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Full text of "Dictionnaire universel françois et latin : vulgairement appelé dictionnaire de Trévoux, contenant la signification & la définition des mots de l'une & de l'autre langue, avec leurs différens usages; les termes propres de chaque etat & de chaque profession : la description de toutes les choses naturelles & artificielles; leurs figures, leurs espèces, leurs propriétés: L'explication de tout ce que renferment les sciences & les arts, soit libéraux, soit méchaniques, &c. Avec des remarques d'érudition et de critique; Le tout tiré des plus excellens auteurs, des meilleurs lexicographes, etymologistes & glossaires, qui ont paru jusqu'ici en différentes langues"

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DICTIONNAIRE 

UNIVERSEL 

FRANÇOIS ET LATE^, 

VULGAIREME IST APPELÉ 

DICTIONNAIRE DE TRÉVOUX. 



TOME HUITIEME 



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DICTIONNAIRE 

UNIVERSEL 

FRANÇOIS ET LATIN, 

VULGAIREMENT APPELÉ 

DICTIONNAIRE DE TRÉVOUX, 

Contenant la Signification Se la Définition des mots de l'une & de l'autre Langue , 
avec leurs différens ufages; les termes propres de chaque Etat & de chaque ProfefTion : 
La Defcription de toutes les chofes naturelles & artificielles ; leurs figures , leurs efpèces ' 
leurs propriétés : L'Explication de tout ce que renferment les Sciences ôc les Arts ibic 
Libéraux , foit Méchaniques , SCc. 

AVEC DES REMARQUES D'ÉRUDITION ET DE CRITIQUE; 

Le tout tiré des plus excelle ns Auteurs y des meilleurs Lexicographes ^ Etymolopijles 
Se GloJJalres , qui ont paru jufquici en différentes Langues. 

NOUVELLE ÉDITION. 

Corrigée et considérablement augmentée. 
TOME HUITIEME. 




A P A R I S. 

PAR LA COMPAGNIE DES LIBRAIRES ASSOCIÉS. 



M. DCC LXXI. 

AVEC APPROBATION ET PRIVILEGE DU ROL 



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UNIVERSEL, 

CONTENANT TOUS LES MOTS 

DE LA 

LANGUE FRANÇOISE. 

DES SCIENCES ET DES ARTS, 

u4VEC LES TERMES LATINS qUI PEU VENT Y CONVENIR. 



THA 



THA 




HABARESTAN , ou THABARIS- 
TAN. Nom d'un Pays qui confine 
du coté du Couchant aux Pro- 
vinces de Dilera & de Ghilan, qui 
s'étendent l'une & l'autre le long 
de la mer Cafpienne. 
THABiTRIS. f. m. Terme de Phi- 
lolophie hermétique. C'eftlenoir 
du noir très-noir, ou bien le laiton 
qu'il faut blanchir. Dict. Herm. 
THABOR , ou TABOR. Nom propre d'une montagne 
de la Judée. Tabor j Thabor. Elle eft dans un quartier 
occupé anciennement par la Tribu de Zabulon •, envi- 
ron à trois lieues de la ville de Nazareth, vers le levant. 
Cette montagne qui eft la fourcç de la rivière de 
Cifon , s'élève en pain de fucre , environ une lieue & 
demie au-deftlis de la Campagne , & on y trouve au 
fommet une plaine d'une lieue de circonférence. Quel- 
ques-uns croient que cette montagne eft le lieu où 
Jésus-Christ fut transfiguré -, mais il n'y a en cela 
aucune certitude. Cependant l'Impératrice Hélène 
prévenue de ce fentiment , y fit bâtir une Églilé avec 
trois Chapelles , pour repréfenter les trois tabernacles 
que S. Pierre avoir fouhaité qu'on y bâtit , & Godefroi 
de Bouillon chef des Croifés , & fondateur du Royaume 
de Jérufalem , y bâtit deux Couvens, &y fondaunÉvê- 
ché fous le Patriarche de Jérufalem. Tout cela eft main- 
•. tenant défolé. Il n'y refte qu'une Chapelle, où les Moines 
de Nazareth vont quelquefois direlaMelle, Maxy. 
Tome VllL l Partie, 



^ Le Thabor étoit aux confins de la Tribu d'IlTachardil 
cote du nordi & de celle de Zabulon du coté du midi. 
Jof. XÎX. 1 2. & XI. Du Corroi dit qu'il étoit dans U 
Galilée fupérieure à fix lieues de Béthulie. 

Parce que le Thabore^,^ ce que l'on croit, la irionta- 
gne oi\ Jésus-Christ fc transfigura , en termes de Ipi- 
ritualité, Thabor fignihe les délices que l'on fent dans; 
l'oraiion, & dans les communicarions avec Dieu. Ainli 
l'on dit que l'on fuit volontiers Jésus -Christ au 
Thabor; mais qu'on l'abandonne , qu'on n'a pas la 
force de le luivre au Calvaire : c'eft-à-dire, qu'on goilce 
volontiers les plailirs que l'on fent dans l'oraifon & les 
autres exercices de la vie (pirituelle, mais qu'on n'aime 
pas les croix , les ignominies , les foutlrances. 

Thabor, étoit auiïi le nom d'une ville Lévitique de la 
Tribu de Zabulon. i. Parai. VI. 77. 

Thabor. Nom d'une petite ville de Bohême. Tabo^ 
rum. Elle eft fur la rivière de Lauznick , dans le cercle 
de Béchin , à quinze lieues de Prague. Il y a un ancien 
château , où les Huflites s'étoient -fortifiés fous Zifca 
leur chef , de là vint qu'on les nomma Thaborites. 
Maty. 

THABORITE. Nom de feéte. Thaborita.^ Les HulTites 
fur la fin du quinzième fiècle fe divilerent en plu- 
fieurs fentes. Un de ces partis fe retira fur une perite 
montagne ou rocher fitué en Bohême ,315 lieues 
ou environ de Prague, & s'y établit fous la conduite 
de Zifca. Ils y bâtirent un fort ou château , qu'ils nom- 
mçrenc Thabor , ou du nom générique Thabor, qui 

A 



2 THA 

en langue Sclavone (îgnifie Château , ou du nom de la 
montagne de Thabor, donc il eft parlé dans rÉcriturc. 
Quoi qu'il en Ibic , c'eft de là que le nom de Thabo- 
rites leur hit donné. Les Thaborites ajoutèrent quel- 
ques erreurs particulières à celles de Jean Hus. Par 
exemple , ils rejetcoient le purgatoire ,^ la confciïion 
auriculaire, l'ondion qui le tait au Baptême. Ils enfei 
gnoient qu'un Prêtre peut en tout temps & en tout 
lieu , & toutes fois & quantes qu'il lui plaît, confacrer 
le corps de J. C. ce qui ne (croit point une erreur, s'ils 
avoient feulement vonlu dire qu'il le pouvoir valide 
ment, c'eft-à-dire, qu'en quelque temps & en quel 
que lieu qu'il le fit , il conlacroit véritablement 
pourvu qu'il eût la matière du Sacrement prélente , 
qu'il prononçât la forme légitime , & avec l'intention 
nécelïàire : mais ils prétcndoient de plus, qu'il le fai- 
foit licitement. Outre cela , les Thaborites embral- 
ferent les erreurs de Bérenger. Ils difoient que le corps 
de Jésus-Christ n'étoit pas réellement dansl'Eucha- 
riftie , mais leulement par je ne fai quelle repréienta- 
tion. Ils n'admetcoient que quatre Sacremens , le Bap- 
tême , l'Euchariftie , le Mariage èc l'Ordre. Pour la 
Pénitence , ils ne s'en mectoient guère en peine , & ils 
rejettoient poiîtivement la Confirmation & l'Extrême- 
Ondion. Voyez la lettre d'^neas Sylvius au Cardinal 
Jean. Dubravius ajoute , qu'ils ne rendoient aucun 
cuke à Jésus-Christ dans l'Euchariftie. Les Thabo- 
rites firent une guerre cruelle à l'Empereur Sigilmond. 
Martin V. fut obligé de publier contr'eux une Croi 
fade. Le luccès n'en fut pas heureux , mais enfin en 
.1544, leur château de Thabor fut pris, & ils furent 
dilîipés. 

THACASIN. Ville de la Terre -fainte. Thacatfin. Elle 
écoit anciennement dans la Tribu de Zabuion , du coté 
de l'Oricn:, tx lur les confins. Le texte Hébreu, Jol. 
XIX. 13. dit enjeux mots Vjîp nriî* IttahKatfin, le 
premier pourroit lîgniher jujques à , & Pagnin iintei- 
prète ainli. 

THADDÉ£. Nom d'homme. Thaddœus. Le P. Bou- 
hojrs, M.Bdiuet vX Simon en S. Mathieu X. 5. écrivent 
ce nom avec deux ^f^ comme en latin-, & félon l'éty- 
nio!ogie ; la Verlion de Mons , & Simon en S. Marc 
III. 18. n'en mettent qu'un , feîon la prononciation. 
Bailler au 21 d'Aoïit dit Thaddie ou Tatiée , mais Tat- 
tée eft mal & contre l'ulàge. Car les Hébraifans con- 
viennent que ce nom eft le même que Juda, ou Judas, 
ou du moins qu'il vient de la même racine HT' 3 iada: 
il doit donc avoir un J & non pas un t. Mais quand 
dans la langue originale il auroit eu un /, il ne tau- 
droit pas l'écrire ainfi maintenant; car l'ulage l'auroir 
changé en d , comme il paroît par le texte Grec du 
Nouveau Teftament. Eusebe , Hiji. Eccl. L. I. r. 1 5. 
& tous les Grecs qui ont ufé de ce mot , diient ©aJ^/a/©- . 
La verfiou même Syriaque a aufTi i~ri , Thadai. L'A- 
rabe &, l'Ethiopien mettent aufli un d j Se dans notte 
langue on prononce & on écrit toujours Thadie. Il y 
a un Apôtre , & un Diiciple de Notre Seigneur nommés 
Thadée. Il ne faut point les confondte. Le texte Grec 
appelle l'Apôtre Lebbée lurnommé Thaddée. C'eft du 
diiciple que parle Eufcbe à Pendroit que l'on a cité. 

THAHÉRIEN , THAHLRIDE , ou THAHÉRITE. 
Nom d'une Dynaftie de Princes Mahométans qui 
régnoient fous l'autorité des Kalifes dans le Khorallàn, 
& autres Provinces voifines. Thaherianus , Thaherida, 
Thaherita. La Dynaftie des Thahcrites commença par 
Thaher , dont elle a pris fon nom , & finit par Moham- 
med Ben Thaher cinquième & dernier Prince de cette 
Dynaftie, l'an 259 de l'Hégite, après avoir duré feu- 
lement l'efpace de cinquante-quatre ans ielon Konde- 
mir, & cinquante -fix ans, félon l'Auteur du Lebta- 
rikh. D'Herbelot. 

THAIGNON. f. m. Vieux mot qui fe trouve dans Borel, 
qui fans l'expliquer apporte feulement l'exemple qui luit. 

Car fi tojl corn il entre fourbannift le gai gnon. 
Qui nors traift tn enfer parmcy le thaignon. 

MhHUN , au Codic. 

THAIM. f. m. Provifion que la Porte fournir aux Princes 
à qui elle accorde un alile. Mehemet Balcagi , Grand-. 



THA 



Vifir, retrancha au Roi de Suède fon Tha'im qui étoic 
immcnfe , conliftant en cinq cens écus par jour en 
argenr , & dans une profuiion de tout ce qui peut 
contribuer à l'entretien d'une Cour, dans la fplendeur 
& dans l'abondance. Voltaire , Hifl. de Charles XII. 
Roi de Suède i t.i. p.j ,'à. Quoiqu'on lui eût rendu 
ion Thaiin , les libéralités i avoient toujours forcé 
d'emprunter. Tpage 22. 

THAIN , ou THAN. f. m. Nom de dignité autrefois 
chez les Angio-Saxons , Anglois. Thainus , Thanus. 
Il y avoir des T'^azVz.f dedeuxelpèces, ou deux Ordres 
de Thains. Les Tliains du Roi , & les Thains qu'on 
nommoit médiocres. L'origine de cette dignité le rap- 
porte à Canur le Grand, Roi de Dannemarclc. Ce 
Prince prit pour la garde les principaux de laNoblelIe 
Danoife , qu'il arma de haches &: de fabres , dont les 
poignées étoient dorées, & qui montoientjufqu'à trois 
mille hommes délite. On les nomma ThingUth , de 
deux inots Danois, dont l'un lith , lignihoit Ordre de 
bataille, l'autre theing, ou tein & thein, fignifioit le 
Corps de la Nob elle. C eft de -là que vinrent les ThainSy 
ou Thans. Voye\ Seiden , De Titul. honor. P. II, C. 5. 
§. 2. & 4. & le Glolfaire de Du Cange. 

'BCS" Quelq- ie.i-uns prétendent que la dignité de Than, 
ou Thcne j répondoit à celle de Fils de Comte. D'au- 
tres , comme Cambden , prétendent qu'ils n'étoient 
turés que relativement aux charges dont ils étoient 
revêtus. 

Les Thanesà-a Roi étoient des Officiers qui fervoient 
à la Cour, &: pollédoient des fiefs relevans immédia- 
tement du Roi. 

Les Thanes ordinaires étoient les Seigneurs des Ter- 
res qui avoient la Jurifdidion particulière dans l'étendue 
de leur Seigneurie, & rendoienr la juftice à leurs fujets. 
Peu de temp3 après la conquêre de l'Angleterre par 
les Normands , les Thanes du Roi furent nommés Ba- 
rons du Roi. Barones Régis. 

thaïs, f. f. Nom de femme. Thaïs. Il ne feroit point 
néceliaiie de mettre ici ce mor, puilque notre langue 
n'y change rien , fi Bailler qui dit Thaije an lieu de 
Thaïs , ne nous obiigeoit d'avertir que ce n'eft point 
l'ufage -, & qu'il faut dire T/ww. La pénitente Thàis^ 
La prière continuelle de Sainte Thdis étoit , Vous qui 
m'avez formée ayez pitié de moi. 

Thaïs, f. m. C eft un cérat propre adonner une couleur 
vermeille au vilage- Paul Eginéte en donne la defcrip- 
tion dans le vingt-cinquième ch. du troificme Liv. daiç. 

THALAME. f. m. Qui le trouve dans Perceval. C'eft un 

niacras chimique , OU une fiole à COU long. BOR£L. 

THALAMES. Thalamœ. ViJle de la Laconie , oil fe 
trouvoit le célèbre Oracle de Pafiphaé , que quelques- 
uns prennent pour la filie d'Atlas, &: d'autres pourCaP 
fandrc, fille de Priam, qui s'y retira après la prife de 
Troye , & y porta le nom de Pafiphaé , parce qu'elle 
faijoit des prédiclions â tous ceux qui fe préfentoient: 
car c'eft ce que fignifie ion nom. On pourroit encore 
dire avec piulieurs , que cène Pafiphaé eft la même que 
Daphné , qui ayant pris la fuite pour éviter les pour- 
fuites d'Apollon, fut changée en laurier, &reçutdece 
Dieu le pouvoir de prédire l'avenir. Quelle que foit 
celle qui prélldoit à cet Oracle, il eft certain qu'elle fut 
d'un grand lecours au Roi Agis , loriqu'il eilàya de 
remettre le peuple fur le pied où il avoir éré , lorfque 
les loix de Lictirgue , abolies de fon rems, étoient en 



vigueur. VhVT.inAgide. 



THAlANDA. VoyeiT AhAtiDi. 

THALASSAR , ou THÉLASSAR. Nom d'un pays donc 
il eft parlé au quatrième Liv. des Rois XIX. 12. & dans 
Haie XXXVII. 12. Le pays Eden, au moins en pairie, 
étoit dans Thalajfar; Se parce que dans Ifaie , Senna- 
chérib fair le détail de toutes les conquêtes des Rois 
d'Allyrie, & qu'il y nomme Haran & Thalajfar j le P. 
Lubin veut que ThalaJ/àr foit dans la Méiopotamie, 
auffi bien que Haran , comme fi les conquêtes de ces 
Rois deyoient être toutes dans le même pays. Mais 
puifqu'il eft fur qu'Éden étoit à l'orient de l'Éuphrate 
&_du Tigre joints eni'emble , & qu'il y avoit des fils 
d'Éden à Thalajfar, il eft plus vraifemblable de placer 
ce pays vers Ja Sufiane, ou dans la Sufiane. 



THA 



THA 



TI-IALASSARQUIE, ou THALASSARCHIE. f. f. C eft 
l'Empire des mers. M. de Fénelon , depuis Archevêque 
de Cambray , attribue dans Ion Télémaquc ]a ThalaJ^ 
Jarquie aux Phéniciens. De nos jours les Anglois ont 
prétendu à la Thalajfarquie. Les François la leur ont 
dirputée. Naturellement la Thalajfarquie n'appartient 
à Ferfonne. Toutes les Puiflànces ont chacune leur droit 
lur la mer, & rien de plus injufle que de vouloir y 
dominer. On dit auffi Thalajfocratie dans le même 
iens , l'Empire , ou du moins l'ulage libre de la mer. 
Cemot vient de ^oj.a.77A,mer, & ^x-''' -^i ^ commande . 
THALASSE. Nom d'une ville de l'île de Crète aujour- 
d'hui Candie. Thalajfa. Nous abordâmes à un lieu 
nommé Bon-Port , près duquel ctoit la ville de Tha-^ 
lajfe. PoRT-R. Jci. 8. 
«:2^THALER. Voyez Daler. 

THALÈSdeMilet. Celui qu?les Gœcs mettent à la tête 
de leurs iept Sages. Parmi les Apopnthegmes on compte 
ces troisci. Dieu eft la plus ancienne de toutes les 
choies, car il eft mcréé. Le monde eft la plus belle de 
toutes les choies , car c'cft l'ouvrage de Dieu. Ceux 
qui fongent à ma! faire , non feulement ne peuvent fe 
cacher aux yeux de Dieu •, ils ne peuvent pas même lui 
dérober la connoillànce de leurs penfées. 
THALICTRUM. f.m, (Plufieurs écrivent & prononcent 
Talition. ) Plante qui poufle des tiges à la hauteur 
d'un homme , & dont les feuilles font longues , angu- 
leules, vertes , luiiantes. Ses fieurs font fort petites , 
compolées de cinq feuilles difpofées en rofe , autour 
d'une touffe d étamines de couleur herbeufe. Lori- 
qu'elles lont palfées, il leur fuccède des fruits quilont 
des capfules à trois coins, chacune defquelles renferme 
tjne femence oblongue, cannelée, jaune. Sa racine eft 
fîbreuie, jaunâtre, d'un goût amer , délagréablc. En 
Latin Thalicirum majus , filijuâ anguloj'd autfiriatd. 
C, Bauh. La racine & les feuilles de cette plante loni 
un peu purgatives. Il y a plufieurs autres efpèces de 
Thaliclrum. 
THALIE. 1. f. Nom propre de Tune de neufmufes. Tha- 
lia. Dans Apollodore c'eft la huitième des mufes -, 
dans Héiiode , Théog. v. 77, c'eft la troiiième. Linoce- 
rius la met la troificme auffi. Elle étoit comme les au- 
tres, fille de Jupiter & de Mnémofyne. Linocerius, 
dans fa Mythologie des Mules Ch. 4. prétend que Tha- 
lie étoit la Déeflèdes feftins , & il eft certain que b-j.Mia. 
en Grec lignifie repas , feftin. D'autres dilent qu'elle 
fut l'inventrice de la Géométrie & de l'Agriculture. 
Parmi les Mules , elle préfidoit à la comédie , & à ce qui 
regarde les plantes & les arbres. Ils ajoutent qu'elle 
ctoit mère de Pa.'a:phar, qui avoir appris aux hommes 
beaucoup de chofes fur cette matière. Plutarque , Sym- 
fof.L.lX. q. 14. dit qu'il y a trois Mufes, Thalie, Cal- 
liope & Clio, qui n'ont que des occupations Icneufes, 
& ne s'entretiennent que des fpéculations divines & 
philofophiques. Apparemment qu'il ne regardoit pas 
Thalie comme la Déellè de la Comédie & de la bonne 
chère. Voyez Geofred. Linocerms à l'endroit cité , & 
Natalis Comès, L. VIL C. 15. Le nom de ThaLie a 
été donné à cette Mufe, félon Fulgence, de octA^;«- , ou 
SsÀKîw., germen , comme qui diroit Ti^iha. JaAsict/, qui 
met , qui donne le germe. Cornutus prétend au con- 
traire que Qdhiiu. vient de ôaMê/f, étrevert , verdir j re- 
verdir j parce qiie la gloire des Poètes ne fe tiétrit jamais. 
Thalie, eft aufli une des Grâces dans Plutarque, & dans 
le faux Orphée. Voyei Dempfter , Parai, ad Rofm. 
L. IL C. 10. 
Thalie , dans la Préface d'Hygin , eft encore une des 
cinquante Néréides , filles de Nérée & deDoride. Mais 
le nom de la Néréide eft diftérent de celui de la Mufe 
dans Héfiode, qui appelle la Mufe eaKua,, & la Né- 
réide ecKiti. VoyeiThcog. v.77. &v. 245. 
Thalie, eft auffi le nom d'un Cantique qu'Arius com- 
pola, & dans lequel il renferma la fubftance de fa doc- 
trine impie. C'éroit un Cantique de la même melure, 
& fur le même air des chaulons iniâmes que Sotade 
avoir autrefois compofées pour les feftins & pour les 
danfes. Fleur y , Hift. Eccl. L. X. p. 100. En con- 
damnant Arius on condamna fes écrits a &.nou:iiuçiîient 
iiThdie, Iv.p. 134, 



THALISIES. f. f. pi. Thalifia. C'eft le nom d'une fêtr 
ou (acrif ce que l'on faifoit à l'honneur de Cérès &c de 
Bacchus, & qui étoit commune à tous les deux. C'é- 
roient les Payfans qui célébroient ce? fêtes. Cérès & 
Bacchus étoient leurs Dieux principaux. Le Rhéteur 
Ménandre parle de cette fête. ' 

THALLO, ouTHALLON. f.f. Nom d'une ou de deux 
faulles Déi.-lles de l'Antiquité. Thallo. Dan^ Hychin C. 
185. Thallo eft une des heures, & comme les autres 
filles de Jupiter & deThémis. Il y a une Thallo donc 
parle Clément Alexandrin Protrept. L. I. qu'il joint aux 
Parques , au Deftin & à Auxo , & qu'il dit être toutes 
Athéniennes , c'eft-à-dire , des Déelfes honorées de» 
Athéniens. Thomas Muncker, qui a fait des Notes fur 
Hygin, confond cette Thallo avec la première , qui eft 
celled'Hygin, & ditquePaulaniasi>zjSœonc« l'appelle 
Thalloté. Cela eft vrai, & la Thalloté de Paufaniasefi: 
une Heure i mais pour la ï72fl/Zo de Clément Alexan- 
drin , il paroît que ce n'eft point une Heure , mais plu- 
tôt la DéelIe de la germination , comme Auxo à laquelle 
il la joint, eft la Déellè de l'augmentation , dePaccroif- 
feincnt. Outre les Auteurs cités , Voyei Rolfius , Ai- 
chœol Atticœ. L.II. C. i. 

THALLOPHORE. f. m. Terme d'Antiquité profane. 
On donnoit°ce nom , principalement à Athènes , à des 
vieillards , qui dans la cérémonie des Panathénées , 
maichoient, tenant en main des branches d'olivier. 
Thallophorus. 

Ce mot vient de '^±».oç, une branche d'arbre ^ Se 
9''9" 5 je porte. 

THAMALAPATRA. Qu'on nomme quelquefois Mala- 
batrum ^ êcplus ordinairement /o/m/7z Indum. C'eft 
la ieuille d'un arbre qui croir aux Indes , que les Apo- 
thicaires font entrer dans la compofition de laThériaque. 

THAMAR. Nom d'une vilie de la Terre-lainre. Thamar. 
Tirant d'Orient en Occident une ligne qui fit les bornes 
méridionales de la Terre-fainte , la mer méditerranée 
etoit à un des bouts de cette ligne du côté de Toccl- 
dent , & Thamar 2l l'autre extrémité du côté de rorient. 
Ezéchiel XLVlI. 19. & XLVïII. 28. Ce n éroit don« 
point Engaddi , & beaucoup moins encore Jéricho. 

THAME. Terme d'Hiftoire & de Mythologie. Thamus. 
C'étoit une Idole & un Dieu des Chaldéens & des 
Phrygiens. C'étoit Adonis , & ils appeioient tous Icurô 
Dieux , Adon Dominas ^, Adon Thamrr^us. Scaligerana^ 
Voyei la Démonftration Évangéiique de M. Huet » 
Evêque d'Avranches, & ci-dcUousTHAMiviuz. 

THAMIMASADES. f m. Nom d'un Dieu des ancien» 
Scythe?. Thûmimajddes. C'étoit le Neptune des Scy- 
thes. Hérodote L. ï\ . C. 59. Origène L. VI. contr» 
Celle. C'eft l'eau que les Scythes adoroicnt fous le nom 
de Thamimajades. Foje;^ Vossius , De Idolol. L.II. 
C. 82. 

THAMMUZ. f. m. Nom d'une faulTe Divinité, adorée 
autretbis en Orient. Thammu\ , Thamni\us. Ezéchiel 
VIII. 14. dit que l'Ange le conduifit à la porte fepten- 
trionale du temple, &: qu'il vit là des femmes qui 
pleuroient Thammu\. Saint Jérôme dans fon Commen- 
taire fur ce Prophète, & dans la Vulgate , & Procopc 
dans fon Commentaire auffi , entendent par Thammu\ , 
Adonis -, &: certainement ces pleurs répandus pour 
Thammu\^ marquent les cérémonies par lefquelles on 
honoroit tous les ans la mort d'Adonis , par des lamen- 
tations , ainfi qu'il paroît par la pièce qui nous refte de 
Bion fur ce fujet , & par le trenre- unième Idylle de 
Théocrite, & par ce que nous avons dit d'Adonis & 
des Adonies, Tom.I. Quelques-uns croient que Tham" 
mu\ eft un certain Roi d'Egypte, très-ancien nommé 
Thamus , contemporain de Mercure Trifmégifte , & 
dont celui-ci avoit compilé les Ouvrages. Platon parle 
de ce Thamus. D'autres prennent Thatnmu\ pouf 
Adam , ou pour Cham , ou Noé , parce qu'au Chapi- 
tre VI. de la Genèfe , v. 9. il eft dit qu'il étoit IlZJ'On , 
Thamim, cçA-ii-dnepaifait. Thamus , ou Thammus^ 
n'étoit point un nom inconnu aux Egyptiens-, témoin 
les Tamus dont Plutarque parle dans fon Livre de la 
Ceflation des Orac'es. Les Macédoniens , au rapport 
d'Hélychius , donnoient à Mars le nom de Thaumos , 
pW Tmlçi. ScldcB conjedujre qu'ils auroient bien pu, 

Aij 



4 THA 

emprunter ce Thaumos du Thammai des Oiicnfaiix ^ 
mais après tout , il y a bien peu de rapport de Mars à 
Adoni";. Philafttius nomme Thammus le Pharaon qui 
réo-noit en Egypte du temps deMoïle. Mais d'où a-t-il 
fulijue ce fùt^'là Ton nom? Seldcn croit que Thammui, 
Adonis & Ofîris ne font qu'une même choie. R. Schc- 
lomoh Jarhhi, dans fon Commentaire fur Ezcchicl, 
&R. David Kimhhi, dans fou DidlionnaireHcbraïqiie, 
difent que Thammu\ étoit une idole don: on remplil- 
loit les yeux de plomb , qu'enluitc on mettoit du feu 
délions ou dans l'idole, & que le plomb venant à fon- 
dre ^£ à dégoûter de fes yeux , il fembloit que le Dieu 
pleuroit. R. Schelomoh ajoute, qu'alors les femmes fc 
mettoient à crier Thammui demande un prélenr : que 
Thammui lignihe Taftion d'échaufter , & qu'il vient 
deNItîj qui lignifie accendere , Juccendere , comme il 
parole par Daniel III. 19. 2 z. Ce Rabbin prétend encore 
que dans l'Hébreu il n'y a pas que ces femmes plcu- 
roient Thammui, mais failbient pleurer Thainmu\, 
c'eft-à-dire, faifoient dégoûter le plomb dont fes yeux 
étoient pleins, en l'échauliant; & en eftet dans le texte 
Hébreu frî't^O , eft enfid. Dans cette opinion , on pour- 
roit encore dériver Thammu^àe "nO, qui enChaldéen 
fignitieJ;j^//(?re^ découler. Maïémonidesdans (onMore 
Ncbuchim , & après lui R. David Kimhhi , dans fon 
Sephet Schorafchim , ou Didionnaire Hébraïque , difent 
que dans un Livre des Tfabiens , oti Sabaïres , il eft ra- 
conté que Thammui éroit un Prophète gentil , un faux 
Prophète des idolâtres ■■, que ce faux Prophète ayant 
averti le Roi du pays de venir adorer les fept planètes 
& les douze fignes du zodiaque , ce Roi le traita in- 
dignement & le fit mourir -, mais que la nuit fuivante 
rottes les ftatues qui étoient au monde vinrent de tous 
les coins de l'Univers , & s'alTemblèrent dans le temple 
du foleil à Babylone -, que la ftatue du foleil qui étoit au 
milieu fe jetta par terre , & les autres autour de celle -ci, 
& qu'elles fe mirent à pleurer Thammu\ , & à raconter 
ce qui lui étoit arrivé-, & que le lendemain matin au 
point du jour elles s'en retournèrenr toutes chacune 
dans fon temple , dans toutes les parties du monde ■-, & 
qu'en mémoire de cela , tous les ans les Sabiens ouTfa- 
biens ^CMi6\&nx.Thammu\, fe lamentoient & faifoient 
un grand deuil le premier jour du mois Thammu^. 
Voilà , dit Maïémonides , les fables que les Tfabiens 
débitent. Il finit en avertiilant, qu'au refte l'Hiftoire de 
Thammus eft très-ancienne parmi les Tlabiens. Voy£\ 
auffiVossius, deldolol. L.II. C.4. Qodw'm,Mq/£s 
undAarbn. L.IV. C. 2. 

Thammuz , eft aufTi le nom d'un mois des Hébreux , 
nom qu'ils avoient emprunté des Ciialdéens. Thammw^. 
Le mois Thammu\ répondoit au mois de Juin. D'Hcr- 
belot écrit Tamou\ ,& dit que les S y riens le (erventde 
ce mot pour exprimer dans leur Calendrier le mois qui 
répond à celui de Juiller , & que les Arabes , les Perfans 
& les Turcs s''en fervent aufli pour exprimer la plus 
grande chaleur de l'été. 

THAMNA. Jof. XV. 10. 57. & 2. Parai. XXVIIL 18. ou 
Thamnatha. Jug. XIV. i . & dans les Septante , Jof 
XV. 57. ou Themna. Jof XIX. 45. Noms propres 
d'une ville de la Terre-faintc. Thamna j Thamnata 
&: Themna. Ce fut d'abord une ville de la Tribu de 
Juda, fituée fur fes confins du côté du couchant. Joi. 
XV. 10. Elle étoit au midi de Bethfamès. Elle fut dé- 
membrée de la Tribu de Juda , pour être donnée à celle 
de Dan. Elle eft appelée Thamnas dans la Genèfe 
XXXVIII. 12. Cependant au 2. L. desParalipomènes 
XXVIIL 18. elle étoit du Royaume de Juda. Les ha- 
bitans de cette ville font appelés Thamnathéens. On 
la nomme aujourd'hui Thimirij dit le P. Lubin, 

THAMNAS. Fojq Thamna. 

THAMNATA. Foyt^ Thamna. 

TI lAMNATHSARAA , THAMNATHS ARE , ou THIM- 
NAT. En Hébreu , Thimnathj'erahh. Nom d'une ville 
de la Terre-fainte. Thamnathjaraa , ècc. Elle étoit dans 
les montagnes de la Tribu d'Ephraim vers le nord. Elle 
fut donnée à Jofué , comme il l'avoit demandée , & il 
y fut inhumé. Elle étoit lur une montagne nommée 
Gaas , du côté du feptentrion. Dans le Livre des Juges, 
je Texte Hébreu la nomme Thimnah-hheres, par une 



TÏIA 



tranfpofition du dernier mot, donr ce nom eftcompo* 
ic , que le copifte a lu de gauche à droire, au lieu de 
le lire de droite à gauche, à la manière des Elébreux. 

THANACH. Voye-{ Tanach. 

THANATH. f f. Nom d'un heu dans le de fcrt d'Arabie. 
Thanaih. Les Kracliies y firent leur vingt-troiiième 
campement. Nomb. XXXIII. 26. entre Maceloth & 
Tharc. 

THANATHSELO. Nom d'une ville de la Terre-faintr. 
Thanathjèlo. Elle étoit dans la Tribu d'Ephraim , & à 
les confins du côté de l'orient , ayant Bethoron à l'oc- 
cident. Les Septante , Jof XVI. 6. divifent ce nom en- 
deux , & en font deux villes qu'ils nomment , l'un» 
Tanala , & l'autre Selles. 

•S^y THANE. Voyei Thain, 

"THANET. Voyei Tenet. 

c8:r?THANN. Ville de France dans la Haute- Alface,' 
Diocèfe de Bâle , Qhef-lieu d'un Bailliage. Elle eft fituée 
aux confins du Sundgau. 

THANOVIEN , ou THENOVIEN. enne. f. m. & f. 
Les Mufulmans donnent ce nom à ceux qui admettent 
deux principes , comme les Zoroaftriens & les Mani • 
chéens. L'Iman Manfor dir que les Déchériens, qui 
croienr l'éternité du monde, &' n'admettent ni création 
ni créateur , feront au premier étage de l'enfer , & que 
le lècond étage eft pour les Thanovieiis ou ThénovUns. 
D'Herbelot , au mot Gehennefn. 

«:5>THANXAN. Ville dé la Chine , dans la province de 
Peking au Département de Xunte. Elle eft de 2 . d. 
}o', plus occidentale que Peking, fous le 3 8. d. 5'. de 



lat. 



THAON. f. m. Un des Géants qui firent la guerre à Ju« 
piter. Les Parques lui ôtèrent la vie, dit Héfiode. 

THAPHNIS. Foy^î Tanis. 

THAPHSA. Nom d'une ville. d'Afie. Tha^hfa. C'étoit 
une ville de Syrie , qu'Etienne de Bizance appelle 
Thapfaque , Thapfacus. Elle étoit fur l'Euphrate. Les 
Septante au quatrième Livre des Rois , XV. 16. difent 
Thèrjà pour Thafja. En ce rems Manahem prit la ville 
de Thèrfa , & délola tout ce qui fe trouva dedans & 
dans fon territoire , & toutes fes limites , depuis Thèrfa: 
mais il eft évident que ce font deux lieux diftérens; 
que le P. Lubin a rort de les confondre •, qu'au lieu 
d'écrire au premier mot Thaphfahh & au i'econdThèr/k 
comme dans l'Hébreu , un Copifte négligent a mis 
deux fois Thèrfa. 

THAPSIE. f. f. Plante haute de deux ou trois pieds , dont 
la tige & les feuilles font fétulacées & lemblables à 
celles du fenouil. Ses fleurs font en parafol, de couleur 
jaune", chacune d'elles eft ordinairement à cinq feuilles 
diipofées en rofe vêts l'extrémité du calice. Lorfquc 
cette fleur eft paflée , ce calice devient un fruit compofé 
de deux ojraines longues , grifes , cannelées liir le dos» 
environnées d'une grande bordure aplatie en feuillet > 
& échancrée d'ordinaire par les deux bouts. Sa racine 
eft médiocrement grollè , empreinte d'un fuc laiteux 
très-àcre , & un peu corrofif. En Latin , Thapfiafivs 
Turbith Garganicumfemine latijfimo. J. Bauh, Cette 
plante purge avecrant de violence par haut & par bas, 
qu'on n'oie pas s'en fervir. Il y a plufieurs aurres cÇ- 
pèces de Thapfie. Diofcoride rapporte que ce nom lut 
a éré donné , parce qu'on l'a trouvée dans l'île de 
Thapfus, 

THARAN , ou THARAMIN. Nom d'un ancien Diet» 
des Gaulois. Jupiter, Borel. Vbye[TAïk.An. 

THARAZ. Ville du Turqueftan , fituée , félon Abul- 
Féda , fur les confins en-deça du Turqueftan , aflcz; 
près d'Affigiab. 

THARÉ. Nom de lieu. Thare. Il étoit dans le defcrc 
d'Arabie, & ce fur le vingt-quatrième campement des 
Ifraëlites entre Thaath & Methca. Livre des Nomb, 
XXXIIL 27. 

THARELA. Nom d'une ville de la Terre-fainrc. Tharela, 
fuivant l'Hébreu Tharealah ^ & fuivant les Septante 
Théralah. Elle étoit dans la Tribu de Benjamin. 

TFL\RGELIES. f f. pi. Nom d'une fête que les Athé- 
niens célébroient autrefois à l'honneur d'Apollon & ds 
Diane, Thargelia. Cette fête fe faifoit à l'honneur de 
ces deux divinités , comme auteurs de tous les fruk* 



THA 



de la terre. Èlfe écoit fixée au fixième jour du mois 
Thargélion , qui prenoit Ton nom de cette tece. On y 
faifoit l''expiation des crimes de tout ie peuple. Voye\ 
Samuel Petit, de Legib. Atticis L. 1. tu. i, P^oliarus, 
Archœolog. Attic. L. II. C. ii. Voflius , de Idolol. 
L.ILC.i^. 
THARGELION. f. m Nom d'un mois des Athéniens. 
Thargelioii, lelonM. Spon, Wheler, VanDalc&les 
deux anciens Manulcrits d'où Henri Eftienne & Selden 
ont tiré les mois Athéniens. Thargélion étoitle onzième 
mois de Tannée Athénienne , & répondoit au mois 
d^ Avril. Theodorus Gaza, L. de Menjibus , & le P. 
Petau , L. I. deDoclr. temp. C. lo. ùjcq. & C. 25. & 
L. IV. C. 8. & Anirnadv. ad ±i.piphatuum , p. 135. 
(Quoiqu'ils différent en d'autres mois du lentimentde 
ces Auteurs, ils conviennent ici avec eux, aufli bien 
que Scaliger. 
.SC?THARI>J. Rivière. Fô/^Therein. 
THARSiCE, ou TARSICE. 1". h Nom de femme. Tar- 
fida , Tharfitia. Ssxntc Tharjice. Ferrarius la mal nom- 
mée Tarcdia. On la fait petite fille de Clotaire I. Roi 
de France , par fa mère Blithilde^ & tante de Saint 
Arnoul de Metz •, & c'eii ce qui eft porté dans un Ma- 
nufcrit de S. Maximin de Trêves , & dans un autre 
Manufcrit donné par Henri Canilius en fon Antiquœ 
Lecliones. Mais Biithilde eft une Princcilë fuppolée , 
auiîi bien que le relie de la généalogie de S. Arnoul 
de Metz , que Du Boucher & Dominici ont voulu faire 
valoir, & que tant d autres ont luivi ; c'eft de quoi au- 
cun Savant ne doute prélentcment. Il eft marqué dans 
ces mêmes maniifcrits qu'elle étoit /œur de S. Ferréol 
d'Usèz , & de S. Mondri Evêque d'Arlat. Vbye^ les 
Bollandiftes , & M. Chaftelain au 15 de Janvier. 
ThARsicE. f. m. Nom d'homme. Tharjlcius. Saint Thar- 
fice eft un S. Martyr d'Alexandrie. Voye\ les Boilan- 
landiftes & M. Chaftelain au 3 1 de Janvier. Du refte il 
faut écrire Tharfitius & Tharjitia , comme les Bollan- 
diftes , & non pas Tarfice comn\e M. Chaftelain. Car ces 
mots viennent de tàa.^7©- , confiance j audace ^ qui s'écrit 
par un , Th. 
THARSIS. C'eft un lieu où le Roi Saîomon envoyoit fes 
£otes pour aller chercher de l'or, de l'ivoire, des bois 
précieux, &c. Tarfis ^ Tarjès, Tharfis , Tharj'es. Quel- 
ques-uns prétendent que ce lieu étoit Tarie en Sicile , 
& d'autres Tartellus en Eipagne ', ou bien que Tharie 
fignifieencore dans l'Ecriture, l'Efpagnejque les Grecs 
mêmes ont appelée Tartejjus. C'eft le ientiment de 
Bochart. S. Jérôme & d autres ont cru qu'il falloir en- 
tendre par-là la mer , ou les Carthaginois. Mais pour 
ejouter quelque foi à ces fentimens , il faudroit luppo- 
fer que Salomon avoir une ftote dans la Méditerranée , 
ce que l'Hiftoire Sainte ne marque point. Il vaut mieux 
dire , qu'on ne fait où étoit ce Tharfis , que de le pla- 
cer en ces lieux-là. Enfin quelques-uns ie lont perlua- 
dés que ce mot fignifioit i'Amétique méridionale, & le 
Pérou en particulier. 11 y a deux difficultés conlîdéra- 
Wes contre ce fentimenf, la première eft , que Salomon 
fait partir d'Afiongaber fur la mer Rouge les flores 
qu'il envoie à Tharfis. Si c'eft l'Amérfque, il eût été 
plus court d'y aller par la Méditerranée , & le détroit de 
Gibraltar. La féconde eft , quelesSeptante&SJérome 
traduifent Tharfis par les Carthaginois, La première 
n'arrête point le P. Lubin qui tient ce Ientiment. Il dit 
que ce fut l'eftet de l'habileté de Salomon dans la Géo- 
graphie, & dans l'art de la Navigation , & il ajoute 
que peut-être prenoit-il la route par laTaprobane, & 
la mer Orientale, d où eniuite il entroit dans la mer Pa- 
cifique , que nous appelons mer du Sud, pour arriver 
au Pérou. Pour la leconde , il dit que Tharjls eft tra- 
duit des Carthaginois , parce que les Carthaginois 
étoient de tous les Négocians du monde , ceux qui al- 
loient en plus grand nombre & le plus fou vent à Tharfiis. 
Pour Tharfiis où le Ptophête Jonas vouloit s'enfuir 
pour fe difpenfer d'aller prêcher à Nmive , elle pourroit 
bien être la ville de Tarje en Sicile. M a t y. 
THARTHACH. Nom d'une Idole des Hévéens. Thar- 
thac. Elle eft repréfenrée fous la forme d'un homme 
gj^nt une tête d'âne , & tenant un petit bâton \ I^ maiu. 
Voye\ au 4. Ijv. des Roi? XVJJ. j <, 



THA THE î 

TH ASE. Nom d'une île de la mer Egée , iicuée près de 
l'embouchure du fleuve Strymon, & autrefois fujette 
d'Athènes. Thafiis. Thajè a confervé fon nom julqu'à 
prél'cnt. TouRREiL. 

TmsiFN,ENNE. Habitant de l'île de Thafc. ThaÇim.a. 
Les Thafiicns avoient fondé Stryme ville de thrace , 
félon Hérodote, L. VU. C. 108. mais comme elle étoit 
voifine de Maronée , je crois que les Maronites avoient, 
en qualité de ptotedfeurs ou bienfaâeurs, acquis quel- 
que droit fur Stryme. Ce qui formoit de fréquentes 
contcftations entr'eux & les Thafiiens fondateurs de 
cette ville. 'Tourreil. Philippe , dans fa lettre aux 
Athéniens , fe plaint que les Thafiiens ont ouvert leurs 
ports aux galères de Byzance, ou plutôt à toute forte 
de pirates. Idem. Les Thafiiens fur leurs médailles ap^ 
pelîent Hercule leur Confervateur SiiTHP. Voyei lar 
Table XIII. des îles de Grèce dans Nonnius. 

THAULACHE. Sorte d'Arme qui étoit autrefois en 
ufage , dont il eft fait mention dans le Tarifde la Douane 
de Lyon de 1(5 3 2. Les unes étoient des armes oftenfives 
en forme de Hallebarde ou d'Épicu ; les autres étoient 
du nombre des armes défenfives, & étoient des efpèces 
de rondelles ou petits boucliers. 

THAUMANTIAS, ou THAUMANTIADE. Surnom de 
la Déelle Iris. Thaumantias. Elle étoit ainfi nommée , 
parce qu'elle étoit fille de Thaumas & d'Éledre. D'au- 
tres diiént que ce mot vient de ^a-wÀlti , j'admire. Se 
qu'il lui fut donné à caufe de l'admiration qu'excitenc 
les couleurs de l'Iris. 

«r^THAUMATRON. Mot grec qui fignifie la récofn- 
penfe qu'on donnoit à celui qui avoit fait voir quelque 
chofe de merveilleux au peuple. Le Thaumatron fe 
prélevoit fur l'argent qui étoit donné par ceux qui 
ailiftoient au Spedacle. 

«^THAUMATURGE. Faifeur de miracles. Thaumof- 
turgus. On a donné ce nom à quelques Saints qui f« 
font rendus célèbres par le nombre & l'éclat de leur» 
miracles. Il vient du Grec ^«.v^Lit, merveille, & «p?*^ , 
ouvra^e.^ S. Grégoire Thaumaturge , c'eft S, Grégoire 
de Neocéfarée difciple d'Origène vers l'an 223. puis 
Evêque de Céfaréedans le Pont, qui affifta au I. Con^ 
cile d'Anrioche & à celui d'Ephèfe contre Paul de Sa- 
mofate, &;qui mourut en i66. 

S. Léon de Catane , qu'on appelle plus communément 
S. Léon Thaumaturge , vivoit au huitième liècle. Soi> 
corps eft honoré à Rome dans la belle Eglife de Sain© 
Martin des Monts. Chastelain. ûr/2o^/v.p. 658. 

S. François dePauIe, S. François-Xavier ontétédegrandj 
Thaiirnatnrses dans les derniers fiècles. On pourroit 
dire de même, dune femme à miracles : C'eft un» 
Thaumaturge. 

THAUN. Nom d'une petite ville du Palatinat du Rhin , 
en Allemagne. Domnus. Elle eft fortifiée, & fituée au 
confluent de la rivière de Simmeren & de la Nahe , à 
cinq lieues au-deflus de Creutznach. Maïy, 

THE 

THÉ. Theus ; arlor thea. Quelques Médecins écrivent 
Tay. C'eft un petit atbrifleau domeftique de la hauteur 
des grofeilliers ou grenadiers &. myrtes , fort eftimé & 
d'un grand ufage chez les Chinois , les Japonois, & 
dans toutes les Indes orientales. Ils l'appellent C/^a ^ ou 
Theia. Il croît dans la Province de Kiagnon , près la. 
ville de Hoicheu , & auprès de Nankin , & prcfque dans- 
toute la Chine. Il y en a auffi au Royaume de Siam. 
Le meilleur de tous eft celui du Japon. On dit qu'il 
vient aufli, en Tartane. Il a la feuille petite comme 
celle du SumachdesCorroyeurs, dont il eft uneefpèce, 
félon quelques-uns, mais la feuille tire davantage fur 
le jaune, & les branches font ornées de plufieurs fleurs 
blanches & pâles, femblables à celles des Ciftus dont le 
milieu eft occupé par plufieurs étamines. Lepiftil , plus 
long que les étamines, eft terminé par trois ftigmates 
horifontaux , dont l'extrémité fe courbe en delïous. 
Aux fleurs fuccèdent des capfules rondes , tantôt foli- 
taires, rantôt deux, trois, & même quatre réunies 
enfemble , remplies chacune d'une femence roulîàtre. 
Voyez Breynius sxotUarum centy.rid primd , ï>ag. 113. 



THE 



THE 



êi le P. Kircher , China ilLaflrcta. Sa jrnine eft noiràtfc, 
& l'arbriHëau croît en crois ans malgré les neiges & les 
rigueurs de l'hiver. Il a des racines Hbrcules & dentelées. 
On fait un breuvage de fa première feuille qui naît au 
printcms, qu'on cueille feuille à feuille avec les mc|§cs 
foins qu'on fait les vendanges en Europe. Oii la Tait 
■chaurtc-r & fecher; & après l'avoir gardée en des vail- 
feaux d'étain bien bouchés, fi on la jette dans de l'eau 
bouillante , elle reprend fa première verdure , & donne 
une teinture verditre à l'eau avec une odeur & un goût 
agréable. Les Chinois ne boivent que Teau où la feuille 
a trempé , le plus chaudement qu'ils peuvent. Les Ja 
ponois boivent l'eau & la poudre qu'ils y ont laide in- 
fufer. On en met le poids d'un écu lur un bon verre 
d'eau , & on y mêle un peu de fucre pour corriger fon 
amertume. 

Elle eft fi différente enbonté.qu'ily-enadontla livre 
Vaut ICO ou 150 francs i d'autre qui ne vaut que deux 
€cus. Il y en a même à fept deniers. 

Elle guérit la goutte & la gravelie , & on croit qu'elle 
eft la caufe de ce qu'on n'enr«nd point parler de ces maux 
à la Chine & dans l'Inde, & de ce que les peuples par- 
viennent à une extrême vieiilelTe. Elle guérit les indi- 
geftions de i'eftomac. Elledéfenivre , & donne de nou- 
velles forces pour boire , & diffiper les vapeurs qui 
•caulent le fommeil. Elle fortifie la raifon que le vin 
aftbiblit , & guérit foudain la migraine & les douleurs 
de ventre. Nous avons dans l'Europe , & fi.ir-tout ■en 
France , la mélille , qu'on appelle auflî piment , citragon, 
& en quelques provinces du baruel , qui a les mêmes 
propriétés que le tké & plus fures , à ce qu'on prétend. 
Mais il eft vrai que Vilefcit oculis vicina voluptas. On 
méprife le bien préfent , pour chercher celui qui vient 
de loin. Simon Paulii Médecin du Roi de Dannemarck, 
^ui a fait un Traité exprès de cette plante , dit que 
ces propriétés qu'on lui attribue, n'ont point lieu pour 
ceux qui habitent en Europe , & que ceux qui ont 
pafté 40 ans, n'en doivent pas ufer , parce qu'elle 
avance leur mort , étant trop deflîcative. Il prétend 
que \&théi\3L pas plus de qualité que la bétoine, &:que 
ce n'eft qii'une eîpèce de myrte qu'on trouve en Eu- 
rope , aumbien qu'aux Indes j qu'on l'appelle Chamœh 
^gnus ou Piment Royal, donriadefcription, les expé- 
riences & les analyfes qu'il en a faites , font tout-à-fair 
Semblables. 

Les Chinois en prennent en toutes rencontres , & fur- 
-tout à diner. Ils en offrent aux amis qu'ils veulent 
régaler. Les plus modérés en prennent trois fois par 
jour •, les aunes dix fois , & à toute heure. Les per- 
sonnes de la plus grande qualité font gloire de le pré- 
parer eux-mêmes dans leurs appartemens les plus 
magnifiques , & ont plufieurs vailleaux de prix pour 
cer effet. Nous connoillbns maintenant en Europe trois 
fortes ou efpèces différentes de Cha ou de Thé. Là pre- 
mière efpèce , qui eft la plus connue & la plus eftimée, 
eft le thé vert, dont la feuille eft plus petite , & qui fait 
l'eau plus verte. C'eft ce qu'on appelle Thé impérial 
ou fleur de Thé. Ce font les premières feuilles que l'on 
coupe lorfqu 'elles font à peine déployées , & qu'elles 
n'ont que trois ou quatre jours de crue. Il eftdigeftif; 
il eft même trop corrofif , & les Chinois n'en prennent 
que par ragoût, comme on le fert en Europe des vins 
de liqueurs. Il n'eft pas ufuel', ceux qui à leur repas ne 
boivent que du thé , ne le fervent point de celui-là. 
Il eft plus agréable au goût. Il a un petit goût de v iolette. 
La féconde efpèce eft le thé noir qui teint l'eau d'une 
couleur plus foncée', il n'eft pas fi agréable que le thé 
vert. Il eft d'un meilleur \ifage. On l'appelle le i/2/voui, 
ou boni , ou bou , & les Chinois le nomment Voui 
Teha. Ils'achette à Nanquin: & les HoUandois en ap- 
portent en Europe, où il eft fort eftimé. Le troifièmc 
eft le thé rouge , ou f/z/Tarrare Honan Teha; qui teint 
l'eau d'un rouge pâle , & qu'on prétend être extrême- 
ment digeftif. On dit que les Tartares qui mangent la 
chair prefque toute crue , s'en fervent pour aider la 
digeftion. Il eft le moins agréable de rous. On le vend 
en boule. Il a un goût de terre, & rrès-défagréable, 
quand on n'y eft pas accoutumé. 

Çeyjs qui zn ont écrJL, fout le Père M^^ée, Louis Al- 



mcyda , Mat:liieii Riccius, Aloyfius, Frois, Jaccb Bou- 
tius, Jeun Linlc(.ît, le Pcre Alexandre de Rhodes dans 
leurs Voyages, & les y\uteurs du Voyage de l'AmbalIade 
de la Chine, & de celui de M. l'Evêque de Beryte, & 
Nicolas Tilpius Médecin d'Amfterdam , & le R. P. le 
Comte dans fcs Mcmoiicj de la Chine. Pierre Petit a 
fait un beau Pocme Latin fur le thé. M. HiietEvêquc 
d'Avranches a fait auili une élégie fur le thé , Thea. 
Nicolas Pechlin a fait un Traité du thé , où il réfute 
l'opinion de Simon Paulii , qui croit que c'eft un myrrej 
& de Bauhinus, qui dit que c'eft du fenouil. I; en fait 
une autre defcription, & dit que les fleurs de cet arbril- 
feau font blanches , & fort lemblables aux rofes fau- 
vages, à l'odeur près ^ que fa tige & les branches, 
depuis la tête julqu au lommet ionr couvertes d'une in- 
finité de fleurs , & de petite-.: feuilles poinriies ëc den- 
telées, qui ont cinq degrés diitérens de grandeur, qui 
s'appetiflent à melure quelles s'éloignent de la terre. 
Les plus grandes ne valent que 5 fols la livre, les le- 
condes 50 fols, les troifièmes 100 lois, iesquacncmes 
1 5 liv. & les plus petites quelquefois julqu à 1 50. Les 
HoUandois donnent aux Chinois une livre de lauge 
pour deux livres de thé. A Londres il y a bien trois mille 
lieux publics où l'on va boire du thé. 

Le Traité de Péchlin eft intitulé Theophilus Bibacu- 
lus ^Jive de Potu Teœ dialogus. Il prétend qu'il eft bon 
pour prévenir les maladies Icorbutiques : que la petite 
qualité aftringenie qui convient au thé ^ fortifie le mou- 
vement tonique des boyaux', &c. Il blâme ceux qui le 
prennent avec du bouillon ou avec du lait, mais iur- 
tout ceux qui en prennent après un grand repas, ou 
après avoir bu beaucoup de vin , & donne plulieurs 
confeils pour le choix des tempéramens & des dilpoli- 
dons convenables. Philippe-Silveftre Du Four, Mar- 
chand de Lyon 5 a fait auflî un Traité du Cafté , du Thé 
& du Chocolat. 

■S^THÉA. Terme de Mythologie. Elle étoit , félon Hé- 
fiode, fille du Ciel & de la Terre, femme d'Hyperion, 
mère du Soleil, de la Lune & de l'Aurore. 

THÉAGÈNE. Citoyen de la ville de Thaïe , fut fouvent 
couronné dans les jeux de la Grèce , & mérita les fta- 
rues & les honneurs héroïques dans fa patrie. Dans la 
fuite , on lui rendit les honneursdivins. CeuxdeThafe 
& plufieurs villes foie Grecques foit Barbares , le regar- 
dèrent comme une divinité fecourable, &les malades 
fur-tout lui adreflerent leurs vœux. 

THÉALDE. Nom d'homme. Theobaldus. Ce nom s'eft 
dit pour Thibaud. Thibaud ou Théalde de Vifconci, 
Archidiacre de Liège, fur élu Pape lepremier de Sep- 
tembre IZ7I 5 & prit le nom de Grégoire X. 

THÉANDRIQUE. adj.m. &f. Terme dogmatique. Di- 
vin & humain tout enlemble. Déi-viril. Theandricus. 
Saint DenysEvêque d'Athènes s'étoit fervi de ce terme» 
pour exprimer les deux opérations qui font en Jéfus, 
l'une divine & l'autre humaine. Les Monothélites en 
abuiérent enfuitepourfignifier la feule opération qu'ils 
admetroient en Jélus-Chrift , dans lequel ils croyoient 
qu'il s'étoit fait un mélange de la nature divine, &deU 
nature humaine , d'où rélultoic une troifième nature , 
qui étoit un compolé de l'une & de l'autre , dont les 
opérations fuivoient l'elFence & les qualités , & n'é- 
toient ni humaines ni divines, mais divines & humaines 
tour à la fois, en un mot théandriques. Le terme de- 
théandrique & le dogme des opérations théandriques 
fureur examinés avec beaucoup de foin dans la rroi- 
fième Selîion du Concile de Rome ou de Latran, renii 
l'an 649 , dans lequel S. Martin Pape & depuis Martyr, 
réfuta très-lolidement ce dogme abfurde de l'opération 
théandrique , & montra que S. Denys d'Athènes avoir 
pris ce terme dans un fens catholique, mais toutdifté- 
rent de celui des Monothélites. Quelques Auteurs , 
comme Meflîeurs Godeau & Fleury, ont dit quelque- 
fois Déi-viril t au lieu de théandrique. Voye^ Déi- 
viril. Les Monothélites abufoient du terme d'opéra- 
tion théandrique pour n'admettre en J. C. qu'une opé- 
ration. 

THÉANO. Fille de Ceffée & femme du vaillant Anténor, 
étoit Grande-Prêtrellè de Minerve à Troye. Il eft re- 
marquable de voir une Prêcrefiè de Minerve mariée. 



THE 

TliÉANTROPE. r. m. On fe fcrt quelquefois de ce mot 
dans le dogmatique , pour lignifier la perlbnne de Jé- 
sus-Christ , qui eft véritablement Théantrope , c'cft- 
à-dire, Homme- Dieu, des mots Grecs Qioç , Deus j 
M^DCùTT^ , homo. 
.S::5'THÉATE, TEATEA, ou TEATE. Ville d'Italie au 
royaume de Naples > dans l'Abruzze citérieure , éri- 
gée en Métropole par Clément VII. Voye^ l'art. Jiii- 
vant. 
THÉATIN. Nom de Religieux ou de Clercs Réguliers , 
ainfî nommés de Dom Jean PierreCarafle, Archevêque 
deChiéfi au Royaume de Naples, qui s appeioit autre- 
fois Théate. Comme on étoit accoutumé à l'appeler 
l'Evéque Théalin, on lui conl'erva ce nom, qui paHâ| 
• enfuite aux Religieux de l'Ordre dont il fut un des 
Fondateurs. Théatinus. C'eft le même Archevêque 
qui fut fait Pape , fous le nom de Paul IV. aptes avoir 
érécompagnondubienheureuxGaecan deTiène, Gen- 
tilhomme Vénitien, & premierFondateur de cet Ordre 
à Rome en 1524. Le Cardinal Mazarin établit une 
Alailbn de czi Ordre à Paris en 1644. C'efl; la feule 
qu'ils aient en France. Les Théatins iont les premiers 
qui aient pris le nom de Clercs Réguliers. Ce fut vers 
l'an 1524 que Ton vit paroîcre cette première Congré- 
gation de Clercs Réguliers , & qu'ils jerterent à Rome 
lous Clément VII. les fondcmens de leur Ordre , qui 
fut confirmé la même année. Les Théatins non-feule- 
ment ne poflédent ni fonds, ni revenus rixes & allures, 
ni en commun ni en particulier i mais même ils ne de 
mandent rien, & attendent ce que la Providence leur 
envoie, pour leur fubOftance. Ils s'emploient dans les 
Millions étrangères, & ils entrèrent l'an 1617 dans la 
Mingrélie , où ils ont un établillement. Ils en ont eu 
aulïï dans la Tartarie , la Circalîîe , la Géorgie , qu'ils 
ont abandonnés , à caufe du peu de fruit qu'ils y fai- 
foient. Leurs conftitutions furent drellèes dans le Cha- 
pitre général de l'an 1604 , & approuvées par Clément 
VIII. Ils portent l'habit Clérical , les manches de la fou- 
tane un peu larges , & les bas blancs. Leurs armoiries 
font trois montagnes furmontées d'une croix. Le Père 
Jean-Baptifte Tutio depuis Evêqued'Acere , & le Père 
Jofeph de Silos ont écrit les Annales de cet Ordre , le 
premier &n Italien , & le fécond en Latin. Au Chili & 
• au Pérou on appelle fouvent les Jéfuitcs Tkéatins. 
THÉATINE. Nom de Religieufes. Monialis Theaùna. 
Il y a deux fortes de Tiiéatines fous le titre de fimma- 
culée Conception , qui forment deux Congrégarions 
différentes ; les unes engagées par des vœux lolemnels, 
& les autres qui ne font que des vœux fimp'es-, & ces 
deux Congrégations ont eu pour Fondarrice, la Mère 
Urfule Benincala: Celles qui ne font que des vœux fim- 
ples, font les plus anciennes; on les appelle (împlement 
de la Congrégation , Sœurs T/'z/cri/îe^ de la Congréga- 
tion. Ce fut en 1585 que cette Congrégation com- 
mença à Naples. Elles récitent l'Oftice Divin au Chœur 
comme les Théatins, & l'Oftice de la Vierge en parti- 
culier , font une heure d'oraifon le matin & une le foif, 
elles ont l'Adoration perpétuelle. Elles communient 
trois fois la femaine , outre les jours de fêtes. Tout 
chant, ou inftrument mufical leur eft défendu. Elles 
jeûnent l'A vent, &c. Elles n'ont encore de Maifons qu'à 
Naples & àPalerme. Leur habit eft celui des Théatins, 
une tunique blanche , une robe noire ceinte d'une cein- 
ture de laine, & des manches larges, un voile blanc, 
point de guimpe, mais un collet lemblable à celui des 
Théatins. Elles ne fortent point de leur maifon. 

Les Théatines de 'a leconde Congrégation s'appel- 
lent les Théatines de l'Ermitage. Elles ne font occupées 
que du foin de prier Dieu , dans une retraite & une foli- 
tude auftere, à laquelle elles s'engagent par des vœux 
folemnels. Les Théatines de la première Congrégation , 
ont foin du temporel de celles-ci. Leurs maifons font 
confignées, & ont communication par une grande falle. 
La Mère Urfule Benincafa drefla leurs Conftitutions , & 
jctta les fondemens de leur Maifon à Naples -, mais elle 
mourut fans pouvoir l'achever. Elle nomma par fon 
teftament, pour exécuter fes volontés, la Duchefte 
d'Aquara Proteftrice de la Congrégation, & les Élus 
de Naples, qui, l'an 1623 avant que de continuer le 



THE 7 

bâtiment, s'adrefTerent à Grégoire :^V. pour obtenir 
l'approbation des Conftitutions que la Mère Urfule avoir 
drcliées ; ce que le Pape accorda le 7 d'Avril de la 
même année , approuvant ce nouvel inftitut fous la 
règle de S. Auguftin , & ordonnant que ces Religieufes 
ieroient loumifes aux Théatins. Urbain VIII. révoqua 
cetatticie par un bref du 21 Mai 1524, & il les fournit 
au Nonce de Naples ; mais Clément IX. annulla ce bref, 
& les loumit de nouveau aux Théatins p<lt un bref du 
5) Juillet 1668. L'an 1668 les Théatines entrèrent dans 
la maiion qui avoir été achevée l'année piécédente. 
Le nombre étoit fixé à 56 par les Conftitutions. Voyei 
les Hiftoriens de l'Ordre des Théatins , &leP. Héiyoc 
T. IV. C. 14. 
THEATRAL, ale. adj. Qui appartient au théâtte-, qui 
lent le théâtre., Theatralis. Adion théâtrale. Expref- 
fion théâtrale. Eloquence théâtrale. Manière théâtrale. 
Il y avoir chez les Romains des Loix théâtrales. Il ne 
nous en refte que deux , qui concernent les rangs 
qu'on y devoir garder. 
THEATRE. 1. m. Lieu élevé où l'on fait des repréfenta- 
tions-, l'on donne quelque fpeftacle. Theatruni. Les 
vendeurs de mitridate vendent leurs drogues fur le 
théâtre. Les bouffons qu'on a vu enfarinés fur k théâtre, 
font infâmes. On drelle des rA/ûVra dans les Collèges, 
pour les repréfentations qui le font par les écoliers. 
Théâtre , fe dit auffi de ces édifices magnifiques que 
faifoient les Romains pour donner des fpeclacles au 
peuple. Arena, theatrum. Ilscomprenoientfouslemot 
de théâtre, non-feulement le lieu élevé où l'Acteur pa- 
roît, &oiife palle l'adtion-, mais auffi toute l'enceinte 
du^ lieu commun aux Adeurs & aux Spedateurs. 
C'étoit un édifice entouré de portiques, & garni ds 
ficges de pierre difpofés en demi-cercle , & par degrés , 
qui environnoient un efpace appelé orcheftre, au-devanc 
duquel étoit le projcenium , ou pulpitum , fur lequel 
jouoient les A<5i:eurs : c'eft proprement ce que nous ap- 
pelons le th âtre. La fcène étoit une façade décorée de 
trois ordres d'Archite>5ture, par laquelle le projcenium 
étoit féparé du poftjcenium , qui étoit ce que nous ap- 
pelons ie derrière du théâtre où les Adeurs s'habilloienr. 
Ainfi la fcène comprenoit généralement tout ce qui 
appartenoit aux Adeurs. Dans les théâtres Grecs l'or- 
cheftre faifoit une partie de la fcène \ mais aux théâtres 
Romains aucun des Adeurs ne deicendoit dans l'or- 
cheftre, qui étoit occupée par les lièges des Sénateurs. 
hethéâtre des Anciens étoit différent de l'amphithéâ- 
tre , en ce que le théâtre étoit en forme de demi-cercle, 
au lieu que V amphithéâtre formoit un ovale patfait. 

'Le théâtre contenoit trois parties, à fçavoir la fcène, 
l'orcheftre, & les degrés qui fervoient de iîèges aux 
Spedateurs. 

La /cène en général comprenoit tout le terrein qu'oc- 
cupoienr les Adeurs , tant ceux qui récitoient , que ceux 
qui chantoient , ou qui repréfentoient feulement par 
geftes, qu'on appeioit Pantomimes. Elle avoit trois 
parties , dont la plus confidérable étoit le pupitre , en 
L2zm pulpitum, ou projcenium j c'eft-à-dire, le devant 
de la fcène. 

L'orcheftre , qui faifoit la féconde partie du théâtre l 
étoit le lieu le plus bas \ c'étoit un demi-cercle enfermé 
au milieu des degrés: il étoit ainli nommé, parce qu'aux 
théâtres des Grecs c'étoit le lieu où l'on danfoit les 
ballets , & à leur égard l'orcheftre n'étoit proprement 
qu'une parrie de la Icène prife en général -, mais fur les 
théâtres des Romains , aucun des Adeurs ne deicen- 
doit dans l'orcheftre , qui étoit occupé par les feuls Sé- 
nateurs. 

Les degrés où fe plaçoient les fpedateurs , formoienc 
la troifième partie du théâtre. 

Valere Maxime nous apprend que jufqu'à l'an de 
Rome 558 les Sénateurs fe plaçoient fur les degrés avec , 
le peuple -, mais leurs fièges furent féparés par Attilius 
Sevianus, &: par L. Scribonius, Ediles. . 

Avant Pompée le Grand , ondétruiloit les théâtres dès 
que lesjeuxétoient finis. Ce fut lui qui le premier bâtit à 
Rome un théâtre permanent de piètres de taille , d'une 
architedure magnifique, à l'extrémité duquel il avoir 
fait conitrujre un petit temple confacré à Vénus, afin 



s THE 

que la fainteté du lieu empêchât les Ceiifeurs de faire 
démoWr œ t/iédtre. Dicl.de Peint. ^d'Ardu 

Les plus cclèbrcs tuéâtres qui loicn: leftes de 1 Anti- 
quité , font ie théâtre de Maiceilus , & celui de Pompée , 
qu'on a auffi appelés amphithéâtres. Aniphitheatrum. 
On voit encore à Athènes les ruines du temple de Bac- 
chus: c'eft le premier théâtre qui ait été au monde, 
& un chef-d'œuvre d'Architeduie. Tous les théâtres 
étoicnt confacrés à Vénus & à Bacchus. 

Jhéatre , le dit aujourd'hui de la Icène , ou du lieu or- 
dinaire où l'on repréfente des Comédies, & des Tra- 
.gédies. Scena. Ccft une grande falle, dont une partie 
ell occupée parla /cène qui comprend le //^^û7re même, 
les décorations & les machines-, le refte eftdiftribué en 
■Vin efpace nommé parterre-, terminé par un amphithéâ- 
tre carré ou circulaire , oppofé au théâtre avec plulleurs 
rangs de fièges & loges par étage , au pourtour. Celui 
des Comédiens du Roi à Paris du deffein de M. Dorbai, 
Archicede du Roi, eft un des mieux ordonnés , & le 
feul qui ait une façade décorée fur la rue. Les théâtres 
des maifons Royales font appelés falles de comédies, 
de balets, de machines, &c. Daviler. Le théâtre de 
i'Hôtel de Bourgogne, du Palais Royal. Il eft allé au 
théâtre, l! fréquente le théâtre. On dit , le devant, le 
■derrière , le fond du théâtre ; les aîles du théâtre. 
tVcilà une belle décoration de théâtre. 

En ce fens on dit , Monter fur le théâtre , c'eft-à-dire , 
faire la profelïïon de Comédien. Aciorjcenicus. Molière 
compofoit des pièces de r/^/û/rc, & les jouoit lui-même 
fur le théâtre. On dit , les Comédiens ferment leur 
théâtre fur la fin du Carême , & le r'ouvrent après 
Pâques i c'eft-à-dire , ils ceflent de jouer fur la fin du 
Carême , & recommencent après Pâques, 

Théâtre, eft auffi la Icience de compoler, ou de repré- 
senter des comédies & des tragédies -, & quelquefois 
la comédie, ou la tragédie même. Arsfcenica. Héde 
lin Abbé d'Aubignac a écrit de la pratique du théâtre 
Cet Auteur entend bien le théâtre , polïède bien les 
règles du théâtre. Racine a bien foutenu le théâtre après 
Corneille. On a accommodé à notre théâtre toutes les 
pièces des Anciens. Le théâtre perd tout Ion agrément 
dans la repréfentation des choies faintes, & les choies 
faintes perdent beaucoup de la Religieufe opinion qu'on 
leur doit , quand on les repréfente fur le théâtre. S.EvR. 
Cet Adeur eft né pour le théâtre; il abonne grâce fur 
le théâtre. Il faut qu'un Orateur évite le tondu thtâtre , 
c'eft-à-dire , le ton de déclamation. Cet Atleur s'eft 
attaché au théâtre , ne fubfifte que du théâtre. Corneille 
a été du théâtre des Anciens ce qu'il y a^oit de barbare. 
S.ÉvR. Tout ce qu'on voit, tout ce qu'on entend lurlc 
théâtre, ne s'adrelîè qu'aux fens , & à la cupidité. Nie. 
On a purgé le théâtre de toutes les impuretés qui 



général 



THE 

de drames , que de les nommer co-'. 



^ le théâtre de toutes 
le deshonoroient autrefois. Bay. Quoique l'on parle 
€n vers fur le théâtre , Ton eft préfumé y parler en 
proie. Il n'y a que les vers Alexandrins à qui l'ufage 
laifle tenir lieu de proie. Corn. Bien fouvent nos 
plus grands Héros aiment en Bergers , nos théâtres. S. 
ÉvR. On ne voit ^lus rien de honteux dans les paf- 
rions , dès qu'elles ont été déguifées fur le théâtre , 
& embellies par 1 art -, on y apprend à fon cœur à ne 
rougir de rien. Nie. On apprend au théâtre à juger 
de toutes chofes par les fens. Id. Voet, Voffius & 
quelques autres , onr cru qu'il n'étoit pas permis de 
mettre fur le théâtre des lujets tirés de 1 Ecriture 
iVérirab'ement il y auroit de i indécence à mettre 
ces fortes de fviiers en' comédie. Il ne convieiir point 
de trairer avec le ridicule qui doit régner dans la 
comédie, des hiHoires , qui en quelques manières & 
de quelque nature qu'elles foient, ont été didées par 
le Saint-Ffprit. Mais pour des tragédies, quand on y 
garde les bienf ances nécellàires, l'expérience lemb'e 
montrer , qu'on peut en prendre les lujets dans l'É- 
criture. Les Sédécias de Malapert , les deux Jolcph 
de Libcniusj &'c. lont de belles pièces dans leiir 
genre , quoiqu'elles ne foient pas pour la conduite , 
euÙ! bien qu^eiles le pourroient. Nous avons même 
en Latin , un aiez gros volume de comédies tirées 
de l'Ecritiirei mais tout y eft fi férieux, pour ne 
|>as due û froid i qu'il f^ut plutôt ,les appeler du . 



nom 

médies 

Che\ nos dévots Ayeux le théâtre abhorré. 
Fut long-tems dans la France un plaifir ignoré. 

Boileau; 

Bientôt l'amour fertile en tendres fentimens , 
S'empara du thcTLiie, amji que des Romans. Id, 

Théâtre , Ce dit auffi du recueil des ouvrages drama-* 
tiques d'un Auteur. Opéra J'cenica vel theatralia. Le 
Théâtre de Sénèque, de Sophocle , de Hardi , de Cor- 
neille , de Racine. Cela fe dit plutôt des Modernes que 
des Anciens. 

Théâtre, a fervi auffi de titre à plufieurs Livres. Les 
Théâtres d'Honneur & de Chevaierie de Vullon de la 
Colombiere. Theatrum. Le Tyieû/rf d'Agriculture, le 
Théâtre de la vie humaine de Lycofthcne, amplifié pat 
Zuingucr en XXX volumes : c'eft un grand recueil de 
lieux communs. Le Théâtre d'Honneur & de Cheva- 
lerie d'André Favin. 

Théâtre, fe dit auffi d'un lieu élevé par degrés, d'un 
échartaur orné pour quelques cérémonies. Suggejlum , 
tahulatum. 

Théâtre anatomique. C'eft dans tmc Ecole de Méde- 
cine & de Chirurgie , une falle avec plufieurs rangs de 
fièges , en amphithéâtre arculaire, & une table pofée 
fur un pivot au milieu , pour la dillection , & la démonf- 
tration des cadavres , comme le Théâtre anatomique du 
Jardin Royal des plantes à Paris. Le Théâtre anatomique, 
des Chirurgiens dans la rue S.Come. Daviler. 

Théâtre de jardin. C'eft, dans un jardin, une efpèce 
de terralle élevée , fur laquelle eft une décoration perf' 
peélive d'allées d'arbres ou de charmille , pour jouer des 
paftorales. L'Amphithéâtre chcuh'ne qui lui eft oppofé, 
a plufieurs degrés de gazon ou de pierre ■■, êc l'efpace 
plus bas entre le Théâtre & l'Amphithéâtre , tient lieu 
de parterre. L'on en voyoit un de cette efpèce, dans le 
jardin des Tuileries à Paris. Daviler. Ce Théâtre des 
Tuileries eft détruit, depuis plulieurs années. 

Théâtre d'eau. C'eft une difpofition d'une ou plufieurs 
allées d'eau , ornées de rocailles , de figures, &c, pour 
former divers changemens , dans une décoration perf- 
peétive, & reprélenter les fpedlacles, comme le Théd-' 
tre d'eau de Verlailles. Daviler. 

<&:!>Théatre de fleurs. C'eft un aflemblage de planches 
ou de degrés qui vont toujours en s'élevant les uns 
derrière les autres , en lorte que l'œil & la main puillent 
le porter par-tout (ans ohftacle. 

Théâtre, le prend enfin en Architeâure (particulière- 
ment chez les Italiens) pour l'aftèmblage de plufieurs 
bâtimens, qui par une heureufe difpol^tion & éléva- 
tion, reprélentent une agréable fcène à ceux qui les re- 
gardent, comme la plupart des vignes de Rome, mais 
particulièrement celle de Monte Dragone à Frefcati, 
& en France le Château-neuf de Saint-Germain en Lay e, 
du côté de la rivière. Daviler. 

Théâtre, fe dit figurémenten morale. Le monde eft un 
grand théâtre , oii chacun repréfente Ion rôle. Thea- 
trum j J'cena , comedia. Il ne faut pas monter lur le 
théâtre pour faire de belles aâions. Bell. La vertu eft 
trop expofée à la vanité fur le théâtre du monde. S.Evr. 
Les Courtilans font toujours lur le théâtre, & de vrais 
perfonnages de comédie. LaBr. Le plaifir d'un Roi , 
eft de l'être quelquefois moins, de lortir du théâtre, 
& de jouer un rôle plus familier. Id. La vie des hypo- 
crites eft une comédie perpétuelle", ils fon toujours fur 
le théâtre, & ne quittent guère le mafque. Bell. Il ne 
faut pas chercher le bonheur de la vie dans ces établif- 
iemens qu'on met au-delïiis de tout , ce font des gran- 
deurs de théâtre. Le Ch.de M. L'honnête-homme ne 
cherche point à monter fur le théâtre du monde -, mais 
fi la naiftance, ou la fortune l'y placent, il joue parfai- 
tement bien fon rôle. S.ÉvR. UnAmbalîadeurn'cftpas 
toujours fur le théâtre; & quand le rideau eft tivé , il 
doit faire l'honnête-homme. Wicq. N'eft-jl pas temps 
de lortir du théâtre , & de prendre des penféçs plus fé- 
rieules , quand on n'a plus que quelques jours à vi- 
vre? B£U. LesSi:oïciens,çn voulant rendre leur \^%ii 

infenfiblc 



THE 



infenfible aux maux , en ont fait un héros de théâtre. Le 
Vassor.. Le monde eft, à la lettre , un théâtre où les 
hommes toujours malqués , le jouent les uns des autres. 
ViLL. Les plus honnêtes gens ne reniplillent pas tou- 
jours les premiers rôles fur le théâtre du monde. S.Évr. 
• Les Princes doivent prendre garde à leurs actions , parce 
qu'ils font fur un grand théâtre; tout le monde les ob- 
ferve. Il y a cent ans que la Flandre QÙ.\e théâtre de la 
guerre, c'efl-à-dire, qu'on fait la guerre en ce pays-là. 
On appelle coup de théâtre, dans une pièce, un évé- 
nement imprévu, quoique préparé, comme lesrecon- 
noillances. Il fignifie la même chofe au figuré, L'exil 
de ce Miniftre fut un coup de théâtre. 
Théâtre, en termes de Marine fignifie le château élevé 
fur la proue , qu'on appelle autrement château d'avant 
ou gaillard d'avant. Caftellum prorœ. 
On appelle proverbialement un Roi de. théâtre, un Prince 
qui laillè gouverner abfolument fon État par fesMinil- 
tres, qui n'a que la repréi'entation d'un Roi, & qui ne 
règne point lui-même. Scenicus Rex. 
THÉATRIFIÉ, iE. adj. Qui s'eft tellement adonné au 
Théâtre, & qui y figure depuis tant d'années, qu'on 
diroitque c'eft un Adteur né. Ce mot a été inventé par 
M. le Sage , qui l'emploie fort à propos, en parlant de 
Baron le pcre, fans le nonnrier. Il y a, dit-il, fi long- 
temps qu'il paroît fur le Théâtre, qu il ell, pour ainlî 
dire, théâtrifié. Addition au chap. des Songes j dans la 
dernière édit. du Diable Boiteux. 
THEAU. Nom d'homme. Thillo. Au Vigean en Limou- 
fin, S. Theau , Moine d'Auyeïgne, qui avoir appris 
l'ôrfévrene à Paris fous S. Eloy , comme le rapporte 
S. Ouen. 'Baillet l'appelle en Latin Tkdlo, TUlomus , 
êc Tilniannus. S.TiUon , que par corruption on appelle 
S. T72eûuenFrance, S. Tilloine, Saint Thielman, ou 
Saint Tilman en Flandre, naquit de parens idolâtres , 
& de mœurs fort barbares , en Saxe. Baillet. j Janv. 
Il fut pris enfant par des brigands, amené en-deçà du 
Rhin, vendu ,& racheté eniuite par S. Eioy , quiVen- 
voya à l'Abbaye qu'il^ avoit fondée à Solignac en Li- 
moufin, oii il fut élevé dans la piété & dans les lettres. 
Il mourut vêts 702, âgé d enviroa 94 ans. Voyez encore 
M. l'Abbé Fleury , Hift. Eccl. L. XXX VIL p. 597. 
THÉBAFFE. Nom propre de lieu. C'écoit autrefois une 
petite ville de l'Arménie mineure. Thebaffa , ancienne- 
ment Cû^ç^ï^î. Elle eft maintenant dans l'Aladulie , près 
des fources du Cydne , entre Tarfe & Tianée. Maty. 
•TH^BAIDE. Nom d'une contrée. Thebâis. C'étoit la 
partie de rÉgypte la plus méridionale, dans laquelle 
étOit la ville de Thèbes, qui lui donnoir le nom de 
Thébâide. Elle s'éteiidoit du côté du midi jufqu'aux 
petites cataradtes , où eiie touchoit à i'Éthycpic. Elle 
«'étendoit à droite & à gauChe du Nil, qui la féparoit 
en deux, & fe divifoit en plu< ,urs nômes , quartiers 
/3U parties, entre lefquelles celles?; liétoient à l'orient 
Hu fleuve, entre fes bords & la mer Ro' ge, s'appeloient 
nômes Arabiques , parce qu'ils étoient du côté de l'Ara- 
bie. Ptolemée compte dix nômes dehThébaidc , c'eà- 
à-dite, dix villes qui ont territoire & gouvernenjent. 
Les nômes Arabiques font le Lycopolyte l'Aphrodi^o- 
polite , le Thinite , le Diofpolite , le Thintirite & l'Her- 
montites. De l'autre côté du Nil font le Cynopolite, 
ou Antinoïre , le Panopoiite , le Coptite, le nôme de 
1"hèbes. Pline , L. V. C. 9. en ajoute un onzièirie , 
qu'il nomme l'Ombite. Voyez Bochart dans fon Pha- 
leg j L. IV. C. 27. & le Chevalier Marsham , Canon. 
Chron.Sœc.XV. tit. Thebais. 

Ce pays eft célèbre dans l'hiftoire de l'Eglife par le 
nombre prodigieux de laints Solitaires, qui s'y font reti- 
rés dans les premiers fiècles, & qui y ont vécu dans le? 
rigueurs de la pénitence. C'eft de là que l'on dit : Les 
deferts de la Tliébaide. Les Anachorètes de la Thébàide. 
On dit d'un homme fort retiré , c'eft un folitaire de 
la Thébaide. On dit d'un pays fec & aride, inculte: les 
deferts de la Thébaide ne font pas plus aftreux. 
Il faut nier l'extâjè & les ravijjemens, 
Cioire la Thébaide un pays de Romans , 
"lue les Hdarions, les Pauls & les Macaires, 
Çont tous des gens trompés, tous des vifionnaires. 

Duc oç NiVERS. 

Tome VIIL L Partie^ ' 



THE 



9 






ThéèaÏde, eft auffi le nom d'un Pocme de Stâcé , dont lé 
fujet eft, la guerre civile de Thèbes de Grèce entre les 
deux h-eres Ethéocle &Polynice, ou Thèbes ptife par 
Thefee. Thebâis. Srace travailla douze ai^s à fa Thé- 
bâide, qui contient XII Livres. lU'écrt'itlousDomi- 
neii Avant lui plufieurs Poètes Grecs avoient fait des 
Tnebaides : les principaux font Antagoras ,■ Antiphanes 
de Coiophone, Ménélas Egéen, & un Anonyme donc 
parle Paulanias, L. IX. 
THEBAIN, aine. Nom de peuple. Theb anus. On diÇoit 
d étranges choies de laftupidité des Thébains, comme 
de celle des aurtes Bœotiens , témoin les proverbes 
Bc/ar/rt i , v,'Acoii-^M v«7, & Bc/«T=/t),' l , un cochon, un e(pnt„ 
une oredle de Bœotie ; pour dire, unfot, un hébété. 
Tourreil. Les Thébains battirent les Lacédémonîens 
à.Leudre, & à Mantinée. Par ftupidité , plutôt que 
par modération , les Thébains n'avoient point fu fe 
taire valoir. 

Les Thébains étoient grands Muficiens. Id, Un jour 
qu on faifoit la guerre à Alcibiade , de fon peu d'incli^ 
nation pour la mufique , ils'avifa de dire pour dernière 
excufe. C'eft aux Thébains à chanter comme ils font, 
eux qui ne lavent pas parler. Id. 
TFIEBATH. Nom de ville dans l'Écriture. Thebath. Elles 
eroir des Etats d'Adarezer Roi de Soba , & par confé- 
quent elle éroit dans la Sytie furnommée Soba. Par la 
comparailon du premier Livre des Paralipomènes 
XyiII. 8. avec le lecond Livre des Rois VIII. 8. il pa- 
roît qu'elle le nommoir auffi, Bete. 
THEBÉiiN, ENNE. adj. Qui appartient aux Thébains, 
Tnebanus , û. La légion Thébienne étoit une légion des 
armies Romaines , fous les Empereurs Dioclétien & 
Maximien. La légion Thébéenne eft encore qualifiée 
d heureule par quelques Anciens. S. Maurice étoit Tri- 
bun de la légion Thébéenne. S. Exupere & S. Candide 
éroienc, après S. Mautice, les premiers Officiers de la 
légion Thébéenne. L^. légion Thébéenne ayant refuféde 
prendre parc aux iacrifices.de Maximien, & à la per- 
fccution qu'il vouloit faire aux Chrétiens , fut décimée 
.deux fbis coup-fur-coup , & enfin environnée par le 
refte de l'armée , & maffacrée toute entière avec ks 
Ofticiers. 
Thèbes. Nom d'une ville de la demi-Tribu de Manafte, 
en-deçà du Jourdain. Tliebes. Ce n'étoit plus qu'un 
village au temps de S. Jérôme. 
THÈBES. Nom d'une ville de l'Achaïe , anciennement 
très - confidérable. Thébœ. Elle étoit capitale de la 
Bœotie. Alexandre le Grand la ruina ; mais elle fut en- 
fuite rétablie , & ce fut le Siège d'un Archevêché. On 
allure que cette ville a encore une lieue & demie de cir- 
cuit , mais qu'elle eft fi ruinée , qu'elle n'a que trois ou 
quatre cents habitans Turcs ou Chrétiens. Elle eft dans 
la Livadie en Grèce, fur la rivière d'ifmen, à dix-fepc 
lieues de la ville d'Athènes, vers le nord occidental. On 
la nomme communément Thiva, ou Stiyes. Maty. 
On ne voit point à Thèbes d'autre marque d'AntiquitéJ 
que quelques fondemens de grollès murailles de marbre 
brut, & de diverfes couleurs qui ferment la ville di» 
côté du midi , & qui font peut-être les reftes de celles" 
qu'Amphion y bâtit , au fon de fa lyre. Du Loir , page 
3 19. Le chemin de Néguepont à Thèbes eft bien de 25, 
aiilies. Du Loir, ;>. 328. 

Laficuation de Thèbes eft fort belle. Elle eft bâtie fur 
des ;. -jchers, qui font contrefcarpés du côré du levant, oà 
plufieurs ruillèaux du fleuve ^fopus baignent agréa* 
blement la campagne , & font moudre des moulins* 

Thèbes fut ainfi nom mée deThébé, fiiie de Prométhée* 
Paujan. in Bœot. Steph.de Urbib. Tourreil. Thèbes 
fameufe par fa grandeur & par fon ancienneté, l'étoif 
encore par les diigraces, & par les exploits de fes Hé- 
ros. La fin tragique de Cadmus fon fondateur, àd'Œ" 
dipe l'un de les Rois , qui tous deux tranfmirent leur 
mauvaife fortune à leurs defcendans -, la nailfance de 
Bacchus & d'Hercule -, un fiège foutenu avant celui de 
Troye, & divers autres événemens hiftoriques ou fa- 
buleux , la mertoient au nombre des villes les plus 
renommées. 

Le lac de Thèbes, de Srives ou de Thiva. Thebanus 
lacus, anciennement i/j/icû , ou Aliartus lacus. C'eft 

B 



«o THE 

un lacdfla Livadie en Grccc. Il cfl: environ a une lieue 
deTlicbes du coté du nord , & à une heue du lac de Li- 
vadie, versle couchant. Ces deux lacs avoicntautiefois 
communication enlembic, par un grand conduit qui 
travcrfe une«nontagnc qui les fépare-, mais maintenant 
les eaux de ces lacs font trop balles , pour monter juf- 
qu'à ce conduit. Maty. 
Thkbes d'Egypte. C'étoit anciennement une des plus 
célèbres villes du monde. T/ie!>i:s , Hecatompylos , 
Viofpolis. Elle étoit capitale de la Tébaide , qui eft 
maintenant la Haute-Égypre. On dirqu'elle avoir 140 
ftadcs de tour, qui font % lieues , & qu'on y voyoit 
cent portes , ce que fignifie le nom à' Hecatompylos. 



THE 



1- 



Quelques voyageurs aiîurent qu'elle efi encore con( 
dérabie parlé commerce de la mer Rouge, & qu'elle 
porte le nom de Thèves •, mais d'autres la mettent à 
Cirgio, ou à Minio , deux villes de la Haute-Egypte, 
fituées fur le Ni' , alîèz proches l'une de l'autre. Maty. 
La ville de Thèbes étoit h peuplée, qu'elle pouvoir 
faire fortir enfemble dix mille combattans par chacune 
de fes portes. On a découvert aux environs de Thèbes , 
au rapporr de Thévenot , des temples & des palais 
prefqu'entier? , où les colonnes & les ftatiies fonc in- 
nombrables. On y voit des Sphinx d'une matière pré- 
cieufe , & des peintures dont l'éclat n'eft point terni. 

Thèbes de Lucanie. Voyez Luzzi. 

Thèbes deThessalie, Voyez Zéïton. 

THECA 5 ou Chêne des Indes. Grand arbre dont on 
trouve des forêts entières dans le Malabar. Les Ido- 
lâtres n'emploient point d'autre bois pouf bâtir & ré- 
parer leurs temples. Ils tirent des feuilles de cet arbre 
une liqueur , dont ils fe fervent pour teindre leur^ 
foies & leurs cotons en pourpre. Ils les mangent & en 
font un firop avec du fucre , qui a la vertu de guérit 
les aphtes. Ils font bouillir les fleurs dans du miel, & 
en préparent un remède , qui évacue les eaux des hy- 
dropiques. Ray, Hift. Plant. 

THECHNOLOGIE. f. f. C'eft une faufTe fcience de mots 
qui cachent le fens des choies. Thechnologia. Les écrits 
des Sociniens en font pleins. S. Ba;'ile s'eil fervi de ce 
terme. 

THÉCUÉ. Nom d'une ville de la Terre- fair.te. Thecua. 
Thecue. Elle étoit dans la Tribu de Juda, à neuf lieues 
d';.£iia, ou de JérulaJem, au rapport de S. Jérôme. 

THÉER, ERE, f. m. & f . Terme dé Relation, il y a at'x 
Indes une certaine forte de gens qu'on appelle Théers , 
qui ne fonc ni payens , ni Mahométans , & qui n'ont 
point du tout de Religion. lis ne fervent qu'à écurerles 
cloaques & les privés , & à écorcher le.'^ bêtet axoet^e^ 
dont ils mangent la chair. lis ccnduiienr auffi les cri- 
minels au fupplice, & en font quelquefois l'exécucion. 
C'eil: pourquoi ils ibntcn abomination à tous les Indiens, 
qui font obligée de le purifier depuis la tête jufqu'aux 
pieds, fi quelqu'un de ces gens, qu'ils appellent àcaufe 
de cela Alchôres ^ les a touchés : auffi ne fouftrent-ils 
point qi'.'ils demeurent dans les villes -, mais ils les obli- 
gent ai? retirer dans les extrémités des faiiybourgs, 
& à s'éloigner du commerce du monde. 

THÉGUACAN. Province de l'Amérique méridionale 
dans la nouvelle Elpagne, félon Wafer. 

^O" THÉIÈRE, f. m. K'Iieux que Thétière. Vafe d'ar- 
gent ou de porcelaine , dans lequel on faitinfufer du thé. 
Les plus belles nous viennent de la Chine & du Japon. 

THÉIFORME. adj. Enguife de thé. Infufion théiforme. 
Brigandages de la Médecine , p. zo8. C'eft-à-dire , in- 
fufions d'herbes qu'on jette dans de l'eau bouillante , & 
qu'on prépare comme le thé. 

THEÎN. Voyez Thain. 

THÉION. f.m. Vieux mot. Onde. On a dît aufTiTMe^ 
pout dire , Tante , du Grec 9e7o^ , & Ge/k , qui veulent 
dire la même chofe. Les Efpagnols difent encore au- 
jourd'hui Tio & Tia, pour , Oncle & Tante. 

^ô THEISME, f.m. Terme dogmatique. Sentiment de 
ceux qui admettent l'exiftence d'un Dieu, d'un Être 
fuprême. C'eff l'oppofé d Athéïfme. Il efl évident que 
le Théij'me eft prétérabie à l'Athéifme , & bien plus 
avantageux pour la Société. 

(8^ THEISTE, f. m. Celui qui admet l'exiflence d'un 
Dieu. Ces mots viennent.du Grec Oeof, Dieu, 



<8^ THEKA. Arbre du Malabar. Voyez Theca: 

THÉKUPHE. f. f. C'eft un terme de Calendrier chez les 
Juifs. Il fignifie proprement révolurion, cercle, & fe 
dir des quatre points où commencent les quatre laifons 
de l'année-, c'eft-à-dire, les deux points équinodiaux , 
&: les deux folftitiaux. Tekupha. Le Thalmud traite 
des Thékuphes dans le Traité Erubhim. 

THELASSAR. Voyez Thalassar. 

THÉLEME. C'eft le nom de l'Abbaye fondée par Gargan- 
tua, en laquelle ceux qui font reçus font tout ce qu'il 
leur plaît, & félon leur volonté, à GrcecOj Thelemaj 
c ed-à-dne.volonié.lÀv. i..Ch.tji. Alphabet deRabelais. 

THÉLESl^HORE. Nom d'un Dieu qu'on adoroit à Per- 
game. T/iele/phorus, 

THELMALA ," ou THELMÉLA. Et félon les Septante , 
Thelmélcch, & Thelméleth. C'eft un lieu de la Chal- 
dée , ou de Babylonie. Le Père Lubin prétend que c'eft 
laThegme de Pcolomée, que les Tradu6teurs de cet 
Auteur appellent Thelme. 

THELXIÉPŒ. Une des Sirènes. 

THÉMA. Nom propre de lieu. Thema. Ce mot 'ne fe 
trouve que dans le Livre de j ob , VI. 1 9. &: comme on 
ne fait quel eft ce lieu , on dit que c'efi le même que 
Théman. 

THÉMAN. Nom de liei» dans l'Écriture. Theman. Ce 
lieu paroîc avoir été dans l'Idumée. Car Theman , dont 
fans douté il aura pris fon nom. étoit fils d'Eliphaz, & 
petit-fils d'Elaii, qui eft Edom. La terre de Théman. 

THEMANITE. Qui eft de Théman. Thémanijies. 

<?^ THÈME, f". m. Terme de Grammaire, qui viept du 
Grec b:Uef., T!icf.i.'.i,pcno. Ainfi thème fignifie littérale- 
ment çofkion , quod primù poniîur. Dans cette accep- 
tion on appelle thème d'un verbe, le radical primitif 
d'où il a été tiré par diverfes formations. Mais en Grec 
ou appelle ainfi le prélent d'un verbe , parce que c'eft le 
premier temps qu'on pofe pour en former les autres. 

Dans le Didaélique on entend par Thème , la matière 
d'un difcouts, le lu jet qu'on entreprend de traiter, la 
propofition qu'on veut établir , éclaircir ou prouver. 
Thema , argumentum. Cet homme a bien luivi fon 
thèmi. 

On dit familièrement, qu'un homme a mal pris Ion 
thème , pour dire , qu'il a avancé mal-à-propos une 
chofe devant certaines perfbnnes. 

Thème fe dit , dans les Claftès , de ce qu'on donne 
aux écoliers à traduire de la langue qu'ils faveur dans 
celle qu'on veut leur apprendre. On donne des Thèmes 
pour les prix, pour les places. 

0«i-4edit auflîde la compofition même. Cet écolier 
a bien fait fon thème. Faire fon thème en deux façons. 
Corriger un thème. 

Faiïc Con thème en deux façons , dans le figuré, c'efl 
dire la même chofe en d'auîres termes. Exprefllon fa- 
milière. 

Thème céleste. Terme d'AftroIogie , qui fe dit de lâ 
figure que dreficnt les Aftrologues , lorfqu'ils tirent 
l'horofcope. Thema. Il reprélente Fétat du ciel à urr 
certain point requis; c'ell-à-dire , le lieu où font en ce 
moment , les étoiles & les planètes. Il eft compofé da 
doure triangles enfermés entre deux carrés, & on les 
appelle les doii^e maifons. 

Thème, au ftyle de Liège, C. 2. 10. Sec. fignifie la de- 
mande hbellée, le libelle du demandeur. Acioris libel- 
las. 

THEMïS. Nom d'une Déellè de l'Antiquité payenne. 
Themis, Idos, ou IJfos. Elle étoit fille du Ciel & de la 
Terre. Héfiode , Theog. v. t^^. Ce fut la féconde 
femme de Jupiter. Il en eut les Heures, Ennomie, 
Dice, Irène, ou la Paix, & les trois Parques. Héfiode, 
Theog. v.QOZ.&c fuiv. Themis pallbit pour linventrice 
& la Déelïe des Oracles & de la Divination. C'étoit elle 
quienfeignoit aux honlmes àdemander, à fouhaiterce 
.qui étoit jufte & licite. T7i(?//2/javoit un Temple ancierr 
en Bœotie , fur le bord du fleuve Céphife. 
Themis , fe prend fbuvent pour la Juftice , quand on veut 
la perfonnifier-, ou pour la Déelïe de la Juftice, & en 
ce lens il eft fort en ufageen notre langue, principale- 
ment en Poëfie, & il fignifie la Juftice, les Juges , les 
Cours de Juftice , fur-tour les Cours Supérieures , & en 



THE 



particulier une Cour de Juiîice , & même unMagiflrat. 
Thiinïs l'a décidé. Les Arrêts de Tk^mis , c'eft- à-dire , 
d'un Tribunal de Juftice. Le Palais de Thémis ell une 
Douane où cent exacteurs avides le (uccèdcnc l'un à 
l'autre , pour dévorer la (ubitance de 1 iniortuné plai- 
deur, Les rituels de Thémis alLcrvillent (es cliens à 
tant de formalités vétillcules , d'où l'on fait dépendre 
leur fort, qu'il leur elt ditricilc d'arriver fans bron- 
cher julqu'à Ion Tribunal. 
ifT THÉMISTIADES. f. f. pi. Terme de Mythologie. 
C'eft le nom qu'on donnoit aux Prêtrelles di^Temple 
de Thémis à Athènes. 
THÉN4IST1EN, ENNE. Nom de Secfte. Themipanus^ a. 
Les Agnoïtes , dont nous avons parlé , furent nommes 
Tht'tn'Lflïens,à.\\ nom d'un Diacre Thémirtius , qui fou- 
tenoic que le corps de J. C. éroit corruptible, & qui 
en concluoit , que Jelus-Chrill avoir donc ignoré 
bien des choies. 
THÉMISTITAN. On donnoit autrefois ce nom à la ville 
de Mexique, & à la province qui en dépendoit. Thc- 
mïfiïtanum. Voyez Mexique", ville & province. 
THEMNA. Nom d'une ville de la Terre-Sainte. TAc/tz- 

na. Voyez Thamna. 
THÉMUDITE. Nom d'une ancienne Tribu d'Arabes, de 
celles qui font éteintes. Peuple de Thémud. Themu- 
dïta. D'Herbelot,aumotHagr,les appelle auiîîPeuple 
de Saleh , & dit qu'ils habitoienc entre laSyrie & l'Ara- 
bie , dans le pays que nous appelons aujourd'hui l'Ara- 
bie Pétrée. Ils avoient pris le nom de peuple de Thé- 
mud, ou Thémoud, de Thémoud, fils d'An(er , fils 
d'Aram,& frère d'Arphaxad, parce qu'ils dcfcendoient 
de lui ; & peuple de Saleh , du nom d'un Prophète que 
Dieu leur ensoya. Voye\ d'Herbelot au mot Salah. 
.THENAILLES. Nom d'une Abbaye de la Picardie en 
France, Thenolïit, Thenolium. Elle eft dans laTiéra- 
che , près de la petite ville de Vervins. Maty. 
. .THÉNAR. f. m. Terme Grec, reçu dans notre langue, 
& dont les Anatomiftes le fervent pour exprimer dans 
la main, l'efpace qui eft entre le pouce & l'index. Cet 
homme a reçu un coup de (abie qui lui a fendu le ché- 
har. C eft aulîi le nom d'un mufcle de la main & du 
pied. -M. Ce mufcle ferc à éloigner le pouce du 
doigt indice. Dans la main on l'appelle , abdudeur du 
pouce , & dans le pied, abdudeur du gros orteil. 
©3° THENSE. f. f. Terme d'Antiquité. On appeloit 
Thenfa , ou Tenfa , une efpèce de Chariot, ou de 
Brancard (ur lequel on portoit les ftatues desDieux aux 
jeux du Cirque. 
%fT THÉO. Foye:^ Ther. 

iTHÉOCATAGNOSTE. Blafphémateur. Nom deSeâe. 
Theocatagnqftes 3 Blafphemus. Les Théocaragnojles 
avoient l'audace de reprendre certains faits & paroles 
en Dieu. Marcel. S. Damafcène, Hér, p2 , dit que 
c'étoient des impies, qui oloient trouver à redire à 
certaines a<ftions Ik paroles de Dieu , & desPerfonnes 
divines , & qui les blâmoient , auffi-bien que les faintes 
Écritures. Marcel, dans fes Tables, met ces Héréti- 
ques au feptième fiècle, je ne (ai pourquoi; car on 
n'a rien qui marque le temps auquel ils ont paru. Il y 
a même , dans le Traité des Hérélies de S. Jean Damai- 
cène, des Hérétiques qui font moins des Hérétiques 
qui aient fait Seéte, & fubfifté en certains temps, que 
des impies tels qu'il en paroît dans tous les temps, &c 
en tous les fiècles. 

Ce mot vient de ©êdf, Dieu^ & de liaTajuujjcffl, je 
condamne, 
THÉCCLYMÈNE. Devin célèbre , qui defcendoit en 
droite ligne du célèbre Mélampus de Pylos. Il prédit 
la mort des amans de Pénélope. 
.THÉOCR ATIE. C f. État gouverné par la volonté abfolue 
de Dieu fcul. Theocratia. Gouvernement où les Chefs 
de la Nation font des Miniftres de Dieu , dont la volon- 
té fe manifefte par des lignes fenfibles , par des mira- 
cles. L'ancien gouvernement des Juifs étoit Théocra- 
tique; car Dieu décidoit de tout ce qui appartient à la 
fouveraine autorité. Cette Théocratie dura jufqu'à 
Saiil , & alors l'État devint Monarchique. Il y a eu une 
Théocratie imaginaire à Athènes. Pendant que les en- 
fans de Codrus difputoient le Royaume , les Athéniens 
Tome FIIL 



THE ti 

ennuyés des malheurs d'une guerre intefiinc, aboli- 
rent la Royauté , & déclarèrent Jupiter le fcul Roi du 
peuple d'Athènes. Val. 

THEv CRATIQUE. adj. de tout genre. Qu: appartient à 
la Théocratie , qui cil de la Thcocratic. Th ouaticusé 
Etat Théocratinuc. Le peuple d'Ifracl, ennuyé d'un 
Gouvernement Théocratique ^ voulut avoir un Roi 
comme les autres Nations. 

THEODOLITE, f. m. Inftrument en ufage dans l'Ar- 
pentage, pour prendre les hauteurs & les diftances. Il 
eft compofé de plulîeurs parties, i" \Jn. cercle de cui- 
vre divilé en quatre quarts de 90 , repréfentant les 
quatre points cardinaux de la boullole, l'cft, l'oueft, 
le nord &c le fud , & marqué des lettres E , O, N , Si 
Chacun de ces quarts eft divifé en 50 dégrés, (S^fub- 
divifé autant que la grandeur de l'inftrument peut le 
permettre , communément par les diagonales. Les 
quatre quarts doivent être marqués de 10, 2.0, 30, 
&c, deux fois; commençant aux points du nord & 
du lud , & finilfant à 90 aux points de l'cft & de 
l'oueft. 1° Une bocte & une aiguille pla.écs juftcnicnt 
fur le centre du cercle , fur lequel centre l'iurtrumcnt , 
l'index avec les guidons doivent être mis , de forte 
qu'ils puident tourner & fe mouvoir en rond; mais 
la boëte & l'aiguille demeurent fixes. Au fond de la 
bocte, il faut qu'il y ait une boudbic attachée de (orrtf 
qu'elle réponde aux lettres E , O, N, S, marquées (ur 
l'inftrument. 3° Par derrière un emboëtemcnt, on 
plan, ou, ce qui eft le mieux, un rond , pour entrer 
dans la tête d'un pied à trois branches , fur lefquelles 
l'inftrument eft porté. 4*' Ce bâton , ou ce pied pour 
pofer l'inftrument deifus, & dont le cou, ou manche 
vers la tête , doit entrer dans l'emboé'tement qui eft 
derrière l'inftrument. Harris. 

THÉODORA. Nom de femme. Theodora. Nos Auteurs 
ne donnent point à ce nom la forme Françoifc, & ne 
dilent point Théodore , pour éviter l'équivoque avec 
Théodore mafculin. L'Impératrice Theodora, femme 
de Juftinien, abufa du crédit qu'elle avoir fur l'Empe- 
reur, pour favorifer les Euthyciens dans l'affaire deS 
trois Chapitres. Un grand défaut de Juftinien, fur 
i'afcendant qu'il lallfa prendre à l'Impératrice Théo-' 
dora y une des plus méchantes perfonnes qui aient 
monté fur le Trône , ainfi que tout le monde en con- 
vient. P. Dovcw, Hif, du Neft. p. ^66. Theodora 
facrifia au plailir d'être écoutée & d'être reconnue cheif 
de parti, ce qu'il y a de plus facré au monde, & fit 
fervir au renverfement du Chriftianifme , tout ce que 
l'ambition , le dépit & la vengeance peuvent infpirer 
d'artifice &: de cru.auté, à une femme que rien n'eft 
capable de retenir. Id. Procope allure qu'elle avoir été 
Comédienne , & d'une réputation fi perdue , qu'aucun 
honnête homme n'auroit voulu lui parler. Evagie , qui 
a écrit après la mort de cette PrincelTè, qu'adurément 
il n'a pas épargnée , ne parle point de cet épouvanta- 
ble débordement de mœurs, dont nous voyo/is qu'elle 
eut toujours, aulîî-bien que fon mari, une horreur 
très'grande. Id. 

THÉODORE. Theodorus. Mot qui vient du Grec, &C 
qui eft un nom d'homme. Théodore de Bèze étoic 
dilciple de Calvin ; & fi l'on en croit d'Avila , Livre I. 
des Guerres civiles de France, Théodore de Bèze avoir 
beaucoup d'éloquence & d'érudition. 

Théodore Afcidas , tiré depuis quelques années d'un 
des Monafteres de S. Sabas, pour gouverner l'Eglife 
deCéfarée enCappadoce, étoit (vers 538 ) le princi- 
pal appui de l'Origénifmc. P. Doucin, Hifi.duffejlé 
p. 400. 

Théodore de Mopfuefte & Diodore de Tarfe font les Au- 
teurs du Ncftorianilmc ; c'eft d'eux que Neftorius prit 
(es erreurs. On a dans les Chaînes Grèques fur l'Écri- 
ture , des extraits de tous les Ouvrages de Théodore de 
Mopfuefte; & ces extraits contiennent quantité de pro- 
pofitions hérétiques: fes écrits étoient des notes (urlat 
Genè(c,(ur JobjfurlesPfcaumes, fur le Cantique des 
Cantiques, fur les XII petits Prophètes , fur les f van- 
giles de S. Matthieu , de S. Luc , de S. Jean , & (ur l'É- 
pître aux Hébreux. On a encore quelques-uns de ces 
Ouvrages entiers en manufcrit, dans les Bibliothèques. 

Bij *. 



tx T HE 

Théodore deMopfucfte ne vouloir point , que toute 
Ihiftoire de laGcncfe fût expliquée à la Icccie. Il ifjet- 
roit & blàmoit le Livre de Job, & le Cantique des 
Cantiques. Léonce aflure qu'il ne recevoit pas mçmc 
lesPaialipomènes, niEtUras, ni aucune des IcptEpi- 
tres Canoniques. On a encore de lui d'autres extraits 
tousinl-eaésd'liérclîe^ravoird'uneexplicationduSym- 
bole, dune inftruction des Catéchumènes, de XVII 
Livres touchant l'Incarnation, de IV Livres contre 
Apollinaire, d'un autre Livre contre les Apollinarit- 
tes , & de V Livres contre les Manichéens. 
Théodose. Nom dhommc. Theodofius. Il y a trois 
Empereurs du nom de Thcodùfe. Théodofe le Grand 
eft le premier qui fut fait Empereur le 19 Janvier 
379 , & mourut le 17 Janvier jji;. M. Fléchier a écrit 
la vie du Grand Théodofe. 

Cemorell Grec, & Lignifie don de Dieu, de Qw, 
Dieu, & 5cri- , don. 
THÉODOSIEN ,ENNE. Nom de Secte. Thcodofianus , 
a. C'étoient des Hérétiques Corrupticoles, dont nous 
parlons , ainfi nommés de Théodole , Patriarche d'A- 
lexandrie. Les Théodofiens étoient des Eutychiens 
d'Alexandrie en Egypte. 
ThÉodosien, ENNE.adj.m. & f. qui fe dit de la collec- 
tion des Loix Romaines faite en feize Livres , par l'au- 
torité de l'Empereur Théodofe. Theodofianus , a. Le 
Code ThéodoJien.Voyzz Code. LaTable Théodofienne 
ou dePeutinger. Tabula Theodojîana, ou Peutenge- 
rïana. Ce font d'anciennes Tables Géographiques. 
THÉODOTIEN,ENNE. Ancien sHérétiques qui étoient 
une branche des Aloglens. Theodotïanï. Ils nioient 
que Jésus-Christ fût Dieu, rejettant l'Evangile de 
Saint Jean & fon Apocalypfe. L'Auteur de cette Sede 
fut un certain Théodote, Corroyeur, mais homme 
favant , qui étant confus d'avoir fléchi dans la perfé- 
cution de Sévère, fe retira à Rome, où il tâcha de 
couvrir fa perfidie : mais le Pape Vider l'excommu- 
nia. S. Épiphane , H&r. s 4 , rapporte les erreurs de 
ce Théodote , & les réfute. 
THÉOÉNIES. f. f. pi. C'étoient des fêtes de Bacchus 
chez les Athéniens. Le Dieu lui-même étoit appelé 
Théoénos, le Dieu du vin, ou pour mieux dire, le 
Dieu Vin. De&-èf , Dieu , Se 01. o--, vin. 
THÉOGAMIES. f. f. pi. Fêtes qui fe célébroient en l'hon- 
neur de Proferpine, & en mémoire de fon mariage 
avec Pluton. Le mot eft Grec, &c fignifie Mariage des 
Dieux. Il vient de 1 , Dieu j & > «.«c , Mariage. 
THÉOGONIE, f. f. Théologie païenne qui enfeignoit la 
généalogie des faux Dieux. Theogonia. Héiîode a 
écrit de la Théogonie. C'eft un Poëme que nous citons 
fouvent dans cet Ouvrage. 
^THÉOL. Rivière. Foy. Ther. 
THÉOLOGAL, f. m. Chanoine ^Doélcur qui prêche, 
qui enfeigne la Théologie dans un Chapitre. Theologus 
CollegÏL yCanonicorum Profeffor. Le Concile de Latran 
tenu fous Innocent III. en 1 2 1 5 , ordonna que les Ar- 
chevêques auroient dans ks Métropolitaines un Pré- 
cepteur à leurs gages, pourcnfeigner la Théologie , 
en faifant trois leçons publiques par femaine, & en 
prêchant les Dimanches & les Fêtes folennelles. Le 
Concile de Bâle en 143 1 , & la Pragmatique-Sandion 
établirent un Théologalà2.ns les Cathédrales & Métro- 
politaines ; & l'Ordonnance d'Orléans'en i j6o, dans 
ï«s Collégiales auiîi-bien que dans les Cathédrales. Le 
Concile de Trente a afFedé une Prébende à cette fonc- 
tion , qu'on appelle la Théologale, & qui fait nommer 
ce Dodeur le Théologal. Cette Prébende eft aff"e6tée 
aux Gradués. Le Théologal a cet avantage, que par 
«ne Bulle de Grégoire XIII, il eft réputé prélcnt au 
Chœur, tous les jours qu'il eft occupé à prêcher, ou à 
faire quelque leçon. Mais ces Réglemens ont eu peu 
d'exécution, & la fondion efFedive du Théologal ç^ 
réduite à quelques Sermons, que bien fouvent il ne 
fiit pas lui-même. Fleury. ^-'oye:;' ^'Ordonnance de 
Charles IX. de i;6o. Art. S. Rebuffe fur les Concor- 
dats, Chap. De Colla:. §. i. v. Quinque his ^ & les 
deux fuivans, p. J9S. 
THÉOLOGAt, ALE. ad). On appelle vcrtus Théologales ^ 
la foi , l'efpérance & la charité , comme étant celles que 



THE 

la Théologie nous enleigne principalement, qui ont 
principalement Dieu pour objet. Virtutes Thcoiogicty 
fidesyfpes, chantas. On appelloit J^in Théologal, le 
meilleur vin , &: le plus délicat, à ce que dilent Erat- 
me &■ Henri Etienne; mais cela ne fe dit plus. 
THÉOLOGALE, f. f. Prébende d'une Eglife Cathédrale 
aftcdéc à un Dodeur, qui eft tenu de prêcher, ou 
d'enfcigner la Théologie. Prdbenda Théologales. A 
prélent les Théologales font de (impies dignités lans 
fonéFion, ni obligation d'enfeigner. 

TFIÉOI^GIE. f. f. Science qui donne la connoilFance de 
Dieu & des chofes divines, ou qui a Dieu & les choies 
qu'il a révélées pour objet. Theologia , rerum divina- 
rum fcicntia. La Théologie eft une fcience ou une doc- 
trine, qui nous enleigne ce que l'on doit penler de 
Dieu, & la manière dont il veut être Icrvi. La Théo- 
.logie naturelle eft la connoiftance que nous avons de 
Dieu par fes effets, & par les leules lumières de la 
nature. La Théologie fumaturelle eft celle que nous 
apprenons par la révélation. La Théologie pofitive eft 
la connoilFance de l'ÉCriture-Sainte, & l'explication 
fuivant le lentimentdes Pères & des Conciles, fans le 
fecours de l'argumentation. On prétend qu'il faudroit 
dire expo/itive , 5c non p:is pojitive. La Théologie mo- 
rale eft celle qui donne la connoilîance des loix divi- 
nes , pour régler les mœurs. La Théologie fcholajlique 
eft celle qui tire, parle raifonnement, pluiîeurs-con- 
noiftances des choies divines, fondées furies principes 
de la Foi. /^oye^ScHOLASTiQUE. Lombard obfcurcit 
fort-k Théologie par l'inutilité de plulieurs queftions 
dont il l'embairalFe. Le P. Rap. On appelle la Sacrée 
Faculté de Théologie j les Profeffeurs, Dodeurs & Ba- 
cheliers de Théologie. La Somme de Théologie eft un 
cours, ou un abrégé de toute la Théologie , comme 
celle de S. Thomas , de Bécan : Se on dit qu'un hom- 
me a fait fa Théologie, lorfqu'il a fait ion cours, ou 
qu'il a étudié le temps porté par les Réglemens, pour 
être admis aux degrés de Théologie. Le P. André 
Schiara, Italien , a fait une Théologie militaire en deux 
volumes in-folio. Theologia bellica. 

Théologie mystique. Theologia myflica. Voyez 
Mystique. 

§Cr Théologie , fe dit aufli en parlant de la fcience qui 
chez les anciens Païens avoit pour objet le Culte de 
leurs Dieux , & les chofes de leur Rehgion. La Théo- 
logie des P.aïens. 

Théologie, fe dit auffide laClalTeoù l'on enfeigne la 
Théologie. La Théologie eft ouverte. La Théologie. 
commence à neuf heures , & finit à onze. 

THÉOLOGIEN, f. m. Qui enfeigne la Théologie, qui 
l'étudié , ou qui écrit fur les matières de la Théo- 
logie. rAeo/c^^J.-Le premier à qui l'on a donné letirtip 
de Théologien par excellence, a été S. Jean l'Evangé- 
lifte,qui aété par-là diftingué des trois autres, fur-tout 
dans les troilième Se quatrième iiècles ; comme on 
voit dans Origène , Saint Cyrille & Saint Chryfof- 
tome. Le fécond a été Saint Grégoire de Nazianze, 
qu'on appelle le fécond , ou le jeune Théologien. 
On l'a donné aulB à quelques Dodeurs modernes , 
comme à un Anglois nommé Richard , Chanoine 
de Saint Vidor , & à Jean Taulere , qu'on a fur- 
nommé le Théologien illuminé , ainfi que dit Pof- 
fevin. 

Théologien, Écolier qui étudie enThéologie. Le petit 
Séminaire de Rouen en renferme deux; l'un pour les 
Théologiens , l'autre pour les Philofophes , les Rhéto- 
riciens'. Sec. Defcript Céogr. & Hijl. de la Haute- 
Norm. tom. 2.p. i zq. 

Les Poètes étoient les Théologiens du Paganilme. 

Il peut fe dire au féminin, en parlant d'une femme, 

ou d'une fille qui fauroit, ou qui prétendroit favoir la 

Théologie. Elle fait la Théologienne. Elle veut palier 

pour Théologienne. Àcad. Fr. 

THÉOLOGIQUE, adj. m. & f. Qui appartient à la Théo- 
logie. Theologicus. Ce Dodeur eft profond fur les 
inatièrcs théologiques. Cela neft pas de foi, ce n'eft 
qu'une opinion théologique. 

THÉOLOGIQUEMENT. adv. D'une manière thsolo- 



THE 

gique. Theologicè. Ce Prédicateur a prouve fa propo- 
firioii d'abord moralement , & puis théologique ment. 
Il n<^nifie aufïï à la manière des Théologiens , en ftyle 
de Théologien. Il commença à dire t/iéolo gique ment 
force fottifcs. Montesq. 

THÉOLOGISER. v. n. Parler des matières théologiques, 
en raifonner. Tout le monde Te mêle aujourd hui de 
parler des matières de Religion , jufqu'aux femmes : 
elles Ce mêlent de théologijer. Philippe Hecquet, Mé- 
decin , avoir dans fa jeunelfe luivi les Ecoles de Sor- 
bonne pendant deux ans. Il n'efl: donc pas étonnant 
qu'il fe loit mêlé de théologijer. Desfontaines , Ob- 
Jèrvat.Jur lesÉc.mod.to. 25. L'ufagedece motn'eft 
pas encore bien érabli. 

THÉOLOGIUM. f. m. On donn(^ir ce nom chez les 
Anciens à un lieu du Théâtre, élevé au-dellus de l'en- 
.droit où les Adteurs ordinaires paroillbicnt. C'étoit 
celui d'où les Dieux parloienti les machines fur lel- 
quellcs ils defcendoient , & d'où ils parloient. Theolo- 
gium. Il falloir un Théologium pourrepréfenterl'Ajax 
de Sophocle & l'HippoIyte d'Euripide. YoyezScaliger, 
Poct. L. J. C. 1. éc Gronovius fur V Hercules ^neus 
de Sophocle, Aél. V. v. 1940. Comme nous n'avons 
poinr de mor François qui réponde à ce mot Grec, on 
peut le retenir au moins dans les diflerrarions d'érudi- 
tion ; ailleurs on peut dire en général une machine. 

THÉOLOGUE. f. m. Théologien. Il ne peut fe dire 
qu'en parlant des Anciens. Les Théologuesh^^ûens. 
Eft.f. l. Hiérogly. t.i.p.16^. 

;«S>THÉOMANCE, ou THÉOMANTIE. f.f. Du Grec 
©£0«- , Dieu y & iz-Av-nic/. , divination. Divination qui le 
faifoit par l'infpirarion fuppofée de quelque Diviniré. 

THEOPASCHITE. f m. & f. Terme dHiftoire Eccléilaf- 
tique. NomdeSeéte. Theopajchita. Les Théopajchites , 
font des Hérétiques du cinquième fiècle, dont le chef fut 
Pierre le Foulon. Ils enfeignoient que toute la Triniré 
avoir fouftert à la Paffion de J.C. Des MoinesEutychiens 
deScythie embralïèrent cette héréfie ; & en faifanttous 
leurs efforts pour la faire valoir , ils excitèrent de 
grands troubles vers le commencement du iiècle fui- 
vanr. Dès fa naiilànce elle fut condamnée par les Con- 
ciles de Rome , & de Conftantinople tenus en 48 5 -, & 
comme cette hérélle renaifToit au neuvième fiècle , le 
Pape Nicolas I. la condamna encore dans un Concile de 
Rome de l'an 862. Voyei Baronius aux années mar- 
quées ci-deiîus, & les Notes duP.leQuien fur S. Jean 
Damafcène , T. I. p. 218. Not, i. Ce même Père, p. 
569. Not. dit qu'Apollinaire avoir enfeigné cette erreur 
avanr Pierre le Foulon , & que fes difciples font les pre- 
miers Théopathites , ou Théopafchites , & pour Jelquels 
ces noms furent faits. Jovet dit Théopafcites -, mais mal. 

THEOPHANIE. f. f. Nom que l'on a donné autrefois à 
l'Epiphanie, ou à la fête des Rois. Theophania. On di- 
foit autrefois en France par corruption Tiphaine. 
Voyei ce mot. C'eft le jour auquel J. C. fe manifefta 
aux Gentils. On l'a auffi appelée Théoptie. 

Il y a une belle homélie de S. Hippolyte , fur la 
Théophanie , c'eft-à-dire , la préfence de Dieu parmi 
les hommes, déclarée par fon incarnation. D.Ceillier. 

THEOPHANIES f f. pi. C'étoit une fête payenne qui le 
célébroir autrefois à Delphes, comme nous l'apprenons 
d'Hérodote , L. I. 

On la célébroir en mémoire de la première appari- 
tion d'Apollon à Delphes. 

Ces mots viennent de ©=of. Dieu, 8c(ç».ha, j'appa- 
rais ^ je manifejie. 

«CS'THEOPHRASTE , ancien Philofophe , difciple de 
Platon, puis d'Ariftote , connu par plufieurs ouvrages, 
fur-tout par celui qui eft intitulé les Caractères, chef- 
d'œuvre dans fon genre. Le nom de Théophrafte (ïgni- 
lîe homme dont le langage eft divin. 

M. de la Bruyère eft ibuvent appelé le Théophrafte 
moderne. 

THEOPTIE. f. f. Terme de Mythologie. C'eR la même 
chofe que Théophanie , qui fignifie l'apparition des 
Dieux. 

Les Payens étoient perfuadés, que les Dieux fe 
manifeftoient quelquefois , & apparoiftbient à quelques 
perfojuies , & que cela arrivoit ordinairement aux 



THE 



13 



jours où l'on célébroir quelque fête en leur honneur. 
Cicéron , Plutarque , Arnobe & Dion Chi^foftôme 
font mention de ces fortes d'apparitions. M. l'Abbé 
Bannier prétend que les Payens avoienr emprunté 
leur Théoptie de l'apparition de Dieu à Jacob -, ou de 
celle qui atriva à Moïfe au mont Sinaï, où il vit Dieu 
face à foce. 

Ce mot vient de 0;àf, Dieu, Se o'j-Ioucij, je vois. 

THEORBE. Voyei Tuorbe. 

THEORE. 1. m. C'eft la même chofe que Déliafte. 
Vbyei ce nom, & au mot Délies. C'étoienr les Dé- 
putés qu'Athènes envoyoit tous les ans à Délos. On 
les nommoit Théores.- c'eft-à-dire. Voyants ^ parce 
qu'ils alloicnr là^ pour affifter au nom de la Répu- 
blique, au lacrifice qu'elle y oftroit. Theorus. Et le na- 
vire qui les portoit s'appeloit Théoride j ou Délidde. 
Theoris , Délias. 

THEOREME, f m. Propofition qui énonce & démontre 
une vérité , démontrée & déteiminée, ou vérité, qui 
s'arrête à la fpéculation , & dans laquelle , on confidere 
les propriétés des choies toutes fanes.Theorema ,pro- 
nuntiatum. Par oppofition à problème , qui y ajoute la 
pratique & la conftrudion. La Géométrie le diftribue 
en théorèmes & problêmes. Fôje:^PoRiSME. 

■S^THEORETIQUE. adj. Synonyme avec théorique, 
qui à rapport la théorie , qui fe borne à la Ipécula- 
tion. Il eft oppofé àpratique. P^yq Théorique. On a 
particulièrement donné ce nom à une ancienne fedt 
de Médecins. Theoreticus , a. Les Médecins que Pon 
appeloit Théorétiques , étoient ceux qui confidéroicnt , 
& qui étudioient foigneufement ce qui fait la fanté , 
ou la maladie, les principes du corps humain , toutes 
fes parties & leur ftrudture , leurs acBons , leur ufage, 
tout ce qui lui arrive naturellement , ou contre l'a 
nature •, les différences des maladies , leur ciïence , 
leurs caufes , leurs fignes ou indications , &c. Ce mot 
a la même étymologie que les précédens & les fuivans. 

THEORÊTRE. f. m. Terme d'Antiquaire. On donnoic 
autrefois ce nom à Athènes , aux préi'ens qu'on fai- 
ioit aux jeunes filles prêtes à fe marier , lorfqu'elles 
fe montroient la première fois en public & qu'elles 
ôtoient leur voile. Theoretrum. On les appeloit encore 
O^teres, Anacolypteres & Prophtengteres , parce que 
l'époux futur voyoit alors fa future époufe , & lui 
parloir pour la première fois. Scaliger , dans la Poé- 
tique, L. III. C. ICI. dit que c'étoit les préfens que 
l'on faifoit à la nouvelle mariée , lorfqu'elle étpit me- 
née au lit nuptial. 

Ce mot vient du Grec ^sopsai je vois. 

THEORIE, f. f. Science qui s'arrête à la fpéculation 
d'un objet fans la pratique -, confidération , contempla- 
tion , connoillànce qui s'arrêreà la fimple fpéculation 
fans paffèr à la pratique.' Theoria , contemplatio _, inj- 
peclio. Pour être véritablement favant, il faut joindre 
à la pratique la théorie. Il y a plufieurs machines qui 
font belles dans la théorie , qui ne réullîilènt point 
dans la prarique. Les Doéteurs de Morale s'en rien- 
nent d'ordinaire à la théorie , & ne defcendent point 
à la pratique. S. Evr. Les erreurs de l'efprir font 
des péchés de théorie , que Dieu ne punit pas à la 
rigueur. 

On appelle Théorie des Planètes, la fcience qui ap- 
prend à connoître & à calculer leurs mouveraens , leur 
diftance , à expliquer leurs phénomènes , leurs appa- 
rences. 

THEORIEN. adj. m. Appollon avoir un temple à Troe- 
zène, fous ce nom qui vient du verbe Biuw.a je vois.- 
ce nom convient fort à Apollon , confidéré comme le 
foleil. C'étoit le plus ancien temple de cette ville , il 
fut rétabli & décoré par le fage Pirhée. 

THEORIQUE, adj. m. & f. Qui regarde la théorie. 

- Theoricus , fpeculativus. Les fciences le divifent en 
théoriques, qui s'arrêtenr à la conremplation , comme la 
Théologie; & en pratiques , qui fe réduifenr en œu- 
vres , comme la Médecine. 

On appeloit anciennement à Athènes , argent théori~ 
que, les levées qu'on faifoit (ur le peuple pour les 
dépenfes des reprelentations de théâtre & des autres 
fpcdacles. Il y avoir des Quefteurs ou Tréforiers de 



14 



THE 



l'argent thfcrique. Par iwie loi d'EubuKis , c'ctoit un 
crime capital de détourner à d'autres ulagcs l'argent 
théorique , & même de l'employer aux befoins de la 
guerre , quand on l'avoir. Voye\ le commenraire de 
Samuel Petir , fur les Loix Attiques , L. III. Tit. II. 
& Franc. RoUxus, Archœolog. AtticœL. IL C. g. 
THORIQUE. f. f. Quelques-uns fe font fervi de ce 
mot, au lieu de celui de Tiiéoric. Il ell: un fiyle , 
qui ne s'alfujettit pas fervilement à la tyrannie de 
l'arr , ni aux préceptes de la théorique. Ogiek. 
THEOPvIQUEMENT. adv. D'une manière théorique. 

Traiter une matière théoriquement. 
THEOSOPHE, Qui fait la i îiéojogie , qui a une grande 
connoilfance des chofes divines. Le Roi Robert , Se- 
cond Roi de la troiiîème race , efl: furnommé Théojo- 
phe par Hugues de Flavigni , j}age 5. & 184. Befly 
rapporte une charte datée de l'année 1099. & du règne 
de Robert le Théojophe. C'eft un mot Grec compoié 
de, &io{ Dieu, & de crocpof, J'age , J'avant. On trouve 
ce mot dans quelques Ecrivains Ecclcliaftiques. 
THEOTISQUE, ou Thiois,ou Tudesque. adj. qui fe 
dit de l'ancienne langue Teutonique ou Franquc. Un 
Pieaucier Thiois , ou Théotijque. Hift. de l'Egl. de 
Me aux ^ tom. i. fag. 78. La langue que nous ap 
pelions Tudejque ou Teutonique. Dejcript. Géogr. & 
Hift. de la Haute-Norm. tom. i. pag. 54. 
THEOURGIE. f f. Vbyei Thjéurgie. Car c'eft ainfi 
qu'il faut dire , de mcme que nous diibns Thauma- 
turge , & non pas Thaumatourge ■■, Uranie , & non 
pas Ouranie •, Mufée, & non pas Moulée-, Eunuque, 
& non pas Eunouque i Chirurgie & Chirurgien, Se 
non pas Chirourgie & Chirourgien •, Liturgie, & non 
pas Litourgie , &c. quoiqu'originairement tous ces 
mots aient un « Grec, aulli-bien que Théurgie. 
THEOXENIEN , enne. adj. m. & f. li y avoir à Pel- 
lène en Achaïe , ielon Paufanias , un temple d'Apol- 
lon furnommé Théoxénien , où le Dieu étoit en 
bronze. On y célébroit des jeux en fon honneur , 
dont le prix étoit une fomme d'argent -, mais il n'y 
avoit que les citoyens de Pellcne qui fulîènt reçus à 
les difputcr. Ces jeux fe nommoient Théoxeniens. 
THEOXENIES. f. f. pi. C'étoit un jour folennel , où 
l'on facrifioit aux Dieux étrangers, ©so^-éi-/*. Cette 
fête avoit été inftituée par les Diolcures , Caft©r & 
Pollux. On Y faifoit des jeux , où le prix du vain- 
queur étoit une vefte appelée Cœlœna. Cette fête 
étoit célébrée à Athènes & à Delphes , Ielon le té- 
moignage d' Athénée. L. 9. C 3. 
tSâ^'THER, Théo, ou Theol. Rivière de France dans le 
Berri , Elcdion d'll]oudun. Elle prend la Iburce dans 
un lieu nommé Fontheols à 4 lieues d'Klbudun , le 
■joint à la petite rivière de Tournemine ; & va fe jet- 
ter dans l'Anion. 
THERAPEUTE, f m. Eli un mor Grec qui lignifie 
ferviieur , appliqué plus particulièrement & unique- 
ment à fervir Dieu. On nommoit Thérapeutes en 
Grec , ceux qui s'appliquoient à la vie contemplative ; 
foit à caufe du foin qu'ils prenoient de leurs âmes , 
foit à caufe qu'ils lervoient Dieu d'une manière par- 
ticulière : car Ûsfocjsis/? , d'où vient Thérapeute , li- 
gnifie le foin qu'un Médecin prend d'un malade qu'il 
traite , & iervir , êtie au fervice de quelqu'un. 

Philon , dans fon L. I. de la Vie contemplative , 
rappoite qu'il y avoit près d'Alexandrie, des gens qui 
renonçoient à tous leurs biens , & à leurs parens ; 
qu'après s'être déchargés de rous les loins des chofes 
temporelles , ils quittoient la ville , & fe reriroient à 
la campagne dans des heux folitaires •, qu'ils avoienr 
chacun un lieu féparé qu'ils appelloient femnée , ou 
monaftère ■, qu'ils y vaquoient leuls aux exercices de 
la prière & de la contemplation -, qu'ils y étoicnt con- 
tinuellement en la préfence de Dieu -, qu'ils faifoient 
oraifon deux fois le jour , le matin & le foit -, qu'ils 
pallbient le refte du tems à la leduie de l'Ectiture- 
fainre -, qu'ils ne porroient dans leur femnée rien au- 
tre chofe , que les livres de Moïfe , les oracles des 
Prophères , les hymnes , c'eft-à-dire , les pieaumes , & 
d'autres fcmblables livres capables d'augmenter la 
fcience & la piété ■-, qu'ils en cherchoient les fens myf- 



THE 

tiques <?-: allégoriques , perfuadés que ce n'étoientque 
des figures qui cachent des myfteres , qu'il faut dé- 
couvrir •, qu'ils avoient des livres que leur avoient 
laides les Auteurs de leur fede , & qui confïftoient 
en explications allégotiques qu'ils imitoient •, qu'ils 
ne prenoient rien qu'après le foleil couché i que quel- 
ques-uns même palloient des trois, & quelquefois des 
fix jours , fans manger. Ils fe contentoient d'un peu 
de pain, qu'ils allaifonnoient feulement de fel , ou 
tout au plus d'hyllôpe , & ne buvoient que de l'eau. 
Le fcptième jour ils s'allembloient tous dans un grand 
femnée , pour y aiïifter à des conférences , &; y par- 
ticiper aux faints myftetes. 

Les Thérapeutes Chrétiens , fur-tout les Moines 
d'Orient, n'ont p^as cédé à ces Moines du Judaïfme. 
ObJ. Jiir les Ecr. mod. ta. 24. pag. 121. 

Il y a deux queftions à faire lut ces Thérapeute^ ; 
1°. S'ils étoient Juifs ou Chrériens j 2°. s'ils étoient 
limples Chrériens , ou fi c'étoient des Moines. Sur la 
première Scaliger , De Emend. temp. L. VI. a pré- 
tendu que c'étoient des Juifs Elféniens. Henri Valois, 
dans les Notes iur Eusèbe _, rejette !e fentiment de 
Scaliger. 1°. Parce que Philon n'appelle jamais les 
Thérapeutes EflTéniens. 2°. Parce qu'il n'y avoit des 
EfTénicns que dans la Terre-fainte , au lieu que les 
Thérapeutes , luivant Philon , étoient répandus dans 
la Grèce & dans tous les pays barbares , mais fur-tout 
en Egypte. 3°. Parce que Jofephe , qui parle tort 
exaèfement des Efléniens , ne dit pas un mot des 
Thérapeutes, ou de la vie Thétapeutique. 4". Parce 
qu'il y a dans ce que rapporte Philon , des chofes 
pofitivement contraires aux obfervances des ElTéniens, 
comme d'abandonner tout à leurs parens , & ce qu'il 
dit femmes Thérapeutes. 

Mais Valois croit qu'ils étoient Juifs. Photius eft 
auffi de ce ieiitiment dans fa Bibliothèque, Cap. 103. 
La principale raifon, dir Valois, c'eft que Philon dit 
qu ils ne liloient que la loi & les Prophètes. 2° Qu'ils 
avoient des livres de leurs premiers Fondateurs -, com- 
ment cela peut-il convenir aux Chrétiens , qui ne fai- 
loient que de naîtie î 3° Ils ne ptioient que deux fois 
le jour, & les Chrétiens encote à Tierce , à Sexte, à 
None. 4" Les Chrétiens n'avoient point encore de 
Cantiques , ni d'Hymnes *, ils n'en compoferent qu'a- 
près le temps des Antonins. 5^^ Enfin les Chrériens ne 
pouvoicnt encore être répandus dans tout le monde. 

Cependant Eulèbe, i.J/. Hift.Eccl. C. ij. S.Jé- 
rôme , Sozomène, Nicéphore, L.IÎ. Hift. Eccl. C.zff. 
Baronius , le P. Pétau , à l'an 64 de J. C. Godeau , le 
P. Montfaucon dans les Obfervations fur la Traduc- 
tion du livre de Philon qu'il imprima en 1709, lou- 
tiennent qu'ils étoient Chrériens-, que lî on ne leur en 
donne pas le nom, c'eft qu'ils ne le porroient point 
encore par-tout -, que rien n'eft plus conforme aux 
pratiques de l'éghfe, que ce que dit Philon-, que ces 
livres lont les Evangiles , les autres Ecrirs des Apôtres, 
qu'on y voir les Evcques qui préfident, & gouvernent 
les Egiifes, & les autres Miniftres des Autels. 

M. Bouhier Préfident au Parlemenr de Dijon , a ré- 
futé ce fentiment. i" Patce qu'il n'eft pas vraifem- 
biable que Philon, Juif comme il étoit, ait écrit un 
Livre exprès à la louange des Chrériens. 2° Que l'an 
68 de J. C. les Chrétiens fulïent répandus dans rout 
le monde. 5" Qu'ils piatiquailent les obfctvances Ju- 
daïques , que Philon attiibue aux Thérapeutes. 

Quelques Auteurs , comme Caffien, le P. Hélyot , 
ë:c. loutiennent que non-feulement ils étoient Chré- 
tiens , mais qu'ils étoient Moines , & M. le Préfident 
Bouhier convient que quand on dit qu'ils étoient 
Chrétiens , il faut convenir qu'ils étoient Moines-, il 
répond à ce que le P. Montfaucon avoit dit , que des 
Moines n'auroient pas eu des femmes avec eux , que 
les Apôtres même fe laillbient fuivre & accompagner 
dans leurs voyages par des femmes , fafisque l'on en 
fut fcandalifé ; qu'il en pouvoit être de même de ces 
premiers Moines. Quanr à ce que dit M. Bouhier, que 
Philon n'a point écrit un panégytique desChrétiens; 
on lui répond que c'étoient des gens de fa nation, 
des Juifs , comme il le dit lui-même-, qu'il ne les te- 



THE 



gardoic que comme une fede de Juifs , qui par leur 
venu faiibient honneur à la nation. Ces livres des 
Anciens, font peut-être quelques Livres de l'Ecriture, 
que les Juifs n'avoient point dans leur Canon , comme 
rEccléliaftique , laSagelIe, &:c. avec les ouvrages des 
Apôtres 5 que cela luftit pour qu'il ait pu dire, qu'ils 
avoient des ouvrages des anciens Auteurs, quiavoient 
mené le mcme genre de vie •, que les Hymnes , dont 
il parle, font les Pfeaumes de David; que Valois ne 
prouve point qu'on n'ait fait des Hymnes qu'après les 
Antonins ; que celles des Thérapeutes ne fe répan- 
dirent point, qu'elles n'étoient qu'à leur ufage parti- 
culier ; qu'ainii au hècle fuivant on put en faire pour 
les Eglifes publiques; & qu'enfin c'cft un grand pré 
iugé pour le Chriftianifme des Thérapeutes , que le 
ientiment des Pères que nous avons cités , & qui ne 
croyoient pas qu'on pût en douter. Il eft vrai que 
S. Epiphane donne à ces Thérapeutes j Héréf XXIX. 
le nom des Jeiléens , & non pas d'Efléniens, comme 
dit le P. Hélyot; mais outre qu'il y a bien de la dif- 
férence entre les Jefléens, &E(réniens, S. Epiphane 
rapporte lui-même en deux endroits des raifons & 
des étymologies de ce nom , qui montrent bien 
quelle diftérence il mettoit entre ces Jeiléens, qu'il dit 
politivement être Chrétiens , & les Juifs Elléniens. 

■ 'Cependant il faut convenir avec le P. Pétau , dans fcs 

Animadverfions lur S. Epiphane , p. 54, que Philon 
appelle les Thérapeutes Elléniens , &: non pas Jeiléens ; 

■ mais ce favant homme a fort bien rembarqué , qu'il fe 
peut très-bien faire , qu'y ayant en Egypte , avant ie 
Chriftianifme , des Elléniens qui menoient la vie que 
Philon décrit dans le Livre précédent, & qui étoient 
ceux de tous les Juifs qui avoient le plus de répu- 
tation de fainteté •, comme leurs mœurs & leur ma- 
nière de vivre croient allez femblables à celles de> 
Chrétiens, lorfque S.Marc eut établi le Chriftianifme 
à Alexandrie, on y appela ces premiers Chrétiens, Ellé- 
niens : car ces Chrétiens d'abord étant tons Juifs, me- 
nant à peu près la vie des Elléniens -, &: prelque tous 
les Elléniens s'étant faits Chrétiens , n'étoit-il pas tout 
naturel de leur donner le nom d'ElTéniensI? C'ellainli 
que longtemps même après, les Grecs & les Romains 
donnoient aux Chrétiens le nom de Juifs. Il eft donc 
très- probable que les Thérapeutes étoient Chrétiens. 

Voye:^ encore Sérarius, Trihœref. L. III. Maisiln'eft 
point nécelTaire d'aller plus loin , & d'en faire des 
Moine:. « 

THERAPEUTIQUE, f. f. Partie de la Médecine , qui 
s'occupe à chercher les remèdes pour les maladies , & 
à les bien appliquer pour les guérir. La Thérapeutique 
fe divife en diète, chirurgie, & pharmacie. 

Ce mot eft Grec , & \ient de ^ifA-Trivay traiter un 
malade. 

.TkérapBv'tique, s'eft dit aufïï figurément de l'elprit, 
& des difco'jrs faits pour le guérir, ou pour le corri- 
ger de fes erreurs & de fes pallions. Telle eft la Thé- 
rapeutique deThéodorct, ou Traité contre les erreurs 
des Grecs , c'eft-à-dire , des Payens. Le P. Mourgues 
Jéfuite a traduit la Thérapeutique de Théodoret dans 
fon Plan Théologique des fedes favantes de la Grèce. 

Thérapiutique, eft aulîi un adj. m.& f. Therapeuticus. 
Qui concerne les Thérapeutes. Mener la vie Thérapeu- 
tique. 

THERAPEUTRIDE. f f. Femme Thérapeute , qui fuit 
la vie des Thérapeutes. Therapeutris. Philon, & après 
lui Eufèbe & Nicéphore , donnent ce nom aux femmes 
qui étoient avec les Thérapeutes , & qui vivoient 
comme eux, c'eft-à-dire, aux premières Chrétiennes 
d'Alexandrie en Egypte. V6ye[ Thérapeute. 
Ce mot vient da Grec ^i^a.-Tnvuv guérir. 

THERAPHIM. f m. & pi. Mot Hébreu qui fe trouve 
treize ou quatorze lois dans l'Ecriture , &: que l'on 
interprète communément par Idoles. Les Rabbins ne 
difenr pas fimplcment, que ce fullènt des Idoles, mais, 
comme parle R. David Kimhhi , c'éroient des images 
pour la connoillance de l'avenir-, c'eft- à-dire, des Ora- 
cles , des Idoles par le moyen dcfquelles on croyoit 
connoître l'avenir. R. David de Pomis dit de plus 
qu'on les nommoit Théraphim j de TSSi'iyraphah, cef- 



THE ij 

fer, parce qu'on quittoit tout pour les confulter. Il 
ajoute que les Théraphim avoient la figure humaine j 
& que quand elles avoient été drellées & érigées , 
fous certaines conftellations , elles parloient à certaines 
heures, & par l'influence des corps céleftes dont elles 
étoient capables , & qu'elles recevoient. C'eft une fable 
Rabbinique qu'il a prife d'Aben-ezra. D'autres difent 
que c'étoient des inftrumens d'airain, qui marquoienr 
les heures, les parties des heures, & les événemens 
futurs , félon que les aftres marquoient. De Pomis 
corrige Abenezra, en difant dans fon Interprétation 
Italienne, que les Théraphim étant faits fous certaine 
conftellarion , le Démon les faifoit parier fous cette 
confteiiation. Il ajoute encore que les Théraphim que 
Michol mit dans le lit de David , n'éroient point de 
cette efpcce , puifqu'ils n'avoicnt point la figute 
d'homme. R. Eliézer , dans les Pérakim, ou Chapi- 
tres , nous apprend , Chap. XXXVI. pourquoi les 
Rabbins veulent que les Théraphim parlallent & ren- 
dillent des Oracles ■■, c'eft, dit-il, parce qu'il eft écrit 
dans le Prophète Zacharie , X. i. Les Théraphim 
difent des chojes vaines. Le même Rabbin dit au 
même endroit , que pour faire les Théraphim , Ton 
tuoit un enfant premier né , qu'on lui fendoir la tête , 
& qu'on la faupoudroit de Ici &-d'huile j que l'on 
écrivoit fur une lame d'or le nom d'unefprit immonde, 
& qu'on le mettoit fous la langue du mort. L'on pla- 
çoit cette tête à la muraille ; on allumoit devant des 
lampes ; on la prioir, & elle parloir avec eux. Quoi 
qu'il en foit, outre le partage de Zacharie que nous 
rapporte R. Elizéer , il paroît encore par Ezéchiel XXL 
11. que les Théraphim étoient confultés comme, les 
Oracles. Vorftius, dans fes Notes fur les Pérakimde. 
R. Eliézer, croit contre le fentiment de David de Po- 
mis , que les Théraphim de Michol avoient la figure 
humaine ; il le prouve même , parce qu'en général 
tous les Théraphim i'avoient , fuivant l'opinion de R. 
Aben-ezra. Quant à la manière dont ce Rabbin dit 
qu'on l^ifoit les Théraphim , il croit que ce font de 
vaines traditions de Rabbins, quoique R. Tanchuma 
& Jonathan dans fon Targum , Gen. XXXI. 19. le 
rapportent, aprcs R. Eliézer; & il ne peut fe perfua- 
der que Laban, qui n'avoir pas perdu toute connoif- 
fance du vrai Dieu , comme il paroîr dans la Genèfe 
XXXI. 53.^ ait commis une pareille cruauté; mais 
Vorsftius n'a pas fait attention que cette coutume , 
pour n'être pas encore établie du temps de Laban , 
pourroit n'en être pas moins vraie, & que les Hébreux 
ont brûlé quelquefois leurs enfans devant Moloch. 
Le P. Kirker a cru que l'origine des Théraphim devoir 
fe chercher en Egypre, & que ce mot étoit Egyptien, 
Spencer ^ dans fa Diflertation fur les Urim & Thum- 
mim , foutient que ce mot eft Chaldéen : & que c'eft 
la même chofe que Séraphim , les Chaîdéens ayant 
changé en bien des mots le ty en n , c'eft-à-dire , Xf 
en t. Il prétend que ces figures venoienr des Amor- 
rhéens , des Chaîdéens ou Syriens ; il ajoute que le 
Sérapis des Egyptiens, eft la même chofe que les Thé- 
raphim desChaidcens. Pôje:[auffiSeldénus, DeDiis 
Syriis , Synt. I. C. x. 
THERANPE,'ou BROBOLIZA. Noms propres de lieu. 
C'eft la place de l'ancienne Théramne, ou Thalame, 
ville de la Laconie. On trouve certe place dans la Za- 
conie , en Morée , à quelques lieues de Milîira , vers 
le midi occidental. Maty, 
THERARQUE. f. m. Dans la Milice des anciens Grecs 
on appeloit Thérarque, Terarchus , celui qui comman- 
doit deux Eléphans ; Zoarque , celui qui n'en comman- 
doit qu'un ; Epithérarque , celui qui en commandoit 
quatre; Ilarque, celui qui en commandoit huit; pour 
feize , Eiépi^antarque; & Kératarque pour trente-deuix. 
Vbyei Elien dans fes Taéliques, C. 22. 
«^ 1 HEREIN , THARAIN , ou TEREIN , en latin 
TARA. Rivière de France dans le Beauvoifis , où elle 
a deux fources. Elle fe rend dans l'Oife un peu au- 
dellous de Croil. 
THERESE. Nom de femme. Therejïa. Sainre Thérèfe, 
Fondatrice des Carmélites Décîiauilées tk des Carmes 
Déchaullés , naquit à Avila en Caftille le 1 2 Mars 1515? 



t^ 



THE 



THE 



& mourut à Albe en i582> Les Ouvrages ae Sainte 
Thérê/è comprennent des Traités de Ipiritualite , des 
Lettres , & la vie écrite par elle-même par l'ordre de 
fon ConfclTeiir. Mane-Thérèjè Reine de France , epoule 
de Louis le Grand. 
THERIACAL, ale. adj. (^ui appartient a la thénaque, 

ou qui en a les propriétés. T/ieriacahs. 
THERLAQUE. f. f. Quelques Auteurs , comme le Père 
" Rapin , le font mafculin ; mais l'Académie , avec tous 
les .Médecins & tous les Apothicaires le font féminin. 
Theriaca-. Luth&iaque eftunnom que les Anciens ont 
■donné à divérfes compofitions , qu'ils croient propres 
contre les poifons. Mais on le donne d'ordinaire à une 
efpcce d'opiate , ou d'éleéluaire mou , compolé d'un 
grand nombre d'ingrédiens , & dont la baie ou le 
principal folidement , eft la chair de vipère. Andro- 
rnaque le père. Médecin de l'Empereur Néron en eft 
l'inventeur i il en fit la defcription en vers élégiaques. 
Son fils Andromaque la fit en profe , & Démocrate 
en vers iambiques. La thériaque eft propre contre la 
morfure des betes venimeules , contre la colique ven- 
teufe & contre les vers ; on s'en fert aufli pour les 
fièvres ititermirtcntes & pour les cours de ventre. 
On n'eftimoit autrefois que la Thériaque de Venife -, 
& encore aujourd'hui bien des gens confervent pour 
elle l'ancienne prévention. Mais celle que font nos 
Apothicaires de Paris , s'ills joignent beaucoup de pro- 
bité à une grande connoiflance de leur art, n'eft cer- 
tainement point inférieure à celle de Venife. Ou doit 
fur-tout porter ce jugement de celle qui eft composée 
fous les yeux des Magiftrats de la Police , & à la vue 
du public. 

On fait auflî beaucoup de cas de celle de Montpel- 
lier, que les Apothicaires de cette ville compofent 
TOUS les ans en public, en préfence de quelques Pro- 
fefteurs de TUniverfité. Mais elle arrive fouvent fo- 
phiftiquée , à moins qu'elle ne palle par des mains 
bien fûtes. Moïfe Charras a fait un traité particulier 
-de la thériaque. Les Charlatans & les Saltinbanques 
ont fort décrié la thériaque , jufques-là qu'on a appelé 
"proverbialeiTient tous les Charlatans, Vendeùis de 
-thériaque , & par abréviation , Triacleurs. 

Il y a une efpèce de thériaque qu'on nomme diatej- 
faro/ijk caufe qu'elle eft compofée feulement de qua- 
tre ingrédiens. Theriaca diateffaron. Les autres en 
ont bien davantage. Il y a en Italie , & fur - tout 
en la Pouille, des vendeurs de thériaque qui fe van- 
tent d'être iflus de la race de S. Paul , & qui peu- 
vent être iiliis de ces fameux Maries leurs voifins, 
qui étoient en règne plus de mille ans avant S.Paul. 
Ils manient des l'erpens fans danger , après avoir graifté 
leurs mains d'un onguent, où il entre de l'huile de la 
graine de raifort fauvage , du jus de racine ferpen- 
taire , d'aphrodilJes , de cervelle de lièvre , de feuil- 
les de favinier , de graine de laurier, &c. Nicander, 
en fon Traité des thériaques , donne auffi la corapo- 
lition d'un onguent , qui empêche d'être mordu par 
les ferpens. 
Thériaque des Métaux. Terme de Philofophie her- 
métique. C'eft une certaine préparation de mercure. 
DicT. Herm. 
Thériaque des Philosophes. Terme de Philofophie 
hermétique. C'eft le mercure hermétique , ou l'élixir 
parfait au rouge. 
THERION Minérale. Terme de Philofophie hermé- 
tique. C'eft le Mercure commun. DicT. Herm. ©«pw, 
diminutif de Oxp , fignifie une béte , & une vipère en 
particulier- Ainfi thérion minérale eft la même chofe 
que vipère minérale. 
THERISTRE. f m. Nom d'un vêtement des Anciens. 
Theriftrum. C'étoit l'habit qui fe mettoit immédiate- 
ment fur la chair , comme la chemife aujourd'hui. 
Voye^ CœliusRhodiginus , Antiq. Leâion. XIII. C.6. 
où il a traité du thériftre. Il dit encore que le thérijîre 
étoit l'habit d'été, un vêtement fort léger, que les 
honnêtes femmes portoient par-dellus leurs autres ha- 
bits j mais que les femmes débauchées portoient lur 
^ peau immédiatement , & feul fans autre habit par- 



deiïûs. Voyei Licetus , De Lucernis Veter. L. VI. 
C. 63. & Anfelin , Solerius , De Fdeo , Jeci. 6. 
THERITAS. f. m. Il y avoit à Thérapné un temple de 
Mars Theritas , ainfi nommé deThéro^ nourrice de 
Mars, ou , ielon Paufanias , du niot 9«pa, qui fignifie 
la Chajfe , pour faire entendre qu'un guerrier doit 
avoir l'air terrible dans les combats. La ftatue de Mars 
Theritas avoit été apportée de Colchos , par Caftor 
& Pollux. 
THERMAL j ale. adj. Terme deNaturalifte & de Mé- 
decine , qui le dit des eaux minérales qui font chaudes, 
& qu'on appelle pour cela des eaux thermales. Ther- 
malis j e. Les eaux de Bourbon font des eaux ther- 
males. 
THERMANTIQUE. adj. m. &:f. Vieux mot. Qui réfout 
en échautlant. Telle eft l'herbe chryfocolla. Borel. H 
faut écrire ihermantique ; lie non pas termantique , 
comme Borel. 

Ce mot eft Grec , Oiip/^etvT/jtos- , calefaciens , qui 
échaufie •■, du verbe ^itt^Mim , j'échauffe , dont U 
racine eft àifa, qui lignifie la même choie. 
THERMES, f. m. pi. Bâtimens qui chez les Anciens 
étoient deftinés à le baigner. Therma, balnea calida. 
Le linge n'étant point en ufage chez les Romains , 
ils avoient befoin de fe baigner louvent : aull^lesbains 
étoient-ils fort communs à Rome -, le ieul Agrippa en 
fit conftruire 170 pour le public, & fous les premiers 
Empereurs on en comptoit jufqu'à 800. Il y en avoit 
12 très-magnifiques-, entre lefquels on diftinguoit fur- 
tout celui d'Alexandre-Sévere , celui de Tite , & de 
Caracalla. Dicl. de Peint. Ù d'Arch. 

Parmi les illuftres monumens de l'ancienne Rome,' 
on a mis les thermes de Dioclétien. On voit encore 
à Paris le lieu où étoient les thermes 'de l'Empereur 
Julien l'Apoftat , à ce qu'on prétend. 

Valois croit que c'eft le Palais des Thermes que nos 
Rois avoient à Paris •, mais le Père Germain , dans fa 
Dillértaiion fur les Palais des Rois , inférée dans la 
Diplomatique du Peie Ma^il^lo". , & Du C^<'-%<c , difenc 
que le Palads des Thermes étoit dans le lieu appelé 
aujourd'hui la place Dauphine. Il y a encore beaucoup 
de thermes en Guyenne. A Acqs de laSénéchaulïéede 
Bayonne , près du Béarn , y mettant un œuf & le re- 
tirant fur le champ , il eft cuit •, & un chapon , le reti- 
rant incontinent de peur qu'il ne fe cuife , on le peut 
aifément plumer. On n'y fauroit endurer le doigt. 
Scaligeran^. 

Au refte b-fiJ.of, enGxecfignidechaud. Les thermes 
étoient des bains chauds, des bains d'eaux chaudes. 
THERMOMÈTRE, f m. Inftrument qui fert à connoître 
la température d'un lieu , à indiquer les variatioiïs qui 
arrivent dans i'athmolphère par rapport à la chaleur 
& au froid , par le moyen de la liqueur enfermée de- 
dans , qui monte ou qui defcend par la dilatation ou 
la condenfation dont elle eft fuiceptible. Thermome- 
trum. Il eft compoié d'un tuyau de verre fort délié, 
à 1 extrémité duquel il y a une boule , pleine d'une 
liqueur colorée, laquelle monte, ou delcend dans le 
tuyau , fuivant que l'air qui y refte enfermé , fe raré- 
fie , ou fe condenle •, & on connoit les degrés de cette 
chaleur, ou froideur, par des divihons qui font mar- 
quées lur une platine lur laquelle on pofe le tuyau. 
Cette liqueur eft de l'elprit de vin coloré avec du 
Tournelol. 

Il y a deux fortes de thermomètres. Les uns font 
ouvetts par le bout d'enbas, comme les baromètres; 
l'autre bout eft fermé hermétiquement, & le termine 
par une petite boule-, la liqueur y monte, quand il 
fait froid, & defcend quand il fait chaud. D'autres 
font fcellés hermétiquement par les deux bouts ■■, celui 
d'enbas eft terminé par une boule, ou fiole, dans la- 
quelle eft renfermée la liqueur ; la liqueur y monte , 
quand il fait chaud. Se defcend, quand il fait froid. 
Il n'eft pas difficile d'en appercevoir la railon phylique. 
La chaleur dilate, & le froid condenle la liqueur. Elle 
doit donc d'autant plus monter, que le temps eft plus 
chaud , & d'autant plus defcendre , que le temps eft 
plus froid. Quelques-uns attribuent l'invention du 
thermomètre à Robert Flud i & les autres à Drébel , 

payfaiï 



THE 

payfan de Nord-Hollande , qui fut appelé par le Ro5 
Jacques. On lui attribue aulu l'invention du microf- 
copc. 

Ce mot a été fait du Grec par les Modernes. Il eft 
compofc de ^'-f^-oç , calor j chaleur, & de y.i7tiïy , 
metior , melurer. 

Les thermomètres de l'Obrervatoire , qui font enfon- 
cés fous terre plus de quatorze toifes , n'ont point 
marqué un autre degré en hiver qu'en été , lorfqu'on 
trou voit l'air fort chaud en y deicendant. De même 
ceux qu'on a portés dans l'île deCîtyenne, à deux 
degrés de la Ligne , n'ont point monté à un plus haut 
degré en ce pays-là , qu'ils ne font ici, comme témoi- 
gne M. Perrault Médecin. 

Ce mot fe dit auffi au figuré. La fatyre eft le ther- 
momètre de la raifon. P. Com. Menjura. 
THERMOPOLE. f. m. Thermopolium. C'étoit chez les 
Anciens une efpèce de, cabaret où l'on vendoit des 
liqueurs douces & chaudes. Piriicus le prouve dans 
fon Didtonnaire , par un palîage du PJèudolus de 
PJaute, IL 4.50. Ce mot vient de ôsfjaor, chaud ^ 
& de TTothim y je vends. 
THERMOPYLES. Nom d'un détroit , ou partage du 
montOëta, aujourdhuiBanima, fur le golfe de Ziton, 
ou Zéiton , par où Ton palIe de la Phtiiiotide dans la 
Thclîalie. Thermopylce. Il eft près du golfe de Zéiton, 
& il n'a que 25 pieds de largeur. Ce détroit eft fa- 
meux par les aflemblées de route la Grèce, qu'on y 
tenoit anciennemait , & particulièrement par la valeur 
de LéonidasRoi de Lacédcmone, qui avec 300 Lacé- 
démoniens, défendit pendant queiques jours, ce paf- 
fagc contre une armée innombrable de Perfes , & y 
mourur courageufement avec tous fes foldats. On ap- 
pelle aujourd'hui ce pallage Boca di Lupo. Maty. 
Divers Lacs , outre la mer de Locride & le mont Oëta, 
embarralloient encore certe eipèce de défilé , que Phi- 
lippe nommoit la clef de la Grèce. Les Phocéens , dans 
le dcllein d'avoir une barrière de facile garde , contre 
leurs implacables ennemis les Thellaliens, bâtirent une 
muraille aux Thermofjles , unique voie qui condui- 
foit de Thelîalie en Phocide. Les ouvertures laiflees 
dans cette muraille , pour ne pas entièrement boucher 
le chemin , s'appelèrent ot'aw/ , portes; à quoi quel- 
ques bains chauds d'aienrour firent ajouter 9éj^ , 
chaudes ; & de ces deux mots fe fit le mot de Ther- 
mopyles. Tourreil. On dit auffi Pyles. 
-ÎHERMOSCOPE. f. m. C'eft la même chofe que Ther 
momètre. Ce mot vient de <rsç,««V, chaud, ôc ffKOTsiù!, je 
conjidère j je vois. 
41:^ Quoique l'on confonde ordinairement les mots de 
Thermomètre & de Thermofcope , il y a pourtant quel- 
que diftérenee, du moins quant à la fignification litté- 
rale. Le Thermofcope montre aux yeux les change- 
anens de chaleur & de froid. Le Thermomètre les me- 
fure. Ainfi le Thermomètre devroit être plus exa61: 
que le Tliermojcope. Mais comme nos Thermomètres 
ne font qiie de vrais Thermojcopes j & que nous n'en 
avons point qui mefurent la proportion qu'il y a de la 
chaleur d'hier à celle d'aujourdhui, il iemble qu'on 
devroir donner le nom de Thermojcopes à tous les 
inftrumens qui rtterquent les diftérens degrés de chaleur 
& de froid par les différentes hauteurs où ils montent 
d'un jour à l'autre. Cependant le mot de Thermo- 
mètre eft beaucoup plus en ufage , & prelque le feul 
connu. 

THERO. Fille de Phylas , & de la charmante Déiphile , 
étoit belle comme Diane , dit un ancien Pocte. Elle 
fut charmer Apollon , d'où naquit Chéron , fi célèbre 
dans l'art de dompter un cheval. C'eft ce Chéron qui 
fonda la ville de Chéronée en Bœotie. 

THERSA. Vbyei Tyrtsa. 

THERSITE. Nom propre d'homme dans Homère. Ther- 
Jîtes. C'étoit un homme très-mal fait, lâche , & qui fe 
donnoit la liberté de critiquer les plus braves gens de 
l'armée des Grecs. 

Tout Je calme, chacun prend place & fait fil^ice , 
Dujeul Therfite alors éclate l' infoknce -, 
Tom6 VIII. I. Partie^ 



^HE 



1 



t7 



// excite le trouble ; ù contre tous les Rois 
Il vomit le reproche & l'injure à la fois. 
Homme informe & J'ans honte ^ ù de qui la natUrC 
AJfortit en naiffant l'ame avec lajigure; 
Le dos courbé, l'œil louche , £• les pieds inégaux^ 
Dejon cœur monjîrueux décèlent les défauts; 
Cenjèur infatigable & d'Achille & d'UliJfe^ 
L'impunité pajfée enhardit J'a malice. Sec, 

La Motte. 

On dit même en notre Langue, par une efpèce de 
proverbe, d un homme mal fair & d'un mauvais ca- 
raélère: C'eft un vrai Therfite. Mais il n'y a que les 
gens de Lettres qui le difent, parce que les autres ne 
iavent ce que c'eft que Therjite. 

THÉSAURISER, v. n. Amaftl-r beaucoup d'or & d'ar- 
genr, oude nchcffes.Divitias congerere.)tsv s-Cn^isr 
confeille à fes difciples, de ne' théjaurij'er que çouïla 
ciel. Thejaurijaîe vobis thefauros m cœlo. 

THESBITE. Qui eft de Thefba, ville firuée dans la terre 
de Galaad, & parrie du Prophète Elie qui eft appelé 
ThesbUe des habitans de Galaad. ; Livre des Rois 
XVII. r. 

THESE, f. f. On appelle généralement Thèfe toute pro- 
pofition , toute queftion qui entre dans le difcours or- 
dinaire. Thefis. On dit en ce fens , voilà ma ThèJ'e. 
Défendre une Tlièfe. Vous prenez ma! ma ThèJ'e. 
Vous iortez de la ThèJ'e, Vous changez de Thèje. 

On appelle particulièrement ThèJ'e une fuite de 
propofitions de Mathématique , de Droit , de Théolc^ 
gie , de Philofophie , qu'on foutieht publiquement dans 
les écoles. Examiner , cenfurer une ThèJ'e. 

On donne aulïï le nom de ThèJ'e à la feuille impri- 
mée qui contient ces propofitions. L'étudiant porte fes 
Thèjes , les préfente. Il a dédié fa Thèjé à un tel. ThèJe 

' affichée. Thèjè de fatin. 

Thèse, fe dit auffi quelquefois pourlâdifputedesf/^ey?^. 
Thejeos oppugiiatio & propugnatio. Affilier à des thèjès. 
Aller aux thèj'es. Le lendemain de fes thèjès. Préfidei- 
à une thèJè. 

Thèse. On dit figurérhent foutenir thèJè contre quel- 
qu'un, pour dire, prendre les intérêts & la défenfe dé 
quelqu'un , contre ceux qui l'attaquent par leurs dif- 
cours. AcAD. Fr. 

THÉSÉE. Nom d'homme. Thefeus. 7%//?^ fut le dixième 
Roi d'Athènes. C'eft lui çjui délivra la patrie du tribut 
d'un certain nombre de jeunes enfans , de l'un & de 
l'autre fexe , qu'elle étoit obligée d'envoyer tous les 
ans au Minotaure , dans l'île de Crète pour en être 
dévorés. Voilà, ce que dit la fable. L'hiftoire eft, que 
Minos Roi dé Crète, & puiiïànt fur mer, pour ven- 
ger la mort d'Androgée fon fils , obligea les Athé- 
niens de lui envoyer tous les neuf ans, le tribut qu'on 
a dit. ThéJ'ée délivra fa patrie de ce honteux tribut, 
par une grande viéioire qu'il remporta fur Taurus , 
Général des troupes de Minos. 

La Fête de ThéJ'ée. TheJ'ea , orum. Théfée , malgré 
le fervice important qu'il avoit rendu à fa patrie , fut 
exilé quelque temps après , & fe retira à Scyro auprès 
de Licomède Roi de cette île , qui le fit tuer par ja- 
loufîe. Les Dieux punirent les Athéniens , de la ma- 
nière dont ils avoient traité ce Héros , en les affligeant 
d'une famine , que l'Oracle ailUra ne devoir point cef- 
fer , qu'ils n'euHènt vengé la mort de ThéJ'ée. Ils le 
firent, tuèrent Licomède , emportèrent les os de Thé- 
Jée à Athènes , & les placèrent dans un temple qu'ils 
lui érigèrent, & ordonnèrent qu'on célébreroit à l'hon- 
neur de Théfée une fêre tous les huitièmes jours de 
chaque mois. C'eft ce qu'on appela la fête de ThéJ'te. 
Ce jour-là on failbit une largelle au peuple, & les 
gens riches le palîôient en feftins & en réjouilîànce. 

Théjte j inftruit du fccret dont il oignit la bouche du 
Minotaure. C eft. une phralê d'Aichimiftes ou de Souf- 
fleurs, par laquelle les Sages ont entendu les clpèccs des 
foufres du Laoyrinthe , c'eft-à-diie , de notre vale en- 
gluant l'eau mercuriale , qui eft le vrai minotaure , parcg 

.Q 



i8 



THE 



THE 



qu'elle eft minérale & animale , & participante des deux 
natures. Dicx Hkrm. 
THLSÉIDE. i". f. Partie d'une Mythologie des anciens en 
vers , conipofce de centons de ditiérens Pol-tes , & nom- 
incc le Cycle Epique. La partie de ce Cycle , ou de 
cette Mythologie qui concernoit Théiée , fon temps , 
fes avions , les choies auxquelles il avoir eu part , s'ap- 
peloit Théjnde. Tliejèis. Voyei Saumaiic lur Solin , 
p. 848. 

La Théféide étoit encore chez les Athéniens , une 
manière de ie rafer la tête , introduite par Thélée. D'a- 
bord la coutume étoit à Atliènes que les jeunes gens 
confacrallènt & otiriilènt leurs cheveux ou leur barbe 
aux fleuves & à Apollon. Pour cela on coupoit les 
cheveux qui couvrent les tempes , ou ceux du derrière 
de la tèic. Thciée étant allé à Delphes , oiirit aux Dieux 
fes cheveux-, mais ce fut ceux de devant qu'il ie Ht 
couper. On l'imita , la mode changea , & cette manière 
de couper les cheveux de devant s'appela Tliéjade. 
THESIEN. Faux nom d'ui) mois , qui le dit pour Dé- 
fien. Défiai pour Délius, mois des Grecs qui rcpon- 
doit au mois de Juin. Voyei Bèue , L. de Natura temp. 
C. Z4. Spelm. Gloff". Achœol. 
THESKÉRÉ. Foje:( Tescaret. 

THESMIE , ou Themosphore. Surnom de Cérès , qui 
fignifie Légiflatrice , fous lequel elle avoir un temple 
à Phénéon , en Aicadie , au bas du mont Cyllène , & 
un autre à Tithronium en Phocide , où fa fête fe célé- 
broit tous les ans avec grand concours. 
THESMOPHORIES. f f. pi. Nom d'une fête des anciens 
Grecs àl'honneur de Cérès. The/mophoria. Ce font les 
mêmes que ce qu'on appelloit Eléufuiies , dont nous 
avons parlé. Cérès ayant trouvé l'uiage du ble , & 
l'ayant appris aux peuples de l'Attiquc&en même- 
temps ayant donné les premières loix , fut lurnommée 
Thefmophore , c'efl- à-dire, Légiflatrice, de ■ïi^rA/.os-, 
loi , & s>i?o,je porte ; & les fêtes qu'on inftitua en mé- 
moire de ces deux bienfaits , Thejmophories , ou Eléu- 
finies , d Eléulius père de Triptoléme, à qui Cérès don- 
na fon fecret , & qui trouva l'art du labou/age , & de 
cultiver les blés, dont Cérè. lui avoir appris l'ufage. 
Voyei encore les autres raifons que nous en avons 
rapportées, au mot Eléusinies. M. Courtindit TheJ- 
mopiwnens. 
THESMOTHÈTE. f m. Nom de quelques Magiftrats 
d'Athènes. TheJmoteta.Viy ayoït neuf principaux Ma 
giftrats à Athènes. De ces neuf, l'un avoit foin de 
Faites , & les écrivoit , les fcelloit , & fe nommoit Ar- 
chonte -, l'autre avoit l'intendance des affaires de la Re- 
ligion , & s'appelloit Roi -, le troiiième , de ce qui re- 
gardoit la guerre -, c'étoit le Polémarque : les lix autres 
fe nommoicnt Thejmotètes. Leur ibin étoit de porter 
des Loix. Avant que de nommer les Thejmotètes , on 
faifoit de féveres informations de leur vie & mœurs. 
Les Thejmothètes étoient difl'érens des Nomothètes , 
qui étoient mille & un , & approuvoienr les loix que 
faifoient les Thejmothètes. Ceux-ci non-feulement fai- 
foient de nouvelles loix , mais examinoient encore tous 
les ans toutes les loix anciennes & récentes , pour voir 
s'il n'y en avoit point , qui fullént contraires les unes 
aux autres , qui n'eullènt point été autorifées , ou s'il 
n'y en avoit point plufieurs fur la même chofe , & en 
faire la réforme. 
THESPIADES. f f pi. Surnom des Mufes, pris de la ville 

de Thefpie , où elles étoient honorées. 
THESPIE. Nom propre de lieu. Thejpia , Thefpiœ. C'é- 
toit anciennement une ville aflez giande de la Béo- 
tie. Elle étoit Epifcopale , Suflragante d'Athènes. Le 
Chevaliet Whéler alfure qu'on en voit encore les rui- 
nes dans la Livadie , entre le lac de Thèbes & la baie 
de Livadoftro , partie du golfe de Lépante. Elles font 
fur une montagne elcarpée , au pied de laquelle on a 
bâti des ruines de l'ancienne Thejpie , le lieu nommé 
Nécoiio , c'eft-à-dire , le nouveau Village , qui eft le 
même que les Géographes appellent communément , 
Thefpe , le prenant pour l'ancienne Thejpie. Maty. 
Thejpie étoit au pied du monrTélicon. Tourreie. 
THESPIEN , ENNE. f m. & £ Habitant de Thefpie. Natif 
de Thefpie, Thefpicus , â.Tbcfpie & ^Platée étoient fi 



es 



dévoués aux Athéniens , qu'autant de fois , c'eft-à-di- 
rc , de cinq en cinq ans , que les peuples de l'Attique 
s'allémbloicnt dans Athènes , pour la célébration des fa- 
crifices , le Héraut ne manquoit pas de comprendre 
les Thejpiens 8c les Plaréens dans les vœux qu'il faifoit 
à haute voix pour la République. Tourreil. Les Thef" 
piens faifoient gloire d'ignorer tous les arts , fans ex- 
cepter même l'Agriculture. Les Thébains victorieux 
fous Epaminondas , laccagerent Thefpie, & n'en épar- 
gnèrent que les temples. Athènes recueillit les Thef- 
piens j qui eurent le bonheur d'échappçr à la fureur du 
foldat. Idem. 
THESPlLTS , ouTestius. Filsd'Agénor, fut père de 50 
filles , qu'Hercules rendit mères toutes d'un garçon , 
hors famée cela plus jeune qui lui donnèrent deux fils 
chacune. 
THESPROTIE. (. f Petite contrée de l'Epire. The/pro- 
tis , ou Thejprotia. C'eft dans ce pays qu'étoit l'Ora- 
cle de Dodone, & ces fameux chênes confacrés à Jupi- 
ter. On y voyoit auffi le marais Achérufien , le fleuv*' 
Achéron , &: le Cocyte , dont feau étoit d'un goût fort 
délagréable. Il y a bien de l'apparence qu'Homère 
avoit vifité tous ces lieux, dit Paufanias, & que c'eft 
ce qui lui a donné fidée d'en faire l'ufage qu'il a 
fait dans fa defcription des Enfers , où il a confervé le 
nom de ces fleuves. Plutarque , dans la vie de Théfée, 
dit que le Roi des Thefprotiens étoit Pluton , qu'il 
avoit une femme appelée Profcrpine , une fille nom- 
mée Coré , & un chien qui s'appeloit Cerbère. 
THESSALIE. Nom d'une grande contrée de la Grèce. 
TheJjalia,Ai,monia. Elle eft toute environnée de hau-» 
tes montagnes , qui la léparent , au nord , de la Macé- 
doine , donr elle a été une ptovince •, au couchant , de 
l'Epire -, & an midi , de la Livadie ■-, FArchipcl la baigne 
au levanr. C'eft en ce pays qu'arriva aiwriennement le 
déluge de Deucalion , par le débordement du Pénée. 
On lui donne aujourd hui le nom de Janna •, & fes vil- 
les principales lont , Lariila capitale , Janna , Trica , Tri- 
ca!a , Seïton & Démétriade. Maty. La TheJJ'alie éroit 
anciennement diviléé en quatre rétrades ou cantons , 
appelés Qi'jjcf.Mcinjf , ^'iiav( , ntAstyj/Sr/f , E77K/ffl77f , & 
Philippe dans chacun de ces cantons établit un Com- 
mandant. Démolthènele dit en propres termes. Tour- 
reil. Vbye^ encore l'article iuivant. ' 

THESSALIEN , enne. f m. & (. Nom de peuple-, habi- 
tant ou originaire de Thellalie. Thejfalus, a , & Thep- 
fatis , fcmin, C'étoit un peuple de Grèce entre la Ma- 
cédoine & les Thermopyles. Tourreil. On donnoit 
communément le nom de Cavalerie , aux troupes des 
Thejfaliens ,3. cauk qu'ils avoient d'excellente Cava- 
lerie. Le bon cheval contribue fort à faire le bon Cava- 
lier. La Thelfalie étoit fi abondante en boirs chevaux , 
qu'elle mérita les épithètes, (VWfoç©-, ?)'/,tt^. On pré- 
tend même , que nous lui devons l'invention de les 
dompter. P/af. ^eZf^'5. L. /. C'eft pourquoi dans les 
anciennes Médailles la Thelfalie, & particulièrement 
Lariilè fa capitale, ont pour fymbole un cheval qui 
courr , ou qui paît. Le fameux Bucéphale étoit Theffii- 
//£/2.lD.Une trahifon s'appeloit vulgairement un tour 
de TheJJalien, Qi^ikhav 7ii^tTuM.;Sc pour fauflè monnoie, 
on difoit, monnoie de Thellalie, ©««-crctXo/ voiJ.i^iM.'Eun- 
pidedir qu'Etéocle, dans fon commerce avec les TheJ- 
Jaliens , a\'oit apptis la fourberie & la mauvaile foi. 
Quelques gens rapportent l'origine de ces proverbes, 
à l'infidélité de Jalon envers Médée. Si les Thejfaliens 
favoient bien trahir , les Theffalienn.es lavoient bier» 
empoifonner. Tout le monde iait les veis d'Horace , 
L. L Od. 27. Id. 

THESSALONIQUE. Nom propre d'une ville qu'on 
nomme aujourd'hui Saloniki. Theffalonica. Quand on 
parle de l'Antiquité , il faut toujours dire Thcffaloni- 
que -, on le dit même en parlant de nos temps. Voye\^ 
Saloniki. 

THESTOR. f m. Un des Argonautes , père de Chalcas , 
& de deux filles , Thionné & Leucippe. 

THESURER. Vieux v. qui fe trouve encore dans la Cou- 
tume d'Anjou , Aft. 5 5. & dans celle du Maine , Art. 
3P. iéi. Tendre & théJUrerm domaine d' autrui , c'eft 



THE 



tendre des iïicts pour prendre le gibier. Ces deux mots 
font lyiîonymcs. Mén. de Lauriere. 

Théfmcr i ou téfurer -, w'iQniàQtenJurare ^ ou àcten- 
dere retia, iuivanc les Coutumes d'Anjou. Ménage, 
Corel. 

TJ^IÉTi-N. Nom propre d'un village de la Baflè-Hon- 
grie, litué fur le Danube, environ à trois lieues de la 
ville de Bude, vers Is midi. Quelques Géographes 
prennent ce village pour l'ancienne Matrica , 6z d'au- 
tres pour l'ancienne Campama, ou Cûmpona, deux 
petites villes de la Haute-Pannonie. Maty. 

THETFORDE. Nom propre d'un bourg du Comté de 
Nortfolck en Angleterre. Theifordia. Il eft au con- 
fluent du Thet <& de rOufe,à iix lieues du Nort-wik, 
vers le couchanr méridional. On prend Thetforde pour 
l'ancien Siiomagum, ou Sitomagus , petite ville des 
Icéniens. 

THETIERE , ou THEIERE, f.f. Vafeà faire bouillir l'eau 
pour le thé. On en voit à la Chine d'une terre allez 
femblabie aux terres figdLées. Faites chauffer de l'eau 
dans la thétiere. Point d'autres meubles qu'un pot de 
cette terre , dont on voit ici des théières. Mem. de\Trév. 
Avril^ 171^. p.66y. L'ulage eft pour théière. 

THETIS. i. f. Nom propre d'une Décile du Paganifme. 
T'ietis. Ceue Tlutis étoit forr ditiérente de Tethys , & 
il ne faut confondre ni leurs noms , ni leurs perlonnes. 
Téthys , dont nous avons parlé ci-dellus, futrnere de 
Doride, & Doride eut pour fille Thétis dont nous par- 
Ions ici. Ainlî Thltis étoit petite-fille de Téthys. Thétis 
n'étoit qu'une Nymphe de la mer. Epicharnius , dans 
les Noces d'Hébé , dit qu'elle étoit fille de Chiron-, 
Mais Homère dit qu'elle étoit fille de Néréc, c'eftdans 
l'Hymne à Apollon ; Anaxandridede Rhodes, & Euri- 
pide dans fon Iphigénie en Aulide , difent la même 
choie. Elle paflbit pour la plus belle de toutes les fem- 
mes, &; fut époufe de Pelée, dont elle eut Achille. 
Çuelques-uns difent que Jupiter , Neptune & Apollon 
la vouloient avoir en mariage i mais ils en furent dé- 
tournés par Prométhée, ou, félon d'autres, par Thé- 
mis , qui leur dit qu'il naîtroit de Théùs un fils qui fe- 
roit plus grand que fon père. D'autres difent que Thé- 
tis ne pouvant confentir à devenir l'époufe d'un mor- 
tel , le changeoit comme Prothée en diftércntes for- 
mes , pour éviter les Noces de Pelée. Ilacius dit que 
par le confeil de Chiron, Pelée trouva le moyen de fe 
l'alFurer. D'autres dii'ent qu'elle ne refu la point Pelée, 
& qu'elle l'époufa volontiers. Les Noces le firent fur le 
mont Pélion , & tous les Dieux & les Déciles y affifte- 
rent, excepté la Difcorde, qui jetta une pomme d'or 
dans rAifemblée , en dilant : que la plus belle la prenne. 
Tous les Dieux firent des préiens à Thétis. Elle eut de 
Pelée plufieurs enfans. Elle les mettoit fous le feu pen- 
dant la nuit , pour confumer tout ce qu'ils avoient de 
mortel ; mais ils en moururent tous. Achille feul y ré- 
fifta , parce que le jour précédent il avoir été frotté 
d'Ambroihe , & qu'il n'y fut pas long-tems -, car Pelée 
l'ayant découvert, fauva fon fils -, mais il perdit fa fem- 
me : Thétis indignée d'être découverte , s'en retourna 
avec les Néréides. D'autres dilent qu'elle jettoit les 
enfans dans une cuvette d'eau chaude , pom- éprou- 
ver s'ils étoient mortels. Les Poëres difent aulîî qu'elle 
avoit plongé Achille dans le Styx , ce qui le rendit in- 
vulnérable, excepté au talon qu'elle tenoit pour le 
plonger , & qui ne fut point trempé des eaux du fleu- 
ve. Voyei Natal Comès , Mythol. L. VIII. C. z. & 
Voflîiis , De Idd. L. IL C. 78. 

.THETVIU.Nom propre d'homme. Thxtvius.S. Thetviu 
étoit un Moine de Redon en Bretagne , qui vivoir vers 
la fin du neuvième ficelé. Fôje^ le Martyrologe de M. 
Chaftelainau ii.de Janvier. 

THÉVILLE. Bourg de France dans la Normandie , Dio- 
cèfe & Eleâion de Coutances. 

THEURGIE. C. (. Nom que les Anciens donnoient à la 
partie de la Magie , que nous appelons Magie blanche. 
Theurgia.Ce nom, qui vient de eess- , Dieu, & 'îfyov , 
ouvrage , fignifie l'art de faire des chofes divines , ou 
que Dieu feul peut faire', puillance de faire des chofes 
merveilleufes & lurnaturelles ,par des moyens miracu- 
leux & licites, en invoquant le fecoursde Dieu &des 



THE 19 

Anges. Theiirgia. Ainfi ceux qui ont écrit en général de 
la Magie, la divilent en trois parties, donc la première 
fe nomme Théurme qui fe fait par les caufes céleftes. La 
féconde eft appelée Magie naturelle , qui fefait par les 
caufes naturelles. Et latroilicmes'appeie A'ifcro/TZA/z.'ie, 
qui ic lait par l'invocation des D.émons. Après tout , 
ceux qui cmployoient la ThéiLrgie , faifoient quelque- 
fois des choies extraordinaires, par le fecours des Dé- 
mons , & d'autres purement par adrellè & parfubcilitéj 
mais pour l'ordinaire tout tendoit à introduire l'idolâ- 
trie , & à autorifer le culte des faux Dieux. 

«Ij'l HEURGIQUE. adj. de t. g. Qui concerne la Théur- 
gle. On fait que tous ces hommes adonnés aux opé- 
rations théurgiques étoient des efprits frivoles : té- 
moins les lophilles dont fut remplie la Cour de Julien 
l'Apoftat. Mém. de Trév. La Magie que les Caldéens 
appeloient Théurgique , confiftoit uniquement dans la 
connoilîànce des cérémonies qu'il falloir obferver dans 
le culte des Dieux pour leur être agréable. 

THEUTATÈS, ou THEUTAT. f m. Divinité Gauloife 
dont Lucain fait mention au Liv. I. de faPharfale. C'eft 
par l'eftufiondu lang , dit-il, que ces peuples fe rendent 
propice le cruel Theutatès. Ladfance & Minutius Félix 
l'expliquent du fang hum.ain , & difent qu'on immoloit 
à Theutatès des vittimes humaines. Vbye^ l'Article 
fuivant. 

THEUTH. f. m. Terme de Mythologie. Nom d'un Dieu 
des anciens Egyptiens que l'on nomme auffi Thot , 
Thoyth, Touth; mais Platon dans Ion' Phèdre , die 
Theuth. Cicéron , de Nat. Deor. L. II. Thoyt. Eusèbe 
de même, Prœp. Evang. L. I. C. 9. De Thoyt, ou 
Thout, par tranipofition , l'on fit Thuot, d'où les an- 
ciens Germains avoient fait, PVothj, J^'otharij JV^odan, 
lVoden,& IVode , & enfuire Guot, & puis Gorh , 
God & Got , qui encore aujourdhui fignifie Dieu. Du 
même Theuth les Grecs firent Theos,@io;, Se les La- 
tins, Deus. Tornius croit que le véritable nom de ce 
Dieu étoit Thoith , plutôt que Theuth , & que la ma- 
nière dont on l'écrivoit dans l'original, éroit Thohu, 
ou Tohuf, que les premiers Idolâtres ne firent que 
traveftir en fables, les vérités que la Tradition leur ap- 
prenoit fur celle de la création-, qu'ils prirent le nom de 
leurs premières Divinitésde là-, quedu IHUIT liin. Tohu 
vabohu, ils firent Tohu, ou Thouth, ou Theuth, & 
Bau , qui fignifie la Nuit. 

Theuth étoit , félon Cicéron , le Mercure des Egyp- 
tiens. Quelques Auteurs prétendent que le Dis des 
Gaulois ou Celtes , fut auffi le Theuth des Egyptiens. 
Theuth n'étoit point chez les Egyptiens le Dieu fuprê- 
me , le vrai Dieu créateur du Ciel & de la terre, mais 
une ancienne Divinité inconnue, de laquelle toutes 
ces chofes & tous les arts tiroient leur origine. Hor- 
nius prétend que ce Dieu eut plufieurs autres noms, 
chez d'autres Peuples , comme Mercure , Termes , 
Hercule, Apollon, Cadmus, &c. & qu'il fut tous ces 
Dieux ; mais il foutient qu'il étoit diflérent du Teuta* 
tés, ou Teutondes Germains. Scaliger paroît d'un 
aurre fentiment, Epitaph. eorum qui ad Vi-ennam ce- 
ciderunt , où il dit que Theuth étoit fi fage , qu'on 
donna ce nom à tous ceux qui le diflinguerent par leur 
fagelîè •■, & que les Egyptiens appeloient Theut , com- 
me leur Mercure ,tous les gens recommandables par 
leur fagefie. Çl\.\v\c\:,German.Antiq. L.I.C.ié.croirque 
les Germains ont été apelés Theutiiques de Theuth; que 
le nom de Titan vient auffi de là , ou même que c'eft 
le même mot -, que les enfans de Theut ont été apelés 
Titans; que ce mot étant un nom du Soleil, le Soleil 
& Theut font la même choie , & que tous ces noms 
ne font que des épithètes du véritable Dieu créa- 
teur du Ciel , & de la Terre s que c'eft peut-êrre pour 
cela , que le premier mois de l'année Egyptienne s'ap- 
peloir Theuth , "'parce que ce nom fignifioit peut-être 
principe, commencemenr. Il prétend encore que le 
Zsifdcs Grecs , Jupiter, vient de Theuth, 0êufi -, car 
en changeant le © en 2 , ils ont dit eêîr & S^àr , & 
0/©- & 2/©- j & parce que le Z a la force des deux 
lettres AS , quelques-uns en changeant le premier O 
enl. Se le fécond en 2, ont fait de Teuth ZtTS, &: 
d'autres SAiîïSj .d'autres en changeant le © en û , o.it 

Cij 



20 THE THI 

faitAETS, d'où font venus les cas obliques A/os-, A.-/, 
^li. Ceux qui ont dit Zê3> , ont décliné li'^f , i^"> &c. 
& à l'acculatif /îi-, d'où les Dotiens ont thit Zài' , & 
les Peuples du Nord Dun , nom que d'aunes ont 
augmenté d'une fyllabc au commencement Codan , 
que d'autres ont prpnoncé Godan , & enluite Wodan , 
par des changeracns naturels & très-ordinaires. Il cil 
aulTi d^un ientiment contraire à Horniiis, &: il croit 
que le Teutatès ou Teuton des Germains , ell le 
Thcuth des Égyptiens. Voye\ tous ces Auteurs. Clu- 
vier , Germ. Antiq. L. I. C. zS. Hornius, Hift.PhiloJ'. 
L.II. C. II. & Z2.. Marsham, Canon. Chron. Jœc. I. 
Jacob Octho, dans les Notes fur B. Rhenanus, p. 646, 
& ci-delfus au mot TAAUT. 

Theùth. C'étoit aulïï chez les Égyptiens , le nom du pre- 
mier mois de leur année. Cicéron, De Nat. Deor. L. 
III. n. 56", c'eft-à-dire , le mois de Septembre , dit 
Lattance , L. I. C. 6. 

THEZA. Nom propre d'une petite forterelfe du Royaume 
de Fèz , fituée entre la ville de Fez & celle de Mique- 
nèz. Tlie^a. AIaty. 

T H I 

THîA , ou THIE. f f. Terme de Mythologie. Nom pro- 
pre d'une Déellè de l'Antiquité payenne. Thia, Tlt£ia. 
Elle étoit femme d'Hypérion , & mère du Soleil , de 
la Lune &: de l'Aurore. Héfiode, Tkeog. v. 371. 374. 
Barlée dans fes Notes fur cet endroit d'Héliode, dit 
que ©ï'ct , Thia , fignifie la divine \ & qu'en difant 
qu'elle étoit mère du Soleil, de la Lune & de l'Aurore, 
ils ont voulu marquer que tous les biens venoient de 
]a bonté de Dieu. Homère donne un autre nom au 
Soleil , ou un autre nom à fa mère -, il l'appelle Eury- 
phaelTa-, c'eft dans l'hymne du Soleil. 

THIAKI , ou DOLICHA. Nom d'une petite île de la 
mer de Grèce. Dulichium. Elle eft dans le golfe de 
Patras, au levant de l'île de Céfalonie. On voit lur la 
côte orientale de cette île , les ruines d'une ancienne 
petite ville , qui porte encore le nom de DoLicha. 
Maty. 

THIARUBÉKESSîS. f. m. Terme de Relation. Balayeur 
des Mofquéts & des Sépulcres en Perie. C'eft un Or- 
dre inférieur du Clergé Mahométan de ce Royaume. 

• Neocorus Perficus. Cet emploi, qui patmi nous eft 
vil & méprifable , eft recherché en Perfe. 

THIBAULT, ou THIBAUT. Nom d'homme. Theobal- 
dus. S. Thibaut Prêtre & Ermite, dont le nom eft 
devenu très-célèbre dans l'Eglife depuis l'établillément 
de fon culte en France & en Italie , defcendoit des 
premiers Comtes de Brie & de Champagne. Il étoit 
fils du Comte Arnoul & de Gifle ou Guille, dont la 
noblellé n'étoit pas moins illuftre que celle de Ion 
mari. Vl naquit à Provins en Brie fous le règne de Ro- 
bert. Baillet, i de Juillet. Vers l'an 1055 Thibaut 
fe retira avec un Gentilhomme de fes amis nommé 
Gautier , dans les bois de Piting .en Souabe , où ils 
commencèrent à mener une vie pauvre & folitaire, que 
Thibaut finit douze ans après , dit l'Auteur de fa vie. 
Thibaut delVIarly , forti de la Maifon de Montmo- 
renci, fut élu Abbé des Vaux de Cernay au Diocèfe 
de Pans , l'an 12. H- ^ mourut le 8 Décembre de l'an 
1247. Baillet au 8 de Juillet. 

Thibaut Comte de Champagne airaoit la Reine 
Blanche, & étoit l'un des plus excellens Poctes de fon 
temps. Mariana, Hiftoire d'Ejpagne , L. XIII. C. 9. 

THIBET, TIBET, TOiiB AT, & félon d'Herbelot, Te- 
bet, Tobat , Tobut ^ 8c Toubut. Le premier eft le plus 
ordinaire en François. Nom d'un Royaume. Thibetum, 
Tibetum , Obattum Regnum. C'eft un pays de la 
Grande Tartarie, auquel les Géograpîies donnent des 
bornes fortdiitérences. Sanfon , dans fes grandes Cartes, 
lui fait occuper tout l'efpace qui eft au nord de l'Em- 
pire du Mogol, julqu'au Royaume de Kafghar , & au 
pays des Kaimachites ■■, & ainlî il le confond avec ce 
qu'il appelle le Turcheftan, dans fes petites Cartes, 
dans lelquelles il place le Thibet entre les fources du 
Gange & du Chéfel. C'eft ainlî que le place M. de 
Witlen dans fa Carte de la Tartarie , mettant dans le 



THI 



Turcheftan entre le Thibet & le Tangut , le pays de 
Calcar &; de Karakich.ay. Maty. D'Herbelot, d'après 
les Auteurs Orientaux , dit que le Thibet a la Chine 
à fon orient, les Indes à Ion midi, oc du ccké de l'oc- 
cident & du fcptencrion les pays Turcs appelés Kézel- 
geh & Tagazgaz , ou Tamgaz, Le pays de Tebet, 
au rapport d'Ebu Alouardi, a un Roi particulier, que 
l'on dit être de la race des anciens Rois de l'Iémen , 
ou Arabie Heureufe. Le même Auteur dit que c'clt 
du Tebet que l'on rapporte le plus excellent mufc de 
l'Orient. D'Herbelot. 

THIE. f f . Petit inftrument de fer (ou d'autre matière) 
dans lequel les Fileules mettent le bout de leurlufeau. 
De theca. Le mot de thie eft fort ulité dans l'Anjou , 
où les thies de la ParoilTe du Mai font les plus eftimées. 
Ménage, Etym. Thie fe trouve auffi dans la nouvelle 
édition du Diélionnaire des Arts. C'eft le verticillus 
des Latins , que le Diélionnaire de Boudot explique 
très-bien par pefon , efpèce de bouton percé qu'on 
met au bout d'un fufeau, pour lui donner plus depe- 
lanceur, & le faire mieux tourner. Verticulum , qui 
a la même fignification, eft rendu dans le Novitius 
par le vertele. L'Auteur remarque qu'il n'a pa^encore 
vu écrit le mot de vertele •, mais que d'habiles gens 
l'ont afluré qu'il étoit François. Il n'a pas apparem- 
ment confulté le Calepin de léSi, où il auroit trou- 
vé verteil. Les Champenoifes difent vertau , qui eft 
dans Nicot & dans Monet , fuivant lelqucls il fignifie 
hondon , bouchon. 

Dans le Maine , l'Anjou , le Poitou , & autres Pro- 
vinces de France , la thie eft un petit inftrument de 
fer, de cuivre ou d'argent qui eft creux, & où l'on 
fourre la pointe d'enhaut du fufeau à main, comme 
on fourre une baguette de piftolet, dans untirebourre. 
Cette thie eft cannelée à colonne torfe, c'eft-à-dire, 
qu'elle a une rainure enfoncée , qui tourne en vis 
deux ou trois tours. C'eft cette cannelure qui foutient 
le fil , fans pouvoir aller à droite ni à gauche , qui fa- 
cilite aux Fileufes la manière imperceptible, dont le 
fil qu'elles filent fe place comme de lui-même , fur 
leur fuleau , à la difiérence de celles qui ne fe fervent 
point de thie , qui font obligées de s'arrêter à chaque 
aiguillée de fil qu'elles ont filé , afin de le dévider fur 
leur fufeau. 

THIEL. Voyei Tiel. 

THIELLE-LA-VILLE. Nom d'un bourg des Pays-Bas. 
Tlulla. Il eft dans le Comté de Namur , près de la 
rivière d'Heur , à une lieue au-dellbus de Walcour. 
On voit près de ce bourg , fur le iommet d'une mon- 
tagne , le château qu'on nomme Tille le château. 
Maty. 

THIÉMON. Nom d'homme, dont on a fait Dimoii, 
Thiemo. 

cSrS'THIERACHE, ou TIERACHE, en latin Theoraf- 
cia. Pays de France, par lequel la Picardie confine avea 
la Champagne, ainfi nommé , dit-on, parce qu'il étoit 
foiuTiis à la hache de Thierri feigneur d'Avefne & de 
Vermandois. Philippe Augufte le réunit à la Couronne. 
La Tierache fait partie de la Province & du Gouver- 
nement militaire de Picardie. Elle a au feptentrion le 
Hainaut & le Cambrefis , à l'orient la Champagne , au 
midi le Lanois , & à l'occident le Vermandois. Ses 
villes principales font Guife , Aubenton, Riblemont, 
Marie , La Fere. 

THIERRI. Nom d'homme. Theodoricus. S. Thierri 
Evêque d'Orléans , fils du Seigneur de Château- 
Thierri fur Marne , & petit-fils de celui qui donna le 
nom à cette ville , vint au monde dans le dixième 
ficelé. Baillet. Il moutut l'an 1022, le 27 de Janv. 

iDIÏvf. 

Thierri Abbé du mont d'Hor près de Reims , mou- 
rut vers l'an 535 , ou même plutôt félon quelques- 
uns. 
Saint-Thierri-dit-Mont-d'Hor. Nom d'un bourg de 
France. Fanum Sancli Theodorici. Il eft en Cham- 
pagne , à deux lieues au nord de Reiijis. Il y a une 
Abbaye de l'Ordre de Saint Béhoît , fondée vers l'an 



THI 



500 par Saint Thkrri, difciple de S. Rémi. Ce bourg 
eft aiillî célèbre par les bons vins. Vmum Theodon- 
cianurn. 

Claire avale fané fe reprendre 
Sa bouteille de Saint Thierri > 
Et mâche de la coriandre 
Pour le cacher à fon mari. Sbnecé. 

THIEPvS , ou TIÈRN. Nom d'une petite ville de France. 
Thierrium , Thigernum , Tigernum ^ Tiernum. Elle 
eft dans l'Auvergne , fur la DuroUe , à lix lieues de 
Clermont, vers l'orient. Maty. long.,21. d. 11'. lar. 
45. d. 50'. 

THIÉTELD. Nom de femme. Theatildis. En Weftpha- 
iie , Ste. Thiételd Vierge. Chastelain , au ^o de 
Janvier. Elle eft première Supérieure des Chanoincfles 
Séculières de Vrékenhorft près Varenlelt , au Diocèlc 
de Munfter , ou elle eft honorée comme Sainte , & 
avec Office , depuis pluiieurs liècles. Id. 

<8::>THIM. FojqTnYM. 

"THIMERAIS. Nom d'une petite partie du Perche , pro- 
vince de France. Timerenfis pagus j Thecdomerienfis 
ager. Le Tlùmcrais eft vers les confins de la Norman- 
die & du pays Chartrain. Château-neuf en Thimerais 
en eft le lieu principal \ mais on n'en connoît plus les 
limites. Maty. 

THIMIN. f. m. Efpèce de Monnoie qui a cours dans 
l'Archipel. Le thimin vaut 5 fous de notre monnoie. 

ToURNEFORT. 

THIMNATH. Voyei THAMNATSARA. 

THINITE. f. m. Terme d'hiftoire. C'eft le nom qu'on 
donne aux Rois d Egypte qui ont régné à This , ca- 
pitale de leur Royaume. Il y a eu deux Dynafties de 
Thinites. La première commença à Menés , & finit à 
Biénachès : elle comprend huit Rois. La Iccondc com- 
mença à Bocthus , & finit à Népherchettes : elle com- 
prend dix Rois. En forte qu'il y a eu en tout dix-huit 
Rois Thinites qui ont poiîédé ce Royaume pendant 
éoy ans. Ce Royaume commença 2130 ans avant 
J. C. félon Ullérius. 

THIOîS. f. m. Le Thiois eft l'ancienne langue Teutone 
ou Tudefque. Les Allemans ou Teutons font appelé 
Thiois par le vieux Poëtede Bertain , & par le Reclus 
de Moliens. Nitard a rapporté un Traité fort curieux 
fait entre Louis , Roi de Germanie , & Charles le 
Chauve Roi de France , dans lequel eft un ferment 
en Thiois. Marquard Fréher a fait de favanres DilFcr 
tarions lur cette pièce. Un Capitulaire deChariemagne 
fut mis en Thiois fous Louis le Débonnaire, & Bro 
wer a fait des Notes dellus. Quelques-uns appellent 
mat cette langue Theudelque , à caufe du Latin Theo- 
dij'ca Lingua. Il faut dire Thioijé , ou hmplement le 
Thiois. Il y a plufieurs mots Thiois dans notre Langue. 
P. BouHouRS. Vbye:^ Théotisque. 

THIONVILLE. Nom d'une ville des Pays-Bas , fituée 
dans le Luxembourg, fur la Mofelle , à 4 lieues au- 
deflous de Merz. Thionville eft petite , mais très-forte. 
Theodonis , ou Theonis villa. Les François la prirent 
Tan 1644, & elle fut cédée par la paix des Pyrénées. 
Maty. Long. 23. d. 42'. Lat. 41. d. zp'. 40". 

THIOU. Nom d'homme. Theodulphus. Théodulphe , 
que nous appelons vulgairement Slint Thiou, troi- 
iîème Abbé du Mont-d'Hor , ou de Sainr-Thierri , à 
1 lieues de Reims , étoit de l'une des meilleures fa 
milles de la féconde Aquitaine. Baulet. Pour tous 
les autres qui portent en Latin le nom Theodulphus , 
difons Théodulphe à la bonne heure ; mais puifque 
c'eft l'ufage , il faut dire Thiou en parlant de ce Saint , 
& non point Théodulphe ; &: le P. Henfchénius a bien 
dit Theodulphum , Gallicè S. Th%u. S. Thiou renonça 
au monde à l'-^ge de 20 ans , & entra dans le Monaf- 
tère de S. Thierri Difciple de S. Rémi vers l'an 520. 
Après la mort du fuccelîêur de S. Thierri vers l'an 542 
il fut élu Abbé à fa place, & mourut vers l'an 590. 
Voye:^ le P. Henfchénius dans les Acla Sanâ. Maii 
T.I. p. 34. ^ Jiiiv. & Bailler au i de Mai. 
THU^HAINE. Voyei Typhaine. 



THI THL 2î 

«Stj» TFiîRONSTEIN , ou TYRNSTEIN. Petite ville 
■ d'Allemagne , dans la Baflè-Autriche , près du Danube, 
au-dellus de Stein. 

■SO THIR.sk. Petite ville d'Angleterre, dans la province 
d'Yorck. Elle a droit d'envoyer des Députés au Par- 
lemenr. 

THISOA. Une des trois Nymphes qui élevèrent Ju{5iter 
fur le mont Lycée , en Arcadie. 

60THISRÎN. Nom de mois chez les Syriens. Ils ap- 
pellent Thifrin prior le premier mois de l'année, & 
Thifrin po/lerior, le fécond. Le premier a 5 1 jours , 
l'autre 30. 

THISSELIN. f.m. Thijfelinum. Plante qui ne diffère de 
l'Orcofelinum ou Perfil de monragne , qu'en ce qu'elle 
rend du lait. Il y en a de deux efpèces. La première 
poulie des tiges de trois ou quatre pieds de haut , 
cannelées , anguleufes , rougcâtres en bas , vides , 
nouées, rameufes. Ses feuilles femblables à celles de 
la carotte , font découpées menu , empreintes d'un 
fuc laiteux , d'un goiit ingrat , mêlé d'auftcre & d'acre. 
Les fommets de fes branches portent des parafols, 
garnis de petites fleurs blanches à 5 feuilles en rofe. 
Il leur fuccède des femences jointes deux à deux, 
ova'es , aplaties , rayées fur le dos. Ses racines font 
longues, groiles comme le petit doigt, blanches, du 
même goût que les feuilles. 

La féconde efpèce poulîè des tiges de quatre pieds 
de haut, & rameufes. Ses feuilles font férulacées. Ses 
fleurs , fes femences & fa racine font femblables à 
celles de la première efpèce. Elles croiftent toutes deux 
aux lieux humides & marécageux , vers les lacs & les 
ruilîeaux. Leurs racines font incifives & pénétrantes, 
apétitives , excitant l'urine & les mois aux femmes. 
Elles provoquent le crachat, & foulagent le mal des 
dents. 

THITOIN. Nom d'homme. Theotonius. S. Thitoin fuc 
premier Supérieur de Ste. Croix de Conimbre, célèbre 
Monaftère de Chanoines Réguliers de S. Auguftin. Il 
mourur en 1166. Sa vie a été écrite par un Chanoine 
Régulier de fon temps. On y voit qu'il eut quelques 
liailons avec S. Bernard. Vbye\ les Boiiandiiles , & 
M. Chaftelatn au 28 de Février. 

THIVA. Voye^ Thèbes. 



THL 

THLASE , ou THLASME. f. f. Efpèce de fraflure des 
os plats , qui conhfte dans une contufion & un enfon- 
cement des fibres ollèufes. On l'appelle autremenc 
phlafis & phlajma. Ce font deux mots Grecs qu'on a 
retenus en François, 'àKk'jts , bKk7[M. Ils fignifienr co/z- 
tufion^, collifion , du verbe ^Ka.a , contundOj collido , 
je concafte , je froillè. Col. de Villars. 

THLASPI. 1. m. Plante qui pouftè des tiges velues, 
rondes, rameufes, garnies de feuilles fans queue, 
longues , s'étréciiïant peu à peu , dentelées en leurs 
bords , d'un goilt acre. Ses fleurs fonr fort petites , 
b'anches, compofées chacune de quatre feuilles difpo- 
fées en croix. Ses fruits font ronds ou ovales , aplatis 
en bourfe , divifés en deux loges remplies de quel- 
ques graines , prefque rondes & aplaries , d'un goilt 
acre comme de la moutarde. Sa racine eft allez grollc, 
fibreufe , ligneuie , blanche , un peu acre. En Latin 
thlajpi vulgatius. J. Bauh. La femence du rMz/p/ eft 
chaude : on s'en lert pour faire percer les abcès in- 
ternes , pour la fciatique , pour provoquer les mois 
aux femmes. C'eft un des ingrédiejis de k thériaque. 
Il y a plufieurs aurres elpèces de thlajpi. 

Il y a un Thlajpi connu fous le nom de Thlajpi 
creticum quibujdani^ flore rubente , que l'on cultive 
dans les jardins. Sa rige fort branchue porte quantité 
de fleurs rougcâtres en bouquers , donr celles de de- 
hors ont leurs pétales plus inéo;aux. 

Gw cultive encore un Thlajpi qui eft Toujours vert, 
& qui fleurit prefque toute l'année , même en hiver, 
& en pleine terre. Sa rige rortue, raboteule , ligneufe 
fe divife en pluiieurs branches tortues, où font fins 
ordre des feuilles fouvenr terminées par trois dents 
allez longues, ondées, fermes, un peu dentée» de 



22 THL THN THO 

loin à loin, charnues, Jiiïcs, d'un vert brun-, chaque 
branche eft terminée par un ombelle de fleurs blanches, 
donr deux pétales font plus petits que les deux oppolés. 

Ourrç les elpèces cultivées dans nos jardins , il y en, 
a plufieurs autres que l'on trouve dans les champs. 

Quelques-uns croient que le thlajyi eft ce qu'on ap- 
pelle communément , rôle de Jéricho. Mais Ray dir , 
dans fon Hiftoire des Plantes, qu'on a tort de donner 
au thlaj'pi le nom de Rofe , pmlque cette plante n'a 
aucun rapport avec la rôle, & de la dire de Jéricho, 
puifqu'on n'en voit point, dans ce pays-là -, mais feu- 
lement dans l'Arabie déferre. 

Ce mot vient du Grec ^a*», je prejfe , je comprime, 
8c l'on a donné ce nom à ces fortes de plantes , à caule 
que leur fruir eft aplati & comme comprimé. 
THLASPIDIUM. f. m. Plante qui poulie plulîeurs tiges 
à la hauteur d'un pied, grêles, rondes, ram.eules, 
portant peu de feuilles , mais il en lort de ia racine 
plufieurs qui font longues , rudes, finueufcs, vertes, 
velues, rellèmblant à celles du hiéracium , éparfespar 
terre. Ses fleurs nallfenc aux fommirés des tiges, pe- 
tites, à quatre feuilles jaunes, difpofées en croix. Il 
leur fucccde un fruit en lunette , compolé de deux 
parties très-ap!aties , qui renferme dans leur creux 
•chacun une femence oblono;uc, fort aplatie , roullè 
ou rougeàtre. Sa racine eft longue & médiocrement 
grolTe. Cette plante croît aux pays chauds , vers Mont- 
pellier , aux lieux monragneux. Elle eft déterlîve , at- 
ténuante , apéritive , demcative , elle excite les menf- 
trues-, & fait fortir l'arrière-faix, étant prife en décoc- 
tion. Son nom vient de ce qu'elle a quelque leflem- 
blance avec le Thlafpi. 

THN 

THNÉTOPSYCHITE. Nom de Sefte. Tknetopfychita. 
Les Thnétopjychites croyoient l'ame de l'homme fcm- 
blable à celle des bêtes , 8c enfeignoient qu'elle mou- 
roit avec le corps. S. Jean DamaJ'. héréj. <)o. On ne 
trouve rien de ces Hérétiques ailleurs. C'eft peut-être 
ceux dont parle Eusèbe , Hift. EccléJ'. L. VI. C. j5. 
qui dit qu'il y avôit au temps d'Origène des Héré- 
tiques en Arabie, qui difoient que les âmes mouroient 
avec le corps i mais qu'à la fin du monde elles reflul- 
citeroient de même, avec le corps: il ajoute qu'Ori- 
gène les réfura dans un nombreux Concile j & les fit 
revenir de leurs égaremens. S. Auguftin Prédeftina- 
tien & Ilîdore appellent ces Hérétiques Arabiques. 
Marcel j dans fes Tables, a défiguré ce mot qu'il n'a 
pas entendu. Il dit, Thénopjychites , au lieu de Thné- 
topjychites. De plus , il les met dans le feptieme liècle ", 
je ne lai fur quel fondement. 

Ce mot vient de^cxTos-, mortel, &c\v)^Aj ami, 

THO 

ê 

THOAS. Fils d'Andrémon , Roi de Calydon , cônduifit 
les Etoliens au ficge de Troye fur 40 vaillbaux. 

Thoas, Roi de Lemnos. 

Thoas , Roi de la Cherfonèfe Tauriquc. C'eft lui qui 
avoir porré cette loi barbare , que tous les étrangers 
qui aborderoient fur fes cotes , feroient immolés à 
Diane. 

THOCHEN. Nom d'un bourg de la Tribu de Siméon 
dans la Terre-fainte. Thochen. Voye\ i. Parai. IV. 32. 

THOE. Nom propre d'une Nymphe marine. Thoe. Elle 
■croit fille de l'Océan & de Téthys , & fe nommoit 
ainfi à caufe de fa vîrelle. Fôy^:[ Héfiode , Théog. v. 

354- 
THOISSEY. Ville de la Principauté de Dombes , & la 

plus confidérable du pays , après celle de Trévoux. 

En Latin Thojfîacus. 
THOLAD , ou Eltholad. Nom de la Terre - fainte. 

Tholad j Eltholad. Cétoit une ville de la Tribu de 

Siraéon. i. Parai. IV. 29. 
THOLEY. Nom d'un Monaftère de l'Archevêché de 

Trêves. Tabuleium, Theologium, Doleia. lleftlitué 

jprès du bourg de S. Wendeliii, à 5) lieues de Trêves, 

vers le fud-eft. Maty. 



T II O 



THOLUS. f.m. Terme d'Architcaure. C'eft la clef, ou 
la pièce de bois du milieu, dans laquelle s'allemblent 
toutes les courbes d'une voi'ire de charpente. FiL. 
Tholus. 

Vitruve nomme thclus , une coupe, un dôme en 
général. Quelqucs-iuis ont auffi appelé tholus, la lan- 
terne d'im dôme. 

Ce mot vient du Grec bi^^Q-, tejludo,voûie élcvcc. 

THOMAITE. f. m. Terme d'Architedure ancienne. Sorte 
de Salle à manger. Thomdites. Vbyei Curopa!are,Pe 
Officiis, & Dempftcr, fur Rolîn , L.V.C. 28. 
THOMAS. Nom d'homme.- Thomas. S. Thomas eft un 
des Apôrres de Jéfus-Chrift, qui prêcha l'Evangile aux 
Indes , Se même, félon quelques-uns , en Amérique. 
Voyei Thomé , & Amérique. Les Américains , qui 
onr quelque connoillance de S. Thomas , s'iîs en ont, 
font à mon fens , des Indiens , qui lont venus ancien- 
nement s'établir en Amérique , ou qui y ont été jettes 
par la tempête. S. Thomas prêcha aux Ethiopiens, aux 
Perfes, aux Mèdes , aux Indiens, & aux habitansde 
la Taprobane. S. Thomas tout court fe dit auiïi fou- 
vent de S. Thomas d'Aquin. 

Saint Thomas. Nom d'une ville de l'Afrique. Fanum. 
S. Thomœ. Elle eft capitale de l'île de S. Thomas , & 
bâtie par les Portugais fur la côte orienrale de l'île, où 
elle a un bon port. Elle eft défendue par une ciradelle, 
& on y a érigé un Évêché fufl:ragant de Lilbonne. Au 
refte plufieurs cartes appellent cette ville Pavoafen , 
qui n'eft pas le nom propre. Maty. 

Saint Thomas. Nom d'un golfe. Sinus S. Thomœ. Ce 
golfe eft une partie de la mer de Guinée. Il baigne la 
côte du Biafara , &: la méridionale du Bénin. Le cap 
Fermofa le fépare du golfe de Bénin, &: celui de'Lopo 
Gonlalvès de la mer du Congo. Maty. 

Saint Thomas. Nom d'une île. Infula Sancli Thow.ce. 
Cette lie fitùée dans le golfe de Samt Thomas , envi- 
ron à 50 lieues des côtes de Gabon, -en Biafara, eft 
prelque ronde; quelques-uns lui donnent 20 lieuesde 
diailiètre , & d'autres beaucoup moins. Elle eft fous 
l'équateur , & fon air extrêmement chaud, n'empêchef 
pas les Nègres d'y vivre jufqu'à 100 ansj mais on af- 
Jure que les Européens n'y paflenr guère la cinquan- 
tième année de leur vie. Le blé & les vignes que les 
Portugais y ont tranfportés , n'y ont pas réulli, foie 
que la terre y foit trop gralTe , ou que l'air y foit trop 
chaud ; mais elle produit du gingembre, une très- 
grande quantité de lucre , des palmiers dont on tire 
du vin , & des racines nommées Bâtâtes , dont on foie 
du pain. On allure que la chair de pourceau y eft la 
meilleure de routes, parce que ces animaux font nour- 
ris des cannes de lucre, qu'on leur donne après qu'elles 
font preflées. Cette île appartient aux Portugais , & 1» 
ville de S. Thomas en eft le lieu prircipal. Maty. 

Saint Thomas. Les îles de S. Thomas. InJulœS.Tho- 
mœ. On met au nombre des îles de S. Thomas, non 
feulement celles du Prince de Fernando Pao , & d'An- 
nobon , qui font .aux environs de celles de S.Thomas; 
mais encore celles de Ste. Hélène , de l'Afcenfion, & 
de S. Mathéo , qui en iont fort éloignées : les pre- 
mières font poflédées par les Portugais , & les der- 
nières fonr déferres. Id. 

Saint Thomas. Aurrement San-Thomé. Ville. Voye\ 
Thomé. ;, 

S.Thomas de Villeneuve. Congrégation de filles, qui 
fe font confacrées au fervice des pauvres, dans quel- 
ques Hôpitaux. Dans celui de Gifors on a ét.abli en 
i6%6 quatre filles de cette Congrégation. Dejcript. 
Géogr. Ù Hiji. de la Haute-Norm. lom. s.. p. _^oy. Dans 
celui du Havre de Grâce on en a établi pareillement, 
en 1728. Le Curé de S. Sulpice de Paris eft Supérieur- 
né de ces filles, ^id. tom. i. p. zoG. 

SAN-THOMASO. Nom d'un cap de l'Amafie, enNaro- 
lie. Promontorium S. Thomœ. Il eft près de la ville 
de Pormon , en tirant vers Chirifonda. On le prend 
pour l'ancien Jafonium Promontorium , qui étoic ea 
Capadoce. Maty. 

THOMASTOWN. Nom d'un bourg de l'Ecolfe méri- 
dionale, Fanum SaiiBi Thomcs. Vl eft dans leCoroti. 



THO 



THO 



de Carrielc, à une iieue du golfe de Ckiyd , & à deux 
lieues de la ville de Bargeny , vers le nord. Maty. 

TiîOMASTOWN. Autre bourg de la La^énie, en Irlande. 
Fanum S. Tliomœ. Il eft iur la Nure , dans le Comté 
de Kilkenny , à quatre lieues au-dellous de la ville de 
ce nom. Maty. 

THOME. Qui fe dit en ces deux phrafes : San-Thomé ^ 
OU S. Thomé-, &c les Chrétiens de Sân-Thomé ou de 
S. Thomc. Thomas , Urbs Sancli Thomœ , Chrifiiani 
SanSi Thomœ , Chrifiiani Thomcei. Méliapor eft la 
ville qu'on appelle aujourd'hui communément San- 
Thomé, parce que l'Apôtre S. Thomas y a fait , dit-on, 
un long féjour, & y a Ibuftért le martj^re. Si on en 
croit les habitans , elle fut engloutie un jour , prcique 
toute, par la mer, & pour preuve de cela , il fe voir 
encore dans les eaux des ruines de grands édifices. 
La nouvelle ville de Méliapor a été bâtie par les Por- 
tugais. Il y a près des murs, une colline qu'ils appellent 
le petit monr ; & cette colline a une grotte , où l'on 
dit que S. Thomas fe cacha durant la perfécution. A 
l'entrée de la grotte eft une croix raillée dans le roc, 
& au pied une fource vive , dont l'eau eft fi faine que 
les malades qui en boivent , guériilent ordinairement. 
De la petite montagne on pallè à une plus grande, 
qui femble faite pour la vie foliraire & contemplative. 
Car d'un côté elle regarde la mer, & de l'autre elle 
eft couverte de vieux arbres toujours verts, qui ont 
quelque choie d'aftreux & d'agréable tout enlémble. 
C'eft là que S. Thomas fe retiroit avec fes difciples 
.pour faire oraifon , & c'eft auffi là qu'il mourut d'un 
toup de lance , que lui donna un Brachmane. Les Por 
tugais qui rebâtirent Méliapor , trouvèrent au fommec 
de la montagne une chapelle de pierre toute ruinée. 
Ils voulurent la rétablir en mémoire du S. Apôtre i & 
comme ils fouillèrent julqu'aux fonderaens, ils en ri- 
I rerenr un marbre blanc , oii il y avoir une croix avec 
>cles caractères gravés alentour, & qui diiolent que 
Dieu naquit de la Vierge Marie ■, que c'étoit un Dieu 
éternel ; que ce Dieu enfeigna fa loi à douze Apôtres, 
& que l'un d'eux vint à Méliapor avec un bourdon à 
la main, & y bâtir une églile; que les Rois de Mala- 
bar , de Coromandel , de Pandi & de plulieurs autres 
nations, fe fournirent à la loi de S. Thomas homme 
ifaint & pénitent. Comme le marbre , dont nous ve- 
nons de parler, a Uiverfes taches de fang, l'opinion 
commune eft, que le S. Apôtre fut marryrifé delFus. 
BouHouRs , Vie de S. Xavier, L. III. Saint Thomé 
ti'eft éloigné que de deux lieues de Madras. P. Ta- 
CHARD. Il dit que le grand & le périr mont font à 
deux grandes lieues de S- Thomé. Les Chrétiens de 
S. Thomé font les Chrétiens de Méliapor & des pays 
iyoifins , convertis à la foi. Car quoique tout le détail 
qu'on vient de rapporter ne foit peut-être pas bien 
fondé , il eft fur que c'eft la tradition générale & 
conftanre de Narfinga , de Cranganor, de toute la côte 
de Coromandel , & même de toute cette prefqu'île 
de l'Inde , que S. Thomas y a annoncé l'Evangile. 
Voye\ la Lettre du P. Tachard imprimée dans le dou- 
zième recueil des Lettres édifiantes , & curieules des 
Miffïonnaires Jéfuites , & ci-deflbus Thoméen. 

San-Thomé. Cap. Promontorium Sanâi Thomœ. Ce 
Cap eft dans le Bréfil , Iur la côte de la Capitanie de 
Rio Janeiro , aux confins de celle de SpirituSanclo. 
Maty. 

San-Thom^. C'eft encore une petite baye fur la côte 
du Chili, à la fortie de celle de la Conception-, du 
côté du nord, & vis-à-vis de la Quiriquina. 

THOMÉEN, enne. f. m. & f. &adj. Chrétien deS.Tho- 
mas ou de S. Thomé. Chrétiens des Indes , qui félon 
la tradition , ont reçu l'Evangile de S. Thomas. Tho- 
mœus , a. Lorfque les Portugais arrivèrent aux Indes , 
pour la première fois , & dès qu'ils furent arrivés au 
port de Calécut, ils trouvèrent d'anciens Chrétiens, 
qui fe diloient defcendus de ceux que S, Thomas 
avoir convertis aux Indes. Ces Chrétiens*^ ( que l'on 
nomme Thoméens ou de S. Thomas , ) ayant appris 
qu'il étoit arrivé aux Indes une Nation étrangère, qui 
avoir un culte fingulier poui; la croix , lui envoyèrent 



25 



des Ambaiïadeurs , pour faire avec elle une alliance 
d'autant plus folide, qu'elle étoit fondée fur l'unité 
de Religion.- Ils firent des préiêns aux Portugais > 
imploranr leur fecours contre les Princes Gentils , dortt 
ils étoient opprimés. Il eft confiant qus:\esThoméenst 
foit Prêtres , foir féculiers , font originaires de l'Inde 
& indigènes. On les nomme Nazaréens , Na^arenii 
mais 1 ulage a attaché à ce renne une idée de mépris. 
" Le terme de Mappuley & au plurier Mappuleymar , 
eft plus honorable, & c'eft leur autre nom. Les Ma- 
homérans ont une averfion particulière pour les Tho- 
méens y je ne fai pourquoi. Les Thoméens font une 
Cafte allez nombreufe, riche, belliqueufe, mais rou« 
jours divifée par mille factions , haines invétérées , 
querelles , &c. Cette Cafte eft répandue dans les terres 
depuis Calécut, jufqu'à Travencorj non que tout ce 
pays loir occupé par cette Cafte , il s'en faut bien , 
mais parce que toutes les peuplades & Égiifes de cette 
Cafte font renfermées dans cet efpace de pays. Ils ont 
une peuplade , ou plutôt un quartier avec une Églife 
à Travencor , de "Travencor ils n'en ont aucune , ou 
je fuis trompé, jufqu'à Coulan. Le forr de la Cafte", 
c'eft-à-dire , l'endroit où ils ont le plus de peuplades , 
eft du côté de Cochin. L'ufage des Indes eft que les 
Caftes foieiit , en un certain l'ens , mêlées les unes avec 
les autres, & dans un fens, féparées quant à l'habita- 
tion : car quelquefois une peuplade eft leulement d'une 
Cafte, par exemple, de Thoméens. Je ne doute pas, 
qu'il n'y ait plulieurs de ces villages uniquement de 
Thoméens. Quelquefois une peuplade, foir ville, foit 
village , eft compofée de plufieurs Caftes , qui ordi- 
nairement ont chacune leur quarrier. C'eft ainfi que 
les Thoméens ont leur quartier à Travencor, &:hPra- 
cadou, que les Européens nomment Porca. Ces Chré- 
tiens ont leurs Egliles. Celle de Travencor eft bâtie 
de nouveau , celle de Pracadou eft allez pauvre & 
obfcure. Il y en a auiîî une à Ambaiacadou , vulgai- 
rement die Ambalacata -, elle eft grande & belle pour 
le pays. Les Thoméens difent qu'ils font étrangers en 
ce pays-là : & leur tradition eft, qu'ils y font venus du 
pays qui eft du côté de la ville de S. Thomé ou Mai- 
lapur. Ce mot fignifie Paonpolis ou ville du Paon-, car 
Mail en tamul lignifie Paon, our fignifie peuplade; 
les deux lettres a 8c p font ce me femble , pour unir 
d'une manière plus douce ces deux termes. Ils difent 
que fe voyant perfécutés par les Princes de ce pays- 
là , foit pour la Religion , foit pour d'autres motifs , 
ils pafterent au Malcialam , que nous nommons tantôt 
Malabar , rantôt Malavar , rantôt Malcamer. Les Ta- 
muleres entendent par Malciafam un pays qui eft au- 
delà de ces hautes montagnes , qui commençant au 
cap de Comorin , courent au nord jufqu'au Càucafe, 
& féparenr cette péninfule en deux patries , l'orien- 
tale & l'occidentale. Ce mot Malcialam fignifie pays 
de montagnes. Cependant le pays habité par les T7zo- 
méens aurour de Cochin n'eft pas un pays de monta- 
gnes , mais un pays plat , arrofé d'une infinité de ca- 
naux & de rivières. On ne peut dire en quel temps fe 
fit cette tranfmigration •, car les Indiens n'ont aucun , 
ou prefqu'aucun monument d'hiftoire. 

Ils prérendenr avoir été enfeignés & convertis par 
l'Apôrre S. Thomas. Le Bréviaire des Prêtres Thoméens 
dit que S. Thomas paftà à la Chine. On n'entre point 
ici dans la queftion lî le S. Thomas dont parlent les 
Thoméens j & qui eft fi fameux aux Indes, eft en 
effet l'Apôtre S. Thomas , ou fi c'eft quelqu'autre S. 
Thomas, comme le prétendent quelques Savans, & 
entr'auttes le célèbre M. Huet ancien Evêque d'A- 
vtanches. Le R. P. Bouchet prétend avoir là-delTus 
des découvertes curieules. Il dir que S. Thomas dé- 
barqua à Calécut, & traverfant les montagnes , vint 
jufqu'à Mailapur; ce qu'il y a de certain, c'eft qu'en 
deux montagnes peu éloignées de Mailapur, & peut- 
être à Mailapur même, on a trouvé des monumens 
éc'atans de la Religion Chrétienne, comme on le peut 
voir dans les Auteurs qui traitent des Indes, Ce qui 
eft fur encore , c'eft que les Thoméetis viennent en- 
core du Malcialam au lépulcre de S. Thomas en pèle- 
rinage , avec une grande dévotion pour ce Saint, & 



24 



THO 



je fuis perfuadé qu'ils fe fcandaliferoient , fi on dou- 
toit que ce ne foit S. Thomas l'Apôrrc ^ j.iv 

Par cette même faute de monumens , il eft aulh ditti- 
cile de fiiivre l'Hiftoire Eccléilaftique de cette tglile , 
que d'eu dccouvrurorigine. Nos Livres Européens pa- 
roillent marquer, que le Patriarche d'Alexandrie en- 
voyoit des Évêques aux Indes , en particulier S. Pan- 
tinus furnommé le Philofophe , & S. Frument , &c. 
On peut douter cependant , fi c'eft à nos Indes qu'ils 
ont été envoyés. Il eft vrai que Baronius le lourient -, 
mais l'Auteur Portugais, dq Hefioria d'Ethiopia, 
prétend prouver que c'eften Ethiopie, que turent en- 
voyés ces anciens Millionnaires , &c que ce que rap- 
portent nos Livres, s'accorde^ merveilleulement à ce 
que difent les monumens d'Ethiopie -, il ajoute que 
J'Éthiopie a été fouvent appelée Inde. Ce qui eft fur, 
c'eft qu'il y a bien des fiecles que les Tlioméens re- 
çoivent des Évêques du côté de Babylonc, ou de Sy- 
rie. Il y avoit un Patriarche à Babylone , qui les en- 
voyoit & les envoie encore ; favoir Ç\ ce Patriarche 
eft devenu par la fuite des temps abiolu , ou s'il re- 
connoît quelque Patriarche fupérieur , & li c'eft celui 
d'Alexandrie , ou celui d'Antioche , c'eft ce que l'on 
ne fait pas aux Indes. Il n'eft pas facile non plus de 
<lécider (\ ces Evêques étrangers font toujours venus 
du dehors depuis le temps de S. Thomas , ou fi S. 
Thomas ayant ordonné desEvêques naturels aux Indes, 
fi tant eft qu'il y ait trouvé des fujets capables d'être 
ordonnés Evêques, l'Epifcopat s'y fera éteint par quel- 
que hazard, en forte qu'enfuite ils aient été fecourus 
du dehors. Le P. Boucher eft de ce dernier fentiment. 
Quoi qu'il en foit, il eft certain que cette Eglife Tho 
méenne etoit gouvernée par des Evêques étrangers , 
lorfque les Portugais arrivèrent aux Indes. Je ne fai 
point fuicment d'oii ils venoient , fi c'étoit de Syrie , 
ou plutôt de Babylone. J'ai quelqu'idée confufe qu'il 
y avoit jadis à Aden , fi je ne me trompe, un Métro- 
politain qui avoit foin d'envoyer des Evêques aux 
Thoméens, à Socotora, & même à la Chine. On fait 
qu'il y avoit, & qu'il y a encore à Socotora de triftes 
reftes de l'ancien Chriftianifme , & l'on n'ignore pas 
les monuHiens antiques qu'on a trouvés à la Chine, 
de cette même Religion Chrétienne , prêchée par des 
Evêques étrangers. Les Thoméens parlent , dans l'ufage 
commun, la langue du Maleialam. Quelques-ims ap- 
prennent, de même que les Gentils, la langue lavante 
du pays, qu'on nomme Samafiradam. LesT/iomeeiis 
n'ont point de langue particulière. Ceux qui fontdef 
tinés à l'état Eccléfiaftique , apprennent la langue Sy- 
riaque , ou Chaldaïque , dont on ie fert in Sacris. Je 
.ne puis dire fi cette langue eft Syriaque, ou fi c'eft la 
Chaldaïque -, car d'un coié l'ufage commun des Por- 
tugais eft de la nommer Syriaque , &: eux Syriens , 
quoiqu'en etfet les Prêtres, ainfi que le peuple, ne 
îoient nullement Syriens de nation, mais vrais Indiens. 
D'ailleurs le Synode de Diamper tenu au commence- 
ment du dernier fiècle , dans le Maleialam , par le 
grand Archevêque de Goa, D. Frey Alexis de Méné- 
sès fur le Chapitre de l'Euchariftie, Décret 4 , permet 
que le Milfel Romain foit traduit en Syriaque. D'au- 
tre part le même Concile , Adbon 4«, Décret 16 , dé- 
fend de donner à ceux qu'on baptiie le nom de Hijo , 
qu'il allure fignifier ou plutôt être le nom de Jefus en 
Chaldéen. Dans ce même Concile , titre de la réforme. 
Décret 20 , il eft détendu auffi d'impofer le nom de 
Lyo , qu'il allure être le nom de Jefus. Il eft vrai, que 
dans cet endroit-ci il ne dit pas, ce me femble, que 
ce nom foit Chaldéen. De plus le 111« Concile de Goa, 
adion ; , Décret 7 , ordonne qu'on traduite le Miflel 
Romain en Chaldaïque pour f ufage des Thoméens. 
Ce font lans doute les Evêques étrangers qui ont in- 
troduit cette langue Syriaque ou Chaldéenne. Il eft 
fort probable qu'avant que les Thoméens pallaflentau 
Maleialam , le Siège de î'Evêque étoit â Mailapur ou 
aux environs , & qu'enfuite ils ont patfé à la fuite de 
leur troupeau à Maleialam. Ce qui eft lur , eft que 
I'Evêque de Mailapur , ou faint Thomé eft bien dif- 
férent de I'Evêque des Thoméens. L'Evêché de S. 
Thomé , ©u Mailapur , eft d'éretUon nouvelle depuis 



THO 

les Portugais , & n'a pas de junfdiâiion fur les Tho^ 
méens qui iont dans un pays fort éloigné , comme on 
le peut voir en jettant l'œil fur la carte. Aujourd'hui 
les Thoméens Iont loumis à f Archevêque de Cranga- 
nor, dont nous parlerons dans la fuite. 

L'Orient ayant été infeôté des hércfies de Neftorius 
& d'Eutychès , les Evêques qui venoient aux Indes , 
infederent leur troupeau. Il eft certain que le Nefto- 
rianiime s'y eft glillé -, plufieurs encore aujourd'hui 
font Neftoriens , niant que Marie foit mère de Dieu -, 
mais je crois que par un mélange ridicule ils ont uni 
le Neftorianifme avec l'Eutychianifme. Je fuis le plus 
trompé du monde , fi parmi quantité d'anciens Evêques 
hérétiques, dont ils failoient mention, & célébroienc 
les têtes comme de Saints, Diofcore n'eft du nombre. 
Il eft vraifemblab'e que de ces Evêques étrangers les 
uns auront été infectés d une héréfie, les autres d'une 
autre \ que d'ailleurs il y aura eu des temps où ayant 
manqué pendant plufieurs années de Pafteurs , au 
moins de Pafteurs vigilans , ils auront formé un cahos 
confus & aflreux où fe trouvoit la Religion Chré- 
tienne parmi les Thoméens , quand les Portugais vin- 
rent aux Indes. La Confeffion n'étoit point d'ufage^ 
la matière de l'Euchariftie étoit faufïè •, voici la manière 
dont ils la préparoient : il y avoit immédiatement au- 
deiais de l'Autel une efpèce de tribune ou enttefol. 
Tandis qu'en bas le Prêtre difoit l'Introïte & M com- 
iTiencement de la Liturgie , on cuiloit en haut une 
efpèce de gâteau de farine de ris avec du fel , on le 
faifoit frire dans de l'huile ou du beurre , qu'on met- 
toit enfuite dans un petit panier ; on faifoit defcen- 
dre ce gâteau tout chaud par le moyen d'une corde 
fur l'Autel, & le Prêtre le confacroit. Pour la matière 
du Calice, c'étoit de la Charayam , qui eft une efpèce 
d'eau de vie , qu'on fait en ce pays-ci de diflérentes 
manières. L'ordination n'étoit guère plus fure : l'Ar- 
chidiacre qui étoit comme un lecond Evêque , & fou- 
vent plus refpe6té que I'Evêque même , ordonnoit 
quelquefois les Prêtres. Cette dignité d'Archidiacre 
étoit hétéditaire dans une famille. L'on n'entrera point 
dans le détail des autres abus-, cela feroit infini. 

Les Portugais travaillent depuis deux fiècles à la ré- 
forme de cette Eglife. Ils ont employé pour cela le 
pouvoir Eccléfiaftique & Séculier ••, ils ont tâché de 
faire enforte , fur tout , que les Evêques fuflent Ca- 
tholiques : pour cela ils ont appelé des Evêques étran- 
gers aux Conciles de Goa , les ont inftruits , arrêtés 
& envoyés en Portugal , & quelques-uns mêmes juf- 
qu'à Rome. Quelques-uns qui ont fait le voyage , ont 
trempé , en Europe , par leur hypocride , & font re- 
venus abfous i mais à peine étoient - ils dans leur 
Eglife , qu'ils faifoient pis qu'aupaiavant. Enfin les 
Portugais voyant que tandis que ces étrangers vien- 
droient parmi les Thoméens , on n'en pourroit déraci- 
ner le ichifme , ni l'hérélie , ni en retrancher les abus , 
réfolurent de les exclure , & de mettre un Evêque 
Européen à leur place. Tout cela a rendu les Porttt- 
gais infiniment odieux à ces Thoméens. jÇelui quL 
réuffit le mieux , fut DomFrcyAleixo, ( les Portugais 
prononcent Aleicho , l'or fe prononce prefque comme 
notre ch-.) ce fut dis-je Dom Frey Aleixo de Méné- 
sès Archevêque de Goa. Il avoit été tiré de l'Ordre 
de Saint Auguftin , & a été un des plus grands Pré- 
lats de fon Siège par fa piété , h libéralité, fon zèle, 
fa fermeté. Il entreprit la réunion de certc Eglife fchil- 
inatique. Il en eut une belle occafion, car il gouver- 
noit alors iTnde au défaut de Vice-Roi. Les Portugais 
avoicnt Cochin , & étoient redoutés dans tout le Ma- 
leialam. Se lervant de tous fes avantages , il tint wn 
Synode dans le village de Diampor, oii il fit les beaux 
règlemens que nous avons encore , & après avoir lur- 
monté des obftacles infinis , il conclut cette réunion 
il louhaitée. Il fut fécondé dans cette giorieufe entre- 
prile par les Pères de la Compagnie de Jelus , à qui 
il jugea à propos de lailler dans les ades mêmes du 
Synode , Sh témoignage auflR authentique qu'hono- 
rable de leurs travaux dans cette miffion. Il me fem- 
ble qu'il nomma , ou plutôt fit nommer pour Evêque 
de cette Eglife D. François Roz de la même Compa- 



THO 

o-nie , mais avec le titre d'Evéque feulement-, au lieu 
qu'auparavant ils avoient celui d Archevêque , qu'ils 
ont recouvré depuis. D. François Roz étoit aimé des 
Thoméens , & je crois que pendant la vie , l'union 
fubfifta -, mais après Ta mort ia moiùé de cette Egiiie 
retomba dans le rchilme \ Se c'ell 1 état où elle le 
trouve aujourd'hui , moitié Caihoiique , moitié Schil- 
matique. Tune Se l'autre toujours dans mille troubles. 
Ils font fomentés par les Evêques étrangers, qui, mal- 
gré les Portugais Se tout ce qu'ils peuvent taire, 
viennent en ce pays-ià : il n'eft pas ailé de les en ti- 
rer , aujourd'hui que les Portugais ne lont plus maîtres 
de Cochin , & n'ont prefque aucun pouvoir dans le 
Ma'eialam. Ces malheureux Evéques font tous Schif- 
matiques, & ont cependant la faveur du Peuple, qui 
a de ia peine à oublier les anciens Pafteurs. 

Il y a long-temps que les Rois de Portugal , qui 
ont toujours été très-zélés pour l'avancement de notre 
fainte Religion, avoient fondé un Séminaire pour éle- 
ver les jeunes Eccléfiaftiques : ce Séminaire eil à Am- 
balurata-, les Jéfuites en ont foin ; ce font eux qui leur 
apprennent , ou qui leur font apprendre par quel- 
qu'autre le Syriaque. Les Prêtres le nomment en 
Langue Malabare & Taraulique Cattenar , Dominus 
ou Domini. Ils font généralement parlant très-peu 
habiles , foit dans la Langue favante , c'eft-à-dire , 
dans la Chaldaïque ou Syriaque , foit dans la Théolo- 
gie. Ils ont leur Liturgie, ^tant au Bréiîl, je l'ai trou- 
vée dans un Livre d'Europe , non telle qu'elle étoit 
auparavant. En fécond lieu , ils ont le Bréviaire qu'un 
habiie Miffionnaire m'a alFuré être le Pfeautier, dont 
chaque jour ils difent une partie. Cependant ce que 
j'ai dit ci-dellus , prouve qu'il y a aulïi des Leçons , 
& même qu'il eft divifé en Noâurnes •, car j'ai lu 
que cette particularité de la vie de faint Thomas eft 
marquée à telle Leçon du fécond Nodurne. Les Con- 
ciles ordonnent aulîi qu'on falle , ou qu'on traduite 
im Rituel en cette Langue. Je crois prefque qu'ils 
n'ont point d autres Livres de l'Ecriture-, tout au plus 
ils en auront quelques Lambeaux. Ce qui me le fait 
croire ainfi, c'eft que les Conciles n'en parlent pas. Il 
y a auffi quelques Livres , mais peu , & en Langue du 
Maieialam pour l'inftrudtion des Prêtres , cas de con- 
fcience, prédication, & plufieurs pour l'inftruélion des 
fidèles. Les Européens ne leur ont point mis entre les 
mains la Bibie, jugeant que c'éroit une viande trop 
folide pour eux. Que diroient-ils en effet s'ils voyoient 
que David, Abraham, &c. avoient tant de femmes, 
èc plufieurs choies femblables capables de les Icanda- 
lifer , & matières fur lefquelles ils ne feroient guère 
capables d'inftruftions. 

La manière dont les Cattenars font aujourd'hui ha- 
billés, eft fort plaifante. Ils vont pieds nus, ou avec 
<les fandales du pays-, ils ont, fi je ne me trompe, un 
caleçon & une chemife dont les pointes font en dehors 
du caleçon fans fe mettre dans le caleçon \ enfin un 
bonnet en tête , tel que les Jéfuites Portugais le portent : 
il eft rond & en cône coupé , le fond du bonnet plus 
large que l'entrée. Un habit clérical de cette nature 
paroît fort burlefque, fur tout la première fois qu'on 
le voit. Au refte qui a une fois pris la chemife pour 
fe faire Clerc , ne peut fans un extrême deshonneur 
la quitter -, ce feroit parmi eux , ce qu'eft parmi nous 
un Moine défroqué. 

Pour les peuples, j'ai déjà parlé du caraétère des 
hommes. A l'égard des femmes , elles lont bonnes 
Chrétiennes, fur tout extrêmement chaftes , & dévotes 
à la fainte Vierge. Il y a un abus qu'on a bien de la 
peine à corriger ■■, c'eft que les filles ne fe confellènt 

Î joint avant que de fe marier, pour ne pas donner 
ieu de foupçonner qu'elles aient l'ait quelques fautes 
en matière de pureté. Us ont des jeunes extraordinaires -, 
leur terme commence , fi je ne me trompe , à laQuin- 
quagéfime-, je fuis bien trompé auflî, s'ils ne jeûnent 
l'Avent. Il eft contre le jeûne parmi eux , de prendre 
le vettilei Si pûcou , ou , comme on dit communément, 
le hétel Se aréca , ce qui pour eux eft une très-grande 
mortification. Les agapes font fort en ufagc parmi 
eux. Quelques-uns les donnent par dévotion, par vœu, 
Toma VlII. I. Partie. 



THO 



25 



ou pour le repos de l'ame des défunts. L ulcgularité ' 
y eft fort rigoureuie-, celle qui s'encoure par l'homi- 
cide , quoique cuni modemniine inculpatce tutelœ , eft 
cenféc mdilpeniable. Je trouve dans les Conciles , qu'on 
a réglé que les Prêtres , quant au célibat & mariage , 
garderoient l'ulage des Grecs Catholiques -, cependant 
il me iemble que les Catholiques gardent le célibat. 
Je ne lai comment en ufent les Schilinatiques. Mé- 
moire envoyé des Indes. Un autre Mémoire envoyé 
par une autre perfonne qui demeure parmi les Tho- 
méens , porte , que leurs Evêques viennent de Baby- 
lone , mais fous l'autorité & au nom du Patriarche 
d'Antioche ; que quelquefois il en vient d'ailleurs , qui 
s'emparent du Siège Epifcopal-, que quelquefois des 
Laïques s'y placent & repréfentent -, que quoiqu'ils 
loient, ou qu'ils aient été louvent Neftoriens & Jaco- 
bites , ils récitent depuis peu des vers dans lefquels ils 
difent que le Concile de Chalcédoine eft pire que les 
erreurs de Neftorius -, que ceux du midi n'admettent 
point de conlellîon auriculaire -, que ceux du nord 
l'ont , mai? qu'ils la font très-rarement , qu'ils ont 
l'Ecriture entière en Chaldéen , mais par partie , un 
Livre chez l'un , un autre Livre chez un autre-, per- 
fonne en particulier ne l'a tout entière. Le Nouveau 
Teftament eft plus commun entre les mains des Prê- 
tres. Ils ont auffi une Paraphrafe anonyme-, mais elle 
eft rare. Les Schifmaciques , non plus que les Ca- 
tholiques , n'ont plus l'ancien Bréviaire, ni l'ancien 
Millëi ; ils furent brûlés pat ordre de Dom Alexis 
de Ménésès. Les Schifmatiques ont le même Bréviai- 
re que les Catholiques \ le Millél eft un peu différent. 
Les Cattenars ont entr'eux une Langue qu'ils nom- 
ment Kerfon -, c'eft un mélange de Syriaque Se de 
Malabare, mais dans lequel le Malabare prédomine , 
à peu près comme les Millionnaires Européens ont fait 
entr'eux une Langue mêlée de Portugais & de Ta- 
mul , mais où le Portugais domine. Mémoire envoyé 
des Indes. 

L'Auteur de l'Hiftoire Critique de l'ancien Tefta- 
ment , L. II. C. t£. avance hardiment que Dom 
Alexis de Ménésès Se les Miffionnaires ont introduit 
quantité de nouveautés dans les cérémonies des Chré- 
tiens des Indes -, qu'ils n'ont pas fait difticuké d'alté- 
rer leurs Millels -, que les réformations introduites par 
les Millionnaires dans la créance & les cérémonies de 
ces Peuples ont été faites la plupart mal-àpropos & 
peu judicieufement. Sur quoi on pourroit lui deman- 
der fur quelle preuve il fonde ce qu'il avance ; car il 
n'en donne aucune : s'il a vu les Livres des Thoméens 
avant & après leur correction , & s'il les a confrontés 
enfemble i fi c'eft introduire des nouveautés, que de 
rétablir l'ufage des Sacremens prefqu'aboli , que d'in- 
troduire la matière & la forme légitimes de ces mêmes 
Sacremens-, par exemple, pour l'Euchariftie, du véri- 
table pain à la place de beignets chauds dont on le fer- 
voit , du vin de vigne au lieu de vin de gplmier qu'on 
y employoit-, que d'abolir la coutume d'excommunier 
folennellemenr le Pape faint Léon , & de faire com- 
mémoration de plulieurs héréfiarques comme d'autant 
de Saints -, que de défendre à des gens ians caraèlère 
d'impofer les mains au Sacre des Evêques & à l'Ordi- 
nation des Prêtres , & ainfi du refte -, enfin fi c'eft al- 
térer leurs Millels , que d'en retrancher des erreurs 
grolîîeres, 8e l'héréfic Neftorienne, qui y étoit énon- 
cée en termes formels. Il n'y a guère eu d'entreprife 
plus glorieufe , plus difficile , ni qui ait été exécutée 
avec plus de confiance Se de fagellè , que la réforma- 
tion de l'Eglife des Thoméens; les Evêques des Indes 
dans les Conciles de Goa , & l'Archevêque de Goa 
dans le Concile de Diamper , aidés des plus habiles. 
Théologiens (car il y en a de tous les Ordres dans les 
Indes , & d'aulTi habiles que ceux d'Europe) ont exa- 
miné mûrement la créance des Neftoriens-, & ce qu'ils 
ont jugé à propos de réformer , méritoit certainement 
de l'être. Lettres Édifiantes etCuR. Recueil XII. 
Epure Dédicatoire. 
THOMISME, f. m. Dodrine de S. Thomas d'Aquin , 
principalement fur la Prédcftination Se la Grâce. SancrL' 
Thomx Aquênatis Doclrina, Thomifînus. Les Jaco- 

D 



z6 



THO 



THO 



bins prétendent , avec raifon , foutenir le pur Tho- 
mijhie ; les Auteurs Jéfuites diftinguent mal à pro- 
pos le Thomifme de faint Thomas, dii Thomi/me des 
Dominicains. Le Thomifme , loin d'avoir été con- 
damné , eft, fans contredit , le fyftéme fhéoloo;ique 
le plus autorifé dans l'Eglife. Il cil: prcfquc généra- 
lement enfeigné à Rome & dans toute l'Italie , ex- 
cepté dans les Ecoles des Jéfuites. Les Souverains 
Pontifes , &: notamment Benoît XIII, dans fon Bref 
DemiJJiis preces , Clément XII. dans fa Bulle Ver- 
J>o Dei , ont donné les plus grands éloges à cette 
Dodrine. Les auteurs où l'on peut puifer le Tho- 
milme dans fa pureté , font , après faint Thomas , 
Pierre Soto, Lémos , qui, dans les Congrégations 
de Auxiliis , combattit avec tant de forte le lyfté- 
me inventé par Molina , pour l'oppofer à celui de 
faint Thomas, Contenfon , Malîoulié , Réginald, 
Serri , &c. . Vo-je\ Prémotion & les articles rela- 
tifs. 

THOMISTE, f.m. Théologien qui foutient le Thomifme. 
Thomijia. Les plus célèbres Thomiftes font ceux que 
nous venons de nommer. On peut y ajouter Médina, 
Lédelma , Navarète , Cabezudo, Gonzalès, Bannez, 
Alvarès , Gonet , Orfi , Concina. Les Salmanticen- 
fis, &c. LesMoliniftes fur-tout font les Antagoniftes 
des Thomiftes , dans ce qui regarde les matières de 
la Prédeftination & de la Grâce. Voyei encore l'arti- 
cle précédent. 

iSO" THOMISTIQUE. adj. de t. g. qui regarde le Tho- 
mifme. Opinion , fentiment, idée thomiftique. 

THOMOND, ouCLARE. Comté d'Irlande dans la Pro- 
vince de Connaught, on l'appelle auflî Twomond. 
Il eft borné à l'eft & au fud par la rivière de Shannon , 
à l'oueft parl'Océan, & au nord par le comté de 
Gallwai. 

THON. f. m. Grand poiflbn de mer qui a la peau déliée , 
de grandes écailles , le mufeau pointu & des dents. 
La chair rellemble aflez à celle du veau. On con- 
ferve le thon dans le vinaigre. L'endroit le plus délicat 
du thon eft la poitrine. En Latin thymnus , ou thunnus. 
Matthiole dit que le thon dont on fait la thonnine , eft 
une efpèce de baleine qui palle le détroit aux mois de 
Mai & de Juin : mais il le trompe. La pêche s'en fait 
en Provence dans les mois de Septembre & d'Odo- 
bre, temps où ce poillon partant le détroit entre dans 
la méditerranée. Les filets dont on fe fert pour le 
prendre , font faits de joncs cordés , & fe nomment 
Mandragues. On le prend avec force bruit; car c'eft 
un poiilon craintif qui le fauve dans des fofTès où l'on 
a tendu des filets. Les Auteurs l'appellent cordille , 
quand il eft jeune & au fortir de l'œuf, Cordyla. 
Quand il eft plus grand, ils l'appellent /im^ire , Lima- 
rius. Puis quand il quitte la boue, on le nomme péla- 
mide , Pélamys. Et enfin on lui donne le nom de thon, 
quand il pafle un pied de grandeur. On mange à Paris 
le thon niiiriné en falade. 

ÔC^'Thon. Nom d'une petite rivière de France , en Poi- 
tou. Elle a Ça. fource à Maulion , & fe jette dans la 
Touc à Montreuil-Bellai. 

THONNAIRE. f. m. eft un filet dont on fe fert fur la 
Méditerrannée pour prendre des thons , & autres 
grands poiflbns. Rete thunnarium. 

THONNEU. Foje^ Tonlieu. 

THONNIEU. f m. Droit ou Gabelle de Thonnicu. 
C'eft un droit que le Duc de Bouillon prend fur 
chaque tonneau & poinçon de vin ou autre breuva- 
ge vendu en gros , ou qui fe tranfporte par fes Or- 
donnances , Art. 577. 625. De Laurièrï. Vecîigal 
vinajium. 

THONNINE. f f. Chair de thon coupée & falée. Thyn- 
nina caro , vel pulpa. La thonnine la plus maigre eft 
la meilleure. 

THONON. Nom d'une petite ville de la Savoie. Thu- 
nonium. Elle eft capitale du Duché de Chablais , & 
fituée fur le lac de Genève, à fept lieues de la ville de 
ce nom , vers le levant. Mat y. Long. 24. d. 12'. lat. 
46. d. 22 . 

THOOSE. Terme de Mythologie. Nom d'une Nymphe. 
Thoojà. Selon Homère, Odygl L.Ly.^i. Elle étoit 



fiUe de Phorcys ou Phorcyn, Roi puiflant de la -mer, 
Dieu marin, & elle eut de Neptune le Cyclope Poly- 
phcme. Servius lur le VI^ L. de l'Enéide, p. 592. B. de 
l'Edition de Rob. Etienne, in-fol. dit que Phorcys ou 
Phorcus étoit fils de Neptune & de Thoojè , dont Ho- 
mère écrit qu'il fut père. 

THOPHET. Nom de lieu dans la vallée d'Ennom, 
près de Jérufalem , capitale de la Terre-fainte. Tho- 
phet. 

THOPO. Nom d'une des villes que Jonathas l'un des 
Macchabées fortifia dans la Tribu de Juda. Thopo. Le 
Grec l'appelle Théphon. I. Macch. IX. 50. 
THOR , THUR , ou TOR. Terme de Mythologie. 
Nom d'un Dieu des anciens Peuples du Nord, des 
Suédois, des Gères, des Goths. Thor. Le Grammai- 
rien Saxon dit que c etoit un grand Magicien , qui par 
lespreftiges& les enchantemens trompant ces peuples 
ignorans & grolïïers , le fit palier pour un Dieu. Adam 
de Brème dit que les Suédois donnoient ce nom à Ju- 
piter , que Thor étoit le Jupiter des anciens Suèons ou 
Suédois. Ils diloient que Thor préhdoit dans l'air; 
qu'il faifoit le tonnerre & la foudre, les pluies, le 
beau-temps , & qu'il donnoit les fruits de la terre. 
D'autres dilent que c'étoit le Mars , & d'autres le Nep- 
tune de ces peuples. La première opinion eft plus pro- 
bable ; car les Allemands , les Danois , les Anglois ap- 
pellent encore le Jeudi Thurfday. On facrifioit des 
hommes à Thor, aufli er^'acrifioit-on à Jupiter, même 
à Rome , au rapport de TertuUien , dans fon Apolo- 
gétique , C. 9. 

Ce mot étoit fait de Taran par aphérèfe. Vbye:^^ 
Taran. 

THORA. f. f. Plante qui pouflè de fa racine deux ou 
trois feuilles prelque rondes , lemblables à celles du 
cyclamen, mais une fois aulîî grandes , dentelées en 
leurs bords , fermes , attachées par des queues. Ses 
fleurs font compofées chacune de quatre feuilles jaunes 
dilpofées en rôle. Quand cette fleur eftpallée, ilpa- 
roït un fruit arrondi , où font ramaifées , en manière 
de tête, plufieurs lemences plates. Sa racine eft à petits 
navets comme celle de i'afphodèle. En Latin aconitum 
pardalianches i. Jeu thora major. C. Bauh. M.Tour- 
nefort met cette plante parmi les efpèces de renon- 
cule, il l'appelle ranunculus cydaminis folio , ajpho- 
deli radice. On fe lert dans les Alpes de fon fuc pour 
empoifonner les flèches dont on tue les bêtes fau- 
vages. 

Ce mot vient du Grec ip9o;à, corruption, à caufc 
que c'eft une plante vénéneufe. 

THORACHIQUE. adj. C'eft le nom que les Anatomiftes 
donneur à deux rameaux de l'artère axillalre qui por- 
tent le lang à quelques parties du thorax •, il y a l'ar- 
tère ihorachique iupérieure , & l'inférieure. Thorachi- 
cus. M. Corneille, dans le Didtionnaire des Arts, dit 
thoracique , mais mal. Il faut dire thorachique, & le 
ch a le même fon que dans chicorée. Il y a aulII deux 
veines thorachiques , la Iupérieure & l'inférieure , qui 
rapportent le lang à la veine axillaire. 

On appelle canal thorachique , un petit conduit qui 
vient du réiervoir du chyle , qui monte tout le long 
du thorax, & qui va fe terminer à la veine fouclavière 
gauche, où il porte le chyle & la limphe. Canalis tha- 
rachicus j vel Pecquetinus. On l'appelle autrement le 
canal de Pecquet , du nom de celui qui l'a découvert 
le premier. On doit à Barthelemi Euftache natif de 
San-Séverino en Italie la découverte des glandes du 
canal thorachique. 

On appelle auffi médicamens thorachiques , des 
médicamens propres pour remédier aux incommo- 
dités du poumon & de la poitriiie. Remédia thora-- 
chica. 

THORALE. adj. f. Terme de Chiromance, qui fe dit de 
la ligne qu'on appelle autrement menlale, ou la ligne 
de Vénus , qui traverfe la paume de la main, & qui 
eft parallèle à la ligne hépatique, Linea thoralis , men- 
Jalis, vel Veneris. 

THORATES. C'eft un nom que les Lacédémoniens 
donnoient à Apollon. Thorates. Hefychius. 

THORAX, f. m. Terme d'Anatomie , qui fe dit de la fe- 



THO THR 

conde partie du tronc du corps humain qui forme la 
capacité de ia poitrine, où iont enfermes ic cœur & le 
poumon. Thorax. Il eft borné par en haut par les cla- 
vicules, & en bas par le cartilage xiphoide ou four- 
chette , & par le diaphragme. Sa partie antérieure s'ap- 
pelle /?^r/zu/72 ^ ou Jo(o\m\\znt poitrine , Feclus. Les 
latérales Iont les côtes. Il a par derrière le dos & fes 
vertèbres , & l'omoplate ou paleron. Il efl: en partie 
: ollèux , & en partie charneux. On l'appelle auffi le 
i-.icqff're-, le ventre moyen , ou ventre fupérieur. Arca , 
ventriculum médium ,vel juperius. Outre le cœur &le 
poumon , il contient encore la veine cave montante , 
la grande artère , l'arrère & la veine pulmonaire , la 
trachée-artère ; l'éiophage , &c. La membrane qui le 
couvre en dedans , s'appeDe la plèvre , & celle qui le 
divife , le médiaftin. Il eft ainfi appelé d'un verbe Grec, 
^o^ilv , Jhlio , qui fignifie Jaillir ou fauter, parce que 
le cœur qui y eft contenu , eft agité d'un perpétuel 
mouvement -, d'autres de thorax , parce qu'il meut 
tout avec impétuolîté. Gallien l'appelle cythara, & dit 
qu'il contient les parties qui incirent à l'amour. 
THORIE. r. f. Vieux mot. VitMla. 

Sont moelles de jeunes thories. Sat. Chrétien. 

Dans B o R E L. 

THORN. Nom d'une ville de la Prufle Royale. Toru- 
num , Theorunum. Elle eft fituée fur la Viftule , entre 

. Culm & Uladillaw , à iix ou fept lieues de l'une & de 
l'autre. Thorn étoit autrefois une viUe anféatique & 
libre. Les Chevaliers Teutons s'en rendirent les maî- 
tres-, mais elle fecoua leur joug, & fe donna aux Po- 
lonois l'an 1454. Cette ville eft forte, défendue par 
une bonne citadelle , ornée d'une école illuftre, & la 
patrie de Copernic célèbre Mathématicien. Maty. 
Long. 5é.d. 35'. lat. 53. d. 

THOROUT. Foye^ ToRouT. . 

•THORS-AA. Nom d'une des principales rivières de l'If- 
lande. ThorJ'us. Hlle le décharge dans la mer , au mi- 
di de Tlfle. Maty. 

THORT. 1". m. Voye?^ toffi. 

THOTH. 1. m. Nom du premier mois de l'année des Cop- 
tes, &des anciens Egyptiens. Thoth^ Le mois TJioth 
répond à Septembre, en commençant trois jours plutôt. 
Châtelain. Voye\ Theuth. 

«S:^ THOU AILLE, f. f. Vieux. mot, qui fîgnifioit Ser- 
viette. 

THOUARS, TOUARS. Nom d'une petite ville du Poi- 
tou, en France. Tourcium , Duracium. Elle eft fur la 
Touë , a Iix lieues de Saumur, du côté du midi. 
Tkouars eft un Duché de la Maifon de la Tremoille , 
& elle eft ornée d'un fort beau château. Maty. Long. 
17. d. 20'. lat. 46. d. 57'. 

THCUILLER. Vieux mot venant du Grec. Borel. Tur- 
bare. Borel a voulu dire apparemment qu'il vient de 
Sofsbj//. J^oye;^ Touiller. 

«erj^THOUN. Ville de Suiflè au canton de Berne, furie 
bord d'un lac de même nom. Long. 25, d. 20'. lat, 46. 
d.44'. 

«e^THOUR. Thyr'as , Taurus ou Darius. Rivière de 
la Suifle, dans le Thourgau. Elle prend fa fource dans 
les montagnes qui font à l'extrémité méridionale du 
Thockebourg, qu'elle traverfe dans route fa longueur, 
iraverfe le Thourgau , auquel elle donne le nom , en- 
tre dans le canton de Zurich, & fe jette dans le Rhin 
à deux milles au-delfus de la ville d'Eglifaw. 

THOURGAU. Pays de Suilïè, qui comprend toute l'é- 
tendue de pays qui eft aux deux côtés de la rivière de 
Thour , & qui s'avance d'un côté jufqu'au Rhin , & 
de l'autre juiqu'au lac deConftance. Mais dans l'ufage 
ordinaire on entend par le Thourgau les feules terres 
qui dépendent de la Souveraineté commune des Can- 
tons. 

THOUT. Foyf^ Theuth. 

THOYT. VoyeiTnEVTH. 

"THR 

THRACE. Nom de peuple. Thrax, 'Lqs Thraces wolent 



THR 



47 



leur origine & leur nom deThiras leur Patrlardie , fils 
de Japhet. Gen. X. s.. Strabon & Pomponius Mêla 
dilent qu'anciennement on comprenait fous, ce nom 
non-ieulement les habitans de la Thrace , mais encore 
les Gères , les Daces & les Myfiens. C'eft apparemment 
ce qui tait dite à Hérodote , L. V. qu'aptes les Indiens, 
ieslhraces font la nation la plus étendue. On prend 
aulli quelquefois indifteremment le nom de Thrace 
& celui de Scythe l'un pour l'autre. Pôyq Vossius , 
de Idololatria , L. I. C. ^3. & Bochart dans fon Phaleg. 
L.III. C.z. Orphée étoit Thrace; c'eft lui qui pollça 
les compatriotes. Les Dieux des Thraces étoient , 
Bendis ou Diane qu'ils appeloient encore Orthéfie , 
Bacchus, Mars, Mercure, Mufée Pob'te leur compa- 
triote. Odrylus duquel ils croient defcendre , Orphée. 
Pleftore & Zamolxis -, mais ils honoroient fur-tout 
Mars. Les Thraces étoient braves & belliqueux. Vover 
Vossius , deJdololat. L. L C. 59. & 95. & L. II. C. 
SI. Les Thraces avoient eu pluïieurs Rois depuis Té- 
rcs, qui eut deux fils , Sitalce & Sparadocus. Il y eut 
de grandes brouilleries entre ces defcendans , qui tour- 
à-tour fe détrônèrent , jufqu'à ce que Seuthès tecon- 
quit une partie des Etats de fon père Moéfadès , & 
tranfmit fa fuccefllon paifible à Cotis père de Cherfo- 
blepte , comme dit Démofthène , & non pas à fon frère,, 
comme dit Diodore. A la mort de Cotis les divifions 
recommencèrent , & au lieu d'un Roi de Thrace , il 
y en eut trois , Cherfoblepte , Bérifadès & Amadocus. 
A la fin Cherfoblepte dépolféda les deux autres -, après 
quoi Philippe le dépouilla lui-même, & le prit. Alexan- 
dre acheva la conquête entière de la Thrace , dont 
les peuples ne recouvrèrent la liberté qu'après fa mort. 
Seuthès auffi-tôt, fils ou petit-fils de Cherfoblepte , ren- 
tra dans les droits de fes ancêtres -, & nous lifons qu'il 
livra deux fangiantes batailles à Lyfimachus. A quel- 
que temps de-là une partie des Gaulois , qui fous la 
conduite de Brennus ravageoient la Grèce , fe détacha 
du gros de la nation, & alla s'établir en Thrace. Le 
premier Roi de ces Gaulois Thraces s'appela Comon-' 
torius, & le dernier Clyxus , fous qui les Thraces na.- 
turels exterminèrent les Gaulois tranfplantés chez eux, 
& remirent fur le ttône Seuthès iHu de leurs anciens 
Rois. Ce Prince & fes defcendans régnèrent fans in- 
terruption , jufques à Vefpalîen , qui réduifit la Thrace 
en Province Romaine. T o u r r e i l , pag. %jj. Les 
Macédoniens defcendoient des Thraces naturelle- 
ment féroces, fourbes, bandits , affaiïïns , qui avoienc 
toute la baflèftè d'ame des efclaves , & tous leurs 
vices. Auffi en Grèce le nom de Thrace paftoit pour 
l'injure la plus atroce , & pour le ligne du dernier 
mépris. 

On appeloit autrefois Thraces ceux des Gladiateurs 
qui combattoient armés à la Thracienne. VoyeT^ Jufte 
Lipfe Saturn. L. II. C. lo. Et Vigenère fur Tite-Live, 
T. I. p. î^zS. Ùfuiv. 
THRACE. Nom d'une grande contrée de l'Europe. 
Thracia. Elle a la mer Egée ou l'Archipel au midi , 
à l'orient la Propontide , aujourd'hui la mer de Mar- 
mara , & le Pont-Euxin ou la mer Noire , qui la fé- 
parent de l'Alîe , le mont Hémus , à l'occident. Il la 
fépare de la Myfie , & du fleuve Neflus , aujourd'hui 
Marina, ou félon d'autres Nillàva, qui laféparenrde 
la Macédoine à l'occident & au nord. C'étoir ce qu'on 
appelle aujourd'hui la Romanie. Ce pays n'eft pas fort 
fertile , fi ce n eft vers la cÔte. Il eft froid à caufe des 
montagnes , dont il eft plein. Sa capitale étoit Bizance 
• ou Conftantinople. Le Bofphore de Thrace , c'eft le 
canal de Conftantinople. La mer de Thrace étoit la 
partie feptentrionale de l'Archipel qui baignoit la 
Thrace du côté du midi. Quoique cette contrée fe 
nomme préfentement Romanie , quand on parle de 
l'Antiquité , il faut dire la Thrace. Le Géographe 
Etienne dit qu'on la nommoit d'abord Perce , Perça. 
Le fleuve Strymon avoir longtemps fervi de borne 
entre la Thrace & la Macédoine -, mais Strabon dit , 
qu'auffi-tôt que Philippe eut réduit fous fon obéiftance 
plufieurs villes entre le Strymon & le Nelius , on s'ac- 
coutuma fort à confondre fous le nom de Macédoine 
le pays nouvellement conquis. Une multitude infinie 



THR 



28 

de diftérens peuples , dont Hérodote rapporte les 
noms, L. V. habitoir la Thrace. Tourreil. Voyei 
l'article précédent. Conftaiitin ayant traniporté à Conl- 
tantinople le fiège de l'Empire Romain, la Tnrace 
prit le nom de Romanie, & eut pour maîtres da- 
bord les Empereurs Grecs, puis les François -, enfuite 
elle revint aux Grecs , que les Turcs en dépouil- 
lèrent, après que Mahomet IL eut pris Conltanti- 

Hople. 

Pierre de Thrace. Thracius lapis. Les Anciens don- 
noient ce nom à une lubftance noire & inflammable , 
qui avoir , félon Diofcoride , les mêmes proj)riétés que 
le Jayet ou jais , on croit que c'eft la même chofe. 
Elle s'allumoit en Jettant de leau deflus , & s'éteignoit 
en y jettant de l'huile. 

Il y avoit encore une pierre de Thrace dont Pline 
diftingue trois efpèces. La première entièrement verte, 
d'une couleur très-vive. La féconde d'un vert plus 
foible. La troilieme avec des taches couleur de fang. 
Cela paroît convenir au jafpe. 

THRACÉ.ff.Terme de Mythologie.Nom d'une Nymphe. 
Thrace. Elle étoit fille de Titan , & eut de Saturne , 
Doloncus , qui donna fon noni aux Doîones ; & de 
Jupiter , Bithys , qui donna le fien à la Bithynie & aux 
Bithyniens. 

THRASYMÈNE. Nom ancien d'un lac d'Italie. Thrafy- 
menus. Il eft dans le Pécugin , & on l'appelle aujour- 
d'hui lac de Péroufe -, lac de Caftiglione , ou lac de 
Pralfignano. Le lac de Thrafyruène eft célèbre par la 
viftoire qu'Annibal y remporta fur les Romains com- 
mandés par le Conful Flaminius. 

Vijpqfèi de bonne heure un fecours de Romains ; 

Et fi Flaminius en eft le Capitaine ^ 

Nous pouvons lui trouver un lac de Thrafymène. 

C0RN£ILI,£. 

lÊ THRÉSOR. Abbaye de filles de l'Ordre de Cîteaux, 
fondée en izzS dans le Vexin , afièz près du Prieuré 
de Sauiteufe. Dejcrip. Géogr. Ù Hiji. de la Haute 
Norm. tom. a. p. ^^5. 
THRÉSOR. Foje^ Trésor. 

THRIE. Nom que Ton donnoit dans l'Antiquité à trois 
Nymphes qui avoient nourri Apollon. Thria. Les 
Thries denieuroient fur le Parnaflè. Les forts que 
l'on jettoit dans une urne, fe nommèrent Thries, 
du nom de ces Nymphes , apparemment parce 
qtrelles étoient nourrices d'Apollon, Dieu de la divi- 
nation. 
THRINGLE. f. f. Vieux mot. Le Sommet, & vient du 

Grec. BoREL. De '■Jeifiio^ , prima corona. 
THRONC. f. m. Vieux mot , autrement tronc. Se vient 

du Grec ôpôfifor , grumus. Borel. 
THRONE , ou TRONE, f. m. Cette dernière ortho- 
graphe paroît la plus ufitée. Ce mot lignifie propre- 
ment une chaife , un fiège magnifique. Il vient du 
Grec ^(ons t qui fignifie la même chofe. Thronus -, 
Solium. 

Le Roi eft aiïîs fur fon Thrône dans les fonctions 
folennelles de la Royauté. C'eft un fiège magnifique , 
enrichi d'Architeclure & de Sculpture , de matière 
précieufe , élevé fur plufieurs degrés , & couvert 
d'un dais. Le Thrône eft dans la Sale d'Audience. 
Thrône fuperbe , thrône magnifique. Solium excel- 
fum, magnificum. Le Roi fe mit lut fon thrône pour 
recevoir les Ambafîadeurs. Le thrône du Mogol eft en- 
richi de pierreries en fi grand nombre , qu'on eftime 
leur valeur à cent foixante millions. Voye^ en la def- 
cription dans Tavernier. Et le thrône de l'Empereur de 
la Chine , dans les Mémoires du P. le Comte. Le 
Grand-Seigneur, quand il reçoit un Ambaflàdeur, eft 
affis à un des coins de fa chamtre , au milieu de quan- 
tité de riches carreaux dans un thrône qui d'un coté 
feulement eft foutenu d'une colonne d'or enrichie de 
précieufes pierreries , comme eft tout le refte de la 
chambre, jufqu'au foyer, dont même les carreaux 
font d'or, merveilleufement bien taillés de feuillage, 
eu fa vanité éclate plus que le feu , qu'on n'y allume 



THR 



jamais. Du Loir , p. 87. Ces defcriptions font au 
moins brodées. 

On donne aulïï le nom de thrône au Siège élevé 
où ie Pape fe met dans certaines cérémonies publiques. 
Le Pape étant dans Ion thrône. 

Le thrône Epilcopal eft un Siège qui eft au haut du 
chœur dans quelques églifes , où l'Evêque fe met 
quand il officie pontificalement. Cet Evêque monta 
dans fon thrône , & donna la bénédicl;ion : d'où eft 
venu le mot d'inthronifir ; pour dire. Mettre un 
Evêque en polleffion. 

Thrône. On donne auffi le nom de thrône au haut dais 
qu'on élevé aux portes des villes pour les entrées des 
Princes , où ils reçoivent les harangues & complimens 
des Magiftrats & divers Corps. 

Thrône, le prend figurément pour l'Empire ou laRoyau- 
té même. Imperium , Regnum., feu Majeftas Impera- 
toria, Regia. La Souveraine puillànce, la domination, 
ou la perlonne de ceux qui font élevés fut le thrône , 
Dieu abat & relève les thrônes comme il lui plaît. Il 
donne le thrône , il le tranfporte lelon fon bon plaifir. 
Etre aflîs fur le thrône j c'eft-à-dirc, régner. Afpjrei: 
au thrône , parvenir au thrône , arriver au thrône , 
monter fur le thrône, être rétabli lut le thrône de fes 
pères. Un thrône eft mal affermi , quand il eA fondé 
fur la violence. L'ennui & le chagrin ne vont-ils pas 
attaquer les Rois jufques fur le thrône? Nie. La gloire 
du thrône accable les fujets. Corn. Si les Rois étoient 
toujours fur le thrône , ils s'y ennuieroient. Pasq. 
C'eft-à-dire , s'ils ne fe dépouiiloient quelquefois de 
leur grandeur pour fe familiarifer. Le véritable thrône 
des Rois , c'eft le cœur des peuples. Fl. Un grand Roi 
n'eft ni mari, ni père : il regarde fon thrône , & rien 
plus. Corn. Il fe répand autour des thrônes certaines 
terreurs , qui empêchent de parler aux Rois «vec libet-. 
te. Fléch. 

Vn cœur né fur le thrône ignore comme on tremble^ 

CORNEH. 

fene^-vous ferme au thrône £f garde[ d'oublier. 
Qu'en montant à ce rang, quelle qu'en Jbit l'audace j 
Le crime eft d'en tomber, & non d'y prendre place . 

QuiN.. 

Je ne veux^oint d'un thrône oà je fois enchdni. 

Corn. 

L tcrirure fainte donne aufll un thrône à Dieu , pour 
exprimer cette puillànce , cette majefté , cette gran- 
deur infinie , devant laquelle toutes les créatures doi- 
vent trembler. Suprenia & infinita poteftas. Dieu alïïs 
fur le thrône de fa gloire, exercera i"a qualité de Juge. 
PoRT-R. Dieu a le ciel pour ion thrône ^ & la terre 
pour ion marche pied. L'Ecriture nous donne une idée 
• magnifique du thrône du Seigneur. Le thrône de l'Éter- 
nel eft comme un char animé , porté fur un Firmament 
femblable au Saphir : fes roues , d'une grandeur & 
d'une beauté merveilleufe , font dirigées par l'efprit : 
celui qui eft affis fur le thrône eft tour environne de 
lumière éclatante, que les yeux des hommes ne peuvent 
foutenir. Voye^ Ifaïe & Ezechiel. 

Thrône Royal. Terme d'Aftronomie. Nom que les 
Aftronomes donnent à la Caffiopée. Solium regale. 

ThrÔwes, au pluriel, fignifie, en terme de Théologie, 
le troiiieme ordre de la Hiérarchie des Efprits céleftes. 
Throni. Tout eft créé par lui dans le ciel & fur la terre , 
les chofes vifibles & les invifibles , foit les Thrônes j 
foit les Dominations. PoitT-R. Les Théologiens difent 
que ce font ceux qui lèrvent comme de thrône à la 
Majefté Divine , en qualité de Juge. Ce terme fe 
trouve dans rÉcriture. Ceux qui en ont écrit, font 
faint Denis , S. Grégoire le Grand, Ifidore, faintBer^ 
nard , &:c. qui rapportent diverfement les raifons qui 
leur ont fait donner ce nom. 

THRUMBUS. f m. Terme de Chirurgie. Tumeur for- 
mée par un fang épanché & gnimelé dans les tégu- 
mens en conféquencc d'une laignse. (^uand l'ouvet- 



1 



THU 

ture de la veine qu'on a piquée , ne répond pas à celle 
de la peau , ou qu'il le préicnte un morceau de graillé, 
ou que le vailleau eft percé de part en parc , une pe- 
tite portion du fang qui ne peut fortir librement , le 
glilTe dans les cellules du corps grailîeux , & fait élever 
la tumeur dont il s'agit. Tkrwnbus. Ce mot vient du 
Grec ài'o/^fof , qui lignifie un grumeau de fang. M. 
Jamais rend le mot Thrumbus par Grumeau ou cail- 
lot de fang. 

THU 

THUBAL. f. m. Outre que c'eft un nom d'homme qui fut 
fils de Japhet, Gen. X. 2. c'eft auffi le nom des pays que 
ce Patriarche peupla. Ézéch. XXVII. 13. XXXVIll. 2. 
Les Efpagnols &; Mariana lui-même , tout critique 
qu'il étoit, mais à qui apparemment il n'a pas été libre 
dis s'éloigner des préjugés de ia nation , prétendent 
que ces pays font l'Efpagne ou Thubal vint, & qu'il 
peupla. Socrate, L. VII. C. 42. & Théodoret les 
prennent pour l'Ibérie en Alîe. Thubal eft toujours 
joint avec Mélech dans l'Ecriture : ce qui montre que 
c'étoient des peuples voillns. Les Paraphraftes Chal- 
déens traduifent ces deux mots par Italie & Aufonie •-, 
Jofephe , par Ibériens & Cappadoces \ Euscbe , par 
Illyriens & Theftaliens •, le Traduéteur Arabe des Po- 
lyglottes, par les Chinois & le Choralan. La Chronique 
d'Alexandrie les appelle Macuaques ; & les Thalmu- 
diftes , Uniaques. Bochart croit que Mélech ou Mo- 
foch font les Mofcovites , & Thubal les Tibéreniens, 
c'eft-à-dire, des peuples de la Cappadoce, parmi lel- 
qucis étoient les Chalibes. Voye\ le Phaleg de cet 
Auteur , L.III. C. iz. 

THUCION. f. m. Terme de mer , eft un gros timon de 
navire qui ne fe peut mouvoir que par le fecours de 
deux ou trois perfonnes. Temo major. Il eft oppofé à 
gouvernail remuable , qu'une feule perfonne peut ma- 
nier. 

THUIN , TUIN. Nom d'une petite ville de l'Évêché de 
Liège, fituée fur la Sambre, entre Maubeuge & Char- 
leroy , à trois lieues de chacune. Thunium. Tuinum j 
anciennement Tudinum ad fines. Mat y. Long. 21. 
d. 52'. lat. 50. d. 16'. 

<^0' THUISY. Marquifat de France, dans la Champagne, 
Diocèfe &: EîedUon de Reims. On croit qu'on y a te- 
nu un Concile en 660. 

THULÉ, ou THYLÉ. Ancien nom d'une Ifle de l'Océan 
feptentrional. Thule. C'étoit la dernière & la plus au 
nord de celles que les Anciens conaoilïbient dans l'O- 
céan feptentrional. C'eft ce qui fait qu'on la prend 
communément pour l'Iflande. Islandia. Ifaacius Pon- 
tanus, favant Danois, a foutenu ce fentiment, ScVs. 
fortifié de l'autorité de plufîeurs Ecrivains Grecs & 
Latins , de i'hiftoire d'Adam de Brème , écrite l'an 
1067 ■, de Saxon le Grammairien, qui a fuivi d'allèz 
près Adam de Brème , & d'André Vellé jus qui a tra- 
duit Saxon en Danois, & qui a toujours pris les Ty- 
lenjès de Saxon pour les Iflandois. Cependant Arngri- 
mus Jonas habile Illandois , Coadjuteur de l'Evêché 
de Hole , qui vivoit encore en 1 644 , âgé de plus de 
50 ans , & de qui nous avons fur l'Iflande Chrymo- 

fœos , feu Rerum Islandicarum Libri très , à Ham- 
ourg 1630. Spécimen Islandiœ hijîoricum j à Amf- 
terdam 1643. Anatome Blefkeniana , à Hole en If- 
lande 1 6 1 2 , tombe d'accord que l'Iflande n'eft habitée 
que depuis le VHP fiècle. Si cela eft vrai, ce n'eft pas 
le Thulé des Anciens. Rudbecks dit que c'eft la Suède. 
Il fait grand fond fur un Auteur Grec nommé Anto- 
nius Diogenes, qui fe'on le témoignage de Photius 
Biblioth. Cod. CLXVI. avoit compofé 24 Livres 
fur les merveilles incroyables de l'île Thulé ; mais on 
n'en peut rien tirer , fmon que les Tyriens alloienr 
à l'île Thule'. Et Photius traite toujours de fable & de 
fidion, tout ce qu'avoir écrit fur cela Antonius Dio- 
genes. 

THUM. f. Vieux mot Gaulois ou Celtique. Maifon. 
Pontanus. Borel. 

THUN. Nom d'une petite vii'e du Canton de Berne en 
Suilîè. Thunum. Elle eft fur l'Ar, à fix heues au-deilLis 



THU THY 29 

de la ville de Berne , & fort près dli lieu oi\ cette ri- 
vière fort du lac de Thun, qui a quatre lieues de long, 
& tout au plus une de large. MaTy. 

THUR. KoyqToa,&TuR. 

THURAL. Fojq ToRAL. 

THURGOW. Voyez Turgaw. 

THURIAU. Voye\ Iuriaf. 

THURIEN. adj.m. Surnom de Mars, qui (îgnifioit Ton 
nnpetuoiité dans les combats. De 6^4), s'agiter, être 
en fureur. 

THURIFÉRAIRE, f m. Terme Eccléfiaftique. C'eft un 
Acolythe ou Clerc, qui , dans les cérémonies de l'É- 
gliie , porte l'encenfoir & la navette, & qui encenfe. 
Thurijerarius. 

Ce mot vient du Latin thus j thuris , encens , & 
jero j je porte. 
THURINGE. Nom d'une contrée du cercle de la Haute- 
Saxe. Thuringia. Elle eft bornée au levant par la Mif- 
nie-, au nord par la Principauté d'Anhalf, au couchant 
par le Duché de Brunfwick , & par le Landgraviat de 
Helîè -, & au midi par la Franconie. La Thuringe éroit 
anciennement un Royaume allez puillànt. Thierri Roi 
de France le conquir, & les Gouverneurs qu'on y mit 
fous le titre de Ducs , s'en rendirent les maîtres abfo- 
lus pendant la Régence des Maires du Palais. L'Empe- 
reur Lothaire II. l'érigea en Landgraviat Tan 11 30. 
Henri Duc de Thuringe , élu Empereur , étant mort 
fans enfans , la Thuringe fut partagée après plufieurs 
guerres , entre Sophie Duchelle de Brabanr,nièce d'Hen- 
ri, & Henri l'Illuftre marquis de Mifnie, arriere-neveu 
de cet autre Henri. Sophie eur le Landgraviat deHedè, 
partie de l'ancienne I%an>2ge ; & fes fucceilèurs le 
polîèdent encore aujourd'hui -, & le Marquis de Mifnie 
fut mis en pollëflîon de ce qui porte aujourd'hui le 
nom de Landgraviat de Thuringe. Ce pays eft partagé 
entie un grand nombre de Souverains. La maifon 
Eledorale de Saxe y poifede le Comté de Mansfeld , 
& les dix Bailliages qu'on trouve fur les canes fous le 
nom de Saxe Hall. La Maifon de Saxe Wéymar y tient 
les Duchés de Wéymar, dTène, de Gotha &d'Eyfenac. 
Les Comtés de Saisberg , de Schwartzbourg & de 
Beiclingen ont leurs Comtes particuliers -, celui d'Ho- 
henftein eft à l'Éledeur de Brandebourg. Les villes 
de Northaufen & de Mulhaufen font Impériales & 
libres. Et celle d'Erfurt , la plus coniidétable de la 
Thuringe, dépend, avec fon territoire, de l'Éledeur 
deMaïence. Maty. Reiuhard Auteur Allemand a fait 
une hiftoire de Thuringe, fous le titre de Antiquita- 
tes Marchionatus ut & origines Landgraviatus Thw 
ringici. 

THURINGERWALD , c'eft-à-dire , la Forêt de Thu- 
ringe. Thuringienfis filva. Cette forêt eft entre le 
Duché de Wéymar , le Comté de Schwartzbourg & 
celui d'Henneberg. Elle eft une partie de la grande 
forêt Hercinie des Anciens. Maty. ' 

THURLES. Petite ville d'Irlande , dans la province de 
Munfter, au Comté de Tipérari, fur la Stuire. 

THURSO. Ville d'Ecoftè , dans la province de Caithnefs, 
avec un port fur la côte du nord. 

THURTHUR. Nom d'une contrée de la Haute-Hongrie. 
TorantoUenfis Comitaîus. Elle eft entre la Teyllè & le 
Bérechon, qui la bornent au couchant , au fud & au 
levant. Elle a le Comté de Kalo au nord. Son éten- 
due n'eft pas grande , & Thurthur en eft la capitale. 
Maty. 

THURUHTIGAN. Vieux motGaulois ou Celtique. Par- 
faite. Willeramus. Borel. 

<0 THURY. Petite ville de France, dans le Puyfaye, 
entre S. Fargeau & Clamecy. 

THUS. Nom d'une ville du Chorazan , en Perfe. Thufa. 
Quelques Géographes la prennent pour la ville qui fut 
nommée anciennemenr AntiochiaMargiancZj Alexan- 
dria , & Seleuda. Maty. 

c80 THUYA, f m. C'eft l'Arbre de vie. Voyei ce mot. 

THY 

THYADE. PrêtrelTe de Bacchus. Thyas. Les Thyades , 
dans les facrifices de Bacchus, s'ajitcient comme des 



%o 



THY 



THY 



flirieures, en frappant fur des tambours. Horace, L.II. 
Ode tg. De -là le nom de Thyades dérivé du Grec 
Si/ê// j courir avec impétuofité. Voye^ Bacchante. 

Les Thyades font en fureur . 

Les miracles naijfent en foule , 

Ce vin , ce lait , ce miel qui coule. 

Tout m'mjpire une Jainte horreur. Pellegrin. 

THYASÉ. f.m. Terme de Mythologie. C'eft un des noms 
flu'on donnoit dans les fêtes du Paganiime à ceux qui 
le déguifoient en béliers ou en boucs. Le nom de 
Thyafe eft tiré de la Langue Phénicienne , qui fignifie 
bouc ou bélier. Par exemple , dit M. Pluche dans fon 
hlftoire du Ciel , on donnoit les noms de Faunes, de 
Satyres & de Thyafes à ceux qui le mafquoient & fe 
déguifoient en Béliers & en Boucs. Mais que lignifient 
ces mots ? celui de Faunes fignifie des majques , celui 



contre l'ufage. Le tin fortifie le cerveau > atténue S: 
raréfie les humeurs vifqucufes •, il eft propre pour 
l'afthme , il excite l'appétit, il aide à la digcition, il 
chalîe les vents, il réiifte au venin. On s'en fert exté- 
rieurement pour fortifier, pour réfoudre , pour ouvrir 
les pores , & pour exciter une tranfpiration plus libre. 
L'ulage trop fréquent du tm met les humeurs dans 
une torte agitation. Il contient beaucoup d'huile exal- 
tée & de fel volatile. Il eft propre dans les temps froids 
aux vieillards , aux phlegmatiques , &: à ceux qui ont 
l'eltomac foible & débile. On le fert du tin dans les 
fauces à caufe de Ion goût & de fon odeur aroma- 
tiques. LÉMERY, Traité des Alim. C.6^. 

Ce mot vient du Grec iiuixiQ- , qui fignifie l'efprir 
animal qui nous fait vivre , & que le thym eft capable 
de rétablir. Les Bergers font des bouquets de thym 
& de marjolaine. On fait des bordures de thym aux 
parterres , qui font auffi agréables que celles de biiis. 



de Satyre des gens déguijés, celui de Thyajès , des Thym, en termes de Médecine, eft une efpèce de ver- 



Boucs & des Béliers, 
"THYASES. f. f pi. On appeloit ainfi les danfes que fai- 
foienr les Bacchantes en l'honneur du Dieu qui les agi- 
toit. Il y a d'anciens monumens qui nous repréfentent 
les geftes & les contorhons aflreufes qu'elles failoient 
dans leurs danfes. L'une paroît un pied en l'air, hauf- 
fanr la tête vers le Ciel , les cheveux épars & négli- 
gés , flottans au-delà des épaules , tenant d'une main 
un thyrfe , & de l'aurre une petite figure de Bacchus. 
Une autre plus furieule encore , les cheveux épars flot- 
tans, le corps à demi nu, dans la plus violente con- 
torfion , tient une épée d'une main , & de l'autre une 
tête d'homme qu'elle vient de couper. 
THYATIRE , ou TYRIA. Nom d'une ancienne ville de 
l'Afie mineure, une de celles auxquelles l'Apôtre S. 
Jean écrivit par l'ordre de J. C. Thyatira. Elle étoir 
Epifcopale fuffragante de Sardes. Elle eft encore allez 
grande , mais mal bâtie. Ses habitans font Turcs , à la 
réferve d'une douzaine de Chrétiens qui n'y ont point 
d'Eglife. On y voit un bon nombre d'infcriptions , qui 
font les monumens de fon ancienne fplendeur. Elle 
eft fituée dans la Natolie , fur le Sarabat , environ à 
vingt lieues au-defTus de Smyrne. Thyatis étoit fur le 
Lycus fleuve d'Afie mineure. Elle fe nomma d'abord 
Pélopie , & Sémiramis ■■, on l'appelle aujourd'hui Tire 
ou Tyre. Depuis le Chriftianilme on y mit un Evêque , 
dont le Métropolitain étoit l'Archevêque de Sardes. 
THYELLIES. ff.pl. Fêtes en l'honneur de Venus, qu'on 
invoquoit dans les orages. De ô^sM*, orage, tempête. 
THYETO. Fôjq San Genito au mot Genito. 
TFIYIE , ou THYIA. Nom d'une fille de Deucalion , qui 
eut de Jupiter une fille nommée Macédonia, qui don- 
na fon nom à la Macédoine. Thyia. 
THYITES. f. m. Sorte de pierre verdàtre , femblable au 
jafpe, rendant, lorfqu'on la broie, un lue laiteux, acre 
&mordicant. Thyites lapis. On la trouve en Ethiopie. 
Elle eft propre pour confumer les cicatrices , les cata- 
raâes & les nuages des yeux. Quelques-uns croient 
que c'eft la pierre que les Italiens appellent verdello. 
"THYM, ou THIM. f m. Plante dont il y a plufieurs ef- 
pcces. Thymum. Celle qu'on appelle thym de Crète, 
eft un fous-arbriflëau qui croît quelquefois à la hauteur 
d'un pied, & qui poufîè plufieurs rameaux ligneux, 
grêles , blancs , garnis de petites feuilles oppofées les 
unes aux autres , étroites , menues , blanchâtres , d'un 
goût acre. Ses fleurs naillènt par petits bouquets -, 
elles font en gueule , petites, purpurines ", chaque fleur 
eft un tuyau découpé par le haut en deux lèvres. 
Quand elle eft pafîée , il lui fuccède quatre femences 
prefque rondes , enfermées dans la capfule qui a fervi 
de calice à la fleur. En Latin ^ Thymus capitatus qui 
Diojcoridis. C. Bauh. Le thym vulgaire eft une plante 
baflè, ligneufe, rameufe. Ses feuilles font petites, 
étroites, d'un ver obfcur. Ses fleurs & fes femences 
font femblables à celles du thym de Crète. En Latin , 
Thymus vulgaris folio latiore. C. Bauh. Ces deux 
efpèces de thym rendent une odeur forte , aromatique 
& très-agréable -, elles font propres pour fortifier le 
cerveau , pour l'afthme , pour la colique venteufe. 
M. Lémcry, dans ion Traité des Aliraens, écrit {in 



rue qui naît aux parties honteufes , au fondement, & 
en plufieurs autres endroits du corps , avec des afpé- 
rités crevalfées , femblables à la tête du thym , d'où 
vient qu'on lui a donné ce nom. Thymus verruca. 
THYMALLE. f. m. C'eft une efpèce dfe truite , ou un 
poillon de rivière qui a une odeur de thym. ThymaU 
lus , félon Jonfton. Il eft excellent à manger. Sa graifîè 
eft propre pour les taches 8c catarattes des yeux, pour 
la furdité, pour le bruïflement des oreilles, pour les 
taches de la petite vérole. On l'appelle Thymallus , à 
thymo , parce que ce poiflon a une odeur de thym. 
Voye'^ Ombre , c'eft la même chofe. 
THYMBRE. f. f. Plante qui poulie , comme le thym , 
plufieurs rameaux carrés , couverts d'une laine aflëz; 
vuàe.Thymbra. Ce mot eft Grec, ^y.^fn, herba odorata. 
Ses feuilles font prefque femblables à celles du thym , 
un peu velues. Ses fleurs & fes graines refîemblent 
tout- à-fait à celles du thym , excepté que fes fleurs 
font verticillées j c'eft-à-dire, qu'elles naifTent par 
étages , difpoiées en rayon le long des branches &: dé 
la tige , au lieu que celles du thym font en manière 
de tête , ou par petits bouquets. Sa racine eft dure & 
ligneufe. ^n haiiayThynibra le gitima. Civi. Cette 
plante a une odeur qui participe de la fàrrietre & du 
thym ; elle eft céphalique & carminative. Il y a quel- 
ques autres efpèces de thymbre. On lui a donné ce 
nom, parce qu'elle reiremble beaucoup au thym. 
Thymbre, Nom d'une contrée de l'ancienne Troade. 
Thymbra. On la nom.moic ainfi , parce qu'il y croiflbit 
beaucoup de la (airiette , que les Grecs appeloienc 
Thymbra. Apollon avoir un temple célèbre dans cette 
campagne au confluent du Scamandre,& d'une autre 
petite rivière appelée Thymbrius. C''eft de-là, ou de la 
ville de Thymbre, que l'on donnoit à Apollon le nom 
d'Apollon de Thymbre. Thymbrœus Apollo. 
THYMBRÉEN. adj. m. Surnom d'Apollon. Il lui fut don- 
né parce qu'il étoit honoré dans Thymbra , ville de la 
Troade , ou parce qu'il avoir un temple auprès du 
confluent du fleuve Thymbrius & du Scamandre. Str a- 
BON. Ce fur dans le temple d'Apûilon Thymbréen 
qu'Achille fut tué en trahilbn par Paris. 
THYMEL^A. Arbrifleau qu'on appelle autrement ga- 
rou. Thymelœa. Vbyei Garou. 

M. de Tournefort en trouva une efpèce fur les côtes 
méridionales de la mer Noire, qu'il qualifie de plante 
admirable , & qu'il appelle Thymelœa Pontica Citrei 
foliis. Sa racine , qui a un demi-pied de long , eft 
grofle au coller comme le petit doigt , ligneufe, dure, 
divifée en quelques fibres, couverte d'une écorce cou- 
leur de citron. Cette racine produit une tige d'environ 
deux pieds de haut, branchue quelquefois dès fa naif- 
fance, épailïê d'environ trois lignes, ferme, mais fi 
pliante qu'on ne fauroit la caller, revêtue d'une écorce 
grife, accompagnée vers le haut de feuilles difpoiées 
fans ordre, femblables parleur figure & par leur con- 
fiftance à celles du citronier ; les plus grandes ont en- 
viron quatre pouces de long j fur deux pouces de 
large, pointues par les deux oouts, lillès , vert gai & 
luifant , relevées au-defîbus d'une côte aflez groflè, 
laquelle diftribue les vailleaiix jufques veti les bord,s. 



THY 



T 



De l'extrémité des tiges & des branches pourtènt fur 
la fin d'Avril de jeunes jets terminés par de nouvelles 
feuilles , parmi lefquelles naillent les tieurs attachées 
—ordinairement deux à deux fur une queue longue de 
t) ou lo lignes. Chaque fleur eft un tuyau jaune ver- 
dâtre, tirant fur le citron , gros d'une ligne fur plus 
de demi-pouce de long , diviiée en quatre parties op- 
pofées en croix , longues de près de 5 lignes iur une 
ligne de large, un peu pliées en gouttières, & qui 
vont en diminuant julqu'à la pointe. Quatre étamines 
fort courtes fe trouvent à l'entrée du tuyau , chargées 
de fommets blanchâtres & déliés , furmontés de quatre 
autres étamines de pareille forme. Le piftil qui eft au 
fond du tuyau eft un bouton ovale, long d'une ligne, 
vert gai, lille, terminé par une petite tête blanche. Le 
firuit n'étoit encore, vers le zo d'Avril, qu'une baye verte 
&nailTànte, dans laquelle on diftinguoit la jeune graine. 
Toute la plante eft allez tontine ; les feuilles écrafées 
ont l'odeur de celles du lureau, & Ibnt d'un goût 
mucilagineux, lequel laillè une imprcflîon de feu allez 
confidérable, de même que tout le refte de la plante. 
L'odeur de la fleur eft douce; mais elle le pallè faci- 
lement. Cette plante vient Iur les colhnes, & dans les 
bois éclaircis. De routes les elpèces connues de ce 
genre , c'eft celle qui a les feuilles les plus grandes. 
TouRNEFORT , Vojage. T. II. p. 17 g. &jàiv. 
THYMÉLE. Danfeulë célèbre fous l'Empire de Domi- 

tien , qui le plailoit à la voir danfer. 
c8:3> THYMELE. T/iymele,es. Terme d'Antiquité. Tri- 
bune où croient placés les Joueurs d inltrumens & les 
Muficiens du théâtre des anciens Grecs ik. Romains. 
C'eft ce que nous appelons Orcheftre. 

On appela aufîi Thymelici ces Muficiens & Joueurs 
d'inftrumens. 
THYMIAME. f. f. Thymiama , eft une efpèce d'écorce 
qu'on nous apporte des Indes Orientales. C'eft l'écorce 
de l'arbre qui porte l'encens , ou l'encens des Juifs , 
parce qu'ils s'en fervoienr ordinairement dans leurs 
parfums. On s'en lert aujourd'hui dans les parfums, 
félon Etmuller, pour corriger les vices du poumon, 
& la malignité de l'air en temps de pefte. Cette drogue 
eft rare & chère , mais on peut lui lubftituer Tencens 
Ou l'écorce de l'arbre de l'encens. Le parfum de cette 
drogue fert à reflèrrer le vagin. 
THYMIQUE. adj. Nom que les Anatomiftes donnent à 
une veine qui rapporte le fang d'une glande appelée 
Thymus, ou fagoue j dans la veine jugulaire. Thy- 
mica Mena. 
THYMUS, f. m. Terme yd'Anatomie. C'eft une glande 
fituée à la partie fupérieure de la poitrine, dans l'en- 
droit oii l'artère aorre, & la veine cave montante fe 
divifent en rameaux fouclaviers. Thymus. On l'ap- 
pelle autrement /à^oue. C'eft ce que, dans les veaux, 
on nomme ris de veau. 
THYNNÉES. f.f. pi. Terme de Mythologie. C'étoient 
des fêtes où les pêcheurs facrifioient des Thons à Nep- 
tune , pour fe le rendre favorable & faire une bonne 
pêche. De èvvvoç, un thon. 
THYONNÉEN. adj^ Nom donné à Bacchus , & qui figni- 

fie furieux de^'jiîvy Etre en fureur. Thyoneus. 
THYRÉEN. adj. m. Surnom ou épirhète d'Apollon. Thy- 
rœus. Ce mot fignifie la même chofe en Grec, que 
Janus en Latin , c'eft-à-dire , Dieu des portes , de Jifc. 
forte. Car les Grecs croyoient qu'Apollon , ou le Soleil 
avoit le foin des portes. Voye\ Voffius , De Idolol. 
.L.II. C.iG. 

THYRÉOSTAPHILIN. adj.m. Termed'Anatomie, qui 
fe dit d'un mufcle de la luette. Thyreojlaphdmus. Il 
part du bord de la partie fupérieure du cartilage thy- 
réoïde, entre le Thyréo-pharing.-sus , & la membrane 
appelée membrana faucium .- & dès ce commence- 
ment il eft charnu. De là, il monte droit en haut , & 
en fe dilatant beaucoup , il approche de la luette , fur 
le côté fupérieur de laquelle il s'étend fort large. Dans 
l'acStion d'avaler, lorfque cette paire de mufcles agit, 
le paflage des narines le bouche prefque tout , pour 
empêcher que rien de ce qu'on a pris dans la bouche , 
n'entre dans le nez. 
THYROARYTHENOIDE. f. m. Terme d'Anatomic, 



Y TIA 



n 



qui fe dit de deux grands mulcles qui partent du cat- 
rilage fcutiforme , & s'étendant en avant au côté dé 
l'Ary thénoïde , julqu'à la quatrième & à la cinquième 
partie du larynx , lervent à le comprimer & à fermer 
Ion ouvertute. Harris. 

Ce mot vient de bù^o., porte, & aty thénoïde, parce 
que ces mufcles ouvrent & ferment l'ary thénoïde > 
comme une porte ouvre & ferme une ouverture. 
«^ THYRO-EPIGLOTIQUES. Terme d'Anatomie. 
Nom de deux mufcles de l'Epiglotte qui fe croifenc 
avec les mufcles dont on vient de parler, & s'attachent 
à la face latérale interne du cartilage Thyroïde, & la- 
téralement à l'Epiglotte. 
THYROÏDE, adj. m. & f. Terme d'Anatomie, qui fe dit 
de deux glandes d'une fubftance vilqueuie & Iblide » 
admirablement tiftùes de vailfeaux de même nature , 
& de membranes fermes & lolides , au moins par leur 
épailïèur, qui ont la figure d'un œuf de poule; Elles 
font fituées à la partie inférieure du larynx à côté du 
cartilage nommé fcutiforme. Le cartilage thyroïde eft 
ce qu'on appelle vulgairement le nœud de la gorge. 
Leur ufageeft, à ce qifi paroît, de féparer une liqueur 
propre à rendre le larynx glilfant, & à l'entretenir dans 
un état de mobilité aifée , pour former des fons de voix 
fermes, unis, doux. Elles conttibuent aulli à la ron- 
deur du cou, en rempliflant l'efpace vide qui eft au- 
tour du larynx. Harris. Quelques-uns appellent aulîi 
thyroïde le trou qui eft à l'os pubis. Harris. 
TH\ RSH. f. m. Terme poétique. C'eft le fceptre que les 
anciens poètes ont donné à Bacchus, dont s'armoient 
aulîî les Ménades dans leurs Bacchanales. Thyrjàs. 
C'étoit une lance , ou un dard enveloppé de pampre 
& de feuilles de vigne. On dit que Bacchus & fon 
armée le porterenr dans leurs guerres des Indes , pour 
tromper les elprits greffiers des Indiens & peu faits à 
la guerre, & que c eft de- là qu'on s'en fervoit pour 
les facrifices & les fèces de ce Dieu -, & parce que l'on 
croyoit que les Satyres, qui étoient les foldats de Bac- 
chus , avoient combattu avec le Thyrjè, on le donne 
auffi aux Satyres. Quelques-uns écrivent Tyrje fans ht 
mais mal. 

Pardonne à ma témérité ^ 

Toj'e célébrer tes louanges , 

Ne t' armes pas Dieu des vendanges'^ 

De ton tyrCeJi redouté. Pellegrin. 

Et Bacchus cultivant /es thyrfes reverdis , 

Noj'e encore ànosyeux étaler fes rubis. N.Ch. devers* 

Ce mot vient du Grec ^uç^-©- , hajlula froridibui 

veftita , fignifiant la même chofe. 

En Botanique on appelle Thyrfus , un panicule raf^ 

femblé en forme ovale, comme dans le Syringa. 
THYRSO , TORSO. Noms de la plus grande rivière de 

la Sardaigne. Thyr/us, Theorfus. Elle a la fourcevers 

la côte orientale, & vient le décharger à l'occidentale, 

dans le golfe d'Oriftahgni, après avoir baigné Gociana 

& Solarolîà. Maty, 
THYSIADE. 1. f. Nom que l'ondonnoit aux Bacchantes, 

& qui eft la même chofe que Thyade , furieufe , de 

bvM , je fuis en fureur. 
THYSTED. Vbyei Tystadt. 

TIA 



TI. Vieux pronom polTèlîIf m. & pi. c'eft-à-dite , tes. 
Joinville, p. 551. venant du Latin tui. Borel. 

<^^ TIAHUNACU. Province de l'Amérique méridio-' 
naleau Pérou, dans le pays de Collas, avec une ville de 
même nom. 

TIANE. Nom d'une ville de k Natolie. Tyana. Elle eft 
Atchiépifcopale , & lituce dans la Caramanie , à dix- 
huit lieues de Cogni, vers le levant. C'eft la patrie du 
fameux Impcfteiir Apollonius de Tiane. 

TIANO. Nom dune petite ville Epilcopale du Royaume 
de Naples. Teanum, Teanum Sidicinum. Elle eft dans 
la terre de Labour , au couchant de Capoue , don? 



32 



TIA 



TIB 



On 



elle cftfuffragante, & éloignée de quatre lieues, 

des eaux minérales , bonnes pour les gens 

d.4';'. lat.4i.d.56 . 



y trouve 

qui ont la pierre. Maty. Long. 51. d-45 

TIARE, r. f. Ornement, dont les Perfes fe couvroient 
autrefois la tête. Les Arméniens é^: les Rois du Pont en 
portent auffi fur les médailles. Ceux-ci , parce qu :1s 
defcendoient des Perles. Les Auteurs Latins appellent 
la tiare inditiéremmcnt tiara, & cidans Strabon du 
que la nare avoit la forme d'une tour. Le Scholiafte 
d'Ariftophane fur la Coméd.e Ax<'-P»"'<, A£l.i. Scène 2. 
dit qu'elle étoit ornée de plumes de paon. Quelque^ 
Modernes prétendent que par-là ce Scoliafte entend 
parler du cafque que les Perfes portoient a la guerre, 
plutôt que de l'habillement de tête qu'ils portoient en 
paix & dans les villes. Mais apparemment qu'ils n ont 
pas fait réflexion à cet endroit d'Ariftophane , il s'agit 
de paix & d'Amballadeurs envoyés pour traiter de la 
paix & d'habits de pompes, & de cérémonies. Ax^o- 
l^oj , iyo) 'TTf'-afii^t ko.] 7oiç lAco'^t , to/c t kKnIonv{J.ti.'r'\ C elt- 
^a-àiK.,cesJmbajradeurs, ces paons, toutes ceschojes 
de parade & d'oftentation me choquent. Par ces paons, 
dit le Scholiafte , il entend les tiares , qui chez les Perles 
font des ornemens de tête , auxquelles il y a des pa- 
naches de plumes de paon. Il feroit hors de propos 
de parler ici de cafques pour la guerre. S. Jérôme lur 
Je Ch. IVe du Prophète Daniel , définit la tiare une 
efpèce de bonnet , gefdlspileoli, que les Perles & les 
Chaldéens portent. Ailleurs il ajoute qu'elle etoit fem- 
tlable au bonnet d'Ulyfle. Le vieux Scholiafte de Ju- 
vénal la définit ainfi : La tiare , c'eft un calque de 
de Prêtre , qui tombant fur les joues , fe lie lous le 
menton. Celle de Mithridaie fur les médailles revient 
à cela. Servais lur le v. 247^ du VIP L. de 1 Enéide, 
dit que c'eft un bonnet Phrygien. Stace, Thebaide , L. 
yill^ v. 286, le donne auffi aux Rois des Parthes, qui 
apparemment favoient pris des Perles. Juftin , L. L 
C. 2. attribue l'origine de l'habit long des Perles, & 
de la iuire au déguilement de Sémiramis , afin de 
paOër pour Ninyas -, mais il y a il peu de vrailem- 
blance dans ce qu'il dit, qu'on n'y peut compter. Ti- 
grane, fur fes médailles, la porre carrée -, ce qui tau 
dire à M. Spanheim que la tiare avoit cette hgure. 
Dans Goltzius , celle d'Ariobarzanès relTemble à peu 
près au bonnet d'Uiyfl'e , qui eft la forme que Saint Je 
rome lui donne. Celle de Mithridate , lur les médau-e. 
eft une efpèce de petit chaperon, ou capuce droit , 
dont la pointe eft tournée en haut , & qui le ne lous 
le menton. Celies des Parthes & des Arméniens , dans 
les médailles d'Augufte , ont la forme d'une tour, qui 
eft'eneftet la figure que Strabon leur donne. Le^Rois 
de" Perle feuls avoient droit de la porter droiie -, les 
Prêtres & les "Grands Seigneurs la portoient abattue & 
rcnverfée fur le devant. Le Roi du Pont Mithridate 
la porte auffi droite. La tiare étoit ditîérente de ia 
mitre ; Maximus Tyrius, Serm. 10. & Hérodote Liv. 
VII. le marquent. Barnabas Brillbnius en a le premier 
montré la ditlérence dans Ion Traité Latin de la Ptin- 
cipauté des Perles , L. I. p. 24. Il paroît par Xénophon 
Ciropad. L. VIII. que l'on entouroit la tiare du dia- 
dème , au moins dans les cérémonies. Elle étoit fou 
vent ornée d'une figure de la lune en broderie. D'au- 
tres prétendent que c'étoit le diadème qui ayant la 
figure d'une lune, failoit donner Tépithète de lunata 
àla tiare; & d'autres, que c'étoit la tiare elle-même 
qui avoit la forme d'une demi-lune , ou d une lune 
à fon premier quartier. Ce que l'on a dit ci-dellus, 
montre qu'il y avoit diftérentes formes de tiares; & 
en ettet Pafcalius, De Coronis , Liv. X. prouve qu'il 
y en avoit de cinq fortes. Fojf{ encore cet Auteur, 
L. IX. C. 18. & L. X. C. 2. Buiengerus , De habita 
■ Pontifie. Chap. 5. Dempftcr. Jntiq. Rom. L. V.C. 35. 
Le berger Atys dans les médailles eft rcprélenté avec 
une tiare à la Perfc, rabattue fur le devant , quoiqu'il 
fût phrygien. Scaligerana. 

'6^'" Tiare. Hiftoire facrce. Ornement de tête des Prê- 
tres Juifs. C'étoit une efpèce de petite couronne taite 
de Bylie. Voye^^ ce mot. Mais le Grand-Prêtre, outre 
cette tiare j en avoit luie autre d'Hyacinthe, entourée 



d'une triple couronne d'or , garnie furie devant d'un» 
lame d or lur laquelle étoit gravé le nom Jehova. 

tgrS- Tiare. Hiftoire moderne. C'eft un bonner orné 
de trois couronnes , que le Pape porte dans les grandes 
cérémonies. Ces trois couronnes placées les unes au- 
dellus des autres en forme de cercle , font enrichies de 
pierreries, & ornées d'un globe, avec une croix lur le 
haur de ce globe, & un pendant à chaque côté de la 
tiare. 

La tiare & les clefs font les marques de la dignité 
Papale. La tiare eft la marque de Ion rang , &: les clefs 
celle de la jurifdiélion-, car dès que le Pape eft mort, 
on repréfente fes Armes avec la tiare feulement , fans 
les clefs. L'ancienne tiare étoit un bonnet rond , élevé, 
& entouré d'une couronne. Boniface VIII. fut le pre- 
mier qui en ajouta une autre. Benoit XII. y en ajouta 
une troilîeme. Quelques-uns croient que ce fut Jean 
XXIII. qui rehaufta la f/ûrePonrificale d'une couronne. 

Tiare, fe prend fouvent pour l'autorité , la dignité 
Papale , le louverain Pontificat. Il fe montra digne de 
la tiare. Il foutint avec majefté Ihonneur de ^ tiare. 
Henri VIII infpira du refpeCt pour le Trône à fon Par- 
lement •, mais il lui inipira du mépris pour la tiare. 
Raynal. 

Meilleurs de Clermont de Tonnerre portent dans 
leurs armes pour cimier la tiare Papale. C'eft une 
conceffion faite à Aimard de Ciermonr 6. à les delcen- 
dans par le Pape Anacier II. que ce Seigneur avoit 
rétabli fur le Saint Siège contre les faéhons de l'Anti- 
pape Maurice Bourdm. 

TIB 

TIBÈRE. Nom d'homme. Tiberius. L'Empereur Tibèr& 
le nommoit Ciaudius Iiberius Nero , & étoit fils de' 
Tibère Néron, ^ de Livia Drulilia, qu'Augufte épou- 
fa en lecondes noces , & par les intrigues de laquelle 
il adopta Tibère, &l lui lailla l'empire. 

Tibère. Voye\ Tubéri. 

TIBLRGE. Fôje^ Tubéri. 

TIBÉRI. VoyeiTv^iKi. 

riBÉRIADE. Nom d'une ancienne ville de la Terrc-i 
fainte. Tiberias , Cenereta, Genefareth. Elle eft dans 
la contrée poftédée autrefois par la Tribu de Zabulon, 
fur le bord occidental de la mer de Galilée. Elle por- 
toit le nom de Cénente ou de GénéJ'areth ; mais He- 
rode 1 ayant agrandie , lui donna celui de Tibiriade 
en l'honneur de 1 Empereur Tibère. Elle eft à demi- 
ruinée, & prefque dcierte, à caufe des fréquenres 
courles qu'y fonr les Arabes. Maty. Les Juifs ont eu 
une Éco.e célèbre à Tibenade. Ce font les Docleurs 
de Tibtnade qui ont inventé & ajouté au texte Hé- 
breu les points voyeues. Tibériade s'appelle auffi T^- 

barie. 

Le Lac de Tibériade. Voye\ Galilée, mer. 

Tibériade. f f. Topographie, ou delcnprion des lieux. 
Ce mor dans cette lignification , n eft en ufage qu'au 
Parlement de Dijon. Tikenas , locorum dejcriptio j 
Ichnographia. Ce mot eft auffi en ufage dans toutes 
les Junidittions qui dépendent du même Parlement, 
où l'on appelle Tibériade, la delcription , les plans 
que l'on produit dans les procès , pour repréfenter & 
faue voir aux Juges la lîtuation des lieux contenneux. 
C'eft du Traité de Barthoie de fluminibus j qu'il a 
intitulé Tibenadis , qu'on a donné le nom de Tibé- 
riade à ces deicriptions. 

Buxtorf a donné auffi le nom de Tibériade au Trai- 
té qu'il a tair de la Maftore. 

TIBÉRIADES. f. f. pi. Terme de Mythologie. Ou les 
Nymphes qui habicoient les bords du Tibre. Les Poëtes 
invoquoient quelquefois ces Nymphes. 

TIBERiN. f m. Terme de Mythologie. Nom d'un Dieu 
des Romains. Tiberinus. Ce Tiberin étoit fils de Ca- 
pétus, & fut Roi dA.be, il le noya dans le fleuve 
qu'on nommoit Aibula , & auquel cette avanture fie 
donner ie nom de Tibre. Romuius le mir au nombre 
des Dieux , & on le regardoit comme le génie qui 
préfidoit au fleuve dans lequel il fe nova. 
^ TIBERVILLE, 



TIB 



TIB TIC 



TIBERVILLE. Nom d'un bon bourg de Normandie. 
Tebertivdla. Il efb dans l'Evêchc de Liiieux. Valois , 
Net. Gdi. p. 2.7 S- 
TlliETH , ou TIBET. Voyei Tiiieet. D'habiles gens 
écrivent pourtant Tlbeth. Le Tibet a la Chine à l'o- 
rient, le Choraian à l'occident, & les Indes au midi. 
C'cft de la que vient le mufc de Tibet, tant vanté & 
préféré même à celui de la Chine, peut-être parce 
qu'il eft plus frais , venant par terre & d'un pays moins 
éloigné. Il en efl: de même de plufieurs marchandifes 
de la Chine, qui pallent par le Tibet pour le répandre 
dans roccidcnt. Quelqu'un plus hardi que moi pour- 
roit conjeéturcr que la mont.agne de Tabin (îtuéc (ur 
la mer orientale, à l'extrémité de la Scythie orientale, 
mentionnée dans les anciens Géographes, ou que le 
promontoire de Tabin , fitué iur la mer glaciale, près 
du détroit de Waigats, uon loin de l'embouchure du 
fleuve Oby, auroient communiqué leur nom au pays 
de Tlbeth; mais Ton grand éloignement de l'un & 
de l'autre s'oppofe à cette conjecl;ure. Huet. Hift. 
du Convn. C. /JJ. 
TIBIA, f. m. Terme d'Anatomie. Quoique ce nom foit 
purement Latin , & qu'en cette langue il foit féminin , 
nos Anatomiftes s'en lervent en François, & le font 
mafculin , foufentendant os. Tibia. C'efl: la patcie of- 
fcufe de l'homme qui eft entte le genou & la cheville 
du pied. Elle confîile en deux os, l'un extérieur, & 
l'autre intérieur ■■, le premier s'appelle le petit focile -, 
l'autre qui efl: plus gros, fe nomme tibia , du nom com- 
mun, & autrement le grand focile , ou grande canne. 
Il y a à la partie fupérieure un procejfus , qui efl: reçu 
dans une cavité de l'os de la cuille , & deux cavités 
oblongues , oii s"'enchâllènt les têtes de l'os de la cuifîe. 
La profondeur de ces cavités contient un cartilage qui 
y eft attaché par des ligamens. Ce cartilage eft movi- 
b!e, tendre & molafle, glifl'ant, imbibé d'une humeur 
cnclueufe, épais à fa circonférence, & plus mince vers 
le centre. On l'appelle lunata, parce qu'il eft fembla- 
ble à une demi-lune. La partie antérieure qui eft ai- 
guë & longue, s'appelle V épine. H y a en bas \mpro- 
cejfus qui avance en bolle en dedans proche du pied , 
& on l'appelle malkolas internus, la cheville du pied 
interne. Harris. 

Tibia j, eil: auiïi le plus gros des os de la Jambe i il 
eft cave dans fa longueur , pour contenir de la moelle •, 
il eft fitué en dedans de la jambe ', il eft articulé à fes 
deux extrémités par ginglime : celle d'en haut en fait 
un avec l'os de la cuillë , & celle d'en bas en fait un 
autre avec un des os du tharfe, que l'on nomme nj- 
tragale. Il eft encore joint avec le péroné par artro- 
die par fes deux extrémités , mais latéralement. Le 
péroné a une petite cavité à fa partie lupérieure qui 
reçoit le tibia, & par en bas il a une petite éminence, 
• qui eft reçue dans le tibia.Dionis. Tibia fignifie flûte, 
& on a donné ce nom à cette partie du corps à caule 
de fa rellemb'ance à une ancienne efpcce de flûte. 
TIBIAL. adj. Terme de Médecine, qui fe dit d'un des 
mufcles extenfeuts de la jambe. Tibialis. Il y a le 
tibial antérieur &- le tibial poftérieur. Le tibial anté- 
rieur eft un mufde du tarie , ainfi nommé à caule de 
fa fituation qui eft fur la partie extérieure du tibia. 
Spigélius l'appelle encore le mufcle de la chaîne, rnuj- 
culus catenœ , parce que quand il eft divilé , lema'ade 
eft obligé de fe fervir d'une efpcce de fronde pour 
■fuppotter l'on pied en marchant. Le tibial poftérieur 
du pied , qui eft placé fur le dos du tibia. Il eft auffi 
nommé mufcle du matelot, mufculus nauticus , parce 
que les matelots fe fervent principalement de ce mulcle, 
quand ils grimpent aux mats des vailleaux. Harris. 
Ce mot vient de tibia, qui eft le nom qu'on donne 
à l'os de devant la jambe. 
TIBIR. f. m. Nom que l'on donne à la poudte d'or en 

p'ufieurs endroirs des cotes d'A*rique. 

TIBORON. Voyei Tieuron.. 

TIBOSE. f. f. Monnoie des Indes orientales. C'eft une 

des roupies qui a cours dans les Etats du Grand-Mo- 

gol. Elle vaut le double de la roupie Gaiana qui vaut 

^o fous de France. 

ÎTIBRE. Nom d'une des plus célèbres rivières de l'Italie. 

Tonii Vin. L Partie, 



53 

Tiberis j Tyberis, anciennement Albula. Elle a fa 
fource aux montagnes de PAppcnnin, dans le Floren- 
tin, & palFant dans l'État de l'Églife, elle y bai"-ne 
Borgo, S. Sepulcro, Citta diCaftcllo, Orra &Rcme, 
à quatre lieues de laquelle elle fe décharge dans la 
mer Méditerranée, entre Oftie & Porto, après avoir 
reçu pluheurs rivières , dont les plus confidérables 
font, le Tévérone , la Néra , le Topino & la Chiane. 
Ce fleuve n'cft pas forr grand. Il n'a qu'environ trois 
cens pieds à Rome , & les eaux en font toujours 
tfoubles & jaunâtres, à caufe de la rapidité de fon 
cours & de celui des torrens qu'il reçoit. Maty. 

Ce fleuve eft pcrfonnilîé fur les monumens & fur 
les médailles. Il eft reprélenté dans ce beau grouppe 
en matbre qu'on voit aux Tuileries fous la figure 
d'un vieillard, couronné de Laurier, à demi couché, 
tenant une corne d'abondance, & s'appuyant fur une 
louve auprès de laquelle font deux petits enfans , Re- 
mus & Romulus. 
TIBULLE. Nom d'homme. Tibullus. C'eft le nom 
d'un Poète Romain , dont il nous refte quatre Livres 
d Elégies auffi élégantes qu'elles font peu chaftes. Il 
étoit Chevalier Romain , & naquit le même jour 
qu'Ovide, fous leConfulat d'Hirtius &dePanfa, l\an 
de Rome 710. & 42. avant Jésus-Christ. Vbye\ 
Lilius Gira'dus, Hift.dePoët.Lat. Barthius a cru que 
le quatrième Livre des Elégies qui porte le nom de 
Tibulle, n'étoit pas de lui , mais de Sulpitia <3c de fon 
mari Calenus. 
TIBUR. Ancien nom d'une petite ville d'Italie dans 
l'Etat Eccléfiaftique. Tibur. On l'appelle aujourd'hui 
Tivoli. Vcyei{_ ce nom ; mais en parlant de TAntiquité, 
on ne laillè pas de dire même aujourd'hui Tibur. Ti- 
bur fut rendu au Pape l'an 11 55. par l'Empereur Fré- 
déric Batberoufle. 
TIBURNE. f. m. C'eft le nom du lieu où l'on exécute 
les criminels près de Londres. C'eft comme qui diroic 
la Grève , ou la croix du tralioir à Paris. On appelle 
proverbialement à Londres la corde d'un pendu, une 
cravate de Tiburne. Misson. 
TIBURON, ouTIBURIN. 1'. m. Poiffon cétacée, qui 
fe trouve dans la mer Atlantique, & vers l'Amérique» 
Tiburo. Il eft Çi gros & fi goulu , qu'il avale un homme 
tout entier. Les Relations nous affûtent qu'on en a 
pris un dont on tira un Nègre qu'il avoir dans foi> 
ventre, & qui vécut encore vingt- quatre heures. 
Quelques-uns le nomment Taburin ou Taburinte. 
M. Corneille, dans fon Diâionnaire des Arts & des 
Sciences , l'appelie Tiburin , 8c il obferve que Vincent le 
Blanc dit qu'on l'appelle auffi Taburinte. Il ajoute qu'il 
a trois pointes lut le dos , en forme de pertuifannes , 
& que l'envie d'attraper quelque corps d'homme, 
l'oblige quelquefois à fuivre un vaiflèau plus de cinq 
cens lieues : qu'un Capitaine venant de la Floride , fut 
fuivi d'un Tiburin julqu'à Porto-Rico, où enfin ce 
Poillbn tomba entre les mains: qu'on lui trouva dans 
le corps la tête d'un mouton avec fes cotnes, queceux 
du vaiflèau reconnurent avoir été jettée dans la mer 
il y avoit déjà plufieurs jours. M. Corneille dit que c'eft 
une efpèce de taon que les Elpagnols appellent Pejcc 
Ejpada , Poiflon Epée. Si cela eft, le Tiburon ou Ti- 
burin eft la même choie que l'Eipadon dont noui 
avons parlé en fa place. 
TIBURTIN , iNE. Originaire, habitant, natif de Tibur. 
Tiburnus , a. Après le couronnement de l'Empereur 
Frédéric II. le Pape Adrien s'éloigna de Rome avec ce 
Prince , & ils s'arrêtèrent à Ponte-Lucano , près de 
Tibur. . . . Alors les Tiburlins apportèrent à l'Empe- 
reur les clefs de leur ville , déclarant qu'ils fe don- 
noient à lui -, mais le Pape & le Clergé de Rome le 
ttouverent fort mauvais , & repréfemerent à l'Empe- 
reur que cette ville appartenoit à l'Églife Romaine , 
&: que les Tiburtins avoient fait ferment au Pape 
Adrien, Fleury , Hifi.Ecc. Tome XV. p. 15.^16. 



T I C 

TIC. f. m. Terme de Maréchallerie. Maladie de chevaux, 
ou mauvaile habitude qu'ils out d'appuyer les den» 



34 



TIC TI 



TIE 



contre la mangeoire , ou contre la longe du licou , 
comme s'ils la vouloient mordre , ce qu'ils ne font 
jamais qu'ils ne rottent, Ticus morbus. Un cheval ti- 
queur, ou qui tique, fe remplit de vents. Equus Jb- 
litus prœfèpi inniti. 

Tu-, le dit aufïï d'une forte de mouvement convul- 
fif , auquel quelques perfonnes fonr fujettes. Motus 
■convuljîvus. Il y a une efpèce de tù: 

Molière avoir un hoquet ou tic de gorge, qui ren- 
doit d'abord fon jeu défagréable à ceux qui ne le con- 
noidbient pas. Vie de Molière , p. zoj. 

Tic, le prend encore pour mauvais gefte plus ou 
moins ridicule qu'on a contraété. C'eil un vilain /<c 
que de ronger Tes ongles. Toutes les grimaces que 
l'on fait fans s'en appercevoir, font des tics. M. V. 
L.J.M. 

Ce mot peut être employé au figuré , dans le ftyle 
familier & de converfation. Le tic de la plupart des 
ignorans eft de vouloir juger de tout. 

Tic , eft aufli un petit infede noirâtre, qui s'attache 
aux oreilles des chiens , des bœufs , &c. Dans ce fens 
on dit Tique, f. f. Voye\ ce mot. 
Tic & Tac , ou Tic & Toc , eft un terme indéclinable 
& facftice, qui exprime un battement, un mouvement 
réitéré d'un marteau qui frappe , d'un cheval qui 
marche , d'un balancier d'horloge , d'un pouls qui 
bat, &c. ' 

.... Ainfi ces gens à fe piquer ardens , 
S'en vinrent du parler à tic tac, torche , lorgne. 
Qui cajfe le mufeau, qui Jon rival éborgne , 
Qui jette un pain, un plat , une ajfûte , un couteau. 
Qui pour un rondache empoigne un ejcabeau. 

Régnier. 

Tic-Toc-cHOc. Terme populaire , dont les petites gens 
fe fervent en parlant de deux chofes qui le frappent. 
C'eft une efpèce d'imitation du bruit caufé par le choc 
de deux chofes. 

TICAL. f. m. La plus grolTe monnoie d'argent de Siam 
s'appelle tical, & vaut trente-fept fous & demi mon- 
noie de France. Abbé de Choijy , Journ. de Siam , 
p. 545. Le Chevalier de Chaumont , p. 50. redoublée 
de fon voyage de Siam , dit que le tical vaut environ 
quarante fous. Pour mieux juger de fa jufte valeur , 
il n'y a qu'à rapporter ce qui eft dit de fon poids dans 
le Diél. de Commerce : Le tical pèfe trois gros & 
vingt-trois grains. Du temps que le Chevalier de Chau- 
mont étoit Ambafladeur de France à Siam (léSé.) l'é- 
valuation du tical fur le pied que l'argent étoit alors , 
alloit à trente-fept fous & demi. 

TICOU. Nom d'une ville des Indes. Ticum. Elle eft dans 
l'île de Sumatra, fur la côte occidentale de l'Ifle, où 
elle a un grand port , à cent trente-trois lieues de la 
ville d'Achem , au Roi de laquelle elle appartient. 
Maty. 

cSO" TICOUTOUS (les) peuples de l'Amérique fepten- 
trionale , prefque au midi de l'île de Cayenne , vers 
la rivière des Amazones. 

TICQUE. Voyei Tique. 

TICTÉ , ÉE. adj. Les Fleuriftes appellent fleur ticlée , 
celle qui eft marquetée. Flos varie gatus, variis colo- 
ribus diftincius. D'autres écrivent tiqueté. Voye\ ce 
mot. 

T I D 

TIDOR. Nom d'une île de l'Océan oriental. Tidora. 
Elle eft une des vraies Moluques , & fituée près de la 
côte occidentale de celle de Gilolo , entre celles de 
Ternate & de Motir. Elle n'a qu'une douzaine de lieues 
de circuit ; mais elle eft abondante en épiceries , & 
principalement en girofles. Les HoUandois y ont quel- 
ques forts -, mais elle ne laide pas d'avoir Ion Roi par- 
ticulier, quipoffède une partie de l'île de Gilolo. Les 
Européens lui ont donné le nom de Tidor qui en eft 
la capitale-, mais les naturels du pays l'appellent Tadu- 
ra, Dêco ou Daco. Maty, Le Roi de Tidor. Cou- 



HOURS. Tidor n'eft qu'à jé minutes de latitude-nord , 
& à 1 17 degrés 5 minutes de longitude, félon la Table 
de M. Harris. 

T I E 

TIEBLE. f m. Lieu où l'on met les ruches. En Latin 
Apiarium. Quelques-uns l'appellent Ruchet. Ces deux 
mots font provinciaux -, mais je n'en connois point d'au- 
tres pour ce qu'ils lignifient. Ménage obferve qu'on 
difoit autrefois achier à' apiarium , par le changement 
du p en ch , comme en ache d'apium : en proche de 
propè. Dicl. Etym. au mot Achier. 
TIÈDE, adj. de t. g. Qui ne le dit proprement que des 
chofes liquides qui n'ont qu'une chaleur médiocre , 
ou plutôt qui font entre le chaud & le froid. Tepidus, 
egelidus. Boire de l'eau tiède. Prendre un bain tiède. 
Tepidarium. 

Comme il y a un grand intervalle entre le chaud 
& le froid, on voudroit dans l'Encyclopédie un inftru- 
ment gradué qui pur apporter quelque précifion à l'ac- 
ception du mot tiède , & déterminer au jufte le vrai 
point où commence la tiédeur, celui où elle finit, & 
où la chaleur commence. 

Notre corps eft cet inftrument gradué , le vrai Ther- 
momètre que nous devons confulrer pour favoir fi de 
l'eau , par exemple , eft froide , chaude ou fimplemenc 
tiède. 

Ce mot tranfporté ou figuré fe prend dans la figni- 
fication d'indiftérent , qui n'a pas l'adivité , la chaleur 
qu'il devroit avoir, ou qui a perdu fa première ardeur , 
fon premier feu. Ami tiède. Amitié tiède. Dévotion 
tiède. Amant tiède , dont la paflîon eft ralentie. Je ne 
veux point de vos tièdes refpeéls. Vill. Je fens encore 
quelques tièdes reftes de nos ardeurs paflces. Mont. 
C'eft un homme qui par une complaifance lâche, tiède 
&: ennuyeufe, veut tout ce que l'on veut , & ne dit 
jamais non fur rien. M.Scud. Je ne fâche rien de plus 
ennuyeux que de mener une vie tiède §c tranquille, 
qui , fans rien délirer , & fans rien craindre , n'a rien 
de feniîble. Id. 

Non j ne me parle^ pas de ces tièdes Amans, 

Dont les paifibles cœurs n'ont nuls emportemens. Mol. 

TIÈDEMENT, adv. D'une manière tiède, & oppofée à 
chaudement. Tepidè. On a follicité cette affaire tiède- 
rnent. Servir Dieu tièdement. 

TIEDEUR, f. f. Qualité de ce qui eft tiède. Tepor. Il 
faut entretenir cette infulîon dans une égale tiédeur, 
empêcher qu'elle ne fe refroidillè , & qu'elle ne bouille. 

Tiédeur , fe dit aulîî au figuré, & lignifie, indolence , 
nonchalance , manque d'adivité , d'ardeur dans les 
chofes où il faudroit en avoir. Tepidus animus , Tepor, 
L'amour veur de la ferveur , Si ne compatir point avec 
la tiédeur. Que dirai-je de ces tiédeurs qui rendent nos 
prières inutiles , & nos dévotions languiliàntes ?Fléch. 
Eft-il une pafîîon à l'épreuve des tiédeurs qui fui vent 
d'ordinaire la pollèffion? Vill. Il y a des occafions où 
la tiédeur en amirié eft une infidélité. S. Évr. La com- 
plaifance univerlelle de certaines gens me paroît une 
tiédeur infupportable. M. Scud. 

Une lâche tiédeur s'empare des courages. Boil. 

Un amufement galant , fans caufer les inquiétudes de 
l'amour, s'élève pourtant au-delTusde la tiédeur.^ 11.1.. 

TIEDIR, v.n. Devenir tiède. Tepefcere , tepef.eri. Cette 
eau eft trop chaude, !ailîez-la tiédir. Faites tiédir cette 
potion. 

Quelques-uns ont employé ce mot au figuré. Scar- 
ron a dit , elle commence à tiédir dans la paffion. 
Exemple qui n'eft pas à fuivre. 

Tiédi, ie. parr. Tepefaâus. 

TIEL;i THIELT. Nom d'une petite ville fortifiée des 
Provinces-Unies. Tiela , Tila. Elle eft dans la Bétuwe, 
contrée de la GueldreHollandoife , furie bord fepteii- 
trional duWahal , environ à cinq lieues au-deftôus de 
Nimégue, Cette viliedonne fon nom au Tieler-Waerd, 



TIE 



TIE 



■ c'eil-àdire, l'île de Tiel, qui eft entre la rivière de 
I.inge & le Wahal. Mat y. Long. ix. d. 40'. latit. 
5i.d. 5'. 

TlEMPE. Voyei Tienpe. 

TIEN, ENNE. Pronom polTèflif , relatif, de la féconde 
perfonne du lîngulicr. Tuus ^ tua, tuum.^ll faut re- 
marquer que tien îk tienne ne ie mettent jamais devant 
aucun nom, un tien frère eft mal dit ', on dit ton frère , 
s'il n'y en a qu'un. Un de tes frères, s'il y en a plufieurs. 
On les fait précéder ordinairement par l'article le ou la. 
Je ne voudrois pas troquer mon manteau contre le 
tien , ma maifon contre ia tienne. 

Aux plus brillans ejprits le ûen fut préférable. 

La La ne. 

il Te met quelquefois fans l'article. Ces biens-!à peuvent 
devenir tiens. L'Acad. Dansceiens il eft vieux. Tien 
finit mal un vers, iur-tout lorfque le fens finit avec ie 
vers. 

Et je ne luirai plus d'autre feu que du tien. 

Il eft plus fupportable au fémjnin , &: tienne a meilleure 
grâce à la fin d'un vers. Mén. On a dit autrefois toyen 
pour tien, & toye pour tienne , comme venant de toy. 

Tien, eftaufli fiioftantif. Tuum. C'eft-à dire le bien qui 
t'appartient. Entre les vrais amis il n'y a point de mien 
& de tien , tous les biens font communs. Durant le 
fîècle d'or il n'y avoir point de mien & de tien ; on 
vivoit fans querelle & ians procès. 

On dit auffi fubftantivement, les tiens , au pluriel, 

• pour dire, tes proches , tes alliés , ceux qui t'appar- 
tiennent en quelque forte , qui font de ton parti. Tui. 
Je te lervirai en toute rencontre toi & Jes tiens. Tu 
devois confidérer les tiens , faire du bien aux tiens, 

TiENBORD. i. m. Terme de Marine. C'eft le côté droit 
du vaillèau , qu'on appelle autrement Jlrièord & dex- 
tribord. Dextrum nayislatus. Sur la Méditerranée on 
dir eftribord & poge ; pour dire , à main droite. 

eO^ THIENCHANG. Ville de la Chine , dans la province 

^ de Kiagnan, au département de Fungyand. Elle eft 
d'un d. 51' plus orientale quePéking, fous les 5;. d. 
55'. de lat. 

TIENCHEU. Nom d'une ville du Quangfi en la Chine. 
Tiencheum. Elle a quatte autres villes fous fa Jurif- 
diftion, & elle appartient au Roi deTunquin.MAXY. 
Elle eft de 11. d. 50' plus occidentale quePéking, lous 
les 24. d. Il', de lat. 

ÇCS" TIENHO. Ville de la Chine , dans la province de 
Quangli, au département de Kingyuen. Elle eft de 5. 
d. 41' plus occidentale que Péking, fous les 25, d. 26'. 
de lat. 

fO^TlENKIANG. Ville de la Chine, dans la province 
de Suchuen , au département de Chungking. Elle eft 
de 9. d. 34' plus occidentale que Péking , fous les 3 1. 
d. de lat. 

TIENLIQUE. Nom d^m Royaume. TienlicumRegnum. 
C'eft une contrée de la prefqu'île de iTnde deçà le 
Gange. Elle eft fur la côte orientale , dans le Royaume 
de Bifnagar, aux confins de celui de Golconde, & elle 
prend fon nom de la capitale, 

TIENNETTE. Stephana. Nom de fille, qui veut dire , 
petite Etienne. Tiennette a fur Jeanne de l'avantage. 
La Font. Ce mot fe dit pour Etiennette. 

TIENNOT. C'eft la même choie que Tiennette. Stepha- 
na. 

TIENNON. f m. Diminutif d'Etienne. Nom que l'on 
donne parmi le peuple aux petits garçons qui s'appellent 
Etienne. Stephanus. Il fe dit pour Etiennot par aphé- 
rèie. 

ie::j' TIENPE. Ville de la Chine , dans la province de 
Quantung , au département de Caocheu. Elle eft de 5. 
d. 25' plus orientale que Péking, Ibus les 28. d. 25'. 
de lat. 
TIENSIT. Vieux mot, troifieme perfonne du prétérit in- 
défini du verbe tenir. Il tint. Borel & Pajquier. 
TIENSU. f.f. Idole des Peuples de Tonquin, dont parle 
Taverniet. Ils révèrent la Tienjii^ comnae la Patrone 



îî 



des Arts. Ils l'adorent & lui font des facrifices , afin 
qu'elle donne de l'eiprit , du jugement & de la mé- 
moire à leurs cnfans. Tavernier. Voyage des Indes. 
TIENT pris fubftantivementi 

Un tient vaut, ce dit-on , mieux que deux tu l'auras i 
L'un iflfur, l'autre ne l' eft pas. La Fontaine. 

«:3^ TIENT AI. Ville de la Chine, dans la province de 
Chekiang, au département de Taicheu. Elle eft de 4. 
d. 7' plus orientale que Péking, ibus les 28. d. 55'. de 
lat. 

TIÉRAN , ou TIERS-AN. f m. Terme de Chaflè , qui 
fe dit du ianglier , & qui fignifie , Troifieme annéej 
Apertnenms ,veltriennus. Je ne prétcns parler que du 
fanglier qui eft à fon tiers an. Saln. 

TIÉRACHE. Voyei Thierache. 

TIERÇAIRE, & TIERCIAIRE, ou TIERTIAIRE. f m. 
& h Homme ou femme qui eft d'un Tiers Ordre. Vir 
velfemina è tertio aliquo Ordine. Tertiarius. Les Tier- 
tiaires de l'ordre des Carmes ont commencé l'an 1477, 
en vertu d'une Bulle de Sixte IV. Ces Tierciaires ont 
des Réglemens qu'ils doivent fuivre , & un habit parti- 
culier : les Frères , une foutane , un fcapulaire , un 
manteau : les Sœurs , un voile blanc -, mais dans les 
pays ou ces fortes d'habits ne font point en ufage pour 
le "Tiers-Ordre, les uns & les autres peuvent être ha- 
billés comme les Séculiers , en retenant la couleur tan- 
née. Le Père Papebrocq s'eft trompé lorfqu'il a dic- 
que la marque que les Religieux de S. François donnent 
à leurs Tierçaires , eft un cordon , & que celle que 
les Carmes donnent auffi à leurs Tierçaires , eft un 
petit fcapulaire en forme de Billette. P.Hélyot, T.I. 
C.^2. Le P. Papebrocq a fans doute confondu les Con- 
frères du Cordon de S. François & du Scapulaire des 
Carmes a.\ec les Tierçaires de ces Ordres. Dans les 
Contrairies il n'y a point de Règles , mais feulement 
quelques Statuts: il fuflit, pour y entrer, de fe faire 
inlcrire dans la lifte des Confrères i au lieu que ce qui 
lert à maintenir l'obfervance parmi les Tierçaires , eft 
fous le nom de Règle, & qu'il faut que cesTierçaires 
foient éprouvés par un Noviciat d'un an, au bout du- 
quel ils font profeffion, avec des vœux fimples. Quoi- 
qu on ne puilîe pas dire qu'ils foient Religieux , à moins 
qu ils ne loient engagés par des vœux folennels , 
comme les Religieux Pénitens du Tiers-Ordre de S. 
François, & les Religieufes du Tiers-Ordre de S. Do- 
minique , cependant leurs Congrégations font de vé- 
ritables Ordres , comme on le dira au mot TIERS. 
Le P. Hélyot dit auffi Tierciaire & Tiertiaire. Il y a 
dans 1 Ordre de S.François des Tierciaires Séculiers, 
parmi lelquels il y en a quelques-uns qui vivent en 
Communauté, & d'autres en particulier, fans s'enga- 
ger ni les uns, ni les aurres par des vœux folennels. 
Père Hélyot. Le Pape Pie V. obligea les Filles Tier- 
ciaires du Mont Citorio à des vœux foIennclsj[tD. Lé- 
zeaux. Traité des Tierçaires dans fa SummaQuœftio- 
num Regular. en deux cndroirs , i" Parte IL C. z^. 
2.° P.LV. Verbo Tertiarii & Tertiariœ. Il dit qu'il y 
a diflérentes efpèces de Tierciaires; qu'on peut néan- 
moins les réduire à trois : ceux qui vivent dans une 
Religion, <k qui font les trois vœ'ux ellentiels : ceux 
qui tout les trois vœux ellentiels fans être dans une 
Religion & lous une Règle déterminée; & enfin ceux 
qui ne font point les trois vœux ellentiels, & ne vivent 
point en Communauté , mais qui gardent dans leurs 
maifons la Règle de quelque Ordre. Il doute s'il y en 
a quelques-uns de la féconde elpèce : mais il fuppofe 
qu'il y en a eu, & il prétend^ qu'ils n'étoient point 
Religieux , parce que , pour l'Etat Religieux , il ne 
fuflit pas de faire les rrois vœux ellentiels : qu'il faut 
les taire dans une Religion approuvée & fous une 
Règle déterminée. Voye\ les endroits cirés , où cec 
Auteur traire de tout ce qui regarde les Tierçaires , 
leurs états, leurs privilèges, leurs obligations. Sec. 

<8^TIERÇAGE. i. m. Terme de coutume. Troifieme 
partie des biens du défunt , que le curé de la Paroiile 
avoir droit de prendre en certain? endroits pour lui don-' 

Eij 



5« 



I 



TIE 



nerla fépiiltnre. Ce droit exorbitant fut enfuite réduit 
au neuvième des biens, & enfin aboli. Terùarium. 
TIERCE, f. £ Terme relatif à la divifion du jour artificiel. 
Les Romains & les Juifs diviferent le jour artificiel en 
quatre parties ou heures qu'ils appeloient prime, tierce. 
Texte & none. Tierce comprenoit le temps depuis neut 
heures, où ^miloii prime , jufqu'à midP, oiV commen- 
coit J'exte. , 

La partie de l'office appelée tierce fut ainfi nommée 
parce qu'elle fe récitoit à la troifieme heure du jour, 
félon la manière de compter des Anciens , laquelle , 
fuivant la nôtre , répond à neuf heures du matin. 
Voyei Heures Canoniales. 
Tierce , en Mufîque, eft une confonnante, ou mélange 
de deux Ions, qui contient im intervalle de deux tons 
& demi. Tetrachordon majus , Ù tetrachordon minus. 
Il y a la tierce majeure , qui eft en proportion en nom- 
bre de quatre à cinq , que les Grecs appellent tétra- 
corde majeure -, & la tierce mineure , dont la propor- 
tion eft de cinq à fix , qu'on nomme auffi tétracorde 
mineure. La tierce, en Italien , ter\a , en Latin , tertia , 
n'a point de nom général en Grec. C'eft la première 
des confonances imparfaites , c'eft-à-dire, qui peuvent 
ibutîrir majorité & minorité , fans celTer d'être confo- 
nances. Voilà pourquoi on endiftingue de deux fortes. 

La première, que les Italiens nomment Ditono, du 
mot Grec Ditonon , ou ter\a maggiore , & les Fran- 
çois, tierce majeure , doit être compofée diatonique- 
ment de trois Ions ou degrés, faifant entre eux deux 
tons , dont l'un , félon l'ancien fyftème , étoit majeur , 
& l'autre mineur; & félon le fyftème moderne &tem 
péré, de deux tons égaux , comme, ut, re ,mij ou 
ut , mi. Et chromatiquement de quatre femi-tons, 
dont deux font majeurs & deux mineurs. Elle tire fa 
forme de la proportion fefquiqwarie. 

La féconde tierce ^ que les Italiens appellent (comme 
les Grecs) Trihemituono , ou J'emi-ditono , ou terTfi 
minore ; & les François , tierce mineure , eft compofée 
de trois fons ou degrés , auflî bien que la majeure •, 
mais ces trois fons ne font diatoniquement qu'un ton 
& un femi-ton majeur , & chromatiquement trois fe 
mi-tons, dont il y en a deux majeurs & un mineur, 
comme re ^ mi, fa ; ou re, fa. Elle tire fa forme de 
la proportion lelquiquinte. 

La tierce mineure peut être harmonique ou arithmé- 
tique. Elle eft harmonique, ou^quarre, quand le ton 
fe trouve le plus bas , & le demi-ton le plus haut , comme 
re; mi, fa; la, fi, ut, &c. Elle eft arithmétique , ou^ 
mol, lorfque le demi-ton eft en bas , & le ton en haut, 
comme, mi, fa, fol; fi j ut, re , &c. 

Toutes ces tierces font excellentes dans la mélodie , 
& font le plus grand ornement, & toute la force de 
l'harmonie ; mais il y en a deux autres qui font diftb- 
nantes & vicieufes : la première n'eft compofée que de 
deux femi-tons majeurs , & par conféquent d'un femi- 
ton mineur, moins que la tierce mineure; c'eft ce qui 
la fa^nommer tierce diminuée. La l'econde au con- 
traire pèche par excès , ayant un femi-ton mineur plus 
que la tierce majeure; c'eft ce qui lui a fait donner le 
nom de tierce fuperflue. 

Dans l'ancien fyftème , toutes ces efpcces de tierces 
n'avoient qu'une réplique qui étoit la dixième -, dans 
le moderne outre la dixième , elles ont la 17e pour 
triplique , & la 24^ pour quadriple. 

Dans la mélodie l'ufage de la tierce jufte^ foit ma- 
jeure, foit mineure, eft rrès-fréquent & très-agréable-, 
& cela tant en montant qu'en delcendant, foit qu'on 
en parcoure tous les degrés, (c'eft-à-dire, par degrés 
conjoints, comme ut j re, mi, ou re^ mi, fa,) foit 
qu'on faute ou omette celui du milieu, (c'eft-à-dire, 
par degrés disjoints, comme ut ,mij ou re jfaj&c.) 
mais il faut obferver que la tierce majeure a quelque 
chofe de gai & d'animé en montant , & qu'elle eft 
trifte & mélancholique en delcendant. 

La tierce mineure au contiaire a quelque chofe de 
doux & de trifte , & de tendre en montant , &: elle eft 
gaie en defcendanr. A l'égard de la tierce diminuée , 
elle eft fort fréquente dans les chants Italiens , fur- 
tout pour les inftrùmens : mais quoique ce foient 



d'excellens originaux , il ne les faut imiter qu'avec rai- 
fou & dilcernement. La tierce fuperflue eft abfolumenc 
défendue. Brossard. . 

îvlais où les tierces juftes tant mineures que majeures 
font un eftet charmant, c'eft dans l'harmonie, dont on 
peut dire qu'elles lont l'ame & le fondement. C'eft de- 
là premièrement qu'il eft permis d'en faire tant qu'on 
veut de luite , (oit contre la balle, ou entre les parties 
fupérieures. Toute la précaution que les Anciens , 
même les plus rigides , vouloient qu'on y apportât, 
étoit 1° qu'elles ie fiflent par degrés conjoints, & z" 
qu'on entremêlât la majeure & la mineure j afin qu'il 
y eût de la variété , & que l'une iervit à taire gourer 
& paroître l'autre. Mais les Modernes fe font affran- 
chis de ces deux contraintes ; & l'on fait à préfent tant 
de tierces qu'on veut , tant par degrés disjoints que 
conjoints, & fans les entremêler. Julques-là qu'on fait 
fouvent, fans Icrupule, trois ou quatre tierces majeures 
de fuite , parce que rant de tierces majeures ne fe pou* 
vaut faire qu'il n'y en ait de natutelles & d'acciden- 
telles , on prétend , & avec raifon, que cette feule dif- 
férence fuftit pour caufer cette variété , qui fait l'agré- 
ment de l'harmonie. C'eft delà, z", qu'une des règles 
les plus indifpenfables des Trio , ou compolîtions à trois 
parties , eft qu'il faut qu'on entende la tierce majeure 
ou mineure dans chaque temps de la mefure , foit 
contre la baftè , ou du moins entre les deux parries 
fupérieures. Cependant la fixte étant , à le bien pren- 
dre, une tierce renveriée, peut forr bien la luppléer, 
il la fuite du chant ou l'exprefïïon du texte le de- 
mandent. C'eft de-là , 5° que la tierce fert à préparer, 
accompagner , & à iauver la plupart des diilbnantes , 
& principalement la deuxième & la quatrième, lerri- 
ton , la faulfe-quinte , la leptieme, &c. C'eft de-là 
enfin qu'on peut palier de quelque confonnance que ce 
foit à la tierce , & réciproquement de la tierce à quel* 
que confon^ince que ce loir. 

Il faut cependant obierver, 1° que lorfque la bafle 
monte de quatre , ou delcend de quinte fur une o(Stave, 
la tierce qui la précède , doit être majeure & rarement 
mineure. 1° Que lorlqu'on palle de la tierce à la quinte 
par mouvement contraire , la f/erce mineure vaut mieux 
que la majeure pour éviter la faulle relation du triton. 
3" Que la dominante de quelque mode que ce foit, 
demande naturellement la tierce majeure*, car fi l'on 
Y fait la tierce mineure , dès-là on déclare qu'on veut 
fortir hors de ce mode , &c. 

II faut encore obferver , i ° que la tierce en général 
n'a pas un fi bon eftet dans les parties inférieures, on 
qui font les plus proches de la bafle, que dans celles 
qui en font éloignées, au moins d'une oâave, c'eft- 
à-dire, proprement qu'elle eft bonne étant fimple, mais 
qu'elle eft beaucoup meilleure étant doublée ou tri- 
plée, &c. 2" Que la tierce mineure étant fimple, fur- 
tout entre les fons graves ,& fort bas , a quelque chofe 
de fi trifte, de fi fombre, & de fi lugubre, qu'il y en 
a beaucoup qui veulent qu'en ce cas elle foit même 
diflonante, & qu'ainfi on ne s'en doit fervir que pour 
des expreffions triftes & lugubres. Comme elle a un 
peu plus d'éclat , quand elle eft doublée & triplée, &c. 
elle eft propre pour les expreffions tendres & alîec- 
tueules. 3" La tierce majeure fimple eft à la vérité plus 
piquante & plus fonante que la mineure ; mais elle 
vaut beaucoup mieux , fur-tour pour les expreffions 
gaies & éclatantes, quand elle eft doublée ou triplée, 
ou encore mieux quand elle fe trouve dans la partie 
la plus haute d'une compofition. 

A l'égard de la tierce diminuée, on s'en fert quel- 
quefois au lieu d'une tierce mineure ', mais il faut l'em- 
ployer dans l'harmonie avec encore plus de dilcrétior» 
que dans la mélodie. Pour la tierce fuperRue , je n'en ai 
jamais vu d'exemple , & cet intervalle a je ne fai quoi 
de li bizarre , qu'il feroit à mon fèns très-difficile de le. 
bien mettre en œuvre. Brossard. 
Tierce j eft auffi un jeu de l'orgue, qui eft un tuyau 
d'un pied fept pouces, qui eft ouvett, & accordé à la 
tierce du jeu de deux pieds ouverts. Tubus ditonicus. 
La tierce iert ordinairement à jouer le delfus en l'orgue. 



I 



TIË 



Le Bègue , dans fon Livre , fait mention d'une tierce 
ou cromorne en taillé , qu'on joue gravement. 

Tierce. Terme d'Elcrime. C'eft un coup d épée qu'on 
alonge à l'ennemi dehots & lut les armes : une botte 
qu'on porte ayant le poignet tourné en dedans , dans 
une fituation horifontale, & au deiïlis du bras de l'en- 
nemi , en lailïant fôn épée à droite. Porter une tierce , 
porter une botte en tierce. Voye\ Garde. 

Tierce , fe dit auffi au Piquet & à d'autres jeux de cartes , 
d'une luite de trois cartes de même couleur. Ternio 
ejujdem coloris. Une ^/erre major. Ternio major. Q'cH 
un as, un roi & une dame. Tierce de roi, tierce de va- 
let , tierce baflè. 

Tierce j fe dit au/Iî chez les Imprimeurs de la troifieme 
épreuve qu'on tire pour la corriger, avant que de tirer 
à fond. Tertia paginez typicce probatio. 

C'efl: la première feuille que l'on tire après que la 
forme a été mife en train avant que, de tirer tout le 
nombre qu'on s'eft propofé de tirer. Le Prote confère 
cette feuille avec la dernière épreuve , pour voir il 
routes les correétions ont été exécutées; s'il y a encore 
quelque chofe à corriger, il le fait fur la prellè, & fans 
déplacer la forme. 

Tierce , en Aftronomie , c'efl: la foixantieme partie d'une 
féconde. Tertia , fecundce pars j'exagefima. 

Tierce, eft auflî un terme de Reiigieules, qui fe dit de 
la Compagne que la Supérieure envoie pour entendre 
ce qui fe dit au parloir , quand quelque perfonne du 
monde vient parler à une Religieufe. Tertia perjona , 
aufculatrix. La Sœur qui iert de tierce au parloir fera 
loigneule d'écouter tout ce qui s'y dit. Const. dt 
Port-Royal; Cette compagne s'appelle aufii 
Sœur- écoute. 
-Tierces , ou Tierches , en termes de BLîfon , font fàfces 
en devife , qui fe mettent trois-à-trois , comme les ju- 
melles deux-à-deux, les trois fafces n'étant comptées 
que pour une , & toutes les trois n'occupant que la lar- 
geur de la face ordinaire, ou de la bande, (î elles y font 
pofées, pourvu qu'il n'y en ait qu'une dans un Ecu. 
Ternœ inftitœ , tergeminœ tœniœ. 

Tierce, adj. f. Terme de Médecine. On appelle fièvre 
tierce , celle dont les accès reprennent tous les trois 
jours inclufivement ', c'efl: - à - dire , qu'il y a un jour 
d'intervalle entre deux accès. Elle eft intermittente ou 
continue j fimple, double, ou triple. Tertiana. 

On appelle double tierce , une fièvre inrerniittente 
dont les accès reviennent tous les jours, au lieu de re- 
venir de deux jours l'un. 

Double tierce continue , celle dont les redoublemens 
reviennent dans les mêmes intervalles. 

TiERCE-Foi , Tierce-main. Termes de Coutumes, qui 
fe difent du premier des fiefs , & l'autre des héritages 
nobles. PoJJeJfor tertianus. Tomber, échoir, venir en 
tierce-foi , ou en tierce-main. Ad tertium pojfejforem 
dev entre , tranfire. Un fief échet en tierce- foi, lorfque 
celui qui l'a acquis, en a fait le premier la foi-, lorfqu'a- 
près lui fon héritier l'a faite en lecond lieu , & qu'il 
échet enfuite à un autre héritier , qui la doit faire pour 
la troifieme fois. Les fiefs feuls échéent en tiercefoi, 
& les héritages nobles dont la foi n'efl: plus due, parce 
qu'elle a été changée en devoir , échéent en tierce- 
main. Lorfque les héritages tenus en franc devoir 
échéent en tierce-main , ou les fiefs en tierce-foi , ils 
le partagent noblement entre roturiers •, ce qui efl: un 
refl;e de l'ancien droit , iuivant lequel les roturiers 
étoient réputés nobles , tant qu'ils demeuroient fur 
leurs fiefs , & acquéroient enfin la noblefiè, lorfqu'ils 
y avoient demeuré long-temps. Ce qui a été remarqué 
par Poggio dans fon traité de Nobilitate. Vbyei en- 
core Bouteiller^ dans fa Somme, L. II. Tit.L p.654. 
ligne 27. De Laurière. 

Tierce. Terme du commerce des laines dïfpagne. On 
appelle laine tierce , la troifieme forte de laine qui vient 
de ce Royaume i c'efl: la moindre de toutes. 

TIERCÉ, adj. Terme de Blâfon. Se dit d'un écu qui efl: 
divifé en trois parties, foit en pal, foit en bande, foit 
en fafce , par deux lignes parallèles qui ne fe coupent 
point. Tripartitus. 

Tiercé en bande, efl: lorfque l'écil efl: divifé en trois par- 



TÏE 



^7 



tics égales , comme en trois bandes faites de trois émaux 
diftérens, fans autre champ ni figure. On dit delmême 
en pal & enfajce. Fajciatim tertiatus. 

TIIRCE-FEUILLE , eft une figure dont on charge les 
ecus des Armoiries , qui a une queue ^ & qui parla eft 
diftinguéc des trèfles qui n'en ont point. Trifolium 
■ Pemmatariurn. 

1 lERCELET. [. m. Terme de Fauconnerie , qui fe dit des 
mâles des oifeaux de proie, comme de faucon, d'au- 
tour , de gerfaut , d'cpervier , &c. Terciarius , acci- 
ptter mas. Ils lont ainfi nommés, parce qu'ils font plus 
petits de taille d'un tiers que leurs femelles. On ap- 
porte d'Efpagne des tiercelets de faucon qui fe perdent 
dans les nues , qui ne vont jamais au change, qui 
tiennent long-temps lut aîle , & qui font très-juftes en 
leur remife. Ils fervent au vol des courlis & des canne- 
pctiers. En Latin lerciolus. Voyei encore Faucon. 

Tilrcelet. f. m. Il fe dit figurément & par mépris, en 
parlant d'un homme qu'on prétend être fort au-defibus 
de ce qu'il croit être. Tiercelet de Gentilhomme. Un 
tiercelet de-Dodeur. Il eft familier Se fe dit rarement. 
AcAD. Fr. 

Mu/è Ùfans varier, dis-nous quelques fornettes , 
De tes enfans bâtards j ces tiercelets Poètes , 
Qui par les carrefours vont leurs vers grimaçans. 
Et par leurs actions font rire lespajfans. Reignier; 

TiERCELET-Milanois. Monnoie qui fe frappoit dans la ville 
de Milan, & qui avoir cours dans le douzième fiècle. 
Il eft parlé des tiercelets de Milan ou Milanois dans 
des chartes de l'an 1171. & 1183. 

TlEPvCELINE, ou TIERSELINE. f. & adj. C'eftlenom 
qu'on donne aux Religieufes du Tiers-Ordre de S. 
François de l'étroite oblcrvance. Quand on dit abfolu- 
ment les Tiercelines, je vais aux Tiercelines , il eft 
lubftantif j mais quand on dit les Religieufes, ou les 
Sœurs Tiercelines , il devient adjedlif. Claire Françoife 
de Bezançon a été la première fondatrice des Tierce- 
lines de S. François. Moreri. 

TIERCEMENT. adv. En troifieme lieu , le troifieme 
point , la troifieme raifon. Tertio, tertium , tertio loco. 
Il eft vieux, & hors d'ufage. 

TiERCEMENT. f. 111. Tcmie de Finances. C'eft une enchère 
qu'on fait fur une terre ou ferme adjugée en Juftice 
du tiers du prix au-delà de celui de l'adjudication. 
Licitatio ad tertiam partem. Ainfi pour tiercer un bail 
de 500 liv. il faut enchérir loo liv. au-delFus. 

Dans les Fermes du Roi , le tiercement eft le triple 
de la dernière enchère , en conféquence de laquelle a 
été faite l'adjudication. Ainfi fi l'enchère courante eft 
de 1000 liv. \e tiercement ào\i être de 5000 liv. en fait 
de baux qui fe font dans les Fermes du Roi , après 
l'adjudication pure & fimple, perfonne n'eft reçu à en- 
chérir, à moins que ion enchère ne triple la dernière. 
Le tiercement doit être fait dans les 24 heures de l'ad- 
judication, au Grefle duConfeil, & l'aéle en doit être 
en même temps fignifié à l'Avocat de l'adjudicataire. 
L'Ordonnance des Eaux & Forêts règle le tiercement au 
tiers du prix de la vente d'un bois, qui fait le quart au 
total, de iorte que de 1500 livres, c'eft Çoo livres, & 
le demi-tiercement eft de 2 5oIivres, Les deux enfeni- 
ble font le doublement. 

TIERCER. v.a. Terme d'Agriculture, qui fignifié , don- 
ner aux terres le troifieme labour , la troilïeme façon , 
comme on dit biner de la féconde. Tertiare. On le dit 
pareillement de la troifieme façon des vignes. Il y a 
quelques Provinces où l'on dit rebiner. Il faut tiercer 
ce champ. Il eft temps de tiercer cette vigne. Liger, 
Cette troifieme façon s'appelle auffi tertiatio. 

TiFRCER, fignifié auîïï, féparcr les fruits d'une Abbaye 
en trois, pour en donner le tiers à l'Abbé , le tiers aux 
Religieux , & réferver le tiers pour les réparations. 

Tiercer le Cens. C'eft dans les Coutumes de Château- 
neuf, Art. 1 5 ', de Chartres , Art. 1 1 -, de Dteux , Arr.p. 
lorfque pour vingt fous de cens , le fujet doit au Sei- 
gneur ccnfuel trente fous pour le profit de cens. P* 
Laur. 



38 TIE 

TiERCER, en termes de Finances , (ignifie , faire un tierce- 
menr ou une enchère du tiers du prix fur une adjudi- 
cation déjà faite , ou dans les Fermes du Roi enchérir 
du triple de l'enchère courante. Pretium adjudicatio- 
nis augerc. Dans ce fens il eft neutre. Si vous voulez 
avoir ce bail judiciaire, il finit tiercer. ^ 

TiERcER , au jeu de la Paume, fervir de tiers d un cote , 
& tenir une place vers la corde. Il //erre bien. Acad.Fr. 
Ce joueur tierce bien. 

TIERCERON, ou TIERCERET. f. m. Terme dArchi- 
teâure. Ce font , dans les voûtes Gothiques , des arcs 
qui naillcnt des angles, & vont fe joindre aux liernes. 
Daviler. Thoreumata , arcus angulares. Voye\ 

VOUTE d'oGIVES. 

TIERCEUR. f"i- Enchérillèur qui fait une enchère d un 
tiers ou un tiercement après une adjudication. Ad ter- 
tiam partent Ucitator. L'Ordonnance des Eaux & Forets 
veut qu'après les tiercemens & doublemens on ne re- 
çoive les enchères qu'entre le tierceur & le doubleur. 

TIÈRCIAIRE. f^ye;[TiERÇAiRE. 

TIERCIER. .adj. m. Qui fe dit d'un boiiïèau dans la Cou- 
tume de Poitou , Art. 3 9. Un boiHeau tiercier eft un boif- 
feau deux fois auffi large qu'il eft profond. De Laur. 
Modius cujus latitudo ad longitudinem tripla eft. 

JIERCINE. f. f. Terme de Couvreur. Pièce de tuile, ou 
morceau de tuile fendue «n longueur, & employé au 
battelement, Daviler. Fruftum tegulcz in longum 

TlERÇON. f. m. Sorte de caifle de bois de fapin, dans 
laquelle on envoie les favons blancs en petits pains, & 
les lavons jafpés en pains ou briques. 

TiERÇON. C'eft auUi une mefure qui fait le tiers d'une 
mciure entière. 

TIÈTE, ou TIEIRE. f. Vieux mot. Qui fignifioit un rang. 
R. de la Rofe. Borel. Ordo. 

TIERN. Foye^THiERS. 

TIERS , ERCE. adj. Troifîème , qui eft après le fécond. 
Il ne fe dit guère que dans certaines phral'es. La Tierce 
partie d'un tout. Un TierJ arbitre. Le Tiers -hi^z , 
l'Egiife & kNobleffe , Ion: les trois meinbres qui com- 
polent les États du Royaume. Voyei Etats. 

Paljembleu l'Amour eft un fat ^ 

Sans égard pour ma naijfance , 

■■ Il me fait /dupirer j gémir ^ Jèntir Vabfence, 

Comme un Amant du Tiers-État. 

CoMiDiE inr. Attende\-moi fous l'orme. 

C'eft- à-dire , comme un homme du peuple^ comme 
un Bourgeois. 

Le premier qui fit entrer le Tiers-Etat dans les aftem- 
blées des États, fut Philippe le Bel. Il voulut inettre 
un impôt pour la première fois du centième, pour la 
féconde du cinquantième de tout le bien du Royaume. 
Paris , Rouen & Orléans fe révoltèrent , & mirent à 
mort tous ceux qui furent députés pour la levée de ces 
deniers. Ce Prince au retour d'une expédition contre 
les Flamans , voulut impofer une autre charge de fix 
deniers pour livre de chaque denrée vendue , mais on 
ne voulut point lui obéir. Ainfipar l'avis d'Enguerrand 
deMarigny, Sur- intendant des Finances, pour obvier 
à ces émeutes, il réfolut d'obtenir cela de ion peuple 
avec plirs de douceur, alfembla les États , & y fit entrer 
le peuple. L'heureux fuccès de ce premier coup d'eilai 
fe tourna depuis en Coutume , non tant Ibus Louis 
Hutin, Philippe le Long, &_Charles le Bel, que fous 
les Valois , 6c fpécialement fous le Roi Jean , aidé en 
ceci des inftrudions & mémoires de Charles V. fon 
fils. Pasquier. Rech. L. II. C. 7. Les villes s'enri- 
chirent , & devinrent bientôt fi puilFantes , que pour les 
faire contribuer avec moins de répugnance , on les 
appela par Députés aux aflémblées générales. Leurs 
Députés y entrèrent en 1 504. Ce ne fut cette première 
fois que pour y reprélcntcr leurs befoins& leurs facul- 
tés •■) les honneurs augmentèrent félon le plus ou moins 
d'argent que les villes fournirent dans les néceffités 
publiques ,_ de forte qu'infenfiblement elles formèrent 
lin Tien-Etat, qui eut, dans ces aflemblées , autan: & 



TIE 



plus de pouvoir que la NoblefTe & le Clergé. Le 
Gendre. 
Tiers , en terme de Négoce , de Mefi-ire & de Nombre, 
fe piend aufli fubftantivcment, & lignifie la troilième 
partie d'un tout. Tertia pars , portio. Il l'aut une aune 
& un tiers de drap pour faire cet habit. Il eft aux 
champs un tiers de l'année. Cette fomme fe doit par- 
tager par tiers; j'y ai mon tiers, ou les deux tiers. Il 
faut faire bouillir ce fyrop jufqu'à ce qu'il foit réduit 
au tiers. 

Au féminin on appelle la fièvre tierce, celle qui lailTe 
l'intervalle d'un jour entre deux accès. Tertianafebris. 
Voyei Fièvre. 
Tiers , 1". m. Se dit auffi en quelque lieu de France , d'un 
petit pot ou mefure qui eft entre la chopine & le 
demi-letier. 
Tiers , en Jurifprudence, fe dit des Entremetteurs , des 
Experts , des Sur-arbitres. Tertius Arbiter. Ces deux 
parties piaidoienf, un Tiers les a accommodées. Ils 
avoient l'épée à la maini un Tiers s'eil mis entre-deux 
qui les a féparés. Voilà des rapports qui fe contredifent ; 
il faut qu'il y ait un Tiers nommé d'office. Quand deux 
Arbitres font de contraire avis , on leur donne pouvoir 
de nommer, de prendre un Tiers pour Sur-arbitre. 

Au Palais, on appelle Tiers un Procureur qui règle 
les diflérends que le demandeur en taxe & ledéfendeur 
peuvent avoir iur quelques articles contenus en la dé- 
claration de dépens. Tertius Evangelifta , feu Referen- 
darius. On l'appelle Tiers, parce que c'eft une tierce 
perfonne entre le demandeur & le défendeur : & réfé- 
rendaire , parce que , fi les Parties ne veulent pas en 
palier par Ion avis , il fait rapport des conteftations à la 
Chambre des Tiers , qui doit les régler. Dans plulieurs 
Jurifdiclions il y a des Procureurs tiers en titre d'office. 
Au Châtelet il y a des Commiftâires - Examinateurs 
qui règlent & taxent les dépens. 
Tiï-KS - oppojàns , en terme de pratique, font ceux qui 
n'ayant pas été parties dans un jugement , compris ni 
dénommes , forment oppoiition à Ion exécution , à 
caufe de l'intérêt qu'ils ont d en empêcher l'exécution. 
Tiers-détenteur. C eft celui qui poliede un immeuble 
fujet à l'hypothèque du créancier du vendeur. Il eft 
un tiers entre ce créancier & le vendeur-, & quand il a 
acquis l'immeuble lans la précaution d'un décret , ou 
des lettres de tarification, fi c'eft une rente furl'Hôtel- 
de-Ville , il eft obligé de reconnoître l'hypothèque ou 
de déguerpir, à moins qu'il n'ait acquis prefcription , 
qui eft dans la plupart des Coutumes de dix ans entre 
préfens , & de vingt ans entre ablens; & en quelques- 
unes , comme en Beirl , de ^ o ans. Le Tiers- détenteur 
ne prefcrit contre I Églile que par 40 ans. Le Tiers- 
détenteur qui eft condamné à payer les arrérages d'une 
rente foncière , n'eft renu que jufqu'à la concurrence 
des fruits de l'héritage, pourvu qu'il n'ait pas paflé titre 
nouvel. Par la Coutume de Normandie, Article k'\z. 
le Tiers-acquéreur ayant joui par an & jour ne peut 
être dépoflédé pendant le Décret-, mais il jouit toujours 
à charge de rapporter les fruits en donnant par lui cau- 
tion. C'eft ce Tiers-acquéreur que tous les Commen- 
dataires appelent Tiers-détenteur. 
Tiers-saisi, eft celui entre les mains duquel on laifir, 
auquel on donne affignation pour voir déclarer la lailic 
bonne & valable, & affirmer par lui ce qu'il doit au 
débiteur, fur lequel la laifie eft faite , & en vider les 
mains en celles du SaifiHànt. 
Tiers , eft auffi un fubftantif mafculin , qui fe dit des 
perlonnes. Perlonne ne juge d'un tiers plus faincment 
que moi. Voit. En amour il ne faut point de tiers. 

On dit communément, qu'un homme .fiante le tiers 
& le quart; qu'il médit du tiers &c du quart-, qu'il prend 
fur le tiers Se le quart -, pour dire indiftéremment & 
fans choix de toutes fortes de perfonnes. Quemque- 
laceffere, offéndere j provocare.Se divertir aux dépens, 
du tiers & du quart. La Font. 

On dit auffi, fe moquer du tiers, du quart & de la 
moitié du monde, en parlant des gens qui ne fe fou- 
cient de rien , & qui ne ménagent pctfonnc. 

En termes de Mufique , quelques-uns appellent le 
troifiènie ton un tiçrsi mais M. Crollàid décide dans 



TIE 



I 



fon Didionnaire de Mufique que c'eft une mauvaile 
manière de s'exprimer. 
Tiers, f. m. Nom d'un oifeau qu^on appelle Tiers, p^rce 
qu'il eft d'une moyenne grandeur entre le morillon & la 
canne, vinas tertiarius, ou entre un gros canard & une 
farcelle', il eft bigarré parles ailes ainfi que le morillon-, 
mais fon bec eft comme celui de la piette , & de la même 
groflèur ", il a le même goût que le morillon & la canne, 
& fréquente le bord des étangs & des rivières , comme 
les autres oifeaux qui s'adonnent aux eaux. Quelques 
anciens l'ont appelé Glancius h caufe qu'il a les yeux 
d'un bleu tirant fur le vert ^ ou proprement ce que 
nous appelons couleur d'eau , & en Latin Glaucus. 
Tiers. Voye^ Narcisse. 

TiERS-CouTUMiER. Dans quelques Provinces on appelle 
tiers-coutumier , la troilième partie du bien du père ou 
de la mère , laquelle eft inaliénable , & appartient à les 
enfans. Tertia pars. Le tiers ne fe prend que fur les im- 
meubles que le père polTédoit au tems de fon m.ariage. 
En Normandie le tiers-coutumier eft propre aux enfans , 
& l'ulufruit tient lieu de douaire à leur mère. C'eft ce 
qu'ailleurs on appelle légitime. 

Le Tiers-coutumier a pallé de Normandie dans la 
Coutume de Paris, en Angleterre & en Ecoftè, où il 
eft encore en ufage. Voyez le Gloflaire de M. De Lau- 
rière. 

Tiers et danger. Terme d'Eaux & Forêts. C'eft un 
droit qui appartient au Roi, & à quelques Seigneurs^ & 

. fur tout en Normandie , fur les bois poftédés par les 
vall'aux, qui confifte au tiers de la vente qui fe fait d'un 
bois , foit en argent , ou en efpcce > & outre cela au 
dixième. Tertia pretii venditi ligni pars. Ainfi de 5 o 
arpens, c'eft 15 arpens", de 5000 livres c'eft treize cens 
livres. Quelques-uns ne paient que le danger qui eft: le 
dixième. La dernière Ordonnance déclare le droit de 
tiers Se danger imprefcriptible. 

, Comme en Normandie le Roi a le tiers dans le prix 
des ventes des bois , ces ventes ne doivent point fe 
faire fans fa permiffion , à peine de confîlcation des deux 
autres tiers. Pour obtenir cette permiffion, on lui don- 
noit la dixième partie du total du prix des ventes. Par 
ce moyen le danger qu'il y avoir à vendre les bois étoit 
oté , & il n'y avoit plus de confifcation à craindre. C'eft 
pour cela qu'on a appelé ce droir , droit de danger. 

Tiers-deniers. Droit, qui dans la Coutume de Niver- 
nois. Tir. IV, arr. 58 & 70. Tir. XXIV. art. 10. Tit. 
VI. art. 2 & 25. eft dû au fieur Bourdelier, & le tiers- 
deniers du prix de la vente de l'héritage bourdelier. 
De Laurière. Droit du tiers-denier de vente. 

T1ERS-A-MERCI. Droit qui a été adjugé au Prieur d'Ofai 
par Arrêt de Paris du pénultième jour d'Août 1404. 
De Laurière. Droit Seigneurial du tiers que le Sei- 
gneur prenoit à volonté. 

TiER-s -Ordre. Troifième Ordre fous une même Règle, 
& même forme de vie à proportion des deux autres 
inftitués auparavant. Tiers-Ordre. Les Tiers-Ordres ne 
font point ordinairement des Ordres Religieux ^ mais 
de faintes allbciations de perfonnes féculières , Se même 
mariées qui fe conformenr, autant que leur état le peut 
permettre, à la fin, hrefprit,& aux Règles d'un Ordre 
Religieux qui les alïbcic & les conduit. Les Carmes , 
les Auguftins, & les Francifcains fe difputent l'honiieur 
d'avoir donné commencement aux Tiers-Ordres. Mais 
îl paroîtque les derniers font les mieux fondés. Cepen- 
dant s'il eft vrai que le Tiers-Ordre de Prémontré ait 
commencé du vivant même de S. Norbert (le Père 
Hélyot lui-même le rapporte ) S. Norbert étant mort 
en 1554, comme la Bibliothèque des Prémontrés le 
marque , L. II. C. 40, & que tout le monde en convient, 
l'Ordre de Prémontré fera le premier qui ait eu un 
Tiers-Ordre. Car S. François n'inftitua fon Tiers-Ordre 
qu'en 1221. pour des perfonnes de l'un & de l'aune 
fexe, aufquelles le Pape Nicolas IV. prefcrivit une Règle. 
Enluite d'autres Ordres, à l'imitation de ce Saint, ont 
établi aufïï des Tiers -Ordres. Le P. Sylvera, fameux 
écrivain Carme , & Lézana dans fa Summ. Quœft. 
Regul. T.I. C. i^De Tertiariis, n. 13. conviennent 
de cela. Mais Didaque Martinez Coria, Carme Efpa- 



39 



gnol , qui a fait un Traité particulier du Tiers-Ordre des 
Carmes, imprimé à Séville en 1592. prétend que les 
Tierçaires Carmes defcendent immédiatement du Pro- 
phète Elie, auffi-bienque les Carmes mêmes-, & parmi 
les grands hommes qui ont fait profeffion de ce Tiers- 
Ordre, il met le Prophète Abdias^ qui vivoit 800 ans 
avant la naillànce de J. C. félon plulieurs Auteurs-, & 
parmi les femmes , la bifaïeule du Sauveur du monde , 
ious le nom emprunté de Sainte Émérenticnne. Je n'ai 
point vu ce Traité-, c'eft le P. Hélyot, qui, T. I. C. 52. 
rapporte ce que j'en viens de dire. Mais il fe trompe , 
quand^ il appelle cet Auteur Didaque Alartinez Coria. 
A la tête de fa Chronique des Carmes en Eipagnolque 
j'ai, il fe nomme, El Maeftro Fray Diego de Coria 
Maldonado ; &: la Bibliothèque des Hiftoriens d'Efpagne 
ne l'appelle que Didacus de Cçria Maldonado ; je ne 
fai où le P. Hélyot a pris le nom de Martinez qu'il lui 
donne. Le Traité lingulier qu'il cite , eft iniitulé , Para 
los Hermanos y Hermanas de la Orden tercera de 
Nuejlra Senora del Carmel , Hifpali 1 592. Sive Direc- 
torium Tertiariorum. Quoi qu'il en foit, fix ans après, 
dans fa Chronique de 1 Ordre des Carmes, imprimée 
à Cordoue, in- fol. en 1 598 . L. V. C. 1 2. il dir qu'Ab- 
dias, ce Contrôleur-Général, ou Intendant de la Mai- 
fon du Roi Achab, dont il eft parlé au troifième L. des 
Rois, C. 18. & qu'il prétend être le Prophète Abdias, 
fut difciple d'Elie , & qu'après avoir fervi Achab & 
Ochofias fon fils , il fe retira pour fervir Dieu , & qu'il 
entra dans l'Ordre Prophétique d'Élie, fans néanmoins 
quitter fa maifon , ies enfans , ni même fa femme -, il 
dit qu'il fut non pas du Tiers-Ordre , mais du fécond 
Ordre , & pour rapporter fidèlement les termes traduits, 
qu'il fut Religieux de la féconde Religion qu'inftitua 
Élie, compoléede gens mariés, & qui s'appeloit la Re- 
ligion des Eunuques, qui étoient fous la conduite d'Elie 
& d'Elilée, & Ious leur obéilTànce, comme les Con-^ 
ventuels , ainfi que le remarque Abulenfis dans la Q. I. 
du Ch. VI. du 4*= Livre des Rois. Ce que dit en cet 
endroit Toftat, duquel on s'appuie , eft qu'il y avoit 
deux fortes de Prophètes, les uns quiVivoient en com- 
munauté , Se d'autres qui étoient mariés, & qui étoient 
inftruits & gouvernés par les Prophètes cénobites, & 
que de fon temps Elifée en avoit foin. Voilà fur quoi 
l'on établit cette ancienneté du Tiers-Ordre des Carmes. 
Lézana, Annal. Carmel. ad an. M. 3140, doute Ci 
Abdias étoit feulement du Tiers-Ordre , ou s'il étoit 
tout à-fait Religieux. C'eftdonimage qu'une fi ancienne 
Noblefle ne loit pas mieux prouvée. Les Auguftins 
prétendent aulîi que leur Tiers-Ordre eft le premier qui 
air paru dans l'Eglile, & en attribuent l'iuftitutlon à S. 
Auguftin lui-même, mais avec auffi peu de fondement 
que les Carmes attribuent le leur à Elie , ou même à 
Samuel, comme Lézana, qui dans fes Annales eft d'un 
fentiment bien ditiérent de celui qu'il fuit dans la 
Somme. 

Il y a des Tiers-Ordres de deux fortes-, les uns qui 
ne font pas Religieux , & les autres qui le font j comme 
les Religieux Pénitens du Tiers-Ordre de S. François 
& les Religieufes du Tiers-Ordre de S. Dominique. 
Les tiers-Ordres qui font Religieux ne l'étoient pas 
dans leur origine. Ceux qui ne le font pas, font cepen- 
dant de véritables Ordres, parce que dans le cas dont 
il s'agit , le mot Ordre fignifie une Ailèmblée , un 
nombre de gens unis enfemble par une certaine manière 
de vivre , & certaines règles & cérémonie;; pratiquées 
par ceux qui s'y engagent, & approuvées par les Sou- 
verains Pontifes. Car les tiers-Ordres oni été apptouvés 
par le S. Siège, comme onrle peut voir par les Bulles 
de Nicolas IV. en faveur des Tierçaires de S. François , 
d'Innocent VII. pour ceux de Saint Dominique, de 
Martin V. pour ceux des Servites , d'Eugène IV. & 
de Martin V. pour ceux des Auguftins , de Sixte IV, 
pour ceux des Carmes , & Jules II. pour ceux des 
Minimes , des Servites , des Trinitaires , &c. 

Le Tiers-Ordre de S, Auguftin , Cx l'on en croit le 
P. Bruno Sauvé , a éré inftitué par S. Auguftin lui- 
même, & c'eft le premier tiers-Ordre qui ait paru dans 
l'Églife, Cet Auguftin qui étoit de la province de S. 



40 



TIE 



TIE 



Cuillaiiine , ou de la Comnninaiiié de Bourges , a com- 
pofé un Livre exprès pour prouver que S. Auguftin eft 
l'Auteur de cet érabliUcmcnt ; mais les railons lont li 
frivoles, remarque le P. Hélyoc, qu'elles ne méritent 
pas d'être réfutées. I) met Sainte Geneviève de ce tiers- 
Orcfre , & beaucoup d'autres depuis Saint Augullm , 
jufqu'au V^ (iccle. Depuis le VP lîècle, julqu au trei^ 
zième, il ne trouve rien touchant cet Ordre prétendu. 
L'innondation des Batbarcs en cft, à ce qu'il croit, la 
caufe. Enfin l'an 115)9. il croit le voir renaître, parce 
qu'Innocent III. cette année-là, par une Bulle que nous 
avons , déclara nul le mariage qu'avoir contradlé une 
femme, qui avoir tait vœu entre !es_ mains d'un Reli- 
gieux de l'Ordre de S. Auguftin. Il ajoute qu'outre Ion 
vœu , cette femme s'étoit engagée de vivre Ibus la 
direction de l'Ordre de S. Auguftin avec un habit de 
Tierciaire -, mais cela n'eft point dans la Bulle qu'il cite : 
îl nous renvoie au L. I V. des Décrétales , Tit. Qui 
Clerici yel voventes; mais il y eft dit que cette femme 
avoir fait un vœu folennel. Ainfi elle étoit Religieufc 
& non pas Tierciaire. Il met encore dans cet Ordre le; 
Sœurs Pénitentes de Sainte Magdelaine , dont il eft 
parlé dans les Bulles de Grégoire IX. de l'an 1227. & 
le tiers-Ordre de S. François, parce que Nicolas IV. 
ordonna l'an 1290. que les Frères & Sœurs de cet 
Ordre porteroient non pas un cotdon , mais une cein 
ture de cuir , & que la ceinture de cuir eft un diftinc- 
tif fpécialde l'Ordre de S. Auguftin , comme lî pluheur 
autres Ordres d'hommes & de femmes n'en portoient 
pas comme les Auguftins & les Auguftines. Ces Pères 
ne commencèrent à donner l'habit de Tierciaires que 
fous Boniface IX. Il leur en accorda la permiffion en 
1401. SaBullefut confirmée par Martin V. Eugène IV. 
8c Sixte IV. & par Paul II. en 1470. Voyez le P. Hé- 
Jyor, T. III. C. 10. Le P. AngeProuftde la Commu- 
nauté ou Réforme de Bourges augmenta fort ce tiers- 
Ordre en Bretagne au fiècle paftë. Voyei le même 
jAuteur, C. 1 1. 

Le Tiers-Ordre des Carmes , quoiqu'en dife le P. 
Didaque de Coria , donr nous avons parlé , n'a étr 
établi qu'en 1476. que Sixte IV. permit au Prieur gé- 
néral , aux Provinciaux & aux Prieurs locaux de l'Ordre 
■des Carmes , & à ceux qui tiendroient leur place, de 
pouvoir donner l'habit régulier & 'a Règle de leur 
Ordre aux perfonnes de i'un & de l'autre fexe qui le 
préfenteroienr pour le recevoir •, de même que les Man- 
telées , &Pinzoches , ouïes Frères de la Pénitence du 
tiers-Ordre des Mineurs , & de ceux des Frères Prê- 
cheurs & des Ermites de S. Auguftin , & d'admettre 
aulîî au même habft, les Vierges, Matrones, Veuve: 
& Femmes matiées. L'année luivante i^yj. ce tiers- 
Ordre des Carmes commença en vertu de cette Bulle 
de Sixte IV. Les Frères & Sœ-urs de cer Ordre n'eurent 
d'abord que la Règle du Pairiarche Aiberr. Enfuite le 
P. Théodore Statius , Général des Carmes , vers l'an 
1655. ieur en dreilà une, & le P. Emiie Jacomeli , 
yicaire général de cet Ordre, !a réforma. Elle contient 
19 Chapitres. Le P. de Coria prétend que les Cheva- 
liers de Malthe, dans leur origine, ont été du tiers-Ordre 
des Carmes, que le B. Gérard, leur Fondateur, étoit 
Frère Convers de l'Ordre des Carmes ^ & qu'il inftitua 
cet Ordre de Tierçaires ious l'autoriré de Ion Général. 
Saïaceni 8c Munoz font auffi de ce lentiment , & con- 
•fondent le B. Gérard avec S. Gérard , Evêque & Marryr, 
& premier Apôtre de Fiongrie , qui mourut en 1042 
De Coria met encore S. Louis dans le tiers-Ordre des 
Carmes. Tout cela eft du même gour que ce qu'ils 
dilent de l'Antiquité de cet Ordre. 11 entra en Porrugal 
l'an 1629. & y fur maintenu par lenrence du Tnbunal 
du Collecteur Apofto ique contre les oppofitions des 
autres Religieux. Vove^ le P. Eié!yot,T, I. C. 52. 

Le Tiers-Ordre de S. Dominique a été peu connu 
avant 1422. Nous enavons parlé au mor Dominicain, 
& au mot Milice. 

Le Tiers-Ordre de S. François comiîiença en 1121. 
comme on l'a dit ci-dellus, par piufieurs perfonnes,, 
qui touchées des prédications du Saint , lui deman- 
derenr un moyen de mener plus faciiemènr une vie 
Chrétienne. Il leur donna une règle dont on n'a plus 



les contiftutions, ainfi qu'il les écrivit lui-même •, mais 
feulemenr comme elles furent rédigées & confirmées 
par le Pape Nicolas IV. foixante & huit ans après. Le 
premier Ordre de ce Saint comprend les hommes Re- 
ligieux qu'on appelle Frèies Mineurs; 8c qui iont les 
Cordeliers , les Capucins ëc les Récolets. Le fécond 
comprend les Filles Religieules de Sainte Claire. Et le 
troifième comprend pluiieurs pcrionnes de l'un & de 
l'aurre lexe qui vivent dans le monde, & c'eft ce qu'on 
appelle le tiers-Ordre. Les perfonnes qui lont de ce 
tiers-Ordre , portent tous leurs habits une tunique de 
lerge grife , ou bn Icapulairede même étofte, avec un 
cordon-, &ils obfervenr une règle taite par S. François, 
& autotilée par les Papes , & principalement par c Pape 
Nicolas IV. Le Tiers-Ordre de S. François commença 
à Carnerio , petit bourg éloigné de deux lieues de la 
ville d'Alîife. S. François y ayant prêché avec beaucoup 
de force la néceflîté de la pénitence, pluiieurs habi- 
tans de Carnerio & des bourgades voUines en furent li 
touchés j qu'ils vouloient le retirer dans les cloîtres & 
dans les lolitudes , abandonnant , les maris leurs temmes, 
& les femmes leurs maris. Le Sainr régla ces mouve- 
mens indilcrets, leur periuadant de demeurer dans 
leurs familles, &: d'y vivre dans la crainte de Dieu , & 
la pratique des vertus Chrériennes. Il leur donna une 
règle j 8c c'eft ce qui fit l'établiflement de fon tierS' 
Ordre. Le ptemier éroit les Frères Mineurs , Se le fé- 
cond les Clarilîes. Les Florentins firent bâtir la première 
Mailon de cet Ordre. Les Confrère^ bànrenc aull^ 
quelque-temps après un Hôpital proche des murs de 
la même ville , «& d'une Eglile de S. Martin : ce qui fît 
donner à ces Tierçaires le nom de Bons-hommes de 
S. Martin, avec ceiui de Pénirens d^' S. François, à 
caufe du nom de la Pénitence que ce Sajit donna à 
fon troilième Ordre. CeiOrdre s'étabiit enfuite à Giani. 
En 1221.OU 1222. leSaini en fit la Règle, qui'contient 
20 chapitres. Elle fut approuvée de vive voix par 
Honorius III. <X Grégoire IX. & confirmée par uns 
Bulle de Nico.as IV. de l'an 1289. après qu'il y eut fait 
quelques chan~emens & additions. Ceci a fait croire à 
quelques-uns que S. François n en étoit pas l'Auteur , 
quec étoit Nico:as IV. Mais une Buile de 1290. marque 
expreftément que c eft S. François qui l'a faite , & 
Léon X. dans la Buile de 1 an 1521, dit que Nicolas IV. 
l'avoit feulement confirmée. Anne d'Autriche Reine de 
France, & mère de Louis XIV. de giorieufe mémoire, 
prit 1 habit du tiers-Ordre de Saint François. En El pagne , 
en Itaue , & en quelques autres lieux, on porte publi- 
quement i habit de cet Ordre. Il coijlilre en une robbe 
de drap brun , ou couleur de cendre , ferrée, d'une 
corde b anche, avec un manieaude même étoile. Il y 
a des hommes qui ont un necit capjce, 8c d'autres un 
chapeau , les femnies ont un voile bianc. 

De cet Ofdie, qui ne fut établi d abord que pour 
des perfonnes fécuiières, piufieurs, pourparvcnir ii iuie 
perfcdion plus grande , le font fait de vésitabies Reli- 
gieux , 8c ont tonné dirtérenrcs Congrégations , dont 
voici les noms. Les Religieux Pénitens du tiers-Ordre 
de Saint François, dont quciques-uns mettent les com- 
mencemens fous Léon X. D autres dilcnt que la Bien- 
heureule Angeiine de Corbare ionda le premier mo- 
naftèrede cet Ordre en 1397. D autre, prétendent que 
le tiers-Ordre Réguaer commença di. vivant même de 
S. Fran.ois. Ce dernier ler.ument eft faux, de l'aveu 
même du P. Fléyor, qui ne rem-oniequ'à Nicolas IV. 
Vbyei cet Auteur, T. VIL C. 50. Religieux Pénitens 
du tiers-O/dredt Saint François de la Régulière obfer- 
vance , dite de :a Congrégation de Lombardie. Reli- 
gieux Pénitens du tiers-Ordie de S. François des Con- 
grégations de Sicie, de Daimatie & d'Iftrie ; elles 
font aujourd hui unies à celle de Lombardie. Reli- 
gieux Pénirens du tiers Ordre de Saint Fran:ois de la 
Régulière Oblervarxe; de la Congrégation de Zéppe- 
ren j appelles Begghars , ils font aulFi unis à la Congré- 
gation de Lombardie. Il y a encore en Allemagne une 
Congrégation de Pénitens du tiers-Ord. e de S. François, 
8c une en i_lpagne, une en Portugal , une en France, 
appeilée communément Picpus. Les Frères Infirmiers 
fvUçinies, nommés encore Obrégons, 8c fondés fur la 

fin 



TIE 

fin du XVIe fiècle par le P. Bernarcjjn d'Obrégon , font 
auffidu tiers-Ordre de S. Fiauçois , de même que les 
Bonfieux, qui commencèrent à Armentières Tan i6i 5. 
Il y a encore trois Congrégations du tiers-Ordre de S. 
François, dont on ne fait guère que le nom. Les Frères 
& Sœurs des Sociétés ou Confraternités du Confort à 
Milan , & de la Charité de Pajolo à Reggio ^ & les 
Pénitens gris à Paris. 

ïl' y a auiïi plufieurs Congrégations Religieufes de 
fiOes au tiers-Ordre de S. François. La première Reli- 
gieufe de cet Ordre fut fainte Elifabeth de Hongrie, 
veuve du Landgrave deThuringe qui fit vœu de pau- 
vreté & de chafteté l'an 1215. Ces Religieufes étoient 
Hofpitalières , & fe nommèrent les unes Sœurs de la 
Celle, les autres. Sœurs de la Saille. D'autres vivoient 
en clôture, elles furent fondées vers Pan 1 595 , par la 
B. Angeline de Corbare, qui fut leur première Géné- 
rale. Celles qui iont Hofpitalières en France & dans les 
Pays-Bas , fe nomment Sœurs Grifes , dont quelques- 
unes font réformées. D'autres s'appellent Pénitentes 
du tiers-Ordre de S. François de l'étroite Obfervance. 
D'aurres , Pénitentes du tiers-Ordre de S. François ou 
Récolleclines. Vbye:^ iur le tiers Ordre de S. François , 
& fes dittcrentes Congrégations , le P. Hélyot, T. VIL 
■ depuis le Chapitre XXIX. jufqu'au XLV. inclufi- 
vement. 

Le Tiers-Ordre de Prémontré. Thibaut, Comte de 
Champagne & de Blois voulut entrer dans l'Ordre de 
Prémontré, & s'y engager par les vœux folennels-, 
mais Saint Norbert lui déclara que la volonté de D^eu 
étoit qu'il le fer vît dans le mariage. Il lui donna feule- 
ment un petit fcapukire blanc, pour porter fous fes 
habits , en lui prelcrivant une Règle pour y vivre fain- 
tement ik d'une mani'ère religieufe au milieu du monde. 
Il accorda enfuite la même chofe à une infinité de per- 
fonnes féculièresi c'eft ce qui a compofé le tiers-Ordre 
de Prémontré ; mais il y a long-temps que cet ufage 
eft aboli. P. Hélyoc^ T. II. p. 6z. & le Bibliotheca 
Prcemonftratenfis. 

Le Tiers-Ordre de la Merci. Vers l'an iiéj. deux 
veuves de condition de la ville de Barcelone deman- 
dèrent pour elles & pour plufieurs autres , au B. Ber- 
nard de Corbarie leur Confeileur, de l'Ordre de la 
Merci , & Prieur du Couvent de Barcelone , la pcr- 
miffion de porrer l'habit du tiers-Ordre de la Merci , à 
l'exemple des Tierciaires de Saint François & de Saint 
Dominique. Après quelques épreuves, il propola la 
choie au Chapitre général , & on lui donna commilTiOii 
de faire cet érabliflement , & d'en écrire la Règle : ce 
qu'il fit en iz55. Tels furent les commencemens du 
Tiers-Ordre de la Merci, au XIII^. fiècle. 

Le Tiers-Ordre des Servites , fi l'on s'en rapporte au 
P. Archange Giani dans les Annales de cet Ordre , fut 
inftitué par le B. Bonfils Monaloi premier Général de 
l'Ordre : mais le P. Hélyot montre par l'Ade de récep- 
tion de ces prétendues Tierciaires, que ce n'étoient que 
des Oblates, jufqu'au XVe fiècle que la B. Julienne , 
fille d'un riche bourgeois de Florence, ayanr été élue 
Supérieure par ces Oblates en 1506, leur prefcrivit une 
Règle, qui fut approuvée par Martin V. l'an 1424. 
Ainfi d'Oblates elles devinrenr véritablement Tier- 
ciaires des Servites. Leur Règle eft rapportée tout au 
long dans cette Bulle & contient 20 articles. Il n'y a 
que des filles du tiers-Ordre des Servites. 

Le Tiers - Ordre de la Trinité n'a commencé très- 
probablement qu'en 1584, quoiqu'on l'on lui donne 
une ancienneté plus grande de quatre fiècles. Voye^ 
au mot Trinité. 

DEUX -TIERS. Nom d'une monnoie de Saxe frappée en 
Lufacel'an 1664, fous le gouvernement de l'EleCleur 
Jean George; on l'a depuis peu augmentée de leizcà 
<lix-huit gros. BeJ^ 

TIERS-POINT. Terme de Pcrfpedive &d'Archi!e(fture. 
En perfpeè'tive on appelle le tiers-point, un point qu'on 
ptend à dilcrétion iur la ligne de vue, où aboutillènt 
toutes les diagonales qu'on tire pour racourcir les 
figures. Punâum tertium in perfpecliva. 

TiïRS-POiNT. En terme d'Architecture. C'eft le point de 
fedion qui fe fait au iommet d'un triangle équilatéral 
Tome VI II. L Partie. 



TIE TI 



41 

ou au-deffus , ou au-deiTous. Tertium punêum. On fait 
des voûtes d'ogive en tiers-point. Il eft ainfi nommé 
parce qu'il eft le troifième point après les deux qui ionn 
iur la bafe. Une voûte en /i>r5-pomz- eft proprement une 
vonte élevée au-deilus du plein cintre. 

On appelle aulîi un tiers-point , ce qui donne un 
branle à pliiiieurs machines daiis la Méchanique. Ter- 
tium mobile. 

Tiers-point, f m. Terme d'Horloger. On appelle ainfi 
une lime qui eft formée de trois angles. 

On appelle en terme de marine , des voiles à tiers- 
point, les voiles triangulaires, qu'on nomme autre- 
ment voiles Latines , dont on fe iert fur la Méditer- 
ranée & iur les galères, & à l'artimon. Vêla Latina, 
trians^da. 

TIERS-POTEAU, f. m. Terme d'Architeaure'. Pièce de 
bois de Iciage de cinq pouces & demi de grolfeur „faite 
d'un poteau refendu. Tertia ligni Jajfdispars. On s'en 
ferr pour les cloifons légères ,, &. pour celles quiportent 
à faux. Davil. 

TIERS DE SOU. C'étoit une forte de monnoie d'or du 
temps des Rois de la première Race, laquelle avoir, 
d'un côté , une tête de Mérovée ornée d'un diadème 
perlé. Tertiarius affîs. Bouteroue. 

TIERSAN. Voyei Tiéran. 

TIESURES. Nom d'un ancien village des Ambianois. 
Teucera. Il eft dans l'Artois, au contins de la Picardie, 
iurl'Authie , à une lieue au-delîus de Dourlens. Maty- 

TIEUL,EULE. Vieuxadj.Tel. r^Zw. Etauplivriel, Tieuls. 
Borel. 

TiEULE.ff. Vieux mot. Tuile. Boree. Tegula. Delà 
on a fait Tegule, Tejule, Tieule. il y a des Couvreurs 
& d'autres artifans en France, qui ie iervent encore 
de ce mot. , 

TIEULEMENT. Vieux adv. Tellement. Borel. Sicj ita. 

TIEURE. Tieure fur l'Authie. Nom de lieu. Teucera. 
Teucera ad Alteiam. C^eft un bourg de Picardie , firué 
fur l'Authie, entre Authie & Dourlens. Vbye:^ Valois, 
Not.Gall.p. 14. & i8z. 

TIEUXTE. Vieux f m. Texte. Borel. Textus , con- 
textus. 

TIEX. Vieux adj. m. Tel. Borel. Talis. Il paroît être 
indéclinable -, car il a au féiVilnin tiex , & au pluriel il a 
auflî tiex. 

Tohannes hom non pas ancien , 

Que en appelle Gentien , 

Portait ùe-x. armes ce dijàient. PierreGentien. 

f I F 

TIF AINE. Foye;[ TipHAiNE. 

TIFAUGES. Nom d'un bourg de France ,^ fitué fur laSure 
Nantoiie, dans le Poitou, & aux confins derAn)pu& 
de la Bretagne. Maty. Taifali Gallicani , Taifalia^ 
Teifali, Teifoliaj Tifaugia. C'eft un village du Poi- 
tou. Les Taifales étoient des Scythes , c'eft- à-dire, des 
peuples du nord j dit Valois , Not. Gall.p. 549.^ mais 
des Scythes infâmes & Sodomites. Ils s'étoient établis 
dans le Poitou , à Selle & à Tifauge , & ils donnèrent 
leur nom à ce dernier lieu -, car Tifauge s'eft fait de 
Taifalia. Ce village eft ils entre Chiflon ou Cliçon & 
Mortaigne , fur la Seure Nantoiie. Il y avoit beaucoup 
de ces Taifales fur les côtes du Poitou , & le long de 
l'embouchure de la Loire. Valois croit qu'ils y écoienc 
venus Cous la conduite d'Ataulfe Roi des Gots, ou avec 
GoarRoides Alains, & qu'ils s'y étoient établis fous 
l'Empire d'Honorius. Car il ne croit pas que ce loient 
les defcendans de ces Taifa!es payens , qui, iuivant la 
Notice des Provinces de l'Empire Romain, iccoururenc 
les Poitevins. J^ovf^ cet Auteur à l'endroit cité, ScRer. 

Francic. L. V. 
TIFERNO , ou BIFERNO. Nom d une rivière du 
Royaume de Naples en Italie. Tifernus , Phiternus. 
Cette rivière naît près du Bojano, dans le Comté de 
Moliie -, arrofe Guardia ; & aprè^ avoir traverié une 
partie de la Capitanate, elle ie décharge dans legolt'e 
deVcnife, environ à une lieue de Thermoie, vers 
l'orient. Maty. 



42 TIF TIG 

TIFER , ou TIPHER. v. a. Vieux mot , orner -, de th^iy , 
coronare. D'où viem une tufte , c'eil - à - dire , hupe. 

BOREL. 

TIFFÉ, ÉE. part. Vieux mot. Ajufté. attift'é. Borel. Or- 
natus ^ vefiitus. 

Si fu cointe , fi tiffée , 

Que fembloit être une Fée. R. de la Rose. 

Ces Dames qui fi font tiftées , 

Si mignottes à fi parées. Ovide Mf, de Borel. 

T I G 

TIGE. f. f. C'eft la partie des plantes, qui naît de la ra- 
cine , & qui foutient les fleurs , les feuilles & les fruits. 
La tige dans les arbres s'appelle le tronc , en Latin, 
truncus , caudex ; dans les herbes , elle s'appelle cauUs 
Scjcapus , lorfqu'elle eft droite comme une colonne. 
Les Auteurs modernes l'ont appellée viticulus , lorl- 
iju'elle eft grêle & couchée par terre comme celle de 
la nummulaire. Dans les plantes graminées, cul/nus. 
La tige de la plante, luivant M. Grew , dans ion Ana- 
tomie des Plantes, n'eft autre chofe que la cuticule 
qui couvre au commencement les deux lobes & la 
plume de la graine , & qui s'étend à mefure que la 
plante ctoît. 

Dans le langage des Botaniftes la tige eft la produc- 
tion principale & verticale d'un atbre & d'une plante 
On dit qu'une plante a- une belle tige\ qu'un arbufte 
pourte plusieurs tiges. Litige des plantes graminées fe 
nomme la paille , palea •, le chalumeau , calamus ■, &: le 
chaume, culmus. Ce terme eft propre aux graminées, 
qui ont une tige creufe , garnie de feuilles. La tige 
fimple eft celle qui fe continue fans interruption depuis 
le bas juiqu'en haut. La tige compofée eft celle qui fe 
perd en ramifications. A l'égard du chaume , culmus , 
nous avons dit que c'eft la tige fiftuleufe des plantes 
qu'on nomme culmiferœ. Elle porte d'ordinaire des 
épis ou des panicules. Voye^ ces mots. 

Les Botaniftes appellent tige ailée j celle qui dans fa 
longueur eft revêtue de quelques feuillets déliés que 
l'on nomme aîles. Truncus alatus. 

Tige, en Architedure, fignifie le fût ou le vif d'une co- 
lonne. Columnœ Jcapus. On appelle tige de rinceau , 
une efpèce de branche qui part d'un culot ou fleuron, 
& qui porte les feuillages d'un rinceau d'ornement. 
Cdulis. Daviler. Et tige de fontaine , une efpèce de 
baluftte qui fert à porter une ou plufieurs coupes de 
fontaine jailliflante. Les Serruriers appellentla tiged'une 
clef, la pattie qui eft entre le panneton & l'anneau. 
Scapus. On dit auflî la tige d'un guéridon , la tige d'une 
plume, d'un flambeau, ou chandelier, ou autres chofes 
qui imitent la tige d'une plante. 

La tige d'un guéridon eft la partie du guéridon de- 
puis la patte julqu'à la tablette. La tige d'une botte 
eft la partie de la borte depuis le pied jufqu'à la ge- 
nouillère. 

Tige, Terme d'Horlogerie. Vbye\ Arbre. 

Tige, fe dit figurément en généalogie de la branche 
principale , à l'égard des branches cadettes qui en font 
forties. Stirps , caput. La parenté n'eft fondée que fur 
ce qu'on vient de la même tige, d'une fouche com- 
mune. Pour compter les degrés de la parenté , il faut 
remonter jufqu'à fa tige. Ces deux familles fortent 
d'une même tige. 

TIGE , ÉE. adj. Terme de Blafon , qui fe dit des plantes 
& des fleurs reprélentées fur leurs tiges. Caudicatus. 

TIGENS. Vieux mot. Sorte de Bas. Perceval. Borel. 

«S:3"TIGÈRON. f m. Terme d'Horlogerie ^ quidéfigne 
une petite tige fort courte , qui dans l'axe d'une roue , 
ou d'un balancier s'étend depuis la portée d'un pivot 
jufqu'au pignon ou à la roue. 

TIGETTE. f. f. Terme d'Architeduie. C'eft dans le cha- 
piteau Corinthien une manière de tige , ou cornet , le 
plus ibuvent cannelé , & orné de feuilles , d'où naiilènt 
les volutes & les hélices. Cauliculus. Daviler. On 
l'appelle auffi , Petite CauUcaule. 



TIG 

TIGNE. Voyei T^gne. Tmea. 

TIGNO, Foyei Tenna. 

TIGNON. f. m. Il fe dit , en parlant des femmes , de là 
partie des cheveux qui eft derrière la tête. Tignon re- 
leva. Tignon bien frifé. 

TiGNON , fe prend aulïï quelquefois pour toute la co'ef- 
fure des femmes du peuple. Ces harangeres fe font 
arracher le tignon. Voye^ Teignon. 

TIGNONER. V. a. Se prendre par le tignon. CéS*deux 
femmes fe tignonnerent long-temps. Il eft du ftile fa- 
milier. Il fignifie auflî dans le même ftile, mettre en 
boucles les cheveux du chignon. Elle fe fait tignoner 
tous les deux jours. Voye\ Teignoner. 

TIGRE, Tigres se. f. m. & f. Animal féroce & cruel qui 
a des griftes , & la figure d'un chat , mais qui eft plus 
grand , & qui a la peau tachetée. Tigris , tigrisfœmi- 
na. Un tigre d'Hircanie. Oppien dit que le tigre eft le 
plus beau des animaux à quatre pieds , comme le paon 
l'eft des oifeaux. Le tigre eft très-agile , & très-vîte ; 
c'eft ce qui a fait dire aux Poètes , qu'il étoit conçu des 
vents. Ariftote a dit , Hift. Anim. L. VIII. C.%8. que 
les tigreffès s'accouploient avec les chiens , & que de 
cet accouplement nailloient les chiens des Indes : cela 
n'eft pas vrai', mais Ariftote eft excufable, parce que 
cet animal étoit peu connu alors -, qu'il n'en parle que 
fur le rapport des autres; & que Néarque lui-même, 
qui avoir couru une partie de l'Hircanie & de l'Inde 
avec Alexandre , & qui étoit général de fa flotte , n'en 
avoit jamais vu lui-même qui fût en vie , mais feule- 
ment des peaux. On le connut bien plus tard à Rome. 
Le premier tigre qui y parut , fut donné en l'pedacle 
\.nz Augufte , à la dédicace du beau théâtre de Mar- 
cellus , qui fe fit aux Nones de Mai , c'eft-à-dire, le 
feptieme de ce mois , fous le Confulat de Q. Tubéron 
& de Fabius Maximus , l'an 742 de Rome. Pline , 
L. VIII. C. ty. Les Poètes difent que le Char de 
Bacchus eft tiré par des tigres. Pline dit que celui 
qu'Augufte donna le premier en fpeclacle, étoit appri- 
voifé ■■, il dit pourtant qu'il étoit dans une cage. Martial 
dit plus : Domitien, fi on l'en croit, attacha à un char 
des tigres , aulïï-bien que des léopards. J'ai de la peine 
à le croire -, le tigre ne s'apprivoife jamais. Philoftrate , 
dans la vie d'Apollonius , L. IL C. 12. rapporte , d'a- 
près Damis , que les Indiens mangeoient les feftès des 
tigres, mais qu'ils ne mangeoient point les autres par- 
ties qu'ils regardoient comme facrées. Voye[ iur les 
tigres , Bochard , Hiero[. P. I. L. III. C. 8. Wortonus , 
dediffer.Anim.L. V.C.Sz. YoOius, de Idolol.L.III. 
C.6o.6^.6^.jz. Piétro délia Valle, P.lV. dit qu'à la 
Cour du Mogol on fait des combats d'hommes & de 
tigres. Dans l'île de Sainte Catherine prefque perfonne 
n'a des bas , ni des fouliers •, néanmoins ils font obligés 
de fe couvrir les jambes, lorfqu'ils entrent dans les fo- 
rêts, alors la peau d'une jambe de tigre leur eft un bas 
tout fait. Fr^zier , p.zt. Un Poëte fait dire à Enée 
par Didon, pour lui reprocher fa dureté. 

Non cruel j tu nés pas le fils d'une DéeJJTe, 
Tufuças, en naifpint, le lait d'une tigreflè. 

Tigre , fe dit figurément d'un homme méchant , furieux 
& cru el . Tigris , ferox , furioj'us j crudelis j inhumanus. 

C'efi un tigre altéré de tout lefingKomam. Corn, 

C'eft un père inexorable , impitoyable*, un vrai tigre. 
Cette femme fe plaint que fon mari eft jaloux comme 
un tigre. Un Amant maltraité accufe fa Maîtrellè d'être 
ti greffe : Quand on eft tigreffe , je fuis ma foi tigre auffi. 

. Mol. 

Tigre , fe dit aufll des chevaux , quand leur poil eft ta- 
cheté comme les tigres. EquusviUis tigrinis varie gatus. 
On a fait un prélent au Roi d'un bel attelage de fix 
chevaux tigres. 

Tigre, eft aufl[î un petit infede gris & rond, qui fe 
métamorphofe en papillon. Il fuce la fubftance des 
feuilles des arbres en efpalier , fur - tout des poi- 
riers de bon chrétien , ce qui les fatigue beaucoup. 



TIG 



Tigrinus pulex. Duh. ill attaque principalement ceux 
qui font aux bonnes expofitions du levant & du midi. 
On prétend qu'on fait mourir les tigres en arrolant les 
poiriers avec de l'eau dans laquelle on aura fait trem- 
per du tabac ou des branches d'Ablïnthe. 

On peut aulîi , pour détruire les œufs , feringuer de 
l'eau bouillante fur le treillage, fur les groflès branches, 
& principalement dans les crevalles de la muraille. 
Cela doit fe faire vers le mois de Mars ou d'Avril , 
avant l'éclofion de ces infeôtes. 

TIGRE. Nom d'une grande rivière d'Afie. Tigris. Elle a 
fa fource près de celle de l'Euphrate , dans la montagne 

' de Thildiren Turcomanie; enfuite elle lépareleDiar- 
bec de l'Arzerun , & le Chuliffan de la Chaldée •, & 
s'étant jointe avec l'Euphrate à Gorno , elle fe dé- 
charge dans le golfe de Baifora fous le nom de Scharel- 
Arab, c'eft-à-dire , le fleuve des Arabes , anciennement 
Paiîtigris. Cette rivière baigne Diarbékir , Gezaïra, 
Moful , Bagdat , Gorno & Baifora. Tous ceux qui 
mettent le Paradis terreftre dans l'Arménie , ou dans 
la Chaldée , prennent le Tigre pour le Chiddelc de 
Moiie. C'eft un fleuve très-rapide , & on le traverfe , 
& même on le defcend fur des bateaux, dans lefquels 
les Européens ne fe croiroient pas fort en fureté, ils font 
faits avec quatre perches qui forment un carré , dont 
chaque coin eft foutenu par un autre -, le dedans efl: 
garni de branches d'arbres entrelacées, & c'eft là-delTlis 
que l'on met confufément les gens & les bêtes -, on 
conduit cette machine avec des rames. Matv. Cet 
A^uteur l'appelle auffi Tigil; mais nous difons toujours 
Tigre en François. L'Euphrate a ia fource dans la 
grande Arménie, au côté feptentrional du Mont-Abos, 
qui eft une branche du Taurus. Le Tigre a la lienne 
dans le même pays , au côré méridional du Mont-Ni- 
phate, autre branche du Taurus. Ces deux lources 
font éloignées l'une de l'autre de plus de cent lieues. 
LTuphrate prend la lource du coté de l'occident , le 
Tigre du côté de l'orient, & ils enferment laMéfopo- 
ramie , l'une des plus fameufes & des plus fertiles con- 
trées de la terre. Ils fe joignent enfuite par plufîeurs 
canaux qui enferment l'ancienne Babylonie. Puis ne 
faifant plus qu'un même lit, ils s'avancent vers le midi', 
&' avant que de tomber dans le golfe Perfique , ils fe 
féparentde nouveau, & enferment dans leurs bras une 
grande île qui s'appeloit autrefois Meflene , 8c qui s'ap- 
pelle préfentement Chader. Huht. DiJf.Jur le Farad. 
Terr. C. 6. Les Perfes ignorans dans la navigation , 
dans le commerce & la guerre de mer , & craignant 
les invafîons qu'on pouvoit faire dans leur pays par le 
Tigre & par l'Euphrate , avoient fait faire des fauts & 
des cataradfes en divers endroits de ces fleuves. Alexan- 
dre les rétablit dans leur état naturel, enforte que les 
vaiffeaux pouvoient remonter jufqu'à Opis &: à Seleu- 
cieparle Tigre, & jufqu'à Babylone par l'Euphrate. Id. 
Il y a un bras du Tigre que les Arabes appellent le 
petit Tigre. D'Herbelot. 

Le nom de Chiddekel, que Moïfe donne à ce fleuve, 
& celui de Tigre que lui donnent les Européens , & 
celui de Diglath qu'on lui donne dans le Levant, font 
la même choie. Cela futprendra ceux qui n'entendent 
pas l'art des étymologies. . . Je dis donc que de l'Hé- 
breu hpnn , Chiddekel s'efl: formé le mot Tigris : & 
voici comment. La première lettre, qui eft une forte 
afpiration , efl: tombée comme au mot Chahoras, qui 
«ft le nom d'un fleuve de Mcfopotamie, dont parle 
Ptolomée, que Strabon appelle Aborras ^ comme au 
mot Chaam , qui eft le nom du plus jeune des enfans 
de Noé , d'où s'eft formé le nom Egyptien Ammun , 
& le Grec Ammon , que l'on a donné à Jupiter \ & 
comme au mot Grec x^"-'''"-, d'où les Latins ont fait 
celui de Icsna. Cette afpiration étant donc ôtée du mot 
Chiddekel, il refte dekel, dont le d s'eft changé en /•, 
ce qui arrive fouvent , comme entre lettres de même 
organe. Ainfi on a îmAiotus du mot Hébreu , mt^K , 
Ajdod ; iota de "tV jod ; artaba du Syriaque ardab ; 
yitergatis de Decerlo -, tenebrcB de 'i'voT^i^-.v, Le k de 
■dekd s'eft changé en g, comme de nn^t^, Acbar , 
s eft fait Agbarus ; de Decerto, Atergatis que je viens 
d'alléguer -, d'Acragas , Agrigentum ; de Caius & 



TIG 



45 



Cneius , Gains & Gneius -, de curguUo , gurgidio. La 
dernière lettre de dekd a produit un r, comme de 
l'Hébreu Belial, les Grecs ont fait BêA/àp j comme du 
Chaldéen Sarhal, ils ont fait Sarabara; comme l'on a 
appelé indifféremment le Borax, TirKal ôcTincar. Et 
ce vers ancien de la Comédie Grecque 

fait aflèz voir l'affinité de ïl & de Vr. Ces permutations 
de lettres font les portes de communication par où les 
mots originaux & les dérivés entretiennent leurs cor- 
relpondances. Otant donc Pafpiration de Chiddekel, 
celui de Dekel eft demeuré , que les Syriens ont tra- 
vefti enDiglat; Jofephe &les Paraphraftes Chaldéens, 
les Arabes & les Pedes enDiglat; d'autres Orientaux 
modernes en Degil & Dégela. Pline , ou ceux qui l'a- 
voient inftruit , en Diglito -, & les Grecs , qui don- 
noient à tous les noms étrangers riijflexion & le tour 
de leur langue, en Tigris. Cela fait voir évidemment 
combien lont vaines les conjectures fur l'origine du 
mot Tigre. Les uns ont cru que ce fleuve étoit ainfi 
nommé à caufe de la vîtefle de fon cours , pareille à 
celle de l'animal de même nom. D'autres tirent le 
nom du fleuve & de l'animal, de celui de la flèche qui 
s'appelle Tigris, difent-ils, chez les Arméniens, chez 
les Medes & chez les Perfes. Nous pourrions parler 
avec aflurance de cette origine , fi la connoilfance de 

I ancienne Langue Perfique étoit venue jufqu'à nous. 

II en a paflTé plufieurs mots dans celle d'aujourd'hui , 
& je ne lai fi le mot T»n, Tajor^ ne feroit point de 
ce nombre. Il fignifie une flèche. Cette origine n'eft 
pas hors de vraifemblance ; car on. ne pouvoit mieux 
comparer qu'à une flèche, le Tigre le plus léger de tous 
les animaux , & le Tigre le plus vite de tous les fleuves. 
Il iemble que les Anciens aient aftedé d'exprimer la 
rapidité de ce fleuve par les termes d'oçÙTUf &cd'i^if, 
qui iignifiem pointu Ôcléger--, comme pour marquer l'o- 
rigine du mot Tigris, tiré de la flèche , qui eft vîte & 
pointue. C'eft dans cette même vue que Diodore a 
comparé le Nil à une flèche , à caufe de fa rapidité. 
Ainfi le fleuve Acis de Sicile a eu ce nom qui fignifie 
la pointe d'une flèche , à caufe de la légèreté de fa 
courfe. Il iëmble encore que la même caufe a fait don- 
ner au Tigre le nom de Sollax ou Sulax, qui eft mar- 
qué par quelques Auteurs , & qu'ils expliquent y.a.Ta- 
oêpi'f , c eft-à-dire , Qui Je porte en bas avec précipitation. 
Ce mot, félon ma conjedure , vient de celui du tor- 
rent de Siloë, je veux dire de t^blH, c'eft-à-dire, 
chaJJ'é, envoyé^poujp comme un trait ; car le mot whn 
qui a la même origine, fignifie un trait. Le mot Arabe, 
1t«">n Taijaron , qui approche aflez du Perfan Tojor^ 
que je viens de rapporter , a une lignificarion qui con- 
vient à notre fu jet. Il fignifie un courant d'eau. Il figni- 
fie encore, qui coule avec rapidité : ce qui quadre allez 
avec la nature du Tigre. L'erreur de Pline , & celle 
de fon abréviateur Solin, eft remarquable fur tous les 
autres , quand ils difent que le Tigre s'appelle Diglito 
dans le commencement de fa courle, lorlqu'elle eft en- 
core lente ; mais que quand elle devient plus légère, 
il s'appelle Tigre. Il s'appelle Tigre dès fa fource , 
comme l'afiiire Strabon, & les noms de Tigre & de 
Diglito ne font qu'une même chofe. 

Je dis encore que toutes ces conjeétures font vaines; 
il faut chercher la véritable racine du mot Tigris dans 
le mot Hébreu Chiddekel ; & ce nom eft compofé de 
deux mots Hébreux n~n, chadda, aigu, dérivé du 
verbe nnn , chadad, être aigu, & de Sp , vite , léger, 
dérivé du verbe hSp , kalal , être vîte ij léger. Et c'eft 
plutôt à cette origine qu'à toute autre, que les Grecs 
femblent avoir eu égard, quand ils ont exprimé la ra- 
pidité de ce fleuve par le mot o^i/t»»?-. Jolephe l'a re- 
connu en partie , quand il a dit, Aêj^à* ?; « 9fa^5T«.« 
10 //ST^ rsvÔTJiT©- o'qj. Il faut corriger ce partage , & lire 
wçptt^ïTa/, c'eft-à-dire, Diglat, qui s'explique, étroit 
& léger. Mais il ne faut pas attendre de Jofephe une 
parfaite connoifi'ance de la Langue Hébraïque. Les 
Rabbins ont parlé plus exadlemcnt que Jofephe , & 
ont rapporté ce mot à fa véritable fource. Celle que 

Fij 



44 TIG TIK TIL 

piopofe Moïfe Barcépha, n'efl: pas méprifable. Il veut 
<iue Chiddekel vienne du Chaldéen , hpT > dekal , qui 
iignifie bouillir. Et peut être y faut-il rapporter le pal- 
fage d'Hélychius , T/>p>if ô t« Tû7tf.//K ps/'^<^f •, c'eft-à-dire , 
que le mot de Tigre fignifie le bruit que fait Iniipé- 
tuolité d'un fleuve. D'autres fleuves que celui<i ont 
porté le nom de Tigre, & probablement pour la même 
caufe. HuET, DiJJ.Jiir le Parad. Ter.C. 14. 

LeRoyaumedeTiGRE,TiGRÉ,TEGRÉ,ouTiGRA. 
Tigre Regnum. Ce Royaume eft une partie des Etats 
de l'Empereur des Abyiîtns en Afrique. Il eft entre le 
Nil & la côte d'Abex , ayant au nord le Royaume de 
Barnagas , & au fud celui d'Angote. Chaxumo ou 
^cum en eft la capitale , & elle ell très-peu de chofc. 
Le Gouverneur de cette province porte le nom de 
Tigre-Mahon , ce qui a donné lieu h l'erreur de quel- 
ques Géographes qui ont mis dans l'Abylïînie un 
Royaume de Tigre-Mahon dift:ingué de celui de Tigre. 
Maty. 

On appelle en Maréchallerie cheval /iore, jument, 
cavale tigre , un cheval moucheté comme un tigre. 
Attelage de fix chevaux , de fix cavales tigres. Voye^ 
Tigré. On dit de même , chien tigre. 

TIGRÉ, ÉE. adj. Moucheté comme un tigre. Cheval /i- 
gré. Cavale tigrée. Chien tigré. Maculis con/per/iiSj 
tigrinus. 

Cheval tigre & cheval tigré paroiflènt termes fyno- 
nymes -, & l'Académie ne paroît pas y mettre de dif- 
férence. Ne pourroit-on pas dire que le mot de tigre 
fe joint aux animaux qui font tavelés comme le tigre. 
Cheval tigre ^ chien tigre , qui a des tâches noires & 
longues lur un poil jaune, comme le tigre. Tigré, 
qui efl: moucheté à peu près comme le tigre. Cheval 
tigré, chien tigré , dont les tâches approchent de celles 
du tigre. Je crois même qu'en Maréchallerie un cheval 
tigré eft celui qui eft parfemé de taches noires d'efpace 
en efpace fur un fond blanc. 

TIGUARRHS. f. m. pi. Peuples de l'Amérique méridio- 
nale au Brefil , dans la Capitainerie de Parayba. 

TIGURIENS. f. m. pi. Tigurini. Anciens Peuples du 
corps Helvétique , que nous appelions aujourd'hui 
ceux du canton de Zurich. De Tigurum on a fait Zu- 
rich , comme de taberna Zaberne , de Tolbiacum Zul- 
pich. 

TIGRUA, Cap. Pojq G atonici. 

TIGUES. Voye\ Tiques. 

TIK 

TIKMITH, Techmt, Te/tempt, Tacmat. f. m. Terme 
de Calendrier , nom du lecond mois de l'année des 
Éthiopiens, qui répond au mois d'Oélobre. Voye^hu- 
dolf dans le Calendrier Éthiopien qu'il a publié dans 
fon Hiftoire d'Ethiopie , p, 389. Le Moine, Not. ad 
Varia Jiicr. p. 46Z. Riccioli , Chron.Reform.p.33. & 5 z . 

T I L 

TIL. r. m. Mot de peu d'ufage. On fe fert plus commu- 
nément de tilleul. 

TlL, ILLE. adj. Talis. Tel & telle. M.Galand auFranc- 
Aleu , page 17. Borel. 

TIL, ou TEIL. Nom de lieu. Tillidum, Tillum. C'eft 
un village de Bourgogne, près de Sens, fur la Vanne, 
ou Vene. Valois, A'o/. Gall. p. ^5. A. 

TILBURY. Nom d'un bourg du Comté d'Eftèx en An- 
gleterre. Tiburgium. Il ed furlaTamife, à huit lieues 
au-delïbus de Londres. Maty. 

TILLAC. f. m. Terme de Marine. La couverture du 
vailleau ■■, le plus haut pont du navire , fur lequel on 
combat , ou font les foldats & les matelots pour les 
manœuvres. Navigii tabulatum Jàperius. L'Ordon- 
nance de Marine, L.II. Tit.I. art. tx. porte : Failbns 
défenfes aux Maîtres & Patrons de charger aucunes 
marchandifes fur le tillac de leurs vaiifeaux fans l'or- 
dre, ou du confentement des Marchands, à peine de 
répondre en leur nom de tout le dommage qui en 
pourroit arriver. 



TIL 



FuANC Tixlac. C'eft le pont le plus bas du vaifteau, 
celui qui eft moins élevé fur l'eau. Tabulaturh infe- 
rius , imum. 
Faux Tillac. C'eft une elpèce de tillac ou de pont fait 
à fond de cale pour la commodité & pour la conferva- 
tion de la charge du vailleau , ou pour loger des fol- 
dats. Poris faljàs. On Tappelle aulTi faux-pont. Il eft 
foutcnu par les faux baux, qui font des pièces de bois 
pareilles aux baux , & qui l'ont mifes de iix pieds en 
lix pieds ious le premier tillac des grands vaiflèaux 
pour fortifier le fond du vailleau , & former le faux 
tillac. Vbyeiccs mots dans Aubin. 
TILLAI. Nom de lieu. Tilietum. Il y «deux villages de 
ce nom dans la Beauce. TiUaile Goàin, TiUetumCo- 
dini, & Tillai le Paineux, Tilietuin Pagani. Tous 
deux iont dans l'Archidiaconé de Beauce , qui eft le 
troifieme des lîx de l'Égiife d Orléans. Ils font près de 
Touri & de Tivernon. 
TILLARD. Bourg de France dans le Beauvaifis, à onze 

lieues de Paris. 
TILLE, f. f . L'écorce des jeunes tilleuls, dont on fait or- 
dinairement des cordes de puits. Cortex tiliacea. La 
tille n'eft pas proprement l'écorce , mais la peau fine 
& déliée qui fe trouve entre l'écorce & le bois du 
tiOeul. Philura. Voye^ Ecorce. 
Tille. En termes de Marine, c'eft l'endroit oix fe tient le 
timonier dans les flûtes. Aubin. C'eft un couvert ou 
acaftillage à l'arriére d'un vailleau non ponté. Id. 
TILLE, f. f. Inftrument dont fe fervent les Tonneliers, 
les Couvreurs & autres Artilans, qui eft hache & mar- 
reau tout enfemble •, car d'un côté il a un large tran- 
chant en forme de hache , & de l'autre il a une tête 
plate. La tille eft à- peu-près faite comme la hache 
d'armes, excepté que celle-ci étoit toute de fer, & 
que la tille a un manche de bois. La tille fe nomme 
autrement hachette j ailîette , & ailette. Nous avons 
dit au mot AJjètte , que les Normands Tappelient tille; 
mais on l'appelle ainlî en plulieurs autrcb Provinces. 
Tille. Terme de Sucrerie. C'eft un petit inftrument de 
cuivre , fait en tonne de couteau , avec lequel on 
fouille le fond des formes de lucre avant que de leur 
donner la terre. 
Tille. Quelques-uns difent Til. Nom d'une petite ri- 
vière de Bourgogne. Tilas , Thilus. ha Tille, ou le 
Til, baigne Marci lur Tille , le Folié , fis fur Tille , 
Tille le Château, Favernay, & tombe enluite dans la 
Saône. Il reçoit l'Agnon , que quelques-uns appellent 
l'Agnan , & d'autres l'Ougnon. Voyei Valois ^ Not. 
Gall. p. 554. 
TILLE -LE -CHATEAU. Nom d'une petite ville de 
France en Bourgogne. Thile Cajlrum. Elle eft fur la ri- 
vière de Tille , à quatre lieues de Dijon , vers le nord.' 
Maty. TilœCaftrum, Tilecaftrum , Tilenjè cajlrum, 
• Tiricaftrum , Tiricajlel, Tncafiel , d^ns la Chïomquc 
de S. Bénigne de Dijon , & Thiliafirum dans le Cartu- 
laire de TÉglile de Langres. Aujourd'hui on l'appelle 
allez louvent par corruption Trichajleaul & Trichaf- 
teaiL , nom qui s'eft fait de Tiricajîel & Tricajlel, qui 
fe trouvent dans la Chronique de S. Bénigne de Dijon. 
Voye[ Valois, Not. Gall. p.S64- 
TILLtMOMT , en Allemand THIENEN. Nom d'une 
petite ville des Pays-Bas , lîituée dans le Brabant , fut 
la Geete, à trois lieues de Louvain, vers l'Orient. Til- 
lemontium, Thencs, Tienœ ,Thiena. Maty. Mouillez 
les deux IL dans Tillemont , & voy^:^ Valois , Not. 
Gall. p:ss. 
t&Cî' TILLER. V. a. Terme d Economie ruftique. TilUr 
le chanvre, c'eft rompre la chenevotte avec la main , 
& en détacher la filalle , en le prenant brin à brin. Tra- 
vail fort long. Dans les endroits oii l'on recueille beau- 
coup de chanvre, on ie fert d'un inftrument fait exprès 
pour f<7/fr plus promptement. Dans quelques provinces 
on dit teiller. Vbyeicemot. Voy eiaudiBR au, Bkïi, 
Broie, Brisoir, qu'on appelle en Champagne tillotte. 
Tiller. Terme de Cordier. C'eft taire de la corde avec 
de la tille , & non pas du tille, comme difent lesEn- 
cyclopédifte^. Voye^ Tille. 

On tille non- feulement l'écorce fine du tilleul, mais 
encore celle du mahot, & de quelques autres arbres , 



TIL 

pour en faire des cordes & des cordages qui fervent à 
dirtérens ufages. 
TILLET. Cm. C'efl: le nom qu'on donne aux lieux plan- 
tés de tilleuls , ou au lieu où on en élève , comme on 
dit Chênaie, Sappée , Ozeraie, pour les lieux plantés 
de chênes , de fapins , d'ozier , &c. 
TILLET. f. m. Terme de Libraires de Paris. C'eft un bil- 
let figné & daté , qu'un Libraire envoie à un autre Li- 
braire pour avoir de la marchandife. Scedula. Je garde 
fon tillet. 

On le dit auffi de la permifïïon par écrit que donnent 
les Syndic & Adjoints, de retirer des livres des voitu- 
riers & de la douane. 
TILLEUL, TILL AU, TILLOT. f. m. Arbre grand , gros, 
fort , rameux , & qui donne beaucoup d'ombrage. 
Tilia. Son écorce eft unie & noirâtre en dehors, pliante. 
Son bois eft tendre , blanchâtre. Ses feuilles font larges, 
arrondies , finillànt en pointe , dentelées en leurs bords, 
lin peu velues. Ses fleurs font à cinq feuilles difpofées 
en rofe , de couleur blanche , tirant lur le jaune , d'une 
odeur agréable, foutenues par un calice taillé en cinq 
parties blanches, grailès. Chaque fleur eft iuivie d'une 
coque ligneufe, groftè comme un gros pois, ronde, 
un peu oblongue , anguleulè , velue , renfermant une 
femence noirâtre, douce. En Latin tilia femina folio 
.majore. C. Bauh. Le tilleul fert à faire des allées & 
des avenues. Les canaux qu'on voit dans la plûpatt 
des villes de Hollande, lont bordés de tilleuls des deux 
côtés. On fait de fon écorce des cordes & des cables -, 
& de fon bois on fait des flèches & du charbon pour 
la poudre à canon. Les Anciens le font fervi de l'écorce 
intérieure du tillau , au lieu de papier. On en voit en- 
core des Livres écrits il y a mille ans. On l'appeloit 
autrefois til ou teil : & on appelle tillet _, un lieu plan- 
lé detillots. Tilietum. Il y a une efpcce de tilleul dont 
Jes feuilles font plus petites , plus noires , plus fermes 
que celles du précédent -, on l'appelle tilia femina folio 
minore. C. Bauh. C'eft le tilleul des bois , que les 
payfans nomment tillau. 

Le tilia femina , folio majore j eft le tilleul de Hol- 
lande. Ses feuilles font grandes, & d'un vert bien plus 
clair. 

Celui qu'on appelle tilleul mâle ou tillet , reftèmble 
aftez au tilia femina , folio minore , excepré que fes 
feuilles font lans échancrure , rellèmblantes à celles de 
l'orme , velues. Ses feuilles & fes femences font dans 
des capfules membraneufes , comme celles du charme. 
Tilia vient, dit-on, du Grec -Trr'oxov plume. On a don- 
né ce nom à ces fortes de plantes , à caufe qu'elles 
portent leurs fleurs fur des languettes qui rellemblent 
allez à des plumes. Quelques Auteurs font venir le 
mot de tilia de telum, flèche , comme qui diroit tilia, 
parce que le bois de tillau eft propre à faire des flèches. 
TILLIERS, ou TILLERS. Nom d'un bourg de la Nor- 
mandie. Tegulariœ , Caftrum Tegulenje , ou Tegu- 
larienj'e, Tileriœ , Teleriœ , Tilerœ. Ce village a été 
ainfi nommé, parce qu'il y avoir des tuilleries, & qu'on 
y failbit de la tuile. Tille rs j ou Tiller s'eft dit par 
corruption pour Tuiliers. Il eft aux confins du Perche 
furl'Arvejàtrois lieues au-dellous de Verneuil.MATY. 
Jean de Paris & quelques autres , prétendent que ce 
château fut bâti par Richard Duc de Normandie , fous 
le règne de Robert Roi de France , il y a environ 700 
ans. Il ajoute qu'Henti I. Roi de France le le fit don- 
ner par le Duc Guillaume, comme ayant été conftruit 
à ion préjudice , & qu'il le fit abattre , mais qu'immé- 
diatement après il le fit relever, & y mit garnilon. 
VoyeT^ Valois. Not. Gall. p. 547. 
* Ce mot vient de Tegularice, d'où l'on a fait Tegla- 
ricB-, Telariœ, Tilerœ , TilierSj comme Iliers , dlj- 
lerœ. 
TILLON. Foyq Theau. 
TILLIN. Voyeit^is. 
TILLOINE. Foye^ Theau. 

TiLLOTTE. 1". f. C'eft ainfi qu'on appelle en Champagne 
l'inftrument de bois dont on fe ferc pour briler le 
chanvre, & qui eft fort bien déctit dans le Diftionnaire 
de Commerce au mot Chanvre. « Il i"e nomme en 
55 Normandie une Brie^ & en Picardie une Brayoire ; 



TIL TIM 45 

y> en d'autres Provinces uneMaque ou une Macachoire. 
:» Il a d'autres noms en d'autres lieux , mais par-tout il 
« eft fait de même. « Le véritable nom eft Brifbir. 

TILLOTTER. v. a. Se fervir de la tillotte pour briier le 
chanvre , & pour féparer la filadè d'avec lachenevotte. 

TILMAN, ou THIELMAN. Voyei Theau. 

TILSAT, ou TILSIT. Petite ville du Royaume de Pruftè, 
fur le bord feptentrional de la rivière de Niémen. 

TILTIL. Nom d'un petit village du Chili, fitué un peu 
plus qu à demi-côte d'une haute montagne toute pleine 
de mines d'or ; mais outre qu'elles ne font pas fort 
riches, la pierre de mine ou le minéral en eft fort dur, 
& il y a peu d'ouvriers, depuis qu'on en a découvett 
de plus riches ailleurs, foit aufli parce que les eaux 
manquent aux moulins pendant quatre mois de l'été. 
Le Tiltil eft entre San-Iago & ValparailTo ; la route de 
Tiltil n'allonge que de deux lieues le chemin de San- 
Iago. Ce pays eft un peu moins defert que d'autres de 
la même contrée -, on y voit de temps en temps quel- 
ques terres labourées ■■, & quoiqu'on y paftè une mon- 
tagne fort rude , il n'y a pas de ces défilés incommodes 
parmi les arbres épineux où l'on eft déchiré de toutes 
parts. Fkéziek, p.gS. 

T I M 

TIMANA. Contrée de l'Afrique Méridionale auPopayan, 
avec une ville de même nom. 

TIMANTE. Peintre Grec très-fameux : c'eft de lui que 
Pline a dit , que dans fes tableaux il laiflbit plus de 
chofes à penfer qu'il n^en exprimoit: ainfi dans le Sa- 
crifice d'Iphigénie , il voila le vifage d'Agamemnon , 
croyant mieux exprimer par-là fon défefpoir, qu'en y 
traçant les marques vilîbles de la douleur. Une autre 
fois peignant dans un petit tableau un Cyclope endor- 
mi , il s'avifa, pour faire juger de fa grandeur, de re- 
préfenrer autour de lui des Satyres qui mefuroient fon 
pouce & fes doigts avec leur tyrfe. 

TIMANTHE de Cléone, avoir une ftatue parmi les Hé- 
ros d'Olympie , pour avoir remporté plufieurs fois le 
prix du Pancrace. 

TIMAR. f. m. Terme de Relations. C'eft une Seigneu- 
rie, ou étendue de terre que le Grand-Seigneur donne 
à cultiver & en ufufruir aux Spahis pour les entretenir. 
Timarium pnsdium. Meninski l'appelle Pe;z/zOj velfti- 
pendium , vel redditus bene meritis militibus ajfigna- 
tus in prœdiis , Ù poJfeJTionibus caftrorum , oppidorum, 
pagorum , agrorum, vel inpercipiendis decimiSj aliifie 
fruclibus , cum prœfeâura illorum locorum ; vidgb , 
Timarion, commenda , dynaflia , redditus gooo.aj- 
prorum & infra. C'eft une efpèce de fief qui le donne 
à vie -, on appelle Timariots , ceux qui poftèdent ces 
terres , Timariatus , timario donatus. Tout l'Empitc 
des Ottomans eft divifé en Sangiacks ou Banières, 
fous lefquels tous ceux qui pofsèdant des Timars, font 
obligés de fe rendre , quand il faut marcher pour quel- 
que expédition. d'Herb. On peut réiîgner les timars, 
comme on réfigne les Bénéfices , en obtenant feule- 
ment l'agrément du Béglerbei, ou Gouverneur delà 
Province. Cela ne fe pratique que pour les timars de 
médiocre revenu : car pour ceux qui montent à vingt 
mille afpres de revenu , & qu'on appelle \dim , il faut 
s'adrelîerauGrand-Vifir,duquelilsdépendent.LAGuiL. 
Ce mot vient , félon Meninski , de 1tiîO">ri , timar, 
qui en Arabe fignifie curatio medica 6" alia afflicli ac 
dolentis cura , vifitatio j nutritio , obfervatio , defen- 
fio; c'eft-à-dire, en général tous les fecours qu'on peut 
donner & les devoirs qu'on peut rendre à un homme 
malade, ou affligé. Mais je crois qu'il vient plutôt de 
*10n tarr,ar , verbe Arabe qui lignifie fruclifier j d'où 
fe forme non tamarath, & au pluriel, ISOD tamar, 
fruit. Le timar n'cft que l'ufufruit des terres & des 
biens que le Grand-Seigneur donne aux Timariots. 

TIMARIOT. f. m. Voyei Timar. Les Timariots font 
ceux qui jouillènt des terres & héritages à droit de Ti- 
mar ■> à la charge & condition de fervir à la guerre en 
propre perfonne, avec autant d'hommes & de chevaux 
de fervice que leur timar, par l'eftime qui en eft faite, 
vaut de deux mille cinq cené afpres , ou cinquante écus. 



4<S 



TIM 



TIM 



Se de les entretenir d'ordinaire montés & armés à leur 
jnaniere, pour être prêts à marcher à toute heure qu on 
h leur ordonne, & cela fur peine de la vie-, car rien ne 
les iauroit excufer qu'une maladie. Outre ce devoir qui 
tient de nos bans & arriere-bans, ils payent encore une 
redevance du dixième du revenu , lequel vient du ned: 
au Chaîna, ou tréfor de l'épargne. Que s'ils ont des 
tnfans qui foient en âge de porter les armes, & propres 
à faire le iervice après leur déccs , ou au défaut d'en- 
fans , quelques parens tant foit peu connus & favori- 
fés , on a coutume de leur continuer le timar aux 
-mêmes charges, finon l'on en pourvoit d'autres. Si 
l'héritage ainli tenu du Grand-Seigneur pafTe de reye- 
1U1 annuel la ibmme de quinze mille afpres , qui font 
trois cens écus , ceux qui le pofsèdent ne font pas ap- 
pelles Timuriots , mais SubaJJî , & ils admmiftrent la 
Jufèice du lieu Ibus l'autorité du Sangiac de la province, 
de Ibrte que cela le rapporte à nos anciennes Châtel- 
lenies. Vigétiere , Illuftr. Jur Chalœnd. p. i8t. Les 
Tiniariots Ibnt à peu près comme autrefois notre Gen- 
darmerie des Ordonnances, compofée d'hommes d'ar- 
mes, & d'Archers , à la grande & petite paye : ils font 
appointés diverfement , à quatre ou cinq mille afpres 
du moins , valant cent écus , & pour le plus haut à 
vingt mille : mais ils ne font pas obligés de marcher , 
s'ils ne paffent huit mille afpres, ou huit vingt écus, 
fi d'avanture il ne fe fait une armée Impériale , où le 
Grand-Seigneur fe trouve lui-même en perfonne •, car 
alors nul n'efl: exempt. Vigénere^IllufirationsJ'urChal- 
èondj p. 599. Les Zaïms & Timariots font desCheva- 
liets , à qui le Grand-Seigneut donne à vie des Com- 
nianderies appelées Timars , à condition qu'ils entre- 
tiendront un certain nombre de Cavaliers pour fon 
fervice. Les premiers Sultans étant les maîttes des fiefs 
de l'Empire , les érigèrent en Baronies ou Comman- 
deries, pour récompenfer les fervices des plus braves, 
& fur-tout pour lever & pour entretenir des troupes 
fans débourl'er de l'argent. Mais Soliman IL établit 
l'ordre & la difciplme parmi ces Chevaliers ou Barons 
de l'Empire •, & Ton régla , par fes ordres , le nombre 
des Cavaliers que chacun d'eux feroit obligé d'entre- 
tenir. Ce Corps a été non-feulement trcs-puiflant , mais 
trcs-illuftre par tout l'Empire. L'avarice qui eft le vice 
ordinaire des Orientaux , l'a fait tomber depuis quel- 
ques années. Les Vice-Rois & les Gouverneurs des 
Provinces font fi bien par leurs intrigues à la Cour, 
que les Commanderies même qui font hors de leurs 
Gouvernemens, font données à leurs domeftiques , ou 
à ceux qui en offrent le plus d'argent. Les Zaïms & 
les Timariots ne différent quafi entr'eux que par le 
revenu. ... Il y a deux fortes de Timariots ; les uns 
reçoivent leurs provifions de la Porte, & les autres du 
Vice-Roi du pays -, mais leurs équipages font moin- 
dres que ceux des Zaïms , & leurs tentes plus petites 
&: proportionnées à leur revenu. Ceux qui reçoivent 
leurs patentes de la Cour , ont depuis cinq ou fix mille 
jufques à 1999 alpres : s'ils avoient un afpre de plus, 
ils pafleroient au rang des Zaïms. Ceux qui prennent 
des lettres patentes des Vice-Rois, ont de tevenu depuis 
5000 afpres julqu'àôooo. Chaque Timariot eft obligé 
d'entretenir un Cavalier par chaque 3 000 alpres de reve- 
nu , qu'il tire de faCommanderie. Les Zaïms & les Ti- 
mariots doivent marcher en perfonne à l'armée aux pre- 
miers ordres qu'ils reçoivenr , fans que rien les puiiïè 
difpenfer de ce devoir : les malades vont en litière , & 
les enfans dans des panniers, ou des berceaux. Les 
Timariots font obliges de fournir des panniers à leurs 
Cavaliers , qui s'en fervent à porter la terre nécefîaire 
pour combler les foflés & les tranchées. Cette Cavale- 
rie eft mieux dilciplinée que celle qu'on appelle pro- 
prement Spahis -, quoique les Spahis foient plus leftes 
& plus vigoureux : ceux-ci ne combattent que par pe- 
lorons, au lieu que les Zaïms & les Timariots font 
divifés par Régimens , & commandés par des Colonels 
fous les ordres des Pachas. Le Pacha d'AIep eft: le Co- 
lonel général de certe Cavalerie, lorfqu'il fe trouve à 
l'armée , parce qu'étant naturellement le Seraskier de 
l'armée , c'eft à lui à la commander en chef, quand le 
Grand-Vilir n'y eft pas. Tous.Ni.fOKT,P.I.p.4J.^Juiy. 



TIMAVO. Nom d'une rivière de l'État de Venife. 27- 
mavus. Elle fe forme de neuflources, qui (ont près du 
bourg de S. Giovanni , aux confins de l'Iftrie & du 
Frioul, & elle fe décharge fort peu après dans le golfe 
de Triefte , entre la ville de Trieile & l'embouchure 
de Lifonzo. Maty. 

TIMBALE, f f. Tambour dont fe fervent les Régimens 
de Cavaleiie , dont la caille eft d'airain faite en demi- 
globe, couverte d'une peau corroyée lut laquelle on 
bat avec des baguettes de bois de cormier ou de buis. 
Tympanum. Une paire de timbales. Battre \ei timbales. 
Les rambours des Perles étoient compolés d'une demi- 
fphère de cuivre , enfoncée d'un tort parchemin d'en* 
viron deux pieds & demi de diamètre. C eft d'où eft 
venu l'ufage des timbales que les Allemands ont ap- 
portées en Europe , d'où elles ont pallé chez les Fran- 
çois & chez les Anglois. L'ufage en eft nouveau chez 
nous. Le P. Daniel prétend qu il n'en eft point parlé 
dans nos Hiftoires fous les règnes de Henri IV. &: de 
Louis XIII. on n'en permit d abord l'ufage qu'aux ré- 
gimens de Cavalerie qui en avoient pris lur l'ennemi. 
Quoique les timbales foient les tambours de la Cava- 
lerie , il y a pourtant des régimens de Dragons qui en 
ont obtenu , en conhdéracion de ce qu'ils les ont prifes 
fur l'ennemi dans une occafion glorieufe. 

En fait de Mufique , les Italiens le fervent du mot 
Tympano , pour marquer une paire de Timbales d'une 
grandeur inégale , accordées à la quarte jufte, dont la 
plus petite exprime le fon de C, jol , ut , & la plus 
grande celui de G, re, jbl, une 4'= plus ba?, ce qui 
fert de balle ordinairement aux airs de trompettes, &c. 
De-là vient qu'on trouve fouvent des parties de mu- 
fique intitulées Tympano j parce qu'elles font deftinées 
pour ceux qui doivent battre les timbales. 

Timbale , fe dit auffi d'un certain inftrument fait en 
forme de bois de raquette , & couvert de parchemin 
des deux côtés , dont on fe fert pour jouer au volant. 
Coriacea palmida. 

Timbale , terme bas & populaire, qui fignifie quelque- 
fois la marmite. Chez un tel la timbale va bien , pour 
dire, qu'il y a bonne cuifine. Faire bouillir la timbale, 
exprefuon ufitée parmi les Soldats , faire bouillir la mar-' 
mite. 

Timbale, fignifie auffi une forte de Gobelet fait en forme 
de timbale. Nous bûmes dans des timbales à argent. 

TUvIBALIER. f m. Qui bat des timbales. Tympanotriba, 
tympanifia. C'eft un bon timbalier, qui exécute avec 
grâce tous les mouvemens. 

TIMBO. f m. Plante du Bréfil, qui monte au fommetdes 
plus hauts arbres, Ik qui les embralie comme le lierre. 
Timbo planta. Elle eft quelquefois de la grollëur de la 
cuillè d un homme , & malgré cela ii Ibuple & fi flexi- 
ble , qu'elle ne le rompt point en la pliant. Son écorce 
eft un poilon dont les Sauvages fe fervent pour en- 
gourdir le poilîbn qu'ils veulent prendre. Il fufiit d'en 
jetter des morceaux dans une rivière. 

TIMBRE, f m. Cloche fans battant en dedans, & qui eft 
frappée en dehors avec un marteau. Timbre d'une 
horloge , d'un reveille-matin , &c. Les horloges , les 
montres fonnantes ont auffi un timbre qui eft frappé 
par un marteau autant de fois qu'il faut qu'elles fonnenr 
d heures. On en met auffi dans les beffrois des villes 
pour en faire un fignal. Il y a auffi des carillons qui 
font faits de plulieurs timbres d'inégale grandeur , em- 
brochés enlemble par une verge de fer, fur lefquels 
on frappe avec un bouton de fer, avec certaine cadence 
& mefure pour former quelque harmonie. 

Il fe dit quelquefois, pour le fon que rend le timbre. 
Ce timbre eft trop éclatant. Acad. Fr. 
Timbre, fe dit auffi des nerfs ou cordes de boyau qiii 
■Ibnt fous un tambour , qui fervent à en bander la peau 
& à le faire rélonner. 

On le dir figurément du fon même de la voix. Voi- 
là un beau timbre, pour dire une belle voix. Cette voix 
a un timbre atgentin. 

Ce mot vient de tympanum. Mén. D'où eft venii 



TIM 



TIM 



auffi timbale 8c tambour. Quelques-uns le dérivent de 
titulus. 

Ce mot timbre a fi^nifié autrefois la jambe , ou le 
genou , ou quelque partie voifine ^ comme on le voit 
dans le traité des danfes de Lambert Laneau , qui fai- 
fant la defcription des dél'ordres de la Danfe , dit : En 
la volte il y aura des artifices ordinaires pour faire bon- 
dir, & lever li haut celles que l'on tient, qu'aux yeux 
de la troupe fe découvrent & i"e proftituent les grèves, 
les timbres jufques à la cuillè , fans honte. Thomas Cor- 
neille dans fon Di6tionnaire des Arts , obferve après 
Furetière que les Anciens ont donné particulièrement 
le nom de timbres aux cafques,.à caufe qu'ils appro- 
choient de la figure des timbres d'horloge , ou parce 
qu'ils réfonnoient comme les timbres quand on les frap- 
poit. Il eft évident que c'eft par la même raifon de 
reflèmblance que les genoux ont été appelées timbres. 
Au refté dans ce pallage. 

Qui ne finoient de ruer 

Le timbre en haut. R. de la Rose. 

Timbre ne fignifie pas bâton , comme Corneille le dit , 
mais jambe. 
Timbre , eft aulïï un inftrument approchant du tambour. 
Perceval. Borel. 

Cil flues court fi joliment , 

E maine fi grand dijfonent , 

Qu'il réjbnne, tabourne & timbre. 

Plus Jouef que tabour ne timbre, R. de la Rose. 

Timbre , en rermes de Blafon , fe dit de tout ce qui fe 
met fur l'écu , qui diftingue les degrés de noblellè ou 
de dignité , foit eccléfiaftique, foit féculiere , comme 
la tiare Papale , le chapeau des Cardinaux , Evéques 
& Protonotaires, les croix, les mitres, les couronnes , 
bonnets , mortiers, & fur-rout des cafques, que les 
Anciens ont appelé particulièrement timbres, parce 
qu'ils approchoient de la figure des timbres d'horloge , 
ou parce qu'ils réfonnoient comme les timbres j qu^nd 
on les frappoit, Galeœ Jcutariœ apex flumatilis. C'eft 
l'opinion de Loifeau, qui prétend que ce mot vient de 
tintitinabulum. Les différences de ces timbres font ex- 
pliquées chacune à leur ordre. Voye\ Casque. 

Timbre , fe dit figurément & familièrement pour la tête. 
On dit du vin fumeux j qu'il donne dans le timbre ^ 
pour dire , qu'il porte à la tête. Cet homme a le tim- 
bre fêlé , ingenio vanus. 

Qu'il fajfe autant qu'il lui plaira , 
Ou gronder la Satyre , ou railler l'Apologue ; 
Jamais le monde ne fira 
Sans Souffleur Ù fans Aftrologue , 
Ni fans timbre fêlé qui leur applaudira. Senecé. 

Timbre , fe dit auiïi d'une grande pierre creufe , dans la- 
quelle on jette de l'eau , pour abbreuver les chevaux, 
les beftiaux. Aquarium, 

Timbre, fignifie aufïï la marque que les Fermiersdu Roi 
mettent au papier qui (ert pour les expéditions des 
Gretles, des Notaires , écritures de Procureurs, &c. pour 
le diftingucrdu papier commun , & en marquer le droit. 
Il y a auffi un timbre pour le parchemin qui s'emploie 
au même ulage, & pour les adtes de Chancellerie. 
Signum Regium chartœ imprejfum. Les timbres des 
adtes judiciaires font diftérens dans les diftérentes Gé- 
néralités. 

Timbre , dans le commerce de Dentelle. On nomme 
ainfi dans la Ferme de la marque des dentelles de 
Flandres , l'empreinte du cachet ou matrice du Fermier 
mile fur un petit morceau de papier de quatre à cinq 
lignes de largeur , & d un pouce & demi de longueur, 
qui s'attache avec un double fil aux deux bouts de 
chaque pièce de dentelles. 

Timbre. Terme ufité dans les Bureaux des Douanes & 
dans le commerce de Pelleteries , fignifie un certain 



47 



nombre de martres zibelines ou d'hermines, attachées 
eniemble par le coté de la tête , qui viennent ainfi de 
Laponie & de Mofcovie. Autrefois le timbre en France 
étoit de 50 paires ou 60 peaux. Au]omd'hin\e timbre, 
que l'on appelle auffi majfe , eft compofé de zo paires 
de peaux , ou de 40 peaux. 

TIMBRER. Vieux v. n. Jouer du timbre. Borel. Tym- 
pano ludere , injbnare , tympanum ferire. 

TIMBRER. V. a. Mettre un timbre fur des Armoiries. 
Stemmata apice plumatili infignire , ornare. Il y a plu- 
heurs Ordonnances qui défendent aux roturiers de tim- 
brer leurs Armoiries. Les armes du Pape font timbrées 
d'une tiare. 

Timbrer, en rermes de Pratique, fignifie, marquer au 
haut de la première page d'un Ade fa date & la qua-" 
lité. Notare , injcribere. Une partie doit //w^/rr toutes 
les pièces qu elle produit , afin de les faire trouver plus 
facilement à fon Rapporteur. On a dit auffi autrefois , 
Timbrer en marge un Auteur, pour dire, le coter, le 
citer. In margine laudare _, notare. 

Timbrer , fe dit auffi en parlant du parchemin &du pa- 
pier fur lequel on imprime la marque ordonnée par le 
Roi, pour faire qu'il puillè fervir aux Adesde Juftice. 
Signo Regio munire. 

Timbré, ée. part. & adj. On appelle du parchemin, ou 
du papier timbré ou marqué , celui qui fert aux expé- 
ditions de Juftice , parce qu'il contient au haut la 
marque du Roi. Signo Regio notatus Jmpreffiis. Cette 
marque eft diftérente en chaque Généralité , pour fa- 
ciliter le paiement du droit qu'on a établi pour y ap- 
pliquer ce timbre. 

On dit auffi en termes de Blafon , des armes timbrées, 
qui n'appartiennent qu'aux nobles. Stemmata apice or- 
nata. Un Ecu timbré, couverr d'un cafque ou d'un 
timbre. 

On dit figurément dans le ftyle familier & de con- 
veriation , tête , cervelle maï-timbrée , cerveau mal- 
timbré, pour dire , un fou , une tête à l'évent , un en- 
cervelé. 

TIMBREUR. f. m. Celui qui imprime , qui marque le 
timbre fur le papier , fur le parchemin. Signi Regii 
Notator. 

TIMRAIS. FÔjf^THIMERAIS. 

TIMEUR. f f. Vieux mot. Crainte. Borel. Timor, d'où 
il s'étoit fait. 

TIMIDE, adj. de t. g. Timidus , meticulofui , formi- 
dolojiis. Terme équivoque , & dont les nuances ibnt 
ditlérentcs , ielon les diftérentes occafions où il eft em- 
ployé. Il préfente généralement l'idée de celui qui a 
peur, qui manque de courage ou de hardiellè pour 
faire , pour entreprendre quelque chofe. Il y a des gens 
timides , qui ont peur de tout. Les femmes font natu- 
rellement timides. Il y a , dit S. Evremont , des ani- 
maux toibles & timides , qui lemblent faits pour tou- 
jours craindre & toujours fuir. On peut bien dire la 
même choie des hommes. N'attendez rien d'un natu- 
rel timide. 

Il y a des gens que la défiance de leurs propres 
forces, &: un certain lentiment d'eftimepour les autres 
rend timides. Quelque mérite qu'un Auteur puiflè 
avoir, il lui fied bien d'être timide (modefte) , il doit 
redouter le jugement du public. La crainte de déplaire 
aux perlonnes avec qui nous avons à vivre nous rend 
timides , retenus , circonfpeds. Amant timide , & 
amant retenu , refpedtueux , font termes iynonymes. 

On le dit à peu près dans le même lens de ceux qui 
par défaut d'expérience & d'ulage du monde n'oient 
le produire. C'eft un jeune homme qui, avecbeaucoup 
d'efprit, eft fort timide. Il a l'air timide, il eft emba- 
raflé de la perfonne , & n'ofe prefque parler. Je ne 
veux point de vos timides confeils. 

Sois pour juger d' autrui toujours lent & timide. 

Desh, 

La timide équité détruit l'art de régner. Breb. 

Les timides rejpecls , la prompte déférence , 
Laijfent en peu de temps rallentir la vaillance. 



48 TIM 

Tout ce qui la provoque, aide à lafoutehifj 

Et j'aime La révolte où je J'ai laj>unir. Brébeuf. 

JJJeid' autres Jans moi, d'unftyJe moins timide, 
Suivront aux champs de Mars ton courage rapide. 

BoiL. 
■Cette troupe timide , 
Marche en confuf.on oàfon trouble la guide. Corn. 

On voit pat ces exemples que le mot de timide fe 
ptend , luivant les diticrens cas , pour peureux, crain- 
tif, modefte, retenu, circonfped. 
TIMIDEMENT, adv. D'une manière timide. Timide. 
La pudeur fait fouvent agir les perlbnnes timidement. 
Il faut aliLirer timidement ce que l'on ne lait pas avec 
certitude. Bayle. 
TIMIDITÉ, f. f. Timiditas. Qualité d'un homme timide. 
C'eft, en général , manque de courage ou de hardielTe, 
circonfpeclion ou retenue. Ce iubllantif reçoit les 
mêmes nuances que Ion adjectif. La timidité devient 
une bonne ou une mauvaile qualité félon la caufe qui 
la produit. La timidité blâmable efl: celle qui fait crain- 
dre ce qui n'eft pas à appréhender. Elle n'envilage que 
le danger. La ^//«i^/// des conleils du Miniltre émoulle 
le courage du Prince. Bal. La timidité a quelquefois 
un bon principe •, c'eft la crainte de faire des fautes. 
Pendant que la patelle & la timidité nous retiennent 
dans notre devoir, notre vertu en a bien iouvent tout 
l'honneur. LaRoch. Il y aune timidité qui n'eft au- 
tre choie que la crainte de déplaire aux autres; qualité 
précieufe , fondée lut l'eftime & le reipeét qu'on a pour 
euxj qui fait qu'on eft circonfpeél, retenu dans Tes pa- 
roles & dans les adions. Rien n'entretient davantage 
l'orgueil des grands & des riches , que la timidité rel 
pedfueufe de ceux qui les abordent', ils fe reconnoiilént 
par-là au-de(lous d'eux. S. Evr. La timidité d'une 
Jeune fille a quelque chofe d honnête & de modefte 
c'eft une vertu indifpenfable & d'état. Enfin il y a une 
timidité qui provient d'un défaut d'expérience & d'u- 
fagedu monde. Telle eft la timidité à' un homme neuf, 
d'un provincial tranlplanré dans le grand monde. Elle 
le trouve quelquefois jointe avec beaucoup d'elprif, 
mais elle empêche de le faire paroître tout entier. La 
timidité à' un homme qui ne fait que dire, par défaut 
d'intelligence , s'appelle bêtije. Les jeunes gens ont 
d'ordinaire une timidité niaiie , accompagnée d'un air 
honteux & embarallé. En fait de religion , il y a une 
p'ieuCe timidité qui lait s'arrêter ou Dieu a planté des 
bornes à la raifon humaine. En matière d'amour , la 
timidité n'eft plus qu'une vertu de roman. 
TlMlN. f. m. Nom d'une monnoiedePîledeScio. Timi- 
mus. Le timin vaut cinq fous. Dans l'île de Scio chaque 
livre de foie doit à la Douane quatre timins , c'eft-à- 
dire, 20 fous de notre monnoie. En 1700 elle fe vendit 
jufqu'à i<;i timins la livre. Tournefort, i. 374. 
TIMOCHARIS. f. m. C'eft le nom que les Aftronomes 
donnent à la 16^ tache de la Lune, luivant le Cata- 
logue que le P.Riccioli en a fait dans la Selenographie. 
TIMOLAS. f. m. & nom d'homme. Timolaus. S.Timo- 
LAS, originaire du Pont, fut mattyrilé à Céfarée en 
Paleftine la féconde année de laperiécutiondeDioclé- 
tien. On fait fa fête le 24 Mars. 
TIMON, f. m. Longue pièce de bois qui fait partie du 
train d'un carollè, ou d'un chariot où l'on attelle les 
chevaux , qui fert à les féparer , & à reculer. Temo. 
On levé le timon d'un carollè , quand il eft fous la re- 
mife. Un timon doit avoir neuf pieds de long , & trois 
pouces & demi en carré par le menu bout, quand il eft 
en grume. 

Ce mot vient du Latin Temo , qui félon Varron eft 
dérivé de teneo , je tiens _, parce qu'il tient & gouverne 
le chat. 

On dit auffi le timon de la charrue , & ce timon eft 
cette longue pièce de bois formée efle£tivement en ti- 
mon , au bout d'en bas de laquelle font attachés le 
manche de la chatrue , &: les autres parties qui contri- 
buent à fendre la terre, & le bout d'en haut de ce ti- 



TIM 



mon'fe pofc fur la fellette où il eft arrêté parle moy'j:» 
de l'anneau d'une, chaîne de fier. Liger. 

On dit encore , le timon d'une charrette, plus cojn- 
munément limon. Ce font les pièces de bois entre lèf- 
quelles ont met le cheval qui tire la charrette. J'ai |.in 
des timons de ma charrette rompu. Liger. 
Timon, en termes de Marine, eft une longue pièce de 
bois qui répond du côté de l'habitacle à la manivelle 
du gouvernail d'un navire. C'eft la barre du gouver- 
nail qui iert à le mouvoir pour l'expofer au choc de 
l'eau. Dans le difcours ordinaire on le prend pour le 
gouvernail iuême. Gubernaculi manubrium. C'eft le 
Pilote qui tient le timon , qui gouverne le vaiiïèau. 

V infortuné Telon , de qui la main favante , 
Rendait le nmonjbufle â tous jes mouvemens , 
Et qui bravoit L'orgueil des plus fiers éleméns. Bréb. 

Timon, fe dit figurément en Morale , pour fignifier le 
gouvernement d'un Etat _, d'une famille. Regimen , 
gubernaculum. C'eft ce Miniftre qui tient le timon des 
ati^aires, qui gou v erne. Les motifs de l'ambition n'eullènt 
pas été allez puillans pour vous empêcher de quitter 
le timon durant les tempêtes qui fe font élevées contre 
vous. GoD. Ce père de famille tient le timon de la 
batque , c'eft lui qui fait aller ia maiion. 

TIMONNIER. f. m. Cheval qu'on met au timon du ca- 
rollè , qui eft oppolé à celui qu'on met à la volée. Ju- 
gatorius ad temonem equus. 

TiMONNiER , en termes de Marine , eft le matelot qui eft 
à la barre du gouvernail ou à la roue pour faire agir 
le timon , & gouverner le vaiiïèau. Gubernaculi mo- 
derator. 

TIMOR, f. m. Nom propre d'une lie de l'Océan oriental, 
Timor. C'eft une des Molucques prifes en général. 
Sa lîtuation eft au levant de celle de Flores , fous le 
dixième degré de latitude méridionale. Sa longueur 
du couchant au levant peut aller à foixante lieues , 
& fa largeur à quinze. Elle eft fertile en grains &: en 
fruits. On y trouve auflî du gingembre , de la can- 
nelle , & des forêts entières de fandal blanc , & du 
jaune. Ses habitans font payens & demi fauvages. 

TIMORE , ÉE. adj. Qui eft timide , fcrupuleux. Il ne fe 
dit qu'en ce qui regarde la confcience, & en ftyle de 
dévetion , pour exprimer une confcience délicate , Se 
qui craint d'oftenfer Dieu. Timoratus. C'eft une ame 
fort timorée. Il a la confcience timorée. Pour peu que 
nous ayons la confcience timorée , il eft rare que nous 
nous mêlions dans les converfations du monde , fans 
en revenir avec quelque icrupule dans le cœur. Bour- 
DAL. Exhort. II. p. jo. Une confcience trop timorée 
s'eftarouche de tout. Celle qui ne l'eft pas allez , ne 
s'eftarouche de rien. Jnter utrumque tene , medio Latif- 
fimus ibis. 

TIMORPHYTE , f. f. ou Lithotyron , f. m. Pierre 

figurée qui imite un morceau de fromage. 
TIMOTHÉE. Nom d'homme. Timotheus. Saint Timo- 
thée difciple de Saint Paul étoit fils d'un père payen, 
& d'une mère Juive. Saint Paul le fit Évêqued'Ephcfe, 
où après avoir beaucoup fervi la Religion, il fut lapidé, 
parce qu'il s'oppofoit fortement au culte de Diane. 
La première , la féconde Épître zTimothée, font deux 
Epîtres de Saint Paul à ce faint Évêqut. La première 
fut écrite vers l'an 66 de Jéfus-Chrift, 35 ans après la 
Paflion , de Macédoine où étoit Saint Paul ; la féconde, 
cette année-là même , de Rome où le faint Apôtre étoit 
priionnier pour la féconde fois. 

TIMOTHÉENS. f. m. pi. Hérétiques appelés ainfi de Ti- 
motheus ^Lurus , qui s'éleva vers le milieu du cin- 
quième fiècle. Ils foutenoient que les deux natures de 
J. C. furent tellement mêlées dans le ventre de la 
Vierge , qu'ayant celle d'être ce qu'elles étoient aupa- 
ravant, il s'en fit une troifieme fubftance^ comme un 
corps mêlé & corapofé d'élemcns, qui dans le mélange 
perdent leurs noms & leurs formes. Ces hérétiques , 
après avoif quitté le nom de Timothéens , furent ap- 
pelées Momthélifes & Monophy fîtes, 

TIMPAN, 



TIM TIN 

TIMPAN , TIMPANISER. Voyei Tympan , Tympa- 

NISER. 

TIMPANITE. Voyei Tympanite. 

TIMPFEN. l. m. Monnoie de compte dont on fe fert à 
Coniglberg & à Dantzich pour tenir les livres des Mar- 
chands. Le Timpferij qu''on nomme auffi Florin Polo- 
nois, vaut 50 gros Polonois. 

TIMURIDE. r. m. Nom que l'on donne • la famille de 
Tamerlan. Timurides, Les Gingisicaniens furent dé- 
pouillés par les Timurides ; c'eft-à-dire, par Tamerlan , 
& fes delcendans , Tan 75 e. de l'Hégire. d'Herbelot. 
Les Timurides rognèrent dans la Tranfoxane julqu'en 
l'année 500. de l'Hégire , &:deJ.C. 1494. dans laquelle 
Scaibeck , Khan ^ fils de Boudak Sultan des Ufbeks , qui 
fe difoit être de la race de Gingiskan , chaflà les Timu- 
rides du Turkeftan & du Khoralan , les contraignit de 
s'enfuir aux hides , où ils fondèrent la dynaftie des 
Princes ou Empereurs qui y régnent aujourd'hui, & 
que nous appelons les grands Mogols , à caufe qu'ils 
font de la race Mogolienne ou Tartare. Id. 

T I N 

TIN. Nom de lieu. Tegna. On écrit auflî Tain. Aujour- 
d'hui on l'appelle en Latin Tinclam , mais mal. C'eft un 
bourg du Dauphiné , fur le bord du Rhône, vis-à-vis 
de Tournon, entre Vienne & Valence , de même que 
Beaucaire & Taralcon font vis-à-vis l'un de l'autre , 
féparés feulement par le Rhône, d'oii vient le pro- 
verbe , 

Entre Beaucaire & Tarafion , 
Ne repait brebis ne mouton , 
Non plus qu'entre Tin & Tournon. 
.Voyei Valois, Not, Gall.p. 546". 

TiN. f m. Terme de Marine, ou deCharpenteriedevaif- 
feaux. Chantier. Canterius. Les uns font de grodes 
pièces de bois , que l'on couche à terre , afin qu'elles 
foutiennent la quille, & les varangues d'un vaiflëau, 
quand on le met en chantier, & qu'on le conftruit. Il 
eft bon de mettre à terre une couche ou ht de bonnes 
planches de dix à douze pouces de large , ou plus , 
pour pofer les tins delTus , plutôt que lur la terre. Le 
plus gros des tins , qui tient le vaiilèau en balance , 
quand on le lance à l'eau, doit être pofé à une cin- 
quième partie de la longueur du vaillèau à prendre 
par derrière , & du talon de la quille. Les tins qui font 
derrière celui - ci , n'ont pas befoin de coins , parce 
qu'ils tombent d'eux-mêmes allez facilement •, mais il 
ne faut pas manquer d'en mettre à tous les tins qui 
font depuis le gros tin en avant. Aubin. 

TINA , TINE. Nom d'une petite ville de la Turquie , en 
Europe. Tinia, anciennement Tanona. Elle eft: dans 
la Bofnie , aux confins de la Dalmatie & de la Croatie , 
à huit lieues de Sebennico , vers le nord. Cette ville 
ek Épifcopale , Suftragante de Spalato. Elle porte quel- 
quefois le nom de la rivière de Chercha , Kerka , ou 
Kurka, fur laquelle elle eft fituée, & elle eft la même 
que plufieurs cartes appellent Chnin. Maty. 

TINAGOGO. f. m. Nom d'un Dieu des Indiens. Tina- 
gôgô , Tinagogus. Ce mot lignifie Dieu de mille Dieux. 
Tinagôgô avoit du temps de Fernand Mendez Pinto 
un temple magnifique dans le Royaume de Brama, 
près de la ville de Meydur. Ce temple étoit lîtué fur 
une petite colline ronde , qui avoit plus d'une demi- 
lieue de circuit-, tout autour elle étoit coupée à pic à la 
hauteur de quinze brades. Sur le tout s'élevoit une 
muraille de pierre de taille fort blanche , de la hauteut 
de trois brallës avec fon boulevart, fon foifé & fes 
tours._ En dedans il y avoit un tertre plein de la largeur 
d'un jet de pierre , qui tournoit autour , comme la 
muraille , & qui paroilfoit comme une allée : l'on y 
avoit pratiqué 160 Hôpitaux pour les pèlerins qui y 
venoient en très-grand nombre. Chacun de ces Hôpi- 
taux avoit plus de 300 chambres creufées en terre, 
mais très-propres & très-bien entendues. Les Pèlerins 
y venoient par bandes de deux ou trois mille quef 
Tome VIII. L Partie. 



. TIN 49 

quefois, avec leurs Capitaines & leurs Officiers -, & ces 
bandes fe diftinguoient par leurs couleurs, félon le 
Royaume ou le pays d'où ils venoient. De là jufqu'au 
haut de la montagne tout étoit plein d'arbres de cèdres, 
de cyprès , & de fontaines de très-bonne eau , qui ren- 
doient celieu fort agréable. Au haut delà montagne 
éloigné d'environ un quart de lieue, il y avoit vingt- 
quatre monaftères très - fomptueux & très - riches , 
douze d'hommes , & douze de femmes, dont chacun, 
ainli qu'on nous l'alfura , pouvoir tenir cinq cens per- 
fonnes. Au milieu de ces 24 monaftères étoit un jardin 
ou l'on montoit par trois degrés de bronze foutenus 
fur des arcades travaillées fort richement , & des co- 
lonnes avec leurs chapiteaux dores ^ & un grand nom- 
bre de petites clochettes que le vent & l'agitation de 
l'air tailoit continuellement fonner. Au haut de la 
montagne étoit l'idole Tinagôgô ^ÇHs fur un trône rond 
lambrifté , & tout couvert du haut en bas de plaques 
d'argent , avec une grande quantité de lampes de 
même matière. La ftatue monftrueufe de cette idole 
étoit debout , les deux mains levées au ciel -, elle avoit 
une couronne précieufe fur la tête. Il y avoit autour 
de Tinagôgô beaucoup d'autres petites idoles à geneux, 
& dans des attitudes de gens qui le regardoient ravis 
en admiration. En bas il y avoir douze ftatues gigan- 
tefques d'hommes,^ toutes de bronze & de 37 palmes 
de haut, mais extrêmement laides. On difoit que c'é- 
toit les douze mois de l'année. Dehors de cet édifice 
il y avoit cent quarante géants, qui dilpolés en double 
rang,renfermoientde tous côtés. Ils étoient de fonte, 
& ils tenoient des hallebardes en main , comme s'ils 
avoienr fait la garde autour de cet édifice. Entre ces 
géants il y avoir des cloches de métal pendues à des 
tirans de fer fort gros. Tour l'appareil de ce temple 
étoit majeftueux & infpiroit du refpecl. 

Pinto décrit fort longuement les fêtes qu'on célèbre 
en l'honneur du Dieu , le grand concours de monde 
qu'elles attirent à Meydur, les procefïïons qui s'y font, 
les cérémonies fingulieres qui s'y obfervenr. Rien n'é- 
chappe à l'Auteur auquel nous renvoyons le Ledeur. 

Le neuvième jour de la fête , dit-il , cette multi- 
tude ertroyable de peuples raftèmblés dans une vafte 
campagne fait un bruit terrible en criant à pleine tête, 
en frappant lur des tambours , des timbales , des chau- 
dières, en jouant des trompettes, en agitant des fiftres. 
En même temps on allume une infinité de cierges ,. de 
iorte que cette vafte campagne femble être route en 
feu. Laraifondece tintamarre aftreux qui dure depuis 
une heure après midi jufqu'au lendemain matin, eft 
que ce peuple s'imagine que le lërpent dévorant de 
la cuve profonde de la mailbn de fumée , ( c'eft ainlî 
qu'ils appellent Lucifer) vient en ce remps pour ravir 
les cendres de ceux qui le font facrifiés à la proceffion, 
afin que leurs âmes n'aillent point au Ciel -, pour les 
cierges , on les allume pour éclairer Tinagôgô , qui 
cherche le ferpent dévorant pour le tuer avec une épée 
qui lui vient du ciel. Cette nuit étant palïëe, la colline 
où eft le temple , paroît toute ornée de bannières 
blanches : à ce fpedacle le peuple fe jette par terre, 
& donne de grands figues de joie : on fe fair des pré- 
fens les uns aux autres , tout cela à caufe de l'aiTurance 
que les Prêtres donnent par ces fignaux de la défaite 
& de la mort du ferpent. Enfuite route cette multi- 
tude monte au temple , & va féliciter Tinagôgô de 
fa vidoire. Cette affluence dure trois jours & trois nuits i 
pendant tout ce temps le Temple & les ilfues ne défem- 
plillent point. Six chemins qui conduiibient au Temple, 
étoient pleins de balances ïulpendues à de gros tirans 
ou traverfes de bronze, quiportoientfur des murailles; 
là une infinité de gens le pefoient pour accomplir les 
vœux qu'ils avoienr faits dans leurs maladies ou dans 
les périls oii ils s'étoicnt trouvés , & pour la rémilîion 
des péchés qu'ils avoient commis depuis l'ulage de la 
raifon jufqu'alors , & pour lefquels on payoit félon la 
grandeur de la promelle , ou la griéveté du péché. 
Les Prêtres recevoient ce que l'on donnoit. Les pau- 
vres qui n'avoient rien à donner j oflroient leurs 
cheveux, Une centaine de Prêtres diipofés en certain 



^o 



TIN 



TIN 



lieu , fur des trépieds , avec des cifeaux en main les 
leurcoiipoient. D'autres Prêtres, au nombre de mille, 
•en failbient des cordons & d'autres ouvrages que le 
peuple achetoit, & qu'il emportoit chez loi comme 
des reliques. 

Pinto , qui alla au Temple de l'Idole, dit que ce 
n'étoit qu'une nef, mais fort longue ,_ lar^e & fpacieufe, 
fort bien entendue, fpleine d'une infinité de luminaires 
de cire & de chai-ideliers d'argent à dix ou douze bras 
chacun , & qu'il s'y briîloit un grand nombre de par- 
fums dift'érens. La ftatue de Tinagâgô étoit au milieu 
fur un riche trône fembiable à un autel, entouré d'un 
grand nombre de chandeliers d'argent. De jeunes en- 
fans vêtus de rouge, l'cncenfoir à la main , encenfoient 
au fon de pluiîeurs diflérentes fortes d'inftrumens de 
Mufique, que des Prêtres touchoient, & au fon del- 
quels danfoient auffi plufieurs femmes fort bien faites, 
&: richement vêtues , auxquelles le peuple donnoit les 
offrandes qu'il faifoit. Les Prêtres les recevoient des 
mains de ces femmes , & les otiroient à l'Idole avec de 
grandes démonftrations de refpeél , & beaucoup de 
cérémonies , fe jettant de temps en temps par terre à 
la renverfe. Quant à la ftatue de Tinagôgôj, c'étoit un 
monftre. Elle étoit d'argent , & avoit un vifage 
d'homme , d'une ftature gigantefque : 27 palmes de 
haut •, fes cheveux reflembloient à ceux d'un Ethio- 
pien. Son nez étoit tout-à-fait diftorme , les lèvres fort 
groiles, & tout le refte de fon vifage affez ridicule , & 
d'un air trifte & mélancolique. Il avoit en main une 
efpèce de hache d'armes , iemblable à la doloire d'un 
Tonnelier, mais plus longue parla tête. C'cfl: avec cette 
arme que les Prêtres diloient qu'il avoit tué le ferpent 
dévorant de l'Enfer la nuit précédente. Le ferpent long 
de huit bralïès, & gros comme un tonneau à l'endroit 
du cou , étoit étendu par terre au milieu du Temple, 
devant le trône de l'idole, & fi bien fait au naturel, 
qu'il faifoit peur -, le peuple, après avoir fait fa piiere 
à l'Idole , alloit percer le ferpent avec des poinçons de 
fer, en lui difant mille injures. De-là ils alloient jetter 
leurs aumônes ou offrandes dans de grandes cuvettes 
qui étoient près de l'Idole •, ces préfens confiftoient en 
or, en argent, en anneaux, en foie. Le Dieu, fes fêtes, 
les circonftances qui les accompagnent , les particulari- 
tés dont Pinto allure avoir été le témoin , tout , juf- 
qu'au lieu même de la fcène , paroît imaginaire. Le 
royaume de Brama & la ville de Meydur n'exiftent 
nulle part. Il eft: vrai que Baudrand met un royaume 
de ce nom dans l'Inde, au-delàdu Gange, avec une Ca- 
pitale de même nom , qu'on appelle autrement Carpa, 
îiir la rivière de Pegou. Ce royaume, dit-il, autrefois 
dépendant du Roi de Pegou , eft à-préfent au Roi d'A- 
va. Mais Baudrand fuivoit les cartes de MM. Samfon, 
qui, pour cette partie de l'Afie , lont dreflées , comme 
on fait , fur des relations fabuleufes. Les relations les 
plus récentes & les plus exaétes ne mettent entre les 
villes d'Ava & de Pegu qu'un peuple nommé les Bra- 
mas, aux extrémités des royaumes d'Ava & de Pegu. 
TINC. f. m. Vieux mot. Le lieu où l'on rend la Juftice. 

BoREL. Forum , Tudicum j'uhjellia. 
TINCHEBRAI. Petite ville de France, dans la BaiTe-Nor- 
mandie, Diocèfe de Bayeux , entre les villes de Vire, 
de Mortain, de Domfront & de Condé. En 1105 Ro 
bert, frère de Guillaume le Roux , Roi d'Angleterre , 
ayant perdu une bataille à Tiî/zc^e^raij tut fait prilonnier 
par fon frère, qui eut l'inhumanité de le priver de la 
vue, en lui failant mettre devant les yeux un bafiîn de 
cuivre tout ardent 5 & Robert en mourut dans la pri- 
fon. 
TINCO. Nom d'une ville de l'Inde de-là le Gange. 
Tincum. Elle eft fur la rivière de Ménan, au nord de 
la ville d'Ava , & elle eft capitale d'un Royaume qui 
dépendoit autrefois du Roi de Pégu. Maty. 
TINCZEN. Foj^î TÉNÉzoNE. 

TiNDARO. Nom d'une ancienne ville Épifcopale de Si- 
cile. Tyndarisj Tyndarium. Elle étoit fur la côte fep- 
tentrionale de la vallée de Démona , à deux lieues de 
Parti ,^ vêts le levant.^ Elle a été fubmergée par la mer, 
& il n'y refte plus qu'une Tour avec une Égljfe, qu'on 
liomme Santa-M^ria de Tindaro. Maty. 



TINE. f. f. Petit vailFeau en forme de cuve , dont on fc 
fert en plufieurs lieux pour porter les vendanges de la 
vigne à la maifon ou au preiloir. Cupula lignea. Cupa. 
Les tines de Sallenage font célèbres. Voye^ ce que nous 
en avons rapporté au mot Sassenage. Vbye\ encore 
Aymarus Falco , Antoniaiue hiftorice parte II. C. 2.5. 
Davity, T. V. & l'hiftoire des Couvens desObfervan- 
tins de la province de Bourgogne. Dans le petit Livre 
intitulé , Dionyjii Salvagnii BoeJJii Equitis , j'acri Con- 
fjiorii Conjiliarii Silvcs quatuor; la quatrième Sylve 
eft un Pol'me fur les Tines de Saflenage , précédée 
d'une elpèce de petite Dillêrtation Latine fur les Tines, 
intitulée , De Tinis Jive Cupis SaJJenagiis ; ce n'eft 
guère qu'une explication des mots Cupa Se Tina, 8c 
quelques remarques fur les deux illuftres maiions de 
Sallenage, l'ancienne, & celle d'aujourd'hui qui del- 
ccnd de l'ancienne par une femme. 

Ce mot vient du Latin tina , qui fignifioit un vaif- 
feau à vin , dont Varron a fait mention. Mén. 
TINH. Nom d'une île de l'Archipel, qu''on appeloit an- 
ciennement Tenos. M. deTournefort dit toujours Tiney 
& le fait mafculin, le Tine , en parlant de nos temps ■■, 
& Ténos , & Téniens, en parlant de l'Antiquité. Il faut 
l'imiter. L'île de Tine fut anciennement nommée Té- 
nos, lui vaut Etienne le Géographe, d'un certain re/zo^ 
qui la peuplale premier. Hérodote nous apprend qu'elle 
ht partie de l'Empire des Cyclades , que les Naxiotes 
poiléderent dans les premiers temps. Il eft parlé des 
Téniens parmi les peuples de Grèce, qui avoient fourni 
des troupes à la bataille de Platée. Tournefort, /. 
p. 3^6. Le bourg de San-Nicolo bâti fur les ruines de 
l'ancienne ville de Ténos , au lieu de port n'a qu'une 
méchante plage qui regarde le lud. Le Tine a 60 milles 
de tour, & s'étend du nord-nord-oueft au fud-fud-eft. 
Cette île eft pleine de montagnes pelées, mais la mieux 
cultivée de l'Archipel. Tous les fruits y font excellens, 
melons , figues , raifins : la vigne y vient admirable- 
ment bien. Id. La Forcereflè de Tine eft à une heure 
de chemin de San-Nicolo. Les figuiers de Tine font 
fort bas & fort touffus'-, les olives y viennent fort bienj 
mais il y en a peu , ik leur fruit n'eft deftiné que pour 
être lalé. Id. La foie fait aujourd'hui la richelle de 
Tine. Id. 
Tine. Fbjeij Tina. 

TINEL. 1. m. Eft une falle balTe où mangent les Officiers 
d'un Prince ou grand Seigneur. Il n'eft plus en ufage. 
Cœnaculum inferius. Autrefois on difoit que le Roi te- 
noit Ion TineL ou Cour Pleniere; qu'il avoit ailemblé 
les Princes & fon Tinel, lorfqu'il avoit convoqué plu- 
iîeurs grands Seigneurs, & qu'il leur donnoit à manger 
& à leur gens. Le mot de tinello eft encore en ufage 
en Italie. TineL fignifioit dans la Cour d'un Prince la 
falle du Commun, Cœnaculum, aula , atrium inferio- 
rum minifirorum Principis. Le Portier de l'Hôtel (des 
Dauphins) avoit cinq florins de gages -, il étoit chargé 
de nettoyer les cours & la lalle du Commun, appelée 
le Tin^l-., il avoit loin d'y mettre des bancs, deschaifes, 
& tous les meubles nécellaires, d'en prendre àlapour- 
rière lorfqu'il en manquoit -, il drelloit les tables , & 
rOfficier de Pannecerie mettoit le couvert. Au refte il 
ne lailloit entrer dans la falle aux heures du repas , que 
les Officiers qui avoient droit d'y manger, & nul autre 
n'y étoit reçu , fans un ordre exprès du Grand-Maître. 
M. LE Pr. deValbonn. Mém.pourl'Hiji. duDauphi- 
né,p.Zîo. On dit tinal en Languedoc, parce qu'on y 
tient ordinairement les tines ou tonneaux, dites peut- 
être de tignœ Se tignum. Borel. 

Trêve avecque l'honneur, je m'en vais, tout courant ^ 
Décider au Tinel un autre différend. Régnier, 

Tinel , ou TiNNEL, eft aufïî le fon d'une cloche du Pa« 
lais de nos Rois pour indiquer l'heure des repas que le 
Prince donnoit aux grands Seigneurs ou aux Officiers 
de fa maifon. 

Tinel , fignifioit auffi la Cour du Roi ou Prince , félon 
Froilfard. Borel. Aula Principis. Tenir tinel, ou af- 
femblée générale. Les Officiers du Palais, les gens de 
Cour , étoient appelés le find , d'uu 09m général. 



I 

Chron. Mf. deBertr. du Guescl. Il alla au Palais y 
tenir fon tinel , fa Cour. Chron. de Flandre. La 
Chronique de Pierre IV. Roi d'Arragon, parie du grand 
tinel de fon Palais que ce Prince rint à Barcelone. 
Tinel, Tineil, ou plallage. Vieux terme de Courr.me. 
Droit qui eft dû pour la place que Ton occupe dans le 
marché. Fby^ç les Coutumes Locales publiées par M. 
de Thomafiîère , p. 425. & 426. & la Coutume de 
Château-Neuf en Berri , Tit. II. Art. 6. Tinel s'eft dit 
encore en d'autre manière pour la place que chacun oc- 
cupe. Elle alla au Palais tenir fon tinel , & y fit Office 
Royal. Chron. de Fl^ndre.^ C. 57. Voye^ Ménage 
&le P. Labbe , p. 468. de fes Etymologies Françoifes. 
TINET. f. m. Terme de Marchand de vip. Gros bâton 
dont on fe fcrt pour porter les tines. Cupulœ yeclis. 
C'eft auflj une manière de joug dont on le fett pour 
de/cendre du vin dans la cave, lans le troubler. 
TINET. Terme de Boucher. Efpèce de machine dont fe 
fervent les Bouchers pour fufpendfe par les jambes de 
derrière les bœufs qu'ils ont aflômmés, vuidés, fouf- 
flés & écorchés. 
TINETTE, f f. Petit vaiflèau fait dç douves , & plus 
étroit par en bas que par en haut, qui fert d'ordinaire 
à mettre du beurre falé. Parva cupa. On fait grand 
trafic de tinettes de beurre en Hollande. On s'en feçt 
aufli dans les offices & cuifines pour y recevoir les 
égouts des fontaines , ou pour y laver plufieurs chofes. 
L'Ordonnance de 1639. lur les Gabelles, An. z6. dit: 
Ne pourront les Marchands faire amener aucuns beurres 
pour vendre , foit en pots , tinettes , batils , ou autres 
vaillèaux, où il y ait aucun /el net en nature, & per- 
mis de vifiter, fonder & fiufler lefdits pots, tinettes j 
barils , ou vailîeaux , &c. 
TINFE. f. f. Monnoie d'argent qui fe frappe en Pologne , 
& qui a cours fur les frontières des Etats du Grand- 
Seigneur , & de quelques autres Princes voifins. La 
iinfe vaut cinq gros d'Allemagne , ou i o fous de France 
^OTING. Ville de la Chine avec forterelFe , dans la 
province de Péking , au département de Chinting. 
Elle eft de 2. d. 16' plus occidentale que Péking , fous 
les 5 9. d. o. min. de lat. 
«O^TINGCHEU, Ville de la Chine, dans la province 
de Fokien où elle a le rang de fixieme métropole. Elle 
eft de o. d. 55' plus occidentale que Péking, fous les 
25. d. 40'. de lat. Elle a huit villes fous fa juiifdidion, 
Tincheu , Ninghoa, Xanghang , Vuping , Cinglieu, 
Lienching, Queihoa , Gungting. 
TINGENT , ente. part. adl. ou adjeâ:. Terme du grand 
Arr, qui marque une des perfections de l'Eiixir des 
Philofophes , qui , pour être accompli , doit être en 
poudre fondante , pénétrante & tingente au blanc , ou 
au rouge. Il vient du Latin Tingens. Dict. Hlrm. 
«O^TINGGAN. Ville de la Chine dans la province de 
Quantung , au département de Kiuncheu. Elle eft de 
6. d. 58' plus occidentale que Péking, lous les 15. d. 
zd'. de lat. 
eay TINGHAI. Ville de la Chine , dans la province de 
Chekiang. Ellef eft de 5. d. 18' plus orientale que Pé- 
king, fous les 50. d. o. min. de lat. 
«â" TINGHING. Ville de la Chine , dans la province de 
Péking , au département de Pafting. Elle eft d'un degré 
■51'plus occidentale que Péking, Ibusles jp. d. 42' de 
lat. 
jëG'TINGNAN. Ville de la Chine, dans la province de 
Kiangfi au département de Cancheu. Elle eft de 2. d. 

J\o plus occidentale que Péking, fous les 25. d. 20' de 
at. 
TINGOESES. Foyq.TuNGusi. 
«iï'TiNGPlEN. Ville de la Chine, dans la province 

d'Iunnan, au département de Cuhiung. Elle eft de 16, 

d. 9' plus occidentale que Péking, fous les 25. d. 18'. 

de lat. 
«S^TINGT'AO. Ville de la Chine , dans la ptovince de 

Xantung, au dépattement d'Yencheu. Elle eft d'und. 

20' plus occidentale que Péking, fous les 55. d. 50'. de 

lat. 
TINGUER. Terme de joueur. Faire bon au jeu , tenir 

jeu -, & au figuré , Tôper , confentir , foufcrire , être 

d'accord. Dici. Com. 



TIN 



n 



''5i>TlNGYVEN. Il y a deux villes de ce nom dans h 
Chine. L'une dans la province de Suchuen au départe* 
ment de Chunigking, de i i.d. 8' plus occidentafc que 
Péking. L'autre dans la province de Kiangnan, au dé- 
partement de Fungyang. 
«0>TINGYUEN. Ville de la Chine, dans la province 
de d'Iunnan, au département de Cuhiung. Elle eft de 
i5.d. 51' plus occidentale que Péking, fous les 25. d. 
23'. de lat. 
TINIA. Cap. Ce cap eft dans la Remanie. Thynias. Thy- 
nias promontorium. Il s'avance dans la mer Noire, au 
levant de Stagnara & de Gatopoli. Maty. 
TINIAN. Iflede l'Océan oriental, & l'une de celles qu'ott 
nomme les Illes Mariannes. 

TINIOT , OTE. f. m. & f. Qui eft de Tine. Tenius , a. 
M. de Tournefort dans fon Voyage , T. I. Lettre VII^. 
où il ^arle de l'île de Tine , appelle fes habirans Té- 
niens , quand il s'agit de l'antiquité , comme on le peut 
voit au mot Tine, & Tiniotes en parlant de ceux d'au- 
jourd'hui. Il a donné la figure des femmes Tiniotes. 
Elles portent des manches à boutonnières, qui le bou- 
tonnent par-deilôus le bras , & dentelles ne boutonnent 
que les derniers boutons vers le poignet. Elles ont un 
tabliet & un éventail en main. Les Tiniotes femmes 
des Bourgeois & Contadins , comme ils parlent, font 
. vêtues à la Vénitienne-, les autres ont un habit appto- 
chant de celui des Candiotes. 

TINKAL. f. m. Nom que les Indiens donnent au Borax 
brut. 

TINO. Voyei Topino. 

TIRELINTINTIN. Teime des plus bas & des plus popu- 
laires , pour exprimer le fon d'une petite cloche , d'une 
fonnette , d'un grelot , & le trinquement des verres. 
Les chanfons Bachiques parlent du tirelintintin des 
verres & du glou glou des bouteilles. 

TINTAMARRE, f. m. Bruit que font les Vignerons & 
Laboureurs en frappant lur leur marre pour fe donner 
quelque lignai. Marrce tinnitus. Pafquier dit que ce 
mot vient du bruit que font les Payians, quand ils font 
tinta fur leur marre, pour avertir ceux qui font éloi- 
gnés de quittet leur befogne, & que midi eft fonné ; 
car en quelques lieux , & fur-tout à Montpellier , ils 
quittent à midi. Il dit aulîî^ que Jean Duc de Berri fit 
un Règlement fut le travail des Vignerons & Payfans, 
qu'il limita depuis fix heures du matin jufqu'à fix heures 
du foir. Marre eft un inftrumenr de labour qui avoir 
le même nom chez les Latins. Tintamarre , fignfie tinte 
ta marre. On dit encore en plufieurs lieux , marrer les 
vignes, pour dire les labourer. Voye\ Pafquier, Re- 
cherches de France, L.VIII. C. 52. 

Cette expreffion a pafté dans le ftyle familier pour 
fignifier , clameur , un bruit confus , accompagné de 
delordre. Tiirba , clamorinconditus. Vous faites biep 
du tintamarre pour une bagatelle. Vous vous êtes bien 
gendarmée de ma déclaration d'amoui •, & votte vettu 
a fait bien du tintamarre. LeChev. d'H. Ils entendoient 
la nuit un horrible tintamarre ; ils fe fentoient tirer de 
leurs lits, & frapper duranr leur fommeil, fans voir 
néanmoins perfonne. Bouhours. 

TINT AMARRER, v. n. Faire du tintamarre. Il ne fait 
que tintamarrer toute la journée. Bon pour la place 
Mauberr. 

TINTEMENT, f. m. Aûion de la cloche qui tinte.' Tin- 
nitus. Le mot de tintement fignifie pioprement, le fon 
d'une cloche qui va toujours en diminuant , produit 
par un coup ifolé du battant qui ne frappe qu'un côtç 
de la cloche. _ , 

On appelle auflî tintement d'oreille, une maladie af- 
fez fréquente de l'oreille , qui confifte dans la percep- 
tion d'un btuit qui n'exifte pas réellement, ou du moins 
qui n'eft pas extérieur. Aurium tinnitus. Cette percep- 
tion eft caufée par le battement de quelque artère qui 
eft dans l'oreille ^ par l'inflammation & l'abcès de la 
caiffe & du labyrinthe, par des corps étrangers, par les 
commotions du crâne, par des coups reçus à l'oreille, 
& qui ont ébranlé l'organe immédiat de l'ouïe. Le 
mouvement extraordinaire & déréglé des efprits ani- 
maux caufe auffi le tintement , comme il arrive dans 
le délire, dans la phrénéfie , dans le vertige. Un des 

Ci] 



52 



TIN 



TIN TIP 



{îgnes diagnoftiqiies de la perte , efl: le tintement d'o- 
teille. Il pallbit chez les Payens pour être de mauvais 
augure. Le feul mauvais augure qu'il nous donne 
lorlqu'il efl: continu , c'efl: qu'il y a en nous quelque 
■caule de maladie. Car ce tintement efl occafionné, ou 
par quelque mouvement déréglé des efprirs animaux, 
ou par le battement extraordinaire de quelque artère 
qui efl: dans l'oreille. 

Il y a une autre efpcce de tintement ^ ou plutôt de 
bourdonnement, par lequel on appercoit un bruit vé- 
ritable, mais intérieur, par exemple lorfqu'on febouche 
les oreilles. Bruit produit par la comprelïïon ou par le 
frottement de la main. Voye\ Bourdonnement. 

TINTENAQUE , ou plutôt TINTENAC. f. m. Efpèce 
de cuivre qu'on tire de la Chine', c'efl; le meilleur de 
tous les cuivres que produifent les mines de ce vafl:e 
Empire ; auffi ne s'en apporte-t-il guère en Euj;ope , les 
Hollandois qui en font le plus grand commerce , le 
réfervant tout pour leur négoce d Orient , oii ils l'é- 
changent contre les plus riches marchandifes. Quel- 
ques-uns croient que c'efl: ce cuivre qui entre dans la 
compofition du fameux tombac. 

Tinter, v. a. sonner une cloche fans la mettre en 
branle, de manière que le battant ne la frappe que d'un 
côté & lentement, ^s Campanum pulfare ^ ferire. 
Après qu'on a lonné le fermon quelque temps en branle, 
'on le tinte pour avertir qu'on le va commencer. Ort 
rwre auffi les Meflès-, c'efl:-à-dire , qu'on /«/e la cloche 
pour avertir qu'on va les commencer. 

Ce mot vient de tintinnire & de tintinnabulum. 

Tinter efl: auffi neutre. On dit, la cloche tinte, pour 
dire , on tinte la cloche. Tinnire , tintinnire. On dit , 
que le kxxnon tinte , pour dire, que le tintement delà 
cloche avertit qu'il va commencer. 

Faire tinter un verre ^ lui faire rendre un fon fem- 
blable à celui d'une petite cloche. 

On dit y que les oreilles tintent à quelqu'un , tin- 
niunt aures y pour dire, que par un mouvement ex- 
traordinaire qui fe fait dans l'oreille, il entend un bruit 
pareil à celui d'une petite cloche. 

On dit proverbialement à quelqu'un à qui l'on veut 
faire entendre qu'on a beaucoup parlé de lui , les 
oreilles doivent vous avoir bien tinté. 

On dit figurément , mais dans le fl:yle familier feu- 
lement , fi vous avez befoin de moi , vous n'avez qu'à 
tinter: pour dire , faites connoître feulement votre 
volonté , donnez-en la moindre marque , je fuis prêt 
à l'exécuter. Si vous avez befoin d'argent, ma bourie 
efl: à votre fervice ■, vous n'avez qu'à tinter. 

Tinté, ée. part. 

TINTJN. f. m. Mot imaginé pour exprimer le bruit que 
font des verres , quand on les choque les uns contre 
les autres. Tinnitus. Tm///z efl: auffi imao;iné ,. dit Pal- 
Tjuier, Rech. L. VIII. C.6. pour exprimer des cloches 
quand elles fonnert à petit bruit, c'eft-à-dire, quand 
elles tinrent. 

TINTO. Rio Tento del Azige. Tintus , anciennement 
Iherus , Urium. Rivière de l'Andaloufie en Efpagne. 
Ellecoule au couchant du Guadalquivir, baigne Niébla, 
& fe décharge dans le golfe de Cadie, àGelves.MATY. 

TlNTOUlN. i. m. Battement d'oreille •,■ bruit fourd qu'on 
s'imagine enrcndre. Tinnitus aurium. Ils furent lalués 
du canon de fi près, qu'ils en eurent tout \e tintouin 
dans les oreilles plus de demi-heure après. Pélisson 
Il n'eft que familier. ^ 

Ce mot vient de tintin , qui repréfente le fon des 
cloches , qui a été formé de tintinnabulum j mot La- 
tin fignifiant cloche. Nicot a expliqué les lens Se les 
étymologies de ce mot. Tintouin efl:, dit-il, un nom 
imité du chiflement qui fe fait aux ventricules du cer- 
veau , & corniffanr par les oreilles , & vient de tinter-, 
auffi les Latins appellent tel tintouin ; tinnitus aurium^ 
tintement d'oreilles. Et parce que tel tintouin empêche 
'le repos de la perfonne, on Tufurpe auffi par méra- 
j)hore pour fouci rongeant , travail d'efprit & fatiga- 
tion de l'entendement. Cura coque ns , animumque ver- 
fans ac malè habens. Selon ce , on dit , il a bien des 
Jintouins en la tête. Gravibus curis divexatur. Cela lui 
» mir un ^t]si tintouin en la tête. Gravis ex eo cura eum 



incejfit. Liv. L. zj. Ou bien on le peut tirer de ce mot 
timinnum,^ qui fe lit au XX Vi^ Titre de la Loi Salique, 
qui efl: un vieux mot François latinifé , fignifiant la clo- 
chette ou fonnette qu'on pend au cou des chevaux & 
aumailles lâchées en pâture, pour aifémcnt les retrou- 
ver , laquelle en paiflant font-ils fonner fans celle , & 
à ce donne couleur ce que l'Italien dit , Avère martello 
in te fia _, Angi 6" divexari gravi cura , & , Dar mar- 
tello à alcuiii j Maie aliquem urere. Térent. Et ce que 
nous difons , il a un réveil-matin, pour dire, il a cui- 
fant fouci , qui lui ôte le long fommeil & repos , comme 
fi par dire, il a un tintouin à la tête, on difoit , il a une 
lonnétte d'un angoifleux penfement, quife ramentoit 
fans cefle. Illiufque gravis Jbllicitudo tintinnat; & Ca- 
tulle a dit : Auris tintinnat tintinnabulum ; l'Italien dit, 
tintinno ; pour le fon de telle petite fonnette. Tintina- 
culum. 

Ainfi le mot de tintouin dans le fens figuré , où il 
n'efl: auffi que du ftyle familier, fignifie inquiétude d'ej- 
prit qu'on a du/iiccès de quelque affaire. Le jugement 
de fon procès lui donne bien du tintouin. 

=8^ TINZEDA. Ville d'Afrique , dans la province de 
Darha, fur la rivière de ce nom, entre Darha &Te- 
zerin. 

TINZULIN. Ville d'Afrique daits la province de Darha , 
'fur la rivière de ce nom, à dix lieues de Taragale^ 
du côté du Septentrion. 

TIP 

TIPÉRARY , TIPPÉRARY. Comté dlrlande , dans la 
province de Munfl:er. Tiperarienjis Comitatus. Il a au 
couchant le Comté de Waterford , & au midi ceux de 
Korke, & de Limmériclc, le Shannon la lépare de la 
Connacie au couchant', & la Lagénie le borne au nord. 
Ce Comté peut avoir vingt lieues de longueur, & 
douze de largeur moyenne. Sa partie feptentrionale , 
qui comprend le Duché d'Ormond, efl: mal peuplée, 
& peu fertile ■■, la méridionale l'eft: beaucoup davan- 
tage. Ses lieux principaux font Cafnel qui pafle pour 
la capitale". Tipérary , qui donne ^ le nom au Comté, 
Carrick , Clonmel , Fethard & Emelez. On nomme 
quelquefois ce pays le Comté de Sainte- Croix. Maty. 
TIPHAINE. f. f. Vieux mot. LuTiphaine , c'efl: ainfi que 
de Théophania on appeloit autrefois en France la fêre 
de l'Epiphanie. Chastelain. Théophanie efl: un mot 
Grec qui lignifie Apparition de Dieu ^ manifejîation de 
Dieu , de Bsor , Dieu , & oa'yw, ]e parois. Le jour de 
la Tiphaine ,^ ou Théophanie, que nous nommons au- 
jourd'hui l'Epiphanie, efl: la fête des Rois, jour au- 
quel Jéfus-Chrift fe manifefl:a aux Gentils. 

On a dit auffi Teffaigne, 8c Tifaine , ou mois de 
Janvier après la Tip/ianie. Alain Chartier. Du 
Chelne_ remarque très-bien fur ce mot, à la page 845 , 
que d'Epiphanie , on a fait Tiphaine. De Lauriére. 
La remarque efl: fauflè; c'efl: de Théophanie j qu'on a 
fait Tiphaine, comme M. de Laurière l'a vu lui-même. 
Vbyei encore Borel. 

Ce mot vient donc de Oso?, Dieu, 8c cpet/Va, je ma- 
nifefie , & fignifie la Manifejîation de Dieu. On l'a 
donné à la fête de l'Epiphanie , parce que c'eft en ce 
jour que Jéfus-Chrifl: ië manifefl-a aux Genrils, & non 
point, comme dit Ifidore, parce que l'étoile apparut. 
D'autres difent que c'efl: parce qu'en ce jour on célé- 
broit la fête du Baptême de Jéiiis-Chrifl: , oii il fut ma- 
nifefl:é par la voix du Père qui fe fit entendre, &par 
le Saint-Efprit qui delcendir fur lui en forme de co- 
lombe. Enfin d'autres prétendent que c'eft à la Nativi- 
té qu'on donna ce nom dans l'Eglile Grecque ou on la 
célébroit le 6^ Janvier •, qu'cnfiiite au IV^ fiècle cette 
Lglife ayant pris l'ufage de celle de Rome de célébrer 
la Nativité le 25"= Décembre , comme S. Jean Chry- 
foftôme le marque dans une Homélie, le nom de 
Théophanie refta au 6^ de Janvier. ^ 

Le P. Petau dans fes Notes fur S. Epiphane, dit que 
Théophiled'Alexandrieenfeigne qu'il étoit défendu de 
jeûner les Dimanches ; cepefidant que quand la Théo- 
phanie , qui étoit un jour de jeûne , tomboir le Di- 
manche, il falloir jeûner. Si ce «10: répondoit à la fêt© 



TIP TIQ TIR 

de la Nativité , comme qiieiques-uns le piéiendent, 
notre pratique aiiroit bien changé, pnilqu'aujourd'hiii, 
bien loin de jeûner le jour de la Nativité , lorlqu'eile 
arrive le Dimanche, au contraire lorlqu'eile arrive un 
Vendredi ou un Samedi , qui font des jours d'ablh- 
nence , on s'en dilpenle , & l'on mange gtas. 

TIPHER. Vieux mot. Fbye^TiFFER. 

TIPHON , ou TYPHON. 1". m. Terme de Marine. Orage 
dans lequel l^eau de la mer s'élève en manière de co- 
lonne à la hauteur de cent bralFes, & tournoie fpirale- 
ment par la largeur de quinze ou vingt pieds de dia- 
mètre, comme l'i c'étoic par un fîphon ou une vis d'Ar- 
chimède. On ne voit d'abord paroître en mer qu'une 
petite nuée de la grofleur à peu près du poing. Elle 
vient du coté du lud au cap de Bonne Eipérance, aux 
côtes de Barbarie, & aux plages orien raies de l'Amé- 
rique. Les Mariniers l'appellent Dragon ou grain de 
vent •, les Lévaniftes , Tiphoii ou Siphon i & ceux qui 
navigent à l'Amérique, Puchot. On l'appelle encore 
Pompes de mer. Du temps de Pline les matelots ver- 
foient du vinaigre , pour appaifer ce tourbillon quand 
il approchoit; prélentement ils croient le repouiier en 
ferraillant , & en elcrimant fur le tillac avec grand 
bruit. Aubin, Typho j Sipho. 

TIPRA. Royaume des Indes j dans les Etats du Roi d'Ava. 
Il efl: traverfé dans fa largeur par le tropique du Can- 
cer, & dans fa longueur par la rivière d Aracan. Borné 
au nord par le Royaume d'Afem ou d'Acham , à l'o- 
rient par le Royaume d'Olul, au midi par le Royaume 
d'Aracan , à l'occident par celui de Bengale. Sa capi- 
tale s'appelle Marbagan. 

«:3"TIPUL. (. m. Nom que les habitans des îles Philip- 
pines donnent à une eipcce de Grue , qui ell: d'une li 
grande taille, que quand elle fe tient droite, elle efl 
plus haute qu'un homme de la taille ordinaire. 

TIPULE. f f. Efpèce de mouche aquatique qui rcilemble 
à une araignée. Tipula. Elle a iix pieds ou fix jambes 
longues qu'elle étend fur l'eau , où elle marche lans 
enfoncer. Son corps eft de figure ovale , de couleur 
blanchâtre, fesaîlesfont argentées. Ses yeux ibnt noirs, 
fa queue eft pointue. Cette mouche appliquée extérieu- 
rement eft réfolutive. Ces mouches, dit M. de Réau- 
mur , rellemblent adez aux confins par la forme du 
corps ; mais elles font moins nuifibles, parce qu'elles 
n'ont point de trompes. Voyei M. de Réaumur, 5^^ 
vol. de fes Mém. pour fervir à 1 hiftoire des Inleétes. 
Les Encyclopédiftes font ce mot du genre mafculin. 

T I Q 

TIQUE, f. f. Infede noirâtre qui s'attache particulière- 
ment aux oreilles des chiens & des beftiaux, & les 
tourmente beaucoup. Ridnus. Cetinfede afîx pattes, 
& fa tête eft terminée par un bec pointu & court. Il a 
la peau fort dure. Quand la tique eft gorgée de fang , 
elle crevé. Quelques-uns l'appellent T^c, Tique t j ou 
Louvette. 

TIQUER. V. n. qui fe dit feulement du cheval qui a le 
tic. Dentibus inniti prœfepi. Ce cheval tique. 

TIQUETÉ, ÉE. adj. m. &f. Marqueté, tacheté, marqué, 
taché de plufîeurs petites taches ou ir.arques. DijUnc- 
tus,Jzgnatus. Le coloris de la poire appelée lefchailè- 
rie , fur l'arbre eft verdâtre, tiqueté. La Quint. P.III. 
p. zgz. Œillet tiqueté. 

TIQUEUR. f m. Cheval qui a le tic. Equus qui dentibus 
innititurprœj'epi. Un cheval tiqueur fe remplit de vents. 

TIQUMIT. f. m. Terme de Calendrier. Nom du qua- 
trième mois des Abylïïns , félon Mégifer. Il répond au 
mois d'Avril. Fabricius , Menolog. §. civ. 

T I R 

TIR. f. m. Terme de guerre. La ligne fuivant laquelle 
on tire un canon , un moufquet. Linea explofionis. Le 
flanc fichant a cet avantage fur le flanc râlant , que fes 
tirs font droits , & font plus d'effet que les obliques. 
Les Canoniers difent qu'ils ont fait un tir excellent , 
pour dire un excellenr coup. Il vieillit. Jl fcmble qu'on 
«Jit plus communément jet. 



TIR 53 

Tir, ou Ter, ou Thir. f m. Terme de Calendrier. Tir, 
Tliir. C'cft le nom du cinquième mois des Éthiopiens. 
Il répond au mois de Janvier. Vd§iei le Calendrier de 
ces peuples publié par Ludolf daiis (on Hiftoire Éthio- 
piqiic , p. 3 i9.*Kirker Frodroin. Coptic. ik le P.Riccioli, 
dans la Chronologie réformée, p. 3 5.& 5/. 

TIRADE, f f. Terme de Muiique. C'eft la liaifon d'une 
lettre avec une, ou plufîeurs autres , qu'il ne faut que 
battre ou pincer une fois,, & tirer les autres lettres de 
la main gauche. Ducium vel traclunicontinuare. Faire' 
une tirade. 

Les Italiens appellent une //raJ^ en général, toutes 
CCS fuites de plufîeurs notes de même figure ou va- 
leur, qui fe luivent par degrés conjoints , tanten mon- 
tant qu'en defcendant ; ainlî ils difent des tiradjes de 
femi- minimes , ou demi-minimes, une tirade de notes 
liées j ou fyncopées -, mais ce terme fe prend plus par- 
ticulièrement pour une fuite de pluficurs croches ou 
doubles croches , qui fe fait, 1°, par degrés conjoints; 
2° , tant en montant qu'en defcendant ; 5'', devant la 
première defquelles il y a prefque toujours un demi- 
foupir, ou un quart de foupir; 4", qui fe termine or- 
dinairement paf une note de plus grande valeur. Q)\\ 
en diftingue de quatre fortes: 1°, la demi-tirade que 
les Italiens appellent Tirata mena. Elle eft compofée 
au plus de trois ou quatre demi-croches qui vont ga- 
gner une note qui efî une 4^ ou une 5= au-deflus, ou 
au-dellous de la première i 2", h tirade défedueufe , 
qui eft celle dont les notes pallènt à la vérité la 5e , mais 
ne vont pas jufqu'à Todave -, 3", la tirade parfaite, 
ainfi appelée, parce qu'elle eft proprement la véritable 
tirade. Elle fe fait lorfque depuis la première noce juf- 
qu à la dernière on parcourr tous les degrés de l'oc- 
tave ; 4", la tirade augmentée, ou excédente qui eft 
lorfqu'on palîe les bornes de l'odave pour aller à une 
3"^, une 4*=, ou même une 5^ au-dellus ou au-dellous de 
1 odave. Il y en a qui nomment autrement les tirades, 
des roulade^, ou des roulemens, mais barbarement & 
fort impropremenr. Brossard. 

Tirade, fe dit aufli d'une longue fuite de patoles. On 
le dit particulièrement de quelques endroits f uivis d'un 
ouvrage en profe ou en vers , qui font fur le même 
fujet. Il nous récita une tirade de fon poëmc. Il y a 
de belles tirades dans cet ouvrage. Ce qu'on appelle 
tirade , n'eft louvent qu'une pièce de rapport bien ou 
mal plaquée dans un ouvrage de marqueterie. Dans 
cette acception, on dit une rira^e d'injures, une tirade. 
de fortifes. 

On dit adverbialement ; Tout àîunç tirade; pour 
dire, tout d'une fuite, fans s'arrêter. Unotraclu ,uno 
Jpiritu , uno tenore. Il nous a dit une centaine de vers 
tout d'une tirade. 

TIRAGE, f m. L'adion de tirer. Il y a fur les ports des 
chevaux deftinés & tout prêts pour le tirage des bat- 
teaux. Traâus. Il a tant coûté pour le tirage de ce 
train de bois flotté. 

Tirage. C'efl: l'adion de tirer au fort les billets pour la 
Milice , ou pour la Lotterie. Le tirage, de la Lotterie 
fe fera tel jour. 

Tirage. Terme de Tireur d'or. C'eft l'adion de faire 
palier l'or ou de l'argent par la filière. 

Tirage , dans les Imprimeries de livres ou de tailles- 
douces, fignifie, l'im.preffion de chaque forme ou de 
chaque planche. 

Tirage. Terme de rivière. C'eft encore ce que d'autre^ 
appellent trait, c'eft-à-dire, l'efpace qui doit refter li- 
bre lur le bord des rivières pour le palîàge des chevaux 
qui tirent les bateSux. 

TIRAILLEMENT. Terme de Médecine. Dans l'écono- 
mie animale , c'eft une efpèce de mouvement convul- 
fif d'unmufcle, d'un nerf, de quelque partie du corps-, 
une fenfation importune excitée dans quelque partie, 
par quelque mouvement irrégulier, qui fait que cette 
partie eft comme tiraillée, tirée ça & là à diveries re- 
prifes. Succujfus. Tiraillement d'eftomac , d'en- 
trailles, &c. Toutes les fois que le ventricule fera fore 
tendu par des vents, le nerf ou plexus cardiaque qu'il 
a à fon orifice , doir fouflrir une contraction , qui fe 
continuant juiqu'au caur, y fera un tiraillement, qui 



Î4 



TIR 



TIR 



fclon qu'il fera plus léger ou plus violent ,^ fera tantôt 
une (impie intermittence de pouls, & tantôt une véri- 
table palpitation de cœur. MÉMOIRES de Trévoux. 

Tiraillement, dlTis l'ufage ordinaire. Ebranlement, 
lecoude , agitation. Il y a fur toute la toile de l'arai- 
gnée plulieurs fils qui viennent rayonner de toute part 
au centre oii elle le retire, & où elle attend. Le ii- 
raillement d'un de ces fils retentit jufqu'à elle : elle eft 
avertie qu'il y a du gibier , & elle eft auffi-tôt dellus. 
Spectacle de la nature, tom. i. %' édit. p. 209. 

Tiraillement, en termes de guerre. Feu de moufque- 
terie qui n'eft pas vif ni foutenu. Fbjq Tirailler. 
On trouve Tirerie dans le même fens. L'ufage de ti- 
railler quand on va à la charge , eft le comble de la 
misère -, la tirerie fait plus de bruit -que de mal , & fait 
toujours battre ceux qui s'en fervent. M. le Mar. de 
Saxe. 

TIRAILLER, v, a. & fréquentatif. Tirer deçà &. delà , 
tirer à diverfes reprifes , avec violence ou importunité. 
Diftrahere , in varia trahere. Les écoliers fe déchirent 
tous leurs habits à ferce de fe tirailler. Il vaut mieux 
fuivre un Sergent dans la prifon , que de fe laiflèr ti- 
railler. On ne fait que me tirailler depuis deux heures. 

Tirailler fe dit figurément pour marquer feulement 
une importunité fréquente. Il s'eft bien fait tirailler 
pour confentir à ce qu'on vouloir de lui. 

Il eft auffi neutre, & fîgnifie. Tirer d'une arme à 
feu , mal & fouvent. Il y a longtemps qu'ils ne font 
({ue tirailler. Il eft du ftyle familier. Acad. Fr, 

Tirailler fe dit à la guerre , en parlant d'un feu de 
iTioufqueterie foible, peu animé, qui n'eft pas réglé, 
ni foutenu. On le dit de même en fait d'efcarmouches. 
Le hu ne fut pas vif i on ne fit prefque que tirailler. 
Un détachement des alliés palle de temps en temps la 
Meufe pour venir tirailler avec nos troupes légères. 

Tirailler, v. n. Terme de Banquier : C'eft tirer conti 
nuellement des Lettres de Change fur quelqu'un. Ce 
mot n'a lieu que lorfque l'on parle de qiielqu'un qui 
tire trop fouvent, & qui ne le fait que fur le crédit 
que l'on veut bien lui donner. On dit , Un tel ne fait 
que tirailler. 

«:> TIRAILLÉ, ÉE. part. 

TIRAILLEUR, f m. Celui qui tiraille. Il ne fe dit que 
des Chaflèurs qui tirent mal , ou des Soldats qui tirent 
en défordre. 

TIRAN. TIRANNISER. Voye^ Tyran. Tyranniser. 

TIRANCE. f, f. Pieux de tirance , Pieux inventés pour 
traîner des cordages fur le fond de la mer. Ces Pieux 
font armés à leur extrémité de deux pointes , entre 
lefquelles eft un rouleau tournant fur fon effieu, & 
portent à leur tête une poulie de retour. Hifl. de l'A- 
cad. des Sciences ly^z.p. i^G. 

TIRANO. Nom d'une ville des Grifons, fituée furl'Adda 
Gii elle a un port , à dix lieues de Chiaverine , vers le 
levant. Tiranum. Tirana eft capitale d'un des trois 
Quartiers de la Valteline. Maty. C'eft- à -dire , du 
gouvernement de Tirana , qui eft de la dépendance 
des Grifons. 

TIRANT, ANTE. adj. Qui tire. Il n'eft pas en ufage au 
propre. 

Au figuré on le dir familièrement d'un homme qui 
aime l'argent , attaché à fes intérêts. Lucri avidus , cu- 
pientijfimus . Ce Procureur eft fort tirant. 

TIRANT, f m. Qui fe dit des cordons qui fervent à tirer. 
On ne le dit guère que des tirans de bottes, ou des ti- 
rans d'une bourfe, qui fervent à l'ouvrir, ou à la fer- 
mer. Funiculus duclilis , lorum ductile. 

On appelle auffi tirant, un bouron qui tient attachée 
la queue d'un violon , d'une baftê , &c. au corps de 
l'inftrument. 

Tirant , fe dit encore d'une portion de nerf de couleur 
jaunâtre, qui fe trouve dans la viande de boucherie. 
AcAD. Fr. Ce morceau eft plein de tirans. Cartilage. 

Tirant , en termes de Charpenterie, eft la pièce de bois 
qui eft la principale d'une ferme de charpente , qui fert 
à la fermer ou à la tenir en état •, car elle aboutit des 
deux côtés aux jambes de force , dans lefquelles elle 
eft enclavée , & elle eft quelquefois foutenue au mi- 
lieu par le poinçon. On l'appelle aufîi entrait. Tirant 



eft une poutre ou pièce de bois qui traverfe d'une mu- 
raille h une aurre , & fur laquelle lont polées les forces, 
qu'elles empêchent de s'écarter. La pièce de bois, qui 
pofe toute droite au milieu, &: au-dclliis du tirant, le 
nomme poinçon. Félibien. L'on nomme aulïï quel- 
quefois tirant, les entrais. Id. Un tirant eft une longue 
pièce de bois de toute la largeur d'un lieu , qui arrêtée 
dans fes extrémités par des ancres , fert fous une ferme 
de comble , pour empêcher l'écartement , aufîî-bien 
que celui des murs qui la portent. Il y a de ces tirans 
dans les vieilles Egliles, qui font chanfrcinés ce à huit 
pans , & qui font alfemblés avec le même entrait du 
comble par une éguille ou un poinçon. Tranjîrum, ie- 
lon Virruve. Daviler. Du Cange dit que dans la baffe 
Latinité on appelle ces pièces tiranni. 

Tirant, en Serrurerie, fe dit d'une pièce de fer qui tient 
une barre de fer, qu'on appelle ancre , & qui eft atta- 
chée fur une poutre , ou fcellée contre la muraille de 
quelque mailon. Trahis ac mûri retinaculum ferreum. 
Sceller le tirant dans un mur. Le tirant de fer eft une 
grollè & longue baire de fer, avec un œil ou trou au 
bout , dans lequel pafte une ancre , laquelle fert pour 
empêcher l'écartement d'une voûte , & pour retenir 
un mur, ou une louche de cheminée, &c. Catena , 
félon Vitruve. Daviler. 

Tirant, eft auffi le nom qu'on donne aux cordons qui 
font des deux cotés de la cailfè d'un tambour, qui 
fervent à en bander ou lâcher les peaux. 

Tirant , le dit auflî d'un petit morceau de parchemin 
long, qu'on mouille , &: qu'on tortille pour faire des 
manières de petits cordons, qui fervent à attacher les 
papiers chez les Procureurs , les Notaires , &c. Perga- 
inena ligula. 

Tirans , chez les Rubanniers. On appelle ainfi les 
ficelles attachées aux lames pour faire agir celles qui 
montent, & partent fur les poulies du châtelet, pour 
fufpendre & faire agir les hautes-lilles. 

Tirant, en termes de Marine , eft la quantité des pieds 
d eau qui font nécellàires pour mettre un navire à flot. 
Aquce altitude , profunditas. Le tirant de l'Amiral étoit 
de tant de pieds d'eau. Le tirant de l'eau de ces deux 
vaiflèaux n'eft pas égal. Le tirant de l'eau d'un vaiileau 
fe mefure à l'avant & à l'arriére, à prendre par le def- 
fous de la quille. Aubin. 

TIRASSE, f f. Grand filet de Chafleur qu'on traîne par 
la campagne , qui fert à prendre du menu gibier , 
comme cailles, perdrix, &c. Rete yenatorium duel de. 

TIRASSER. V. a. Terme de ChafTe. Chafler à la tiralTe , 
prendre à la tiraflé. Ils font allés tirajfer des cailles, ti- 
rajfer des aloflettes. Il fe dit auffi abfolument. Ils s'a- 
mufent à tirajfer. Il s'emploie encore au neutre. Ti- 
rajfer aux cailles , tirajjer aux alouettes. Acad. Fr. 

TIRE. f. f. Traite de chemin faite fans fe repofer. Iter 
una & continuato duclu confeclum. Il n'a guère d'u- 
fage que dans cette phrafe : Voler à fw-d'aîle, voler 
très-rapidement. Prcepete pennd. 

Dans le ftyle familier , on dir , tout d'une tire , pour . 
dire, fans difcontinuer, tout d'une haleine. Il a fait cet 
ouvrage tout d'une tire. 

Je ne penjois pas en tant dire 

Sur le champ & tout d'une tire. Sar. 

Tire , en termes de Blafon , fe dit des traits ou rangées - 
de vair dont on fe fert pour diftinguer le beftroij le 
vair & le menu vair. Duclus. Le beffroi eft compofé 
de trois tires , le vair de quatre , & le menu vair de 
fix. Quand un chef ou une fafce font vairés , il faut 
fpécifier de combien de tires ou de rangs. 

TiRE-Du-VENT, cu termes de Marine, le dit pour mar- 
quer la force qu'a le vent , Jorfqu'un vaiflèau eft à 
l'ancre , de faire roidir & travailler fon cable. Aubin. 

Tire, en termes de Menuiferie, fe dit pour Sergent. 
Vbye'{ ce mot. 

Tire; Terme en ufage dans le commerce des toiles. On 
appelle une tire de lîx coupons de baptifte, fix coupons 
de cette efpèce de toile attachés l'un à l'autre , eniorte 
qu'ils compofent comme une pièce cptiere. 



TIR 



T'jRE, seftdit autrefois en vers pouf ton ire, ta colère 
Ira tua. 

Je ne crains pas foudre tant , 

Com craint t'ire de ton content. Borei,; 

TIRE-BALE. f. m, Inftrument de Chirurgie fait en ma- 
nière de villebrequin avec une pointe en vis, dont on 
le fert pour percer une balle demeurée dans le corps 
d'un homme , quand elle eft appuyée contre une partie 
' foiide , & à la tirer enfuite. Strombulcus. Il y a des tire- 
balles de pluiieurs efpèces ; le premier eft un dilatoire 
qui fert à deux lins , i", à dilater, & élargir la plaie, 
tant pour voir ce qui eft au fond , que pour donner 
lieu à quelque autre inftrument de prendre &: de faire 
fortir le corps étranger , avec plus de facilité •, i°, à 
fervir lui-même de tire-balle; car il la peut prendre, 
la ferrer, & la conduire dehors fans le fecours d'aucun 
autre inftrument : avec cette diftérence qu'aux autres 
tire-balles , il faut ferrer les deux branches qui font 
hors de la plaie , & qu'à celui-ci il faut les écarter. 

DiONIS. 

Le fécond eft un tire-balle à cuillère , ainfi appelé , 
parce qu'il en a la figure. Cet inftrument a un manche 
afin de le tenir avec plus de fermeté ■, il eft long pour 
aller jufqu'au corps étranger, & ayant fait entrer la 
balle dans fa cavité , qui eft un peu recourbée, on la 
conduit dehors , en lui faifant faire ce chemin fans trop 
fe preffer. Id. 

Le troifieme eft le tire-balle à anneau , qui a ce nom, 
parce que le bout qui va chercher la balle , eft rond & 
fait connue un anneau : c'eft lui qui embraflb la balle, 
& qui quand on la retire, l'amené dehors avec la même 
facilité qu'elle y eft entrée. Id. 

Le quatrième eft un tire-balle à crochet moufle, qui 
iayant accroché la balle , la conduit dehors •, il eft long 
pour aller jufqu'à la balle, & emmanché pour s'en fer- 
vir avec plus de commodité. Id. 

Le cinquième eft im tire-balle à crochet fendu , dont 
les pointes font moufles pour ne point blellèr de par- 
ties -, il peut fervir pour tirer & accrocher les morceaux 
de la chemife , ou de vêtement que les balles font 
prefque toujours entrer avec elles jufqu'au fond des 
plaies. Id. 

Scultet donne auflî dans fa XVe Planche , fig. Xll. 
Xlll. & XIV. la figure d'un tire-balle à cuillère , mais 
compofé de deux parties, lavoir, d'une canule, &d'un 
ftilet foiide, qui fe termine par un de fes bouts en deux 
cuillers dont les bords lont tranchans, pour mieux rece- 
voir la balle. L'autre bout a un nœud & un manche j 
& ce tire-balle , dit-il , fait le même etîet que celui 
d'Alfonfe. 

Le tire-balle appelé Alphonfin , du nom de fon Au- 
teur Alphonfe Ferrier Médecin de Naples , confîfte en 
une verge de fer longue de dix-huit pouces ou envi- 
ron , qui fe partage, après avoir laifle un bout de cinq 
à lîx pouces pour lervir de manche, en trois branches 
qui fe peuvent rejoindre par le moyen d'un anneau 
coulant , en le poulfant en avant , & qui s'ouvrent en 
retirant le même anneau \ la partie intérieure de ces 
branches eft cave & garnie de dents qui regardent 
vers la baie , pour mieux faifir les balles , & leur face 
externe eft polie pour ne point bleflèr les chairs. On 
peut le faire plus long ou plus court , fuivant la pro- 
fondeur de la plaie. Sa grolTcur eft celle d'une balle 
d'Arquebufe. Trad. de Scultet. 

TIREBORD. f. m. Terme de Marine. Sorte de grand 
tirefond, donr on fe fert pour tirer le bordage d'un 
vaiflèau quand il eft enfoncé. 

TIRE-BOTTE, f. m. Terme de Cordonnier. Petits bâ- 
tons qui fervent à chaufler des bottes. Mais on appelle 
Tire-botte une petite planche élevée d'un côté , qui a 
une entaille proportionnée au talon d'une botte , pour 
fe débotter tout feul. 

On appelle encore Tire-botte , un tiflli de fil ou de 
foie , qu'on attache aux deux côtés d'une botte , pour 
la chaufler plus facilement. 

Tire-Botte. Terme de Tapifîier. On appelle Tire-^o/fe , 
de gros galons de fil, dont les Tapifliers fe fervent 



TIR 



îî" 



pour border les étoffes qu'ils emploient en meubles. 

ACAD. Fr. 

TIRE-BOUCHON, f. m. Sorte de vis de fer ou d'acier, 

qui tient à un anneau , & dont on fe fert pour tirer 
les bouchons des bouteilles. La manière dont on bou- 
che maintenant les bouteilles , fait aflèz connoître la 
neceffité d'avoir des Tire-bouchons : auflî tous les An- 
glois en font très - bien pourvus , & en ont de fort 
propres Se de très-bien travaillés. La bar. 

TÎRE-BOUCLER. f m. Terme de Charpenterie. Il y 
a des lieux où les Charpentiers appellent ainfi ces ou- 
tils , qui leur fervent pour dégauchir le dedans des 
mortoifes. Félibien. 

TIRE-BOURE. f. m. Terme d'Arquebufier. Eft un 
inftrument qui fert à décharger une arme à feu fans là 
tirer. Strombulcus. Il eft fait d'un fil d'archal pointu, 
ou^ d'une autre efpèce de fer tortillé en forme de vis , 
qu'on attache au bout d'une baguette. Sur la mer on 
appelle tire-foin, un femblable inftrument gros à pro- 
portion , qui fert à décharger le canon. 

Le Tire-bourre, chez les Bourreliers , eft une efpèce 
de crochet dont ils fe fervent pour arranger la bourre 
des pièces qu'ils veulent rembourrer. 

TIRE-BOUTON, f. m. Terme de Tailleur. Eft un outil 
de Tailleur ayant un crochet au bout , qui lui fert 
à boutonner les habits la première fois qu'on les met. 
Uncus globulorum in ofcilla infertorius. 

TIRE-CLOU. f. m. Terme de Couvreur. Eft un outil 
qui fert à attacher des clous. Maleus bifidus. Il eft de 
fer , plat & dentelé des deux côtés , en foime de 
crémaillère -, le manche eft coudé carrément en-def-' 
fus. Les couvreurs s'en fervent lorfqu'ils travaiOent 
des toits couverts d'ardoifes pour arracher les clous -, 
car paflant cet outil entre deux ardoifes , fes dents 
ptennent & accrochent les clous , & en frappant du 
marteau fur le manche du Tire-clou , les Couvreurs 
attirent les doux à eux. 

TIRE-D'AILE, f. m. Ce mot fe dit en parlant d'oifeaux, 
lignifie le battement d'ailes prompt & vigoureux que 
fait un oifeau quand il vole vite. Unus ^ idem duàus 
alarumj vel continuus alarumtracius. La Corneille eiî 
deux tire-d'aile ek au-deflRis des oifeaux. 

A TIRE- d'aile. Sorte d'adverbe ufité dans la Faucon- 
nerie. Volera tire-d'aile -, pour dire , Vigoureufement. 
Uno alarum duclu , traclu , primove impetu. 

TIRE-FIENT. f m. Terme d'Agriculture. Inftrument 
de Laboureur , efpèce de fourche propre à tirer du fa- 
mier, &: dont les dents , qui font de fer, au lieu d'être 
emmanchées droites , font renverfées & courbées un 
peu : au bout d'en haut de ces deux dents eft un douille 
dans laquelle on met un manche de trois pieds de lon- 
gueur , & gros de trois pouces de tour. Liger. En 
plufieurs endroits les dents font beaucoup recourbées, 
en forte qu'elles font une angle obtus , ou une efpèce 
de demi-lune avec la douille. Harpago ftercorarius. 

TIRE -FOIN, f m. Terme de Marine. C'eft ainfi qu'on 
appelle fur mer un inftrument femblable à un tirebourre, 
gros à proportion , &: qui fert à décharger le canon. 
Aubin. En Latin, Strombulcus ^ comme tire-bourre. 

TIRE-FOND. f. m. eft un G'jtil de Tonnellier , qui eft 
fait en façon de cercle ou d' anneau de fer, qui a une 
pointe tournée en vis. Il fert à élever h dernière douve 
du fond d'un tonneau , pour la faire entrer dans la rai- 
nure. Il fert auflî à barrer les portes en dehors" oar le 
moyen d\in bâton qu'on paflè à tiavers. Les tirefond^ 
font auflî d'un grand ufage à l'armée pour les cava- 
liers qui veulent attacher leurs chevaux à quelque 
porte , ou à quelque aibre qu'ils rencontrent. Clavus 
in cujpide cocleatus. 

TIRE -FOND. Terme de Chirurgie. C'eft auflî un inf- 
trument dont on fe fert pour enlever la pièce d'os 
Iciée par le trépan, lorfqu'elle ne tient plus guère. 

TIRE-LAISSE. C. m. Terme de moquerie , dont on fc 
fert à l'égard de ceux qui font fruftrés tout d'un coup 
d'une choie fur laquelle ils comptoient , & qu'ils ne 
croyoient pas pouvoir leur manquer. L'emploi qu'on 
lui avoir promis vient d'être donné à un autre •, c'eft 
un vilain tire-laiJJ'e. On le dit auflî d'un appas qu'on 
donne à de certaines gens pour les faire entrer en 



56 



TIR 



TIR 



quelqu'affaire dont ils ne tireront aucun avantage. 
Stropha attraSoria. 

TIRE-LAINE, f. m. Foye:^ Tireur. 

TIRE-LARIGOT. Ternie proverbial j on dit de ceux 
qui boivenr par excès , qu'ils boivent à tire-larigot. Bi- 
ierelautè opipareque , compotare , perpotare. Ce pro- 
verbe peu: venir d'un des jeux de l'orgue qu'on ap- 
pelle larigot , qui fifie : & comme quelques-uns ont 
appelé yz/Zfr , boire, on peut croire qu'ils ont tait allu- 
iion à ce jeu qu'on fifle beaucoup. Ménage en donne 
une autre étymologie. Il prétend que larigot efl: un 
vieux mot François ,- qui lïgniiîoit un flûte : ce qu'il 
prouve par ces vers de la cinquième Eclogue de Ron- 
îard : 

Herbes qui boutonnés , vertes âmes facrées , 
Sijbus mon larigot reverdir je vous voi , ^c. 

Fondé fur cette fignification du mot de larigot , il 
prétend que boire à tire-larigot ne fignifie boire à longs 
traits, que parce qu'on buvoit dans de grands verres 
faits en forme de flûtes , & de-là vient qu'on difoit , & 
qu'on dit encore parmi le peuple j Fluter , pour dire , 
boire extrêmement. Ainfi , ajoute Ménage , A tire- 
larigot fignifie , Trahendo vinum quod eft in cyatho. 
Il y en a d'autres qui croient que la véritable étymolo- 
gie de ce mot eft larynx j laringos , qui fignifie go- 
fier , & qu'ainfi, boire a. tire-larigot , c'eftjboire à tire- 
gofier. Ceux de Rouen difent qu'il vient de /û Rigautj 
qui eft le nom d'une cloche de la grande Eglife j qui 
fut donnée par Odo Rigault Cordelier , Archevêque 
de Rouen, & qu'à caufc que les Sonneurs qui la tirent, 
s'échauffent beaucoup , & ont befoin de bien boire , 
on les a appelés des buveurs à tire la Rigault. Voyez 
Dom Du PleJ/is , Defcription Géogr. & Hiji. de la 
Haut-Norm. tom. z.p. 15. Borel le dérive du Langue- 
docien s'arrigoula; c'eft-à-dire, le faouler, prendre 
tout fon faoul de quelque chofe , d'oii le mot a été 
tranfporté en ce pays-ci. 

TIRE-LIGNE, f. m. Inftrument de Géométrie ou de 
Deflinateur , qui fert à tirer nettement des lignes , 
quand on trace ou plan ou un deflêin. C'eft une el- 
pèce de pointe d'acier , ou de cuivre faite pour fervir 
de plume. Graphium. Les compas à quatre pointes en 
ont une qu'on appelle aufîi tire-ligne. 

TIRE-LIRE. f.f. Petit tronc portatif qui a une ouverture 
en haut, dans laquelle on fait palier la monnoie dont 
on veut faire un petit amas. Borel la définit une petite 
bougette de terre, ou autre matière, où l'on met l'ar- 
gent par une fente. Stipi cogendœ cippus portatilis. 
Les enfans ont des tire-lires , pour mettre tout l'ar- 
gent qu'on leur donne. Les enfans rouges , les enfans 
bleus alloient quêter dans les Egliles avec des tire-lires, 

Embourcer telle chofe , & mettre en tire-lire. 

Jean de Mehun, auCodicile. 

Ce mot vient de tire-liard , parce qu'il fert à quêter- 
&: à enfermer de la menue monnoie. 

TIRELIRER. v. n. C'eft crier comme fait l'alouete. 
L'alouette tirelire j ou fait fon tirelire. 

TIRE-LISSE, qu'on appelle autrement Contre-lames, 
terme de Galîer. Ce font trois règles ou tringles de 
bois , qui fervent dans les métiers à gaze à bailler les 
liftes après que les bricoteaux les ont levées. 

TIRE-MOELLE, f. m. Terme de cuifine. Efpèce de pe 
tit inftrument d'argent , creufé dans fa longueur , dont 
on fe fer: à table pour tirer la moelle d'un os. Ac. 
Fran. 

TIRE-MONDE. Madame Tirre-monde. Exprefîion tri- 
viale, pour dire une Sage-femme. 

TIRE- PIED. f. m. Courroie qui prend depuis le pied 
jufqu'au genou du Cordonnier, & qui lui fert à te- 
nir ferme le fouiiier qu'il coud. Les ouvriers qui cou- 
fent le cuir avec l'alêne fe fervent aiiflTi de Tire-pied. 
On le dit auffi d'une autre peau ou autre outil qui 



lui fert à chauflér un foulier. On l'appelle autrement 
cliauffe-pied. Lorum calceatorium. 

TIRE-PLANCHE, f. m. Nom qu'on donne au titre 
d'un livre , lorlqu'il eft gravé en taille douce avec 
des ornemens hiftoriés , & qui ont rapport à la matière 
de l'ouvrage. Encyc. 

TIRE-PLOMB, f. m. eft un rouet qui fert aux Vitriers 
pour filer le plomb. Plumbi in canaliculos ducendi 
rotula. Machine dont fe feivent les Vitriers pour ré- 
duire en verges plates & à rainures des deux côtés , 
le plomb qu'ils ont fondu auparavant dans les moules , 
ou lingotières. 

TIRE-PLOYER. v. a. Dans plufieurs Manufadtures on 
dit tire-ployerj pour dire décharger. 

TIRE-POIL. f. m. Terme de Monnoie. Manière dont on 
s'eft fervi pour donner la couleur aux flans d'or , & blan- 
chir les flans d'argent. Ratio J pie ndorem auro argento- 
ve conciliendi , trihuendi\ Mo dus , quo fit ut aurum 
vel argentum Jplendeant. Le tire-poil confiftoit en ce 
que quand les flans étoient allez recuits , on les jettoit, 
favoir les flans d'or dans un grand vaifleau plein d'eau 
commune,, où il y avoir huit onces d'eau-forte pour 
chaque feau d'eau •, & les flans d'argent dans un au- 
tre grand vaifl!eau plein d'eau commune , où il n'y 
avoit que fix onces d'eau- forte par feau d'eau. On 
appeloit cette manière tire-poil, parce qu'elle attiroit 
au dehors ce qu'il y avoit de plus vif dans les flans; 
mais comme cela coutoit beaucoup plus que la ma- 
nière dont on fe fert aujourd'hui , & que l'eau forte 
diminuoit le poids des flans d'argent , on a cefTé de 
s'en fervir. Boizad. 

t8^ TIRER. V. a. Terme relatif au mouvement par le- 
quel on amène vers foi , ou après foi une chofe quel- 
conque. Trahere. On tire la porte après foi quand on 
fort d'un appartement. On tire un iîége , un fauteuil 
pour s'aiïeoir. Les chevaux tirent un caroilè. Dans 
plufieurs paroiftès les bœufs tirent la charrue. Les 
hommes ou les chevaux tirent des bateaux lur la riviè- 
re. On tire un homme à parr , à l'écart pour lui parler. 
Tirerles cheveux, les oreilles à quelqu'un. 

Ce verbe a un grand nombre d'acceptions tout- -fait 
diff^érentes , que nous ne ferons que parcourir , en dif^ 
tinguant & développant par des exemples ces différen- 
tes acceptaions. 

Tirer l'épée contre quelqu'un j dégainer fe battre 
contre lui. Enjèni ftringere , educere è vagind. Faire 
/wr l'épée à quelqu'un, l'obliger à fe battre. 

Tirer, dans la fignification d'alonger , avancet. On//re 
la langue pour la montrer au Médecin , ou pour fe 
moquer de quelqu'un. Proverbialement j faire tirerls 
langue à quelqu'un d'un pied de long , c'eft le faire 
languir dans l'attente d'une chofe dont il a un preflànc 
befoin. Cette expreffion n'eft pas noble. 

Tirer, dans la fignification de faire fortir. Tirer du fang, 
laigner. Tirer une vache, la traire. Tirer de l'eau, ti- 
rer du vin. Prendre de l'eau au puits , du vin au ton- 
neau. On a tiré du fang deux fois à ce malade. O» 
tire les vaches deux fois par jour. 

Proverbialement & populairement tirer (es chaufîès, 
fes guêtres, s'enfuir. 

Tirer à quatre chevaux, attacher un criminel par les 
pieds & par les mains à quatre chevaux qui le dé- 
membrent , en tirant chacun de leur côté.^ C'eft la 
même chofe qu'écarteler. Voye^ ce mot. 

Tirer , dans la fignification d'ôter. On tire fes bas , fes 
bottes. On tire un anneau de fon doigt. Exuere , detra- 
here. On tire de l'argent de fa bourlè, de fon coffre , 
du marbre , des pierres d'une carrière. 

Tirer du pain des corbeilles. Expedire cerereni ca- 
nifiris. 

Tirer quelqu'un de quelque endroit, le faire fortir. On 
ne fauroit le tirer de ion cabinet. On a eu bien de la 
peine à le tirer de la province. 

Tirer, fynonyme de délivrer, dégager. T/rfr quelqu'un 
de prifon. Ex cuftodid educere , eripere. Tirer de la 
mort , du danger. Eripere à morte , ex periculo. Se 
tirerde la fervitude. Servitutem ,jugum exuere, exuere 
fe laqueis, jugo. Ji'rerquelqu'un d'erreur, ledélabu- 

fer» 



TIR 



TI 



ièr, le détromper. Liberareallquem encre. Tîrerq;ac\ 
qu'un de la miscre. Le tirer d'un mauvais pas , le dé- 
gager d'une mauvaifc atiaire. 

Au figuré //Ver quelqu'un de la boue, de la pouf- 
fîcre. Ab ignobilitate ad amplitudinem promovere ; ab 
infimo loco inJummumfaJîigLum, ou ad altiora eve~ 
hère, c'ell d'une fortune tort balle l'élever à un état 
fort au-deiïus de ia première condition. 
Tirer, dans un iens figuré , iynoiv/me de recevoir ^ re- 
cueillir. Colligere. On tire du profit , de l'utilité , de 
l'avantage d'une choie. Fruclum , utilitatern percipere. 
Quel avantage tirerei-vous de cela ? Quid lucri tibi 
erit? On tire du revenu de les terres, de l'argent des 
Èdits , des traités. Tirons des hommes ce que l'indul- 
trie peut nous en faire tirer honnêtement. S. Evr 
Epicure nous apprend à tirer des plaiiirs , tout le plailir 
qu'on en peut tirer. Il y a des gens que la conteftation 
echaufle, & qui tirent de leur elprit plus qu ils n'y trou- 
veroienc fans cette chaleur. 
Tirer une grâce de quelqu'un , c'eft l'obtenir à force 
d'adrelie ou d'importunité. Extorquere. On dit auili 
tirer parti de quelqu'un ou de quelque chofe, en tirer 
de l'avantage , des fervices. 
Tirer , dans la fignificatlon d'arracher. Corneille s'eft 
fervi de cette exprelîîon dans Polyeude, qui leur tire 
en mourant la victoire des mains. Elle eft impropre , 
dit Voltaire , & un peu balle aujourd'hui. Peut-être 
ne l'étoit-elle pas du temps de Corneille. 
Tirer parole, promelîe, tirer quelque éclaircillèmenr de 
. quelqu'un , l'amener au point d'engager la parole , de 
donner réclaircillement qu'on demande. 

On dit d'un homme qui ne veut point le prêter à 
faire ce qu'il doit, qu'on ne fauroit tirer railou de lui. 
Tirer vengeance d'une choie, s'en venger. Tirer rai- 
fon , fatisfaélion d'une injure , la faire réparer. Voye^ 
Réparation. 
Tirer vanité d'une chofe, laudi-, gloriœ ducere , en faire 
vanité. En tirer avantage , la tournée , l'interpréter à 
fbn avantage. . 
Tirer Ion origine, fa fource. Genus , originem ducere. 
En parlant d'un homme , c'eft defcendre , être illu de 
quelqu'un. En parlant d'une rivière , prendre , avoir 
ia fource. 

On dit en termes de Finance & de Négoce, Tirer 
en ligne , mettre en dépenfe , ou en recette , la fomme 
contenue en un article. In rationem adducere j accep- 
tum referre. On dit auffi: Tirer en ligne de compte, 
pour dire , palier une partie en compte , inlérer une 
fomme dans un compte , la comprendre dans la recette 
ou dans la dépenfe d'un compte. On dit : Il faut tirer 
cette fomme en ligne de compte. Ce Banquier a tiré 
une lettre de change fur Ion correfpondant. C'efl l'é- 
crire j la figncr, &: la donner à celui qui en a payé le 
contenu , pour le recevoir en un autre endroit. 
Tirer , en termes de Géométrie , fynonyme de tracer. 
On dit , tirer une ligne perpendiculaire , une ligne pa- 
rallèle. Lineam perpendicularem , vel parallelain duce- 
re; /frer un diamètre-, tirer \.me ligne d'un point don- 
né à un autre ■-, tirer une ligne proportionnelle à une 
autre , pour dire , conduire une ligne qui réponde à 
une autre dans une certaine proportion. On dit auffi , 
dans la Pratique , tirer au cordeau , au niveau •, pour 
dire. Conduire une muraille, un canal , un chemin, 
• une allée en ligne droite , & avec des inftrumens géo- 
métriques. On dit auffi , tirer \.m plan , pour dire , faire 
la defcription géométrique de quelque place, ou b.^ri- 
ment , la delîuier. 

En ce fens , l'on dit en termes de Jardinage , tirer 
une allée , une allée bien tirée , tirer un alignement -, 
, tire[-mo\ fur cette couche cinq alignemens. Tire^-moi 
un rayon fur le bord de cette plate-bande. Liger dit 
que tirer une allée , c'eft encore , avec une charrue 
propre à ce travail , ou avec une ratilTbire , couper 
dans cette allée toutes herbes qui olfufquent la vue, 
pour y palier enluite le râteau ou le rabot, fuivant 
qu'elles font fpacieules : tirer une allée, c'eft auffi la 
tracer. 

En Arithmétique on dit , tirer la racine carrée d'un 
nombre , la racine cubique , &. autres puiliànces des 
Tome VIIL l Partiek 



n 



nombres, quand d'un nombre donné , oft trouve celui 
qui étant multiplié par foi-même, produit le carrî, îc 
cube, ou celui qui en cft le plus approchant. Rad'iccm 
quadratiini extnihere. Il lignifie auffi Souftraire, dif- 
traire. De cette fomme il faut tirer, diftraire les frais. 
En Aftrologie , on dit, J/ro-l'horofcope : /wro/co- 
pu/n ducere : Tirer la figure -, "pour dire , dreller un 
thème célefte , une nativité ■■, faire voir l'état & la dif- 
politipn du ciel , des aftres en un certain point marqué, 
& en faire le jugement. Tirer les Direâions : c'eft-à- 
dire , calculer le temps auquel arriveront les événe- 
mens promis par la figure radicale. Tirer Içs révolu- 
tions , c'eft dreller un thcme célelle pour chaque an- 
née de la vie d'un homme, de l'état & de lafiruation 
où fe trouve le Ciel, lorfque le. Soleil eft revenu au 
même lieu précifément où il étoit dans le zodiaque , 
au moment de la nativité', ce qui arrive une fois tous 
les ans : ce qui s'appelle tirer Im révolution Iblaire. On 
tire auffi les révolutions lunaires. On dit encore tirer 
la partie de fortune , tirer les Profections, Voyei Par- 
tie de fortune & Profedions. 

En Chimie, /■/rer, fynonyme d'extraire. Exprimere, 
extrahere. Tirer des lues par le moyen du feu. Tirer 
de l'huile fans feu. Tirerk lue des viandes. On tire les 
fucs par diftillation, infulion, preffion , cohobation , &c. 
On tire la teinture du corail & des minéraux par di- 
verfes préparations. Les fels fe tirent par plulieurs lo- 
rions. 

Au figuré, tirer la quinteflènce d'une chofe, c'eft 
pénétrer jufqu'au fond -, en tirer tout l'avantage pof- 
fible. 

Dans cette acception tirer fe dit auffi figurément 
pour extraire, recueillir. Colligere. Les modernes ont 
tiré beaucoup de chofes des Anciens. Tout ce que cet 
Auteur a écrit eft //r/ de tel & tel livre. Compilare. 
Ce pallàge eft tiré d'un tel Auteur. Tirer une confé- 
quence', un argumenc. Aliquid ex alio inferre. Du 
principe que vous venez d'établir, jte tire un grand 
argument contre vous. On dit auffi neuttalement, en 
parlant d'une chofe dont on pourroit s'autorifer à l'a- 
venir pour faire quelque chofe de femblable , qu'elle 
tire à conféquence. Ce qui ne fe dit guère que de c& 
qui eft, ou qu'on croit être contre les règles. 

En termes de Philolophie hermétique ou du grand 
Art, Tirer l'^me & l'efprit du corps; c'eft dilloudre, 
calciner , teindre , blanchir , baigner , laver , coagu- 
ler , &c. Tout cela ne lignifie que la même chofe, ou , 
ce que les Maîtres de l'Art appellent autrement ^ l'opé- 
ration de Venus. 

En Marine on dit , Tirer à la mer, pour dire, pren- 
dre le large, s'éloigner de la terre, ou d'un autre vaif- 
feau. Nayem in alturn ducere. On dit , Tire avant, 
pour commander à l'équipage de nager avec plus de 
force. On. dit auffi qu'un vailTeau tire tant de pieds 
d'eau, pour dire , qu'il enfonce dans l'eau jufqu'à cer- 
tain point , de forte qu'il lui faut tant de pieds d'eair 
pour être à flot. On dit dans le même fens , qu'un vaif' 
feau prend tant de pieds d'eau. 

On dit de même des chofes qui s'imbibent d'eau , 
qu'elles tirent l'eau. Ces fouliers font de mauvais cuir, 
ils tirent l'eau. 

En peinture on dit. Tirer une perfonne •, pour dire. 
Faire fon portrait. Penicillo effingere , exprimere. Ri- 
chelet avec quelques autres , prétend que tirer pour 
peindre eft un peu vieux , & blâme un illuftre Acadé- 
micien d'avoir dit, Alexandre jugeoit qu'Apelles étoit 
leul digne de le /wr ; cependant comme l'Académie 
ne prononce rien là-dell'us , & qu'elle apporte même 
divers exemples , où tirer eft mis pour portraire , iî 
lemble qu'on ne doit taire aucune difficulté de s'en 
lèrvir après elle. Il eft certain néanmoins que plulieurs 
de ceux qui fe piquent d'écrire poliment , évitent de 
s'en fervir , & difent, je me fuis fait peindre, & non 
pas , je me fuis fait tirer. Ce payfage a été tiré d'a- 
près nature. En Sculpture, on dit //Vif/- en plâtre, tirer 
en cire. Il a été tiré au naturel. 

En termes de Manège, on dit qu'un cheval tire à la 
main, quand il réliftc ;\ la bride, îorfqu'il eft trop ar- 
dent, ou qu'il eft roide d'encolure. Duclui habcnaruin 

H 



,8- 



TIR 



TIR 



objrftere, ohniti. Dans le premier cas , il fout le faire 
aller doucement , & le tirer fouvent en arrière. Dans 
le fécond, tâcher de l'allbuplir. On dit quelquefois , 
qu'un cheval tire, lorfqu'il rue, qu'il donne quelque 
coup de pied. Il y a des chevaux qui lont bons à por- 
ter , d'autres à tirer, trahere , comme ceux de labour , 
de carrollè. 

En termes d'Efcrime , Tirer des armes , faire des 
armes. Dans ce fens il eft neutre , & il vieillit. 

On dit aftivement /wr une eftocade, un coup d'ef- 
tocade , pour dire, pouflèr, porter une eftocade. En ce 
fens il vieillit encore. 

On le dit beaucoup mieux , & plus ordinairement en 
parlant des armes de trait & des armes à feu. On dit 
■ au neutre, rwr de l'arc, de l'arbalète^ de l'arquebufe. 
Voyei ces mots. 

On dit auffi adivement, tirer un fufil , un piftolet, 
des flèches _, le canon , tirer un coup de fufil , de moui- 
quet , de piftolet , de canon. Tirer des bombes , des 
pétards, des fufées. On tire aux perdrix, en l'air, au 
but , en volant , au gîte. 
Tirer un lièvre, c'eft tirer delTus, 
Tirer un feu d'artifice , c'eft mettre le feu aux pièces 
d'artifice qui le compofent. 

Dans le ftyle figuré & familier , ou tire fa poudre 
aux moineaux , quand on prend de la peine pour une 
chofe qui ne le mérite pas. 

On dit figurément. Tirer fur quelqu'un, pour figni 
fier , dire des choies oftenfantes de quelqu'un -, & dans 
le même fens, tirer à cartouches fur quelqu'un , pour 
fignifier , en dire les chofes les plus otienfantes. 

On dit proverbialement , vous tire^ fur vos gens 
pour dire , vous dires du mal de ceux même qui font 
dans vos intérêts. Acad. Fr. 
Tirer fe dit encore neutralement en parlant des armes 
à feu. Ce fufil tire jufte. A peine avions-nous commen 
ce à tirer, que la garnifon capitula. 

En termes de Vénerie , le terme dont on fe fert 
pour faire fuivre les chiens, quand on les appelle , c'eft, 
Tirei chiens , tire^. Tirer de long , fe dit de la bête 
qui s'en va fans s'arrêter. Salnove. Tirer iur le trait, 
fe dit du limier qui trouve la voie & veut avancer. 

En termes de Fauconnerie on dit , faire //rerl'oifeau, 
quand on le fait béqueter en le paiflant , & fur-tout en 
lui donnant un pàt nerveux , afin de lui donner de l'ap- 
pétit. Efcam accipitri attrahendam prœbere. 

En termes de Jeux , on dit auffi, tirer une carte, 
tirer fa pallè -, tirer tout , quand on fait la vole. Duce- 
re , educere , Jiibducere. 

Tirons la primauté : 

Chacun tire de fon côté : 

Par malheur elle écheoit au Diable. 

Tirer la primauté , Terme de joueur de dez , de cartes, 
de quilles, &c. Tirer une boule, débuter celle qui eft 
fur le but. Tirer l'anguille & l'oifon , font des jeux , 
des exercices de Bateliers. Tirer l'oifeau, cela le fait en 
plufieurs villes. On met, pour exercer le peuple à tirer 
jufte , une figure d'oiieau de bois au bout d'une perche 
fort haute ', il y a des compagnies d'artifans qui tirent 
cet oifeau à coups de fulil , & celui qui l'abat , s'appelle 
le Roi de l'oifeau , & a une récompenfe & des privi 
lèges. Tirer au pavois, eft un exercice femblable^ au 
lieu d'un oil'eau , on tire dans une efpèce de pavois, 
ou de rondache de bois , & celui qui donne au milieu, 
ou le plus près du milieu , remporte le prix. 
Tirer fe dit encore neutralement en parlant des chofes 
qu'on remet à la décifion du fort. On tire au fort , au 
doigt mouillé , à la courte paille. On fait tirer les fol- 
dats au billet. Sortiri uter. Tirer au fort pour favoir 
qui. Sortiri adpoenam. Tirer au biller pour être puni. 

Et attivemeat tirer un billet, le prendre au hafard. 
Ce jeune homme a /ir^le billet noir. Tirer une charge 
au fort avec quelqu'un. Sortiri magiftratum cum ali- 
' quo. 

On dit encore activement tirer une loterie , en tirer 
les billets pour favoir à qui le fort fera écheoir le lot. 



Et dans le même fens , ^;rer le gâteau des Rois, V'oir 
à qui écherra la fève. Régna vini Jbrtiri. 

En termes de Tireurs d'or, f/rer l'or, rirer l'argent , 
c'eft réduire ces métaux , les étendre en fils déliés , en 
les faifant palier fucceffivement par diftérentes filières 
toujours moins grandes. In fila ducere , producere. La 
première opération le fait par le moyen de l'argue. 
Voyei^ Filière , Argue , Ras , Dégroffir , Avanceur, &c. 
On dit auffi , Tirer de l'or des mines , de l'argent , 
non-feulement pour en détacher les glèbes ou mar- 
caffites , mais encore pour en extraire & épurer le 
métal par la fonte. 

Dans cette lignification d'étendre, les blanchifleiiles 
difent tirer du linge fur la platine. Explicare. 

On dit aulïï tirer une corde , la bander. Au neutre, 
on dit qu'une corde tire, pour dire qu'elle eft bandée 
ferme. 

Tirer bien fes bas , les étendre bien fur la jambe, afin 
qu'ils ne falfent point de plis. 

On dit familièrement qu'une femme eft tirée à qua- 
tre épingles , pour dire qu'elle eft recherchée dans fon 
ajuftement au point qu'elle en paroît contrainte & em- 
baralïée. 

Tirer le rideau fur quelque chofe. Vbye:^ ce mot. 

Tirer une aftaire en longueur , en éloigner la conclu- 
iîon. Vbye[ Diftérer , prolonger. On dit neutralement 
qu'une maladie tire en longueur. 

Tirer , fignifie chez les Marchands & Manufacturiers , 
foit d'étolies , foit de toiles, ce que ces marchandifes 
peuvent contenir d'aunage. Cette pièce de drap tire 
vingt aunes. 

En termes de Charpenterie , faire tirer les tenons , 
c'eft percer le trou de biais contre l'épaulement d'un 
tenon, pour le faire ferrer en about. Félibien, &pour 
mieux faire joindre les bois. Idem. 

Tirer à la paumelle. Terme de Corroyeur, fc dit des 
cuirs qu'ils tirent fur une table par le moyen de la pau- 
melle , qui eft une efpèce de main ou d'inftrument de 
bois plat dentelé par dellbus. Pour donner aux cuirs 
cette façon , ils pallènt à plufieurs repriles la paumelle 
fur le cuir étendu fur la table •, ce qui lui fait revenir 
le grain & le rend plus doux & plus maniable, ou 
comme ils difent , plus moliant. 

Tirer à la perche. Terme de Manufacture de lainage. 
C'eft lainer une pièce de drap ou autre étoile de laine ; 
c. à d. en tirer le poil avec les chardons , tandis qu'elle 
eft étendue du haut en bas lur une perche. 

Tirer un chapeau à poil , chez les Chapeliers, c'eft en 
faire fortir le poil en le tirant avec le carrelet. 

Tirer le cierge. C'eft le fabriquer à la main-, c'eft-à-dire, 
ne le pas couler avec la cire liquide & fondue, mais 
étendre la cire amollie dans l'eau chaude le long de la 
mèche. 

Tirer l'émail à la courfe. C'eft en faire de longs filets 
très-déliés , après l'avoir ramallë dans la cuillère de fer 
où il eft en fufion avec du criftallin. 

Tirer épingles. C'eft paflèr par la filière le fil de laiton- 
avec lequel on veut fabriquer des épingles , afin de les 
rendre de la grollèur des numéros , iuivant les échan- 
tillons. 

Tirer une cuve de Teinture. C'eft l'ufer entièrement. 

Tirer. Terme d'Imprimerie. Synonyme d'imprimer. Î7' 
rer une feuille, tirer une eftampe. Tirer une feuille» 
c'eft l'imprimer d'un côté •, retirer, l'imprimer de l'au* 
tre côté. 

On dit auffi tirer ^ pour dire, imprimer une feuille 
entière. Dans ce fens on dit , routes les feuilles de ce, 
livre font tirées. 

On s'en fert encore pour marquer le nombre d'exem^ 
plaires. Dans ce fens on dit , qu'on a tiré quinze cens 
exemplaires d'un ouvrage. 

Tirer , v. n. fe dit encore dans quelques acceptions par- 
ticulières. Tirer vers quelque endroit , c'eft en pren- 
dre la route. Tendere. Après cet échec , l'armée tira 
du côté de la Flandre. Le foleil tire vers fon couchant. 
Vergit ad occajum. 

Dans le ftyle familier , tirer de long , tirer de pays » 
s'enfuir. Tire^ , tire^ , termes dont on fe fert ordinai- 
rement pour chafter un chien. 



TIR 

On dit qu'un malade tin à i"a fin , pout dire , que fa 
mort approche. 

Employé avec la prépofition fur , ce verbe fert par- 
ticulièrement à marquer le rapport, la rellèmblance 
que les couleurs ont les unes avec les autres. C'efl; 
ainfi qu'on dit qu'une pierre tire fur le vert, fur le bleu. 
Proximè accedit ad. Subviridis , qui tire fur le vert. 
Subniger ■> qui tire fur le noir. Subalbicans , qui tire 
furie blanc, oufubalbidus , &l j'ubcandidus. Suhcœru- 
leiLs , qui tin fur le bleu. Subfujcus, qui tire fur le 
brun tanné. Et ainfi des autres. 
Tirer, fe dit proverbialement en ces phrafes. Après cela 
il faut tirer l'échelle , pour dire, on ne peut aller plus 
loin, on ne peu: rien faire au-delà. Nil ultra excogi- 
tari aut fieri poteji. On dit , qu'un homme le fait tirer 
l'oreille , quand il fait avec peine ce qu'on demande 
de lui. Vbyei Oreille. On dit de ceux qui ont de la 
peine à vivre, qu'ils tirent le Diable par la queue. On 
dit, i! tire i}i poudre aux moineaux, pour dire, il perd 
fa peine & fon temps -, il travaille à une affaire qui lui 
caufeta plus de dépenfe, qu'il n'en tirera de profit. 
On dit , Tirer les marrons du feu avec la patte du chat, 
quand quelqu'un veut tirer du profit de quelque chofe, 
& qu'un autre en elîuie le danger, en a toute la peine. 
On dit, qu'un homme tire i'eftocade , quand il em- 
pfunte quelque argent, qu'il n'eft pas en état, ni en 
volonté de rendre. On dit qu'un homme tire au bacon, 
au court bâton avec quelqu'un, pour dire, qu'il con- 
tefte avec lui d'égal à égal", ce qui ne le dit que d'un 
inférieur •, lorfqu'un plus petit eft compétiteur avec 
un plus grand , qu'il lui contefte quelque avantage , 
quelque ptééminence. On dit que des gens en lont aux 
couteaux tirés, pour dire, qu'ils font ennemis déclarés. 
On die d'un avare, homme avare & tenace, qu'on ^;- 
reroit plutôt de l'huile d'un mur , ou un pet d'un âne 
mort, qu'un iou de fa bourfe. On dit encore , qu'on 
s'eft tiré une épine du pied , lorlqu'on s'efl: défait d'un 
ennemi fâcheux , ou qu'on a accommodé une affaire 
inquiétante , qu'on a repris ce qu'on y avoir avancé. 
On dit en ce fens , qu'on s'efl; tiré de la prefTe , hors 
du rang des autres. On dir, qu'un homme fe tire du 
pair, ou de pair, quand il s'élève au-dellus de les 
égaux. On dit , Tirer les vers du nez de quelqu'un. 
Vbyei Nez. 

On dit , qu'une comparaifon efl: tirée par les cheveux, 
ou aux che^"eux , quand elle efl: forcée ou tirée de loin, 
amenée au fujet avec violence ou avec lubtilité. On 
dit au|îi ironiquement , quand on vend de la viande 
dure, fi vous l'avez pour ce prix-là, il y aura bien à 
tirer. Tirer pied ou aile d'une chofe, en /irer quelque 
profit de manière ou d'autre. Tirer une plume de l'aile 
à quelqu'un , lui atrraper quelque choie. Emungere. 
Tirer la laine, terme de filouterie. Voler les manteaux 
la nuit. 
TIRÉ, ÉE. Paît. Il a les fignifîcations de fon verbe. 

Dans une fignification particuliete on entend par vi- 
fage tiré, un vifage maigri , fatigué , abattu. 
TIRES, f f. pi. Vieux mot. Fois. Gloff. fur Marot. 
TIRÉSIAS. f m. Terme de Mythologie. L'un des plus cé- 
lèbres Devins de l'antiquité. Il fut honoré comme un 
Dieu , & il eut à Orchomène un Oracle qui fut fameux 
pendant quelques lîècles •, mais enfin il tut réduit au 
lîlence , après qu'une pefte eut délblé cette ville-;à. 
TIRE-SOU. Eft un terme injurieux que l'on donne à 
ceux qui fur les contrats de rente de 1 Hotel-de-ville , 
avancent de l'aigent , en gagnant le fou pour livre. 
Voye\ Grippe-sou. 
TIRET, f m. Filet de parchemin tortillé , qui fert aux 
Clercs de Procureurs pour attacher leurs écritures, les 
pièces de leurs dolïiers _, les étiquettes iur les lacs. Per- 
gamena ligula. 
Tiret, dans l'Ecriture, fignifie, petit trait de plume qui 
, fert à la liaifon des mots coupés , comme loriqu'un 
mot ne peut pas tenir dans une ligne , on met un tiret 
pour le lier avec fa dernière partie qui eft dans la ligne 
fuivante. On met aulïï un tiret dans ces lottes de niots_, 
dit-il, nu-]ambe , mi- Août , pour les faire prononcer 
enfemble. On en met dans plulîeuts autres cas dont 
nous ne parlerons pas ici. L'uiage apprend tout cela. 



TIR J9 

Les Grïrnmairiens, les Imprimeurs appellent cela ^m* 
fion. Lineola interjeâa inter duo verbu. 

Tiret. 1. m. Longue pièce de bois avec des liens , qui 
arcboute la porte d'un moulin. 

TIRETAINE. f f. Sorte de droguer, étofle tilTuc gtof- 
lîerement, moitié de fil, moitié de laine. Pannuslanât 
filoque textus. La tiretaine doit avoir trois quartiers de 
large -, & la pièce doit être de 5 5 340 aunes de long. Ce 
mot eft ancien , & le difoit autrefois d'étoiles pré- 
cieufes , de draps de laine & d'écarlate , témoin ces 
vers de Jean de Mehun dans fon Codicile. 

Puis li remejî par maintes guifes ^ 
Robes faites par grand meftrijès , 
De blanc drap , dejouefve laine , 
D'ejcarlate 6> tiretaine , 
De vert de pers & de brumtte , 
De couleur frefche , pure & nette^ 

Tiretaine. Nom propre d'une rivière d'Auvergne èii 
France. Près de Clermont & de l'Abbaye & du Bourg 
de S. Alyre , dit Davity , fe voit le ruillèau de Tire- 
taine, autrefois Scateon. Il naît d'une fontaine dont 
l'eau s'endurcir & fe pétrifie : cette eau eft alumineufe. 

TIRE-TESTON, ou TIRE-SOU. f m. Ce mot fe dit en 
jouant t la bête, ou à quelque autre jeu, quand ou 
convient que celui qui gagnera le coup , tirera feule- 
ment un tefton, un fou, ou autre chofe. 

TIRE-TÊTE, f m. Inftrument ainfi nommé par fon in- 
venteur M. Duflé, célèbre Accoucheur à Paris, parce 
qu'il eft deftinc à tirer les enfans par la tête dans les 
accouchemens naturels, mais laborieux. Il eft tiès-lillè 
& tiès-poli , n'ayant ni pointe , ni tranchant. Il eft Ci 
mince , qu'il n'augmente pas d'une ligne la partie de la 
tête qu'il embraflè. Cependant il eft conftruir de ma- 
nière qu'il a toute la force néceflâire pour rirer l'enfant 
fans le blefler , & fans qu'il y ait aucun déchirement 
à craindre pour la mère, Merc. de Juillet i734-P-tS43* 
ÎS44- 

TIRE- VEILLE, ou TIRE-VIEILLE, Terme de Marine, 
qui fe dit des cordes qui pendent le long du bordage 
d'un vailléau à chaque côté de l'échelle pour aider à 
y monter, & à defcendre. Scanfilis funis. Tirevieille 
fe dit de deux cordes qui ont des nœuds de diftance 
en diftance. Elles pendent le long du vailléau en dehors, 
lavoir, une corde de chaque côté de l'échelle, & on 
s'en fert à fe tenir pour monter dans un vailléau , & 
pour en defcendre. Jette la tire -vieille hors du bord, 
Aubin. TirerVieille de beaupré , c'eft une corde dont 
on fe fert pour marcher avec plus de fureté fur le mât 
de beaupré , au bas duquel elle eft amarrée , & d'oii 
elle monte à l'étau de Mifaine , d'où elle dcfcendpout 
s'amarrer aux barres de la hune de beaupré. Aubin. 
On l'appelle aulîi la fauve-garde. 

TIREUR, f. m. Celui qui tire. Il fe joint avec plufieurs 
mots. Les Tireurs d'or font ceux qui réduilent l'or en 
fils déliés , qui le font palier par la filière. Auranus 
duclor. 

Tireur , chez les Férandiniers, Gaziers & autres Ouvriers 
en étoftes de ioie façonnées ou brochées, c'eft le com- 
pagnon qui tire les ficelles du fimblot , qui lervent à 
faire la figure ou le brocher des étoffes. On dit aulîï 
une Tireufe , quand c'eft une femme qui tire. 

Tireur d'armes. Ce mot n'eft plus guère enufage*, en 
fa place on dit Maître d'Armes. C eft un Maître d'Ef- 
crime qui montre à faire des armes. Zrt/z//Z(2. On appelle 
aufii Tireurs d' arc , ceux qui exercent à tirer de l'arC 
Il fit avancer les Tireurs d arc. Ablanc. Les Tireurs 
de l'oifcau, les Tireurs du pavois. Voye\ Tirer. 

Tireur fe dit en termes de Chafle d'un Chailcur qu'on 
entretient pour fe fournir de gibier. Il a plufieurs Ti- 
reurs à fes gages dans la terre. 

On dit d'un chaiîeur au fufil, qu'il eft bon ou mau- 
vais tireur, pour dire qu'il tire bien, qu'il tire mal. 

On appeloit autrefois tireur de laine, celui qui vo- 
loit les manteaux la nuit. 

Hij 



6o 



TIR 



Tireur. Terme de Commerce &' de Banque. LeTireur 
d'une Lettre de Change j eft celui qui donne une 
Letrrede Change, portant ordre à Ton corrcfpondant 
de payer la Tomnie qui y eft contenue, à la pcrf'onne 
qui lui en a donné la valeur , ou à celui en faveur 
de qui il a pallé Ton ordre. Si la Lettre de Change 
n'eft ni acceptée, ni payée dans le temps de l'échéance, 
Je porreur peut retourner en garantie contre le_ Ti 
r^«r, pourvu qu'il air fait fw protêt dans les dix jours 
de l'échéance. Par 1 Article i6. de l'Ordonnance de 
i6j^. les Tireurs fonr obligés de prouver que ceux 
l'ur qui ils ont tiré des Lettres de Change , leur étoienr 
redevables, ou qu'ils avoienr provillon au temps qu'elles 
onr di'i erre proccftées •, autrement le T/re«r demeure 
touiours garant, quand même la Lettre de Change 
n auroit point ère prorelLX'e. 

TiREUii d'horoscope. Diieur de bonnc avanture , pré- 
rendu Devin , Bohémien , &c. 

TlRïE. Ville des Turcs, en Afie, dans l'Anarolic , fur la 
route de Smyrne à Coigni. 

igO'TIRlNAXES. r. m. C'eft ainfi qu'on appelle certains 
prêtres de Tifle de Ceiian. Les Chingulais ont trois 
fortes de Dieux, & trois iortes de prêtres & de tem- 
ples. Ils appellent Tirinaxes les prêrres du premier or- 
dre, qui iont ceux du Dieu Buddou. On ne reçoir 
dans cet ordre que des honunes diftingués par leur 
naillance ou par leur lavoir. Ils ne font pas d'abord 
élevés au haut degré des Tirinaxes. Il n'y en a que trois 
ou quatre , choifis entre rous les autres , qui font com- 
me liipéricurs de tous les autres ^ appelés Gonni. L's 
portent tous, tant les Tirinaxes que les Gonni, une 
calaque jaune, plillée au tour de leurs reins, avec une 
ceinrurede fil. Ils onr la tête rafée , toujours nue , ayant 
à la main une efpcce d'évantailrond, pour la garantir 
de la trop grande ardeur du foleil. On les reipeCle Ii 
fort, que le peuple le courbe devant eux, comme 
il fait devant fes Dieux. Ils ne faluent perlbnne , & par- 
tout où ils vont, on étend lur un fiege une natte & 
un linge blanc par deilus , pour les faire adèoir \ ce 
qui ne le pratique que pour le Roi. Ils gardent le 
célibat •, ils ne mangent qu'une fois le jour , à moins 
que ce ne loit du ris , ou des fruits dont ils peuvent 
ufer foir & matin. Il leur eft permis de manger de 
toute forte de viandes apprêtées par eux -, mais ils ne 
petivent donner ordre , ni même confentir qu'on tue 
les animaux dont ils mangent. S'ils \eulenr fe ma- 
rier , ils Iont obligés de renoncer à leur ordre. Ils 
n'onr pour cela qu'à jetterleur calaque jaune dans la 
rivière ■ fe laver la tête & tout le corps , tx ils fonr alors 
comme les autres hommes. 

TîRlTIRI ou CARON. Nom d'une rivière de Perfe. 
Caron , Eulœus , Chaajpes. Elle a fa lource vers les 
confins du Yérak Agémi , rraverfe tout le Chulîftan , 
où elle baigne la ville de Sufc , & elle le décharge 
dans le golfe de Balfera. C'eft ce que le Prophète Da- 
niel appelle Ulaï. 

TIPJX ou TIREX. f m. Terme de Calendrier. C'eft 
le premier mois de l'année des Cappadoces. Tirix , 
Tirex. Il répondoit au mois de Décembre. Henric. 
Steph. App. ad TheJ'. Ling. Grec. 

TIRMAH ou TIRMA , ou TOURMA. f m. Terme du 
Calendrier. Nom du quatrième mois de l'année des 
anciens Perfes. Thirmah , Tyrnia , Turma. Il répon- 
doit au mois de Décembre. 

TIRNAW Fby^tTYRNAu-. 

«OTIRNSTAIN ou TIRUSTEIN. Petite ville d'Al- 
lemagne , dans la balle Autriche, fur la rive gauche 
du Danube, un peu au-dellus de Stein. 

TIROARITÉNOIDIEN. f m. Terme dAnatomic, nom 
de mufcle. riroanr^/îO/^iUJ. La leconde paire des fer- 
meurs du Larynx font les tiroaritenoidiens\ ils pren- 
nent leur origine de la partie concave & interne du 
tiroide, & s'insèrent à la partie intérieure de l'arité- 
noide. Dionis. 

TIROaDE. f m. Terme d'Anatomie. Nom d'un des 
cinq cartilages du larynx. Tirdides. Le premier des 
carrilages du larynx fe nomme tiroide ou fcuti- 
fbrme^ à caufe qu'il a la ligure d'un bouclier. Il eft 
cave en dedans , & convexe & bollu en dehors ; mais 



plus aux hommes qu'aux femmes. Il y a une ligne 
qui le fépare dans Ion milieu •, d'où vient que quel- 
ques-uns en ont fait deux , quoiqu'on ne le trouve 
double que fort rarement. Il eft carré , & fes quatre an- 
gles ont chacun une production -, les deux produc- 
tions d'en haut font' les plus longues , elles le joignent 
aux côtés de l'os hyoïde par le moyen d'un ligament", 
& par les deux d'en bas il eft uni au cartilage cricoïde. 

DiONIS. 

Ce mot vient de '^ufio< , bouclier , 8c uJ^iQ^, forme. 
Ainlî Tiroide eft ce qui a la forme d'un bouclier. Il 
faudroit ècrKe thyroïde ■- mais l'ulage a prévalu pouf 
tiroide; & ainlidans tous les noms formés de celui-ci. 

Tiroide, fe dit aulïï au féminin de deux glandes du 
larynx. Quatre grolles glandes fervent à humeCter le 
larynx, deux lîtuées au-defliis , & deux au-dellbus. 
Les deux inférieures fonr appelées tirdides , elles font 
frtuées au dellous du larynx, à côté du carcilage an- 
nulaire ', & du premier anneau de la trachée artère , 
une de chaque côté •, elles ont la figure d une perite 
poire-, leur couleur eft un peu plus rouge, & leur 
fubftance plus foiidc, plus vifqueulc, & tirant plus lur 
la chair des mulcles que les autres glandes ; elles ont 
des nerfs , des recurrens , des artères , des carotides , 
des veines qui vont aux jugulaires , & des lymphati- 
ques , qui le rendent au canal thorachique. Ces 
glandes féparent une humidité vilqueule , qui lert à 
enduire le larynx , pour faciliter les mouvemens de 
fes cartilages •, à adoucir l'acrimonie de l'humeur fali- 
va'e, & à rendre la voix plus douce. Dionis. 

"3:3" TIRON1EN , enne. adj. par lequel on dcfigne les ca- 
raclcres , les lettres d'abréviation , dont Tiron , attranchi 
de Cicéron fut l'inventeur. 

TIROIR, f m. Petite layette qui fe coule & s'emboîte 
dans les féparations d'un buftet , d'un cabinet, d'une 
armoire , d'un comptoir , & qu'on tire ordinairement 
par un anneau , un bouton, ou quelque choie d'équi- 
valent. Cifia duclUis. Il a un cabinet de médailles où il 
y a divers tiroirs. 

fe n'aiprejque dans mes tiroirs 

Que fidcles petits miroirs , 
Qui font voiries défauts. Fy , dit le Dieu comique , 
Vn fidèle miroir efl un garde boutique. 

NOUV. CHOIX DE VERS. 

Pièces à tiroir, en termes de Théâtre : on appelle 
des pièces à tiroir, celles dont les Icènes font déta- 
chées , & n'ont point de relation avec le lujet princi- 
pal , comme dans les fâcheux de Molière, l'Efope de 
Bourlault, &'c. parce que ce Iont autant de tiroirs ou 
layettes, qu'on peut détacher du corps de l'ouvrage. 

Tiroir , en termes de Fauconnerie , font des ailes de 
coq d'Indes , ou dé chapon, que les Fauconniers pré- 
fentent aux Faucons , pour les rendre plus gracieux & 
pour les faire revenir fur le poing. Illicum. 

TIROL. Nom d'une province du Cercle d'Autriche en 
Allemagne. Tirolis , Tirolenfis Comitatus. Elle eft 
bornée au midi par les Etats de Veniïe •, au levant par 
la Carinthie & par l'Archevêché de Salrzbourgj au 
nord par le Duché de Bavière & par la Souabe : les 
Suillès & les Grilons la confinent au couchant. Le Ti- 
rol peut avoir cinquante lieues du couchant au levant, 
& trente-cinq du nord au fud. Il eft extrêmement 
montagneux , principalement vers le milieu , où l'on 
voit le grand Brenner,quipallè pour une des plus hau- 
tes montagnes des Alpes. Ces montagnes fournillènt 
de bons pâturages pendant quelques mois de l'année, 
& les vallées Iont fertiles en grains , & produifent 
même du vin. On trouve dans ce pays des mines de 
divers métaux , des eaux minérales , & des fontaines 
lalées. On peut divifer commodément le Tirol ea 
quatre parries. i". L'évèché de Trente, z". Celui de 
Brixen; les évêques de l'un & de l'aurre fonr Princes 
de l'Empire , fous laproredion des Comres du Tirol. 3°. 
Le T"//-»/ propre , qui portoit autrefois le nom de Duché 
deMéranie , & qui comprend TEtfchland , c'eft-à-dire j 
le pays de l'Adige , fitué le long de cette rivière, au 



TIR TI.S 

midi du grand Brenncr, le long de la riviàe d'Iiin. 
4°. Les annexes du Tirol j qui font les Comtés de 
Brégentz , de Feldkiik , de Prudents & de Sonnenberg , 
litués aux confins de la Suillè & de la Souabe , delà- 
quelle ils dépendoient autrefois. Le Tirol a pris Ion 
nom de la ville de Tirol j maintenant ruinée. C'eftje 
plus grand Comté de TEurope. Il a eu autrefois les 
Souverains particuliers. Il appartient maintenant à la 
Mailon d'Autriche, & les villes principales lont,Inl- 
pruck capitale, Hall, BrégentSjMéran, Trente, Brixen 
& Bolzano. Maty. 

Tirol. C'étoit anciennement une petite ville de Rhé- 
tie. Teriolij Teriolum. Elle adonné le nom au Comté 
de Tirol. Il n'y refte plus qu'un petit village ^ avec un 
château lîtué à une lieue de la ville de Méran. Maty. 

TIRON, THIRON. Nom d'un village avec une Ab- 
baye de Bénédictins, fondée en 1115. ou 11 14. Ti- 
roniurn. Il cft dans la Beauce en France , iur la petite 
rivière de Tiron, entre Chartres &Nogenrle Rotrou, 
à huit lieues de la première, & quatre de la dernière. 
Maty. 

TIRONEAU. Nom d'une Abbaye du Maine en France. 
Tironellum. Elleeftfur laSarte, aux confins de la Nor- 
mandie , & à dix lieues du Mans , vers le nord. Maty. 

•^^ TIROIDE, eft auiïî adj. Cartilage r/ro/rf^. Les glan- 
des tirdides gonflées comprimoient le larynx & J'é- 
fophage. 

TIROT. r. m. Petit bateau. On dit aulTi , foujlirot , 
qui eft encore un petit bateau. L'ordonnance du Sel, 
p. 60. parle des tirots & des Jôujîirots. 

TIRNSTAIN. VbyeiTlRSTAlN. 

TIRTOIR. I. m. Outil du métier de Tonncllicr, avec 
lequel on tire les derniers cerceaux d'une futaille , 
pour les faire entrer fur les peignes du jable. 

TIRSTA , THERSA. Nom d'une ancienne ville de la 
Paleftine. Tirtjh, TherJ'a. Elle étoit dans la demi-Tribu 
occidentale de Manallé , à trois lieues de Samarie , 
vers le levant. TirtJ'a fut capitale du royaume dllraël, 
jufqu'à la fondation de Samarie , qui.lui ravit cet hon- 
neur. I. Rois XVI. Maty. 

T I S 

TISAMÈNE. f. m. Célèbre Devin de Sparte. 

TISAMÈNE , fils d'Orefte & d'Hermione, Roi d'Argos 
& de Sparte.. 

TISAMÈNE , fils de Therfandre, & petit-fils dePolynice, 
fut Roi de Thèbes. 

TISANE, f. £ Les Médecins difoient autrefois ptifane. 
Potion rafraîchillànte faire d'eau bouillie avec de l'orge 
& de la réglide. On diverfifie ces décodions fuivant 
les effets qu'on fe propole. Vtijana. La plupart des 
infufions des Médecins le font dans la tijane. On 6te le 
vin à tous les fébricitans , & on les réduit à la tijane. 
On doit oblerver en général de ne point prendre 
de tijanes trop épaiflés, qui chargeroient l'eftomac. 
Il ne faut pas les faire bouillir trop long- temps. 

On appelle tijàne purgative , ' celle où l'on à mêlé 
quelque purgatif. 

Ce mot vient du Greci^7/!r*i'«, 

TISARIA. Nom d'une petite ville de l'Amafie en Nato- 
lie. Tij'aria. Elle eft à dix-fept lieues de la ville de 
Cogni, vers le feptentrion oriental. On la prend pour 
l'ancienne Dioavjàrea , ville Épilcopale de la Cappa- 
doce , & futiragante de Célarée. Maty. 

TISART. f. m. Terme de Manufacture de Glaces. On 
nomme ainli les ouvertures des fours à couler, par lef- 
quelles le tileurentretient le feu, en y jettant continuel- 
lement des billettes. Chaque four a deux tij'arts ik 
deux cheminées. 

TiSCHAUFFERA.f.f.C'eft la plus petite mefure de Venife 
pour les liquides. Quatre Tijchaufferas font la quarte , 
quatre quartes le bigot. 

TISER. V. a. C'eft la même chofe qu'attijèr. Ce terme 
n'eft en ufage que dans les Verreries. 

TISEUR. f. m. ;il le dit dans les Manufaftutes de Gla- 
ces du grand volume , de celui qui a foin d'entrete- 
nir le feu dans le four à couler. 

TISEUR. Terme de Verrerie. C'eft celui qui fert le Gen- 



TIS 61 

rilhomme Verrier dans la fabrique du verre , & qui 
tient au feu la fclle , toutes les fois qu'il faut échauf- 
fer la matière pour la fouffltr , ou que le Gentilhomme 
a bcibin de prendre haîeinc. On l'appelle aulTi k fouet. 

TISINDON. Nom d'une rivière de la Perle. Tijindo- 
musfluvius. Elle coule dans le Kerman , baigne Zirgian, 
Lar , paregebert , & fe décharge dans le golfe d'Or- 
mus , à 20 lieues de l'ille d'Ormus , vers le levant, fé- 
lon Baùdrand &Ies petites Cartes de Sanlbn. Quelques 
Géographes prennent cette rivière pour celle que les 
Anciens nommoienr Cyrus , Baragradas , & Agra- 
datus ; & d'autres pour celle qui portoit le nomà' An-' 
danius , oiiàAndanis. Maty. 

TISIPHONE. f. f. Nom d'une des Furies. Tifiphone. 
Tibulle, L. I. Élégie III. v. 6ç). dit que Tifiphone étoit 
cocftéc de ferpens, au lieu de cheveux. Catulle le die 
auilî, L. I. de Raptu Proferpinœ ^ v. 40. Virgile la 
place à la porte duTartarc , vêtue d'une robe toute 
ianglante -, îk elle fait fentinelîe jour & nuir -, c: quand 
les morts ont été jugés par Rhadamante , Tifiphone 
vengerelïè des crimes, armée d'un fouet , les frappe 
impitoyablement , en leur montrant fes lerpens. Voy. 
l'Enéide, L. VI. v. 555. & fuiv. 

Ce mot vient de Twir , vengeance , & <poi'« , meurtre. 
Tifiphone étoit la vengerelïè des meurtres. 

Tifiphone aux hrûlans cheveux , 

Avec fes redoutables feux , 

A-telle embrafé ce nuage} Nouv. Ch. de vers. 

Ai-je offert à tes yeux ces trifles Tifiphones , 
Ces monfîres pleins d'un fiel que n'ont point les lionnes} 

BoiL. 

TISON.- f. m. Pièce de bois à moitié confumée par le 
feu , foit qu'elle Ibit éteinte , foit qu'elle foit encore 
enflammée. Tifio. Tilon ardent , allumé , éteint. 

J'entre, autant que je peux, dans le communjyjîéme ^ 
En remuant Ù tournant mes tifons ^ 

Arbitre de leur fort , fans craindre de reproche ^ 

Je les tourne, retourne , ù règle entr'eux les rangs , 
Je les écarte ou les rapproche. 

Je les haujfcj les baiJJ'e ainfi que je l'entens; 

Mais que me revient-il des peines que je prens ? 

P. DU Cerc. 

On dit d'un homme qui eft toujours auprès de fbn 
feu , qu'il eft toujours iur les riions , qu'il a le nez 
deflus , qu'il gatde les tîjbns. Afîderefocis. Et des vieil- 
les gens j qui font toujours au coin du feu , qu'ils cra- 
chent fur les tifons. ExpreflTion familière. 

On dit prov. Noël a Ton pignon , & Pâques a fon 
tifon , pour marquer le dérangement des failons. 
Acad. Franc, 

On appelle par injure un méchant homme , \\n tifon 
d'enfer. Titio infernalis. On dit auffi qu'un homme 
a été le tifon , le boutefeu qui a allumé une guerre 
civile , ou \-\\\c querelle domeftique. Fax belli. 

Le voilà le beau fils , le mignon de couchette _, 
Le malheureux tifon de taflammefecrète. Mol. 

Ce mot vient de titio. 
TISONNER. V. n. Raccommoder le feu , remuer les 
tifons avec les pincettes , arranger les tifons au (eu , 
les remuer. Titiones componere , movere. Il y a des 
gens qui prennent un grand plaifir à tifonner. 

Heureux qui près du feu peut avoir des pincettes ■■, 
On ne peut pas toujours difcourir , raifonner. 
Et mime , en raijonnant , on aime à tilonner. 

P. DU Cerc. 

Je veux qu'à mes amis, & ce foin doit leur plaire , 
Comme on donne à chacun Jon fu'ge Scjon écran. 



6z 



TIS 



TIS 



De pincettes aujfi l'on préj'ente une paire'; 
^ue chacun indifféremment , 
EtJ'ans que l'on s'enformalijè , 
A droite , à gauche , librement, 
PuiJJe tiionner à fa guije. Id. 

TISONNÉ, Éî. adj. Terme de Maréchallerie. Ce mot 
fe dit de certains chevaux , & lignifie , qui a des 
marques toutes noires éparfcs çà & là fur le poil blanc , 
qui font larges comme la main , ou environ. Soleisejl. 
Nigris maculis diftinclus-. 

TISONNEUR , lusE f. Celui ou celle qui aime à tifon- 
ncr. C'efl: un grand Tijonneur. La pièce du P, Du- 
cerceaii fur les pincettes eft dédiée aux Tijbnneurs. 

Cependant je fens bien que tel tout bas en gronde , 
Et dit entre fis dents : Pefle du Tifonncur; 
Je dis aujfi tout bas : Fefie du raij'onneur. 

P. DU CtRC. 

7e fiiis donc tifonneur, & ne m'en cache guères ', 
Mais du moins ilefivrai que j'ai bien des confrère s. \t>. 

TISONNIER, f. m. C'eft un outil des ouvriers qui tra- 
vaillent à la forge, qui leur fert à remuer le feu. Il y 
a des tifonniers en palette, & des tijonniers coudés 
en forme de crochet. Tifonnier , c'eft un crochet ou 
elpèce de palette de fer fervant aux Serruriers & au 
très , pour couvrir le feu , & pour iabioner le fer. 

FÉLIBIEN. 

TISPO. Petite ville de l'Amérique feptentrionale , fur la 
cote du Golfe du Mexique dans l'Audience de Mexico. 

TISRI, ouTHISCHRI. f m. Nom d'un mois de l'année 
-des Juifs depuis la Captivité de Babylone. Tifri-,Thif- 
chri. Le mois Tifri étoit le feptième de l'année Ecclé- 
fiaftique des Juifs. Il commcnçoic dans le mois de fep- 
tembre. En 171 1. le premier jour de Tirfi tomboii 
au 14 de Septembre. Avant Moife c étoit le premier 
mois de l'année; &; depuis que Dieu eut ordonné de la 
commencer au mois Nil'an , Tifri ne laiflà pas d erre 
le premier de l'année civile. Le monde furcrééau mois 
Tij'ri i c'eft le fentiment de prelque tous les Juifs. Les 
Rabbins l'appellent le mois des Forts , parce qu'en ce 
mois-là on tait la récolte de tous les fruits de la terre , 
qui font le (outien& la force de la vie. Le Baal Aruch 
rire cemotdenityi.AVwrj/zj pris au fens de Jôlvit , dij- 
Jolvit , parce que c eft en ce mois , dit-il, que fe fait la 
rémiffion des péchés •, il entend parler de la fête de PEx- 
piation. On pourroit beaucoup mieux le tirer du même 
verbe n"W pris au lensdecommencer, enlorteque37/n 
«lit été ainlï appelé , c'"eft-à-dire , commencement , parce 
quec'étoit le commencement de l'année. Cette étymo- 
logie eft bien plus probable , & elle montre que c'é- 
toit auiïï le premier mois chez les Chaldéens,& qu'ils 
confervoient,par conléquent, la tradition de la création 
du monde en automne, dans la coutume de commencer 
l'année en ce temps. D'Herbelotdit2Vn>2,ou Tifikrin, 
&: ajoute que c'eft un nom commun à deux mois du Ca- 
lendrier Syrien, ou Syro-Macédonien, dont le premier 
qui eft appelé Tijrtn Alouual , ccftà-dirc. Premier 
Tifrin, correfpond au mois dOclobre du Calendrier 
Julien, ck le iéconi qu'ils nommoient Tijrain altani , 
c'eft-à-dire, fécond Tifi ou Tifri deuxième, corref- 
pond au mois de Novembre du même Calendrier. Mais 
il fe trompe , quand il dit que c eft un mois du Calen- 
drier Syro-Macédonien. Le Calendrier Syro- Macédo- 
nien êft purement Grec. Les noms Tijrin alouual, 
Tijrin altani , iont Arabes. 

TISSER. V. a. Faire un tiiiu , fabriquer fur le métier ou au- 
trement un ouvrage d'ourdiliage, de fil,deiaine ou 
de foye. Texere. 

Tissu, ue. parc. 

TISSER. Terme de faifeufe de point. C'eft coucher & 
ranger le rillu du point lélon 1 ordre du patron. Texere 
ad lineamenta. 

TISSERAND, f m. Nom commun à plufieurs ouvriers 
qui travaillent à la navette. Ouvrier qui fait de la toile. 



Textor. En quelques endroits onl' appelle texier j telier 
& tijfier, d'où font venus plufieurs noms de familles 
femblables. Un nœud de Tijjèrand eft celui qui fe fait 
à l'extrémité du fil. 

On le dit auffi des ouvriers qui font du drap de laine , 
ou des étoftés de foie -, & alors on dit , Tijferand en 
drap , Tijferand en foie. Acad. Fr. 

TISSEUR, f m. Terme de Manufaclures. Ouvrier qui 
travaille lur le métier avec la navette, à la fabrique des 
étoiles de laine. 

TISSIER. f m. Ce terme eft en ufage" dans plufieurs 
Manufaélures de lainage & de toilerie, pour fignifier 
ce qu'on nomme ailleurs ou Tilïèrand ou Tifl'eur. 

TISSIR. V. a. Vieux mot. Former un tiftu. Marot. 

TISSGTIER. f. m. On appelle ainfi les ouvriers qui font 
des rubans , galons , pallcmens , guipures, &c. au métier. 
Ce mot vient de tifju. A texando. Il eft peu uftté. Voy. 
Tidiitier. 

=8^ TISSU, UE. adj. ou part, du verbe tiftèr ou tiftrc. 
Textus j contextus. On dit figurément une intrigue 
bien tiJJ'ue ^ pour dire bien conduite-, & poétiquement, 
des jours ti^us d'or & de foie , pour dire des jours 
parfaitement heureux. Vota undequaque beata^ Jolis 
candidi. 

Tissu eft auffi fubftantif-, & fe dit des étoffes, rubans & 
autres ouvrages lemblables , faits de fils entrelacés lur 

. le métier avec la navette , dont les uns , éiendus en lon- 
gueur, s'appellent la chaîne, & les autres en travers 
fe nomment la trame de l'ouvrage. Textile, textus, 
textum. 

Les tiffusk fabriquent avec toutes les matières qu'on 
peut filer-, l'or, la loie, le fil, le coton, &c. Un tiffïi 
d'or & d'argent , un tiffu de foie , un tifl'u de cheveux. 
Les Cordiers appellent tijfu , certaines bandes com- 
pofées de gros fils de chanvre , dont on fait des fangles 
pour les bêtes de ibmme. Crajfofilo textum. Ce tij/u 
eft bien ferré. Ce mot tranlporté au figuré défigne ce 
qui fait principalement l'ordre & la liaifon du dikours. 
Ordo j Jèries , junâura. Le tifTu de cedifcours eft fore 
bon. Cicéron a dit j textum dicendi. 

On dit dans ce fens un tiffii de belles aâions, pour 
dire une longue fuite. Sa vie eft un tiffii de belles ac- 
tions , d'aclions éclatantes. 

Et dans un beau tilTu de belles actions , 
Uverracomme il faut dompter le s Nat ions. Cok-n. 

Nous ne pouvons changer l'ordre des Deflinées, 
Elles font à leur gré le tilïu de nos jours. La Suze. 

Tissu fe dit auffi en Médecine. La rétine 011 fe fait la 
vifion , eft un tiJfu de nerfs ,' de veines & d'artères » 
comme un réieau ou une toile. Contextus. 

Ce terme eft employé dans le même fens en Botani- 
que. On dit le tifju cellulaire , véficuiait e , utriculaire 
ou parenchymateux. Vbye^ ces mots. 

TISSURE, f f Art& manière de faire le rilm. Les tijfu- 
res des brocards, des draps & des toiles font diftcren- 
tes. TexCura. Il y a des tif lires lâches, & d'autres bien 
frappées -, des tijfures à double broche. Il fe dit auffi de 
la manière dont les parties qui compofent toutes lottes 
de corps font arrangées , dilpolées. La diflérence des 
couleursdépenddeiadirtérente tiffure de la furface des 
objets, quiréfléchiftent diveriemenrla lumière. Maieb. 
Selon M. Botticher,dans fon Traité Latin des maladies 
malignes & de la pefte , le venin eft comme un puiftant 
alcali volatil , capable de diiloudre \atijfure du fang, 
& d'en délunir tellement les parties , que la circulation 
de cette liqueur languiftè peu-à-peu , & s'abolillè en- 
tièrement à la fin. JouRN. des Sav. 

Je m'étois fait moi-même une riche parure , 
J'en avois travaillé le fil & la tiflure, N. Ch. vers. 

Tissure, fe dit auffi figurément de la liaifon, ck l'éco- 
nomie des parties d'un difcours,d'un ouvrage d'efprit. 
Textura , conjiruclio , ordo. La tijjiire ^e l'Enéide eft 
bien autant à eftimer que l'exprelfion. La tijfure de 
cette Hiftoire eft fort belle. Cassagne. La tifl'u re de 
cette claufe eft une & indivife. Pat. 



TIS TI 

TilTure & tiflu paroiflcnr abfolument fynGnymes , 
en tant qu'ils délignent l'ordre & la liaifon des parties 
d'un tout, tant au propre qu'au figuré -, mais le mot 
de tijjii paroît plus de l'ufage ordinaire : de plus le mot 
de /i/7i/ le dit fort bien pour une luite, un enchaînement 
de chofes. Un tiffu de belles actions , un tijfu de mer- 
veilles , un tijjii de crimes -, au lieu que celui de tillure 
ne conviendroit pas en cette occalion. 
TISSUTIER. f. m. Rubannier , Artifan qui fait des Rubans , 
des franges , des boutons , de la toile de foie, & autres 
tilllis. Textor ytextiUum oplfex. Les Maîtres Tijfutiers- 
Ruhanniers font un corps féparé d'avec les Ouvriers 
en draps d'or &'de foie , & ne peuvent faire d'ouvra- 
ges qu'au-dellous d'un tiers d'aune de largeur , ni avoir 
chez eux de métiers des étoftes de la grande navette, 
par Arrêt du Confeil du 8 avril 1666. Nulne ferareçu 
à la maîtrife du métier de Tijfutier-Rubanieren notre 
ville & fauxbourg de Paris , s'il n'a .premièrement 
été apprentif quatre ans fous un maître de notre ville 
de Paris i & après lefdits quatre ans accomplis de Ion 
apprentilTage , fera obligé de fervir quatre autres ans 
les maîtres de notre ville , y gagnant argent & lalaire 
raifonnable comme compagnon. Ordonn. d'HiNRi III. 
TISTANIS. f. m. Vieux mot. Etoffe tiiliie. Borel. Pan- 
nus-, textura. 
TISTRE. v.a. faire de la toile, du dtap & des étoffes fur 
un métier. Texere , contexere. Il n'eft en ufage que 
chez les Artifans qui travaillent de ces métiers-là. Par- 
tout ailleurs, il n'eft ulîté qu'à fon prétérit j'ai tiffu, & 
à fon participe tiffu. Voilà un bracelet que j'ai tiff'u de 
mes cheveux. 

On dit figurément, qu'un homme a tiffu une intri- 
gue, pour dire que c'eft lui qui l'a conduite, qui l'a 
menée. Fbyei tijjèr j tijjii. 

T I T 

TITAN, f. m. Terme de Mythologie. Titan. Nom d'un 
Dieu de l'Antiquité payenne. Il étoit fils du Ciel & de 
Vefta, & frère aîné de Saturne. Quoiqu'il fût l'héritier 
préfbmptif du Ciel , voyant pourtant que fa mcre & 
la fœur avoient plus d'inclination pour Saturne que 
pour lui , il lui fit celïïon de fes droits , à condition qu'il 
n'éleveroir point d'enfant mâle , afin que l'empire du 
Ciel pût revenir à les enfans. Mais dans la fuite Jupiter, 
Neptune & Pluton ayant été fauves par l'artifice d'Ops, 
Titan avec fes fils les Titans fe révoltèrent contre Sa- 
turne , le vainquirent & l'enfermèrent. Il demeura en 
la puilïance de fes ennemis julqu'à ce que Jupirer de- 
venu grand , vainquît les Titans ^ & le délivra. Au 
refte , des anciens Mythologiftes qui me font connus , 
Hygin eft le feul qui parle d'un Titan au fingulier. En- 
core n'en dit-il rien , finon qu'Aftérie que Jupiter chan- 
gea en caille , étoit fille de Titan. Les autres ne parlent 
que des Titans au pluriel, dont nul en particulier ne 
s'appelle Titan. Vbyei Noèl le Comte , Mytholog. 
L. VI. C. zo. 

Titan. Ce mot chez les Poètes fe prend pour le foleil. 
Héfychius dit qu'il fe prend auffi pour Sodomites. Il 
dit encore que c'eft un des noms de l'Antechrift. En ce 
fens il doit s'écrire Téitan en Grec , pour faire en let- 
tres numérales 666 , qui dans l'Apocalypfe XIII. 18. 
eft le nombre de la bête. 

Titans, f. m. & plur. Terme de Mythologie. Titanes. 
Les Titans étoient fils d Urane ou de Cœlus, c'eft-à- 
dire , du Ciel & de la Terre , félon Héliode & Appol- 
lodore-, ou, ce qui eft la même choie, de l'^thèr & 
de la Terre , félon Hygin. Appollodore n^en compte 
que quatre. L'Océan , Cxus , Hypérion , Crius SI Ja- 
pet frères de Saturne qui étoit leur puîné. Hygin n'y 
met point l'Océan , ni aucun des autres , qu'Hypérion -, 
& il en compte fix qui font Briareus, Gygés, Stéropes, 
Atlas, Hypérion & Ptolils. Héfiode & Appollodore 
diftinguent les Céans à cent mains des Titans. Cœlus , 
ou le Ciel, avoit eu de la Terre les Cyclopes Harpes, 
Stercopes & Bromes, & les avoit enfermés & enchaî- 
nés dans le Tartare. La Terre leur mère indignée de 
ce traitement, fouleva les Titans contre fon mari leur 
père. Tous, à laréfervede l'Océan, lui firent la guerre 



TIT 6} 

& le détrônèrent. Ils mirent Saturne à fa place. Il n'en 
iifa pas mieux que fon père. Il les mit aux fers j & les 
jetta dans le Tartare. Jupiter traita dans la fuite Sa- 
turne comme Saturne avoit traité Urane , Cœlus ou 
le Ciel. Il tira des fers les trois Géans à cent mains & 
à cinquante tctes , que Saturne y avoit jettes. Et ces 
trois Géans qui font Cottus , Briareus & Gygès l'ai- 
dèrent beaucoup dans la guerre que lui firent les Ti- 
tans. Hélîode, Théogon. 6€8. Ù 714. Cette guerre 
. dura dix ans. Héfiode , Théog. V. 636. mais enfin ils 
iLirent vaincus ; Jupiter demeura poflefleur pailîble du 
Ciel, & plongea les Titans dans l'enfer, ou fous des 
montagnes, du poids defquelles il les accabla. Clau- 
dien décrit le combat des Dieux contre les Titans dans 
fa Gigantomachie. 

Voilà ce qu'en dit la fable des Anciens -, voici ce qu'en 
dit le P. Pezron dans fon Antiquité des Celtes. Les Ti- 
tans font nos anciens Celtes , ou Gaulois. Ce font des 
Gomeriens ou defcendans de^Gomer fils de Japhet. 
Gen.X.z. Ils furent d'abord appelés Saques-, fous ce 
nom ils le jetterent fur l'Arménie , entrèrent dans la 
Cappadoce , paftërent en Phrygie , & prirent le nom 
de Titans. Le premier de leurs Princes fut Acmon, & 
c'eft lui qui en fortant de l'Arménie les conduilît dans 
la Cappadoce, & enfuite dans la Phrygie, ayant pour 
compagnon, & peut-être pour devin, fon frère Doéas. 
Le fécond a eu le nom d'Urane ; c'étoit un homme bel- 
liqueux, qui ayant de l'ambirion & aimant la guerre, 
a porté fes armes & étendu fes conquêtes depuis la 
petite Afie jufqu'aux Efpagnes, c'eft-à-dirc, jufques 
aux extrémités de l'Europe & de l'Occident. Saturne , 
autrement appelé Chrone , a été le troilîeme, c'eft lui 
qu'on regarde , avec raifon , comme le père du grand 
Jupiter. L'on découvre par l'ancienne hiftoire , qu'il a 
fait auffi de grandes choies -, & l'on voit que c'eft le 
premier des Princes Titans , qui a ofé porter le dia- 
dème avec la pourpre, & qui a pris le titre de Roii 
car avant lui les autres n'avoient été que les chefs & 
les conduâeurs des peuples qui étoient fous leur com- 
mandement. Jupiter , dont le véritable nom étoit Jau, 
ou plutôt Jou, doit être regardé comme le quatrième 
& le plus renommé de ces Princes. C'eft lui qui par la 
grandeur de fon courage, & par le cours de les vic- 
toires & de fes profpérités , a formé l'Empire des Ti- 
tans y & qui l'a porté *au plus haut point de gloire où 
il pouvoir allgr. Sa renommée auroit encore été plus 
grande & plus entière , s'il ne s'étoit point trouvé dans 
la malheureufe néceffité de faire la guerre à un père 
qui ne penfoirqu'à lui ôter la vie. Enfin fon filsTeutat, 
autrement appelé Mercure, eft celui qui après fon oncle 
Dis, que nous nommons Pluton, a établi les Titans 
dans les provinces de l'Occident , & fur-tout dans les 
Gaules. C'eft lui qui a donné des loix à ces peuples , 
qui ne cherchoient & ne refpiroient que la guerre , 
pour adoucir par-là leur humeur féroce & barbare, 
&: pour leur inipirer un peu plus l'amour de la paix & 
de la tranquillité. Que fi l'on compte Manée parmi ces 
grands hommes-, (car il eft regardé par quelques Hif- 
toriens comme le pcre d'Acmon , & par conféquent 
comme le bifaîeul de Saturne , ) on aura par-là fix de- 
grés en ligne direde, ou, ^\ vous voulez, fix généra- 
tions de Princes Titans. Ces degrés les font monter 
jufqu'au temps de Nachor père de Tharé & aïeul d'A- 
braham : & ils n'ont fini que vers le temps que les Ilrae'- 
lites entroient dans l'Egypte. De forte que leur puif- 
fance & leur dominadon , foit dans la petite Ade, & 
même dans la Syrie , foit dans la Grèce & l'Italie , foit 
dans le refte de l'Europe, peut avoir duré environ trois 
cens ans. Les Titans , & fur-tout les Princes qui les 
commandoienr , furpallbient de beaucoup les autres 
hommes en grandeur, &: en force de corps. C'eft ce 
qui a fait qu'on les a regardés comme des hommes 
terribles & comme des Géans. L'Ecriture elle-même , 
qui eft la règle de la vérité , ne donne point d'autre 
idée de ces hommes fameux & puiffans, qui, félon 
elle , ont dominé toute la terre. Judith , dans fon beau 
Cantique, en parlant d'eux, les appelle les Géans, les 
fils des Titans dans le Grec; & le Prophète Haie fait 
auffi voir que ces Géans ont été autrefois les maîtres 



64 



TIT 



TIT 



■du monde , S: il dir qu'ils ont challc de leurs trônesles 
Rois des Nations. Les Titans ne font donc point des 
hommes fabuleux & imaginaires , quoique les Grecs 
ayent voilé leurs hiftoircs de fables : c'étoieiit des 
hommes puiflàns &: de grands guerriers, venus de la 
race des Géans , qui ont fait tant de bruit dans tout 
rUnivers. Mais outre cela, l'on peut dire, qu'ils éroient 
très-adonnés a. la Magie , aux augures , aux divina- 
tions & même aux preftiges & aux ^nchanteniens. Et 
es plus grands d'eiur'eux, comme les Prêtres, les Sa- 
crificateurs, les Rois mêmes, & les Princes du Sang 
•étoient les plus attachés à ces curiofités profanes & dia- 
boliques. 

J'ai fait voir alfez amplement que les, Celtes font 
venus de ces anciens Titnns. Auiïï ce nom eft-il tout 
-Celtique", car il vient de Tit qui (tgnifie Terre-, & de 
Den ou Ten, qui veut dire homme. Ainfi les Grecs leur 
iont j avec raifon , donné le nom de >«j '^-lûi , quafi ter- 
■rigenœ. Nés de la Tcffe , ou enfans de la Terre. Il eft 
vrai que 0"iO , Tit, en Hébreu , lignifie de la houe , 
de la fange, mais ce mot a-t-il pallé dans la langue 
<]eltique , & l'y trouvera-t-on ? 

Quand ce mot eft une épirhcte du Soleil, il eft auffi 
Celtique ; mais il a une autre étymologie. Il vient 
de ti , qui lignifie mailon ou habitation , & de tan j 
^ui marque le_/èz/. Ainli Titan, fans changer une let- 
tre, veut dire maij'on ou demeure defeu , ce qui con- 
vient fort bien au Soleil. Pezron. 
Titan, fe dit poétiquement d'un ennemi puiflant, for- 
midable , difficile à vaincre. 

Déjà nos Titans injènfés , 
Du haut de leurs monts entajjïs , 
Voyaient le ciel comme leur croie \ 
Quand d'un effort impétueux , 
Le carreau s'élance & foudroie 
Ces Colqffes préjbmptueux. N. cii. de vers. 

L'île du Titan , ou du levant. Titania infula. C'eft 
une des îles d'Hycres. Elle eft fur la côte de la Pro- 
vence , à douze Jieues de Toulon , vers le levant. On 
l'appeloir anciennement Hypœa , Hypata. 

TITANAIDES. 1'. f. Dans Hygin, C. CLXXXIII. C'eft 
le nom d une des heures. Titanàide. Cependant quel- 
qifes Cïitiques prétendent que c'eft une faute , qu'il 
faut lire, Titamdis fiUœ „ (& le rapporter à Themidis 
mère des Heures qui préccde. Horcrum verb nomina 
hœc Junt : Jovis Saturni filii Ù Themidis Titanidis : 
ou Titanida: filicE , au lieu de & Themidis filiœ Tita- 
ndidœ , Auxo, Eunomia, &c. On peut ajouter qu Hy- 
gin ajoutant que d'autres en admettent dix & les 
nomment autrement , il femble qu'ils n'en ont pas 
compté dix dans le catalogue ou le dénombrement des 
premiers , dont il a parlé. 

TITANIDE. 1. f. nom que l'antiquité payenne a donné à 
jept filles d'Urane ou Cœlus , & de la terre. Titanis. 
Les Titanides font Thétis , Rhéa, Thémis , Mnémofy- 
ne, Phœbé, Dione & Thia. Appollodore. 

TITARÉSO. nom propre d'une rivière de Theftâlie , en 
Grèce. Titarejfus. Elle baigne Parla , & fe décharge 
dans le Pénée. Matx. 

TITE. f. m. Nom ou prénom d'homme. Titus. L'Em- 
pereur Tue étoit fils de Vcipalien àt frère de Domi- 
tien , qui lui fuccéda. C'eft de lui que Dieu fe fervit 

• pour accomplir les Prophéties de Jefus-Chriftfur Jéru- 
îalem. Il la prit & n'y lailla pas pierre fur pierre. Tite 
aimoit & protégoit les gens de lettres. On lui donna le 
plus beau iurnom qu'aucun empereur ait porté , en rap- 
pelant l'amour & les délices du genre humain. Il fuc- 
céda à Vel'pafien Ton père l'an 79 de J. C. & fon frère 
le fittiierranSi. llétoitâgéde+i ans. Tire-Live. Voy. 
LiVE. Il y a de quoi s'étonner que Mariana ayant pris 
Tàe-Live pouv l'on modèle au regard du ftj'le de la narra- 
tion , fe foit formé fur Tacite , en ce qui regarde les 
fentences & les réflexions, Bouhours. Strada s'eft 
propolé Tacite pour modèle, çlutoz que Tite-Live. 
.Stumphius, que les Suilles appellent leur Tite-live, a 
fait en Allemand une hiftoire du concile de Conftance 



Ce mot s'exprime fouvent par un T. feuî, T. Liveétoh 
de Padoue. 

TITEE ou TlTAIA. f. f. Femme d'Uranus & mère des 
Titans, reçut aprcs la mort les honneurs divins. Com- 
me Ion nom lignifie houe ou terre , on prit Titée pour 
la terre même. 

TITELLE. f. f. Vieux mot. Titre, Infcriptions. Bihl. hifl. 
manufcrit Borel. Titulus. Injcriptions , Epigraphe. 

TITHON. Terme de Mythologie. Il étoit fiJs de Laomé- 
don , roi de Troye , & étoit très -bien fait -, l'Aurore 
l'aima & l'enleva daixs fon char en Ethiopie. Elle eut 
de lui Memnon, & pour récompenie il demanda une 
longue vie , de forte qu'après plulieurs fiècles fon corps 
diminuant toujours il fut changé en cigale. ApoUodore 
a connu encore un Thitone fils de l'Aurore & de Céphalc, 
qui l'étoit de Herlé &; de Mercure. M. Huct dans fa 
Dilïèrtation fur la fituation du Paradis Terreftre, & 
dans fon Hiftoire du Commerce , dit Tithon & non 
pas Tithone. Mais il femble qu'il faut mettre de la dif- 
férence dans notre langue entre les mots Latins ou 
Grecs terminés eno ou on, comme feroit Tithoj Ton 
Tithon, & ceux qui font terminés en onus, comme 
Tithonus , & qu'en ceux- ci le mieux eft d'exprimer 
la terminaifon us par un e. Il faut cependant conyenir 
que l'ufage ne met pas toujours cette diftindion. Car, 
s'il a dit pentagone, bexagone, &:c. de patronus , il a 
fait aulîî patron, &. non pas patrône. 

TITHORÉE. f. f. Terme de Mythologie. Etoit une de 
ces Nymphes qui naillent des arbres , & particulière- 
ment des chênes. Elle habitoit fur la cime du mont 
Parnallë , à laquelle elle donna fon nom. Ce nom fe 
communiqua dans la fuite à tout le Canton , & même 
à la petite ville de Néon en Phocide. 

TlTH'V'MALE. f . m. Plante qui rend un fuc blanc comiiic 
du lait , & dont il y a plufieurs efpèces. Celle que C. " 
Bauhin appelle Tithy malus characias rubensperegrinus, 
pouflè une ou pluiîeurs tiges à la hauteur d'un pied 
& demi, couvertes d'une écorce rougeâtre, groflb' 
comme le petit doigt , revêtues en leurs parties fupé- 
rieures de feuilles dures , lifles , vertes , plus grandes 
&: plus longues que les feuilles de l'olivier, mais plus 
petites que celles de l'amandier. Ses fleurs font noires, 
formées en godets découpés en plufieurs quartiers. Il 
leur fuccède des fruits relevés de trois coins, &divi- 
fés en trois cellules templies chacune d'une femence 
oblongue. Sa racine eft dure & ligneufe. Il y a un grand 
nombre d'efpèces de Tithymales , dont l'Epurge & 
l'Efule font les principales. Tous les Tithymales font 
hydragogues •, mais comme ils font violens, on ne les 
emploie qu'à très-petites dofes, & toujours corrigés 
par d'autres médicamens qui tempèrent l'adlion du fel 
alumineux dont ils abondent. Quelques-uns ont ob- 
fervé par le moyen du tithy maie , qu'il fe fait une cir- 
culation du lue dans les plantes , comme il s'en fait une 
du lang dans le corps des animaux. Je vis à l'île de S, 
Vincent du Tithy malus arborejcens. Frézier ', p. 12.. 
On fait venir ce mor des mots Grecs 7/tÛh -, Mamma, 
mammelle, [M.haxa^, mollis, tendre, comme qui di-^ 
roit , Tendre mammelle , à caufe que le tithymale 
rend du lait. 

TITIAS. f. m. Terme de Mythologie. Nom d'un Héros 
que les Cretois adoroicnr anciennement comme un 
Dieu. Titias. Ils diloient qu'il étoit fils de Jupiter, 
quoique Callimaque dife qu'il étoit fils de Cimmerius, 
qui étoit de la province appelée Mariandynum , dans 
l'Afie mineure. Le bonheur donr il jouit pendant toute 
fa vie , le fit mettre au nombre des Dieux , & regarder 
comme celui qui préfidoit aux deftinées des villes. Na- 
talis Comès, L. IX. C. 5. 

TITICACA. Nom d'un grand lac de l'Amérique méri- 
dionale. Titicaca. Il eft dans le Pérou propre, furies 
confins de Los Charcas , entre la ville de Cufco, & 
celle de Potofi. On donne à ce lac trente-cinq lieues 
de long , quinze de large , & quatre-vingt de circuit. 
Il renferme plufieurs petites îles, fur l'une defquelles 
les anciens Rois du Pérou avoicnt bâti un temple très- 
magnifique. Maty. 

TITIEN, f. m. Nom que l'on donnoit à des Prêtres de 
l'ancienne Roaie. TniusSodalis; C'eft le Roi T.Tatius 

qui 



TIT 

qui inftiaia les Titiens à Rome , qu'on nommoit Titii 
Scdales; leurs fonctions étoient de faire les facrifices 
&: les cérémonies des Sabins. Tacite le dit dans fes an- 
nales, L. 1. C. 54. Ailleurs, Hift. L. IL C. 55. il dit 
' qu'ils furent établis par Romulus, pour honorer la mé- 
moire du RoiTatius. Quoi qu'il en foit, il paroît que 
c'eft de Titus , furnom du Roi Tatius , qu'ils prirent 
leur nom. Cependant Varron le tiroir à Titiisavihus; 
mais comme a fort bien remarqué Turnébe , Adv. L. 
XXI. C. I. qui fait aujourd'hui ce que c'étoit que ces 
oifeaux ; Servius dit que les pigeons ramiers ont été 
appelés Tetœ. Peut-être font-ce les aves titiœdeVar- 
ron. Après tout, l'étymologie n'en eft pas plus fure. 

Les Vierges de Ve/la^ les favans Titiens , 

Les Épulons joyeux j & les fiers Saliens. Brébeuf. 

TITILLATION, f. f. Terme de Phyfique. Senfation du 
chatouillement. Sentiment qu'éprouve^elui que l'on 
chatouille. Titillatio. Voye\ Chatoui*ement. 

TITIRY. f. m. Sorte de petit poilTon qui fe p«:he dans les 
rivières des îles Antilles. Titirius pijcis •■, c'eft propre- 
ment le frai d'une efpèce de poillon qu'on appelle tef- 
tard ou fuccet , en Latin cabilo , ou cottus. On prend 
ce frai fur le bord des ruiiîeaux en grande quantité en 
tout temps de l'année , vers la Martinique & les au- 
tres îles des Antilles. Le Titiry n'eft pas plus gros qu'un 
fer d'aiguillette. Il a le corps tout marqueté de noir & 
de gris , avec deux petites empennures , l'une fur le 
dos , l'autre fous le ventre , deux petites nageoires 
proche de la tête , & une queue de même étoffe. Tout 
cela eft mêlé de trois ou quatre couleurs , de rouge , 
de vert & de bleu. Elles font fi vives, qu'on les pren- 
droit pour de l'émail appliqué fur ces poiftbns. Cela 
ne paroît pourtant guère, li ce n'eft dans l'eau, & 
quand ils i"e jouent , & qu'ils font de petites caracoles 
les uns après les autres. On les voit en certains temps 
remonter de la mer vers la montagne en li grande 
quantité , que les rivières en font toutes noires. Comme 
ces rivières font des torrens qui fe précipitent avec 
ïmpétuofité à travers les rochers , ces petits poiflons 
gagnent tant qu'ils peuvent le long des rives , où les 
eaux ont moins de rapidité , & quand ils rencontrent 
un faut d'eau qui les emporte , ils s'élancent hors de 
l'eau , & s'attachent contre la roche , le glillant à force 
de remuer jufqu'au-dellus du courant de l'eau. On en 
voit plus de deux pieds de large, & plus de quatre 
doigts d'épais , attachés lur une roche , où tous 
les uns fur les autres femblent difputer à qui aura plu- 
tôt gagné le dellus. C'eft là qu'on les prend. On met 
un vafe deilbus , & on les y pouflè avec la main. 

TITITLH. f. m. Nom du 16^ des dix-huit mois de l'an- 
née des Mexicains. Comme l'année de ces peuples 
commence au zô"-' de Février, & que chaque mois eft 
de vingt jours, le mois Tititlh doir commencer le 23^ 
Décembre. Scaliger, deEinend. Temp. p. 2.2.4. Kirker, 
<Edip. ^gypt. p. 30. 

«:^TITMONING. Ville d'Allemagne dans l'Archevêché 
de Salzbourg , aux confins de l'Hleétorat de Bavière , 
à fix milles de la ville de Salzbourg. 

TITRE, f. m. Infcription, ce qu'on met au-deiTus d'une 
chofe pour la faire connoître. Infcriptio , titulus. Pilate 
mit pour titre iur la croix du Sauveur, JéJ us Naza- 
réen Roi des Juifs. Inlcription eft le vrai mot. 

Titre , eft auffi l'infcriprion qui eft au commencement 
ou à la première page d'un Livre, qui contient le nom 
de l'Auteur, ou la matière dont il traite. Titulus. Les 
Œuvres d'Ariftote , le DiCiiounaire d'Ambroife Cale- 
pin, la Somme des péchés. 'Le titre eft le proxénète 
d'un Livre, ce qui le fait vendre. Les Auteurs font 
fouvent en peine de trouver des titres fpécieux à leurs 
Livres. Il y a des titres fanfarons qui préviennent plu- 
tôt contre l'Auteur. Un titre doit être fimple &: clair. 
Il y a des titres trop brillans, tel eft le titre. Amitiés, 
Amours & Amourettes de Monfieur le Pays", fur lequel 
on a fait Fleurs, Fleurons & Fleurettes. 

Les Tu'res & les Préfaces de la plupart des Livres 
font comme les commencemens des mechans Poèmes 
Tome VIIL L Partie. 



TIT 



65 



Les Auteurs y débutent par les plus belles promeflès 
du monde •, mais le plus fouvent ces promelles n'a- 
boutiffènt à rien. 

Parturient montes j nafcetur ridiculus mus. 
Hor. de Art. Poët. v. 159. 

La montagne en travail enfante- une fouris. 
Boileau Art Poët, chant. 5. v. 274. 

M. V^** Médecin, qui fait autre chofe que fa Pro- 
feflîon, quoiqu'il y foit très-confommé , a fait un Re- 
cueil fort curieux & fort commode des titres de tous 
les ouvrages dont il eft parlé dans les Journaux. 
TITRE-PLANCHE, f. m. Terme de Libraire & de Gra- 
veur. C'eft le nom qu'on donne au titre d'un Livre, 
lorfqu'il eft gravé en taille-douce avec des ornemens 
hiftoriés , & qui ont rapport à la matière de l'Ouvrage. 
Il a paru une Edition des Lettres Juifves, décorée d'un 
Titre-Planche ingénieux, &: du Portrait du Tcadudeur. 

Titre, fe dit auffi des Ouvrages qu'on a diftingués par 
Chapitres, au-de(Tùs defquels on a mis un petit fom- 
maire de ce qui y eft contenu. Capitulum , Jumma. 
Montagne traite toujours de toute autre choie que de 
ce qui eft contenu dans fon titre. On doit toujours 
mettre à la tête d'un Livre une Table des titres ou 
chapitres. 

Titre , en termes de Jurifprudence Civile & Canonique, 
eft le Chapitre même d'un Livre. Textus , contextus. 
Un titre ie fubdivife en paragraphes , & en verfets. 
Dans chacun des 50 Liv. du Digefte , il y a plufieurs 
titres , tantôt plus , tantôt moins. Les Ordonnances 
Françoifes font auffi divifécs par titres, & parariicles> 
le Code-Louis pareillement. 

Titre , eft auffi une petite ligne qu'on tire au-deflusd'un 
mot, ou d'une lettre, qui marque l'abréviation du mot 
ou le redoublement de la lettre ni ou n -, une pronon- 
ciation particulière , comme Phia, pour Philo/ophiai 
Chlet j pour Chdtelet , home, pour homme. Lineola 
tranfierfa. En Efpagnol duena , le titre fait prononcer 
duegna. L'Ecriture Gothique fe faifoit avec plufieurs 
titres & abréviations. C'eft à cette manière d'écrire 
que Louis XI. faifoit allufion , quand pour fe mocquer 
d'un ignorant qui prenoit plufieurs qualités, ildifoit. 
Là où il y a tant de titres , il n'y a guère de lettres. 

Titre, eft auffi un nom de dignité, de diftinélion , ou 
de feigneurie , qu'on donne aux perfonnes. Titulus y 
qualitas, diftinclio. Les titres de l'Ordre dévoient 
toujours être mis immédiatement après le nom , & 
avant le titre de l'Office. Loy. S'acquérir le titre de 
Libérateur. Vaug. Y a-t-il quelqu'un qui voulût don- 
ner à Néron le titre de Céfar? Cousin. Si l'on com- 
pare notre fiècle avec les précédens , on verra que les 
titres étoient fort rares, & que perlbnne n'étoit allez 
etîronté pour prendre ceux qui ne lui apparccnoient 
pas : aujourd'hui chacun fe les attribue tels qu'il lui 
plaît. Cail. Aujourd'hui on prodigue fervilement les 
titres à tous les gens en crédit. Id. Les honneurs font 
des titres fpécieux que le temps eftace. Fléçh, Nous 
avons prodigué les titres d'Excellence & d'Eminence, 
qui dans les premiers temps auroicnt fuffi à payer la 
vertu la plus éclatante & la plus folide. Dac. Le Roi 
d'Efpagne a une page de titres & de dignités pour 
marquer fes Royaumes & fes feigneuries. Charles- 
quint ayant rempli de tous ces titres une page d'une 
Lettre qu'il écrivoit à François l -, ce Prince pour en 
faire fentir le ridicule , fc qualifia dans fa réponfe : 
François, par la grâce de Dieu , Bourgeois de Paris , 
Seigneur de Vanvres & de Gcntilly. Le Roi de France 
prend pour titre celui de Roi de France & de Navarre. 
Le Roi d'Angleterre prend le titre de Roi de la 
Grand' Bretagne , de France Ù d'Irlande. Le Roi de 
Suéde s'intitule Roi de Suéde & des Gôts ; celui de 
Danemarclc Roi de Danemarck & de Norvège. Le 
Duc de Savoye met dans fes titres celui de Roi de 
Chipre Ù de Jérufàlem. Le Duc de Lorraine prend le 
titre de Roi de Jérufàlem , de Sicile , &'c. Vbyei encore 
l'article fuivant. Les Cardinaux prennent pour titre 

I 



<56 



TIT 



TIT 



celin 



iiii d'une Eglife de Rome , comme de Sainte Cécile , 



■de Sainte Sabine. Et on dit Cardinal du titre de Sainte 
Sabine, &c. Beaucoup de gens ont de vâins titres, des 
terres ou des dignités dont ils n'ont que le titre. Les 
Romains ont donné auxScipions les titres d'Africains, 
à'AJiatiques. Et ils ont donné à d'autres les titres de Ma- 
cédonique , Numidiquc Crétique , Dacique , Parthiqiie, 
Arabique , Arménique , en mémoire des vidoires qu'ils 
avoient remportées fur les peuples que^ces noms mar- 
quent. Le Roi d'Efpagne donne de même à fes villes 
des titras honotables en récompenfe de leurs fervices , 
ou de leur fidélité. 

L'Empereur peur donner le titre de Prince ou de 
Comte de l'Empire ; mais le droit de fuft'rage dans les 
afiemblées dépend du confentement des Etats , comme 
le porte la Capitulation Léopoldine. 

Titre, fe dit aufli de certaines qualités q^u'on donne par 
honneur à quelques Princes. Honoris iJ prœeminentiœ 
titulusfingularis. On donne au Pape le titre àe Sainteté 
- à un Cardinal Prince du fang , AltelFe Royale ou Al 
teflè Séréniffime, félon qu'il eft plus ou moins éloigné 
du trône j à un autre Cardinal Prince , AlteflTe Emi- 
nentiflimei aux fimples Cardinaux, Eminence -, à un 
Archevêque ou Évêque , Grandeur-, à un Abbé Régu- 
lier, un Religieux, Révérence. Quant aux puiflânces 
•Séculières on donne à l'Empereur le titre de Majefté 
Impériale ; aux Rois , Majefté \^ au Roi de France , Ma 
jefté très-Chrétienne , & fils auié de l'Eglife -, au Roi 
d'Efpagne , Majefté Catholique -, au Turc les titres de 
Grand-Seigneur & de Hautefte. Quelques-uns difent 
que les Italiens donnent au Roi de Pologne le titre de 
Majefté Orthodoxe ; mais en France on ignore ce titre. 
Le Roi d'Angleterre prend celui de Défenfeur de la 
Foi. On donne au Dauphin de France \q titre de Séré- 
niffime. Mais on ne lui donne point les titres d'Altefl'e, 
ou autres femblables qui font inférieurs à fa dignité -, 
on dit fimplement , Monfeigneur , & on lui parle à la 
troifieme perfonne. Il en eft de même de fon fils aî- 
né , &c. Les fils de France ont le titre d'Alteflè Royale, 
les petits-fils auffi-, les autres Princes du fang, Altelle 
Séréniffime -, les autres Princes , Altefle fans épithète. 
On traite les Eledteurs d'Alteflè Electorale \ le Duc de 
Savoie d'Alteflè Royale , & maintenant Majefté , à 
<:aufe de la Sicile d'abord , & enfuite à caufe de la Sar- 
daigne qu'il a échangée pour la Sicile avec l'Empereur, 
& à laquelle il prétend i le Grand Duc , d'Alteflè Sé- 
réniffime ; les autres Princes d'Italie & ceux d'Alle- 
magne, d' AltelFe tout court-, le Doge de Venife , de 
Prince Séréniffime , & de Sérénité -, la République ou 
le Sénat de Venife , de Seigneurie -, le Grand-Maître 
de Malte , d'Eminentiffime Seigneur & d'Eminence -, 
les Nonces & les Ambaflàdeurs des têtes couronnées, 
d'Excellence -, le Chancelier , le Garde des Sceaux , les 
Miniftres , de Grandeur. On appelle les Etats des Pro- 
vinces-Unies , Hauts & Puiflants Seigneurs & Leurs 
Hautes Puillànces -, & les Suiflès , les Louables Can- 
tons. L'Empereur de la Chine le dit dans fes titres , 
Fils du Ciel , Tien eu. Les Orientaux afteétent beau- 
coup de vains titres. Le Gouverneur de Schiras, après 
le dénombrement de fes feigneuries & de fes qualités, 
ajoute dans fes titres , Fleur de courtoifie, Mufcade 
de con/àlation, & roje de plaifirs. Herbert. Du Loir, 
dans ion voyage du Levant , a rempli une lettre des 
titres que le Roi & les Miniftres donnent au Grand- 
Seigneur & à fes Miniftres , & de ceux que le Grand- 
Seigneur & fes Miniftres donnent au Roi & à fes Mi- 
niftres. Il y joint auffi ceux qu'il donne, & ceux qu'on 
lui rend en quelques autres Cours ou Etats. C'eft 
neuvième lettre à M. Hardi. 

Titre, fignifie auffi la provifion d'une Charge, & eft 
oppolé zCommiJfion; ou la provifiond'un Bénéfice, & Û 
eftoppoié à Cornmende. Titulus ex officio,Jèumunere 
Le Roi a créé des Procureurs en titres d'Office, formés 
& héréditaires : ce n'étoit autrefois que de fimples 
Commiffions. En France les Commendes font de vrais 
titres de Bénéfice: dans le Droit ce n'eft qu'une fimple 
adminiftration pendant fix mois. On ne dépoflède point 
un Officier pourvu à titre onéceux , fans rcmbourfe- 



ment. Ce Greffier n'eft pas pourvu en titre, il n'exerce 
que par commiffion. 
Titre , fe dit auffi du droit qu'on a de pofléder quelque 
chofe. Titulus emptionis, locationis. Il pofléde cette 
maifon à titre d'achat , à titre de loyer. Un donateur 
qui fe referve i'ufufruit, ne poiVéde plus qu'à titre de 
précaire. On pofléde les biens roturiers à titre de cens 
envers le Seigneur. On prefcrit par dix ans entre pré- 
fens , & par vingt ans entre abfens , avec un titre , & 
par trente ans fans titre. Il faut avoir un titre coloré 
pour fe mettre en poflèffion d'un Bénéfice-, autrement 
on eft Intrus. Il eft fondé en titre & en poflèffion. Une 
oppohtion au titre d'une Charge ne dure que fix mois, 
mais elle empêche qu'on en expédie les provifions. 
Quoique l'aveu & le dénombrement ne foit pas un ti- 
tre fuffifant, il induit préfomption attitré, quand il 
eft ancien & en bonne forme. B acquêt , des Droits de 
Juftice , Ch. XXIX. art. 31. 

On dit auffi à titre de ; pour dire , En qualité de , 
fous prétjJfe de. Sub Jpecie , obtentu , titulo. Cet 
homme dHl introduit dans la maifon, à titre déparent. 
Et on dit à bon titre ; pour dire juftemenr, avec raifon. 
Il n'y a perfonne à qui ces chofes doivent être oftèrtes 
à meilleur titre qu'à vous. Voit. 
Titre Onéreux , eft celui par lequel on acquierr une 
chofe en payant la valeur en argent ou en autre chofe, 
ou à de certaines charges & conditions, comme l'achat, 
l'échange, la dot. 
Titre Lucratif, au contraire , eft celui par leçiuel on ac- 
quiert une chofe fans qu'il en coûte rien & fans charge, 
comme la donation, le legs. 
Titre Nouvel, eft un Aéte par lequel celui qui le fait, 
reconnoît qu'il eft propriétaire d'un fond afteèté & hy- 
pothéqué à une rente due à un tel, & en conléquence 
promet de payer & continuer à l'avenir les arrérages 
& intérêts , ou que cet héritage eft chargé de telsdroits 
ou rentes , ou autres redevances annuelles pour em- 
pêcher la prefcription de lo, 2.0, 50, ou 40 ans. 
Titre Exécutoire , eft un titre en vertu duquel on peut 
faifir, arrêter & exécuter-, lavoir une obligation paflée 
par devant Notaires , mife en groflè & fceilée -, ou une 
Sentence ou Arrêt figné & fcellé ; ou enfin une perraif- 
fion de Juge à cet eftet. 
Titre Translatif de propriété , eft celui qui fe fait à per- 
pétuité , & en vertu duquel la propriété de la chofe eft 
transférée , quand la tradition en eft faite par celui qui 
en eft le propriétaire , comiTie la vente , la donation, 
l'échange & autres. 
Titre non translatif de propriété , eft celui qui ne fe fait 
pas à perpétuité , & qui n'eft pas capable de transférer 
la propriété d'une choie en la perfonne du poflèfleur, 
comme le commodat, le gage , le dépôt, le louage, 
& autres femblables , qui ne lont point des caufes juftes 
Se légitimes de transférer le domaine./ 
Titre, le dit auffi des qualités qu'on doit avoir pour ob- 
tenir certaines dignités ou degrés. Titulus, litterce. 
On doit avoir le titre de Docl:eur pour obtenir une 
Cure dans une ville murée , par le droit Canon. Le 
premier appointement en matière bénéficiale , eft à 
communiquer fes fiVre^î & capacités , comme fa tonfure, 
fes degrés , fes provifions , fa prife de poflèffion. 
Titre , eft auffi l'inftrumenr ou l'afte authentique par 
lequel on prouve fon droit , fa nobleflè. Injlrumenturn. 
Le tréfor des Chartes eft le lieu où font gardés les ri- 
tres de la couronne. On a affigné tous les prérendus 
Nobles pour rapporter leurs titres de nobleflè, les titres 
& enleignemens juftificatifs de la qualité. Il faut dans 
des procès d'ordre , rapporter les titres originaux , les 
premières groffès des obligations. Il faut faire paflèt 
un titre nouvel avant les trente ans ? pour empêcher 
la prefcription. Les Savans Antiquaires trouvent bien 
delà hulVetédansles titres anciens. Voyelles ouvrages 
du P. Germon, Jéfuite, contre la Diplomatique du 
R. P. Mabillon. Voye^ encore la diflèrtation de M. 
Madox lur les anciennes Chartes , à la tête de fon 
Formulare Anglicanum. 
Titre, s'employe auffi quelquefois figurément, & fi- 
gnifie j droit , qualité. Tus , qualitas. Il ne faut en 
amour montrer d'autres titres que des titres de ten-r 



TIT 

dreiïè. P. CoM. L'empereur Antonin dlfoit que le 
manao-e n'eft pas un titre de volupté , mais de dignité. 
Ablanc. 

Titre Clérical , ou Sacerdotal , clt un allignation 
de cinquante écus de revenu, que doivent fournir les 
parens à celui qui veut afpirer à la prêrrife , afin qu'il 
' air une fubftance affûtée. Titulus Ecdefwfiicus. Un 
titre clérical ne peut jamais être failï , ni aliéné. Par 
l'ancienne difcipline l'on ne failbit des Clercs qu'à me- 
fure qu'ils étoient néceffaites pour le fervice de l'Eglife. 
Cela s'obferve encore pour les évêques , & l'on n'en 
ordonne que pour remplir une Églife vacante. Mais 
pour les Prêtres & autres Clercs , l'on commença à faire 
des ordinations vagues en Orient , dès le fixicme fiè- 
cle. C'eft pourquoi le concile de Calcédoine déclara 
nulles les Ordinations abfolues. Cette difcipline s'eft ob- 
fervée jufqu'à la fin de l'onzième fiècle. Mais dans le 
douzième on fe relâcha de la règle , en multipliant 
extrêmement le nombre des Clercs , ou parce que les 
particuliers cherchoient à jouir des privilèges de la 
Cléricarure, ou parce que les Evêques cherchoient 
à étendre leur jurifdidion. Un des plus grands incon- 
véniens de ces Ordinations vagues etoit la pauvreté ^ 
qui les réduifoit à faire des métiers fordides , ou a 
mendier honteufement. Pour y remédier , le Concile 
de Latran , fous Alexandre III. chargea l'Evêque de 
faire fubfifter le Clerc qu'il auroit ordonné fans titre 
julqu'à ce qu'il l'eût pourvu d'une place dans l'Eglife , 
qui lui donnât un revenu allure. On trouva un autre 
expédient pour étendre, ou pour éluder le Canon du 
Concile de Calcédoine ^ & l'on établit qu'un Clerc pour- 
roit être ordonné fur le titre de fon patrimoine, c'eft-à- 
direjqu'il n'étoit point nécelïàire qu il eût une place cer- 
taine dans l'Eglife, pourvu que de fon chef iieûr un pa- 
trimoine fuffifanr pour fubfifter. Le concile de Trente a 
renouvelle l'ancienne difcipline, en défendant de pro- 
mouvoir aux Ordres facrés aucun Clerc féculier, qui 
ne foit paifible poflèllèur d'un Bénéfice fuftifant pour 
fubfifter honnêtement, & en ne permettant les Ordina- 
tions fur patrimoine oupenfion , que quand l'Evêque le 
jugeroit à propos pourl'urilité de l'Eglile. Ainli le Béné- 
fice eft la règle, & le patrimoine l'exception. Mais en 
France on ne fuir point cette règle. Le titre Patrimonial 
eft le plus fréquent. On a même fixé le titre à unefom- 
me très-modique. Par les Ordonnances il ne faut que 
cinquante livres de rente. A Paris & en plulîeurs Diocè- 
fes il faut i^oliv. A l'égard des Réguliers , la profef- 
fîon qu'ils ont faite dans un Monaftère , leur fertde///re, 
parce que le Couvent eft obligé de le nourrir. Pour les 
Mendians , on les ordonne à titre de pauvreté. On ne 
demande point de titrcpouz les quatre Ordresmineurs , 
parce que ce n'eft point un engagement irrévocable. 
Voyez Fleury. Ceux qui font de la Maifon & Société 
deSorbonne , font aufïï otdonné Prêtres fans titre patri- 
monial , & fur le feul titre de pauvreté. Titulo pau- 
pertatis Sorbonicœ. On fuppofe qu'un Doâeur de Sor- 
bonne ne manquera pas d'emploi & de bénéfice.^ 

Titre. En terme de Droit Canonique , le titre d'un Evê- 
que, ou plutôt du Bénéficier, eft ce en vertu de quoi il 
pofféde le Bénéfice , comme ibnt les provifions en Cour 
de Rome , ou de l'Ordinaire , fondées fur une réfigna- 
tion, une permutation , ou une autre caufe légitime 
& canonique. TZ/re de fondation, c'eft le contrat par le- 
quel un Bénéfice a été fondé, avec les folcmnités qui font 
intervenues pour rendre la fondation valable, he titre 
d'un Bénéfice ou d'un Bénéficierpour un Bénéfice, fe di- 
vife en titre vrai & en titre coloré. Le titre vrai eft un titre 
valable delà poiïèffion d'un Bénéfice, qui donne droit 
au Bénéfice-, tel qu'eft celui qui eft donné par le Colla- 
teur ayant droit de conféter le Bénéfice à celui à qui il 
pouvoir être conféré , les folemnirés prcfcrites pour 
les provifions ayant été obfervées. Un titre coloré eh un 
titre apparent , c'eft-à-dire , qui paroîr valable , & ne 
l'eft pas-, comme celui qui feroit fondé fur la colla- 
tion de l'Evêque , en cas que le bénéfice en queftion 
ne fût pas à fa collation. Le /iVre coloré , quoique faux , 
produit deux eflets confidérables : le preitiier, qu'après 
une poflefTion paifible de trois années , le poflèllèur 
pourront fe défetidre par la règle i/e Triennali pojj'ejfione 



TIT 



67 



contre ceux qui voudroient lui contefter le Bénéfice. Le 
fécond, en ce qu'au cas qu'il fût pourfuivi dans les trois 
ans, & qu'ilperdîr le Bénéfice, il ne feroir pas tenu de 
leftituer les fruits , parce que le poffeffcur de bonne foi 
tait les fruits fiens. Le; titre Clérical s'appelle auffi titre 
Sacerdotal. 

Titre, ou Églife Titulaire, étoir autrefois unedesquatve 
fortes d'Églifes qu'il y avoir à Rome. Titulus j Ecclefia 
Titularis. Dans les VI^ & VII<=. fiècles , &'c. il y avoir 
à Rome quatre forres d'Églifes, Patriarchales, Titulai- 
res , Diaconies , Oratoires. Les Titres étoient comme 
des Paroiilès , chacune attribuée à un Prêtre Cardinal, 
avec un certain quarrierqui en dépendoir , & des Fonts 
pour adminiftrer le Baptême en cas de néceiïité. Dès 
le temps du pape Symmaque , l'an 499. en trouve 66 
Prêtres de trenre Titres -, car ils étoient deux ou trois 
en la pluparr. Fleurt , Hift. Ecclef. L. XXXVI. p. 
i6i. Pbye^ encore le P. Mabillon. Comment, in Ord. 
R. C. 5. 

Titre , en termes de Monnoie j eft un degré de bonté 
que doivent avoir l'or & l'argent , qu'on mefure à 
raifon de 24 carars pour l'or , & douze deniers de fin 
pour l'argent , fur lefquels il y a cerraine quantité 
d'alliage , ou de remède , diftérenie félon les heux & 
les remps. Monetce probitas , nota , gradus. Le titre 
des écus d'or eft de 25 carats d'or fin. On s'en ferc 
quelquefois pour marquer la bonté de toutes fortes de 
monnoies , mais non pas lî propremenr. 

Titre eft un terme fingulier pour marquer & faire 
connoître le fin , l'aloi & la bonté intérieure de l'or & 
de l'argent. Boizard. Titre , aloi , fin & bonté inté- 
rieure font des termes fynonymes. 1d. La fage pré- 
voyance de nos Rois a pourvu à l'inconvénient de la 
fonte des efpèces , en ordonnant que l'or & l'argent ■ 
employés par les Orfèvres , & par les Tireurs & Bar- 
reurs d'or & d'argenr, feroir à plus haut titre que ce- 
lui qui feroit employé dans les Monnoies , afin qu'ils 
ne pulïenr tondre les efpèces , pour employer à leurs 
ouvrages , fans fouffrir une perte confidérable , à 
caufe qu'ils feroienr obligés de les affiner. L'Ordon- 
nance de l'année 1586. porte que les Orfèvres employe- 
ront l'argent à 11 den. 12 grains, au remède de 2 
grains-, & l'or a 22 carats, au remède d'un quart de 
carar. Cette Ordonnance a été confirmée par cslle du 
mois de Décembre 1679. La même ordonnance de 
158(3. porte que les Tireurs & le^ Batteurs d'or & 
d'argenr employeronr l'or à 24 carats , au remède d'un 
quarr de carar, &rargenr à 12 den. au remède de 4 
grains. Id. L'ordonnance de 1657. permer aux Tireurs 
d'or de la ville de Lyon fîx grains de remède de l'ar- 
gent qu'ils employeronr. Or ces titres font toujours 
beaucoup plus haur que ceux des Monnoies -, & ainii 
il n'eft pas à craindre que ces Ouvriers les fondent 
pour travailler à leurs ouvrages. Il n'y a que les Or- 
fèvres dont il femble qu'on auroit lieu de l'appréhen- 
der, parce que le titre de leurs ouvrages approche ex- 
trêmemenrdc celui des Monnoies, mais l'Ordonnance 
de 1549. le leur défend fur peine de confifcarion de 
corps & de biens ; & celle de 1689. fur peine des galè- 
res à perpétuité. Quant au titre auquel les Aftineurs & 
Départeurs d'or & d'argent doivent travailler, il a été 
réglé par l'Ordonnance du mois d'Oilobre i68j), fa- 
voir , pourl'argenrà 11. den. 18 grains au moins, & 
pour l'or 323 carars ^ au moins. Id. 

Titre. Terme de Manufadure, particulièrement enufa- 
ge dans la Sayetterie d'Amiens. C'eft la même choie 
que la marque que tout ouvrier eft tenu de mettre au 
chef de chaque pièce de fa fabrique. 

Titre , en termes de Challè , fignifie un lieu ou relais , oit 
l'on pofe les chiens, afin que quand la bête padèra, ils 
la courenr bien à propos. Ainfi on dit, Mettre les 
chiens en bon titre; pour dire ^ les bien porter & pla- 
cer pour courre. Statio. 

TITRÉ, ÉE. adj. Qui a un titre. On ne le dit guère que 
d'un Duc, d'un Pair , d'un Grand d'Efpagne, d'un 
Maréchal de France. C'eft un Seigneur r/rrif, qualifié. 
On appelle terre titrée, une rerre qui a le titre deDu- 

1 ché , de Marquifat , de Comté , &c. 

lij • 



«8 



TIT 



TIV TIX 



Titré. Un Livre bien titré. Quelques Auteurs François 
ont voulu accréditer ce terme pour fignifier un Livre 
qui a un titre convenable , ou plutôt un titre tal- 
tueux & emphatique -, & dans ce dernier fens il y en- 
tre de l'ironie. 
TITRIER. f. m. Nom odieux que l'on donne à ceux que 
Ton accufe d'avoir fabrique de faux titres. Il y en a 
eu de tous états & de toutes conditions. Sur quoi li- 
fcz la Diplomatique de Dom Mabillon, liv. i.chap. 
6. Ce font principalement les Bénédiôtins qu'on accule 
d'avoir chez eux des Pères Titners. Les moines ne 
, manquent point de titres ni de Chartres -, ils ont leurs 
PP. Titriers qui leur fabriquent toutes les pièces dont 
ils ont befoin : Si le fameux Critique qui le premier 
a attaqué les mânes des Doms Titriers , n'avoit pas 
employé des armes plus puillantes , il n'auroit pas mê- 
me effieuré leurs Diplômes. L'Abbé Des Fontaines. 
En badinant on donne ce nom au Célérier &au Pro- 
cureur , parce qu'ils fonr chargés plus particulièrement 
des atiaires de la maifon. Le Traité delà Diplomati- 
que eft un beau rudiment pour les Doms Titriers. Vby. 
les fadums de M. TÉvêque de Soiilons , contre les moi- 
nes de S. Corneille de Compiegne. Dicl. des Arts j 

1731. 
TITSCHEN, ou TITSCHEN LA NEUVE. Ville de 
Bohême , dans la Moravie , près de Stramberg , 
vers les frontières de la Siléfie. 
TITTHÉNIDIES. f. f. pl.Fête des Lacédémoniens, dans la- 
quelle les nourrices portoient les cnfans mâles dans le 
temple de Diane Corythalliene , & pendant qu'on im- 
moloit à la DéelTe des petits cochons pour la fanté de 
ces enfans , les nourrices danfoient. Ce mot vient de 
t/tÔ» , Nourrice. 
TITUBATION , ou TRÉPIDATION, f. f. Terme d'Af- 
ftronomie , qui fe dit d'un balancement , ou mouve- 
ment que le Roi Alphonfe , & auttes anciens Aftro- 
nomes ont attribué à des cieux criftallins qu'ils ont in- 
ventés pour expliquer certaines inégalités qu'ils obfei- 
voient au mouvement des planètes. Motus librationis. 
Voye:^ Trépidation. 
TITUL. Nom d'un bourg de la Haute-Hongrie , fitué 
fur la Teïfle , un peu au-delTus de fon embouchure 
dans le Danube. Tibifcum. Ce lieu eft fortifié & occu- 
pé par les Impériaux. Maty. 
TITULAIRE, f. m. Qui a un titre en vertu duquel il 
pollède une charge , ou un Bénéfice , foit qu'il en fafle 
les fondions , ou non. Un Officier reçu eft toujours 
Titulaire , jufqu'à ce qu'il ait fîgné fa démiffion , & 
qu'elle ait été admife. Il eft oppofé à Survivancier,^ & 
à celui qui exerce par coinmimon. Le Titulaire d'un 
Bénéfice paifible eft maintenu après une polTeffior 
triennale & pacifique. En France les Bénéficiera Com- 
mendataires palïent pour de vrais Titulaires. 
Titulaire. Ce mot eft aufïï adjedif, & fîgnifie, Qui a 
le titre & le droit d'une dignité, fans en avoit la pof- 
feffion, ou fans en faire la fondion. Les Princes de 
cette maifon ont été long-temps Empereurs titulaires 
de Conftantinople. Ce Prélat eft Archevêque titulaire 
de Corinthe. En matière de Bénéfice , le titulaire eft 
celui qui eft pourvu d'un Bénéfice en titre, à la difté- 
rence de celui qui n'en jouit qu'en commende, qu'on 
appelle Abbé ou Prieur Commendataire ^ félon la qua- 
lité du Bénéfice. 
Titulaire, fe dit encore du Saint, Patron d'une Eglife, 
c'eft-à-dire, du Saint ou de la Sainte fous l'invocation 
de qui l'Eglife eft dédiée. Bientôt après, Saint Guitmar 
a été regardé comme le Pation de l'Eghfe de Brai 
moutier-fur-Gournai, fans pouvoir néanmoins faire 
difparoître totalement le nom de S. Martin qui en étoit 
le premier Titulaire , & qui eft devenu le leuj. Dejcript, 
Géogr. & Hijî. de la Haute-Norm. t. î. p. a 9. 
TITULISER. v. a. Donner un titre, une qualité à quel- 
qu'un. Madame du Noyer a pris fes licences dans le 
grand Sotiiîer : & l'on peut avec juftice la titulifer 
d'une des premières Bachelières de la Halle au poifton 
Mémoires de M. du N'^'^. tom. 5. des Lettres Hift. & 
Cal. p. Z40. 



T LV 

c8:r5>TIVE, TIFE, ou TIVIOT. Rivière de l'Ecofic mé- 
ridionale , qui ttaveric la province de Tiviotdale , oii 
elle fe jette dans la Twede. 
TIVEDAL , ou TIVIOTDALE. Nom d'une province 
de l'Ecoflè méridionale. Teviotia, Teventia. Elle eft 
' entre la Marche de Tuwedale , la Liddefdale & le 
Northumberland en Angleterre. Elle prend fon nom 
de la Tive qui la traverlè. Sa longueur eft environ de 
douze lieues , & fa largeur moyenne de cinq. Elle eft 
environnée prelque par-tout de fore hautes montagnes, 
& fes habitans pallent pour bons foldats. Jedbourg en 
eft la ville capitale. Maty. 
TIVERNA , ou BIFERNO. Noms d'une rivière du 
Royaume de Naples en Italie. Tifernus , Phiternus. 
Elle a fa fource près de Bojano , dans le Comté de 
Molife-, elle arrole Guardia , & après avoir traverfé 
une petite partie de la Capitanate , elle fe jette dans le 
golfe de Venife à une lieue environ à l'orient de Ter- 
mofe. 
TIVERNON. Nom de lieu. Tibemio. C'eft un bourg ou 
village de Beauce , dans l'Archidiaconé de Beauce , 
qui eft le troifieme des fix Archidiaconés de l'Evêché 
d'Orléans. Il eft près de Touri. Voye\ Valois , Not. 
Gall. p. 546". 
(8C? TIVIOT & TIVIOTDALE. VbyeiTiv^ & Tive- 

dale. 
TIVIS. Nom d'une rivière du pays de Galles en Angle- 
terre. Tibius , Bybius, Tuerobius. Elle coule dans le 
Comté de Cardigan , baigne la ville de ce nom , & fc 
décharge peu après dans la mer d'Irlande. Maty. 
TIULIT. Ville d'Afrique dans la province de Fez, C'eft 
une ville ancienne , bâtie par les Romains fur le fom- 
met de la montagne de Zarhon ou de Zarahanun. 
TIVOLI. Nom d'une ville de la Campagne de Rome. 
Tibur, Tybur, Tiburis. Elle eft fur le Tévérone, à 
cinq lieues de la ville de Rome du côté du levant. 
Tivoli palle pour une des agréables villes d'Italie ', elle 
a un Evêché fuftragant immédiatement du Pape. Elle 
eft plus ancienne que Rome. On l'appeloit Superbum 
Tiburj & elle a encore aujourd'hui cette devife. Les Ro- 
mains y bâtirent grand nombre de maifons deplaifance : 
la plus fameule étoit celle d'Adrien. On en trouve fous 
teire beaucoup de précieux reftes. On voit dans la ville 
quelques inlcriptions & quelques ruines curieufes. Dans 
la place il y a deux Statues d'un beau marbre granité 
rougeâtre , moucheté de grofles taches noires : elles 
reptéfentent toutes deux la Déeflè Ifis, Di3.de Peint. 
& d'Arch. L'ancien Comiculum j petite ville du Latium, 
étoit près de Tivoli, en un lieu nommé Monte Gen- 
nato. On voit ptès de Tivoli les bains de Tivoli, an- 
ciennement Albulce Aquœ. Les Catarades de Tivoli, 
autrefois Cataraclœ Avienis. On croit que la Sibylle 
Tiburtine demeuroit près de ces Catarades, Le lac de 
Tivoli , en Latin lacus Tiburtinus , n'a que cinq cens 
pas de circuir, mais il eft fort profond , & on y voit 
plufieurs petites îles flotantes , produites , comme l'on 
croir, par le limon que le bouillonnement de fes eaux, 
qui font foufrées , poulie du fond à la furface, où il 
s'attache aux joncs, & à quelques autres herbages , & 
fe foutient par ce moyen au-deilus de l'eau. Il en fort 
une petite rivière dont les eaux fentent le foufire , de 
même que celles du lac. La montagne de Tivoli, an- 
ciennement Catillus mons. Maty. 



Tout eft dans mon defert , ou marais oumontagnc\ 
Unfeul chemin de fange eft toute ma campagne t 
Là le temps eft fi long & le brouillard fi noir. 
Que je prens tous les jours le midi pour le J'oir; 
Bon Dieu! quel Ti\o\ï pour un enfant d' Horace i 

Sanlèque. 

T I X 

TIXIER. f.m. Qui s'cft dit autrefois pourTilTerand. Ou- 
vrier qui fait des draps , des étoftes de laine. Tçxtor. 



TLA TLE 



TLA 

ILACAXIPEVALITZILT. f. m. Nom dupremietdes i8 
mois des Mexicains. Il commence le 26 de Février, & 
n'eft que de zo jours comme tous les autres. Scaliger, 
Emendat. Temp.p. »2.4. Kirlccr, Œdip.A^gipt. T.III. 

F- 30- 
.«nl^TLAHUILTLLOCAN.f.m. Grand arbre du Mexique, 

dont le tronc eft uni, d'un rouge éclatant, & d'une 

odeur très-pénétrante. Ses feuilles rellèmblent à celles 

de l'olivier, dirpofées en forme de croix. On en tire une 

réline. 

TLALAMATL. f. m. Herbe qui croît aux Indes occiden- 
tales dans la province de Méchoacan , appelée par les 
habitons Jurintitûquamm , & par d'autres cureci. Ses 
feuilles /ont prefque rondes , femblables à celles de la 
nummulaire , diipofées trois à trois. Ses tuyaux font 
purpurins, & rampent à terre. Ses fleurs font en forme 
d'épi , de couleur rouiîè. Sa femence eft petite & ronde, 
& fa racine déliée , ronde & fibreufe. Le tlalamatl eft 
aftringent , propre pour guérir les plaies , & pour faire 
mûrir les tumeurs. Il arrête aufïï le vomifTement. Tla- 
lamatla herba. 

«S- TLAPALEZPATLY. f. m. ArbrifTeau du Bréfil, qui 
devient quelquefois de la grandeur & de la grolfeur 
d'un arbre. Ses feuilles rellèmblent à celles des pois -, 
fes fleurs difpofées en épis ■■, fon bois teint d'une cou- 
leur bleue. On lui donne des propriétés merveilleufes 
contre les maux de reins , la gravelle & la pierre. On 
croit que c'eft la même chofe que le bois néphrétique. 
Vbye\ ce mot. 

TLAQUATZIN. f. m. Animal de la nouvelle Efpagne. 
Animal tlaûuat:{inum. Il eft de la grandeur d'un chien 
Il a le mufeau long & délié, la tête petite, de petits 
yeux noirs , le poil long , blanc & noir au bout. Sa 
queue eft longue de deux palmes \ il s'en fert quelque 
fois pour le lufpendre aux arbres , où il grimpe avec 
une extrême vîtellè. C'eft une efpècede gros écureuil. 

TLASCALA. Nom d'une ville du Mexique, dans l'Amé- 
rique feptentrionale. Tlajcala. Elle eft dans la Province 
de Tlajcala, & lituée lut la petite rivière de Los Yopes, 
ou de Zahualt, à vingt-deux lieues de la ville de Me- 
xique, vers le levant. Lorfque les Efpagnols entrerenr 
dans le Mexique, Tlajcala étoit capitale d une Répub- 
lique ariftocratique, & fort puiflante. Elle le joignit à 
eux , & les aida beaucoup à conquérir le Royaume 
de Mexique, dont elle étoit ennemie-, & pour prix de 
fes fcrvices elle jouit de quelques privilèges. EUe eft 
encore allez grande & allez peuplée d Américains &: 
d'Efpagnols ; mais beaucoup moins qu'elle ne l'étoit 
du temps de fa liberté. Maty. 

La province de Tlascala, ou ■de los Angeles, ou 
de Guaftacan. Tlajcala , Angdomm P rovincia ,GuaJ 
tacdiia. Province du Mexique en Amérique. Elle eft 
entre celles de Mexique, de Panoco, &de Guaxaca, 
baignée vers le nord par le golfe de Mexique, & vers 
le midi par la mer Pacifique. On voit dans la partie oc- 
cidentale de cette province la Montagne de Tlajcala-, 
qui a quarante-cinq lieues de circuit , & deux de hau- 
teur, mais qui eft bien peuplée & bien cultivée , à la 
réferve du Ibmmet où l'on voit en tout temps de la 
neige. Les villes principales de cette province font 
Tlajcala, los Angeles, & S. Juan de Ulhua. Maty. 

TLAXCO. Province de TAmérique feptentrionale, dans 
la nouvelle France. 

TLE 

TLEON. f. m. C'eft le nom qu'on donne à une efpcce de 
ferpent du Brélîl , grand à peu près comme une vipère. 
Il eft couvert d'écaillés blanches , noires, jaunes. Il ha- 
bite fur les montagnes. Samorfure eft mortelle, fi l'on 
n'y apporte du fecours. Les remèdes qu'on emploie font 
les mêmes donr on fe fert pour la morlure de la vipère. 

TLEPOLËME. f. m. Fils d'Hercule & d'Aftioché. Il fut 
tué au fiège deTroye où il avoir conduit les Rhoditns. 
Son corps ayant été reporté dans l'île de Rhodes, on 
lui confacra un monument héroïque , & l'on établit 



TLI TME TNE TOB 69 

même en fon honneur une fête qui fe célébroit par des 
jeux & des combats publics. Ces fêtes furent appelées 
TIepolémies. La couronne du vainqueur étoit de pa- 
pier blanc. 

T L I 



<8^ TLILAYTIC. f. m. Efpèce de Jafpe , d'une couleur 
fortobicurc, auquel les Mexicains attribuent de grandes 
propriétés. Ils ibnt perfuadés qu'en appliquant cette 
pierre fur le nombril, elle dilïïpc les coliques les plus 
douloureufes. 

T M E 

TMÊSE. f. m. Terme de Grammaire. Nom d'une figure, 
qui a lieu , lorfqu'on fépare en deux parties un nom 
compolé, Tmejis-, en mettant entre deux un ou plu- 
fieurs mots. Ainfi quand Térence, Quœ meo cumque 
animo lubitum ejl J'acere , c'eft une tmêfe. Il y a beau-, 
coup de trnêfes dans Lucrèce. Comme , Jkpè Jâlutan- 
tum taâu j prœterque meantum. Ou bien, DiJfidio po- 
lis ejijejungi , J'eque gregari. Et disjeclis dijquejhpatis. 
Ce mot vient du verbe Grec quifignifie^/c coupe ^ 
J£ divijé. 

TNE 

TNEK. f. m. MouIIèline brodée propre à faire des cra- 
vates, que les Anglois apportent des Indes Orientales: 
elles ont 16 aunes de long fur trois quarts de large, 

T O A 

TOAM, ou TOWMOND. Voyei TvAUi 
THARS, Voyei Thouars. 

TOB 

TOBARIA. Nom d'un village de l'Andaloufie enEfpagne. 
Tobaria. Il eft fitué à quatre lieues de Baëfa, vers le 
couchant. On croit que c'eft l'ancienne Turbula, petite 
ville des Baftitans. Maty. 

TOBAT. Voye[ Taibet. 

TOBBOT. VoyeiTniBLT. 

TOBIE. Nom d'homme. Tobias. Il y a deux Tobies, le 
père & le fils, de la Tribu de Nephtali. Tùbie le père 
fut emmené captif à Ninive par Salmanafar. Tobie le 
fils fut conduit à Rages par l'Ange Raphaël. 

ToBiE, fignifie aullî quelquefois un Livre Canonique de 
l'Ecriture, où Ihiftoire des deux Tobies eft décrite. 
Liber Tobiœ. Le Livre de Tobie eft mis par S. Auguf- 
tin au nombre des fainres Ecritures, Aug. L. de Docl. 
ChrUl. L.II. C. 8. Le Concile 111« de Carrhage l'y met 
aulîi, Can. 47. S. Ambroife l'a aulli regardé comme 
tel. L.deTobia. Et la plupart des Pères des quatre pre- 
miers fiècles , comme S. Irenée , L. I. C. 54. S. Cyprien, 
L.III. adQ^- Cibil. Clément d'Alexandrie, L.I. Strom. 
Saint Jean Chryfoftome, Hom.XV. inEpiJi.adHebr. 
&c. l'ont cité au nombre des divines Ecritures. A la 
vérité S. Jérôme dit, que quoiqu'on le lût dans l'Eglife, 
elle ne le recevoir pourtant pas au nombre de ceux 
qu'on appeloit Canoniques •, & qu 'ainfi elle le faifoit 
lire plutôt pour édifier les Fidèles , que pour s'en fer- 
vir à autorifer la vérité de fes dogmes. Mais outre que 
l'autorité de ce Saint ne prévaut pas à tous les autres 
que nous avons cités , quand il feroit vrai que la cano- 
nicité de ce Livre fût alors douteufe, parce que l'Eglife 
ne l'avoit point encore décidée, la même E^life l'ayant 
fait dans le Concile de Trente , il n'eft plus permis d'en 
douter. 

Une opinion rrès-vraifemblable eft que les deuxTb- 
bies, le père & le fils , ont éctit ce Livre. En efter dans 
le texte Grec des premiers Chapitres , Tobie le père 
parle à la première perfonne , & raconte lui-même ce 
qui le regarde , & il commence par ces mots , Livre 
des Difcours de Tobie. Ce qui marque que cette his- 
toire n'eft autre choie que les difcours, les compofi- 
tions , l'ouvrage de Tobie, Et pour le jeune Tobie , 
non-feulement il peut bien avoir éaitles avanturesde 



70 TOB TOC 

fôii toyage , la mort de fon peie, & le refte du Livre, 
à l'exception des derniers verfets du Chapitre XIV'= , 
où fa mort & fa fépulture font racontées. Son père 
pourroit bien aufïï les avoir écrites fur la relation que 
fui en fit fon fils. Ce qui femble autorifer ce ientiment, 
ceft que le Livre étant intitulé, ou commençant par 
ces mots. Livre des Dijcours de Tobie, comme nous 
l'avons dit -, ce n'eft qu'au commencement du XIV' 
Chapitre qu'il eft dit que les Dijcours de Tobiejont 
■ fiais. Ainfi il n'y auroit que le dernier Chapitre qui fût 
de Tbi^/e le fils. Quoiqu'il en foit, au refte, de lapartp; 
que chacun d'eux a écrite , il femble au moins que 
TEcriture même nous fait entendre qu'ils en font les 
Auteurs ; car l'Ange Raphaël leur ordonne , Ch. XIL 
V. 20, de bénir Dieu , & de raconter toutes ces mer- 
veilles, c'eft-à-dire, comme le Texte Grec le dit plus 
exprelfément, de les écrire en un Livre. Et en efl'et le 
même Livre dit au L v. du Chap. fuiv. que Tobie écri- 
vit l'adlion de grâces qu'ils rendirent à Dieu , félon 
l-'Ordre de l'Ange , & qui eft rapportée en ce Chapitre. 
S. Jérôme , dans fa Préface fur ce Livre, ou bien£p. 
tio. ad Chromatium & HeLiodorum, T.L p. 1054. de 
l'édition de Paris 1609. dit que ce Livre étoit écrit en 
Chaldéen, & que ce lut de cette Langue qu'il letra- 
duifit en Latin , avec le fecours d'un Juif très -habile 
en cette Langue & en Hébreu , qui lui expliquoit en 
Hébreu le Texte Chaldaïque , & le Saint le didoit en 
Latin. Il eft très-vraifemblable que ce Chaldéen étoit 
le Texte même des Auteurs de cette hiftoire , puifque 
c étoit la langue du pays où les deux Tobies vécurenr , 
&: écrivirent cet Ouvrage. Il y avoit pourtant une Ver- 
fion Latine de ce Livre avant S. Jérôme , & il paroît 
aufïï que la Verfion Grecque que nous avons encore , 
eft plus ancienne que ce Père , puifque S. Polycarpe 
femble s'en fervir, & la citer dans fon Epître aux Phi- 
Lppiens. 

^^ TOBITSCHAW. Petite ville d'Allemagne dans la 
Moravie , entre Olmutz & Cremfir, allez près de la 
Morawa. 

TOBOL. Nom d'une grande rivière de la Tartarie Mof 
covite. ToboUa. Elle coule dans la Sibérie , du midi 
au nord •, & après avoir reçu l'Ifer , le Tumen & le 
Tafalda , qui eft le Lauda de Sanfon , elle fe joint à 
l'Irtiich, près de la ville de Tobol. Maty. 

TOBOL , TOBOLSKA. Nom d'une ville de la Tartarie 
Mofcovite. Toboliiim , Tobolska. Elle eft capitale de 
la Sibérie , & fituée au confluent de l'Irtifch & du To- 
bol. Cette ville n'eft habitée que par des Mofcovires 
qui l'ont bâtie ■■, elle eft défendue par une citadelle 
dont les murailles ne font que de bois , & elle a un 
Archevêché. Tb/^oZeft confidérable pour deuxchofes; 
parce qu'il eft le centre où l'on apporte toutes les 
Martes Zibelines , & les autres précicufes fourrures 
de la Sibérie-, & parce que c'eft le rendez-vous où 
s'aflèmblent tous les Marchands de Mofcovie qui vont 
en compagnie faire commerce à Péking, capitale de la 
Chine, en traverfant toute la grande Tarrarie. Maty. 

TOBULBA. Ville d'Afrique au Royaume de Tunis , fur 
la côte , à 4 lieues de Monefter. 

TOBUT. Fôjeî Thibet. 

TOC 

TOC. Terme expreffif du bruit que font deux corps fo- 
lides qui frappent l'un fur l'autre. Quand on heurte à 
la porte, on dit qu'on a oui toc, toc. Strepitus,fragor. 

TOCANE. Terme de Gourmets & de Marchands de vin. 
La tocane fe boit après les vendanges , & dure cinq ou 
fix mois. C'eft le vin nouveau de Champagne , princi- 
palement d'Ay , qui fe boit dans la nouveauté , & qui 
ne peut fe garder que fix mois. La tocane eft fort vio- 
lente, & porte un goût de verdeur qui la fait eftimer. 

TOCANHOHA. f m. Fruit de l'île de Madagafcar , qui 
donne la morr aux chiens. Il croît fur un arbre fembla- 
b!e à un poirier , dont le bois eft de couleur de mufc, 
plus dur & plus maiïlf que celui d'aucun autre arbre de 
cette îlcj & qu'on peut rendre fort poli. Ses feuilles 
font de la longueur de celles d'un amandier , décou- 
pées de cinq ou fix échancrures , à chacune defquelies 



TOC 



il y a une fleur de la même forme & de la même cou- 
leur que celles du romarin-, elle eft lans odeur , & il 
lui fuccède un fruit i ce qui fait qu'on eft furpris de 
voir des feuilles toutes bordées de ces fruits. Tocanhohà. 

TOCAT, ou TOCCAT. Ville de la Turquie Alîatique, 
dans l'Amafie, au pied d'une haute montagne, (ur le 
bord du fleuve Tofanlu. Tocata^ anciennement iVfO- 
cœj'area & Hadrianopolis. Cette ville eft plus grande 
& plus agréable qu'Erzeron. Il y a dans Tocat un Ca- 
di, unVaivode, un Janilîaire-Aga , avec environ mille 
Janillaires & quelques Saphirs. C'eft le centre du com- 
merce de l'Afie mineure. Long. 55. d. iS'.lat. i^.à.^i. 

TOCAYMA. Nom d'une petite ville de la Terre-Ferme 
dans l'Amérique méridionale. Tocdima. Elle eft dans 
le nouveau Royaume de Grenade, au confluent de la 
rivière de Pari, avec celle de la Madalena, environ à 
vingt lieues de Santa Fé de Bogota, vers le couchant. 
On voit près de cette ville le Volcan de Tocayma , qui 
eft une de ces montagnes qui vomilïent des flammes. 
Maty. 

TOCIA. Ville d'Afie , dans les Etats du Turc, fur la route 
de Conftantinople à Ifpahan , entre le bourg de Coti- 
zar & la ville d'Ozeman. 

TOC-KAIE. f m. Animal des Indes. Toc-kaia. Le Toc 
kaie eft une efpèce de Lézard fort commun dans le 
Royaume de Siam , deux fois plus gros que les Lézards 
verts qu'on voit en France. On l'appelle de ce nom à 
caufe de fon cri : car cet animal en criant articule très- 
diftindtement ces deux fyllabes, toc-kaie. Cet animal 
fe retire ordinairement fur les arbres & dans les mai- 
fons, ayant une difpofition merveilleufe pour courir fur 
les branches & fur les murailles les plus unies. Il eft vé- 
néneux, à ce que l'on prétend, & l'on a reconnu pac 
diverfes expériences , telle qu'a été celle dont fut té- 
moin un des Jéfuites envoyé à Siam par le feu Roi, 
qui dit avoir vu un chat mordu à la tête par un Toc- 
kaie, auquel cette partie avoit tellem.ent enflé, que fi 
on ne l'eût fecouru promptement , il en feroit mort 
infailliblement. Néanmoins le Toc-kaie n'eft pas dan- 
gereux , & l'on n'entend point dire que perfonne en ait 
jamais été mordu. Celui que les Jéfuites dont nous 
avons parlé , dilféquerent, étoit, comme tous les autres, 
de diverfes couleurs, par-deflus & par-dellbus. Ledef- 
fus étoit couvert d'une peau chagrinée & bigarrée de 
rouge & de bleu mêlés par ondes, avec plufieurs rangs 
de pointes coniques d'un bleu déchargé, & élevées le 
long du dos. Le deftbus étoit artiftement écaillé d'une 
couleur gris-perle avec plufieurs mouchetures rouf- 
fâtres. 

Il avoir un pied fix lignes de longueur , dont la 
queue en comprenoit près de la moitié , avec un peu 
plus de deux pouces & demi de tour dans fa plus 
grande épaiifeur , c'eft-à-dire , vers le bas- ventre. 

La tête , qui étoit de figure triangulaire , avoit i'3. 
bafe , c'eft-à-dire , à l'endroit oii elle s'unit au cou « 
d'environ dix-huit lignes de largeur , & environ rrcize 
d'épaillèur par-tout , excepté le milieu , où la mâchoire 
fe courbant un peu alloit fe terminer en une pointe 
moufle. Le refte du corps gardoit dans toutes fes par- 
ties prefque les mêmes proportions qu'ont nos Lézards 
verts dans tous leurs membres , à la réferve des pieds , 
lefquels étant faits pour grimper & courir fur des corps 
lifles , doivent avoir une figure fingulière & propre 
pour cela: aufïï la nature a-t-elle eu foin, non-feule- 
ment d'armer les doigts d'ongles très-aigus & recour-^ 
bés -, mais encore de munir chaque doigt d'une mem: 
brane large & de figure ovale , & d'y former par- 
deflbus avec une délicatelle incroyable , un certain 
nombre de petits feuillages ou de pellicules parallèles 
entre elles, & perpendiculaires à la membrane du pied, 
par le moyen defquelies ils ont une facilité merveil- 
leufe de s'attacher aux corps les plus polis. L'œil de 
cet animal eft fort grand à proportion des aurres par- 
ties. La prunelle , dont la figure étoit la même que 
dans le crocodille, paroiftbit par une ouverture de 
quatre lignes & demie, fott avancée hors de fon 
orbite , de telle forte que les yeux lui fortoient h 
moitié hors de la tête , ce qui eft ordinaire à ces 
animaux. A un bon doigt des yeux , en tirant vers la 



# TOC 

queue, une cavité ovale & aflèz profonde formoit 
l'oreille, dont le diamètre n'étoit guère que la moitié 
de celui de l'œil. 

Quand on l'eut ouvert , on découvrit d'abord le 
cœur au milieu du thorax entre les jambes de devant. 
Il étoit enveloppé d'une membrane ou péricarde vide 
& fans eau , lequel étoit attaché aux deux côtés , en 
montant obliquement, & formoit un canal pour don- 
ner paflage à la trachèe-artère fous le cœur. Au-de(lbus 
immédiatement étoit placé le poumon partagé en 
deux lobes ■, vers le milieu du corps de la baie du 
cœur partoit le foie , qui palïànt entre les poumons 
s'alloit attacher bien plus bas par fon lobe gauche au 
côté gauche , & couvroit toute la pattie fupérieure de 
reftomac, de la bafe de l'un & de l'autre lobe qui lui 
formoient une cavité proportionnée en cet endroit. 

Le thorax étoit iéparé du bas- ventre par un 
diaphragme membraneux , qui apparemment ne con- 
tribuoit pas peu par fon mouvement à la dilatation du 
poumon , & h. former par conféquent la voix extraor- 
dinaire avec laquelle cet animal fe fait entendre de fi 
loin. Son eftomac étoit fort long , il avoit bien deux 
pouces & dix lignes en cette dimenfion : il devenoit 
cartilagineux quelques fix lignes au-deflus du pylore , 
la fubftance en étoit fort blanche -, celle du duodénum 
paroillôit rougeâtre : du pylore au cœcum les inteftins 
avoient fept pouces dix lignes de long , & faifoient 
plufieurs contours en diminuant -, ils étoient de même 
confiftance par-tout. Il avoit environ deux pouces & 
trois lignes de long. A fon origine on trouva un cœcum 
plein de petits vers blanchâtres & tranfparens qui 
avoient trois lignes de long , & étoient de la grofTeur 
d'un crin de cheval. 

Le foie étoit de figure pyramidale , & partagé en 
deux lobes allez long , & refendus en deux autres petits 
lobes chacun. La véiicule du fiel paroilToit à découvert 
vers le milieu des deux grands lobes auxquels elle 
• étoit adhérente & preflée par les deux petits. Elle étoit 
de couleur blanchâtre & de figure ovale. 

Le poumon n'étoit rien autre choie qu'une mem- 
brane fort fine & tranfparente qui formoit une infinité 
de petites bourfes ou fachets remplis d'air , qu'il étoit 
aifé de remarquer dans toute l'étendue des deux lobes 
qui étoient de deux pouces neuf lignes de long. 

La trachée-artère qui étoit courte, large, droite. Se 
tout-à-fait propre à produire un fon grave , qui eft le 
ton fur lequel le Toc-kaie crie ordinairement , avoit 
deux lignes de diamètre. Elle étoit compofée d'anneaux 
cartilagineux , tous fermés & fort ptellés. La fente du 
larynx étoit fort longue & perpendiculaire. Le haut de 
la trachée, aufïï bien que le larynx, étoit revêtu d'une 
membrane très-fine & -noire comme l'uvée. Cette 
membrane étoit une appendice de celle qui couvroit le 
palais de cet anuTial , & qui lui faifoit paroître le dedans 
de la gueule noir comme de l'encre. 

L'os de la mâchoire lupérieure, que nous jugeâmes 
d'abord être tout d'une pièce comme dans le croco- 
dile , en l'examinant de plus près , nous parut être 
compofé de deux parties unies par fynchondrofe , de 
telle forte que la partie antérieure , par le moyen de 
cette articulation , lembloit avoir un mouvement de 
reffort de haut en bas. Cela nous fit conjefturer que 
ce mouvement de reifort faifant bailler la partie anté- 
rieure de la mâchoire fupérieure vers l'inférieure , ou 
plutôt vers la langue , ne lui aidoit pas peu à bien 
articuler fon Toc-kaie-, qui ne fe peut prononcer à 
moins que la langue ne frappe allez rudement le pa- 
lais , ce que le Toc-kaie qui à la langue épaiflè à-peu- 
près comme le perroquet, auroit eu peine à faire , fi 
la nature ne lui avoit donné , comme elle a fait à cet 
oifeau, la faculté de mouvoir la mâchoire fupérieure. 
Tour ceci eft tiré des Obfervations Phyfîques & Ma- 
thématiques faites par les Jéfuites , dont nous avons 
parlé, & publiées en 1688 par le P. Couve, avec les 
Réflexions de Meffieurs de l'Académie. 
TOCKENBOURG , Comté de la SuilTe dépendant de 
l'Abbaye de S. Gall. Ce pays avoit autrefois fes Sei- 
gneurs particuliers. Le dernier en fit un peuple libte. 
Il y a dans le Tockenbourg environ neuf mille hom- 



TOC TOD 71 

mes , dont les deux tiers font Proteftans , les autres 
Catholiques, tous unis par un ferment folemnel, que 
tous les Tockcnbourgeois font tenus de faire, de vivre 
dans une union mutuelle. Ce ferment précède même 
celui par lequel ils jurent le Traité d'alliance & de 
combourgeoific avec les Cantons de Schwitz & de 
Glatis, alliance qui dure depuis 1440. 
TOCKOWOUGE f m. Sorte de racine de la Virginie , 
qui vient en grande abondance dans les lieux humides 
ik boueux , &: qui reflëmble aux patates en gtoflèur 
& en laveur. Les habitans les enfouillènt dans une 
foflè , & les couvrent de feuilles de chêne & de fou- 
gère. Ils mettent enfuite le feu tout autour, & les font 
griller pendant vingt-quatre heures, les eftimant véné- 
neufes quand elles font crues , & même quand elles 
font cuites , à moins qu'on ne les laiflè refroidir long- 
temps , & qu'elles ne foient atténuées & fort sèches. 
Elles piquent la bouche par leur aigreur. Ils ne laiflènt 
pas de s'en fervir l'été au lieu de pain , en les mêlant 
avec de l'ofeille. Tockowgea radix. 

'S^ TOCORT. Ville d'Afrique , dans la Numidie, àcent 
lieues d'Alger. 

TOCOUY. f. m. Sorte de toile qui fe fait dans divers 
endroits de l'Amérique Elpagnole, fur-tout du côté de 
Buenos-Aires. 

TqCQUE. Voyei Toque. 

TOCROUR. Nom d'une ville de la Nigritie : elle a fon 
Roi pamculier, qu'on appelle Al Tocrouri. Elle eft fur 
la rive méridionale du Nil des Nègres , à deux journées 
de la ville de Salah qui dépend d'elle. 

TOCSIN, f. m. Bruit d'une cloche qu'on fonne à coups 
prefTés & redoublés pour donner l'allarme , pour 
avertir , pour alîèmbler le peuple. Creber & fiibitus 
campons motus. On fonne le tocfin dans un incendie. 
On ionna le tocfin quand l'ennemi parut. 

Ce mot vient de toquer , frapper j & dejing, qui 
fignifioit autrefois cloche. Il en eft fait mention en ce 
fens dans le Pontifical. En quelques lieux on appelle 
encore le petit fmg les petites cloches. Il y a aufli un 
vieux ptoverbe qui dit, on en fait b'ienlesjîngs fonner; 
pour dire , on fait beaucoup de bruit. 

Dans quelques villes , il y a une cloche qu'on appelle 
cloche du tocjin , ou iîmpicment toc/iri , deftinée à 
fonner le tocjin. On place le tocfin dans une tour. Au- 

• trefois on portoit une cloche à la guerre pour fonner la 
charge , donner l'allarme , Sec. Au figure , on dit d'un 
libelle qui n'eft propre qu'à caufer du trouble dans 
lEghfe ou dans l'Etat, quec'eft un vrai tocfin. Sonnev 
le tocfin fur quelqu'un , c'eft exciter contre lui le cri 
public. Un de nos Contrôleurs-Généraux difoit, il y a 
quelques années, à un des Agens-Généraux du Clergé, 
auquel on pouvoir peut-être reprocher trop de viva- 
cité fur certaines matières , qu'il fonnoit le tocjin. 
N'ai-je pas raiion , lui répondit celui-ci , de fonner le 
tocjin quand vous mettez le feu par-tout? 

TOCUYO. Ville de l'Amérique dans la Terre-Ferme, 
au nouveau Royaume de Grenade, dans le Gouverne- 
ment de Venezuela. 

TOD 

6:5'TODDI. Cm. Nom que les peuples de l'Indouftan 
donnent à une liqueur fpiritueufe qu'ils tirent d'un ar- 
bre par des incifions qu'ils font aux branches les plus 
proches du fommet. Cette opération fe fait la nuit. 
Cette liqueur eft reçue dans des vaillcaux fufpendus 
au-deflbus des inciiîons qu'ils vont chercher de bon 
matin , avec la précaution de reboucher les incifionà. 
Cette liqueur bue le matin eft auflî agréable que le 
v'm nouveau : mais quand elle a elfuyé la chaleur du 
jour , elle devient forte & enivre. 

TODI. Nom d'une ville Epifcopale de l'Etat de l'Eglife, 
en Italie. Tuder , Tarde , Tudertum. Elle eft dans le 
Duché de Spolère , du côté du couchant , entre Peroufe 
& Narni. C'eft l'ancienne Tudertum. 

^S^TODMA.. Ville de Mofcovie, au confluent des ri- 
vières de Suchana & de Todma. Elle eft au éo,d, 14. 
de lat. fcptentrionale, fur une hauteur. 



72 TOG TOI 



T O G 

TOGE. f. f. Toga. Nom de la robe que portoient les 
Romains. Dans les Auteurs c'eft le terme diftinaïf de 
leur habillement. C'étoit une robe longue , delcen- 
dant jufqu'aux talons , fans manches, qui le mettoit 
fur les autres vêtemens. 

Cet habit étoit tellement propre aux Romains , que 
Togatus & Romain étoient termes fynonymes. Vir- 
gile lui-même appelle les Romains gens togata. Le 
xlroit de toge étoit la même chofe que le droit de ci- 
toyen Romain , qui avoir droit de porter Phabit Ro- 
main , & de prendre de l'eau & du feu dans l'étendue 
de l'Empire Romain. On appeloit Gallia togata , la 
- Gaule où l'on portoit un habit lon^. Voye^ Gaule. 
Enfin les pièces de théâtre donr le lujer éroir Romain, 
étoient appelées îogatœ, à la différence de celles des 
Grecs qui éroienr appelées palliatœ. Pallium étoit chez 
les Grecs ce qu'éroir toga chez les Romains. On appe- 
ioit auffi Togatarius celui qui faifoit des pièces dont 
les adeurs étoient habillés de longues robes à la Ro- 
maine. Tous les Romains portoient la toge , excepté 
lescfiminels condamnés, & les exilés. Les toges étoient 
diftérentes pour la longueur , la couleur & les orne 
mens, fuivant la diverfité des conditions, desprofef- 
fîons , de l'âge & du fcxe. * 

Togaprœtexta. Foj. Prétexte. Togavkilis. Voy. 
Viril. Toga candida. Voy. Candidat. Togapalla. 
■Voy. Deuil. C'étoit aufli la robe du menu peuple. 
Quintilien appelle la populace , pallata turba , & Pline 
pallatum hominum genus. Togaforenjis. Habillement 
des Avocats. Quelquefois même le mot de toga tout 
feul fe prend par oppofion au métier de la guerre. 
Cédant arma togœ. Dans Apulée on rrouve la quali- 
fication odieufe de togati vuhares. 

T O I 

TOI. Pronom perfonnel de la féconde pcrfJfte au fin- 
gulier. Tu. 

Tout ce qui n'eft point toi me paraît odieux. S.Evr. 

Toi ne peut être nominatif, à moins qu'il ne foit em- 
ployé par appofition, comme quand on dit, que feras- 
tu, toi qui fais tant le fuftifantî Toi, tu oferoisfQure- 
nir cette chofe ? 

Employé abfolument & comme régime du verbe à 
l'impératif, il fuit toujours le verbe. T^is-toi, levé- toi. 
Il faur en excepter les occafîons où le verbe qui le 
régir eft précédé & gouverné par le verbe/àir^.Comme 
quand on dit ^ fais-roi donner telle chofe, fais-roi ren- 
dre ron argent. 

Il s'emploie de même quand il eft après le pronom 
indéfini ce^ fuivi du verbe être. C'eft roi j ce ne peut 
être que toi. C'eft la même chofe après une prépofi- 
tion. Chez toi, à toi , par toi, pour roi ^ contre toi. 

Toi , s'emploie quelquefois pour marquer du méconten- 
tement , de la colère , de l'indignation, Ote-roi de mes 
yeux. Mol. Abi , dijcede , apage. 

Tai-toij perfide, 
jEt n'impute qu'à toi ton lâche parricide. Racine. 

^Quelquefois auffi pour marquer de la douleur, & de 
l'étonnement , 

Tout me trahit ici, 

Pharnace , amis, maitrejjh , £' toi, mon fils , aujfi. 

Racine. 



Ces pronoms tu , toi , te, de même que le pronom 
poffeffif ton ^ & le relarif tien, ne font guère d'ufage 
• en François que quand on parle à des perfonnes fort 
inférieures ou avec qui l'on vit très-familieremenr. 
Par-tout ailleurs on fe lert du pluriel vous. Cependant 
en faifant parler certaines nations , les Orientaux , par 
.exemple, on s'en ferr, pour leur confcrver leur carac- 
tère. Vbyei les Lettres Perfannes. 



TOI • 

En pocfie on l'emploie auffi en parlant à Dieu ou aux 
Princes. C'eft ainll que Godeau a dit , en s'adreflant 
à Dieu , Grand Dieu , c'efijitr toi Jkul que mon ejpoir 
Je fonde. Et Boileau , ■en s'adreflant au Roi , Conduis 
tout par toi-même -, & vois tout par tes, yeux. 
TOILE, f. f. Tiflù de fils entrelacés , dont les uns s'é- 
tendent en longueur (ce font les fils de la chaîne) & 
les autres en travers ( ce font les fils de la trame.) Tela. 
Les toiles fe font fur un métier à deux marches par le 
moyen de la navette , de même que les draps & les 
étortes non croifées. Les marières qu'on emploie le plus 
ordinairement fonr le lin , le chanvre & le coton. On 
en fait auffi de foie , & d'or & d'argent filé -, mais le 
mot de toile convient particulièremenr aux tiflus des 
trois premières" matières. Toile de lin , de chanvre, 
de coton. Ceux qui fabriquent ces toiles , le nomment 
quelquefois Toiliers , plus communément, Tiilerands, 
dans quelques provinces Tilieurs & Tiffiers. Ceux qui 
manufadurent les toiles de foie , d'or & d'argent , 
s'appellent ordinairement Ouvriers en draps d'or, d'ar- 
gent & de ioie. 
Toile écrue. C'eft celle dont le fil n'a point été blanchi, 
& qui eft telle qu'elle eft fortie des mains de l'ouvrier. 
Les toiles de hn écrues l'ont griiâtres •, c'eft la couleur 
naturelle du lin. Celles de chanvre écrues font jaunâ- 
tres : c'eft la couleur naturelle du chanvre. 
Toiles mi-blanc , qu'on appelle auffi boulvardées , font 
des toiles de chanvre qui n'ont été qu'à demi-blanchies. 
Toiles blanches. Ce font des toiles écrues qu'on a fait 
blanchir à force de les arrofer lur le pré, & de les faire 
palier par diverfes leffives. 
Toile de ménage. C'eft de la toile que les particuliers 
font fa:re pour leur ufage, &dont le chanvre ou le hn 
a été filé chez eux. 
Toiles ouvréeSj pluscommunémenr lingeouvré. Toiles 
de chanvre ou de lin fur lefquelles il paroît divers ou- 
vrages , façons & figures. 
Toile en coupons. Ce font des morceaux de barifte 
claire, ordinairement de deux aunes ^ qu'on envoie de 
Picardie en petits paquets carrés. 

On nomme aufli coupons de toile, des morceaux de 
toile plus ou moins grands , qui font les reftes des 
pièces qui ont été vendues. 
Toile à voiles. C'eft une gtollè toile de chanvre écrue, 
qui ne lert qu'à faire des voiles de vaiHèaux & bâti- 
mens de mer. 
Toile à tamis, à fas. Sorte de roi/f très-claire , donronfe 
lert pour tamifer les chofes qu'on met en poudre fine. 
Toile cirée. Toile enduire d'une certaine compofition , 
faite de cire ou de rélîne , mêlée de quelques autres 
ingrédiens, capables de rélîfter à l'eau. 
Toile peinte. Toile de coton qui eft peinte de diverfes 
couleurs. On entend ordinairement par-là une toile 
peinte aux Indes, ou à la manière des Indes, avec des 
couleurs lolides & durables. Nous imitons forr bien 
en France les toiles peintes des Indes, & nous peignons 
les toiles de chanvre & de lin comme celles de coton. 
Toile de noialc, c'eft une toile très-forte, qui fe fait en 
divers endroits, mais lur-tout à Olone , & dans les vil- 
lages voilîns , qui en fournirent Rochefort & la Ro- 
chelle. Aubin. Le même Auteur dir, toile noiale. Les 
toiles noiales doivent être faites de cœur de chanvre, 
le fil bien leffivé : elles feront bien battues , renforcées 
& unies, ayant du corps fans gomme , & les lifières 
bien faites. Id. Toile de mélie, c'eft celle qui fuir en 
qualité les roi/« de noiale. In. Tbi/f de mélie , ou roi/e 
de Flandre , c'eft pour faire les menues voiles. Id. 
Toiles de fabords ou de déleftage, ce fonr de vieilles 
voiles , ou aurres toiles , qu'on cloue fous les labords , 
quand on veur délefter , afin de recevoir le left. Id. 
Les ouvriers Indiens excellent à faire de la toile: elle 
eft d'une fi grande finellê, que des pièces fort longues 
& fort larges pourroient palier fans peine au travers 
d'une bague. ... Le métier donr le fervent les Tiile- 
rands Indiens , ne leur coure pas plus d'un écu , & avec 
ce métier on les voit accroupis au milieu de leur cour, 
ou fur le bord du chemin , Travailler à ces belles toiles, 
qui font recherchées dans tout le monde. Lettr, éoif. 
ET cuR. Rec.IX. p. 4^9. ^4Zt. 



I,cs 



TOI 

Les différentes efpcces de toiles s'appellent , parmi 
les Marchands, iîmplement du nom des pays où ellc^ 
font faites. De la Hollande, une chemife de Hollande, 
c'eft-à-dire, de toile de Hollande. Une pièce de Rouen, 
c'eft-à-dire, une pièce de toile de Rouen i uneaûne 
de Cambray, c'eft une aune de toile de Cambray , dix 
vares de Bretagne, dix vares de toile àe Bretagne. 
Hollande eft en ufage en ce fens dans Tufage ordinaire, 
& tout le monde le dit. Les autres ne s'emploient que 
parmi les Marchands. 

XoiLE xle coton. Toile faite avec des fils de coton. Toile 
de foie , qui eft faite avec des fils de foie. 

On appelle toile de foie , une manière de perite 
ctofte tfès-claire, fort légère & point croifée, faite fur 
le métier avec de la foie filée , dont les femmes font 
des fichus ou mouchoirs de cou & autres haides fem- 
blables. 

Toile d'or & d'argenr, Efpèce d'étoffé non croifée qui 
fe fabrique au métier avec de l'or ou de l'argent filé 
fut la foie. 

Toiles d'un moulin à vent. Ce font les toiles qu'on tend 
fur les ailes du moulin pour que le vent le fallé aller. 
Vbye[ Moulin. 

Toiles. Terme de Paumier. Efpèce de rideaux qui del- 
cendeiit depuis le toit jufque fur la muraille d'un jeu 
de paume. On tire les toiles pour mettre les joueurs 
à l'abri du foleil- 

Toile , en matière de théâtre. Aulœum. Grand rideau 
ïjui cache nos tiiéâtres. Chez nous elle eft attachée au 
hautdu théâtie. On lalève quand la pièce commence", on 
la bailfe quand elle eft finie, & même à la fin de chaque 
aile pour changer les décorations. Chez les Anciens 
elle étoit attachée par le bas •, on la baiftbit , on la laif 
foit tomber fous le théâtre quand la pièce commençoit, 
& on la levoit quand elle finidôir. De-là les expref- 
fîons, aulcea tollere , lever la toile , fermer la fcène, 
aulœa premere , bailler la toile , découvrir le théâtre 
pour commencer l'aâion. 

Toiles , en termes de chaflè. Ce font de grandes pièces 
de toiles avec lefquelles on forme une enceinte en 
forme de parc, des fangliers. On a tué le fanglier dans 
les toiles. 

On appelle encore toiles de grands filets t-endus pour 
prendre des cerfs , des biches , des chevreuils , &c. On 
prend des cerfs en vie dans les toiles.- 

On appelle Capitaine des toiles , l'Officier qui a foin 
de tendre les toiles bordées de grolfes cordes pour 

*• prendre le gros gibier , fur-tout quand on veut le pren- 
<ire vif. Sain. Ten^e les /oi/e5 , lever les toiles. 

Ce mot ne, paroit pas fait pouc le figuré. Théop. a 
pourtant dit V développez-moi des toiles dont m'ont 
enceint mes ennemis. Quand François I. fut fait prilon- 
nier, Charles-Quint écrivir à Henri VIII , que , puifque 
le cerf étoit dans les toiles , il en falloir partager la 
nappe. Nappe, en termes de chaflè, fe dit de la peau 
du cerf fur laquelle on fait la curée aux chiens. 

Toile, fe dir proverbialement en ces phrafes. On dit 
d'une affaire qui ne finit point, que c'eft la toile de 
Pénélope, qui défaifoit la nuit ce qu'elle avoit fait le 
jour. Textum Penelopes. On dit auffi, Tu as trop de 
caquet, tu n'auras pas ma toile; par allulion à un cer- 
tain conte de vieille forr connu. 

On dit en plaifantant , Il va mettre la bête dans les 
/0/7« j pour dire , Il v« iè coucher. Il eft populaire. 
On dit fuTiplement dans le même fens , il va fe mettre 
dans les toiles. Il eft familier. Acad. Fr. 
Toile. On appelle draps en toile, les draps de laine qui 
•n'ont point-encore été foulés, &; qui font tels qu'ils font 
fbrtis de deffus le métier. On les appelle ainfi , parce 
qu'ils ont quelque rapport en cet état à de la grolîè 
toile de chanvre ou de lin écrue. 
Toile, terme <le peinture. On appelle ainfi un qiiadre de 
bois , couvert d'une toile , imprimée de quelques cou- 
leurs en huile , fur laquelle le peintre peint fon tableau. 
Toile d'araignée. Aranea, efpèce de tiflu que font les 
araignées avec des fils qu'elles rirent de leur ventre , 
& qu'elles tendent pour prendre des mouches. Voye'^^ 
Araignée. 
TOILE, f m. Terme d'ouvrière en dentelles , particuliè 
Tome VIII I. Partie. 



TOI 73 

remehc en dentelles de fil. Textus , textum. Le roilé 
d'une dentelle eft ce qu'on appelle tiflii ou point fermé 
dans le point à l'aiguille. On l'appelle ainfi, parce qu'il 
relfemble à de la toile bien frappée. Il doit être fort 
ferré. C'eft proprement le fond de ladentelle. Pour faire 
de la dentelle on fait le fond, qui ell le toile, enfuite 
le refeau , l'engrélure & les picots. 

TOILERIE, f f Marchandife de toile. Negotiatio lintea- 
ria. Les Statuts desMaîtieflès Toilières portent, qu'on 
élira tous les ans des Jurées de la Marchandife de toi- 
lerie & lingerie de Paris. 

On dit qu'un Marchand ne fait que de la toilerie , 
pour dire qu'il ne vend que de la roile ; & qu'on fait 
beaucoup de toilerie dans un endroit , pour dire qu'il 
s'y fabrique beaucoup de toile. 

TOILETTE, f.f diminutif de toile. C'eft un morceau de 
toile ordinairement colorée , qui fert à envelopper des 
pièces d'étotïe chez les Marchands -, des habits, des bar- 
des chez les particuliers. Mappa lintea , bombycina , 
velvendihilium pannorum involucrum. Les Marchands 
marquent le prix des éroftes fur la toilette. 

Toilette, f. f On nomme ainfi à Bapaume, &dans tout 
l'Artois, les toiles de Batifte écrues, les linons unis & 
les linons rayés , avant qu'ils aient été blanchis. 

Toilette , fe dit auiTi de la toile qu'on étend fur une 
table pour y mettre ce qui ferc à l'ornement ou àl'ajuf- 
tement des hommes & des femmes. Toilette unie , à 
dentelle. Toilette de fatin , de point. 

On appelle plus particulièrement /cz7<?//e, les flam- 
beaux, les boîtes, les carrés, le rouge» le blanc, roue 
l'attirail inventé par l'art de plaire , férvant à rehauIlèE 
fes attraits , ou à réparer les défauts de la beauté. Mun- 
dus muliebris. Bien des femmes prennent leurs appas 
fur leur toilette. Les femmes fe rallemblenr aux Tui- 
leries, aux fpeétacles pour montrer une belle étoffe , & 
pour recueillir le fruir de leur toilette. On dit en ce lens 
une toilette d'cLVgent, une toilette de bois de Sainte- 
Lucie. Une toilette de noces. Une magnifique toilette, 
en prenant le tout cnfemble. 

Et l'on appelle dcilhs- de-toilette , une pièce de ve- 
lours , de damas, bordée de dentelle, ou de frange, 
avec laquelle on couvre tout ce qui eft fur la toilette. 

Toilette , fe dit encore très-lbuvent de la table même 
fur laquelle eft l'attirail de la toilette. Une femme dit, 
approchez ma toilette du feu. 

Voir une femme à fa toilette , c'eft la voir, l'entre- 
tenir pendant qu'elle s'habille, pendant qu'elle eft à la 
toilette. Un pilier de toilette , efi un homme qui afîîfte 
affidument h. la toilette des femmes. 

Plier \o. toilette; exprefîîon proverbiale & familière, 
pour dire enlever, emporrer les meubles de quelqu'un. 
Il plia la toilette, & s'en alla. On le dir aulfi en parlant 
d'un dcmeftique qui vole & empoite les effets de fon 
Maître. Il plia la toilette de fon Maître, & fe fauva. 

On appelle Revendeufes à la toilette , Marchandes 
à la toilette, de certaines femmes qui porrent de mai- 
fon en maifon, à la toilette des femmes, de vieilles 
nippes à vendre, quelquefois même des marchandifes 
neuves , & qui ont pour cela un droit volontaire que 
leur donnent ordinairement le vendeur & l'acheteur. 

TOIIJER. f. m. 'Ouvrier qui fabrique la toile , le linge 
ouvré , &c. le cannevas. On l'appelle plus ordinairc- 
rement Tifîèrand. Lintearius opifex , textor. 

TOÎLIÈRE. f. f. Lingère qui vend de la toile. Mercatri.v 
lintearia. Il y a des Statuts des Maîtrellès Toilières 8c 
Lingères du premier Septembre 1595- 

TOINETTE. f. f Antonia. Nom de hlle qui veut dire 
petite Antoine. Ma pauvre Toinetle, crois-tu qu'il m'ai- 
me autant qu'il le dit? Mol. Votre coquine de Toinette 
eft devenue plus iniblente que jamais. Id. 

TOINON. diminutif Antonius. Nom de garçon, qui 
veut dire petit Antoine. On donne aufïï fbuvent ce nom 
à des filles. Antoiua. 

Et changer fans refpecl de l'oreille & du /0/2, 
Licidas en Pierrot , & Philis en Toinon. Boil. 

TOISE, f. f. mefuic de diilcrente grandeur, félon les 



74 



Tôt 



TOI 



lieux où elle eft en ufage. Celle de Paris , établie en 
quelques autres villes du Royaume, eft de fix pieds de 
Roi. Hexapeda : fon étalon ou mellire originale , eft 
expofée au Châtelet de Paris-, c'eft pourquoi elle eft 
appellée toijè du Châtelet. ^ 

Toise courante , c eft celle qui eft mefuree hiivant fa 
longueur feulement, comme une loijè de corniche, fans 
avoir égard au détail de fes moulures -, une toiJè de 
Lambris, fans confidérer s'il eft d'appui ou de revête- 
ment. Daviler. 

Toise carrée ou superficiei-LE, c'eft une furface qui 
a une toife en longueur & en largeur. Son aire con- 
tient trente-fix pieds. Elle fert à mefurer la fuperficie 
de la terre ou des bâtimens. 

Toise cube, massive ou solide. C'eft celle qui étant 
iTiefurée en largeur, longueur & profondeur^ produit 
il 6 pieds cubes. Id. c'eft un cube qui contient fix pieds 
en longueur, largeur & profondeur, & qui comprend 
216 pieds cubiques dans fa folidité. Elle fert à melurer 
les terres qui ont été tranfportées ou amaflées. 

Toi JE d'Échantillon. On appelle ainfi la toije de chaque 
lieu , où Ton mefure quand elle eft différente de celle 
de Paris , comme la toiJè de Bourgogne , qui eft de 
fept pieds & demi. Daviler. La toile de Paris eft la 
toife principale dont celle de l'endroit n'eft qu'une 
efpèce particulière. 

ToisE de Roi. C'eft la toife de Paris , dont on fe fert dans 
tous les ouvrages que le Roi fait faire , même dans 
les fortifications , fans avoir égard à la toife d'aucun 
lieu , que l'on appelle toiJè d'échantillon. 

Toise, fe dit aulîi du bâton ou de l'inftrument qui fert à 
mefurer. Ce bâton eft marqué avec de petits clous par 
pieds , pouces , lignes. Elle fert à mefurer les longueurs 
& les hauteurs : celles des arpenteurs font de petites 
chaînes de fer ou de cuivre. 

Toise, fe dit encore de la chofe mefuiée d'une longueur 
de fix pieds. Deux toifes de murs. Marché à la toiJè. 

On dit au figuré qu'on ne mefure pas les hommes 
à la toifi , pour dire qu'il faut faire plus d'attention à 
leur mérite qu'à leur taille î 

Ce mot vient de tefa , qui a été fait de tenjus. 
Ménage. Du Cange Je dérive du teîjîa, ou de taifia, 
qu'on a dit dans le même fens dans la baflè Latinité. 
On l'appelle en Latin orgya, fur leGrecopj-nà, qui dans 
Hérodote eft pris pour llx pieds i & c'eft la même 
chofe que la 3rû//e en certains endroits, caries mefures 
font fort différentes félon les lieux. Souvent la brajfe 
fe prend pour cinq pieds , & la ioijè pour dix. 

TOISER. V. a. Mefurer un bâtiment avec une toife. Or^ 
gyia dimiten. Il a fallu toijèr cette maifon pour efti- 
mer les ouvrages marchandés à la toife. Il y a une ma- 
nière de toi/érà toife bout-avant & fans retour, établie 
par l'Ordonnance de Henri 11. de l'an 1557» où l'on ne 
-toife point les moulures & faillies, ni les vides, qui eft 
bien plus avantageufe aux bourgeois , que celle que 
pratiquent les Architectes fuivant les us & coutumes 
de Paris. Voye'^ Savot. 

Toiser la taille de pierre, c'eft réduire la taille de toutes 
les faces d'une pierre aux paremens feulement , mefu- 
rer à un pied de hauteur fur iîx pieds courans pour toi- 
Jè. Daviler. ToiferauxusÙccutuihes^cefy.mQ'îmet 
tant plein que vide, & toutes les faillies, enforte que 
la moindre moulure porte demi-pied , & toute mou- 
lure couronnée un pied, lorfque la pierre eft piquée 
& qu'il y a enduit, &c. Daviler. ToiJèr à toiJe bout- 
avant , c'eft toijèr les ouvrages fans retour ni demi-fa- 
ce , & les murs tant plein que vide, & le tout carré- 
ment fans avoir égard aux faillies , qui doivent néan- 
moins être proportionnées au lieu qu'elles décorent. Id. 
Toijèr le bois , c'eft réduire & évaluer les pièces de 
bois de plufieurs groflêurs à la quantité de trois pieds 
cubes , ou de douze pieds de long fur fix pouces de 
gros, réglée pour une pièce. Id. Toijer la couverture, 
c'eft en mefurer la fuperficie fans avoir égard aux ouver- 
tures ni aux croupes, & en évaluer les lucarnes, yeux 
de bœufs, arrérrières", égouts, faîtes , &c. en toifes ou 
pieds fuivant l'ufage. Id. 

Toiser, fe dit au figuré, pour prendre à la rigueur, 
dans la dernière juftelTe & précifion. Cependant fon 



efprit géométrique toifoit ce qui fe difoit dans la con- 
verfation. Montagne. 

Nous ne choifirons point pour guide 
Cette raijbn froide & timide , 
Ç^ui toife impitoyablement 
Et la penfée & le langage. Gresset. 

ToiSK , ÉE. part. pafT & adj. Orgyâfeu perticddimenfus. 
On dit proverbialement qu'une aflaire eft toijée; pour 
dire, qu'elle eft manquée ou perdue, terminée fans 
retour , qu'on n'y peut plus revenir. 

TOISE, f m.'.Mefurage de bâtimens , ou l'art de les toi- 
fer , JEdiJiciorum menfio , dimenfio. Le toijé de cette 
maifon a été fait par les Experts nommés d'office. Il 
y a eu plufieurs Auteurs qui ont écrit du tcij'é, de l'arc 
de toifer , entr'autres Clavius , Metius , Marrolois j 
Errar, dans leur Géométrie pratique, Jean Abraham, 
dit Launay, en fon Arpentage univerfel; Savot dans fon 
. Architedlure, &c. Pierre Deienne a fait un Traité exprès 
du ToiJé pour les fuperficies & folides , par la feule 
addition & par Cva autres méthodes , & pour les bois 
équarris , par la feule addition & deux autres méthodes. 
Le fécond Tome du Traité des bois de Claude Carron 
eft aufîî un Traité du Toifé. 

ToisÉ , eft aufïï le mémoire ou dénombrement par écrit 
des toifes de chaque forte d'ouvrages qui entre dans 
la conftrudion d'un bâtiment \ lequel fe fait , ou pour 
juger de la dépenfe , ou pour cftimer & régler le prix 
&; la quantité de ces mêmes ouvrages. Daviler. 

TOISEUR. f. m. Celui qui toife un bâtiment. Menjori 
metator. Il a fallu nommer d'autres Toijeurs-, parce que 
les premiers étoient fufpeds. Dans les Ordonnances de 
la ville l'on appelle Toifeurs de j>lâtre , les Mefureurs 
de plâtre. 

TOISON, f f. La laine qu'on tond fur les brebis & fur 
les moutons. Vellus. Il a vendu les toijons de fon trou- 
peau vingt fols la pièce. 

j4lors pourfe couvrir durant l'âpre faifon , 
Jl fallut aux Brebis dérober leur toiCon. Boil: 
Heureux qui vit en paix du lait de fes brebis , 
Et qui de leur toifon voit fier fes habits. Racan.' 

Les Argonaut-es allèrent fous la conduite de Jafon 
conquérir la Toijbnd'ox , c'eft-à-dire, la Toijbn du 
Bélier j fur lequel les anciens Po*es feignenr que Phty- 
xus & Hellé palTèrent la mer. Toijbn a été dit pour 
Tonjbn , & vient de tondeo , ou tonfio. 

Corneille a fait une efpèce d'opéra, intitulé laToifbn 
d'or. 

L'hiftoire de la Toifon d'or, dit Voltaire, eft bien 
moins fabuleufe & moins frivole qu'on ne penfe. C'eft 
de toutes les époques de l'ancienne Grèce, la plus bril- 
lante & la plus conftatée. Il s'agifloit d'ouvrir un corn»» 
merce de la Grèce aux extrémités de la mer noire. Ce 
commerce confiftoit principalement en fourrures-, & c'eft 
delà qu'eft venu la fable de la toifon. Le voyage des 
Argonautes fervit à faire connoîire aux Grecs le ciel & 
la terre. Chiron qui étoit de cette expédition , obferva 
que l'équinoxe du printemps étoit au milieu de la 
conftellation du Bélier; & cette obfervation faite , il y a 
environ 4500 ans, fur la bafe fur laquelle on s'eft fondé 
depuis pour conftater l'éronnante révolution de vingt- 
cinq mille neuf cents années que l'axe de la terre fait 
autour du pôle. 

Les fiabitans de Colchos , voifins d'une peuplade de 
Huns , étoient des barbares , comme ils le font encore 
aujourd'hui. Leurs femmes ont toujours eu de la beauté. 
Il eft très-vraifemblable que les Argonautes enlevèrent 
quelques Mingréliennes , puifque nous avons vu de nos 
jours un homme envoyé à Torno pour mefurer un degré 
du méridien , enlever une fille de ce pays-là. 

L'enlèvement de Médée fut la fource de toutes les 
avantures attribuées àcette femme, quiprobablement ne 
méritoit pas d'être connue. Elle pafTapour magicienne» 



TOI 



Cette prétendue magie étoit Tufage de quelques poi- 
fons , qu'on prétend être affèz communs dans la Min- 
grélie. Il efl: à croire que ces malheureux fecrets furent 
une des fources de cette croyance à la magie , qui a 
inondé la terre dans tous les temps. L'autre fource fut 
la fourberie •, les hommes ayant toujours été divifés en 
deux cladès, celle des charlatans & celle des fots. 
♦ C'étoit la coumme de tous les Grecs , & de tous les 
peuples , excepté peut-être des Chinois, de tourner toute 
l'hiftoire en fable. La poéfie feule célébroit les grands 
cvénemens : on vouloir les orner , & on les défiguroit. 
L'expédition des Argonautes fut chantée en vers -, & 
quoiqu'elle méritât d'être célèbre par le fond qui étoit 
très-vrai Se très-utile, elle ne fut connue que par des 
menfonges poétiques, . 

La partie fabuleufe de cette Jiiftoire femble beaucoup 
plus convenable à l'opéra qu'à la tragédie. Une toifon 
<f' orgardée par des Taureaux qui jettent des flammes , 
&par un grand Dragon; ces "Taureaux attachés à une 
charrue de diamans-, les dents du dragon qui font naître 
des hommes armés ; toutes ces imaginations ne reflèm- 
blent guères à la vraie tragédie , qui après tour doit 
être la peinture fidèle des mœurs. Auffi Corneille voulut 
en faire une elpèce d'opéra , ou du moins une pièce en 
machines , avec un peu de mauvaife mufique , relie 
qu'elle étoit alors. 

Il y a de grandes beautés dans le prologue de la 
Toijbn d'or, des vers dignes dû grand Corneille. A 
l'égard de la tragédie, on ne la fupporteroit pas aujour- 
d'hui telle qu'il l'a traitée. 

Ce mot vient de tonfio, Borel. De Tonfio , dis-je , 
pris pafîivement, non pas pour l'adion de tondre, mais 
pour la chofe que l'on coupe, que l'on lépare par cette 
action de tondre. 
Toison, en termes de Blafon , Ce dit de la peau du mou- 
ton garni de fa laine , & non pas de fa laine feule ; 
quelquefois il fe dit du mouton tout entier. Vellus. 
Ordre de la Toison d'Or. Equejiris ordo velleris au- 
rei. Cet Ordre fut inftitué. par Philippe le Bon , Duc 
de Bourgogne, en 14Z5?. Il fit porter à fes Chevaliers 
au bas de leur collier la reprélentation d'un mouton 
femblable à celui de Colchos. Le collier eft compofé 
au refte de fufils & de pierres à feu. Le Roi d'Elpagne 
eft le Chef, & Grand Maître de l'Ordre de la Toijon , 
en qualité de Duc de Bourgogne. Il le conferve dans fa 
fplendeur par la qualité de ceux à qui il le confère. Le 
nombre des Chevaliers fut fixé à 3 1 par les ftatuts con- 
tenus dans l'Ordonnance de Philippe le Bon de l'an 
145 1. Il y avoir aulîî quatre Officiers de l'Ordre*, le 
Chancelier , le Tréforier , le Greffier , & le Héraut 
d'Armes. On dit qu'il fut inftitué en mémoire d'un grand 
gain que le Duc de Bourgogne fit lur des laines. Les 
Chimiftes prérendent que ce fut pour un myftère de 
Chimie, à l'imitation de cette fameufe Toifon d'or des 
Anciens , que le<; raffinés en cet art difent n'avoir été 
autre chofe , que le fecrer de l'élixir écrir fur la peau 
d'un mouton. Olivier de la Marche écrit qu'il fitfouve- 
nir Philippe I. Archiduc d'Autriche, père de l'Empereur 
Charles V. que Philippe le Bon , Duc de Bourgogne , 
fon ayeul avoir inftitué l'Ordre de la Toifon d'or dans 
la vue de celle de Jafon , & que Jean Germain , Evêque 
de Châlons fur Saône , & Chancelier de l'Ordre , étant 
venu fur ces enrrefaites, le fit changer de fentiment, & 
déclara au jeune Prince que cet Ordre avoir été inftitué 
dans la vue de la Toijbn de Gédéon. Mais Guillaume 
Evêque de Tournai , qui étoit auffi Chancelier de 
l'Ordre , prétend que le Duc de Bourgogne eut pour 
objet^ la Toifon d'or de Jalon , & la toijbn de Jacob ; 
c'eft-à-dire , ces brebis tachetées de diverfes couleurs 
que ce Patriarche eut pour fa part , fuivant l'accord 
qu'il avoir fait avec fon beau-père Laban -, ce qui a 
donné lieu à ce Prélat de faire un gros ouvrage en deux 
parties: dans la première, fous le fymbole de la toifon 
de Jafon , il parle de la vertu de magnanimité dont un 
Chevalier doit faire profeffion-, & fous le fymbole de la 
toifou de Jacob , de la vertu de Juftice. Paradin a fuivi ce 
fentiment, en difanr que le Duc voulut infinuer que la 
conquête fabuleufe que l'on dit qu'avoit fait Jafon , de 
la Toijbn d'or en Colchos , n'étoit autre chofe que la 



TOI 7î 

conquête de vertu, laquelle Ion ne peut conquêter, 
lans vaincre les horribles monftres , qui font les vices & 
méchantes aftedions. Laquelle propriété, continue-t-ii , 
h elle n'eft en un Gentilhomme , il n'eft pas digne de 
porter les armes, qui ne tendent à autre but, finon à 
acquérir bonne réputation , par vertu & par vidoire fur 
les monftres horribles des vicieufes afledions. Et ne fe 
P^^^it mieux repréfenter la vertu , que par l'or, qui 
eft le plus luifant & le plus précieux métal de tous les 
autres , & la chofe entre toutes les corporelles la plus 
necdlaire &fouhaitable: auffi entre les biens & richelïes 
del ame, il n'y en a aucunes rant néceflàires & tant im- 
portantes, que la vertu, feule royne & dominatrice de 
toutes chofes,& à laquelle il convient que toutes autres 
le foumettent , fi elles veulent bien tenir leur rang , & 
faire leur devoir. Ainfi en l'honneur de Dieu & de 
vertu , le Duc mit fus cet Ordre de la Toijbn d'or. Ce 
font les paroles de cet Annalifte de Bourgogne, Z. III. 
p. 711. Quoi qu'il en foit de fes fymboles , fa fin fut 
que la vraie foi Catholique, l'État de notre Mère fainte 
Eghfe j & la tranquillité & profpérité de la choie 
publique fullènt , comme être peuvent , défendues , 
gardées & mainrenues, ainfi qu'il s'en explique dans les 
ftaruts de cet Ordre. 

Le Duc* Philippe régla le nombre des Chevaliers 314. 
Il inftitua, dit Paradin, une fraternité de 14 Chevaliers 
fans reproche ; Gentilshommes de quatre côtés , & à 
chacun d'iceux il donna un collier d'ormoulrgenrement 
& richemenr ouvré de fa devife , c'eft à favoir de fufils 
entrelacés avec des pierres jettant le feu & étincellant. 
Et portoit cette devilè du fulil, parce qu'un B dénotant 
Bourgogne, eft fait en forme de fufil. Au-deflous dudit 
collier pendoit à chacun fur le devant , une Toifon d'or. 
Il rapporte enfuite les noms & qualités des premiers 
Chevaliers qui furent fairs par le Duc Phihppe , & con- 
clut en difant : Telle fut la fondation du très-noble Or- 
dre des Chevaliers de la Toijon d'or-, duquel fe portant 
pour héritier , l'Empereur Maximilian I. de ce nom , 
continua ledit Ordre en fa Maifon d'Autriche , & feu- 
lement par raifon de Madame Marie de Bourgogne la 
femme : ce que les Empereurs Charles V. & Ferdinand 
I. frères , defcendus dudit Maximilian, ont imité juf- 
qu'à préfent. 

Cet Ordre fur approuvé du vivant du fondateur par 
Eugène IV. en 1433, & confirmé par Léon X, l'an 
151e. Les Chevaliers éroienr aurrefois élus à la plura- 
lité des voix, dans les Chapitres, & le nombre avoit 
été fixé à cinquante-un par Charles V -, mais Philippe II 
voulant que la création de ces Chevaliers dépendît en- 
tièremenr de lui & des Souverains de l'Ordre , obtint 
l'an 1572, de Grégoire XIII, un bref qui lui accordoit 
le pouvoir de conférer cet Ordre, quand & à qui bon 
lui fembleroit, fans la participation des Chevaliers; ce 
que Clément VIII accorda auffi à Philippe III, l'an 
i596,& le nombre des Chevaliers n'eft plus limité. Les 
Chapitres de l'Ordre fe tenoient d'abord tous les ans, ils 
fe tinrent enfuite tous les trois ans , & furent enfin laiffés 
à la difpofition du Roi d'Efpagne. Le Duc de Bourgo- 
gne, fondateur de cet Ordre, ordonna dans le Chapitre 
qui fe rinr à Valenciennes en 1475 , que les manteaux & 
les chaperons des Chevaliers fullènt à l'avenir de ve- 
lours cramoifi, doublés de fatin blanc, au lieu qu'aupa- 
ravant ils n'étoient que de drap -, & que fous ces man- 
reaux ils portaflent auffi des robes de velours cramoifi. 
Il ordonna de plus que les Officiers de l'Ordre aurôient 
auffi des manteaux , des robes & des chaperons de ve- 
lours cramoifi, & que ladiflérence qu'il y auroit entre 
leur habillemenr & celui des Chevaliers, c'eft que le 
manteau des Chevaliers auroir un bord femé de fufils, 
pierres , étincelles, & toifon brodés d'or, comme il étoit 
porté par les Statuts, & que ceux des Officiers feroient 
tout unis. Il les obligea auffii à porter le troifième jour 
de la folennité du Chapitte , lorfqu'ils affifteroient à 
l'Office de la Vierge, une robe de damas blanc, avec 
un chaperon de velours cramoifi. Il engagea les Sou- 
verains de l'Ordre à leur fournir feulement les man- 
teaux de velours cramoifi, &; voulut que les Chevaliers 
achetadênt à leurs dépens les robes ik chaperons noirs 
pour le fécond jour , & les robes blanches pour le troi- 

Kij 



7^ 



TOI 



fième. Philippe II. Roid'Efpagne iît des changemens aux 
Statuts de l'Ot dre dans !e Chapitre tenu à Gand 1 an 1 5 ^ 9- 
Il ordonna que les manteaux noirs & les chaperons qui 
nétoient que de drap, fer oient à l'avenir de velours noir, 
& qu'ils feroient donnés aux Chevaliers &Otiiciers par le 
Souverain-, que le collier fe porreroit dès les premières 
Vêpres de toutes les fêtes, auxquelles les Qievaliers le 
doivent porter, toutes les fois qu'ils (ortiroient de leurs 
maifons pour aller à l'Office, ou qu'ils paroitroient en pu- 
blic pour leurs propres affaires ;& comme cet Ordre avoit 

été inftitué pour la f ropagarion delà Foi, il voulut que 
l'on n'y reçut aucune perionne fufpede d hereùe , ce 
obligea les'Chevaliers de jurer avant que de ptoceder 
à l'éledion d'un Chevalier , qu'ils n'éliroient perfonne 
fufpetld'liéré/îe. Les ftatuts donnés d'abord en François, 
furent traduits en Latin par Philippe Nigri , Prévôt 
d'Arlebelc & Chancelier de l'Ordre ; & Nicolas Nicola 1, 
Greffier du même Ordre, les mit en plus beau François. 
Voyez le P. Hclyot: T. VIII. C. 54. 

Quand le Prince héréditaire de Lorraine reçut en 
17Z2. Z5 Juillet, l'Ordre de la Toifon d'Or, que l'Em- 
pereur lui avoir envoyé, on fit cette Epigramme : 

Quel Héros en ce jour vient s'offrir fur V arène y 

Pour difputer la fameufe Toilon ? 

EJl-ce Pollux? Eft-ce Tajon? 

Eft-ce le vaillant fils d'Alcméne? 

Non : c'efi un autre Gédéon , 

Qui plein du beau feu qui l'excite, 
Confacre à Dieu fon épée Ù Jcn nom 

Contre le fier Madianite. Jardin de Beaupré. 

C'eft Saint André qui eft Patron de l'Ordre de la 
Toifon d Or. 

La Toison d'Or qui étoit enfermée dans le temple de 
Mars : c'eft en ftyle de Philofophie hermétique la ma- 
tière par le moyen de laquelle on fait les ouvrages de la 
pierre , qu'on met dans un Athanor ou fourneau, qui 
eft un four en partie de fer, lequel eft appelé Mars, où 
étoit enfetmée la Toijbn, jettant le feu par les narines: 
ce qui nous enfeigne que le feu doit être ménagé adroi- 
tement, & que les Sages prennent les narines pour les 
tégiftres du fourneau. Diex. Herm. 

Brébeuf appelle le ligne du Bélier, la Toi/on dorée: 

Mais le démon du jour ayant fait fon entrée , 
* Au palais éclatant de la Toifon dorée. 

Brébiuf. 



TOI TOK TOL 

logis. Sub eodem teclo. La joie & la paix habitent plus . 
fouvent fous les pauvres toits , que fous les lambris 
dorés. ^ ^ 

On dit que des Bénéfices font fous un même toit , 
quand ils font de même nature & deflervis dans la 
même Églife^ & c'eft une qualité qui les rend incompa- 
tibles de droit. Bénéficia J'ub eodem teclo. 

ToÎT de jeu de paume, c'eft la couverture d'une galerie'» 
qui y règne de deux ou trois côtés -, fur laquelle fe fait 
le fervice de la balle. Spœrifterii teâum. Le toit de la 
galerie , le toit de la grille , le toit du dedans. Ce qui a 
donné lieu à l'exprellion proverbiale & figurée: fervir 
un homme fur les deux toits, pour dire, lui faciliter les 
moyens de réuffir en ce qu'il ibuhaite. 

En ftyle d'écriture , prêcher, publier une chofe fur 
les toits , c'eft l'annoncer hautement , publiquement. 
Jefus-Chrift dit à fes Apôtres : Ce que je vous ai enfei- 
gne en particulier, allez-le prêcher furles/o/M; c'eft- à- 
dire , hautement & publiquement. Quod dico vobis in 
abfcondito , prcedicate fuper tecla. 

ToÎT , fe dit de toute forte de domiciles. On l'étend mê- 
me dans les vers & dans le comique, for les écuries & 
étableb qui ferveur de retraite au bêtes. C'eft en ce fens 
que Madame Deshoulières a dit : 

Les Troupeaux ne font plus jous leurs rufliques toîts. 

Les chats fe plaifent dans les goutières & fur les toits. 
On les appelle pour cela , habitans des toits. 

Punis des habitans des toîts , 

La brutale & dure infolence. Des-H. 

En minéralogie, on appelle toit, la partie de la roche 
qui couvre la mine ou le filon. 



TOK. 

TOKAY. Nom d'une ville de la Haute-Hongrie. To- 
kœuni , Toccdium , Toccdia. Elle eft au confluent du 
Bodrog & de la Teifté, à dix lieues de Caftbvie, vers 
le midi. Tokai eft une ville rrès-forte, & défendue par 
une bonne citadelle. Le Comte Tckéli s'en étoit em- 
pâté l'an 1685 ; mais les Impériaux la reprirent l'an 
1685. Maty. 

Cette ville eft célèbre par les vins qui croifient dans 
fon territoire , & qui pallènt pour les plus délicats de 
tout le Royaume de Hongrie. Vin de Tokai. Tokay- 
num ou Hungaricum vinum. 

TOKOESI. Voyei Chickoe. 



Il veut dire, étant entré dans le figne du Bélier. 
Toison , félon Borel , s'eft dit anciennement pour tifon. 

Titio. 
TOIT. f. m. Le faîte, la plus haute pattie d'un logement, 
d'un édifice-, ce qui leur iert de couverture. Teclum,faJ- 
tigium. En Orient , la plupart des toits font en plate- 
forme : en Occident, ils font en pointe, en dos d'?ine, 
en croupe, en pavillon. En France, il y a des toils à la 
manfarde , qui font des toîcs coupés qui ont double 
pente de chaque côté -, ce qui retranche de leur éléva- 
tion, & ménage plus de logement. Ces toits ont pris 
leur nom du célèbre M. Manfard qui en a été l'inven- 
teur. En Turquie la plupart des toits lonr en dôme , & 
en rond. Les voleurs fe font lauvés pardeilus les toits. 
Cette gtêle a percé le toit. On a vifité cette maifon 
depuis le toic jufqu'à la cave. Les groftés répararions 
font celles des quatre gros murs & des toits. 

Les toits en Italie, comme en Egypte & en Judée, 
font faits en plate-forme au-dellus. En Egypte on dort 
fur le toit. En Italie les femmes , le matin , fe peignent 
deux ou trois heures fur le toit. Scaligerana. 

On dit hypeibohquement d'une maifon petite ou mal \ 



TOL. 

TOL. f. m. C'eft le- plus petit poids & la plus petite me- 
fure dont on fe ferve fut la Côte de Coromandel. Il 
faut 24 tols pour faire un céer. 

TOLBIAC. Nom de lieu. Tolbiacum. C'eft aujourd'hui 
Zulch, aurrement Zulpic ou Tulpic , dans le Duché 
de Juliers , à quatre ou cinq lieues du Rhin , entre Bonn 
à l'occident , Juliers au midi, & Cologne au fud-eft, 
également éloignée de chacune de ces villes-, c'eft- a- 
dire d'environ fix lieues. La bataille de Tolbiac gagnée 
en 495 , par Clovis fur les Allemands , a rendu ce lieu 
fameux dans l'Hiftoire. C'eft à la journée de Tolbiac 
que Clovis réduit aux dernières extrémités par la blef- 
fure de Sigebert Roi de Cologne , fon patent & fon 
allié , & par le défordre qu'elle jetta dans l'armée du 
Prince blefie, & qui fe communiqua bien^tôt aux trou- 
pes Franççifes-, ce fut, dis- je , en cette journée, que 
Clovis fe'fouvenanr du Dieu de Clotilde, & des mer- 
veilles qu'elle lui en avoit fouvent dites , lui promit au 
milieu de la mêlée , de fe faire baptifer & de n'adorer 
déformais que lui , s'il daiguoit lui donner une marque 



eflet , on appelle toit à cochons une efpèce de petite 
étable où l'on met les cochons. Suile. 
ToÎt, lignifie quelquefois l'habitation, le lieu où on loge 
Ces deux familles habitent fous un même /oîf ; en même '• 



bâtie , que ce n'eft qu'un toit à cochons : parce qu'en j de fa puillance, dans l'extrémité ou il fe voyoit réduit. 
" "' ■ ^^ . . 1 Ce vœu fut fuivi d'une vidoire complète -,& la vittoire, 

de la converllon du Roi, .qui fut inftruit & baptifé le 
jour de Noël par S. Rémi ,Evêque de Reims , dans l'£- 
glife de S. Martin hors des portes de la ville. 



TOL 



TOLDER. Nom d'une rivière qui a fa fource au mont de 
Vauge, près des fources de la Moielle. Toldera-, an- 
ciennement Otruna. Elle coule dans le Suntgaw , baigne 
Mafmufter, & le décharge dans l'Ill, un peu au-dellous 
du Mulhaufen. Maty. 
TOLDRE. f. m. Vieux mot. Nom d'homme quife trouve 

pour Théodore dans Villehardoin. Borel. 
TOLE. f. f. C'efl du fer en lames déliées battues. Ferrum 
bracleatum. On fait des poêles de tôle, & plufieuis uf- 
tenfiles de ménage. Tôle , fer mince ou en feuille, qui 
fert à faire les cloifons des moyennes ferrures , les pla- 
tines des verroux & targettes, & les ornemens de 
relief amboutis, c'eft-à-dire, cifelés en coquille. On fait 
auffi des ornemens de tôle évidée ou découpée à jour, 
comme il s'en voit aux clôtures des Chapelles de ÏÉ- 
glife des PP. Minimes à Paris. En Latin, Ferrum brac- 
teatum. Daviler. 
TOLÉDAN. f. m. & f. Nom de peuple. Qui eft de la ville 
de Tolède. Les Tolédans peuvent le vaifier d'avoir le 
plus riche Archevêque du monde jpuifqu il a 3 50 mille 
écus de revenu. 
TOLEDE. Nom d'une ville d'Efpagne , capitale de la 
Caftille nouvelle , & fituée fur le Tâge , environ à qua- 
torze lieues de Madrid, vers le midi. Toletum. Tolède 
eftdans une lituation fort bizarre autour d'un rocher, 
au fommet duquel on trouve la place, l'Egliie Cathé- 
drale, & le Château. Elle eft fort ancienne, ailez grande, 
puifqu'on y compte vingr-lcpt pareilles ^ & trente-huit 
Monaltcres ; mais elle eft fort inal peuplée. C'eft le 
' lîège du Parlement de Caftille , d\ine Univerfité , & 
d'un Archevêché, dont ^Archevêque porte le titre de 
Primat des Elpagnes, & eft Seigneur de dix-iept vilies 
ou gros bourgs , & de quantité de villages dont il tire 
x6o mille écus de revenu , & fon Chapitre 240. On voit 
à Tolède une Machine admirable , qui élevé l'eau du 
Tage jufqu'au haur du Château , d'oi\ on la diftribuc 
par toute la ville. On trouve aullî à quelques lieues de- 
cette ville la forêt des cent filles, ainîi nommée, parce 
que les Rois de Léon payant anciennement aux Mores 
un tribut de cent filles, cinquante nobles & autant de 
rotutictes, on les enfermoit dans un château qui étoit 
dans cette forer , jufqu'à ce qu'on les fît palier en 
Afrique. La Primatie de Tolède ayant été difputée dans 
le Xl^ fiècle , elle fut confirmée par Urbain IL comme 
elle avoir été avant l'invafion des Sarrafins. Tokde eft 
à 14 d. 20 m. de longitude, &à 35 d. 50 m. de latitude 
félon MM. de l'Académie des Sciences ■, & lelon M. 
Hartis , il eft à 59 d. ^6 m. de latitude-, pour la longi- 
tude, il convient avec MM. de l'Académie. 

Le Royaume de ToLÉDE. Regnum Toletanuni.Q'c^ 
un des principaux Royaume que les Mores fondèrent 
en Efpagne du débris du Royaume des Wilîgots. Il 
renfermoit le pays que l'on nomme aujourd'hui la Cal- 
tille nouvelle , & Tolède en étoit la Capitale. Les Rois 
d'Efpagne portent encore entie leurs titres celui de Rois 
de Tolède. Matv. 
TOLEE , pour, bande, troupe, ne fe ditguères que de la 
canaille. Dicx. Com. L'Auteui auroit pu ajouter , & 
. par la canaille. 

TOLEN. Nom d'une des Iles de la Zéelande , dans les 
Provinces Unies. Tola. Elle eft entre celles de Béve- 
land , de Schouven, d Overflackée, & le Brabant. 7b- 
len qu'on nomme improprement Ter-Tolen, en eft la 
ville capitale. Elle eft petite -, mais fortifiée , & (îtuéc lut 
la côte orientale de l'île. On voit encore dans cette île 
la petite ville de Bomène , qui eft du Comté de Hol- 
lande. Maty. 
TOLENTîN,,ouJOLENTINO. Nom d'une ville de 
l'Etat de lEgliic en Italie. Tolentinurn. Elle eft dans 
la Marche d'Ancone , fur le Chiento, à trois lieues 
audellus de Macérata , & à cinq ou fix de Caméçino. 
Son Evêché fuftragant de Fermo , eft uni à celui de 
Macérata. 
TOLER , qu'on nomme autrement en Suéde Richdale 
de cuivre. C'eft une monnoie de ce métal qui vaut fix 
dallers, ou 24 marcs, c. àd. une richdale d'argent , elle 
a un demi pied de long , un pied de large, & un pouce 
d'épaillcur. 
CO" "TOLÉRABLE. adj. de t. g. Qu'on peut tolérer. 



TOL 77 

Voye7 ce mot. Tolerabilis. Cela n'eft pas toUrable. 
Cette licence n'eft pas tolèrable. 

<60»_ TOLÉRANCE, f. f condefccndance qui fait qu'on 
n'empêche pas cercaii-(es choies, quoiqu'on les con- 
noille, & qu'on ait le pouvoir en main. Toleratio.Ls 
tolérance d'une fervitude ne donne jamais le droit •, il 
faut avoir un titre. Vous ne jouillèzque ç.\x tolérance^, 
On eft quelquefois obligé d'avoir de la tolérance pour- 
certains maux , dans la crainte qu'il n'en arrive de plus 
grands. 

En matière de Religion, on eliténdpar tolérance, la 
condelcendance qu'on a les uns pour les atitres tou- 
chant certains points qui n'intérellënt pas elîèntielle- 
ment la Religion. Les Théologiens Catholiques doi- 
vent avoir une tolérance mutuelle touchant les matières 
controverfées dans les Ecoles , fur lefquellcs l'Églife ne' 
s'eft point expliqiiée. L Eglife Latine a toujours ufé de 
tolérance pour l'Eglife Grecque à l'égard du mariage 
des Prêtres. 

On appelle encore tolérance, une condefcendance 
politique qui fait qu'un Souverain n'empêche pas dans 
les Etats l'exercice d'une autre Religion que celle qui 
eft établie par les loix même de l'Etat. 

Ce mot devient fort en ufage, à raefure que le 
nombre des Tolérans augmente. Les Proteftans eux- 
mêmes ont beaucoup difpyté entre eux pour lavoir juf- 
qu'où l'on devoir tolérer ^' ou ne pas tolérer les Héré- 
tiques. Ceux qui ont raifonné conféquemment aux; 
principes de ia prétendue réforme de Luther, de Cal-, 
vin , & des autres Hérétiques , ont été pour la tolérance^ 
& ont bien vu qu'ils n'avoient pas droit d'obliger 
perfonne à fuivre leur propre fenrimenf, la difficulté 
étoit de donner des bornes à la tolérance, &c c'eft furquoi 
il eft difficile que les Proreftans foient jamais d'accord: 
les conléquences font horreur à tout Chrétien, quand 
on les poulie jufqu'oOi elles doivent aller natureiiemenr. 
Les railbns de politique & d'intétêt particulier ont fait 
déclarer quelques Prédicans & quelques Miniftres pour 
l'intolérance. M. Balnage & quelques autres , ont dif- 
tingué la tolérance civile , de la tolérance Eccléfiaftique. 
Ils prétendent que la dernière va à lôuftrir dans l'E^-life 
des lentimens diftérens & oppofés ; & Pautre à les fup'por- 
ter feulement dans la Ibciété civile. Ils n'entendent autre, 
choie par la tolèeance civile , que l'impunité , & la fureté 
dans lEtat pour toute fede qui n'enfeigne aucun 
dogme contraire au bien & au repos de l'État. La tolé- 
rance civile, ou politique emporte le droit de jouir du 
bénéfice des loix , & de tous les privilèges de la fociéfè, 
lans rapport à la diftérence de Religion. La tolérance 
Eccléfiaftique eft, félon eux , un fupport pour quelques 
dogmes, qui n'étantpoint fondamentaux, n'empêchent: 
point que ceux qui les profelfent , ne foient cenfès mem- 
btes de l'Eglife. Mais ils ne s'accorderont point fur le 
nombre , ni fur la qualité des points fondamentaux ; & 
on peut s'afturer qu'ils ne s'accorderont jamais !à-dellîis» 
tant qu'ils nendront les principes de la réforine. 

Ce font d'ordinaire les plus foibles qui prêcheiit la 
tolérance ; mais les plus forts trouvent la voix d'auto-, 
rite légitime. 



«a^ TOLÉRANT , ante. adj. Souvent employé fubftan- 
tiyement. Qui tolère. Tolérans. On ne le dit qu'en ma-" 
tière de Religion. Un Prince tolérant. Théologien tolé- 
rant , pour diftinguer ceux des Théologiens qui font 
pour la tolérance des Hérétiques dans la (bcicté civile, 
d'avec ceux qui y lont oppofés , & qu'on appelle pour 
cet efîet Intolèrans. On a vu des difputes bien aigres 
depuis quelques années entre les Tolérans Se les Into- 
lèrans. Les Miniftres ik les Prédicans , donr le parri cIE 
le plus fort, trairent les Tolérans de gens fans religion, 
& qui ne paroillent tolérer toujw]ue parce que tout 
leur eft indifièrent en matière de ^igion. Les Tolérans 
au contraire traitent les Intolèrans d'Anti-Chrétiens , &: 
les blâment d'établir parmi les Réformé un joug^ que 
les premiers Réformateurs n'ont pu fouftrirdans l'Églife 
Romaine. Voye[ l'Ouvrage de M. Pélillbn iur la Tolé- 
rance , ou la réponfe aux Lettres du fa vant M. Leibnitzi 
qui a foutenu le parti des Tolérans en Allemagne. 
Voyei auffi le Livre de M. Papin , lavant Miiiiiilre cpn- 



78 



TOL 



vertî , fur la Tolérance des Proteftans , imprimé à Paris 



in-ii. 



TOLÉRANTISME. f. m. dodlrine des Tolérans, carac- 
tère, fyftéme de ceux qui croient qu'on doit tolérer dans 
un état toutes fortes de Religion. Tolerandum doctri- 
na , tolerantifrnus. Le Tolérantifme efl: établi en Hol- 
lande. 

TOLÉRER. V. a. C'eftne pas empêcher une cholê mau- 
vaife , ou qu'on croit telle , quoiqu^on le connoidè , & 
qu'on ait le pouvoir en main. Tolerare. On tolère les 
perfonnes , on tolère leurs défauts. En Hollande on 
tolère toutes les religions. Dans quelques endroits 
l'exercice du judaifme eft permis; dans d'autres il n'eft 
que toléré. 

Puifqu'onnepeutpas convenir de la vérité que chaque 
fede s'attribue , l'on devroit du moins convenir de fe 
/o//rer mutuellement ,& de ne point s'égorger. S- Evr. 
Puifque l'on ne peut s'accorder fur la matière de la 
grâce, il faut bien fe/oZ/r^r. Ju. 

On n'employera pas inditîéremment tolérer , fouf- 
frir & permettre. On tolère les chofes , dit M. l'Abbé 
Girad , lorfque les connoillant , & ayant le pouvoir en 
main, on ne les empêche pas. Les Magiftrats Ibnt quel- 
quefois obligés de tolérer certains maux , de crainte 
qu'il n'en arrive de plus grands. Ce mot ne fe dit que 
pour des chofes mauvaifes -, ou qu'on croit telles. Voy. 
aux articles particuliers le caradère des deux autres 
mots. 

Toléré , ée. part. Tolemtus. 

TOLET. f. m. Terme de Manne. Voyei EcHOMES.Les 
/o/^^i font deux chevilles de bois qu'on voit lut de très- 
petits bateaux , entre lefquels on met la rame , & qui 
la retiennent , fans étrope. Id. A Paris , fur la Seine , il 
n'y a fouvent qu'un tolety mais la rame a un anneau de 
fer qu'on engage dans le tolet. Le P. Fournier dans 
fon Hydographie , dit todet & touletière. Voyei ces 
mots. 

TOLEZBURG , TOLESBURG , ou TOLSBURG. Nom 
d'une petite ville forte, défendue par une bonne 
citadelle. Toksburgum , Tolsburgum. Elle eft dans l'Ef- 
tonie en Livonie, lut le Golfe de la Finlande, entre la 
ville de Narva & celle de Rével, environ à vingt-trois 
lieues de chacune. Maty. 

irOLHUSS , ou plurèt TOL-HUYS. Nom d'un petit Fort 
delà Gueldre HoUandoile. Tolhujîum., Tolonii Do- 
mus. Il eft dans le Bétaw , fur la branche du Rhin , 
qui en retient le nom , un peu au - delTus du fort de 
Schenlc. Les François rendirent ce lieu célèbre, l'an 
1672. en y paflanr à la vue du feu Roi une des bran- 
ches du Rhin à la nage , malgré la réfiftance des Hol- 
landois portés fur l'autre bord. 

TOLING , ville de la Chine dans la, province de Quangfi , 
au département de Taiping -, huitième Métropole de 
la province. Elle eft de 1 1 d. jo m. plus occidentale 
que Pékin , fous les 32 d. 25 m. de lat. 

TOLKEMIT, félon quelques-uns , TOLEREMIT ou 
TOLMITH. Petite ville du royaume de Prulïe , au 
Hokerland, proche de Neukirck. 

TOLLART. f. m. Vieux mot. Un Bourreau. Borel. Tor- 
tor iCarnifex. Ce mot vient peut-être de tollere, quia 
tollitè medio. 

TOLLÉ. Terme populaire , qui témoigne l'indignation 
qu'on a contre quelqu'un. Il eft purement Latin , & em- 
prunté de l'exclamation que faifoient les Juifs contre le 
Sauveur , quand ils crioient , félon la verfion La- 
tine , toile , toile , pour le faire crucifier. Crier tollé 
fur quelqu'un , c'eft crier pour exciter l'indignation 
contre lui. 

TOLLIEU , ou bien TOULIEU. f. m. Vieux mot. Il 
fignine dans Borel , tribut ou droit de péage. On dit 
Toi en Flamand dans le même fens. Ces mots , félon 
Nicod, viennent du Latin /o/Zere auffi bien que iMûZ- 
/dre, qu'on devroit écrire Maletote. On dit lever la 
taille. Ou bien ces mots viennent du Grec -rkof tribut , 
fublide : ou de ^iKavlav , qui lignifie le comptoir ou le 
Bureau des Maitôtiers. 

TOLLIR. V. a. Vieux mot qui fignifioit autrefois ôter, 
enlever de force. Il eft rout-à-fait hors d'ufage. Tollu 
au paxzïcipc. Auferre i tollere. 



TOL 

De m'etnblerù tollir mes pannes. Pathelin, 

A tout propos. 

Sans nul propos , 

Sont demandantes , 

Pour tollir Z'ojj 

Pour ronger l'os , 

Très-fort infiantes. Blas. des Fausses Am. 

De-là vient toldroit , pour ôteroit , 8c torras pour 
ôteras. Se toit j fe teut ou fe retire. Borel. Le lecond 
paroît mieux. 

A tant fe toit , ne, volt plus dire. Perceval. 

De-là encore Toufjît j troifième perfonne du prété- 
rit indéfini^ Il ôtât. 

TOLLISSEAÎÊNT VIEUX, f. m. de Tollir. La défen- 
drelfe obtint des inhibitions. La partie en follicite long- 
temps le Tolliffement. 

TOLS , & TOLLU , ue, part, du Verbe toUer , ôter de 
fo/Zere. Borel. 

Je hais ces mots depuiffance abfolue. 
De plein pouvoir , de propre mouvement. 
Aux faints Décrets ils ont premièrement , 
Puis à nos Loix la puijfance toUue. Pibrac 

C'eft celle qui les tricheurs , 

Fait , & caufe les barateurSy 

Qui maint es fois par leurs flavelles 

Ont aux varlets & aux pucelles. 

Leurs droitceihéritei tollus. R. de laRose. 

C'eft-a-dire , juftes héritages ôtés. Borel. 

TOLMEZZO. Nom d'un bon bourg, de l'état de Venife. 
Tulmetium. Il eft dans le Frioul , fur le Tajamento , 
à fept lieues d'Udine, vers le nord-oueft. Maty. 

TOLNE ou TOLNA. Nom d'une ville de la Baffe-Hon- 
grie, capitale du Comté de Tolne , & fituée fur le Da- 
nube , à quatre lieues au-deftbus deColocz. Tolna.On 
prend communément Tolne, pour l'ancienne Altinum 
ou Altinium , petite ville de k BaiTe Pannonie. Il y en a 
pourtant quiprennent Tolne powû' ancienne Ripa Alt a , 
que d'autres mettent à Pentole , village fitué fur le 
Danube , entre Tolne 8c Bude. Maty. 

Tolne, Comté. Tolnenfis Comitatus. Il eft entre les 
Comtés de Pilfen , de Zigeth, de Baraniwar , &le Da- 
nube , & il n'y a rien de confidérable que Tolna fa 
capitale. Maty. 

TOLOMÉTA, PTOLOMÉTA. C'étoit anciennement 
une ville de la Cyrénaique en Afrique. Ptolema'is. Elle 
a éré Épifcopale. Ce n'eft maintenant qu'un village du 
Royaume deBarca. Il eft au couchant de Cayroan , fur 
le golfe de Sidra, où il y a un allez bon port. Maty. 

TOLON. Foyq TOULON. C'eft ainfi qu'il faut dire & 
écrire. 

TOLOSA. Nom d'un petit bourg d'Efpagne. Tolofa. 
Il eft dans l'Andaloulïe , près de la Caftille nouvelle , 
& des montagnes qu'on nomme la Novas de Tolofa ; 
à fix lieues de Baëza , vers le Nord. Les Chrétiens rem- 
portèrent en ce lieu une célèbre viéloire lur les Maures, 
l'an 1222. Maty. 

ToLosA, Rivière. -Voye^ Orio. 

TOLOSA, ToLOSETTE. Nom d'une petite ville de Gui- 
pufcoa en Efpagne. Tolofa. Elle eft fur la rivière d'O- 
rio , à quatre lieues de S. Sébaftien , vers le midi. 
Maty. 

TOLOSE, TOLOUSE. Voyei Toulouse. C'eft ainfi 
qu'il faut écrire & prononcer. 

TOLPACHE. f m. Les Tolpaches font une infanterie 
Hongroilè, armée d'un fulil,de deux piftolets&d un 
fabre. Volt. 

TOLSBURG. Voyei Tolezburg. 



TOL TGM 

TOLTE. f. f. Vieux mot fait de tollir. Vol , rapine , larcin , 
levée j forcée, prife. ExaSio violenta. 

Vivdns i/etolte & de rapine. Ovide. Mf. de Borel. 

TOLTURE. f. f. Vieux mot. L'adion d'ôter. Levée , im- 
pôt fur le peuple. Vecligah tributum, exaclio vio- 
lenta. 

Qui vive\ de rapine , de tolte & de toiture. 

G. DE Provins. 

Ce mot vient de tollir. 

TOLU, ville de rAmérique dans la Terre -Ferme, au 
Gouvernement de Carthagène , à douze lieues de la 
ville de ce nom. 

«3^ BAUME de Tolu. Vbyei BAUME. 

TOLY, ou MONASTÈR. Ville de Grèce, dans la Ma- 
cédoine, aujourd'hui le Coménolitari , fur le bord oc- 
cidental de la rivière de V.ardar. 

T O M. 

TOM, f. m. Sorte de ver qui ne fe voit qu'en Amérique. 
Vermiculi Americani fiecies. Cornus. Les toms l'ont 
de petits vers qui viennent aux pieds, où ils caufent des 
tumeurs douloureufes, grofles comme des fèves. On 
n'en voit qu'en Amérique. Thevet rapporte dans fon 
hiftoire de ce pays-là , que lorfqueles Efpagnols y fu- 
rent, ils devinrent fort malades de ces fortes de vers , 
par plufieurs tumeurs qui s'élevèrent fur leurs pieds ; & 
que quand ils ouvroient ces tumeurs , ils y trouvoient 
dedans un petit animal blanc , ayant une petite tache fur 
le corps. Les habitans du paysfeguériflentde ce ver par 
le moyen d'une huile qu'ils tirent d'un fruit nommé 
Hibou , lequel n'eft pas bon à manger ■, ils conlervent 
cette huile dans de petits vailTeaux faits avec des fruits 
appelés chez eux Carameno. Ils en mettent une goûte 
fur les tumeurs , & le mal guérit en peu de temps. 
Andry. Traité de la Génération des Vers jChron, III. 
Art. L 

TOMALISTE , ou TMOLE. Nom d'une montagne de 
Natolie. Tmolus mons ou Timolus. Elle eft près du 
Chias , entre Ephèfe & Gardes. Le Padlole y a fa fource. 
Maty. 

TOMAN. f.m. Terme de Relation. Nom d'une fomme 
ou de compte, ou manière de compter chez lesPer- 
fans. Le toman n'eft pas une monnoie , mais une ma- 
nière de compter. Un toman fait quaranre-fix livres. 
Qiiadraginta fex librœ noflrates. La paye d'un Curt- 
cRi eft par an de dix tomans , c'eft-à-dire de quatre 
cens foixante livres. Les Officiers fubalternes ont quinze 
tomans. Un capitaine a trente tomans. Le Colonel 70. Le 
Curtchi-Bachi 1 50. qui font 6900 1. de notre monnoie.Le 
toman eftauffi en ufage en Géorgie. Le prince de Géor- 
gie a plus de fix cens tomans de rente , félon la ma- 
nière de compter du pays : un toman vaut douze écus 
&demi Romains, qui font dix-huit Aflaffins, ou Abou- 
quels , ce font des écus que l'on frappe en Hollande 

pour le Levant Les revenus du Prince 

confiftent en une penfion de trois cens tomans j 
que le Roi ( de Perfe ) lui faif, & ce qu'il retire ou de 
la douane de Téflis , ou des entrées de l'eau de vie , 
&des melons, le tout va à près de 500 tomans , fans 
compter ce qu'il exige , fous prétexte de régaler les 
Grands qui pailent par Téflis. Tournefort , Vbyag. 
T. II. p. 311. 312,. Vingt mille tomans valent deno- 
rre monnoie environ neuf cens mille livres. L'abaJJis 
eft un peu plus de dix-huit fols fix deniers ^ & le to- 
man contient cinquante abajfis , c'eft-à-dire, environ 
cinquante livres monnoie de France. Miff.delaComp. 
de Jéf. dans le Levant ,T.3.p.^i. 

D'Herbelot dans fa Bibliothèque Orientale , p. 894. 
écrit Touman , & dit que les Perfans & les Arabes ont 
emprunté ce mot de la langue des Mogols & des 
Khoarefmiens , dans laquelle il fignifie le nombre de 
dix mille. Ebu-Arabfchach dit que le mot touman, lorf- 
qu'il eft employé pour fignifier poids ou monnoie , 
contient dix mille dragmes d'argent Arabiques , ap- 
pelées Metbkal, qui font d'un tiers plus légères que les 



TOM 



19 

Attiques. Les Mogols & lés Khoarefmiens prennent 
fou vent le mot de touman pour dix mille hommes,&di- 
fent , par exemple , que la ville de Samarcande fait fept 
toumans, c'eft-à-dire, foixante & dix mille hommes 
capables de porter les armes ; & celle d'Andekan, neuf: 
ce qui s'entend en y comprenant leurs territoires & dé- 
pendances D'Herbelot. 
1 OMAR. Nom d'une petite ville d'Eftramadure de Por- 
tugal. Tomarium-, anciennement Bijulcis. Elle eft fut 
la rivière de Nabaon, à huit lieues de Léria, vers 
1 Orient. Tb/nars'eft aggrandi des ruines de l'ancien 
Nabantium , & les Auteurs Latins lui en domient fou- 
vent le nom. 

ToMAR, Rivière. Voyei Nabaon. 

TOMARUCHL Voyei Tembruck. 

«O TOMATE, f.f. Nom que porte la pomme d'amour, à 
lacôte de Guinée, où elle croît abondamment. On en 
cultive auffi dans nos jardins , dans le Languedoc & 
dans la Provence. 

TOMBAC, f. m. Efpéce de métal que l'on voit dans les 
. pays Orientaux. xM.Gervaife dans fa Defcription deMa- 
laçar, Tappelle Tambac, éc dit que c'eft un compofé 
d'or , d'argent & de cuivre raffinés enlemble d'une ma- 
nière qui n'eft pas connue en Europe. Le P. Tachard , 
dans l'on fécond Voyage de Siam , & le Chevalier 
Chardin dans fon voyage de Perfe, l'appellent aulli 
Tambac, mais en France on le nomme Tombac. Si 
l'on n'y a pas le véritable Tombac , nos Ouvriers ont 
fait une compofition allez belle, à laquelle ils ont don- 
né ce nom. 

La couleur de cet alliage métallique eft jaune, ti- 
rant fur la couleur d'or. Le cuivre en eft la baie. On y 
mêle diftérentes fubftances & ditierens ingrédiens. On 
en fait des boucles , des Boutons , des chandeliers & 
plufieurs autres ouvrages & ornemens. 

TOMBANT , ANTE. adj. En Aftrologie on appelle mai- 
fons tombantes , la troifième , la fixième , la neuvième 
&la douzième, parce qu'elles font les dernières , & fi- 
niflènt les quadrans. Les quadrans Ibnt compofés cha- 
cun de trois maifons. Les Angulaires font les plus fortes , 
les deuxièmes s'appellent fuccédentes,& le font moins, 
& les dernières , qui font tombantes , font les plus fbi- 
bles de toutes. 

«:3» ETOILE TOMBANTE.Steïlacadens. Ternie dePhy- 
fique. Pendant une belle nuit vous voyez une étoile 
tomber. Elle lailîa après elle une longue rrainée de feu. 
Ce n'eft qu'une exhalaifon légère, prefque toute ful- 
fureufe, qui s'enflamme , ou par l'aèlionde la matière 
fubtile , ou par le foufle des vents , ou par le mélange 
feul des matières hétérogènes. La partie fupérieuredc 
l'exhalaifon s'allume d'abord, parce qu'elle eft plus lé- 
gère, & par conléquentplus inflammable. L'inflamma- 
tion fe communique à la partie inférieure. C'eft une 
traînée de poudre qui prend feu fucceffivement. Voilà 
ce qui nous reprélente , & ce que le peuple appelle 
une étoile tombante. 

TOMBE, f. m. Grande pierre qu'on met pour couvrir la 
fépulture d'un mort, pour marquer l'endroit où il eft 
enterré. Lapis Sepulcralis. On met fouvent des epi- 
taphes fur les tombes , ou quelques infcripuons pour 
marquer celui qui gît fous la tombe. 

Ce mot vient du Latin tymbus , tiré du GrecTi)^?©-, 
tumulus , Jepulchrum , félon Nicod , ou de tumba , 
qui a été dit en Latin , félon Ménage, il fignifioit 
autrefois proprement un Jépulchre de pierre. 

Tombe, lignifie auffi le droit qu'ont les gens d'une fa- 
mille d'être enterrés fous une tombe particulière qu'ils 
ont fait mettre dans une" Églife, & dont la place leur ap- 
partient. Cette maifon a une tombe dans la ParoilTe, à 
tel endroit. Il y a dans le cimetière une tombe élevée 
fur quatre pilliers. Les Patrons ont droit de tombe dans 
le chancel de l'Églife. Jus inhumationis . Ceux qui ont 
droit de tombe, payent moins pour l'ouverture de la 
terre que les autres. Martyr, des Par. de Paris. 

On dit aujourd'hui avoir droit de fépulture. Cette 
famille a droit de fépulture en telle Églife. 

Tombe, fe dit auffi figurément pourSépulchre, ou tom- 



8o 



TOM 



TO 



beau -, mais il cft plus ufité dans les vers quedanslaprofe. 
Tumulus , Sépulcrum. 

Ma flamme pour Heclor fut jadis allumée , 
Avec lui dans la tomheelle s'efl enfermée. Racine. 

Tombe. Terme de Jardinage. Planche de rerrier élevée 
dans un jardin. Il y a deux belles /omi^e^ de laitues d'hi- 
ver ; elles pommeront bien ce Prinremps. 

TOMBEAU, f. m. Sépulchre, plus ou moins magnifique , 
élevé à la mémoired'un mort qui y eft enterré. 
Tumulus , Mojaulœum. Artémife fir bâtir à Maufole 
fon mari un tombeau fameux , que de fon nom elle 
appella Maujblée. On voit à Anchiale le tombeau de 
Sardanapale avec cette infcription en vers Alïyriens : 
Sardanapale a bâti Anchiale & Tarfeen un jour -, va, 
paiïanr, boi, mange & te réjoui, le refte n'eft tien. 
Ablanc. Afaint Denis font les tombeaux des Rois de 
France, fort riches & fort fuperbes. Tout l'or des 
tombeaux n'éblouit point les Dieux. Bréb. Pompée a 
beaucoup de temples , & n'eut point de tombeau , dit 
une épigramme del'An^ologie, faite par l'Empereur 
Adrien. Lucain a dir <lu même Pompée , qu'il n'a point 
>de tombeau , & qu'il gitdans l'Univers. Il n'étoitper 
mis à Rome qu'aux Empereurs , aux Veftales & aux 
hommes fignalés par leurs adions, d'avoir des tom- 
beaux dans la ville-, tous les autres étoient dans la 
can^agne , près des chemins publics , d'oii viennent 
ces mots, Sifte , & abi j viator. A quoi fervent les 
honneurs d'un tombeau magnifique? La Matrone d'E- 
phèfe s'enferma dans le tombeau de fon mari , bien ré- 
Iblue de s'y rejoindre avec lui. Pyrrhus facrifia Polixè- 
ne fur le tombeau d'Achille pour appaifer fes mânes 
. irrités. Les Grands de la terre ne penfent pas aflèz 
^qu'ils fe verront^iH jour dans le tombeau, tout de même 
que le dernier des hommes. Malherbe dit des Rois , que 

Leurs âmes hautaines 

Font encore les vaines 

Dans leurs /ùperbes tombeaux. 

Tombeau dont la vue empoijbnne 

Les plus agréables plaijïrs , 
Confond l'orgueilkumain , & toutefois ne donne 
Ni frein aux paj/ions , ni bornes aux defirs. Des-H. 

On appelle un vain tombeau ou cénotaphe , un mo- 
nument élevé à la gloire d'un mort , quoique fon corps 
n'y ait pas été enterré. Cenotaphium , tumulus j hono- 
rarius. Cénotaphe eft un mot Grec compofé de v.iy&-, 
vain vide , & w-ç©- j tombeau. 

Il faut diftinguer chez les Romains trois fortes de 
tombeaux. Le tombeau ordinaire , oii l'on dépofoit 
le corps du défunt. Sépulcrum. Celui qu'on élevoit 
pour conferver la mémoire d'une perfonne, fans au- 
cune cérémonie funèbre. Monumentum , & le céno- 
■ taphe ou tombeau vide , où l'on célébroit les funérail- 
les, quoiqu'il ne renfermât pas le corps du défunt. Ce- 
notaphium. 
Tombeau fe dit encore de tout lieu où l'on-eft enterré. 
La mer eft le tombeau de ceux qui meurent fur le 
•vailïèau. On dit que l'Italie eft le tombeau des Fran 
cois , parce que l'air d'Italie eft mortel pour eux. Quel 
Ipectacle étonnant de voir au jour du jugement tous 
les hommes fortirde leurs tombeaux ! 

Cette famille a fon tombeau en tel endroit , pour dire 
qu'on y enterre les morts de cette famille. Les tombeaux 
font facrés , c'eft-à-dire , le lieu oii les morts font en- 
terrés. 

Priver quelqu'un des honneurs du tombeau , c'eft-à- 
dire , de la fépulture. 
Tombeau , fe dit figurément en morale , de la mort. Mors 
obitus j dies Juprema. Notte amitié doit durer jufqu'au 
tombeau. Sans la Religion nous ne verrions qu'une 
grande obfcurité dans le tombeau. M. Scud. L'homme 
fiémit àlaleulepenféequefon corps fera enfermé dans 
la nuit du tombeau. Ait, C'eft une chimère que de fou 



pirer pour des honneurs qu'on ne fent point dans le 
tombeau. 

Eh\ qu'ont fait tant d'Auteurs pour remuer leur cendre ! 
Le tombeau contre vous ne peut-il Je défendre ? Bon. 

C'eft-à-dire , la mort ne peut-elle les garantir de votre 
fatyte ? 

Sentiront-ils percer , par un éclat nouveau. 

Ces illuftres ayeux , la nuit de leur tombeau .<" Corn. 

On dit poétiquement , la nuit du tombeau, les horreurs 
du tombeau, pour dire, la mort. Nox , ténèbres ^ hor- 
ror. On dit aufli , Fouiller dans le tombeau , violer le 
tombeau , pour dire rechercher fa vie après fa mort , 
troubler fon repos , faire injure à fa mémoire. 
Tombeau , fe dit aufli des chofes qui font perdre lamé- 
moire d'un autre objet qui en iont la fin , la deftruc- 
rion , & qui pour ainfi dire l'enfevelillènt. L'Ordon- 
nance de 1556. tira du io/nZie^u l'autorité paternelle 
enfevelie fous les vices & les débotdemens du fiècle. 
Le Mai. Tumulus , oblivio , abolitio. On envifage 
d'ordinaire le mariage comme le tombeau des foupirs 
& des petits foins, S. Eva. L'abfence eft le tombeau. 
de l'amour. 

Le Ciel n'a pas fait l'Hy menée , 
Pour être J comme on dit, le tombeau de l'amour. 

V I X L. , 

On a dit du vin : 

Tombeau de la mélancholie j 
Jx te boirai jufqu'à la lie. 

On intitule un Recueil de contes, Tombeau de la 
mélancholie. Il y a quelques Livres qui ont pourritre 
Tombeau des Controverfes. Le tombeau de l'impiété. 
On dit d'un mauvais livre, qu'il eft le tombeauduieas 
commun. 
Tombeau , où le roi eft enfeveli. Voye\ le Sépulchre. 
ET LE Saturne des Philosophes. ^^ 

Tombeau, f. m. Terme de Tapiffier, pour défigner une" ' 
' efpèce de lit, dont le ciel ou le haut, tombe vers le 
pié en ligne diagonale. On dit un lit en tombeau, ou 
abfolument un tombeau. Ces fortes de lits ont été in- 
ventés pour placer dans les galletas , parce que le toit 
ou le comble empêchoit qu'on ne leur donnât autant 
de hauteur au pied qu'à la tête. Depuis on a mis des 
tombeaux indiftéremment dans tous les apparteraens 
qui ne font pas de parade. 

On dit plus communément aujourd'hui lit à tombeau, 

TOMBELAINE. Nom d'une petite ifle, avec un bourg 
de même nom. Tombelaina. Elle eft fur la côte de 
la Normandie , dans un petit golfe , entre Avranches 
& faint Malo. Cette ifle , avec celle de S. Michel , 
qui porte le nom d'un monaftère qu'on y a conftruit, 
font tous les jours Terre Ferme & illes , félon que la 
marée croît ou décroîr. Les auteurs Latins les nomment 
toutes deux enfemble. Ad duas Tumbas. Maty. 

TOMBELIER. f. m. Charrier qui conduit un tombereau 
pour rranfporter des terres ou des matériaux. Plauflra- 
rius. Il a fair marché avec des Terrafîîers & des 
Tombeliers pour enlever ces rerres, ces décombres. 

TOMBER, v. n. Le peuple dit tumber. Je tombe. Je 
tombai. Je fuis tombé. Choir. Il /ê dit des chofes qui 
par l'adion de la gravité font portées d'un lieu plus 
haut à un plus bas. Cadere , decidere , incidere , labi. 
Les corps graves augmentent leur mouvement en 
tombant. Tomber dans un ^ikcvçlee; tomber àéuus 
échelle -, tomber dans la rivière ; tomber fur le nez -, 
tomber à la renverfe. Les torrens tombent des mon- 
ragnes. Les grands vents font tomber les fruits. 

Tomber par terre, eft toujours mauvais , &• ne peut paf- 

fer 



TO 

ïèr que dans la conveiTation familicre. Il eÇi tombé 
par terre. Il eft évident que par terre eft inutile. 
Ce verbe a été autrefois employé à l'aétif. • 

■ /- 
Les Aquilons mutins Jbufflans horriblement ■- 
Tombent le chêne vieux qui fait plus de défenfi. 

D^SPORT^J. 

Cette façon de parler eft très-vicieufe. 
On dit d'un bâtiment ({vl'iI tombe de vieilleiïc , qu'il 
tombe en ruine, que les dents font /o^/i/i/^i- à quel- 
qu'un , que la maladie lui a fait tomber les chqveux , 
qu'il lui eft tombé une fluxion fur la poiti^ne , ou ail- 
leurs , que les larmes lui tombent des yeux. 

On dit que la pluie, lagtéle , le Ceïe'm tombent : plus 
ordinairement qu'il tombe de la pluie , de la grêle , & 
que le tonnerre eft tombé i la rofée tombe le matin. 
Voyei CCS mots. 

Tomber malade, tomberdans une maladie, devenir ma- 
lade. In morbum cadere , delabi , incidere , incurrere , 
morbumconcipere,facere,contrahere. Tomber tn pamoi- 
(fon , en défaillance , en fyncope. Tomber roide mort , 
mourir tout d'un coup en tombant. Tomber du mal 
caduc , avoir cette maladie. Comitiali morbo laborare. 
Tomber d'inanition , fe trouver mal faute de nourri- 
*ture. Tow.ber en démence , perdre l'efprit. Dementire. 
îo/n^^r en délire', & figurément, en parlant d'un en- 
fant qui devient étique , tomber en chartre. 

Dans unfens approchant , mais figuré , on dit, tomber 
en pauvreté , devenir pauvre , tomber dans le mépris , 
devenir un objet de mépris. In contemptum venire. 
Tomber dans la difgrace, dans le ridicule , dans quel- 
que inconvénient. Vpyei ces mots. La vérité eft fi 
délicate, que pour peu qu'on s'en œtiie , en tombe 
dans Terreur. Pasc. 

ToMBïR , dans le fens de commettre. Tomber enfante. 
Tomber dzns le crime, dans le péché. Pris abfolument 
dans le langage de l'écriture-, fynonyme de pécher. 
Le jufté tombe fepr fois par jour. Les facremens fer- 
vent à relever ceux qui font tombés. L'homme tombe 
néceftairement , dès qu'il s'imagine qu'il ne peut tomber, 
à caufe de la négligence qui fuit cette préoccupation. 
En ftyle d'écriture , on dit encore figurément, tomber 
dans i'endurciirement , perdre tout fentiment pour 
la verm , & pour les chofes de Dieu , devenir inlen- 
fible aux vérités de la religion, Omnem pietatis ac reli- 
gionis Jénjum exuere. 

Tomber , eu terme de Marine. Tomber fur un vaiftèau , 
c'eft arriver & fondre delîus. Ferri , impelli-, irruere, 
incidere , incurrere. Si le vaifieau ennemi n'eûr viré de 
bord, notre vaiftèau alloit tomber lur lui. Tomber àei- 
fus & aborder. Tomber (uv le vent d'une terre , ou d'un 
vaiftèau ; c'cft perdre l'avantage du vent qu'on avoit 
gagné , ou dont on étoit en poftèffion , ou qu'on tâchoit 
de gagner. f^/z/ù/« «/niWere. En revenant delà Grena- 
de, nous ne ferrâmes pas le vent d'aftèz près, .ce qui nous 
fit tomber fous le vent de toutes les ifles , & nous vîn- 
mes terrir à l'iflede S. Domingue. Aubin. Tomber fous 
le feu de deux frégates. Mât qui tombe en arrière ou 
en avant-, c'eft-à-dirc, qui penche. Laitier tomber l'an- 
cre. Id. 

En termes de coutunie on dit , Humier ne tombe 
fur humier, c'eft- à-dire , Ulufruit ne tombe ço'mz lur 
ufufruit. Tomber en tierce foi. f^jf;^ Tierce. 

igCS'ToMBER, en terme de Vénerie a la même ftgnification. 
On dit que l'oifeau ro/n^f lur la perdrix, pour dire 
qu'il tond tout d'un coup fur la perdrix. Involare, irruere 
in. En termes de challés , on dit que les chiens font 
tombés en défaut , lorfqu'ils ont perdu la piftc de la 
bête , lorfqu'ils ne la voient , & ne la fentent plus , 
aberrare à vid. 

En terme de guerre , tomber fur l'ennemi, c'eft aufti 
fondre deOus & l'attaquer vigoureufement. Les allîé- 
gés firent une fortie , & tombèrent fur nos travailleurs. 
Après le gain de la bataille, notre armée tomba fur la 
place, qui capitula fur le champ. 

Dans l'ufage ordinaire, ^om/itfr lur quelqu'un , lui 
/o/723^r rudement fur le corps, popu!«ùrement,- fom^er 
Tome VIII. Partie L 



TOM 



8t 

fur fa friperie-, c'eft dire de lui des chofes: dures & 
défobîigeantes , foit en fa préfence , foit en fon abfenrCv 

Tomber fur les bras de quelqu'un , devenir tout d'un 
coup à fa charge. Ces orphelins vont vous tomber iut 
les bras. 

Faire tomber les armes des mains à quelqu'un , fe 
dit au figuré, pour, Icdéfarmer, le fléchir, appaifer fa 
colère. Faire tomber une récufation , accujàtioneni 
exarmare. 

Tomber d'accord , c'eft ne pas contefter. Nous tombons 
d'accdrd de ce qu'on nous dit , en l'avouant & l'ap- 
prouvant. Les bonnes gens tombent d'accord de tout, 
f^ojq confentir , acquiefcer, &c. rb/7z^<?rdans le fens , 
dans le fentiment de quelqu'un, c'eft être de même 
fentiment que lui. yîjfentiri. 

Tomber, dans la lignification d'échoir. Obtingere. Cette 
terre lui eft tombée en partage , e{[ tombée dans fon lot. 
L'intendance des eaux lui eft tombée.Obtigit illi aquaria. 
provincia. Le Con tomba fur Matthias pour être mis au 
rang des Apôtres.. Cela eft tombé entre les mains , pour 
dire que par hafard cela lui eft venu entre les m.ains. 
Dans un fens approchant , il entre dans quantité de 
phrafes , qu'il feroit trop long de détailler , & que 
l'ufage feul peut apprendre. Une charge tombe fouvenc 
entre les mains d'un homme incapable de la remplir. 
Une affaire tombe en de bonnes mains. Un détache- 
ment tombe dans une embufcade. Un voyageur tombe 
entre les mains des voleurs. On tombe au pouvoir de 
fon ennemi. Ditionis alicujusfieri. Pélopidas appcr- 
cevant les ennemis , un de les officiers lui dit : Nous 
voici /ow^/j aux mains des ennemis. Dis plutôt, ré- 
pondit-il , qu'ils font tombés aux nôtres. S. Ria!. îl 
valoir mieux , ft auroit même fallu dire , tombés entre 
les mains. 

En ouvrant un livre , on tombe quelquefois furl'cn- 
droir qu'on cherche. La converfation tombe , on la fait 
tomber {uv quelque choie, fur quelque matière. Je fuis 
tombé fur leur chapitre. In eorum mentionem incidi. 
On dit que les biens d'une maifon font tombés dans une 
autre par une alliance, pour dire qu'ils y font palTés : 
qu'une maifon eft tombée en quenouille , pour dire 
qu'il n'en refte que des filles ; que le royaume 4e France 
ne tombe point en quenouille , pour dire que les filles 
n'héritent point -, qu'une couronne une fouveraineté 
tombe en quenouille , pour dite que les filles en peu- 
vent hériter, au défaut des mâles. 

On dit qu'une chofe tombe fous le fens , /ub Jènjus 
cadit , pour dire qu'elle eft fenfible. Voye^ ce mot: 
qu'elle ne tombe pas fous le fens commun , pour dire 
qu'elle eft contraire au bon fens. A communi/én/àab- 
horens; aliénas: qu'une chofe tombe dans l'efprit •, 
qu'elle furvient tout d'un coup dans la penfée. 

Tomber , dans la fignification de regarder , avoir du 
rapport. Speâare ad. Ces fatyres tombent diredement 
fur les mœurs. Mot. 

Tomber , fynonyme d'aboutir. On dit que deux chemins 
tombentV wnàans l'autre-, que deux lignes tombent au 
même point. Concurrere, Qu'une rivière tombe dans 
une autre , pour dire qu^elles mêlent leurs eaux. 
Confluere. 

Tomber , fynonyme de cejjer, difcontinuer. On dit que 
le vent /o/7Zi^^ 5 pour dire qu'il celle de lourtler. Le venc 
tomba-, Se fit place au cahne , enlorte qu'il n'y eut plus 
de mer ou de lames. Aubin. Ils étoient déjà fott avan- 
cés dans leur voyage , lorlque le vent tomba tout à 
coup. BouH. • 

Dans ce fens on dit figurément que la converla- 
fation tombe. La converfation tombe à tous niomcns 
avec les gens trop'complailans , & qui applandiftcnc 
à tout. 

On dit de même que le jour tombe, pour dire que 
la nuit approche. Inclinât dies , advejperaj'cit. 

En terme d'horlogerie , on dit qu'une montre eft 
tombée, lorfqu'elle a filé toute fa chaîne , & qu'elle 
ne va plus. 

Tomber , pris dans un fens figuré, lignine encore déchoir» 
perdre de fa réputation , de Ion crédit , de Ion mérite , 
de fa valeur. On dit d'un ouvrage qui a quelque f ic- 
cès dans les commcncemens , qu'il eft eirfin tombé, 

L 



§2 TOM 

Cette pièce eft tombée à la troifième reprcfentation. On 
dit d'un homme aftoibli de corps & d'elpric, qu'il 
tombe , qu'il cfl: tombé. ConJ'eneJcere. Pour n'être pas 
ïidicule, il faut, dit S. Evremont , s'appercevoir le 
premier qu'oji tombe. Rien de plus fenié -, mais il y a 
fouvcnt long-temps que l'on commence à tomber, 
quand on vient à s'en appercevoir. 

En terme de poéiîe latine, on diz-c^urniv^ts tombe, 
lorlqu'il n'a point de céfure au deuxième ou troifième 
pied. DefeSu cœjiirœ claudkat. Vbyei. Césure. 

Tomber, s'évanouir, le réduire à rien. Evanejcere , ad 
nihilum reddere. Les grandeurs tombent à' eWcs-mc- 
mcs , & nous échappent par leur propre fragilité. Ex- 
prelTion figurée. 

ToiMBf.li fignihe encore être pendant. Ses cheveux lui 
tombent fur les épaules. Sa robe lui tombe juiqu'au 
talons. Defluere. 

Tomber fe dit proverbialement en ces phrafes. On dit 
qu'un homme ne fauroit tomber que debout, qu'il 
retombe toujours fur fes pieds, pour dire que quoi qu'il 
arrive , lès atîaires ne fauroient devenir mauvailes. 
On dit qu'un homme eft tombé des nv.es, quand il eft 
fans connoilFance , fans protedion. On le dit aulfi d'un 
homme qui eft étonné , furpris de la nouveauté de quel- 
que accident. On dit aullî en ce fens, qu'il tombe 
de fon hauti pourdire, qu'il ne le fauroit comprendre. 
On dit aulTi à ceux qui font des fuppofitions impertinen- 
tes : Si le ciel tomboit , il y auroit bien des allouettes 
prifes. On dit auffi qu'un homme eft tombé de 
Scylle en Charibde , de la poëie en la braife , de ficvie 
en chaud mal -, pour dire , qu''en penfant éviter un in- 
convénient , il eft tombé dans un plus grand. On die 
aufli qu'un homme eft tombé dans la nalîé-, fîour dire 
qu'il a été pris à quelque piège qu'on lui avoit drellé. 
On dit auflî , quand la poire eft mûre , elle tombe ; pour 
dire , que quand les affaires font venues à un certain 
point, il faut qu'elles éclatent. On dit aufli, ce dil- 
cours ne tombera point à terre , pour dire, quelqu'un 
le relèvera , en tirera avantage. 

TOMBÉ , ÉE. part. 

TOMBEREAU, f m. Charrette faite en forme de caillé , 
qui fert à tranfporter les choies qui tiennent du liquide, 
comme les boues , le lable , la chaux , les terres , gravois 
& chofes femb'.ables. Plauftrum. On mène les crimi- 
nels de lèze-Majefté, les parricides, &c. au fupplice 
àâmàe^tombereaux. Charger un tombereau. Ablanc. 

Thejphis fut le premier 

Qui d'Acteurs mal ornés chargeant un tombereau , 
Amujalespajfans d'unfpeclacle nouveau. Bon. 

Ménage le dérive de l'Anglois tomberell , fignifiant 
la même chofe. Du Cange dit qu'il vient de tumbre- 
lum, que Cowellus dit avoir été une elpcce de char- 
rette fur laquelle on promenoir par la ville les femmes 
coupables de fornication ou d'adultère, & qu'en quel- 
ques lieux on faifoit plonger plufieurs fois dans l'eau , 
ce qu'on appelloitla peine du tumberel. C'éroit autre- 
fois une marque de haute Juftice, d'avoir fourche pa- 
tibulaire , piloris & tumberel ou tombereau. 

Tombereau , fe dit auffi de la charge d'un tombereau , 
de ce qui eft contenu dans un tombereau. Plauftri 
anus, plauftrum plénum. Il a employé tant de tombe- 
reaux de chaux à faire les fondcmens; tant de tombe- 
reau» de lable dans les allées de ce jardin. 

TOMBIR. v. n. Vieux mot. Faire du bruit, réfonner. 
On a dit auffi Tombijf'ement , que Nicot explique par 
ce qu'on entend quand la terre tombit du bruit & pe- 
rdis des chevaux. 

■®:j»TOMB1SSEUR. f m. Terme de Vénerie. C'eft ainfi 
qu'on appelle le premier des oileaux qui attaque le 
Héron dans fon vol. 

TOMEUT, TOMBOTU. Noms d'une ville de la Nigri- 
tie en Afrique. Tombutum. Elle eft capitale du Royau- 
me de Tumbut , & iituée fur le Niger, aux con- 
fins du royaume de Généhoa, & des peuples Jaloties 
Tombât eft une grande viile, mais à la réfexve du pa 



TOM 



lais du Roi, les maifons n'y font bâties quede chaume 
avec de la boue. Maty. 

Royaume de Tombut. Tombutum Regnum. Ce 
Royaume eft dans la Nigtitie , en Afrique, litiié entre 
le Zaara & le Niger , ayant au levant le R.oyaume des 
Agades , & au couchant ceux de Génehoa & deGua- 
lata. Le Tombut eft fort étendu & allez fertile , à cau- 
fe de la proximité du Niger. Son Roi eft fort puillànt, 
& on allure qu'il a fubjugué ou rendu tributaire une 
grande partie des Nègres. Il a pour fa garde ordinaire 
trois mille chevaux ^ &un très -grand nombre de gens 
de pied , dont toutes les flèches font empoifonnées. 
Les habirans du pays font Mahomérans , grands 
ennemis ^es Juifs , fort ignorans , fort groffiers & pa- 
relîeux , & aifez humains & amis des étrangers. Les 
principales villes de ce Royaume lont Tombut, capitale, 
Salla , Bériflà , Guegnève, Caragoli&Calfali. Maty, 

TOME. f. m. Volume d'un ouvrage qui fait partie d'un 
plus grand ouvrage. Tomus. Tous les ouvrages d\ni 
tel Auteur ont été compilés, & réduits en un ou plu- 
fieurs Tomes. Calepin le relie en un , ou en deux 
Tomes. Il y a des Tomes in-folio , in-quarto , in-oclavo , 
in duodecimo. Les Conciles du Louvre lont imprimés 
en 3 7 Tomes. Salmeron a écrit la vie de J. C. en 1 2. 
Tomes. Les Commentaires de Corneille à Lapide , 
de Toft.it, &c. font en plulîeurs Tomes. 

A la rigueur, tome & volume ne font pas fynonymlès. 
Le volume peut contenir plulîeurs tomes ; & le toms 
peut faire plufieurs volumes; mais la reliure fépare les 
volumes : êc la divilîon de l'ouvrage diftinguc les tomes. 
Syn. Fr. 

Il ne faut pas toujours juger de la fcience de l'Au- 
teur par la grolîèur du volume. Il y a beaucoup d'ou- 
vrages en plulieurs tomes , qui ieroient meilleurs s'ils 
étoient réduits en un leul. 

Cependant dans l'uiage ordinaire on prend indiffé- 
remment ces deux mots l'un pour l'autre, & l'on dit 
qu'un auteur a fait imprimer les ouvrages en un feul 
tome, pour dire en un leul volume. 

TOMI , TOMISWAR. Noms d'une ville de la Turquie 
en Europe. TomiJ'waria. Elle eft fur la cote de la Bul- 
garie , entre la ville de Varne & celle de Chiuftenge. 
Quelques Géographes prennent Tomijwar pour l'an- 
cienne Tomi, Tomis, Tomœa, Tomos , que l'exil & 
la mort dOvide rendirent célèbre*, mais les autres met- 
tent cette ancienne Tomi à Bada , lîtuée fur la même 
côte, au nord de Tomifwar. Maty. 

^3^ TOMIN. Vo-^e^ Tomine. 

TOMINEIO. f.m. Petit oifeau du Bréfil, qui n'eft guère 
plus gros qu'une cigale. Sa tête & Ion cou font couverts 
de plumes d'une gtaiide beauté, de couleurs diverlî- 
fiées. Celles de fa poitrine font dorées, luifances, rel- 
plendiilantes', les autres font cendrées ou noires. Son 
htc eft long & pointu ; fa langue eft une fois plus lon- 
gue que fon bec. Ses jambes font très-menues , fes 
pieds lont garnis d'çngles. Il habite 1-es montagnes -, il 
mange des fleurs, du miel, delà rofée-, i! chante agréa- 
blement', fon vol eft rapide i il fait une dpccede bour- 
donnement en volant comme les mouches. Il eft bon 
pour répilepfie étant mangé ou pris en poudre. 

TOMINE, ou TOMIN. f. m. Nom d'un poids Efpagnoî. 
Le Tomine €^ la huitième partie du Caftillan, qui eft 
la centième partie de la livre d'Elpagne. Ainli le tomine 
eft la 800^ partie de cette livre Oclingentefima pars 
librœ Hijpamcœ. • 

TOMOLO, ou TOMALO. f. m. Mefure dont on fe fert 
à Naples & en quelques autres lieux de ce Royaume 
& d'Italie, Le tomolo eft le tiers du feptier de Paris. 

<«:y TOMOMINES , ou TOMOMINL Natiori farouche & 
cruelle de l'Amérique méridionale, au Bréhl, dans la 
Capitainerie de Spiritu-Sanélo. 

TOMOSKOI, ou TOMO. Ville de Sibérie-, entre les 

deux bras de la rivière de Tom. 
TOMOTOCIE. f. f. Terme de Chirurgie & d'Anatomie. 

Tomotocia. C'eft la même chofe qu'Hyftérotomie. 

Dilledion , ou Anatomie de la matrice. Blanchard , 

Harris, Vbyei Hystérotomie. 



TO 



TON 

TON , ou TONGA, f. m. Efpèce de gangrène endé- 
mique au Bréfil , qui attaque principalement les doigts 
des pieds , quelquefois ceux des mains & les autres 
patries molles du corps, & qui eft qaulée par de petits 
animaux répandus fur le fable , fur les cendres & dans 
les lieux mal-propres. Ils font appelles par les habitans 
du pays, îb/z, ou Tonga, d'où vient le nom de la ma- 
ladie. M. de Rochefort, dans fon Hiftoire des Antilles, 
les nomme Chiques , ainJî que le P. Labat dans fon 
Livre intitulé : Nouveau Voyage aux Isles de l'Amé- 
rique. Ces infedtes font trè^-petits^ quand on les regarde 
au microicope, leur dos paroît rond, avec du poil brun. 
La tache noire qui les fait remarquer, eft leur tête. Ils 
ont pkifieurs pieds fous le ventre , & du poil où leurs 
œufs ibnt attachés jufqu'à ce qu'ils éclofenr. Ils mar- 
chent & fautent comme les puces. Ils pallent facilement 
au travers des bas , & le logent le plus fouvent ious 
les ongles des pieds , dans les jointures , quelquefois 
ailleurs. Tonga vermiculus. 

Ton. f. m. C'eft proprement la modification du fon qui 
porte la voix, certain degré d^élévation Ou d'abailïe- 
ment de voix. Tonus, inflexio vocis. La langue , les dents 
& les lèvres contribuent beaucoup à l'articulation de la 
voix. L'expérience le fait voir dans ceux qui perdent 
leurs dents, ou qui ont des lèvres mal configurées. Les 
vibrations diverfifiées des lèvres de la glotte , plus ou 
moins éloignées , plus ou moins preflées , produifent la 

- diftérence dés tons. Cela fe fent dans le chant, le voit 
dans les inftrumens , & fe confitme par la Phyfique. On 
fait les tons divers fans appercevoir dechangemensque 
dans la glotte qui s'élargit ou fe rétrécit plus ou moins. 
T^on aigre , ton doux. Ton de maître. Ton moqueur. 
Ton railleur. Ton plaintif. Un ton languilfant inlpire la 
trifteflei un ton élevé donne du courage. Mille gens ne 
jugent de là vérité des chofes que par le ton de la voix. 
Celui qui parle librement & gravement a raifon : & 
celui qui a de la peine à s'expliquer a tort •, ils n'en fa- 
vent pas davantage. Log. 

Ton, dans les ouvrages d'efprit, en vers ou en profe. Ce 
font proprement les couleurs & les nuances du ftyle, le 

- langage qui convient à chaque genre d'ouvrage. Le 
ton de la Comédie n'eft pas celui de la Tragédie •, & fi 
quelquefois la Comédie élève la voix , elle ne prend 
jamais le ton abfolument tragique : & quand la Tragédie 
baillé de/on j elle nedefcend jamais jufqu'au comique. 

Chaque genre de poéfie à fon ton particulier. Il en eft 
de même de la proie. Les tons doivent varier à l'infini 
depuis l'héroïque jufqu'au familier. Le ton de zèle doit 
dominer dans le fermon •, le ton d'admiration dans le 
panagyrique •, le ton de douleur dans l'oraifon funèbre-, 
dans un plaidoyer d'Avocat, celui qui convient au récit 
des faits , & au raifonnement. Le ton d'un conte , le 
ton d'une lettre , le ton d'une hiftoire , &c. ibnt des tons 
abfolument diftérens. 

Non-feulement chaque genre d'ouvrage a fon ton 
particulier ; il y en a aullî un pour les perlonnes & pour 
chaque paiïion qu'on repréfente. On ne fait point parler 
un Roi qui commande en maître comme un particulier 
qui obéit, ni fgupirer un Alexandre. comme un Syba- 
rite. 

Ton , dans un fens figuré , fe dit pour manières , procé- 
dés , ftyle. On dit efn ce fens, changer de ton. Il trai- 

• toir tout le monde avec hauteur , mais il a bien changé 
de ton. Le prendre fur le ton de fierté , fur le ton de 
maître, fur le haut ton. Cet homme prend un ton dou- 
cereux avec les femmes. On admire fur-tout dans 
Démofthene ce ton de grandeur & de majefté qui re- 
lève fon difcours. Bon.. 

Mais la gloire , Madame , 
'Ne s'étoit point encorfait entendre â mon cœur , 
Du ton dont elle parle au cœur d'un Empereur. 

Racine, 

TJn efprit ni j ans fard , fans baffe complaifance , 

! €^uit ce ton radouci que prend la médij'ance. Bo il. 



TON 85 

Le bon ton. Expreffion fort à Is mode , mais en mê- 
me temps fort équivoque : c'eft le ton de la bonne com- 
pagnie. On pourroit dire que le bon ton eft pour les 
François ce qu'étoit l'urbanité pour les Romains. Il y a 
le ton de la cour, le ton de la ville, & le ton des gens 
de lettres. Qui fauroit exttaire ce qu'il y a de noble & 
de dégagé dans le premier , de fimple & de fage dans 
le fécond, de pur & d'exa6l dans le dernier, feroit un 
modèle à propofer. 

Il y a encore le ton des états & des coinîitionsj 
le ton des diftérens âges. Ce qui feroit le bon toit 
dans un jeune homme , feroit un fort mauvais ton 
dans un vieillard , ou même dans un homme d'un âge 
mûr. Perjonœ convenientis cuique. Il en eft du bon ton 
comme des modes. Le bon ton d'un temps n'eft pas 
celui d'un autre. 
T'ON , en mulîque a plufieurs fens. Il fignifie d'abord l'in- 
tervalle qui le trouve entre deux notes confécu rives de 
la gamme ordinaire. Il y a huit fons dans cette fuite" 
harmonique. On paflè de l'un à l'autre, foit en montant, 
foit en defcendant , par certains dégrés ou intervalles 
qui les lienr enfemble. Il y en a fept , & on les nomme 
vulgairement les fept tons de la mufique. Septem dif- 
crimina vacant. Il y a deux fortes de tons , le majeur 
& le mineur. Le ton majeur eft la diftérence ou plutôt 
le tapport géométrique de la quinte à la quarte, qui 
eft i. C'eft la diftance de mi à re dans la gamme. 

Le/o« mineur eft la diftérence de la quarte à la tierce 
mineure qui eft ^. C'eft la diftance de ut à re. 

Le demi ton majeur eft la diftérence de la quarte à la 
tierce majeure^ qui eft t|. C'eft la diftance de mi zfa, 
oude fi il ut. 

Le demi ton mineur, qu'on appelle aufil dièze, eft 
la diftéreiice de la tierce majeure à la mineure, qui 
eft ^. Il n'y en a point d'exemple dans la gamme ordi- 
naire , qui eft celle de la nature toute fimple -, mais on 
en fait un grand ufage dans la mufique figurée. 
Ton j fe dit encore du degré d'élévation que prennent 
les voix , ou fur lequel font montés les inftrumens. 
C'eft dans ce fens qu'on dit dans un concert que le ton 
eft trop haut ou trop bas. Cet inftrument eft monté fur 
le ton ou au ton de l'Opéra. Donner le ton , c'eft mar- 
quer en jouant ou en chantant le ton fur lequel un mor- 
ceau doit être joué ou chanté. Siftler pour donner le 
ton. Tonnarium. 

Enfin le mot de ton eft pris pour le mode dans lequel 
une pièce de mufique eft compofée -, c'eft-à-dire pour 
le fon de la note ou cotde principale qui lui fert de 
fondement, «& fur lequel on dirige l'harmonie , la mé- 
lodie & la modulation fur les tons des anciens. Voye^ 
Mode. On dit en ce fens , fortir du ton, jouer plufieurs 
pièces fur un même ton. 

Demi-ton, ou femi-/on. C'eft la moitié d'un ton. 
Semitonium. Baiflèr un inftrument d'un demi-ro/z j 
chanter un air d'un demi-/o« plus haut. Il y a un femi- 
ton du mi au fa. Se un autre du fi à l'ut. 
Ton, fe dit auffi d'un des modes fut lelquels on chante 
les pfeaumes dans l'Eglife. Cette manière déterminée 
• de moduler le plein-chant fur divers fons fondamen- 
taux , eft en ufage dans toutes les Églifes où l'on fuit le! 
chant Grégorien. On dit qu'un pfeaume fe chante fur 
le troifième, furie quatrième top. Tonus. Le ton dei 
l'Épître, de l'Évangile, de la Préface. On en compte 
huit , quatre authentiques & quatre plageaux. Voye^ 
ces mots. 

On dit ton authentique, Dorien, Hypodorien, Hy- 
polydien , Hypo-mixo-lydien , Hypophrygicn , incom- 
plet ou imparfait, impair, irrégulicr. Lydien , Mêlé, 
ou Mixte , Mixo-Lydien j Pair , Phrygien , Plagal , 
Régalis , Tranfpofé. Tons collatéraux , dépcndans > 
dominans , leigneurs ou maîtres-, ferfs ou lerviies , (ou- 
mis , fubjugaux, fubordoiinés , fupérieurs, &c. Vbye^ 
ces mots à leur place, & le Didionnaire de Mufique de 
Broilard ^ on dit encore , Claftès des tons , Dominantes 
des tons. Étendues des tons. Finales des tons. Intona- 
tions de tons. Médiation des tons, Terminaifon dei 
tons, Portion d'un /0«, Tranfpofition des tons. 
Ton, en peinture. Il y a dans la Peinture ^ comme dans 
la Mufique, diftérens modes qui ne font autre cholé 

Lij 



84 



TON 



TON 



que les difFérentes efpèces de couleurs confidcrées félon 
l'aminé ou Tantipathie qu'elles ont entre elles ^ ce que 
l'on appelle tons. Did. de Peint. & d'Archited. Ainfi 
quand on dit un beau ton de couleur , on entend l'har- 
monie des couleurs d'un tableau. Mauvais ton de cou- 
leur, quand les objets font mal caradlérifés par la cou- 
leur , de manière que de leur allemblage il rélulte un 
ertet défagrcable. 

On le dit auffi des parties d'un tableau. Ce payfage 

• eft d'un beau , d'un mauvais ou vilain tonde couleur. 

Ton, de couleur, fe dit encore du degré de force, ou de 

vigueur du coloris. Voilà une aflez bonne copie de 

Rubens -, mais quelle diftérence dans le ton de couleur, 

entre l'original & la copie. Acad. Fr. 

Enfin , ton de couleur, fe dit de l'efpèce de couleur 
qui domine dans un tableau. Le ton de couleur de ce 
tableau tire fur le rouge. Vbye:^ encore couleur & 

COLORIS. 

Ton , dans l'économie animale. C'eft la dilpofition natu- 
relle des parties du corps vivant, dans 1 état de fancé , 
le degré de tenfion convenable , qui rend les organes , 
les parties du corps vivant ^ capables d'exécuter, comme 
il faut, les fondions auxquelles elles font deftinées. Le 
ton de l'eftomac, des fibres, des mufcles. Pour rendre 
le ton aux parties affaiflëes, qui ont perdu leurreflort, 
on emploie les remèJes qu'on appelle toniques. 

Ton , ou bandage du battant. Terme de Rubanerie. Une 
grofiè noix percée de plulieurs trous dans fa rondeur, 
& traverfée de deux cordes qui tiennent de part & 
d'autre au métier , fert à bander ces deux cordes par 
une cheville ou bandoir qu'on enfonce dans un de ces 
trous, & qui mené la noix à dilcrétion. 

On dit proverbialement. Entendre le tour du bas- 
ton j lorfque l'on comprend le mot dit tour bas & à 
l'oreille de celui avec qui l'on traite pour conclure une 
affaire à certaines conditions fecrètes de gratification , 
que les Efpagnols nomment paraguantes. Quelques-uns 
difent, le tour du bâton , fuftis ; mais la première ori- 
gine eft haston. 

Ton , Terme de Marine, c'eft la partie du mât entre la 
hune &: le chouquet. Inter-carchejium. On l'appelle 
auiîî , Tenon du mât. Le ton ou tenon du mât eft la par- 
tie du mât qui fe trouve entre les barres de hune & le 
chouquet qui eft l'endroit où chaque arbre eft ailemblé 
avec l'autre, & où s'allemble par en haut le bout du te- 
non du mât inférieur avec le mât fupérieur, & cela par 
le moyen du chouquet -, & par en bas le pied du mât iu- 
périeur, avec le tenon du mât inférieur, parle moyen 
d'une cheville de fer carrée , appelée clef. Le ton du 
grand mât d'un vaifieau de 1 54 pieds de long , doit avoir 
lèpt pieds de longueur-, le ton du mât de milaine , fix 
pieds i le ton du mât d'artimon , quatre pieds & un 
quart, de même que celui du grand perroquet , & du 
perroquet d'artimon. Le ton du perroquet de beaupré 
doit avoir à peine deux pieds -, & le ton du perroquet de 
mifainej un pied& un quart. Aubin. 

Ton. adj. polièffif malculin , qui répond au pronom 
perfonnel tu, toi, te. Au féminin ta, excepté quand ie 
mot fuivant commence par une voyelle. Au pluriel tei. 
Tuus , tua , tuum. Ton logis , ta mailon. Ton amour , 
ton entreprile. Tes livres. 

Lorfque ce pronom, ainfi que les deux autres, mon 
Scjon, ie trouvent devant des mots féminins qui com- 
mencent par une voyelle , on ie lert du malculin ^ afin 
d'éviter la cacophonie que feroienr les deux voyelles 
en fe rencontrant. Ainfi 1 on ne dit point/à on ma âme, 
ma envie, ma inclination •, mais Jon aine , mon ame , 
mon envie , mon inclination , & ainli des autres. 

Devant les noms féminins qui commencent par un h 
quis'afpire , comme elle tient iieu d une véritable con- 
lonne,ondic/«rt, & non pas mon: ma haquence,yà ha- 
rangue, tout de même que l'on dit ma femme, & non 
pas /72072 te m nie, comme parlent les étrangers qui appren- 
nent la langue. Si l/zelt muette, alors on dit 7720/7, com- 
me devant les voyci.es. Mon heure ^yo/ihiftoire, de. 

TONAIGE. 1. m. Impôt nommé aurrement Tclaige & 
Grojjelaige , qui le levoit par quelques particuliers , 
mais lans droit & fans titre , lur ceux qui par ordre du 
Roi recueilioient &; ainalloien: les paillettes d'or dans 



quelques rivières & montagnes de Languedoc. Le Man- 
dement adrelTé aux Maîtres des Monnoies pour empê- 
cher ces vexations , eft rapporré par Conftans aux 
preuves de fon Traité de la Cour des Monnoies , p. 64. 
& il y eft dit que dans ces montagnes & ces rivières on 
trouvoit par an cinq ou fix cens marcs d'or. De Laur. 

TONALCHILE. f. m. C'eft une des quatre efpéces de 
poivre que les Européens rirent de Guinée. 

TONBUT. FoyqToMBUT. 

TONCAT. Ville de l'Afie, dans la partie occidentale du 
Tiirqueftan , fur le bord du fleuve Jaxarte, 

TONDAILLE, f f. L'adion de tondre les moutons, Ton- 
Jura, tonfio. Les liraclitcs avoicnt des temps de réjouif- 
fance, comme la tondaille de leurs moutons. Fleury. 

TONDE, TONDOXIMA. Nom d'une petite île du Ja- 
pon. Tonda. Elle eft près de la côte feptentrionale de 
l'Ochio , contrée de I île de Niphon. Maty. 

TONDEREN, ou TONDERN. Nom d'une ville avec 
ciradelle. Tondera. Elle eft dans le Duché de Slelwick , 
en Jurland, à Icpt lieues de la ville de Ripen, vers le 
midi. Elle appartient au Duc de Holftein - Gottorp. 
Maty. 

TONDEUR, f. m. Ouvrier qui fait le mérier de tondre. 
Un Tondeur àt draps. Tonjbr , detonjbr, pannorum. 
tonfor. Les Tondeurs de draps fe doivent fervir de char- 
dons de Bonnetiers , pour coucher leurs draps & leurs 
ferges , & il leur eft défendu de le (ervir de cardes , & 
d'en avoir en leurs maifons. Un Jardinier tondeur de 
buis & de palillades. Un Tondeur de bêtes à laine. 
Voye\ Tondre. 

On appelle proverbialement les piqueurs d'elca- 
belle , les parafites , tondeurs de nappe. 

TONDIN. f m. Terme d'Architedure. Petite baguette; 
c'eft la même choie que l'aftràga'e qui fe met au bas 
des colonnes. Radius, ajhagalus. 

TONDINS. f.m. pi. Gros cylindres ou rouleaux de bois 
fur lefquels les Plombiers &c les Fadeurs d'Orgues 
forment & arrondiflent les tuyaux de plomb que les 
uns font pour la conduite ou décharge des eaux, &:les 
tuyaux d étain que les autres fabriquent pour monter 
leurs orgues. 

TONDOISON. f. f. Vieux mot. Adion de tondre. 

TONDRE. V. a. Je tons , je tondois , je tondis , j'ai ton- 
du. Couper, retrancher le poil luperflu. Tondere ,de- 
tondere; attondere , dejecare. A Tégard des hommes, 
il lignifie feulement , Couper les cheveux , faire le poil , 
rafer -, mais il ne fe dit guère que dans la converfation, 
& en raillant. Qui vous a fi bien tondu ? On tond les 
Moines , les enfans de Chœur. La peine d'une femme 
adultère, eft d'être tondue èi. zâ{h.e , Se mile dans un 
couvent. En mon jeune âge , dit Pafquier, n'y avoir 
plus grande ignominie que d'être tondu : nul n'étoit 
tondu fors les Moines ; mais advint que François L 
ayant été bleflé à la tête , les Médecins furent d'avis 
de le tondre. A fon exemple on dégénéra de cette vé- 
nérable ancienneté. Au commencement du règne de 
ce Roi , chacun portoir longue chevelure , & barbe 
raie , ik maintenant chacun t ft tondu , Se porte longue 
barbe. Pasq. Autrefois on diioit tondre quelqu'un , 
pour dire , le renfermer dans un couvent , le faire 
Moine. 

Tondre, fe dit auffi des brtbis, des barbets, & autres 
animaux dont on peut tirer de la laine , de la bourre, 
ou du poil propre à faire des chapeaux, des camelots, 
ou autres étohes. Tondere, dejecare. Les Hébreux lai- 
foient des Fêtes pour tondre leurs brebis. 

Tondre, fe dit auffi des plantes , des arbnlTcaux & des 
arbuftes. C'eft retrancher les branches &; les lommités 
qui nuifent à la lymétrie que 1 on veut obferver dans 
le port de certaines plantes. Ou tond les palillades avec 
le croiflant , les bordures de buis , & les aibnlieaux, 
avec des cileaux, tvc. Collucare, tondere. 

Tondre, fe dit auffi des draps, & de quelques étoffes 
de laine. C'eft en couper le poil lufTerflu & rrop long 
pour les rendre plus unies. Tondere , detondere. On 
tond les draps avec de grandes forces, des tapis, des 
couvertures. 

Tondre la laine en fuint , fe dir quand on la tond fur la, 



TON 

bête avant qu'elle foit lavée. On lave la laine fur la bre- 
bis avant que de la tondre. 

On tond les chapeaux qui font de laine pure , en les 
faifant paiïèr par la flamme d'un feu clair , pour en 
ôrer les plus longs poils : c'eft ce qu'on appelle yZa/;2- 
ber le chapeau. On tond ceux qui ne font pas de laine 
pure, Caftors , Vigognes , &c. en les frottant avec une 
pierre ponce , pour uler le poil trop long : c'eft ce qu'on 
appelle poncer le chapeau. 

Tondre , fe dit figurément & familièrement, en parlant 
de ceux contre l'avis defquels on a prononcé. Rejpue- 
re, rejicere, refutare , non fèqui. Ce Rapporteur avoir 
ouvert un bon avis, & cependant il a été tondu. L'A- 
vocat Général a bien plaidé, mais il a été tondu, un 
autre l'a emporté fur lui. Pafquier dit que cette figure 
eft rirée des Moines, qu'on appelle tondus j quand ils 
ont renoncé à toutes les brigues & elpérances des biens 
de ce monde. 

Tondre, fe dir proverbialement en ces phrafes. A brebis 
tondue , Dieu lui mefure le vent v pour dire , qu'il ne 
nous envoie pas plus d'afilidtion que nous n'en pou- 
vons porter. On dit d^m homme fort avare, qu'il /on- 
droit fur un œuf On dit auffi , qu'il faut tondre fes 
brebis, & non pas les écorcher •, pour dire, qu'il ne faut 
pas exiger d'une perfonne plus qu'elle ne peut. On dit 
auffi : A la Saint Aubin on tond les veaux. On dit auffi 
d'un homme pelé, qu'il eft ras & tondu comme un 
Moine , comme un enfant de Chœur. On dit auffi par 
forme de ferment , Je veux qu'on me tonde , ou je 
veux être tondu , fi )c fais cela : parce que c'étoit au- 
trefois une ignominie en France que de tondre les 
cheveux •, & cette peine étoit mile au même rang que 
la fuftigation , par les loix de Charlemagne. On dit 
auffi, qu'un homme fe laiflè tondre la laine fur le dos; 
pour dire , qu'il eft trop patient. On dit auffi d'un in- 
ditiérent , qu'il ne fe loucie ni des rais ni des tondus ; 
& d'une compagnie qu'on méprife , Il n'y a que deux 
tondus & un pelé. 

Tondu , ue. part. Ton/us j attonfus , retonj'us. 

TONE. Voyei Toue. 

TONÉES , ou TONNÉES, f f pi. Fêtes qui fe célé- 
broienr à Argos , félon Athénée. Elles conlîftoient en 
ce qu'on rapportoit en grande pompe , la ftarue de 
Junon qui avoir été volée par les Tyrréniens , puis 
abandonnée fur le rivage. La ftatue étoit environnée 
de liens bien tendus , d'où la fête prit fon nom. De 
Tovoç , tenfion , du verbe Tuva , tendre. 

TONEINS. Voyei Tonuains. 

TONGA. Voyei Ton. 

TONGOUS, ou TouNGUSES. f m. pi. Peuples Tartares , 
fournis à l'empire Ruffien. Ils occupent une grande 
partie de la Sibérie orientale. 

TONGOY. Nom d'une baie de Chily , proche de Co- 
quimbo. Frézier , p. ii6. 

TONGRES. Les Allemands difent Tongeren. Nom pro- 
pre d'une ville du cercle de Weftphalie , en Allemagne. 
Tungri , Atuaca , Atuatucurn , Aduatuca^ Tungrorum, 
Atuatucum. Elle eft dans l'Evêché de Liège fur le Jec 
ker , à quatre lieues de Maftricht , vers le couchant. 
Tongies eft une ville fort ancienne. Elle a été aftèz 
grande, & le fiége d'un Évêché qui a été transféré à 
Liège. Elle eft aujourd hui petite & très-peu confidé- 
rabie. Maty. Vbye[ encore Valois , Not. Gall. p. 
565. 566. long. 23. d. 4' lar. 50. d. 54'. 

TONIE. f m. Terme de Marine. Sorte de canot des 
Indes. Cymba Indien. On attache fouvent deux to- 
ntes enfemble avec des rofeaux , ou des écorces d'ar- 
bre, afin qu'ils s'entrefoutiennent , & l'on y met une 
petite voile. Quand ils font ainfi accouples , on les 
appelle Catapanel. Aubin. 

TONINS. Voyei TONNEINS. 

TONiQUE. adj. Terme de Médecine, qui fe dit d'un 
certain mouvement des rnufcles, lorfque leurs fibres s'é- 
tendent , & demeurent tendues en telle Ibrte que la 
pattiefemble être immobile-, quoiqu'elle fe meuve ef 
feftivemcnt, comme il arrive aux hommes qui font 
debout , ou aux oifeaux qui planent. Tonicus. Ainfi 
Galien dit que les mufcles agiftentmême en repos-, car 
lorfqu'ils ont fait quelque c©ntraâù©n pour le tenir 



TO 



s? 



en un certain état , la confervation de cette contrac- 
tion eft ce que l'on appelle le mouvement toniques 
On le dit proprement du mouvement des nuifcles. 
qui ibnt dans une tenfion permanence. Le mouvement 
tonique des fibres , des mufcles. 

La même épithète s'applique auffi aux remèdes 
qu on emploie intérieurement ou extévienremenc , pour 
maintenir ce mouvement , cette tenfion naturelle dans 
les ditîcrentes parties du corps, ou pour la rétablir dans 
celles qui Ibnt relâchées. Certains remèdes , tels que 
lesafthngens,rellerrcnt & fortifient le tiliu des parties, 
& doivent conféquemment les mettre dans un état de 
tenfion permanente. D'autres , tels que les cordiaux , 
les échauftans , les nervins , &ic. ftimulent & excitent 
les parties , & doivent conféquemment augmenter 
leur mouvement, leuradivitc, les forces vTtales. 

Tonique eft auffi un terme de mufique j qui le dit de la 
note fondamentale, de la corde principale d'un ton ou 
d'un mode. Ut eft la note tonique dans le mode à' ut ; 
ou fubftantivement , eft la tonique. Un air finit ordi- 
nairememenr par la tonique. Il n'eft d'ufage que dans 
cette acception. 

Ce mot vient du Grec tj/cs/i'j étendre. 

TONKIN. Foje^ TuNQuiN. 

TONLIEU. f m. C'eft un droit Seigneurial d'ufage en 
plufieurs Coutumes, qui le paye par les marchands , 
pour le lieu & place qu'ils occupent dans les Foires ou 
Marchés, pour expofer leurs marchandifes en vente. 
Jus exponendi merces. On l'appelle en quelques lieux 
tonnelieu, tonlieu , ou thonneu , & en d'autres endroits 
placage. On ledit auffi d'un droit qui fe paye pour les 
chevaux , bœufs ou vaches , ou bêtes blanches : droit 
d'en'trée & de fortie. 

Ce mot vient du latin /e/o/z/uOT, impôt , ou Bureau 
de recette. 

«:> TONNA ou TUNA. f m. Nom de l'arbre qui pro 
duir le fruit où fe trouve la Cochenille. 

TONNAGE, f m. Nom d'un impôt ou d'un droir qui, en 
Angleterre, fe paye au Roi pour les marchandifes quife 
voiturenrpar terre ou par eau , &qui le lève fur chaque 
tonneau. Harris. Péage. Veâigalportoriurn.LesKois 
d'Angleterre levoient le tonnage fur les marchandifes 
par tonneau. Le droit de tonnage & de Pondage. Voy. 

PONDAGE. 

TONNAI. Nom de deux bourgqui font dans la Sainronge, 
Province de France. Talniacum,Tauniacum. Ilsfediftin- 
guent par le nom des rivières où ils font fitués. Tonnai- 
Boutonne, en latin Toniacum ad VuLtonam ^ eft à trois 
lieues de S. Jean d'Angeli, vers le couchant -,& Tonnai- 
Charente J Tauniacum ad Carentonum , à trois lieues 
de Tonnai-Boutonne J encore vers le couchant. Maty. 
Valois, Not. Gall. p. 54^. 

TONNANT, ANTE. part. & adj. Qui tonne, qui fait 
tonner. Tonans. C'eft un terme de mythologie. 

Tonnant. Terme de Mythologie. Epitèthe que les poè- 
tes donnent aftez fouvent à Jupiter , comme au Dieu 
qui étoit maître du tonnere. Jupiter tonnant avoir un 
temple à Rome. 

Tonnante, adj. f. Qui ne fe dit qu'au figuré, d'une voix 
forre & éclatante , d'une éloquence véhémente, qui 
entraîne , qui étonne l'auditeur. 

TONNE, f f. Grand vaillèau de bois propre à garder du 
vin de plufieurs feuilles. Dolium majus, arnplum. On 
voit des tonnes en Allemagne qu'on ne vide jamais , 
qui tiennent cent ou deux cens muids de vin. On les 
appelle dans le pays , foudres. Çyn dit que la tonne ou 
cuve de Clairvaux tient autant de muids qu'il y a de 
jours dans l'an. 

Quelques-uns dérivent ce mot d! automne , parce que 
c'eft la failbn où l'on a befoin de tonnes ; d autres de 
l'Allemand tonne , qui fignifie la même chofe ; Du 
Cange de tunna ou tonna, mots de la bafie Latinité, 
où l'on a dit auffi tunnare, pour dire, entonner. 

Tonne, fe dit auffi des autres vaiileaux ronds de la taille 
des muids ou des pipes , plus ou moins. Dolium. Les 
Marchands Merciers, Epiciers, <S:c. envoient leurs mar- 
chandifes dans des tonnes. Les morues viennent dans 
des tonnes. 

Ce mst fe dit auffi de toutes fortes de vaiileaux eu 



86 



TON 



TON 



forme de tonne, grands ou petits. Vaja doliaria. 
Gn appelle tonne d'or , fuivant la manière de comp- 
ter en Hollande & de quelques autres pays , une 
fomme de cent mille florins , qui valent en France 
1 zoooo livres. Ccntum viginti millia librarum turoni- 
carum. Mais on ne le fert de cette phrale qu'en parlant 
des gens de ces pays-là. Il a donné ulie tonne d'or en 
mariage à fa fille. Talentum magnum. 

Tonne , en termes de Marine, eft un gros tonneau vide, 
& bien clos , qui eft mis en mer , ik qui furnage au- 
dellus d'un rocher , ou d'un banc de Table , qui fert 
de -lignai aux Pilotes pour les éviter. Signum doUare. 
En Hollande on a grand foin de mettre dans les lieux 
dangereux des tonnes & des balifes. 

Tonne , le dit encore d'un berceau de Jardin. 

i^uand il nous en fit la leclure 
Sous une tonne de verdure. Plem> 
Voye^ Tonnelle , qui eft plus en ulage. 

Tonne. Coquillage univalve de forme fphérique, ap- 
pelé en latin Globofa , ou Sphœrica concha , dolium. 
M. Dargeiiville distingue cinq dalles de tonnes: 
les tonnes rondes & ombiliquées -, les tonnes oblongues 
& rayées -, les tonnes oblongues & garnies de côtes & 
de boutons-, les tonnes à queue alongée faite encroif- 
fant •, & les tonnes en Gondole. 

TONNEAU, f. m. Dolium. Grand vaiflèau , de forme 
à peu près cylindrique , renflé par Ton milieu , à deux 
bafes planes , rondes & égales , conftruit de douves 
arboutées , relié de cercles , fervant à mettre des mar- 
chandées , particulièrement des liquides. Un tonneau 
de vin , d'huile , de miel, de cidre. Il faut aUer percer 
le tonneau. On vide , on défonce les tonneaux dans 
les réjouiflànces publiques. L'ambition fuivit E)iogène 
jufques dans Ton tonneau : ce fut là qu'il eut l'audace 
de commander à Alexandre. S. Evr. 

Tonneau , fe dit auffi d'une certaine mefure des li- 
queurs. Le tonneau de Berri & d'Orléans contient près 
de deux muids de Paris. Dolium Bituricenje , Aure- 
lianenfe. Le tonneau de Bordeaux , Burdigalenje , con- 
tient quatre barriques, qui font trois muids de Paris. 
Jl y a des Jaugeurs établis pour réduire routes les me- 
fures différentes des tonneaux à une mefure commune. 

Tonneau fe dit auffi d'une certaine mefure de grains , 
qui contient plus ou moins, félon les lieux où il eft en 
ufage. 

On appelle auffi un tonneau de pierre de S. Leu , ou 
d'autre pierre tendre , la quantité de 14 pieds cubes. 
Ouatuordecim pedes cubici lapidum. L'autre pierre fe 
vend à la voie. Le tonneau de pierre de S. Leu peut 

f)tfer environ un millier ou dix quintaux -, ce qui fait 
a moitié d'un tonneau de la cargaifon d'un vaiflèau. 
Lorique la rivière a 7 ou 8 pieds d'eau , la navée d'un 
grand bateau peut porter 400 Ïj^.^o tonneaux de pierre 
Daviler. 

Droit de tonneau. C'eft un droit de douane , qui fe 
levé fur chaque tonneau. Aubin. 

Le Tomieau de mer tient trois muids de France 
ou 28 pieds cubiques de Paris , & pefe 2000 livres: 
de forte que quand on dit qu'un vaiflèau eft du port 
de 500 tonneaux , cela veut dire qu'il porte 300 fois 
la valeur de 2000 pelant, c'eft-à-dire , 600000 livres -, 
& pour cela il faut que l'eau de la mer qu'occupe le 
vaiflèau en s'enfonçant , pefe une pareille quantité 
Duo millia librarum j vel centipondia vigenti. 

Quoique le tonneau de mer foir eftimé pefer 2000 
livres , cependant l'évaluation s'en fait pour le prix du 
fret , ou relativement au poids des marchandifes , ou 
relativement à l'encombrement qu'elles peuvent eau 
fer dans le fond de cale , c'eft-à-dire relativement à la 
place qu'elles peuvent y occuper à caufe de leur vo- 
lume. 

On dit proverbialement d'un homme qui diffipe au- 
tant de bien qu'on lui en peut donner, & qu'on ne 
peut enrichir, que c'eft un tonneau percé, par allufion 
au tonneau des Danaides , qui ne pouvoir jamais être 
rempli. Dolium perforatum , pertujum. La plupart des 
gQxi% ont tant d'euvie de parler > qu'ils rdîuiiblent à 



ce valet de Tcrence, qui ne pouvoir rien retenir, non 
plus qu'un tonneau percé. Bouh. 

«:3" TONNEINS. Tonenjium. Ville de France , dans l'A- 
génois, Diocèfe & Eledion d'Agen, au-deflous d'A- 
gen. 

TONNELAGE. f. m. On appelle ainfi à Amfterdam tout 
ce qui concerne le mérier de Tonnelier. Les mar- 
chandifes de tonnelage-, fonr les marchandifes liquides, 
qui s'entonnent dans des pipes , barriques & autres 
telles futailles , comme vin , eau de vie , &c. ou qu'ofl 
y encaiflë , comme lucre , drogues, &c. 

En 1718 , Arrêr du Confeil d'Etat, qui a fupprimé 
le droit de tonnelage , que la Chambre du Commerce 
de Marfeille percevoir dans les Echelles du Levant; & 
la décharge du payement des appointemens des Con- 
fuls. Fait au Confeil, tenu à Paris le 18 Janvier 1718. 

TONNELER. v. a. Prendre du gibier avec la tonnelle. 
Reti concamerato aves capere j fornicato reti venari, 
Tonneler des perdrix, 

Tonneler , fe dit figurément pour raflTembler. Cogère, 
congregare. J'avois bcfoin de trois ou quatre Confeil- 
1ers , & de deux Avocars pour terminer cette affaire ; 
j'ai été aflèz heureux pour les tonneler en moins d'une 
heure. Dans cette acception il eft hors d'ufage. 

Tonneler, fe dit plus ordinairemenr , mais dans le ftyle 
familier, pour faire tomber dans quelque piège. Les 
parens de la fille ont fi bien tonnelé le jeune homme , 
qu'ils la lui ont fait époufer. Ce mot n'eft pas du bel 
ufage. 

TONNELET, f. m. Partie d'un habit antique, q-tii fe di- 
foit des manches & des lambrequins, & dont on fe 
fert encore aujourd'hui dans les balets, les Opéra , & 
certaines Tragédies & Comédies. Torus. On le dit 
auffi dans les carroufels d'un bas de foie, ou pourpoint 
pliflé , enflé & tourné en rond, avec un bas d'attache 
qui alloit jufques fous le tonnelet. 

TONNELEUR. f. m. Chaflèur qui prend du gibier avec 
la tonnelle. Fornicato reti auceps. 

TONNELIER, f. m. Artifan qui fait , qui relie des ton- 
neaux , & toutes fortes de futailles , de cuves & de 
barils , &c. Doliarius , vietor. 

TONNELLE, f. f. Berceau de treillage , couverr de ver- 
dure , cabinet qu'on fait dans les jardins , qu'on en- 
toure de plantes farmenteufes de phyleria , de chèvre^ 
feuille, de coulevrée, & autre verdure foutenue de 
perche , de charpente ou de fer. Compluviata tejiudo. 
Ces fortes de décorations ne conviennent que dans 
les petits jardins. Voye^ Berceau. Tonnelle eft un 
terme populaire. 

Tonnelle, f. f. Inftrument ou filet , dont on fe ferÉ 
pour la chaflfe aux perdrix & cailles. Glojf.fur Marot. 
Cette chafl'e fe fait avec un bœuf ou un cheval de bois 
peint, que le Chaflèur pouflè devant lui vers les per- 
drix pour les faire entrer dans la tonnelle, c'eft-à-dire, 
dans un filet qui a quinze pieds de queue. On l'appelle 
auffi tomberel. Cameratum rete. 

Tonnelle , eft auffi une efpèce d'habit à la Romaine. 
Veftis teftudinata. 

TONNELLERIE, f. f. Lieu où l'on travaille du métier 
à faire des tonneaux. Doliaria qfficina, taberim. Il y a 
une place à la Halle de Paris , qu'on appelle la Ton- 
nellerie. On le dit auffi de la profeffion de Tonnelier. 

Tonnellerie , eft auffi chez les Chartreux & quelques 
autres Religieux, le lieu du Couvent où font les cuves 
& les futailles , où l'on cuve le vin , où l'on remplit les 
muids, &c. Doliaria cella, doliarium. 

TONNER. V. n. Faire un grand bruit, éclatant. Il fe dit 
au propre du bruit qui accompagne la foudre , & qui 
provient des exhalaifons enflammées qui fortent avec 
violence de la nuée. Tonare. Pour moi je crois que 
c'eft Dieu qui tonne. Boileau. J^J<;^ Tonnerre. 

Le ciel armé d' éclairs tonne contre la terre. Bréb. 

On le dit plus communément à l'imperfonnel. Il 
tonne plus fouvent dans les pays montueux, que dans 
les plaines. Il tonne rarement en hiver. 

Ce mot vient du Latin tonare. 
Tonner , fe dit par fmiilitude , du canon , &: de l'attil-i 



TON 



leiie qui font en batterie , ou lorfciu'oh en tire plu- 
fieurs pièces enfemble. Tonare , belLica tormenta ex- 
pludere. Je ne cours point aux lieux oi\ le canon ro/zn?. 
Mait. On entendoirde fix lieux tunner les batteries 
de ce fiège. 

Tonner, le dit figurément en Morale, d'un Orateur 
véhément qui parle avec force contre les vices. Ore 
tonare. Cet Avocat tunne dans le Barreau. Ce Miffion- 
naire tonne dans les chaires. Pindare & Sophocle dans 
leur plus grande violence , durant qu'ils tonnent Se fou- 
droient, pour ainfi dire, leur ardeur vient mal-à-pro- 
pos à s'éteindre. Boil. 

Tonner , fe dit auffi de Dieu & des chatimens de fa juf- 
tice , ou en cette vie ou en l'autre. 

Tonnez fir une ame ingrate j 

Que votre juftice éclate 

Dam ce terrefire féjour: 

Mais qu'au jour de vos vengeances , 

Objet de vos complaijances , 

Nous méritions votre amour. N. Ch. de vers. 

On le dit de même des menaces de l'excommunica- 
tion. L'excommunication elle-même s'appelle /ùu^re. 
Le Pape tonna contre le père & le fils. Mém. deTrév. 

Tonne , frappe , il efi temps , rends-moi guerre 
pour guerre. 

Tonner, fe dit aufîî pour criailler , quereller, faire du 
bruit. Clamitare j jurgare j jurgari. Xantippe voyant 
que Socrate ne i'e foucioit point de fes criailleries, lui 
jeta un pot de chambre fur la tête : Je me doutois bien, 
dit Socrate, qu'il pieu vroit après avoiv tonné. Ablanc. 
On dit proverbialement, quand on eft dans un lieu 
où l'on fait grand bruit , qu'on n'y entend pas Dieu 
tonner. 

TONNERRE, f. m. Bruit éclatant caufé par une exha- 
laifon enflammée qui fait effort pour fortir de la nue. 
AcAD.F. Tonitru , tonitruum , tonitrus ^ûs. Il fe forme 
quelquefois plufieurs nues les unes au-defTus des au- 
tres , qui font alternativement compofées de vapeurs 
& d'exhalaifons que la chaleur a enlevées des entrailles 
de la terre. L'air qui s'elf échauffé dans le voifinage 
de la terre , s'élevant vers les plus hautes nues , s'y 
applique , & en condcnfe les parties : ce qui fait que 
cette nue defcend toute entière avec vîtelle fur la plus 
balle : cela étant , l'air qui eft prelTé enrre la nue de 
dellus & celle de deflous , fort par les exrrémités, & 
par un pallage li étroit , qu'il produit un grand bruit 
en s'échappant : c'eft ce qu'on appelle le bruit du ton- 
nerre. RoH. Voilà ce que difoient les anciens Phylîciens. 
L'explication fuivanre paroît plus fatisfaifante. 

Le Tonnerre eH un mélange d'exhalaifons fuifu- 
reufes, bitumineufes , vitrioliques , falines, &c. en- 
flammées dans quelque nuage. Ces exhalaifons éle- 
vées du fein de la terre, difperfées dans la moyenne 
région ( Pôje:[ Vapeurs et Exhalaisons) fe réu- 
nifient par l'adlion des vents oppofés, parla rencontre 
des montagnes, par la chute des nuages. Réunies, 
condenlées dans un nuage, elles fermentent , parce 
qu'elles font de différente nature. Voilà la matière du 
tonnerre ou de la foudre , qui produit les éclairs, & ce 
bruit effroyable qui les fuit , que l'on voit s'élancer , 
voltiger au gré des vents , tomber enfin , & opérer 
dans la nature des effets furprenans. 

Cela eft fi vrai , que dans les pays chauds où le 
foufre, le bitume, &c^font en plus grande quantité, 
comme dans le voifinage du mont Erhna, les tonnerres 
font bien plus Iréciuens: & d'ailleurs dans les endroits 
où le tonnerre eft ton^bé, l'on fent toujours une odeur 
de foufre & de bitume. 

Pendant l'été les grandes chaleurs élèvent une plus 
grande quantité de vapeurs & d'exhalaifons : auflî 
nous entendons plus fouvent gronder It tonnerre. 

Cet amas d'exhalaifons renfermé entre deuv iiua<^es, 



TON 87 

comme dans une efpcce de voûte , eft allumé par l'ac- 
tion des vents, par le choc des nuages, par la chaleur 
du foleil, par le mélange feul des efprits hctérogèties. 
Rien ne prend feu i\ aiiément que le foufre & le bi- 
tume, qui brûle jufque dans l'eau. Ces exhalaifons al- 
lumées dilatent avec violence l'air emprifonné dans 
1 exhalaifon & dans le nuage. Cet air dilaté bande l'air 
voifin -, l'air bandé fe débande -, & , par de promptes 
& vives iecouffcs, communique de ion mouvement 
alternatif- à l'air répandu jufqu'à nous. De-là ces vibra- 
tions véhémentes qui nous fonr entendre ce bruit «f- 
froyable qu'on appelle tonnerre. Voyei Son. 

Dans l'inftant de l'inflammation , le nuage ne pou- 
vant plus foutenir l'effort de l'ait emprifonné , puifque 
fon relTort acquiert des forces prcfque immenfes, 
s'ouvre avec violence. L'air qui y étoit retenu, fort 
par l'ouverrure avec d'autant plus de rapidité , qu'il 
étoit plus raréfié , & entraîne avec lui une partie des 
exhalaifons enflammées qu'il rencontre fur fon paf- 
fage. Voilà des éclairs qui brillent de toutes parts à nos 
yeux. 

S'il vient à fortir une plus grande quantité de ma- 
tière enflammée par l'ouverture , c'eft un tourbilleii 
de feu qui defcend jufqu'à nous. C'eft la foudre. 

La foudre tombe ordinairement fur les endroits 
élevés , fur les arbres , les tours , la cime des mon- 
tagnes. Elle fuit en cela les loix de la Phyfique. Les 
corps les plus élevés peuvent fendre la bafe de la nuée, 
ou forcer le vent , en rctréciflant fon canal , d'empor- 
ter la bafe de la nué^ où fe trouvent les exhalaifons 
enflammées, & par là même faciliter leur chute fur 
eux. D ailleurs ils fe trouvent les premiers fur le paf- 
fage de l'exhalaifon. Enfin telle exhalaifon peut les 
atteindre, qui fe diffiperoit , faute de nourriture, avant 
que d'arriver jufqu'à nous. 

On conçoit que le fon des cloches , agitant l'air » 
doit écarter le nuage qui porte le tonnerre , ou du 
moins Tempêchcr d'approcher , lorfqu'il eft encore 
éloigné de l'endroit ou l'on fonne. Mais fi ce nuage 
fe trouve fur le clocher, ou près du clocher, on con- 
çoit auffi que le mouvement imprimé à l'air par les 
cloches, peut difpofer le nuage à s'ouvrir, & la fou- 
dre tombera fur le fonneur peu phyficien. En 171 8 le 
tonnerre tomba en Balle-Bretagne iur 24 Églifes peu 
éloignées les unes des auttes , où l'on ionnoit pour 
l'écarter. Celles où l'on ne fonnoit.point , furent épar- 
gnées. 

Quand on voit l'éclair , & qu'on entend le bruit , le 
péril eft palïé. La chute de la foudre eft auiïï prompte 
que l'éclair. Si le bruit fuit immédiatement l'éclair, le 
nuage qui porte le tonnerre eft proche. S'il y a une 
féconde ou un battement de pouls entre l'éclair & le 
bruit, le tonnerre eft à 173 toiles. S'il y en a deux, 
il eft à 546 toiles, &c. La lumière lé répand avec 
beaucoup plus de viteffë que le fon. Elle parcourt dans 
une minute environ 4 millions de heues, au lieu que 
le fon ne parcourt dans le même temps que 10580 
toifes. 

Dans la nouvelle Phyfique , la matière éledlrrique eft 
la iTiatière propre du tonnerre. Voye^ Electricitiî. 
Ce feu éleftrique, répandu dans toute l'atmofphcte, 
ne fe rend jamais plus fenfible , que lorfqu'il (c joint 
à des parties enflammées qu'il trouve rallemblées & 
bien préparées. Les exhalaifons fulfureufcs, bitumi- 
neufes, falines, &c. qui s'élèvent du lein de la terre 
dans la région où fe forme le tonnerre , font regardées 
comme les aiimens du feu électrique , & non pas 
comme les caufes du tonnerre. 

Il feroit peut-être à-propos d'appeler foudre la ma- 
tière enflammée , & de conlerver le nom de tonnerre 
pour exprimer le bruit qu'elle caufe -, mais on n'y re- 
garde pas de fi près dans l'ufage ordinaire, &: l'on ap- 
plique indiftindement le nom de tonnerre à la matière 
enflammée , à la foudre , & au bruit. Ainfi l'on dit le 
feu du tonnerre, "& un coup de tonnerre. Le tonnerre 
gronde. Le tonnerre eft tombé. 

Ce qu'on die du carreau du tonnerre , ®u de la fou- 



68 



TON 



dre efl: fabuleux. Id. Voyei Carreau , Pierre du 
TONNERRE. En matière de Pocfies , 

Ce n'eft plus la vapeur, qui produit le tonnerre-, 
€'eft Jupiter armé pour effrayer la terre. Bou. 

Qu'eft devenu ton tonnerre autrefois fi redoutable ? Ce 
n eft plus qu'un bruit vain , ô Jupiter ! Et pourquoi 
va-t-il renverfer des édifices qui ne t'ont fait ni bien 
ni mal? Abl. dans fa tradudlion de Lucien. 

A qui. Dieu tout-puijjant , qui gouverne^ la terre , 
A qui réferve\-vous les éclats du tonnerre î 
Pourquoi frapper plutôt, en fartant de vos mains-, 
L'audace des rochers , que celle des humains f Bréb. 

I! y a près de quinze jours que le tonnerre tomba 
à demi-lieue de Buffi. De fix perfonnes qui étoient 
fous un noyer , il en tua trois , & il blefTa fort les au- 
tres, comme vous pourriez dire , de rendre un homme 
digne d'entrer dans le ferrail, & de brûler fa femme 
en pareil endroit qu'il avoit été blellé. Voilà des eftets 
bien bizarres du tonnerre. Bujfi Lettre du z8 Août i 6jq. 
to. i. p. 330. 

Du Bartas a rendu en vers une pareille avanture 
arrivée de fon temps. 

Mes yeux jeunes ont vu mille fois une femme , 
A qui du Ciel tonnant lafantaftique flame , 
Pour tout mal ne fit rien que d'un rdfoir venteux ^ 
Dans moins d'un tourne-main tondre le poil honteux. 

Mad. de Gouvilie ayant mandé le 11 Août 1657 au 
Comte de BufTi que le tonnerre ctoit tombé à Villeroi , 
èc qu'il avoir brû'é la main de la Maréchale , M. de 
Buffi fit cette Réponfe : Le tonnerre en veut aux Ma- 
réchales de France , car il tomba à Rome dans la cham- 
bre de la ieue Maréchale de "^"^"^ fort près d'elle, & lui 
fît l'office d'un Barbier fort adroit en un endroir que 
je ne veux pas vous nommer. Lettres de BuJJi, to. 3. 

p. £0. £1. 

Tonnerre. LcD'ieudu tonnerre , le Maître du tonnerre , 
c'eft lupitèr , qui lance le tonnerre. 

Toi, dit Agamemnon, qui lances le tonnerre , 
Toi , foleil , qui vois tout , & toi , féconde Tene, 

De la Motte. 

Vœux que n' exauçait pas le Maître du tonnerre. Id. 

Le Miniftrc du tonnerre , c'cft l'aigle de Jupiter. 

Joleph Acofta rapporte que le tonnerre étoit le troi- 
fîeme des Dieux des Péruviens. Le premier qui étoi: 
le fouverain Être , s'appeloit Viracocha. Le lècond 
étoit le ibleil, auquel ils donnoient trois noms, Chu- 
quilla, Catuilla , & Iniiillapa. Ils fe figurent que c'ell 
un homme dans le Ciel , ayant une fronde, ou luie 
mallue, & tenant en la mam la pluie, la grêle, le 
tonnerre , &: tous les autres météores qui fe forment 
dans la région de l'air où font les nuées. Cette Gua- 
ca , pour me fervir de leur terme •■, c'eft-àdirc, ce 
culte ctoit général & commun à tous les Péruviens. 
Ils oftroicnt ditiérens facrifices à ce Dieu. A Cufco, 
capitale du Royaume , on lui lacnfioit de jeunes en- 
fans comme au foleil. Quand ils veulent lever les mains 
au Ciel pour adorer ces trois Dieux, ils le mettent une 
elpcce de gants aux mains •, ce qu ils ne fon: pas pour 
les autre? Dieux. Vbye^ Acoifa , Hijtoria Natural y 
moral de las Indias, L. V. C. 4. p. 30g. Sur cette del- 
cripdon d'Acofta , Voflîus a juge' que ce Dieu étoit 
plutôt Jupirer ou un Génie prélident de l'air, que le 
tonnerre. Vbyei cet Auteur, L. III. C. 8. Procope , 
dans fon Hiftoire des Gots, L. III. C. 14. & dansDu- 
bravius , Hiftoire de Bohême , L. I. dit que les Sciavons 
Se les Attes adoroient le Dieu du tonnerre comme le 
fouverain Dieu • ou comme le premier des Dieux. 
Tonnerre , fe dit des reprélentations ou imitations du 



TON 



tonnerre qui fe font par machine. Dans les opéra, & 
autres pièces de théâtre , il y a quelquefois des ton- 
nerres. L'Amphitryon de Molière finit par une fcène 
où Jupiter paroît dans une. nue fur fon aigle , armé de 
fon foudre, au bruit du tonnerre & des éclairs. Les 
Anciens imitoient aufïï le tonnerre avec des ronneaux 
pleins de pierres & des vales d'airain d'oil fortoicnt 
des éclairs. L'Amphyrrion de Plante finit auffi par un 
ro;2/2frre& des éclairs, au milieu defquels Jupiter patoir. 
Tonnerre, fe dit auffi du bruit des canons de l'artille- 
rie , de la puifîance'guerrière du Prince. Tormentoruin 
fragor , ftrepitus. 

Il efl armé du tonnetre. 
Mais c'ejî pour donner la paix. 

Il a fait ouir fon tonnerre fur la rerre Se les mers. 
Tonnerre, fe dit figurément en Morale. On dit d'un 
Orateur véhément, que ion éloquence eft un tonnerre. 
Fragor , impetus. Longin a- comparé Déniofthène au 
tonnerre j qui brife & fracafïe tout. On dit d'une per- 
fonne qui crie , qui tempête dans une maifon, que 
c'eft un tonnerre continuel. 

N'allei pas dès l'abord , 
Crier à vos leâeurs d'une voix de tonnerre. 

BoiL. 

On dit d'une nouvelle affligeante , ou d'une fatyre pi- 
quante , que c'eft un coup de tonnerre. Ce Critique 
impitoyable a lancé fur vous Ion formidable tonnerre. 
S. ÈvR. On dit qu'un homme eft à l'abri au tonnerre ^ 
quand il a quelque charge, quelque proteé^ion qui le 
met à couvert des ac;cidens dont la fortune le pouvoir 
menacer. On a dit du Roi, qu à l'abri de fes lauriers, 
fon Royaume eft à couverr du tonnerre. 

Tonnerre, Terme d'Armurier. C'eft l'endroit du fufil, 
moufquet , ou piftolet ofi l'on met la charge. Les 
armes qui ne lonr point allez reiiforcées par le /0/1- 
nerre , lont fujettes à crever. 

TONNERRE. Nom d une petite ville avec titre de Com- 
té. Tomodorum , quelquefois Thernodurum , Tome- 
drum , Tornetum. Elle eft dans la Champagne, aux 
confins de la Bourgogne , fur l'Armençon , à fept on 
huit lieues d'Auxetre , vers le levant. Maty. Le vin 
de Tonnerre eft renommé. Dès le temps de Charles 
le Chauve , c'eft-à-dire , il y a plus de 800 ans , Ton- 
nerre étoit une Vicomte. Sur la fin de la féconde race 
il avoit le titre de Comté. Valois , Not. Gai. p. ££0 , 
cite fur cela des Lettres écrites en un lieu appelé Lam- 
pegia, onze ans après la mort du Roi Raoul, fous le 
gouvernement de Hugues, c'eft-à-dire, vers l'anp 3 9 
dej. C. Long. zé.d. 44. lar. 54. d. 28 . 

Ce mot vient de Ternodorum \ de-là on a dit d'a- 
bord Tourneurre , cnluite Tournerre , qui fe trouve 
dans un titre de l'an 1288, & puis Tonnerre. Valois, 
Not. Gai. pag. ££o. L'Auteur de l'Hiftoire de Charles 
VI. l'appelle ridiculement Tonniiruum. 

TONNERROIS. Territoire de Tonnerre , contrée de 
Champagne. Tornodorenfis pagus , Tornedrijùs , ou 
Tornedrenfis pagus , Tornodorenfis Comitatus -, Ter- 
noderenfis dans f ortunat, C. 50. de la vie de S. Ger- 
main Evêque de Paris. Le Tonnerrois comprend avec 
Tonnerre , Chichées , Anci le Franc , Ravieres &Mar« 
maigre. 

TONNESE. Féy^j Denssen. 

TONNINE. f. f. Sur la Méditerannée , 'c'eft la chair du 
poillon qu'on appelle Ton. P. Fournier. 

TONNINGEN. Nom d'une ville du Duché deSfefwic'c, 
en Jutland. Tonmnga. Elle ell lituée furi'£yder, à deux 
lieues au-delibus de FridéricliftaHc, & à trois de \'o- 
céan. Tonningen étoit une ville forte. Le Roi de Da- 
nemarck en ayant fait démolir les_ fortifications , elle 
a été fortifiée de nouveau par le Duc de HolfteinGot- 
torp, auquel elle appartient -, elle s'eft trouvée en état 
l'an 1700 àc foutenir un fiège, & d'obliger le Roi de 
Danemsick à le lever. Matv. Long. 26.d.44'.lat. 54. 
d. 2S'. 

TONNON. 



T 



TON 



TÔNNON. Voyei Thonon. 

«SOTONQUIN blanc. Etoffe de foie ordinairement 
blanche , qui vient de la Chine. Il y a apparence que 
cette étoffe s'eft d'abord fabriquée dans le Tonquin , 
d'où lui vient fori nom qu'elle a confervé dans les 
manufa&ires Chinoifes. 

TONRELONTONTON. f. m. Chanfon de Benferade , 
connue Tous ce nom-là. Je vous envoie les Tonrelon- 
tontons que Bçnferade a envoyés à Monfieur & à Ma- 
dame à Villers-cotterers : vous en jugerez mieux que 
perfonnc. Une Dame au Comte de Bujfi. zo Sept. iGGj. 
tom. q. des Lettres deBuJfi.p.sS- Réponie p. 56. Les 
Tonrelontontoiis que vous m'avez envoyés , m''ont 
fort réjoui. Il n'y a que Benferade qui puilfe faire cela 
auflî galamment que lui. Benferade les envoya lui- 
même au Comte de Buiïi le 15 de Sept. 1667, & ils 
ont été imprimés p. 55. du premier tom. des nouv. 
Lettres de ce Comte. 

TONSA. VoyeiTosA. 

TONSBERG. Nom d'une petite ville avec un grand port. 
Tonjberga. Elle eft dans le Gouvernement d'Aggerhus, 
en Norvège , fur la Marche de Danemarck , à quinze 
lieues de la ville d'Anflo, vers le midi. Maty. 

TONSILLE. f f. Terme d'Anatomie. C'eftunnomgue 
quelques-uns donnent aux glandes amygdales qui lont 
lituées proche la racine de la langue , à chaque côté 
de la luette. TonfilLxj de tondere ^ rafer. 

TONSURE. L f. Dans le fens littéral oii ce mot eft peu 
ulîté, c'eft hadtion de couper les cheveux. S: de rafer 
la tête. Tonjura, tonj'us , ûs. Anciennement htonjàre 
étoit une marque d'infamie en France •, en forte que 
lorfqu'on vouloir rendre un Prince incapable de luc- 
céder à la couronne , on le failoit tondre & raiér. 

Tonsure. Terme Eccléiiaftique. C'eft l'entrée dans les 
Ordres Eccléliaftiques •, la première cérémonie qui le 
fait pour dévouer quelqu'un à l'Eglife , en le préien- 
tant à l'Evêque , qui lui donne le premier degré de 
Çléricature , en lui coupant une partie des cheveux 
avec quelques prières & bénédiftions. Tonjura cleri- 
Cdlis. Autrefois la tonjure ne fe donnoit pas f éparément 
des Ordres mineurs. Ce ne fut que vers la fin du VIP 

. iîècle que cet ufage s'établit. Il paroît que la tonjure 
a été introduite dans le Clergé par l'exemple qu'en 
donnèrent les Moines. Ceux-ci , pour fe rendre mé- 
prifables au monde , fe rafoient la tête à la manière 
des eiclaves. Quelques Evêques & des Clercs , animés 
du même fentiment d'humilité , les imitèrent en ce 
point, & infeniiblement cet ufage devint général par- 
mi les Eccléfiaftiques, Mais au Jieu de râler toute la 
tête, ils s'accoutumèrent peu à peu à la tonjure par- 

. tielle & circulaire telle qu'on la porte aujourd'hui. Il 
n'y eut que les anciens Irlandois & Ecoftois, qui s'obf- 
tinerent longtemps à fe rafer le devant de la tête de- 
puis une oreille jufqu'à l'autre ', il fallut bien des dil- 
putes, & encore plus d'autorité , pour les contraindre 
à quitter cette pratique bizarre. 

La tonjure eft un Ordre, ou du moins la marque, 
& même la forme de l'Ordre ecclélîaftique en géné- 
ral. LoY. La tonjure fuffit pour être Clerc; &: il n'en 
faut pas davantage pour ceux qui n'entrent dans le 
Clergé précifément qu'autant qu'il en faut pour jouir 
d'un Bénéfice. On peut recevoir la tonjure à l'âge de 
fept ans. Un Bénéfice à fimple tonjiire, eft un Bénéfice 
qui fe peut pofléder par un enfant de fept ans qui a 
feulement la tonjiire. La bafe & le fondement de tous 
les Ordres, c'eft la tonjure. Celui qui ne juftifie pas de 
fes lettres de tonjiire , eft incapable de tenir Bénéfices. 

Tonsure, eft aufli la couronne que portent les Clercs 
& les Eccléfiaftiques pour marque des Ordres & des 
rangs qu'ils tiennent dans l'Eglife. Une tonjure de 
Clerc , de Sous-diacre , de Diacre, de Prêtre. Celle 
des fimples Clercs eft la plus petite de toutes. Elles vont 
toujours en augmentant fuivant la dignité des dégïés 
de l'Ordre. Cet ufage eft fort ancien dans l'Eglife, & 
l'on n'en fait pas bien l'origine. 

On dit proverbialement & figurément , un Dodretir, 

un Médecin , un Avocr.t à (îniplc tonjure , pour dire 

qui ont peu de capacité , de mérite. On dit d'un bon 

emploi , qui eft fort honorable j, ou fort utile , <S: qui 

Tome VIII. I.Partk, 



donne peu de peine , que c'eft un Bénéfice à fimplè 
tonjure. 

TONSURER. V. a. Conférer la tonfure. Tonfurd clericurn 
initiare. UnEvêque ne peut fo/z/wrfr que fes Diocefainsi 
fi ce n'eft qu'on lui faftè apparoir d'un dimiflbire. 

Tonsuré, A. part. Ce mot n'eft ufité qu'au mafculin. 
Clerc tonjkré. 

Il eft auffi fubft. Les Tonjiirés doivertt vivre fans 
aucun fcandale. Clerici Tonjurâ initiatus. 

TONTE, f f Terme d'économie ruftique. Ce mot figni- 
fie l'aélion de tondre les brebis, & la laine qu'on en re- 
tire. Tonjio j tonjiis. Un tel a fait la tonte de fes trou- 
peaux : cette tente lui a tant rapporté. 

Tonte fe dit aufïï du temps où l'on tond ordinairement les 
troupeaux. C'eft ce qu'on appcloit autrefois tondaille. 
La faifon de la tonte approche. Le jour de la tonte cioxt 
un jour de fête & de réjoulftance chez les Hébreux. 

Tonte, Terme en ufage dans les Manufactures de lai- 
nage, fignifie la façon que l'on donne à une étofie eu 
la tondant à l'endroit ou à l'envers avec des forcés. 

A l'égard des grands arbres , on diroit ihal tonte 
pour exprimer l'action de couper les branches. Ton* 
dre , c'eft couper l'extrémité. On tond les paliflàdesj 
les charmilles, les arbriifeaux, les arbuftes, pour leur 
donner d.tiérentes figures. On élague , on émonde , 
on ébranche les grands arbres. On ne dit point la tonte 
d'un orme, d'un chêne, &c. mais les émondes, pour 
dire le branchage qu'on a coupé. On ne dit pas même 
la tonte d'une charmille, d'une paliifade, &e. mais la 
tonture. 

TONTINE, f fi Efpcce de rentes viagères fur le Roi i 
avec droit d'accroillement pour les itirvivans. Ce mot 
eft nouveau. La Tontine de 1685) confiftoit en 1400 
inille livres de rentes viagères , que le Roi avoir créées 
fur l'Hôtel de ville de Paris par un Edit du 2 Décem- 
bre 1689. Ces rentes étoient à fond perdu, & affignées 
fur les Aides, les Gabelles & les cinq greffes Fermes , 
& conftituées fur un pied proportionné à l'âge des 
Rentiers, qui étoient divifés en 14 Claft'es, &dont les 
furvivans dévoient hériter des morts: de forte que le 
dernier demeurant d'une Clatfe , a reçu feul le revenu 
du capital des rentes de fa Clalfe. Tontina, reditus ad 
vitam cum augmento. Mettre à la tontine. Ce mot eft 
venu de Laurent Tonti qui en a été l'inventeur , comme 
il paroît. par l'Edit du Roij pour la création de la fo- 
ciété de la tontine Royale en 1653. 

Il y a eu depuis d'dtutres Tontines où une partie dé 
la rente que rapporte chaque adion, refte éteinte à \i 
mort du rentier fur qui elle étoit conftituée. 

Dans les nouvelles Tontines les dalles "font parta-^ 
gées en plufieurs divifions. Le revenu alïïgné à chaque 
divifion accroît aux furvivans de la divifion. 

Tontine. Jeu de Cartes qu'on a inventé en conformité 
des véritables tontines. Il fe joue avec le jeu entier & 
à douze ou quinze perlônnes. Plus on eft & plus lejeu 
eft récréatif Celui qui refte avec quelques jettons de (a. 
prife gagne tout le fond que les joueurs ont faitpour 
la tontine. Voyei les règles de l'Académie des Jeuxi 

TONTINIER , ÈRE. f Celui ou celle qui a une ou plu- 
fieurs adtions à la Tontine. 

O Matiguonj ô Siffredis, 
Illujlres Tontiniers de la dixième ClaJJe. 

C'eft le commencement d'une Epigramme de M. de 
la Monnoie , imprimée à la p. 148. du Journal Hift. de 
Fev. 1717. 

Tonture. f. f. Ce qu'on tire, ce qu'on coupe du drap ^ 
ou d'une aurre érofie qu'on tond. TonJ'unij tonjura-, 
tonjio. C'eft ce qu'on appelle ordinairement bourre 
tontillè. On fait avec cette tonture collée fur de la toile 
ou du coutil , une forte de tapifîèrié que l'on appelle 
tapifterie de tonture de laine , ou fimplement tontillè i 
dont il y a plufieurs m^nufaélures à Paris , qui ont af- 
fez bien réufïî. 

Tonture fe dit auiïî , en termes de jardinage ^ des 
branches , ou plutôt des extrémités des branches & des 
feuilles qu'on raille aux palifTàdcs, aux bordures d'un 
parterre. La tonture d'une bordure de buis. 

Ou appeile auffi fo/2f«/ej l'herbe qu'on recueille dans» 

M 



po TONTOOTOP 

un pré. HerbafeSa. Il a acheté la tonture de cinq ar- 
pens de pré. Ce mot n'eft connu qu'à la campagne. 
Tonture , en termes de Marine, elt un rang de planches 
dans le revêtement du bordage contre la ceinte du 
franc tiliac. Prima navis contabulatio. Ce font les pre- 
mières planches qui fe pofent par dehors du vailleau , 
au-dellus du franc tiliac. P. Fournier. La tonture du 
pont, eft la différence qu'il y a de l'élévation du milieu 
du pont à l'élévation de l'avant & de l'arricre. On dit 
auiïi, relèvement. Tonture ou rondeur des baux , c'efl: 
ce qu'on donne d'aire aux baux. Un vailleau qui a la 
tonture , qui eft dans la tonture , c'eft un vailleau qui 
eft dans fa bonne & jufte alïïette, en forte qu'étant à 
flot, fa charge fe trouve fi bien arrimée , qu'il garde 
fon contrepoids tant lur l'avant que fur l'arrière. On 
dit. Nos vaillèaux font dans leur tonture ^ & nos ga- 
lères dans leur eftive , c'eft-à-dire , que les uns & les 
autres font dans leur bonne afllette. La bonne tonture 
des vaiftèaux contribue beaucoup à les faire paroître 
longs. Aubin. 

T G O 

TOOM. Ville de l'Empire Rufïïen, dans la Sibérie, au- 
delà de l^Oby. Les habitans le fervent de rennes pour 
leurs traîneaux, & de chiens qui courent fort vite. Ces 
chiens font nourris de poiilon , ordinairement de raie 
sèche , parce qu'on croit que cette nourriture les rend 
plus fores & plus vigoureux. 

TOP 

TOPARCHIE. f. f. Petit Etat , petite Seigneurie com- 
pofée feulement de quelques villes ou bourgs , petite 
Province, ou petite contrée gouvernée &poTlèdéepar 
un Seigneur. Toparchia. La Judée étoit autrefois di- 
Vifée en dix Toparchies. Vbye[ Pline, L. V. C. i^. 
Jofephe fait aulïï louvent mention des Toparchies , de 
la Judée : par exemple , L. III. de Bello. Jud. C. x. 
L. V. dii même ouvrage, C.4. V loco^e , Perjicoruni , 
L. IL ne donne que la qualité de Toparchie au Royaume 
d'Édelîe -, & Jolephe appelle Toparchie , les trois villes 
d'Azotus , de Jamnia &: de Phafaëlide, que le grand 
Hérode laillà par teftamenr à Salomé fa fœur. 

TOPARQUE. f.ni. Seigneur ou Maître d'une Toparchie, 
ou petite contrée. Toparcha. Procope, FerJ'.L.II. ne 
donne que le nom de Toparque à Abgare , ce Roi d'É- 
delîe, auquel on prétend que J.C. envoya fon portrait, 
& qu'il écrivit une lettre. » 

Ces deux mots Viennent de to«s-, lieuj Se âfx" , 
gouvernement. 

TOPASE, ou TOPAZE, f. f. Pierre précieufe, tranfpa- 
rente , brillante , & qui a la même dureté que le faphir, 
quand elle eft Orientale ou d'Ethiopie. Topa^ius , en 
Grec TOTik^i©- . Sa couleur eft d'un jaune d'or , ou de 
de citron, mignarde, fatinée & fort agréable, & elle 
reçoit un admirable poliment. Celle du Pérou eft bien 
moins dure, & fa couleur eft orangée. Il y a auffi une 
topafe de Bohême qui a un jaune tirant fur le noirâtre, 
& qui a un poliment fort gras , à caufe qu'elle eft bien 
moins dure. On l'appelle topafe-, d'une île de la mer 
Rouge de même nom, où Juba Roi de Mauritanie la 
trouva le premier, à ce que dit Pline : mais les Hé- 
breux la connoiflbient auparavant, comme on voit dans 
lePfeaume 1 18. On dit que la ftatue d'Arfinoé, femme 
de Ptolomée Philadelphe étoit de topajè , quoiqu'elle 
eut quatre coudées, ce qui n'eft pas vraifemblable. La 
topafe fe blanchit dans l'or fondu entre deux creufets, 
mais avec le temps elle reprend fa couleur. 

l'OPAZE. Nom d'une ifle de la mer Rouge. Topaios. 
Elk doit être envuon à douze lieues loin des cotes 
de l'Egypte. On dit que fon nom fignifie «r^cy^/, & qu'on 
le lui a donné, parce qu'elle eft toujours couverte de 
brouillard. Onajoute qu'il y avoir anciennement quan- 
tité de topazes, & qu il s'y trouva une de ces pierres 
qui avoir quatre coudées de' long, & que Ptolomée 
Philadelphe , roi d'Egypte , en fit taire une ftacue à la 
reine Arfinoé fa tcmmc. Maty. 

■TOPER. V. n. Terme de jeu de dés, qui fignifie , 
demeurer d'accord d'aller de la même fomme d'ar- 
gcn: que met au jeu celui contre qui on joue. Voye^ 



TOP 



Enjeu. J'ai mafTé tant , & il n'a pas vsulu ttiper. 

Dans le ftyle familier & de converfation , ce mot 
pris figurément , fignifie confentir à une oftre , à une 
propofition. Affentiri. C'eft un homme complaifant , 
qui tope à tout ce qu'on veut. On lui a propofé une 
partie de promenade , & il y a topé. 

On dit quelquefois tope , pour je tope , j'accepte. 
On ajoute quelquefois tope & tingue; pour dire, je 
tope & je tiens. 

Ce mot eft venu de l'Efpagnol toppo y tingo , aufli- 
bien que pluiieurs autres mots du jeu. Ménage. 

Tope, fe dit aufïi entre buveurs , lorfqu'on accepte un 
défi de boire , ou une lanté qu'on porte , & dont on 
promet de faire railon •, c'eft-à-dire, d'en boire au- 
tant. Accipio, annuo. A qui dit majjes on répond tope. 

TOPÉTORKAN. Nom d'une petite ville de la Tarta- 
raric Crimée. Topelorkanum , anciennement Cherjty 
nejus , Cherfo , Heraclea. Elle eft fur le golfe de Ni- 
grépoli, environ à dix lieues de Baluclawa, vers le 
nord-oueft. Topetorkan a été anciennement une ville 
Epilcopale, &enluite Archiépifcopale. C'eft le lieu oiiS. 
Clément, Pape, tut exilé, &louftrit le martyre l'an 10 1. 

«j' TOPHANA ou TOPANA. Faubourg de la ville de 
Conftantinople , lur le bord de la mer , au-deflous de 
Péra & de Galara,à l'entrée du canal de la mer noire j 
où l'on va s'embarquer quand on veut le promener lur 
l'eau. A peu de diftance eft l'arfenal où l'on fond l'ar- 
tillerie-, bâtiment qui a donné le nom à tout le quartier. 
Top t en Turc , fignifie canon ; & hana , maifon , lieu 
de Fabrique. 

TOPHEL. Nom de lieu dans l'écriture. Tophel. Ce lieu 
étoit à l'orient du Jourdain, vis-à-vis de Jérico •, il fe 
trouva, par la diftribution_de la Terre -fainte, dans I4 
Tribu de Rubcn. 

TOPHES. f. pi. On les appelle auffi Noeuds arthritiques. 
C'eft une elpèce de Goutte. Voye[ Nœud. 

tS^TOPIA. Province de l'Amérique Septentrionale au 
Mexique , & comprife dans la nouvelle Bilcaye, 

TOPICQUER. Vieux verbe. Difputer. Coqmllard, p. 
<j6. BoREL. Dijputare , dij'ceptare. 

cgrS-TOPIGI-BACHI. f. m. Voyei Toptchi, 

TOPINAMBOU. f. m. Nom de peuple. Toropinamhan-' 
tius j a. Topinimbœ. Ce font des peuples du Bréfil, en 
l'Amérique Méridionale. On les met vers la Capitanie 
de Rio Janeiro. Il y en a auffi dans celle de Para& de 
Maragnan. Jean de Léri , dans fon Hiftoirc du Bréfil , 
dit de ceux-ci, qu'ils alloienttout nuds , les plus con- 
fidérabies feulement portant une ceinture de plumes au- 
tour des reins ; qu'ils cnchâfloient de petites pierres 
ou de petites pièces de bois de couleur à chacune de 
leurs joues, & au bas de leurs oreilles-, qu'une feule 
cfpèce de racines , dont une femme plantoit affez en 
un jour pour nourrir une famille toute une année , 
leurfournifloitdu pain & du breuvage, &que les hom- 
mes ne s'appliquoicnt qu'à la pêche & à la challè , ou 
à la guerre. Cet hiftorien nous parle d'une de leurs 
coutumes qui eft fort lingulièrc, c'eft que quand ils 
avoient fait un prifonnier de guerre , ils le marioicnr, 
& l'engrailîoienr, & tout cela aboutiiïbità le manger, 
après qu'il avoitvécu plufieursmois,& même plufieurs 
années avec la femme. Le jour de la mort étant arri- 
vé, on le menoit au lieu où il devoir être tué, on lui 
donnoit le tems de parler , ce qu'il falloir ordinaire- 
ment avec une générofité féroce, en difantaux affiftans 
qu'il avoir mangé leurs pères, leurs frères , & qu'il 
avoir des parens qui les mangeroient eux-mêmes. Après 
ce beau difcours , le plus proche parent de fa femme 
l'allommoit avec une malîue, & ayant été mis en pièces 
& rôti fur un gril de bois, haut de trois ou quatre pieds, 
qu'ils appeloient un Boucan-, fa femme étoit la pre- 
mière à manger de la chair. 

TopiNANBOUE. Ce mot a été fait par M. Defpréaux fur A 
«elui de Luftucrue , à ce que remarque M. Brollëtte lue " 
l'Epigramme 19. que je rapporte 'ici toute entière: 

J'ai traité de Topinambous 
Tous ces beaux Cenjéurs , je l'avoue ^ 
Qui de l Antiquité fi follement jaloux , 
Aimant tout ce qu'on hait, blâment tout ce qu'on loue : 



II 



TOP 



Et l'Académie entre nous 
' Souffrant che\foi de fi grands fous ', 

Me Jémble un peu Topinamboue. . 

TOPINANBOUR. f. m. Plante qui pouiïc une ou plu- 
:fieurs tiges à la hauteur de douze pieds ; ou davan- 
tage , revêtues de beaucoup de feuilles longues, lar- 
ges, pointues, découpées profondément en leurs bords. 
Heliathenium ,flos Jolis. Ses fleurs font belles , radiées , 
de couleurjaune.il leur fuccéde des femences menues, 
garnies chacune dans le haut de deux feuilles, & enchâl- 
lees dans une feuille pliéc en goutière. Ses racines fonr 
grêles , rampantes j Ce répandant au loug & au large , 
auxquelles font attachés des tubercules, appelés auiïï 
topinambours, gros comme des poires , quelquefois 
comme le poing , bofîus , de figures inégaies de même 
qneles rruiies, maisliliès , charnues, rôugeâtres en de- 
hors, blancs en dedans , d'un goût doux & agréable , 
approchant , quand ils font cuits, de celui de l'arti- 
chaud. On les accommode de diverfes manières pour 
les manger. En Latin Helianthenum Indicum tubero- 
Jiim. C. Bauh. m. Tourncfortmet cette plante parmi 
Jes efpèces de corona Jolis. Il l'appelle corona Jolis par- 
3/0 fiore , tuheroja radiée. Lé nom de topinambour lui a 
été donné , parce que fon origine vient du pays des to- 
pinambous dans les Indes. 
TOPINAMBAZES. Peuple fauvage de l'Amérique méri- 
dionale , au Bréfil, qui habite depuis la rivière de faint 
François, jufqu'à la baie de tous les Saints. 
«Cj» TÔPINAQUES ou^ TUPINAQUES. Peuples Sauva- 
ges de l'Amérique méridionale, au Bréfil,dans legou- 
vernement de laint Vincent. 
TOPINO ou TINO. Nom d'une rivière du Duché de 
Spolète, province de l'Etat de l'Eglife. Tinia, Teneas. 
Elle a la fource dans l'Apennin , près de Nocéra , bai- 
gne Foligno , & s'étant jointe au Chiafcio , elle le dé- 
charge peu après dans letibre , à Torciano. Maty. 
■S:3^TOPIQUE. i. f. Partie de la réthorique, qui enfeigne 
l'art de trouver des argumens. Topice , ars invenien- 
dorum argumentorum , dit Cicéron. Topique & inven- 
tion font termes Synonymes. Vbye:^\es articles fuivans. 
Topique, adj. Termede Rhérorique, fe dit d'uii argu- 
ment probable , qui fe tire des lieux communs & des 
circonftances du fait. Topicus , probabilis. 

On dit aufTi Topiques, f. m. pi. Topica. Les Topi- 
ques d'Arifiiote , de Cicéron j c'eft-à-dire , les traités 
qu'ils ont fait lur les lieux communs , d'où l'on nre 
les argumens. 

Cicéron , dans fes Topiques, a prétendu faire une 
efpèce de commeotaire fur les Topiques d'Ariftote , 
pour les expliquer à Ion ami Trébatius , qui ne les en- 
tendoit pas. Mais les Critiques ont remarqué que les 
Topiques àc Cicéron s'accordent fi peu avec ce que nous 
avons dans les huit livres des Topiques , qui pailent 
fous le nom d'Ariftote, qu'il fautnécellairementouque 
Cicéron fe foit trompé , ce qui n'eft guère probable , 
quoiqu'il ait fait k":, Topiques fort à la hâte , & étant 
fur mer •, ou que les huit livres des Topiques qu'on at- 
tribue à Ariftote, ne foientpas entièrement d'Ariftote. 
'Sw'TopiQUP. Terme de Médecine. Epithète par la- 
quelle on défigne un remède qu'on applique extérieu- 
rement fur les diftérentcs pattie^du corps , qui n'opère 
qu'étant appliqué iur la partie malade, ou fur celle qui 
y répond. RemediumTopicum. Les emplâtres font des 
, remèdes Topiques. 

Il eft fouvent employé fubftantivement. Faire ufage 
des Topiques pour le mal de dents. Les Médecins & 
les Chirurgiens ont imaginé diftérens Topiques falutai- 
res ou nuidbies , félon qu'ils font bien ou mal adminil- 
trés. L'ufage des Topiques dans les maladies cutanées 
eft fouvent pernicieux. 
Topique, fe dit auiïi en médecine, des emplâtres, cata- 
plafmes & autres remèdesextérieurs qui s'appliquent fur 
la partie affligée & douloureufe. Remédia topica. La 
goûte ne fe guérit point par des remèdes topiques, il faut 
alUr à la fource du mal. Les topiques loulagent pour 
un tems la douleur. 

Ce mot vient du Grec toot? , locus , lieu. 
rOPIRO. VoyeiT^vsio. 



TOP TOQ 91 

TOPLITZ , TEPLICE , petite ville de Bohême dans le 
Cercle de Leutmeritz, entre Graupen&Tozen^ proche 
de Kloftergrabe. 

Il y a une autre petite ville de même nom dans 
le Cercle de Pilfen , près de Landeclc , Deuftinge & 
Memetung. 

TOPLIZA. Nom d'un bourg de la Turquie en Europe: 
Topli^a. Il eft dans la Servie , à cinq lieues de Naviba- 
zar -, vers le Nord eft. Maty. 

TOPOGLIA. Nom du» village de la Livadie en Grèce. 
TopogUa. I! eft fitué fur le lac de Thèbe , & pris pour 
l'ancienne Copœ , petite ville de la Boétie , laquelle 
pourtant quelques-uns mettent à Stivo, village qui eft 
près du même lac. Maty 

TOPOGRAPHIE, f. f. Dcfcription de quelque lieu. 

Ce mot vient de rlm; , locus , &idey^k<f,to,Jcnbo. La 
Topohraphie eft différente de la Chorographie. L'une 
eft la defcription d'un lieu particulier, comme d'une 
maifon, d'un château, d'une ville, &c. L'autre eft;^ 
la defcription d'un pays, d'un Évêché , d'une pro- 
vince , &c. 

TOPOGRAPHIQUE, adj. m. & f. Qui appartient à la 
Topographie , qui eft fait félon la Topographie. Topo- 
graphicus. Des Cartes Topo graphiques. Une defcrip- 
rion Topo graphique. 

TOPTCHI. f. m. Terme de Relation. Canonier Turc. 
Tormentorum bellicorum librator Turcicus , Balijla- 
rius apud Turcas. Il y a dans la ville de Candi des 
Toptchis & Gebegis , c'eft-à-dire , Canoniers & au- 
tres Icrvans l'artillerie , deux régimens de cinq cens 
hommes chacun , armés d'un labre-, d'une demi-pique, 
& d'une cotte de maille. Tournefort , Voyage , T. 
I. p. 42. 

TOPTCHI -BACHI ou TOPIGI-BACHI. f. m. Terme 
Relation. Grand-Maître de l'Artillerie en Perfe. C'efi: 
la cinquème perfonne de l'Etat. Il fait auffi la charge 
d'Amiral. Machinamenti bellici Magijier j Machtnis 
bellicis prœfecius. M. de Bonnevalétoit revêtu de cette 



dignité. 



TOQ 



TOQUART. f, m. On appelle burlefquement , & en 
converlation Toquarts, ceux qui portent des toques. 
Pileatus. Avez-vous vu ces Toquarts} 

TO(^UE. f. f. Bonnet d'homme de figure cilyndrique, ou 
d'une forme de chapeau , plat par deftus , à petits bords , 
plillé tout autour. Rugatus pdeolus. Les Officiers de 
la Chambre des Comptes portent destoquesde velours. 
Les Confuls , les Maîtres & Gardes des Corps des 
Marchands en portent auffi. C'étoit autrefois la coif- 
fure de tous les oftîciets qui n'étoient point gradués. 
Les Cent Suiftès de la garde du Roi portent des to- 
ques de velours noir. 

Ce mot eft fort ancien en François , & fignifioit un 
bonnet rond. On l'appeloit auffi torque : 8c toc en .lan- 
gage Celtique ou Bas-Breton , fignifioit chapeau. 

Toque, eft auffi un terme de certaines Religieufes, 
pour dire un linge de chanvre eu de gros lin qui 
couvre les épaules & l'eftomac des Religieufes du 
Saint - Sacrement. Port-R. Superhumerale lineum vel 
Cannabinum. 

Toque. Plante que les Latins nomment Caffida, de 
Cajfis, qui lignifie un cafque, dont elle a la figure. Elle 
pouflc une tige haute d'un pied & demi , droite , car- 
rée , velue J parfemée de nœuds , d'où fortent des 
feuilles oblohgues , découpées profondément, molles 
velues, d'un vert obfcur. Les queues en font auffi velues, 
moiles & longuettes. Du milieu de la tige s'élèvent de 
petits rameaux longs comme la main, garnis de petites 
feuilles étroites, pointues , non dentelées, foutenanc 
des fleurs en gueule, dilpofées en épis oblongs comme 
dms l'horminum, jaunes ou de couleur purpurine, & 
rarement blanches. Chacune de fes fleurs eft un tuyau 
découpé par le haut en deux lèvres, dont la fupérieure 
eft un cafque accompagné de deux (veillettes. La lèvre 
inférieure eft le plus louvent échai.V'e. Il fuccede à 
cette fleur quatre graines prefque rul cS , dures , ra- 
boteufes , qui milrillènt dans la capfi1|e qui a fervi de 



caliceà la fleur qui a la figure d'une tête couverte d'unç 
*^ Mij 



S)2 TOQ TOR 

toque. Sa racine, femblable à celle de l'ortie, efl jau- 
nâtre , filjreufe. Elle croît dans les lieux montagneux, 
humides & pierreux , & dans les bois. Cette plante eft 
déterlive, vulnéraire, apéritive , defficative , & pro- 
pre pour les cours de ventre. 

Toque, f. f. Autre plante qui eft lamémequelaTERTiA- 
NAiRE. Fôje^ ce mot. 

Toque, Terme de commerce. Il Ce dit dans la Chine, de 
la manière d'y évaluer le titre ou fineiïè d'argent , 
que l'on divile en toques , comme en France l'on fait 
en deniers. 

L'argent le plus fin eft de cent toques ; le plus bas eft 
de quatre-vingt : au-deftous il n'eft pas reçu dans le 
le commerce. L'argent de France ne pafiTe à la Chine 
que fur le pied de 95 toques. 

On nomme aufll de ce nom certaines mouffèlines 
ou toiles de coton fines , que l'on apporte des Indes 
Orientales, particulièrement de Bengale. 

Toque. Efpèce de monnoie de compte , dont on fe fert 
dans le royaume de Juda, & en quelques autres en- 
droits de la côte d'Afrique , ou les Bouges , ou Caulîs 
font reçus dans la traite de Nègres. Une toque de 
Bouges eft compofée de 40 de ces coquillages. Cinq 
Bouges font une Galline. 

TOQUÉ, ÉE, vieux, adj. Qui n'a qu'une toque fur la 
tête , qu'un Bonnet. Pileatus , a. Quand la Dcefleeut 

mis bas fes habits & fes achèmes demeurant 

toquée fans plus de riche couvre-chef. Jean le Maire. 

TOQUÉ. Nom de lieu -, près de Panama dans l'Ifthme 
de l'Amérique. Il y a des maifonsde campagne. C'eft-là 
qu'étoit la Négrerie de l'AflTiente. 

TOQUER. V. a. Vieux mot qui lignifie heurter, & qui 
ne fe dit plus que dans les provinces , li ce n'eft en ce 
proverbe, qui toque l'un , toque l'autre -, & chez_ les 
buveurs, qui difent /ojuer le verre , pour dire faire 
toucher un verre contre un autre. Expreffion populaire 
AlUdere, collidere. 

Toquer. En termes de Bonneteur,c'eft marquer les cartes 
par le coin , d'une manière dont les autres ne s'apper- 
çoivent point. Cartas lujorias in angulisfigimre ,notare. 

TOQUET. f m. Petit bonnet que portent les enfans , 
ordinairement de quelqu'étofte de foie , quelquefois 
de toile garnie de dentelle. Pileolus. Toquet de fatin , 
de talîetas. 

On le dit auffi d'une forte de coilîure à l'ufage des 
femmes du peuple & des payfannes. Ces deux femmes 
fe fonr prifes au toquet. 

Quelques-uns ont dérivé ce mot de toga , parce que 
ceft une pièce de l'habillement qui couvre la tête. 

TOR 

. TOR. VoyeiEtro-B.. 
TOR. f. m. qui le dit en termes de coutumes pour Tau- 
reau. Taurus. Tor & ver fe dit pour taureau & verrat. 
En Normandie & en d'autres Provinces le Seigneur 
a le droit de fournir feul un raureau & un verrat 
banier dont il tire de l'argent -, ce qu'on appelle droit 
de tor & ver. 

Cil feifile J'acrifice 

D'un grand tor ow d'une génijje. O v i d e Mf. ^f Borel. 

Il faudroit écrire Taur. 

ToR. f. f. fignifioit auffi autrefois une Tour, & vient de 
l'Hébreu t^ur , ou du Syriaque tur. Borel. Il ne vienr 
ni de l'un, ni de Pautre, mais du Latin Turris , Tour, 
& Turris pourroit peut-être venir de l'Hébreu *njî, 
Tfor, ou TJbur. Rupes, munimentum ,locus munitus. 

Tor , Thor. f. m. Terme de Mythologie. Nom propre 
d'un dieu des ajiciens Germains , qu'on nommoit autre- 
ment Taran.C'étoit leur Jupiter ,1e Dieu du foudre & 
du tonnerre. Voye[ Éricus Olaiis , dans fon hiftoire 
de Suède, L. I. C. i. & ci-delfus Taran &Thor. 

TORAGE. f m. Droit que les prifonniers payoient au- 
trefois au Tourier ou Geôlier. Toragium. Voye\ de 
Laurier. Glo(f. au mot Tourier. 

TORAILLE. f f. TeriTie de Coutumes, On appelle To- 
raillela. maifon ou l'édifice où l'on fait fécher les grains. 
Locus ubi ficcantur grana. 

XoRAiLLE. Terme de Commerce. Efpèce de corail brute 



TOR 



que les Européens portent au Caire Se à Alexandrie." 
Il eft peu-eftimé , & ne vaut que le quart du corail 
brut de Meffine. 

Ce itidt vient du Latin torreo. 
TORALou THURAL. f. m. Terme de coutume. Élé- 
vation de terre , ordinairement couverte de gazon , 
que l'on fait entre deux héritages , qui appartiennent 
à deux diftérens maîtres , pour fervir de féparation. 
Voyei l'ancienne coutume de Berri , publiée par la 
ThaumafTière. C. XJI. p. 15^. Aggér, aggeftus tora- 
lium. On marche fur ces toraux ou thuraux qui de- 
viennent ainfi de petits chemins élevés ', & de là vienr 
que dans l'ancienne Coutume de Berri au Chapitre 
cité , ils font mis au nombre des chemins. 

Toral vient de torus j toro , toronus j turonus , qui 
fignifient une colline. 
TORALBA. Nom d'une petite ville ou bourg de" la pro- 
vince de Lagudrori en Sardaigne. Teralba. Ce lieu eft 
à fix lieues d'Algéri vers levant. Maty. 
TORASSE. {. f. Vieux mot. Ceft, félon Nicod , une 
vache qui aime l'accouplement plus que les autres, & 
qui n'a guère de lait , parce qu'elle n'a pas plurôt 
mis bas, qu'elle court après le taureau. Ce mot a été 
fait de la même manière que HommaJJe, qui iîgnifie, 
ajoute Nicod , une femme qui tient plus de l'homme 
que de la femme. 
TORCE. Bourg de France dans le Maine , Diocèfe du 

Mans , Ele£tion de Mayenne. 
TORCELLO. Nom d'une ville de l'État de Venife. 
Torcelluin. Elle eft lut une petite ifle , à deux heues 
de la ville de Venife, vers le nord. Torcello eft petite, 
& mal peuplée , à caufe de la grofllereté de fon air. 
Elle a pourtant un évêché fuftragant du Patriarche 
de Venife, qui y fut transféré l'an 1585. d'Altino ruii 
• née par les Huns. Maty. 
TORCESTER. Foyq TOWCESTER. 
TORCEIE. f f. Bâton de fipin ; ou d'autre bois réfineux," 
entouré de cire & de mèche , qui étant allumée , fert à 
éclairer , ou qui eft portée par honneur en quelque cé- 
rémonie. Ceratatœda, fax. On porte des torches aux 
proceffions du Saint-Sacrement. On en portoit aux en- 
terremens : maintenant on fe fert de flambeaux. Dans 
l'amende honorable le criminel doit avoir une torche 
ardente à la main du poids de deux livres. Les torches de 
deux livres doivent avoir cinq pieds de long ; celles 
d'une livre & demie , quatre pieds & demi -, celles d'une 
livre , quatre pieds, fuivant Its Statuts des Épiciers. 

Ce mot vient de torquendo. On appelle encore 
torois , de la petite bougie tortillée. Nicod. 
ToRCHE,eft auiji un nom qu'on donne .\ la graiftè ou à 
la réiine qui .fort du pin , du garipot & de la melcfe , 
dont on fait la poix. Rejîna pix. Le pin fe convertit eu 
torche quand il fe pourrit. 
Torche, s'emploie auiîî figurémenr. Hélène fut la torc/t£ 
fatale qui eau fa l'embrâlement de Troie. Fax , funale. 
Torches. Ceft ainlî qu'on appelle en terme de challè, 
les fientes des bêtes fauves , quand elles l'ont à demi- 
formées, Saln. Fcbx jftercus jfimus. 
Torche. Terme de'Vanier. LesVaniers appellent quel- 
quefois de ce. nom , le bord d'un panijier. Labrum. 
cophini. 

En termes dé Tonnelier , Torches fignifie un rang 
de quatre ou cinq cAceaux fur un tonneau. Il y a fur 
une pipe fix torches. On pofe le tonneau en chan- 
tier fur les torches -, il ne doit pas porter fur les 
douves. 
Torches. Terme de Marchand de fer. Les Marchands de 
fer donnent pareillement ce nom aux paquets de fil de 
fer plies en rond , en forme de cerceau. Ils le dilent 
auffi du fil de laiton. 
Torches. Terme de Maçonnerie. Ce fout des nates , 
ou lîmplefnement des paquets & bouchons de paille , 
que les bardeurs qui portent le bar, ou qui traînent le 
binard, mettent fur l'un & fur l'autre de ces inftrumens 
lorlqu'ils veulent porter ou traîner des pierres taillées , 
pour empêcher que leurs arêtes ne s'écornent & ne fe 
gâtent. 
Torches. On nomme auffi de la forte dans le com- 
merce des oignons , des bâtons couverts de paille , 



TOR 



longs de deux ou trois pieds , autour defquels font liés 
par la queue divers rangs d'oignons. La torche cft dif- 
férente de la glane & de la botte. 

Torches ou Fenons , Terme de Chirurgie , font des 
bâtons de la groffeur d'un doigt, lefquels on envelop- 
pe de paille, puis d'un demi-linceul , & font appopriés 
aux jambes & aux cuillès rompues. 

TORCHE-CUL. f. m. Papier ou linge dont on fe fert 
pour s'elÎLiycr le derrière. Comment Gargantua re- 
connut l'eiprit defonfils à l'invention d'un Torche-cul. 
C'eft un chapitre de Rabelais. Ce mot n'eft pas hon- 
nête. 

On dit figurément populairement d'une chofe mé- 
prifable. Cet écrit n'eft qu'un torche-cul , un vrai 
torche cul. 

TORCHE-NEZ. f. m. Terme de Manège. C'eft un pe- 
tit inftrument de bois , qui avec une courroie ferre étroi- 
tement le nez d'un cheval, qui l'empêche de faire du 
défordre , & de fe débattre , lot fqu'il efl: trop fougueux, 
& qu'on lui fait le poil ^ ou qu'on le ferre. Nûjî confiric- 
torium. 

TORCHE-PINCEAU, f. m. Terme de peinture. Petit 
linge dont le peintre fe fert pour nettoyer fes pinceaux 
& fa piatte. 

TORCHEPOT ou GRIMPEREAU. f. m. en Latin, &V/^ 
ou Ficus cinereus. Le Torchepot eft un peu plus grand 
que le pinlon & le gros moineau , & approchant de 
la groflèur de l'alouette; il a le bec longuet, droit , 
noir & rond -, il a la tête & les yeux fort petits -, fou 
cou , fon dos , le delTlis de fes aîles & de fa queue font 
de couleur plombée ; fa queue efl: marquée d'une ta- 
che blanche par le bout en travers , qui tire fur 
le cendré ; il efl: fous le ventre & fous la gorge 
d'un châtain roux •, les racines des plumes de ion 
ventre , ainfi que du deflTus de fa queue, font noi- 
res ; car ce que nous avons nommé de couleurs plom- 
bée , procède de deux plumes feulement qui couvrent 
le delîus', fa tête jaunit un peu par les côtés j ou ey 
cette partie , entre le commencement du bec & der- 
rière les yeux , on lui voit une tache longue, fort noire", 
fes pieds font teints d'une couleur d'azur & d'eau un 
peu noirâtre , mêlée d'un peu de jaune ; fes doigts 
font allez longs ^Tes ongles font crochus,, courbés & 
noirs •, il eft: ditiérent des pics ou piverts en ce qu'il a trois 
doigts devant , & un ergot derrière -, il grimpe néan- 
moins , & defcend le long des arbres comme eux , & 
les creufe de la même manière. Quelques-uns l'appel- 
lent grand grimpcreau •, il n'a pas la langue ou la 
queue forte, ni roide comme les pics. 

Lorfque cetoifeau trouve un grand trou dans un ar- 
bre où il veut faire fon nid , 11 le ferme entièrement 
avec de la terre gralle & limoneufe , n'y laiifant feu- 
lement qu'une tt ès-petite entrée ", mais il compole cela 
avec une telle induftrie , qu'il eft impoiïible qu'un 
maçon y apporte plus d'adrefle. Il fait quantité de 
petits , & les élève avec beaucoup de foin : il vit de 
la petite vermine qu'il trouve aux environs des arbres, 
de leurs écorces : il eft fort atlif & vigilant. 

Il y a une efpèce de Torchepot , qui ne ditiere du 
grand que par fa taille. 

Aldrôvand fait mention d'un autre Torchepot, ou 
du moins d'un oifeau qui eft d'un genre fort confor- 
me. Il dit qu'il a les ailes noires & blanches , & qu'el- 
les font fore diverfifiées •, que la plus grande partie du 
refte de fon corps eft de couleur de rouille , & qu'il eft 
blanchâtre fous le menton. 

TORCHER. V. a. Nettoyer , frotter pour ôter l'ordute 
qui eft lut quelque chofe. Tergere ^detergere , ahfter- 
gere. On torche les pots & les plats avec les torchons. 
Les nourrices torchent les enfans qui ne font pas nets. 
On fe torche le derrière des écrits des méchans Auteurs. 
Les Batteurs d'or difent auffi. Torcher le quarteron 
d'or, pour dire le nettoyet avec un morceau de drap. 
Ce mot vient de tergere. Nicod. 

Torcher. Terme de Maçonnerie. Signifie auffi enduire 
avec de la rerre grafle , ou faire un mur de bauge. 
Lutare parietem : luto ,paleato illiniré. Il faut employer 
deux journées de payi'ans à torcher cette grange, cette 
cloifon. 



TOR 



93 



On dit proverbialement , qu'un homme n'a qu'à 
fe torcher le nez d'une ati'aire , ou s'en torcher la 
barbe-, pour dire qu'il n'y réuffira pas , que ce n'eft 
pas pour fon nez. Nonproficiet. On dit auffi de celui 
qui ne veut pas profiter des remonttances qu'on lui 
fait, qu'il s'en torùhe le derrière. 

Torché, ée, part. 

TORCHETTE. f. f. Terme de Vanier. Ofier tortillé au 
milieu de la hotte. Vimina complicata. Faire une îor- 
chette. 

TORCHERE ( autrefois Torchière; ) Ç. f. Elpèce de gué- 
ridon fort élevé, fur lequel on met un flambeau , ou 
girandole, des bougies dans les falles des palais , des 
grandes maifons. Candelabrum majus. On appelle 
cette efpèce de guéridon Torchère , parce qu'on 
y met de gros flambeaux de cire auflî gros que des 
torches. 

TORCHIS, f. m. Terme de Maçonnerie. Terre graftè 
détrempée , avec du foin ou de la paille» dont on fait 
les murailles de bauge, les cloilbns, les granges de la 
plupart des métairies de la campagne , & quelquefois 
de lîmples enduits. Lutuni paleatum, lutanus panes. 

TORCHON, f. m. Morceau de grolle toile dont on fe 
fert pour torcher & efluyer la vaiflelle, les fouUiers, 
les meubles, les planchers. Penicillum , penicula'men- 
tum. On a donné tant de paquets de torchons à la 
blanchilTeufe. 

Torchon , fe dit auffi dans les ateliers , de gros bou- 
chons de paille qu'on met fous les pierres , lorfqu'on 
les tranfporte , ou qu'on les monte , pour empêcher 
qu'elles ne s'écornent, ck on dit un bar armé de fes 
torchons. Suppofitumftramen. 

On dit populairement d'une femme malpropre, que 
c'cft un torchon , qu'elle eft faite comme un torchon. 

TORCIS. f m. Vieux mot. Entre-las. Borel. 

TORCOU. Foje? Turcot. 

«C^TORCY. Petite ville de France , dans la Brie. Il y 
a quelques autres lieux qui portent le même nom. 
Un en Bourgogne , dipcèfe d'Autun ; un autre en 
Normandie, dioccfe de Rcjen. qu'on appelle Torcy- 
le 'Grand. 

TORDA. Comté de la Tranfilvanie , borné au Nord par 
les comtés de Colofvar & de Dobaca ; à l'Orient par 
la rivière de Marofch-, au midi par le comté d'Albe ou 
de Weiflèmbourg -, & à l'Occident par les Comtés de 
Colofvar & d'Abrobania. 

La petite vile de Totda fur la rivière d'Aramas en 

^ eft le chef- lieu. Elle eft à cinq lieues de Claufenbourg, 

lORDAGE. f. m. on appelle en termes de Manufactu- 
res d'érottes de foie ,1e tordage de la foie, la façon 
qu'on lui donne en doublant les fils de foie furie mou-- 
lin , ce qui la rend en quelque manière torfe. 

TORDE, TORNBURG. Fûj^^Torda. 

TORDE ou SAUVERABANS. Terme de Marine. Ce 
Ce font des heries , ou anneaux de corde que l'on 
met ptès des bouts des grandes vergues pour empê- 
cher que les écoutes des hunes ne coupent les rabarts. 
Annuli fiinales. 

TORDERA , TARDERA. Nom d'une rivière de Cata- 
logne en Efpagne. Tordera , Tardera. Anciennement 
yllba. Elle baigne Staloni & Oftalric , & le décharge 
dans la mer , à Blanes. Maty. 

TORDESILAS. Nom d'une petite ville du royaume de 
Léon, en Efpagne. Turris Sy II a na. Elle cd aux confins 
de la Caftilie vieille fur le Douro,àfcpt lieues de Vai- 
ladolid'", veis le couchant. Tordefdas a un ancien châ- 
teau , dans lequel la Reine Jeanne, mère de Char- 
les-Quint mourut l'an i';55. On appelloit autrefois 
cette Ville Otero de Sillas , c'eft -à-dire la colline de 
Sillas, en Latin Jugumjyllanum. Maty.. 

TORDEUR , EUSE. f. m.' & f. Terme deLainier. Celui 
ou celle qui tord la laine fur les Lainiers. Envoyez de 
la laine au Tordeur ou à la TordeuJ'e. 

On le dit généralement des ouvriers 8c ouvrières . 
qui tordent les foies, les laines &lcs fils-, mais en l'en- 
tendant de.diverfes façons fuivant les apprêts qu'on" 
donne à toutes ces choies. Voye\ Tordre. 

TORDION. Fojq Trontino. 

TORDION. f. m. Terme de Danfe. C'eft' le nom qu'oiî 



P4 



TOR 



TOR 



a donné à une ancienne danfe qui Ce danfoir avec une 
niefiire ternaire, après la ba(le danfe & fon retour-, 
elle en faifoit comme la rroilîème partie. Antiquusjal- 
tandi modus torquatio diclus. C'étoir une eipcce de 
gaillarde , qui n'en étoit diliérente , qu'en ce que le lor- 
dion fe danfoir bas & par rerre, d'une manière légère 
& prompte -, & la gaillarde fe danfoit par haut , d'une 
mefure lente &: pelante. 

TORDION. f. m. Vieux mot qui fignifioit contorfion 
lafcive. On le trouve dans Brantôme & dans Marot. 

TORDRE. V. a. Je tords ^ tu tords, il tord. Je tordis. 
J'ai tordu. Je tordrai. Tourner en long & de biais en l'er- 
rant -, prelîèr une chofe circulairement. Torquere , dij- 
torquere. Tordre du linge poiff en faire fortirl'hiuni- 
dité. Les cordiers ont des machines pour tordre leurs 
cordes, pour faire des cables. On fait des hares de 
fagot avec des branches de menu bois qu'on tord. 

Ce terme a diftérentes fignihcationsdans les manu- 
factures, dans les arts & métiers. Torû^re de la foie, de la 

I laine , du flî , c'efl: quelquefois tourner à la main ou au 
rouet plufieurs brins , pour n'en former qu'un leul 
fil. Quelquefois c'eft feulement attacher ces matières 
fur une cheville , & en rouler plufieurs échevaux en- 
femble. Tordre fe dit auffi des foies plattes, pour dé- 
figner le pliage en forme de petites colonnes tories 
qui fe fait par les ouvriers nommés plieùrs de foie. 

Les Ciriers & les Chandeliers tordent la mèche , 
roulent les deux parties l'une avec l'autre , pour les 
tenir unies, quand on veutleurdonner la cire ou le luif. 

Tordre le cable. Terme de Cordier. C'eft joindre en un 
les cordons qui le doivent compofer: ce qui fe lai: 
avec un grand rouet où lont attachés les cordons par 
un bout , tandis qu'ils tiennent par l'autre à une ma- 
chine de bois à deux roues , chargée de plomb ou de 
pierres, qui érant mobile, & le rouet fixe, s'approche 
à' mefure que le cable s'appetiile en fe tordant. 

Tordre le drap à la cheville. Terme de foulon. C'eft: le 
tordre [ut une efpèce de cheville, ou gros boulon de 
bois, au fortir des vaitleaux oiï il a été foulé , afiiîd'en 
faire fortir la graifie & les Ordures qui peuvent y être 
reft:ées. 

Les Peauffiers , Mégifllers & autres ouvriers qui 
préparenr les cuirs légers , les tordent auiïi à la cheville , 
après qu'ils ont été mouillés & foulés aux pieds , afin 
d'en faire forrir la plus grande partie dé l'eau. 

Tordre , fignifie aum, faire une grimace, tourner de 
travers. Difiorquere. Les Courtilans d^Alexandre tor- 
daient le cou , pour imiter leur maître , qui penchoir 
un peu la rête. Il y a des gens qui tordent la bouche , 
qui font des grimaces. Les Bateleurs fe tordent le 
corps en cent façons. 

Tordre le cou, faire mourir en tournant le cou , &dif- 
loquant les vertèbres. Cervices difiorquere. On tord le 
cou à des poulets qu'on veut tuer. On dit que le dia- 
ble tord le cou aux Sorciers , quand il les fait mourir. 
fi je croyois que tu diillès être un poltron , un fripon , 
je te tordrois le cou. 

On dit au figuré tordre un homme , pour dire le 
prelfer , l'obliger à parler. Urgere , cogère , vi im- 
fellere. Preflez-les , tordc'^-les , ils dégoûtent l'orgueil, 
l'arrogance , la préfomption. Là Bruy. Cette mé- 
thaphore eft prife du linge que les blanchifleufes tor- 
dent après Favoir bien lavé & battu pour en faire for- 
tir l'eau. Oh dit auffi , tordre le iens d'un pallage , 
pour dire , lui donner une violente interprétation , 
éloignée du iens de l'auteur. De bonne foi , n'eft-ce 
pas tourner en dérifion les oracles des Prophcres , 'que 
de les rorJre fi violemment? Le P. de l'Aurrussel. 
On dit proverbialemenr d'un homme qui mange 
goulumenr, qu'il ne fait que tordre & avaler. VerJ'at 
^ abjbrbet. On dit auffi de ceux à qui on veut repro- 
cher trop de jeunelîe , ou un manque d'expérience : 
Si on lui tordait le nez , il en fortiroit du lait. 

Tordu , ue. Parr. Ce n'efl: pas la même chofe que tors, 
torfe. 

TORDYLIUM. f. m. Plante qui pouflê une rige à la 
.hauteur d'environ un pied , cannelée , velue. Ses feuil- 
les font oblongues , arrondies, dentelées , velues, ru- 
des, rangée^ plyfieurs le long d'ujne cote. Ses fleurs 



^nailTênt fur des ombelles ou parafols aux fommets des 
branches , compofées chacune de cinq feuilles blanches, 
difpofées en fleurs de lys. Il leur luccède des lemen- 
ces jointes deux à deux , relevées d'une bordure rail- 
lée en grain de chapelet , odorantes , un peu acres. 
Sa racine eft menue. Cette plante croît dans les pays 
chauds, comme en Languedoc , le long des chemins, 
dans les bleds. Sa racine eft bonne à exciter l'urine 8c 
les menftrues, pour la pierre, la colique venteufe,& 
elle eft auffi anti-néfrétique. Il y en a plufieurs elpèces. 
TORE. f. m. Terme d'Architedure , qui fe dit des gros 
anneaux des bafes des colonnes ; c'eft -à- dire , des 
grollès moulures rondes , qui fervent aux bafes des 
colomnes. On appelle Tore lupérieur, le plus gros 
d'une bafe Attique ou Corinthienne, & Tare inférieur, 
le plus petit. Toreutici aperis taras , calumnaris torus^ 
C'eft la groftèur du Tore qui le diftingue des aftra- 
gales. Les bafes des colomnes Tofcanes & Doriques 
n'ont qu'un tore ', les bafes Attiques & Corinthiennes 
en ont deux. Quelques-uns l'appellent auffi bâton bo- 
JèlSc rond. 
TOREADOR ou TORADOR. f. m. MotEfpagnol, doiit 
nous nous fervons quelquefois : il fignifie un homme 
qui attaque les taureaux , qui dans les courfes des 
tauteaux, qui fe font quelquefois en Efpagne, com- 
bat ces animaux. Taurainachus. Un Toréador, quel- 
qa'aJroit & quelqu'agile qu'il foit , met toujours 
fa vie en quelque danger. Il y a eu deux Toréa- 
dors tués dans cette courfe de taureaux.- Le faint Pape 
Pie V. défendit , fous peine d'excommunication , les 
courles de taureaux , & cette excommunication de- 
voit être encourue par le feul fait, tant par ceux qui 
perniettoient ces fpeé^tacles , que par les Toréadors. Il 
défendit auffi lous la même peine aux religieux d'être 
fpeétateurs de ces combats. Navarre rapporte cette 
conftitution , Ch. XV. n. 15). Dans la fuite on la mo- 
.difia, & Clément VIII. y apporta encore de plus grands 
adoucifiêmens , comme on le peut voir dans Sanchès, 
'L. IL Canfiliarum, C. VIII. D. 31. 
TORELLE. Vbyei^ Toraille. C'eft la même chofe. 
TOREUMATOGRAPHIE. f. f. Toreumatographia. Ce 
mot eft Grec , & veut dire la' connoilîance des baA 
fes tailles , & des reliefs antiques. On doit l'invention 
de la Toreumata graphie à Phidias , & fa perfection à 
Polyclète. Les célèbres Graveurs d'Italie ont donné un 
beau jour à cette fcience. Spon. Voyage de la Grèce. 
TORFAIT. Vieux f. m. Forfair & au pi. Torfaits , for- 
faits. Songe du verger. On dit a.uSi,/urfaits j Me/chi- 
not. Borel. 
TORGAUTS. f. m. pi. Peuples Tartares qui font préfen- 
temcnt une branche de Calmouks , & fous l'obéiflancc 
de l'Ajuka-Cham. 
TORGAW ou TORGAU. Nom d'une ville de l'Eleéto- 
rat de Saxe en Allemagne. Torgavium. Elle eft fur 
l'EE'^e , entre Neillèin & Wittenberg , à huit lieues 
de la première, & à fept de la dernière. Certe ville 
eft allez bien fortifiée , & défendue par une citadelle, 
long. 30. d. 40' lar. 51. d. j6 m. 
TOPvI, ou. TORY. Nom de fecte en Angleterre. Taris y 
Tarifius. Ordinairement dans la converfation nous di- 
fons Toris ar. lingulier comme au pluriel. Un rel Sei- 
gneur eft Toris, & l'on fait former ['s final. 

Pendant la guerre dont la malheUreufe ifiue con- 
duifit Charles I. fur Péchaitaud , les partifans du roi 
furent d'abord nommés Cavaliers , nom qui a été 
changé depuis en celui de Toris. Ceux du Parlement 
qu'on appella d'abord Têtes Rondes, reçurent enfuite 
le nom de Wighs. Voici l'origine de ces deux noms de 
Toris & de Wighs. On appeloit en ce temps-ià Toris , 
cerrains brigands ou bandits d'Irlande , qui le tenoient 
iur les montagnes, ou dans les iiles que forme le vafte 
marais de ce pays-là. On les nomme à préfent Rappc- 
ries. Comme les ennemis du Roi l'accufoient de favo- 
riler la rébellion d'Irlande , qui éclata dans ce même 
temps , ils donnèrent à lès partifans le nom de Toris. 
D'un aurte côté , ceux-ci pour rendre la pareille à leurs 
ennemis qui étoient étroitement unis avec les Ecoflôis, 
leur donnerenr le nom de Wighs, qui eft celui qu'on 
donnoit en Ecofle à une feiiiblajjle efpèce de bandits.. 



TOR 



Les Cavaliers ou Toris avoient principaleitiënt ett vue 
l'intérêc politique du Roi & de la Couronne , & celui 
de l'Eglilè Anglicane : les Têces-Rondes ou Wighs fe 
propofoient principalement de foutenir l'intérêt du 
peuple & celui du Prefbyteranifme. Ces deux fa(ftions 
n'ont point changé d'idée. On ne fauroit dire précilé- 
ment quand les noms de Têtes-Rondes & de Cava- 
liers ont été oubliés. On peut confidérerces deux fac- 
tions , ou par rapport à l'Etat ou par rapport à la Re- 
ligion. Nous ne déviions parler ici que des Toris, & 
renvoyer ce qui regarde les Wighs à ce mof, mais 
parce que la comparaifon de ces deux partis les fait 
mieux connoître l'un & l'autre , nous jugeons plus à- 
propos de ne les point trop féparer. Nous aimons mieux 
en dire moins au mot Wighs , & renvoyer ici. 

Les Toris d'Etat , font ou outrés , ou modérés. Les 
outrés voudroient que le Souverain fût abfolu en An- 
gleterre , & que i"a volonté y tînt lieu de loi. Ce parti 
qu'on dit n'être pas fort nombreux , eft confidérable 
néanmoins ■, i ° parce que fes chefs font des Seigneurs 
de la plus haute qualité, & ordinairement des Miniftres 
d'Etat & des Favoris : 2" en ce qu'étant dans le minif- 
tère, ils engagent les Toris d'Eglife à foutenir forte- 
ment le dogme de l'obéiflance pafïïve, & perfuadent 
qu'il n'a eu en vue que de ruiner les Prelbytériens : 
3° parce qu'il arrive fouvent que le Roi l'appuie. Les 
Toris modérés ne veulent point foufFrir que le Roi 
perde aucune de fes prérogatives •, mais ils ne pré- 
tendent point lui facrifier celles de fes fujets. Ce iont 
de véritables Anglois, dit l'Auteur, qui ont à cœur le 
bien de leur patrie, & qui veulent maintenir la confl:i 
tution du gouvernement dans le même état qu'elle 
leur a été laiflée par leurs Ancêtres^ Ils ont fouvent 
lauvé l'Etat, & ils le fauveront encore , lorlqu'il le 
trouvera en danger de la part des Toris outrés , ou 
des Wighs Républicains. Les Wighs d'Etat font ou Ré- 
publicains , ou Modérés. Les premiers , font , félon 
l'Auteur , un refte du parti du long Parlement qui 
avoit pris à tâche de changer le gouvernement en Ré 
publique. Ils font une fi petite figure, qu'ils ne fervent 
qu'à fortifier le parti des autres Wighs. Les Toris vou- 
droient bien perfuader au public que tous les Wighs 
font de cette efpèce comme les Wighs voudroient 
faire croire que tous les Toris font outrés. Les Wighs 
d'Etat modérés font à peu près dans les mêmes prin- 
cipes que les Tbrù modérés, & f'ouhaitent que le gou- 
vernement fe maintienne fur fes ancien? fondemens. La 
feule ditiérence eft que les Toris modérés penchent 
plus du cote du Roi , & les Wighs modérés du côté du 
Parlement. Ceux ci font dans un mouvement perpé- 
tuel •, pour empêcher que les droits du peuple ne foient 
envahis , quelquefois même ils prennent des précau- 
tions aux dépens de la couronne. 

Avant que d'envifager les deux partis par rapport 
à la religion , il faut remarquer que la prétendue Ré- 
forme , pouflee plus ou moins loin , divifa les Anglois 
en Epifcopaux , & en Prelbytériens ou Puritains. Les 
uns prétendoient que la jurifdidlion Epifcopale devoir 
être confervée auflî bien que la forme qu'ils avoient 
donnée à leur Eglife. Les autres foutenoient que tous 
les Prêtres ou Miniftres avoienr une égale autorité; 
& que l'Eglife devoit être gouvernée par des Prefby- 
cères ou Confiftoires mêlés de Miniftres , & de quel- 
ques anciens Laïques. Après de longues querelles, les 
plus modérés de ces deux partis relâchèrent quelque 
chofe de leur rigidité , & formèrent deux branches de 
Wighs & de Toris mitigés au fujet de la Religion. 
Mais il y en eut encore un plus grand nombre qui de- 
meurèrent fermes dans leurs principes avec une opi- 
niâtreté inconcevable. Ce fut ce qui donna naiftance 
aux deux branches d'Epifcopaux & de Prelbytériens 
rigides , qui fe font continuées jufqu'à ce jour. La 
Hiérarchie eft le principal article fur lequel ils font di- 
vifés. Les uns & les autres font compris fous les noms 
de Wi^hs & de Toris , parce que les Epifcopaux ri- 
gides fe joignent aux Toris , & les Prelbytériens aux 
Wighs. 

De tout ce qu'on vient de dire , il faut conclure que 
Çuifque les oom? de Wighs & de Toris ont rappotc à I 



ÔR 



5) 



deux objets difFérens , ils font équivoques , & que par 
conféquent on ne peut les appliquer fans dire en même 
temps en quel fens on le fait. Une même perfonne fera 
à divers égards Wigh & Tori. Un Prefbytérien , par 
exemple, qui fouhaite la ruine de l'Eglife Anglicane, 
eft certainement par-là , dans le parti des Wighs \ ce- 
pendant s'il s'oppofe de tout fon pouvoir aux attentats 
que quelques-uns de. fon parti voudroient faire contré 
1 autorite Royale , on ne peut difconvenir que par cef 
endroit il ne fbit eftedivement Tori. De même, quand 
il s agit de 1 Eglife, les Epifcopaux doivent être regar- 
des comme Tons \ mais combien n'y en a-t-il pas qui 
iont Wighs par rapport au gouvernement? 

Au refte les motifs généraux qui ont forihé & qui 
maintiennent les deux partis, ne iont pas ordinaire- 
ment les motifs fecrets des particuliers. L'intérêt pro- 
pre eft le premier mobile de leurs avions. Depuis la 
naiftance de ces faétions , chacune a travaillé avec ar- 
deur à g^agner^ l'avantage fur l'autre -, parce que de 
cette lupériorité viennenr les charges, les honneurs & 
les dignités, que le parti dominant fait diftribuer à fes 
propres membres , à l'exclufion du parti contraire. 

Refte à marquer les caraûères que l'on attribue 
communément aux Wighs & aux Toris. Les Toris 
font hers & hautains. Ils traitent les Wighs avec le 
dernier mépris , & même avec dureté , quand ils ont 
l'avantage iur eux. Ils font très-paffionnés , & vont 
extrêmement vite , rapidité qui n'eft pourtant pas tou- 
jours l'eliet de la fougue , & qui a quelqiiefois fort 
fondement dans la politique. Ils font enfin fort fujets 
à changer de principes, lelon que leur parti eft domi- 
nant ou abaiiîé. Si les Prelbytériens rigides prévaloienc 
dans le parti Wigh, ce parti ne feroit ni moins alticr, 
m moins fougueux que celui des Toris ; mais on dit 
qu ils n en ont pas la diredion : ce qui donne lieu d'af- 
lurer que ceux qui font à la tête du parti des Wighs 
iont beaucoup plus modérés que les chefs des Torisi 
D ailleurs ils fe conduifent ordinairement par des prin- 
cipes fixes , ils vont à leur but par dégrés , fans vio- 
lence , & leur lenteur n'eft pas moins fondée fur la po- 
htique , que l'emportement & la promptitude des To- 
ns. On accule les Wighs , d'être fort avides de biens 
& d honneurs, & de récompenfer mal ceux qui s'ar- 
rachent à eux , ce qui leur fair perdre fouvent des 
amis & des partifans-, je ne puis rien dire de pofitif fur 
ce lujet: quoiqu'il en Ibit , dit un Auteur que nous al- 
lons citer , on peut dire à l'avantage des Wighs mo- 
dères, qu'en général ils fouriennent une bonne caulet 
lavoir la conftitution du Gouvernement tel qu'il eft: 
établi par les Loix. Ils pèchent à la vérité, quelque- 
fois par un excès de précaution & de défiance : cela, 
leur fait faire de remps en temps des démarches con- 
traires à leurs véritables intérêts & à leurs propres, 
principes-, puifqu'en certaines occafions, ils ne main- 
tiennent les droits de la Nation & du Parlement qu'aux 
dépens de l'autorité Royale. Vbyei la Diftèrtation dé 
M. Thoiras Rapin fur les Wighs & les Toris , impri- 
mée à la Haye en 1717. Après tout, les Anglois ne fonc 
pas les lëuls (jui compofent ces deux faélions. La plu- 
part des Etrangers établis en Angleterre , ou qui y onc 
vécu , font devenus Toris ou Wighs. Il y a aulïï une 
hiftoire du Wighifme & du Torifme compofée par 
M. deCize, ci-devant Ofticier au fervice d'Angleterre ^ 
& imprimée à Leipfilc la même année 1717. Elle con- 
tient à peu près la même choie que la Diftèrtation de 
M. Rapin. 

Les Toris , dit-il , (i l^on en cfoit les Wighs i font 
les tlateurs du Prince, & les ennemis des Sujets; tous 
leurs principes tendent à donner à celui-là un pouvoir 
abfolu & tyrannique , & à priver ceux-ci de leurs 
droits , auffi-bien que de leur liberté. Ils veulent af- 
fervir l'Erat à l'Eglilè •, ils font animés d'un elprir dé 
perfécution , & ils impofcnt aux confeiences le même 
joug que l'Evêque de Rome impofc à ceux qui le re- 
connoiftent pour leur Chef. Ils ont un penchant ex- 
trême à retourner à la Religion Romaine-, & ils lat 
préfèrent aux Settes Proteftanres , qui ne fe confor- 
ment pas à Id difcipline de l'Eglife Epifcopale. Ils font 
parcifansi & peniiouuaires de la Fjauce -, ils s'y font vea- 



55 



TOR 



TOR 



-dus einc-mêmes, & lui ont livre leur Patrie, toutes 
les fois que cette ennemie jurée de rAngleterre a vou- 
lu mettre un prix à leur trahifon. Le Chevalier hrmer 
qui étoit grand Toris, prétendoit que 1 homme etoit 
ellentiellement né efclave ', que la Royauté eto,t de 
droit divin-, qu'Adam avoit été le premier Monarque 
du monde, & que tous fes delcendans avoient ete les 
clclaves. Selon M. de C.ze= dans ion hiftoire du Wi- 
ghilme & du Torifme , les Tons ont pour maxuiie. 
In matière de Poluique, que les Rois ne riennent eur 
autorité que de Dieu, que par conlcquent ils ne lont 
rclponfables qu'à lui de leur gouvernement-, que la 
. -Royauté eft de droit Divine que les Sujets n ont nul 
droit d'exiger du Souverain qu'il renie compte de ia 
conduites qu'on doit lui obéir en tout ce qui n'eftpas 
contraire à la Loi de Dieu -, que ni les particuliers , m 
tout le corps de la Nation ne peuvent lui relifter fans 
crime. Que le Prince, ajoute M. de Cize, envahille a 
liberté, qu'il détruife les privUéges, qu'il renverle la 
Keligion de Ion Peuple , il faut, félon les Tons, le louf 
frir patiemment. Il faut conferver Ion ame pure , il 
faut mourir pour fa Religion , mais il ne taur pas re- 
lifter aux Puilîances. Un Prince né pour fucceder à !a 
Couronne , ne peut être privé du droit de fa naillance-, 
de quelque Religion qu'il foit, & quelque dellcinquii 
ait, rien n'autorile la Société à l'exclure de la luccel- 
fion. Les Toris aiment la France, & n'ont que tort peu 
d'inclination pour la Maiibn d'Autriche , & pour je- 
Hollandois. Les Tons font ennemis de la guerre, lur- 
tout de celle qui fe fait lur rerre. Us font allez mdii 
férens à l'égard du commerce , parce que les Wighî 
leurs ennemis font les plus grands Marchands de la 
Nation. Voici leurs idées par rapport à la Re.igion 
L'Epifcopat eft de droit Divin, auffi-bien quelaRoyau- 
té.Tous ceux qui ne font pas ordonnés pardesEvequCi^ 
ne peuvent être Miniftres de Jéfus-Chrift, ni de foi 
Eglife. Les Toris font tous leurs eftoris pour rendre 
l'Eglife indépendante de l'Etat. En général ilsn'héhten 
pas" à dire qu'il vaudioit mieux être Catholique Ro 
main, que PreiLytér.en. De-là naillent leur animoiiu 
contre leurs Compatriotes Non-conformiftes, & leui 
dureté à l'égard des Proteftans étrangers. 

Les Toris prirent en 1700. le titre de Membres de 
la haute Eglife, & donnèrent aux Wighs celui de mem 
bres de la balîè Eglife. Les forces des Tons, lonr à pei 
près en équilibre avec celles des 'Wighs. M. de Cize dit , 
que parmi la haute Nobleile, Ducs, Marquis, Comtes, 
•Vicomtes , & Barons , le nombre des Wighs lu rpalie 
celui des Tons ; fa preuve eft que depuis l'avenemen' 
du Roi Guillaume à la Couronne , les Lords le lonr 
prefque toujours oppofés aux dellëins de la Ciiambre- 
Balle, lorfque le parti Ton a prévalu. De vingt-quatre 
Evêques qui font en Angleterre , on en regarde qua 
-torze comme Tons, les autres pallent pour 'Wigh- 
zélés. Les Univerfités d'Oxford & de Cambridge , ou 
les Eccléliaftiques prennent leurs principes , aulH-bien 
que leurs dégrés, foutiennent fortement les idées de-. 
Tons\ d'où il arrive que le Clergé inférieur eft poui 
l'ordinaire rempU des maximes de ce parti. Il (eroit 
difficile de décider lequel des deux partis l'emporte 
dans le Tiers-Etat. Pour l'ordinaire la Cour & leMi- 
niltère y font pencher la balance de leur coté. 

Il y a dans ce Pays-ci , comme en Angleterre , des 
Toris & des Wighs. Les Wighs Gallicans , comme en 
notre Pays, font un amas de gens de toute efpèce ^ 
de toutes fortes de caradères , &:c. Pour les Toris Gal- 
licans , ils ne font pas tous , non plus que les Wighs , 
d'un même caradère. Anonyme Anglais , dans les 
Mém.deTr. ijiS- F^S- ^**- 
JoRi , fuivant ce qu'on a dit ci-delTus, eft unmotlrlan- 
dois , qui veut due Voleur de grand chemin. AJfaJJin. 
Ce nom de Tori fut donné aux payfans Irlandois qui 
firent le maflàcredes Proteftans d'Irlande fous Charles I. 
Ce fur vers l'an 1678. que les noms des Wighs & des 
Toris femblerent divifer la Nation entière , à l'occa- 
iion de la fameufe dépofition de Titus Oats , qui ac- 
cufa les Catholiques d'avoir dépofé & conjuré contre 
le Roi & contre l'Etat. Le nom de Wigh fut donné à 



ceux qui croyoient réelle la confpiraiion , S: celui de 
7'ori à ceux qui la crurent fuppolée. M. de Ciu. 
TORICELLI. f. m. Nom propre d'homme , en ufage en 
Phylique dans ces phrafes : Tube de ToricclliJ'cxpC' 
rience de Toricelli. Toricellus. Le tube de Toricelle 
eft un tube de verre , long d'environ rrois pieds au 
moins , dont l'ouverture eft néanmoins de trois lignes , 
& qui eft fcellé hermétiquement par un bout. Tubiis 
Toncellianus. L'expérience de Toricellij en Latin To- 
ricellianum experimenturn , fe fait en remplitlant une 
tube de Toncelli de vif argent -, puis bouchant l'ori- . 
fice du tube avec le doigt, on renverfe le tube , & on 
plonge cette extrémité ouverte dans un vafe, où il y 
a du vif argent -, enfuite on ote le doigt qui bouchoit 
le tube , que l'on tient élevé perpendiculairement à 
la furface du mercure qui eft dans le vafe. Alors une 
partie du mercure qui eft dans le tube tombe dans le 
vafe , & il n'en refte dans le tube qu'autant qu'il en 
faut pour remplir entre vingt-huit & vingt-neuf pou- 
ces de la capacité du tube , au-dellus de la lupethcie 
du mercure contenu dans le vafe , & dans lequel j'ori- 
fice du tube eft plongé ; c'eft l'air qui porte lur la luper- 
lîcie de ce mercure, qui félon qu'il eft plus ou moins 
raréfié , foutient ainfi , par Ion poids ce Ion rellort, le 
mercure, qui refte dans le rube, & le foutient à dif- 
fétens dégrés entre z6 & ip pouces , félon qu'il eft 
pAis ou moins raréfié, ou que les vents qui fouftlent 
de haut en bas, ou de bas en haut , foulèvent oupref- 
fent l'air , & augmentent ou diminuent plus ou moins 
le poids &: le relFort de cet élément. 

Toricelh , à qui nous devons cet inftrument météo- 
rologique, n'"a pas été le feul à s'en fervir pour démon- 
trer le pefanteur de l'air que nous refpirons. M. Paf- 
cal nijt cette vériré dans le plus grand jour parj'expé- 
riencé qu iifit faire en Auvergne. M. Perrier, fon beau- 
frère , piaça deux Baroinéttes , parfaitement égaux , 
l'un au pied, l'autre au fommet de la mon:agne du 
puy de Dôme, & il s'apperçut que le mercure mcnra 
plus haut dans le tube du premier que dans le tube du 
lecond. Il conclut de- ià que le mercure n'étoit foutena 
dans le Baromètre que par la pefanteur de l'air, puifque, 
plus la colonne étoit longue , & plus le mercure mon- 
toit dans le tube du Baromètre. 

Quand on eft menacé de mauvais tenips , de pluie, 
le Baromètre baille au-dellbus de la hauteur moyenne, 
c'eft-à-dire , au-deftous de 27 pouces |. D'où vient cela? 
On explique les vaL-iacionsdu Baromètre, non-feule- 
ment par ia pefameur de l'air , niais encore par fon reP 
fort. Piufieurs Phyficiens s'attachent même particulière- 
ment à cette dernière cauie. Or dans un. temps plu- 
vieux l'air perd beaucoup de fon éiafticité, puifque 
l'humidité qui règne dans l'atmofphère doit commu- 
niquer une trop grande flexibilité à les parties. Le mer- 
cure doit donc bailïèr alors au-dellbus de fa hauteur 
moyenne. 

Par une raifon contraire il doit monter au-deftus de 
fa hauteur moyenne dans un temps calme & lec, parce 
qu'alors l'air eft très-élaftique, fes particules ayant per- 
du cette grande flexibilité que l'humidité leur avoir 
communiquée. 
TORIGNE. Bourg de France dans l'Anjou , Éledion de 

la Flèche. 
TORIGNI. Nom d'un bourg de la Normandie , en 
France. Tonniacum , Tauriniacum , Torineium caj- 
trum. Il eft près de la rivière de Vire , à huit lieues de 
Coutance, vers le levant.- Maty. 
TORILLON. VoycTi Tourillon, qui eft le mot d'u- 

fage. Cardo verjhtilis. 
TORISME. f. m. Nom de faétion en Angleterre. Tarifa 
mus. Un François Réfugié , nommé de Cize , imprima 
en 171 5. à Leipfilc, une hiftoire du Wighifme & du 
Torijme. VbyeiToRi. Les Catholiques Romains en 
Angleterre font attachés au Torifme. Journ. des Sav. 
17 17. p. 62.:;. Le Torijme & le Wighiime lont les deux 
fadions qu'i partagent l'Angleterre. Le Torijme eft 
moins déraifonnable que le Wighifme. 
TORLAQUI. f. m. Nom d'une efpèce de Religieux par- 
mi les Turc?. Torla^uusj yirapud Turcas Religiojus. 

Autrefois 



« 



TOR 

Autrefois ôii vbyoit des TorLiquis & des Kaîenders, 
mais ils font rares à préfenr. Du Loir , p. 149. 

TORMENTE. Nom d'une rivière de France. Tormen- 
tum. Elle eft en Auvergne , & arrofe le Vicomte de 
Tmeime. Valois, Not. Gai. p. ££y. 

TORMENTILLE. f.f. Plante qui poulTe plufieurs petites 
tiges longues d'environ un pied, velues , rougcâtres, 
grêles , rampantes , garnies de feuilles femblables à 
celles de la quintefeuiile , & rangées de même, mais 
au nombre de fept fur une queue. Septifolium. Ses 
fleurs font chacune à quatre feuilles dilpolëes en rofe, 
petites , de couleur jaune , foutenues par un baffin dé- 
coupé en huit parties, quatre grandes & quatre pe- 
tites, placées alternativement. Lorfque cette fleur eft 
paflée, il lui lucccde un fruit prefquè rond dans lequel 
font amallées plufieurs femences oblongues, menues. 
Sa racine eft tubéreufc, plus grofTe quelquefois que le 
pouce, raboteufe, inégale, rougeâtrej fibreule. En 
Latin Tormentillafilveftris. C. Bauh. La racine de Tor- 
mentille eft aftringenre , propre pour les cours de ven- 
tre, pour le vomillement, pour les hémorrhagies. 

Ce mot vient du Latin tormentum, tourment. On a 
donné le nom de tormentille à cette plante , parceque 
fa racine pulvérilée &c mêlée avec un peu de pirethre & 
d'alun, & mifedansla cavité des dents, foulage le mal 
qu'elles font. 

TORMES. Nom d'une rivière d'Efpagne. Tormis, Elle 
naît dans les montagnes d'Avila en Caftille , traverfe 
le Royaume de Léon , baigne Alva de Tormes & Sala- 
manquc ,& fe décharge dans le Douro , au dellbusde 
Miranda de Douro. Maty. 

TORMINAL. f. m. Arbre qui croît à une hauteur mé- 
diocre, & dont le tronc eft couvert d'une écorce lillë 
& blanchâtre. Sorbus torminalis. Son bois eft blanc & 
ddr. Ses feuilles font lemblables à celles du fureau aqua- 
tique , un peu moindres , ayant la forme d'un pied d'oie. 
Ses fleurs font à plufieurs feuilles difpofées en rofe , 
blanches, pâles, ramaflées en grape. Il leur fucçèdcdes 
fruits ronds , de couleur de fer , marqués de petits points 
blancs, d'un goût auftcre au commencement, & qui 
devient eniuite un peu aigre & agréable. Ces fruits ren- 
ferment des femences lemblabics à celles du poirier , 
plus petites, prefque triangulaires-, de couleur de châ- 
taigne. En Latin mejpilus apii folio Jîlvefiris non Jpino- 
fa ,five fbrbus torminalis. C. Bauh. Le fruit de cet ar- 
bre eft bon pour les tranchées, pour la diarrhée , pour 
la dyiienterie. 

Ce mot vient du Latin tormina, tranchée, à caufe 
que le fruir du terminal eft propre pour les appaifer. 

TORNA. TORNAW. Nom d'une petite ville de la Hau- 
te- Hongrie. Torna. Elle eft à fix lieues de Caflovie , vers 
le couchant ,& capitale du petit Comté de Torna , qui 
eft environné de ceux d'Abanwivar , de Gevinar , de 
Gomor , & de Barfod. Maty. 

TORNADGLBACHL f. m. Officier de chaflè , dans la 
Maifon du Grand-Seigneur. Vertagis Prœfecîus. Le 
Tornadgi-Bachi a foin des lévriers. YixjhoïK.pag. 97. 

TORNADOT. f. m. Terme du For de Béarn. Retour de 
dot. De Lauriere. 

TORNAN. Petite ville de France dans la Brie , fur une 
petite rivière du même nom -, à cinq lieues de Corbeil , 
& à trois de Brie Comte-Robert. 

TORNAS & TOURNES. Vieux fubft. fem. qui fignifioit 
ce que nous appelions Lods & ventes, M. Galand, au 
Franc-Aku,p. 1S8. citant la Coutume de Montpel- 
lier. Mf. BOREL. 

TORNAVACCAS. Nom de montagnes d'Efpagu. la 
Sierra de Tornavaccas , ou de Gâta. Tornavaccœ, ou 
Gatœ Montes. Elles s'étendent le long des confins du 
Portugal , depuis le Tage jufqu'au Royaume de Léon , 
& elles font une partie de celles qu'on nommoit autre- 
fois les montagnes d'Idubéda. Maty. 

TORNE. Nom d'une petite ville de la Bothnie. Torna. 
Elle eft fur le bord feprentrional du golfe de ce nom , à 
J'embouchure de la Torne , où elle a un bon port. Ce 
lieu a quelque commerce , parce que tous les Lapons 
des environs y viennent troquer leurs pelleteries pour 
les denrées-, & pour les armes dont ils ont beibiii pour 
la chafle. Maty. 

Toms: FUI. L Partie. 



91 

Torne. Nom d'une rivière de la Suéde. Tornus fluvius. 
Elle a la fource dans les montagnes de Norwèec, tra- 
verfe le Lac de Torne , & le Torne- Lap-Maric ^c'cft-à- 
dire , la Laponie de Torne , une petite partie de la Both- 
nie , & fe décharge dans le golfe de ce nom , à la ville d# 
Torne. Maty. 

TORNÉEMENT. {'. m. Vieux mot. On difojt aufïï Tor- 
n« ., c'eft-à-dire , un tournois , un duel. Merlin. On le 
dérive de Troja-, & d'autres , de ce que les Chevaliers 
y combattoient par tour. C'étoient des jeux des An- 
ciens , & qu on lit dans Virgile avoir été pratiqués par 
EnéeTroyen. Foyez Tournoiement. Borel. 

TORNEIS. Vieux mot qui le difoit en cette phrafe-, Pont 
torneis , c'eft-à dire , Pont levis. Borel. Comme qui 
diroit , Pont tournant. P&ns yerfatilis. 

TORNES.Nom d'un village de France. Tornucum. Il eft 
dans le Mans , entre Laverdin & le Caftre au-delà du 
Loir. Valois. Not.Gall. pag. 569. 

TOPvNI. Nom d'un village de France. Taturniacum. Il 
eft près d'Arci- fur-Aube, dans le territoire de Troies en 
Champagne. Valois. Not. Gall.pag.^^. 

TORNlCLE. Vieux mot. Cotte d'arme. Borel. Sagum. 

«Ci^TORNOVE, ouTORNOVO. Ville de la Grèce dans 
le Camenolitari, au pays appelle la Janna, fur le bord 
deSalampria, à dix milles de Lariflè 

TORNUS , TOURNUS. Nom d'une petite ville avec 
une célèbre Abbaye Tinurcium , Trinortium , Trinor- 
chium, Trenorchium. Elle eft ancienne , & fituée dans 
le Duché de Bourgogne , enFrance, furlaSaône, à fix; 
lieues de Mâcon, vers le nord. Maty. Fojq Valois, 
Not. Gall.pag, 554, 

TORO. Nom dune petite ville fans murailles. Taurum. 
Elle eft dans le Royaume de Léon , en Efpagne, fur le 
Douro, à neuf lieues de Valladolid, vers le couchant. 
Quelques Géographes la preni-uent pour l'ancienne Sara- 
bris, d'autres pour l'ancienne Oc?o^uro/72 , deux petites 
villes de Vaccéens,MATY. 

ToRO, C'eft auffi une petite île , qui eft près de la côre 
méridionale de la Sardaigne , au midi de celle de S. An- 
diogo, Taurus, L'ile de Toro ^ & celle de Vacca, qui 
en eft près, font les deux qu'on nommoit anciennement 
Bonares infulœ. Maty, 

ToRo. f. m. Terme de Relation. C'eft le met le plus dé- 
licieux des Iffinois. Il fe fait de caroflè qui eft le fruit 
d'une elpèce de palmier, gros comme une prune, & 
qui n'a prefque qu'une peau étendue fur un noyau-, ils 
la mettent en monceaux ■■, elle fe pourrit : alors ils la 
concailent dans un mortier de bois -, l'arrofent d'eau 
chaude , la braflent avec des bâtons ,& en titent l'huile, 
dans laquelle ils font cuire do poiftbn avec un peu de fel 
& beaucoup de piment: c'eft là leur Toro, qu'ils font 
quand ils veulent fe régaler j &dont les Blancs s'accom- 
modent allez, pourvu que le piment y ait été épargné. 
Voyelle R. P. Loyer. Relation du Royaume d'I^nv. 

TORON , ou TAURON. f. m. Sorte de confitures qui 
fe fait en Efpagne, compofée de miel & d'amandes-, on 
en fait aufïï aux pignons & aux piftaches. On vend quel- 
quefois du toron à la foire S. Germain à Paris, le bon 
toron doit être bien blanc , f'ec & croquant. 

ToRON, f m. Terme de Corderie & de Marine. On ap- 
pelle ainfi un cordon ou allemblage de plufieurs fils de 
caret tournés enfemble, & non commis , qui font par- 
tie d'une corde de câble. Fila retorta. Pour faire un 
Toron , on prend un certain nombre de fils ( plus ou 
moins, (elon lagroileurqu'on veut donner au cordage) 
& on les roule ou tortille enfemble par le moyen du 
rouet. Ces torons ainfi formés , étant commis enfem- 
ble , forment les cordages. 

TOROPÈTZ, TÉROPIETZ, Nom d'une petite ville du 
Duché de Refcouw , en Moi'covie. Toropetia , Tero- 
piet\a. Elle eft près de la fource de la Dzwinc, aux con- 
fins du Duché deNovogrod Wéliki, & à 30. lieues de 
la ville de ce norn , vers le fud. Maty. 

TOROUT , THOROUT. Nom de lieu. C'étoit autt efois 
une grande ville 5 maintenant ce n'eft qu'un bourg tout 
ouvert de la Flandre Efpagnole, firué à trois lieues de 
Bruges, vers le midi. Thorultum , Thoraltum. Maty. 

TOROUX, ou TAUREOUX. f m. pi. C'eft ainfi qu'on 
appelle eu quelques lieux de Barbarie ,"& particulière-; 

N 



98 TOR 

mène .ni Baflion de France & Tes dépendances , les plus 
beaux cuirs que les Maures viennent y négocier avec 
les François. Ceux de la moindre elpèce le nomment 
des Elchartz. 

TORP , ou DORP. C'eft un mot de l'ancienne Langue 

• Teutonique , qui s'eft conlervé dans pludeurs noms de 
lieux de France, & fur-tout en Normandie. Il lignifie 
village. Dejcrip. Géogr. & Hifi. de la Haute-Norm. 
toni. I. p- <;6. 

TORPET. VoyeiToKvis. . 

TORPILLE, i". f.PoilIôn de mer qui jette ime humeur h 
froide, qu elle engourdit la main du Pêcheur, ibit qu'il 
pêche avec la main , foit avec le filet , Toit avec la foui- 
ne. Elle endort auffi les poiiTbns dont elle fait la pâtu- 
re. Torpédo. La torpille eil: mile au nombre des poillons 
plats & cartilagineux , comme la raie, le turbot , la foie 
& la tareronde. Son corps eft rond , lî on ôte la queue. 
Sa tête eft tellement enfoncée entre l'es épaules, qu'elle 
ne paroît aucunement. Elle a deux petits yeux, & outre 
celadeux trous enformedecroillànt, toujours ouverts, 
une petite bouche garnie de petites dents , & au-delîus 
deux perruis qui lui fervent de naleaux. Elle a cinq 
ouïes de chaque côté , petites & recourbées , & deux 
aîles fur la queue. Lapeaudedellus eft molle, déliée, 
blanchâtre, celle de deilous jaunâtre, tirant à la cou- 
leur de vin. Il y en a quelques-unes qui ont fur le dos 
cinq taches noires , rondes ,difpofées en pentagone -, 
d'autres en ont plulîeurs fans ordre. D'autres^ n'en 
ont point du tout. Ariftote dit qu'on en a vu une 
qui avoir fait 80 petits. Nonobftant le venin qu'elle 
jette en vie , on ne laiflè pas d'en manger la chair -, & 
Hippccrate en recommande l'ufage en plulîeurs mala- 
dies. Matthiole dit qu'il n'y a point d'homme qui ait le 
bras fi fort, qu'il puilfe long-remps fourenir une torpille 
vive. Le Sieur Stepffano Lorenzini Florentin a fait un 
Traité particulier de la torpille. Il dit que la petite el- 
pèce ne pefe jamais plus de lix onces, & que celles de 
la grande vont depuis 18 jufqu'à 24 livres. Il met ce 
poiilbn au nombre des vivipares , quoiqu'il air des œuts. 
Son cœur palpite 8 ou $> heures après qu'il eft arraché -, 
mais il foutient qu'il faut toucher h torpille immédia- 
tement avec la main nue en deux mufcles qui l'entou- 
rent, où réfide fon venin , pour en fentir Tengourdil- 
femenr. 

Kempfer alïiire que quand en touchant la torpille , 
on retient fortement fon haleine , on ne relient aucun 
des eftets qu'on lui attribue. 

Quelques Phylîciens ont mieux aimé nier cette qua- 
lité engourdiflânte dans la torpille , que d'en chercher 
la eau le. Mais ce fait eft conftaté par un trop grand nom 
bre d'obfervations , pour être révoqué en doute. 

Quelques-uns , comme Redi , Lorenzini , Perraulr, 
&c. attribuent cet engourdillèment à l'émifTion de cer- 
tains corpufcules qui Ibrtent continuellement de ce 
poilTon, mais beaucoup plus abondamment quand on le 
touche , que dans un autre temps. Ces corpufcules 
échappés de la. torpille , caufenr, difent-ils, l'engour- 
dilïement des parties dans lefquelles ils s'infinuent , ou 
par leur nombre , ou par la difproportion de leut figure 
avec celle des vaiileaux dans lefquels ils pénétrenr. 

Quelques Phyficiens , comme Borelli , Trouvent cette 
explication peu fatisfaifante. Si l'engourdiiremcnt di- 
fent-ils, dépend .de l'émiflion des prétendus corpufcu- 
les, il devroit être plus foible dans le premier inftant , 
& aller en augmentant, à mcfure qu'il s'infinueroit un 
plus grand nombre de ces corpufcules torporifiques. 
C'eft ainfi que la chaleur augmente par degrés , à me- 
fure qu'il s!infinue dans le corps un plus grand nombre 
de parties ignées. Cependant l'expérience nous ap- 
prend leconrraire. L'engourdilïemenr eft plus fort dans 
le premier moment , & va toujours en diminuanr. 

De plus, ces prétendus corpufcules devroient s'intro- 
duire dans la main , par exemple , ou dans route autre 
partie du corps , lors même qu'elle ne touche pas immé- 
diatement la torpille , fi elle n'en eft que très-peu éloi- 
gn'e, d'une ligne, par exemple. Cependant il eft en- 
core certain qu'il n'y a d'engourdillemenr que lorfqu'il 
y a contaél immédiat. 

C'eft pourquoi Borelli attribue l'engourdiflèment à 



TOPv 



un tremblement violent dont ce poifTon eft agité quand 
on le touche : agitation que n'a jamais pu découvrit 
M. de Réaumur : mais il a obfervé que ledos de la tor- 
pille , avanr qu'on la touche, devient concave, de con- 
vexe qu'il étoit : dans l'inftant où on la touche, il rede- 
vienr lubitement convexe : mouvement qui s'exécute 
par le itléchanifme de deux mufcles qui occupent , l'un 
à gauche , l'autre à droite , la plus grande partie du 
corps de ce poilfon. En reprenant ainlî la figure con- 
vexe , la torpille donne un coup lubit à la main qui la 
touche , coup d'autant plus violent , qu'il eft plus prefte ; 
& c'eft ce coup qui produit l'engourdillement. 

TORQUE, f. f. Terme de Blafon , qui le dit d'un bour- 
let de figure ronde tant en fa circonférence, qu'en ion 
tortil, étant compofé d'étofie tortillée, comme le ban- 
deau dont on charge la tête de More , qui fe pofe fur 
les écus. Jntortunij pittacium intortuin. La torque eft 
toujours de deux principaux émaux qui fonr le gros des 
Armoiries, aulïï-bien que les lambrequins. C'eft le moins 
noble des enrichillemens qui fe pôle fur le heaume pour 
cimier. 

Torque, f. f. Vieux mot. Toque, bonnet rond. Les Mar- 
guerites de Marguerite Roine de France. 

Moi de bonnets 

De torques, de tourets de nés , 

De garde-cols &' de cornettes. 

TORQUÉMADA , ou TORCQUÉMADA. Bourg ou pe- 
tite ville de la Caftille vieille en Efpagne, lut la Pizuerga, 
aux confins du Royaume de Léon. On prend Torque- 
mada pour l'ancienne Augufta-Nuova ou Porta-Au- 
gufta, que d'autres placent à Covarruvias. 

TORQUER. V. a. C'eft en termes de Manufadiurp de 
tabac, faire les cordes du tabac , le filer pour le mettre 
en rouleaux. 

TORQUET. f. m. Il n'a d'ufage que dans certe façon de 
parler populaire. Donner du /on/i/^/ à quelqu'un; pour 
dire , le tromper, lui dire des chofes contraires à ce 
qu'on penfe pour le faire tomber dans le panneau. Ver- 
borumfiillacia. Je lui ai donné du torquet. On dit aufli, 
donner le torquet. 

TORQUETTE. f. f Certaine quantité de marée entor- 
tillée dans de la paille. Pifcium fajciculus. On le die 
aufîîpar métaphore d'un panier de volaille ou de gibier. 

ToRQUETTEs de Tabac. Ce fonr des feuilles de tabac 
roulées & pliées extraordinairemenr : elles font à-peu- 
près comme les andouilles , à la réferve qu'on n'y met 
pas tant de petites feuilles dans le dedans. 

TORQUEUR. f m. Terme de Manufacture de tabac. 
C'eft celui qui fait les cordes de tabac. Ce mot vient du 
Latin/or^H(?r^. 

TORRE. i. f Nom Italien &EfpagnoI, qui fip;nifieTour, 
Turris, tk qui entre en plufieurs noms de lieu. 

ToRRÉ , TuRRÉ. Nom d'une rivière du Frioul , province 
de l'Etat de Venife. Turrus, Turris. Elle palle fort près 
d'Udine, & ayant reçu le Natifone, un peu au-dellùs. 
de Palma-Nuova,el!e vafe décharger dans leLifonzo, 
à quelques lieues au-delfous de Gradifca. 

ToRRÉ d'AcRi ou d'AcRi. Aciris. C'étoit anciennement 
une petite ville de laLucanie. Ce n'eft maintenant qu'un 
petit bourg du Royaume de Naples. Il eft dans la bafili- 
cate, à l'embouchure de TAgri , dans le golfe de Taren- 
te. Maty. 

ToRRÉ d'ANAzzo de Camarana , Caméra. Voye^ 
Anatio , Camarana , Caméra. 

ToRRÉ Di S. Basilio. Bourg du Royaume de Naples. 
Turris S. Bafdii. Il eft dans la Bafilicare , à l'embou- 
chure du Sino ou Senno dans le golfe de Tarente. Quel- 
ques Géographes prennent ce bourg pour l'ancienne 
Leut'arnia, petite ville de la Lucanie , laquelle d'autres 
placent à Alvidona, en Calabre. Id. 

ToRRÉ Di Cerdagna. C'étoit anciennement une petite 
ville. Cerretanum. Ce n'eft maintenant qu'un village 
fituédans la Cerdagne Françoife , en Catalogne , à trois 
lieues de Puicerda, vers le nord. Maty. 

ToRRÉ DEL Gréco, C'eft un village de la Terre de La- 
bour, fitué fur le golfe de Naples, à trois lieues de la 



TO 

ville de ce nom , vers rodent méridional. Tunis Grceci. 
On prend ce village pour l'ancienne Herculaneuni , Her- 
culea urbs , qui étoit une ville de la Campanie. 
ToRRE deMoncorvo, OU de MENCORVO.C'eftungros 
bourg de la Province de Tra-los-montes , en Portuo:al. 
Moncorvum , Mencorvum. Ileft au conflueni du Sabor 
&: du Douro , & à onze lieues de Lamégo vers le levant. 
Quelques Géographes prennent ce lieu pour la petite 
ville des Callaïques , laquelle on nommoit ancienne- 
ment Pora/n Narbujbrumj ce qu'ils tondent fur la con- 
formité de leurs fituariohs. Maty. 
ToRRÉ d'Olivéto. Village delà vallée de Démona , en 
Sicile. Tunis Oliveti. ïleftaupied duMont-Gibel, vers 
le midi occidental. On le prend pour la petite ville , 
nommée anciennement Dymetus. Maty. 
ToRRÉ PiGNATARA. Ceftlaplacc d'une ville Epifcopale , 
nommée ancïQnnei^eiMSubaugufta, & enfuite Augufta 
Helena j parce qu'Hélène mère de l'Empereur Conf- 
tantin y fut enterrée. Cette place eft près de la ville de 
Rome, vers les confins de la Sabine. Maty. 
ToRRÉ Di Sanguinazzo. Village fitué fur la côte fepten- 
trionale de Candie, à trois lieues deRétino, vers lele- 
vanr. Tunis Sanguinana. On croir qu'elle eft la petite 
ville qu'on nommoit anciennement 5/f/te. Id. 
TORREFACTION, f fem. Terme de Pharmacie. C'cft 
une efpèce d'afifation qui fe fait lorfqu'aprcs avoir réduit 
en poudre quelque drogue , comme de la rhubarbe ou 
des myrobolans , on met kir une platine de fer ou d'ar- 
gent qui a été placée fur un feu modéré , cette poudre , 
jufqu'à ce qu'elle commence à s'oblcurcir, ce qui eft une 
marque que ces remèdes ont perdu leur qualité pur- 
gative , èc qu'ils en ont acquis une plus aftringcnte. 
Tonefaclio , uftulatio. 

. C'eft en général une opération par laquelle on ap- 
plique une chaleur violente à un corps. On foumet un 
corps à cette opération quand on veut féparer , à l'aide 
du feu & de l'air , les parties volatiles des fixes, pour 
avoir celles-ci feulement. 

Ce mot vient du Latin , Tonefacere , rôtir. 

TORREFIER, v. a. Terme de Chymie. Griller , appliquer 
une chaleur violente. Il fe dit des drogues qu'on met 
fécher fur une platine de métal , fous laquelle on met 
des charbons jufqu'à ce que ces drogues deviennent fria- 
bles au doigt. Torrefacere , ajjare , Torréfier les par- 
ties de f opium. 

iTORRELAGE. f. m. Terme de Coutume. Rederance 
ou droit qui eft payé au maître de la toraille, par ceux 
quiy font fécher leurs grains. Torrelagium. 
Ce mot vient du Latin torreo. 

^:5' TORRENT, f. m. en Latin Tonens. Courant impé- 
tueux , qui vient ordinairement d'une pluie abondante , 
ou de la fonte des neiges. On diftingue le torrent du 
fleuve , en ce que le fleuve coule toujours , & que le 
lorrent ne coule que de tempsen temps , par exemple , 
après les grandes pluies ou la fonte des neiges. Comme 
le terme Hébreu fignifie une vallée aufli-bien qu'un 
lorrent, fouvent dans l'Ecriture on met l'un pour l'au- 
ire : ainfi l'on dit le torrent de Gerare pour la vallée de 
Gerare. Equivoque qui n'eft pas dangereufe , puifque 
les torrens fe trouvent ordinairement dans les vallées. 
LaMART. 

Dans l'Ecriture , on ne diftingue pas toujours entre 
tonent & fleuve. On donne le nom de Tonent d'E- 
gypte au Nil dans les nomb. 34. 5. dans Joiué, 25,4 
&47. dans Ifaïe, 27, 12. & àl'Éuphraie pf. 125 , 5'; 
& dans Ifaïe , 1 5 , 7. il eft nommé le torrent des Saules. 

Conçu dans une obfcure nuit , 
Crojfi des eaux de cent orages , 
Un torrent rouloit à grand bruit , 
'Et dujbmmet du mont commençait fis ravages. 

On le dit de même des matières embrafées qui for- 
tent des volcans. On voit des torrens de feu , de fouftf e , 
de bitume , &c. fortir des volcans dans le fort de l'em- 
brafement. 

On fe fert de ce mot au figuré en parlant de cer- 
taines chofes dont on veut faire connoître la violence , 



TOR 



99 



l'impétuofité , l'abondance. Vis j vehementia , multitu- 
do, copia. Ainfi Pon dit , un torrent de larmes , un tor- 
rent de paroles, un torrent d'injures , &c. L'éloquence 
de Ciceron étoit un torrent qui entraînoit tout le monde. 
Démofthène emporcoit les Auditeurs par le torrent 
d une éloquence vive & brillante. Tour. Un torrent de 
faulfes opinions inonda toute l'Angleterre. Fléch. On 
dit auffije torrent des pallions, de la colère. 

Je ne puis réfifler au torrent qui m'entraîne. Bon.. 

Quand les femmes parlent trop , pour l'ordinaire leur 
converfation n'eft qu'un torrent de bagatelles, & de 
chofes luperflues , qui ennuient fort ceux qui ont l'ei- 
prit raifonnable. M. Scud. Le torrent des pallions hu- 
maines (emble inonder & couvrir toute la face de la 
tetre. Fléch. Un Courtifan martyr de fon ambitFon , 
a une profufion , ou plutôt des torrens de louanges 
pour ceux qui peuvent contribuer à l'élever. LaBr. 
Céfar étoit né avec deux paffions violentes -, la gloire 
& l'amour , qui l'entraînoient comme deux torrens. Ch. 
de M. Le torrent du monde s'écoule , quelque foin 
qu'on prenne à le retenir. Fl. Les perlonnes bizarres 
prennent plaifir à s'oppofer au torrent de la coutume. 
Art de parler. 

Quel torrent de mots injurieux , 
Accufoit à la fois les hommes, Ù les Dieux ? Rac. 

TORRES, ou EL FLUMEN SANCTO, c'eft-à-dire, le 
Fleuve Saint. C'eft une petite rivière de Sardaigne. 
Elle palfe fort près de Saflâri , & fe décharge à S. Ga- 
vino , dans le petit golfe appelé Porto-Torres , ou Por- 
to-Sacer. Maty. 

Ce mot eft le pluriel de Torré , une tour j en Italien 
& en Elpagnol. 

«:^TORRES-NOVAS. Ville de Portugal , dans l'Eftra- 
madoure , au nord du Tage, à cinq lieues de Santoren, 
avec un château flanqué de neuf tours , d'où lui vient 
fon nom. 

foRREs VERDRAs. Bourg du Portugal. Turres veteres. 
Il eft fitué à fix lieues de Lilbonne, du côté du nord, 
& pris pour la petite ville de la Lufitanie que Ptolo- 
mée a nommée ArandiSj quoique leurs fituations ne 
s'accordent pas. Id. 

TORRIDE. adj. Synonyme de brûlant. Torridus. Il n'eft 
en ufage qu'en cette phraie : la zone tonide, qui eft 
l'efpace de la terre qui eft lous la ligné , & qui s'étend 
en-deçà & au-delà julqu'aux deux tropiques , ou à 25 
dégrés & demi de l'élévation du pôle. Zona torrida. 
Vbye:^ au mot Zone. Les habicans de la Zone torride 
voient le foleil palier à plomb fur leurs têtes deux fois 
l'année. Les Anciens avoient cru que la Zone torride- 
n'étoit pas habitable. Quarum quœ média efl, dit Ovide, 
non eft habitabilis œftu : mais les relations des voya- 
geurs nous apprennent que la chaleur exceflive du 
jour y eft tempérée par la fraicheur de la nuit. Dans la 
Zone torride les nuits font plus longues que par-tout 
ailleurs , & fous la ligne , où la chaleur eft la plus 
grande , elles font toute l'année égales aux jours, 

TORRIGLIA. Nom d'un bourg &Marquifatde la Mai- 
fon d'Auria. TorrigUa. Il eft dans l'Etat de Gènes vers 
les confins du Tortonois, à deux lieues de Monte-Bru- 
no, vers le couchant. Maty. 

TORROELA. Nom d'un bourg de la Catalogne en Ef- 
pagne. Torroela. Il eft fur le Ter près de l'on embou- 
chure , & à fept lieues de Gironc. Id. 

TORS, ORSE.'adj. Qui eft tordu, ou qui en a la figure. 
Tortus, intortus. Du fil tors j de la foie /or/ê. Du lucre 
tors. Cet homme a le cou tors. Le peuple dirj jambe 
torte, gueule torte , colonne torfi. Vbye{ plus bas au 
mot Tors. 

Ce mot s'emploie auffi lubftantivement. M. Griefer, 
allemand , a inventé une machine pour doubler les 
foies , & pour leur donner le tors à i'ufage des fabri- 
cans des bas au métier. L'Académie l'a jugée préfé- 
rable à l'inftrument qu'on appelle épinglier, qu'on em- 
ploie au même ufage. Mém. de l'Acad. des Sciences. 

Nij 



lOO 



TOR 



TOR 



Tors fans filer. C'efl: un faux organlin , où il y a quarre 
brins de foie aufïï bien qu'à l'organlin , mais qui n'ont 
été moulinés qu'une fois, au lieu que ceux de l'organ- 
fîn l'ont été deux. Le règlement de 1676 pour les 
étoffes d'or , d'argent & de foie de la ville de Lyon 
défend de l'employer pour le véritable organfin. 

Tors. Vieux mot. f. f. Du Latin Tunis, Tour. Poèf.du 
Roi de Nav. « 

TORSAS. Nom d'une bourgade de la Smaîande , ou 
Gothie méridionale en Suéde, aux confins du Biecking, 
à la fourcc d'une petite rivière qui fe jette près de-là 
dans Cahnar-Sond. 

TORSE, f. m. Terme de Sculpture, qui fedit du tronc 
d'une figure tronquée , qui n'a qu'un corps lans tête, 
ou fans bras, ou <ans jambes. Corporis truncus ,fiij>es, 
hernies. Il y a un beau torfe de marbre au Vatican à 
Rom.e, que l'on croit être le relie d'une figure d Her- 
cule. Felieien. 

Ce mot efl: venu de l'Italien , torfo , qui fignifie 
tronqué. 

ToRSE. adj. f en Architeélure , fe dit des colonnes dont 
le filt eft contourné en vis, ou à moitié creux , & à 
moitié rebondi , fuivant une ligne qui rampe le long 
de la colonne en forme d hélice. Columna tortilis. Le 
baldaquin du Val-de-Grace eft foutenu par de belles co 
lonnes tor/ès. On appelle Colonne torjè cannelée , celle 
dont les cannelures fuivent le contour de ion fiît en ligne 
fpirale dans toute fa longueur. Colonne tor/è ruden- 
tée , celle dont le fiit elt couvert de rudentures en 
manière de cables menus & gros, qui tournent en vis. 
Colonne torJè ornée , celle qui étant cannelée par le 
tiers d'enbas, a fur le relie de fon fût des branchages 
&: autres ornemens. Colonne torJè évidée, celle qui 
eft faite de deux ou trois tiges grêles, tortillées en- 
femble de manière qu'elles laillént un vuide au milieu. 

Torse, eft auffi fubftantif féminin. Il fe dit parmi les 
Tourneurs, du bois qui eft tourné en ferpentant. Faite 
de la iorjè. TorJIo, torjits. 

Torse, f. f. Vieux mot. Torche, ou flambeau. Boe.el 
Tceda ,fax. 

TORSER, V. a. Terme d'Archireclure , du Latin ton- 
quere , tordre ; c'eft contourner le tilt d'une colonne 
en ipirale, ou vis, pour la rendre torle. Daviler. 

TORSEY. Trompé : un homme qui prend un mauvais 
parti. Glojf. des PoïJ'. du Roi de Nav. 

TORSFAITS. f. m. pi. Vieux mot. Fotfaits. La Coutume 
d'Anjou, article 67, 68, 78, exempte le vallàl ou te- 
nancier de la Jurifdiéiion de fon Seigneur pour tors- 
faits. 

TÔRSILA. Nom d'une petite ville de la Sùdermanie, en 
Suède. Torjilia. Elle eft liir le Lac Mêler, enrre la ville 
de Strengues & celle d'Aborga, à fix ou iept lieues de 
chacune. Maty. 

TORSIORS , â torfiors. Vieux adv. A toujours. Borel. 
Semperj in perpetuum. 

TORSO. VbyeiTHYKso. 

TORSONIÈRE. adj. m. &f. Vieux mot. Injufte, rete- 
nant à tort. Borel. Injufius. Fôjc^Tortionaire. 

TORT , ToRTE. adj. Voye^ Tors. 

TORT. f. m. C'eft proprement une aiStion par laquelle 
on donne atteinte airx droits de quelqu'un , par la- 
quelle on ravit ce qui eft dû : ce qu'on fait en violant 
les loix de la fociété, qui défendent de faite certaines 
chofes, pour le repos & l'intérêt commun-, ou les loix 
de l'humanité , qui délendent de faire à autrui ce que 
nous ne voudtions pas qu'on nous fit à nous-mêmes. 
On peut donc dire que le tort eft un dommage qu'on 
fait à quelqu'un, io'it dans fes biens, (oit dans (a répu- 
tation. Damnurn , dgrimentum. On le dit aélivement 
du dommage qu'on fait fouftrir , & paflîvement de 
celui qu'on foutlre. On fait tort à quelqu'un en lui 
ôtant Ion bien , en attaquant fa réputation. La loi na- 
turelle défend de faire tort à fon prochain : les loix 
civiles défendent de faire tort à fes concitoyens. Il faut 
réparer le tort qu'on a fait. Le commerce que vous 
ayez eu avec ces gens-là a fait bien du tort à votre 
réputation. 

Tort & injure, confidérés comme fynonymes. Le 
tort , dit M. l'Abbé Girard , regarde particulièrement 



les biens & la réputation ■■, il ravit ce qui eft dil. L'//2- 
]ure regarde proprement les qualités petfonnelles -, elle 
impute des défauts. Le premier nuit. La féconde of- 
fenle. Le zèle imprudent d'un ami fait quelquefois 
plus de tort que la colète d'un ennemi. 

C'eft dans ce fens qu'on dit que les Chevaliets er- 
rans réparoient , redrellbient les torts. 

Ce mot vient de tortiis ou tortuojus, félon Nicod, 
ou de tcrtum , félon Ménage , qui le trouve dans les 
Capitulaires de Charles le Chauve. 

On le dit aiiiïi du dommage que l'on fait fouftrir 
fans aucune injuftice , & de celui que peuvent cauier 
les chofes inanimées , les accidens , les diftérens évé- 
nemens. Ce marchand m'a fait beaucoup de tort , en 
venant s'établit dans mon voiiinage. La grêle a fait 
du tort à tous les habitans. Les pluies cominuelles font 
du tort aux terres. L'exil du Parlement fit beaucoup 
de tort aux Marchands du Palais. 
Tort , fe dit auffi de ce qui n'eft pas jufte, ni raifonna- 
ble , ni bien fondé. Dans les querelles on donne tou- 
jouts le tort à raggrelFeur. In rixis Jemper culpa in 
aggrejforem transfertur. Il n'y a point de gens qui aient 
plus iouvent tort que ceux qui ne peuvent louflrir de 
l'avoir. La Roch. C'eft une allez grande vengeance 
que les gens foient dans le tort à notre égard. Bell. 
Dans le procès d'un mari contre fa femme, (i la femme 
a tort , le mari a tort lui-même d'apprendre au public 
que la femme a tort. S. Evr. Chacun dans fon efpric 
donne le tort à Ion adverlaire. On le dit quelquefois 
par civilité. Vous avez tous les torts du monde de 
n'êtte pas venu loger chez moi , de ne m'avoir pas fait 
connoîtte vos be foins. In culpâ ejfe, culpd teneri. ■ 

Mettre quelqu'un dans fon tort, c'eft avoir pour lui 
un procède auquel il ait tort de ne pas répondre , c'eft- 
à-dire auquel on ne peut le difpenler de répondre , à 
moins qu'on ne loir déraifonnable ou injufte. 

On dit proverbialement : Qui doit a tort ; pour dire, 
qu'on prélume toujours que quand on plaide , c'eft 
qu'on ne veut pas payer. Oh dit auffi , que les ablens 
ont tort; pout dite, qu'il eft aifé de condamner celui 
qui ne fe peut pas défendre. On dit à peu près dans le 
même fens , que le mort a tort , pour dire , qu'il eft 
aifé de rejerter une faute fur un mort qui ne peut plus 
fe défendre. 
A Tort. adv. Injuftement. Sine causa, injufiè j immeri- 
th. Il a été accule à tort , blâmé à tort. Cette oppofi- 
tion a été formée à tort &: lans caufe. On appelle pro- 
verbialement un Avocat qui n'a point d'emploi , un 
Avocat d tort & fans caufe. On dit qu'un homme parle 
à tort j ou à tort 8c a travers, c'eft-à-dire, inconlidé- 
rement & étourdiment , fans règle, fans mefure, an 
hazard , bien ou mal. On dit auffi à tort & à droit , 
pour lignifier la même chofe. 
TORTEIS & TEU^TIS. Vieux mot. Totches , ainli 
dites, parce qu'elles font entortillées. BoREL. Tœdce ^ 
faces. 

Et mont y ont ars de gratis lorteis. Pbrcevai,. 

TORTE-BANNE. f. f. Vieux mot. Sorte d'étoffe autre- 
fois en ufage. 

Se vous voulei de tortes-bannes 

Par ma foy , j'en ai de bien fines -, 

Ou fe voulei de groignettes 

Prenei-en , ou de mantonettes. Pathelin. 

TORTELLE. f. f. Plante, qu'on appelle autrement Velar, 
en Latin Eryfunurn vulgare. C. Bauh. Elle jette des 
verges totles. Fb)'e^ Velar. 

TORTICOLIS, f. m. Maladie qui fair qu'on porte le cou 
de ttavers , & qu'on penche la tête d'un côté. Caput 
ohftipum. Le torticolis dépend de la mauvaife difpolî- 
tion des mufcles. Il arrive quand le mulcle maftoïde 
«S: les- mufcles de la tête agiflent plus fortement d'un 
côté que de l'autre. 

Il eft auffi adj. & fignifie, qui porte le cou de tra- 
vers. De cette attaque d'apoplexie il eft demeuré tor- 
ticolis. 



TOR 

Il y a un torticolis qui provient de la tnauvaife dif- 
poûcion des vertèbres , tel qu'étoit celui de Scarron qui 
dit -de Jui-niême: 

Parmi les torticolis 

Je pajfe pour des flus jolis. 

Un autre paffàger qui provient de la roideur du cou , 
occafionnée par quelque fluxion ou rhumatifme. 

Enfin il y en a un qui eft l'effet de l'habitude qu'on 
a contractée de porter la tête de côté. Obftipare ver- 
ticem. Ce torticolis , ou plutôt penchemcnr de tête , 
quand il eft aff'edc, e/l l'cxprelîion de lorgueil ou de 
rhypocrifie. Oii diroit que nos petits-maîtres & nos 
Tartuffes ont le torticolis. 
TORTIL , ou ToRTis. Terme de Bîafon. C'eft un cor- 
don qui Ce tortille autour des couronnes dés Barons. 
Fafcia intorta. Un tortil de perles. 

On le dit aufïï du diadème, ou bandeau qui ceint les 
têtes de More fur les Écus. Diadema. 
ToRTiL. f. m. Terme de Mufique. C'eft un tuyau des 
inftrumens à vent, qui eft tortillé , ou qui fait un ou 

Î)lufieurs tours & replis , tel qu'eft celui qui eft au mi- 
ieu de la faquebute des cors de chaiie , &c. Injîrumen- 
tum fj'eu tubus tortuofus. 
CoRTiL. f. m. Vieux mot , comme- Torteis & Teurtis. 
flambeau , torche. Borel. Fax , tœda. 

Ou par nuit devers les courtils , 

Seuls fans chandelle ùjàns tortils. R. delà Rose. 

TORTILLANT, ante. adj. Terme de Blafon , qui fe dit 
du fcrpenr , ou de la givre , qui entourent quelque 
chofe. Intortus, retenus. 

On appelle bois tortillant dans le commerce du bois 
à brûler , le bois tortu , & qui fe corde mal. 

TORTILLEMENT, f. m. Qui fe dit dans un fens adif de 
l'adion de tortiller , & dans un fens palïïf de l'état de 
la chofe tortillée. Volutatio, volumenj/pira. Le tor- 
tillement de cette corde eft pénible. Le tortillement de 
cette autre corde eft trop lâche. L'expérience a fait 
connoître à M. de Rcaumur que le tortillement dimi- 
nue toujours la force de la corde, & même qu'il la 
diminue davantage , quand la corde eft plus groile. 
Car le tortillement diminuant la force de la corde., 
plus il y aura de tortillement j c'eft-à-dire, plus la corde 
îera grollè , plus la force fe trouvera diminuée. Voye^ 
les Mémoires de l'Académie des Sciences 171 1. 

Il fe dit fîgurément & familièrement des petits de- 
tours , des petites finefles qu'on cherche dans les af- 
faires, il ne faut point tant de tortillemens. Je ne m'ac- 
commode pas de fes tortillemens. Acad. Fr, 

TORTILLER, v. a. & non pas aélif & neutre, comme 
le difent les Encyclopédiftes. Tordre à plufieurs tours. 
Torquere, intorque re j convohere , injpiras , in orbes 
ducere. On ne le dit que des chofes qui le plient faci- 
lement. On tortille une corde. On tortille des torons 
pour faire un câble. On tçrtifle des cheveux. On tor- 
tille du parchemin pour taire des tirets. Les Vaniers 
tortillent les brins d'ofier, lis diient , tortiller le pilier 
d'un verrier. 

On dit en termes de Charpenterie : Tortiller une 
mortoife-, c'eft l'ouvrir avec le lacérer ou la rarricre. 

Tortiller, v.n. Se ditfigurément &familièrementpour 
dire , ne marcher pas droit en une affaire^ y chercher 
des détours , des échapatoires. Diverticula capture, 
effugia quœrere. Cette femme a enfin conclu marché, 
après avoir été trois mois à tortiller. Il faut aller droit, 
& ne point tant tortiller. , 

Tortillé , ée. part. Il fe dit en termes de Blafon , de la 
tête qui porte le tortil , comme celle de More, qui eft 
tout femblable au bourlet , qui fert quelquefois dstim- 
bre. Plimtus , convolutus. 

Tortillé , ée. Se dit figurément du ftyle & du langage , 
& fignifie embarraflé , obfcur. Impeditus , intercatus, 
toriuoj'us , a. C'eft un flambeau , qui diffipc les plus 
cpaifles ténèbres , dont ces articles paroillent couverts , 
& n'y laiilè plus que: celles, qui font inféparables du 



TOR loi 

jargon de dévotion & du langage /om'//^ qu'affedenc 
ces Meffieurs. 

Dans ce fens il faut dite, ftylc entortillé, penféeen- 
tortillée , & non pas tortillé Se tortillée. 

TORTILLIS. f. m. Terme d'Architedure. C'eft fur le 
Boftàge ruftique une manière de vermoulure faite à 
l'outil , comme il s'en voit à quelques chaînes d'en- 
coignures au Louvre -, & à la porte S. Martin à Paris. 
Sculptura vermiculata. Datiler. 

TORTILLON, f m. Cocfture des filles de bafte condi- 
tion , particulièrement de la campagne. On donne 
quelquefois le nom de tortillon à celle qui la porte. 
C'eft pourquoi on appelle tortillon une fervante prife 
au village. 

Tortillon. Efpèce de bourlet fait d'une toile roulée & 
phée en rond , que les laitières & fruitières mettent lur 
leur tête pour n'être point incommodées ou du pot au 
lait, ou du noguet qu'elles pofent defliis. 

TORTIN. f. m. Sorte de tapiflerie de Bergame , dans la- 
quelle il entre de la laine rorfe. 

TORTIONNAIRE, adj. Terme de Palais , qui fignifie 
Inique , contre raifon , & qui ne fe dit guère qu'en 
cette phrafe : La faifie,remprifonnemcnt, ont été dé- 
clarés injurieux , tortionnaires & déraifonnables. Ini- 
quum, injuriojum, abufivum , injuftum. 

TORTIS. 1. m. Efpèce de couronne de fleurs -, de guir- 
lande. Un tortis de fleurs , untortis de myrtes. Flores 
in orbem contorti, Jèrtum. Ce mot a vieilli. 

TORTIS. Alïèmblage de plufieurs fils de chanvre, de 
laine, de foie, &c. tordus enfemble. En rermes de Bla- 
fon tortis eft fynonyme de Tortil. Voye^ ce mot. 

Les ciriers donnent le nom de tortis à de la petite 
bougie tortillée, ainfi que l'a remarqué Nicod. 

TORTO. Vbyei Tuerto. 

TORTOIR ou GAROT. {. m. Terme de Voitutier. Ba- 
ron gros & court pour aflurer fur les charrettes les 
charges qu'on y met, par le moyen d'une groflè corde. 
Dicf. des Arts tj^z. 

TORTONE. Nom d'une ville du Duché de Milan, en 
Lombardie. Dertona , Tertona. Elle eft fituée fur la 
Scrivia , à trois lieues d'Alexandrie , vers le levant. 
Cette ville que Frédéric Barberoufte ruina , que les 
Milanois rétablirent, que les François prirent l'an 1642, 
& qu'ils perdirent l'an 1643, a un Evêché fuffragant 
de Milan. Elle eft prefque ruinée , mal fortifiée, mais 
défendue par une citadelle .allez forte à caufe de fa 
fituation. Maty. 

TORTONOIS , ou LETORTONESE. Nom d'une con- 
trée du Duché de Milan. Detortonenfis ager. Elle eft 
entre le Pavefan, laLomeline, l'Alexandrin, & l'Etac 
de Gènes. Torrone Capitale , & Caftel-Nuovo Torto- 
néfe en font les lieux principaux. Maty. Long. 26. d. 
25'. lat. 44. d. 52'. 

TORTORELLE. f. f. Nom d'une machine de guerre, 
dans le moyen âge. Toriorella, balijla. Rollandin en 
parle dans fa Chronique, L. I. C. 12. & par ce qu'il 
en dit, on voit que c'étoit une machine avec laquelle 
on lançoit des pierres : car il raconte que Manfredin , 
Comte de Padoue, fut tué d'un coup de pierre dé- 
cochée d'une tortorelle. Peut-être que la tcrtorelle 
éroit la même chofe qu'un pierrier , qu'on appeloit pc- 
traria. 

TORTOSA. Nom d'une ville autrefois Épifcopale , main- 
tenant prefque ruinée. TortoJ'a. Elle eft lur la côre de 
la Syrie , à neuf lieues de Tripoli , vers le nord. Tor~ 
tofa eft la ville qu'on nommoit anciennement Anta- 
radus, & Orthojîa. On voit à deux mille pas de cette 
ville J la petite île fur laquelle éroir bâtie l'ancienne 
Aradus, maintenant ruinée. Maty. 

TORTOSE. Nom d'une ville de la Catalogne , en Ef- 
pagne. DertoJà,DertoJfa, DertuJ'a. Elle eft fur l'Ébre, 
à trois lieues de fon embouchure , & à quinze de Tar- 
ragone , vers le couchant. Tortojè n'eft pas grande , ni 
fort peuplée •, elle a pourtant une Univerfité , un Evê- 
ché fuffragant de Tarragone, un port fur l'Ébre , une 
bonne citadelle qui la domine , &: elle eft allez bien 
fortifiée-, les François la prirent en 1649 , &: ils la per- 
dirent l'an i($5o. Maty. Long. 18. d. io'.lat.4o.d.5i'. 

TORTU, UE. adj. Qui eft de travers, qui n'eft pas droit» 



102 T O R 

Tortuq/îis j obliqmis , varus. Cet homme eft tour tor- 
tu : il a le nez tortu, les jambes tortues. Viirus, le pied 
turtUjfiexipes. Le bois de la vigne ell tour lortu. 

Dans le ftyle familier, on appelle la vigne le bois 
tortu. 

On dir auffi un chemin tortu. Flexuojum iter. Figu- 
rémenr & familieremenr , un efprir tortu, un raiibn- 
nemenr tortu. ^ 

Dans un fens moral il fignifie méchant, pervers. 

C'efi un exemple en cefikl: tortu , 
■D'amour, de charité , d'honneur Sj de vertu. Rég. 

On dit proverbialement qu'un homme fair rage de 

îes pieds tcrtus ; pour dire, qu'il s'évertue, qu'il fait 

tout ce qu'il eft capable de faire. Totis viribus eniti, 

contendere. On dit pour vanter la taille d'une perfonne, 

■ qu'elle n'ell: ni tortue , ni boflue. 

TORTUE, r. f. Animal amphibie , à quatre pieds , qui 
marche trcs-lencement , & dont le corps eft couvert 
deftus & dellbus d'une écaille rrcs-dure , à la referve 
de la tête , des pieds & de la queue. Teftudo. 

On divife les tortues en tcrreftres, (qui vivent fur 
la terre, dans les haies, dans les bois )& en aquatiques 
(qui vivent dans la mer ou dans les eaux douces) -, les 
aquatiques ditiérent des terreftres en ce qu'elles onr 
des nageoires, c'eft-à-dire, que leurs doigts tiennent 
à une membrane qui leur en fert. Les terreftres ne 
font jamais auflî grolîès que les aquatiques. 

Dans les mois de Juin , Juillet & Août il en arrive 
quantité de la terre-ferme. Elles pondent deux ou trois 
cens œufs , gros comme ceux des poules , & fans coques. 
Elles les couvrent de certaines écorces fort déliées , & 
puis de fable, puis elles s'en retournent à la mer. Les 
CEufs éclofent à la chaleur du foleil. On les prend quand 
elles viennent à terrir , c'eft-à-dire , pondre leurs œufs 
à terre. Elles onr la vie fi dure , que les Infulaires des 
Maldives les ayanr priles , les mettent auprès du feu , 
par le moyen duquel ils en tirent Técaille , & ils les re- 
mettent toutes vives dans la mer, où elles retour une 
autre écaille : & pour cela il étoit défendu de les ruer 
F. Pyrard. Il y en a d'aulïï larges qu'une rondache 
à mettre un homme à couvert. Une leule eft capable 
de nourrir quelque temps une grande famille. Leur 
chair eft auffi bonne que celle d'une jeune vache. Elles 
fonr quelquefois fi grâilès , qu'on peur tirer de chacune 
une bonne barrique de graille qui vaut du beurre, 
qui eft de très-bon goût , & qui fe conleive fort bien. 
Elles ne font qu'une feule ponte , & ne reviennent à 
terre que l'année d'après, laillant le foin au foleil de 
faire éclore leurs œufs : ce qui arrive au bouc de qua- 
rante jours, auquel temps elles font grandes comme 
un écu , & percent le fable -, & gagnent la mer à la file , 
à la manière des fourmis. 

On prend les tortues de trois manières différentes : 
La première en les tournant fur le fable , la féconde 
avec la varre , & la troifième avec la folle. Pour la 
première manière on obferve quand elles viennent 
pondre leurs œufs dans le fable, ou quand elles vien- 
nent reconnoître le terrein où elles veulent venir pon- 
dre. Quand on trouve une trace ou un train neuf fur 
}e fable , il eft infaillible que fi on revient au même 
lieu dix-fept jours après , on y trouve la tortue qui vient 
pondte. On la prend par le côté , & on la renverfe fur 
le dos, d'où elle ne fauroit fe relever, à la referve du 
carrer , qui a la carapace convexe , ce qui facilire fon 
retour fur le ventre. ( Les François nomment carapace 
le deifus de l'écaillé , & plaflron , le dellous. ) Mais on 
lie celui-là fur le champ , ou bien étant tourné fur le 
dos , on met de groffës pierres autour de lui. La fé- 
conde manière eft de les varrer dans la mer, ou percer 
avec la varre. Voye^ Varre. Er la troifième eft de les 
prendre avec un tîlet qui s'appelle la folle. Les œufs 
des tortues n'ont poinr de coque ; ils font dans une tu- 
nique qui eft comme du parchemin mouillé, c'eft-à- 
dire, comme des œufs de poule qu'on auroir lailîes 
quelques jours dans du vinaigre pour en faire dillou- 
dre la coque. Le blanc ne fe durcit jamais bien , quel- 
que cuilTon qu'on lui donne j mais le jaune durcit 



TOR 



comme celui des œufs de poule, il eft très-bon. Se l'on 
en fair des omcllettes excellentes. En quelque endroit 
qu'on puiile porter les tortues j on ne les a pas plurôr 
miles lur les pieds , 'qu'on les voit lut le champ rerour- 
ner à la mer par la ligne la plus droite , lans qu'elles 
aillenr jamais d'un autre côté. lien eft de trois & qua- 
tre pieds de long, fur deux & trois pieds de large , & 
qui pèlent jufqu'à trois & quatre cens livres. Auffi 
ces animaux lont-ils très-forrs , jufqu'à porter facile- 
raenr deux ou trois hommes iur leur dos. 

On a fait à l'Académie Royale-l'anatomie d'une tor- 
tue des Indes qui fut prite aux côres de Coromandel. 
Elle avoir quatre pieds & demi de long, y compris la 
queue, & quarorze pouces d'épailleur , & fon écaille 
trois pieds de long iur deux de large. Celle-ci étoit 
terreftre : mais Pline & Elien parlent de certaines tor^ 
tues de mer qui avoient quinze coudées, & qui fuffi- 
foient pour couvrir une cabane capable de loger plu- 
fieurs perionnes. Son écaille & tout l'animal étoit d'un 
gris fort brun. Le dellus étoit compofé de plufieurs 
pièces qui failoient plufieurs figures , la plupart penta- 
gones , pofées & collées fur un os , qui en manière 
d'un crâne enfermoit les entrailles de l'animal. Cet os 
avoit une ligne & demie à l'endroir Je plus mince, & 
jufqu'à un pouce & demi au plus épais. Il eft ordinai- 
rement double, y en ayant un fur le dos, &,raiitre 
fous le ventre , qui font joints par les côtés , & atta- 
chés par des ligamens forr durs, mais qui laiilènt la li- 
berté à quelque mouvement. Il y a une ouvetture par 
devant, qui iaiilè fortir la tête, les épaules & les bras, 
& une autre oppofée , par oii fortent les jambes & la 
queue, de la même manière que les rames fortoient 
des galères des Anciens , qui éroient maniées avec 
grande incommodiré. Elian dit que les tortues fe dé- 
pouillent délies- mêmes de leur écaille-, c'eft-à-dire, 
de ces pièces qui font appliquées fur l'os , car il n'y a 
poinr d'apparence qu'elles qutrtent l'os même auquel 
toutes ces piincipales parties font attachées. Cela ar- 
rive , lorlque l'écaillé a été longtemps gardée , ou 
lorfqu'on met l'os fur le feu. Le deiïbus du ventre efi: 
un peu creux : ce qui eft particulier aux mâles. Tout 
ce qui eft hors de l'écaillé , eft couvert d'une peau 
large & pliflée par de grandes rides , & grenue comme 
du maroquin , qui n'entre poinr fous l'écaillé , & de- 
meure attaché au bord de chacune des ouvertures. 

• La tête de la tortue eft couverte d'une peau mince, 
relïëmblanr en quelque façon à la rête d'un ferpent- 
Elle n'a point d ouverture pour les oreilles, non plus 
que le caméléon. Ses narines font ouverres au bour du 
mufeau. Ses yeux fonr petirs & hideux, & n'ont qu'une 
paupière qui les ferme. Ses lèvres font coupées à la 
manière d'une fcie , dont la peau eft duré comme de 
la corne, qui couvre deux rangs de vérirables dents, 
quoique Pline alfijre qu'elle n'a ni denrs ni langue. Ses 
pattes de devant ont cinq doigts, ou plutôt cinq ongles; 
car ces pattes font feulement une maftè de chair ronde , 
d'où les ongles fortent. Les pattes de derrière n'en ont 
que quatre. Sa queue eft groftè au commencemenr , 
& a iix pouces de diamètre , & finir en une pointe 
femblable à un ergor qui eft au pied des coqs. Ariftoce 
dit que c'eft l'animal qui a le plus de force aux mâ- 
choires -, car elle coupe tout ce qu'elle prend , juf- 
qu'aux cailloux les plus durs. Sa veffie eft d'une gran- 
deur extraordinaire : on y a trouvé plus de douze li- 
vres d'urine claire. Les tortues marines des Antilles 
qui onr la tête groflè comme un veau , n'onr pas le 
cerveau plus gros qu'une fève. La chair de la tortue 
eft femblable à celle du mouton. 

On dit figurémenr & familièrement , aller à pas de 
tortue , pour dire i aller très-lentement. Tejludimo 
gradu incedere. 

On fait plufieurs ouvrages en Europe de l'écaillé 
des tortues ; des peignes , des étuis , des tables , des 
buffets. Opéra tejiudinea. Les potages d^ortues font 
excellens. 

Tortue , en termes de Mer , eft un vaifteau qui a lo 
pont élevé comme un toît de maifon , pour renir les 
foldats ou les paflàgers & leurs hardes à couvert. Na* 
vis lefiudinata. On l'appelle auffi pojle. 



TOR 



Tortue. Terme d'Hiftoirc ancienne. Machine de guerre 
dont Ce iervoicnt les anciens , quelquefois pour l'ef- 
calade , plus fouvent pour mettre les travailleurs à 
couvert des traits, des pierres &c. que les afiiégés pou- 
voient jetter d'enhaut. On employoit fur-tout la tcr- 
tue quand on approchoit des murailles pour la fippe. 
Teftudo bdlica. Il fit préparer trois tortues pour met- 
tre le foldat à couvert, & lui donner le moyen de 
porter ce qu'il falloir pour combler le folié Sur. de 
Quint. 

La machine appelée tortue étoit compofée d'une 
groile charpente très-folide. Sa hauteur ordinaire juf- 
qu'aux fablières d'enhaut , fur lefquelles étoit appuyé 
le comble, éroit de iz pieds. La baie en étoit carrée 
& chaque face communément de 25 pieds. Elle étoit 
couverte d'une efpèce de matelas , piqué & compofé 
de peaux crues , préparées avec différentes drogues 
pour la mettre en iureté contre les feux qu'on pouvoir 
lancer delliis. Cette lourde machine étoit foutenue fur 
quatre rOues. Quelques-uns confondent la tortue avec 
le mufculus des Anciens. 

On appeloit tortues belières , celles qui couvroienr 
les lo'dats qui faifoient agir le bélier. 

li y avoir encore deux autres efpèces de tortue chez 
les Romains , l'une pour le combar , l'autre pour l'ef- 
calade. La première étoit un abri que les foldats fe fai- 
foient de leurs boucliers, en les élevanr fur leurs têtes, 
& en les ierrant les uns contre les autres. Les foldats 
du premier rang , ayant un genou en terre , fe cou- 
vroienr de leur bouclier qu'ils tenoient devant eux. 
Les foldats du fécond rang merroienr le leur fur la tête 
de ceux du premier -, ceux du troifième merroienr le 
leur fur la tête de ceux du fécond , & ainli de fuite 
Ces boucliers ainfi difpofés , de manière qu'ils antici- 
poient un peu les uns fur les autres , formoienr une 
efpèce de roît , qui garantillbit les foldats des traits , 
des pierres & de rout ce qu'on jettoit fur eux. C'elf 
ce que Brebeuf exprime en méchans vers. 

Pendant que la rortue unit tous les écus , 

Les coups les plus pe/àns font des coups Juperflus. 

Tortue pour l'efcalade. Quand les foldars s'étoient 
approchés des murs ^ les premiers rangs fe renant de- 
bout , les derniers à genou , ils fe couvroienr de même 
de leurs boucliers, ferrés les uns contre les ^tres, & 
formoienr comme une efpèce de toît. On faifoit en- 
core monter d'aurres foldats fur ce premier toît pour 
en former un fécond -, & ces foldats en fe foulevant 
les uns les autres montoient à couvert fur les murs , 
pourvu qu'ils ne fullènt pas fort élevés. 

Les Anciens attribuoienr l'invention de cette tortue 
3. Arremon fils de Clazomène. 
Tortue. Terme d'Artillerie. Ce font deux écuelles de 
bronze, creufes de cinq pouces, larges d'un pied, & 
épaiflès de deux ponces , qu'on applique l'une conrre 
l'autre, & qu'on remplit de poudre avec une fufée, 
pour abartre quelque pont , ou autre chofe. j^rea 
tefludo. Abattre un pont avec une tortue de bronze 
Gaïa. 

Tortue. Terme de Chirurgie. Efpèce de tumeur qui 
fe forme a. la rêre. Voyei Teftudo. 

TORTUE, TORTUGA. Ifle de la Tortue. InfulaTefti- 
tudinis. Il y a deux îles de ce nom en Amérique, en- 
tre les Antilles. L^'une eft à rrois lieues de la côte lep- 
tenrrionale de l'île de S. Domingo , & à trente-cinq 
de celle de Cuba. La parrie feptentrionale eft inaccef- 
fible à caufe des rochers qui Tenvironnenr. Dans les 
autres endroirs elle produit du coton , du tabac & de 
l'indigo. Cette île qui a tout au plus fix lieues de long 
fur deux de large, ne vaur pas'la millième partie de ce 
qu'ejle a coûté aux François & aux Efpagnols. 

L'aurre île de^ la Tortue eft aux Efpagnols -, on la 
trouve enrre les îles de Sortovento, à quinze lieues de 
l'île Marguerire, vers le couchanr. Mat y. 

TORTUER. V. a. Rendre rorru. Torquere , contorquere. 
Vous avez tortue cène règle, cette pointe de compas, 
pour dire, vous l'avez fauflée. Tortuer une épingle. 



TOR TOS 103 



aiguille com- 



une aiguille , & au réciproque , cette 

mence à fe tortuer. On doute de l'ufage de ce mot' 

TORTUE , ɣ. parc. 

TORTUEUSEMENT, adv. D'une manière tortue. Tor- 
tuosê , perflexus. 

TORTUEUX, EUSE, adj. Qui a fait plufieurs tours & 
retoiirs. Tortuofus. Le Méandre eft un fleuve forr tor- 
tueux. Le Icrpenr marche avec plufieurs replis tortueux. 
Cette cote de mer eft forr lortueuje ; il y a bien des 
goltes & des promontoires. On ne le dit guère que des 
chemms , des rivières & des ferpens. 

TORTUOSITE. f. f. Etat de ce qui eft tortueux. Tor- 
tus,ûs Koyq Tortueux. Tortuofué d'un chemin. 
Anfraclus. M. Du Bois parad. de Ciceron , dit que 
comme la vertu eft la rectitude de l'efprir, le vice en 
eft la tortuofité. 

TORTURE, f.f. Du Latin torquere, torfi , tortum. Tour- 
menrer , d où vienr tortor, boureau. Tourmenr qu'on 
faitioutirir à quelqu'un. Tormentuni, cruciatus. Les 
tyrans inventoient de nouvelles tortures contre les 
Chrétiens -, ils leur faifoienr foutfrir d'étranges tortures. 

Torture, en jurifprudence , fynonyme de queftion, fe 
dit des tourmens qu'on fair elFuyer à un criminel ou à 
un accufé , par ordre de juftice, pour lui faire avouer 
Ion crime & déclarer fes comphces. Tormentum. Les 
tortures fonr différentes fuivant les différens pays. 
Vbye\ Question. 

^ Dans un fens figuré torture fignifie contrainte , peine 
d'elprir , grande contention d'elprit. Animi cruciatusy 
Jumma animi contentio. Se donner la torture , mettre 
fon efprit à la torture , donner la torture a. fon eiprir , 
fe tourmenter , fe donner beaucoup de peine pour, <S:c. 
on eft dans une perpéruelle contrainte, & comme à la 
torture parmi les gens indifcrers : il faut toujours pen- 
fer à ne dire que ce qu'on veur bien qu'ils publient à 
tout le monde. Bouh. Parlez naturellement , & ne 
vous mettez point à la torture pour trouver un beau 
mor. Bell. Les critiques ont donné la torture à leur 
efprir pour trouver l'explicarion de plufieurs paftages 
des anciens Auteurs j les Jurifconfultes à concilier des 
loix contraires. 

Et déjà vous croyei dans vos rimes obfcures , 
Aux faumaijes futurs préparer des tortures. Boil. 

TORTURER, v. a. Donner la torture, la queftion à un 
Acculé. Torquere. Ce mor qui fe trouve dans quelques 
Auteurs , n'eft pas reçu ; ou du moins il n'eft pas auco- 
rilé par l'ufage. On dir, donner la torture, mettre ou 
appliquer à la torture -, Se encore mieux , donner la 
queftion, appliquera la queftion. 

4C> TORY. Nom qu'on donnoit en Angleterre aux par- 
tifans de Charles II, & qu'on a donné depuis auxpat- 
tifans de la Cour. Voyei Toris. 

TOS 

TOS. Vieux adj. pi. m. Qui s'eft dit pour Tous. Borel. 
Omnes y toti. 

TOSA. Nom d'un Bourg de la vallée de Démona , en 
Sicile. Tofa. Il eft à l'embouchure de la Pollina , dans 
la mer de Tofcane , vers le Cap de Céfalédi. Quelques- 
uns le prennenr pour la ville qu'on nommoir ancienne- 
menr Alefa , Alcefa, & Halejà-, que d'autres placent 
au bourg de Caronia , qui eft au levant de Tofa. 
Maty. 

Cet arr. dir la Marr. conrienr autanr de fautes que 
mots. On dit Tuja, Se non pas Tofi. Tufa n eft 



de 



pas un bourg j mais un forr. Ce forr n'eft point à l'em- 
bouchure de la Pollina , mais à l'embouchure de la 
Tujà. On ne dit point le cap de Cefaledij mais le cap 
de Cefalu. Tufa ne peut être T^/^p/û des Anciens, 
çuûquAlœfa étoit à l'embouchure du fleuve Alïfus 
qui eft beaucoup plus à l'orienr. 
TosA. Nom d'une rivière qui a fa fource au monrdela 
Fourche, dans le même lac que le Rhône. Tofa,Athi- 
fo. Elle va couler dans le Duché de Milan , baigne la 
Dôme d'Ofula , Ugogna, & fc décharge dans le lac 
Majeur. Maty, 



î04 



TOS 



Tos A , Tons A . Nom d'une ville capitale d'un petit R®yau- 
nic de même nom. Tojh , Tonja. Elle eftdaiii ie Japon, 
fur la côte méridionale de l'île de Chickock. Maty. 
TosA. Bourg de la Catalogne en Eipagne. Tofa. Il efl: en- 
tre la ville de Palamos & rerabouchure de la Tordera , 
fur le cap de Tofa , lequel quelques Géographes prcn^ 
nentpour le Lunariumpromontoriumdes Anciens, pla- 
cé par d'autres au cap de Palatugel , qui efl: au nord de 
celui-ci. Maty. 
.TOSCAN, AN£. adj. m. & f. & fubft. Terme d'Architec- 
ture. îV^z/i ^ i/^/ny/n/J. C'eft le premier, le plus iîm- 
plc & le plus mafiif des ordres d'Architetture. Le Tojcan 
a Tes proportions aulTi-bien que les autres ordres : mais 
il n'y a plus de monumcns antiques oi\ l'onpuille trou- 
ver un ordre Tojcan régulier. De tous les ordres , le 
To/caneù: le plus ailé à exécuter, parce qu'il n'a ni tri- 
glyphes , ni modillons , ni denticules qui puillent con- 
traindre fes entre-colonnes. Autant qu'on le peur faire 
une règle pour retrouver le Tojcan , la colonne ToJ'cane 
doit être haute de fept fois fa grolleur , y compris la baie 
ëc le chapiteau. L'ordre 2q/r^/zaétéainlî appelé, parce 
que d'anciens peuples de Lydie étant venus habiter 
dans la Tofcane , y bâtirent les premiers des Temples 
de cet ordre. Vbye\ Ordre. 
Toscan , ané. f m. Nom de peuple. Tofcus , ToJ'ca- 
nus , Hetrujcus , a. Habitans de Tofcane. Quand on 
parle dePantiquité, on dit Hétruriens, plutôt que ToJ- 
cans. Vbyei Hétru r i en s . 
TOSCANE. Nom d'une grande contréede l'Italie , qui efl: 
une partie de l'ancienne Hetrune. Hetruria , TuJ'cia. 
Elle efl: bornée au levant & au nord par l'Etat de l'Egli- 
fe , & au couchant par ceux de Modene & de Gènes : 
la mer de Tofcane la baigne au midi. Ce pays efl: arrofé 
de pluileurs rivières , dont l'Orno efl: la principale. Il elt 
fort fertile en bled , légumes , vin , huile , citrons , oran- 
ges , lin , fafran & foie. On y trouve des carrières de mar- 
bre, d'albâtre & de porphyre, & des mines d'Alun, de 
fer, d'airain , & même d'argent: on y fabrique quantité 
d'étortes de laines & de foie , des cuirs dorés, & de la 
vaiflèile de Faïence. Elle renferme les Etats du Grand 
Duc de Tdjcane , le Duché de Mafia, la Principauté de 
Piombin, l'Etat delli Préfidii, la République de Luc- 
ques , la Vallée de Grahniana , & Sarzana avec Ion 
territoire, qui efl: aux Génois. 

Le Grand Duché de Toscane. Magnus Ducatus 
Tujciœ j Hetruriœ. Ce Duché renferme prelque toute 
la ToJ'cane , les autres Etats qu'on y voit ayant fort peu 
d'étendue. Il eft divifé en trois provinces, le Florentin, 
le Siennois& le Pifan, qui éroient autrefois trois Répu- 
laliques puiflàntes. Il peut avoir environ quarante lieues 
de largeur & autant de longueur. Ses villes principales 
font Florence, capitale , Sienne , Piie & Livourne. Cet 
Erat efl: fort moderne \ il a été fondé l'an 1^51. que 
Charles-Quint érigea Florence en Duché , pour Lau- 
rent de Médicis , fils naturel du Duc d'Urbin , auquel il 
fît époufer Marguerite fa fille naturelle. Le Pape Pie V. 
donna à Côme de Médicis , fuccelîèur de Laurent , le 
titre de Grand Duc l'an i565).Sesfucceilèurs le portent 
encore, & ils ont ajouté en divers temps au Duché de 
Jlorence , le Pifantin , le Siénois , Pictra Sanéta avec fon 
territoire , & la Vallée de Macre. Maty. 

La Merde Toscane , ou Inférieure. Mare Tufcuin j 
Tyrrhenum , Inferum. Cette mer eft: lapartie de la mer 
Méditerranée , qui efl: enfermée entre laTofcane , l'Etat 
de l'Eglife , le Royaume de Naples , & les îles de Si- 
cile, de Sardaigne & de Corfe, dont la première la fé- 
pare de la mer Ionienne , & la dernière de celle de Gè- 
nes. Cette mer prit les noms de Tufque&Tyrrhène des 
anciens Tufques & Tyrrhéniens, peuples de fFIérrurie, 
■& on lui donna celui de mer inférieure pour l'oppofer 
au golfe de Venile, qu'on appelloit la mer lupérieure. 
Maty. 
Toscane, f. f Terme deFleunfl:e. Anémone qui eft d'un 
rouge blafart, mêlé quelquefois de feuille morte: elle 
durebeaucoup plus long-temps en fa fleur que beaucoup 
d'autres. Morin. 
Xoscane. Efpèce d'étotle que portent les femmes , qui efl: 
faite d'écorce d'arbres. La ToJ'cane efl: d'un fort bon ufé, 
cependajiit on n'en porte prcfque plus. 



TOS TOT 

TOSCANELLA. Nom d'une ville de l'Etat de l'Eglife. 
Tujcania , anciennement Tujcia , Thyrrhenia j TuJ- 
cana & Salonibrona. Elle eft: fur la petite rivière de 
Martha, dans le Patrimoine de S. Pierre, aux confins du 
Duché de Caftro, à quatre lieues de Monte Fiafcone, 
vers le Midi. Cette viile a donné plulieurs Papes à l'E- 
glife , & le nom à la Tofcane , comme on croit. Elle 
étoit autrefois fort confidérable -, mais ayant été facca- 
gée jufqu'à leize fois , elle eft: extrêmement déchue. Elle 
a pourtant encore un Evêché uni à celui de Viterbe. 
Maty. 

TOSCOLANO. Nom d'un village de l'Etar de Venife. 
TuJ'culaniis vicus. Il eft dans le Breiïan fur le bord occi- 
dental du lac de Garda , vis-à-vis de l'île de ce nom , 
dont il eft éloigné de trois lieues. On voit près de ToJ- 
colano les ruines de l'ancienne Bonacum , ville des 
Euganiens. Maty. 

TOSIBÎS. Voyei Tasibis. 

TOSJORS. Vieux adverbe. Toujours Borel. Semper. 

TOST. Petite ville de Siléfie, dans le Duché d'Oppellen , 
entre Nackel & Tarnowitz, près deStrelitz. 

TOSTAR. Ville capitale du Royaume de Coureftan , qui 
eft entre le Royaume de Fars , le Golfe Perfique , vers 
Bâfra & Valet. 

TOSTE.Terme de Marine, On appelle Tojies de Chaloupe, 
des bancs polés à travers les chaloupes, oii s'aflèyent les 
Matelots qui doivent ramer. TranJira. 

TOSTE. Terme de Relation. Il y a à Londres des aflbcia- 
tions particulières fous le nom honorable d'Académie ; 



inais elle ont dégénéré en allemblées de buveurs. La 
cérémonie des tofies efl: un de plus curieux morceaux 
de ces repas. Elle confifte à le porter réciproquement la 
fanté des perfonnes abfentes , que chacun efl: obligé de 
boire , fous peine de l'impolitellè la plus gromère. 
l'Abbé Le Blanc 

Delà efl: venu notre Verbe Toft:er , v. a. qui fignifie 
porter à tous les convives la fanté d'une perfonne ab- 
fente. On tojîe plus ordinairement les femmes que les 
hommes, tofterfâ maîtreile. On dit aulîi neutralement 
s'amuler à tojîer. Nous avons palfé la nuit à tvjier. 
Propinare. 
TosTÉ , Éi. Participe. 

T O T 

TOT , GTE. adj. vieux mot. Tout. R. de Ouillaume de 
Dole. Borel. Omnisj totus. 

TOT, a iîgnifié la place où efl: un bâtiment, ou ce qu'on 
appelle aujourd'hui en Normandie une inalure. Plu- 
lieurs villages , hameaux & chfiteaux en ont retenu le 
nom ; & c eft: delà qu'ont été formés ceux de Cretot , 
Yvetot , Rajfetot j &c. Dejcrip. Géogr. & Hifi. de la 
Haute Nor/n. to. i.p. 56. Le village de Requier- court 
dans le Vexin Normand a porté anciennement le nom de 
Riquetot ; & delà Dom Dupleflîs conclud que notre 
court a été fubftitué au tôt des Anciens , & que ces deux 
mots lignifient la même choie. Ihid. to. 1. p. -jid. 

TÔT. adv. de temps qui fe dit de celui qui efl: prochain. 
Cith , mature j quâni-primàm. Venez-ïo^^ accourez- 
tût. Veni citb. Cela fera bien-/d/ fait. Il faut mourir tôt 
ou tard. On eft: toujours marié trop tôt. AuiTi-tôt dit , 
auffi-rô/ fair. Diclum jfaclum. Il n'eft pas venu alfez 
tôt j allez à temps. Qui donne tôt donne deux fois. 

TÔT, vîte, promprement , conhdérés dans une lignifica- 
tion fynonyme. Le morde ^d^ ,ditM. l'Abbé Girard , re- 
garde le moment où l'adion fe fait. Son oppofé eUtard. 
Le crime eft: toujours puni, lice n'eft: rôt , c'eft: tard. Qui 
commcHce tôt Se travaille vîte , finit promptement. 
Voye[ les deux autres mots. 

PlustÔt ou plutôt, joint avec que, eft: un adverbe qui 
fert à marquer la préférence. Potius, Plutôt mourir 
que de rien faire contre l'honneur. 

Sitôt que , dès que. Ubi primàm. Sitôt qu'il fut arrivé. 
Ce mor vient de ftatim , ou de cith , félon Nicod. 

TOTAGE. f m. vieux mot. Total. Tout. Totuni , omne. 

TOTAL , AIE. adjeâ:. qui lignifie la même cliofe que 
complet , entier , & s'exprime diverfement en Latin 
fuivant les mots auxquels il fe joint. Somme totale , 
nombre total, abandonncment total. Ce procès eft: ca- 
pable 



pable de caufer fa ruine totale. l! arriva un accident que 
je crus devoir être caul'e de ma totale deftruclion. 
Voit. La deftriiétion totale de l'Univers le fera au jour 
du Jugement. 

Total eft suffi 1". m. & fignifie rafTemblage de plufieurs 
chores confidérLes comme faifant un tout. Summa , 
congeries , agg ^gatum, C'eft un mot du Palais , qui 
n'entre point dans le beau ftyie. Le totalde h luccelïion. 
Les quatre quartiers d'une aune en font le total. Il ne 
fe contentera pas d'une partie, il voudra avoir le total. 

Total, en Arithmétique, en fait de comptes, feditde 
plufieurs fommes joinrcscnfcmble par l'addition, pour 
connoître le montant d'un compte. L'addition des to- 
taux pamcuhev fait le /o/i?/ d'un compte. 

TOTALEMENT, adv. Entièrement , abfolument , (ans 
rien referver. Totaliter , intégré , ahjblutè , omnino ^ 
penitàs. Je vous fuis totalement dévoué. Il eft totale- 
ment ruiné. 

TOTALITÉ. f. f. Tout, total. Totalitas , totum , univer- 
J'alis /ors , as. Un légataire univerfel emporte la tota- 
lité des biens d'un défunt. Il eft du Palais. Prenez cha- 
que article en particulier, vous n'y trouverez nulle pei- 
ne', il n'y a «!"£ ^^^ aflèmblage , que cette totalité qui 
coûte. BouRD. Exhort.T. l. p. 166. 

TOT ANUS. f. m. Oileau aquatique dont parle Jonfton. 
Il eftdegroUbur médiocre , noir & blancs fon bec eft 
long d'environ trois doigts : fon cou eft de la même lon- 
gueur: fon corps eft long de prefque un demi-pied: fa 
queue eft grande comme la main : fes jambes ibnt hau- 
tes : fes pieds font rougeâtres, armés d'ongles noirs-, la' 
tête eft ordinairement noire par devant , rougeâtre par 
derrière •, les aîles font blanches & noires ; fa queue eft 
traverféede lignes blanches & noires. 

TOTAY. Nom d'une ville de l'Inde delà le Gange, rorœ^. 
Elle eft Capitale d'un Royaume qui porte fon nom , & 
fîtuéefurla rivière deCaor, vers le lac de Chiamay, & 
les confins du Mogoliftan. Maty. 

TOTNES , TETNES. Nom d'un bourg d'Angleterre , fi- 
tué dans le Comté de Dévon , fur la rivière de Dart , 
à trois lieues au-delFus de Darmouth. Totonejium. Tot- 
nf.f a entrée au Parlement d'Angleterre. Maty. 

TOTOCKE. f. f. Fruit qui croît dans les régio^is voifines 
de la grande rivière des Amazones. Totocum. L'arbre 
qui le porte eft grand & branchu. Ses feuilles font à peu 
près comme celles de l'ormeau , d'un vert brun. Il ne 
porte point de fleurs , mais des bourgeons dont la cou- 
leur eft itmbiabie à celle des feuilles. Ces bourgeons 
ayant groffi peu à peu , produifent un fruit gros quel- 
quefois comme la tète d'nn homme. Il eft preique rond, 
& un peu plat fur la partie de devant , couvert d'une 
ccorcedure, ligneule&fort épaille, rayée par dehors, 
&: pleine de bolles , d'une couleur brune & prefque 
noire. Il eft divifé par dedans comme en fix parties , 
chacune defqueiles enferme huit, dix &jufqu'àdouze 
noix fortpreilées enfemble. Chaque noix eft auffi cou- 
verte d'une écorce épaifle & dure, & de ditlérente for- 
me', la plupart font pourtant triangulaires, convexes d'un 
côté , avec trois futures fort raboteules , longues de 
trois pouces, & larges d'un & demi, de couleur rouilè, 
& quelquefois brune ou cendrée. Un long noyau les 
remplit entièrement , ainfi que tait celui de l'amande. Il 
eft d'une chair blanche , ferme ëc un peu huileufe , & 
couvert d'une petite peau rougeâtre. Le goût approche 
plus des noifettes que del'amande. Ce truiteftfipelant, 
que les Sauvages n'oleroient entrer dans les forêts 
quand il eft mûr, lans avoir la tête couverte de quelque 
rondache ou de quelque choie d'une égale force , pour 
les garantir des coups dangereux que leur porteroit ce 
fruit en tombant. 

TOTON.f. m. Elpècc de dé, traverfé d'une petite cheville 
fur laquelle on le tait tourner, & marqué de ditlérentes 
lettres fur fesquarres i^ces.TeJferacuJpidataverJàtilis. 
Jeu d'enfans qui fe fait avec une efpèce de pirouette , 
laquelle félon qu'elle tombe , fait gagner ou perdre. 
Quand elle tombe (ur le T , qui lignitie totum , elle 
marque qu'il faut prendre tout ce qui eft au jeu. C'eft 
delà que le jeu & lapirouerte on pris leur nom. 
«fO'TOTOMI. Province du Japon, fur la côte méridio- 
aale de l'île de Niphon -, bon.ée au nord par la province 
Tome VI IL I. Partie. 



TOT TOU 10^ 

\ de Sinano j^ à l'orient par celle de Socrœgà ', au midf pa^ 
la mer-, à l'occident par la province de Nicawa. 

TOTONACE. Nom d'une contrée de l'Amcrique feptén- 
trionale , dans la province de Tlafcala. Totonaca. Elle 
s étend le long du golfe du Mexique , depuis la ville 
de Vera-Crux, jufqu'à la province dePomuco, & elle 
porte le nom desTotonacasfes anciens habitans. Maty. 

TOTOQUESTAL. f. m. Sorte d'oifeau des Indes Occi- 
dentales, un peu plus petit qu'un pigeon ramier. lia les 
plumes vertes, &laqueuelongue. Les naturels du pays 
qui s'ornoient des plumes de cet oifeau dans les princi- 
pales fêtes , le regardoicnt autre fois avec une très-gran- 
de vénération, &c'étoituncnme capital de le tuer. 

TOTORA. f. m. Sorte de glaïeul qui vient au Chili. Gla^ 
diolus Chilienfts. Les maifons ( d'Arica) ne font la plu- 
part que des fafcines d'une forte de glaïeul appelé to- 
tora, liées debout les unes contre les autres avec des 
éguillettes de cuir fur des cannes qui fervent de traver- 
fé. Frézier,^^^. 156. 

TOTQUOT. Terme d'ancienne Jurifprudence. Droit que 
les Princes exigeoient des aft'ranchis , & qui confiftoit 
en une Ibmme pareille à celle que les aflranchis avoient 
donnée à leurs Seigneurs pour obtenir la franchife. 
Foj'q Collet^ fur les Statuts de Bugei, L. III. led. i. 
p. 66. col. 2. 

Ce font deux mots Latins , rof, autant, &}uof^ que. 

TOU 

TOUAGE. f. m. Terme de Marine. C'eft le travail des 
Mariniers , qui , à force de rames , tirent un vaifleau at- 
taché à une chaloupe , pour le faire entrer dans un port, 
ou monter dans une nv ihs.Remulcus. On appelle aufli 
touage,\e changement de place que Ton fait faire à un 
vaifteau avec une hanfîère attachée à une ancremouillée 
ou amarée à terre. Voyei^touer. 

TOU AILLE, f. m. Linge qu'on pend d'ordinaire fur un 
rouleau auprès d'un lieu où l'on fe lave les mains, qui 
fert à les eiTuyer. Mantile yerfatile. Il y a des touailles 
auprès des Réfectoires des Religieux. ' 

Ce mot vient de l'Italien touaglia, qui a été fait de 
toral , ou torale-, qui fignifie le tapis ou la nappe qui fe 
mettoit fur le lieu où l'on mangeoit , qu'en Latin on 
appelloit torus. On trouve auffi dans le Pontifical loba- 
lea , d'où peut être auffi venu touaille & tavayole. Mé- 
nage. Du Cange dit qu'en la baflè Latinité on a die 
toacula , toalia j tobaleaj togilla & tuella dans le même 
fens. 

Il vient proprement du mot Celtique ou Bas-Breton 
touaillon qui fignifie ferviette à elTuyer les mains. 

TOUAILLON. f. m. Vieux mot. Serviette. Borel. Man- 
tile. A tant vint une Damoifelle, qui tint deux petits 
tailloers d'argent, & orent/o:/û^7/o/2^enlors bras. Rom. 
DE Merlin. 

TOU ANSE. f. f. Étofï'e de foye qui vient de la Chine. 
C'eft un efpèce de fatin plus fort , mais moins luftré 
que celui de France. Il y en a d'unis , d'autres à fleurs 
ou à figures, & d'autres encore avec des oifeau x , des 
arbres & des nuages. 

TOUARCE. Bourg de France dans l'Anjou , Elecftion 
d'Angers. 

TOUARS. VoyeiTnovAKs. 

TOUC. f. m. Vieux terme de Coutume. Canal. Canalis. 

TOUCAN, f. m. Nom d'un oifeau de l'Amérique méri- 
dionale. C'eft une efpèce de pie. Pica Brafilienfis , ou 
Peruana ou Americana. L''on voit quantité de cesoi- 
feaux au cap de Frie , & il y en a de deux elpèces i 
l'une eft de la grollèur d'un pigeon, & l'autre eft plus 
petit-, tous les deux ont le champ de leur pennage iem- 
blable-, favoir j tout noir, excepté l'extrémité de la 
queue : ils ont quelques pennes auffi rouges que du 
fang , mêlées parmi les noires ,- & fous la poitrine ils 
font d'un jaune fi pur & fi éclatant , qu'il eft impoffi- 
ble de ttouver une couleur plus vivo. Les Sauvages 
le fervent de ces plumes pour garnir leurs épées , leurs 
chapeaux & leurs auttes ornemens. L'on ne trouve 
pas de ces oifeaux par toute l'Amérique , & l'on n'en 
voit l'eulement qiie le long de la rivière de Janeiro, 
vers le cap de Frie , & quelques-uns au Pérou , mais 



ÏOÔ 



TOU 



ils font beancovip plus petits. Cet oifcau ne fauroit 
vivre dans les pays froids -, il eft dittorme & mondrueiix, 
àcaulc de la hgurc de fon bec, crochu par le bout, 
large de deux ou trois pouces, long de cinq à hx. Il eft 
d'une iubftance membraneufe , olleufe, tranlparente , 
creufe en dedans , d'une grande légèreté , les bords 
découpés en forrtie de llie trcs-tranchante, dentelure 
qui l'empêche de le termcr exadement. Il ne vit que 
de certains fruits qu'il trouve dans les bois, où il fait 
k rélidence. H mange aufli de certain poivre long qui 
eft rouge, donc il le rencontre deux efpèces, l'une plus 
lonf'ue que l'autre. Le plus petit eft fait comme une 
fraiîe, un peu toutefois plus pointu. Les Sauvages l'ap- 
pellent Queinapoua, &le plus grand, Queiiiboucoup. 
André Thevet parie , dans fes "Voyages , du Toucan avec 
admiration , & en donne la figure. Il y a dans Tîle 
Sainte Catherine un oiieau fort particuUer , qui a un 
large bec plus beau que l'écaillé de tortue , & une plume 
pour langue. C'eft le Toucan dont Froger fait la del- 
cription , & le P. Feuiiiée , p. 418. Frézier , p. %6. 
Il y a une tête de Toucan dans le Cabinet de la Société 
Royale de Londres , & quelques-unes au jardin du Roi, 
dans le cabinet d Hiftoire naturelle. Cet oifeau a quel- 
que chofe de fi iîngulier , qu'on l'a placé dans le ciel 
parmi les confteilanons. 

TOUCAN, f. m. Terme d'Aftronomie. L'une des douze 
Conftellations Auftrales qui ont été obfervées par les 
Modernes, depuis les grandes navigations. Les onze 
autres font, la Dorade, lepoitlbn volant, le caméléon, 
l'abeille , la mouche Indienne , le triangle auftral , le 
triangle Indien, le paon, la grue, lephœnix & l'hydre 
ou le ferpent Royal. Cette conftellation eft compofée 
de huit petites étoiles. On l'appelle autrement anfer 
americanus , l'oie d'Amérique. 

TOUCHANT. Prépofition dont on fe fert dans la divi- 
fion d'une matière-, pour dire, Sur, à l'égard, pour ce 
qui concerne. De, circa , quoad,fuper. Le Roi a fait 
des Ordonnances touchant la guerre-, d'autres touchant 
la Juftice -, d'autres touchant le Commerce ; c'eft-à- 
dire, pour ce qui regarde toutes ces chofes. Cet Arrêt 
n'a rien prononcé touchant une telle demande , c'eft- à- 
dire , à cet égard. Ils ont un àï&iiQaàtQUchant la grâce 
efficace. Pasq. 

TOUCHANT , ANTE. adj. Qui émeut les paffions , qui 
remue le cœur, qui excite divers mouvemen?. Mo- 
yens , commovens , movendis animis aptus & idoneus. 
Cet Orateur a fait un difcours fort touchant, une per- 
oraifon fort touchante. Voilà un fpedacle fort touchant, 
un accident bien touchant, une perte tics-touchante , 
c'eft- à-dire , fenfible , affligeante. La Tragédie demande 
des fentimcns tendres & touchans. Le caradère d'une 
lettre d'amour eft d'être touchante ë: pafïîonnée. M. 
ScuD. Je n'ai point cette beauté touchante , qui con- 
fume un cœur d'un regard. Vill. Les plaifirs du cœur 
ibnt plus touchans que ceux de l'efprit. S. EvR. 

Spins de ma Bergerie , amufemens utiles , 
Vous n'êtes pas touchans, mais vous êtes tranquilles. Font. 

On le dit auffi par forme de fubftantif. Naturelle- 
ment le noble doit l'emporter lur le touchant. Fonten. 
Le noble & le touchant réunis enfemble. 
TOUCHANTE, f. f. Terme de Géométrie. Ligne droite 
qui touche la circonférence d'un cercle fans faire avec 
elle un angle, & fans la couper. Linea tangens. C'eft 
la même chofe que la tangente -, l'un eft le mot Latin, 
& l'autre eft le François. Malgré cela le mot de tan- 
gente eft le plus ufité. 

En Géométrie on appelle encore point touchant, le 

Eoint où une ligne droite touche une ligne courbe , ou 
ien le point dans lequel deux lignes courbes fe tou- 
chent. C'eft le point de contact ou de contingence. On 
démontre en Géométrie qu'on ne peut pas faire palier 
une feule ligne droite entre la touchante & le cercle, 
mais qu'on peut y faite pafler une infinité de lignes cir- 
culaires. 

Depuis quelque temps on a affedé de ne fé point 
fèrvir de termes d'arts Latins, ni Grecs, tant qu'il fe- 
xoit poflible d'en trouver de François. 



TOU 

TCUCHAU. f. m. Acus probatoria. On appeîoit autre* 
fois Touchaux , en termes de Monnoie , de petits mor- 
ceaux d'or de diftérens titres éprouvés , dont on fe fez- 
voit pour faire les elîais d'or. Ils étoient en manière de 
fcrrets d'aiguillettes allez plats , & le titre étoit mar- 
qué lur chacun. On frottoit l'elpèce, ou autre matière 
d'or fur la pierre de touche : on y frottoit auffi les 
Touchaux que l'on croyoit approcher le plus du titre 
de 1 efpcce -, & comme le titre de chaque touchau y 
étoit marqué , on jugeoit ainfi à peu près du titre de 
l'or par celui du touchau qui en approchoit le plus. 
TOUCHE, f. f. Petit brin de bois ou d'autre chofe dont 
les enfans qui apprennent à lire touchent les lettres 
qu'ils épelent. Virgula, flylus. 

Au jeu des jonchets c'eft une petite baguette d'os 
ou d'ivoire dont on fe lert pour lever chaque pièce 
des jonchets quand on les a fait tomber. On levé les 
jonchets avec la touche. 
Touche le dit auffi de l'opération par laquelle on eflaic 
la pureté de l'or & de l'argent fur la pierre qu'on ap- 
pelle pierre de touche. Probatio. On frotte de l'or ôy 
de l'argent très-purs fur cette pierre i & quand on veut 
en elîayer d'autres , on en frotte la même pierre , en 
taifant des raies à côté des premières ; & par le plus 
ou le moins de conformité de la couleur du nouveau 
métal avec celle de l'ancien , on connoît que ce mé- 
tal eft plus ou moins pur , plus ou moins conforme à 
celui dont on avoit d'abord frotté la pierre. On con- 
noît à la touche qu'une pièce eft fauflè , que le métal 
eft plus ou moins pur. 

Pierre de touche ou parangon. C'eft une pierre mé- 
tallique noire & relplendillanre. Elle eft dure , & fe 
trouve de plufieurs couleurs*, elle relïèmble au Bafalte, 
& eft très-propre à éprouver les métaux. Lapis Ly' 
diusj heraclius lapis , coticula, bafanites. Quand on 
les trotte fur cette pierre , ils y laillent une marque , 
& on compare la marque d'un métal éprouve à celui 
du métal qu'on éprouve. On l'appelle autrement la 
pierre Lydienne. On dit auffi , qu'une pièce de mon- 
noie a fenti la touche, quand on l'a éprouvée, non-fea- 
lemeut fur la pierre , mais auffi avec le burin ou l'eau 
forte , ou quand on en a fait quelque autre ellài. Dans 
une Ordonnance du Roi Jean il eft porté que la touche 
de r»r de Paris furpafle tout autre or dont on œuvre 
autre part. Il n'étoit pourtant alors qu'à 19 karats & 
un quint. Les Jouailliers doivent être examinés fur la 
touche en la Cour des Monnoies, fuivant leurs Statuts. 
Au refte, pierre de touche eft un terme générique, 
qui convient non-feulement à celle dont on vient de 
parler, mais à toute autre pierre dure, comme lecail- 
îoH , dont on peut fe fervir pour les mêmes clïàiSj^ 
pourvu qu'elle foit lilTe , & que l'eau forte n'agîlïc 
point defliis. 

Il s'emploie auffiiîgurément. L'adverfité eft la pierre 
de touche des vrais amis , pour dire , que c'eft princi- 
palement dans l'advcrfité qu'on reconnoît , qu'on 
éprouve les vrais amis. Les aftlidions que Dieu envoie 
aux hommes ,^ font comme des pierres de touche pour 
éprouver les Élus , en exerçant leur conftance & leur 
foi. Le P. Pétau a fait un Livre en François fur la 
Chronologie, qu'il a intitulé, La Pierre de touche. 

On dit populairement qu'un homme craint h touche, 
pour dire, qu'il craint d'être grondé, maltraité, batm. 
Dans le même ftyle , on le dit figurément des njala- 
dics & de tout accident fâcheux. Il a été longtemps 
malade, il a eu une forte touche. Cette nouvelle taxe 
eft une rude, une terrible touche. 
Touche , en termes de Mufique, fe dit des divifions 
d'un clavier , ou du manche d'un luth , ou autre inf- 
trument, fur le/quelles appliquant les doigts, on en 
tire des fons diftérens pour en faire des accords. Pin- 
na , palmula _, ajfula. Le clavier d'une orgue a 48 
touches. Le manche d'un luth, d'un théorbe eft divifé ■ 
en 5> touches j qui font monter chaque corde depuL* 
le ton qu'elle fait à vide jufqu'à la fixième majeure- 
c'eft-à-dire , par neuf demi- tons. Les touches dans 
l'orgue , dans l'épinett^ & le clavecin font de petites 
pièces d'ébène, d'ivoire, &'c. qui compofent le clavier, 
fur lefquelles on pofe les doigts pour jouer ce qu'tfg 



TOU 



TOU 



Veut. Dans îes inftrumens qui ont le manche long 
comme ]e luth, !a viole &c. les touches font des cordes 
qui embralfent le manche , & qui font la féparation 
des demi-tons. 

En termes de Peinture, on appelle touche, certain 
coup de pinceau , par lequel le peintre , après avoir fuf- 
fifamment fondu les couleurs convenables pour repré- 
l'enter les objets qu'il s'efl: propofé d'imiter, en applique 
de 'nouvelles pour faire icnrir davantage le caradtcre 
de ces objets. Touche forte. Touche giacicuie , tendre, 
légère. Suivant les objets qu'on caradérife , ia touche 
doit être hardie, ficre, mâle, vigoureule , large, ipi- 
rituelle, moelleiife , fine, légère. Celle des artiftes 
médiocres e/l ordinairement molle, incertaine, timide, 
foible, mefquine, lans eiprit , dure , pelante. 

L'expreffion a lieu au figuré. L'Hiftoire du Stadhou 
deratdeM. l'A. Reynal n'étoic d'abord qu'une ébauche 
on y remarquoit cependant de grands traits, des tou- 
ches fortes , des morceaux très-finis. Mém. de Trév,. 
La touche du peintre ell un peu forte , les couleurs 
font tranchantes , fes trairs hardis , mais trop faillans.Io. 
En parlant du portrait de Jacques I. 

On appelle en Bretagne une touche de cercles , un 
certain nombre de cerceaux d ohcr , de châtaignier ou 
d'autres bois pliants , liés enlemb'e pour la commodité 
du commerce ou du tranfport i c'ell: ce qu'on appelle 
à Pafis des Molles. 
Touche, f. Vieux terme. Bois qui efl: pour l'embéliilé- 
ment d'un lieu. Lucus. Voyei la Coutume de Biois, 
art. 78. 
TOUCHER, f. m. Tdclio. tac7us. C'cQ: celui des fens 
par lequel nous connoillons les qualités palpabies des 
objets , le mou , le dur , le froid , "le chaud , le fec , 
Thumides Sec. c'eft le plus étendu des cinq lens , étaiii 
répandu dans toutes les parties du corps, au bien-être 
deiqueîlcis il étoit nécellaire : c'eft un lens ftupide & 
greffier, comme le goût ik l'odorat, qui ne cherche 
que ce qui lui eft bon : mais il embralle un bien plus 
grand nombre d'objets que tous les autres enfembîe -, 
& quelques-uns même réduilent tous les fens à celui- 
là , & prétendent que les quatre autres, la vue, l'ouic, 
le goùr & l'odorat ne iont que des degrés du toucher. 
Les Naturaliftes difent que les araignées, les mou- 
ches, les fourmis ont l'organe du toucher plus parfait 
■ & plus fubtil que les hommes. 

Les fentimens des Philoibphes font fort partagés 
fur l'organe du toucher. Quelques-uns le font conlil- 
terdans les chairs feules-, d autres dans les chairs pour- 
vues de fibres nerveuiés -, d'autres enfin dans la peau. 
Vbyei au mot Tact le fentiment de Malpighi qui pa- 
role préférable à tous les autres. 
■ En parlant d'un joueur de luth , de clavecin,, de 
guitare, &c. on dit qu'il a un beau toucher, un tou- 
cher délicat, un toucher bùWam, &.c. pour défigner ia 
manière dont il joue de ces inftrumens. Il y a plulieurs 
chofes à obferver fur le toucher de l'orgue*, mâisilell 
plus facile de les montrer fur le clavier, que de les ex- 
primer fur le papier. 
Toucher, v. a. C'eft proprement mettre la main à quel- 
que choie ou lur quelque chofe , de manière que les 
parties de la main ioient appliqiiées lur la choie. Tan- 
gere. Les laïques ne doivent pas toucher les \ales la- 
crés , ou aux vaies lacrés. Toucher du bout des doigts. 
Extremis digith attingere. Le Roi touche ceux qui ont 
.les écrouelles , en dilant, le Roi te touche. Dieu te 
guériiib. On dit en ce fens, le Roi touchera demain, 
touchera telle fête. 

On touche dans la main ^ on met fa main dans la 
main d'un autre, en ligne d'amitié, de reconciliation, 
de conclufion de marché , &c. Dextras comnûtiere , 
conjungere , dextram tangere. Ils font raccommodés -, 
ils ie'lont touchés dans la main. Nous voilà d'accord. 
/oufAf{-ià. 

Comme le toucher appartient à toutes les parties 
du corps , ce verbe a lieu non-leulement pour expri- 
mer l'application delà main , mais encore celle de toute 
. autre partie fur une chofe. On touche du bras , du 
coude, du pied. 

Il n'eft pas même nécefiaire que le contadl foit im- 



tô7 



médiat, ique la partie du corps foit réellement appli- 
quée lur la chofe-, mais il fuftit pour cela que fon ac- 
tion fe falle fentir par le moyen de quelque corps. 
Ainfi on touche quelqu'un avec uii chapeau , avec une 
baguette. Il m'a touché de fon bâton. 

En termes de manège, on dit toucher de la gaule j 
aider de la gaule , en trapper légèrement fur l'"épaifle 
du cheval- 
Toucher le dit généralement pour ex'primer le contad 
de toutes fortes de corps , c'eft-à-dire , l'application 
d un corps lur un autre , un corps en touche un autre, 
deux corps ie touchent , lorlque leurs parties font tel- 
lement appliquées les unes iur les autres, qu'il n'y A 
rien entre deux. Dcicartcs, ayant établi nmpoffibilité 
du vide, eft obligé de dire que (i Dieu détruiioit toute 
la matière, l'air, & la maricre Itibiile qui eft dans une 
chambre , les murs de la chambre le toucheroient né- 
cellairement. 

En Géométrie , la ligne qu'on appelle Tangente 
touche le cercle dans un point , c'eft-à-dire , que la râ- 
lant fans la couper , elles ont toutes deux un point 
commun. Dans le même lens deux courbes /é touchent 
dans un point. 

En termes de marine on dit qu'un vaiftèau a touché 
à la cote, qu'il a touché la cote, qu'il a /owr/^/au port, 
ponum tm[;ere, adUttus appellere , pour dire qu'il y 
eft abfçdé , qu il y a mouillé. On dit aulïï qu'il atou- 
ché h. terre, ou limplement qu'il a touché, quand, 
faute deau ou de fond, la quiile trouve la terre, ou 
qu'il va donner contre des rochers , des bancs de 
lable, &c. in brevia, injyrtes, injcopulos allidi , im- 
pingi. 

En termes de ChalTe on dit qu'un cerf a touché au 
bois (on dir^la même choie du daim, du chevreuil) 
lorlquïl a diSaché la peau velue qui coÉvre fon bois, 
en fe frortant contre des arbres. Jlfiricare. 

Pour marquer la légèreté d'un danfeur,- on dit hy- 
perboliquement que Tes pieds ne touchent pas à terre. 
On iiit de même qu'un bon joueur de paume ne lailTè 
pas toucher la balle à terre. Figurément , une aftaire 
ne touchera cas à terre, c'eft-à-dire, qu'elle pallèra 
lans difticulté. 

En Marine , toucher le compas , c'eft aimanter l'ai- 
guille de la boullole. Vbyei Aimanter, Aiguiili 

AIMAMTÉE. 

En termes de Monnoyage , toucher l'or , toucher 
l'argent , c'eft frotter une pièce d'or ou d'argent, fur 
la pierre de touche pour en conncître la pureté , la 
bonté. Lapide Lydioprobare. Foje{ToucHE&PiERRE 

DE TOUCHE. 

En termes de Chirurgie, toucher un ulcère , c'eft y 
appliquer quelque cauftique. Fbye;[ Caustique. 

En termes de Mulique, toucher le die de certains inf- 
trumens, pour en jouer. Tbwr/^fr l'orgue , le clavecin ^ 
le tuorbe. Tpucherla. lyre, jouer de la lyre. Lyramin- 
crepare digitis,movere, pellere , percutere , puljiire. 

Toucher la lyre lignifie poctiquement cultiver la poclie. 
On a vu la même main toucher la lyre & manier le 
télelcope <k le compas. 

En termes d'Imprimerie , toucher les formes, c'cfli 
après avoir bien diftribué l'encre fur les balles , en les 
frottant l'une contre l'autre, appuyer ces mêmes balles 
lur la itiperficie de la forme, aiin que l'œil de toutes 
les lettres le trouvant également chargé d'une légère 
coiiche d'encre, on puille avoir une belle imprelîion. 
Oii dit, qu'il faut toucher mmgve , c'eft-à-dire , ména- 
ger l'encre, & tirer gras, c'eft-à-dire, ne pas trop mé- 
nager fes forces en tirant fur ie barreau. 

Toucher de l'argent , fyrionyme de recevoir. Toucher 
une lomme , toucher fa pcn/ion , les appointemens. 

Toucher dans la lignification , d'atteindre à quelque 
chofe. Attingere , peitingere. Toucher de la main au 
plancher. Toucher an but. 

Toucher fe dit aulîi pour marquer le voifînage ou le 
peu de diftancc. Toucher à la Cilicie. Ciliciam attin- 
gere , en être proche voifin , s'étendre jufques-là. Nos 
prés, nos héritages ie touchent , font contigus. 

On le dit au figuré en parlant d'un temps qui n'efl; 
pas éloigné. "How^ touchons au carême. Nous touthona 

Oij 



io8 



TOU 



au terme. Injîat. Ce malade touche au dernier mo- 
ment. //2 propirquo mors eji. Dans ces exemples tou- 
cher efl: neutre. 

Toucher a encore pluficurs autres acceptions tant pro- 
pres que figurées. 

On le dit quelquefois pour cbalîêr devant foi , faire 
aller. Ce berger touchait des bœufs, un troupeau de- 
vant lui. Abigere. On dit à un cocher , allons plus vite , 
touche, cocher. Iter properare. Touchant fes chevaux 
ailés, elle me promena par- tout le monde. Abl. Sol- 
licitare, excitare. 

Dans la fîgnification de frapper, on le dit abfolu- 
■ ment. Tcuchei^oa-, pour dire •, frappez : quelquefois 
il fe conftruit avec lur. Enveloppé de toutes parts , il 
touchait fur les uns & lur les autres. Ici toucher eft 
encore pris neutralcment. Ces façons de parler ne lont 
pas nobles •, & quoique. l'Aead. les explique , fans les 
condamner, on ne doit les employer que dans le iîyle 
familier. 

Toucher , conftruit avec la particule à fignifie des chofes 
tout-à-fait diftérentes. Touchera une iomme d'argent, 
cVft en prendre ,■ en ôter quelque choie. Detrahere , 
decerpere. Un dépôt cft une choie facrée , -à laquelle il 
ne faut pas toucher. Cet argent eft deftiné pour telle 
choie, je ne \'eux pas y toucher. On n'a pas encore 
touché à ce magafin. Les Romains ne touchaient au 
tréfor de la République que dans les grandfts nécel- 

fités; 

Toucher à une chofe, fignifie auffi,y donner atteinte, 
y faire quelque changement. Immutare. Quelques 
changemens qu'un Souverain puiile taire dans ies états , 
il ne doit jamais toucher à la religion ni aux loix fonda- 
mentales. On a changé tel article, mais on n'a ^a% tou- 
ché à celui-là. Le Roi a révoqué tel & tel Edit, mais 
fans touchen-)L celui-là. 
Toucher , fyncnyme d'exprimer. En matière d'élo- 
quence , on dit qu'un Orateur touche bien les pallions , 
que dans un po'c'me , dans un ouvrage de littérature 
' il y a des endroits bien touchés. Les paiïions à»demi- 
touchées n'excitent que des mouvemens imparfaits 
dans nos âmes , & fans les lailler dans leur alîiette , ne 
les enlèvent pas hors d'elles-mêmes. S.Evr. 

En Peinture on dit que telle partie ç{ih\&v\ touchée^ 
qu'elle cft finement, délicatement roz^c/zee, pour dire 
que par certains coups de pinceau dans les ombres & 
dans les lumières le peintre caradériie , fait lentir le 
caraélère des objets qu'il s'eft propofé d'imiter. Ce ta- 
bleau eft bien touché , les coups de pinceau font don- 
nés avec intelligence, avec force, &c. 

Dans le dilcours familier on dit faire toucher une 
chofe au doigt & à Pœil , pour dire, la rendre ienfiblcj 
en convaincre par des preuves indubitables , telles que 
font ordinairement celles de la vue & du toucher. 
Toucher une choie, un lujet, une matière, fignifie en- 
core, en parler incidemment, en pailapt, en traitant 
une autre marière. Per tranjènnam dueie , mentioneni 
facere , 'obiter perjiringere. Il a touché ce point-là tort 
adroitement. Il en a touché quelque choie dans tel 
chapitre. 

Quelquefois il fignifie parler exprefTément d^une 
choie. Sermonem hahere. Il y a des endroits à faire 
valoir , & il y en a d'autres où il ne faut pas toticher. 
S. ÉVR. 

Mais ma Mufe timide 
Craindrait i en les touchant, de flétrir tes lauriers. 

BoiL. 

On dit figurément & familièrement , toucher là 
groflè corde , parler de ce qu'il y a d'elléntiel dans 
une afraira. Il ne faut pas toucher cette cotde là , c'eft- 
à-dire , c'eft une aflaire délicate dont il ne faut pas 
parler. 
Toucher fe dit figurément en parlant des paffions, & 
lignifie, rendre f'enfible, émouvoir , exciter. Movere, 
excitare jcommovere. Il a'y a point d'expreffions qui 
ne l'oient au-dellbus de ce que redenient les perlbnnes 
qui font touchées. S.Évr. Dans les douleurs d'often- 
taiion , l'on s'etiorce de paroître beaucoup plus lou- 



ché que l'on ne l'eft eticâivcment. M. Esp. Cet affront 
l'a touché au vif, l'a piqué fenfiblement. Un bon Juge 
ne le laillé toucher ni pat la colère ni pat la pitié. Un 
Prédicateur éloquent touche fes auditeurs. La grâce 
touche le Pécheur le plus endurci. Quand la matière 
eft telle qu'elle nous doit , railonnablement toucher, 
c'eft un défaut d'en parler d'une manière feche , froide, 
& fans mouvement-, parce que c'eft un défaut de n'ê- 
tre pas touché , quand on doit l'être. Log. Le cœur 
veut des plaifirs vifs & lenfibles, & il aime zène tou- 
ché fortement. Le Ch. de M. Ce n'eft rien que la beau- 
té , fi elle ne touche. Font. Quand un cœur a été bien 
touché , il ne revient pas aifément dans l'indiftérence , 
il aime, & il hait bien des fois, avant que d'être tran- 
quille. On pafle une vie bien languillante , quand on 
n'eft touché de rien. Le Ch. de M. On aime à être 
ému & touché par le fpedtacle , & quand les Adteurs 
nous laiflent immobiles , on eft indigné dé ce qu'ils 
n'ont pas su troubler notre repos. Nie. 

Toucher , pris dans un fens figuré eft encore employé 
com.me fynonyme de regarder & concerner , pour 
marquer la part qu'on prend à une affaire, à une chofe. 
On fe fert même allez indifféremment & fans beau- 
coup de choix de ces trois verbes. Il y a cependant 
entre ces trois expreflions une différence délicate que 
nous allons marquer d'après M. l'abbé Girard. On doit, 
dit-il, fe fervirdu mot toucher, lorfque la chofe nous 
eft plus fenhble & perlonnelle. Ainfi il le trouve mieux 
placé dans les affaires de caur, d'honneur & de for- 
tune. Voy. les autres mots. La conduite de la femme 
touche d'alîez près le mari, pour qu'il doive y avoir 
l'ail -, mais la trop grande attention y eft pour le moins 
aufli dangereufe que la négligence. Les affaires des 
Moines touchent trop la Cour de Rome pour qu'elle 
n'en prenne pas connoillhnce , & qu'elle ne leur ac- 
corde point la proteâion lorfqu'on les attaque. 

Beaucoup de gens s'inquiètent mal-à-propos de ce 
qui ne les regarde pas -, fe mêlent de ce qui ne les 
concerne point ; èc négligent ce qui les touche de près. 
Quod ad illas attinet , pertinet, fpeclat. 

Toucher fignifie encore figurément , appartenir par le 
Hmg , être parent. Cognatiane aliquem attingere. Il me 
touche de près ■, il ne me touche ni de près ni de loin. 

Toucher dans une fignification lynonyme avec manier. 
On touche plus légèrement. C'eft feulement mettre, 
porter la main fur une choie. On manie à pleine main. 
On touche une colonne pour lavoir fi elle eft de marbre 
ou de bois. On manie une étoffe pour favoir fi elle a 
du corps & de la force. Il y a du danger à toucher ce 
qui eft fragile. 

Toucher fe dit proverbialement en ces phrales. Au jeu 
des Echecs & des Dames , on dit , Dame touchée , 
Dame jouée , pour dire , qu'on eft obligé de jouer la 
pièce qu'on a touchée. Qui tangit, lufit. On dit aufïï 
d'un hypocrite malicieux qui fait le niais , qu'il ne 
femble pas qu'il y touche. Il a dit cela de la bouche , 
mais le cœur n'y touche ; pour dire , qu'il ne tiendra 
pas fa promellë. On dit aulîi, Touche\-\z, il n'en fera 
rien , pour dire , qu'on ne veut pas faire une chofe , 
parce qu'on a accoutumé de le toucher dans la main 
pour conclure un marché , ou en ligne de bienveil- 
lance. 

TouciîÉ , ÉE. part. Au jeu de Dames on dit , Dame tou- 
chée. Dame jouée, pour dire qu'à ce jeu il faut jouer 
la pièce qu'on a touchée. Aux Echecs on dit dans le 
même fens, ç'ihce: touchée , pièce jouée. • 

Il y a aufli un jeu qu'on appelle gz^e touché. Vby. 
Gage. 

TOUCQUE. Nom d'une rivière de France en Norman- 
die. Tolca^ Talcha. Elle baigne Lifieux & Pont-l'E- 
vêque, & fe décharge dans la mer, près de l'embou- 
chure de la Seine. M-aty. Valois, Not. Gall. p. ££-/.■ 
dit qu'il y a un petit port à l'embouchure de cette ri- 
vière, qui prend fon nom & s'appelle Touque, en La- 
tin , Portus Tolochœ, ou Tolchœ ^ & prefque toujours 
Talca. 

TOUÇY, petite ville de France dans le Diocèfe d'Au- 
xerre , Généralité d'Orléans. C'eft une petite Baronie 
qui relève de l'Evêque d'Aiixerre. 



TO 



TOU 



TOUDIS. adv. Vieux mot. Toujours. 

TOUDRE , ou TOULDRE. Vieux v. a. Oter , voler. 
Tollere , furari-, auferre. Se il arrivoit que un lierres 
euft emblé aucune chofe , & cil qui la chofe feroit la 
toujjit au larron fans juftiche, & li lierres requerroic à 
eftre refefis , avant tout il le refefiroit. Beaumanoir, 
Ch. XXXIL^de Jès Coutumes de Beau'iaifis , pt ijo. 
Ce mot s'eft fait de tôlier j tollere ^ toldre, touldre, 
foudre. 

TOUE , ou le TOUÉ. Nom d'une rivière de France. 
Toëdus. Elle baigne Parthenai& Thouars dans le Poi- 
tou , MontreuilBellai dans l'Anjou , & i'e décharge dans 
la Loire , un peu au-dellus de Saumur. Maty. Valois, 
Not. Gûll. p. 55a. Il croit qu'on l'appeloit ancienne- 
ment Tuadum, ou Doaduni ^ Toadum. 

TOUE. f. f. ou TOU AGE. f. m. Se dit de l'adion de 
rouer, de ramener les vailleaux à la toue. Reniulcus. 

TouE , eft auiîî un bateau qui lert à palier les rivières. 
Cyrnba. L'uiage en eft commun fur la Loire \ on le 
dit tant des grands bateaux qui lervent de bacs à la 
palier , que des petits qui fervent à pêcher, ou à aller 
iur les petites rivières ou canaux. 

TOUER. V. a. Terme de Marine. C'eft faire avancer un 
vaillèau par le moyen d'un cabeftan & dç la haniière, 
ou j:âble attaché d'un bout à un ix)int fixe, ou à une 
ancre , lur lequel on hàle, & qu'on fait roidir. Re/nuL- 
care. On le dit auffi des vailleaux qu'on tire à terre 
par le moyen de petits vailleaux ou chaloupes qui ont 
des rames. C'efl: ce qu'on appelle lur la mer de levant 
remorquer. Ce mot remorquer vient de l'Italien nmur- 
chiare, ou du Latin remulcare y ou du Caftillan remul 
gar. C'eft ce qu^on dit autrement nager Jur le fer. Les 
moyennes ancres s'appellent ancres de touey. Les La- 
tins ont dit towagium, pour dire touage. 

i^^TouÉ, ÉE. part. 

TOUEUX. f. m. Terme de Marine. Petite ancre qu'on 
jette lorfqu'on veut , par le moyen de la corde qui lui 
eft attachée, à force d'hommes & du cabeftan, faire 
avancer un navire, ou le changer de lieu : cette adion 
s'appelle touer. P. Fournier. 
TOUFAN. f m. Tourbillon de vent , qui agite la mer 
de telle façon que les vagues bouillonnent de la même 
manière qu'on voit bouillir l'eau lur le feu. Typho , 
ventoTum turbo. Toutes les mers des Indes font lujettes 
à de grandes tourmentes excitées par ces vents. Alors 
la mer poufle contre les îles les vailleaux, qui s'y bri- 
fent avec une extrême violence. La mer jette aulïï 
des poiilbns morts de toutes grandeurs contre les ro- 
chers, avec une violence lemblable à celle d une flèche 
tirée avec l'arc. C'eft une des Relations Arabes , tra- 
duite par M. Renaudor , qui parle ainli. Sur quoi le 
Tradudeur dit : Nos Auteurs remarquent que la cote 
de la Chine eft lujette à de grandes tourmentes, & 
particulièrement à de coups de vens qu'ils appellent 
Toufan en leur langue, du mot Grec Tucfav. (11 falloit 
écrire TJ<i>(h ) qui hgnifie ptelque la même chofe. Les 
Portugais & les Caftillans ont pris des Arabes le mot 
de tufaon ou tufon , & lur la cote de la Chine , il vient 
particulièrement del'eft, & commence au mois d'Aoïlt. 
Navarète le trompe lorlqu'il en tire fétymologie de 
la langue Chinoife , dans laquelle il dit que tung , 
f^^ê > iignifie le vent oriental. Les Indiens de l'île de 
Manille l'appellent Bagio. Ses ettets font auffi violens 
que ceux des Ouragan», dans les îles de l'Amérique. 
Ces typhons font fort dangereux lur la route des Indes 
à la Chine , & on en trouve un très-grand nombre, 
d'exemples dans les Relations des Navigations les plus 
fameufes de ces derniers lîècles. Quoique ce mot foit 
originairement Grec, & qu'il lîgnihe plutôt une tem- 
pête mêlée de tonnerre que le toufan , ou ouragan , 
qui fait que le vent fait quelquefois en fix heures le 
tour du compas, les Arabes le dérivent d'un mot qui 
fignifie tourner, le croyant original en leur langue, de 
même que Navarète a cru que l'étymologie devoit 
être prife de la langue Chinoife. Varon dit que les 
Arabes l'appellent Olifant , il a voulu dire Altoufan. 
Il le décrit fort exaftement dans la Géographie géné- 
rale. 



TOUFFE, f. f. Ce mot défigne un alïèrablage de 



cet- 



ÎO9 



taines chofes qui font près à près. Fafciculus. Mais on 
ne le dit pas indiliéremment de toutes fortes de chofes. 
On dit une touffe de fleurs, une touffe de rubans, une 
touffe de plumes , une touffe de cheveux , une touffe 
a arbici. 

Quelques-uns appellent touffe, la partie touffue des 
arbres, celle qui eft garnie de branches, de rameaux, 
de feuilles , qui donne .tie l'ombre. Arborum tegmen. 

Les fleuriftcs appellent touffe de fleurs , plulîeurs 
fleurs qui naiflent enlemble au haut de la tige, comme; 
dans le primevère, l'oreille d'ourfe, &c. 

En jardinage le mot de touffe delîgne un gros pied 

de plante , accompagné de plufieurs petits , que l'oa 

• détache les uns des autres pour les planter féparçment* 

Une toujfe de marguerites. Une touffe d'œillets , de 

lilas. PropagOj adnajcentes Jhrculi. 

Ce mot vient de tufa , herbe dont la fleur eft touf- 
fue qui croit dans les marais. Ménage : d'où l'on a 
fait auili toupe & toupet. Du Cange le dérive de tufa , 
qui etoit une efpcce d'étendart chez les Romains > 
compolé de pluheurs plumes liées enfemble. 
TOUFFU, UE. Qui eft en touffe, qui eft épais & bien 
garni. Denfus , opacus. Arbre touffu. Arbor patula. 
Un bois touffu, bien garni , où les arbres font près à 
près. Denjus. Une barbe bien touffue, Barba JpiJTai 
jpiffior. 

TOUG, ou TOUC. f.m. Terme de Relations. Efpècë 
detendart que l'on porte devant le Grand-Vifir , les 
Bâchas & les Sangiacs. VexillumTuracum quodtou- 
gum vocant. C'eft une demi-pique au bout de laquelle 
eft attachée une queue de cheval, avec un bouton d'or 
qui brille au-dellus. On dit pour montrer l'origine de 
cette coutume , qu'en une certaine bataille, l'étendarr 
ayant été pris parles ennemis, le Général d'armée , ou 
lelon d'autres, un limple cavalier, coupa la queue dé 
Ion cheval , & l'ayant attachée au bout d'une demi- 
pique , encouragea les troupes & gagna la vidioire. 
Ce qui fit qu'en mémoire d'une fi belle adion , le 
Grand-Seigneur ordonna qu'on fe ferviroit de cet 
etendart , comme d'un fymbole d'honneur. On eiî 
porte trois devant le Grand-Vilîr , quand il va com- 
mander l'armée. RicAur. 

TOUILLER. Vieux mot. C'eft , dit Nicot , mêler con- 
tuiémcnt avecfaleté & ordure. De-là \ïem patouiller: 
& touillon en Picard, pour un torchon; car en torchant 
& efluyanr le ménage ou la vailfelle, il fe fouille & fa- 
lic. Ménage, Dicl. Etym. Patouiller, félon le même 
Nicot, eit touiller avec la pâte, car il eft compofé de 
ces deux-là. Aucuns y entremêlent une r: patrouiller. 
Ménage, au mot patouiller. 

Touiller, Touillon, Patouiller, font fouventdans 
la bouche du petit peuple de la Province. On lit pato- 
ger pag. 191. du 2 to. des œuvres de Cyrano de Ber- 
gerac. Le gloullen-ient terrible.des crapauds qui pato- 
geoient dans la vafe , me faifoient fouhaiter d'être fourd. 

TOUILLON. Nom de lieu. TuiUium, Tullonum, Tol- 
lonum cafirum , Tullinum, Tullio. Ce lieu eft du Dio- 
cèfe d'Autun -, '& peu éloigné de cette ville. Voyer 
Valois , Not. Gall. p. (,64. ^ 

TOUJOUR'S. Adv. de temps qui marque une éternité , 
ou une longue durée, & qui fignifie continuellement, 
lans interruption , fans fin. Semper, contmub , indefi- 
nenter,fine intermiffione. Les peines de l'Enfer dure- 
ront toujours, dans toute l'ét^iité. Je ferai toujours 
votre ferviteur; pour dire, tantqucje vivrai. Les cieux 
roulent toujours. Ce jet-d'efil va toujours ^ jour & nuit,- 

Toujours, fignifie aufïï. En tout temps, de tout temps, 
en toute rencontre, en toute occafion. Semper & ubi- 
que. On a toujours vu, il arrive toujours que, &c. Les 
honnêtes gens font toujours les plus eftimes. Les beau- 
rés les plus régulières ne font pas toujours les plus pi- 
quantes. 

Toujours , fe dit auffi de ce qui fe fait ordinairement. 
Il eft toujours fou. Semper flubefcit. Je lui dis toujours ' 
qu'il fe corrige, & il mène toujours la même vie. Ce 
pécheur tombe toujours dans Ion péché. 

Toujours dans les dejjèins, tou'pms dans l'aciion.BKKB, 



î.io TOÙ ^ 

Toujours, continuellement, conlîdéiés dans une Signi- 
fication fynonyme. Ce qu'on fair toujours , dit M. 
l'abbé Girard, le fait en tout temps & en toute occa- 
■fion-, ce qu'on fait continuellement k faitlansinrerrup- 
ïion & Jans relklie. Pour plaire en compagnie , il faut 
y parler toujours bien, mais non pas continuellement. 

Toujours , fe dit auffi "dans le ftyle familier pour En 
attendant, cependant. Je vais lortir , travaillez tou- 
jours. Intérim , at certe , t'mrnen. Il ie dit aulïï pour 
Au moins. Si les ennemis n'ont pas été enderemcnt 
-défaits, toujours ont-ils été fort atldiblis. Il le ditauin 
pour Nonobltant, quoi qu'il en foit, & on s'en ferc 
en parlant des choies qui ("ont cerraines, qui doivent 
'.iiéceilàirement arriver. Vous jouiiîez d'une grande 
fanté, vous avez de grands biens, toujours faut -il 
mourir. 

On dit proverbialement, Toujours va qui danfe , 
pour dire que pour peu qu'on travaille à une aliaire, 
on ne laillè pas d'avancer. 

TOUJOURS-AUGUSTE. Les anciens Empereurs ,• & à 

leur exemple ceux du bas Empire , fe l'ont qualifiés 

Toujours-Augufles dans leurs lettres & diplômes , & 

• on les traitoit de même dans les monumeus, infcrip- 

tions & médailles. 

TOUJOURS-BELLE. Terme de Fleurifte. Nom d'une 
tulipe qui ne change point, & dont les couleurs de 
b'anc-nailfant & rouge-pàle , ne diminuent jamais de- 
puis fa nailïànce julqu'à ia mort. Morin. 

TOUL. r. m. Vieux terme de Coutume. C3.na\. Candis. 
Voyei la Coutume d'Anjau , art. 450. &; du Pmeau 
fur cette Coutunie. 

TOUL. Nom d'une ville de la Lorraine. Tullum. Elle 
eft fur la Mofelle , à cinq lieues de Nanci , ver- le cou- 
chant, & à douze de Mets, vers le midi. Toula, un 
Évéché fuftragant de Trêves. Elle a été vilie Impériale -, 
elle appartient à la France avec tout fon territoire, 
depuis Tan 155Z. Maty. Long. 25. d. 25'. 30". Lat. 
48. d. 40'. 27". 

«:::> TOULA. Petite ville de la Ruiïîe Ivlofcovite, au 
Duché de Rezau, 356 milles deMoicou , au confluent 
de la Toula & del'Uppa. 

La rivière de Toula prend fa fource dans le Duché 
de Rezau , au-delRis de Crapicina, paie àïou/û , à la- 
quelle elle donne Ion nom' , & le perd enluite dans 
l'Occa. 

TOULDRE. Fojq ToupRE. 

TOULET. f. m. Terme de Marine. Ç'eft une cheville de 
bois pofée fur la touletière, & contre laquelle, on ap- 
puie la rame. P. Fournier. Il y a deux toulets. Au- 
bin dit , tolet. Voyei ce mot. 

TOULETIÈRE. f. f. Terme de Marine qui fe dit des 
pièces de bois appliquées lur ie vibord d un bateau de 
nef, fur laquelle îont appuyées les rames. P. Fournier. 

TOULLON. f. m. Vieux mot. Vieil habit. Caquillard. 
BoREL. Veftis detrita. 

TOULON. Nom d'une ville de France , fituée fur la côte 
de la Provence, à dix lieues dcMarfeille, vers l'orient. 
Telo, Tclo Martius , Toloniunij Telenium. Toulon 
n'ell pas une fort grande ville, mais elle eft belle, bien 
peuplée , marchande & riche. Il y a Viguerie , Séné- 
chauflée , Evéché fuftragant d'Arles \ mais ce qui la 
rend plus confidérable efl la bonté de fon port , où le 
Roi tient les vailieaux de guerre , qu'il arme fur la 
mer Méditerranée, où l'on voit le plus bel arl'enal de 
mer qui foit lur roy^e cette côte. Maty. Valois, Not. 
Call. pag. 548. Toulon ell par les 25. d. 55'. 30'. de 
longitude , & par les 4?. d. 6'. 40 '. de latitude. 

Toulon s'appelle en Latin Telo Martius, du nom de 
fon tondateur, qui fut ou quelque Telo Martius ^ qui 
Y conduilît une Colonie, ou un nommé Télo de Mar- 
seille , qui fut un grand Navigateur , très-habile dans 
l'Aftionomie & dans la Marine, & qui, au rapport de 
Lucain , vivoit lors du fiège de Marfeiiie parCéiar. 
Pharj: L. III. v. 592.. Vbyei Bouchel , Hift. de Pro- 
vence , & Valois , Not. Gall. 

Ce Pilote fameux que Marféille nous vante , 
L'infortuné Télon , de qui la main/avarUe, 



TOU 

Rendait le timon /buple à tous /es mouvemens i 
Et qui iravoit l'orgueil des plus fiers démens , 
Cet illuftre vieillard qu'injlruijcient les étoiles j 
A preffintir l'orage & compojèrjès voiles. Brébeuf. 

Toulon sur l'Arrox, Nom d'une autre petite ville du 
Duché de Bourgogne,' en France. Tuilonium ad Ar- 
rofium. Elle eft lur la rivière d'Arrtix , à fept lieues de 
la ville d'Aucun , vers le midi. Maty. 

TOULOUBAN. Vilie des Indes dans la province de MuN 
tan, à trente- cinq milles de la ville de ce nom. 

TOULOUSAIN, AINE. f.m. & f. Nom de peuple. Qui 
eitdeTouloule. Tolojanus, à. Les ToulouJ'ains l'onz 
les anciens Volfques Teclojages , ou plutôt font une 
partie de ces peuples. Les Touloujains ont communé- 
ment beaucoup d'elprit. Valois appelle le Touloujain 
le territoire de Touloule. Tolojanus ager , ou pagus. 

TOULOUSE, Nom d'une ville de France , iituée dans 
le Languedoc fur la Garonne, à huit lieues de Mon- 
tauban, du côté du midi, Tolofa , Tuloj'œ-Teclofa- 
gum j ou Tolearum Teclojagum ^ Civitas Tolojatium. 
Touloujè eft une ville très-ancienne. On y voit d'an- ' 
ciens Temples , des aqueducs , un amphithéâtre , & 
quelques autres marques de fon ancienne Iplendeur. 
Elle a été capitale du Royaume des Wiligoths , qjiiuite 
de celui d'Aquitaine, auprès du Comté de Touloufe , 
& elle l'eft maintenant du Languedoc, le premier Gou« 
vernement de France. Elle n'a pas déchu , comme ont 
fait prelque toutes les villes fort anciennes. Elle pafle 
aiijourd'hui pour la plus grande & la plus belle ville 
de France , & la mieux peuplée après Paris & Lyon. 
On y voit un fort beau pont de pierre fur la Garonne ', 
une cave dans lEglile des Obiervanrins, qui, dit-on, 
conlume la chair des corps morts lans en gâter la peau , 
ni déjOindre les membres ■■, & un pilier dans celle des 
Jacobins qui foutient cinq ou fix voûtes l'une fur l'au- 
tre. Sa maifon de ville eft célèbre par le nom de Gapi- 
tole qu'elle poite, d'oi\ eft venu celui des Capitouls 
que Ton donne à fes Conluls. Touloujè a le fécond 
Parlement , & la féconde Univerfité de France , une 
Académie, une Généralité , des Tréforiers de France» 
une Sénéchaulfée j une Chambre des Monnoies, &un 
Archevêché. Maty. Voje\ Valois , Notit. Gall.p.6ig. 
62.0.62.1. Jean XXII. en 13 17, par une Bulle du 25 de 
Juin, divifa en cinq le Diocèfe de Touloujè, voulant 
qu'outre Touloule & fon Diocèfe particulier, Montau- 
ban , Saint Papoul , Rieux & Lombez, eullent auflî le 
leur, exemptant abiolument Touloujè de la Jurifdic- 
tion & de la dépendance de l'Eglile de Narbonne , 
dont jufques-là elle avoit été fuftragante, & l'érigcanc 
en Métropole , & hii donnant pour fuliragans les qua- 
tre nouveaux Evêchés ci-deilus nommés , & de plus 
celui de Pamiers. Il partagea auffi les revenus de VÈ- 
glife de Touloujè, & en afïïgna à 1 Eglile de Touloujc 
loooo livres tournois, à chacun des quatre nouveaux 
Evêchés 5000 livres , & à celui de Pamiers, outre ce 
qu'il avoit déjà, une portion qu'il ie réfervoic à fixer. 
L'Univerfité de Touloujè fut établie en conféquence 
d'un article du Traité fait à Paris en 1229, entre le 
Roi Saint Louis & le Comte Raimond. Grégoire IX. 
confirma cet établiflêment en 1233. Par le Traité que 
fit à Meaux en 1229 , Raimond Comte de Touloujè 
avec le Roi Saint Louis alors mineur, pour être ablbus 
de l'excommunication & rentrer dans les Etats : il eft 
réglé qu'il donnera quatre mille marcs d'argent pour 
entretenir des Maîrres à Touloujè pendant dix ans ; 
favoir deux Docteurs en Théologie , deux Decrétiftes , 
c'eft-à-dite , Canoniftes, qui expliquoient le Décret de 
Gratien -, fîx Maîtres des Arts libéraux , & deux de 
Grammaire. C'eft l'intention de l'Univerfité de Tou- 
loujè. Fleur Y, Hifz. Ecclef. L. LXXIX. Dans l'an- 
cien Millèl Gothique-Gallican, Touloujè eft appelée 
Rome de la Garonne. Roma Garonna. Touloujè eft à 
ip.d. 5'. de longitude, & à 43. d. 37'. de latinide. _ 

Le Comté de Touloujè. Tolofanus Comitatus. C'é- 
toit anciennement un petit Etat de la France. Il portoit 
quelquefois le nom de Province de Saint Gilles, & il 
s'étendoit depuis la Gafcogne jufqu'au Rhône, rentct- 



mant prefqiie tout le Languedoc. Il commença l'an 77S, 
fous Charlemagne, & il fur incorporé à la Couronne 
de France Tan 1 5 6 1 , par le Roi Jean , à caufe de l'ex- 
tinétion de la famille des Comtes de Touiouje.l>\.Ki\ . 

TOUMAN. Voye\ToTAXii. 

TOUPET, f. m. Pcdte toufl'e de certaines chofes , de poil, 
de cheveux, d'arbres, il y a dans fou parc un périt tou- 
fet, ou bouquet de lapins. Il a un toupet de cheveux 
blancs au milieu des noirs. Il n'a qu'un toupet de che- 
veux fur le front. 

Les Turcs ont un toupet de cheveux fur le haut de 
la tête. Les Lazarilles Se les Eudill:es ont la barbe en 
toupet fur le menton. Die/, des Arts, 175 1. 

Toupet, fe dit particulièrement de la boidure de che- 
veux qui accompagne le front depuis une tempe j ul'qu'à 
l'autre , foit dans la chevelure naturelle , foit dans la 
perruque. Capillanientum anticum, temporale. Son tou- 
pet eft lî bien arrangé, qu'on ne diroit pas qu'il a une 
perruque. Le toupet de la perruque eft trop relevé. 

En maréchalerie, on appelle toupet d'un cheval, les 
crins placés fur la tête , entre les deux oreilles , qui 
tombe fur le front. 

TOUPÉTI. f. m. Terme de Relation. Pièce de toiîe dont 
les Indiens le couvrent. Stola Indica. Le Prince donna 
de he^uy^toupétis aux Catéchiftes. Let. Ebif. & cur. 
Rec. IX. p. az3. 

TOUPI. f. m. Vbye:i^ Ntoupi: c'eft la même chofe. 

TOUPIE, f. f. Efpèce de labot qui a une pointe de fer 
fur laquelle il tourne, quand oji l'a lâché par le moyen 
d'une corde qui étoit tortillée autour.rz^r/io.Ceftceque 
Virgile appelle Volubile buxurn, parceque les toupies 
font ordinairement de buis. Fbjf:^^ la belle delcription 
qu'il en fait ^neid. L. VII. ceu quondam torto voli- 
tansjiib verbere j'urbo , Ùc. Perse a dit auffi buxum 
torquere flagello , fouetter un fabot, une toupie. 

On diloit autrefois turpié, & ce mot vient de turbo. 
NicoD. Ménage le dérive du Grec tumo.; qu'on trouve 
dans Héfychius. On le trouve aulll dans Julius Pollux. 

TOUPILLER.v.n, Faire plufieurs tours & recours inutiles 
dans une maifon , fans lavoir ce qu'on fait, ni ce qu'on 
cherche. Iti modum turbinis circumagi , circumcur- 
fare. Voilà une fervante qui ne fait que toupiller.il ti'eft 
que du difcours familier. 

Ce mot vient apparemment de ce que celui quitour- 
noie ainfi , imite la toupie. On difoit autrefois toupier. 

TOUPlLLON.f. m. Diminutif de toupet. Toupillonde 
cheveux. Il fe dit auffi des orangers, pour fignifier une 
confulîon de plufieurs petites branches chargées de 
plufieurs feuilles. Il faut ôter ces toupillons, ils nuifent 
aux belles branches. 

Ces toupillons fervent de retraite aux punaifes & 
autres animaux. Un bon jardinier doitavoir foin d'ôter 
une partie de ces petites branches , qui fe nuiroienr 
les unes aux autres , Se de n'en conferver qu'une ou 
deux, fi elles font bien placées pour la figure de l'arbre. 
C'eft ce quon appelle détoupillonner. 

TOUPIN. f m. Elpèce de toupie dont les enfans fe fer- 
vent pour fe divertir en la faifant tourner fur la pointe 
à force de les fouetter avec des lanières de cuir ou des 
peaux d'anguille emmanchées d'un bâton. Le toupin 
n'a point de fer comme la toupie. On s'en joue lur la 
glace ou la terre bien unie. C'eft ce qu'on appelle à 
Paris & ailleurs un fabot \ mais en Normandie on dit 
un toupin & M. Huet qui étoit de cette Province a dit 
que le vaifleau que Ton pend ordinairement au bras de 
Bacchus a la figure d'une corne renverfée ou d'un 
toupin. 

TouJiNjCocHOiR, Cabre, Masson ou Gabieu. f. m. 

Terme de Cordier. Efpèce de cône tronqué , le long 

duquel on fait des rainures pour le mettre entre les fils 

ou torons qu'on veut commettre. 

TOUQUE. ï^yq^ToucQUE. 

TOUQUES , Bourg de France en Normandie, avec châ-, 

teau & port de Mer , au Diocèfe de Lifieux. 
TOUQUET.f. m. ROUSSETTE, f f. Nom dun oifeau. 
Rubetra. Le touquet , appelé autrement RouJJétte , a 
le haut de la tête , les aîîcs & la queue noires-, Ion dos 
& fon cou tirent fur le cendré. Il vole proche de terre , 
^ oft un peu plus petit que le pinfon , fon bec & les 



TOU lit 

jailibes , fes pieds & fes ongles font noirs , ainfi que 
l'extrémité de la queue 6c de les ailes. Le mâle eft dif- 
férent de la femelle en ce qu'il a le ventre blanchâtre *, 
fon dos, la tête & Ion cou lont d'une couleur cendrée, 
elle a une ligne blanche à travers de les aîles. Cet oifeau 
fréquente pour l'ordinaire les buiftbns. Aldrovand parle 
d'un autre qui a beaucoup de relfemblance avec celui- 
ci-, car il a la tête noire, le deftiis du corps cendré tirant 
lur Tobfcur , & blanchâtre par le deftbus. Bellon fait 
mention d'une roujjette qu'il décrit ainfi. Elle eft , dit- 
il , de la grandeur d'une fauvette brune , &: plus petite 
que le rolîîgnol. Elle a plufieurs mâdrures enrre-phœ- 
nicée & orangé lur le bord des plumes-, & parce que le 
champ du pennage de cet oifeau paroît roulsâtre, oa 
lui adonné le nom de roujjette. Ses grivelures lont fré- 
quentes fur l'cftomac, lur la tête, autour du cou , & 
furie dos; les plumes de fa queue &de fes aîles font 
brunes -, fon bec eft pointu , noirâtre & foible , les bords 
& les dedans de couleur jaune, fes jambes & fes pieds 
font blanchâtres. 
TOUR. f. m. Mouvement en rond , mouvement circu-" 
laire. circulatio , orbis. Le Tour du foleil , des planè- 
tes. Orbis ajirorum. Le Soleil fait fon tour en un an , 
Saturne en trente ans ou environ , Jupiter le fait en 
douze. Cette roue fait deux tours pendant que celle-là 
en fait un -, un tour de meule -, encore un /ourde broche, 
& le poulet fera cuir. 

On dit adverbialement , à tour de bras , pour dire, 
de toute la force du bras. Donner un fouftlet à tour de 
bras. Il eft d'un ufage allez rare. 
"S^TouR fe dit par extenfion de plufieurs autres mou- 
vemens j quoiqu'ils ne foient pas en rond. Ainfi : l'on 
dit faire un tour, aller & venir. Itio ; itus ^ reditus. Il a 
fait un tour dans le parc, un tour d'allée. Faifons quel- 
ques tours de jardin. 

On dit qu'un homme eft allé faire un tour, qu'il eft 
fofti pour revenir bientôt ; qu'il eft allé faire un tour 
de promenade , c'eft -à-dire , le promener. 

Pour dire qu'une rivière va en lerpentant, en tour- 
noyant, qu'elle fe replie fur elle-même, on dit qu'elle 
fait plufieurs tours & retours. Flexus , moandri. 

On dit dans le même fens les tours & retouts d'un 
labyrinthe , les finuofités. Les tours & retours que le 
fang fait dans les vaines & dans les artères. 

Sanguis ut humanos circurmagus irrigat artusj 
Itque reditque viam , &c. 

Jouer un tour de tridtrac , jouet une partie de tric- 
trac, compofée de douze trous, donc chaque trou 
vaut douze points. 

A certains jeux de cartes , jouer un tourj c'eft 
jouer un certain nombre de coups , enforte que cha- 
cun des joueurs tienne encore les cartes une fois , 
aie une fois la main. Au brelan faire un tour aux 
ccus , aux louis , c'eft convenir que chaque joueur 
mettra à chaque coup un écu , ou un louis devanc lui. 

Au médiateur, on appelle tours doubles, les der- 
niers coups de la partie, où l'on paie tout double, 
le jeu , les matadors , la confolation , les bêtes , &c. 
Tour fe dit encore pour circonférence, circuit, le côcé 
extérieur de quelque figure que ce foie : Circuitio , 
Circuitus. Le tour de la ville, le tour d'un jardin: 
cecce tenture de tapiferie fait le tour de la chambre : 
elle a tant d'aunes de tour , c'e,ft-à-dire , de cours. 
Les litres & ceintuies funèbies font le lourde l'églifc. 
Cette colonne a tant de tour. 

Quand on dit, faire le tour d'un jard;n, delà ville, &c. 
c'eft la même chofe que fi l'on difoit, aller au lourde. 
Plufieurs voyageurs ont fait le tour du monde. 
Tour de l'Echelle. Les Couvreurs appellent ainfi un 
cfpace entte deux mafures , aftèz large pour y placer 
leurs échelles, pour en réparer les toits. 

Tour de l'échelle. Tetme de Coutumes. C'eft une 
fervitude en vertu de laquelle celui à qui elle eft due, 
lorfqu'il fait refaire fon mur , ou qu'il fait conftruirc 
quelque bâtiment, peut pofer une échelle fur l'héritage 
d'autrui, & occuper l'efpace de terre qui eft nécellàire 
pour le tour de V échelle ; ce qui peut aller à cinq pu 
fix pieds, fuiviuit le témoignage de Ragueau, verb9 



112 1 

Efcliellage. Monfieur le Lieuvenant Civil , dans un Ade 
do notoriété qu'il a donné le 25 Août 1701 , dit que le 
lourde l'échelle eft de trois pieds de diltance. 

Lorlqu on vend les iiéritages joignants immediare- 
ment une maifon , ou en failant des partages , on a loin 
de retenu- le tour de l échelle . mais quand on n a point 
ce droit , le voilin des niailons eft oblige de louflnr le 
tour de l'échelle, quiind on ne iauroit les couvrir autre- 
ment-, mais alors on lui paye le dédommagement. 

Tour du Chat. Terme d'Architedure. Les Ouvriers 
appellent ainlî un demi pied dilolemeat, & un pied 
de plus en épailîeur, que le contremurdeS fours &des 
for"-es doit avoir félon la Coutume de Pans. Ils le 
nomment aufïï ruelle. Daviler. 

Tour de la Souris. Les mêmes Ouvriers appellent 
ainfi deux à trois pouces d'ifolement qu'un contremur 
doit avoir pour les porteries d'aifances & contremur 
d'un pied d'épaifleur , contre un mur mitoyen pour la 
folle-, &enrre deux folFes, quatre pieds, ëcc. Id. 

Tour fc dit auffi de plufieurs choies, mifes en rond, qui 
fervent pour l'habillemenr ou pour la parure. Ainli 
l'on dit un tour de cou. Linteum collare. Un tour de 
gorge. Mamillare. 

Tour de Cheveux. On appelle tour de cheveux , les 
cheveux poftiches quon ajoute pour alonger les che- 
veux naturels quand ils font trop courts. On ne leur 
donne pas le nom de tour de cheveux parce qu'ils vont 
tout au tour de la tête; car il n'y en a qu'au derrière 
& un peu fur les côtés : mais parce que le cordon qui 
les attache fait tout le tour de la tête, par-deflous les 
cheveux naturels ; de façon qu'on ne Içair fi ce lont 
des cheveux naturels ou s'ils font ajoutés. M. N . . . pa- 
roît avoir une chevelure magnifique -, mais c ell qu il a 
un tour de cheveux. _ 

On appelle tour de lir, l'etofte attachée au bois d en- 
haut qui environne le lit. J'ai acheté un tour de Ut de 

^^'■"^^' \ , r< j r 

Le tour du vifage , efl la circonférence du vilage. 

Un beau /oi^r de vifage. Vultûs , ous ductus. 
Tour , trait de fubrîlité , d'adrelle de main. On dit dans 
ce fens, un tour de gibecière , un tour de gobelets, un 
tour de cartes, un tour de main. Fallacies , fallacia, 
vrœftigiœ artes. Faire des ^our.y^de palFe-paile. Voilà 
un beau /our d'adrelle. On le dit généralement de tous 
les tours que font les bateleurs & les charlatans pour 
aiTiufer ou attraper la populace. 

On le dit hgurémenr & familièrement pour trait 
d'habileté ou de finellé. Voilà de vos tours. Il m'a 
joué un tour, ou d'un tour. Cette femme qui le coupa 
la langue avec les dentS, & la cracha au vilage du ty- 
ran , pour ne pas révéler fon fecret, avoir railon de 
craindre que fa langue ne lui jouât un méchant tour.^ 
Dans ce fens on ditproverbialemenr un tour de maî- 
tre Gonin , c'eft-à-dire, d'un adroit & rufé. Tour du 
bâton, façon de parler proverbiale, qui le dit des pro- 
fits qui ne font point attachés à une place , à un em- 
ploi , à un polie, mais qu on en rire par induftrie, par 
un tour ou une adrelle de la conduite. ^ 

Dans cette acception il efl: généralement employé 
comme fynonyme de procédé , manière d'agir. Agen- 
di ratio. C'eft un tour d'habile homme. Un tour de 
fripon. Donner un tour à une aftàire, c'efl:la montrer 
Tous un cerrain point de vue , la faire voir d'un certain 
coté. Le fucccs dépend du tour que le Rapporteur 
donnera à votre atlaire. 
Tour en matière d'Eloquence, fe dit de la manière de 
penfer , de fentir & de préfenter les choies fous une 

certaine forme. ■ : a- 

La plupart des hommes qui réflechiflent , ont à peu 
près les mêmes penfées fur les mêmes fujets. Il n'y a 
que le tour qui les dillingue : c'efl:-à-dire, que la vé- 
rité qui fe préfente la même quant aux fonds à tous 
les efprits attentifs , fe modifie diverfement lelon les 
diverles difpofitions qu'elle trouve dans Tame qui la 
conçoit. Elle fe façonne , pour ainfi dire , dans notre 
• entendement -, elle'fe colore dans l'imagination -, elle 
i'anime dans le cœur. Elle prend ainlî un air marque , 
fouvent original , qui de la pênfée pallè dans l'exprel- 
fion. C'eft ce qu'on appelle tour d'efprit. 



TOU 

Chaque peuple, dit le P. André , a !e fien propre 
qui foime le génie dominant de la nation. Grave & 
majeilueux en Elpagne -, hbre & cavalier en France; 
véhément & impétueux en Angleterre -, délicat & fin 
en Italie •, iolide & ferme en Allemagne. 

Il en cft de même des Particuliers. Chacun a fon 
/ourd'efprit qui le caraclérife dans ia nation. Le fublime 
de Corneille , & le gracieux de Racine -, le bon Icns 
lumineux de Boileau , & le fel piquant de Molière i 
la force de Boiluet, & la délicatelle de Fenelon-, la 
nobie facilité de Malebranche , & le brillant de Fon- 
tenelle-, la vivacité rapide de Bourdaloue , & la dou- 
ceur inlinuante de Maflilloir, le burin profond du Car- 
dinal de Retz , & le crayon fin de Pafcal nous font 
voir dans nos propres écrivains des manières de penfer 
prefque aufli dîftérentcs que celles d'un Elpagnol & 
d'un Italien. 

Mais en quoi confîfte la beauté de ce tour d'efprit 
qui diftingue les grands Auteurs des médiocres , qui 
relève quelquefois leurs produirions les plus foibles, 
& d'où il arrive lî fouvent que la même parole qui 
dans les uns ne paroît qu'une propofition toute fim- 
ple , qui n'a rien de piquant , devient dans les autres 
ce qu'on appelle une belle penfée , un beau fentiment, 
un bon mot. Les Auteurs médiocres, lans génie & fans 
ame, nous préfentent les objets froids comme eux, & 
inanimés \ au lieu que les grands Écrivains nous les 
tranimettent avec toutes les images & avec tous les 
mouvemens qu'ils en reçoivent eux-mêmes. Les uns 
ne font que les crayonner -, les autres les peignent. 
Ceux-là ne lavent tout au plus que les décrire i ceux- 
ci les gravent juiqu'au fond du cœur par le tour d'ima- 
gination & de fentiment dont ils les animent. Nous 
en fommes frappés comme d'un éclair qui nous fur- 
prend. Nous y voyons tout à coup paroîcre quelque 
trait du beau qui fait un eftet fi prompt lur notre el^ 
prit. Ici un efprit vif & jufte, qui fait en peu de mots 
nous oiirir plufieurs idées lumineufes : là un efprit fa- 
cile & profond , qui penfe , & qui fait nous faire pen- 
fer : un efprit fin & modefte, qui fait nous faire enten- 
dre ce qu'il n'efl; pas permis de dire : une imagination 
riante , qui nous réveille par fes faillies : un génie élevé, 
qui nous élevé avec lui au-delïius des préjugés vul- 
gaires :. un cœur généreux , qui nous rend , comme 
lui, fupérieurs aux foibleilés des autres hommes : en 
un mot, une manière de penfer ou de fentir les chofes , 
qui n'a rien de commun , & qui n'a rien que de natu- 
rel. Voilà dans une pièce d'efprit ce qu'on doit enten- 
dre par la beauté du tour. 

On le dit auiïî de la manière dont on exprime fes 
penfées & dont on arrange fes termes. Dicendi^fcri- 
bendi ratio , modus. C'eft dans ce fens qu'on dit , le 
tour d'une période. Ces vers font d'un tour agréable, 
noble, galant. Une penfée eft neuve par le tour qu'on 
lui donne. 

Il y a des tours d'exprefïïons irrégiilicres qui ont 
beaucoup de grâce en proie & en poëfie. C'eft ainfi 
qu'on met fouvent le cas devant le verbe , comme 
quand on dit, la vertu la plus pure, on la ternit; les 
aciions les plus innocentes, on les noircit , &c. Quel- 
quefois auffi on met le nominatif après le verbe. Déjà 
frémijjoit dans Jbn camp l'ennemi confus Ù décon- 
certé, &c. 
Tour fe dit auffi pour rang alternatif, Tordre dans lequel 
chacun doit dire ou faire quelque choie. Ordo, vices. 
Votre tour eft paflé -, chacun a fon tour. Votre tour 
reviendra. C'eft mon tour à parler. Il y a des gens qui 
raifonnent au jour la journée , & félon la paffion qui 
eft de jour pour commander. 

En Languedoc on nomme Barons de tour, ceux qui 
à leur tour ont entrée aux états. 
Tour, en matière bénéficiale fignifie le rang dans lequel 
plufieurs perfonnes ont droit de nommer ou prélenter 
alternativement aux bénéfices qui viennent à vaquer. 
Il y a des églifes où l'Evêque nomme par tour avec 
le Chapitre. Quand il y a plufieurs Patrons cccléfiaf- 
tiques, chacun d'eux nomme à ion foz/r. Les Chanoi- 
nes entre eux nomment ou confèrent certains béné- 
fices 



TOU 

fices à leur tour. On appelle Tournaire celui qui eft en 
feniaine, qui a ce droit. 

Tour a tour. Façon de parlef adverbiale. Alternati- 
vement, l'un après l'autre. Alterné j alterna vice j al- 
ternis vicihas , ou en fousentcndant Wa^u^ , altérais. 
Vous çxletcz tour i tour. Altérais dicetis. Les Mufes 
veulent qu'on chaate tour .i tour. Amant alterna ca- 
mœnce , ( en lousentendanr verba ) entretien où l'on 
parle chacun à Ion tour. Alternus Jermo. 

Tour. Terme de PârilTicr. C'eft une table ronde & épailTe 
lur laquelle les pàtilliers détrempent la pâte pour leurs 
pàtilTeries. Menja rotunda. 

Tour fe dit auffi dans les Manufadures & Blanchifferies 
de cire, d'un gros cylindre ou rouleau de bois dont le 
fervent ceux qui la purifient &; l'apprêtent pour la grê- 
louer ou graîner avant de la mettre lur les toiles pour 
être blanchie. 

Tour. Terme de Cordier. Voye\ Rouet. 

Tour , ou Touret. Terme de Marine. C'eft un mou- 
linet fait à peu près comme le touret d'un cordier , 
qui fert à faire du bittord dans le vaillèau. 

Tour fe dit auflî de l'attelier d'un Tourneur, de la ma- 
chine qui le meut circulairement, & fert à arroijdir 
les ouvrages. Tornus. Cette machine eft compofée de 
deux jumelles ou pièces de bois parallèles à l'horifon , 
fur lefquelles lont polces deux autres pièces perpendi- 
culaires qui lont mobiles, & qu'on arrête pourtant où 
Ton veut par le moyen d'une clef faite en forme de 
coin. On les appelle poupées. Elles ont deux pointe- 
qui fupportent la pièce lur laquelle on travaille , qui 
tourne par le moyen d'une corde qu'on entortille au- 
tour, laquelle eft attachée en haut au bout d'une perche 
pliante qui fait rellort , en bas à une planche qu'on 
fait mouvoir avec le pied. Il y a aulîi le lupport fur 
lequel on appuie le cifeau pour le tenir plus ferme. 
Le R. P. Plumier a fait en 1701 un fort beau livre fur 
le Tour, fur l'art de tourner, & de faire au tour des 
ouvrages très-délicats. On dit en ce lens qu'une femme 
a les bras faits au tour, pour dire parfaitement beaux, 
bien faits. Elle a la gorge faite au tour. On dit de 
même qu'un homme eft fait au tour , qu'une femme 
eft faite au tour. Ad unguern faclus. 

Tour fe dit auffi d'un gros cyhndre, ou efîîeu qui fert 
en la plupart des machines pour élever des fardeaux , 
qui fe remue avec une roue, ou des leviers fur lef- 
quels la corde fe tourne. Scapus , cylindrus. On l'ap- 
pelle autrement treud. 

Tour, Tour de Couvent , c'eft, dans un Couvent de 
filles , une cljjece de machine en forme de boiileau , 
ouverte en partie, & pofée verticalement à hauteur 
d'appui dans la baie d'un mur de refend , où elle 
tourne fur deux pivots pour faire palier diverles chofes 
dans le Couvent, & les en faire Ibrtir. Vertibulum , 
verjatile tympanum. On appelle auffi tour, la chambre 
où eft cette machine. Il y a des Religieules prépolées 
au tour, qui parlenr au tour, & qu'on appelle Dames 
du tour. Fôje:^TouRiÈRE. 

Tour de cable. Terme de Marine , qui fe dit lorfqu^un 
vaiflèau eft aftourché , & que les deux cables fe lont 
croilés près des écubiers. 

TouR-ET-cHOQUE. Tour quc l'on fait faire à un cable 
autour de la bitte & de les montans. Choque eft le 
tour que l'on fait faire enluite au même cable par- 
deflus la tête du montant de la bitte. Manceuv. 

Tour de calandre. Donner un tour de calandre a. une 
étofte ou à une toile , c'eft la faire palier une feule fois 
fous la calandre : quatre tours s'appellent une demi- 
voie, & huit tours une voie de calandre. Voye^CA- 

lANDRE. 

Tour de chardon. Terme de Manufactures de Lai- 
nage. Fôj^;[ Voie DE Chardon. 

Tour de gosier. Terme de Mulîque. C'eft à peu près 
ce que les Italiens appellent^ Ribattuta di gola , ou 
trillo j & trilletto quand il n'eft pas lî long. C'eft un 
des agrémens du chant qui fe fait par plulieurs batte- 
mens du golîer , d'une note à la note qui eft immé- 
diatement au-dellus. Brossard. Cela fe fait en bat- 
tant fort vite alternativement , ou l'un après l'autre 
deux fons en dégrés conjoints comme fa . mi, ou mij 
Tome VIII. I. Partie. 



TOU 



115 



re; &cc. de manière qu'on commence par le plus haut , 
& qu'on finilîê par le plus bas-, c'eft là proprement la 
cadence ou le tremblement à la Françoife. C'eft auffi 
fouvent ce que nous appelons Tour de ^ofier , & dou- 
ble cadence. Les Italiens fe fervent lur-tout de cet 
agrément fur la fin de certaines tenues de 2 , 3 , 4 & 
plus de mefures. Ce qui fert comme à relever ou ref- 
lulciter la voix qu'une tenfion trop longue pourroic 
avoir fait relâcher. Id. 

Tour de reins. Terme de Chirurgie. C'eft ainfi qu'on 
appelle une rupture ou une foulure de reins occafion- 
née par quelque effort. Il lui a donné un tour de reins 
en luttant avec lui. Il s'eft donné un tour de reins en 
levant ce fardeau. 

On dit figurément & populairement donner un tour 
de reins à quelqu'un , pour dire , lui nuire en quelque 
choie , dans les deilèins ou dans fa forrune. 

TOUR. ff. Terme d'Architeélure. Bâtiment haut élevé 
& de plulîeurs étages , qui eft ordinairement déforme 
ronde. Turris. On fortifioit autrefois les places avec 
des tours, avant l'invention du canon. On les attaquoic 
avec des tours de bois mobiles, qu'on élevoit fur des 
roues pour voir dans la ville. C'étoit des machines 
faites pour élever les affiégeans à la hauteur des mu- 
railles , en challer les affiégés à coups de flèches, 
& y paiîer des ponts qui s'abattoient. Ces tours avoient 
quelquefois vingt étages & trente toifes de haut. Elles 
étoient couvertes de peaux nouvellement écorchées , 
& cent hommes étoient employés à les remuer, & à 
tirer fur les affiégés. Abr. de Vitruve. On en fait auffi 
pour faire des priions, des lieux forts. Les tours de la 
Baftille. La roi/r de Mongommeri. On en fait auffi pour 
découvrir de loin, de toutes fortes défigures, carrées, 
pentagones, &c. La. tour de Cordouan fert de phare. 
Ilîy a à la Chine une fameufe tour de porcelaine, dont 
les Hollandois ont dit des merveilles. Ce que le P. le 
Comte en a rapporté , eft plus vraifemblable <k plus 
croyable. Les tours des Églifes fervEnt de clocher. Elles 
lont d'ordinaire terminées par une aiguille, ou flèche. 
Ce mot en ce fens vient du Syriaque tur , ou de 
l'Hébreu tTjir ^ à ce que dit Borel , mais plus immé- 
diatement du Latin turris , ou du mot Celtique ou Bas- 
Breton tour^ qui lignifie la même chofe que turris en 
Latin. 

Tour , le dit en termes de Blafon avec plufieurs épithètes 
qui en chargent les parties. On les appelle rondes ^ car- 
rées , crenées , carnelées , ou crénelées. Turris rotunda, 
quadrata , pinnata. Les unes lont fans porte , les autres 
avec la porte grillée ; les unes font maçonnées, quel- 
ques autres font couvertes -, & il y en a de fommées 
de girouettes ou d'autres pièces. 

Tour, en matière de médailles, eft une marque de ma- 
gafins faits pour le foulagement du peuple. Turris in 
numijmate. On n'en trouve fur les médailles que de- 
puis le Grand Conftantin. Le P. Joubert , dans la 
Science des médailles. 

Tour , s'eft dit auffi d'une machine ou petit château de 
bois qu'on pofoit fur le dos des élephans, quand onles 
menoit à la guerre , dans laquelle on mettoit plulîeuts 
foldats pour combattre. Turricula. 

Tour , eft auffi une pièce du jeu des Echecs , qui eft po- 
fée aux extrémités du tablier, & qui ne le remue qu'à 
angles droits. Turris in ludo latrunculorum. On donne 
échec au Roi & à la Tour avec le Chevalier. On matte 
avec un Roi & une Tour. 

Tour. Terme d'ArchiteClure. Une tour ifolée eft celle 
qui eft détachée de tout bâtiment, & fert à plulieurs 
ulages , comme de clocher , ainlî que la tour ronde 
penchée de Pife : de Fort , comme celles qui font fur 
les côtes de mer , ou fur les pallages d'importance : 
de Fanal, comme celles de Cordouan & de Gènes: de 
Pompe , comme autrefois la tour de Marli, &c. Id. 

Tour de Babel. Voyei Babel , & Babylone. 

Tour deBour, de Cordouan, d'Ordre, &c. Voye:^ 
Bour, Cordouan, Ordre, &c. 

Tour de Dôme. C'eft le mur circulaire ou à pans, qui 
porte la coupe d'un dôme , & eft percé de vitraux , & 
orné d'Architecture par dedans & par dehors. Davx- 
ler. 

I» 



ÎI4 TOU 

Tour d'EgLise, C'efl: un gws bStimcnt élevé, le plus 
Ibuvent carré , & accompagné d'un femblable , qui fait 
partie d'un portail d'une Eglile. Ces fortes de tours , 
qui font de pareille fymétrie aux Egliles Cathédrales, 
lont ou couvertes en terrallé, comme à Notre-Dame 
de Paris , à S. Etienne de Bourges , &:c, ou terminées 

- par des aiguilles ou flèches , comme à Notre-Dame 
de Reims, à Notte-Dame de Rouen, &c. On appelle 
tour chaperonnée , celle qui a un petit comble appa- 
rent , comme à S. Jean en Grève à Paris. Daviler. 

Tour deLéandre, ou Khes-Calesi. C'eft une petite 
fortcfeife , fituée fur un rocher ^ dans le canal de Conf-, 
tantinople , entre cette ville & celle de Scutari , en Na- 
tolie. Turris Leandri. On voit de ce lieu toute la ville 
de Conftantinople , Péra , Galata,&: pluf leurs autres 
édifices , qui font une très-belle perfpecl:ive. Maty. 
La Tour de Léandre eft tout près du cap de Scutari. 
L'Empereur Manuel la fit bâtir iiir un écueil d'environ 
200 pas de tour, & en fit conftruiie une autre du cô- 
té de l'Europe au couvent de S. George pour y tendre 
une chaine j qui fermât le canal (de la mer Noire.) 
M. Gilles a remarqué qu'il y avoir autrefois un mur 
dans la mer, lequel occupoit le paflagc qui le trouve 
entre l'écueil où eft la Tour, & la Terre-terme d'Afie. 
Il y a beaucoup d'apparence que c'étoit l'ouvrage du 
même Empereur. Car par ce moyen la chaîne étant 
tendue d'une tour à l'autre, il n'étoit pas pofïïble aux 
vailïéaux de remonter le canal de la mer Noire. 
M. Gilles allure que les Turcs ont démoli ce mur, 
pour en employer les pierres à d'autres bâtimens. Ils 
nomment cette Tour la Tour de la pucelle •, mais les 
Francs ne la connoillent que fous le nom de la Tour 
de Léandre, quoique les amours de Héro & de Léan- 
dre fe foient pailées bien loin de là fur les bords du 
canal des Dardanelles. Cette Tour eft carrée , termi- 
née par un comble pointu , & garnie de quelques pièces 
d'artilletie , enfermée dans une enceinte, qui eft aufîl 
carrée : elle eft prefque fans défenfe, & n'a pour toute 
^arnifon qu'un Concierge, qui reçoit les appointemens 
de fbn gouvernement fur ce que lui donnent les Janif- 
laires ou les Marchands de Conftantinople qui vont s'y 
divertir en fecret. On prétend que l'eau douce du puits 
qui eft cteufé dans cet écueil eft une fource vive ■, d'au- 
tres allurent que ce n'eft qu'une citerne dans laquelle 
fe vident les égoiits du comble , par un tuyau caché 
dans la muraille. Tournefort , Voyage , T. II. 
p. t;^6, i^j. 

Tour de Londres. C'eft un vafte bâtiment fitué auprès 
de la Tamile au-deftous du pont à l'orient de Londres, 
ainfî nommé d'une Tour blanche & carrée qu'on voit 
au milieu. La Tour de Londres a enviton un mille de 
circonférence. Elle eft environnée d'une vieille mu- 
raille avec un foflë fort large & profond, & elle com- 
mande la ciré & la rivière. Soixante pièces de canons 
y font toujours en batterie. C'etf là qu'eft le grand Ar- 
lenal du Royaume, où fe fabrique la monnoie, où l'on 
conf erve les joyaux de la Couronne , les Archives du 
Royaume, les Ades du Parlement, les Traités de Paix 
en original , Ligues , Alliances , Pièces autentiques 
touchant les Conquêtes de la Nation , &c. Le Gouver- 
nemenr de cette place importante eft confié à un Con- 
nétable ou Gouverneur , qui eft d'ordinaire une per- 
fonne de la plus haute qualité. Il a fous lui un Lieu- 
tenant , un Sous-Lieutenant & un Ofticierde la porte, 
appelle en Anglois Gentleman Potter, lequel doit por- 
ter tous les foirs les clefs au Connétable , & en fon ab- 
fence au Lieutenant, & aller les recevoir tous les ma- 
tins. Il commande les gardes des prifonniers. Abr. 
Chron. de l'Hifl. d'Angl. 

Tour Marine, eft une tour qu'on bâtit fur les côtes de 
la mer pour y loger quelques foldats, & découvriras 
vaitleaux ennemis. Pharus ^ turris. Ces tours ordinai- 
rement n'ont point de porte, & on y entre par des fe- 
nêtres qui font au premier ou au fécond étage , avec 
une échelle qu'on tite en haut quand on eft dedans. 
On fe fert quelquefois de ces tours dans la fortification 
des places. 

Tours mobiles. Les Anciens fe fervoient de tours mo- 
biles dans les fîèges. Elles ne diftéroient prefque en 



TOU 

rkn d'une maifon de charpente de plufieurs étages ^ 
linon qu'elles étoient moins folidement contlruites que 
ces tours qui font tant de bruit parmi les Savans. Elles 
étoient compolécs d'un adbmblage de poutres & de 
groflcs folives , capables de réiifter contre l'etiort des 
maflès lancées par les baliftes & les catapultes des af- 
fîégés. Cet allemblage de montans & de traverfans 
étoit couvert de forts madriers mis en travers. Il fe 
fait aujourd'hui des Tours mobiles de charpente, pour 
fervir à Téparer & peindre les voûtes , & à tondre & 
dreiTèr les paliflades des jardins. Les Jardiniers les nom- 
ment chariots. Il fe fait encore des Tours fixes de char- 
pente, pour élever des eaux , comme celle qui fervoif 
à la Machine de Marli, qui a été placée depuis à l'Ob- 
fervatoire de Paris, & enfuite démolie, parce qu'elle 
inenaçoit ruine. Toute Tour mobile fe dit en Latin , 
Turris ambulatoria. Daviler. 

Tour de Moulin a vent. C'eft un mur circulaire qui 
porte de fond , & dont le chapiteau de charpente cou- 
vert de bardeau, tourne verticalement pour expofer 
au vent les volans ou les aîles du moulin. Id. 

Tour ronde, &Tour creuse. Tour ronde, c'eft, fé- 
lon les ouvriers, le dehors-, & tour creujè, le dedans 
d'un mur circulaire. Id. 

Tour des Palmes. Nom d'une des Congrégations par 
l'union defquelles Alexandre IV. forma l'Ordre des 
Hermites de S. Auguftin. Congregatio Religio/à à 
Tune Palmarum dicla. Il n'eft pas siir que la Congré- 
gation de la Tour des Palmes fuivît la Règle deS.Au- 
guftin avant l'union. P. Hélyot , T. III. p. is.. 

Tour du Pin. Nom d'un bourg de France, fitué dans 
le Dauphiné , à huit lieues de Lyon vers le levant. 
Turris Pini. La Tour, d'où ce lieu a pris fbn nom , eft 

-• maintenant ruinée. Maty. C'eft ce lieu qui a donné 
le nom à certe illuftre Maifon de la Tour du Pin. 

Tour de Roussillon. Cette Tour eft dans le Rouffil- 
lon , fur une colline près du Ter, à demi-lieue au-def- 
fous de Perpignan. Turris Rujcignonenfis. Elle eft la 
place de l'ancienne Rujcino , Rujino , Rufcinus , qui 
a donné fon nom au RouffiUon, & des ruines de la- 
quelle Perpignan a été bâtie. Maty. 

tS^ TOURAILLE. f. f. Pour faire la bierre , après qu'on 
a fait germer l'orge , jufqu'à ce que le germe forte de 
chaque grain de la longueur de quatre ou cinq lignes, 
on le fait lécher dans un bâtiment appelé touraille j fur 
un plancher à claires-voies , & dont les ouvertures 
font couvertes de grandes pièces d'étofle de crin de 
cheval. Pluche. 

TOURAINE. Nom d'une Province de France. Turoni- 
cuspagus , Turonia. Elle a titre de Comté , & elle eft 
fkuée autour de la Loire , du Cher , de l'Indre & de 
la Vienne, entre le Berri , leBléfois, leVendômois^ 
l'Anjou & le Poirou. Cette Province dépend du Gou- 
vernement général de l'Orléanois. Elle n'a pas une 
grande étendue , mais elle eft fi fertile qu'on l'appelle 
le Jardin de France. Ses lieux principaux font Tours ^ 
capitale, Amboife, Chinon & Loches. Maty. 

TOURANGEAU. Qui eft de Tours , ou de Touraine. 
Turo , Turonenfis. Chriftophe Plantin, cet habile Im- 
piimeur du XVI^ fiècle, étoit Tourangeau. Le P. Ra- 
pin, Jéiuite , célèbre par tant d'ouvrages de Pocfie & 
de belles Lettres, & mort à Paris le 27 Octobre 1687, 
étoir aufTi Tourangeau. 

TOURANGETTES. f f pi. Efpèce de petites ferges qui 
fe fabriquenr en quelques lieux de la Généralité d'Or- 
léans , particulièrement au Montoir. Elles font ou 
blanches ou grii'es , & fe font de laines du pays. 

TOURBE, TOURBLE. f. f. Troupe alTeinblée-, nombre 
de perfbnnes. Turma, turba, multitude. Je ne me fie 
pas à cette tourbe de Barbares , je ne m'attends qu'à 
vous. Vaug. Il vient du mot Latin turba, troupe. On 
difoit autrefois tourbe foldatefque , pour une troupe 
de gens de guerre. Il n'eft plus ulité que dans le bur- 
lefque, ou dans les vers qu'on fait en ftyle antique. 

Pourquoi les faits par une erreur fervile. 
Mettre en Latin ? non^ non, tourbe indocile, 
D'infcriptions nous allons faire troc. 



TOU 

Hors de là , tourbe efl: vieux en ce fens, & n'efl: plus 
en Lifage qu'en cette phrafe du Palais :_ Enquête par 
tourbes. C'étoit une enquête qu'on taifoit ci-devant 
dans les procès pour éclaircir la diftîcillté d'un point 
de coutume , ou d'un ulage allégué par une partie, 
lequel n'avoir point été inféré dans les Coutumes , 
quand on les avoir rédigées par écrit. En ces Enquêtes 
la dépofition de dix témoins n'étoit comptée que pour 
une feule dépofition. Elles ont été abrogées par une 
nouvelle Ordonnance de 1667. Voyei Enquête, & 
Bouteiller , dans fa Somme , L. II. c tg.p. igS. 

Les Chimiftes fonr cas d'un Livre qu'on appelle la 
Tourbe des Philojbphes , qui eft un Recueil des Ecrits 
de plufieurs Auteurs anciens qui onr travaillé à la re- 
cherche de la Pierre Philolbphale , comme Géber , 
Morienus._ 
TOURBE, f. f. Eft une matière propre à faire du feu , 
terre noirâtre & fulfureule dont on fe fcrten Hollande, 
dans une p:irtie de la 'Flandre, & dans les endroits où 
il y a dilette de bois. GUba exficcata igniaria. On fai- 
ibit autrefois des tourbes ou malles de terre dans l'Ar- 
tois & dans les pays circonvoifins , comme on en fait 
aujourd'hui en Hollande. Ces tourbes fervoient pour 
chaufter les Paylans. Voye\ Lambert d'Ardres, le Car- 
rulaite de S. Ecrrin , & la Chronique d'André. Il y a 
trois cens ans qu'on le iert de tourbes en ces quartiers. 
Elles iont foutrées , & les perfonnes qui font auprès du 
feu deviennent pâles quand elles font bien loufrécs. 
En Ecolle on le f ert d'une elpèce de tourbes , mais elles 
font puantes. 
Tourbe, fe prend auflî pour un tourteau fait de tan ou 
d'écorce de chêne après avoir fervi à accommoder le 
cuir. On s'en chaufle dans les endroits où il y a des 
Tanneurs-, & les pauvres gens en ulent même à Pans, 
cù on les appelle des Mottes. 

Ce mot vient de l'Allemand ^orff, ou ^urb , figni- 
fiant la même chofe. Ménage. Ou de la langue Cel- 
tique , torhes. Les AUemans l'appellent aulïï torf ■> ou 
turf , ou turve. 
IKj'TOURBERIE. f f. Terme de droit coutumier. C'eft, 
particulièrement en Angleterre ^ le droit qu'on a d'al- 
ler lever de la tourbe dans le fonds d'autrui. 

Ce mot fignifie auflî l'endroit d'où l'on tire de la 
tourbe. 
TOURBEUX, EUSE. adj. Terrain tourbeux , d'où l'on 

tire de la tourbe. Science des Ingénieurs. L. 9. p. (,g. 
TOURBIER , ou TURBIER. f. m. C'eft un nom qu'on 
donne au Palais aux témoins ouïs aux enquêtes par 
tourbes. Turbarius tefiis. 
TOURBILLON, f m. Vent violent, rapide, impétueux, 
qui va en tournoyant, Turbo , vortex. Un tourbillon 
de vent, c'eft une infinité de petites parties d'air, qui 
tournent en rond, & enveloppent ce qu'elles rencon- 
trent. Font. Les ouragans Iont des tourbillons qui lur- 
prennent les vaifteaux , & qui font très-dangereux. 
Un furieux tourbillon a déraciné les arbres. 
Tourbillon, le dit aufli d'un creux qu'on trouve dans 
quelques mers ou rivières , dans leiquels l'eau s'en- 
gouftre avec précipitation j & en tournoyant. Vortex. 
Ce palfage eft dangereux, à cauie d'un tourbillon qui 
eft au milieu de la' rivière. 
Tourbillon eft auflî , félon la Philofophie de Defcartes, 
un amas de matière dont les parties détachées les unes 
des autres le meuvent toutes dans un même fens, & 
autour d'un même axe. Ce Philofophe prétend qu'il 
y a dans le Ciel plufieurs révolutions d'aftres autour 
de divers centres , qui font des fyftèmes diftérens. 
Vbyei Monde de Defcarres. Il appelle ces diftérens 
fyftèmes des tourbillons. Tout ce grand amas de ma- 
• tière céiefte qui eft depuis le foleil jufqu'aux étoiles 
fixes, tourne en rond , & emportant avec foi les pla- 
nètes, les fait tourner autour du foleil qui occupe le 
centre : voî^à le grand, tourbillon dont le foleil eft 
comme le maître. Mais en rncme temps les planètes fe 
compolent de petits tourbillons particuliers. Chacune 
d'elles en tournant autour du foleil , ne laillè pas de 
tourner autour d'elle-même , & fait tourner auffi au- 
tour d'elle , & en même lens, une certaine quantité 
de cette matière céiefte, qui eft toujours prête à fuhre 



TOU 



lî^ 



tous les mouveinens qu'on lui veut donner : c'eft là le 
tourbillon particulier de la planète , & elle le poulie 
aulfi loin que la force de Ion mouvement fe peut 
étendre. Ainfi la lune iuit la terre , &: tourne autour 
d elle , parce qu'elle s'cft trouvée dans l'étendue de 
ion tourbillon. Jupiter a trouvé quatre petites planète» 
dans Ion voifinage ^ & il fe les atlujétit toutes quatre. 
De même quand il eft tombé dans un tourbillon une 
p.anete moindre que celle qui y domine j elle a été 
emportée, & forcée indiipenfablement à tourner autour 
de la plus grande. Cependant tous ces petits tourbil- 
lons^ avec les planètes qu'ils renfermenr, ne laillent 
pas de tourner autour du foleil. Font. Selon cette 
hypotèfe de Defcartes , Jcs étoiles fixes ne font point 
dans le tourbillon du foleil.- Ce font des tourbillons 
diftincls , & féparés du nôtre. Or de cette difpofition 
des tourbillons il s'enfuit, que nous qui fommes dans 
le tourbillon du foleil , ne devrions point voir les éroiles 
fixes. La raifon eft, que la lumière ne fe produit que 
par unrayon , ou une ligne qiii part de l'étoile, & qui 
vient frapper l'œil ; mais li chaque tourbillon eft féparé, 
les lignes de l'un ne fe peuvent jamais mêler dans 
l'autre, & elles ie terminent toutes à la circonférence 
de leur tourbillon. La matière lumineufe qui part du 
centre de l'étoile, ne peut le confondre dans le tour- 
billon lolaire , ni pénétrer jufqu'à notre œil, fans for- 
cer la matière de notre tourbillon à reculer ; ou fi cela 
arrivoir, les tourbillons fe choqueroicnt naturellement 
avec des forces inégales , & fe détt uiroient en peu de 
temps. Le P. Dan. Il eft même impoflîble d'expliquée 
le mouvement des Comètes dans le fyftème des tour- 
billons. En eftet lorlqu'une planète eft parvenue à la 
hauteur de la terre , la vîtell'e du tourbillon devient 
alors 11 grande , que fi ce tourbillon exiftoit réellemenr, 
il faudroir néceiiairement qu'il l'entraînât, & qu'ainfi 
la Comète parcourût à chaque heure plus de 7000 
lieues. D'où l'on voir que cetre efpèce de torrent ou 
entraîneroir les comètes avec une très-grande rapidité, 
ou détruiroit bientôt leurs mouvemens, s'ils fe fai- 
foient en fens contraire. Injlitut. Aftronorn. p. 342.. 

Cesrailbns, & quantité d'autres ( Foje^ Monde 'de 
Defcartes ) ont engagé de célèbres Phyficiens , Fon- 
tenelle , Malebranche, Privât de Molières, &c. à cor- 
riger le fyftème des tourbillons fimples imaginés par 
Defcartes, par le moyen des tourbillons compofés. 
Les grands tourbillons qu'admettent ces Cartéfiens 
iTiitigés , font formés de très-petits tourbillons élaf- 
tiques. Ces petits tourbillons ont deux mouvemens 
circulaires, l'un autour d'un centre commun, & l'au- 
tre autour de leurs centres particuliers. C'eft ce qu'on 
appelle tourbillons compofés. 

Selon eux , tout eft plein dans le monde. Ils nient 
. l'exiftence du vide , mais ils n'en nient pas la poflîbi- 
lité, comme Defcartes. 

Dieu, difent-ils, a créé une matière infiniment dé- 
liée, &; prelque infiniment divifée, à laquelle il a im- 
prime , (l<i dans laquelle il conierve un mouvement de 
tourbillon. Cette matière /ubtile ou éthérée forme un 
fluide extraordinairement denfe, mais dénué de^toutc 
gravité. La matière fubtile que Dieu a deftinée à fe 
mouvoir autour du foleil, s'étend jufqu'à plus de 300 
millions de lieues. Ce tourbillon folaire peut être re- 
gardé comme un rout entièrement fluide, puilqu'il a 
plus de 600 millions de lieues de diamètre , & qu'il 
ne contient de corps folides , que quelques planètes & 
quelques comètes. 

Les globules qui compofent les circonférences des 
petits cercles d'une fphère mue en tourbillon, ont» 
dilent-ils, non-feulement une force centrifuge paria- 
quelle ils tendent à s'éloigner de leur centre particu- 
lier , mais encore une force centrale , par laquelle ils 
tendent à s'éloigner du centre commun de la fphère. 
Les forces centrales font en raifon inverfe des carrés 
des diftances, c'eft-à-dire que dans un tourbillon Iphé- 
riquc un globule placé à un pied du centre de la Iphère, 
aura une force centrale quadruple de celle qu'il auroir, 
s'il en croit éloigné de deux pieds. Les vîteiles , ajou- 
tent-ils, Iont en railon inverfe des racines carrées des 
diftances v c'eft- à-diie qu'un globule placé à un pied 



ii6 



TOU 



TOU 



du centre de la fphèrca une vîtefTè double de celle 
<]u'il auroit, s'il en étoic éloigné de quatre pieds. Vby. 
dans les leçons de Phyfique de Privât de Molieres, 
l'ufagc queVonc de cesdiftérens principes les nouveaux 
Cartéfiens. 
Tourbillon. Ce mot s'emploie aufll figurément pour 
défigner tout ce qui entraîne les hommes. Le temps 
cft comme un tourbillon qui nous emporte. Ab. Turlio 
Les foins attachés à la puillance forment dans l'clprii 
un tourbillon de chagrin qui rend les dehors iombres 
& rebutans. Le P. Gail._ Le monde fpitituel peut être 
comparé au monde matériel, les grands Seigneurs en- 
fermés dans le grand tourbillon de TÉrat, l<: dans le- 
quel ils font entraînés , ont aufll leur mouvement pro- 
pre, & forcent à tourner autgur d'eux tout autant de 
petits corps qu'ils peuvent en envelopper dans leur/our- 
billon particulier. Nie. 
Tourbillon. Terme d'Artificier. C'efl: un artifice qu'on 
appelle aulTi Soleil montant , dont l'eltet eft de s'éle 
ver en tournant par fon mouvement intrinféque , lans 
être jerté comme les ballons. 
«w'TOUR.BILLONNEMENT.f.m.TcrmedePhyfique. 
Mouvement d'une chofequi tourbillonne. Lapefanteur 
ne fauroit être une fuite du tourbillonnement. Tout 
tourbillonnement eft de fa nature cylindrique , & nulle- 
ment iphérique. Mém. de Trév. 
TOURBILLONNER. V. n. Aller en tournoyant. C'eft un 
terme dont M. de Saint Aubin s'efl; lervi en deux en- 
droits de fa troifième Réplique fur le flux de la mer , 
p. 420 & 411. du Mercure de Mars 1755. & qui fe 
trouve dans Cotgrave. Ce mot n'eft pas ufité. 
«Cj= TOURBILLONNISTE. i". m. Terme inventé par les 
anti-Cartéliens, pour déligner les partiians des tour- 
billons de Delcartes. Les tourbillonnijks veulent que 
par unfadèment &rellairement qu'ils introduifent dans 
les petits tourbillons , il s'en doit détacher quelques 
parties. 
TOURC, ou TURQ. f. m. Monnoie d'argent de Lor- 
raine qui vaut environ 18 fous de France. 
TOURD. f m. ou TOURDE. f f. Ce mot qui fignifie 
grive n'eft en ufage que dans la Provence , & dans le 
Languedoc. Turdus. 
C^TOURDILLE. adj. Terme de maréchallerie qui n'eft 
d'ufage que dans cette phrafe, gris tourdilk j pour 
défigner la couleur du poil d'un cheval qui eft d'un 
gris fale, approchant de la couleur d'une grive. 
TOURDION. f m. Terme populaire. Mouvement du 
corps qui lui fait faire plulieurs contorfions,leplus fou- 
vent deshonnêtes. Circuitio. 
Tourelle, f f. Petite tour. Le mur de cette place eft 
garni de tourelles qui lervent de guérites pour mettre 
des fentinelles. Turricula, Speculii. Les dômes de la 
Sorbonne, du Val-de-Grace , lont accompagnés de 
quatre tourelles qui ont bonne grâce. Ces tourelles font 
des elpèces de lanternes rondes, ou à pans, qui portent 
fur le maflîf du plan du dôme , pour l'accompagner. 
Les buftets d'orgues ont auili des tourelles aux extré- 
mités , & au milieu. On penfa à reprendre le boulevarr 
& les tourelles du bout du pont. Un moment après le 
boulevart fut emporté , & enluite les tourelles. P. Da- 
niel. 
TOURELLE , & mieux TOURELÉ , ée , Adj. Terme 
d'Antiquaire , qui fe dit des choies qui font chargées 
ou garnies de tours. Turritus. C'eft ce qu'on appelle 
Baftillé en rerme de Blafon. Cybele , la Décflc de la 
Terre, & tous les Génies particuliers des Provinces & 
des Villes, portent des coutonnes tourelces. Joubert. 
TOUPv.ET. f m. Petit tour ou roue qui le meut avec 
gtande impétuofité par le moyen d une grande roue 
qui le rourne avec une manivelle. C^/ïz/n, orbiculus. 
Les Lapidaires , les Taillandiers , le lervent de ces 
tourets pour taillet leurs pierres , pour aiguifer leurs 
ferremens. 
TouRET. Terme de Cordier. Tambour de bois qui eft 
■ terminé à chaque extrémité par deux planches aiicm- 
blées en croix , & qui eft traverfé par un elîîeu de fer. 
Cctinftrument fert à divifer le fil-, ainlî les tourets font 
de groiles bobines. Les Cordiers le fer\'enr du touret 
ou moulinet pour faire du bitord. 



ToURET. r. m. Vieux mot qui fignifioit une efpcce de 
marque ou d'ornement que les Dames de condition 
portoient autrefois , qui ne leur cachoit que le nez. 
AulTi l'appe'oit- on touret du r:e\. Buccula muliebris , 
vel epijlcinium. On voit dans la Bibliothèque du Roi 
plulieurs repréfencations de fêtes & decaroufels, où les 
Dames font peintes avec des tourets de nez. Le mot , 
aufll bien que la chofe font hors d'ufage. 

ToLiRET eft aufli un terme d'Eperonnier. C'eft un gros 
clou tourné en rond, qui a une tête arrêtée dans une 
partie du bas de la branche d'un mors appelée la gar- 
gouille. Il lignifie aufll ce qui eft au bout des jets d'un 
faucon pour palier la longea & en général on le dit en 
plulieurs autres occalions de ce qui eft fait en anneau, 
en rond , en cheville , &c. Lupnti (3 frœni feneifibula 
capitati. 

Touret. Terme de Batelier. C'eft une manière. de che- 
ville qui eft fur la nage du bachot, & oii l'on met l'an» 
neau de l'aviron, lorlque l'on rame. Scalmus, verucu- 
lum. 

Touret eft aufll un terme de balancier, ou de faifeur de 
balances. Ce font deux fortes de petits anneaux, dont 
il y en a deux aux gardes du pefon. Librarii annuli. 

TOURL Nom propre d'un bourg de l'Orléanois en 
France. Tauriacum j Touriacum , Ad Turres. Il eft 
près de Joinville , entre Orléans & Etampes. Maty. 
Dans l'Archidiaconé de Beauce près de Puifet. 

Il y a encore Touri en Sologne. Tauriacum. Il eft 
auffi dans le Dioccfe d'Orléans près de la Loire & de 
Baugenci. Valois , Not. Gai. p. 54e. 

Et un autre Touri en Champagne , dans le territoire 
de Troie. Tauriacus. Id. 

TOURIER. Dans les Coutumes des Pays-bas , ce mot 
iignilie Geôlier , Garde des priions. Carceris janitor , 
cuJloSj Toragius. Voyez Tourière. 

TouRiER. f. m. fe dit en badinant & en converfation , 
d'un valet de Religieux , d'un féculier portier , d'un 
Sacriftain d'une mailon religieufe , lur-tout quand il a. 
quelque air de dévotion & de douceur , ou vraie ou 
afledée , parce qu'on appelle Tourière la fervanrè 
d'une communauté de Religieufes , qui eft à la porte , 
& au tour. Janitor. Le Tourier des Carmes , les Tourier 
des Pères Auguftins. 

TOURIÈRE. f f. Office clauftral chez les Moniales. C'eft 
une Religieufe qui a la charge de parler au tour , d'y 
négocier les affaires de la Maifon , de recevoir ce qu'on 
y apporte de dehors. On l'appelle Tourière du dedans, 
ou plutôt Dame du tour. 

Tourière, eft auflî une fervante qui afllfte au tour en 
dehors , qui rend au Couvent tous les fervices dont il 
àbcfoin dans la ville & au dehors, & qui reçoit ceux 
qui viennent y rendre vilite. On l'appelle fœur Tourière, 
ou tourière du dehors. C'eft à-peu-près dans le même 
feris que le Geôlier ou Garde des prifons eft appelle 
Tourier dans le ftyle de Liège , chap. XII. Il y a des 
gens qui appellent par raillerie Tbur/fr, un Sacriftain qui 
lèrt la Melïe dans l'Eglife des Religieufes. 

TOURILLON, f m. Gros pivot de fer qu'on mer au ba» 
des portes cochères, des porres d'éclules, des roues de 
moulin , des flèches & bafcules des pont-leVis, qui fert 
à les faire mouvoir facilement. Cardo turbinatus. 

On appelle auffi tourillonàu canon, les parties rondes 
& éminentes qui font au milieu , pofées fur le fut, qui 
fervent à le faire mouvoir , & à le pointer , & qui le 
tiennent en une efpèce d'équilibre, Tranftrum, cardo.. 
Le tourillon eft de la grolleur du calibre de la pièce. 

<S:^ Le mortier a àulîi des tourillons par lefquels il 
eft attaché & foutcnu fur fon aftûr. 

cQCS" Les Meuniers appellent tourillon un gros rouleau 
de fer qui eft au bout de l'arbre du moulin, & qui fert à 
faire tourner l'atbre. 

Tourillon, fe dit auffi de cette partie jdu filt ou mou- 
ron de la cloche, fur lequel elle fe meut. Cardo. 
Tourillon. Vbye:^ Tour. 
TOURîM. Grand Tourim , vieux f m. C'eft une forte de 

d^nie. Coijuillard. Borel. Saltationis Jpecies. 
TOURLOUROU, f m. Sorte de crabe qui fe voir aux 
Antilles à Pile de la Tortue. C'eft une des deux efpèces 
de crabes terreftrcs qu'on nomme cr>ibes rouges. Cancer 



TOU- 



ï 17 



ruher, ruifens j purpureus. Les toiirlourcUs , & les can- 
•^Tcios qui font l'aLitre efpcce , font des trous en terre , 
& coupent les racines de ce que l'on plante, foit tabac, 
cannes de fucre ou autres. Oexmelin. Hifi. des Fli- 
hufders^T. I.p.+ii. \ ■ ,^ 

e:^^ TOURMALINE, i. f.Nomqu on adonne aune pierre 
qui fe trouve dans Fîle de Ceylan , petite , platte , brune , 
lifl'e & luifanre , & qui acquiert , quand elle eft échaut- 
fée , les propriétés analogues à celles de l'éledricité. Elle 
attire d'abord, &enfuite repoufîè les petits corps légers, 
la cendre , la limaille de fer , &c. qui font autour 
d'elle. 

TOURMA ou TURMA. Vbyei Tirmah. 

TOURMENT, f. m. Douleur violente que foutfre le 
corps. Dolor accrbus , cruciatus ingens. La goutte , la 
pierre caulcnt de grands tourmens , de grandes dou- 
Jeurs, Les Tyrans ont inventé toutes fortes de gênes & 
de tourmens pour vaincre la conftance des Martyrs. Les 
tourmens des damnés font plus cruels que tout ce qu'on 
ie peut imaginer. 

Tourment, lé dit figurément en Morale, des inquié- 
tudes, des peines d'efprit. Molefiia , angor , cura _, 
jollicitudo. Les procès donneur bien du tourment. On 
n'obtient guère de bien lans tourment. Ablanc. 

Le vin efi un Je cours contre plus d'un tourment. Des-H. 

On dit poétiquement les tourmens amoureux , les 
inaux que l'amour tait louftrir. 

Les Amans fe plaignent qu'ils fouft'rent mille tour- 
mens-, les tourmens les plus rigoureux. Gémir dans 
l'amoureux tourment. Ce qui plus me travaille , ell: qu'il 
me faut cacher le tourment que j'endure. Cer. Ce mot 
vient fou vent dans le jargon de Romans, &: des pièces 
de galanterie. 

Bienheureujè langueur j agréable tourment ! 
Doux & beaux font les jours que l'on pajfe en aimant. 

Ségrais. 

A caution tous Amans font fujets ', 
Foint n'a de foi pour leurs touvmens Jècrets. Des-H. 

TOURMENTANT , ante , adj. Qui tourmente , qui 
donne de la peine. Vexans , crucians , divexans , ex- 
crucians importunus j odiofus , mohflus. Ce font gens 
importuns, & fort tourmentans. 

TOURMENTE, f. f. Orage , bourafque , tempête fur la 
mer. Tempeftas , procella. La tourmente nous prit , 
lorfque nous étions près du port ; il fallut fe remettre 
en mer. Les vaillcaux furent tel'ement battus de la 
tourmente ^ qu'ils perdirent leur voiles & leurs corda- 
ges. Ablanc. Il n'étoit pas poffible dans une fi furieule 
tourmente de gouverner les vailleaux. Vaug. Il fur 
emporté par la tourmente. BotJH. Cette côte eft lujctte 
aux tourmentes. Il y a un cap qu'on appelle le cap des 
tourmentes ^ ou tourmenteux. 

«O TOURMENTE. Rivière de France dans le Quercy , 
qui fe perd dans la Dordogne à Floriac. 

TOURMENTER , v. a. Faire foufl'rir des douleurs , des 
tourmens. Excruciare , divexare j angere,laniare. Les 
Diables tourmentent cruellement les damnés. Les tran- 
chées /our/?2e«renfcruellement une femme qui accouche. 
Ce criminel a été bien tourmenté à la queftion. 
e:^* ToTJRMENTER.^ Donner de la peine , faire fouftrir 
quelque peine d'efprit. Angere , moJeftiam afferre , 
creare. Les enj'ans tourmentent leurs parcns. Un mari 
tcurm.cnîe fa-femme -, une femme tourmente fon mari. 
Lesméchans Ibnt tourmentés par les remords de la 
«onfcience. Les chicaneurs font nés pour tourmenter les 
gens. Cet homme eft tourmenté par fes créanciers. 
Vexare. 

On dit dans ce fens que les mouches tourmentent 
un cheval, qu'un, cavalier tourmente fon cheval, pour 
dire l'inquiète mal-à-propos. Un cheval qu'on tour- 
mente , tourmente auffi fon cavalier. Tourmenter , 
terme de ir.arine , agiter violemment. Telle tempêic 



fubmerge un navire qui ne feroit que le tourmenter s Û. 
étoit plus grand. Moxtesq. 

Le vent tourmenta long-temps notre vaiffeau. 

Tourmenter, fe dit auffi en termes de Peinture. Les 
Peintres dilcnt qu'ils tourmentent les couleurs , lorfqu'ils 
les manient trop, qu'ils les chargent, ou les rechargent. 
Agitare , moveie j mifcere. On remit les couleurs en les 
tourmentant. 

•SC? Se TOURMENTER, v. récip. S'agiter beaucoup , ïà. 
donner bien de la peine de corps & d'efprit. Exagitare i 
affiiclare Je Je. 

Dans le premier fens , on dit qu'un Prédicateur fé 
tourmente en chaire. Ce malade n'a point dormi de la 
nuit, & n'a fut que fe tourmenter. 

Dans la leconde acception , on dit qu'un homme fé 
tourmente pour faire fortune , pour amalï'er du bien; 
C'eft un honune inquiet , qui ne peut vivre en repos j 
il faut qu'il ie tourmente & qu'il tourmente les autres», 
cruciando Je Je al: os excruciat. 

On dit populairement dans ce km tourmenter (3.Yie.i 
s'inquiéter , fe donner beaucoup de peine. 

On dit d'un cheval inquiet , ou qui a trop d'ardeur^ 
qu'il fe tourmente. 

On dit encore que le bois fe tourmente., pour dire qu^il 
fe courbe, qu'il s'enfle &: s'étend •, c'eft ce qu'on ap- 
pelle fe déjcttcr. Le bois vert eft plus fujet à fe tour- 
menter que le bois fec. Ce parquet fe tourmente : & 
dans le même lens , la léchereile (Se l'humidité tour- 
mentent un parquet. 

Tourmenté , ée , part. Vexatus , divexatus , excru- 
ciatus. 

TOURMENTEUX, euse. adj. C'eft une épithète qu'on 
donne en Géographie à certains promontoires, & en- 
tr'autrcs au cap de Bonue-Efpérance où les mers font 
fort orageules. Promontorium procellojàm. On ledit 
généralement de tous les parages qui font plus fujets 
aux tempêtes. 

TOURMENTIN. f. m. Terme de Marine , eft le mât 
qui eft enté fur le beaupré , qui s'appelle autremene 
Perroquet de Beaupré. On l'appelle auffi mât de tour-^ 
ment in. Ozan. Mali ad proram pars fuperior injèrta. 

cSCj' Tourmentin , f. m. Petit oifeau de mer de la grof- 
feur d'une hirondelle , à plumage noir. On n'en voie 
guère que dans les gros temps. Pendant la tempête ils 
voltigent fans cefte derrière la poupe des vailleaux , 
autour du gouvernail. Cette agitation continuelle leur 
fait donner le nom de tourmentin. 

cgO" TOURNAGE, f. m. Terme de Marine. Bout d'a- 
longe , ou oreille d'âne, placé le long du bord des 
gaillards pour tourner & amarrer les manœuvres. 

TOURNAI. Ville des Pays-Bas , capitale du Tournaifisj 
en la Flandre Walonne , & fituée fur l'Efcaut , entre 
• Valenciennes, Lille, Courtrai, Oudenarde & Ath, & 
à quatre lieues de chacune. Tornacum. Tournai eft 
une ville ancienne , grande , &: divifée en dix paroilTès, 
conlidérablc par les manufactures , qui compofent 
foixante & douze corps de métieis -, bien fortifiée «Se 
défendue par une bonne citadelle que le feu Roi y a 
fait bâtir fous fa domination-, elle a un Confeil fouve- 
rain ou Parlement, érigé l'an 166'). C'eft un Evêché, 
fuftragant de Cambrai. Ce grand Prince prit Tournai 
l'an 1 667. On la lui céda par la paix d'Aix-la-Chapelle : 
elle a été reprife dans la dernière guerre , cédée aux 
Ennemis j&- fon Parlement transféré à Douai. Long^ 
il d. 4 m. lat. 50 d. 34 m. 

Tournai , Bourg de la Gafcogne en France. Tornacumé. 
Il eft dans le Comté de Comminges fur le Larroz i 
entre Tarbe & S. Bertrant. Maty. 

TOURNAIRE. f. m. Chanoine à qui appartient le droit 
de conférer les Bénéfices vacans pendant fa femaine, 
dans les Chapitres où les Chanoines onr ce droit-là tout 
à tour. Ce mot n'eft en ufagc qu'en certains lieux. 

Tournaire, eftauffi adjedif. Par un Arrêt du 27 Févrief 
1744, il a été décidé que le Chanoine tournaire n'étoit 
pas tenu de nommer à la Prébende vaquante dans lé 
temps de là femaine , quand il n'y avoir pas de Statut 
Capirulaire qui l'y obligeât-, mais que le Chanoinô' 
tournaire avoir fix mois pour nommer^ 

TOURNAISIS, TOURNESIS. Nom propre d'une cort-- 



ii8 T O U 

trée des Pays-Bas. Tornacenfis ager. Elle efl: dans la 
Handre Francoife , autour de l'Elcaut , & aux conhns 
du Hainaut. Tournai & S. Arnaud en ionr les lieux 
principaux. Maty. C'eft Tournai qui lui donne Ion 
nom. 
TOURNAL, ALE. adj. U y a dans la Coiirumc du Cha- 
pitre de Bayeux douze maiibns qu'on appelle Tuur- 
nales, parce que depuis 1506 juiqu'à préienr elles ne 
font deftinées que pour loger tour à tour ceux des Cha- 
noines qui font les plus anciens en réiidence -, éc que 
celui qui par refus a laiflë pafle fon tour, n'y peut plus 
rien prétendie , que les autres ne foient logés. Avant 
1506. ces maii'ons çtoicnt accordées aux plus anciens 
en ordre de réception. Mais patce que les Chanoines de 
Bayeux , comme ceux des autres Ëglifes , poilédoient 
plufieurs Prébendes en diftérens endroits , & préten- 
doient , avec leur droit d'ancienneté , avoir leur loge- 
ment il Bayeux, quoiqu'ils réfidalfent ailleurs , le Cha- 
pitre de Bayeux y pourvut par un Statut de la même 
année, l'ilôt. Merc. de Dec. ij^6.vol. i.p. 1685.2.686. 
Mais ce Statut n'a pas ptononcé contre les privilèges , 
puiique fans rélîder , Meilleurs les Conleillers-Clercs 
obtiennent tous les jours des mailons toiirnaks , encore 
que dans ce Statut la rélîdence paroilie enjointe à tous 
fans exception, p. 2650. Auffi a-t-il été jugé par Arrêt 
du Parlement de Rouen du 4 Juillet 17 5 6. que les Cha- 
noines Profelleurs dans les Univerfués du Royaume 
peuvent avoir des maiions tournales. p. 2705. 
TOURNANS,ou TOURNAN. Gros bourg de France 
dans la Brie fur un coteau , à trois lieues de Brie-Comte- 
Robert. 
TOURNANT , ante. adj. Qui tourne.^ Verfatilis Jupra 
cardincm. La grue a cet avantage , qu'elle efl: lournanU 
fur un pivot. Il y a tant de roues tournantes à cette hor- 
loge. Il y a de.î elïïeux tournans , & d'autres qui font 
immobiles. Un pont tournant. 
Tournant, f m. Terme fynonyme de coin , angulus , 
en parlant des rues & des chemins. Le tournant dîme 
rue. angiportus. Il fut attaqué dans le tournant d'une 
rue , au tournant de ce chemin. Le tournant d'une 
rivière , eft l'endroit 011 la rivière fait un coude. Flexus. 
Ils fe rencontrèrent au tournant de la rivière. 
Tournant , fe dit auffi de l'elpace où l'on fait tourner 
une voiture , un carroflè , une charrette. Verjàra, circu- 
tio. On dit en ce lens , qu'il n'y a pas allez de tournant 
dans un endroit, pour dire qu'il n'y a pas allez d efpace 
pour y faire tourner une voiture. Et Ton dit qu'un 
Cocher a bien pris fon tournant ,poui dire qu'il a bien 
pris fes mefures pour tourner fans accrocher. 
Tournant. Terme de Marine. On appelle ainfi le tour- 
noyement , le mouvement circulaire des eaux dans 
certains endroits de la mer ou des rivières. Vortex. Il 
y a des gouffres dans les endroits où l'on voit ces fortes 
de tournans, & prefque tous les vaifleaux qui y tom- 
bent, y pérllfent. Gurges j vorago.\\ fe trouve un de 
ces goufl'res entre deux îles de la côte de Norvège, oi\ 
aucun vaiiîèau n'oferoit palier de crainte de couler bas. 
Aubin. 
Tournant. Terme de rivière. Pieu enfoncé eh terre 
avec force, qui porte un rouleau avec deux pivots 
placés dans des traverfes liées au pieu , iiir lequel le 
Bateliers palTant leur corde tirent le bâtiment , ou le 
font tirer fans difcontinuer ; & ils paflènt ainli les con- 
tours & angles d'un canal ou d'une rivière, fans avoir 
la peine de fe remorquer à force de crocs ou de gafles 
& d'avirons. Aubin. 
Tournant, eft aulïï un terme d'eaux & forêts qui fignifie 
les arbres qui font aux Angles rentrans & qui doivent 
être marqués du marteau du Roi , comme les Pies 
corniers , & les arbres de lilière -, c'ell la dilpofition 
de l'article 1 1 , du titre 1 5 de 'l'Ordonnance des eaux 
& forêrs. 
Tournant, terme de Meunier. C'eft ainlî que s'àppeloit 

auttefois la meule de moulin. 
TOURNANTE , f f. Terme d'Artificier. Fufée volante 

qui s'élève en toutnant. 
TOURNE, f f. En terme de Pratique, fe dit de la foute 
ou retour de deniers que l'on paie en matière d'échange 
ou de partage, pour mettre de l'égalité entre les choies 



village fur 



échangées ou partagées. Hyperocka: compenfatio ^ fuf- 
plementurn j completum. Vbyei Soute. 
Tourne. Nom de lieu. Troarnus. C'eft un 

la Divc en Normandie. Valois, Not. Gall.p. 616. 
TOURNE-A-GAUCFîE, f m. C'eft un oiitilde fer, avec 
un manche de bois , qui fert à plulieurs ouvriers , 
comme de clef pour tourner d'autres outils, comme 
vis , tarots , &:c. yîd Torani yerjatile. Pour les tarots , 
c'eft un outil de fer plat, ayant au milieu une entaille 
quattée, oi"i l'on met la tête du tarot, quand on veut 
le tourner pour en faire un écrou. 
A TOURNEBOELE. "Vieille phrafc adverbiale. A la ren- 

verfe. Perceval. Borel. Suplnus , rejupimis , a. 
TOURNEBOUT. f m. Inftrument de Mufique , qui eft 
une efpèce de flûte , dont l'extrémité inférieure eft 
courbée en arc. Fiftula mufica curva. Il eft percé comme 
les autres chalumeaux. Il a une anche par le bout d'en 
haut , qu'on met dans la bouche , dont la languette eft 
enfermée dans une bocte. On en fait des concerts à 
quatre , à cinq & lix parties. Sa balle & fa taille ont 
quatre ou cinq pieds de long, & ont une ou deux clefs 
pour boucher les derniers trous où les doigts ne peu- 
vent atteindre. Les tournehouts lont fort en ufage en 
Angleterre •, mais leurs fons ne font pas fi agréables 
que ceux des mufettes , auxquels on les peut rap- 
porter. 
TOURNEBROCHE. f m. Petit marmiton qui fert dans 
les grandes maifons, à tourner la broche. Motor vent 
fccarii , coquulus , mediaflinus. 
TouRNEBRocHE, eft auiîïun nom qu'on donne à un chieft 
qu'on a dreilé à tourner une roue, dont le mouvement 
fert à tourner la broche. Obelotropus canis. 
Tournebroche, eft auffi une petite machine qui fe meuE 
par le moyen d'un poids , de trois roues & d'un balan^ 
cier, & qui fait tourner la broche. Rotatum injlrumen- 
tuni verjando veru, obelotropium. Il y a aufli des tour- 
nebroches à fumée qui font tourner la broche. Il y en 
a auffi une qui la fait tourner par le moyen de la fu- 
mée , gui donne dans une efpèce de petite aîle de mou- 
lin poiée à l'entrée du tuyau de la cheminée. 
TOURNEE, f f. Voyage, courfe en plulîeurs endroits. 
Circuitio. On le dit particulièrement des voyages 
que certains Officiers font dans lenr relïbrt, dans leur 
département. Les Intendans des Provinces font des 
tournées. Le Prévôt des Maréchaux fait fa tournée de 
temps en temps. 

On le dit de même de certains voyages réglés, que 
certaines gens font pour leurs affaires particulières j ou 
pour les affaires d'une Compagnie. Ce Marchand fait 
tous les ans fa tournée dans les différentes Provinces 
oif il a des Correfpondans. Il y a un Fermier-Général 
de tournée. M. un tel eft en tournée. 
Tournée. Se dit encore dansl'uiage ordinaire des petites 
courfes dans les diftérens endroits d'une même Ville ou 
l'on a des affaires. Ce Marchand fait plulîeurs tournées 
tous les matins. Ce Médecin a déjà fait plufîeurs tour- 
nées. 
TOURNE-FEUILLET, f m. Petit ruban , ou petit mor- 
ceau de parchemin en forme de ruban, qui eft attaché 
lut la tranche de la tête de certains Livres , & parti- 
culièrement des Livres d'Églife , & qui débordant par 
la queue des Livres , fert à en tourner les feuillets. 
PhyllobuUurn , chartotropium. Le mot détourne-feuillet 
n'eft en ufage que dans les Provinces. Les Eccléliaftiques 
de Pans diknt fi gne t. 
TOURNEFIL. f m. Inftrument d'acier carré qui fert aux 
Peigniers à donner le fil à leurs écouennes & autres 



outils. 



C'eft la même chofe que le fufil ordinaire fervanr 
aux Bouchers , Cuifiniers, &c. finonque le tournefdek 
carré , au lieu que l'autre eft rond. 

TOURNEFORT. f. f. Nom que Julius Pontereda, Mé- 
decin de Pife , a donné à. une efpèce de Valériane qu'on 
cultive en Italie fous le nom de Valériane ambrifère , 
ou Cyprès d'Afrique , mais dont il fait un nouveau 
genre de plante. Voye^ Valériane. 

TOURNELLE. f f. Chambre établie dans les Parlemens, 
compofée de Confeillers tirés de la Crand'Chaaibre 
& dei Enquêtes, & qui y vont fervir tour à tour. Qit.it- 



TOU 



TOU 



fitorutn Trihunal. A Paris onappelle la Tournelle Civile-, 
une Chambreoû ronjiige certaines aftairesà l'Audience. 
Elle a été érigée en 1667. & en 1669. Elle eft com- 
pofée d'un Préfident à Mortier , de fix Confeillers de la 
Grand'Chanibi-e, &: de quatre Confeillers de chacune 
des Chambres desEnquêtes qui y fervent tourà tourde 
trois mois en trois mois. Par l'Édit de 1 667. fon pouvoir 
étoit limité à la fomme de mille livres, ou à 50 livres' 
de rente, & par l'Édit de 1669. la Tournelle Civile peut 
juger en dernier rellbrt , & à l'Audience ieulement , 
jufqu'à la fomme de 5000 livres, ou de 1 50 livres de 
rente. Il falloir tous les ans une nouvelle coramiffion 
pour cette Chambre; mais depuis l'année i^py. ou 
1698. on n'a point demandé cette commillion. Ainfi la 
Tournelle Civile demeure en quelque forte lupprimée. 
Se les atiaires dont elle prenoitconnoiflance, retournent 
à la Grand'Chambre, ou aux Chambre des Enquêtes, 
félon leur nature. La Tournelle Criminelle eft celle oi\ 
l'on juge les aftaires du grand criminel, c'eft-à-dire, où 
il s'agit de bannifiement, de galères, de mort, ou de 
quelque peine corporelle : car les Enquêtes connoillènt 
du petit criminel-, c'ell-à-dire des crimes où il n'échet 
qu'une peine pécuniaire. Quand on dit ablolument 
qu'une atlaire a été renvoyée àla Tournelle, on entend 
que c'eft à la Tournelle Criminelle, & qu'il ne s'y agit 
pas feulement de fimp'es dommages & intérêts , mais 
de quelque note infamante ou peine aftlidtive. Par l'Or- 
donnance de 1670. Tit. I. Art. 2.1. les Eccléiîaftiques , 
les Gentilshommes , les Secrétaires du Roi, & les prin- 
cipaux Officiers de Juftice dans les Sièges inférieurs , 
peuvent demander à être jugés par la Tournelle ^ la 
Grand'Chambre aflcmblées. Par l'Édit de Charles VII. 
en 1452. il eft enjoint quelescaufes criminelles le vide 
rontà la Tournelle, à la charge toutefois que ii en défi- 
nitive le crime emportoit peine capitale , le jugement 
s'en feroit à la Grand'Chambre. François I. en 1 519. y 
donna une nouvelle forme, & la rendit ordinaire. Ainii 
aujourd'hui la Tournelle Criminelle connoitpa.i appel en 
dernier reftortde toutes les atfairescriminelles, excepté, 
comme on l'a dit, de celles des Gentilshommes & des 
Officiers privilégiés, dont le procès peut être feulement 
inftruit à la Tournelle, mais ils ontledroicd'enévoquer 
le Jugement à la Grand'Chambre. La Tournelle Crimi 
«e//e eft compoféecjjjg cinq derniers Préfidens à Mortier, 
qui y fervent toujours , de dix Conieillers de la Grand 
Chambre , qui y fervent tour à tour durant lix mois j ëc 
de deux Confeillers de chacune des Chambres des 
Enquêtes, qui y fervent auffi tour à tour pendant troi: 
mois. Ii y a auffiune Chambre de Tournelle Criminelle 
dans quelques a;irres Parlemens, comme à Rowen. On 
l'appelle Chambre de la Tournelle, parce que les Con- 
feillers de la Grand'Chambre & des Enquêtes y vont 
tourà tour. D'autres diient qu'elle fut nommée Tour- 
nelle , parce qu'elle s'allembloit dans une tour qui iert 
préfentement de buvette à MeiTieurs de la Grand'- 
Chambre du Parlement de Paris. 
Tournelle, fignifie auffi une petite tour , ou tourelle. 
Turricula. Mais il n'eft plus guère en ulage en ce fens , 
qu'en parlant de quelques anciens bàtimens. C'eft de là 
auffi qu'a pris fon nom le Palais des Tournelles , le quai 
de la Tournelle. 
TOURNEMAIN, f. m. Moment, petit efpace de temps. 
In inftanti , in iclu oculi. Cela fera fait en un tourne- 
main, en auffi peu de temps qu'il en faut pour tourner 
la main. Je gage que s'ils vont étudier à Salamanque, 
on les verradans un tournemain, Préfidens ou Evêques. 
Hift. de Don Quichotte , tom. 4. cha^. 66. i^ag. 475. Il 
n'eft d'ufagé que dans cette feule phrafe,en un tourne- 
main. 

Du Barras a dit , dans moins d'un tournemain. Il 
faut cependant convenir qu'en un tournemain vaut 
mieux. 
TOURNEMENT, pour tournoiement, f. m. Mes vapeurs 
ne m'ont pas permis de vous aller voir. Si ce nom 
n^étoit à la mode, j'appellerois cela un tournement de 
tête -, car je ne fuis pas de ces gens qui pour fauver 
leur mauvaife humeur , difent qu'ils ont des vapeurs 
lorfqu'ils fe portent bien. Bujfi, tom. 6. de Jés Lett. 
pag, i. I Oj Cotgrave ne §'cft p«s concencé de mettre tour- 



iî^ 



nement dans fon Dictionnaire , il y a ajouté tournemeni 
de tête. 
TOURNE-PENHS. f. m-. Terme de la Coutume d'Acqs. 
Valeur d'un meuble fcellé, ou fur lequel on a procédé 
par aveu. De Laurière. Reiobjignatœ valor. 
TOURNER. V. n. Se mouvoir circulairemenr en rond^ 
Circuniagi, circumvolvi. Un globe tourne fur fon axe. 
Les Planètes & la xerre tournent autour du foleil. Nous 
avons la vanité de nous imaginer que tous les cieux ne 
tournent que pour nous. Font. La broche tourne tout 
le jour en cette maifon. On dit auffi que le rot tourne, 
lorlqu'il eft mal embroché j qu'il ne fuit pas le mouve- 
ment de la broche. Les moulins tournent par le fecours 
du venr , de l'eau ou des bras. 
Tourner , fignifie encore fe mouvoir de côté & d'autre, 
fe mouvoir à droite ou à gauche, quoique le mouve- 
ment ne foit pas en ligne circulaire. Cela rourne en tout 
fens. Moveri in omnempartem. Le cocher a tournétout 
court. Un bon cheval tourne à toutes mains. Au bout 
de la rue vous tournerez à droite. Après la promenade 
chacun tourna vers l'endroir où il avoir affaire. Le vent 
a tourne'. L'aiguille aimanrée tourne toujours vers le 
nord. Vergit , tendit , convertitur ad , ^c. 

On dit d'un homme inconftant qu'il tourne à toat 
vent , qu^il tourne comme une girouette. L'homme 
tourne au moindre vent. Boil. La tête tourne à un 
homme qui devient fou , à celui qui a des vertiges , 
des étourdidemens , à celui qui ie trouve érourdi pour 
avoir regardé en bas d'un lieu fort élevé; 

On le dit figurément de ceux dont l'efprir eft troublé 
par quelque malheur imprévu, par quelque paffion-, de 
ceux qui font enivrés de la prolpérité , qui fe mécon- 
noiOenr , qui ne le pollèdent plus. Les grands hommes 
font au-delFus de la fortune , & la rête ne leur tourne 
point dans la profpérité. Dulci fortund ehrius. 

On dit de même que la tête tourne à quelqu'un lorf' 
qu'il eft lurchargé de tant d'aftaires qu'il ne iair à la- 
quelle entendre. Negotiorum multitudme obrui jfatis- 
cere. 
Tourner du côté de quelqu'un j fe ranger de fon parti. 
In alicujus paries dejcendere. Ne favoir de quel côté 
tourner, le dit d'un homme qui ne fait que faire. Il n'a 
plus de reftource , il ne fair de quel côté tourner. 
Incertus eft quidagat , qubjevertat. 

On dit figurément que la chance a bien tourné , pour 
dire que les choies ont bien changé de face. Voye[ ces 
mots. Qu'une aftairc a bien ou mal tourné, pour dire 
qu'elle a eu bon ou mauvais fuccès. Benè ,malèjiiccejjit. 
Certe affaire a tournée fon profit. CeJJitlucro ei ea res. 
Cette témérité tourna à la gloire. Temeritas cejjlt in 
gloriam. Ce malade a tournétout d'un coup à la mort , 
pour dire qu'il eft rombé dans un état qui fait craindre 
pour fa vie. On le dit de même de la maladie. Sa maladie 
a tourné tout d'un coup à la mort. Cela eft tourné en 
proverbe. CeJ/it in proverbium. 
Tourner , fe dit encore neutra'ement pour fe gâter , 
s'altérer. Le vin qui n'eft pas de garde tourne bientôt. 
Une fauce qui eft long-temps fur le feu tourne. 

En termes de jardinage, tourner à l'égard des fruits, 
exprime le changcmenr de couleur qui annonce qu'ils 
approchenr de leur maturité. Le raifin commence à 
tourner. Ce melon extourné. Ce% ccrifes, ces grofeilles 
commencent à tourner, commencent à rougir , ce qui 
annnonce une maturité prochaine. 

A cerrains jeux de carres , comme la bêre , la triomphe, 
l'Impériale , &c. on dit qu'il tourne caur, carreau , &c. 
pour dire que la carte qu'on découvre après avoir 
donné le jeu à tout le monde , & qui demeure décou- 
verte fur le talon , eft du caur, du carreau, tkc. 
Tourner, v. a. Mouvoir en rond. Circumagere , in 
gyros agere. Tourner la broche. Tourner une roue.^ 

On le dit de même des autres mou vemens j quoiqu'ils 
ne foient pas circulaires. On tourne les bras , les jambes , 
la tête. Tourner les pieds en dedans , tourner les pieds 
en dehors -, c'eft porter la, pointe du pied en dehors , en 
dedans. Se /oum^r vers quelqu'un. Convertere fe ad 
aliquem. Tourner les yeux , le vifage vers que'qu'un, 
porter la vue de fon coté. Os ad aliquem , oculos ta 
ali'iuem conyertere. Tourner le dos à quelqu'un , dijnî 



Ï20 



TOU 



TOU 



le Cens propre , c'efl: lui préfenter le dos , enforte qu il 
]"oit du cote où il a le viiage. Ohvertere tcrgum. Dans 
le iens figuré, c'eft quitter quelqu'un par aicpus ou par 

indignation. ^ , 

A la suene, tourner le dos aux ennemis, ou iimple- 
nient tourner k dos, c'cft i'uir devant 1 ennemi. Terga 
dure, vertere , convertere -, converureje in fugam^ , ou 
convertere iter ad fugum. Exprelîion tranlportee au 
ficruré Nuls accidens, dit Montagne, ne font tourner 
k dos à la vertu. Ceux qui le tuent eux-mêmes, ne 
courent à la mort que pour tourner le dos a 1 adver- 

6n dit auffi dans le fens figuré , que la fortune a tourné 
le dos à quelqu'un , pour dire qu'elle lui eft devenue 
contraire. Rejlare car it fort una. 

Dans un Iens oppoié , on dit tourner Kze , le tourner, 
faire un mouvement pour taire face aux ennemis. Cir- 
cumagere je. Les ennemis rinquiétoient, le harceloient 
dans fa marche , il tourna tête iur le champ , il fut obligé 
de tourner tête vers ceux qui le pomluivoiem, c'eft ce 
qu'on appelle faire vo/z^/^ce. Voyez ce mot. 
TouNER bride , en parlant d'un cavalier , retourner fur fes 
pas. Regredi, iterreligere , rétro commeare. Arrivés en 
tel endroit, la nouvelle que nous reçûmes nous fit 
tourner bride. On ne le dit que des gens ù cheval. 

On dit qu'un Prince tourne toutes les forces , tourne 
fes armes contre un autre , contre un Etat , pour dire 
qu'il fait marcher fes troupes de ce coté-là pour j por- 
ter la guerre. 

Dans les chofes fpirituelles & morales , on aie tourner 
fon cœur à Dieu , le tourner vers Dieu , toumenomes fe^ 
penfées vers lui , vers quelqu'autre objer. Cogitationes 
omnes diri gère , convertere ad, Ùc. Y appliquer toutes 
fes penfées, s'en occuper entièremenr. Ils tournèrent 
toutes leurs penfées fur Alexandre. Vaug. 
Tourner quelqu'un à fon gré , le tourner comme on veut , 
le manier , le gouverner comme on veur. Ahquem ad 
arbitrium Juuni fingere , accomniodare. Il a fi bien 
trouvé & faifi le foible de cet homme, il a pris tant 
d'empire fur lui , qu'il le tourne comme il lui plaît. La 
' volupté s'infinue dans le cœur , & le tourne à elle lans 

attendre que la raifon dife fon avis. _ 

Tourner un homme de tous les fens, de tous lescotes> 
c'eft lui faire diverles queftions pour en tirer ce qu'on 
veut favoir. omnimodb in omnes paries verjare. Un 
Lieutenant-Criminel tourne un acculé de rous les fens , 
pour lui faire avouer fon crime & déclarer les com- 
plices. , . 
Tourner une affaire , lui donner un certain tour, la faire 
voir d'un certain côté , fous un certain point de vue , 
d'une certaine façon , la tournerhien ou mal , lui don- 
ner un bon ou un mauvais tour. 
Tourner une chofe en bien , la tourner en mal , 1 inter- 
préter en bonne ou mauvaife part. In bonani , in malam 
partem accipere Jntîrpretari. Il tourne tout ce qu'on lui 
dit en bien. Tourner les chofes à fon avantage , les inter- 
préter d'une manière avantageufe pour loi. Tourner 
quelqu'un en ridicule , tourner une chofe en raillerie. 
Foye:[ Ridicule & Raillerie. 
Tourner , changer les chofes de fens, mettre deflus ce 
qui étoit dellbus. Vertere , invertere. On tourne les 
feuillets d'un livre. On tourne wne carte. On tourne 
une pièce de monnoie, une médaille. On tourne une 
étofte d'un autre fens. 
Tourner s'eft; dit autrefois pour traduire. Tourner du 
Latin en François , du François en Latin. Vertere. On 
ne le du plus que dans les Collèges. Fuj^^Tradxjire. 
Tourner le las. Efpèce de divination-, prétendu lorti- 
ïè^e par lequel on croit , en faifant tourner un fas , 
pouvoir découvrir l'auteur d'un larcin. Je ne fuis poinr 
furpris qu'il y ait des hommes allez fripons pour faire 
ce métier : mais je fuis toujours étonné qu il y en ait 
d'aflèz fors pour les croire. 
Tourner. Terme de Challe , fe dit de la bête que l'on 
challe, lorfqu'ellii tourne &. fait un retour. 

C'eft aurii faire tourner les chiens pour en rrouver 
le retour & le bout de la rufe. 
Tourner un hèvre , tourner des perdrix , c'eft tourner 
autour d'un lièvre, autour des perdrix. Çircumire. 



En termes de guerre , tourner un ouvrage , un pofte , 
une montagne, &c. c'cft les prendre à revers. Voyei 
Revers en termes de guerre. 

Tourner le pain, chez les Boulangers. C'eft manier la 
pâte de façon qu'elle foit bien liée^ & lui donner la 
forme qu'on veut. 

Tourner un citron, ou quelqu'autre fruit ,_ chez les 

■ Confifeurs , c'eft enlever l'écorce ou la peau fort mince 
& fort étroite en tournant autour du fruit. 

Tourner, en termes de Marine. Tourner l^horA-, c'eft 
revirer, tourner le vailleau par la manœuvre des voi- 
les , & par le jeu du gouvernail , en ponant le cap fur 
un autre vcnr. Cela s'appelle auffi , mettre à l'autte 
bord. Tourner fur Ion ancre. 

Tourner , façonner au tour un ouvrage, lui donner la 
forme convenable. Tornare , torno fingere , forrnare 



l'argenr , le cuivre , l'étain , le fer , 



corne , l'ecaille de tortue , la 



On tourne l'or 
l'ivoire , le bois , 
pierre , &c. 

On dit abfokiment qu'un euvrier tourne bien, pour 
dire qu'il eft bon tourneur. 
Tourner. C'eft dans l'art de bâtir, expoler & difpofer 
avec avanrage un bâtiment. Ainfi on dit qu'une Eglilc 
eft bien tournée , quand elle a , conformément aux 
Canons de l'Églife , fon portail vers l'occident , & fon 
grand aurel vers l'orient. On dit auffi qu'une maifon 
eft bien tournée , lorfqu'elle eft dans une agréable dif- 
polirion , & que fes parties lonr placées fuivant leurs 
ufages. On dit enfin qu'un appartement eft bien tourné y 
quand il y a de la proportion & de la fuite entre fes 
pièces, avec des dégagemens nécellaires. Daviler. 
En parlant des ouvrages d'efprit, en proie ou en 
vers , tourner, fignifie donner un cerrain arrangement, 
arranger d'une cerraine manière les paroles & les pen- 
fées , leur donner un certain tour. Foj^^ Tour, dans 
certe acception. On tourne une période, une penfée , 
on tourne une penfée de plufieurs façons. On tourne 
d'une autre façon , on rerouche un vers mal fait. MaU 
tornaios ver/us incudi reddere. Séneque en répétant a 
même penfée , & en la tournant de plufieiirs taçons_, la 
gare. Voiture , tout appliqué à trouver de jolies choies, 
& à tourner finement fes penfées , négligeoit un peu 
la juftellè de l'expreffion. , 

Se tourner , v. récip. figni^e pader d'un état à un 
autre , fe changer. On dir que tout ce qu'on prend le 
tourne en bile , devient bile , le convertit en bile ", 
qu'une fièvre tierce ietourneen quarre , devient quarte , 
de tierce qu'elle étoit -, qu'un enfant le tourne^ au 
bien, au mal, commence à fe porter à l'un ou à l'au- 

rre. . . i r t» 

Tourner , fc dir proverbialement en ces phrales. I our- 
nerh truie au foin , pour dire. Ne pas répondre jufte , 
&: tâcher de détourner le difcours ou la converiation 
fur une autre matière. Tergiverjari , ad rem non re£- 
pondère. Tourner le cul à la mangeoire ; pour dire, le 
mettre dans une fituation contraire à ceiie que de- 
mande la chofe qu'on veur faire. On dit aulïï. Tourner 
autour du por ■■, pour dire , héfirer h. dire quelque choie , 
y venir par de longs détours. On dit auifi qu'une hlie 
a le nez tourné h la friandife ', pour dire, qu'elle a la 
mine d'être de comp'exion amoureuie. On dit à Paris, 
Il eft comme Saint Jacques de l'Hôpital , il a le nez 
tourné a la friandife : parce que l'image de ce Saint qui 
eft fur la porte , regarde la rue aux ours -, c eft-a-dire , 
aux oies , où il y avoir autrefois de fameufes rotilleries. 
On dit auffi, qu'un homme ne lait plus de quel cote le 
tourner, lorfqu'il eft attaqué de tous côtés -, & qu li ne 
fiit plus de quoi fublifter. On dit auffi d'un homme 
inconftant & léger, qu'il tourne comme une girouette , 
qu'il tourne à tout vent. On dit auffi. Tournera mé- 
daille, ou tourner le feuillet, pour dire. Examiner les 
objedions qu'on peur faire pourioutemr ie paru con- 
rrairei regarder une chofe par le côrc oppofe à celui 
qu'on a examiné. Tourner cafaque , changer de 

parti. 
Tourné, ée. part, paft: & adjedl. Vuiatus, corruptus , 

limatus , £v. , „, r r a 

Le mot de tourné, en terme de Blalon, ne le dit 
proprement que d'un croiflant dont les cornes regar- 



TOU 



dent Ir flanc dextre de 1 ccu, parce que ce n'eft pas la 
iîtuaoon nafLirelle du croi(Iànt,dont les cornes doivent 
re^^pi'der en haut i &: Ci elles rcgardoient le flanc le- 
ne'cre, on le d.rok contourné. Il porte de gueules à 
trois marteaux d'or tournes enhmdc. Tribus malUolis 
verjîs in falciam , jeu in obliquum. 

TOURNES. Terme de Coutume. C'eft la foulte ou retour 
de deniers , ou bourle déliée: qUand il eft; traité de l'é- 
change , ou de parcage de biens. De Laup.iere. 

TOUàlNES-GANTS , ou RETOURNOR. Terme de 
Gantiers , qui fe dit de deux barons de cormier ou de 
bois très -poli, ronds & longs d'environ deux pieds, 
plus gros par le milieu que par les bours, dont l'un le 
nomme le maie , & l'aiitre la femelle ; ces bâtons le 
fourentdans les doigts des gants pour les pouvoir re- 
tourner avec facilité , fans les ialir ni chitlonner. Ils 
fervent auffi à renformer les gants : ce qui s'appelle 
bâtonnet les gants. 

TOURNÉSIEN, enne. f. m. & f. Qui eft de Tournai. 
Tornacenfis. Les Tournéjieiis ont beaucoup perdu à la 
paix en changeant de domination. Leur ville en vaut 
la moiiié moins. 

TOURNESOL, f. m. Voye^ Héliotrope. 

Tournesol. 1. m. Couieur jaiaie, quile fait avec la fleur 
de ce nom. Si on y mêle quelque acide , elle devient 
rouge i e.le le change en vert , li l'on y jette quelque 
alkaii. Dicl. de Feint. & d'Arch. Cette couleur n'eft 
que pour la dctrcmpe, & elle eft fujette à changer. 

Tournesol en coton, eft du coton aplati, de la gran- 
deur & de la flgure d'un écu , qu'on teint en Portugal 
avec la cochenille meftèque. Gojfipiuni depreffum , 
vermicu/o indico tincluin. On s'en lert pour donner un 
beau rouge aux gelées des fruits. 

Tournesol EN DR A PEAU, eft de la roile ou du crêpe qu'on 
teint à Conftantinople avec de la cochenille & quel- 
ques acides. Il y a une autre efpèce de tournejol en dra- 
peau, qui le fait avec des chi^i:ons imbibés & empreints 
d'une teinture rouge , préparée avec le lue des fruits 
de V lieliotropium tncoccum , & un peu de liqueur acide. 
Il vient de Hollande & du Languedoc. On s'en lert 
pour donner au vin une couleur rouge. 

Tournesol en pâte , ou en pain, ou en pierre , eft une 
pâte sèche, de couleur bleue, compofée du fruit de 
VheLotropium tricoccum , de graines de pareue ou 
de jus de citron, de chaux & d'urine. Heliotropiu/n in 
majja prœparatum. Les Teinturiers s'en fervent. On 
l'emploie aufïï pour colorer l'empois. Le tournejol 
dillous dans un peu d'eau , étant mis fur du papier 
blanc, paroir noir i\ on le voit dans une épailleur de 
trois ou quarre lignes ", il paroît violet dans l'épaiftèur 
d'une ligne •, Se il paroît bleu dans répaiftèur d'une 
demi-ligne. L'urine récente & l'eau-de-vie rougiiîènt 
le tourne/cl. 

TOURNETTE. f. f. Petit inftrument de bois qui tourne 
fur des pivots, qui lert à dé vider du fii, de la laine j&c. 
Evolutricis rotœ , cornua , vertidllum. 

Il y a des tourr.ettes différentes pour diflérens ou- 
vriers •■, pour les hlondiers , les Boutonmers , les Car 
deurs , les Chandeliers , &c. 

*rOURNEVIRE. f. f. Terme de Marine. C'eft une grofte 
corde à neuf tourons qui lerr avec le calîeftan à retirer 
l'ancre du fond de l'eau. Ce cordage eft garni de 
pommes ou boules de cinq en cinq pieds : il eft joint 
par les deux bouts, & forme une efpèce de chaîne 
fans fin. Choquer la^tournevire , c'eft la rehaulTer fur 
le cabeftan pour empêcher qu'elle ne le croife , ou 
qu'elle ne s'cmbarralle lorfqu'on la vire. Majorem ru- 
dentem vertere invertere. 

TOURNEVIRER. v. a. Tourner , manier , examiner , 
faire d'une perfonne ce que l'on veut , la faire mou- 
voir à fa i^ntaifie. Il faut qu'elle foit Pariflenne , car 
elle enrend bien à tournevirer un homme. Attendei- 
moi fous l'orme , Se. 2. p. 275. du 3 tom. du Thédire 
Italien iÇqj. L'Archevêque de Lyon, vers la fin de 
fon Harangue, dans la Satyre Menippée, to. i. p. 75 
dit que les Prédicateurs favent les patlages de l'Ecriture 
pour accommoder à leurs propos , & les tournevirer 
aux occafions , comme ils en auront befoin. Ce mot eft 
vieux. 

Tomi VIIL I. Partie, 



TOU 121 

TOURNEVIS, f. m. Petit inftrument de fer, avec lequel 
on ferre & on deftèrre des vis, pour les faire entrer 
dans leur écrou ou les en tirer. Pour les en tirer il faut 
feulement le tourner dans un fens oppofé au pas de 

la vis. 

TOUPv.NEUR. f. m. Ouvrier qui façonne en rond, ou 
en autres figures fur une petite machine qu'on appelle 
tour, le bois, l'ivoire» & toutes autres matières folides. 
Tornator, toreutes. Les Tourneurs ont dans leurs mé- 
tiers de forr beaux fecrets , de forr belles invenrions, 
dont ils font ordinairement fort jaloux. Le P. Plumier 
a eu la générodcé d'en faire part au public , & en a 
donne l'honneur à ceux qui les lui ont communiqués. 
Il eft défendu aux Tourneurs de vendre des ouvrages 
peints ik en couleurs , s'ils ne font peints par les Maî- 
tres Peintres. 
Tourneur, fe dit aufïï patmi les Potiers - d'étain , les 
Couteliers, Se quelques autres Arrifans. Chez les Po- 
tiers-d'étain , c'eft celui qui tient le crochet pour tour- 
ner la vaiflèlle, tornator ftannarius, &:chez les Cou- 
reliers c'eft celui qui tourne la roue , quand on émoud. 
Rotaior cultrarius. 
TOURNHOUT , ou TURNHOUT. Perite ville des 
Pays-Bas dans laCampine, avec Seigneurie. Le quar- 
tier de Toumhout eft de la dépendance de la ville 
d'Anvers, 
TOURNIQUET, f. m. Mouliner , ou petite barrière 
qu'on mec de vaut des portes, ou autres pallages étroits, 
pour empêcher qu'on n'y puifle palier qu'un à un. Ob- 
jeclaculum verJatUe. Elle eft faite de deux pièces de 
bois , ou de ter , croifées à angles droits , & mobiles 
horizontalement lur un pivot perpendiculaire. 
Tourniquet chez les Ménuilîers. Petit morceau de bois, 
un peu creufé par les deux bours , attaché au bord 
d'un chaffis , fervant à loutenir le chaffis quand il eft 
levé. 

Le Tourniquet des Serruriers eft un périr morceau 
de fer plat dont l'un des bouts a un piton rivé où l'on 
met le crocher de la tringle de fer, & l'autre a un trou 
où l'on mer le bout de la fiche de la colonne du lit. 
Tourniquet, f. m. Inftrumenr de Chirurgie qui fert à 
comprimer les vaiftèaux fanguins d'un membre , & à 
y iufpendre quçlque temps la circulation du f'ang, pour 
faciliter les opérations qu'on doit faire. 

On le fert aufïï d un bandage appelé Tourniquet, 
pour la fupprefïïon des hémorragies abondantes, fur- 
tout après l'amputation des membres. Le nom Latin 
de ce bandage eft torcular. 
Tourniquet. Terme d'Artificier: c'eft un arrifice com- 
polé de deux fufées , directement oppofées & atta- 
chées fur les tenons d'un tourniquet de bois, comme 
ceux que les Anciens appeloient bâton à feu -, avec 
cette diftérence que le feu fe mer aux bouts par le 
côté , Se non fuivant l'axe. Cet artifice produit l'effet 
d'une girandole. 
Tourniquet, eft aufïï un jeu qui confifte en une aiguille 
de fer mobile dans un cercle , aux bords duquel il y a 
plufîeurs chifres ou diviflons , & où l'on perd , ou on 
gagne j fuivant les nombres fur iefquels l'aiguille s'ar- 
rête. Rota aleatona , veljîylus aleatorius verjatilis. Le 
jeu du tourniquet eft lujet à de grandes filoureries , à 
caule qu'on peut faire arrêter l'aiguille où l'on veut 
par le moyen d'une perite pierre d'aimanr. 
TOURNISE. adj. m. Se f. Qui a des éblouilïemens, qui 
voit tourner les objets , comme ii arrive à ceux qui ont 
fait plufîeurs tours fur la poinre du pied fans changer 
de place, ou aux pcrfonnes fujettes aux vapeurs, ou 
à celles qui viennent de faire quelque exercice violent. 
Je ne faurois pius danfer, je fuis tournije. C'eft un mot 
de Province : je n'en connois aucun dans' notre langue 
qui exprime précifément la même chofe. Ebloui fe 
prend dans un autre fens, & ne fe dit que lorfque les 
yeux font frappés d'une trop vive lumière. 
TOURNISIEN ROUGE. Nom d'un oriller. Foy^^ Mo- 
rillon DE Gand. C''eft la même chofe. Lesfleurilfes 
ont dit Tournifien pour Tournéfien, parce que cet œil- 
let venoit de Tournai. 
TOURNOI, f. m. Exercice & divertiflêment de guerre 
& de galanterie que faifçjent les anciens Chevaliers 

Q 



122 TOU 

pour monttef leur adrelîe & leur bravoure. Ludicmm 
certamen. Les premiers Tournois onc été des courles 
de cheval en rournovant avec des cannes en guile de 
lances-, au lieu que le> joutes ibnr des courles accom- 
pagnées d'attaques &i de combats de lances cmouflées, 
& des épées qu'on appeloit glaive courtois, parce que 
le rranchanr en étoic rabattu. Le Prince qui ouvroir le 
tournoi, envoyoit un Roi d'armes, qui portoic un iauf- 
conduit avec une épée à tous les Vnncss, en jignipance 
qu'il querelLoU de frapper un tournoi , & bonhoardis 
d'armes en la préjcnce des Dames & Damoijelles. 
C'était la formule ordinaire. On fe battoir d'abord leul 
à feul, & puis troupe contre croupe, & après le com- 
bar, les Juges adjugeoient le prix au meilleur Chevalier 
mieux frappant d'épée. Eniuite on le conduiloïc en 
pomne vers la Dame du Tournoi , & après l'avoir re- 
mercié bien humblement, il la baijbit, Ù J'emblable- 
ment fes deux Damoijelles. Les tournois étoienr le 
divertillemencleplus ordinaire dans les 1 5 & 14^^ ficelé. 
Ah. deChoisi. Ce fut Henri lurnoramé l'OileleurDuc 
de Saxe, & depuis Empereur, qui introduiiic Tulage 
des tournois en Allemagne l'an 934, comme dir Mun- 
fter, en la Cofmographie. Mais le vrai inventeur des 
tournois a été un nommé Géofroi Seigneur de Preuilli, 
vers l'an 1066, comme on voir dans la Chronique de 
Tours. Ils onc pallé de France en Angleterre & en Al- 
lemagne. L'Hiftoire Byzantine dit que les Grecs ècies 
Latins en ont pris l'uiage des François -, & ii en eil tait 
mention dans Cantacuzène, Grégoras, Belianon^ 6. 
quelques autres Auteurs dans sa Baiie Grèce, (^uaiid il 
n'y a qu'une quadrille , c'eft proprement un tournoi, 
ou courfe. Les joutes demandeur au moins deux par- 
tis oppofés, & les carrouiels quaue. L ulage des tour- 
nois eft aboli : il n'y avoir qu une inclination maligne 
qui pût faire trouver du piaiiîr dans ces cruei^s diver- 
tillemens. S. Real. Un Chiaoux qui avoir affilte à un 
tournoi fous Charles VIL dit ingénument ; Si c elt roue 
de bon, ce n'eft pas allez -, 6: li ceil pour rire, c elt 

trop. Id. 

Budée dérive ce mot de Trojana agmina : ou de 
torneamina par corruption , Ibutenant qu'on doit dire 
tournai. Les Larins onc dit tournamenium ; quelques- 
uns le dérivent de Trojamenium quaji ludus Tiojœ. 
Ménage veut qu'il vienne de tornenjis , ou de tourner, 
à caulc que les combattans rournent de coré & d au- 
tre. Matthieu Paris les appelle en Latin hajîiludia; Ne- 
bricenfis, meditationes nvlitares , d autres, gladiatu- 
rcB ; d'autres , decurfiones ludricœ , equejires pugnœ. 

On y a combattu dans la luice avec des épees re- 
bouchées, & des lances fans fer, qu'on appeloit armes 
counoijes; & il étoic défendu de combattre de la pointe. 
Quand on fe battoic couC de bon ^ on appeloit ces armes 
à outrance. 

Ainfi on a confondu les joutes & tournois, qui fe fai- 
foienc avec grande cérémonie & magnihcence. Les 
Avanruriers des Romans alloient chercher des Tournois 
dans les Cours étrangères. Ce fur un tel Chevalier qui 
gagna le prix du tournoi. Le Roi Henri II. mourut 
d'une blelîure qu'il reçut en un tournoi. 

C'efl à l'exercice des tournois, qu'on doir rapporcer 
le premier ufage des Armoiries, parce que le nom de 
Blalbn la forme des Ecus, les émaux, les ligures prin- 
cipales, les timbres, les lambrequins, les lupports en 
font des témoignages irréprochables. 

On failoit en Allemagne tous les trois ans les tour- 
nois lolennels , qui lervoient de preuve de noblellè ; 
car le Gentilhomme qui y avoir alïifté deux fois, étoit 
fuiïfamment blalonné & publié, ceft-à-dire, reconnu 
pour Noble , & il porcoïc deux crompes en cimier fur 
Ton calqi'.e de tournoi. C'eft de-là que viennenc cant 
de cimiers à deux cornets , que plufieurs Auteurs onc 
pris mal- à- propos pour des trompes d'élephanr. Ceux 
qui ne s'étoient ttouvés en aucuns tournois , n'avoient 
point d'Armoiries, quoiqu'ils fufTent Gentilshommes. 
Ceux qui avoient gagné le prix des tournois, étoient 
couronnés par les Dames ; & ces couronnes dans les 
vieux Romans font nommées chapelets d'honneur, c'eft- 
à-dite , petits chapeaux, ou guirlandes. P ileolus hono- 
rarius. 



TOU 



Le Pape Eugène IL excommunia ceux qui'/enoient 
aux tournois j & les priva de lépulture en cerrc-laince*, 
ce qui marque qu'ils ont commencé au huitième fiècle 
du temps de Louis le Débonnaire. 

TOURNOIEMENT, f. m. Action de ce qui tourne en Tai- 
fanr plufieurs tours. Le tournoiement de l'eau. Gyratio^ 
motus aqucB gyros agent is , in gyros, invorticemaclcB. 
Les vailleaux périllent louvent dans les endroits où il 
y a un tournoiement d'eau. Le tournoiement des eaux 
annonce un goufire. Ovide s'eft fervi du mot vertex 
pour exprimer un cournanr d^au, un gouHre où l'eau 
va en tournant: & l'on pourroit rendre en latin le mot 
tournoiement par motus aquarum yerticofus. 

Tournoiement, lignifie aufli. Vertige, maladie du cer- 
veau qui fait croire que tout ce qu'on voit autour de 
foi tourne. Vertigo. 

Tournoiement, s'eft dir aurrefois pour Tournoi -, d'où 
vient le nom du Roman dit , le Tournoiement àe l'Aii- 
cechrift. Borel. 

Sans moi remuer de ma place. 

Regardai le cournoiement , ■ 

Qui commençait trop ajprement. R. de la Rose; 

TOURNOIR. f. m. Terme de Potier. Bâton rond donc 
les Potiers le lervent pour faire rouruer leur roue. 

TOURNOIS, f. m. &adj. de t. g. Petite monnoie valant 
un denier. Denariolus turonicus. Il y a eu de gros 
tournois , de doubles tournois , des deniers tournois. 
Un double tournois, c'eft deux deniers. Cer homme 
n'a pas vaillanr un tournois i c'eft-à-dire , Il n'a rien du 
tout. 

Tournois, eft aujourd'hui une défignation d'une fomme 
de compte , qui eft oppofée à parifis. Turonenfis num- 
mus. La monnoie parifis étoit plus forte d'un quart que 
la monnoie tournois, enlorte que ion \\^ tes parifis, 
valoient 125 livres tournois. Parifienfis. On s'eft fervi 
en France dans les comptes & dans les contrats , de ces 
deux fortes de monnoie , jufques fous le règne de 
Louis XIV. où la monnoie parifis a été abolie ', on ne 
fe fert plus que de la monnoie tournois. Cette diftc- 
rence vienr de celle qui éroit autrefois entre les mon- 
noies de Tours & de Paris. Ménage rapporte qu'il y 
avoit autrefois de gros tournois , & d'autres pjri/?j, 
dont la diftérence ie remarquoit par le nombre des 
fleurs de lis autour de leur légende. Les tournois en 
avoient douze , & les parifis quinze. Ce mot ne fert 
plus que pour ôter l'équivoque du mot de livres , 
afin qu'on ne prenne pas pour un poids , ce qui n'eft 
qu'une monnoie ; car on ne dit pas cent francs tour- 
nois , mais cenr livres tournois. Ce qui fournir occa- 
lion de dire , que la marque que l'on met encore au- 
jourd hui dans les lettres de change pour fignifier écu 
en cecce force v, vienr de ce qu'anciennemenr on 
compcoit par écu , & peu par livre : & comme on ne 
mettoic qu'un e pour fignifier écu , & qu'on l'écrivoic 
ainfi G en Gochique , de là eft venu par corruprion de 
figure qu'on mec un v criangle, comme f, pour fous, 
& d, pour deniers. Mais le commerce a recranché ces 
dernières figures , à caufe de la confufion qu'elles ap- 
porcoienc dans les compces. On fe ferc de fe, c'eft un 
/ & un b; pour dire, libra, livre; & fouvenc de ces 
marques = : . . E. Il y avoic gjjcrefois des livres tour- 
nois , des fous tournois , petics tournois , des doubles 
deniers tournois. Cecce monnoie écoic frappée à Tours, 
& c'eft pour cela qu'elle éroic appelée tournois, comme 
la monnoie de Paris , parifis. Valois Notice des Gau- 
les. On diftinguoit les tournois en blancs ou d'argenr, 
& en noirs. 

TOURNON. Nom d'une petite ville du Languedoc en 
France. Tournonium , & mieux Turno , ou Torno. 
Valois , Not. Gall. p. 56*5). Elle eft iine des onze an- 
ciennes Baronnies de la province, & ficuée dans le Vi- 
varais fur le Rhône, à deux lieues au-delliis de Va- 
lence. Les Jefuices y avoient un fore beau Collège, 
auquel on donnoir le nom d'Académie. Maty. C'eft 
le premier qu'ils aienr eu en France. 

Il y a encore un village en Touraine, nomméTour' 



TOU 



TOU 



non. En Latin Tornomagus ^ vicus Tornomagenfis. 
Voyti Valois j Not. Gall. p. 146. 

tt dans l'Agénois, Election d'Agen, une petite ville 
de même nom. 

TOURNOYANT, ante. part, du verbe tournoyer. Qui 
tourne autour de quelque chofe. Circumiens. Les Ana- 
tomifles appellent la féconde des vertèbres , la tour- 
noyante , epijîropheus j wiç^oc^iv^, parce que c'eft lur 
elle que la tête & la première vertèbre tourneur, comme 
fur un pivot, & que du milieu de fon corps, il s'élève 
une apophyle , qui repréfente en quelque manière une 
dent -, le ligament la lie avec l'occiput : on nomme ccitc 
apopliyle odontoïde. Dionis. 

TOURNOYER, v. n. Tourner en faifant plufieurs tours. 
Gvrare. On ledit des perfonnes qui rodent, qui errent 
cà & là : errare , concurj'are : & des rivières qui font 
plufieurs tours & détours, qui ont beaucoup de lînuo- 
lités. Variis mœandns circumvagari. Ces gens ne font 
que tournoyer depuis deux heures. Après avoir long- 
temps tournoyé , il a retrouvé fon chemin. La Seine 
ne fait que tournoyer aux environs de Paris. Ce fleuve, 
après avoir rowraojt/ dans la plaine, fe jette dans la 
mer. 

On le dit particulièrement des eaux de la mer ou 
des rivières qui dans certains endroirs iont emportées 
par un mouvement circulaire & forment ces tournans 
îî redoutables aux vaillèaux qi,: ont le malheur dy 
tomber. Circumagi j motu turbineo , verticojo ahripi. 
Il y a dans les rivières & dans la mer quelques endroits 
où l'on voit l'eau tournoyer. 

On le dit quelquefois au figuré , mais dans le ftyle 
familier leulement , dans le même (ens que biailer, 
n'aller pas droit dans les affaires , chercher des détours. 
TergiverJ'ari ^ diverticula quœrere. A quoi bon tant 
tournoyer? dites ce que vous voulez. Vous avezbea^i 
tournoyer •, il en faudra paiîer par-là. 

TOURNURE, f, f. Ce mot ne fe dit pointpour exprimer 
l'art de tourner au tour , toreutice , ars toreutica , ni 
pour exprimer l'ouvrage du tourneur. On ne dit poiiit 
qu'un ouvrier entend bien la tournure; ni qu une taba- 
tière eft d'une belle tournure. 

Mais ce mot efl: employé dans un fens métapho- 
rique comme lynonyme de tour. Ainiî l'on dit , Don- 
ner une bonne tournure à une affaire. Avoir une tour- 
nure d'efprir agréable. Le fuccès de votre affaire dé- 
pend de la tournure qu'on y donnera. Cet homme 
donne une tournure admirable à tout ce qu'il dit. S ni 
vant le Did. de i'Acad. ce mot n'eft que du ftyle fami- 
lier. D'autres ont été plus loin , & prétendent que ce 
mot avilit notre langue, & ne l'enrichit point. Il eft 
vrai qu'il eft abfolument fuperflu , ne préfentant que 
l'idée qui eft exprimée par le mor tour. Nous n'avons 
pas beioin de deux mots pour rendre la même idée. 
Mais on peut dire en faveur de celui-ci , qu'il a une 
lignification bien moins étendue que celui de tour, qui 
fe prend dans plufieurs acceptions tant au propre qu'au 
figuré •, au lieu que celui de tournure n'eft employé 
que dans le iens qu'on lui donne ici , & que lui don- 
nent les Auteurs qui s'en fervent. C'eft aind que par 
une tournure bizarre d'imagination on eft ingénieux 
à fe tromper loi-même. Goujet. Chaque nation a fa 
tournure d'efprir. Mém. de Trév. La tournure d'el 
prit , les idées mêmes , font particulières à chaque 
peuple , & peut-être à chaque province. La tournure 
d'une phrafc , &c. 
TOURNUS. Voye:^ Tornus. Tournus eft pourtant 

mieux. 
TOUROBIN , ou TUROBIN. Petite ville de Pologne 
dans le Palatinatde Lublm, félon M. Corneille, & dans 
le Palatinat de Ruflie , félon M. de Lifle. 
TOURON. Teime de Cordier. Voye^ Toron. 
TOUROUVRE. Bourg de France dans le Perche, Dio- 

ccle & Eleûion de Chartres. 
TOURRA. Vieux mot. Geler de froid. Vers de M. C. 
de Realmonr. 

Per pietat la cal uberti. 
Que quand fera prefio à parti, 



123 



S'arme de raubo empelijjhdo , 
Se nou bol pas ejîre tourrado. 



Et Goudouli, 

El que d'un trait de ploumb ou d'or^ 
Aluquo ou torro noftre cor. Borel. 

TOURRIÈRE. VoyeiTovKikKU. 

TOURRION. f m. Vieux mot. Petite tour. Selon Ni^ 
cod, le tourrion eft plus petit que la tournelle. 

TOURS. Nom d'une ville de France, capitale de laTou- 
raine, & htuée iur la Loire, & fur le Cher, environ à 
onze lieues au-delious de Blois. Turones ,Turoniutn, 
Turonum, Cœfarodunum Turonum, Turo , Turonica 
urbs, & quelquefois Martinopolis. Tours eft une ville 
ancienne , grande , très-agréable ^ & célèbre par les 
étoffes de loie qu'on y fabrique. Elle a un fort beau 
pont de pierre de dix-neuf arches fur la Loire , un 
Archevêché , un Préfidial, & une Chambre des Mon- 
noies. Ses habitans font fi fpirituels & fi enjoués , qu'on 
les appelle les Rieurs de Tours. Maty. Valois, Not. 
Gall. p. HZ. & 112- Mrs. de l'Académie donnent à 
Tours 18 d. 20'. de longitude, & 47 d. 23' de la- 
titude : & M.Caffini 18 d. 12'. 30". de long. 47 d. 23'. 
40 '. lat. 

Tours Jur Marne. Nom de lieu. Turris, ou Turres ad 
Matronam. On le nomme auffi Tours en Champagne. Il 
a titre de Baronie , & eft entre Châlons & Epernai. En 
Latin on l'appelle auiïl Turnus , Se c'eft fon vrai & an- 
cien nom. Il eft dans le Rémois. Valois , Not. Gall. 
P- 677. 

Il y a encore Tours en Vimcu, en Latin Turres ou 
ad Turres in Vinemaco. 

TOURTE. 1. f Pièce de Pàtiftèrie qui eft faite de pigeon- 
neaux, de béatilles, de moelle, de confitures, &c. 

Tourte, fe dir en quelques Provinces d'un gros pain bis 
fait en rond. Il eft fait de feigle , le fon pétri avec la 
farine. 

Ce mot vient du Latin torta. Ménage. 

Tourte, f. f. Terme de Verrerie, plateforme de figure 
ronde , lur laquelle pofent les pots ou creufets , dans 
lelquels on met la matière du verre. CUbani vitrarii 
agger terreus ,fivè hypocaUculum. 

TOURTEAU, f. m. C'étoit autrefois une efpèce de pain 
ou de gâteau qu'on faifoit pour les facrifices. 

Tourteau , diminutif de tourte , eft aufîî d'ufage en 
plufieurs Provinces pour fignifier un petit pain bis, fait 
en rond. Il a une fignification plus étendue queroi/rfej 
C3.V tourte ne fe dit que d'un grand pain de feigle, d'oi\ 
l'on n'a point tiré le fon -, au lieu que tourteau fe die 
de tout petit pain bis fait en rond. On appelle encore 
ainfi un grand pain bis dont on ufe en Lyonnois & Dau« 
phiné. En beaucoup d'endroits on le dit d'un gâteau 
fait de pâte lans levain. On dit proverbialement: Faire 
de la pâte le tourteau, quand un petit Marchand paye 
celui de qui il a pris fa marchandife du prix qu'il re- 
tire de cette même marchandife. 

On appelle auffi tourteau une mafTè que l'on com- 
pole du réfidu de certains grains , fruits ou matières 
dont on a exprimé l'huile, comme noix, navette, 
lin , &c. 

Tourteau. Terme de Blafon. Il fe dit de ces repréfcnra- 
tions de gâteaux qui font de couleur , à la différence 
des befans qui font de métal. Le tourteau eft plein 
comme le befan , fans aucune ouverture , autrement 
ce leroit un cercle ou un anneau. Il eft ainfi nommé , 
à caufe de fa rondeur. Quelques-uns lui donnent dif- 
férens noms, félon fa différente couleur, & appellent 
ogœ/ès , ceux de sable ; guipes , ceux de pourpre ; 
gu/ès , ceux de gueules ; heurtes , ceux d'azur -, & 
pommes ou volets . ceux de finople. 

Tourteau besant, eft une pièce ronde d'Armoiries, 
qui eft moitié de couleur, & moitié de métal, foit 
qu'elle foit partie , tranchée ou coupée de l'un en l'au- 
tre. On commence à nommer la couleur la première. 
Ce mot vient du Latin torta , qui fe difoit d'une qÇ- 



1Z4 TOU 

pcce de pains tortillés qui font repiéfentés par des 
tourteaux. 

Tourteau goudronné. Terme d'Artillerie. C'eft une 
efpèce de flambeau fait de vieille corde, ou de vieille 
mèche détortillée, que l'on trempe dans de la poix ou 
du goudron pour éclairer dans les foliés , ou dans les 
attaques d'une ville affiégée. Fax picea. 

TOURTELETS. f. m. Ce mot eft de Champagne , pour 
fignifier des morceaux de pâte larges comme la main, 
&L fort minces , qu'on fait cuire dans de l'eau avec du 
fel & du beutre. Torticula. 

trOURTELLE. f. f. Autre diminutif de tourte , qui tient 
le milieu entre tourte & tourteau -, car Tourtelle ne 
dit pas tant que tourte , mais dit plus que tourteau ; 
■c'eft-à-dire , que c'eft un pain bis & groiïïer en rond , 
mais fort plat , qui eft plus grand que le Tourteau , 
mais moindre que la Tourte. 

TOURTEREAU, f. m. Jeune tourterelle, Twturispul- 
lus. Des perdreaux , des tourtereaux. 

TOURTERELLE, i.f. Oifeau cendré , ou blanc, qui eft 
prefque femblable au pigeon , & dont le mâle & la fe- 
melle volent ordinairement enfemble. Turtur. 1^^ tour- 
terelle eft un manger délicieux quand elle eft jeune , 
tendre & grallè. La tourterelle eft le fymbole de la 
fidélité conjugale. Quand on m'aime tendrement, 
l'aime comme une tourterelle. M. Scud. 

Surfoffons, s'il fe peut , les tendres tourterelles 
Dont les flammes Jànt éternelles. 

Où peut-on trouver des amans , 
Qui nous foient à jamais fidèles? 
Il n'en eft que dans les Romans , 
Ou dans les nids des tourterelles, Pei.. 

^uand nos pères voulaient peindre un amour parfait , 
La tourterelle en étoit le fymbole ■■, 
iViizw tourterelle aujourd'hui fc conjole. Viii. 

On difoit autrefois Tourtre. 
TOURTIÈRE, f. f. VaifTeau de cuivre rond& plat , qui 

fert aux Pâtiflîers à faire cuire leurs tourtes. Tortarium 

vas ceneum. 
rOURTOIRE. f, f. Terme de Vénerie. C'eft lahouffine 

avec laquelle on fait les battues dans les builFons, Vir- 

gula. 
TOURTOUSÉ. f. f. Terme de l'Exécuteur de Paris 

Cordes qu'on met au cou du patient qu'on pend. Les 

tourtoufes font bien mifes. Funis jîrangulatorius. 
TOURTRE. f. f. Vieux mot, qui fe difoit autrefois pour 

Tourterelle. 

La tourtre défolée^ & pleurant f on veuvage, 
Rempliffoit tous les bois d'un long gémiffement. 

On ne le dit plus ni en vêts ni en profe. 
TOURVILLE. Voyei Ois S1.L. 
«8^ TOUS. Ville d'Alîe, capitale de la Coraftàne , aune 

lieue de Nichabour. Lat. 57 d. Long. 76 & demi. 
iB^Tous. Terme de Mufique, en Italien tutti. Ce mot 

s'éctit dans les patties de fymphonie pour indiquer 

l'endroit ou tout l'orcheftre reprend acres un Solo. 
TOUSCHAIGE, f. f. Voye:^ Touche. C'eft la même 

chofe. Le premier fe trouve dans la Coutume de Blois, 

art. 450. & le fécond dans celle d'Anjou, art. 1 17. 
XOUSE. f. f. Vieux mot. Une amie oufiUe, amante. 

£oB.EL. Amafia. 

Ainfi fh complaint & doloufe, 

Li lais pour l'amour de la toufe , 

Par qui mort il pert tout le fien , 

A tant s'en breue & monte fen ^ 

Sur une roche oîila mer bat. Ovid. Mf.de Borel. 

On appelle auffi toufe, une oie, en langage Tou- 
bufain. Borel. Anjèr^ 



TOU 



TOUSELLE ou TOUZELLE. f. f. Quoddam fnimenti 
genus. La tourelle eft une forte de froment, qui a une 
tige allez haute, un épi qui n'a point de barbe j & qui 
renfeime un grain plus gros que celui du froment. La 
tourelle croît en Languedoc \ on fait moudre le grain , 
& la farine fert à faire du pain qui eft très-blanc & de 
bon goût. La Fontaine en parle dans fes contes. Je crois 
qu'il faut les couvrir de tourelle , car c'eft un grain qui 
vient fort aifément. Bayle en parle auffi dans fa Ré- 
ponfe aux Queftions d'un Provincial, C. éi. 

TOUSI ou TUSI. Nom de lieu. Tufiacum, Tufiacus. 
C'eft un village du Dioccfe de Tulle en France. Il y a 
un Concile de Toufi , tenu en 860. LeP.Labbe, 
Valois , Not. Gûil, p. A,j8. 

TOUSIAUX, &TOUSIAUS. f. m. Vieux mot. Jeune 
homme , amoureux. Borel. Amator, Amafius. Ovide 
Ml. parlant de la mort de d'Acis , que Polyphême tua, 
dit; 

& u/2 toufiaux 

Aperut qui de verds rofiaux , Sec, 

TOUSSAINT, f. f. Fête de tous les Saints , qu'on cé- 
lèbre folennellement le premier jour de Novembre en 
l'honneur de tous les Saints. Sanâorum omnium fef 
tum. Elle fut inftituée dans le feptième iîècle, par Bo- 
niface IV , lequel par la permiffion de l'Empereur Pho- 
cas , confacra le Panthéon à la Vierge , & à tous les 
Saints , & plaça cette Fête au 1 2 de Mai : ce ne fut que 
dans le neuvième (îècle que Grégoire IV. la rranfporta 
au premier de Novembre. On l'attend à la Toaffaint^ 

Toussaint, f.m. Nom d'hoiTime. Tuffanus. Quelques 
Auteurs qui portoient ce nom , fe lont déguifés lous 
celui de Fanage , formé du Grec ttav, tout, & nyiof , 
faim. 

ToussAiNTS. Maty dit, la Baie de Touffaints : mais nous 
ne parlons poinr ainfi, nous dilons : La Baie de rous les 
Saints. Sinus omnium Sanclorum. C'eft une partie de 
la mer du Bréfil. Elle s'avance dans la Capitanie de 
Baia, près de la ville de S. Salvador. Maty. 

'^Ç^ TOUSSEA , aurrement Louilèlc. Ville de Perfe: 
Long. 85 d. 40'. Lat. 37 d. 50', félon Tavernier. 

TOUSSER, v.n. Faire l'effort & le bruir que caufe ordi- 
nairement la toux, pour pouilèr dehors une humeur 
acre & piquante. Tujfire. Les vieillards ne font que 
touffer & ctacher. Un Couriifan de Démétrius Je 
voyant enrhumé , le louoit de touffer & de cracher avec 
harmonie. Abl. 

Tousser, fignifie auffi , Faire ce bruit exprès & à def- 
fein. Ex induftria tuffire. Il a. touffe îous la fenêtre de 
fa maîtrelîè, pour l'avertir qu'il étoit à l'attendre. Ce 
maître eft bien fervi -, dès qu'il touffe les gens fonr à 
lui pour lui obéir. Du temps de Maillard les Prédica- 
teurs atledoient de touffer, pour donner plus de grâce 
à leurs déclamations : c'eft pourquoi à la marge de fes 
Sermons imprimés vers l'an 1 500 , il a marqué par 
des hem j hem , les endroits oii il avoit touffe. Voye^ 
De Vigneul-Marville. 

On dit proverbialemenr d'une chofe qui n'eft pas 
faite à profir de ménage. Cela ne durera que jufqu'à 
tant que j'aie touffe. 

TOUSSERIE, f. f. Vieux mot. Action de toufter. J'ai vu 
autrefois de vieux Prédicateuts qui affeéloient ces 
toufferies, foit pour fe donner un bon air quand ils 
avoient la voix mâle, foit pour reprendre haleine, ou 
pour faire revenir leur mémoire de fes égaremens. 
Vigueul-Maryille, Mélanges d'Hifl. ^ deLitt. in-iz^ 
tji^. tom.p. t. ixo. 

TOUSSEUR , EusE. f. m. & f. Qui toulTe. Tuffitor. Je 
n'ai pu bien entendre le Sermon , à caufe du grand 
nombre de touffeurs qu'il y avoit près de moi. 

TOUSSIT, Voyei Tollir. 

TOUT, TE, adj. Qui comprend l'univerfalité d'une chofe 
confidérée en fon entier, Omnis , totus. Tbi/^ l'univers. 
Tbu/^ la rerre. Toupies hommes, Tou^e peuple. 2ok5 
les peuples de la terre. Tous les habitans d'une ville. 
Tous les chênes. Tous les arbres. Il a dépenfé tout ion 



4 



On l'emploie auffi pour marquer l'étendue, ou la 



TOU 

faculté de certaines chofcs, de forte qu'on n'en ex- 
• cepte rien. Dans ce fens il eft employé au phyfique & 
au moral. On travaille de toute l'a force. On emploie 
tout fon crédit , toute fon induftrie. On aime Dieu de 
tout Ton cœur. On donne tout pouvoir à quelqu'un. 
On voit qu'il fignifie ici plein , entier , fans exception. 
Tout employé pour chaque , fervant à finguiarifer les 
perfonnes & les choies. Tout homme eft fujet à la 
mort. Tout bien eft défiraWe. Tout arbre qui ne porte 
point de fruit, fera coupé &j'etté au feu. Omnis. Il 
faut obferver que dans cette fîgnification il n'eft jamais 
fuivi de l'article. Tout homme , toute femme , toute 
plante, &c. au lieu qu'il eft fuivi d'un article au fingu- 
lier & au pluriel quand il défigne l'univerfalité d'une 
chofe confidérée en fon entier. Tout le peuple. Tous 
les peuples. 

On dit aller, courir à toutes jAmbes , k toute bride j 
pour dire trcs-vîte, Par toute terre j par tout pays. En 
quelque lieu que ce foit. UlnviSj, ubicumque. 

Somme toute j toutes les fommes jointes enfemble: 
au figuré , à tout prendre. Elle eft jeune , elle eft belle-, 
mais fomme toute je n'en voudrois pas. Prendre à toutes 
mains, par toute forte de voies , juftes ou injuftes. 

On dit à certains jeux , tout coup vaille , pour dite 
que le coup qu'on va jouer eft fans préjudice du coup 
pour lequel on eft en difpute , ou fans préjudice de 
l'ordre dans lequel on va jouer. Ututfit. 

On dit adverbialement, à tout hazard , dans le même 
fens , pour marquer qu'on veut bien courir le rifque 
de tout ce qui arrivera. 

Tout. f. m. Chofe compofée de plufieurs parties prifes 
enfemble. Le tout eft plus grand que fa parric. Totum 
efimajus Jud parte. On divife un tout en fes parties, 
dans les parties donr il eft compoié. Je ne veux point 
divifer cela -, prenez le tout, ou vous n'aurez rien. 

On l'emploie dans le même fens , fans article , pour 
marquer la généralité des chofes ou des perfonnes de- 
puis les plus miférables efclaves , jufqu'aux plus grands 
rois du monde , tout fe plaint , tout murmure contre 
la fortune. Tout ce qui eft fous le ciel. Tout ce qui a 
vie. Lajeuneflè, quoique fragile , croit pouvoit rou^ 
iVous pouvez tout fur moi, c'efl -à-dire, toutes chofes, 
toutes fortes de chofes. 

Suprême Monarque du monde 
Çui peut tout, qui yoit tout, à qui tout eft Jbumis. 

GOD. 

Pour faire entendre que deux choies que l'on com- 
pare enfemble , font entièrement diflérentes , on dit 
qu'il y a de la différence du toutj au tout. Omnino, 
ex toto, in totum. 

Au Brelan on fait va tout , on fait un va tout j on 
dit, va tout, pour marquer qu'on joue d'un feul coup 
tout l'argent qu'on a devant foi. 

On dit familieremenr , c'eft un bel homme , c'eft une 
belle femme, & puis c'eft tout, pour dire qu''ils n'ont 
tien d'eftimable ou de remarquable que la beauté. 

Ce n'eft pas tout j pour dire , ce n'eft pas allez. Ce 
n'eft pas tout de ne pas faire , que de ne pas faire le 
mal , il faut faire le bien. 

Le tout. Expreflîon dont on fe fert pour joindre en- 
femble plufieurs chofes dont on a fait l'énumération. 
Il a fait telle & telle chofe , le tout pour vous obliger. 
Jdeo ut , &c. Le tout monre à , &c. 

Le tout enfemble. Expreflîon dont on fe ferr pour 
défigner ce qui rélulte de l'aftèmblage de plufieurs 
chofes qui forment un tout. Il y a d'alfez beaux en- 
droits dans cette pièce , mais le tout enfemble n'en 
vaut rien. 

Le tout pour le tout. Expreflîon dont on fe fert pour 
marquer qu'on eft difpofé à ne rien épargner , à facri- 
fier tout pour venir à bout de quelque affaire. 

_ C'eft le tout , fe dit de ce qu'il y a de principal , 
d'eftennel dans une affaire. Être bien avec Dieu , c'ejl 
le tout. Le tout eft de bien faire fon devoir. On dit de 
quelqu'un qui eft extrêmement chéri d'un autre, que 
c'eft Ion toutf qu'il en fait fon tout. Unum babet in 



TOU 



I2J 



déliais. Heureux qui fait de la croix , ou plutôt de 
J. C. attaché à la croix , fon confidenr , fon confeil , fon 
maître, fon doéleur, fonpafteur, fon diredeur , fon 
guide, fon médecin, fon tout. Car J.C. lui fera rouf. 

Le tout J en termes de jeu , eft la rroifième partie 
que joue celui qui a perdu les deux premières. Ainfi 
1 on joue autant qu'on a joué dans les deux autres. 
Le tout du tout eft la partie qu'on joue après avoir 
perdu partie , revanche & le tout. Ainfi l'on y joue 
tout ce qu on a joué dans les trois premières parties. 

A-tout. Terme de certains jeux de cartes , tels que 
la bête , Thombre , &c. Façon de parler adverbiale qui 
fignifie la même chofe que triomphe. Faire à-/ou/, 
jouer à-tout. On xiit aufli fubftantivement , & en un 
feul mot, un atout. J'ai trois, quatre atouts. 

Tout eft auflli adverbe , & lignifie fans exception , 
fans relerve , entièrement. Omnino , pror/us , plané. 
On dit d'un dévot , qu'il eft tout en Dieu. Je fuis tout 
dévoué à votre fervice. Je fuis tout à vous. Il eft tout 
plein d'efprit. Ils font tout pleins d'efprit. Il eft tout 
étonné. Ils font tout étonnés. Ils font /ouf bons ou tout 
mauvais. 

Ainfi le mot tout eft indéclinable dans ces phrafes. 
Quand on dit , ils font tout étonnes, le mot tout figni- 
fie tout-à-fait: fi l'on difoit, tous étonnés, cela figni- 
fieroit que tous le font ,. que l'étonnement eft général. 
C'eft une faute que font bien des gens. Le P. Bouhours 
lui-même avoir écrit , quand les mots viennent tous 
entiers du latin ; mais il reconnut enfuite que c'étoic 
une faute qui lui étoit échappée. 

Il faut pourtant remarquer que l'adverbe tout, lor> 
qu'il fe trouve immédiatement devant un adjedif fé- 
minin qui commence par une confonne , devient ad- 
jectif, & reçoit le genre & le nombre. Ainfi l'on dit 
qu'une femme eft toute malade: que des femmes ont 
été toutes furprifes à la vue de quelque chofe : qu'elles 
ont été toutes pénétrées de douleur. 

Er par une autre bizarrerie, ce même mot placé de- 
vant une adjedif féminin qui commence par une 
voyelle, redevient adverbe. Ainfi l'on dit, des femmes 
tout éplorées ; un chien qui a les oreilles tout écorchécs, 
tout emportées. 

Autre bizarrerie devant le mot autres féminin plu- 
riel , l'adverbe tout fe conferve. Ainli l'on dit que des 
femmes font tout autres; & au fingulier, il redevient 
adjedif. Cette femme depuis quelques jours e^touti 
autre. Votre maifon eft toute autre que la u.ienne. 

Ajoutez à tout cela que tout eft toujours adverbe 
quand il eft iuivi à'aujfi , terme de comparaifon. Ainfi 
l'on dit: ces jeunes gens iont tout aufiÇsi^es que ceux 
dont vous parlez. Ces femmes furent tout auffi éton- 
nées qu'elles l'auroient été à la vue d'un fpedte. Ces 
fleurs fonr tout auffi fraîches qu'elles l'étoient hier. Il 
ne faut point raifonner contre l'ufage, quem pênes ar~ 
bitrium eft & jus & norma loquendi. 

Ce même mot fe joint encore à plufieurs prépofi- 
tions & à plufieurs adverbes , dont il fait des efpèces 
de fuperlatifs en leur donnant plus d'énergie. C'eft 
ainfi qu'on dit , parler tout bas , parler tout haut. Tout 
en riant, tout en jurant. Tout au moins , tout auplus. 
Tout auprès. Tout au rravers du corps. Tout le long, 
tout au long , tout de fuire , &c. 

On dit familièrement , ce que vous dites-là font tout 
autant de fables , autant de vifions , pour dire , routes les 
chofes que yous nous dites font toutes fables, toutes 
vifions. 

Tout s'emploie auflî adverbialement avec toutes fortes 
d'adjeétifs , & même avec certains fubftantifs , dans la 
fîgnification de Quoique, encore que, ou de Quelque. 
En ce fens , il ne fe décline que devant les adjedifs fé- 
minins qui commencent par une confonne. Toutlage 
qu'il eft. Toute ingrate qu'elle eft. Toute femme 
qu'elle eft. Toutes railonnables qu'elles Ibnt , &c. 

Tout, s'emploie encore adv. fans fe décliner , dans ces 
façons de parler. Tout cœur, tout efprif, pour dire, 
plein de cœur , plein d'efprit. C'eft une femme qui eft 
tout cœur. Ce font des gens qui font tout cœur, tout 
elprit. On dit aufli indéclinablcment , Cette femme eft 



Î26 



TOU 



TOU 



tout VEil & tout oicilîc, il n'y a rien qu-'elle ne voie 
éc qu'elle n'entende. 

Toute force , & toutes fortes. Vaugelas veut que 
pour une plus grande perfedion on mette toute forte 
avec le lingulier. Je vous fouhaite toute forte de bon- 
Jieur-, & toutes fortes avec le pluriel. Dieu vous pré- 
ferve de toutes fortes de n.auK. Ménage n'efl pas de 
fon avis , & fouticnt qu'il eft aulli élég^ant de dire 
toute forte , comme a dit Malherbe , 

Toute forte d'objets les touche également , 

à l'imitation des latins qui difent Genus omm. Genus 
omne ferarum. Ce qui n'eu pourtant vrai que dans 
Jes exemples allégués ou autres femblables. Car il y 
en a d'autres où il faut dire toutes fortes. Il y en a de 
toutes fortes. 
C'est tout un. Façon de parler familière , qui fignifie 
Cela eft égal -, cela cfl: la même chofe : & dans le même 
fens on dit proverbialement , cefitout un, mais ce n"'ell 
pas de même. 
Tout de même. Terme de comparaifon fouvent em- 
ployé dans le difcours. Si l^on me demande, l'autre eft- 
il comme cela ? & que je réponde tout de mtme ; ce 
fera bien parler , dit Vaugelas. Sans interrogation je 
dirai encore fort bien , Vous voyez celui-là, Tautre efl 
tout de même. Il n'y a point de ftyle oii ce terme ne 
puiilè entrer. Mais s'il y a un que après, comme Celui- 
là eft tout de même que l'autre , il n'eft pas alDl'oIument 
ciauvais , mais il eft extrêinement bas. 
I)u TOUT. Adv. Il fe joint avec rien Scpoint , pour ren- 
dre la négative plus forte, & fignifie , En aucune fa- 
çon., nullement, abfolument rien. Il n'a rien du tout. 
In TOUT ET PAR TOUT. Adv. Entieremcnr. Je luis de 
votre avis en tout Ù par tout. Il eft de ftyle familier. 
AcAD. Fr. 
Tout- A-FAIT, fignifie entièrement , p^nitoi' j omninb. 
En tout. Adv. dont on fe fert pour fupputer, pour 
compter , & qui fignifie , Sans rien omettre , tout étant 
compris. Sine omifione , omnibus fipputatis. Cela lui 
revient en tout à cent piftoles. 
Par tout. En tous lieux. Quocumque, quacumque ,ubi- 
< cumque. Il va par tout , il palle par tout , je le trouve 
par tout. 
Sur tout. adv. Principalement. Prœfertim , imprimis , 
maxime ^ prœcipuè. Il hutfur tout s'attacher au fer- 
vice de Dieu. S. Paul veut , que nous ayons /ùr tout 
une ardente charité les uns pour les autres. Ante om- 
nia caritatem hahere , quod eft vinculum perfeciionis.^ 
Après tout. Façon de parler adverbiale. Tout coniidé- 
ré. Vos raifons font fort bonnes -, mais après tout ce 
que vous propofez eft impraticable. 

En termes de Blafon on dit , fur le tout, quand on 
met un écullon en cœur , ou en abyme , & lorfqu'il 
pôle fur les quartiers dont un écu peut être formé, 
qu'on appelle 3\oïs fUrchargé ; & en ce cas il tient ordi- 
nairement le tiers de fécu. Totifcuto impofitus. On 
dit aulTi , fur le tout du tout , quand un moindre écuf- 
fon fe met encore fur celui qui étoit lur le tout de 
l'autre. On dit aulîl , Sous le tout, lorfqu'cn la pointe 
d'un écu , & tout au bas des Armes principales , & au- 
dellous de tous les autres cantons ou quartiers , l'on 
mec un dernier écullon, qui n'a pour hauteur, finon 
l'efpace dans lequel l'écu commence à fe courber pour 
fe terminer en pointe , ce qui forme une efpcce de re- 
bactement appelé , en plaine fo