui
ne veut pas que les auues y touchent.
Jardinier. I. m. En terme de Fauconnerie , on dit
il faut faire le matin l'Autour Jardinier , c'eft à dire ,
le mettre (ur une motte au jardin avec une longe , au
loleil, ou fur une perche à l'abri du vent. Faultrier.
Jardinière. L f. Les Lingères donnent ce nom à une
broderie qui n'eft pas en plein ; mais feulement au
bord des manchettes , des jabots & des coUfiés. Les
jardinières n'ont qu'un pouce de largeur , &z quelque-
fois moins. Je viens d'acheter une douzaine de" paires
de manchettes brodées. Elles ne font pas brodées en
plein : ce ne font que des jardinières. On a aulîi donné
ci devant le nom de jardinière à une efpête de petite
dentelle qui n'avoit qu'un tiers de pouce , que les fem-
mes mettoient au bord de leurs coëffes.
JARDONS. f. m. pi. ou JARDES. Terme de Manège.
Ce lont des tumeurs callcufes & dures qui viennent
aux jambes de derrière d'un cheval , & qui font il-
tuécs au dehors du jarret , au lieu que l'éparvin
eft en dedans. Calloji tumores in extremo equi
popltte. Les jardons eftropient le cheval , fi on n'y mer
pas le feu à propos. Le mot de jardon fignihe aulH
l'endroit du cheval où vient cette forte de maladie.
SoLElSEL.
JAREPHEL. Ville de la Tribu de Benjamin , dans la
Terre-Sainte. Jarcphel. Dans Saint Jérôme Jarephel.
Dans les Septante Selica. Jof. XVIII. 2j.
JARET. f. m. Voye-[ Jarret.
JARETTA. (la) C'eft le nom d'une des grandes rivières
de la Sicile. Jaretta. Elle a fa fource dans la vallée
de Démona , entre la montagne de Madonia , 8c le
mont Gibel ; & après avoir reçu le Dataino , elle coule
le long des confins de la vallée de Noto , & fe déchar-
ge dans le golfe de Catane. Ce font plufieurs petites
rivières qui , réunies dans un même lit , prennent le
nom de Jaretta. Quelques Géographes la prennent
pour le Sim^thus , ou Symdthus des Anciens ; que
d'autres eftiment être la rivière de S. Paolo , qui fe
décharge dans le même golfe à_ deux lieues de Jaret-
ta , du crité du midi. Maty.
JAREZ. ( le ) Petit pays de France dans le Lyon-
nois , aux confins du Forez , entre le mont Pila à
l'orient, & la Loire à l'occident, , au-delîôus de S.^
Etienne.
JARGAUDER. v. n. En Champagne , jargauder fe di
de l'action du Jars , lorlqu'il couvre l'oie femelle.
Ménage , Diclion. Etym. au mot Jar ou Jars.
JARGEAU. Voyei Gergeau.
JARGON, f. m. Langage vicieux & corrompu du peu-
ple , ou des payfans , qu'on a de la peine à entendre.
Plehéius ferma. Dans toutes les Provinces le peuple
parle un jargon diftérent de la langue des honnêtes
gens. A la vérité il parloit très-mal , & fon langage
n'étoit qu'un jargon mêlé d'Italien , de François &
d'Efpagnol. Boun.
0Cr Ce mot vient de l'Efpagnol gerigonça. Covarru-
ViAS. L'on difoit autrefois gergonner. Ménage le fait
venir de Barbaricus ; &c voici la généalogie en droite
ligne. Barbarus , Barbaricus , Baricus , 'Varicus , Uari-
cus , Guaricus , Guargus , Gargus , Gaigo Gargonis ,
Jargon & Gergon. Rifum teneatis j amici ?
Jargon , s'eft dit originairement du bruit que font les
oifeaux , d'où il a été transféré aux hommes. En ce
lens il vient de jar , oifon.
Jargon , fe dit aulfi abufivement , Se par extenfion ,
en parlant des langues mortes , ou étrangères , que
nous n'entendons pas. Il faut un truchement pour
entendic le jargon de ces étrangers. Il fe dit même de
la langue du pays , quand on la parle d'une manière
qui paffe la capacité des autres. Molière fait dire à
Bij-
r% J A R
uiie rei-yantc , en parlant de la langue Françoifc , &
de {es règles :
Toiu ce que vous prêche^ efl , je crois , bel & ion :
Mais je nefaurois , moi ^ parler votre jargon.
Jargon , ell: aulli une laiigue fadice , dont les gens
d'une même cabale conviennent , afin qu'on ne les
entende pas , tandis qu'ils s'entendent bien entre eux :
tel ell: la jargon, de l'Argot, donc fe fervent les cou-
peurs de bourle , les Bohémiens, &c. Je ne fais pour-
quoi l'on dit que ce jargon ell: compolc pour k plus
grande partie de mots tirés du Grec. Il y a beaucoup
moins de Grec dans l'Argot que dans le François or-
dinaire.
Jargon, fe dit aullI d'une certaine atfeélation dans le
langage , d'une certaine fingularité dans les manières
de parler. Quel diable de jargon entends-je là î Moi.
Les précieufes , pour fe diftinguer du commun , fe font
fait \m jargon particulier. Bouh. C'ell: à dire un ftyle
compofé de phrafes recherchées , & de mots choilîs
cV- atlèét».
Jargon , lignifie encore un ftyle général , une manière
de paijer qui n'einporce rien de réel dans le fond. La
civilité eft une efpèce de jargon que les hommes ont
établi entre eux pour fe cacher les mauvais fentimens
qu'ils ont les uns des autres. Bell. Ce j argon àc civi-
lité conlifte en des manières &c des paroles honnêtes
& obhgeantes , fuis qtie l'intention y réponde. Id.
Jargon. (. m. Terme de Joaillier. Diamant très jaune ,
moins dur que le vrai diamant.
Jargons, f m. pi. Petites pierres de la grolTeur d'une
tête d'épingle , d'un rouge brillant , que quelquefois
les Epiciers Droguiftes donnent pour de véritables hy.a-
cinthes. On en tire beaucoup du Puy en Auvergne.
JARGONELLE. (. i. Efpèce de poire du mois de Sep-
tembre. C'cft une poire de médiocre grollèur, lon-
guette , un peu pointue , rouge d'un côté , jaune par-
tout ailleurs , fèche & un peu calfante , qui a l'eau
fort fucrée. Elle a un goût rare & diftingué , qui la
feroit fort eftimer , fi elle n'étoit pas pierrcufe. Il y a
pourtant des terroirs qui lui font fi avantageux , qu'elle
y vient plus grolfe qu'à l'ordinaire, prefque fans pier-
res , avec beaucoup d'eau , & d'un goût merveilleux.
Lorfque cette poire n'a pas encore atteint fa pleine
maturité , &c qu'on lafeit cuire, elle eft excellente.
JARGONNER , v. n. Parler un langage corrompu, ou
qui n'eft pas intelhgible. P Icleïo fermone uti. gCF De-
puis deux heures ils font à jargonner enfemljle. 11 eft
quelquefois ad. Us jargonncntjcne fais quoi. Ce mot
n'eft que du ftyle familier.
Il lignifie quelquefois murmurer tout bas , parler
entre les dents , en lorte qu'on ne puillè pas être en-
tendu. MUSSARD.
Loret , a employé dans le ftyle burlcfque le mot
• àc jargonner , pour celui déparier, lorfqu'il dit :
Paffons dans cette île enchantée ,
Tant renommée & tant vantée j
Et jargonnons du grand cadeau
Qui fut fi loyal & fi beau.
Jargonner. Terme de Fauconnerie ou d'Oifelier. C'eft
le verbe dont on fe fert pour exprimer la manière de
crier des jars ou oifons. Quand les oiions jargonnent ,
ils etourdillent tout le canton.
JARGONNEUR. f m. Qui fe fert d'un langage inintel-
hgiblc , ou inufité. M. l'Abbé Trublet , après avoir
parlé en faveur des Écrivains , qui , pour faire mieux
fenrir la force de leurs penfées , hafaident des expref-
fions lini;ulières ; propofe l'exemple de Montagne ,
Auteur plus en vogue que jamais, malgré les défiuts,
qu'il met dans tout leur jour. Il faut rapporter le paf-
lage en Ion entier.
" A raifonncr fur les principes de quelques Écri-
» vains, on a grand tort de faire tant de cas du ftyle
» de Montagne , Se de le trouver fi agréable. Monta-
» gne eft un jargonneur pour le temps même dans le
>■> quel il a écrit ; fes contemporains le lui ont repro- I
J A R
» ché. H ne refpecT:e point la langue. Il ofc en difpo-
» fer comme de Ion propre bien. Il franchit fans
» krupule les bornes de l'ufage. C'eft un moyen bien
» facile de dire tout ce qu'on veut. Qui eft ce qui
» n'auroit pas de l'efprit a ces conditions la s'il en
>' vouloir avoir iEJJais de Littér. & de Mor. p. jS2.
de la 2' edit.
Jargonneur , fignific quelquefois fimplement , qui par-
le: comme dans cet exemple de Madame de Ville-
dieu , tom. I , p. j4j.
Un fanfonnet, jargonneur ^f^/z^z/ej
De captif qu'il étoit , devenu volontaire ^
De dcfirs amoureux fe trouva régalé -,
C eft de l' indépendance une fuite ordinaire.
On peut le dire de même en plaifantanr de ceux
qui afteétcnt ce ramage de fociété nommé jargon.
JARGUERIE. f. m. Vieux mot. Ivroie.
JARIM. Montagne de la Terre - Sainte. Jarim. Elle
étoit dans k Tribu de Juda , du côté du nord , fur
les confins de la Tribu de Benjamin. Les Septante
prennent ce lieu pour une ville. Jarim , ou Jearim ,
en Hébreu , fignifie des bois , des forets ; apparem-
ment que cette montagne en étoit couverte , & que
c'eft la caufe de fon nom.
JARIUNA. f m. C'eft un arbre qui croît dans l'île de
Jucaija , &z qui reftemble au figuier. Il poile un fruit
long d'une palme , mou comme la figue , favoneux
& vulnéraire. On allure que fes feuilles réduifcnt les
luxations. Ray, Hift. Plant.
JARLOT. f. m. Terme de Marine. Entaille que l'on
lait dans la quille d'un vailleau, dans l'étrave &c l'é-
tampbord , & où l'on fait entrer une petite partie du
bordage qui couvre les membres.
JARMOUTH. royei Vermouth.
JARMUTH. Foyei Jaramoth , & JÉrimoth.
JARNAC. Bourg de France , fitué dans l'Angoumois ,
fur la Charente , entre Angoulcme & Saintes. Jarna-
cum, Jarniacum. Ce lieu eft célèbre dans l'hiftraire par
la vidoire que Henri duc d'Anjou , frère de Charles
IX , 6c depuis Roi de Pologne , &c de France enfuite,
fous le nom d'Henri III , y remporta fur les Huguenots
l'an I j6c, , au mois de Mars. Le Prince de Condé ,
qui les commandoir , fut tué par Montefquiou à la
journée de Jamac. De Valois met Jamac entre Châ-
teauneuf & Cognac , & remarque que depuis 6oo
ans & plus on a commencé à l'appeler non feule-
ment Jarniacum , mais encore Ajarniacum. , Ajemia-
cum & Agerniacum. Kot. Gall. pag. 24.S.
Coup de Jarnac. Voye-:^ Coup.
JARNAGE , perite ville de France , dans la Haute-
Marche , Eledion de Gueret. Il y a une Juftice Royale.
JARNI. Mot corrompu , qui entre dans plulîcurs for-
tes de juremens , (S: qui fait un ferment déteftable ,
quand on y joint le nom de Dieu : car ce mot jarni eft:
une corruption de ceux ci : Je renie. Plulîeurs perfon-
nes , pour éviter cette impiété, y ajoutent d'autres
mots à la place du nom de Dieu , Se difent Jarnibleu ,
jarnicoton , &c. Ce derr.ier ne fe dit que parmi le
peuple II s'emploie aulîî fouvent comme une efpèce
d'interjedion : Jarnicoton , que vous êtes fin ! Paptt !
quàm callidus es!
JARNICOTON. Sorte de jurement burlefque. Jarni-
coton, iu me le payeras. Ah ! jarnicoton , je ferai bat-
tu comme plâtre. On prétend que l'origine de cette
façon de parler eft telle. Henri IV avoit contradé la
mauvaifc habitude de dire à tout moment , Je renie
Dieu. Le P. Coton j fon Confelfeur , lui fit fentir
l'indécence de cette exprclfion dans la bouche d'un
grand Prince. Le Roi lui répondit qu'il n'avoit pas de
nom qui lui fut plus familier que celui de Dieu , ex-
cepté peut-être celui du P. Coron. Eh bien , Sire', re-
partit le P. Coton , dites donc : Je renie Coton. D'où
eft venu jarnicoton.
JAROMITZ. Petite ville de Bohème , fituée fur l'Elbe ,
dans le Cercle de Koningingretz , Se à trois lieues au-
delfus de la ville de ce nom. Jaromitia , Jarorrùerfa.
Maty.
J A R
J AR
JARON , ou JARRON. Ville de Perfe , dans le Far-
iilfan , entre Sciias & Bjiidercongo.
MROSLAW. Nom d'une ville du Royaume de Polo-
gne. Jarojlavia. Elle a ujie bonne ciradclle , «îs: elle
ell litute dans le Palatinat de Lembourg , dans la Hul-
lie Rouge , fur la rivière de Sana , au-dellous de la
ville de Préniiflle. Maty. Long. 40" j8'. lat. 49"
58'.
JAROSLAW. Nom d'une ville de la Mofcovie. JcroJ-
lavia. Elle eft lituée fur le 'Wolga , à douze lieues
de Rofthov^ , & à cinqu.uite de Molcow , du côté du
nord. Cette ville eft défendue par un château de bois.
Elle eft grande, bien peuplée , tort marchande , «Se
Capitale d'un Duché qui porte l'on nom.
Jaroslaw. ( le duché de ) Jeroflavïcnfis Ducatus. C'eft
une province de la Mofcovie. Elle e(t bornée au
nord par le Duché de Wologda , au levant par celui
de Sufdal, elle a au midi celui de Roftùw , ^ au
couchant ceux de Novogorod WeJiki , &: de Bielo-
zero. On n'y remarque aucun lieu conlîdcrable que
Jarojlaw , la capitale. Nous prononçons Jarojlaw.
JAROUN. Ville d'Alîe, dans la Tarrarie, au pays de
Gété, au delà de Seiram.
JARRE ou GIARRE. f. f. Terme de Marine. Grande
cruche qui Icrt à mettre de l'eau douce , pour la con-
{èrver meilleure que dans les futailles. Nautica hy-
drid. C'eft auili une mefure de quarante jîinfes. Four-
NiER. On appelle aullî Jarres les fontaines de terre
cuite dont on fe fcrt dans les maiions.
Ce mot vient de Mrro , Elpagnol , qui fignific un
pot.
Jarre. Mefure , dont on fe fert dans quelques Échel-
les du Levant , particulièrement à I^Iétclin , pour
mefurer les huiles & les vins. Le jarre de Mételin
eft de /ix orques, qui font environ 40 pintes de
Paris.
ft? Dans les Manufaâures de Chapeaux on donne le
nom de Jarre au poil long , dur &: luiiant qui fe
trouve fur la fuperficie des peaux de Caftor , qui ne
peut pas entrer dans la fabrique des chapeaitx , n'é-
tant pas propre au feutrement. C'eft ce poil que les
Ârracheufes ou éplucheufes arrachent dans les manu-
factures avec des pincettes.
§3" JARRE, fe dit aulîî du poil de la Vigogne, /^ojeç
Vigogne.
JARRE. ( L'Ordre de la ) Ordre militaire , qui s'appelle
auiïï l'Ordre du Lis , & l'Ordre du Griffon , mais
communément , dit l'Abbé Juftiniani , Part. II , c.
(f ) , l'Ordre de la Jarre ; en Efpagnol de la Jarra ,
ou plutôt dei Jarro. Ordo mU'uaris à cantharo , ou ab
Amphora diclus. Jarra ou Jarro en Efpagnol lignifie
un pot, un valifeau à mettre de l'eau ou du vin.
Voye:^ au mot Lis.
JARRÉ, EE. adj. m. & f. Les laines jarrces ou piquées
de jarres , font de longs poils blancs , & aullî roides
que la foie de bléreaii.
JARRE BOSSE, f. f. Terme de Marine. Corde garnie
d'un crampon de fer , dont on le lert pour accrocher
l'anneau de l'ancre quand elle lort de l'eau. On l'ap-
pelle auilî candektte Se bojfe de hojfoir.
JARRET, f. m. C'eft dans le corps humain la partie
poftérieure & charnue où la jambe fe joint à la cuille ,
que les Latins appellent /jo/j/w , de pojl pUco j à caule
qu'elle fe plie en arrière -, car pour l'antérieure on
l'appelle ^enou , à caufe de l'angle qui s'y fait en le
ployant. Cet homme a le jarret foaple, il eft ferme
fur fes jarrets.
Du Cange dérive ce mot de garcclum ou garret-
tum , qu'on a dit dans la balle Latinité , ou de ga-
rcffo Italien. Il vient plutôt de ^arr , mot Celtique ou
Bas-Breton , qui fignifie jambe.
^3' On le dit aullî de l'endroit où fe plie la jainbe de der-
rière des animaux à quatre pieds. Un jarret de veau ,
un Jarret de bœuf.
En termes de Maréchalleric , le jarret d'un cheval
eft la jointure du train de derrière qui affcmble la
cuille avec la jambe. Il faut qu'un cheval ait les /ar-
rets grands , amples , bien vidés & fans enHure , qu'il
fâche bien plier les jarrets. Les courbes , les fouhn-
13
drcs, k'séparvins , &c. font les maladies de jarret.
On dit en termes de Vénerie , jarret droit eft mar-
que de vîtellè aux chiens. Salnovij.
On dit figiuémcnc &. balleinent d'un liomiuc qui
fe meurt , qu'il roidit le jarret.
JaRRkt, cil auili un terme de Jardinier , qui lignifie
une branche d'arbre tort longue & dépouillée d'au-
tres branches à droite & à gauche. Rarnus ramis ad-
vementihus fpoliatus J nudacus. Il n'y a rien de fi vi-
lain que de voir ces jaruts , tant dans un buiflon ,
que dans un efpalier. La Quintinie. On ne confcrve
les jarrets que pour garnir les arbres.
Jarret, en termes de Maçonnerie, fe dit des bofles ,
ou autre inégalité &c éminence fur les voûtes , ou
quelques autres ouvrages qui ôtcnt l'ég.ilité du con-
tour. Ancoii. Cette 'oiite Îaw. jarret : elle jarrctte dans
. la courbure de fa douelle. Jarret eft une imperfec-
tion d'une diredion de ligne ou furface , qui fait une
linuoflté ou un angle. Le jarret faillant s'appelle Cou-
de , le rentrant s'appelle Pli. Une ligne droite tait un
jarret avec une ligne courbe, lorfque leur jonétion
ne fe fait pas, au point d'attouchement , ou que la
ligne droite n'eft pas tangente à la courbe. Frezixr.
^3" On le dit auiîî en hydraulique du coude que fait
une conduite d'eau qu'on ne peut faire aller en ligne
droite à caufe de la lituation du terrein , ou de la
difpofition du jardin qui fait un angle.
JARRETER , v. n. Terme d'Architedure. Quand dans
une ligne droite ou courbe il y a un angle , ou une
onde , qui en ôte l'égahté du contour , on dit que
cette ligne jarrctte _, Se cela fe dit aullî des voûtes &
des arcades , qui ont ce détaut dans la courbure de
leur douelle.
Jarbjter; , V. a. Terme de jardinage. Faire des jar-
rets. Ramos ramo advenientes prAcïdere. Ramumfpo-
iiare ramis advenïentïbus. Ce Jardinier /ûrrerr.; la plus
grande partie de l'es arbres. Liger. Défaites-vous de
la méchante coutume que vous avez de jarreter vos
arbres. Id.
JaRReté , ÉE. adj. Il fe dit des chevaux & des mulets,
qui ont les jambes de derrière tournées en dedans ,
éc fî peu ouvertes que leius deux jarrets fe tournent'
prefque quand ils marchent. Cheval jarretté. Cavalle
jarretce. C'eft la même choie que crochu.
JARRETIER , eft un nom qu'on donne au cheval qui
a les jarrets trop proches l'un de l'autre. Compernis.
Ce nom vieillit , Si on dit plutôt maintenant lui che-
val crochu , ou un cheval jarreté.
Jarretier. f m. Terme d'Anatomie. C'eft le nom que
les Anatomiftes donnent à un mufcle qui eft placé
fous le jarret, &C que du nom Y-iam poplcs , qui fîgni-
fîe/arrtff, ils .appellent autrement i-*OjP/ire'.Pci/i/ir« /72 /^y^
culus. Le fécond mufcle desabdudeurs de la jambe eft
le jarretier , qui prend Ion origine du condile externe
Se inférieur du fémur , èc va s'inférer obliquement de
dehors en dedans à la partie fupérieurei?c intérieure du
tibia. Ce mufcle eft de figure carrée & conjointement
avec le membraneux , qui eft le premier abduéteur , il
fait l'abduétion de Li jambe, en la tirant en dehors.
DiONIS
JARRETIÈRE, adj. Terme d'Anatomie , qui fe dit
d'une veine faite de différens rameaux unis enfemble.
l^ena popiuica. Elle monte du talon , & pallant par le
jarret fe va terminer dans la crurale ; on l'appelle au-
ivemenz poplitique.
Jarretière, f. f. Lien avec lequel on attache fes bas
vers le jarret. Cruralis ligula , perifcelis. Autrefois on
mettoit les jarretières fous le jarret , maintenant on
les met fur le genou. Jarretière de foie. Jarretière de
boucles. _ji
Ménage dérive ce mot Ae V An%\ois gdfter , ou du
Bas-Breton garr , qui fignifie la jambe d'où l'on a fait
jarret.
On dit figurément & baffement , qu'un homme ne
va pas jufqu'à la jarretière d'un autre , pour dire ,
qu'il a moins de mérite , moins de capacité , moins
de fcience que lui.
On dit proverbialement , donner des jarretières à
quelqu'un ; pour dire , lui donner des coups de fangle
14 J A R
fur les jambes. On dit aulTi familièrement , je lui tail-
lerai hïen des jarretières , pour dire , je lui donnerai
bien de la peine , bien de l'exercice.
Jarretière , eft auflî un fameux Ordre de Chevalerie
d'Angleterre j inftitué par Edouard III j en 13J0. Or-
do Garterianus. Chevalier de la Jarretière. Eques Pe-
rifcelidis , Eques Garterianus. Il n'y a que vingt-cinq
Chevaliers , ils portent une jarretière bleue à la jambe
gauche j avec cette devife , Honni foit qui mal y pen/i :
on dit que c'cll en l'honneur d'une jarretière de la Com
telle de Salisburi qu'il avoit ramaiîée , & qu'elle avoir
■ laillé tomber en danlant. Quelques-uns en doutent.
Larrey dit que l'on tient pour une fable que la devite ,
Honni Joit qui mal y penfe , ait été priie des amours de
ce Prince avec la Comtelfe de Salisburi, & on prétend ,
dit il , qu'elle ne fut employée par le fondateur que
pour marquer la bonne intention qu'il avoit dans l'é-
tablillement d'un Ordre qui obligeoit ceux qui le re-
ccvoient à fe tenir inféparablement unis , &c qui de-
niandoit d'eux uji attachement inviolable à la vertu.
Selon les Hiftoriens les plus exadts , Edouard III inf
titua cet Ordre l'an 1 3 jo , ou 1 349. La victoire qu'il
remporta à Creci en tut , dit on , l'occafion. Quelques
Hiftoriens dilent qu'Edouard fit déployer la jarretière
pour le fîgnal de la bataille , & qu'à caule de cela il
voulut qu'une jarretière fût le principal ornement de
cet Ordre, qu'il établilloit pour monument de fa vic-
toire , &: un {ymbole de l'union indilloluble des Che-
valiers.
Il y a dans le Troifième tome des Acla Sanclorum
apr. des BoUandiftes , une Dillcrtation du P. Papé-
brock fur l'Ordre de la Jarretière. C'eft le Chapitre
X de fes Analecla fur faint George. Il y dit que cet
Ordre n'eft pas plus connu fous le nom de la Jarretiè~
re , que fous celui de S. George ; que quoiqu'il, n'ait
été inftitué que par Edouard III , il avoit pourtant été
projette avant lui , pat Richard I j dans fon expédition
de la Terre Sainte , h l'on en croit un Auteur qui écri
Voit fous Henri VIII; qu'au refte il ne (ait point lur
quoi fondé cet Auteur l'.-ivance ; que quelques Au-
' leurs placent l'époque de cette inllitution p.tr Edouard
III , à l'an 1550, mais qu'il aime mieux fuivre Froif-
fard qui la met à l'an 1344 j la dix-huitième du rè-
gne d'Edouard ; que cette époque convient mieux à
l'hiftoire de ce Prince , qui parle d'une grande aflèm-
blée de Chevaliers qu'il fit cette année-là. En i^ji,
Edouard VI fit du changement dans le cérémonial de
cet Ordre ; ce Prince le compola en Latin , & l'on en
conferve encore l'original écrit de fa main. Il ordon-
na premièrement que l'Ordre ne porteroit plus le nom
de S. George , mais celui d'Ordre de la Jarretière. Il
retint la devile, honni foit qui mal y penfe ,&c nuYicu
de l'effigie de S. George qui étoit gravée fur le collier
de l'Ordre , qui eft d'or fin entrelacé de rofes émaillécs
de rouge , il voulut qu'on repréfentât un Chevalier
portant un livre fur la pointe d'une épce , avec ce mot ,
Proteclio , gravé fur l'épée , & cet autre , Verbum Dei ,
gravé fur le livre ; que de l'autre main il tint un bou-
clier , avec ce mot ,fides. Il conierva les anciennes ar-
mes de S. George j qui (ont une croix de gueules dans
un champ d'argent , que les Chevaliers font obligés
de porter lur leurs manteaux ou lur leurs cafaques de
campagne , qiund ils n'ont point leur habit de céré-
monie. C'eft ce qui fut ordonné depuis par le règle-
ment de 1 ôirt , qui ajouta à ces armes une étoile bril-
lante de diamans. Larrev.
Les habits de cérémonie (ont la robe (5c le manteau
de velours bleu , avec le bonnet ou le chaperon de
velours noir. Edouard VI n'y changea rien. Les Che-
valiers portent au-dellous de l'épaule gauche fur le
juftaucoBjps, les armes de S. George, qui font une
croix rouge avec \z jarretière à l'entour, & une étoile.
Ils portent encore un large ruban bleu de l'épaule
gauche à la droite ,' d'où pend l'image de S. George à
cheval , qui cil le Patron de l'Ordre. Les Chevahers
n'étoient autrefois que vingt-quatre. Edouard ne les
augmenta pas. Le Gardien , Souverain de l'Ordre , eft
toujours le Roi d'Angleterre. Outre les vingt-cinq
Chevaliers , il y a trois Officiers. Le Prélat , c'eft l'Es ê-
J A S
que de Winchefter : le Chancelier, c'eft l'Évcque de
Salisburi , le Greffier , c'eft le Doyen de Windfor.
Depuis la première inftitution de cet Ordre, on
compte huit Empereurs, plus de trois cens RoiSp &
un grand nombre de Princes qui l'ont porté. Quand le
Chevalier meurt , on doit renvoyer les ornemens.
Les Chevaliers de l'Ordre de la Jarretière n'ont
point porté de collier avant Henri VIII, Roi d'Angle-
terre , n'y ayant que les ftatuts qui furent réformés par
ce Prince en 1521, qui en falfent mention. P. Hélyot,
T. FUI, C. 44.
On peut confulter fur l'Ordre de la Jarretière
Cambdcn , Ashmole , Lélan , Polydore Virgile , Sé-
gare, Glover, Favyn. Erhardus, Ccllius iSc le Prince
d'Orange , dit Papébrock , ont iait des defcriptions
des cérémonies ulitées à la réception des Chevaliers,
Un Moine de Cîteaux , nommé Mendocius Belvaletus,
ou Bcauvalet , a fait un Traité intitulé la Jarretière ,
ou Spéculum AngUcanum j que Philippe Bolquier a
imprimé fous le titre de Catéchilme de l'Ordre des
Chevaliers de la Jarretière j dans lequel cet Auteur
explique les allégories , vraies ou prétendues de ces
cérémonies , & ce qu'elles fignifient.
Jarretière , eft aulfi le nom du Roi d'armes d'Angle-
terre. Je vous envoie par le licur Chevalier de Wal-
ker , Jarretière-Roi d'armes , la médaille dite le Geor-
ge. Let^de Charl. II ,à l'Elecl. de Brapd. Le Héraut
appelé Jarre tière-Koi d'armes d'Angleterre , eft le
quatrième des cinq Officiers de l'Ordre de la Jarretière.
P. HÉLYOT, T. Fin, C. 4.4.
En termes de fortilège, on appelle la /arrm'èr(;, une
jarretière enchantée avec laquelle on prérend qu'on
fait beaucoup de chemin en peu de tems.
JARS, f m. Grofle Oie mâle. Arifer. Un bon Jars.
Ce mot s'eil: formé du Latin geni;a , qui s'eft dit pour
jars dans la baffe Latinité. Valois , Not, Gall. pag.
22 j , col. I .
LE JARS, f m. Il y a deux Abbayes en Fr.aiice qui por-
tent ce nom , l'une dans la Brie à une lieue de Me-
lun; l'autre en Poitou , à lix lieues de Lucon.
JARSEY. Foyei Gersey.
^S'JART. f m. Animal de la Laponie, d'un poil gris
brun , de la hauteur d'un chien. Gulo. Le Jart fiit une
guerre langlante aux Rennes. Il monte dans les ar-
bres pour voir &: pour n'être point vu , & lorfqu'il
vient à palier deffous une Renne, foit iauvage, foit
domeftique , il fe jette fur Ion dos , & mettant les pat-
tes de derrière fur le coil , & celles de devant fur la
queue , il s'étend &: fe roidit avec tant de force , qu'il
fend la Renne fur le dos , & enfonce (on mufeau qui
eft extrêmement pointu , dans le corps de la bcte , dont
il boit tout le (ang. La peau du Jart eft très-utile &
très belle ; on la compare même aiLx zibelines. Regn,
Voy. de Laponie.
J A S.
JAS, ou JOUAIL, ou Eiîîeu, jouet. Terme de Marine.
^nchor^ axis ligneus. C'eft un alfemblage de deux
pièces de bois qui (e met de travers au bout de l'ancre ,
pour l'empccher de ("e coucher (ur le fable , & faire
enforte qu'une des pattes (oit toujours à plomb , afin
qu'elle morde fur le terrein pour retenir le vailfeau.
jAS. f m. C'eft le nom qu'on donne dans les marais
lalans au premier rélervoirdeces marais. LeJas n'elHé-
paré que par une petite digue de terre , revêtue de pierre
fèche, & on y lailîe entrer l'eau par la varaigne , qui
eft une ouverture qui rellemble allez à la bonde d'un
étang , que l'on ouvre «Se que l'on ferme quand on veut.
On ouvre les varaignes aux grandes marées de Mars,
pour faire entrer l'eau de la mer dans \cjas.
JAS, ou JASSY. Nom d'une ville, avec une forte cita-
delle. Jajfium. Elle eft capitale de la Moldavie, &z
fituée fur la rivière de Prurh , environ à vingt lieues de
SoGzowa <?c de Targorod vers le levant. Maty.
JASA , ou JASS A. Ville des Amorrhéens orientaux. Jafa,
JaJJa. C'eft la même que Jazer, qui étoit à l'orient du
Jourdain , dans le Rovaume de Séhon , iur lequel on
la conquit. Elle (ut donnée à la Tribu de Ruben , &:
J A s
fut ville Lcvitiquc Se d'alîlc. On l'appelle auflî/j/zâj
&c Gcffa:, &c Jahdfah. P. Lubin.
■ JASAKKEN. r. m. Nom d'un peuple de la Grande Taica-
ric, cil A(ic. Jafahki. M. de VVitlcn, dans fa nouvelle
carre de cette contrée , le place à l'orient de la rivière
de Pilida, le long de l'Océan {eptentrional , dans une
partie du pays que les cartes ordinauxs appellent Mon-
gal.
JASARD, ARDE. f. m. & f. Vieux mot, qui veut dire
Jajeur. Blatero.
JASENITZ. Petite ville du Duché de Stétin, dans la Po-
méranie Royale. Jafcnuium. Elle ert à l'embouchure
de roder , dans le Groll - Haft , à trois lieues au dcllous
de la ville de Stétui. Quelques Géographes la prennent
pour l'ancienne Laciburgium , que d'autres mettent à
Roftock. Maty.
JASER, v. n. Parler beaucoup & fans néceflàté des cho-
fes frivoles. Garrlrc , deblatcmrc. Les femmes, les cn-
£;ns, font iujets à jafcr.
Ah , jamais les amans ne font las de jafcr.
M O L.
On le dit auflî des oifeaux babillards, comme les
pies, fanfonnets, &c.
Jaser, fignifie aullî, parler indifcrétement , révéler un
fecret , une chofe qu'on devoir tenir fecrète. Ce cri-
minel a jafé dans fon interrogatoire; à la queftion il
a découvert fes complices. Il but que quelqu'un de
nous ait iafé, puifqu'on a fu notre délibération. Il efl:
familier.
On dit proverbialement à un homme, vous jafc^^
vous caufez à votre aile , vous avez les pies chauds.
On dit : Jafer comme une flûte à neuf trous, pour
dire , parler beaucoup.
JASER. Foyei Jazer.
JASERAN. Lonca. Vieux mot, qui fignifioit autrefois
jaque de maille j corte de maille ; & on diloit un
homme armé de nobles /aferans^, un cheval couvert de
jaferans. Il fignifioit aullî une chaîne d'or tilllie de
mailles plates , & entrelacées comme une corte de
maille. On le difoit aullî d'un bracelet d'or, épais &
large , & d'un collier de femme. Tout cela cil hors
d'ufage & de mode. On écrivoit autrefoisyiz:j;era72.
JASERIE. f. f. L'aéHon de jafer , babil , caquet. NugA.
PoMEY. C'eft une jafcrie perpétuelle.
JASEUR , EUSE. f m. & f. Qui parle beaucoup , ou in-
difcrétement. Blatero. Ne dites rien devant cette
femme , c'eft une jafeufe qui ira tout redire. Du temps
de Nicod on difoit aullî , jafard pour l'homme ,&z ja-
farde pour la femme. Il y a des lieux en France , où le
périr peuple fe fert encore de ce mor.
JASIBLI. Rivière de la vallée de Noto , en Sicile. JafibVms
fluvius , anciennement Cacyparis. Elle baigne Calîàro
& Jafibli , où elle fe décharge dans la mer Ionienne ,
entre la ville de Noto , iSc celle de Syracufe. Maty.
JASIDES, autrement CËPHÉE. f m. Conftellation fep-
tentrionale.
JASIDIE. f. m. & f. Nom dépeuple, lafidius, a. Les
Jafidies iont des peuples de Syrie qui adorent le folcil ,
&: qui rendent un culte au démon , comme à l'auteur
du mal. Mém. des Mijf. du Levant ^ T. XIV, p. 4^.
JASION, ou JASIUS. f. m. Nom d'un demi Dieu des
Anciens. Jafion , Jafius. Car Diodore de Sicile lui
donne aullî ce nom, & celui A'Eétion. Jafion étoit
fils de Jupiter & d'Eledtre , frère de Dardanus &
d'Harmonie, femme de Cad mus. Il prit, dit-on,
Cybele pour femme, & en eut Corybantus , qui don-
na Ion nom auxCorybantes. Jafius fut fi aimé de Cé-
rès , qu'en fa conlîdération elle fournit une grande
quantité de blé & de pain pour les noces d'Hermione ,
ou Harmonie fa (œur. On dit même qu'elle en eut un
fils, qui futPlutus, Dieu des richelfes. Quelques uns
difent Pluton , mais ils fe trompent. Enlîn, on dit
que Jupiter le tua d'un coup de foudre , ou par envie ,
ou pour fe venger de ce qu'il l'avoir outragé dans une
de fes ftatues. Voye^ Diodore de Sicile , L. FI.
Ovide , Trift. Lib. Il , Eleg. I ,v. 300.
JASLOWIECZ. Petite VUlc de Pologne , au Palatinat de
JAS 15-
Podolic, fur le bord oriental d'une rivière qui tombe
dans le Nieller.
JASMÉLÉE. f. f JafmeUum. Efpèce d'huile médicinale,
appelée par les Perlans Jafme. On la préparc en faifmc
inhiler deux onces de Heurs blanches de violettes dans
une livre d'huile de féfame Les Perfans en ufent dans
les tellins, à caufe de la bonne odeur. Elle e(t très-
propre pour oindre le corps au (ortir du bain , fur-tout '
quand il ell quellion d'échaurler Hc de relâcher. Son
odeur ell lî forte , que plulieurs perlonnes ne peuvent
la luppcrter. AiÉtius, Tetrab. I , Serm. i.
JASMIN. 1. m. Jafminum. Sorte d'arbrilléau dont il y a
diverles efpèccs. hc jajmin qu'on appelle jafmin com-
mun, ou petit jafnun, cil un arbrifléau qui poulie
plulieurs tiges d'un vert brun , fort longues , découpées
lur leurs bords , pliantes , foiblcs , qui s'étendent beau-
coup, & qui ont befoin d'être fourenues. Ses feuilles
font oblongues, pointues, femblables à celles de \x
velcCj lilîes, de couleur verte obtcure. Ses Heurs naif-
(ent par bouquets , & en manière d'ombelles : elles
Iont blanches, petites, agréables, d'une odeur douce:
chaque fleur ell un tuyau évafe par le haut , & décou-
pé en étoile à cinq parties. Lorlque cette fleur ell paf-
fée , il y vient une baie molle , ronde , verdâtrc ,
contenant deux lemences rondes & plates. En Latin ,
jafminum vulgatius flore alho. C. Bauh. Pinac. ^çj.
Il y a une autre elpèce de jafmin qu'on appelle jafmin.
A'Efpagne , dont les fleurs Iont beaucoup plus gran-
des, plus larges, plus belles, plus odorantes que cel-
les du précédent, de couleur blanche en dedans, rou-
geârres en dehors. En Latin, jafminum Htjpanicum
flore externe rubente. J. Bauh. z. ici. On cultive plu-
lieurs efpèces de jafmin dans les jardins, leurs fleurs
lervcnt aux parlumeurs.
Les jafmins font des fleurs délicates qu'il faut cuiti-
ver très régulièrement , &: avec beaucoup de foin. ,
'Le jafmin des Açores a fes fleurs blanches plus peti-
tes que celles du jafmin commun, &c de bonne odeur.
Ses feuilles Iont larges, arrondies, & d'un beau vert
luilant. Jafminum Â^^oricum flore albo.
Le jafmin d'Amérique , appelé en ce pays là Qua-
moclit, & autrement le jafmin rouge d'Inde, le jaf-
min à mille feuilles. Cette plante porte à chacune de
fes branches une fleur ou deux de couleur de rofe fè-
che, mêlée de quelques lignes d'aunes couleurs, &
ayant cinq filets pâles. Ces fleurs s'étendent en tuyau.
Se puis à l'orifice, elles le partagent en cinq quartiers.
Elles flcuriflent au commencement du mois d'Août,
Se ne. finiflent qu'au mois de Septembre. Cette plante ^
ell pleine de nœuds , de branches Se de feuilles qui
reilemblent à des plumes; elle élève Se étend il bien
f:'s branches , qu'on en peut facilement couvrir quel-
que tonnelle que ce foit. Morin.
'Lejafm.in d'Amérique fe refeme tous les ans , parce
qu'il ne s'ente pas : Se comme la graine en ell trop
dure, il la taut lailfer infiiier dans l'eau, au loleil, jul-
qu'à ce qu'elle s'enfle, & en planter après deux ou
trois dans chaque pot, en bonne terre gralfe à la pro-
fondeur de deux doigts , ce qui fe doit faire au mois
de Mai Se Juip au commencement de la lune. Il la faut
conrinucUement arrofer lur le milieu du jour, pour
la faire lever par la chaleur du folcil , l'humidité de
l'eau , Se la bonté de la terre , en huit jours de temps.
Quand elle s'eft élevée de deux doigts , on lève la terre
en motte , qui y tient , Se l'on n'y en lalife qu'âne , &
celles qu'on a tirées fe replantent à part dans d'autres
pots, après quoi il les faut toujours arrofer, même il
eft bon de mettre les pots dans des (eaux. Se arrofer
encore la rerre par-defl'uS. Il faut lui dilpoler de; lup-
ports, afin qu'il fe puiHe facilement élever, & quand
il ell élevé, on coupe toutes les extrém.ités pour lui
donner plus de force Se lui faire jetter plus de fleurs.
AÎORÎN.
Le jafmin d'Arabie porte des fleurs blanches purpu-
rines en dehors , Se de très bonne odeur. Ses Veuilles
font entières , arrondies , oppofées deux à deux. Jaf-
minum Arabicum Lamhac. P. Alp. Cette elpèce ell
quelquefois à fleur double. Les Arabes l'appellent
Zaïnbac , Se d'autres Lilas d'Arabie, peut être, parce
i6
J A S
qu'il a les feuilles femblables à notre Lilas blanc , mais
fans tranche autour de l'ouverture. Il Heurit au piiu-
tcmps , & pendant toute l'automne , les Heurs en l'ont
d'un blanc pâle, qui jaunit dans le fond; elles naillciit
au haut des branches , & font délicates , attachées à
leurs petites queues. Elles ont deux tours de teuillcs,
au nombre de neuf ou douze tout au plus, avec un
petit tuyau, & exhalent une merveilleufe odeur , qui
approche beaucoup de celle de la Heur d'orange. Le
jafmin d'Arabie demande la même fituation, la même
culture, & les mêmes fujétionsque \e jafmin de Cata-
logne dont nous parlerons plus bas. Tous les ans on
lui coupe les brins, comme il tera dit du jdjhiin de
Catalogne; ces branches ainfi coupées le redoublent.
La féconde année on les taille , leur lailîixnt les bran-
ches un peu plus longues : on continus la troilîème &
la quatrième année à les tailler , on les laille toujours
plus longues , jufqu'à ce qu'elles paroilîent allez groHès
pour ne leur ôter que le bois fec & le mauvais.
Le jafmin d'Arabie à feuilles de Laurier , ell ce que
nous appelions à préfent Caher , arbre qui porte le
Café. V^oye'^ Café. Jafminum Arabicum Lauri folio ,
cujus femen apud nos Café dicicur, Acl. Ac. R. Par.
Le jafmin de Catalogne produit à l'extrémité de fes
branches une il grande nmltitude de Heurs , qu'il en a
abondamment pendant tout le printemps Se l'autom-
ne. Il efl: d'un blanc pâle , qui devient à la lin taché de
marques incarnates : chaque Heur a cinq ou lîx feuil
les en ovale , une fois aulîi grandes que celles du jaf
min comnjun ; il a très-bonne odeur.
Ley'ijyrai/z de Catalogne veut un grand foleil, l'af-
çed du levant , une terre gralle & détrempée , Se de
fréquens arrofemcns. Il fe conferve mieux dans des
pots qu'en pleine terre. Pour en perpétuer l'elpèce,
on en ente des brins fur des jafmins communs , qui
doivent erre plantés plus de lîx mois auparavant dans
des pots : on les plante au mois d'Ottobre, & les
meilleurs font ceux qui ont le plus de racines, qui
font plus unis , Se qui ont moins de nœuds : le brin
doit être de la groH'eur d'un doigt ; à la tîn de la lune
de Mars, il frut enter ceux d'en bas. Ceux qui font
plus proche du pied font les meilleurs ; après , en ayant
été tout le germe avec des ciléaux , on coupe l'œil de
tous les germes , Se faifant ainfi ils redoubleront , Se
porteront quantité de fleurs. On les replante tous les
ans dans la même terre à la fin de la lune de Mars : il
le faut arrofer quand il en a befoin. On le taille tout
près de la tête de Tente. On le peut enter en écullon
* au mois de Juin & au mois de Juillet : Ihiver il le faut
ferrer de peur du froid , & s'il ell en pleine terre , il
faut le couvrir avec des nattes , des planches , ou cou-
vertures propres à*cela.
Le z'^Tot/^ d'Efpagne efl: de la même efpèce que ce-
lui de Catalogne , & demande la même culture.
Le jafmin d'Efpagne double ell: de la même couleur
que le jafmin de Catalogne , Se a aulli cinq- ou lîx
feuilles partagées en étoiles , du milieu defquelles il
s'en élève encore trois ou quatre qui le reHerrent quel-
quefois comme une petite balle. Il fent aulli très-bon ,
mais il a l'odeur plus forte que le précédent. Cette
fleur fe maintient quatre ou cinq jours dans fa beauté
fur la plante , d'où elle ne tombe jamais , mais elle
sèche delîùs , & quelquefois les boutons le rouvrant ,
fleuriHent une leconde fois.
Le gràndjafmin d'Inde jette une grande abondance
de boutons à l'extrémité de les branches qui pendent
en bas , Icfquels le rellerrant enfemble font un bou-
quet tout rouge. Se lorlqu'ils lont parvenus à la gran-
deur d'un demi-doigt , ils s'ouvrent , Se de leur ouver-
ture fortent comme des tuyaux de la longueur d'un
doigt, de couleur jaunâtre, menus par en bas , plus
gros par le milieu , Se un peu plus ferrés par le cou
qui renverfe cinq feuilles découpées, & fait la figure
d'un lis : il fort du fond quelques brins jaunâtres , dont
celui du miheu qui eft blanchâtre, ell plus long que
les autres. Ceux qui ont de petites lignes de couleur
dorée , peu à-peu fe couvrent de rouge , Se fe chargent
tellement de cette couleur, qu'ils femblent du velours.
Cette plante tjeurit Tété.
J A S
La culture du grand jafmin d'Inde cil fcmblable à la
précédente ; c'eft pourquoi il lui but aufli préparer une
perche, ou quelque bois, pour le lier avec du fi! de
1er, dont les nœuds ne le pourrillent pas : il veut erre
en bonne terre : on Tanoie abondamment tous ks
loirs au printemps Se dans Té':é. Pour le perpétuer ,
avant que les boutons grofllHent dans le printemps ,
on en coupe un brin qui doit avoir trois yeux, on le j
ratilfe un peu avec le couteau par bas , puis on le plante
julqu'au deuxième œil, de lotte qu'il n'y a que le troi-
lîème qui ell hors de terre : avec cette précaution il
prend promptement racine. Se poulie du vert & des
rieurs en peu de temps.
Le jafmin jaune d'Inde, pour être perpétué, doit
être cultivé de cette manière. On clioihî une des bran-
ches les plus balfes , & lans le détacher de la plante ,
on le coupe proche du pied environ d'un doigt.
Cette entaillade faite en dehors doit aller jufqu'à la
moelle en travers , Se commencer en delliis , Se
l'ayant un peu entr'ouvert on y met une petite pier-
re , puis on recouvre la plaie avec un peu de craie
détrempée , ou de terre glaife. Il faut remettre au-
dcflus du pot des morceaux de tuile pour empêcher
que la terre que Ton met pour couvrir Tentaillade ne
tombe. Après l'avoir bien arrofée , on la met au fo-
leil , à l'abri de la bife : il faut le retirer du froid,
pour peu qu'il en fafle , parce qu'il le craint plus que
toute autre chofe. Au bout de Tan , la racine provi-
gnée ayant pris des racines du pié , fe replante promp-
tement en bonne terre dans des pots que Ton a pré-
parés exprès , Se par cette induHrie on fupplée au dé-
fuit de la nature de cette plante , qui ne graine
point.
Le jafmin jaune poulfe des branches dès le bas du
pié jufqu'à la racine , defquelles naillènr les Heurs at-
tachées à leurs queues comme \e jafmin commun , mais
arrangées d'une telle manière , que chaque ciine de
branche paroit comme un bouquet de Heurs. Quoi-
qu'il ait les Heurs plus petites que le jafmin de Ca-
talogne , elles durent pourtant plus long temps. Un
autre avantage, c'ell qu'à melure que la plante pro-
fite , les fleurs augmentent. Il lent bon , non feule-
ment trais , mais aulîi quand il efl ilccri & féché.
Ley<7/^2i/2 jonquille a fes fleurs jzunes j Jafminum lu-
teum vulgo diclum. J. B.
Le jafmin de Virginie eft une plante (àrmenteufe ,
qui porte fes feuilles rangées comme celles du Frê-
ne , d'un vert plus gai , & plus arrondies Se plus
dentelées. Ses fleurs font rouges , grandes , & de la
figure à peu près de celles de la Digitale ordinaire.
Ces rieurs lont luivies d'un fruit formé par le piftil ,
qui enfile la Heur. Ce fruit ell une lilique longue ,
étroite , qui renferme des femences plates , bordée à
fes deux bouts d'un feuillet membraneux. Cette plan-
te porte en Latin le nom de M. l'Abbé Bignon , Se
elle établit un nouveau genre , qui comprend plu-
fieurs elpèces qui lont étrangères. Bignonia America-
na fcandens , Fraxini folio j flore amplo pk^nicco ,
Inji. R. Herh.
Ce mot vient de l' Arabe gefmin , qui veut dire une
violette blanche , à caule que la Heur de cette plante
lui relfemble. On l'appelle en Orient Zamback, on
Sambach. D'autres dilent qu'il vient du Turc jasmin ,
qu'ils ont fait apparemment de \W\^revi famim , qui
fignifie toutes fortes de drogues aromatiques. M. Huet
dit que le mot de jafmin ell Perlan , & que nous l'a-
vons pris de cette langue.
On appelle pommade de jafmin, -de la poudre de
jafmin , des gants de jafmin , la préparation de ces
choies faites avec du jafmin pour les parfumer.
JASMIN. {. f Poire du mois d'Août , qu'on nomme au-
trement Vilaine de la Réale. Voye^ ce mot.
JASO ou JASON. f f Nom d'une fille d'Efculape &
de Lampétie , fille du Soleil j Déelfe de TAntiquiré
Payenne. Jaf s Jafo. Panacée Se Jafo devroient , ce
femble , n'être qu'une même Divinité , cependant
Hermippus , Pau&nias, Arillophane , les diflùnguenr.
Quoi qu'il en foit , Jafo étoit la Décile qui ren-
doit la fanté quand on Tavoit perdue. Les Latins
i'appelloienï
J A S
l'appeloiemMcdiuiiie. Woa^ivs ,deIdûlol.L. FUI,
C. 2. , . . , .
Ce mot vient de liap^i/, mcdcor ^Jano, je gucns ,
je lends la ûnté. ^ , ^, ^,. „ „.,
JASON f. m. Fils d'Elbn , Roi de Theflalie , &c d Al-
cimède , fut élevé par le Centaure Chiron comme
Achille , équipa le tameux navire nommé Argo ,
pafla en Colchide avec une cinquantaine d'autres
Héros ou Aventuriers , dont il fut le Chef, & qu'on
nomme Argonautes , pour conquérir la toiton dot ,
tua pat le lecours 'de Médee le dragon qui gardoit
ce trétbr , & l'enleva. Jafon célèbre dans la fable
par la conquête de la toifon dor, & par les Amours
de Médée. , ^ .- ,
Jafon, Juif, & frère d'Onias , Grand Pontite, acheta
d'Antiochus Épphanesle Ibuverain Pontificat, & ta-
cha d'introduire les couuimes des Gentils parmi les
Juifs , comme il e!t rapporté au /. L. des Machab ci.
& au //, c. IF, & F. Jafon d'Argos , Jajon ilc Ly-
zance,/.7/ù/2deCyiènp, font des Auteurs anciens dont
il ne nous refte rien. • n. r
Lc nom de Jafon vient du Latin Jafon , qui elt for-
mé du Grec ^f ■ .. „ j • j
JASON. Ville de la Paleftine , à deux lieues & demie de
Jaffa, vers l'Orient, dans la Tribu de Dan; pioche
du chemin qui conduit de Jafta à Jérutalem.
Jason , en termes du Grand Art, ligmhe l'Artide.
JASPACHATE. f. f. Pierre précieule compol.-e de jal-
pe vert & d'agathe. Elle eft adoucillante , & pri-
[c intérieuiement , elle elT: efficace dans l'hydropihe ,
les maladies du foie la péripneumonie &: la pleuré-
ûe. Elle rchaulle aulli la couleur du fang , & lui don-
ne une très belle apparence. Aétius , Taraè. I, Serm.
2 C ^7*
JASPE," f. m. Pierre fine peu différente de l'agathe ,
iî ce n'eft qu'elle eft plus molle , & qu'elle ne peut
pas être fi bien polie , Jafpis. La nature s'eft plue à
exprimer dans quelques unes de ces pierres des Meu-
ves, des bois, des animaux, des fruits, des paybgcs
& des figures , comme s'ils avoient été peints. Lejafpe
fioride on fleuri, c\m. fc trouve aux monts Pyrénées, eft
mêlé de plufieurs couleurs. Il y en a aulîî d'une Iculc
couleur , ou rouge , ou verte , mais il eft de moindre
prix. Le plus beau eft celui qui tire iur une couleur
de laque , ou de pourpre , enfuite l'incarnat , ou de
couleur de rofe , &: celui qu'on prife à prelent eft le
verî chargé de petites taches rouges.
Jafpe eft un nom Hébreu , que les Latins n'ont point
changé , non plus que nous. Quelques verhons Grc-
ques lui ont donné le nom de béril. Onkelos lui don-
ne le nom de Panthèn , à caufe qu'il a des taches
femblables à cet animal. Foyei fur le jafpe Boot, L.
2,c. 100 &c lor , de Lapid. Vollius , de Idolol. L.
VI, c. ç, 17 , 22 , 23.
Jaspe. Terme de Relieur. Vert & vermillon dont on le
fert pour marbrer la tranche des livres. Farlus color.
Faire \c jafpe.
JASPER. V. a. Jafpidis colore inficcre. Bigarrer de di-
verles couleurs, en forme de jafpe, ce qu'on fait fur
la tranche Se couverture des livres , fur le papier , fur
le bois , &c. n • r
IP" JASPÉ. ÉE. part. & adj. Qui eft peint en )afpe,
bigarré de différentes couleurs , loit naturellement ,
foit par art. Marbre jafpé. Livre relié en veau jafpe.
Poules jafpées.
IP^ Jaspé , en Botanique fe dit des Heurs dont les pa-
naches font petits. Les Fleuriftes défignent par ce ter-
me plufieurs fortes de tulipes.
Jafpée Angloife. Tulipe , qui eft triftamin , &: rouge &
jaune blanchiffant. ,
Jafpée harlan. Tulipe qui eft triftamin couvert , leme
de larmes rouges.
Jafpée morceau. Nom d'ime Tulipe , gris-lavande , co-
lombin, & blanc.
Jafpée première. TuUpe qui eft rouge - mort _, & cha-
mois.
Jafpée ravafcor. Tulipe rouge - pâle , gris de hn &
blanc.
Jafpée S. Jean. Tulipe colombin , mifùme & blanc.
To;ne F.
J A T
î7
Jafpée tiuder. Celle-ci eft triftamin, rouge -mort, &
jaune blanchiftànt. Morin.
JASPINER , V. n. Parler à tort «Se à travers. Il eft bas.
Il jalpinoit argot encor mieux que François. Poème
de Cartouche.
JASPURE. Terme de Relieur. Jafpe jette fur la tranche
d'un livre. Action de jafpcr , ou l'effet de cette ac-
tion. Voilà une belle jafpure.
gCrJ ASSA, ou JASA. Ville de la Paleftinc,dans la Tribu
de Ruben , au-delà du Jourdain , auprès de laquelle
le Roi Sehon fut défait par Mo)'fe. On la croit la
même que Jeflà , près d'Aar , Capitale des Mo.abitcs.
JASSEFAT. Sorte de vaiffe.iu Pcrfm qui navigue dans
la mer des Indes. Ordrïc de Fréjus. n. û.
JASQUE. Petite ville du Makcran , province d-.- !a
Perfe. Jafqua. Elle eft Capitale d'une Principauté ,
dont le Prince , Mahométan de Religion , étoit au-
trefois tributaire des Rois de Perfe , mais il s'eft af-
franchi de ce tribut , & il s'eft maintenu dans cette
liberté contre toutes les forces de la Perfe, par le
fecours de deux petits Princes Payens , dent les ter-
res s'étendent à l'Orient des fiennes , julqu'au cap
de Guadel. Maty.
JASSY. Foyer Jas.
J A T.
lATANG. f. m. Terme de Calendrier. Nom du (<tv-
tième mois des Tartares Orientaux , & de ceux donc
le pays fait partie de l'Empire de la Chine ; il répond
au mois de Juin. On l'appelle aulîi Yedlngi , Yétin-
gi , Yateng.
JATI. Nom d'une rivière de la Sicile. Jatius fluvius ,
anciennement Bcetkis. Elle prend Ca fource aux mon-
tagnes , où eft le bourg d'Iaro , qui lui donne fou
nom , elle coule dans la vallée de Mazara , Se fe aé-
charg'edans le golfe de ,Caftel-à mar. Maty.
JATO.Jatum , anciennement Jetas &c Jatx. C'étoit une
petite ville de la Sicile , fituée fur le haut d'une
montagne efcarpée , près du Belice dextro , entre la
ville de Mazara, & celle de Païenne. L'Empereur
Frédéric II , chalîà de ce Heu les Sarrafins , & le
ruina; mais' on y a depuis rebâti un petit bourg.
Matv. .
lATRALEPTE. f. m. On donnoit autrefois ce nom à
un Médecin qui prétendoit guérir les maladies par les
friîlions , les fomentations & les applications d'on-
guens. Tel fut Dictas , fuivant Galien. Ce mot vient
de ;«.W Médecin , & ^M?>y,^ , unclor, qui oint. Col de
Villars. , , ,
ÏATRALEPTIQUE. f. f. Nom que 1 on a donne a la
partie de la Médecine qui guérit par les fridions ,
par l'application des fomentations 6c des emplâtres.
latraleptice. Ce fut un nommé Prodique , Djfciple
d'Hippocrate , & natif de Corinthe , qui l'inftitua.
lATRIQUE. adj. C eft un nom que l'on donne à la Mé-
decine , ou à ce qui lui appartient ; en forte qu'on
dit la Faculté iatnque , l'Arc iatrique , les Plantes ia-
triques. Sec. M. de Guife eft mort fans autre fecours
iatrique, qu'un grand charlatan d'Apothicaire, nom-
mé Baurains. Patin, Lett. s 3^ ■ Tout le monde ne
fut pas d'avis que la Reine Auftrigilde eut péché en
ordonnant de taire exterminer toute la Faculté ia-
tnque. Faidit. George Skenka a intitulé fon Ouvrage
Bibliotheca latrica. Ce mot vient de /«.f'.f , Médecin,
ou de '«7» -■' Médecine.
lATROCHIMIE. f. f. L'art de guérir les maladies avec
des remèdes chimiques. ^ . 1 •
JATTE, f. f. Vaiffeau rond fait d'une pièce de bois tour-
née Se creufée au tour , qui fert à la cuilnie , à la ven-
dange , Se à difterens ufages dans les ateliers. Caba-
ta. Les vaifl'eaux où les Relieurs mettent leur colle
s'appellent auffi jattes, de même que le vaifteau ou
les Sculpteurs mettent le grès pilé.
On appelle cul de jatte , un pauvre eftropie qm
n'a ni cuiftes , ni jambes, dont il le puifie leryir , &
qui eft obligé de marcher fur les telles entermees
dans une jatte. Scarron s'appelloit cul de jatte ; car
il étoit tellement paralytique , qu'il ne pouvoir lor-
tir de fa chaife.
i8
J A T
On appelle encore jatte , un vailTc.iu d'argent ou
d'autre métal , ou de tayance, ou de porcelaine , ou
de terre , fervant à dirtérens utagcs domertiques.
Jatte , fe dit aulîi d'un plat, d'une écuelle de bois dans
laquelle on mange , ou dans laquelle on boit. Ca-
t'inus ligneus , vas lïgneum. '
On donne le nom de jatte à une efpèce de gran-
de febile de bois percée au milieu 6c polée fur un
pied , dont les ouvriers fe icrvent poiu' faire une cl-
pcce de cordons. Les cordons dont les Eccléliaftiques
ceignent leurs aubes font faits à la jatte.
Ce mot vient de gahata , Latin , qui (îgnihe une
grande écuelle. Du Cange le dérive de gâta , qui étoit
une ancienne efpèce de navire rond ; & prétend qu'on
a dit autrefois geatte. On dit encore gatte en Picar-
die ; pour dire , un vailfeau rond , & qui n'eif guè-
re profond.
Jatte d'eau. Terme d'Artificier. C'ell: un artifice aqua-
tique qui produit l'effet d'une girandole en tournant
fur fon centre à Heur d'eau. On peut auill le chan-
ger en foleil fixe & tournant.
Jattes , en termes de Mer , font des planches vers l'a-
vant du vailfeau , pour recevoir l'eau que les coups
de mer font entrer par les écubiers. Subiuntïum aqua-
rum ad proram receptaculum.
JATTÉE. (. f. Plein une jatte. Q^uod gahata continet.
Une jattéc ■ de foupe. Une jattée de lait.
J A V.
3AYA. Nom de l'une des îles de Sonde. Java. Elle
ell dans l'Océan Indien , au midi de file de Bornéo ,
& au levant de celle de Sumatra dont elle n'ell lé-
parée que par le détroit de la Sonde. Elle peut avoir
deux cents lieues d'orient en occident , trente ou qua-
rante du nord au fud. L'air ne peut y être que fort
chaud , à caufe de fa fituation fous le feptième degré
de latitude méridionale. Il eft cependant fort tem-
péré par la longueur des nuits , & par les vents frais ,
qui y fouHent de tous côtés. On y recueille quantité
de poivre , de fucre , de benjoin & de ris. Il y a de
fort bonnes mines d'or Ôc de cuivre , & une mon-
tagne de foufre , qui s'allume de temps en temps. On
trouve fur fes côtes des huîtres qui pefent jufqu'à
trois cents livres. Ses villes principales font Bantan ,
Batavia , ou Jaéatra , Materan , Jortan , Panarucan ,
Pallarvan , Balambuan , Japara , Tuban , qui font
Capitales d'autant de petits Royaumes , autrefois dé-
pendans les uns de autres ; mais maintenant tribu-
taires du Roi de Bantan , ou de celui de Materan ,
qui efl: plus puilfant que le premier , &: qui prend
le titre d'Empereur de Java. Maty.
Le P- Tachar a remarqué dans l'es Voyages que l'île de
Java étoit fur les cartes plus de loixante lieues trop
éloignée du cap de Bonne -Elpérance
JAVARCAÇAY. Gavarùacum. Au neuvième fiècle ce
lieu étoit du domaine de nos Rois. Il eft dans le Poitou.
Ce nom s'cft formé du Latin , par le changement dont
nous avons parlé au commencement de cette lettre /.
Valois , Nota. Gall.p. 115. col. 1.
JAVARE. f. m. &: f Nom d'un peuple de l'île du More.
Javarus, a. Les J avares font des gens farouches Se in-
humains , qui n'habitent que des cavernes , & ne vivent
que dans les forêts. Bouh. Xav. L. III. Xavier com-
pola en langue Malayoife une inftruélion allez ample
touchant la croyance de la morale du ChrilHanilme
Idem.
JAVARIN, GÉVl^ERou RAAB. Ville de la bafle Hon-
grie , lituée fur le conllucnt du Raab , avec le Danube ,
vis-à-vis de l'île de Raab & celle de Schut , à huit lieues
de Komore vers le couchant. Javarinum Arrabo. Cet-
te ville a un Évêque , fuffragant de Strigonie ; elle n'ell
pas grande , mais elle eft très-forte , & Capitale d'un
Comté qui porte fon nom , & où l'on ne trouve pohu
d'autre ville que celle de Tata. Maty.
JAVARIN. Foyei Navarin.
JAVARIS. £ m. Animal des Iles de l'Amérique. C'eftune
efpèce de fanglier, Il eft prefque imprenable , à caufe
J A V
d'un foupirail qu'il a fur le dos , Se par lequel il ra-
fraîchit les poumons en courant ; ce qui fait qu'il peut
courir long-temps lans le fatiguer. Il elt d'ailleurs ar-
mé de fortes détenfes. On voit des Javans fur-tout dans
1 île de l'Anguille.
JAVART, ou JAVAR. f m. Terme de Maréchallerie.
Maladie de cheval. C'eft une petite tumeur qui fe ré-
lout en apofteme , ou bourbillon , qui le forme au pa-
turon lous le boulet , Se quelquefois tous la corne. Tu-
morïn equi fuffragine. Un javart nerveux eft celui qui
vient lurlc nerf. ^x. javart encorné celui qui vient fous
la corne. Il faut delfoler le plus fouvent im cheval,
quand il a \xn javart encorné.
JAVE. f. m. Se f. Nom d'un peuple de l'Inde , dans la
prefqu'île , au-delà du Gange. Javus j a. Les Javes ^
peuple belliqueux & féroce.
JA VEAU. f. m. Terme des Eaux Se Forêts. Nom qu'on
donne à une île faite nouvellement au milieu d'une
rivière par alluvion , ou amas de limon Se de fable.
Alluvies. L'Ordonnance parle louvent des atterrilfe-
mens Se javeaux:
J A VELE. EE. p.art. On appelle Avoines y a ve/eV^j celles
dont le grain eft devenu noir & pelant par la pluie qui
les a mouillées , tandis qu'elles étoient en javelles. Ac.
Fr. Celles qui ne font point javclees ont le grain noir
Se blanc.
JAVELER. V. a. Mettre le blé fur terre , Se le difpofer en
javelles pour le faire lécher. Spicas in mergites cogère.
Il ell tems de javeler ce blé. Il eft aulfi neutre. Il faut
lailler /izvf /er le blé pendant trois ou quatre jours , c'eft-
à-dire , le lailfer fécher. Quand le temps eft humide ,
le blé eft long-tems a. javeler.
JAVELEUR. f. m. Celui qui javele. Qui fpicas in mer-
gîtes cûgit. Il n'y a pas allez de Javeleurs dans ce champ.
JAVELINE, f. f. Arme A'hajl, ou demi-pique, dont les
Anciens fe fervoient tant à pied qu'à cheval. Hajla. Elle
avoit cinq pieds & demi de long Se fon fer avoir trois
faces aboutillantes en pointe. Il lui fit donner une Ja-
veline qu'il prit de la main gauche. Vaug.
§cr JAVELLE. 1. £ Ce qu'un moill'onneur peut couper
de grain d'une feule fois : grolle poignée de froment
coupé qu'on lailfe lur le champ pour le deftecher , ou,
comme l'on dit, le javeler, avant qu'on le mette en
gerbes. Spicarum merges. Il faut trois ou quatre javelles
pour ftire une gerbe.
Ce mot vient de capella, diminutif fait de capus ^
qui Cipù'nt poignée, car c'eft enetfet une poignée d'épis
Men. D'autres qui prétendent qu'on difoit autrefois
havellc , le dérivent de hapfus , dont Celfus s'eft fervi
pour lignifier /'oi^wee.
Javelle , fe dit .auilî des petits faifccaux de {arment , Se
de quelques figots ou bottes d'échalas &: de lattes. Les
javelles doivent contenir jo cchalats. On dit parmi les
Tonneliers , qu'un baril eft tombé en javelle , lorlque
les douves & les fonds le leparent.
Javelle , eft auilî un coulant d'eau entre une petite île-
Se le bord de la rivière. Dans le Cartulaire de Saint
Maur près de Paris , eft porté qu'il y a à Saint Maur des
faullaies, des îles, des gorges Se des javelles. C'eft de-
là que le moulin de javelle a tiré fon nom.
JAVELOT, f. m. Javeline plus courte Se plus grolfe que
ne font les j.ivelines ordinaires , ou Hèche qu'on lance
(ans le fccours de l'arc contre l'ennemi. Spiculurn. Il
y avoit chez les Romains plulîeurs fortes de javelots ,
qui avoient tous leurs nomsdifférens, mais dont pour-
tant on ne dit rien ici , parce que ces noms ne le peu-
vent rendre en François. Lancer le javelot. Ablanc.
fer Dans les jeux agoniftiques les athlètes avoient une
efpèce de dard qu'ils lancoient contre un but , & celui
quiapprochoitle plus près du but, remportoit le prix
à cet égard.
Ce mot vient de capulottus, diminutif de capulus ^^
qui eft dit comme lî le javelot étoit tout m.mche ; à
caufe qu'on le darde en le tenant p.ar le milieu. Mé-
nage. D'autres le dérivent de jaculum à jaculando ,
comme Du Cange , qui témoigne qu'on diloit gave-
loces y pom fpicula J dans la balle Latinité.
Javelot, fs dit aulH d'un forte de ierpent qui s'cl.mcc
fur les hommes. Se qu'çn appelle çnLatiii Cenchrli.
J A U
J A U
Jaculus. On pictend que c'eft le Kippoi des Hébreux
ik de l'ilciituie. Agitharcliidcs , Diodt)re de Sicile,
inaboii & Pljiic , difciit que c'cll le plus m.uivais des
inieLlcsde l'Aiiiqiif, que les blelhues qu'il l'ait (ont
incurables, qu'on ne peut l'éviter, qu'il s'élance à plus
de vingt coudées. Ammicn Marcellin , & Lucain ,
Pharf. V. 677- Se L. IX. v. 720. dilent qu'il y en a
aulli dans l'idumée & dans l'Arabie. Lucain parle de
la rapidité avec laquelle il s'élance fur les palÏÏms ,
L. IX. V. S 22. L. VI. "Voyez Bochart,i/art):[ P. Il ,
L. III, C. / / , & ci dellus Acornias.
Javelot , clt .aulFi un terme de Moillbnneur, qui (lyni
lie une Erallee d'avoine fauchée , & anr^JÏ^avec le tau-
chct. Javelle eft le vrai mot. ^^
(C? JA VER. "Ville du royaume de Bohême , en Silcfie ,
dans la Principauté de même nom dont elle eft Capi-
tale. Elle eft à quatre milles de Schweidnitz, à huit
de Brellau, la Principauté de Javer , contrée du Royau-
me de Bohème , dans la balle Silélie , touche à la
haute Bohême au midi , & à la haute Lulace au cou
chant. Elle a les principautés de Sagan tv' de Glogaw
au nord ; celle de lignitz Se de Schweidnitz à l'orient.
JAUFFNDEIGR A , f. m. Ternie de Calendrier. Nom du
troiliéme mois des Illandois. Il répond au mois de
Mars. Ceft le mois de l'équinoxe du printemps, &
Jauffnddgra manudar lîgnihe Mois équmoÛial
JAUGE, f. f. Norma, index. Art de réduire à une melurc
connue ou cubique , la coniîftence ou capacité incon-
nue des vailllaux , particulièrement de ceux qui ont
quelque rondeur. La jauge enfeigne combien un ton-
neau de mer qui pe(e 2000 livres contient de pieds cu:
bes d'eau, combien un muid , une barrique, tiennent
de pintes. Plulieurs Auteurs ont écrit de la jauge Se
de l'arpentage.
Ce mot de jauge , Se les fuivans qui en font déri-
vés , s'écrivoient autrefois avec une l ^jaulge , jaul-
geur. Sec.
Ce mot vient du Latin galha, qui lignifie gros &
gras ; car jauge lignihc proprement la melure de la
pipe par l'endroit le plus gros. Ménage. Du Cange
le dérive de galo , qui eft une efpèce de melure chez
les Anglois ; ou de jalo, , d'où on a fait auiîi jale.
( Nous avons remarqué ci-deftus que galo , ni jalo y ne
l'ont point des mots Anglais, on dit galon. ) En un
autre endroit M. Du Cange le dérive Aç.gagga, qu'on
a dit dans la balle Latinité, dans le même (ens. Il té-
nioi^.ne aulli qu'il y avoit des jaugcurs de drips & de
pain , aufti-bien que des tonneaux , c'eft-à-dire , des
marqueurs &: des mctureurs.
Jauge , eil aulli un inftrument ou- broche de fer, qui eft
une clpcce de compas de proportion , (ur lequel loiit
marquées plulieurs lignes qui lervent à fl'.ire la réduc-
tion lur le champ de la capacité de tous les vailleam:
quelque irréguliers qu'ils (oient , à une melure commu-
ne Se connue. En Latin , Iwlis.
fer On s'en lert pour marquer la quantité de vin qui eft
dans un tonneau. On fait entrer la jauge par la bonde ,
on la poulfe perpendiculairement julqu'au fond du ton-
neau. La ligne de divilion entre le mouillé Se le l'ec
donne la hauteur du vin dans le tonneau. Se par con-
féquent la quantité à-peu-près qui rclte.
Jauge , eft encore la melure commune Se connue qu'un
vaiireau daitcontenir , félon le diftérent ufage des li eux.
Ce muid contient tant de pintes , il eft Ae jauge. Le-
gïtïmum doVium j probatum. On dit aulîi , quand on fert
une grande bouteille, un grand verre de vin, qu'ils
font Ac jauge; pour dire,, qu'ils contiennent la melure
&au delà.
JAUGE c\- COURTAGE. Droit d'Aide qui le levé avec le
gros& l'augmentation (ur les vins, eaux-de-vie, biè-
res, cidies Se autres boiirons , lorlqu'ils (ont vendus,
ou qu'ils changent de main. Le droit de Jauge ne fe paye
qu'une fois par an , lors de la première vente. Le droit
de Courtage (e pave autant de fois que le vin eft vendu ,
ou qu'il change de miiin. Les droits de Jauge Se Cour-
tage fc lèvent dans les Directions d'Angers , de Caen ,
de Lmgres, de la Rochelle, de Lavai Se de Lyon.
Jaucf. Les Fontainiers fe fen'ent aulîi de ce terme pour
ligiàliei une certaine mefure d'eau , dont on veut (a-
l'ome y.
ï9
voir la quantité de pouces. ^fJ" C'eft une petite boi-
te percée de plulieurs trous de ditférens diamètres.
On expole cette boite à une fource , tous les trous
bouchés. Elle s'emplit & le répand. On débouche
alors le plus petit trou , puis le luivant , & ainli
de (uite , julqu'à ce que la boîte laille échapper par
les trous ouverts autant d'eau qu'elle en reçoit de la
fource , en demeurant toujours pleine. Les trous dé-
bouchés donnent la quantité d'eau qu'on cherche à
connoitre.
Jauge , eft aulli un terme de Charpentier , qui figni-
he une petite règle de bois dont (e fervent les Char-
pentiers pour tracer leurs ouvrages , Se couper fur
le trait.
^fj" Plulieurs autres ouvriers ont leurs jauges qui fer-
vent à déterminer les différentes mcfures de leurs ou-
vrages.
Jauge , parmi les Jardiniers , lignifie un cl'pàce de terre
qu'on laille vide en failant un labour profond. Il ii-
gnitie aulîi une fouille de tranchée, afin que dans cet
elpace on ait la commodité d'y jerter des terres qui
(ont à labourer , faifant en (iarte qu'il refte une
]auge pareille à la première jufqu'à la fin de la tran-
chée , Se alors on rempht cette dernière jauge , fort
avec les terres qu'on a mifes hors de la tranchée
pour la première jauge , foit avec des terres priles
d'ailleurs. La Quint.
Jauge , lignifie encore , en termes de Jardinier, la mefu-
re de la profondeur qu'on veut donner à une tranchée ;
Se CQiie. jauge eft un bâton d'une longueur fembla-
ble à celle de cette profondeur. Il faut toujours ("uivre
cette mefure pour entretenir la même profondeur Se
la même luperficie fans y rien changer. Ainli l'on
dit , avoir (ans celle h jauge , pour ne ("c point trom-
per en faifant la tranchée. La Quint.
A vive jauge , en termes de Jardinage , (e dit de la ma-
nière de fumer un jardin , Se lignifie amplement ,
abondamment. Quelquefois il s'agit de fumer à vive
jauge , c'eft-à-dire , de fumer amplement , & un peu
avant dans le f*id de la terre, &■ quelquefois aulîi
il s'agit de ne fumer que légèrement la luperficie. La
Quint.
JAUGEAGE, f. m. L'aéfion de jauger. Doliaris vin!
modi inquijlcio. Il entend fort bien \c jaugeage. Il a fait
le jaugeage de tous ces vailleaux.
Jaugeage, fe dit aulîi du Droit que prennent les Jau-
geurs , les Officiers qui jaugent. Inquijîcoris menfo-
ris merces. Il y a tant pour le droit de jaugeage.
JAUGER, v. a. Mefurer avec la jauge la capacité d'un
vailleau , Se la réduire à une mefure commune Se
connue. Ad bolidem doliaris vini modum exigere.
On dit, aulîi en Maçonnerie , Jauger une pierre, pour
voir li elle eft d'épailleur. C'eft appliquer une mefu-
re d'épaillèur ou de largeur vers les bouts d'une pier-
re , pour en faire les arrêtes , ou les furfaces oppo-
(ées parallèles. Jauger une pierre lignifie fouvent la
même chofe que la retourner. Voye^ Retourner.
FrÉzier.
JAUGEUR. (". m. C'eft un Ofîîcier de ville qui fiit l'art
de jauger , ou qui a titre Se pouvoir de jauger.
Minfor doliarius. Un juré Jaugeur. Le Jaugeur doit
imprimer fa marque (ur le vailleau avec une roua-
nette , & y mettre la lettre B ^ fi la jauge eft bon-
ne -, la lettre M , li elle eft trop fbible ou moindre ;
Se la lettre P , (i elle eft plus forte , avec un chiffre
qui marquera le nombre de pintes qui y feront de
moins ou de plus. Chaque Jaugeur doit avoir (a mar-
que particulière.
JA'UÀIIERE. f f. Claviojliolum. Petite ouverture à la
poupe , par laquelle le timon répond au gouvernail
pour le faire jouer. Pomey.
JAUNÂTRE, adj. m. & f. Qui tire fur le jaune. Sub~
flavus.
JAUl^y. Nom de lieu. Gelnacus. Il eft fur le Clin,
aulflrappejle-t il Jaunay (ur Clin , Gelnacus ad Cle-
num , fiumen. "Valois ,Not. Gall. p. ^j/, col. T.
JAUNE, adj. m. Se f. Couleur éclatante qui réfféchii
le plus de lumière après le blanc. ^Xj" Flavus. C'eft la
troiliéme des couleurs pirmitives. Voye^ au mot Coo-
Cij
20
J A U
J A X
LEUR. Dvip jaune. Flenï jau/ic. Tcmt jaune. Les feuil-
les des arbres AexKnncnt jaunes , quand elles 'ne re-
çoivent plus l'eau de la lève. Il y a beaucoup de ma-
nières jaunes ^ ou oblcures , qui fe blanchillent lorf
qu'on les mouille , & qu'on les fait lécher au fokil
plulieurs fois , mais h elles lont blanches , Se demcu
rent long temps à l'air fans être mouillées , elles de-
viennent jaunes , ainll qu'il arrive à la toile & à la
cire. Le papier & l'ivoire approchés d'un grand feu
deviennent fucceilîvement jaunes , rouges ts: noirs.
La toile de foie étant devenue jaune le blanchit par
la fumée du foufre. On voit des arbres vigoureux ,
principalement des poiriers , qui ont le feuillage
jaune. Si l'arbre poulie de grands jets jaunes , ce qui
d'ordinaire arrive à quelques poiriers lur coignallîer,
qui étant plantés en terre un peu fèche & maigre fe
portent naturellement bien , ce défaut de feuilles /««-
nés vient de ce que les principales racines le trou-
vant à fleur de terre y fonr altérées par les chaleurs
de l'été. La Quint.
La toile jaune , eft une grolle toile de ménage , telle
qu'elle vient de del'us le métier , &c avant que d'avoir
été plufieurs fois blanchie.
Jaune. C. m. Couleur jaune. Flavum j flavus color. Les
Teinturiers font le jaune avec de la gaude. On en fait
auili avec le curcuma , ou terra mérita , qui eft une
racine i & pour les moindres étoffes, avec la farrettc
& la geneftrolle. La nuance du janne eft le jaune naif-
fant , le jaune citron , le jaune pâle , le jaune pail-
le Se le jaune doré. On compofe le vea jaune du bleu
& du jaune , & plufieurs autres verts. Avec le jau-
ne Se le rouge de garence & celui de bourre le font
le jaune d'or , l'aurore , la couleur de (ouci , l'oran-
gé , la nacarate , l'ifabelle , la couleur du chamois ,
qui font des nuances du jaune. De L nuance du jaune
& du fauve fe compofent toutes les nuances de feuil-
le morte Se de couleur de poil. Les Peintres Se Email-
leurs font du jaune avec du mallîcot , qui eft de la
cérufe poudée au feu , ou avec de l'ocre. Les Enlu-
mineurs en font avec du fafran , de la graine d'Avi-
gnon , de l'orcanette , &c. Après la mort de Char-
les de BourboHj on fit peindre de jaune la porte Se
le feuil de l'on hôtel à Paris , devant le Louvre. C'é-
toit la coutume du temps pallé j pour déclarer un
homme traître à fon Roi , de peindre fa porte
de jaune , Se de femer du fel dans la mailon , com-
me on fit dans celle de M. l'Amiral de Châtillon.
Brantôme.
Le jaune J'œuf, eft la partie du milieu de l'œuf qui
tert de nourriture au poulet avec le bianc , tandis que
la poule couve, f^oye^ (Euf.
Ce mot vient de l'Italien giallo , ou de l'Allemand
geel , ou du Latin galbinus , geune. On le dérive aulli
du Latin hyalïnus. MÉn.
Jaune de Naples. f. m. Sorte de pierre ou de tene jaune ,
qui prend fon nom du lieu où elle le trouve , Se d'où
nos Marchands la tirent.
Jaune de Naples . Efpèce de cralfe qui s'amallc autour
des mines de foufre. Quoique l'on s'en ferve à frcf
que , fa couleur n'eft pas ii bonne que celle qui fe
fait de terre , ou d'ocre jaune avec du blanc.
Xaune , fe dit proverbialement en ces phrafes. Ce beurre
eft jaune comme fil d'or , comme de l'or. Ce malade
eft jaune comme fafran , jaune comme un coin. On
dit aulli , qu'un homme feit des contes jaunes , quand
il dit des chofes incroyables. On dit aulli à quelqu'un ,
qu'on lui fera voir (on hé jaune ; pour dire , qu'on
lui fera voir qu'il s'eft trompé qu'il eft un ignorant.
Ce proverbe eft tiré de la Fauconnerie , &: des oi-
feaux niais qui ont le bec jaune.
Jaune à feuilles de Rue. f^oye^ Renoncule.
Grosse-jaune. Nom d'une elpèce de figue. CraJJa ficus
crocea. Les grojjes-j aunes font un peu teiiitcs , Se car-
nées dedans , elles rapportent peu de fruit auprin-
temps , Se rapportent aifez l'automne , mais fPes ne
font guère délicates , ni les premières , ni les fécon-
des. La Quint. P. III, c. S.
Grosse-jaune tardive , eft aulli une efpèce de pêche
qui quand le temps eft propre pour fa maturité vient
en Oftobre , mais elle mûrit difficilement , comme
toutes celles de ce temps -la. La Quint. F. III ,
c. fi.
Jaune d'Italie. F'oye^ Renoncule.
Jaune-lisse. 1. i. Elpèce de Pêche. Quand le temps eft
propre pour la maturité , la Jaune-iijje vient au mois
d'Oclobre. La Quint. Peu après il condamne Se re-
jette la jaune-lijj'e , parce qu'elle mûrit difficilement.
P. III, c. II.
Jaune-lisse. adj. m. & f. Qui fe dit des fruits dont la
couleur eft jaune Se la peau lillée. Croceus ou aureus
& levïs. Le Brugnon jaune-iijje ne doit point paroitre
au mois d'Ottobre , fi l'on a d'autres pêches. Les
nuits loiipics, fouvcnt humides , Se toujours froides,
ne lont guère propres à faire de bons fruits , fur-
tout des fruits à noyau. La Quint. Les pêches qu'on
nomme Jaune-Hfje viennent au mois d'Ottobre. Id. P.
III, p. 26 J. '
Jaune de Rome. Voye\ Renoncule.
Jaune tardive , Pêche. Voye':^^ Sandalie.
JAUNE. La Rivière jaune, yoye:^ Hoang.
JAUNET. 1. m. Nom que donnent les enfàns à toutes
les petites fleurs jaunes. Aureolus j luteolus. C'eft aulli
le nom que le petit peuple donne à toutes les pièces
d'or. Cet homme eft bien riche , il a bien des jaunets.
Jaunet. adj. Il y a des lieux où l'on appelle ^m\jaunet ,
une forte de pain qui tient le milieu entre le pain
blanc , Se le pain bis.
|tJ" JA.UNIR. v. a. rendre jaune , teindre en jaune. Fla-
vo inficcre. On jaunit un corps , un plancher. On jau-
niffoit autrefois les maifoiis des rebelles Se des ban-
queroutiers.
§CJ" Jaunir eft aulîî neutre. Se lignifie devenir jaune.
Flavefcere. Les blés , les fruits commencent à jau-
nir. Cet \\o\nmQ j aunit à vue d'œil. Près de fon teint
vermeil on voit jaunir les lis. La Suze.
Jaunir. Devenir jaune , fe dit des marchandifes blan-
ches qui deviennent jaunes pour être trop long-temps
expolées à l'air.
Jauni, ie. part. Se adj.
JAUNISSE, f. f. Maladie qui rend jaune, Se qui vient
d'un dégorgement de bile. Iclerus. J^oye^ Ictère. Les
Journaux ont parlé d'iuie fille malade de la jaunijè
qui communiquoit une couleur de citron à l'argent
qu'elle portoit dans la poche.
0CT JAUNISSE. En Botanique défigne une maladie des
plantes. C'eft la couleur jaune des feuilles avant la
lailon où elles doivent tomber. Cette couleur des
feuilles annonce que le tcrrein eft ufé , ou que quel-
que infede a attaqué les racines.
JAUNSTEIN. Bourg d'Allemagne dans la Baire-Carin-
thie, vers les confins de la C.arniole.
JAVOLS, ou JAVOULS. Nom d'un lieu du diocèfe de
Mendc , dans le Gcvaudan. Quelques uns croient que
c'eft le Gabali des Anciens. Valois , Not. Gall.p.
214, col. I. f^oyc^ci-dcffous Javoux.
JAVOTTE. f. f. Genovefa. Nom d'une petite fille , qui
veut dire petite Geneviève. Ce nom ne fe donne qu'à
des filles de bafte condition.
JAVOUX. Javoutium. Anciennement Gabalus , Gaba-
U, Gahalum , Anderitum j Anderidum. C'étoit au-
trefois une ville Épifcopale ; maintenant ce n'eft
qu'un village de France , ûtué dans les Cevennes ,
à quatre lieues de Mende , où eft aujourd'hui l'E-
vêché.
JAVRON. Nom d'un lieu fitué dans le Maine , provin-
ce de France. Gahro , Se plus récemment Gahronium.
Ce lieu étoit entre le Maine & la Sarte , & donnoit
fon nom à une petite contrée. Gahronenfis ager. V.\-
lois. Not. Gall. p. 21 f , col. i.
JAUSE. Lieu , que quelques-uns prennent pouf l'-incien
/iz/^tvi/OT , fort château dans leSonnois. Valois. Not.
Gall. p. 24S y col. I.
JAUSIR. V. n. Vieux mot. Jouir.
JAUTERAUX. Voyei Jouteraux.
JAWER. Voyei Javhr.
lAXARTES." Rivière d'Afie dans la Sogdiane , feloji
Ptolomée , dont les bords étoicnt habités pai- un grand
peuple de Sc} thie , appdc Iitxartes.
I B E
J A Y.
JAYCZA, ouJAICKS. Nom d'une petite ville avec
une citadelle très forte. Jcjc^a j Gaina , Jaicia. Elle
cil dans la Boliiie , vers les confins de la Croatie ,
liir la rivière de Wultrina , entre la ville de Bagnalu-
ka , Se celle de Wihitz. Jayc-^a a été la réhdence des
anciens Rois, ou Defpotes de Bofiiic , elle appar-
tient maintenant au Turc. Matv.
JAYET. Foyei Jais.
J A Z.
JAZER. Nom d'une ville de la Terre-Sainte , fituée à
l'orient du Jourdain dans le Royaume de Séhon. Ja-
içer. Elle étoit dans le pays de Galaad , occupée par
les Amorrliéens Orientaux , à qui Moïle l'enleva.
Ja\er lut donné à la Tribu de Gad , qui le rebâtit.
Elle étoit lur le torrent d'Arnon , qui en prit le nom
de lieuve de Ja^er , & il y avoit \i proche un petit
lac , qu'on appeloit la mer de Ja-^er. Ja'^er fiit donné
aux Lévites , & fut une ville d'afile. P. Lubin. Joféphe
l'appelle Jazore , Ja^orus , d'autres Gazer , & Ptolo-
mée Gazore. Réland. , T. II ^ p. 82j.
JAZERAN. Voye\ Jaserant.
JAZYGE. Nom de peuple de la Sarmatie Européenne.
Ja-{uingus j Ja^yfa. Les Ja-^yges Métanaftes j Ja-^ygcs
Mctanaflét, font d'anciens peuples , que les Rois de
Pologne défirent en Sarmatie , & qui fe retirèrent
au-deçà du mont Crapatz , entre la TéilIe & le Danu-
be, pays qui eil aujourd'hui une partie de la Haute-
Hongrie. Il y avoit d'autres Ja-^ges , qu'on appeloit
Méotes, parce qu'ils habitoicnt le long des Palus Méo-
tides, maintenant la mer de Zabache , du côté du cou-
chant. Les Ja^yges Méotes habitoient vers les Palus
Méotides , entre les Naubares &c Roxalans , & occu-
poient une partie de ce que nous appelions aujour-
d'hui la petite Tartarie. Pline Se Strabon en parlent ,
le premier , L. IV , c. I2\ & le fécond , Z. VII.
Gromerus dit en Latin Jafumgus.
I B A.
IBANOGOROD. Voye\ Ivanogorod.
IBA PARANGA. f. m. Efpèce de prunier du Brefil ,
dont le fruit eft doux , & renferme un noyau de la
^rolfeur & de la figure d'une amande , dans lequel font
renfermées trois amandes. Il eft bon à manger ; mais
on ne lui attribue aucune propriété , non plus qu'à
l'arbre qui le produit. Rayj Hijl. Plant.
IBAR. Rivière de la Servie. Ibarus , anciennement Mof-
chïus jluv'ius. Elle le joint à la petite Morawe , vis-à-
vis de la ville d'Ilar , & va le décharger dans la grande
Morawe, au delFous de Nillà. Maty.
IBAR. Petite ville de la Turquie en Europe. Ibara.
Elle eft dans la Servie , lur une petite rivière qui porte
Ion nom , vers les montagnes d'Argentaro , Se les
confins de l'Albanie. Matv.
IBA YC AVAL , ou NERVIO. Rivière de la Bifcaieen Ef-
pagne. Nerva j Nenius , Nanfa , Nefua. Elle a fa
îource vers les confins de la vieille Caftille , Se la
ville de Trevinno , palle près de McfFana , Se va
fe décharger dans la mer de Bifcaie , à Bilbao. Maty.
I B E.
IBE. Ville & principauté d'Efpagne , dont parle Tite-
Live à l'occalîon de Borbis & Orfua , deux Princes
coufins germains , qui fe la dilputèrent par un duel.
IBEIXUMA. f. m. Arbre fort commun dans le Brefil ,
qui porte un fruit fphéiique de la grolleur d'une
balle de paume , qui eft de couleur verte avant que
d'être mur, couvert de tubercules de couleur brune ,
& contient une matière femblable à de la glu. Il noir-
cit quand il a acquis fa maturité , Se fe partage en
cinq parties égales , dans chacune defquelles font en-
fermées des femences brunes , rondes Se oblongues ,
de la grolfeur de celles de moutarde. L'écorce de cet
arbre eil gluante , & fert aux mêmes ufages que le
IBE 21
lavon d'Elpagnc. Elle vaut beaucoup mieux que le^
huit Saboon ou Quity , dont l'acrimonie nuit aux
étort'es & au linge. Ray , Hiji. Plant..
IBHLIN. Voyei Geth.
IBÈRE , ou IBERIEN, ENNE. f. m. & f. Nom an-
cien de peuple. Ibcrus. On l'a donné aux anciens ha-
bitans de l'une Se de l'autre Ibérie , dont nous al-
lons parler.
Voit pourtant fous Jes loix & le Nil & Vlhhxc.
Voit l'Euphiate fournis & le Rhin tributaire.
Breb.
Nos Poètes fe fervent encore de ce mot pour fig-
nifier les Efpagnols d'aujourd'hui j & il a de la grâ-
ce dans les vers. |p
Ces deux nobles rivaux le François & /Ibère.
L'Abbé Genest.
On trouve aulîî le nom à'Ibérien dans le même
fens : ce mot n'cft bon que dans les vers , Se en
proie feulement j quand on parle des anciens Ef-
pagnols appelés en Latin Iberi , ou de certains peu-
ples de l'Afie.
Ibère. Nom d'un fleuve d'Efpagne , Iberus. Nous
l'appelons aujourd'hui l'Ébre ; mais on peut dire
l'Ibère quand on parle de l'antiquité , iur - tout
en Poëlie.
L'afpecl du Sicoris y & celui de /'Ibère ,
Rend leur foif plus ardente j & leur fort plus févère.
Brebeuf.
IBÉRIE. Nom de Contrée, Iberia. On a donné ancien-
nement ce nom à deux diftérens pays. Le premier
étoit une contrée de l'Aile , léparée vers le nord de
la Sarmatie Européenne par le mont Caucafe ; elle
avoit au couchant la Colchide , au levant l'Alba-
nie , Se au midi la grande Arménie. Ce pays eft ce-
lui qu'on nomme aujourd'hui la Géorgie propre ,
Se qui comprend les Principautés de Carduel Se de
Kacheti. Les Anciens ont aulîî donné le nom d'/-
bérie à l'Efpagne , à caufe apparemment de la ri-
vière d'Ebre , qu'ils nommoient Iberus. D'autres di-
fent qu'elle prit ce nom d'un ancien Roi de ce pays
nommé Iberus. Il y a de l'apparence qu'il n'y eut
d'abord que les environs du fleuve Ebro , Iberus ,
qui furent ainlî nommés. Arias Montanus prétend
que l'Efpagne tira ce nom de les premiers habitans ,
qui vinrent de Vlbe'rie d'Alie s'y établir fous la con-
duite de Tubal. Joféphe eft aulîî de ce fentiment ,
L. I. Varron , & après lui Pline , I. III j c. j. L.
VI , c. 4 y Sec. p , compte les Ibériens au nombre
des peuples qui occupèrent l'Efpagne avant la fon-
dation de Rome. Au contraire Mégaftène dans Eufé-
be , Prxp. Ev. I. IX , c. 4r , Se Strabon Z. 7, di-
fent que les Ibères Occidentaux fous la conduite de
Nabucodrofor , s'emparèrent de la Libye , Se de 1'/'
bérie Allatique. Denys le Géographe , Se Socrate ,
dans fon Hiftoire Ecclélîaftique , L. I ^ c. i6 , fui-
vent aulîî cette opinion , qui n'eft pourtant pas la
plus commune , ni la plus vrailemblable. C'eft de
l'Orient que font venues les Colonies qui ont peu-
plé l'Occident , & il n'eft guère croyable que des
habitans d'Efpagne aient été le confiner dans un pays
aulîî éloigné Se aulîî feptenrrional que VIbérie d'À-
\\c. D'autres foutiennen^vec encore plus de proba-
bilité que ces peuples iiPviennent point l'un de l'au-
tre. En effet , Appien dit qu'ils ne reflémbloienc
en rien , ni dans leurs mœurs , ni dans leur langue.
Bocliart , qui eft de ce fentiment dans Ion Chanaan ,
I. I y c. ss , tire avec raifcn de la langue Phéni-
cienne le nom des Ibères d'Efpagne. n^jy , Eber , en
Phénicien , fignifie tranfitus , pallàge , & tout ce qui
eft ultérieur ; car njj7 , eft aulîî trans , au delà : Ibrin
au pluriel fignifie termini , les termes , les fins. Ain-
fi les Phéniciens appelèrent les habitans d'Efpagne
Ibères , parce qu'ils étpient du côté de l'occident.
22 I B I
au bout du monde connu , & c'efl: apparemment pour
la mcme railbn qu'on a encore donne dans les pre-
miers temps le nom à'Ibcrie à la Gaule , (iv celui
A'Ibernie a l'Irlande.
IBÉRIEN , ENNE. f. m. & f. Foyçi Ibère. La con-
veriiondes Iheriens , peuples voiiins du Pont Euxin ,
fut merveiUeufe. Une femme Chrétienne étant capti
ve chez eux , attira leur admiration par l.i pureté de
fa vie , fa fobriété , fa fidélité , fon alliduité à l'oraifon ,
qui lui faifoit palfer les nuits entiàcs dans ce faint exer-
cice. Les barbares étonnés lui demandoient ce que cela
vouloit dire. Elle déclara limplcment qu'elle (ervoit
amû le Chrill fan Dieu. Ce nom étoit aulli nouveau que
le relie ; mais ta perfcvérance excitoit la curiofité natu-
relle des femmes , pour favoir fi ce grand zèle de reli-
gion étoit de queloue utilité. C'étoit leur coutume
quand quelque enfarff étoit malade , que la mère le por-
tât par les maifons , pour s'informer fi quelqu'un la-
voir un remède. L'ne Ihénenne ayant ainfi porté fon
enfmt par tout inutilement , vint aullî trouver la capti-
ve. Elle lui dit qu'elle ne (avoit aucun remède hu-
main ; mais que Jefus Chrift fon Dieu pouvoit don-
ner la fanté aux malades les plus détefpérés. Ayant
donc mis l'enfint fur le cilice , qui lui fervoit de cou-
che, & ayant tait fur lui (a prière, elle le rendit guéri
à fa merc. Elle guéiitde même la Reine des Ihérkns ,
qui fe fit porter à. elle fur le bruit du premier miracle.
Ces prodiges , expufés aux hommes par le Roi , &
par la Reine aux femmes, déterminèrent les Ibérlens
à embralfer la foi , & à bâtir des Églifes. C'eft ce que
rapporte Rufliu , Lih. I , cap. lO.
I B I.
IBIBIRABA. f. m. C'eft un Arbre du Brefil qui porte
des baies , une fleur en rofe , & un fruit gros com-
me une ceril'e , dans lequel on trouve plufieurs noyaux
que l'on mange avec fa chair. Ce fruit eft doux , &
tient un peu du goût de la réfme : mais lorfqu'on en
mange beaucoup , il irrite la gorge de même que le
poivre. On emploie les feuilles & les Heurs , mê-
lées avec le camara , dans les lotions des pieds , pour
appaifer les maux de tête. On tire de fes fleurs , cueil-
lies avant le lever du foleil , aufll bien que de fes
feuilles, par la diftillation , une eau rafraîchiflànte
& mondificativcj qui eft excellente pour les inflam-
mations des yeux. Ray., Hift. Plant.
IBIBOHOCA. f. m. Serpent du Brelil fort venimeux.
Son corps eft tacheté de rouge , de noir & de bleu.
IBIRACUA. f. m. Nom d'une efpcce de ferpent qui fe
trouve dans l'Amérique méridionale.
IBIRAPITANGA. f. m. Nom que les Indiens donnent
à un grand arbre du Brefil , qu'on appelle autrement
hois du Brefil ; ou arbre du Brefil. Le bois de cet ar-
bre fert pour teindre en rouge. Il rcfl'cmble aux chê
nés en grandeur.
IBIS , f m. ou CIGOGNE NOIRE. Ibis , ai;ogma
nigra. Oifeau d'Egypte , cfpèce de Cigogne qui le
nourrit de ferpens , & qui en détruit une grande
quantité. Tous les Auteurs conviennent que VIbis
eft une véritable efpèce de Cigogne -, les Egyptiens
après leur mort les embaumoicnt pour les conterver ,
leur rendoient de grands honneurs , & leur laiioient
des efpèces de funérailles. Pour ce qui eft de la fi-
gme èc des couleurs de fon pcnnage , de loin fon dos
paroît tout noir , mais à le regarder de près il eft
de la couleur d'un vanneau , ou d'un corbeau de
bois , dans le pcnnage j^qucls le noir paroît mcle
de vert , ou d'une couISk tirant fur le bleu , mêlé
d'un peu de couleur de pourpre ; fon ventre &c les
côtés fous les ailes font blancs ; cet oifeau eft fort
grand ; fon bec eft pareillement grand , robufte , &
de couleur d'écarlate aulfi-bien que les jambes (Se les
pieds; laiongueur du bec depuis la pointe qui eft un
peu courbée julqu'au commencement des plumes de
ici tête , eft de huit doigts , (on cou eft long d'im
pied , ou de quatorze doigts ; fon dos & la poitrine
font larges comme le corps d'une oie , les doigts de
fes pieds paroilfuiit fcparés , le commencement eft
I B R
joint d'une membrane comme celle des oifeaux à pied
plat , principalement entre les deux grands doigts ,
cxlui du milieu eft long de cinq doigts , fa langue
eft fort courte , les grandes pennes de les ailes font
plus noires que les autres : a l'endroit où les ailes
font jointes au corps de l'oifeau , il y a une grande
cavité qui s'étend en arrière , la partie de devant des
pennes eft renfermée de celle de derrière.
Ariftote, après Hérodote, a fait mention de deux
efpèces A' Ibis , l'une noire , l'autre blanche ; mais Bel-
Ion attribuoit à la cigogne ce qu'il dit de la blanche,
& que la noire étoit l'Ibis des Egyptiens. Dapper dit
que Vibis blanc fe trouve par toute l'Egypte , mais que
le noir ne fe trouve que vers Damiette ; que le blanc a
la tête comme le corbeau aquatique, le bec pointu &
plus épais que le pouce du ccité de la tête. Élien dit
qu'il a quatre- vingt feize coudées de boyaux. Quand
on le tranlporte d'Egypte il le laillc mourir de faim ;
on dit pourtant qu'on en trouve autour d'un lac d'eau
douce près de Licha dans l'extrémité de l'Afrique.
Les Ibis tirent leur nourriture des ferpens & de tou-
tes fortes d'infeétes, & quelquefois des herbes & grai-
nes qu'ils rencontrent-, ils font du bruit avec leur bec
comme la cigogne blanche.
Aldrovand rapporte que la chair de VIbis eft rouge
comme du faumon, & qu'elle efl douce; mais que la
peau Cil eft très-dure , & lent fort la fauvagine. VIbis
eft tort tujet à la vermine.
L'on croit que c'eft de lui que l'on a appris l'ufage
des lavcmens , & non pas de la cicogne. Appian &
Élien , rapportent que cet oifeau vit très long temps ,
& qu'il tait ton nid fur les palmiers. La plupart des
Anciens, du nombre detquels eft Ariftote, rapportent
que de leurs œufs naît le Bafilic. Ils dilent que les
Egyptiens adorèrent VIbis comme un Dieu , parce
qu'il mange les ferpens. C'étoit un crime capital de
tuer un Ibis y ou volontairement , ou par mégarde, de
même qu'un épervier. Leur fcrupule, ou plutôt leur
fuperftition fur cela alloit fi loin, que lorfque l'armée
Egyptienne fut fur le point de combattre Cambyfe,
près de Pélute, quelques /^/j ayant paru devant elle ,
aucun fbldat n'ofa tirer, de crainte de blefler les Ibis^
& Cambyfe prit Pélufe. Polum. L. VIL SoHn, C. 34^
dit que VIbis mange les œufs des ferpens, qu'il les
porte à fes petits qui en font fort friands ; que ce n'eft
pas feulement en Egypte , mais encore en Arabie qu'on
en voit , & qu'ils rendent ce fervice aux habitans de
dévorer toutes les troupes de ferpens ailés qui lortent
des marais & des eaux; qu'ils pondent leurs œuts par
le bec; que ceux des environs de Pélute font noirs, &
tous les autres bL;ncs. Saumaife réfute Solin, p. 41 S ,
fur ce qu'il dit qu'ils pondent par le bec , 6c il montre
fort au long que l'opinion des Anciens étoit feulement
qu'ils concevoient par le bec , comme les corbeaux.
Elien, Z. X,de Anim. C. ^^j dit que quand l'/^ij cache
fa tête & ton cou fous tes ailes , il a la figure d'un cœur;
que pour éviter les chats il tait fon nid fur les palmiers.
T^oye\ Hérodote*dans fon Euterpe ; Pline, L. X,c.
20. Voflius, de Idolol. L. III, c. 74, jS , S 2 & ç6 .
Dieu détendit aux Ifraélites de manger de VIbis. Entre
les oifeaux voici ceux que vous ne mangerez point, &
que vous aurez foin d'éviter le chathuant , le
plongeon, VIbis. Sacy, Levit. XI , 13, ij.
IB0RG\ ou IBURG. Petite ville du Cercle de Weftpha-
lie , en Allemagne. Iburgum. Ce lieu eft fur la rivière
de Colberk, dans l'Evêché d'Otnabrug , à trois lieues
de la ville de ce nom , du côté du midi. Les Évêques
d'Ofnabrug font touvent leur réfldcnce kiborg. Mat y.
Long. 2ǰ. 46'. lat. 5i°. 20'.
IBOS. Petite ville de France dans le Bigorre , à deux
lieues de Tarbes.
I B R.
IBRAHIM, f. m. C'eft en Arabe la même chofe qu'Abra-
ham en Hébreu & dans notre langue: Ibrahi— ^
Ibrahimus. Nous employons ce mot en parlant des
Arabes , ou des Turcs qui l'ont porté , & nous le re-
tenons d.ms notre langue; c'eft l'ulagc. Ibrahim Iman,
ICA
c'eft àdirc. Chef de Religion, ou de fedle, ctok fils
de Moh.iniincd , qui dckcncloit du fixrc aîné des deux
premiers Kaliks de la Mailoii des Abaliidcs. Aniui.u
avoitun frère qui fur depuis le Sultan Ihiahinj , ^ que
ce même Amunir négligea comme un l'nnte lluj.ide
qui ne lui donnoic point d'ombrage^
L'imbécilk Ibrahim ,fans craindre fa naijfunce ,
Traîne , exempt de péril , une éternelle enfance :
Indigne également de vivre & de mourir ^,
On l'abandonne aux mains qui daignent le nourrir.
Racini;.
Mais il ne faut point dire Ibrahim, en parlant des
autres Abrahams , quoique les Arabes les appellent
Ibrahims ; il ne faut point, dis je, le faire même en
rapportant ce qu'en difent les Arabes. Ainlije nedirois
point : Les Arabes prétendent dcfcendrc d'Ibra/iun ,
auili-bien que les Ifraélites, au lieu de dejcendre d'A-
braham j quoique les Arabes appellent ce Patriarche
Ibrahim al Nabi ; c'eft à-dire Abraham le Prophète. _
Quelques-uns écrivent Hibrahim avec une H ; ainfi
l'écrivent Vigénère , Continuation de l'Hiftoire des
Turcs , &c Du Loir dans fon Voyage du Levant , Lettre
IFj p. 114 & fuiv. où il parle de l'avènement à la
Couronne de Sultan Hibraim j frère de Sultan Mou-
rat, qui avoit ordonné qu'on l'étranglât. D'abord
Sultan Hibraim fut faifl de cette pâle frayeur que don-
ne aux plus hardis l'approche & la préfence de la
mort. Du Lom. Mais il faut écrire Ibrahim. Ce n'elf
qu'un élifen Arabe iSj en Turc , & un aleph en Hébreu.
IBRAMLMIAH. ^Tqycç Abrahamien.
IBRAHIMLIC. Lieu de Perfe , à vingt-fept lieues de
Bagdad , vers le Courdiifan. Il eft remarquable par le
maufolée d'un Santon , mort en odeiu- de fainteté dans
l'opinion des Mahométans.
ÏBROS. Ibcria. C'étoit anciennement une petite ville de
l'Efpagne Bétique. Ce n'eff maintenant qu'un petit
village , lîtiié dans l'Andaloufie , à une lieue de Barca ,
du côté du nord. Maty.
IBS. Foyei IPS.
fCFIBUM. f. m. Nom que les Rabbins donnent à la
cérémonie d'un frère qui époute fa belle-lœur , veuve
de fon frère , mort fans enfins , comme il étoit permis
de le faire luivant la Loi Mofaïque. Deuter. c. 2 y.
IBYARA. f m. Nom d'un ferpent du Brelil. Ibiara, £.
On prétend que Vibyara produit le même effet que
l'hémorroïs ; c'eft-à-dire , qu'il diilbut tellement le
tiflu du fang , par le venin que fa morfure inf mue ,
que cette liqueur fort en forme de f'ueur par tous les
pores de la peau. M. Alhot de Muflcy, dit dans fa
Diifertation fur la lueur de fang de Jéfus-Chriff, que
ceux qui font mordus de Vibyara , fuent le lang par
tous les pores de la peau.
J. C.
J. C. en abréviation fignifîe Jésus-Christ , ou Jurif-
confuke.
I C A.
ICACO. f. m. Prunier de l'Amérique. Il y en a quatre
efpèces qui ne pofledent aucune propriété médicinale.
ICADES. f f pi. Nom d'une ancienne fcte que les Phi-
lofophcs Épicuriens faiioient à l'honneur d'Épicure.
Icades. Les Icades le célébroient tous les mois. Pline,
L. XXXK , c. 2. Le jour des Icades éroit le io^ de
la Lune ou du mois qui étoit celui qu'Epicure vint au
monde. C'eft de là qu'ell pris le nom d'Icades ; car
iix.it; fignifie une vingtaine , de Uy-w , vingt. Ils or-
noient leurs chambres ce jour-là : ils portoient en
cérémonie dans leurs maifons, de chambre en cham-
bre, fes portraits, & faif oient des facnlîces. f^oye^
Athénée , L. ril,&: Pline déjà cité.
ICADISTE. f. m. Épicurien. Icadijla. On donna ce
nom aux Épicuriens , du nom de la fcte des Icades,
qu'ils célébroient tous les mois à l'hoiincur d'Epicure.
ICANA TE. f. m. Terme d'Hiftoire & de Milice. Icana-
tus. Les hanates étoicnt dans l'Einpite Grec des fol-
I C D
^3
dats qui faifoieiit la garde dans les dehors du Palais.
Ce corps de troupes avoit pour chef un Ollicicr qu'on
appeloit Doineihque.
IC'AQUE. f. m. Sorte de petit prunier qui croit aux An-
tilles en forme de buiilon. Ses branches font revêtues
en tout temps de petites feuilles longuettes, & ornées
deux fois l'an d'une infinité de belles Heurs blanches
ou violettes qui font fuivies d'un petit fruit rond, de
la groflcur d'une prune de Damas. Ce fruit étant inur
devient blanc ou violet , comme étoit la l^leur. Il cft
fort doux , & tellement aimé de certains peuples près
dug(;lfe d'Hondurcs , qui s'en nourriilent, qu'on les
appelle Icaques. Pour empêcher leurs voilins à qui
ces fruits manquent , d'y venir faire du dégât , lorf-
qu'ils ont atteint leur maturité, ils tiennent pendant ce
tems là, aux avenues de leur terre, des corps de gar-
des compofés de l'élite de leurs meilleurs loldats , qui
les repouflént vivement avec la Hèche cv' la malUie ,
quand ils le piéléntent,
ICARE, f. m. Nom d'un jeune homme fameux dans la
fable. Icarus. 11 étoit fils de Dédale , célèbre par fon
habileté dans les Méchaniques. Icare ayant été enfer ■
mé avec fon pcre dans le Labyrinthe que celui ci avoit
conftruit dans l'ifle de Crète , Dédale le fit à lui même
& à fbn fîls des ailes pour le lauver en volant dans les
airs. Mais Icare, contre l'avis de ion père, s'étant ap-
proché trop près du foleil , & la cire qui tenoit les plu-
mes de fes ailes s'étant fondue , il tomba dans la mer ,
Se cet endroit de la mer prit Ion nom.
ICARE, ou ICARIE. Eftauili dans l'Antiquité le nom
de l'une des Cyclades , iles de la mer Egée. Icarus ^
Icaria. Cette ile , dit Strabon , L. X, étoit fertile en pâ-
turages. Ainfi Bochard tire fon nom du Phénicien
131« ,Icar , c'eft-à-dire l'Ile du P.âturage. Mais cens
île s'apeloit d'abord Ickthyufe , ou IchthyoeJJe ; c'eft-
à dire, poijffonneuje. C'eft pourquoi d'autres aiment
mieux tirer Ion nom de ni3''iîj I-coure , qui lîgnilîc
l'ifle des PoifFons.
IcARiE, eft encore le nom d'une île de l'Océan fepten-
trional. Icaria. On dit qu'elle a pris ce nom d'Icare
fils de Dédale, Roi d'Écofle, qui y a régné, &: donna
des loix aux Infulaires. Il ne croît point de blé dans ces
îles ; les habitans n'y vivent que de poiflon. Ils ne
foufrrent point les étrangers parmi eux , & n'en reçoi-
vent tout au plus qu'un à la fois pour apprendre là
langue. En 1390, Zuchmin, Roi de quelques autres
îles feptentrionales , y fit defcente; mais il fut repouilc
par les Icariens.
ICARIE. Foye:ç_ Nicaria.
ICARIEN , ÈNNE. adj. Nom que les Anciens donnent
à la mer , dans laquelle Icare tomba. Icarius , a. La
mer Icarienne eff une partie de la mer Egée, qu'on
nomme aujourd'hui mare di Nicaria.
ICARIUS. f. m. Nom d'un fils d'Oébale , qui fut changé
en aftxe. Icarius. Bacchus ayant donné une outre plei-
ne de vin à Icarius pour en communiquer l'ufage aux
hommes, il en fit boire à des moiironneurs de l'Attique
fort altérés. Ils en burent trop , & s'enivrèrent. Après
avoir cuvé leur vin, &c êtm revenus de leur ivrelfe,
ils s'imaginèrent que c'étoi^u poilon qu'on leur avoit
donné, & tuèrent Icare, dont ils jetterent le corps
dans un puits. Une chienne qu'il avoit , appelée
Mocra , retourna à trigone fille d! Icarius , la prit de
fes dents par la robe , & la tira au heu où l'on avoir
jette le corpsde fon père. Erigone mourut de douleur,
Moëra la luivit, & Jupiter par pitié les tranlporta
tous au Ciel , & les changea en Aftres. Moëra eft la
Canicule , Icarius le Boores , &c Erigone la 'Vierge.
fCJlCASTIQUE. adj. m. c^' f Terme dogmatique. Doit-
on préférer le genre ictz/Zi^i^dau phantaflique, oupour
parler plus clairement , taut-il reprétenter les hommes
tels qu'ils font , ouïes repréfenter d'imagination, tels
qu'ils devroient être. Mém. de 1 rdv.
ICEST. Pronom. Vieux mot. Icelle, celle là. Po'éf. du
Roi de Nav.
I C D.
ICDIE. Soufcription ufitée par les Princes de Galles. On
dit en terme de Diplomatique Vicdie de ce Prince eft
24
I C H
bien confei-véc. Les Princes de Galles mettent Icdkn ,
ce qui lignifie en Saxon , lelon Spleman , je fuis le
Serviteur.
I C E.
ICELE. f. m. Nom propre d'un fils du Sommeil. Icelos ,
Icelus. Il avoir la propriété de le changer en toutes
fortes de formes. C'eit pour cela qu'on lappelloit
Jccle , Icelos j du verbe Grec tixw, qui lignifie, je fuis
fcmhlable , je rcffemhle. Les Dieux, dit Ovide, l'ap-
pelloient/c-e/Mj & les hommes Phoetor, c'elVà dire ,
qui épouvante. Cette fable étoit prife de dilîérentes
illulions qui font les fonges dans le fommeil. Voyc-^
Ovide , Métam. L. XI, v. 6 3 9
ICELUI, ICELLE. Pronom démonftratif &c relatif. Is.
Ce mot n'eft plus en ufage qu'en pratique, & lignifie
celui dont on a parlé auparavant. Icelui notre grand
Confeii : c'eft le commencement du difpofitif de tous
les arrêts de cette Jurifdiâion. On doit pourtant re-
gretter ce mot qui empccheroit les amphibologies.
I C H.
ICHAR , ou ISCHAR. Nom d'une rivière de la Bulgarie.
Ichara. Elle prend fa fource dans les montagnes d'Ar-
gentaro, & fe décharge dans le Danube, vis-à-vis de
l'embouchure ds l'Aluta. Quelques Géographes la
prennent pour la rivière qui léparoit anciennement
la Haute Mélie de la Baife , &: qui étoit nommée Cia-
bras j Ciambrus , Cebrus &z dus , que d'autres Géogra-
phes prennent pour la Morawe. Matv.
ICHAR A-MOULL f. m. C'eft une racine qui croît aux
Indes Orientales. Elle eft extrêmement chaude. On
en ule dans une cuillerée d'eau chaude que l'on fait
boire à ceux qui ont aéluellement une doulourcufe
indigeftion. Quelquefois elle caufe le vomillement.
On en ufe dans du fuc de limon , &: on la frotte fur les
frondes , maladies de la peau , enflures provenues de
la morfure des vipères. §3° On l'emploie avec d'aui
très ingrédiens contre la fièvre , &: je ne fais combien
d'autres maladies. On allure même qu'on fait fuir les
ferpens , en la leur prélentant fraîchement coupée.
ICHBOROUG , ICHBARAW. Nom d'un village du
Comté de Nortfolk en Angleterre. Ichborovia. Quel-
ques - uns le prennent pour l'ancienne Iciani , ou
Iciamos , que d'autres placent à Théoford. Maty.
ICHIEN , ou ICHIN. f m. C'eft l'.aune du Japon , avec
laquelle on mefure les étolfes de loie & les toiles
qui s'y fabriquent. Ulchien eft à peu près de trois
aunes de Hollande.
ICHMIAZIN. Nom d'un gros bourg de la Perfe , fi-
tué dans la province d'Érivan, à trois ou quatre lieues
au couchant de la ville de ce nom. IckrrAa'y.num. Il
y a dans ce bourg un Monaftcre , où le Patriarche
des Arméniens fait fa réfidencc , & dans lequel eft
fon Églife Patriarchale. On y voit encore deux autres
Egliles , &■ c'eft pour cette railon qu'on la nomme
quelquefois Tre Chicfe j ou Uck-lCiiffe , qui lignifie
'Trois-Églifes. *^ ^
ICHNÉE. adj. f. Epithère , ou furnom que les Anciens
ont donné à Thémis , Déellè de la Juftice , &: à Né-
méfis , Déelfe vengerelîe des crimes. Ichnita. Ce nom
vient d' i'j;»o? vefiigium , pas j trace ^ veftigc ; <?c il fut
apparemment donné à ces Déelfes , parce qu'elles lui-
vent les traces des coupables , qu'elles ne les aban-
donnent jamais , qu'elles font attachées à leurs pas.
Raro antecedentem fcelejlum
Déferait pede Pcena daudo.
ICHNEUMON. f m. C'eft un animal qui n'aît en
Egypte , qu'on appelle quelquefois Rat d'Inde. Rat
de Pharaon & Mangoufte. Il eft de la grandeur d'un
cha;t. Les Egyptiens l'ont adoré , parce qu il eft en-
nemi du crocodile , qu'il calle l'es œufs , «Se même le
tue quelquefois en lui rongeant les inceftins. Les
Naturaliftes remarquent que \ Ichntumon eft le feul
animal qui ait l'induftrie de fe fervir d'armes défen-
fives : car quand il veut attaquer un afpic , il fe roule
I C H
dans la bouc , qu'il laifte fécher pour lui fervir de
cuiralle. Les Héracléotes en Egypte adoroient \Ich-
neumon. Vossius , de Idolol. L. III t c. /j, 7^,
ç6. L. IF':, c. 16 & sP-
VIchneumon , que les Grecs appellent , l'wiof , c'eft-à-
dire , pourceau , parce qu'il fouille la terre avec le
grouin , comme cet animal , s'appelle maintenant
Rat d'Egypte , & dans Elien Rat des Indes ; quel-
ques uns le nomment aulli le Loutre Égyptien. Il eft
de la grolfcur d'un chat, & couvert d'un poil rude
comme celui du loup , moucheté de blanc , de jau-
nâtre & de cendré. Il a le grouin d'un pourceau , les
oreilles courtes & rondes , les jambes noires , &c cinq
griffes à celles de derrière , la queue longue & épaif-
le proche du corps. Du refte , il eft femblable à un
chat. Autour d'Alexandrie ou apprivoife les Ichneu-
mons comme les chats & les chaens. Vioye\ Dapper.
page SS.
Ce mot vient du Grec , 'iz'^h"' > "i" verbe ly.tvjtit , in-
vefligare , chercher. Le propre de cet animal eft de
chercher le crocodile & î'afpic pour le tuer , car il eft
leur ennemi irréconciliable.
#3=- ICHNEUMON. Nom d'un infeâe. Les Naturaliftes
appellent ainli certaines mouches voraces qui mangent
les araignées. Elles ont quatre ailes & un aiguilloa
comme les abeilles. On en diftingue plufieurs elpèces.
ICHNOGRAPHIE. f f. Terme de Géométrie. C'eft le
plan géométral , ou la defcription d'une forterelle ,
d'un bâtiment, ou d'une autre conftruélion. Ichnogra-
phia. Cette délinéation eft telle , que le bâtiment pa-
roîtroit au rez de chaullée , li on l'avoir rafé. C'eft
la vue d'une chofe coupée par fa bafe , ou fon pié ,
félon un plan parallèle à l'horifon. On l'appelle autre-
ment feclion horizontale. Cette defcription marque
feulement les longueurs &: les inclinations des li-
gnes , les angles &: les épailfeurs des ouvrages. Les
élévations ne font connues que par le profil ou lor-
tographie.
Ce mor vient du Grec , 'iKta, vefiigium, & ypi(pi.;fcri-
bo j parce que c'eft la defcription des veftiges ou tra-
ces d'un ouvrage.
ICHNOGRAPHIQUE. adj. Qui appartient à l'ichno-
graphie. Ichnographicus. Un plan ichnographique ,
c'eft la même chofe que l'ichnographie d'un bâtiment,
d'une citadelle. Voye\ Ichnographie , ces deux mots
ont la même origine.
ICHOGLAN , ICOGLAN. f. m. Terme de Relation.
Page du Grand Seigneur. Ephehus Imperatoris Tur-
cici. Jeune Eunuque blanc qui fert dans le Serrail.
On les élève avec une auftérité incroyable. Les Icko-
glans font des enfans de Chrétiens. Le Grand -Sei-
gneur élève fes Ichoglans à différentes charges , plus
ou moins conlidérables , félon qu'il les voit plus ou
moins afteétionnés à fon lervice ; mais ils ne font
pourvus de charges qu'à l'âge de 40 ans , à moins
qu'ils n'aient dilpenfe du Grand-Seigneur. Les Icho-
glans font élevés avec beaucoup de, foin dans le Ser-
rail de Pera , dans celui d'Andrinople , & dans le
Grand Serrail de Conftantinople. Ils ont là des Oda ,
ou des Salles dans lefquelles , félon les talens 3c les in-
clinations qu'on leur remarque , on les inftruit dans
les langues , dans la Religion , ou dans les exercices
du corps. Ils obéiilent à un Capi Aga , qui préfide
à tous leurs exercices , &c les traite avec beaucoup
de lévcrité.
Selon quelques Auteurs , ce mot eft compofé de
deux mots Turcs , ich , ou itch , qui veut dire de-
dans , (Se à'oglan, qui ii^mfit page , valet: de forte
qalchoglan lignifie , page du dedans , ou valet qui
fert au dedans du palais, eu du Serrail. D'autres dé-
rivent ce mot Ichoglan , d'un mot du Grec baib.>
re; c'eft 'fjKnXa.i , ou .-/koAss qui a été formé du Latin in-
cola ; &c qui a la même lignification. Ces deux écy-
mologies donnent à peu près le même fens au nom
à' Ichoglan j en prenant incola pour domûs incola.
ICHOR. f m. Prononcez Ikor. Terme de Médecine.
Ce mot eft purement Grec. Blanchard s'en eft 1er-
vi pour fignificr une humeur fulflireufe & aqueufe
qui découle des ulcères, Ichor j fanies ^ tabcs. Il
I C H
nous feivira à ciiccndrc le mot fuivant. En François
on dit fanïe.
ICHOREUX, EUSE. adj. [Vh ne fe prononce pas.)
Ichorofusya. On appelle pus ùAo^c^^.v , humeur it7?o-
rcufc , une cfpccc de lanie ou de pus féreux &c àcie
qui découle des ulcères , particulièrement de ceux qui
attaquent les articles, les liganiens , les membranes,
les nerfs. On donne encore cette épithète au fang ,
loriqu'il abonde en fèroiité ûléc & acre. Ce mot
vient du Grec i^cùft lanie ou léroiitc acre. Col de
VlLLARS.
ICHOROIDE. f. m. Terme dc^ Chirurgie &: de Méde-
cine. C'ell une moiteur , une humidité femblable à
la corruption , à la lanie qui lort d'une ulcère, hho-
roïdcs. Harris.
Ce mot cft formé de :^lif,fani£ j & ci^is > efpéce ,
■TcQemhlancc.
fCr'lCTHYODONTES. f. f. Nom donné par quelques
Naturaliftcs aux dents de poillons qu'on trouve dans
l'intérieur de la terre, comme les Gloiropetres, les
Crapaud i nés , &c.
ICHTHYITE. f. f. Pierre dans laquelle on trouve une
cavité qui a la figure d'un poilfon. James. §3" Toute
pierre qui renferme des poiiibns , ou quelqu'une de
leurs parties.
ICHTHYOLOGIE. f. f. Ickthyologia. Nom que l'on
donne aux ouvrages, aux traités qui font fur les poil
fons, où il eft parlé de leur nombre, de leurs noms,
leurs efpcces , leur nature , leurs propriétés , &£. Hil-
toire naturelle des poillons , Hijloria naturalls pïfdum.
Le Dodeur Ray, Anglois , a fait une Ichthyologïc qui
ell eftimée. Il y a ajouté & redifié ce qui y manquoit ,
dans un abrégé qui n'a été imprimé qu'après la mort.
On doit écrire Ichthyologïc , &: non Iclyologie.
Ce mot eft formé de deux mots Grecs, tx.ii's,pO!JJon^
& xiyjç , difcours.
fp- ICHTHYOLOGIQUE. adj. Qui concerne les poif-
fons. Ouvrage Ichthyologique. Bibliothèque Ichthyo-
logique.
|p- ICHTHYOLOGISTE. f. m. Naturalifte qui a écrit
fur les polirons , qui a donné quelque ouvrage fur les
poillons.
ICHTHYOMANCE , ou ICHTHYOMANTIE. f. f.
Divination qui fe fait en conlidérant les entrailles
des poillons. Ichthyomanûa. On faifoit fur les
poilfons à peu près les mêmes obfervations que
Ton avoit coutume de faire lur les autres victimes.
Athénée ,1. 2 ^ dit qu'il y avoit en Lycie , allez près
de la mer , une fontaine confacrée à Apollon , &
appelée Dina, où ceux qui vouloient conlulter l'ora-
cle du Dieu , otfroient aux poillons qui venoient de la
mer , les prémices des vidfimes attachées à des bro-
-ches de bois , 5; qu'un Prêtre alFis oblervoit attenti-
vement ce qui fe palîoit pour en tirer augure. Le mê-
me Auteur a écrit qu'on croyoit trouver des prélages
dans la nature , la forme , le mouvement & la nour-
riture des poilfons de la fontaine Phellus. Pline , /.
^z , c 2 y rapporte qu'à Myra en Lycie on jouoit de
la Hûte à trois repriles , pour faire approcher les poil-
fons de la fontaine d'Apollon appellée Curius; que ces
poillons ne manquoient pas de venir, & que tantôt
ils dévoroient la viande qu'on leur jettoit , ce que les
Conlultans prenoient en bonne part; que fouvent ils
la repoulloient avec leur queue , ce qu'on regardoit
comme un préfage funelle. Polydamas & Tiréfias à la
guerre de Troye eurent recours à Y Ichthyomanne. On
prétend qu'Aquilée en fit aulll ufage. Bullengerus ,
' de ratione Divinac. L. j , c. 20.
Ce mot vient d''';ïJÏ'f , poiffon , &: de foeneix , divi-
nation.
ICHTHYON. C. m. Terme de Calendrier. Quelques
anciens Aftronomes , appellent Ichthyon le troilième
mois de l'année , lequel répond , lelon eux , au figne
des poiirons. Ichthyon. Foye^ Scaliger , le P. Pétau ,
Ulférius, le Moine.
Les Achéens appeloient leur douzième mois du
nom d'ichthys , qui veut dire en Grec poiffon ; ce
.. mois , félon quelques-uns , répond à celui de Dé-
cembre.
Tome F.
I C I
îT
Le nom à'ichthys cft Grec , «'^«If , poijfon , Se celui
d'ichthyon en eft formé , ik lignihe mois des poillons.
Quelques Auteurs écrivent iclys Se iclyon , mais mal.
ICHTMYOPÈTHH. adj. Il le dit des pierres lur lef-
ciuclles on voit l'empreinte d'un poillon. Les ardoi-
fes Se les autres pierres ichchyopècres ne font pas des
jeux de la nature. On y reconnoit le genre de la
plante ; ce font la plupart des fougères &: des capil-
laires de l'Amérique, des feuilles de tillot , de poi-
rier , de charme , de peuplier lis: de laule , dont on
découvre le pédicule , les fibres & l'extenlion natu-
relle. On recojnioit aulîi les poiftons «Se les infedles ,
julqu'a les pouvoir nommer. Ces pierres viennent
ordinairement dans les mines de charbon de terre ,
à cent pieds de profondeur Se au dernier lit; la terre
s'eft durcie en pierre ou en ardoile , en recouvrant
la plante ou le poifton amenés par le déluge : car leur
fituation couchée dénote que ce lont les eaux qui les
ont châtiés.
ICHT.HYOPHAGE. f. m. Animal qui ne vit que de
poifton. Il fedit fur-tout de certains peuples ancien?).
IcHTHYOPHAGE , 1. m. & f Sz adj. Nom propre de
peuple. Ichthyophagus. Ce nom fignihe , mangeur de
poillon ,Se aété donné dans l'Antiquitéàplulieurs peu-
ples difterens. DansPtolomée , les Ichthyophages lont
des peuples qui habitoient les Provinces de Nanquin &
de Xantun , à ce que juge Sanfon. Dans Photius , Bi-
bliûth. Cod. 2 fO ,c. 12 , /j', I ^, I f , i6 , /7. Aga-
tharcnides appelle Ichthyophages , tous les peuples
qui habitoient depuis les Autéens Se l'Ethiopie jufques
a l'Inde , la Gédrolie , la Caramanie , la Perte , Se tou-
tes les nies de ce pays là , & décrit leurs mœurs, leur
vie , leur pêche , &c. Diodore de Sicile Se Pline ne
leur donnent pas moins d'étendue. Pline , L. VI , c.
2j, dit qu'Alexandre défendit à tous les Ichthyophages
de manger du poifton. Foye-{ encore Hérodote , L.
III,c.ipSe 20. Strabon , I. II, Se L. XV. Solin ,
C. s 4- Capella, L. VI. de India. Arrien, Indien, p.
S6s, (6(j.
On dit que ces peuples avoient pourtant des beftiaux ;
mais c'étoit pour en nourrir les poiftons , à qui ils en
donnoient les chairs ; qu'ils faifoient leurs maifons
des os ou des arrêtes des grands poillons , Se de coquil-
lages ; que les côtes des baleines leur fervoient de fo-
lives Se de poutres ; que des mâchoires de ces ani-
maux ils s'en faifoient des portes , & que les mortiers
dans lefquels ils broyoient le poifton , Se le faifoient
cuire au foleil , n'étoient autre choie que les vertè-
bres de ces monftres marins ; que de ces chairs de
poifton mêlées avec un peu de farine , ils en faifoient
du pain ; qu'ils mangoient aulîi du poillon ctud , qu'ils
le prenoient avec des filets faits d'écorce de palmier.
Les Perfans appellent les Ichthyophages , Mahijfer ,
c'eft-à dire , Tête de poilfon , Se leurs Romans dilent
que leur tête approchoit de celle des monftres marins.
Ces mêmes Romans orientaux placent les Ichthyo-
phages dans une île de la mer d'Omman , c'eft à dire,
de l'Océan oriental , qui comprend les deux golfes ,
l'Arabique Se le Perfîque D'Herbelot.
Ce mot eft Grec , & vient de 'x'^« ,p{fcis , poijfon ,
Se de 'pi.yopi.xi , edo , je mange.
^ ICHTHYPÉRIE. f. m. Nom qu'on a donné au pa-
lais oftéux des poillons, qu'on trouve fouvent en terre ,
dans des lits pierreux. Ils ont diftérentes figures , fui-
vant les différentes efpcces de poilfons. Ils relFem-
blent à des fftiques ou gouft'es de plantes légumineu-
les. D'où leur vient le nom de Siliquajlra que quel-
ques Naturaliftes leur ont donné.
I C I.
ICI. Hic. Adverbe de temps Se de lieu , qui marque le
lieu où l'on eft , le temps préfent , Se qui eft oppofé à
là , qui marque un lieu , ou un temps éloigné. Appro-
chez-vous d'ici , venez chez moi , ou dans mon voiû-
nage. Faites im tour jufques ici , jufqu'en ce pays,
en ce quartier. Sortez hors d'ici , il ne lait pas bon ici
pour vous. Hors d'ici mauvailes penlees , c'eft ici l'en-
droit du livre où notre queftion iera décidée. Ici je
D
z6
ICO
ferai mon parterre , & là mon potager. On dit en-
core. Cet liommeeft d'ici; pour dire , il eft né dans
ce village , d ms cette ville , dans cette province. On
n'avoir point connu jufqu'id la nature des comètes ,
la circulation du iang , la pclantcur de l'air , &c. pour
dire,julqu'à prêtent. D'ici à cent ans, à cent ans d'ici.
Las d'cfpcrer £' de nie. plaindre
Des Mufes , des Grands & du fort ,
C'ejl ici que j'c^f '<: la mort.
Sans la déjlrer ni la craindre. Mainard.
Ce mot vient du Latin hic.
^ ICI. Là. Ici eft le lieu même où eft la perfonne
qui parle. Là eft un lieu différent. Le premier mar-
que & fpécifie l'endroit. Le fécond eft plus vague ;
il a befoin , pour être entendu , d'être accompagné
de quelque ligne de l'œil ou de la main.
§C? Venez ici. Allez /lî. l'un eft plus près; l'autre eft
plus éloigné.
Ici , après un fubft. commence à vieillir. On ne dit
plus ce temps ici , cet homme ici ; mais ce temps-ci ,
cet homme-ci. L'ufage a changé depuis Vaugelas ,
qui approuve cet homme ici. M. T.
Ici ^ Ce terme eft fouvent employé dans les
Epitaphes. Ici repofe , ici gît , Sec. ^
ICI-BAS. adv. Qui fe dit de ce bas monde. Les Epicu-
riens tenoient t|ue Dieu ne fe mêle point des chofes
à'ici-bas , & qu'il ne fe met pas en peine que cha-
cun vive à fa fantaifie. Port Royal.
Des chofes d'icl-hzs la Fortune décide. Des Houl.
Le plaifir ici-bas eft interdit à un Mohie , c'eft un
homme de douleurs. Ab. delà Trap.
Comme Ji les forfaits les plus noirs d'ici bas
Etùienc unfacriflce à défarmer leurs bras.
BrÉbeuf.
Ici -SAS , eft aufli un fimple adverbe de lieu , qui fe
îiit par oppoUtion à ici-haut* Venez ici-bas. Il eft 'ici-
bas.
fer ICICARIBA. f m. Nom de l'arbre qui donne la
Réfine Élémi d'Amérique. Voye\ Élémi.
ICIDIEN. adj. m. Qui fe difoit des Dieux Lares ou Pé-
nates. Icidius. Servius dit que les Dieux Icidiens étoient
frères , ou du moins il les appelle frères.
Ce mot vient du Grec oiVidioî ^ qui Çi'gnAt domefli-
que , & qui eft dérivé de «'>'« , maïfon. Ainli il y a
une fiute dansSolin,c. 2. oîi on lit Ifidiorum pour
Icidiorum. Voye\ Arnobe & Saumaife fur Solin ,
page 64.
ICIL & ICEL. Vieux mots. Celui ci & cette. On a
dit aulîî Iccn pour Cela , &: Icefl pour Ce.
I C O.
ICOC. Voyei HUCUCA.
ICOGLAN. FoycT^ ICHOGLAN.
ICOLLO. Province d'Afrique au Royaume d'Angola.
ICONDRE. Petit Pays d'Afrique , dans l'île de Mada-
gafcar.
ICONE. Ancienne ville de Pifidic , Capitale de la Ly-
caonie. Iconium. Elle étoit vers les confins de la Cap-
padoce , du côté de la Cilicie. S. Paul y prêcha, Acl.
XlII. SI- & elle devint ville Archiépifcopale , fous
le Patriarchat de Conftantinople. Au refte, il faut
dite Icone , &• non pas /co;2ie , comme quelques Au-
teurs , non-feulement en Hollande , mais même en
France. Entre les Œuvres de Pierre de Blois on trouve
une Inftruftion fur la Foi Chrétienne pour le Sultan
à'Iconie. Fleury , HijL Eccl. Mais le Port Royal
dit, Acl. XIII. (-/.Alors Paul & Barnabe fecoué
renr contre eux la poullîére de leurs pieds , & vin-
rent à Icone. Et de même , XIF. i , iS , 20. XFI.
2. & L Timoth. ///. /. Le P. Amebt,leP. Bou
hours , & M. Simon, dilent aulïï Icone, Se l'on ne
peut douter que ce ne foit l'uiage.
ICO
Aujourd'hui elle fe nomme Cogni , elle eft capitale
de la Grande Caramanie en Natolie. C'eft une grande
ville bien peuplée , & le fiège d'un Archevêché &: du
Bégherbey , ou Gouverneur de Caramanie. Elle cit
au milieu de deux petits lacs , entre les villes de Sca-
lemeure , deSatalie & d'Angauri. Elle donne fon nom
à la Caramanie , que l'on appelle Béglerbélic de Co-
gni.
ICONOCLASTE, f. m. & £ Brifeur d'images. Qui
frangit imagines. L'Églife regarde les Iconoclajles com-
me des Hérétiques qui ont longtemps affligé l'Églife
d'Orient , parce que ces Iconoclajles vouloient dé-
truire la vénération des images de Dieu , & des Saints ,
& briler toutes les figures , & repréfcntations dans
les Égliles. Léon liaurique , Empereur d Orient , a
été le principal Chef des Iconoclajles. Maimbourg
a écrit amplement l'Hiftoire des Iconoclajles. Foyc^
encore l'HiJl. Eccl. de M. l'Abbé Fleury, L, 42. Se
les deux fuivans.
Ce mot vient du Grec àica;ox>,içy.ç ^ qui eft formé de
ei'xi» , imago j image , Se du verbe «>.«£(» , K/à» , rum~
père j rompre.
ICONOGRAPHIE, f. f. Dcfcription des images , des ta-
bleaux, &c. Iconogrophia. C'eft particubérement la
connoilfance des ftatues antiques de marbre & de bron-
ze , des buftes , des demi-buftcs , des Dieux Pénates ,
des peintures à frefque, des Mofaïques ce des minia-
tures anciennes. Pluheurs perfonncs de mérite fe Îqïi^
appliqués à l'iconographie. Les Modernes illuftrcs , dans
{'iconographie ■, font Michel Ange , Fulvius Urluius ,
Piétro Santé , & autres habiles Italiens. Svoii.
Ce mot vient du Grec , £'«»» imago ■, & yfa^t-Jlribo.
CCr ICONOGRAPFIIQUE. adj. de t. g. Qui appnrcicnc
à l'iconographie. \
ICONOLATRE. m. Qui veneratur imagir.es. C'eft- le
nom que les hérétiques Iconoclajles donnoient aux
Catholiques , qu'ils accufoient faullcment d'adorer les
images , & de leur rendre le culte de latrie qui n'cft
dû qu'à Dieu. C'eft à peu-près le même reproche que
quelques hérétiques font encore maintenant aux Ca-
tholiques. Quelque éclairciffemcnt qu'on leur air don-
né là-delfus , il y a encore des Prcdicans ignorans qui
ne ccirent de crier contre l'Idolâtrie de l'Églife Ro-
maine , &: d'accufcr les Catholiques d'être Iconolâtres.
Ce mot vient du Grec £"--«») &c àc>''^-f''''i> , colo.
ICONOLOGIE. f. f. Interprétation de pluheuis images,
ou monumens anciens Se emblèmes. Science qui re-
garde les figures & les reprélenrations , tant des hom-
mes que des dieux. Iconologia. Il y a pluheurs livres
intitulés ; Iconologics -, celle de Débie Chalcographe ,
de Ripa . &c. h Iconologie fait la peinture des chofes
purement morales lous la figure des perlonnes vivan-
tes. Elle perfonifie la Victoire , la Renommée , la
Vertu, la Nobleftè, l'Honneur, les Pallions, tfc. eft:
fort nécellaire aux Poètes , aux Peintres , & aux Fai-
feurs de ballets Se de repréfentations. Foye'^ le Père
Méncftrier en fes Tniites de la Philofophie des Ima-
ges , Devifes , Emblèmes , Armoiries , Énigmes , Bal-
lets , Repréfentations , Carroufels , Décorations fu-
nèbres , &c.
Ce mot vient du Grec , îi^à» , & de ^.=7» , dico , je
parle.
tp" ICONOLOGIQUE. adj. Qui appartient à l'icono-
logie. Il p.arut en 17 y6 un ouvrage fous ce titre. Dic-
tionnaire Iconologique , ou Introdudion à la con-
noiilànce des Peintures , SculpttUTS, Médailles , Ellam^
pes , &c.
ICONOMAQUE,adj. pris fubftintivement. Qui combat
contre les images , qui attaque , qui combat , qui blâ-
me le culte qu'on leur rend. Iconomachus. C'eft le
furnom qu'on donne dans l'Hiftoire à l'Empereur
Léon liàuricn , à caufe qu'il ordonna par un Édit
qu'on abattît les images. Iconoclaft-e & Iconomaque
font la même chofe; on donne ces deux nom.s aux
Protcftans , fur-tout Calviniftes , & autres qui imitent
la fiireur des anciens Iconomaques,
Ce nom eft Grec , il vient d'"'"" W<;»' , qui eft for-
mé d'"''"'» j qui veut dire image , Se de ««;i',««(, qui £-
gaiiie, je cotnbats.
I D A
ICOSAEDRE. r. m. Terme de Géonictne. Solide con-
tenu fous vingt triangles cquilatéraux , ôc cg.iux encre
eux. Icojacdron.
ICOSIPR(3TE. r. m. Nom de dignité, qui iignih'e Vingt
premier. Icojiprotos.
0\\ difoit un Icofiprote ^ comme nous dilons un
Cent-Suillc.
ICOMPROTIE. f. f. Dignité d'Icofiprote. Icofiprûtïa.
C'étoit une dignité chez les Grecs modernes ; il en
ell parle au Digeftc au titre de Muncrlh. & honor. l.
fin. V. myjl. f^oye^ les Notes de Budé.
Ces mots font ccunpofés de um^i^ vingt , & ^rç^ns ,
premier.
Ip ICREPOMONGA. f. m. Nom d'un fcrpcnt marin
des mers du Bréfil , qui a, dit on , la propriété d'en-
gourdir , comme la torpille. C'eft le même animal que
celui dont il eft parlé tous le nom de jerépémonga,
& que l'on décrit fous les deux noms dans l'ency-
clopédie.
I C T.
ICTÈRE, f. ni. Terme de Médecine. C'eft un déborde-
ment de bile par tout le corps , que les Latins appel-
lent Iclerus , aurigo , ou morhus regius. Il y en a trois
l'ortcs ; l'une qu'on appelle proprement la Jauniffc ,
qui eft caufee par la bile jaune trop exaltée , ou trop
abondante dans la malle du lang , ou lorfque les
conduits cholidoques font bouchés. La féconde el-
pécc cft noirâtre , engendrée de cette même bile jaune ,
mêlée avec des acides. La troilîcme tire lur le vert ,
provenant aullî du mélange de la bile & de quelques
acides : elle cil ordinaire aux filles qui ont les pâles
couleurs. Dans la jaunilfe le blanc des yeux & tout
le cuir eft jaune & travaillé de démangaifon. Dans
Xiclère noir la couleur naturelle fe perd , à caufe de
J'humeur atrabilaire qui eft répandue fous la peau.
Elle paroit d'abord brune , & enluite plombée & ba-
sanée. La jaunilfe eft la melîagèrede l'hydropilie. Deux
Médecins qui le difentDodleursdela Facultéde Mont-
pellier , pour ie diftinguer par quelque endroit , ap-
pellerent un ïcière jaune accompagné de douleurs pé-
riodiques , le premier du nom de rhumatilme du foie ,
& l'autre de fièvre quarte du loie. MÉAt. de Tr. On
ioutient dans le Journ.al de Leipfick 1 69 1 , p. 2^2 ,
•que robftruction n'ell point la caulc de \iclère. l3ans
le même Journal lôSi,/;. j?^j on rapporte du Coot-
pendiuin Medico chymïcumAz Nicolas Grim que l'el-
prit acide du lel ammoniaque eft un excellent remède
contre \ïclère.
Ce mot vient du Grec , ly-T-i^n', qui fignifie la mê-
me chofe , & qui , félon Gorrha'us , vient du
Grec \y.ù<; , qui lignifie une efpècede belette. Cet ani
mal ayant les yeux de couleur d'or , on a donné fon
nom à la maladie qui rend jaunes ceux qui en font
attaqués. Vivera , cujus oculï aurei funt colons.
ICTÉRlAS. f m. C'eft le nom d'une pierre , dont Pline
lait mention , L. XXVII, cap. 1 , 8c qu'il recom
mande luperftitieufement contre lajauniilc, à cauie
de fa couleur. Iclerius lapis.
ICTÉRICIE. f. f. Terme de Médecine. létère , maladie
qui vient d'un épanchement de bile. Iclerus , iclerkia.
Il y a l'icléricie blanche & Vicléricic noire. Journal
DES Sav. 1721 , p. 2J0. Les acidulés (ont bonnes
d.ins l'une & l'autre iclérkie.
ICTERIQUE. adj. Iclerkus. Terme de Médecine, qui
fe dit d'une perfonne malade qui a la jaunille , Se des
remèdes propres à la guérir. §CJ Femme iclérique.
Remède iclerique. Il eft aullî fubftantif. Pourquoi
croit-il que la neige eft blanche , encore que fix icléri-
ç««j la trouvent jaune î Pélisson.
ID E
ICY. Voye:^ Ici.
I C Y.
1 D A.
IDA. Il y a deux montagnes célèbres de ce nom, l'une
dans l'Afie mineure , près de la ville de Troie , célè-
bre par le jugement de Paris \ l'autre , qui porte au-
jourd'hui le nom de Monte-Giove , eft dans l'ile de
Tome r.
«
Candie , vers la ville de ce nom. On alfurc que les
forêts de cette montagne ayant été embi ilécs par k
feu du C^iel, l'an 73 , après le déluge de Dcui.alio/i ,
les Daétyles, habitans de cette montagne, apprirent
à cette occalion l'art de tondre'le 1er, inconnu julqu'a
ce temps-là. Maty.
Le nom à'Ida a paflé dans la langue Françoifc fans
aucun changement; on y joint ordin.iirement celui
de mont , le mont Ida.
IDANHAAVELHA , c'eft à dire , Idanha la Vieille.
Nom d'une petite ville du Portugal. Idanha vctus ,
Igadila. Elle eft fur la rivière de Ponlus , dans la Pro-
vince de Bcïra, vers les confins de l'Eihamadure d'El-
pagne , à leize lieues de Guarda du côté du midi. Elle
a unÉvêché, dont le liège a été transléré à Guarda.
On voit à quelques lieues de cette ville un bourg qui
porte le nom à' Idanha «oviî j c'eft-à dire la nouvelle
Idanha. Maty. D.xns Idanka à velha , il faut mouil-
ler /ih , & Ih.
IDE.
IDjÉAL , ALE. adj. Qui n'eft qu'en idée. Idéales.
Plus une Philofophic eftfubtile, & idéale., plus elle
eft vaine & inutile pour expliquer des chofcs qui ne
demandent qu'un fens droit pour être connues. La
Bruy.
IJCTOn doit entendre par Philolophie idéale , celle
qui eft cppofée à la Philolophie d'expérience & d'ob-
fervation.
IJCF Idéal , chimérique , par oppofition à réel. Pouvoir
idéal. Richelies idéales , qui n'ont d'exiftence que
dans l'imagination. Perlonnage idéal. Ce mot n'a
point de pluriel au mafculin.
IDÉALISME, f. m. Terme Dogmatique. Syftème des
Philofophes qui voient en Dieu les idées de toutes
chofes. Ceux qui regardent le Spinofifme comme un
matérialifine groftier , ne l'entendent pas , c'eft \'idéa-
lifme le plus pur.
IDÉE. f. f. Perception de l'amc par l'organe des fens :
image des objets qui te préfentent à l'entendement j
la notion que l'efprit fe forme de quelque chofe.
AcAD. Fr. Idea. Une idée eft la torme ious laquelle
nous repréfentons les objets. Log. "Lidée eft 1 objet
immédiat, ouïe plus proche de notre elprit, quand
il appercoit quelque chofe. Maleb. Les hommes font
convenus de certains fons , pour être les lignes des
idées que nous avons dans l'elprit , 6>: que 1 on a atta-
chées à ces lignes extérieurs. Maleb.
lDÉE,fe dit aulîi des vues, des opérations, des notions
de l'efprit, de la penfee, de la léilexion, par le rap-
port Hc l'allemblage de plufieurs choies qui ont paUé
par le fens. Quelques Philofophes appellent ces idées ^
des idées complexes , parce qu'elles font compolées
. de diverfes idées fimples, comme celles de larticle
précédent , & qui ne font autre chofe que les images
formées par les objets extérieurs qui frappent nos
Cens. Ces idées fimples font comme la matière de nos
connoillânces , &c forment nos idées complexes par
leur combinaifon. Connoître une chofe , c'eft en
avoir une idée claire , & en découvrir les rapports par
lumière & par évidence. Maleb. Les opérations de
l'efprit fur ces i^/etj fimples conliftent à les difcerner ,
les comparer, &c. LockE. Il ne faut pas s'étonner fi
nous n'avons point d'évidence des myftères de la foi,
puifque nous n'en avons 'las même A'idée. Maleb.
Les hommes tâchent d'affoiblir & d'oblcurcir^ l'idée
de la mort. Nie. Dieu n'agit pas félon les idées foi-
bles & bornées des hommes. Le Cl.
Selon que votre idée cft plus , ou moins ohfcurc ,
L'expreJJion la fuit , ou moins nette , ou plus pure ;
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairem.ent.
^ ' Boil.
Verhaque provifam rem non invita fequentur.
H O R A T.
Les idées fimples , ou complexes .peuvent être
claires & dillinéles , ou obfcures & coiifufes. Les idées
Dij
iy>
I D E
fimples font claires quand elles font fort vives dans
l'elprit par la bonne dilpolition des organes i & c'elt
cette clarté qui rend les idées diftiiictes. fPT Une
iJf'e eft claire lorfqu'elle eft telle qu'elle luflàt pour
nous lairc retonnoitre ce qu'elle reprclente, dès que
l'objet vient à s'otirir à nos yeux. Celle qui ne pro-
duit pas cet eftet , eft obicure. Nous avons une idc:'^
claire de la couleur rouge , lorlque , fins héhtcr , nous
la dilcernons de toute autre couleur. Les iddts com-
plexes foiu claires, non-leulement lorfque les idées
(Impies dont elles font compofces font claires, mais
encore lorlque leur nombre &c leur ordre cil claire-
ment fixé & réglé dans l'elprit. LocIvE.
Dans le chapitre des idées, M. Wolli'obferve judi-
ciculement qu'il ieroir luperHu , & même iouvent
impolîible, de faire l'analyie des idées claires & dif-
tinéles, juiqu'à en venir à des idées qui, à caule de
leur hmplicité, n'admillent plus aucune déc'ompoli-
tion. On peut être content, ajoute t il , Se s'arrêter
lorfqu'on a f ifHfaminent analylé une idée pour attein-
dre le but qu'on s'cll propoié. Il feroit à fouhaiter
que nos prétendus Métaphyiiciens Littérateurs , fe
conformallent à cette judicieute maxime. On les voit
fe morfondre pour développer les chofes les plus
claires qui deviennent obicures à force de les dilcu-
ter, & de leur donner un air fubtil ils: fin Ol^f.
fur les Ecr. mod. tom. 1 2 ,p. S S , S ç.
Ce mot le prend philoiopiiiquement , ou pour la
perception d'un objet , ou pour l'objet de la percep-
tion. Vidée prife poiu" la perception d'un objet eft
ce qu'on appelle Idée formelle, & l'objet de la per-
ception eft ce qu'on nomme Idée objective. Si l'objet
de Vidée formelle eft matériel. Vidée fera pure, ou
une perception pure.
L'idée formelle elf fimple ou complexe, claire ou
obfcure, diftinéle ou confule , vraie ou fauilc , di-
reéle ou réllechie. Uidée objedive eft innée ou lormée
dans le temps imprelle ou expreffe. Vidée fimple eft
celle qui n'a pour terme que l'objet précifément,
comme Dieu , homme , &c. Vidée complexe eft
celle qui ajoute quelque chofe à l'objet , comme Dieu
jufte , homme lavant. Les Philofophes conviennent
que Vidée complexe peut être faulîej elle l'eft lorf-
qu'un des termes détruit l'autre ; comme Dieu injufte ,
triangle rond , cercle quarré. {CFPour Vidée fimple,
il eft évident qu'elle ne peut être faulfe, parce qu'elle
eft néceftairement unii-orme à l'objet qu'elle repré-
fente.
ÇO'Les chofes que nous nous repréfenrons , font ou
ce qui fe palle en nous-mêmes , ou ce qui eft hors de
nous , foit que cet objet foit préfent ou abfent;
nous pouvons aulîî nous repréfenter nos perceptions
elles mêmes.
C'^La perception d'un objet à l'occafion del'impref-
fion qu'il tait fur nos organes, s'appeWzfenfation.
fCF" La perception d'un objet ablent qui le prélcnte fous
une image corporelle , s'appelle imaginacion.
f]0"La perception dune choie qui ne tombe pas fous
les fens , ou même dune chofe Icnlible qu'on ne fe
repréfente pas fous une image corporelle , s'appelle
proprement idée , idée intelleduelle.
tJCFOnadifputédins tous les temps lut l'origine de nos
idées. Jamais queftion n'a été plus difcutée , ni moins
éclaircie.
L'opinion la plus commune fur les idées en géné-
ral , étoit autrefois celle des Péripatéticiens. Ils préten-
dent que les objets de dehors envoient des efpèces qui
leur reilemblent , & que ces efpèces imprimées fur
les fcns extérieurs, font portées par eux jufqu'à l'en-
tendement. Ces efpèces étant matérielles &: feniîbles ,
font rendues intelligibles par l'inteileift agent , & re-
çues par l'intelleél: patient, ^oye^ Espèces impreffes
& exprejfes , & les articles rélatils. D'autres croyent
que nos âmes ont la puilfance de produire les idées
des chofes auxquelles elles veulent pcnfer ; & qu'ainfi
l'homme peut créer Se anéantir les idées de toutes les
choies qu'il lui plaît de le forger. D autres, comme
Delcartes, tiennent que toutes les idées font nées &
créées avec nous, /'ojytjj Malebranche. Quelques
I D E
Cartéliens diftinguent trois efpèces A'idees; les unes
innées , telles qu'ils prétendent qu'cft celle que nous
avons de Dieu , d'un être inhnnnent partait ; les fécon-
des nouvelles &: lenhbles , advencicia , que l'elprit re-
çoit à mtiure que de nouveaux objets corporels le
prclentent à nos fens. Telle eft Vidée du corps, du
Ion, de la figure, de la lumière, &c. Les troiliemes
idées , lelon ces Philofophes , font fadfices , faclitia ,
Se ce font celles que notre efprit fe forge en alfem-
blant les idées qu'il a déjà. Amfi , ces fortes d'idées
(ont toujours complexes.
ÎJCF Locke prétend auili que toutes nos idées tirent leur
origine des (ens. Il eft certain, dit -il, que notre ef-
prit n'a ablokunent aucunes idées que celles que nos
lens lui prélentent. Se les idées qu'il forme par fes
propres opérations fur celles quil a reçues par les
lens. Ainii , un homme deftitué d'un de fes lens , n'a
jamais aucune idée qui appartienne à ce lens; en
(orte que luppolant un homme deftitué de tous fes
(cns, il n'auroit aucune z(ic;t; , parce qu'il n'auroit ja-
mais eu d'idée de (enlations , les objets extérieurs
n'ayant aucune voie pour en produire en lui par le
moyen des lens. Il n'auroit point non plus d'idées de
rériexion , parce qu'il minqueroit de toute fenfation ,
qui eft ce qui excite en lui les opérations de l'on ef-
prit , qui (ont les objets de (a réHexion.
fjZtDe ce principe, il s enfuit qu'il n'y a point d'idée
innée dans notre efprit; c'eft-àdire, qui y foit avant
qu'il ait apperçu les objets par l'organe des lens ôc
réfléchi (ur cette perception. Il n'eft point vrai qu'il
y ait dans notre elprit des vérités générales qui foient
nées & créées avec lui. Ces idées qui lemblent in-
nées , parce qu'on les lent dès qu'on fait ufage de la
railon , ne viennent que des idées dont les fens ont
rempli l'efprit infenfiblement , & c'eft fur ces idées
qui viennent originairement des fens , que l'efprit
exerce fa faculté de raifonner.
|CFSi cela étoit, toutes nos idées feroient corporelles ,
& nous ne conce lions rien que par des images fem-
blables à celles qui fe forment dans le cerveau quand
nous voyons , ou quand nous imaginons des corps.
Cependant il y a un grand nombre d'idées qui , ne
tenant rien d'aucune image corporelle , ne peuvent,
fans ablurdité , être rapportées à nos fens. Suppofez
un homme deftitué de tous fes fens dès la naillance;
qui l'empêchera de penfer qu'il exifte , de reliéchii"
fur ies penfées, de dire avec Def cartes : Je penfe,
donc je fuis ? Or , dans ce cas , quelle part les lens
auroient-ils à ces idées? Il eff évident, d'ailleurs,
qu'il s'en faut beaucoup que nos idées foient dans
nos fens , telles qu'elles font dans notre efprit , Se
c'ell là la queftion.
0CFA l'égard des idées innées que Dieu a mifes ou qu'il
met dans notre efprit, la plupart des Philolophcs les
nient abf'olument, & regardent avec railon ce fenti-
ment comme dangereux. Il eft évident , difent-ils ,
que Vidée formelle vient de notre entendement qui
la forme. Dieu aura beau modifier mon ame , fi je
n'agis pas, jamais je ne concevrai, & i\ je conçois,
j'agis, & fi en concevant j'agis, mon ame forme fes
idées , Se (on entendement n'eft pas une puiftance pu-
rement pallîve ; il ne faut donc point chercher d'autre
origine de nos idées que notre efprit. D'ailleurs, il
n'y a pas plus de railon de refufcr à l'ame la puillance
de former fes idées , ou de fe modifier en penfant , que
de former fes volitions , ou de fe modifier en voulant;
de forte que fi l'on raifonne conléquemment, il faut
dire que la volonté n'agit point , fi l'entendement ne
le fait point , Se l'on détruit la liberté.
CfT'lDEE fe dit aulîi en parlant de Dieu pour les exem-
plaires , les modèles éternels de toutes les chofes créées
qui font en Dieu, le prototype fur lequel il a créé
toutes chofes. Nous difons en ce fens que les idées de
toutes chofes font en Dieu. Suivant Mallebranche ,
nous acquérons nos idées dans l'inftant que notre
ame les apperçoit en Dieu. Roman métaphyfique qui
paroît dégrader l'Etre fuprême.
ffJ" C'eft dans ce fens qu'on dit les idées de Platon.
^(CFIdée, fignifie aulîî dans l'utage ordinaire , le deffcin.
I D E
l'efquilTc d'un ouvrage. On dir jcrrcr une idcc fur !c
papier. Skammozzi a intiruli; (on livre , LUc de i'Ar-
chiuedhirc.
Juin , (c ditauflî d'une opinion , d'un fc-nriment qu'on a
dans rcf'prit. Je m'érois formé une li.iutc ulcc de la
vertu de cet homme. Les hommes reliaullent Vidce
qu'ils ont d'eux mêmes, en s'im.iijin.inc, par une ilin-
Iion grollière , qu'ils lont rc'cllement plus grands ,
parce qu'ils font d.ans une plus grande maifon , îk
qu'il y a plus de gens qui les admirent. Loc. Les fom -
h\:cs idics qu'on donne de la vertu, la rendent trilte
& ennuycute. Fen. Le plus grand plaifir d'un hom-
me orgueilleux , c'cft de contempler Vidée qu'il ic
forme de lui même : cette idée ell la fource de toutes
ks vaines latisfatlions , & rien ne lui plaît que ce qui
contribue à la rehauller , à l'agrandir , & à la rendre
plus vive. Nie. C'eft avoir une idée bien balle de
Dieu , que de fe figurer que la gloire a beloin que nous
lui prêtions nos crimes. La Pl. Jamais homme ne
lai lia une lî médiocre idée de la perlonne cV de Ion
mérite. H. S. de M. Les Stoïciens nous ont donné la
plus grande & la plus belle idée de la vertu que l'on ie
puilfc fonner, lans le loucicr que cette idée convienne
à la vertu humaine. M. Esp. L'eftime du public con-
firme l'amour propre dans \'idée Hatteule qu'il fe for-
me de lui-même. La Pl. Les hommes le forment
une faulle idée du vrai bien. Abadie.
^O" Idée, le dit aulll à peu-près dans le même fens , des
images qui lont dans la mémoire ou dans l'imagina-
tion. C'eft ainfi que l'on dit qfle l'on a quelque idée
d'avoir vu un homme : qu'on ne le fouvient point
d'une chofe, qu'on n'en a aucune idée. On le rap-
pelle (es idées. Le temps efface les idées d'une chofe ,
quelquefois en m'enrretenant avec votre idée , je la
tut.aie. Le ch. d'H.
^3° Idée, le dit plus improprement encore par oppo-
fition à réel & etleéfif, des imaginations faulles , des
vilions chimériques , des chofes qui ne lont point
efteclives. C'eft dans ce fens qu'on dit , ce ne lont là
que des idées , des idées creufcs. Se repaître A'idées.
Un homme qui n'eft riche , qui n'eft heureux qu'en
idée. Je cherche des fouvenirs agréables dans le paf-
fé , &c des idées plaifances dans l'avenir. S. Evr. Les
maximes enHées du Portique n'ont jamais fait de Sage
qu'en idée. La République de Platon étoit une idée
impraticable.
^^ Le dellein de Dinocrates , de faire une ftatue d'Ale-
xandre du mont Athos , ctoit une idée folle, qui ne
pouvoit s'exécuter.
|ÎC? Corneille dans Nicodèmc a dit dans ce fens : Le
Roi n'eft qu'une idée. On dit bien n'eft qu'un phantô-
me , mais on ne dir pas n'ejl qu'une idée. La raifon en
eft que phantôme exclut la réalité , &: <\\x'idée ne l'ex-
clut pas.
§3" Idée, penfée , imagination , fynonymes. L'idée re-
prclcnte l'objet : Li penfée le conlidère : V imagination
k tonne. La première peint : la féconde examine : la
troilîème féduic. Syno Fr. On eft liir de plaire dans la
converfation quand on a des idées juftes , des perifées
fines , & des imaginations brillantes. Il faut autant
qu'il eft poifible fimplifier les idées. On reproche aux
Anglois de trop creuler les penfees. Bien des gens
prennent les imaginations pour des réalités.
Idée en Mythologie. C'eft le nom que les Anciens avoient
donné à la nature , ou à la terre , qu'ils nommoient
Idea mater magna , dont ils firent une Divinité. On
voit plufieurs infcnptions avec ces trois lettres I. M.
M. Ide^t Alatri Magnx. D'autres prétendent qu'elle
ctoit ainfi nommée à caufe du mont Ida. L'idée eft
aulFi la mère de tous les arts : & l'on dit travailler
d'idée & de génie , quand on invente , Se que l'on ne
fe contente ni d'imiter , ni de copier.
IDcEN , ENNE. adj. Que l'on difoit anciennement des
Dadtyles, ou Corybantes , miniftres de la Déelfe Cy-
bèle. Id.tus. f-''oyei Dactyle. Jupiter eut aullî le fur-
nom A'Idéen , foit du mont Ida de Phrygie , ou plus
probablement du mont Ida de Crète , où il avoir été
élevé, où étoit fon tombeau. On le donnoit encore
à un promontoire , ou cap voifin du mont Ida en
IDE 29
Phrygie. La mcre Idécnne étoit Cybele , mère des
Dieux , honorée au mont Ida. Tanncguy Le Févrc rap-
porte ainfi l'étymologie de ce mom : i^ai , félon Hc-
iychius&: Euftathe , font des mont.ignes , de la ui.. s'cft
lait , pour lignifier du bois, îk les premiers hommes
vivoient du fruit des cliênes, ou de gland ; c'eft de-
là que la mère des Dieux fut appellée Idéenne. D où
vient que quand on eut trouvé l'art de faire du pain
en brûlant le blé , on commença à l'appellcr PhQ-
gia , de ^e,h»i ,torrere , brûler, rôtir.
IDEM. Terme Latin dont on fe fert au Palais, quand
on veut donner le même jugement , la même répon-
fe , la même taxe fur un article , qu'on a lait fur le
précédent. On a appelé Doéleurs Idémijles , ceux
qui dans les aflemblées fe contentoient d'opiner du
bonnet , & de dire , Idem cum , Ôc fans apporter de
railbn.
Idem. On s'en fert pour répéter les citations d'un mê-
me Auteur, Id. c'dl 'a due , Idem. gCT Ce mot eft
aulH d'un fréquent ulage dans les comptes , mémoi-
res , inventaires des Marchands, où il fait entendre
que plufieurs articles qui font de fuite marqués d'un
idem , font femblables au premier , par ce moyen on
évite de répéter ce qui vient d'être dit ou écrit.
IDENTIFIER, v. a. Terme de Philofophie. Confondre
une lubftance avec une autre , ou dans une autre ,
en comprendre plufieurs lous une même idée , Facere
idem , & barbarement dans l'Ecole , identijîcare. Sui-
vant les principes de Vanhelmont , les tranfplanta-
tions fe font en identifiant les chofes. Ce Philofophe ,
en expliquant les philtres , dit qu'en tenant une cer-
taine herbe échauffée, cela tranlplante l'amour à un
homme ou à une bête , parce que la chaleur n'étant
pas feule , mais animée par l'émanation des efprits ,
détermine l'herbe vers foi , & le l'identifie ; (5c ayant
reçu ce ferment , elle force l'objet de prendre un
mouvement amoureux. Vous identifie-^ mal à-propos
ces deux chofes , qui font très différentes & très dif-
tincles.
Identifier fe peur dire des perfonnes, quand on prend
l'une pour l'autre , qu'on ne les diftingue pas. Avant
le P. Sirmond & M. de Launoy , on identifiait allez
communément S. Denys l' Aréopagite , & S. Denys ,
premier Evêque de Paris. IKF On dit aullï s'identifier.
La définition s'identifie , ou eft identifiée avec le défini.
Identifié , ée , part. paif. In unum & idem redaclus. Ces
chofes font identifiées.
IDENTIQUE, adv. m. c^- f. Idem. Qui eft le même ,
qui ne fait qu'un avec un autre. Vous croyez me
faire deux diiférentes propolîtions , mais elles font
identiques , c'eft-à-dire , pariairement les mêmes j
l'une ne dit pas plus que l'autre. C'eft un délaut ,
une puérilité , que de faire des propolîtions identi-
ques.
IDENTIQUEMENT, adv. Terme d'Ecole. D'une ma-
nière identique. Une des propolîtions de Wiclef étoit
que JÉSUS -Christ n'eft point identiquement dans
l'Euchariftie , félon fa propre préfence corporelle.
Du PlN.^
IDENTITÉ, f. f. Ce qui fait que deux ou plufieurs cho-
ies ne font qu'une , font comprifes fous une même
idée. Quoiqu'il y ait trois perfonnes en Dieu, il y a
identité de nature, de divinité, c'eft à dire, une même
nature , une même divinité. Les comparaifons font
toiijours imparfaites , n'étant que comparaifons , &
non pas exemples Se identités , comme parle l'Ecole.
PÉLissoN. Il y a identité de raifon pour accorder cette
grâce , puifqu'on a accordé cette autre. On dit en
Scholaftique identitas ou paritas.
|ÎCr LTdentité d'une chofe eft ce qui fait dire qu'elle eft
la même , & non une autre : mais nous concevons dif-
féremment l'identité dans les diftérens êtres. Une ame
à raifon de fon indivilibilité , eft la même , malgré
les nouvelles modifications qui peuvent lui iurvenir ,
quoiqu'elle augmente ou diminue en penfées , en
fcntimens : au lieu qu'une portion de maiière n'cll
plus précifément la même quand elle éprouve con-
tinuellcmerit une augmentation ou une diminution
dans les modifications.
30
I D I
gcr Une chofe peut être la même quoiqu'elle ne foit
pas compolée des mêmes parties qui la conipofoient
auparavant. La rivière de Seine ell la même qu'elle
çtoit il y a cent ans , quoiqu'elle ne foit pas formée
des mêmes eaux , ni de la même quantité. Un arbre
qui a cent pieds de haut , efl le même qu'il ctoit lors
de Ion développement. Le corps humain ett dit le mê-
me à l'âge de I j, de 20 , de 50 & 40 ans, qu'à l'â-
ge de lix mois , quoiqu'il ne (oit plus compofé des
mêmes parties, ôc qu'il n'en conferve peut être plus
aucune de celles qui le formoient à lix mois. Pour
établir cette identité de relfemblance, il luint qu'il y
ait identité de forme. Ce n'eft point la grandeur ni
la quantité de matière qui coiiftirue le corps humain.
Un géant n'eft pas plus homme qu'un pygmée. C'eft
donc la forme , c'ell-à dire l'ame qui ell unie au corps
organifé. Or dans tous les âges de la vie le corps hu
main eft uni à la même ame. Ainli il ell toujours le
même corps humain , quoiqu'il n'y ait pas identité
de fubftance.
tf3° C'eflpar ces principes que quelques Géomètres le
font avifés d'expliquer comment le corps de J. C. ell
le même fous les efpcces Euciiariftiques , qu'il étoit
fur la terre , & fur l'arbre de la croix.
IDES. f. m. plur. Terme de Calendrier, dont on fe lert
pour compter & diftinguer certains jours du mois.
Jdus. Il y en a huit à chaque mois. Les Ides (ont d'or-
dinaire le treize de chaque mois , excepté aux mois
de Mars, Mai , Juillet & Oclobre , où elles font le
quinze ; parce que ces quatre mois avoient lix jours
devant les Nones , & les autres quatre. On comp-
toir autrefois chez les Romains huit jours pour les
Ides, Ainfi le huitième dans ces quatre mois , ik. le
fixième dans les huit autres , on comptoit le huitiè-
me avant les Ides \ Se de même en diminuant jul-
qu'au douze ou au quatorze , qu'on appeloit la veille
des Ides , & le treize ou le quinze ielon les difté-
rens mois , venoient les Ides. On le lert encore de
cette façon de compter les jours en la Chancellerie
Romaine , & dans le Calendrier du Bréviaire. Les
Ides de Mai étoieur conlacrées à Mercure , parce
qu'on croyoit qu'il étoit né ce jour-là. Les Ides de
Mars pallcrent pour un jour malheureux, depuis que
Célar eut été tué ce jour là. Le temps d'après les Ides
de Juin paroilloit propre pour les noces. Les Ides
d'Août étoient conlacrées à Diane. Les efclaves les
chômoient aulîî comme une fête. Aux Ides de Sep-
tembre on prcnoit les augures pour frire les Magif-
trats , qui entroient en charge autrefois aux Ides
de Mai , enfuite à celles de Mars. l^oYe:^ Rofin , &:
les autres Auteurs qui ont traité des Antiquités Ro-
maines.
Ce mot vient du Latin Idus , de l'ancien mot Tof
can iduare , qui h^i-Àfiok divifir , à caule qu'elles di-
vifcnt le mois en deux parties prefque égales. D'autres
le tirent à'idulïuni , qui étoit le nom de la viclime
qu'on oftroit à Jupiter le jour des Ides , li .ce n'eft
peut-être que l'on ait donné à la victime le nom du
jour qu'elle étoit immolée. D'autres tirent ce mot du
Tolcan Itis , qui lignihoit parmi ces peuples ce qu'/-
dus lignifioit parmi les Romains. D'autres difent qu'/-
tis en Tolcan lignifioit fiducia Jovis , la confiance
en Jupiter ; que ce jour n'avoit point de ténèbres ,
parce que tombant à la pleine lune , le jour (Sj la
nuit étoient éclairés ; que c'ell pour cela qu'on la
nommoit la confiance de Jupiter, qui étoit le Dieu
de la lumière , & qu'on nommoit Lueetius , & lyief-
piter. D'autres le font venir du Grec •^^(■^ , figure ,
parce que le jour des Ides étoit la pleine lune , &
on voyoit la figure entière de cette planète.
I D L
IDILE. Foyei Idyle.
IDIOCRASE. f f Terme de Phyfique &: de Médecine.
Idiocrafis. C'eft la difpofition ou le tempérament pro
pre d'une choie, d'un corps, d'un mixte. Marris.
Ce mot eft Grec , compofé d'tji»?, particulier, &:
Kjàiriî, mélange, tempérament.
I D I
ÎDIOME. C m. Dialeûe ; langue d'une Province par-
ticulière , qui eft diftérente de la langue générale de
la Nation , d'où elle eft dérivée. Idioma. Il n'y a
guère de langue qui n'ait quelque idiome. De quel
idiome vous lervez-vous pour expliquer vos penfées ?
MoL.
ifJ" On appelle proprement Idiome les variétés d'une
langue propres a chaque contrée. Dans ce fens on
dit l'idiome Provençal, l'idiome Gafcon. Alors il eli
lynonime de Dialeéte.
i^" Mais ce mot eft quelquefois employé pour défigner
la langue propre à une Nation. C'eft ainli qu'on dit
l'idiome François , l'idiome Allemand , l'idiome Ita-
lien. Dans ce lens il eft lynonime de langue.
Ce mot n'eft ulité que parmi les gens de Lettres.
Il vient du Grec iciV-a , qui lignifie Is. propriété , la na-
ture propre , de i'<J/ȍ , propnus , propre.
Celeftes truchemcns du myfiique idiome ,
François j Bernard j, Anfelme j Augufi.in , Chryfoftome ,
De vos pures clartés pour la troifième fois ,
Sanaifie:^ ma plume & parle:^ par ma voix ,
Le Duc DE Nevers.
Idiome , en ternies de Théologie , fignifie Propriété , ce
qui eft propre d'une nature , comme en Grammaire
il lignifie ce qui eft propre d'une langue. La commu-
nication des idiomes dans JÉsus-Christ , c'eft l'at-
tribution des propriétés & des actions d'une des na-
tures qui font en Jj^us-Christ à l'autre. Elle confif-
te en ce qu'à raifon de l'union hypoftatique de la na-
ture divine & de la nature humaine dans Notre-Sei-
gneur, on attribue à Dieu les aélions de l'homme,
& à l'homme des choies qui conviennent à Dieu , &
que l'on dit. Dieu eft né. Dieu a fouffert , Dieu eft
mort. Dieu eft reirufcitè , Dieu eft homme , l'homme
eft Dieu , Dieu eft mortel , l'homme eft immortel ,
le mortel eft immortel. Les Théologiens apportent
neuf règles principales qu'il faut obferver dans cette
communication d'idiomes , pour ne point errer , ôc
ne point faire de propofitions faulTes & contraires à
la Foi. Foiei-les dans Platel , P. IV. Traité de l'In-
carnat, chap. VI.
IDIOMELE. 1. m. Terme de Liturgie. Idiomclon. Dans
rOîBce divin qui fe récite félon le rit Grec , on ap-
pelle idoméles , certains verfets qui ne font point ti-
rés de la Sainte Écriture , Se qui le chantent lur un
ton particulier , mais grave.
Ce mot vient de i^'" , qui (ignifie propre , particu-
lier , (Se de ,«.Ao5 , qui veut dire chant.
IDIOPATHIE. f f. Idiopathia. Terme de médecine.
C'eft une maladie ou indifpolition qui eft propre à
quelque membre particulier , fans aucune dépendance
ni participation du relie du corps , telle qu'eft la ca-
taracte dans l'œil. Elle eft oppofée à la fympatkie ,
qui arrive quand l'indilpoiition eft caufée par le vice
d'une autre partie , comme la fluxion.
^fJ" Ce mot tranfporté dans la morale , lignifie l'affec-
tion particulière pour une choie. Il eft d'un ufage
allez rare.
Ce mot eft compofé du Grec '<^(«, proprius , par-
ticulier , Se de "iS'i , paffîo , affe cl us ^pajfion , affec-
tion.
IDIOPATHIQUE. adj. m. Se f Terme de Médecine ,
qui le dit des maladies propres à quelques membres ,
ou parties du corps , Se qui ne font point caufées
par quelque autre maladie , ou accident précédent.
Idiopatlûcus , proprius. Il eft oppolè à lympathique.
L'épileplle eft idiopathiquc , ou lympathique. Elle eft
idiopathique , lorfqu'ellc lurvicnt par le feul vice du
cerveau ; on la nomme fympathique , lorlqu'elle eft
précédée de quelque autre maladie. Il y a des caufes ,
loit idiopathiques , loit fyrapathiques , de la palpita-
tion du cœur.
IDIOSYNCRASE. f. f Terme de Phyfique & de Méde-
cine. Idiofyncrafis. C'eft le Tempérament propre d'un
corps animal particulier, en conléquence duquel, (oit
dans la maladie , (oit dans la fmté , il a averlîon , ou
penchant & inclinatioii pour certaines choies en parti-
I DO
culier , où certaines chofes font fur lui une imprcf
lion dirfcrcntc de celle qu'elles ont coutume de Iviirc ,
ou une impreilion plus grande qu'elles n'ont coutume
de faire lur les autres corps. Harkis. Ce mot eft
Grec , corapofi à' ^^ "^ , propre , de c'i", avec , & de
xf«<»K , crafe , mixtion , tempérament , mélange , dit-
pofinou qui réfulte du mélange de plufieurs chofes
ciifeniblc.
§CF IDIOT , OTE. adj. Idioca. Qui manque d'efprit
prcfqu'cn tout par détaut de connoillance. Ce n'ell
qu'avec beaucoup de peine qu'on peut venir à bout
d'inllruire un Idiot ; il lâut pour cet effet avoir l'art
de rendre les idées fenhbles, & fivoir fe proportion-
ner à fa façon de penier. Les Idiots font quelquefois
frappes des traits d'efprit ; mais à leur manière , par
une efpècc d'ébloudlemcnt & de furprifc qu'ils témoi-
gnent d'une façon iingulière , capable de réjouir ceux
qui favent fe taire des plaifus de tout. M. l'Abbé
Girard. Syn.
1^ On cil ttti: par défxut d'intelligence ; Jlupide par
défaut de fentiment ; Idiot par défaut de connoif
fance.
Ce mot vient du Grec lêtiT^s , qui fignifie propre-
ment homme particulier , homme qui mené une vie
privée , qui ne fe mêle point du gouvernement de la
République. $3" Il eft parlé d'un Auteur célèbre par-
mi les Aiyftiques , qui avoir pris par modeftie le nom
d'Idiot. Ne pourroit-on pas foupçonner que ce nom
convient allez bien à celui qui s'en pare?
Idiot. , s'cft dit originairement d'mi homme fort igno-
rant , qui ne favoit que fa langue maternelle. On ap-
pcloit auili idiots , les Frères Lais , ou Convers, qui
ne lavoientpas lire. Et enfin on a nommé idiots, les
imbécilles qui ne favoient pas compter jufqu'à 20 de-
niers , qui ne pouvoient retenir le nom de leur père
& de leur mère , leur âge , & autres chofes fembla-
bles. Du Cange.
50° Idiot s'employe comme fubftantif C'eft dans cette
acception qu'on dit ; c'eft un Idiot. Une pauvre Idiote.
Ac. Fr. f'^oyei Bête. Stupide.
IDIOTISME, f. m. Idiotifmus. Terme de Grammaire.
§CF C'ell: une façon de parler , une conftruûion &
un tour d'exprellîon qui s'éloigne un peu des loix
générales de la Grammaire , mais qui eft propre à
une langue. Idiotifme Grec. Idiotifme Latin , Fran-
çois ,Elpagnol & chaque langue a fes idiotifme s , c'eft-
à-dire , des façons de parler contraires aux ufages or-
dinaires du langage , mais adoptées à fon génie. Idio-
tifme eft le terme générique. À l'égard de certaines
langues , on dit Hébraïfme , Hellénifme , Arabifme ,
Latinilme , Gallicilme , Anglicifme, &c.
Ce mot vient du Grec '*"* , propre.
IDIS. f. m. Efpèce de perle de verre très-aplatie par les
bouts , qui fert au commerce que les Européens font
avec les Nègres fur les côres d'Afrique. Uidis eft jaune
avec quatre raies noires.
IDITIOT. f. m. Terme de Fleurifte. Nom d'un œillet.
C'eft celui qu'on appelle autrement Tertio violet. C'eft
un violet brun fort détaché , (ur un blanc de lait ,
médiocrement large , bien rond , fort hâtif; fa plante
eft allez délicate , iujene à la pourriture; elle graine.
C'eft une fleur très fine , trois ou quatre boutons
tout au plus fuffifent. L'iditiot fe trouve facilement
à Amiens. Mgr in.
IDMON. {. m. Célèbre Devin d'Argos , que l'on dit
pour cela être fils d'Apollon. Ayant prévu par les
principes de fon Arr qu'il périroit dans le voyage
de la Colchide , s'il fuivoit Jafon , il préféra au plai-
fir de vivre , la gloire de cette expédition. Il mou-
rut en effet d'une blefture qu'il reçut à la chafte
d'un fanglier dans la Thrace. Les Argonautes eu-
rent foin de lui faire en ce pays là de magnifiques
funérailles.
I D O.
IDOINE, adj. m. & f. Vieux mot, qui fe dit encore
quelquefois en Pratique , pour figiiifier propre à quel-
que chofe.
Ce mot eft formé du mot Latin idoneus , du Grec
IDO
3î
'"of, proptius. Etre idoine , être propre ^ convetuble,
fo'.t des lynonimes.
gCT IDOLÂTRE, adj. de t. g. du Grec ;<?«/«Aa7(;,ç , com-
pofé de Ui'i , image , figure , &: /«rfi'fi» , fei-vir ,
reconnoître pour Seigneur , adorer. Ainfi Idolâtre
fignifie proprement qui adore les idoles , Se leur rend
des honneurs qui n'appartiennent qu'à Dieu. Idolâtre.
Peuple idolâtre , Nation idolâtre. Les Gentils étoienc
Idolâtres.
CCr En nous conformant à l'ufage & aux idées reçues,
nous continuerons d'appeler Idolâtres ceux qui ren-
dent un culte divin à des créatures , & nous dirons que
les Perles qui adoroient le feu , que les Égyptiens qui
adoroicnt les crocodilles , croient Idolâtres.
Ce mot fe dit auili au fubftantif , ik. s'applique en
cette acception à ceux qui adorent les idoles , ou les
faudcs divinités. Il y a des Idolâtres dans les Indes.
Prêcher , convertir les Idolâtres.
Ce mot pris dans un fcns figuré, défigne celui qui
eft follement amoureux , qui aime excelîivement une
pcrfonne ou une chofe, qui en fait trop de cas, qui
y eft trop attaché. Les amans font idolâtres de leurs
maîtreffcs -, quelques maris de leurs femmes ; les pères
de leurs enians. Il y a des curieux qui font idolâtres
des tableaux. Les avares font idolâtres de leurs tré-
lors. Un Auteur eft idolâtre de fes ouvrages. Les plus
timides idolâtres de la fortune de Philippe , foupirent
après le moment de s'affranchir du joug qu'il leur
impole. Tour. Les Idolâtres de l'Antiquité chica-
nent tout aux modernes , & n'approuvent que ce
qu'ils ont trouvé dans un ancien. S. Évr. L'homme
n'oferoit fe montrer tel qu'il eft, c'eft-à-dire, idolâtre.
de lui-même. M. Esp. Quand on eft épris d'une belle
padion , on eft fi idolâtre de fes fers , qu'on ne peut
pas feulement concevoir la penlee de les rompre,
S, Évr.
J'ai vu le Sénat idolâtre î
Des crimes de Néron approuver les horreurs. Raone.'
Idolâtre, tant au propre qu'au figuré, fe dit quelque-
fois des chofes autli bien que des perfonnes. Ainiî on
dit , rendre des devoirs , des honneurs idolâtres. Dans
le ftyle dogmatique , on diroit mieux honneurs idola-
triques, culte idolatrique.
IDOLATRER, y. n. Adorer des idoles, de feufles divi-
nités , une créamre , une figure d'homme , on d'ani-
mal. Falfos deos colère. Les Juifs idolâtrèrent en
l'abfencc de Mo'ife , ils fe firent un veau d or & l'a-
dorerent. Les femmes de Salomon le firent idolâtrer ^
lui firent adorer Aftarthe & Moloch. ///, Reg. cap.
II.
tfTÇ.ç. verbe tranfporté au figuré eft aftif, & lignifie
aimer avec une palîion trop violente. Un ainant
idolâtre fa mairrelfe. Une mère idolâtre ks cnfans ;
elle en eft folle.
Mon cœur opiniâtre
Lui prête des raifons , l'excufe ^ /'idolâtre, Racins
On ne vous verrait point réduit
A la néceffité c/'idolatrer fans fruit ,
Une Maitrejffe égratignante. Des -H.
Idolâtré , ée. part, & adj. Numinis loco habitus. Il
n'eft en ufage qu'au figuré. Cette femme eft ravie de
ic voit idolâtrée. Acad. Fr.
Ce mot &: le fuivant ont la même ori^ne que celui
d'idolâtre. Voyez ce mot.
03" IDOLATRIE, f'. f. Adoration des idoles, cuire que
l'on rend à une llatue repréfentant des faux Dieux.
Idolatria. 11 y a encore des Peuples adonnés à ['idolâ-
trie. Pour définir l'idolâtrie, il faut dire, fuivant M.
Boulanger, que c'eft un culte ou une pohce qui re-
garde comme divin ce qui n'eft pas divin.
L'idolâtrie a régné long-temps fur toute la face de
la terre. L'idolâtrie a porté les Égyptiens à adorer des
crocodiles, des chats, des oignons, &c. Tertullien a
fait an Traité de V idolâtrie, où il traite divers cas de
3-2
I D O
I D O
confcicnce. La plupart croyoien: qu'on ne commet -
troit {'idolâtrie qu'en btûlant de l'encens , en immo-
lant desviclimcs, ou le tailant initier aux myftères ,
ou aux iacerdoccs protancs. Il n'importe de quelle
matière (bit l'idole , de plâtre , de couleurs , de pierre ,
d'or, d'argent, de hls, c'cll à-dire de broderie, ni
quelle en Ibit la figure, d'homme, ou de bcte. Dieu
ne défend pas leulement d'adorer des idoles, mais
d'en faire, même fous prétexte de gagner la vie, &:
quand on ne fauroit point d'autre métier , &c.
L'idolâtrie eii. une fuperlfition par laquelle on rend
à quelqu'autre choie que Dieu , l'iionneur & le culte
qui n'eftdù qu'à lui feul. On commet une idolâtrie
en brillant de l'encens à une hiulle divinité, en lui
faifant des facrifices , en l'invoquant , en Héchilîànt
le genou devant elle , en célébrant des fctes & des
jeux à fon honneur, en fe faifant initier à les myftè-
res profanes.
Les Théologiens diftinguent trois fortes d'idolâtrie,
la complète ou parfaite, l'imparfaite & la limulee.
L'idolâtrie complète eft celle dont on a parlé jufqu'ici.
Vidolatrie llmuléc eft quand par crainte ou par com-
plailance on rend extérieurement le culte (ouverain à
une idole, fans croire que ce foit une Divinité, &
fans aucun delfein de le foumettre à elle. C'ell un
menfonge pernicieux , par lequel on viole le com-
mandement que Dieu nous a fait de le confeller de-
vant les hommes. Tertullien, S. Cyprien, & les au-
nes Pères qui ont écrit durant les perfécutions des
Empereurs Payens , & après eux S. Auguftin , le iont
fort récriés contre ce crime , comme étant très-inju-
rieux à Dieu. Babin. Conf. d'Aug. Vidolatrie impar-
faite eft quand on fait un paâre exprès ou tacite avec
le démon , foit en invoquant fon nom , implorant fon
fecours , le coiifukant , lui promettant quelque choie
pour réulîlr en quelque dellein , portant quelque
image conjurée en fon nom , le lervant de fes ligatures.
Idem. Dire que cela ne foit pas une efpèce d'idolâtrie ,
c'eft une erreur félon le fenflment de la Faculté de
Théologie de Paris , dans la cenfure du 1 9 Septembre
Ï398. Quoique l'on ne croie pas que le démon loit
un Dieu, néanmoins en pratiquant ces choies, on
lui rend un honneur & un culte, &: l'on met fa con-
fiance en lui, comme fi oui le croyoit une Divinité.
Idem.
Bien des gens ont écrit des caufes & de l'origine de
Vidolatrie. On voit entre autres 'Volîlus, de Idolol.
Orig. & progr. principalement , L. I , c. ^ , c. 4,c. ^ ,
' c. I T ,&cc.22 ,L. Il ,c. I 3 &c. Godwin , Mofes^ and
Jaron , ou de Ritibus Hehr. L. IF , c. i. Gafpard
Barthius , Comm. fuperjlit. Seldenus , de Diis Syriis ,
Proleg. c, j. Le P. Tournemine , Jéluite, de l'Ori-
, £ine des fables , dans les Mémoires de Trévoux 1703.
M. l'Abbé Bannières, Hifi. des fables , 2 tom. in-i2.
De la Crequiniére , dans fon Voyage des Indes, Art.
III ip. 22 &fuiv. Le P. Spiridion Pouppart, dans les
Mém. de Trév. iji2, p. 16 1 s &fuiv. où il prétend
montrer que Vidolatrie a commencé par le culte des
aftres.
Les caufes principales de Vidolatrie font , 1". L'idée
ineffaçable que tout homme a d'une divinité , & le
témoignage qu'il s'en rend à lui-même. 1°. Trop d'at-
tache aux fens, &: une habitude trop forte de ne ju-
ger que par les fens. 5°. L'orgueil &: la vanité de l'el-
prit humain , qui ne s'eft pas contenté de la liinple vé-
rité , qui l'a néghgéc , altérée , mêlée de fables. 4°. L'i-
gnorance de l'Antiquité, ou des premiers temps &
des premiers hommes , dont on n'avoit conlerve
qu'une connoilfance & une tradition confule , parce
qu'on n'avoit point demonumens écrits, ou de li-
vres. $°. L'ignorance & le changement des langues.
G°. Le ftylc des langues orientales, hguré & poétique,
qui perfonnific tout. 7°. La fuperftition , les faupulcs
& la crainte qu'infpire la Religion. 8°. L'amour pour
les perfonnes qui étoient chères. 9". La tlatceric des
Écrivains. lo". Les faulfes relations des 'Voyageurs.
11°. Les fidions des Poëtcs. i i". Les imaginations
des Peintres & des Sculpteurs. 15°. Une connoillance
gronîèrc de la Pr.vfique; c'cftàdiredes corps Si. des
événemenS naturels , &: de leurs caufes. 14°. L'é-
tabliilement des Colonies , & l'invention des Arts
mal pris par des peuples grolliers &: barbares. 1 5°. Les
artihccs des Prêtres. 16". L'orgueil de certains hom-
mes qui ont aliedé de p.illcr pour des dieux. 17". L'cf-
timc & la reconnoillance des peuples pour certains
grands hommes portées trop loin. 18°. Enfin, l'Ecri-
ture-Samte elle même mal entendue.
On ne lait point quel eft le premier Auteur de Vido-
latrie ; on convient cependant allez généralement
qu'elle n'a commencé que depuis le déluge , &: Von
dit communément que Bèlus , que quelques-uns
croient être Nimrod , ou Nemrod , eft le premier
homme dont on ait fait un Dieu. Mais n'avoit 011
point déjà rendu quelque culte aux aftres "; C'eft ce
qu'on ne peut lavoir , parce qu'il ne nous eft prefque
rien refté de ces temps lî recvdés. Ce qui eft certain ,
c'eft que 426 ans .après le déluge, lortquc Dieu tira
Thâré &c la famille de la Chaldée , & qu'Abraham
parcourut la Mélopctamie, la Terre de Chanaan, le
Koyaume des Phihftins , iSc l'Egypte , quoiqu'on dif-
pute h Abraham n'a point été idolâtre , il ne paro'ic
pas qu'il y eût de l'idolâtrie , ou qu'elle fût beaucoup
répandue. La première fois qu'il en foit parlé , c'eft
au ch. XXXI de la Génèfe, v. /p, où il eft dit que
Rachel prit les idoles de fon père. Car quoiqu'on dif-
pute lui- la lignification du mot Hébreu oi^i,- , il ell
certain que c'éroient des idoles. Laban, v. jo, les
appelle fes dieux, & Jacob XXXV, z , des dieux
étrangers , & il les regarde comme des abominatioiis.
Cluvier, Germ. Antiq. L. /j c. 2f,p. 21 j , l. 26 if
fuiv. croit que Ca'i'n eft l'Auteur de Vidolatrie ^ &c le
premier idolâtre , &: que les faux dieux qu'il adora ,
font les aftres aulquels il crut que Dieu avoir lailfé le
foin de ce bas monde , du gouvernement duquel il lé
mectoit peu en peine ; mais ce ne font là que des ima-
ginations fans preuves.
Idolâtrie , fe dit figurément d'un amour violent &
démefuré. Il aime fa femme julquà Vidolatrie. Il v a
eu des Difciplcs li fort entêtés du mérite de leurs
maîtres , qu'ils les ont aimés jufqu'à Vidolatrie.
IDOLATRIQUE. adj. m. & f. Qui .ippanicnt à l'idolâ-
trie. Idolatricus j a, um. Un culte idolaùique , une
pratique , une cérémonie idolatrique.
IDOLE, f. f. Idolum. Staaie, image d'une f'.ulîe diyi-
nité, à laquelle on rend des honneurs divins, oti
brûle de l'encens , on fait des facrifices , on érige des
autels & des temples. Tous les Payens ont adoré des
idoles. Le Colelfe de Rhodes étoit une idole du So-
leil; le Palladium une ic/o/t de Minerve. Les Martyrs
ont renverfé les idoles , ont refulé de l'encens aux
idoles. Dieu n'a pas établi les Rois pour recevoir
comme des idoles l'encens & les vœux de leurs fu-
jcts, dans une oifîveté fliperbe.
Ce mot vient du Grec «c'ai^ia^v ^ idolum, image ,
nèai , figura j fpecies , repréfentation , figure.
gcr Idole, fe dit dans le iens h'guré , de ce qui fait le
f'ujet d'une palîion véhémente, d'une afteAion extra-
ordinaire , d'un aaachement qui va jufqu'à la folie.
L'or eft la brillante idole des avares. God. On crut
que tout ilcchiroit devant cette idole de la Cour. Pat.
Mes plaifirs ont été mes idoles. God. La vertu étoit
Vidole des Sages du P.iganifme. M. P. Le Cardinal de
Richelieu fut de fon tems Vidole des Po'etcs iSc des
Orateurs. Bouh. Un fenfucl brùlc avec plaiùr dans
fon cœur l'encens qu'il offre à fon idole. Fléch. Caton
efl le Héros des Stoïciens , é\: Sénéque en a fait une
idole. Nie. Soumiilion , baffeffes , voilà les qualités
nécelîaircs pour rendre notre culte agréable .aux ido-
les , à qui notre ambition nous tait facrilier. S. Real.
Une femme belle & vaine le repréfente à elle même
comme wni: idole qui charme tout par fa beauté-. Nie.
La gloire eft Vidole des ambitieux. Boss. Ch.acun de
vous, comme il fe le veut perfuader lui même, eft le
le feul éclairé , feul infpiré , &c. 'Voilà Vidole de votre
cœur à qui vous frites de fi grands facrifices. Péllsson.
|]KF Idole, fe dit encore figurément, dans le ftyle fa-
milier, d'une belle perloiine, mais qui n'a ni main-
tien , ni grâce , & ue parok point animée. Cette fem-
iûC
I D R
' me cft belle , m.iis c'cft une idole , une vr.iic Idole. On
dit la même choie d'un Itupide^ ou d'un homme qui
fe tient à rien faire , les bras croifés. Il fe tient là
comme une idole.
Fbyc^ ce ponnyt , qu'il ejl bien !
Il n'y manque i/ue la parole.
Dites donc qu'il n'y manque rien ,
Car c'e/i le portrait di'ttne idole.
Corneille a f!iit idole mafculin contre l'ufagc.
Et Pifon ne fera qu'un idole facré ,
Qu'ils tiendront fur l' autel pour répondre à leurgté.
Idole , s'eft dit poétiquement d'une vainc image , comme
celles qui paroillent en fonge. Orphée croyoit rame-
ner Euridice , & il ne trouva qu'une vaine idole. Cc-
rifi a dit dans la Métamorphole ,
Et que lefens charmé d'une trompeufe idole ,
Doute fi l'oifeau nage , ou fi le poijjon vole.
I D Y
35
L'idole des Maures, f. f. Nom que l'on donne à un
poillbn qui le pêche iur les côtes de l'île d'Amboi-
ne , dans la mer des Indes. Maurorum idolum. Ce poil-
fon a quelque rapport avec le Talelvilch , mais il
n'eft pas lî grand. Il n'cft bon à manger que rôti. Il
a un grouin comme un cochon. On l'appelle l'Idole
des Maures , parce que les gens du pays l'épargnent
par fuperftition , & le jettent dans la mer , lorfqu'ils
le trouvent dans leurs filets. Ce poiffon n'a point d'é-
cailles.
lîCFIDOLOTHYTE. f. m. S. Paul donne ce nom aux vian-
des offertes aux idoles , qui étoient cnluite diftribuces
avec cérémonie , Se mangées par les Prêtres & par les
affiftans. Idolochytum. L'idole n'eft rien , dit S. Paul ,
& l'on peut manger des idolotkytes , quand il n'y a
point de fcandale à craindre , mais pour peu qu'il y
ait de fcandale , on doit s'en abftenir. F'oyei Corné-
lius à Lapide, fur la i. aux Corinthiens , c. KIII.
Ce mot idolothyte n'eft pas dans l'ulage ; mais on
^ourroit s'en fervir dans des ouvrages d'érudition.
Nos Interprètes difent viande offerte ou immolée aux
. idoles. Le fécond Canon du Concile de Ganges ful-
mine contre ceux qui condamnent les perlonnes qui
mangent de la viande , à l'exception du lang des ido-
lotkytes & des viandes étouftées. Les Chinois parta-
gent enrr'eux les idolotkytes , comme nous diftribuons
le pain béni.
IDOMENÉE. f. m. Nom d'homme. Idomeneus. Les
habitans de Gortyne , ville de Crète , honorèrent Ido-
ménée comme un dieu. Volf de Idol. L. I, c. i j.
Idoménee étoit fils de Deucahon , & petit-fils de Mi-
nos. Il alla à la guerre de Troye. En revenant il fut
accueilli d'une furieule tempête pendant laquelle il
fit vœu , fi Neptune l'en délivroit , de lui immoler ce
qu'il rencontreroit le premier. Ce fut fon fils. Il fe
mit en devoir de l'immoler; mais fes fujets l'en em-
pêchèrent , & l'ayant chalfé , il vint en Calabre , Se
y bâtit Salente.
IDON MOULLI. f. m. Arbre des Indes qui croît à la
hauteur de 70 pieds , & produit une efpèce de prune.
Son écorce, fes Heurs & fon fruit Ion eftimés bons
pour la manie , la frénélie & les autres maladies de
la tête. James, §3" Prunus indica , fruàu umbilica-
to ,pyriformi ,fpinafa, racemofa.
iDOTHEE. f. f. Nom de femme. Idothea>. Elle étoit
fillo de l'Océan, ou félon d'autres j de MéHilus, &
fut nourrice de Jupiter. Ce fut aulîi le nom d'une fille
de Protée.
I D R.
IDRA. Petite ville , capit.ile de la Dalécarlie , en Suéde ,
<?c fituée fur la rivière d'Elfinam , environ à vingt-
cinq lieues au dellus de fon embouchure dans le lac
de Silcam. Maty. Idra.
IDRIA. Nom d'un bourg litué fur une petite rivière qui
porte Ion nom. Idria, 11 eft dans le Comté de Go- 1
1 orne y.
rice , aux confins de la Carniolc , dans laquelle quel-
ques Cartes le mettent. Il cft environ à cinq lieues
de la ville de Gorice ,^ vers le nord oriental.
IDRO. Petite ville de l'Ét.it de 'Venifc en Italie. Idri-
num. Elle cft dans le Brellan , fur le lac à'Idro ,
qui cft entre ceux dllco , &. de Garda ^ Se qui
étoit appelé par les Anciens , Briga/uinus Lacu:,.
Matv.
I D S.
IDSTEIN. Bourg des Etats de NalLiW , en Wétéravic.
Idfteinum. Ce lieu , chef d'une Seigneurie qui porte
fon nom , cft (itué à deux lieues de Wisbaden,, dvi
cê)té du nord. Maty. Le Comzc d'Idficin , oudeWif-
baden , commença comme celui de Dillenbourg à
la fin du douzième fiècle. La maifon d'Id/lein , ou de
Wisb.iden, comme on l'appeloit d'abord , a com-
mencé par Walrave , fécond fils d'Hemi le Riche ,
Se frère d'Othon le 'Vieux.
IDSU. roye:i Idzu.
I D U.
IDUBEDA. Montagne d'Efpagne , qui s'étend depuis les
Pyrénées jufqu'en Portugal , Se prend divers noms ,
félon les pays où elle cft.
IDUBERGE. f f. Nom de femme. Foye^ Itte.
IDULIE. i. f. Idulium. C'cft le nom de la viélime qu'on
olîroit à Jupiter le jour des Ides , d'où peut être elle
a pris fon nom.
IDUMÉE. C'étoit .autrefois un petit pays de l'Afie , qui
fut poftédé par Éfaii , fils du Patriarche Ifaac j & par
fes delcendans. Idumda , Idume , Edom. Il étoit en-
tre la Judée , l'Egypte & l'Arabie Pétréc. C'étoit un
pays plein de montagnes , dont la principale qui por-
toit le nom de Séïr, le léparoit de la Judée. Maty.
Ce mot eft originairement Hébreu. Il vient de "iizr^ï?,
Edom ^ lurnom d'Elaii , qui lignifie rouge, roux. Ce
pays prit ce nom de ce fils d'Ilaac , qui en challa les
Horréens , Se y établit fa poftérité. Elaii fut lurnom-
mé Edom , qui fignifie rouge , parce qu'il étoit roux ,
& d'Edom les Grecs formèrent le nom Idume. Le
nom-d'Edom fut donné à ce pays , parce qu'EIaii en
challa les Horréens , Se l'habita.
Les PoL'tes, lur-tout les Latins , donnent quelque-
fois à la Judée le nom à'Idumée.
Ailleurs qu'en Idumée il veut cueillir des palmes.
Bréeeuf.
La France en ce temps-là , d'un /eau ^èle animée ,
Entreprit de porter la guerre en Idumée.
P. LE IvIoiNE.
Ils font même Idumée adjeftif ; & le dilent pour
Idiunéen , du Latin Idunmus.
Et que femblahle à toi , foudroyant les armées ,
Il cueille avec le fer les palmes Idumées. Régnier.
IDUMÉEN , ENNE. f. m.^ Se f. Norn de peuple. Def-
cendant d'Edom , c'eft-à-dire , d'Élâii ; habitant de
l'Idumée Idum^us. a. David lubjugua les Iduméens
Philon , L. de Monarch. dit que les Iduméens joui.f-
loient de tous les droits Se privilèges des Juils , ex-
cepté qu'ils ne poiivoient être du Sanhédrin.
Z'Iduméen n'a plus de momens qui f oient calmes ,
Ailleurs qu'en Idumée il veut cueillir des palmes.
Bréeeuf.
I D Y.
IDYJA. f. f. Nom de femme. Idyja. Cicéron appelle
Idyja la mère de Médée , qu'Ovide nomme Iplée.
La Nymphe Idyja étoit fille de l'Océan & de Thé-
tys. Se fut femme d'y£ére.
"P" IDYLLE. IDYLLYON. De bons Auteurs ont fait
ce mot mafculin; d'autres , en plus grand nombre,
le font féminin ; & l'on peut regarder ce genre com-
me décidé par l'ulage. C'eft un petit Poëme champê-
34 ^ E
trequiconrientdes defcripdons ou narrations cle quel-
ques aventures agréables. Il tient de la nature de l'é-
glogue : il peut rouler iur routes iorres de matières ,
mais il roule plus ordinairement Iur quelque lujet
paftoral ou amoureux. Théocrite a fait des Idylles.
Les Italiens ont ramené l'ulage des idylles. Rampale
a fait d'excellentes idylles de la Nymphe Salmacis ,
d'Europe ravie , tx. qui font imitées du Préti Italien.
Les idylles de Théocrite , fous une lîmplické toute
naïve , Se toute champêtre , renlerment des agrémcns
inexprimables : elles paroillènt puilées dans le lein
de la nature , Se diétées par les grâces elles - mêmes.
LoNGE-P. ify On ne s'en tient plus dans les idylles
à la fîmplicité originale de Théocrite : notre fiécle ne
foutfriroit pas une fiélion amoureule qui rellcmble-
roit aux galanteries groilièrcs de nos payfans. Boi-
leau , qui oblers'C que les idylles les plus fmiples font
ordinairement les meilleures , nous trace ainiî le ca-
raâèrc de l'idylle.
^^ Telle qu'une Bergère au plus beau jour de fue
De fuperhes rubis ne charge point fa cête ;
Et Jans mêler à l'or l'éclat des diamans ,
Cueille en un champ voijînfes plus beaux ornemens :
Telle aimable enfin air , mais humble dansfonflyle j
Doit éclater fins pompe une élégante idylle ;
Son tour fimple & natj n'a rien defajlucux j
Et n'aime point l'orgueil d'un vers préfomptueuK.
C'efl: une Poëfie qui peint naturellement les objets
qu'elle décrit , au lieu que le Poëme Epique les ra-
conte, & le Dramatique les met en acftion. Ainll ce
font trois efpèces de Pocfies différentes , dont la Ly-
rique eft la quatrième. Elle eft pour le chant, & pour
être accompagnée des inftrumens. P, Menest.
Ce mot vient du Grec îk? i*.». , ^i.K^ , figure , re-
préfientation. Le propre de la Poëlîe eft de rep»''fen-
rer vivement les chofes. D'autres difent que ce mot
vient à'ùêrs , en tant qu'il fignifie efipece\ Se qu'on
appelle tJ-,».i'4 des Poèmes de différente forte. Foyer
Scapula fur ce mot.
I D Z.
IDZU. Id-^uum. Il y a deux petites villes de ce nom ,
capitales de deux Royaumes, ou Provinces, dans l'ile
de Niphon. L'une eft près de la côte occidentale du
Jamaïftero ; Se l'autre près de la côte méridionale du
Quanto. Maty.
IDZUMI. Nom d'une ville capitale d'un Royaume de
même nom. Id^unum. Elle eft dans le Jamaïftero ,
contrée de l'île de Niphon , près du golfe de Méaco.
Matv.
J E.
JE. Ego. Pronom pcrfonnel fmgulier , de la première
perlonne , Se qui veut dire la même chofe que moi.
Il fe met ordinairement devant les verbes : /e vais /e
fais , je lis , je luis , je cours ; Se quand le verbe com-
mence par une voyelle , il fe fait une élilîon ; /'ai-
me , /'entends , /'implore , /'occupe. Il le met aulîi
quelquefois après les verbes , comme dans les inter-
rogations; Que ferai /e ? De quel côté me tourne-
rai y'e ? Où fuis je i Que vois-je ; Que vous dirai-ye ?
La même chofe arrive , quand le verbe le met com-
me en parenthèfe dans le difcours : il faut , lui dis-
je , que vous falliez cela. Mais , lui répondis-y'e , il
me femble que cela n'eft pas bien. Vous ne penfez
pas , lui répliquai/'e , à ce que vous dites. Lorfque
je fe met après un verbe , on ne met rien entre deux :
parlerai /e , Urai-ye , &c. Mais lorfqu'on le met de-
vant , on peut mettre entre-deux les pronoms per-
fonncis , &: les particules relatives , & la négative.
Je lui fis comprendre. Je m'en penfai tuer. Je me fis
fort grand tort. Je ne lui en dirai rien davantage. Je
ne l'en puerai pas. Cependant quand il s'agit de cé-
du'es , ou de quelques autres aftes de juftice , on dit
fmiplemcnt. Je ibufiigr.é confeire. Je foulfigné pro-
mets , &c.
JE A
Il faut encore remarquer fur ce pronom /« , que ;
quand il (e met après un verbe , il la première pcr-
fonne de ce verbe finit par un e féminin , cet e fé-
minin fe change en e malculin. Ainii il faut dire pen-
Cé-je , Se non pas pcnlé-/Ê , aimé/e, &: non pas ai-
me /e. Que 11 la première perfonne du verbe ne finit
pas par un e féminin , on n'y tait aucun clungcment,
luis/tf , fais je , dis/e, à moins que cela ne produi-
sît une prononciation vicieule & rude. Ainh il ne faut
pas diic lens-je , dors-/e , romps je , mais lente -/e ,
dormé-yV , rompe /e. Et même ceux qui parlent bien j
& qui ont de la délicatelle pour la langue , condam-
nent aulîî ces façons de parler. Voye\^ Ménage , Se la
Grammaire railonnée. Il vaut mieux fe fer\ir d'un
autre tour; Se dire , ejl ce que je fins ^ ejl-ce que je
dors ; au lieu definté-jc _, dormé-je. Sec. qui font trop
direéfement contre les régies de la Grammaire , félon
laquelle il faudroit à'nc fins-je , dors-je. Mais l'ufage
fait céder la Grammaire à la douceur de la pronon-
ciation. Bertaud a dit , oï fins-je, combien les plai-
fîrs font amers à la fouvenance. Cependant on trou-
ve dans le Diétionnairc de l'Académie Prançoile , &
ailleurs j plulieurs exemples de ce pronom perfonnei
mis après diftércns temps des vcibes. Je luis perfuadc
que il on l'eût placé enluite du prélent de l'indicatif
du veibc paroitre , on auroit dit parois/e , qui ne
choque pas plus l'oreille que d'auties exemples pro-
pofés pour bons : cependant M. Deftouches , dans
ion Curieux impertinent , Acl. 2. Scène 10.3. préféré
Paroijfé-jc.
C R I S P I N.
Nérine , que dis-tu de mon ajufiement?
N É R I N E.
ydlà ce qui s'appelle un homme tout charmant.
C R I S P I N.
Te paroiffé-je ainfi? Me dis-tu vrai j coquine ?
Il auroit pu mettre : Oui , te parois je ainfi ?
Je ne sais qui. Voye'^ Qui.
Je ne sais quoi, f^oye-^ Quoi.
iE. i. m. Mefure des liqueurs j dont on fe ferr en quel-
ques lieux d'Allemagne , particulièrement à Augs-
bourg. Le je eft de deux muids ou de douze bcfons ,
le béton de douze malFcs. Huit jés font un féoder.
On dit aulli Gé.
J E A.
JÉABARIM. Nom de lieu. Jeabarim. C'étoit un lieu
fitué aux contins du pays des Moabites. Ce tut le tren-
te huitième campement des Ifraëlites dans le défcrt ,
Nomb. XXI. II. XXXIII. 4^. Il étoit aux confins
de la Tribu de Ruben , du côté du midi.
JEAN. f. m. Joannes. Prononcez JAN. Nom d'hom-
me. Le nom de Jean ne fe trouve que dans le Nou-
veau Teftament , dans l'ancien on dit Johanan. S.
/fi7«-Baptifte eft le premier de qui on le dite. Elifa-
bcth votre femme vous donnera un tîls , que vous
appellerez Jean. Bouh. En ce temps là parut /ea/î-Bap-
tifte , qui prêchoit dans le défert de Judée. Id. Matt.
III. I. Le Chef de S. /ei?/2-Baptifte fut trouvé à Conf
tantinople en 1 204. par Galon de Sarton , Chanoine
de S. Martin de Pequigni , Se cniuite de S. George de
Mangane à Conftantinople : il tranfporta la relique à
Amiens, Se Richard de Gerberoy Evcque d'Amiens
écrivit l'hiftoire de cette tranfladon fur le récit de
Galon lui même.
La Saint Jean , locution abrégée pour dire la fête
de Saint Jean. Il y avoit autrefois un Carême de la S.
Jean , qui étoit de trois femaines. Foye:^ Pierre Da-
mien , Opufi. XLI. c. i. C'eft de la fête de S. Jean-
Baptifte , c|ue cette phrafe fe dit , Se non de celle de
S. Jean l'Evangélifte , parce que celle ci venant aux
Fêtes de Noël, ce temps fe défigne plutôt par la Fcro
de Noël , que par ccilcs qui fuivenc , & qui fonr
J E A
mollis célî-brcs. La S. Jean cil en bien des endroits
un terme de louage de mailons , &: des vnlerv Hz fcr-
vantes qu'on prend à l'on lervice. La Saint Jean cd le
vingt-quatre de Juin , & l'on le fcrr de ce nom pour
fîgnifier un temps ciiaud. Un chaud de la S. Jean. Il
taifoit chaud comme à la S. Jean.
S. Jean j Apôtre &: Lvangéliltc , étoit fils de Zebédée , &
fut appelé par Jésus Christ avec (on frère Jacques^
que nous iurnommons le Majeur. Nous le nommons
communément S. Jean l'Évangéhlte. Les Anciens l'ont
(urnommé Jean le Théologien. Quelques Auteurs par
lent d'un autre Difciple de Jésus Christ , qu ils dif-
tinguent de S. Jean , & qu'ils nomment S. Jean l'An-
cien. Il y a encore un S. Jean lurnommé Marc , dirfé-
rent de l'Évangclille S. Marc. S. Jean Climaque ou
de l'Echelle. FoyeiCuuAQVX-. S, /ciz/z Chryfollôme.
yoye:^ Chrysostome. S. Jean Damafccne. /'byfj
DamascÈne. Le Bienheureux Jean de la Croix étoit
un Efpagnoljde la lamille des Yepes , qui tut Réfor-
mateur des Carmes. S. Jean de Dieu étoit de Mon-
témor cl novo , en Portugal , & hir Fondateur de
l'Ordre de la Chariré. Jean de Capiftran , ainii (ur
nommé du lieu de la naillance , proche d'Aquila dans
l'Abruzze , étoit fils d'un Gentilhomme Angevin ,
qui fuivir Louis d'Anjou en Italie. Il entra dans l'Or-
dre de S. François , dont il fut Général. Il mourut
en i4y<5.
S. Jean Porte-Latine ell: le nom d'une fête de S. Jean l'É-
vangélifte , où l'on célèbre fa délivrance miratuleule ,
lorlqu'ayant été jeté dans une chaudière d'huile bouil-
lante , (ous Trajan , il en lortit plus lain qu'il n'y étoit
entré, ainfi que le rapporte S. Jérôme. On dit S. Jean
Pone-Ladne , par corruption , pour S. Jean devant
la Porcc-Lanne , en Latin , fejlum Sancli Joannis an-
le Ponant Laùnam , parce que ce miracle (e fit à Ro-
me devant la porte appellée la Porte Latine. M. l'Ab-
bé de Creicimbeni donna en 1716, par ordre du Pa-
pe Clément XI l'hiftoire de S. Jean à la Pone-Ladne.
Elle efl: en Italien.
Le Roi Jean, c'eft le cinquantième de nos Rois , fameux
par la bataille qu'il perdit près de Poitiers en 13J6 ,
contte le Prince de Galles , & par fa prifon en An-
glettere , d'où il revint en 1361 , & où il retourna ,
& mourut en 1365.
Jean Hus , hérétique. F'oye'i Hussite.
Autrefois on écrivoit Jehan , & en Latin Johan-
nes , comme font encore bien des gens , mais il ne
faut point mettre A'h aujourd'hui , cela ieroit contre
l'ulage.
Ce mot s'efl: fait de Joannes , en ôtant la termi-
naifon es , êc changeant l'o en <; , & Joannes s'eiï fait
de l'Hébreu Johanan , en ajoutant la terminaifon es ,
Se changeant le dernier a en e muet qui s'efl: retran-
ché. Pour le mot Hébreu Johanan , ou Johhanan , il
s'eft dit pour Jehohhanan , comme Jofué , de Jehofua,
& Jofaphac de Jehofaphat , & il eft compolé de /n.T» ,
Jehova , nom propre de Dieu , Se ;3n , hhanan , gra-
tïfieams ejl , Se lignifie , Dieu accorde'. Don de Dieu,
Grâce de Dieu. Le peuple a mis ce nom en ufage
dans la langue , en le joignant abulîvement à plu-
lîeurs mots injurieux. Jean Logne. Jean des Vignes.
Jean Doucet. Jean Sucre. Jean tout adroit. Jean fa-
rine. Jean fait tout , &c. Tous ces mots ne font en
ufage que chez le peuple.
Jean ! Que dire fur Jean ? C'eft un terrible nom _,
Que jamais n accompagne une épithéte honnête.
Jean des vignes , Jean logne . . . . Où vais-je ? trou-
J E A
3)"
vez
bon
Qu'en fi beau chemin je m'arrête. Des-H.
Jean , le dit populai -ement de ceux qui ont des femmes
infidèles , & qui fouflrent leurs défoidres. Sa femme
l'a fait Jean.
On appelle aufli le haut mal , ou l'épileplîe , le mal
de S. Jean. Les poires de MelTire Jean ont été mi-
les en vogue par un Curé de Lorraine qui portoit ce
nom. Foyei Me j sire
Jean au Trictrac. F'oy. Jan>
Tome K.
On donne le nom de Jean au lapin , comme on
donne celui de Martin à l'ane , celui de Colas à un
corbeau , tk. celui de Margot à une pie.
Jean Lapin allégua la coutume & l' ufage.
La Fontaine.
Jean I^apin pour juge l'agrée. Idem.
Jean , fe dit proverbialement en ces phrafes. Quand on
voit quelque rieur iricommode j on lui dit , Ri t'en
Jean, on te frit des œufs. On dit aullî d'un mal qu'on
ne peut guérir par les remèdes , qu'on y a appliqué
toutes les herbes de la S. Jean. On dit aulll de celui
qui ne fauroit garder un fecret , ou qui dit tout ce
qu'il penfe, c'eft S. /eiî/z bouche d'or. On dit encore,
c'eft: comme le Bréviaire de Mcllire Jean, cela s'en
va lans dire. On appelle aulîi le Jeu de la S. Jean ,
celui qu'on fait la veille de la S. Jean en réjouillan-
ce de la nativité.
Régnier a dit en manière de proverbe ,
Parler comme à S. Jean parlent les Crocheteurs.
Ne veut-il point dire, comme parlent les croche-
teurs dans la place de Grève à Paris , qui eft près de
la Parollfe de S. Jean?
Il a dit encore.
Moi , qui n'ai pas le ne^ d'être Jean qui ne peut.
On dit encore en proverbe j il fait comme le chien
de Jean de Nivelle , qui s'enfuit quand on l'appelle.
Il vient de Jean de Montmorenci , Seigneur de Ni-
velle, qui ayant donné un foufîlct à fon père y fut cité
au Parlement , proclamé Se fommé à fon de trompe
pour comparoir en juftice. Mais plus on l'appeloit ,
plus il (e hàtoit de courir & de fuir du côté de Flai>-
dres. On le traitoit de chien , à caufe de l'horreur
qu'on avoir de ("on crime & de fon impieté. On dit
encore , c'efl le mariage de Jean des Vignes , tant
tenuj tant payé. Ce proverbe s'eft fait par corrup-
tion des gens des vignes , parce que les Vendangeurs
qui fe ramalîent enfemble de plufieurs endroits ,
font ordinairement de petites alliances , qui ne du-
rent qu'autant que la vendange dure , Se (e rom-
pent lorfqu'cllc finir. Quelques-uns , mais mal à-
propos , l'ont attribué à un certain Jean des Vignes ,
Gentilhomme dont la famille (ubdfte encore au pays
de Nivernois.
Jean-Abad. p^oy. Delly. C'eft- k même chofe.
j£AN-BAPTisTE.'Nom duS. Précurfeur de Jé(u£-Chrift,
ainlî appelé à caule qu'il baptiloit en fignc de péni-
tence ceux qui venoient l'écouter. Joannes Baptifta.
S. Jean Baptiste de Conventri. Nom d'un Ordre de
Chanoines Hofpitaliérs établi à Conventri en Angle-
terre. Dodfworc Se Dugdale , qui font mention de
cet Ordre dans le 7". Il du Monafticon-AngUcanum ,
ne marquent point le temps de leur établillemenr.
Hor.orius III les approuva, Se leur accorda des pri-
vilèges l'an Il 21. Ils portent une croix noire (ur leiu's
robes Se fur leurs manteaux , qui les a fait nommer
Porte-croix. Les Chanoines Hofpitaliérs de S. Jean^
Baptifte de Conventri font dilîérens des Moines de
Conventri. Il y avoit aullî des ("œurs Hofpiralières de
S. Jean-Baptifte de Conventri. Les xms Se les autres
portoicnt une robe, un fcapulaire par-dellous , un
mantc^tu brun , Se fur la robe Se le manteau une
croix noire. Outre cela les Religieufes avoient un
voile blanc. Le Supérieur des frères Se des fœurs s'ap-
pelloit Maître , ou Redeur. Il y avoir un grand nom-
bre de ces Hofpitaliérs en Angleterre, Se quoique le
Monaflicon Jnglicanum les mette au nombre de ceux
qui fuivoient la règle de S. Auguftin , il paroit qu'ils
avoient des règles particulières , Se qu'ils dépendoienc
des Evcqucs.
Saint Jean-Baptiste de Dottingam. Nom d'Hofpita"
liers &: d'Hofjjiralières ferablibks à ceux de S.
Jean-Baptifte de Conventri. Vautier de Grey leur
Eij
36 J E A
drclîa une règle l'an 1241. Ils portoient des tuniques
grifes tirant tur le roux , ik des manteaux noirs , (Sj ne
mingeoient gras que trois fois la lemainc. f^oye:^ le
Monaftkon Anglic. T. IL ëc le P. Hélyot , P. II ,
c. sS.
Ermites de Saint Jean-Baptiste de la Pénitence. Re-
ligieux d'un ordre établi en Navarre lous l'obéiilancc
de l'Évêque de Pampelune , & confirme par Grégoi-
re XIII. P. Hélyot, T. IV , c. 40. Il y avoit auill
en France au XIIP". liècle des Ermites de S. Jean. Id.
Voy. encore Ermite.
Saint Jean-Baptiste. Ermites de S. Jean-Baptijle. Nom
d'une Congrégation dont le f . Michel de Sainte Sa
bine jeta les fondemens en France vers l'an 1630 ,
pour réformer les abus qui s etoient glillés parmi les
Ermites. Il fit des Statuts qui furent approuvés par le
Suftragant de l'Évêque de Metz en 1 6 3 3 , & par l'Ar-
chevêque de Cambray en 1634 , & enfuite par l'Evê-
que du Puy en 1653. Leur habit étoit une tunique ,
une cucule ou chaperon , & un manteau de couleur
tannée, avec un (capulaire noir, & une ceinture de
cuir. P. HÉLYOT. T. FUI , c. /j.
Jean-le-blanc. f. m. C'ell: une elpèce de petit oifeau
de proie qui chaiîe aux alouettes , ainfi appelé à caulc
de la blancheur de fa queue. On l'appelle aullI oi-
feau S. Martin. C'eft une aigle appelée Pyrargus , en
Grec (Se en Latin. Le Jean-le-blanc eft de grandeur
médiocre , & environ de la taille d'un grand coq : il
a le bec entièrement jaune , bien crochu , & qui va
fe courbant infenfiblement jufqu'aubout; ilell: un peu
plus long que ceux des autres aigles , eu égard à la
grandeur de fon corps ; la prunelle de (on œil eft
très noire , l'iris en ell: jaune , le delfus de fa tête &c
tout fon cou font d'un châtain clair cendré , le bout
de les pennes eft néanmoins un peu plus noir ; Ion
dos , <Sc le haut de fes manteaux lont de couleur de
rouille tirant lur le noir , de même que fes cuilles
&C fon ventre •, fa queue depuis le croupion jufqu'à
la fin eft entièrement blanche , c'eft pour cela que
quelques uns l'ont appelé , queue blanche : il y a pour-
tant deux pennes noires par l'extrémité qui font aux
deux ccjtés de la queue , appelées les plumes du coin ,
qui font plus petites que les autres ; fes jambes font
dénuées de plumes , Se font toutes jaunes , ainfi que
fes pieds qui lont couverts de petites tablettes ; fes
ferres font fort aigucs.
S. Jean-le-Blanc lez-Orléans. Bourg de France , près
d'Orléans.
Jean Bonite, f. m. Nom des Ermites d'une Congréga-
tion fondée par le B. Jean Bon , né à Mantoue vers
l'an II 68, qui fe retira dans une tolitude en 1109,
& qui mourut l'an 1 149. D'autres ditent qu'il naquit
en 1130 , qu'il fe retira dans la folitude en iijc),
qu'il mourut en i 221 , & qu'il fut maître de S. Fran-
çois. Mais le premier fentiment eft plus vrai. Joanni-
Boniu. hes Je an- Bonite s turent la plus ancienne des
Congrégations d'Ermites qui formèrent l'Ordre des
Auguftins , ou Ermites de S. Auguftin , par ordre
d'Alexandre IV. Les Jcan-Bon'ues n'étoient pourtant
pas dcfcendus des Moines établis en Afrique par S.
Auguftin ; ils n'avoient pas même fa règle , & en
1252, ils n'i^n avoient encore aucune , comme il pa-
roîtparune Bulle d'Innocent IV, de l'an 1252, où il
confirme les réglemens que fit pour cette Congrégation
le Cardinal Guillaume du titre de Saint Euftache. Voy.
GuiLLELMITE.
Frère de S. Jean de la Cité , nom prétendu des Religieux
d un Ordre fuppolé , dont parlent pour-tant Abraham
Bruin & Arien Dauman, Michel Colin, Jolie Am-
manus, Schoonebcck, & dont ils donnent des figu-
res. P. HÉLYOT. Pref. page IX.
Danse de S. Jean. Maladie qui fit beaucoup de ravages
en France fous Charles V , en 1373. Les pauvres gens
entroient tour d'un coup en frénéfie , fe dépouilloient
tour nuds , fe mettoient une couronne de fleurs fur la
tête , & fe tenant par les mains , couroient les rues, &
même entroient dans les Églifes chantant & danfant
en tournoyant avec tant de violence, qu'ils tomboient
enfin par terre fans connoilbncc. Cette grande agita
J E A
tion les faifoit enfler , & il leur falloir ferrer le ventre
avec des bandes pour les empêcher de crever. Il étok
dangereux de les regarder fixement , le mal fe commu-
niquoit par les yeux , &: l'on ne s'en garantiftbit que
par la fuite. Le peuple nommoit cette maladie ,
Danfe de S. Jean ; on l'a depuis appelée Mal de fein ,
ou mal caduc. Abbé de Choisy. Vie de Charles V,
p. J 16,31-/.
S. Jean l'Évangéliste. Nom d'une Congrégation de
Chanoines féculiers établis en Portugal , par D. Jean
Vicenze , d'abord fameux Médecin & Profellbur des
belles Lettres , puis Évêque de Lamégo, & enfuite de
Vifeu. Ils fuivent l'inftitut de la Congrégation de S.
Juftinien pour leur Patriarche. Us turent inftitués en
1420. En 142 V, ils prirent polîcftion de leur pre-
mière maifon , qui fut le Monaftère de S. Sauveur de
V illa de Fradès de l'Ordre de S. Benoit que l'Évêque
de Brague leur donna. Martin V _, confirma leur
Congrégation fous le titre de Bonshommes de Villar
de Frades. Dans la fuite Kabelle , femme d'Alphonfe
V , Roi de Portugal , leur ayant fait bâtir un Monaftère
près des murs de Lisbonne, fous le titre de S. Jean
i'Evangelilte , elle obtint d'Eugène IV , qu'ils s'ap-
pellaftcnt Congrégation de S. Jean l'ÉvangéHfte ,
Ciianoines de S. Jean l'ÉvangéliJle. Il y en a aufti en
Italie que Pie V obligea de faire des vœux; mais ceux
de Portugal n'en font que pour le temps qu'ils de-
meureront dans la Congrégation , d'où ils peuvent
fortir quand bon leur fcmble, & d'où on les renvoie
de même. Leur vie eft très-auftère. Jean III leur
donna le foin de tous les hôpitaux de fondation royale.
Il y a auiîî des Chanoincllès de cet Inftitut, lef-
quelles ne lont point fournîtes aux Chanoines, à qui
il eft défendu par leurs conftitutions de prendre la di-
reélion des Religieufes. Voye':^ le P. Hclyot , T. II ^
c. yâ.
Jean le Fèvre , en termes de Fleurifte, eft une Tulipe
rouge iSc jaune. Morin.
Gros Jean. Terme populaire , qui fe dit par raillerie
& par mépris , & fîgnifie un lot , un lourdaut. Craf-
funi caput , ingenium pingue.
Jean Guéret. Nom d'une Tulipe qui eft d'un beau
violet Se blanc. Id.
Ordre de S. Jean de Jérusalem. /^oye|; Malte ,
car c'eft aujourd'hui l'ufage ordinaire. Ordre de
Malte, & non pas Ordre de S. Jean ds JérufalerUy
Chevalier de S. Jean de Jérufalem. Commandeur de
Malte , Grand Maître de Malte , Se non pas Comman-
deur ou Grand-Maître de S. Jean de Jérufalem , lî ce
n'eft dans des difcours oratoires, ou hiftoriques. Se
dans les chartres.
Chanoines Réguliers de S. Jean dé Latran , ou
Congrégation de Latran j ou de S. Sauveur de Latran.
Dom Gabriel Pennot , Chanoine Régulier de cette
Congrégation , & qui en a fait l'hiftoire , prétend
qu'ils ont été inftitués , ou plutôt mis à S. Jean de
Latran par S. Sylveftre , qui les prit de ces Clercs qui
vix'oient en communauté depuis le temps des Apôtres.
Mais ce qu'il ajoute eft plus probable ; favoir que S.
Léon I fe fervit vers l'an 440 de Gélaie , qui lut Pape
dans la fuite. Se qui étoit difciple de_ S. Auguftin ,
pour réformer les Clercs de cette Églife , &: les faire
vivre félon les règles du S. Évêque d'Hippone. En
1061, Alexandre II, qui avoit été Chanoine de la
Congrégation de S. Frigdien de Luques , fit venir des
Chanoines de cette Congrégation pour réformer ceux
de Latran, & en 1065, on traita de cettre réforme
dans un Concile qu'il tint à Rome. Boniface VIII ,
élu en 1294, y mit des Séculiers à la place des Régu-
liers , qu'Eugène IV y rétabUt ijo ans après, en
1442 , (Se qu'il tira de la Congrégation Frigdionienne ,
ou de Sainte Marie de Frifonnaire de Luques , qui
avoit été réformée par Barthélémy Colomne , de l'il-
luftre maifon des Colomnes. Calixte III lôta encore
aux Réguliers l'an 14/5 , ou 1456. En 1464 , Paul II
les y rémiit. En 1 47 1 , immédiatement après la mort
de ce Pape , les Séculiers les chaft'erenr. Sixte IV Ion
fuccelîeur n'ofi les rétablir; mais en 1472 , il leur
conlèiva par une Bulle le titre de Chanoines Régu-
J EA
lurs de S. Sauveur de Lacrari , Se en 1495 , voy.iin
l'Italie en paix , il lit bàrir au milieu tic Rome l']i[;life
de Notre Dame de la Paix , fuivant le vœu qu'il en
avoit fait. Se û y mit ces Chanoiijes qui, juCqu'ici,
V font rcftés , les Sc'culiers demeurant pailibles pof
iellcurs de l'Eglife de 5. Jean de Latran.
Ji;AN May, ou Jean moyen Eyland. Joannis Mail In-
fula. C'eft une île des terres Arctiques. Elle cft vers
Jes côtes de la Groënlande , au Icptcntrion de la
Norv/égc, fous le 74^ degré de latitude. Elle a ctc
découverte par les Hollandois, l'an 1614., &c clic
porte auiîî le nom de Montagne-Haute , & d'îllc
Maurice.
Messire Jean, forte de poire, f-^oy. au mot Messire.
Petit Jean. Nom qui le donne à des gejis du peuple
Se à des valets , qui s'appellent Jea/i. C'ell pour cela
que Racine l'a donné au Portier du Juge , dans la
Comédie des Plaideurs.
Tout Picard que j'étais , j'étais un bon Apôtre ,
Et je faifois claquer mon fouet tout comme un autre.
Tous les plus gros Monfieurs me parlaient chapeau
bas ,
Monficur de Petit- Jean , ah ! gros comme le bras.
Racine.
Prêtre Jean î ou Prête Jean. Quelques-uns préten-
dent qu'un Prêtre Neftorien , nommé Jean , qui vivoit
au XIF lîècle , fonda un Empire dans les Indes , tic
s'acquit une li grande réputation , que fes fuccef-
feurs furent nommés , Prêtre- Jean ; que les Portugais
cherchant les Indes, & ayant trouvé que l'Empereur
d'Ethiopie étoit fort puiilànt &: Chrétien , ils s'ima -
ginèrenr que c'étoit l'Empire du Prêtre-Jean- VoycT^
Prêtre, ou Prête Jean.
Jean de Nivelle. La Fontaine avoit hérité de Voitu-
re le don de relever la halîèile des Proverbes , par
quelque trait ingénieux dont il les allaiionnoir. On
dit communément , c'eft le chien de Jean de Ni-
velle , qui s'enfuit quand on l'appelle. Cela lui a
donné occalîon de commencer ainli la fable du Fau-
con 8c du Chapon.
Une traurejfe voix bien fouvent vous appelle ,
2Ve vous prejfe\ donc nullement.
Ce n'était pas un fot , non , non j & croyez-m'en ,
Que le chien de Jean de Nivelle.
Jean de Vert. Le monde n'eft rempli que de ces
preneurs d'intérêt , qui dans le fond ne fe foucient
non plus de nous que de Jean de Vert. Comédie du
Grondeur.
Jean de Fert , fameux Commandant des troupes Im-
périales, pris au mois de Mars 1638 , par le Duc
de Veymar , dans une bataille près de Rhinfeld , &
de-là mené prifonnier au bois de Vincennes. C'eft ce
qu'à entendu Voiture en cet endroit de fa réponfe
pour Mademoifelle de Rambouillet à M. de Mon-
taufier.
Soit que nous allions aux campagnes y
De ce beau parc , ou Jean de Vert
Pour quelque temps ejl à couvert.
M. de la Monnoie j Glojf. fur fes Noël s , au mot
Jan de Var.
Saint Jean. Nom d'une petite ville fortifiée. Fanum S.
Jocnnis. Elle eft dans le Comté de Sarbruck , fur le
coté droit de la Sare , vis-à-vis de la ville de Sarbruck,
oc au-de!lus de Sarlouis.
Saint Jean. Nom d'une Ile. Infula S. Joannis. Elle eft
de la Nouvelle France , dans le golfe de S. Laurent ,
près des côtes du Canada propre , & de l'Acadie.
Cette île de l'Amérique feptentrionale eft à huit ou
dix lieues des Iles de Buion & de la Magdelaine ,
allant de-là à l'Ile percée.
Saint Jean. Non de rivière Fluvius S. Joannis. Ri-
vière de la Nouvelle France, qui a fa fource dans
l'.n peric lac , prl-s du fleuve Saint Laurent Se du
J E A
37
Canada propre; elle coule vers le midi , &: (c dé-
charge par une grande embouchure dans la baie
Françoile , au nord de la ville de Port Royal. Matv.
L'entrée de la rivière de S. Jean eft de diflicilc abord *
rangeant la terre des deux côtés ; le meilleur endroit
cft du côté de flribord ou mnin droite , fins trop ap-
procher la terre : cette entrée eft étroite , à caufe d'une
petite île qui eft à bas bord , ou côté gauche , la-
quelle palîée , la rivière eft bien plus large. Du mê-
me côté de l'île il y a de grands marais ou prairies ,
qui fojit couvertes de pleine mer , le rivage eft cou-
vert d'un fiblc vafeux , qui fiit une pointe , laquelle
palîée , il y a une anfc qui entre dans lefdits marais ,
doht l'entrée cft étroite, où l'on pêche un grand nom-
bre de gafparots ; on y trouve aufll quelquefois des
laumons , des alofes 8c du bar. Un peu plus avant il
y a une petite butte , où l'on avoit bâti un fort , mal
placé pour être commandé d'une île qui cft tout
proche, plus élevée, & derrière laquelle tous navires
le peuvent mettre à couvert du fort , dans lequel
il n'y a que de l'eau de puits , qui n'eftpas bien bonne ,
non plus que celle qui eft hors du fort. Palfé l'île
il^ n'y a qu'une bonne portée de canon jufqu'au faut ,
où ils ne peuvent palfcr ; mais bien des chaloupes &
de petites barques , de pleine mer feulement. A la
chute du faut , il y a une grande folîé d'environ trois
ou quatre cens pas de tour , qui eft faite par la chu-
te de l'eau , qui pafîe entre deux rochers , qui for-
ment un détroit à la rivière , ce qui la rend plus ra-
pide en cet endroit. Maty.
Saint Jean. Nom d'un lac. Lacus S. Joannis. Ce lac
eft- dans le Seguenay , en la Nouvelle France, aux
confins de l'Eftotilande. C'eft la fource de la rivière
de Seguenay. Maty.
Saint Jean. Nom d'une ville de l'Amérique méridio-
nale. S. Joannis oppidum. Elle cft fituée au confluent
du Paraguai & du Parana , à cent cinquante lieues
phis haut que Buenos- Ayres. Hifi. Parag. L. IV ,
c. 3.
Saint Jean d'AcRE. Voy. Acre.
Saint Jean d'ANcELi. Nom d'une ville de la Sainton-
ge , en France. Angeriacum , Engeriacum. Fanum S.
Angeriaci. Elle eft fur la Boutonne , à neuf lieues de
la Rochelle , vers le couchant. S. Jean d'Angeli a
une Abba)'e , & elle étoit autrefois fortifiée , mais
elle fut démantelée l'an i<5ii , par les ordres de Louis
XIII. Maty.
Saint Jean de Laune. Nom d'une petite ville autre-
fois forte. Fanum S. Joannis Laudanenf.s , Laudona.
Elle eft dans le Duché de Bourgogne en France , fur
la Saône , à quelques lieues de Dijon vers le midi.
Saint Jean de Luz. Nom d'une ville de la Gafcognc
en France. Luifium , Fanum S. Joannis Lufii. Elle eft
dans la terre de Labour , à l'embouchure de l'Ur-
dacuri , dans la mer de Gafcogne , à deux lieues de
Fontarabie , &à quatre ou cinq de Bayonne. On con-
ftruit des navires dans cette ville : fes habitans font
fort habiles dans la pêche des baleines , & de la mo-
rue. Louis XIV , époufa Marie-Thérefe , Infante d'Ef-
pagne , l'an 1660, à Saint Jean de Lu:;^. Maty.
Saint Jean de Maurienne. Nom d'une petite ville
aflez jolie , mais toute ouverte. Mauriana , Fanum S.
Joannis. Elle eft capitale du Comté de Maurienne ,
en Savoye , & fituée fur la rivière d'Arc , à fîx lieues
de Mouftier , vers le midi. Saint Jean eft le fiège d'un
Evêché , fuffragant de Vienne. Maty.
Saint Jean Pié de Port. Nom d'une ville de la Gaf-
cogne , en France. Fanum S. Joannis pede portucn-
fs , anciennement , Imus Pyrcmus , Imi Pyrendi.
Elle eft fur la Nêve; à neuf lieues au deilus de Bayon-
ne , au pié d'un palTàge des Pyrénées , dont elle a
pris fon nom. Elle eft forre par la fituation fur une
montagne , & par fes travaux. Maty.
Saint Jean de Portric. Voy. San Juan de Porto-
nco.
Ordre de S. Jean & de S. Thomas. Ordre militaire éta-
bli autrefois dans la ville d'Acre en Paleftine^ & non
pas à Ancône en Italie , comme a dit M. Hermant :
il fut confirmé d'abord par Alexandre IV , qui lui donna
38
JE A
la règle de S. Auguftin ; & enfuite par Jean XXII.
P. Helyot , T. ir, c. sS-
Saint Jean des Vignes. Abbatïa fancli Joannis npud
Flneas. C'eft le nom d'une Abbaye fondée à Soii-
fonsl'an 1076, par Hugues , Seigneur de Château
Thierry. Urbain II en approuva les Conftitutions l'an
1089. Les Reliijieux de Saint /ea/z des Vignes , font
des Chanoines Réguliers. Les Chanoines Réguliers de
S. Jean des Vignes ont eu la direétion d'un Collè-
ge à Soillbns. L'an 1566, la menfe Abbatiale fut lé-
parée de la menfe conventuelle. L'Abbé de S. Jean
des Vignes el\ premier Chanoine de l'Églile Cathé-
drale de S. Gervais de Soldons. L'Abbaye de S. Jean
des Vignes a toujours regardé les Evèques de Soil-
fons comme fes fupérieurs , elle n'a jamais ete unie
à aucune Congrégation , ni fouftert de rétorme étran-
gère. Voyei VHiJioirc des Ordres Religieux du Père
Hélyot , Part. II, c. /j.
JEANNE, f. f Nom de femme. Prononcez Jâne , ou
Janne. Joanna. Les douze étoient avec lui ( J. C. }
<Sc quelques femmes qui avoient été délivrées des ma-
lins efprits , & de maladies : Marie appelée Magde-
laine , de laquelle il étoit forti fept Démons; Jeanne
femme de Chaza, Intendant d'Hérode j Suzanne Se
plufieurs autres , qui de leur bien fournillbienrà leurs
befoins. Bouh. Luc. VIII, 1,2,3. Sainte /eawziTj
Q A Jeanne de France, Reine de France , Duchelle
de Bcrri , & fondatrice de l'Ordre de l'Annonciade
& des dix Vertus de la Sainte Vierge. Louis XI fon
père la fit époufer à Louis Duc d'Orléans , qui fut
depuis Louis XII. Ce prince prétendit que ce maria-
ge avoir été forcé , &: le fit déclarer nul par Alexan-
dre VI , en 1498. Jeanne fe retira à Bourges, où elle
vécut , & mourut en odeur de lainteté , le quatrième
Février i jo ;. Elle a été béatifiée. Lorlque le Comte
de Montgomeri furprit Bourges en 1562 , les héré-
tiques brûlèrent Ion corps. Jeanne la folle ^ ou la
Loca , comme difent les Elpagnols , étoit fille de Fer-
dinand &: d'Kabelle , & fut merc de Charles-Quint.
C'eft elle qui porta les couronnes d'Efpagne à la mai-
fon d'Autriche , ayant époulé Philippe Archiduc d'Au-
triche J dont la perte la rendit folle par la douleur
extrême qu'elle en conçut. La Reine Jeanne avoir été
durant fa vie un grand exemple de la vanité des cho-
fes humaines. P. Verjus. Voy. cet Auteur, vie de
S. François de Borgia, L. II , p. 224 & fuiv.
Le Roi Jean époula en fécondes noces Jeanne veuve
du Duc de Bourgogne. Jeanne d'Albret , Reine de
Navarre j mère de Henri IV , fur empoifonnée à Pa-
ris quelques jours avant l'horrible malTacre de la S.
Barthélemi.
Jeanne d'Arc , c'eft la Pucelle d'Orléans , pauvre Ber-
gère qui délivra Orléans , reconquit la Champagne
lur les Anglois , fit facrer le Roi à Rheims , & fut
prife & brûlée à Rouen par les Anglois. Quelques-
uns ont fauflement prétendu que l'on luppola une
femme criminelle à la place.
Dame Jeanne , ou Grosse Jeanne. On .appelle ainfi
populairement une groffe bouteille de vin. Vint am-
phora craffior , major.
Religicufe de Sainte Jeanne. On appelle ainfi à Bour-
ges & en Berri les Religieufes de l'Aimonciade j qui
y ont été fondées par Sainte Jeanne , Se y ont leur
premier monaftère , où elle ell morte ; i^c cette mai-
Ion s'y appelle Sainte Jeanne. Allons à Sainte Jean-
ne. Qui prêche aujourdhui à Sainte Jeanne ? Les Da-
mes de Sainte Jeanne de Bourges.
Jeanne. C'eft le nom qu'on donne à une chèvre , com-
me on donne celui de Simon au dauphin , celui de
Godard au cygne , Se celui de Robin au mouton.
JEANNELLE. f. f. Nom de femme , diminutif de 7t'a«-
ne , qui ne le dit que de Jeanne II , Reine de Jéru-
filem , de Naples Se de Sicile , Duchelle de la Ponil-
le Se de Calabre , ComtelFe de Provence , &c. qui le
^ deshonora par des galanteries continuelles Se publi-
ques ; Se s'étant brouillée avec le Pape Martin V ,
adopta Alphonfe V , Roi d'Arragon , pour lui frire
paflèr fes Royaumes , Se les ô:er .à Louis , Duc d'Aii-
jou , à qui Martin en avoit donné l'inveftiture. Jeanne
J E B
II , ou Jeannelle , Reine de Naples , que Louis III ,
Duc d'Anjou , tâcha inutilement de dépoiléder. Jean-
nelle rappela dans la fuite ce Duc , & le fit déclarer
Roi. Elle mourut en 1495. P. Hélyot, T. VIII ,
p. 2S1 & fuiv. Joanna ,Joanella.
JEANNETON. (. f. Prononcez Janneton, ou Jâneton.
Nom de fille, diminutif qui fe dit des filles qui ont
nom Jeanne ; Jeanne , petite Jeanne. Joanna.
Il ne fe dit que des perfonnes du peuple , ou popu-
lairement.
JEANNIN, ou JANNIN. f. m. C'eft la même chofe
que Jean , fignifiant celui qui fouffre les infidélités de
la femme. Il eft burlefque.
JEANNINE. i. f r'rononcez Janine. Décrétale de Jean
XXII. Joannina. C'eft Cujas qui a fait ce mot. In C.
Ad audient. 4. de Sponf. Se Mar. Il appelle Jeanni-
nes J ou ioannines , les Décrétales de Jean XXII ,
que l'on appelle communément Extravagantes de
Jean XXII. Il a fait ce mot à l'imitation des Clémen-
tines , dont nous avons parlé en leur place. Pour
les Jeannines , ou Décrétales de Jean. Voye^ Extra-
vagante.
JEANNOT. f., m. Prononcez Janot , ou Jannot. Di-
minutif de Jean , qui fe dit des petits garçons iqui ont
reçu le nom de Jean au baptême. Joannes , Joa7i-
nottus. Ce mot ne le dit que des enfans du peuple ,
Se parmi le peuple.
Ce nom autrefois fe donnoit même aux gens de
diftindfion. Jeannot de Caftillon fut Grand-Maitre de
l'Ordre de S. Lazare vers le milieu du feizième liè-
cle , fous le pontificat de Pie IV. Voyei^ le P. Hé-
lyot , T. I , chap. J2.
J E B.
JEBA. Nom d'une ville , dont perfonne ne parle que
Pline , L. V. c. i (>. félon la remarque du P. Har-
douin. Jebba. M. Réland conjeéture que c'eft Japha ,
ou Japhia dans la Galilée.
JEBILEE. Ville maritime de la Paleftine , la même que
l'Ecriture appelle Cabala. Quelques Voyageurs Fran-
^çois la nomment Jabli.
JEBLAAN. Nom d'une ville forte Se puilfante de h
Terre-S.ainte. Jchlaan. Elle étoit dans la demi-Tribu
de Manalfé d'en-deçà du Jourdain. Jof. XVII. 11.
Jud. I. 2j. Elle étoit près de Gaver.
lEBLE. f. f. Efpèce de plante qui croit à la hauteur d'en-
viron trois pies , Se qui porte des baies rondes , noi-
res, (Se pleines de liic. Ebulum. Du Grec ibu>.cç , en
Lmnjambucus hum'ilis j five ebulus. C. Bauh. Voy.
Yeble.
JEBNAEL. Nom d'une ville de la Terre-Sainte. Jebnael.
Elle étoit de la Tribu de Nepthah , & fur its con-
fins. /o/: XIX. 33.
JEBNÉEL. Nom d'une ville de la Terre-Sainte. Jeb-
nael. Elle étoit dans la Tribu de Juda. Jof. XV. 1 1.
fur le bord de la mer. Enfuite elle fut donnée à la
Tribu de Dan. Le P. Lubin croir que c'eft la même
que Jaumia. Il femble que Ziéglérus ait été du mê-
me lentiment.
JÉBOC. Voy. Jaboc.
JÉBUS. Ancien nom de la ville de Jérulalem. Jebus.
Elle avoir pris ce nom de Jébus , ou Jébufl , fils de
Chanaan. Gen. X. 16. Jebus ,c^\t'x la mêine cho-
fe que Jérufilem. Saci. Jof. XVIII. 2S. Du refte
Voye\ JÉRUSALEM.
JÉBUSÉEN, ENNE. f. m. & f. Nom d'un peuple
Chananéen. Jebuf&us , a. Les Jébuféens étoient def-
cendans de Jébus , ou Jébulî , fils de Chanaan , pe-
tit fils de Cham , & arrière petit-fils de Noé. Gen. X.
16. Ils occupoient Jérulalem, dont on ne les challa
point tout-à- fait d'abord. Ce ne fut que D.iyid , qui ,
quatre cens ans après l'entrée du peuple d'Ilracl dans
la rerre de Chanaan , & la huitième année de Ton
règne , prit la citadelle de Sion qu'ils avoient occu-
pée jufques-là. Jofué , XL 3. dit qu'ils habitoient
dans les montagnes. Quelques-uns croient que le nom
de Jéhufeen s'eft confervé dans celui d'Ebus , Ebufus ,
qui etok une petite île fur la cote d'Efpagne , aujour-
J E D
d'hui Ikijfa i Yvice j ou Yviça, Elle ctoit peupk'c d'une
Colonie de i'hcniciens. Boehait, Phalcg. L. //•'. c.
36. Cet Auteur dit Jehujius ^ Jcbufien , contre l'ulage
conftaiit & ancien.
^JC?" JEBUSES. C f. pi. C'cil ainfi que quelques-uns ap
pellent les Prêcrelïès de l'Ile Formola. Le vrai nom
cft ]ucbus. Voy<:\ ce mot.
J E C.
JÉCHIEN. Ville capitale du Royaume de même nom.
Jechienum. Elle eft lut la côte leptentrionale du Jet-
/engen, dans l'ile de Niphon, qui ell une de celles
du Japon.
JECKER , ou JAR. Nom d'une rivière du pays de
Liège. Jccora. Elle baigne Borchwora , Tongres &
Maelhiclit 5 où elle le décharge dans la Meufe. Maty.
JECMAAN. Nom d'une ville de la Terre-Sainte. Jcc-
inaan. Elle étoit, félon quelques-uns , dans la Tribu
d'Ephraïm; félon d'autres , dans celle de Zabulon. Ce
fut une ville Lévitiquc ^ iSc une ville de retuge. Elle
fe nommoit autrement Ciblaïm. Adrichomius dit
qu'autrefois elle fe nommoit aulfi Jeblàn. f^oy. Jof.
XXI y 22. 1. L. des Rois , IF y 12. Du reflc je ne
fais pourquoi quelques Auteurs la placent dans la
Tribu de Zabulon i car Jolué , XXI , J2 , dit qu'elle
ctoit de celle d'Ephraïm.
JECNAM. Nom d'une ville de la Terre- Sainte, jcc-
nam. Quelques uns croient que c'eft la même que Ja-
chanan , du mont Carmcl , dont il cft parlé en Jof.
XII , XI. C'étoit fous les Chananéens une ville Roya-
le. Elle tomba en partage à la Tribu de Zabulon ,
qui la rendit aux Lévites. Elle étoit fur le torrent de
Cillbn , vers fon embouchure dans la Méditerranée
au pie du mont Carmel. Elle le nomme Jecnan dans
Jofué , XXI y 34. Se Jéconam y XIX J 11.
lÉÇO. ICr Voy. Jesso.
JÉCORAIRE. adj. f. Qui appartient au foie. Jecoraria.
C'eft un nom que les Médecins donnent à la veine
qu'ils nomment autrement bafilïque. Vena Bafilica.
Voy. BASIUQ.UE.
Ce mot eft formé du Latin Jccur , le foie.
JECT. f m. Autrefois on a écrit ainll le mot qui s'é-
crit aujourd'hui y'df. Il y a des Coutumes , où jech li-
gnifie la terre qu'on tire d'un folié. Le folle étant en-
tre deux héritages , appartient au Seigneur de l'héri-
tage du côté duquel eft le jcci dudit folTé. CouT.
DE Berri, t'a. II , art. i jf..
JECTEHEL. Nom d'un rocher ou d'une colline de la
Terre-Sainte. Jeclehel. Amafias prit d'aflaut cette for-
terelfe , après avoir battu dix mille Iduméens , & la
nomma Jeclehel , IF des Rois ^ XIV , 7. Elle étoit
aux frontières de la Tribu de Juda , du côté du mi-
di , en tirant vers l'orient , proche l'extrémité méri-
dionale de la mer morte.
JECTHEL. Nom d'une ville de la Terre-Sainte. Jec-
thel. Elle étoit de la Tribu de Juda Jof. XV. En Hé-
breu c'eft le même nom que Jeclhel , ^ '-Tty ^ Jac-
thecl. Et c'eft peut-être aulfi la même place.
JECTIGATION. f f. Terme de Médecine , qui fe dit
d'un tremblottement , ou trellàillement qu'on fent
au pouls du malade , qui montre que le cerveau j qui
cft l'origine des nerfs , eft attaqué &: menacé de con-
vulfions. Jecligatio.
JECTISSE. adj. f qui ne fe dit guère qu'en cette phra-
fe , des terres je&ijfes : ce font des terres remuées
qu'on a tirées d'un endroit pour jeter en un autre.
Projeclitius , ejecl'u'ius , comportatus. Il ne faut pas
bâtir fur cç terrain ; il n'eft pas ferme, il n'eft fait que
de terres /«i.7i//t'j.
JECUIBA. (. m. Arbre qui croît au Bréfil , dont le bois
eft d'un rouge brun avec des ondes noires : il cft ex-
cellent pour les ouvrages de Sculpture •■, mais il n'eft
d'aucun ufage dans la Médecine.
J E D.
JÉDALA. Nom d'une ville de la Terre- Sainte. Jedda:
Elle étoit dans la Tribu de Zabulon. Jof XIX , ly.
J E H
39
Adrichomius dit qu'elle fe nommoit auucmeiu Jé-
daba.
JÉDBHUK, ou JÉDBURG. Nom d'im lieu, que quel-
ques Cartes nomment Mydbruck. Jcdohurgum. l-eri-
te ville de l'Écolïc méridionale , capitale de la Pro-
vince de Tivcdale , c^- iituée a huit lieues au couclunc
de Barwick.
JÉDO. Voyci YïNDo.
JEDSO. Voyei Jtsso.
J E G.
JEGKAA. Nom d'une ville de la Terre-Sainte. Jegbaa,
C'étoit fous les Clwnanécns une ville forte. Elle fut
prile par Moïfe , & rétablie par la Tribu de Gatl , à
qui elle fut domiée. Nomb. XXXII, jy. Jug. VIII ^
/ 1. Quelques-uns difent Jecbaa.
JEGUN. Bourg de France , dans le Haut-Armagnac ,
fur une petite rivière qui peu après fe jette dansl'Au-
loux , avec laquelle elle va fe perdre à Clarancc dans
la Blaife.
|f3"JÉGUR. C'eft ainll qu'on appelle en Tanarie , la
graine d'une plante dont la tige rcilèmble' allez à la
canne de fucre. C'eft une efpèce de ris qui vient en
grappes au haut de la tige. Les habitaiis du pays
s'en fervent pour aliment.
J E H.
JÉHOVA , ou plutôt JÉHOVAH. f. m. Nom de Dieu
dans la langue Hébraïque , Jehova , nVT. Jéhovak
eft le nom propre de Dieu , parce que c'eft le nom
qiii ne convient qu'à lui feul , félon ces paroles de
l'Ecriture, 7/d/6\, XIII ^ S. Je fuis Jékovah , & c'eft-
là mon nom. PJ] LXVII , j. Jéhovak eft fon nom :
ce qui ne fe dit nulle part , ni de ?b; El, ni de ::::: rhA
Eloh'im ; ni de 1 vi , Schaddai , ni d'aucun autre nom
de Dieu , parce qu'il exprime non pas quelqu'un de
fes attributs , mais fon être même Se fa fubftance. P.
SovciLT. ,Di£crt. fur le nomjehovah. nin\ Jéhovak ,
eft le nom que Dieu lui-même fe c}onne dans l'Éxode ,
///, 14 , pour fe foire connoître & fe diftinguer de
tous les autres êtres. Car quoique niHiî , Ehjch ne
foit pas tout-à-fait pour les lettres & pour le fon le
même nom que Jéhovak , on convient cependant que
c'eft au fond la même chofe , la même lignification ,
la même origine ; que route la différence coniîfte er»
ce que Dieu parlant lui-même de lui nicaie , parle
à la première perfonne nns: , au lieu que m-n eft
formé de la troifième perfonne du même Verbe &:
du même temps. Id. Il y a plufieurs difputes parmi
les Hébraïlans fur ce nom de Ditu. Les principales
regardent fon ctymologie , ou fon origine , fa force
& fi lignification, fes voyelles, ou la manière donc
il faut le prononcer , & dont on le prononçoit au-
trefois. Tout cela eft traité fort au long dans la Dilfcr-
tation que nous venons de citer ; nous allons en ti-
rer ce qui convient à notre ouvrage.
Tous ceux qui ont écrit fur cette matière font ve-
nir mni , Jéhovak, de T[in , être , hormis Olcafter ,
Dominiciin Portugais , qui le tire de nin , hovak ,
qui iignifîe brfement, fraction , événement fâcheux.
Sa raifon eft , que Jéhovak rellcmble bien plus à
hovah qu'à hajah : d'où il conclut que Jéhovak , lîg- .
nihe celui qui brife , qui détruit j qui envoie des mal-
heurs. On rejette avec raifon ce fentiment , & plus
encore la raifon fur laquelle il eft fondé ; de plus elle
rend ce nom indigne de Dieu , ou du moins peu con-
venable; & Dieu lui-même donne un autre fens à
_ fon nom. Il faut donc s'en tenir au fentiment coith
mun , & le faire venir de nTi , hajah , mais tous
ne le font pas de la même manière. Quelques-uns le
font venir de la conjugaifon piel ou à'kiphil : d'où U
s'en fuivroit qu'il lîgnifieroit non pas celui qui eft,
mais celui qui donne l'être. Mais 1°. Le verbe nn,
n'a point ces conjugailcns tranluives, & l'on n'en
trouve aucun exemple dans l'Écriture. 2°. Jéhovak
n'a point de forme de ces conjugaifons , m.ais celle
de la p»:niicre conjugaifon appelée Kal, i'^. Dieu dit.
/
40
J E H
Exod. m, 14. qu'il eft celui qui ejl , S: non point
celui qui donne l'tcre , on ne peut actiibucr la ponc-
tiution de cet endioit aux Maliorèthes. Les Inrci'prc-
tes anciens , rÉglife & la Synagogue ont lu avant la
Mailore, comme nous lifons encore; & nul n'a pus
ce nom dans une lignification aâive ou tranfîtive.
Déplus , l'Auteur dont nous tirons tour ceci j moji
tre que la ponduation des Malknvches nini , Jcho-
vah eft l'ancienne & véritable prononciation de ce
lîom; &: que s'il y en a eu une plus ancienne , c'cft
Jao , à laquelle la nôtre revient. Il prétend que cette
prononciation n'a pii fe perdre , que quand elle fe le-
roit perdue , elle le pourroit aifémcnt retrouver ,
par les noms propres Hébreux, dans la compolition
defquels entre le nom de Dieu ; que Jéhovah n'a
point les voiles de ijni^ , Adonai , comme on le dit
communément-, qucc'eft au contraire Adonaï, quand
il (c dit de Dieu, qui a les points de Jehovah ; que la
manière dont les Phéniciens , les Samaritains , les
Grecs & les Latins ont prononcé ce nom dans leurs
langues , en font encore autant de preuves ; que le
Jovis des Latins n'eft autre cliofe que le Jéhovah des
Hébreux avec une terminaifon Latine , que jéhovah
étant la prononciation véritable , il s'eniuit que ce
nom N'ient de la conjugaifon neutre iifcî/, & qu'il li-
gnifie fimplement Cduï qui ejl , & non point Cflui
qui donne l'être. Et c'eft en eftet le lentiment de tous
les Rabbins , &: de tous les plus habiles Hébra'iians.
Voye\ la Dilî'ertation dont nous avons tiré ceci , &
celles de Génébrard , de FuUérus dans fes Mïfcella-
nea, de Drufius, de Sixtimus Amama, de Louis Ca-
pelle , de Buxtorfle fils, de Gakaker, 'Volîlus , de
Jdolol. L. l, c. 32. a: L. II , c. 14.
Du refte , pour ce qui eft de l'ulage de notre lan-
gue , il faut y mettre de la dillindion. Quoique plu-
freurs Interprètes Latins aient retenu le nom Jéhovah,
chacun a la manière dans leurs verlions , les traduc-
tions Françoiles que je connois ne l'ont point fait.
Toutes celles qui loin Catholiqties , & même plu-
Tieurs Protcftans , à l'imitation des Grecs & des La-
tins , mettent le Seigneur au lieu de Jéhovah. Il Eiut
les fuivre qitand on cite , ou qu'on traduit l'Écritu-
re. Les veriîons de Genève l'ont traduit par YEcer-
nd , nom qui n'exprime point proprement & par-
ticulièrement le fens Jéhovah , & qui même n'y re-
vient pas plus qu'au nom inn , hahhai , c'eft à-dirc,
celui qui vu , iSc qui par conléquent ne marque point
allez le lens particulier du nom Jéhovah. Quant à des
Dillertations , ou autres dilcours d'érudition , on peut
& l'on doit même dire Jéhovah dans notre langue ,
comme l'obfervent en effet plulieurs de nos Auteurs ,
& tous les Journaliftes.
Enfin , l'Auteur de la Diirertation que nous avons
citée j a fait , comme il le remarque dans la Préftce ,
deux choies dans l'orthographe de ce nom qu'on ne
pratique point communément ; car en premier lieu
il ajoute à la fin une H qu'on n'y met pas , Se en le-
cond lieu il a fait mettre les lettres I , H , V , H ,
■ -en caradtère initial , 8c les voyelles e , o , a, en petit
■ caraftère. le Ho Va H. Il en ute de la lotte pour
■ marquer quelles font les lettres dont on écrit ce nom
en Hébreu , pour diftinguer les radicales , ou les con-
sonnes des pohits voyelles qu'on lui donne , & pour
faire fentir julque dans notre langue pourquoi on l'ap-
pelle un nom de quatre lettres. Quant à l'A qu'il ajou-
te à la fin , il lui (emble qu'on ne devroit jamais la
retrancher : fans cette lettre ce nom de Dieu n'eft
point entier , notre voyelle a par laquelle on le ter-
mine , ne repréfcnte que le Kainets de la dernière
radicale Hébraïque n , He ; ainli l'on n'en fiit qu'un
nom de trois lettres , au lieu ilun nom de quatre
lettres.
JÉHUD , ou JEHOUD. f. m. Nom d'un prétendu fils
de Saturne , & de la Nymphe Anobret. Jehud. Por-
phyre raconte dans Eufébe , Prsp. Ev. L. I. que
Saturne qui fut nommé par les Phéniciens Ifiai'l , 3c
qu'ils mirent dans les aftres après la mort , régnant
en leurs quartiers , eut un fils unique d'une Nym-
phe nommée Anobret, auquel il donna le nom A-
I E L
hud, qui en Phénicien fignifie unique ; que dans une
guerre trcs-dangereufcj que ce pays eut à foutenir ,
Saturne ayant couvert fon fils des ornemens royaux
l'immola fur un autel , qu'il éleva tout exprès. Il cfl
clair que cette fable eft copiée fur l'hiftoire d'Abra-
ham ; Saturne eft Abraham , on le confond avec Ja-
cob fon petit fils j& on lui donne fon nom d'Ilraél,
ce qui n'eft pas rare. Dans les 'Vers d'Onomacrite at-
tribuas à Orphée on le confond avec fon fils Ifaac ,
& on l'appelle fils unique , f.a-ayiw , c'eft-à-dire , Je-
hud. Le hls de Saturne Jchud eft Ilaac fils unique , eil
Hébreu Gen. XXII. -i--. Jchhid , qui eft la même
chofe que le Phénicien Jéhud, ^^^"|. On fait qu'il fe
mit en devoir de le facrifier , comme il eft décrit dans
le Chapitre de la Genèle que l'on vient de cirer. Voy.
Vollius, de Idol. L. I ,c. iS.
Ce mot vient d'trrî? , ehhad , un , d'où fe forme
'Wrx'y , jehhid ,cn Hébreu ,& en Phénicien : dialeclc
de. la langue Hébraïque Tin'' , Jéhud, unique.
JLHUDA. f. m. Nom d'homme. C'eft la prononcia-
tion Hébraïque du nom Juda. Nos Hébra'ïlar.s le
fervent quelquefois de ce mot en parlant des Rab-
bins. Rabbi Jéhuda Hakkadofch, ou le Saint , eft
l'Auteur ou le Compilateur de la Mifchne. R. Jéhu-
da Levi , Auteur du Sépher Cozri , vivoit au XII'
liècle. Juda , Jchuda.
J E I,
JEISTAM. f. m. Terme de Calendrier. Nom du troi-
fîcme mois de l'année des Indiens qui font dans les
États du Grand Mogol : elle eft compolée de douze
mois ; celui de Jeijlam répond au mois de Juin , on
l'appelle aulll Jejlain.
JEJUNUM, f". m. Terme d'Anatomie , qui le dit du fé-
cond des inteftins grêles , qui eft entre le duodénum
& l'iléon. Il eft ainfi appelé , parce qu'on le trouve
toujours moins plein que les autres ; ce qui vient de
la grande quantité des vailTeaux ladtés qui fortent de
cet inteftin , & qui reçoivent fans celle le chyle ; Se
du mélange de la bile , Se du lue pancréatique qui
fe fait au commencement de ce boyau , ou à la fin du
duodéniun. On le nomme aulIi le jeûneur _, ou \'af--
famé. On le diftingue de ï' iléon , parce qu'il a bien
plus de vailfeaux , qu'il eft un peu plus rouge , Se fe
trouve plus vuide. Ce boyau occupe prefque toute la
région du nombril.
I E L.
lEL , lEN , 1ER , lEZ. Dernières fyllabes de quelques
mots. Les remarques fuivantes ne regardent que les
Poctes.
lel ne fait qu'une fyllabe avec la lettre qui le précède :
ciel J /lel , îniel , Sec,
Le vrai bien n'ejl qu'au Ciel , il le faut acquérir.
GOD.
Comme on volt au printemps la diligente abeille y
Qui du butin des fleurs va compojer fon miel ,
Des fottifes du temps je compofe mon fiel.
Despr.
len ne compofe qu'une fyllabe : bien , tien j mien , rieri,
chien:, &'■'• On en excepte ordinairement la dernière
partie de l'adjcélif qui fc termine en ien , fur-tout lorf-
que l'adjcétif marque qu'on eft d'une profeffion , ou
d'une lociétéj ou d'un pays: Mulicie;2, Académicien j
Siciiic-n ; alors ien eft de deux lyllabes. De bons Poè-
tes font d'avis qu'on le falle de deux fyllabes autant
qu'il eft pollîble , parce que cela rend le veis plus
cloux & plus coulant.
L'Académie ejl comme un vrai Chapitre j
Chacun à pan promet d'y faire bien;
Mais tous enfemble ils ne ûeansnt plus rien.
Bois-KoB.
Ccir:bieii
I EL
Combien coût ce qu'on dit , ejl loin de ce qu'on pcnfc.
Rac.
Deux heures de ton cntreûcn
fiaient deux fiecles de vie. Mainard.
Ouï , je t'achèterai le Praticien François. Rac.
Ne point mentir , être content du iîcn ,
Cejl le plus fur :, Sec. Mainard.
Des 5/-ri-ciis ravis emportent tous les vœux. Cor.
Que le fameux Balzac â mon gré jugeait bien
D'un indigne confrère Acadcmi-cï-cn. Scar.
Voudrais tu bien chanter pour moi ^ cher Licidas _,
Quelque airSiciAi en, doux, tendre , & plein d'appas ?
De Longepierre.
Suis-ie le gar-d'i en , pour employer ce fiyle ,
De la virginité des files de la ville ? Molihre.
La foi , ce nœud facré , ce li-en précieux. Breb.
Les uns Bergers , moi Nymphe, & vous Magi-ci en.
// ejl de fâcheux entre-ùen.
Saturne ejl moins Satur-m-en. Voit.
En général , il cft plus doux de ne faire qu'une fyl-
iabe des lettres ien , cependant l'ulage de la Poche a
établi d'en faire deux dans les mots dont il y a ici
des exemples.
Jer ne forme aulll qu'un? fyllabe,_/fer, emier ; mais il
y en a deux dans un adjedif au féminin ; altière , (Mé-
nage dans ce mot n'en fait qu'une , ) ou dans un fub-
ftantif qui finit en e , carrière , il y a cependant des
exemples contraires. On excepte encore , baudrier ,
bouclier j calendrier, étrit;rj Geôlier, levier, meur-
trier, ouvrier, fanglier , peuplier , où il eft de deux
fvUabes. Il eft aulll de deux fyllabes dans les verbes ,
loit en Profe , foit en Poëfie , Fier , rectifier , ou-
blier j &c. La terminaifon ier étoit autrefois toujours
dipbthongue , & ne faifoit qu'une lyllabe. Ainli fan-
glier. Templier , étoient diUyllabes.
Alnjî quand le Veneur lâche fur un fan-glier ,
Acculé dans fon fort y deux chiens à grand col-lier.
P. Le Moine.
Le Cour-Cicv qu'il montait fuperbement paré.
P. Le Moine.
Oui , tout ce que je defire
C'efi qu'en tier de corps & de fens
Tu puiffes chanter y boire , & rire
L'an de grâce mil fept cents. Mainard.
Fier des défauts qu'en lui chacun reconnoiffoit.
De Villi.
Dans fes façons d'agir il efl trop fingu-\\et ,
• Mais f en fais jje l'avoue , un cas particu-liei:. Mol.
Et quand il eut acquis de parfaites lu-mièi'es ,
Il luifttfubjuguer des nations e/z tières. Des-H.
Suivre che^ l'Epi-ciei: Amelot &ia Serre. Despr.
Ceux qui verfent le fang d'une main meur-tn-i:i:e ,
N' ont point encore vu qu'une longue car-rière
Ait mejuré leurs jours. God.
// charge encor capot qui perd les etri-ers ,
Et tombe entre les Rais qui font faits prifonniers.
Sar.
Ilejljufle ,grand Roi , qu'un mcurtn eïpérijfe. Cor.
Tome y.
I E L 41
Cette affreufc mcur-rûete.
Qui loin de notre Jron-ûc-re ,
Pour jamais fe voit bannir. . . Perraut.
// a faifi ce qui me grève ,
Et plus que moi mes ou-\n-CTS ,
Ce qui rejloit de nos t/e-niers. Bois-RoB.
Mais le goût ejl bien différent
De l'auwn er & de l'ouvrage. CoR. Imit.
Le me û-ct de Virgile ejl Jl beau
Mais Augujle ejl fous le tombeau. Mainard-
.... Exauce ma pri-he ,
Punis le de: orgueil d'une amctrop al-tï-ère MiN.
Et Moron C/iera-lier de vieillejje avancée. Idem.
//■ infulte au lion terrible ,
Du Jan-^W-cï au crin horrible
Il brave l'ivoire tranchant. N. CH. DE VERS.
Qu'un fier fan-^W-a dans fa rage
Des chiens , des filets fe dégage ,
■L'acier tonne; il fcait l'arrêter. Ibid.
On voit par ces exemples quels font les mots où
nos Poctes n'ont fait qu une fyllabe des lettres ier ,
& ceux où ils en ont fait deux. Dans le mot /zier quel-
quefois elles en font deux , & quelquefois elles n'en
font qu'une , mais alorr la prononciation de ce mot
eft rude , puifque même dans la profe elle eft plus
longue qu'elle ne l'eft alors dans les vers : ce qui les
rend durs & défagréables.
Mais à propos hier au Parnaffe
Des Sonnets Phebus Je mêla. Sarasin.
Hier fêtais che\ des gens de vertu finguUère. . . ".
Mais hi er il m'aborde , & me ferrant la main.
Desp.
Dans les verbes ces lettres ier font deux fyllabes.
Ceur. qui fans fe fi-er à leur propre prudence.
Godeau.
Il faut bien une fois jufii-R-evfa haine. Racine,
C'efi trop vous </e-fi-er du pouvoir de vos charmes.
Cor.
. . . . Il efi une ficience
D'étendre les liens de notre confidence ^
Et de reJZi-tî-er le mal de l'aclion. Mol.
Un bienfait perd fa grâce à le trop puhYi-ex ;
Qui veut qu'on s'en fiouvienne j il le doit ou-hW er.
Corn.
Nos Poètes ne faifoient point autrefois cette ex-
ception : mais ier ne failant qu'une leule fyllabcdans
ces mots eft bien dur -, par exemple ,
Le fanglier que la meute entoure en clabaudant ,
Fait un dégât pareil de fon affreufie dent.
P. LE Moine.
Il faut encore obferver , qu'aux fubftantifs termi-
nés en ier , on ne prononce point l'r finale ; on pro-
nonce quartié; &c non pas quartier. Pour les adjeétirs,
comme fier, altier, entier, on le prononce infailli-
blement. Mais on ne convient pas pour tous. Bien
des gens pmnoncem fingulié , familie , Se même com-
munément on dit entiéj Se non pas fingulicr, fami-
lier, entier. En général on doit prononcer l'r: mais
l'adoucir félon qu'il choque l'oreille.
41
J E M
/c'î , àxns les verbes ne fait qu'une fyllabc ; Faiszd:^ , al-
Jzfj , &c. Il en faut excepter la féconde perfonne de
1 indicatif, & de ri.npcritif des verbes de la première
conjugaifon , qui ont un / a la pénultième ■■, en ce cas
ici ^^ '^'^ '^'^"^ fyilabes-, envic:j; , rie^ ^ &c. Il faut lut
tout cela confulcer l'oreille. En général , lorfquecet
i ell: précédé d'une muette , & d'une liquide , &. fuivi
d'un e , il faut fiire ier ou ou ie^ de deux (yllabes.
Foye^l Ménage & Segrais qui font de cet avis.
Amïnte , vous cro-ycz ma fureur chimérique.
Des-Houl.
Et quoi que vous /j/fiez , les jeux 6" les appas
Marchent à votre fuite, &c. Voit.
Que /tri fi-ez-vous au temps chaud?
Vous chan ti-ez ^ j'en fuis fort aife. La Font.
Je crains que fatisfait d' avoir conquis un monde
Vous ne l'abandonniez Racine.
Hélas ! m'en vi cz-vous , dans l'état ou je fuis ,
La trijle liberté de pleurer mes ennuis ? Racine.
Hé bien l ri-ez tout votre faou j
Je veux rire aufjl comme un fou. ''ScAa.
Alors vous de-vri ez mourir de pure honte.
Molière.
Vous per dû. cz le temps en difcours fuperfius.
FONTENELLE.
Ahl mon fils , à ce prix vouàn-ez-vous régner i*
Racine.
JELOUCHTÉ. Nom d'un détroit que M. de Lifle a
mis dans fa dernière carte du Chili. Les Mémoires
Anglois fur Icfquels il l'a placé , le mettent au fud
du cap Frouvart. Frézier.
J E M.
JEN. Voyei Jam.
lEMEN. Nom d'une Province de l'Arabie , qui fait la
troifième & la plus grande partie de ce vafte pays.
Nous l'appelons l'Arabie heureufe , Arabia felix , à
caufe des drogues précicufes & aromatiques qu'elle
produit. L'Iémen ell: une péninfule, qui a la mer Rou-
ge à l'occident, l'Océan Indien au midi, le même
Océan & le golfe Perlîque au levant , & au nord les
autres parties de l'Arabie. D'Herbelot l'appelle Jaman
ou Jémen, mais quoi qu'il en foit de la prononciation
Arabe , nous difons toujours lémen en notre langue ,
quand nous nous lervons de ce mot ; car on dit plus
ordinairement Arabie heureule qu'Iémen. Quelques-
uns écrivent Yémen , pour marquer la prononciation
de r/, comme une voyelle.
La mer èé lémen ell: une partie de l'Océan, qui bai-
gne la côte méridionale de \' lémen.
Plufieurs Arabes ont écrit l'hilloire de X'Iémen.
D'Herbelot parle des principaux", p. 477.
JÉMINI. La terre de Jémini. Terra Jemini. C'étoit une
petite contrée fur les conàns des Tribus d Ephraïni iSc
de Benjamin, I. des Rois , XI. 4. Le P. Lubin conjec
ture que c'étoit une terre , un héritage de la famille de
Jemini.
JEMPLLÉou JEMPTERLAND. Province , de la Suéde
lîtuée entre l'Angcrmanie , la Médelpadie , l'Heliingie
& la Norvège , dont elle dependoit autrefois. Jcmptia.
Elle fut cédée à la Suéde l'an 1645 , par le Traité de
Bronsbroe. Elle peut avoir 40 lieues de long, &: vingt
de large. Ce n'eft prefque que montagnes : fes lieux
principaux font les bourgs de Rellungdt , de Lith &
de Docre. Maty.
JEN.
lÉNA , lÉNE ou DESNE. Nom d'une ville de la Hau^c
Hongrie. Icna , Defna. Elle ell vers les conlins de
J E M
la Tranfvlvanie , à l'orient de Giula , au fud-efl: da
Grand Waradin. léne eft fortifiée à l'antique par une
muraille Hanquéede tours , &: environnée d'un foiTé;
& elle eft défendue par un château, dont les for-
^tihcations ne (ont pas meilleures que celles de la ville.
lÉNA , lÉNE. Autre petite ville du Cercle de la
Haute Saxe. lena: Elle eft dans le Duché de Wcimar
en Thuringe , (ur la rivière de Sala , au levant de Wei-
mar , & au midi de Naumbourg. La ville A' léne eft
fituée au 51^ degré deux minutes de latitude lepten-
trionalc. Son terroir eft aride & fablonneux en quel-
ques endroits , plus humide & plus gras en d'autres. Il
eft entrecoupé par diverks montagnes tlcarpces, &: ar-
rolc par la rivière de Sale , Ik par quantité de ruilTeaux
qui s y jettent. Il eft couvert de forets de pins , qui ren-
dent beaucoup de poix, d'où fe forme l'encens de Thu-
ringe , comme on l'a dit en fon lieu. Voye-[ l'Oryc-
tographie de Schut. léne eft dans une vallée. léne a
une Univerlité, érigée par Jean-Fridéric, Eletleur de
Saxe , l'an i 5 3 8 , & un fort beau château , qui eft la
rélidence des Ducs de Saxe-Iéna. Maty.
lENDE , ou PAIENDE. Nom d'un grand lac de la Fin-
lande , en Suéde. lendus , ou Panjendus Lacus. Il eft
dans la Tavafthie , aux confins du Savolax & de la
Carelie. Maty.
lENDO. Voyei Yendo.
JÉNEKOPING, ou JONEKOPING. Voye^, Jenko-
PING.
JENGAN. Nom d'une ville delà Chine. Jenganum. Elle
eft la huitième de la Province de Xanfi , &c elle a dix-
huit autres villes lous la juridiction , qui eft un pays
fort montagneux. Maty.
JENGAPOUR. Ville de l'Indoftan , dans les Etats du
Grand Mogol , capitale d'une contrée du même nom,
fur la rivière de Chaul ; c'eft la même que M. Bau-
drand appelle Genupa'. Long. 49. d. lat. 50. d. 50'.
JENGOU , ou JANgOU. f. m. Nom d'homme. Gen-
gulphus. Valois. Not. Gall. p. 223. Gengou feroic
peut être mieux , ou du moins Jengou. Valois & Pa-
radin écrivent Jangou.
JEiMGREURE. f. f. Vieux mot. Les gcnitoires.
JENIN. f. m. Sot , idiot. C'eft en ce iens qu'il eft em-
ployé drns Coquillart. Notes fur Marot.
JEWISCtA , ou JENISESKOI. Jemfiea. Ville forte de
conlidérable de l'Empire de RuUîe , dans la Tartarie , en
Sibérie , fur la rive gauche de la rivière dont elle prend
le nom , aux confins des Oftiaques, & des Tongufes.
Long. 100. d. 41'. 45". lat. J5.
JÉNISCEY. Nom d'une grande rivière de la grande Tar-
tarie. Jenifcia. Elle a fa fource au levant de l'Oby ,
coule entre certe rivière Scelle de Léna.iSc fe décharge
dans l'Océan feptentrional , après .avoir baigné la ville
qui porte fon nom , & reçu la rivière d'Anagara , celle
de Tungulka, & plufieurs autres. Son embouchure eft
prefque toujours embarcallée par les glaces , Se ion
cours par pluiieurs fauts qui la rendent inutile pour
^la navigation. Maty.
JÉNIZAR. Petite ville, ou bourg de la ThelFalie , en
Grèce. Jeni^ara , anciennenaent Phene. Ce lieu eft
vers le golfe de Salonichi , entre la ville de Larilîa &c
celle de Démétriade. Maty.
JENI2ER-ÉFENDI, f. m. Charge qui chez les Turcs,
dans les Janillaires , revient à celle de Prévôt dans
nos armées. Cet Officier n'a d'autre emploi que ce-
lui de Juge de la Compagnie. Il alligne certains jours
aux foldits pour leur donner audience, & juger leurs
dirlérends. S'il arrive quelque chofe d'important , il
en fait le rapport à l'Aga, qui juge enluite en dernier
relfort.
JÉNIZZAR. Ville de Grèce , fituée dans la Macédoine,
environ à neuf lieues de la ville de Salonichi , vers l'o-
rient méridional. Jeniz:;^aria. Quelques Géographes
croient qu'elle a été bâtie fur les ruines de l'ancienne
Pella , lieu de la naiftance d'Alexandre le Grand.
Maty.
JENKOPING. XT JENECOPIA. Ville de Suéde , tonte
bârie de bois , dans la Smaiande ou dans la Province
de Smaland , fur le bord méridional du lac Weter ou
V/atcr. Long. 31 d. ;;'. lat, /7. d. 22'.
JE R
JENNE. adj. Vieux fnot. Jeune. On a die aulTî Jo'ène
dans le même fens
lÉNOIS, OISE. r. m. &c f. Qui cft d'Icne. IcncnJ^s.
lÉNOis, OISE, f. m. & f. Nom de fetle. Icncnjis. Les
lénois font une fcdle Luiliéricnne. /^oy.Lindinus d.ins
fes Doutes. MARctL. Apparemment que cette iccte
prit le nom de la ville où elle s'éleva , ou bien dans
laquelle elle s'établit.
|C?JENPING. Ville de la Chine, cinquième Métro-
pole la Province de Fokicn. Son territoire qui efl fort
montagneux , renferme lix iiutres villes. Elle eil: plus
orientale que Peking de 57', lous les 26 d. 34' de lat.
JÉNUPAR. Ville du Mogol, la même que Jengapour
ou Jcnjapour.
JENYCEKILER AGHASI, f. m. Terme de Relation.
Chef, ou Commandant Général , Colonel Général
des Janidaires. Legionis apud Turcas préitonanti prs.-
feclus: Jantjariorum ZJux. Nous dilons communément
dans notre langue l'Aga des Janidaires. C'cft l'uligc,
il eft mieux de le luivre que de dire Jen YccrUr 4-gafi'i
car c'eft amfi qu'il faut dire, plutôt que Janifar Agajl,
avec Moréri. Voye\ Meninsky,
J E P.
JEPHLETI. Jephleû. Ce lieu étoit de la Tribu d'ÉphraVm
& furfesconfins, du cêité de l'ocidcnt. }ùf. XVI. }.
Saci le nomme Jéphlct , parce qu il a pris Jephltti dans
la Vulgate pour un génitif. Il s'eli: trompé, il y a in îin
dans le Texte Hébreu. Quelques uns croient pourtant
que ce nom vient de Jephlat , un des defccndans d'A-
fer, dont il cft parle, i. Parai. Fil. jj. Les Septante
l'appellent Aptalim.
JEPHTA. Nom d'une ville de la Terre Sainte. Jephta.
Elle étoit dans la Tribu de Juda. Jof. XF. ^j.
JEPHTAHEL. Nom d'une vallée & d un Torrent de la
Terre Sainte. Jephcahel. Ce torrent féparoit les Tri-
bus d'Afer & de Zabulon.
J E Q.
JÉQUITINGUACU. f. m. Arbre du Brefil qui porte
un fruit femblable à une fraife , dans lequel au lieu de
femence , eft enfermée une fève dure , ronde , noire ,
reluifante comme du jais. On en tait des chapelets.
Elle a l'écorce fort amère, & nettoie mieux que ne
pouroit faire le meilleur favon.
J E R.
J£RAMEEL. Nom d'homme & de contrée. Jerameel. Jé-
raméel tut fils d Efron , de la Tribu de Juda. i . Pa-
rai. II. 6 . La contrée que fes delcendans eurent en par-
tage porta Ion nom. i. Lïv. des Rois ,XXFI, / 0. ëc
XXX. 2ç.
JERBEY ou IREBEY. Jerbeia. Jrbeia. C'étoit ancienne-
ment une petite ville de la grande Bretagne , mainte-
nant ce n'eft qu'un village , litué d ms le Comté de
Cumberland , à cinq lieues de la ville de Carlile , vers
le couchant méridional. Maty.
JERCON. C'eft , félon quelques uns , le nom propre
d'une ville de la Terre-Sainte, que la Vulgate appelle
^Méjarcon. Foye^ ce mot.
1ERE. Nom d'une rivière que quelques-uns appellent
Jéves , mais mal. Eara , & non pas lera , comme dit
le P. Fournier. C'eft une rivière du pays de Caux ,
en Normandie, h' 1ère , ou la rivière à' 1ère a la fomxe
près d'Aubermefnil. Elle palle à Foucarmonr , à Au-
noy, à Betencourt, à Pierre Pont, à Grandcourt, à
la Pièvre , à Val-le Roy, à Sept-meules , à Tilly ,
à Auberville , à S. Soupli , & à Criel , & deux lieues
au-delfous elle fe jette dans la mer. Valois , Notic.
Gall.
JÉRÉMIADE, f. f. Ton plaintif , comme celui de Jé-
rémiedans fes Lamentations. IjCT Plaintes fréquentes
& importunes. Ce mot n'eft que du ftyle familier.
Il faut finir cette Jérémiade. Abbé de Choisy.
Tome F.
J E R
4?
Roridon dit à Euphémon dans la nouvelle Comédie
de l'Enfant prodigue ,
Foilà-t-il pas de vos Jérémiades.
De vos regrets , de vos complaintes fades ?
JÉRÉAIIE. (. m. Nom propre d'un Prophète du peuple
de Dieu. Jeremias. Il étoit tils d'un Prêtre nomme
Hclcias Jer. L. i . Il commença tout jeune à prophé-
ti(er,la douzième année du règne de Jolias , Roi de
Juda, ^64 ans .avant Jésus -Christ. Après la def-
truétion de Jérulalcm il fe retira en Egypte , 61: fut ,
dit-on, lapidé à Taphnis. Nous avons deux Livres
de lui , ia Prophétie & les Lamentations , qui néan-
moins dans le Canon ne pallent que pour un feul
Livre. On dit aux Ténèbres les Lamentations du Pro-
phète Jèrémie.
On dit populairement d'un homme qui pleure tou-
jours , qui (e plaint toujours, qui prévoit toujours des
malheurs, ou qui pleure ceux qui (ont pallés , que
c'eft un Jèrémie ; parce que ce Prophète prédit les
malheurs de Jérulalem , &: enluitc les déplora de
la manière la plus pathétique dans (es Lamentations.
Faire le Jcrcmie , c'eft annoncer , prédire quelque mal-
heur,
A m' entendre prêcher d'un ton de Jécémie,
Qu'il n efi aucun plaifir fur lajin de fa vie ,
Qiie celui d'avoir bien veVa. Pavillon.
JérÉmie , fe dit auilî de la Prophétie de ce Prophète ,
du Livre canonique de l'Écriture qui la contient. On
lit en Jèrémie. Ce pallage eft tiré de Jéremie. Ghide-
rius a fiit une chaîne (ur Jèrémie , qui a été imprimée
en trois volumes in fol. en 1 6z 3 , à Lyon. Nous avons
un Commentaire de Maldonat fur Jèrémie.
JÉRÉPÉMONGA. f. m. Serpent marin du Brefil , qui
fe tient (ouvent fous l'eau (ans faire aucun mouve-
ment. Tous les animaux qui le touchent , fe collent
h fortement à (a peau , qu'à peine les en peut on
détacher. Il en fait fa nouriture. Il fort quelquefois
de la mer (ur le rivage , où il s'entortille. S'il arrive
que quelqu un y porte la main pour le prendre ; elle
s'y attache ; <Sc s'il en approche 1 autre , croyant stxï.
dcbarrader , elle y demeure pareillement attachée.
Alors ce (erper.t s'étend de fa longeur, (e jette dans
^ la mer , & emporte fa proie.
JÉRICHO. Prononcez Jériko. Ville ancienne & con-
fidérable du pays de Chanaan. Jéricho , Hiericho , Hieri-
cus. Elle étoit dans la Tribu de Benjamin. Jof. XFIII.
2 /.à. cinq lieues du Jourdain, & à neuf de la ville
de Jérulalem. Cette ville fut prife miraculeufemcnt
par Joiué, qui la ruina, prononça des imprécations
contre celui qui la rcbâtiioit , lelquelles tombèrent
lur Hicl qui viola cette défenle. Jof. FI. :6 . XX. 2^.
III. Rois , XFI. 34. Hérode le Grand fît b.îtir près
de cette ville un ch.îteau extrêmement fort , qu'il
nomma Cyprus , pour honorer la mémoire de (à mère ,
qui portoit ce nom. JÉsus Christ y guérit un aveu-
gle , (Se y convertit Zachée le Publicain. Elle fur Épil^
copalc du temps des Croifades ., maintenant ce n'eft
qu'un village nommé Rihha, & habité par des Ara-
bes. Joféphe lappelle encore Oza , &:!e Géographe
appelé communément Kuhienfis l'appelle Eriha.
Jéricho cft célèbre dans l'Antiquité par la beauté de fes
palmiers , qui la firent appeler la ville des Palmiers.'
Deut. XXXI F , 3 , & par fes jardins de baume. Il
paroît auilî par 1 Ecclélîaftique , XXI F , iS , qu'il y
venoit des rofes en abondance , &: l'on dit qu'encore
aujourd'hui la campagne en eft pleine au printemps.
Elle étoit près des limites de la Tiibu de Benjamin,
du côté que celles du feptentrion touchoient celles de
l'occident. Joféphe dit qu'elle étoit à foixante ftades
du Jourdain , ce qui ne fait que deux lieues & de-
mie , vingt-quarre ftades ét.mt pris pour une lieue ;
que fon territoire étoit le plus fertile de la Judée ;
que c'étoit un des onze gcuvernemens de la Judée ;
qu'il y avoit un hippodrome dans la ville j qu'elle
étoit dans une plaine , mais dominée par une mon-
Fij
44 J E R
ragnc toute nue & ftérile , qui s'étendoit au nord juf-
qu'à Scythopolis , &c au midi jufqu'à la mer Morte ;
que fes environs croient arroks par une fontaine tort
abondante ; qu elle étoit à cent cinquante ftades de
Jérufalem ^ ce qui tait lix lieues & un quart , en don-
nant cent-vingt-cinq de nos pas au Itide. S. Epipha
ne dit qu'elle avoit plus de vingt ftades de tour. Il
en faudroit vingt-quatre pour une lieue, f^ojei M.
Réhnd, PaUJl. T. II, p. S 2 g & fuiv.
JÉRICQN , ou JERCON , ou plutôt JARKON. Ville
de la Paleftine j dans la Tribu de Dan.
JÉRIMOTH. Ville de la Terre-Sainte. Jcrimodi. Ce-
toit (ous les Chananéens une ville Royale ; elle fut
donnée à la Tribu de Juda ; elle étoit à quatre mil-
les d'Eleuthéropolis. C'efb Jérimoth que le / L. des
Rois J XXX , J . appelle Arama , Efdras , X. I ,c.
XI J V. 2Q. Jérïmuth , au(iî-bien que les Septante ,
Jof. X. & Jérïmuth , Jof. XF, 3 S.
JERNEj ou JERNIE. Nom qui le donnoit autrefois à
l'Irlande , iSc d'où quelques uns prétendent que s'ell:
fait celui d'Hibernie. /dr/ze , /ewia. Quelciues uns ti-
rent ce nom du Grec Aoç»»? , Averna , c'eft-à dire, qui
n'a point d'oifeaux ; parce qu'elle eft pleine de lacs ,
Icfquels , difent-ils , engloutirent les animaux & les
font palier à l'Avcrne. D'autres le tirent d'iÉpii , in-
fruclueufe , de tfos , plante. Cambden le tire de Erin ,
nom Irlandois, qui lignilie l'occident. Orphée dans
fes Argonautes, l'.ippelle l'île /t'r«i^ei&: Claudien ,
de Conful. Honor'd Carm. VIII j v. 33. gladalïs
lerne.
JÉRÔME, f. m. Nom d'homme. Hieronymus. S. Jé-
rôme , fils d'Eusèbe , étoit Dalmate , originaire de la
ville de Stre'i'don , iituée fur les confins de la Dalma-
tie & de la Pannonie. S. Jérôme eft un Doéleur de
l'Eglife. Le Grammairien Donat , connu par fes Com-
mentaires fur Térence & fur Virgile , fut maître de
S. Jérôme. S. Jérôme étant palîé dans la Paleftine y
apprit d'un Juif l'Hébreu & le Chaldéen , & fe don-
na tout entier à l'étude de l'Écriture Sainte. S. Jérô-
me étant revenu à Rome l'an 382 , fut Secrétaire du
Pape Damafe. S. Jérôme eut de grands démêlés avec
Ruffin , & quelques uns avec S. Auguftin. La traduc-
tion de l'Écriture que nous appelons Vulgate , que le
Concile de Trente a déclaré authentique , eft l'ou-
vrage de S. Jérôme _, aux Pfeaumes près , qui font
l'ancienne verfion Vulgate appelée Italique , & faite
fur le Grec. S. Jérôme traduifit de nouveau l'Ancien
Teftament fur l'Hébreu ; & (ur le Grec les livres
que l'on n'a point en Hébreu. Quant au Nouveau
Teftament, il ne fit que retoucher & corriger l'an-
cienne verfion. Nous avons eu jufqu'ici trois édi-
tions des ouvrages de S. Jérôme. Érafme les donna
en 1516, 1526, 1553 , 1580. Marianus Viftorius
à Rome en 1566 & 1572. On les a imprimés à An-
vers en I 578 , à Cologne en 1616 , à Paris en 1533 ,
1546^ IJ79 , 1602 , & 1623 , & à Francfort en
1684. Lj dernière édition s'eft faite à Paris par les
foins du P. Martianay. Le premier tome , qui n'eft
autre choie que la verlion de l'Écriture faite par S.
Jérôme :, parut en 1693 , & le dernier en 1706.
Ze févère Docteur, rigoureux foUtaire ,
Qui depuis tant de temps , par tant d'écrits divers j
Enfermé dans fa grotte , éclairoit l'univers ,
Jérôme y vieux alors , ranima /on courage.
Racine le fils.
On écrivoit autrefois Hiérôme,&c quelques-uns le
font encore ; mais l'ulage eft pour Jérôme. Au refte ,
de quelle manière qu'on écrive , il faut prononcer
Jérôme. Ce nom demande pourtant une h , félon Ion
origine ; car il vient de .«^^ ; faint , facré , & lepU ,
nom J de forte que Jérôme fignifie , qui a un nom
facré : mais l'ufage eft le maître de l'ortographe com-
me de la prononciation.
JÉRONYMITEou HIÉRONYMITE. Car on écrit &
on prononce l'un & l'autre. Ermite de S. Jérôme.
Nom d'un Ordre Religieux. Hicronyma j Hicrony-
mianus Monachus j Ercmita à S. Hieronymo dicius.
J E R
Il y a quatre Ordres d'Ermites de S. Jérôme tous
diftérens , les Jéronymites d'Efpagnc , les Ermites
de S. Jérôme de l'Obfervance uu de Lombardie , les
Ermites de S. Jérôme de la Congrégation du Bien-
heureux Pierre de Pife , & ceux de la Congrégation
de Fiéfoli.
Les Ermites de S. Jérôme d'Efpagne , appelés plus com-
muncment Jéronymites , doivent leur naillance au
1 iers Ordre de S. François , dont les premiers Jé-
ronymites croient membres , & difciples du Bien-
heureux Thomas de Sienne , ou Thomafuccio , Pro-
fès de cet Ordre. Grégoire XI approuva cet Ordre
fous le nom de S. Jérôme , qu'ils avoient choifi pour
leur modèle ; &: leur donna les conftitutions du Cou-
vent de Sainte Marie du Sépulchre , avec la rè-gle de
S. Auguftin , & pour habit une tunique de drap blanc ,
un fcapulaire de couleur rannée , un petit capuce ,
& un manteau de même couleur , le tout de couleiu"
naturelle & lans teinture , & d'un prix vil. Les Jé-
ronymites ont le Couvent de S. Laurent de i'Eku-
rial , où les Rois d'Efpagne ont leur fépulture. Il y
a une hiftoire Elpagnole de cer Ordre commencée par
Jofeph de Siguença & Francifco de los Sanros , tic
continuée par Hermcngilde de S. Paul.
Il y a auftî en Elpagne des Religieufes Jéronymites
ou Ermites de S. Jérôme. Leur Fondatrice fut une
fiintc fille nommée Marie Garcias , vers la fin du
XV^ (lècle. Elle acheta a Tolède une grande maifon j
s'y retira avec quelques compagnes ; elles y prirent
l'habit des Religieux Jéronymites , une robe blanche ,
&C un fcapulaire de couleur tannée _, & élurent Ma-
rie Garcias pour Supérieure. Tel fut le commence-
ment du célèbre Monaftère de S. Paul de Tolède ,
& de l'Ordre des Religieufes Jéronymites. Elles ne
firent pourtant des vœux que long -temps après. Sixte
IV , en permettant en i 47 5 , la fondation de leur
fécond monaftère j les mit fous la juridiction des
Religieux Jéronymites , Se leur donna les Conftitu-
tions d'un mor.aftère de Sainte Marthe de Cordoue;
mais Léon X les en difpenfa en 1514 , &c leur or-
donna de prendre celles de l'Ordre de Saint Jérôme.
P. HÉLYOT. P. IL! , c. sp-
Les Ermites de Saint Jérôme de l'Observance ,
ou de Lombardie , ont pour Fondateur Loup d'Ol-
médo , c'eft un bourg du Diocèfe d'Avila en Efpa-
gne , où il naquit l'an 1370. En 1424, étant venu
à Rome , Martin V lui accorda par une Bulle la per-
million de fonder une Congrégation , fous le titre
de Moines Ermites de laint Jérôme dans les monta-
gnes de Cazalla, au Diocèfe de Séville, l'en étabhf-
fant Général. Il y a dans cet Ordre , outre les Frè-
res Convers , des Frères Commis & des Donnés.
Leurs Conftitutions furent approuvées par Paul V ,
l'an 161 1. Leur habit confifte en une tunique blan-
che , une ceinture de cuir , un fcapulaire de cou-
leur tannée , auquel eft attaché un petit capuce ,
dont ils ne (e couvrent point la tête ; car lorfqu'ils
n'ont que la robe & le fcapulaire ; ils ont un bon-
net carré; mais lorlqu'ils font au chœur , ils mettent
par-delfus la robe une coule de couleur tannée , ex-
cepté à Sexte , à None & à Compiles. Ils la portent
auilî quand ils forrent en ville. Au heu de coule les
Frères Convers ont un manteau. Les Frères Commis
ont une tunique de couleur tannée , &: un manteau
de même ; les Donnés , ou Oblats , qui font dans les
Monaftères , une petite tunique de couleur tannée
qiri ne defcend que jufqu'aux genoux ; hors des Mo-
naftères ils ont l'habit féculier. Cette Congrégation ,
pour armes , porte d'azur à des nues en chef, un
bras illant du côté gauche de l'écu , en partie revêtu
d'une manche de couleur tannée , tenant à la main
une pierre , une croix de bois brochant fur le tout ,
&c un lien couché au pied de la croix fur une ter-
raft'e de Sinople , l'écu timbré d'un chapeau de Car-
dinal. P. HÉLYOT.
Le B. Pierre Gainbacorti j né à Pife le 1 6 Février
1355, fonda la troihème Congrégation Acs Jérony-
mites vers l'an 1 575 , ou 1 377. Us ne firent que des
vœux Amples jufqu'en 1 568 , que Pie V leur ordonna
J E R
d'en f.iire de folcnncls. Us ont dts miifons en Ira-
lie, dans le Tirol & 1.1 Bavière. L'habilkintiu Je ceux
d'Italie conlifte en une robe ik un capuce de cou
leur tannée, une ceinture de cuir , la mozetcc du
capuce étant en pointe par derrière. Se delcendant
jufqu'à la ceinture. Ils ne fe couvrent point la tête
du capuce , ils ont un bonnet carré dans la maifon ;
quand ils fortent ils mettent une chape plillée par
le haut, & qui a un collet ailez élevé , ik portent
un chapeau noir. Leurs armes (ont d'azur à /îx pe
rites montagnes furmontées d'ime croix , le tout d'or ,
& accompagné de quatre étoiles aulYi d'or , 1 écu
timbré d'une couronne. P^oye^ les lîoUandillcs au
17 de Juin , &: le P. Hélyot, T. IF, c. i. Deux ou
trois autres Congrégations ont été unies à celle du
B. Pierre de PiCe.
La quatrième Congrégation àcs Jéronym'ues , dire
des Ermites de Saint Jérôme de Fiéfoli , commenc,a
l'an 1360 , que le B. Charles de Montégranéli de la
famille des Comtes de Montégranéli , k retira dans
la folitude , & s'établit d'abord à Vérone. Elle tut ap-
prouvée par Innocent VII , l'an 1046 , tous une rè-
gle & des Conftitutions dites de S. Jérôme , appa-
remment parce qu'elles étoient tirées des écrits de
ce Père , & confirmées par Grégoire XII ; mais Eu-
gène IV , en 1441 , leur donna la règle de Sainr Au-
guftin. Comme le Fondareur éroit du Tiers Ordre de
S. François , il en garda l'habir. En 146a Pie II pcr-
mir de le quitter à ceux qui voudroienr. D'aurres le
voulurent garder , ce qui ht deux Congrégations qui
fe réunirent enfuite. Une tunique grife ceinte d'une
ceinture de cuir , un capuce arraché à une grande
mozerre , ôc une chape plillée par le cou , & grife
aullî , fur l'habit nouveau qu'ils prirenr. Ils avoient
des fandales de bois , qu'ils quittèrent vers la fin du
feizième liècle. Clemenr XI fupprima cer Ordre en
1668. Foy. le P. Hélyor, T. IF, c. 3.
Les Jéluares s'appellenr aulîî Jéfuares de S. Jérôme Foy.
^JÉSUATES.
JÉRON. Nom d'un ancien lieu de Bithynie , dans l'A-
ile mineure. Jerona , Jovis Urii Fanum. Maintenant
c'eft une petite fortereLlê de la Narolie , firuée fur
le détroit de Conftantmople , près de la ville de Scu-
tari.
JÉRON. Ville de la Tribu de Nepthali dans la Terre
Sainre. Jéron. Jof. XIX j ji'. C étoit une ville puif
fanre , qui s'appelle aulïi quelquetois Giron , de l'Hé-
breu i"i:<Ti , Iran.
JÉRON ROMÉLIAS. Nom d'un bourg de la Turquie ,
en Europe. Jérona RomdU , anciennement , Poly-
chnium. Il eft dans la Romanie , près de la ville de
Conftantinople. Maty.
lÉROPHORE , ou JÉROPHORE. f. m. Qui porte les
chofes (acrées , qui a la charge de les porter , qui eft
deftiné à cela. lerophorus. C'étoit un office chez les
Grecs. C'éroient ceux qui dans les cérémonies de re-
ligion porroicnt les ftatues des Dieux , & autres cho-
fes facrées. On donna un jour à M. Gronovius une
ftatue qui repréfentoit un de ces Payfans de Saxe ,
qui tirent des métaux de la terre , & qui les empor-
tent dans les villes. Il prir cette ftatue pour une an-
tique relpettable , il prétendit que c'étoit un Prêtre
des Anciens Germains ; qui portoit le vaifteau d'I-
fis, & du nombre de ceux que les Grecs appeloient
lérophores. C'eft ce qui l'engagea à en donner la de(-
cription dans fon Tréfor des Antiquités Grecques.
lÉROPHYLAX , ou JÉROPHYLAX. f. m. Nom d'Of
fice dans l'Églife Grecque. Hierophylax. Ce riom lig-
nifie Garde des chofes facrées. L'Iéropkylax étoit
chez les Grecs ce qu'eft le Sacriftain chez nous.
lÉROSCOPIE, ou JÉROSCOPIE. f f. Infpedion des
chofes facrées. Divination par l'infpedion des cho-
fes qu'on ofFroit aux Dieux , des viétimes , de leurs
entrailles , &c. Hierofcopia. C'eft l'art des Aruf-
pices.
JEROSLAW , Foye:^ Jaroslaw. C'eft ainfi que nous
prononçons.
JEROViLÎA , ou ANFILOCA. Nom d'une ville de Grè-
ce. Argos Amphilochium j Amplidochia. Elle eft dans
J E R 4j
l'Épire fur l'Afp; i , au levant de la ville de Larta. Jé-
rovilia eft allez giandc , &c conferve plulieurs vcftiges
.. de fon antiquité. Maty.
lEKRE , ou,. félon quelques uns , YER. Nom d'une
petite rivière de France. lerra j Edcra. Elle coule
dans la Bric , où elle a fa fource , Ik fe décharge
dans la Seine , à Ville neuve-Saint George , environ
à quatre lieues au dclllis de Paris. Valois , Noc.
.. Gall. p. I S (.
Ierrk. Autre rivière dans le Dunois , contrée de Fran-
ce. Edera. Elle palîé à Fontaines , à S. Hilairc , &
le jette dans le Loir. Valois , au même endroit. Il
écrit Yerre.
JERSER. V. n. Foye\ Gercer.
JERSEY. Foyei Gersey.
JERVENLAND , ou JERVENLANDE. Nom d'un pe-
tit pays de l'Eftonie , partie de la Livonie. Jervolan-
diuj Jcrvia. Il n'a rien de conlidérable que VViten-
ftein , qui en eft la capitale. Maty.
JÉRUN-CROCHEN. f m. Monnoie qui fe fabrique
dans les États du Grand Seigneur , & qui y a cours
pour un demi ducat.
JÉRUSALEM. Nom d'une ancienne ville , autrefois
de la Terre Sainte. Hicrofolyma , JerufaUm , Jerofo-
.lyma , Solyma. Elle eft capitale de la Paleftine , ii-
tuée vers le milieu de ce pays , à huit lieues de Jal-
fa , & de la mer Méditerranée , & à dix de la mer
Morte. On croir que cette ville eft Salem , dont Mel-
chilédech étoit Roi ; ainfi elle feroit une des plus
anciennes villes du monde. Joféphe dir qu'elle fut
bâtie par Melchifédech. M. Réland n'en convient pas.
Il avoue cependant qu'au Ffeaume LXXVI , 5 , le
texte Hébreu l'appelle Salem j mais il prétend que
c'eft le nom Jérujalem , abrégé , de même que les
Poëtes Latins ont dit Solyma pour Hierofolyma. Elle
s'appella Jébus fous les Chananéens , du nom de Jé-
bus fils de Chanaan. Genef. Xj 16 . Jofué , XF , 6 j.
XFIII y 2S. Jofué l'ayant prife , l'aftigna à la Tri-
bu de Benjamin. C'eft pourrant une queftion de fa-
voir lî Jérufalem étoit de la Tribu de Benjamin , ou
de celle de Juda. Dans quelques endroirs de l'Écri-
ture il eft dir qu'elle éroit de la première , & en
d'autres elle eft donnée à la féconde. C'eft qu'elle étoit
aux confins de l'une & de l'autre , partie fur l'une ,
partie fur l'autre. C'eft ainfi que nous avons des
villes de deux Provinces , ou de deux Diocèfes. Foy.
M. Réland , Palejl. T. II , p. 13c &fuiv. où il rraite
cette queftion fort exaâement. Quoi qu'il en loit ,
David en ayant pris la fortcrelfe , que les Jébuféens
renoient encore , il en fit la capitale de toute la Ter-
re-Sainte j tk elle fut le liége de tous fes fucelleurs
Rois de Juda. Salomon y fit b.àtir un magnifique tem-
ple, qui méritoit d'avoir rang entre les merveilles du
monde , & qui étoit le liége de la Religion des Juifs.
Elle fut une des plus grandes villes , des plus magni-
fiques , des plus tortes & des plus peuplées de tout
l'Orient ; mais elle louftrir aulîî divers malheurs, &
fut deux fois entièrement ruinée ; premièrement par
Nabuchodonofor Roi de Babylone , fous le règne de
Sédécias. Ayant été rebâtie par permillion de Cyrus
Roi de Peifc , &c par les foins de Zorobabel ôc de
Néhémie , elle fut détruite une (econde fois par Tire ,
fils de l'Empereur Vefpaùen , l'an foixante-dix de
Jésus Christ. L'Empereur Hadrien la fit bâtir l'an
131. Comme il s'appeloit ytlius ^ il lui donna le nom
d'^lia J qu'elle a fouvenr dans les anciens Géogra- '
phes , &c que les Arabes lui donnent encore. On y
joignit le furnom de CapitoUna , parce qu'il avoir
fait mettre une ftatue de Jupiter Capitolin à l'en-
droir où éroir le temple i Conftantin le Grand s'é-
tant Elit Chrétien , la répara & l'embellit. Il y fit
bâtir le magnifique remplc de S. Sauveur près du Sé-
pukhre de Jesus-Chriît. Elle reprit fous lui fon an-
cien nom , & fur enfuire honorée de la dignité Pa-
triarchale. Cette ville tomba depuis entre les mains
des Mahométans. Godefioi de Bouillon la prit aux
Sarrazins l'an 1099 , & il en fit le fiéj-.e du Royau-
me de Jérufalem ; mais Saladin la reprit l'an 1 187 j
& elle eft demeurée depuis ce temps-là au pouvoir
4^' J E R
(les Infidèles. Les Turcs la nomment aujourd'hui P.l-
kods , ou Elkodes , c'ell:-à dire , la Ville Sainte.' Elle
eil aujourd'hui de médiocre grandeur , liége d'un
Sangiac & d un Cadiz. Elle ell: habitée par des Turcs ,
des Arabes , des Juifs , Se des Chrétiens Grecs
Schilmatiques. L'Ordre de Saint François y tient le
Saint Sépulchrc , &c l'Eglife de Saint Sauveur.
Jérufalcm n'a pas toujours été de même grandeur. Loil-
que Tite la prit elle avoir trente-trois iladesde tour,
à ce que dit Joféphe , de Bcllo , Lih , VI , c. û . Cela
ne fait que deux lieues moins un quart. Quelques
Uns veulent que Joléphe n'ait point parlé de toute
l'enceinte de la ville. AL Reland les a rchités. Il y
avoit quatre montagnes renfermées dans Jérufalcm ,
Sion , Acra , Moria & Bézétha. Réland , T. II , p.
Sso &fuLV, On y en ajoute une cinquième nommée
Ophel -, M. Réland doute li l'on a raifon , & fon dou-
te eft fondé fur ce qu 'Ophel ne iignitie pas toujours
une colline.
Quelques-uns , comme Euscbe , ont tiré ce nom
du Grec i!p«f , facré , & ^i^cfici , Salomon , de forte
que Hicrufdlem (oit la même'chofc que lepo» To^f/t*»»?,
Temple de Salomon ; mais elle s'appeloic Jérufalem
avant que Salomon fut au monde. Dans Jolué X , i ,
il efl fait mention d'Adonitedek Roi de Jérufalem.
On trouve encore ce nom pluiieurs autres fois , auill
bien que dans le Livre des Juges &: dans les deux
premiers Livres des Rois. Quand ce feroit des pro-
leples , il eft toujours certain que fous David & avant
le temple de Salomon , elle n'avoir que le nom de
Jérufalem. D'ailleurs les Hébreux ont-ils pu donner
un nom Grec à cette ville ? D'autres le tirent de
nsi , raah , voir , & cnVx- , fchalem , paix , & veu-
lent qu'il fignifie vif on de paix. D'autres de b«"i"i ,
7i2ra , craindre, Jérujalem , craignez Salem : c'étoit
une place fi forte qu'elle devoit faire craindre fes en-
nemis ; GU bien fi fainte , qu'elle devoit imprimer
une crainte relpectueule en la voyant ; car ^: ■ , lig-
nifie une crainte relpectueule. D'autres prennent
fchalem dans le fens de parjaic , ôc Jérufalem pour
yifon parfaite , ou crainte parfaite.
M. Réland rejette toutes cesétymologies, & pré-
tend que ce mot vient de -^v j Jarafch , qui veut
dire pqféder à titre d'héritage , on par fuccefjion , Se
de CD , paix. Ainli Jérufalem eft la même chofe que
PoffeJJlon héritage de paix , héréditaire de paix.
Nom, dit-il, qui lui convient parfaitement j puil-
que David l'ayant prile fur les Jébuféens , Salomon
y ayant enfuite bâti le temple , Se la paix générale
ayant été donnée non-feulement aux habitans de cette
ville , mais encore à toute la Terre Sainte , Se Jéru-
falem étant devenue le llége des Rois j elle fut véri-
tablement une poderùon , un héritage de paix. Mais
eft il bien fur qu'elle n'eût point dès auparavant le
nom de Jérufalem ?
En Hébreu , elle s'appelle Jérufalem , &: Jérufha-
laim. On dit communément , comme Sextinus Ama-
ma J Kottinger j Se beaucoup d'autres , que le fécond
eft la forme du duel , Se qu'on la prit parce que
cette ville étoit divifée en deux parties , la ville haute
& la ville balle. M. Réland rélute folidement ce (en-
timent , parce qu'on ne peut trouver que cette di
vifion de deux villes (oit aullî ancienne que le nom
Jérufchalaim ; mais fur-tout parce qu'une terminaifon
de duel n'eft pas toujours la marque de divifion dans
la chofe lignifiée ; Se que :~sh<SJ , fchalaim , n'eft point
le duel de ^7,^' , fchalem. Le P. Soucier , Jéfuite, dans
fa Diirertation (ur les Médailles Hébraïques (car ces
deux noms le trouvent aulîl (ur ces médailles ) avoit
déjà rejette cette diftiniftion. Il aime beaucoup mieux
dire avec GoulFet , que c'cft une ponâuation nouvelle
& défedueule , que r^Vui/iT" , ne ditfére de □■ 'a^n- _,
que comme une didion pleine j d'une qui eft dé-
fcéfueufe , que le i ne (ignifie autre chofe qu'un
tléré , que les Septante , les Apôtres , Se l'Auteur de
la Vulgate ont toujours lu Jérufalem ; Se qu'il paroît
par là que la prononciation nouvelle n'étoit point en-
core introduite de leur temps. Foye^ cette D'fjcn.
pag. 40.
J ES
Le Royaume de Jérufalem. Hierofolymitanum Regnum.
C'elc un Royaume que les Chrétiens occidentaux for-
mèrent dans l'Aile , au temps des Croiiades. Il fut fon-
dé 1 an 1099 , par Godelroy de Bouillon , qui prit
la Ville de Jérufalem , Se qui en fut le premier Roi.
Il renf-ermoit le Royaume propre de Jérufalem , qu'on
appela la Terre-Sainte , Se qui comprenoit la Palcf-
tine &: la Phénicie , avec les Comtés de Tripoli &
d'Edelle ,& la Principauté d'Antioche , qui en étoient
des fiefs. Ce Royaume fut ruiné l'an 1 187 , par Sa-
ladin , qui prit la ville de Jerujalem. Les Chrétiens
d'Occident conlervèrent encore quelques places dans
la Palelf ine , Se le titre de Roi de Jérufalcm , pendant
quelque temps, ^oye:» l'hiftoire des Croifades par
Maimbourg. Le Royaume de Jérufalcm commencoir
au fleuve Adonis , aujourd'hui Thamiras ; Se il éten-
dit bientôt (es frontières jufqu'au délert qui (épare
la Palelfine de l'Egypte. 'Vertot , Hijl. de Malt. L.
I , p.64.
JÉRUSALEM. Ce mot pris figurcaient (îgnifie quelque-
fois l'Eglife. On dira de Jérufalem , mille Se mille
lerviteurs de Dieu y font nés Port-R.
Il (ignifie aullî quelquefois le Ciel , le Paradis. La
Jérufalem d'enhaut , la (ainte Jérufalcm.
La Jérufalem Célefte , ou la Céielle Jérufalem. Cette ex-
prertion en ce (ens vient de Saint Jean , qui dans l'on
Apocalyp(e, c. XXI , fait la delcription du Paradis
fous l'idée d'une ville qu'il appelle la Nouvelle Jéru-
falem.
JÉRUSALEM, entérines de fpiritualité , eft oppofée au
monde Se aux mondains lignifiés par l'Egypte , Se
fe prend pour l'Allemblée , le parti des gens de bien
Se des (pirituels. Le Père ( François de Borgia ) re-,
grettoit extrêmement le temps que ces ("ortes de gens
lui faifoient perdre ( dans leurs vifites ) & il avoit
coutume de dire avec beaucoup de douleur : Ah 1
qu'il y a peu de gens entre ceux qui nous recherchent ,
qui viennent de Jérufalem , mais qu'il y en a au con-
traire qui viennent d'Egypte ! En quoi il faifoit al-
ludon à ce que Palladius rapporte de Saint Antoine ,
qui demandoit ordinairement au fortir de (es longues
orailons, à fon di(ciple Macaire , lorlque quelques
perlonnes étoient venues pour lui parler , (I c'étoient
des gens venus de Jérufalem , ou d'Egypte ; marquant
par les uns ceux qui n'avoient dans leurs vifites que
des intérêts humains & des prétentions temporelles j
& par les autres , ceux qui comme des citoyens de
la Jcrufalcm célefte , n'avoient en vue que des biens
(blides & éternels. P. Verjus.
JÉRUSALEM, f. f. Nom d'une elpèce de pomme bonne
à manger , foit crue , foit cuite , mais qui n'eft: pas
des meilleures. Pomum. J crofolymitanum , ou diclum
Jérufalem. Les Jérufalem (ont prefque rouges partout ,
ont la chair ferme Se de peu de goût quoiqu'aftèz fu-
crée, &: n'ayant rien de la mauvaife odeur qui fuit
la plupart des pommes , elles fe gardent longtemps.
La Quint.
J E S.
JESANA. Nom d'une ville de la Terre -Sainte. Jefana.
Elle étoit du Royaume d'Kraël , foumife à Jéroboam.
II , Parai. XIII , i p. C'eft tout ce qu'on en fait.
Le P. Lubin croit qu'elle étoit dans la Tribu d'E-
phra'im. M. Réland croit très-vrahemblablement que
c'eft la Jéthaba de Saint Jérôme , &: qu'il faut cor-
riger Jéfana ; parce qu'il l'interprète ville ancienne ,
Se qu'en eft'et Jéfana lignifie vieille , ancienne. Jofé-
phe dit Ifana.
JESCHUA , ou Jzfua. f. m. Jcfchua , Jefua , Jefus. C'eft
le nom de Jelus prononcé à la manière des Hé-
breux. On le dit ainli des Rabbins qui portent ce nom.
R. Jéfua , le Lévite , Juif Elpagnol qui vivoit dans le
XV^ liècle, eft l'Auteur du Livre intitulé , Halichor
Olam , Les Chemins de l'Éternité, ou éternels; c'eft
une clef du Thalmud : Conftantin l'Empereur l'im-
prima en 1654 , avec une Dillertation préliminaire
& une traduction Latine. On l'a depuis imprime à
Hanovre avec d'autres Traités femblables , fous le
titre de Clavis Thalmudica Maxima.
J E S
JÉSI. Ville de l'État de l'Églire en Italie. jEfium ,
^Jîs. Elle c(t fur le riumélino , dans la Marche
d'Ancone , au fud oucft de la ville de ce nom. Jdfi
n'eft pas fort grand , mais il a un Evêché , qui eil
fuHragant du l-'apc.
fîCF' JÉSI, ville du japon, dans l'Ile de Niphon , dans
le voi/înage de Meaco. Elle cft environnée de bons
remparts.
JÉMDtHN, ENNE. Foyei Jézide.
JÉSILBASCH. f. m.. Terme de la Relation. Tête verte.
C'ell le nom que les Perlans donnent aux Turcs ,
parce que leurs timirs portent le turban vert.
Ce mot vient de jcjchil , qui lignifie vert , <?v; bafch ,
tête.
JÉSIMA. Petite lie d'Aiic, l'une des îles du Japon.
JÉSIMON. Nom d'une ville dont il ell: parlé au /. I.
dus Rois ^ XXIII. 24. Jcfimon. Elle étoit dans le dé-
fert de Maon, /. des Rois XXIII. 24. Le P. Lubin
en conclut qu'elle étoit dans la Tribu de Juda. M.
Réland .ajoute qu'Eulebe la place à dix milles de Jéri-
cho.
JÉSOLO. Nom que portent les ruines de l'ancienne
Equ'dium ,o\.\Àiquiuum , ville épilcopale de l'Italie ,
qui hit détruite par les Huns. Jefolum. Elles font
dans la Marche 'I réviianne , .à cinq lieues de Venile
du côté du nord , 1^ à une de Citta nuova, qui a iuc-
cédé à l'ancienne EquUium. Matv.
JESRAB. Ancien nom de Médine , ville d'Arabie , pa-
trie de Mahomet , félon Poftel , dans fon Hifloirc
oricnralc , citée par Ortélius.
JESSA. f. m. Nom d'un faux Dieu. JeJJa. C'étoit autre-
fois le Jupiter des peuples de la Sarm.irie Européenne.
f^oyei Lissa.
JESSÈ. La Terre de Jelfé , dans Judith, /. ç. Le P. Lu-
bin croit que c'ell la terre de Gellen en Egypte.
JESSED. Foyei Yesd.
JESSEINS Nom d'un ancien bourg de la Gaule Lyon-
noife. Jc[fanx. Ce n'eft maintenant qu'un village de
la Champagne , fitué fur l'Aube , à deux lieues .au
dclfous de Bar-fur-Aube. Maty.
JESSELMÈRE , ou GISLEMÈRE. Ville de lEmpire du
Mogol , en Afie , fituée environ à cent trente litucs
de Cambaye , du côté du nord. Jcjjclm-cra j C'ijlemcra.
Elle eft grande, & capitale du Royaume de ]ejjcl-
mere , qui eft au nord de celui de Guzarate, & qui ,
outre fa capitale , a encore la ville de Radinporc , &
quelques autres moins confidcrables. AL^ty. Long.
90 , d. 15, lat. 16 , d. 40'.
JESSENEK. f. m. Terme de Calendrier. Nom du neu-
vième mois des Efclavons. Il répond au mois de
Septembre. Les D.ilmates prononcent Jeffenïk.
JESSEY. Bourg de France en Bretagne , à fix lieues de
Rennes, du côté du midi occidental.
JESSIR. V. n. Vieux mot. Sortir. On dit aulli Ijfir, du
Latin Exire.
JESSO. Le détroit de Jejfo. Fretum Efonis. On donne
ce nom à un gr.ind canal , qui eft entre la terre de
JeJfo, ôc la partie orientale de la grande Tartarie, «Se
qui joint la mer de Tartarie avec l'Océan oriental. On
appelle autrement ce canal la mer des Kaimachites ,
ou la mer d'Y.amour. Maty.
JESSO , JÉÇO , JEDSO ^ ou ÉSO. Nom dua grand
pays de l'Afie. Jefonia , Efonia, Terra Efonis. Il eft
au nord des îles du Japon, & au levant de la grande
Tartarie , dont il eft léparé par le détroit de Wrics ,
le canal de Piecko , & l'île qu'on .appelle la Terre
des Et.ats , lituée entre ces deux détroits. Les Hollan
dois parcoururent une partie de fes côtes l'an 1 648 ,
& y ont trouvé des peuples Idolâtres qui adorent le
ciel & les aftres, & qui s'habillent de peau, & font
robuftes & féroces : on ne fait pas au refte fi ce pays
eft une île , ou un continent qui foit joint avec les
terres Arftiques, &: avec l'Amérique leptentrionale.
Maty.
?(^ JESSOIS , ou JEÇOIS. Habitant du pavs de Jcffo.
JETTAM. f m. Terme de Calen.drier. Voye:^ Jhistam.
JESUAT. Nom d'im Royaume , dépendant de l'Empire
du grand Mogol. Jefuatum Regnum. Il eft dans l'In
de de delà le Gange , entre les Royaumes de Patna ,
J E S
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d'Udeftii t\- de Mcrat. Rajapour en eft la ville capi-
tale. Maty.
î'jGf' Thevenot ne confidere Jcfuat que comme un fim-
ple pays compris dar.s la Province de Ik-car. Il met
Rageapour entre les bonnes villes de la Province.
JÉSUAIE. f. m. Nom d une forte de Religieux. Jcfua-
u , Jcfuatus. Les Jefuaccs s'appellent Clercs Apofto-
liques , ou Jéfuates de S. Jérôme. Le fondateur des
Jéjudtes eft Saint Jean Colombin. Urbain V approuva
cet Inftitut en 1367 à Virerbe, & donna lui mc'nie à
ceux qui étoient préieiis l'habit qu'il kur oidonr.a de
porter , condft.mt en une tunique blanche , ferrée
d'une ceinture de cuir, avec une chaulle , ou chape-
ron blanc pour couvrir leur tête , & qu ils portoient
fur l'épaule quand ils .avoient la tête découverte. Il
ordonna de plus qu'ils porteroicnt des fandales de
bois , & le Cardinal Anglic Grimoard , frère du
P.rpe , leur fît faire des manteaux de couleur tannée ,
qu'ils ont toujours portés depuis. Un Religieux de
l'Ordre leur écrivit une régie ; dans la fuite ils ont
fuivi celle de S. Auguftin , & elle eft à la tcte de leurs
dernières Conftitutions imprimées a Ferrare en 1641 ,
&z approuvées l'an 1 640 , par une Bulle d'Urbain
VIII, où il les appelle la Congrégation des Jéfuates
de S. Jérôme. Le nom de Jéfuates leur fut donné ,
parce que leurs premiers fondateur? avoient toujours
le nom de Jéfus à la bouche. Ils y ajoutèrent celui de
S. Jérôme , parce qu ils le prirent pour kur protec-
teur. PieV les mit au nombre des Ordres Mendians.
Pendant plus de deux fiécles , les Jéfuates n'ont été
que frères lais. Paul V en i6c6 leur permit de rece-
voir les Ordres facrés. Urb.iin VIII , en 1624, chan-
gea leur ch.aperon en un petit capuce de la couleui:
de leurs manteaux. Ils s'occupoient dans la plupart
de leurs maifons à la pharmacie. D'autres faifcient le
métier de diftillateurs, &: vendoient de l'eau-de vie ,
ce qui les fit appeller en quelques endroits Pères de
r eau-de-vie Comme ils étoient aftez riches dans l'État
de Venife , la République demanda leur fupprcftîoii
à Clément IX , pour employer leurs biens aux frais
de la guerre de Candie, ce que le Pape accorda en
1668. Les armoiries des Jéfuates étoient un nom de
Jefus nayonné d'or en champ d'azur, & audellous
une colombe blanche , par allulion au r,om de S.
Colombin leur fondateur. P. Hélyot , Part. III ,
f- Sf-
JÉsuATE. f. f. Religieufe Jéfuate àe. S. Jérôme. Les Je'-
fuates de S. Jérôme furent inftituées par S. Jean Co-
lombin comme les Religieux Jéfuates. Elles ont com-
me les hommes une tunique de drap blanc , une
ceinture de cuir, un manreau de couleur tannée , &:
un voile blanc. P. Hélyot , Part. III , c. su . Il n'y
a point de ces fortes de Religieux ni de Religieufes en
^France.
JÉSUE. Nom d'une ville de la Terre Sainte. /e/ie. Il
n'en eft parlé que dans le // Efdras , XI j 26 . Les
lieux auxquels celui-ci elt joint font conjecturer qu'il
^ étoit dans la Tribu de Juda. P. Lubin , Réland.
JÉSUITE, f m. Jefuita. Ordre de Religieux fondé par
Saint Ignace de Loyola, qu'on appelle autrement ia
Compagnie de Jefus. Cet Ordre s'eft rendu très confi-
dérable par les millions aux Iiîdes, & par les autres
emplois qui regardent le falut du prochain, l'inftruc-
tion de la jeunefle & l'étude des fciences. Les Jéfuites_
font une profellion particulière de travailler au faluc
du prochain par l'inftruécion de la jeunefle, la prédi-
cation , l'adminiftration des Sacremens , les millions
chez les Hérétiques & les idolâtres. Le Concile de
Trente les appelle les Clercs Réguliers de la Com-
pagnie de Jefus.
Ce fut fur la fin du Carême de l'année i f 58 , que
Saint Ign.ace avant alfemblé 3. Rome les dix Com-
pagnons choifis principalement dans l'Univerfiré de
Paris , leur propota de faire avec eux un nouvel
Ordre. Il préfenta enfuite le projet de fon Inftitut à
Paul III , qui noinma trois Commiffaircs pour l'exa-
miner. Après leur rapport , ce fouver.ain Pontife ,
frappé d'ailleurs d'un grand nombre de chofes écla-
tantes cjtic faiioient les compagnons d'Ignace en dif-
48 J E S
férens endroits , confirma leur Inftituc fous le nom
tle la Compagnie de Jclus , par la Bulle Regimini mili-
tantis EcclcJU, qui hit expédiée le 27 de Septembre
de l'année i J40. Il eft vrai qu'il limita le nombre des
Profès , Se le reftreignit à foixante. Mais il ôta cette
reftridion deux ans après par une autre Bulle, & ce
fut l'intérêt de la Chrétienté, qui lobligea d'en ufer
ainfi , comme il le déclare lui-même. Elle a été con-
firmée encore par d'autres Papes , qui lui ont aulîl
communiqué ou donné beaucoup de privilèges. C'eft
S. Ignace qiri, l'an i ^S étant allé à Rome pour oftrir
fes (ervices & ceux de fes compagnons au Pape, dé-
clara ce nom à ces dix Pères, ik leur dit, comme le
raconte le Père Bouhours dans la vie de S. Ignace au
commencement du IIP Livre, que s'étant tous joints
enfemble pour combattre les hérélies & les vices lous
la bannière de J. C. leur (ociété n'avoir point d'autre
nom à prendre que celui de la Compagnie de Jelus.
Il avoir ce nom à l'cfprit depuis la retraite de Mau-
rèze , continue cet Hilîorien , & on croit que Dieu le
lui révéla. Ce qui lui arriva en allant à Rome le coii-
lîrma dans la penlée que ce nom venoit du Ciel , &c
qu'ils n'en pouvoicnt avoir qui leur convînt mieux :
.car fur le chemin ne Sienne à Rome , J. C. lui étant
apparu chargé d'une pelante croix, lui dit: Je vous
ferai propice à Rome. Ce nom & l'Inftitut d'Ignace
fut conhrmé au Concile de Trente , où les Pères dé-
£jai-ent, Sejfion XXF , c. 16 , de Réf. qu'ils ne pré-
tendent rien changer dans le pieux Inftitut de la Re-
ligion des Clercs de la Compagnie de Jefus. S. Ignace
écrivit des conftitutions qui lurent aullî approuvées
par le S. Siège Apoflolique , après la difcullion cxaète
qu'en firent quatre Cardinaux , fans y changer un feul
mot i mais cela n'arriva qu'après fa mort , fous le
Gcnéralat de Laynez fon fucceil'eur.
Les Jefultcs font Clercs RéguHers. La fin de cet
Ordre clt non leulement de vaquer , avec la grâce de
Dieu, au lalut èv' à la perfection de fon ame, mais
encore de s'employer de toutes les forces, avec la mê-
me grâce , au lalut & à la perfedHon du prochain.
Les Jcfuues n'ont point d'habit particulier. Ils ont
gardé celui que portoient les Prêtres du temps de S.
Ignace, c'eft-à-dirc une loutanne noire avec une robe
de même couleur dans la mailon ; & un bonnet carré ,
& quand ils vont en ville , un chapeau & un manteau
noir. Ils quittent cet habit & en prennent un autre en
pluficurs pays où ils ont des millions, lelon que la
liberté d'exercer leurs fonèl:ions le demande. Saint
Jgnace n'a point mis de chœur dans fon Ordre , parce
que le chœur eft incompatible avec les fondtions
qu'on y fait , &: que dans les autres Ordres on en dif-
penle ceux qui font appliqués à ces fondions. Cet
Ordre ell compolé de cinq fortes ditlérentes de per-
fonncs, de Profès, de Coadjutcurs fpirituels, d'Eco-
liers approuvés, de Frères lais qui s'appellent Coadju-
leurs temporels , & de Novices. ffT On peut ajouter
à ces cinq dalles celle des Aftiliés ou Adjoints , ou
Jéluites de robe courte, qui eft, dit on, très nom-
brcuie , & incorporée dans tous les états de la Société ,
Ipus toutes fortes d'habits. Les Profès, qui font l'cf
ientiel de la Compagnie , font publiquement les trois
vœux folemnels de Rehgion, & y ajoutent celui
d'une obéiilance fpéciale au Chef de l'Églife , pour
les millions parmi les Infidèles & les Idolâtres.
Les Coadjuteuis fpirituels font aullî en public
les vœux de chafteté , de pauvreté &z d'obéillànce;
mais ils ne font pas le quatrième qui regarde les mif
fions. Les Ecoliers approuvés font ceux qui , après
deux ans de Noviciat ont été reçus, &c ont fait en
particulier trois vœux non folemnels , mais déclarés
vœux de Religion, & qui emportent empêchement
dirimant. Ils font dans la voie pour arriver au degré
de Profès , ou à celui de Coadjuteur Ipiricuel , félon
que le Général en jugera. Ces degrés , fur tout celui
.de Profès J ne fé confèrent qu'après deux ans de No
viciât , fcpt d'études , qu'il n'eftpas toujours néccirai'e
d'avoir fait dans la Compagnie, fept de régence,
:nne troifième année de Noviciat, & trente -trois ans
.d'âge. Les vœux de^ LcoUers de leur côcé»lbnt abfo
J E S
lus, «SvT conditionnels feulement du côté de l'Ordre,
le Général en difpent'e. C'ell pour cela que S. Ignace
voulut que les Écoliers 'ne fe défiflent point de leurs
biens. Cet article de Tlriftitut des Jéfuites , qui avoit
fouflert de grandes oppofitions en France , Se dont ils
ne jouifloient point dans tous les Farlemens , quoique
Henri IV le leur eût permis, leur a été accordé de
nouveau , ou confirmé & rendu par Louis XIV , avec
quelque reftrièlion , en 1715-
Cet Ordre eft divifé en Aillftances, les Aflîftnnccs
en Provinces , les Provinces en diftérentes Maifons II
eft gouverné par un Général qui eft perpétuel & ab-
folu. Se qui réfide à Rome. Il eft élu par la Con-
grégation générale de l'Ordre. Il a auprès de lui cinq
perfonnes qui font comme fes Miniftres ,on les nom-
me Affiftans , & ils portent le nom des Royaumes ,
ou des pays dont ils font originaires , & dont ils ont
le département , d'Italie _, d Efpagne , d'Allemagne ,
de France ik de Portugal. Chacun d'eux a foin de
préparer les affaires de fon ailîftance , ou de fon dé-
partement , & de les mettre dans un ordre qui en
facilite l'expédition. C'eft par eux que les inférieurs
& les fupérieurs vont régulièrement au Général ; je
dis régulièrement, car dès que les Alliftans font un
peu fufpeéfs , on s'adrcflc immédiatement à lui feul.
Les Alîîftans font choifis par la Congrégation géné-
rale , & ne font pas feulement établis pour être fes
Confeillers , & pour le foulager dans fa charge ; mais
encore pour obferver fa conduite ; Se fuppofé qu'il
y eût fujct , ils pourroient, malgré lui , convoquer
une Congrégation générale , qui le dépoferoit dans
les formes i ou fi le mal preffe, ils ont droit de le dé-
pofer eux-mêmes , après avoir pris par lettres les fuf-
fragcs des Provinces.
Chaque Province a quatre fortes de maifons , des
maifons profefles , qui ne peuvent avoir de fonds ,
des Collèges , où l'on enfeigne les Sciences , des Ré-
fidences , où font un petit nombre d'ouvriers occu-
pés feulement des fonélions qui regardent immédia-
tement le lalut du prochain , prédication , confeflîon ,
millions , &c. Se des maifons de Noviciat. Parmi les
Collèges J il y en a qui fe nomment fimplement Col-
lèges , Se d'autres que les Jéfuites appellent Sémi-
naires. Ceux ci font ceux où les jeunes Jéfuites font
leurs études de Philofophie & de Théologie -, les au-
tres ne font que pour les étrangers , ou externes. Ils
ont aulli en plufieurs Diocèfes des Séminaires des
Évêques pour les Eccléfiaftiques. Il eft dit dans l'hif-
toire de cette Compagnie, P. III, L. I , N. i ç ,
qu'après que le Concile de Trente eut ordonné l'éta-
bliflement de ces Séminaires , il fut décidé alors que
le foin de ces Séminaires étoit une des fonftions qui
leur convenoient ; que Pic IV leur donna le fien ,
Se qu'il écrivit à Charles XI , qu'il l'avoir fait. Cha-
que Province eft gouvernée par un Provincial , Se
chaque Maifon'par un Supérieur , qu'on nomme Rec-
teur dans les Collèges , Se Supérieur dans les autres
Maifons. S. Ignace a réglé la dilciplinc régulière de
ces Maifons , Se furtout des Collèges , à peu près
fur celle qu'il avoit vu établie dans la mailon de Sor-
bonne pendant qu'il étudioit à Paris. C'eft le Général
qui nomme tous les Supérieurs , excepté ceux des Ré-
fidences Se des Séminaires d'Eccléliaftiques , qui font
à la dilpoiition des Provinciaux.
Les Profès de la Compagnie de Jéfus renoncent
par vœu à route dignité j ou prélature, &: ne peu-
\'ent en recevoir fi le pape ne le leur commande fous
peine de péché. Il l'a fait quelquefois , & ils ont
eu fept ou huit Cardinaux. Ils ont eu aullî des Pa-
triarches d'Ethiopie (Se des Évêques , mais feulement
dans les millions , où ces dignités n'apportent guère
que des travaux immenfes.
Les Je fuit es ont été Confeileurs de nos Rois depuis
I-lcnri III , jufqu'cà Louis XV, Se le font encore de
pluficurs Princes &: Princelles en diftérentes Cours
de l'Europe. Voye\^ fur l'Iuftitut des Jéfuites le P.
Bouhours dans la vie de Saint Ignace j L. III. Il y
a une hiftoire de la Compagnie de Jéfus qui n'a été
continuée t]ue jufqu'cnvirûii i6io , comprenant fl^
Gcnérau.*
J E S
Gcnéraux jafqli'à Aquaviyainclufivement. Ellccft bien
écrite. , ,, , t
ÔCJ- En lyf)! , lafTaiic du P. de la Valette avec lev
Lioncy , clans laquelle la fociété tut dcclarcc loli^
dairc , nue les Pailcmens dans le cas de prendre con-
noill"ance des conltitutions de cet Ordre. On les trou-
va abufivts , incompatibles avec les loix fondamen-
tales de la Monarchie. La Société hit éteinte ,_ anéan-
tie. On peut voir les cailles d'une chute aulli mopi
née que' rapide j dans les comptes rendus par les
Procureurs Généraux de nos Cours Souveraines.
JÉSUITESSE. f. £ Nom d'une cl'pèce de Religieufes
qui s'étoicnt établies en Italie & en Flandres. Jcfui-
à(fa. Cet Ordre , dit WiUon , avoit commencé en
I-iandres par deux femmes Angloifcs , l'une nommée
W.irde, c-c 1 autre Tuittia , fous la conduite d'un
Père Gérard Keéteur du Collège des Jéluites de Liè;;e,
&: de deux autres. Leur deliein étoit de pailer en
Angleterre , & d'y travailler à la converfion des fem-
mes. Foyei dans cet Auteur la vie de Jacques l.
Urbain VÏll , les abolit par une Bulle du 1 5 de Jan-
vier 1630.
Il y a en France quelques maifons de filles qui ont
les mêmes Conftitutions que les Jéfuitcs , qu'elles ont
reçues d'un Jéfuite de Bordeaux , ëc qui font profel-
lion d'eni'eisntt: gratis les filles; mais elles ne por-
tent point le nom de Jcfuiteffes.
|30=' JESUITIQUE, adj. De Jéfuite , qui concerne les Jé-
fuitcs. Zèle Jcfuitiquej eLpni Jcfultique , artipce Jé-
fuicique. Ce mot ne le prend qu'en miuvaile part ,
& donne à entendre de la politique , de l'intiigue ,
&c.
JESUPOL. Nom d'une petite ville , ou bourg fortifié
& défendu par un château. Jejupolis. Ce lieu cfi; dins
]a Porkutic , en Pologne , à l'embouchure du Bif-
triczdans le Nieller, au deflbus de la ville d'Haliez.
Maty.
JESUS, f. m. Nom augufle de notre S.iuveur JÉsus-
Christ. Jcjlis. Les miracles de JéJus-C\-\n[\ , &c la
réfurredion arrivée comme il l'avoit prédite , font
de* faits lî certains , qu'il faut être fou pour en dou-
■ ter. Si les miracles & la réfurredtion de Jefus-Chï'A
font vrais , Jéfus-CVsïi efl: un vrai Prophète , un
homme véritablement envoyé de Dieu , & parlant en
fon nom èc de fa part. Si Jéfus-C\\v'A eft vrai Pro
phète , Jéfiis-Q\\ïA eft Dieu , &c fils de-Dieu , car il
l'aiïure fouvent & trcs-clairemenr.
/ç/ij-ChriftelT: le Verbe incarné , ouie ['erte fait chair ,
comme parle S. Jean , /, /4. Jefus-Chï'A naquit le
2j de Décembre en Bethléem de Judée , ious le rè-
gne d'Hérodc , &■ fous l'Empire d' Augulk , l'an 47 1 5 ,
de la Période Julienne , la 42* année d'Auguftc , à
compter depuis qu'il comm.ença d'entrer dans le Gou-
vernement, &: qu'il fur fait Proprétcur , l'année qui
fuivit la mort de Jules Céfar. Je/us-Cl\n(h tut bapti-
fé par S. Jean , le 6 Janvier au commencement de
fa XXX"^ année , la i f de Tibère. J<{fus-Chïiil fut
crucifié pour le ialut de tous les hommes dans la tren-
te troifième de Ion âge , l'an 4746 , de la Période Ju-
lienne j la 1 8*^ de l'Empire de Tibère , la première
année de la 153^ Olympiade, 487 ans depuis la 20"^
année d'Arraxerxès Longuemain , régnant avec fon
Père , Se par conféquent au milieu de la (oixante Se
dixième femaine depuis cette époque , comme il avoit
été prédit par Daniel , C. IX, 24 , 2j. Les Bollandif-
tes ont donné une Diirertation lur la Généalogie de
J. C. dans le PropyUum Alan , p. jt , & fuiv. Il y
en a aulïï une dans la Chronologie du P. Hardouin.
C'ell: dommage qu'on y diie que Johanan , ou Jo-
chartjri , en Hébreu eft la même choie que Jécho-
nias , & qu'on y falfe un même homme de Jécho-
niasde S. Matthieu, /, // , &: du Jahanan du i
L. des Paralipomènes, ///, /J. Il y a aulli dans le
PropyUum Mail des Dillercations du P. Poullînes &
du P. Papébroch iur les années de J. C. par rap-
port à la Chronologie.
Ce nom eft Hébreu , & le même que celui de Jo-
~ lue. En Hébreu c'eft uuv: , Jéfua , formé par contrac-
tion de vviw , qui fignifie Sauveur, &i proprement
Tome F.
JE S
49
. /ii/uc dt Dieu. On pourroit aullî le tirer (împlemenr
j de pw ,\Sihua, Sauver , au futur VWi , Jajijj , qui
prenant la forme de Jcfia , fignifie Sauveur. De Je-
J'ua les Grecs en ajoutant a , terminaifon propre de
leur langue, ont fait \';,<)iat , tk par conrraétion iV.»? ,
d'où les Latins ont fait JcJ'us. Les Étymologies inven-
tées par Ofiander , tk Chafteillon, qui tirent ce nom
de u/it?mni J Jchovaifch ^ Dieu homme j &c qui pré-
tendent montrer par là que J. C. efl Dieu Se hom-
me J lont faullès. Ce n'clt pas par ce nom , c'eft
par les témoignages cL'.irs de l'Evangile qu'on prouve
invinciblement que Jcfus fils de îvlaric cft homme
&: Dieu tout cnfemble.
Le nom de Jésus eft devenu en ufage dans la langue
en ces Phrafes. On dit par .admiration , & exclama-
tion , Bon Jéfus , doux Jcfus , JJfus j Jéfus Maria.
On crie aux agonilans Jcfus Maria.
Quand ce nom de Jéfus eft joint à celui de Chrîjl ,
on ne prononce point la dernière* du nom de Jéfus.
Jefus-Chr'A , prononcez Jéfu-C\\n\\. ; mais quand le
nom de Jéfus eft fcul , on tait entendre la dernière
s dans une prononciation foutenue; ailleurs , com-
me dans le difcours familier , on ne la fait pas tou-
jours (eiitir.
Jésus. On a fait un chiffre de ce facré nom par le moyen
de trois lettres IHS, dont la féconde eft I'h Grec,
parce que c'eft fur le nom insus , que ce chiffre
fut formé ; on met ordinairement une petite croix fur
la lettre du milieu , dont ceux de Genève l'ont ôtéc
en leurs monnoies , ce qui l'a fait nommer le nom
de Jefus dévaliié. Ce chiftre fert d'enfeigne à des Mar-
chands , à des Libraires ; Se l'on dit , il demeure au
nom de Jéfus. Ce livre fe vend au nom de Jéfus ,
vis à-vis le nom de Jéfus , &c.
On dit aulïï , la dévotion de l'enfant Jéfus , des
images. La dévotion au cœur de Jéfus.
JÉSUS ,eftaufll un terme de Papetier j qui fignifie une
forte de papier dont la marque eft un nom de Jé-
fus. Voilà de bon Jéfus. Donnez- moi une main de
Jéfus.
Société de Jésus, f. f. Nom d'un Ordre de Chevale--
rie , inftitué par le Pape Pie II ^ en 1459 j pour s'op-
poferaux Turcs. P. Hélyot, T. VIII y c. /i'.
Chevaliers de Jésus & Marie. Nom d'un Ordre de
Chevalerie j inftitué à Rome fous le Pontificat de
Paul V , l'an 161 j. Ils portoient une croix émail-
lée de bleu , orlée d'or , & au mijieu il y avoit un
nom de Jéfus d'or. Ils la portoient attachée à la bou-
tonnière , & dans les cérémonies ils avoient des man-
teaux de camelot blanc , «Se fur le côté gauche du
manteau la croix de l'Ordre de fatin bleu , le bord
Se le nom de Jéfus brodés d'or. VoycT^ l'Abbé Juf-
riniani &: le P. Bonnani. Il y a de l'apparence que
cet Ordre n'a été qu'en idée , Se qu'en projet , ou
que s'il a été véritablement inftitué j il n'a pas fub-
fifté long temps. P. Hélyot, T. FUI , c. sS.
Filles de l'Enfant Jésus. Société de filles établie à Ro-
me en 1661 J par AnneMoroni de la ville de Lac-
ques. Ces filles ne doivent pas être plus de trente-
trois , enl'honneur des trente trois années que Jésus-
Christ a vécu fur la terre. A l'âge de vingt-un ans ,
Se après trois ans de probation , elles font publique-
ment vœu de perfévérerjufqu'à la mort dans la Con-
grégation J & un ferme propos de garder la pauvreté
la chafteté & l'obéiflânce. Leur habillement eft de
ferge de couleur tannée , Se confifte en une robe ceinte
d'une ceinture de laine. Quand elles fortent j elles
mettent fur leur tête un grand voile noir qui leur
defcend jufqu'aux talons.
Une autre' Congrégation de filles , établie en France
par Madame de Mondonville , a porté le nom de Fil-
les de l'Enfance de Notre Seigneur Jésus - Christ.
C'eft vers l'an iCCi , qu'elle fut établie à Touloufe.
Elle a peu fubfifté.
JÉSUS-CHRIST. Communément on joint au nom fa-
cré de Jifus , celui de Chrijl^ qui fignifie Mejfie ; ôc
l'on dit Jéfus-Chrift ; Notre Seigneur Jéfus -Chrift.
Jéfus - Chrijl eft mort pour tous les hommes. Jéfus-
Chrijl eft alîîi à la droite de Dieu fon Père , &c.
5û
J £ T
Jéftis fils de Mni-ie eft en ctfcc k CImJl , c'cft-à dire ,
le Mcllle promis aux anciens Pauirachcs , comme le
dcmoncrenc tant de prophéties , c\: lur-tout celle de
Jacob mourant, Gcn. XLIX , lo de Duud. , IX ,
2^, 2Si 2S ^ zjy d'Aggeé, II 3 S.
Compagnie de Jésus. Foyei Jésuite.
Ordre de la Croix de Jesus-Christ, .Chevaliers de la
Crolv de Jéfus-Chnft, quelques mis ajoutent de b.
Pominiouc & de S. Pierre Martyr. C'eft un Ordre
que des înquilucursDonuniquains donnoient autre-
lois. Les Statuts de cet Ordre ont pom' 1 itie Règle
& Statuts des Chevaliers du laint Empire de la Croix
de J-élfus. Il y eft marqué que les frères lervans de
cet Ordre porteront fur le manteau la croix noire ik
blanche fleurdelilee , & au cou une croix d'argent
ém.iillée , moitié de noir ^" moitié de blanc , avec
un ruban no-r , à la dilférencc des Chcvahers No-
bles , Doreurs & Commandeurs Grand Croix , qui
k porteront d'or*émaillée de blanc , avec cette de-
\ik , In hocfigno vïnccs. Il n eft point non plus mar-
qué dans ces Statuts que cet Ordre portera le nom
de S. Dominique & de S.Pierre. Le Père Helyot croit
c,u'il y a beaucoup d'apparence que ces Ordres n'e-
toient autre chofe que celui de la Milice de jejus-
Chrijl. Foyci cet Auteur , Hyi. des Ordr. Rdig. III ,
P. c. ""-.
Ordre de'Tafoi de Jesus-Christ. Chevaliers de la foi
de Jefus-Chnf?. Le P. Jean-Marie Canepano , dans
Ion Livre intitulé Scudo inefpugnabile de Cavaglieri
difantafè, &c. dit qu'il y a dans les Diocéles de
Milan , d'Yvrée & de Verccil , des Chevaliers de la
foi de Jéfus-Chrîft & de la croix de S. Pierre Mar-
■ tyri mais ce n'eft qu'une Compagnie de Gcntilhom-
mes , qui s'obligent au fervice de l'mquihtion.
lis en faifoient autrefois un vœu ; ils en font au-
jourd'hui ferment. Foyei le P. Hélyot , P. III , c.
Mihcé de Jésus-Christ. Ordre militaire. Foyei Mi-
JÉs^'is Christ , L'Ordre Àc Jéfus-Chr}Jl , les Chevaliers
de l'Ordre de Jéfus-Chriji. Ordre de Chevalerie in(-
titué par Jean XII ^ Souverain Pontife. Ordo Jeju-
Çhrljliy Equités Jefu Chrijji. Cet Ordre fut établi en
1510, à Avie;non, où rélidoient alors les Papes. Les
Chevaliers de l'Ordre de hfus-Chrlfi , portoicnt une
croix d'or pleine émaillée de rouge , & enlermée dans
une autre croix pâtée d'or , femblable à celle de l'Or-
dre de Ckrl/Î en Portugal , mais avec des émaux dit-
férens. Favyn en parle dans fon Théâtre d'honneur &
de Che\alerie. ^ , ^ , , t^ 1
Quelcues-uns appellent aulïï l'Ordre de_ Portugal
l'Ordre de /<-/I/5-C/î;7/? , mais maL Nous dilons l'Or-
dre de C/iriJl , (ans y mettre le nom de Je/us. Voy.
Christ. .
Il y a aulli un Ordre de Chrïjl en Livonie, dont
nous avons parlé au même endroit. Il y en a encore un
inilicué en Pritlfe , vers l'an 1130 dont nous n'avons
point parlé. La Religion Chrétienne s'étant établie en
Prulfe , les Pruffiens idolâtres firent une guerre cruelle
aux nouveaux convertis. Le Duc Conrad ayant en vain
cfiayé d'appaifer ces Barbares par des préicns , inftitua
par le confeil de Chriftien , auparavant Moine de Ci-
teaux, & alors Évêque de Prulle , un Ordre mihtaue
à l'exei-nple des Chevaliers deC/r;v/Zde Livonie , por-
tant un manteau blanc chargé d'une épée rouge & d'u-
ne étoile. L'Évéque revêtit de cet habit un homme de
mérite nommé Brunon , avec treize autres; &: le Duc
leur bâtit le château de Dobrin , dont on leur donna
le nom. Mais tous ces Ordres fe nomment limplement
Ordres de ChnJL, Chevaliers de Chnfi , (Se non point
de Jcfus Chiifi. .
JÉSUS. L'Ile de Jéfus. Infula Jcfu. C'eft une petue île
de la nouvelle 'France. Elle eft dans la rivière de S.
Laurent , au deffcus de l'île de Mont-Royal , dont elle
n ell: féparée que par l'embouchure de la rivière des
prairies. Maty.
JET.
ffT JET. f m. Jacltis. Ce terme eft employé dans l'a-
J E T
fige ordinaire , Zc dans les arts & métiers , dans des
acceptions tout à-fait diftércntcs. Pris dans la figni-
fication qui approche le plus du verbe jeter , il de-
ligne le mouvement d'un corps lancj , loit .ivec la
inain , foit avec un inftrument. Le jet d'une pierre
avec la fronde eft plus violent qu'avec le bras.
Ip" On le dit de même de l'efpace que parcourt le corps
lancé. Un jet de pierre figniiie autant d'efpace qu'en
peut parcourir une pierre qu'un homme jette de
toute fa foi-ce. Cette maifon eft fituée à deux jets
de pierre delà ville.
|p=- Jet , en termes de guerre. Efpèce de machjne de
guerre , en forme de pierriers , avec laquelle les
Anciens jetoient pluficurs Hèches à la fois , & des
pierres. C'eft ce que les Latins appeloient Balijla, qui
vient du Grec , Ba'aa , jetter.
IXT Jet des bombes , en Artillerie , c'eft la partie des
Mathématiques , qui explique les loixdu mouvement
des bombes , la ligne qu'elles décrivent en l'air , la
manière de difpofcr le mortier ^ pour les faire tomber
à une diftance domiée. Voyer^ Bombe.
Jet, en Hydraulique , fc dit du mouvement des eaux
qui font élancées , &c élevées en l'air. Jet deau. C'eft
une lance ou lame d'eau qui jaillit hors d'un tuyau ,
Ov- s'élève en l'air. Jqua Juliens. On a fl'.it plulieurs
beaux jets d'eau dans ce jardin. Cette gerbe d'eau eft
compofte de 50 jets. Il conduilit les amis dans de
fuperbcs allées , au bruit d'une infinité de jets d'eau
qui ne ic taifoient ni nuit ni jour. ^L de M. Pour
bien conduire les jets d'eau, il faut bien lavoir les
principes de l'Hydroftatique. Fluiieurs bons Mathé-
maticiens ont travaillé depuis quelques années fur le
mouvement des eaux , & la dépenle des eaux par
rapport aux jets d'eaux. M. Mariotte , dans Ion Traite
du mouvement des eaux , dit qu'un ;fZ d'eau ne peut
jamais monter aulll haut qu'eft l'eau dans fon refer-
voir , & qu'il s'en faut toujours un efpace qui eft en
raifon fous doublée de fa hauteur , ce qu'il prouve
par plulieurs expériences. Ip- En effet, la réliftance
de l'air , les frottemens des tuyaux font que l'eau
perd iiécellâirement une partie de fon mouvement ,
& par conféquent elle ne peut pas monter auffi haut.
I^oye:^ Frottement.
Les Fonteniers mefurent l'eau courante par pouces
& par lignes d'eau. Les pouces & les lignes d'eau fe
prennent des pouces & des lignes circulaires que con-
tiennent les léclions ou les furfaces des ouvertures ron-
des par où l'eau ccule fans avoir d'autre charge , ou
d'autre hauteur , que celle qui lui eft néceflaire pour
remplir prccilémcnt toute l'ouvertureen coulant : c eft
un pouce d'eau , loifque l'ouverture ronde eft d'un
pouce de diamètre. La ligne d'eau eft la 144*^ partie
d'un pouce d'eau.
On a trouvé par plufieurs expériences que ce qu on
appelle un pouce d'eau , donne ou dépenle en trois
jours zoo muids mefure de Paris de 2S0 pintes cha-
cun , ou 1600 pieds cubes. En 24 heures 166 miuds
& T de muid , qui font 186 pintes , ou_;3 5 pieds
& 4 cubes: en une heure deux muids Si i de muid,
Foyei les livres de M. Morland , de M. Mariotte ,
£'C". Voy. FONTENIER & EaU.
içj- Jet de filet. Terme de pêche , qui dchgne l'adion
'' de jeter le filet en mer , ou dans une rivière , pour
prendre du poillbn. lacius retis. Le coup de filet. S.
Pierre en un feul jet de filet lâché aunom du Sei-
gneur , prit tant de poiilbns, qu'il penia faire enfon-
cer la barque.
?(CJ" On dit acheter ley'erdu filet, c'eft-adire j acheter
tout le poill'on qu'on prendra par le coup de filet
qu'on va jeter. , , ., . 1 -
0Cr On appelle Jet de lumière, un rayon ae lumière
qui paroit fubifcmcnt.
fc? Jet , en Botanique , fvnonyme de pouffe , &: non
pas vouffee comme on le dit dans l'Encyclopédie.
Pouffée d'une branche ne fe dit point. Le ;<;f eft la
dernière production d'une plante ; ainli c'eft le bour-
geon développé , la branche qui fort , loit du tronc ,
loit d'une autre branche. On dit qu'un arbre jette
beaucoup de bois , que les jets d'un arbre loin beaux,
JET
Se annoncent f.i vigucui". On dcfcnd l'cntrcc des bef-
tiaux dans les taillis fraîchement coupés , de peur
qu'ils ne mangent le bourgeon , ou le nouveau ;6f.
§Cr (;n dit qu'une canne cft d'un fcul /ec , pour dire
qu'elle n'a point de nœuds. On dit aulli ablolumcnt
un /tr pour lignifier une canne. Voilà un beau /if ^
un jet bien droit , un jet ion cher.
^fT Jet d'.abeillcs. Terme déconomie ruflriquc , (ynony
me d'efiaim. C'cft le nouvel clLiini qui (ort de l.i ru-
che , & qu'on met dans une autre ruche. Novum
examen , fœtus emijfnius.
ne? Jet, en Arithmétique. C'cft le calcul fait par les
jetcoiîs. Le calcul au jet (avec les jcttons) cft moins
fur que celui qui fe tait à la plume.
Jet , en termes de Fauconnerie , eft une petite entrave
ou courroie qu'on met aux pics de l'oifeau , pour
l'empêcher de fe donner trop de mouvement , ou
l'attache d'envoi ou de retenue d'un oifeau de proie.
On attache les vcrvelles à un touret qui tient aux
jets. Ce mot s'écrit aulli get^ , Se vient de gie^ , vieux
mot François , qui fignilîoit lien 6c attache. Voye^
Ménage. En Latin on les appelle jacli, comme on
voit dans le Livre de la 'Vénerie de l'Empereur Fré-
déric IL
Jet. Terme d'Exécuteur. C'cft une petite corde qu'on
met au cou du patient. Mets lui le jet.
Jet , chez les Fondeurs & les Potiers d'étain , fe dit de
l'ouverture du moule, ou des tuyaux qu'ils font pour
fiire couler le métal dans leurs moules. Il y avoit tant
de jets pour fondre cette figure. On dit aulli , qu'une
figure eft d'un beau jet , quand elle eft bien venue ,
quand la fonte a bien réuffi : qu'elle eft d'un itxAjet,
pour dire qu'elle a été fondue tout à la fois. Chez
les Fondeurs en bronze jet fignifie les tuyaux de cire
qu'on fait d'une certame grolleur , & qu'on applique
dans les moules tk contre les ouvrages qu'on veut
jeter en métal.
Jet fignifie aullî , en termes de Plombier , un petit en-
tonnoir de cuivre , qui eft à un des bouts du moule
à fondre les tuyaux fans foudure , par lequel on verfe
le métal fondu dans le moule.
Jet. Terme de Peinture. Le jet des Draperies , Drape-
ries d'un beau/er, c'eft- à-dire qui font dans une dif-
pofition heureufe. §3° Le jet d'une Draperie lignifie
en général la manière plus ou moins naturelle dont
les plis font rendus dans le tableau.
Jet , en termes de Marine , fignifie l'appareil complet
de toutes les voiles d'un vaiilcau. Un vaiireau bien
équipé doit avoir du moins deux jets de voiles, & de
la toile pour en faire.
On dit aullî , faire le jet des marchandifes , quand
dans de gros temps on eft obligé de jeter une partie
de la charge du vailleau dans la mer pour le Soula-
ger. Dans la mer du Levant la coutume eft,que le Mar-
chand le premier faife le jet de quelque choie du
fien. Le Guidon règle l'ordre des choies dont on doit
faire le jet, au titre des Avaries. Les Pilotes croient
que l'huile calme & adoucit la tourmente : ce qui
les porte à en faire le jet plutôt que des autres mar-
chandifes. Ce terme fe trouve fouvent dans l'Ordon-
nance de la Marine de i6Si. Le Titre huitième eft
du jet 8c de la contribution. Au premier port. . . .
le Maître déclarera. ... la caufe pour laquelle il aura
fait le jet Ordon. de Marine, ^n. V. Les muni-
tions de guerre & de bouche, ni les loyers, & har-
des des Matelots, ne contribueront point au /«. Ibid.
Art. XI. Ne fera fait aucune contribution pour raifon
du dommage arrivé au bâtiment , s'il n'a été fait ex-
près pour faciliter le jet. Ibid. Art. XIV. Si le jet ne
fauve le navire , il n'y aura lieu à aucune contribu-
tion. Ibid. Art. XV. Si le navire ayant été lauvé par le
jet&c continuant fa route vient à fe perdre , les eftets
fauves du naufrage contribueront au /efj è/c. Ibid. Art.
XVI. Les dommages arrivés depuis \zjet aux marchan-
difes fauvées , &c. Ibid.
Jet &c contribution font deux termes qui font fort en
ufage parmi les Marchands &z ceux qui trafiquent lur
mer; ils fignifient que tous cetix qui ont mis fur le
vailfeau doivent contribuer à payer le prix des chofes
Tome V.
J E T
51
qu'on a été obligé de jeter pour foulagcr le vailleau.
Jet de feti. Terme d'Artihcier. On .ippcUc ainfi cer-
taines fufées fixes, dont les étincelles font d'un feu
clair comme les gouttes d'eau jaillillàntcs , éclairées
le jour par le iolcil , eu la nuit par une grande lu-
mière.
CD' Jet d'eau , en iv.énuiferic. C'cft une traverfc des
bas des dormans aux chailis de verre , pour rejeter
l'eau lorlqu'il pleur.
JETA. Ville de la 1 ribu de Juda , dans la Terre- Sainte.
Jeta. Ce fut une ville Lévitique, &: quelques uns croient
que c'cft la même que celle que Jofué appelle Jota ,
c. XV. V. //.D'autres en plus grand nombre les dif-
tinguent. Hoffman l'appelle aulli Jet/ian , ëc dit qi.c
c'cft encore un grand bourg à fix heues d'Éleuthéro-
polis, vers le midi.
JETCHEU. Ville de la contrée de Jetfengcn , dans l'île
de Niphon. Jetchuum. Elle eft d'un Royaume qui porte
fon nom, & dans lequel on voit la montage de Jet-
cheu, qui vomit des Hammcs. Maty.
JÉTEBA. Jetba. C'étoit la patrie de la mère d'Amon ,
fils de Manafsèsj 4. des Rois , XXI. 19. Le texte Hé-
breu dit n:2r'^ , Jotpah. Dans Jofephc il y a une tranf-
polition, il la nomme Jabaté. Antiq. X. 4. On la
prend ^owk Jétébatha. /-"byt-ç ce mot.'
JETÉBATHA. Jetebatha. Les Septante la nomment Ete-
batha. Deut X. 7. I] y avoit beaucoup d'eaux & de
torrcns ,8c c'eft apparemment ce qui invita les Ifraéli-
tcs à y faire leur trentième campement. Ce lieu ctoit
voilîn du mont Gadgad.
JETÉE ou JETTÉE. f. f. Digue ou muraille qu'on fait
dans la mer à force d'y jeter une grande quantité de
gros quartiers de pierre , pour fervir d'entré<; , de mole
& d'abri , ou de couverture à un port , IJCT ou pour
le rellcrrer à fon entrée. Moles. Ces matériaux entaf-
fés, ordinairement foutenus de pilotis, fervent auili
à rompre l'impétuolite des vagues.
IJCr On le dit encore des digues ou chauffées qui avan-
cent dans la mer , à l'extrémité defquelles on conf-
truit des forts pour défendre l'entrée du port.
Jetée. Se dit aulli des am.as de pierres , de làble & de
cailloux , jetés dans la longeur d'un mauvais chemin ,
pour le rendre plus praticable. Ce chemm-là eft de-
venu très- commode depuis la jetée qu'on y a faite.
AcAD. Fr.
Jetée. Terme de Chandelier. On appelle /eree de chan-
delles , le nombre de chandelles qu'on peut mouler
d'une feule fonte de fuif.
Jetée. C'eft le nom que l'on donne au nouvel effaim
que font les Abeilles une ou deux fois par an, & que
l'on met dans une nouvelle ruche. Voilà une des plus
fortes jetées de mouches qu'on ait jamais vue.
JETENG. {. m. Terme de Calendrier. Nom du fcptième
mois dans le Calendrier des peuples de l'Igur &: du
Turkeftan_, qui eft le même que celui de Cathaïens.
D'Herbelot.
JETÉLA. Nom d'une ville de la Terre Sainte. Jethela.
Elle étoit de la Tribu de Dan, Jof. XIX , ^2. Les
^Septante la nomment Silatha.
JETHER. Il y avoit autrelois dans la Terre- Sainte une
ville de ce nom ; elle étoit dans la Tribu de- Juda ;
il en eft parlé dans le liv. de Jcfiu XV, 4S & XXI ^
14 &: au I , liv. des Rois , XXX , 2j. D.ivid étant
arrivé à Sicéleg, envoya du butin qu'il avoit pris
aux Anciens de Juda , qui ctoient fes proches en leur
faifant dire , recevez cette bénédiction des dépouil-
les des ennemis du Seigneur. Il en envoya à ceux qui
croient à Béthel , à ceux de Ramoth , vers le midi ,
à ceux de Jether. Saci , /. des Rois. XXX , zj. Jé-
ther tut une ville Lévitique , & un alyle pour les ho-
micides involontaires. Les habitans s'appellent Jé-
thrécns ou Jéthrites.
JETHETH. Nom d'une ville de l'Idumée. Jetheth. Il
eft parlé Gen. XXXVI , ./.o ,&c i. Parai. /^ //. du
Gouverneur de Jétheth , &: il eft dit que cette ville ,
(J: les autres de l'Idumée , n'eurent plus de Rois de-
puis la moH d'Adad , mais feulement des Ducs , eu
Gouverneurs. Quelques uns prétendent néanmoins
que Jcthcthj 8c les autres noms propres oui fe trou-
Gij
J E T
vent dans les endroits ci-dciliis:, lunt les noms ce ces
Gouverneurs ; c'ell le icntiment de Liranus , que 5aci
a tuivi dans Ci verilon de l'Ecriture. Mais il elt bien
plus naturel de les prendre pour des noms de lieu,
avec Toltat , Mcnochius , & d'autres plus anciens in-
diquées par Liranus. Carde même que dans -irjs £1?!:?,
ALloup Edom , le premier mot eil au régime , & Edom
cft un nom de peuple , ou de contrée , &z que cela
fignitie les Gouverneurs d'Édom ^ ou de l'Idumée , de
même nni-n^.-J Allouph Jctheth , doit être pris pour
le régime , & par conlequent le fécond mot n'eft point
le nom propre du Gouverneur. D'ailleurs , les hom-
mes qui portèrent les premiers noms , Se les donnè-
rent aux diftérentes peuplades qu'ils firent dans l'Idu-
ïrAe j font bien avant ces Gouverneurs ; aind ces noms
croient déjà des noms de villes , au lieu que nous ne
favons point s'il y eut depuis des chels de peuples qui
les portallent. De plus , quelques-uns de ces noms ne
femblent pas pouvoir être des noms d'hommes , com
me Alva, Oolibama, Ela, &c. Enfin h c'écoient des
chefs , qui le fullenr luccédé les uns aux autres , com-
me les Rois , dont l'Écriture parloir auparavant , elle
le diroit, comme elle l'a dit des Rois. Puis donc qu'elle
change la manière de s'exprimer , & qu'elle rapporte
tous ces chefs en gros , & fans marquer leur fuite &
leur fuccelîîon , on ne peut prefquc douter qu'elle ne
veuille nous fiire entendre qu'après la mort d'Adad
toutes ces villes formèrent autant de petites Républi-
ques qui (e firent chacune leur chef.
JETHNAN. Nom d'une ville de la Terre Sainte. Jeck-
nam. Elle étoit de la Tribu de Juda. ]of. XF, 2j. Le
Texte Hébreu l'appelle Jethnam.
JETHRÉEN, ENNE. i. m. Habitant de Jéther. Jethr^us.
On dit Jéchrite.
JÉTHRITE. f. m. & f. Habitant de Jéther , Jéthréen.
Jcthrjiiis j Jithrïtes.
JETHSON. Nom d'une ville de la Terre-Sainte , Jof.
XXL 3û.
JÉTICUCU. f. m. C'eft le nom que les Habitans du
Brehl donnent à une plante qui croît en plufieurs en-
droits de l'Amérique. On l'appelle d'ordinaire iWcAoa-
can , du nom d'une Province de la nouvelle Elpagne ,
d'où elle a été premièrement apportée. Foyez ME-
CHOACAN.
JETISSE. adj. f. Laines jetiffes , ou de rebut.
JETON , ou JETTON. f. m. Petite pièce ronde Se plate ,
ordinairement de métal , dont on le lerr pour calculer
pludeuis iommes , ou pour marquer Ion jeu, ou au-
tre choie. Calculas. On fait àzs jetons d'or , d'argent,
de cuivre. Les villes & pluhcurs corps font battre des
jetons chacun avec leurs deviles pour faire despréfens.
Une bourfe de jetons en contient un cent. Charron
dit que les Rois font de leurs lujets comme des /£ro;2j j
ils les font valoir ce qu'ils veulent , félon l'endroit où
ils les placent. C'eft ce que Plante a dit de les dieux j
nos ut pilas habent. On fait aullî des jetons d'ivoire
Se tout unis , qui fervent au Trictrac à marquer le
jeu. Quand on avance trop le jeton , on envoie à l'E-
cole.
^^3" Le mot cakuli , que nous exprimons par jetons j
s'cntendoit originairement de tout ce qui lervoit à fai-
re des calculs lans écrire , comme de petites pierres,
des coquillages , &c. Nos jetons fabriqués comme des
pièces de monnoie ne font pas à beaucoup près aullî
anciens.
Jeton vient de jaclo , qu'on a dit pour jaclus. Ménage
& Saumaise.
On appelle aulîî jeton , ou jet d'abeilles , l'eiraim
des jeunes abeilles qui le renouvellent Se fortent des
ruches. En Latin emijjltius apum fœtus.
Jeton. Les Fondeurs de caraètères d'Imprimerie appel-
lent jeton, nnc petite plaque de cuivre ou de laiton
très-mince , avec laquelle ils font la juftification de
leurs Lettres nouvellement fondues.
Jetons qu'on nommoit autrefois ycwinf, jetouers, get-
teurs J goets jgets & gietons. Ce nom doit Ion origine à
l'aèlion de compter ou de jeter , parce que l'on s'en
fcrt pour comoter , &c.
'JETONIERS , ou JETTONIERS. Ou a appelé .ainlî
J E T
ceux de l'Académie Françoife, qui alloient réguliè-
rement aux Alicmblées pour avoir leur jeton. Se
qui ne failoient pas autrement honneur à cette cé-
lèbre Se favante Compagnie. Les jetons deftinés aux
abkns font partagés entre ceux qui alîîftent à la
léance. M. l'Abbé Furetière a étendu ce terme trop
loin. Se a traité de Jetoniers de fort bons Auteurs,
Se de fort illuftres Académiciens.
JETSENGEN , ou JETSÉSEN. Nom d'une Région du
Japon. Jctfangena , ou Jetfengena Regio. Elle eft
une des cniq principales de l'île de Niphon. Elle
s'étend dans toute la largeur de l'île , du nord au
lud , ayant au levant le Quanto , & au couchant le
Jetiengo. Ou y compte dix Royaumes ou Provinces.
Maty.
JETSENGO , ou JETSEN. Nom de l'une des cinq Ré-
gions de l'île de Niphon , la principale de celles du
Japon. Jetfenga , Jctfena. Elle a le Jetfengen au le-
vant , & le Jamailoit au couchant : on y compte
douze Royaumes , ou Provinces , Se l'on y voit la
ville de Méaco , autrefois capitale de tout le Japon.
Maty.
§3° JETTER. v. a£l. Jacere , Jaclare , projicere. L'A-
cadémie écrit jeter i je jette j je jetais , j'ai jeté , je
jetcrai. C'eft lancer avec la main ou avec quelque
machine, pouller au loin avec effort de bras ou
de machines. On jette des grenades , des bombes ,
des carcalles avec la main , avec des mortiers. On
jetcc une pierre avec la main , avec une fronde. Les
Anciens jettoient des pierres Se des dards avec des
machines qu'ils appeloienc halifles Se catapultes. Les
cendres de ceux qu'on brûle font jettées au vent. La
tempête a jette ce navire courre les rochers.
^fT On jette quelque chofe au feu. On jette des mar-
chandifes à la mer. On jette de l'eau par la fenê-
tre.
Jetter, fignifie fimplemcnt , poufler , ou remuer fans
faire un grand eltort. M'utere j emittere , jaclare j
conjicere. Jetter les dés hors du cornet. Jetter les car-
tes fur la table. Jetter une pièce en l'air en jouant
à croix - pile. Il faut jetter la terre de fon côté ,
quand on le retranche. Il s'eft jette fur le lit pour fe
repoler.
Jetter , fignifie aulîl , abattre , renverfer. Projlernere.
Ce luteur a jette fon homme par terre à force de
corps. On l'a jette fur le carreau d'un coup d'épée.
Il iii\i.x. jetter par terre, abattre ce bâtiment.
|tcr Corneille a dit dans les Horaces , jetter à bas. Trop
foibles pour jetter un des partis à bas. Expreflîon
familière qui ne ieroit pas même admife dans la Pro-
fe. C'eft une de ces négligences qu'il le permettoit
quelquefois dans les petites chofes.
Jetter , fignifie aullî , poufter quelque chofe hors de
loi. Le mont Gibel jette des feux, des flammes, de
la cendre, des pierres ponces. Cette fource, cette fon-
taine jette de l'eau gros comme le bras. La triftelie
fait jetter àes larmes , des loupirs. Les flots agités
les feuilles de laurier, les poils d'un chat jettent des
étincelles de leu. Ce diamant jette un grand éclat.
Un ver luifant jette la nuit de la lumière.
Jetter , fe dit aullî en parlant de quelque mouvement
de fa perfonne. Un enfant fe jette au cou de fa mère
pour la carefler. Ce brave ie jette à corps perdu dans
le péril J dans la mêlée. Ils le jctterent dans une cha-
loupe. Vaug. Un loldat fe jette fur le butin ; un
homme .iftamé lur le premier plat qu'il trouve , s'y
porte avidement. Ce jeune homme s'eft jette dans un
couvent , dans la dévotion : cet autre s'eft jette dans
la débauche , dans le jeu. On fe jette dans un parti.
Exprellîon en ufage en fait d'opinion Se de ^nti-
mens, comme en fait de guerre.
^fT On dit familièrement jetter une chofe à la tête de
quelqu'un , dans le fens propre , c'eft la lancer ; dans
le figuré, c'eft la lui donner fans qu'il la demande:
Se fe jetter ï la tête de quelqu'un, s'offrir à lui avec
emprciremenc , & fans en être recherché. On dit
aullî , fe/'t"fff raux genoux , aux pies de quelqu'un , pour
en obtenir quelque grâce, pour implorer la clémence i
fe jetter entre fes bras , pour obteiiir fa proteftion.
JET
IP" Jetter , fc dit dans un Cens figuré , dans des ac-
ceptions diflrcicntes.
§0 Jetter les fondemcns d'une Monarcliic, d'un Em-
pire , d'un Édifice. C'cll: être le premier à les créer,
à les former.
^{Cr Jetter les jeux fur quelqu'un , c'cft le dcfliner à
quelque choie.
%C} Jetter des hommes , des vivres dans une place ,
les faire entrer promptemcnt , dans le hc(oin , mal-
gré les ennemis qui la bloquent ou l'adiégcnt. Jcttcr
de la poudre aux yeux , exprcllion familière, éblouir ,
furprendrc par de faux brillans.
On dit qu'un homme jetce feu & flamme ; pour
dire, qu'il eft fort animé: qu'il a /erre tout (on tcu ,
fon venin , lorfqu'il a déchargé (a colère , qu'il a dit
tout le mal qu'il lavoit de fon ennemi : quand il a
jette la divifion , la difcorde dans une famille , dans
l'État ; pour dire , qu'il y a excité des querelles , des
dill'entions. On dit aulli, qu'on jette des regards de
piété , de tendrelle, d'amour , de bienveillance ; pour
dire qu'on témoigne par fes regards qu'on eft touché
de quelqu'ivi de ces fenrimens.
ffF Jetter fes foupçons fur quelqu'un , c'cft le loup-
çonncr.
^^' Jetter des foupçons contre quelqu'un , c'eft le faire
foupçonner.
ffl' Jetter des foupçons dans l'efprit de quelqu'un ,
c'cft les frire naître.
^3" On dit aulïï jetter de l'opprobre, de l'infamie , du
ridicule. Dans ce cas pour que cette métaphore ne
manque point de juftciîe , il faut que le mot jetter
rappelle l'idée de quelque fouillure dont on peut
phyflquement couvrir quelqu'un.
En ternies de Marine , on dit jetter l'ancre , quand
on aborde à un port , à une rade ; c'eft lailfer Tom-
ber l'.ancre lorfqu'on veut arrêter le vaillcau. Jetterla.
fonde ou le plomb , quand on veut lavoir la hauteur
de l'eau, ou s'il y a fond. On dit aufll , jetter le fi-
let , quand on veut prendre du poifton. On dit auili ,
qu'un cap , une pointe de terre fe jette bien avant
en mer; pour dire , qu'elle y avance beaucoup. Jet-
ter un vaifteau fur un banc , fur un rocher , à la
côte , c'eft l'y conduire ,1'y porter exprès , l'y échouer.
Jetter du blé ou d'autres chofes à la bande , c'eft met-
tre tout le blé ou autres femblables chofes d'un côté
du vaifteau , au lieu qu'elles étoient placées égale-
ment par-tout : cela fe pratique pour faire un con-
trebalancement à caufe d'une tempête , ou de quel-
que autre accident. Jette dehors le fonds du humier,.
c'eft le commandement qui fe fait à ceux qui font
à la hune de poufter dehors la voile du mat de
hune.
Jetter. Terme d'ouvriers en dentelles. Jetter une bri-
de , fîire uiie bride. Une bride bien jettée , bien
faite.
En termes d'Arithmétique , /errer fîgnifie, calcu-
ler, fupputer. Ce Marchand fait fort bien jetter à
la plume & aux jetons. On dit jetter , plutôt du cal-
cul qu'on fait avec les jetons , que de celui qu'on fait
à la plume.
En Médecine , jetter fe dit des plaies , des ulcères
qui fuppurem, qui font fortir de mauvaifes humeurs.
Cette plaie jette du pus. On dit encore , il jette du
fable par la verge. Il a jette des vers par le fon-
dement , par la bouche.
tP^ Jetter , terme de Maréchallcrie , fe dit d'un che-
val qui a un écoulement par les nafaux , d'une hu-
meur plus ou moins épaifle , noirâtre ou languino-
lente. Ce cheval jette la gourme. Ce cheval jette
beaucoup , il eft morfondu. Dans les chevaux qui
jettent . la dépuration du fang fe fait par la membra-
ne pituitairc.
En Juiifprudence , on dit jetter un dévoIut;pour
dire, impétrer en Cour de Rome la provilîon d'un
Bénéfice qu'on prétend vaquer par l'incapacité de la
perfonne, ou la nullité du titre du Titulaire. Jetter
une excommunication : pour dire , la publier , la
fulminer. Jetter des bans d'un mariage ; pour dire ,
en faire les anno.nces au prône. Jetter des lots ; con-
JET
13
/icere fortes in urnam , pour dire, voir par le foit à
qui chacun des lots d'un partage qu'on a lait pouria
échoir.
En termes de Peinture 6c de Sculpture , on dit
jetter les draperies , pour dire , les bien acconuiio-
dcr , en dilpofer bien la htuation, les pli';, &c. les
repréfenter , les dellincr d'une manière r.oble &c gra-
cicufe ; de façon qu ils annoncent fans équivoque
les objets qu'ils couvrent. Ce Pcirjtre entend bien à
jetter une draperie. Voilà des draperies bien jettées.
En termes de Géographie on dit que des terres ,
des côtes , des ilcs , des rochers , des bans j des caps,
&c. font bien ou mal jettes fur les Cartes , lorfqu'el-
Ics (ont bien ou mal htuées, placées ou non , à l'en-
droit ou du côté qu elles doivent être. Les îles du
Cap vert font mal jettees fur les cartes. Elles font
plus au (cptentrion qu'on ne les marque.
En Agriculture , on dit que les Mhïes jettent , lorf-
qu'ils poulicnt des bourgeons, des dons ; qu'ils jet-
tent beaucoup de bois. Les blés ont déjà beaucoup
jette , c'cft a dire, déjà beaucoup donné de fanne. Cet
arbre ne jette guère. Nos melons ont déjà jette de
grands bras. Liger.
On dit auili que les abeilles jettent, quand elles
donnent de nouveaux efîains. ^f3' En hydraulique, on
le dit de l'eau qui jaillit avec impéruofité. Cette fon-
taine jette gros , jette tant de pieds de haut, f^oye'^
Jet.
En termes de Vénerie, on dit qu'un cevi jette fa
tctCj lorfqu'il mue , que (on bois tombe : ce qui ar-
rive en Février , ou en Mars.
En Fauconnerie on dit , jet:er un oifeau du poing ,
quand on donne l'oifeau après la proie qui fuit : ce
qu'on appelle aulli voler à la toïfe. A l'égard des
autours , on dit les lâcher. Jetter , fe dit en parti-
culier du faucon ; jetter le faucon & lâcher l'autour.
Faultrier. Jetter -nnii. pieds la perdrix , c'eft voler
droit delfus & la lier. Idem.
En Fonderie , ou Moulure , on appelle jetter ,
faire couler le métal , ou autre chofe liquéfiée dans
le moule qui eft préparé pour cela. On dit jetter
en or , en argent, en bronze , en plomb , félon qu'on
fe fert de l'un de ces métaux pour l'ouvrage ou la
figure que l'on veut fondre. Il a. jette' cette ftatue en
bronze , en fable. On jette le fer fondu en des lin-
gotières pour faire la gueufe. Cet ouvrier jette fort
bien en cire , fait bien relfembler les perfonnes. Et
on dit en général d'une chofe dont le travail eft long,
qu'elle ne fe jette pas en moule.
Jetter en sable ou en terre , c'eft faire couler du mé-
tal entre deux tables couvertes de fable ou de terre
des fondeurs , dans Icfquelles on a imprimé la figu-
re qu'on veut qui y foit rcpréfentée. La Bruyère a fait
une phrafe figurée de ces termes , quand il a dit , qu'il
y a un Tigiilin qui foufFie , ou qui jette en fable un
verre d'eau de vie.
Jetter du plomb fur toile. C'cft fe fervir d'un moule
ou table, couverte de drap ou d'érofe de laine , &: par-
dellus le drap , d'une toile ou treillis bien tendu, pour
y couler du plomb en lames très minces.
Jetter de la chandelle. Terme de Chandelier. Il ne fc
dit que dans la fabrique des chandelles moulées , &
figniiie remplir de fuif les moules qui font dreffes &
arrangés fur la table à moule. Dans la fabrique des
chandelles communes , on dit , plonger la chandelle ,■
ou fimplcment, faire de la chandelle.
%f3' Jetter , terme de Cirier. C'eft verfer la cire fur
les mèches imprimées , y mettre la féconde couche
de cire.
Jetter , fc dit proverbialement en ces phrafes. Il a
jette le froc aux orties , pour dire , il a quitté le
Couvent , il a apoftafié. On le dit auffi d'un novice
qui a quitté l'habit avant la profelîion , & par ex-
tenlion d'un jeune homme qui quitte l'Etat ecclé-
fiaftique , ou toute autre profelîion. On lui a jette le
ci at aux jaHibcs; pour dire , on l'aaccufé, on l'a ren-
du rctponfable d'une faute que les autres avoient fai-
te. On dit auflîyiTfcr des n:arguerites , ou des pier-
rci piccieufcs devant les j-curceaux : pour dire, faire
54
J EU
voir de belles chofes à ceux qui ne s'y connoillenr
point , <ini ne s'en loucient point. Ce proverbe cA
pris de l'ÉvAngile. Match. Fil , 6. C'étoit un pro-
verbe chez les Juifs. On dit aulTi jettcr de la pou-
dre aux yeux de quelqu'un : pour dire , l'éblouir , lui
faire paroitre une choie plus belle qu'elle n'eft en
■effet. On dit aulll d'un bon ménager , qu'il ne jene
pas Ion bien par les fenêtres , qu'il ne jette pas les
épaules de mouton toutes rôties. On dit/etterie man-
che après la coignée , lorfqu'on délefpère d'une af-
faire , & qu'on abandonne tout. On dit aulli jetter
de l'huile Cur le feu -, pour dire , animer encore ceux
qui font déjà en colère. On dit d'une chofe où l'on
a quelques prétentions , qu'on n'en jetieroit pas la
part aux chiens. On dit , fe jetter (ur la friperie de
quelqu'un ; pour dire , l'outrager , ou de fait, ou de
parolo-s. On dit aulfi d'un miférable , d'un homme qui
n'a point de fupport , que tout le monde lui jette
la pierre , l'accule , le maltraite. On dit aulli , qu'il
faux, jetter un os à quelqu'un , quand on lui fait part
de quelque profit dans une affaire à laquelle il peut
faire quelque obftacle. On dit , qu'on a jette Ion
couffinet fur une choie-, pour dire j qu'on a regardé
qu'une choie convient (Si qu'on fait les eftorts pour
l'obtenir. Je ne fuis pas de ces gens qui jettent leur
amitié à la tête -, pour inutile que Ibit la mienne , j'en
fuis avare. R.
JETTE j ÉE. Part. Il a les fignincations du verbe.
Pas JErrij oulîmplement .^£rr£jl. m. Terme de
danfe. Le pàs jette le tait en lautant. Le demi y'^ffc-fc fait
en fautant à demi. Rameau. Ce pas ne fait que la
partie d'un autre pas j aind un jette leul ne peut rem-
plir une mefure j il en faut faire deux de fuite pour
faire l'équivalent d'un autre pas ; mais il fe lie aifé-
ment dans la conftruélion des autres pas. Comme ce
n'eft que par le plus ou le moins de force dans le
cou du pied j qu'on s'élève , ainli ce pas dépend du
cou de pied pour le faire avec légèreté. Pour le faire
en avant J je fuppofe que vous ayez le pied gauche
devant & le corps polé dellus , la jambe droite prête
à partir dans le moment que vous pliez lur la jambe
gauche , la droite s'approche auprès , & lorfque vous
vous élevez _, ce qui le fait par la force du pied gau-
che, qui s'étendant avec force , vous rejette lur la
droite, parce qu'elle achève de fe palier devant ,
lorque vous vous relevez en tombant lur la pointe
du pied droit , il ne faut poler Ion talon qu'après ;
ce qui termine ce pas. Ils fe font en arrière &c de côté
également. On les tait encore d'une autre manière ,
en ce qu'il faut prendre plus de force pour les lau-
ter , ce qui le fait en le relevant plus vire , Se étendre
fort les jambes en les battant fort l'une contre l'au-
tre, en retombant lur le pied contraire à celui qui
a plié ; pour lors il change de nom , & on l'appelle
demi cabriole. C'eft un pas de ballet. Rameau.
JEU.
Ces lettres i«M, dans les mots Dieux , lieux , deux,
mieux , ne font qu'une lyllabe , on en trouve p.ir-
tout des exemples ; dans les autres mots , comme pre'-
cieux , ambitieux , &c. elles en font deux.
|CrJEU. f.ra. Du Latin. Jocus. Men. Du Cange dit que
le mot de jeu de dés ne vient pas de Jocus , mais
de Juis de Dieu , vieux mot François qui lignifioit
Jugement de Dieu , parce qu'on mcttoit les jeux de
halard au nombre des Jugemens de Dieu.
03" Le mot de jeu , Jocus , lufus , le dit en général de
tout amufement , d'une occupation légère , & qui
plaît , de tout palle temps , pour diftraire l'efprit de
les fatie;ues , ou pour éviter l'ennui , de tout ce qui
fe fait d'agréable ou de badin par efprit de gaieté ,
ou par amufement. Jeu innocent. Jeu d'enfant. S'a-
mufer à de jjetits jeux. On dit familièrement d'une
affaire lérieufe , que ce n'eft pas wnjeu d'enfant. Pren-
dre une chofe en jeu , en plailanterie.
^^ Jeu fe prend plus particulièrement pour un exer-
cice de récréation , alïujetti à de certaines règles , &:
auquel on hafarde de l'argent. Dans cette acception
JEU
générale , il comprend les jeux de hafard , comme
les jeux de cartes ou de dés , où le hafard leul dé-
cide prelque toujours de la perte ou du gain , les
jeux d adrelle , comme la paume , la mail , où l'a-
drelfc a plus de part que le halard ; Ik les jeux de
pur efprit , comme les échecs , les dames , dans lel-
quels l'habileté feule a part. C'eft principalement des
jeux de halard qu'on dit aimer le jeu , être adonne
Wi jeu. La pallion à\xjcu , a proprement parler , n'eft
pas une paftion naturelle ; mais elle a été inventée
par l'elprit , & par l'induftrie des hommes. Scud.
La paftion du jeu en particulier , eft la pallion du plai-
fir en général , qui fe varie lelon les divers génies &
les divers tempéramens. Id. Un honnête homme ne
doit s'engager au jeu que pour le délafter : il ne doit
pas jouer avec la même ardeur que ceux dont le jeu
eft la paftion dominante. Bell. Le jeu eft une manie
dont il faut fe corriger de bonne heure , de peur de
ne devenir lage que quand il n'eft plus temps de l'ê-
tre. La fureur du jeu a gâté les converfations. Le jeu
eft un amulement innocent , pourvu qu'on ne s'en
falfe pas une palfion , ni une occupation continuelle.
Le jeu , dans mon fenriment , ne convient nulle-
ment à un homme qui fait protcllion de piété ; il
ne peut s'en faire un amufement , ni une affaire ,
ni un plaifir, laiis oublier ce qu'il eft. Un Chrétien,
mais particulièrement un Eccléfiaftique & un Prê-
tre , doit lavoir qu'il n'a point de moment à per-
dre , & qu'il n'y a rien qu'il faille ménager davan-
tage que le temps , piùfque c'eft le prix avec lequel
il doit acheter l'éternité. On alléguera beaucoup de
raifons encore contre ma penlée j on dira qu'il y a
quelques règles de l'Églife , qui parlent des jeux per-
mis aux Ecclélîaftiques ■, mais cela n'a été accorde j
qu'à la dureté des cœurs , & on peut dire , Ab initia I
non fuit fie. On ne verra point que S. Polycarpe , S.
Cyprien , S. Bafile , S. Grégoire , S. Ambroife , S.
Auguftin , ic une infinité d'autres aient accordé ou
approuvé ces fortes de récréations. Cependant c'eft
fur les fentimens de ces grands Saints que les Prê- |
très de Jésus-Christ doivent former leur conduite. '
Ab. de la Tr. Il n'y a rien fur la terre qui puille
égaler ni le temps qu'on emploie inutilement au jeu ,
ni l'elprit de piété qui fe diftipe entièrement dans
cette agitation véhémente des paillons dont il eft tou-
jours accompagné , ni enfin le repos de la confcieii-
ce qui y eft intéreffée en tant de manières. P. Ver-
jus. La féconde partie du fermon du P. Bourdaloue ,
Jéfuite , fur les divertllfemens du monde , eft une
excellente inftrudlion lur le jeu , ôc contre les défauts
du jeu.
Il ejl bon de jouer un peu ,
Mais il faut feulement que le jeu nous amufe.
Des-H.
A la Chine le jeu eft également défendu au peu-
ple &■ aux Mandarins. Cela n'empêche pas qu'on ne
joue , & qu'on ne perde fouvent tout fon bien , d
maifon, l'es enfans , fa femme même , qu'on met
quelquefois fur une carte ; car il n'eft point d'excès
où la paftion de gagner & de s'enrichir ne porte un
Chinois. Mais outre que c'eft un dérèglement où les
Tartares les ont engagés , depuis qu'ils font les Maî-
tres , il faut encore prendre beaucoup de mefures
pour fe cacher ; &: par conféquent la loi qui le dé-
fend , eft toujours en la vigueur , & ne laille pas
d'empêcher de grands déloidres. P. le Comte. 11 y
a un Traité du jeu par M. Du Tremblai.
Il y a plufîeurs autres traités du jeu. Celui de M.
Barbcyrac , imprimé à Amfterdam en 1709 , où il
examine les principales quelHons de droit naturel &
de morale , qui ont du rapport à cette matière , eft
curieux &c inftrudtif.
Dans les mains du joueur nul bien qui ne chancelle.
On gagne en s'abfienant du jeu.
// efi tout comme l'étincelle :
.Aux plus riches palais il peut mettre le feu.
Tcmoin lliôtel de Sully que le fameux joueur Gal-
let hit oblige de vendre pour payer Tes créancicrî. M.
BroiLttc iuL ka vers 8 1 de de la huitième Satyre de
Defpréaux.
IP Jtu Ce dit aulî) de l'argent qu'on joue. Jouer beau
jeu, gros /Ci: , petit /eu. Jouer un jeu à le ruiner.
':!rer k jeu , y aller du jeu. J'en fuis du jeu. Ter-
mes ulitcs aux jeux de renvi.
|0-^ On le dit encore des règles du jeu , de l'art de
conduire fon jeu. On dit dans ce fens jouer le jeu ;
c'eft le /eu , le vrai jeu.
le jeu d échecs rcjfanl^le au jeu des vers.
Savoir la marche ejl choje très-unie ,
Jouer le jeu^ cefi le fruit du génie'.
tfT Aux jeux de cartes on le dit encore pour celles
qui viennent C'elldans ce fens qu'on dit , tenir , jouer
le ]cu de quelqu'unr Je n'ai point de jeu. J'ai un beau
jeu , un vilain jeu. Ruiner fon jeu ert écartant. Ca-
cher, montrer fon jeu.
J£UDE Paume. Ces mots fignificnt deux chofes en
hrançois, le lieu où l'on joue à la paume, & l'exer-
cice même de la paume. Un gvmd jeu de paume ,
un jeu de paume commode, obfcur, clair j &c. c'efl
Je heu. Le jeu de paume contribue à la fanté par les
lueurs qu'il caule, c'eft l'exercice. Jeu de longue pau-
me a les deux mêmes lignifications.
On appelle abfolument /eu de paume , un jeu de
courte paume; /t-a de dedans , celui qui outre la ga-
lerie ordinaire en a une appelée dedans , qui occu-
pe le fond du cote où ks autres ont le trou ; de
l'autre cote , qui eft celui de la grille ^, il y a un
taméour à quelque diftancc de la grille , dans le
inur fuppofe a la grande gallerie. Jeu carré, celui où
Il n y a m dedans , ni tarnéour. Il y en a de couverts ,
& de découverts.
On appelle auih le jeu , une partie du jeu qui efl vers
r f "^^^./"''^"■^" 'i^^^i':'-. Il ne fe fait point de chafî'e ,
Il la balle ne va jufqu'à deux ou trois carreaux de la
marque qui eft du côté du jeu.
On dit aulfi, que les parties fe font de quatre ou
<leiix jeux, dont chacun eft compofé de quatre coups
qu on gagne : qu'on a l'avantage des jeux , quand on
a un jeu leulement (ur fon adverfiirc ; à deux de jeu
quand on en a autant l'un que l'autre.
ffr Al égard des autres jeux , comme les cartes , le
l"^:'T 1 ' r'' ^'- '" '"°^ ^= i'" ''S»'h> l'exer-
ôuer '"'^'-umens , les chofes qui fervent à
Le Jeu DE cannes chez les Turcs , eft un exercice qui
le fait par des Cavahers da.is l'Améïdan , ou place
Royale de Conftantinople. Il fe fait avec'des bran-
ches de palmiers taillées en traits , que des hommes
à cheval fe lancent les uns aux autres , pour s'en-
tretenir dans les exercices delà lance, delà pique,
& du javelot. Ils appellent ce jeu Gind Omi, c'eft-
feuilfeL^' """ '" "*' P"'"''"' '•^P""^^'^ ^^ ^"
Jeux de main. Le, jeux de main, font k^jcux où l'on
louche des mams à ceux avec qui l'on joue. On ap
^€ik jeux demain les badineries , qui conhftent ou
qm vont a fe donner des coups, à le frapper , ou
à le faire quelque mal avec les mams. Et qufnd quel-
qu un en t.ni le un autre , qu'il le touche , qu'il le
Wal;^''. • ' ^""'^' ^'^ ' ^'^^"^ " dit , arrêJez vous;
je n aime point tous ces jeux de main
On appelle Académie de jeu , les lieux publics où
ion donne ajouer a tous venans , où l'on tiem plu-
fieurs jeux, où il y a pluheurs tables de jeu
Z-usieT7'"T°'' ' ^■'■°'; ^PP^ll- --autrement
don^n ' ^"^'"■'' ™°'"<^ ^'^^P'i^ ' '"oi"^ d'ac-
tion , quon invente pour divenir une com^-aenic
comm^ ce ui des Heurs , d.s proverbes du ïl ^.^
oes tchecs. Ces jeux font trilles, & férieux , c^ di
JEU
JS
:c";'l2^it:^^!;x,r'^"'^°"^"^'™"^"p-
On.ipj,elle au(1i;c7« d^frit, certains /.«;.oùJ'on
■^roui c^f '"■ ''"'" " ^^ """-'^ de Chr'olo
g.. qu. d hu comme un /eu d'oie, où Ion apprend
en jouant les principales époques des temps. Defma-
T{^!nl 'V" ''' "'r" P^""" =iPPi-^-»dre l'Hiftoire
de hance. Buxenus a fait un jeu pour apprendre
toutes les propriétés des nombres , qu'il appelle Ri-
thmomachie. M. l'Abbé Dangeau & le 1\ Buflicr en
ont fait pour l'Hiiloirc & la Chronologie
Jeux D'ESPRIT, font aulli des compolitions agréables,
qu, font faites plutôt pour divertir que pourinftrui-
re comme le Combat des Rats cV des Grenouilles
d Homère le Panégyrique de Bufiiis & celui d Hé-
lène par llocrate ; la plupart des ouvra .es de Lu-
cien les dialogues, les vraies hiftoires, Ibn combat
&: eelm de d Ab ancourt , la Guerre Grammaticale ,
a Nouvelle Allégorie , la défaite des Bouts-rimés \
es jeux de Inconnu , du Comte de Cramai , là
louange de la fohe par Erafme , & la louange du
pou adrellce aux gueux par Daniel Hemfius , %c.
On le dit abuiivement des Anagrammes , des Acrof-
tiches, & aux travaux pédantefques , & des Turlu-
pinades de plufieurs gens de la Cour.
On:,'ç^e\k jeux de paroles, ou jm,x de mots , les
a lul.ons , les équivoques ; & les pointes , qui ne con-
lilbntoue dans les mots , ij^ une certaine allufion
fondée iur la rellemblance des mots : C'eft une poin-
te d elprit qui porte fur l'emploi de deux mots qui
s accordent pour le fon , mais qui diffèrent à l'égard
du lens. Ludus in yerbis. Les jeux de mots font tou-
jours d un petit elprit. roy. Pointe.
Les jeux de mots quand ils font fpirituels , ont lieu
dans la converfation , dans les lettres , dans les épi-
grammes , les madrigaux , & femblables ouvraees
encore faut-il en ufer fobrement , & les donner pour-
ce qu ils valent pour un f.mple badinage ; mais on
doit les bannir du ftyle grave , férieux & fubhme :
ils enaftoibblfentlaforce , & en diminuent la beauté,
qui conhftc dans quelque chofe de grand & d'élevé.
Les Grecs &c les Latins, ont fiit quelquefois des jeux
de mots un ornement des difcours les plus férieux :
le caradere fage & raifonnable de notre nation & de
notre langue ne fouftre point cet ufage, qui devient
infupportable , même dans les Grecs &c les Latins ,
quana il eft trop fréquent. Les panégyriques doivent
être d un ftyle plus brillant que les autres ouvrages
d éloquence; mais il faut prendre garde qu'au lieu de
penlees ingenieufes, on ne les remplilîé de pointes
oc opcuxàe mots. Les cris de guerre , les devifes ,
les lymboles , lonr prefque les feuls ouvrages d'ef-
prit ou ks /eux de mots ont une grâce particulière ,
cV dans leiquels ils font proprement à leur place.
Jeu le dit de la chofe qui fert à jouer. Un jeu d'É-
checs, de Dames, de Trou-madame, de Quilles, &
lur-tout d un jsu de carres.
Jeu , fe dit figurémcnt de phificnrs chofes par relation
au ,eu. Ami, on dit d'une chofe que quelqu'un fait
lacilement , ;qu'on s'en fait uny.^« , que cette affaire
nelt quun /eu pour lui , que les plus grandes fati-
gues ne lui font que jeu. On dit à la Guerre , qu'un
tel Capitaine commença le jeu ; pour dire , qu'il
commença l'attaque, la bataille : que le jeu fut fort
lang ant; pour dire, qu'on y tua bien du monde ;
que le jeu de la mine, du fourneau, fit une grande
brèche. On dit auili qu'un homme donne beau /« à
on ennemi ; pour dire , lui donne des facihtés de
J^ attaquer, qcs occafions de le critiquer.
M' On dit qu'un homme joue un jeu à fe perdre à
le laire mettre à la Baftiilc , à fe faire pendre : qu'il
joue bien ton jeu , pour dire qu'il eft di.'Iîmulé, qu'il
cacne bien (es dclleins : qu'il fiit jouer le jeu par
un autre, quand il agit par une tierce pcrfonne : que
Ion connoit ion jeu , pour diic fes rufes , les finef-
les. La (cience de dilhmuler eft d'un grand ufage;
on ne montre fon jeu que quand il eil: lûr. Ameu
Si un honnête homme raille, fa gaieté ne tend qu'à
divercir ceux qu'il met en jeu. Les impics croient
r 6
I E U
que la vie n'eft qu'un /ta où règne le lulard. Bo.îs.
Aller à une aftaire de bon jeu ,_ c'cft-à dire , de l.i
bonne manière, y donner tous les ibins. Les gens de
bien , quand ils difputent de bon jeu , c'eft-à-dire ,
tout de bon , peuvent quelquefois reikmbler aux au-
tres hommes.
gC? On dit encore par manière de menace , vous verrez
beau jeu , pour dire , je vous en ferai repentir.
En Phyiique, on appelle jeux de la nature , Na-
ture ludenûs opéra , ces agréables diveriîtés que la
nature nous montre dans les produdions, lans qu on
en puilfc découvrir la caufe , tant dans les minéraux,
que dans les végétaux & les animaux , comme les
coquilles , Heurs , pierres , inlcéies , & autres qui font
les raretés dont les curieux emplilicnt leurs cabinets.
Il y a des Philofophes qui ont cru que les coquilla-
ges foHîles étoient des jeux de la nature. La réfuta-
tion de leur (entiment le trouve dans le Traité de Li-
thologie & de Conchyliologie de M. d'Argcnville.
Cet Auteur avoue qu'il y a des pierres qui font véri-
tablement des jeux de la nature. Les Agathes arbo-
rifées , ou herborifées , appelées Dcntrkes , les pier-
res de Florence qui reprélentcnt des Villes , des pay-
fages , d'autres des arbres & des feuillages , ne doi-
vent point s'attribuer au déluge ; elles (ont crues
depuis , &c criiiirent encore naturellement tous les
jours.
ifT Les fuigularités des jeux de la nature dans le corps
humain , confiftent dans une conformation particu-
lière d'une ou de plufieurs de les parties , ditlérente
de celle <\n\ le prélente ordinairement.
^CF Dans le règne minéral ils confiftent dans une for-
me paiticulière des pierres : forme qui eft abfolu-
. inent étrangère au règne minéral , & qui les fiit rel-
icmbler à des parties des végétaux ou des animaux ,
uns qu'on puille indiquer la caufe qui a pu leur don-
ner cette figure. Car fi la caufe en elt connue , com-
me de celles qui ont été moulées dans des coquilles,
ou qui ont reçu l'empreinte de quelque corps , on
ne peur plus les appeler des jeux de la nature. En
un mot il faut que le hafard les produifc. Les corps
que la nature produit lous une forme conftante &:
déterminée, quelques finguliers qu'ils foient , com-
me les criftallilations , ne font point non plus des
jeux de la nature.
En Jurifprudence , on appelle yV/i , la coUulîon ,
l'intelligence qui eft°entre quelques parties au préju-
dice d'un autre. Cette intervention , ce dévolut lont
des jeux joués par la partie.
Jfu. Terme de Fauconnerie. Donner \z jeu aux Autours,
c'eft leur laillbr plumer la proie.
Jed-parti. Vieux mot inulité , qui lignifioit autrefois
la liberté que l'on donnoit à une perfonne de choi-
fir de deux chofes l'une. Partir le jeu , donner le
choix. Joinville dit qu'un chev.ilier ayant été pris
dans un mauvais lieu , on lui partit le jeu , d'être me-
né dans le camp en chcmile par celle avec laquelle
on l'avuit furpris , ou de perdre les armes & Ion
•cheval.
En termes de Marine, on appelle, feire jeu parti,
quand une des deux perlonnes qui ont part à un vail-
fcau , veut rompre la fociété , ik demande en juge-
ment que le tout demeure à celui qui fera la condi-
tion de l'autre meilleure , ou bien qu'on falle elli-
ncr les parts de chacun des Allociés.
Ce mot vient de jus parnum , droit des parties.
En Méch.uiique , on appelle jeu , une certaine ou-
verture convenable qui donne facilité de mouvoir les
parties d'une machine , ou de toutes autres choies
mobiles , comme d'une manivelle , d'une poulie ,
d'un rcùort , d'une porte , d'une fenêtre. Far exem-
ple , jeu du gouvernail d'un vaill'eau , eft l'ouvertu-
re qui lui donne facilité pour tourner , &z la facili-
té qu'il a à fe mouvoir. Cette porte , ce pifton , ce
contrevent a du jeu , &c C'eft à-nire , de la facili
té , de l'aiLince à exécuter les mouvcmcns qu ils
doivent avoir.
gO' En Peinture , on dit qu'il y a du jeu dans une
compofiîion , lorfque lesdifl'éreus objets ne font point
J E U
cntafTcs , (S: laiffent entre eux allez d'elpace pour la
facilité de leur mouvement.
Jeux d'eau. On appelle ainll tous les jets qui par la
différente forme de leurs ajutages imitent diverles fi-
gures , comme le verre , la coupe , la fleur de lis ,
&c. On appelle aufli jeux d'eau , ceux qui parle mou-
vement de l'eau font jouer des orgues , & autres
inftrumens.
Jeu , en termes de Charpenterie , fe dit d'une pièce
de bois d'environ treize pieds de long j & de quin-
ze pouces de grofteur , où pofe & tourne l'arbre
d'un moulin à vent du côté de la tête où font les
volans.
En Efcrime , &: chez les Maîtres d'armes on ap-
pelle jeu , tant pour le fleuret que pour les autres
armes , la manière de les manier , & d'en faire l'exer-
cice. Son jeu eft de f e couvrir , de parer. On appelle
]eu fimple , celui qui fe fait avec vîtefle lur une li-
gne , qui dans l'oftenfive doit avoir pour objet prin-
cipal tout ce qui fe peut entreprendre , en poullànt
ou paliant d'un point à l'autre dans un feul temps à
la partie la plus découverte de l'ennemi , en quelque
forte de grade que ce foit. La defenllve lîmple con-
iiftc à parer & repouffer les coups qui lont portés
par l'ennemi.
Le jeu compop. dans l'oflenfive comprend toutes in-
ventions polllbles pour tromper l'ennemi , en lui fai-
larit découvrir la partie qu'on a delfein de lurpren-
dre par finelle, ne l'ayant pu faire par la force _, ni.
par la vîtelle du jeu fimple , dont les principaux
moyens font les feintes , les appels , les engagemens
& battemens de l'épée , les demi-coups , 6'c. Et dans
la défenfive , c'eft de porter en parant.
Le jeu coulant , eft quand on gagne la mefure , en cou-
lant ou traînant le pied gauche après le droit contre
celui qui recule , ou qui pare , ou qui a une épéc J
plus courte. Toutes lortcs de icintes , engagemens , '
battemens & autres (ortes de coups , fe peuvent pra-
tiquer dans le jeu coulant contre ceux qui n'ofent en-
trer en mefure. |
On appelle le jeu de la pointe de l'épe'e , quand 1
on l'élève au delîus de celle de l'ennemi , en baïf- j
lant le poignet & le pommeau , foit en poullànt ,
paliant, failant feinte ou appel, &c.
En termes de Mulîque , on appelle un jeu de vio-
les , de hautbois , de mufettesj les inftrumens qui
font les quatre parties qui font néceifaires pour un
concert. Un jeu d'orgues , la machine qui compolc
l'orgue , tant le grand buftét que le pofitif. Les jeux
de l'orgue font des rangées de tuyaux qui font des
tons ditiérens , qui lont quelquefois au nombre de
cinquante , comme le preftant , le cromorne , le bour-
don , qui feront expliqués à leur ordre. Il y a auilî
les jeux d'anche, lesyV//.v bouchés, les pédales , &c.
Le plein jeu eft compofé de l'alFemblagc de plulîeurs
autres. C'eft le huitième diapafon de la Mufette ,
qu'on appelle aulîl le huit. Le quatre , le lîx , le lept
«iv le neuf J font des diapalons très-agréables ; mais ils
ne font pas iî naturels au chalumeau que le cinq ,
nommé l'entre main , & le huit , qu'ordinairement oii
appelle le plein jeu.
Jeu a couvert. /Vye:^ Jouer a couvert.
Jeu a découvert. Voyer^ Jower a découvert.
Jeu , fe dit aufli de la m.anière de toucher tant les or-
gues , que les autres inftrumens. L'un a un jeu trif-
te , l'autre gai. Un tel a le jeu de G.autier pour le
luth , de Hotteman pour la viole , de Baptifte pour
le violon , c'eft à-dire , il tâche d'imiter ces Maîtres ■
de l'Art. ^ _ "
Jeu ou Gieu-tarti. f. m. Pièce de Poëlle en dialogue,
Gloj]: des Po'éf. du Roi de Nav.
Jeu j en terme de Mvthologie , eft une Divinité qui
prélide à tous les agrémens du corps & de l'elprit,
mais fur tout à ceux de l'efprit , & on lui attribue
tous les agrémens qui le trouvent , loit dans les pcr-
fonnes & leurs m.anières , loit dans les ouvrages d'el-
prit. L'on ne dit guère ce mot en ce lens qu'au
pluriel. Jocus. On repréfente les jeux comme de
jeunes enfans , nus , rians , & badinans toujours ,
mais
JE U
J EU
mais avec grâce. Ramirez de Prado a donne dans
(es Notes lur Martial , une figure ancienne de ce
Dieu trouvée en Allemagne , il y a deux à trois cens
ans.
En Poëfie, on dit que Vénus a à fa fuite les jeux ,
les ris , les amours ; pour dire , toutes les clioles agréa-
bles. Les Jeux, les Ris , Se les Grâces luivoicnt par-
tout les innocentes Bergcrcs. Fén.
Les jeux & les appas
Marchent à votre fuite j .
Et naijjcric fous vos pas. Des-Houl.
Les anciens appeloient jeux , des vers amoureux ,
ou badins , ou hiits iur de petits (ujets. Dac.
fjCr On appelle jeu de Théâtre , certaines actions des
AAeurs qui coniiitent ordinairement dans des mi-
nes & dans des gelles. Il y a des jeux de théâtre qui
font plailir.
On appelle encore jeu la manière dont un Comé-
dien reprélente , rend Ion rôle. On dit au(lî qu'un
Comédien a le jeu beau , quand il a bonne mine ,
qu'il a le gefle beau , l'aétion belle , la parole li-
bre ; enhn quand il joue bien Ion rôle.
Jeux , au pluriel Ce dit des fpedacles , des repréfenta-
tions publiques qui le hilbient chez les Anciens ,
comme les jeux Olympiques , & Pythiques chez les
Grecs ; les jeux du Cirque chez les Romains. Home
te & Virgile ont décrit des jeux célèbres, des com-
bats de prix , faits à l'honneur de Patrocle & d'An-
chife. Les principaux jeux des Anciens iont les jeux
Acliaques , jeux Aponinaires , jeux Capitolins , jeux
de Ccrès, jeux an Cirque , jeux Équeii:res,yei^A; flo
raux , jeux ifélaftiques , jeux lithmiens , jeux Ju-
venaux , jeux Funèbres , jeux Hiéroniques , jeux
Je la Jeuneire , jeux de Mars , jeux Mégaléiîens ,
jeux Néroniens , jeux Olympiques , jeux Plébéiens ,
jeux Pyrriqucs j /c^^.v Pythiens jyci/.v Romains , jeux
Scéniqucs , jeux Séculaires j jeux Troyens. f^oye-^ les
noms particuliers de ces jeux en leur place , par
exemple ; Actiaques , Apollinaires , i-c.
Il y avoir un ancien décret du Sénat de Rome , qui
VOuloK que les jeux publics fullent conlacrés & unis
avec le culte des Dieux. Aulone a obiervé cette dif-
férence entre les quatre jeux célèbres de la Grèce ,
qu'il n'y en avoir que deux dédiés aux Dieux , S>z deux
au< Héros. Les Auteurs anciens reconnohîent trois
fortes de leurs jeux , qu'ils nommoient courfes y com-
bats ôc fpeciacles. J^oye-^ dans l'Iliade d'Homère les
jeux que fit Achille à la moit de fon ami Patrocle,
& dans -l'Odyllée les jeux dillérens chez les Phéa-
ciens , à la Cour d'Alcinoijs , & à Ithaque , &c. &
dans Virgile , les jeux d'Énée au tombeau de fon
• père Anchife. Les premiers s'appeloient Ludi equef
tresfve curules , qui étoient des courfes qui fe fai-
foient dans le Cirque dédié au Soleil & à Neptune.
Les féconds s'appeloient Agonales feu gymnici , qui
étoient les combats & les luttes , tant des hommes
que des bctes _, qui ie fiiioient dans l'amphithéâtre
dédié à Mars Se à Diane. Les rroifièmes s'appeloient
ScenicL , Poëtici Se Muficï. C'étoient les Tragédies ,
Comédies & Ballets , qui fe repréfentoient iur les
théâtres dédiés à Vénus , à Bacchus , à Apollon , &
à Minerve. Tcrtullien , Clément d^ Alexandrie , S. Cy-
prien , & S. Auguftin ont écrit de ces jeux après les
Grecs.
En Efpagne , il y a encore des jeux de cannes ,
i<. des courles de taureaux , qui font des efpèces de
jeux publics , comme étoient autrefois les joutes &
les tournois. Conftantin fut le premier qui défendit
les jeux fanglans de l'amphithéâtre après fon baptême ,
comme Sozomène & Eusèbe l'ont remarqué , & com-
me on voit au titre 1 2 du livre i ; du Code Théo-
dofien.
En France , on n'appelle jeux , que les Tragédies
des Collèges j les jeux des prix d'arquebufe , &c d'ar-
balètes , que font quelques corps de bourgeois , ou
de méricrs , en plufieurs villes de France.
A Touioufe, on appelle Jeux Floraux, ^ ou
Tome V,
T7
Académie des Jeux Floraux, une afTemblée qui le
tient à Touloulc , dans laquelle on diitiibue des i-iix
à ceux qui ont le mieux réuin a faiie des vers, ou
un dilcours d'éloquence lur les fujcts qui ont été pro-
polcs. Ce nom leur vient de ce que les prix qu on
diltnbue , reprélentent des Heurs en or & en argent ,
comme une églantine , un fouci , 6'c.
I^Jeu de Fief.'l'cinK de Jurifprudence, A^oyeç Fief ,
DÉMEMBREMENT. Sc jOUCr dc foll hcf.
Jeu , le dit proverbialement en ces phrafcs. On dit jeu
de main , /eu de vilain ; pour dire , qu'il ne faut point
fe divertir en frappant , ou en le mettant en danger
de blellcr. On dit auill , on verra beau jeu Ci la cor-
de ne rompt J par âllufion aux Danfeurs de corde,
quand on promet de faire voir des choies extraordi-
naires. On dit aullî , ce n'eft pas un jeu d enfant i
pour dire , qu'il s'agit d'une chofe Itrieulc , impor-
tante , à laquelle il faut bien penfer , i\: dont il n'eft
pas permis de fe dédire. Il fe dit auill des pcrfon-
nes d'âge qui fe divertillentj qui raillent, qui lé que-
rellent. On dit aulli , cela eft plus fort que jeu , quand
on oflenlej ou qu'on blelfc quelqu'un , quand on
croit fimplement fe divertir. On dit aulli , faire bon-
ne mine & mauvais jeu , ou à mauvais jeu j quand
on diillmule, quand on cache le mauvais état de fes
affaires par une grande dépcnfe _, ou un témoignage
extérieur de fatisfaélion. On dit aullî qu'on joue à
jeu lûr, quand on a de bons gages, de bonne fiire- /
tés des aftaires qu'on entreprend. On dit aulII d'une
affaire qui n'apporte guère dc profit , que le jeu iie
vaut pas la chandelle. Oi\ dit aulU , à beau jeu beau
retour j quand on menace de rendre le change à ce-
lui qui nous a fait quelque injure. On dit aufîî que
deux hommes (ont à deux de jeu , quand on a re-
pris fa revanche de l'autre , iorlqu'ils n'ont point
d'avantage l'un fur l'autre. On appelle aulli jeux de
Prince , ceux qui ne plaifent qu'à ceux qui les font ,
quand quelqu'un fe met en danger , pour leur don-
ner du divertiflement. On dit auffi , tirer fon épin-
gle du jeu^ , lorfqu'on fe dégage d'iuie affaire dont on
a mauvaiie opinion j qu'on en retire ce qu'on y a
mis. On dir, c'eft le vieux /ck, on n'en rit plus, à
ceux qui apportent de vieilles pièces , qui font de
vieux contes qu'ils font palier pour nouveaux. On
dit qu'un homme qui eîl heureux au jeu , fera mal-
heureux en femme, qu'il a fur lui de la corde de
pendu. On dit d'une choie perdue ou égarée , je ne
fais à quel jeu j'ai perdu cela. On le dit auiîi de ceux
qu'on avoit coutume de voir , &: qu'on ne voit plus.
On dit de ce qu'on fait avec jullice & raifon , que
c'ell le droit du jeu. On dit aulli qu'on met une
perlonne en jeu , lorfqu'on la cire , ou qu'on l'in-
térelîe dans une affaire. On dit à quel jeu jouez-
vous ? quand une perfonne ne va pas droit , ou fait
quelque aélion à fe faire maltraiter _, vous jouez un
jeudi vous faire pendre. On dit , c'eft un jeu jouéj
pour dire , c'eft une feinte concertée entre des per-
lonnes qui s'entendent. Acad. Fr.
lEU (Ille d') Nom d'une petite ile de l'Océan. Aia ou
Oïa infula. Elle eft fur les côtes de Poitou , à treize
lieues environ de la contrée qu'on nomme l'Arbau-
ge. On trouve en Latin Ogia , ce qui a fait que
quelques-uns l'appellent en François l'île de YOie ,
mais mal. Beaucoup moins faut-il l'appeler l'ile des
CEufs , infula ovorum , comme a fait Mallon. Quel-
ques uns l'appellent l'Ile de Dieu. Ils le trompent
aulli. D'autres file-Dieu \ mal encore. Il faut dire
Vile d'Ieu. Voyc-^ Valois. Notit. Gall. p. 390.
JEUDI, f m. Jour de la femaine qui eft entre le Mer-
credi & le Vendredi , qu'à l'Eglile on appelle la
cinquième Férié. C'eft le cinquième jour de notre
femaine. Dies Jovis. On célèbre les Fêtes du Saint
Sacrement &: de l'Afcenhon le Jeudi. Le Jeudi ahfo-
lu eft le Jeudi de la Semaine-Sainte , qu'on appelle
plus communément le Jeudi-Saint , auquel on célè-
bre l'inftiturion de la très frinte Euchariftie. Autre-
fois on diloit deux Méfies le Jeudi-Saint , l'une le
matin , &: l'autre le foir , comme il paroît par le
facramentaire du Pape S. Gélafe. On le réjouit le
H
5S
J E U
J E U
Jeudi gras , & le Jeudi de la Mi - Caicmc. I
On dit proverbialement , en parlant d'une chofe
impoiFible , qu'elle le fera la leniaine des trois Jeu-
dis , trois jours après jauiiiis ; quoiqu'en parlant en
Aftronome elle pût arriver à l'égard de deux hom-
mes , dont l'un auroit fait le tour de la terre en al-
lant par l'Orient , & l'autre par l'Occident , & qui
en rencontreroient un troilième qui n'aïuoit bougé
du lieu. Car alors chacun pourroit compter un Jeu-
di en trois jours diftérens.
Ce mot vient de Jovedi , ou Jovis dics , jour de
Jupiter. Chez les Payens , ce jour étoit conlacré à
Jupiter; d'où lui vient fon nom. Jovis dies. On ccri-
voit autrefois Jœudi , & les Italiens dilent encore
^giovedi.
JÉVER. Petite ville du Cercle de Weftphalie Jeveria.
Elle eft dans le Comté d'Oldenbourg , au couchant
du Golfe de Jade , & aux contins du Comté d'Embde ,
dont elle dépendoit autrefois.
JEVERLAND. Contrée d'Allemagne , dans la Weft-
phalie : elle renferme trois petits pays , le Wanger-
land , l'Oftringen & le Ruftringen.
|fc? JEUN. Terme qui n'eft ufité que dans cette fa-
çon de parler adverbiale. Être à jeun , n'avoir rien
mangé de la journée. Qui eft à jeun. Jejunus. On
doit recevoir l'Euchariftie à jeun.
IJO" Et la moindre difgrace ,
Lorfque je fuis a jeun , me faijit , me terrajfe ;
Mais quand j'ai bien mangé , mon ame eft ferme à tout.
Mal.
fer Boilf.au a employé ce mot au figuré, en parlant
d'un Orateur froid , fec & languillant. Cet Orateur
paroît , pour ainfi dire , toujours à jeun , il a une
langueur d'efprit qui n'échauffe , & qui ne remue
point l'ame. Les Latins ont dit de même , Jejunus
animus , efprit maigre , ftérile. Jejuna oratio , dif-
cours fec , décharné. Jejuna terra , terre maigre ,
avide.
§Cr JEUNE, adj. de t. g. Qui n'eft pas avancé en âge.
Juvenis. Ce terme eft relatif , ôc s'étend à plus ou
moins d'années, fuivant la qualité des perfonnes ou
des chofes. Il fe dit des hommes , des animaux &
des plantes. IJn jeune enfant. Un /eù/ze_ garçon. Une
jeune fi\k. Un jeune homme.Vn jeune fou. Un jeune
étourdi.
Un jeune homme toujours touillant dans /es ca-
prices J
EJl prompt â recevoir l'imprejjion des vices ,
Eft vain dans /es difcours , volage en fes defirs ,
Rétif à la cenfure , & fou dans Jcs plaifirs. Boil.
Ce mot vient du Latin juvenis , qui fe tire du ver-
be juvare , aider. La jeuneffe eft l'âge où l'homme
eft devenu capable de s'aider lui-même , & de 1er-
vir les autres. C'eft en ce (ens que parmi les Latins
on appelle juvenci , les jeunes bœufs , quand ils
commencent à pouvoir fervir au labourage.
|Cr Jeune , fe dit aulfi de celui qui conferve encore la
vigueur &c l'agrément de la jeunelle. Dans un âge
avancé. Il a le vilage aufti jeune que s'il n'avoit que
vingt ans. Il a la voix jeune , l'humeur jeune. Juve-
nilis.
ffT Jeune , dans la fignification de cadet. Natu minor.
En parlant de deux frères , on dit , un tel le jeune ,
pour le diftinguer de fon aîné.
.|)Cr Jeune , fe dit encore par rapport aux emplois ,
aux dignités qu'on ne confie ordinairement qu'à des
perfonnes avancées en âge. Il eft encore bien jeune
pour poUéder un tel emploi. Id <ctatis cjl. Il a été
fait Maréchal de France bien jeune.
Jeune , fe dit de l'elprit , quand il n'eft pas mûr , fige
& pote. C'elf un jeune étourdi , un jeune évaporé.
Cet homme fera jeune toute fa vie. Il a fait là un
tour de jeune homme. Il y a des gens plus long-
temps jeunes que d'autres. B. Rab. Vous avez des
manières jeunes qui ne vous conviennent paS. M.
SCUD.
Jeune. On dit , dans mon jeune âge , dans fon jeûna
temps : & poétiquement , dans mz jeune faifbn , pour
dire , lorfque j'étois jeune. Et on dit aulfi poétique-
ment, jeunes AéÇixs , jeune ardeur , jeune courage ,
en parlant des délirs , de l'ardeur , tk. du courage d'une
jeune perfonne. On dit d'un homme qui eft déjà dans
l'âge, qu'il a encore le goût jeune , pour dire , qu'il
aime les plaifirs , les divertillemens de la jeunelle.
Ac. Fr.
0Cr On le dit auflî de ce qui eft dans fa vigueur j dans
fa force. Dans la jeune faifon. Les Poètes fur tout
l'emploient pour iîgnifier violent , ardent. 'Malherbe
a dit de jeunes défirs -, Bertaut , brûler d'une jeune
envie ; Mad. des Houlières a dit une jeune prairie ,
pour une prairie naillante.
Ip° Ni le naijfant émail d'une]tm\C prairie.
1^3" Corneille a employé ce mot d.ins le Cid, en fai-
fant dire à Elvire ;
Entre tous ces amans dont la jeune ferveur
adore votre fille , & brigue ma faveur.
ffT L'Académie en réprouvant le mot de ferveur , qui
n'eft admis que dans la langue de la dévotion , ap-
prouve l'épithète jeune.
§CF M. de Voltaire obferve que le mot de jeune con-
vient très bien aux pallions de la jeunelfe. On dira
bien leurs jeunes amours , mais non pas leur jeune
colère , ma jeune haine. Pourquoi ? Parce que la co-
lère, la haine appartiennent autant à l'âge mur y ôc
que l'amour eft plus le partage de la jeunelfe.
Jeune. Epithète, ou Surnom pour diftinguer deux per-
fonnes. Plulieurs Rois de France font furnommés le
Jeune. La Chronique de S. Vandrille nomme Thier-
ry le jeune en 723 i & Dagobert le Jeune en 715.
Charles le Chauve eft furnommé le Jeune dans le
Cartulaire de Perfy. Louis VII a été furnommé le Jeu-
ne , pour le diftinguer de fon Père. Le furnom lui a
été donné de fon vivant dans une chartre de l'an
II 43 , &C dans un monument du ij Juillet 115J,
qui fe trouve dans Marlot. Saint Louis eft appelé
le Jeune dans la Chronique de Rouen du P. Labbe ;
Se dans l'Épitaphe du Prince Jean fon fils qui mou-
rut de fon vivant l'an 1 147. On dit , Pline le Jeune ,
Corneille le Jeune.
fJCF Jeune , fe dit de même des animaux , par rapport
à l'âge qu'ils ont accoutumé de vivre. Un jeune chien.
Un jeune oifeau.
Jeune, fe dit aullî des plantes. Novellus , recens. Ces
laitues font encore trop jeunes poux être replantées.
LiGER. Cet arbre , quoique jeune , a donné de beaux
jets. Idem.
Jeune, fe dit proverbialement en ces phrafes. Aulîîtôt
meurent /6-««« que vieux. On dit , que le diable étoit
beau , quand il étoit jeune. On dit faire la part au
plus jeune , quand un plus puillant en partage un au-
tre, tk prend la meilleure part pour lui. On dit quand
on a confommé la meilleure partie de quelque cho-
fe , que le refte en fera bien jeune. On dit aulîi jeune
chair & vieux poillon. On dit encore d'un homme
qui mange beaucoup , qu'il eft aftamé comme un
jeune levron , & de celui qui eft folâtre , qu'il eft
fou comme un jeune chien. On dit aullI à celui qui
veut reprendre un plus vieux que lui , vous .avez la
barbe trop jeune -, <Sc en parlant d'un ignorant , il
eft encore jeune , il en apprendra. On dit au Palais ,
jeune Procureur &c vieux Avocat. L'n jeune Médecin
vit moins qu'un vieux ivrogne y dit Régnier.
Jeunes. On appeloit autrefois les jeunes d'un Duc ou
d'un Comte , les Officiers lubalterncs qui dépendoient
d'eux. Les Châtelains , Viguiers , Centeniers , Fo-
reftiers , & autres , étoient les jeunes des Comtes.
Dans l'Églife ceux qui avoient les Ordres mineurs
étoient appelés jeunes. Cette expretlîon s'étendoit
jufques dans les plus viles profelllons. Les appreu».
J E U
tifs croienr appelas les jeunes d'un tel ouvrier. On
difoit le jeune d'un niouiin , pour un gardon meu-
nier.
JEÛNE. La prcinicre fyllabc s'alongc. f. m. Jcjunïum.
Ce mot, d.ins une ligniiication générale, iii/nilic la
même chofc qu'abllmence d'alimcns , privation de
nourriture. C'cft dans ce fens qu'on dit d'un hom-
me qui a été long-temps ■Tans manger , qu'il a fait
un Jong jeune. Les ennemis ont fait faire un long
jeûne à la garnilon de cette ville allîégée. Les Mé-
decins ont hiit hirc un long jeune à ce malade , à ce
convalefcent , ils lui ont défendu de manger. Un peu
de jeûne prévient bien des maladies.
tfT Jeune , fc dit plus ordinairement & plus parti-
culièrement d'une ablfinence longue &: volontaire
de toutes fortes d'alimcns , comme quand on dit ,
le jeûne àc Moyfe , le jeûne de J. C. &e. & de l'ab-
ftincnce de vimde , ordonnée par l'Églife, en ne fiii-
fant qu'un repas dans la journée , avec une légère
collation. Le jeûne eft de pratique eccléfiaftique. Le
vrai jeûne conhile à ne faire qu'un repas par jour
en 24 heure?. C'eft par indulgence qu'on foutire une
collation les jours de jeûne. Les Vigiles , les Quatre-
remps & le Carême , font des jeûnes de commande-
ment. Le Peie ThomalTîn dit qu'anciennement le
jeûne étoit foupcr Ims dîner , & conhlloit en un re-
pas qu'on taitoit après None ; & que dîner lans lou-
per étoit ablolument rompre le jeûne. L'ancien u(a-
ge de l'Eiiife Latine étoit de faire un jeûne de 36
jours , qui éroit comme la dîme de l'année , qu'elle
confacroic à Dieu. Les Auteurs Eccléhaftiques diftin-
guent pour l'aullérité les jeûnes du Carême des au-
tres. Autrefois il n'étoit permis de manger en Carê-
me qu'après Vêpres , & les .autres joiu-s àz jeûnes feu-
lement après None ; & c'eft pour cela qu'aujour-
d'hui , depuis le famedi après les Cendres jufques à
la fin du Carême , on dit encore Vêpres avant le
repas , mais on prend aujourd'hui le repas à la mê-
me heure , en Carême , & les autres jours de jeûne.
Dans le Livre d'Hermas appelé Pafteur , l'Ange lui
dit : Le jour que tu jeûneras , tu ne prendras rien que
du pain &: de l'eau , & .ayanr fupputé ce que tu as
accoutumé de dépenfer par jour pour ta nourriture ,
tu le mettras à part & le donner.is à la veuve ^ à
l'orphelin & au pauvre. Le jeune y eft nommé fta-
tion : & celui qui jeûnoit, commençoit dès le matin
à fe retirer pour prier. Saint Fructueux allant au
fupplice, pluheurs, par un mouvement de charité, lui
ottroient un breuvaç;e pour le fortifier ; mais il dir :
il n'eft pas encore l'heure de rompre le jeûne ;. car
il n'étoit que dix heures du matin, & c'étoit le ven-
dredi, jour de ftation. On voit ici l'exaftitude des
Saints à garder ces pratiques ; & qu'ils croyoicnt que
boire rompoit h jeûne. Fieury. Tertullien écrivit'un
Traité des jeûnes , pour iouteiiir les nouvelles loix
que les montaniftes vouloient inipofer en cette ma-
tière. Les Catholiques reconnoilîoient pour ;£//«(? j d'o-
bligation dans la Loi nouvelle ceux qui précédoient
la Pàque , en mémoircde la patîîon de Jesus-Christ,
&: que Ton a nommés depuis le Carême. Fleury.
Ce jeûne de la Pâque durcit jufques à l'heure de Vê-
pres , c'eft à-dire , jufqu'au foir. Il y avoir d'autres
jeûnes , qui n'étoicnt que de dévotion ; favoir , toutes
les femaines la quatrième & la fixième Férié , c'eft-
àdire;, le Mercredi & le Vendredi: ce jeûne s'ap-
peloit la Station. Il y avoit àt-i jeûnes commandés par
les Évêques , pour les bcfoins des Éghfcs ; & ceux
que chacun s'impofoit par fa dévotion particulière.
Ces jeûnes de dévotion neduroient que jufqu à None.
Quelques uns ajoutoient au jeûne la Xérophagie ; c'eft-
à-dire , l'ufage des viandes sèches , s'abftenant non-
feulement de la chair & du vin , mais des fruits vi-
neux & fuccuiens; & quelques uns fe réduifoient au
pain &: à l'eau; mais ces auflérités étoient de dévo
tion. Tels étoient les jeûnes des Catholiques , félon
Tertullien même , que l'on ne foupçonnera pas de
les avoir ftatrés en ce traité. Id.
ff3' Il y aufll des jeûnes parmi les Proteftans , & les
Calvimftes^, qui ne diffèrent des nôtres que parce-
Tçme P^.
JEU J9
qu'ils peuvent manger de la viande , &: qu'ils ne font
qu'un repas après le folcil couché.
fO' Jeuni; , le dit encore de l'.abftinencc qui eft prati-
quée par les Mahométans , dans leur Ramad.m , ain-
h que de celle qui eft en ufage parmi les idolâtres.
f^oye^ Ramadan.
§3 Du Loir dit que les Turcs font fi fcrupuleux fur
l'article du jeûne , qu'ils ne veulent pas même rece-
voir par le nez la hmiée d'un parfum; perfuadés que
les odeurs rompent le /tv/rte. S'ils fe baignent, ils n'o-
fcnt mettre la tête dans l'eau , de peur d'en avaler
quelques gouttes; 6c les femmes ne le baignent point
du tout.
U^' Les Jeûnes des Caloyers font fi rudes , fuivant les
différentes relations , qu'il y en a qui demeurent fcpt
jours lans manger.
33" Les Grecs appellent le Carême fimplcment li: Jeû-
ne. Sur les jeûnes des Grecs, P^oye^ les Voyagis de
Spon. p. II.
^fJ' Hérodote rapporte que la Fête d'Ilis étoit accompa-
gnée d'un jeûne folemnel en Egypte.
^fJ" Cet ufage s'établit de même chez les Romains. Nu-
ma Pompilius obfervoit des jeûnes avant les facrifi-
ces qu'il offroit chaque année pour les biens de la
terre. On ordonnoit auill quelquefois des jeûnes pu-
blics dans la vue de détourner les malheurs dont on
croyoit la République menacée.
L'ulage & la coutume du jeûne eft plus ancienne
que le Chriftisnilme. Les Ifraclites jeûnoient fouvenc
& avoient des jeûnes réglés. Le jour de l'expiation j
qu'ils appeloient Kippurim , étoit un jour de jeûne
ordonné au Lévit. XXIII. 27 & Jûiv. Quelques uns
croient que c'eft celui dont parle S. Paul , Acl.
XXVII , p. Les Ifraclites eurent aulî! des jeûnes éta-
blis par un précepte de la Synagogue. Tels étoient
celui du quatrième , du cinquième & du dixiè-
me mois , dont parle Zacharie , VU , /. & VIII
I ç. Les Gentils prirent .luffi cet ufage , & apparem-
ment ce tut du peuple de Dieu qu'ils le prirent.
Ils jeûnoient aux Éleuiniies , comme il paroît par
Arnobe & par Clément Alexandrin. Voye-[ Sau-
MAisE iur Solin,^. i jO. & Scaliger , Poèt.L. I ,
Jeûne , le dit aufli de l'abftinence d'autres chofes que de
la nourriture. Saint Auguftin dit que le plus grand
jeûne eft de s'abftenir des vices.
On dit proverbialement , double jeûne , double
morceau. On ditaulli d'une chofe qui ennuie, qu'elle
eft longue comme un jour de jeûne , ou un jour fans
pain.
JEUNEMENT. adv. Nouvellement. Terme de chaf-
le , qui n'a d'ufage que dans cette phrafe. Un cerf
de dix cors jcuncment : c'eft à dire, qui a pris depuis
peu un cors de dix andouillers de chaque ccité.
^fs JEUNER, v. n. Oblerver \es jeûnes ordonnés par l'E-
glile. Je/unare , jejunium fervare. Jeûner régulière-
ment. On a be.iu jeûner, c'eft ne rien faire , h on ne
ferme les avenues de fon cœur à la vaniré. Jeûner âU
pain Se à l'eau , c'eft vivre feulement de pain Se ne
boire que de l'eau.
On dit proverbialement : yêz2/2e bien qui ne man-
ge rien.
On dit aulî, jeûner à feu 8c à fang , jeûnera, fer
émoulu , pour dire , jeûner avec une extrême exac-
titude , & dans toute la rigueur du jeûne.
ifl Jeûner , fignifie aufll manger peu , ou moins qu'il
ne hiut , ioit par une abftinence volontaire , foit par
une abftinence forcée. Ahjiinere cïho. Les gens re-
plets doivent fouvent jeûner pour fe bien porter. Les
Médecins font tellement jeûner leurs malades , qu'ils
leur citent (ouvcnt toutes leurs forces. Les Bramines
ne font jamais laigner leurs malades , mais ils les
font jeûner.
U3" Faire jeûner un arbre. Terme de Jardinage. C'eft
lui retrancher une partie des fucs de la terre. Quand
un arbre poulie plus vigoureufement d'un côté que
de l'autre , il faut le faire jeûner. Pour cela on le dé-
couvre jufqu'aux racines , & l'on met de la terre mai-
gre , ou du fable à la place de la gralfe qui y étoit.
Hij
6o
J E U
On fouille de même du côté maigre , on fu'oftitue de
bonne terre à celle qui y étoit , ou bien on l'ainc-
liore par des engrais convenables. Cette opération
jointe a quelques autres que l'on peut pratiquer pour
arrêter la sève dans les parties trop vigourcufes ( foy.
Goiirmand), produit le changement qu'on atten-
doit en augmentant d'un côté la quantité des lues
nourriciers , &c en la dnninuant de l'autre.
tfr JEUNESSE, f. f. Partie^ de la vie de l'homme
qui eft entre l'entance & l'âge viril. Juventus. Il ne
ie dit guère que des perfonnes. Elle s'étend jufqu'à
30 ou 35 ans.
Les Jurikonfultes ne font qu'un fcul âge de la
jeuneffe , & de la virilité. La jcunejj'e a plulieurs de-
grés , comme il a été dit au mot de jeune. On com-
pare la jeuneffe à l'été , parce que la chaleur de la
jeuneffe efl véhémente. Le Prince étoit encore dans
û plus tendre , dans fa plus verte jeunejj'e. Je foup-
çonne ceux -qui condamnent tous les plaifirs dans la
pïemiè'ie /euneff'e , de n'être chagrins , que parce qu'ils
n'en jouillent plus. M. Scud. Celles qui avoient pat-
fé la premiiie jeuneffe , & qui {-aifoient profellîon du
ne vertu plus aullèrej étoient attachées a la Reiijc.
P. DE Cl. La grande jeunejje cfl incapable de réfle-
xions. B. Rab.
Les hommes prennent plailîr à voir les chofes qui
leur donnent des idées de jcunejje , & de vie ; au lieu
qu'ils ne regardent pas volontiers celles dont la dé-
cadence leur remet devant les yeux la nécclîîté ir.évi-
table de mourir. Bouh. Il laut iailîer à la Jeunejje le
mérite de plaire : c'eft un privilège qu'on ne peut
lui difputer impunément. Bell. La jeunejfe fe laifle
toujours prendre aux premières apparences. Le P. leB.
La jeunelfe en fa fleur hrïlle fur fon vifige. Boil.
Jeunesse , lignifie encore , manque d'expérience j em-
portement de l'âge , rolies , imprudences de la jeu-
neffe. C'ell un trait de jeunejfe qu'il lui £iut pardon-
ner. Le Favori étoit audacieux , indocile & préfomp-
tueux ; défauts ordinaires de la jeuneffe Se de la for-
tune. J'ai été trompé par la vanité , & par l'aveu-
glement de la jeunejfe.
Jeunesse, (éprend aulîl colledlivement , de ceux qui
font dans la jeunejfe , & même de ceux qui font dans
l'cnlance. En ce Collège , en cette Académie , on
inllruit bien la jeunefe. Ce Précepteur lait bien l'art
de conduire la jeunejfe. Toute la jeunefe de la ville
fut en armes à l'entrée du Prince. Ancicjinement à
Rome les jeunes gens laitoient des courles de che-
vaux fous la conduite d'un chef, qu'on appeloit Prin-
ce de la jeunefe. Princeps juventuds. Les Empereurs
ont donné ce titre depuis à celui qir'ils dcliinoient
pour leur fuccéder à 1 Empire. Suétone rapporte que
Caliyula , après avoir adopté Tibère Ion Irerc , le fit
appeler le Prince de la jeunefe.
Jeunesse. Ce mot le dit aufli quelquefois des chofes ,
lefquelles ont quelque rapport aux pcrlonnes. L'an-
tiquité des fiècles eft: la jeuneffe du monde , & à
bien compter nous lommes proprement les Anciens.
Bouh.
On appelle dans le ftyle familier jeuneffe , une
aétion , une chofe telle qu'il n'y a que les jeunes
gens qui la fallent ordinairement , comme certains
excès de vivacité , de galanterie , de bonne chère. Il
ne faut pas qu'il y ait de grands excès , ni de grands
délordres , pour que ces actions s'appellent du nom
à.e.jeune[fes. Peut-être pourroiton agrandir les objets
à qui ne lauroit pas auili bien que moi la manière
dont on vit à Rome , &z l'indulgence qu'ont toujours
eu les Papes pour les jeunffes des Étrangers. M. De
Lionne. Il a bien fait des jeuneffes.
Jeunesse, fe dit aullldes plantes. Il n'eft rien tel que
de bien conduire un arbre dans fa jeunefe. Liger.
Dum adhuc tener , ou recens ejl.
Jeunesse , fe dit proverbialement en ces phrafes. Jeu-
neffe eft forte à palier ; pour dire , il eil bien diffi-
cile qu'on ne fall'e quelque folie quand on eft jeune.
J E U
On dit aufll , fi jeuneffe favoit Se vieillelTe pouvoit ;
pour dire , qu'on ne rencontre pas l'expérience , la
fagelfe , avec la force Se la vigueur. On du encore
il faut que jeuneffe fe pafle , cela lignifie qu on doit
pardonner Se permettre quelque choie aux jcui:es
gens.
On dit en certaines phrafes , de jeuneffe , pour
dire , des la jeuneffe. Il eft accoutuiiii a CL-ia de jeu-
nejfe. Je fais cela de jeuneffe. Ac. Fr.
Jeunesse ou Juventas. f. f. Terme de Mythologie.
Nom dune Divinité payenne. Juventas. La Déellê
Juventas, ou Jeuneffe , prélidoit chez les Romains
à l'âge de la jeunefe , depuis que les enfans avoient
pris la robe appelée Pntcexta. La jeunefe fut ho-
norée long-temps dans le Capitole. Enfuite au temps
de la féconde guerre de Carthase M. Livius Salina-
tor lui voua un temple , il le bâtit étant Cenfeur ,
Sz ij ou 16 ans après le Buumvir C. Licii.ius Lu-
cullus le dédia. Foye^ Tite - Livc , Liv. XXXFl ,
c. 36 . Les Grecs appeloient la Décile de la Jeunefe
Hebé. Voye-[ ce mot. La Juventas des Romains n é-
toit pourtant pas l'Hébé des Grecs. Liiez Voflius , de
Idolol. L. VIII, c. J Se s-
Uniffe^-vous en leur faveur ;
Re^^ne:^ toujours , Jupiter vous l'ordonne,
Fous ^ Jeunelfe ,fur leur pcrfonne ,
Et vous Sageffe j dans leur cxur.
NOUV. CHOIX DE VERS.
Les Jeux de la Jeunesse. M. Livius Salinator , qui fut
Conful avec Cl. Néron pendant la féconde guerre
Punique , fit vœu dans un combat d établir des
Jeux de la Jeuneffe , Ludi Juventutis. Ils font difté-
rens des Jeux Juvénaux , dont nous parlerons à
leur place. Je ne fais pourtant s'ils fe célébrèrent
plus d'une fois, c'eft -à-dire, à la dédi>;ace du
lemple de la Jeuneffe que Salinator avoit auiH
voué. Foyei Tite - Live , Liv. XXXFI , c. 46.
Prince de la Jeunesse j c'eft un titre qui fe trouve fou-
vent fur les revers des médailles. Princeps Juventu-
tis. Foyei au mot Prince. GonCilve de Cordoue ,
furnommé le Grand Capitaine , avoit tant d'adrelîe
aux exercices du corps Se des armes , & il y parue
toujours avec tant de fupériorité , qu'on lui donna
le furnom de Prince de la Jeuneffe. P. Du Poncet
Jef. dans fa vie.
JEUNET , ETTE. adj. Diminutif de Jeune. Juvencu-
lus. Il cft encore trop jeunet. IJCT On ne le dit que
dans le ftyle familier & badin.
Elle eft jeunette J elle eft fleurie ,
Elle ne manque point d'appas. La Suse.
Filles cannois qui ne font pas jeunettes,
A qui cette eau de jouvence viendrait
Bien à propos , Sec.
JEÛNEUR , EUSE. f. qui n'a guère d'ufage que quand
on le joint au mot grand. Qui jeûne beaucoup. Mul-
ti jejunii tûlerans. Jejunator. Les Chrétiens Armé-
niens font de grands jeûneurs. Il r.e fe dit commu-
nément que de l'habitude , ou de ceux qui jeiincnt
fouvent. Jejunator , jejunii amans ^ jcjuniis deditus.
Cet homme eft bien mortifié , c'eft un grand jeû-
neur. Jean le Jeûneur , Patriarche de Conftantino-
ple , mourut en réputation de lainteté, l'an 5515, de
3. C Se l'Eglife Grecque honore encore fa mémoi-
re le 2*^ jour de Septembre. L'auftérité de fa vie lui
fit donner le furnom de Jeûneur. Il étoit fî pauvre
que l'Empereur Maurice lui ayant prêté plulîeuis
talens , & en ayant tiré une obligation portant hy-
pothèque lut tout fon bien , il ne fe trouva autre
choie après fa mort , qu'une couchette de bois ,
une méchante couverture de Lvine , Se un méchant
manteau.
Jeûneur , en termes d'Anatomie , eft le nom qu'on
donne au fécond des inteftins grêles , qui eft entre
le duodénum & l'ileum. On l'.appellc dulli jéjunum ,
J E Z
ou affamé , parce qu'on le trouve toujoiu-s prcfque
vide , ou bien moins ])lein que les autres , P^oyc\ Je-
JUNUM.
JEUSE. Fovf? Yeuse.
JEUVAISON. f. f. Vieux mot. Jeunellc.
JEZ. f. m. plur. Vieux mot. Yeux.
J E Z.
JEZD , ou IZED. f. m. qui cCi le nom du Dieu tout-
puid.uu en langue ancienne de Perle. On lui donne
aujourd'hui plus ordinairement celui d'Iezdan dans
h langue moderne. D'HtREtLox.
JEZER. f^ayt-'i Jazer.
JÉZIDE , JëZIDÉEN, ENNE. f. m. Se f. Terme de
Relation. Ce mot fignirie hérétique chez les Alaho-
métans. Jc^idius , a. Les Mahométans dilHnguent
parmi eux , aulli bien que les Chrétiens , des Ca-
tholiques, ou Orthodoxes , &des Hérétiques. Ils ap-
pellent les Orthodoxes Mujulmans , & les Hérétiques
Jé^idécns. LéuncLivius dit que ce nom vient d'un Émir
nommé J timide , qui tua les deux fils d'Ali , Ha-
fan & Huilèin , neveux de Mahomet par leur
mère , & qui perfécuta la poftérité de ce Prophète.
Les Agarénicns , dont il étoit Emir , ou Prince , le
regardèrent comme un impie &: un hérétique ; &
de là vint la coutume d'appeler Jé-^idcens les héré-
tiques. J'\iyc:i Léunclavius , Eijlor. Mufulm. L. I.
Quelques-uns parlent des j£\ides comme d'un peu-
ple particulier , qui parle une langue différente du
Turc & du Pci£in, quoiqu'elle approche de la der-
nière. C'eft celle du peuple du Curdilbn. Ils difent
qu'il y a deux fortes de Je^ides ; les blancs Se les
noirs. Les blancs n'ont point le collet de leur che-
mife fendu, il n'a qu'une ouverture ronde pour p,if-
fer la tête , & cela en mémoire d'un cercle d'or ,
& de lumière delcendu du Ciel dans le cou de leur
grand Scheik , ou Chef de leur feâe. Du relie ,
leur extérieur & leur iiabit ne diffère point de ce-
lui des Turcs. Les Jé\idcs noirs font Fakirs , ou Re-
ligieux. Les Turcs & les Jc;\ides fe haViîcnt fort les
uns les autres. La plus graride injure qu'on puilïe
dire à un homme en Turquie , c'ed de l'.ippeler Je-
\ide. Au contraire , les Jé^idcs aiment fort les Chré-
tiens parce qu'ils font perfuadés que Jé'^id leur chef
eft Jésus-Christ , ou par une de leurs traditions qui
porte que Jé-^id fit autrefois alliance avec les Chré-
tiens contre les Mufulmans. Ils boivent du vin même
avec excès quand ils en peuvent avoir , Se mangent
du porc. Ils ne prennent la Circoncilîon que quand
ils y font forcés par les Turcs. Leur ignorance eft
extrême ■■, ils n'ont aucun livre. Ils croient à l'Evan-
gile &c aux livres facrés des Juifs , quelques- uns mê
me y joignent l'Alcoran , fans hre ni fms .avoir les
uns ni les autres. Ils font des vœux & des pèlerina-
ges , mais ils n'ont ni mofquées , ni temples , ni ora-
toires, ni fêtes, ni cérémonies : tout leur culte reli-
gieux fe réduit à chanter des cantiques ipiritutls à
l'honneur de Jésus Christ , de fa îainte Mère, de
MoYfe , de Zacharie , & quelquefois de Mahomet.
Quand ils prient ils fe tournent du côté de l'Orient ,
à l'exemple des Chrétiens , au lieu que les Turcs re
gardent le Midi. Us croient qu'il fe pourra faire que
le diable rentre en grâce avec Dieu ; ils croient
auilî qu'il eft l'exécuteur de la Juftice de Dieu dans
l'autre vie. Pour ces deux raifons ils fe font un point
de religion de ne le point maudire , de peur qu'il
ne fe venge. Les Je\iJcs noirs font réputés Saints ,
& il n'eft pas permis de pleurer leur mort ; on s'en
rejouit. Les Jé^idcs noirs ne iont pourtant que des
bergers la plupart. Il ne leur eft pas permis de tuer
eux-mêmes les animaux , dont ils mangent la viande.
Ce font les blancs qui les tuent.
Les Je\ides vont en troupes comme les Arabes , chan-
gent fouvent d'habitation , & habitent fous des pa-
villons noirs, faits de poil de chèvre , Se entourés
de gros rofeaux & d'épines, liés enfemble. Ils difpo-
fent leurs tentes en rond , Se mettent leurs troupeaux
au milieu. L'été ils campent dans les plaines ; l'hiver
ils fe retirent dans les montagnes. Us font armés
I F
6i
d'arcs, de (lèches , de frondes Se de fabrcs. Us achcc-
tent leurs femmes ; le prix ordinaire ell deux cens
écus , quelles qu'elles loient. Us les traitent en ef-
claves. Le divorce leur ell permis , pourvii que ce
foit pour fe (aire hermitcs , ou i'upéricurs des noirs.
C'eft parmi eux un crime de rafer ou de couocr fa
barbe. Ils ont quelques coutumes qui fcniblcnt mon-
trer qu'ils delcendent de quelque fccte hérétique des
Chrétiens ; par exemple , dans leurs feftins , l'un
d'eux prélente une talle pleine de vin à un autre ,
Se lui dit : Prenez le calice du fmg de Chrift. Ce-
lui ci baife la main de celui qui lui préfente la tallc ,
& la boit.
JÉZKAEL. Ville , dans la Tcrrc-Saintc. Jefrac/. Elle
étoit dans la Tribu de Juda , &e il en eft parlé dans
jof. xr, j<f. xm, [6. XIX, is. juge n, 33.
I , L. des Rois XXV , 43. Elle avoir pris fon nom
de Jefy-acl , fils d'Éphrata.
Saint Jérôme parle d'un autre Je:^ra'él , qu'il dit avoir
été une ville royale , Se la métropole des dix Tri-
bus. Elle étoit dans la Tribu de Manalîc , au'5c con-
fins de celle d'Illachar , & au pié du Mont Gelboé
du côte du couchant. Le P. Lubin la met dans la
Tribu d'Illachar, lur les confins de la demi Tribu
de Manallé. Sanuthus dit qu'elle s'appeloit de fon
temps Carethi. Le P. Lubin dit qu'aujourd'hui on la
nomme Zéréchin, ou Zérézin. Gerïnum Magnum. La
fontaine de Je^raël, la vallée de /e^raè/ , étoient prés
de cette Ville.
JÉZRAELITE. f. m. &: f Habitant de Jezr.iël Jcirac-
lïta.
I F.
IF. f. m. Grand arbre qui eft toujours vert. Se dont on
ornoir autretois les Maulolées Se pompes funèbres ,
aulli bien qu'avec le cyprès. Taxus. L'ij rellemble au
fapin , Se au picéa. Son bois eft fort dur , rougeâ-
tre. Ses feuilles font très étroites , longues d'enviroii
un pouce , rangées des deux côtés des branches ,
elles reilemblent a celles du fapin. Ses Heurs font
de petits bouquets ou chatons de couleur vert p.'de ,
compofés de quelques lommets remplis de pouillère
très-fine , taillés en champignon , & recoupés en qua-
tre ou cinq crenelures. Ces chatons ne laillent au-
cune graine après eux , car les fruits naiilènt fur le
même pied , mais en des endroits féparés. Ces fruits
font des baies molles , rougeâtres , pleines de fuc ,
creufées lur le devant en grelot , Se rcmphes chacu-
ne d'une femence. Ses racines font courtes , grêles ,
Se pref que à Heur de terre. Cet arbre eft venimeux ,
& le parfum de l'es feuilles fait mourir les rats. Il
rend malades ceux qui dorment à Ion ombre ^ ou
qui y prennent le frais , principalement vers Narbon-
ne. On lait des paiillades d'ifs , parce qu'ils lonr tou-
jours verts; on les taille pour orner des parterres Se
des allées. Diokoride dit que les oileaux qui man-
gent Vif en Italie deviennent noirs. Et Pline dit que
l'i/^dans lequel on aura mis un clou d'airain ne fe-
ra aucun mal. On a vu en Efpagne que le vin qu'on
amenoit en France dans des tonneaux A'ij étoit fort
dangereux. Pline dit la même choie des bouteilles
A'if D'habiles Médecins afturent que ce que Diof-
coride Se Pline dilbnt de Vif eft faux;mais ils onr tort.
On l'appelle en Latin Taxus , ou Smilax , du nom
que les Grecs lui ont donné. Strabon dit que les
Gaulois empoifonnoient leurs flèches avec du fuc de
Vif. Quelques uns croient que ces venins , dont les
peuples barbares empoifonnoient leurs flèches, qu'on
a appelé Toxica , ont pris leur nom de taxus. Plu-
tarque dit qu'il eft feulement venimeux, iorfqu'il
commence a fleurir , parce qu'il eft en fève. Mat-
thiole alfure que Vif fait mourir non feulement les
bêtes qui ne ruminent pas , n^.ais auiîî celles qui ru-
minent ; il aflure aulfi que les baies donnent la fiè-
vre Se le flux de ventre à ceux qui en mangent ; mais
Théophrafte , Se après lui Lobel & Gérard difent qu'il
y a des gens qui en mangent , fans qu'ils en loient
incommodés.
^C?' Comme les obfervations des Naturaliftes modernes
62
I GL
font bic^iuconp plus exaâes que celles des anciens ,
on peut bien croire que l'ij n'a. pas toute la mali-
gnité qu'on lui attribuoit autrefois. Je crois qu'oi-
dormiioit impunément à fon ombre : plulieurs oi-
feaux mangent de fon fruit (ans inconvénient. Mais
quelques faits bien avérés paroiiîcnt démontrer que
{es rameaux garnis de Feuilles font très pernicieux ,
même mortels pour les animaux qui en mangent.
Ce mot vient à'iw , mot de la langue de Galles qui
fîgnihe la même chofe ; c'efi: à-dirc , que c'eft un nom
^Celtique.
L'île d'If. Hypœa , Hypata. C'eft une petite ile qui cft
llir la coït de Provence , à une petite lieue de
Marlcille. Il y a dans cette île le Château à! If ,
qui e(l alfez bon , & deftiné à la garde du port de
Marleille. Maty. Ce nom s'eft formé du Latin en
changeant le p en /^ comme dans Chef. Valois ,
Not. GiilL p. s '-,2.
IFVETEAU. Diminutif. Petit if. Taxas m'inor.
Ifveteau eil encore un nom de terre , ou de Sci-
gnairie , qui a la même origine. Huet. C'eft - à-
dire , que ce nom a été donné à certains lieux où
il y avoit beaucoup d'ih.
I G A.
ÏG AL. adj. Vieux mot , qui s'elT: dit autrefois pour égal.
.Mqualis.
I G B.
IGBUCAML f. m. Arbre qui croît au Brefil , & qui
eft fort commun dans le Gouvernement de Saint
Vincent. Son huit rellcmbie à une petite pomme ; il
eft remph de petits grains , qu'on allure être un re-
mède excellent pour la dyllénterie.
I G C.
IGCIGA. f. m. Arbre du Brefil qui produit une efpèce
de malKc d'une odeur fort agréable. Son écorce pi-
lée rend une liqueur blanche , qui étant congelée fert
d'encens , & que l'on applique heureufcment en
forme d'emplâtre contres les atteélions froides. Il y
en a une autre efpèce qu'on nomme ïgtaigclca , c^eft-
à dire, maftic dur comme une pierre. Sa réfine eft
tranfparente comme le verre. Les Sauvages s'en fer-
vent oommunément pour blanchir les vailleaux de
terre.
I G E.
IGE. La Roche d*7^e. Nom d'un ancien château fort,
dans le Sonnois. Jalgeium , Rupcs de Jalgeio. D'au-
tres croient que ce nom Latin eil le Mont - Jallu ou
Jaufe.
I G G.
IGG. Nom d'une petite ville d'Allemagne. Igga. Elle eft
dans la baile Carniolc, fur la rivière d'Igg , à quatre
lieues de Laubach , vers l'orient méridional.
I G H.
fCr IGHUCAMICI. f. m. Nom d'un arbre du Brefil ,
dont le fruit cft alfez fcmblable au coing, mais rem-
pli de pépins. C'eft , dit on , un excellent remède con-
tre le Huxde fang & les diarrhées.
I G I.
IGIS. j^monïa. Bourg du pays des Grifons , dans la
Caddée , avec un magnifique château , où il y a un
cabinet de raretés , & une belle bibliothèque.
I G L.
IGLA. Rivière du Royaume de Bohême : on l'appelle
aullî Giglava. Elle a fa fource dans le Cercle de Bc-
chin , & le joint avec la rivière d'Oilawa.
IGLAW , ou GIHLOWA. Nom d'une petite ville de
ÎGN
la Moravie. Iglovla , Cïhlov'ia. Elle eft fur la riviè-
re d'igla , aux confins de la Bohême , & à dix tept
lieues de la ville de Btim , du côté du couchant.
Maty. Iglaw eft connu par les Conventions qiu y
furent faites en 143 S , le j de Juillet , entre Its
Députés du Concile de Bâle & les Ambafiadeurs de
Bohême.
IGLESIAS. Ville de la Sardaigne. Ecdefu , ou villa
EccUfiA. Elle eft près de la côte mériaionale , à dix-
fept lieues de Cagliari. Elle a été bâtie des ruines de
l'ancienne Sulcis , & elle en a le Siège Épilcopal ,
futfragant de Cagliari. Elle a auill une Citadelle-, la
ville eft peu de chofe.
IGLIACO. Foyei Pénée.
I G N.
IGNACE, f m. Nom d'homme. Ignatius. S. Ignace ,
Évêque d Antioche, & Martyr, telon quelques Au-
teurs , étoit Juif de naillance, & cet enfant de 1 £-
vangile que Jésus Christ prit entre fes bras pour
donner un modèle de 1 innocence &c de 1 humilité
Chrétienne. Il rut expoL- aux lions, & confomma fon
martyre le 20 de Décembre de l'an 107 de J. C. le
1 G^ de l'Empire de 1 rajin. Nous avons encore fept
lettres de ce Saint écrites en Grec. Uftérius , Péar-
fon , & d autres j en: l,. rit pour en foutenir la vé-
rité. Ces fept épitics lont adreùées aux Ephehcns ,
aux Magnéuens , aux Tralliens , aux Romains , aux
PhiladclphienSj â ceux de Smyrne & à S. Polycar-
pe ; huit autres font fuppofées , ce font celles qui
font adreftces à Marie Calîobolire , à ceux de Tarie ,
à ceux d'Antioche , aux Philippiens , à Héron , à la
Sainte Vierte Iviarie , &: deux à S. Jean l'Apôtre,
/^oje^ Cave , p. 2j de l'édition de Genève ; S>i le
P. Alexandre , Ssc. 1 , 2 om. II , Dijj'. 22 ^ pag.
jos , de l'édit. in-à°.
Saint Ign<ice né à Conftantinople l'an 799 , étoit
fils de Michel I du nom , lurnommé Rangabé , &
de Procopie hlle de l'Empereur Nicéphore , & fc
nommoit Nicétas dans le monde. Il fut élu & facré
Patriarche de CP en 846, & mourut après bien des
perfécutions l'an 877 , le 14 d'Ocfobre.
Saint Ignace de Loyola s'appcloit Inigo en là
langue. La vie de Saint Ignace de Loyola a été
écrite en Latin par Maftée , en Efpagnol par Riba-
déncira , en Italien par le P. Bartoli , Jéluitc , en
François par le P. Bouhours. L ouvrage du P. Bou-
hours a été traduit en Anglois par le fameux Dry-
dcn. F^oye-^ Jésuite. Il lut le fondateur de cet Or-
dre.
Les enfims , les Difciplcs à' Ignace , pour dire les
Jéfuites , qui reconnoilioient S. Ignace de Loyola
pour leur père & Fondateur.
Ignace. Terme de Fleurifte. Nom d'une Tulipe j qui eft
rouge mort fur un fond chamois , 3c très fin pana-
ché. MORIN.
S. Ignace. Ville du Paraguay bâtie l'an i6io,à une
lieue environ du confluent du Perape & du Para-
guay , ou de la ville de Notre - Dame de Lorette.
Ignadanum , Ignatiopolis. Hijl. Paraq. L.III, c.^2.
IP" IGNAMA CONA. f m. Fruit des Indes orienta-
les , qui croit en terre , comme nos pommes de terre ,
mais qui ne rcllemble ni par le goiit , ni par la fi-
gure à celui dont nous alleMis parler. La chair en eft
extrêmement blanche, & a un goût de châtaigne ;
au lieu que l'autre eft inlipide.
IGNAME. 1. m. Plante qui croît en plufieurs endroits
de l'Amérique , & qui eft une elpèce de patate, ou
plutôt de couleuvrée. On ne feme point l'igname ;
mais on plante feulement un morceau de la racine ,
& pourvu qu'il y ait une petite fibre , elle poufle
immanquablement, & grollît. Ses tiges font carrées,
&: rampent non-feulement fur la terre , où elles pro-
duilent des racirics , mais aulli fur les haies. Ses feuil-
les lont plus grandes iSc plus fortes que celles de la
patate , d'un vert plus brun , «Se plus luilant , en for-
me de cœur ; elles viennent deux à deux fur de pe-
tites queues carrées , laillant toujours une grande
I G N
diftance entre elles. Ses Heurs font jaunâtres , ra-
inallccs en manière d épi. ies racines font groiles ,
longues , couvertes d'une petite peau de couleur cen-
drée oblcurc , garnies de beaucoup de petites libres :
elles ont une chair blanche, lucculcnte ii\: larineu-
fe , quelquefois vineufc. On les mange au lieu de
pain quand elles font cuites. Vi^na/ne croit aulli en
Afrique , comme en Guinée , au Royaume d lliini ,
lur la côte d'Or. f^oje:( la Relation de ce Royau
me par le P. Loyer , Dominicain. L'igname croit
encore en Orient. Les Iniulaircs des Iles de Nicobar
s'en nourrillènt ; c'ell une racine fort inlipide. Let-
tres Cur. & Bdif. T. X, p.-ûH.
IGNAN. f m. Nom d'homme. C'cft le même qu'Ai
gnan. Anianus. En Languedoc on dit Saint Chignan ,
pour S. Ignan. C'eft l'ancien idiome Languedocien
de S.iinche pour Saint, ou Sainte, qui a formé les
noms de S. Chelirs , pour Sainche Élirs ; de S. Cha
mans , pour Sainche Amans ; de S. Chignan , pour
Sainche /^«tî« , 6>: tant d'autres. Chastelain, Man.
T. I , p. J3p.
IGNARE, adj. m. & f. Qui n'eft point Lettré. Igna-
rus. Il n'ed guère d'ulage que dans ces phrafes du
difcours familier. Gens ignares ik non lettrés. L'hom-
me du monde le plus ignare. Il le dit par oppoh
tien à gradué. Les Élus ont été quahfiés en quel-
ques Édits , gens ignares & non lettrés.
Ce mot eft tiré du Latin ignarus , Se du Grec
i!y»»;oî , du verbe y.sir.ai, cognofco , je connais.
IGNEE, adj. m. & f. Terme didadique. Qui s'eft dit
de la nature du feu. Lgneus. Il y a des parties ig-
nées dans tous les corps. Matière ignée , corpufcu-
les ignées. Foye^ Feu.
IGNEL. adj. Vieux mot. On dit, parler ignel , pour
dire langage coulant.
IGNICOLE. f m. &: f ( Prononcez le g dur , ainfi que
dans ignée j éc ignition qui luit j. C'eft le nom qu'où
donne à ceux qui adorent le feu. C'étoit l'ancienne
religion des Perfans , & il s'en eft confervé au mi-
lieu du Mahométifme que l'on appelle encore au-
jourd'hui Ignicoles ou Guebres , pour les dillingucr
des Perfans Mufulmans. On voit beaucoup à' Ignico-
les proche les villes de Kerman & d'Yesd ; c'efl de-
là qu'Abbas le Grand en avoir fait venir à Ifpahan ,
où ils font aujourd'hui établis au Fauxbourg de Tul-
■ fà , & réduits à trois cens maifons , de plus de quin-
ze cens familles que ce grand Roi y avoir fair venir
pour favorifer le commerce. Ce mot vient des deux
mots latins colo , j'adore , oC ignis , feu. Voy. GuÉ-
BRE. Jetons un regard fur toutes les religions de
tous les temps. Ici les Temples d'Ifls & d'Ofiris re-
tentiilent du fon des cilîres de Canope. Là , dès
l'aube du jour , les Mages de la Perfe & «les Igni-
coles prennent leurs harpes d'argent , pour recevoir
le Soleil prêt à fortir du fein de l'onde, pour obte
nir fes premiers regards , &c pour adorer dans cet
Aftre le feu éternel , le radieux Oromaze , Dieu de
leurs pères... Difcours fur l'Harmonie.
IGNITION. f f. terme de Chimie. Etat d'un métal
rougi au feu avant que d'être en fufion. Un métal eft
dans cet état lorfqu'il eft rouge &: pénétré par le
feu , fans être en fufion : ce qui arrive à l'or 6c à
l'argent , &: principalement au fer. Le plomb , ni
l'étain , ne foutfient pas l'ignition , étant de trop fa-
cile fufion. Le cuivre foutire aufll l'ignition. L'ig-
nition exclut la Hamme.
IGNOBLE, adj. de tout genre. Qui eft bas ; qui
fent le roturier , l'homme de balle extraélion. Ig-
nobilis , vilis. On le dit de l'air , des manières,
du maintien , des fentimens , du ftyle ^ &c. Cet
homme a je ne fais quel air ignoble. Il eft d'une
taille , d'une mine ignoble. Son procédé eft tout-
à-fait ignoble. J'interdis la leâure à toute perfonne
qui a le fon de la voix ignoble : les termes , les ex-
prefTions perdent de leur noblel^e dans fa bouche ;
& l'auditeur répugne à l'écouter. Une voix ignoble
ne peut infpiier de noble» fentimens. Grimarest.
Traité du récitatif.
ION
6?
Je fuis ait défeffoir quand on met en ufage
Tous ces termes communs qui fentent le tour^feois'.
Bt moi lorfue fentcus cet igr.oble lan,:age y
J'ai l'oreille eCurchee, & jej'uis aux abois.
S. EvKtM.
11 eft des Panégyriftes , dit Cicéron , qui à la fa-
veur d une équivoque ou d une relîemblance de nom ,
annoblilknt un homme nouveau , & greilent une
branche ignoble fur un tronc illuftre. Idée des Orai-
fons funèbres.
IGNOMINIE. Lf.ffJ' Ignominia,dedecus. Ce terme dé-
ligne une chofe qui dégrade l'homme , une
action ou un châtiment qui ell une tache hontcufc
dans la vie , qui attire le mépris , ik fait perdre
l'honneur. Il vaut mieux mourir avec honneur que
de vivre avec ignominie. Le fupplicc d un criminel
couvre coure fa famille d'ignominie. Le temps n'ef-
facera point l'ignominie d'une fi Lâche acStion S.
EvREM. L'amour propre nous cache j &: nous em-
pêche d'appercevoir l'ignominie des pallions qui nous
font chères. Bell.
Ennemi des Romains ^ & de la tyrannie ,
Je n'ai point de leur joug fubi /ignominie. Rac.
Ce mot vient du Latin ignominia , compofé de
la particule privative in; & de nomen , renommée ^
gloire. Ignominie j aftront fanglant qui nuit a Ix
réputation d'une perfonne , qui fait perdre l'hon-
neur.
IGNOMINIEUSEMENT, adv. D'une manière igno-
minieufe. Ignominiofè. On a fait réi;aration à cet hom-
me pour l'avoir traîné en prifon tcandaleufement ,
& ignominieufement.
IGNOMINIEUX , EUSE. adj. Qui apporte , qui caufe
de l'ignominie. Ignominiofus. L'amende honorable
eft mife au rang des fupplices ignominieux. Il n'y
a rien de plus ignominieux qu'une trahifbn. M.
Esp.
IGNORAMMENT. adv. ^ Avec ignorance. Il parle
de cela fort ignoramment. Le Miniftre Jurieu ne fait
allurément ce qu'il veut dire... Il confond ignoram-
ment le vrai & le faiLX. Bossuet. Ce mot fe die
peu.
ga- IGNORANCE, f. f. Privation de l'idée d'une cho-
fe. Défaut de connoillance , qui vient du défaut d'in-
ftrudion. Ignorantia. L'ânerie dit M. l'Abbé Girard,
eft un défaut qni vient de la nature du f'ujet. Voy.
ce mot. L'ignorance eft un défaut que la parellè en-
tretient. Celle-ci eft moins pardonnable; mais celle-
là rend plus méprifable. Ignorance cralîe. Ignorance
grollière , profonde.
Ce n'eft que depuis i jo ans que l'ignorance a été
bannie de France ; il regnoit une ignorance crafle
dans l'Occident. Les Eccléiiaftiques la fomentoient.
L'ignorance vaut vieux qu'un favoir aftetté. Boil.
L'homme ne connoît pas même fon ignorance : &
cette fcience eft la plus rare de toutes. Nie. De l'i-
gnorance de foi-même découlent tous les vices. M.
P. Comme l'ignorance eft un état paifible , &: qui
ne coûte aucune peine , l'on s'y range en foule , &c
elle a un nombreux parti qui l'emporte fur celui
des Savans. La Br. La tranquille ignorance vaut ■
mieux que les inquiétudes des Savans. S. EvR. Il y
a une manière d'ignorance très-dan?ereufe , qui con-
fifte à croire favoir ee qu'on ne fait point. Ar. de
S. R.
X'ignorance toujours efl prête à s'admirer. Bon.
Pour être fage , une heureufe ignorance
Vaut fouvent mieux qu'une joible vertu. Des-H.
Ignorance du Droit , ignorantia juris, eft celle où
l'on eft du droit de la loi : par exemple , celui qui
ignore que ceux qui frappent un Prêtre font excom-
muniés , a fur ce point une ignorance du droit.
^4
IGN
Ignorance du fait , Ignorantia facli , cil celle qui re-
garde le fait , l'aclioii ; par exemple , celui qui ne
lait s'il a payé une dette , a lur cela une ignorance
du fait , car il n'ignore pas le droit , il {ait qu'on
eft obligé de payer fes dettes , qu'il y a une loi qui
y oblige ; mais il ignore le fait , favoir , s'il a fitU-
fait à cette obligation. tfT On dit au Palais , que
l'ignorance du frit excufe ; mais que celle du droit
ii'excule point ; car chacun doit lavoir la loi du
pays. On publie les loix , les réglemens ; on fait
ligner des attes , afin qu'on n'en puille prétendre
caule ^'ignorance.
Ïgnorance grodière , ou crafle , crajfa, eft celle qui
vient d'une extrême négligence à s'inftruire de fes
devoirs : cette efpcce ^'ignorance n'excule point celui
en qui elle eft.
Ïgnorance invincible , invincihUis , eft celle qu'on ne
peut vaincre par les loins , fes eftbrts , parce qu'on
n'a pas même les premières idées qui peuvent faire
naître le doute. Les infidèles auxquels on n'a point
annoncé l'Evangile lont dans une ignorance invinci-
ble de l'Incarnation du Verbe , de la mort de JÉ-
sus-Christ , du nombre des Sacremcns de l'Églife
Catholique. Il n'y a point d'ignorance invincible des
principes de la loi naturelle , ni des premières con-
clulions qui fe tirent de ces principes. Comme l'i-
gnorance invincible eft celle qu'on ne peut (urmon-
ter , ni par les feules forces de la raifon naturelle ,
ni par les fecours de l'art , ni par l'ailiduité du
travail , fi l'on néglige quelque tentative pollîble ,
l'ignorance n'eft plus invincible. Il eft difticile de fi-
xer , & de définir la nature de ['ignorance invinci-
hlc. On diftinguc deux lortes d'ignorance ; l'une de
négligence, & l'autre de nécelîîté, ou d'impuilfance
morale , qui fait que l'on ne peut éviter de le pré-
cipiter dans l'erreur. On ne doute pas que l'igno-
rance , qui ne veut point s'inftruire , de peur de
s'impofer des devoirs dont on eft bien ai/e de le dé-
livrer, ne loir inexculablc. Celui qui néglige d'ac-
quérir des connoillances , eft coupable des fautes
qu'il commet par une ignorance qu'il pouvoir lurmon-
ter par fa diligence , &: par fon artention. Mais on
ne convient pas de ce qui forme l'ignorance invin-
cible , laquelle excuie le péché. Les préjugés de la
nailfance , & de l'éducation , forment quelquefois
une impolllbilité morale auiîi difficile à vaincre ,
qu'une incapacité , & une impuillance naturelle.
Pour l'ignorance du fait , il y en a une invincible.
Telle eft celle dont on a parlé. L'ignorance involon-
taire du fait n'eft point criminelle devant Dieu.
Pour l'ignorance volontaire , elle eft plus ou moins
inexculable , félon les divers degrés de négligence ,
êc d'inapplication. On appelle péché d'ignorance , un
péché dont on ignore la malice quand on le com-
met. Si l'ignorance eft affeftée , c'eft lut nouveau de-
gré de malice.
IfCT Ignorance Se erreur, ^'ignorance n'eft qu'une pri
vation d idées ou de connoillances ; mais l'erreur eft
la non conformité , ou l'oppofition de nos idées avec
la nature ou l'état des chofcs. f^oye^ ces mots. Ain-
li l'erreur étant le renverfement de h vérité , elle lui
eft beaucoup plus contraire que l'ignorance qui eft
comme un milieu entre la vérité & l'erreur.
On dit , qu'un livre eft plein d'ignorances grof-
fières , pour dire , qu'il eft rempli de fautes qui mar-
quent une ignorance e;rolTicre dans l'Auteur. Ac. Fr.
^ IGNORANT , ANTE. adj. Ignarus. Qui n'a point
de favoir , qui ne lait rien. On eft ignorant par dé-
faut d'inftruCfion. On eft âne par difpofition d'cf-
prit. A quoi bon parler fcience devant des ânes ;
leurs oreilles ne font pas faites pour ce langage. Ce
n'eft pas toujours inutilement qu'on en parle devant
des ignorans \ ils peuvent profiter de ce qu'on dit.
M. l'Abbé Girard. Syn. /''byt-^ Âne.
^fT Les ignorans font d'ordinaire les plus décifils : ils
n'ont point de doutes , parce qu'ils ne fentent ou
n'apperçoivent pas les difficultés.
Un foc /avant, ejî fot plus qu'un Jot'iinoïwx. Mol.
IGN
|tT Les Frères de la Charité ont pris b qualité de Frere«
Ignorans, ou Ignorantins.
ifT Ignorant fe dit auiîi de celui qui n'a pas la con-
noiftance de certains faits qu'on lui demande. Il a
été interrogé lur ce meurtre dont on l'accule , mais
il en eft ignorant , il en a fait l'ignorant. Quand ce
mot a un régime , c'eft ordinairement le génitif,
c'eft à-dire , qu'il eft luivi de h prépolition de , qui
en François indique le génitif. Il n'étoit pas ignorant
des Belles Lettres. Bussy Rab. Ignorant du fait , fty-
ledu Palais. Proverbialement, pour marquer qu'on ne.
fait rien de quelque chofc qui eft arrivé : on dit j'er»
fuis aulîî ignorant que l'enfant qui eft à naître. Ac.
Fr.
IGNORANTIFIANT , IGNORANTIFIÉ. Tous ces
mots ne peuvent avoir d'ulage que dans le Burlef-
que. On ne les trouve que dans Molière , pour li-
gnifier un homme très ignorant , ignorantijfime , igno- ■
rantifiant & ignoramïfié par tous les cas & modes fl
imaginables.
IGNORANTIN. adj. m. Ignorant. Ignarus , indoclus.
Un Frère ignorantin. Les Frères ignorantins. Ce mot
ne fe dit qu'avec celui de Frère, f^oyei au mot Frè-
re de la Sale.
IGNORANTISSIME. adj. Très-ignorant. Rickeletfeul.
Ce terme a été fort ingénieufement appliqué dans la
Satyre Ménippée au Cardinal de Pellcvé , qui étoit
d'une ignorance cralfe , & de plus Protettreur des Ca- ~
pucins , appelés en Italie , Fratelli ignoranii.
Les Frères ignorans ont eu grande raifon
De vous faire leur Chef , Monjieur l' Illujlrijfime j
Car ceux qui ont ouï votre belle Oraifon j
F'ous ont bien reconnu pour ignorantillîme.
Page 6s & -2 01 , de l'édition in-oclav.
Ce mot n'eft point ufité.
IGNORER, v. a. Ne favoir pas quelque chofe. Ignorare.
On ignore plus de choies qu'on n'en connoît. On
ignore la vraie caule du flux 6c du reflux de la
mer. L'homme veut connoître les aftres ,_ & il s'i-
gnore lui-même. Tous les méchans ignorent ce qu'ils
doivent faire, & ce qu'ils doivent fuir. Pasc.
Je lui vendrai fl cher ce bonheur qu'il ignore.
Qu'il vaudrait mieux pour lui qu'il /'ignorât encore.
Rac.
Ignorer , fignifie anfti , ne vouloir pas connoître quel-
que chofe. La nation Polonoife méprife les périls
que la férocité lui fait fouvent ignorer. Sar. Pa,rmi
des dcfirs trop curieux de lavoir tout , nous fom-
mes réduits à la néceflité de ne favoir prefque rien ,
<?c de nous ignorernous mêmes. S. EvR. On ne peut
pas toujours s'ignorer foi-même. M. Se. Je veux igno- ,
rer tout ce qu'on dit contre moi. Il faut ignorer les 1
querelles des valets , & ne s'en point mêler. On dit
au Palais, je lui ai fiit lignifier cet ade , cet avenir ,
à ce qu'il n'en ignore.
On dit fimilicrement , c'eft un homme qui n'i-
gnore de rien. Ac. Fr.
Ignorer quelqu'un , ne le pas connoître. Les Pièces
de Molière repréfentées fur tant de théâtres , tra-
duites en tant de langues , le feront admirer autant
de fiècles que la fcène durera. Cependant on igno-
re ce grand homme , & les foibles crayons qu'on
nous en a donné font tous manques , ou li peu re-
cherchés, qu'ils ne fuffifent pas pour le faire con^
noltre tel qu'il étoit. f^ie de Molière. Pourquoi vou-
lez-vous faire briller vos vertus fur le Théâtre ? El-
les porolifent allez dans le monde , perlbnne ne vous
ignore. Ib. _ ^
Ignoré, ée. part. Avec beaucoup de mérite , (?c en-
core plus de modeftie , l'on peut être long temps igno-
ré. La Br. quheuroix
I G U
Qu'heureux ejl le mortel qui du monde ignoré ,
Vu coiiceiu de Joi-mcme cii un coin retiré l BoiL.
IGNY. Nom d'un Bourg où il y a une Abbaye. Ig-
nuKum. Il fit en Champagne , à cinq litues de
lîluims , du côte du couchant.
IGHANDE. Bourg de France, dans le Bourboiinois ,
Licclion de Moulins.
I G U.
IGUANA. r. m. Animal amphibie qui fe trouve en
Amérique. Il cft de la forme d'un lézard. Les Me-
xicains les appellent Aquaquet^ pallln , les Haitins ,
Ignona , ik d'autres Liana. Ils l'ont horribles à voir ,
ils ont les pics év' la tète Icmblables à un lézard.
Leur corps ell de deux palmes & demie de long ,
& gros d'une palme , & davantage. Leur queue a
tiuatre ou cinq palmes de longueur. Quand on les
prend ils montrent les dents, mais lans mordre. C'cll
un mets très délicat , & c'étoit la nourriture ordi-
n-àiic des Rois de la Cuba, f^'oye^ Nierenberg ,
liijl. nat. L. XII , c. 6. Gonzales Fernando , Ovie-
do &: Scaliger. Adverf. Cardan. Excrcit. CLXXXIII ,
fecl. S.
IGUAftAZU. Voyc^ Garazu.
IGUARUCU. f. m. Animal amphibie du Brefil. Il cft
de la grandeur d'un bœuf. On le trouve aulli au Me-
xique -, il vit fous l'eau comme les poillbns , & com-
me les animaux terreftres à quatre pics, il le retire
dans les broullàilies &c les builïbns , grimpe même
fur les arbres. Il a la forme d'un crocodile, mais il
ell: d'une couleur qui tire fur le noir , &• n'a point
d'écaillés dures comme le crocodile ; fon corps ell
uni &: tacheté comme la peau d'un ferpent. Il a
tout le long du dos des arêtes en forme de peigne ,
qui defcendent jufqu'à (i. queue. L'ouverture de la
gueule efl grande , les dents d'une grandeur médio-
cre , & menues. Ses ongles rcilemblent aux lerres
des oilenux, mais ils n'en ont pas la force , & ne
font point de mal. Il a des œufs , & en fait ime
grande quar.tiré qui font d'un fort bon goût. Il vit
dix jours , & même jufqu'à vingt , lans boire , ni
manger. Sa cliair ell: très douce , &c c'eft un mets
délicieux en Amérique. Les Elpagnols en avoient
horreur , & n'en mangeoient point. Les Américains
leur ont appris depuis le cas qu'ils en font , & ils
en mangent, à leur exemple.
IGUIDI , ou Lcmpta. Nom d'une Province , ou defert
de Libye. Iguidi , Iguidlum defertum. Maty le nom-
me Lcmpta , mais Lempta ell le nom des peuples
qui l'habitent , &z Iguldi celui de la principale ha-
bitation, n a au couchant Hayr , & s étend au le-
vant jufqu'à Berdoa. Il elt borné au feptentrion par
les deicïts de Tecon , de Guerquéla & de Gadc-
mis ; & au midi par ceux qui lont vis-à-vis de Ca-
no , au pays des Nègres. Ce pays ell: extrêmement
fec , & dangereux pour les Marchands , qui vont
trafiquer de Conllantine au pays des Nègres , parce
qu'il efl: habité par des Africains brutaux , qui les
volent i ils tuent même tous ceux de la Guerquéla ,
parce qu'ils ont des prétentions lut cet Etat , &; font
en guerre perpétuelle. Les Arabes de Hemrum , de
Sayd & d'Yahya errent aujourd'hui par ces quartiers ,
& (ont mêlés avec les Nègres. Voye\ de la Croix ,
Elfl. d'Af. T. II.
IGUR. f. m. Terme de Relation. Breuvage des Turcs ;
c'eft du lait aigre. Oxygala. f^oy. 'VigenÈre fur Chal-
condylc , p. ^^o.
Igur , ou Aigur. Nom d'une Tribu des Turcs Orien-
taux. Igur. La nation , ou la Tribu A' igur. D'Her-
BELOT.
IGURIEN , ENNE. Qui eft de la Tribu Turque ,
nommée Igur. Igurianus , a. Les Igurlens ont une
langue & ur. Calendrier , qui leur font communs
avec les Cathaïens. Ils ont été Chrétiens , & ils
avoient des Evêques du temps de Ginhiskan. Aujour-
d'hui ils font idolâtres , ou Mahométans. D'Her.
Tome K.
I L
I H O.
6%
IHOR. Ville des Indes. Ihora. Elle eft fur le cap de
Sincapura , qui elt à la pointe de la prefqu'ile de
delà le Gange : Ihor eft à cinquante lieues de
Malaca. Elle cft capitale du Royaume à' Ihor , en
Latin Ihorlum Regnum , dont le Roi eft un des
plus puiflàns de cette prefqu'ile. Les Portugais pri-
rent la ville à' Ihor l'an i6oj , tk. la ruinèrent après
en avoir enlevé i j-qo pièces de canon : mais elle
a été rétablie. Maty.
I J A.
IJAR, f. m, Teflnc de Calendrier. Foy. IarJ
J I T.
JITO. 1. m. Efpèce de pommier du BrefiI. tfT Les
baies de cet arbre lont difpofées en forme de grap-
pes de railin. Elles font ligneufes en dedans , & ne
donnent aucun fuc. L'écorce de fa racine eft un
violent purgatif, même prife en petite dofe.
I K E.
%fT IKEGUO. f. m. Général d'un Ordre monaftique chez
les Éthiopiens & les Abylfms. Il eft choifi par les
Supérieurs des diftérens monaftères.
I K I.
IKINDI. f. m. Terme de Calendrier. Nom du fécond
mois des Tartares Orientaux , & de ceux qui font
partie de l'Empire des Chinois : il répond au mois
de Janvier. On l'appelle aulTi Alcandl.
IKINDIN. f. m. Terme de Relation. Midi chez les
Turcs. Mendies , Médiu