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DICTIONNAIRE
UNIVERSEL
FRANÇOIS ET LATE^,
VULGAIREME IST APPELÉ
DICTIONNAIRE DE TRÉVOUX.
TOME HUITIEME
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DICTIONNAIRE
UNIVERSEL
FRANÇOIS ET LATIN,
VULGAIREMENT APPELÉ
DICTIONNAIRE DE TRÉVOUX,
Contenant la Signification Se la Définition des mots de l'une & de l'autre Langue ,
avec leurs différens ufages; les termes propres de chaque Etat & de chaque ProfefTion :
La Defcription de toutes les chofes naturelles & artificielles ; leurs figures , leurs efpèces '
leurs propriétés : L'Explication de tout ce que renferment les Sciences ôc les Arts ibic
Libéraux , foit Méchaniques , SCc.
AVEC DES REMARQUES D'ÉRUDITION ET DE CRITIQUE;
Le tout tiré des plus excelle ns Auteurs y des meilleurs Lexicographes ^ Etymolopijles
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TOME HUITIEME.
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M. DCC LXXI.
AVEC APPROBATION ET PRIVILEGE DU ROL
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UNIVERSEL,
CONTENANT TOUS LES MOTS
DE LA
LANGUE FRANÇOISE.
DES SCIENCES ET DES ARTS,
u4VEC LES TERMES LATINS qUI PEU VENT Y CONVENIR.
THA
THA
HABARESTAN , ou THABARIS-
TAN. Nom d'un Pays qui confine
du coté du Couchant aux Pro-
vinces de Dilera & de Ghilan, qui
s'étendent l'une & l'autre le long
de la mer Cafpienne.
THABiTRIS. f. m. Terme de Phi-
lolophie hermétique. C'eftlenoir
du noir très-noir, ou bien le laiton
qu'il faut blanchir. Dict. Herm.
THABOR , ou TABOR. Nom propre d'une montagne
de la Judée. Tabor j Thabor. Elle eft dans un quartier
occupé anciennement par la Tribu de Zabulon •, envi-
ron à trois lieues de la ville de Nazareth, vers le levant.
Cette montagne qui eft la fourcç de la rivière de
Cifon , s'élève en pain de fucre , environ une lieue &
demie au-deftlis de la Campagne , & on y trouve au
fommet une plaine d'une lieue de circonférence. Quel-
ques-uns croient que cette montagne eft le lieu où
Jésus-Christ fut transfiguré -, mais il n'y a en cela
aucune certitude. Cependant l'Impératrice Hélène
prévenue de ce fentiment , y fit bâtir une Églilé avec
trois Chapelles , pour repréfenter les trois tabernacles
que S. Pierre avoir fouhaité qu'on y bâtit , & Godefroi
de Bouillon chef des Croifés , & fondateur du Royaume
de Jérufalem , y bâtit deux Couvens, &y fondaunÉvê-
ché fous le Patriarche de Jérufalem. Tout cela eft main-
•. tenant défolé. Il n'y refte qu'une Chapelle, où les Moines
de Nazareth vont quelquefois direlaMelle, Maxy.
Tome VllL l Partie,
^ Le Thabor étoit aux confins de la Tribu d'IlTachardil
cote du nordi & de celle de Zabulon du coté du midi.
Jof. XÎX. 1 2. & XI. Du Corroi dit qu'il étoit dans U
Galilée fupérieure à fix lieues de Béthulie.
Parce que le Thabore^,^ ce que l'on croit, la irionta-
gne oi\ Jésus-Christ fc transfigura , en termes de Ipi-
ritualité, Thabor fignihe les délices que l'on fent dans;
l'oraiion, & dans les communicarions avec Dieu. Ainli
l'on dit que l'on fuit volontiers Jésus -Christ au
Thabor; mais qu'on l'abandonne , qu'on n'a pas la
force de le luivre au Calvaire : c'eft-à-dire, qu'on goilce
volontiers les plailirs que l'on fent dans l'oraifon & les
autres exercices de la vie (pirituelle, mais qu'on n'aime
pas les croix , les ignominies , les foutlrances.
Thabor, étoit auiïi le nom d'une ville Lévitique de la
Tribu de Zabulon. i. Parai. VI. 77.
Thabor. Nom d'une petite ville de Bohême. Tabo^
rum. Elle eft fur la rivière de Lauznick , dans le cercle
de Béchin , à quinze lieues de Prague. Il y a un ancien
château , où les Huflites s'étoient -fortifiés fous Zifca
leur chef , de là vint qu'on les nomma Thaborites.
Maty.
THABORITE. Nom de feéte. Thaborita.^ Les HulTites
fur la fin du quinzième fiècle fe divilerent en plu-
fieurs fentes. Un de ces partis fe retira fur une perite
montagne ou rocher fitué en Bohême ,315 lieues
ou environ de Prague, & s'y établit fous la conduite
de Zifca. Ils y bâtirent un fort ou château , qu'ils nom-
mçrenc Thabor , ou du nom générique Thabor, qui
A
2 THA
en langue Sclavone (îgnifie Château , ou du nom de la
montagne de Thabor, donc il eft parlé dans rÉcriturc.
Quoi qu'il en Ibic , c'eft de là que le nom de Thabo-
rites leur hit donné. Les Thaborites ajoutèrent quel-
ques erreurs particulières à celles de Jean Hus. Par
exemple , ils rejetcoient le purgatoire ,^ la confciïion
auriculaire, l'ondion qui le tait au Baptême. Ils enfei
gnoient qu'un Prêtre peut en tout temps & en tout
lieu , & toutes fois & quantes qu'il lui plaît, confacrer
le corps de J. C. ce qui ne (croit point une erreur, s'ils
avoient feulement vonlu dire qu'il le pouvoir valide
ment, c'eft-à-dire, qu'en quelque temps & en quel
que lieu qu'il le fit , il conlacroit véritablement
pourvu qu'il eût la matière du Sacrement prélente ,
qu'il prononçât la forme légitime , & avec l'intention
nécelïàire : mais ils prétcndoient de plus, qu'il le fai-
foit licitement. Outre cela , les Thaborites embral-
ferent les erreurs de Bérenger. Ils difoient que le corps
de Jésus-Christ n'étoit pas réellement dansl'Eucha-
riftie , mais leulement par je ne fai quelle repréienta-
tion. Ils n'admetcoient que quatre Sacremens , le Bap-
tême , l'Euchariftie , le Mariage èc l'Ordre. Pour la
Pénitence , ils ne s'en mectoient guère en peine , & ils
rejettoient poiîtivement la Confirmation & l'Extrême-
Ondion. Voyez la lettre d'^neas Sylvius au Cardinal
Jean. Dubravius ajoute , qu'ils ne rendoient aucun
cuke à Jésus-Christ dans l'Euchariftie. Les Thabo-
rites firent une guerre cruelle à l'Empereur Sigilmond.
Martin V. fut obligé de publier contr'eux une Croi
fade. Le luccès n'en fut pas heureux , mais enfin en
.1544, leur château de Thabor fut pris, & ils furent
dilîipés.
THACASIN. Ville de la Terre -fainte. Thacatfin. Elle
écoit anciennement dans la Tribu de Zabuion , du coté
de l'Oricn:, tx lur les confins. Le texte Hébreu, Jol.
XIX. 13. dit enjeux mots Vjîp nriî* IttahKatfin, le
premier pourroit lîgniher jujques à , & Pagnin iintei-
prète ainli.
THADDÉ£. Nom d'homme. Thaddœus. Le P. Bou-
hojrs, M.Bdiuet vX Simon en S. Mathieu X. 5. écrivent
ce nom avec deux ^f^ comme en latin-, & félon l'éty-
nio!ogie ; la Verlion de Mons , & Simon en S. Marc
III. 18. n'en mettent qu'un , feîon la prononciation.
Bailler au 21 d'Aoïit dit Thaddie ou Tatiée , mais Tat-
tée eft mal & contre l'ulàge. Car les Hébraifans con-
viennent que ce nom eft le même que Juda, ou Judas,
ou du moins qu'il vient de la même racine HT' 3 iada:
il doit donc avoir un J & non pas un t. Mais quand
dans la langue originale il auroit eu un /, il ne tau-
droit pas l'écrire ainfi maintenant; car l'ulage l'auroir
changé en d , comme il paroît par le texte Grec du
Nouveau Teftament. Eusebe , Hiji. Eccl. L. I. r. 1 5.
& tous les Grecs qui ont ufé de ce mot , diient ©aJ^/a/©- .
La verfiou même Syriaque a aufTi i~ri , Thadai. L'A-
rabe &, l'Ethiopien mettent aufli un d j Se dans notte
langue on prononce & on écrit toujours Thadie. Il y
a un Apôtre , & un Diiciple de Notre Seigneur nommés
Thadée. Il ne faut point les confondte. Le texte Grec
appelle l'Apôtre Lebbée lurnommé Thaddée. C'eft du
diiciple que parle Eufcbe à Pendroit que l'on a cité.
THAHÉRIEN , THAHLRIDE , ou THAHÉRITE.
Nom d'une Dynaftie de Princes Mahométans qui
régnoient fous l'autorité des Kalifes dans le Khorallàn,
& autres Provinces voifines. Thaherianus , Thaherida,
Thaherita. La Dynaftie des Thahcrites commença par
Thaher , dont elle a pris fon nom , & finit par Moham-
med Ben Thaher cinquième & dernier Prince de cette
Dynaftie, l'an 259 de l'Hégite, après avoir duré feu-
lement l'efpace de cinquante-quatre ans ielon Konde-
mir, & cinquante -fix ans, félon l'Auteur du Lebta-
rikh. D'Herbelot.
THAIGNON. f. m. Vieux mot qui fe trouve dans Borel,
qui fans l'expliquer apporte feulement l'exemple qui luit.
Car fi tojl corn il entre fourbannift le gai gnon.
Qui nors traift tn enfer parmcy le thaignon.
MhHUN , au Codic.
THAIM. f. m. Provifion que la Porte fournir aux Princes
à qui elle accorde un alile. Mehemet Balcagi , Grand-.
THA
Vifir, retrancha au Roi de Suède fon Tha'im qui étoic
immcnfe , conliftant en cinq cens écus par jour en
argenr , & dans une profuiion de tout ce qui peut
contribuer à l'entretien d'une Cour, dans la fplendeur
& dans l'abondance. Voltaire , Hifl. de Charles XII.
Roi de Suède i t.i. p.j ,'à. Quoiqu'on lui eût rendu
ion Thaiin , les libéralités i avoient toujours forcé
d'emprunter. Tpage 22.
THAIN , ou THAN. f. m. Nom de dignité autrefois
chez les Angio-Saxons , Anglois. Thainus , Thanus.
Il y avoir des T'^azVz.f dedeuxelpèces, ou deux Ordres
de Thains. Les Tliains du Roi , & les Thains qu'on
nommoit médiocres. L'origine de cette dignité le rap-
porte à Canur le Grand, Roi de Dannemarclc. Ce
Prince prit pour la garde les principaux de laNoblelIe
Danoife , qu'il arma de haches &: de fabres , dont les
poignées étoient dorées, & qui montoientjufqu'à trois
mille hommes délite. On les nomma ThingUth , de
deux inots Danois, dont l'un lith , lignihoit Ordre de
bataille, l'autre theing, ou tein & thein, fignifioit le
Corps de la Nob elle. C eft de -là que vinrent les ThainSy
ou Thans. Voye\ Seiden , De Titul. honor. P. II, C. 5.
§. 2. & 4. & le Glolfaire de Du Cange.
'BCS" Quelq- ie.i-uns prétendent que la dignité de Than,
ou Thcne j répondoit à celle de Fils de Comte. D'au-
tres , comme Cambden , prétendent qu'ils n'étoient
turés que relativement aux charges dont ils étoient
revêtus.
Les Thanesà-a Roi étoient des Officiers qui fervoient
à la Cour, &: pollédoient des fiefs relevans immédia-
tement du Roi.
Les Thanes ordinaires étoient les Seigneurs des Ter-
res qui avoient la Jurifdidion particulière dans l'étendue
de leur Seigneurie, & rendoienr la juftice à leurs fujets.
Peu de temp3 après la conquêre de l'Angleterre par
les Normands , les Thanes du Roi furent nommés Ba-
rons du Roi. Barones Régis.
thaïs, f. f. Nom de femme. Thaïs. Il ne feroit point
néceliaiie de mettre ici ce mor, puilque notre langue
n'y change rien , fi Bailler qui dit Thaije an lieu de
Thaïs , ne nous obiigeoit d'avertir que ce n'eft point
l'ufage -, & qu'il faut dire T/ww. La pénitente Thàis^
La prière continuelle de Sainte Thdis étoit , Vous qui
m'avez formée ayez pitié de moi.
Thaïs, f. m. C eft un cérat propre adonner une couleur
vermeille au vilage- Paul Eginéte en donne la defcrip-
tion dans le vingt-cinquième ch. du troificme Liv. daiç.
THALAME. f. m. Qui le trouve dans Perceval. C'eft un
niacras chimique , OU une fiole à COU long. BOR£L.
THALAMES. Thalamœ. ViJle de la Laconie , oil fe
trouvoit le célèbre Oracle de Pafiphaé , que quelques-
uns prennent pour la filie d'Atlas, &: d'autres pourCaP
fandrc, fille de Priam, qui s'y retira après la prife de
Troye , & y porta le nom de Pafiphaé , parce qu'elle
faijoit des prédiclions â tous ceux qui fe préfentoient:
car c'eft ce que fignifie ion nom. On pourroit encore
dire avec piulieurs , que cène Pafiphaé eft la même que
Daphné , qui ayant pris la fuite pour éviter les pour-
fuites d'Apollon, fut changée en laurier, &reçutdece
Dieu le pouvoir de prédire l'avenir. Quelle que foit
celle qui prélldoit à cet Oracle, il eft certain qu'elle fut
d'un grand lecours au Roi Agis , loriqu'il eilàya de
remettre le peuple fur le pied où il avoir éré , lorfque
les loix de Lictirgue , abolies de fon rems, étoient en
vigueur. VhVT.inAgide.
THAlANDA. VoyeiT AhAtiDi.
THALASSAR , ou THÉLASSAR. Nom d'un pays donc
il eft parlé au quatrième Liv. des Rois XIX. 12. & dans
Haie XXXVII. 12. Le pays Eden, au moins en pairie,
étoit dans Thalajfar; Se parce que dans Ifaie , Senna-
chérib fair le détail de toutes les conquêtes des Rois
d'Allyrie, & qu'il y nomme Haran & Thalajfar j le P.
Lubin veut que ThalaJ/àr foit dans la Méiopotamie,
auffi bien que Haran , comme fi les conquêtes de ces
Rois deyoient être toutes dans le même pays. Mais
puifqu'il eft fur qu'Éden étoit à l'orient de l'Éuphrate
&_du Tigre joints eni'emble , & qu'il y avoit des fils
d'Éden à Thalajfar, il eft plus vraifemblable de placer
ce pays vers Ja Sufiane, ou dans la Sufiane.
THA
THA
TI-IALASSARQUIE, ou THALASSARCHIE. f. f. C eft
l'Empire des mers. M. de Fénelon , depuis Archevêque
de Cambray , attribue dans Ion Télémaquc ]a ThalaJ^
Jarquie aux Phéniciens. De nos jours les Anglois ont
prétendu à la Thalajfarquie. Les François la leur ont
dirputée. Naturellement la Thalajfarquie n'appartient
à Ferfonne. Toutes les Puiflànces ont chacune leur droit
lur la mer, & rien de plus injufle que de vouloir y
dominer. On dit auffi Thalajfocratie dans le même
iens , l'Empire , ou du moins l'ulage libre de la mer.
Cemot vient de ^oj.a.77A,mer, & ^x-''' -^i ^ commande .
THALASSE. Nom d'une ville de l'île de Crète aujour-
d'hui Candie. Thalajfa. Nous abordâmes à un lieu
nommé Bon-Port , près duquel ctoit la ville de Tha-^
lajfe. PoRT-R. Jci. 8.
«:2^THALER. Voyez Daler.
THALÈSdeMilet. Celui qu?les Gœcs mettent à la tête
de leurs iept Sages. Parmi les Apopnthegmes on compte
ces troisci. Dieu eft la plus ancienne de toutes les
choies, car il eft mcréé. Le monde eft la plus belle de
toutes les choies , car c'cft l'ouvrage de Dieu. Ceux
qui fongent à ma! faire , non feulement ne peuvent fe
cacher aux yeux de Dieu •, ils ne peuvent pas même lui
dérober la connoillànce de leurs penfées.
THALICTRUM. f.m, (Plufieurs écrivent & prononcent
Talition. ) Plante qui poufle des tiges à la hauteur
d'un homme , & dont les feuilles font longues , angu-
leules, vertes , luiiantes. Ses fieurs font fort petites ,
compolées de cinq feuilles difpofées en rofe , autour
d'une touffe d étamines de couleur herbeufe. Lori-
qu'elles lont palfées, il leur fuccède des fruits quilont
des capfules à trois coins, chacune defquelles renferme
tjne femence oblongue, cannelée, jaune. Sa racine eft
fîbreuie, jaunâtre, d'un goût amer , délagréablc. En
Latin Thalicirum majus , filijuâ anguloj'd autfiriatd.
C, Bauh. La racine & les feuilles de cette plante loni
un peu purgatives. Il y a plufieurs autres efpèces de
Thaliclrum.
THALIE. 1. f. Nom propre de Tune de neufmufes. Tha-
lia. Dans Apollodore c'eft la huitième des mufes -,
dans Héiiode , Théog. v. 77, c'eft la troiiième. Linoce-
rius la met la troificme auffi. Elle étoit comme les au-
tres, fille de Jupiter & de Mnémofyne. Linocerius,
dans fa Mythologie des Mules Ch. 4. prétend que Tha-
lie étoit la Déeflèdes feftins , & il eft certain que b-j.Mia.
en Grec lignifie repas , feftin. D'autres dilent qu'elle
fut l'inventrice de la Géométrie & de l'Agriculture.
Parmi les Mules , elle préfidoit à la comédie , & à ce qui
regarde les plantes & les arbres. Ils ajoutent qu'elle
ctoit mère de Pa.'a:phar, qui avoir appris aux hommes
beaucoup de chofes fur cette matière. Plutarque , Sym-
fof.L.lX. q. 14. dit qu'il y a trois Mufes, Thalie, Cal-
liope & Clio, qui n'ont que des occupations Icneufes,
& ne s'entretiennent que des fpéculations divines &
philofophiques. Apparemment qu'il ne regardoit pas
Thalie comme la Déellè de la Comédie & de la bonne
chère. Voyez Geofred. Linocerms à l'endroit cité , &
Natalis Comès, L. VIL C. 15. Le nom de ThaLie a
été donné à cette Mufe, félon Fulgence, de octA^;«- , ou
SsÀKîw., germen , comme qui diroit Ti^iha. JaAsict/, qui
met , qui donne le germe. Cornutus prétend au con-
traire que Qdhiiu. vient de ôaMê/f, étrevert , verdir j re-
verdir j parce qiie la gloire des Poètes ne fe tiétrit jamais.
Thalie, eft aufli une des Grâces dans Plutarque, & dans
le faux Orphée. Voyei Dempfter , Parai, ad Rofm.
L. IL C. 10.
Thalie , dans la Préface d'Hygin , eft encore une des
cinquante Néréides , filles de Nérée & deDoride. Mais
le nom de la Néréide eft diftérent de celui de la Mufe
dans Héfiode, qui appelle la Mufe eaKua,, & la Né-
réide ecKiti. VoyeiThcog. v.77. &v. 245.
Thalie, eft auffi le nom d'un Cantique qu'Arius com-
pola, & dans lequel il renferma la fubftance de fa doc-
trine impie. C'éroit un Cantique de la même melure,
& fur le même air des chaulons iniâmes que Sotade
avoir autrefois compofées pour les feftins & pour les
danfes. Fleur y , Hift. Eccl. L. X. p. 100. En con-
damnant Arius on condamna fes écrits a &.nou:iiuçiîient
iiThdie, Iv.p. 134,
THALISIES. f. f. pi. Thalifia. C'eft le nom d'une fêtr
ou (acrif ce que l'on faifoit à l'honneur de Cérès &c de
Bacchus, & qui étoit commune à tous les deux. C'é-
roient les Payfans qui célébroient ce? fêtes. Cérès &
Bacchus étoient leurs Dieux principaux. Le Rhéteur
Ménandre parle de cette fête. '
THALLO, ouTHALLON. f.f. Nom d'une ou de deux
faulles Déi.-lles de l'Antiquité. Thallo. Dan^ Hychin C.
185. Thallo eft une des heures, & comme les autres
filles de Jupiter & deThémis. Il y a une Thallo donc
parle Clément Alexandrin Protrept. L. I. qu'il joint aux
Parques , au Deftin & à Auxo , & qu'il dit être toutes
Athéniennes , c'eft-à-dire , des Déelfes honorées de»
Athéniens. Thomas Muncker, qui a fait des Notes fur
Hygin, confond cette Thallo avec la première , qui eft
celled'Hygin, & ditquePaulaniasi>zjSœonc« l'appelle
Thalloté. Cela eft vrai, & la Thalloté de Paufaniasefi:
une Heure i mais pour la ï72fl/Zo de Clément Alexan-
drin , il paroît que ce n'eft point une Heure , mais plu-
tôt la DéelIe de la germination , comme Auxo à laquelle
il la joint, eft la Déellè de l'augmentation , dePaccroif-
feincnt. Outre les Auteurs cités , Voyei Rolfius , Ai-
chœol Atticœ. L.II. C. i.
THALLOPHORE. f. m. Terme d'Antiquité profane.
On donnoit°ce nom , principalement à Athènes , à des
vieillards , qui dans la cérémonie des Panathénées ,
maichoient, tenant en main des branches d'olivier.
Thallophorus.
Ce mot vient de '^±».oç, une branche d'arbre ^ Se
9''9" 5 je porte.
THAMALAPATRA. Qu'on nomme quelquefois Mala-
batrum ^ êcplus ordinairement /o/m/7z Indum. C'eft
la ieuille d'un arbre qui croir aux Indes , que les Apo-
thicaires font entrer dans la compofition de laThériaque.
THAMAR. Nom d'une vilie de la Terre-lainre. Thamar.
Tirant d'Orient en Occident une ligne qui fit les bornes
méridionales de la Terre-fainte , la mer méditerranée
etoit à un des bouts de cette ligne du côté de Toccl-
dent , & Thamar 2l l'autre extrémité du côté de rorient.
Ezéchiel XLVlI. 19. & XLVïII. 28. Ce n éroit don«
point Engaddi , & beaucoup moins encore Jéricho.
THAME. Terme d'Hiftoire & de Mythologie. Thamus.
C'étoit une Idole & un Dieu des Chaldéens & des
Phrygiens. C'étoit Adonis , & ils appeioient tous Icurô
Dieux , Adon Dominas ^, Adon Thamrr^us. Scaligerana^
Voyei la Démonftration Évangéiique de M. Huet »
Evêque d'Avranches, & ci-dcUousTHAMiviuz.
THAMIMASADES. f m. Nom d'un Dieu des ancien»
Scythe?. Thûmimajddes. C'étoit le Neptune des Scy-
thes. Hérodote L. ï\ . C. 59. Origène L. VI. contr»
Celle. C'eft l'eau que les Scythes adoroicnt fous le nom
de Thamimajades. Foje;^ Vossius , De Idolol. L.II.
C. 82.
THAMMUZ. f. m. Nom d'une faulTe Divinité, adorée
autretbis en Orient. Thammu\ , Thamni\us. Ezéchiel
VIII. 14. dit que l'Ange le conduifit à la porte fepten-
trionale du temple, &: qu'il vit là des femmes qui
pleuroient Thammu\. Saint Jérôme dans fon Commen-
taire fur ce Prophète, & dans la Vulgate , & Procopc
dans fon Commentaire auffi , entendent par Thammu\ ,
Adonis -, &: certainement ces pleurs répandus pour
Thammu\^ marquent les cérémonies par lefquelles on
honoroit tous les ans la mort d'Adonis , par des lamen-
tations , ainfi qu'il paroît par la pièce qui nous refte de
Bion fur ce fujet , & par le trenre- unième Idylle de
Théocrite, & par ce que nous avons dit d'Adonis &
des Adonies, Tom.I. Quelques-uns croient que Tham"
mu\ eft un certain Roi d'Egypte, très-ancien nommé
Thamus , contemporain de Mercure Trifmégifte , &
dont celui-ci avoit compilé les Ouvrages. Platon parle
de ce Thamus. D'autres prennent Thatnmu\ pouf
Adam , ou pour Cham , ou Noé , parce qu'au Chapi-
tre VI. de la Genèfe , v. 9. il eft dit qu'il étoit IlZJ'On ,
Thamim, cçA-ii-dnepaifait. Thamus , ou Thammus^
n'étoit point un nom inconnu aux Egyptiens-, témoin
les Tamus dont Plutarque parle dans fon Livre de la
Ceflation des Orac'es. Les Macédoniens , au rapport
d'Hélychius , donnoient à Mars le nom de Thaumos ,
pW Tmlçi. ScldcB conjedujre qu'ils auroient bien pu,
Aij
4 THA
emprunter ce Thaumos du Thammai des Oiicnfaiix ^
mais après tout , il y a bien peu de rapport de Mars à
Adoni";. Philafttius nomme Thammus le Pharaon qui
réo-noit en Egypte du temps deMoïle. Mais d'où a-t-il
fulijue ce fùt^'là Ton nom? Seldcn croit que Thammui,
Adonis & Ofîris ne font qu'une même choie. R. Schc-
lomoh Jarhhi, dans fon Commentaire fur Ezcchicl,
&R. David Kimhhi, dans fou DidlionnaireHcbraïqiie,
difent que Thammu\ étoit une idole don: on remplil-
loit les yeux de plomb , qu'enluitc on mettoit du feu
délions ou dans l'idole, & que le plomb venant à fon-
dre ^£ à dégoûter de fes yeux , il fembloit que le Dieu
pleuroit. R. Schelomoh ajoute, qu'alors les femmes fc
mettoient à crier Thammui demande un prélenr : que
Thammui lignihe Taftion d'échaufter , & qu'il vient
deNItîj qui lignifie accendere , Juccendere , comme il
parole par Daniel III. 19. 2 z. Ce Rabbin prétend encore
que dans l'Hébreu il n'y a pas que ces femmes plcu-
roient Thammui, mais failbient pleurer Thainmu\,
c'eft-à-dire, faifoient dégoûter le plomb dont fes yeux
étoient pleins, en l'échauliant; & en eftet dans le texte
Hébreu frî't^O , eft enfid. Dans cette opinion , on pour-
roit encore dériver Thammu^àe "nO, qui enChaldéen
fignitieJ;j^//(?re^ découler. Maïémonidesdans (onMore
Ncbuchim , & après lui R. David Kimhhi , dans fon
Sephet Schorafchim , ou Didionnaire Hébraïque , difent
que dans un Livre des Tfabiens , oti Sabaïres , il eft ra-
conté que Thammui éroit un Prophète gentil , un faux
Prophète des idolâtres ■■, que ce faux Prophète ayant
averti le Roi du pays de venir adorer les fept planètes
& les douze fignes du zodiaque , ce Roi le traita in-
dignement & le fit mourir -, mais que la nuit fuivante
rottes les ftatues qui étoient au monde vinrent de tous
les coins de l'Univers , & s'alTemblèrent dans le temple
du foleil à Babylone -, que la ftatue du foleil qui étoit au
milieu fe jetta par terre , & les autres autour de celle -ci,
& qu'elles fe mirent à pleurer Thammu\ , & à raconter
ce qui lui étoit arrivé-, & que le lendemain matin au
point du jour elles s'en retournèrenr toutes chacune
dans fon temple , dans toutes les parties du monde ■-, &
qu'en mémoire de cela , tous les ans les Sabiens ouTfa-
biens ^CMi6\&nx.Thammu\, fe lamentoient & faifoient
un grand deuil le premier jour du mois Thammu^.
Voilà , dit Maïémonides , les fables que les Tfabiens
débitent. Il finit en avertiilant, qu'au refte l'Hiftoire de
Thammus eft très-ancienne parmi les Tlabiens. Voy£\
auffiVossius, deldolol. L.II. C.4. Qodw'm,Mq/£s
undAarbn. L.IV. C. 2.
Thammuz , eft aufTi le nom d'un mois des Hébreux ,
nom qu'ils avoient emprunté des Ciialdéens. Thammw^.
Le mois Thammu\ répondoit au mois de Juin. D'Hcr-
belot écrit Tamou\ ,& dit que les S y riens le (erventde
ce mot pour exprimer dans leur Calendrier le mois qui
répond à celui de Juiller , & que les Arabes , les Perfans
& les Turcs s''en fervent aufli pour exprimer la plus
grande chaleur de l'été.
THAMNA. Jof. XV. 10. 57. & 2. Parai. XXVIIL 18. ou
Thamnatha. Jug. XIV. i . & dans les Septante , Jof
XV. 57. ou Themna. Jof XIX. 45. Noms propres
d'une ville de la Terre-faintc. Thamna j Thamnata
&: Themna. Ce fut d'abord une ville de la Tribu de
Juda, fituée fur fes confins du côté du couchant. Joi.
XV. 10. Elle étoit au midi de Bethfamès. Elle fut dé-
membrée de la Tribu de Juda , pour être donnée à celle
de Dan. Elle eft appelée Thamnas dans la Genèfe
XXXVIII. 12. Cependant au 2. L. desParalipomènes
XXVIIL 18. elle étoit du Royaume de Juda. Les ha-
bitans de cette ville font appelés Thamnathéens. On
la nomme aujourd'hui Thimirij dit le P. Lubin,
THAMNAS. Fojq Thamna.
THAMNATA. Foyt^ Thamna.
TI lAMNATHSARAA , THAMNATHS ARE , ou THIM-
NAT. En Hébreu , Thimnathj'erahh. Nom d'une ville
de la Terre-fainte. Thamnathjaraa , ècc. Elle étoit dans
les montagnes de la Tribu d'Ephraim vers le nord. Elle
fut donnée à Jofué , comme il l'avoit demandée , & il
y fut inhumé. Elle étoit lur une montagne nommée
Gaas , du côté du feptentrion. Dans le Livre des Juges,
je Texte Hébreu la nomme Thimnah-hheres, par une
TÏIA
tranfpofition du dernier mot, donr ce nom eftcompo*
ic , que le copifte a lu de gauche à droire, au lieu de
le lire de droite à gauche, à la manière des Elébreux.
THANACH. Voye-{ Tanach.
THANATH. f f. Nom d'un heu dans le de fcrt d'Arabie.
Thanaih. Les Kracliies y firent leur vingt-troiiième
campement. Nomb. XXXIII. 26. entre Maceloth &
Tharc.
THANATHSELO. Nom d'une ville de la Terre-faintr.
Thanathjèlo. Elle étoit dans la Tribu d'Ephraim , & à
les confins du côté de l'orient , ayant Bethoron à l'oc-
cident. Les Septante , Jof XVI. 6. divifent ce nom en-
deux , & en font deux villes qu'ils nomment , l'un»
Tanala , & l'autre Selles.
•S^y THANE. Voyei Thain,
"THANET. Voyei Tenet.
c8:r?THANN. Ville de France dans la Haute- Alface,'
Diocèfe de Bâle , Qhef-lieu d'un Bailliage. Elle eft fituée
aux confins du Sundgau.
THANOVIEN , ou THENOVIEN. enne. f. m. & f.
Les Mufulmans donnent ce nom à ceux qui admettent
deux principes , comme les Zoroaftriens & les Mani •
chéens. L'Iman Manfor dir que les Déchériens, qui
croienr l'éternité du monde, &' n'admettent ni création
ni créateur , feront au premier étage de l'enfer , & que
le lècond étage eft pour les Thanovieiis ou ThénovUns.
D'Herbelot , au mot Gehennefn.
«:5>THANXAN. Ville dé la Chine , dans la province de
Peking au Département de Xunte. Elle eft de 2 . d.
}o', plus occidentale que Peking, fous le 3 8. d. 5'. de
lat.
THAON. f. m. Un des Géants qui firent la guerre à Ju«
piter. Les Parques lui ôtèrent la vie, dit Héfiode.
THAPHNIS. Foy^î Tanis.
THAPHSA. Nom d'une ville. d'Afie. Tha^hfa. C'étoit
une ville de Syrie , qu'Etienne de Bizance appelle
Thapfaque , Thapfacus. Elle étoit fur l'Euphrate. Les
Septante au quatrième Livre des Rois , XV. 16. difent
Thèrjà pour Thafja. En ce rems Manahem prit la ville
de Thèrfa , & délola tout ce qui fe trouva dedans &
dans fon territoire , & toutes fes limites , depuis Thèrfa:
mais il eft évident que ce font deux lieux diftérens;
que le P. Lubin a rort de les confondre •, qu'au lieu
d'écrire au premier mot Thaphfahh & au i'econdThèr/k
comme dans l'Hébreu , un Copifte négligent a mis
deux fois Thèrfa.
THAPSIE. f. f. Plante haute de deux ou trois pieds , dont
la tige & les feuilles font fétulacées & lemblables à
celles du fenouil. Ses fleurs font en parafol, de couleur
jaune", chacune d'elles eft ordinairement à cinq feuilles
diipofées en rofe vêts l'extrémité du calice. Lorfquc
cette fleur eft paflée , ce calice devient un fruit compofé
de deux ojraines longues , grifes , cannelées liir le dos»
environnées d'une grande bordure aplatie en feuillet >
& échancrée d'ordinaire par les deux bouts. Sa racine
eft médiocrement grollè , empreinte d'un fuc laiteux
très-àcre , & un peu corrofif. En Latin , Thapfiafivs
Turbith Garganicumfemine latijfimo. J. Bauh, Cette
plante purge avecrant de violence par haut & par bas,
qu'on n'oie pas s'en fervir. Il y a plufieurs aurres cÇ-
pèces de Thapfie. Diofcoride rapporte que ce nom lut
a éré donné , parce qu'on l'a trouvée dans l'île de
Thapfus,
THARAN , ou THARAMIN. Nom d'un ancien Diet»
des Gaulois. Jupiter, Borel. Vbye[TAïk.An.
THARAZ. Ville du Turqueftan , fituée , félon Abul-
Féda , fur les confins en-deça du Turqueftan , aflcz;
près d'Affigiab.
THARÉ. Nom de lieu. Thare. Il étoit dans le defcrc
d'Arabie, & ce fur le vingt-quatrième campement des
Ifraëlites entre Thaath & Methca. Livre des Nomb,
XXXIIL 27.
THARELA. Nom d'une ville de la Terre-fainrc. Tharela,
fuivant l'Hébreu Tharealah ^ & fuivant les Septante
Théralah. Elle étoit dans la Tribu de Benjamin.
TFL\RGELIES. f f. pi. Nom d'une fête que les Athé-
niens célébroient autrefois à l'honneur d'Apollon & ds
Diane, Thargelia. Cette fête fe faifoit à l'honneur de
ces deux divinités , comme auteurs de tous les fruk*
THA
de la terre. Èlfe écoit fixée au fixième jour du mois
Thargélion , qui prenoit Ton nom de cette tece. On y
faifoit l''expiation des crimes de tout ie peuple. Voye\
Samuel Petit, de Legib. Atticis L. 1. tu. i, P^oliarus,
Archœolog. Attic. L. II. C. ii. Voflius , de Idolol.
L.ILC.i^.
THARGELION. f. m Nom d'un mois des Athéniens.
Thargelioii, lelonM. Spon, Wheler, VanDalc&les
deux anciens Manulcrits d'où Henri Eftienne & Selden
ont tiré les mois Athéniens. Thargélion étoitle onzième
mois de Tannée Athénienne , & répondoit au mois
d^ Avril. Theodorus Gaza, L. de Menjibus , & le P.
Petau , L. I. deDoclr. temp. C. lo. ùjcq. & C. 25. &
L. IV. C. 8. & Anirnadv. ad ±i.piphatuum , p. 135.
(Quoiqu'ils différent en d'autres mois du lentimentde
ces Auteurs, ils conviennent ici avec eux, aufli bien
que Scaliger.
.SC?THARI>J. Rivière. Fô/^Therein.
THARSiCE, ou TARSICE. 1". h Nom de femme. Tar-
fida , Tharfitia. Ssxntc Tharjice. Ferrarius la mal nom-
mée Tarcdia. On la fait petite fille de Clotaire I. Roi
de France , par fa mère Blithilde^ & tante de Saint
Arnoul de Metz •, & c'eii ce qui eft porté dans un Ma-
nufcrit de S. Maximin de Trêves , & dans un autre
Manufcrit donné par Henri Canilius en fon Antiquœ
Lecliones. Mais Biithilde eft une Princcilë fuppolée ,
auiîi bien que le relie de la généalogie de S. Arnoul
de Metz , que Du Boucher & Dominici ont voulu faire
valoir, & que tant d autres ont luivi ; c'eft de quoi au-
cun Savant ne doute prélentcment. Il eft marqué dans
ces mêmes maniifcrits qu'elle étoit /œur de S. Ferréol
d'Usèz , & de S. Mondri Evêque d'Arlat. Vbye^ les
Bollandiftes , & M. Chaftelain au 15 de Janvier.
ThARsicE. f. m. Nom d'homme. Tharjlcius. Saint Thar-
fice eft un S. Martyr d'Alexandrie. Voye\ les Boilan-
landiftes & M. Chaftelain au 3 1 de Janvier. Du refte il
faut écrire Tharfitius & Tharjitia , comme les Bollan-
diftes , & non pas Tarfice comn\e M. Chaftelain. Car ces
mots viennent de tàa.^7©- , confiance j audace ^ qui s'écrit
par un , Th.
THARSIS. C'eft un lieu où le Roi Saîomon envoyoit fes
£otes pour aller chercher de l'or, de l'ivoire, des bois
précieux, &c. Tarfis ^ Tarjès, Tharfis , Tharj'es. Quel-
ques-uns prétendent que ce lieu étoit Tarie en Sicile ,
& d'autres Tartellus en Eipagne ', ou bien que Tharie
fignifieencore dans l'Ecriture, l'Efpagnejque les Grecs
mêmes ont appelée Tartejjus. C'eft le ientiment de
Bochart. S. Jérôme & d autres ont cru qu'il falloir en-
tendre par-là la mer , ou les Carthaginois. Mais pour
ejouter quelque foi à ces fentimens , il faudroit luppo-
fer que Salomon avoir une ftote dans la Méditerranée ,
ce que l'Hiftoire Sainte ne marque point. Il vaut mieux
dire , qu'on ne fait où étoit ce Tharfis , que de le pla-
cer en ces lieux-là. Enfin quelques-uns ie lont perlua-
dés que ce mot fignifioit i'Amétique méridionale, & le
Pérou en particulier. 11 y a deux difficultés conlîdéra-
Wes contre ce fentimenf, la première eft , que Salomon
fait partir d'Afiongaber fur la mer Rouge les flores
qu'il envoie à Tharfis. Si c'eft l'Amérfque, il eût été
plus court d'y aller par la Méditerranée , & le détroit de
Gibraltar. La féconde eft , quelesSeptante&SJérome
traduifent Tharfis par les Carthaginois, La première
n'arrête point le P. Lubin qui tient ce Ientiment. Il dit
que ce fut l'eftet de l'habileté de Salomon dans la Géo-
graphie, & dans l'art de la Navigation , & il ajoute
que peut-être prenoit-il la route par laTaprobane, &
la mer Orientale, d où eniuite il entroit dans la mer Pa-
cifique , que nous appelons mer du Sud, pour arriver
au Pérou. Pour la leconde , il dit que Tharjls eft tra-
duit des Carthaginois , parce que les Carthaginois
étoient de tous les Négocians du monde , ceux qui al-
loient en plus grand nombre & le plus fou vent à Tharfiis.
Pour Tharfiis où le Ptophête Jonas vouloit s'enfuir
pour fe difpenfer d'aller prêcher à Nmive , elle pourroit
bien être la ville de Tarje en Sicile. M a t y.
THARTHACH. Nom d'une Idole des Hévéens. Thar-
thac. Elle eft repréfenrée fous la forme d'un homme
gj^nt une tête d'âne , & tenant un petit bâton \ I^ maiu.
Voye\ au 4. Ijv. des Roi? XVJJ. j <,
THA THE î
TH ASE. Nom d'une île de la mer Egée , iicuée près de
l'embouchure du fleuve Strymon, & autrefois fujette
d'Athènes. Thafiis. Thajè a confervé fon nom julqu'à
prél'cnt. TouRREiL.
TmsiFN,ENNE. Habitant de l'île de Thafc. ThaÇim.a.
Les Thafiicns avoient fondé Stryme ville de thrace ,
félon Hérodote, L. VU. C. 108. mais comme elle étoit
voifine de Maronée , je crois que les Maronites avoient,
en qualité de ptotedfeurs ou bienfaâeurs, acquis quel-
que droit fur Stryme. Ce qui formoit de fréquentes
contcftations entr'eux & les Thafiiens fondateurs de
cette ville. 'Tourreil. Philippe , dans fa lettre aux
Athéniens , fe plaint que les Thafiiens ont ouvert leurs
ports aux galères de Byzance, ou plutôt à toute forte
de pirates. Idem. Les Thafiiens fur leurs médailles ap^
pelîent Hercule leur Confervateur SiiTHP. Voyei lar
Table XIII. des îles de Grèce dans Nonnius.
THAULACHE. Sorte d'Arme qui étoit autrefois en
ufage , dont il eft fait mention dans le Tarifde la Douane
de Lyon de 1(5 3 2. Les unes étoient des armes oftenfives
en forme de Hallebarde ou d'Épicu ; les autres étoient
du nombre des armes défenfives, & étoient des efpèces
de rondelles ou petits boucliers.
THAUMANTIAS, ou THAUMANTIADE. Surnom de
la Déelle Iris. Thaumantias. Elle étoit ainfi nommée ,
parce qu'elle étoit fille de Thaumas & d'Éledre. D'au-
tres diiént que ce mot vient de ^a-wÀlti , j'admire. Se
qu'il lui fut donné à caufe de l'admiration qu'excitenc
les couleurs de l'Iris.
«r^THAUMATRON. Mot grec qui fignifie la récofn-
penfe qu'on donnoit à celui qui avoit fait voir quelque
chofe de merveilleux au peuple. Le Thaumatron fe
prélevoit fur l'argent qui étoit donné par ceux qui
ailiftoient au Spedacle.
«^THAUMATURGE. Faifeur de miracles. Thaumof-
turgus. On a donné ce nom à quelques Saints qui f«
font rendus célèbres par le nombre & l'éclat de leur»
miracles. Il vient du Grec ^«.v^Lit, merveille, & «p?*^ ,
ouvra^e.^ S. Grégoire Thaumaturge , c'eft S, Grégoire
de Neocéfarée difciple d'Origène vers l'an 223. puis
Evêque de Céfaréedans le Pont, qui affifta au I. Con^
cile d'Anrioche & à celui d'Ephèfe contre Paul de Sa-
mofate, &;qui mourut en i66.
S. Léon de Catane , qu'on appelle plus communément
S. Léon Thaumaturge , vivoit au huitième liècle. Soi>
corps eft honoré à Rome dans la belle Eglife de Sain©
Martin des Monts. Chastelain. ûr/2o^/v.p. 658.
S. François dePauIe, S. François-Xavier ontétédegrandj
Thaiirnatnrses dans les derniers fiècles. On pourroit
dire de même, dune femme à miracles : C'eft un»
Thaumaturge.
THAUN. Nom d'une petite ville du Palatinat du Rhin ,
en Allemagne. Domnus. Elle eft fortifiée, & fituée au
confluent de la rivière de Simmeren & de la Nahe , à
cinq lieues au-deflus de Creutznach. Maïy,
THE
THÉ. Theus ; arlor thea. Quelques Médecins écrivent
Tay. C'eft un petit atbrifleau domeftique de la hauteur
des grofeilliers ou grenadiers &. myrtes , fort eftimé &
d'un grand ufage chez les Chinois , les Japonois, &
dans toutes les Indes orientales. Ils l'appellent C/^a ^ ou
Theia. Il croît dans la Province de Kiagnon , près la.
ville de Hoicheu , & auprès de Nankin , & prcfque dans-
toute la Chine. Il y en a auffi au Royaume de Siam.
Le meilleur de tous eft celui du Japon. On dit qu'il
vient aufli, en Tartane. Il a la feuille petite comme
celle du SumachdesCorroyeurs, dont il eft uneefpèce,
félon quelques-uns, mais la feuille tire davantage fur
le jaune, & les branches font ornées de plufieurs fleurs
blanches & pâles, femblables à celles des Ciftus dont le
milieu eft occupé par plufieurs étamines. Lepiftil , plus
long que les étamines, eft terminé par trois ftigmates
horifontaux , dont l'extrémité fe courbe en delïous.
Aux fleurs fuccèdent des capfules rondes , tantôt foli-
taires, rantôt deux, trois, & même quatre réunies
enfemble , remplies chacune d'une femence roulîàtre.
Voyez Breynius sxotUarum centy.rid primd , ï>ag. 113.
THE
THE
êi le P. Kircher , China ilLaflrcta. Sa jrnine eft noiràtfc,
& l'arbriHëau croît en crois ans malgré les neiges & les
rigueurs de l'hiver. Il a des racines Hbrcules & dentelées.
On fait un breuvage de fa première feuille qui naît au
printcms, qu'on cueille feuille à feuille avec les mc|§cs
foins qu'on fait les vendanges en Europe. Oii la Tait
■chaurtc-r & fecher; & après l'avoir gardée en des vail-
feaux d'étain bien bouchés, fi on la jette dans de l'eau
bouillante , elle reprend fa première verdure , & donne
une teinture verditre à l'eau avec une odeur & un goût
agréable. Les Chinois ne boivent que Teau où la feuille
a trempé , le plus chaudement qu'ils peuvent. Les Ja
ponois boivent l'eau & la poudre qu'ils y ont laide in-
fufer. On en met le poids d'un écu lur un bon verre
d'eau , & on y mêle un peu de fucre pour corriger fon
amertume.
Elle eft fi différente enbonté.qu'ily-enadontla livre
Vaut ICO ou 150 francs i d'autre qui ne vaut que deux
€cus. Il y en a même à fept deniers.
Elle guérit la goutte & la gravelie , & on croit qu'elle
eft la caufe de ce qu'on n'enr«nd point parler de ces maux
à la Chine & dans l'Inde, & de ce que les peuples par-
viennent à une extrême vieiilelTe. Elle guérit les indi-
geftions de i'eftomac. Elledéfenivre , & donne de nou-
velles forces pour boire , & diffiper les vapeurs qui
•caulent le fommeil. Elle fortifie la raifon que le vin
aftbiblit , & guérit foudain la migraine & les douleurs
de ventre. Nous avons dans l'Europe , & fi.ir-tout ■en
France , la mélille , qu'on appelle auflî piment , citragon,
& en quelques provinces du baruel , qui a les mêmes
propriétés que le tké & plus fures , à ce qu'on prétend.
Mais il eft vrai que Vilefcit oculis vicina voluptas. On
méprife le bien préfent , pour chercher celui qui vient
de loin. Simon Paulii Médecin du Roi de Dannemarck,
^ui a fait un Traité exprès de cette plante , dit que
ces propriétés qu'on lui attribue, n'ont point lieu pour
ceux qui habitent en Europe , & que ceux qui ont
pafté 40 ans, n'en doivent pas ufer , parce qu'elle
avance leur mort , étant trop deflîcative. Il prétend
que \&théi\3L pas plus de qualité que la bétoine, &:que
ce n'eft qii'une eîpèce de myrte qu'on trouve en Eu-
rope , aumbien qu'aux Indes j qu'on l'appelle Chamœh
^gnus ou Piment Royal, donriadefcription, les expé-
riences & les analyfes qu'il en a faites , font tout-à-fair
Semblables.
Les Chinois en prennent en toutes rencontres , & fur-
-tout à diner. Ils en offrent aux amis qu'ils veulent
régaler. Les plus modérés en prennent trois fois par
jour •, les aunes dix fois , & à toute heure. Les per-
sonnes de la plus grande qualité font gloire de le pré-
parer eux-mêmes dans leurs appartemens les plus
magnifiques , & ont plufieurs vailleaux de prix pour
cer effet. Nous connoillbns maintenant en Europe trois
fortes ou efpèces différentes de Cha ou de Thé. Là pre-
mière efpèce , qui eft la plus connue & la plus eftimée,
eft le thé vert, dont la feuille eft plus petite , & qui fait
l'eau plus verte. C'eft ce qu'on appelle Thé impérial
ou fleur de Thé. Ce font les premières feuilles que l'on
coupe lorfqu 'elles font à peine déployées , & qu'elles
n'ont que trois ou quatre jours de crue. Il eftdigeftif;
il eft même trop corrofif , & les Chinois n'en prennent
que par ragoût, comme on le fert en Europe des vins
de liqueurs. Il n'eft pas ufuel', ceux qui à leur repas ne
boivent que du thé , ne le fervent point de celui-là.
Il eft plus agréable au goût. Il a un petit goût de v iolette.
La féconde efpèce eft le thé noir qui teint l'eau d'une
couleur plus foncée', il n'eft pas fi agréable que le thé
vert. Il eft d'un meilleur \ifage. On l'appelle le i/2/voui,
ou boni , ou bou , & les Chinois le nomment Voui
Teha. Ils'achette à Nanquin: & les HoUandois en ap-
portent en Europe, où il eft fort eftimé. Le troifièmc
eft le thé rouge , ou f/z/Tarrare Honan Teha; qui teint
l'eau d'un rouge pâle , & qu'on prétend être extrême-
ment digeftif. On dit que les Tartares qui mangent la
chair prefque toute crue , s'en fervent pour aider la
digeftion. Il eft le moins agréable de rous. On le vend
en boule. Il a un goût de terre, & rrès-défagréable,
quand on n'y eft pas accoutumé.
Çeyjs qui zn ont écrJL, fout le Père M^^ée, Louis Al-
mcyda , Mat:liieii Riccius, Aloyfius, Frois, Jaccb Bou-
tius, Jeun Linlc(.ît, le Pcre Alexandre de Rhodes dans
leurs Voyages, & les y\uteurs du Voyage de l'AmbalIade
de la Chine, & de celui de M. l'Evêque de Beryte, &
Nicolas Tilpius Médecin d'Amfterdam , & le R. P. le
Comte dans fcs Mcmoiicj de la Chine. Pierre Petit a
fait un beau Pocme Latin fur le thé. M. HiietEvêquc
d'Avranches a fait auili une élégie fur le thé , Thea.
Nicolas Pechlin a fait un Traité du thé , où il réfute
l'opinion de Simon Paulii , qui croit que c'eft un myrrej
& de Bauhinus, qui dit que c'eft du fenouil. I; en fait
une autre defcription, & dit que les fleurs de cet arbril-
feau font blanches , & fort lemblables aux rofes fau-
vages, à l'odeur près ^ que fa tige & les branches,
depuis la tête julqu au lommet ionr couvertes d'une in-
finité de fleurs , & de petite-.: feuilles poinriies ëc den-
telées, qui ont cinq degrés diitérens de grandeur, qui
s'appetiflent à melure quelles s'éloignent de la terre.
Les plus grandes ne valent que 5 fols la livre, les le-
condes 50 fols, les troifièmes 100 lois, iesquacncmes
1 5 liv. & les plus petites quelquefois julqu à 1 50. Les
HoUandois donnent aux Chinois une livre de lauge
pour deux livres de thé. A Londres il y a bien trois mille
lieux publics où l'on va boire du thé.
Le Traité de Péchlin eft intitulé Theophilus Bibacu-
lus ^Jive de Potu Teœ dialogus. Il prétend qu'il eft bon
pour prévenir les maladies Icorbutiques : que la petite
qualité aftringenie qui convient au thé ^ fortifie le mou-
vement tonique des boyaux', &c. Il blâme ceux qui le
prennent avec du bouillon ou avec du lait, mais iur-
tout ceux qui en prennent après un grand repas, ou
après avoir bu beaucoup de vin , & donne plulieurs
confeils pour le choix des tempéramens & des dilpoli-
dons convenables. Philippe-Silveftre Du Four, Mar-
chand de Lyon 5 a fait auflî un Traité du Cafté , du Thé
& du Chocolat.
■S^THÉA. Terme de Mythologie. Elle étoit , félon Hé-
fiode, fille du Ciel & de la Terre, femme d'Hyperion,
mère du Soleil, de la Lune & de l'Aurore.
THÉAGÈNE. Citoyen de la ville de Thaïe , fut fouvent
couronné dans les jeux de la Grèce , & mérita les fta-
rues & les honneurs héroïques dans fa patrie. Dans la
fuite , on lui rendit les honneursdivins. CeuxdeThafe
& plufieurs villes foie Grecques foit Barbares , le regar-
dèrent comme une divinité fecourable, &les malades
fur-tout lui adreflerent leurs vœux.
THÉALDE. Nom d'homme. Theobaldus. Ce nom s'eft
dit pour Thibaud. Thibaud ou Théalde de Vifconci,
Archidiacre de Liège, fur élu Pape lepremier de Sep-
tembre IZ7I 5 & prit le nom de Grégoire X.
THÉANDRIQUE. adj.m. &f. Terme dogmatique. Di-
vin & humain tout enlemble. Déi-viril. Theandricus.
Saint DenysEvêque d'Athènes s'étoit fervi de ce terme»
pour exprimer les deux opérations qui font en Jéfus,
l'une divine & l'autre humaine. Les Monothélites en
abuiérent enfuitepourfignifier la feule opération qu'ils
admetroient en Jélus-Chrift , dans lequel ils croyoient
qu'il s'étoit fait un mélange de la nature divine, &deU
nature humaine , d'où rélultoic une troifième nature ,
qui étoit un compolé de l'une & de l'autre , dont les
opérations fuivoient l'elFence & les qualités , & n'é-
toient ni humaines ni divines, mais divines & humaines
tour à la fois, en un mot théandriques. Le terme de-
théandrique & le dogme des opérations théandriques
fureur examinés avec beaucoup de foin dans la rroi-
fième Selîion du Concile de Rome ou de Latran, renii
l'an 649 , dans lequel S. Martin Pape & depuis Martyr,
réfuta très-lolidement ce dogme abfurde de l'opération
théandrique , & montra que S. Denys d'Athènes avoir
pris ce terme dans un fens catholique, mais toutdifté-
rent de celui des Monothélites. Quelques Auteurs ,
comme Meflîeurs Godeau & Fleury, ont dit quelque-
fois Déi-viril t au lieu de théandrique. Voye^ Déi-
viril. Les Monothélites abufoient du terme d'opéra-
tion théandrique pour n'admettre en J. C. qu'une opé-
ration.
THÉANO. Fille de Ceffée & femme du vaillant Anténor,
étoit Grande-Prêtrellè de Minerve à Troye. Il eft re-
marquable de voir une Prêcrefiè de Minerve mariée.
THE
TliÉANTROPE. r. m. On fe fcrt quelquefois de ce mot
dans le dogmatique , pour lignifier la perlbnne de Jé-
sus-Christ , qui eft véritablement Théantrope , c'cft-
à-dire, Homme- Dieu, des mots Grecs Qioç , Deus j
M^DCùTT^ , homo.
.S::5'THÉATE, TEATEA, ou TEATE. Ville d'Italie au
royaume de Naples > dans l'Abruzze citérieure , éri-
gée en Métropole par Clément VII. Voye^ l'art. Jiii-
vant.
THÉATIN. Nom de Religieux ou de Clercs Réguliers ,
ainfî nommés de Dom Jean PierreCarafle, Archevêque
deChiéfi au Royaume de Naples, qui s appeioit autre-
fois Théate. Comme on étoit accoutumé à l'appeler
l'Evéque Théalin, on lui conl'erva ce nom, qui paHâ|
• enfuite aux Religieux de l'Ordre dont il fut un des
Fondateurs. Théatinus. C'eft le même Archevêque
qui fut fait Pape , fous le nom de Paul IV. aptes avoir
érécompagnondubienheureuxGaecan deTiène, Gen-
tilhomme Vénitien, & premierFondateur de cet Ordre
à Rome en 1524. Le Cardinal Mazarin établit une
Alailbn de czi Ordre à Paris en 1644. C'efl; la feule
qu'ils aient en France. Les Théatins iont les premiers
qui aient pris le nom de Clercs Réguliers. Ce fut vers
l'an 1524 que Ton vit paroîcre cette première Congré-
gation de Clercs Réguliers , & qu'ils jerterent à Rome
lous Clément VII. les fondcmens de leur Ordre , qui
fut confirmé la même année. Les Théatins non-feule-
ment ne poflédent ni fonds, ni revenus rixes & allures,
ni en commun ni en particulier i mais même ils ne de
mandent rien, & attendent ce que la Providence leur
envoie, pour leur fubOftance. Ils s'emploient dans les
Millions étrangères, & ils entrèrent l'an 1617 dans la
Mingrélie , où ils ont un établillement. Ils en ont eu
aulïï dans la Tartarie , la Circalîîe , la Géorgie , qu'ils
ont abandonnés , à caufe du peu de fruit qu'ils y fai-
foient. Leurs conftitutions furent drellèes dans le Cha-
pitre général de l'an 1604 , & approuvées par Clément
VIII. Ils portent l'habit Clérical , les manches de la fou-
tane un peu larges , & les bas blancs. Leurs armoiries
font trois montagnes furmontées d'une croix. Le Père
Jean-Baptifte Tutio depuis Evêqued'Acere , & le Père
Jofeph de Silos ont écrit les Annales de cet Ordre , le
premier &n Italien , & le fécond en Latin. Au Chili &
• au Pérou on appelle fouvent les Jéfuitcs Tkéatins.
THÉATINE. Nom de Religieufes. Monialis Theaùna.
Il y a deux fortes de Tiiéatines fous le titre de fimma-
culée Conception , qui forment deux Congrégarions
différentes ; les unes engagées par des vœux lolemnels,
& les autres qui ne font que des vœux fimp'es-, & ces
deux Congrégations ont eu pour Fondarrice, la Mère
Urfule Benincala: Celles qui ne font que des vœux fim-
ples, font les plus anciennes; on les appelle (împlement
de la Congrégation , Sœurs T/'z/cri/îe^ de la Congréga-
tion. Ce fut en 1585 que cette Congrégation com-
mença à Naples. Elles récitent l'Oftice Divin au Chœur
comme les Théatins, & l'Oftice de la Vierge en parti-
culier , font une heure d'oraifon le matin & une le foif,
elles ont l'Adoration perpétuelle. Elles communient
trois fois la femaine , outre les jours de fêtes. Tout
chant, ou inftrument mufical leur eft défendu. Elles
jeûnent l'A vent, &c. Elles n'ont encore de Maifons qu'à
Naples & àPalerme. Leur habit eft celui des Théatins,
une tunique blanche , une robe noire ceinte d'une cein-
ture de laine, & des manches larges, un voile blanc,
point de guimpe, mais un collet lemblable à celui des
Théatins. Elles ne fortent point de leur maifon.
Les Théatines de 'a leconde Congrégation s'appel-
lent les Théatines de l'Ermitage. Elles ne font occupées
que du foin de prier Dieu , dans une retraite & une foli-
tude auftere, à laquelle elles s'engagent par des vœux
folemnels. Les Théatines de la première Congrégation ,
ont foin du temporel de celles-ci. Leurs maifons font
confignées, & ont communication par une grande falle.
La Mère Urfule Benincafa drefla leurs Conftitutions , &
jctta les fondemens de leur Maifon à Naples -, mais elle
mourut fans pouvoir l'achever. Elle nomma par fon
teftament, pour exécuter fes volontés, la Duchefte
d'Aquara Proteftrice de la Congrégation, & les Élus
de Naples, qui, l'an 1623 avant que de continuer le
THE 7
bâtiment, s'adrefTerent à Grégoire :^V. pour obtenir
l'approbation des Conftitutions que la Mère Urfule avoir
drcliées ; ce que le Pape accorda le 7 d'Avril de la
même année , approuvant ce nouvel inftitut fous la
règle de S. Auguftin , & ordonnant que ces Religieufes
ieroient loumifes aux Théatins. Urbain VIII. révoqua
cetatticie par un bref du 21 Mai 1524, & il les fournit
au Nonce de Naples ; mais Clément IX. annulla ce bref,
& les loumit de nouveau aux Théatins p<lt un bref du
5) Juillet 1668. L'an 1668 les Théatines entrèrent dans
la maiion qui avoir été achevée l'année piécédente.
Le nombre étoit fixé à 56 par les Conftitutions. Voyei
les Hiftoriens de l'Ordre des Théatins , &leP. Héiyoc
T. IV. C. 14.
THEATRAL, ale. adj. Qui appartient au théâtte-, qui
lent le théâtre., Theatralis. Adion théâtrale. Expref-
fion théâtrale. Eloquence théâtrale. Manière théâtrale.
Il y avoir chez les Romains des Loix théâtrales. Il ne
nous en refte que deux , qui concernent les rangs
qu'on y devoir garder.
THEATRE. 1. m. Lieu élevé où l'on fait des repréfenta-
tions-, l'on donne quelque fpeftacle. Theatruni. Les
vendeurs de mitridate vendent leurs drogues fur le
théâtre. Les bouffons qu'on a vu enfarinés fur k théâtre,
font infâmes. On drelle des rA/ûVra dans les Collèges,
pour les repréfentations qui le font par les écoliers.
Théâtre , fe dit auffi de ces édifices magnifiques que
faifoient les Romains pour donner des fpeclacles au
peuple. Arena, theatrum. Ilscomprenoientfouslemot
de théâtre, non-feulement le lieu élevé où l'Acteur pa-
roît, &oiife palle l'adtion-, mais auffi toute l'enceinte
du^ lieu commun aux Adeurs & aux Spedateurs.
C'étoit un édifice entouré de portiques, & garni ds
ficges de pierre difpofés en demi-cercle , & par degrés ,
qui environnoient un efpace appelé orcheftre, au-devanc
duquel étoit le projcenium , ou pulpitum , fur lequel
jouoient les A<5i:eurs : c'eft proprement ce que nous ap-
pelons le th âtre. La fcène étoit une façade décorée de
trois ordres d'Archite>5ture, par laquelle le projcenium
étoit féparé du poftjcenium , qui étoit ce que nous ap-
pelons ie derrière du théâtre où les Adeurs s'habilloienr.
Ainfi la fcène comprenoit généralement tout ce qui
appartenoit aux Adeurs. Dans les théâtres Grecs l'or-
cheftre faifoit une partie de la fcène \ mais aux théâtres
Romains aucun des Adeurs ne deicendoit dans l'or-
cheftre, qui étoit occupée par les lièges des Sénateurs.
hethéâtre des Anciens étoit différent de l'amphithéâ-
tre , en ce que le théâtre étoit en forme de demi-cercle,
au lieu que V amphithéâtre formoit un ovale patfait.
'Le théâtre contenoit trois parties, à fçavoir la fcène,
l'orcheftre, & les degrés qui fervoient de iîèges aux
Spedateurs.
La /cène en général comprenoit tout le terrein qu'oc-
cupoienr les Adeurs , tant ceux qui récitoient , que ceux
qui chantoient , ou qui repréfentoient feulement par
geftes, qu'on appeioit Pantomimes. Elle avoit trois
parties , dont la plus confidérable étoit le pupitre , en
L2zm pulpitum, ou projcenium j c'eft-à-dire, le devant
de la fcène.
L'orcheftre , qui faifoit la féconde partie du théâtre l
étoit le lieu le plus bas \ c'étoit un demi-cercle enfermé
au milieu des degrés: il étoit ainli nommé, parce qu'aux
théâtres des Grecs c'étoit le lieu où l'on danfoit les
ballets , & à leur égard l'orcheftre n'étoit proprement
qu'une parrie de la Icène prife en général -, mais fur les
théâtres des Romains , aucun des Adeurs ne deicen-
doit dans l'orcheftre , qui étoit occupé par les feuls Sé-
nateurs.
Les degrés où fe plaçoient les fpedateurs , formoienc
la troifième partie du théâtre.
Valere Maxime nous apprend que jufqu'à l'an de
Rome 558 les Sénateurs fe plaçoient fur les degrés avec ,
le peuple -, mais leurs fièges furent féparés par Attilius
Sevianus, &: par L. Scribonius, Ediles. .
Avant Pompée le Grand , ondétruiloit les théâtres dès
que lesjeuxétoient finis. Ce fut lui qui le premier bâtit à
Rome un théâtre permanent de piètres de taille , d'une
architedure magnifique, à l'extrémité duquel il avoir
fait conitrujre un petit temple confacré à Vénus, afin
s THE
que la fainteté du lieu empêchât les Ceiifeurs de faire
démoWr œ t/iédtre. Dicl.de Peint. ^d'Ardu
Les plus cclèbrcs tuéâtres qui loicn: leftes de 1 Anti-
quité , font ie théâtre de Maiceilus , & celui de Pompée ,
qu'on a auffi appelés amphithéâtres. Aniphitheatrum.
On voit encore à Athènes les ruines du temple de Bac-
chus: c'eft le premier théâtre qui ait été au monde,
& un chef-d'œuvre d'Architeduie. Tous les théâtres
étoicnt confacrés à Vénus & à Bacchus.
Jhéatre , le dit aujourd'hui de la Icène , ou du lieu or-
dinaire où l'on repréfente des Comédies, & des Tra-
.gédies. Scena. Ccft une grande falle, dont une partie
ell occupée parla /cène qui comprend le //^^û7re même,
les décorations & les machines-, le refte eftdiftribué en
■Vin efpace nommé parterre-, terminé par un amphithéâ-
tre carré ou circulaire , oppofé au théâtre avec plulleurs
rangs de fièges & loges par étage , au pourtour. Celui
des Comédiens du Roi à Paris du deffein de M. Dorbai,
Archicede du Roi, eft un des mieux ordonnés , & le
feul qui ait une façade décorée fur la rue. Les théâtres
des maifons Royales font appelés falles de comédies,
de balets, de machines, &c. Daviler. Le théâtre de
i'Hôtel de Bourgogne, du Palais Royal. Il eft allé au
théâtre, l! fréquente le théâtre. On dit , le devant, le
■derrière , le fond du théâtre ; les aîles du théâtre.
tVcilà une belle décoration de théâtre.
En ce fens on dit , Monter fur le théâtre , c'eft-à-dire ,
faire la profelïïon de Comédien. Aciorjcenicus. Molière
compofoit des pièces de r/^/û/rc, & les jouoit lui-même
fur le théâtre. On dit , les Comédiens ferment leur
théâtre fur la fin du Carême , & le r'ouvrent après
Pâques i c'eft-à-dire , ils ceflent de jouer fur la fin du
Carême , & recommencent après Pâques,
Théâtre, eft auffi la Icience de compoler, ou de repré-
senter des comédies & des tragédies -, & quelquefois
la comédie, ou la tragédie même. Arsfcenica. Héde
lin Abbé d'Aubignac a écrit de la pratique du théâtre
Cet Auteur entend bien le théâtre , polïède bien les
règles du théâtre. Racine a bien foutenu le théâtre après
Corneille. On a accommodé à notre théâtre toutes les
pièces des Anciens. Le théâtre perd tout Ion agrément
dans la repréfentation des choies faintes, & les choies
faintes perdent beaucoup de la Religieufe opinion qu'on
leur doit , quand on les repréfente fur le théâtre. S.EvR.
Cet Adeur eft né pour le théâtre; il abonne grâce fur
le théâtre. Il faut qu'un Orateur évite le tondu thtâtre ,
c'eft-à-dire , le ton de déclamation. Cet Atleur s'eft
attaché au théâtre , ne fubfifte que du théâtre. Corneille
a été du théâtre des Anciens ce qu'il y a^oit de barbare.
S.ÉvR. Tout ce qu'on voit, tout ce qu'on entend lurlc
théâtre, ne s'adrelîè qu'aux fens , & à la cupidité. Nie.
On a purgé le théâtre de toutes les impuretés qui
général
THE
de drames , que de les nommer co-'.
^ le théâtre de toutes
le deshonoroient autrefois. Bay. Quoique l'on parle
€n vers fur le théâtre , Ton eft préfumé y parler en
proie. Il n'y a que les vers Alexandrins à qui l'ufage
laifle tenir lieu de proie. Corn. Bien fouvent nos
plus grands Héros aiment en Bergers , nos théâtres. S.
ÉvR. On ne voit ^lus rien de honteux dans les paf-
rions , dès qu'elles ont été déguifées fur le théâtre ,
& embellies par 1 art -, on y apprend à fon cœur à ne
rougir de rien. Nie. On apprend au théâtre à juger
de toutes chofes par les fens. Id. Voet, Voffius &
quelques autres , onr cru qu'il n'étoit pas permis de
mettre fur le théâtre des lujets tirés de 1 Ecriture
iVérirab'ement il y auroit de i indécence à mettre
ces fortes de fviiers en' comédie. Il ne convieiir point
de trairer avec le ridicule qui doit régner dans la
comédie, des hiHoires , qui en quelques manières &
de quelque nature qu'elles foient, ont été didées par
le Saint-Ffprit. Mais pour des tragédies, quand on y
garde les bienf ances nécellàires, l'expérience lemb'e
montrer , qu'on peut en prendre les lujets dans l'É-
criture. Les Sédécias de Malapert , les deux Jolcph
de Libcniusj &'c. lont de belles pièces dans leiir
genre , quoiqu'elles ne foient pas pour la conduite ,
euÙ! bien qu^eiles le pourroient. Nous avons même
en Latin , un aiez gros volume de comédies tirées
de l'Ecritiirei mais tout y eft fi férieux, pour ne
|>as due û froid i qu'il f^ut plutôt ,les appeler du .
nom
médies
Che\ nos dévots Ayeux le théâtre abhorré.
Fut long-tems dans la France un plaifir ignoré.
Boileau;
Bientôt l'amour fertile en tendres fentimens ,
S'empara du thcTLiie, amji que des Romans. Id,
Théâtre , Ce dit auffi du recueil des ouvrages drama-*
tiques d'un Auteur. Opéra J'cenica vel theatralia. Le
Théâtre de Sénèque, de Sophocle , de Hardi , de Cor-
neille , de Racine. Cela fe dit plutôt des Modernes que
des Anciens.
Théâtre, a fervi auffi de titre à plufieurs Livres. Les
Théâtres d'Honneur & de Chevaierie de Vullon de la
Colombiere. Theatrum. Le Tyieû/rf d'Agriculture, le
Théâtre de la vie humaine de Lycofthcne, amplifié pat
Zuingucr en XXX volumes : c'eft un grand recueil de
lieux communs. Le Théâtre d'Honneur & de Cheva-
lerie d'André Favin.
Théâtre, fe dit auffi d'un lieu élevé par degrés, d'un
échartaur orné pour quelques cérémonies. Suggejlum ,
tahulatum.
Théâtre anatomique. C'eft dans tmc Ecole de Méde-
cine & de Chirurgie , une falle avec plufieurs rangs de
fièges , en amphithéâtre arculaire, & une table pofée
fur un pivot au milieu , pour la dillection , & la démonf-
tration des cadavres , comme le Théâtre anatomique du
Jardin Royal des plantes à Paris. Le Théâtre anatomique,
des Chirurgiens dans la rue S.Come. Daviler.
Théâtre de jardin. C'eft, dans un jardin, une efpèce
de terralle élevée , fur laquelle eft une décoration perf'
peélive d'allées d'arbres ou de charmille , pour jouer des
paftorales. L'Amphithéâtre chcuh'ne qui lui eft oppofé,
a plufieurs degrés de gazon ou de pierre ■■, êc l'efpace
plus bas entre le Théâtre & l'Amphithéâtre , tient lieu
de parterre. L'on en voyoit un de cette efpèce, dans le
jardin des Tuileries à Paris. Daviler. Ce Théâtre des
Tuileries eft détruit, depuis plulieurs années.
Théâtre d'eau. C'eft une difpofition d'une ou plufieurs
allées d'eau , ornées de rocailles , de figures, &c, pour
former divers changemens , dans une décoration perf-
peétive, & reprélenter les fpedlacles, comme le Théd-'
tre d'eau de Verlailles. Daviler.
<&:!>Théatre de fleurs. C'eft un aflemblage de planches
ou de degrés qui vont toujours en s'élevant les uns
derrière les autres , en lorte que l'œil & la main puillent
le porter par-tout (ans ohftacle.
Théâtre, le prend enfin en Architeâure (particulière-
ment chez les Italiens) pour l'aftèmblage de plufieurs
bâtimens, qui par une heureufe difpol^tion & éléva-
tion, reprélentent une agréable fcène à ceux qui les re-
gardent, comme la plupart des vignes de Rome, mais
particulièrement celle de Monte Dragone à Frefcati,
& en France le Château-neuf de Saint-Germain en Lay e,
du côté de la rivière. Daviler.
Théâtre, fe dit figurémenten morale. Le monde eft un
grand théâtre , oii chacun repréfente Ion rôle. Thea-
trum j J'cena , comedia. Il ne faut pas monter lur le
théâtre pour faire de belles aâions. Bell. La vertu eft
trop expofée à la vanité fur le théâtre du monde. S.Evr.
Les Courtilans font toujours lur le théâtre, & de vrais
perfonnages de comédie. LaBr. Le plaifir d'un Roi ,
eft de l'être quelquefois moins, de lortir du théâtre,
& de jouer un rôle plus familier. Id. La vie des hypo-
crites eft une comédie perpétuelle", ils fon toujours fur
le théâtre, & ne quittent guère le mafque. Bell. Il ne
faut pas chercher le bonheur de la vie dans ces établif-
iemens qu'on met au-delïiis de tout , ce font des gran-
deurs de théâtre. Le Ch.de M. L'honnête-homme ne
cherche point à monter fur le théâtre du monde -, mais
fi la naiftance, ou la fortune l'y placent, il joue parfai-
tement bien fon rôle. S.ÉvR. UnAmbalîadeurn'cftpas
toujours fur le théâtre; & quand le rideau eft tivé , il
doit faire l'honnête-homme. Wicq. N'eft-jl pas temps
de lortir du théâtre , & de prendre des penféçs plus fé-
rieules , quand on n'a plus que quelques jours à vi-
vre? B£U. LesSi:oïciens,çn voulant rendre leur \^%ii
infenfiblc
THE
infenfible aux maux , en ont fait un héros de théâtre. Le
Vassor.. Le monde eft, à la lettre , un théâtre où les
hommes toujours malqués , le jouent les uns des autres.
ViLL. Les plus honnêtes gens ne reniplillent pas tou-
jours les premiers rôles fur le théâtre du monde. S.Évr.
• Les Princes doivent prendre garde à leurs actions , parce
qu'ils font fur un grand théâtre; tout le monde les ob-
ferve. Il y a cent ans que la Flandre QÙ.\e théâtre de la
guerre, c'efl-à-dire, qu'on fait la guerre en ce pays-là.
On appelle coup de théâtre, dans une pièce, un évé-
nement imprévu, quoique préparé, comme lesrecon-
noillances. Il fignifie la même chofe au figuré, L'exil
de ce Miniftre fut un coup de théâtre.
Théâtre, en termes de Marine fignifie le château élevé
fur la proue , qu'on appelle autrement château d'avant
ou gaillard d'avant. Caftellum prorœ.
On appelle proverbialement un Roi de. théâtre, un Prince
qui laillè gouverner abfolument fon État par fesMinil-
tres, qui n'a que la repréi'entation d'un Roi, & qui ne
règne point lui-même. Scenicus Rex.
THÉATRIFIÉ, iE. adj. Qui s'eft tellement adonné au
Théâtre, & qui y figure depuis tant d'années, qu'on
diroitque c'eft un Adteur né. Ce mot a été inventé par
M. le Sage , qui l'emploie fort à propos, en parlant de
Baron le pcre, fans le nonnrier. Il y a, dit-il, fi long-
temps qu'il paroît fur le Théâtre, qu il ell, pour ainlî
dire, théâtrifié. Addition au chap. des Songes j dans la
dernière édit. du Diable Boiteux.
THEAU. Nom d'homme. Thillo. Au Vigean en Limou-
fin, S. Theau , Moine d'Auyeïgne, qui avoir appris
l'ôrfévrene à Paris fous S. Eloy , comme le rapporte
S. Ouen. 'Baillet l'appelle en Latin Tkdlo, TUlomus ,
êc Tilniannus. S.TiUon , que par corruption on appelle
S. T72eûuenFrance, S. Tilloine, Saint Thielman, ou
Saint Tilman en Flandre, naquit de parens idolâtres ,
& de mœurs fort barbares , en Saxe. Baillet. j Janv.
Il fut pris enfant par des brigands, amené en-deçà du
Rhin, vendu ,& racheté eniuite par S. Eioy , quiVen-
voya à l'Abbaye qu'il^ avoit fondée à Solignac en Li-
moufin, oii il fut élevé dans la piété & dans les lettres.
Il mourut vêts 702, âgé d enviroa 94 ans. Voyez encore
M. l'Abbé Fleury , Hift. Eccl. L. XXX VIL p. 597.
THÉBAFFE. Nom propre de lieu. C'écoit autrefois une
petite ville de l'Arménie mineure. Thebaffa , ancienne-
ment Cû^ç^ï^î. Elle eft maintenant dans l'Aladulie , près
des fources du Cydne , entre Tarfe & Tianée. Maty.
•TH^BAIDE. Nom d'une contrée. Thebâis. C'étoit la
partie de rÉgypte la plus méridionale, dans laquelle
étOit la ville de Thèbes, qui lui donnoir le nom de
Thébâide. Elle s'éteiidoit du côté du midi jufqu'aux
petites cataradtes , où eiie touchoit à i'Éthycpic. Elle
«'étendoit à droite & à gauChe du Nil, qui la féparoit
en deux, & fe divifoit en plu< ,urs nômes , quartiers
/3U parties, entre lefquelles celles?; liétoient à l'orient
Hu fleuve, entre fes bords & la mer Ro' ge, s'appeloient
nômes Arabiques , parce qu'ils étoient du côté de l'Ara-
bie. Ptolemée compte dix nômes dehThébaidc , c'eà-
à-dite, dix villes qui ont territoire & gouvernenjent.
Les nômes Arabiques font le Lycopolyte l'Aphrodi^o-
polite , le Thinite , le Diofpolite , le Thintirite & l'Her-
montites. De l'autre côté du Nil font le Cynopolite,
ou Antinoïre , le Panopoiite , le Coptite, le nôme de
1"hèbes. Pline , L. V. C. 9. en ajoute un onzièirie ,
qu'il nomme l'Ombite. Voyez Bochart dans fon Pha-
leg j L. IV. C. 27. & le Chevalier Marsham , Canon.
Chron.Sœc.XV. tit. Thebais.
Ce pays eft célèbre dans l'hiftoire de l'Eglife par le
nombre prodigieux de laints Solitaires, qui s'y font reti-
rés dans les premiers fiècles, & qui y ont vécu dans le?
rigueurs de la pénitence. C'eft de là que l'on dit : Les
deferts de la Tliébaide. Les Anachorètes de la Thébàide.
On dit d'un homme fort retiré , c'eft un folitaire de
la Thébaide. On dit d'un pays fec & aride, inculte: les
deferts de la Thébaide ne font pas plus aftreux.
Il faut nier l'extâjè & les ravijjemens,
Cioire la Thébaide un pays de Romans ,
"lue les Hdarions, les Pauls & les Macaires,
Çont tous des gens trompés, tous des vifionnaires.
Duc oç NiVERS.
Tome VIIL L Partie^ '
THE
9
ThéèaÏde, eft auffi le nom d'un Pocme de Stâcé , dont lé
fujet eft, la guerre civile de Thèbes de Grèce entre les
deux h-eres Ethéocle &Polynice, ou Thèbes ptife par
Thefee. Thebâis. Srace travailla douze ai^s à fa Thé-
bâide, qui contient XII Livres. lU'écrt'itlousDomi-
neii Avant lui plufieurs Poètes Grecs avoient fait des
Tnebaides : les principaux font Antagoras ,■ Antiphanes
de Coiophone, Ménélas Egéen, & un Anonyme donc
parle Paulanias, L. IX.
THEBAIN, aine. Nom de peuple. Theb anus. On diÇoit
d étranges choies de laftupidité des Thébains, comme
de celle des aurtes Bœotiens , témoin les proverbes
Bc/ar/rt i , v,'Acoii-^M v«7, & Bc/«T=/t),' l , un cochon, un e(pnt„
une oredle de Bœotie ; pour dire, unfot, un hébété.
Tourreil. Les Thébains battirent les Lacédémonîens
à.Leudre, & à Mantinée. Par ftupidité , plutôt que
par modération , les Thébains n'avoient point fu fe
taire valoir.
Les Thébains étoient grands Muficiens. Id, Un jour
qu on faifoit la guerre à Alcibiade , de fon peu d'incli^
nation pour la mufique , ils'avifa de dire pour dernière
excufe. C'eft aux Thébains à chanter comme ils font,
eux qui ne lavent pas parler. Id.
TFIEBATH. Nom de ville dans l'Écriture. Thebath. Elles
eroir des Etats d'Adarezer Roi de Soba , & par confé-
quent elle éroit dans la Sytie furnommée Soba. Par la
comparailon du premier Livre des Paralipomènes
XyiII. 8. avec le lecond Livre des Rois VIII. 8. il pa-
roît qu'elle le nommoir auffi, Bete.
THEBÉiiN, ENNE. adj. Qui appartient aux Thébains,
Tnebanus , û. La légion Thébienne étoit une légion des
armies Romaines , fous les Empereurs Dioclétien &
Maximien. La légion Thébéenne eft encore qualifiée
d heureule par quelques Anciens. S. Maurice étoit Tri-
bun de la légion Thébéenne. S. Exupere & S. Candide
éroienc, après S. Mautice, les premiers Officiers de la
légion Thébéenne. L^. légion Thébéenne ayant refuféde
prendre parc aux iacrifices.de Maximien, & à la per-
fccution qu'il vouloit faire aux Chrétiens , fut décimée
.deux fbis coup-fur-coup , & enfin environnée par le
refte de l'armée , & maffacrée toute entière avec ks
Ofticiers.
Thèbes. Nom d'une ville de la demi-Tribu de Manafte,
en-deçà du Jourdain. Tliebes. Ce n'étoit plus qu'un
village au temps de S. Jérôme.
THÈBES. Nom d'une ville de l'Achaïe , anciennement
très - confidérable. Thébœ. Elle étoit capitale de la
Bœotie. Alexandre le Grand la ruina ; mais elle fut en-
fuite rétablie , & ce fut le Siège d'un Archevêché. On
allure que cette ville a encore une lieue & demie de cir-
cuit , mais qu'elle eft fi ruinée , qu'elle n'a que trois ou
quatre cents habitans Turcs ou Chrétiens. Elle eft dans
la Livadie en Grèce, fur la rivière d'ifmen, à dix-fepc
lieues de la ville d'Athènes, vers le nord occidental. On
la nomme communément Thiva, ou Stiyes. Maty.
On ne voit point à Thèbes d'autre marque d'AntiquitéJ
que quelques fondemens de grollès murailles de marbre
brut, & de diverfes couleurs qui ferment la ville di»
côté du midi , & qui font peut-être les reftes de celles"
qu'Amphion y bâtit , au fon de fa lyre. Du Loir , page
3 19. Le chemin de Néguepont à Thèbes eft bien de 25,
aiilies. Du Loir, ;>. 328.
Laficuation de Thèbes eft fort belle. Elle eft bâtie fur
des ;. -jchers, qui font contrefcarpés du côré du levant, oà
plufieurs ruillèaux du fleuve ^fopus baignent agréa*
blement la campagne , & font moudre des moulins*
Thèbes fut ainfi nom mée deThébé, fiiie de Prométhée*
Paujan. in Bœot. Steph.de Urbib. Tourreil. Thèbes
fameufe par fa grandeur & par fon ancienneté, l'étoif
encore par les diigraces, & par les exploits de fes Hé-
ros. La fin tragique de Cadmus fon fondateur, àd'Œ"
dipe l'un de les Rois , qui tous deux tranfmirent leur
mauvaife fortune à leurs defcendans -, la nailfance de
Bacchus & d'Hercule -, un fiège foutenu avant celui de
Troye, & divers autres événemens hiftoriques ou fa-
buleux , la mertoient au nombre des villes les plus
renommées.
Le lac de Thèbes, de Srives ou de Thiva. Thebanus
lacus, anciennement i/j/icû , ou Aliartus lacus. C'eft
B
«o THE
un lacdfla Livadie en Grccc. Il cfl: environ a une lieue
deTlicbes du coté du nord , & à une heue du lac de Li-
vadie, versle couchant. Ces deux lacs avoicntautiefois
communication enlembic, par un grand conduit qui
travcrfe une«nontagnc qui les fépare-, mais maintenant
les eaux de ces lacs font trop balles , pour monter juf-
qu'à ce conduit. Maty.
Thkbes d'Egypte. C'étoit anciennement une des plus
célèbres villes du monde. T/ie!>i:s , Hecatompylos ,
Viofpolis. Elle étoit capitale de la Tébaide , qui eft
maintenant la Haute-Égypre. On dirqu'elle avoir 140
ftadcs de tour, qui font % lieues , & qu'on y voyoit
cent portes , ce que fignifie le nom à' Hecatompylos.
THE
1-
Quelques voyageurs aiîurent qu'elle efi encore con(
dérabie parlé commerce de la mer Rouge, & qu'elle
porte le nom de Thèves •, mais d'autres la mettent à
Cirgio, ou à Minio , deux villes de la Haute-Egypte,
fituées fur le Ni' , alîèz proches l'une de l'autre. Maty.
La ville de Thèbes étoit h peuplée, qu'elle pouvoir
faire fortir enfemble dix mille combattans par chacune
de fes portes. On a découvert aux environs de Thèbes ,
au rapporr de Thévenot , des temples & des palais
prefqu'entier? , où les colonnes & les ftatiies fonc in-
nombrables. On y voit des Sphinx d'une matière pré-
cieufe , & des peintures dont l'éclat n'eft point terni.
Thèbes de Lucanie. Voyez Luzzi.
Thèbes deThessalie, Voyez Zéïton.
THECA 5 ou Chêne des Indes. Grand arbre dont on
trouve des forêts entières dans le Malabar. Les Ido-
lâtres n'emploient point d'autre bois pouf bâtir & ré-
parer leurs temples. Ils tirent des feuilles de cet arbre
une liqueur , dont ils fe fervent pour teindre leur^
foies & leurs cotons en pourpre. Ils les mangent & en
font un firop avec du fucre , qui a la vertu de guérit
les aphtes. Ils font bouillir les fleurs dans du miel, &
en préparent un remède , qui évacue les eaux des hy-
dropiques. Ray, Hift. Plant.
THECHNOLOGIE. f. f. C'eft une faufTe fcience de mots
qui cachent le fens des choies. Thechnologia. Les écrits
des Sociniens en font pleins. S. Ba;'ile s'eil fervi de ce
terme.
THÉCUÉ. Nom d'une ville de la Terre- fair.te. Thecua.
Thecue. Elle étoit dans la Tribu de Juda, à neuf lieues
d';.£iia, ou de JérulaJem, au rapport de S. Jérôme.
THÉER, ERE, f. m. & f . Terme dé Relation, il y a at'x
Indes une certaine forte de gens qu'on appelle Théers ,
qui ne fonc ni payens , ni Mahométans , & qui n'ont
point du tout de Religion. lis ne fervent qu'à écurerles
cloaques & les privés , & à écorcher le.'^ bêtet axoet^e^
dont ils mangent la chair. lis ccnduiienr auffi les cri-
minels au fupplice, & en font quelquefois l'exécucion.
C'eil: pourquoi ils ibntcn abomination à tous les Indiens,
qui font obligée de le purifier depuis la tête jufqu'aux
pieds, fi quelqu'un de ces gens, qu'ils appellent àcaufe
de cela Alchôres ^ les a touchés : auffi ne fouftrent-ils
point qi'.'ils demeurent dans les villes -, mais ils les obli-
gent ai? retirer dans les extrémités des faiiybourgs,
& à s'éloigner du commerce du monde.
THÉGUACAN. Province de l'Amérique méridionale
dans la nouvelle Elpagne, félon Wafer.
^O" THÉIÈRE, f. m. K'Iieux que Thétière. Vafe d'ar-
gent ou de porcelaine , dans lequel on faitinfufer du thé.
Les plus belles nous viennent de la Chine & du Japon.
THÉIFORME. adj. Enguife de thé. Infufion théiforme.
Brigandages de la Médecine , p. zo8. C'eft-à-dire , in-
fufions d'herbes qu'on jette dans de l'eau bouillante , &
qu'on prépare comme le thé.
THEÎN. Voyez Thain.
THÉION. f.m. Vieux mot. Onde. On a dît aufTiTMe^
pout dire , Tante , du Grec 9e7o^ , & Ge/k , qui veulent
dire la même chofe. Les Efpagnols difent encore au-
jourd'hui Tio & Tia, pour , Oncle & Tante.
^ô THEISME, f.m. Terme dogmatique. Sentiment de
ceux qui admettent l'exiftence d'un Dieu, d'un Être
fuprême. C'eff l'oppofé d Athéïfme. Il efl évident que
le Théij'me eft prétérabie à l'Athéifme , & bien plus
avantageux pour la Société.
(8^ THEISTE, f. m. Celui qui admet l'exiflence d'un
Dieu. Ces mots viennent.du Grec Oeof, Dieu,
<8^ THEKA. Arbre du Malabar. Voyez Theca:
THÉKUPHE. f. f. C'eft un terme de Calendrier chez les
Juifs. Il fignifie proprement révolurion, cercle, & fe
dir des quatre points où commencent les quatre laifons
de l'année-, c'eft-à-dire, les deux points équinodiaux ,
&: les deux folftitiaux. Tekupha. Le Thalmud traite
des Thékuphes dans le Traité Erubhim.
THELASSAR. Voyez Thalassar.
THÉLEME. C'eft le nom de l'Abbaye fondée par Gargan-
tua, en laquelle ceux qui font reçus font tout ce qu'il
leur plaît, & félon leur volonté, à GrcecOj Thelemaj
c ed-à-dne.volonié.lÀv. i..Ch.tji. Alphabet deRabelais.
THÉLESl^HORE. Nom d'un Dieu qu'on adoroit à Per-
game. T/iele/phorus,
THELMALA ," ou THELMÉLA. Et félon les Septante ,
Thelmélcch, & Thelméleth. C'eft un lieu de la Chal-
dée , ou de Babylonie. Le Père Lubin prétend que c'eft
laThegme de Pcolomée, que les Tradu6teurs de cet
Auteur appellent Thelme.
THELXIÉPŒ. Une des Sirènes.
THÉMA. Nom propre de lieu. Thema. Ce mot 'ne fe
trouve que dans le Livre de j ob , VI. 1 9. &: comme on
ne fait quel eft ce lieu , on dit que c'efi le même que
Théman.
THÉMAN. Nom de liei» dans l'Écriture. Theman. Ce
lieu paroîc avoir été dans l'Idumée. Car Theman , dont
fans douté il aura pris fon nom. étoit fils d'Eliphaz, &
petit-fils d'Elaii, qui eft Edom. La terre de Théman.
THEMANITE. Qui eft de Théman. Thémanijies.
<?^ THÈME, f". m. Terme de Grammaire, qui viept du
Grec b:Uef., T!icf.i.'.i,pcno. Ainfi thème fignifie littérale-
ment çofkion , quod primù poniîur. Dans cette accep-
tion on appelle thème d'un verbe, le radical primitif
d'où il a été tiré par diverfes formations. Mais en Grec
ou appelle ainfi le prélent d'un verbe , parce que c'eft le
premier temps qu'on pofe pour en former les autres.
Dans le Didaélique on entend par Thème , la matière
d'un difcouts, le lu jet qu'on entreprend de traiter, la
propofition qu'on veut établir , éclaircir ou prouver.
Thema , argumentum. Cet homme a bien luivi fon
thèmi.
On dit familièrement, qu'un homme a mal pris Ion
thème , pour dire , qu'il a avancé mal-à-propos une
chofe devant certaines perfbnnes.
Thème fe dit , dans les Claftès , de ce qu'on donne
aux écoliers à traduire de la langue qu'ils faveur dans
celle qu'on veut leur apprendre. On donne des Thèmes
pour les prix, pour les places.
0«i-4edit auflîde la compofition même. Cet écolier
a bien fait fon thème. Faire fon thème en deux façons.
Corriger un thème.
Faiïc Con thème en deux façons , dans le figuré, c'efl
dire la même chofe en d'auîres termes. Exprefllon fa-
milière.
Thème céleste. Terme d'AftroIogie , qui fe dit de lâ
figure que dreficnt les Aftrologues , lorfqu'ils tirent
l'horofcope. Thema. Il reprélente Fétat du ciel à urr
certain point requis; c'ell-à-dire , le lieu où font en ce
moment , les étoiles & les planètes. Il eft compofé da
doure triangles enfermés entre deux carrés, & on les
appelle les doii^e maifons.
Thème, au ftyle de Liège, C. 2. 10. Sec. fignifie la de-
mande hbellée, le libelle du demandeur. Acioris libel-
las.
THEMïS. Nom d'une Déellè de l'Antiquité payenne.
Themis, Idos, ou IJfos. Elle étoit fille du Ciel & de la
Terre. Héfiode , Theog. v. t^^. Ce fut la féconde
femme de Jupiter. Il en eut les Heures, Ennomie,
Dice, Irène, ou la Paix, & les trois Parques. Héfiode,
Theog. v.QOZ.&c fuiv. Themis pallbit pour linventrice
& la Déelïe des Oracles & de la Divination. C'étoit elle
quienfeignoit aux honlmes àdemander, à fouhaiterce
.qui étoit jufte & licite. T7i(?//2/javoit un Temple ancierr
en Bœotie , fur le bord du fleuve Céphife.
Themis , fe prend fbuvent pour la Juftice , quand on veut
la perfonnifier-, ou pour la Déelïe de la Juftice, & en
ce lens il eft fort en ufageen notre langue, principale-
ment en Poëfie, & il fignifie la Juftice, les Juges , les
Cours de Juftice , fur-tour les Cours Supérieures , & en
THE
particulier une Cour de Juiîice , & même unMagiflrat.
Thiinïs l'a décidé. Les Arrêts de Tk^mis , c'eft- à-dire ,
d'un Tribunal de Juftice. Le Palais de Thémis ell une
Douane où cent exacteurs avides le (uccèdcnc l'un à
l'autre , pour dévorer la (ubitance de 1 iniortuné plai-
deur, Les rituels de Thémis alLcrvillent (es cliens à
tant de formalités vétillcules , d'où l'on fait dépendre
leur fort, qu'il leur elt ditricilc d'arriver fans bron-
cher julqu'à Ion Tribunal.
ifT THÉMISTIADES. f. f. pi. Terme de Mythologie.
C'eft le nom qu'on donnoit aux Prêtrelles di^Temple
de Thémis à Athènes.
THÉN4IST1EN, ENNE. Nom de Secfte. Themipanus^ a.
Les Agnoïtes , dont nous avons parlé , furent nommes
Tht'tn'Lflïens,à.\\ nom d'un Diacre Thémirtius , qui fou-
tenoic que le corps de J. C. éroit corruptible, & qui
en concluoit , que Jelus-Chrill avoir donc ignoré
bien des choies.
THÉMISTITAN. On donnoit autrefois ce nom à la ville
de Mexique, & à la province qui en dépendoit. Thc-
mïfiïtanum. Voyez Mexique", ville & province.
THEMNA. Nom d'une ville de la Terre-Sainte. TAc/tz-
na. Voyez Thamna.
THÉMUDITE. Nom d'une ancienne Tribu d'Arabes, de
celles qui font éteintes. Peuple de Thémud. Themu-
dïta. D'Herbelot,aumotHagr,les appelle auiîîPeuple
de Saleh , & dit qu'ils habitoienc entre laSyrie & l'Ara-
bie , dans le pays que nous appelons aujourd'hui l'Ara-
bie Pétrée. Ils avoient pris le nom de peuple de Thé-
mud, ou Thémoud, de Thémoud, fils d'An(er , fils
d'Aram,& frère d'Arphaxad, parce qu'ils dcfcendoient
de lui ; & peuple de Saleh , du nom d'un Prophète que
Dieu leur ensoya. Voye\ d'Herbelot au mot Salah.
.THENAILLES. Nom d'une Abbaye de la Picardie en
France, Thenolïit, Thenolium. Elle eft dans laTiéra-
che , près de la petite ville de Vervins. Maty.
. .THÉNAR. f. m. Terme Grec, reçu dans notre langue,
& dont les Anatomiftes le fervent pour exprimer dans
la main, l'efpace qui eft entre le pouce & l'index. Cet
homme a reçu un coup de (abie qui lui a fendu le ché-
har. C eft aulîi le nom d'un mufcle de la main & du
pied. -M. Ce mufcle ferc à éloigner le pouce du
doigt indice. Dans la main on l'appelle , abdudeur du
pouce , & dans le pied, abdudeur du gros orteil.
©3° THENSE. f. f. Terme d'Antiquité. On appeloit
Thenfa , ou Tenfa , une efpèce de Chariot, ou de
Brancard (ur lequel on portoit les ftatues desDieux aux
jeux du Cirque.
%fT THÉO. Foye:^ Ther.
iTHÉOCATAGNOSTE. Blafphémateur. Nom deSeâe.
Theocatagnqftes 3 Blafphemus. Les Théocaragnojles
avoient l'audace de reprendre certains faits & paroles
en Dieu. Marcel. S. Damafcène, Hér, p2 , dit que
c'étoient des impies, qui oloient trouver à redire à
certaines a<ftions Ik paroles de Dieu , & desPerfonnes
divines , & qui les blâmoient , auffi-bien que les faintes
Écritures. Marcel, dans fes Tables, met ces Héréti-
ques au feptième fiècle, je ne (ai pourquoi; car on
n'a rien qui marque le temps auquel ils ont paru. Il y
a même , dans le Traité des Hérélies de S. Jean Damai-
cène, des Hérétiques qui font moins des Hérétiques
qui aient fait Seéte, & fubfifté en certains temps, que
des impies tels qu'il en paroît dans tous les temps, &c
en tous les fiècles.
Ce mot vient de ©êdf, Dieu^ & de liaTajuujjcffl, je
condamne,
THÉCCLYMÈNE. Devin célèbre , qui defcendoit en
droite ligne du célèbre Mélampus de Pylos. Il prédit
la mort des amans de Pénélope.
.THÉOCR ATIE. C f. État gouverné par la volonté abfolue
de Dieu fcul. Theocratia. Gouvernement où les Chefs
de la Nation font des Miniftres de Dieu , dont la volon-
té fe manifefte par des lignes fenfibles , par des mira-
cles. L'ancien gouvernement des Juifs étoit Théocra-
tique; car Dieu décidoit de tout ce qui appartient à la
fouveraine autorité. Cette Théocratie dura jufqu'à
Saiil , & alors l'État devint Monarchique. Il y a eu une
Théocratie imaginaire à Athènes. Pendant que les en-
fans de Codrus difputoient le Royaume , les Athéniens
Tome FIIL
THE ti
ennuyés des malheurs d'une guerre intefiinc, aboli-
rent la Royauté , & déclarèrent Jupiter le fcul Roi du
peuple d'Athènes. Val.
THEv CRATIQUE. adj. de tout genre. Qu: appartient à
la Théocratie , qui cil de la Thcocratic. Th ouaticusé
Etat Théocratinuc. Le peuple d'Ifracl, ennuyé d'un
Gouvernement Théocratique ^ voulut avoir un Roi
comme les autres Nations.
THEODOLITE, f. m. Inftrument en ufage dans l'Ar-
pentage, pour prendre les hauteurs & les diftances. Il
eft compofé de plulîeurs parties, i" \Jn. cercle de cui-
vre divilé en quatre quarts de 90 , repréfentant les
quatre points cardinaux de la boullole, l'cft, l'oueft,
le nord &c le fud , & marqué des lettres E , O, N , Si
Chacun de ces quarts eft divifé en 50 dégrés, (S^fub-
divifé autant que la grandeur de l'inftrument peut le
permettre , communément par les diagonales. Les
quatre quarts doivent être marqués de 10, 2.0, 30,
&c, deux fois; commençant aux points du nord &
du lud , & finilfant à 90 aux points de l'cft & de
l'oueft. 1° Une bocte & une aiguille pla.écs juftcnicnt
fur le centre du cercle , fur lequel centre l'iurtrumcnt ,
l'index avec les guidons doivent être mis , de forte
qu'ils puident tourner & fe mouvoir en rond; mais
la boëte & l'aiguille demeurent fixes. Au fond de la
bocte, il faut qu'il y ait une boudbic attachée de (orrtf
qu'elle réponde aux lettres E , O, N, S, marquées (ur
l'inftrument. 3° Par derrière un emboëtemcnt, on
plan, ou, ce qui eft le mieux, un rond , pour entrer
dans la tête d'un pied à trois branches , fur lefquelles
l'inftrument eft porté. 4*' Ce bâton , ou ce pied pour
pofer l'inftrument deifus, & dont le cou, ou manche
vers la tête , doit entrer dans l'emboé'tement qui eft
derrière l'inftrument. Harris.
THÉODORA. Nom de femme. Theodora. Nos Auteurs
ne donnent point à ce nom la forme Françoifc, & ne
dilent point Théodore , pour éviter l'équivoque avec
Théodore mafculin. L'Impératrice Theodora, femme
de Juftinien, abufa du crédit qu'elle avoir fur l'Empe-
reur, pour favorifer les Euthyciens dans l'affaire deS
trois Chapitres. Un grand défaut de Juftinien, fur
i'afcendant qu'il lallfa prendre à l'Impératrice Théo-'
dora y une des plus méchantes perfonnes qui aient
monté fur le Trône , ainfi que tout le monde en con-
vient. P. Dovcw, Hif, du Neft. p. ^66. Theodora
facrifia au plailir d'être écoutée & d'être reconnue cheif
de parti, ce qu'il y a de plus facré au monde, & fit
fervir au renverfement du Chriftianifme , tout ce que
l'ambition , le dépit & la vengeance peuvent infpirer
d'artifice &: de cru.auté, à une femme que rien n'eft
capable de retenir. Id. Procope allure qu'elle avoir été
Comédienne , & d'une réputation fi perdue , qu'aucun
honnête homme n'auroit voulu lui parler. Evagie , qui
a écrit après la mort de cette PrincelTè, qu'adurément
il n'a pas épargnée , ne parle point de cet épouvanta-
ble débordement de mœurs, dont nous voyo/is qu'elle
eut toujours, aulîî-bien que fon mari, une horreur
très'grande. Id.
THÉODORE. Theodorus. Mot qui vient du Grec, &C
qui eft un nom d'homme. Théodore de Bèze étoic
dilciple de Calvin ; & fi l'on en croit d'Avila , Livre I.
des Guerres civiles de France, Théodore de Bèze avoir
beaucoup d'éloquence & d'érudition.
Théodore Afcidas , tiré depuis quelques années d'un
des Monafteres de S. Sabas, pour gouverner l'Eglife
deCéfarée enCappadoce, étoit (vers 538 ) le princi-
pal appui de l'Origénifmc. P. Doucin, Hifi.duffejlé
p. 400.
Théodore de Mopfuefte & Diodore de Tarfe font les Au-
teurs du Ncftorianilmc ; c'eft d'eux que Neftorius prit
(es erreurs. On a dans les Chaînes Grèques fur l'Écri-
ture , des extraits de tous les Ouvrages de Théodore de
Mopfuefte; & ces extraits contiennent quantité de pro-
pofitions hérétiques: fes écrits étoient des notes (urlat
Genè(c,(ur JobjfurlesPfcaumes, fur le Cantique des
Cantiques, fur les XII petits Prophètes , fur les f van-
giles de S. Matthieu , de S. Luc , de S. Jean , & (ur l'É-
pître aux Hébreux. On a encore quelques-uns de ces
Ouvrages entiers en manufcrit, dans les Bibliothèques.
Bij *.
tx T HE
Théodore deMopfucfte ne vouloir point , que toute
Ihiftoire de laGcncfe fût expliquée à la Icccie. Il ifjet-
roit & blàmoit le Livre de Job, & le Cantique des
Cantiques. Léonce aflure qu'il ne recevoit pas mçmc
lesPaialipomènes, niEtUras, ni aucune des IcptEpi-
tres Canoniques. On a encore de lui d'autres extraits
tousinl-eaésd'liérclîe^ravoird'uneexplicationduSym-
bole, dune inftruction des Catéchumènes, de XVII
Livres touchant l'Incarnation, de IV Livres contre
Apollinaire, d'un autre Livre contre les Apollinarit-
tes , & de V Livres contre les Manichéens.
Théodose. Nom dhommc. Theodofius. Il y a trois
Empereurs du nom de Thcodùfe. Théodofe le Grand
eft le premier qui fut fait Empereur le 19 Janvier
379 , & mourut le 17 Janvier jji;. M. Fléchier a écrit
la vie du Grand Théodofe.
Cemorell Grec, & Lignifie don de Dieu, de Qw,
Dieu, & 5cri- , don.
THÉODOSIEN ,ENNE. Nom de Secte. Thcodofianus ,
a. C'étoient des Hérétiques Corrupticoles, dont nous
parlons , ainfi nommés de Théodole , Patriarche d'A-
lexandrie. Les Théodofiens étoient des Eutychiens
d'Alexandrie en Egypte.
ThÉodosien, ENNE.adj.m. & f. qui fe dit de la collec-
tion des Loix Romaines faite en feize Livres , par l'au-
torité de l'Empereur Théodofe. Theodofianus , a. Le
Code ThéodoJien.Voyzz Code. LaTable Théodofienne
ou dePeutinger. Tabula Theodojîana, ou Peutenge-
rïana. Ce font d'anciennes Tables Géographiques.
THÉODOTIEN,ENNE. Ancien sHérétiques qui étoient
une branche des Aloglens. Theodotïanï. Ils nioient
que Jésus-Christ fût Dieu, rejettant l'Evangile de
Saint Jean & fon Apocalypfe. L'Auteur de cette Sede
fut un certain Théodote, Corroyeur, mais homme
favant , qui étant confus d'avoir fléchi dans la perfé-
cution de Sévère, fe retira à Rome, où il tâcha de
couvrir fa perfidie : mais le Pape Vider l'excommu-
nia. S. Épiphane , H&r. s 4 , rapporte les erreurs de
ce Théodote , & les réfute.
THÉOÉNIES. f. f. pi. C'étoient des fêtes de Bacchus
chez les Athéniens. Le Dieu lui-même étoit appelé
Théoénos, le Dieu du vin, ou pour mieux dire, le
Dieu Vin. De&-èf , Dieu , Se 01. o--, vin.
THÉOGAMIES. f. f. pi. Fêtes qui fe célébroient en l'hon-
neur de Proferpine, & en mémoire de fon mariage
avec Pluton. Le mot eft Grec, &c fignifie Mariage des
Dieux. Il vient de 1 , Dieu j & > «.«c , Mariage.
THÉOGONIE, f. f. Théologie païenne qui enfeignoit la
généalogie des faux Dieux. Theogonia. Héiîode a
écrit de la Théogonie. C'eft un Poëme que nous citons
fouvent dans cet Ouvrage.
^THÉOL. Rivière. Foy. Ther.
THÉOLOGAL, f. m. Chanoine ^Doélcur qui prêche,
qui enfeigne la Théologie dans un Chapitre. Theologus
CollegÏL yCanonicorum Profeffor. Le Concile de Latran
tenu fous Innocent III. en 1 2 1 5 , ordonna que les Ar-
chevêques auroient dans ks Métropolitaines un Pré-
cepteur à leurs gages, pourcnfeigner la Théologie ,
en faifant trois leçons publiques par femaine, & en
prêchant les Dimanches & les Fêtes folennelles. Le
Concile de Bâle en 143 1 , & la Pragmatique-Sandion
établirent un Théologalà2.ns les Cathédrales & Métro-
politaines ; & l'Ordonnance d'Orléans'en i j6o, dans
ï«s Collégiales auiîi-bien que dans les Cathédrales. Le
Concile de Trente a afFedé une Prébende à cette fonc-
tion , qu'on appelle la Théologale, & qui fait nommer
ce Dodeur le Théologal. Cette Prébende eft aff"e6tée
aux Gradués. Le Théologal a cet avantage, que par
«ne Bulle de Grégoire XIII, il eft réputé prélcnt au
Chœur, tous les jours qu'il eft occupé à prêcher, ou à
faire quelque leçon. Mais ces Réglemens ont eu peu
d'exécution, & la fondion efFedive du Théologal ç^
réduite à quelques Sermons, que bien fouvent il ne
fiit pas lui-même. Fleury. ^-'oye:;' ^'Ordonnance de
Charles IX. de i;6o. Art. S. Rebuffe fur les Concor-
dats, Chap. De Colla:. §. i. v. Quinque his ^ & les
deux fuivans, p. J9S.
THÉOLOGAt, ALE. ad). On appelle vcrtus Théologales ^
la foi , l'efpérance & la charité , comme étant celles que
THE
la Théologie nous enleigne principalement, qui ont
principalement Dieu pour objet. Virtutes Thcoiogicty
fidesyfpes, chantas. On appelloit J^in Théologal, le
meilleur vin , &: le plus délicat, à ce que dilent Erat-
me &■ Henri Etienne; mais cela ne fe dit plus.
THÉOLOGALE, f. f. Prébende d'une Eglife Cathédrale
aftcdéc à un Dodeur, qui eft tenu de prêcher, ou
d'enfcigner la Théologie. Prdbenda Théologales. A
prélent les Théologales font de (impies dignités lans
fonéFion, ni obligation d'enfeigner.
TFIÉOI^GIE. f. f. Science qui donne la connoilFance de
Dieu & des chofes divines, ou qui a Dieu & les choies
qu'il a révélées pour objet. Theologia , rerum divina-
rum fcicntia. La Théologie eft une fcience ou une doc-
trine, qui nous enleigne ce que l'on doit penler de
Dieu, & la manière dont il veut être Icrvi. La Théo-
.logie naturelle eft la connoiftance que nous avons de
Dieu par fes effets, & par les leules lumières de la
nature. La Théologie fumaturelle eft celle que nous
apprenons par la révélation. La Théologie pofitive eft
la connoilFance de l'ÉCriture-Sainte, & l'explication
fuivant le lentimentdes Pères & des Conciles, fans le
fecours de l'argumentation. On prétend qu'il faudroit
dire expo/itive , 5c non p:is pojitive. La Théologie mo-
rale eft celle qui donne la connoilîance des loix divi-
nes , pour régler les mœurs. La Théologie fcholajlique
eft celle qui tire, parle raifonnement, pluiîeurs-con-
noiftances des choies divines, fondées furies principes
de la Foi. /^oye^ScHOLASTiQUE. Lombard obfcurcit
fort-k Théologie par l'inutilité de plulieurs queftions
dont il l'embairalFe. Le P. Rap. On appelle la Sacrée
Faculté de Théologie j les Profeffeurs, Dodeurs & Ba-
cheliers de Théologie. La Somme de Théologie eft un
cours, ou un abrégé de toute la Théologie , comme
celle de S. Thomas , de Bécan : Se on dit qu'un hom-
me a fait fa Théologie, lorfqu'il a fait ion cours, ou
qu'il a étudié le temps porté par les Réglemens, pour
être admis aux degrés de Théologie. Le P. André
Schiara, Italien , a fait une Théologie militaire en deux
volumes in-folio. Theologia bellica.
Théologie mystique. Theologia myflica. Voyez
Mystique.
§Cr Théologie , fe dit aufli en parlant de la fcience qui
chez les anciens Païens avoit pour objet le Culte de
leurs Dieux , & les chofes de leur Rehgion. La Théo-
logie des P.aïens.
Théologie, fe dit auffide laClalTeoù l'on enfeigne la
Théologie. La Théologie eft ouverte. La Théologie.
commence à neuf heures , & finit à onze.
THÉOLOGIEN, f. m. Qui enfeigne la Théologie, qui
l'étudié , ou qui écrit fur les matières de la Théo-
logie. rAeo/c^^J.-Le premier à qui l'on a donné letirtip
de Théologien par excellence, a été S. Jean l'Evangé-
lifte,qui aété par-là diftingué des trois autres, fur-tout
dans les troilième Se quatrième iiècles ; comme on
voit dans Origène , Saint Cyrille & Saint Chryfof-
tome. Le fécond a été Saint Grégoire de Nazianze,
qu'on appelle le fécond , ou le jeune Théologien.
On l'a donné aulB à quelques Dodeurs modernes ,
comme à un Anglois nommé Richard , Chanoine
de Saint Vidor , & à Jean Taulere , qu'on a fur-
nommé le Théologien illuminé , ainfi que dit Pof-
fevin.
Théologien, Écolier qui étudie enThéologie. Le petit
Séminaire de Rouen en renferme deux; l'un pour les
Théologiens , l'autre pour les Philofophes , les Rhéto-
riciens'. Sec. Defcript Céogr. & Hijl. de la Haute-
Norm. tom. 2.p. i zq.
Les Poètes étoient les Théologiens du Paganilme.
Il peut fe dire au féminin, en parlant d'une femme,
ou d'une fille qui fauroit, ou qui prétendroit favoir la
Théologie. Elle fait la Théologienne. Elle veut palier
pour Théologienne. Àcad. Fr.
THÉOLOGIQUE, adj. m. & f. Qui appartient à la Théo-
logie. Theologicus. Ce Dodeur eft profond fur les
inatièrcs théologiques. Cela neft pas de foi, ce n'eft
qu'une opinion théologique.
THÉOLOGIQUEMENT. adv. D'une manière thsolo-
THE
gique. Theologicè. Ce Prédicateur a prouve fa propo-
firioii d'abord moralement , & puis théologique ment.
Il n<^nifie aufïï à la manière des Théologiens , en ftyle
de Théologien. Il commença à dire t/iéolo gique ment
force fottifcs. Montesq.
THÉOLOGISER. v. n. Parler des matières théologiques,
en raifonner. Tout le monde Te mêle aujourd hui de
parler des matières de Religion , jufqu'aux femmes :
elles Ce mêlent de théologijer. Philippe Hecquet, Mé-
decin , avoir dans fa jeunelfe luivi les Ecoles de Sor-
bonne pendant deux ans. Il n'efl: donc pas étonnant
qu'il fe loit mêlé de théologijer. Desfontaines , Ob-
Jèrvat.Jur lesÉc.mod.to. 25. L'ufagedece motn'eft
pas encore bien érabli.
THÉOLOGIUM. f. m. On donn(^ir ce nom chez les
Anciens à un lieu du Théâtre, élevé au-dellus de l'en-
.droit où les Adteurs ordinaires paroillbicnt. C'étoit
celui d'où les Dieux parloienti les machines fur lel-
quellcs ils defcendoient , & d'où ils parloient. Theolo-
gium. Il falloir un Théologium pourrepréfenterl'Ajax
de Sophocle & l'HippoIyte d'Euripide. YoyezScaliger,
Poct. L. J. C. 1. éc Gronovius fur V Hercules ^neus
de Sophocle, Aél. V. v. 1940. Comme nous n'avons
poinr de mor François qui réponde à ce mot Grec, on
peut le retenir au moins dans les diflerrarions d'érudi-
tion ; ailleurs on peut dire en général une machine.
THÉOLOGUE. f. m. Théologien. Il ne peut fe dire
qu'en parlant des Anciens. Les Théologuesh^^ûens.
Eft.f. l. Hiérogly. t.i.p.16^.
;«S>THÉOMANCE, ou THÉOMANTIE. f.f. Du Grec
©£0«- , Dieu y & iz-Av-nic/. , divination. Divination qui le
faifoit par l'infpirarion fuppofée de quelque Diviniré.
THEOPASCHITE. f m. & f. Terme dHiftoire Eccléilaf-
tique. NomdeSeéte. Theopajchita. Les Théopajchites ,
font des Hérétiques du cinquième fiècle, dont le chef fut
Pierre le Foulon. Ils enfeignoient que toute la Triniré
avoir fouftert à la Paffion de J.C. Des MoinesEutychiens
deScythie embralïèrent cette héréfie ; & en faifanttous
leurs efforts pour la faire valoir , ils excitèrent de
grands troubles vers le commencement du iiècle fui-
vanr. Dès fa naiilànce elle fut condamnée par les Con-
ciles de Rome , & de Conftantinople tenus en 48 5 -, &
comme cette hérélle renaifToit au neuvième fiècle , le
Pape Nicolas I. la condamna encore dans un Concile de
Rome de l'an 862. Voyei Baronius aux années mar-
quées ci-deiîus, & les Notes duP.leQuien fur S. Jean
Damafcène , T. I. p. 218. Not, i. Ce même Père, p.
569. Not. dit qu'Apollinaire avoir enfeigné cette erreur
avanr Pierre le Foulon , & que fes difciples font les pre-
miers Théopathites , ou Théopafchites , & pour Jelquels
ces noms furent faits. Jovet dit Théopafcites -, mais mal.
THEOPHANIE. f. f. Nom que l'on a donné autrefois à
l'Epiphanie, ou à la fête des Rois. Theophania. On di-
foit autrefois en France par corruption Tiphaine.
Voyei ce mot. C'eft le jour auquel J. C. fe manifefta
aux Gentils. On l'a auffi appelée Théoptie.
Il y a une belle homélie de S. Hippolyte , fur la
Théophanie , c'eft-à-dire , la préfence de Dieu parmi
les hommes, déclarée par fon incarnation. D.Ceillier.
THEOPHANIES f f. pi. C'étoit une fête payenne qui le
célébroir autrefois à Delphes, comme nous l'apprenons
d'Hérodote , L. I.
On la célébroir en mémoire de la première appari-
tion d'Apollon à Delphes.
Ces mots viennent de ©=of. Dieu, 8c(ç».ha, j'appa-
rais ^ je manifejie.
«CS'THEOPHRASTE , ancien Philofophe , difciple de
Platon, puis d'Ariftote , connu par plufieurs ouvrages,
fur-tout par celui qui eft intitulé les Caractères, chef-
d'œuvre dans fon genre. Le nom de Théophrafte (ïgni-
lîe homme dont le langage eft divin.
M. de la Bruyère eft ibuvent appelé le Théophrafte
moderne.
THEOPTIE. f. f. Terme de Mythologie. C'eR la même
chofe que Théophanie , qui fignifie l'apparition des
Dieux.
Les Payens étoient perfuadés, que les Dieux fe
manifeftoient quelquefois , & apparoiftbient à quelques
perfojuies , & que cela arrivoit ordinairement aux
THE
13
jours où l'on célébroir quelque fête en leur honneur.
Cicéron , Plutarque , Arnobe & Dion Chi^foftôme
font mention de ces fortes d'apparitions. M. l'Abbé
Bannier prétend que les Payens avoienr emprunté
leur Théoptie de l'apparition de Dieu à Jacob -, ou de
celle qui atriva à Moïfe au mont Sinaï, où il vit Dieu
face à foce.
Ce mot vient de 0;àf, Dieu, Se o'j-Ioucij, je vois.
THEORBE. Voyei Tuorbe.
THEORE. 1. m. C'eft la même chofe que Déliafte.
Vbyei ce nom, & au mot Délies. C'étoienr les Dé-
putés qu'Athènes envoyoit tous les ans à Délos. On
les nommoit Théores.- c'eft-à-dire. Voyants ^ parce
qu'ils alloicnr là^ pour affifter au nom de la Répu-
blique, au lacrifice qu'elle y oftroit. Theorus. Et le na-
vire qui les portoit s'appeloit Théoride j ou Délidde.
Theoris , Délias.
THEOREME, f m. Propofition qui énonce & démontre
une vérité , démontrée & déteiminée, ou vérité, qui
s'arrête à la fpéculation , & dans laquelle , on confidere
les propriétés des choies toutes fanes.Theorema ,pro-
nuntiatum. Par oppofition à problème , qui y ajoute la
pratique & la conftrudion. La Géométrie le diftribue
en théorèmes & problêmes. Fôje:^PoRiSME.
■S^THEORETIQUE. adj. Synonyme avec théorique,
qui à rapport la théorie , qui fe borne à la Ipécula-
tion. Il eft oppofé àpratique. P^yq Théorique. On a
particulièrement donné ce nom à une ancienne fedt
de Médecins. Theoreticus , a. Les Médecins que Pon
appeloit Théorétiques , étoient ceux qui confidéroicnt ,
& qui étudioient foigneufement ce qui fait la fanté ,
ou la maladie, les principes du corps humain , toutes
fes parties & leur ftrudture , leurs acBons , leur ufage,
tout ce qui lui arrive naturellement , ou contre l'a
nature •, les différences des maladies , leur ciïence ,
leurs caufes , leurs fignes ou indications , &c. Ce mot
a la même étymologie que les précédens & les fuivans.
THEORÊTRE. f. m. Terme d'Antiquaire. On donnoic
autrefois ce nom à Athènes , aux préi'ens qu'on fai-
ioit aux jeunes filles prêtes à fe marier , lorfqu'elles
fe montroient la première fois en public & qu'elles
ôtoient leur voile. Theoretrum. On les appeloit encore
O^teres, Anacolypteres & Prophtengteres , parce que
l'époux futur voyoit alors fa future époufe , & lui
parloir pour la première fois. Scaliger , dans la Poé-
tique, L. III. C. ICI. dit que c'étoit les préfens que
l'on faifoit à la nouvelle mariée , lorfqu'elle étpit me-
née au lit nuptial.
Ce mot vient du Grec ^sopsai je vois.
THEORIE, f. f. Science qui s'arrête à la fpéculation
d'un objet fans la pratique -, confidération , contempla-
tion , connoillànce qui s'arrêreà la fimple fpéculation
fans paffèr à la pratique.' Theoria , contemplatio _, inj-
peclio. Pour être véritablement favant, il faut joindre
à la pratique la théorie. Il y a plufieurs machines qui
font belles dans la théorie , qui ne réullîilènt point
dans la prarique. Les Doéteurs de Morale s'en rien-
nent d'ordinaire à la théorie , & ne defcendent point
à la pratique. S. Evr. Les erreurs de l'efprir font
des péchés de théorie , que Dieu ne punit pas à la
rigueur.
On appelle Théorie des Planètes, la fcience qui ap-
prend à connoître & à calculer leurs mouveraens , leur
diftance , à expliquer leurs phénomènes , leurs appa-
rences.
THEORIEN. adj. m. Appollon avoir un temple à Troe-
zène, fous ce nom qui vient du verbe Biuw.a je vois.-
ce nom convient fort à Apollon , confidéré comme le
foleil. C'étoit le plus ancien temple de cette ville , il
fut rétabli & décoré par le fage Pirhée.
THEORIQUE, adj. m. & f. Qui regarde la théorie.
- Theoricus , fpeculativus. Les fciences le divifent en
théoriques, qui s'arrêtenr à la conremplation , comme la
Théologie; & en pratiques , qui fe réduifenr en œu-
vres , comme la Médecine.
On appeloit anciennement à Athènes , argent théori~
que, les levées qu'on faifoit (ur le peuple pour les
dépenfes des reprelentations de théâtre & des autres
fpcdacles. Il y avoir des Quefteurs ou Tréforiers de
14
THE
l'argent thfcrique. Par iwie loi d'EubuKis , c'ctoit un
crime capital de détourner à d'autres ulagcs l'argent
théorique , & même de l'employer aux befoins de la
guerre , quand on l'avoir. Voye\ le commenraire de
Samuel Petir , fur les Loix Attiques , L. III. Tit. II.
& Franc. RoUxus, Archœolog. AtticœL. IL C. g.
THORIQUE. f. f. Quelques-uns fe font fervi de ce
mot, au lieu de celui de Tiiéoric. Il ell: un fiyle ,
qui ne s'alfujettit pas fervilement à la tyrannie de
l'arr , ni aux préceptes de la théorique. Ogiek.
THEOPvIQUEMENT. adv. D'une manière théorique.
Traiter une matière théoriquement.
THEOSOPHE, Qui fait la i îiéojogie , qui a une grande
connoilfance des chofes divines. Le Roi Robert , Se-
cond Roi de la troiiîème race , efl: furnommé Théojo-
phe par Hugues de Flavigni , j}age 5. & 184. Befly
rapporte une charte datée de l'année 1099. & du règne
de Robert le Théojophe. C'eft un mot Grec compoié
de, &io{ Dieu, & de crocpof, J'age , J'avant. On trouve
ce mot dans quelques Ecrivains Ecclcliaftiques.
THEOTISQUE, ou Thiois,ou Tudesque. adj. qui fe
dit de l'ancienne langue Teutonique ou Franquc. Un
Pieaucier Thiois , ou Théotijque. Hift. de l'Egl. de
Me aux ^ tom. i. fag. 78. La langue que nous ap
pelions Tudejque ou Teutonique. Dejcript. Géogr. &
Hift. de la Haute-Norm. tom. i. pag. 54.
THEOURGIE. f f. Vbyei Thjéurgie. Car c'eft ainfi
qu'il faut dire , de mcme que nous diibns Thauma-
turge , & non pas Thaumatourge ■■, Uranie , & non
pas Ouranie •, Mufée, & non pas Moulée-, Eunuque,
& non pas Eunouque i Chirurgie & Chirurgien, Se
non pas Chirourgie & Chirourgien •, Liturgie, & non
pas Litourgie , &c. quoiqu'originairement tous ces
mots aient un « Grec, aulli-bien que Théurgie.
THEOXENIEN , enne. adj. m. & f. li y avoir à Pel-
lène en Achaïe , ielon Paufanias , un temple d'Apol-
lon furnommé Théoxénien , où le Dieu étoit en
bronze. On y célébroit des jeux en fon honneur ,
dont le prix étoit une fomme d'argent -, mais il n'y
avoit que les citoyens de Pellcne qui fulîènt reçus à
les difputcr. Ces jeux fe nommoient Théoxeniens.
THEOXENIES. f. f. pi. C'étoit un jour folennel , où
l'on facrifioit aux Dieux étrangers, ©so^-éi-/*. Cette
fête avoit été inftituée par les Diolcures , Caft©r &
Pollux. On Y faifoit des jeux , où le prix du vain-
queur étoit une vefte appelée Cœlœna. Cette fête
étoit célébrée à Athènes & à Delphes , Ielon le té-
moignage d' Athénée. L. 9. C 3.
tSâ^'THER, Théo, ou Theol. Rivière de France dans le
Berri , Elcdion d'll]oudun. Elle prend la Iburce dans
un lieu nommé Fontheols à 4 lieues d'Klbudun , le
■joint à la petite rivière de Tournemine ; & va fe jet-
ter dans l'Anion.
THERAPEUTE, f m. Eli un mor Grec qui lignifie
ferviieur , appliqué plus particulièrement & unique-
ment à fervir Dieu. On nommoit Thérapeutes en
Grec , ceux qui s'appliquoient à la vie contemplative ;
foit à caufe du foin qu'ils prenoient de leurs âmes ,
foit à caufe qu'ils lervoient Dieu d'une manière par-
ticulière : car Ûsfocjsis/? , d'où vient Thérapeute , li-
gnifie le foin qu'un Médecin prend d'un malade qu'il
traite , & iervir , êtie au fervice de quelqu'un.
Philon , dans fon L. I. de la Vie contemplative ,
rappoite qu'il y avoit près d'Alexandrie, des gens qui
renonçoient à tous leurs biens , & à leurs parens ;
qu'après s'être déchargés de rous les loins des chofes
temporelles , ils quittoient la ville , & fe reriroient à
la campagne dans des heux folitaires •, qu'ils avoienr
chacun un lieu féparé qu'ils appelloient femnée , ou
monaftère ■, qu'ils y vaquoient leuls aux exercices de
la prière & de la contemplation -, qu'ils y étoicnt con-
tinuellement en la préfence de Dieu -, qu'ils faifoient
oraifon deux fois le jour , le matin & le foit -, qu'ils
pallbient le refte du tems à la leduie de l'Ectiture-
fainre -, qu'ils ne porroient dans leur femnée rien au-
tre chofe , que les livres de Moïfe , les oracles des
Prophères , les hymnes , c'eft-à-dire , les pieaumes , &
d'autres fcmblables livres capables d'augmenter la
fcience & la piété ■-, qu'ils en cherchoient les fens myf-
THE
tiques <?-: allégoriques , perfuadés que ce n'étoientque
des figures qui cachent des myfteres , qu'il faut dé-
couvrir •, qu'ils avoient des livres que leur avoient
laides les Auteurs de leur fede , & qui confïftoient
en explications allégotiques qu'ils imitoient •, qu'ils
ne prenoient rien qu'après le foleil couché i que quel-
ques-uns même palloient des trois, & quelquefois des
fix jours , fans manger. Ils fe contentoient d'un peu
de pain, qu'ils allaifonnoient feulement de fel , ou
tout au plus d'hyllôpe , & ne buvoient que de l'eau.
Le fcptième jour ils s'allembloient tous dans un grand
femnée , pour y aiïifter à des conférences , &; y par-
ticiper aux faints myftetes.
Les Thérapeutes Chrétiens , fur-tout les Moines
d'Orient, n'ont p^as cédé à ces Moines du Judaïfme.
ObJ. Jiir les Ecr. mod. ta. 24. pag. 121.
Il y a deux queftions à faire lut ces Thérapeute^ ;
1°. S'ils étoient Juifs ou Chrériens j 2°. s'ils étoient
limples Chrériens , ou fi c'étoient des Moines. Sur la
première Scaliger , De Emend. temp. L. VI. a pré-
tendu que c'étoient des Juifs Elféniens. Henri Valois,
dans les Notes iur Eusèbe _, rejette !e fentiment de
Scaliger. 1°. Parce que Philon n'appelle jamais les
Thérapeutes EflTéniens. 2°. Parce qu'il n'y avoit des
EfTénicns que dans la Terre-fainte , au lieu que les
Thérapeutes , luivant Philon , étoient répandus dans
la Grèce & dans tous les pays barbares , mais fur-tout
en Egypte. 3°. Parce que Jofephe , qui parle tort
exaèfement des Efléniens , ne dit pas un mot des
Thérapeutes, ou de la vie Thétapeutique. 4". Parce
qu'il y a dans ce que rapporte Philon , des chofes
pofitivement contraires aux obfervances des ElTéniens,
comme d'abandonner tout à leurs parens , & ce qu'il
dit femmes Thérapeutes.
Mais Valois croit qu'ils étoient Juifs. Photius eft
auffi de ce ieiitiment dans fa Bibliothèque, Cap. 103.
La principale raifon, dir Valois, c'eft que Philon dit
qu ils ne liloient que la loi & les Prophètes. 2° Qu'ils
avoient des livres de leurs premiers Fondateurs -, com-
ment cela peut-il convenir aux Chrétiens , qui ne fai-
loient que de naîtie î 3° Ils ne ptioient que deux fois
le jour, & les Chrétiens encote à Tierce , à Sexte, à
None. 4" Les Chrétiens n'avoient point encore de
Cantiques , ni d'Hymnes *, ils n'en compoferent qu'a-
près le temps des Antonins. 5^^ Enfin les Chrériens ne
pouvoicnt encore être répandus dans tout le monde.
Cependant Eulèbe, i.J/. Hift.Eccl. C. ij. S.Jé-
rôme , Sozomène, Nicéphore, L.IÎ. Hift. Eccl. C.zff.
Baronius , le P. Pétau , à l'an 64 de J. C. Godeau , le
P. Montfaucon dans les Obfervations fur la Traduc-
tion du livre de Philon qu'il imprima en 1709, lou-
tiennent qu'ils étoient Chrériens-, que lî on ne leur en
donne pas le nom, c'eft qu'ils ne le porroient point
encore par-tout -, que rien n'eft plus conforme aux
pratiques de l'éghfe, que ce que dit Philon-, que ces
livres lont les Evangiles , les autres Ecrirs des Apôtres,
qu'on y voir les Evcques qui préfident, & gouvernent
les Egiifes, & les autres Miniftres des Autels.
M. Bouhier Préfident au Parlemenr de Dijon , a ré-
futé ce fentiment. i" Patce qu'il n'eft pas vraifem-
biable que Philon, Juif comme il étoit, ait écrit un
Livre exprès à la louange des Chrériens. 2° Que l'an
68 de J. C. les Chrétiens fulïent répandus dans rout
le monde. 5" Qu'ils piatiquailent les obfctvances Ju-
daïques , que Philon attiibue aux Thérapeutes.
Quelques Auteurs , comme Caffien, le P. Hélyot ,
ë:c. loutiennent que non-feulement ils étoient Chré-
tiens , mais qu'ils étoient Moines , & M. le Préfident
Bouhier convient que quand on dit qu'ils étoient
Chrétiens , il faut convenir qu'ils étoient Moines-, il
répond à ce que le P. Montfaucon avoit dit , que des
Moines n'auroient pas eu des femmes avec eux , que
les Apôtres même fe laillbient fuivre & accompagner
dans leurs voyages par des femmes , fafisque l'on en
fut fcandalifé ; qu'il en pouvoit être de même de ces
premiers Moines. Quanr à ce que dit M. Bouhier, que
Philon n'a point écrit un panégytique desChrétiens;
on lui répond que c'étoient des gens de fa nation,
des Juifs , comme il le dit lui-même-, qu'il ne les te-
THE
gardoic que comme une fede de Juifs , qui par leur
venu faiibient honneur à la nation. Ces livres des
Anciens, font peut-être quelques Livres de l'Ecriture,
que les Juifs n'avoient point dans leur Canon , comme
rEccléliaftique , laSagelIe, &:c. avec les ouvrages des
Apôtres 5 que cela luftit pour qu'il ait pu dire, qu'ils
avoient des ouvrages des anciens Auteurs, quiavoient
mené le mcme genre de vie •, que les Hymnes , dont
il parle, font les Pfeaumes de David; que Valois ne
prouve point qu'on n'ait fait des Hymnes qu'après les
Antonins ; que celles des Thérapeutes ne fe répan-
dirent point, qu'elles n'étoient qu'à leur ufage parti-
culier ; qu'ainii au hècle fuivant on put en faire pour
les Eglifes publiques; & qu'enfin c'cft un grand pré
iugé pour le Chriftianifme des Thérapeutes , que le
ientiment des Pères que nous avons cités , & qui ne
croyoient pas qu'on pût en douter. Il eft vrai que
S. Epiphane donne à ces Thérapeutes j Héréf XXIX.
le nom des Jeiléens , & non pas d'Efléniens, comme
dit le P. Hélyot; mais outre qu'il y a bien de la dif-
férence entre les Jefléens, &E(réniens, S. Epiphane
rapporte lui-même en deux endroits des raifons &
des étymologies de ce nom , qui montrent bien
quelle diftérence il mettoit entre ces Jeiléens, qu'il dit
politivement être Chrétiens , & les Juifs Elléniens.
■ 'Cependant il faut convenir avec le P. Pétau , dans fcs
Animadverfions lur S. Epiphane , p. 54, que Philon
appelle les Thérapeutes Elléniens , &: non pas Jeiléens ;
■ mais ce favant homme a fort bien rembarqué , qu'il fe
peut très-bien faire , qu'y ayant en Egypte , avant ie
Chriftianifme , des Elléniens qui menoient la vie que
Philon décrit dans le Livre précédent, & qui étoient
ceux de tous les Juifs qui avoient le plus de répu-
tation de fainteté •, comme leurs mœurs & leur ma-
nière de vivre croient allez femblables à celles de>
Chrétiens, lorfque S.Marc eut établi le Chriftianifme
à Alexandrie, on y appela ces premiers Chrétiens, Ellé-
niens : car ces Chrétiens d'abord étant tons Juifs, me-
nant à peu près la vie des Elléniens -, &: prelque tous
les Elléniens s'étant faits Chrétiens , n'étoit-il pas tout
naturel de leur donner le nom d'ElTéniensI? C'ellainli
que longtemps même après, les Grecs & les Romains
donnoient aux Chrétiens le nom de Juifs. Il eft donc
très- probable que les Thérapeutes étoient Chrétiens.
Voye:^ encore Sérarius, Trihœref. L. III. Maisiln'eft
point nécelTaire d'aller plus loin , & d'en faire des
Moine:. «
THERAPEUTIQUE, f. f. Partie de la Médecine , qui
s'occupe à chercher les remèdes pour les maladies , &
à les bien appliquer pour les guérir. La Thérapeutique
fe divife en diète, chirurgie, & pharmacie.
Ce mot eft Grec , & \ient de ^ifA-Trivay traiter un
malade.
.TkérapBv'tique, s'eft dit aufïï figurément de l'elprit,
& des difco'jrs faits pour le guérir, ou pour le corri-
ger de fes erreurs & de fes pallions. Telle eft la Thé-
rapeutique deThéodorct, ou Traité contre les erreurs
des Grecs , c'eft-à-dire , des Payens. Le P. Mourgues
Jéfuite a traduit la Thérapeutique de Théodoret dans
fon Plan Théologique des fedes favantes de la Grèce.
Thérapiutique, eft aulîi un adj. m.& f. Therapeuticus.
Qui concerne les Thérapeutes. Mener la vie Thérapeu-
tique.
THERAPEUTRIDE. f f. Femme Thérapeute , qui fuit
la vie des Thérapeutes. Therapeutris. Philon, & après
lui Eufèbe & Nicéphore , donnent ce nom aux femmes
qui étoient avec les Thérapeutes , & qui vivoient
comme eux, c'eft-à-dire, aux premières Chrétiennes
d'Alexandrie en Egypte. V6ye[ Thérapeute.
Ce mot vient da Grec ^i^a.-Tnvuv guérir.
THERAPHIM. f m. & pi. Mot Hébreu qui fe trouve
treize ou quatorze lois dans l'Ecriture , &: que l'on
interprète communément par Idoles. Les Rabbins ne
difenr pas fimplcment, que ce fullènt des Idoles, mais,
comme parle R. David Kimhhi , c'éroient des images
pour la connoillance de l'avenir-, c'eft- à-dire, des Ora-
cles , des Idoles par le moyen dcfquelles on croyoit
connoître l'avenir. R. David de Pomis dit de plus
qu'on les nommoit Théraphim j de TSSi'iyraphah, cef-
THE ij
fer, parce qu'on quittoit tout pour les confulter. Il
ajoute que les Théraphim avoient la figure humaine j
& que quand elles avoient été drellées & érigées ,
fous certaines conftellations , elles parloient à certaines
heures, & par l'influence des corps céleftes dont elles
étoient capables , & qu'elles recevoient. C'eft une fable
Rabbinique qu'il a prife d'Aben-ezra. D'autres difent
que c'étoient des inftrumens d'airain, qui marquoienr
les heures, les parties des heures, & les événemens
futurs , félon que les aftres marquoient. De Pomis
corrige Abenezra, en difant dans fon Interprétation
Italienne, que les Théraphim étant faits fous certaine
conftellarion , le Démon les faifoit parier fous cette
confteiiation. Il ajoute encore que les Théraphim que
Michol mit dans le lit de David , n'éroient point de
cette efpcce , puifqu'ils n'avoicnt point la figute
d'homme. R. Eliézer , dans les Pérakim, ou Chapi-
tres , nous apprend , Chap. XXXVI. pourquoi les
Rabbins veulent que les Théraphim parlallent & ren-
dillent des Oracles ■■, c'eft, dit-il, parce qu'il eft écrit
dans le Prophète Zacharie , X. i. Les Théraphim
difent des chojes vaines. Le même Rabbin dit au
même endroit , que pour faire les Théraphim , Ton
tuoit un enfant premier né , qu'on lui fendoir la tête ,
& qu'on la faupoudroit de Ici &-d'huile j que l'on
écrivoit fur une lame d'or le nom d'unefprit immonde,
& qu'on le mettoit fous la langue du mort. L'on pla-
çoit cette tête à la muraille ; on allumoit devant des
lampes ; on la prioir, & elle parloir avec eux. Quoi
qu'il en foit, outre le partage de Zacharie que nous
rapporte R. Elizéer , il paroît encore par Ezéchiel XXL
11. que les Théraphim étoient confultés comme, les
Oracles. Vorftius, dans fes Notes fur les Pérakimde.
R. Eliézer, croit contre le fentiment de David de Po-
mis , que les Théraphim de Michol avoient la figure
humaine ; il le prouve même , parce qu'en général
tous les Théraphim i'avoient , fuivant l'opinion de R.
Aben-ezra. Quant à la manière dont ce Rabbin dit
qu'on l^ifoit les Théraphim , il croit que ce font de
vaines traditions de Rabbins, quoique R. Tanchuma
& Jonathan dans fon Targum , Gen. XXXI. 19. le
rapportent, aprcs R. Eliézer; & il ne peut fe perfua-
der que Laban, qui n'avoir pas perdu toute connoif-
fance du vrai Dieu , comme il paroîr dans la Genèfe
XXXI. 53.^ ait commis une pareille cruauté; mais
Vorsftius n'a pas fait attention que cette coutume ,
pour n'être pas encore établie du temps de Laban ,
pourroit n'en être pas moins vraie, & que les Hébreux
ont brûlé quelquefois leurs enfans devant Moloch.
Le P. Kirker a cru que l'origine des Théraphim devoir
fe chercher en Egypre, & que ce mot étoit Egyptien,
Spencer ^ dans fa Diflertation fur les Urim & Thum-
mim , foutient que ce mot eft Chaldéen : & que c'eft
la même chofe que Séraphim , les Chaîdéens ayant
changé en bien des mots le ty en n , c'eft-à-dire , Xf
en t. Il prétend que ces figures venoienr des Amor-
rhéens , des Chaîdéens ou Syriens ; il ajoute que le
Sérapis des Egyptiens, eft la même chofe que les Thé-
raphim desChaidcens. Pôje:[auffiSeldénus, DeDiis
Syriis , Synt. I. C. x.
THERANPE,'ou BROBOLIZA. Noms propres de lieu.
C'eft la place de l'ancienne Théramne, ou Thalame,
ville de la Laconie. On trouve certe place dans la Za-
conie , en Morée , à quelques lieues de Milîira , vers
le midi occidental. Maty,
THERARQUE. f. m. Dans la Milice des anciens Grecs
on appeloit Thérarque, Terarchus , celui qui comman-
doit deux Eléphans ; Zoarque , celui qui n'en comman-
doit qu'un ; Epithérarque , celui qui en commandoit
quatre; Ilarque, celui qui en commandoit huit; pour
feize , Eiépi^antarque; & Kératarque pour trente-deuix.
Vbyei Elien dans fes Taéliques, C. 22.
«^ 1 HEREIN , THARAIN , ou TEREIN , en latin
TARA. Rivière de France dans le Beauvoifis , où elle
a deux fources. Elle fe rend dans l'Oife un peu au-
dellous de Croil.
THERESE. Nom de femme. Therejïa. Sainre Thérèfe,
Fondatrice des Carmélites Décîiauilées tk des Carmes
Déchaullés , naquit à Avila en Caftille le 1 2 Mars 1515?
t^
THE
THE
& mourut à Albe en i582> Les Ouvrages ae Sainte
Thérê/è comprennent des Traités de Ipiritualite , des
Lettres , & la vie écrite par elle-même par l'ordre de
fon ConfclTeiir. Mane-Thérèjè Reine de France , epoule
de Louis le Grand.
THERIACAL, ale. adj. (^ui appartient a la thénaque,
ou qui en a les propriétés. T/ieriacahs.
THERLAQUE. f. f. Quelques Auteurs , comme le Père
" Rapin , le font mafculin ; mais l'Académie , avec tous
les .Médecins & tous les Apothicaires le font féminin.
Theriaca-. Luth&iaque eftunnom que les Anciens ont
■donné à divérfes compofitions , qu'ils croient propres
contre les poifons. Mais on le donne d'ordinaire à une
efpcce d'opiate , ou d'éleéluaire mou , compolé d'un
grand nombre d'ingrédiens , & dont la baie ou le
principal folidement , eft la chair de vipère. Andro-
rnaque le père. Médecin de l'Empereur Néron en eft
l'inventeur i il en fit la defcription en vers élégiaques.
Son fils Andromaque la fit en profe , & Démocrate
en vers iambiques. La thériaque eft propre contre la
morfure des betes venimeules , contre la colique ven-
teufe & contre les vers ; on s'en fert aufli pour les
fièvres ititermirtcntes & pour les cours de ventre.
On n'eftimoit autrefois que la Thériaque de Venife -,
& encore aujourd'hui bien des gens confervent pour
elle l'ancienne prévention. Mais celle que font nos
Apothicaires de Paris , s'ills joignent beaucoup de pro-
bité à une grande connoiflance de leur art, n'eft cer-
tainement point inférieure à celle de Venife. Ou doit
fur-tout porter ce jugement de celle qui eft composée
fous les yeux des Magiftrats de la Police , & à la vue
du public.
On fait auflî beaucoup de cas de celle de Montpel-
lier, que les Apothicaires de cette ville compofent
TOUS les ans en public, en préfence de quelques Pro-
fefteurs de TUniverfité. Mais elle arrive fouvent fo-
phiftiquée , à moins qu'elle ne palle par des mains
bien fûtes. Moïfe Charras a fait un traité particulier
-de la thériaque. Les Charlatans & les Saltinbanques
ont fort décrié la thériaque , jufques-là qu'on a appelé
"proverbialeiTient tous les Charlatans, Vendeùis de
-thériaque , & par abréviation , Triacleurs.
Il y a une efpèce de thériaque qu'on nomme diatej-
faro/ijk caufe qu'elle eft compofée feulement de qua-
tre ingrédiens. Theriaca diateffaron. Les autres en
ont bien davantage. Il y a en Italie , & fur - tout
en la Pouille, des vendeurs de thériaque qui fe van-
tent d'être iflus de la race de S. Paul , & qui peu-
vent être iiliis de ces fameux Maries leurs voifins,
qui étoient en règne plus de mille ans avant S.Paul.
Ils manient des l'erpens fans danger , après avoir graifté
leurs mains d'un onguent, où il entre de l'huile de la
graine de raifort fauvage , du jus de racine ferpen-
taire , d'aphrodilJes , de cervelle de lièvre , de feuil-
les de favinier , de graine de laurier, &c. Nicander,
en fon Traité des thériaques , donne auffi la corapo-
lition d'un onguent , qui empêche d'être mordu par
les ferpens.
Thériaque des Métaux. Terme de Philofophie her-
métique. C'eft une certaine préparation de mercure.
DicT. Herm.
Thériaque des Philosophes. Terme de Philofophie
hermétique. C'eft le mercure hermétique , ou l'élixir
parfait au rouge.
THERION Minérale. Terme de Philofophie hermé-
tique. C'eft le Mercure commun. DicT. Herm. ©«pw,
diminutif de Oxp , fignifie une béte , & une vipère en
particulier- Ainfi thérion minérale eft la même chofe
que vipère minérale.
THERISTRE. f m. Nom d'un vêtement des Anciens.
Theriftrum. C'étoit l'habit qui fe mettoit immédiate-
ment fur la chair , comme la chemife aujourd'hui.
Voye^ CœliusRhodiginus , Antiq. Leâion. XIII. C.6.
où il a traité du thériftre. Il dit encore que le thérijîre
étoit l'habit d'été, un vêtement fort léger, que les
honnêtes femmes portoient par-dellus leurs autres ha-
bits j mais que les femmes débauchées portoient lur
^ peau immédiatement , & feul fans autre habit par-
deiïûs. Voyei Licetus , De Lucernis Veter. L. VI.
C. 63. & Anfelin , Solerius , De Fdeo , Jeci. 6.
THERITAS. f. m. Il y avoit à Thérapné un temple de
Mars Theritas , ainfi nommé deThéro^ nourrice de
Mars, ou , ielon Paufanias , du niot 9«pa, qui fignifie
la Chajfe , pour faire entendre qu'un guerrier doit
avoir l'air terrible dans les combats. La ftatue de Mars
Theritas avoit été apportée de Colchos , par Caftor
& Pollux.
THERMAL j ale. adj. Terme deNaturalifte & de Mé-
decine , qui le dit des eaux minérales qui font chaudes,
& qu'on appelle pour cela des eaux thermales. Ther-
malis j e. Les eaux de Bourbon font des eaux ther-
males.
THERMANTIQUE. adj. m. &:f. Vieux mot. Qui réfout
en échautlant. Telle eft l'herbe chryfocolla. Borel. H
faut écrire ihermantique ; lie non pas termantique ,
comme Borel.
Ce mot eft Grec , Oiip/^etvT/jtos- , calefaciens , qui
échaufie •■, du verbe ^itt^Mim , j'échauffe , dont U
racine eft àifa, qui lignifie la même choie.
THERMES, f. m. pi. Bâtimens qui chez les Anciens
étoient deftinés à le baigner. Therma, balnea calida.
Le linge n'étant point en ufage chez les Romains ,
ils avoient befoin de fe baigner louvent : aull^lesbains
étoient-ils fort communs à Rome -, le ieul Agrippa en
fit conftruire 170 pour le public, & fous les premiers
Empereurs on en comptoit jufqu'à 800. Il y en avoit
12 très-magnifiques-, entre lefquels on diftinguoit fur-
tout celui d'Alexandre-Sévere , celui de Tite , & de
Caracalla. Dicl. de Peint. Ù d'Arch.
Parmi les illuftres monumens de l'ancienne Rome,'
on a mis les thermes de Dioclétien. On voit encore
à Paris le lieu où étoient les thermes 'de l'Empereur
Julien l'Apoftat , à ce qu'on prétend.
Valois croit que c'eft le Palais des Thermes que nos
Rois avoient à Paris •, mais le Père Germain , dans fa
Dillértaiion fur les Palais des Rois , inférée dans la
Diplomatique du Peie Ma^il^lo". , & Du C^<'-%<c , difenc
que le Palads des Thermes étoit dans le lieu appelé
aujourd'hui la place Dauphine. Il y a encore beaucoup
de thermes en Guyenne. A Acqs de laSénéchaulïéede
Bayonne , près du Béarn , y mettant un œuf & le re-
tirant fur le champ , il eft cuit •, & un chapon , le reti-
rant incontinent de peur qu'il ne fe cuife , on le peut
aifément plumer. On n'y fauroit endurer le doigt.
Scaligeran^.
Au refte b-fiJ.of, enGxecfignidechaud. Les thermes
étoient des bains chauds, des bains d'eaux chaudes.
THERMOMÈTRE, f m. Inftrument qui fert à connoître
la température d'un lieu , à indiquer les variatioiïs qui
arrivent dans i'athmolphère par rapport à la chaleur
& au froid , par le moyen de la liqueur enfermée de-
dans , qui monte ou qui defcend par la dilatation ou
la condenfation dont elle eft fuiceptible. Thermome-
trum. Il eft compoié d'un tuyau de verre fort délié,
à 1 extrémité duquel il y a une boule , pleine d'une
liqueur colorée, laquelle monte, ou delcend dans le
tuyau , fuivant que l'air qui y refte enfermé , fe raré-
fie , ou fe condenle •, & on connoit les degrés de cette
chaleur, ou froideur, par des divihons qui font mar-
quées lur une platine lur laquelle on pofe le tuyau.
Cette liqueur eft de l'elprit de vin coloré avec du
Tournelol.
Il y a deux fortes de thermomètres. Les uns font
ouvetts par le bout d'enbas, comme les baromètres;
l'autre bout eft fermé hermétiquement, & le termine
par une petite boule-, la liqueur y monte, quand il
fait froid, & defcend quand il fait chaud. D'autres
font fcellés hermétiquement par les deux bouts ■■, celui
d'enbas eft terminé par une boule, ou fiole, dans la-
quelle eft renfermée la liqueur ; la liqueur y monte ,
quand il fait chaud. Se defcend, quand il fait froid.
Il n'eft pas difficile d'en appercevoir la railon phylique.
La chaleur dilate, & le froid condenle la liqueur. Elle
doit donc d'autant plus monter, que le temps eft plus
chaud , & d'autant plus defcendre , que le temps eft
plus froid. Quelques-uns attribuent l'invention du
thermomètre à Robert Flud i & les autres à Drébel ,
payfaiï
THE
payfan de Nord-Hollande , qui fut appelé par le Ro5
Jacques. On lui attribue aulu l'invention du microf-
copc.
Ce mot a été fait du Grec par les Modernes. Il eft
compofc de ^'-f^-oç , calor j chaleur, & de y.i7tiïy ,
metior , melurer.
Les thermomètres de l'Obrervatoire , qui font enfon-
cés fous terre plus de quatorze toifes , n'ont point
marqué un autre degré en hiver qu'en été , lorfqu'on
trou voit l'air fort chaud en y deicendant. De même
ceux qu'on a portés dans l'île deCîtyenne, à deux
degrés de la Ligne , n'ont point monté à un plus haut
degré en ce pays-là , qu'ils ne font ici, comme témoi-
gne M. Perrault Médecin.
Ce mot fe dit auffi au figuré. La fatyre eft le ther-
momètre de la raifon. P. Com. Menjura.
THERMOPOLE. f. m. Thermopolium. C'étoit chez les
Anciens une efpèce de, cabaret où l'on vendoit des
liqueurs douces & chaudes. Piriicus le prouve dans
fon Didtonnaire , par un palîage du PJèudolus de
PJaute, IL 4.50. Ce mot vient de ôsfjaor, chaud ^
& de TTothim y je vends.
THERMOPYLES. Nom d'un détroit , ou partage du
montOëta, aujourdhuiBanima, fur le golfe de Ziton,
ou Zéiton , par où Ton palIe de la Phtiiiotide dans la
Thclîalie. Thermopylce. Il eft près du golfe de Zéiton,
& il n'a que 25 pieds de largeur. Ce détroit eft fa-
meux par les aflemblées de route la Grèce, qu'on y
tenoit anciennemait , & particulièrement par la valeur
de LéonidasRoi de Lacédcmone, qui avec 300 Lacé-
démoniens, défendit pendant queiques jours, ce paf-
fagc contre une armée innombrable de Perfes , & y
mourur courageufement avec tous fes foldats. On ap-
pelle aujourd'hui ce pallage Boca di Lupo. Maty.
Divers Lacs , outre la mer de Locride & le mont Oëta,
embarralloient encore certe eipèce de défilé , que Phi-
lippe nommoit la clef de la Grèce. Les Phocéens , dans
le dcllein d'avoir une barrière de facile garde , contre
leurs implacables ennemis les Thellaliens, bâtirent une
muraille aux Thermofjles , unique voie qui condui-
foit de Thelîalie en Phocide. Les ouvertures laiflees
dans cette muraille , pour ne pas entièrement boucher
le chemin , s'appelèrent ot'aw/ , portes; à quoi quel-
ques bains chauds d'aienrour firent ajouter 9éj^ ,
chaudes ; & de ces deux mots fe fit le mot de Ther-
mopyles. Tourreil. On dit auffi Pyles.
-ÎHERMOSCOPE. f. m. C'eft la même chofe que Ther
momètre. Ce mot vient de <rsç,««V, chaud, ôc ffKOTsiù!, je
conjidère j je vois.
41:^ Quoique l'on confonde ordinairement les mots de
Thermomètre & de Thermofcope , il y a pourtant quel-
que diftérenee, du moins quant à la fignification litté-
rale. Le Thermofcope montre aux yeux les change-
anens de chaleur & de froid. Le Thermomètre les me-
fure. Ainfi le Thermomètre devroit être plus exa61:
que le Tliermojcope. Mais comme nos Thermomètres
ne font qiie de vrais Thermojcopes j & que nous n'en
avons point qui mefurent la proportion qu'il y a de la
chaleur d'hier à celle d'aujourdhui, il iemble qu'on
devroir donner le nom de Thermojcopes à tous les
inftrumens qui rtterquent les diftérens degrés de chaleur
& de froid par les différentes hauteurs où ils montent
d'un jour à l'autre. Cependant le mot de Thermo-
mètre eft beaucoup plus en ufage , & prelque le feul
connu.
THERO. Fille de Phylas , & de la charmante Déiphile ,
étoit belle comme Diane , dit un ancien Pocte. Elle
fut charmer Apollon , d'où naquit Chéron , fi célèbre
dans l'art de dompter un cheval. C'eft ce Chéron qui
fonda la ville de Chéronée en Bœotie.
THERSA. Vbyei Tyrtsa.
THERSITE. Nom propre d'homme dans Homère. Ther-
Jîtes. C'étoit un homme très-mal fait, lâche , & qui fe
donnoit la liberté de critiquer les plus braves gens de
l'armée des Grecs.
Tout Je calme, chacun prend place & fait fil^ice ,
Dujeul Therfite alors éclate l' infoknce -,
Tom6 VIII. I. Partie^
^HE
1
t7
// excite le trouble ; ù contre tous les Rois
Il vomit le reproche & l'injure à la fois.
Homme informe & J'ans honte ^ ù de qui la natUrC
AJfortit en naiffant l'ame avec lajigure;
Le dos courbé, l'œil louche , £• les pieds inégaux^
Dejon cœur monjîrueux décèlent les défauts;
Cenjèur infatigable & d'Achille & d'UliJfe^
L'impunité pajfée enhardit J'a malice. Sec,
La Motte.
On dit même en notre Langue, par une efpèce de
proverbe, d un homme mal fair & d'un mauvais ca-
raélère: C'eft un vrai Therfite. Mais il n'y a que les
gens de Lettres qui le difent, parce que les autres ne
iavent ce que c'eft que Therjite.
THÉSAURISER, v. n. Amaftl-r beaucoup d'or & d'ar-
genr, oude nchcffes.Divitias congerere.)tsv s-Cn^isr
confeille à fes difciples, de ne' théjaurij'er que çouïla
ciel. Thejaurijaîe vobis thefauros m cœlo.
THESBITE. Qui eft de Thefba, ville firuée dans la terre
de Galaad, & parrie du Prophète Elie qui eft appelé
ThesbUe des habitans de Galaad. ; Livre des Rois
XVII. r.
THESE, f. f. On appelle généralement Thèfe toute pro-
pofition , toute queftion qui entre dans le difcours or-
dinaire. Thefis. On dit en ce fens , voilà ma ThèJ'e.
Défendre une Tlièfe. Vous prenez ma! ma ThèJ'e.
Vous iortez de la ThèJ'e, Vous changez de Thèje.
On appelle particulièrement ThèJ'e une fuite de
propofitions de Mathématique , de Droit , de Théolc^
gie , de Philofophie , qu'on foutieht publiquement dans
les écoles. Examiner , cenfurer une ThèJ'e.
On donne aulïï le nom de ThèJ'e à la feuille impri-
mée qui contient ces propofitions. L'étudiant porte fes
Thèjes , les préfente. Il a dédié fa Thèjé à un tel. ThèJe
' affichée. Thèjè de fatin.
Thèse, fe dit auffi quelquefois pourlâdifputedesf/^ey?^.
Thejeos oppugiiatio & propugnatio. Affilier à des thèjès.
Aller aux thèj'es. Le lendemain de fes thèjès. Préfidei-
à une thèJè.
Thèse. On dit figurérhent foutenir thèJè contre quel-
qu'un, pour dire, prendre les intérêts & la défenfe dé
quelqu'un , contre ceux qui l'attaquent par leurs dif-
cours. AcAD. Fr.
THÉSÉE. Nom d'homme. Thefeus. 7%//?^ fut le dixième
Roi d'Athènes. C'eft lui çjui délivra la patrie du tribut
d'un certain nombre de jeunes enfans , de l'un & de
l'autre fexe , qu'elle étoit obligée d'envoyer tous les
ans au Minotaure , dans l'île de Crète pour en être
dévorés. Voilà, ce que dit la fable. L'hiftoire eft, que
Minos Roi dé Crète, & puiiïànt fur mer, pour ven-
ger la mort d'Androgée fon fils , obligea les Athé-
niens de lui envoyer tous les neuf ans, le tribut qu'on
a dit. ThéJ'ée délivra fa patrie de ce honteux tribut,
par une grande viéioire qu'il remporta fur Taurus ,
Général des troupes de Minos.
La Fête de ThéJ'ée. TheJ'ea , orum. Théfée , malgré
le fervice important qu'il avoit rendu à fa patrie , fut
exilé quelque temps après , & fe retira à Scyro auprès
de Licomède Roi de cette île , qui le fit tuer par ja-
loufîe. Les Dieux punirent les Athéniens , de la ma-
nière dont ils avoient traité ce Héros , en les affligeant
d'une famine , que l'Oracle ailUra ne devoir point cef-
fer , qu'ils n'euHènt vengé la mort de ThéJ'ée. Ils le
firent, tuèrent Licomède , emportèrent les os de Thé-
Jée à Athènes , & les placèrent dans un temple qu'ils
lui érigèrent, & ordonnèrent qu'on célébreroit à l'hon-
neur de Théfée une fêre tous les huitièmes jours de
chaque mois. C'eft ce qu'on appela la fête de ThéJ'te.
Ce jour-là on failbit une largelle au peuple, & les
gens riches le palîôient en feftins & en réjouilîànce.
Théjte j inftruit du fccret dont il oignit la bouche du
Minotaure. C eft. une phralê d'Aichimiftes ou de Souf-
fleurs, par laquelle les Sages ont entendu les clpèccs des
foufres du Laoyrinthe , c'eft-à-diie , de notre vale en-
gluant l'eau mercuriale , qui eft le vrai minotaure , parcg
.Q
i8
THE
THE
qu'elle eft minérale & animale , & participante des deux
natures. Dicx Hkrm.
THLSÉIDE. i". f. Partie d'une Mythologie des anciens en
vers , conipofce de centons de ditiérens Pol-tes , & nom-
incc le Cycle Epique. La partie de ce Cycle , ou de
cette Mythologie qui concernoit Théiée , fon temps ,
fes avions , les choies auxquelles il avoir eu part , s'ap-
peloit Théjnde. Tliejèis. Voyei Saumaiic lur Solin ,
p. 848.
La Théféide étoit encore chez les Athéniens , une
manière de ie rafer la tête , introduite par Thélée. D'a-
bord la coutume étoit à Atliènes que les jeunes gens
confacrallènt & otiriilènt leurs cheveux ou leur barbe
aux fleuves & à Apollon. Pour cela on coupoit les
cheveux qui couvrent les tempes , ou ceux du derrière
de la tèic. Thciée étant allé à Delphes , oiirit aux Dieux
fes cheveux-, mais ce fut ceux de devant qu'il ie Ht
couper. On l'imita , la mode changea , & cette manière
de couper les cheveux de devant s'appela Tliéjade.
THESIEN. Faux nom d'ui) mois , qui le dit pour Dé-
fien. Défiai pour Délius, mois des Grecs qui rcpon-
doit au mois de Juin. Voyei Bèue , L. de Natura temp.
C. Z4. Spelm. Gloff". Achœol.
THESKÉRÉ. Foje:( Tescaret.
THESMIE , ou Themosphore. Surnom de Cérès , qui
fignifie Légiflatrice , fous lequel elle avoir un temple
à Phénéon , en Aicadie , au bas du mont Cyllène , &
un autre à Tithronium en Phocide , où fa fête fe célé-
broit tous les ans avec grand concours.
THESMOPHORIES. f f. pi. Nom d'une fête des anciens
Grecs àl'honneur de Cérès. The/mophoria. Ce font les
mêmes que ce qu'on appelloit Eléufuiies , dont nous
avons parlé. Cérès ayant trouvé l'uiage du ble , &
l'ayant appris aux peuples de l'Attiquc&en même-
temps ayant donné les premières loix , fut lurnommée
Thefmophore , c'efl- à-dire, Légiflatrice, de ■ïi^rA/.os-,
loi , & s>i?o,je porte ; & les fêtes qu'on inftitua en mé-
moire de ces deux bienfaits , Thejmophories , ou Eléu-
finies , d Eléulius père de Triptoléme, à qui Cérès don-
na fon fecret , & qui trouva l'art du labou/age , & de
cultiver les blés, dont Cérè. lui avoir appris l'ufage.
Voyei encore les autres raifons que nous en avons
rapportées, au mot Eléusinies. M. Courtindit TheJ-
mopiwnens.
THESMOTHÈTE. f m. Nom de quelques Magiftrats
d'Athènes. TheJmoteta.Viy ayoït neuf principaux Ma
giftrats à Athènes. De ces neuf, l'un avoit foin de
Faites , & les écrivoit , les fcelloit , & fe nommoit Ar-
chonte -, l'autre avoit l'intendance des affaires de la Re-
ligion , & s'appelloit Roi -, le troiiième , de ce qui re-
gardoit la guerre -, c'étoit le Polémarque : les lix autres
fe nommoicnt Thejmotètes. Leur ibin étoit de porter
des Loix. Avant que de nommer les Thejmotètes , on
faifoit de féveres informations de leur vie & mœurs.
Les Thejmothètes étoient difl'érens des Nomothètes ,
qui étoient mille & un , & approuvoienr les loix que
faifoient les Thejmothètes. Ceux-ci non-feulement fai-
foient de nouvelles loix , mais examinoient encore tous
les ans toutes les loix anciennes & récentes , pour voir
s'il n'y en avoit point , qui fullént contraires les unes
aux autres , qui n'eullènt point été autorifées , ou s'il
n'y en avoit point plufieurs fur la même chofe , & en
faire la réforme.
THESPIADES. f f pi. Surnom des Mufes, pris de la ville
de Thefpie , où elles étoient honorées.
THESPIE. Nom propre de lieu. Thejpia , Thefpiœ. C'é-
toit anciennement une ville aflez giande de la Béo-
tie. Elle étoit Epifcopale , Suflragante d'Athènes. Le
Chevaliet Whéler alfure qu'on en voit encore les rui-
nes dans la Livadie , entre le lac de Thèbes & la baie
de Livadoftro , partie du golfe de Lépante. Elles font
fur une montagne elcarpée , au pied de laquelle on a
bâti des ruines de l'ancienne Thejpie , le lieu nommé
Nécoiio , c'eft-à-dire , le nouveau Village , qui eft le
même que les Géographes appellent communément ,
Thefpe , le prenant pour l'ancienne Thejpie. Maty.
Thejpie étoit au pied du monrTélicon. Tourreie.
THESPIEN , ENNE. f m. & £ Habitant de Thefpie. Natif
de Thefpie, Thefpicus , â.Tbcfpie & ^Platée étoient fi
es
dévoués aux Athéniens , qu'autant de fois , c'eft-à-di-
rc , de cinq en cinq ans , que les peuples de l'Attique
s'allémbloicnt dans Athènes , pour la célébration des fa-
crifices , le Héraut ne manquoit pas de comprendre
les Thejpiens 8c les Plaréens dans les vœux qu'il faifoit
à haute voix pour la République. Tourreil. Les Thef"
piens faifoient gloire d'ignorer tous les arts , fans ex-
cepter même l'Agriculture. Les Thébains victorieux
fous Epaminondas , laccagerent Thefpie, & n'en épar-
gnèrent que les temples. Athènes recueillit les Thef-
piens j qui eurent le bonheur d'échappçr à la fureur du
foldat. Idem.
THESPlLTS , ouTestius. Filsd'Agénor, fut père de 50
filles , qu'Hercules rendit mères toutes d'un garçon ,
hors famée cela plus jeune qui lui donnèrent deux fils
chacune.
THESPROTIE. (. f Petite contrée de l'Epire. The/pro-
tis , ou Thejprotia. C'eft dans ce pays qu'étoit l'Ora-
cle de Dodone, & ces fameux chênes confacrés à Jupi-
ter. On y voyoit auffi le marais Achérufien , le fleuv*'
Achéron , &: le Cocyte , dont feau étoit d'un goût fort
délagréable. Il y a bien de l'apparence qu'Homère
avoit vifité tous ces lieux, dit Paufanias, & que c'eft
ce qui lui a donné fidée d'en faire l'ufage qu'il a
fait dans fa defcription des Enfers , où il a confervé le
nom de ces fleuves. Plutarque , dans la vie de Théfée,
dit que le Roi des Thefprotiens étoit Pluton , qu'il
avoit une femme appelée Profcrpine , une fille nom-
mée Coré , & un chien qui s'appeloit Cerbère.
THESSALIE. Nom d'une grande contrée de la Grèce.
TheJjalia,Ai,monia. Elle eft toute environnée de hau-»
tes montagnes , qui la léparent , au nord , de la Macé-
doine , donr elle a été une ptovince •, au couchant , de
l'Epire -, & an midi , de la Livadie ■-, FArchipcl la baigne
au levanr. C'eft en ce pays qu'arriva aiwriennement le
déluge de Deucalion , par le débordement du Pénée.
On lui donne aujourd hui le nom de Janna •, & fes vil-
les principales lont , Lariila capitale , Janna , Trica , Tri-
ca!a , Seïton & Démétriade. Maty. La TheJJ'alie éroit
anciennement diviléé en quatre rétrades ou cantons ,
appelés Qi'jjcf.Mcinjf , ^'iiav( , ntAstyj/Sr/f , E77K/ffl77f , &
Philippe dans chacun de ces cantons établit un Com-
mandant. Démolthènele dit en propres termes. Tour-
reil. Vbye^ encore l'article iuivant. '
THESSALIEN , enne. f m. & (. Nom de peuple-, habi-
tant ou originaire de Thellalie. Thejfalus, a , & Thep-
fatis , fcmin, C'étoit un peuple de Grèce entre la Ma-
cédoine & les Thermopyles. Tourreil. On donnoit
communément le nom de Cavalerie , aux troupes des
Thejfaliens ,3. cauk qu'ils avoient d'excellente Cava-
lerie. Le bon cheval contribue fort à faire le bon Cava-
lier. La Thelfalie étoit fi abondante en boirs chevaux ,
qu'elle mérita les épithètes, (VWfoç©-, ?)'/,tt^. On pré-
tend même , que nous lui devons l'invention de les
dompter. P/af. ^eZf^'5. L. /. C'eft pourquoi dans les
anciennes Médailles la Thelfalie, & particulièrement
Lariilè fa capitale, ont pour fymbole un cheval qui
courr , ou qui paît. Le fameux Bucéphale étoit Theffii-
//£/2.lD.Une trahifon s'appeloit vulgairement un tour
de TheJJalien, Qi^ikhav 7ii^tTuM.;Sc pour fauflè monnoie,
on difoit, monnoie de Thellalie, ©««-crctXo/ voiJ.i^iM.'Eun-
pidedir qu'Etéocle, dans fon commerce avec les TheJ-
Jaliens , a\'oit apptis la fourberie & la mauvaile foi.
Quelques gens rapportent l'origine de ces proverbes,
à l'infidélité de Jalon envers Médée. Si les Thejfaliens
favoient bien trahir , les Theffalienn.es lavoient bier»
empoifonner. Tout le monde iait les veis d'Horace ,
L. L Od. 27. Id.
THESSALONIQUE. Nom propre d'une ville qu'on
nomme aujourd'hui Saloniki. Theffalonica. Quand on
parle de l'Antiquité , il faut toujours dire Thcffaloni-
que -, on le dit même en parlant de nos temps. Voye\^
Saloniki.
THESTOR. f m. Un des Argonautes , père de Chalcas ,
& de deux filles , Thionné & Leucippe.
THESURER. Vieux v. qui fe trouve encore dans la Cou-
tume d'Anjou , Aft. 5 5. & dans celle du Maine , Art.
3P. iéi. Tendre & théJUrerm domaine d' autrui , c'eft
THE
tendre des iïicts pour prendre le gibier. Ces deux mots
font lyiîonymcs. Mén. de Lauriere.
Théfmcr i ou téfurer -, w'iQniàQtenJurare ^ ou àcten-
dere retia, iuivanc les Coutumes d'Anjou. Ménage,
Corel.
TJ^IÉTi-N. Nom propre d'un village de la Baflè-Hon-
grie, litué fur le Danube, environ à trois lieues de la
ville de Bude, vers Is midi. Quelques Géographes
prennent ce village pour l'ancienne Matrica , 6z d'au-
tres pour l'ancienne Campama, ou Cûmpona, deux
petites villes de la Haute-Pannonie. Maty.
THETFORDE. Nom propre d'un bourg du Comté de
Nortfolck en Angleterre. Theifordia. Il eft au con-
fluent du Thet <& de rOufe,à iix lieues du Nort-wik,
vers le couchanr méridional. On prend Thetforde pour
l'ancien Siiomagum, ou Sitomagus , petite ville des
Icéniens.
THETIERE , ou THEIERE, f.f. Vafeà faire bouillir l'eau
pour le thé. On en voit à la Chine d'une terre allez
femblabie aux terres figdLées. Faites chauffer de l'eau
dans la thétiere. Point d'autres meubles qu'un pot de
cette terre , dont on voit ici des théières. Mem. de\Trév.
Avril^ 171^. p.66y. L'ulage eft pour théière.
THETIS. i. f. Nom propre d'une Décile du Paganifme.
T'ietis. Ceue Tlutis étoit forr ditiérente de Tethys , &
il ne faut confondre ni leurs noms , ni leurs perlonnes.
Téthys , dont nous avons parlé ci-dellus, futrnere de
Doride, & Doride eut pour fille Thétis dont nous par-
Ions ici. Ainlî Thltis étoit petite-fille de Téthys. Thétis
n'étoit qu'une Nymphe de la mer. Epicharnius , dans
les Noces d'Hébé , dit qu'elle étoit fille de Chiron-,
Mais Homère dit qu'elle étoit fille de Néréc, c'eftdans
l'Hymne à Apollon ; Anaxandridede Rhodes, & Euri-
pide dans fon Iphigénie en Aulide , difent la même
choie. Elle paflbit pour la plus belle de toutes les fem-
mes, &; fut époufe de Pelée, dont elle eut Achille.
Çuelques-uns difent que Jupiter , Neptune & Apollon
la vouloient avoir en mariage i mais ils en furent dé-
tournés par Prométhée, ou, félon d'autres, par Thé-
mis , qui leur dit qu'il naîtroit de Théùs un fils qui fe-
roit plus grand que fon père. D'autres difent que Thé-
tis ne pouvant confentir à devenir l'époufe d'un mor-
tel , le changeoit comme Prothée en diftércntes for-
mes , pour éviter les Noces de Pelée. Ilacius dit que
par le confeil de Chiron, Pelée trouva le moyen de fe
l'alFurer. D'autres dii'ent qu'elle ne refu la point Pelée,
& qu'elle l'époufa volontiers. Les Noces le firent fur le
mont Pélion , & tous les Dieux & les Déciles y affifte-
rent, excepté la Difcorde, qui jetta une pomme d'or
dans rAifemblée , en dilant : que la plus belle la prenne.
Tous les Dieux firent des préiens à Thétis. Elle eut de
Pelée plufieurs enfans. Elle les mettoit fous le feu pen-
dant la nuit , pour confumer tout ce qu'ils avoient de
mortel ; mais ils en moururent tous. Achille feul y ré-
fifta , parce que le jour précédent il avoir été frotté
d'Ambroihe , & qu'il n'y fut pas long-tems -, car Pelée
l'ayant découvert, fauva fon fils -, mais il perdit fa fem-
me : Thétis indignée d'être découverte , s'en retourna
avec les Néréides. D'autres dilent qu'elle jettoit les
enfans dans une cuvette d'eau chaude , pom- éprou-
ver s'ils étoient mortels. Les Poëres difent aulîî qu'elle
avoit plongé Achille dans le Styx , ce qui le rendit in-
vulnérable, excepté au talon qu'elle tenoit pour le
plonger , & qui ne fut point trempé des eaux du fleu-
ve. Voyei Natal Comès , Mythol. L. VIII. C. z. &
Voflîiis , De Idd. L. IL C. 78.
.THETVIU.Nom propre d'homme. Thxtvius.S. Thetviu
étoit un Moine de Redon en Bretagne , qui vivoir vers
la fin du neuvième ficelé. Fôje^ le Martyrologe de M.
Chaftelainau ii.de Janvier.
THÉVILLE. Bourg de France dans la Normandie , Dio-
cèfe & Eleâion de Coutances.
THEURGIE. C. (. Nom que les Anciens donnoient à la
partie de la Magie , que nous appelons Magie blanche.
Theurgia.Ce nom, qui vient de eess- , Dieu, & 'îfyov ,
ouvrage , fignifie l'art de faire des chofes divines , ou
que Dieu feul peut faire', puillance de faire des chofes
merveilleufes & lurnaturelles ,par des moyens miracu-
leux & licites, en invoquant le fecoursde Dieu &des
THE 19
Anges. Theiirgia. Ainfi ceux qui ont écrit en général de
la Magie, la divilent en trois parties, donc la première
fe nomme Théurme qui fe fait par les caufes céleftes. La
féconde eft appelée Magie naturelle , qui fefait par les
caufes naturelles. Et latroilicmes'appeie A'ifcro/TZA/z.'ie,
qui ic lait par l'invocation des D.émons. Après tout ,
ceux qui cmployoient la ThéiLrgie , faifoient quelque-
fois des choies extraordinaires, par le fecours des Dé-
mons , & d'autres purement par adrellè & parfubcilitéj
mais pour l'ordinaire tout tendoit à introduire l'idolâ-
trie , & à autorifer le culte des faux Dieux.
«Ij'l HEURGIQUE. adj. de t. g. Qui concerne la Théur-
gle. On fait que tous ces hommes adonnés aux opé-
rations théurgiques étoient des efprits frivoles : té-
moins les lophilles dont fut remplie la Cour de Julien
l'Apoftat. Mém. de Trév. La Magie que les Caldéens
appeloient Théurgique , confiftoit uniquement dans la
connoilîànce des cérémonies qu'il falloir obferver dans
le culte des Dieux pour leur être agréable.
THEUTATÈS, ou THEUTAT. f m. Divinité Gauloife
dont Lucain fait mention au Liv. I. de faPharfale. C'eft
par l'eftufiondu lang , dit-il, que ces peuples fe rendent
propice le cruel Theutatès. Ladfance & Minutius Félix
l'expliquent du fang hum.ain , & difent qu'on immoloit
à Theutatès des vittimes humaines. Vbye^ l'Article
fuivant.
THEUTH. f. m. Terme de Mythologie. Nom d'un Dieu
des anciens Egyptiens que l'on nomme auffi Thot ,
Thoyth, Touth; mais Platon dans Ion' Phèdre , die
Theuth. Cicéron , de Nat. Deor. L. II. Thoyt. Eusèbe
de même, Prœp. Evang. L. I. C. 9. De Thoyt, ou
Thout, par tranipofition , l'on fit Thuot, d'où les an-
ciens Germains avoient fait, PVothj, J^'otharij JV^odan,
lVoden,& IVode , & enfuire Guot, & puis Gorh ,
God & Got , qui encore aujourdhui fignifie Dieu. Du
même Theuth les Grecs firent Theos,@io;, Se les La-
tins, Deus. Tornius croit que le véritable nom de ce
Dieu étoit Thoith , plutôt que Theuth , & que la ma-
nière dont on l'écrivoit dans l'original, éroit Thohu,
ou Tohuf, que les premiers Idolâtres ne firent que
traveftir en fables, les vérités que la Tradition leur ap-
prenoit fur celle de la création-, qu'ils prirent le nom de
leurs premières Divinitésde là-, quedu IHUIT liin. Tohu
vabohu, ils firent Tohu, ou Thouth, ou Theuth, &
Bau , qui fignifie la Nuit.
Theuth étoit , félon Cicéron , le Mercure des Egyp-
tiens. Quelques Auteurs prétendent que le Dis des
Gaulois ou Celtes , fut auffi le Theuth des Egyptiens.
Theuth n'étoit point chez les Egyptiens le Dieu fuprê-
me , le vrai Dieu créateur du Ciel & de la terre, mais
une ancienne Divinité inconnue, de laquelle toutes
ces chofes & tous les arts tiroient leur origine. Hor-
nius prétend que ce Dieu eut plufieurs autres noms,
chez d'autres Peuples , comme Mercure , Termes ,
Hercule, Apollon, Cadmus, &c. & qu'il fut tous ces
Dieux ; mais il foutient qu'il étoit diflérent du Teuta*
tés, ou Teutondes Germains. Scaliger paroît d'un
aurre fentiment, Epitaph. eorum qui ad Vi-ennam ce-
ciderunt , où il dit que Theuth étoit fi fage , qu'on
donna ce nom à tous ceux qui le diflinguerent par leur
fagelîè •■, & que les Egyptiens appeloient Theut , com-
me leur Mercure ,tous les gens recommandables par
leur fagefie. Çl\.\v\c\:,German.Antiq. L.I.C.ié.croirque
les Germains ont été apelés Theutiiques de Theuth; que
le nom de Titan vient auffi de là , ou même que c'eft
le même mot -, que les enfans de Theut ont été apelés
Titans; que ce mot étant un nom du Soleil, le Soleil
& Theut font la même choie , & que tous ces noms
ne font que des épithètes du véritable Dieu créa-
teur du Ciel , & de la Terre s que c'eft peut-êrre pour
cela , que le premier mois de l'année Egyptienne s'ap-
peloir Theuth , "'parce que ce nom fignifioit peut-être
principe, commencemenr. Il prétend encore que le
Zsifdcs Grecs , Jupiter, vient de Theuth, 0êufi -, car
en changeant le © en 2 , ils ont dit eêîr & S^àr , &
0/©- & 2/©- j & parce que le Z a la force des deux
lettres AS , quelques-uns en changeant le premier O
enl. Se le fécond en 2, ont fait de Teuth ZtTS, &:
d'autres SAiîïSj .d'autres en changeant le © en û , o.it
Cij
20 THE THI
faitAETS, d'où font venus les cas obliques A/os-, A.-/,
^li. Ceux qui ont dit Zê3> , ont décliné li'^f , i^"> &c.
& à l'acculatif /îi-, d'où les Dotiens ont thit Zài' , &
les Peuples du Nord Dun , nom que d'aunes ont
augmenté d'une fyllabc au commencement Codan ,
que d'autres ont prpnoncé Godan , & enluite Wodan ,
par des changeracns naturels & très-ordinaires. Il cil
aulTi d^un ientiment contraire à Horniiis, &: il croit
que le Teutatès ou Teuton des Germains , ell le
Thcuth des Égyptiens. Voye\ tous ces Auteurs. Clu-
vier , Germ. Antiq. L. I. C. zS. Hornius, Hift.PhiloJ'.
L.II. C. II. & Z2.. Marsham, Canon. Chron. Jœc. I.
Jacob Octho, dans les Notes fur B. Rhenanus, p. 646,
& ci-delfus au mot TAAUT.
Theùth. C'étoit aulïï chez les Égyptiens , le nom du pre-
mier mois de leur année. Cicéron, De Nat. Deor. L.
III. n. 56", c'eft-à-dire , le mois de Septembre , dit
Lattance , L. I. C. 6.
THEZA. Nom propre d'une petite forterelfe du Royaume
de Fèz , fituée entre la ville de Fez & celle de Mique-
nèz. Tlie^a. AIaty.
T H I
THîA , ou THIE. f f. Terme de Mythologie. Nom pro-
pre d'une Déellè de l'Antiquité payenne. Thia, Tlt£ia.
Elle étoit femme d'Hypérion , & mère du Soleil , de
la Lune &: de l'Aurore. Héfiode, Tkeog. v. 371. 374.
Barlée dans fes Notes fur cet endroit d'Héliode, dit
que ©ï'ct , Thia , fignifie la divine \ & qu'en difant
qu'elle étoit mère du Soleil, de la Lune & de l'Aurore,
ils ont voulu marquer que tous les biens venoient de
]a bonté de Dieu. Homère donne un autre nom au
Soleil , ou un autre nom à fa mère -, il l'appelle Eury-
phaelTa-, c'eft dans l'hymne du Soleil.
THIAKI , ou DOLICHA. Nom d'une petite île de la
mer de Grèce. Dulichium. Elle eft dans le golfe de
Patras, au levant de l'île de Céfalonie. On voit lur la
côte orientale de cette île , les ruines d'une ancienne
petite ville , qui porte encore le nom de DoLicha.
Maty.
THIARUBÉKESSîS. f. m. Terme de Relation. Balayeur
des Mofquéts & des Sépulcres en Perie. C'eft un Or-
dre inférieur du Clergé Mahométan de ce Royaume.
• Neocorus Perficus. Cet emploi, qui patmi nous eft
vil & méprifable , eft recherché en Perfe.
THIBAULT, ou THIBAUT. Nom d'homme. Theobal-
dus. S. Thibaut Prêtre & Ermite, dont le nom eft
devenu très-célèbre dans l'Eglife depuis l'établillément
de fon culte en France & en Italie , defcendoit des
premiers Comtes de Brie & de Champagne. Il étoit
fils du Comte Arnoul & de Gifle ou Guille, dont la
noblellé n'étoit pas moins illuftre que celle de Ion
mari. Vl naquit à Provins en Brie fous le règne de Ro-
bert. Baillet, i de Juillet. Vers l'an 1055 Thibaut
fe retira avec un Gentilhomme de fes amis nommé
Gautier , dans les bois de Piting .en Souabe , où ils
commencèrent à mener une vie pauvre & folitaire, que
Thibaut finit douze ans après , dit l'Auteur de fa vie.
Thibaut delVIarly , forti de la Maifon de Montmo-
renci, fut élu Abbé des Vaux de Cernay au Diocèfe
de Pans , l'an 12. H- ^ mourut le 8 Décembre de l'an
1247. Baillet au 8 de Juillet.
Thibaut Comte de Champagne airaoit la Reine
Blanche, & étoit l'un des plus excellens Poctes de fon
temps. Mariana, Hiftoire d'Ejpagne , L. XIII. C. 9.
THIBET, TIBET, TOiiB AT, & félon d'Herbelot, Te-
bet, Tobat , Tobut ^ 8c Toubut. Le premier eft le plus
ordinaire en François. Nom d'un Royaume. Thibetum,
Tibetum , Obattum Regnum. C'eft un pays de la
Grande Tartarie, auquel les Géograpîies donnent des
bornes fortdiitérences. Sanfon , dans fes grandes Cartes,
lui fait occuper tout l'efpace qui eft au nord de l'Em-
pire du Mogol, julqu'au Royaume de Kafghar , & au
pays des Kaimachites ■■, & ainlî il le confond avec ce
qu'il appelle le Turcheftan, dans fes petites Cartes,
dans lelquelles il place le Thibet entre les fources du
Gange & du Chéfel. C'eft ainlî que le place M. de
Witlen dans fa Carte de la Tartarie , mettant dans le
THI
Turcheftan entre le Thibet & le Tangut , le pays de
Calcar &; de Karakich.ay. Maty. D'Herbelot, d'après
les Auteurs Orientaux , dit que le Thibet a la Chine
à fon orient, les Indes à Ion midi, oc du ccké de l'oc-
cident & du fcptencrion les pays Turcs appelés Kézel-
geh & Tagazgaz , ou Tamgaz, Le pays de Tebet,
au rapport d'Ebu Alouardi, a un Roi particulier, que
l'on dit être de la race des anciens Rois de l'Iémen ,
ou Arabie Heureufe. Le même Auteur dit que c'clt
du Tebet que l'on rapporte le plus excellent mufc de
l'Orient. D'Herbelot.
THIE. f f . Petit inftrument de fer (ou d'autre matière)
dans lequel les Fileules mettent le bout de leurlufeau.
De theca. Le mot de thie eft fort ulité dans l'Anjou ,
où les thies de la ParoilTe du Mai font les plus eftimées.
Ménage, Etym. Thie fe trouve auffi dans la nouvelle
édition du Diélionnaire des Arts. C'eft le verticillus
des Latins , que le Diélionnaire de Boudot explique
très-bien par pefon , efpèce de bouton percé qu'on
met au bout d'un fufeau, pour lui donner plus depe-
lanceur, & le faire mieux tourner. Verticulum , qui
a la même fignification, eft rendu dans le Novitius
par le vertele. L'Auteur remarque qu'il n'a pa^encore
vu écrit le mot de vertele •, mais que d'habiles gens
l'ont afluré qu'il étoit François. Il n'a pas apparem-
ment confulté le Calepin de léSi, où il auroit trou-
vé verteil. Les Champenoifes difent vertau , qui eft
dans Nicot & dans Monet , fuivant lelqucls il fignifie
hondon , bouchon.
Dans le Maine , l'Anjou , le Poitou , & autres Pro-
vinces de France , la thie eft un petit inftrument de
fer, de cuivre ou d'argent qui eft creux, & où l'on
fourre la pointe d'enhaut du fufeau à main, comme
on fourre une baguette de piftolet, dans untirebourre.
Cette thie eft cannelée à colonne torfe, c'eft-à-dire,
qu'elle a une rainure enfoncée , qui tourne en vis
deux ou trois tours. C'eft cette cannelure qui foutient
le fil , fans pouvoir aller à droite ni à gauche , qui fa-
cilite aux Fileufes la manière imperceptible, dont le
fil qu'elles filent fe place comme de lui-même , fur
leur fuleau , à la difiérence de celles qui ne fe fervent
point de thie , qui font obligées de s'arrêter à chaque
aiguillée de fil qu'elles ont filé , afin de le dévider fur
leur fufeau.
THIEL. Voyei Tiel.
THIELLE-LA-VILLE. Nom d'un bourg des Pays-Bas.
Tlulla. Il eft dans le Comté de Namur , près de la
rivière d'Heur , à une lieue au-dellbus de Walcour.
On voit près de ce bourg , fur le iommet d'une mon-
tagne , le château qu'on nomme Tille le château.
Maty.
THIÉMON. Nom d'homme, dont on a fait Dimoii,
Thiemo.
cSrS'THIERACHE, ou TIERACHE, en latin Theoraf-
cia. Pays de France, par lequel la Picardie confine avea
la Champagne, ainfi nommé , dit-on, parce qu'il étoit
foiuTiis à la hache de Thierri feigneur d'Avefne & de
Vermandois. Philippe Augufte le réunit à la Couronne.
La Tierache fait partie de la Province & du Gouver-
nement militaire de Picardie. Elle a au feptentrion le
Hainaut & le Cambrefis , à l'orient la Champagne , au
midi le Lanois , & à l'occident le Vermandois. Ses
villes principales font Guife , Aubenton, Riblemont,
Marie , La Fere.
THIERRI. Nom d'homme. Theodoricus. S. Thierri
Evêque d'Orléans , fils du Seigneur de Château-
Thierri fur Marne , & petit-fils de celui qui donna le
nom à cette ville , vint au monde dans le dixième
ficelé. Baillet. Il moutut l'an 1022, le 27 de Janv.
iDIÏvf.
Thierri Abbé du mont d'Hor près de Reims , mou-
rut vers l'an 535 , ou même plutôt félon quelques-
uns.
Saint-Thierri-dit-Mont-d'Hor. Nom d'un bourg de
France. Fanum Sancli Theodorici. Il eft en Cham-
pagne , à deux lieues au nord de Reiijis. Il y a une
Abbaye de l'Ordre de Saint Béhoît , fondée vers l'an
THI
500 par Saint Thkrri, difciple de S. Rémi. Ce bourg
eft aiillî célèbre par les bons vins. Vmum Theodon-
cianurn.
Claire avale fané fe reprendre
Sa bouteille de Saint Thierri >
Et mâche de la coriandre
Pour le cacher à fon mari. Sbnecé.
THIEPvS , ou TIÈRN. Nom d'une petite ville de France.
Thierrium , Thigernum , Tigernum ^ Tiernum. Elle
eft dans l'Auvergne , fur la DuroUe , à lix lieues de
Clermont, vers l'orient. Maty. long.,21. d. 11'. lar.
45. d. 50'.
THIÉTELD. Nom de femme. Theatildis. En Weftpha-
iie , Ste. Thiételd Vierge. Chastelain , au ^o de
Janvier. Elle eft première Supérieure des Chanoincfles
Séculières de Vrékenhorft près Varenlelt , au Diocèlc
de Munfter , ou elle eft honorée comme Sainte , &
avec Office , depuis pluiieurs liècles. Id.
<8::>THIM. FojqTnYM.
"THIMERAIS. Nom d'une petite partie du Perche , pro-
vince de France. Timerenfis pagus j Thecdomerienfis
ager. Le Tlùmcrais eft vers les confins de la Norman-
die & du pays Chartrain. Château-neuf en Thimerais
en eft le lieu principal \ mais on n'en connoît plus les
limites. Maty.
THIMIN. f. m. Efpèce de Monnoie qui a cours dans
l'Archipel. Le thimin vaut 5 fous de notre monnoie.
ToURNEFORT.
THIMNATH. Voyei THAMNATSARA.
THINITE. f. m. Terme d'hiftoire. C'eft le nom qu'on
donne aux Rois d Egypte qui ont régné à This , ca-
pitale de leur Royaume. Il y a eu deux Dynafties de
Thinites. La première commença à Menés , & finit à
Biénachès : elle comprend huit Rois. La Iccondc com-
mença à Bocthus , & finit à Népherchettes : elle com-
prend dix Rois. En forte qu'il y a eu en tout dix-huit
Rois Thinites qui ont poiîédé ce Royaume pendant
éoy ans. Ce Royaume commença 2130 ans avant
J. C. félon Ullérius.
THIOîS. f. m. Le Thiois eft l'ancienne langue Teutone
ou Tudefque. Les Allemans ou Teutons font appelé
Thiois par le vieux Poëtede Bertain , & par le Reclus
de Moliens. Nitard a rapporté un Traité fort curieux
fait entre Louis , Roi de Germanie , & Charles le
Chauve Roi de France , dans lequel eft un ferment
en Thiois. Marquard Fréher a fait de favanres DilFcr
tarions lur cette pièce. Un Capitulaire deChariemagne
fut mis en Thiois fous Louis le Débonnaire, & Bro
wer a fait des Notes dellus. Quelques-uns appellent
mat cette langue Theudelque , à caufe du Latin Theo-
dij'ca Lingua. Il faut dire Thioijé , ou hmplement le
Thiois. Il y a plufieurs mots Thiois dans notre Langue.
P. BouHouRS. Vbye:^ Théotisque.
THIONVILLE. Nom d'une ville des Pays-Bas , fituée
dans le Luxembourg, fur la Mofelle , à 4 lieues au-
deflous de Merz. Thionville eft petite , mais très-forte.
Theodonis , ou Theonis villa. Les François la prirent
Tan 1644, & elle fut cédée par la paix des Pyrénées.
Maty. Long. 23. d. 42'. Lat. 41. d. zp'. 40".
THIOU. Nom d'homme. Theodulphus. Théodulphe ,
que nous appelons vulgairement Slint Thiou, troi-
iîème Abbé du Mont-d'Hor , ou de Sainr-Thierri , à
1 lieues de Reims , étoit de l'une des meilleures fa
milles de la féconde Aquitaine. Baulet. Pour tous
les autres qui portent en Latin le nom Theodulphus ,
difons Théodulphe à la bonne heure ; mais puifque
c'eft l'ufage , il faut dire Thiou en parlant de ce Saint ,
& non point Théodulphe ; &: le P. Henfchénius a bien
dit Theodulphum , Gallicè S. Th%u. S. Thiou renonça
au monde à l'-^ge de 20 ans , & entra dans le Monaf-
tère de S. Thierri Difciple de S. Rémi vers l'an 520.
Après la mort du fuccelîêur de S. Thierri vers l'an 542
il fut élu Abbé à fa place, & mourut vers l'an 590.
Voye:^ le P. Henfchénius dans les Acla Sanâ. Maii
T.I. p. 34. ^ Jiiiv. & Bailler au i de Mai.
THU^HAINE. Voyei Typhaine.
THI THL 2î
«Stj» TFiîRONSTEIN , ou TYRNSTEIN. Petite ville
■ d'Allemagne , dans la Baflè-Autriche , près du Danube,
au-dellus de Stein.
■SO THIR.sk. Petite ville d'Angleterre, dans la province
d'Yorck. Elle a droit d'envoyer des Députés au Par-
lemenr.
THISOA. Une des trois Nymphes qui élevèrent Ju{5iter
fur le mont Lycée , en Arcadie.
60THISRÎN. Nom de mois chez les Syriens. Ils ap-
pellent Thifrin prior le premier mois de l'année, &
Thifrin po/lerior, le fécond. Le premier a 5 1 jours ,
l'autre 30.
THISSELIN. f.m. Thijfelinum. Plante qui ne diffère de
l'Orcofelinum ou Perfil de monragne , qu'en ce qu'elle
rend du lait. Il y en a de deux efpèces. La première
poulie des tiges de trois ou quatre pieds de haut ,
cannelées , anguleufes , rougcâtres en bas , vides ,
nouées, rameufes. Ses feuilles femblables à celles de
la carotte , font découpées menu , empreintes d'un
fuc laiteux , d'un goiit ingrat , mêlé d'auftcre & d'acre.
Les fommets de fes branches portent des parafols,
garnis de petites fleurs blanches à 5 feuilles en rofe.
Il leur fuccède des femences jointes deux à deux,
ova'es , aplaties , rayées fur le dos. Ses racines font
longues, groiles comme le petit doigt, blanches, du
même goût que les feuilles.
La féconde efpèce poulîè des tiges de quatre pieds
de haut, & rameufes. Ses feuilles font férulacées. Ses
fleurs , fes femences & fa racine font femblables à
celles de la première efpèce. Elles croiftent toutes deux
aux lieux humides & marécageux , vers les lacs & les
ruilîeaux. Leurs racines font incifives & pénétrantes,
apétitives , excitant l'urine & les mois aux femmes.
Elles provoquent le crachat, & foulagent le mal des
dents.
THITOIN. Nom d'homme. Theotonius. S. Thitoin fuc
premier Supérieur de Ste. Croix de Conimbre, célèbre
Monaftère de Chanoines Réguliers de S. Auguftin. Il
mourur en 1166. Sa vie a été écrite par un Chanoine
Régulier de fon temps. On y voit qu'il eut quelques
liailons avec S. Bernard. Vbye\ les Boiiandiiles , &
M. Chaftelatn au 28 de Février.
THIVA. Voye^ Thèbes.
THL
THLASE , ou THLASME. f. f. Efpèce de fraflure des
os plats , qui conhfte dans une contufion & un enfon-
cement des fibres ollèufes. On l'appelle autremenc
phlafis & phlajma. Ce font deux mots Grecs qu'on a
retenus en François, 'àKk'jts , bKk7[M. Ils fignifienr co/z-
tufion^, collifion , du verbe ^Ka.a , contundOj collido ,
je concafte , je froillè. Col. de Villars.
THLASPI. 1. m. Plante qui pouftè des tiges velues,
rondes, rameufes, garnies de feuilles fans queue,
longues , s'étréciiïant peu à peu , dentelées en leurs
bords , d'un goilt acre. Ses fleurs fonr fort petites ,
b'anches, compofées chacune de quatre feuilles difpo-
fées en croix. Ses fruits font ronds ou ovales , aplatis
en bourfe , divifés en deux loges remplies de quel-
ques graines , prefque rondes & aplaries , d'un goilt
acre comme de la moutarde. Sa racine eft allez grollc,
fibreufe , ligneuie , blanche , un peu acre. En Latin
thlajpi vulgatius. J. Bauh. La femence du rMz/p/ eft
chaude : on s'en lert pour faire percer les abcès in-
ternes , pour la fciatique , pour provoquer les mois
aux femmes. C'eft un des ingrédiejis de k thériaque.
Il y a plufieurs aurres elpèces de thlajpi.
Il y a un Thlajpi connu fous le nom de Thlajpi
creticum quibujdani^ flore rubente , que l'on cultive
dans les jardins. Sa rige fort branchue porte quantité
de fleurs rougcâtres en bouquers , donr celles de de-
hors ont leurs pétales plus inéo;aux.
Gw cultive encore un Thlajpi qui eft Toujours vert,
& qui fleurit prefque toute l'année , même en hiver,
& en pleine terre. Sa rige rortue, raboteule , ligneufe
fe divife en pluiieurs branches tortues, où font fins
ordre des feuilles fouvenr terminées par trois dents
allez longues, ondées, fermes, un peu dentée» de
22 THL THN THO
loin à loin, charnues, Jiiïcs, d'un vert brun-, chaque
branche eft terminée par un ombelle de fleurs blanches,
donr deux pétales font plus petits que les deux oppolés.
Ourrç les elpèces cultivées dans nos jardins , il y en,
a plufieurs autres que l'on trouve dans les champs.
Quelques-uns croient que le thlajyi eft ce qu'on ap-
pelle communément , rôle de Jéricho. Mais Ray dir ,
dans fon Hiftoire des Plantes, qu'on a tort de donner
au thlaj'pi le nom de Rofe , pmlque cette plante n'a
aucun rapport avec la rôle, & de la dire de Jéricho,
puifqu'on n'en voit point, dans ce pays-là -, mais feu-
lement dans l'Arabie déferre.
Ce mot vient du Grec ^a*», je prejfe , je comprime,
8c l'on a donné ce nom à ces fortes de plantes , à caule
que leur fruir eft aplati & comme comprimé.
THLASPIDIUM. f. m. Plante qui poulie plulîeurs tiges
à la hauteur d'un pied, grêles, rondes, ram.eules,
portant peu de feuilles , mais il en lort de ia racine
plufieurs qui font longues , rudes, finueufcs, vertes,
velues, rellèmblant à celles du hiéracium , éparfespar
terre. Ses fleurs nallfenc aux fommirés des tiges, pe-
tites, à quatre feuilles jaunes, difpofées en croix. Il
leur fucccde un fruit en lunette , compolé de deux
parties très-ap!aties , qui renferme dans leur creux
•chacun une femence oblono;uc, fort aplatie , roullè
ou rougeàtre. Sa racine eft longue & médiocrement
grolTe. Cette plante croît aux pays chauds , vers Mont-
pellier , aux lieux monragneux. Elle eft déterlîve , at-
ténuante , apéritive , demcative , elle excite les menf-
trues-, & fait fortir l'arrière-faix, étant prife en décoc-
tion. Son nom vient de ce qu'elle a quelque leflem-
blance avec le Thlafpi.
THN
THNÉTOPSYCHITE. Nom de Sefte. Tknetopfychita.
Les Thnétopjychites croyoient l'ame de l'homme fcm-
blable à celle des bêtes , 8c enfeignoient qu'elle mou-
roit avec le corps. S. Jean DamaJ'. héréj. <)o. On ne
trouve rien de ces Hérétiques ailleurs. C'eft peut-être
ceux dont parle Eusèbe , Hift. EccléJ'. L. VI. C. j5.
qui dit qu'il y avôit au temps d'Origène des Héré-
tiques en Arabie, qui difoient que les âmes mouroient
avec le corps i mais qu'à la fin du monde elles reflul-
citeroient de même, avec le corps: il ajoute qu'Ori-
gène les réfura dans un nombreux Concile j & les fit
revenir de leurs égaremens. S. Auguftin Prédeftina-
tien & Ilîdore appellent ces Hérétiques Arabiques.
Marcel j dans fes Tables, a défiguré ce mot qu'il n'a
pas entendu. Il dit, Thénopjychites , au lieu de Thné-
topjychites. De plus , il les met dans le feptieme liècle ",
je ne lai fur quel fondement.
Ce mot vient de^cxTos-, mortel, &c\v)^Aj ami,
THO
ê
THOAS. Fils d'Andrémon , Roi de Calydon , cônduifit
les Etoliens au ficge de Troye fur 40 vaillbaux.
Thoas, Roi de Lemnos.
Thoas , Roi de la Cherfonèfe Tauriquc. C'eft lui qui
avoir porré cette loi barbare , que tous les étrangers
qui aborderoient fur fes cotes , feroient immolés à
Diane.
THOCHEN. Nom d'un bourg de la Tribu de Siméon
dans la Terre-fainte. Thochen. Voye\ i. Parai. IV. 32.
THOE. Nom propre d'une Nymphe marine. Thoe. Elle
■croit fille de l'Océan & de Téthys , & fe nommoit
ainfi à caufe de fa vîrelle. Fôy^:[ Héfiode , Théog. v.
354-
THOISSEY. Ville de la Principauté de Dombes , & la
plus confidérable du pays , après celle de Trévoux.
En Latin Thojfîacus.
THOLAD , ou Eltholad. Nom de la Terre - fainte.
Tholad j Eltholad. Cétoit une ville de la Tribu de
Siraéon. i. Parai. IV. 29.
THOLEY. Nom d'un Monaftère de l'Archevêché de
Trêves. Tabuleium, Theologium, Doleia. lleftlitué
jprès du bourg de S. Wendeliii, à 5) lieues de Trêves,
vers le fud-eft. Maty.
T II O
THOLUS. f.m. Terme d'Architcaure. C'eft la clef, ou
la pièce de bois du milieu, dans laquelle s'allemblent
toutes les courbes d'une voi'ire de charpente. FiL.
Tholus.
Vitruve nomme thclus , une coupe, un dôme en
général. Quelqucs-iuis ont auffi appelé tholus, la lan-
terne d'im dôme.
Ce mot vient du Grec bi^^Q-, tejludo,voûie élcvcc.
THOMAITE. f. m. Terme d'Architedure ancienne. Sorte
de Salle à manger. Thomdites. Vbyei Curopa!are,Pe
Officiis, & Dempftcr, fur Rolîn , L.V.C. 28.
THOMAS. Nom d'homme.- Thomas. S. Thomas eft un
des Apôrres de Jéfus-Chrift, qui prêcha l'Evangile aux
Indes , Se même, félon quelques-uns , en Amérique.
Voyei Thomé , & Amérique. Les Américains , qui
onr quelque connoillance de S. Thomas , s'iîs en ont,
font à mon fens , des Indiens , qui lont venus ancien-
nement s'établir en Amérique , ou qui y ont été jettes
par la tempête. S. Thomas prêcha aux Ethiopiens, aux
Perfes, aux Mèdes , aux Indiens, & aux habitansde
la Taprobane. S. Thomas tout court fe dit auiïi fou-
vent de S. Thomas d'Aquin.
Saint Thomas. Nom d'une ville de l'Afrique. Fanum.
S. Thomœ. Elle eft capitale de l'île de S. Thomas , &
bâtie par les Portugais fur la côte orienrale de l'île, où
elle a un bon port. Elle eft défendue par une ciradelle,
& on y a érigé un Évêché fufl:ragant de Lilbonne. Au
refte plufieurs cartes appellent cette ville Pavoafen ,
qui n'eft pas le nom propre. Maty.
Saint Thomas. Nom d'un golfe. Sinus S. Thomœ. Ce
golfe eft une partie de la mer de Guinée. Il baigne la
côte du Biafara , &: la méridionale du Bénin. Le cap
Fermofa le fépare du golfe de Bénin, &: celui de'Lopo
Gonlalvès de la mer du Congo. Maty.
Saint Thomas. Nom d'une île. Infula Sancli Thow.ce.
Cette lie fitùée dans le golfe de Samt Thomas , envi-
ron à 50 lieues des côtes de Gabon, -en Biafara, eft
prelque ronde; quelques-uns lui donnent 20 lieuesde
diailiètre , & d'autres beaucoup moins. Elle eft fous
l'équateur , & fon air extrêmement chaud, n'empêchef
pas les Nègres d'y vivre jufqu'à 100 ansj mais on af-
Jure que les Européens n'y paflenr guère la cinquan-
tième année de leur vie. Le blé & les vignes que les
Portugais y ont tranfportés , n'y ont pas réulli, foie
que la terre y foit trop gralTe , ou que l'air y foit trop
chaud ; mais elle produit du gingembre, une très-
grande quantité de lucre , des palmiers dont on tire
du vin , & des racines nommées Bâtâtes , dont on foie
du pain. On allure que la chair de pourceau y eft la
meilleure de routes, parce que ces animaux font nour-
ris des cannes de lucre, qu'on leur donne après qu'elles
font preflées. Cette île appartient aux Portugais , & 1»
ville de S. Thomas en eft le lieu prircipal. Maty.
Saint Thomas. Les îles de S. Thomas. InJulœS.Tho-
mœ. On met au nombre des îles de S. Thomas, non
feulement celles du Prince de Fernando Pao , & d'An-
nobon , qui font .aux environs de celles de S.Thomas;
mais encore celles de Ste. Hélène , de l'Afcenfion, &
de S. Mathéo , qui en iont fort éloignées : les pre-
mières font poflédées par les Portugais , & les der-
nières fonr déferres. Id.
Saint Thomas. Aurrement San-Thomé. Ville. Voye\
Thomé. ;,
S.Thomas de Villeneuve. Congrégation de filles, qui
fe font confacrées au fervice des pauvres, dans quel-
ques Hôpitaux. Dans celui de Gifors on a ét.abli en
i6%6 quatre filles de cette Congrégation. Dejcript.
Géogr. Ù Hiji. de la Haute-Norm. lom. s.. p. _^oy. Dans
celui du Havre de Grâce on en a établi pareillement,
en 1728. Le Curé de S. Sulpice de Paris eft Supérieur-
né de ces filles, ^id. tom. i. p. zoG.
SAN-THOMASO. Nom d'un cap de l'Amafie, enNaro-
lie. Promontorium S. Thomœ. Il eft près de la ville
de Pormon , en tirant vers Chirifonda. On le prend
pour l'ancien Jafonium Promontorium , qui étoic ea
Capadoce. Maty.
THOMASTOWN. Nom d'un bourg de l'Ecolfe méri-
dionale, Fanum SaiiBi Thomcs. Vl eft dans leCoroti.
THO
THO
de Carrielc, à une iieue du golfe de Ckiyd , & à deux
lieues de la ville de Bargeny , vers le nord. Maty.
TiîOMASTOWN. Autre bourg de la La^énie, en Irlande.
Fanum S. Tliomœ. Il eft iur la Nure , dans le Comté
de Kilkenny , à quatre lieues au-dellous de la ville de
ce nom. Maty.
THOME. Qui fe dit en ces deux phrafes : San-Thomé ^
OU S. Thomé-, &c les Chrétiens de Sân-Thomé ou de
S. Thomc. Thomas , Urbs Sancli Thomœ , Chrifiiani
SanSi Thomœ , Chrifiiani Thomcei. Méliapor eft la
ville qu'on appelle aujourd'hui communément San-
Thomé, parce que l'Apôtre S. Thomas y a fait , dit-on,
un long féjour, & y a Ibuftért le martj^re. Si on en
croit les habitans , elle fut engloutie un jour , prcique
toute, par la mer, & pour preuve de cela , il fe voir
encore dans les eaux des ruines de grands édifices.
La nouvelle ville de Méliapor a été bâtie par les Por-
tugais. Il y a près des murs, une colline qu'ils appellent
le petit monr ; & cette colline a une grotte , où l'on
dit que S. Thomas fe cacha durant la perfécution. A
l'entrée de la grotte eft une croix raillée dans le roc,
& au pied une fource vive , dont l'eau eft fi faine que
les malades qui en boivent , guériilent ordinairement.
De la petite montagne on pallè à une plus grande,
qui femble faite pour la vie foliraire & contemplative.
Car d'un côté elle regarde la mer, & de l'autre elle
eft couverte de vieux arbres toujours verts, qui ont
quelque choie d'aftreux & d'agréable tout enlémble.
C'eft là que S. Thomas fe retiroit avec fes difciples
.pour faire oraifon , & c'eft auffi là qu'il mourut d'un
toup de lance , que lui donna un Brachmane. Les Por
tugais qui rebâtirent Méliapor , trouvèrent au fommec
de la montagne une chapelle de pierre toute ruinée.
Ils voulurent la rétablir en mémoire du S. Apôtre i &
comme ils fouillèrent julqu'aux fonderaens, ils en ri-
I rerenr un marbre blanc , oii il y avoir une croix avec
>cles caractères gravés alentour, & qui diiolent que
Dieu naquit de la Vierge Marie ■, que c'étoit un Dieu
éternel ; que ce Dieu enfeigna fa loi à douze Apôtres,
& que l'un d'eux vint à Méliapor avec un bourdon à
la main, & y bâtir une églile; que les Rois de Mala-
bar , de Coromandel , de Pandi & de plulieurs autres
nations, fe fournirent à la loi de S. Thomas homme
ifaint & pénitent. Comme le marbre , dont nous ve-
nons de parler, a Uiverfes taches de fang, l'opinion
commune eft, que le S. Apôtre fut marryrifé delFus.
BouHouRs , Vie de S. Xavier, L. III. Saint Thomé
ti'eft éloigné que de deux lieues de Madras. P. Ta-
CHARD. Il dit que le grand & le périr mont font à
deux grandes lieues de S- Thomé. Les Chrétiens de
S. Thomé font les Chrétiens de Méliapor & des pays
iyoifins , convertis à la foi. Car quoique tout le détail
qu'on vient de rapporter ne foit peut-être pas bien
fondé , il eft fur que c'eft la tradition générale &
conftanre de Narfinga , de Cranganor, de toute la côte
de Coromandel , & même de toute cette prefqu'île
de l'Inde , que S. Thomas y a annoncé l'Evangile.
Voye\ la Lettre du P. Tachard imprimée dans le dou-
zième recueil des Lettres édifiantes , & curieules des
Miffïonnaires Jéfuites , & ci-deflbus Thoméen.
San-Thomé. Cap. Promontorium Sanâi Thomœ. Ce
Cap eft dans le Bréfil , Iur la côte de la Capitanie de
Rio Janeiro , aux confins de celle de SpirituSanclo.
Maty.
San-Thom^. C'eft encore une petite baye fur la côte
du Chili, à la fortie de celle de la Conception-, du
côté du nord, & vis-à-vis de la Quiriquina.
THOMÉEN, enne. f. m. & f. &adj. Chrétien deS.Tho-
mas ou de S. Thomé. Chrétiens des Indes , qui félon
la tradition , ont reçu l'Evangile de S. Thomas. Tho-
mœus , a. Lorfque les Portugais arrivèrent aux Indes ,
pour la première fois , & dès qu'ils furent arrivés au
port de Calécut, ils trouvèrent d'anciens Chrétiens,
qui fe diloient defcendus de ceux que S, Thomas
avoir convertis aux Indes. Ces Chrétiens*^ ( que l'on
nomme Thoméens ou de S. Thomas , ) ayant appris
qu'il étoit arrivé aux Indes une Nation étrangère, qui
avoir un culte fingulier poui; la croix , lui envoyèrent
25
des Ambaiïadeurs , pour faire avec elle une alliance
d'autant plus folide, qu'elle étoit fondée fur l'unité
de Religion.- Ils firent des préiêns aux Portugais >
imploranr leur fecours contre les Princes Gentils , dortt
ils étoient opprimés. Il eft confiant qus:\esThoméenst
foit Prêtres , foir féculiers , font originaires de l'Inde
& indigènes. On les nomme Nazaréens , Na^arenii
mais 1 ulage a attaché à ce renne une idée de mépris.
" Le terme de Mappuley & au plurier Mappuleymar ,
eft plus honorable, & c'eft leur autre nom. Les Ma-
homérans ont une averfion particulière pour les Tho-
méens y je ne fai pourquoi. Les Thoméens font une
Cafte allez nombreufe, riche, belliqueufe, mais rou«
jours divifée par mille factions , haines invétérées ,
querelles , &c. Cette Cafte eft répandue dans les terres
depuis Calécut, jufqu'à Travencorj non que tout ce
pays loir occupé par cette Cafte , il s'en faut bien ,
mais parce que toutes les peuplades & Égiifes de cette
Cafte font renfermées dans cet efpace de pays. Ils ont
une peuplade , ou plutôt un quartier avec une Églife
à Travencor , de "Travencor ils n'en ont aucune , ou
je fuis trompé, jufqu'à Coulan. Le forr de la Cafte",
c'eft-à-dire , l'endroit où ils ont le plus de peuplades ,
eft du côté de Cochin. L'ufage des Indes eft que les
Caftes foieiit , en un certain l'ens , mêlées les unes avec
les autres, & dans un fens, féparées quant à l'habita-
tion : car quelquefois une peuplade eft leulement d'une
Cafte, par exemple, de Thoméens. Je ne doute pas,
qu'il n'y ait plulieurs de ces villages uniquement de
Thoméens. Quelquefois une peuplade, foir ville, foit
village , eft compofée de plufieurs Caftes , qui ordi-
nairement ont chacune leur quarrier. C'eft ainfi que
les Thoméens ont leur quartier à Travencor, &:hPra-
cadou, que les Européens nomment Porca. Ces Chré-
tiens ont leurs Egliles. Celle de Travencor eft bâtie
de nouveau , celle de Pracadou eft allez pauvre &
obfcure. Il y en a auiîî une à Ambaiacadou , vulgai-
rement die Ambalacata -, elle eft grande & belle pour
le pays. Les Thoméens difent qu'ils font étrangers en
ce pays-là : & leur tradition eft, qu'ils y font venus du
pays qui eft du côté de la ville de S. Thomé ou Mai-
lapur. Ce mot fignifie Paonpolis ou ville du Paon-, car
Mail en tamul lignifie Paon, our fignifie peuplade;
les deux lettres a 8c p font ce me femble , pour unir
d'une manière plus douce ces deux termes. Ils difent
que fe voyant perfécutés par les Princes de ce pays-
là , foit pour la Religion , foit pour d'autres motifs ,
ils pafterent au Malcialam , que nous nommons tantôt
Malabar , rantôt Malavar , rantôt Malcamer. Les Ta-
muleres entendent par Malciafam un pays qui eft au-
delà de ces hautes montagnes , qui commençant au
cap de Comorin , courent au nord jufqu'au Càucafe,
& féparenr cette péninfule en deux patries , l'orien-
tale & l'occidentale. Ce mot Malcialam fignifie pays
de montagnes. Cependant le pays habité par les T7zo-
méens aurour de Cochin n'eft pas un pays de monta-
gnes , mais un pays plat , arrofé d'une infinité de ca-
naux & de rivières. On ne peut dire en quel temps fe
fit cette tranfmigration •, car les Indiens n'ont aucun ,
ou prefqu'aucun monument d'hiftoire.
Ils prérendenr avoir été enfeignés & convertis par
l'Apôrre S. Thomas. Le Bréviaire des Prêtres Thoméens
dit que S. Thomas paftà à la Chine. On n'entre point
ici dans la queftion lî le S. Thomas dont parlent les
Thoméens j & qui eft fi fameux aux Indes, eft en
effet l'Apôtre S. Thomas , ou fi c'eft quelqu'autre S.
Thomas, comme le prétendent quelques Savans, &
entr'auttes le célèbre M. Huet ancien Evêque d'A-
vtanches. Le R. P. Bouchet prétend avoir là-delTus
des découvertes curieules. Il dir que S. Thomas dé-
barqua à Calécut, & traverfant les montagnes , vint
jufqu'à Mailapur; ce qu'il y a de certain, c'eft qu'en
deux montagnes peu éloignées de Mailapur, & peut-
être à Mailapur même, on a trouvé des monumens
éc'atans de la Religion Chrétienne, comme on le peut
voir dans les Auteurs qui traitent des Indes, Ce qui
eft fur encore , c'eft que les Thoméetis viennent en-
core du Malcialam au lépulcre de S. Thomas en pèle-
rinage , avec une grande dévotion pour ce Saint, &
24
THO
je fuis perfuadé qu'ils fe fcandaliferoient , fi on dou-
toit que ce ne foit S. Thomas l'Apôrrc ^ j.iv
Par cette même faute de monumens , il eft aulh ditti-
cile de fiiivre l'Hiftoire Eccléilaftique de cette tglile ,
que d'eu dccouvrurorigine. Nos Livres Européens pa-
roillent marquer, que le Patriarche d'Alexandrie en-
voyoit des Évêques aux Indes , en particulier S. Pan-
tinus furnommé le Philofophe , & S. Frument , &c.
On peut douter cependant , fi c'eft à nos Indes qu'ils
ont été envoyés. Il eft vrai que Baronius le lourient -,
mais l'Auteur Portugais, dq Hefioria d'Ethiopia,
prétend prouver que c'eften Ethiopie, que turent en-
voyés ces anciens Millionnaires , &c que ce que rap-
portent nos Livres, s'accorde^ merveilleulement à ce
que difent les monumens d'Ethiopie -, il ajoute que
J'Éthiopie a été fouvent appelée Inde. Ce qui eft fur,
c'eft qu'il y a bien des fiecles que les Tlioméens re-
çoivent des Évêques du côté de Babylonc, ou de Sy-
rie. Il y avoit un Patriarche à Babylone , qui les en-
voyoit & les envoie encore ; favoir Ç\ ce Patriarche
eft devenu par la fuite des temps abiolu , ou s'il re-
connoît quelque Patriarche fupérieur , & li c'eft celui
d'Alexandrie , ou celui d'Antioche , c'eft ce que l'on
ne fait pas aux Indes. Il n'eft pas facile non plus de
<lécider (\ ces Evêques étrangers font toujours venus
du dehors depuis le temps de S. Thomas , ou fi S.
Thomas ayant ordonné desEvêques naturels aux Indes,
fi tant eft qu'il y ait trouvé des fujets capables d'être
ordonnés Evêques, l'Epifcopat s'y fera éteint par quel-
que hazard, en forte qu'enfuite ils aient été fecourus
du dehors. Le P. Boucher eft de ce dernier fentiment.
Quoi qu'il en foit, il eft certain que cette Eglife Tho
méenne etoit gouvernée par des Evêques étrangers ,
lorfque les Portugais arrivèrent aux Indes. Je ne fai
point fuicment d'oii ils venoient , fi c'étoit de Syrie ,
ou plutôt de Babylone. J'ai quelqu'idée confufe qu'il
y avoit jadis à Aden , fi je ne me trompe, un Métro-
politain qui avoit foin d'envoyer des Evêques aux
Thoméens, à Socotora, & même à la Chine. On fait
qu'il y avoit, & qu'il y a encore à Socotora de triftes
reftes de l'ancien Chriftianifme , & l'on n'ignore pas
les monuHiens antiques qu'on a trouvés à la Chine,
de cette même Religion Chrétienne , prêchée par des
Evêques étrangers. Les Thoméens parlent , dans l'ufage
commun, la langue du Maleialam. Quelques-ims ap-
prennent, de même que les Gentils, la langue lavante
du pays, qu'on nomme Samafiradam. LesT/iomeeiis
n'ont point de langue particulière. Ceux qui fontdef
tinés à l'état Eccléfiaftique , apprennent la langue Sy-
riaque , ou Chaldaïque , dont on ie fert in Sacris. Je
.ne puis dire fi cette langue eft Syriaque, ou fi c'eft la
Chaldaïque -, car d'un coié l'ufage commun des Por-
tugais eft de la nommer Syriaque , &: eux Syriens ,
quoiqu'en etfet les Prêtres, ainfi que le peuple, ne
îoient nullement Syriens de nation, mais vrais Indiens.
D'ailleurs le Synode de Diamper tenu au commence-
ment du dernier fiècle , dans le Maleialam , par le
grand Archevêque de Goa, D. Frey Alexis de Méné-
sès fur le Chapitre de l'Euchariftie, Décret 4 , permet
que le Milfel Romain foit traduit en Syriaque. D'au-
tre part le même Concile , Adbon 4«, Décret 16 , dé-
fend de donner à ceux qu'on baptiie le nom de Hijo ,
qu'il allure fignifier ou plutôt être le nom de Jefus en
Chaldéen. Dans ce même Concile , titre de la réforme.
Décret 20 , il eft détendu auffi d'impofer le nom de
Lyo , qu'il allure être le nom de Jefus. Il eft vrai, que
dans cet endroit-ci il ne dit pas, ce me femble, que
ce nom foit Chaldéen. De plus le 111« Concile de Goa,
adion ; , Décret 7 , ordonne qu'on traduite le Miflel
Romain en Chaldaïque pour f ufage des Thoméens.
Ce font lans doute les Evêques étrangers qui ont in-
troduit cette langue Syriaque ou Chaldéenne. Il eft
fort probable qu'avant que les Thoméens pallaflentau
Maleialam , le Siège de î'Evêque étoit â Mailapur ou
aux environs , & qu'enfuite ils ont patfé à la fuite de
leur troupeau à Maleialam. Ce qui eft lur , eft que
I'Evêque de Mailapur , ou faint Thomé eft bien dif-
férent de I'Evêque des Thoméens. L'Evêché de S.
Thomé , ©u Mailapur , eft d'éretUon nouvelle depuis
THO
les Portugais , & n'a pas de junfdiâiion fur les Tho^
méens qui iont dans un pays fort éloigné , comme on
le peut voir en jettant l'œil fur la carte. Aujourd'hui
les Thoméens Iont loumis à f Archevêque de Cranga-
nor, dont nous parlerons dans la fuite.
L'Orient ayant été infeôté des hércfies de Neftorius
& d'Eutychès , les Evêques qui venoient aux Indes ,
infederent leur troupeau. Il eft certain que le Nefto-
rianiime s'y eft glillé -, plufieurs encore aujourd'hui
font Neftoriens , niant que Marie foit mère de Dieu -,
mais je crois que par un mélange ridicule ils ont uni
le Neftorianifme avec l'Eutychianifme. Je fuis le plus
trompé du monde , fi parmi quantité d'anciens Evêques
hérétiques, dont ils failoient mention, & célébroienc
les têtes comme de Saints, Diofcore n'eft du nombre.
Il eft vraifemblab'e que de ces Evêques étrangers les
uns auront été infectés d une héréfie, les autres d'une
autre \ que d'ailleurs il y aura eu des temps où ayant
manqué pendant plufieurs années de Pafteurs , au
moins de Pafteurs vigilans , ils auront formé un cahos
confus & aflreux où fe trouvoit la Religion Chré-
tienne parmi les Thoméens , quand les Portugais vin-
rent aux Indes. La Confeffion n'étoit point d'ufage^
la matière de l'Euchariftie étoit faufïè •, voici la manière
dont ils la préparoient : il y avoit immédiatement au-
deiais de l'Autel une efpèce de tribune ou enttefol.
Tandis qu'en bas le Prêtre difoit l'Introïte & M com-
iTiencement de la Liturgie , on cuiloit en haut une
efpèce de gâteau de farine de ris avec du fel , on le
faifoit frire dans de l'huile ou du beurre , qu'on met-
toit enfuite dans un petit panier ; on faifoit defcen-
dre ce gâteau tout chaud par le moyen d'une corde
fur l'Autel, & le Prêtre le confacroit. Pour la matière
du Calice, c'étoit de la Charayam , qui eft une efpèce
d'eau de vie , qu'on fait en ce pays-ci de diflérentes
manières. L'ordination n'étoit guère plus fure : l'Ar-
chidiacre qui étoit comme un lecond Evêque , & fou-
vent plus refpe6té que I'Evêque même , ordonnoit
quelquefois les Prêtres. Cette dignité d'Archidiacre
étoit hétéditaire dans une famille. L'on n'entrera point
dans le détail des autres abus-, cela feroit infini.
Les Portugais travaillent depuis deux fiècles à la ré-
forme de cette Eglife. Ils ont employé pour cela le
pouvoir Eccléfiaftique & Séculier ••, ils ont tâché de
faire enforte , fur tout , que les Evêques fuflent Ca-
tholiques : pour cela ils ont appelé des Evêques étran-
gers aux Conciles de Goa , les ont inftruits , arrêtés
& envoyés en Portugal , & quelques-uns mêmes juf-
qu'à Rome. Quelques-uns qui ont fait le voyage , ont
trempé , en Europe , par leur hypocride , & font re-
venus abfous i mais à peine étoient - ils dans leur
Eglife , qu'ils faifoient pis qu'aupaiavant. Enfin les
Portugais voyant que tandis que ces étrangers vien-
droient parmi les Thoméens , on n'en pourroit déraci-
ner le ichifme , ni l'hérélie , ni en retrancher les abus ,
réfolurent de les exclure , & de mettre un Evêque
Européen à leur place. Tout cela a rendu les Porttt-
gais infiniment odieux à ces Thoméens. jÇelui quL
réuffit le mieux , fut DomFrcyAleixo, ( les Portugais
prononcent Aleicho , l'or fe prononce prefque comme
notre ch-.) ce fut dis-je Dom Frey Aleixo de Méné-
sès Archevêque de Goa. Il avoit été tiré de l'Ordre
de Saint Auguftin , & a été un des plus grands Pré-
lats de fon Siège par fa piété , h libéralité, fon zèle,
fa fermeté. Il entreprit la réunion de certc Eglife fchil-
inatique. Il en eut une belle occafion, car il gouver-
noit alors iTnde au défaut de Vice-Roi. Les Portugais
avoicnt Cochin , & étoient redoutés dans tout le Ma-
leialam. Se lervant de tous fes avantages , il tint wn
Synode dans le village de Diampor, oii il fit les beaux
règlemens que nous avons encore , & après avoir lur-
monté des obftacles infinis , il conclut cette réunion
il louhaitée. Il fut fécondé dans cette giorieufe entre-
prile par les Pères de la Compagnie de Jelus , à qui
il jugea à propos de lailler dans les ades mêmes du
Synode , Sh témoignage auflR authentique qu'hono-
rable de leurs travaux dans cette miffion. Il me fem-
ble qu'il nomma , ou plutôt fit nommer pour Evêque
de cette Eglife D. François Roz de la même Compa-
THO
o-nie , mais avec le titre d'Evéque feulement-, au lieu
qu'auparavant ils avoient celui d Archevêque , qu'ils
ont recouvré depuis. D. François Roz étoit aimé des
Thoméens , & je crois que pendant la vie , l'union
fubfifta -, mais après Ta mort ia moiùé de cette Egiiie
retomba dans le rchilme \ Se c'ell 1 état où elle le
trouve aujourd'hui , moitié Caihoiique , moitié Schil-
matique. Tune Se l'autre toujours dans mille troubles.
Ils font fomentés par les Evêques étrangers, qui, mal-
gré les Portugais Se tout ce qu'ils peuvent taire,
viennent en ce pays-ià : il n'eft pas ailé de les en ti-
rer , aujourd'hui que les Portugais ne lont plus maîtres
de Cochin , & n'ont prefque aucun pouvoir dans le
Ma'eialam. Ces malheureux Evéques font tous Schif-
matiques, & ont cependant la faveur du Peuple, qui
a de ia peine à oublier les anciens Pafteurs.
Il y a long-temps que les Rois de Portugal , qui
ont toujours été très-zélés pour l'avancement de notre
fainte Religion, avoient fondé un Séminaire pour éle-
ver les jeunes Eccléfiaftiques : ce Séminaire eil à Am-
balurata-, les Jéfuites en ont foin ; ce font eux qui leur
apprennent , ou qui leur font apprendre par quel-
qu'autre le Syriaque. Les Prêtres le nomment en
Langue Malabare & Taraulique Cattenar , Dominus
ou Domini. Ils font généralement parlant très-peu
habiles , foit dans la Langue favante , c'eft-à-dire ,
dans la Chaldaïque ou Syriaque , foit dans la Théolo-
gie. Ils ont leur Liturgie, ^tant au Bréiîl, je l'ai trou-
vée dans un Livre d'Europe , non telle qu'elle étoit
auparavant. En fécond lieu , ils ont le Bréviaire qu'un
habiie Miffionnaire m'a alFuré être le Pfeautier, dont
chaque jour ils difent une partie. Cependant ce que
j'ai dit ci-dellus , prouve qu'il y a aulïi des Leçons ,
& même qu'il eft divifé en Noâurnes •, car j'ai lu
que cette particularité de la vie de faint Thomas eft
marquée à telle Leçon du fécond Nodurne. Les Con-
ciles ordonnent aulîi qu'on falle , ou qu'on traduite
im Rituel en cette Langue. Je crois prefque qu'ils
n'ont point d autres Livres de l'Ecriture-, tout au plus
ils en auront quelques Lambeaux. Ce qui me le fait
croire ainfi, c'eft que les Conciles n'en parlent pas. Il
y a auffi quelques Livres , mais peu , & en Langue du
Maieialam pour l'inftrudtion des Prêtres , cas de con-
fcience, prédication, & plufieurs pour l'inftruélion des
fidèles. Les Européens ne leur ont point mis entre les
mains la Bibie, jugeant que c'éroit une viande trop
folide pour eux. Que diroient-ils en effet s'ils voyoient
que David, Abraham, &c. avoient tant de femmes,
èc plufieurs choies femblables capables de les Icanda-
lifer , & matières fur lefquelles ils ne feroient guère
capables d'inftruftions.
La manière dont les Cattenars font aujourd'hui ha-
billés, eft fort plaifante. Ils vont pieds nus, ou avec
<les fandales du pays-, ils ont, fi je ne me trompe, un
caleçon & une chemife dont les pointes font en dehors
du caleçon fans fe mettre dans le caleçon \ enfin un
bonnet en tête , tel que les Jéfuites Portugais le portent :
il eft rond & en cône coupé , le fond du bonnet plus
large que l'entrée. Un habit clérical de cette nature
paroît fort burlefque, fur tout la première fois qu'on
le voit. Au refte qui a une fois pris la chemife pour
fe faire Clerc , ne peut fans un extrême deshonneur
la quitter -, ce feroit parmi eux , ce qu'eft parmi nous
un Moine défroqué.
Pour les peuples, j'ai déjà parlé du caraétère des
hommes. A l'égard des femmes , elles lont bonnes
Chrétiennes, fur tout extrêmement chaftes , & dévotes
à la fainte Vierge. Il y a un abus qu'on a bien de la
peine à corriger ■■, c'eft que les filles ne fe confellènt
Î joint avant que de fe marier, pour ne pas donner
ieu de foupçonner qu'elles aient l'ait quelques fautes
en matière de pureté. Us ont des jeunes extraordinaires -,
leur terme commence , fi je ne me trompe , à laQuin-
quagéfime-, je fuis bien trompé auflî, s'ils ne jeûnent
l'Avent. Il eft contre le jeûne parmi eux , de prendre
le vettilei Si pûcou , ou , comme on dit communément,
le hétel Se aréca , ce qui pour eux eft une très-grande
mortification. Les agapes font fort en ufagc parmi
eux. Quelques-uns les donnent par dévotion, par vœu,
Toma VlII. I. Partie.
THO
25
ou pour le repos de l'ame des défunts. L ulcgularité '
y eft fort rigoureuie-, celle qui s'encoure par l'homi-
cide , quoique cuni modemniine inculpatce tutelœ , eft
cenféc mdilpeniable. Je trouve dans les Conciles , qu'on
a réglé que les Prêtres , quant au célibat & mariage ,
garderoient l'ulage des Grecs Catholiques -, cependant
il me iemble que les Catholiques gardent le célibat.
Je ne lai comment en ufent les Schilinatiques. Mé-
moire envoyé des Indes. Un autre Mémoire envoyé
par une autre perfonne qui demeure parmi les Tho-
méens , porte , que leurs Evêques viennent de Baby-
lone , mais fous l'autorité & au nom du Patriarche
d'Antioche ; que quelquefois il en vient d'ailleurs , qui
s'emparent du Siège Epifcopal-, que quelquefois des
Laïques s'y placent & repréfentent -, que quoiqu'ils
loient, ou qu'ils aient été louvent Neftoriens & Jaco-
bites , ils récitent depuis peu des vers dans lefquels ils
difent que le Concile de Chalcédoine eft pire que les
erreurs de Neftorius -, que ceux du midi n'admettent
point de conlellîon auriculaire -, que ceux du nord
l'ont , mai? qu'ils la font très-rarement , qu'ils ont
l'Ecriture entière en Chaldéen , mais par partie , un
Livre chez l'un , un autre Livre chez un autre-, per-
fonne en particulier ne l'a tout entière. Le Nouveau
Teftament eft plus commun entre les mains des Prê-
tres. Ils ont auffi une Paraphrafe anonyme-, mais elle
eft rare. Les Schifmaciques , non plus que les Ca-
tholiques , n'ont plus l'ancien Bréviaire, ni l'ancien
Millëi ; ils furent brûlés pat ordre de Dom Alexis
de Ménésès. Les Schifmatiques ont le même Bréviai-
re que les Catholiques \ le Millél eft un peu différent.
Les Cattenars ont entr'eux une Langue qu'ils nom-
ment Kerfon -, c'eft un mélange de Syriaque Se de
Malabare, mais dans lequel le Malabare prédomine ,
à peu près comme les Millionnaires Européens ont fait
entr'eux une Langue mêlée de Portugais & de Ta-
mul , mais où le Portugais domine. Mémoire envoyé
des Indes.
L'Auteur de l'Hiftoire Critique de l'ancien Tefta-
ment , L. II. C. t£. avance hardiment que Dom
Alexis de Ménésès Se les Miffionnaires ont introduit
quantité de nouveautés dans les cérémonies des Chré-
tiens des Indes -, qu'ils n'ont pas fait difticuké d'alté-
rer leurs Millels -, que les réformations introduites par
les Millionnaires dans la créance & les cérémonies de
ces Peuples ont été faites la plupart mal-àpropos &
peu judicieufement. Sur quoi on pourroit lui deman-
der fur quelle preuve il fonde ce qu'il avance ; car il
n'en donne aucune : s'il a vu les Livres des Thoméens
avant & après leur correction , & s'il les a confrontés
enfemble i fi c'eft introduire des nouveautés, que de
rétablir l'ufage des Sacremens prefqu'aboli , que d'in-
troduire la matière & la forme légitimes de ces mêmes
Sacremens-, par exemple, pour l'Euchariftie, du véri-
table pain à la place de beignets chauds dont on le fer-
voit , du vin de vigne au lieu de vin de gplmier qu'on
y employoit-, que d'abolir la coutume d'excommunier
folennellemenr le Pape faint Léon , & de faire com-
mémoration de plulieurs héréfiarques comme d'autant
de Saints -, que de défendre à des gens ians caraèlère
d'impofer les mains au Sacre des Evêques & à l'Ordi-
nation des Prêtres , & ainfi du refte -, enfin fi c'eft al-
térer leurs Millels , que d'en retrancher des erreurs
grolîîeres, 8e l'héréfic Neftorienne, qui y étoit énon-
cée en termes formels. Il n'y a guère eu d'entreprife
plus glorieufe , plus difficile , ni qui ait été exécutée
avec plus de confiance Se de fagellè , que la réforma-
tion de l'Eglife des Thoméens; les Evêques des Indes
dans les Conciles de Goa , & l'Archevêque de Goa
dans le Concile de Diamper , aidés des plus habiles.
Théologiens (car il y en a de tous les Ordres dans les
Indes , & d'aulTi habiles que ceux d'Europe) ont exa-
miné mûrement la créance des Neftoriens-, & ce qu'ils
ont jugé à propos de réformer , méritoit certainement
de l'être. Lettres Édifiantes etCuR. Recueil XII.
Epure Dédicatoire.
THOMISME, f. m. Dodrine de S. Thomas d'Aquin ,
principalement fur la Prédcftination Se la Grâce. SancrL'
Thomx Aquênatis Doclrina, Thomifînus. Les Jaco-
D
z6
THO
THO
bins prétendent , avec raifon , foutenir le pur Tho-
mijhie ; les Auteurs Jéfuites diftinguent mal à pro-
pos le Thomifme de faint Thomas, dii Thomi/me des
Dominicains. Le Thomifme , loin d'avoir été con-
damné , eft, fans contredit , le fyftéme fhéoloo;ique
le plus autorifé dans l'Eglife. Il cil: prcfquc généra-
lement enfeigné à Rome & dans toute l'Italie , ex-
cepté dans les Ecoles des Jéfuites. Les Souverains
Pontifes , &: notamment Benoît XIII, dans fon Bref
DemiJJiis preces , Clément XII. dans fa Bulle Ver-
J>o Dei , ont donné les plus grands éloges à cette
Dodrine. Les auteurs où l'on peut puifer le Tho-
milme dans fa pureté , font , après faint Thomas ,
Pierre Soto, Lémos , qui, dans les Congrégations
de Auxiliis , combattit avec tant de forte le lyfté-
me inventé par Molina , pour l'oppofer à celui de
faint Thomas, Contenfon , Malîoulié , Réginald,
Serri , &c. . Vo-je\ Prémotion & les articles rela-
tifs.
THOMISTE, f.m. Théologien qui foutient le Thomifme.
Thomijia. Les plus célèbres Thomiftes font ceux que
nous venons de nommer. On peut y ajouter Médina,
Lédelma , Navarète , Cabezudo, Gonzalès, Bannez,
Alvarès , Gonet , Orfi , Concina. Les Salmanticen-
fis, &c. LesMoliniftes fur-tout font les Antagoniftes
des Thomiftes , dans ce qui regarde les matières de
la Prédeftination & de la Grâce. Voyei encore l'arti-
cle précédent.
iSO" THOMISTIQUE. adj. de t. g. qui regarde le Tho-
mifme. Opinion , fentiment, idée thomiftique.
THOMOND, ouCLARE. Comté d'Irlande dans la Pro-
vince de Connaught, on l'appelle auflî Twomond.
Il eft borné à l'eft & au fud par la rivière de Shannon ,
à l'oueft parl'Océan, & au nord par le comté de
Gallwai.
THON. f. m. Grand poiflbn de mer qui a la peau déliée ,
de grandes écailles , le mufeau pointu & des dents.
La chair rellemble aflez à celle du veau. On con-
ferve le thon dans le vinaigre. L'endroit le plus délicat
du thon eft la poitrine. En Latin thymnus , ou thunnus.
Matthiole dit que le thon dont on fait la thonnine , eft
une efpèce de baleine qui palle le détroit aux mois de
Mai & de Juin : mais il le trompe. La pêche s'en fait
en Provence dans les mois de Septembre & d'Odo-
bre, temps où ce poillon partant le détroit entre dans
la méditerranée. Les filets dont on fe fert pour le
prendre , font faits de joncs cordés , & fe nomment
Mandragues. On le prend avec force bruit; car c'eft
un poiilon craintif qui le fauve dans des fofTès où l'on
a tendu des filets. Les Auteurs l'appellent cordille ,
quand il eft jeune & au fortir de l'œuf, Cordyla.
Quand il eft plus grand, ils l'appellent /im^ire , Lima-
rius. Puis quand il quitte la boue, on le nomme péla-
mide , Pélamys. Et enfin on lui donne le nom de thon,
quand il pafle un pied de grandeur. On mange à Paris
le thon niiiriné en falade.
ÔC^'Thon. Nom d'une petite rivière de France , en Poi-
tou. Elle a Ça. fource à Maulion , & fe jette dans la
Touc à Montreuil-Bellai.
THONNAIRE. f. m. eft un filet dont on fe fert fur la
Méditerrannée pour prendre des thons , & autres
grands poiflbns. Rete thunnarium.
THONNEU. Foje^ Tonlieu.
THONNIEU. f m. Droit ou Gabelle de Thonnicu.
C'eft un droit que le Duc de Bouillon prend fur
chaque tonneau & poinçon de vin ou autre breuva-
ge vendu en gros , ou qui fe tranfporte par fes Or-
donnances , Art. 577. 625. De Laurièrï. Vecîigal
vinajium.
THONNINE. f f. Chair de thon coupée & falée. Thyn-
nina caro , vel pulpa. La thonnine la plus maigre eft
la meilleure.
THONON. Nom d'une petite ville de la Savoie. Thu-
nonium. Elle eft capitale du Duché de Chablais , &
fituée fur le lac de Genève, à fept lieues de la ville de
ce nom , vers le levant. Mat y. Long. 24. d. 12'. lat.
46. d. 22 .
THOOSE. Terme de Mythologie. Nom d'une Nymphe.
Thoojà. Selon Homère, Odygl L.Ly.^i. Elle étoit
fiUe de Phorcys ou Phorcyn, Roi puiflant de la -mer,
Dieu marin, & elle eut de Neptune le Cyclope Poly-
phcme. Servius lur le VI^ L. de l'Enéide, p. 592. B. de
l'Edition de Rob. Etienne, in-fol. dit que Phorcys ou
Phorcus étoit fils de Neptune & de Thoojè , dont Ho-
mère écrit qu'il fut père.
THOPHET. Nom de lieu dans la vallée d'Ennom,
près de Jérufalem , capitale de la Terre-fainte. Tho-
phet.
THOPO. Nom d'une des villes que Jonathas l'un des
Macchabées fortifia dans la Tribu de Juda. Thopo. Le
Grec l'appelle Théphon. I. Macch. IX. 50.
THOR , THUR , ou TOR. Terme de Mythologie.
Nom d'un Dieu des anciens Peuples du Nord, des
Suédois, des Gères, des Goths. Thor. Le Grammai-
rien Saxon dit que c etoit un grand Magicien , qui par
lespreftiges& les enchantemens trompant ces peuples
ignorans & grolïïers , le fit palier pour un Dieu. Adam
de Brème dit que les Suédois donnoient ce nom à Ju-
piter , que Thor étoit le Jupiter des anciens Suèons ou
Suédois. Ils diloient que Thor préhdoit dans l'air;
qu'il faifoit le tonnerre & la foudre, les pluies, le
beau-temps , & qu'il donnoit les fruits de la terre.
D'autres dilent que c'étoit le Mars , & d'autres le Nep-
tune de ces peuples. La première opinion eft plus pro-
bable ; car les Allemands , les Danois , les Anglois ap-
pellent encore le Jeudi Thurfday. On facrifioit des
hommes à Thor, aufli er^'acrifioit-on à Jupiter, même
à Rome , au rapport de TertuUien , dans fon Apolo-
gétique , C. 9.
Ce mot étoit fait de Taran par aphérèfe. Vbye:^^
Taran.
THORA. f. f. Plante qui pouflè de fa racine deux ou
trois feuilles prelque rondes , lemblables à celles du
cyclamen, mais une fois aulîî grandes , dentelées en
leurs bords , fermes , attachées par des queues. Ses
fleurs font compofées chacune de quatre feuilles jaunes
dilpofées en rôle. Quand cette fleur eftpallée, ilpa-
roït un fruit arrondi , où font ramaifées , en manière
de tête, plufieurs lemences plates. Sa racine eft à petits
navets comme celle de i'afphodèle. En Latin aconitum
pardalianches i. Jeu thora major. C. Bauh. M.Tour-
nefort met cette plante parmi les efpèces de renon-
cule, il l'appelle ranunculus cydaminis folio , ajpho-
deli radice. On fe lert dans les Alpes de fon fuc pour
empoifonner les flèches dont on tue les bêtes fau-
vages.
Ce mot vient du Grec ip9o;à, corruption, à caufc
que c'eft une plante vénéneufe.
THORACHIQUE. adj. C'eft le nom que les Anatomiftes
donneur à deux rameaux de l'artère axillalre qui por-
tent le lang à quelques parties du thorax •, il y a l'ar-
tère ihorachique iupérieure , & l'inférieure. Thorachi-
cus. M. Corneille, dans le Didtionnaire des Arts, dit
thoracique , mais mal. Il faut dire thorachique, & le
ch a le même fon que dans chicorée. Il y a aulII deux
veines thorachiques , la Iupérieure & l'inférieure , qui
rapportent le lang à la veine axillaire.
On appelle canal thorachique , un petit conduit qui
vient du réiervoir du chyle , qui monte tout le long
du thorax, & qui va fe terminer à la veine fouclavière
gauche, où il porte le chyle & la limphe. Canalis tha-
rachicus j vel Pecquetinus. On l'appelle autrement le
canal de Pecquet , du nom de celui qui l'a découvert
le premier. On doit à Barthelemi Euftache natif de
San-Séverino en Italie la découverte des glandes du
canal thorachique.
On appelle auffi médicamens thorachiques , des
médicamens propres pour remédier aux incommo-
dités du poumon & de la poitriiie. Remédia thora--
chica.
THORALE. adj. f. Terme de Chiromance, qui fe dit de
la ligne qu'on appelle autrement menlale, ou la ligne
de Vénus , qui traverfe la paume de la main, & qui
eft parallèle à la ligne hépatique, Linea thoralis , men-
Jalis, vel Veneris.
THORATES. C'eft un nom que les Lacédémoniens
donnoient à Apollon. Thorates. Hefychius.
THORAX, f. m. Terme d'Anatomie , qui fe dit de la fe-
THO THR
conde partie du tronc du corps humain qui forme la
capacité de ia poitrine, où iont enfermes ic cœur & le
poumon. Thorax. Il eft borné par en haut par les cla-
vicules, & en bas par le cartilage xiphoide ou four-
chette , & par le diaphragme. Sa partie antérieure s'ap-
pelle /?^r/zu/72 ^ ou Jo(o\m\\znt poitrine , Feclus. Les
latérales Iont les côtes. Il a par derrière le dos & fes
vertèbres , & l'omoplate ou paleron. Il efl: en partie
: ollèux , & en partie charneux. On l'appelle auffi le
i-.icqff're-, le ventre moyen , ou ventre fupérieur. Arca ,
ventriculum médium ,vel juperius. Outre le cœur &le
poumon , il contient encore la veine cave montante ,
la grande artère , l'arrère & la veine pulmonaire , la
trachée-artère ; l'éiophage , &c. La membrane qui le
couvre en dedans , s'appeDe la plèvre , & celle qui le
divife , le médiaftin. Il eft ainfi appelé d'un verbe Grec,
^o^ilv , Jhlio , qui fignifie Jaillir ou fauter, parce que
le cœur qui y eft contenu , eft agité d'un perpétuel
mouvement -, d'autres de thorax , parce qu'il meut
tout avec impétuolîté. Gallien l'appelle cythara, & dit
qu'il contient les parties qui incirent à l'amour.
THORIE. r. f. Vieux mot. VitMla.
Sont moelles de jeunes thories. Sat. Chrétien.
Dans B o R E L.
THORN. Nom d'une ville de la Prufle Royale. Toru-
num , Theorunum. Elle eft fituée fur la Viftule , entre
. Culm & Uladillaw , à iix ou fept lieues de l'une & de
l'autre. Thorn étoit autrefois une viUe anféatique &
libre. Les Chevaliers Teutons s'en rendirent les maî-
tres-, mais elle fecoua leur joug, & fe donna aux Po-
lonois l'an 1454. Cette ville eft forte, défendue par
une bonne citadelle , ornée d'une école illuftre, & la
patrie de Copernic célèbre Mathématicien. Maty.
Long. 5é.d. 35'. lat. 53. d.
THOROUT. Foye^ ToRouT. .
•THORS-AA. Nom d'une des principales rivières de l'If-
lande. ThorJ'us. Hlle le décharge dans la mer , au mi-
di de Tlfle. Maty.
THORT. 1". m. Voye?^ toffi.
THOTH. 1. m. Nom du premier mois de l'année des Cop-
tes, &des anciens Egyptiens. Thoth^ Le mois TJioth
répond à Septembre, en commençant trois jours plutôt.
Châtelain. Voye\ Theuth.
«S:^ THOU AILLE, f. f. Vieux. mot, qui fîgnifioit Ser-
viette.
THOUARS, TOUARS. Nom d'une petite ville du Poi-
tou, en France. Tourcium , Duracium. Elle eft fur la
Touë , a Iix lieues de Saumur, du côté du midi.
Tkouars eft un Duché de la Maifon de la Tremoille ,
& elle eft ornée d'un fort beau château. Maty. Long.
17. d. 20'. lat. 46. d. 57'.
THCUILLER. Vieux mot venant du Grec. Borel. Tur-
bare. Borel a voulu dire apparemment qu'il vient de
Sofsbj//. J^oye;^ Touiller.
«erj^THOUN. Ville de Suiflè au canton de Berne, furie
bord d'un lac de même nom. Long. 25, d. 20'. lat, 46.
d.44'.
«e^THOUR. Thyr'as , Taurus ou Darius. Rivière de
la Suifle, dans le Thourgau. Elle prend fa fource dans
les montagnes qui font à l'extrémité méridionale du
Thockebourg, qu'elle traverfe dans route fa longueur,
iraverfe le Thourgau , auquel elle donne le nom , en-
tre dans le canton de Zurich, & fe jette dans le Rhin
à deux milles au-delfus de la ville d'Eglifaw.
THOURGAU. Pays de Suilïè, qui comprend toute l'é-
tendue de pays qui eft aux deux côtés de la rivière de
Thour , & qui s'avance d'un côté jufqu'au Rhin , &
de l'autre juiqu'au lac deConftance. Mais dans l'ufage
ordinaire on entend par le Thourgau les feules terres
qui dépendent de la Souveraineté commune des Can-
tons.
THOUT. Foyf^ Theuth.
THOYT. VoyeiTnEVTH.
"THR
THRACE. Nom de peuple. Thrax, 'Lqs Thraces wolent
THR
47
leur origine & leur nom deThiras leur Patrlardie , fils
de Japhet. Gen. X. s.. Strabon & Pomponius Mêla
dilent qu'anciennement on comprenait fous, ce nom
non-ieulement les habitans de la Thrace , mais encore
les Gères , les Daces & les Myfiens. C'eft apparemment
ce qui tait dite à Hérodote , L. V. qu'aptes les Indiens,
ieslhraces font la nation la plus étendue. On prend
aulli quelquefois indifteremment le nom de Thrace
& celui de Scythe l'un pour l'autre. Pôyq Vossius ,
de Idololatria , L. I. C. ^3. & Bochart dans fon Phaleg.
L.III. C.z. Orphée étoit Thrace; c'eft lui qui pollça
les compatriotes. Les Dieux des Thraces étoient ,
Bendis ou Diane qu'ils appeloient encore Orthéfie ,
Bacchus, Mars, Mercure, Mufée Pob'te leur compa-
triote. Odrylus duquel ils croient defcendre , Orphée.
Pleftore & Zamolxis -, mais ils honoroient fur-tout
Mars. Les Thraces étoient braves & belliqueux. Vover
Vossius , deJdololat. L. L C. 59. & 95. & L. II. C.
SI. Les Thraces avoient eu pluïieurs Rois depuis Té-
rcs, qui eut deux fils , Sitalce & Sparadocus. Il y eut
de grandes brouilleries entre ces defcendans , qui tour-
à-tour fe détrônèrent , jufqu'à ce que Seuthès tecon-
quit une partie des Etats de fon père Moéfadès , &
tranfmit fa fuccefllon paifible à Cotis père de Cherfo-
blepte , comme dit Démofthène , & non pas à fon frère,,
comme dit Diodore. A la mort de Cotis les divifions
recommencèrent , & au lieu d'un Roi de Thrace , il
y en eut trois , Cherfoblepte , Bérifadès & Amadocus.
A la fin Cherfoblepte dépolféda les deux autres -, après
quoi Philippe le dépouilla lui-même, & le prit. Alexan-
dre acheva la conquête entière de la Thrace , dont
les peuples ne recouvrèrent la liberté qu'après fa mort.
Seuthès auffi-tôt, fils ou petit-fils de Cherfoblepte , ren-
tra dans les droits de fes ancêtres -, & nous lifons qu'il
livra deux fangiantes batailles à Lyfimachus. A quel-
que temps de-là une partie des Gaulois , qui fous la
conduite de Brennus ravageoient la Grèce , fe détacha
du gros de la nation, & alla s'établir en Thrace. Le
premier Roi de ces Gaulois Thraces s'appela Comon-'
torius, & le dernier Clyxus , fous qui les Thraces na.-
turels exterminèrent les Gaulois tranfplantés chez eux,
& remirent fur le ttône Seuthès iHu de leurs anciens
Rois. Ce Prince & fes defcendans régnèrent fans in-
terruption , jufques à Vefpalîen , qui réduifit la Thrace
en Province Romaine. T o u r r e i l , pag. %jj. Les
Macédoniens defcendoient des Thraces naturelle-
ment féroces, fourbes, bandits , affaiïïns , qui avoienc
toute la baflèftè d'ame des efclaves , & tous leurs
vices. Auffi en Grèce le nom de Thrace paftoit pour
l'injure la plus atroce , & pour le ligne du dernier
mépris.
On appeloit autrefois Thraces ceux des Gladiateurs
qui combattoient armés à la Thracienne. VoyeT^ Jufte
Lipfe Saturn. L. II. C. lo. Et Vigenère fur Tite-Live,
T. I. p. î^zS. Ùfuiv.
THRACE. Nom d'une grande contrée de l'Europe.
Thracia. Elle a la mer Egée ou l'Archipel au midi ,
à l'orient la Propontide , aujourd'hui la mer de Mar-
mara , & le Pont-Euxin ou la mer Noire , qui la fé-
parent de l'Alîe , le mont Hémus , à l'occident. Il la
fépare de la Myfie , & du fleuve Neflus , aujourd'hui
Marina, ou félon d'autres Nillàva, qui laféparenrde
la Macédoine à l'occident & au nord. C'étoir ce qu'on
appelle aujourd'hui la Romanie. Ce pays n'eft pas fort
fertile , fi ce n eft vers la cÔte. Il eft froid à caufe des
montagnes , dont il eft plein. Sa capitale étoit Bizance
• ou Conftantinople. Le Bofphore de Thrace , c'eft le
canal de Conftantinople. La mer de Thrace étoit la
partie feptentrionale de l'Archipel qui baignoit la
Thrace du côté du midi. Quoique cette contrée fe
nomme préfentement Romanie , quand on parle de
l'Antiquité , il faut dire la Thrace. Le Géographe
Etienne dit qu'on la nommoit d'abord Perce , Perça.
Le fleuve Strymon avoir longtemps fervi de borne
entre la Thrace & la Macédoine -, mais Strabon dit ,
qu'auffi-tôt que Philippe eut réduit fous fon obéiftance
plufieurs villes entre le Strymon & le Nelius , on s'ac-
coutuma fort à confondre fous le nom de Macédoine
le pays nouvellement conquis. Une multitude infinie
THR
28
de diftérens peuples , dont Hérodote rapporte les
noms, L. V. habitoir la Thrace. Tourreil. Voyei
l'article précédent. Conftaiitin ayant traniporté à Conl-
tantinople le fiège de l'Empire Romain, la Tnrace
prit le nom de Romanie, & eut pour maîtres da-
bord les Empereurs Grecs, puis les François -, enfuite
elle revint aux Grecs , que les Turcs en dépouil-
lèrent, après que Mahomet IL eut pris Conltanti-
Hople.
Pierre de Thrace. Thracius lapis. Les Anciens don-
noient ce nom à une lubftance noire & inflammable ,
qui avoir , félon Diofcoride , les mêmes proj)riétés que
le Jayet ou jais , on croit que c'eft la même chofe.
Elle s'allumoit en Jettant de leau deflus , & s'éteignoit
en y jettant de l'huile.
Il y avoit encore une pierre de Thrace dont Pline
diftingue trois efpèces. La première entièrement verte,
d'une couleur très-vive. La féconde d'un vert plus
foible. La troilieme avec des taches couleur de fang.
Cela paroît convenir au jafpe.
THRACÉ.ff.Terme de Mythologie.Nom d'une Nymphe.
Thrace. Elle étoit fille de Titan , & eut de Saturne ,
Doloncus , qui donna fon noni aux Doîones ; & de
Jupiter , Bithys , qui donna le fien à la Bithynie & aux
Bithyniens.
THRASYMÈNE. Nom ancien d'un lac d'Italie. Thrafy-
menus. Il eft dans le Pécugin , & on l'appelle aujour-
d'hui lac de Péroufe -, lac de Caftiglione , ou lac de
Pralfignano. Le lac de Thrafyruène eft célèbre par la
viftoire qu'Annibal y remporta fur les Romains com-
mandés par le Conful Flaminius.
Vijpqfèi de bonne heure un fecours de Romains ;
Et fi Flaminius en eft le Capitaine ^
Nous pouvons lui trouver un lac de Thrafymène.
C0RN£ILI,£.
lÊ THRÉSOR. Abbaye de filles de l'Ordre de Cîteaux,
fondée en izzS dans le Vexin , afièz près du Prieuré
de Sauiteufe. Dejcrip. Géogr. Ù Hiji. de la Haute
Norm. tom. a. p. ^^5.
THRÉSOR. Foje^ Trésor.
THRIE. Nom que Ton donnoit dans l'Antiquité à trois
Nymphes qui avoient nourri Apollon. Thria. Les
Thries denieuroient fur le Parnaflè. Les forts que
l'on jettoit dans une urne, fe nommèrent Thries,
du nom de ces Nymphes , apparemment parce
qtrelles étoient nourrices d'Apollon, Dieu de la divi-
nation.
THRINGLE. f. f. Vieux mot. Le Sommet, & vient du
Grec. BoREL. De '■Jeifiio^ , prima corona.
THRONC. f. m. Vieux mot , autrement tronc. Se vient
du Grec ôpôfifor , grumus. Borel.
THRONE , ou TRONE, f. m. Cette dernière ortho-
graphe paroît la plus ufitée. Ce mot lignifie propre-
ment une chaife , un fiège magnifique. Il vient du
Grec ^(ons t qui fignifie la même chofe. Thronus -,
Solium.
Le Roi eft aiïîs fur fon Thrône dans les fonctions
folennelles de la Royauté. C'eft un fiège magnifique ,
enrichi d'Architeclure & de Sculpture , de matière
précieufe , élevé fur plufieurs degrés , & couvert
d'un dais. Le Thrône eft dans la Sale d'Audience.
Thrône fuperbe , thrône magnifique. Solium excel-
fum, magnificum. Le Roi fe mit lut fon thrône pour
recevoir les Ambafîadeurs. Le thrône du Mogol eft en-
richi de pierreries en fi grand nombre , qu'on eftime
leur valeur à cent foixante millions. Voye^ en la def-
cription dans Tavernier. Et le thrône de l'Empereur de
la Chine , dans les Mémoires du P. le Comte. Le
Grand-Seigneur, quand il reçoit un Ambaflàdeur, eft
affis à un des coins de fa chamtre , au milieu de quan-
tité de riches carreaux dans un thrône qui d'un coté
feulement eft foutenu d'une colonne d'or enrichie de
précieufes pierreries , comme eft tout le refte de la
chambre, jufqu'au foyer, dont même les carreaux
font d'or, merveilleufement bien taillés de feuillage,
eu fa vanité éclate plus que le feu , qu'on n'y allume
THR
jamais. Du Loir , p. 87. Ces defcriptions font au
moins brodées.
On donne aulïï le nom de thrône au Siège élevé
où ie Pape fe met dans certaines cérémonies publiques.
Le Pape étant dans Ion thrône.
Le thrône Epilcopal eft un Siège qui eft au haut du
chœur dans quelques églifes , où l'Evêque fe met
quand il officie pontificalement. Cet Evêque monta
dans fon thrône , & donna la bénédicl;ion : d'où eft
venu le mot d'inthronifir ; pour dire. Mettre un
Evêque en polleffion.
Thrône. On donne auffi le nom de thrône au haut dais
qu'on élevé aux portes des villes pour les entrées des
Princes , où ils reçoivent les harangues & complimens
des Magiftrats & divers Corps.
Thrône, le prend figurément pour l'Empire ou laRoyau-
té même. Imperium , Regnum., feu Majeftas Impera-
toria, Regia. La Souveraine puillànce, la domination,
ou la perlonne de ceux qui font élevés fut le thrône ,
Dieu abat & relève les thrônes comme il lui plaît. Il
donne le thrône , il le tranfporte lelon fon bon plaifir.
Etre aflîs fur le thrône j c'eft-à-dirc, régner. Afpjrei:
au thrône , parvenir au thrône , arriver au thrône ,
monter fur le thrône, être rétabli lut le thrône de fes
pères. Un thrône eft mal affermi , quand il eA fondé
fur la violence. L'ennui & le chagrin ne vont-ils pas
attaquer les Rois jufques fur le thrône? Nie. La gloire
du thrône accable les fujets. Corn. Si les Rois étoient
toujours fur le thrône , ils s'y ennuieroient. Pasq.
C'eft-à-dire , s'ils ne fe dépouiiloient quelquefois de
leur grandeur pour fe familiarifer. Le véritable thrône
des Rois , c'eft le cœur des peuples. Fl. Un grand Roi
n'eft ni mari, ni père : il regarde fon thrône , & rien
plus. Corn. Il fe répand autour des thrônes certaines
terreurs , qui empêchent de parler aux Rois «vec libet-.
te. Fléch.
Vn cœur né fur le thrône ignore comme on tremble^
CORNEH.
fene^-vous ferme au thrône £f garde[ d'oublier.
Qu'en montant à ce rang, quelle qu'en Jbit l'audace j
Le crime eft d'en tomber, & non d'y prendre place .
QuiN..
Je ne veux^oint d'un thrône oà je fois enchdni.
Corn.
L tcrirure fainte donne aufll un thrône à Dieu , pour
exprimer cette puillànce , cette majefté , cette gran-
deur infinie , devant laquelle toutes les créatures doi-
vent trembler. Suprenia & infinita poteftas. Dieu alïïs
fur le thrône de fa gloire, exercera i"a qualité de Juge.
PoRT-R. Dieu a le ciel pour ion thrône ^ & la terre
pour ion marche pied. L'Ecriture nous donne une idée
• magnifique du thrône du Seigneur. Le thrône de l'Éter-
nel eft comme un char animé , porté fur un Firmament
femblable au Saphir : fes roues , d'une grandeur &
d'une beauté merveilleufe , font dirigées par l'efprit :
celui qui eft affis fur le thrône eft tour environne de
lumière éclatante, que les yeux des hommes ne peuvent
foutenir. Voye^ Ifaïe & Ezechiel.
Thrône Royal. Terme d'Aftronomie. Nom que les
Aftronomes donnent à la Caffiopée. Solium regale.
ThrÔwes, au pluriel, fignifie, en terme de Théologie,
le troiiieme ordre de la Hiérarchie des Efprits céleftes.
Throni. Tout eft créé par lui dans le ciel & fur la terre ,
les chofes vifibles & les invifibles , foit les Thrônes j
foit les Dominations. PoitT-R. Les Théologiens difent
que ce font ceux qui lèrvent comme de thrône à la
Majefté Divine , en qualité de Juge. Ce terme fe
trouve dans rÉcriture. Ceux qui en ont écrit, font
faint Denis , S. Grégoire le Grand, Ifidore, faintBer^
nard , &:c. qui rapportent diverfement les raifons qui
leur ont fait donner ce nom.
THRUMBUS. f m. Terme de Chirurgie. Tumeur for-
mée par un fang épanché & gnimelé dans les tégu-
mens en conféquencc d'une laignse. (^uand l'ouvet-
1
THU
ture de la veine qu'on a piquée , ne répond pas à celle
de la peau , ou qu'il le préicnte un morceau de graillé,
ou que le vailleau eft percé de part en parc , une pe-
tite portion du fang qui ne peut fortir librement , le
glilTe dans les cellules du corps grailîeux , & fait élever
la tumeur dont il s'agit. Tkrwnbus. Ce mot vient du
Grec ài'o/^fof , qui lignifie un grumeau de fang. M.
Jamais rend le mot Thrumbus par Grumeau ou cail-
lot de fang.
THU
THUBAL. f. m. Outre que c'eft un nom d'homme qui fut
fils de Japhet, Gen. X. 2. c'eft auffi le nom des pays que
ce Patriarche peupla. Ézéch. XXVII. 13. XXXVIll. 2.
Les Efpagnols &; Mariana lui-même , tout critique
qu'il étoit, mais à qui apparemment il n'a pas été libre
dis s'éloigner des préjugés de ia nation , prétendent
que ces pays font l'Efpagne ou Thubal vint, & qu'il
peupla. Socrate, L. VII. C. 42. & Théodoret les
prennent pour l'Ibérie en Alîe. Thubal eft toujours
joint avec Mélech dans l'Ecriture : ce qui montre que
c'étoient des peuples voillns. Les Paraphraftes Chal-
déens traduifent ces deux mots par Italie & Aufonie •-,
Jofephe , par Ibériens & Cappadoces \ Euscbe , par
Illyriens & Theftaliens •, le Traduéteur Arabe des Po-
lyglottes, par les Chinois & le Choralan. La Chronique
d'Alexandrie les appelle Macuaques ; & les Thalmu-
diftes , Uniaques. Bochart croit que Mélech ou Mo-
foch font les Mofcovites , & Thubal les Tibéreniens,
c'eft-à-dire, des peuples de la Cappadoce, parmi lel-
qucis étoient les Chalibes. Voye\ le Phaleg de cet
Auteur , L.III. C. iz.
THUCION. f. m. Terme de mer , eft un gros timon de
navire qui ne fe peut mouvoir que par le fecours de
deux ou trois perfonnes. Temo major. Il eft oppofé à
gouvernail remuable , qu'une feule perfonne peut ma-
nier.
THUIN , TUIN. Nom d'une petite ville de l'Évêché de
Liège, fituée fur la Sambre, entre Maubeuge & Char-
leroy , à trois lieues de chacune. Thunium. Tuinum j
anciennement Tudinum ad fines. Mat y. Long. 21.
d. 52'. lat. 50. d. 16'.
<^0' THUISY. Marquifat de France, dans la Champagne,
Diocèfe &: EîedUon de Reims. On croit qu'on y a te-
nu un Concile en 660.
THULÉ, ou THYLÉ. Ancien nom d'une Ifle de l'Océan
feptentrional. Thule. C'étoit la dernière & la plus au
nord de celles que les Anciens conaoilïbient dans l'O-
céan feptentrional. C'eft ce qui fait qu'on la prend
communément pour l'Iflande. Islandia. Ifaacius Pon-
tanus, favant Danois, a foutenu ce fentiment, ScVs.
fortifié de l'autorité de plufîeurs Ecrivains Grecs &
Latins , de i'hiftoire d'Adam de Brème , écrite l'an
1067 ■, de Saxon le Grammairien, qui a fuivi d'allèz
près Adam de Brème , & d'André Vellé jus qui a tra-
duit Saxon en Danois, & qui a toujours pris les Ty-
lenjès de Saxon pour les Iflandois. Cependant Arngri-
mus Jonas habile Illandois , Coadjuteur de l'Evêché
de Hole , qui vivoit encore en 1 644 , âgé de plus de
50 ans , & de qui nous avons fur l'Iflande Chrymo-
fœos , feu Rerum Islandicarum Libri très , à Ham-
ourg 1630. Spécimen Islandiœ hijîoricum j à Amf-
terdam 1643. Anatome Blefkeniana , à Hole en If-
lande 1 6 1 2 , tombe d'accord que l'Iflande n'eft habitée
que depuis le VHP fiècle. Si cela eft vrai, ce n'eft pas
le Thulé des Anciens. Rudbecks dit que c'eft la Suède.
Il fait grand fond fur un Auteur Grec nommé Anto-
nius Diogenes, qui fe'on le témoignage de Photius
Biblioth. Cod. CLXVI. avoit compofé 24 Livres
fur les merveilles incroyables de l'île Thulé ; mais on
n'en peut rien tirer , fmon que les Tyriens alloienr
à l'île Thule'. Et Photius traite toujours de fable & de
fidion, tout ce qu'avoir écrit fur cela Antonius Dio-
genes.
THUM. f. Vieux mot Gaulois ou Celtique. Maifon.
Pontanus. Borel.
THUN. Nom d'une petite vii'e du Canton de Berne en
Suilîè. Thunum. Elle eft fur l'Ar, à fix heues au-deilLis
THU THY 29
de la ville de Berne , & fort près dli lieu oi\ cette ri-
vière fort du lac de Thun, qui a quatre lieues de long,
& tout au plus une de large. MaTy.
THUR. KoyqToa,&TuR.
THURAL. Fojq ToRAL.
THURGOW. Voyez Turgaw.
THURIAU. Voye\ Iuriaf.
THURIEN. adj.m. Surnom de Mars, qui (îgnifioit Ton
nnpetuoiité dans les combats. De 6^4), s'agiter, être
en fureur.
THURIFÉRAIRE, f m. Terme Eccléfiaftique. C'eft un
Acolythe ou Clerc, qui , dans les cérémonies de l'É-
gliie , porte l'encenfoir & la navette, & qui encenfe.
Thurijerarius.
Ce mot vient du Latin thus j thuris , encens , &
jero j je porte.
THURINGE. Nom d'une contrée du cercle de la Haute-
Saxe. Thuringia. Elle eft bornée au levant par la Mif-
nie-, au nord par la Principauté d'Anhalf, au couchant
par le Duché de Brunfwick , & par le Landgraviat de
Helîè -, & au midi par la Franconie. La Thuringe éroit
anciennement un Royaume allez puillànt. Thierri Roi
de France le conquir, & les Gouverneurs qu'on y mit
fous le titre de Ducs , s'en rendirent les maîtres abfo-
lus pendant la Régence des Maires du Palais. L'Empe-
reur Lothaire II. l'érigea en Landgraviat Tan 11 30.
Henri Duc de Thuringe , élu Empereur , étant mort
fans enfans , la Thuringe fut partagée après plufieurs
guerres , entre Sophie Duchelle de Brabanr,nièce d'Hen-
ri, & Henri l'Illuftre marquis de Mifnie, arriere-neveu
de cet autre Henri. Sophie eur le Landgraviat deHedè,
partie de l'ancienne I%an>2ge ; & fes fucceilèurs le
polîèdent encore aujourd'hui -, & le Marquis de Mifnie
fut mis en pollëflîon de ce qui porte aujourd'hui le
nom de Landgraviat de Thuringe. Ce pays eft partagé
entie un grand nombre de Souverains. La maifon
Eledorale de Saxe y poifede le Comté de Mansfeld ,
& les dix Bailliages qu'on trouve fur les canes fous le
nom de Saxe Hall. La Maifon de Saxe Wéymar y tient
les Duchés de Wéymar, dTène, de Gotha &d'Eyfenac.
Les Comtés de Saisberg , de Schwartzbourg & de
Beiclingen ont leurs Comtes particuliers -, celui d'Ho-
henftein eft à l'Éledeur de Brandebourg. Les villes
de Northaufen & de Mulhaufen font Impériales &
libres. Et celle d'Erfurt , la plus coniidétable de la
Thuringe, dépend, avec fon territoire, de l'Éledeur
deMaïence. Maty. Reiuhard Auteur Allemand a fait
une hiftoire de Thuringe, fous le titre de Antiquita-
tes Marchionatus ut & origines Landgraviatus Thw
ringici.
THURINGERWALD , c'eft-à-dire , la Forêt de Thu-
ringe. Thuringienfis filva. Cette forêt eft entre le
Duché de Wéymar , le Comté de Schwartzbourg &
celui d'Henneberg. Elle eft une partie de la grande
forêt Hercinie des Anciens. Maty. '
THURLES. Petite ville d'Irlande , dans la province de
Munfter, au Comté de Tipérari, fur la Stuire.
THURSO. Ville d'Ecoftè , dans la province de Caithnefs,
avec un port fur la côte du nord.
THURTHUR. Nom d'une contrée de la Haute-Hongrie.
TorantoUenfis Comitaîus. Elle eft entre la Teyllè & le
Bérechon, qui la bornent au couchant , au fud & au
levant. Elle a le Comté de Kalo au nord. Son éten-
due n'eft pas grande , & Thurthur en eft la capitale.
Maty.
THURUHTIGAN. Vieux motGaulois ou Celtique. Par-
faite. Willeramus. Borel.
<0 THURY. Petite ville de France, dans le Puyfaye,
entre S. Fargeau & Clamecy.
THUS. Nom d'une ville du Chorazan , en Perfe. Thufa.
Quelques Géographes la prennent pour la ville qui fut
nommée anciennemenr AntiochiaMargiancZj Alexan-
dria , & Seleuda. Maty.
c80 THUYA, f m. C'eft l'Arbre de vie. Voyei ce mot.
THY
THYADE. PrêtrelTe de Bacchus. Thyas. Les Thyades ,
dans les facrifices de Bacchus, s'ajitcient comme des
%o
THY
THY
flirieures, en frappant fur des tambours. Horace, L.II.
Ode tg. De -là le nom de Thyades dérivé du Grec
Si/ê// j courir avec impétuofité. Voye^ Bacchante.
Les Thyades font en fureur .
Les miracles naijfent en foule ,
Ce vin , ce lait , ce miel qui coule.
Tout m'mjpire une Jainte horreur. Pellegrin.
THYASÉ. f.m. Terme de Mythologie. C'eft un des noms
flu'on donnoit dans les fêtes du Paganiime à ceux qui
le déguifoient en béliers ou en boucs. Le nom de
Thyafe eft tiré de la Langue Phénicienne , qui fignifie
bouc ou bélier. Par exemple , dit M. Pluche dans fon
hlftoire du Ciel , on donnoit les noms de Faunes, de
Satyres & de Thyafes à ceux qui le mafquoient & fe
déguifoient en Béliers & en Boucs. Mais que lignifient
ces mots ? celui de Faunes fignifie des majques , celui
contre l'ufage. Le tin fortifie le cerveau > atténue S:
raréfie les humeurs vifqucufes •, il eft propre pour
l'afthme , il excite l'appétit, il aide à la digcition, il
chalîe les vents, il réiifte au venin. On s'en fert exté-
rieurement pour fortifier, pour réfoudre , pour ouvrir
les pores , & pour exciter une tranfpiration plus libre.
L'ulage trop fréquent du tm met les humeurs dans
une torte agitation. Il contient beaucoup d'huile exal-
tée & de fel volatile. Il eft propre dans les temps froids
aux vieillards , aux phlegmatiques , &: à ceux qui ont
l'eltomac foible & débile. On le fert du tin dans les
fauces à caufe de Ion goût & de fon odeur aroma-
tiques. LÉMERY, Traité des Alim. C.6^.
Ce mot vient du Grec iiuixiQ- , qui fignifie l'efprir
animal qui nous fait vivre , & que le thym eft capable
de rétablir. Les Bergers font des bouquets de thym
& de marjolaine. On fait des bordures de thym aux
parterres , qui font auffi agréables que celles de biiis.
de Satyre des gens déguijés, celui de Thyajès , des Thym, en termes de Médecine, eft une efpèce de ver-
Boucs & des Béliers,
"THYASES. f. f pi. On appeloit ainfi les danfes que fai-
foienr les Bacchantes en l'honneur du Dieu qui les agi-
toit. Il y a d'anciens monumens qui nous repréfentent
les geftes & les contorhons aflreufes qu'elles failoient
dans leurs danfes. L'une paroît un pied en l'air, hauf-
fanr la tête vers le Ciel , les cheveux épars & négli-
gés , flottans au-delà des épaules , tenant d'une main
un thyrfe , & de l'aurre une petite figure de Bacchus.
Une autre plus furieule encore , les cheveux épars flot-
tans, le corps à demi nu, dans la plus violente con-
torfion , tient une épée d'une main , & de l'autre une
tête d'homme qu'elle vient de couper.
THYATIRE , ou TYRIA. Nom d'une ancienne ville de
l'Afie mineure, une de celles auxquelles l'Apôtre S.
Jean écrivit par l'ordre de J. C. Thyatira. Elle étoir
Epifcopale fuffragante de Sardes. Elle eft encore allez
grande , mais mal bâtie. Ses habitans font Turcs , à la
réferve d'une douzaine de Chrétiens qui n'y ont point
d'Eglife. On y voit un bon nombre d'infcriptions , qui
font les monumens de fon ancienne fplendeur. Elle
eft fituée dans la Natolie , fur le Sarabat , environ à
vingt lieues au-defTus de Smyrne. Thyatis étoit fur le
Lycus fleuve d'Afie mineure. Elle fe nomma d'abord
Pélopie , & Sémiramis ■■, on l'appelle aujourd'hui Tire
ou Tyre. Depuis le Chriftianilme on y mit un Evêque ,
dont le Métropolitain étoit l'Archevêque de Sardes.
THYELLIES. ff.pl. Fêtes en l'honneur de Venus, qu'on
invoquoit dans les orages. De ô^sM*, orage, tempête.
THYETO. Fôjq San Genito au mot Genito.
TFIYIE , ou THYIA. Nom d'une fille de Deucalion , qui
eut de Jupiter une fille nommée Macédonia, qui don-
na fon nom à la Macédoine. Thyia.
THYITES. f. m. Sorte de pierre verdàtre , femblable au
jafpe, rendant, lorfqu'on la broie, un lue laiteux, acre
&mordicant. Thyites lapis. On la trouve en Ethiopie.
Elle eft propre pour confumer les cicatrices , les cata-
raâes & les nuages des yeux. Quelques-uns croient
que c'eft la pierre que les Italiens appellent verdello.
"THYM, ou THIM. f m. Plante dont il y a plufieurs ef-
pcces. Thymum. Celle qu'on appelle thym de Crète,
eft un fous-arbriflëau qui croît quelquefois à la hauteur
d'un pied, & qui poufîè plufieurs rameaux ligneux,
grêles , blancs , garnis de petites feuilles oppofées les
unes aux autres , étroites , menues , blanchâtres , d'un
goût acre. Ses fleurs naillènt par petits bouquets -,
elles font en gueule , petites, purpurines ", chaque fleur
eft un tuyau découpé par le haut en deux lèvres.
Quand elle eft pafîée , il lui fuccède quatre femences
prefque rondes , enfermées dans la capfule qui a fervi
de calice à la fleur. En Latin ^ Thymus capitatus qui
Diojcoridis. C. Bauh. Le thym vulgaire eft une plante
baflè, ligneufe, rameufe. Ses feuilles font petites,
étroites, d'un ver obfcur. Ses fleurs & fes femences
font femblables à celles du thym de Crète. En Latin ,
Thymus vulgaris folio latiore. C. Bauh. Ces deux
efpèces de thym rendent une odeur forte , aromatique
& très-agréable -, elles font propres pour fortifier le
cerveau , pour l'afthme , pour la colique venteufe.
M. Lémcry, dans ion Traité des Aliraens, écrit {in
rue qui naît aux parties honteufes , au fondement, &
en plufieurs autres endroits du corps , avec des afpé-
rités crevalfées , femblables à la tête du thym , d'où
vient qu'on lui a donné ce nom. Thymus verruca.
THYMALLE. f. m. C'eft une efpèce dfe truite , ou un
poillon de rivière qui a une odeur de thym. ThymaU
lus , félon Jonfton. Il eft excellent à manger. Sa graifîè
eft propre pour les taches 8c catarattes des yeux, pour
la furdité, pour le bruïflement des oreilles, pour les
taches de la petite vérole. On l'appelle Thymallus , à
thymo , parce que ce poiflon a une odeur de thym.
Voye'^ Ombre , c'eft la même chofe.
THYMBRE. f. f. Plante qui poulie , comme le thym ,
plufieurs rameaux carrés , couverts d'une laine aflëz;
vuàe.Thymbra. Ce mot eft Grec, ^y.^fn, herba odorata.
Ses feuilles font prefque femblables à celles du thym ,
un peu velues. Ses fleurs & fes graines refîemblent
tout- à-fait à celles du thym , excepté que fes fleurs
font verticillées j c'eft-à-dire, qu'elles naifTent par
étages , difpoiées en rayon le long des branches &: dé
la tige , au lieu que celles du thym font en manière
de tête , ou par petits bouquets. Sa racine eft dure &
ligneufe. ^n haiiayThynibra le gitima. Civi. Cette
plante a une odeur qui participe de la fàrrietre & du
thym ; elle eft céphalique & carminative. Il y a quel-
ques autres efpèces de thymbre. On lui a donné ce
nom, parce qu'elle reiremble beaucoup au thym.
Thymbre, Nom d'une contrée de l'ancienne Troade.
Thymbra. On la nom.moic ainfi , parce qu'il y croiflbit
beaucoup de la (airiette , que les Grecs appeloienc
Thymbra. Apollon avoir un temple célèbre dans cette
campagne au confluent du Scamandre,& d'une autre
petite rivière appelée Thymbrius. C''eft de-là, ou de la
ville de Thymbre, que l'on donnoit à Apollon le nom
d'Apollon de Thymbre. Thymbrœus Apollo.
THYMBRÉEN. adj. m. Surnom d'Apollon. Il lui fut don-
né parce qu'il étoit honoré dans Thymbra , ville de la
Troade , ou parce qu'il avoir un temple auprès du
confluent du fleuve Thymbrius & du Scamandre. Str a-
BON. Ce fur dans le temple d'Apûilon Thymbréen
qu'Achille fut tué en trahilbn par Paris.
THYMEL^A. Arbrifleau qu'on appelle autrement ga-
rou. Thymelœa. Vbyei Garou.
M. de Tournefort en trouva une efpèce fur les côtes
méridionales de la mer Noire, qu'il qualifie de plante
admirable , & qu'il appelle Thymelœa Pontica Citrei
foliis. Sa racine , qui a un demi-pied de long , eft
grofle au coller comme le petit doigt , ligneufe, dure,
divifée en quelques fibres, couverte d'une écorce cou-
leur de citron. Cette racine produit une tige d'environ
deux pieds de haut, branchue quelquefois dès fa naif-
fance, épailïê d'environ trois lignes, ferme, mais fi
pliante qu'on ne fauroit la caller, revêtue d'une écorce
grife, accompagnée vers le haut de feuilles difpoiées
fans ordre, femblables parleur figure & par leur con-
fiftance à celles du citronier ; les plus grandes ont en-
viron quatre pouces de long j fur deux pouces de
large, pointues par les deux oouts, lillès , vert gai &
luifant , relevées au-defîbus d'une côte aflez groflè,
laquelle diftribue les vailleaiix jufques veti les bord,s.
THY
T
De l'extrémité des tiges & des branches pourtènt fur
la fin d'Avril de jeunes jets terminés par de nouvelles
feuilles , parmi lefquelles naillent les tieurs attachées
—ordinairement deux à deux fur une queue longue de
t) ou lo lignes. Chaque fleur eft un tuyau jaune ver-
dâtre, tirant fur le citron , gros d'une ligne fur plus
de demi-pouce de long , diviiée en quatre parties op-
pofées en croix , longues de près de 5 lignes iur une
ligne de large, un peu pliées en gouttières, & qui
vont en diminuant julqu'à la pointe. Quatre étamines
fort courtes fe trouvent à l'entrée du tuyau , chargées
de fommets blanchâtres & déliés , furmontés de quatre
autres étamines de pareille forme. Le piftil qui eft au
fond du tuyau eft un bouton ovale, long d'une ligne,
vert gai, lille, terminé par une petite tête blanche. Le
firuit n'étoit encore, vers le zo d'Avril, qu'une baye verte
&nailTànte, dans laquelle on diftinguoit la jeune graine.
Toute la plante eft allez tontine ; les feuilles écrafées
ont l'odeur de celles du lureau, & Ibnt d'un goût
mucilagineux, lequel laillè une imprcflîon de feu allez
confidérable, de même que tout le refte de la plante.
L'odeur de la fleur eft douce; mais elle le pallè faci-
lement. Cette plante vient Iur les colhnes, & dans les
bois éclaircis. De routes les elpèces connues de ce
genre , c'eft celle qui a les feuilles les plus grandes.
TouRNEFORT , Vojage. T. II. p. 17 g. &jàiv.
THYMÉLE. Danfeulë célèbre fous l'Empire de Domi-
tien , qui le plailoit à la voir danfer.
c8:3> THYMELE. T/iymele,es. Terme d'Antiquité. Tri-
bune où croient placés les Joueurs d inltrumens & les
Muficiens du théâtre des anciens Grecs ik. Romains.
C'eft ce que nous appelons Orcheftre.
On appela aufîi Thymelici ces Muficiens & Joueurs
d'inftrumens.
THYMIAME. f. f. Thymiama , eft une efpèce d'écorce
qu'on nous apporte des Indes Orientales. C'eft l'écorce
de l'arbre qui porte l'encens , ou l'encens des Juifs ,
parce qu'ils s'en fervoienr ordinairement dans leurs
parfums. On s'en lert aujourd'hui dans les parfums,
félon Etmuller, pour corriger les vices du poumon,
& la malignité de l'air en temps de pefte. Cette drogue
eft rare & chère , mais on peut lui lubftituer Tencens
Ou l'écorce de l'arbre de l'encens. Le parfum de cette
drogue fert à reflèrrer le vagin.
THYMIQUE. adj. Nom que les Anatomiftes donnent à
une veine qui rapporte le fang d'une glande appelée
Thymus, ou fagoue j dans la veine jugulaire. Thy-
mica Mena.
THYMUS, f. m. Terme yd'Anatomie. C'eft une glande
fituée à la partie fupérieure de la poitrine, dans l'en-
droit oii l'artère aorre, & la veine cave montante fe
divifent en rameaux fouclaviers. Thymus. On l'ap-
pelle autrement /à^oue. C'eft ce que, dans les veaux,
on nomme ris de veau.
THYNNÉES. f.f. pi. Terme de Mythologie. C'étoient
des fêtes où les pêcheurs facrifioient des Thons à Nep-
tune , pour fe le rendre favorable & faire une bonne
pêche. De èvvvoç, un thon.
THYONNÉEN. adj^ Nom donné à Bacchus , & qui figni-
fie furieux de^'jiîvy Etre en fureur. Thyoneus.
THYRÉEN. adj. m. Surnom ou épirhète d'Apollon. Thy-
rœus. Ce mot fignifie la même chofe en Grec, que
Janus en Latin , c'eft-à-dire , Dieu des portes , de Jifc.
forte. Car les Grecs croyoient qu'Apollon , ou le Soleil
avoit le foin des portes. Voye\ Voffius , De Idolol.
.L.II. C.iG.
THYRÉOSTAPHILIN. adj.m. Termed'Anatomie, qui
fe dit d'un mufcle de la luette. Thyreojlaphdmus. Il
part du bord de la partie fupérieure du cartilage thy-
réoïde, entre le Thyréo-pharing.-sus , & la membrane
appelée membrana faucium .- & dès ce commence-
ment il eft charnu. De là, il monte droit en haut , &
en fe dilatant beaucoup , il approche de la luette , fur
le côté fupérieur de laquelle il s'étend fort large. Dans
l'acStion d'avaler, lorfque cette paire de mufcles agit,
le paflage des narines le bouche prefque tout , pour
empêcher que rien de ce qu'on a pris dans la bouche ,
n'entre dans le nez.
THYROARYTHENOIDE. f. m. Terme d'Anatomic,
Y TIA
n
qui fe dit de deux grands mulcles qui partent du cat-
rilage fcutiforme , & s'étendant en avant au côté dé
l'Ary thénoïde , julqu'à la quatrième & à la cinquième
partie du larynx , lervent à le comprimer & à fermer
Ion ouvertute. Harris.
Ce mot vient de bù^o., porte, & aty thénoïde, parce
que ces mufcles ouvrent & ferment l'ary thénoïde >
comme une porte ouvre & ferme une ouverture.
«^ THYRO-EPIGLOTIQUES. Terme d'Anatomie.
Nom de deux mufcles de l'Epiglotte qui fe croifenc
avec les mufcles dont on vient de parler, & s'attachent
à la face latérale interne du cartilage Thyroïde, & la-
téralement à l'Epiglotte.
THYROÏDE, adj. m. & f. Terme d'Anatomie, qui fe dit
de deux glandes d'une fubftance vilqueuie & Iblide »
admirablement tiftùes de vailfeaux de même nature ,
& de membranes fermes & lolides , au moins par leur
épailïèur, qui ont la figure d'un œuf de poule; Elles
font fituées à la partie inférieure du larynx à côté du
cartilage nommé fcutiforme. Le cartilage thyroïde eft
ce qu'on appelle vulgairement le nœud de la gorge.
Leur ufageeft, à ce qifi paroît, de féparer une liqueur
propre à rendre le larynx glilfant, & à l'entretenir dans
un état de mobilité aifée , pour former des fons de voix
fermes, unis, doux. Elles conttibuent aulli à la ron-
deur du cou, en rempliflant l'efpace vide qui eft au-
tour du larynx. Harris. Quelques-uns appellent aulîi
thyroïde le trou qui eft à l'os pubis. Harris.
TH\ RSH. f. m. Terme poétique. C'eft le fceptre que les
anciens poètes ont donné à Bacchus, dont s'armoient
aulîî les Ménades dans leurs Bacchanales. Thyrjàs.
C'étoit une lance , ou un dard enveloppé de pampre
& de feuilles de vigne. On dit que Bacchus & fon
armée le porterenr dans leurs guerres des Indes , pour
tromper les elprits greffiers des Indiens & peu faits à
la guerre, & que c eft de- là qu'on s'en fervoit pour
les facrifices & les fèces de ce Dieu -, & parce que l'on
croyoit que les Satyres, qui étoient les foldats de Bac-
chus , avoient combattu avec le Thyrjè, on le donne
auffi aux Satyres. Quelques-uns écrivent Tyrje fans ht
mais mal.
Pardonne à ma témérité ^
Toj'e célébrer tes louanges ,
Ne t' armes pas Dieu des vendanges'^
De ton tyrCeJi redouté. Pellegrin.
Et Bacchus cultivant /es thyrfes reverdis ,
Noj'e encore ànosyeux étaler fes rubis. N.Ch. devers*
Ce mot vient du Grec ^uç^-©- , hajlula froridibui
veftita , fignifiant la même chofe.
En Botanique on appelle Thyrfus , un panicule raf^
femblé en forme ovale, comme dans le Syringa.
THYRSO , TORSO. Noms de la plus grande rivière de
la Sardaigne. Thyr/us, Theorfus. Elle a la fourcevers
la côte orientale, & vient le décharger à l'occidentale,
dans le golfe d'Oriftahgni, après avoir baigné Gociana
& Solarolîà. Maty,
THYSIADE. 1. f. Nom que l'ondonnoit aux Bacchantes,
& qui eft la même chofe que Thyade , furieufe , de
bvM , je fuis en fureur.
THYSTED. Vbyei Tystadt.
TIA
TI. Vieux pronom polTèlîIf m. & pi. c'eft-à-dite , tes.
Joinville, p. 551. venant du Latin tui. Borel.
<^^ TIAHUNACU. Province de l'Amérique méridio-'
naleau Pérou, dans le pays de Collas, avec une ville de
même nom.
TIANE. Nom d'une ville de k Natolie. Tyana. Elle eft
Atchiépifcopale , & lituce dans la Caramanie , à dix-
huit lieues de Cogni, vers le levant. C'eft la patrie du
fameux Impcfteiir Apollonius de Tiane.
TIANO. Nom dune petite ville Epilcopale du Royaume
de Naples. Teanum, Teanum Sidicinum. Elle eft dans
la terre de Labour , au couchant de Capoue , don?
32
TIA
TIB
On
elle cftfuffragante, & éloignée de quatre lieues,
des eaux minérales , bonnes pour les gens
d.4';'. lat.4i.d.56 .
y trouve
qui ont la pierre. Maty. Long. 51. d-45
TIARE, r. f. Ornement, dont les Perfes fe couvroient
autrefois la tête. Les Arméniens é^: les Rois du Pont en
portent auffi fur les médailles. Ceux-ci , parce qu :1s
defcendoient des Perles. Les Auteurs Latins appellent
la tiare inditiéremmcnt tiara, & cidans Strabon du
que la nare avoit la forme d'une tour. Le Scholiafte
d'Ariftophane fur la Coméd.e Ax<'-P»"'<, A£l.i. Scène 2.
dit qu'elle étoit ornée de plumes de paon. Quelque^
Modernes prétendent que par-là ce Scoliafte entend
parler du cafque que les Perfes portoient a la guerre,
plutôt que de l'habillement de tête qu'ils portoient en
paix & dans les villes. Mais apparemment qu'ils n ont
pas fait réflexion à cet endroit d'Ariftophane , il s'agit
de paix & d'Amballadeurs envoyés pour traiter de la
paix & d'habits de pompes, & de cérémonies. Ax^o-
l^oj , iyo) 'TTf'-afii^t ko.] 7oiç lAco'^t , to/c t kKnIonv{J.ti.'r'\ C elt-
^a-àiK.,cesJmbajradeurs, ces paons, toutes ceschojes
de parade & d'oftentation me choquent. Par ces paons,
dit le Scholiafte , il entend les tiares , qui chez les Perles
font des ornemens de tête , auxquelles il y a des pa-
naches de plumes de paon. Il feroit hors de propos
de parler ici de cafques pour la guerre. S. Jérôme lur
Je Ch. IVe du Prophète Daniel , définit la tiare une
efpèce de bonnet , gefdlspileoli, que les Perles & les
Chaldéens portent. Ailleurs il ajoute qu'elle etoit fem-
tlable au bonnet d'Ulyfle. Le vieux Scholiafte de Ju-
vénal la définit ainfi : La tiare , c'eft un calque de
de Prêtre , qui tombant fur les joues , fe lie lous le
menton. Celle de Mithridaie fur les médailles revient
à cela. Servais lur le v. 247^ du VIP L. de 1 Enéide,
dit que c'eft un bonnet Phrygien. Stace, Thebaide , L.
yill^ v. 286, le donne auffi aux Rois des Parthes, qui
apparemment favoient pris des Perles. Juftin , L. L
C. 2. attribue l'origine de l'habit long des Perles, &
de la iuire au déguilement de Sémiramis , afin de
paOër pour Ninyas -, mais il y a il peu de vrailem-
blance dans ce qu'il dit, qu'on n'y peut compter. Ti-
grane, fur fes médailles, la porre carrée -, ce qui tau
dire à M. Spanheim que la tiare avoit cette hgure.
Dans Goltzius , celle d'Ariobarzanès relTemble à peu
près au bonnet d'Uiyfl'e , qui eft la forme que Saint Je
rome lui donne. Celle de Mithridate , lur les médau-e.
eft une efpèce de petit chaperon, ou capuce droit ,
dont la pointe eft tournée en haut , & qui le ne lous
le menton. Celies des Parthes & des Arméniens , dans
les médailles d'Augufte , ont la forme d'une tour, qui
eft'eneftet la figure que Strabon leur donne. Le^Rois
de" Perle feuls avoient droit de la porter droiie -, les
Prêtres & les "Grands Seigneurs la portoient abattue &
rcnverfée fur le devant. Le Roi du Pont Mithridate
la porte auffi droite. La tiare étoit ditîérente de ia
mitre ; Maximus Tyrius, Serm. 10. & Hérodote Liv.
VII. le marquent. Barnabas Brillbnius en a le premier
montré la ditlérence dans Ion Traité Latin de la Ptin-
cipauté des Perles , L. I. p. 24. Il paroît par Xénophon
Ciropad. L. VIII. que l'on entouroit la tiare du dia-
dème , au moins dans les cérémonies. Elle étoit fou
vent ornée d'une figure de la lune en broderie. D'au-
tres prétendent que c'étoit le diadème qui ayant la
figure d'une lune, failoit donner Tépithète de lunata
àla tiare; & d'autres, que c'étoit la tiare elle-même
qui avoit la forme d'une demi-lune , ou d une lune
à fon premier quartier. Ce que l'on a dit ci-dellus,
montre qu'il y avoit diftérentes formes de tiares; &
en ettet Pafcalius, De Coronis , Liv. X. prouve qu'il
y en avoit de cinq fortes. Fojf{ encore cet Auteur,
L. IX. C. 18. & L. X. C. 2. Buiengerus , De habita
■ Pontifie. Chap. 5. Dempftcr. Jntiq. Rom. L. V.C. 35.
Le berger Atys dans les médailles eft rcprélenté avec
une tiare à la Perfc, rabattue fur le devant , quoiqu'il
fût phrygien. Scaligerana.
'6^'" Tiare. Hiftoire facrce. Ornement de tête des Prê-
tres Juifs. C'étoit une efpèce de petite couronne taite
de Bylie. Voye^^ ce mot. Mais le Grand-Prêtre, outre
cette tiare j en avoit luie autre d'Hyacinthe, entourée
d'une triple couronne d'or , garnie furie devant d'un»
lame d or lur laquelle étoit gravé le nom Jehova.
tgrS- Tiare. Hiftoire moderne. C'eft un bonner orné
de trois couronnes , que le Pape porte dans les grandes
cérémonies. Ces trois couronnes placées les unes au-
dellus des autres en forme de cercle , font enrichies de
pierreries, & ornées d'un globe, avec une croix lur le
haur de ce globe, & un pendant à chaque côté de la
tiare.
La tiare & les clefs font les marques de la dignité
Papale. La tiare eft la marque de Ion rang , &: les clefs
celle de la jurifdiélion-, car dès que le Pape eft mort,
on repréfente fes Armes avec la tiare feulement , fans
les clefs. L'ancienne tiare étoit un bonnet rond , élevé,
& entouré d'une couronne. Boniface VIII. fut le pre-
mier qui en ajouta une autre. Benoit XII. y en ajouta
une troilîeme. Quelques-uns croient que ce fut Jean
XXIII. qui rehaufta la f/ûrePonrificale d'une couronne.
Tiare, fe prend fouvent pour l'autorité , la dignité
Papale , le louverain Pontificat. Il fe montra digne de
la tiare. Il foutint avec majefté Ihonneur de ^ tiare.
Henri VIII infpira du refpeCt pour le Trône à fon Par-
lement •, mais il lui inipira du mépris pour la tiare.
Raynal.
Meilleurs de Clermont de Tonnerre portent dans
leurs armes pour cimier la tiare Papale. C'eft une
conceffion faite à Aimard de Ciermonr 6. à les delcen-
dans par le Pape Anacier II. que ce Seigneur avoit
rétabli fur le Saint Siège contre les faéhons de l'Anti-
pape Maurice Bourdm.
TIB
TIBÈRE. Nom d'homme. Tiberius. L'Empereur Tibèr&
le nommoit Ciaudius Iiberius Nero , & étoit fils de'
Tibère Néron, ^ de Livia Drulilia, qu'Augufte épou-
fa en lecondes noces , & par les intrigues de laquelle
il adopta Tibère, &l lui lailla l'empire.
Tibère. Voye\ Tubéri.
TIBLRGE. Fôje^ Tubéri.
TIBÉRI. VoyeiTv^iKi.
riBÉRIADE. Nom d'une ancienne ville de la Terrc-i
fainte. Tiberias , Cenereta, Genefareth. Elle eft dans
la contrée poftédée autrefois par la Tribu de Zabulon,
fur le bord occidental de la mer de Galilée. Elle por-
toit le nom de Cénente ou de GénéJ'areth ; mais He-
rode 1 ayant agrandie , lui donna celui de Tibiriade
en l'honneur de 1 Empereur Tibère. Elle eft à demi-
ruinée, & prefque dcierte, à caufe des fréquenres
courles qu'y fonr les Arabes. Maty. Les Juifs ont eu
une Éco.e célèbre à Tibenade. Ce font les Docleurs
de Tibtnade qui ont inventé & ajouté au texte Hé-
breu les points voyeues. Tibériade s'appelle auffi T^-
barie.
Le Lac de Tibériade. Voye\ Galilée, mer.
Tibériade. f f. Topographie, ou delcnprion des lieux.
Ce mor dans cette lignification , n eft en ufage qu'au
Parlement de Dijon. Tikenas , locorum dejcriptio j
Ichnographia. Ce mot eft auffi en ufage dans toutes
les Junidittions qui dépendent du même Parlement,
où l'on appelle Tibériade, la delcription , les plans
que l'on produit dans les procès , pour repréfenter &
faue voir aux Juges la lîtuation des lieux contenneux.
C'eft du Traité de Barthoie de fluminibus j qu'il a
intitulé Tibenadis , qu'on a donné le nom de Tibé-
riade à ces deicriptions.
Buxtorf a donné auffi le nom de Tibériade au Trai-
té qu'il a tair de la Maftore.
TIBÉRIADES. f. f. pi. Terme de Mythologie. Ou les
Nymphes qui habicoient les bords du Tibre. Les Poëtes
invoquoient quelquefois ces Nymphes.
TIBERiN. f m. Terme de Mythologie. Nom d'un Dieu
des Romains. Tiberinus. Ce Tiberin étoit fils de Ca-
pétus, & fut Roi dA.be, il le noya dans le fleuve
qu'on nommoit Aibula , & auquel cette avanture fie
donner ie nom de Tibre. Romuius le mir au nombre
des Dieux , & on le regardoit comme le génie qui
préfidoit au fleuve dans lequel il fe nova.
^ TIBERVILLE,
TIB
TIB TIC
TIBERVILLE. Nom d'un bon bourg de Normandie.
Tebertivdla. Il efb dans l'Evêchc de Liiieux. Valois ,
Net. Gdi. p. 2.7 S-
TlliETH , ou TIBET. Voyei Tiiieet. D'habiles gens
écrivent pourtant Tlbeth. Le Tibet a la Chine à l'o-
rient, le Choraian à l'occident, & les Indes au midi.
C'cft de la que vient le mufc de Tibet, tant vanté &
préféré même à celui de la Chine, peut-être parce
qu'il eft plus frais , venant par terre & d'un pays moins
éloigné. Il en efl: de même de plufieurs marchandifes
de la Chine, qui pallent par le Tibet pour le répandre
dans roccidcnt. Quelqu'un plus hardi que moi pour-
roit conjeéturcr que la mont.agne de Tabin (îtuéc (ur
la mer orientale, à l'extrémité de la Scythie orientale,
mentionnée dans les anciens Géographes, ou que le
promontoire de Tabin , fitué iur la mer glaciale, près
du détroit de Waigats, uon loin de l'embouchure du
fleuve Oby, auroient communiqué leur nom au pays
de Tlbeth; mais Ton grand éloignement de l'un &
de l'autre s'oppofe à cette conjecl;ure. Huet. Hift.
du Convn. C. /JJ.
TIBIA, f. m. Terme d'Anatomie. Quoique ce nom foit
purement Latin , & qu'en cette langue il foit féminin ,
nos Anatomiftes s'en lervent en François, & le font
mafculin , foufentendant os. Tibia. C'efl: la patcie of-
fcufe de l'homme qui eft entte le genou & la cheville
du pied. Elle confîile en deux os, l'un extérieur, &
l'autre intérieur ■■, le premier s'appelle le petit focile -,
l'autre qui efl: plus gros, fe nomme tibia , du nom com-
mun, & autrement le grand focile , ou grande canne.
Il y a à la partie fupérieure un procejfus , qui efl: reçu
dans une cavité de l'os de la cuille , & deux cavités
oblongues , oii s"'enchâllènt les têtes de l'os de la cuifîe.
La profondeur de ces cavités contient un cartilage qui
y eft attaché par des ligamens. Ce cartilage eft movi-
b!e, tendre & molafle, glifl'ant, imbibé d'une humeur
cnclueufe, épais à fa circonférence, & plus mince vers
le centre. On l'appelle lunata, parce qu'il eft fembla-
ble à une demi-lune. La partie antérieure qui eft ai-
guë & longue, s'appelle V épine. H y a en bas \mpro-
cejfus qui avance en bolle en dedans proche du pied ,
& on l'appelle malkolas internus, la cheville du pied
interne. Harris.
Tibia j, eil: auiïi le plus gros des os de la Jambe i il
eft cave dans fa longueur , pour contenir de la moelle •,
il eft fitué en dedans de la jambe ', il eft articulé à fes
deux extrémités par ginglime : celle d'en haut en fait
un avec l'os de la cuillë , & celle d'en bas en fait un
autre avec un des os du tharfe, que l'on nomme nj-
tragale. Il eft encore joint avec le péroné par artro-
die par fes deux extrémités , mais latéralement. Le
péroné a une petite cavité à fa partie lupérieure qui
reçoit le tibia, & par en bas il a une petite éminence,
• qui eft reçue dans le tibia.Dionis. Tibia fignifie flûte,
& on a donné ce nom à cette partie du corps à caule
de fa rellemb'ance à une ancienne efpcce de flûte.
TIBIAL. adj. Terme de Médecine, qui fe dit d'un des
mufcles extenfeuts de la jambe. Tibialis. Il y a le
tibial antérieur &- le tibial poftérieur. Le tibial anté-
rieur eft un mufde du tarie , ainfi nommé à caule de
fa fituation qui eft fur la partie extérieure du tibia.
Spigélius l'appelle encore le mufcle de la chaîne, rnuj-
culus catenœ , parce que quand il eft divilé , lema'ade
eft obligé de fe fervir d'une efpcce de fronde pour
■fuppotter l'on pied en marchant. Le tibial poftérieur
du pied , qui eft placé fur le dos du tibia. Il eft auffi
nommé mufcle du matelot, mufculus nauticus , parce
que les matelots fe fervent principalement de ce mulcle,
quand ils grimpent aux mats des vailleaux. Harris.
Ce mot vient de tibia, qui eft le nom qu'on donne
à l'os de devant la jambe.
TIBIR. f. m. Nom que l'on donne à la poudte d'or en
p'ufieurs endroirs des cotes d'A*rique.
TIBORON. Voyei Tieuron..
TIBOSE. f. f. Monnoie des Indes orientales. C'eft une
des roupies qui a cours dans les Etats du Grand-Mo-
gol. Elle vaut le double de la roupie Gaiana qui vaut
^o fous de France.
ÎTIBRE. Nom d'une des plus célèbres rivières de l'Italie.
Tonii Vin. L Partie,
53
Tiberis j Tyberis, anciennement Albula. Elle a fa
fource aux montagnes de PAppcnnin, dans le Floren-
tin, & palFant dans l'État de l'Églife, elle y bai"-ne
Borgo, S. Sepulcro, Citta diCaftcllo, Orra &Rcme,
à quatre lieues de laquelle elle fe décharge dans la
mer Méditerranée, entre Oftie & Porto, après avoir
reçu pluheurs rivières , dont les plus confidérables
font, le Tévérone , la Néra , le Topino & la Chiane.
Ce fleuve n'cft pas forr grand. Il n'a qu'environ trois
cens pieds à Rome , & les eaux en font toujours
tfoubles & jaunâtres, à caufe de la rapidité de fon
cours & de celui des torrens qu'il reçoit. Maty.
Ce fleuve eft pcrfonnilîé fur les monumens & fur
les médailles. Il eft reprélenté dans ce beau grouppe
en matbre qu'on voit aux Tuileries fous la figure
d'un vieillard, couronné de Laurier, à demi couché,
tenant une corne d'abondance, & s'appuyant fur une
louve auprès de laquelle font deux petits enfans , Re-
mus & Romulus.
TIBULLE. Nom d'homme. Tibullus. C'eft le nom
d'un Poète Romain , dont il nous refte quatre Livres
d Elégies auffi élégantes qu'elles font peu chaftes. Il
étoit Chevalier Romain , & naquit le même jour
qu'Ovide, fous leConfulat d'Hirtius &dePanfa, l\an
de Rome 710. & 42. avant Jésus-Christ. Vbye\
Lilius Gira'dus, Hift.dePoët.Lat. Barthius a cru que
le quatrième Livre des Elégies qui porte le nom de
Tibulle, n'étoit pas de lui , mais de Sulpitia <3c de fon
mari Calenus.
TIBUR. Ancien nom d'une petite ville d'Italie dans
l'Etat Eccléfiaftique. Tibur. On l'appelle aujourd'hui
Tivoli. Vcyei{_ ce nom ; mais en parlant de TAntiquité,
on ne laillè pas de dire même aujourd'hui Tibur. Ti-
bur fut rendu au Pape l'an 11 55. par l'Empereur Fré-
déric Batberoufle.
TIBURNE. f. m. C'eft le nom du lieu où l'on exécute
les criminels près de Londres. C'eft comme qui diroic
la Grève , ou la croix du tralioir à Paris. On appelle
proverbialement à Londres la corde d'un pendu, une
cravate de Tiburne. Misson.
TIBURON, ouTIBURIN. 1'. m. Poiffon cétacée, qui
fe trouve dans la mer Atlantique, & vers l'Amérique»
Tiburo. Il eft Çi gros & fi goulu , qu'il avale un homme
tout entier. Les Relations nous affûtent qu'on en a
pris un dont on tira un Nègre qu'il avoir dans foi>
ventre, & qui vécut encore vingt- quatre heures.
Quelques-uns le nomment Taburin ou Taburinte.
M. Corneille, dans fon Diâionnaire des Arts & des
Sciences , l'appelie Tiburin , 8c il obferve que Vincent le
Blanc dit qu'on l'appelle auffi Taburinte. Il ajoute qu'il
a trois pointes lut le dos , en forme de pertuifannes ,
& que l'envie d'attraper quelque corps d'homme,
l'oblige quelquefois à fuivre un vaiflèau plus de cinq
cens lieues : qu'un Capitaine venant de la Floride , fut
fuivi d'un Tiburin julqu'à Porto-Rico, où enfin ce
Poillbn tomba entre les mains: qu'on lui trouva dans
le corps la tête d'un mouton avec fes cotnes, queceux
du vaiflèau reconnurent avoir été jettée dans la mer
il y avoit déjà plufieurs jours. M. Corneille dit que c'eft
une efpèce de taon que les Elpagnols appellent Pejcc
Ejpada , Poiflon Epée. Si cela eft, le Tiburon ou Ti-
burin eft la même choie que l'Eipadon dont noui
avons parlé en fa place.
TIBURTIN , iNE. Originaire, habitant, natif de Tibur.
Tiburnus , a. Après le couronnement de l'Empereur
Frédéric II. le Pape Adrien s'éloigna de Rome avec ce
Prince , & ils s'arrêtèrent à Ponte-Lucano , près de
Tibur. . . . Alors les Tiburlins apportèrent à l'Empe-
reur les clefs de leur ville , déclarant qu'ils fe don-
noient à lui -, mais le Pape & le Clergé de Rome le
ttouverent fort mauvais , & repréfemerent à l'Empe-
reur que cette ville appartenoit à l'Églife Romaine ,
&: que les Tiburtins avoient fait ferment au Pape
Adrien, Fleury , Hifi.Ecc. Tome XV. p. 15.^16.
T I C
TIC. f. m. Terme de Maréchallerie. Maladie de chevaux,
ou mauvaile habitude qu'ils out d'appuyer les den»
34
TIC TI
TIE
contre la mangeoire , ou contre la longe du licou ,
comme s'ils la vouloient mordre , ce qu'ils ne font
jamais qu'ils ne rottent, Ticus morbus. Un cheval ti-
queur, ou qui tique, fe remplit de vents. Equus Jb-
litus prœfèpi inniti.
Tu-, le dit aufïï d'une forte de mouvement convul-
fif , auquel quelques perfonnes fonr fujettes. Motus
■convuljîvus. Il y a une efpèce de tù:
Molière avoir un hoquet ou tic de gorge, qui ren-
doit d'abord fon jeu défagréable à ceux qui ne le con-
noidbient pas. Vie de Molière , p. zoj.
Tic, le prend encore pour mauvais gefte plus ou
moins ridicule qu'on a contraété. C'eil un vilain /<c
que de ronger Tes ongles. Toutes les grimaces que
l'on fait fans s'en appercevoir, font des tics. M. V.
L.J.M.
Ce mot peut être employé au figuré , dans le ftyle
familier & de converfation. Le tic de la plupart des
ignorans eft de vouloir juger de tout.
Tic , eft aufli un petit infede noirâtre, qui s'attache
aux oreilles des chiens , des bœufs , &c. Dans ce fens
on dit Tique, f. f. Voye\ ce mot.
Tic & Tac , ou Tic & Toc , eft un terme indéclinable
& facftice, qui exprime un battement, un mouvement
réitéré d'un marteau qui frappe , d'un cheval qui
marche , d'un balancier d'horloge , d'un pouls qui
bat, &c. '
.... Ainfi ces gens à fe piquer ardens ,
S'en vinrent du parler à tic tac, torche , lorgne.
Qui cajfe le mufeau, qui Jon rival éborgne ,
Qui jette un pain, un plat , une ajfûte , un couteau.
Qui pour un rondache empoigne un ejcabeau.
Régnier.
Tic-Toc-cHOc. Terme populaire , dont les petites gens
fe fervent en parlant de deux chofes qui le frappent.
C'eft une efpèce d'imitation du bruit caufé par le choc
de deux chofes.
TICAL. f. m. La plus grolTe monnoie d'argent de Siam
s'appelle tical, & vaut trente-fept fous & demi mon-
noie de France. Abbé de Choijy , Journ. de Siam ,
p. 545. Le Chevalier de Chaumont , p. 50. redoublée
de fon voyage de Siam , dit que le tical vaut environ
quarante fous. Pour mieux juger de fa jufte valeur ,
il n'y a qu'à rapporter ce qui eft dit de fon poids dans
le Diél. de Commerce : Le tical pèfe trois gros &
vingt-trois grains. Du temps que le Chevalier de Chau-
mont étoit Ambafladeur de France à Siam (léSé.) l'é-
valuation du tical fur le pied que l'argent étoit alors ,
alloit à trente-fept fous & demi.
TICOU. Nom d'une ville des Indes. Ticum. Elle eft dans
l'île de Sumatra, fur la côte occidentale de l'Ifle, où
elle a un grand port , à cent trente-trois lieues de la
ville d'Achem , au Roi de laquelle elle appartient.
Maty.
cSO" TICOUTOUS (les) peuples de l'Amérique fepten-
trionale , prefque au midi de l'île de Cayenne , vers
la rivière des Amazones.
TICQUE. Voyei Tique.
TICTÉ , ÉE. adj. Les Fleuriftes appellent fleur ticlée ,
celle qui eft marquetée. Flos varie gatus, variis colo-
ribus diftincius. D'autres écrivent tiqueté. Voye\ ce
mot.
T I D
TIDOR. Nom d'une île de l'Océan oriental. Tidora.
Elle eft une des vraies Moluques , & fituée près de la
côte occidentale de celle de Gilolo , entre celles de
Ternate & de Motir. Elle n'a qu'une douzaine de lieues
de circuit ; mais elle eft abondante en épiceries , &
principalement en girofles. Les HoUandois y ont quel-
ques forts -, mais elle ne laide pas d'avoir Ion Roi par-
ticulier, quipoffède une partie de l'île de Gilolo. Les
Européens lui ont donné le nom de Tidor qui en eft
la capitale-, mais les naturels du pays l'appellent Tadu-
ra, Dêco ou Daco. Maty, Le Roi de Tidor. Cou-
HOURS. Tidor n'eft qu'à jé minutes de latitude-nord ,
& à 1 17 degrés 5 minutes de longitude, félon la Table
de M. Harris.
T I E
TIEBLE. f m. Lieu où l'on met les ruches. En Latin
Apiarium. Quelques-uns l'appellent Ruchet. Ces deux
mots font provinciaux -, mais je n'en connois point d'au-
tres pour ce qu'ils lignifient. Ménage obferve qu'on
difoit autrefois achier à' apiarium , par le changement
du p en ch , comme en ache d'apium : en proche de
propè. Dicl. Etym. au mot Achier.
TIÈDE, adj. de t. g. Qui ne le dit proprement que des
chofes liquides qui n'ont qu'une chaleur médiocre ,
ou plutôt qui font entre le chaud & le froid. Tepidus,
egelidus. Boire de l'eau tiède. Prendre un bain tiède.
Tepidarium.
Comme il y a un grand intervalle entre le chaud
& le froid, on voudroit dans l'Encyclopédie un inftru-
ment gradué qui pur apporter quelque précifion à l'ac-
ception du mot tiède , & déterminer au jufte le vrai
point où commence la tiédeur, celui où elle finit, &
où la chaleur commence.
Notre corps eft cet inftrument gradué , le vrai Ther-
momètre que nous devons confulrer pour favoir fi de
l'eau , par exemple , eft froide , chaude ou fimplemenc
tiède.
Ce mot tranfporté ou figuré fe prend dans la figni-
fication d'indiftérent , qui n'a pas l'adivité , la chaleur
qu'il devroit avoir, ou qui a perdu fa première ardeur ,
fon premier feu. Ami tiède. Amitié tiède. Dévotion
tiède. Amant tiède , dont la paflîon eft ralentie. Je ne
veux point de vos tièdes refpeéls. Vill. Je fens encore
quelques tièdes reftes de nos ardeurs paflces. Mont.
C'eft un homme qui par une complaifance lâche, tiède
&: ennuyeufe, veut tout ce que l'on veut , & ne dit
jamais non fur rien. M.Scud. Je ne fâche rien de plus
ennuyeux que de mener une vie tiède §c tranquille,
qui , fans rien délirer , & fans rien craindre , n'a rien
de feniîble. Id.
Non j ne me parle^ pas de ces tièdes Amans,
Dont les paifibles cœurs n'ont nuls emportemens. Mol.
TIÈDEMENT, adv. D'une manière tiède, & oppofée à
chaudement. Tepidè. On a follicité cette affaire tiède-
rnent. Servir Dieu tièdement.
TIEDEUR, f. f. Qualité de ce qui eft tiède. Tepor. Il
faut entretenir cette infulîon dans une égale tiédeur,
empêcher qu'elle ne fe refroidillè , & qu'elle ne bouille.
Tiédeur , fe dit aulîî au figuré, & lignifie, indolence ,
nonchalance , manque d'adivité , d'ardeur dans les
chofes où il faudroit en avoir. Tepidus animus , Tepor,
L'amour veur de la ferveur , Si ne compatir point avec
la tiédeur. Que dirai-je de ces tiédeurs qui rendent nos
prières inutiles , & nos dévotions languiliàntes ?Fléch.
Eft-il une pafîîon à l'épreuve des tiédeurs qui fui vent
d'ordinaire la pollèffion? Vill. Il y a des occafions où
la tiédeur en amirié eft une infidélité. S. Évr. La com-
plaifance univerlelle de certaines gens me paroît une
tiédeur infupportable. M. Scud.
Une lâche tiédeur s'empare des courages. Boil.
Un amufement galant , fans caufer les inquiétudes de
l'amour, s'élève pourtant au-delTusde la tiédeur.^ 11.1..
TIEDIR, v.n. Devenir tiède. Tepefcere , tepef.eri. Cette
eau eft trop chaude, !ailîez-la tiédir. Faites tiédir cette
potion.
Quelques-uns ont employé ce mot au figuré. Scar-
ron a dit , elle commence à tiédir dans la paffion.
Exemple qui n'eft pas à fuivre.
Tiédi, ie. parr. Tepefaâus.
TIEL;i THIELT. Nom d'une petite ville fortifiée des
Provinces-Unies. Tiela , Tila. Elle eft dans la Bétuwe,
contrée de la GueldreHollandoife , furie bord fepteii-
trional duWahal , environ à cinq lieues au-deftôus de
Nimégue, Cette viliedonne fon nom au Tieler-Waerd,
TIE
TIE
■ c'eil-àdire, l'île de Tiel, qui eft entre la rivière de
I.inge & le Wahal. Mat y. Long. ix. d. 40'. latit.
5i.d. 5'.
TlEMPE. Voyei Tienpe.
TIEN, ENNE. Pronom polTèflif , relatif, de la féconde
perfonne du lîngulicr. Tuus ^ tua, tuum.^ll faut re-
marquer que tien îk tienne ne ie mettent jamais devant
aucun nom, un tien frère eft mal dit ', on dit ton frère ,
s'il n'y en a qu'un. Un de tes frères, s'il y en a plufieurs.
On les fait précéder ordinairement par l'article le ou la.
Je ne voudrois pas troquer mon manteau contre le
tien , ma maifon contre ia tienne.
Aux plus brillans ejprits le ûen fut préférable.
La La ne.
il Te met quelquefois fans l'article. Ces biens-!à peuvent
devenir tiens. L'Acad. Dansceiens il eft vieux. Tien
finit mal un vers, iur-tout lorfque le fens finit avec ie
vers.
Et je ne luirai plus d'autre feu que du tien.
Il eft plus fupportable au fémjnin , &: tienne a meilleure
grâce à la fin d'un vers. Mén. On a dit autrefois toyen
pour tien, & toye pour tienne , comme venant de toy.
Tien, eftaufli fiioftantif. Tuum. C'eft-à dire le bien qui
t'appartient. Entre les vrais amis il n'y a point de mien
& de tien , tous les biens font communs. Durant le
fîècle d'or il n'y avoir point de mien & de tien ; on
vivoit fans querelle & ians procès.
On dit auffi fubftantivement, les tiens , au pluriel,
• pour dire, tes proches , tes alliés , ceux qui t'appar-
tiennent en quelque forte , qui font de ton parti. Tui.
Je te lervirai en toute rencontre toi & Jes tiens. Tu
devois confidérer les tiens , faire du bien aux tiens,
TiENBORD. i. m. Terme de Marine. C'eft le côté droit
du vaillèau , qu'on appelle autrement Jlrièord & dex-
tribord. Dextrum nayislatus. Sur la Méditerranée on
dir eftribord & poge ; pour dire , à main droite.
eO^ THIENCHANG. Ville de la Chine , dans la province
^ de Kiagnan, au département de Fungyand. Elle eft
d'un d. 51' plus orientale quePéking, fous les 5;. d.
55'. de lat.
TIENCHEU. Nom d'une ville du Quangfi en la Chine.
Tiencheum. Elle a quatte autres villes fous fa Jurif-
diftion, & elle appartient au Roi deTunquin.MAXY.
Elle eft de 11. d. 50' plus occidentale quePéking, lous
les 24. d. Il', de lat.
ÇCS" TIENHO. Ville de la Chine , dans la province de
Quangli, au département de Kingyuen. Elle eft de 5.
d. 41' plus occidentale que Péking, fous les 25, d. 26'.
de lat.
fO^TlENKIANG. Ville de la Chine, dans la province
de Suchuen , au département de Chungking. Elle eft
de 9. d. 34' plus occidentale que Péking , fous les 3 1.
d. de lat.
TIENLIQUE. Nom d^m Royaume. TienlicumRegnum.
C'eft une contrée de la prefqu'île de iTnde deçà le
Gange. Elle eft fur la côte orientale , dans le Royaume
de Bifnagar, aux confins de celui de Golconde, & elle
prend fon nom de la capitale,
TIENNETTE. Stephana. Nom de fille, qui veut dire ,
petite Etienne. Tiennette a fur Jeanne de l'avantage.
La Font. Ce mot fe dit pour Etiennette.
TIENNOT. C'eft la même choie que Tiennette. Stepha-
na.
TIENNON. f m. Diminutif d'Etienne. Nom que l'on
donne parmi le peuple aux petits garçons qui s'appellent
Etienne. Stephanus. Il fe dit pour Etiennot par aphé-
rèie.
ie::j' TIENPE. Ville de la Chine , dans la province de
Quantung , au département de Caocheu. Elle eft de 5.
d. 25' plus orientale que Péking, Ibus les 28. d. 25'.
de lat.
TIENSIT. Vieux mot, troifieme perfonne du prétérit in-
défini du verbe tenir. Il tint. Borel & Pajquier.
TIENSU. f.f. Idole des Peuples de Tonquin, dont parle
Taverniet. Ils révèrent la Tienjii^ comnae la Patrone
îî
des Arts. Ils l'adorent & lui font des facrifices , afin
qu'elle donne de l'eiprit , du jugement & de la mé-
moire à leurs cnfans. Tavernier. Voyage des Indes.
TIENT pris fubftantivementi
Un tient vaut, ce dit-on , mieux que deux tu l'auras i
L'un iflfur, l'autre ne l' eft pas. La Fontaine.
«:3^ TIENT AI. Ville de la Chine, dans la province de
Chekiang, au département de Taicheu. Elle eft de 4.
d. 7' plus orientale que Péking, ibus les 28. d. 55'. de
lat.
TIÉRAN , ou TIERS-AN. f m. Terme de Chaflè , qui
fe dit du ianglier , & qui fignifie , Troifieme annéej
Apertnenms ,veltriennus. Je ne prétcns parler que du
fanglier qui eft à fon tiers an. Saln.
TIÉRACHE. Voyei Thierache.
TIERÇAIRE, & TIERCIAIRE, ou TIERTIAIRE. f m.
& h Homme ou femme qui eft d'un Tiers Ordre. Vir
velfemina è tertio aliquo Ordine. Tertiarius. Les Tier-
tiaires de l'ordre des Carmes ont commencé l'an 1477,
en vertu d'une Bulle de Sixte IV. Ces Tierciaires ont
des Réglemens qu'ils doivent fuivre , & un habit parti-
culier : les Frères , une foutane , un fcapulaire , un
manteau : les Sœurs , un voile blanc -, mais dans les
pays ou ces fortes d'habits ne font point en ufage pour
le "Tiers-Ordre, les uns & les autres peuvent être ha-
billés comme les Séculiers , en retenant la couleur tan-
née. Le Père Papebrocq s'eft trompé lorfqu'il a dic-
que la marque que les Religieux de S. François donnent
à leurs Tierçaires , eft un cordon , & que celle que
les Carmes donnent auffi à leurs Tierçaires , eft un
petit fcapulaire en forme de Billette. P.Hélyot, T.I.
C.^2. Le P. Papebrocq a fans doute confondu les Con-
frères du Cordon de S. François & du Scapulaire des
Carmes a.\ec les Tierçaires de ces Ordres. Dans les
Contrairies il n'y a point de Règles , mais feulement
quelques Statuts: il fuflit, pour y entrer, de fe faire
inlcrire dans la lifte des Confrères i au lieu que ce qui
lert à maintenir l'obfervance parmi les Tierçaires , eft
fous le nom de Règle, & qu'il faut que cesTierçaires
foient éprouvés par un Noviciat d'un an, au bout du-
quel ils font profeffion, avec des vœux fimples. Quoi-
qu on ne puilîe pas dire qu'ils foient Religieux , à moins
qu ils ne loient engagés par des vœux folennels ,
comme les Religieux Pénitens du Tiers-Ordre de S.
François, & les Religieufes du Tiers-Ordre de S. Do-
minique , cependant leurs Congrégations font de vé-
ritables Ordres , comme on le dira au mot TIERS.
Le P. Hélyot dit auffi Tierciaire & Tiertiaire. Il y a
dans 1 Ordre de S.François des Tierciaires Séculiers,
parmi lelquels il y en a quelques-uns qui vivent en
Communauté, & d'autres en particulier, fans s'enga-
ger ni les uns, ni les aurres par des vœux folennels.
Père Hélyot. Le Pape Pie V. obligea les Filles Tier-
ciaires du Mont Citorio à des vœux foIennclsj[tD. Lé-
zeaux. Traité des Tierçaires dans fa SummaQuœftio-
num Regular. en deux cndroirs , i" Parte IL C. z^.
2.° P.LV. Verbo Tertiarii & Tertiariœ. Il dit qu'il y
a diflérentes efpèces de Tierciaires; qu'on peut néan-
moins les réduire à trois : ceux qui vivent dans une
Religion, <k qui font les trois vœ'ux ellentiels : ceux
qui tout les trois vœux ellentiels fans être dans une
Religion & lous une Règle déterminée; & enfin ceux
qui ne font point les trois vœux ellentiels, & ne vivent
point en Communauté , mais qui gardent dans leurs
maifons la Règle de quelque Ordre. Il doute s'il y en
a quelques-uns de la féconde elpèce : mais il fuppofe
qu'il y en a eu, & il prétend^ qu'ils n'étoient point
Religieux , parce que , pour l'Etat Religieux , il ne
fuflit pas de faire les rrois vœux ellentiels : qu'il faut
les taire dans une Religion approuvée & fous une
Règle déterminée. Voye\ les endroits cirés , où cec
Auteur traire de tout ce qui regarde les Tierçaires ,
leurs états, leurs privilèges, leurs obligations. Sec.
<8^TIERÇAGE. i. m. Terme de coutume. Troifieme
partie des biens du défunt , que le curé de la Paroiile
avoir droit de prendre en certain? endroits pour lui don-'
Eij
5«
I
TIE
nerla fépiiltnre. Ce droit exorbitant fut enfuite réduit
au neuvième des biens, & enfin aboli. Terùarium.
TIERCE, f. £ Terme relatif à la divifion du jour artificiel.
Les Romains & les Juifs diviferent le jour artificiel en
quatre parties ou heures qu'ils appeloient prime, tierce.
Texte & none. Tierce comprenoit le temps depuis neut
heures, où ^miloii prime , jufqu'à midP, oiV commen-
coit J'exte. ,
La partie de l'office appelée tierce fut ainfi nommée
parce qu'elle fe récitoit à la troifieme heure du jour,
félon la manière de compter des Anciens , laquelle ,
fuivant la nôtre , répond à neuf heures du matin.
Voyei Heures Canoniales.
Tierce , en Mufîque, eft une confonnante, ou mélange
de deux Ions, qui contient im intervalle de deux tons
& demi. Tetrachordon majus , Ù tetrachordon minus.
Il y a la tierce majeure , qui eft en proportion en nom-
bre de quatre à cinq , que les Grecs appellent tétra-
corde majeure -, & la tierce mineure , dont la propor-
tion eft de cinq à fix , qu'on nomme auffi tétracorde
mineure. La tierce, en Italien , ter\a , en Latin , tertia ,
n'a point de nom général en Grec. C'eft la première
des confonances imparfaites , c'eft-à-dire, qui peuvent
ibutîrir majorité & minorité , fans celTer d'être confo-
nances. Voilà pourquoi on endiftingue de deux fortes.
La première, que les Italiens nomment Ditono, du
mot Grec Ditonon , ou ter\a maggiore , & les Fran-
çois, tierce majeure , doit être compofée diatonique-
ment de trois Ions ou degrés, faifant entre eux deux
tons , dont l'un , félon l'ancien fyftème , étoit majeur ,
& l'autre mineur; & félon le fyftème moderne &tem
péré, de deux tons égaux , comme, ut, re ,mij ou
ut , mi. Et chromatiquement de quatre femi-tons,
dont deux font majeurs & deux mineurs. Elle tire fa
forme de la proportion fefquiqwarie.
La féconde tierce ^ que les Italiens appellent (comme
les Grecs) Trihemituono , ou J'emi-ditono , ou terTfi
minore ; & les François , tierce mineure , eft compofée
de trois fons ou degrés , auflî bien que la majeure •,
mais ces trois fons ne font diatoniquement qu'un ton
& un femi-ton majeur , & chromatiquement trois fe
mi-tons, dont il y en a deux majeurs & un mineur,
comme re ^ mi, fa ; ou re, fa. Elle tire fa forme de
la proportion lelquiquinte.
La tierce mineure peut être harmonique ou arithmé-
tique. Elle eft harmonique, ou^quarre, quand le ton
fe trouve le plus bas , & le demi-ton le plus haut , comme
re; mi, fa; la, fi, ut, &c. Elle eft arithmétique , ou^
mol, lorfque le demi-ton eft en bas , & le ton en haut,
comme, mi, fa, fol; fi j ut, re , &c.
Toutes ces tierces font excellentes dans la mélodie ,
& font le plus grand ornement, & toute la force de
l'harmonie ; mais il y en a deux autres qui font diftb-
nantes & vicieufes : la première n'eft compofée que de
deux femi-tons majeurs , & par conféquent d'un femi-
ton mineur, moins que la tierce mineure; c'eft ce qui
la fa^nommer tierce diminuée. La l'econde au con-
traire pèche par excès , ayant un femi-ton mineur plus
que la tierce majeure; c'eft ce qui lui a fait donner le
nom de tierce fuperflue.
Dans l'ancien fyftème , toutes ces efpcces de tierces
n'avoient qu'une réplique qui étoit la dixième -, dans
le moderne outre la dixième , elles ont la 17e pour
triplique , & la 24^ pour quadriple.
Dans la mélodie l'ufage de la tierce jufte^ foit ma-
jeure, foit mineure, eft rrès-fréquent & très-agréable-,
& cela tant en montant qu'en delcendant, foit qu'on
en parcoure tous les degrés, (c'eft-à-dire, par degrés
conjoints, comme ut j re, mi, ou re^ mi, fa,) foit
qu'on faute ou omette celui du milieu, (c'eft-à-dire,
par degrés disjoints, comme ut ,mij ou re jfaj&c.)
mais il faut obferver que la tierce majeure a quelque
chofe de gai & d'animé en montant , & qu'elle eft
trifte & mélancholique en delcendant.
La tierce mineure au contiaire a quelque chofe de
doux & de trifte , & de tendre en montant , &: elle eft
gaie en defcendanr. A l'égard de la tierce diminuée ,
elle eft fort fréquente dans les chants Italiens , fur-
tout pour les inftrùmens : mais quoique ce foient
d'excellens originaux , il ne les faut imiter qu'avec rai-
fou & dilcernement. La tierce fuperflue eft abfolumenc
défendue. Brossard. .
îvlais où les tierces juftes tant mineures que majeures
font un eftet charmant, c'eft dans l'harmonie, dont on
peut dire qu'elles lont l'ame & le fondement. C'eft de-
là premièrement qu'il eft permis d'en faire tant qu'on
veut de luite , (oit contre la balle, ou entre les parties
fupérieures. Toute la précaution que les Anciens ,
même les plus rigides , vouloient qu'on y apportât,
étoit 1° qu'elles ie fiflent par degrés conjoints, & z"
qu'on entremêlât la majeure & la mineure j afin qu'il
y eût de la variété , & que l'une iervit à taire gourer
& paroître l'autre. Mais les Modernes fe font affran-
chis de ces deux contraintes ; & l'on fait à préfent tant
de tierces qu'on veut , tant par degrés disjoints que
conjoints, & fans les entremêler. Julques-là qu'on fait
fouvent, fans Icrupule, trois ou quatre tierces majeures
de fuite , parce que rant de tierces majeures ne fe pou*
vaut faire qu'il n'y en ait de natutelles & d'acciden-
telles , on prétend , & avec raifon, que cette feule dif-
férence fuftit pour caufer cette variété , qui fait l'agré-
ment de l'harmonie. C'eft delà, z", qu'une des règles
les plus indifpenfables des Trio , ou compolîtions à trois
parties , eft qu'il faut qu'on entende la tierce majeure
ou mineure dans chaque temps de la mefure , foit
contre la baftè , ou du moins entre les deux parries
fupérieures. Cependant la fixte étant , à le bien pren-
dre, une tierce renveriée, peut forr bien la luppléer,
il la fuite du chant ou l'exprefïïon du texte le de-
mandent. C'eft de-là , 5° que la tierce fert à préparer,
accompagner , & à iauver la plupart des diilbnantes ,
& principalement la deuxième & la quatrième, lerri-
ton , la faulfe-quinte , la leptieme, &c. C'eft de-là
enfin qu'on peut palier de quelque confonnance que ce
foit à la tierce , & réciproquement de la tierce à quel*
que confon^ince que ce loir.
Il faut cependant obierver, 1° que lorfque la bafle
monte de quatre , ou delcend de quinte fur une o(Stave,
la tierce qui la précède , doit être majeure & rarement
mineure. 1° Que lorlqu'on palle de la tierce à la quinte
par mouvement contraire , la f/erce mineure vaut mieux
que la majeure pour éviter la faulle relation du triton.
3" Que la dominante de quelque mode que ce foit,
demande naturellement la tierce majeure*, car fi l'on
Y fait la tierce mineure , dès-là on déclare qu'on veut
fortir hors de ce mode , &c.
II faut encore obferver , i ° que la tierce en général
n'a pas un fi bon eftet dans les parties inférieures, on
qui font les plus proches de la bafle, que dans celles
qui en font éloignées, au moins d'une oâave, c'eft-
à-dire, proprement qu'elle eft bonne étant fimple, mais
qu'elle eft beaucoup meilleure étant doublée ou tri-
plée, &c. 2" Que la tierce mineure étant fimple, fur-
tout entre les fons graves ,& fort bas , a quelque chofe
de fi trifte, de fi fombre, & de fi lugubre, qu'il y en
a beaucoup qui veulent qu'en ce cas elle foit même
diflonante, & qu'ainfi on ne s'en doit fervir que pour
des expreffions triftes & lugubres. Comme elle a un
peu plus d'éclat , quand elle eft doublée & triplée, &c.
elle eft propre pour les expreffions tendres & alîec-
tueules. 3" La tierce majeure fimple eft à la vérité plus
piquante & plus fonante que la mineure ; mais elle
vaut beaucoup mieux , fur-tour pour les expreffions
gaies & éclatantes, quand elle eft doublée ou triplée,
ou encore mieux quand elle fe trouve dans la partie
la plus haute d'une compofition.
A l'égard de la tierce diminuée, on s'en fert quel-
quefois au lieu d'une tierce mineure ', mais il faut l'em-
ployer dans l'harmonie avec encore plus de dilcrétior»
que dans la mélodie. Pour la tierce fuperRue , je n'en ai
jamais vu d'exemple , & cet intervalle a je ne fai quoi
de li bizarre , qu'il feroit à mon fèns très-difficile de le.
bien mettre en œuvre. Brossard.
Tierce j eft auffi un jeu de l'orgue, qui eft un tuyau
d'un pied fept pouces, qui eft ouvett, & accordé à la
tierce du jeu de deux pieds ouverts. Tubus ditonicus.
La tierce iert ordinairement à jouer le delfus en l'orgue.
I
TIË
Le Bègue , dans fon Livre , fait mention d'une tierce
ou cromorne en taillé , qu'on joue gravement.
Tierce. Terme d'Elcrime. C'eft un coup d épée qu'on
alonge à l'ennemi dehots & lut les armes : une botte
qu'on porte ayant le poignet tourné en dedans , dans
une fituation horifontale, & au deiïlis du bras de l'en-
nemi , en lailïant fôn épée à droite. Porter une tierce ,
porter une botte en tierce. Voye\ Garde.
Tierce , fe dit auffi au Piquet & à d'autres jeux de cartes ,
d'une luite de trois cartes de même couleur. Ternio
ejujdem coloris. Une ^/erre major. Ternio major. Q'cH
un as, un roi & une dame. Tierce de roi, tierce de va-
let , tierce baflè.
Tierce j fe dit au/Iî chez les Imprimeurs de la troifieme
épreuve qu'on tire pour la corriger, avant que de tirer
à fond. Tertia paginez typicce probatio.
C'efl: la première feuille que l'on tire après que la
forme a été mife en train avant que, de tirer tout le
nombre qu'on s'eft propofé de tirer. Le Prote confère
cette feuille avec la dernière épreuve , pour voir il
routes les correétions ont été exécutées; s'il y a encore
quelque chofe à corriger, il le fait fur la prellè, & fans
déplacer la forme.
Tierce , en Aftronomie , c'efl: la foixantieme partie d'une
féconde. Tertia , fecundce pars j'exagefima.
Tierce, eft auflî un terme de Reiigieules, qui fe dit de
la Compagne que la Supérieure envoie pour entendre
ce qui fe dit au parloir , quand quelque perfonne du
monde vient parler à une Religieufe. Tertia perjona ,
aufculatrix. La Sœur qui iert de tierce au parloir fera
loigneule d'écouter tout ce qui s'y dit. Const. dt
Port-Royal; Cette compagne s'appelle aufii
Sœur- écoute.
-Tierces , ou Tierches , en termes de BLîfon , font fàfces
en devife , qui fe mettent trois-à-trois , comme les ju-
melles deux-à-deux, les trois fafces n'étant comptées
que pour une , & toutes les trois n'occupant que la lar-
geur de la face ordinaire, ou de la bande, (î elles y font
pofées, pourvu qu'il n'y en ait qu'une dans un Ecu.
Ternœ inftitœ , tergeminœ tœniœ.
Tierce, adj. f. Terme de Médecine. On appelle fièvre
tierce , celle dont les accès reprennent tous les trois
jours inclufivement ', c'efl: - à - dire , qu'il y a un jour
d'intervalle entre deux accès. Elle eft intermittente ou
continue j fimple, double, ou triple. Tertiana.
On appelle double tierce , une fièvre inrerniittente
dont les accès reviennent tous les jours, au lieu de re-
venir de deux jours l'un.
Double tierce continue , celle dont les redoublemens
reviennent dans les mêmes intervalles.
TiERCE-Foi , Tierce-main. Termes de Coutumes, qui
fe difent du premier des fiefs , & l'autre des héritages
nobles. PoJJeJfor tertianus. Tomber, échoir, venir en
tierce-foi , ou en tierce-main. Ad tertium pojfejforem
dev entre , tranfire. Un fief échet en tierce- foi, lorfque
celui qui l'a acquis, en a fait le premier la foi-, lorfqu'a-
près lui fon héritier l'a faite en lecond lieu , & qu'il
échet enfuite à un autre héritier , qui la doit faire pour
la troifieme fois. Les fiefs feuls échéent en tiercefoi,
& les héritages nobles dont la foi n'efl: plus due, parce
qu'elle a été changée en devoir , échéent en tierce-
main. Lorfque les héritages tenus en franc devoir
échéent en tierce-main , ou les fiefs en tierce-foi , ils
le partagent noblement entre roturiers •, ce qui efl: un
refl;e de l'ancien droit , iuivant lequel les roturiers
étoient réputés nobles , tant qu'ils demeuroient fur
leurs fiefs , & acquéroient enfin la noblefiè, lorfqu'ils
y avoient demeuré long-temps. Ce qui a été remarqué
par Poggio dans fon traité de Nobilitate. Vbyei en-
core Bouteiller^ dans fa Somme, L. II. Tit.L p.654.
ligne 27. De Laurière.
Tierce. Terme du commerce des laines dïfpagne. On
appelle laine tierce , la troifieme forte de laine qui vient
de ce Royaume i c'efl: la moindre de toutes.
TIERCÉ, adj. Terme de Blâfon. Se dit d'un écu qui efl:
divifé en trois parties, foit en pal, foit en bande, foit
en fafce , par deux lignes parallèles qui ne fe coupent
point. Tripartitus.
Tiercé en bande, efl: lorfque l'écil efl: divifé en trois par-
TÏE
^7
tics égales , comme en trois bandes faites de trois émaux
diftérens, fans autre champ ni figure. On dit delmême
en pal & enfajce. Fajciatim tertiatus.
TIIRCE-FEUILLE , eft une figure dont on charge les
ecus des Armoiries , qui a une queue ^ & qui parla eft
diftinguéc des trèfles qui n'en ont point. Trifolium
■ Pemmatariurn.
1 lERCELET. [. m. Terme de Fauconnerie , qui fe dit des
mâles des oifeaux de proie, comme de faucon, d'au-
tour , de gerfaut , d'cpervier , &c. Terciarius , acci-
ptter mas. Ils lont ainfi nommés, parce qu'ils font plus
petits de taille d'un tiers que leurs femelles. On ap-
porte d'Efpagne des tiercelets de faucon qui fe perdent
dans les nues , qui ne vont jamais au change, qui
tiennent long-temps lut aîle , & qui font très-juftes en
leur remife. Ils fervent au vol des courlis & des canne-
pctiers. En Latin lerciolus. Voyei encore Faucon.
Tilrcelet. f. m. Il fe dit figurément & par mépris, en
parlant d'un homme qu'on prétend être fort au-defibus
de ce qu'il croit être. Tiercelet de Gentilhomme. Un
tiercelet de-Dodeur. Il eft familier Se fe dit rarement.
AcAD. Fr.
Mu/è Ùfans varier, dis-nous quelques fornettes ,
De tes enfans bâtards j ces tiercelets Poètes ,
Qui par les carrefours vont leurs vers grimaçans.
Et par leurs actions font rire lespajfans. Reignier;
TiERCELET-Milanois. Monnoie qui fe frappoit dans la ville
de Milan, & qui avoir cours dans le douzième fiècle.
Il eft parlé des tiercelets de Milan ou Milanois dans
des chartes de l'an 1171. & 1183.
TlEPvCELINE, ou TIERSELINE. f. & adj. C'eftlenom
qu'on donne aux Religieufes du Tiers-Ordre de S.
François de l'étroite oblcrvance. Quand on dit abfolu-
ment les Tiercelines, je vais aux Tiercelines , il eft
lubftantif j mais quand on dit les Religieufes, ou les
Sœurs Tiercelines , il devient adjedlif. Claire Françoife
de Bezançon a été la première fondatrice des Tierce-
lines de S. François. Moreri.
TIERCEMENT. adv. En troifieme lieu , le troifieme
point , la troifieme raifon. Tertio, tertium , tertio loco.
Il eft vieux, & hors d'ufage.
TiERCEMENT. f. 111. Tcmie de Finances. C'eft une enchère
qu'on fait fur une terre ou ferme adjugée en Juftice
du tiers du prix au-delà de celui de l'adjudication.
Licitatio ad tertiam partem. Ainfi pour tiercer un bail
de 500 liv. il faut enchérir loo liv. au-delFus.
Dans les Fermes du Roi , le tiercement eft le triple
de la dernière enchère , en conféquence de laquelle a
été faite l'adjudication. Ainfi fi l'enchère courante eft
de 1000 liv. \e tiercement ào\i être de 5000 liv. en fait
de baux qui fe font dans les Fermes du Roi , après
l'adjudication pure & fimple, perfonne n'eft reçu à en-
chérir, à moins que ion enchère ne triple la dernière.
Le tiercement doit être fait dans les 24 heures de l'ad-
judication, au Grefle duConfeil, & l'aéle en doit être
en même temps fignifié à l'Avocat de l'adjudicataire.
L'Ordonnance des Eaux & Forêts règle le tiercement au
tiers du prix de la vente d'un bois, qui fait le quart au
total, de iorte que de 1500 livres, c'eft Çoo livres, &
le demi-tiercement eft de 2 5oIivres, Les deux enfeni-
ble font le doublement.
TIERCER. v.a. Terme d'Agriculture, qui fignifié , don-
ner aux terres le troifieme labour , la troilïeme façon ,
comme on dit biner de la féconde. Tertiare. On le dit
pareillement de la troifieme façon des vignes. Il y a
quelques Provinces où l'on dit rebiner. Il faut tiercer
ce champ. Il eft temps de tiercer cette vigne. Liger,
Cette troifieme façon s'appelle auffi tertiatio.
TiFRCER, fignifié auîïï, féparcr les fruits d'une Abbaye
en trois, pour en donner le tiers à l'Abbé , le tiers aux
Religieux , & réferver le tiers pour les réparations.
Tiercer le Cens. C'eft dans les Coutumes de Château-
neuf, Art. 1 5 ', de Chartres , Art. 1 1 -, de Dteux , Arr.p.
lorfque pour vingt fous de cens , le fujet doit au Sei-
gneur ccnfuel trente fous pour le profit de cens. P*
Laur.
38 TIE
TiERCER, en termes de Finances , (ignifie , faire un tierce-
menr ou une enchère du tiers du prix fur une adjudi-
cation déjà faite , ou dans les Fermes du Roi enchérir
du triple de l'enchère courante. Pretium adjudicatio-
nis augerc. Dans ce fens il eft neutre. Si vous voulez
avoir ce bail judiciaire, il finit tiercer. ^
TiERcER , au jeu de la Paume, fervir de tiers d un cote ,
& tenir une place vers la corde. Il //erre bien. Acad.Fr.
Ce joueur tierce bien.
TIERCERON, ou TIERCERET. f. m. Terme dArchi-
teâure. Ce font , dans les voûtes Gothiques , des arcs
qui naillcnt des angles, & vont fe joindre aux liernes.
Daviler. Thoreumata , arcus angulares. Voye\
VOUTE d'oGIVES.
TIERCEUR. f"i- Enchérillèur qui fait une enchère d un
tiers ou un tiercement après une adjudication. Ad ter-
tiam partent Ucitator. L'Ordonnance des Eaux & Forets
veut qu'après les tiercemens & doublemens on ne re-
çoive les enchères qu'entre le tierceur & le doubleur.
TIÈRCIAIRE. f^ye;[TiERÇAiRE.
TIERCIER. .adj. m. Qui fe dit d'un boiiïèau dans la Cou-
tume de Poitou , Art. 3 9. Un boiHeau tiercier eft un boif-
feau deux fois auffi large qu'il eft profond. De Laur.
Modius cujus latitudo ad longitudinem tripla eft.
JIERCINE. f. f. Terme de Couvreur. Pièce de tuile, ou
morceau de tuile fendue «n longueur, & employé au
battelement, Daviler. Fruftum tegulcz in longum
TlERÇON. f. m. Sorte de caifle de bois de fapin, dans
laquelle on envoie les favons blancs en petits pains, &
les lavons jafpés en pains ou briques.
TiERÇON. C'eft auUi une mefure qui fait le tiers d'une
mciure entière.
TIÈTE, ou TIEIRE. f. Vieux mot. Qui fignifioit un rang.
R. de la Rofe. Borel. Ordo.
TIERN. Foye^THiERS.
TIERS , ERCE. adj. Troifîème , qui eft après le fécond.
Il ne fe dit guère que dans certaines phral'es. La Tierce
partie d'un tout. Un TierJ arbitre. Le Tiers -hi^z ,
l'Egiife & kNobleffe , Ion: les trois meinbres qui com-
polent les États du Royaume. Voyei Etats.
Paljembleu l'Amour eft un fat ^
Sans égard pour ma naijfance ,
■■ Il me fait /dupirer j gémir ^ Jèntir Vabfence,
Comme un Amant du Tiers-État.
CoMiDiE inr. Attende\-moi fous l'orme.
C'eft- à-dire , comme un homme du peuple^ comme
un Bourgeois.
Le premier qui fit entrer le Tiers-Etat dans les aftem-
blées des États, fut Philippe le Bel. Il voulut inettre
un impôt pour la première fois du centième, pour la
féconde du cinquantième de tout le bien du Royaume.
Paris , Rouen & Orléans fe révoltèrent , & mirent à
mort tous ceux qui furent députés pour la levée de ces
deniers. Ce Prince au retour d'une expédition contre
les Flamans , voulut impofer une autre charge de fix
deniers pour livre de chaque denrée vendue , mais on
ne voulut point lui obéir. Ainfipar l'avis d'Enguerrand
deMarigny, Sur- intendant des Finances, pour obvier
à ces émeutes, il réfolut d'obtenir cela de ion peuple
avec plirs de douceur, alfembla les États , & y fit entrer
le peuple. L'heureux fuccès de ce premier coup d'eilai
fe tourna depuis en Coutume , non tant Ibus Louis
Hutin, Philippe le Long, &_Charles le Bel, que fous
les Valois , 6c fpécialement fous le Roi Jean , aidé en
ceci des inftrudions & mémoires de Charles V. fon
fils. Pasquier. Rech. L. II. C. 7. Les villes s'enri-
chirent , & devinrent bientôt fi puilFantes , que pour les
faire contribuer avec moins de répugnance , on les
appela par Députés aux aflémblées générales. Leurs
Députés y entrèrent en 1 504. Ce ne fut cette première
fois que pour y reprélcntcr leurs befoins& leurs facul-
tés •■) les honneurs augmentèrent félon le plus ou moins
d'argent que les villes fournirent dans les néceffités
publiques ,_ de forte qu'infenfiblement elles formèrent
lin Tien-Etat, qui eut, dans ces aflemblées , autan: &
TIE
plus de pouvoir que la NoblefTe & le Clergé. Le
Gendre.
Tiers , en terme de Négoce , de Mefi-ire & de Nombre,
fe piend aufli fubftantivcment, & lignifie la troilième
partie d'un tout. Tertia pars , portio. Il l'aut une aune
& un tiers de drap pour faire cet habit. Il eft aux
champs un tiers de l'année. Cette fomme fe doit par-
tager par tiers; j'y ai mon tiers, ou les deux tiers. Il
faut faire bouillir ce fyrop jufqu'à ce qu'il foit réduit
au tiers.
Au féminin on appelle la fièvre tierce, celle qui lailTe
l'intervalle d'un jour entre deux accès. Tertianafebris.
Voyei Fièvre.
Tiers , 1". m. Se dit auffi en quelque lieu de France , d'un
petit pot ou mefure qui eft entre la chopine & le
demi-letier.
Tiers , en Jurifprudence, fe dit des Entremetteurs , des
Experts , des Sur-arbitres. Tertius Arbiter. Ces deux
parties piaidoienf, un Tiers les a accommodées. Ils
avoient l'épée à la maini un Tiers s'eil mis entre-deux
qui les a féparés. Voilà des rapports qui fe contredifent ;
il faut qu'il y ait un Tiers nommé d'office. Quand deux
Arbitres font de contraire avis , on leur donne pouvoir
de nommer, de prendre un Tiers pour Sur-arbitre.
Au Palais, on appelle Tiers un Procureur qui règle
les diflérends que le demandeur en taxe & ledéfendeur
peuvent avoir iur quelques articles contenus en la dé-
claration de dépens. Tertius Evangelifta , feu Referen-
darius. On l'appelle Tiers, parce que c'eft une tierce
perfonne entre le demandeur & le défendeur : & réfé-
rendaire , parce que , fi les Parties ne veulent pas en
palier par Ion avis , il fait rapport des conteftations à la
Chambre des Tiers , qui doit les régler. Dans plulieurs
Jurifdiclions il y a des Procureurs tiers en titre d'office.
Au Châtelet il y a des Commiftâires - Examinateurs
qui règlent & taxent les dépens.
Tiï-KS - oppojàns , en terme de pratique, font ceux qui
n'ayant pas été parties dans un jugement , compris ni
dénommes , forment oppoiition à Ion exécution , à
caufe de l'intérêt qu'ils ont d en empêcher l'exécution.
Tiers-détenteur. C eft celui qui poliede un immeuble
fujet à l'hypothèque du créancier du vendeur. Il eft
un tiers entre ce créancier & le vendeur-, & quand il a
acquis l'immeuble lans la précaution d'un décret , ou
des lettres de tarification, fi c'eft une rente furl'Hôtel-
de-Ville , il eft obligé de reconnoître l'hypothèque ou
de déguerpir, à moins qu'il n'ait acquis prefcription ,
qui eft dans la plupart des Coutumes de dix ans entre
préfens , & de vingt ans entre ablens; & en quelques-
unes , comme en Beirl , de ^ o ans. Le Tiers- détenteur
ne prefcrit contre I Églile que par 40 ans. Le Tiers-
détenteur qui eft condamné à payer les arrérages d'une
rente foncière , n'eft renu que jufqu'à la concurrence
des fruits de l'héritage, pourvu qu'il n'ait pas paflé titre
nouvel. Par la Coutume de Normandie, Article k'\z.
le Tiers-acquéreur ayant joui par an & jour ne peut
être dépoflédé pendant le Décret-, mais il jouit toujours
à charge de rapporter les fruits en donnant par lui cau-
tion. C'eft ce Tiers-acquéreur que tous les Commen-
dataires appelent Tiers-détenteur.
Tiers-saisi, eft celui entre les mains duquel on laifir,
auquel on donne affignation pour voir déclarer la lailic
bonne & valable, & affirmer par lui ce qu'il doit au
débiteur, fur lequel la laifie eft faite , & en vider les
mains en celles du SaifiHànt.
Tiers , eft auffi un fubftantif mafculin , qui fe dit des
perlonnes. Perlonne ne juge d'un tiers plus faincment
que moi. Voit. En amour il ne faut point de tiers.
On dit communément, qu'un homme .fiante le tiers
& le quart; qu'il médit du tiers &c du quart-, qu'il prend
fur le tiers Se le quart -, pour dire indiftéremment &
fans choix de toutes fortes de perfonnes. Quemque-
laceffere, offéndere j provocare.Se divertir aux dépens,
du tiers & du quart. La Font.
On dit auffi, fe moquer du tiers, du quart & de la
moitié du monde, en parlant des gens qui ne fe fou-
cient de rien , & qui ne ménagent pctfonnc.
En termes de Mufique , quelques-uns appellent le
troifiènie ton un tiçrsi mais M. Crollàid décide dans
TIE
I
fon Didionnaire de Mufique que c'eft une mauvaile
manière de s'exprimer.
Tiers, f. m. Nom d'un oifeau qu^on appelle Tiers, p^rce
qu'il eft d'une moyenne grandeur entre le morillon & la
canne, vinas tertiarius, ou entre un gros canard & une
farcelle', il eft bigarré parles ailes ainfi que le morillon-,
mais fon bec eft comme celui de la piette , & de la même
groflèur ", il a le même goût que le morillon & la canne,
& fréquente le bord des étangs & des rivières , comme
les autres oifeaux qui s'adonnent aux eaux. Quelques
anciens l'ont appelé Glancius h caufe qu'il a les yeux
d'un bleu tirant fur le vert ^ ou proprement ce que
nous appelons couleur d'eau , & en Latin Glaucus.
Tiers. Voye^ Narcisse.
TiERS-CouTUMiER. Dans quelques Provinces on appelle
tiers-coutumier , la troilième partie du bien du père ou
de la mère , laquelle eft inaliénable , & appartient à les
enfans. Tertia pars. Le tiers ne fe prend que fur les im-
meubles que le père polTédoit au tems de fon m.ariage.
En Normandie le tiers-coutumier eft propre aux enfans ,
& l'ulufruit tient lieu de douaire à leur mère. C'eft ce
qu'ailleurs on appelle légitime.
Le Tiers-coutumier a pallé de Normandie dans la
Coutume de Paris, en Angleterre & en Ecoftè, où il
eft encore en ufage. Voyez le Gloflaire de M. De Lau-
rière.
Tiers et danger. Terme d'Eaux & Forêts. C'eft un
droit qui appartient au Roi, & à quelques Seigneurs^ &
. fur tout en Normandie , fur les bois poftédés par les
vall'aux, qui confifte au tiers de la vente qui fe fait d'un
bois , foit en argent , ou en efpcce > & outre cela au
dixième. Tertia pretii venditi ligni pars. Ainfi de 5 o
arpens, c'eft 15 arpens", de 5000 livres c'eft treize cens
livres. Quelques-uns ne paient que le danger qui eft: le
dixième. La dernière Ordonnance déclare le droit de
tiers Se danger imprefcriptible.
, Comme en Normandie le Roi a le tiers dans le prix
des ventes des bois , ces ventes ne doivent point fe
faire fans fa permiffion , à peine de confîlcation des deux
autres tiers. Pour obtenir cette permiffion, on lui don-
noit la dixième partie du total du prix des ventes. Par
ce moyen le danger qu'il y avoir à vendre les bois étoit
oté , & il n'y avoit plus de confifcation à craindre. C'eft
pour cela qu'on a appelé ce droir , droit de danger.
Tiers-deniers. Droit, qui dans la Coutume de Niver-
nois. Tir. IV, arr. 58 & 70. Tir. XXIV. art. 10. Tit.
VI. art. 2 & 25. eft dû au fieur Bourdelier, & le tiers-
deniers du prix de la vente de l'héritage bourdelier.
De Laurière. Droit du tiers-denier de vente.
T1ERS-A-MERCI. Droit qui a été adjugé au Prieur d'Ofai
par Arrêt de Paris du pénultième jour d'Août 1404.
De Laurière. Droit Seigneurial du tiers que le Sei-
gneur prenoit à volonté.
TiER-s -Ordre. Troifième Ordre fous une même Règle,
& même forme de vie à proportion des deux autres
inftitués auparavant. Tiers-Ordre. Les Tiers-Ordres ne
font point ordinairement des Ordres Religieux ^ mais
de faintes allbciations de perfonnes féculières , Se même
mariées qui fe conformenr, autant que leur état le peut
permettre, à la fin, hrefprit,& aux Règles d'un Ordre
Religieux qui les alïbcic & les conduit. Les Carmes ,
les Auguftins, & les Francifcains fe difputent l'honiieur
d'avoir donné commencement aux Tiers-Ordres. Mais
îl paroîtque les derniers font les mieux fondés. Cepen-
dant s'il eft vrai que le Tiers-Ordre de Prémontré ait
commencé du vivant même de S. Norbert (le Père
Hélyot lui-même le rapporte ) S. Norbert étant mort
en 1554, comme la Bibliothèque des Prémontrés le
marque , L. II. C. 40, & que tout le monde en convient,
l'Ordre de Prémontré fera le premier qui ait eu un
Tiers-Ordre. Car S. François n'inftitua fon Tiers-Ordre
qu'en 1221. pour des perfonnes de l'un & de l'aune
fexe, aufquelles le Pape Nicolas IV. prefcrivit une Règle.
Enluite d'autres Ordres, à l'imitation de ce Saint, ont
établi aufïï des Tiers -Ordres. Le P. Sylvera, fameux
écrivain Carme , & Lézana dans fa Summ. Quœft.
Regul. T.I. C. i^De Tertiariis, n. 13. conviennent
de cela. Mais Didaque Martinez Coria, Carme Efpa-
39
gnol , qui a fait un Traité particulier du Tiers-Ordre des
Carmes, imprimé à Séville en 1592. prétend que les
Tierçaires Carmes defcendent immédiatement du Pro-
phète Elie, auffi-bienque les Carmes mêmes-, & parmi
les grands hommes qui ont fait profeffion de ce Tiers-
Ordre, il met le Prophète Abdias^ qui vivoit 800 ans
avant la naillànce de J. C. félon plulieurs Auteurs-, &
parmi les femmes , la bifaïeule du Sauveur du monde ,
ious le nom emprunté de Sainte Émérenticnne. Je n'ai
point vu ce Traité-, c'eft le P. Hélyot, qui, T. I. C. 52.
rapporte ce que j'en viens de dire. Mais il fe trompe ,
quand^ il appelle cet Auteur Didaque Alartinez Coria.
A la tête de fa Chronique des Carmes en Eipagnolque
j'ai, il fe nomme, El Maeftro Fray Diego de Coria
Maldonado ; &: la Bibliothèque des Hiftoriens d'Efpagne
ne l'appelle que Didacus de Cçria Maldonado ; je ne
fai où le P. Hélyot a pris le nom de Martinez qu'il lui
donne. Le Traité lingulier qu'il cite , eft iniitulé , Para
los Hermanos y Hermanas de la Orden tercera de
Nuejlra Senora del Carmel , Hifpali 1 592. Sive Direc-
torium Tertiariorum. Quoi qu'il en foit, fix ans après,
dans fa Chronique de 1 Ordre des Carmes, imprimée
à Cordoue, in- fol. en 1 598 . L. V. C. 1 2. il dir qu'Ab-
dias, ce Contrôleur-Général, ou Intendant de la Mai-
fon du Roi Achab, dont il eft parlé au troifième L. des
Rois, C. 18. & qu'il prétend être le Prophète Abdias,
fut difciple d'Elie , & qu'après avoir fervi Achab &
Ochofias fon fils , il fe retira pour fervir Dieu , & qu'il
entra dans l'Ordre Prophétique d'Élie, fans néanmoins
quitter fa maifon , ies enfans , ni même fa femme -, il
dit qu'il fut non pas du Tiers-Ordre , mais du fécond
Ordre , & pour rapporter fidèlement les termes traduits,
qu'il fut Religieux de la féconde Religion qu'inftitua
Élie, compoléede gens mariés, & qui s'appeloit la Re-
ligion des Eunuques, qui étoient fous la conduite d'Elie
& d'Elilée, & Ious leur obéilTànce, comme les Con-^
ventuels , ainfi que le remarque Abulenfis dans la Q. I.
du Ch. VI. du 4*= Livre des Rois. Ce que dit en cet
endroit Toftat, duquel on s'appuie , eft qu'il y avoit
deux fortes de Prophètes, les uns quiVivoient en com-
munauté , Se d'autres qui étoient mariés, & qui étoient
inftruits & gouvernés par les Prophètes cénobites, &
que de fon temps Elifée en avoit foin. Voilà fur quoi
l'on établit cette ancienneté du Tiers-Ordre des Carmes.
Lézana, Annal. Carmel. ad an. M. 3140, doute Ci
Abdias étoit feulement du Tiers-Ordre , ou s'il étoit
tout à-fait Religieux. C'eftdonimage qu'une fi ancienne
Noblefle ne loit pas mieux prouvée. Les Auguftins
prétendent aulîi que leur Tiers-Ordre eft le premier qui
air paru dans l'Eglile, & en attribuent l'iuftitutlon à S.
Auguftin lui-même, mais avec auffi peu de fondement
que les Carmes attribuent le leur à Elie , ou même à
Samuel, comme Lézana, qui dans fes Annales eft d'un
fentiment bien ditiérent de celui qu'il fuit dans la
Somme.
Il y a des Tiers-Ordres de deux fortes-, les uns qui
ne font pas Religieux , & les autres qui le font j comme
les Religieux Pénitens du Tiers-Ordre de S. François
& les Religieufes du Tiers-Ordre de S. Dominique.
Les tiers-Ordres qui font Religieux ne l'étoient pas
dans leur origine. Ceux qui ne le font pas, font cepen-
dant de véritables Ordres, parce que dans le cas dont
il s'agit , le mot Ordre fignifie une Ailèmblée , un
nombre de gens unis enfemble par une certaine manière
de vivre , & certaines règles & cérémonie;; pratiquées
par ceux qui s'y engagent, & approuvées par les Sou-
verains Pontifes. Car les tiers-Ordres oni été apptouvés
par le S. Siège, comme onrle peut voir par les Bulles
de Nicolas IV. en faveur des Tierçaires de S. François ,
d'Innocent VII. pour ceux de Saint Dominique, de
Martin V. pour ceux des Servites , d'Eugène IV. &
de Martin V. pour ceux des Auguftins , de Sixte IV,
pour ceux des Carmes , & Jules II. pour ceux des
Minimes , des Servites , des Trinitaires , &c.
Le Tiers-Ordre de S, Auguftin , Cx l'on en croit le
P. Bruno Sauvé , a éré inftitué par S. Auguftin lui-
même, & c'eft le premier tiers-Ordre qui ait paru dans
l'Églife, Cet Auguftin qui étoit de la province de S.
40
TIE
TIE
Cuillaiiine , ou de la Comnninaiiié de Bourges , a com-
pofé un Livre exprès pour prouver que S. Auguftin eft
l'Auteur de cet érabliUcmcnt ; mais les railons lont li
frivoles, remarque le P. Hélyoc, qu'elles ne méritent
pas d'être réfutées. I) met Sainte Geneviève de ce tiers-
Orcfre , & beaucoup d'autres depuis Saint Augullm ,
jufqu'au V^ (iccle. Depuis le VP lîècle, julqu au trei^
zième, il ne trouve rien touchant cet Ordre prétendu.
L'innondation des Batbarcs en cft, à ce qu'il croit, la
caufe. Enfin l'an 115)9. il croit le voir renaître, parce
qu'Innocent III. cette année-là, par une Bulle que nous
avons , déclara nul le mariage qu'avoir contradlé une
femme, qui avoir tait vœu entre !es_ mains d'un Reli-
gieux de l'Ordre de S. Auguftin. Il ajoute qu'outre Ion
vœu , cette femme s'étoit engagée de vivre Ibus la
direction de l'Ordre de S. Auguftin avec un habit de
Tierciaire -, mais cela n'eft point dans la Bulle qu'il cite :
îl nous renvoie au L. I V. des Décrétales , Tit. Qui
Clerici yel voventes; mais il y eft dit que cette femme
avoir fait un vœu folennel. Ainfi elle étoit Religieufc
& non pas Tierciaire. Il met encore dans cet Ordre le;
Sœurs Pénitentes de Sainte Magdelaine , dont il eft
parlé dans les Bulles de Grégoire IX. de l'an 1227. &
le tiers-Ordre de S. François, parce que Nicolas IV.
ordonna l'an 1290. que les Frères & Sœurs de cet
Ordre porteroient non pas un cotdon , mais une cein
ture de cuir , & que la ceinture de cuir eft un diftinc-
tif fpécialde l'Ordre de S. Auguftin , comme lî pluheur
autres Ordres d'hommes & de femmes n'en portoient
pas comme les Auguftins & les Auguftines. Ces Pères
ne commencèrent à donner l'habit de Tierciaires que
fous Boniface IX. Il leur en accorda la permiffion en
1401. SaBullefut confirmée par Martin V. Eugène IV.
8c Sixte IV. & par Paul II. en 1470. Voyez le P. Hé-
Jyor, T. III. C. 10. Le P. AngeProuftde la Commu-
nauté ou Réforme de Bourges augmenta fort ce tiers-
Ordre en Bretagne au fiècle paftë. Voyei le même
jAuteur, C. 1 1.
Le Tiers-Ordre des Carmes , quoiqu'en dife le P.
Didaque de Coria , donr nous avons parlé , n'a étr
établi qu'en 1476. que Sixte IV. permit au Prieur gé-
néral , aux Provinciaux & aux Prieurs locaux de l'Ordre
■des Carmes , & à ceux qui tiendroient leur place, de
pouvoir donner l'habit régulier & 'a Règle de leur
Ordre aux perfonnes de i'un & de l'autre fexe qui le
préfenteroienr pour le recevoir •, de même que les Man-
telées , &Pinzoches , ouïes Frères de la Pénitence du
tiers-Ordre des Mineurs , & de ceux des Frères Prê-
cheurs & des Ermites de S. Auguftin , & d'admettre
aulîî au même habft, les Vierges, Matrones, Veuve:
& Femmes matiées. L'année luivante i^yj. ce tiers-
Ordre des Carmes commença en vertu de cette Bulle
de Sixte IV. Les Frères & Sœ-urs de cer Ordre n'eurent
d'abord que la Règle du Pairiarche Aiberr. Enfuite le
P. Théodore Statius , Général des Carmes , vers l'an
1655. ieur en dreilà une, & le P. Emiie Jacomeli ,
yicaire général de cet Ordre, !a réforma. Elle contient
19 Chapitres. Le P. de Coria prétend que les Cheva-
liers de Malthe, dans leur origine, ont été du tiers-Ordre
des Carmes, que le B. Gérard, leur Fondateur, étoit
Frère Convers de l'Ordre des Carmes ^ & qu'il inftitua
cet Ordre de Tierçaires ious l'autoriré de Ion Général.
Saïaceni 8c Munoz font auffi de ce lentiment , & con-
•fondent le B. Gérard avec S. Gérard , Evêque & Marryr,
& premier Apôtre de Fiongrie , qui mourut en 1042
De Coria met encore S. Louis dans le tiers-Ordre des
Carmes. Tout cela eft du même gour que ce qu'ils
dilent de l'Antiquité de cet Ordre. 11 entra en Porrugal
l'an 1629. & y fur maintenu par lenrence du Tnbunal
du Collecteur Apofto ique contre les oppofitions des
autres Religieux. Vove^ le P. Eié!yot,T, I. C. 52.
Le Tiers-Ordre de S. Dominique a été peu connu
avant 1422. Nous enavons parlé au mor Dominicain,
& au mot Milice.
Le Tiers-Ordre de S. François comiîiença en 1121.
comme on l'a dit ci-dellus, par piufieurs perfonnes,,
qui touchées des prédications du Saint , lui deman-
derenr un moyen de mener plus faciiemènr une vie
Chrétienne. Il leur donna une règle dont on n'a plus
les contiftutions, ainfi qu'il les écrivit lui-même •, mais
feulemenr comme elles furent rédigées & confirmées
par le Pape Nicolas IV. foixante & huit ans après. Le
premier Ordre de ce Saint comprend les hommes Re-
ligieux qu'on appelle Frèies Mineurs; 8c qui iont les
Cordeliers , les Capucins ëc les Récolets. Le fécond
comprend les Filles Religieules de Sainte Claire. Et le
troifième comprend pluiieurs pcrionnes de l'un & de
l'aurre lexe qui vivent dans le monde, & c'eft ce qu'on
appelle le tiers-Ordre. Les perfonnes qui lont de ce
tiers-Ordre , portent tous leurs habits une tunique de
lerge grife , ou bn Icapulairede même étofte, avec un
cordon-, &ils obfervenr une règle taite par S. François,
& autotilée par les Papes , & principalement par c Pape
Nicolas IV. Le Tiers-Ordre de S. François commença
à Carnerio , petit bourg éloigné de deux lieues de la
ville d'Alîife. S. François y ayant prêché avec beaucoup
de force la néceflîté de la pénitence, pluiieurs habi-
tans de Carnerio & des bourgades voUines en furent li
touchés j qu'ils vouloient le retirer dans les cloîtres &
dans les lolitudes , abandonnant , les maris leurs temmes,
& les femmes leurs maris. Le Sainr régla ces mouve-
mens indilcrets, leur periuadant de demeurer dans
leurs familles, &: d'y vivre dans la crainte de Dieu , &
la pratique des vertus Chrériennes. Il leur donna une
règle j 8c c'eft ce qui fit l'établiflement de fon tierS'
Ordre. Le ptemier éroit les Frères Mineurs , Se le fé-
cond les Clarilîes. Les Florentins firent bâtir la première
Mailon de cet Ordre. Les Confrère^ bànrenc aull^
quelque-temps après un Hôpital proche des murs de
la même ville , «& d'une Eglile de S. Martin : ce qui fît
donner à ces Tierçaires le nom de Bons-hommes de
S. Martin, avec ceiui de Pénirens d^' S. François, à
caufe du nom de la Pénitence que ce Sajit donna à
fon troilième Ordre. CeiOrdre s'étabiit enfuite à Giani.
En 1221.OU 1222. leSaini en fit la Règle, qui'contient
20 chapitres. Elle fut approuvée de vive voix par
Honorius III. <X Grégoire IX. & confirmée par uns
Bulle de Nico.as IV. de l'an 1289. après qu'il y eut fait
quelques chan~emens & additions. Ceci a fait croire à
quelques-uns que S. François n en étoit pas l'Auteur ,
quec étoit Nico:as IV. Mais une Buile de 1290. marque
expreftément que c eft S. François qui l'a faite , &
Léon X. dans la Buile de 1 an 1521, dit que Nicolas IV.
l'avoit feulement confirmée. Anne d'Autriche Reine de
France, & mère de Louis XIV. de giorieufe mémoire,
prit 1 habit du tiers-Ordre de Saint François. En El pagne ,
en Itaue , & en quelques autres lieux, on porte publi-
quement i habit de cet Ordre. Il coijlilre en une robbe
de drap brun , ou couleur de cendre , ferrée, d'une
corde b anche, avec un manieaude même étoile. Il y
a des hommes qui ont un necit capjce, 8c d'autres un
chapeau , les femnies ont un voile bianc.
De cet Ofdie, qui ne fut établi d abord que pour
des perfonnes fécuiières, piufieurs, pourparvcnir ii iuie
perfcdion plus grande , le font fait de vésitabies Reli-
gieux , 8c ont tonné dirtérenrcs Congrégations , dont
voici les noms. Les Religieux Pénitens du tiers-Ordre
de Saint François, dont quciques-uns mettent les com-
mencemens fous Léon X. D autres dilcnt que la Bien-
heureule Angeiine de Corbare ionda le premier mo-
naftèrede cet Ordre en 1397. D autre, prétendent que
le tiers-Ordre Réguaer commença di. vivant même de
S. Fran.ois. Ce dernier ler.ument eft faux, de l'aveu
même du P. Fléyor, qui ne rem-oniequ'à Nicolas IV.
Vbyei cet Auteur, T. VIL C. 50. Religieux Pénitens
du tiers-O/dredt Saint François de la Régulière obfer-
vance , dite de :a Congrégation de Lombardie. Reli-
gieux Pénitens du tiers-Ordie de S. François des Con-
grégations de Sicie, de Daimatie & d'Iftrie ; elles
font aujourd hui unies à celle de Lombardie. Reli-
gieux Pénirens du tiers Ordre de Saint Fran:ois de la
Régulière Oblervarxe; de la Congrégation de Zéppe-
ren j appelles Begghars , ils font aulFi unis à la Congré-
gation de Lombardie. Il y a encore en Allemagne une
Congrégation de Pénitens du tiers-Ord. e de S. François,
8c une en i_lpagne, une en Portugal , une en France,
appeilée communément Picpus. Les Frères Infirmiers
fvUçinies, nommés encore Obrégons, 8c fondés fur la
fin
TIE
fin du XVIe fiècle par le P. Bernarcjjn d'Obrégon , font
auffidu tiers-Ordre de S. Fiauçois , de même que les
Bonfieux, qui commencèrent à Armentières Tan i6i 5.
Il y a encore trois Congrégations du tiers-Ordre de S.
François, dont on ne fait guère que le nom. Les Frères
& Sœurs des Sociétés ou Confraternités du Confort à
Milan , & de la Charité de Pajolo à Reggio ^ & les
Pénitens gris à Paris.
ïl' y a auiïi plufieurs Congrégations Religieufes de
fiOes au tiers-Ordre de S. François. La première Reli-
gieufe de cet Ordre fut fainte Elifabeth de Hongrie,
veuve du Landgrave deThuringe qui fit vœu de pau-
vreté & de chafteté l'an 1215. Ces Religieufes étoient
Hofpitalières , & fe nommèrent les unes Sœurs de la
Celle, les autres. Sœurs de la Saille. D'autres vivoient
en clôture, elles furent fondées vers Pan 1 595 , par la
B. Angeline de Corbare, qui fut leur première Géné-
rale. Celles qui iont Hofpitalières en France & dans les
Pays-Bas , fe nomment Sœurs Grifes , dont quelques-
unes font réformées. D'autres s'appellent Pénitentes
du tiers-Ordre de S. François de l'étroite Obfervance.
D'aurres , Pénitentes du tiers-Ordre de S. François ou
Récolleclines. Vbye:^ iur le tiers Ordre de S. François ,
& fes dittcrentes Congrégations , le P. Hélyot, T. VIL
■ depuis le Chapitre XXIX. jufqu'au XLV. inclufi-
vement.
Le Tiers-Ordre de Prémontré. Thibaut, Comte de
Champagne & de Blois voulut entrer dans l'Ordre de
Prémontré, & s'y engager par les vœux folennels-,
mais Saint Norbert lui déclara que la volonté de D^eu
étoit qu'il le fer vît dans le mariage. Il lui donna feule-
ment un petit fcapukire blanc, pour porter fous fes
habits , en lui prelcrivant une Règle pour y vivre fain-
tement ik d'une mani'ère religieufe au milieu du monde.
Il accorda enfuite la même chofe à une infinité de per-
fonnes féculièresi c'eft ce qui a compofé le tiers-Ordre
de Prémontré ; mais il y a long-temps que cet ufage
eft aboli. P. Hélyoc^ T. II. p. 6z. & le Bibliotheca
Prcemonftratenfis.
Le Tiers-Ordre de la Merci. Vers l'an iiéj. deux
veuves de condition de la ville de Barcelone deman-
dèrent pour elles & pour plufieurs autres , au B. Ber-
nard de Corbarie leur Confeileur, de l'Ordre de la
Merci , & Prieur du Couvent de Barcelone , la pcr-
miffion de porrer l'habit du tiers-Ordre de la Merci , à
l'exemple des Tierciaires de Saint François & de Saint
Dominique. Après quelques épreuves, il propola la
choie au Chapitre général , & on lui donna commilTiOii
de faire cet érabliflement , & d'en écrire la Règle : ce
qu'il fit en iz55. Tels furent les commencemens du
Tiers-Ordre de la Merci, au XIII^. fiècle.
Le Tiers-Ordre des Servites , fi l'on s'en rapporte au
P. Archange Giani dans les Annales de cet Ordre , fut
inftitué par le B. Bonfils Monaloi premier Général de
l'Ordre : mais le P. Hélyot montre par l'Ade de récep-
tion de ces prétendues Tierciaires, que ce n'étoient que
des Oblates, jufqu'au XVe fiècle que la B. Julienne ,
fille d'un riche bourgeois de Florence, ayanr été élue
Supérieure par ces Oblates en 1506, leur prefcrivit une
Règle, qui fut approuvée par Martin V. l'an 1424.
Ainfi d'Oblates elles devinrenr véritablement Tier-
ciaires des Servites. Leur Règle eft rapportée tout au
long dans cette Bulle & contient 20 articles. Il n'y a
que des filles du tiers-Ordre des Servites.
Le Tiers - Ordre de la Trinité n'a commencé très-
probablement qu'en 1584, quoiqu'on l'on lui donne
une ancienneté plus grande de quatre fiècles. Voye^
au mot Trinité.
DEUX -TIERS. Nom d'une monnoie de Saxe frappée en
Lufacel'an 1664, fous le gouvernement de l'EleCleur
Jean George; on l'a depuis peu augmentée de leizcà
<lix-huit gros. BeJ^
TIERS-POINT. Terme de Pcrfpedive &d'Archi!e(fture.
En perfpeè'tive on appelle le tiers-point, un point qu'on
ptend à dilcrétion iur la ligne de vue, où aboutillènt
toutes les diagonales qu'on tire pour racourcir les
figures. Punâum tertium in perfpecliva.
TiïRS-POiNT. En terme d'Architecture. C'eft le point de
fedion qui fe fait au iommet d'un triangle équilatéral
Tome VI II. L Partie.
TIE TI
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ou au-deffus , ou au-deiTous. Tertium punêum. On fait
des voûtes d'ogive en tiers-point. Il eft ainfi nommé
parce qu'il eft le troifième point après les deux qui ionn
iur la bafe. Une voûte en /i>r5-pomz- eft proprement une
vonte élevée au-deilus du plein cintre.
On appelle aulîi un tiers-point , ce qui donne un
branle à pliiiieurs machines daiis la Méchanique. Ter-
tium mobile.
Tiers-point, f m. Terme d'Horloger. On appelle ainfi
une lime qui eft formée de trois angles.
On appelle en terme de marine , des voiles à tiers-
point, les voiles triangulaires, qu'on nomme autre-
ment voiles Latines , dont on fe iert fur la Méditer-
ranée & iur les galères, & à l'artimon. Vêla Latina,
trians^da.
TIERS-POTEAU, f. m. Terme d'Architeaure'. Pièce de
bois de Iciage de cinq pouces & demi de grolfeur „faite
d'un poteau refendu. Tertia ligni Jajfdispars. On s'en
ferr pour les cloifons légères ,, &. pour celles quiportent
à faux. Davil.
TIERS DE SOU. C'étoit une forte de monnoie d'or du
temps des Rois de la première Race, laquelle avoir,
d'un côté , une tête de Mérovée ornée d'un diadème
perlé. Tertiarius affîs. Bouteroue.
TIERSAN. Voyei Tiéran.
TIESURES. Nom d'un ancien village des Ambianois.
Teucera. Il eft dans l'Artois, au contins de la Picardie,
iurl'Authie , à une lieue au-delîus de Dourlens. Maty-
TIEUL,EULE. Vieuxadj.Tel. r^Zw. Etauplivriel, Tieuls.
Borel.
TiEULE.ff. Vieux mot. Tuile. Boree. Tegula. Delà
on a fait Tegule, Tejule, Tieule. il y a des Couvreurs
& d'autres artifans en France, qui ie iervent encore
de ce mot. ,
TIEULEMENT. Vieux adv. Tellement. Borel. Sicj ita.
TIEURE. Tieure fur l'Authie. Nom de lieu. Teucera.
Teucera ad Alteiam. C^eft un bourg de Picardie , firué
fur l'Authie, entre Authie & Dourlens. Vbye:^ Valois,
Not.Gall.p. 14. & i8z.
TIEUXTE. Vieux f m. Texte. Borel. Textus , con-
textus.
TIEX. Vieux adj. m. Tel. Borel. Talis. Il paroît être
indéclinable -, car il a au féiVilnin tiex , & au pluriel il a
auflî tiex.
Tohannes hom non pas ancien ,
Que en appelle Gentien ,
Portait ùe-x. armes ce dijàient. PierreGentien.
f I F
TIF AINE. Foye;[ TipHAiNE.
TIFAUGES. Nom d'un bourg de France ,^ fitué fur laSure
Nantoiie, dans le Poitou, & aux confins derAn)pu&
de la Bretagne. Maty. Taifali Gallicani , Taifalia^
Teifali, Teifoliaj Tifaugia. C'eft un village du Poi-
tou. Les Taifales étoient des Scythes , c'eft- à-dire, des
peuples du nord j dit Valois , Not. Gall.p. 549.^ mais
des Scythes infâmes & Sodomites. Ils s'étoient établis
dans le Poitou , à Selle & à Tifauge , & ils donnèrent
leur nom à ce dernier lieu -, car Tifauge s'eft fait de
Taifalia. Ce village eft ils entre Chiflon ou Cliçon &
Mortaigne , fur la Seure Nantoiie. Il y avoit beaucoup
de ces Taifales fur les côtes du Poitou , & le long de
l'embouchure de la Loire. Valois croit qu'ils y écoienc
venus Cous la conduite d'Ataulfe Roi des Gots, ou avec
GoarRoides Alains, & qu'ils s'y étoient établis fous
l'Empire d'Honorius. Car il ne croit pas que ce loient
les defcendans de ces Taifa!es payens , qui, iuivant la
Notice des Provinces de l'Empire Romain, iccoururenc
les Poitevins. J^ovf^ cet Auteur à l'endroit cité, ScRer.
Francic. L. V.
TIFERNO , ou BIFERNO. Nom d une rivière du
Royaume de Naples en Italie. Tifernus , Phiternus.
Cette rivière naît près du Bojano, dans le Comté de
Moliie -, arrofe Guardia ; & aprè^ avoir traverié une
partie de la Capitanate, elle ie décharge dans legolt'e
deVcnife, environ à une lieue de Thermoie, vers
l'orient. Maty.
42 TIF TIG
TIFER , ou TIPHER. v. a. Vieux mot , orner -, de th^iy ,
coronare. D'où viem une tufte , c'eil - à - dire , hupe.
BOREL.
TIFFÉ, ÉE. part. Vieux mot. Ajufté. attift'é. Borel. Or-
natus ^ vefiitus.
Si fu cointe , fi tiffée ,
Que fembloit être une Fée. R. de la Rose.
Ces Dames qui fi font tiftées ,
Si mignottes à fi parées. Ovide Mf, de Borel.
T I G
TIGE. f. f. C'eft la partie des plantes, qui naît de la ra-
cine , & qui foutient les fleurs , les feuilles & les fruits.
La tige dans les arbres s'appelle le tronc , en Latin,
truncus , caudex ; dans les herbes , elle s'appelle cauUs
Scjcapus , lorfqu'elle eft droite comme une colonne.
Les Auteurs modernes l'ont appellée viticulus , lorl-
iju'elle eft grêle & couchée par terre comme celle de
la nummulaire. Dans les plantes graminées, cul/nus.
La tige de la plante, luivant M. Grew , dans ion Ana-
tomie des Plantes, n'eft autre chofe que la cuticule
qui couvre au commencement les deux lobes & la
plume de la graine , & qui s'étend à mefure que la
plante ctoît.
Dans le langage des Botaniftes la tige eft la produc-
tion principale & verticale d'un atbre & d'une plante
On dit qu'une plante a- une belle tige\ qu'un arbufte
pourte plusieurs tiges. Litige des plantes graminées fe
nomme la paille , palea •, le chalumeau , calamus ■, &: le
chaume, culmus. Ce terme eft propre aux graminées,
qui ont une tige creufe , garnie de feuilles. La tige
fimple eft celle qui fe continue fans interruption depuis
le bas juiqu'en haut. La tige compofée eft celle qui fe
perd en ramifications. A l'égard du chaume , culmus ,
nous avons dit que c'eft la tige fiftuleufe des plantes
qu'on nomme culmiferœ. Elle porte d'ordinaire des
épis ou des panicules. Voye^ ces mots.
Les Botaniftes appellent tige ailée j celle qui dans fa
longueur eft revêtue de quelques feuillets déliés que
l'on nomme aîles. Truncus alatus.
Tige, en Architedure, fignifie le fût ou le vif d'une co-
lonne. Columnœ Jcapus. On appelle tige de rinceau ,
une efpèce de branche qui part d'un culot ou fleuron,
& qui porte les feuillages d'un rinceau d'ornement.
Cdulis. Daviler. Et tige de fontaine , une efpèce de
baluftte qui fert à porter une ou plufieurs coupes de
fontaine jailliflante. Les Serruriers appellentla tiged'une
clef, la pattie qui eft entre le panneton & l'anneau.
Scapus. On dit auflî la tige d'un guéridon , la tige d'une
plume, d'un flambeau, ou chandelier, ou autres chofes
qui imitent la tige d'une plante.
La tige d'un guéridon eft la partie du guéridon de-
puis la patte julqu'à la tablette. La tige d'une botte
eft la partie de la borte depuis le pied jufqu'à la ge-
nouillère.
Tige, Terme d'Horlogerie. Vbye\ Arbre.
Tige, fe dit figurément en généalogie de la branche
principale , à l'égard des branches cadettes qui en font
forties. Stirps , caput. La parenté n'eft fondée que fur
ce qu'on vient de la même tige, d'une fouche com-
mune. Pour compter les degrés de la parenté , il faut
remonter jufqu'à fa tige. Ces deux familles fortent
d'une même tige.
TIGE , ÉE. adj. Terme de Blafon , qui fe dit des plantes
& des fleurs reprélentées fur leurs tiges. Caudicatus.
TIGENS. Vieux mot. Sorte de Bas. Perceval. Borel.
«S:3"TIGÈRON. f m. Terme d'Horlogerie ^ quidéfigne
une petite tige fort courte , qui dans l'axe d'une roue ,
ou d'un balancier s'étend depuis la portée d'un pivot
jufqu'au pignon ou à la roue.
TIGETTE. f. f. Terme d'Architeduie. C'eft dans le cha-
piteau Corinthien une manière de tige , ou cornet , le
plus ibuvent cannelé , & orné de feuilles , d'où naiilènt
les volutes & les hélices. Cauliculus. Daviler. On
l'appelle auffi , Petite CauUcaule.
TIG
TIGNE. Voyei T^gne. Tmea.
TIGNO, Foyei Tenna.
TIGNON. f. m. Il fe dit , en parlant des femmes , de là
partie des cheveux qui eft derrière la tête. Tignon re-
leva. Tignon bien frifé.
TiGNON , fe prend aulïï quelquefois pour toute la co'ef-
fure des femmes du peuple. Ces harangeres fe font
arracher le tignon. Voye^ Teignon.
TIGNONER. V. a. Se prendre par le tignon. CéS*deux
femmes fe tignonnerent long-temps. Il eft du ftile fa-
milier. Il fignifie auflî dans le même ftile, mettre en
boucles les cheveux du chignon. Elle fe fait tignoner
tous les deux jours. Voye\ Teignoner.
TIGRE, Tigres se. f. m. & f. Animal féroce & cruel qui
a des griftes , & la figure d'un chat , mais qui eft plus
grand , & qui a la peau tachetée. Tigris , tigrisfœmi-
na. Un tigre d'Hircanie. Oppien dit que le tigre eft le
plus beau des animaux à quatre pieds , comme le paon
l'eft des oifeaux. Le tigre eft très-agile , & très-vîte ;
c'eft ce qui a fait dire aux Poètes , qu'il étoit conçu des
vents. Ariftote a dit , Hift. Anim. L. VIII. C.%8. que
les tigreffès s'accouploient avec les chiens , & que de
cet accouplement nailloient les chiens des Indes : cela
n'eft pas vrai', mais Ariftote eft excufable, parce que
cet animal étoit peu connu alors -, qu'il n'en parle que
fur le rapport des autres; & que Néarque lui-même,
qui avoir couru une partie de l'Hircanie & de l'Inde
avec Alexandre , & qui étoit général de fa flotte , n'en
avoit jamais vu lui-même qui fût en vie , mais feule-
ment des peaux. On le connut bien plus tard à Rome.
Le premier tigre qui y parut , fut donné en l'pedacle
\.nz Augufte , à la dédicace du beau théâtre de Mar-
cellus , qui fe fit aux Nones de Mai , c'eft-à-dire, le
feptieme de ce mois , fous le Confulat de Q. Tubéron
& de Fabius Maximus , l'an 742 de Rome. Pline ,
L. VIII. C. ty. Les Poètes difent que le Char de
Bacchus eft tiré par des tigres. Pline dit que celui
qu'Augufte donna le premier en fpeclacle, étoit appri-
voifé ■■, il dit pourtant qu'il étoit dans une cage. Martial
dit plus : Domitien, fi on l'en croit, attacha à un char
des tigres , aulïï-bien que des léopards. J'ai de la peine
à le croire -, le tigre ne s'apprivoife jamais. Philoftrate ,
dans la vie d'Apollonius , L. IL C. 12. rapporte , d'a-
près Damis , que les Indiens mangeoient les feftès des
tigres, mais qu'ils ne mangeoient point les autres par-
ties qu'ils regardoient comme facrées. Voye[ iur les
tigres , Bochard , Hiero[. P. I. L. III. C. 8. Wortonus ,
dediffer.Anim.L. V.C.Sz. YoOius, de Idolol.L.III.
C.6o.6^.6^.jz. Piétro délia Valle, P.lV. dit qu'à la
Cour du Mogol on fait des combats d'hommes & de
tigres. Dans l'île de Sainte Catherine prefque perfonne
n'a des bas , ni des fouliers •, néanmoins ils font obligés
de fe couvrir les jambes, lorfqu'ils entrent dans les fo-
rêts, alors la peau d'une jambe de tigre leur eft un bas
tout fait. Fr^zier , p.zt. Un Poëte fait dire à Enée
par Didon, pour lui reprocher fa dureté.
Non cruel j tu nés pas le fils d'une DéeJJTe,
Tufuças, en naifpint, le lait d'une tigreflè.
Tigre , fe dit figurément d'un homme méchant , furieux
& cru el . Tigris , ferox , furioj'us j crudelis j inhumanus.
C'efi un tigre altéré de tout lefingKomam. Corn,
C'eft un père inexorable , impitoyable*, un vrai tigre.
Cette femme fe plaint que fon mari eft jaloux comme
un tigre. Un Amant maltraité accufe fa Maîtrellè d'être
ti greffe : Quand on eft tigreffe , je fuis ma foi tigre auffi.
. Mol.
Tigre , fe dit aufll des chevaux , quand leur poil eft ta-
cheté comme les tigres. EquusviUis tigrinis varie gatus.
On a fait un prélent au Roi d'un bel attelage de fix
chevaux tigres.
Tigre, eft aufl[î un petit infede gris & rond, qui fe
métamorphofe en papillon. Il fuce la fubftance des
feuilles des arbres en efpalier , fur - tout des poi-
riers de bon chrétien , ce qui les fatigue beaucoup.
TIG
Tigrinus pulex. Duh. ill attaque principalement ceux
qui font aux bonnes expofitions du levant & du midi.
On prétend qu'on fait mourir les tigres en arrolant les
poiriers avec de l'eau dans laquelle on aura fait trem-
per du tabac ou des branches d'Ablïnthe.
On peut aulîi , pour détruire les œufs , feringuer de
l'eau bouillante fur le treillage, fur les groflès branches,
& principalement dans les crevalles de la muraille.
Cela doit fe faire vers le mois de Mars ou d'Avril ,
avant l'éclofion de ces infeôtes.
TIGRE. Nom d'une grande rivière d'Afie. Tigris. Elle a
fa fource près de celle de l'Euphrate , dans la montagne
' de Thildiren Turcomanie; enfuite elle lépareleDiar-
bec de l'Arzerun , & le Chuliffan de la Chaldée •, &
s'étant jointe avec l'Euphrate à Gorno , elle fe dé-
charge dans le golfe de Baifora fous le nom de Scharel-
Arab, c'eft-à-dire , le fleuve des Arabes , anciennement
Paiîtigris. Cette rivière baigne Diarbékir , Gezaïra,
Moful , Bagdat , Gorno & Baifora. Tous ceux qui
mettent le Paradis terreftre dans l'Arménie , ou dans
la Chaldée , prennent le Tigre pour le Chiddelc de
Moiie. C'eft un fleuve très-rapide , & on le traverfe ,
& même on le defcend fur des bateaux, dans lefquels
les Européens ne fe croiroient pas fort en fureté, ils font
faits avec quatre perches qui forment un carré , dont
chaque coin eft foutenu par un autre -, le dedans efl:
garni de branches d'arbres entrelacées, & c'eft là-delTlis
que l'on met confufément les gens & les bêtes -, on
conduit cette machine avec des rames. Matv. Cet
A^uteur l'appelle auffi Tigil; mais nous difons toujours
Tigre en François. L'Euphrate a ia fource dans la
grande Arménie, au côté feptentrional du Mont-Abos,
qui eft une branche du Taurus. Le Tigre a la lienne
dans le même pays , au côré méridional du Mont-Ni-
phate, autre branche du Taurus. Ces deux lources
font éloignées l'une de l'autre de plus de cent lieues.
LTuphrate prend la lource du coté de l'occident , le
Tigre du côté de l'orient, & ils enferment laMéfopo-
ramie , l'une des plus fameufes & des plus fertiles con-
trées de la terre. Ils fe joignent enfuite par plufîeurs
canaux qui enferment l'ancienne Babylonie. Puis ne
faifant plus qu'un même lit, ils s'avancent vers le midi',
&' avant que de tomber dans le golfe Perfique , ils fe
féparentde nouveau, & enferment dans leurs bras une
grande île qui s'appeloit autrefois Meflene , 8c qui s'ap-
pelle préfentement Chader. Huht. DiJf.Jur le Farad.
Terr. C. 6. Les Perfes ignorans dans la navigation ,
dans le commerce & la guerre de mer , & craignant
les invafîons qu'on pouvoit faire dans leur pays par le
Tigre & par l'Euphrate , avoient fait faire des fauts &
des cataradfes en divers endroits de ces fleuves. Alexan-
dre les rétablit dans leur état naturel, enforte que les
vaiffeaux pouvoient remonter jufqu'à Opis &: à Seleu-
cieparle Tigre, & jufqu'à Babylone par l'Euphrate. Id.
Il y a un bras du Tigre que les Arabes appellent le
petit Tigre. D'Herbelot.
Le nom de Chiddekel, que Moïfe donne à ce fleuve,
& celui de Tigre que lui donnent les Européens , &
celui de Diglath qu'on lui donne dans le Levant, font
la même choie. Cela futprendra ceux qui n'entendent
pas l'art des étymologies. . . Je dis donc que de l'Hé-
breu hpnn , Chiddekel s'efl: formé le mot Tigris : &
voici comment. La première lettre, qui eft une forte
afpiration , efl: tombée comme au mot Chahoras, qui
«ft le nom d'un fleuve de Mcfopotamie, dont parle
Ptolomée, que Strabon appelle Aborras ^ comme au
mot Chaam , qui eft le nom du plus jeune des enfans
de Noé , d'où s'eft formé le nom Egyptien Ammun ,
& le Grec Ammon , que l'on a donné à Jupiter \ &
comme au mot Grec x^"-'''"-, d'où les Latins ont fait
celui de Icsna. Cette afpiration étant donc ôtée du mot
Chiddekel, il refte dekel, dont le d s'eft changé en /•,
ce qui arrive fouvent , comme entre lettres de même
organe. Ainfi on a îmAiotus du mot Hébreu , mt^K ,
Ajdod ; iota de "tV jod ; artaba du Syriaque ardab ;
yitergatis de Decerlo -, tenebrcB de 'i'voT^i^-.v, Le k de
■dekd s'eft changé en g, comme de nn^t^, Acbar ,
s eft fait Agbarus ; de Decerto, Atergatis que je viens
d'alléguer -, d'Acragas , Agrigentum ; de Caius &
TIG
45
Cneius , Gains & Gneius -, de curguUo , gurgidio. La
dernière lettre de dekd a produit un r, comme de
l'Hébreu Belial, les Grecs ont fait BêA/àp j comme du
Chaldéen Sarhal, ils ont fait Sarabara; comme l'on a
appelé indifféremment le Borax, TirKal ôcTincar. Et
ce vers ancien de la Comédie Grecque
fait aflèz voir l'affinité de ïl & de Vr. Ces permutations
de lettres font les portes de communication par où les
mots originaux & les dérivés entretiennent leurs cor-
relpondances. Otant donc Pafpiration de Chiddekel,
celui de Dekel eft demeuré , que les Syriens ont tra-
vefti enDiglat; Jofephe &les Paraphraftes Chaldéens,
les Arabes & les Pedes enDiglat; d'autres Orientaux
modernes en Degil & Dégela. Pline , ou ceux qui l'a-
voient inftruit , en Diglito -, & les Grecs , qui don-
noient à tous les noms étrangers riijflexion & le tour
de leur langue, en Tigris. Cela fait voir évidemment
combien lont vaines les conjectures fur l'origine du
mot Tigre. Les uns ont cru que ce fleuve étoit ainfi
nommé à caufe de la vîtefle de fon cours , pareille à
celle de l'animal de même nom. D'autres tirent le
nom du fleuve & de l'animal, de celui de la flèche qui
s'appelle Tigris, difent-ils, chez les Arméniens, chez
les Medes & chez les Perfes. Nous pourrions parler
avec aflurance de cette origine , fi la connoilfance de
I ancienne Langue Perfique étoit venue jufqu'à nous.
II en a paflTé plufieurs mots dans celle d'aujourd'hui ,
& je ne lai fi le mot T»n, Tajor^ ne feroit point de
ce nombre. Il fignifie une flèche. Cette origine n'eft
pas hors de vraifemblance ; car on. ne pouvoit mieux
comparer qu'à une flèche, le Tigre le plus léger de tous
les animaux , & le Tigre le plus vite de tous les fleuves.
Il iemble que les Anciens aient aftedé d'exprimer la
rapidité de ce fleuve par les termes d'oçÙTUf &cd'i^if,
qui iignifiem pointu Ôcléger--, comme pour marquer l'o-
rigine du mot Tigris, tiré de la flèche , qui eft vîte &
pointue. C'eft dans cette même vue que Diodore a
comparé le Nil à une flèche , à caufe de fa rapidité.
Ainfi le fleuve Acis de Sicile a eu ce nom qui fignifie
la pointe d'une flèche , à caufe de la légèreté de fa
courfe. Il iëmble encore que la même caufe a fait don-
ner au Tigre le nom de Sollax ou Sulax, qui eft mar-
qué par quelques Auteurs , & qu'ils expliquent y.a.Ta-
oêpi'f , c eft-à-dire , Qui Je porte en bas avec précipitation.
Ce mot, félon ma conjedure , vient de celui du tor-
rent de Siloë, je veux dire de t^blH, c'eft-à-dire,
chaJJ'é, envoyé^poujp comme un trait ; car le mot whn
qui a la même origine, fignifie un trait. Le mot Arabe,
1t«">n Taijaron , qui approche aflez du Perfan Tojor^
que je viens de rapporter , a une lignificarion qui con-
vient à notre fu jet. Il fignifie un courant d'eau. Il figni-
fie encore, qui coule avec rapidité : ce qui quadre allez
avec la nature du Tigre. L'erreur de Pline , & celle
de fon abréviateur Solin, eft remarquable fur tous les
autres , quand ils difent que le Tigre s'appelle Diglito
dans le commencement de fa courle, lorlqu'elle eft en-
core lente ; mais que quand elle devient plus légère,
il s'appelle Tigre. Il s'appelle Tigre dès fa fource ,
comme l'afiiire Strabon, & les noms de Tigre & de
Diglito ne font qu'une même chofe.
Je dis encore que toutes ces conjeétures font vaines;
il faut chercher la véritable racine du mot Tigris dans
le mot Hébreu Chiddekel ; & ce nom eft compofé de
deux mots Hébreux n~n, chadda, aigu, dérivé du
verbe nnn , chadad, être aigu, & de Sp , vite , léger,
dérivé du verbe hSp , kalal , être vîte ij léger. Et c'eft
plutôt à cette origine qu'à toute autre, que les Grecs
femblent avoir eu égard, quand ils ont exprimé la ra-
pidité de ce fleuve par le mot o^i/t»»?-. Jolephe l'a re-
connu en partie , quand il a dit, Aêj^à* ?; « 9fa^5T«.«
10 //ST^ rsvÔTJiT©- o'qj. Il faut corriger ce partage , & lire
wçptt^ïTa/, c'eft-à-dire, Diglat, qui s'explique, étroit
& léger. Mais il ne faut pas attendre de Jofephe une
parfaite connoifi'ance de la Langue Hébraïque. Les
Rabbins ont parlé plus exadlemcnt que Jofephe , &
ont rapporté ce mot à fa véritable fource. Celle que
Fij
44 TIG TIK TIL
piopofe Moïfe Barcépha, n'efl: pas méprifable. Il veut
<iue Chiddekel vienne du Chaldéen , hpT > dekal , qui
iignifie bouillir. Et peut être y faut-il rapporter le pal-
fage d'Hélychius , T/>p>if ô t« Tû7tf.//K ps/'^<^f •, c'eft-à-dire ,
que le mot de Tigre fignifie le bruit que fait Iniipé-
tuolité d'un fleuve. D'autres fleuves que celui<i ont
porté le nom de Tigre, & probablement pour la même
caufe. HuET, DiJJ.Jiir le Parad. Ter.C. 14.
LeRoyaumedeTiGRE,TiGRÉ,TEGRÉ,ouTiGRA.
Tigre Regnum. Ce Royaume eft une partie des Etats
de l'Empereur des Abyiîtns en Afrique. Il eft entre le
Nil & la côte d'Abex , ayant au nord le Royaume de
Barnagas , & au fud celui d'Angote. Chaxumo ou
^cum en eft la capitale , & elle ell très-peu de chofc.
Le Gouverneur de cette province porte le nom de
Tigre-Mahon , ce qui a donné lieu h l'erreur de quel-
ques Géographes qui ont mis dans l'Abylïînie un
Royaume de Tigre-Mahon dift:ingué de celui de Tigre.
Maty.
On appelle en Maréchallerie cheval /iore, jument,
cavale tigre , un cheval moucheté comme un tigre.
Attelage de fix chevaux , de fix cavales tigres. Voye^
Tigré. On dit de même , chien tigre.
TIGRÉ, ÉE. adj. Moucheté comme un tigre. Cheval /i-
gré. Cavale tigrée. Chien tigré. Maculis con/per/iiSj
tigrinus.
Cheval tigre & cheval tigré paroiflènt termes fyno-
nymes -, & l'Académie ne paroît pas y mettre de dif-
férence. Ne pourroit-on pas dire que le mot de tigre
fe joint aux animaux qui font tavelés comme le tigre.
Cheval tigre ^ chien tigre , qui a des tâches noires &
longues lur un poil jaune, comme le tigre. Tigré,
qui efl: moucheté à peu près comme le tigre. Cheval
tigré, chien tigré , dont les tâches approchent de celles
du tigre. Je crois même qu'en Maréchallerie un cheval
tigré eft celui qui eft parfemé de taches noires d'efpace
en efpace fur un fond blanc.
TIGUARRHS. f. m. pi. Peuples de l'Amérique méridio-
nale au Brefil , dans la Capitainerie de Parayba.
TIGURIENS. f. m. pi. Tigurini. Anciens Peuples du
corps Helvétique , que nous appelions aujourd'hui
ceux du canton de Zurich. De Tigurum on a fait Zu-
rich , comme de taberna Zaberne , de Tolbiacum Zul-
pich.
TIGRUA, Cap. Pojq G atonici.
TIGUES. Voye\ Tiques.
TIK
TIKMITH, Techmt, Te/tempt, Tacmat. f. m. Terme
de Calendrier , nom du lecond mois de l'année des
Éthiopiens, qui répond au mois d'Oélobre. Voye^hu-
dolf dans le Calendrier Éthiopien qu'il a publié dans
fon Hiftoire d'Ethiopie , p, 389. Le Moine, Not. ad
Varia Jiicr. p. 46Z. Riccioli , Chron.Reform.p.33. & 5 z .
T I L
TIL. r. m. Mot de peu d'ufage. On fe fert plus commu-
nément de tilleul.
TlL, ILLE. adj. Talis. Tel & telle. M.Galand auFranc-
Aleu , page 17. Borel.
TIL, ou TEIL. Nom de lieu. Tillidum, Tillum. C'eft
un village de Bourgogne, près de Sens, fur la Vanne,
ou Vene. Valois, A'o/. Gall. p. ^5. A.
TILBURY. Nom d'un bourg du Comté d'Eftèx en An-
gleterre. Tiburgium. Il ed furlaTamife, à huit lieues
au-delïbus de Londres. Maty.
TILLAC. f. m. Terme de Marine. La couverture du
vailleau ■■, le plus haut pont du navire , fur lequel on
combat , ou font les foldats & les matelots pour les
manœuvres. Navigii tabulatum Jàperius. L'Ordon-
nance de Marine, L.II. Tit.I. art. tx. porte : Failbns
défenfes aux Maîtres & Patrons de charger aucunes
marchandifes fur le tillac de leurs vaiifeaux fans l'or-
dre, ou du confentement des Marchands, à peine de
répondre en leur nom de tout le dommage qui en
pourroit arriver.
TIL
FuANC Tixlac. C'eft le pont le plus bas du vaifteau,
celui qui eft moins élevé fur l'eau. Tabulaturh infe-
rius , imum.
Faux Tillac. C'eft une elpèce de tillac ou de pont fait
à fond de cale pour la commodité & pour la conferva-
tion de la charge du vailleau , ou pour loger des fol-
dats. Poris faljàs. On Tappelle aulTi faux-pont. Il eft
foutcnu par les faux baux, qui font des pièces de bois
pareilles aux baux , & qui l'ont mifes de iix pieds en
lix pieds ious le premier tillac des grands vaiflèaux
pour fortifier le fond du vailleau , & former le faux
tillac. Vbyeiccs mots dans Aubin.
TILLAI. Nom de lieu. Tilietum. Il y «deux villages de
ce nom dans la Beauce. TiUaile Goàin, TiUetumCo-
dini, & Tillai le Paineux, Tilietuin Pagani. Tous
deux iont dans l'Archidiaconé de Beauce , qui eft le
troifieme des lîx de l'Égiife d Orléans. Ils font près de
Touri & de Tivernon.
TILLARD. Bourg de France dans le Beauvaifis, à onze
lieues de Paris.
TILLE, f. f . L'écorce des jeunes tilleuls, dont on fait or-
dinairement des cordes de puits. Cortex tiliacea. La
tille n'eft pas proprement l'écorce , mais la peau fine
& déliée qui fe trouve entre l'écorce & le bois du
tiOeul. Philura. Voye^ Ecorce.
Tille. En termes de Marine, c'eft l'endroit oix fe tient le
timonier dans les flûtes. Aubin. C'eft un couvert ou
acaftillage à l'arriére d'un vailleau non ponté. Id.
TILLE, f. f. Inftrument dont fe fervent les Tonneliers,
les Couvreurs & autres Artilans, qui eft hache & mar-
reau tout enfemble •, car d'un côté il a un large tran-
chant en forme de hache , & de l'autre il a une tête
plate. La tille eft à- peu-près faite comme la hache
d'armes, excepté que celle-ci étoit toute de fer, &
que la tille a un manche de bois. La tille fe nomme
autrement hachette j ailîette , & ailette. Nous avons
dit au mot AJjètte , que les Normands Tappelient tille;
mais on l'appelle ainlî en plulieurs autrcb Provinces.
Tille. Terme de Sucrerie. C'eft un petit inftrument de
cuivre , fait en tonne de couteau , avec lequel on
fouille le fond des formes de lucre avant que de leur
donner la terre.
Tille. Quelques-uns difent Til. Nom d'une petite ri-
vière de Bourgogne. Tilas , Thilus. ha Tille, ou le
Til, baigne Marci lur Tille , le Folié , fis fur Tille ,
Tille le Château, Favernay, & tombe enluite dans la
Saône. Il reçoit l'Agnon , que quelques-uns appellent
l'Agnan , & d'autres l'Ougnon. Voyei Valois ^ Not.
Gall. p. 554.
TILLE -LE -CHATEAU. Nom d'une petite ville de
France en Bourgogne. Thile Cajlrum. Elle eft fur la ri-
vière de Tille , à quatre lieues de Dijon , vers le nord.'
Maty. TilœCaftrum, Tilecaftrum , Tilenjè cajlrum,
• Tiricaftrum , Tiricajlel, Tncafiel , d^ns la Chïomquc
de S. Bénigne de Dijon , & Thiliafirum dans le Cartu-
laire de TÉglile de Langres. Aujourd'hui on l'appelle
allez louvent par corruption Trichajleaul & Trichaf-
teaiL , nom qui s'eft fait de Tiricajîel & Tricajlel, qui
fe trouvent dans la Chronique de S. Bénigne de Dijon.
Voye[ Valois, Not. Gall. p.S64-
TILLtMOMT , en Allemand THIENEN. Nom d'une
petite ville des Pays-Bas , lîituée dans le Brabant , fut
la Geete, à trois lieues de Louvain, vers l'Orient. Til-
lemontium, Thencs, Tienœ ,Thiena. Maty. Mouillez
les deux IL dans Tillemont , & voy^:^ Valois , Not.
Gall. p:ss.
t&Cî' TILLER. V. a. Terme d Economie ruftique. TilUr
le chanvre, c'eft rompre la chenevotte avec la main ,
& en détacher la filalle , en le prenant brin à brin. Tra-
vail fort long. Dans les endroits oii l'on recueille beau-
coup de chanvre, on ie fert d'un inftrument fait exprès
pour f<7/fr plus promptement. Dans quelques provinces
on dit teiller. Vbyeicemot. Voy eiaudiBR au, Bkïi,
Broie, Brisoir, qu'on appelle en Champagne tillotte.
Tiller. Terme de Cordier. C'eft taire de la corde avec
de la tille , & non pas du tille, comme difent lesEn-
cyclopédifte^. Voye^ Tille.
On tille non- feulement l'écorce fine du tilleul, mais
encore celle du mahot, & de quelques autres arbres ,
TIL
pour en faire des cordes & des cordages qui fervent à
dirtérens ufages.
TILLET. Cm. C'efl: le nom qu'on donne aux lieux plan-
tés de tilleuls , ou au lieu où on en élève , comme on
dit Chênaie, Sappée , Ozeraie, pour les lieux plantés
de chênes , de fapins , d'ozier , &c.
TILLET. f. m. Terme de Libraires de Paris. C'eft un bil-
let figné & daté , qu'un Libraire envoie à un autre Li-
braire pour avoir de la marchandife. Scedula. Je garde
fon tillet.
On le dit auffi de la permifïïon par écrit que donnent
les Syndic & Adjoints, de retirer des livres des voitu-
riers & de la douane.
TILLEUL, TILL AU, TILLOT. f. m. Arbre grand , gros,
fort , rameux , & qui donne beaucoup d'ombrage.
Tilia. Son écorce eft unie & noirâtre en dehors, pliante.
Son bois eft tendre , blanchâtre. Ses feuilles font larges,
arrondies , finillànt en pointe , dentelées en leurs bords,
lin peu velues. Ses fleurs font à cinq feuilles difpofées
en rofe , de couleur blanche , tirant lur le jaune , d'une
odeur agréable, foutenues par un calice taillé en cinq
parties blanches, grailès. Chaque fleur eft iuivie d'une
coque ligneufe, groftè comme un gros pois, ronde,
un peu oblongue , anguleulè , velue , renfermant une
femence noirâtre, douce. En Latin tilia femina folio
.majore. C. Bauh. Le tilleul fert à faire des allées &
des avenues. Les canaux qu'on voit dans la plûpatt
des villes de Hollande, lont bordés de tilleuls des deux
côtés. On fait de fon écorce des cordes & des cables -,
& de fon bois on fait des flèches & du charbon pour
la poudre à canon. Les Anciens le font fervi de l'écorce
intérieure du tillau , au lieu de papier. On en voit en-
core des Livres écrits il y a mille ans. On l'appeloit
autrefois til ou teil : & on appelle tillet _, un lieu plan-
lé detillots. Tilietum. Il y a une efpcce de tilleul dont
Jes feuilles font plus petites , plus noires , plus fermes
que celles du précédent -, on l'appelle tilia femina folio
minore. C. Bauh. C'eft le tilleul des bois , que les
payfans nomment tillau.
Le tilia femina , folio majore j eft le tilleul de Hol-
lande. Ses feuilles font grandes, & d'un vert bien plus
clair.
Celui qu'on appelle tilleul mâle ou tillet , reftèmble
aftez au tilia femina , folio minore , excepré que fes
feuilles font lans échancrure , rellèmblantes à celles de
l'orme , velues. Ses feuilles & fes femences font dans
des capfules membraneufes , comme celles du charme.
Tilia vient, dit-on, du Grec -Trr'oxov plume. On a don-
né ce nom à ces fortes de plantes , à caufe qu'elles
portent leurs fleurs fur des languettes qui rellemblent
allez à des plumes. Quelques Auteurs font venir le
mot de tilia de telum, flèche , comme qui diroit tilia,
parce que le bois de tillau eft propre à faire des flèches.
TILLIERS, ou TILLERS. Nom d'un bourg de la Nor-
mandie. Tegulariœ , Caftrum Tegulenje , ou Tegu-
larienj'e, Tileriœ , Teleriœ , Tilerœ. Ce village a été
ainfi nommé, parce qu'il y avoir des tuilleries, & qu'on
y failbit de la tuile. Tille rs j ou Tiller s'eft dit par
corruption pour Tuiliers. Il eft aux confins du Perche
furl'Arvejàtrois lieues au-dellous de Verneuil.MATY.
Jean de Paris & quelques autres , prétendent que ce
château fut bâti par Richard Duc de Normandie , fous
le règne de Robert Roi de France , il y a environ 700
ans. Il ajoute qu'Henti I. Roi de France le le fit don-
ner par le Duc Guillaume, comme ayant été conftruit
à ion préjudice , & qu'il le fit abattre , mais qu'immé-
diatement après il le fit relever, & y mit garnilon.
VoyeT^ Valois. Not. Gall. p. 547.
* Ce mot vient de Tegularice, d'où l'on a fait Tegla-
ricB-, Telariœ, Tilerœ , TilierSj comme Iliers , dlj-
lerœ.
TILLON. Foyq Theau.
TILLIN. Voyeit^is.
TILLOINE. Foye^ Theau.
TiLLOTTE. 1". f. C'eft ainfi qu'on appelle en Champagne
l'inftrument de bois dont on fe ferc pour briler le
chanvre, & qui eft fort bien déctit dans le Diftionnaire
de Commerce au mot Chanvre. « Il i"e nomme en
55 Normandie une Brie^ & en Picardie une Brayoire ;
TIL TIM 45
y> en d'autres Provinces uneMaque ou une Macachoire.
:» Il a d'autres noms en d'autres lieux , mais par-tout il
« eft fait de même. « Le véritable nom eft Brifbir.
TILLOTTER. v. a. Se fervir de la tillotte pour briier le
chanvre , & pour féparer la filadè d'avec lachenevotte.
TILMAN, ou THIELMAN. Voyei Theau.
TILSAT, ou TILSIT. Petite ville du Royaume de Pruftè,
fur le bord feptentrional de la rivière de Niémen.
TILTIL. Nom d'un petit village du Chili, fitué un peu
plus qu à demi-côte d'une haute montagne toute pleine
de mines d'or ; mais outre qu'elles ne font pas fort
riches, la pierre de mine ou le minéral en eft fort dur,
& il y a peu d'ouvriers, depuis qu'on en a découvett
de plus riches ailleurs, foit aufli parce que les eaux
manquent aux moulins pendant quatre mois de l'été.
Le Tiltil eft entre San-Iago & ValparailTo ; la route de
Tiltil n'allonge que de deux lieues le chemin de San-
Iago. Ce pays eft un peu moins defert que d'autres de
la même contrée -, on y voit de temps en temps quel-
ques terres labourées ■■, & quoiqu'on y paftè une mon-
tagne fort rude , il n'y a pas de ces défilés incommodes
parmi les arbres épineux où l'on eft déchiré de toutes
parts. Fkéziek, p.gS.
T I M
TIMANA. Contrée de l'Afrique Méridionale auPopayan,
avec une ville de même nom.
TIMANTE. Peintre Grec très-fameux : c'eft de lui que
Pline a dit , que dans fes tableaux il laiflbit plus de
chofes à penfer qu'il n^en exprimoit: ainfi dans le Sa-
crifice d'Iphigénie , il voila le vifage d'Agamemnon ,
croyant mieux exprimer par-là fon défefpoir, qu'en y
traçant les marques vilîbles de la douleur. Une autre
fois peignant dans un petit tableau un Cyclope endor-
mi , il s'avifa, pour faire juger de fa grandeur, de re-
préfenrer autour de lui des Satyres qui mefuroient fon
pouce & fes doigts avec leur tyrfe.
TIMANTHE de Cléone, avoir une ftatue parmi les Hé-
ros d'Olympie , pour avoir remporté plufieurs fois le
prix du Pancrace.
TIMAR. f. m. Terme de Relations. C'eft une Seigneu-
rie, ou étendue de terre que le Grand-Seigneur donne
à cultiver & en ufufruir aux Spahis pour les entretenir.
Timarium pnsdium. Meninski l'appelle Pe;z/zOj velfti-
pendium , vel redditus bene meritis militibus ajfigna-
tus in prœdiis , Ù poJfeJTionibus caftrorum , oppidorum,
pagorum , agrorum, vel inpercipiendis decimiSj aliifie
fruclibus , cum prœfeâura illorum locorum ; vidgb ,
Timarion, commenda , dynaflia , redditus gooo.aj-
prorum & infra. C'eft une efpèce de fief qui le donne
à vie -, on appelle Timariots , ceux qui poftèdent ces
terres , Timariatus , timario donatus. Tout l'Empitc
des Ottomans eft divifé en Sangiacks ou Banières,
fous lefquels tous ceux qui pofsèdant des Timars, font
obligés de fe rendre , quand il faut marcher pour quel-
que expédition. d'Herb. On peut réiîgner les timars,
comme on réfigne les Bénéfices , en obtenant feule-
ment l'agrément du Béglerbei, ou Gouverneur delà
Province. Cela ne fe pratique que pour les timars de
médiocre revenu : car pour ceux qui montent à vingt
mille afpres de revenu , & qu'on appelle \dim , il faut
s'adrelîerauGrand-Vifir,duquelilsdépendent.LAGuiL.
Ce mot vient , félon Meninski , de 1tiîO">ri , timar,
qui en Arabe fignifie curatio medica 6" alia afflicli ac
dolentis cura , vifitatio j nutritio , obfervatio , defen-
fio; c'eft-à-dire, en général tous les fecours qu'on peut
donner & les devoirs qu'on peut rendre à un homme
malade, ou affligé. Mais je crois qu'il vient plutôt de
*10n tarr,ar , verbe Arabe qui lignifie fruclifier j d'où
fe forme non tamarath, & au pluriel, ISOD tamar,
fruit. Le timar n'cft que l'ufufruit des terres & des
biens que le Grand-Seigneur donne aux Timariots.
TIMARIOT. f. m. Voyei Timar. Les Timariots font
ceux qui jouillènt des terres & héritages à droit de Ti-
mar ■> à la charge & condition de fervir à la guerre en
propre perfonne, avec autant d'hommes & de chevaux
de fervice que leur timar, par l'eftime qui en eft faite,
vaut de deux mille cinq cené afpres , ou cinquante écus.
4<S
TIM
TIM
Se de les entretenir d'ordinaire montés & armés à leur
jnaniere, pour être prêts à marcher à toute heure qu on
h leur ordonne, & cela fur peine de la vie-, car rien ne
les iauroit excufer qu'une maladie. Outre ce devoir qui
tient de nos bans & arriere-bans, ils payent encore une
redevance du dixième du revenu , lequel vient du ned:
au Chaîna, ou tréfor de l'épargne. Que s'ils ont des
tnfans qui foient en âge de porter les armes, & propres
à faire le iervice après leur déccs , ou au défaut d'en-
fans , quelques parens tant foit peu connus & favori-
fés , on a coutume de leur continuer le timar aux
-mêmes charges, finon l'on en pourvoit d'autres. Si
l'héritage ainli tenu du Grand-Seigneur pafTe de reye-
1U1 annuel la ibmme de quinze mille afpres , qui font
trois cens écus , ceux qui le pofsèdent ne font pas ap-
pelles Timuriots , mais SubaJJî , & ils admmiftrent la
Jufèice du lieu Ibus l'autorité du Sangiac de la province,
de Ibrte que cela le rapporte à nos anciennes Châtel-
lenies. Vigétiere , Illuftr. Jur Chalœnd. p. i8t. Les
Tiniariots Ibnt à peu près comme autrefois notre Gen-
darmerie des Ordonnances, compofée d'hommes d'ar-
mes, & d'Archers , à la grande & petite paye : ils font
appointés diverfement , à quatre ou cinq mille afpres
du moins , valant cent écus , & pour le plus haut à
vingt mille : mais ils ne font pas obligés de marcher ,
s'ils ne paffent huit mille afpres, ou huit vingt écus,
fi d'avanture il ne fe fait une armée Impériale , où le
Grand-Seigneur fe trouve lui-même en perfonne •, car
alors nul n'efl: exempt. Vigénere^IllufirationsJ'urChal-
èondj p. 599. Les Zaïms & Timariots font desCheva-
liets , à qui le Grand-Seigneut donne à vie des Com-
nianderies appelées Timars , à condition qu'ils entre-
tiendront un certain nombre de Cavaliers pour fon
fervice. Les premiers Sultans étant les maîttes des fiefs
de l'Empire , les érigèrent en Baronies ou Comman-
deries, pour récompenfer les fervices des plus braves,
& fur-tout pour lever & pour entretenir des troupes
fans débourl'er de l'argent. Mais Soliman IL établit
l'ordre & la difciplme parmi ces Chevaliers ou Barons
de l'Empire •, & Ton régla , par fes ordres , le nombre
des Cavaliers que chacun d'eux feroit obligé d'entre-
tenir. Ce Corps a été non-feulement trcs-puiflant , mais
trcs-illuftre par tout l'Empire. L'avarice qui eft le vice
ordinaire des Orientaux , l'a fait tomber depuis quel-
ques années. Les Vice-Rois & les Gouverneurs des
Provinces font fi bien par leurs intrigues à la Cour,
que les Commanderies même qui font hors de leurs
Gouvernemens, font données à leurs domeftiques , ou
à ceux qui en offrent le plus d'argent. Les Zaïms &
les Timariots ne différent quafi entr'eux que par le
revenu. ... Il y a deux fortes de Timariots ; les uns
reçoivent leurs provifions de la Porte, & les autres du
Vice-Roi du pays -, mais leurs équipages font moin-
dres que ceux des Zaïms , & leurs tentes plus petites
&: proportionnées à leur revenu. Ceux qui reçoivent
leurs patentes de la Cour , ont depuis cinq ou fix mille
jufques à 1999 alpres : s'ils avoient un afpre de plus,
ils pafleroient au rang des Zaïms. Ceux qui prennent
des lettres patentes des Vice-Rois, ont de tevenu depuis
5000 afpres julqu'àôooo. Chaque Timariot eft obligé
d'entretenir un Cavalier par chaque 3 000 alpres de reve-
nu , qu'il tire de faCommanderie. Les Zaïms & les Ti-
mariots doivent marcher en perfonne à l'armée aux pre-
miers ordres qu'ils reçoivenr , fans que rien les puiiïè
difpenfer de ce devoir : les malades vont en litière , &
les enfans dans des panniers, ou des berceaux. Les
Timariots font obliges de fournir des panniers à leurs
Cavaliers , qui s'en fervent à porter la terre nécefîaire
pour combler les foflés & les tranchées. Cette Cavale-
rie eft mieux dilciplinée que celle qu'on appelle pro-
prement Spahis -, quoique les Spahis foient plus leftes
& plus vigoureux : ceux-ci ne combattent que par pe-
lorons, au lieu que les Zaïms & les Timariots font
divifés par Régimens , & commandés par des Colonels
fous les ordres des Pachas. Le Pacha d'AIep eft: le Co-
lonel général de certe Cavalerie, lorfqu'il fe trouve à
l'armée , parce qu'étant naturellement le Seraskier de
l'armée , c'eft à lui à la commander en chef, quand le
Grand-Vilir n'y eft pas. Tous.Ni.fOKT,P.I.p.4J.^Juiy.
TIMAVO. Nom d'une rivière de l'État de Venife. 27-
mavus. Elle fe forme de neuflources, qui (ont près du
bourg de S. Giovanni , aux confins de l'Iftrie & du
Frioul, & elle fe décharge fort peu après dans le golfe
de Triefte , entre la ville de Trieile & l'embouchure
de Lifonzo. Maty.
TIMBALE, f f. Tambour dont fe fervent les Régimens
de Cavaleiie , dont la caille eft d'airain faite en demi-
globe, couverte d'une peau corroyée lut laquelle on
bat avec des baguettes de bois de cormier ou de buis.
Tympanum. Une paire de timbales. Battre \ei timbales.
Les rambours des Perles étoient compolés d'une demi-
fphère de cuivre , enfoncée d'un tort parchemin d'en*
viron deux pieds & demi de diamètre. C eft d'où eft
venu l'ufage des timbales que les Allemands ont ap-
portées en Europe , d'où elles ont pallé chez les Fran-
çois & chez les Anglois. L'ufage en eft nouveau chez
nous. Le P. Daniel prétend qu il n'en eft point parlé
dans nos Hiftoires fous les règnes de Henri IV. &: de
Louis XIII. on n'en permit d abord l'ufage qu'aux ré-
gimens de Cavalerie qui en avoient pris lur l'ennemi.
Quoique les timbales foient les tambours de la Cava-
lerie , il y a pourtant des régimens de Dragons qui en
ont obtenu , en conhdéracion de ce qu'ils les ont prifes
fur l'ennemi dans une occafion glorieufe.
En fait de Mufique , les Italiens le fervent du mot
Tympano , pour marquer une paire de Timbales d'une
grandeur inégale , accordées à la quarte jufte, dont la
plus petite exprime le fon de C, jol , ut , & la plus
grande celui de G, re, jbl, une 4'= plus ba?, ce qui
fert de balle ordinairement aux airs de trompettes, &c.
De-là vient qu'on trouve fouvent des parties de mu-
fique intitulées Tympano j parce qu'elles font deftinées
pour ceux qui doivent battre les timbales.
Timbale , fe dit auffi d'un certain inftrument fait en
forme de bois de raquette , & couvert de parchemin
des deux côtés , dont on fe fert pour jouer au volant.
Coriacea palmida.
Timbale , terme bas & populaire, qui fignifie quelque-
fois la marmite. Chez un tel la timbale va bien , pour
dire, qu'il y a bonne cuifine. Faire bouillir la timbale,
exprefuon ufitée parmi les Soldats , faire bouillir la mar-'
mite.
Timbale, fignifie auffi une forte de Gobelet fait en forme
de timbale. Nous bûmes dans des timbales à argent.
TUvIBALIER. f m. Qui bat des timbales. Tympanotriba,
tympanifia. C'eft un bon timbalier, qui exécute avec
grâce tous les mouvemens.
TIMBO. f m. Plante du Bréfil, qui monte au fommetdes
plus hauts arbres, Ik qui les embralie comme le lierre.
Timbo planta. Elle eft quelquefois de la grollëur de la
cuillè d un homme , & malgré cela ii Ibuple & fi flexi-
ble , qu'elle ne le rompt point en la pliant. Son écorce
eft un poilon dont les Sauvages fe fervent pour en-
gourdir le poilîbn qu'ils veulent prendre. Il fufiit d'en
jetter des morceaux dans une rivière.
TIMBRE, f m. Cloche fans battant en dedans, & qui eft
frappée en dehors avec un marteau. Timbre d'une
horloge , d'un reveille-matin , &c. Les horloges , les
montres fonnantes ont auffi un timbre qui eft frappé
par un marteau autant de fois qu'il faut qu'elles fonnenr
d heures. On en met auffi dans les beffrois des villes
pour en faire un fignal. Il y a auffi des carillons qui
font faits de plulieurs timbres d'inégale grandeur , em-
brochés enlemble par une verge de fer, fur lefquels
on frappe avec un bouton de fer, avec certaine cadence
& mefure pour former quelque harmonie.
Il fe dit quelquefois, pour le fon que rend le timbre.
Ce timbre eft trop éclatant. Acad. Fr.
Timbre, fe dit auffi des nerfs ou cordes de boyau qiii
■Ibnt fous un tambour , qui fervent à en bander la peau
& à le faire rélonner.
On le dir figurément du fon même de la voix. Voi-
là un beau timbre, pour dire une belle voix. Cette voix
a un timbre atgentin.
Ce mot vient de tympanum. Mén. D'où eft venii
TIM
TIM
auffi timbale 8c tambour. Quelques-uns le dérivent de
titulus.
Ce mot timbre a fi^nifié autrefois la jambe , ou le
genou , ou quelque partie voifine ^ comme on le voit
dans le traité des danfes de Lambert Laneau , qui fai-
fant la defcription des dél'ordres de la Danfe , dit : En
la volte il y aura des artifices ordinaires pour faire bon-
dir, & lever li haut celles que l'on tient, qu'aux yeux
de la troupe fe découvrent & i"e proftituent les grèves,
les timbres jufques à la cuillè , fans honte. Thomas Cor-
neille dans fon Di6tionnaire des Arts , obferve après
Furetière que les Anciens ont donné particulièrement
le nom de timbres aux cafques,.à caufe qu'ils appro-
choient de la figure des timbres d'horloge , ou parce
qu'ils réfonnoient comme les timbres quand on les frap-
poit. Il eft évident que c'eft par la même raifon de
reflèmblance que les genoux ont été appelées timbres.
Au refté dans ce pallage.
Qui ne finoient de ruer
Le timbre en haut. R. de la Rose.
Timbre ne fignifie pas bâton , comme Corneille le dit ,
mais jambe.
Timbre , eft aulïï un inftrument approchant du tambour.
Perceval. Borel.
Cil flues court fi joliment ,
E maine fi grand dijfonent ,
Qu'il réjbnne, tabourne & timbre.
Plus Jouef que tabour ne timbre, R. de la Rose.
Timbre , en rermes de Blafon , fe dit de tout ce qui fe
met fur l'écu , qui diftingue les degrés de noblellè ou
de dignité , foit eccléfiaftique, foit féculiere , comme
la tiare Papale , le chapeau des Cardinaux , Evéques
& Protonotaires, les croix, les mitres, les couronnes ,
bonnets , mortiers, & fur-rout des cafques, que les
Anciens ont appelé particulièrement timbres, parce
qu'ils approchoient de la figure des timbres d'horloge ,
ou parce qu'ils réfonnoient comme les timbres j qu^nd
on les frappoit, Galeœ Jcutariœ apex flumatilis. C'eft
l'opinion de Loifeau, qui prétend que ce mot vient de
tintitinabulum. Les différences de ces timbres font ex-
pliquées chacune à leur ordre. Voye\ Casque.
Timbre , fe dit figurément & familièrement pour la tête.
On dit du vin fumeux j qu'il donne dans le timbre ^
pour dire , qu'il porte à la tête. Cet homme a le tim-
bre fêlé , ingenio vanus.
Qu'il fajfe autant qu'il lui plaira ,
Ou gronder la Satyre , ou railler l'Apologue ;
Jamais le monde ne fira
Sans Souffleur Ù fans Aftrologue ,
Ni fans timbre fêlé qui leur applaudira. Senecé.
Timbre , fe dit auiïi d'une grande pierre creufe , dans la-
quelle on jette de l'eau , pour abbreuver les chevaux,
les beftiaux. Aquarium,
Timbre, fignifie aufïï la marque que les Fermiersdu Roi
mettent au papier qui (ert pour les expéditions des
Gretles, des Notaires , écritures de Procureurs, &c. pour
le diftingucrdu papier commun , & en marquer le droit.
Il y a auffi un timbre pour le parchemin qui s'emploie
au même ulage, & pour les adtes de Chancellerie.
Signum Regium chartœ imprejfum. Les timbres des
adtes judiciaires font diftérens dans les diftérentes Gé-
néralités.
Timbre , dans le commerce de Dentelle. On nomme
ainfi dans la Ferme de la marque des dentelles de
Flandres , l'empreinte du cachet ou matrice du Fermier
mile fur un petit morceau de papier de quatre à cinq
lignes de largeur , & d un pouce & demi de longueur,
qui s'attache avec un double fil aux deux bouts de
chaque pièce de dentelles.
Timbre. Terme ufité dans les Bureaux des Douanes &
dans le commerce de Pelleteries , fignifie un certain
47
nombre de martres zibelines ou d'hermines, attachées
eniemble par le coté de la tête , qui viennent ainfi de
Laponie & de Mofcovie. Autrefois le timbre en France
étoit de 50 paires ou 60 peaux. Au]omd'hin\e timbre,
que l'on appelle auffi majfe , eft compofé de zo paires
de peaux , ou de 40 peaux.
TIMBRER. Vieux v. n. Jouer du timbre. Borel. Tym-
pano ludere , injbnare , tympanum ferire.
TIMBRER. V. a. Mettre un timbre fur des Armoiries.
Stemmata apice plumatili infignire , ornare. Il y a plu-
heurs Ordonnances qui défendent aux roturiers de tim-
brer leurs Armoiries. Les armes du Pape font timbrées
d'une tiare.
Timbrer, en rermes de Pratique, fignifie, marquer au
haut de la première page d'un Ade fa date & la qua-"
lité. Notare , injcribere. Une partie doit //w^/rr toutes
les pièces qu elle produit , afin de les faire trouver plus
facilement à fon Rapporteur. On a dit auffi autrefois ,
Timbrer en marge un Auteur, pour dire, le coter, le
citer. In margine laudare _, notare.
Timbrer , fe dit auffi en parlant du parchemin &du pa-
pier fur lequel on imprime la marque ordonnée par le
Roi, pour faire qu'il puillè fervir aux Adesde Juftice.
Signo Regio munire.
Timbré, ée. part. & adj. On appelle du parchemin, ou
du papier timbré ou marqué , celui qui fert aux expé-
ditions de Juftice , parce qu'il contient au haut la
marque du Roi. Signo Regio notatus Jmpreffiis. Cette
marque eft diftérente en chaque Généralité , pour fa-
ciliter le paiement du droit qu'on a établi pour y ap-
pliquer ce timbre.
On dit auffi en termes de Blafon , des armes timbrées,
qui n'appartiennent qu'aux nobles. Stemmata apice or-
nata. Un Ecu timbré, couverr d'un cafque ou d'un
timbre.
On dit figurément dans le ftyle familier & de con-
veriation , tête , cervelle maï-timbrée , cerveau mal-
timbré, pour dire , un fou , une tête à l'évent , un en-
cervelé.
TIMBREUR. f. m. Celui qui imprime , qui marque le
timbre fur le papier , fur le parchemin. Signi Regii
Notator.
TIMRAIS. FÔjf^THIMERAIS.
TIMEUR. f f. Vieux mot. Crainte. Borel. Timor, d'où
il s'étoit fait.
TIMIDE, adj. de t. g. Timidus , meticulofui , formi-
dolojiis. Terme équivoque , & dont les nuances ibnt
ditlérentcs , ielon les diftérentes occafions où il eft em-
ployé. Il préfente généralement l'idée de celui qui a
peur, qui manque de courage ou de hardiellè pour
faire , pour entreprendre quelque chofe. Il y a des gens
timides , qui ont peur de tout. Les femmes font natu-
rellement timides. Il y a , dit S. Evremont , des ani-
maux toibles & timides , qui lemblent faits pour tou-
jours craindre & toujours fuir. On peut bien dire la
même choie des hommes. N'attendez rien d'un natu-
rel timide.
Il y a des gens que la défiance de leurs propres
forces, &: un certain lentiment d'eftimepour les autres
rend timides. Quelque mérite qu'un Auteur puiflè
avoir, il lui fied bien d'être timide (modefte) , il doit
redouter le jugement du public. La crainte de déplaire
aux perlonnes avec qui nous avons à vivre nous rend
timides , retenus , circonfpeds. Amant timide , &
amant retenu , refpedtueux , font termes iynonymes.
On le dit à peu près dans le même lens de ceux qui
par défaut d'expérience & d'ulage du monde n'oient
le produire. C'eft un jeune homme qui, avecbeaucoup
d'efprit, eft fort timide. Il a l'air timide, il eft emba-
raflé de la perfonne , & n'ofe prefque parler. Je ne
veux point de vos timides confeils.
Sois pour juger d' autrui toujours lent & timide.
Desh,
La timide équité détruit l'art de régner. Breb.
Les timides rejpecls , la prompte déférence ,
Laijfent en peu de temps rallentir la vaillance.
48 TIM
Tout ce qui la provoque, aide à lafoutehifj
Et j'aime La révolte où je J'ai laj>unir. Brébeuf.
JJJeid' autres Jans moi, d'unftyJe moins timide,
Suivront aux champs de Mars ton courage rapide.
BoiL.
■Cette troupe timide ,
Marche en confuf.on oàfon trouble la guide. Corn.
On voit pat ces exemples que le mot de timide fe
ptend , luivant les diticrens cas , pour peureux, crain-
tif, modefte, retenu, circonfped.
TIMIDEMENT, adv. D'une manière timide. Timide.
La pudeur fait fouvent agir les perlbnnes timidement.
Il faut aliLirer timidement ce que l'on ne lait pas avec
certitude. Bayle.
TIMIDITÉ, f. f. Timiditas. Qualité d'un homme timide.
C'eft, en général , manque de courage ou de hardielTe,
circonfpeclion ou retenue. Ce iubllantif reçoit les
mêmes nuances que Ion adjectif. La timidité devient
une bonne ou une mauvaile qualité félon la caufe qui
la produit. La timidité blâmable efl: celle qui fait crain-
dre ce qui n'eft pas à appréhender. Elle n'envilage que
le danger. La ^//«i^/// des conleils du Miniltre émoulle
le courage du Prince. Bal. La timidité a quelquefois
un bon principe •, c'eft la crainte de faire des fautes.
Pendant que la patelle & la timidité nous retiennent
dans notre devoir, notre vertu en a bien iouvent tout
l'honneur. LaRoch. Il y aune timidité qui n'eft au-
tre choie que la crainte de déplaire aux autres; qualité
précieufe , fondée lut l'eftime & le reipeét qu'on a pour
euxj qui fait qu'on eft circonfpeél, retenu dans Tes pa-
roles & dans les adions. Rien n'entretient davantage
l'orgueil des grands & des riches , que la timidité rel
pedfueufe de ceux qui les abordent', ils fe reconnoiilént
par-là au-de(lous d'eux. S. Evr. La timidité d'une
Jeune fille a quelque chofe d honnête & de modefte
c'eft une vertu indifpenfable & d'état. Enfin il y a une
timidité qui provient d'un défaut d'expérience & d'u-
fagedu monde. Telle eft la timidité à' un homme neuf,
d'un provincial tranlplanré dans le grand monde. Elle
le trouve quelquefois jointe avec beaucoup d'elprif,
mais elle empêche de le faire paroître tout entier. La
timidité à' un homme qui ne fait que dire, par défaut
d'intelligence , s'appelle bêtije. Les jeunes gens ont
d'ordinaire une timidité niaiie , accompagnée d'un air
honteux & embarallé. En fait de religion , il y a une
p'ieuCe timidité qui lait s'arrêter ou Dieu a planté des
bornes à la raifon humaine. En matière d'amour , la
timidité n'eft plus qu'une vertu de roman.
TlMlN. f. m. Nom d'une monnoiedePîledeScio. Timi-
mus. Le timin vaut cinq fous. Dans l'île de Scio chaque
livre de foie doit à la Douane quatre timins , c'eft-à-
dire, 20 fous de notre monnoie. En 1700 elle fe vendit
jufqu'à i<;i timins la livre. Tournefort, i. 374.
TIMOCHARIS. f. m. C'eft le nom que les Aftronomes
donnent à la 16^ tache de la Lune, luivant le Cata-
logue que le P.Riccioli en a fait dans la Selenographie.
TIMOLAS. f. m. & nom d'homme. Timolaus. S.Timo-
LAS, originaire du Pont, fut mattyrilé à Céfarée en
Paleftine la féconde année de laperiécutiondeDioclé-
tien. On fait fa fête le 24 Mars.
TIMON, f. m. Longue pièce de bois qui fait partie du
train d'un carollè, ou d'un chariot où l'on attelle les
chevaux , qui fert à les féparer , & à reculer. Temo.
On levé le timon d'un carollè , quand il eft fous la re-
mife. Un timon doit avoir neuf pieds de long , & trois
pouces & demi en carré par le menu bout, quand il eft
en grume.
Ce mot vient du Latin Temo , qui félon Varron eft
dérivé de teneo , je tiens _, parce qu'il tient & gouverne
le chat.
On dit auffi le timon de la charrue , & ce timon eft
cette longue pièce de bois formée efle£tivement en ti-
mon , au bout d'en bas de laquelle font attachés le
manche de la chatrue , &: les autres parties qui contri-
buent à fendre la terre, & le bout d'en haut de ce ti-
TIM
mon'fe pofc fur la fellette où il eft arrêté parle moy'j:»
de l'anneau d'une, chaîne de fier. Liger.
On dit encore , le timon d'une charrette, plus cojn-
munément limon. Ce font les pièces de bois entre lèf-
quelles ont met le cheval qui tire la charrette. J'ai |.in
des timons de ma charrette rompu. Liger.
Timon, en termes de Marine, eft une longue pièce de
bois qui répond du côté de l'habitacle à la manivelle
du gouvernail d'un navire. C'eft la barre du gouver-
nail qui iert à le mouvoir pour l'expofer au choc de
l'eau. Dans le difcours ordinaire on le prend pour le
gouvernail iuême. Gubernaculi manubrium. C'eft le
Pilote qui tient le timon , qui gouverne le vaiiïèau.
V infortuné Telon , de qui la main favante ,
Rendait le nmonjbufle â tous jes mouvemens ,
Et qui bravoit L'orgueil des plus fiers éleméns. Bréb.
Timon, fe dit figurément en Morale , pour fignifier le
gouvernement d'un Etat _, d'une famille. Regimen ,
gubernaculum. C'eft ce Miniftre qui tient le timon des
ati^aires, qui gou v erne. Les motifs de l'ambition n'eullènt
pas été allez puillans pour vous empêcher de quitter
le timon durant les tempêtes qui fe font élevées contre
vous. GoD. Ce père de famille tient le timon de la
batque , c'eft lui qui fait aller ia maiion.
TIMONNIER. f. m. Cheval qu'on met au timon du ca-
rollè , qui eft oppolé à celui qu'on met à la volée. Ju-
gatorius ad temonem equus.
TiMONNiER , en termes de Marine , eft le matelot qui eft
à la barre du gouvernail ou à la roue pour faire agir
le timon , & gouverner le vaiiïèau. Gubernaculi mo-
derator.
TIMOR, f. m. Nom propre d'une lie de l'Océan oriental,
Timor. C'eft une des Molucques prifes en général.
Sa lîtuation eft au levant de celle de Flores , fous le
dixième degré de latitude méridionale. Sa longueur
du couchant au levant peut aller à foixante lieues ,
& fa largeur à quinze. Elle eft fertile en grains &: en
fruits. On y trouve auflî du gingembre , de la can-
nelle , & des forêts entières de fandal blanc , & du
jaune. Ses habitans font payens & demi fauvages.
TIMORE , ÉE. adj. Qui eft timide , fcrupuleux. Il ne fe
dit qu'en ce qui regarde la confcience, & en ftyle de
dévetion , pour exprimer une confcience délicate , Se
qui craint d'oftenfer Dieu. Timoratus. C'eft une ame
fort timorée. Il a la confcience timorée. Pour peu que
nous ayons la confcience timorée , il eft rare que nous
nous mêlions dans les converfations du monde , fans
en revenir avec quelque icrupule dans le cœur. Bour-
DAL. Exhort. II. p. jo. Une confcience trop timorée
s'eftarouche de tout. Celle qui ne l'eft pas allez , ne
s'eftarouche de rien. Jnter utrumque tene , medio Latif-
fimus ibis.
TIMORPHYTE , f. f. ou Lithotyron , f. m. Pierre
figurée qui imite un morceau de fromage.
TIMOTHÉE. Nom d'homme. Timotheus. Saint Timo-
thée difciple de Saint Paul étoit fils d'un père payen,
& d'une mère Juive. Saint Paul le fit Évêqued'Ephcfe,
où après avoir beaucoup fervi la Religion, il fut lapidé,
parce qu'il s'oppofoit fortement au culte de Diane.
La première , la féconde Épître zTimothée, font deux
Epîtres de Saint Paul à ce faint Évêqut. La première
fut écrite vers l'an 66 de Jéfus-Chrift, 35 ans après la
Paflion , de Macédoine où étoit Saint Paul ; la féconde,
cette année-là même , de Rome où le faint Apôtre étoit
priionnier pour la féconde fois.
TIMOTHÉENS. f. m. pi. Hérétiques appelés ainfi de Ti-
motheus ^Lurus , qui s'éleva vers le milieu du cin-
quième fiècle. Ils foutenoient que les deux natures de
J. C. furent tellement mêlées dans le ventre de la
Vierge , qu'ayant celle d'être ce qu'elles étoient aupa-
ravant, il s'en fit une troifieme fubftance^ comme un
corps mêlé & corapofé d'élemcns, qui dans le mélange
perdent leurs noms & leurs formes. Ces hérétiques ,
après avoif quitté le nom de Timothéens , furent ap-
pelées Momthélifes & Monophy fîtes,
TIMPAN,
TIM TIN
TIMPAN , TIMPANISER. Voyei Tympan , Tympa-
NISER.
TIMPANITE. Voyei Tympanite.
TIMPFEN. l. m. Monnoie de compte dont on fe fert à
Coniglberg & à Dantzich pour tenir les livres des Mar-
chands. Le Timpferij qu''on nomme auffi Florin Polo-
nois, vaut 50 gros Polonois.
TIMURIDE. r. m. Nom que l'on donne • la famille de
Tamerlan. Timurides, Les Gingisicaniens furent dé-
pouillés par les Timurides ; c'eft-à-dire, par Tamerlan ,
& fes delcendans , Tan 75 e. de l'Hégire. d'Herbelot.
Les Timurides rognèrent dans la Tranfoxane julqu'en
l'année 500. de l'Hégire , &:deJ.C. 1494. dans laquelle
Scaibeck , Khan ^ fils de Boudak Sultan des Ufbeks , qui
fe difoit être de la race de Gingiskan , chaflà les Timu-
rides du Turkeftan & du Khoralan , les contraignit de
s'enfuir aux hides , où ils fondèrent la dynaftie des
Princes ou Empereurs qui y régnent aujourd'hui, &
que nous appelons les grands Mogols , à caufe qu'ils
font de la race Mogolienne ou Tartare. Id.
T I N
TIN. Nom de lieu. Tegna. On écrit auflî Tain. Aujour-
d'hui on l'appelle en Latin Tinclam , mais mal. C'eft un
bourg du Dauphiné , fur le bord du Rhône, vis-à-vis
de Tournon, entre Vienne & Valence , de même que
Beaucaire & Taralcon font vis-à-vis l'un de l'autre ,
féparés feulement par le Rhône, d'oii vient le pro-
verbe ,
Entre Beaucaire & Tarafion ,
Ne repait brebis ne mouton ,
Non plus qu'entre Tin & Tournon.
.Voyei Valois, Not, Gall.p. 546".
TiN. f m. Terme de Marine, ou deCharpenteriedevaif-
feaux. Chantier. Canterius. Les uns font de grodes
pièces de bois , que l'on couche à terre , afin qu'elles
foutiennent la quille, & les varangues d'un vaiflëau,
quand on le met en chantier, & qu'on le conftruit. Il
eft bon de mettre à terre une couche ou ht de bonnes
planches de dix à douze pouces de large , ou plus ,
pour pofer les tins delTus , plutôt que lur la terre. Le
plus gros des tins , qui tient le vaiilèau en balance ,
quand on le lance à l'eau, doit être pofé à une cin-
quième partie de la longueur du vaillèau à prendre
par derrière , & du talon de la quille. Les tins qui font
derrière celui - ci , n'ont pas befoin de coins , parce
qu'ils tombent d'eux-mêmes allez facilement •, mais il
ne faut pas manquer d'en mettre à tous les tins qui
font depuis le gros tin en avant. Aubin.
TINA , TINE. Nom d'une petite ville de la Turquie , en
Europe. Tinia, anciennement Tanona. Elle eft: dans
la Bofnie , aux confins de la Dalmatie & de la Croatie ,
à huit lieues de Sebennico , vers le nord. Cette ville
ek Épifcopale , Suftragante de Spalato. Elle porte quel-
quefois le nom de la rivière de Chercha , Kerka , ou
Kurka, fur laquelle elle eft fituée, & elle eft la même
que plufieurs cartes appellent Chnin. Maty.
TINAGOGO. f. m. Nom d'un Dieu des Indiens. Tina-
gôgô , Tinagogus. Ce mot lignifie Dieu de mille Dieux.
Tinagôgô avoit du temps de Fernand Mendez Pinto
un temple magnifique dans le Royaume de Brama,
près de la ville de Meydur. Ce temple étoit lîtué fur
une petite colline ronde , qui avoit plus d'une demi-
lieue de circuit-, tout autour elle étoit coupée à pic à la
hauteur de quinze brades. Sur le tout s'élevoit une
muraille de pierre de taille fort blanche , de la hauteut
de trois brallës avec fon boulevart, fon foifé & fes
tours._ En dedans il y avoit un tertre plein de la largeur
d'un jet de pierre , qui tournoit autour , comme la
muraille , & qui paroilfoit comme une allée : l'on y
avoit pratiqué 160 Hôpitaux pour les pèlerins qui y
venoient en très-grand nombre. Chacun de ces Hôpi-
taux avoit plus de 300 chambres creufées en terre,
mais très-propres & très-bien entendues. Les Pèlerins
y venoient par bandes de deux ou trois mille quef
Tome VIII. L Partie.
. TIN 49
quefois, avec leurs Capitaines & leurs Officiers -, & ces
bandes fe diftinguoient par leurs couleurs, félon le
Royaume ou le pays d'où ils venoient. De là jufqu'au
haut de la montagne tout étoit plein d'arbres de cèdres,
de cyprès , & de fontaines de très-bonne eau , qui ren-
doient celieu fort agréable. Au haut delà montagne
éloigné d'environ un quart de lieue, il y avoit vingt-
quatre monaftères très - fomptueux & très - riches ,
douze d'hommes , & douze de femmes, dont chacun,
ainli qu'on nous l'alfura , pouvoir tenir cinq cens per-
fonnes. Au milieu de ces 24 monaftères étoit un jardin
ou l'on montoit par trois degrés de bronze foutenus
fur des arcades travaillées fort richement , & des co-
lonnes avec leurs chapiteaux dores ^ & un grand nom-
bre de petites clochettes que le vent & l'agitation de
l'air tailoit continuellement fonner. Au haut de la
montagne étoit l'idole Tinagôgô ^ÇHs fur un trône rond
lambrifté , & tout couvert du haut en bas de plaques
d'argent , avec une grande quantité de lampes de
même matière. La ftatue monftrueufe de cette idole
étoit debout , les deux mains levées au ciel -, elle avoit
une couronne précieufe fur la tête. Il y avoit autour
de Tinagôgô beaucoup d'autres petites idoles à geneux,
& dans des attitudes de gens qui le regardoient ravis
en admiration. En bas il y avoir douze ftatues gigan-
tefques d'hommes,^ toutes de bronze & de 37 palmes
de haut, mais extrêmement laides. On difoit que c'é-
toit les douze mois de l'année. Dehors de cet édifice
il y avoit cent quarante géants, qui dilpolés en double
rang,renfermoientde tous côtés. Ils étoient de fonte,
& ils tenoient des hallebardes en main , comme s'ils
avoienr fait la garde autour de cet édifice. Entre ces
géants il y avoir des cloches de métal pendues à des
tirans de fer fort gros. Tour l'appareil de ce temple
étoit majeftueux & infpiroit du refpecl.
Pinto décrit fort longuement les fêtes qu'on célèbre
en l'honneur du Dieu , le grand concours de monde
qu'elles attirent à Meydur, les procefïïons qui s'y font,
les cérémonies fingulieres qui s'y obfervenr. Rien n'é-
chappe à l'Auteur auquel nous renvoyons le Ledeur.
Le neuvième jour de la fête , dit-il , cette multi-
tude ertroyable de peuples raftèmblés dans une vafte
campagne fait un bruit terrible en criant à pleine tête,
en frappant lur des tambours , des timbales , des chau-
dières, en jouant des trompettes, en agitant des fiftres.
En même temps on allume une infinité de cierges ,. de
iorte que cette vafte campagne femble être route en
feu. Laraifondece tintamarre aftreux qui dure depuis
une heure après midi jufqu'au lendemain matin, eft
que ce peuple s'imagine que le lërpent dévorant de
la cuve profonde de la mailbn de fumée , ( c'eft ainlî
qu'ils appellent Lucifer) vient en ce remps pour ravir
les cendres de ceux qui le font facrifiés à la proceffion,
afin que leurs âmes n'aillent point au Ciel -, pour les
cierges , on les allume pour éclairer Tinagôgô , qui
cherche le ferpent dévorant pour le tuer avec une épée
qui lui vient du ciel. Cette nuit étant palïëe, la colline
où eft le temple , paroît toute ornée de bannières
blanches : à ce fpedacle le peuple fe jette par terre,
& donne de grands figues de joie : on fe fair des pré-
fens les uns aux autres , tout cela à caufe de l'aiTurance
que les Prêtres donnent par ces fignaux de la défaite
& de la mort du ferpent. Enfuite route cette multi-
tude monte au temple , & va féliciter Tinagôgô de
fa vidoire. Cette affluence dure trois jours & trois nuits i
pendant tout ce temps le Temple & les ilfues ne défem-
plillent point. Six chemins qui conduiibient au Temple,
étoient pleins de balances ïulpendues à de gros tirans
ou traverfes de bronze, quiportoientfur des murailles;
là une infinité de gens le pefoient pour accomplir les
vœux qu'ils avoienr faits dans leurs maladies ou dans
les périls oii ils s'étoicnt trouvés , & pour la rémilîion
des péchés qu'ils avoient commis depuis l'ulage de la
raifon jufqu'alors , & pour lefquels on payoit félon la
grandeur de la promelle , ou la griéveté du péché.
Les Prêtres recevoient ce que l'on donnoit. Les pau-
vres qui n'avoient rien à donner j oflroient leurs
cheveux, Une centaine de Prêtres diipofés en certain
^o
TIN
TIN
lieu , fur des trépieds , avec des cifeaux en main les
leurcoiipoient. D'autres Prêtres, au nombre de mille,
•en failbient des cordons & d'autres ouvrages que le
peuple achetoit, & qu'il emportoit chez loi comme
des reliques.
Pinto , qui alla au Temple de l'Idole, dit que ce
n'étoit qu'une nef, mais fort longue ,_ lar^e & fpacieufe,
fort bien entendue, fpleine d'une infinité de luminaires
de cire & de chai-ideliers d'argent à dix ou douze bras
chacun , & qu'il s'y briîloit un grand nombre de par-
fums dift'érens. La ftatue de Tinagâgô étoit au milieu
fur un riche trône fembiable à un autel, entouré d'un
grand nombre de chandeliers d'argent. De jeunes en-
fans vêtus de rouge, l'cncenfoir à la main , encenfoient
au fon de pluiîeurs diflérentes fortes d'inftrumens de
Mufique, que des Prêtres touchoient, & au fon del-
quels danfoient auffi plufieurs femmes fort bien faites,
&: richement vêtues , auxquelles le peuple donnoit les
offrandes qu'il faifoit. Les Prêtres les recevoient des
mains de ces femmes , & les otiroient à l'Idole avec de
grandes démonftrations de refpeél , & beaucoup de
cérémonies , fe jettant de temps en temps par terre à
la renverfe. Quant à la ftatue de Tinagôgôj, c'étoit un
monftre. Elle étoit d'argent , & avoit un vifage
d'homme , d'une ftature gigantefque : 27 palmes de
haut •, fes cheveux reflembloient à ceux d'un Ethio-
pien. Son nez étoit tout-à-fait diftorme , les lèvres fort
groiles, & tout le refte de fon vifage affez ridicule , &
d'un air trifte & mélancolique. Il avoit en main une
efpèce de hache d'armes , iemblable à la doloire d'un
Tonnelier, mais plus longue parla tête. C'cfl: avec cette
arme que les Prêtres diloient qu'il avoit tué le ferpent
dévorant de l'Enfer la nuit précédente. Le ferpent long
de huit bralïès, & gros comme un tonneau à l'endroit
du cou , étoit étendu par terre au milieu du Temple,
devant le trône de l'idole, & fi bien fait au naturel,
qu'il faifoit peur -, le peuple, après avoir fait fa piiere
à l'Idole , alloit percer le ferpent avec des poinçons de
fer, en lui difant mille injures. De-là ils alloient jetter
leurs aumônes ou offrandes dans de grandes cuvettes
qui étoient près de l'Idole •, ces préfens confiftoient en
or, en argent, en anneaux, en foie. Le Dieu, fes fêtes,
les circonftances qui les accompagnent , les particulari-
tés dont Pinto allure avoir été le témoin , tout , juf-
qu'au lieu même de la fcène , paroît imaginaire. Le
royaume de Brama & la ville de Meydur n'exiftent
nulle part. Il eft: vrai que Baudrand met un royaume
de ce nom dans l'Inde, au-delàdu Gange, avec une Ca-
pitale de même nom , qu'on appelle autrement Carpa,
îiir la rivière de Pegou. Ce royaume, dit-il, autrefois
dépendant du Roi de Pegou , eft à-préfent au Roi d'A-
va. Mais Baudrand fuivoit les cartes de MM. Samfon,
qui, pour cette partie de l'Afie , lont dreflées , comme
on fait , fur des relations fabuleufes. Les relations les
plus récentes & les plus exaétes ne mettent entre les
villes d'Ava & de Pegu qu'un peuple nommé les Bra-
mas, aux extrémités des royaumes d'Ava & de Pegu.
TINC. f. m. Vieux mot. Le lieu où l'on rend la Juftice.
BoREL. Forum , Tudicum j'uhjellia.
TINCHEBRAI. Petite ville de France, dans la BaiTe-Nor-
mandie, Diocèfe de Bayeux , entre les villes de Vire,
de Mortain, de Domfront & de Condé. En 1105 Ro
bert, frère de Guillaume le Roux , Roi d'Angleterre ,
ayant perdu une bataille à Tiî/zc^e^raij tut fait prilonnier
par fon frère, qui eut l'inhumanité de le priver de la
vue, en lui failant mettre devant les yeux un bafiîn de
cuivre tout ardent 5 & Robert en mourut dans la pri-
fon.
TINCO. Nom d'une ville de l'Inde de-là le Gange.
Tincum. Elle eft fur la rivière de Ménan, au nord de
la ville d'Ava , & elle eft capitale d'un Royaume qui
dépendoit autrefois du Roi de Pégu. Maty.
TINCZEN. Foj^î TÉNÉzoNE.
TiNDARO. Nom d'une ancienne ville Épifcopale de Si-
cile. Tyndarisj Tyndarium. Elle étoit fur la côte fep-
tentrionale de la vallée de Démona , à deux lieues de
Parti ,^ vêts le levant.^ Elle a été fubmergée par la mer,
& il n'y refte plus qu'une Tour avec une Égljfe, qu'on
liomme Santa-M^ria de Tindaro. Maty.
TINE. f. f. Petit vailFeau en forme de cuve , dont on fc
fert en plufieurs lieux pour porter les vendanges de la
vigne à la maifon ou au preiloir. Cupula lignea. Cupa.
Les tines de Sallenage font célèbres. Voye^ ce que nous
en avons rapporté au mot Sassenage. Vbye\ encore
Aymarus Falco , Antoniaiue hiftorice parte II. C. 2.5.
Davity, T. V. & l'hiftoire des Couvens desObfervan-
tins de la province de Bourgogne. Dans le petit Livre
intitulé , Dionyjii Salvagnii BoeJJii Equitis , j'acri Con-
fjiorii Conjiliarii Silvcs quatuor; la quatrième Sylve
eft un Pol'me fur les Tines de Saflenage , précédée
d'une elpèce de petite Dillêrtation Latine fur les Tines,
intitulée , De Tinis Jive Cupis SaJJenagiis ; ce n'eft
guère qu'une explication des mots Cupa Se Tina, 8c
quelques remarques fur les deux illuftres maiions de
Sallenage, l'ancienne, & celle d'aujourd'hui qui del-
ccnd de l'ancienne par une femme.
Ce mot vient du Latin tina , qui fignifioit un vaif-
feau à vin , dont Varron a fait mention. Mén.
TINH. Nom d'une île de l'Archipel, qu''on appeloit an-
ciennement Tenos. M. deTournefort dit toujours Tiney
& le fait mafculin, le Tine , en parlant de nos temps ■■,
& Ténos , & Téniens, en parlant de l'Antiquité. Il faut
l'imiter. L'île de Tine fut anciennement nommée Té-
nos, lui vaut Etienne le Géographe, d'un certain re/zo^
qui la peuplale premier. Hérodote nous apprend qu'elle
ht partie de l'Empire des Cyclades , que les Naxiotes
poiléderent dans les premiers temps. Il eft parlé des
Téniens parmi les peuples de Grèce, qui avoient fourni
des troupes à la bataille de Platée. Tournefort, /.
p. 3^6. Le bourg de San-Nicolo bâti fur les ruines de
l'ancienne ville de Ténos , au lieu de port n'a qu'une
méchante plage qui regarde le lud. Le Tine a 60 milles
de tour, & s'étend du nord-nord-oueft au fud-fud-eft.
Cette île eft pleine de montagnes pelées, mais la mieux
cultivée de l'Archipel. Tous les fruits y font excellens,
melons , figues , raifins : la vigne y vient admirable-
ment bien. Id. La Forcereflè de Tine eft à une heure
de chemin de San-Nicolo. Les figuiers de Tine font
fort bas & fort touffus'-, les olives y viennent fort bienj
mais il y en a peu , ik leur fruit n'eft deftiné que pour
être lalé. Id. La foie fait aujourd'hui la richelle de
Tine. Id.
Tine. Fbjeij Tina.
TINEL. 1. m. Eft une falle balTe où mangent les Officiers
d'un Prince ou grand Seigneur. Il n'eft plus en ufage.
Cœnaculum inferius. Autrefois on difoit que le Roi te-
noit Ion TineL ou Cour Pleniere; qu'il avoit ailemblé
les Princes & fon Tinel, lorfqu'il avoit convoqué plu-
iîeurs grands Seigneurs, & qu'il leur donnoit à manger
& à leur gens. Le mot de tinello eft encore en ufage
en Italie. TineL fignifioit dans la Cour d'un Prince la
falle du Commun, Cœnaculum, aula , atrium inferio-
rum minifirorum Principis. Le Portier de l'Hôtel (des
Dauphins) avoit cinq florins de gages -, il étoit chargé
de nettoyer les cours & la lalle du Commun, appelée
le Tin^l-., il avoit loin d'y mettre des bancs, deschaifes,
& tous les meubles nécellaires, d'en prendre àlapour-
rière lorfqu'il en manquoit -, il drelloit les tables , &
rOfficier de Pannecerie mettoit le couvert. Au refte il
ne lailloit entrer dans la falle aux heures du repas , que
les Officiers qui avoient droit d'y manger, & nul autre
n'y étoit reçu , fans un ordre exprès du Grand-Maître.
M. LE Pr. deValbonn. Mém.pourl'Hiji. duDauphi-
né,p.Zîo. On dit tinal en Languedoc, parce qu'on y
tient ordinairement les tines ou tonneaux, dites peut-
être de tignœ Se tignum. Borel.
Trêve avecque l'honneur, je m'en vais, tout courant ^
Décider au Tinel un autre différend. Régnier,
Tinel , ou TiNNEL, eft aufïî le fon d'une cloche du Pa«
lais de nos Rois pour indiquer l'heure des repas que le
Prince donnoit aux grands Seigneurs ou aux Officiers
de fa maifon.
Tinel , fignifioit auffi la Cour du Roi ou Prince , félon
Froilfard. Borel. Aula Principis. Tenir tinel, ou af-
femblée générale. Les Officiers du Palais, les gens de
Cour , étoient appelés le find , d'uu 09m général.
I
Chron. Mf. deBertr. du Guescl. Il alla au Palais y
tenir fon tinel , fa Cour. Chron. de Flandre. La
Chronique de Pierre IV. Roi d'Arragon, parie du grand
tinel de fon Palais que ce Prince rint à Barcelone.
Tinel, Tineil, ou plallage. Vieux terme de Courr.me.
Droit qui eft dû pour la place que Ton occupe dans le
marché. Fby^ç les Coutumes Locales publiées par M.
de Thomafiîère , p. 425. & 426. & la Coutume de
Château-Neuf en Berri , Tit. II. Art. 6. Tinel s'eft dit
encore en d'autre manière pour la place que chacun oc-
cupe. Elle alla au Palais tenir fon tinel , & y fit Office
Royal. Chron. de Fl^ndre.^ C. 57. Voye^ Ménage
&le P. Labbe , p. 468. de fes Etymologies Françoifes.
TINET. f. m. Terme de Marchand de vip. Gros bâton
dont on fe fcrt pour porter les tines. Cupulœ yeclis.
C'eft auflj une manière de joug dont on le fett pour
de/cendre du vin dans la cave, lans le troubler.
TINET. Terme de Boucher. Efpèce de machine dont fe
fervent les Bouchers pour fufpendfe par les jambes de
derrière les bœufs qu'ils ont aflômmés, vuidés, fouf-
flés & écorchés.
TINETTE, f f. Petit vaiflèau fait dç douves , & plus
étroit par en bas que par en haut, qui fert d'ordinaire
à mettre du beurre falé. Parva cupa. On fait grand
trafic de tinettes de beurre en Hollande. On s'en feçt
aufli dans les offices & cuifines pour y recevoir les
égouts des fontaines , ou pour y laver plufieurs chofes.
L'Ordonnance de 1639. lur les Gabelles, An. z6. dit:
Ne pourront les Marchands faire amener aucuns beurres
pour vendre , foit en pots , tinettes , batils , ou autres
vaillèaux, où il y ait aucun /el net en nature, & per-
mis de vifiter, fonder & fiufler lefdits pots, tinettes j
barils , ou vailîeaux , &c.
TINFE. f. f. Monnoie d'argent qui fe frappe en Pologne ,
& qui a cours fur les frontières des Etats du Grand-
Seigneur , & de quelques autres Princes voifins. La
iinfe vaut cinq gros d'Allemagne , ou i o fous de France
^OTING. Ville de la Chine avec forterelFe , dans la
province de Péking , au département de Chinting.
Elle eft de 2. d. 16' plus occidentale que Péking , fous
les 5 9. d. o. min. de lat.
«O^TINGCHEU, Ville de la Chine, dans la province
de Fokien où elle a le rang de fixieme métropole. Elle
eft de o. d. 55' plus occidentale que Péking, fous les
25. d. 40'. de lat. Elle a huit villes fous fa juiifdidion,
Tincheu , Ninghoa, Xanghang , Vuping , Cinglieu,
Lienching, Queihoa , Gungting.
TINGENT , ente. part. adl. ou adjeâ:. Terme du grand
Arr, qui marque une des perfections de l'Eiixir des
Philofophes , qui , pour être accompli , doit être en
poudre fondante , pénétrante & tingente au blanc , ou
au rouge. Il vient du Latin Tingens. Dict. Hlrm.
«O^TINGGAN. Ville de la Chine dans la province de
Quantung , au département de Kiuncheu. Elle eft de
6. d. 58' plus occidentale que Péking, lous les 15. d.
zd'. de lat.
eay TINGHAI. Ville de la Chine , dans la province de
Chekiang. Ellef eft de 5. d. 18' plus orientale que Pé-
king, fous les 50. d. o. min. de lat.
«â" TINGHING. Ville de la Chine , dans la province de
Péking , au département de Pafting. Elle eft d'un degré
■51'plus occidentale que Péking, Ibusles jp. d. 42' de
lat.
jëG'TINGNAN. Ville de la Chine, dans la province de
Kiangfi au département de Cancheu. Elle eft de 2. d.
J\o plus occidentale que Péking, fous les 25. d. 20' de
at.
TINGOESES. Foyq.TuNGusi.
«iï'TiNGPlEN. Ville de la Chine, dans la province
d'Iunnan, au département de Cuhiung. Elle eft de 16,
d. 9' plus occidentale que Péking, fous les 25. d. 18'.
de lat.
«S^TINGT'AO. Ville de la Chine , dans la ptovince de
Xantung, au dépattement d'Yencheu. Elle eft d'und.
20' plus occidentale que Péking, fous les 55. d. 50'. de
lat.
TINGUER. Terme de joueur. Faire bon au jeu , tenir
jeu -, & au figuré , Tôper , confentir , foufcrire , être
d'accord. Dici. Com.
TIN
n
''5i>TlNGYVEN. Il y a deux villes de ce nom dans h
Chine. L'une dans la province de Suchuen au départe*
ment de Chunigking, de i i.d. 8' plus occidentafc que
Péking. L'autre dans la province de Kiangnan, au dé-
partement de Fungyang.
«0>TINGYUEN. Ville de la Chine, dans la province
de d'Iunnan, au département de Cuhiung. Elle eft de
i5.d. 51' plus occidentale que Péking, fous les 25. d.
23'. de lat.
TINIA. Cap. Ce cap eft dans la Remanie. Thynias. Thy-
nias promontorium. Il s'avance dans la mer Noire, au
levant de Stagnara & de Gatopoli. Maty.
TINIAN. Iflede l'Océan oriental, & l'une de celles qu'ott
nomme les Illes Mariannes.
TINIOT , OTE. f. m. & f. Qui eft de Tine. Tenius , a.
M. de Tournefort dans fon Voyage , T. I. Lettre VII^.
où il ^arle de l'île de Tine , appelle fes habirans Té-
niens , quand il s'agit de l'antiquité , comme on le peut
voit au mot Tine, & Tiniotes en parlant de ceux d'au-
jourd'hui. Il a donné la figure des femmes Tiniotes.
Elles portent des manches à boutonnières, qui le bou-
tonnent par-deilôus le bras , & dentelles ne boutonnent
que les derniers boutons vers le poignet. Elles ont un
tabliet & un éventail en main. Les Tiniotes femmes
des Bourgeois & Contadins , comme ils parlent, font
. vêtues à la Vénitienne-, les autres ont un habit appto-
chant de celui des Candiotes.
TINKAL. f. m. Nom que les Indiens donnent au Borax
brut.
TINO. Voyei Topino.
TIRELINTINTIN. Teime des plus bas & des plus popu-
laires , pour exprimer le fon d'une petite cloche , d'une
fonnette , d'un grelot , & le trinquement des verres.
Les chanfons Bachiques parlent du tirelintintin des
verres & du glou glou des bouteilles.
TINTAMARRE, f. m. Bruit que font les Vignerons &
Laboureurs en frappant lur leur marre pour fe donner
quelque lignai. Marrce tinnitus. Pafquier dit que ce
mot vient du bruit que font les Payians, quand ils font
tinta fur leur marre, pour avertir ceux qui font éloi-
gnés de quittet leur befogne, & que midi eft fonné ;
car en quelques lieux , & fur-tout à Montpellier , ils
quittent à midi. Il dit aulîî^ que Jean Duc de Berri fit
un Règlement fut le travail des Vignerons & Payfans,
qu'il limita depuis fix heures du matin jufqu'à fix heures
du foir. Marre eft un inftrumenr de labour qui avoir
le même nom chez les Latins. Tintamarre , fignfie tinte
ta marre. On dit encore en plufieurs lieux , marrer les
vignes, pour dire les labourer. Voye\ Pafquier, Re-
cherches de France, L.VIII. C. 52.
Cette expreffion a pafté dans le ftyle familier pour
fignifier , clameur , un bruit confus , accompagné de
delordre. Tiirba , clamorinconditus. Vous faites biep
du tintamarre pour une bagatelle. Vous vous êtes bien
gendarmée de ma déclaration d'amoui •, & votte vettu
a fait bien du tintamarre. LeChev. d'H. Ils entendoient
la nuit un horrible tintamarre ; ils fe fentoient tirer de
leurs lits, & frapper duranr leur fommeil, fans voir
néanmoins perfonne. Bouhours.
TINT AMARRER, v. n. Faire du tintamarre. Il ne fait
que tintamarrer toute la journée. Bon pour la place
Mauberr.
TINTEMENT, f. m. Aûion de la cloche qui tinte.' Tin-
nitus. Le mot de tintement fignifie pioprement, le fon
d'une cloche qui va toujours en diminuant , produit
par un coup ifolé du battant qui ne frappe qu'un côtç
de la cloche. _ ,
On appelle auflî tintement d'oreille, une maladie af-
fez fréquente de l'oreille , qui confifte dans la percep-
tion d'un btuit qui n'exifte pas réellement, ou du moins
qui n'eft pas extérieur. Aurium tinnitus. Cette percep-
tion eft caufée par le battement de quelque artère qui
eft dans l'oreille ^ par l'inflammation & l'abcès de la
caiffe & du labyrinthe, par des corps étrangers, par les
commotions du crâne, par des coups reçus à l'oreille,
& qui ont ébranlé l'organe immédiat de l'ouïe. Le
mouvement extraordinaire & déréglé des efprits ani-
maux caufe auffi le tintement , comme il arrive dans
le délire, dans la phrénéfie , dans le vertige. Un des
Ci]
52
TIN
TIN TIP
{îgnes diagnoftiqiies de la perte , efl: le tintement d'o-
teille. Il pallbit chez les Payens pour être de mauvais
augure. Le feul mauvais augure qu'il nous donne
lorlqu'il efl: continu , c'efl: qu'il y a en nous quelque
■caule de maladie. Car ce tintement efl occafionné, ou
par quelque mouvement déréglé des efprirs animaux,
ou par le battement extraordinaire de quelque artère
qui efl: dans l'oreille.
Il y a une autre efpcce de tintement ^ ou plutôt de
bourdonnement, par lequel on appercoit un bruit vé-
ritable, mais intérieur, par exemple lorfqu'on febouche
les oreilles. Bruit produit par la comprelïïon ou par le
frottement de la main. Voye\ Bourdonnement.
TINTENAQUE , ou plutôt TINTENAC. f. m. Efpèce
de cuivre qu'on tire de la Chine', c'efl; le meilleur de
tous les cuivres que produifent les mines de ce vafl:e
Empire ; auffi ne s'en apporte-t-il guère en Euj;ope , les
Hollandois qui en font le plus grand commerce , le
réfervant tout pour leur négoce d Orient , oii ils l'é-
changent contre les plus riches marchandifes. Quel-
ques-uns croient que c'efl: ce cuivre qui entre dans la
compofition du fameux tombac.
Tinter, v. a. sonner une cloche fans la mettre en
branle, de manière que le battant ne la frappe que d'un
côté & lentement, ^s Campanum pulfare ^ ferire.
Après qu'on a lonné le fermon quelque temps en branle,
'on le tinte pour avertir qu'on le va commencer. Ort
rwre auffi les Meflès-, c'efl:-à-dire , qu'on /«/e la cloche
pour avertir qu'on va les commencer.
Ce mot vient de tintinnire & de tintinnabulum.
Tinter efl: auffi neutre. On dit, la cloche tinte, pour
dire , on tinte la cloche. Tinnire , tintinnire. On dit ,
que le kxxnon tinte , pour dire, que le tintement delà
cloche avertit qu'il va commencer.
Faire tinter un verre ^ lui faire rendre un fon fem-
blable à celui d'une petite cloche.
On dit y que les oreilles tintent à quelqu'un , tin-
niunt aures y pour dire, que par un mouvement ex-
traordinaire qui fe fait dans l'oreille, il entend un bruit
pareil à celui d'une petite cloche.
On dit proverbialement à quelqu'un à qui l'on veut
faire entendre qu'on a beaucoup parlé de lui , les
oreilles doivent vous avoir bien tinté.
On dit figurément , mais dans le fl:yle familier feu-
lement , fi vous avez befoin de moi , vous n'avez qu'à
tinter: pour dire , faites connoître feulement votre
volonté , donnez-en la moindre marque , je fuis prêt
à l'exécuter. Si vous avez befoin d'argent, ma bourie
efl: à votre fervice ■, vous n'avez qu'à tinter.
Tinté, ée. part.
TINTJN. f. m. Mot imaginé pour exprimer le bruit que
font des verres , quand on les choque les uns contre
les autres. Tinnitus. Tm///z efl: auffi imao;iné ,. dit Pal-
Tjuier, Rech. L. VIII. C.6. pour exprimer des cloches
quand elles fonnert à petit bruit, c'eft-à-dire, quand
elles tinrent.
TINTO. Rio Tento del Azige. Tintus , anciennement
Iherus , Urium. Rivière de l'Andaloufie en Efpagne.
Ellecoule au couchant du Guadalquivir, baigne Niébla,
& fe décharge dans le golfe de Cadie, àGelves.MATY.
TlNTOUlN. i. m. Battement d'oreille •,■ bruit fourd qu'on
s'imagine enrcndre. Tinnitus aurium. Ils furent lalués
du canon de fi près, qu'ils en eurent tout \e tintouin
dans les oreilles plus de demi-heure après. Pélisson
Il n'eft que familier. ^
Ce mot vient de tintin , qui repréfente le fon des
cloches , qui a été formé de tintinnabulum j mot La-
tin fignifiant cloche. Nicot a expliqué les lens Se les
étymologies de ce mot. Tintouin efl:, dit-il, un nom
imité du chiflement qui fe fait aux ventricules du cer-
veau , & corniffanr par les oreilles , & vient de tinter-,
auffi les Latins appellent tel tintouin ; tinnitus aurium^
tintement d'oreilles. Et parce que tel tintouin empêche
'le repos de la perfonne, on Tufurpe auffi par méra-
j)hore pour fouci rongeant , travail d'efprit & fatiga-
tion de l'entendement. Cura coque ns , animumque ver-
fans ac malè habens. Selon ce , on dit , il a bien des
Jintouins en la tête. Gravibus curis divexatur. Cela lui
» mir un ^t]si tintouin en la tête. Gravis ex eo cura eum
incejfit. Liv. L. zj. Ou bien on le peut tirer de ce mot
timinnum,^ qui fe lit au XX Vi^ Titre de la Loi Salique,
qui efl: un vieux mot François latinifé , fignifiant la clo-
chette ou fonnette qu'on pend au cou des chevaux &
aumailles lâchées en pâture, pour aifémcnt les retrou-
ver , laquelle en paiflant font-ils fonner fans celle , &
à ce donne couleur ce que l'Italien dit , Avère martello
in te fia _, Angi 6" divexari gravi cura , & , Dar mar-
tello à alcuiii j Maie aliquem urere. Térent. Et ce que
nous difons , il a un réveil-matin, pour dire, il a cui-
fant fouci , qui lui ôte le long fommeil & repos , comme
fi par dire, il a un tintouin à la tête, on difoit , il a une
lonnétte d'un angoifleux penfement, quife ramentoit
fans cefle. Illiufque gravis Jbllicitudo tintinnat; & Ca-
tulle a dit : Auris tintinnat tintinnabulum ; l'Italien dit,
tintinno ; pour le fon de telle petite fonnette. Tintina-
culum.
Ainfi le mot de tintouin dans le fens figuré , où il
n'efl: auffi que du ftyle familier, fignifie inquiétude d'ej-
prit qu'on a du/iiccès de quelque affaire. Le jugement
de fon procès lui donne bien du tintouin.
=8^ TINZEDA. Ville d'Afrique , dans la province de
Darha, fur la rivière de ce nom, entre Darha &Te-
zerin.
TINZULIN. Ville d'Afrique daits la province de Darha ,
'fur la rivière de ce nom, à dix lieues de Taragale^
du côté du Septentrion.
TIP
TIPÉRARY , TIPPÉRARY. Comté dlrlande , dans la
province de Munfl:er. Tiperarienjis Comitatus. Il a au
couchant le Comté de Waterford , & au midi ceux de
Korke, & de Limmériclc, le Shannon la lépare de la
Connacie au couchant', & la Lagénie le borne au nord.
Ce Comté peut avoir vingt lieues de longueur, &
douze de largeur moyenne. Sa partie feptentrionale ,
qui comprend le Duché d'Ormond, efl: mal peuplée,
& peu fertile ■■, la méridionale l'eft: beaucoup davan-
tage. Ses lieux principaux font Cafnel qui pafle pour
la capitale". Tipérary , qui donne ^ le nom au Comté,
Carrick , Clonmel , Fethard & Emelez. On nomme
quelquefois ce pays le Comté de Sainte- Croix. Maty.
TIPHAINE. f. f. Vieux mot. LuTiphaine , c'efl: ainfi que
de Théophania on appeloit autrefois en France la fêre
de l'Epiphanie. Chastelain. Théophanie efl: un mot
Grec qui lignifie Apparition de Dieu ^ manifejîation de
Dieu , de Bsor , Dieu , & oa'yw, ]e parois. Le jour de
la Tiphaine ,^ ou Théophanie, que nous nommons au-
jourd'hui l'Epiphanie, efl: la fête des Rois, jour au-
quel Jéfus-Chrift fe manifefl:a aux Gentils.
On a dit auffi Teffaigne, 8c Tifaine , ou mois de
Janvier après la Tip/ianie. Alain Chartier. Du
Chelne_ remarque très-bien fur ce mot, à la page 845 ,
que d'Epiphanie , on a fait Tiphaine. De Lauriére.
La remarque efl: fauflè; c'efl: de Théophanie j qu'on a
fait Tiphaine, comme M. de Laurière l'a vu lui-même.
Vbyei encore Borel.
Ce mot vient donc de Oso?, Dieu, 8c cpet/Va, je ma-
nifefie , & fignifie la Manifejîation de Dieu. On l'a
donné à la fête de l'Epiphanie , parce que c'eft en ce
jour que Jéfus-Chrifl: ië manifefl-a aux Genrils, & non
point, comme dit Ifidore, parce que l'étoile apparut.
D'autres difent que c'efl: parce qu'en ce jour on célé-
broit la fête du Baptême de Jéiiis-Chrifl: , oii il fut ma-
nifefl:é par la voix du Père qui fe fit entendre, &par
le Saint-Efprit qui delcendir fur lui en forme de co-
lombe. Enfin d'autres prétendent que c'eft à la Nativi-
té qu'on donna ce nom dans l'Eglile Grecque ou on la
célébroit le 6^ Janvier •, qu'cnfiiite au IV^ fiècle cette
Lglife ayant pris l'ufage de celle de Rome de célébrer
la Nativité le 25"= Décembre , comme S. Jean Chry-
foftôme le marque dans une Homélie, le nom de
Théophanie refta au 6^ de Janvier. ^
Le P. Petau dans fes Notes fur S. Epiphane, dit que
Théophiled'Alexandrieenfeigne qu'il étoit défendu de
jeûner les Dimanches ; cepefidant que quand la Théo-
phanie , qui étoit un jour de jeûne , tomboir le Di-
manche, il falloir jeûner. Si ce «10: répondoit à la fêt©
TIP TIQ TIR
de la Nativité , comme qiieiques-uns le piéiendent,
notre pratique aiiroit bien changé, pnilqu'aujourd'hiii,
bien loin de jeûner le jour de la Nativité , lorlqu'eile
arrive le Dimanche, au contraire lorlqu'eile arrive un
Vendredi ou un Samedi , qui font des jours d'ablh-
nence , on s'en dilpenle , & l'on mange gtas.
TIPHER. Vieux mot. Fbye^TiFFER.
TIPHON , ou TYPHON. 1". m. Terme de Marine. Orage
dans lequel l^eau de la mer s'élève en manière de co-
lonne à la hauteur de cent bralFes, & tournoie fpirale-
ment par la largeur de quinze ou vingt pieds de dia-
mètre, comme l'i c'étoic par un fîphon ou une vis d'Ar-
chimède. On ne voit d'abord paroître en mer qu'une
petite nuée de la grofleur à peu près du poing. Elle
vient du coté du lud au cap de Bonne Eipérance, aux
côtes de Barbarie, & aux plages orien raies de l'Amé-
rique. Les Mariniers l'appellent Dragon ou grain de
vent •, les Lévaniftes , Tiphoii ou Siphon i & ceux qui
navigent à l'Amérique, Puchot. On l'appelle encore
Pompes de mer. Du temps de Pline les matelots ver-
foient du vinaigre , pour appaifer ce tourbillon quand
il approchoit; prélentement ils croient le repouiier en
ferraillant , & en elcrimant fur le tillac avec grand
bruit. Aubin, Typho j Sipho.
TIPRA. Royaume des Indes j dans les Etats du Roi d'Ava.
Il efl: traverfé dans fa largeur par le tropique du Can-
cer, & dans fa longueur par la rivière d Aracan. Borné
au nord par le Royaume d'Afem ou d'Acham , à l'o-
rient par le Royaume d'Olul, au midi par le Royaume
d'Aracan , à l'occident par celui de Bengale. Sa capi-
tale s'appelle Marbagan.
«:3"TIPUL. (. m. Nom que les habitans des îles Philip-
pines donnent à une eipcce de Grue , qui ell: d'une li
grande taille, que quand elle fe tient droite, elle efl
plus haute qu'un homme de la taille ordinaire.
TIPULE. f f. Efpèce de mouche aquatique qui rcilemble
à une araignée. Tipula. Elle a iix pieds ou fix jambes
longues qu'elle étend fur l'eau , où elle marche lans
enfoncer. Son corps eft de figure ovale , de couleur
blanchâtre, fesaîlesfont argentées. Ses yeux ibnt noirs,
fa queue eft pointue. Cette mouche appliquée extérieu-
rement eft réfolutive. Ces mouches, dit M. de Réau-
mur , rellemblent adez aux confins par la forme du
corps ; mais elles font moins nuifibles, parce qu'elles
n'ont point de trompes. Voyei M. de Réaumur, 5^^
vol. de fes Mém. pour fervir à 1 hiftoire des Inleétes.
Les Encyclopédiftes font ce mot du genre mafculin.
T I Q
TIQUE, f. f. Infede noirâtre qui s'attache particulière-
ment aux oreilles des chiens & des beftiaux, & les
tourmente beaucoup. Ridnus. Cetinfede afîx pattes,
& fa tête eft terminée par un bec pointu & court. Il a
la peau fort dure. Quand la tique eft gorgée de fang ,
elle crevé. Quelques-uns l'appellent T^c, Tique t j ou
Louvette.
TIQUER. V. n. qui fe dit feulement du cheval qui a le
tic. Dentibus inniti prœfepi. Ce cheval tique.
TIQUETÉ, ÉE. adj. m. &f. Marqueté, tacheté, marqué,
taché de plufîeurs petites taches ou ir.arques. DijUnc-
tus,Jzgnatus. Le coloris de la poire appelée lefchailè-
rie , fur l'arbre eft verdâtre, tiqueté. La Quint. P.III.
p. zgz. Œillet tiqueté.
TIQUEUR. f m. Cheval qui a le tic. Equus qui dentibus
innititurprœj'epi. Un cheval tiqueur fe remplit de vents.
TIQUMIT. f. m. Terme de Calendrier. Nom du qua-
trième mois des Abylïïns , félon Mégifer. Il répond au
mois d'Avril. Fabricius , Menolog. §. civ.
T I R
TIR. f. m. Terme de guerre. La ligne fuivant laquelle
on tire un canon , un moufquet. Linea explofionis. Le
flanc fichant a cet avantage fur le flanc râlant , que fes
tirs font droits , & font plus d'effet que les obliques.
Les Canoniers difent qu'ils ont fait un tir excellent ,
pour dire un excellenr coup. Il vieillit. Jl fcmble qu'on
«Jit plus communément jet.
TIR 53
Tir, ou Ter, ou Thir. f m. Terme de Calendrier. Tir,
Tliir. C'cft le nom du cinquième mois des Éthiopiens.
Il répond au mois de Janvier. Vd§iei le Calendrier de
ces peuples publié par Ludolf daiis (on Hiftoire Éthio-
piqiic , p. 3 i9.*Kirker Frodroin. Coptic. ik le P.Riccioli,
dans la Chronologie réformée, p. 3 5.& 5/.
TIRADE, f f. Terme de Muiique. C'eft la liaifon d'une
lettre avec une, ou plufîeurs autres , qu'il ne faut que
battre ou pincer une fois,, & tirer les autres lettres de
la main gauche. Ducium vel traclunicontinuare. Faire'
une tirade.
Les Italiens appellent une //raJ^ en général, toutes
CCS fuites de plufîeurs notes de même figure ou va-
leur, qui fe luivent par degrés conjoints , tanten mon-
tant qu'en defcendant ; ainlî ils difent des tiradjes de
femi- minimes , ou demi-minimes, une tirade de notes
liées j ou fyncopées -, mais ce terme fe prend plus par-
ticulièrement pour une fuite de pluficurs croches ou
doubles croches , qui fe fait, 1°, par degrés conjoints;
2° , tant en montant qu'en defcendant ; 5'', devant la
première defquelles il y a prefque toujours un demi-
foupir, ou un quart de foupir; 4", qui fe termine or-
dinairement paf une note de plus grande valeur. Q)\\
en diftingue de quatre fortes: 1°, la demi-tirade que
les Italiens appellent Tirata mena. Elle eft compofée
au plus de trois ou quatre demi-croches qui vont ga-
gner une note qui efî une 4^ ou une 5= au-deflus, ou
au-dellous de la première i 2", h tirade défedueufe ,
qui eft celle dont les notes pallènt à la vérité la 5e , mais
ne vont pas jufqu'à Todave -, 3", la tirade parfaite,
ainfi appelée, parce qu'elle eft proprement la véritable
tirade. Elle fe fait lorfque depuis la première noce juf-
qu à la dernière on parcourr tous les degrés de l'oc-
tave ; 4", la tirade augmentée, ou excédente qui eft
lorfqu'on palîe les bornes de l'odave pour aller à une
3"^, une 4*=, ou même une 5^ au-dellus ou au-dellous de
1 odave. Il y en a qui nomment autrement les tirades,
des roulade^, ou des roulemens, mais barbarement &
fort impropremenr. Brossard.
Tirade, fe dit aufli d'une longue fuite de patoles. On
le dit particulièrement de quelques endroits f uivis d'un
ouvrage en profe ou en vers , qui font fur le même
fujet. Il nous récita une tirade de fon poëmc. Il y a
de belles tirades dans cet ouvrage. Ce qu'on appelle
tirade , n'eft louvent qu'une pièce de rapport bien ou
mal plaquée dans un ouvrage de marqueterie. Dans
cette acception, on dit une rira^e d'injures, une tirade.
de fortifes.
On dit adverbialement ; Tout àîunç tirade; pour
dire, tout d'une fuite, fans s'arrêter. Unotraclu ,uno
Jpiritu , uno tenore. Il nous a dit une centaine de vers
tout d'une tirade.
TIRAGE, f m. L'adion de tirer. Il y a fur les ports des
chevaux deftinés & tout prêts pour le tirage des bat-
teaux. Traâus. Il a tant coûté pour le tirage de ce
train de bois flotté.
Tirage. C'efl: l'adion de tirer au fort les billets pour la
Milice , ou pour la Lotterie. Le tirage, de la Lotterie
fe fera tel jour.
Tirage. Terme de Tireur d'or. C'eft l'adion de faire
palier l'or ou de l'argent par la filière.
Tirage , dans les Imprimeries de livres ou de tailles-
douces, fignifie, l'im.preffion de chaque forme ou de
chaque planche.
Tirage. Terme de rivière. C'eft encore ce que d'autre^
appellent trait, c'eft-à-dire, l'efpace qui doit refter li-
bre lur le bord des rivières pour le palîàge des chevaux
qui tirent les bateSux.
TIRAILLEMENT. Terme de Médecine. Dans l'écono-
mie animale , c'eft une efpèce de mouvement convul-
fif d'unmufcle, d'un nerf, de quelque partie du corps-,
une fenfation importune excitée dans quelque partie,
par quelque mouvement irrégulier, qui fait que cette
partie eft comme tiraillée, tirée ça & là à diveries re-
prifes. Succujfus. Tiraillement d'eftomac , d'en-
trailles, &c. Toutes les fois que le ventricule fera fore
tendu par des vents, le nerf ou plexus cardiaque qu'il
a à fon orifice , doir fouflrir une contraction , qui fe
continuant juiqu'au caur, y fera un tiraillement, qui
Î4
TIR
TIR
fclon qu'il fera plus léger ou plus violent ,^ fera tantôt
une (impie intermittence de pouls, & tantôt une véri-
table palpitation de cœur. MÉMOIRES de Trévoux.
Tiraillement, dlTis l'ufage ordinaire. Ebranlement,
lecoude , agitation. Il y a fur toute la toile de l'arai-
gnée plulieurs fils qui viennent rayonner de toute part
au centre oii elle le retire, & où elle attend. Le ii-
raillement d'un de ces fils retentit jufqu'à elle : elle eft
avertie qu'il y a du gibier , & elle eft auffi-tôt dellus.
Spectacle de la nature, tom. i. %' édit. p. 209.
Tiraillement, en termes de guerre. Feu de moufque-
terie qui n'eft pas vif ni foutenu. Fbjq Tirailler.
On trouve Tirerie dans le même fens. L'ufage de ti-
railler quand on va à la charge , eft le comble de la
misère -, la tirerie fait plus de bruit -que de mal , & fait
toujours battre ceux qui s'en fervent. M. le Mar. de
Saxe.
TIRAILLER, v, a. & fréquentatif. Tirer deçà &. delà ,
tirer à diverfes reprifes , avec violence ou importunité.
Diftrahere , in varia trahere. Les écoliers fe déchirent
tous leurs habits à ferce de fe tirailler. Il vaut mieux
fuivre un Sergent dans la prifon , que de fe laiflèr ti-
railler. On ne fait que me tirailler depuis deux heures.
Tirailler fe dit figurément pour marquer feulement
une importunité fréquente. Il s'eft bien fait tirailler
pour confentir à ce qu'on vouloir de lui.
Il eft auffi neutre, & fîgnifie. Tirer d'une arme à
feu , mal & fouvent. Il y a longtemps qu'ils ne font
({ue tirailler. Il eft du ftyle familier. Acad. Fr,
Tirailler fe dit à la guerre , en parlant d'un feu de
iTioufqueterie foible, peu animé, qui n'eft pas réglé,
ni foutenu. On le dit de même en fait d'efcarmouches.
Le hu ne fut pas vif i on ne fit prefque que tirailler.
Un détachement des alliés palle de temps en temps la
Meufe pour venir tirailler avec nos troupes légères.
Tirailler, v. n. Terme de Banquier : C'eft tirer conti
nuellement des Lettres de Change fur quelqu'un. Ce
mot n'a lieu que lorfque l'on parle de qiielqu'un qui
tire trop fouvent, & qui ne le fait que fur le crédit
que l'on veut bien lui donner. On dit , Un tel ne fait
que tirailler.
«:> TIRAILLÉ, ÉE. part.
TIRAILLEUR, f m. Celui qui tiraille. Il ne fe dit que
des Chaflèurs qui tirent mal , ou des Soldats qui tirent
en défordre.
TIRAN. TIRANNISER. Voye^ Tyran. Tyranniser.
TIRANCE. f, f. Pieux de tirance , Pieux inventés pour
traîner des cordages fur le fond de la mer. Ces Pieux
font armés à leur extrémité de deux pointes , entre
lefquelles eft un rouleau tournant fur fon effieu, &
portent à leur tête une poulie de retour. Hifl. de l'A-
cad. des Sciences ly^z.p. i^G.
TIRANO. Nom d'une ville des Grifons, fituée furl'Adda
Gii elle a un port , à dix lieues de Chiaverine , vers le
levant. Tiranum. Tirana eft capitale d'un des trois
Quartiers de la Valteline. Maty. C'eft- à -dire , du
gouvernement de Tirana , qui eft de la dépendance
des Grifons.
TIRANT, ANTE. adj. Qui tire. Il n'eft pas en ufage au
propre.
Au figuré on le dir familièrement d'un homme qui
aime l'argent , attaché à fes intérêts. Lucri avidus , cu-
pientijfimus . Ce Procureur eft fort tirant.
TIRANT, f m. Qui fe dit des cordons qui fervent à tirer.
On ne le dit guère que des tirans de bottes, ou des ti-
rans d'une bourfe, qui fervent à l'ouvrir, ou à la fer-
mer. Funiculus duclilis , lorum ductile.
On appelle auffi tirant, un bouron qui tient attachée
la queue d'un violon , d'une baftê , &c. au corps de
l'inftrument.
Tirant , fe dit encore d'une portion de nerf de couleur
jaunâtre, qui fe trouve dans la viande de boucherie.
AcAD. Fr. Ce morceau eft plein de tirans. Cartilage.
Tirant , en termes de Charpenterie, eft la pièce de bois
qui eft la principale d'une ferme de charpente , qui fert
à la fermer ou à la tenir en état •, car elle aboutit des
deux côtés aux jambes de force , dans lefquelles elle
eft enclavée , & elle eft quelquefois foutenue au mi-
lieu par le poinçon. On l'appelle aufîi entrait. Tirant
eft une poutre ou pièce de bois qui traverfe d'une mu-
raille h une aurre , & fur laquelle lont polées les forces,
qu'elles empêchent de s'écarter. La pièce de bois, qui
pofe toute droite au milieu, &: au-dclliis du tirant, le
nomme poinçon. Félibien. L'on nomme aulïï quel-
quefois tirant, les entrais. Id. Un tirant eft une longue
pièce de bois de toute la largeur d'un lieu , qui arrêtée
dans fes extrémités par des ancres , fert fous une ferme
de comble , pour empêcher l'écartement , aufîî-bien
que celui des murs qui la portent. Il y a de ces tirans
dans les vieilles Egliles, qui font chanfrcinés ce à huit
pans , & qui font alfemblés avec le même entrait du
comble par une éguille ou un poinçon. Tranjîrum, ie-
lon Virruve. Daviler. Du Cange dit que dans la baffe
Latinité on appelle ces pièces tiranni.
Tirant, en Serrurerie, fe dit d'une pièce de fer qui tient
une barre de fer, qu'on appelle ancre , & qui eft atta-
chée fur une poutre , ou fcellée contre la muraille de
quelque mailon. Trahis ac mûri retinaculum ferreum.
Sceller le tirant dans un mur. Le tirant de fer eft une
grollè & longue baire de fer, avec un œil ou trou au
bout , dans lequel pafte une ancre , laquelle fert pour
empêcher l'écartement d'une voûte , & pour retenir
un mur, ou une louche de cheminée, &c. Catena ,
félon Vitruve. Daviler.
Tirant, eft auffi le nom qu'on donne aux cordons qui
font des deux cotés de la cailfè d'un tambour, qui
fervent à en bander ou lâcher les peaux.
Tirant , le dit auflî d'un petit morceau de parchemin
long, qu'on mouille , &: qu'on tortille pour faire des
manières de petits cordons, qui fervent à attacher les
papiers chez les Procureurs , les Notaires , &c. Perga-
inena ligula.
Tirans , chez les Rubanniers. On appelle ainfi les
ficelles attachées aux lames pour faire agir celles qui
montent, & partent fur les poulies du châtelet, pour
fufpendre & faire agir les hautes-lilles.
Tirant, en termes de Marine , eft la quantité des pieds
d eau qui font nécellàires pour mettre un navire à flot.
Aquce altitude , profunditas. Le tirant de l'Amiral étoit
de tant de pieds d'eau. Le tirant de l'eau de ces deux
vaiflèaux n'eft pas égal. Le tirant de l'eau d'un vaiileau
fe mefure à l'avant & à l'arriére, à prendre par le def-
fous de la quille. Aubin.
TIRASSE, f f. Grand filet de Chafleur qu'on traîne par
la campagne , qui fert à prendre du menu gibier ,
comme cailles, perdrix, &c. Rete yenatorium duel de.
TIRASSER. V. a. Terme de ChafTe. Chafler à la tiralTe ,
prendre à la tiraflé. Ils font allés tirajfer des cailles, ti-
rajfer des aloflettes. Il fe dit auffi abfolument. Ils s'a-
mufent à tirajfer. Il s'emploie encore au neutre. Ti-
rajfer aux cailles , tirajjer aux alouettes. Acad. Fr.
TIRE. f. f. Traite de chemin faite fans fe repofer. Iter
una & continuato duclu confeclum. Il n'a guère d'u-
fage que dans cette phrafe : Voler à fw-d'aîle, voler
très-rapidement. Prcepete pennd.
Dans le ftyle familier , on dir , tout d'une tire , pour .
dire, fans difcontinuer, tout d'une haleine. Il a fait cet
ouvrage tout d'une tire.
Je ne penjois pas en tant dire
Sur le champ & tout d'une tire. Sar.
Tire , en termes de Blafon , fe dit des traits ou rangées -
de vair dont on fe fert pour diftinguer le beftroij le
vair & le menu vair. Duclus. Le beffroi eft compofé
de trois tires , le vair de quatre , & le menu vair de
fix. Quand un chef ou une fafce font vairés , il faut
fpécifier de combien de tires ou de rangs.
TiRE-Du-VENT, cu termes de Marine, le dit pour mar-
quer la force qu'a le vent , Jorfqu'un vaiflèau eft à
l'ancre , de faire roidir & travailler fon cable. Aubin.
Tire, en termes de Menuiferie, fe dit pour Sergent.
Vbye'{ ce mot.
Tire; Terme en ufage dans le commerce des toiles. On
appelle une tire de lîx coupons de baptifte, fix coupons
de cette efpèce de toile attachés l'un à l'autre , eniorte
qu'ils compofent comme une pièce cptiere.
TIR
T'jRE, seftdit autrefois en vers pouf ton ire, ta colère
Ira tua.
Je ne crains pas foudre tant ,
Com craint t'ire de ton content. Borei,;
TIRE-BALE. f. m, Inftrument de Chirurgie fait en ma-
nière de villebrequin avec une pointe en vis, dont on
le fert pour percer une balle demeurée dans le corps
d'un homme , quand elle eft appuyée contre une partie
' foiide , & à la tirer enfuite. Strombulcus. Il y a des tire-
balles de pluiieurs efpèces ; le premier eft un dilatoire
qui fert à deux lins , i", à dilater, & élargir la plaie,
tant pour voir ce qui eft au fond , que pour donner
lieu à quelque autre inftrument de prendre &: de faire
fortir le corps étranger , avec plus de facilité •, i°, à
fervir lui-même de tire-balle; car il la peut prendre,
la ferrer, & la conduire dehors fans le fecours d'aucun
autre inftrument : avec cette diftérence qu'aux autres
tire-balles , il faut ferrer les deux branches qui font
hors de la plaie , & qu'à celui-ci il faut les écarter.
DiONIS.
Le fécond eft un tire-balle à cuillère , ainfi appelé ,
parce qu'il en a la figure. Cet inftrument a un manche
afin de le tenir avec plus de fermeté ■, il eft long pour
aller jufqu'au corps étranger, & ayant fait entrer la
balle dans fa cavité , qui eft un peu recourbée, on la
conduit dehors , en lui faifant faire ce chemin fans trop
fe preffer. Id.
Le troifieme eft le tire-balle à anneau , qui a ce nom,
parce que le bout qui va chercher la balle , eft rond &
fait connue un anneau : c'eft lui qui embraflb la balle,
& qui quand on la retire, l'amené dehors avec la même
facilité qu'elle y eft entrée. Id.
Le quatrième eft un tire-balle à crochet moufle, qui
iayant accroché la balle , la conduit dehors •, il eft long
pour aller jufqu'à la balle, & emmanché pour s'en fer-
vir avec plus de commodité. Id.
Le cinquième eft im tire-balle à crochet fendu , dont
les pointes font moufles pour ne point blellèr de par-
ties -, il peut fervir pour tirer & accrocher les morceaux
de la chemife , ou de vêtement que les balles font
prefque toujours entrer avec elles jufqu'au fond des
plaies. Id.
Scultet donne auflî dans fa XVe Planche , fig. Xll.
Xlll. & XIV. la figure d'un tire-balle à cuillère , mais
compofé de deux parties, lavoir, d'une canule, &d'un
ftilet foiide, qui fe termine par un de fes bouts en deux
cuillers dont les bords lont tranchans, pour mieux rece-
voir la balle. L'autre bout a un nœud & un manche j
& ce tire-balle , dit-il , fait le même etîet que celui
d'Alfonfe.
Le tire-balle appelé Alphonfin , du nom de fon Au-
teur Alphonfe Ferrier Médecin de Naples , confîfte en
une verge de fer longue de dix-huit pouces ou envi-
ron , qui fe partage, après avoir laifle un bout de cinq
à lîx pouces pour lervir de manche, en trois branches
qui fe peuvent rejoindre par le moyen d'un anneau
coulant , en le poulfant en avant , & qui s'ouvrent en
retirant le même anneau \ la partie intérieure de ces
branches eft cave & garnie de dents qui regardent
vers la baie , pour mieux faifir les balles , & leur face
externe eft polie pour ne point bleflèr les chairs. On
peut le faire plus long ou plus court , fuivant la pro-
fondeur de la plaie. Sa grolTcur eft celle d'une balle
d'Arquebufe. Trad. de Scultet.
TIREBORD. f. m. Terme de Marine. Sorte de grand
tirefond, donr on fe fert pour tirer le bordage d'un
vaiflèau quand il eft enfoncé.
TIRE-BOTTE, f. m. Terme de Cordonnier. Petits bâ-
tons qui fervent à chaufler des bottes. Mais on appelle
Tire-botte une petite planche élevée d'un côté , qui a
une entaille proportionnée au talon d'une botte , pour
fe débotter tout feul.
On appelle encore Tire-botte , un tiflli de fil ou de
foie , qu'on attache aux deux côtés d'une botte , pour
la chaufler plus facilement.
Tire-Botte. Terme de Tapifîier. On appelle Tire-^o/fe ,
de gros galons de fil, dont les Tapifliers fe fervent
TIR
îî"
pour border les étoffes qu'ils emploient en meubles.
ACAD. Fr.
TIRE-BOUCHON, f. m. Sorte de vis de fer ou d'acier,
qui tient à un anneau , & dont on fe fert pour tirer
les bouchons des bouteilles. La manière dont on bou-
che maintenant les bouteilles , fait aflèz connoître la
neceffité d'avoir des Tire-bouchons : auflî tous les An-
glois en font très - bien pourvus , & en ont de fort
propres Se de très-bien travaillés. La bar.
TÎRE-BOUCLER. f m. Terme de Charpenterie. Il y
a des lieux où les Charpentiers appellent ainfi ces ou-
tils , qui leur fervent pour dégauchir le dedans des
mortoifes. Félibien.
TIRE-BOURE. f. m. Terme d'Arquebufier. Eft un
inftrument qui fert à décharger une arme à feu fans là
tirer. Strombulcus. Il eft fait d'un fil d'archal pointu,
ou^ d'une autre efpèce de fer tortillé en forme de vis ,
qu'on attache au bout d'une baguette. Sur la mer on
appelle tire-foin, un femblable inftrument gros à pro-
portion , qui fert à décharger le canon.
Le Tire-bourre, chez les Bourreliers , eft une efpèce
de crochet dont ils fe fervent pour arranger la bourre
des pièces qu'ils veulent rembourrer.
TIRE-BOUTON, f. m. Terme de Tailleur. Eft un outil
de Tailleur ayant un crochet au bout , qui lui fert
à boutonner les habits la première fois qu'on les met.
Uncus globulorum in ofcilla infertorius.
TIRE-CLOU. f. m. Terme de Couvreur. Eft un outil
qui fert à attacher des clous. Maleus bifidus. Il eft de
fer , plat & dentelé des deux côtés , en foime de
crémaillère -, le manche eft coudé carrément en-def-'
fus. Les couvreurs s'en fervent lorfqu'ils travaiOent
des toits couverts d'ardoifes pour arracher les clous -,
car paflant cet outil entre deux ardoifes , fes dents
ptennent & accrochent les clous , & en frappant du
marteau fur le manche du Tire-clou , les Couvreurs
attirent les doux à eux.
TIRE-D'AILE, f. m. Ce mot fe dit en parlant d'oifeaux,
lignifie le battement d'ailes prompt & vigoureux que
fait un oifeau quand il vole vite. Unus ^ idem duàus
alarumj vel continuus alarumtracius. La Corneille eiî
deux tire-d'aile ek au-deflRis des oifeaux.
A TIRE- d'aile. Sorte d'adverbe ufité dans la Faucon-
nerie. Volera tire-d'aile -, pour dire , Vigoureufement.
Uno alarum duclu , traclu , primove impetu.
TIRE-FIENT. f m. Terme d'Agriculture. Inftrument
de Laboureur , efpèce de fourche propre à tirer du fa-
mier, &: dont les dents , qui font de fer, au lieu d'être
emmanchées droites , font renverfées & courbées un
peu : au bout d'en haut de ces deux dents eft un douille
dans laquelle on met un manche de trois pieds de lon-
gueur , & gros de trois pouces de tour. Liger. En
plufieurs endroits les dents font beaucoup recourbées,
en forte qu'elles font une angle obtus , ou une efpèce
de demi-lune avec la douille. Harpago ftercorarius.
TIRE -FOIN, f m. Terme de Marine. C'eft ainfi qu'on
appelle fur mer un inftrument femblable à un tirebourre,
gros à proportion , &: qui fert à décharger le canon.
Aubin. En Latin, Strombulcus ^ comme tire-bourre.
TIRE-FOND. f. m. eft un G'jtil de Tonnellier , qui eft
fait en façon de cercle ou d' anneau de fer, qui a une
pointe tournée en vis. Il fert à élever h dernière douve
du fond d'un tonneau , pour la faire entrer dans la rai-
nure. Il fert auflî à barrer les portes en dehors" oar le
moyen d\in bâton qu'on paflè à tiavers. Les tirefond^
font auflî d'un grand ufage à l'armée pour les cava-
liers qui veulent attacher leurs chevaux à quelque
porte , ou à quelque aibre qu'ils rencontrent. Clavus
in cujpide cocleatus.
TIRE -FOND. Terme de Chirurgie. C'eft auflî un inf-
trument dont on fe fert pour enlever la pièce d'os
Iciée par le trépan, lorfqu'elle ne tient plus guère.
TIRE-LAISSE. C. m. Terme de moquerie , dont on fc
fert à l'égard de ceux qui font fruftrés tout d'un coup
d'une choie fur laquelle ils comptoient , & qu'ils ne
croyoient pas pouvoir leur manquer. L'emploi qu'on
lui avoir promis vient d'être donné à un autre •, c'eft
un vilain tire-laiJJ'e. On le dit auflî d'un appas qu'on
donne à de certaines gens pour les faire entrer en
56
TIR
TIR
quelqu'affaire dont ils ne tireront aucun avantage.
Stropha attraSoria.
TIRE-LAINE, f. m. Foye:^ Tireur.
TIRE-LARIGOT. Ternie proverbial j on dit de ceux
qui boivenr par excès , qu'ils boivent à tire-larigot. Bi-
ierelautè opipareque , compotare , perpotare. Ce pro-
verbe peu: venir d'un des jeux de l'orgue qu'on ap-
pelle larigot , qui fifie : & comme quelques-uns ont
appelé yz/Zfr , boire, on peut croire qu'ils ont tait allu-
iion à ce jeu qu'on fifle beaucoup. Ménage en donne
une autre étymologie. Il prétend que larigot efl: un
vieux mot François ,- qui lïgniiîoit un flûte : ce qu'il
prouve par ces vers de la cinquième Eclogue de Ron-
îard :
Herbes qui boutonnés , vertes âmes facrées ,
Sijbus mon larigot reverdir je vous voi , ^c.
Fondé fur cette fignification du mot de larigot , il
prétend que boire à tire-larigot ne fignifie boire à longs
traits, que parce qu'on buvoit dans de grands verres
faits en forme de flûtes , & de-là vient qu'on difoit , &
qu'on dit encore parmi le peuple j Fluter , pour dire ,
boire extrêmement. Ainfi , ajoute Ménage , A tire-
larigot fignifie , Trahendo vinum quod eft in cyatho.
Il y en a d'autres qui croient que la véritable étymolo-
gie de ce mot eft larynx j laringos , qui fignifie go-
fier , & qu'ainfi, boire a. tire-larigot , c'eftjboire à tire-
gofier. Ceux de Rouen difent qu'il vient de /û Rigautj
qui eft le nom d'une cloche de la grande Eglife j qui
fut donnée par Odo Rigault Cordelier , Archevêque
de Rouen, & qu'à caufc que les Sonneurs qui la tirent,
s'échauffent beaucoup , & ont befoin de bien boire ,
on les a appelés des buveurs à tire la Rigault. Voyez
Dom Du PleJ/is , Defcription Géogr. & Hiji. de la
Haut-Norm. tom. z.p. 15. Borel le dérive du Langue-
docien s'arrigoula; c'eft-à-dire, le faouler, prendre
tout fon faoul de quelque chofe , d'oii le mot a été
tranfporté en ce pays-ci.
TIRE-LIGNE, f. m. Inftrument de Géométrie ou de
Deflinateur , qui fert à tirer nettement des lignes ,
quand on trace ou plan ou un deflêin. C'eft une el-
pèce de pointe d'acier , ou de cuivre faite pour fervir
de plume. Graphium. Les compas à quatre pointes en
ont une qu'on appelle aufîi tire-ligne.
TIRE-LIRE. f.f. Petit tronc portatif qui a une ouverture
en haut, dans laquelle on fait palier la monnoie dont
on veut faire un petit amas. Borel la définit une petite
bougette de terre, ou autre matière, où l'on met l'ar-
gent par une fente. Stipi cogendœ cippus portatilis.
Les enfans ont des tire-lires , pour mettre tout l'ar-
gent qu'on leur donne. Les enfans rouges , les enfans
bleus alloient quêter dans les Egliles avec des tire-lires,
Embourcer telle chofe , & mettre en tire-lire.
Jean de Mehun, auCodicile.
Ce mot vient de tire-liard , parce qu'il fert à quêter-
&: à enfermer de la menue monnoie.
TIRELIRER. v. n. C'eft crier comme fait l'alouete.
L'alouette tirelire j ou fait fon tirelire.
TIRE-LISSE, qu'on appelle autrement Contre-lames,
terme de Galîer. Ce font trois règles ou tringles de
bois , qui fervent dans les métiers à gaze à bailler les
liftes après que les bricoteaux les ont levées.
TIRE-MOELLE, f. m. Terme de cuifine. Efpèce de pe
tit inftrument d'argent , creufé dans fa longueur , dont
on fe fer: à table pour tirer la moelle d'un os. Ac.
Fran.
TIRE-MONDE. Madame Tirre-monde. Exprefîion tri-
viale, pour dire une Sage-femme.
TIRE- PIED. f. m. Courroie qui prend depuis le pied
jufqu'au genou du Cordonnier, & qui lui fert à te-
nir ferme le fouiiier qu'il coud. Les ouvriers qui cou-
fent le cuir avec l'alêne fe fervent aiiflTi de Tire-pied.
On le dit auffi d'une autre peau ou autre outil qui
lui fert à chauflér un foulier. On l'appelle autrement
cliauffe-pied. Lorum calceatorium.
TIRE-PLANCHE, f. m. Nom qu'on donne au titre
d'un livre , lorlqu'il eft gravé en taille douce avec
des ornemens hiftoriés , & qui ont rapport à la matière
de l'ouvrage. Encyc.
TIRE-PLOMB, f. m. eft un rouet qui fert aux Vitriers
pour filer le plomb. Plumbi in canaliculos ducendi
rotula. Machine dont fe feivent les Vitriers pour ré-
duire en verges plates & à rainures des deux côtés ,
le plomb qu'ils ont fondu auparavant dans les moules ,
ou lingotières.
TIRE-PLOYER. v. a. Dans plufieurs Manufadtures on
dit tire-ployerj pour dire décharger.
TIRE-POIL. f. m. Terme de Monnoie. Manière dont on
s'eft fervi pour donner la couleur aux flans d'or , & blan-
chir les flans d'argent. Ratio J pie ndorem auro argento-
ve conciliendi , trihuendi\ Mo dus , quo fit ut aurum
vel argentum Jplendeant. Le tire-poil confiftoit en ce
que quand les flans étoient allez recuits , on les jettoit,
favoir les flans d'or dans un grand vaifleau plein d'eau
commune,, où il y avoir huit onces d'eau-forte pour
chaque feau d'eau •, & les flans d'argent dans un au-
tre grand vaifl!eau plein d'eau commune , où il n'y
avoit que fix onces d'eau- forte par feau d'eau. On
appeloit cette manière tire-poil, parce qu'elle attiroit
au dehors ce qu'il y avoit de plus vif dans les flans;
mais comme cela coutoit beaucoup plus que la ma-
nière dont on fe fert aujourd'hui , & que l'eau forte
diminuoit le poids des flans d'argent , on a cefTé de
s'en fervir. Boizad.
t8^ TIRER. V. a. Terme relatif au mouvement par le-
quel on amène vers foi , ou après foi une chofe quel-
conque. Trahere. On tire la porte après foi quand on
fort d'un appartement. On tire un iîége , un fauteuil
pour s'aiïeoir. Les chevaux tirent un caroilè. Dans
plufieurs paroiftès les bœufs tirent la charrue. Les
hommes ou les chevaux tirent des bateaux lur la riviè-
re. On tire un homme à parr , à l'écart pour lui parler.
Tirerles cheveux, les oreilles à quelqu'un.
Ce verbe a un grand nombre d'acceptions tout- -fait
diff^érentes , que nous ne ferons que parcourir , en dif^
tinguant & développant par des exemples ces différen-
tes acceptaions.
Tirer l'épée contre quelqu'un j dégainer fe battre
contre lui. Enjèni ftringere , educere è vagind. Faire
/wr l'épée à quelqu'un, l'obliger à fe battre.
Tirer, dans la fignification d'alonger , avancet. On//re
la langue pour la montrer au Médecin , ou pour fe
moquer de quelqu'un. Proverbialement j faire tirerls
langue à quelqu'un d'un pied de long , c'eft le faire
languir dans l'attente d'une chofe dont il a un preflànc
befoin. Cette expreffion n'eft pas noble.
Tirer, dans la fignification de faire fortir. Tirer du fang,
laigner. Tirer une vache, la traire. Tirer de l'eau, ti-
rer du vin. Prendre de l'eau au puits , du vin au ton-
neau. On a tiré du fang deux fois à ce malade. O»
tire les vaches deux fois par jour.
Proverbialement & populairement tirer (es chaufîès,
fes guêtres, s'enfuir.
Tirer à quatre chevaux, attacher un criminel par les
pieds & par les mains à quatre chevaux qui le dé-
membrent , en tirant chacun de leur côté.^ C'eft la
même chofe qu'écarteler. Voye^ ce mot.
Tirer , dans la fignification d'ôter. On tire fes bas , fes
bottes. On tire un anneau de fon doigt. Exuere , detra-
here. On tire de l'argent de fa bourlè, de fon coffre ,
du marbre , des pierres d'une carrière.
Tirer du pain des corbeilles. Expedire cerereni ca-
nifiris.
Tirer quelqu'un de quelque endroit, le faire fortir. On
ne fauroit le tirer de ion cabinet. On a eu bien de la
peine à le tirer de la province.
Tirer, fynonyme de délivrer, dégager. T/rfr quelqu'un
de prifon. Ex cuftodid educere , eripere. Tirer de la
mort , du danger. Eripere à morte , ex periculo. Se
tirerde la fervitude. Servitutem ,jugum exuere, exuere
fe laqueis, jugo. Ji'rerquelqu'un d'erreur, ledélabu-
fer»
TIR
TI
ièr, le détromper. Liberareallquem encre. Tîrerq;ac\
qu'un de la miscre. Le tirer d'un mauvais pas , le dé-
gager d'une mauvaifc atiaire.
Au figuré //Ver quelqu'un de la boue, de la pouf-
fîcre. Ab ignobilitate ad amplitudinem promovere ; ab
infimo loco inJummumfaJîigLum, ou ad altiora eve~
hère, c'ell d'une fortune tort balle l'élever à un état
fort au-deiïus de ia première condition.
Tirer, dans un iens figuré , iynoiv/me de recevoir ^ re-
cueillir. Colligere. On tire du profit , de l'utilité , de
l'avantage d'une choie. Fruclum , utilitatern percipere.
Quel avantage tirerei-vous de cela ? Quid lucri tibi
erit? On tire du revenu de les terres, de l'argent des
Èdits , des traités. Tirons des hommes ce que l'indul-
trie peut nous en faire tirer honnêtement. S. Evr
Epicure nous apprend à tirer des plaiiirs , tout le plailir
qu'on en peut tirer. Il y a des gens que la conteftation
echaufle, & qui tirent de leur elprit plus qu ils n'y trou-
veroienc fans cette chaleur.
Tirer une grâce de quelqu'un , c'eft l'obtenir à force
d'adrelie ou d'importunité. Extorquere. On dit auili
tirer parti de quelqu'un ou de quelque chofe, en tirer
de l'avantage , des fervices.
Tirer , dans la fignificatlon d'arracher. Corneille s'eft
fervi de cette exprelîîon dans Polyeude, qui leur tire
en mourant la victoire des mains. Elle eft impropre ,
dit Voltaire , & un peu balle aujourd'hui. Peut-être
ne l'étoit-elle pas du temps de Corneille.
Tirer parole, promelîe, tirer quelque éclaircillèmenr de
. quelqu'un , l'amener au point d'engager la parole , de
donner réclaircillement qu'on demande.
On dit d'un homme qui ne veut point le prêter à
faire ce qu'il doit, qu'on ne fauroit tirer railou de lui.
Tirer vengeance d'une choie, s'en venger. Tirer rai-
fon , fatisfaélion d'une injure , la faire réparer. Voye^
Réparation.
Tirer vanité d'une chofe, laudi-, gloriœ ducere , en faire
vanité. En tirer avantage , la tournée , l'interpréter à
fbn avantage. .
Tirer Ion origine, fa fource. Genus , originem ducere.
En parlant d'un homme , c'eft defcendre , être illu de
quelqu'un. En parlant d'une rivière , prendre , avoir
ia fource.
On dit en termes de Finance & de Négoce, Tirer
en ligne , mettre en dépenfe , ou en recette , la fomme
contenue en un article. In rationem adducere j accep-
tum referre. On dit auffi: Tirer en ligne de compte,
pour dire , palier une partie en compte , inlérer une
fomme dans un compte , la comprendre dans la recette
ou dans la dépenfe d'un compte. On dit : Il faut tirer
cette fomme en ligne de compte. Ce Banquier a tiré
une lettre de change fur Ion correfpondant. C'efl l'é-
crire j la figncr, &: la donner à celui qui en a payé le
contenu , pour le recevoir en un autre endroit.
Tirer , en termes de Géométrie , fynonyme de tracer.
On dit , tirer une ligne perpendiculaire , une ligne pa-
rallèle. Lineam perpendicularem , vel parallelain duce-
re; /frer un diamètre-, tirer \.me ligne d'un point don-
né à un autre ■-, tirer une ligne proportionnelle à une
autre , pour dire , conduire une ligne qui réponde à
une autre dans une certaine proportion. On dit auffi ,
dans la Pratique , tirer au cordeau , au niveau •, pour
dire. Conduire une muraille, un canal , un chemin,
• une allée en ligne droite , & avec des inftrumens géo-
métriques. On dit auffi , tirer \.m plan , pour dire , faire
la defcription géométrique de quelque place, ou b.^ri-
ment , la delîuier.
En ce fens , l'on dit en termes de Jardinage , tirer
une allée , une allée bien tirée , tirer un alignement -,
, tire[-mo\ fur cette couche cinq alignemens. Tire^-moi
un rayon fur le bord de cette plate-bande. Liger dit
que tirer une allée , c'eft encore , avec une charrue
propre à ce travail , ou avec une ratilTbire , couper
dans cette allée toutes herbes qui olfufquent la vue,
pour y palier enluite le râteau ou le rabot, fuivant
qu'elles font fpacieules : tirer une allée, c'eft auffi la
tracer.
En Arithmétique on dit , tirer la racine carrée d'un
nombre , la racine cubique , &. autres puiliànces des
Tome VIIL l Partiek
n
nombres, quand d'un nombre donné , oft trouve celui
qui étant multiplié par foi-même, produit le carrî, îc
cube, ou celui qui en cft le plus approchant. Rad'iccm
quadratiini extnihere. Il lignifie auffi Souftraire, dif-
traire. De cette fomme il faut tirer, diftraire les frais.
En Aftrologie , on dit, J/ro-l'horofcope : /wro/co-
pu/n ducere : Tirer la figure -, "pour dire , dreller un
thème célefte , une nativité ■■, faire voir l'état & la dif-
politipn du ciel , des aftres en un certain point marqué,
& en faire le jugement. Tirer les Direâions : c'eft-à-
dire , calculer le temps auquel arriveront les événe-
mens promis par la figure radicale. Tirer Içs révolu-
tions , c'eft dreller un thcme célelle pour chaque an-
née de la vie d'un homme, de l'état & de lafiruation
où fe trouve le Ciel, lorfque le. Soleil eft revenu au
même lieu précifément où il étoit dans le zodiaque ,
au moment de la nativité', ce qui arrive une fois tous
les ans : ce qui s'appelle tirer Im révolution Iblaire. On
tire auffi les révolutions lunaires. On dit encore tirer
la partie de fortune , tirer les Profections, Voyei Par-
tie de fortune & Profedions.
En Chimie, /■/rer, fynonyme d'extraire. Exprimere,
extrahere. Tirer des lues par le moyen du feu. Tirer
de l'huile fans feu. Tirerk lue des viandes. On tire les
fucs par diftillation, infulion, preffion , cohobation , &c.
On tire la teinture du corail & des minéraux par di-
verfes préparations. Les fels fe tirent par plulieurs lo-
rions.
Au figuré, tirer la quinteflènce d'une chofe, c'eft
pénétrer jufqu'au fond -, en tirer tout l'avantage pof-
fible.
Dans cette acception tirer fe dit auffi figurément
pour extraire, recueillir. Colligere. Les modernes ont
tiré beaucoup de chofes des Anciens. Tout ce que cet
Auteur a écrit eft //r/ de tel & tel livre. Compilare.
Ce pallàge eft tiré d'un tel Auteur. Tirer une confé-
quence', un argumenc. Aliquid ex alio inferre. Du
principe que vous venez d'établir, jte tire un grand
argument contre vous. On dit auffi neuttalement, en
parlant d'une chofe dont on pourroit s'autorifer à l'a-
venir pour faire quelque chofe de femblable , qu'elle
tire à conféquence. Ce qui ne fe dit guère que de c&
qui eft, ou qu'on croit être contre les règles.
En termes de Philolophie hermétique ou du grand
Art, Tirer l'^me & l'efprit du corps; c'eft dilloudre,
calciner , teindre , blanchir , baigner , laver , coagu-
ler , &c. Tout cela ne lignifie que la même chofe, ou ,
ce que les Maîtres de l'Art appellent autrement ^ l'opé-
ration de Venus.
En Marine on dit , Tirer à la mer, pour dire, pren-
dre le large, s'éloigner de la terre, ou d'un autre vaif-
feau. Nayem in alturn ducere. On dit , Tire avant,
pour commander à l'équipage de nager avec plus de
force. On. dit auffi qu'un vailTeau tire tant de pieds
d'eau, pour dire , qu'il enfonce dans l'eau jufqu'à cer-
tain point , de forte qu'il lui faut tant de pieds d'eair
pour être à flot. On dit dans le même fens , qu'un vaif'
feau prend tant de pieds d'eau.
On dit de même des chofes qui s'imbibent d'eau ,
qu'elles tirent l'eau. Ces fouliers font de mauvais cuir,
ils tirent l'eau.
En peinture on dit. Tirer une perfonne •, pour dire.
Faire fon portrait. Penicillo effingere , exprimere. Ri-
chelet avec quelques autres , prétend que tirer pour
peindre eft un peu vieux , & blâme un illuftre Acadé-
micien d'avoir dit, Alexandre jugeoit qu'Apelles étoit
leul digne de le /wr ; cependant comme l'Académie
ne prononce rien là-dell'us , & qu'elle apporte même
divers exemples , où tirer eft mis pour portraire , iî
lemble qu'on ne doit taire aucune difficulté de s'en
lèrvir après elle. Il eft certain néanmoins que plulieurs
de ceux qui fe piquent d'écrire poliment , évitent de
s'en fervir , & difent, je me fuis fait peindre, & non
pas , je me fuis fait tirer. Ce payfage a été tiré d'a-
près nature. En Sculpture, on dit //Vif/- en plâtre, tirer
en cire. Il a été tiré au naturel.
En termes de Manège, on dit qu'un cheval tire à la
main, quand il réliftc ;\ la bride, îorfqu'il eft trop ar-
dent, ou qu'il eft roide d'encolure. Duclui habcnaruin
H
,8-
TIR
TIR
objrftere, ohniti. Dans le premier cas , il fout le faire
aller doucement , & le tirer fouvent en arrière. Dans
le fécond, tâcher de l'allbuplir. On dit quelquefois ,
qu'un cheval tire, lorfqu'il rue, qu'il donne quelque
coup de pied. Il y a des chevaux qui lont bons à por-
ter , d'autres à tirer, trahere , comme ceux de labour ,
de carrollè.
En termes d'Efcrime , Tirer des armes , faire des
armes. Dans ce fens il eft neutre , & il vieillit.
On dit aftivement /wr une eftocade, un coup d'ef-
tocade , pour dire, pouflèr, porter une eftocade. En ce
fens il vieillit encore.
On le dit beaucoup mieux , & plus ordinairement en
parlant des armes de trait & des armes à feu. On dit
■ au neutre, rwr de l'arc, de l'arbalète^ de l'arquebufe.
Voyei ces mots.
On dit auffi adivement, tirer un fufil , un piftolet,
des flèches _, le canon , tirer un coup de fufil , de moui-
quet , de piftolet , de canon. Tirer des bombes , des
pétards, des fufées. On tire aux perdrix, en l'air, au
but , en volant , au gîte.
Tirer un lièvre, c'eft tirer delTus,
Tirer un feu d'artifice , c'eft mettre le feu aux pièces
d'artifice qui le compofent.
Dans le ftyle figuré & familier , ou tire fa poudre
aux moineaux , quand on prend de la peine pour une
chofe qui ne le mérite pas.
On dit figurément. Tirer fur quelqu'un, pour figni
fier , dire des choies oftenfantes de quelqu'un -, & dans
le même fens, tirer à cartouches fur quelqu'un , pour
fignifier , en dire les chofes les plus otienfantes.
On dit proverbialement , vous tire^ fur vos gens
pour dire , vous dires du mal de ceux même qui font
dans vos intérêts. Acad. Fr.
Tirer fe dit encore neutralement en parlant des armes
à feu. Ce fufil tire jufte. A peine avions-nous commen
ce à tirer, que la garnifon capitula.
En termes de Vénerie , le terme dont on fe fert
pour faire fuivre les chiens, quand on les appelle , c'eft,
Tirei chiens , tire^. Tirer de long , fe dit de la bête
qui s'en va fans s'arrêter. Salnove. Tirer iur le trait,
fe dit du limier qui trouve la voie & veut avancer.
En termes de Fauconnerie on dit , faire //rerl'oifeau,
quand on le fait béqueter en le paiflant , & fur-tout en
lui donnant un pàt nerveux , afin de lui donner de l'ap-
pétit. Efcam accipitri attrahendam prœbere.
En termes de Jeux , on dit auffi, tirer une carte,
tirer fa pallè -, tirer tout , quand on fait la vole. Duce-
re , educere , Jiibducere.
Tirons la primauté :
Chacun tire de fon côté :
Par malheur elle écheoit au Diable.
Tirer la primauté , Terme de joueur de dez , de cartes,
de quilles, &c. Tirer une boule, débuter celle qui eft
fur le but. Tirer l'anguille & l'oifon , font des jeux ,
des exercices de Bateliers. Tirer l'oifeau, cela le fait en
plufieurs villes. On met, pour exercer le peuple à tirer
jufte , une figure d'oiieau de bois au bout d'une perche
fort haute ', il y a des compagnies d'artifans qui tirent
cet oifeau à coups de fulil , & celui qui l'abat , s'appelle
le Roi de l'oifeau , & a une récompenfe & des privi
lèges. Tirer au pavois, eft un exercice femblable^ au
lieu d'un oil'eau , on tire dans une efpèce de pavois,
ou de rondache de bois , & celui qui donne au milieu,
ou le plus près du milieu , remporte le prix.
Tirer fe dit encore neutralement en parlant des chofes
qu'on remet à la décifion du fort. On tire au fort , au
doigt mouillé , à la courte paille. On fait tirer les fol-
dats au billet. Sortiri uter. Tirer au fort pour favoir
qui. Sortiri adpoenam. Tirer au biller pour être puni.
Et attivemeat tirer un billet, le prendre au hafard.
Ce jeune homme a /ir^le billet noir. Tirer une charge
au fort avec quelqu'un. Sortiri magiftratum cum ali-
' quo.
On dit encore activement tirer une loterie , en tirer
les billets pour favoir à qui le fort fera écheoir le lot.
Et dans le même fens , ^;rer le gâteau des Rois, V'oir
à qui écherra la fève. Régna vini Jbrtiri.
En termes de Tireurs d'or, f/rer l'or, rirer l'argent ,
c'eft réduire ces métaux , les étendre en fils déliés , en
les faifant palier fucceffivement par diftérentes filières
toujours moins grandes. In fila ducere , producere. La
première opération le fait par le moyen de l'argue.
Voyei^ Filière , Argue , Ras , Dégroffir , Avanceur, &c.
On dit auffi , Tirer de l'or des mines , de l'argent ,
non-feulement pour en détacher les glèbes ou mar-
caffites , mais encore pour en extraire & épurer le
métal par la fonte.
Dans cette lignification d'étendre, les blanchifleiiles
difent tirer du linge fur la platine. Explicare.
On dit aulïï tirer une corde , la bander. Au neutre,
on dit qu'une corde tire, pour dire qu'elle eft bandée
ferme.
Tirer bien fes bas , les étendre bien fur la jambe, afin
qu'ils ne falfent point de plis.
On dit familièrement qu'une femme eft tirée à qua-
tre épingles , pour dire qu'elle eft recherchée dans fon
ajuftement au point qu'elle en paroît contrainte & em-
baralïée.
Tirer le rideau fur quelque chofe. Vbye:^ ce mot.
Tirer une aftaire en longueur , en éloigner la conclu-
iîon. Vbye[ Diftérer , prolonger. On dit neutralement
qu'une maladie tire en longueur.
Tirer , fignifie chez les Marchands & Manufacturiers ,
foit d'étolies , foit de toiles, ce que ces marchandifes
peuvent contenir d'aunage. Cette pièce de drap tire
vingt aunes.
En termes de Charpenterie , faire tirer les tenons ,
c'eft percer le trou de biais contre l'épaulement d'un
tenon, pour le faire ferrer en about. Félibien, &pour
mieux faire joindre les bois. Idem.
Tirer à la paumelle. Terme de Corroyeur, fc dit des
cuirs qu'ils tirent fur une table par le moyen de la pau-
melle , qui eft une efpèce de main ou d'inftrument de
bois plat dentelé par dellbus. Pour donner aux cuirs
cette façon , ils pallènt à plufieurs repriles la paumelle
fur le cuir étendu fur la table •, ce qui lui fait revenir
le grain & le rend plus doux & plus maniable, ou
comme ils difent , plus moliant.
Tirer à la perche. Terme de Manufacture de lainage.
C'eft lainer une pièce de drap ou autre étoile de laine ;
c. à d. en tirer le poil avec les chardons , tandis qu'elle
eft étendue du haut en bas lur une perche.
Tirer un chapeau à poil , chez les Chapeliers, c'eft en
faire fortir le poil en le tirant avec le carrelet.
Tirer le cierge. C'eft le fabriquer à la main-, c'eft-à-dire,
ne le pas couler avec la cire liquide & fondue, mais
étendre la cire amollie dans l'eau chaude le long de la
mèche.
Tirer l'émail à la courfe. C'eft en faire de longs filets
très-déliés , après l'avoir ramallë dans la cuillère de fer
où il eft en fufion avec du criftallin.
Tirer épingles. C'eft paflèr par la filière le fil de laiton-
avec lequel on veut fabriquer des épingles , afin de les
rendre de la grollèur des numéros , iuivant les échan-
tillons.
Tirer une cuve de Teinture. C'eft l'ufer entièrement.
Tirer. Terme d'Imprimerie. Synonyme d'imprimer. Î7'
rer une feuille, tirer une eftampe. Tirer une feuille»
c'eft l'imprimer d'un côté •, retirer, l'imprimer de l'au*
tre côté.
On dit auffi tirer ^ pour dire, imprimer une feuille
entière. Dans ce fens on dit , routes les feuilles de ce,
livre font tirées.
On s'en fert encore pour marquer le nombre d'exem^
plaires. Dans ce fens on dit , qu'on a tiré quinze cens
exemplaires d'un ouvrage.
Tirer , v. n. fe dit encore dans quelques acceptions par-
ticulières. Tirer vers quelque endroit , c'eft en pren-
dre la route. Tendere. Après cet échec , l'armée tira
du côté de la Flandre. Le foleil tire vers fon couchant.
Vergit ad occajum.
Dans le ftyle familier , tirer de long , tirer de pays »
s'enfuir. Tire^ , tire^ , termes dont on fe fert ordinai-
rement pour chafter un chien.
TIR
On dit qu'un malade tin à i"a fin , pout dire , que fa
mort approche.
Employé avec la prépofition fur , ce verbe fert par-
ticulièrement à marquer le rapport, la rellèmblance
que les couleurs ont les unes avec les autres. C'efl;
ainfi qu'on dit qu'une pierre tire fur le vert, fur le bleu.
Proximè accedit ad. Subviridis , qui tire fur le vert.
Subniger ■> qui tire fur le noir. Subalbicans , qui tire
furie blanc, oufubalbidus , &l j'ubcandidus. Suhcœru-
leiLs , qui tin fur le bleu. Subfujcus, qui tire fur le
brun tanné. Et ainfi des autres.
Tirer, fe dit proverbialement en ces phrafes. Après cela
il faut tirer l'échelle , pour dire, on ne peut aller plus
loin, on ne peu: rien faire au-delà. Nil ultra excogi-
tari aut fieri poteji. On dit , qu'un homme le fait tirer
l'oreille , quand il fait avec peine ce qu'on demande
de lui. Vbyei Oreille. On dit de ceux qui ont de la
peine à vivre, qu'ils tirent le Diable par la queue. On
dit, i! tire i}i poudre aux moineaux, pour dire, il perd
fa peine & fon temps -, il travaille à une affaire qui lui
caufeta plus de dépenfe, qu'il n'en tirera de profit.
On dit , Tirer les marrons du feu avec la patte du chat,
quand quelqu'un veut tirer du profit de quelque chofe,
& qu'un autre en elîuie le danger, en a toute la peine.
On dit, qu'un homme tire i'eftocade , quand il em-
pfunte quelque argent, qu'il n'eft pas en état, ni en
volonté de rendre. On dit qu'un homme tire au bacon,
au court bâton avec quelqu'un, pour dire, qu'il con-
tefte avec lui d'égal à égal", ce qui ne le dit que d'un
inférieur •, lorfqu'un plus petit eft compétiteur avec
un plus grand , qu'il lui contefte quelque avantage ,
quelque ptééminence. On dit que des gens en lont aux
couteaux tirés, pour dire, qu'ils font ennemis déclarés.
On die d'un avare, homme avare & tenace, qu'on ^;-
reroit plutôt de l'huile d'un mur , ou un pet d'un âne
mort, qu'un iou de fa bourfe. On dit encore , qu'on
s'eft tiré une épine du pied , lorlqu'on s'efl: défait d'un
ennemi fâcheux , ou qu'on a accommodé une affaire
inquiétante , qu'on a repris ce qu'on y avoir avancé.
On dit en ce fens , qu'on s'efl; tiré de la prefTe , hors
du rang des autres. On dir, qu'un homme fe tire du
pair, ou de pair, quand il s'élève au-dellus de les
égaux. On dit , Tirer les vers du nez de quelqu'un.
Vbyei Nez.
On dit , qu'une comparaifon efl: tirée par les cheveux,
ou aux che^"eux , quand elle efl: forcée ou tirée de loin,
amenée au fujet avec violence ou avec lubtilité. On
dit au|îi ironiquement , quand on vend de la viande
dure, fi vous l'avez pour ce prix-là, il y aura bien à
tirer. Tirer pied ou aile d'une chofe, en /irer quelque
profit de manière ou d'autre. Tirer une plume de l'aile
à quelqu'un , lui atrraper quelque choie. Emungere.
Tirer la laine, terme de filouterie. Voler les manteaux
la nuit.
TIRÉ, ÉE. Paît. Il a les fignifîcations de fon verbe.
Dans une fignification particuliete on entend par vi-
fage tiré, un vifage maigri , fatigué , abattu.
TIRES, f f. pi. Vieux mot. Fois. Gloff. fur Marot.
TIRÉSIAS. f m. Terme de Mythologie. L'un des plus cé-
lèbres Devins de l'antiquité. Il fut honoré comme un
Dieu , & il eut à Orchomène un Oracle qui fut fameux
pendant quelques lîècles •, mais enfin il tut réduit au
lîlence , après qu'une pefte eut délblé cette ville-;à.
TIRE-SOU. Eft un terme injurieux que l'on donne à
ceux qui fur les contrats de rente de 1 Hotel-de-ville ,
avancent de l'aigent , en gagnant le fou pour livre.
Voye\ Grippe-sou.
TIRET, f m. Filet de parchemin tortillé , qui fert aux
Clercs de Procureurs pour attacher leurs écritures, les
pièces de leurs dolïiers _, les étiquettes iur les lacs. Per-
gamena ligula.
Tiret, dans l'Ecriture, fignifie, petit trait de plume qui
, fert à la liaifon des mots coupés , comme loriqu'un
mot ne peut pas tenir dans une ligne , on met un tiret
pour le lier avec fa dernière partie qui eft dans la ligne
fuivante. On met aulïï un tiret dans ces lottes de niots_,
dit-il, nu-]ambe , mi- Août , pour les faire prononcer
enfemble. On en met dans plulîeuts autres cas dont
nous ne parlerons pas ici. L'uiage apprend tout cela.
TIR J9
Les Grïrnmairiens, les Imprimeurs appellent cela ^m*
fion. Lineola interjeâa inter duo verbu.
Tiret. 1. m. Longue pièce de bois avec des liens , qui
arcboute la porte d'un moulin.
TIRETAINE. f f. Sorte de droguer, étofle tilTuc gtof-
lîerement, moitié de fil, moitié de laine. Pannuslanât
filoque textus. La tiretaine doit avoir trois quartiers de
large -, & la pièce doit être de 5 5 340 aunes de long. Ce
mot eft ancien , & le difoit autrefois d'étoiles pré-
cieufes , de draps de laine & d'écarlate , témoin ces
vers de Jean de Mehun dans fon Codicile.
Puis li remejî par maintes guifes ^
Robes faites par grand meftrijès ,
De blanc drap , dejouefve laine ,
D'ejcarlate 6> tiretaine ,
De vert de pers & de brumtte ,
De couleur frefche , pure & nette^
Tiretaine. Nom propre d'une rivière d'Auvergne èii
France. Près de Clermont & de l'Abbaye & du Bourg
de S. Alyre , dit Davity , fe voit le ruillèau de Tire-
taine, autrefois Scateon. Il naît d'une fontaine dont
l'eau s'endurcir & fe pétrifie : cette eau eft alumineufe.
TIRE-TESTON, ou TIRE-SOU. f m. Ce mot fe dit en
jouant t la bête, ou à quelque autre jeu, quand ou
convient que celui qui gagnera le coup , tirera feule-
ment un tefton, un fou, ou autre chofe.
TIRE-TÊTE, f m. Inftrument ainfi nommé par fon in-
venteur M. Duflé, célèbre Accoucheur à Paris, parce
qu'il eft deftinc à tirer les enfans par la tête dans les
accouchemens naturels, mais laborieux. Il eft tiès-lillè
& tiès-poli , n'ayant ni pointe , ni tranchant. Il eft Ci
mince , qu'il n'augmente pas d'une ligne la partie de la
tête qu'il embraflè. Cependant il eft conftruir de ma-
nière qu'il a toute la force néceflâire pour rirer l'enfant
fans le blefler , & fans qu'il y ait aucun déchirement
à craindre pour la mère, Merc. de Juillet i734-P-tS43*
ÎS44-
TIRE- VEILLE, ou TIRE-VIEILLE, Terme de Marine,
qui fe dit des cordes qui pendent le long du bordage
d'un vailléau à chaque côté de l'échelle pour aider à
y monter, & à defcendre. Scanfilis funis. Tirevieille
fe dit de deux cordes qui ont des nœuds de diftance
en diftance. Elles pendent le long du vailléau en dehors,
lavoir, une corde de chaque côté de l'échelle, & on
s'en fert à fe tenir pour monter dans un vailléau , &
pour en defcendre. Jette la tire -vieille hors du bord,
Aubin. TirerVieille de beaupré , c'eft une corde dont
on fe fert pour marcher avec plus de fureté fur le mât
de beaupré , au bas duquel elle eft amarrée , & d'oii
elle monte à l'étau de Mifaine , d'où elle dcfcendpout
s'amarrer aux barres de la hune de beaupré. Aubin.
On l'appelle aulîi la fauve-garde.
TIREUR, f. m. Celui qui tire. Il fe joint avec plufieurs
mots. Les Tireurs d'or font ceux qui réduilent l'or en
fils déliés , qui le font palier par la filière. Auranus
duclor.
Tireur , chez les Férandiniers, Gaziers & autres Ouvriers
en étoftes de ioie façonnées ou brochées, c'eft le com-
pagnon qui tire les ficelles du fimblot , qui lervent à
faire la figure ou le brocher des étoffes. On dit aulîï
une Tireufe , quand c'eft une femme qui tire.
Tireur d'armes. Ce mot n'eft plus guère enufage*, en
fa place on dit Maître d'Armes. C eft un Maître d'Ef-
crime qui montre à faire des armes. Zrt/z//Z(2. On appelle
aufii Tireurs d' arc , ceux qui exercent à tirer de l'arC
Il fit avancer les Tireurs d arc. Ablanc. Les Tireurs
de l'oifcau, les Tireurs du pavois. Voye\ Tirer.
Tireur fe dit en termes de Chafle d'un Chailcur qu'on
entretient pour fe fournir de gibier. Il a plufieurs Ti-
reurs à fes gages dans la terre.
On dit d'un chaiîeur au fufil, qu'il eft bon ou mau-
vais tireur, pour dire qu'il tire bien, qu'il tire mal.
On appeloit autrefois tireur de laine, celui qui vo-
loit les manteaux la nuit.
Hij
6o
TIR
Tireur. Terme de Commerce &' de Banque. LeTireur
d'une Lettre de Change j eft celui qui donne une
Letrrede Change, portant ordre à Ton corrcfpondant
de payer la Tomnie qui y eft contenue, à la pcrf'onne
qui lui en a donné la valeur , ou à celui en faveur
de qui il a pallé Ton ordre. Si la Lettre de Change
n'eft ni acceptée, ni payée dans le temps de l'échéance,
Je porreur peut retourner en garantie contre le_ Ti
r^«r, pourvu qu'il air fait fw protêt dans les dix jours
de l'échéance. Par 1 Article i6. de l'Ordonnance de
i6j^. les Tireurs fonr obligés de prouver que ceux
l'ur qui ils ont tiré des Lettres de Change , leur étoienr
redevables, ou qu'ils avoienr provillon au temps qu'elles
onr di'i erre proccftées •, autrement le T/re«r demeure
touiours garant, quand même la Lettre de Change
n auroit point ère prorelLX'e.
TiREUii d'horoscope. Diieur de bonnc avanture , pré-
rendu Devin , Bohémien , &c.
TlRïE. Ville des Turcs, en Afie, dans l'Anarolic , fur la
route de Smyrne à Coigni.
igO'TIRlNAXES. r. m. C'eft ainfi qu'on appelle certains
prêtres de Tifle de Ceiian. Les Chingulais ont trois
fortes de Dieux, & trois iortes de prêtres & de tem-
ples. Ils appellent Tirinaxes les prêrres du premier or-
dre, qui iont ceux du Dieu Buddou. On ne reçoir
dans cet ordre que des honunes diftingués par leur
naillance ou par leur lavoir. Ils ne font pas d'abord
élevés au haut degré des Tirinaxes. Il n'y en a que trois
ou quatre , choifis entre rous les autres , qui font com-
me liipéricurs de tous les autres ^ appelés Gonni. L's
portent tous, tant les Tirinaxes que les Gonni, une
calaque jaune, plillée au tour de leurs reins, avec une
ceinrurede fil. Ils onr la tête rafée , toujours nue , ayant
à la main une efpcce d'évantailrond, pour la garantir
de la trop grande ardeur du foleil. On les reipeCle Ii
fort, que le peuple le courbe devant eux, comme
il fait devant fes Dieux. Ils ne faluent perlbnne , & par-
tout où ils vont, on étend lur un fiege une natte &
un linge blanc par deilus , pour les faire adèoir \ ce
qui ne le pratique que pour le Roi. Ils gardent le
célibat •, ils ne mangent qu'une fois le jour , à moins
que ce ne loit du ris , ou des fruits dont ils peuvent
ufer foir & matin. Il leur eft permis de manger de
toute forte de viandes apprêtées par eux -, mais ils ne
petivent donner ordre , ni même confentir qu'on tue
les animaux dont ils mangent. S'ils \eulenr fe ma-
rier , ils Iont obligés de renoncer à leur ordre. Ils
n'onr pour cela qu'à jetterleur calaque jaune dans la
rivière ■ fe laver la tête & tout le corps , tx ils fonr alors
comme les autres hommes.
TîRlTIRI ou CARON. Nom d'une rivière de Perfe.
Caron , Eulœus , Chaajpes. Elle a fa lource vers les
confins du Yérak Agémi , rraverfe tout le Chulîftan ,
où elle baigne la ville de Sufc , & elle le décharge
dans le golfe de Balfera. C'eft ce que le Prophète Da-
niel appelle Ulaï.
TIPJX ou TIREX. f m. Terme de Calendrier. C'eft
le premier mois de l'année des Cappadoces. Tirix ,
Tirex. Il répondoit au mois de Décembre. Henric.
Steph. App. ad TheJ'. Ling. Grec.
TIRMAH ou TIRMA , ou TOURMA. f m. Terme du
Calendrier. Nom du quatrième mois de l'année des
anciens Perfes. Thirmah , Tyrnia , Turma. Il répon-
doit au mois de Décembre.
TIRNAW Fby^tTYRNAu-.
«OTIRNSTAIN ou TIRUSTEIN. Petite ville d'Al-
lemagne , dans la balle Autriche, fur la rive gauche
du Danube, un peu au-dellus de Stein.
TIROARITÉNOIDIEN. f m. Terme dAnatomic, nom
de mufcle. riroanr^/îO/^iUJ. La leconde paire des fer-
meurs du Larynx font les tiroaritenoidiens\ ils pren-
nent leur origine de la partie concave & interne du
tiroide, & s'insèrent à la partie intérieure de l'arité-
noide. Dionis.
TIROaDE. f m. Terme d'Anatomie. Nom d'un des
cinq cartilages du larynx. Tirdides. Le premier des
carrilages du larynx fe nomme tiroide ou fcuti-
fbrme^ à caufe qu'il a la ligure d'un bouclier. Il eft
cave en dedans , & convexe & bollu en dehors ; mais
plus aux hommes qu'aux femmes. Il y a une ligne
qui le fépare dans Ion milieu •, d'où vient que quel-
ques-uns en ont fait deux , quoiqu'on ne le trouve
double que fort rarement. Il eft carré , & fes quatre an-
gles ont chacun une production -, les deux produc-
tions d'en haut font' les plus longues , elles le joignent
aux côtés de l'os hyoïde par le moyen d'un ligament",
& par les deux d'en bas il eft uni au cartilage cricoïde.
DiONIS.
Ce mot vient de '^ufio< , bouclier , 8c uJ^iQ^, forme.
Ainlî Tiroide eft ce qui a la forme d'un bouclier. Il
faudroit ècrKe thyroïde ■- mais l'ulage a prévalu pouf
tiroide; & ainlidans tous les noms formés de celui-ci.
Tiroide, fe dit aulïï au féminin de deux glandes du
larynx. Quatre grolles glandes fervent à humeCter le
larynx, deux lîtuées au-defliis , & deux au-dellbus.
Les deux inférieures fonr appelées tirdides , elles font
frtuées au dellous du larynx, à côté du carcilage an-
nulaire ', & du premier anneau de la trachée artère ,
une de chaque côté •, elles ont la figure d une perite
poire-, leur couleur eft un peu plus rouge, & leur
fubftance plus foiidc, plus vifqueulc, & tirant plus lur
la chair des mulcles que les autres glandes ; elles ont
des nerfs , des recurrens , des artères , des carotides ,
des veines qui vont aux jugulaires , & des lymphati-
ques , qui le rendent au canal thorachique. Ces
glandes féparent une humidité vilqueule , qui lert à
enduire le larynx , pour faciliter les mouvemens de
fes cartilages •, à adoucir l'acrimonie de l'humeur fali-
va'e, & à rendre la voix plus douce. Dionis.
"3:3" TIRON1EN , enne. adj. par lequel on dcfigne les ca-
raclcres , les lettres d'abréviation , dont Tiron , attranchi
de Cicéron fut l'inventeur.
TIROIR, f m. Petite layette qui fe coule & s'emboîte
dans les féparations d'un buftet , d'un cabinet, d'une
armoire , d'un comptoir , & qu'on tire ordinairement
par un anneau , un bouton, ou quelque choie d'équi-
valent. Cifia duclUis. Il a un cabinet de médailles où il
y a divers tiroirs.
fe n'aiprejque dans mes tiroirs
Que fidcles petits miroirs ,
Qui font voiries défauts. Fy , dit le Dieu comique ,
Vn fidèle miroir efl un garde boutique.
NOUV. CHOIX DE VERS.
Pièces à tiroir, en termes de Théâtre : on appelle
des pièces à tiroir, celles dont les Icènes font déta-
chées , & n'ont point de relation avec le lujet princi-
pal , comme dans les fâcheux de Molière, l'Efope de
Bourlault, &'c. parce que ce Iont autant de tiroirs ou
layettes, qu'on peut détacher du corps de l'ouvrage.
Tiroir , en termes de Fauconnerie , font des ailes de
coq d'Indes , ou dé chapon, que les Fauconniers pré-
fentent aux Faucons , pour les rendre plus gracieux &
pour les faire revenir fur le poing. Illicum.
TIROL. Nom d'une province du Cercle d'Autriche en
Allemagne. Tirolis , Tirolenfis Comitatus. Elle eft
bornée au midi par les Etats de Veniïe •, au levant par
la Carinthie & par l'Archevêché de Salrzbourgj au
nord par le Duché de Bavière & par la Souabe : les
Suillès & les Grilons la confinent au couchant. Le Ti-
rol peut avoir cinquante lieues du couchant au levant,
& trente-cinq du nord au fud. Il eft extrêmement
montagneux , principalement vers le milieu , où l'on
voit le grand Brenner,quipallè pour une des plus hau-
tes montagnes des Alpes. Ces montagnes fournillènt
de bons pâturages pendant quelques mois de l'année,
& les vallées Iont fertiles en grains , & produifent
même du vin. On trouve dans ce pays des mines de
divers métaux , des eaux minérales , & des fontaines
lalées. On peut divifer commodément le Tirol ea
quatre parries. i". L'évèché de Trente, z". Celui de
Brixen; les évêques de l'un & de l'aurre fonr Princes
de l'Empire , fous laproredion des Comres du Tirol. 3°.
Le T"//-»/ propre , qui portoit autrefois le nom de Duché
deMéranie , & qui comprend TEtfchland , c'eft-à-dire j
le pays de l'Adige , fitué le long de cette rivière, au
TIR TI.S
midi du grand Brenncr, le long de la riviàe d'Iiin.
4°. Les annexes du Tirol j qui font les Comtés de
Brégentz , de Feldkiik , de Prudents & de Sonnenberg ,
litués aux confins de la Suillè & de la Souabe , delà-
quelle ils dépendoient autrefois. Le Tirol a pris Ion
nom de la ville de Tirol j maintenant ruinée. C'eftje
plus grand Comté de TEurope. Il a eu autrefois les
Souverains particuliers. Il appartient maintenant à la
Mailon d'Autriche, & les villes principales lont,Inl-
pruck capitale, Hall, BrégentSjMéran, Trente, Brixen
& Bolzano. Maty.
Tirol. C'étoit anciennement une petite ville de Rhé-
tie. Teriolij Teriolum. Elle adonné le nom au Comté
de Tirol. Il n'y refte plus qu'un petit village ^ avec un
château lîtué à une lieue de la ville de Méran. Maty.
TIRON, THIRON. Nom d'un village avec une Ab-
baye de Bénédictins, fondée en 1115. ou 11 14. Ti-
roniurn. Il cft dans la Beauce en France , iur la petite
rivière de Tiron, entre Chartres &Nogenrle Rotrou,
à huit lieues de la première, & quatre de la dernière.
Maty.
TIRONEAU. Nom d'une Abbaye du Maine en France.
Tironellum. Elleeftfur laSarte, aux confins de la Nor-
mandie , & à dix lieues du Mans , vers le nord. Maty.
•^^ TIROIDE, eft auiïî adj. Cartilage r/ro/rf^. Les glan-
des tirdides gonflées comprimoient le larynx & J'é-
fophage.
TIROT. r. m. Petit bateau. On dit aulTi , foujlirot ,
qui eft encore un petit bateau. L'ordonnance du Sel,
p. 60. parle des tirots & des Jôujîirots.
TIRNSTAIN. VbyeiTlRSTAlN.
TIRTOIR. I. m. Outil du métier de Tonncllicr, avec
lequel on tire les derniers cerceaux d'une futaille ,
pour les faire entrer fur les peignes du jable.
TIRSTA , THERSA. Nom d'une ancienne ville de la
Paleftine. Tirtjh, TherJ'a. Elle étoit dans la demi-Tribu
occidentale de Manallé , à trois lieues de Samarie ,
vers le levant. TirtJ'a fut capitale du royaume dllraël,
jufqu'à la fondation de Samarie , qui.lui ravit cet hon-
neur. I. Rois XVI. Maty.
T I S
TISAMÈNE. f. m. Célèbre Devin de Sparte.
TISAMÈNE , fils d'Orefte & d'Hermione, Roi d'Argos
& de Sparte..
TISAMÈNE , fils de Therfandre, & petit-fils dePolynice,
fut Roi de Thèbes.
TISANE, f. £ Les Médecins difoient autrefois ptifane.
Potion rafraîchillànte faire d'eau bouillie avec de l'orge
& de la réglide. On diverfifie ces décodions fuivant
les effets qu'on fe propole. Vtijana. La plupart des
infufions des Médecins le font dans la tijane. On 6te le
vin à tous les fébricitans , & on les réduit à la tijane.
On doit oblerver en général de ne point prendre
de tijanes trop épaiflés, qui chargeroient l'eftomac.
Il ne faut pas les faire bouillir trop long- temps.
On appelle tijàne purgative , ' celle où l'on à mêlé
quelque purgatif.
Ce mot vient du Greci^7/!r*i'«,
TISARIA. Nom d'une petite ville de l'Amafie en Nato-
lie. Tij'aria. Elle eft à dix-fept lieues de la ville de
Cogni, vers le feptentrion oriental. On la prend pour
l'ancienne Dioavjàrea , ville Épilcopale de la Cappa-
doce , & futiragante de Célarée. Maty.
TISART. f. m. Terme de Manufacture de Glaces. On
nomme ainli les ouvertures des fours à couler, par lef-
quelles le tileurentretient le feu, en y jettant continuel-
lement des billettes. Chaque four a deux tij'arts ik
deux cheminées.
TiSCHAUFFERA.f.f.C'eft la plus petite mefure de Venife
pour les liquides. Quatre Tijchaufferas font la quarte ,
quatre quartes le bigot.
TISER. V. a. C'eft la même chofe qu'attijèr. Ce terme
n'eft en ufage que dans les Verreries.
TISEUR. f. m. ;il le dit dans les Manufaftutes de Gla-
ces du grand volume , de celui qui a foin d'entrete-
nir le feu dans le four à couler.
TISEUR. Terme de Verrerie. C'eft celui qui fert le Gen-
TIS 61
rilhomme Verrier dans la fabrique du verre , & qui
tient au feu la fclle , toutes les fois qu'il faut échauf-
fer la matière pour la fouffltr , ou que le Gentilhomme
a bcibin de prendre haîeinc. On l'appelle aulTi k fouet.
TISINDON. Nom d'une rivière de la Perle. Tijindo-
musfluvius. Elle coule dans le Kerman , baigne Zirgian,
Lar , paregebert , & fe décharge dans le golfe d'Or-
mus , à 20 lieues de l'ille d'Ormus , vers le levant, fé-
lon Baùdrand &Ies petites Cartes de Sanlbn. Quelques
Géographes prennent cette rivière pour celle que les
Anciens nommoienr Cyrus , Baragradas , & Agra-
datus ; & d'autres pour celle qui portoit le nomà' An-'
danius , oiiàAndanis. Maty.
TISIPHONE. f. f. Nom d'une des Furies. Tifiphone.
Tibulle, L. I. Élégie III. v. 6ç). dit que Tifiphone étoit
cocftéc de ferpens, au lieu de cheveux. Catulle le die
auilî, L. I. de Raptu Proferpinœ ^ v. 40. Virgile la
place à la porte duTartarc , vêtue d'une robe toute
ianglante -, îk elle fait fentinelîe jour & nuir -, c: quand
les morts ont été jugés par Rhadamante , Tifiphone
vengerelïè des crimes, armée d'un fouet , les frappe
impitoyablement , en leur montrant fes lerpens. Voy.
l'Enéide, L. VI. v. 555. & fuiv.
Ce mot vient de Twir , vengeance , & <poi'« , meurtre.
Tifiphone étoit la vengerelïè des meurtres.
Tifiphone aux hrûlans cheveux ,
Avec fes redoutables feux ,
A-telle embrafé ce nuage} Nouv. Ch. de vers.
Ai-je offert à tes yeux ces trifles Tifiphones ,
Ces monfîres pleins d'un fiel que n'ont point les lionnes}
BoiL.
TISON.- f. m. Pièce de bois à moitié confumée par le
feu , foit qu'elle Ibit éteinte , foit qu'elle foit encore
enflammée. Tifio. Tilon ardent , allumé , éteint.
J'entre, autant que je peux, dans le communjyjîéme ^
En remuant Ù tournant mes tifons ^
Arbitre de leur fort , fans craindre de reproche ^
Je les tourne, retourne , ù règle entr'eux les rangs ,
Je les écarte ou les rapproche.
Je les haujfcj les baiJJ'e ainfi que je l'entens;
Mais que me revient-il des peines que je prens ?
P. DU Cerc.
On dit d'un homme qui eft toujours auprès de fbn
feu , qu'il eft toujours iur les riions , qu'il a le nez
deflus , qu'il gatde les tîjbns. Afîderefocis. Et des vieil-
les gens j qui font toujours au coin du feu , qu'ils cra-
chent fur les tifons. ExpreflTion familière.
On dit prov. Noël a Ton pignon , & Pâques a fon
tifon , pour marquer le dérangement des failons.
Acad. Franc,
On appelle par injure un méchant homme , \\n tifon
d'enfer. Titio infernalis. On dit auffi qu'un homme
a été le tifon , le boutefeu qui a allumé une guerre
civile , ou \-\\\c querelle domeftique. Fax belli.
Le voilà le beau fils , le mignon de couchette _,
Le malheureux tifon de taflammefecrète. Mol.
Ce mot vient de titio.
TISONNER. V. n. Raccommoder le feu , remuer les
tifons avec les pincettes , arranger les tifons au (eu ,
les remuer. Titiones componere , movere. Il y a des
gens qui prennent un grand plaifir à tifonner.
Heureux qui près du feu peut avoir des pincettes ■■,
On ne peut pas toujours difcourir , raifonner.
Et mime , en raijonnant , on aime à tilonner.
P. DU Cerc.
Je veux qu'à mes amis, & ce foin doit leur plaire ,
Comme on donne à chacun Jon fu'ge Scjon écran.
6z
TIS
TIS
De pincettes aujfi l'on préj'ente une paire';
^ue chacun indifféremment ,
EtJ'ans que l'on s'enformalijè ,
A droite , à gauche , librement,
PuiJJe tiionner à fa guije. Id.
TISONNÉ, Éî. adj. Terme de Maréchallerie. Ce mot
fe dit de certains chevaux , & lignifie , qui a des
marques toutes noires éparfcs çà & là fur le poil blanc ,
qui font larges comme la main , ou environ. Soleisejl.
Nigris maculis diftinclus-.
TISONNEUR , lusE f. Celui ou celle qui aime à tifon-
ncr. C'efl: un grand Tijonneur. La pièce du P, Du-
cerceaii fur les pincettes eft dédiée aux Tijbnneurs.
Cependant je fens bien que tel tout bas en gronde ,
Et dit entre fis dents : Pefle du Tifonncur;
Je dis aujfi tout bas : Fefie du raij'onneur.
P. DU CtRC.
7e fiiis donc tifonneur, & ne m'en cache guères ',
Mais du moins ilefivrai que j'ai bien des confrère s. \t>.
TISONNIER, f. m. C'eft un outil des ouvriers qui tra-
vaillent à la forge, qui leur fert à remuer le feu. Il y
a des tifonniers en palette, & des tijonniers coudés
en forme de crochet. Tifonnier , c'eft un crochet ou
elpèce de palette de fer fervant aux Serruriers & au
très , pour couvrir le feu , & pour iabioner le fer.
FÉLIBIEN.
TISPO. Petite ville de l'Amérique feptentrionale , fur la
cote du Golfe du Mexique dans l'Audience de Mexico.
TISRI, ouTHISCHRI. f m. Nom d'un mois de l'année
-des Juifs depuis la Captivité de Babylone. Tifri-,Thif-
chri. Le mois Tifri étoit le feptième de l'année Ecclé-
fiaftique des Juifs. Il commcnçoic dans le mois de fep-
tembre. En 171 1. le premier jour de Tirfi tomboii
au 14 de Septembre. Avant Moife c étoit le premier
mois de l'année; &; depuis que Dieu eut ordonné de la
commencer au mois Nil'an , Tifri ne laiflà pas d erre
le premier de l'année civile. Le monde furcrééau mois
Tij'ri i c'eft le fentiment de prelque tous les Juifs. Les
Rabbins l'appellent le mois des Forts , parce qu'en ce
mois-là on tait la récolte de tous les fruits de la terre ,
qui font le (outien& la force de la vie. Le Baal Aruch
rire cemotdenityi.AVwrj/zj pris au fens de Jôlvit , dij-
Jolvit , parce que c eft en ce mois , dit-il, que fe fait la
rémiffion des péchés •, il entend parler de la fête de PEx-
piation. On pourroit beaucoup mieux le tirer du même
verbe n"W pris au lensdecommencer, enlorteque37/n
«lit été ainlï appelé , c'"eft-à-dire , commencement , parce
quec'étoit le commencement de l'année. Cette étymo-
logie eft bien plus probable , & elle montre que c'é-
toit auiïï le premier mois chez les Chaldéens,& qu'ils
confervoient,par conléquent, la tradition de la création
du monde en automne, dans la coutume de commencer
l'année en ce temps. D'Herbelotdit2Vn>2,ou Tifikrin,
&: ajoute que c'eft un nom commun à deux mois du Ca-
lendrier Syrien, ou Syro-Macédonien, dont le premier
qui eft appelé Tijrtn Alouual , ccftà-dirc. Premier
Tifrin, correfpond au mois dOclobre du Calendrier
Julien, ck le iéconi qu'ils nommoient Tijrain altani ,
c'eft-à-dire, fécond Tifi ou Tifri deuxième, corref-
pond au mois de Novembre du même Calendrier. Mais
il fe trompe , quand il dit que c eft un mois du Calen-
drier Syro-Macédonien. Le Calendrier Syro- Macédo-
nien êft purement Grec. Les noms Tijrin alouual,
Tijrin altani , iont Arabes.
TISSER. V. a. Faire un tiiiu , fabriquer fur le métier ou au-
trement un ouvrage d'ourdiliage, de fil,deiaine ou
de foye. Texere.
Tissu, ue. parc.
TISSER. Terme de faifeufe de point. C'eft coucher &
ranger le rillu du point lélon 1 ordre du patron. Texere
ad lineamenta.
TISSERAND, f m. Nom commun à plufieurs ouvriers
qui travaillent à la navette. Ouvrier qui fait de la toile.
Textor. En quelques endroits onl' appelle texier j telier
& tijfier, d'où font venus plufieurs noms de familles
femblables. Un nœud de Tijjèrand eft celui qui fe fait
à l'extrémité du fil.
On le dit auffi des ouvriers qui font du drap de laine ,
ou des étoftés de foie -, & alors on dit , Tijferand en
drap , Tijferand en foie. Acad. Fr.
TISSEUR, f m. Terme de Manufaclures. Ouvrier qui
travaille lur le métier avec la navette, à la fabrique des
étoiles de laine.
TISSIER. f m. Ce terme eft en ufage" dans plufieurs
Manufaélures de lainage & de toilerie, pour fignifier
ce qu'on nomme ailleurs ou Tilïèrand ou Tifl'eur.
TISSIR. V. a. Vieux mot. Former un tiftu. Marot.
TISSGTIER. f. m. On appelle ainfi les ouvriers qui font
des rubans , galons , pallcmens , guipures, &c. au métier.
Ce mot vient de tifju. A texando. Il eft peu uftté. Voy.
Tidiitier.
=8^ TISSU, UE. adj. ou part, du verbe tiftèr ou tiftrc.
Textus j contextus. On dit figurément une intrigue
bien tiJJ'ue ^ pour dire bien conduite-, & poétiquement,
des jours ti^us d'or & de foie , pour dire des jours
parfaitement heureux. Vota undequaque beata^ Jolis
candidi.
Tissu eft auffi fubftantif-, & fe dit des étoffes, rubans &
autres ouvrages lemblables , faits de fils entrelacés lur
. le métier avec la navette , dont les uns , éiendus en lon-
gueur, s'appellent la chaîne, & les autres en travers
fe nomment la trame de l'ouvrage. Textile, textus,
textum.
Les tiffusk fabriquent avec toutes les matières qu'on
peut filer-, l'or, la loie, le fil, le coton, &c. Un tiffïi
d'or & d'argent , un tiffu de foie , un tifl'u de cheveux.
Les Cordiers appellent tijfu , certaines bandes com-
pofées de gros fils de chanvre , dont on fait des fangles
pour les bêtes de ibmme. Crajfofilo textum. Ce tij/u
eft bien ferré. Ce mot tranlporté au figuré défigne ce
qui fait principalement l'ordre & la liaifon du dikours.
Ordo j Jèries , junâura. Le tifTu de cedifcours eft fore
bon. Cicéron a dit j textum dicendi.
On dit dans ce fens un tiffii de belles aâions, pour
dire une longue fuite. Sa vie eft un tiffii de belles ac-
tions , d'aclions éclatantes.
Et dans un beau tilTu de belles actions ,
Uverracomme il faut dompter le s Nat ions. Cok-n.
Nous ne pouvons changer l'ordre des Deflinées,
Elles font à leur gré le tilïu de nos jours. La Suze.
Tissu fe dit auffi en Médecine. La rétine 011 fe fait la
vifion , eft un tiJfu de nerfs ,' de veines & d'artères »
comme un réieau ou une toile. Contextus.
Ce terme eft employé dans le même fens en Botani-
que. On dit le tifju cellulaire , véficuiait e , utriculaire
ou parenchymateux. Vbye^ ces mots.
TISSURE, f f Art& manière de faire le rilm. Les tijfu-
res des brocards, des draps & des toiles font diftcren-
tes. TexCura. Il y a des tif lires lâches, & d'autres bien
frappées -, des tijfures à double broche. Il fe dit auffi de
la manière dont les parties qui compofent toutes lottes
de corps font arrangées , dilpolées. La diflérence des
couleursdépenddeiadirtérente tiffure de la furface des
objets, quiréfléchiftent diveriemenrla lumière. Maieb.
Selon M. Botticher,dans fon Traité Latin des maladies
malignes & de la pefte , le venin eft comme un puiftant
alcali volatil , capable de diiloudre \atijfure du fang,
& d'en délunir tellement les parties , que la circulation
de cette liqueur languiftè peu-à-peu , & s'abolillè en-
tièrement à la fin. JouRN. des Sav.
Je m'étois fait moi-même une riche parure ,
J'en avois travaillé le fil & la tiflure, N. Ch. vers.
Tissure, fe dit auffi figurément de la liaifon, ck l'éco-
nomie des parties d'un difcours,d'un ouvrage d'efprit.
Textura , conjiruclio , ordo. La tijjiire ^e l'Enéide eft
bien autant à eftimer que l'exprelfion. La tijfure de
cette Hiftoire eft fort belle. Cassagne. La tifl'u re de
cette claufe eft une & indivife. Pat.
TIS TI
TilTure & tiflu paroiflcnr abfolument fynGnymes ,
en tant qu'ils délignent l'ordre & la liaifon des parties
d'un tout, tant au propre qu'au figuré -, mais le mot
de tijjii paroît plus de l'ufage ordinaire : de plus le mot
de /i/7i/ le dit fort bien pour une luite, un enchaînement
de chofes. Un tiffu de belles actions , un tijfu de mer-
veilles , un tijjii de crimes -, au lieu que celui de tillure
ne conviendroit pas en cette occalion.
TISSUTIER. f. m. Rubannier , Artifan qui fait des Rubans ,
des franges , des boutons , de la toile de foie, & autres
tilllis. Textor ytextiUum oplfex. Les Maîtres Tijfutiers-
Ruhanniers font un corps féparé d'avec les Ouvriers
en draps d'or &'de foie , & ne peuvent faire d'ouvra-
ges qu'au-dellous d'un tiers d'aune de largeur , ni avoir
chez eux de métiers des étoftes de la grande navette,
par Arrêt du Confeil du 8 avril 1666. Nulne ferareçu
à la maîtrife du métier de Tijfutier-Rubanieren notre
ville & fauxbourg de Paris , s'il n'a .premièrement
été apprentif quatre ans fous un maître de notre ville
de Paris i & après lefdits quatre ans accomplis de Ion
apprentilTage , fera obligé de fervir quatre autres ans
les maîtres de notre ville , y gagnant argent & lalaire
raifonnable comme compagnon. Ordonn. d'HiNRi III.
TISTANIS. f. m. Vieux mot. Etoffe tiiliie. Borel. Pan-
nus-, textura.
TISTRE. v.a. faire de la toile, du dtap & des étoffes fur
un métier. Texere , contexere. Il n'eft en ufage que
chez les Artifans qui travaillent de ces métiers-là. Par-
tout ailleurs, il n'eft ulîté qu'à fon prétérit j'ai tiffu, &
à fon participe tiffu. Voilà un bracelet que j'ai tiff'u de
mes cheveux.
On dit figurément, qu'un homme a tiffu une intri-
gue, pour dire que c'eft lui qui l'a conduite, qui l'a
menée. Fbyei tijjèr j tijjii.
T I T
TITAN, f. m. Terme de Mythologie. Titan. Nom d'un
Dieu de l'Antiquité payenne. Il étoit fils du Ciel & de
Vefta, & frère aîné de Saturne. Quoiqu'il fût l'héritier
préfbmptif du Ciel , voyant pourtant que fa mcre &
la fœur avoient plus d'inclination pour Saturne que
pour lui , il lui fit celïïon de fes droits , à condition qu'il
n'éleveroir point d'enfant mâle , afin que l'empire du
Ciel pût revenir à les enfans. Mais dans la fuite Jupiter,
Neptune & Pluton ayant été fauves par l'artifice d'Ops,
Titan avec fes fils les Titans fe révoltèrent contre Sa-
turne , le vainquirent & l'enfermèrent. Il demeura en
la puilïance de fes ennemis julqu'à ce que Jupirer de-
venu grand , vainquît les Titans ^ & le délivra. Au
refte , des anciens Mythologiftes qui me font connus ,
Hygin eft le feul qui parle d'un Titan au fingulier. En-
core n'en dit-il rien , finon qu'Aftérie que Jupiter chan-
gea en caille , étoit fille de Titan. Les autres ne parlent
que des Titans au pluriel, dont nul en particulier ne
s'appelle Titan. Vbyei Noèl le Comte , Mytholog.
L. VI. C. zo.
Titan. Ce mot chez les Poètes fe prend pour le foleil.
Héfychius dit qu'il fe prend auffi pour Sodomites. Il
dit encore que c'eft un des noms de l'Antechrift. En ce
fens il doit s'écrire Téitan en Grec , pour faire en let-
tres numérales 666 , qui dans l'Apocalypfe XIII. 18.
eft le nombre de la bête.
Titans, f. m. & plur. Terme de Mythologie. Titanes.
Les Titans étoient fils d Urane ou de Cœlus, c'eft-à-
dire , du Ciel & de la Terre , félon Héliode & Appol-
lodore-, ou, ce qui eft la même choie, de l'^thèr &
de la Terre , félon Hygin. Appollodore n^en compte
que quatre. L'Océan , Cxus , Hypérion , Crius SI Ja-
pet frères de Saturne qui étoit leur puîné. Hygin n'y
met point l'Océan , ni aucun des autres , qu'Hypérion -,
& il en compte fix qui font Briareus, Gygés, Stéropes,
Atlas, Hypérion & Ptolils. Héfiode & Appollodore
diftinguent les Céans à cent mains des Titans. Cœlus ,
ou le Ciel, avoit eu de la Terre les Cyclopes Harpes,
Stercopes & Bromes, & les avoit enfermés & enchaî-
nés dans le Tartare. La Terre leur mère indignée de
ce traitement, fouleva les Titans contre fon mari leur
père. Tous, à laréfervede l'Océan, lui firent la guerre
TIT 6}
& le détrônèrent. Ils mirent Saturne à fa place. Il n'en
iifa pas mieux que fon père. Il les mit aux fers j & les
jetta dans le Tartare. Jupiter traita dans la fuite Sa-
turne comme Saturne avoit traité Urane , Cœlus ou
le Ciel. Il tira des fers les trois Géans à cent mains &
à cinquante tctes , que Saturne y avoit jettes. Et ces
trois Géans qui font Cottus , Briareus & Gygès l'ai-
dèrent beaucoup dans la guerre que lui firent les Ti-
tans. Hélîode, Théogon. 6€8. Ù 714. Cette guerre
. dura dix ans. Héfiode , Théog. V. 636. mais enfin ils
iLirent vaincus ; Jupiter demeura poflefleur pailîble du
Ciel, & plongea les Titans dans l'enfer, ou fous des
montagnes, du poids defquelles il les accabla. Clau-
dien décrit le combat des Dieux contre les Titans dans
fa Gigantomachie.
Voilà ce qu'en dit la fable des Anciens -, voici ce qu'en
dit le P. Pezron dans fon Antiquité des Celtes. Les Ti-
tans font nos anciens Celtes , ou Gaulois. Ce font des
Gomeriens ou defcendans de^Gomer fils de Japhet.
Gen.X.z. Ils furent d'abord appelés Saques-, fous ce
nom ils le jetterent fur l'Arménie , entrèrent dans la
Cappadoce , paftërent en Phrygie , & prirent le nom
de Titans. Le premier de leurs Princes fut Acmon, &
c'eft lui qui en fortant de l'Arménie les conduilît dans
la Cappadoce, & enfuite dans la Phrygie, ayant pour
compagnon, & peut-être pour devin, fon frère Doéas.
Le fécond a eu le nom d'Urane ; c'étoit un homme bel-
liqueux, qui ayant de l'ambirion & aimant la guerre,
a porté fes armes & étendu fes conquêtes depuis la
petite Afie jufqu'aux Efpagnes, c'eft-à-dirc, jufques
aux extrémités de l'Europe & de l'Occident. Saturne ,
autrement appelé Chrone , a été le troilîeme, c'eft lui
qu'on regarde , avec raifon , comme le père du grand
Jupiter. L'on découvre par l'ancienne hiftoire , qu'il a
fait auffi de grandes choies -, & l'on voit que c'eft le
premier des Princes Titans , qui a ofé porter le dia-
dème avec la pourpre, & qui a pris le titre de Roii
car avant lui les autres n'avoient été que les chefs &
les conduâeurs des peuples qui étoient fous leur com-
mandement. Jupiter , dont le véritable nom étoit Jau,
ou plutôt Jou, doit être regardé comme le quatrième
& le plus renommé de ces Princes. C'eft lui qui par la
grandeur de fon courage, & par le cours de les vic-
toires & de fes profpérités , a formé l'Empire des Ti-
tans y & qui l'a porté *au plus haut point de gloire où
il pouvoir allgr. Sa renommée auroit encore été plus
grande & plus entière , s'il ne s'étoit point trouvé dans
la malheureufe néceffité de faire la guerre à un père
qui ne penfoirqu'à lui ôter la vie. Enfin fon filsTeutat,
autrement appelé Mercure, eft celui qui après fon oncle
Dis, que nous nommons Pluton, a établi les Titans
dans les provinces de l'Occident , & fur-tout dans les
Gaules. C'eft lui qui a donné des loix à ces peuples ,
qui ne cherchoient & ne refpiroient que la guerre ,
pour adoucir par-là leur humeur féroce & barbare,
&: pour leur inipirer un peu plus l'amour de la paix &
de la tranquillité. Que fi l'on compte Manée parmi ces
grands hommes-, (car il eft regardé par quelques Hif-
toriens comme le pcre d'Acmon , & par conféquent
comme le bifaîeul de Saturne , ) on aura par-là fix de-
grés en ligne direde, ou, ^\ vous voulez, fix généra-
tions de Princes Titans. Ces degrés les font monter
jufqu'au temps de Nachor père de Tharé & aïeul d'A-
braham : & ils n'ont fini que vers le temps que les Ilrae'-
lites entroient dans l'Egypte. De forte que leur puif-
fance & leur dominadon , foit dans la petite Ade, &
même dans la Syrie , foit dans la Grèce & l'Italie , foit
dans le refte de l'Europe, peut avoir duré environ trois
cens ans. Les Titans , & fur-tout les Princes qui les
commandoienr , furpallbient de beaucoup les autres
hommes en grandeur, &: en force de corps. C'eft ce
qui a fait qu'on les a regardés comme des hommes
terribles & comme des Géans. L'Ecriture elle-même ,
qui eft la règle de la vérité , ne donne point d'autre
idée de ces hommes fameux & puiffans, qui, félon
elle , ont dominé toute la terre. Judith , dans fon beau
Cantique, en parlant d'eux, les appelle les Géans, les
fils des Titans dans le Grec; & le Prophète Haie fait
auffi voir que ces Géans ont été autrefois les maîtres
64
TIT
TIT
■du monde , S: il dir qu'ils ont challc de leurs trônesles
Rois des Nations. Les Titans ne font donc point des
hommes fabuleux & imaginaires , quoique les Grecs
ayent voilé leurs hiftoircs de fables : c'étoieiit des
hommes puiflàns &: de grands guerriers, venus de la
race des Géans , qui ont fait tant de bruit dans tout
rUnivers. Mais outre cela, l'on peut dire, qu'ils éroient
très-adonnés a. la Magie , aux augures , aux divina-
tions & même aux preftiges & aux ^nchanteniens. Et
es plus grands d'eiur'eux, comme les Prêtres, les Sa-
crificateurs, les Rois mêmes, & les Princes du Sang
•étoient les plus attachés à ces curiofités profanes & dia-
boliques.
J'ai fait voir alfez amplement que les, Celtes font
venus de ces anciens Titnns. Auiïï ce nom eft-il tout
-Celtique", car il vient de Tit qui (tgnifie Terre-, & de
Den ou Ten, qui veut dire homme. Ainfi les Grecs leur
iont j avec raifon , donné le nom de >«j '^-lûi , quafi ter-
■rigenœ. Nés de la Tcffe , ou enfans de la Terre. Il eft
vrai que 0"iO , Tit, en Hébreu , lignifie de la houe ,
de la fange, mais ce mot a-t-il pallé dans la langue
<]eltique , & l'y trouvera-t-on ?
Quand ce mot eft une épirhcte du Soleil, il eft auffi
Celtique ; mais il a une autre étymologie. Il vient
de ti , qui lignifie mailon ou habitation , & de tan j
^ui marque le_/èz/. Ainli Titan, fans changer une let-
tre, veut dire maij'on ou demeure defeu , ce qui con-
vient fort bien au Soleil. Pezron.
Titan, fe dit poétiquement d'un ennemi puiflant, for-
midable , difficile à vaincre.
Déjà nos Titans injènfés ,
Du haut de leurs monts entajjïs ,
Voyaient le ciel comme leur croie \
Quand d'un effort impétueux ,
Le carreau s'élance & foudroie
Ces Colqffes préjbmptueux. N. cii. de vers.
L'île du Titan , ou du levant. Titania infula. C'eft
une des îles d'Hycres. Elle eft fur la côte de la Pro-
vence , à douze Jieues de Toulon , vers le levant. On
l'appeloir anciennement Hypœa , Hypata.
TITANAIDES. 1'. f. Dans Hygin, C. CLXXXIII. C'eft
le nom d une des heures. Titanàide. Cependant quel-
qifes Cïitiques prétendent que c'eft une faute , qu'il
faut lire, Titamdis fiUœ „ (& le rapporter à Themidis
mère des Heures qui préccde. Horcrum verb nomina
hœc Junt : Jovis Saturni filii Ù Themidis Titanidis :
ou Titanida: filicE , au lieu de & Themidis filiœ Tita-
ndidœ , Auxo, Eunomia, &c. On peut ajouter qu Hy-
gin ajoutant que d'autres en admettent dix & les
nomment autrement , il femble qu'ils n'en ont pas
compté dix dans le catalogue ou le dénombrement des
premiers , dont il a parlé.
TITANIDE. 1. f. nom que l'antiquité payenne a donné à
jept filles d'Urane ou Cœlus , & de la terre. Titanis.
Les Titanides font Thétis , Rhéa, Thémis , Mnémofy-
ne, Phœbé, Dione & Thia. Appollodore.
TITARÉSO. nom propre d'une rivière de Theftâlie , en
Grèce. Titarejfus. Elle baigne Parla , & fe décharge
dans le Pénée. Matx.
TITE. f. m. Nom ou prénom d'homme. Titus. L'Em-
pereur Tue étoit fils de Vcipalien àt frère de Domi-
tien , qui lui fuccéda. C'eft de lui que Dieu fe fervit
• pour accomplir les Prophéties de Jefus-Chriftfur Jéru-
îalem. Il la prit & n'y lailla pas pierre fur pierre. Tite
aimoit & protégoit les gens de lettres. On lui donna le
plus beau iurnom qu'aucun empereur ait porté , en rap-
pelant l'amour & les délices du genre humain. Il fuc-
céda à Vel'pafien Ton père l'an 79 de J. C. & fon frère
le fittiierranSi. llétoitâgéde+i ans. Tire-Live. Voy.
LiVE. Il y a de quoi s'étonner que Mariana ayant pris
Tàe-Live pouv l'on modèle au regard du ftj'le de la narra-
tion , fe foit formé fur Tacite , en ce qui regarde les
fentences & les réflexions, Bouhours. Strada s'eft
propolé Tacite pour modèle, çlutoz que Tite-Live.
.Stumphius, que les Suilles appellent leur Tite-live, a
fait en Allemand une hiftoire du concile de Conftance
Ce mot s'exprime fouvent par un T. feuî, T. Liveétoh
de Padoue.
TITEE ou TlTAIA. f. f. Femme d'Uranus & mère des
Titans, reçut aprcs la mort les honneurs divins. Com-
me Ion nom lignifie houe ou terre , on prit Titée pour
la terre même.
TITELLE. f. f. Vieux mot. Titre, Infcriptions. Bihl. hifl.
manufcrit Borel. Titulus. Injcriptions , Epigraphe.
TITHON. Terme de Mythologie. Il étoit fiJs de Laomé-
don , roi de Troye , & étoit très -bien fait -, l'Aurore
l'aima & l'enleva daixs fon char en Ethiopie. Elle eut
de lui Memnon, & pour récompenie il demanda une
longue vie , de forte qu'après plulieurs fiècles fon corps
diminuant toujours il fut changé en cigale. ApoUodore
a connu encore un Thitone fils de l'Aurore & de Céphalc,
qui l'étoit de Herlé &; de Mercure. M. Huct dans fa
Dilïèrtation fur la fituation du Paradis Terreftre, &
dans fon Hiftoire du Commerce , dit Tithon & non
pas Tithone. Mais il femble qu'il faut mettre de la dif-
férence dans notre langue entre les mots Latins ou
Grecs terminés eno ou on, comme feroit Tithoj Ton
Tithon, & ceux qui font terminés en onus, comme
Tithonus , & qu'en ceux- ci le mieux eft d'exprimer
la terminaifon us par un e. Il faut cependant conyenir
que l'ufage ne met pas toujours cette diftindion. Car,
s'il a dit pentagone, bexagone, &:c. de patronus , il a
fait aulîî patron, &. non pas patrône.
TITHORÉE. f. f. Terme de Mythologie. Etoit une de
ces Nymphes qui naillent des arbres , & particulière-
ment des chênes. Elle habitoit fur la cime du mont
Parnallë , à laquelle elle donna fon nom. Ce nom fe
communiqua dans la fuite à tout le Canton , & même
à la petite ville de Néon en Phocide.
TlTH'V'MALE. f . m. Plante qui rend un fuc blanc comiiic
du lait , & dont il y a plufieurs efpèces. Celle que C. "
Bauhin appelle Tithy malus characias rubensperegrinus,
pouflè une ou pluiîeurs tiges à la hauteur d'un pied
& demi, couvertes d'une écorce rougeâtre, groflb'
comme le petit doigt , revêtues en leurs parties fupé-
rieures de feuilles dures , lifles , vertes , plus grandes
&: plus longues que les feuilles de l'olivier, mais plus
petites que celles de l'amandier. Ses fleurs font noires,
formées en godets découpés en plufieurs quartiers. Il
leur fuccède des fruits relevés de trois coins, &divi-
fés en trois cellules templies chacune d'une femence
oblongue. Sa racine eft dure & ligneufe. Il y a un grand
nombre d'efpèces de Tithymales , dont l'Epurge &
l'Efule font les principales. Tous les Tithymales font
hydragogues •, mais comme ils font violens, on ne les
emploie qu'à très-petites dofes, & toujours corrigés
par d'autres médicamens qui tempèrent l'adlion du fel
alumineux dont ils abondent. Quelques-uns ont ob-
fervé par le moyen du tithy maie , qu'il fe fait une cir-
culation du lue dans les plantes , comme il s'en fait une
du lang dans le corps des animaux. Je vis à l'île de S,
Vincent du Tithy malus arborejcens. Frézier ', p. 12..
On fait venir ce mor des mots Grecs 7/tÛh -, Mamma,
mammelle, [M.haxa^, mollis, tendre, comme qui di-^
roit , Tendre mammelle , à caufe que le tithymale
rend du lait.
TITIAS. f. m. Terme de Mythologie. Nom d'un Héros
que les Cretois adoroicnr anciennement comme un
Dieu. Titias. Ils diloient qu'il étoit fils de Jupiter,
quoique Callimaque dife qu'il étoit fils de Cimmerius,
qui étoit de la province appelée Mariandynum , dans
l'Afie mineure. Le bonheur donr il jouit pendant toute
fa vie , le fit mettre au nombre des Dieux , & regarder
comme celui qui préfidoit aux deftinées des villes. Na-
talis Comès, L. IX. C. 5.
TITICACA. Nom d'un grand lac de l'Amérique méri-
dionale. Titicaca. Il eft dans le Pérou propre, furies
confins de Los Charcas , entre la ville de Cufco, &
celle de Potofi. On donne à ce lac trente-cinq lieues
de long , quinze de large , & quatre-vingt de circuit.
Il renferme plufieurs petites îles, fur l'une defquelles
les anciens Rois du Pérou avoicnt bâti un temple très-
magnifique. Maty.
TITIEN, f. m. Nom que l'on donnoit à des Prêtres de
l'ancienne Roaie. TniusSodalis; C'eft le Roi T.Tatius
qui
TIT
qui inftiaia les Titiens à Rome , qu'on nommoit Titii
Scdales; leurs fonctions étoient de faire les facrifices
&: les cérémonies des Sabins. Tacite le dit dans fes an-
nales, L. 1. C. 54. Ailleurs, Hift. L. IL C. 55. il dit
' qu'ils furent établis par Romulus, pour honorer la mé-
moire du RoiTatius. Quoi qu'il en foit, il paroît que
c'eft de Titus , furnom du Roi Tatius , qu'ils prirent
leur nom. Cependant Varron le tiroir à Titiisavihus;
mais comme a fort bien remarqué Turnébe , Adv. L.
XXI. C. I. qui fait aujourd'hui ce que c'étoit que ces
oifeaux ; Servius dit que les pigeons ramiers ont été
appelés Tetœ. Peut-être font-ce les aves titiœdeVar-
ron. Après tout, l'étymologie n'en eft pas plus fure.
Les Vierges de Ve/la^ les favans Titiens ,
Les Épulons joyeux j & les fiers Saliens. Brébeuf.
TITILLATION, f. f. Terme de Phyfique. Senfation du
chatouillement. Sentiment qu'éprouve^elui que l'on
chatouille. Titillatio. Voye\ Chatoui*ement.
TITIRY. f. m. Sorte de petit poilTon qui fe p«:he dans les
rivières des îles Antilles. Titirius pijcis •■, c'eft propre-
ment le frai d'une efpèce de poillon qu'on appelle tef-
tard ou fuccet , en Latin cabilo , ou cottus. On prend
ce frai fur le bord des ruiiîeaux en grande quantité en
tout temps de l'année , vers la Martinique & les au-
tres îles des Antilles. Le Titiry n'eft pas plus gros qu'un
fer d'aiguillette. Il a le corps tout marqueté de noir &
de gris , avec deux petites empennures , l'une fur le
dos , l'autre fous le ventre , deux petites nageoires
proche de la tête , & une queue de même étoffe. Tout
cela eft mêlé de trois ou quatre couleurs , de rouge ,
de vert & de bleu. Elles font fi vives, qu'on les pren-
droit pour de l'émail appliqué fur ces poiftbns. Cela
ne paroît pourtant guère, li ce n'eft dans l'eau, &
quand ils i"e jouent , & qu'ils font de petites caracoles
les uns après les autres. On les voit en certains temps
remonter de la mer vers la montagne en li grande
quantité , que les rivières en font toutes noires. Comme
ces rivières font des torrens qui fe précipitent avec
ïmpétuofité à travers les rochers , ces petits poiflons
gagnent tant qu'ils peuvent le long des rives , où les
eaux ont moins de rapidité , & quand ils rencontrent
un faut d'eau qui les emporte , ils s'élancent hors de
l'eau , & s'attachent contre la roche , le glillant à force
de remuer jufqu'au-dellus du courant de l'eau. On en
voit plus de deux pieds de large, & plus de quatre
doigts d'épais , attachés lur une roche , où tous
les uns fur les autres femblent difputer à qui aura plu-
tôt gagné le dellus. C'eft là qu'on les prend. On met
un vafe deilbus , & on les y pouflè avec la main.
TITITLH. f. m. Nom du 16^ des dix-huit mois de l'an-
née des Mexicains. Comme l'année de ces peuples
commence au zô"-' de Février, & que chaque mois eft
de vingt jours, le mois Tititlh doir commencer le 23^
Décembre. Scaliger, deEinend. Temp. p. 2.2.4. Kirker,
<Edip. ^gypt. p. 30.
«:^TITMONING. Ville d'Allemagne dans l'Archevêché
de Salzbourg , aux confins de l'Hleétorat de Bavière ,
à fix milles de la ville de Salzbourg.
TITRE, f. m. Infcription, ce qu'on met au-deiTus d'une
chofe pour la faire connoître. Infcriptio , titulus. Pilate
mit pour titre iur la croix du Sauveur, JéJ us Naza-
réen Roi des Juifs. Inlcription eft le vrai mot.
Titre , eft auffi l'infcriprion qui eft au commencement
ou à la première page d'un Livre, qui contient le nom
de l'Auteur, ou la matière dont il traite. Titulus. Les
Œuvres d'Ariftote , le DiCiiounaire d'Ambroife Cale-
pin, la Somme des péchés. 'Le titre eft le proxénète
d'un Livre, ce qui le fait vendre. Les Auteurs font
fouvent en peine de trouver des titres fpécieux à leurs
Livres. Il y a des titres fanfarons qui préviennent plu-
tôt contre l'Auteur. Un titre doit être fimple &: clair.
Il y a des titres trop brillans, tel eft le titre. Amitiés,
Amours & Amourettes de Monfieur le Pays", fur lequel
on a fait Fleurs, Fleurons & Fleurettes.
Les Tu'res & les Préfaces de la plupart des Livres
font comme les commencemens des mechans Poèmes
Tome VIIL L Partie.
TIT
65
Les Auteurs y débutent par les plus belles promeflès
du monde •, mais le plus fouvent ces promelles n'a-
boutiffènt à rien.
Parturient montes j nafcetur ridiculus mus.
Hor. de Art. Poët. v. 159.
La montagne en travail enfante- une fouris.
Boileau Art Poët, chant. 5. v. 274.
M. V^** Médecin, qui fait autre chofe que fa Pro-
feflîon, quoiqu'il y foit très-confommé , a fait un Re-
cueil fort curieux & fort commode des titres de tous
les ouvrages dont il eft parlé dans les Journaux.
TITRE-PLANCHE, f. m. Terme de Libraire & de Gra-
veur. C'eft le nom qu'on donne au titre d'un Livre,
lorfqu'il eft gravé en taille-douce avec des ornemens
hiftoriés , & qui ont rapport à la matière de l'Ouvrage.
Il a paru une Edition des Lettres Juifves, décorée d'un
Titre-Planche ingénieux, &: du Portrait du Tcadudeur.
Titre, fe dit auffi des Ouvrages qu'on a diftingués par
Chapitres, au-de(Tùs defquels on a mis un petit fom-
maire de ce qui y eft contenu. Capitulum , Jumma.
Montagne traite toujours de toute autre choie que de
ce qui eft contenu dans fon titre. On doit toujours
mettre à la tête d'un Livre une Table des titres ou
chapitres.
Titre , en termes de Jurifprudence Civile & Canonique,
eft le Chapitre même d'un Livre. Textus , contextus.
Un titre ie fubdivife en paragraphes , & en verfets.
Dans chacun des 50 Liv. du Digefte , il y a plufieurs
titres , tantôt plus , tantôt moins. Les Ordonnances
Françoifes font auffi divifécs par titres, & parariicles>
le Code-Louis pareillement.
Titre , eft auffi une petite ligne qu'on tire au-deflusd'un
mot, ou d'une lettre, qui marque l'abréviation du mot
ou le redoublement de la lettre ni ou n -, une pronon-
ciation particulière , comme Phia, pour Philo/ophiai
Chlet j pour Chdtelet , home, pour homme. Lineola
tranfierfa. En Efpagnol duena , le titre fait prononcer
duegna. L'Ecriture Gothique fe faifoit avec plufieurs
titres & abréviations. C'eft à cette manière d'écrire
que Louis XI. faifoit allufion , quand pour fe mocquer
d'un ignorant qui prenoit plufieurs qualités, ildifoit.
Là où il y a tant de titres , il n'y a guère de lettres.
Titre, eft auffi un nom de dignité, de diftinélion , ou
de feigneurie , qu'on donne aux perfonnes. Titulus y
qualitas, diftinclio. Les titres de l'Ordre dévoient
toujours être mis immédiatement après le nom , &
avant le titre de l'Office. Loy. S'acquérir le titre de
Libérateur. Vaug. Y a-t-il quelqu'un qui voulût don-
ner à Néron le titre de Céfar? Cousin. Si l'on com-
pare notre fiècle avec les précédens , on verra que les
titres étoient fort rares, & que perlbnne n'étoit allez
etîronté pour prendre ceux qui ne lui apparccnoient
pas : aujourd'hui chacun fe les attribue tels qu'il lui
plaît. Cail. Aujourd'hui on prodigue fervilement les
titres à tous les gens en crédit. Id. Les honneurs font
des titres fpécieux que le temps eftace. Fléçh, Nous
avons prodigué les titres d'Excellence & d'Eminence,
qui dans les premiers temps auroicnt fuffi à payer la
vertu la plus éclatante & la plus folide. Dac. Le Roi
d'Efpagne a une page de titres & de dignités pour
marquer fes Royaumes & fes feigneuries. Charles-
quint ayant rempli de tous ces titres une page d'une
Lettre qu'il écrivoit à François l -, ce Prince pour en
faire fentir le ridicule , fc qualifia dans fa réponfe :
François, par la grâce de Dieu , Bourgeois de Paris ,
Seigneur de Vanvres & de Gcntilly. Le Roi de France
prend pour titre celui de Roi de France & de Navarre.
Le Roi d'Angleterre prend le titre de Roi de la
Grand' Bretagne , de France Ù d'Irlande. Le Roi de
Suéde s'intitule Roi de Suéde & des Gôts ; celui de
Danemarclc Roi de Danemarck & de Norvège. Le
Duc de Savoye met dans fes titres celui de Roi de
Chipre Ù de Jérufàlem. Le Duc de Lorraine prend le
titre de Roi de Jérufàlem , de Sicile , &'c. Vbyei encore
l'article fuivant. Les Cardinaux prennent pour titre
I
<56
TIT
TIT
celin
iiii d'une Eglife de Rome , comme de Sainte Cécile ,
■de Sainte Sabine. Et on dit Cardinal du titre de Sainte
Sabine, &c. Beaucoup de gens ont de vâins titres, des
terres ou des dignités dont ils n'ont que le titre. Les
Romains ont donné auxScipions les titres d'Africains,
à'AJiatiques. Et ils ont donné à d'autres les titres de Ma-
cédonique , Numidiquc Crétique , Dacique , Parthiqiie,
Arabique , Arménique , en mémoire des vidoires qu'ils
avoient remportées fur les peuples que^ces noms mar-
quent. Le Roi d'Efpagne donne de même à fes villes
des titras honotables en récompenfe de leurs fervices ,
ou de leur fidélité.
L'Empereur peur donner le titre de Prince ou de
Comte de l'Empire ; mais le droit de fuft'rage dans les
afiemblées dépend du confentement des Etats , comme
le porte la Capitulation Léopoldine.
Titre, fe dit aufli de certaines qualités q^u'on donne par
honneur à quelques Princes. Honoris iJ prœeminentiœ
titulusfingularis. On donne au Pape le titre àe Sainteté
- à un Cardinal Prince du fang , AltelFe Royale ou Al
teflè Séréniffime, félon qu'il eft plus ou moins éloigné
du trône j à un autre Cardinal Prince , AlteflTe Emi-
nentiflimei aux fimples Cardinaux, Eminence -, à un
Archevêque ou Évêque , Grandeur-, à un Abbé Régu-
lier, un Religieux, Révérence. Quant aux puiflânces
•Séculières on donne à l'Empereur le titre de Majefté
Impériale ; aux Rois , Majefté \^ au Roi de France , Ma
jefté très-Chrétienne , & fils auié de l'Eglife -, au Roi
d'Efpagne , Majefté Catholique -, au Turc les titres de
Grand-Seigneur & de Hautefte. Quelques-uns difent
que les Italiens donnent au Roi de Pologne le titre de
Majefté Orthodoxe ; mais en France on ignore ce titre.
Le Roi d'Angleterre prend celui de Défenfeur de la
Foi. On donne au Dauphin de France \q titre de Séré-
niffime. Mais on ne lui donne point les titres d'Altefl'e,
ou autres femblables qui font inférieurs à fa dignité -,
on dit fimplement , Monfeigneur , & on lui parle à la
troifieme perfonne. Il en eft de même de fon fils aî-
né , &c. Les fils de France ont le titre d'Alteflè Royale,
les petits-fils auffi-, les autres Princes du fang, Altelle
Séréniffime -, les autres Princes , Altefle fans épithète.
On traite les Eledteurs d'Alteflè Electorale \ le Duc de
Savoie d'Alteflè Royale , & maintenant Majefté , à
<:aufe de la Sicile d'abord , & enfuite à caufe de la Sar-
daigne qu'il a échangée pour la Sicile avec l'Empereur,
& à laquelle il prétend i le Grand Duc , d'Alteflè Sé-
réniffime ; les autres Princes d'Italie & ceux d'Alle-
magne, d' AltelFe tout court-, le Doge de Venife , de
Prince Séréniffime , & de Sérénité -, la République ou
le Sénat de Venife , de Seigneurie -, le Grand-Maître
de Malte , d'Eminentiffime Seigneur & d'Eminence -,
les Nonces & les Ambaflàdeurs des têtes couronnées,
d'Excellence -, le Chancelier , le Garde des Sceaux , les
Miniftres , de Grandeur. On appelle les Etats des Pro-
vinces-Unies , Hauts & Puiflants Seigneurs & Leurs
Hautes Puillànces -, & les Suiflès , les Louables Can-
tons. L'Empereur de la Chine le dit dans fes titres ,
Fils du Ciel , Tien eu. Les Orientaux afteétent beau-
coup de vains titres. Le Gouverneur de Schiras, après
le dénombrement de fes feigneuries & de fes qualités,
ajoute dans fes titres , Fleur de courtoifie, Mufcade
de con/àlation, & roje de plaifirs. Herbert. Du Loir,
dans ion voyage du Levant , a rempli une lettre des
titres que le Roi & les Miniftres donnent au Grand-
Seigneur & à fes Miniftres , & de ceux que le Grand-
Seigneur & fes Miniftres donnent au Roi & à fes Mi-
niftres. Il y joint auffi ceux qu'il donne, & ceux qu'on
lui rend en quelques autres Cours ou Etats. C'eft
neuvième lettre à M. Hardi.
Titre, fignifie auffi la provifion d'une Charge, & eft
oppolé zCommiJfion; ou la provifiond'un Bénéfice, & Û
eftoppoié à Cornmende. Titulus ex officio,Jèumunere
Le Roi a créé des Procureurs en titres d'Office, formés
& héréditaires : ce n'étoit autrefois que de fimples
Commiffions. En France les Commendes font de vrais
titres de Bénéfice: dans le Droit ce n'eft qu'une fimple
adminiftration pendant fix mois. On ne dépoflède point
un Officier pourvu à titre onéceux , fans rcmbourfe-
ment. Ce Greffier n'eft pas pourvu en titre, il n'exerce
que par commiffion.
Titre , fe dit auffi du droit qu'on a de pofléder quelque
chofe. Titulus emptionis, locationis. Il pofléde cette
maifon à titre d'achat , à titre de loyer. Un donateur
qui fe referve i'ufufruit, ne poiVéde plus qu'à titre de
précaire. On pofléde les biens roturiers à titre de cens
envers le Seigneur. On prefcrit par dix ans entre pré-
fens , & par vingt ans entre abfens , avec un titre , &
par trente ans fans titre. Il faut avoir un titre coloré
pour fe mettre en poflèffion d'un Bénéfice-, autrement
on eft Intrus. Il eft fondé en titre & en poflèffion. Une
oppohtion au titre d'une Charge ne dure que fix mois,
mais elle empêche qu'on en expédie les provifions.
Quoique l'aveu & le dénombrement ne foit pas un ti-
tre fuffifant, il induit préfomption attitré, quand il
eft ancien & en bonne forme. B acquêt , des Droits de
Juftice , Ch. XXIX. art. 31.
On dit auffi à titre de ; pour dire , En qualité de ,
fous prétjJfe de. Sub Jpecie , obtentu , titulo. Cet
homme dHl introduit dans la maifon, à titre déparent.
Et on dit à bon titre ; pour dire juftemenr, avec raifon.
Il n'y a perfonne à qui ces chofes doivent être oftèrtes
à meilleur titre qu'à vous. Voit.
Titre Onéreux , eft celui par lequel on acquierr une
chofe en payant la valeur en argent ou en autre chofe,
ou à de certaines charges & conditions, comme l'achat,
l'échange, la dot.
Titre Lucratif, au contraire , eft celui par leçiuel on ac-
quiert une chofe fans qu'il en coûte rien & fans charge,
comme la donation, le legs.
Titre Nouvel, eft un Aéte par lequel celui qui le fait,
reconnoît qu'il eft propriétaire d'un fond afteèté & hy-
pothéqué à une rente due à un tel, & en conléquence
promet de payer & continuer à l'avenir les arrérages
& intérêts , ou que cet héritage eft chargé de telsdroits
ou rentes , ou autres redevances annuelles pour em-
pêcher la prefcription de lo, 2.0, 50, ou 40 ans.
Titre Exécutoire , eft un titre en vertu duquel on peut
faifir, arrêter & exécuter-, lavoir une obligation paflée
par devant Notaires , mife en groflè & fceilée -, ou une
Sentence ou Arrêt figné & fcellé ; ou enfin une perraif-
fion de Juge à cet eftet.
Titre Translatif de propriété , eft celui qui fe fait à per-
pétuité , & en vertu duquel la propriété de la chofe eft
transférée , quand la tradition en eft faite par celui qui
en eft le propriétaire , comiTie la vente , la donation,
l'échange & autres.
Titre non translatif de propriété , eft celui qui ne fe fait
pas à perpétuité , & qui n'eft pas capable de transférer
la propriété d'une choie en la perfonne du poflèfleur,
comme le commodat, le gage , le dépôt, le louage,
& autres femblables , qui ne lont point des caufes juftes
Se légitimes de transférer le domaine./
Titre, le dit auffi des qualités qu'on doit avoir pour ob-
tenir certaines dignités ou degrés. Titulus, litterce.
On doit avoir le titre de Docl:eur pour obtenir une
Cure dans une ville murée , par le droit Canon. Le
premier appointement en matière bénéficiale , eft à
communiquer fes fiVre^î & capacités , comme fa tonfure,
fes degrés , fes provifions , fa prife de poflèffion.
Titre , eft auffi l'inftrumenr ou l'afte authentique par
lequel on prouve fon droit , fa nobleflè. Injlrumenturn.
Le tréfor des Chartes eft le lieu où font gardés les ri-
tres de la couronne. On a affigné tous les prérendus
Nobles pour rapporter leurs titres de nobleflè, les titres
& enleignemens juftificatifs de la qualité. Il faut dans
des procès d'ordre , rapporter les titres originaux , les
premières groffès des obligations. Il faut faire paflèt
un titre nouvel avant les trente ans ? pour empêcher
la prefcription. Les Savans Antiquaires trouvent bien
delà hulVetédansles titres anciens. Voyelles ouvrages
du P. Germon, Jéfuite, contre la Diplomatique du
R. P. Mabillon. Voye^ encore la diflèrtation de M.
Madox lur les anciennes Chartes , à la tête de fon
Formulare Anglicanum.
Titre, s'employe auffi quelquefois figurément, & fi-
gnifie j droit , qualité. Tus , qualitas. Il ne faut en
amour montrer d'autres titres que des titres de ten-r
TIT
dreiïè. P. CoM. L'empereur Antonin dlfoit que le
manao-e n'eft pas un titre de volupté , mais de dignité.
Ablanc.
Titre Clérical , ou Sacerdotal , clt un allignation
de cinquante écus de revenu, que doivent fournir les
parens à celui qui veut afpirer à la prêrrife , afin qu'il
' air une fubftance affûtée. Titulus Ecdefwfiicus. Un
titre clérical ne peut jamais être failï , ni aliéné. Par
l'ancienne difcipline l'on ne failbit des Clercs qu'à me-
fure qu'ils étoient néceffaites pour le fervice de l'Eglife.
Cela s'obferve encore pour les évêques , & l'on n'en
ordonne que pour remplir une Églife vacante. Mais
pour les Prêtres & autres Clercs , l'on commença à faire
des ordinations vagues en Orient , dès le fixicme fiè-
cle. C'eft pourquoi le concile de Calcédoine déclara
nulles les Ordinations abfolues. Cette difcipline s'eft ob-
fervée jufqu'à la fin de l'onzième fiècle. Mais dans le
douzième on fe relâcha de la règle , en multipliant
extrêmement le nombre des Clercs , ou parce que les
particuliers cherchoient à jouir des privilèges de la
Cléricarure, ou parce que les Evêques cherchoient
à étendre leur jurifdidion. Un des plus grands incon-
véniens de ces Ordinations vagues etoit la pauvreté ^
qui les réduifoit à faire des métiers fordides , ou a
mendier honteufement. Pour y remédier , le Concile
de Latran , fous Alexandre III. chargea l'Evêque de
faire fubfifter le Clerc qu'il auroit ordonné fans titre
julqu'à ce qu'il l'eût pourvu d'une place dans l'Eglife ,
qui lui donnât un revenu allure. On trouva un autre
expédient pour étendre, ou pour éluder le Canon du
Concile de Calcédoine ^ & l'on établit qu'un Clerc pour-
roit être ordonné fur le titre de fon patrimoine, c'eft-à-
direjqu'il n'étoit point nécelïàire qu il eût une place cer-
taine dans l'Eglife, pourvu que de fon chef iieûr un pa-
trimoine fuffifanr pour fubfifter. Le concile de Trente a
renouvelle l'ancienne difcipline, en défendant de pro-
mouvoir aux Ordres facrés aucun Clerc féculier, qui
ne foit paifible poflèllèur d'un Bénéfice fuftifant pour
fubfifter honnêtement, & en ne permettant les Ordina-
tions fur patrimoine oupenfion , que quand l'Evêque le
jugeroit à propos pourl'urilité de l'Eglile. Ainli le Béné-
fice eft la règle, & le patrimoine l'exception. Mais en
France on ne fuir point cette règle. Le titre Patrimonial
eft le plus fréquent. On a même fixé le titre à unefom-
me très-modique. Par les Ordonnances il ne faut que
cinquante livres de rente. A Paris & en plulîeurs Diocè-
fes il faut i^oliv. A l'égard des Réguliers , la profef-
fîon qu'ils ont faite dans un Monaftère , leur fertde///re,
parce que le Couvent eft obligé de le nourrir. Pour les
Mendians , on les ordonne à titre de pauvreté. On ne
demande point de titrcpouz les quatre Ordresmineurs ,
parce que ce n'eft point un engagement irrévocable.
Voyez Fleury. Ceux qui font de la Maifon & Société
deSorbonne , font aufïï otdonné Prêtres fans titre patri-
monial , & fur le feul titre de pauvreté. Titulo pau-
pertatis Sorbonicœ. On fuppofe qu'un Doâeur de Sor-
bonne ne manquera pas d'emploi & de bénéfice.^
Titre. En terme de Droit Canonique , le titre d'un Evê-
que, ou plutôt du Bénéficier, eft ce en vertu de quoi il
pofféde le Bénéfice , comme ibnt les provifions en Cour
de Rome , ou de l'Ordinaire , fondées fur une réfigna-
tion, une permutation , ou une autre caufe légitime
& canonique. TZ/re de fondation, c'eft le contrat par le-
quel un Bénéfice a été fondé, avec les folcmnités qui font
intervenues pour rendre la fondation valable, he titre
d'un Bénéfice ou d'un Bénéficierpour un Bénéfice, fe di-
vife en titre vrai & en titre coloré. Le titre vrai eft un titre
valable delà poiïèffion d'un Bénéfice, qui donne droit
au Bénéfice-, tel qu'eft celui qui eft donné par le Colla-
teur ayant droit de conféter le Bénéfice à celui à qui il
pouvoir être conféré , les folemnirés prcfcrites pour
les provifions ayant été obfervées. Un titre coloré eh un
titre apparent , c'eft-à-dire , qui paroîr valable , & ne
l'eft pas-, comme celui qui feroit fondé fur la colla-
tion de l'Evêque , en cas que le bénéfice en queftion
ne fût pas à fa collation. Le /iVre coloré , quoique faux ,
produit deux eflets confidérables : le preitiier, qu'après
une poflefTion paifible de trois années , le poflèllèur
pourront fe défetidre par la règle i/e Triennali pojj'ejfione
TIT
67
contre ceux qui voudroient lui contefter le Bénéfice. Le
fécond, en ce qu'au cas qu'il fût pourfuivi dans les trois
ans, & qu'ilperdîr le Bénéfice, il ne feroir pas tenu de
leftituer les fruits , parce que le poffeffcur de bonne foi
tait les fruits fiens. Le; titre Clérical s'appelle auffi titre
Sacerdotal.
Titre, ou Églife Titulaire, étoir autrefois unedesquatve
fortes d'Églifes qu'il y avoir à Rome. Titulus j Ecclefia
Titularis. Dans les VI^ & VII<=. fiècles , &'c. il y avoir
à Rome quatre forres d'Églifes, Patriarchales, Titulai-
res , Diaconies , Oratoires. Les Titres étoient comme
des Paroiilès , chacune attribuée à un Prêtre Cardinal,
avec un certain quarrierqui en dépendoir , & des Fonts
pour adminiftrer le Baptême en cas de néceiïité. Dès
le temps du pape Symmaque , l'an 499. en trouve 66
Prêtres de trenre Titres -, car ils étoient deux ou trois
en la pluparr. Fleurt , Hift. Ecclef. L. XXXVI. p.
i6i. Pbye^ encore le P. Mabillon. Comment, in Ord.
R. C. 5.
Titre , en termes de Monnoie j eft un degré de bonté
que doivent avoir l'or & l'argent , qu'on mefure à
raifon de 24 carars pour l'or , & douze deniers de fin
pour l'argent , fur lefquels il y a cerraine quantité
d'alliage , ou de remède , diftérenie félon les heux &
les remps. Monetce probitas , nota , gradus. Le titre
des écus d'or eft de 25 carats d'or fin. On s'en ferc
quelquefois pour marquer la bonté de toutes fortes de
monnoies , mais non pas lî propremenr.
Titre eft un terme fingulier pour marquer & faire
connoître le fin , l'aloi & la bonté intérieure de l'or &
de l'argent. Boizard. Titre , aloi , fin & bonté inté-
rieure font des termes fynonymes. 1d. La fage pré-
voyance de nos Rois a pourvu à l'inconvénient de la
fonte des efpèces , en ordonnant que l'or & l'argent ■
employés par les Orfèvres , & par les Tireurs & Bar-
reurs d'or & d'argenr, feroir à plus haut titre que ce-
lui qui feroit employé dans les Monnoies , afin qu'ils
ne pulïenr tondre les efpèces , pour employer à leurs
ouvrages , fans fouffrir une perte confidérable , à
caufe qu'ils feroienr obligés de les affiner. L'Ordon-
nance de l'année 1586. porte que les Orfèvres employe-
ront l'argent à 11 den. 12 grains, au remède de 2
grains-, & l'or a 22 carats, au remède d'un quart de
carar. Cette Ordonnance a été confirmée par cslle du
mois de Décembre 1679. La même ordonnance de
158(3. porte que les Tireurs & le^ Batteurs d'or &
d'argenr employeronr l'or à 24 carats , au remède d'un
quarr de carar, &rargenr à 12 den. au remède de 4
grains. Id. L'ordonnance de 1657. permer aux Tireurs
d'or de la ville de Lyon fîx grains de remède de l'ar-
gent qu'ils employeronr. Or ces titres font toujours
beaucoup plus haur que ceux des Monnoies -, & ainii
il n'eft pas à craindre que ces Ouvriers les fondent
pour travailler à leurs ouvrages. Il n'y a que les Or-
fèvres dont il femble qu'on auroit lieu de l'appréhen-
der, parce que le titre de leurs ouvrages approche ex-
trêmemenrdc celui des Monnoies, mais l'Ordonnance
de 1549. le leur défend fur peine de confifcarion de
corps & de biens ; & celle de 1689. fur peine des galè-
res à perpétuité. Quant au titre auquel les Aftineurs &
Départeurs d'or & d'argent doivent travailler, il a été
réglé par l'Ordonnance du mois d'Oilobre i68j), fa-
voir , pourl'argenrà 11. den. 18 grains au moins, &
pour l'or 323 carars ^ au moins. Id.
Titre. Terme de Manufadure, particulièrement enufa-
ge dans la Sayetterie d'Amiens. C'eft la même choie
que la marque que tout ouvrier eft tenu de mettre au
chef de chaque pièce de fa fabrique.
Titre , en termes de Challè , fignifie un lieu ou relais , oit
l'on pofe les chiens, afin que quand la bête padèra, ils
la courenr bien à propos. Ainfi on dit, Mettre les
chiens en bon titre; pour dire ^ les bien porter & pla-
cer pour courre. Statio.
TITRÉ, ÉE. adj. Qui a un titre. On ne le dit guère que
d'un Duc, d'un Pair , d'un Grand d'Efpagne, d'un
Maréchal de France. C'eft un Seigneur r/rrif, qualifié.
On appelle terre titrée, une rerre qui a le titre deDu-
1 ché , de Marquifat , de Comté , &c.
lij •
«8
TIT
TIV TIX
Titré. Un Livre bien titré. Quelques Auteurs François
ont voulu accréditer ce terme pour fignifier un Livre
qui a un titre convenable , ou plutôt un titre tal-
tueux & emphatique -, & dans ce dernier fens il y en-
tre de l'ironie.
TITRIER. f. m. Nom odieux que l'on donne à ceux que
Ton accufe d'avoir fabrique de faux titres. Il y en a
eu de tous états & de toutes conditions. Sur quoi li-
fcz la Diplomatique de Dom Mabillon, liv. i.chap.
6. Ce font principalement les Bénédiôtins qu'on accule
d'avoir chez eux des Pères Titners. Les moines ne
, manquent point de titres ni de Chartres -, ils ont leurs
PP. Titriers qui leur fabriquent toutes les pièces dont
ils ont befoin : Si le fameux Critique qui le premier
a attaqué les mânes des Doms Titriers , n'avoit pas
employé des armes plus puillantes , il n'auroit pas mê-
me effieuré leurs Diplômes. L'Abbé Des Fontaines.
En badinant on donne ce nom au Célérier &au Pro-
cureur , parce qu'ils fonr chargés plus particulièrement
des atiaires de la maifon. Le Traité delà Diplomati-
que eft un beau rudiment pour les Doms Titriers. Vby.
les fadums de M. TÉvêque de Soiilons , contre les moi-
nes de S. Corneille de Compiegne. Dicl. des Arts j
1731.
TITSCHEN, ou TITSCHEN LA NEUVE. Ville de
Bohême , dans la Moravie , près de Stramberg ,
vers les frontières de la Siléfie.
TITTHÉNIDIES. f. f. pl.Fête des Lacédémoniens, dans la-
quelle les nourrices portoient les cnfans mâles dans le
temple de Diane Corythalliene , & pendant qu'on im-
moloit à la DéelTe des petits cochons pour la fanté de
ces enfans , les nourrices danfoient. Ce mot vient de
t/tÔ» , Nourrice.
TITUBATION , ou TRÉPIDATION, f. f. Terme d'Af-
ftronomie , qui fe dit d'un balancement , ou mouve-
ment que le Roi Alphonfe , & auttes anciens Aftro-
nomes ont attribué à des cieux criftallins qu'ils ont in-
ventés pour expliquer certaines inégalités qu'ils obfei-
voient au mouvement des planètes. Motus librationis.
Voye:^ Trépidation.
TITUL. Nom d'un bourg de la Haute-Hongrie , fitué
fur la Teïfle , un peu au-delTus de fon embouchure
dans le Danube. Tibifcum. Ce lieu eft fortifié & occu-
pé par les Impériaux. Maty.
TITULAIRE, f. m. Qui a un titre en vertu duquel il
pollède une charge , ou un Bénéfice , foit qu'il en fafle
les fondions , ou non. Un Officier reçu eft toujours
Titulaire , jufqu'à ce qu'il ait fîgné fa démiffion , &
qu'elle ait été admife. Il eft oppofé à Survivancier,^ &
à celui qui exerce par coinmimon. Le Titulaire d'un
Bénéfice paifible eft maintenu après une polTeffior
triennale & pacifique. En France les Bénéficiera Com-
mendataires palïent pour de vrais Titulaires.
Titulaire. Ce mot eft aufïï adjedif, & fîgnifie, Qui a
le titre & le droit d'une dignité, fans en avoit la pof-
feffion, ou fans en faire la fondion. Les Princes de
cette maifon ont été long-temps Empereurs titulaires
de Conftantinople. Ce Prélat eft Archevêque titulaire
de Corinthe. En matière de Bénéfice , le titulaire eft
celui qui eft pourvu d'un Bénéfice en titre, à la difté-
rence de celui qui n'en jouit qu'en commende, qu'on
appelle Abbé ou Prieur Commendataire ^ félon la qua-
lité du Bénéfice.
Titulaire, fe dit encore du Saint, Patron d'une Eglife,
c'eft-à-dire, du Saint ou de la Sainte fous l'invocation
de qui l'Eglife eft dédiée. Bientôt après, Saint Guitmar
a été regardé comme le Pation de l'Eghfe de Brai
moutier-fur-Gournai, fans pouvoir néanmoins faire
difparoître totalement le nom de S. Martin qui en étoit
le premier Titulaire , & qui eft devenu le leuj. Dejcript,
Géogr. & Hijî. de la Haute-Norm. t. î. p. a 9.
TITULISER. v. a. Donner un titre, une qualité à quel-
qu'un. Madame du Noyer a pris fes licences dans le
grand Sotiiîer : & l'on peut avec juftice la titulifer
d'une des premières Bachelières de la Halle au poifton
Mémoires de M. du N'^'^. tom. 5. des Lettres Hift. &
Cal. p. Z40.
T LV
c8:r5>TIVE, TIFE, ou TIVIOT. Rivière de l'Ecofic mé-
ridionale , qui ttaveric la province de Tiviotdale , oii
elle fe jette dans la Twede.
TIVEDAL , ou TIVIOTDALE. Nom d'une province
de l'Ecoflè méridionale. Teviotia, Teventia. Elle eft
' entre la Marche de Tuwedale , la Liddefdale & le
Northumberland en Angleterre. Elle prend fon nom
de la Tive qui la traverlè. Sa longueur eft environ de
douze lieues , & fa largeur moyenne de cinq. Elle eft
environnée prelque par-tout de fore hautes montagnes,
& fes habitans pallent pour bons foldats. Jedbourg en
eft la ville capitale. Maty.
TIVERNA , ou BIFERNO. Noms d'une rivière du
Royaume de Naples en Italie. Tifernus , Phiternus.
Elle a fa fource près de Bojano , dans le Comté de
Molife-, elle arrole Guardia , & après avoir traverfé
une petite partie de la Capitanate , elle fe jette dans le
golfe de Venife à une lieue environ à l'orient de Ter-
mofe.
TIVERNON. Nom de lieu. Tibemio. C'eft un bourg ou
village de Beauce , dans l'Archidiaconé de Beauce ,
qui eft le troifieme des fix Archidiaconés de l'Evêché
d'Orléans. Il eft près de Touri. Voye\ Valois , Not.
Gall. p. 546".
(8C? TIVIOT & TIVIOTDALE. VbyeiTiv^ & Tive-
dale.
TIVIS. Nom d'une rivière du pays de Galles en Angle-
terre. Tibius , Bybius, Tuerobius. Elle coule dans le
Comté de Cardigan , baigne la ville de ce nom , & fc
décharge peu après dans la mer d'Irlande. Maty.
TIULIT. Ville d'Afrique dans la province de Fez, C'eft
une ville ancienne , bâtie par les Romains fur le fom-
met de la montagne de Zarhon ou de Zarahanun.
TIVOLI. Nom d'une ville de la Campagne de Rome.
Tibur, Tybur, Tiburis. Elle eft fur le Tévérone, à
cinq lieues de la ville de Rome du côté du levant.
Tivoli palle pour une des agréables villes d'Italie ', elle
a un Evêché fuftragant immédiatement du Pape. Elle
eft plus ancienne que Rome. On l'appeloit Superbum
Tiburj & elle a encore aujourd'hui cette devife. Les Ro-
mains y bâtirent grand nombre de maifons deplaifance :
la plus fameule étoit celle d'Adrien. On en trouve fous
teire beaucoup de précieux reftes. On voit dans la ville
quelques inlcriptions & quelques ruines curieufes. Dans
la place il y a deux Statues d'un beau marbre granité
rougeâtre , moucheté de grofles taches noires : elles
reptéfentent toutes deux la Déeflè Ifis, Di3.de Peint.
& d'Arch. L'ancien Comiculum j petite ville du Latium,
étoit près de Tivoli, en un lieu nommé Monte Gen-
nato. On voit ptès de Tivoli les bains de Tivoli, an-
ciennement Albulce Aquœ. Les Catarades de Tivoli,
autrefois Cataraclœ Avienis. On croit que la Sibylle
Tiburtine demeuroit près de ces Catarades, Le lac de
Tivoli , en Latin lacus Tiburtinus , n'a que cinq cens
pas de circuir, mais il eft fort profond , & on y voit
plufieurs petites îles flotantes , produites , comme l'on
croir, par le limon que le bouillonnement de fes eaux,
qui font foufrées , poulie du fond à la furface, où il
s'attache aux joncs, & à quelques autres herbages , &
fe foutient par ce moyen au-deilus de l'eau. Il en fort
une petite rivière dont les eaux fentent le foufire , de
même que celles du lac. La montagne de Tivoli, an-
ciennement Catillus mons. Maty.
Tout eft dans mon defert , ou marais oumontagnc\
Unfeul chemin de fange eft toute ma campagne t
Là le temps eft fi long & le brouillard fi noir.
Que je prens tous les jours le midi pour le J'oir;
Bon Dieu! quel Ti\o\ï pour un enfant d' Horace i
Sanlèque.
T I X
TIXIER. f.m. Qui s'cft dit autrefois pourTilTerand. Ou-
vrier qui fait des draps , des étoftes de laine. Tçxtor.
TLA TLE
TLA
ILACAXIPEVALITZILT. f. m. Nom dupremietdes i8
mois des Mexicains. Il commence le 26 de Février, &
n'eft que de zo jours comme tous les autres. Scaliger,
Emendat. Temp.p. »2.4. Kirlccr, Œdip.A^gipt. T.III.
F- 30-
.«nl^TLAHUILTLLOCAN.f.m. Grand arbre du Mexique,
dont le tronc eft uni, d'un rouge éclatant, & d'une
odeur très-pénétrante. Ses feuilles rellèmblent à celles
de l'olivier, dirpofées en forme de croix. On en tire une
réline.
TLALAMATL. f. m. Herbe qui croît aux Indes occiden-
tales dans la province de Méchoacan , appelée par les
habitons Jurintitûquamm , & par d'autres cureci. Ses
feuilles /ont prefque rondes , femblables à celles de la
nummulaire , diipofées trois à trois. Ses tuyaux font
purpurins, & rampent à terre. Ses fleurs font en forme
d'épi , de couleur rouiîè. Sa femence eft petite & ronde,
& fa racine déliée , ronde & fibreufe. Le tlalamatl eft
aftringent , propre pour guérir les plaies , & pour faire
mûrir les tumeurs. Il arrête aufïï le vomifTement. Tla-
lamatla herba.
«S- TLAPALEZPATLY. f. m. ArbrifTeau du Bréfil, qui
devient quelquefois de la grandeur & de la grolfeur
d'un arbre. Ses feuilles rellèmblent à celles des pois -,
fes fleurs difpofées en épis ■■, fon bois teint d'une cou-
leur bleue. On lui donne des propriétés merveilleufes
contre les maux de reins , la gravelle & la pierre. On
croit que c'eft la même chofe que le bois néphrétique.
Vbye\ ce mot.
TLAQUATZIN. f. m. Animal de la nouvelle Efpagne.
Animal tlaûuat:{inum. Il eft de la grandeur d'un chien
Il a le mufeau long & délié, la tête petite, de petits
yeux noirs , le poil long , blanc & noir au bout. Sa
queue eft longue de deux palmes \ il s'en fert quelque
fois pour le lufpendre aux arbres , où il grimpe avec
une extrême vîtellè. C'eft une efpècede gros écureuil.
TLASCALA. Nom d'une ville du Mexique, dans l'Amé-
rique feptentrionale. Tlajcala. Elle eft dans la Province
de Tlajcala, & lituée lut la petite rivière de Los Yopes,
ou de Zahualt, à vingt-deux lieues de la ville de Me-
xique, vers le levant. Lorfque les Efpagnols entrerenr
dans le Mexique, Tlajcala étoit capitale d une Répub-
lique ariftocratique, & fort puiflante. Elle le joignit à
eux , & les aida beaucoup à conquérir le Royaume
de Mexique, dont elle étoit ennemie-, & pour prix de
fes fcrvices elle jouit de quelques privilèges. EUe eft
encore allez grande & allez peuplée d Américains &:
d'Efpagnols ; mais beaucoup moins qu'elle ne l'étoit
du temps de fa liberté. Maty.
La province de Tlascala, ou ■de los Angeles, ou
de Guaftacan. Tlajcala , Angdomm P rovincia ,GuaJ
tacdiia. Province du Mexique en Amérique. Elle eft
entre celles de Mexique, de Panoco, &de Guaxaca,
baignée vers le nord par le golfe de Mexique, & vers
le midi par la mer Pacifique. On voit dans la partie oc-
cidentale de cette province la Montagne de Tlajcala-,
qui a quarante-cinq lieues de circuit , & deux de hau-
teur, mais qui eft bien peuplée & bien cultivée , à la
réferve du Ibmmet où l'on voit en tout temps de la
neige. Les villes principales de cette province font
Tlajcala, los Angeles, & S. Juan de Ulhua. Maty.
TLAXCO. Province de TAmérique feptentrionale, dans
la nouvelle France.
TLE
TLEON. f. m. C'eft le nom qu'on donne à une efpcce de
ferpent du Brélîl , grand à peu près comme une vipère.
Il eft couvert d'écaillés blanches , noires, jaunes. Il ha-
bite fur les montagnes. Samorfure eft mortelle, fi l'on
n'y apporte du fecours. Les remèdes qu'on emploie font
les mêmes donr on fe fert pour la morlure de la vipère.
TLEPOLËME. f. m. Fils d'Hercule & d'Aftioché. Il fut
tué au fiège deTroye où il avoir conduit les Rhoditns.
Son corps ayant été reporté dans l'île de Rhodes, on
lui confacra un monument héroïque , & l'on établit
TLI TME TNE TOB 69
même en fon honneur une fête qui fe célébroit par des
jeux & des combats publics. Ces fêtes furent appelées
TIepolémies. La couronne du vainqueur étoit de pa-
pier blanc.
T L I
<8^ TLILAYTIC. f. m. Efpèce de Jafpe , d'une couleur
fortobicurc, auquel les Mexicains attribuent de grandes
propriétés. Ils ibnt perfuadés qu'en appliquant cette
pierre fur le nombril, elle dilïïpc les coliques les plus
douloureufes.
T M E
TMÊSE. f. m. Terme de Grammaire. Nom d'une figure,
qui a lieu , lorfqu'on fépare en deux parties un nom
compolé, Tmejis-, en mettant entre deux un ou plu-
fieurs mots. Ainfi quand Térence, Quœ meo cumque
animo lubitum ejl J'acere , c'eft une tmêfe. Il y a beau-,
coup de trnêfes dans Lucrèce. Comme , Jkpè Jâlutan-
tum taâu j prœterque meantum. Ou bien, DiJfidio po-
lis ejijejungi , J'eque gregari. Et disjeclis dijquejhpatis.
Ce mot vient du verbe Grec quifignifie^/c coupe ^
J£ divijé.
TNE
TNEK. f. m. MouIIèline brodée propre à faire des cra-
vates, que les Anglois apportent des Indes Orientales:
elles ont 16 aunes de long fur trois quarts de large,
T O A
TOAM, ou TOWMOND. Voyei TvAUi
THARS, Voyei Thouars.
TOB
TOBARIA. Nom d'un village de l'Andaloufie enEfpagne.
Tobaria. Il eft fitué à quatre lieues de Baëfa, vers le
couchant. On croit que c'eft l'ancienne Turbula, petite
ville des Baftitans. Maty.
TOBAT. Voye[ Taibet.
TOBBOT. VoyeiTniBLT.
TOBIE. Nom d'homme. Tobias. Il y a deux Tobies, le
père & le fils, de la Tribu de Nephtali. Tùbie le père
fut emmené captif à Ninive par Salmanafar. Tobie le
fils fut conduit à Rages par l'Ange Raphaël.
ToBiE, fignifie aullî quelquefois un Livre Canonique de
l'Ecriture, où Ihiftoire des deux Tobies eft décrite.
Liber Tobiœ. Le Livre de Tobie eft mis par S. Auguf-
tin au nombre des fainres Ecritures, Aug. L. de Docl.
ChrUl. L.II. C. 8. Le Concile 111« de Carrhage l'y met
aulîi, Can. 47. S. Ambroife l'a aulli regardé comme
tel. L.deTobia. Et la plupart des Pères des quatre pre-
miers fiècles , comme S. Irenée , L. I. C. 54. S. Cyprien,
L.III. adQ^- Cibil. Clément d'Alexandrie, L.I. Strom.
Saint Jean Chryfoftome, Hom.XV. inEpiJi.adHebr.
&c. l'ont cité au nombre des divines Ecritures. A la
vérité S. Jérôme dit, que quoiqu'on le lût dans l'Eglife,
elle ne le recevoir pourtant pas au nombre de ceux
qu'on appeloit Canoniques •, & qu 'ainfi elle le faifoit
lire plutôt pour édifier les Fidèles , que pour s'en fer-
vir à autorifer la vérité de fes dogmes. Mais outre que
l'autorité de ce Saint ne prévaut pas à tous les autres
que nous avons cités , quand il feroit vrai que la cano-
nicité de ce Livre fût alors douteufe, parce que l'Eglife
ne l'avoit point encore décidée, la même E^life l'ayant
fait dans le Concile de Trente , il n'eft plus permis d'en
douter.
Une opinion rrès-vraifemblable eft que les deuxTb-
bies, le père & le fils , ont éctit ce Livre. En efter dans
le texte Grec des premiers Chapitres , Tobie le père
parle à la première perfonne , & raconte lui-même ce
qui le regarde , & il commence par ces mots , Livre
des Difcours de Tobie. Ce qui marque que cette his-
toire n'eft autre choie que les difcours, les compofi-
tions , l'ouvrage de Tobie, Et pour le jeune Tobie ,
non-feulement il peut bien avoir éaitles avanturesde
70 TOB TOC
fôii toyage , la mort de fon peie, & le refte du Livre,
à l'exception des derniers verfets du Chapitre XIV'= ,
où fa mort & fa fépulture font racontées. Son père
pourroit bien aufïï les avoir écrites fur la relation que
fui en fit fon fils. Ce qui femble autorifer ce ientiment,
ceft que le Livre étant intitulé, ou commençant par
ces mots. Livre des Dijcours de Tobie, comme nous
l'avons dit -, ce n'eft qu'au commencement du XIV'
Chapitre qu'il eft dit que les Dijcours de Tobiejont
■ fiais. Ainfi il n'y auroit que le dernier Chapitre qui fût
de Tbi^/e le fils. Quoiqu'il en foit, au refte, de lapartp;
que chacun d'eux a écrite , il femble au moins que
TEcriture même nous fait entendre qu'ils en font les
Auteurs ; car l'Ange Raphaël leur ordonne , Ch. XIL
V. 20, de bénir Dieu , & de raconter toutes ces mer-
veilles, c'eft-à-dire, comme le Texte Grec le dit plus
exprelfément, de les écrire en un Livre. Et en efl'et le
même Livre dit au L v. du Chap. fuiv. que Tobie écri-
vit l'adlion de grâces qu'ils rendirent à Dieu , félon
l-'Ordre de l'Ange , & qui eft rapportée en ce Chapitre.
S. Jérôme , dans fa Préface fur ce Livre, ou bien£p.
tio. ad Chromatium & HeLiodorum, T.L p. 1054. de
l'édition de Paris 1609. dit que ce Livre étoit écrit en
Chaldéen, & que ce lut de cette Langue qu'il letra-
duifit en Latin , avec le fecours d'un Juif très -habile
en cette Langue & en Hébreu , qui lui expliquoit en
Hébreu le Texte Chaldaïque , & le Saint le didoit en
Latin. Il eft très-vraifemblable que ce Chaldéen étoit
le Texte même des Auteurs de cette hiftoire , puifque
c étoit la langue du pays où les deux Tobies vécurenr ,
&: écrivirent cet Ouvrage. Il y avoit pourtant une Ver-
fion Latine de ce Livre avant S. Jérôme , & il paroît
aufïï que la Verfion Grecque que nous avons encore ,
eft plus ancienne que ce Père , puifque S. Polycarpe
femble s'en fervir, & la citer dans fon Epître aux Phi-
Lppiens.
^^ TOBITSCHAW. Petite ville d'Allemagne dans la
Moravie , entre Olmutz & Cremfir, allez près de la
Morawa.
TOBOL. Nom d'une grande rivière de la Tartarie Mof
covite. ToboUa. Elle coule dans la Sibérie , du midi
au nord •, & après avoir reçu l'Ifer , le Tumen & le
Tafalda , qui eft le Lauda de Sanfon , elle fe joint à
l'Irtiich, près de la ville de Tobol. Maty.
TOBOL , TOBOLSKA. Nom d'une ville de la Tartarie
Mofcovite. Toboliiim , Tobolska. Elle eft capitale de
la Sibérie , & fituée au confluent de l'Irtifch & du To-
bol. Cette ville n'eft habitée que par des Mofcovires
qui l'ont bâtie ■■, elle eft défendue par une citadelle
dont les murailles ne font que de bois , & elle a un
Archevêché. Tb/^oZeft confidérable pour deuxchofes;
parce qu'il eft le centre où l'on apporte toutes les
Martes Zibelines , & les autres précicufes fourrures
de la Sibérie-, & parce que c'eft le rendez-vous où
s'aflèmblent tous les Marchands de Mofcovie qui vont
en compagnie faire commerce à Péking, capitale de la
Chine, en traverfant toute la grande Tarrarie. Maty.
TOBULBA. Ville d'Afrique au Royaume de Tunis , fur
la côte , à 4 lieues de Monefter.
TOBUT. Fôjeî Thibet.
TOC
TOC. Terme expreffif du bruit que font deux corps fo-
lides qui frappent l'un fur l'autre. Quand on heurte à
la porte, on dit qu'on a oui toc, toc. Strepitus,fragor.
TOCANE. Terme de Gourmets & de Marchands de vin.
La tocane fe boit après les vendanges , & dure cinq ou
fix mois. C'eft le vin nouveau de Champagne , princi-
palement d'Ay , qui fe boit dans la nouveauté , & qui
ne peut fe garder que fix mois. La tocane eft fort vio-
lente, & porte un goût de verdeur qui la fait eftimer.
TOCANHOHA. f m. Fruit de l'île de Madagafcar , qui
donne la morr aux chiens. Il croît fur un arbre fembla-
b!e à un poirier , dont le bois eft de couleur de mufc,
plus dur & plus maiïlf que celui d'aucun autre arbre de
cette îlcj & qu'on peut rendre fort poli. Ses feuilles
font de la longueur de celles d'un amandier , décou-
pées de cinq ou fix échancrures , à chacune defquelies
TOC
il y a une fleur de la même forme & de la même cou-
leur que celles du romarin-, elle eft lans odeur , & il
lui fuccède un fruit i ce qui fait qu'on eft furpris de
voir des feuilles toutes bordées de ces fruits. Tocanhohà.
TOCAT, ou TOCCAT. Ville de la Turquie Alîatique,
dans l'Amafie, au pied d'une haute montagne, (ur le
bord du fleuve Tofanlu. Tocata^ anciennement iVfO-
cœj'area & Hadrianopolis. Cette ville eft plus grande
& plus agréable qu'Erzeron. Il y a dans Tocat un Ca-
di, unVaivode, un Janilîaire-Aga , avec environ mille
Janillaires & quelques Saphirs. C'eft le centre du com-
merce de l'Afie mineure. Long. 55. d. iS'.lat. i^.à.^i.
TOCAYMA. Nom d'une petite ville de la Terre-Ferme
dans l'Amérique méridionale. Tocdima. Elle eft dans
le nouveau Royaume de Grenade, au confluent de la
rivière de Pari, avec celle de la Madalena, environ à
vingt lieues de Santa Fé de Bogota, vers le couchant.
On voit près de cette ville le Volcan de Tocayma , qui
eft une de ces montagnes qui vomilïent des flammes.
Maty.
TOCIA. Ville d'Afie , dans les Etats du Turc, fur la route
de Conftantinople à Ifpahan , entre le bourg de Coti-
zar & la ville d'Ozeman.
TOC-KAIE. f m. Animal des Indes. Toc-kaia. Le Toc
kaie eft une efpèce de Lézard fort commun dans le
Royaume de Siam , deux fois plus gros que les Lézards
verts qu'on voit en France. On l'appelle de ce nom à
caufe de fon cri : car cet animal en criant articule très-
diftindtement ces deux fyllabes, toc-kaie. Cet animal
fe retire ordinairement fur les arbres & dans les mai-
fons, ayant une difpofition merveilleufe pour courir fur
les branches & fur les murailles les plus unies. Il eft vé-
néneux, à ce que l'on prétend, & l'on a reconnu pac
diverfes expériences , telle qu'a été celle dont fut té-
moin un des Jéfuites envoyé à Siam par le feu Roi,
qui dit avoir vu un chat mordu à la tête par un Toc-
kaie, auquel cette partie avoit tellem.ent enflé, que fi
on ne l'eût fecouru promptement , il en feroit mort
infailliblement. Néanmoins le Toc-kaie n'eft pas dan-
gereux , & l'on n'entend point dire que perfonne en ait
jamais été mordu. Celui que les Jéfuites dont nous
avons parlé , dilféquerent, étoit, comme tous les autres,
de diverfes couleurs, par-deflus & par-dellbus. Ledef-
fus étoit couvert d'une peau chagrinée & bigarrée de
rouge & de bleu mêlés par ondes, avec plufieurs rangs
de pointes coniques d'un bleu déchargé, & élevées le
long du dos. Le deftbus étoit artiftement écaillé d'une
couleur gris-perle avec plufieurs mouchetures rouf-
fâtres.
Il avoir un pied fix lignes de longueur , dont la
queue en comprenoit près de la moitié , avec un peu
plus de deux pouces & demi de tour dans fa plus
grande épaiifeur , c'eft-à-dire , vers le bas- ventre.
La tête , qui étoit de figure triangulaire , avoit i'3.
bafe , c'eft-à-dire , à l'endroit oii elle s'unit au cou «
d'environ dix-huit lignes de largeur , & environ rrcize
d'épaillèur par-tout , excepté le milieu , où la mâchoire
fe courbant un peu alloit fe terminer en une pointe
moufle. Le refte du corps gardoit dans toutes fes par-
ties prefque les mêmes proportions qu'ont nos Lézards
verts dans tous leurs membres , à la réferve des pieds ,
lefquels étant faits pour grimper & courir fur des corps
lifles , doivent avoir une figure fingulière & propre
pour cela: aufïï la nature a-t-elle eu foin, non-feule-
ment d'armer les doigts d'ongles très-aigus & recour-^
bés -, mais encore de munir chaque doigt d'une mem:
brane large & de figure ovale , & d'y former par-
deflbus avec une délicatelle incroyable , un certain
nombre de petits feuillages ou de pellicules parallèles
entre elles, & perpendiculaires à la membrane du pied,
par le moyen defquelies ils ont une facilité merveil-
leufe de s'attacher aux corps les plus polis. L'œil de
cet animal eft fort grand à proportion des aurres par-
ties. La prunelle , dont la figure étoit la même que
dans le crocodille, paroiftbit par une ouverture de
quatre lignes & demie, fott avancée hors de fon
orbite , de telle forte que les yeux lui fortoient h
moitié hors de la tête , ce qui eft ordinaire à ces
animaux. A un bon doigt des yeux , en tirant vers la
# TOC
queue, une cavité ovale & aflèz profonde formoit
l'oreille, dont le diamètre n'étoit guère que la moitié
de celui de l'œil.
Quand on l'eut ouvert , on découvrit d'abord le
cœur au milieu du thorax entre les jambes de devant.
Il étoit enveloppé d'une membrane ou péricarde vide
& fans eau , lequel étoit attaché aux deux côtés , en
montant obliquement, & formoit un canal pour don-
ner paflage à la trachèe-artère fous le cœur. Au-de(lbus
immédiatement étoit placé le poumon partagé en
deux lobes ■, vers le milieu du corps de la baie du
cœur partoit le foie , qui palïànt entre les poumons
s'alloit attacher bien plus bas par fon lobe gauche au
côté gauche , & couvroit toute la pattie fupérieure de
reftomac, de la bafe de l'un & de l'autre lobe qui lui
formoient une cavité proportionnée en cet endroit.
Le thorax étoit iéparé du bas- ventre par un
diaphragme membraneux , qui apparemment ne con-
tribuoit pas peu par fon mouvement à la dilatation du
poumon , & h. former par conféquent la voix extraor-
dinaire avec laquelle cet animal fe fait entendre de fi
loin. Son eftomac étoit fort long , il avoit bien deux
pouces & dix lignes en cette dimenfion : il devenoit
cartilagineux quelques fix lignes au-deflus du pylore ,
la fubftance en étoit fort blanche -, celle du duodénum
paroillôit rougeâtre : du pylore au cœcum les inteftins
avoient fept pouces dix lignes de long , & faifoient
plufieurs contours en diminuant -, ils étoient de même
confiftance par-tout. Il avoit environ deux pouces &
trois lignes de long. A fon origine on trouva un cœcum
plein de petits vers blanchâtres & tranfparens qui
avoient trois lignes de long , & étoient de la grofTeur
d'un crin de cheval.
Le foie étoit de figure pyramidale , & partagé en
deux lobes allez long , & refendus en deux autres petits
lobes chacun. La véiicule du fiel paroilToit à découvert
vers le milieu des deux grands lobes auxquels elle
• étoit adhérente & preflée par les deux petits. Elle étoit
de couleur blanchâtre & de figure ovale.
Le poumon n'étoit rien autre choie qu'une mem-
brane fort fine & tranfparente qui formoit une infinité
de petites bourfes ou fachets remplis d'air , qu'il étoit
aifé de remarquer dans toute l'étendue des deux lobes
qui étoient de deux pouces neuf lignes de long.
La trachée-artère qui étoit courte, large, droite. Se
tout-à-fait propre à produire un fon grave , qui eft le
ton fur lequel le Toc-kaie crie ordinairement , avoit
deux lignes de diamètre. Elle étoit compofée d'anneaux
cartilagineux , tous fermés & fort ptellés. La fente du
larynx étoit fort longue & perpendiculaire. Le haut de
la trachée, aufïï bien que le larynx, étoit revêtu d'une
membrane très-fine & -noire comme l'uvée. Cette
membrane étoit une appendice de celle qui couvroit le
palais de cet anuTial , & qui lui faifoit paroître le dedans
de la gueule noir comme de l'encre.
L'os de la mâchoire lupérieure, que nous jugeâmes
d'abord être tout d'une pièce comme dans le croco-
dile , en l'examinant de plus près , nous parut être
compofé de deux parties unies par fynchondrofe , de
telle forte que la partie antérieure , par le moyen de
cette articulation , lembloit avoir un mouvement de
reffort de haut en bas. Cela nous fit conjefturer que
ce mouvement de reifort faifant bailler la partie anté-
rieure de la mâchoire fupérieure vers l'inférieure , ou
plutôt vers la langue , ne lui aidoit pas peu à bien
articuler fon Toc-kaie-, qui ne fe peut prononcer à
moins que la langue ne frappe allez rudement le pa-
lais , ce que le Toc-kaie qui à la langue épaiflè à-peu-
près comme le perroquet, auroit eu peine à faire , fi
la nature ne lui avoit donné , comme elle a fait à cet
oifeau, la faculté de mouvoir la mâchoire fupérieure.
Tour ceci eft tiré des Obfervations Phyfîques & Ma-
thématiques faites par les Jéfuites , dont nous avons
parlé, & publiées en 1688 par le P. Couve, avec les
Réflexions de Meffieurs de l'Académie.
TOCKENBOURG , Comté de la SuilTe dépendant de
l'Abbaye de S. Gall. Ce pays avoit autrefois fes Sei-
gneurs particuliers. Le dernier en fit un peuple libte.
Il y a dans le Tockenbourg environ neuf mille hom-
TOC TOD 71
mes , dont les deux tiers font Proteftans , les autres
Catholiques, tous unis par un ferment folemnel, que
tous les Tockcnbourgeois font tenus de faire, de vivre
dans une union mutuelle. Ce ferment précède même
celui par lequel ils jurent le Traité d'alliance & de
combourgeoific avec les Cantons de Schwitz & de
Glatis, alliance qui dure depuis 1440.
TOCKOWOUGE f m. Sorte de racine de la Virginie ,
qui vient en grande abondance dans les lieux humides
ik boueux , &: qui reflëmble aux patates en gtoflèur
& en laveur. Les habitans les enfouillènt dans une
foflè , & les couvrent de feuilles de chêne & de fou-
gère. Ils mettent enfuite le feu tout autour, & les font
griller pendant vingt-quatre heures, les eftimant véné-
neufes quand elles font crues , & même quand elles
font cuites , à moins qu'on ne les laiflè refroidir long-
temps , & qu'elles ne foient atténuées & fort sèches.
Elles piquent la bouche par leur aigreur. Ils ne laiflènt
pas de s'en fervir l'été au lieu de pain , en les mêlant
avec de l'ofeille. Tockowgea radix.
'S^ TOCORT. Ville d'Afrique , dans la Numidie, àcent
lieues d'Alger.
TOCOUY. f. m. Sorte de toile qui fe fait dans divers
endroits de l'Amérique Elpagnole, fur-tout du côté de
Buenos-Aires.
TqCQUE. Voyei Toque.
TOCROUR. Nom d'une ville de la Nigritie : elle a fon
Roi pamculier, qu'on appelle Al Tocrouri. Elle eft fur
la rive méridionale du Nil des Nègres , à deux journées
de la ville de Salah qui dépend d'elle.
TOCSIN, f. m. Bruit d'une cloche qu'on fonne à coups
prefTés & redoublés pour donner l'allarme , pour
avertir , pour alîèmbler le peuple. Creber & fiibitus
campons motus. On fonne le tocfin dans un incendie.
On ionna le tocfin quand l'ennemi parut.
Ce mot vient de toquer , frapper j & dejing, qui
fignifioit autrefois cloche. Il en eft fait mention en ce
fens dans le Pontifical. En quelques lieux on appelle
encore le petit fmg les petites cloches. Il y a aufli un
vieux ptoverbe qui dit, on en fait b'ienlesjîngs fonner;
pour dire , on fait beaucoup de bruit.
Dans quelques villes , il y a une cloche qu'on appelle
cloche du tocjin , ou iîmpicment toc/iri , deftinée à
fonner le tocjin. On place le tocfin dans une tour. Au-
• trefois on portoit une cloche à la guerre pour fonner la
charge , donner l'allarme , Sec. Au figure , on dit d'un
libelle qui n'eft propre qu'à caufer du trouble dans
lEghfe ou dans l'Etat, quec'eft un vrai tocfin. Sonnev
le tocfin fur quelqu'un , c'eft exciter contre lui le cri
public. Un de nos Contrôleurs-Généraux difoit, il y a
quelques années, à un des Agens-Généraux du Clergé,
auquel on pouvoir peut-être reprocher trop de viva-
cité fur certaines matières , qu'il fonnoit le tocjin.
N'ai-je pas raiion , lui répondit celui-ci , de fonner le
tocjin quand vous mettez le feu par-tout?
TOCUYO. Ville de l'Amérique dans la Terre-Ferme,
au nouveau Royaume de Grenade, dans le Gouverne-
ment de Venezuela.
TOD
6:5'TODDI. Cm. Nom que les peuples de l'Indouftan
donnent à une liqueur fpiritueufe qu'ils tirent d'un ar-
bre par des incifions qu'ils font aux branches les plus
proches du fommet. Cette opération fe fait la nuit.
Cette liqueur eft reçue dans des vaillcaux fufpendus
au-deflbus des inciiîons qu'ils vont chercher de bon
matin , avec la précaution de reboucher les incifionà.
Cette liqueur bue le matin eft auflî agréable que le
v'm nouveau : mais quand elle a elfuyé la chaleur du
jour , elle devient forte & enivre.
TODI. Nom d'une ville Epifcopale de l'Etat de l'Eglife,
en Italie. Tuder , Tarde , Tudertum. Elle eft dans le
Duché de Spolère , du côté du couchant , entre Peroufe
& Narni. C'eft l'ancienne Tudertum.
^S^TODMA.. Ville de Mofcovie, au confluent des ri-
vières de Suchana & de Todma. Elle eft au éo,d, 14.
de lat. fcptentrionale, fur une hauteur.
72 TOG TOI
T O G
TOGE. f. f. Toga. Nom de la robe que portoient les
Romains. Dans les Auteurs c'eft le terme diftinaïf de
leur habillement. C'étoit une robe longue , delcen-
dant jufqu'aux talons , fans manches, qui le mettoit
fur les autres vêtemens.
Cet habit étoit tellement propre aux Romains , que
Togatus & Romain étoient termes fynonymes. Vir-
gile lui-même appelle les Romains gens togata. Le
xlroit de toge étoit la même chofe que le droit de ci-
toyen Romain , qui avoir droit de porter Phabit Ro-
main , & de prendre de l'eau & du feu dans l'étendue
de l'Empire Romain. On appeloit Gallia togata , la
- Gaule où l'on portoit un habit lon^. Voye^ Gaule.
Enfin les pièces de théâtre donr le lujer éroir Romain,
étoient appelées îogatœ, à la différence de celles des
Grecs qui éroienr appelées palliatœ. Pallium étoit chez
les Grecs ce qu'éroir toga chez les Romains. On appe-
ioit auffi Togatarius celui qui faifoit des pièces dont
les adeurs étoient habillés de longues robes à la Ro-
maine. Tous les Romains portoient la toge , excepté
lescfiminels condamnés, & les exilés. Les toges étoient
diftérentes pour la longueur , la couleur & les orne
mens, fuivant la diverfité des conditions, desprofef-
fîons , de l'âge & du fcxe. *
Togaprœtexta. Foj. Prétexte. Togavkilis. Voy.
Viril. Toga candida. Voy. Candidat. Togapalla.
■Voy. Deuil. C'étoit aufli la robe du menu peuple.
Quintilien appelle la populace , pallata turba , & Pline
pallatum hominum genus. Togaforenjis. Habillement
des Avocats. Quelquefois même le mot de toga tout
feul fe prend par oppofion au métier de la guerre.
Cédant arma togœ. Dans Apulée on rrouve la quali-
fication odieufe de togati vuhares.
T O I
TOI. Pronom perfonnel de la féconde pcrfJfte au fin-
gulier. Tu.
Tout ce qui n'eft point toi me paraît odieux. S.Evr.
Toi ne peut être nominatif, à moins qu'il ne foit em-
ployé par appofition, comme quand on dit, que feras-
tu, toi qui fais tant le fuftifantî Toi, tu oferoisfQure-
nir cette chofe ?
Employé abfolument & comme régime du verbe à
l'impératif, il fuit toujours le verbe. T^is-toi, levé- toi.
Il faur en excepter les occafîons où le verbe qui le
régir eft précédé & gouverné par le verbe/àir^.Comme
quand on dit ^ fais-roi donner telle chofe, fais-roi ren-
dre ron argent.
Il s'emploie de même quand il eft après le pronom
indéfini ce^ fuivi du verbe être. C'eft roi j ce ne peut
être que toi. C'eft la même chofe après une prépofi-
tion. Chez toi, à toi , par toi, pour roi ^ contre toi.
Toi , s'emploie quelquefois pour marquer du méconten-
tement , de la colère , de l'indignation, Ote-roi de mes
yeux. Mol. Abi , dijcede , apage.
Tai-toij perfide,
jEt n'impute qu'à toi ton lâche parricide. Racine.
^Quelquefois auffi pour marquer de la douleur, & de
l'étonnement ,
Tout me trahit ici,
Pharnace , amis, maitrejjh , £' toi, mon fils , aujfi.
Racine.
Ces pronoms tu , toi , te, de même que le pronom
poffeffif ton ^ & le relarif tien, ne font guère d'ufage
• en François que quand on parle à des perfonnes fort
inférieures ou avec qui l'on vit très-familieremenr.
Par-tout ailleurs on fe lert du pluriel vous. Cependant
en faifant parler certaines nations , les Orientaux , par
.exemple, on s'en ferr, pour leur confcrver leur carac-
tère. Vbyei les Lettres Perfannes.
TOI •
En pocfie on l'emploie auffi en parlant à Dieu ou aux
Princes. C'eft ainll que Godeau a dit , en s'adreflant
à Dieu , Grand Dieu , c'efijitr toi Jkul que mon ejpoir
Je fonde. Et Boileau , ■en s'adreflant au Roi , Conduis
tout par toi-même -, & vois tout par tes, yeux.
TOILE, f. f. Tiflù de fils entrelacés , dont les uns s'é-
tendent en longueur (ce font les fils de la chaîne) &
les autres en travers ( ce font les fils de la trame.) Tela.
Les toiles fe font fur un métier à deux marches par le
moyen de la navette , de même que les draps & les
étortes non croifées. Les marières qu'on emploie le plus
ordinairement fonr le lin , le chanvre & le coton. On
en fait auffi de foie , & d'or & d'argent filé -, mais le
mot de toile convient particulièremenr aux tiflus des
trois premières" matières. Toile de lin , de chanvre,
de coton. Ceux qui fabriquent ces toiles , le nomment
quelquefois Toiliers , plus communément, Tiilerands,
dans quelques provinces Tilieurs & Tiffiers. Ceux qui
manufadurent les toiles de foie , d'or & d'argent ,
s'appellent ordinairement Ouvriers en draps d'or, d'ar-
gent & de ioie.
Toile écrue. C'eft celle dont le fil n'a point été blanchi,
& qui eft telle qu'elle eft fortie des mains de l'ouvrier.
Les toiles de hn écrues l'ont griiâtres •, c'eft la couleur
naturelle du lin. Celles de chanvre écrues font jaunâ-
tres : c'eft la couleur naturelle du chanvre.
Toiles mi-blanc , qu'on appelle auffi boulvardées , font
des toiles de chanvre qui n'ont été qu'à demi-blanchies.
Toiles blanches. Ce font des toiles écrues qu'on a fait
blanchir à force de les arrofer lur le pré, & de les faire
palier par diverfes leffives.
Toile de ménage. C'eft de la toile que les particuliers
font fa:re pour leur ufage, &dont le chanvre ou le hn
a été filé chez eux.
Toiles ouvréeSj pluscommunémenr lingeouvré. Toiles
de chanvre ou de lin fur lefquelles il paroît divers ou-
vrages , façons & figures.
Toile en coupons. Ce font des morceaux de barifte
claire, ordinairement de deux aunes ^ qu'on envoie de
Picardie en petits paquets carrés.
On nomme aufli coupons de toile, des morceaux de
toile plus ou moins grands , qui font les reftes des
pièces qui ont été vendues.
Toile à voiles. C'eft une gtollè toile de chanvre écrue,
qui ne lert qu'à faire des voiles de vaiHèaux & bâti-
mens de mer.
Toile à tamis, à fas. Sorte de roi/f très-claire , donronfe
lert pour tamifer les chofes qu'on met en poudre fine.
Toile cirée. Toile enduire d'une certaine compofition ,
faite de cire ou de rélîne , mêlée de quelques autres
ingrédiens, capables de rélîfter à l'eau.
Toile peinte. Toile de coton qui eft peinte de diverfes
couleurs. On entend ordinairement par-là une toile
peinte aux Indes, ou à la manière des Indes, avec des
couleurs lolides & durables. Nous imitons forr bien
en France les toiles peintes des Indes, & nous peignons
les toiles de chanvre & de lin comme celles de coton.
Toile de noialc, c'eft une toile très-forte, qui fe fait en
divers endroits, mais lur-tout à Olone , & dans les vil-
lages voilîns , qui en fournirent Rochefort & la Ro-
chelle. Aubin. Le même Auteur dir, toile noiale. Les
toiles noiales doivent être faites de cœur de chanvre,
le fil bien leffivé : elles feront bien battues , renforcées
& unies, ayant du corps fans gomme , & les lifières
bien faites. Id. Toile de mélie, c'eft celle qui fuir en
qualité les roi/« de noiale. In. Tbi/f de mélie , ou roi/e
de Flandre , c'eft pour faire les menues voiles. Id.
Toiles de fabords ou de déleftage, ce fonr de vieilles
voiles , ou aurres toiles , qu'on cloue fous les labords ,
quand on veur délefter , afin de recevoir le left. Id.
Les ouvriers Indiens excellent à faire de la toile: elle
eft d'une fi grande finellê, que des pièces fort longues
& fort larges pourroient palier fans peine au travers
d'une bague. ... Le métier donr le fervent les Tiile-
rands Indiens , ne leur coure pas plus d'un écu , & avec
ce métier on les voit accroupis au milieu de leur cour,
ou fur le bord du chemin , Travailler à ces belles toiles,
qui font recherchées dans tout le monde. Lettr, éoif.
ET cuR. Rec.IX. p. 4^9. ^4Zt.
I,cs
TOI
Les différentes efpcces de toiles s'appellent , parmi
les Marchands, iîmplement du nom des pays où ellc^
font faites. De la Hollande, une chemife de Hollande,
c'eft-à-dire, de toile de Hollande. Une pièce de Rouen,
c'eft-à-dire, une pièce de toile de Rouen i uneaûne
de Cambray, c'eft une aune de toile de Cambray , dix
vares de Bretagne, dix vares de toile àe Bretagne.
Hollande eft en ufage en ce fens dans Tufage ordinaire,
& tout le monde le dit. Les autres ne s'emploient que
parmi les Marchands.
XoiLE xle coton. Toile faite avec des fils de coton. Toile
de foie , qui eft faite avec des fils de foie.
On appelle toile de foie , une manière de perite
ctofte tfès-claire, fort légère & point croifée, faite fur
le métier avec de la foie filée , dont les femmes font
des fichus ou mouchoirs de cou & autres haides fem-
blables.
Toile d'or & d'argenr, Efpèce d'étoffé non croifée qui
fe fabrique au métier avec de l'or ou de l'argent filé
fut la foie.
Toiles d'un moulin à vent. Ce font les toiles qu'on tend
fur les ailes du moulin pour que le vent le fallé aller.
Vbye[ Moulin.
Toiles. Terme de Paumier. Efpèce de rideaux qui del-
cendeiit depuis le toit jufque fur la muraille d'un jeu
de paume. On tire les toiles pour mettre les joueurs
à l'abri du foleil-
Toile , en matière de théâtre. Aulœum. Grand rideau
ïjui cache nos tiiéâtres. Chez nous elle eft attachée au
hautdu théâtie. On lalève quand la pièce commence", on
la bailfe quand elle eft finie, & même à la fin de chaque
aile pour changer les décorations. Chez les Anciens
elle étoit attachée par le bas •, on la baiftbit , on la laif
foit tomber fous le théâtre quand la pièce commençoit,
& on la levoit quand elle finidôir. De-là les expref-
fîons, aulcea tollere , lever la toile , fermer la fcène,
aulœa premere , bailler la toile , découvrir le théâtre
pour commencer l'aâion.
Toiles , en termes de chaflè. Ce font de grandes pièces
de toiles avec lefquelles on forme une enceinte en
forme de parc, des fangliers. On a tué le fanglier dans
les toiles.
On appelle encore toiles de grands filets t-endus pour
prendre des cerfs , des biches , des chevreuils , &c. On
prend des cerfs en vie dans les toiles.-
On appelle Capitaine des toiles , l'Officier qui a foin
de tendre les toiles bordées de grolfes cordes pour
*• prendre le gros gibier , fur-tout quand on veut le pren-
<ire vif. Sain. Ten^e les /oi/e5 , lever les toiles.
Ce mot ne, paroit pas fait pouc le figuré. Théop. a
pourtant dit V développez-moi des toiles dont m'ont
enceint mes ennemis. Quand François I. fut fait prilon-
nier, Charles-Quint écrivir à Henri VIII , que , puifque
le cerf étoit dans les toiles , il en falloir partager la
nappe. Nappe, en termes de chaflè, fe dit de la peau
du cerf fur laquelle on fait la curée aux chiens.
Toile, fe dir proverbialement en ces phrafes. On dit
d'une affaire qui ne finit point, que c'eft la toile de
Pénélope, qui défaifoit la nuit ce qu'elle avoit fait le
jour. Textum Penelopes. On dit auffi, Tu as trop de
caquet, tu n'auras pas ma toile; par allulion à un cer-
tain conte de vieille forr connu.
On dit en plaifantant , Il va mettre la bête dans les
/0/7« j pour dire , Il v« iè coucher. Il eft populaire.
On dit fuTiplement dans le même fens , il va fe mettre
dans les toiles. Il eft familier. Acad. Fr.
Toile. On appelle draps en toile, les draps de laine qui
•n'ont point-encore été foulés, &; qui font tels qu'ils font
fbrtis de deffus le métier. On les appelle ainfi , parce
qu'ils ont quelque rapport en cet état à de la grolîè
toile de chanvre ou de lin écrue.
Toile, terme <le peinture. On appelle ainfi un qiiadre de
bois , couvert d'une toile , imprimée de quelques cou-
leurs en huile , fur laquelle le peintre peint fon tableau.
Toile d'araignée. Aranea, efpèce de tiflu que font les
araignées avec des fils qu'elles rirent de leur ventre ,
& qu'elles tendent pour prendre des mouches. Voye'^^
Araignée.
TOILE, f m. Terme d'ouvrière en dentelles , particuliè
Tome VIII I. Partie.
TOI 73
remehc en dentelles de fil. Textus , textum. Le roilé
d'une dentelle eft ce qu'on appelle tiflii ou point fermé
dans le point à l'aiguille. On l'appelle ainfi, parce qu'il
relfemble à de la toile bien frappée. Il doit être fort
ferré. C'eft proprement le fond de ladentelle. Pour faire
de la dentelle on fait le fond, qui ell le toile, enfuite
le refeau , l'engrélure & les picots.
TOILERIE, f f Marchandife de toile. Negotiatio lintea-
ria. Les Statuts desMaîtieflès Toilières portent, qu'on
élira tous les ans des Jurées de la Marchandife de toi-
lerie & lingerie de Paris.
On dit qu'un Marchand ne fait que de la toilerie ,
pour dire qu'il ne vend que de la roile ; & qu'on fait
beaucoup de toilerie dans un endroit , pour dire qu'il
s'y fabrique beaucoup de toile.
TOILETTE, f.f diminutif de toile. C'eft un morceau de
toile ordinairement colorée , qui fert à envelopper des
pièces d'étotïe chez les Marchands -, des habits, des bar-
des chez les particuliers. Mappa lintea , bombycina ,
velvendihilium pannorum involucrum. Les Marchands
marquent le prix des éroftes fur la toilette.
Toilette, f. f On nomme ainfi à Bapaume, &dans tout
l'Artois, les toiles de Batifte écrues, les linons unis &
les linons rayés , avant qu'ils aient été blanchis.
Toilette , fe dit auiTi de la toile qu'on étend fur une
table pour y mettre ce qui ferc à l'ornement ou àl'ajuf-
tement des hommes & des femmes. Toilette unie , à
dentelle. Toilette de fatin , de point.
On appelle plus particulièrement /cz7<?//e, les flam-
beaux, les boîtes, les carrés, le rouge» le blanc, roue
l'attirail inventé par l'art de plaire , férvant à rehauIlèE
fes attraits , ou à réparer les défauts de la beauté. Mun-
dus muliebris. Bien des femmes prennent leurs appas
fur leur toilette. Les femmes fe rallemblenr aux Tui-
leries, aux fpeétacles pour montrer une belle étoffe , &
pour recueillir le fruir de leur toilette. On dit en ce lens
une toilette d'cLVgent, une toilette de bois de Sainte-
Lucie. Une toilette de noces. Une magnifique toilette,
en prenant le tout cnfemble.
Et l'on appelle dcilhs- de-toilette , une pièce de ve-
lours , de damas, bordée de dentelle, ou de frange,
avec laquelle on couvre tout ce qui eft fur la toilette.
Toilette , fe dit encore très-lbuvent de la table même
fur laquelle eft l'attirail de la toilette. Une femme dit,
approchez ma toilette du feu.
Voir une femme à fa toilette , c'eft la voir, l'entre-
tenir pendant qu'elle s'habille, pendant qu'elle eft à la
toilette. Un pilier de toilette , efi un homme qui afîîfte
affidument h. la toilette des femmes.
Plier \o. toilette; exprefîîon proverbiale & familière,
pour dire enlever, emporrer les meubles de quelqu'un.
Il plia la toilette, & s'en alla. On le dir aulfi en parlant
d'un dcmeftique qui vole & empoite les effets de fon
Maître. Il plia la toilette de fon Maître, & fe fauva.
On appelle Revendeufes à la toilette , Marchandes
à la toilette, de certaines femmes qui porrent de mai-
fon en maifon, à la toilette des femmes, de vieilles
nippes à vendre, quelquefois même des marchandifes
neuves , & qui ont pour cela un droit volontaire que
leur donnent ordinairement le vendeur & l'acheteur.
TOIIJER. f. m. 'Ouvrier qui fabrique la toile , le linge
ouvré , &c. le cannevas. On l'appelle plus ordinairc-
rement Tifîèrand. Lintearius opifex , textor.
TOÎLIÈRE. f. f. Lingère qui vend de la toile. Mercatri.v
lintearia. Il y a des Statuts des Maîtrellès Toilières 8c
Lingères du premier Septembre 1595-
TOINETTE. f. f Antonia. Nom de hlle qui veut dire
petite Antoine. Ma pauvre Toinetle, crois-tu qu'il m'ai-
me autant qu'il le dit? Mol. Votre coquine de Toinette
eft devenue plus iniblente que jamais. Id.
TOINON. diminutif Antonius. Nom de garçon, qui
veut dire petit Antoine. On donne aufïï fbuvent ce nom
à des filles. Antoiua.
Et changer fans refpecl de l'oreille & du /0/2,
Licidas en Pierrot , & Philis en Toinon. Boil.
TOISE, f. f. mefuic de diilcrente grandeur, félon les
74
Tôt
TOI
lieux où elle eft en ufage. Celle de Paris , établie en
quelques autres villes du Royaume, eft de fix pieds de
Roi. Hexapeda : fon étalon ou mellire originale , eft
expofée au Châtelet de Paris-, c'eft pourquoi elle eft
appellée toijè du Châtelet. ^
Toise courante , c eft celle qui eft mefuree hiivant fa
longueur feulement, comme une loijè de corniche, fans
avoir égard au détail de fes moulures -, une toiJè de
Lambris, fans confidérer s'il eft d'appui ou de revête-
ment. Daviler.
Toise carrée ou superficiei-LE, c'eft une furface qui
a une toife en longueur & en largeur. Son aire con-
tient trente-fix pieds. Elle fert à mefurer la fuperficie
de la terre ou des bâtimens.
Toise cube, massive ou solide. C'eft celle qui étant
iTiefurée en largeur, longueur & profondeur^ produit
il 6 pieds cubes. Id. c'eft un cube qui contient fix pieds
en longueur, largeur & profondeur, & qui comprend
216 pieds cubiques dans fa folidité. Elle fert à melurer
les terres qui ont été tranfportées ou amaflées.
Toi JE d'Échantillon. On appelle ainfi la toije de chaque
lieu , où Ton mefure quand elle eft différente de celle
de Paris , comme la toiJè de Bourgogne , qui eft de
fept pieds & demi. Daviler. La toile de Paris eft la
toife principale dont celle de l'endroit n'eft qu'une
efpèce particulière.
ToisE de Roi. C'eft la toife de Paris , dont on fe fert dans
tous les ouvrages que le Roi fait faire , même dans
les fortifications , fans avoir égard à la toife d'aucun
lieu , que l'on appelle toiJè d'échantillon.
Toise, fe dit aulîi du bâton ou de l'inftrument qui fert à
mefurer. Ce bâton eft marqué avec de petits clous par
pieds , pouces , lignes. Elle fert à mefurer les longueurs
& les hauteurs : celles des arpenteurs font de petites
chaînes de fer ou de cuivre.
Toise, fe dit encore de la chofe mefuiée d'une longueur
de fix pieds. Deux toifes de murs. Marché à la toiJè.
On dit au figuré qu'on ne mefure pas les hommes
à la toifi , pour dire qu'il faut faire plus d'attention à
leur mérite qu'à leur taille î
Ce mot vient de tefa , qui a été fait de tenjus.
Ménage. Du Cange Je dérive du teîjîa, ou de taifia,
qu'on a dit dans le même fens dans la baflè Latinité.
On l'appelle en Latin orgya, fur leGrecopj-nà, qui dans
Hérodote eft pris pour llx pieds i & c'eft la même
chofe que la 3rû//e en certains endroits, caries mefures
font fort différentes félon les lieux. Souvent la brajfe
fe prend pour cinq pieds , & la ioijè pour dix.
TOISER. V. a. Mefurer un bâtiment avec une toife. Or^
gyia dimiten. Il a fallu toijèr cette maifon pour efti-
mer les ouvrages marchandés à la toife. Il y a une ma-
nière de toi/érà toife bout-avant & fans retour, établie
par l'Ordonnance de Henri 11. de l'an 1557» où l'on ne
-toife point les moulures & faillies, ni les vides, qui eft
bien plus avantageufe aux bourgeois , que celle que
pratiquent les Architectes fuivant les us & coutumes
de Paris. Voye'^ Savot.
Toiser la taille de pierre, c'eft réduire la taille de toutes
les faces d'une pierre aux paremens feulement , mefu-
rer à un pied de hauteur fur iîx pieds courans pour toi-
Jè. Daviler. ToiferauxusÙccutuihes^cefy.mQ'îmet
tant plein que vide, & toutes les faillies, enforte que
la moindre moulure porte demi-pied , & toute mou-
lure couronnée un pied, lorfque la pierre eft piquée
& qu'il y a enduit, &c. Daviler. ToiJèr à toiJe bout-
avant , c'eft toijèr les ouvrages fans retour ni demi-fa-
ce , & les murs tant plein que vide, & le tout carré-
ment fans avoir égard aux faillies , qui doivent néan-
moins être proportionnées au lieu qu'elles décorent. Id.
Toijèr le bois , c'eft réduire & évaluer les pièces de
bois de plufieurs groflêurs à la quantité de trois pieds
cubes , ou de douze pieds de long fur fix pouces de
gros, réglée pour une pièce. Id. Toijer la couverture,
c'eft en mefurer la fuperficie fans avoir égard aux ouver-
tures ni aux croupes, & en évaluer les lucarnes, yeux
de bœufs, arrérrières", égouts, faîtes , &c. en toifes ou
pieds fuivant l'ufage. Id.
Toiser, fe dit au figuré, pour prendre à la rigueur,
dans la dernière juftelTe & précifion. Cependant fon
efprit géométrique toifoit ce qui fe difoit dans la con-
verfation. Montagne.
Nous ne choifirons point pour guide
Cette raijbn froide & timide ,
Ç^ui toife impitoyablement
Et la penfée & le langage. Gresset.
ToiSK , ÉE. part. pafT & adj. Orgyâfeu perticddimenfus.
On dit proverbialement qu'une aflaire eft toijée; pour
dire, qu'elle eft manquée ou perdue, terminée fans
retour , qu'on n'y peut plus revenir.
TOISE, f m.'.Mefurage de bâtimens , ou l'art de les toi-
fer , JEdiJiciorum menfio , dimenfio. Le toijé de cette
maifon a été fait par les Experts nommés d'office. Il
y a eu plufieurs Auteurs qui ont écrit du tcij'é, de l'arc
de toifer , entr'autres Clavius , Metius , Marrolois j
Errar, dans leur Géométrie pratique, Jean Abraham,
dit Launay, en fon Arpentage univerfel; Savot dans fon
. Architedlure, &c. Pierre Deienne a fait un Traité exprès
du ToiJé pour les fuperficies & folides , par la feule
addition & par Cva autres méthodes , & pour les bois
équarris , par la feule addition & deux autres méthodes.
Le fécond Tome du Traité des bois de Claude Carron
eft aufîî un Traité du Toifé.
ToisÉ , eft aufïï le mémoire ou dénombrement par écrit
des toifes de chaque forte d'ouvrages qui entre dans
la conftrudion d'un bâtiment \ lequel fe fait , ou pour
juger de la dépenfe , ou pour cftimer & régler le prix
&; la quantité de ces mêmes ouvrages. Daviler.
TOISEUR. f. m. Celui qui toife un bâtiment. Menjori
metator. Il a fallu nommer d'autres Toijeurs-, parce que
les premiers étoient fufpeds. Dans les Ordonnances de
la ville l'on appelle Toifeurs de j>lâtre , les Mefureurs
de plâtre.
TOISON, f f. La laine qu'on tond fur les brebis & fur
les moutons. Vellus. Il a vendu les toijons de fon trou-
peau vingt fols la pièce.
j4lors pourfe couvrir durant l'âpre faifon ,
Jl fallut aux Brebis dérober leur toiCon. Boil:
Heureux qui vit en paix du lait de fes brebis ,
Et qui de leur toifon voit fier fes habits. Racan.'
Les Argonaut-es allèrent fous la conduite de Jafon
conquérir la Toijbnd'ox , c'eft-à-dire, la Toijbn du
Bélier j fur lequel les anciens Po*es feignenr que Phty-
xus & Hellé palTèrent la mer. Toijbn a été dit pour
Tonjbn , & vient de tondeo , ou tonfio.
Corneille a fait une efpèce d'opéra, intitulé laToifbn
d'or.
L'hiftoire de la Toifon d'or, dit Voltaire, eft bien
moins fabuleufe & moins frivole qu'on ne penfe. C'eft
de toutes les époques de l'ancienne Grèce, la plus bril-
lante & la plus conftatée. Il s'agifloit d'ouvrir un corn»»
merce de la Grèce aux extrémités de la mer noire. Ce
commerce confiftoit principalement en fourrures-, & c'eft
delà qu'eft venu la fable de la toifon. Le voyage des
Argonautes fervit à faire connoîire aux Grecs le ciel &
la terre. Chiron qui étoit de cette expédition , obferva
que l'équinoxe du printemps étoit au milieu de la
conftellation du Bélier; & cette obfervation faite , il y a
environ 4500 ans, fur la bafe fur laquelle on s'eft fondé
depuis pour conftater l'éronnante révolution de vingt-
cinq mille neuf cents années que l'axe de la terre fait
autour du pôle.
Les fiabitans de Colchos , voifins d'une peuplade de
Huns , étoient des barbares , comme ils le font encore
aujourd'hui. Leurs femmes ont toujours eu de la beauté.
Il eft très-vraifemblable que les Argonautes enlevèrent
quelques Mingréliennes , puifque nous avons vu de nos
jours un homme envoyé à Torno pour mefurer un degré
du méridien , enlever une fille de ce pays-là.
L'enlèvement de Médée fut la fource de toutes les
avantures attribuées àcette femme, quiprobablement ne
méritoit pas d'être connue. Elle pafTapour magicienne»
TOI
Cette prétendue magie étoit Tufage de quelques poi-
fons , qu'on prétend être affèz communs dans la Min-
grélie. Il efl: à croire que ces malheureux fecrets furent
une des fources de cette croyance à la magie , qui a
inondé la terre dans tous les temps. L'autre fource fut
la fourberie •, les hommes ayant toujours été divifés en
deux cladès, celle des charlatans & celle des fots.
♦ C'étoit la coumme de tous les Grecs , & de tous les
peuples , excepté peut-être des Chinois, de tourner toute
l'hiftoire en fable. La poéfie feule célébroit les grands
cvénemens : on vouloir les orner , & on les défiguroit.
L'expédition des Argonautes fut chantée en vers -, &
quoiqu'elle méritât d'être célèbre par le fond qui étoit
très-vrai Se très-utile, elle ne fut connue que par des
menfonges poétiques, .
La partie fabuleufe de cette Jiiftoire femble beaucoup
plus convenable à l'opéra qu'à la tragédie. Une toifon
<f' orgardée par des Taureaux qui jettent des flammes ,
&par un grand Dragon; ces "Taureaux attachés à une
charrue de diamans-, les dents du dragon qui font naître
des hommes armés ; toutes ces imaginations ne reflèm-
blent guères à la vraie tragédie , qui après tour doit
être la peinture fidèle des mœurs. Auffi Corneille voulut
en faire une elpèce d'opéra , ou du moins une pièce en
machines , avec un peu de mauvaife mufique , relie
qu'elle étoit alors.
Il y a de grandes beautés dans le prologue de la
Toijbn d'or, des vers dignes dû grand Corneille. A
l'égard de la tragédie, on ne la fupporteroit pas aujour-
d'hui telle qu'il l'a traitée.
Ce mot vient de tonfio, Borel. De Tonfio , dis-je ,
pris pafîivement, non pas pour l'adion de tondre, mais
pour la chofe que l'on coupe, que l'on lépare par cette
action de tondre.
Toison, en termes de Blafon , Ce dit de la peau du mou-
ton garni de fa laine , & non pas de fa laine feule ;
quelquefois il fe dit du mouton tout entier. Vellus.
Ordre de la Toison d'Or. Equejiris ordo velleris au-
rei. Cet Ordre fut inftitué. par Philippe le Bon , Duc
de Bourgogne, en 14Z5?. Il fit porter à fes Chevaliers
au bas de leur collier la reprélentation d'un mouton
femblable à celui de Colchos. Le collier eft compofé
au refte de fufils & de pierres à feu. Le Roi d'Elpagne
eft le Chef, & Grand Maître de l'Ordre de la Toijon ,
en qualité de Duc de Bourgogne. Il le conferve dans fa
fplendeur par la qualité de ceux à qui il le confère. Le
nombre des Chevaliers fut fixé à 3 1 par les ftatuts con-
tenus dans l'Ordonnance de Philippe le Bon de l'an
145 1. Il y avoir aulîî quatre Officiers de l'Ordre*, le
Chancelier , le Tréforier , le Greffier , & le Héraut
d'Armes. On dit qu'il fut inftitué en mémoire d'un grand
gain que le Duc de Bourgogne fit lur des laines. Les
Chimiftes prérendent que ce fut pour un myftère de
Chimie, à l'imitation de cette fameufe Toifon d'or des
Anciens , que le<; raffinés en cet art difent n'avoir été
autre chofe , que le fecrer de l'élixir écrir fur la peau
d'un mouton. Olivier de la Marche écrit qu'il fitfouve-
nir Philippe I. Archiduc d'Autriche, père de l'Empereur
Charles V. que Philippe le Bon , Duc de Bourgogne ,
fon ayeul avoir inftitué l'Ordre de la Toifon d'or dans
la vue de celle de Jafon , & que Jean Germain , Evêque
de Châlons fur Saône , & Chancelier de l'Ordre , étant
venu fur ces enrrefaites, le fit changer de fentiment, &
déclara au jeune Prince que cet Ordre avoir été inftitué
dans la vue de la Toijbn de Gédéon. Mais Guillaume
Evêque de Tournai , qui étoit auffi Chancelier de
l'Ordre , prétend que le Duc de Bourgogne eut pour
objet^ la Toifon d'or de Jalon , & la toijbn de Jacob ;
c'eft-à-dire , ces brebis tachetées de diverfes couleurs
que ce Patriarche eut pour fa part , fuivant l'accord
qu'il avoir fait avec fon beau-père Laban -, ce qui a
donné lieu à ce Prélat de faire un gros ouvrage en deux
parties: dans la première, fous le fymbole de la toifon
de Jafon , il parle de la vertu de magnanimité dont un
Chevalier doit faire profeffion-, & fous le fymbole de la
toifou de Jacob , de la vertu de Juftice. Paradin a fuivi ce
fentiment, en difanr que le Duc voulut infinuer que la
conquête fabuleufe que l'on dit qu'avoit fait Jafon , de
la Toijbn d'or en Colchos , n'étoit autre chofe que la
TOI 7î
conquête de vertu, laquelle Ion ne peut conquêter,
lans vaincre les horribles monftres , qui font les vices &
méchantes aftedions. Laquelle propriété, continue-t-ii ,
h elle n'eft en un Gentilhomme , il n'eft pas digne de
porter les armes, qui ne tendent à autre but, finon à
acquérir bonne réputation , par vertu & par vidoire fur
les monftres horribles des vicieufes afledions. Et ne fe
P^^^it mieux repréfenter la vertu , que par l'or, qui
eft le plus luifant & le plus précieux métal de tous les
autres , & la chofe entre toutes les corporelles la plus
necdlaire &fouhaitable: auffi entre les biens & richelïes
del ame, il n'y en a aucunes rant néceflàires & tant im-
portantes, que la vertu, feule royne & dominatrice de
toutes chofes,& à laquelle il convient que toutes autres
le foumettent , fi elles veulent bien tenir leur rang , &
faire leur devoir. Ainfi en l'honneur de Dieu & de
vertu , le Duc mit fus cet Ordre de la Toijbn d'or. Ce
font les paroles de cet Annalifte de Bourgogne, Z. III.
p. 711. Quoi qu'il en foit de fes fymboles , fa fin fut
que la vraie foi Catholique, l'État de notre Mère fainte
Eghfe j & la tranquillité & profpérité de la choie
publique fullènt , comme être peuvent , défendues ,
gardées & mainrenues, ainfi qu'il s'en explique dans les
ftaruts de cet Ordre.
Le Duc* Philippe régla le nombre des Chevaliers 314.
Il inftitua, dit Paradin, une fraternité de 14 Chevaliers
fans reproche ; Gentilshommes de quatre côtés , & à
chacun d'iceux il donna un collier d'ormoulrgenrement
& richemenr ouvré de fa devife , c'eft à favoir de fufils
entrelacés avec des pierres jettant le feu & étincellant.
Et portoit cette devilè du fulil, parce qu'un B dénotant
Bourgogne, eft fait en forme de fufil. Au-deflous dudit
collier pendoit à chacun fur le devant , une Toifon d'or.
Il rapporte enfuite les noms & qualités des premiers
Chevaliers qui furent fairs par le Duc Phihppe , & con-
clut en difant : Telle fut la fondation du très-noble Or-
dre des Chevaliers de la Toijon d'or-, duquel fe portant
pour héritier , l'Empereur Maximilian I. de ce nom ,
continua ledit Ordre en fa Maifon d'Autriche , & feu-
lement par raifon de Madame Marie de Bourgogne la
femme : ce que les Empereurs Charles V. & Ferdinand
I. frères , defcendus dudit Maximilian, ont imité juf-
qu'à préfent.
Cet Ordre fur approuvé du vivant du fondateur par
Eugène IV. en 1433, & confirmé par Léon X, l'an
151e. Les Chevaliers éroienr aurrefois élus à la plura-
lité des voix, dans les Chapitres, & le nombre avoit
été fixé à cinquante-un par Charles V -, mais Philippe II
voulant que la création de ces Chevaliers dépendît en-
tièremenr de lui & des Souverains de l'Ordre , obtint
l'an 1572, de Grégoire XIII, un bref qui lui accordoit
le pouvoir de conférer cet Ordre, quand & à qui bon
lui fembleroit, fans la participation des Chevaliers; ce
que Clément VIII accorda auffi à Philippe III, l'an
i596,& le nombre des Chevaliers n'eft plus limité. Les
Chapitres de l'Ordre fe tenoient d'abord tous les ans, ils
fe tinrent enfuite tous les trois ans , & furent enfin laiffés
à la difpofition du Roi d'Efpagne. Le Duc de Bourgo-
gne, fondateur de cet Ordre, ordonna dans le Chapitre
qui fe rinr à Valenciennes en 1475 , que les manteaux &
les chaperons des Chevaliers fullènt à l'avenir de ve-
lours cramoifi, doublés de fatin blanc, au lieu qu'aupa-
ravant ils n'étoient que de drap -, & que fous ces man-
reaux ils portaflent auffi des robes de velours cramoifi.
Il ordonna de plus que les Officiers de l'Ordre aurôient
auffi des manteaux , des robes & des chaperons de ve-
lours cramoifi, & que ladiflérence qu'il y auroit entre
leur habillemenr & celui des Chevaliers, c'eft que le
manteau des Chevaliers auroir un bord femé de fufils,
pierres , étincelles, & toifon brodés d'or, comme il étoit
porté par les Statuts, & que ceux des Officiers feroient
tout unis. Il les obligea auffii à porter le troifième jour
de la folennité du Chapitte , lorfqu'ils affifteroient à
l'Office de la Vierge, une robe de damas blanc, avec
un chaperon de velours cramoifi. Il engagea les Sou-
verains de l'Ordre à leur fournir feulement les man-
teaux de velours cramoifi, &; voulut que les Chevaliers
achetadênt à leurs dépens les robes ik chaperons noirs
pour le fécond jour , & les robes blanches pour le troi-
Kij
7^
TOI
fième. Philippe II. Roid'Efpagne iît des changemens aux
Statuts de l'Ot dre dans !e Chapitre tenu à Gand 1 an 1 5 ^ 9-
Il ordonna que les manteaux noirs & les chaperons qui
nétoient que de drap, fer oient à l'avenir de velours noir,
& qu'ils feroient donnés aux Chevaliers &Otiiciers par le
Souverain-, que le collier fe porreroit dès les premières
Vêpres de toutes les fêtes, auxquelles les Qievaliers le
doivent porter, toutes les fois qu'ils (ortiroient de leurs
maifons pour aller à l'Office, ou qu'ils paroitroient en pu-
blic pour leurs propres affaires ;& comme cet Ordre avoit
été inftitué pour la f ropagarion delà Foi, il voulut que
l'on n'y reçut aucune perionne fufpede d hereùe , ce
obligea les'Chevaliers de jurer avant que de ptoceder
à l'éledion d'un Chevalier , qu'ils n'éliroient perfonne
fufpetld'liéré/îe. Les ftatuts donnés d'abord en François,
furent traduits en Latin par Philippe Nigri , Prévôt
d'Arlebelc & Chancelier de l'Ordre ; & Nicolas Nicola 1,
Greffier du même Ordre, les mit en plus beau François.
Voyez le P. Hclyot: T. VIII. C. 54.
Quand le Prince héréditaire de Lorraine reçut en
17Z2. Z5 Juillet, l'Ordre de la Toifon d'Or, que l'Em-
pereur lui avoir envoyé, on fit cette Epigramme :
Quel Héros en ce jour vient s'offrir fur V arène y
Pour difputer la fameufe Toilon ?
EJl-ce Pollux? Eft-ce Tajon?
Eft-ce le vaillant fils d'Alcméne?
Non : c'efi un autre Gédéon ,
Qui plein du beau feu qui l'excite,
Confacre à Dieu fon épée Ù Jcn nom
Contre le fier Madianite. Jardin de Beaupré.
C'eft Saint André qui eft Patron de l'Ordre de la
Toifon d Or.
La Toison d'Or qui étoit enfermée dans le temple de
Mars : c'eft en ftyle de Philofophie hermétique la ma-
tière par le moyen de laquelle on fait les ouvrages de la
pierre , qu'on met dans un Athanor ou fourneau, qui
eft un four en partie de fer, lequel eft appelé Mars, où
étoit enfetmée la Toijbn, jettant le feu par les narines:
ce qui nous enfeigne que le feu doit être ménagé adroi-
tement, & que les Sages prennent les narines pour les
tégiftres du fourneau. Diex. Herm.
Brébeuf appelle le ligne du Bélier, la Toi/on dorée:
Mais le démon du jour ayant fait fon entrée ,
* Au palais éclatant de la Toifon dorée.
Brébiuf.
TOI TOK TOL
logis. Sub eodem teclo. La joie & la paix habitent plus .
fouvent fous les pauvres toits , que fous les lambris
dorés. ^ ^
On dit que des Bénéfices font fous un même toit ,
quand ils font de même nature & deflervis dans la
même Églife^ & c'eft une qualité qui les rend incompa-
tibles de droit. Bénéficia J'ub eodem teclo.
ToÎT de jeu de paume, c'eft la couverture d'une galerie'»
qui y règne de deux ou trois côtés -, fur laquelle fe fait
le fervice de la balle. Spœrifterii teâum. Le toit de la
galerie , le toit de la grille , le toit du dedans. Ce qui a
donné lieu à l'exprellion proverbiale & figurée: fervir
un homme fur les deux toits, pour dire, lui faciliter les
moyens de réuffir en ce qu'il ibuhaite.
En ftyle d'écriture , prêcher, publier une chofe fur
les toits , c'eft l'annoncer hautement , publiquement.
Jefus-Chrift dit à fes Apôtres : Ce que je vous ai enfei-
gne en particulier, allez-le prêcher furles/o/M; c'eft- à-
dire , hautement & publiquement. Quod dico vobis in
abfcondito , prcedicate fuper tecla.
ToÎT , fe dit de toute forte de domiciles. On l'étend mê-
me dans les vers & dans le comique, for les écuries &
étableb qui ferveur de retraite au bêtes. C'eft en ce fens
que Madame Deshoulières a dit :
Les Troupeaux ne font plus jous leurs rufliques toîts.
Les chats fe plaifent dans les goutières & fur les toits.
On les appelle pour cela , habitans des toits.
Punis des habitans des toîts ,
La brutale & dure infolence. Des-H.
En minéralogie, on appelle toit, la partie de la roche
qui couvre la mine ou le filon.
TOK.
TOKAY. Nom d'une ville de la Haute-Hongrie. To-
kœuni , Toccdium , Toccdia. Elle eft au confluent du
Bodrog & de la Teifté, à dix lieues de Caftbvie, vers
le midi. Tokai eft une ville rrès-forte, & défendue par
une bonne citadelle. Le Comte Tckéli s'en étoit em-
pâté l'an 1685 ; mais les Impériaux la reprirent l'an
1685. Maty.
Cette ville eft célèbre par les vins qui croifient dans
fon territoire , & qui pallènt pour les plus délicats de
tout le Royaume de Hongrie. Vin de Tokai. Tokay-
num ou Hungaricum vinum.
TOKOESI. Voyei Chickoe.
Il veut dire, étant entré dans le figne du Bélier.
Toison , félon Borel , s'eft dit anciennement pour tifon.
Titio.
TOIT. f. m. Le faîte, la plus haute pattie d'un logement,
d'un édifice-, ce qui leur iert de couverture. Teclum,faJ-
tigium. En Orient , la plupart des toits font en plate-
forme : en Occident, ils font en pointe, en dos d'?ine,
en croupe, en pavillon. En France, il y a des toils à la
manfarde , qui font des toîcs coupés qui ont double
pente de chaque côté -, ce qui retranche de leur éléva-
tion, & ménage plus de logement. Ces toits ont pris
leur nom du célèbre M. Manfard qui en a été l'inven-
teur. En Turquie la plupart des toits lonr en dôme , &
en rond. Les voleurs fe font lauvés pardeilus les toits.
Cette gtêle a percé le toit. On a vifité cette maifon
depuis le toic jufqu'à la cave. Les groftés répararions
font celles des quatre gros murs & des toits.
Les toits en Italie, comme en Egypte & en Judée,
font faits en plate-forme au-dellus. En Egypte on dort
fur le toit. En Italie les femmes , le matin , fe peignent
deux ou trois heures fur le toit. Scaligerana.
On dit hypeibohquement d'une maifon petite ou mal \
TOL.
TOL. f. m. C'eft le- plus petit poids & la plus petite me-
fure dont on fe ferve fut la Côte de Coromandel. Il
faut 24 tols pour faire un céer.
TOLBIAC. Nom de lieu. Tolbiacum. C'eft aujourd'hui
Zulch, aurrement Zulpic ou Tulpic , dans le Duché
de Juliers , à quatre ou cinq lieues du Rhin , entre Bonn
à l'occident , Juliers au midi, & Cologne au fud-eft,
également éloignée de chacune de ces villes-, c'eft- a-
dire d'environ fix lieues. La bataille de Tolbiac gagnée
en 495 , par Clovis fur les Allemands , a rendu ce lieu
fameux dans l'Hiftoire. C'eft à la journée de Tolbiac
que Clovis réduit aux dernières extrémités par la blef-
fure de Sigebert Roi de Cologne , fon patent & fon
allié , & par le défordre qu'elle jetta dans l'armée du
Prince blefie, & qui fe communiqua bien^tôt aux trou-
pes Franççifes-, ce fut, dis- je , en cette journée, que
Clovis fe'fouvenanr du Dieu de Clotilde, & des mer-
veilles qu'elle lui en avoit fouvent dites , lui promit au
milieu de la mêlée , de fe faire baptifer & de n'adorer
déformais que lui , s'il daiguoit lui donner une marque
eflet , on appelle toit à cochons une efpèce de petite
étable où l'on met les cochons. Suile.
ToÎt, lignifie quelquefois l'habitation, le lieu où on loge
Ces deux familles habitent fous un même /oîf ; en même '•
bâtie , que ce n'eft qu'un toit à cochons : parce qu'en j de fa puillance, dans l'extrémité ou il fe voyoit réduit.
" "' ■ ^^ . . 1 Ce vœu fut fuivi d'une vidoire complète -,& la vittoire,
de la converllon du Roi, .qui fut inftruit & baptifé le
jour de Noël par S. Rémi ,Evêque de Reims , dans l'£-
glife de S. Martin hors des portes de la ville.
TOL
TOLDER. Nom d'une rivière qui a fa fource au mont de
Vauge, près des fources de la Moielle. Toldera-, an-
ciennement Otruna. Elle coule dans le Suntgaw , baigne
Mafmufter, & le décharge dans l'Ill, un peu au-dellous
du Mulhaufen. Maty.
TOLDRE. f. m. Vieux mot. Nom d'homme quife trouve
pour Théodore dans Villehardoin. Borel.
TOLE. f. f. C'efl du fer en lames déliées battues. Ferrum
bracleatum. On fait des poêles de tôle, & plufieuis uf-
tenfiles de ménage. Tôle , fer mince ou en feuille, qui
fert à faire les cloifons des moyennes ferrures , les pla-
tines des verroux & targettes, & les ornemens de
relief amboutis, c'eft-à-dire, cifelés en coquille. On fait
auffi des ornemens de tôle évidée ou découpée à jour,
comme il s'en voit aux clôtures des Chapelles de ÏÉ-
glife des PP. Minimes à Paris. En Latin, Ferrum brac-
teatum. Daviler.
TOLÉDAN. f. m. & f. Nom de peuple. Qui eft de la ville
de Tolède. Les Tolédans peuvent le vaifier d'avoir le
plus riche Archevêque du monde jpuifqu il a 3 50 mille
écus de revenu.
TOLEDE. Nom d'une ville d'Efpagne , capitale de la
Caftille nouvelle , & fituée fur le Tâge , environ à qua-
torze lieues de Madrid, vers le midi. Toletum. Tolède
eftdans une lituation fort bizarre autour d'un rocher,
au fommet duquel on trouve la place, l'Egliie Cathé-
drale, & le Château. Elle eft fort ancienne, ailez grande,
puifqu'on y compte vingr-lcpt pareilles ^ & trente-huit
Monaltcres ; mais elle eft fort inal peuplée. C'eft le
' lîège du Parlement de Caftille , d\ine Univerfité , &
d'un Archevêché, dont ^Archevêque porte le titre de
Primat des Elpagnes, & eft Seigneur de dix-iept vilies
ou gros bourgs , & de quantité de villages dont il tire
x6o mille écus de revenu , & fon Chapitre 240. On voit
à Tolède une Machine admirable , qui élevé l'eau du
Tage jufqu'au haur du Château , d'oi\ on la diftribuc
par toute la ville. On trouve aullî à quelques lieues de-
cette ville la forêt des cent filles, ainîi nommée, parce
que les Rois de Léon payant anciennement aux Mores
un tribut de cent filles, cinquante nobles & autant de
rotutictes, on les enfermoit dans un château qui étoit
dans cette forer , jufqu'à ce qu'on les fît palier en
Afrique. La Primatie de Tolède ayant été difputée dans
le Xl^ fiècle , elle fut confirmée par Urbain IL comme
elle avoir été avant l'invafion des Sarrafins. Tokde eft
à 14 d. 20 m. de longitude, &à 35 d. 50 m. de latitude
félon MM. de l'Académie des Sciences ■, & lelon M.
Hartis , il eft à 59 d. ^6 m. de latitude-, pour la longi-
tude, il convient avec MM. de l'Académie.
Le Royaume de ToLÉDE. Regnum Toletanuni.Q'c^
un des principaux Royaume que les Mores fondèrent
en Efpagne du débris du Royaume des Wilîgots. Il
renfermoit le pays que l'on nomme aujourd'hui la Cal-
tille nouvelle , & Tolède en étoit la Capitale. Les Rois
d'Efpagne portent encore entie leurs titres celui de Rois
de Tolède. Matv.
TOLEE , pour, bande, troupe, ne fe ditguères que de la
canaille. Dicx. Com. L'Auteui auroit pu ajouter , &
. par la canaille.
TOLEN. Nom d'une des Iles de la Zéelande , dans les
Provinces Unies. Tola. Elle eft entre celles de Béve-
land , de Schouven, d Overflackée, & le Brabant. 7b-
len qu'on nomme improprement Ter-Tolen, en eft la
ville capitale. Elle eft petite -, mais fortifiée , & (îtuéc lut
la côte orientale de l'île. On voit encore dans cette île
la petite ville de Bomène , qui eft du Comté de Hol-
lande. Maty.
TOLENTîN,,ouJOLENTINO. Nom d'une ville de
l'Etat de lEgliic en Italie. Tolentinurn. Elle eft dans
la Marche d'Ancone , fur le Chiento, à trois lieues
audellus de Macérata , & à cinq ou fix de Caméçino.
Son Evêché fuftragant de Fermo , eft uni à celui de
Macérata.
TOLER , qu'on nomme autrement en Suéde Richdale
de cuivre. C'eft une monnoie de ce métal qui vaut fix
dallers, ou 24 marcs, c. àd. une richdale d'argent , elle
a un demi pied de long , un pied de large, & un pouce
d'épaillcur.
CO" "TOLÉRABLE. adj. de t. g. Qu'on peut tolérer.
TOL 77
Voye7 ce mot. Tolerabilis. Cela n'eft pas toUrable.
Cette licence n'eft pas tolèrable.
<60»_ TOLÉRANCE, f. f condefccndance qui fait qu'on
n'empêche pas cercaii-(es choies, quoiqu'on les con-
noille, & qu'on ait le pouvoir en main. Toleratio.Ls
tolérance d'une fervitude ne donne jamais le droit •, il
faut avoir un titre. Vous ne jouillèzque ç.\x tolérance^,
On eft quelquefois obligé d'avoir de la tolérance pour-
certains maux , dans la crainte qu'il n'en arrive de plus
grands.
En matière de Religion, on eliténdpar tolérance, la
condelcendance qu'on a les uns pour les atitres tou-
chant certains points qui n'intérellënt pas elîèntielle-
ment la Religion. Les Théologiens Catholiques doi-
vent avoir une tolérance mutuelle touchant les matières
controverfées dans les Ecoles , fur lefquellcs l'Églife ne'
s'eft point expliqiiée. L Eglife Latine a toujours ufé de
tolérance pour l'Eglife Grecque à l'égard du mariage
des Prêtres.
On appelle encore tolérance, une condefcendance
politique qui fait qu'un Souverain n'empêche pas dans
les Etats l'exercice d'une autre Religion que celle qui
eft établie par les loix même de l'Etat.
Ce mot devient fort en ufage, à raefure que le
nombre des Tolérans augmente. Les Proteftans eux-
mêmes ont beaucoup difpyté entre eux pour lavoir juf-
qu'où l'on devoir tolérer ^' ou ne pas tolérer les Héré-
tiques. Ceux qui ont raifonné conféquemment aux;
principes de ia prétendue réforme de Luther, de Cal-,
vin , & des autres Hérétiques , ont été pour la tolérance^
& ont bien vu qu'ils n'avoient pas droit d'obliger
perfonne à fuivre leur propre fenrimenf, la difficulté
étoit de donner des bornes à la tolérance, &c c'eft furquoi
il eft difficile que les Proreftans foient jamais d'accord:
les conléquences font horreur à tout Chrétien, quand
on les poulie jufqu'oOi elles doivent aller natureiiemenr.
Les railbns de politique & d'intétêt particulier ont fait
déclarer quelques Prédicans & quelques Miniftres pour
l'intolérance. M. Balnage & quelques autres , ont dif-
tingué la tolérance civile , de la tolérance Eccléfiaftique.
Ils prétendent que la dernière va à lôuftrir dans l'E^-life
des lentimens diftérens & oppofés ; & Pautre à les fup'por-
ter feulement dans la Ibciété civile. Ils n'entendent autre,
choie par la tolèeance civile , que l'impunité , & la fureté
dans lEtat pour toute fede qui n'enfeigne aucun
dogme contraire au bien & au repos de l'État. La tolé-
rance civile, ou politique emporte le droit de jouir du
bénéfice des loix , & de tous les privilèges de la fociéfè,
lans rapport à la diftérence de Religion. La tolérance
Eccléfiaftique eft, félon eux , un fupport pour quelques
dogmes, qui n'étantpoint fondamentaux, n'empêchent:
point que ceux qui les profelfent , ne foient cenfès mem-
btes de l'Eglife. Mais ils ne s'accorderont point fur le
nombre , ni fur la qualité des points fondamentaux ; &
on peut s'afturer qu'ils ne s'accorderont jamais !à-dellîis»
tant qu'ils nendront les principes de la réforine.
Ce font d'ordinaire les plus foibles qui prêcheiit la
tolérance ; mais les plus forts trouvent la voix d'auto-,
rite légitime.
«a^ TOLÉRANT , ante. adj. Souvent employé fubftan-
tiyement. Qui tolère. Tolérans. On ne le dit qu'en ma-"
tière de Religion. Un Prince tolérant. Théologien tolé-
rant , pour diftinguer ceux des Théologiens qui font
pour la tolérance des Hérétiques dans la (bcicté civile,
d'avec ceux qui y lont oppofés , & qu'on appelle pour
cet efîet Intolèrans. On a vu des difputes bien aigres
depuis quelques années entre les Tolérans Se les Into-
lèrans. Les Miniftres ik les Prédicans , donr le parri cIE
le plus fort, trairent les Tolérans de gens fans religion,
& qui ne paroillent tolérer toujw]ue parce que tout
leur eft indifièrent en matière de ^igion. Les Tolérans
au contraire traitent les Intolèrans d'Anti-Chrétiens , &:
les blâment d'établir parmi les Réformé un joug^ que
les premiers Réformateurs n'ont pu fouftrirdans l'Églife
Romaine. Voye[ l'Ouvrage de M. Pélillbn iur la Tolé-
rance , ou la réponfe aux Lettres du fa vant M. Leibnitzi
qui a foutenu le parti des Tolérans en Allemagne.
Voyei auffi le Livre de M. Papin , lavant Miiiiiilre cpn-
78
TOL
vertî , fur la Tolérance des Proteftans , imprimé à Paris
in-ii.
TOLÉRANTISME. f. m. dodlrine des Tolérans, carac-
tère, fyftéme de ceux qui croient qu'on doit tolérer dans
un état toutes fortes de Religion. Tolerandum doctri-
na , tolerantifrnus. Le Tolérantifme efl: établi en Hol-
lande.
TOLÉRER. V. a. C'eftne pas empêcher une cholê mau-
vaife , ou qu'on croit telle , quoiqu^on le connoidè , &
qu'on ait le pouvoir en main. Tolerare. On tolère les
perfonnes , on tolère leurs défauts. En Hollande on
tolère toutes les religions. Dans quelques endroits
l'exercice du judaifme eft permis; dans d'autres il n'eft
que toléré.
Puifqu'onnepeutpas convenir de la vérité que chaque
fede s'attribue , l'on devroit du moins convenir de fe
/o//rer mutuellement ,& de ne point s'égorger. S- Evr.
Puifque l'on ne peut s'accorder fur la matière de la
grâce, il faut bien fe/oZ/r^r. Ju.
On n'employera pas inditîéremment tolérer , fouf-
frir & permettre. On tolère les chofes , dit M. l'Abbé
Girad , lorfque les connoillant , & ayant le pouvoir en
main, on ne les empêche pas. Les Magiftrats Ibnt quel-
quefois obligés de tolérer certains maux , de crainte
qu'il n'en arrive de plus grands. Ce mot ne fe dit que
pour des chofes mauvaifes -, ou qu'on croit telles. Voy.
aux articles particuliers le caradère des deux autres
mots.
Toléré , ée. part. Tolemtus.
TOLET. f. m. Terme de Manne. Voyei EcHOMES.Les
/o/^^i font deux chevilles de bois qu'on voit lut de très-
petits bateaux , entre lefquels on met la rame , & qui
la retiennent , fans étrope. Id. A Paris , fur la Seine , il
n'y a fouvent qu'un tolety mais la rame a un anneau de
fer qu'on engage dans le tolet. Le P. Fournier dans
fon Hydographie , dit todet & touletière. Voyei ces
mots.
TOLEZBURG , TOLESBURG , ou TOLSBURG. Nom
d'une petite ville forte, défendue par une bonne
citadelle. Toksburgum , Tolsburgum. Elle eft dans l'Ef-
tonie en Livonie, lut le Golfe de la Finlande, entre la
ville de Narva & celle de Rével, environ à vingt-trois
lieues de chacune. Maty.
irOLHUSS , ou plurèt TOL-HUYS. Nom d'un petit Fort
delà Gueldre HoUandoile. Tolhujîum., Tolonii Do-
mus. Il eft dans le Bétaw , fur la branche du Rhin ,
qui en retient le nom , un peu au - delTus du fort de
Schenlc. Les François rendirent ce lieu célèbre, l'an
1672. en y paflanr à la vue du feu Roi une des bran-
ches du Rhin à la nage , malgré la réfiftance des Hol-
landois portés fur l'autre bord.
TOLING , ville de la Chine dans la, province de Quangfi ,
au département de Taiping -, huitième Métropole de
la province. Elle eft de 1 1 d. jo m. plus occidentale
que Pékin , fous les 32 d. 25 m. de lat.
TOLKEMIT, félon quelques-uns , TOLEREMIT ou
TOLMITH. Petite ville du royaume de Prulïe , au
Hokerland, proche de Neukirck.
TOLLART. f. m. Vieux mot. Un Bourreau. Borel. Tor-
tor iCarnifex. Ce mot vient peut-être de tollere, quia
tollitè medio.
TOLLÉ. Terme populaire , qui témoigne l'indignation
qu'on a contre quelqu'un. Il eft purement Latin , & em-
prunté de l'exclamation que faifoient les Juifs contre le
Sauveur , quand ils crioient , félon la verfion La-
tine , toile , toile , pour le faire crucifier. Crier tollé
fur quelqu'un , c'eft crier pour exciter l'indignation
contre lui.
TOLLIEU , ou bien TOULIEU. f. m. Vieux mot. Il
fignine dans Borel , tribut ou droit de péage. On dit
Toi en Flamand dans le même fens. Ces mots , félon
Nicod, viennent du Latin /o/Zere auffi bien que iMûZ-
/dre, qu'on devroit écrire Maletote. On dit lever la
taille. Ou bien ces mots viennent du Grec -rkof tribut ,
fublide : ou de ^iKavlav , qui lignifie le comptoir ou le
Bureau des Maitôtiers.
TOLLIR. V. a. Vieux mot qui fignifioit autrefois ôter,
enlever de force. Il eft rout-à-fait hors d'ufage. Tollu
au paxzïcipc. Auferre i tollere.
TOL
De m'etnblerù tollir mes pannes. Pathelin,
A tout propos.
Sans nul propos ,
Sont demandantes ,
Pour tollir Z'ojj
Pour ronger l'os ,
Très-fort infiantes. Blas. des Fausses Am.
De-là vient toldroit , pour ôteroit , 8c torras pour
ôteras. Se toit j fe teut ou fe retire. Borel. Le lecond
paroît mieux.
A tant fe toit , ne, volt plus dire. Perceval.
De-là encore Toufjît j troifième perfonne du prété-
rit indéfini^ Il ôtât.
TOLLISSEAÎÊNT VIEUX, f. m. de Tollir. La défen-
drelfe obtint des inhibitions. La partie en follicite long-
temps le Tolliffement.
TOLS , & TOLLU , ue, part, du Verbe toUer , ôter de
fo/Zere. Borel.
Je hais ces mots depuiffance abfolue.
De plein pouvoir , de propre mouvement.
Aux faints Décrets ils ont premièrement ,
Puis à nos Loix la puijfance toUue. Pibrac
C'eft celle qui les tricheurs ,
Fait , & caufe les barateurSy
Qui maint es fois par leurs flavelles
Ont aux varlets & aux pucelles.
Leurs droitceihéritei tollus. R. de laRose.
C'eft-a-dire , juftes héritages ôtés. Borel.
TOLMEZZO. Nom d'un bon bourg, de l'état de Venife.
Tulmetium. Il eft dans le Frioul , fur le Tajamento ,
à fept lieues d'Udine, vers le nord-oueft. Maty.
TOLNE ou TOLNA. Nom d'une ville de la Baffe-Hon-
grie, capitale du Comté de Tolne , & fituée fur le Da-
nube , à quatre lieues au-deftbus deColocz. Tolna.On
prend communément Tolne, pour l'ancienne Altinum
ou Altinium , petite ville de k BaiTe Pannonie. Il y en a
pourtant quiprennent Tolne powû' ancienne Ripa Alt a ,
que d'autres mettent à Pentole , village fitué fur le
Danube , entre Tolne 8c Bude. Maty.
Tolne, Comté. Tolnenfis Comitatus. Il eft entre les
Comtés de Pilfen , de Zigeth, de Baraniwar , &le Da-
nube , & il n'y a rien de confidérable que Tolna fa
capitale. Maty.
TOLOMÉTA, PTOLOMÉTA. C'étoit anciennement
une ville de la Cyrénaique en Afrique. Ptolema'is. Elle
a éré Épifcopale. Ce n'eft maintenant qu'un village du
Royaume deBarca. Il eft au couchant de Cayroan , fur
le golfe de Sidra, où il y a un allez bon port. Maty.
TOLON. Foyq TOULON. C'eft ainfi qu'il faut dire &
écrire.
TOLOSA. Nom d'un petit bourg d'Efpagne. Tolofa.
Il eft dans l'Andaloulïe , près de la Caftille nouvelle ,
& des montagnes qu'on nomme la Novas de Tolofa ;
à fix lieues de Baëza , vers le Nord. Les Chrétiens rem-
portèrent en ce lieu une célèbre viéloire lur les Maures,
l'an 1222. Maty.
ToLosA, Rivière. -Voye^ Orio.
TOLOSA, ToLOSETTE. Nom d'une petite ville de Gui-
pufcoa en Efpagne. Tolofa. Elle eft fur la rivière d'O-
rio , à quatre lieues de S. Sébaftien , vers le midi.
Maty.
TOLOSE, TOLOUSE. Voyei Toulouse. C'eft ainfi
qu'il faut écrire & prononcer.
TOLPACHE. f m. Les Tolpaches font une infanterie
Hongroilè, armée d'un fulil,de deux piftolets&d un
fabre. Volt.
TOLSBURG. Voyei Tolezburg.
TOL TGM
TOLTE. f. f. Vieux mot fait de tollir. Vol , rapine , larcin ,
levée j forcée, prife. ExaSio violenta.
Vivdns i/etolte & de rapine. Ovide. Mf. de Borel.
TOLTURE. f. f. Vieux mot. L'adion d'ôter. Levée , im-
pôt fur le peuple. Vecligah tributum, exaclio vio-
lenta.
Qui vive\ de rapine , de tolte & de toiture.
G. DE Provins.
Ce mot vient de tollir.
TOLU, ville de rAmérique dans la Terre -Ferme, au
Gouvernement de Carthagène , à douze lieues de la
ville de ce nom.
«3^ BAUME de Tolu. Vbyei BAUME.
TOLY, ou MONASTÈR. Ville de Grèce, dans la Ma-
cédoine, aujourd'hui le Coménolitari , fur le bord oc-
cidental de la rivière de V.ardar.
T O M.
TOM, f. m. Sorte de ver qui ne fe voit qu'en Amérique.
Vermiculi Americani fiecies. Cornus. Les toms l'ont
de petits vers qui viennent aux pieds, où ils caufent des
tumeurs douloureufes, grofles comme des fèves. On
n'en voit qu'en Amérique. Thevet rapporte dans fon
hiftoire de ce pays-là , que lorfqueles Efpagnols y fu-
rent, ils devinrent fort malades de ces fortes de vers ,
par plufieurs tumeurs qui s'élevèrent fur leurs pieds ; &
que quand ils ouvroient ces tumeurs , ils y trouvoient
dedans un petit animal blanc , ayant une petite tache fur
le corps. Les habitans du paysfeguériflentde ce ver par
le moyen d'une huile qu'ils tirent d'un fruit nommé
Hibou , lequel n'eft pas bon à manger ■, ils conlervent
cette huile dans de petits vailTeaux faits avec des fruits
appelés chez eux Carameno. Ils en mettent une goûte
fur les tumeurs , & le mal guérit en peu de temps.
Andry. Traité de la Génération des Vers jChron, III.
Art. L
TOMALISTE , ou TMOLE. Nom d'une montagne de
Natolie. Tmolus mons ou Timolus. Elle eft près du
Chias , entre Ephèfe & Gardes. Le Padlole y a fa fource.
Maty.
TOMAN. f.m. Terme de Relation. Nom d'une fomme
ou de compte, ou manière de compter chez lesPer-
fans. Le toman n'eft pas une monnoie , mais une ma-
nière de compter. Un toman fait quaranre-fix livres.
Qiiadraginta fex librœ noflrates. La paye d'un Curt-
cRi eft par an de dix tomans , c'eft-à-dire de quatre
cens foixante livres. Les Officiers fubalternes ont quinze
tomans. Un capitaine a trente tomans. Le Colonel 70. Le
Curtchi-Bachi 1 50. qui font 6900 1. de notre monnoie.Le
toman eftauffi en ufage en Géorgie. Le prince de Géor-
gie a plus de fix cens tomans de rente , félon la ma-
nière de compter du pays : un toman vaut douze écus
&demi Romains, qui font dix-huit Aflaffins, ou Abou-
quels , ce font des écus que l'on frappe en Hollande
pour le Levant Les revenus du Prince
confiftent en une penfion de trois cens tomans j
que le Roi ( de Perfe ) lui faif, & ce qu'il retire ou de
la douane de Téflis , ou des entrées de l'eau de vie ,
&des melons, le tout va à près de 500 tomans , fans
compter ce qu'il exige , fous prétexte de régaler les
Grands qui pailent par Téflis. Tournefort , Vbyag.
T. II. p. 311. 312,. Vingt mille tomans valent deno-
rre monnoie environ neuf cens mille livres. L'abaJJis
eft un peu plus de dix-huit fols fix deniers ^ & le to-
man contient cinquante abajfis , c'eft-à-dire, environ
cinquante livres monnoie de France. Miff.delaComp.
de Jéf. dans le Levant ,T.3.p.^i.
D'Herbelot dans fa Bibliothèque Orientale , p. 894.
écrit Touman , & dit que les Perfans & les Arabes ont
emprunté ce mot de la langue des Mogols & des
Khoarefmiens , dans laquelle il fignifie le nombre de
dix mille. Ebu-Arabfchach dit que le mot touman, lorf-
qu'il eft employé pour fignifier poids ou monnoie ,
contient dix mille dragmes d'argent Arabiques , ap-
pelées Metbkal, qui font d'un tiers plus légères que les
TOM
19
Attiques. Les Mogols & lés Khoarefmiens prennent
fou vent le mot de touman pour dix mille hommes,&di-
fent , par exemple , que la ville de Samarcande fait fept
toumans, c'eft-à-dire, foixante & dix mille hommes
capables de porter les armes ; & celle d'Andekan, neuf:
ce qui s'entend en y comprenant leurs territoires & dé-
pendances D'Herbelot.
1 OMAR. Nom d'une petite ville d'Eftramadure de Por-
tugal. Tomarium-, anciennement Bijulcis. Elle eft fut
la rivière de Nabaon, à huit lieues de Léria, vers
1 Orient. Tb/nars'eft aggrandi des ruines de l'ancien
Nabantium , & les Auteurs Latins lui en domient fou-
vent le nom.
ToMAR, Rivière. Voyei Nabaon.
TOMARUCHL Voyei Tembruck.
«O TOMATE, f.f. Nom que porte la pomme d'amour, à
lacôte de Guinée, où elle croît abondamment. On en
cultive auffi dans nos jardins , dans le Languedoc &
dans la Provence.
TOMBAC, f. m. Efpéce de métal que l'on voit dans les
. pays Orientaux. xM.Gervaife dans fa Defcription deMa-
laçar, Tappelle Tambac, éc dit que c'eft un compofé
d'or , d'argent & de cuivre raffinés enlemble d'une ma-
nière qui n'eft pas connue en Europe. Le P. Tachard ,
dans l'on fécond Voyage de Siam , & le Chevalier
Chardin dans fon voyage de Perfe, l'appellent aulli
Tambac, mais en France on le nomme Tombac. Si
l'on n'y a pas le véritable Tombac , nos Ouvriers ont
fait une compofition allez belle, à laquelle ils ont don-
né ce nom.
La couleur de cet alliage métallique eft jaune, ti-
rant fur la couleur d'or. Le cuivre en eft la baie. On y
mêle diftérentes fubftances & ditierens ingrédiens. On
en fait des boucles , des Boutons , des chandeliers &
plufieurs autres ouvrages & ornemens.
TOMBANT , ANTE. adj. En Aftrologie on appelle mai-
fons tombantes , la troifième , la fixième , la neuvième
&la douzième, parce qu'elles font les dernières , & fi-
niflènt les quadrans. Les quadrans Ibnt compofés cha-
cun de trois maifons. Les Angulaires font les plus fortes ,
les deuxièmes s'appellent fuccédentes,& le font moins,
& les dernières , qui font tombantes , font les plus fbi-
bles de toutes.
«:3» ETOILE TOMBANTE.Steïlacadens. Ternie dePhy-
fique. Pendant une belle nuit vous voyez une étoile
tomber. Elle lailîa après elle une longue rrainée de feu.
Ce n'eft qu'une exhalaifon légère, prefque toute ful-
fureufe, qui s'enflamme , ou par l'aèlionde la matière
fubtile , ou par le foufle des vents , ou par le mélange
feul des matières hétérogènes. La partie fupérieuredc
l'exhalaifon s'allume d'abord, parce qu'elle eft plus lé-
gère, & par conléquentplus inflammable. L'inflamma-
tion fe communique à la partie inférieure. C'eft une
traînée de poudre qui prend feu fucceffivement. Voilà
ce qui nous reprélente , & ce que le peuple appelle
une étoile tombante.
TOMBE, f. m. Grande pierre qu'on met pour couvrir la
fépulture d'un mort, pour marquer l'endroit où il eft
enterré. Lapis Sepulcralis. On met fouvent des epi-
taphes fur les tombes , ou quelques infcripuons pour
marquer celui qui gît fous la tombe.
Ce mot vient du Latin tymbus , tiré du GrecTi)^?©-,
tumulus , Jepulchrum , félon Nicod , ou de tumba ,
qui a été dit en Latin , félon Ménage, il fignifioit
autrefois proprement un Jépulchre de pierre.
Tombe, lignifie auffi le droit qu'ont les gens d'une fa-
mille d'être enterrés fous une tombe particulière qu'ils
ont fait mettre dans une" Églife, & dont la place leur ap-
partient. Cette maifon a une tombe dans la ParoilTe, à
tel endroit. Il y a dans le cimetière une tombe élevée
fur quatre pilliers. Les Patrons ont droit de tombe dans
le chancel de l'Églife. Jus inhumationis . Ceux qui ont
droit de tombe, payent moins pour l'ouverture de la
terre que les autres. Martyr, des Par. de Paris.
On dit aujourd'hui avoir droit de fépulture. Cette
famille a droit de fépulture en telle Églife.
Tombe, fe dit auffi figurément pourSépulchre, ou tom-
8o
TOM
TO
beau -, mais il cft plus ufité dans les vers quedanslaprofe.
Tumulus , Sépulcrum.
Ma flamme pour Heclor fut jadis allumée ,
Avec lui dans la tomheelle s'efl enfermée. Racine.
Tombe. Terme de Jardinage. Planche de rerrier élevée
dans un jardin. Il y a deux belles /omi^e^ de laitues d'hi-
ver ; elles pommeront bien ce Prinremps.
TOMBEAU, f. m. Sépulchre, plus ou moins magnifique ,
élevé à la mémoired'un mort qui y eft enterré.
Tumulus , Mojaulœum. Artémife fir bâtir à Maufole
fon mari un tombeau fameux , que de fon nom elle
appella Maujblée. On voit à Anchiale le tombeau de
Sardanapale avec cette infcription en vers Alïyriens :
Sardanapale a bâti Anchiale & Tarfeen un jour -, va,
paiïanr, boi, mange & te réjoui, le refte n'eft tien.
Ablanc. Afaint Denis font les tombeaux des Rois de
France, fort riches & fort fuperbes. Tout l'or des
tombeaux n'éblouit point les Dieux. Bréb. Pompée a
beaucoup de temples , & n'eut point de tombeau , dit
une épigramme del'An^ologie, faite par l'Empereur
Adrien. Lucain a dir <lu même Pompée , qu'il n'a point
>de tombeau , & qu'il gitdans l'Univers. Il n'étoitper
mis à Rome qu'aux Empereurs , aux Veftales & aux
hommes fignalés par leurs adions, d'avoir des tom-
beaux dans la ville-, tous les autres étoient dans la
can^agne , près des chemins publics , d'oii viennent
ces mots, Sifte , & abi j viator. A quoi fervent les
honneurs d'un tombeau magnifique? La Matrone d'E-
phèfe s'enferma dans le tombeau de fon mari , bien ré-
Iblue de s'y rejoindre avec lui. Pyrrhus facrifia Polixè-
ne fur le tombeau d'Achille pour appaifer fes mânes
. irrités. Les Grands de la terre ne penfent pas aflèz
^qu'ils fe verront^iH jour dans le tombeau, tout de même
que le dernier des hommes. Malherbe dit des Rois , que
Leurs âmes hautaines
Font encore les vaines
Dans leurs /ùperbes tombeaux.
Tombeau dont la vue empoijbnne
Les plus agréables plaijïrs ,
Confond l'orgueilkumain , & toutefois ne donne
Ni frein aux paj/ions , ni bornes aux defirs. Des-H.
On appelle un vain tombeau ou cénotaphe , un mo-
nument élevé à la gloire d'un mort , quoique fon corps
n'y ait pas été enterré. Cenotaphium , tumulus j hono-
rarius. Cénotaphe eft un mot Grec compofé de v.iy&-,
vain vide , & w-ç©- j tombeau.
Il faut diftinguer chez les Romains trois fortes de
tombeaux. Le tombeau ordinaire , oii l'on dépofoit
le corps du défunt. Sépulcrum. Celui qu'on élevoit
pour conferver la mémoire d'une perfonne, fans au-
cune cérémonie funèbre. Monumentum , & le céno-
■ taphe ou tombeau vide , où l'on célébroit les funérail-
les, quoiqu'il ne renfermât pas le corps du défunt. Ce-
notaphium.
Tombeau fe dit encore de tout lieu où l'on-eft enterré.
La mer eft le tombeau de ceux qui meurent fur le
•vailïèau. On dit que l'Italie eft le tombeau des Fran
cois , parce que l'air d'Italie eft mortel pour eux. Quel
Ipectacle étonnant de voir au jour du jugement tous
les hommes fortirde leurs tombeaux !
Cette famille a fon tombeau en tel endroit , pour dire
qu'on y enterre les morts de cette famille. Les tombeaux
font facrés , c'eft-à-dire , le lieu oii les morts font en-
terrés.
Priver quelqu'un des honneurs du tombeau , c'eft-à-
dire , de la fépulture.
Tombeau , fe dit figurément en morale , de la mort. Mors
obitus j dies Juprema. Notte amitié doit durer jufqu'au
tombeau. Sans la Religion nous ne verrions qu'une
grande obfcurité dans le tombeau. M. Scud. L'homme
fiémit àlaleulepenféequefon corps fera enfermé dans
la nuit du tombeau. Ait, C'eft une chimère que de fou
pirer pour des honneurs qu'on ne fent point dans le
tombeau.
Eh\ qu'ont fait tant d'Auteurs pour remuer leur cendre !
Le tombeau contre vous ne peut-il Je défendre ? Bon.
C'eft-à-dire , la mort ne peut-elle les garantir de votre
fatyte ?
Sentiront-ils percer , par un éclat nouveau.
Ces illuftres ayeux , la nuit de leur tombeau .<" Corn.
On dit poétiquement , la nuit du tombeau, les horreurs
du tombeau, pour dire, la mort. Nox , ténèbres ^ hor-
ror. On dit aufli , Fouiller dans le tombeau , violer le
tombeau , pour dire rechercher fa vie après fa mort ,
troubler fon repos , faire injure à fa mémoire.
Tombeau , fe dit aufli des chofes qui font perdre lamé-
moire d'un autre objet qui en iont la fin , la deftruc-
rion , & qui pour ainfi dire l'enfevelillènt. L'Ordon-
nance de 1556. tira du io/nZie^u l'autorité paternelle
enfevelie fous les vices & les débotdemens du fiècle.
Le Mai. Tumulus , oblivio , abolitio. On envifage
d'ordinaire le mariage comme le tombeau des foupirs
& des petits foins, S. Eva. L'abfence eft le tombeau.
de l'amour.
Le Ciel n'a pas fait l'Hy menée ,
Pour être J comme on dit, le tombeau de l'amour.
V I X L. ,
On a dit du vin :
Tombeau de la mélancholie j
Jx te boirai jufqu'à la lie.
On intitule un Recueil de contes, Tombeau de la
mélancholie. Il y a quelques Livres qui ont pourritre
Tombeau des Controverfes. Le tombeau de l'impiété.
On dit d'un mauvais livre, qu'il eft le tombeauduieas
commun.
Tombeau , où le roi eft enfeveli. Voye\ le Sépulchre.
ET LE Saturne des Philosophes. ^^
Tombeau, f. m. Terme de Tapiffier, pour défigner une" '
' efpèce de lit, dont le ciel ou le haut, tombe vers le
pié en ligne diagonale. On dit un lit en tombeau, ou
abfolument un tombeau. Ces fortes de lits ont été in-
ventés pour placer dans les galletas , parce que le toit
ou le comble empêchoit qu'on ne leur donnât autant
de hauteur au pied qu'à la tête. Depuis on a mis des
tombeaux indiftéremment dans tous les apparteraens
qui ne font pas de parade.
On dit plus communément aujourd'hui lit à tombeau,
TOMBELAINE. Nom d'une petite ifle, avec un bourg
de même nom. Tombelaina. Elle eft fur la côte de
la Normandie , dans un petit golfe , entre Avranches
& faint Malo. Cette ifle , avec celle de S. Michel ,
qui porte le nom d'un monaftère qu'on y a conftruit,
font tous les jours Terre Ferme & illes , félon que la
marée croît ou décroîr. Les auteurs Latins les nomment
toutes deux enfemble. Ad duas Tumbas. Maty.
TOMBELIER. f. m. Charrier qui conduit un tombereau
pour rranfporter des terres ou des matériaux. Plauflra-
rius. Il a fair marché avec des Terrafîîers & des
Tombeliers pour enlever ces rerres, ces décombres.
TOMBER, v. n. Le peuple dit tumber. Je tombe. Je
tombai. Je fuis tombé. Choir. Il /ê dit des chofes qui
par l'adion de la gravité font portées d'un lieu plus
haut à un plus bas. Cadere , decidere , incidere , labi.
Les corps graves augmentent leur mouvement en
tombant. Tomber dans un ^ikcvçlee; tomber àéuus
échelle -, tomber dans la rivière ; tomber fur le nez -,
tomber à la renverfe. Les torrens tombent des mon-
ragnes. Les grands vents font tomber les fruits.
Tomber par terre, eft toujours mauvais , &• ne peut paf-
fer
TO
ïèr que dans la conveiTation familicre. Il eÇi tombé
par terre. Il eft évident que par terre eft inutile.
Ce verbe a été autrefois employé à l'aétif. •
■ /-
Les Aquilons mutins Jbufflans horriblement ■-
Tombent le chêne vieux qui fait plus de défenfi.
D^SPORT^J.
Cette façon de parler eft très-vicieufe.
On dit d'un bâtiment ({vl'iI tombe de vieilleiïc , qu'il
tombe en ruine, que les dents font /o^/i/i/^i- à quel-
qu'un , que la maladie lui a fait tomber les chqveux ,
qu'il lui eft tombé une fluxion fur la poiti^ne , ou ail-
leurs , que les larmes lui tombent des yeux.
On dit que la pluie, lagtéle , le Ceïe'm tombent : plus
ordinairement qu'il tombe de la pluie , de la grêle , &
que le tonnerre eft tombé i la rofée tombe le matin.
Voyei CCS mots.
Tomber malade, tomberdans une maladie, devenir ma-
lade. In morbum cadere , delabi , incidere , incurrere ,
morbumconcipere,facere,contrahere. Tomber tn pamoi-
(fon , en défaillance , en fyncope. Tomber roide mort ,
mourir tout d'un coup en tombant. Tomber du mal
caduc , avoir cette maladie. Comitiali morbo laborare.
Tomber d'inanition , fe trouver mal faute de nourri-
*ture. Tow.ber en démence , perdre l'efprit. Dementire.
îo/n^^r en délire', & figurément, en parlant d'un en-
fant qui devient étique , tomber en chartre.
Dans unfens approchant , mais figuré , on dit, tomber
en pauvreté , devenir pauvre , tomber dans le mépris ,
devenir un objet de mépris. In contemptum venire.
Tomber dans la difgrace, dans le ridicule , dans quel-
que inconvénient. Vpyei ces mots. La vérité eft fi
délicate, que pour peu qu'on s'en œtiie , en tombe
dans Terreur. Pasc.
ToMBïR , dans le fens de commettre. Tomber enfante.
Tomber dzns le crime, dans le péché. Pris abfolument
dans le langage de l'écriture-, fynonyme de pécher.
Le jufté tombe fepr fois par jour. Les facremens fer-
vent à relever ceux qui font tombés. L'homme tombe
néceftairement , dès qu'il s'imagine qu'il ne peut tomber,
à caufe de la négligence qui fuit cette préoccupation.
En ftyle d'écriture , on dit encore figurément, tomber
dans i'endurciirement , perdre tout fentiment pour
la verm , & pour les chofes de Dieu , devenir inlen-
fible aux vérités de la religion, Omnem pietatis ac reli-
gionis Jénjum exuere.
Tomber , eu terme de Marine. Tomber fur un vaiftèau ,
c'eft arriver & fondre delîus. Ferri , impelli-, irruere,
incidere , incurrere. Si le vaifieau ennemi n'eûr viré de
bord, notre vaiftèau alloit tomber lur lui. Tomber àei-
fus & aborder. Tomber (uv le vent d'une terre , ou d'un
vaiftèau ; c'cft perdre l'avantage du vent qu'on avoit
gagné , ou dont on étoit en poftèffion , ou qu'on tâchoit
de gagner. f^/z/ù/« «/niWere. En revenant delà Grena-
de, nous ne ferrâmes pas le vent d'aftèz près, .ce qui nous
fit tomber fous le vent de toutes les ifles , & nous vîn-
mes terrir à l'iflede S. Domingue. Aubin. Tomber fous
le feu de deux frégates. Mât qui tombe en arrière ou
en avant-, c'eft-à-dirc, qui penche. Laitier tomber l'an-
cre. Id.
En termes de coutunie on dit , Humier ne tombe
fur humier, c'eft- à-dire , Ulufruit ne tombe ço'mz lur
ufufruit. Tomber en tierce foi. f^jf;^ Tierce.
igCS'ToMBER, en terme de Vénerie a la même ftgnification.
On dit que l'oifeau ro/n^f lur la perdrix, pour dire
qu'il tond tout d'un coup fur la perdrix. Involare, irruere
in. En termes de challés , on dit que les chiens font
tombés en défaut , lorfqu'ils ont perdu la piftc de la
bête , lorfqu'ils ne la voient , & ne la fentent plus ,
aberrare à vid.
En terme de guerre , tomber fur l'ennemi, c'eft aufti
fondre deOus & l'attaquer vigoureufement. Les allîé-
gés firent une fortie , & tombèrent fur nos travailleurs.
Après le gain de la bataille, notre armée tomba fur la
place, qui capitula fur le champ.
Dans l'ufage ordinaire, ^om/itfr lur quelqu'un , lui
/o/723^r rudement fur le corps, popu!«ùrement,- fom^er
Tome VIII. Partie L
TOM
8t
fur fa friperie-, c'eft dire de lui des chofes: dures &
défobîigeantes , foit en fa préfence , foit en fon abfenrCv
Tomber fur les bras de quelqu'un , devenir tout d'un
coup à fa charge. Ces orphelins vont vous tomber iut
les bras.
Faire tomber les armes des mains à quelqu'un , fe
dit au figuré, pour, Icdéfarmer, le fléchir, appaifer fa
colère. Faire tomber une récufation , accujàtioneni
exarmare.
Tomber d'accord , c'eft ne pas contefter. Nous tombons
d'accdrd de ce qu'on nous dit , en l'avouant & l'ap-
prouvant. Les bonnes gens tombent d'accord de tout,
f^ojq confentir , acquiefcer, &c. rb/7z^<?rdans le fens ,
dans le fentiment de quelqu'un, c'eft être de même
fentiment que lui. yîjfentiri.
Tomber, dans la lignification d'échoir. Obtingere. Cette
terre lui eft tombée en partage , e{[ tombée dans fon lot.
L'intendance des eaux lui eft tombée.Obtigit illi aquaria.
provincia. Le Con tomba fur Matthias pour être mis au
rang des Apôtres.. Cela eft tombé entre les mains , pour
dire que par hafard cela lui eft venu entre les m.ains.
Dans un fens approchant , il entre dans quantité de
phrafes , qu'il feroit trop long de détailler , & que
l'ufage feul peut apprendre. Une charge tombe fouvenc
entre les mains d'un homme incapable de la remplir.
Une affaire tombe en de bonnes mains. Un détache-
ment tombe dans une embufcade. Un voyageur tombe
entre les mains des voleurs. On tombe au pouvoir de
fon ennemi. Ditionis alicujusfieri. Pélopidas appcr-
cevant les ennemis , un de les officiers lui dit : Nous
voici /ow^/j aux mains des ennemis. Dis plutôt, ré-
pondit-il , qu'ils font tombés aux nôtres. S. Ria!. îl
valoir mieux , ft auroit même fallu dire , tombés entre
les mains.
En ouvrant un livre , on tombe quelquefois furl'cn-
droir qu'on cherche. La converfation tombe , on la fait
tomber {uv quelque choie, fur quelque matière. Je fuis
tombé fur leur chapitre. In eorum mentionem incidi.
On dit que les biens d'une maifon font tombés dans une
autre par une alliance, pour dire qu'ils y font palTés :
qu'une maifon eft tombée en quenouille , pour dire
qu'il n'en refte que des filles ; que le royaume 4e France
ne tombe point en quenouille , pour dire que les filles
n'héritent point -, qu'une couronne une fouveraineté
tombe en quenouille , pour dite que les filles en peu-
vent hériter, au défaut des mâles.
On dit qu'une chofe tombe fous le fens , /ub Jènjus
cadit , pour dire qu'elle eft fenfible. Voye^ ce mot:
qu'elle ne tombe pas fous le fens commun , pour dire
qu'elle eft contraire au bon fens. A communi/én/àab-
horens; aliénas: qu'une chofe tombe dans l'efprit •,
qu'elle furvient tout d'un coup dans la penfée.
Tomber , dans la fignification de regarder , avoir du
rapport. Speâare ad. Ces fatyres tombent diredement
fur les mœurs. Mot.
Tomber , fynonyme d'aboutir. On dit que deux chemins
tombentV wnàans l'autre-, que deux lignes tombent au
même point. Concurrere, Qu'une rivière tombe dans
une autre , pour dire qu^elles mêlent leurs eaux.
Confluere.
Tomber , fynonyme de cejjer, difcontinuer. On dit que
le vent /o/7Zi^^ 5 pour dire qu'il celle de lourtler. Le venc
tomba-, Se fit place au cahne , enlorte qu'il n'y eut plus
de mer ou de lames. Aubin. Ils étoient déjà fott avan-
cés dans leur voyage , lorlque le vent tomba tout à
coup. BouH. •
Dans ce fens on dit figurément que la converla-
fation tombe. La converfation tombe à tous niomcns
avec les gens trop'complailans , & qui applandiftcnc
à tout.
On dit de même que le jour tombe, pour dire que
la nuit approche. Inclinât dies , advejperaj'cit.
En terme d'horlogerie , on dit qu'une montre eft
tombée, lorfqu'elle a filé toute fa chaîne , & qu'elle
ne va plus.
Tomber , pris dans un fens figuré, lignine encore déchoir»
perdre de fa réputation , de Ion crédit , de Ion mérite ,
de fa valeur. On dit d'un ouvrage qui a quelque f ic-
cès dans les commcncemens , qu'il eft eirfin tombé,
L
§2 TOM
Cette pièce eft tombée à la troifième reprcfentation. On
dit d'un homme aftoibli de corps & d'elpric, qu'il
tombe , qu'il cfl: tombé. ConJ'eneJcere. Pour n'être pas
ïidicule, il faut, dit S. Evremont , s'appercevoir le
premier qu'oji tombe. Rien de plus fenié -, mais il y a
fouvcnt long-temps que l'on commence à tomber,
quand on vient à s'en appercevoir.
En terme de poéiîe latine, on diz-c^urniv^ts tombe,
lorlqu'il n'a point de céfure au deuxième ou troifième
pied. DefeSu cœjiirœ claudkat. Vbyei. Césure.
Tomber, s'évanouir, le réduire à rien. Evanejcere , ad
nihilum reddere. Les grandeurs tombent à' eWcs-mc-
mcs , & nous échappent par leur propre fragilité. Ex-
prelTion figurée.
ToiMBf.li fignihe encore être pendant. Ses cheveux lui
tombent fur les épaules. Sa robe lui tombe juiqu'au
talons. Defluere.
Tomber fe dit proverbialement en ces phrafes. On dit
qu'un homme ne fauroit tomber que debout, qu'il
retombe toujours fur fes pieds, pour dire que quoi qu'il
arrive , lès atîaires ne fauroient devenir mauvailes.
On dit qu'un homme eft tombé des nv.es, quand il eft
fans connoilFance , fans protedion. On le dit aulfi d'un
homme qui eft étonné , furpris de la nouveauté de quel-
que accident. On dit aullî en ce fens, qu'il tombe
de fon hauti pourdire, qu'il ne le fauroit comprendre.
On dit aulTi à ceux qui font des fuppofitions impertinen-
tes : Si le ciel tomboit , il y auroit bien des allouettes
prifes. On dit auffi qu'un homme eft tombé de
Scylle en Charibde , de la poëie en la braife , de ficvie
en chaud mal -, pour dire , qu''en penfant éviter un in-
convénient , il eft tombé dans un plus grand. On die
aufli qu'un homme eft tombé dans la nalîé-, fîour dire
qu'il a été pris à quelque piège qu'on lui avoit drellé.
On dit auflî , quand la poire eft mûre , elle tombe ; pour
dire , que quand les affaires font venues à un certain
point, il faut qu'elles éclatent. On dit aufli, ce dil-
cours ne tombera point à terre , pour dire, quelqu'un
le relèvera , en tirera avantage.
TOMBÉ , ÉE. part.
TOMBEREAU, f m. Charrette faite en forme de caillé ,
qui fert à tranfporter les choies qui tiennent du liquide,
comme les boues , le lable , la chaux , les terres , gravois
& chofes femb'.ables. Plauftrum. On mène les crimi-
nels de lèze-Majefté, les parricides, &c. au fupplice
àâmàe^tombereaux. Charger un tombereau. Ablanc.
Thejphis fut le premier
Qui d'Acteurs mal ornés chargeant un tombereau ,
Amujalespajfans d'unfpeclacle nouveau. Bon.
Ménage le dérive de l'Anglois tomberell , fignifiant
la même chofe. Du Cange dit qu'il vient de tumbre-
lum, que Cowellus dit avoir été une elpcce de char-
rette fur laquelle on promenoir par la ville les femmes
coupables de fornication ou d'adultère, & qu'en quel-
ques lieux on faifoit plonger plufieurs fois dans l'eau ,
ce qu'on appelloitla peine du tumberel. C'éroit autre-
fois une marque de haute Juftice, d'avoir fourche pa-
tibulaire , piloris & tumberel ou tombereau.
Tombereau , fe dit auffi de la charge d'un tombereau ,
de ce qui eft contenu dans un tombereau. Plauftri
anus, plauftrum plénum. Il a employé tant de tombe-
reaux de chaux à faire les fondcmens; tant de tombe-
reau» de lable dans les allées de ce jardin.
TOMBIR. v. n. Vieux mot. Faire du bruit, réfonner.
On a dit auffi Tombijf'ement , que Nicot explique par
ce qu'on entend quand la terre tombit du bruit & pe-
rdis des chevaux.
■®:j»TOMB1SSEUR. f m. Terme de Vénerie. C'eft ainfi
qu'on appelle le premier des oileaux qui attaque le
Héron dans fon vol.
TOMEUT, TOMBOTU. Noms d'une ville de la Nigri-
tie en Afrique. Tombutum. Elle eft capitale du Royau-
me de Tumbut , & iituée fur le Niger, aux con-
fins du royaume de Généhoa, & des peuples Jaloties
Tombât eft une grande viile, mais à la réfexve du pa
TOM
lais du Roi, les maifons n'y font bâties quede chaume
avec de la boue. Maty.
Royaume de Tombut. Tombutum Regnum. Ce
Royaume eft dans la Nigtitie , en Afrique, litiié entre
le Zaara & le Niger , ayant au levant le R.oyaume des
Agades , & au couchant ceux de Génehoa & deGua-
lata. Le Tombut eft fort étendu & allez fertile , à cau-
fe de la proximité du Niger. Son Roi eft fort puillànt,
& on allure qu'il a fubjugué ou rendu tributaire une
grande partie des Nègres. Il a pour fa garde ordinaire
trois mille chevaux ^ &un très -grand nombre de gens
de pied , dont toutes les flèches font empoifonnées.
Les habirans du pays font Mahomérans , grands
ennemis ^es Juifs , fort ignorans , fort groffiers & pa-
relîeux , & aifez humains & amis des étrangers. Les
principales villes de ce Royaume lont Tombut, capitale,
Salla , Bériflà , Guegnève, Caragoli&Calfali. Maty,
TOME. f. m. Volume d'un ouvrage qui fait partie d'un
plus grand ouvrage. Tomus. Tous les ouvrages d\ni
tel Auteur ont été compilés, & réduits en un ou plu-
fieurs Tomes. Calepin le relie en un , ou en deux
Tomes. Il y a des Tomes in-folio , in-quarto , in-oclavo ,
in duodecimo. Les Conciles du Louvre lont imprimés
en 3 7 Tomes. Salmeron a écrit la vie de J. C. en 1 2.
Tomes. Les Commentaires de Corneille à Lapide ,
de Toft.it, &c. font en plulîeurs Tomes.
A la rigueur, tome & volume ne font pas fynonymlès.
Le volume peut contenir plulîeurs tomes ; & le toms
peut faire plufieurs volumes; mais la reliure fépare les
volumes : êc la divilîon de l'ouvrage diftinguc les tomes.
Syn. Fr.
Il ne faut pas toujours juger de la fcience de l'Au-
teur par la grolîèur du volume. Il y a beaucoup d'ou-
vrages en plulieurs tomes , qui ieroient meilleurs s'ils
étoient réduits en un leul.
Cependant dans l'uiage ordinaire on prend indiffé-
remment ces deux mots l'un pour l'autre, & l'on dit
qu'un auteur a fait imprimer les ouvrages en un feul
tome, pour dire en un leul volume.
TOMI , TOMISWAR. Noms d'une ville de la Turquie
en Europe. TomiJ'waria. Elle eft fur la cote de la Bul-
garie , entre la ville de Varne & celle de Chiuftenge.
Quelques Géographes prennent Tomijwar pour l'an-
cienne Tomi, Tomis, Tomœa, Tomos , que l'exil &
la mort dOvide rendirent célèbre*, mais les autres met-
tent cette ancienne Tomi à Bada , lîtuée fur la même
côte, au nord de Tomifwar. Maty.
^3^ TOMIN. Vo-^e^ Tomine.
TOMINEIO. f.m. Petit oifeau du Bréfil, qui n'eft guère
plus gros qu'une cigale. Sa tête & Ion cou font couverts
de plumes d'une gtaiide beauté, de couleurs diverlî-
fiées. Celles de fa poitrine font dorées, luifances, rel-
plendiilantes', les autres font cendrées ou noires. Son
htc eft long & pointu ; fa langue eft une fois plus lon-
gue que fon bec. Ses jambes font très-menues , fes
pieds lont garnis d'çngles. Il habite 1-es montagnes -, il
mange des fleurs, du miel, delà rofée-, i! chante agréa-
blement', fon vol eft rapide i il fait une dpccede bour-
donnement en volant comme les mouches. Il eft bon
pour répilepfie étant mangé ou pris en poudre.
TOMINE, ou TOMIN. f. m. Nom d'un poids Efpagnoî.
Le Tomine €^ la huitième partie du Caftillan, qui eft
la centième partie de la livre d'Elpagne. Ainli le tomine
eft la 800^ partie de cette livre Oclingentefima pars
librœ Hijpamcœ. •
TOMOLO, ou TOMALO. f. m. Mefure dont on fe fert
à Naples & en quelques autres lieux de ce Royaume
& d'Italie, Le tomolo eft le tiers du feptier de Paris.
<«:y TOMOMINES , ou TOMOMINL Natiori farouche &
cruelle de l'Amérique méridionale, au Bréhl, dans la
Capitainerie de Spiritu-Sanélo.
TOMOSKOI, ou TOMO. Ville de Sibérie-, entre les
deux bras de la rivière de Tom.
TOMOTOCIE. f. f. Terme de Chirurgie & d'Anatomie.
Tomotocia. C'eft la même chofe qu'Hyftérotomie.
Dilledion , ou Anatomie de la matrice. Blanchard ,
Harris, Vbyei Hystérotomie.
TO
TON
TON , ou TONGA, f. m. Efpèce de gangrène endé-
mique au Bréfil , qui attaque principalement les doigts
des pieds , quelquefois ceux des mains & les autres
patries molles du corps, & qui eft qaulée par de petits
animaux répandus fur le fable , fur les cendres & dans
les lieux mal-propres. Ils font appelles par les habitans
du pays, îb/z, ou Tonga, d'où vient le nom de la ma-
ladie. M. de Rochefort, dans fon Hiftoire des Antilles,
les nomme Chiques , ainJî que le P. Labat dans fon
Livre intitulé : Nouveau Voyage aux Isles de l'Amé-
rique. Ces infedtes font trè^-petits^ quand on les regarde
au microicope, leur dos paroît rond, avec du poil brun.
La tache noire qui les fait remarquer, eft leur tête. Ils
ont pkifieurs pieds fous le ventre , & du poil où leurs
œufs ibnt attachés jufqu'à ce qu'ils éclofenr. Ils mar-
chent & fautent comme les puces. Ils pallent facilement
au travers des bas , & le logent le plus fouvent ious
les ongles des pieds , dans les jointures , quelquefois
ailleurs. Tonga vermiculus.
Ton. f. m. C'eft proprement la modification du fon qui
porte la voix, certain degré d^élévation Ou d'abailïe-
ment de voix. Tonus, inflexio vocis. La langue , les dents
& les lèvres contribuent beaucoup à l'articulation de la
voix. L'expérience le fait voir dans ceux qui perdent
leurs dents, ou qui ont des lèvres mal configurées. Les
vibrations diverfifiées des lèvres de la glotte , plus ou
moins éloignées , plus ou moins preflées , produifent la
- diftérence dés tons. Cela fe fent dans le chant, le voit
dans les inftrumens , & fe confitme par la Phyfique. On
fait les tons divers fans appercevoir dechangemensque
dans la glotte qui s'élargit ou fe rétrécit plus ou moins.
T^on aigre , ton doux. Ton de maître. Ton moqueur.
Ton railleur. Ton plaintif. Un ton languilfant inlpire la
trifteflei un ton élevé donne du courage. Mille gens ne
jugent de là vérité des chofes que par le ton de la voix.
Celui qui parle librement & gravement a raifon : &
celui qui a de la peine à s'expliquer a tort •, ils n'en fa-
vent pas davantage. Log.
Ton, dans les ouvrages d'efprit, en vers ou en profe. Ce
font proprement les couleurs & les nuances du ftyle, le
- langage qui convient à chaque genre d'ouvrage. Le
ton de la Comédie n'eft pas celui de la Tragédie •, & fi
quelquefois la Comédie élève la voix , elle ne prend
jamais le ton abfolument tragique : & quand la Tragédie
baillé de/on j elle nedefcend jamais jufqu'au comique.
Chaque genre de poéfie à fon ton particulier. Il en eft
de même de la proie. Les tons doivent varier à l'infini
depuis l'héroïque jufqu'au familier. Le ton de zèle doit
dominer dans le fermon •, le ton d'admiration dans le
panagyrique •, le ton de douleur dans l'oraifon funèbre-,
dans un plaidoyer d'Avocat, celui qui convient au récit
des faits , & au raifonnement. Le ton d'un conte , le
ton d'une lettre , le ton d'une hiftoire , &c. ibnt des tons
abfolument diftérens.
Non-feulement chaque genre d'ouvrage a fon ton
particulier ; il y en a aullî un pour les perlonnes & pour
chaque paiïion qu'on repréfente. On ne fait point parler
un Roi qui commande en maître comme un particulier
qui obéit, ni fgupirer un Alexandre. comme un Syba-
rite.
Ton , dans un fens figuré , fe dit pour manières , procé-
dés , ftyle. On dit efn ce fens, changer de ton. Il trai-
• toir tout le monde avec hauteur , mais il a bien changé
de ton. Le prendre fur le ton de fierté , fur le ton de
maître, fur le haut ton. Cet homme prend un ton dou-
cereux avec les femmes. On admire fur-tout dans
Démofthene ce ton de grandeur & de majefté qui re-
lève fon difcours. Bon..
Mais la gloire , Madame ,
'Ne s'étoit point encorfait entendre â mon cœur ,
Du ton dont elle parle au cœur d'un Empereur.
Racine,
TJn efprit ni j ans fard , fans baffe complaifance ,
! €^uit ce ton radouci que prend la médij'ance. Bo il.
TON 85
Le bon ton. Expreffion fort à Is mode , mais en mê-
me temps fort équivoque : c'eft le ton de la bonne com-
pagnie. On pourroit dire que le bon ton eft pour les
François ce qu'étoit l'urbanité pour les Romains. Il y a
le ton de la cour, le ton de la ville, & le ton des gens
de lettres. Qui fauroit exttaire ce qu'il y a de noble &
de dégagé dans le premier , de fimple & de fage dans
le fécond, de pur & d'exa6l dans le dernier, feroit un
modèle à propofer.
Il y a encore le ton des états & des coinîitionsj
le ton des diftérens âges. Ce qui feroit le bon toit
dans un jeune homme , feroit un fort mauvais ton
dans un vieillard , ou même dans un homme d'un âge
mûr. Perjonœ convenientis cuique. Il en eft du bon ton
comme des modes. Le bon ton d'un temps n'eft pas
celui d'un autre.
T'ON , en mulîque a plufieurs fens. Il fignifie d'abord l'in-
tervalle qui le trouve entre deux notes confécu rives de
la gamme ordinaire. Il y a huit fons dans cette fuite"
harmonique. On paflè de l'un à l'autre, foit en montant,
foit en defcendant , par certains dégrés ou intervalles
qui les lienr enfemble. Il y en a fept , & on les nomme
vulgairement les fept tons de la mufique. Septem dif-
crimina vacant. Il y a deux fortes de tons , le majeur
& le mineur. Le ton majeur eft la diftérence ou plutôt
le tapport géométrique de la quinte à la quarte, qui
eft i. C'eft la diftance de mi à re dans la gamme.
Le/o« mineur eft la diftérence de la quarte à la tierce
mineure qui eft ^. C'eft la diftance de ut à re.
Le demi ton majeur eft la diftérence de la quarte à la
tierce majeure^ qui eft t|. C'eft la diftance de mi zfa,
oude fi il ut.
Le demi ton mineur, qu'on appelle aufil dièze, eft
la diftéreiice de la tierce majeure à la mineure, qui
eft ^. Il n'y en a point d'exemple dans la gamme ordi-
naire , qui eft celle de la nature toute fimple -, mais on
en fait un grand ufage dans la mufique figurée.
Ton j fe dit encore du degré d'élévation que prennent
les voix , ou fur lequel font montés les inftrumens.
C'eft dans ce fens qu'on dit dans un concert que le ton
eft trop haut ou trop bas. Cet inftrument eft monté fur
le ton ou au ton de l'Opéra. Donner le ton , c'eft mar-
quer en jouant ou en chantant le ton fur lequel un mor-
ceau doit être joué ou chanté. Siftler pour donner le
ton. Tonnarium.
Enfin le mot de ton eft pris pour le mode dans lequel
une pièce de mufique eft compofée -, c'eft-à-dire pour
le fon de la note ou cotde principale qui lui fert de
fondement, «& fur lequel on dirige l'harmonie , la mé-
lodie & la modulation fur les tons des anciens. Voye^
Mode. On dit en ce fens , fortir du ton, jouer plufieurs
pièces fur un même ton.
Demi-ton, ou femi-/on. C'eft la moitié d'un ton.
Semitonium. Baiflèr un inftrument d'un demi-ro/z j
chanter un air d'un demi-/o« plus haut. Il y a un femi-
ton du mi au fa. Se un autre du fi à l'ut.
Ton, fe dit auffi d'un des modes fut lelquels on chante
les pfeaumes dans l'Eglife. Cette manière déterminée
• de moduler le plein-chant fur divers fons fondamen-
taux , eft en ufage dans toutes les Églifes où l'on fuit le!
chant Grégorien. On dit qu'un pfeaume fe chante fur
le troifième, furie quatrième top. Tonus. Le ton dei
l'Épître, de l'Évangile, de la Préface. On en compte
huit , quatre authentiques & quatre plageaux. Voye^
ces mots.
On dit ton authentique, Dorien, Hypodorien, Hy-
polydien , Hypo-mixo-lydien , Hypophrygicn , incom-
plet ou imparfait, impair, irrégulicr. Lydien , Mêlé,
ou Mixte , Mixo-Lydien j Pair , Phrygien , Plagal ,
Régalis , Tranfpofé. Tons collatéraux , dépcndans >
dominans , leigneurs ou maîtres-, ferfs ou lerviies , (ou-
mis , fubjugaux, fubordoiinés , fupérieurs, &c. Vbye^
ces mots à leur place, & le Didionnaire de Mufique de
Broilard ^ on dit encore , Claftès des tons , Dominantes
des tons. Étendues des tons. Finales des tons. Intona-
tions de tons. Médiation des tons, Terminaifon dei
tons, Portion d'un /0«, Tranfpofition des tons.
Ton, en peinture. Il y a dans la Peinture ^ comme dans
la Mufique, diftérens modes qui ne font autre cholé
Lij
84
TON
TON
que les difFérentes efpèces de couleurs confidcrées félon
l'aminé ou Tantipathie qu'elles ont entre elles ^ ce que
l'on appelle tons. Did. de Peint. & d'Archited. Ainfi
quand on dit un beau ton de couleur , on entend l'har-
monie des couleurs d'un tableau. Mauvais ton de cou-
leur, quand les objets font mal caradlérifés par la cou-
leur , de manière que de leur allemblage il rélulte un
ertet défagrcable.
On le dit auffi des parties d'un tableau. Ce payfage
• eft d'un beau , d'un mauvais ou vilain tonde couleur.
Ton, de couleur, fe dit encore du degré de force, ou de
vigueur du coloris. Voilà une aflez bonne copie de
Rubens -, mais quelle diftérence dans le ton de couleur,
entre l'original & la copie. Acad. Fr.
Enfin , ton de couleur, fe dit de l'efpèce de couleur
qui domine dans un tableau. Le ton de couleur de ce
tableau tire fur le rouge. Vbye:^ encore couleur &
COLORIS.
Ton , dans l'économie animale. C'eft la dilpofition natu-
relle des parties du corps vivant, dans 1 état de fancé ,
le degré de tenfion convenable , qui rend les organes ,
les parties du corps vivant ^ capables d'exécuter, comme
il faut, les fondions auxquelles elles font deftinées. Le
ton de l'eftomac, des fibres, des mufcles. Pour rendre
le ton aux parties affaiflëes, qui ont perdu leurreflort,
on emploie les remèJes qu'on appelle toniques.
Ton , ou bandage du battant. Terme de Rubanerie. Une
grofiè noix percée de plulieurs trous dans fa rondeur,
& traverfée de deux cordes qui tiennent de part &
d'autre au métier , fert à bander ces deux cordes par
une cheville ou bandoir qu'on enfonce dans un de ces
trous, & qui mené la noix à dilcrétion.
On dit proverbialement. Entendre le tour du bas-
ton j lorfque l'on comprend le mot dit tour bas & à
l'oreille de celui avec qui l'on traite pour conclure une
affaire à certaines conditions fecrètes de gratification ,
que les Efpagnols nomment paraguantes. Quelques-uns
difent, le tour du bâton , fuftis ; mais la première ori-
gine eft haston.
Ton , Terme de Marine, c'eft la partie du mât entre la
hune &: le chouquet. Inter-carchejium. On l'appelle
auiîî , Tenon du mât. Le ton ou tenon du mât eft la par-
tie du mât qui fe trouve entre les barres de hune & le
chouquet qui eft l'endroit où chaque arbre eft ailemblé
avec l'autre, & où s'allemble par en haut le bout du te-
non du mât inférieur avec le mât fupérieur, & cela par
le moyen du chouquet -, & par en bas le pied du mât iu-
périeur, avec le tenon du mât inférieur, parle moyen
d'une cheville de fer carrée , appelée clef. Le ton du
grand mât d'un vaifieau de 1 54 pieds de long , doit avoir
lèpt pieds de longueur-, le ton du mât de milaine , fix
pieds i le ton du mât d'artimon , quatre pieds & un
quart, de même que celui du grand perroquet , & du
perroquet d'artimon. Le ton du perroquet de beaupré
doit avoir à peine deux pieds -, & le ton du perroquet de
mifainej un pied& un quart. Aubin.
Ton. adj. polièffif malculin , qui répond au pronom
perfonnel tu, toi, te. Au féminin ta, excepté quand ie
mot fuivant commence par une voyelle. Au pluriel tei.
Tuus , tua , tuum. Ton logis , ta mailon. Ton amour ,
ton entreprile. Tes livres.
Lorfque ce pronom, ainfi que les deux autres, mon
Scjon, ie trouvent devant des mots féminins qui com-
mencent par une voyelle , on ie lert du malculin ^ afin
d'éviter la cacophonie que feroienr les deux voyelles
en fe rencontrant. Ainfi 1 on ne dit point/à on ma âme,
ma envie, ma inclination •, mais Jon aine , mon ame ,
mon envie , mon inclination , & ainli des autres.
Devant les noms féminins qui commencent par un h
quis'afpire , comme elle tient iieu d une véritable con-
lonne,ondic/«rt, & non pas mon: ma haquence,yà ha-
rangue, tout de même que l'on dit ma femme, & non
pas /72072 te m nie, comme parlent les étrangers qui appren-
nent la langue. Si l/zelt muette, alors on dit 7720/7, com-
me devant les voyci.es. Mon heure ^yo/ihiftoire, de.
TONAIGE. 1. m. Impôt nommé aurrement Tclaige &
Grojjelaige , qui le levoit par quelques particuliers ,
mais lans droit & fans titre , lur ceux qui par ordre du
Roi recueilioient &; ainalloien: les paillettes d'or dans
quelques rivières & montagnes de Languedoc. Le Man-
dement adrelTé aux Maîtres des Monnoies pour empê-
cher ces vexations , eft rapporré par Conftans aux
preuves de fon Traité de la Cour des Monnoies , p. 64.
& il y eft dit que dans ces montagnes & ces rivières on
trouvoit par an cinq ou fix cens marcs d'or. De Laur.
TONALCHILE. f. m. C'eft une des quatre efpéces de
poivre que les Européens rirent de Guinée.
TONBUT. FoyqToMBUT.
TONCAT. Ville de l'Afie, dans la partie occidentale du
Tiirqueftan , fur le bord du fleuve Jaxarte,
TONDAILLE, f f. L'adion de tondre les moutons, Ton-
Jura, tonfio. Les liraclitcs avoicnt des temps de réjouif-
fance, comme la tondaille de leurs moutons. Fleury.
TONDE, TONDOXIMA. Nom d'une petite île du Ja-
pon. Tonda. Elle eft près de la côte feptentrionale de
l'Ochio , contrée de I île de Niphon. Maty.
TONDEREN, ou TONDERN. Nom d'une ville avec
ciradelle. Tondera. Elle eft dans le Duché de Slelwick ,
en Jurland, à Icpt lieues de la ville de Ripen, vers le
midi. Elle appartient au Duc de Holftein - Gottorp.
Maty.
TONDEUR, f. m. Ouvrier qui fait le mérier de tondre.
Un Tondeur àt draps. Tonjbr , detonjbr, pannorum.
tonfor. Les Tondeurs de draps fe doivent fervir de char-
dons de Bonnetiers , pour coucher leurs draps & leurs
ferges , & il leur eft défendu de le (ervir de cardes , &
d'en avoir en leurs maifons. Un Jardinier tondeur de
buis & de palillades. Un Tondeur de bêtes à laine.
Voye\ Tondre.
On appelle proverbialement les piqueurs d'elca-
belle , les parafites , tondeurs de nappe.
TONDIN. f m. Terme d'Architedure. Petite baguette;
c'eft la même choie que l'aftràga'e qui fe met au bas
des colonnes. Radius, ajhagalus.
TONDINS. f.m. pi. Gros cylindres ou rouleaux de bois
fur lefquels les Plombiers &c les Fadeurs d'Orgues
forment & arrondiflent les tuyaux de plomb que les
uns font pour la conduite ou décharge des eaux, &:les
tuyaux d étain que les autres fabriquent pour monter
leurs orgues.
TONDOISON. f. f. Vieux mot. Adion de tondre.
TONDRE. V. a. Je tons , je tondois , je tondis , j'ai ton-
du. Couper, retrancher le poil luperflu. Tondere ,de-
tondere; attondere , dejecare. A Tégard des hommes,
il lignifie feulement , Couper les cheveux , faire le poil ,
rafer -, mais il ne fe dit guère que dans la converfation,
& en raillant. Qui vous a fi bien tondu ? On tond les
Moines , les enfans de Chœur. La peine d'une femme
adultère, eft d'être tondue èi. zâ{h.e , Se mile dans un
couvent. En mon jeune âge , dit Pafquier, n'y avoir
plus grande ignominie que d'être tondu : nul n'étoit
tondu fors les Moines ; mais advint que François L
ayant été bleflé à la tête , les Médecins furent d'avis
de le tondre. A fon exemple on dégénéra de cette vé-
nérable ancienneté. Au commencement du règne de
ce Roi , chacun portoir longue chevelure , & barbe
raie , ik maintenant chacun t ft tondu , Se porte longue
barbe. Pasq. Autrefois on diioit tondre quelqu'un ,
pour dire , le renfermer dans un couvent , le faire
Moine.
Tondre, fe dit auffi des brtbis, des barbets, & autres
animaux dont on peut tirer de la laine , de la bourre,
ou du poil propre à faire des chapeaux, des camelots,
ou autres étohes. Tondere, dejecare. Les Hébreux lai-
foient des Fêtes pour tondre leurs brebis.
Tondre, fe dit auffi des plantes , des arbnlTcaux & des
arbuftes. C'eft retrancher les branches &; les lommités
qui nuifent à la lymétrie que 1 on veut obferver dans
le port de certaines plantes. Ou tond les palillades avec
le croiflant , les bordures de buis , & les aibnlieaux,
avec des cileaux, tvc. Collucare, tondere.
Tondre, fe dit auffi des draps, & de quelques étoffes
de laine. C'eft en couper le poil lufTerflu & rrop long
pour les rendre plus unies. Tondere , detondere. On
tond les draps avec de grandes forces, des tapis, des
couvertures.
Tondre la laine en fuint , fe dir quand on la tond fur la,
TON
bête avant qu'elle foit lavée. On lave la laine fur la bre-
bis avant que de la tondre.
On tond les chapeaux qui font de laine pure , en les
faifant paiïèr par la flamme d'un feu clair , pour en
ôrer les plus longs poils : c'eft ce qu'on appelle yZa/;2-
ber le chapeau. On tond ceux qui ne font pas de laine
pure, Caftors , Vigognes , &c. en les frottant avec une
pierre ponce , pour uler le poil trop long : c'eft ce qu'on
appelle poncer le chapeau.
Tondre , fe dit figurément & familièrement, en parlant
de ceux contre l'avis defquels on a prononcé. Rejpue-
re, rejicere, refutare , non fèqui. Ce Rapporteur avoir
ouvert un bon avis, & cependant il a été tondu. L'A-
vocat Général a bien plaidé, mais il a été tondu, un
autre l'a emporté fur lui. Pafquier dit que cette figure
eft rirée des Moines, qu'on appelle tondus j quand ils
ont renoncé à toutes les brigues & elpérances des biens
de ce monde.
Tondre, fe dir proverbialement en ces phrafes. A brebis
tondue , Dieu lui mefure le vent v pour dire , qu'il ne
nous envoie pas plus d'afilidtion que nous n'en pou-
vons porter. On dit d^m homme fort avare, qu'il /on-
droit fur un œuf On dit auffi , qu'il faut tondre fes
brebis, & non pas les écorcher •, pour dire, qu'il ne faut
pas exiger d'une perfonne plus qu'elle ne peut. On dit
auffi : A la Saint Aubin on tond les veaux. On dit auffi
d'un homme pelé, qu'il eft ras & tondu comme un
Moine , comme un enfant de Chœur. On dit auffi par
forme de ferment , Je veux qu'on me tonde , ou je
veux être tondu , fi )c fais cela : parce que c'étoit au-
trefois une ignominie en France que de tondre les
cheveux •, & cette peine étoit mile au même rang que
la fuftigation , par les loix de Charlemagne. On dit
auffi, qu'un homme fe laiflè tondre la laine fur le dos;
pour dire , qu'il eft trop patient. On dit auffi d'un in-
ditiérent , qu'il ne fe loucie ni des rais ni des tondus ;
& d'une compagnie qu'on méprife , Il n'y a que deux
tondus & un pelé.
Tondu , ue. part. Ton/us j attonfus , retonj'us.
TONE. Voyei Toue.
TONÉES , ou TONNÉES, f f pi. Fêtes qui fe célé-
broienr à Argos , félon Athénée. Elles conlîftoient en
ce qu'on rapportoit en grande pompe , la ftarue de
Junon qui avoir été volée par les Tyrréniens , puis
abandonnée fur le rivage. La ftatue étoit environnée
de liens bien tendus , d'où la fête prit fon nom. De
Tovoç , tenfion , du verbe Tuva , tendre.
TONEINS. Voyei Tonuains.
TONGA. Voyei Ton.
TONGOUS, ou TouNGUSES. f m. pi. Peuples Tartares ,
fournis à l'empire Ruffien. Ils occupent une grande
partie de la Sibérie orientale.
TONGOY. Nom d'une baie de Chily , proche de Co-
quimbo. Frézier , p. ii6.
TONGRES. Les Allemands difent Tongeren. Nom pro-
pre d'une ville du cercle de Weftphalie , en Allemagne.
Tungri , Atuaca , Atuatucurn , Aduatuca^ Tungrorum,
Atuatucum. Elle eft dans l'Evêché de Liège fur le Jec
ker , à quatre lieues de Maftricht , vers le couchant.
Tongies eft une ville fort ancienne. Elle a été aftèz
grande, & le fiége d'un Évêché qui a été transféré à
Liège. Elle eft aujourd hui petite & très-peu confidé-
rabie. Maty. Vbye[ encore Valois , Not. Gall. p.
565. 566. long. 23. d. 4' lar. 50. d. 54'.
TONIE. f m. Terme de Marine. Sorte de canot des
Indes. Cymba Indien. On attache fouvent deux to-
ntes enfemble avec des rofeaux , ou des écorces d'ar-
bre, afin qu'ils s'entrefoutiennent , & l'on y met une
petite voile. Quand ils font ainfi accouples , on les
appelle Catapanel. Aubin.
TONINS. Voyei TONNEINS.
TONiQUE. adj. Terme de Médecine, qui fe dit d'un
certain mouvement des rnufcles, lorfque leurs fibres s'é-
tendent , & demeurent tendues en telle Ibrte que la
pattiefemble être immobile-, quoiqu'elle fe meuve ef
feftivemcnt, comme il arrive aux hommes qui font
debout , ou aux oifeaux qui planent. Tonicus. Ainfi
Galien dit que les mufcles agiftentmême en repos-, car
lorfqu'ils ont fait quelque c©ntraâù©n pour le tenir
TO
s?
en un certain état , la confervation de cette contrac-
tion eft ce que l'on appelle le mouvement toniques
On le dit proprement du mouvement des nuifcles.
qui ibnt dans une tenfion permanence. Le mouvement
tonique des fibres , des mufcles.
La même épithète s'applique auffi aux remèdes
qu on emploie intérieurement ou extévienremenc , pour
maintenir ce mouvement , cette tenfion naturelle dans
les ditîcrentes parties du corps, ou pour la rétablir dans
celles qui Ibnt relâchées. Certains remèdes , tels que
lesafthngens,rellerrcnt & fortifient le tiliu des parties,
& doivent conféquemment les mettre dans un état de
tenfion permanente. D'autres , tels que les cordiaux ,
les échauftans , les nervins , &ic. ftimulent & excitent
les parties , & doivent conféquemment augmenter
leur mouvement, leuradivitc, les forces vTtales.
Tonique eft auffi un terme de mufique j qui le dit de la
note fondamentale, de la corde principale d'un ton ou
d'un mode. Ut eft la note tonique dans le mode à' ut ;
ou fubftantivement , eft la tonique. Un air finit ordi-
nairememenr par la tonique. Il n'eft d'ufage que dans
cette acception.
Ce mot vient du Grec tj/cs/i'j étendre.
TONKIN. Foje^ TuNQuiN.
TONLIEU. f m. C'eft un droit Seigneurial d'ufage en
plufieurs Coutumes, qui le paye par les marchands ,
pour le lieu & place qu'ils occupent dans les Foires ou
Marchés, pour expofer leurs marchandifes en vente.
Jus exponendi merces. On l'appelle en quelques lieux
tonnelieu, tonlieu , ou thonneu , & en d'autres endroits
placage. On ledit auffi d'un droit qui fe paye pour les
chevaux , bœufs ou vaches , ou bêtes blanches : droit
d'en'trée & de fortie.
Ce mot vient du latin /e/o/z/uOT, impôt , ou Bureau
de recette.
«:> TONNA ou TUNA. f m. Nom de l'arbre qui pro
duir le fruit où fe trouve la Cochenille.
TONNAGE, f m. Nom d'un impôt ou d'un droir qui, en
Angleterre, fe paye au Roi pour les marchandifes quife
voiturenrpar terre ou par eau , &qui le lève fur chaque
tonneau. Harris. Péage. Veâigalportoriurn.LesKois
d'Angleterre levoient le tonnage fur les marchandifes
par tonneau. Le droit de tonnage & de Pondage. Voy.
PONDAGE.
TONNAI. Nom de deux bourgqui font dans la Sainronge,
Province de France. Talniacum,Tauniacum. Ilsfediftin-
guent par le nom des rivières où ils font fitués. Tonnai-
Boutonne, en latin Toniacum ad VuLtonam ^ eft à trois
lieues de S. Jean d'Angeli, vers le couchant -,& Tonnai-
Charente J Tauniacum ad Carentonum , à trois lieues
de Tonnai-Boutonne J encore vers le couchant. Maty.
Valois, Not. Gall. p. 54^.
TONNANT, ANTE. part. & adj. Qui tonne, qui fait
tonner. Tonans. C'eft un terme de mythologie.
Tonnant. Terme de Mythologie. Epitèthe que les poè-
tes donnent aftez fouvent à Jupiter , comme au Dieu
qui étoit maître du tonnere. Jupiter tonnant avoir un
temple à Rome.
Tonnante, adj. f. Qui ne fe dit qu'au figuré, d'une voix
forre & éclatante , d'une éloquence véhémente, qui
entraîne , qui étonne l'auditeur.
TONNE, f f. Grand vaillèau de bois propre à garder du
vin de plufieurs feuilles. Dolium majus, arnplum. On
voit des tonnes en Allemagne qu'on ne vide jamais ,
qui tiennent cent ou deux cens muids de vin. On les
appelle dans le pays , foudres. Çyn dit que la tonne ou
cuve de Clairvaux tient autant de muids qu'il y a de
jours dans l'an.
Quelques-uns dérivent ce mot d! automne , parce que
c'eft la failbn où l'on a befoin de tonnes ; d autres de
l'Allemand tonne , qui fignifie la même chofe ; Du
Cange de tunna ou tonna, mots de la bafie Latinité,
où l'on a dit auffi tunnare, pour dire, entonner.
Tonne, fe dit auffi des autres vaiileaux ronds de la taille
des muids ou des pipes , plus ou moins. Dolium. Les
Marchands Merciers, Epiciers, <S:c. envoient leurs mar-
chandifes dans des tonnes. Les morues viennent dans
des tonnes.
Ce mst fe dit auffi de toutes fortes de vaiileaux eu
86
TON
TON
forme de tonne, grands ou petits. Vaja doliaria.
Gn appelle tonne d'or , fuivant la manière de comp-
ter en Hollande & de quelques autres pays , une
fomme de cent mille florins , qui valent en France
1 zoooo livres. Ccntum viginti millia librarum turoni-
carum. Mais on ne le fert de cette phrale qu'en parlant
des gens de ces pays-là. Il a donné ulie tonne d'or en
mariage à fa fille. Talentum magnum.
Tonne , en termes de Marine, eft un gros tonneau vide,
& bien clos , qui eft mis en mer , ik qui furnage au-
dellus d'un rocher , ou d'un banc de Table , qui fert
de -lignai aux Pilotes pour les éviter. Signum doUare.
En Hollande on a grand foin de mettre dans les lieux
dangereux des tonnes & des balifes.
Tonne , le dit encore d'un berceau de Jardin.
i^uand il nous en fit la leclure
Sous une tonne de verdure. Plem>
Voye^ Tonnelle , qui eft plus en ulage.
Tonne. Coquillage univalve de forme fphérique, ap-
pelé en latin Globofa , ou Sphœrica concha , dolium.
M. Dargeiiville distingue cinq dalles de tonnes:
les tonnes rondes & ombiliquées -, les tonnes oblongues
& rayées -, les tonnes oblongues & garnies de côtes &
de boutons-, les tonnes à queue alongée faite encroif-
fant •, & les tonnes en Gondole.
TONNEAU, f. m. Dolium. Grand vaiflèau , de forme
à peu près cylindrique , renflé par Ton milieu , à deux
bafes planes , rondes & égales , conftruit de douves
arboutées , relié de cercles , fervant à mettre des mar-
chandées , particulièrement des liquides. Un tonneau
de vin , d'huile , de miel, de cidre. Il faut aUer percer
le tonneau. On vide , on défonce les tonneaux dans
les réjouiflànces publiques. L'ambition fuivit E)iogène
jufques dans Ton tonneau : ce fut là qu'il eut l'audace
de commander à Alexandre. S. Evr.
Tonneau , fe dit auffi d'une certaine mefure des li-
queurs. Le tonneau de Berri & d'Orléans contient près
de deux muids de Paris. Dolium Bituricenje , Aure-
lianenfe. Le tonneau de Bordeaux , Burdigalenje , con-
tient quatre barriques, qui font trois muids de Paris.
Jl y a des Jaugeurs établis pour réduire routes les me-
fures différentes des tonneaux à une mefure commune.
Tonneau fe dit auffi d'une certaine mefure de grains ,
qui contient plus ou moins, félon les lieux où il eft en
ufage.
On appelle auffi un tonneau de pierre de S. Leu , ou
d'autre pierre tendre , la quantité de 14 pieds cubes.
Ouatuordecim pedes cubici lapidum. L'autre pierre fe
vend à la voie. Le tonneau de pierre de S. Leu peut
f)tfer environ un millier ou dix quintaux -, ce qui fait
a moitié d'un tonneau de la cargaifon d'un vaiflèau.
Lorique la rivière a 7 ou 8 pieds d'eau , la navée d'un
grand bateau peut porter 400 Ïj^.^o tonneaux de pierre
Daviler.
Droit de tonneau. C'eft un droit de douane , qui fe
levé fur chaque tonneau. Aubin.
Le Tomieau de mer tient trois muids de France
ou 28 pieds cubiques de Paris , & pefe 2000 livres:
de forte que quand on dit qu'un vaiflèau eft du port
de 500 tonneaux , cela veut dire qu'il porte 300 fois
la valeur de 2000 pelant, c'eft-à-dire , 600000 livres -,
& pour cela il faut que l'eau de la mer qu'occupe le
vaiflèau en s'enfonçant , pefe une pareille quantité
Duo millia librarum j vel centipondia vigenti.
Quoique le tonneau de mer foir eftimé pefer 2000
livres , cependant l'évaluation s'en fait pour le prix du
fret , ou relativement au poids des marchandifes , ou
relativement à l'encombrement qu'elles peuvent eau
fer dans le fond de cale , c'eft-à-dire relativement à la
place qu'elles peuvent y occuper à caufe de leur vo-
lume.
On dit proverbialement d'un homme qui diffipe au-
tant de bien qu'on lui en peut donner, & qu'on ne
peut enrichir, que c'eft un tonneau percé, par allufion
au tonneau des Danaides , qui ne pouvoir jamais être
rempli. Dolium perforatum , pertujum. La plupart des
gQxi% ont tant d'euvie de parler > qu'ils rdîuiiblent à
ce valet de Tcrence, qui ne pouvoir rien retenir, non
plus qu'un tonneau percé. Bouh.
«:3" TONNEINS. Tonenjium. Ville de France , dans l'A-
génois, Diocèfe & Eledion d'Agen, au-deflous d'A-
gen.
TONNELAGE. f. m. On appelle ainfi à Amfterdam tout
ce qui concerne le mérier de Tonnelier. Les mar-
chandifes de tonnelage-, fonr les marchandifes liquides,
qui s'entonnent dans des pipes , barriques & autres
telles futailles , comme vin , eau de vie , &c. ou qu'ofl
y encaiflë , comme lucre , drogues, &c.
En 1718 , Arrêr du Confeil d'Etat, qui a fupprimé
le droit de tonnelage , que la Chambre du Commerce
de Marfeille percevoir dans les Echelles du Levant; &
la décharge du payement des appointemens des Con-
fuls. Fait au Confeil, tenu à Paris le 18 Janvier 1718.
TONNELER. v. a. Prendre du gibier avec la tonnelle.
Reti concamerato aves capere j fornicato reti venari,
Tonneler des perdrix,
Tonneler , fe dit figurément pour raflTembler. Cogère,
congregare. J'avois bcfoin de trois ou quatre Confeil-
1ers , & de deux Avocars pour terminer cette affaire ;
j'ai été aflèz heureux pour les tonneler en moins d'une
heure. Dans cette acception il eft hors d'ufage.
Tonneler, fe dit plus ordinairemenr , mais dans le ftyle
familier, pour faire tomber dans quelque piège. Les
parens de la fille ont fi bien tonnelé le jeune homme ,
qu'ils la lui ont fait époufer. Ce mot n'eft pas du bel
ufage.
TONNELET, f. m. Partie d'un habit antique, q-tii fe di-
foit des manches & des lambrequins, & dont on fe
fert encore aujourd'hui dans les balets, les Opéra , &
certaines Tragédies & Comédies. Torus. On le dit
auffi dans les carroufels d'un bas de foie, ou pourpoint
pliflé , enflé & tourné en rond, avec un bas d'attache
qui alloit jufques fous le tonnelet.
TONNELEUR. f. m. Chaflèur qui prend du gibier avec
la tonnelle. Fornicato reti auceps.
TONNELIER, f. m. Artifan qui fait , qui relie des ton-
neaux , & toutes fortes de futailles , de cuves & de
barils , &c. Doliarius , vietor.
TONNELLE, f. f. Berceau de treillage , couverr de ver-
dure , cabinet qu'on fait dans les jardins , qu'on en-
toure de plantes farmenteufes de phyleria , de chèvre^
feuille, de coulevrée, & autre verdure foutenue de
perche , de charpente ou de fer. Compluviata tejiudo.
Ces fortes de décorations ne conviennent que dans
les petits jardins. Voye^ Berceau. Tonnelle eft un
terme populaire.
Tonnelle, f. f. Inftrument ou filet , dont on fe ferÉ
pour la chaflfe aux perdrix & cailles. Glojf.fur Marot.
Cette chafl'e fe fait avec un bœuf ou un cheval de bois
peint, que le Chaflèur pouflè devant lui vers les per-
drix pour les faire entrer dans la tonnelle, c'eft-à-dire,
dans un filet qui a quinze pieds de queue. On l'appelle
auffi tomberel. Cameratum rete.
Tonnelle , eft auffi une efpèce d'habit à la Romaine.
Veftis teftudinata.
TONNELLERIE, f. f. Lieu où l'on travaille du métier
à faire des tonneaux. Doliaria qfficina, taberim. Il y a
une place à la Halle de Paris , qu'on appelle la Ton-
nellerie. On le dit auffi de la profeffion de Tonnelier.
Tonnellerie , eft auffi chez les Chartreux & quelques
autres Religieux, le lieu du Couvent où font les cuves
& les futailles , où l'on cuve le vin , où l'on remplit les
muids, &c. Doliaria cella, doliarium.
TONNER. V. n. Faire un grand bruit, éclatant. Il fe dit
au propre du bruit qui accompagne la foudre , & qui
provient des exhalaifons enflammées qui fortent avec
violence de la nuée. Tonare. Pour moi je crois que
c'eft Dieu qui tonne. Boileau. J^J<;^ Tonnerre.
Le ciel armé d' éclairs tonne contre la terre. Bréb.
On le dit plus communément à l'imperfonnel. Il
tonne plus fouvent dans les pays montueux, que dans
les plaines. Il tonne rarement en hiver.
Ce mot vient du Latin tonare.
Tonner , fe dit par fmiilitude , du canon , &: de l'attil-i
TON
leiie qui font en batterie , ou lorfciu'oh en tire plu-
fieurs pièces enfemble. Tonare , belLica tormenta ex-
pludere. Je ne cours point aux lieux oi\ le canon ro/zn?.
Mait. On entendoirde fix lieux tunner les batteries
de ce fiège.
Tonner, le dit figurément en Morale, d'un Orateur
véhément qui parle avec force contre les vices. Ore
tonare. Cet Avocat tunne dans le Barreau. Ce Miffion-
naire tonne dans les chaires. Pindare & Sophocle dans
leur plus grande violence , durant qu'ils tonnent Se fou-
droient, pour ainfi dire, leur ardeur vient mal-à-pro-
pos à s'éteindre. Boil.
Tonner , fe dit auffi de Dieu & des chatimens de fa juf-
tice , ou en cette vie ou en l'autre.
Tonnez fir une ame ingrate j
Que votre juftice éclate
Dam ce terrefire féjour:
Mais qu'au jour de vos vengeances ,
Objet de vos complaijances ,
Nous méritions votre amour. N. Ch. de vers.
On le dit de même des menaces de l'excommunica-
tion. L'excommunication elle-même s'appelle /ùu^re.
Le Pape tonna contre le père & le fils. Mém. deTrév.
Tonne , frappe , il efi temps , rends-moi guerre
pour guerre.
Tonner, fe dit aufîî pour criailler , quereller, faire du
bruit. Clamitare j jurgare j jurgari. Xantippe voyant
que Socrate ne i'e foucioit point de fes criailleries, lui
jeta un pot de chambre fur la tête : Je me doutois bien,
dit Socrate, qu'il pieu vroit après avoiv tonné. Ablanc.
On dit proverbialement, quand on eft dans un lieu
où l'on fait grand bruit , qu'on n'y entend pas Dieu
tonner.
TONNERRE, f. m. Bruit éclatant caufé par une exha-
laifon enflammée qui fait effort pour fortir de la nue.
AcAD.F. Tonitru , tonitruum , tonitrus ^ûs. Il fe forme
quelquefois plufieurs nues les unes au-defTus des au-
tres , qui font alternativement compofées de vapeurs
& d'exhalaifons que la chaleur a enlevées des entrailles
de la terre. L'air qui s'elf échauffé dans le voifinage
de la terre , s'élevant vers les plus hautes nues , s'y
applique , & en condcnfe les parties : ce qui fait que
cette nue defcend toute entière avec vîtelle fur la plus
balle : cela étant , l'air qui eft prelTé enrre la nue de
dellus & celle de deflous , fort par les exrrémités, &
par un pallage li étroit , qu'il produit un grand bruit
en s'échappant : c'eft ce qu'on appelle le bruit du ton-
nerre. RoH. Voilà ce que difoient les anciens Phylîciens.
L'explication fuivanre paroît plus fatisfaifante.
Le Tonnerre eH un mélange d'exhalaifons fuifu-
reufes, bitumineufes , vitrioliques , falines, &c. en-
flammées dans quelque nuage. Ces exhalaifons éle-
vées du fein de la terre, difperfées dans la moyenne
région ( Pôje:[ Vapeurs et Exhalaisons) fe réu-
nifient par l'adlion des vents oppofés, parla rencontre
des montagnes, par la chute des nuages. Réunies,
condenlées dans un nuage, elles fermentent , parce
qu'elles font de différente nature. Voilà la matière du
tonnerre ou de la foudre , qui produit les éclairs, & ce
bruit effroyable qui les fuit , que l'on voit s'élancer ,
voltiger au gré des vents , tomber enfin , & opérer
dans la nature des effets furprenans.
Cela eft fi vrai , que dans les pays chauds où le
foufre, le bitume, &c^font en plus grande quantité,
comme dans le voifinage du mont Erhna, les tonnerres
font bien plus Iréciuens: & d'ailleurs dans les endroits
où le tonnerre eft ton^bé, l'on fent toujours une odeur
de foufre & de bitume.
Pendant l'été les grandes chaleurs élèvent une plus
grande quantité de vapeurs & d'exhalaifons : auflî
nous entendons plus fouvent gronder It tonnerre.
Cet amas d'exhalaifons renfermé entre deuv iiua<^es,
TON 87
comme dans une efpcce de voûte , eft allumé par l'ac-
tion des vents, par le choc des nuages, par la chaleur
du foleil, par le mélange feul des efprits hctérogèties.
Rien ne prend feu i\ aiiément que le foufre & le bi-
tume, qui brûle jufque dans l'eau. Ces exhalaifons al-
lumées dilatent avec violence l'air emprifonné dans
1 exhalaifon & dans le nuage. Cet air dilaté bande l'air
voifin -, l'air bandé fe débande -, & , par de promptes
& vives iecouffcs, communique de ion mouvement
alternatif- à l'air répandu jufqu'à nous. De-là ces vibra-
tions véhémentes qui nous fonr entendre ce bruit «f-
froyable qu'on appelle tonnerre. Voyei Son.
Dans l'inftant de l'inflammation , le nuage ne pou-
vant plus foutenir l'effort de l'ait emprifonné , puifque
fon relTort acquiert des forces prcfque immenfes,
s'ouvre avec violence. L'air qui y étoit retenu, fort
par l'ouverrure avec d'autant plus de rapidité , qu'il
étoit plus raréfié , & entraîne avec lui une partie des
exhalaifons enflammées qu'il rencontre fur fon paf-
fage. Voilà des éclairs qui brillent de toutes parts à nos
yeux.
S'il vient à fortir une plus grande quantité de ma-
tière enflammée par l'ouverture , c'eft un tourbilleii
de feu qui defcend jufqu'à nous. C'eft la foudre.
La foudre tombe ordinairement fur les endroits
élevés , fur les arbres , les tours , la cime des mon-
tagnes. Elle fuit en cela les loix de la Phyfique. Les
corps les plus élevés peuvent fendre la bafe de la nuée,
ou forcer le vent , en rctréciflant fon canal , d'empor-
ter la bafe de la nué^ où fe trouvent les exhalaifons
enflammées, & par là même faciliter leur chute fur
eux. D ailleurs ils fe trouvent les premiers fur le paf-
fage de l'exhalaifon. Enfin telle exhalaifon peut les
atteindre, qui fe diffiperoit , faute de nourriture, avant
que d'arriver jufqu'à nous.
On conçoit que le fon des cloches , agitant l'air »
doit écarter le nuage qui porte le tonnerre , ou du
moins Tempêchcr d'approcher , lorfqu'il eft encore
éloigné de l'endroit ou l'on fonne. Mais fi ce nuage
fe trouve fur le clocher, ou près du clocher, on con-
çoit auffi que le mouvement imprimé à l'air par les
cloches, peut difpofer le nuage à s'ouvrir, & la fou-
dre tombera fur le fonneur peu phyficien. En 171 8 le
tonnerre tomba en Balle-Bretagne iur 24 Églifes peu
éloignées les unes des auttes , où l'on ionnoit pour
l'écarter. Celles où l'on ne fonnoit.point , furent épar-
gnées.
Quand on voit l'éclair , & qu'on entend le bruit , le
péril eft palïé. La chute de la foudre eft auiïï prompte
que l'éclair. Si le bruit fuit immédiatement l'éclair, le
nuage qui porte le tonnerre eft proche. S'il y a une
féconde ou un battement de pouls entre l'éclair & le
bruit, le tonnerre eft à 173 toiles. S'il y en a deux,
il eft à 546 toiles, &c. La lumière lé répand avec
beaucoup plus de viteffë que le fon. Elle parcourt dans
une minute environ 4 millions de heues, au lieu que
le fon ne parcourt dans le même temps que 10580
toifes.
Dans la nouvelle Phyfique , la matière éledlrrique eft
la iTiatière propre du tonnerre. Voye^ Electricitiî.
Ce feu éleftrique, répandu dans toute l'atmofphcte,
ne fe rend jamais plus fenfible , que lorfqu'il (c joint
à des parties enflammées qu'il trouve rallemblées &
bien préparées. Les exhalaifons fulfureufcs, bitumi-
neufes, falines, &c. qui s'élèvent du lein de la terre
dans la région où fe forme le tonnerre , font regardées
comme les aiimens du feu électrique , & non pas
comme les caufes du tonnerre.
Il feroit peut-être à-propos d'appeler foudre la ma-
tière enflammée , & de conlerver le nom de tonnerre
pour exprimer le bruit qu'elle caufe -, mais on n'y re-
garde pas de fi près dans l'ufage ordinaire, &: l'on ap-
plique indiftindement le nom de tonnerre à la matière
enflammée , à la foudre , & au bruit. Ainfi l'on dit le
feu du tonnerre, "& un coup de tonnerre. Le tonnerre
gronde. Le tonnerre eft tombé.
Ce qu'on die du carreau du tonnerre , ®u de la fou-
68
TON
dre efl: fabuleux. Id. Voyei Carreau , Pierre du
TONNERRE. En matière de Pocfies ,
Ce n'eft plus la vapeur, qui produit le tonnerre-,
€'eft Jupiter armé pour effrayer la terre. Bou.
Qu'eft devenu ton tonnerre autrefois fi redoutable ? Ce
n eft plus qu'un bruit vain , ô Jupiter ! Et pourquoi
va-t-il renverfer des édifices qui ne t'ont fait ni bien
ni mal? Abl. dans fa tradudlion de Lucien.
A qui. Dieu tout-puijjant , qui gouverne^ la terre ,
A qui réferve\-vous les éclats du tonnerre î
Pourquoi frapper plutôt, en fartant de vos mains-,
L'audace des rochers , que celle des humains f Bréb.
I! y a près de quinze jours que le tonnerre tomba
à demi-lieue de Buffi. De fix perfonnes qui étoient
fous un noyer , il en tua trois , & il blefTa fort les au-
tres, comme vous pourriez dire , de rendre un homme
digne d'entrer dans le ferrail, & de brûler fa femme
en pareil endroit qu'il avoit été blellé. Voilà des eftets
bien bizarres du tonnerre. Bujfi Lettre du z8 Août i 6jq.
to. i. p. 330.
Du Bartas a rendu en vers une pareille avanture
arrivée de fon temps.
Mes yeux jeunes ont vu mille fois une femme ,
A qui du Ciel tonnant lafantaftique flame ,
Pour tout mal ne fit rien que d'un rdfoir venteux ^
Dans moins d'un tourne-main tondre le poil honteux.
Mad. de Gouvilie ayant mandé le 11 Août 1657 au
Comte de BufTi que le tonnerre ctoit tombé à Villeroi ,
èc qu'il avoir brû'é la main de la Maréchale , M. de
Buffi fit cette Réponfe : Le tonnerre en veut aux Ma-
réchales de France , car il tomba à Rome dans la cham-
bre de la ieue Maréchale de "^"^"^ fort près d'elle, & lui
fît l'office d'un Barbier fort adroit en un endroir que
je ne veux pas vous nommer. Lettres de BuJJi, to. 3.
p. £0. £1.
Tonnerre. LcD'ieudu tonnerre , le Maître du tonnerre ,
c'eft lupitèr , qui lance le tonnerre.
Toi, dit Agamemnon, qui lances le tonnerre ,
Toi , foleil , qui vois tout , & toi , féconde Tene,
De la Motte.
Vœux que n' exauçait pas le Maître du tonnerre. Id.
Le Miniftrc du tonnerre , c'cft l'aigle de Jupiter.
Joleph Acofta rapporte que le tonnerre étoit le troi-
fîeme des Dieux des Péruviens. Le premier qui étoi:
le fouverain Être , s'appeloit Viracocha. Le lècond
étoit le ibleil, auquel ils donnoient trois noms, Chu-
quilla, Catuilla , & Iniiillapa. Ils fe figurent que c'ell
un homme dans le Ciel , ayant une fronde, ou luie
mallue, & tenant en la mam la pluie, la grêle, le
tonnerre , &: tous les autres météores qui fe forment
dans la région de l'air où font les nuées. Cette Gua-
ca , pour me fervir de leur terme •■, c'eft-àdirc, ce
culte ctoit général & commun à tous les Péruviens.
Ils oftroicnt ditiérens facrifices à ce Dieu. A Cufco,
capitale du Royaume , on lui lacnfioit de jeunes en-
fans comme au foleil. Quand ils veulent lever les mains
au Ciel pour adorer ces trois Dieux, ils le mettent une
elpcce de gants aux mains •, ce qu ils ne fon: pas pour
les autre? Dieux. Vbye^ Acoifa , Hijtoria Natural y
moral de las Indias, L. V. C. 4. p. 30g. Sur cette del-
cripdon d'Acofta , Voflîus a juge' que ce Dieu étoit
plutôt Jupirer ou un Génie prélident de l'air, que le
tonnerre. Vbyei cet Auteur, L. III. C. 8. Procope ,
dans fon Hiftoire des Gots, L. III. C. 14. & dansDu-
bravius , Hiftoire de Bohême , L. I. dit que les Sciavons
Se les Attes adoroient le Dieu du tonnerre comme le
fouverain Dieu • ou comme le premier des Dieux.
Tonnerre , fe dit des reprélentations ou imitations du
TON
tonnerre qui fe font par machine. Dans les opéra, &
autres pièces de théâtre , il y a quelquefois des ton-
nerres. L'Amphitryon de Molière finit par une fcène
où Jupiter paroît dans une. nue fur fon aigle , armé de
fon foudre, au bruit du tonnerre & des éclairs. Les
Anciens imitoient aufïï le tonnerre avec des ronneaux
pleins de pierres & des vales d'airain d'oil fortoicnt
des éclairs. L'Amphyrrion de Plante finit auffi par un
ro;2/2frre& des éclairs, au milieu defquels Jupiter patoir.
Tonnerre, fe dit auffi du bruit des canons de l'artille-
rie , de la puifîance'guerrière du Prince. Tormentoruin
fragor , ftrepitus.
Il efl armé du tonnetre.
Mais c'ejî pour donner la paix.
Il a fait ouir fon tonnerre fur la rerre Se les mers.
Tonnerre, fe dit figurément en Morale. On dit d'un
Orateur véhément, que ion éloquence eft un tonnerre.
Fragor , impetus. Longin a- comparé Déniofthène au
tonnerre j qui brife & fracafïe tout. On dit d'une per-
fonne qui crie , qui tempête dans une maifon, que
c'eft un tonnerre continuel.
N'allei pas dès l'abord ,
Crier à vos leâeurs d'une voix de tonnerre.
BoiL.
On dit d'une nouvelle affligeante , ou d'une fatyre pi-
quante , que c'eft un coup de tonnerre. Ce Critique
impitoyable a lancé fur vous Ion formidable tonnerre.
S. ÈvR. On dit qu'un homme eft à l'abri au tonnerre ^
quand il a quelque charge, quelque proteé^ion qui le
met à couvert des ac;cidens dont la fortune le pouvoir
menacer. On a dit du Roi, qu à l'abri de fes lauriers,
fon Royaume eft à couverr du tonnerre.
Tonnerre, Terme d'Armurier. C'eft l'endroit du fufil,
moufquet , ou piftolet ofi l'on met la charge. Les
armes qui ne lonr point allez reiiforcées par le /0/1-
nerre , lont fujettes à crever.
TONNERRE. Nom d une petite ville avec titre de Com-
té. Tomodorum , quelquefois Thernodurum , Tome-
drum , Tornetum. Elle eft dans la Champagne, aux
confins de la Bourgogne , fur l'Armençon , à fept on
huit lieues d'Auxetre , vers le levant. Maty. Le vin
de Tonnerre eft renommé. Dès le temps de Charles
le Chauve , c'eft-à-dire , il y a plus de 800 ans , Ton-
nerre étoit une Vicomte. Sur la fin de la féconde race
il avoit le titre de Comté. Valois , Not. Gai. p. ££0 ,
cite fur cela des Lettres écrites en un lieu appelé Lam-
pegia, onze ans après la mort du Roi Raoul, fous le
gouvernement de Hugues, c'eft-à-dire, vers l'anp 3 9
dej. C. Long. zé.d. 44. lar. 54. d. 28 .
Ce mot vient de Ternodorum \ de-là on a dit d'a-
bord Tourneurre , cnluite Tournerre , qui fe trouve
dans un titre de l'an 1288, & puis Tonnerre. Valois,
Not. Gai. pag. ££o. L'Auteur de l'Hiftoire de Charles
VI. l'appelle ridiculement Tonniiruum.
TONNERROIS. Territoire de Tonnerre , contrée de
Champagne. Tornodorenfis pagus , Tornedrijùs , ou
Tornedrenfis pagus , Tornodorenfis Comitatus -, Ter-
noderenfis dans f ortunat, C. 50. de la vie de S. Ger-
main Evêque de Paris. Le Tonnerrois comprend avec
Tonnerre , Chichées , Anci le Franc , Ravieres &Mar«
maigre.
TONNESE. Féy^j Denssen.
TONNINE. f. f. Sur la Méditerannée , 'c'eft la chair du
poillon qu'on appelle Ton. P. Fournier.
TONNINGEN. Nom d'une ville du Duché deSfefwic'c,
en Jutland. Tonmnga. Elle ell lituée furi'£yder, à deux
lieues au-delibus de FridéricliftaHc, & à trois de \'o-
céan. Tonningen étoit une ville forte. Le Roi de Da-
nemarck en ayant fait démolir les_ fortifications , elle
a été fortifiée de nouveau par le Duc de HolfteinGot-
torp, auquel elle appartient -, elle s'eft trouvée en état
l'an 1700 àc foutenir un fiège, & d'obliger le Roi de
Danemsick à le lever. Matv. Long. 26.d.44'.lat. 54.
d. 2S'.
TONNON.
T
TON
TÔNNON. Voyei Thonon.
«SOTONQUIN blanc. Etoffe de foie ordinairement
blanche , qui vient de la Chine. Il y a apparence que
cette étoffe s'eft d'abord fabriquée dans le Tonquin ,
d'où lui vient fori nom qu'elle a confervé dans les
manufa&ires Chinoifes.
TONRELONTONTON. f. m. Chanfon de Benferade ,
connue Tous ce nom-là. Je vous envoie les Tonrelon-
tontons que Bçnferade a envoyés à Monfieur & à Ma-
dame à Villers-cotterers : vous en jugerez mieux que
perfonnc. Une Dame au Comte de Bujfi. zo Sept. iGGj.
tom. q. des Lettres deBuJfi.p.sS- Réponie p. 56. Les
Tonrelontontoiis que vous m'avez envoyés , m''ont
fort réjoui. Il n'y a que Benferade qui puilfe faire cela
auflî galamment que lui. Benferade les envoya lui-
même au Comte de Buiïi le 15 de Sept. 1667, & ils
ont été imprimés p. 55. du premier tom. des nouv.
Lettres de ce Comte.
TONSA. VoyeiTosA.
TONSBERG. Nom d'une petite ville avec un grand port.
Tonjberga. Elle eft dans le Gouvernement d'Aggerhus,
en Norvège , fur la Marche de Danemarck , à quinze
lieues de la ville d'Anflo, vers le midi. Maty.
TONSILLE. f f. Terme d'Anatomie. C'eftunnomgue
quelques-uns donnent aux glandes amygdales qui lont
lituées proche la racine de la langue , à chaque côté
de la luette. TonfilLxj de tondere ^ rafer.
TONSURE. L f. Dans le fens littéral oii ce mot eft peu
ulîté, c'eft hadtion de couper les cheveux. S: de rafer
la tête. Tonjura, tonj'us , ûs. Anciennement htonjàre
étoit une marque d'infamie en France •, en forte que
lorfqu'on vouloir rendre un Prince incapable de luc-
céder à la couronne , on le failoit tondre & raiér.
Tonsure. Terme Eccléiiaftique. C'eft l'entrée dans les
Ordres Eccléliaftiques •, la première cérémonie qui le
fait pour dévouer quelqu'un à l'Eglife , en le préien-
tant à l'Evêque , qui lui donne le premier degré de
Çléricature , en lui coupant une partie des cheveux
avec quelques prières & bénédiftions. Tonjura cleri-
Cdlis. Autrefois la tonjure ne fe donnoit pas f éparément
des Ordres mineurs. Ce ne fut que vers la fin du VIP
. iîècle que cet ufage s'établit. Il paroît que la tonjure
a été introduite dans le Clergé par l'exemple qu'en
donnèrent les Moines. Ceux-ci , pour fe rendre mé-
prifables au monde , fe rafoient la tête à la manière
des eiclaves. Quelques Evêques & des Clercs , animés
du même fentiment d'humilité , les imitèrent en ce
point, & infeniiblement cet ufage devint général par-
mi les Eccléfiaftiques, Mais au Jieu de râler toute la
tête, ils s'accoutumèrent peu à peu à la tonjure par-
. tielle & circulaire telle qu'on la porte aujourd'hui. Il
n'y eut que les anciens Irlandois & Ecoftois, qui s'obf-
tinerent longtemps à fe rafer le devant de la tête de-
puis une oreille jufqu'à l'autre ', il fallut bien des dil-
putes, & encore plus d'autorité , pour les contraindre
à quitter cette pratique bizarre.
La tonjure eft un Ordre, ou du moins la marque,
& même la forme de l'Ordre ecclélîaftique en géné-
ral. LoY. La tonjure fuffit pour être Clerc; &: il n'en
faut pas davantage pour ceux qui n'entrent dans le
Clergé précifément qu'autant qu'il en faut pour jouir
d'un Bénéfice. On peut recevoir la tonjure à l'âge de
fept ans. Un Bénéfice à fimple tonjiire, eft un Bénéfice
qui fe peut pofléder par un enfant de fept ans qui a
feulement la tonjiire. La bafe & le fondement de tous
les Ordres, c'eft la tonjure. Celui qui ne juftifie pas de
fes lettres de tonjiire , eft incapable de tenir Bénéfices.
Tonsure, eft aufli la couronne que portent les Clercs
& les Eccléfiaftiques pour marque des Ordres & des
rangs qu'ils tiennent dans l'Eglife. Une tonjure de
Clerc , de Sous-diacre , de Diacre, de Prêtre. Celle
des fimples Clercs eft la plus petite de toutes. Elles vont
toujours en augmentant fuivant la dignité des dégïés
de l'Ordre. Cet ufage eft fort ancien dans l'Eglife, &
l'on n'en fait pas bien l'origine.
On dit proverbialement & figurément , un Dodretir,
un Médecin , un Avocr.t à (îniplc tonjure , pour dire
qui ont peu de capacité , de mérite. On dit d'un bon
emploi , qui eft fort honorable j, ou fort utile , <S: qui
Tome VIII. I.Partk,
donne peu de peine , que c'eft un Bénéfice à fimplè
tonjure.
TONSURER. V. a. Conférer la tonfure. Tonfurd clericurn
initiare. UnEvêque ne peut fo/z/wrfr que fes Diocefainsi
fi ce n'eft qu'on lui faftè apparoir d'un dimiflbire.
Tonsuré, A. part. Ce mot n'eft ufité qu'au mafculin.
Clerc tonjkré.
Il eft auffi fubft. Les Tonjiirés doivertt vivre fans
aucun fcandale. Clerici Tonjurâ initiatus.
TONTE, f f Terme d'économie ruftique. Ce mot figni-
fie l'aélion de tondre les brebis, & la laine qu'on en re-
tire. Tonjio j tonjiis. Un tel a fait la tonte de fes trou-
peaux : cette tente lui a tant rapporté.
Tonte fe dit aufïï du temps où l'on tond ordinairement les
troupeaux. C'eft ce qu'on appcloit autrefois tondaille.
La faifon de la tonte approche. Le jour de la tonte cioxt
un jour de fête & de réjoulftance chez les Hébreux.
Tonte, Terme en ufage dans les Manufactures de lai-
nage, fignifie la façon que l'on donne à une étofie eu
la tondant à l'endroit ou à l'envers avec des forcés.
A l'égard des grands arbres , on diroit ihal tonte
pour exprimer l'action de couper les branches. Ton*
dre , c'eft couper l'extrémité. On tond les paliflàdesj
les charmilles, les arbriifeaux, les arbuftes, pour leur
donner d.tiérentes figures. On élague , on émonde ,
on ébranche les grands arbres. On ne dit point la tonte
d'un orme, d'un chêne, &c. mais les émondes, pour
dire le branchage qu'on a coupé. On ne dit pas même
la tonte d'une charmille, d'une paliifade, &e. mais la
tonture.
TONTINE, f fi Efpcce de rentes viagères fur le Roi i
avec droit d'accroillement pour les itirvivans. Ce mot
eft nouveau. La Tontine de 1685) confiftoit en 1400
inille livres de rentes viagères , que le Roi avoir créées
fur l'Hôtel de ville de Paris par un Edit du 2 Décem-
bre 1689. Ces rentes étoient à fond perdu, & affignées
fur les Aides, les Gabelles & les cinq greffes Fermes ,
& conftituées fur un pied proportionné à l'âge des
Rentiers, qui étoient divifés en 14 Claft'es, &dont les
furvivans dévoient hériter des morts: de forte que le
dernier demeurant d'une Clatfe , a reçu feul le revenu
du capital des rentes de fa Clalfe. Tontina, reditus ad
vitam cum augmento. Mettre à la tontine. Ce mot eft
venu de Laurent Tonti qui en a été l'inventeur , comme
il paroît. par l'Edit du Roij pour la création de la fo-
ciété de la tontine Royale en 1653.
Il y a eu depuis d'dtutres Tontines où une partie dé
la rente que rapporte chaque adion, refte éteinte à \i
mort du rentier fur qui elle étoit conftituée.
Dans les nouvelles Tontines les dalles "font parta-^
gées en plufieurs divifions. Le revenu alïïgné à chaque
divifion accroît aux furvivans de la divifion.
Tontine. Jeu de Cartes qu'on a inventé en conformité
des véritables tontines. Il fe joue avec le jeu entier &
à douze ou quinze perlônnes. Plus on eft & plus lejeu
eft récréatif Celui qui refte avec quelques jettons de (a.
prife gagne tout le fond que les joueurs ont faitpour
la tontine. Voyei les règles de l'Académie des Jeuxi
TONTINIER , ÈRE. f Celui ou celle qui a une ou plu-
fieurs adtions à la Tontine.
O Matiguonj ô Siffredis,
Illujlres Tontiniers de la dixième ClaJJe.
C'eft le commencement d'une Epigramme de M. de
la Monnoie , imprimée à la p. 148. du Journal Hift. de
Fev. 1717.
Tonture. f. f. Ce qu'on tire, ce qu'on coupe du drap ^
ou d'une aurre érofie qu'on tond. TonJ'unij tonjura-,
tonjio. C'eft ce qu'on appelle ordinairement bourre
tontillè. On fait avec cette tonture collée fur de la toile
ou du coutil , une forte de tapifîèrié que l'on appelle
tapifterie de tonture de laine , ou fimplement tontillè i
dont il y a plufieurs m^nufaélures à Paris , qui ont af-
fez bien réufïî.
Tonture fe dit auiïî , en termes de jardinage ^ des
branches , ou plutôt des extrémités des branches & des
feuilles qu'on raille aux palifTàdcs, aux bordures d'un
parterre. La tonture d'une bordure de buis.
Ou appeile auffi fo/2f«/ej l'herbe qu'on recueille dans»
M
po TONTOOTOP
un pré. HerbafeSa. Il a acheté la tonture de cinq ar-
pens de pré. Ce mot n'eft connu qu'à la campagne.
Tonture , en termes de Marine, elt un rang de planches
dans le revêtement du bordage contre la ceinte du
franc tiliac. Prima navis contabulatio. Ce font les pre-
mières planches qui fe pofent par dehors du vailleau ,
au-dellus du franc tiliac. P. Fournier. La tonture du
pont, eft la différence qu'il y a de l'élévation du milieu
du pont à l'élévation de l'avant & de l'arricre. On dit
auiïi, relèvement. Tonture ou rondeur des baux , c'efl:
ce qu'on donne d'aire aux baux. Un vailleau qui a la
tonture , qui eft dans la tonture , c'eft un vailleau qui
eft dans fa bonne & jufte alïïette, en forte qu'étant à
flot, fa charge fe trouve fi bien arrimée , qu'il garde
fon contrepoids tant lur l'avant que fur l'arrière. On
dit. Nos vaillèaux font dans leur tonture ^ & nos ga-
lères dans leur eftive , c'eft-à-dire , que les uns & les
autres font dans leur bonne afllette. La bonne tonture
des vaiftèaux contribue beaucoup à les faire paroître
longs. Aubin.
T G O
TOOM. Ville de l'Empire Rufïïen, dans la Sibérie, au-
delà de l^Oby. Les habitans le fervent de rennes pour
leurs traîneaux, & de chiens qui courent fort vite. Ces
chiens font nourris de poiilon , ordinairement de raie
sèche , parce qu'on croit que cette nourriture les rend
plus fores & plus vigoureux.
TOP
TOPARCHIE. f. f. Petit Etat , petite Seigneurie com-
pofée feulement de quelques villes ou bourgs , petite
Province, ou petite contrée gouvernée &poTlèdéepar
un Seigneur. Toparchia. La Judée étoit autrefois di-
Vifée en dix Toparchies. Vbye[ Pline, L. V. C. i^.
Jofephe fait aulïï louvent mention des Toparchies , de
la Judée : par exemple , L. III. de Bello. Jud. C. x.
L. V. dii même ouvrage, C.4. V loco^e , Perjicoruni ,
L. IL ne donne que la qualité de Toparchie au Royaume
d'Édelîe -, & Jolephe appelle Toparchie , les trois villes
d'Azotus , de Jamnia &: de Phafaëlide, que le grand
Hérode laillà par teftamenr à Salomé fa fœur.
TOPARQUE. f.ni. Seigneur ou Maître d'une Toparchie,
ou petite contrée. Toparcha. Procope, FerJ'.L.II. ne
donne que le nom de Toparque à Abgare , ce Roi d'É-
delîe, auquel on prétend que J.C. envoya fon portrait,
& qu'il écrivit une lettre. »
Ces deux mots Viennent de to«s-, lieuj Se âfx" ,
gouvernement.
TOPASE, ou TOPAZE, f. f. Pierre précieufe, tranfpa-
rente , brillante , & qui a la même dureté que le faphir,
quand elle eft Orientale ou d'Ethiopie. Topa^ius , en
Grec TOTik^i©- . Sa couleur eft d'un jaune d'or , ou de
de citron, mignarde, fatinée & fort agréable, & elle
reçoit un admirable poliment. Celle du Pérou eft bien
moins dure, & fa couleur eft orangée. Il y a auffi une
topafe de Bohême qui a un jaune tirant fur le noirâtre,
& qui a un poliment fort gras , à caufe qu'elle eft bien
moins dure. On l'appelle topafe-, d'une île de la mer
Rouge de même nom, où Juba Roi de Mauritanie la
trouva le premier, à ce que dit Pline : mais les Hé-
breux la connoiflbient auparavant, comme on voit dans
lePfeaume 1 18. On dit que la ftatue d'Arfinoé, femme
de Ptolomée Philadelphe étoit de topajè , quoiqu'elle
eut quatre coudées, ce qui n'eft pas vraifemblable. La
topafe fe blanchit dans l'or fondu entre deux creufets,
mais avec le temps elle reprend fa couleur.
l'OPAZE. Nom d'une ifle de la mer Rouge. Topaios.
Elk doit être envuon à douze lieues loin des cotes
de l'Egypte. On dit que fon nom fignifie «r^cy^/, & qu'on
le lui a donné, parce qu'elle eft toujours couverte de
brouillard. Onajoute qu'il y avoir anciennement quan-
tité de topazes, & qu il s'y trouva une de ces pierres
qui avoir quatre coudées de' long, & que Ptolomée
Philadelphe , roi d'Egypte , en fit taire une ftacue à la
reine Arfinoé fa tcmmc. Maty.
■TOPER. V. n. Terme de jeu de dés, qui fignifie ,
demeurer d'accord d'aller de la même fomme d'ar-
gcn: que met au jeu celui contre qui on joue. Voye^
TOP
Enjeu. J'ai mafTé tant , & il n'a pas vsulu ttiper.
Dans le ftyle familier & de converfation , ce mot
pris figurément , fignifie confentir à une oftre , à une
propofition. Affentiri. C'eft un homme complaifant ,
qui tope à tout ce qu'on veut. On lui a propofé une
partie de promenade , & il y a topé.
On dit quelquefois tope , pour je tope , j'accepte.
On ajoute quelquefois tope & tingue; pour dire, je
tope & je tiens.
Ce mot eft venu de l'Efpagnol toppo y tingo , aufli-
bien que pluiieurs autres mots du jeu. Ménage.
Tope, fe dit aufïi entre buveurs , lorfqu'on accepte un
défi de boire , ou une lanté qu'on porte , & dont on
promet de faire railon •, c'eft-à-dire, d'en boire au-
tant. Accipio, annuo. A qui dit majjes on répond tope.
TOPÉTORKAN. Nom d'une petite ville de la Tarta-
raric Crimée. Topelorkanum , anciennement Cherjty
nejus , Cherfo , Heraclea. Elle eft fur le golfe de Ni-
grépoli, environ à dix lieues de Baluclawa, vers le
nord-oueft. Topetorkan a été anciennement une ville
Epilcopale, &enluite Archiépifcopale. C'eft le lieu oiiS.
Clément, Pape, tut exilé, &louftrit le martyre l'an 10 1.
«j' TOPHANA ou TOPANA. Faubourg de la ville de
Conftantinople , lur le bord de la mer , au-deflous de
Péra & de Galara,à l'entrée du canal de la mer noire j
où l'on va s'embarquer quand on veut le promener lur
l'eau. A peu de diftance eft l'arfenal où l'on fond l'ar-
tillerie-, bâtiment qui a donné le nom à tout le quartier.
Top t en Turc , fignifie canon ; & hana , maifon , lieu
de Fabrique.
TOPHEL. Nom de lieu dans l'écriture. Tophel. Ce lieu
étoit à l'orient du Jourdain, vis-à-vis de Jérico •, il fe
trouva, par la diftribution_de la Terre -fainte, dans I4
Tribu de Rubcn.
TOPHES. f. pi. On les appelle auffi Noeuds arthritiques.
C'eft une elpèce de Goutte. Voye[ Nœud.
tS^TOPIA. Province de l'Amérique Septentrionale au
Mexique , & comprife dans la nouvelle Bilcaye,
TOPICQUER. Vieux verbe. Difputer. Coqmllard, p.
<j6. BoREL. Dijputare , dij'ceptare.
cgrS-TOPIGI-BACHI. f. m. Voyei Toptchi,
TOPINAMBOU. f. m. Nom de peuple. Toropinamhan-'
tius j a. Topinimbœ. Ce font des peuples du Bréfil, en
l'Amérique Méridionale. On les met vers la Capitanie
de Rio Janeiro. Il y en a auffi dans celle de Para& de
Maragnan. Jean de Léri , dans fon Hiftoirc du Bréfil ,
dit de ceux-ci, qu'ils alloienttout nuds , les plus con-
fidérabies feulement portant une ceinture de plumes au-
tour des reins ; qu'ils cnchâfloient de petites pierres
ou de petites pièces de bois de couleur à chacune de
leurs joues, & au bas de leurs oreilles-, qu'une feule
cfpèce de racines , dont une femme plantoit affez en
un jour pour nourrir une famille toute une année ,
leurfournifloitdu pain & du breuvage, &que les hom-
mes ne s'appliquoicnt qu'à la pêche & à la challè , ou
à la guerre. Cet hiftorien nous parle d'une de leurs
coutumes qui eft fort lingulièrc, c'eft que quand ils
avoient fait un prifonnier de guerre , ils le marioicnr,
& l'engrailîoienr, & tout cela aboutiiïbità le manger,
après qu'il avoitvécu plufieursmois,& même plufieurs
années avec la femme. Le jour de la mort étant arri-
vé, on le menoit au lieu où il devoir être tué, on lui
donnoit le tems de parler , ce qu'il falloir ordinaire-
ment avec une générofité féroce, en difantaux affiftans
qu'il avoir mangé leurs pères, leurs frères , & qu'il
avoir des parens qui les mangeroient eux-mêmes. Après
ce beau difcours , le plus proche parent de fa femme
l'allommoit avec une malîue, & ayant été mis en pièces
& rôti fur un gril de bois, haut de trois ou quatre pieds,
qu'ils appeloient un Boucan-, fa femme étoit la pre-
mière à manger de la chair.
TopiNANBOUE. Ce mot a été fait par M. Defpréaux fur A
«elui de Luftucrue , à ce que remarque M. Brollëtte lue "
l'Epigramme 19. que je rapporte 'ici toute entière:
J'ai traité de Topinambous
Tous ces beaux Cenjéurs , je l'avoue ^
Qui de l Antiquité fi follement jaloux ,
Aimant tout ce qu'on hait, blâment tout ce qu'on loue :
II
TOP
Et l'Académie entre nous
' Souffrant che\foi de fi grands fous ',
Me Jémble un peu Topinamboue. .
TOPINANBOUR. f. m. Plante qui pouiïc une ou plu-
:fieurs tiges à la hauteur de douze pieds ; ou davan-
tage , revêtues de beaucoup de feuilles longues, lar-
ges, pointues, découpées profondément en leurs bords.
Heliathenium ,flos Jolis. Ses fleurs font belles , radiées ,
de couleurjaune.il leur fuccéde des femences menues,
garnies chacune dans le haut de deux feuilles, & enchâl-
lees dans une feuille pliéc en goutière. Ses racines fonr
grêles , rampantes j Ce répandant au loug & au large ,
auxquelles font attachés des tubercules, appelés auiïï
topinambours, gros comme des poires , quelquefois
comme le poing , bofîus , de figures inégaies de même
qneles rruiies, maisliliès , charnues, rôugeâtres en de-
hors, blancs en dedans , d'un goût doux & agréable ,
approchant , quand ils font cuits, de celui de l'arti-
chaud. On les accommode de diverfes manières pour
les manger. En Latin Helianthenum Indicum tubero-
Jiim. C. Bauh. m. Tourncfortmet cette plante parmi
Jes efpèces de corona Jolis. Il l'appelle corona Jolis par-
3/0 fiore , tuheroja radiée. Lé nom de topinambour lui a
été donné , parce que fon origine vient du pays des to-
pinambous dans les Indes.
TOPINAMBAZES. Peuple fauvage de l'Amérique méri-
dionale , au Bréfil, qui habite depuis la rivière de faint
François, jufqu'à la baie de tous les Saints.
«Cj» TÔPINAQUES ou^ TUPINAQUES. Peuples Sauva-
ges de l'Amérique méridionale, au Bréfil,dans legou-
vernement de laint Vincent.
TOPINO ou TINO. Nom d'une rivière du Duché de
Spolète, province de l'Etat de l'Eglife. Tinia, Teneas.
Elle a la fource dans l'Apennin , près de Nocéra , bai-
gne Foligno , & s'étant jointe au Chiafcio , elle le dé-
charge peu après dans letibre , à Torciano. Maty.
■S:3^TOPIQUE. i. f. Partie de la réthorique, qui enfeigne
l'art de trouver des argumens. Topice , ars invenien-
dorum argumentorum , dit Cicéron. Topique & inven-
tion font termes Synonymes. Vbye:^\es articles fuivans.
Topique, adj. Termede Rhérorique, fe dit d'uii argu-
ment probable , qui fe tire des lieux communs & des
circonftances du fait. Topicus , probabilis.
On dit aufTi Topiques, f. m. pi. Topica. Les Topi-
ques d'Arifiiote , de Cicéron j c'eft-à-dire , les traités
qu'ils ont fait lur les lieux communs , d'où l'on nre
les argumens.
Cicéron , dans fes Topiques, a prétendu faire une
efpèce de commeotaire fur les Topiques d'Ariftote ,
pour les expliquer à Ion ami Trébatius , qui ne les en-
tendoit pas. Mais les Critiques ont remarqué que les
Topiques àc Cicéron s'accordent fi peu avec ce que nous
avons dans les huit livres des Topiques , qui pailent
fous le nom d'Ariftote, qu'il fautnécellairementouque
Cicéron fe foit trompé , ce qui n'eft guère probable ,
quoiqu'il ait fait k":, Topiques fort à la hâte , & étant
fur mer •, ou que les huit livres des Topiques qu'on at-
tribue à Ariftote, ne foientpas entièrement d'Ariftote.
'Sw'TopiQUP. Terme de Médecine. Epithète par la-
quelle on défigne un remède qu'on applique extérieu-
rement fur les diftérentcs pattie^du corps , qui n'opère
qu'étant appliqué iur la partie malade, ou fur celle qui
y répond. RemediumTopicum. Les emplâtres font des
, remèdes Topiques.
Il eft fouvent employé fubftantivement. Faire ufage
des Topiques pour le mal de dents. Les Médecins &
les Chirurgiens ont imaginé diftérens Topiques falutai-
res ou nuidbies , félon qu'ils font bien ou mal adminil-
trés. L'ufage des Topiques dans les maladies cutanées
eft fouvent pernicieux.
Topique, fe dit auiïi en médecine, des emplâtres, cata-
plafmes & autres remèdesextérieurs qui s'appliquent fur
la partie affligée & douloureufe. Remédia topica. La
goûte ne fe guérit point par des remèdes topiques, il faut
alUr à la fource du mal. Les topiques loulagent pour
un tems la douleur.
Ce mot vient du Grec toot? , locus , lieu.
rOPIRO. VoyeiT^vsio.
TOP TOQ 91
TOPLITZ , TEPLICE , petite ville de Bohême dans le
Cercle de Leutmeritz, entre Graupen&Tozen^ proche
de Kloftergrabe.
Il y a une autre petite ville de même nom dans
le Cercle de Pilfen , près de Landeclc , Deuftinge &
Memetung.
TOPLIZA. Nom d'un bourg de la Turquie en Europe:
Topli^a. Il eft dans la Servie , à cinq lieues de Naviba-
zar -, vers le Nord eft. Maty.
TOPOGLIA. Nom du» village de la Livadie en Grèce.
TopogUa. I! eft fitué fur le lac de Thèbe , & pris pour
l'ancienne Copœ , petite ville de la Boétie , laquelle
pourtant quelques-uns mettent à Stivo, village qui eft
près du même lac. Maty
TOPOGRAPHIE, f. f. Dcfcription de quelque lieu.
Ce mot vient de rlm; , locus , &idey^k<f,to,Jcnbo. La
Topohraphie eft différente de la Chorographie. L'une
eft la defcription d'un lieu particulier, comme d'une
maifon, d'un château, d'une ville, &c. L'autre eft;^
la defcription d'un pays, d'un Évêché , d'une pro-
vince , &c.
TOPOGRAPHIQUE, adj. m. & f. Qui appartient à la
Topographie , qui eft fait félon la Topographie. Topo-
graphicus. Des Cartes Topo graphiques. Une defcrip-
rion Topo graphique.
TOPTCHI. f. m. Terme de Relation. Canonier Turc.
Tormentorum bellicorum librator Turcicus , Balijla-
rius apud Turcas. Il y a dans la ville de Candi des
Toptchis & Gebegis , c'eft-à-dire , Canoniers & au-
tres Icrvans l'artillerie , deux régimens de cinq cens
hommes chacun , armés d'un labre-, d'une demi-pique,
& d'une cotte de maille. Tournefort , Voyage , T.
I. p. 42.
TOPTCHI -BACHI ou TOPIGI-BACHI. f. m. Terme
Relation. Grand-Maître de l'Artillerie en Perfe. C'efi:
la cinquème perfonne de l'Etat. Il fait auffi la charge
d'Amiral. Machinamenti bellici Magijier j Machtnis
bellicis prœfecius. M. de Bonnevalétoit revêtu de cette
dignité.
TOQ
TOQUART. f, m. On appelle burlefquement , & en
converlation Toquarts, ceux qui portent des toques.
Pileatus. Avez-vous vu ces Toquarts}
TO(^UE. f. f. Bonnet d'homme de figure cilyndrique, ou
d'une forme de chapeau , plat par deftus , à petits bords ,
plillé tout autour. Rugatus pdeolus. Les Officiers de
la Chambre des Comptes portent destoquesde velours.
Les Confuls , les Maîtres & Gardes des Corps des
Marchands en portent auffi. C'étoit autrefois la coif-
fure de tous les oftîciets qui n'étoient point gradués.
Les Cent Suiftès de la garde du Roi portent des to-
ques de velours noir.
Ce mot eft fort ancien en François , & fignifioit un
bonnet rond. On l'appeloit auffi torque : 8c toc en .lan-
gage Celtique ou Bas-Breton , fignifioit chapeau.
Toque, eft auffi un terme de certaines Religieufes,
pour dire un linge de chanvre eu de gros lin qui
couvre les épaules & l'eftomac des Religieufes du
Saint - Sacrement. Port-R. Superhumerale lineum vel
Cannabinum.
Toque. Plante que les Latins nomment Caffida, de
Cajfis, qui lignifie un cafque, dont elle a la figure. Elle
pouflc une tige haute d'un pied & demi , droite , car-
rée , velue J parfemée de nœuds , d'où fortent des
feuilles oblohgues , découpées profondément, molles
velues, d'un vert obfcur. Les queues en font auffi velues,
moiles & longuettes. Du milieu de la tige s'élèvent de
petits rameaux longs comme la main, garnis de petites
feuilles étroites, pointues , non dentelées, foutenanc
des fleurs en gueule, dilpofées en épis oblongs comme
dms l'horminum, jaunes ou de couleur purpurine, &
rarement blanches. Chacune de fes fleurs eft un tuyau
découpé par le haut en deux lèvres, dont la fupérieure
eft un cafque accompagné de deux (veillettes. La lèvre
inférieure eft le plus louvent échai.V'e. Il fuccede à
cette fleur quatre graines prefque rul cS , dures , ra-
boteufes , qui milrillènt dans la capfi1|e qui a fervi de
caliceà la fleur qui a la figure d'une tête couverte d'unç
*^ Mij
S)2 TOQ TOR
toque. Sa racine, femblable à celle de l'ortie, efl jau-
nâtre , filjreufe. Elle croît dans les lieux montagneux,
humides & pierreux , & dans les bois. Cette plante eft
déterlive, vulnéraire, apéritive , defficative , & pro-
pre pour les cours de ventre.
Toque, f. f. Autre plante qui eft lamémequelaTERTiA-
NAiRE. Fôje^ ce mot.
Toque, Terme de commerce. Il Ce dit dans la Chine, de
la manière d'y évaluer le titre ou fineiïè d'argent ,
que l'on divile en toques , comme en France l'on fait
en deniers.
L'argent le plus fin eft de cent toques ; le plus bas eft
de quatre-vingt : au-deftous il n'eft pas reçu dans le
le commerce. L'argent de France ne pafiTe à la Chine
que fur le pied de 95 toques.
On nomme aufll de ce nom certaines mouffèlines
ou toiles de coton fines , que l'on apporte des Indes
Orientales, particulièrement de Bengale.
Toque. Efpèce de monnoie de compte , dont on fe fert
dans le royaume de Juda, & en quelques autres en-
droits de la côte d'Afrique , ou les Bouges , ou Caulîs
font reçus dans la traite de Nègres. Une toque de
Bouges eft compofée de 40 de ces coquillages. Cinq
Bouges font une Galline.
TOQUÉ, ÉE, vieux, adj. Qui n'a qu'une toque fur la
tête , qu'un Bonnet. Pileatus , a. Quand la Dcefleeut
mis bas fes habits & fes achèmes demeurant
toquée fans plus de riche couvre-chef. Jean le Maire.
TOQUÉ. Nom de lieu -, près de Panama dans l'Ifthme
de l'Amérique. Il y a des maifonsde campagne. C'eft-là
qu'étoit la Négrerie de l'AflTiente.
TOQUER. V. a. Vieux mot qui lignifie heurter, & qui
ne fe dit plus que dans les provinces , li ce n'eft en ce
proverbe, qui toque l'un , toque l'autre -, & chez_ les
buveurs, qui difent /ojuer le verre , pour dire faire
toucher un verre contre un autre. Expreffion populaire
AlUdere, collidere.
Toquer. En termes de Bonneteur,c'eft marquer les cartes
par le coin , d'une manière dont les autres ne s'apper-
çoivent point. Cartas lujorias in angulisfigimre ,notare.
TOQUET. f m. Petit bonnet que portent les enfans ,
ordinairement de quelqu'étofte de foie , quelquefois
de toile garnie de dentelle. Pileolus. Toquet de fatin ,
de talîetas.
On le dit auffi d'une forte de coilîure à l'ufage des
femmes du peuple & des payfannes. Ces deux femmes
fe fonr prifes au toquet.
Quelques-uns ont dérivé ce mot de toga , parce que
ceft une pièce de l'habillement qui couvre la tête.
TOR
. TOR. VoyeiEtro-B..
TOR. f. m. qui le dit en termes de coutumes pour Tau-
reau. Taurus. Tor & ver fe dit pour taureau & verrat.
En Normandie & en d'autres Provinces le Seigneur
a le droit de fournir feul un raureau & un verrat
banier dont il tire de l'argent -, ce qu'on appelle droit
de tor & ver.
Cil feifile J'acrifice
D'un grand tor ow d'une génijje. O v i d e Mf. ^f Borel.
Il faudroit écrire Taur.
ToR. f. f. fignifioit auffi autrefois une Tour, & vient de
l'Hébreu t^ur , ou du Syriaque tur. Borel. Il ne vienr
ni de l'un, ni de Pautre, mais du Latin Turris , Tour,
& Turris pourroit peut-être venir de l'Hébreu *njî,
Tfor, ou TJbur. Rupes, munimentum ,locus munitus.
Tor , Thor. f. m. Terme de Mythologie. Nom propre
d'un dieu des ajiciens Germains , qu'on nommoit autre-
ment Taran.C'étoit leur Jupiter ,1e Dieu du foudre &
du tonnerre. Voye[ Éricus Olaiis , dans fon hiftoire
de Suède, L. I. C. i. & ci-delfus Taran &Thor.
TORAGE. f m. Droit que les prifonniers payoient au-
trefois au Tourier ou Geôlier. Toragium. Voye\ de
Laurier. Glo(f. au mot Tourier.
TORAILLE. f f. TeriTie de Coutumes, On appelle To-
raillela. maifon ou l'édifice où l'on fait fécher les grains.
Locus ubi ficcantur grana.
XoRAiLLE. Terme de Commerce. Efpèce de corail brute
TOR
que les Européens portent au Caire Se à Alexandrie."
Il eft peu-eftimé , & ne vaut que le quart du corail
brut de Meffine.
Ce itidt vient du Latin torreo.
TORALou THURAL. f. m. Terme de coutume. Élé-
vation de terre , ordinairement couverte de gazon ,
que l'on fait entre deux héritages , qui appartiennent
à deux diftérens maîtres , pour fervir de féparation.
Voyei l'ancienne coutume de Berri , publiée par la
ThaumafTière. C. XJI. p. 15^. Aggér, aggeftus tora-
lium. On marche fur ces toraux ou thuraux qui de-
viennent ainfi de petits chemins élevés ', & de là vienr
que dans l'ancienne Coutume de Berri au Chapitre
cité , ils font mis au nombre des chemins.
Toral vient de torus j toro , toronus j turonus , qui
fignifient une colline.
TORALBA. Nom d'une petite ville ou bourg de" la pro-
vince de Lagudrori en Sardaigne. Teralba. Ce lieu eft
à fix lieues d'Algéri vers levant. Maty.
TORASSE. {. f. Vieux mot. Ceft, félon Nicod , une
vache qui aime l'accouplement plus que les autres, &
qui n'a guère de lait , parce qu'elle n'a pas plurôt
mis bas, qu'elle court après le taureau. Ce mot a été
fait de la même manière que HommaJJe, qui iîgnifie,
ajoute Nicod , une femme qui tient plus de l'homme
que de la femme.
TORCE. Bourg de France dans le Maine , Diocèfe du
Mans , Ele£tion de Mayenne.
TORCELLO. Nom d'une ville de l'État de Venife.
Torcelluin. Elle eft lut une petite ifle , à deux heues
de la ville de Venife, vers le nord. Torcello eft petite,
& mal peuplée , à caufe de la grofllereté de fon air.
Elle a pourtant un évêché fuftragant du Patriarche
de Venife, qui y fut transféré l'an 1585. d'Altino ruii
• née par les Huns. Maty.
TORCESTER. Foyq TOWCESTER.
TORCEIE. f f. Bâton de fipin ; ou d'autre bois réfineux,"
entouré de cire & de mèche , qui étant allumée , fert à
éclairer , ou qui eft portée par honneur en quelque cé-
rémonie. Ceratatœda, fax. On porte des torches aux
proceffions du Saint-Sacrement. On en portoit aux en-
terremens : maintenant on fe fert de flambeaux. Dans
l'amende honorable le criminel doit avoir une torche
ardente à la main du poids de deux livres. Les torches de
deux livres doivent avoir cinq pieds de long ; celles
d'une livre & demie , quatre pieds & demi -, celles d'une
livre , quatre pieds, fuivant Its Statuts des Épiciers.
Ce mot vient de torquendo. On appelle encore
torois , de la petite bougie tortillée. Nicod.
ToRCHE,eft auiji un nom qu'on donne .\ la graiftè ou à
la réiine qui .fort du pin , du garipot & de la melcfe ,
dont on fait la poix. Rejîna pix. Le pin fe convertit eu
torche quand il fe pourrit.
Torche, s'emploie auiîî figurémenr. Hélène fut la torc/t£
fatale qui eau fa l'embrâlement de Troie. Fax , funale.
Torches. Ceft ainlî qu'on appelle en terme de challè,
les fientes des bêtes fauves , quand elles l'ont à demi-
formées, Saln. Fcbx jftercus jfimus.
Torche. Terme de'Vanier. LesVaniers appellent quel-
quefois de ce. nom , le bord d'un panijier. Labrum.
cophini.
En termes dé Tonnelier , Torches fignifie un rang
de quatre ou cinq cAceaux fur un tonneau. Il y a fur
une pipe fix torches. On pofe le tonneau en chan-
tier fur les torches -, il ne doit pas porter fur les
douves.
Torches. Terme de Marchand de fer. Les Marchands de
fer donnent pareillement ce nom aux paquets de fil de
fer plies en rond , en forme de cerceau. Ils le dilent
auffi du fil de laiton.
Torches. Terme de Maçonnerie. Ce fout des nates ,
ou lîmplefnement des paquets & bouchons de paille ,
que les bardeurs qui portent le bar, ou qui traînent le
binard, mettent fur l'un & fur l'autre de ces inftrumens
lorlqu'ils veulent porter ou traîner des pierres taillées ,
pour empêcher que leurs arêtes ne s'écornent & ne fe
gâtent.
Torches. On nomme auffi de la forte dans le com-
merce des oignons , des bâtons couverts de paille ,
TOR
longs de deux ou trois pieds , autour defquels font liés
par la queue divers rangs d'oignons. La torche cft dif-
férente de la glane & de la botte.
Torches ou Fenons , Terme de Chirurgie , font des
bâtons de la groffeur d'un doigt, lefquels on envelop-
pe de paille, puis d'un demi-linceul , & font appopriés
aux jambes & aux cuillès rompues.
TORCHE-CUL. f. m. Papier ou linge dont on fe fert
pour s'elÎLiycr le derrière. Comment Gargantua re-
connut l'eiprit defonfils à l'invention d'un Torche-cul.
C'eft un chapitre de Rabelais. Ce mot n'eft pas hon-
nête.
On dit figurément populairement d'une chofe mé-
prifable. Cet écrit n'eft qu'un torche-cul , un vrai
torche cul.
TORCHE-NEZ. f. m. Terme de Manège. C'eft un pe-
tit inftrument de bois , qui avec une courroie ferre étroi-
tement le nez d'un cheval, qui l'empêche de faire du
défordre , & de fe débattre , lot fqu'il efl: trop fougueux,
& qu'on lui fait le poil ^ ou qu'on le ferre. Nûjî confiric-
torium.
TORCHE-PINCEAU, f. m. Terme de peinture. Petit
linge dont le peintre fe fert pour nettoyer fes pinceaux
& fa piatte.
TORCHEPOT ou GRIMPEREAU. f. m. en Latin, &V/^
ou Ficus cinereus. Le Torchepot eft un peu plus grand
que le pinlon & le gros moineau , & approchant de
la groflèur de l'alouette; il a le bec longuet, droit ,
noir & rond -, il a la tête & les yeux fort petits -, fou
cou , fon dos , le delTlis de fes aîles & de fa queue font
de couleur plombée ; fa queue efl: marquée d'une ta-
che blanche par le bout en travers , qui tire fur
le cendré ; il efl: fous le ventre & fous la gorge
d'un châtain roux •, les racines des plumes de ion
ventre , ainfi que du deflTus de fa queue, font noi-
res ; car ce que nous avons nommé de couleurs plom-
bée , procède de deux plumes feulement qui couvrent
le delîus', fa tête jaunit un peu par les côtés j ou ey
cette partie , entre le commencement du bec & der-
rière les yeux , on lui voit une tache longue, fort noire",
fes pieds font teints d'une couleur d'azur & d'eau un
peu noirâtre , mêlée d'un peu de jaune ; fes doigts
font allez longs ^Tes ongles font crochus,, courbés &
noirs •, il eft: ditiérent des pics ou piverts en ce qu'il a trois
doigts devant , & un ergot derrière -, il grimpe néan-
moins , & defcend le long des arbres comme eux , &
les creufe de la même manière. Quelques-uns l'appel-
lent grand grimpcreau •, il n'a pas la langue ou la
queue forte, ni roide comme les pics.
Lorfque cetoifeau trouve un grand trou dans un ar-
bre où il veut faire fon nid , 11 le ferme entièrement
avec de la terre gralle & limoneufe , n'y laiifant feu-
lement qu'une tt ès-petite entrée ", mais il compole cela
avec une telle induftrie , qu'il eft impoiïible qu'un
maçon y apporte plus d'adrefle. Il fait quantité de
petits , & les élève avec beaucoup de foin : il vit de
la petite vermine qu'il trouve aux environs des arbres,
de leurs écorces : il eft fort atlif & vigilant.
Il y a une efpèce de Torchepot , qui ne ditiere du
grand que par fa taille.
Aldrôvand fait mention d'un autre Torchepot, ou
du moins d'un oifeau qui eft d'un genre fort confor-
me. Il dit qu'il a les ailes noires & blanches , & qu'el-
les font fore diverfifiées •, que la plus grande partie du
refte de fon corps eft de couleur de rouille , & qu'il eft
blanchâtre fous le menton.
TORCHER. V. a. Nettoyer , frotter pour ôter l'ordute
qui eft lut quelque chofe. Tergere ^detergere , ahfter-
gere. On torche les pots & les plats avec les torchons.
Les nourrices torchent les enfans qui ne font pas nets.
On fe torche le derrière des écrits des méchans Auteurs.
Les Batteurs d'or difent auffi. Torcher le quarteron
d'or, pour dire le nettoyet avec un morceau de drap.
Ce mot vient de tergere. Nicod.
Torcher. Terme de Maçonnerie. Signifie auffi enduire
avec de la rerre grafle , ou faire un mur de bauge.
Lutare parietem : luto ,paleato illiniré. Il faut employer
deux journées de payi'ans à torcher cette grange, cette
cloifon.
TOR
93
On dit proverbialement , qu'un homme n'a qu'à
fe torcher le nez d'une ati'aire , ou s'en torcher la
barbe-, pour dire qu'il n'y réuffira pas , que ce n'eft
pas pour fon nez. Nonproficiet. On dit auffi de celui
qui ne veut pas profiter des remonttances qu'on lui
fait, qu'il s'en torùhe le derrière.
Torché, ée, part.
TORCHETTE. f. f. Terme de Vanier. Ofier tortillé au
milieu de la hotte. Vimina complicata. Faire une îor-
chette.
TORCHERE ( autrefois Torchière; ) Ç. f. Elpèce de gué-
ridon fort élevé, fur lequel on met un flambeau , ou
girandole, des bougies dans les falles des palais , des
grandes maifons. Candelabrum majus. On appelle
cette efpèce de guéridon Torchère , parce qu'on
y met de gros flambeaux de cire auflî gros que des
torches.
TORCHIS, f. m. Terme de Maçonnerie. Terre graftè
détrempée , avec du foin ou de la paille» dont on fait
les murailles de bauge, les cloilbns, les granges de la
plupart des métairies de la campagne , & quelquefois
de lîmples enduits. Lutuni paleatum, lutanus panes.
TORCHON, f. m. Morceau de grolle toile dont on fe
fert pour torcher & efluyer la vaiflelle, les fouUiers,
les meubles, les planchers. Penicillum , penicula'men-
tum. On a donné tant de paquets de torchons à la
blanchilTeufe.
Torchon , fe dit auffi dans les ateliers , de gros bou-
chons de paille qu'on met fous les pierres , lorfqu'on
les tranfporte , ou qu'on les monte , pour empêcher
qu'elles ne s'écornent, ck on dit un bar armé de fes
torchons. Suppofitumftramen.
On dit populairement d'une femme malpropre, que
c'cft un torchon , qu'elle eft faite comme un torchon.
TORCIS. f m. Vieux mot. Entre-las. Borel.
TORCOU. Foje? Turcot.
«C^TORCY. Petite ville de France , dans la Brie. Il y
a quelques autres lieux qui portent le même nom.
Un en Bourgogne , dipcèfe d'Autun ; un autre en
Normandie, dioccfe de Rcjen. qu'on appelle Torcy-
le 'Grand.
TORDA. Comté de la Tranfilvanie , borné au Nord par
les comtés de Colofvar & de Dobaca ; à l'Orient par
la rivière de Marofch-, au midi par le comté d'Albe ou
de Weiflèmbourg -, & à l'Occident par les Comtés de
Colofvar & d'Abrobania.
La petite vile de Totda fur la rivière d'Aramas en
^ eft le chef- lieu. Elle eft à cinq lieues de Claufenbourg,
lORDAGE. f. m. on appelle en termes de Manufactu-
res d'érottes de foie ,1e tordage de la foie, la façon
qu'on lui donne en doublant les fils de foie furie mou--
lin , ce qui la rend en quelque manière torfe.
TORDE, TORNBURG. Fûj^^Torda.
TORDE ou SAUVERABANS. Terme de Marine. Ce
Ce font des heries , ou anneaux de corde que l'on
met ptès des bouts des grandes vergues pour empê-
cher que les écoutes des hunes ne coupent les rabarts.
Annuli fiinales.
TORDERA , TARDERA. Nom d'une rivière de Cata-
logne en Efpagne. Tordera , Tardera. Anciennement
yllba. Elle baigne Staloni & Oftalric , & le décharge
dans la mer , à Blanes. Maty.
TORDESILAS. Nom d'une petite ville du royaume de
Léon, en Efpagne. Turris Sy II a na. Elle cd aux confins
de la Caftilie vieille fur le Douro,àfcpt lieues de Vai-
ladolid'", veis le couchant. Tordefdas a un ancien châ-
teau , dans lequel la Reine Jeanne, mère de Char-
les-Quint mourut l'an i';55. On appelloit autrefois
cette Ville Otero de Sillas , c'eft -à-dire la colline de
Sillas, en Latin Jugumjyllanum. Maty..
TORDEUR , EUSE. f. m.' & f. Terme deLainier. Celui
ou celle qui tord la laine fur les Lainiers. Envoyez de
la laine au Tordeur ou à la TordeuJ'e.
On le dit généralement des ouvriers 8c ouvrières .
qui tordent les foies, les laines &lcs fils-, mais en l'en-
tendant de.diverfes façons fuivant les apprêts qu'on"
donne à toutes ces choies. Voye\ Tordre.
TORDION. Fojq Trontino.
TORDION. f. m. Terme de Danfe. C'eft' le nom qu'oiî
P4
TOR
TOR
a donné à une ancienne danfe qui Ce danfoir avec une
niefiire ternaire, après la ba(le danfe & fon retour-,
elle en faifoit comme la rroilîème partie. Antiquusjal-
tandi modus torquatio diclus. C'étoir une eipcce de
gaillarde , qui n'en étoit diliérente , qu'en ce que le lor-
dion fe danfoir bas & par rerre, d'une manière légère
& prompte -, & la gaillarde fe danfoit par haut , d'une
mefure lente &: pelante.
TORDION. f. m. Vieux mot qui fignifioit contorfion
lafcive. On le trouve dans Brantôme & dans Marot.
TORDRE. V. a. Je tords ^ tu tords, il tord. Je tordis.
J'ai tordu. Je tordrai. Tourner en long & de biais en l'er-
rant -, prelîèr une chofe circulairement. Torquere , dij-
torquere. Tordre du linge poiff en faire fortirl'hiuni-
dité. Les cordiers ont des machines pour tordre leurs
cordes, pour faire des cables. On fait des hares de
fagot avec des branches de menu bois qu'on tord.
Ce terme a diftérentes fignihcationsdans les manu-
factures, dans les arts & métiers. Torû^re de la foie, de la
I laine , du flî , c'efl: quelquefois tourner à la main ou au
rouet plufieurs brins , pour n'en former qu'un leul
fil. Quelquefois c'eft feulement attacher ces matières
fur une cheville , & en rouler plufieurs échevaux en-
femble. Tordre fe dit auffi des foies plattes, pour dé-
figner le pliage en forme de petites colonnes tories
qui fe fait par les ouvriers nommés plieùrs de foie.
Les Ciriers & les Chandeliers tordent la mèche ,
roulent les deux parties l'une avec l'autre , pour les
tenir unies, quand on veutleurdonner la cire ou le luif.
Tordre le cable. Terme de Cordier. C'eft joindre en un
les cordons qui le doivent compofer: ce qui fe lai:
avec un grand rouet où lont attachés les cordons par
un bout , tandis qu'ils tiennent par l'autre à une ma-
chine de bois à deux roues , chargée de plomb ou de
pierres, qui érant mobile, & le rouet fixe, s'approche
à' mefure que le cable s'appetiile en fe tordant.
Tordre le drap à la cheville. Terme de foulon. C'eft: le
tordre [ut une efpèce de cheville, ou gros boulon de
bois, au fortir des vaitleaux oiï il a été foulé , afiiîd'en
faire fortir la graifie & les Ordures qui peuvent y être
reft:ées.
Les Peauffiers , Mégifllers & autres ouvriers qui
préparenr les cuirs légers , les tordent auiïi à la cheville ,
après qu'ils ont été mouillés & foulés aux pieds , afin
d'en faire forrir la plus grande partie dé l'eau.
Tordre , fignifie aum, faire une grimace, tourner de
travers. Difiorquere. Les Courtilans d^Alexandre tor-
daient le cou , pour imiter leur maître , qui penchoir
un peu la rête. Il y a des gens qui tordent la bouche ,
qui font des grimaces. Les Bateleurs fe tordent le
corps en cent façons.
Tordre le cou, faire mourir en tournant le cou , &dif-
loquant les vertèbres. Cervices difiorquere. On tord le
cou à des poulets qu'on veut tuer. On dit que le dia-
ble tord le cou aux Sorciers , quand il les fait mourir.
fi je croyois que tu diillès être un poltron , un fripon ,
je te tordrois le cou.
On dit au figuré tordre un homme , pour dire le
prelfer , l'obliger à parler. Urgere , cogère , vi im-
fellere. Preflez-les , tordc'^-les , ils dégoûtent l'orgueil,
l'arrogance , la préfomption. Là Bruy. Cette mé-
thaphore eft prife du linge que les blanchifleufes tor-
dent après Favoir bien lavé & battu pour en faire for-
tir l'eau. Oh dit auffi , tordre le iens d'un pallage ,
pour dire , lui donner une violente interprétation ,
éloignée du iens de l'auteur. De bonne foi , n'eft-ce
pas tourner en dérifion les oracles des Prophcres , 'que
de les rorJre fi violemment? Le P. de l'Aurrussel.
On dit proverbialemenr d'un homme qui mange
goulumenr, qu'il ne fait que tordre & avaler. VerJ'at
^ abjbrbet. On dit auffi de ceux à qui on veut repro-
cher trop de jeunelîe , ou un manque d'expérience :
Si on lui tordait le nez , il en fortiroit du lait.
Tordu , ue. Parr. Ce n'efl: pas la même chofe que tors,
torfe.
TORDYLIUM. f. m. Plante qui pouflê une rige à la
.hauteur d'environ un pied , cannelée , velue. Ses feuil-
les font oblongues , arrondies, dentelées , velues, ru-
des, rangée^ plyfieurs le long d'ujne cote. Ses fleurs
^nailTênt fur des ombelles ou parafols aux fommets des
branches , compofées chacune de cinq feuilles blanches,
difpofées en fleurs de lys. Il leur luccède des lemen-
ces jointes deux à deux , relevées d'une bordure rail-
lée en grain de chapelet , odorantes , un peu acres.
Sa racine eft menue. Cette plante croît dans les pays
chauds, comme en Languedoc , le long des chemins,
dans les bleds. Sa racine eft bonne à exciter l'urine 8c
les menftrues, pour la pierre, la colique venteufe,&
elle eft auffi anti-néfrétique. Il y en a plufieurs elpèces.
TORE. f. m. Terme d'Architedure , qui fe dit des gros
anneaux des bafes des colonnes ; c'eft -à- dire , des
grollès moulures rondes , qui fervent aux bafes des
colomnes. On appelle Tore lupérieur, le plus gros
d'une bafe Attique ou Corinthienne, & Tare inférieur,
le plus petit. Toreutici aperis taras , calumnaris torus^
C'eft la groftèur du Tore qui le diftingue des aftra-
gales. Les bafes des colomnes Tofcanes & Doriques
n'ont qu'un tore ', les bafes Attiques & Corinthiennes
en ont deux. Quelques-uns l'appellent auffi bâton bo-
JèlSc rond.
TOREADOR ou TORADOR. f. m. MotEfpagnol, doiit
nous nous fervons quelquefois : il fignifie un homme
qui attaque les taureaux , qui dans les courfes des
tauteaux, qui fe font quelquefois en Efpagne, com-
bat ces animaux. Taurainachus. Un Toréador, quel-
qa'aJroit & quelqu'agile qu'il foit , met toujours
fa vie en quelque danger. Il y a eu deux Toréa-
dors tués dans cette courfe de taureaux.- Le faint Pape
Pie V. défendit , fous peine d'excommunication , les
courles de taureaux , & cette excommunication de-
voit être encourue par le feul fait, tant par ceux qui
perniettoient ces fpeé^tacles , que par les Toréadors. Il
défendit auffi lous la même peine aux religieux d'être
fpeétateurs de ces combats. Navarre rapporte cette
conftitution , Ch. XV. n. 15). Dans la fuite on la mo-
.difia, & Clément VIII. y apporta encore de plus grands
adoucifiêmens , comme on le peut voir dans Sanchès,
'L. IL Canfiliarum, C. VIII. D. 31.
TORELLE. Vbyei^ Toraille. C'eft la même chofe.
TOREUMATOGRAPHIE. f. f. Toreumatographia. Ce
mot eft Grec , & veut dire la' connoilîance des baA
fes tailles , & des reliefs antiques. On doit l'invention
de la Toreumata graphie à Phidias , & fa perfection à
Polyclète. Les célèbres Graveurs d'Italie ont donné un
beau jour à cette fcience. Spon. Voyage de la Grèce.
TORFAIT. Vieux f. m. Forfair & au pi. Torfaits , for-
faits. Songe du verger. On dit a.uSi,/urfaits j Me/chi-
not. Borel.
TORGAUTS. f. m. pi. Peuples Tartares qui font préfen-
temcnt une branche de Calmouks , & fous l'obéiflancc
de l'Ajuka-Cham.
TORGAW ou TORGAU. Nom d'une ville de l'Eleéto-
rat de Saxe en Allemagne. Torgavium. Elle eft fur
l'EE'^e , entre Neillèin & Wittenberg , à huit lieues
de la première, & à fept de la dernière. Certe ville
eft allez bien fortifiée , & défendue par une citadelle,
long. 30. d. 40' lar. 51. d. j6 m.
TOPvI, ou. TORY. Nom de fecte en Angleterre. Taris y
Tarifius. Ordinairement dans la converfation nous di-
fons Toris ar. lingulier comme au pluriel. Un rel Sei-
gneur eft Toris, & l'on fait former ['s final.
Pendant la guerre dont la malheUreufe ifiue con-
duifit Charles I. fur Péchaitaud , les partifans du roi
furent d'abord nommés Cavaliers , nom qui a été
changé depuis en celui de Toris. Ceux du Parlement
qu'on appella d'abord Têtes Rondes, reçurent enfuite
le nom de Wighs. Voici l'origine de ces deux noms de
Toris & de Wighs. On appeloit en ce temps-ià Toris ,
cerrains brigands ou bandits d'Irlande , qui le tenoient
iur les montagnes, ou dans les iiles que forme le vafte
marais de ce pays-là. On les nomme à préfent Rappc-
ries. Comme les ennemis du Roi l'accufoient de favo-
riler la rébellion d'Irlande , qui éclata dans ce même
temps , ils donnèrent à lès partifans le nom de Toris.
D'un aurte côté , ceux-ci pour rendre la pareille à leurs
ennemis qui étoient étroitement unis avec les Ecoflôis,
leur donnerenr le nom de Wighs, qui eft celui qu'on
donnoit en Ecofle à une feiiiblajjle efpèce de bandits..
TOR
Les Cavaliers ou Toris avoient principaleitiënt ett vue
l'intérêc politique du Roi & de la Couronne , & celui
de l'Eglilè Anglicane : les Têces-Rondes ou Wighs fe
propofoient principalement de foutenir l'intérêt du
peuple & celui du Prefbyteranifme. Ces deux fa(ftions
n'ont point changé d'idée. On ne fauroit dire précilé-
ment quand les noms de Têtes-Rondes & de Cava-
liers ont été oubliés. On peut confidérerces deux fac-
tions , ou par rapport à l'Etat ou par rapport à la Re-
ligion. Nous ne déviions parler ici que des Toris, &
renvoyer ce qui regarde les Wighs à ce mof, mais
parce que la comparaifon de ces deux partis les fait
mieux connoître l'un & l'autre , nous jugeons plus à-
propos de ne les point trop féparer. Nous aimons mieux
en dire moins au mot Wighs , & renvoyer ici.
Les Toris d'Etat , font ou outrés , ou modérés. Les
outrés voudroient que le Souverain fût abfolu en An-
gleterre , & que i"a volonté y tînt lieu de loi. Ce parti
qu'on dit n'être pas fort nombreux , eft confidérable
néanmoins ■, i ° parce que fes chefs font des Seigneurs
de la plus haute qualité, & ordinairement des Miniftres
d'Etat & des Favoris : 2" en ce qu'étant dans le minif-
tère, ils engagent les Toris d'Eglife à foutenir forte-
ment le dogme de l'obéiflance pafïïve, & perfuadent
qu'il n'a eu en vue que de ruiner les Prelbytériens :
3° parce qu'il arrive fouvent que le Roi l'appuie. Les
Toris modérés ne veulent point foufFrir que le Roi
perde aucune de fes prérogatives •, mais ils ne pré-
tendent point lui facrifier celles de fes fujets. Ce iont
de véritables Anglois, dit l'Auteur, qui ont à cœur le
bien de leur patrie, & qui veulent maintenir la confl:i
tution du gouvernement dans le même état qu'elle
leur a été laiflée par leurs Ancêtres^ Ils ont fouvent
lauvé l'Etat, & ils le fauveront encore , lorlqu'il le
trouvera en danger de la part des Toris outrés , ou
des Wighs Républicains. Les Wighs d'Etat font ou Ré-
publicains , ou Modérés. Les premiers , font , félon
l'Auteur , un refte du parti du long Parlement qui
avoit pris à tâche de changer le gouvernement en Ré
publique. Ils font une fi petite figure, qu'ils ne fervent
qu'à fortifier le parti des autres Wighs. Les Toris vou-
droient bien perfuader au public que tous les Wighs
font de cette efpèce comme les Wighs voudroient
faire croire que tous les Toris font outrés. Les Wighs
d'Etat modérés font à peu près dans les mêmes prin-
cipes que les Tbrù modérés, & f'ouhaitent que le gou-
vernement fe maintienne fur fes ancien? fondemens. La
feule ditiérence eft que les Toris modérés penchent
plus du cote du Roi , & les Wighs modérés du côté du
Parlement. Ceux ci font dans un mouvement perpé-
tuel •, pour empêcher que les droits du peuple ne foient
envahis , quelquefois même ils prennent des précau-
tions aux dépens de la couronne.
Avant que d'envifager les deux partis par rapport
à la religion , il faut remarquer que la prétendue Ré-
forme , pouflee plus ou moins loin , divifa les Anglois
en Epifcopaux , & en Prelbytériens ou Puritains. Les
uns prétendoient que la jurifdidlion Epifcopale devoir
être confervée auflî bien que la forme qu'ils avoient
donnée à leur Eglife. Les autres foutenoient que tous
les Prêtres ou Miniftres avoienr une égale autorité;
& que l'Eglife devoit être gouvernée par des Prefby-
cères ou Confiftoires mêlés de Miniftres , & de quel-
ques anciens Laïques. Après de longues querelles, les
plus modérés de ces deux partis relâchèrent quelque
chofe de leur rigidité , & formèrent deux branches de
Wighs & de Toris mitigés au fujet de la Religion.
Mais il y en eut encore un plus grand nombre qui de-
meurèrent fermes dans leurs principes avec une opi-
niâtreté inconcevable. Ce fut ce qui donna naiftance
aux deux branches d'Epifcopaux & de Prelbytériens
rigides , qui fe font continuées jufqu'à ce jour. La
Hiérarchie eft le principal article fur lequel ils font di-
vifés. Les uns & les autres font compris fous les noms
de Wi^hs & de Toris , parce que les Epifcopaux ri-
gides fe joignent aux Toris , & les Prelbytériens aux
Wighs.
De tout ce qu'on vient de dire , il faut conclure que
Çuifque les oom? de Wighs & de Toris ont rappotc à I
ÔR
5)
deux objets difFérens , ils font équivoques , & que par
conféquent on ne peut les appliquer fans dire en même
temps en quel fens on le fait. Une même perfonne fera
à divers égards Wigh & Tori. Un Prefbytérien , par
exemple, qui fouhaite la ruine de l'Eglife Anglicane,
eft certainement par-là , dans le parti des Wighs \ ce-
pendant s'il s'oppofe de tout fon pouvoir aux attentats
que quelques-uns de. fon parti voudroient faire contré
1 autorite Royale , on ne peut difconvenir que par cef
endroit il ne fbit eftedivement Tori. De même, quand
il s agit de 1 Eglife, les Epifcopaux doivent être regar-
des comme Tons \ mais combien n'y en a-t-il pas qui
iont Wighs par rapport au gouvernement?
Au refte les motifs généraux qui ont forihé & qui
maintiennent les deux partis, ne iont pas ordinaire-
ment les motifs fecrets des particuliers. L'intérêt pro-
pre eft le premier mobile de leurs avions. Depuis la
naiftance de ces faétions , chacune a travaillé avec ar-
deur à g^agner^ l'avantage fur l'autre -, parce que de
cette lupériorité viennenr les charges, les honneurs &
les dignités, que le parti dominant fait diftribuer à fes
propres membres , à l'exclufion du parti contraire.
Refte à marquer les caraûères que l'on attribue
communément aux Wighs & aux Toris. Les Toris
font hers & hautains. Ils traitent les Wighs avec le
dernier mépris , & même avec dureté , quand ils ont
l'avantage iur eux. Ils font très-paffionnés , & vont
extrêmement vite , rapidité qui n'eft pourtant pas tou-
jours l'eliet de la fougue , & qui a quelqiiefois fort
fondement dans la politique. Ils font enfin fort fujets
à changer de principes, lelon que leur parti eft domi-
nant ou abaiiîé. Si les Prelbytériens rigides prévaloienc
dans le parti Wigh, ce parti ne feroit ni moins alticr,
m moins fougueux que celui des Toris ; mais on dit
qu ils n en ont pas la diredion : ce qui donne lieu d'af-
lurer que ceux qui font à la tête du parti des Wighs
iont beaucoup plus modérés que les chefs des Torisi
D ailleurs ils fe conduifent ordinairement par des prin-
cipes fixes , ils vont à leur but par dégrés , fans vio-
lence , & leur lenteur n'eft pas moins fondée fur la po-
htique , que l'emportement & la promptitude des To-
ns. On accule les Wighs , d'être fort avides de biens
& d honneurs, & de récompenfer mal ceux qui s'ar-
rachent à eux , ce qui leur fair perdre fouvent des
amis & des partifans-, je ne puis rien dire de pofitif fur
ce lujet: quoiqu'il en Ibit , dit un Auteur que nous al-
lons citer , on peut dire à l'avantage des Wighs mo-
dères, qu'en général ils fouriennent une bonne caulet
lavoir la conftitution du Gouvernement tel qu'il eft:
établi par les Loix. Ils pèchent à la vérité, quelque-
fois par un excès de précaution & de défiance : cela,
leur fait faire de remps en temps des démarches con-
traires à leurs véritables intérêts & à leurs propres,
principes-, puifqu'en certaines occafions, ils ne main-
tiennent les droits de la Nation & du Parlement qu'aux
dépens de l'autorité Royale. Vbyei la Diftèrtation dé
M. Thoiras Rapin fur les Wighs & les Toris , impri-
mée à la Haye en 1717. Après tout, les Anglois ne fonc
pas les lëuls (jui compofent ces deux faélions. La plu-
part des Etrangers établis en Angleterre , ou qui y onc
vécu , font devenus Toris ou Wighs. Il y a aulïï une
hiftoire du Wighifme & du Torifme compofée par
M. deCize, ci-devant Ofticier au fervice d'Angleterre ^
& imprimée à Leipfilc la même année 1717. Elle con-
tient à peu près la même choie que la Diftèrtation de
M. Rapin.
Les Toris , dit-il , (i l^on en cfoit les Wighs i font
les tlateurs du Prince, & les ennemis des Sujets; tous
leurs principes tendent à donner à celui-là un pouvoir
abfolu & tyrannique , & à priver ceux-ci de leurs
droits , auffi-bien que de leur liberté. Ils veulent af-
fervir l'Erat à l'Eglilè •, ils font animés d'un elprir dé
perfécution , & ils impofcnt aux confeiences le même
joug que l'Evêque de Rome impofc à ceux qui le re-
connoiftent pour leur Chef. Ils ont un penchant ex-
trême à retourner à la Religion Romaine-, & ils lat
préfèrent aux Settes Proteftanres , qui ne fe confor-
ment pas à Id difcipline de l'Eglife Epifcopale. Ils font
parcifansi & peniiouuaires de la Fjauce -, ils s'y font vea-
55
TOR
TOR
-dus einc-mêmes, & lui ont livre leur Patrie, toutes
les fois que cette ennemie jurée de rAngleterre a vou-
lu mettre un prix à leur trahifon. Le Chevalier hrmer
qui étoit grand Toris, prétendoit que 1 homme etoit
ellentiellement né efclave ', que la Royauté eto,t de
droit divin-, qu'Adam avoit été le premier Monarque
du monde, & que tous fes delcendans avoient ete les
clclaves. Selon M. de C.ze= dans ion hiftoire du Wi-
ghilme & du Torifme , les Tons ont pour maxuiie.
In matière de Poluique, que les Rois ne riennent eur
autorité que de Dieu, que par conlcquent ils ne lont
rclponfables qu'à lui de leur gouvernement-, que la
. -Royauté eft de droit Divine que les Sujets n ont nul
droit d'exiger du Souverain qu'il renie compte de ia
conduites qu'on doit lui obéir en tout ce qui n'eftpas
contraire à la Loi de Dieu -, que ni les particuliers , m
tout le corps de la Nation ne peuvent lui relifter fans
crime. Que le Prince, ajoute M. de Cize, envahille a
liberté, qu'il détruife les privUéges, qu'il renverle la
Keligion de Ion Peuple , il faut, félon les Tons, le louf
frir patiemment. Il faut conferver Ion ame pure , il
faut mourir pour fa Religion , mais il ne taur pas re-
lifter aux Puilîances. Un Prince né pour fucceder à !a
Couronne , ne peut être privé du droit de fa naillance-,
de quelque Religion qu'il foit, & quelque dellcinquii
ait, rien n'autorile la Société à l'exclure de la luccel-
fion. Les Toris aiment la France, & n'ont que tort peu
d'inclination pour la Maiibn d'Autriche , & pour je-
Hollandois. Les Tons font ennemis de la guerre, lur-
tout de celle qui fe fait lur rerre. Us font allez mdii
férens à l'égard du commerce , parce que les Wighî
leurs ennemis font les plus grands Marchands de la
Nation. Voici leurs idées par rapport à la Re.igion
L'Epifcopat eft de droit Divin, auffi-bien quelaRoyau-
té.Tous ceux qui ne font pas ordonnés pardesEvequCi^
ne peuvent être Miniftres de Jéfus-Chrift, ni de foi
Eglife. Les Toris font tous leurs eftoris pour rendre
l'Eglife indépendante de l'Etat. En général ilsn'héhten
pas" à dire qu'il vaudioit mieux être Catholique Ro
main, que PreiLytér.en. De-là naillent leur animoiiu
contre leurs Compatriotes Non-conformiftes, & leui
dureté à l'égard des Proteftans étrangers.
Les Toris prirent en 1700. le titre de Membres de
la haute Eglife, & donnèrent aux Wighs celui de mem
bres de la balîè Eglife. Les forces des Tons, lonr à pei
près en équilibre avec celles des 'Wighs. M. de Cize dit ,
que parmi la haute Nobleile, Ducs, Marquis, Comtes,
•Vicomtes , & Barons , le nombre des Wighs lu rpalie
celui des Tons ; fa preuve eft que depuis l'avenemen'
du Roi Guillaume à la Couronne , les Lords le lonr
prefque toujours oppofés aux dellëins de la Ciiambre-
Balle, lorfque le parti Ton a prévalu. De vingt-quatre
Evêques qui font en Angleterre , on en regarde qua
-torze comme Tons, les autres pallent pour 'Wigh-
zélés. Les Univerfités d'Oxford & de Cambridge , ou
les Eccléliaftiques prennent leurs principes , aulH-bien
que leurs dégrés, foutiennent fortement les idées de-.
Tons\ d'où il arrive que le Clergé inférieur eft poui
l'ordinaire rempU des maximes de ce parti. Il (eroit
difficile de décider lequel des deux partis l'emporte
dans le Tiers-Etat. Pour l'ordinaire la Cour & leMi-
niltère y font pencher la balance de leur coté.
Il y a dans ce Pays-ci , comme en Angleterre , des
Toris & des Wighs. Les Wighs Gallicans , comme en
notre Pays, font un amas de gens de toute efpèce ^
de toutes fortes de caradères , &:c. Pour les Toris Gal-
licans , ils ne font pas tous , non plus que les Wighs ,
d'un même caradère. Anonyme Anglais , dans les
Mém.deTr. ijiS- F^S- ^**-
JoRi , fuivant ce qu'on a dit ci-delTus, eft unmotlrlan-
dois , qui veut due Voleur de grand chemin. AJfaJJin.
Ce nom de Tori fut donné aux payfans Irlandois qui
firent le maflàcredes Proteftans d'Irlande fous Charles I.
Ce fur vers l'an 1678. que les noms des Wighs & des
Toris femblerent divifer la Nation entière , à l'occa-
iion de la fameufe dépofition de Titus Oats , qui ac-
cufa les Catholiques d'avoir dépofé & conjuré contre
le Roi & contre l'Etat. Le nom de Wigh fut donné à
ceux qui croyoient réelle la confpiraiion , S: celui de
7'ori à ceux qui la crurent fuppolée. M. de Ciu.
TORICELLI. f. m. Nom propre d'homme , en ufage en
Phylique dans ces phrafes : Tube de ToricclliJ'cxpC'
rience de Toricelli. Toricellus. Le tube de Toricelle
eft un tube de verre , long d'environ rrois pieds au
moins , dont l'ouverture eft néanmoins de trois lignes ,
& qui eft fcellé hermétiquement par un bout. Tubiis
Toncellianus. L'expérience de Toricellij en Latin To-
ricellianum experimenturn , fe fait en remplitlant une
tube de Toncelli de vif argent -, puis bouchant l'ori- .
fice du tube avec le doigt, on renverfe le tube , & on
plonge cette extrémité ouverte dans un vafe, où il y
a du vif argent -, enfuite on ote le doigt qui bouchoit
le tube , que l'on tient élevé perpendiculairement à
la furface du mercure qui eft dans le vafe. Alors une
partie du mercure qui eft dans le tube tombe dans le
vafe , & il n'en refte dans le tube qu'autant qu'il en
faut pour remplir entre vingt-huit & vingt-neuf pou-
ces de la capacité du tube , au-dellus de la lupethcie
du mercure contenu dans le vafe , & dans lequel j'ori-
fice du tube eft plongé ; c'eft l'air qui porte lur la luper-
lîcie de ce mercure, qui félon qu'il eft plus ou moins
raréfié , foutient ainfi , par Ion poids ce Ion rellort, le
mercure, qui refte dans le rube, & le foutient à dif-
fétens dégrés entre z6 & ip pouces , félon qu'il eft
pAis ou moins raréfié, ou que les vents qui fouftlent
de haut en bas, ou de bas en haut , foulèvent oupref-
fent l'air , & augmentent ou diminuent plus ou moins
le poids &: le relFort de cet élément.
Toricelh , à qui nous devons cet inftrument météo-
rologique, n'"a pas été le feul à s'en fervir pour démon-
trer le pefanteur de l'air que nous refpirons. M. Paf-
cal nijt cette vériré dans le plus grand jour parj'expé-
riencé qu iifit faire en Auvergne. M. Perrier, fon beau-
frère , piaça deux Baroinéttes , parfaitement égaux ,
l'un au pied, l'autre au fommet de la mon:agne du
puy de Dôme, & il s'apperçut que le mercure mcnra
plus haut dans le tube du premier que dans le tube du
lecond. Il conclut de- ià que le mercure n'étoit foutena
dans le Baromètre que par la pefanteur de l'air, puifque,
plus la colonne étoit longue , & plus le mercure mon-
toit dans le tube du Baromètre.
Quand on eft menacé de mauvais tenips , de pluie,
le Baromètre baille au-dellbus de la hauteur moyenne,
c'eft-à-dire , au-deftous de 27 pouces |. D'où vient cela?
On explique les vaL-iacionsdu Baromètre, non-feule-
ment par ia pefameur de l'air , niais encore par fon reP
fort. Piufieurs Phyficiens s'attachent même particulière-
ment à cette dernière cauie. Or dans un. temps plu-
vieux l'air perd beaucoup de fon éiafticité, puifque
l'humidité qui règne dans l'atmofphère doit commu-
niquer une trop grande flexibilité à les parties. Le mer-
cure doit donc bailïèr alors au-dellbus de fa hauteur
moyenne.
Par une raifon contraire il doit monter au-deftus de
fa hauteur moyenne dans un temps calme & lec, parce
qu'alors l'air eft très-élaftique, fes particules ayant per-
du cette grande flexibilité que l'humidité leur avoir
communiquée.
TORIGNE. Bourg de France dans l'Anjou , Éledion de
la Flèche.
TORIGNI. Nom d'un bourg de la Normandie , en
France. Tonniacum , Tauriniacum , Torineium caj-
trum. Il eft près de la rivière de Vire , à huit lieues de
Coutance, vers le levant.- Maty.
TORILLON. VoycTi Tourillon, qui eft le mot d'u-
fage. Cardo verjhtilis.
TORISME. f. m. Nom de faétion en Angleterre. Tarifa
mus. Un François Réfugié , nommé de Cize , imprima
en 171 5. à Leipfilc, une hiftoire du Wighifme & du
Torijme. VbyeiToRi. Les Catholiques Romains en
Angleterre font attachés au Torifme. Journ. des Sav.
17 17. p. 62.:;. Le Torijme & le Wighiime lont les deux
fadions qu'i partagent l'Angleterre. Le Torijme eft
moins déraifonnable que le Wighifme.
TORLAQUI. f. m. Nom d'une efpèce de Religieux par-
mi les Turc?. Torla^uusj yirapud Turcas Religiojus.
Autrefois
«
TOR
Autrefois ôii vbyoit des TorLiquis & des Kaîenders,
mais ils font rares à préfenr. Du Loir , p. 149.
TORMENTE. Nom d'une rivière de France. Tormen-
tum. Elle eft en Auvergne , & arrofe le Vicomte de
Tmeime. Valois, Not. Gai. p. ££y.
TORMENTILLE. f.f. Plante qui poulTe plufieurs petites
tiges longues d'environ un pied, velues , rougcâtres,
grêles , rampantes , garnies de feuilles femblables à
celles de la quintefeuiile , & rangées de même, mais
au nombre de fept fur une queue. Septifolium. Ses
fleurs font chacune à quatre feuilles dilpolëes en rofe,
petites , de couleur jaune , foutenues par un baffin dé-
coupé en huit parties, quatre grandes & quatre pe-
tites, placées alternativement. Lorfque cette fleur eft
paflée, il lui lucccde un fruit prefquè rond dans lequel
font amallées plufieurs femences oblongues, menues.
Sa racine eft tubéreufc, plus grofTe quelquefois que le
pouce, raboteufe, inégale, rougeâtrej fibreule. En
Latin Tormentillafilveftris. C. Bauh. La racine de Tor-
mentille eft aftringenre , propre pour les cours de ven-
tre, pour le vomillement, pour les hémorrhagies.
Ce mot vient du Latin tormentum, tourment. On a
donné le nom de tormentille à cette plante , parceque
fa racine pulvérilée &c mêlée avec un peu de pirethre &
d'alun, & mifedansla cavité des dents, foulage le mal
qu'elles font.
TORMES. Nom d'une rivière d'Efpagne. Tormis, Elle
naît dans les montagnes d'Avila en Caftille , traverfe
le Royaume de Léon , baigne Alva de Tormes & Sala-
manquc ,& fe décharge dans le Douro , au dellbusde
Miranda de Douro. Maty.
TORMINAL. f. m. Arbre qui croît à une hauteur mé-
diocre, & dont le tronc eft couvert d'une écorce lillë
& blanchâtre. Sorbus torminalis. Son bois eft blanc &
ddr. Ses feuilles font lemblables à celles du fureau aqua-
tique , un peu moindres , ayant la forme d'un pied d'oie.
Ses fleurs font à plufieurs feuilles difpofées en rofe ,
blanches, pâles, ramaflées en grape. Il leur fucçèdcdes
fruits ronds , de couleur de fer , marqués de petits points
blancs, d'un goût auftcre au commencement, & qui
devient eniuite un peu aigre & agréable. Ces fruits ren-
ferment des femences lemblabics à celles du poirier ,
plus petites, prefque triangulaires-, de couleur de châ-
taigne. En Latin mejpilus apii folio Jîlvefiris non Jpino-
fa ,five fbrbus torminalis. C. Bauh. Le fruit de cet ar-
bre eft bon pour les tranchées, pour la diarrhée , pour
la dyiienterie.
Ce mot vient du Latin tormina, tranchée, à caufe
que le fruir du terminal eft propre pour les appaifer.
TORNA. TORNAW. Nom d'une petite ville de la Hau-
te- Hongrie. Torna. Elle eft à fix lieues de Caflovie , vers
le couchant ,& capitale du petit Comté de Torna , qui
eft environné de ceux d'Abanwivar , de Gevinar , de
Gomor , & de Barfod. Maty.
TORNADGLBACHL f. m. Officier de chaflè , dans la
Maifon du Grand-Seigneur. Vertagis Prœfecîus. Le
Tornadgi-Bachi a foin des lévriers. YixjhoïK.pag. 97.
TORNADOT. f. m. Terme du For de Béarn. Retour de
dot. De Lauriere.
TORNAN. Petite ville de France dans la Brie , fur une
petite rivière du même nom -, à cinq lieues de Corbeil ,
& à trois de Brie Comte-Robert.
TORNAS & TOURNES. Vieux fubft. fem. qui fignifioit
ce que nous appelions Lods & ventes, M. Galand, au
Franc-Aku,p. 1S8. citant la Coutume de Montpel-
lier. Mf. BOREL.
TORNAVACCAS. Nom de montagnes d'Efpagu. la
Sierra de Tornavaccas , ou de Gâta. Tornavaccœ, ou
Gatœ Montes. Elles s'étendent le long des confins du
Portugal , depuis le Tage jufqu'au Royaume de Léon ,
& elles font une partie de celles qu'on nommoit autre-
fois les montagnes d'Idubéda. Maty.
TORNE. Nom d'une petite ville de la Bothnie. Torna.
Elle eft fur le bord feprentrional du golfe de ce nom , à
J'embouchure de la Torne , où elle a un bon port. Ce
lieu a quelque commerce , parce que tous les Lapons
des environs y viennent troquer leurs pelleteries pour
les denrées-, & pour les armes dont ils ont beibiii pour
la chafle. Maty.
Toms: FUI. L Partie.
91
Torne. Nom d'une rivière de la Suéde. Tornus fluvius.
Elle a la fource dans les montagnes de Norwèec, tra-
verfe le Lac de Torne , & le Torne- Lap-Maric ^c'cft-à-
dire , la Laponie de Torne , une petite partie de la Both-
nie , & fe décharge dans le golfe de ce nom , à la ville d#
Torne. Maty.
TORNÉEMENT. {'. m. Vieux mot. On difojt aufïï Tor-
n« ., c'eft-à-dire , un tournois , un duel. Merlin. On le
dérive de Troja-, & d'autres , de ce que les Chevaliers
y combattoient par tour. C'étoient des jeux des An-
ciens , & qu on lit dans Virgile avoir été pratiqués par
EnéeTroyen. Foyez Tournoiement. Borel.
TORNEIS. Vieux mot qui le difoit en cette phrafe-, Pont
torneis , c'eft-à dire , Pont levis. Borel. Comme qui
diroit , Pont tournant. P&ns yerfatilis.
TORNES.Nom d'un village de France. Tornucum. Il eft
dans le Mans , entre Laverdin & le Caftre au-delà du
Loir. Valois. Not.Gall. pag. 569.
TOPvNI. Nom d'un village de France. Taturniacum. Il
eft près d'Arci- fur-Aube, dans le territoire de Troies en
Champagne. Valois. Not. Gall.pag.^^.
TORNlCLE. Vieux mot. Cotte d'arme. Borel. Sagum.
«Ci^TORNOVE, ouTORNOVO. Ville de la Grèce dans
le Camenolitari, au pays appelle la Janna, fur le bord
deSalampria, à dix milles de Lariflè
TORNUS , TOURNUS. Nom d'une petite ville avec
une célèbre Abbaye Tinurcium , Trinortium , Trinor-
chium, Trenorchium. Elle eft ancienne , & fituée dans
le Duché de Bourgogne , enFrance, furlaSaône, à fix;
lieues de Mâcon, vers le nord. Maty. Fojq Valois,
Not. Gall.pag, 554,
TORO. Nom dune petite ville fans murailles. Taurum.
Elle eft dans le Royaume de Léon , en Efpagne, fur le
Douro, à neuf lieues de Valladolid, vers le couchant.
Quelques Géographes la preni-uent pour l'ancienne Sara-
bris, d'autres pour l'ancienne Oc?o^uro/72 , deux petites
villes de Vaccéens,MATY.
ToRO, C'eft auffi une petite île , qui eft près de la côre
méridionale de la Sardaigne , au midi de celle de S. An-
diogo, Taurus, L'ile de Toro ^ & celle de Vacca, qui
en eft près, font les deux qu'on nommoit anciennement
Bonares infulœ. Maty,
ToRo. f. m. Terme de Relation. C'eft le met le plus dé-
licieux des Iffinois. Il fe fait de caroflè qui eft le fruit
d'une elpèce de palmier, gros comme une prune, &
qui n'a prefque qu'une peau étendue fur un noyau-, ils
la mettent en monceaux ■■, elle fe pourrit : alors ils la
concailent dans un mortier de bois -, l'arrofent d'eau
chaude , la braflent avec des bâtons ,& en titent l'huile,
dans laquelle ils font cuire do poiftbn avec un peu de fel
& beaucoup de piment: c'eft là leur Toro, qu'ils font
quand ils veulent fe régaler j &dont les Blancs s'accom-
modent allez, pourvu que le piment y ait été épargné.
Voyelle R. P. Loyer. Relation du Royaume d'I^nv.
TORON , ou TAURON. f. m. Sorte de confitures qui
fe fait en Efpagne, compofée de miel & d'amandes-, on
en fait aufïï aux pignons & aux piftaches. On vend quel-
quefois du toron à la foire S. Germain à Paris, le bon
toron doit être bien blanc , f'ec & croquant.
ToRON, f m. Terme de Corderie & de Marine. On ap-
pelle ainfi un cordon ou allemblage de plufieurs fils de
caret tournés enfemble, & non commis , qui font par-
tie d'une corde de câble. Fila retorta. Pour faire un
Toron , on prend un certain nombre de fils ( plus ou
moins, (elon lagroileurqu'on veut donner au cordage)
& on les roule ou tortille enfemble par le moyen du
rouet. Ces torons ainfi formés , étant commis enfem-
ble , forment les cordages.
TOROPÈTZ, TÉROPIETZ, Nom d'une petite ville du
Duché de Refcouw , en Moi'covie. Toropetia , Tero-
piet\a. Elle eft près de la fource de la Dzwinc, aux con-
fins du Duché deNovogrod Wéliki, & à 30. lieues de
la ville de ce norn , vers le fud. Maty.
TOROUT , THOROUT. Nom de lieu. C'étoit autt efois
une grande ville 5 maintenant ce n'eft qu'un bourg tout
ouvert de la Flandre Efpagnole, firué à trois lieues de
Bruges, vers le midi. Thorultum , Thoraltum. Maty.
TOROUX, ou TAUREOUX. f m. pi. C'eft ainfi qu'on
appelle eu quelques lieux de Barbarie ,"& particulière-;
N
98 TOR
mène .ni Baflion de France & Tes dépendances , les plus
beaux cuirs que les Maures viennent y négocier avec
les François. Ceux de la moindre elpèce le nomment
des Elchartz.
TORP , ou DORP. C'eft un mot de l'ancienne Langue
• Teutonique , qui s'eft conlervé dans pludeurs noms de
lieux de France, & fur-tout en Normandie. Il lignifie
village. Dejcrip. Géogr. & Hifi. de la Haute-Norm.
toni. I. p- <;6.
TORPET. VoyeiToKvis. .
TORPILLE, i". f.PoilIôn de mer qui jette ime humeur h
froide, qu elle engourdit la main du Pêcheur, ibit qu'il
pêche avec la main , foit avec le filet , Toit avec la foui-
ne. Elle endort auffi les poiiTbns dont elle fait la pâtu-
re. Torpédo. La torpille eil: mile au nombre des poillons
plats & cartilagineux , comme la raie, le turbot , la foie
& la tareronde. Son corps eft rond , lî on ôte la queue.
Sa tête eft tellement enfoncée entre l'es épaules, qu'elle
ne paroît aucunement. Elle a deux petits yeux, & outre
celadeux trous enformedecroillànt, toujours ouverts,
une petite bouche garnie de petites dents , & au-delîus
deux perruis qui lui fervent de naleaux. Elle a cinq
ouïes de chaque côté , petites & recourbées , & deux
aîles fur la queue. Lapeaudedellus eft molle, déliée,
blanchâtre, celle de deilous jaunâtre, tirant à la cou-
leur de vin. Il y en a quelques-unes qui ont fur le dos
cinq taches noires , rondes ,difpofées en pentagone -,
d'autres en ont plulîeurs fans ordre. D'autres^ n'en
ont point du tout. Ariftote dit qu'on en a vu une
qui avoir fait 80 petits. Nonobftant le venin qu'elle
jette en vie , on ne laiflè pas d'en manger la chair -, &
Hippccrate en recommande l'ufage en plulîeurs mala-
dies. Matthiole dit qu'il n'y a point d'homme qui ait le
bras fi fort, qu'il puilfe long-remps fourenir une torpille
vive. Le Sieur Stepffano Lorenzini Florentin a fait un
Traité particulier de la torpille. Il dit que la petite el-
pèce ne pefe jamais plus de lix onces, & que celles de
la grande vont depuis 18 jufqu'à 24 livres. Il met ce
poiilbn au nombre des vivipares , quoiqu'il air des œuts.
Son cœur palpite 8 ou $> heures après qu'il eft arraché -,
mais il foutient qu'il faut toucher h torpille immédia-
tement avec la main nue en deux mufcles qui l'entou-
rent, où réfide fon venin , pour en fentir Tengourdil-
femenr.
Kempfer alïiire que quand en touchant la torpille ,
on retient fortement fon haleine , on ne relient aucun
des eftets qu'on lui attribue.
Quelques Phylîciens ont mieux aimé nier cette qua-
lité engourdiflânte dans la torpille , que d'en chercher
la eau le. Mais ce fait eft conftaté par un trop grand nom
bre d'obfervations , pour être révoqué en doute.
Quelques-uns , comme Redi , Lorenzini , Perraulr,
&c. attribuent cet engourdillèment à l'émifTion de cer-
tains corpufcules qui Ibrtent continuellement de ce
poilTon, mais beaucoup plus abondamment quand on le
touche , que dans un autre temps. Ces corpufcules
échappés de la. torpille , caufenr, difent-ils, l'engour-
dilïement des parties dans lefquelles ils s'infinuent , ou
par leur nombre , ou par la difproportion de leut figure
avec celle des vaiileaux dans lefquels ils pénétrenr.
Quelques Phyficiens , comme Borelli , Trouvent cette
explication peu fatisfaifante. Si l'engourdiiremcnt di-
fent-ils, dépend .de l'émiflion des prétendus corpufcu-
les, il devroit être plus foible dans le premier inftant ,
& aller en augmentant, à mcfure qu'il s'infinueroit un
plus grand nombre de ces corpufcules torporifiques.
C'eft ainfi que la chaleur augmente par degrés , à me-
fure qu'il s!infinue dans le corps un plus grand nombre
de parties ignées. Cependant l'expérience nous ap-
prend leconrraire. L'engourdilïemenr eft plus fort dans
le premier moment , & va toujours en diminuanr.
De plus, ces prétendus corpufcules devroient s'intro-
duire dans la main , par exemple , ou dans route autre
partie du corps , lors même qu'elle ne touche pas immé-
diatement la torpille , fi elle n'en eft que très-peu éloi-
gn'e, d'une ligne, par exemple. Cependant il eft en-
core certain qu'il n'y a d'engourdillemenr que lorfqu'il
y a contaél immédiat.
C'eft pourquoi Borelli attribue l'engourdiflèment à
TOPv
un tremblement violent dont ce poifTon eft agité quand
on le touche : agitation que n'a jamais pu découvrit
M. de Réaumur : mais il a obfervé que ledos de la tor-
pille , avanr qu'on la touche, devient concave, de con-
vexe qu'il étoit : dans l'inftant où on la touche, il rede-
vienr lubitement convexe : mouvement qui s'exécute
par le itléchanifme de deux mufcles qui occupent , l'un
à gauche , l'autre à droite , la plus grande partie du
corps de ce poilfon. En reprenant ainlî la figure con-
vexe , la torpille donne un coup lubit à la main qui la
touche , coup d'autant plus violent , qu'il eft plus prefte ;
& c'eft ce coup qui produit l'engourdillement.
TORQUE, f. f. Terme de Blafon , qui le dit d'un bour-
let de figure ronde tant en fa circonférence, qu'en ion
tortil, étant compofé d'étofie tortillée, comme le ban-
deau dont on charge la tête de More , qui fe pofe fur
les écus. Jntortunij pittacium intortuin. La torque eft
toujours de deux principaux émaux qui fonr le gros des
Armoiries, aulïï-bien que les lambrequins. C'eft le moins
noble des enrichillemens qui fe pôle fur le heaume pour
cimier.
Torque, f. f. Vieux mot. Toque, bonnet rond. Les Mar-
guerites de Marguerite Roine de France.
Moi de bonnets
De torques, de tourets de nés ,
De garde-cols &' de cornettes.
TORQUÉMADA , ou TORCQUÉMADA. Bourg ou pe-
tite ville de la Caftille vieille en Efpagne, lut la Pizuerga,
aux confins du Royaume de Léon. On prend Torque-
mada pour l'ancienne Augufta-Nuova ou Porta-Au-
gufta, que d'autres placent à Covarruvias.
TORQUER. V. a. C'eft en termes de Manufadiurp de
tabac, faire les cordes du tabac , le filer pour le mettre
en rouleaux.
TORQUET. f. m. Il n'a d'ufage que dans certe façon de
parler populaire. Donner du /on/i/^/ à quelqu'un; pour
dire , le tromper, lui dire des chofes contraires à ce
qu'on penfe pour le faire tomber dans le panneau. Ver-
borumfiillacia. Je lui ai donné du torquet. On dit aufli,
donner le torquet.
TORQUETTE. f. f Certaine quantité de marée entor-
tillée dans de la paille. Pifcium fajciculus. On le die
aufîîpar métaphore d'un panier de volaille ou de gibier.
ToRQUETTEs de Tabac. Ce fonr des feuilles de tabac
roulées & pliées extraordinairemenr : elles font à-peu-
près comme les andouilles , à la réferve qu'on n'y met
pas tant de petites feuilles dans le dedans.
TORQUEUR. f m. Terme de Manufacture de tabac.
C'eft celui qui fait les cordes de tabac. Ce mot vient du
Latin/or^H(?r^.
TORRE. i. f Nom Italien &EfpagnoI, qui fip;nifieTour,
Turris, tk qui entre en plufieurs noms de lieu.
ToRRÉ , TuRRÉ. Nom d'une rivière du Frioul , province
de l'Etat de Venife. Turrus, Turris. Elle palle fort près
d'Udine, & ayant reçu le Natifone, un peu au-dellùs.
de Palma-Nuova,el!e vafe décharger dans leLifonzo,
à quelques lieues au-delfous de Gradifca.
ToRRÉ d'AcRi ou d'AcRi. Aciris. C'étoit anciennement
une petite ville de laLucanie. Ce n'eft maintenant qu'un
petit bourg du Royaume de Naples. Il eft dans la bafili-
cate, à l'embouchure de TAgri , dans le golfe de Taren-
te. Maty.
ToRRÉ d'ANAzzo de Camarana , Caméra. Voye^
Anatio , Camarana , Caméra.
ToRRÉ Di S. Basilio. Bourg du Royaume de Naples.
Turris S. Bafdii. Il eft dans la Bafilicare , à l'embou-
chure du Sino ou Senno dans le golfe de Tarente. Quel-
ques Géographes prennent ce bourg pour l'ancienne
Leut'arnia, petite ville de la Lucanie , laquelle d'autres
placent à Alvidona, en Calabre. Id.
ToRRÉ Di Cerdagna. C'étoit anciennement une petite
ville. Cerretanum. Ce n'eft maintenant qu'un village
fituédans la Cerdagne Françoife , en Catalogne , à trois
lieues de Puicerda, vers le nord. Maty.
ToRRÉ DEL Gréco, C'eft un village de la Terre de La-
bour, fitué fur le golfe de Naples, à trois lieues de la
TO
ville de ce nom , vers rodent méridional. Tunis Grceci.
On prend ce village pour l'ancienne Herculaneuni , Her-
culea urbs , qui étoit une ville de la Campanie.
ToRRE deMoncorvo, OU de MENCORVO.C'eftungros
bourg de la Province de Tra-los-montes , en Portuo:al.
Moncorvum , Mencorvum. Ileft au conflueni du Sabor
&: du Douro , & à onze lieues de Lamégo vers le levant.
Quelques Géographes prennent ce lieu pour la petite
ville des Callaïques , laquelle on nommoit ancienne-
ment Pora/n Narbujbrumj ce qu'ils tondent fur la con-
formité de leurs fituariohs. Maty.
ToRRÉ d'Olivéto. Village delà vallée de Démona , en
Sicile. Tunis Oliveti. ïleftaupied duMont-Gibel, vers
le midi occidental. On le prend pour la petite ville ,
nommée anciennement Dymetus. Maty.
ToRRÉ PiGNATARA. Ceftlaplacc d'une ville Epifcopale ,
nommée ancïQnnei^eiMSubaugufta, & enfuite Augufta
Helena j parce qu'Hélène mère de l'Empereur Conf-
tantin y fut enterrée. Cette place eft près de la ville de
Rome, vers les confins de la Sabine. Maty.
ToRRÉ Di Sanguinazzo. Village fitué fur la côte fepten-
trionale de Candie, à trois lieues deRétino, vers lele-
vanr. Tunis Sanguinana. On croir qu'elle eft la petite
ville qu'on nommoit anciennement 5/f/te. Id.
TORREFACTION, f fem. Terme de Pharmacie. C'cft
une efpèce d'afifation qui fe fait lorfqu'aprcs avoir réduit
en poudre quelque drogue , comme de la rhubarbe ou
des myrobolans , on met kir une platine de fer ou d'ar-
gent qui a été placée fur un feu modéré , cette poudre ,
jufqu'à ce qu'elle commence à s'oblcurcir, ce qui eft une
marque que ces remèdes ont perdu leur qualité pur-
gative , èc qu'ils en ont acquis une plus aftringcnte.
Tonefaclio , uftulatio.
. C'eft en général une opération par laquelle on ap-
plique une chaleur violente à un corps. On foumet un
corps à cette opération quand on veut féparer , à l'aide
du feu & de l'air , les parties volatiles des fixes, pour
avoir celles-ci feulement.
Ce mot vient du Latin , Tonefacere , rôtir.
TORREFIER, v. a. Terme de Chymie. Griller , appliquer
une chaleur violente. Il fe dit des drogues qu'on met
fécher fur une platine de métal , fous laquelle on met
des charbons jufqu'à ce que ces drogues deviennent fria-
bles au doigt. Torrefacere , ajjare , Torréfier les par-
ties de f opium.
iTORRELAGE. f. m. Terme de Coutume. Rederance
ou droit qui eft payé au maître de la toraille, par ceux
quiy font fécher leurs grains. Torrelagium.
Ce mot vient du Latin torreo.
^:5' TORRENT, f. m. en Latin Tonens. Courant impé-
tueux , qui vient ordinairement d'une pluie abondante ,
ou de la fonte des neiges. On diftingue le torrent du
fleuve , en ce que le fleuve coule toujours , & que le
lorrent ne coule que de tempsen temps , par exemple ,
après les grandes pluies ou la fonte des neiges. Comme
le terme Hébreu fignifie une vallée aufli-bien qu'un
lorrent, fouvent dans l'Ecriture on met l'un pour l'au-
ire : ainfi l'on dit le torrent de Gerare pour la vallée de
Gerare. Equivoque qui n'eft pas dangereufe , puifque
les torrens fe trouvent ordinairement dans les vallées.
LaMART.
Dans l'Ecriture , on ne diftingue pas toujours entre
tonent & fleuve. On donne le nom de Tonent d'E-
gypte au Nil dans les nomb. 34. 5. dans Joiué, 25,4
&47. dans Ifaïe, 27, 12. & àl'Éuphraie pf. 125 , 5';
& dans Ifaïe , 1 5 , 7. il eft nommé le torrent des Saules.
Conçu dans une obfcure nuit ,
Crojfi des eaux de cent orages ,
Un torrent rouloit à grand bruit ,
'Et dujbmmet du mont commençait fis ravages.
On le dit de même des matières embrafées qui for-
tent des volcans. On voit des torrens de feu , de fouftf e ,
de bitume , &c. fortir des volcans dans le fort de l'em-
brafement.
On fe fert de ce mot au figuré en parlant de cer-
taines chofes dont on veut faire connoître la violence ,
TOR
99
l'impétuofité , l'abondance. Vis j vehementia , multitu-
do, copia. Ainfi Pon dit , un torrent de larmes , un tor-
rent de paroles, un torrent d'injures , &c. L'éloquence
de Ciceron étoit un torrent qui entraînoit tout le monde.
Démofthène emporcoit les Auditeurs par le torrent
d une éloquence vive & brillante. Tour. Un torrent de
faulfes opinions inonda toute l'Angleterre. Fléch. On
dit auffije torrent des pallions, de la colère.
Je ne puis réfifler au torrent qui m'entraîne. Bon..
Quand les femmes parlent trop , pour l'ordinaire leur
converfation n'eft qu'un torrent de bagatelles, & de
chofes luperflues , qui ennuient fort ceux qui ont l'ei-
prit raifonnable. M. Scud. Le torrent des pallions hu-
maines (emble inonder & couvrir toute la face de la
tetre. Fléch. Un Courtifan martyr de fon ambitFon ,
a une profufion , ou plutôt des torrens de louanges
pour ceux qui peuvent contribuer à l'élever. LaBr.
Céfar étoit né avec deux paffions violentes -, la gloire
& l'amour , qui l'entraînoient comme deux torrens. Ch.
de M. Le torrent du monde s'écoule , quelque foin
qu'on prenne à le retenir. Fl. Les perlonnes bizarres
prennent plaifir à s'oppofer au torrent de la coutume.
Art de parler.
Quel torrent de mots injurieux ,
Accufoit à la fois les hommes, Ù les Dieux ? Rac.
TORRES, ou EL FLUMEN SANCTO, c'eft-à-dire, le
Fleuve Saint. C'eft une petite rivière de Sardaigne.
Elle palfe fort près de Saflâri , & fe décharge à S. Ga-
vino , dans le petit golfe appelé Porto-Torres , ou Por-
to-Sacer. Maty.
Ce mot eft le pluriel de Torré , une tour j en Italien
& en Elpagnol.
«:^TORRES-NOVAS. Ville de Portugal , dans l'Eftra-
madoure , au nord du Tage, à cinq lieues de Santoren,
avec un château flanqué de neuf tours , d'où lui vient
fon nom.
foRREs VERDRAs. Bourg du Portugal. Turres veteres.
Il eft fitué à fix lieues de Lilbonne, du côté du nord,
& pris pour la petite ville de la Lufitanie que Ptolo-
mée a nommée ArandiSj quoique leurs fituations ne
s'accordent pas. Id.
TORRIDE. adj. Synonyme de brûlant. Torridus. Il n'eft
en ufage qu'en cette phraie : la zone tonide, qui eft
l'efpace de la terre qui eft lous la ligné , & qui s'étend
en-deçà & au-delà julqu'aux deux tropiques , ou à 25
dégrés & demi de l'élévation du pôle. Zona torrida.
Vbye:^ au mot Zone. Les habicans de la Zone torride
voient le foleil palier à plomb fur leurs têtes deux fois
l'année. Les Anciens avoient cru que la Zone torride-
n'étoit pas habitable. Quarum quœ média efl, dit Ovide,
non eft habitabilis œftu : mais les relations des voya-
geurs nous apprennent que la chaleur exceflive du
jour y eft tempérée par la fraicheur de la nuit. Dans la
Zone torride les nuits font plus longues que par-tout
ailleurs , & fous la ligne , où la chaleur eft la plus
grande , elles font toute l'année égales aux jours,
TORRIGLIA. Nom d'un bourg &Marquifatde la Mai-
fon d'Auria. TorrigUa. Il eft dans l'Etat de Gènes vers
les confins du Tortonois, à deux lieues de Monte-Bru-
no, vers le couchant. Maty.
TORROELA. Nom d'un bourg de la Catalogne en Ef-
pagne. Torroela. Il eft fur le Ter près de l'on embou-
chure , & à fept lieues de Gironc. Id.
TORS, ORSE.'adj. Qui eft tordu, ou qui en a la figure.
Tortus, intortus. Du fil tors j de la foie /or/ê. Du lucre
tors. Cet homme a le cou tors. Le peuple dirj jambe
torte, gueule torte , colonne torfi. Vbye{ plus bas au
mot Tors.
Ce mot s'emploie auffi lubftantivement. M. Griefer,
allemand , a inventé une machine pour doubler les
foies , & pour leur donner le tors à i'ufage des fabri-
cans des bas au métier. L'Académie l'a jugée préfé-
rable à l'inftrument qu'on appelle épinglier, qu'on em-
ploie au même ufage. Mém. de l'Acad. des Sciences.
Nij
lOO
TOR
TOR
Tors fans filer. C'efl: un faux organlin , où il y a quarre
brins de foie aufïï bien qu'à l'organlin , mais qui n'ont
été moulinés qu'une fois, au lieu que ceux de l'organ-
fîn l'ont été deux. Le règlement de 1676 pour les
étoffes d'or , d'argent & de foie de la ville de Lyon
défend de l'employer pour le véritable organfin.
Tors. Vieux mot. f. f. Du Latin Tunis, Tour. Poèf.du
Roi de Nav. «
TORSAS. Nom d'une bourgade de la Smaîande , ou
Gothie méridionale en Suéde, aux confins du Biecking,
à la fourcc d'une petite rivière qui fe jette près de-là
dans Cahnar-Sond.
TORSE, f. m. Terme de Sculpture, qui fedit du tronc
d'une figure tronquée , qui n'a qu'un corps lans tête,
ou fans bras, ou <ans jambes. Corporis truncus ,fiij>es,
hernies. Il y a un beau torfe de marbre au Vatican à
Rom.e, que l'on croit être le relie d'une figure d Her-
cule. Felieien.
Ce mot efl: venu de l'Italien , torfo , qui fignifie
tronqué.
ToRSE. adj. f en Architeélure , fe dit des colonnes dont
le filt eft contourné en vis, ou à moitié creux , & à
moitié rebondi , fuivant une ligne qui rampe le long
de la colonne en forme d hélice. Columna tortilis. Le
baldaquin du Val-de-Grace eft foutenu par de belles co
lonnes tor/ès. On appelle Colonne torjè cannelée , celle
dont les cannelures fuivent le contour de ion fiît en ligne
fpirale dans toute fa longueur. Colonne tor/è ruden-
tée , celle dont le fiit elt couvert de rudentures en
manière de cables menus & gros, qui tournent en vis.
Colonne torJè ornée , celle qui étant cannelée par le
tiers d'enbas, a fur le relie de fon fût des branchages
&: autres ornemens. Colonne torJè évidée, celle qui
eft faite de deux ou trois tiges grêles, tortillées en-
femble de manière qu'elles laillént un vuide au milieu.
Torse, eft auffi fubftantif féminin. Il fe dit parmi les
Tourneurs, du bois qui eft tourné en ferpentant. Faite
de la iorjè. TorJIo, torjits.
Torse, f. f. Vieux mot. Torche, ou flambeau. Boe.el
Tceda ,fax.
TORSER, V. a. Terme d'Archireclure , du Latin ton-
quere , tordre ; c'eft contourner le tilt d'une colonne
en ipirale, ou vis, pour la rendre torle. Daviler.
TORSEY. Trompé : un homme qui prend un mauvais
parti. Glojf. des PoïJ'. du Roi de Nav.
TORSFAITS. f. m. pi. Vieux mot. Fotfaits. La Coutume
d'Anjou, article 67, 68, 78, exempte le vallàl ou te-
nancier de la Jurifdiéiion de fon Seigneur pour tors-
faits.
TÔRSILA. Nom d'une petite ville de la Sùdermanie, en
Suède. Torjilia. Elle eft liir le Lac Mêler, enrre la ville
de Strengues & celle d'Aborga, à fix ou iept lieues de
chacune. Maty.
TORSIORS , â torfiors. Vieux adv. A toujours. Borel.
Semperj in perpetuum.
TORSO. VbyeiTHYKso.
TORSONIÈRE. adj. m. &f. Vieux mot. Injufte, rete-
nant à tort. Borel. Injufius. Fôjc^Tortionaire.
TORT , ToRTE. adj. Voye^ Tors.
TORT. f. m. C'eft proprement une aiStion par laquelle
on donne atteinte airx droits de quelqu'un , par la-
quelle on ravit ce qui eft dû : ce qu'on fait en violant
les loix de la fociété, qui défendent de faite certaines
chofes, pour le repos & l'intérêt commun-, ou les loix
de l'humanité , qui délendent de faire à autrui ce que
nous ne voudtions pas qu'on nous fit à nous-mêmes.
On peut donc dire que le tort eft un dommage qu'on
fait à quelqu'un, io'it dans fes biens, (oit dans (a répu-
tation. Damnurn , dgrimentum. On le dit aélivement
du dommage qu'on fait fouftrir , & paflîvement de
celui qu'on foutlre. On fait tort à quelqu'un en lui
ôtant Ion bien , en attaquant fa réputation. La loi na-
turelle défend de faire tort à fon prochain : les loix
civiles défendent de faire tort à fes concitoyens. Il faut
réparer le tort qu'on a fait. Le commerce que vous
ayez eu avec ces gens-là a fait bien du tort à votre
réputation.
Tort & injure, confidérés comme fynonymes. Le
tort , dit M. l'Abbé Girard , regarde particulièrement
les biens & la réputation ■■, il ravit ce qui eft dil. L'//2-
]ure regarde proprement les qualités petfonnelles -, elle
impute des défauts. Le premier nuit. La féconde of-
fenle. Le zèle imprudent d'un ami fait quelquefois
plus de tort que la colète d'un ennemi.
C'eft dans ce fens qu'on dit que les Chevaliets er-
rans réparoient , redrellbient les torts.
Ce mot vient de tortiis ou tortuojus, félon Nicod,
ou de tcrtum , félon Ménage , qui le trouve dans les
Capitulaires de Charles le Chauve.
On le dit aiiiïi du dommage que l'on fait fouftrir
fans aucune injuftice , & de celui que peuvent cauier
les chofes inanimées , les accidens , les diftérens évé-
nemens. Ce marchand m'a fait beaucoup de tort , en
venant s'établit dans mon voiiinage. La grêle a fait
du tort à tous les habitans. Les pluies cominuelles font
du tort aux terres. L'exil du Parlement fit beaucoup
de tort aux Marchands du Palais.
Tort , fe dit auffi de ce qui n'eft pas jufte, ni raifonna-
ble , ni bien fondé. Dans les querelles on donne tou-
jouts le tort à raggrelFeur. In rixis Jemper culpa in
aggrejforem transfertur. Il n'y a point de gens qui aient
plus iouvent tort que ceux qui ne peuvent louflrir de
l'avoir. La Roch. C'eft une allez grande vengeance
que les gens foient dans le tort à notre égard. Bell.
Dans le procès d'un mari contre fa femme, (i la femme
a tort , le mari a tort lui-même d'apprendre au public
que la femme a tort. S. Evr. Chacun dans fon efpric
donne le tort à Ion adverlaire. On le dit quelquefois
par civilité. Vous avez tous les torts du monde de
n'êtte pas venu loger chez moi , de ne m'avoir pas fait
connoîtte vos be foins. In culpâ ejfe, culpd teneri. ■
Mettre quelqu'un dans fon tort, c'eft avoir pour lui
un procède auquel il ait tort de ne pas répondre , c'eft-
à-dire auquel on ne peut le difpenler de répondre , à
moins qu'on ne loir déraifonnable ou injufte.
On dit proverbialement : Qui doit a tort ; pour dire,
qu'on prélume toujours que quand on plaide , c'eft
qu'on ne veut pas payer. Oh dit auffi , que les ablens
ont tort; pout dite, qu'il eft aifé de condamner celui
qui ne fe peut pas défendre. On dit à peu près dans le
même fens , que le mort a tort , pour dire , qu'il eft
aifé de rejerter une faute fur un mort qui ne peut plus
fe défendre.
A Tort. adv. Injuftement. Sine causa, injufiè j immeri-
th. Il a été accule à tort , blâmé à tort. Cette oppofi-
tion a été formée à tort &: lans caufe. On appelle pro-
verbialement un Avocat qui n'a point d'emploi , un
Avocat d tort & fans caufe. On dit qu'un homme parle
à tort j ou à tort 8c a travers, c'eft-à-dire, inconlidé-
rement & étourdiment , fans règle, fans mefure, an
hazard , bien ou mal. On dit auffi à tort & à droit ,
pour lignifier la même chofe.
TORTEIS & TEU^TIS. Vieux mot. Totches , ainli
dites, parce qu'elles font entortillées. BoREL. Tœdce ^
faces.
Et mont y ont ars de gratis lorteis. Pbrcevai,.
TORTE-BANNE. f. f. Vieux mot. Sorte d'étoffe autre-
fois en ufage.
Se vous voulei de tortes-bannes
Par ma foy , j'en ai de bien fines -,
Ou fe voulei de groignettes
Prenei-en , ou de mantonettes. Pathelin.
TORTELLE. f. f. Plante, qu'on appelle autrement Velar,
en Latin Eryfunurn vulgare. C. Bauh. Elle jette des
verges totles. Fb)'e^ Velar.
TORTICOLIS, f. m. Maladie qui fair qu'on porte le cou
de ttavers , & qu'on penche la tête d'un côté. Caput
ohftipum. Le torticolis dépend de la mauvaife difpolî-
tion des mufcles. Il arrive quand le mulcle maftoïde
«S: les- mufcles de la tête agiflent plus fortement d'un
côté que de l'autre.
Il eft auffi adj. & fignifie, qui porte le cou de tra-
vers. De cette attaque d'apoplexie il eft demeuré tor-
ticolis.
TOR
Il y a un torticolis qui provient de la tnauvaife dif-
poûcion des vertèbres , tel qu'étoit celui de Scarron qui
dit -de Jui-niême:
Parmi les torticolis
Je pajfe pour des flus jolis.
Un autre paffàger qui provient de la roideur du cou ,
occafionnée par quelque fluxion ou rhumatifme.
Enfin il y en a un qui eft l'effet de l'habitude qu'on
a contractée de porter la tête de côté. Obftipare ver-
ticem. Ce torticolis , ou plutôt penchemcnr de tête ,
quand il eft aff'edc, e/l l'cxprelîion de lorgueil ou de
rhypocrifie. Oii diroit que nos petits-maîtres & nos
Tartuffes ont le torticolis.
TORTIL , ou ToRTis. Terme de Bîafon. C'eft un cor-
don qui Ce tortille autour des couronnes dés Barons.
Fafcia intorta. Un tortil de perles.
On le dit aufïï du diadème, ou bandeau qui ceint les
têtes de More fur les Écus. Diadema.
ToRTiL. f. m. Terme de Mufique. C'eft un tuyau des
inftrumens à vent, qui eft tortillé , ou qui fait un ou
Î)lufieurs tours & replis , tel qu'eft celui qui eft au mi-
ieu de la faquebute des cors de chaiie , &c. Injîrumen-
tum fj'eu tubus tortuofus.
CoRTiL. f. m. Vieux mot , comme- Torteis & Teurtis.
flambeau , torche. Borel. Fax , tœda.
Ou par nuit devers les courtils ,
Seuls fans chandelle ùjàns tortils. R. delà Rose.
TORTILLANT, ante. adj. Terme de Blafon , qui fe dit
du fcrpenr , ou de la givre , qui entourent quelque
chofe. Intortus, retenus.
On appelle bois tortillant dans le commerce du bois
à brûler , le bois tortu , & qui fe corde mal.
TORTILLEMENT, f. m. Qui fe dit dans un fens adif de
l'adion de tortiller , & dans un fens palïïf de l'état de
la chofe tortillée. Volutatio, volumenj/pira. Le tor-
tillement de cette corde eft pénible. Le tortillement de
cette autre corde eft trop lâche. L'expérience a fait
connoître à M. de Rcaumur que le tortillement dimi-
nue toujours la force de la corde, & même qu'il la
diminue davantage , quand la corde eft plus groile.
Car le tortillement diminuant la force de la corde.,
plus il y aura de tortillement j c'eft-à-dire, plus la corde
îera grollè , plus la force fe trouvera diminuée. Voye^
les Mémoires de l'Académie des Sciences 171 1.
Il fe dit fîgurément & familièrement des petits de-
tours , des petites finefles qu'on cherche dans les af-
faires, il ne faut point tant de tortillemens. Je ne m'ac-
commode pas de fes tortillemens. Acad. Fr,
TORTILLER, v. a. & non pas aélif & neutre, comme
le difent les Encyclopédiftes. Tordre à plufieurs tours.
Torquere, intorque re j convohere , injpiras , in orbes
ducere. On ne le dit que des chofes qui le plient faci-
lement. On tortille une corde. On tortille des torons
pour faire un câble. On tçrtifle des cheveux. On tor-
tille du parchemin pour taire des tirets. Les Vaniers
tortillent les brins d'ofier, lis diient , tortiller le pilier
d'un verrier.
On dit en termes de Charpenterie : Tortiller une
mortoife-, c'eft l'ouvrir avec le lacérer ou la rarricre.
Tortiller, v.n. Se ditfigurément &familièrementpour
dire , ne marcher pas droit en une affaire^ y chercher
des détours , des échapatoires. Diverticula capture,
effugia quœrere. Cette femme a enfin conclu marché,
après avoir été trois mois à tortiller. Il faut aller droit,
& ne point tant tortiller. ,
Tortillé , ée. part. Il fe dit en termes de Blafon , de la
tête qui porte le tortil , comme celle de More, qui eft
tout femblable au bourlet , qui fert quelquefois dstim-
bre. Plimtus , convolutus.
Tortillé , ée. Se dit figurément du ftyle & du langage ,
& fignifie embarraflé , obfcur. Impeditus , intercatus,
toriuoj'us , a. C'eft un flambeau , qui diffipc les plus
cpaifles ténèbres , dont ces articles paroillent couverts ,
& n'y laiilè plus que: celles, qui font inféparables du
TOR loi
jargon de dévotion & du langage /om'//^ qu'affedenc
ces Meffieurs.
Dans ce fens il faut dite, ftylc entortillé, penféeen-
tortillée , & non pas tortillé Se tortillée.
TORTILLIS. f. m. Terme d'Architedure. C'eft fur le
Boftàge ruftique une manière de vermoulure faite à
l'outil , comme il s'en voit à quelques chaînes d'en-
coignures au Louvre -, & à la porte S. Martin à Paris.
Sculptura vermiculata. Datiler.
TORTILLON, f m. Cocfture des filles de bafte condi-
tion , particulièrement de la campagne. On donne
quelquefois le nom de tortillon à celle qui la porte.
C'eft pourquoi on appelle tortillon une fervante prife
au village.
Tortillon. Efpèce de bourlet fait d'une toile roulée &
phée en rond , que les laitières & fruitières mettent lur
leur tête pour n'être point incommodées ou du pot au
lait, ou du noguet qu'elles pofent defliis.
TORTIN. f. m. Sorte de tapiflerie de Bergame , dans la-
quelle il entre de la laine rorfe.
TORTIONNAIRE, adj. Terme de Palais , qui fignifie
Inique , contre raifon , & qui ne fe dit guère qu'en
cette phrafe : La faifie,remprifonnemcnt, ont été dé-
clarés injurieux , tortionnaires & déraifonnables. Ini-
quum, injuriojum, abufivum , injuftum.
TORTIS. 1. m. Efpèce de couronne de fleurs -, de guir-
lande. Un tortis de fleurs , untortis de myrtes. Flores
in orbem contorti, Jèrtum. Ce mot a vieilli.
TORTIS. Alïèmblage de plufieurs fils de chanvre, de
laine, de foie, &c. tordus enfemble. En rermes de Bla-
fon tortis eft fynonyme de Tortil. Voye^ ce mot.
Les ciriers donnent le nom de tortis à de la petite
bougie tortillée, ainfi que l'a remarqué Nicod.
TORTO. Vbyei Tuerto.
TORTOIR ou GAROT. {. m. Terme de Voitutier. Ba-
ron gros & court pour aflurer fur les charrettes les
charges qu'on y met, par le moyen d'une groflè corde.
Dicf. des Arts tj^z.
TORTONE. Nom d'une ville du Duché de Milan, en
Lombardie. Dertona , Tertona. Elle eft fituée fur la
Scrivia , à trois lieues d'Alexandrie , vers le levant.
Cette ville que Frédéric Barberoufte ruina , que les
Milanois rétablirent, que les François prirent l'an 1642,
& qu'ils perdirent l'an 1643, a un Evêché fuffragant
de Milan. Elle eft prefque ruinée , mal fortifiée, mais
défendue par une citadelle .allez forte à caufe de fa
fituation. Maty.
TORTONOIS , ou LETORTONESE. Nom d'une con-
trée du Duché de Milan. Detortonenfis ager. Elle eft
entre le Pavefan, laLomeline, l'Alexandrin, & l'Etac
de Gènes. Torrone Capitale , & Caftel-Nuovo Torto-
néfe en font les lieux principaux. Maty. Long. 26. d.
25'. lat. 44. d. 52'.
TORTORELLE. f. f. Nom d'une machine de guerre,
dans le moyen âge. Toriorella, balijla. Rollandin en
parle dans fa Chronique, L. I. C. 12. & par ce qu'il
en dit, on voit que c'étoit une machine avec laquelle
on lançoit des pierres : car il raconte que Manfredin ,
Comte de Padoue, fut tué d'un coup de pierre dé-
cochée d'une tortorelle. Peut-être que la tcrtorelle
éroit la même chofe qu'un pierrier , qu'on appeloit pc-
traria.
TORTOSA. Nom d'une ville autrefois Épifcopale , main-
tenant prefque ruinée. TortoJ'a. Elle eft lur la côre de
la Syrie , à neuf lieues de Tripoli , vers le nord. Tor~
tofa eft la ville qu'on nommoit anciennement Anta-
radus, & Orthojîa. On voit à deux mille pas de cette
ville J la petite île fur laquelle éroir bâtie l'ancienne
Aradus, maintenant ruinée. Maty.
TORTOSE. Nom d'une ville de la Catalogne , en Ef-
pagne. DertoJà,DertoJfa, DertuJ'a. Elle eft fur l'Ébre,
à trois lieues de fon embouchure , & à quinze de Tar-
ragone , vers le couchant. Tortojè n'eft pas grande , ni
fort peuplée •, elle a pourtant une Univerfité , un Evê-
ché fuffragant de Tarragone, un port fur l'Ébre , une
bonne citadelle qui la domine , &: elle eft allez bien
fortifiée-, les François la prirent en 1649 , &: ils la per-
dirent l'an i($5o. Maty. Long. 18. d. io'.lat.4o.d.5i'.
TORTU, UE. adj. Qui eft de travers, qui n'eft pas droit»
102 T O R
Tortuq/îis j obliqmis , varus. Cet homme eft tour tor-
tu : il a le nez tortu, les jambes tortues. Viirus, le pied
turtUjfiexipes. Le bois de la vigne ell tour lortu.
Dans le ftyle familier, on appelle la vigne le bois
tortu.
On dir auffi un chemin tortu. Flexuojum iter. Figu-
rémenr & familieremenr , un efprir tortu, un raiibn-
nemenr tortu. ^
Dans un fens moral il fignifie méchant, pervers.
C'efi un exemple en cefikl: tortu ,
■D'amour, de charité , d'honneur Sj de vertu. Rég.
On dit proverbialement qu'un homme fair rage de
îes pieds tcrtus ; pour dire, qu'il s'évertue, qu'il fait
tout ce qu'il eft capable de faire. Totis viribus eniti,
contendere. On dit pour vanter la taille d'une perfonne,
■ qu'elle n'ell: ni tortue , ni boflue.
TORTUE, r. f. Animal amphibie , à quatre pieds , qui
marche trcs-lencement , & dont le corps eft couvert
deftus & dellbus d'une écaille rrcs-dure , à la referve
de la tête , des pieds & de la queue. Teftudo.
On divife les tortues en tcrreftres, (qui vivent fur
la terre, dans les haies, dans les bois )& en aquatiques
(qui vivent dans la mer ou dans les eaux douces) -, les
aquatiques ditiérent des terreftres en ce qu'elles onr
des nageoires, c'eft-à-dire, que leurs doigts tiennent
à une membrane qui leur en fert. Les terreftres ne
font jamais auflî grolîès que les aquatiques.
Dans les mois de Juin , Juillet & Août il en arrive
quantité de la terre-ferme. Elles pondent deux ou trois
cens œufs , gros comme ceux des poules , & fans coques.
Elles les couvrent de certaines écorces fort déliées , &
puis de fable, puis elles s'en retournent à la mer. Les
CEufs éclofent à la chaleur du foleil. On les prend quand
elles viennent à terrir , c'eft-à-dire , pondre leurs œufs
à terre. Elles onr la vie fi dure , que les Infulaires des
Maldives les ayanr priles , les mettent auprès du feu ,
par le moyen duquel ils en tirent Técaille , & ils les re-
mettent toutes vives dans la mer, où elles retour une
autre écaille : & pour cela il étoit défendu de les ruer
F. Pyrard. Il y en a d'aulïï larges qu'une rondache
à mettre un homme à couvert. Une leule eft capable
de nourrir quelque temps une grande famille. Leur
chair eft auffi bonne que celle d'une jeune vache. Elles
fonr quelquefois fi grâilès , qu'on peur tirer de chacune
une bonne barrique de graille qui vaut du beurre,
qui eft de très-bon goût , & qui fe conleive fort bien.
Elles ne font qu'une feule ponte , & ne reviennent à
terre que l'année d'après, laillant le foin au foleil de
faire éclore leurs œufs : ce qui arrive au bouc de qua-
rante jours, auquel temps elles font grandes comme
un écu , & percent le fable -, & gagnent la mer à la file ,
à la manière des fourmis.
On prend les tortues de trois manières différentes :
La première en les tournant fur le fable , la féconde
avec la varre , & la troifième avec la folle. Pour la
première manière on obferve quand elles viennent
pondre leurs œufs dans le fable, ou quand elles vien-
nent reconnoître le terrein où elles veulent venir pon-
dre. Quand on trouve une trace ou un train neuf fur
}e fable , il eft infaillible que fi on revient au même
lieu dix-fept jours après , on y trouve la tortue qui vient
pondte. On la prend par le côté , & on la renverfe fur
le dos, d'où elle ne fauroit fe relever, à la referve du
carrer , qui a la carapace convexe , ce qui facilire fon
retour fur le ventre. ( Les François nomment carapace
le deifus de l'écaillé , & plaflron , le dellous. ) Mais on
lie celui-là fur le champ , ou bien étant tourné fur le
dos , on met de groffës pierres autour de lui. La fé-
conde manière eft de les varrer dans la mer, ou percer
avec la varre. Voye^ Varre. Er la troifième eft de les
prendre avec un tîlet qui s'appelle la folle. Les œufs
des tortues n'ont poinr de coque ; ils font dans une tu-
nique qui eft comme du parchemin mouillé, c'eft-à-
dire, comme des œufs de poule qu'on auroir lailîes
quelques jours dans du vinaigre pour en faire dillou-
dre la coque. Le blanc ne fe durcit jamais bien , quel-
que cuilTon qu'on lui donne j mais le jaune durcit
TOR
comme celui des œufs de poule, il eft très-bon. Se l'on
en fair des omcllettes excellentes. En quelque endroit
qu'on puiile porter les tortues j on ne les a pas plurôr
miles lur les pieds , 'qu'on les voit lut le champ rerour-
ner à la mer par la ligne la plus droite , lans qu'elles
aillenr jamais d'un autre côté. lien eft de trois & qua-
tre pieds de long, fur deux & trois pieds de large , &
qui pèlent jufqu'à trois & quatre cens livres. Auffi
ces animaux lont-ils très-forrs , jufqu'à porter facile-
raenr deux ou trois hommes iur leur dos.
On a fait à l'Académie Royale-l'anatomie d'une tor-
tue des Indes qui fut prite aux côres de Coromandel.
Elle avoir quatre pieds & demi de long, y compris la
queue, & quarorze pouces d'épailleur , & fon écaille
trois pieds de long iur deux de large. Celle-ci étoit
terreftre : mais Pline & Elien parlent de certaines tor^
tues de mer qui avoient quinze coudées, & qui fuffi-
foient pour couvrir une cabane capable de loger plu-
fieurs perionnes. Son écaille & tout l'animal étoit d'un
gris fort brun. Le dellus étoit compofé de plufieurs
pièces qui failoient plufieurs figures , la plupart penta-
gones , pofées & collées fur un os , qui en manière
d'un crâne enfermoit les entrailles de l'animal. Cet os
avoit une ligne & demie à l'endroir Je plus mince, &
jufqu'à un pouce & demi au plus épais. Il eft ordinai-
rement double, y en ayant un fur le dos, &,raiitre
fous le ventre , qui font joints par les côtés , & atta-
chés par des ligamens forr durs, mais qui laiilènt la li-
berté à quelque mouvement. Il y a une ouvetture par
devant, qui iaiilè fortir la tête, les épaules & les bras,
& une autre oppofée , par oii fortent les jambes & la
queue, de la même manière que les rames fortoient
des galères des Anciens , qui éroient maniées avec
grande incommodiré. Elian dit que les tortues fe dé-
pouillent délies- mêmes de leur écaille-, c'eft-à-dire,
de ces pièces qui font appliquées fur l'os , car il n'y a
poinr d'apparence qu'elles qutrtent l'os même auquel
toutes ces piincipales parties font attachées. Cela ar-
rive , lorlque l'écaillé a été longtemps gardée , ou
lorfqu'on met l'os fur le feu. Le deiïbus du ventre efi:
un peu creux : ce qui eft particulier aux mâles. Tout
ce qui eft hors de l'écaillé , eft couvert d'une peau
large & pliflée par de grandes rides , & grenue comme
du maroquin , qui n'entre poinr fous l'écaillé , & de-
meure attaché au bord de chacune des ouvertures.
• La tête de la tortue eft couverte d'une peau mince,
relïëmblanr en quelque façon à la rête d'un ferpent-
Elle n'a point d ouverture pour les oreilles, non plus
que le caméléon. Ses narines font ouverres au bour du
mufeau. Ses yeux fonr petirs & hideux, & n'ont qu'une
paupière qui les ferme. Ses lèvres font coupées à la
manière d'une fcie , dont la peau eft duré comme de
la corne, qui couvre deux rangs de vérirables dents,
quoique Pline alfijre qu'elle n'a ni denrs ni langue. Ses
pattes de devant ont cinq doigts, ou plutôt cinq ongles;
car ces pattes font feulement une maftè de chair ronde ,
d'où les ongles fortent. Les pattes de derrière n'en ont
que quatre. Sa queue eft groftè au commencemenr ,
& a iix pouces de diamètre , & finir en une pointe
femblable à un ergor qui eft au pied des coqs. Ariftoce
dit que c'eft l'animal qui a le plus de force aux mâ-
choires -, car elle coupe tout ce qu'elle prend , juf-
qu'aux cailloux les plus durs. Sa veffie eft d'une gran-
deur extraordinaire : on y a trouvé plus de douze li-
vres d'urine claire. Les tortues marines des Antilles
qui onr la tête groflè comme un veau , n'onr pas le
cerveau plus gros qu'une fève. La chair de la tortue
eft femblable à celle du mouton.
On dit figurémenr & familièrement , aller à pas de
tortue , pour dire i aller très-lentement. Tejludimo
gradu incedere.
On fait plufieurs ouvrages en Europe de l'écaillé
des tortues ; des peignes , des étuis , des tables , des
buffets. Opéra tejiudinea. Les potages d^ortues font
excellens.
Tortue , en termes de Mer , eft un vaifteau qui a lo
pont élevé comme un toît de maifon , pour renir les
foldats ou les paflàgers & leurs hardes à couvert. Na*
vis lefiudinata. On l'appelle auffi pojle.
TOR
Tortue. Terme d'Hiftoirc ancienne. Machine de guerre
dont Ce iervoicnt les anciens , quelquefois pour l'ef-
calade , plus fouvent pour mettre les travailleurs à
couvert des traits, des pierres &c. que les afiiégés pou-
voient jetter d'enhaut. On employoit fur-tout la tcr-
tue quand on approchoit des murailles pour la fippe.
Teftudo bdlica. Il fit préparer trois tortues pour met-
tre le foldat à couvert, & lui donner le moyen de
porter ce qu'il falloir pour combler le folié Sur. de
Quint.
La machine appelée tortue étoit compofée d'une
groile charpente très-folide. Sa hauteur ordinaire juf-
qu'aux fablières d'enhaut , fur lefquelles étoit appuyé
le comble, éroit de iz pieds. La baie en étoit carrée
& chaque face communément de 25 pieds. Elle étoit
couverte d'une efpèce de matelas , piqué & compofé
de peaux crues , préparées avec différentes drogues
pour la mettre en iureté contre les feux qu'on pouvoir
lancer delliis. Cette lourde machine étoit foutenue fur
quatre rOues. Quelques-uns confondent la tortue avec
le mufculus des Anciens.
On appeloit tortues belières , celles qui couvroienr
les lo'dats qui faifoient agir le bélier.
li y avoir encore deux autres efpèces de tortue chez
les Romains , l'une pour le combar , l'autre pour l'ef-
calade. La première étoit un abri que les foldats fe fai-
foient de leurs boucliers, en les élevanr fur leurs têtes,
& en les ierrant les uns contre les autres. Les foldats
du premier rang , ayant un genou en terre , fe cou-
vroienr de leur bouclier qu'ils tenoient devant eux.
Les foldats du fécond rang merroienr le leur fur la tête
de ceux du premier -, ceux du troifième merroienr le
leur fur la tête de ceux du fécond , & ainli de fuite
Ces boucliers ainfi difpofés , de manière qu'ils antici-
poient un peu les uns fur les autres , formoienr une
efpèce de roît , qui garantillbit les foldats des traits ,
des pierres & de rout ce qu'on jettoit fur eux. C'elf
ce que Brebeuf exprime en méchans vers.
Pendant que la rortue unit tous les écus ,
Les coups les plus pe/àns font des coups Juperflus.
Tortue pour l'efcalade. Quand les foldars s'étoient
approchés des murs ^ les premiers rangs fe renant de-
bout , les derniers à genou , ils fe couvroienr de même
de leurs boucliers, ferrés les uns contre les ^tres, &
formoienr comme une efpèce de toît. On faifoit en-
core monter d'aurres foldats fur ce premier toît pour
en former un fécond -, & ces foldats en fe foulevant
les uns les autres montoient à couvert fur les murs ,
pourvu qu'ils ne fullènt pas fort élevés.
Les Anciens attribuoienr l'invention de cette tortue
3. Arremon fils de Clazomène.
Tortue. Terme d'Artillerie. Ce font deux écuelles de
bronze, creufes de cinq pouces, larges d'un pied, &
épaiflès de deux ponces , qu'on applique l'une conrre
l'autre, & qu'on remplit de poudre avec une fufée,
pour abartre quelque pont , ou autre chofe. j^rea
tefludo. Abattre un pont avec une tortue de bronze
Gaïa.
Tortue. Terme de Chirurgie. Efpèce de tumeur qui
fe forme a. la rêre. Voyei Teftudo.
TORTUE, TORTUGA. Ifle de la Tortue. InfulaTefti-
tudinis. Il y a deux îles de ce nom en Amérique, en-
tre les Antilles. L^'une eft à rrois lieues de la côte lep-
tenrrionale de l'île de S. Domingo , & à trente-cinq
de celle de Cuba. La parrie feptentrionale eft inaccef-
fible à caufe des rochers qui Tenvironnenr. Dans les
autres endroirs elle produit du coton , du tabac & de
l'indigo. Cette île qui a tout au plus fix lieues de long
fur deux de large, ne vaur pas'la millième partie de ce
qu'ejle a coûté aux François & aux Efpagnols.
L'aurre île de^ la Tortue eft aux Efpagnols -, on la
trouve enrre les îles de Sortovento, à quinze lieues de
l'île Marguerire, vers le couchanr. Mat y.
TORTUER. V. a. Rendre rorru. Torquere , contorquere.
Vous avez tortue cène règle, cette pointe de compas,
pour dire, vous l'avez fauflée. Tortuer une épingle.
TOR TOS 103
aiguille com-
une aiguille , & au réciproque , cette
mence à fe tortuer. On doute de l'ufage de ce mot'
TORTUE , ɣ. parc.
TORTUEUSEMENT, adv. D'une manière tortue. Tor-
tuosê , perflexus.
TORTUEUX, EUSE, adj. Qui a fait plufieurs tours &
retoiirs. Tortuofus. Le Méandre eft un fleuve forr tor-
tueux. Le Icrpenr marche avec plufieurs replis tortueux.
Cette cote de mer eft forr lortueuje ; il y a bien des
goltes & des promontoires. On ne le dit guère que des
chemms , des rivières & des ferpens.
TORTUOSITE. f. f. Etat de ce qui eft tortueux. Tor-
tus,ûs Koyq Tortueux. Tortuofué d'un chemin.
Anfraclus. M. Du Bois parad. de Ciceron , dit que
comme la vertu eft la rectitude de l'efprir, le vice en
eft la tortuofité.
TORTURE, f.f. Du Latin torquere, torfi , tortum. Tour-
menrer , d où vienr tortor, boureau. Tourmenr qu'on
faitioutirir à quelqu'un. Tormentuni, cruciatus. Les
tyrans inventoient de nouvelles tortures contre les
Chrétiens -, ils leur faifoienr foutfrir d'étranges tortures.
Torture, en jurifprudence , fynonyme de queftion, fe
dit des tourmens qu'on fair elFuyer à un criminel ou à
un accufé , par ordre de juftice, pour lui faire avouer
Ion crime & déclarer fes comphces. Tormentum. Les
tortures fonr différentes fuivant les différens pays.
Vbye\ Question.
^ Dans un fens figuré torture fignifie contrainte , peine
d'elprir , grande contention d'elprit. Animi cruciatusy
Jumma animi contentio. Se donner la torture , mettre
fon efprit à la torture , donner la torture a. fon eiprir ,
fe tourmenter , fe donner beaucoup de peine pour, <S:c.
on eft dans une perpéruelle contrainte, & comme à la
torture parmi les gens indifcrers : il faut toujours pen-
fer à ne dire que ce qu'on veur bien qu'ils publient à
tout le monde. Bouh. Parlez naturellement , & ne
vous mettez point à la torture pour trouver un beau
mor. Bell. Les critiques ont donné la torture à leur
efprir pour trouver l'explicarion de plufieurs paftages
des anciens Auteurs j les Jurifconfultes à concilier des
loix contraires.
Et déjà vous croyei dans vos rimes obfcures ,
Aux faumaijes futurs préparer des tortures. Boil.
TORTURER, v. a. Donner la torture, la queftion à un
Acculé. Torquere. Ce mor qui fe trouve dans quelques
Auteurs , n'eft pas reçu ; ou du moins il n'eft pas auco-
rilé par l'ufage. On dir, donner la torture, mettre ou
appliquer à la torture -, Se encore mieux , donner la
queftion, appliquera la queftion.
4C> TORY. Nom qu'on donnoit en Angleterre aux par-
tifans de Charles II, & qu'on a donné depuis auxpat-
tifans de la Cour. Voyei Toris.
TOS
TOS. Vieux adj. pi. m. Qui s'eft dit pour Tous. Borel.
Omnes y toti.
TOSA. Nom d'un Bourg de la vallée de Démona , en
Sicile. Tofa. Il eft à l'embouchure de la Pollina , dans
la mer de Tofcane , vers le Cap de Céfalédi. Quelques-
uns le prennenr pour la ville qu'on nommoir ancienne-
menr Alefa , Alcefa, & Halejà-, que d'autres placent
au bourg de Caronia , qui eft au levant de Tofa.
Maty.
Cet arr. dir la Marr. conrienr autanr de fautes que
mots. On dit Tuja, Se non pas Tofi. Tufa n eft
de
pas un bourg j mais un forr. Ce forr n'eft point à l'em-
bouchure de la Pollina , mais à l'embouchure de la
Tujà. On ne dit point le cap de Cefaledij mais le cap
de Cefalu. Tufa ne peut être T^/^p/û des Anciens,
çuûquAlœfa étoit à l'embouchure du fleuve Alïfus
qui eft beaucoup plus à l'orienr.
TosA. Nom d'une rivière qui a fa fource au monrdela
Fourche, dans le même lac que le Rhône. Tofa,Athi-
fo. Elle va couler dans le Duché de Milan , baigne la
Dôme d'Ofula , Ugogna, & fc décharge dans le lac
Majeur. Maty,
î04
TOS
Tos A , Tons A . Nom d'une ville capitale d'un petit R®yau-
nic de même nom. Tojh , Tonja. Elle eftdaiii ie Japon,
fur la côte méridionale de l'île de Chickock. Maty.
TosA. Bourg de la Catalogne en Eipagne. Tofa. Il efl: en-
tre la ville de Palamos & rerabouchure de la Tordera ,
fur le cap de Tofa , lequel quelques Géographes prcn^
nentpour le Lunariumpromontoriumdes Anciens, pla-
cé par d'autres au cap de Palatugel , qui efl: au nord de
celui-ci. Maty.
.TOSCAN, AN£. adj. m. & f. & fubft. Terme d'Architec-
ture. îV^z/i ^ i/^/ny/n/J. C'eft le premier, le plus iîm-
plc & le plus mafiif des ordres d'Architetture. Le Tojcan
a Tes proportions aulTi-bien que les autres ordres : mais
il n'y a plus de monumcns antiques oi\ l'onpuille trou-
ver un ordre Tojcan régulier. De tous les ordres , le
To/caneù: le plus ailé à exécuter, parce qu'il n'a ni tri-
glyphes , ni modillons , ni denticules qui puillent con-
traindre fes entre-colonnes. Autant qu'on le peur faire
une règle pour retrouver le Tojcan , la colonne ToJ'cane
doit être haute de fept fois fa grolleur , y compris la baie
ëc le chapiteau. L'ordre 2q/r^/zaétéainlî appelé, parce
que d'anciens peuples de Lydie étant venus habiter
dans la Tofcane , y bâtirent les premiers des Temples
de cet ordre. Vbye\ Ordre.
Toscan , ané. f m. Nom de peuple. Tofcus , ToJ'ca-
nus , Hetrujcus , a. Habitans de Tofcane. Quand on
parle dePantiquité, on dit Hétruriens, plutôt que ToJ-
cans. Vbyei Hétru r i en s .
TOSCANE. Nom d'une grande contréede l'Italie , qui efl:
une partie de l'ancienne Hetrune. Hetruria , TuJ'cia.
Elle efl: bornée au levant & au nord par l'Etat de l'Egli-
fe , & au couchant par ceux de Modene & de Gènes :
la mer de Tofcane la baigne au midi. Ce pays efl: arrofé
de pluileurs rivières , dont l'Orno efl: la principale. Il elt
fort fertile en bled , légumes , vin , huile , citrons , oran-
ges , lin , fafran & foie. On y trouve des carrières de mar-
bre, d'albâtre & de porphyre, & des mines d'Alun, de
fer, d'airain , & même d'argent: on y fabrique quantité
d'étortes de laines & de foie , des cuirs dorés, & de la
vaiflèile de Faïence. Elle renferme les Etats du Grand
Duc de Tdjcane , le Duché de Mafia, la Principauté de
Piombin, l'Etat delli Préfidii, la République de Luc-
ques , la Vallée de Grahniana , & Sarzana avec Ion
territoire, qui efl: aux Génois.
Le Grand Duché de Toscane. Magnus Ducatus
Tujciœ j Hetruriœ. Ce Duché renferme prelque toute
la ToJ'cane , les autres Etats qu'on y voit ayant fort peu
d'étendue. Il eft divifé en trois provinces, le Florentin,
le Siennois& le Pifan, qui éroient autrefois trois Répu-
laliques puiflàntes. Il peut avoir environ quarante lieues
de largeur & autant de longueur. Ses villes principales
font Florence, capitale , Sienne , Piie & Livourne. Cet
Erat efl: fort moderne \ il a été fondé l'an 1^51. que
Charles-Quint érigea Florence en Duché , pour Lau-
rent de Médicis , fils naturel du Duc d'Urbin , auquel il
fît époufer Marguerite fa fille naturelle. Le Pape Pie V.
donna à Côme de Médicis , fuccelîèur de Laurent , le
titre de Grand Duc l'an i565).Sesfucceilèurs le portent
encore, & ils ont ajouté en divers temps au Duché de
Jlorence , le Pifantin , le Siénois , Pictra Sanéta avec fon
territoire , & la Vallée de Macre. Maty.
La Merde Toscane , ou Inférieure. Mare Tufcuin j
Tyrrhenum , Inferum. Cette mer eft: lapartie de la mer
Méditerranée , qui efl: enfermée entre laTofcane , l'Etat
de l'Eglife , le Royaume de Naples , & les îles de Si-
cile, de Sardaigne & de Corfe, dont la première la fé-
pare de la mer Ionienne , & la dernière de celle de Gè-
nes. Cette mer prit les noms de Tufque&Tyrrhène des
anciens Tufques & Tyrrhéniens, peuples de fFIérrurie,
■& on lui donna celui de mer inférieure pour l'oppofer
au golfe de Venile, qu'on appelloit la mer lupérieure.
Maty.
Toscane, f. f Terme deFleunfl:e. Anémone qui eft d'un
rouge blafart, mêlé quelquefois de feuille morte: elle
durebeaucoup plus long-temps en fa fleur que beaucoup
d'autres. Morin.
Xoscane. Efpèce d'étotle que portent les femmes , qui efl:
faite d'écorce d'arbres. La ToJ'cane efl: d'un fort bon ufé,
cependajiit on n'en porte prcfque plus.
TOS TOT
TOSCANELLA. Nom d'une ville de l'Etat de l'Eglife.
Tujcania , anciennement Tujcia , Thyrrhenia j TuJ-
cana & Salonibrona. Elle eft: fur la petite rivière de
Martha, dans le Patrimoine de S. Pierre, aux confins du
Duché de Caftro, à quatre lieues de Monte Fiafcone,
vers le Midi. Cette viile a donné plulieurs Papes à l'E-
glife , & le nom à la Tofcane , comme on croit. Elle
étoit autrefois fort confidérable -, mais ayant été facca-
gée jufqu'à leize fois , elle eft: extrêmement déchue. Elle
a pourtant encore un Evêché uni à celui de Viterbe.
Maty.
TOSCOLANO. Nom d'un village de l'Etar de Venife.
TuJ'culaniis vicus. Il eft dans le Breiïan fur le bord occi-
dental du lac de Garda , vis-à-vis de l'île de ce nom ,
dont il eft éloigné de trois lieues. On voit près de ToJ-
colano les ruines de l'ancienne Bonacum , ville des
Euganiens. Maty.
TOSIBÎS. Voyei Tasibis.
TOSJORS. Vieux adverbe. Toujours Borel. Semper.
TOST. Petite ville de Siléfie, dans le Duché d'Oppellen ,
entre Nackel & Tarnowitz, près deStrelitz.
TOSTAR. Ville capitale du Royaume de Coureftan , qui
eft entre le Royaume de Fars , le Golfe Perfique , vers
Bâfra & Valet.
TOSTE.Terme de Marine, On appelle Tojies de Chaloupe,
des bancs polés à travers les chaloupes, oii s'aflèyent les
Matelots qui doivent ramer. TranJira.
TOSTE. Terme de Relation. Il y a à Londres des aflbcia-
tions particulières fous le nom honorable d'Académie ;
inais elle ont dégénéré en allemblées de buveurs. La
cérémonie des tofies efl: un de plus curieux morceaux
de ces repas. Elle confifte à le porter réciproquement la
fanté des perfonnes abfentes , que chacun efl: obligé de
boire , fous peine de l'impolitellè la plus gromère.
l'Abbé Le Blanc
Delà efl: venu notre Verbe Toft:er , v. a. qui fignifie
porter à tous les convives la fanté d'une perfonne ab-
fente. On tojîe plus ordinairement les femmes que les
hommes, tofterfâ maîtreile. On dit aulîi neutralement
s'amuler à tojîer. Nous avons palfé la nuit à tvjier.
Propinare.
TosTÉ , Éi. Participe.
T O T
TOT , GTE. adj. vieux mot. Tout. R. de Ouillaume de
Dole. Borel. Omnisj totus.
TOT, a iîgnifié la place où efl: un bâtiment, ou ce qu'on
appelle aujourd'hui en Normandie une inalure. Plu-
lieurs villages , hameaux & chfiteaux en ont retenu le
nom ; & c eft: delà qu'ont été formés ceux de Cretot ,
Yvetot , Rajfetot j &c. Dejcrip. Géogr. & Hifi. de la
Haute Nor/n. to. i.p. 56. Le village de Requier- court
dans le Vexin Normand a porté anciennement le nom de
Riquetot ; & delà Dom Dupleflîs conclud que notre
court a été fubftitué au tôt des Anciens , & que ces deux
mots lignifient la même choie. Ihid. to. 1. p. -jid.
TÔT. adv. de temps qui fe dit de celui qui efl: prochain.
Cith , mature j quâni-primàm. Venez-ïo^^ accourez-
tût. Veni citb. Cela fera bien-/d/ fait. Il faut mourir tôt
ou tard. On eft: toujours marié trop tôt. AuiTi-tôt dit ,
auffi-rô/ fair. Diclum jfaclum. Il n'eft pas venu alfez
tôt j allez à temps. Qui donne tôt donne deux fois.
TÔT, vîte, promprement , conhdérés dans une lignifica-
tion fynonyme. Le morde ^d^ ,ditM. l'Abbé Girard , re-
garde le moment où l'adion fe fait. Son oppofé eUtard.
Le crime eft: toujours puni, lice n'eft: rôt , c'eft: tard. Qui
commcHce tôt Se travaille vîte , finit promptement.
Voye[ les deux autres mots.
PlustÔt ou plutôt, joint avec que, eft: un adverbe qui
fert à marquer la préférence. Potius, Plutôt mourir
que de rien faire contre l'honneur.
Sitôt que , dès que. Ubi primàm. Sitôt qu'il fut arrivé.
Ce mor vient de ftatim , ou de cith , félon Nicod.
TOTAGE. f m. vieux mot. Total. Tout. Totuni , omne.
TOTAL , AIE. adjeâ:. qui lignifie la même cliofe que
complet , entier , & s'exprime diverfement en Latin
fuivant les mots auxquels il fe joint. Somme totale ,
nombre total, abandonncment total. Ce procès eft: ca-
pable
pable de caufer fa ruine totale. l! arriva un accident que
je crus devoir être caul'e de ma totale deftruclion.
Voit. La deftriiétion totale de l'Univers le fera au jour
du Jugement.
Total eft suffi 1". m. & fignifie rafTemblage de plufieurs
chores confidérLes comme faifant un tout. Summa ,
congeries , agg ^gatum, C'eft un mot du Palais , qui
n'entre point dans le beau ftyie. Le totalde h luccelïion.
Les quatre quartiers d'une aune en font le total. Il ne
fe contentera pas d'une partie, il voudra avoir le total.
Total, en Arithmétique, en fait de comptes, feditde
plufieurs fommes joinrcscnfcmble par l'addition, pour
connoître le montant d'un compte. L'addition des to-
taux pamcuhev fait le /o/i?/ d'un compte.
TOTALEMENT, adv. Entièrement , abfolument , (ans
rien referver. Totaliter , intégré , ahjblutè , omnino ^
penitàs. Je vous fuis totalement dévoué. Il eft totale-
ment ruiné.
TOTALITÉ. f. f. Tout, total. Totalitas , totum , univer-
J'alis /ors , as. Un légataire univerfel emporte la tota-
lité des biens d'un défunt. Il eft du Palais. Prenez cha-
que article en particulier, vous n'y trouverez nulle pei-
ne', il n'y a «!"£ ^^^ aflèmblage , que cette totalité qui
coûte. BouRD. Exhort.T. l. p. 166.
TOT ANUS. f. m. Oileau aquatique dont parle Jonfton.
Il eftdegroUbur médiocre , noir & blancs fon bec eft
long d'environ trois doigts : fon cou eft de la même lon-
gueur: fon corps eft long de prefque un demi-pied: fa
queue eft grande comme la main : fes jambes ibnt hau-
tes : fes pieds font rougeâtres, armés d'ongles noirs-, la'
tête eft ordinairement noire par devant , rougeâtre par
derrière •, les aîles font blanches & noires ; fa queue eft
traverféede lignes blanches & noires.
TOTAY. Nom d'une ville de l'Inde delà le Gange, rorœ^.
Elle eft Capitale d'un Royaume qui porte fon nom , &
fîtuéefurla rivière deCaor, vers le lac de Chiamay, &
les confins du Mogoliftan. Maty.
TOTNES , TETNES. Nom d'un bourg d'Angleterre , fi-
tué dans le Comté de Dévon , fur la rivière de Dart ,
à trois lieues au-delFus de Darmouth. Totonejium. Tot-
nf.f a entrée au Parlement d'Angleterre. Maty.
TOTOCKE. f. f. Fruit qui croît dans les régio^is voifines
de la grande rivière des Amazones. Totocum. L'arbre
qui le porte eft grand & branchu. Ses feuilles font à peu
près comme celles de l'ormeau , d'un vert brun. Il ne
porte point de fleurs , mais des bourgeons dont la cou-
leur eft itmbiabie à celle des feuilles. Ces bourgeons
ayant groffi peu à peu , produifent un fruit gros quel-
quefois comme la tète d'nn homme. Il eft preique rond,
& un peu plat fur la partie de devant , couvert d'une
ccorcedure, ligneule&fort épaille, rayée par dehors,
&: pleine de bolles , d'une couleur brune & prefque
noire. Il eft divifé par dedans comme en fix parties ,
chacune defqueiles enferme huit, dix &jufqu'àdouze
noix fortpreilées enfemble. Chaque noix eft auffi cou-
verte d'une écorce épaifle & dure, & de ditlérente for-
me', la plupart font pourtant triangulaires, convexes d'un
côté , avec trois futures fort raboteules , longues de
trois pouces, & larges d'un & demi, de couleur rouilè,
& quelquefois brune ou cendrée. Un long noyau les
remplit entièrement , ainfi que tait celui de l'amande. Il
eft d'une chair blanche , ferme ëc un peu huileufe , &
couvert d'une petite peau rougeâtre. Le goût approche
plus des noifettes que del'amande. Ce truiteftfipelant,
que les Sauvages n'oleroient entrer dans les forêts
quand il eft mûr, lans avoir la tête couverte de quelque
rondache ou de quelque choie d'une égale force , pour
les garantir des coups dangereux que leur porteroit ce
fruit en tombant.
TOTON.f. m. Elpècc de dé, traverfé d'une petite cheville
fur laquelle on le tait tourner, & marqué de ditlérentes
lettres fur fesquarres i^ces.TeJferacuJpidataverJàtilis.
Jeu d'enfans qui fe fait avec une efpèce de pirouette ,
laquelle félon qu'elle tombe , fait gagner ou perdre.
Quand elle tombe (ur le T , qui lignitie totum , elle
marque qu'il faut prendre tout ce qui eft au jeu. C'eft
delà que le jeu & lapirouerte on pris leur nom.
«fO'TOTOMI. Province du Japon, fur la côte méridio-
aale de l'île de Niphon -, bon.ée au nord par la province
Tome VI IL I. Partie.
TOT TOU 10^
\ de Sinano j^ à l'orient par celle de Socrœgà ', au midf pa^
la mer-, à l'occident par la province de Nicawa.
TOTONACE. Nom d'une contrée de l'Amcrique feptén-
trionale , dans la province de Tlafcala. Totonaca. Elle
s étend le long du golfe du Mexique , depuis la ville
de Vera-Crux, jufqu'à la province dePomuco, & elle
porte le nom desTotonacasfes anciens habitans. Maty.
TOTOQUESTAL. f. m. Sorte d'oifeau des Indes Occi-
dentales, un peu plus petit qu'un pigeon ramier. lia les
plumes vertes, &laqueuelongue. Les naturels du pays
qui s'ornoient des plumes de cet oifeau dans les princi-
pales fêtes , le regardoicnt autre fois avec une très-gran-
de vénération, &c'étoituncnme capital de le tuer.
TOTORA. f. m. Sorte de glaïeul qui vient au Chili. Gla^
diolus Chilienfts. Les maifons ( d'Arica) ne font la plu-
part que des fafcines d'une forte de glaïeul appelé to-
tora, liées debout les unes contre les autres avec des
éguillettes de cuir fur des cannes qui fervent de traver-
fé. Frézier,^^^. 156.
TOTQUOT. Terme d'ancienne Jurifprudence. Droit que
les Princes exigeoient des aft'ranchis , & qui confiftoit
en une Ibmme pareille à celle que les aflranchis avoient
donnée à leurs Seigneurs pour obtenir la franchife.
Foj'q Collet^ fur les Statuts de Bugei, L. III. led. i.
p. 66. col. 2.
Ce font deux mots Latins , rof, autant, &}uof^ que.
TOU
TOUAGE. f. m. Terme de Marine. C'eft le travail des
Mariniers , qui , à force de rames , tirent un vaifleau at-
taché à une chaloupe , pour le faire entrer dans un port,
ou monter dans une nv ihs.Remulcus. On appelle aufli
touage,\e changement de place que Ton fait faire à un
vaifteau avec une hanfîère attachée à une ancremouillée
ou amarée à terre. Voyei^touer.
TOU AILLE, f. m. Linge qu'on pend d'ordinaire fur un
rouleau auprès d'un lieu où l'on fe lave les mains, qui
fert à les eiTuyer. Mantile yerfatile. Il y a des touailles
auprès des Réfectoires des Religieux. '
Ce mot vient de l'Italien touaglia, qui a été fait de
toral , ou torale-, qui fignifie le tapis ou la nappe qui fe
mettoit fur le lieu où l'on mangeoit , qu'en Latin on
appelloit torus. On trouve auffi dans le Pontifical loba-
lea , d'où peut être auffi venu touaille & tavayole. Mé-
nage. Du Cange dit qu'en la baflè Latinité on a die
toacula , toalia j tobaleaj togilla & tuella dans le même
fens.
Il vient proprement du mot Celtique ou Bas-Breton
touaillon qui fignifie ferviette à elTuyer les mains.
TOUAILLON. f. m. Vieux mot. Serviette. Borel. Man-
tile. A tant vint une Damoifelle, qui tint deux petits
tailloers d'argent, & orent/o:/û^7/o/2^enlors bras. Rom.
DE Merlin.
TOU ANSE. f. f. Étofï'e de foye qui vient de la Chine.
C'eft un efpèce de fatin plus fort , mais moins luftré
que celui de France. Il y en a d'unis , d'autres à fleurs
ou à figures, & d'autres encore avec des oifeau x , des
arbres & des nuages.
TOUARCE. Bourg de France dans l'Anjou , Elecftion
d'Angers.
TOUARS. VoyeiTnovAKs.
TOUC. f. m. Vieux terme de Coutume. Canal. Canalis.
TOUCAN, f. m. Nom d'un oifeau de l'Amérique méri-
dionale. C'eft une efpèce de pie. Pica Brafilienfis , ou
Peruana ou Americana. L''on voit quantité de cesoi-
feaux au cap de Frie , & il y en a de deux elpèces i
l'une eft de la grollèur d'un pigeon, & l'autre eft plus
petit-, tous les deux ont le champ de leur pennage iem-
blable-, favoir j tout noir, excepté l'extrémité de la
queue : ils ont quelques pennes auffi rouges que du
fang , mêlées parmi les noires ,- & fous la poitrine ils
font d'un jaune fi pur & fi éclatant , qu'il eft impoffi-
ble de ttouver une couleur plus vivo. Les Sauvages
le fervent de ces plumes pour garnir leurs épées , leurs
chapeaux & leurs auttes ornemens. L'on ne trouve
pas de ces oifeaux par toute l'Amérique , & l'on n'en
voit l'eulement qiie le long de la rivière de Janeiro,
vers le cap de Frie , & quelques-uns au Pérou , mais
ÏOÔ
TOU
ils font beancovip plus petits. Cet oifcau ne fauroit
vivre dans les pays froids -, il eft dittorme & mondrueiix,
àcaulc de la hgurc de fon bec, crochu par le bout,
large de deux ou trois pouces, long de cinq à hx. Il eft
d'une iubftance membraneufe , olleufe, tranlparente ,
creufe en dedans , d'une grande légèreté , les bords
découpés en forrtie de llie trcs-tranchante, dentelure
qui l'empêche de le termcr exadement. Il ne vit que
de certains fruits qu'il trouve dans les bois, où il fait
k rélidence. H mange aufli de certain poivre long qui
eft rouge, donc il le rencontre deux efpèces, l'une plus
lonf'ue que l'autre. Le plus petit eft fait comme une
fraiîe, un peu toutefois plus pointu. Les Sauvages l'ap-
pellent Queinapoua, &le plus grand, Queiiiboucoup.
André Thevet parie , dans fes "Voyages , du Toucan avec
admiration , & en donne la figure. Il y a dans Tîle
Sainte Catherine un oiieau fort particuUer , qui a un
large bec plus beau que l'écaillé de tortue , & une plume
pour langue. C'eft le Toucan dont Froger fait la del-
cription , & le P. Feuiiiée , p. 418. Frézier , p. %6.
Il y a une tête de Toucan dans le Cabinet de la Société
Royale de Londres , & quelques-unes au jardin du Roi,
dans le cabinet d Hiftoire naturelle. Cet oifeau a quel-
que chofe de fi iîngulier , qu'on l'a placé dans le ciel
parmi les confteilanons.
TOUCAN, f. m. Terme d'Aftronomie. L'une des douze
Conftellations Auftrales qui ont été obfervées par les
Modernes, depuis les grandes navigations. Les onze
autres font, la Dorade, lepoitlbn volant, le caméléon,
l'abeille , la mouche Indienne , le triangle auftral , le
triangle Indien, le paon, la grue, lephœnix & l'hydre
ou le ferpent Royal. Cette conftellation eft compofée
de huit petites étoiles. On l'appelle autrement anfer
americanus , l'oie d'Amérique.
TOUCHANT. Prépofition dont on fe fert dans la divi-
fion d'une matière-, pour dire, Sur, à l'égard, pour ce
qui concerne. De, circa , quoad,fuper. Le Roi a fait
des Ordonnances touchant la guerre-, d'autres touchant
la Juftice -, d'autres touchant le Commerce ; c'eft-à-
dire, pour ce qui regarde toutes ces chofes. Cet Arrêt
n'a rien prononcé touchant une telle demande , c'eft- à-
dire , à cet égard. Ils ont un àï&iiQaàtQUchant la grâce
efficace. Pasq.
TOUCHANT , ANTE. adj. Qui émeut les paffions , qui
remue le cœur, qui excite divers mouvemen?. Mo-
yens , commovens , movendis animis aptus & idoneus.
Cet Orateur a fait un difcours fort touchant, une per-
oraifon fort touchante. Voilà un fpedacle fort touchant,
un accident bien touchant, une perte tics-touchante ,
c'eft- à-dire , fenfible , affligeante. La Tragédie demande
des fentimcns tendres & touchans. Le caradère d'une
lettre d'amour eft d'être touchante ë: pafïîonnée. M.
ScuD. Je n'ai point cette beauté touchante , qui con-
fume un cœur d'un regard. Vill. Les plaifirs du cœur
ibnt plus touchans que ceux de l'efprit. S. EvR.
Spins de ma Bergerie , amufemens utiles ,
Vous n'êtes pas touchans, mais vous êtes tranquilles. Font.
On le dit auffi par forme de fubftantif. Naturelle-
ment le noble doit l'emporter lur le touchant. Fonten.
Le noble & le touchant réunis enfemble.
TOUCHANTE, f. f. Terme de Géométrie. Ligne droite
qui touche la circonférence d'un cercle fans faire avec
elle un angle, & fans la couper. Linea tangens. C'eft
la même chofe que la tangente -, l'un eft le mot Latin,
& l'autre eft le François. Malgré cela le mot de tan-
gente eft le plus ufité.
En Géométrie on appelle encore point touchant, le
Eoint où une ligne droite touche une ligne courbe , ou
ien le point dans lequel deux lignes courbes fe tou-
chent. C'eft le point de contact ou de contingence. On
démontre en Géométrie qu'on ne peut pas faire palier
une feule ligne droite entre la touchante & le cercle,
mais qu'on peut y faite pafler une infinité de lignes cir-
culaires.
Depuis quelque temps on a affedé de ne fé point
fèrvir de termes d'arts Latins, ni Grecs, tant qu'il fe-
xoit poflible d'en trouver de François.
TOU
TCUCHAU. f. m. Acus probatoria. On appeîoit autre*
fois Touchaux , en termes de Monnoie , de petits mor-
ceaux d'or de diftérens titres éprouvés , dont on fe fez-
voit pour faire les elîais d'or. Ils étoient en manière de
fcrrets d'aiguillettes allez plats , & le titre étoit mar-
qué lur chacun. On frottoit l'elpèce, ou autre matière
d'or fur la pierre de touche : on y frottoit auffi les
Touchaux que l'on croyoit approcher le plus du titre
de 1 efpcce -, & comme le titre de chaque touchau y
étoit marqué , on jugeoit ainfi à peu près du titre de
l'or par celui du touchau qui en approchoit le plus.
TOUCHE, f. f. Petit brin de bois ou d'autre chofe dont
les enfans qui apprennent à lire touchent les lettres
qu'ils épelent. Virgula, flylus.
Au jeu des jonchets c'eft une petite baguette d'os
ou d'ivoire dont on fe lert pour lever chaque pièce
des jonchets quand on les a fait tomber. On levé les
jonchets avec la touche.
Touche le dit auffi de l'opération par laquelle on eflaic
la pureté de l'or & de l'argent fur la pierre qu'on ap-
pelle pierre de touche. Probatio. On frotte de l'or ôy
de l'argent très-purs fur cette pierre i & quand on veut
en elîayer d'autres , on en frotte la même pierre , en
taifant des raies à côté des premières ; & par le plus
ou le moins de conformité de la couleur du nouveau
métal avec celle de l'ancien , on connoît que ce mé-
tal eft plus ou moins pur , plus ou moins conforme à
celui dont on avoit d'abord frotté la pierre. On con-
noît à la touche qu'une pièce eft fauflè , que le métal
eft plus ou moins pur.
Pierre de touche ou parangon. C'eft une pierre mé-
tallique noire & relplendillanre. Elle eft dure , & fe
trouve de plufieurs couleurs*, elle relïèmble au Bafalte,
& eft très-propre à éprouver les métaux. Lapis Ly'
diusj heraclius lapis , coticula, bafanites. Quand on
les trotte fur cette pierre , ils y laillent une marque ,
& on compare la marque d'un métal éprouve à celui
du métal qu'on éprouve. On l'appelle autrement la
pierre Lydienne. On dit auffi , qu'une pièce de mon-
noie a fenti la touche, quand on l'a éprouvée, non-fea-
lemeut fur la pierre , mais auffi avec le burin ou l'eau
forte , ou quand on en a fait quelque autre ellài. Dans
une Ordonnance du Roi Jean il eft porté que la touche
de r»r de Paris furpafle tout autre or dont on œuvre
autre part. Il n'étoit pourtant alors qu'à 19 karats &
un quint. Les Jouailliers doivent être examinés fur la
touche en la Cour des Monnoies, fuivant leurs Statuts.
Au refte, pierre de touche eft un terme générique,
qui convient non-feulement à celle dont on vient de
parler, mais à toute autre pierre dure, comme lecail-
îoH , dont on peut fe fervir pour les mêmes clïàiSj^
pourvu qu'elle foit lilTe , & que l'eau forte n'agîlïc
point defliis.
Il s'emploie auffiiîgurément. L'adverfité eft la pierre
de touche des vrais amis , pour dire , que c'eft princi-
palement dans l'advcrfité qu'on reconnoît , qu'on
éprouve les vrais amis. Les aftlidions que Dieu envoie
aux hommes ,^ font comme des pierres de touche pour
éprouver les Élus , en exerçant leur conftance & leur
foi. Le P. Pétau a fait un Livre en François fur la
Chronologie, qu'il a intitulé, La Pierre de touche.
On dit populairement qu'un homme craint h touche,
pour dire, qu'il craint d'être grondé, maltraité, batm.
Dans le même ftyle , on le dit figurément des njala-
dics & de tout accident fâcheux. Il a été longtemps
malade, il a eu une forte touche. Cette nouvelle taxe
eft une rude, une terrible touche.
Touche , en termes de Mufique, fe dit des divifions
d'un clavier , ou du manche d'un luth , ou autre inf-
trument, fur le/quelles appliquant les doigts, on en
tire des fons diftérens pour en faire des accords. Pin-
na , palmula _, ajfula. Le clavier d'une orgue a 48
touches. Le manche d'un luth, d'un théorbe eft divifé ■
en 5> touches j qui font monter chaque corde depuL*
le ton qu'elle fait à vide jufqu'à la fixième majeure-
c'eft-à-dire , par neuf demi- tons. Les touches dans
l'orgue , dans l'épinett^ & le clavecin font de petites
pièces d'ébène, d'ivoire, &'c. qui compofent le clavier,
fur lefquelles on pofe les doigts pour jouer ce qu'tfg
TOU
TOU
Veut. Dans îes inftrumens qui ont le manche long
comme ]e luth, !a viole &c. les touches font des cordes
qui embralfent le manche , & qui font la féparation
des demi-tons.
En termes de Peinture, on appelle touche, certain
coup de pinceau , par lequel le peintre , après avoir fuf-
fifamment fondu les couleurs convenables pour repré-
l'enter les objets qu'il s'efl: propofé d'imiter, en applique
de 'nouvelles pour faire icnrir davantage le caradtcre
de ces objets. Touche forte. Touche giacicuie , tendre,
légère. Suivant les objets qu'on caradérife , ia touche
doit être hardie, ficre, mâle, vigoureule , large, ipi-
rituelle, moelleiife , fine, légère. Celle des artiftes
médiocres e/l ordinairement molle, incertaine, timide,
foible, mefquine, lans eiprit , dure , pelante.
L'expreffion a lieu au figuré. L'Hiftoire du Stadhou
deratdeM. l'A. Reynal n'étoic d'abord qu'une ébauche
on y remarquoit cependant de grands traits, des tou-
ches fortes , des morceaux très-finis. Mém. de Trév,.
La touche du peintre ell un peu forte , les couleurs
font tranchantes , fes trairs hardis , mais trop faillans.Io.
En parlant du portrait de Jacques I.
On appelle en Bretagne une touche de cercles , un
certain nombre de cerceaux d ohcr , de châtaignier ou
d'autres bois pliants , liés enlemb'e pour la commodité
du commerce ou du tranfport i c'ell: ce qu'on appelle
à Pafis des Molles.
Touche, f. Vieux terme. Bois qui efl: pour l'embéliilé-
ment d'un lieu. Lucus. Voyei la Coutume de Biois,
art. 78.
TOUCHER, f. m. Tdclio. tac7us. C'cQ: celui des fens
par lequel nous connoillons les qualités palpabies des
objets , le mou , le dur , le froid , "le chaud , le fec ,
Thumides Sec. c'eft le plus étendu des cinq lens , étaiii
répandu dans toutes les parties du corps, au bien-être
deiqueîlcis il étoit nécellaire : c'eft un lens ftupide &
greffier, comme le goût ik l'odorat, qui ne cherche
que ce qui lui eft bon : mais il embralle un bien plus
grand nombre d'objets que tous les autres enfembîe -,
& quelques-uns même réduilent tous les fens à celui-
là , & prétendent que les quatre autres, la vue, l'ouic,
le goùr & l'odorat ne iont que des degrés du toucher.
Les Naturaliftes difent que les araignées, les mou-
ches, les fourmis ont l'organe du toucher plus parfait
■ & plus fubtil que les hommes.
Les fentimens des Philoibphes font fort partagés
fur l'organe du toucher. Quelques-uns le font conlil-
terdans les chairs feules-, d autres dans les chairs pour-
vues de fibres nerveuiés -, d'autres enfin dans la peau.
Vbyei au mot Tact le fentiment de Malpighi qui pa-
role préférable à tous les autres.
■ En parlant d'un joueur de luth , de clavecin,, de
guitare, &c. on dit qu'il a un beau toucher, un tou-
cher délicat, un toucher bùWam, &.c. pour défigner ia
manière dont il joue de ces inftrumens. Il y a plulieurs
chofes à obferver fur le toucher de l'orgue*, mâisilell
plus facile de les montrer fur le clavier, que de les ex-
primer fur le papier.
Toucher, v. a. C'eft proprement mettre la main à quel-
que choie ou lur quelque chofe , de manière que les
parties de la main ioient appliqiiées lur la choie. Tan-
gere. Les laïques ne doivent pas toucher les \ales la-
crés , ou aux vaies lacrés. Toucher du bout des doigts.
Extremis digith attingere. Le Roi touche ceux qui ont
.les écrouelles , en dilant, le Roi te touche. Dieu te
guériiib. On dit en ce fens, le Roi touchera demain,
touchera telle fête.
On touche dans la main ^ on met fa main dans la
main d'un autre, en ligne d'amitié, de reconciliation,
de conclufion de marché , &c. Dextras comnûtiere ,
conjungere , dextram tangere. Ils font raccommodés -,
ils ie'lont touchés dans la main. Nous voilà d'accord.
/oufAf{-ià.
Comme le toucher appartient à toutes les parties
du corps , ce verbe a lieu non-leulement pour expri-
mer l'application delà main , mais encore celle de toute
. autre partie fur une chofe. On touche du bras , du
coude, du pied.
Il n'eft pas même nécefiaire que le contadl foit im-
tô7
médiat, ique la partie du corps foit réellement appli-
quée lur la chofe-, mais il fuftit pour cela que fon ac-
tion fe falle fentir par le moyen de quelque corps.
Ainfi on touche quelqu'un avec uii chapeau , avec une
baguette. Il m'a touché de fon bâton.
En termes de manège, on dit toucher de la gaule j
aider de la gaule , en trapper légèrement fur l'"épaifle
du cheval-
Toucher le dit généralement pour ex'primer le contad
de toutes fortes de corps , c'eft-à-dire , l'application
d un corps lur un autre , un corps en touche un autre,
deux corps ie touchent , lorlque leurs parties font tel-
lement appliquées les unes iur les autres, qu'il n'y A
rien entre deux. Dcicartcs, ayant établi nmpoffibilité
du vide, eft obligé de dire que (i Dieu détruiioit toute
la matière, l'air, & la maricre Itibiile qui eft dans une
chambre , les murs de la chambre le toucheroient né-
cellairement.
En Géométrie , la ligne qu'on appelle Tangente
touche le cercle dans un point , c'eft-à-dire , que la râ-
lant fans la couper , elles ont toutes deux un point
commun. Dans le même lens deux courbes /é touchent
dans un point.
En termes de marine on dit qu'un vaiftèau a touché
à la cote, qu'il a touché la cote, qu'il a /owr/^/au port,
ponum tm[;ere, adUttus appellere , pour dire qu'il y
eft abfçdé , qu il y a mouillé. On dit aulïï qu'il atou-
ché h. terre, ou limplement qu'il a touché, quand,
faute deau ou de fond, la quiile trouve la terre, ou
qu'il va donner contre des rochers , des bancs de
lable, &c. in brevia, injyrtes, injcopulos allidi , im-
pingi.
En termes de ChalTe on dit qu'un cerf a touché au
bois (on dir^la même choie du daim, du chevreuil)
lorlquïl a diSaché la peau velue qui coÉvre fon bois,
en fe frortant contre des arbres. Jlfiricare.
Pour marquer la légèreté d'un danfeur,- on dit hy-
perboliquement que Tes pieds ne touchent pas à terre.
On iiit de même qu'un bon joueur de paume ne lailTè
pas toucher la balle à terre. Figurément , une aftaire
ne touchera cas à terre, c'eft-à-dire, qu'elle pallèra
lans difticulté.
En Marine , toucher le compas , c'eft aimanter l'ai-
guille de la boullole. Vbyei Aimanter, Aiguiili
AIMAMTÉE.
En termes de Monnoyage , toucher l'or , toucher
l'argent , c'eft frotter une pièce d'or ou d'argent, fur
la pierre de touche pour en conncître la pureté , la
bonté. Lapide Lydioprobare. Foje{ToucHE&PiERRE
DE TOUCHE.
En termes de Chirurgie, toucher un ulcère , c'eft y
appliquer quelque cauftique. Fbye;[ Caustique.
En termes de Mulique, toucher le die de certains inf-
trumens, pour en jouer. Tbwr/^fr l'orgue , le clavecin ^
le tuorbe. Tpucherla. lyre, jouer de la lyre. Lyramin-
crepare digitis,movere, pellere , percutere , puljiire.
Toucher la lyre lignifie poctiquement cultiver la poclie.
On a vu la même main toucher la lyre & manier le
télelcope <k le compas.
En termes d'Imprimerie , toucher les formes, c'cfli
après avoir bien diftribué l'encre fur les balles , en les
frottant l'une contre l'autre, appuyer ces mêmes balles
lur la itiperficie de la forme, aiin que l'œil de toutes
les lettres le trouvant également chargé d'une légère
coiiche d'encre, on puille avoir une belle imprelîion.
Oii dit, qu'il faut toucher mmgve , c'eft-à-dire , ména-
ger l'encre, & tirer gras, c'eft-à-dire, ne pas trop mé-
nager fes forces en tirant fur ie barreau.
Toucher de l'argent , fyrionyme de recevoir. Toucher
une lomme , toucher fa pcn/ion , les appointemens.
Toucher dans la lignification , d'atteindre à quelque
chofe. Attingere , peitingere. Toucher de la main au
plancher. Toucher an but.
Toucher fe dit aulîi pour marquer le voifînage ou le
peu de diftancc. Toucher à la Cilicie. Ciliciam attin-
gere , en être proche voifin , s'étendre jufques-là. Nos
prés, nos héritages ie touchent , font contigus.
On le dit au figuré en parlant d'un temps qui n'efl;
pas éloigné. "How^ touchons au carême. Nous touthona
Oij
io8
TOU
au terme. Injîat. Ce malade touche au dernier mo-
ment. //2 propirquo mors eji. Dans ces exemples tou-
cher efl: neutre.
Toucher a encore pluficurs autres acceptions tant pro-
pres que figurées.
On le dit quelquefois pour cbalîêr devant foi , faire
aller. Ce berger touchait des bœufs, un troupeau de-
vant lui. Abigere. On dit à un cocher , allons plus vite ,
touche, cocher. Iter properare. Touchant fes chevaux
ailés, elle me promena par- tout le monde. Abl. Sol-
licitare, excitare.
Dans la fîgnification de frapper, on le dit abfolu-
■ ment. Tcuchei^oa-, pour dire •, frappez : quelquefois
il fe conftruit avec lur. Enveloppé de toutes parts , il
touchait fur les uns & lur les autres. Ici toucher eft
encore pris neutralcment. Ces façons de parler ne lont
pas nobles •, & quoique. l'Aead. les explique , fans les
condamner, on ne doit les employer que dans le iîyle
familier.
Toucher , conftruit avec la particule à fignifie des chofes
tout-à-fait diftérentes. Touchera une iomme d'argent,
cVft en prendre ,■ en ôter quelque choie. Detrahere ,
decerpere. Un dépôt cft une choie facrée , -à laquelle il
ne faut pas toucher. Cet argent eft deftiné pour telle
choie, je ne \'eux pas y toucher. On n'a pas encore
touché à ce magafin. Les Romains ne touchaient au
tréfor de la République que dans les grandfts nécel-
fités;
Toucher à une chofe, fignifie auffi,y donner atteinte,
y faire quelque changement. Immutare. Quelques
changemens qu'un Souverain puiile taire dans ies états ,
il ne doit jamais toucher à la religion ni aux loix fonda-
mentales. On a changé tel article, mais on n'a ^a% tou-
ché à celui-là. Le Roi a révoqué tel & tel Edit, mais
fans touchen-)L celui-là.
Toucher , fyncnyme d'exprimer. En matière d'élo-
quence , on dit qu'un Orateur touche bien les pallions ,
que dans un po'c'me , dans un ouvrage de littérature
' il y a des endroits bien touchés. Les paiïions à»demi-
touchées n'excitent que des mouvemens imparfaits
dans nos âmes , & fans les lailler dans leur alîiette , ne
les enlèvent pas hors d'elles-mêmes. S.Evr.
En Peinture on dit que telle partie ç{ih\&v\ touchée^
qu'elle cft finement, délicatement roz^c/zee, pour dire
que par certains coups de pinceau dans les ombres &
dans les lumières le peintre caradériie , fait lentir le
caraélère des objets qu'il s'eft propofé d'imiter. Ce ta-
bleau eft bien touché , les coups de pinceau font don-
nés avec intelligence, avec force, &c.
Dans le dilcours familier on dit faire toucher une
chofe au doigt & à Pœil , pour dire, la rendre ienfiblcj
en convaincre par des preuves indubitables , telles que
font ordinairement celles de la vue & du toucher.
Toucher une choie, un lujet, une matière, fignifie en-
core, en parler incidemment, en pailapt, en traitant
une autre marière. Per tranjènnam dueie , mentioneni
facere , 'obiter perjiringere. Il a touché ce point-là tort
adroitement. Il en a touché quelque choie dans tel
chapitre.
Quelquefois il fignifie parler exprefTément d^une
choie. Sermonem hahere. Il y a des endroits à faire
valoir , & il y en a d'autres où il ne faut pas toticher.
S. ÉVR.
Mais ma Mufe timide
Craindrait i en les touchant, de flétrir tes lauriers.
BoiL.
On dit figurément & familièrement , toucher là
groflè corde , parler de ce qu'il y a d'elléntiel dans
une afraira. Il ne faut pas toucher cette cotde là , c'eft-
à-dire , c'eft une aflaire délicate dont il ne faut pas
parler.
Toucher fe dit figurément en parlant des paffions, &
lignifie, rendre f'enfible, émouvoir , exciter. Movere,
excitare jcommovere. Il a'y a point d'expreffions qui
ne l'oient au-dellbus de ce que redenient les perlbnnes
qui font touchées. S.Évr. Dans les douleurs d'often-
taiion , l'on s'etiorce de paroître beaucoup plus lou-
ché que l'on ne l'eft eticâivcment. M. Esp. Cet affront
l'a touché au vif, l'a piqué fenfiblement. Un bon Juge
ne le laillé toucher ni pat la colère ni pat la pitié. Un
Prédicateur éloquent touche fes auditeurs. La grâce
touche le Pécheur le plus endurci. Quand la matière
eft telle qu'elle nous doit , railonnablement toucher,
c'eft un défaut d'en parler d'une manière feche , froide,
& fans mouvement-, parce que c'eft un défaut de n'ê-
tre pas touché , quand on doit l'être. Log. Le cœur
veut des plaifirs vifs & lenfibles, & il aime zène tou-
ché fortement. Le Ch. de M. Ce n'eft rien que la beau-
té , fi elle ne touche. Font. Quand un cœur a été bien
touché , il ne revient pas aifément dans l'indiftérence ,
il aime, & il hait bien des fois, avant que d'être tran-
quille. On pafle une vie bien languillante , quand on
n'eft touché de rien. Le Ch. de M. On aime à être
ému & touché par le fpedtacle , & quand les Adteurs
nous laiflent immobiles , on eft indigné dé ce qu'ils
n'ont pas su troubler notre repos. Nie.
Toucher , pris dans un fens figuré eft encore employé
com.me fynonyme de regarder & concerner , pour
marquer la part qu'on prend à une affaire, à une chofe.
On fe fert même allez indifféremment & fans beau-
coup de choix de ces trois verbes. Il y a cependant
entre ces trois expreflions une différence délicate que
nous allons marquer d'après M. l'abbé Girard. On doit,
dit-il, fe fervirdu mot toucher, lorfque la chofe nous
eft plus fenhble & perlonnelle. Ainfi il le trouve mieux
placé dans les affaires de caur, d'honneur & de for-
tune. Voy. les autres mots. La conduite de la femme
touche d'alîez près le mari, pour qu'il doive y avoir
l'ail -, mais la trop grande attention y eft pour le moins
aufli dangereufe que la négligence. Les affaires des
Moines touchent trop la Cour de Rome pour qu'elle
n'en prenne pas connoillhnce , & qu'elle ne leur ac-
corde point la proteâion lorfqu'on les attaque.
Beaucoup de gens s'inquiètent mal-à-propos de ce
qui ne les regarde pas -, fe mêlent de ce qui ne les
concerne point ; èc négligent ce qui les touche de près.
Quod ad illas attinet , pertinet, fpeclat.
Toucher fignifie encore figurément , appartenir par le
Hmg , être parent. Cognatiane aliquem attingere. Il me
touche de près ■, il ne me touche ni de près ni de loin.
Toucher dans une fignification lynonyme avec manier.
On touche plus légèrement. C'eft feulement mettre,
porter la main fur une choie. On manie à pleine main.
On touche une colonne pour lavoir fi elle eft de marbre
ou de bois. On manie une étoffe pour favoir fi elle a
du corps & de la force. Il y a du danger à toucher ce
qui eft fragile.
Toucher fe dit proverbialement en ces phrales. Au jeu
des Echecs & des Dames , on dit , Dame touchée ,
Dame jouée , pour dire , qu'on eft obligé de jouer la
pièce qu'on a touchée. Qui tangit, lufit. On dit aufïï
d'un hypocrite malicieux qui fait le niais , qu'il ne
femble pas qu'il y touche. Il a dit cela de la bouche ,
mais le cœur n'y touche ; pour dire , qu'il ne tiendra
pas fa promellë. On dit aulîi, Touche\-\z, il n'en fera
rien , pour dire , qu'on ne veut pas faire une chofe ,
parce qu'on a accoutumé de le toucher dans la main
pour conclure un marché , ou en ligne de bienveil-
lance.
TouciîÉ , ÉE. part. Au jeu de Dames on dit , Dame tou-
chée. Dame jouée, pour dire qu'à ce jeu il faut jouer
la pièce qu'on a touchée. Aux Echecs on dit dans le
même fens, ç'ihce: touchée , pièce jouée. •
Il y a aufli un jeu qu'on appelle gz^e touché. Vby.
Gage.
TOUCQUE. Nom d'une rivière de France en Norman-
die. Tolca^ Talcha. Elle baigne Lifieux & Pont-l'E-
vêque, & fe décharge dans la mer, près de l'embou-
chure de la Seine. M-aty. Valois, Not. Gall. p. ££-/.■
dit qu'il y a un petit port à l'embouchure de cette ri-
vière, qui prend fon nom & s'appelle Touque, en La-
tin , Portus Tolochœ, ou Tolchœ ^ & prefque toujours
Talca.
TOUÇY, petite ville de France dans le Diocèfe d'Au-
xerre , Généralité d'Orléans. C'eft une petite Baronie
qui relève de l'Evêque d'Aiixerre.
TO
TOU
TOUDIS. adv. Vieux mot. Toujours.
TOUDRE , ou TOULDRE. Vieux v. a. Oter , voler.
Tollere , furari-, auferre. Se il arrivoit que un lierres
euft emblé aucune chofe , & cil qui la chofe feroit la
toujjit au larron fans juftiche, & li lierres requerroic à
eftre refefis , avant tout il le refefiroit. Beaumanoir,
Ch. XXXIL^de Jès Coutumes de Beau'iaifis , pt ijo.
Ce mot s'eft fait de tôlier j tollere ^ toldre, touldre,
foudre.
TOUE , ou le TOUÉ. Nom d'une rivière de France.
Toëdus. Elle baigne Parthenai& Thouars dans le Poi-
tou , MontreuilBellai dans l'Anjou , & i'e décharge dans
la Loire , un peu au-dellus de Saumur. Maty. Valois,
Not. Gûll. p. 55a. Il croit qu'on l'appeloit ancienne-
ment Tuadum, ou Doaduni ^ Toadum.
TOUE. f. f. ou TOU AGE. f. m. Se dit de l'adion de
rouer, de ramener les vailleaux à la toue. Reniulcus.
TouE , eft auiîî un bateau qui lert à palier les rivières.
Cyrnba. L'uiage en eft commun fur la Loire \ on le
dit tant des grands bateaux qui lervent de bacs à la
palier , que des petits qui fervent à pêcher, ou à aller
iur les petites rivières ou canaux.
TOUER. V. a. Terme de Marine. C'eft faire avancer un
vaillèau par le moyen d'un cabeftan & dç la haniière,
ou j:âble attaché d'un bout à un ix)int fixe, ou à une
ancre , lur lequel on hàle, & qu'on fait roidir. Re/nuL-
care. On le dit auffi des vailleaux qu'on tire à terre
par le moyen de petits vailleaux ou chaloupes qui ont
des rames. C'efl: ce qu'on appelle lur la mer de levant
remorquer. Ce mot remorquer vient de l'Italien nmur-
chiare, ou du Latin remulcare y ou du Caftillan remul
gar. C'eft ce qu^on dit autrement nager Jur le fer. Les
moyennes ancres s'appellent ancres de touey. Les La-
tins ont dit towagium, pour dire touage.
i^^TouÉ, ÉE. part.
TOUEUX. f. m. Terme de Marine. Petite ancre qu'on
jette lorfqu'on veut , par le moyen de la corde qui lui
eft attachée, à force d'hommes & du cabeftan, faire
avancer un navire, ou le changer de lieu : cette adion
s'appelle touer. P. Fournier.
TOUFAN. f m. Tourbillon de vent , qui agite la mer
de telle façon que les vagues bouillonnent de la même
manière qu'on voit bouillir l'eau lur le feu. Typho ,
ventoTum turbo. Toutes les mers des Indes font lujettes
à de grandes tourmentes excitées par ces vents. Alors
la mer poufle contre les îles les vailleaux, qui s'y bri-
fent avec une extrême violence. La mer jette aulïï
des poiilbns morts de toutes grandeurs contre les ro-
chers, avec une violence lemblable à celle d une flèche
tirée avec l'arc. C'eft une des Relations Arabes , tra-
duite par M. Renaudor , qui parle ainli. Sur quoi le
Tradudeur dit : Nos Auteurs remarquent que la cote
de la Chine eft lujette à de grandes tourmentes, &
particulièrement à de coups de vens qu'ils appellent
Toufan en leur langue, du mot Grec Tucfav. (11 falloit
écrire TJ<i>(h ) qui hgnifie ptelque la même chofe. Les
Portugais & les Caftillans ont pris des Arabes le mot
de tufaon ou tufon , & lur la cote de la Chine , il vient
particulièrement del'eft, & commence au mois d'Aoïlt.
Navarète le trompe lorlqu'il en tire fétymologie de
la langue Chinoife , dans laquelle il dit que tung ,
f^^ê > iignifie le vent oriental. Les Indiens de l'île de
Manille l'appellent Bagio. Ses ettets font auffi violens
que ceux des Ouragan», dans les îles de l'Amérique.
Ces typhons font fort dangereux lur la route des Indes
à la Chine , & on en trouve un très-grand nombre,
d'exemples dans les Relations des Navigations les plus
fameufes de ces derniers lîècles. Quoique ce mot foit
originairement Grec, & qu'il lîgnihe plutôt une tem-
pête mêlée de tonnerre que le toufan , ou ouragan ,
qui fait que le vent fait quelquefois en fix heures le
tour du compas, les Arabes le dérivent d'un mot qui
fignifie tourner, le croyant original en leur langue, de
même que Navarète a cru que l'étymologie devoit
être prife de la langue Chinoife. Varon dit que les
Arabes l'appellent Olifant , il a voulu dire Altoufan.
Il le décrit fort exaftement dans la Géographie géné-
rale.
TOUFFE, f. f. Ce mot défigne un alïèrablage de
cet-
ÎO9
taines chofes qui font près à près. Fafciculus. Mais on
ne le dit pas indiliéremment de toutes fortes de chofes.
On dit une touffe de fleurs, une touffe de rubans, une
touffe de plumes , une touffe de cheveux , une touffe
a arbici.
Quelques-uns appellent touffe, la partie touffue des
arbres, celle qui eft garnie de branches, de rameaux,
de feuilles , qui donne .tie l'ombre. Arborum tegmen.
Les fleuriftcs appellent touffe de fleurs , plulîeurs
fleurs qui naiflent enlemble au haut de la tige, comme;
dans le primevère, l'oreille d'ourfe, &c.
En jardinage le mot de touffe delîgne un gros pied
de plante , accompagné de plufieurs petits , que l'oa
• détache les uns des autres pour les planter féparçment*
Une toujfe de marguerites. Une touffe d'œillets , de
lilas. PropagOj adnajcentes Jhrculi.
Ce mot vient de tufa , herbe dont la fleur eft touf-
fue qui croit dans les marais. Ménage : d'où l'on a
fait auili toupe & toupet. Du Cange le dérive de tufa ,
qui etoit une efpcce d'étendart chez les Romains >
compolé de pluheurs plumes liées enfemble.
TOUFFU, UE. Qui eft en touffe, qui eft épais & bien
garni. Denfus , opacus. Arbre touffu. Arbor patula.
Un bois touffu, bien garni , où les arbres font près à
près. Denjus. Une barbe bien touffue, Barba JpiJTai
jpiffior.
TOUG, ou TOUC. f.m. Terme de Relations. Efpècë
detendart que l'on porte devant le Grand-Vifir , les
Bâchas & les Sangiacs. VexillumTuracum quodtou-
gum vocant. C'eft une demi-pique au bout de laquelle
eft attachée une queue de cheval, avec un bouton d'or
qui brille au-dellus. On dit pour montrer l'origine de
cette coutume , qu'en une certaine bataille, l'étendarr
ayant été pris parles ennemis, le Général d'armée , ou
lelon d'autres, un limple cavalier, coupa la queue dé
Ion cheval , & l'ayant attachée au bout d'une demi-
pique , encouragea les troupes & gagna la vidioire.
Ce qui fit qu'en mémoire d'une fi belle adion , le
Grand-Seigneur ordonna qu'on fe ferviroit de cet
etendart , comme d'un fymbole d'honneur. On eiî
porte trois devant le Grand-Vilîr , quand il va com-
mander l'armée. RicAur.
TOUILLER. Vieux mot. C'eft , dit Nicot , mêler con-
tuiémcnt avecfaleté & ordure. De-là \ïem patouiller:
& touillon en Picard, pour un torchon; car en torchant
& efluyanr le ménage ou la vailfelle, il fe fouille & fa-
lic. Ménage, Dicl. Etym. Patouiller, félon le même
Nicot, eit touiller avec la pâte, car il eft compofé de
ces deux-là. Aucuns y entremêlent une r: patrouiller.
Ménage, au mot patouiller.
Touiller, Touillon, Patouiller, font fouventdans
la bouche du petit peuple de la Province. On lit pato-
ger pag. 191. du 2 to. des œuvres de Cyrano de Ber-
gerac. Le gloullen-ient terrible.des crapauds qui pato-
geoient dans la vafe , me faifoient fouhaiter d'être fourd.
TOUILLON. Nom de lieu. TuiUium, Tullonum, Tol-
lonum cafirum , Tullinum, Tullio. Ce lieu eft du Dio-
cèfe d'Autun -, '& peu éloigné de cette ville. Voyer
Valois , Not. Gall. p. (,64. ^
TOUJOUR'S. Adv. de temps qui marque une éternité ,
ou une longue durée, & qui fignifie continuellement,
lans interruption , fans fin. Semper, contmub , indefi-
nenter,fine intermiffione. Les peines de l'Enfer dure-
ront toujours, dans toute l'ét^iité. Je ferai toujours
votre ferviteur; pour dire, tantqucje vivrai. Les cieux
roulent toujours. Ce jet-d'efil va toujours ^ jour & nuit,-
Toujours, fignifie aufïï. En tout temps, de tout temps,
en toute rencontre, en toute occafion. Semper & ubi-
que. On a toujours vu, il arrive toujours que, &c. Les
honnêtes gens font toujours les plus eftimes. Les beau-
rés les plus régulières ne font pas toujours les plus pi-
quantes.
Toujours , fe dit auffi de ce qui fe fait ordinairement.
Il eft toujours fou. Semper flubefcit. Je lui dis toujours '
qu'il fe corrige, & il mène toujours la même vie. Ce
pécheur tombe toujours dans Ion péché.
Toujours dans les dejjèins, tou'pms dans l'aciion.BKKB,
î.io TOÙ ^
Toujours, continuellement, conlîdéiés dans une Signi-
fication fynonyme. Ce qu'on fair toujours , dit M.
l'abbé Girard, le fait en tout temps & en toute occa-
■fion-, ce qu'on fait continuellement k faitlansinrerrup-
ïion & Jans relklie. Pour plaire en compagnie , il faut
y parler toujours bien, mais non pas continuellement.
Toujours , fe dit auffi "dans le ftyle familier pour En
attendant, cependant. Je vais lortir , travaillez tou-
jours. Intérim , at certe , t'mrnen. Il ie dit aulïï pour
Au moins. Si les ennemis n'ont pas été enderemcnt
-défaits, toujours ont-ils été fort atldiblis. Il le ditauin
pour Nonobltant, quoi qu'il en foit, & on s'en ferc
en parlant des choies qui ("ont cerraines, qui doivent
'.iiéceilàirement arriver. Vous jouiiîez d'une grande
fanté, vous avez de grands biens, toujours faut -il
mourir.
On dit proverbialement, Toujours va qui danfe ,
pour dire que pour peu qu'on travaille à une aliaire,
on ne laillè pas d'avancer.
TOUJOURS-AUGUSTE. Les anciens Empereurs ,• & à
leur exemple ceux du bas Empire , fe l'ont qualifiés
Toujours-Augufles dans leurs lettres & diplômes , &
• on les traitoit de même dans les monumeus, infcrip-
tions & médailles.
TOUJOURS-BELLE. Terme de Fleurifte. Nom d'une
tulipe qui ne change point, & dont les couleurs de
b'anc-nailfant & rouge-pàle , ne diminuent jamais de-
puis fa nailïànce julqu'à ia mort. Morin.
TOUL. r. m. Vieux terme de Coutume. C3.na\. Candis.
Voyei la Coutume d'Anjau , art. 450. &; du Pmeau
fur cette Coutunie.
TOUL. Nom d'une ville de la Lorraine. Tullum. Elle
eft fur la Mofelle , à cinq lieues de Nanci , ver- le cou-
chant, & à douze de Mets, vers le midi. Toula, un
Évéché fuftragant de Trêves. Elle a été vilie Impériale -,
elle appartient à la France avec tout fon territoire,
depuis Tan 155Z. Maty. Long. 25. d. 25'. 30". Lat.
48. d. 40'. 27".
«:::> TOULA. Petite ville de la Ruiïîe Ivlofcovite, au
Duché de Rezau, 356 milles deMoicou , au confluent
de la Toula & del'Uppa.
La rivière de Toula prend fa fource dans le Duché
de Rezau , au-delRis de Crapicina, paie àïou/û , à la-
quelle elle donne Ion nom' , & le perd enluite dans
l'Occa.
TOULDRE. Fojq ToupRE.
TOULET. f. m. Terme de Marine. Ç'eft une cheville de
bois pofée fur la touletière, & contre laquelle, on ap-
puie la rame. P. Fournier. Il y a deux toulets. Au-
bin dit , tolet. Voyei ce mot.
TOULETIÈRE. f. f. Terme de Marine qui fe dit des
pièces de bois appliquées lur ie vibord d un bateau de
nef, fur laquelle îont appuyées les rames. P. Fournier.
TOULLON. f. m. Vieux mot. Vieil habit. Caquillard.
BoREL. Veftis detrita.
TOULON. Nom d'une ville de France , fituée fur la côte
de la Provence, à dix lieues dcMarfeille, vers l'orient.
Telo, Tclo Martius , Toloniunij Telenium. Toulon
n'ell pas une fort grande ville, mais elle eft belle, bien
peuplée , marchande & riche. Il y a Viguerie , Séné-
chauflée , Evéché fuftragant d'Arles \ mais ce qui la
rend plus confidérable efl la bonté de fon port , où le
Roi tient les vailieaux de guerre , qu'il arme fur la
mer Méditerranée, où l'on voit le plus bel arl'enal de
mer qui foit lur roy^e cette côte. Maty. Valois, Not.
Call. pag. 548. Toulon ell par les 25. d. 55'. 30'. de
longitude , & par les 4?. d. 6'. 40 '. de latitude.
Toulon s'appelle en Latin Telo Martius, du nom de
fon tondateur, qui fut ou quelque Telo Martius ^ qui
Y conduilît une Colonie, ou un nommé Télo de Mar-
seille , qui fut un grand Navigateur , très-habile dans
l'Aftionomie & dans la Marine, & qui, au rapport de
Lucain , vivoit lors du fiège de Marfeiiie parCéiar.
Pharj: L. III. v. 592.. Vbyei Bouchel , Hift. de Pro-
vence , & Valois , Not. Gall.
Ce Pilote fameux que Marféille nous vante ,
L'infortuné Télon , de qui la main/avarUe,
TOU
Rendait le timon /buple à tous /es mouvemens i
Et qui iravoit l'orgueil des plus fiers démens ,
Cet illuftre vieillard qu'injlruijcient les étoiles j
A preffintir l'orage & compojèrjès voiles. Brébeuf.
Toulon sur l'Arrox, Nom d'une autre petite ville du
Duché de Bourgogne,' en France. Tuilonium ad Ar-
rofium. Elle eft lur la rivière d'Arrtix , à fept lieues de
la ville d'Aucun , vers le midi. Maty.
TOULOUBAN. Vilie des Indes dans la province de MuN
tan, à trente- cinq milles de la ville de ce nom.
TOULOUSAIN, AINE. f.m. & f. Nom de peuple. Qui
eitdeTouloule. Tolojanus, à. Les ToulouJ'ains l'onz
les anciens Volfques Teclojages , ou plutôt font une
partie de ces peuples. Les Touloujains ont communé-
ment beaucoup d'elprit. Valois appelle le Touloujain
le territoire de Touloule. Tolojanus ager , ou pagus.
TOULOUSE, Nom d'une ville de France , iituée dans
le Languedoc fur la Garonne, à huit lieues de Mon-
tauban, du côté du midi, Tolofa , Tuloj'œ-Teclofa-
gum j ou Tolearum Teclojagum ^ Civitas Tolojatium.
Touloujè eft une ville très-ancienne. On y voit d'an- '
ciens Temples , des aqueducs , un amphithéâtre , &
quelques autres marques de fon ancienne Iplendeur.
Elle a été capitale du Royaume des Wiligoths , qjiiuite
de celui d'Aquitaine, auprès du Comté de Touloufe ,
& elle l'eft maintenant du Languedoc, le premier Gou«
vernement de France. Elle n'a pas déchu , comme ont
fait prelque toutes les villes fort anciennes. Elle pafle
aiijourd'hui pour la plus grande & la plus belle ville
de France , & la mieux peuplée après Paris & Lyon.
On y voit un fort beau pont de pierre fur la Garonne ',
une cave dans lEglile des Obiervanrins, qui, dit-on,
conlume la chair des corps morts lans en gâter la peau ,
ni déjOindre les membres ■■, & un pilier dans celle des
Jacobins qui foutient cinq ou fix voûtes l'une fur l'au-
tre. Sa maifon de ville eft célèbre par le nom de Gapi-
tole qu'elle poite, d'oi\ eft venu celui des Capitouls
que Ton donne à fes Conluls. Touloujè a le fécond
Parlement , & la féconde Univerfité de France , une
Académie, une Généralité , des Tréforiers de France»
une Sénéchaulfée j une Chambre des Monnoies, &un
Archevêché. Maty. Voje\ Valois , Notit. Gall.p.6ig.
62.0.62.1. Jean XXII. en 13 17, par une Bulle du 25 de
Juin, divifa en cinq le Diocèfe de Touloujè, voulant
qu'outre Touloule & fon Diocèfe particulier, Montau-
ban , Saint Papoul , Rieux & Lombez, eullent auflî le
leur, exemptant abiolument Touloujè de la Jurifdic-
tion & de la dépendance de l'Eglile de Narbonne ,
dont jufques-là elle avoit été fuftragante, & l'érigcanc
en Métropole , & hii donnant pour fuliragans les qua-
tre nouveaux Evêchés ci-deilus nommés , & de plus
celui de Pamiers. Il partagea auffi les revenus de VÈ-
glife de Touloujè, & en afïïgna à 1 Eglile de Touloujc
loooo livres tournois, à chacun des quatre nouveaux
Evêchés 5000 livres , & à celui de Pamiers, outre ce
qu'il avoit déjà, une portion qu'il ie réfervoic à fixer.
L'Univerfité de Touloujè fut établie en conféquence
d'un article du Traité fait à Paris en 1229, entre le
Roi Saint Louis & le Comte Raimond. Grégoire IX.
confirma cet établiflêment en 1233. Par le Traité que
fit à Meaux en 1229 , Raimond Comte de Touloujè
avec le Roi Saint Louis alors mineur, pour être ablbus
de l'excommunication & rentrer dans les Etats : il eft
réglé qu'il donnera quatre mille marcs d'argent pour
entretenir des Maîrres à Touloujè pendant dix ans ;
favoir deux Docteurs en Théologie , deux Decrétiftes ,
c'eft-à-dite , Canoniftes, qui expliquoient le Décret de
Gratien -, fîx Maîtres des Arts libéraux , & deux de
Grammaire. C'eft l'intention de l'Univerfité de Tou-
loujè. Fleur Y, Hifz. Ecclef. L. LXXIX. Dans l'an-
cien Millèl Gothique-Gallican, Touloujè eft appelée
Rome de la Garonne. Roma Garonna. Touloujè eft à
ip.d. 5'. de longitude, & à 43. d. 37'. de latinide. _
Le Comté de Touloujè. Tolofanus Comitatus. C'é-
toit anciennement un petit Etat de la France. Il portoit
quelquefois le nom de Province de Saint Gilles, & il
s'étendoit depuis la Gafcogne jufqu'au Rhône, rentct-
mant prefqiie tout le Languedoc. Il commença l'an 77S,
fous Charlemagne, & il fur incorporé à la Couronne
de France Tan 1 5 6 1 , par le Roi Jean , à caufe de l'ex-
tinétion de la famille des Comtes de Touiouje.l>\.Ki\ .
TOUMAN. Voye\ToTAXii.
TOUPET, f. m. Pcdte toufl'e de certaines chofes , de poil,
de cheveux, d'arbres, il y a dans fou parc un périt tou-
fet, ou bouquet de lapins. Il a un toupet de cheveux
blancs au milieu des noirs. Il n'a qu'un toupet de che-
veux fur le front.
Les Turcs ont un toupet de cheveux fur le haut de
la tête. Les Lazarilles Se les Eudill:es ont la barbe en
toupet fur le menton. Die/, des Arts, 175 1.
Toupet, fe dit particulièrement de la boidure de che-
veux qui accompagne le front depuis une tempe j ul'qu'à
l'autre , foit dans la chevelure naturelle , foit dans la
perruque. Capillanientum anticum, temporale. Son tou-
pet eft lî bien arrangé, qu'on ne diroit pas qu'il a une
perruque. Le toupet de la perruque eft trop relevé.
En maréchalerie, on appelle toupet d'un cheval, les
crins placés fur la tête , entre les deux oreilles , qui
tombe fur le front.
TOUPÉTI. f. m. Terme de Relation. Pièce de toiîe dont
les Indiens le couvrent. Stola Indica. Le Prince donna
de he^uy^toupétis aux Catéchiftes. Let. Ebif. & cur.
Rec. IX. p. az3.
TOUPI. f. m. Vbye:i^ Ntoupi: c'eft la même chofe.
TOUPIE, f. f. Efpèce de labot qui a une pointe de fer
fur laquelle il tourne, quand oji l'a lâché par le moyen
d'une corde qui étoit tortillée autour.rz^r/io.Ceftceque
Virgile appelle Volubile buxurn, parceque les toupies
font ordinairement de buis. Fbjf:^^ la belle delcription
qu'il en fait ^neid. L. VII. ceu quondam torto voli-
tansjiib verbere j'urbo , Ùc. Perse a dit auffi buxum
torquere flagello , fouetter un fabot, une toupie.
On diloit autrefois turpié, & ce mot vient de turbo.
NicoD. Ménage le dérive du Grec tumo.; qu'on trouve
dans Héfychius. On le trouve aulll dans Julius Pollux.
TOUPILLER.v.n, Faire plufieurs tours & recours inutiles
dans une maifon , fans lavoir ce qu'on fait, ni ce qu'on
cherche. Iti modum turbinis circumagi , circumcur-
fare. Voilà une fervante qui ne fait que toupiller.il ti'eft
que du difcours familier.
Ce mot vient apparemment de ce que celui quitour-
noie ainfi , imite la toupie. On difoit autrefois toupier.
TOUPlLLON.f. m. Diminutif de toupet. Toupillonde
cheveux. Il fe dit auffi des orangers, pour fignifier une
confulîon de plufieurs petites branches chargées de
plufieurs feuilles. Il faut ôter ces toupillons, ils nuifent
aux belles branches.
Ces toupillons fervent de retraite aux punaifes &
autres animaux. Un bon jardinier doitavoir foin d'ôter
une partie de ces petites branches , qui fe nuiroienr
les unes aux autres , Se de n'en conferver qu'une ou
deux, fi elles font bien placées pour la figure de l'arbre.
C'eft ce quon appelle détoupillonner.
TOUPIN. f m. Elpèce de toupie dont les enfans fe fer-
vent pour fe divertir en la faifant tourner fur la pointe
à force de les fouetter avec des lanières de cuir ou des
peaux d'anguille emmanchées d'un bâton. Le toupin
n'a point de fer comme la toupie. On s'en joue lur la
glace ou la terre bien unie. C'eft ce qu'on appelle à
Paris & ailleurs un fabot \ mais en Normandie on dit
un toupin & M. Huet qui étoit de cette Province a dit
que le vaifleau que Ton pend ordinairement au bras de
Bacchus a la figure d'une corne renverfée ou d'un
toupin.
TouJiNjCocHOiR, Cabre, Masson ou Gabieu. f. m.
Terme de Cordier. Efpèce de cône tronqué , le long
duquel on fait des rainures pour le mettre entre les fils
ou torons qu'on veut commettre.
TOUQUE. ï^yq^ToucQUE.
TOUQUES , Bourg de France en Normandie, avec châ-,
teau & port de Mer , au Diocèfe de Lifieux.
TOUQUET.f. m. ROUSSETTE, f f. Nom dun oifeau.
Rubetra. Le touquet , appelé autrement RouJJétte , a
le haut de la tête , les aîîcs & la queue noires-, Ion dos
& fon cou tirent fur le cendré. Il vole proche de terre ,
^ oft un peu plus petit que le pinfon , fon bec & les
TOU lit
jailibes , fes pieds & fes ongles font noirs , ainfi que
l'extrémité de la queue 6c de les ailes. Le mâle eft dif-
férent de la femelle en ce qu'il a le ventre blanchâtre *,
fon dos, la tête & Ion cou lont d'une couleur cendrée,
elle a une ligne blanche à travers de les aîles. Cet oifeau
fréquente pour l'ordinaire les buiftbns. Aldrovand parle
d'un autre qui a beaucoup de relfemblance avec celui-
ci-, car il a la tête noire, le deftiis du corps cendré tirant
lur Tobfcur , & blanchâtre par le deftbus. Bellon fait
mention d'une roujjette qu'il décrit ainfi. Elle eft , dit-
il , de la grandeur d'une fauvette brune , &: plus petite
que le rolîîgnol. Elle a plufieurs mâdrures enrre-phœ-
nicée & orangé lur le bord des plumes-, & parce que le
champ du pennage de cet oifeau paroît roulsâtre, oa
lui adonné le nom de roujjette. Ses grivelures lont fré-
quentes fur l'cftomac, lur la tête, autour du cou , &
furie dos; les plumes de fa queue &de fes aîles font
brunes -, fon bec eft pointu , noirâtre & foible , les bords
& les dedans de couleur jaune, fes jambes & fes pieds
font blanchâtres.
TOUR. f. m. Mouvement en rond , mouvement circu-"
laire. circulatio , orbis. Le Tour du foleil , des planè-
tes. Orbis ajirorum. Le Soleil fait fon tour en un an ,
Saturne en trente ans ou environ , Jupiter le fait en
douze. Cette roue fait deux tours pendant que celle-là
en fait un -, un tour de meule -, encore un /ourde broche,
& le poulet fera cuir.
On dit adverbialement , à tour de bras , pour dire,
de toute la force du bras. Donner un fouftlet à tour de
bras. Il eft d'un ufage allez rare.
"S^TouR fe dit par extenfion de plufieurs autres mou-
vemens j quoiqu'ils ne foient pas en rond. Ainfi : l'on
dit faire un tour, aller & venir. Itio ; itus ^ reditus. Il a
fait un tour dans le parc, un tour d'allée. Faifons quel-
ques tours de jardin.
On dit qu'un homme eft allé faire un tour, qu'il eft
fofti pour revenir bientôt ; qu'il eft allé faire un tour
de promenade , c'eft -à-dire , le promener.
Pour dire qu'une rivière va en lerpentant, en tour-
noyant, qu'elle fe replie fur elle-même, on dit qu'elle
fait plufieurs tours & retours. Flexus , moandri.
On dit dans le même fens les tours & retouts d'un
labyrinthe , les finuofités. Les tours & retours que le
fang fait dans les vaines & dans les artères.
Sanguis ut humanos circurmagus irrigat artusj
Itque reditque viam , &c.
Jouer un tour de tridtrac , jouet une partie de tric-
trac, compofée de douze trous, donc chaque trou
vaut douze points.
A certains jeux de cartes , jouer un tourj c'eft
jouer un certain nombre de coups , enforte que cha-
cun des joueurs tienne encore les cartes une fois ,
aie une fois la main. Au brelan faire un tour aux
ccus , aux louis , c'eft convenir que chaque joueur
mettra à chaque coup un écu , ou un louis devanc lui.
Au médiateur, on appelle tours doubles, les der-
niers coups de la partie, où l'on paie tout double,
le jeu , les matadors , la confolation , les bêtes , &c.
Tour fe dit encore pour circonférence, circuit, le côcé
extérieur de quelque figure que ce foie : Circuitio ,
Circuitus. Le tour de la ville, le tour d'un jardin:
cecce tenture de tapiferie fait le tour de la chambre :
elle a tant d'aunes de tour , c'e,ft-à-dire , de cours.
Les litres & ceintuies funèbies font le lourde l'églifc.
Cette colonne a tant de tour.
Quand on dit, faire le tour d'un jard;n, delà ville, &c.
c'eft la même chofe que fi l'on difoit, aller au lourde.
Plufieurs voyageurs ont fait le tour du monde.
Tour de l'Echelle. Les Couvreurs appellent ainfi un
cfpace entte deux mafures , aftèz large pour y placer
leurs échelles, pour en réparer les toits.
Tour de l'échelle. Tetme de Coutumes. C'eft une
fervitude en vertu de laquelle celui à qui elle eft due,
lorfqu'il fait refaire fon mur , ou qu'il fait conftruirc
quelque bâtiment, peut pofer une échelle fur l'héritage
d'autrui, & occuper l'efpace de terre qui eft nécellàire
pour le tour de V échelle ; ce qui peut aller à cinq pu
fix pieds, fuiviuit le témoignage de Ragueau, verb9
112 1
Efcliellage. Monfieur le Lieuvenant Civil , dans un Ade
do notoriété qu'il a donné le 25 Août 1701 , dit que le
lourde l'échelle eft de trois pieds de diltance.
Lorlqu on vend les iiéritages joignants immediare-
ment une maifon , ou en failant des partages , on a loin
de retenu- le tour de l échelle . mais quand on n a point
ce droit , le voilin des niailons eft oblige de louflnr le
tour de l'échelle, quiind on ne iauroit les couvrir autre-
ment-, mais alors on lui paye le dédommagement.
Tour du Chat. Terme d'Architedure. Les Ouvriers
appellent ainlî un demi pied dilolemeat, & un pied
de plus en épailîeur, que le contremurdeS fours &des
for"-es doit avoir félon la Coutume de Pans. Ils le
nomment aufïï ruelle. Daviler.
Tour de la Souris. Les mêmes Ouvriers appellent
ainfi deux à trois pouces d'ifolement qu'un contremur
doit avoir pour les porteries d'aifances & contremur
d'un pied d'épaifleur , contre un mur mitoyen pour la
folle-, &enrre deux folFes, quatre pieds, ëcc. Id.
Tour fc dit auffi de plufieurs choies, mifes en rond, qui
fervent pour l'habillemenr ou pour la parure. Ainli
l'on dit un tour de cou. Linteum collare. Un tour de
gorge. Mamillare.
Tour de Cheveux. On appelle tour de cheveux , les
cheveux poftiches quon ajoute pour alonger les che-
veux naturels quand ils font trop courts. On ne leur
donne pas le nom de tour de cheveux parce qu'ils vont
tout au tour de la tête; car il n'y en a qu'au derrière
& un peu fur les côtés : mais parce que le cordon qui
les attache fait tout le tour de la tête, par-deflous les
cheveux naturels ; de façon qu'on ne Içair fi ce lont
des cheveux naturels ou s'ils font ajoutés. M. N . . . pa-
roît avoir une chevelure magnifique -, mais c ell qu il a
un tour de cheveux. _
On appelle tour de lir, l'etofte attachée au bois d en-
haut qui environne le lit. J'ai acheté un tour de Ut de
^^'■"^^' \ , r< j r
Le tour du vifage , efl la circonférence du vilage.
Un beau /oi^r de vifage. Vultûs , ous ductus.
Tour , trait de fubrîlité , d'adrelle de main. On dit dans
ce fens, un tour de gibecière , un tour de gobelets, un
tour de cartes, un tour de main. Fallacies , fallacia,
vrœftigiœ artes. Faire des ^our.y^de palFe-paile. Voilà
un beau /our d'adrelle. On le dit généralement de tous
les tours que font les bateleurs & les charlatans pour
aiTiufer ou attraper la populace.
On le dit hgurémenr & familièrement pour trait
d'habileté ou de finellé. Voilà de vos tours. Il m'a
joué un tour, ou d'un tour. Cette femme qui le coupa
la langue avec les dentS, & la cracha au vilage du ty-
ran , pour ne pas révéler fon fecret, avoir railon de
craindre que fa langue ne lui jouât un méchant tour.^
Dans ce fens on ditproverbialemenr un tour de maî-
tre Gonin , c'eft-à-dire, d'un adroit & rufé. Tour du
bâton, façon de parler proverbiale, qui le dit des pro-
fits qui ne font point attachés à une place , à un em-
ploi , à un polie, mais qu on en rire par induftrie, par
un tour ou une adrelle de la conduite. ^
Dans cette acception il efl: généralement employé
comme fynonyme de procédé , manière d'agir. Agen-
di ratio. C'eft un tour d'habile homme. Un tour de
fripon. Donner un tour à une aftàire, c'efl:la montrer
Tous un cerrain point de vue , la faire voir d'un certain
coté. Le fucccs dépend du tour que le Rapporteur
donnera à votre atlaire.
Tour en matière d'Eloquence, fe dit de la manière de
penfer , de fentir & de préfenter les choies fous une
certaine forme. ■ : a-
La plupart des hommes qui réflechiflent , ont à peu
près les mêmes penfées fur les mêmes fujets. Il n'y a
que le tour qui les dillingue : c'efl:-à-dire, que la vé-
rité qui fe préfente la même quant aux fonds à tous
les efprits attentifs , fe modifie diverfement lelon les
diverles difpofitions qu'elle trouve dans Tame qui la
conçoit. Elle fe façonne , pour ainfi dire , dans notre
• entendement -, elle'fe colore dans l'imagination -, elle
i'anime dans le cœur. Elle prend ainlî un air marque ,
fouvent original , qui de la pênfée pallè dans l'exprel-
fion. C'eft ce qu'on appelle tour d'efprit.
TOU
Chaque peuple, dit le P. André , a !e fien propre
qui foime le génie dominant de la nation. Grave &
majeilueux en Elpagne -, hbre & cavalier en France;
véhément & impétueux en Angleterre -, délicat & fin
en Italie •, iolide & ferme en Allemagne.
Il en cft de même des Particuliers. Chacun a fon
/ourd'efprit qui le caraclérife dans ia nation. Le fublime
de Corneille , & le gracieux de Racine -, le bon Icns
lumineux de Boileau , & le fel piquant de Molière i
la force de Boiluet, & la délicatelle de Fenelon-, la
nobie facilité de Malebranche , & le brillant de Fon-
tenelle-, la vivacité rapide de Bourdaloue , & la dou-
ceur inlinuante de Maflilloir, le burin profond du Car-
dinal de Retz , & le crayon fin de Pafcal nous font
voir dans nos propres écrivains des manières de penfer
prefque aufli dîftérentcs que celles d'un Elpagnol &
d'un Italien.
Mais en quoi confîfte la beauté de ce tour d'efprit
qui diftingue les grands Auteurs des médiocres , qui
relève quelquefois leurs produirions les plus foibles,
& d'où il arrive lî fouvent que la même parole qui
dans les uns ne paroît qu'une propofition toute fim-
ple , qui n'a rien de piquant , devient dans les autres
ce qu'on appelle une belle penfée , un beau fentiment,
un bon mot. Les Auteurs médiocres, lans génie & fans
ame, nous préfentent les objets froids comme eux, &
inanimés \ au lieu que les grands Écrivains nous les
tranimettent avec toutes les images & avec tous les
mouvemens qu'ils en reçoivent eux-mêmes. Les uns
ne font que les crayonner -, les autres les peignent.
Ceux-là ne lavent tout au plus que les décrire i ceux-
ci les gravent juiqu'au fond du cœur par le tour d'ima-
gination & de fentiment dont ils les animent. Nous
en fommes frappés comme d'un éclair qui nous fur-
prend. Nous y voyons tout à coup paroîcre quelque
trait du beau qui fait un eftet fi prompt lur notre el^
prit. Ici un efprit vif & jufte, qui fait en peu de mots
nous oiirir plufieurs idées lumineufes : là un efprit fa-
cile & profond , qui penfe , & qui fait nous faire pen-
fer : un efprit fin & modefte, qui fait nous faire enten-
dre ce qu'il n'efl; pas permis de dire : une imagination
riante , qui nous réveille par fes faillies : un génie élevé,
qui nous élevé avec lui au-delïius des préjugés vul-
gaires :. un cœur généreux , qui nous rend , comme
lui, fupérieurs aux foibleilés des autres hommes : en
un mot, une manière de penfer ou de fentir les chofes ,
qui n'a rien de commun , & qui n'a rien que de natu-
rel. Voilà dans une pièce d'efprit ce qu'on doit enten-
dre par la beauté du tour.
On le dit auiïî de la manière dont on exprime fes
penfées & dont on arrange fes termes. Dicendi^fcri-
bendi ratio , modus. C'eft dans ce fens qu'on dit , le
tour d'une période. Ces vers font d'un tour agréable,
noble, galant. Une penfée eft neuve par le tour qu'on
lui donne.
Il y a des tours d'exprefïïons irrégiilicres qui ont
beaucoup de grâce en proie & en poëfie. C'eft ainfi
qu'on met fouvent le cas devant le verbe , comme
quand on dit, la vertu la plus pure, on la ternit; les
aciions les plus innocentes, on les noircit , &c. Quel-
quefois auffi on met le nominatif après le verbe. Déjà
frémijjoit dans Jbn camp l'ennemi confus Ù décon-
certé, &c.
Tour fe dit auffi pour rang alternatif, Tordre dans lequel
chacun doit dire ou faire quelque choie. Ordo, vices.
Votre tour eft paflé -, chacun a fon tour. Votre tour
reviendra. C'eft mon tour à parler. Il y a des gens qui
raifonnent au jour la journée , & félon la paffion qui
eft de jour pour commander.
En Languedoc on nomme Barons de tour, ceux qui
à leur tour ont entrée aux états.
Tour, en matière bénéficiale fignifie le rang dans lequel
plufieurs perfonnes ont droit de nommer ou prélenter
alternativement aux bénéfices qui viennent à vaquer.
Il y a des églifes où l'Evêque nomme par tour avec
le Chapitre. Quand il y a plufieurs Patrons cccléfiaf-
tiques, chacun d'eux nomme à ion foz/r. Les Chanoi-
nes entre eux nomment ou confèrent certains béné-
fices
TOU
fices à leur tour. On appelle Tournaire celui qui eft en
feniaine, qui a ce droit.
Tour a tour. Façon de parlef adverbiale. Alternati-
vement, l'un après l'autre. Alterné j alterna vice j al-
ternis vicihas , ou en fousentcndant Wa^u^ , altérais.
Vous çxletcz tour i tour. Altérais dicetis. Les Mufes
veulent qu'on chaate tour .i tour. Amant alterna ca-
mœnce , ( en lousentendanr verba ) entretien où l'on
parle chacun à Ion tour. Alternus Jermo.
Tour. Terme de PârilTicr. C'eft une table ronde & épailTe
lur laquelle les pàtilliers détrempent la pâte pour leurs
pàtilTeries. Menja rotunda.
Tour fe dit auffi dans les Manufadures & Blanchifferies
de cire, d'un gros cylindre ou rouleau de bois dont le
fervent ceux qui la purifient &; l'apprêtent pour la grê-
louer ou graîner avant de la mettre lur les toiles pour
être blanchie.
Tour. Terme de Cordier. Voye\ Rouet.
Tour , ou Touret. Terme de Marine. C'eft un mou-
linet fait à peu près comme le touret d'un cordier ,
qui fert à faire du bittord dans le vaillèau.
Tour fe dit auflî de l'attelier d'un Tourneur, de la ma-
chine qui le meut circulairement, & fert à arroijdir
les ouvrages. Tornus. Cette machine eft compofée de
deux jumelles ou pièces de bois parallèles à l'horifon ,
fur lefquelles lont polces deux autres pièces perpendi-
culaires qui lont mobiles, & qu'on arrête pourtant où
Ton veut par le moyen d'une clef faite en forme de
coin. On les appelle poupées. Elles ont deux pointe-
qui fupportent la pièce lur laquelle on travaille , qui
tourne par le moyen d'une corde qu'on entortille au-
tour, laquelle eft attachée en haut au bout d'une perche
pliante qui fait rellort , en bas à une planche qu'on
fait mouvoir avec le pied. Il y a aulîi le lupport fur
lequel on appuie le cifeau pour le tenir plus ferme.
Le R. P. Plumier a fait en 1701 un fort beau livre fur
le Tour, fur l'art de tourner, & de faire au tour des
ouvrages très-délicats. On dit en ce lens qu'une femme
a les bras faits au tour, pour dire parfaitement beaux,
bien faits. Elle a la gorge faite au tour. On dit de
même qu'un homme eft fait au tour , qu'une femme
eft faite au tour. Ad unguern faclus.
Tour fe dit auffi d'un gros cyhndre, ou efîîeu qui fert
en la plupart des machines pour élever des fardeaux ,
qui fe remue avec une roue, ou des leviers fur lef-
quels la corde fe tourne. Scapus , cylindrus. On l'ap-
pelle autrement treud.
Tour, Tour de Couvent , c'eft, dans un Couvent de
filles , une cljjece de machine en forme de boiileau ,
ouverte en partie, & pofée verticalement à hauteur
d'appui dans la baie d'un mur de refend , où elle
tourne fur deux pivots pour faire palier diverles chofes
dans le Couvent, & les en faire Ibrtir. Vertibulum ,
verjatile tympanum. On appelle auffi tour, la chambre
où eft cette machine. Il y a des Religieules prépolées
au tour, qui parlenr au tour, & qu'on appelle Dames
du tour. Fôje:^TouRiÈRE.
Tour de cable. Terme de Marine , qui fe dit lorfqu^un
vaiflèau eft aftourché , & que les deux cables fe lont
croilés près des écubiers.
TouR-ET-cHOQUE. Tour quc l'on fait faire à un cable
autour de la bitte & de les montans. Choque eft le
tour que l'on fait faire enluite au même cable par-
deflus la tête du montant de la bitte. Manceuv.
Tour de calandre. Donner un tour de calandre a. une
étofte ou à une toile , c'eft la faire palier une feule fois
fous la calandre : quatre tours s'appellent une demi-
voie, & huit tours une voie de calandre. Voye^CA-
lANDRE.
Tour de chardon. Terme de Manufactures de Lai-
nage. Fôj^;[ Voie DE Chardon.
Tour de gosier. Terme de Mulîque. C'eft à peu près
ce que les Italiens appellent^ Ribattuta di gola , ou
trillo j & trilletto quand il n'eft pas lî long. C'eft un
des agrémens du chant qui fe fait par plulieurs batte-
mens du golîer , d'une note à la note qui eft immé-
diatement au-dellus. Brossard. Cela fe fait en bat-
tant fort vite alternativement , ou l'un après l'autre
deux fons en dégrés conjoints comme fa . mi, ou mij
Tome VIII. I. Partie.
TOU
115
re; &cc. de manière qu'on commence par le plus haut ,
& qu'on finilîê par le plus bas-, c'eft là proprement la
cadence ou le tremblement à la Françoife. C'eft auffi
fouvent ce que nous appelons Tour de ^ofier , & dou-
ble cadence. Les Italiens fe fervent lur-tout de cet
agrément fur la fin de certaines tenues de 2 , 3 , 4 &
plus de mefures. Ce qui fert comme à relever ou ref-
lulciter la voix qu'une tenfion trop longue pourroic
avoir fait relâcher. Id.
Tour de reins. Terme de Chirurgie. C'eft ainfi qu'on
appelle une rupture ou une foulure de reins occafion-
née par quelque effort. Il lui a donné un tour de reins
en luttant avec lui. Il s'eft donné un tour de reins en
levant ce fardeau.
On dit figurément & populairement donner un tour
de reins à quelqu'un , pour dire , lui nuire en quelque
choie , dans les deilèins ou dans fa forrune.
TOUR. ff. Terme d'Architeélure. Bâtiment haut élevé
& de plulîeurs étages , qui eft ordinairement déforme
ronde. Turris. On fortifioit autrefois les places avec
des tours, avant l'invention du canon. On les attaquoic
avec des tours de bois mobiles, qu'on élevoit fur des
roues pour voir dans la ville. C'étoit des machines
faites pour élever les affiégeans à la hauteur des mu-
railles , en challer les affiégés à coups de flèches,
& y paiîer des ponts qui s'abattoient. Ces tours avoient
quelquefois vingt étages & trente toifes de haut. Elles
étoient couvertes de peaux nouvellement écorchées ,
& cent hommes étoient employés à les remuer, & à
tirer fur les affiégés. Abr. de Vitruve. On en fait auffi
pour faire des priions, des lieux forts. Les tours de la
Baftille. La roi/r de Mongommeri. On en fait auffi pour
découvrir de loin, de toutes fortes défigures, carrées,
pentagones, &c. La. tour de Cordouan fert de phare.
Ilîy a à la Chine une fameufe tour de porcelaine, dont
les Hollandois ont dit des merveilles. Ce que le P. le
Comte en a rapporté , eft plus vraifemblable <k plus
croyable. Les tours des Églifes fervEnt de clocher. Elles
lont d'ordinaire terminées par une aiguille, ou flèche.
Ce mot en ce fens vient du Syriaque tur , ou de
l'Hébreu tTjir ^ à ce que dit Borel , mais plus immé-
diatement du Latin turris , ou du mot Celtique ou Bas-
Breton tour^ qui lignifie la même chofe que turris en
Latin.
Tour , le dit en termes de Blafon avec plufieurs épithètes
qui en chargent les parties. On les appelle rondes ^ car-
rées , crenées , carnelées , ou crénelées. Turris rotunda,
quadrata , pinnata. Les unes lont fans porte , les autres
avec la porte grillée ; les unes font maçonnées, quel-
ques autres font couvertes -, & il y en a de fommées
de girouettes ou d'autres pièces.
Tour, en matière de médailles, eft une marque de ma-
gafins faits pour le foulagement du peuple. Turris in
numijmate. On n'en trouve fur les médailles que de-
puis le Grand Conftantin. Le P. Joubert , dans la
Science des médailles.
Tour , s'eft dit auffi d'une machine ou petit château de
bois qu'on pofoit fur le dos des élephans, quand onles
menoit à la guerre , dans laquelle on mettoit plulîeuts
foldats pour combattre. Turricula.
Tour , eft auffi une pièce du jeu des Echecs , qui eft po-
fée aux extrémités du tablier, & qui ne le remue qu'à
angles droits. Turris in ludo latrunculorum. On donne
échec au Roi & à la Tour avec le Chevalier. On matte
avec un Roi & une Tour.
Tour. Terme d'ArchiteClure. Une tour ifolée eft celle
qui eft détachée de tout bâtiment, & fert à plulieurs
ulages , comme de clocher , ainlî que la tour ronde
penchée de Pife : de Fort , comme celles qui font fur
les côtes de mer , ou fur les pallages d'importance :
de Fanal, comme celles de Cordouan & de Gènes: de
Pompe , comme autrefois la tour de Marli, &c. Id.
Tour de Babel. Voyei Babel , & Babylone.
Tour deBour, de Cordouan, d'Ordre, &c. Voye:^
Bour, Cordouan, Ordre, &c.
Tour de Dôme. C'eft le mur circulaire ou à pans, qui
porte la coupe d'un dôme , & eft percé de vitraux , &
orné d'Architecture par dedans & par dehors. Davx-
ler.
I»
ÎI4 TOU
Tour d'EgLise, C'efl: un gws bStimcnt élevé, le plus
Ibuvent carré , & accompagné d'un femblable , qui fait
partie d'un portail d'une Eglile. Ces fortes de tours ,
qui font de pareille fymétrie aux Egliles Cathédrales,
lont ou couvertes en terrallé, comme à Notre-Dame
de Paris , à S. Etienne de Bourges , &:c, ou terminées
- par des aiguilles ou flèches , comme à Notre-Dame
de Reims, à Notte-Dame de Rouen, &c. On appelle
tour chaperonnée , celle qui a un petit comble appa-
rent , comme à S. Jean en Grève à Paris. Daviler.
Tour deLéandre, ou Khes-Calesi. C'eft une petite
fortcfeife , fituée fur un rocher ^ dans le canal de Conf-,
tantinople , entre cette ville & celle de Scutari , en Na-
tolie. Turris Leandri. On voit de ce lieu toute la ville
de Conftantinople , Péra , Galata,&: pluf leurs autres
édifices , qui font une très-belle perfpecl:ive. Maty.
La Tour de Léandre eft tout près du cap de Scutari.
L'Empereur Manuel la fit bâtir iiir un écueil d'environ
200 pas de tour, & en fit conftruiie une autre du cô-
té de l'Europe au couvent de S. George pour y tendre
une chaine j qui fermât le canal (de la mer Noire.)
M. Gilles a remarqué qu'il y avoir autrefois un mur
dans la mer, lequel occupoit le paflagc qui le trouve
entre l'écueil où eft la Tour, & la Terre-terme d'Afie.
Il y a beaucoup d'apparence que c'étoit l'ouvrage du
même Empereur. Car par ce moyen la chaîne étant
tendue d'une tour à l'autre, il n'étoit pas pofïïble aux
vailïéaux de remonter le canal de la mer Noire.
M. Gilles allure que les Turcs ont démoli ce mur,
pour en employer les pierres à d'autres bâtimens. Ils
nomment cette Tour la Tour de la pucelle •, mais les
Francs ne la connoillent que fous le nom de la Tour
de Léandre, quoique les amours de Héro & de Léan-
dre fe foient pailées bien loin de là fur les bords du
canal des Dardanelles. Cette Tour eft carrée , termi-
née par un comble pointu , & garnie de quelques pièces
d'artilletie , enfermée dans une enceinte, qui eft aufîl
carrée : elle eft prefque fans défenfe, & n'a pour toute
^arnifon qu'un Concierge, qui reçoit les appointemens
de fbn gouvernement fur ce que lui donnent les Janif-
laires ou les Marchands de Conftantinople qui vont s'y
divertir en fecret. On prétend que l'eau douce du puits
qui eft cteufé dans cet écueil eft une fource vive ■, d'au-
tres allurent que ce n'eft qu'une citerne dans laquelle
fe vident les égoiits du comble , par un tuyau caché
dans la muraille. Tournefort , Voyage , T. II.
p. t;^6, i^j.
Tour de Londres. C'eft un vafte bâtiment fitué auprès
de la Tamile au-deftous du pont à l'orient de Londres,
ainfî nommé d'une Tour blanche & carrée qu'on voit
au milieu. La Tour de Londres a enviton un mille de
circonférence. Elle eft environnée d'une vieille mu-
raille avec un foflë fort large & profond, & elle com-
mande la ciré & la rivière. Soixante pièces de canons
y font toujours en batterie. C'etf là qu'eft le grand Ar-
lenal du Royaume, où fe fabrique la monnoie, où l'on
conf erve les joyaux de la Couronne , les Archives du
Royaume, les Ades du Parlement, les Traités de Paix
en original , Ligues , Alliances , Pièces autentiques
touchant les Conquêtes de la Nation , &c. Le Gouver-
nemenr de cette place importante eft confié à un Con-
nétable ou Gouverneur , qui eft d'ordinaire une per-
fonne de la plus haute qualité. Il a fous lui un Lieu-
tenant , un Sous-Lieutenant & un Ofticierde la porte,
appelle en Anglois Gentleman Potter, lequel doit por-
ter tous les foirs les clefs au Connétable , & en fon ab-
fence au Lieutenant, & aller les recevoir tous les ma-
tins. Il commande les gardes des prifonniers. Abr.
Chron. de l'Hifl. d'Angl.
Tour Marine, eft une tour qu'on bâtit fur les côtes de
la mer pour y loger quelques foldats, & découvriras
vaitleaux ennemis. Pharus ^ turris. Ces tours ordinai-
rement n'ont point de porte, & on y entre par des fe-
nêtres qui font au premier ou au fécond étage , avec
une échelle qu'on tite en haut quand on eft dedans.
On fe fert quelquefois de ces tours dans la fortification
des places.
Tours mobiles. Les Anciens fe fervoient de tours mo-
biles dans les fîèges. Elles ne diftéroient prefque en
TOU
rkn d'une maifon de charpente de plufieurs étages ^
linon qu'elles étoient moins folidement contlruites que
ces tours qui font tant de bruit parmi les Savans. Elles
étoient compolécs d'un adbmblage de poutres & de
groflcs folives , capables de réiifter contre l'etiort des
maflès lancées par les baliftes & les catapultes des af-
fîégés. Cet allemblage de montans & de traverfans
étoit couvert de forts madriers mis en travers. Il fe
fait aujourd'hui des Tours mobiles de charpente, pour
fervir à Téparer & peindre les voûtes , & à tondre &
dreiTèr les paliflades des jardins. Les Jardiniers les nom-
ment chariots. Il fe fait encore des Tours fixes de char-
pente, pour élever des eaux , comme celle qui fervoif
à la Machine de Marli, qui a été placée depuis à l'Ob-
fervatoire de Paris, & enfuite démolie, parce qu'elle
inenaçoit ruine. Toute Tour mobile fe dit en Latin ,
Turris ambulatoria. Daviler.
Tour de Moulin a vent. C'eft un mur circulaire qui
porte de fond , & dont le chapiteau de charpente cou-
vert de bardeau, tourne verticalement pour expofer
au vent les volans ou les aîles du moulin. Id.
Tour ronde, &Tour creuse. Tour ronde, c'eft, fé-
lon les ouvriers, le dehors-, & tour creujè, le dedans
d'un mur circulaire. Id.
Tour des Palmes. Nom d'une des Congrégations par
l'union defquelles Alexandre IV. forma l'Ordre des
Hermites de S. Auguftin. Congregatio Religio/à à
Tune Palmarum dicla. Il n'eft pas siir que la Congré-
gation de la Tour des Palmes fuivît la Règle deS.Au-
guftin avant l'union. P. Hélyot , T. III. p. is..
Tour du Pin. Nom d'un bourg de France, fitué dans
le Dauphiné , à huit lieues de Lyon vers le levant.
Turris Pini. La Tour, d'où ce lieu a pris fbn nom , eft
-• maintenant ruinée. Maty. C'eft ce lieu qui a donné
le nom à certe illuftre Maifon de la Tour du Pin.
Tour de Roussillon. Cette Tour eft dans le Rouffil-
lon , fur une colline près du Ter, à demi-lieue au-def-
fous de Perpignan. Turris Rujcignonenfis. Elle eft la
place de l'ancienne Rujcino , Rujino , Rufcinus , qui
a donné fon nom au RouffiUon, & des ruines de la-
quelle Perpignan a été bâtie. Maty.
tS^ TOURAILLE. f. f. Pour faire la bierre , après qu'on
a fait germer l'orge , jufqu'à ce que le germe forte de
chaque grain de la longueur de quatre ou cinq lignes,
on le fait lécher dans un bâtiment appelé touraille j fur
un plancher à claires-voies , & dont les ouvertures
font couvertes de grandes pièces d'étofle de crin de
cheval. Pluche.
TOURAINE. Nom d'une Province de France. Turoni-
cuspagus , Turonia. Elle a titre de Comté , & elle eft
fkuée autour de la Loire , du Cher , de l'Indre & de
la Vienne, entre le Berri , leBléfois, leVendômois^
l'Anjou & le Poirou. Cette Province dépend du Gou-
vernement général de l'Orléanois. Elle n'a pas une
grande étendue , mais elle eft fi fertile qu'on l'appelle
le Jardin de France. Ses lieux principaux font Tours ^
capitale, Amboife, Chinon & Loches. Maty.
TOURANGEAU. Qui eft de Tours , ou de Touraine.
Turo , Turonenfis. Chriftophe Plantin, cet habile Im-
piimeur du XVI^ fiècle, étoit Tourangeau. Le P. Ra-
pin, Jéiuite , célèbre par tant d'ouvrages de Pocfie &
de belles Lettres, & mort à Paris le 27 Octobre 1687,
étoir aufTi Tourangeau.
TOURANGETTES. f f pi. Efpèce de petites ferges qui
fe fabriquenr en quelques lieux de la Généralité d'Or-
léans , particulièrement au Montoir. Elles font ou
blanches ou grii'es , & fe font de laines du pays.
TOURBE, TOURBLE. f. f. Troupe alTeinblée-, nombre
de perfbnnes. Turma, turba, multitude. Je ne me fie
pas à cette tourbe de Barbares , je ne m'attends qu'à
vous. Vaug. Il vient du mot Latin turba, troupe. On
difoit autrefois tourbe foldatefque , pour une troupe
de gens de guerre. Il n'eft plus ulité que dans le bur-
lefque, ou dans les vers qu'on fait en ftyle antique.
Pourquoi les faits par une erreur fervile.
Mettre en Latin ? non^ non, tourbe indocile,
D'infcriptions nous allons faire troc.
TOU
Hors de là , tourbe efl: vieux en ce fens, & n'efl: plus
en Lifage qu'en cette phrafe du Palais :_ Enquête par
tourbes. C'étoit une enquête qu'on taifoit ci-devant
dans les procès pour éclaircir la diftîcillté d'un point
de coutume , ou d'un ulage allégué par une partie,
lequel n'avoir point été inféré dans les Coutumes ,
quand on les avoir rédigées par écrit. En ces Enquêtes
la dépofition de dix témoins n'étoit comptée que pour
une feule dépofition. Elles ont été abrogées par une
nouvelle Ordonnance de 1667. Voyei Enquête, &
Bouteiller , dans fa Somme , L. II. c tg.p. igS.
Les Chimiftes fonr cas d'un Livre qu'on appelle la
Tourbe des Philojbphes , qui eft un Recueil des Ecrits
de plufieurs Auteurs anciens qui onr travaillé à la re-
cherche de la Pierre Philolbphale , comme Géber ,
Morienus._
TOURBE, f. f. Eft une matière propre à faire du feu ,
terre noirâtre & fulfureule dont on fe fcrten Hollande,
dans une p:irtie de la 'Flandre, & dans les endroits où
il y a dilette de bois. GUba exficcata igniaria. On fai-
ibit autrefois des tourbes ou malles de terre dans l'Ar-
tois & dans les pays circonvoifins , comme on en fait
aujourd'hui en Hollande. Ces tourbes fervoient pour
chaufter les Paylans. Voye\ Lambert d'Ardres, le Car-
rulaite de S. Ecrrin , & la Chronique d'André. Il y a
trois cens ans qu'on le iert de tourbes en ces quartiers.
Elles iont foutrées , & les perfonnes qui font auprès du
feu deviennent pâles quand elles font bien loufrécs.
En Ecolle on le f ert d'une elpèce de tourbes , mais elles
font puantes.
Tourbe, fe prend auflî pour un tourteau fait de tan ou
d'écorce de chêne après avoir fervi à accommoder le
cuir. On s'en chaufle dans les endroits où il y a des
Tanneurs-, & les pauvres gens en ulent même à Pans,
cù on les appelle des Mottes.
Ce mot vient de l'Allemand ^orff, ou ^urb , figni-
fiant la même chofe. Ménage. Ou de la langue Cel-
tique , torhes. Les AUemans l'appellent aulïï torf ■> ou
turf , ou turve.
IKj'TOURBERIE. f f. Terme de droit coutumier. C'eft,
particulièrement en Angleterre ^ le droit qu'on a d'al-
ler lever de la tourbe dans le fonds d'autrui.
Ce mot fignifie auflî l'endroit d'où l'on tire de la
tourbe.
TOURBEUX, EUSE. adj. Terrain tourbeux , d'où l'on
tire de la tourbe. Science des Ingénieurs. L. 9. p. (,g.
TOURBIER , ou TURBIER. f. m. C'eft un nom qu'on
donne au Palais aux témoins ouïs aux enquêtes par
tourbes. Turbarius tefiis.
TOURBILLON, f m. Vent violent, rapide, impétueux,
qui va en tournoyant, Turbo , vortex. Un tourbillon
de vent, c'eft une infinité de petites parties d'air, qui
tournent en rond, & enveloppent ce qu'elles rencon-
trent. Font. Les ouragans Iont des tourbillons qui lur-
prennent les vaifteaux , & qui font très-dangereux.
Un furieux tourbillon a déraciné les arbres.
Tourbillon, le dit aufli d'un creux qu'on trouve dans
quelques mers ou rivières , dans leiquels l'eau s'en-
gouftre avec précipitation j & en tournoyant. Vortex.
Ce palfage eft dangereux, à cauie d'un tourbillon qui
eft au milieu de la' rivière.
Tourbillon eft auflî , félon la Philofophie de Defcartes,
un amas de matière dont les parties détachées les unes
des autres le meuvent toutes dans un même fens, &
autour d'un même axe. Ce Philofophe prétend qu'il
y a dans le Ciel plufieurs révolutions d'aftres autour
de divers centres , qui font des fyftèmes diftérens.
Vbyei Monde de Defcarres. Il appelle ces diftérens
fyftèmes des tourbillons. Tout ce grand amas de ma-
• tière céiefte qui eft depuis le foleil jufqu'aux étoiles
fixes, tourne en rond , & emportant avec foi les pla-
nètes, les fait tourner autour du foleil qui occupe le
centre : voî^à le grand, tourbillon dont le foleil eft
comme le maître. Mais en rncme temps les planètes fe
compolent de petits tourbillons particuliers. Chacune
d'elles en tournant autour du foleil , ne laillè pas de
tourner autour d'elle-même , & fait tourner auffi au-
tour d'elle , & en même lens, une certaine quantité
de cette matière céiefte, qui eft toujours prête à fuhre
TOU
lî^
tous les mouveinens qu'on lui veut donner : c'eft là le
tourbillon particulier de la planète , & elle le poulie
aulfi loin que la force de Ion mouvement fe peut
étendre. Ainfi la lune iuit la terre , &: tourne autour
d elle , parce qu'elle s'cft trouvée dans l'étendue de
ion tourbillon. Jupiter a trouvé quatre petites planète»
dans Ion voifinage ^ & il fe les atlujétit toutes quatre.
De même quand il eft tombé dans un tourbillon une
p.anete moindre que celle qui y domine j elle a été
emportée, & forcée indiipenfablement à tourner autour
de la plus grande. Cependant tous ces petits tourbil-
lons^ avec les planètes qu'ils renfermenr, ne laillent
pas de tourner autour du foleil. Font. Selon cette
hypotèfe de Defcartes , Jcs étoiles fixes ne font point
dans le tourbillon du foleil.- Ce font des tourbillons
diftincls , & féparés du nôtre. Or de cette difpofition
des tourbillons il s'enfuit, que nous qui fommes dans
le tourbillon du foleil , ne devrions point voir les éroiles
fixes. La raifon eft, que la lumière ne fe produit que
par unrayon , ou une ligne qiii part de l'étoile, & qui
vient frapper l'œil ; mais li chaque tourbillon eft féparé,
les lignes de l'un ne fe peuvent jamais mêler dans
l'autre, & elles ie terminent toutes à la circonférence
de leur tourbillon. La matière lumineufe qui part du
centre de l'étoile, ne peut le confondre dans le tour-
billon lolaire , ni pénétrer jufqu'à notre œil, fans for-
cer la matière de notre tourbillon à reculer ; ou fi cela
arrivoir, les tourbillons fe choqueroicnt naturellement
avec des forces inégales , & fe détt uiroient en peu de
temps. Le P. Dan. Il eft même impoflîble d'expliquée
le mouvement des Comètes dans le fyftème des tour-
billons. En eftet lorlqu'une planète eft parvenue à la
hauteur de la terre , la vîtell'e du tourbillon devient
alors 11 grande , que fi ce tourbillon exiftoit réellemenr,
il faudroir néceiiairement qu'il l'entraînât, & qu'ainfi
la Comète parcourût à chaque heure plus de 7000
lieues. D'où l'on voir que cetre efpèce de torrent ou
entraîneroir les comètes avec une très-grande rapidité,
ou détruiroit bientôt leurs mouvemens, s'ils fe fai-
foient en fens contraire. Injlitut. Aftronorn. p. 342..
Cesrailbns, & quantité d'autres ( Foje^ Monde 'de
Defcartes ) ont engagé de célèbres Phyficiens , Fon-
tenelle , Malebranche, Privât de Molières, &c. à cor-
riger le fyftème des tourbillons fimples imaginés par
Defcartes, par le moyen des tourbillons compofés.
Les grands tourbillons qu'admettent ces Cartéfiens
iTiitigés , font formés de très-petits tourbillons élaf-
tiques. Ces petits tourbillons ont deux mouvemens
circulaires, l'un autour d'un centre commun, & l'au-
tre autour de leurs centres particuliers. C'eft ce qu'on
appelle tourbillons compofés.
Selon eux , tout eft plein dans le monde. Ils nient
. l'exiftence du vide , mais ils n'en nient pas la poflîbi-
lité, comme Defcartes.
Dieu, difent-ils, a créé une matière infiniment dé-
liée, &; prelque infiniment divifée, à laquelle il a im-
prime , (l<i dans laquelle il conierve un mouvement de
tourbillon. Cette matière /ubtile ou éthérée forme un
fluide extraordinairement denfe, mais dénué de^toutc
gravité. La matière fubtile que Dieu a deftinée à fe
mouvoir autour du foleil, s'étend jufqu'à plus de 300
millions de lieues. Ce tourbillon folaire peut être re-
gardé comme un rout entièrement fluide, puilqu'il a
plus de 600 millions de lieues de diamètre , & qu'il
ne contient de corps folides , que quelques planètes &
quelques comètes.
Les globules qui compofent les circonférences des
petits cercles d'une fphère mue en tourbillon, ont»
dilent-ils, non-feulement une force centrifuge paria-
quelle ils tendent à s'éloigner de leur centre particu-
lier , mais encore une force centrale , par laquelle ils
tendent à s'éloigner du centre commun de la fphère.
Les forces centrales font en raifon inverfe des carrés
des diftances, c'eft-à-dire que dans un tourbillon Iphé-
riquc un globule placé à un pied du centre de la Iphère,
aura une force centrale quadruple de celle qu'il auroir,
s'il en croit éloigné de deux pieds. Les vîteiles , ajou-
tent-ils, Iont en railon inverfe des racines carrées des
diftances v c'eft- à-diie qu'un globule placé à un pied
ii6
TOU
TOU
du centre de la fphèrca une vîtefTè double de celle
<]u'il auroit, s'il en étoic éloigné de quatre pieds. Vby.
dans les leçons de Phyfique de Privât de Molieres,
l'ufagc queVonc de cesdiftérens principes les nouveaux
Cartéfiens.
Tourbillon. Ce mot s'emploie aufll figurément pour
défigner tout ce qui entraîne les hommes. Le temps
cft comme un tourbillon qui nous emporte. Ab. Turlio
Les foins attachés à la puillance forment dans l'clprii
un tourbillon de chagrin qui rend les dehors iombres
& rebutans. Le P. Gail._ Le monde fpitituel peut être
comparé au monde matériel, les grands Seigneurs en-
fermés dans le grand tourbillon de TÉrat, l<: dans le-
quel ils font entraînés , ont aufll leur mouvement pro-
pre, & forcent à tourner autgur d'eux tout autant de
petits corps qu'ils peuvent en envelopper dans leur/our-
billon particulier. Nie.
Tourbillon. Terme d'Artificier. C'efl: un artifice qu'on
appelle aulTi Soleil montant , dont l'eltet eft de s'éle
ver en tournant par fon mouvement intrinféque , lans
être jerté comme les ballons.
«w'TOUR.BILLONNEMENT.f.m.TcrmedePhyfique.
Mouvement d'une chofequi tourbillonne. Lapefanteur
ne fauroit être une fuite du tourbillonnement. Tout
tourbillonnement eft de fa nature cylindrique , & nulle-
ment iphérique. Mém. de Trév.
TOURBILLONNER. V. n. Aller en tournoyant. C'eft un
terme dont M. de Saint Aubin s'efl; lervi en deux en-
droits de fa troifième Réplique fur le flux de la mer ,
p. 420 & 411. du Mercure de Mars 1755. & qui fe
trouve dans Cotgrave. Ce mot n'eft pas ufité.
«Cj= TOURBILLONNISTE. i". m. Terme inventé par les
anti-Cartéliens, pour déligner les partiians des tour-
billons de Delcartes. Les tourbillonnijks veulent que
par unfadèment &rellairement qu'ils introduifent dans
les petits tourbillons , il s'en doit détacher quelques
parties.
TOURC, ou TURQ. f. m. Monnoie d'argent de Lor-
raine qui vaut environ 18 fous de France.
TOURD. f m. ou TOURDE. f f. Ce mot qui fignifie
grive n'eft en ufage que dans la Provence , & dans le
Languedoc. Turdus.
C^TOURDILLE. adj. Terme de maréchallerie qui n'eft
d'ufage que dans cette phrafe, gris tourdilk j pour
défigner la couleur du poil d'un cheval qui eft d'un
gris fale, approchant de la couleur d'une grive.
TOURDION. f m. Terme populaire. Mouvement du
corps qui lui fait faire plulieurs contorfions,leplus fou-
vent deshonnêtes. Circuitio.
Tourelle, f f. Petite tour. Le mur de cette place eft
garni de tourelles qui lervent de guérites pour mettre
des fentinelles. Turricula, Speculii. Les dômes de la
Sorbonne, du Val-de-Grace , lont accompagnés de
quatre tourelles qui ont bonne grâce. Ces tourelles font
des elpèces de lanternes rondes, ou à pans, qui portent
fur le maflîf du plan du dôme , pour l'accompagner.
Les buftets d'orgues ont auili des tourelles aux extré-
mités , & au milieu. On penfa à reprendre le boulevarr
& les tourelles du bout du pont. Un moment après le
boulevart fut emporté , & enluite les tourelles. P. Da-
niel.
TOURELLE , & mieux TOURELÉ , ée , Adj. Terme
d'Antiquaire , qui fe dit des choies qui font chargées
ou garnies de tours. Turritus. C'eft ce qu'on appelle
Baftillé en rerme de Blafon. Cybele , la Décflc de la
Terre, & tous les Génies particuliers des Provinces &
des Villes, portent des coutonnes tourelces. Joubert.
TOUPv.ET. f m. Petit tour ou roue qui le meut avec
gtande impétuofité par le moyen d une grande roue
qui le rourne avec une manivelle. C^/ïz/n, orbiculus.
Les Lapidaires , les Taillandiers , le lervent de ces
tourets pour taillet leurs pierres , pour aiguifer leurs
ferremens.
TouRET. Terme de Cordier. Tambour de bois qui eft
■ terminé à chaque extrémité par deux planches aiicm-
blées en croix , & qui eft traverfé par un elîîeu de fer.
Cctinftrument fert à divifer le fil-, ainlî les tourets font
de groiles bobines. Les Cordiers le fer\'enr du touret
ou moulinet pour faire du bitord.
ToURET. r. m. Vieux mot qui fignifioit une efpcce de
marque ou d'ornement que les Dames de condition
portoient autrefois , qui ne leur cachoit que le nez.
AulTi l'appe'oit- on touret du r:e\. Buccula muliebris ,
vel epijlcinium. On voit dans la Bibliothèque du Roi
plulieurs repréfencations de fêtes & decaroufels, où les
Dames font peintes avec des tourets de nez. Le mot ,
aufll bien que la chofe font hors d'ufage.
ToLiRET eft aufli un terme d'Eperonnier. C'eft un gros
clou tourné en rond, qui a une tête arrêtée dans une
partie du bas de la branche d'un mors appelée la gar-
gouille. Il lignifie aufll ce qui eft au bout des jets d'un
faucon pour palier la longea & en général on le dit en
plulieurs autres occalions de ce qui eft fait en anneau,
en rond , en cheville , &c. Lupnti (3 frœni feneifibula
capitati.
Touret. Terme de Batelier. C'eft une manière. de che-
ville qui eft fur la nage du bachot, & oii l'on met l'an»
neau de l'aviron, lorlque l'on rame. Scalmus, verucu-
lum.
Touret eft aufll un terme de balancier, ou de faifeur de
balances. Ce font deux fortes de petits anneaux, dont
il y en a deux aux gardes du pefon. Librarii annuli.
TOURL Nom propre d'un bourg de l'Orléanois en
France. Tauriacum j Touriacum , Ad Turres. Il eft
près de Joinville , entre Orléans & Etampes. Maty.
Dans l'Archidiaconé de Beauce près de Puifet.
Il y a encore Touri en Sologne. Tauriacum. Il eft
auffi dans le Dioccfe d'Orléans près de la Loire & de
Baugenci. Valois , Not. Gai. p. 54e.
Et un autre Touri en Champagne , dans le territoire
de Troie. Tauriacus. Id.
TOURIER. Dans les Coutumes des Pays-bas , ce mot
iignilie Geôlier , Garde des priions. Carceris janitor ,
cuJloSj Toragius. Voyez Tourière.
TouRiER. f. m. fe dit en badinant & en converfation ,
d'un valet de Religieux , d'un féculier portier , d'un
Sacriftain d'une mailon religieufe , lur-tout quand il a.
quelque air de dévotion & de douceur , ou vraie ou
afledée , parce qu'on appelle Tourière la fervanrè
d'une communauté de Religieufes , qui eft à la porte ,
& au tour. Janitor. Le Tourier des Carmes , les Tourier
des Pères Auguftins.
TOURIÈRE. f f. Office clauftral chez les Moniales. C'eft
une Religieufe qui a la charge de parler au tour , d'y
négocier les affaires de la Maifon , de recevoir ce qu'on
y apporte de dehors. On l'appelle Tourière du dedans,
ou plutôt Dame du tour.
Tourière, eft auflî une fervante qui afllfte au tour en
dehors , qui rend au Couvent tous les fervices dont il
àbcfoin dans la ville & au dehors, & qui reçoit ceux
qui viennent y rendre vilite. On l'appelle fœur Tourière,
ou tourière du dehors. C'eft à-peu-près dans le même
feris que le Geôlier ou Garde des prifons eft appelle
Tourier dans le ftyle de Liège , chap. XII. Il y a des
gens qui appellent par raillerie Tbur/fr, un Sacriftain qui
lèrt la Melïe dans l'Eglife des Religieufes.
TOURILLON, f m. Gros pivot de fer qu'on mer au ba»
des portes cochères, des porres d'éclules, des roues de
moulin , des flèches & bafcules des pont-leVis, qui fert
à les faire mouvoir facilement. Cardo turbinatus.
On appelle auffi tourillonàu canon, les parties rondes
& éminentes qui font au milieu , pofées fur le fut, qui
fervent à le faire mouvoir , & à le pointer , & qui le
tiennent en une efpèce d'équilibre, Tranftrum, cardo..
Le tourillon eft de la grolleur du calibre de la pièce.
<S:^ Le mortier a àulîi des tourillons par lefquels il
eft attaché & foutcnu fur fon aftûr.
cQCS" Les Meuniers appellent tourillon un gros rouleau
de fer qui eft au bout de l'arbre du moulin, & qui fert à
faire tourner l'atbre.
Tourillon, fe dit auffi de cette partie jdu filt ou mou-
ron de la cloche, fur lequel elle fe meut. Cardo.
Tourillon. Vbye:^ Tour.
TOURîM. Grand Tourim , vieux f m. C'eft une forte de
d^nie. Coijuillard. Borel. Saltationis Jpecies.
TOURLOUROU, f m. Sorte de crabe qui fe voir aux
Antilles à Pile de la Tortue. C'eft une des deux efpèces
de crabes terreftrcs qu'on nomme cr>ibes rouges. Cancer
TOU-
ï 17
ruher, ruifens j purpureus. Les toiirlourcUs , & les can-
•^Tcios qui font l'aLitre efpcce , font des trous en terre ,
& coupent les racines de ce que l'on plante, foit tabac,
cannes de fucre ou autres. Oexmelin. Hifi. des Fli-
hufders^T. I.p.+ii. \ ■ ,^
e:^^ TOURMALINE, i. f.Nomqu on adonne aune pierre
qui fe trouve dans Fîle de Ceylan , petite , platte , brune ,
lifl'e & luifanre , & qui acquiert , quand elle eft échaut-
fée , les propriétés analogues à celles de l'éledricité. Elle
attire d'abord, &enfuite repoufîè les petits corps légers,
la cendre , la limaille de fer , &c. qui font autour
d'elle.
TOURMA ou TURMA. Vbyei Tirmah.
TOURMENT, f. m. Douleur violente que foutfre le
corps. Dolor accrbus , cruciatus ingens. La goutte , la
pierre caulcnt de grands tourmens , de grandes dou-
Jeurs, Les Tyrans ont inventé toutes fortes de gênes &
de tourmens pour vaincre la conftance des Martyrs. Les
tourmens des damnés font plus cruels que tout ce qu'on
ie peut imaginer.
Tourment, lé dit figurément en Morale, des inquié-
tudes, des peines d'efprit. Molefiia , angor , cura _,
jollicitudo. Les procès donneur bien du tourment. On
n'obtient guère de bien lans tourment. Ablanc.
Le vin efi un Je cours contre plus d'un tourment. Des-H.
On dit poétiquement les tourmens amoureux , les
inaux que l'amour tait louftrir.
Les Amans fe plaignent qu'ils fouft'rent mille tour-
mens-, les tourmens les plus rigoureux. Gémir dans
l'amoureux tourment. Ce qui plus me travaille , ell: qu'il
me faut cacher le tourment que j'endure. Cer. Ce mot
vient fou vent dans le jargon de Romans, &: des pièces
de galanterie.
Bienheureujè langueur j agréable tourment !
Doux & beaux font les jours que l'on pajfe en aimant.
Ségrais.
A caution tous Amans font fujets ',
Foint n'a de foi pour leurs touvmens Jècrets. Des-H.
TOURMENTANT , ante , adj. Qui tourmente , qui
donne de la peine. Vexans , crucians , divexans , ex-
crucians importunus j odiofus , mohflus. Ce font gens
importuns, & fort tourmentans.
TOURMENTE, f. f. Orage , bourafque , tempête fur la
mer. Tempeftas , procella. La tourmente nous prit ,
lorfque nous étions près du port ; il fallut fe remettre
en mer. Les vaillcaux furent tel'ement battus de la
tourmente ^ qu'ils perdirent leur voiles & leurs corda-
ges. Ablanc. Il n'étoit pas poffible dans une fi furieule
tourmente de gouverner les vailleaux. Vaug. Il fur
emporté par la tourmente. BotJH. Cette côte eft lujctte
aux tourmentes. Il y a un cap qu'on appelle le cap des
tourmentes ^ ou tourmenteux.
«O TOURMENTE. Rivière de France dans le Quercy ,
qui fe perd dans la Dordogne à Floriac.
TOURMENTER , v. a. Faire foufl'rir des douleurs , des
tourmens. Excruciare , divexare j angere,laniare. Les
Diables tourmentent cruellement les damnés. Les tran-
chées /our/?2e«renfcruellement une femme qui accouche.
Ce criminel a été bien tourmenté à la queftion.
e:^* ToTJRMENTER.^ Donner de la peine , faire fouftrir
quelque peine d'efprit. Angere , moJeftiam afferre ,
creare. Les enj'ans tourmentent leurs parcns. Un mari
tcurm.cnîe fa-femme -, une femme tourmente fon mari.
Lesméchans Ibnt tourmentés par les remords de la
«onfcience. Les chicaneurs font nés pour tourmenter les
gens. Cet homme eft tourmenté par fes créanciers.
Vexare.
On dit dans ce fens que les mouches tourmentent
un cheval, qu'un, cavalier tourmente fon cheval, pour
dire l'inquiète mal-à-propos. Un cheval qu'on tour-
mente , tourmente auffi fon cavalier. Tourmenter ,
terme de ir.arine , agiter violemment. Telle tempêic
fubmerge un navire qui ne feroit que le tourmenter s Û.
étoit plus grand. Moxtesq.
Le vent tourmenta long-temps notre vaiffeau.
Tourmenter, fe dit auffi en termes de Peinture. Les
Peintres dilcnt qu'ils tourmentent les couleurs , lorfqu'ils
les manient trop, qu'ils les chargent, ou les rechargent.
Agitare , moveie j mifcere. On remit les couleurs en les
tourmentant.
•SC? Se TOURMENTER, v. récip. S'agiter beaucoup , ïà.
donner bien de la peine de corps & d'efprit. Exagitare i
affiiclare Je Je.
Dans le premier fens , on dit qu'un Prédicateur fé
tourmente en chaire. Ce malade n'a point dormi de la
nuit, & n'a fut que fe tourmenter.
Dans la leconde acception , on dit qu'un homme fé
tourmente pour faire fortune , pour amalï'er du bien;
C'eft un honune inquiet , qui ne peut vivre en repos j
il faut qu'il ie tourmente & qu'il tourmente les autres»,
cruciando Je Je al: os excruciat.
On dit populairement dans ce km tourmenter (3.Yie.i
s'inquiéter , fe donner beaucoup de peine.
On dit d'un cheval inquiet , ou qui a trop d'ardeur^
qu'il fe tourmente.
On dit encore que le bois fe tourmente., pour dire qu^il
fe courbe, qu'il s'enfle &: s'étend •, c'eft ce qu'on ap-
pelle fe déjcttcr. Le bois vert eft plus fujet à fe tour-
menter que le bois fec. Ce parquet fe tourmente : &
dans le même lens , la léchereile (Se l'humidité tour-
mentent un parquet.
Tourmenté , ée , part. Vexatus , divexatus , excru-
ciatus.
TOURMENTEUX, euse. adj. C'eft une épithète qu'on
donne en Géographie à certains promontoires, & en-
tr'autrcs au cap de Bonue-Efpérance où les mers font
fort orageules. Promontorium procellojàm. On ledit
généralement de tous les parages qui font plus fujets
aux tempêtes.
TOURMENTIN. f. m. Terme de Marine , eft le mât
qui eft enté fur le beaupré , qui s'appelle autremene
Perroquet de Beaupré. On l'appelle auffi mât de tour-^
ment in. Ozan. Mali ad proram pars fuperior injèrta.
cSCj' Tourmentin , f. m. Petit oifeau de mer de la grof-
feur d'une hirondelle , à plumage noir. On n'en voie
guère que dans les gros temps. Pendant la tempête ils
voltigent fans cefte derrière la poupe des vailleaux ,
autour du gouvernail. Cette agitation continuelle leur
fait donner le nom de tourmentin.
cgO" TOURNAGE, f. m. Terme de Marine. Bout d'a-
longe , ou oreille d'âne, placé le long du bord des
gaillards pour tourner & amarrer les manœuvres.
TOURNAI. Ville des Pays-Bas , capitale du Tournaifisj
en la Flandre Walonne , & fituée fur l'Efcaut , entre
• Valenciennes, Lille, Courtrai, Oudenarde & Ath, &
à quatre lieues de chacune. Tornacum. Tournai eft
une ville ancienne , grande , &: divifée en dix paroilTès,
conlidérablc par les manufactures , qui compofent
foixante & douze corps de métieis -, bien fortifiée «Se
défendue par une bonne citadelle que le feu Roi y a
fait bâtir fous fa domination-, elle a un Confeil fouve-
rain ou Parlement, érigé l'an 166'). C'eft un Evêché,
fuftragant de Cambrai. Ce grand Prince prit Tournai
l'an 1 667. On la lui céda par la paix d'Aix-la-Chapelle :
elle a été reprife dans la dernière guerre , cédée aux
Ennemis j&- fon Parlement transféré à Douai. Long^
il d. 4 m. lat. 50 d. 34 m.
Tournai , Bourg de la Gafcogne en France. Tornacumé.
Il eft dans le Comté de Comminges fur le Larroz i
entre Tarbe & S. Bertrant. Maty.
TOURNAIRE. f. m. Chanoine à qui appartient le droit
de conférer les Bénéfices vacans pendant fa femaine,
dans les Chapitres où les Chanoines onr ce droit-là tout
à tour. Ce mot n'eft en ufagc qu'en certains lieux.
Tournaire, eftauffi adjedif. Par un Arrêt du 27 Févrief
1744, il a été décidé que le Chanoine tournaire n'étoit
pas tenu de nommer à la Prébende vaquante dans lé
temps de là femaine , quand il n'y avoir pas de Statut
Capirulaire qui l'y obligeât-, mais que le Chanoinô'
tournaire avoir fix mois pour nommer^
TOURNAISIS, TOURNESIS. Nom propre d'une cort--
ii8 T O U
trée des Pays-Bas. Tornacenfis ager. Elle efl: dans la
Handre Francoife , autour de l'Elcaut , & aux conhns
du Hainaut. Tournai & S. Arnaud en ionr les lieux
principaux. Maty. C'eft Tournai qui lui donne Ion
nom.
TOURNAL, ALE. adj. U y a dans la Coiirumc du Cha-
pitre de Bayeux douze maiibns qu'on appelle Tuur-
nales, parce que depuis 1506 juiqu'à préienr elles ne
font deftinées que pour loger tour à tour ceux des Cha-
noines qui font les plus anciens en réiidence -, éc que
celui qui par refus a laiflë pafle fon tour, n'y peut plus
rien prétendie , que les autres ne foient logés. Avant
1506. ces maii'ons çtoicnt accordées aux plus anciens
en ordre de réception. Mais patce que les Chanoines de
Bayeux , comme ceux des autres Ëglifes , poilédoient
plufieurs Prébendes en diftérens endroits , & préten-
doient , avec leur droit d'ancienneté , avoir leur loge-
ment il Bayeux, quoiqu'ils réfidalfent ailleurs , le Cha-
pitre de Bayeux y pourvut par un Statut de la même
année, l'ilôt. Merc. de Dec. ij^6.vol. i.p. 1685.2.686.
Mais ce Statut n'a pas ptononcé contre les privilèges ,
puiique fans rélîder , Meilleurs les Conleillers-Clercs
obtiennent tous les jours des mailons toiirnaks , encore
que dans ce Statut la rélîdence paroilie enjointe à tous
fans exception, p. 2650. Auffi a-t-il été jugé par Arrêt
du Parlement de Rouen du 4 Juillet 17 5 6. que les Cha-
noines Profelleurs dans les Univerfués du Royaume
peuvent avoir des maiions tournales. p. 2705.
TOURNANS,ou TOURNAN. Gros bourg de France
dans la Brie fur un coteau , à trois lieues de Brie-Comte-
Robert.
TOURNANT , ante. adj. Qui tourne.^ Verfatilis Jupra
cardincm. La grue a cet avantage , qu'elle efl: lournanU
fur un pivot. Il y a tant de roues tournantes à cette hor-
loge. Il y a de.î elïïeux tournans , & d'autres qui font
immobiles. Un pont tournant.
Tournant, f m. Terme fynonyme de coin , angulus ,
en parlant des rues & des chemins. Le tournant dîme
rue. angiportus. Il fut attaqué dans le tournant d'une
rue , au tournant de ce chemin. Le tournant d'une
rivière , eft l'endroit 011 la rivière fait un coude. Flexus.
Ils fe rencontrèrent au tournant de la rivière.
Tournant , fe dit auffi de l'elpace où l'on fait tourner
une voiture , un carroflè , une charrette. Verjàra, circu-
tio. On dit en ce lens , qu'il n'y a pas allez de tournant
dans un endroit, pour dire qu'il n'y a pas allez d efpace
pour y faire tourner une voiture. Et Ton dit qu'un
Cocher a bien pris fon tournant ,poui dire qu'il a bien
pris fes mefures pour tourner fans accrocher.
Tournant. Terme de Marine. On appelle ainfi le tour-
noyement , le mouvement circulaire des eaux dans
certains endroits de la mer ou des rivières. Vortex. Il
y a des gouffres dans les endroits où l'on voit ces fortes
de tournans, & prefque tous les vaifleaux qui y tom-
bent, y pérllfent. Gurges j vorago.\\ fe trouve un de
ces goufl'res entre deux îles de la côte de Norvège, oi\
aucun vaiiîèau n'oferoit palier de crainte de couler bas.
Aubin.
Tournant. Terme de rivière. Pieu enfoncé eh terre
avec force, qui porte un rouleau avec deux pivots
placés dans des traverfes liées au pieu , iiir lequel le
Bateliers palTant leur corde tirent le bâtiment , ou le
font tirer fans difcontinuer ; & ils paflènt ainli les con-
tours & angles d'un canal ou d'une rivière, fans avoir
la peine de fe remorquer à force de crocs ou de gafles
& d'avirons. Aubin.
Tournant, eft aulïï un terme d'eaux & forêts qui fignifie
les arbres qui font aux Angles rentrans & qui doivent
être marqués du marteau du Roi , comme les Pies
corniers , & les arbres de lilière -, c'ell la dilpofition
de l'article 1 1 , du titre 1 5 de 'l'Ordonnance des eaux
& forêrs.
Tournant, terme de Meunier. C'eft ainlî que s'àppeloit
auttefois la meule de moulin.
TOURNANTE , f f. Terme d'Artificier. Fufée volante
qui s'élève en toutnant.
TOURNE, f f. En terme de Pratique, fe dit de la foute
ou retour de deniers que l'on paie en matière d'échange
ou de partage, pour mettre de l'égalité entre les choies
village fur
échangées ou partagées. Hyperocka: compenfatio ^ fuf-
plementurn j completum. Vbyei Soute.
Tourne. Nom de lieu. Troarnus. C'eft un
la Divc en Normandie. Valois, Not. Gall.p. 616.
TOURNE-A-GAUCFîE, f m. C'eft un oiitilde fer, avec
un manche de bois , qui fert à plulieurs ouvriers ,
comme de clef pour tourner d'autres outils, comme
vis , tarots , &:c. yîd Torani yerjatile. Pour les tarots ,
c'eft un outil de fer plat, ayant au milieu une entaille
quattée, oi"i l'on met la tête du tarot, quand on veut
le tourner pour en faire un écrou.
A TOURNEBOELE. "Vieille phrafc adverbiale. A la ren-
verfe. Perceval. Borel. Suplnus , rejupimis , a.
TOURNEBOUT. f m. Inftrument de Mufique , qui eft
une efpèce de flûte , dont l'extrémité inférieure eft
courbée en arc. Fiftula mufica curva. Il eft percé comme
les autres chalumeaux. Il a une anche par le bout d'en
haut , qu'on met dans la bouche , dont la languette eft
enfermée dans une bocte. On en fait des concerts à
quatre , à cinq & lix parties. Sa balle & fa taille ont
quatre ou cinq pieds de long, & ont une ou deux clefs
pour boucher les derniers trous où les doigts ne peu-
vent atteindre. Les tournehouts lont fort en ufage en
Angleterre •, mais leurs fons ne font pas fi agréables
que ceux des mufettes , auxquels on les peut rap-
porter.
TOURNEBROCHE. f m. Petit marmiton qui fert dans
les grandes maifons, à tourner la broche. Motor vent
fccarii , coquulus , mediaflinus.
TouRNEBRocHE, eft auiîïun nom qu'on donne à un chieft
qu'on a dreilé à tourner une roue, dont le mouvement
fert à tourner la broche. Obelotropus canis.
Tournebroche, eft auffi une petite machine qui fe meuE
par le moyen d'un poids , de trois roues & d'un balan^
cier, & qui fait tourner la broche. Rotatum injlrumen-
tuni verjando veru, obelotropium. Il y a aufli des tour-
nebroches à fumée qui font tourner la broche. Il y en
a auffi une qui la fait tourner par le moyen de la fu-
mée , gui donne dans une efpèce de petite aîle de mou-
lin poiée à l'entrée du tuyau de la cheminée.
TOURNEE, f f. Voyage, courfe en plulîeurs endroits.
Circuitio. On le dit particulièrement des voyages
que certains Officiers font dans lenr relïbrt, dans leur
département. Les Intendans des Provinces font des
tournées. Le Prévôt des Maréchaux fait fa tournée de
temps en temps.
On le dit de même de certains voyages réglés, que
certaines gens font pour leurs affaires particulières j ou
pour les affaires d'une Compagnie. Ce Marchand fait
tous les ans fa tournée dans les différentes Provinces
oif il a des Correfpondans. Il y a un Fermier-Général
de tournée. M. un tel eft en tournée.
Tournée. Se dit encore dansl'uiage ordinaire des petites
courfes dans les diftérens endroits d'une même Ville ou
l'on a des affaires. Ce Marchand fait plulîeurs tournées
tous les matins. Ce Médecin a déjà fait plufîeurs tour-
nées.
TOURNE-FEUILLET, f m. Petit ruban , ou petit mor-
ceau de parchemin en forme de ruban, qui eft attaché
lut la tranche de la tête de certains Livres , & parti-
culièrement des Livres d'Églife , & qui débordant par
la queue des Livres , fert à en tourner les feuillets.
PhyllobuUurn , chartotropium. Le mot détourne-feuillet
n'eft en ufage que dans les Provinces. Les Eccléliaftiques
de Pans diknt fi gne t.
TOURNEFIL. f m. Inftrument d'acier carré qui fert aux
Peigniers à donner le fil à leurs écouennes & autres
outils.
C'eft la même chofe que le fufil ordinaire fervanr
aux Bouchers , Cuifiniers, &c. finonque le tournefdek
carré , au lieu que l'autre eft rond.
TOURNEFORT. f. f. Nom que Julius Pontereda, Mé-
decin de Pife , a donné à. une efpèce de Valériane qu'on
cultive en Italie fous le nom de Valériane ambrifère ,
ou Cyprès d'Afrique , mais dont il fait un nouveau
genre de plante. Voye^ Valériane.
TOURNELLE. f f. Chambre établie dans les Parlemens,
compofée de Confeillers tirés de la Crand'Chaaibre
& dei Enquêtes, & qui y vont fervir tour à tour. Qit.it-
TOU
TOU
fitorutn Trihunal. A Paris onappelle la Tournelle Civile-,
une Chambreoû ronjiige certaines aftairesà l'Audience.
Elle a été érigée en 1667. & en 1669. Elle eft com-
pofée d'un Préfident à Mortier , de fix Confeillers de la
Grand'Chanibi-e, &: de quatre Confeillers de chacune
des Chambres desEnquêtes qui y fervent tourà tourde
trois mois en trois mois. Par l'Édit de 1 667. fon pouvoir
étoit limité à la fomme de mille livres, ou à 50 livres'
de rente, & par l'Édit de 1669. la Tournelle Civile peut
juger en dernier rellbrt , & à l'Audience ieulement ,
jufqu'à la fomme de 5000 livres, ou de 1 50 livres de
rente. Il falloir tous les ans une nouvelle coramiffion
pour cette Chambre; mais depuis l'année i^py. ou
1698. on n'a point demandé cette commillion. Ainfi la
Tournelle Civile demeure en quelque forte lupprimée.
Se les atiaires dont elle prenoitconnoiflance, retournent
à la Grand'Chambre, ou aux Chambre des Enquêtes,
félon leur nature. La Tournelle Criminelle eft celle oi\
l'on juge les aftaires du grand criminel, c'eft-à-dire, où
il s'agit de bannifiement, de galères, de mort, ou de
quelque peine corporelle : car les Enquêtes connoillènt
du petit criminel-, c'ell-à-dire des crimes où il n'échet
qu'une peine pécuniaire. Quand on dit ablolument
qu'une atlaire a été renvoyée àla Tournelle, on entend
que c'eft à la Tournelle Criminelle, & qu'il ne s'y agit
pas feulement de fimp'es dommages & intérêts , mais
de quelque note infamante ou peine aftlidtive. Par l'Or-
donnance de 1670. Tit. I. Art. 2.1. les Eccléiîaftiques ,
les Gentilshommes , les Secrétaires du Roi, & les prin-
cipaux Officiers de Juftice dans les Sièges inférieurs ,
peuvent demander à être jugés par la Tournelle ^ la
Grand'Chambre aflcmblées. Par l'Édit de Charles VII.
en 1452. il eft enjoint quelescaufes criminelles le vide
rontà la Tournelle, à la charge toutefois que ii en défi-
nitive le crime emportoit peine capitale , le jugement
s'en feroit à la Grand'Chambre. François I. en 1 519. y
donna une nouvelle forme, & la rendit ordinaire. Ainii
aujourd'hui la Tournelle Criminelle connoitpa.i appel en
dernier reftortde toutes les atfairescriminelles, excepté,
comme on l'a dit, de celles des Gentilshommes & des
Officiers privilégiés, dont le procès peut être feulement
inftruit à la Tournelle, mais ils ontledroicd'enévoquer
le Jugement à la Grand'Chambre. La Tournelle Crimi
«e//e eft compoféecjjjg cinq derniers Préfidens à Mortier,
qui y fervent toujours , de dix Conieillers de la Grand
Chambre , qui y fervent tour à tour durant lix mois j ëc
de deux Confeillers de chacune des Chambres des
Enquêtes, qui y fervent auffi tour à tour pendant troi:
mois. Ii y a auffiune Chambre de Tournelle Criminelle
dans quelques a;irres Parlemens, comme à Rowen. On
l'appelle Chambre de la Tournelle, parce que les Con-
feillers de la Grand'Chambre & des Enquêtes y vont
tourà tour. D'autres diient qu'elle fut nommée Tour-
nelle , parce qu'elle s'allembloit dans une tour qui iert
préfentement de buvette à MeiTieurs de la Grand'-
Chambre du Parlement de Paris.
Tournelle, fignifie auffi une petite tour , ou tourelle.
Turricula. Mais il n'eft plus guère en ulage en ce fens ,
qu'en parlant de quelques anciens bàtimens. C'eft de là
auffi qu'a pris fon nom le Palais des Tournelles , le quai
de la Tournelle.
TOURNEMAIN, f. m. Moment, petit efpace de temps.
In inftanti , in iclu oculi. Cela fera fait en un tourne-
main, en auffi peu de temps qu'il en faut pour tourner
la main. Je gage que s'ils vont étudier à Salamanque,
on les verradans un tournemain, Préfidens ou Evêques.
Hift. de Don Quichotte , tom. 4. cha^. 66. i^ag. 475. Il
n'eft d'ufagé que dans cette feule phrafe,en un tourne-
main.
Du Barras a dit , dans moins d'un tournemain. Il
faut cependant convenir qu'en un tournemain vaut
mieux.
TOURNEMENT, pour tournoiement, f. m. Mes vapeurs
ne m'ont pas permis de vous aller voir. Si ce nom
n^étoit à la mode, j'appellerois cela un tournement de
tête -, car je ne fuis pas de ces gens qui pour fauver
leur mauvaife humeur , difent qu'ils ont des vapeurs
lorfqu'ils fe portent bien. Bujfi, tom. 6. de Jés Lett.
pag, i. I Oj Cotgrave ne §'cft p«s concencé de mettre tour-
iî^
nement dans fon Dictionnaire , il y a ajouté tournemeni
de tête.
TOURNE-PENHS. f. m-. Terme de la Coutume d'Acqs.
Valeur d'un meuble fcellé, ou fur lequel on a procédé
par aveu. De Laurière. Reiobjignatœ valor.
TOURNER. V. n. Se mouvoir circulairemenr en rond^
Circuniagi, circumvolvi. Un globe tourne fur fon axe.
Les Planètes & la xerre tournent autour du foleil. Nous
avons la vanité de nous imaginer que tous les cieux ne
tournent que pour nous. Font. La broche tourne tout
le jour en cette maifon. On dit auffi que le rot tourne,
lorlqu'il eft mal embroché j qu'il ne fuit pas le mouve-
ment de la broche. Les moulins tournent par le fecours
du venr , de l'eau ou des bras.
Tourner , fignifie encore fe mouvoir de côté & d'autre,
fe mouvoir à droite ou à gauche, quoique le mouve-
ment ne foit pas en ligne circulaire. Cela rourne en tout
fens. Moveri in omnempartem. Le cocher a tournétout
court. Un bon cheval tourne à toutes mains. Au bout
de la rue vous tournerez à droite. Après la promenade
chacun tourna vers l'endroir où il avoir affaire. Le vent
a tourne'. L'aiguille aimanrée tourne toujours vers le
nord. Vergit , tendit , convertitur ad , ^c.
On dit d'un homme inconftant qu'il tourne à toat
vent , qu^il tourne comme une girouette. L'homme
tourne au moindre vent. Boil. La tête tourne à un
homme qui devient fou , à celui qui a des vertiges ,
des étourdidemens , à celui qui ie trouve érourdi pour
avoir regardé en bas d'un lieu fort élevé;
On le dit figurément de ceux dont l'efprir eft troublé
par quelque malheur imprévu, par quelque paffion-, de
ceux qui font enivrés de la prolpérité , qui fe mécon-
noiOenr , qui ne le pollèdent plus. Les grands hommes
font au-delFus de la fortune , & la rête ne leur tourne
point dans la profpérité. Dulci fortund ehrius.
On dit de même que la tête tourne à quelqu'un lorf'
qu'il eft lurchargé de tant d'aftaires qu'il ne iair à la-
quelle entendre. Negotiorum multitudme obrui jfatis-
cere.
Tourner du côté de quelqu'un j fe ranger de fon parti.
In alicujus paries dejcendere. Ne favoir de quel côté
tourner, le dit d'un homme qui ne fait que faire. Il n'a
plus de reftource , il ne fair de quel côté tourner.
Incertus eft quidagat , qubjevertat.
On dit figurément que la chance a bien tourné , pour
dire que les choies ont bien changé de face. Voye[ ces
mots. Qu'une aftairc a bien ou mal tourné, pour dire
qu'elle a eu bon ou mauvais fuccès. Benè ,malèjiiccejjit.
Certe affaire a tournée fon profit. CeJJitlucro ei ea res.
Cette témérité tourna à la gloire. Temeritas cejjlt in
gloriam. Ce malade a tournétout d'un coup à la mort ,
pour dire qu'il eft rombé dans un état qui fait craindre
pour fa vie. On le dit de même de la maladie. Sa maladie
a tourné tout d'un coup à la mort. Cela eft tourné en
proverbe. CeJ/it in proverbium.
Tourner , fe dit encore neutra'ement pour fe gâter ,
s'altérer. Le vin qui n'eft pas de garde tourne bientôt.
Une fauce qui eft long-temps fur le feu tourne.
En termes de jardinage, tourner à l'égard des fruits,
exprime le changcmenr de couleur qui annonce qu'ils
approchenr de leur maturité. Le raifin commence à
tourner. Ce melon extourné. Ce% ccrifes, ces grofeilles
commencent à tourner, commencent à rougir , ce qui
annnonce une maturité prochaine.
A cerrains jeux de carres , comme la bêre , la triomphe,
l'Impériale , &c. on dit qu'il tourne caur, carreau , &c.
pour dire que la carte qu'on découvre après avoir
donné le jeu à tout le monde , & qui demeure décou-
verte fur le talon , eft du caur, du carreau, tkc.
Tourner, v. a. Mouvoir en rond. Circumagere , in
gyros agere. Tourner la broche. Tourner une roue.^
On le dit de même des autres mou vemens j quoiqu'ils
ne foient pas circulaires. On tourne les bras , les jambes ,
la tête. Tourner les pieds en dedans , tourner les pieds
en dehors -, c'eft porter la, pointe du pied en dehors , en
dedans. Se /oum^r vers quelqu'un. Convertere fe ad
aliquem. Tourner les yeux , le vifage vers que'qu'un,
porter la vue de fon coté. Os ad aliquem , oculos ta
ali'iuem conyertere. Tourner le dos à quelqu'un , dijnî
Ï20
TOU
TOU
le Cens propre , c'efl: lui préfenter le dos , enforte qu il
]"oit du cote où il a le viiage. Ohvertere tcrgum. Dans
le iens figuré, c'eft quitter quelqu'un par aicpus ou par
indignation. ^ ,
A la suene, tourner le dos aux ennemis, ou iimple-
nient tourner k dos, c'cft i'uir devant 1 ennemi. Terga
dure, vertere , convertere -, converureje in fugam^ , ou
convertere iter ad fugum. Exprelîion tranlportee au
ficruré Nuls accidens, dit Montagne, ne font tourner
k dos à la vertu. Ceux qui le tuent eux-mêmes, ne
courent à la mort que pour tourner le dos a 1 adver-
6n dit auffi dans le fens figuré , que la fortune a tourné
le dos à quelqu'un , pour dire qu'elle lui eft devenue
contraire. Rejlare car it fort una.
Dans un Iens oppoié , on dit tourner Kze , le tourner,
faire un mouvement pour taire face aux ennemis. Cir-
cumagere je. Les ennemis rinquiétoient, le harceloient
dans fa marche , il tourna tête iur le champ , il fut obligé
de tourner tête vers ceux qui le pomluivoiem, c'eft ce
qu'on appelle faire vo/z^/^ce. Voyez ce mot.
TouNER bride , en parlant d'un cavalier , retourner fur fes
pas. Regredi, iterreligere , rétro commeare. Arrivés en
tel endroit, la nouvelle que nous reçûmes nous fit
tourner bride. On ne le dit que des gens ù cheval.
On dit qu'un Prince tourne toutes les forces , tourne
fes armes contre un autre , contre un Etat , pour dire
qu'il fait marcher fes troupes de ce coté-là pour j por-
ter la guerre.
Dans les chofes fpirituelles & morales , on aie tourner
fon cœur à Dieu , le tourner vers Dieu , toumenomes fe^
penfées vers lui , vers quelqu'autre objer. Cogitationes
omnes diri gère , convertere ad, Ùc. Y appliquer toutes
fes penfées, s'en occuper entièremenr. Ils tournèrent
toutes leurs penfées fur Alexandre. Vaug.
Tourner quelqu'un à fon gré , le tourner comme on veut ,
le manier , le gouverner comme on veur. Ahquem ad
arbitrium Juuni fingere , accomniodare. Il a fi bien
trouvé & faifi le foible de cet homme, il a pris tant
d'empire fur lui , qu'il le tourne comme il lui plaît. La
' volupté s'infinue dans le cœur , & le tourne à elle lans
attendre que la raifon dife fon avis. _
Tourner un homme de tous les fens, de tous lescotes>
c'eft lui faire diverles queftions pour en tirer ce qu'on
veut favoir. omnimodb in omnes paries verjare. Un
Lieutenant-Criminel tourne un acculé de rous les fens ,
pour lui faire avouer fon crime & déclarer les com-
plices. , .
Tourner une affaire , lui donner un certain tour, la faire
voir d'un certain côté , fous un certain point de vue ,
d'une certaine façon , la tournerhien ou mal , lui don-
ner un bon ou un mauvais tour.
Tourner une chofe en bien , la tourner en mal , 1 inter-
préter en bonne ou mauvaife part. In bonani , in malam
partem accipere Jntîrpretari. Il tourne tout ce qu'on lui
dit en bien. Tourner les chofes à fon avantage , les inter-
préter d'une manière avantageufe pour loi. Tourner
quelqu'un en ridicule , tourner une chofe en raillerie.
Foye:[ Ridicule & Raillerie.
Tourner , changer les chofes de fens, mettre deflus ce
qui étoit dellbus. Vertere , invertere. On tourne les
feuillets d'un livre. On tourne wne carte. On tourne
une pièce de monnoie, une médaille. On tourne une
étofte d'un autre fens.
Tourner s'eft; dit autrefois pour traduire. Tourner du
Latin en François , du François en Latin. Vertere. On
ne le du plus que dans les Collèges. Fuj^^Tradxjire.
Tourner le las. Efpèce de divination-, prétendu lorti-
ïè^e par lequel on croit , en faifant tourner un fas ,
pouvoir découvrir l'auteur d'un larcin. Je ne fuis poinr
furpris qu'il y ait des hommes allez fripons pour faire
ce métier : mais je fuis toujours étonné qu il y en ait
d'aflèz fors pour les croire.
Tourner. Terme de Challe , fe dit de la bête que l'on
challe, lorfqu'ellii tourne &. fait un retour.
C'eft aurii faire tourner les chiens pour en rrouver
le retour & le bout de la rufe.
Tourner un hèvre , tourner des perdrix , c'eft tourner
autour d'un lièvre, autour des perdrix. Çircumire.
En termes de guerre , tourner un ouvrage , un pofte ,
une montagne, &c. c'cft les prendre à revers. Voyei
Revers en termes de guerre.
Tourner le pain, chez les Boulangers. C'eft manier la
pâte de façon qu'elle foit bien liée^ & lui donner la
forme qu'on veut.
Tourner un citron, ou quelqu'autre fruit ,_ chez les
■ Confifeurs , c'eft enlever l'écorce ou la peau fort mince
& fort étroite en tournant autour du fruit.
Tourner, en termes de Marine. Tourner l^horA-, c'eft
revirer, tourner le vailleau par la manœuvre des voi-
les , & par le jeu du gouvernail , en ponant le cap fur
un autre vcnr. Cela s'appelle auffi , mettre à l'autte
bord. Tourner fur Ion ancre.
Tourner , façonner au tour un ouvrage, lui donner la
forme convenable. Tornare , torno fingere , forrnare
l'argenr , le cuivre , l'étain , le fer ,
corne , l'ecaille de tortue , la
On tourne l'or
l'ivoire , le bois ,
pierre , &c.
On dit abfokiment qu'un euvrier tourne bien, pour
dire qu'il eft bon tourneur.
Tourner. C'eft dans l'art de bâtir, expoler & difpofer
avec avanrage un bâtiment. Ainfi on dit qu'une Eglilc
eft bien tournée , quand elle a , conformément aux
Canons de l'Églife , fon portail vers l'occident , & fon
grand aurel vers l'orient. On dit auffi qu'une maifon
eft bien tournée , lorfqu'elle eft dans une agréable dif-
polirion , & que fes parties lonr placées fuivant leurs
ufages. On dit enfin qu'un appartement eft bien tourné y
quand il y a de la proportion & de la fuite entre fes
pièces, avec des dégagemens nécellaires. Daviler.
En parlant des ouvrages d'efprit, en proie ou en
vers , tourner, fignifie donner un cerrain arrangement,
arranger d'une cerraine manière les paroles & les pen-
fées , leur donner un certain tour. Foj^^ Tour, dans
certe acception. On tourne une période, une penfée ,
on tourne une penfée de plufieurs façons. On tourne
d'une autre façon , on rerouche un vers mal fait. MaU
tornaios ver/us incudi reddere. Séneque en répétant a
même penfée , & en la tournant de plufieiirs taçons_, la
gare. Voiture , tout appliqué à trouver de jolies choies,
& à tourner finement fes penfées , négligeoit un peu
la juftellè de l'expreffion. ,
Se tourner , v. récip. figni^e pader d'un état à un
autre , fe changer. On dir que tout ce qu'on prend le
tourne en bile , devient bile , le convertit en bile ",
qu'une fièvre tierce ietourneen quarre , devient quarte ,
de tierce qu'elle étoit -, qu'un enfant le tourne^ au
bien, au mal, commence à fe porter à l'un ou à l'au-
rre. . . i r t»
Tourner , fc dir proverbialement en ces phrales. I our-
nerh truie au foin , pour dire. Ne pas répondre jufte ,
&: tâcher de détourner le difcours ou la converiation
fur une autre matière. Tergiverjari , ad rem non re£-
pondère. Tourner le cul à la mangeoire ; pour dire, le
mettre dans une fituation contraire à ceiie que de-
mande la chofe qu'on veur faire. On dit aulïï. Tourner
autour du por ■■, pour dire , héfirer h. dire quelque choie ,
y venir par de longs détours. On dit auifi qu'une hlie
a le nez tourné h la friandife ', pour dire, qu'elle a la
mine d'être de comp'exion amoureuie. On dit à Paris,
Il eft comme Saint Jacques de l'Hôpital , il a le nez
tourné a la friandife : parce que l'image de ce Saint qui
eft fur la porte , regarde la rue aux ours -, c eft-a-dire ,
aux oies , où il y avoir autrefois de fameufes rotilleries.
On dit auffi, qu'un homme ne lait plus de quel cote le
tourner, lorfqu'il eft attaqué de tous côtés -, & qu li ne
fiit plus de quoi fublifter. On dit auffi d'un homme
inconftant & léger, qu'il tourne comme une girouette ,
qu'il tourne à tout vent. On dit auffi. Tournera mé-
daille, ou tourner le feuillet, pour dire. Examiner les
objedions qu'on peur faire pourioutemr ie paru con-
rrairei regarder une chofe par le côrc oppofe à celui
qu'on a examiné. Tourner cafaque , changer de
parti.
Tourné, ée. part, paft: & adjedl. Vuiatus, corruptus ,
limatus , £v. , „, r r a
Le mot de tourné, en terme de Blalon, ne le dit
proprement que d'un croiflant dont les cornes regar-
TOU
dent Ir flanc dextre de 1 ccu, parce que ce n'eft pas la
iîtuaoon nafLirelle du croi(Iànt,dont les cornes doivent
re^^pi'der en haut i &: Ci elles rcgardoient le flanc le-
ne'cre, on le d.rok contourné. Il porte de gueules à
trois marteaux d'or tournes enhmdc. Tribus malUolis
verjîs in falciam , jeu in obliquum.
TOURNES. Terme de Coutume. C'eft la foulte ou retour
de deniers , ou bourle déliée: qUand il eft; traité de l'é-
change , ou de parcage de biens. De Laup.iere.
TOUàlNES-GANTS , ou RETOURNOR. Terme de
Gantiers , qui fe dit de deux barons de cormier ou de
bois très -poli, ronds & longs d'environ deux pieds,
plus gros par le milieu que par les bours, dont l'un le
nomme le maie , & l'aiitre la femelle ; ces bâtons le
fourentdans les doigts des gants pour les pouvoir re-
tourner avec facilité , fans les ialir ni chitlonner. Ils
fervent auffi à renformer les gants : ce qui s'appelle
bâtonnet les gants.
TOURNÉSIEN, enne. f. m. & f. Qui eft de Tournai.
Tornacenfis. Les Tournéjieiis ont beaucoup perdu à la
paix en changeant de domination. Leur ville en vaut
la moiiié moins.
TOURNESOL, f. m. Voye^ Héliotrope.
Tournesol. 1. m. Couieur jaiaie, quile fait avec la fleur
de ce nom. Si on y mêle quelque acide , elle devient
rouge i e.le le change en vert , li l'on y jette quelque
alkaii. Dicl. de Feint. & d'Arch. Cette couleur n'eft
que pour la dctrcmpe, & elle eft fujette à changer.
Tournesol en coton, eft du coton aplati, de la gran-
deur & de la flgure d'un écu , qu'on teint en Portugal
avec la cochenille meftèque. Gojfipiuni depreffum ,
vermicu/o indico tincluin. On s'en lert pour donner un
beau rouge aux gelées des fruits.
Tournesol EN DR A PEAU, eft de la roile ou du crêpe qu'on
teint à Conftantinople avec de la cochenille & quel-
ques acides. Il y a une autre efpèce de tournejol en dra-
peau, qui le fait avec des chi^i:ons imbibés & empreints
d'une teinture rouge , préparée avec le lue des fruits
de V lieliotropium tncoccum , & un peu de liqueur acide.
Il vient de Hollande & du Languedoc. On s'en lert
pour donner au vin une couleur rouge.
Tournesol en pâte , ou en pain, ou en pierre , eft une
pâte sèche, de couleur bleue, compofée du fruit de
VheLotropium tricoccum , de graines de pareue ou
de jus de citron, de chaux & d'urine. Heliotropiu/n in
majja prœparatum. Les Teinturiers s'en fervent. On
l'emploie aufïï pour colorer l'empois. Le tournejol
dillous dans un peu d'eau , étant mis fur du papier
blanc, paroir noir i\ on le voit dans une épailleur de
trois ou quarre lignes ", il paroît violet dans l'épaiftèur
d'une ligne •, Se il paroît bleu dans répaiftèur d'une
demi-ligne. L'urine récente & l'eau-de-vie rougiiîènt
le tourne/cl.
TOURNETTE. f. f. Petit inftrument de bois qui tourne
fur des pivots, qui lert à dé vider du fii, de la laine j&c.
Evolutricis rotœ , cornua , vertidllum.
Il y a des tourr.ettes différentes pour diflérens ou-
vriers •■, pour les hlondiers , les Boutonmers , les Car
deurs , les Chandeliers , &c.
*rOURNEVIRE. f. f. Terme de Marine. C'eft une grofte
corde à neuf tourons qui lerr avec le calîeftan à retirer
l'ancre du fond de l'eau. Ce cordage eft garni de
pommes ou boules de cinq en cinq pieds : il eft joint
par les deux bouts, & forme une efpèce de chaîne
fans fin. Choquer la^tournevire , c'eft la rehaulTer fur
le cabeftan pour empêcher qu'elle ne le croife , ou
qu'elle ne s'cmbarralle lorfqu'on la vire. Majorem ru-
dentem vertere invertere.
TOURNEVIRER. v. a. Tourner , manier , examiner ,
faire d'une perfonne ce que l'on veut , la faire mou-
voir à fa i^ntaifie. Il faut qu'elle foit Pariflenne , car
elle enrend bien à tournevirer un homme. Attendei-
moi fous l'orme , Se. 2. p. 275. du 3 tom. du Thédire
Italien iÇqj. L'Archevêque de Lyon, vers la fin de
fon Harangue, dans la Satyre Menippée, to. i. p. 75
dit que les Prédicateurs favent les patlages de l'Ecriture
pour accommoder à leurs propos , & les tournevirer
aux occafions , comme ils en auront befoin. Ce mot eft
vieux.
Tomi VIIL I. Partie,
TOU 121
TOURNEVIS, f. m. Petit inftrument de fer, avec lequel
on ferre & on deftèrre des vis, pour les faire entrer
dans leur écrou ou les en tirer. Pour les en tirer il faut
feulement le tourner dans un fens oppofé au pas de
la vis.
TOUPv.NEUR. f. m. Ouvrier qui façonne en rond, ou
en autres figures fur une petite machine qu'on appelle
tour, le bois, l'ivoire» & toutes autres matières folides.
Tornator, toreutes. Les Tourneurs ont dans leurs mé-
tiers de forr beaux fecrets , de forr belles invenrions,
dont ils font ordinairement fort jaloux. Le P. Plumier
a eu la générodcé d'en faire part au public , & en a
donne l'honneur à ceux qui les lui ont communiqués.
Il eft défendu aux Tourneurs de vendre des ouvrages
peints ik en couleurs , s'ils ne font peints par les Maî-
tres Peintres.
Tourneur, fe dit aufïï patmi les Potiers - d'étain , les
Couteliers, Se quelques autres Arrifans. Chez les Po-
tiers-d'étain , c'eft celui qui tient le crochet pour tour-
ner la vaiflèlle, tornator ftannarius, &:chez les Cou-
reliers c'eft celui qui tourne la roue , quand on émoud.
Rotaior cultrarius.
TOURNHOUT , ou TURNHOUT. Perite ville des
Pays-Bas dans laCampine, avec Seigneurie. Le quar-
tier de Toumhout eft de la dépendance de la ville
d'Anvers,
TOURNIQUET, f. m. Mouliner , ou petite barrière
qu'on mec de vaut des portes, ou autres pallages étroits,
pour empêcher qu'on n'y puifle palier qu'un à un. Ob-
jeclaculum verJatUe. Elle eft faite de deux pièces de
bois , ou de ter , croifées à angles droits , & mobiles
horizontalement lur un pivot perpendiculaire.
Tourniquet chez les Ménuilîers. Petit morceau de bois,
un peu creufé par les deux bours , attaché au bord
d'un chaffis , fervant à loutenir le chaffis quand il eft
levé.
Le Tourniquet des Serruriers eft un périr morceau
de fer plat dont l'un des bouts a un piton rivé où l'on
met le crocher de la tringle de fer, & l'autre a un trou
où l'on mer le bout de la fiche de la colonne du lit.
Tourniquet, f. m. Inftrumenr de Chirurgie qui fert à
comprimer les vaiftèaux fanguins d'un membre , & à
y iufpendre quçlque temps la circulation du f'ang, pour
faciliter les opérations qu'on doit faire.
On le fert aufïï d un bandage appelé Tourniquet,
pour la fupprefïïon des hémorragies abondantes, fur-
tout après l'amputation des membres. Le nom Latin
de ce bandage eft torcular.
Tourniquet. Terme d'Artificier: c'eft un arrifice com-
polé de deux fufées , directement oppofées & atta-
chées fur les tenons d'un tourniquet de bois, comme
ceux que les Anciens appeloient bâton à feu -, avec
cette diftérence que le feu fe mer aux bouts par le
côté , Se non fuivant l'axe. Cet artifice produit l'effet
d'une girandole.
Tourniquet, eft aufïï un jeu qui confifte en une aiguille
de fer mobile dans un cercle , aux bords duquel il y a
plufîeurs chifres ou diviflons , & où l'on perd , ou on
gagne j fuivant les nombres fur iefquels l'aiguille s'ar-
rête. Rota aleatona , veljîylus aleatorius verjatilis. Le
jeu du tourniquet eft lujet à de grandes filoureries , à
caule qu'on peut faire arrêter l'aiguille où l'on veut
par le moyen d'une perite pierre d'aimanr.
TOURNISE. adj. m. Se f. Qui a des éblouilïemens, qui
voit tourner les objets , comme ii arrive à ceux qui ont
fait plufîeurs tours fur la poinre du pied fans changer
de place, ou aux pcrfonnes fujettes aux vapeurs, ou
à celles qui viennent de faire quelque exercice violent.
Je ne faurois pius danfer, je fuis tournije. C'eft un mot
de Province : je n'en connois aucun dans' notre langue
qui exprime précifément la même chofe. Ebloui fe
prend dans un autre fens, & ne fe dit que lorfque les
yeux font frappés d'une trop vive lumière.
TOURNISIEN ROUGE. Nom d'un oriller. Foy^^ Mo-
rillon DE Gand. C''eft la même chofe. Lesfleurilfes
ont dit Tournifien pour Tournéfien, parce que cet œil-
let venoit de Tournai.
TOURNOI, f. m. Exercice & divertiflêment de guerre
& de galanterie que faifçjent les anciens Chevaliers
Q
122 TOU
pour monttef leur adrelîe & leur bravoure. Ludicmm
certamen. Les premiers Tournois onc été des courles
de cheval en rournovant avec des cannes en guile de
lances-, au lieu que le> joutes ibnr des courles accom-
pagnées d'attaques &i de combats de lances cmouflées,
& des épées qu'on appeloit glaive courtois, parce que
le rranchanr en étoic rabattu. Le Prince qui ouvroir le
tournoi, envoyoit un Roi d'armes, qui portoic un iauf-
conduit avec une épée à tous les Vnncss, en jignipance
qu'il querelLoU de frapper un tournoi , & bonhoardis
d'armes en la préjcnce des Dames & Damoijelles.
C'était la formule ordinaire. On fe battoir d'abord leul
à feul, & puis troupe contre croupe, & après le com-
bar, les Juges adjugeoient le prix au meilleur Chevalier
mieux frappant d'épée. Eniuite on le conduiloïc en
pomne vers la Dame du Tournoi , & après l'avoir re-
mercié bien humblement, il la baijbit, Ù J'emblable-
ment fes deux Damoijelles. Les tournois étoienr le
divertillemencleplus ordinaire dans les 1 5 & 14^^ ficelé.
Ah. deChoisi. Ce fut Henri lurnoramé l'OileleurDuc
de Saxe, & depuis Empereur, qui introduiiic Tulage
des tournois en Allemagne l'an 934, comme dir Mun-
fter, en la Cofmographie. Mais le vrai inventeur des
tournois a été un nommé Géofroi Seigneur de Preuilli,
vers l'an 1066, comme on voir dans la Chronique de
Tours. Ils onc pallé de France en Angleterre & en Al-
lemagne. L'Hiftoire Byzantine dit que les Grecs ècies
Latins en ont pris l'uiage des François -, & ii en eil tait
mention dans Cantacuzène, Grégoras, Belianon^ 6.
quelques autres Auteurs dans sa Baiie Grèce, (^uaiid il
n'y a qu'une quadrille , c'eft proprement un tournoi,
ou courfe. Les joutes demandeur au moins deux par-
tis oppofés, & les carrouiels quaue. L ulage des tour-
nois eft aboli : il n'y avoir qu une inclination maligne
qui pût faire trouver du piaiiîr dans ces cruei^s diver-
tillemens. S. Real. Un Chiaoux qui avoir affilte à un
tournoi fous Charles VIL dit ingénument ; Si c elt roue
de bon, ce n'eft pas allez -, 6: li ceil pour rire, c elt
trop. Id.
Budée dérive ce mot de Trojana agmina : ou de
torneamina par corruption , Ibutenant qu'on doit dire
tournai. Les Larins onc dit tournamenium ; quelques-
uns le dérivent de Trojamenium quaji ludus Tiojœ.
Ménage veut qu'il vienne de tornenjis , ou de tourner,
à caulc que les combattans rournent de coré & d au-
tre. Matthieu Paris les appelle en Latin hajîiludia; Ne-
bricenfis, meditationes nvlitares , d autres, gladiatu-
rcB ; d'autres , decurfiones ludricœ , equejires pugnœ.
On y a combattu dans la luice avec des épees re-
bouchées, & des lances fans fer, qu'on appeloit armes
counoijes; & il étoic défendu de combattre de la pointe.
Quand on fe battoic couC de bon ^ on appeloit ces armes
à outrance.
Ainfi on a confondu les joutes & tournois, qui fe fai-
foienc avec grande cérémonie & magnihcence. Les
Avanruriers des Romans alloient chercher des Tournois
dans les Cours étrangères. Ce fur un tel Chevalier qui
gagna le prix du tournoi. Le Roi Henri II. mourut
d'une blelîure qu'il reçut en un tournoi.
C'efl à l'exercice des tournois, qu'on doir rapporcer
le premier ufage des Armoiries, parce que le nom de
Blalbn la forme des Ecus, les émaux, les ligures prin-
cipales, les timbres, les lambrequins, les lupports en
font des témoignages irréprochables.
On failoit en Allemagne tous les trois ans les tour-
nois lolennels , qui lervoient de preuve de noblellè ;
car le Gentilhomme qui y avoir alïifté deux fois, étoit
fuiïfamment blalonné & publié, ceft-à-dire, reconnu
pour Noble , & il porcoïc deux crompes en cimier fur
Ton calqi'.e de tournoi. C'eft de-là que viennenc cant
de cimiers à deux cornets , que plufieurs Auteurs onc
pris mal- à- propos pour des trompes d'élephanr. Ceux
qui ne s'étoient ttouvés en aucuns tournois , n'avoient
point d'Armoiries, quoiqu'ils fufTent Gentilshommes.
Ceux qui avoient gagné le prix des tournois, étoient
couronnés par les Dames ; & ces couronnes dans les
vieux Romans font nommées chapelets d'honneur, c'eft-
à-dite , petits chapeaux, ou guirlandes. P ileolus hono-
rarius.
TOU
Le Pape Eugène IL excommunia ceux qui'/enoient
aux tournois j & les priva de lépulture en cerrc-laince*,
ce qui marque qu'ils ont commencé au huitième fiècle
du temps de Louis le Débonnaire.
TOURNOIEMENT, f. m. Action de ce qui tourne en Tai-
fanr plufieurs tours. Le tournoiement de l'eau. Gyratio^
motus aqucB gyros agent is , in gyros, invorticemaclcB.
Les vailleaux périllent louvent dans les endroits où il
y a un tournoiement d'eau. Le tournoiement des eaux
annonce un goufire. Ovide s'eft fervi du mot vertex
pour exprimer un cournanr d^au, un gouHre où l'eau
va en tournant: & l'on pourroit rendre en latin le mot
tournoiement par motus aquarum yerticofus.
Tournoiement, lignifie aufli. Vertige, maladie du cer-
veau qui fait croire que tout ce qu'on voit autour de
foi tourne. Vertigo.
Tournoiement, s'eft dir aurrefois pour Tournoi -, d'où
vient le nom du Roman dit , le Tournoiement àe l'Aii-
cechrift. Borel.
Sans moi remuer de ma place.
Regardai le cournoiement , ■
Qui commençait trop ajprement. R. de la Rose;
TOURNOIR. f. m. Terme de Potier. Bâton rond donc
les Potiers le lervent pour faire rouruer leur roue.
TOURNOIS, f. m. &adj. de t. g. Petite monnoie valant
un denier. Denariolus turonicus. Il y a eu de gros
tournois , de doubles tournois , des deniers tournois.
Un double tournois, c'eft deux deniers. Cer homme
n'a pas vaillanr un tournois i c'eft-à-dire , Il n'a rien du
tout.
Tournois, eft aujourd'hui une défignation d'une fomme
de compte , qui eft oppofée à parifis. Turonenfis num-
mus. La monnoie parifis étoit plus forte d'un quart que
la monnoie tournois, enlorte que ion \\^ tes parifis,
valoient 125 livres tournois. Parifienfis. On s'eft fervi
en France dans les comptes & dans les contrats , de ces
deux fortes de monnoie , jufques fous le règne de
Louis XIV. où la monnoie parifis a été abolie ', on ne
fe fert plus que de la monnoie tournois. Cette diftc-
rence vienr de celle qui éroit autrefois entre les mon-
noies de Tours & de Paris. Ménage rapporte qu'il y
avoit autrefois de gros tournois , & d'autres pjri/?j,
dont la diftérence ie remarquoit par le nombre des
fleurs de lis autour de leur légende. Les tournois en
avoient douze , & les parifis quinze. Ce mot ne fert
plus que pour ôter l'équivoque du mot de livres ,
afin qu'on ne prenne pas pour un poids , ce qui n'eft
qu'une monnoie ; car on ne dit pas cent francs tour-
nois , mais cenr livres tournois. Ce qui fournir occa-
lion de dire , que la marque que l'on met encore au-
jourd hui dans les lettres de change pour fignifier écu
en cecce force v, vienr de ce qu'anciennemenr on
compcoit par écu , & peu par livre : & comme on ne
mettoic qu'un e pour fignifier écu , & qu'on l'écrivoic
ainfi G en Gochique , de là eft venu par corruprion de
figure qu'on mec un v criangle, comme f, pour fous,
& d, pour deniers. Mais le commerce a recranché ces
dernières figures , à caufe de la confufion qu'elles ap-
porcoienc dans les compces. On fe ferc de fe, c'eft un
/ & un b; pour dire, libra, livre; & fouvenc de ces
marques = : . . E. Il y avoic gjjcrefois des livres tour-
nois , des fous tournois , petics tournois , des doubles
deniers tournois. Cecce monnoie écoic frappée à Tours,
& c'eft pour cela qu'elle éroic appelée tournois, comme
la monnoie de Paris , parifis. Valois Notice des Gau-
les. On diftinguoit les tournois en blancs ou d'argenr,
& en noirs.
TOURNON. Nom d'une petite ville du Languedoc en
France. Tournonium , & mieux Turno , ou Torno.
Valois , Not. Gall. p. 56*5). Elle eft iine des onze an-
ciennes Baronnies de la province, & ficuée dans le Vi-
varais fur le Rhône, à deux lieues au-delliis de Va-
lence. Les Jefuices y avoient un fore beau Collège,
auquel on donnoir le nom d'Académie. Maty. C'eft
le premier qu'ils aienr eu en France.
Il y a encore un village en Touraine, nomméTour'
TOU
TOU
non. En Latin Tornomagus ^ vicus Tornomagenfis.
Voyti Valois j Not. Gall. p. 146.
tt dans l'Agénois, Election d'Agen, une petite ville
de même nom.
TOURNOYANT, ante. part, du verbe tournoyer. Qui
tourne autour de quelque chofe. Circumiens. Les Ana-
tomifles appellent la féconde des vertèbres , la tour-
noyante , epijîropheus j wiç^oc^iv^, parce que c'eft lur
elle que la tête & la première vertèbre tourneur, comme
fur un pivot, & que du milieu de fon corps, il s'élève
une apophyle , qui repréfente en quelque manière une
dent -, le ligament la lie avec l'occiput : on nomme ccitc
apopliyle odontoïde. Dionis.
TOURNOYER, v. n. Tourner en faifant plufieurs tours.
Gvrare. On ledit des perfonnes qui rodent, qui errent
cà & là : errare , concurj'are : & des rivières qui font
plufieurs tours & détours, qui ont beaucoup de lînuo-
lités. Variis mœandns circumvagari. Ces gens ne font
que tournoyer depuis deux heures. Après avoir long-
temps tournoyé , il a retrouvé fon chemin. La Seine
ne fait que tournoyer aux environs de Paris. Ce fleuve,
après avoir rowraojt/ dans la plaine, fe jette dans la
mer.
On le dit particulièrement des eaux de la mer ou
des rivières qui dans certains endroirs iont emportées
par un mouvement circulaire & forment ces tournans
îî redoutables aux vaillèaux qi,: ont le malheur dy
tomber. Circumagi j motu turbineo , verticojo ahripi.
Il y a dans les rivières & dans la mer quelques endroits
où l'on voit l'eau tournoyer.
On le dit quelquefois au figuré , mais dans le ftyle
familier leulement , dans le même (ens que biailer,
n'aller pas droit dans les affaires , chercher des détours.
TergiverJ'ari ^ diverticula quœrere. A quoi bon tant
tournoyer? dites ce que vous voulez. Vous avezbea^i
tournoyer •, il en faudra paiîer par-là.
TOURNURE, f, f. Ce mot ne fe dit pointpour exprimer
l'art de tourner au tour , toreutice , ars toreutica , ni
pour exprimer l'ouvrage du tourneur. On ne dit poiiit
qu'un ouvrier entend bien la tournure; ni qu une taba-
tière eft d'une belle tournure.
Mais ce mot efl: employé dans un fens métapho-
rique comme lynonyme de tour. Ainiî l'on dit , Don-
ner une bonne tournure à une affaire. Avoir une tour-
nure d'efprir agréable. Le fuccès de votre affaire dé-
pend de la tournure qu'on y donnera. Cet homme
donne une tournure admirable à tout ce qu'il dit. S ni
vant le Did. de i'Acad. ce mot n'eft que du ftyle fami-
lier. D'autres ont été plus loin , & prétendent que ce
mot avilit notre langue, & ne l'enrichit point. Il eft
vrai qu'il eft abfolument fuperflu , ne préfentant que
l'idée qui eft exprimée par le mor tour. Nous n'avons
pas beioin de deux mots pour rendre la même idée.
Mais on peut dire en faveur de celui-ci , qu'il a une
lignification bien moins étendue que celui de tour, qui
fe prend dans plufieurs acceptions tant au propre qu'au
figuré •, au lieu que celui de tournure n'eft employé
que dans le iens qu'on lui donne ici , & que lui don-
nent les Auteurs qui s'en fervent. C'eft aind que par
une tournure bizarre d'imagination on eft ingénieux
à fe tromper loi-même. Goujet. Chaque nation a fa
tournure d'efprir. Mém. de Trév. La tournure d'el
prit , les idées mêmes , font particulières à chaque
peuple , & peut-être à chaque province. La tournure
d'une phrafc , &c.
TOURNUS. Voye:^ Tornus. Tournus eft pourtant
mieux.
TOUROBIN , ou TUROBIN. Petite ville de Pologne
dans le Palatinatde Lublm, félon M. Corneille, & dans
le Palatinat de Ruflie , félon M. de Lifle.
TOURON. Teime de Cordier. Voye^ Toron.
TOUROUVRE. Bourg de France dans le Perche, Dio-
ccle & Eleûion de Chartres.
TOURRA. Vieux mot. Geler de froid. Vers de M. C.
de Realmonr.
Per pietat la cal uberti.
Que quand fera prefio à parti,
123
S'arme de raubo empelijjhdo ,
Se nou bol pas ejîre tourrado.
Et Goudouli,
El que d'un trait de ploumb ou d'or^
Aluquo ou torro noftre cor. Borel.
TOURRIÈRE. VoyeiTovKikKU.
TOURRION. f m. Vieux mot. Petite tour. Selon Ni^
cod, le tourrion eft plus petit que la tournelle.
TOURS. Nom d'une ville de France, capitale de laTou-
raine, & htuée iur la Loire, & fur le Cher, environ à
onze lieues au-delious de Blois. Turones ,Turoniutn,
Turonum, Cœfarodunum Turonum, Turo , Turonica
urbs, & quelquefois Martinopolis. Tours eft une ville
ancienne , grande , très-agréable ^ & célèbre par les
étoffes de loie qu'on y fabrique. Elle a un fort beau
pont de pierre de dix-neuf arches fur la Loire , un
Archevêché , un Préfidial, & une Chambre des Mon-
noies. Ses habitans font fi fpirituels & fi enjoués , qu'on
les appelle les Rieurs de Tours. Maty. Valois, Not.
Gall. p. HZ. & 112- Mrs. de l'Académie donnent à
Tours 18 d. 20'. de longitude, & 47 d. 23' de la-
titude : & M.Caffini 18 d. 12'. 30". de long. 47 d. 23'.
40 '. lat.
Tours Jur Marne. Nom de lieu. Turris, ou Turres ad
Matronam. On le nomme auffi Tours en Champagne. Il
a titre de Baronie , & eft entre Châlons & Epernai. En
Latin on l'appelle auiïl Turnus , Se c'eft fon vrai & an-
cien nom. Il eft dans le Rémois. Valois , Not. Gall.
P- 677.
Il y a encore Tours en Vimcu, en Latin Turres ou
ad Turres in Vinemaco.
TOURTE. 1. f Pièce de Pàtiftèrie qui eft faite de pigeon-
neaux, de béatilles, de moelle, de confitures, &c.
Tourte, fe dir en quelques Provinces d'un gros pain bis
fait en rond. Il eft fait de feigle , le fon pétri avec la
farine.
Ce mot vient du Latin torta. Ménage.
Tourte, f. f. Terme de Verrerie, plateforme de figure
ronde , lur laquelle pofent les pots ou creufets , dans
lelquels on met la matière du verre. CUbani vitrarii
agger terreus ,fivè hypocaUculum.
TOURTEAU, f. m. C'étoit autrefois une efpèce de pain
ou de gâteau qu'on faifoit pour les facrifices.
Tourteau , diminutif de tourte , eft aufîî d'ufage en
plufieurs Provinces pour fignifier un petit pain bis, fait
en rond. Il a une fignification plus étendue queroi/rfej
C3.V tourte ne fe dit que d'un grand pain de feigle, d'oi\
l'on n'a point tiré le fon -, au lieu que tourteau fe die
de tout petit pain bis fait en rond. On appelle encore
ainfi un grand pain bis dont on ufe en Lyonnois & Dau«
phiné. En beaucoup d'endroits on le dit d'un gâteau
fait de pâte lans levain. On dit proverbialement: Faire
de la pâte le tourteau, quand un petit Marchand paye
celui de qui il a pris fa marchandife du prix qu'il re-
tire de cette même marchandife.
On appelle auffi tourteau une mafTè que l'on com-
pole du réfidu de certains grains , fruits ou matières
dont on a exprimé l'huile, comme noix, navette,
lin , &c.
Tourteau. Terme de Blafon. Il fe dit de ces repréfcnra-
tions de gâteaux qui font de couleur , à la différence
des befans qui font de métal. Le tourteau eft plein
comme le befan , fans aucune ouverture , autrement
ce leroit un cercle ou un anneau. Il eft ainfi nommé ,
à caufe de fa rondeur. Quelques-uns lui donnent dif-
férens noms, félon fa différente couleur, & appellent
ogœ/ès , ceux de sable ; guipes , ceux de pourpre ;
gu/ès , ceux de gueules ; heurtes , ceux d'azur -, &
pommes ou volets . ceux de finople.
Tourteau besant, eft une pièce ronde d'Armoiries,
qui eft moitié de couleur, & moitié de métal, foit
qu'elle foit partie , tranchée ou coupée de l'un en l'au-
tre. On commence à nommer la couleur la première.
Ce mot vient du Latin torta , qui fe difoit d'une qÇ-
1Z4 TOU
pcce de pains tortillés qui font repiéfentés par des
tourteaux.
Tourteau goudronné. Terme d'Artillerie. C'eft une
efpèce de flambeau fait de vieille corde, ou de vieille
mèche détortillée, que l'on trempe dans de la poix ou
du goudron pour éclairer dans les foliés , ou dans les
attaques d'une ville affiégée. Fax picea.
TOURTELETS. f. m. Ce mot eft de Champagne , pour
fignifier des morceaux de pâte larges comme la main,
&L fort minces , qu'on fait cuire dans de l'eau avec du
fel & du beutre. Torticula.
trOURTELLE. f. f. Autre diminutif de tourte , qui tient
le milieu entre tourte & tourteau -, car Tourtelle ne
dit pas tant que tourte , mais dit plus que tourteau ;
■c'eft-à-dire , que c'eft un pain bis & groiïïer en rond ,
mais fort plat , qui eft plus grand que le Tourteau ,
mais moindre que la Tourte.
TOURTEREAU, f. m. Jeune tourterelle, Twturispul-
lus. Des perdreaux , des tourtereaux.
TOURTERELLE, i.f. Oifeau cendré , ou blanc, qui eft
prefque femblable au pigeon , & dont le mâle & la fe-
melle volent ordinairement enfemble. Turtur. 1^^ tour-
terelle eft un manger délicieux quand elle eft jeune ,
tendre & grallè. La tourterelle eft le fymbole de la
fidélité conjugale. Quand on m'aime tendrement,
l'aime comme une tourterelle. M. Scud.
Surfoffons, s'il fe peut , les tendres tourterelles
Dont les flammes Jànt éternelles.
Où peut-on trouver des amans ,
Qui nous foient à jamais fidèles?
Il n'en eft que dans les Romans ,
Ou dans les nids des tourterelles, Pei..
^uand nos pères voulaient peindre un amour parfait ,
La tourterelle en étoit le fymbole ■■,
iViizw tourterelle aujourd'hui fc conjole. Viii.
On difoit autrefois Tourtre.
TOURTIÈRE, f. f. VaifTeau de cuivre rond& plat , qui
fert aux Pâtiflîers à faire cuire leurs tourtes. Tortarium
vas ceneum.
rOURTOIRE. f, f. Terme de Vénerie. C'eft lahouffine
avec laquelle on fait les battues dans les builFons, Vir-
gula.
TOURTOUSÉ. f. f. Terme de l'Exécuteur de Paris
Cordes qu'on met au cou du patient qu'on pend. Les
tourtoufes font bien mifes. Funis jîrangulatorius.
TOURTRE. f. f. Vieux mot, qui fe difoit autrefois pour
Tourterelle.
La tourtre défolée^ & pleurant f on veuvage,
Rempliffoit tous les bois d'un long gémiffement.
On ne le dit plus ni en vêts ni en profe.
TOURVILLE. Voyei Ois S1.L.
«8^ TOUS. Ville d'Alîe, capitale de la Coraftàne , aune
lieue de Nichabour. Lat. 57 d. Long. 76 & demi.
iB^Tous. Terme de Mufique, en Italien tutti. Ce mot
s'éctit dans les patties de fymphonie pour indiquer
l'endroit ou tout l'orcheftre reprend acres un Solo.
TOUSCHAIGE, f. f. Voye:^ Touche. C'eft la même
chofe. Le premier fe trouve dans la Coutume de Blois,
art. 450. & le fécond dans celle d'Anjou, art. 1 17.
XOUSE. f. f. Vieux mot. Une amie oufiUe, amante.
£oB.EL. Amafia.
Ainfi fh complaint & doloufe,
Li lais pour l'amour de la toufe ,
Par qui mort il pert tout le fien ,
A tant s'en breue & monte fen ^
Sur une roche oîila mer bat. Ovid. Mf.de Borel.
On appelle auffi toufe, une oie, en langage Tou-
bufain. Borel. Anjèr^
TOU
TOUSELLE ou TOUZELLE. f. f. Quoddam fnimenti
genus. La tourelle eft une forte de froment, qui a une
tige allez haute, un épi qui n'a point de barbe j & qui
renfeime un grain plus gros que celui du froment. La
tourelle croît en Languedoc \ on fait moudre le grain ,
& la farine fert à faire du pain qui eft très-blanc & de
bon goût. La Fontaine en parle dans fes contes. Je crois
qu'il faut les couvrir de tourelle , car c'eft un grain qui
vient fort aifément. Bayle en parle auffi dans fa Ré-
ponfe aux Queftions d'un Provincial, C. éi.
TOUSI ou TUSI. Nom de lieu. Tufiacum, Tufiacus.
C'eft un village du Dioccfe de Tulle en France. Il y a
un Concile de Toufi , tenu en 860. LeP.Labbe,
Valois , Not. Gûil, p. A,j8.
TOUSIAUX, &TOUSIAUS. f. m. Vieux mot. Jeune
homme , amoureux. Borel. Amator, Amafius. Ovide
Ml. parlant de la mort de d'Acis , que Polyphême tua,
dit;
& u/2 toufiaux
Aperut qui de verds rofiaux , Sec,
TOUSSAINT, f. f. Fête de tous les Saints , qu'on cé-
lèbre folennellement le premier jour de Novembre en
l'honneur de tous les Saints. Sanâorum omnium fef
tum. Elle fut inftituée dans le feptième iîècle, par Bo-
niface IV , lequel par la permiffion de l'Empereur Pho-
cas , confacra le Panthéon à la Vierge , & à tous les
Saints , & plaça cette Fête au 1 2 de Mai : ce ne fut que
dans le neuvième (îècle que Grégoire IV. la rranfporta
au premier de Novembre. On l'attend à la Toaffaint^
Toussaint, f.m. Nom d'hoiTime. Tuffanus. Quelques
Auteurs qui portoient ce nom , fe lont déguifés lous
celui de Fanage , formé du Grec ttav, tout, & nyiof ,
faim.
ToussAiNTS. Maty dit, la Baie de Touffaints : mais nous
ne parlons poinr ainfi, nous dilons : La Baie de rous les
Saints. Sinus omnium Sanclorum. C'eft une partie de
la mer du Bréfil. Elle s'avance dans la Capitanie de
Baia, près de la ville de S. Salvador. Maty.
'^Ç^ TOUSSEA , aurrement Louilèlc. Ville de Perfe:
Long. 85 d. 40'. Lat. 37 d. 50', félon Tavernier.
TOUSSER, v.n. Faire l'effort & le bruir que caufe ordi-
nairement la toux, pour pouilèr dehors une humeur
acre & piquante. Tujfire. Les vieillards ne font que
touffer & ctacher. Un Couriifan de Démétrius Je
voyant enrhumé , le louoit de touffer & de cracher avec
harmonie. Abl.
Tousser, fignifie auffi , Faire ce bruit exprès & à def-
fein. Ex induftria tuffire. Il a. touffe îous la fenêtre de
fa maîtrelîè, pour l'avertir qu'il étoit à l'attendre. Ce
maître eft bien fervi -, dès qu'il touffe les gens fonr à
lui pour lui obéir. Du temps de Maillard les Prédica-
teurs atledoient de touffer, pour donner plus de grâce
à leurs déclamations : c'eft pourquoi à la marge de fes
Sermons imprimés vers l'an 1 500 , il a marqué par
des hem j hem , les endroits oii il avoit touffe. Voye^
De Vigneul-Marville.
On dit proverbialemenr d'une chofe qui n'eft pas
faite à profir de ménage. Cela ne durera que jufqu'à
tant que j'aie touffe.
TOUSSERIE, f. f. Vieux mot. Action de toufter. J'ai vu
autrefois de vieux Prédicateuts qui affeéloient ces
toufferies, foit pour fe donner un bon air quand ils
avoient la voix mâle, foit pour reprendre haleine, ou
pour faire revenir leur mémoire de fes égaremens.
Vigueul-Maryille, Mélanges d'Hifl. ^ deLitt. in-iz^
tji^. tom.p. t. ixo.
TOUSSEUR , EusE. f. m. & f. Qui toulTe. Tuffitor. Je
n'ai pu bien entendre le Sermon , à caufe du grand
nombre de touffeurs qu'il y avoit près de moi.
TOUSSIT, Voyei Tollir.
TOUT, TE, adj. Qui comprend l'univerfalité d'une chofe
confidérée en fon entier, Omnis , totus. Tbi/^ l'univers.
Tbu/^ la rerre. Toupies hommes, Tou^e peuple. 2ok5
les peuples de la terre. Tous les habitans d'une ville.
Tous les chênes. Tous les arbres. Il a dépenfé tout ion
4
On l'emploie auffi pour marquer l'étendue, ou la
TOU
faculté de certaines chofcs, de forte qu'on n'en ex-
• cepte rien. Dans ce fens il eft employé au phyfique &
au moral. On travaille de toute l'a force. On emploie
tout fon crédit , toute fon induftrie. On aime Dieu de
tout Ton cœur. On donne tout pouvoir à quelqu'un.
On voit qu'il fignifie ici plein , entier , fans exception.
Tout employé pour chaque , fervant à finguiarifer les
perfonnes & les choies. Tout homme eft fujet à la
mort. Tout bien eft défiraWe. Tout arbre qui ne porte
point de fruit, fera coupé &j'etté au feu. Omnis. Il
faut obferver que dans cette fîgnification il n'eft jamais
fuivi de l'article. Tout homme , toute femme , toute
plante, &c. au lieu qu'il eft fuivi d'un article au fingu-
lier & au pluriel quand il défigne l'univerfalité d'une
chofe confidérée en fon entier. Tout le peuple. Tous
les peuples.
On dit aller, courir à toutes jAmbes , k toute bride j
pour dire trcs-vîte, Par toute terre j par tout pays. En
quelque lieu que ce foit. UlnviSj, ubicumque.
Somme toute j toutes les fommes jointes enfemble:
au figuré , à tout prendre. Elle eft jeune , elle eft belle-,
mais fomme toute je n'en voudrois pas. Prendre à toutes
mains, par toute forte de voies , juftes ou injuftes.
On dit à certains jeux , tout coup vaille , pour dite
que le coup qu'on va jouer eft fans préjudice du coup
pour lequel on eft en difpute , ou fans préjudice de
l'ordre dans lequel on va jouer. Ututfit.
On dit adverbialement, à tout hazard , dans le même
fens , pour marquer qu'on veut bien courir le rifque
de tout ce qui arrivera.
Tout. f. m. Chofe compofée de plufieurs parties prifes
enfemble. Le tout eft plus grand que fa parric. Totum
efimajus Jud parte. On divife un tout en fes parties,
dans les parties donr il eft compoié. Je ne veux point
divifer cela -, prenez le tout, ou vous n'aurez rien.
On l'emploie dans le même fens , fans article , pour
marquer la généralité des chofes ou des perfonnes de-
puis les plus miférables efclaves , jufqu'aux plus grands
rois du monde , tout fe plaint , tout murmure contre
la fortune. Tout ce qui eft fous le ciel. Tout ce qui a
vie. Lajeuneflè, quoique fragile , croit pouvoit rou^
iVous pouvez tout fur moi, c'efl -à-dire, toutes chofes,
toutes fortes de chofes.
Suprême Monarque du monde
Çui peut tout, qui yoit tout, à qui tout eft Jbumis.
GOD.
Pour faire entendre que deux choies que l'on com-
pare enfemble , font entièrement diflérentes , on dit
qu'il y a de la différence du toutj au tout. Omnino,
ex toto, in totum.
Au Brelan on fait va tout , on fait un va tout j on
dit, va tout, pour marquer qu'on joue d'un feul coup
tout l'argent qu'on a devant foi.
On dit familieremenr , c'eft un bel homme , c'eft une
belle femme, & puis c'eft tout, pour dire qu''ils n'ont
tien d'eftimable ou de remarquable que la beauté.
Ce n'eft pas tout j pour dire , ce n'eft pas allez. Ce
n'eft pas tout de ne pas faire , que de ne pas faire le
mal , il faut faire le bien.
Le tout. Expreflîon dont on fe fert pour joindre en-
femble plufieurs chofes dont on a fait l'énumération.
Il a fait telle & telle chofe , le tout pour vous obliger.
Jdeo ut , &c. Le tout monre à , &c.
Le tout enfemble. Expreflîon dont on fe ferr pour
défigner ce qui rélulte de l'aftèmblage de plufieurs
chofes qui forment un tout. Il y a d'alfez beaux en-
droits dans cette pièce , mais le tout enfemble n'en
vaut rien.
Le tout pour le tout. Expreflîon dont on fe fert pour
marquer qu'on eft difpofé à ne rien épargner , à facri-
fier tout pour venir à bout de quelque affaire.
_ C'eft le tout , fe dit de ce qu'il y a de principal ,
d'eftennel dans une affaire. Être bien avec Dieu , c'ejl
le tout. Le tout eft de bien faire fon devoir. On dit de
quelqu'un qui eft extrêmement chéri d'un autre, que
c'eft Ion toutf qu'il en fait fon tout. Unum babet in
TOU
I2J
déliais. Heureux qui fait de la croix , ou plutôt de
J. C. attaché à la croix , fon confidenr , fon confeil , fon
maître, fon doéleur, fonpafteur, fon diredeur , fon
guide, fon médecin, fon tout. Car J.C. lui fera rouf.
Le tout J en termes de jeu , eft la rroifième partie
que joue celui qui a perdu les deux premières. Ainfi
1 on joue autant qu'on a joué dans les deux autres.
Le tout du tout eft la partie qu'on joue après avoir
perdu partie , revanche & le tout. Ainfi l'on y joue
tout ce qu on a joué dans les trois premières parties.
A-tout. Terme de certains jeux de cartes , tels que
la bête , Thombre , &c. Façon de parler adverbiale qui
fignifie la même chofe que triomphe. Faire à-/ou/,
jouer à-tout. On xiit aufli fubftantivement , & en un
feul mot, un atout. J'ai trois, quatre atouts.
Tout eft auflli adverbe , & lignifie fans exception ,
fans relerve , entièrement. Omnino , pror/us , plané.
On dit d'un dévot , qu'il eft tout en Dieu. Je fuis tout
dévoué à votre fervice. Je fuis tout à vous. Il eft tout
plein d'efprit. Ils font tout pleins d'efprit. Il eft tout
étonné. Ils font tout étonnés. Ils font /ouf bons ou tout
mauvais.
Ainfi le mot tout eft indéclinable dans ces phrafes.
Quand on dit , ils font tout étonnes, le mot tout figni-
fie tout-à-fait: fi l'on difoit, tous étonnés, cela figni-
fieroit que tous le font ,. que l'étonnement eft général.
C'eft une faute que font bien des gens. Le P. Bouhours
lui-même avoir écrit , quand les mots viennent tous
entiers du latin ; mais il reconnut enfuite que c'étoic
une faute qui lui étoit échappée.
Il faut pourtant remarquer que l'adverbe tout, lor>
qu'il fe trouve immédiatement devant un adjedif fé-
minin qui commence par une confonne , devient ad-
jectif, & reçoit le genre & le nombre. Ainfi l'on dit
qu'une femme eft toute malade: que des femmes ont
été toutes furprifes à la vue de quelque chofe : qu'elles
ont été toutes pénétrées de douleur.
Er par une autre bizarrerie, ce même mot placé de-
vant une adjedif féminin qui commence par une
voyelle, redevient adverbe. Ainfi l'on dit, des femmes
tout éplorées ; un chien qui a les oreilles tout écorchécs,
tout emportées.
Autre bizarrerie devant le mot autres féminin plu-
riel , l'adverbe tout fe conferve. Ainli l'on dit que des
femmes font tout autres; & au fingulier, il redevient
adjedif. Cette femme depuis quelques jours e^touti
autre. Votre maifon eft toute autre que la u.ienne.
Ajoutez à tout cela que tout eft toujours adverbe
quand il eft iuivi à'aujfi , terme de comparaifon. Ainfi
l'on dit: ces jeunes gens iont tout aufiÇsi^es que ceux
dont vous parlez. Ces femmes furent tout auffi éton-
nées qu'elles l'auroient été à la vue d'un fpedte. Ces
fleurs fonr tout auffi fraîches qu'elles l'étoient hier. Il
ne faut point raifonner contre l'ufage, quem pênes ar~
bitrium eft & jus & norma loquendi.
Ce même mot fe joint encore à plufieurs prépofi-
tions & à plufieurs adverbes , dont il fait des efpèces
de fuperlatifs en leur donnant plus d'énergie. C'eft
ainfi qu'on dit , parler tout bas , parler tout haut. Tout
en riant, tout en jurant. Tout au moins , tout auplus.
Tout auprès. Tout au rravers du corps. Tout le long,
tout au long , tout de fuire , &c.
On dit familièrement , ce que vous dites-là font tout
autant de fables , autant de vifions , pour dire , routes les
chofes que yous nous dites font toutes fables, toutes
vifions.
Tout s'emploie auflî adverbialement avec toutes fortes
d'adjeétifs , & même avec certains fubftantifs , dans la
fîgnification de Quoique, encore que, ou de Quelque.
En ce fens , il ne fe décline que devant les adjedifs fé-
minins qui commencent par une confonne. Toutlage
qu'il eft. Toute ingrate qu'elle eft. Toute femme
qu'elle eft. Toutes railonnables qu'elles Ibnt , &c.
Tout, s'emploie encore adv. fans fe décliner , dans ces
façons de parler. Tout cœur, tout efprif, pour dire,
plein de cœur , plein d'efprit. C'eft une femme qui eft
tout cœur. Ce font des gens qui font tout cœur, tout
elprit. On dit aufli indéclinablcment , Cette femme eft
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TOU
TOU
tout VEil & tout oicilîc, il n'y a rien qu-'elle ne voie
éc qu'elle n'entende.
Toute force , & toutes fortes. Vaugelas veut que
pour une plus grande perfedion on mette toute forte
avec le lingulier. Je vous fouhaite toute forte de bon-
Jieur-, & toutes fortes avec le pluriel. Dieu vous pré-
ferve de toutes fortes de n.auK. Ménage n'efl pas de
fon avis , & fouticnt qu'il eft aulli élég^ant de dire
toute forte , comme a dit Malherbe ,
Toute forte d'objets les touche également ,
à l'imitation des latins qui difent Genus omm. Genus
omne ferarum. Ce qui n'eu pourtant vrai que dans
Jes exemples allégués ou autres femblables. Car il y
en a d'autres où il faut dire toutes fortes. Il y en a de
toutes fortes.
C'est tout un. Façon de parler familière , qui fignifie
Cela eft égal -, cela cfl: la même chofe : & dans le même
fens on dit proverbialement , cefitout un, mais ce n"'ell
pas de même.
Tout de même. Terme de comparaifon fouvent em-
ployé dans le difcours. Si l^on me demande, l'autre eft-
il comme cela ? & que je réponde tout de mtme ; ce
fera bien parler , dit Vaugelas. Sans interrogation je
dirai encore fort bien , Vous voyez celui-là, Tautre efl
tout de même. Il n'y a point de ftyle oii ce terme ne
puiilè entrer. Mais s'il y a un que après, comme Celui-
là eft tout de même que l'autre , il n'eft pas alDl'oIument
ciauvais , mais il eft extrêinement bas.
I)u TOUT. Adv. Il fe joint avec rien Scpoint , pour ren-
dre la négative plus forte, & fignifie , En aucune fa-
çon., nullement, abfolument rien. Il n'a rien du tout.
In TOUT ET PAR TOUT. Adv. Entieremcnr. Je luis de
votre avis en tout Ù par tout. Il eft de ftyle familier.
AcAD. Fr.
Tout- A-FAIT, fignifie entièrement , p^nitoi' j omninb.
En tout. Adv. dont on fe fert pour fupputer, pour
compter , & qui fignifie , Sans rien omettre , tout étant
compris. Sine omifione , omnibus fipputatis. Cela lui
revient en tout à cent piftoles.
Par tout. En tous lieux. Quocumque, quacumque ,ubi-
< cumque. Il va par tout , il palle par tout , je le trouve
par tout.
Sur tout. adv. Principalement. Prœfertim , imprimis ,
maxime ^ prœcipuè. Il hutfur tout s'attacher au fer-
vice de Dieu. S. Paul veut , que nous ayons /ùr tout
une ardente charité les uns pour les autres. Ante om-
nia caritatem hahere , quod eft vinculum perfeciionis.^
Après tout. Façon de parler adverbiale. Tout coniidé-
ré. Vos raifons font fort bonnes -, mais après tout ce
que vous propofez eft impraticable.
En termes de Blafon on dit , fur le tout, quand on
met un écullon en cœur , ou en abyme , & lorfqu'il
pôle fur les quartiers dont un écu peut être formé,
qu'on appelle 3\oïs fUrchargé ; & en ce cas il tient ordi-
nairement le tiers de fécu. Totifcuto impofitus. On
dit aulTi , fur le tout du tout , quand un moindre écuf-
fon fe met encore fur celui qui étoit lur le tout de
l'autre. On dit aulîl , Sous le tout, lorfqu'cn la pointe
d'un écu , & tout au bas des Armes principales , & au-
dellous de tous les autres cantons ou quartiers , l'on
mec un dernier écullon, qui n'a pour hauteur, finon
l'efpace dans lequel l'écu commence à fe courber pour
fe terminer en pointe , ce qui forme une efpcce de re-
bactement appelé , en plaine fo