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ECOLE 

DE CAVALERIE 



TOME PREMIER. 






ECOLE 

DE CAVALERIE, 

CO NTE NANT 

LA CONNOISSANCE, 

V INSTRUCTION, 

ET LA CONSERVATION 

DU CHEVAL* 

°ar M, DE la Gueriniere, Ecuyer âvt Roi. 
TOME PREMIER. 




A PARIS; 

3hez Jacques Guerin, Libraire-Imprimeur , Quai' 
des Auguftins. 

M. D C C. XXXVI. 
AVEC APPROBATION ET PRiriLEGE DV ROI 




A SON ALTESSE 

MONSEIGNEUR 

LE PRINCE CHARLES 

DE LORRAIN E, 

COMTE D'ARMAGNAC, DE CHARNY , 
&c. Pair 8c Grand Ecuyer de France, Chevalier des 
Ordres du Roy , Lieutenant Général de fes Armées, Gou- 
verneur & Lieutenant Ge'ne'ral de Sa Majefté en la Pro- 
vince de Picardie, Artois , Bouionnois, & Pays recon- 
quis , Grand Sénéchal héréditaire de Bourgogne , Gou- 
verneur des Ville 8c Citadelle de Montreuil fut Mer. 




ONSEIGNEUR; 



Je ne puis jujlifier la témérité avec laquelle 
fofe préfenter à Votre Altesse , un Ouvrage. 



E P I T R E. 

fi peu proportionné à fes lumières , que par Fap* 
plication & la protection, dont vous honorez F Art 
de la Cavalerie , à V exemple des plus grands 
Princes. Il efi vrai, Mo n seigneur, que ces 
connoijjances profondes devroient redoubler mes 
craintes ; mais je fuis raffuré par la bonté qui 
accompagne toutes les grandes qualitez quon ad- 
mire dans la perfonne de Votre Altesse, ù* 
dont l'Augufte nom de Lorraine peut feul rem- 
plir les idées mieux que la plus vive éloquence. 
Si je ne fuis point ajjez heureux pour mériter une 
approbation, qui fer oit au-dejjus de tous les Eloges, 
je me fiate du moins , Monseigneur , que Vo- 
tre Altesse me fera grâce , en faveur du mo- 
tif qui m a fait entreprendre cette Ecole de Cava- 
lerie , pour F utilité des Gentilshommes qui font 
leurs Exercices > & dont je me croirai toujours 
nop récompenfé par ï avantage de vous donner 
an témoignage public du profond re/pecl avec le* 
quel /ai l'honneur d'être , 

MONSEIGNEUR, 

De Votre Alteffe , 

Le très-humble , & très* 
obeiflanr Serviteur , 
De la Guerinïerç» 



*>ss fcff^ /SA K?^ ^5W KS^ ^fl £^ ^3 fc^* fP& fp^ù 

PREFACE. 

JE ne ferai point ici , à l'exemple de plufieur-s 
Auteurs, l'éloge d'un exercice, qui de tout 
tems apalTé pour le plus noble ôc le plus utile; 
je dirai fimplement que mon deffein , en corn- 
pofant cet Ouvrage, a été de ratTembler ôc de 
mettre dans un ordre méthodique les princi- 
pes qui peuvent faciliter aux amateurs de la 
Cavalerie la connoiflance de tout ce qui y a 
rapport. 

Cet Art , comme l'on fçait , renferme trois 
chofes eflentielles , qui font , la connoiflance 
du Cheval , la manière de le drelTer , ôc fa con- 
fervation : ce font aufïi ces trois objets , qui 
font la matière de cet Ouvrage , que j'ai divi- 
fé en trois Parties. 

Dans la première je donne le nom 6c la fi- 
tuation des parties extérieures du Cheval, avec 
leurs beautés ôc leurs défauts : ôc je traite de 
l'âge, de la différence des poils, des Chevaux 
de différens Pays , de l'Embouchure , de la 
Ferrure , ôc de la Selle. 

La deuxième Partie renferme les principes 
pour dreffer les Chevaux, foit pour le manège, 
îbit pour la guerre > pour la chaflfe ou pour le 

aij 



PREFACE. 

Caroffe ; en un mot fuivant les différens ufa- 
ges aufquels on les deftine. J'ai joint à cette 
Partie un Traité des Tournois , des Joutes , 
des Caroufels , & des Courfes de Têtes & de 
Bague. 

La troifiéme Partie contient l'Ofteologie 
du Cheval, la définition de fes maladies, les 
remèdes pour les guérir , avec un Traité des 
Opérations de Chirurgie qui fe pratiquent fur 
cet animal ; mais je me crois obligé d'aver- 
tir le Le£teur que je n'y ai contribué en rien. 
Il faut être verfé dans les matières qui con- 
cernent l'Anatomie & la Médecine, pour en- 
treprendre de traiter cette matière s autrement 
on tomberok dans le défaut affez ordinaire 
aux Auteurs qui ont écrit des maladies des 
Chevaux : ce défaut eft de donner des défi- 
nitions confufes ou fauifes , & des remèdes , 
qui par leur multiplicité fe détruifent fouvent 
les uns les autres. C'eft pour éviter de fi dange- 
reux înconvéniens que* j'ai eu recours à un Mé- 
decin de la Faculté , qui ( à l'exemple d'E- 
rouard Premier Médecin d'Henry IV. au- 
quel ce Monarque avoit ordonné d'approfon- 
dir cette matière, ) a bien voulu employer fes 
foins Ôc fes talens pour continuer de perfec- 
tionner une entreprife , qui fut prefqu aufïi-tôt 
interrompue que commencée, par la mort 
inopinée de ce Prince. 

On a ajouté à cette nouvelle édition un pe- 
tit Traité des Haras. 



PREFACE. 

J'avouerai naturellement que ee n'eït point 
de mon propre fonds que j'ai tiré la plupart des 
principes que je donne dans ce Traité. J'ai 
non feulement puifé ce qu'il y a de bon dans 
les meilleurs Auteurs qui ont travaillé fur cet- 
te matière ; mais j'ai encore confulté les per- 
fonnes qui par une longue expérience ont ac- 
quis la réputation de vrais connoiffeurs. C'eft 
avec de pareils garans que j'ofe mettre en a- 
vant des règles 6c des principes , dont la théo- 
rie eft d'autant plus certaine , qu'elle eft fondée 
fur l'autorité ôc fur la pratique des plus habiles 
Maîtres de l'Art. Je me borne donc dans mon 
travail , à développer autant qu'il m'a été pof- 
fible , le vrai , le fimple , ôc l'utile de cet Art , 
pour éviter aux amateurs de la Cavalerie les 
ennuyeufes differtations ôc les nombreufes re- 
dites qu'on a à efTuïer dans la plupart des Au- 
teurs qui m'ont précédé , ôc qui loin d'embraf- 
fer le tout , n'en ont traité qu'une partie. 

Non feulement je me fuis appliqué à donner 
des définitions claires > nettes ôc précifes ; mais 
pour les rendre encore plus intelligibles , j'ai 
joint à cet Ouvrage des Planches qui applani- 
ront ôc lèveront toutes les difficultez. Ce qui 
s'expofe aux yeux devient infiniment plus fenfi- 
ble dans ces matières , que tout ce qu'on dé- 
crit , quelqu'art que l'on y employé. C'eft d'a- 
près les Originaux ôc fous la conduite de M.. 
Parrocel ; Peintre ordinaire du Roy , ôc de font 

aij 



PREFACE 

Académie Royale , dont la réputation en ce 
genre eft généralement connue , qu'on a gravé 
les différens airs de manège qui fe trouvent dans 
la deuxième Partie. J'y ai mis aufli des Plans 
déterre, pour faire voir le proportion de ter- 
rain que l'on doit obferver dans les différentes 
façons d'alfouplir ôc de travailler un Cheval. 

Enfin j'ai tous mis en ufage pour reveiller 
cette ancienne émulation qui règnoit dans les 
beaux jours de la Cavalerie : Et c'eft dans cette 
vue" que j'ai cherché à dévoiler des myftéres 
qui fembloient n'être réfervés que pour un 
très- petit nombre de perfonnes ; comme fi la 
vérité ne devoit pas fe répandre univerfelle- 
ment, ôc que la fubtilité de cet Art n'appartînt 
abfolument qu'à ceux qui fe difent Enfans de 
îa balle. 

Il faut l'avouer à notre honte , l'amour du 
vrai beau de cet exercice s'eft bien ralenti de 
nos jours ; on fe contente préfentement dune 
exécution un peu trop négligée , au lieu qu'au- 
trefois on recherchoit les beaux airs, qui fai- 
foient l'ornement de nos manèges, ôc le bril- 
lant des revues , des pompes ôc des parades. 

Il ne faut point imputer cette négligence , 
ni au manque de mérite, ni au peu d'attention 
de ceux qui font à la tête des établhTemens ins- 
titués pour l'inftruclion de la NoblefTe ; la juf- 
tice que le Public leur rend eft un fur garant de 
leur capacité. Mais qu'il me foit permis , par 



PREFACE 

tfn mouvement de jufte reconnoiflance > dà 
joindre mon fuffrage à celui des perfonnes qui, 
avec connohTance de caufe, ont loué M. de 
Vendeùil mon iliuflre Maître. Cet homma- 
ge particulier que je dois à qui je dois tout, 
n'altère en rien l'eftime que j'ai pour les per- 
fonnes qui courent la même carrière. M. de 
Vendeùil eft un refte précieux de ces Hom- 
mes illuftres qui l'ont précédé , & dont la 
mémoire fera toujours chère à quiconque fui- 
vra leurs traces. M. de Vendeùil a fçû joindre 
la grâce ôc la juftefTe de M. du PlefTis , à la 
brillante exécution de M. de la Vallée; perfon- 
nages dont le nom ôc la réputation fubfifteront 
autant que l'exercice durera. 




APPROBATION. 

I'Aylfc, par ordre de Monfeign eut le Garde des Sceaux," 
le Livre qui a pour titre : Ecole de Cavalerie , avec des Fi- 
gures : je l'ai trouvé très-utile pour les Gentilshommes qui 
font leurs Exercices , 8cen général pour tous les Amateurs de 
la Cavalerie. A Paris ce 18. Avril 1735. 

Signé , L a Serre. 



PRIVILEGE DV ROI. 

LOUIS PAR LA GRACE DE DlEU , RoY DE FrANCB 
et de Navarre :Anos amez ôc féaux Confeillers , 
les Gens tenans nos Cours de Parlement , Maîtres des Re- 
quêtes ordinaires de notre Hôtel , Grand Confeil , Prévôt 
de Paris , Baillifs , Sénéchaux , leurs Lieutenans Civils , 
êc autres nos Juiticiers qu'il appartiendra ; Salut. Notre 
cher 8c bien - amé le Sieur de la Guerinierh , l'un de nos 
Ecuyers ordinaires, Nous a fait remontrer qu'il a depuis peu 
établi dans fon Académie une Ecole pour la Cavalerie , dans 
laquelle on donne des leçons publiques , accompagnées de 
démonftrations 8c d'opérations pour enfeigner la connoif- 
fance des Chevaux , leurs Maladies , leur Guérifon, l'Em- 
bouchure ,1a Ferrure, la Selle ; la manière de drefTer les jeu- 
nes Chevaux , 8c généralement tout ce qui peut former un 
eonnoifTeur 8c unhomme de cheval. Comme cette Ecole eft 
très-utile pour les Gentilshommes qui font leur Exercice , il 
auroit compofé un Recueil de Principes qui regardent cette 
matière , qu'il a divifé en fix Leçons ou Cahiers , qu'il defî- 
reroit faire imprimer pour la facilité de ceux qui en voudront 
profiter ; s'il nous plaifoitlui en accorder nos Lettres de Pri- 
vilège fur ce nécefTaires ; offrant pour cet effet de le faire im- 
primer en bon papier 8c beaux caractères, fuivant la feuille 
imprimée 8c attachée pour modèle fous le contre-fcel des 
Préfentes. A ces causes, voulant traiter favorablement le- 
dit Sieur Expofant ; 8creconnoître en fa Perfonne les fervi- 
ces qu'il Nous a ci-devant rendus , 8c ceux qu'il Nous rend 
encore aétuellement , 8c lui donner les moyens de Nous les 
continuer ; Nous lui avons permis 8c permettons par ces> 



Préfentes, défaire imprimer VEcoh de Cavalerie avec fi- 
gures, &V Abrégé du même Ouvrage , diflribué par leç&ns, de 
[a compojition ; en un ou plufieurs volumes : conjointement 
ou féparément , 8c autant de fois que bon lui femblera , 
fur papier 8c caractères conformes à ladite feuille imprimée 
8c attachée fous notredit contre-fcel , & de le vendre , fai- 
re vendre 8c débiter par tout notre Royaume , pendant le 
tems de huit années confécutives , à compter du jour de kt 
date defdites Préfentes. Faifons défenfes à toutes fortes 
de Perfonnes, de quelque qualité & condition qu'elles 
foient, d'en introduire d'impreffion étrangère dans aucun liew 
de notre obéifTance : commeaufïïà tous Imprimeurs, Librai- 
res 8c autres, d'imprimer , faire imprimer , vendre, faire ven- 
dre, débiter ni contrefaire ledit Ouvrage ci-defTus fpécifié, en 
tout ni en partie, ni d'en faire aucuns extraits fous quelque 
prétexte que ce foit d'augmentation,corre6tion, changement 
de titre, même en feuille féparée ou autrement , fans la per- 
rniflion exprefTe, 8c par écrit dudit Sieur Expofant, ou de ceux 
qui auront droit de lui , à peine de confifeation tant des Plan- 
ches que des Exemplaires contrefaits, de fix mille livres d'a- 
mende contre chacun des Contrevenans , dont un tiers à 
Nous, un tiers à l'Hôtel-Dieu de Paris, l'autre tiers audit 
Sieur Expofant, 8c de tous dommages 8c intérêts : à la charge 
que ces Préfentes feront enregiftrées tout au long fur le 
Regiftrede la Communauté des Imprimeurs 8c Libraires de 
Paris dans trois mois de la date d'icelles ; que l'impref- 
fionde cet Ouvrage fera faite dans notre Royaume 8c non 
ailleurs, 8c que l'Impétrant fe conformera en tout aux 
Reglemens de,la Librairie , 8c notamment à celui du io. A- 
vmiyzf. 8c qu'avant que de l'expofer en vente,le Manufcrit 
ou Imprimé qui aura fervi de copie à l'impreflion dudit Ou- 
vrage , fera remis dans le même état où l'Approbation y 
aura été donnée , es mains de notre très-cher 8c féal Che- 
valier Garde des Sceaux de France , le Sieur Chauvelin , 
8c qu'il en fera enfuite remis deux Exemplaires dans notre 
Bibliothèque publique , un dans celle de notre Château du 
Louvre , 8c un dans celle de notre très - cher 8c féal Che- 
valier Garde des Sceaux de France, le Sieur Chauvelin ; 
le tout à peine de nullité des Préfentes : du contenu def- 
quelles vous mandons 8c enjoignons de faire jouir ledit Sieur 
Expofant ou fes ayans caufe , pleinement 8c paifïblement , 
fans fournir qu'il leur foit fait aucun trouble ou empêche- 
ment. Voulons que la copie defdites Préfentes, qui fera 



imprimée tout au long au commencement ou à la fin du* 
dit Ouvrage , foit tenue pour dûment fignifie'e ; & qu'aux 
copies collationnées par l'un de nos amez 6c féaux Confeil- 
lers ôc Secrétaires, foi foit ajoutée comme à l'original ; 
Commandons au premier notre Huiffier ou Sergent de fai- 
re pour l'exécution d'icelles tous actes requis 8c néceffaires , 
fans demander autre permiffîon , 8c nonobflant clameur 
de Haro , Charte Normande 6c Lettres à ce contraires. Car 
tel eft notre plaifir. Donne' à Paris le n. jour du mois 
d'Août, l'an de grâce mil fept cent vingt-neuf , 8c de notre 
Règne le quatorze. Par le Roi en fon Confeil. 

Signé y Sainsom. 

Regiflré, enfemblela Cefjionfur leRegiJhe VII delà Chambré 
Royale & Syndicale des Libraires & Imprimeurs de Paris , N°. 
41 4. fol. 357. conformément au Règlement de 17x5. Qui fait 
défenfes , article IV. à toutes perfonnes , de quelque qualité qu'el- 
les foient , autres que les Libraires & Imprimeurs, de vendre , 
débiter & faire afficher aucun livre pour les vendre en leurs 
noms , foit qu'ils s' en difent les Auteurs ou autrement , & à la 
charge de fournir les Exemplaires preferits par V article C VI 1 1. 
du même Règlement. A Paris le ving-trois d 1 Août mil fept c&ns 
vingt-neuf. 

Signé, P. A. Le Mercier. 



ECOLE 



Pcie'e 1. 



ZENOJil &ZLA SITUATION DES PARTIE S EXTERIEURES DU CHEVAL . 



L'avant- main. 

Le Front: .. .1. 

Les Temple*? 2. 

Les Salure' s. . ,3. 

La Ganache 4. 

Les Lèvres â. 

L.es2\ T ai^axuc 6 '. 

Le' b o-iit-L n-nex^/. ...//. 

Le Mentcni S. 

La Barbe. p. 

L 'Encolure 10. 

Lud Crin où LtCruiwrem . 

L.e Toupet 12. 

Le Go lier i3. 

Le Garotr 14. 

Léo' Epaules îâ, 

Ld Poitrail 16. 

Le Coude. 17. 

Le B ras: 18. 

L!Ars la, 

La Cliateiqne 20. 

Le Genou. .' as. 

Le Canari 2,2. 

LeMerpr. a3. 

Le Boulet: 24. 

Le Fanon -jâ. 

Le. Paturon 26. 

La. Couronne 27 

Le tiairot. 28. 

Lett. QuartierûL 20 

L a PinceJ. 3o. 

LeTalon 3i. 

' Tarroeel i-lel.e$o~cuïp. 




Le Corps. 

Les A eins 3a. 

Les R. o-q nous 33, 

Les Cote~^. 34. 

LeVentre 36. 

Les FlanccV 36. 



LÀrnere-main. 

La Croupe .3y. 

Le Tronçon de la 

. . . M 
...3p. 

Les Hanches 40. 

/. e Grasset-, 41. 

L es Cuisses 42. 

Le Jarret -j*«3 

La Cnateujne 44. 

JL a pointe du [ar- 
rêt 40' 



Queue . . . . 
Z es Fesses 




ECOLE 

D E 

CAVALERIE. 

PREMIERE PARTIE. 
CHAPITRE PREMIER. 

Z)# «0#2 £^ ^ la fit nation des Parties extérieures, 
du Cheval. 




Our faciliter la connoiftahee du Che- 
val , je le divife en trois parties princi- 
pales ; fçavoir , l'Avant-main, le Corps, 
& l'Arriere-main. 
Les parties qui compofent i'Avant-main , font 
la Tête , l'Encolure , le Garot , les Epaules , le 
Poitrail ou la Poitrine, & les Jambes de devant. 
Les parties du Corps 3 font les Reins,les Rognons, 
les Côtés ou les Côtes , le Ventre & les Flancs. 

A 



2 Ecole 

Celles de PArriere-main , font la Croupe , les 
Hanches , la Queue , les Feues , le Graffet, les 
CuifTes , le Jarret & les Jambes de derrière. 

ARTICLE PREMIER. 

De lafiwation & de la divifion -particulière des 
Parties de f Avant-main 

LA première partie de l'Avant-main , eft la tê- 
te , qui a une divifion particulière , étant corn- 
pofée des oreilles , du front , des temples , des fa- 
lieres , des fourcils , des paupières , des yeux , de 
la ganache & de la bouche. 

De toutes ces parties, je ne donnerai la défini- 
tkion que de la Ganache & de la Bouche , parce 
que les autres font aflez connues. 

La GANACHE eft une partie compofée 
des deux os de la mâchoire inférieure qui tou- 
chent le gofier. Cette partie eft mouvante & fert à 
mâcher les alimens. 

La BOUCHEa fes parties extérieures & 
fes parties intérieures. 

Les parties extérieures , font les lèvres , les na- 
zeaux , le bout du nez , le menton & la barbe , 
qui eft l'endroit où porte la gourmette. 

Les parties intérieures de la bouche , font la 
langue , le canal , le palais , les barres & les dents. 

Le Canal eft le creux de la mâchoire infé- 
rieure où eft fituée la langue. 

Les Barres, font l'endroit de la bouche où il n'y 
a jamais de dents , & oùfe doit faire l'apui du mors. 

Les Dents ont aufli une divifion particulière , 
par laquelle on connoît l'âge du Cheval ; mais on 
ne parlera de cette dtviûon que dans le Chapitre 
troiûéme. 



de Cavalerie* $ 

L'ENCOLURE où eft attachée la tête > 
€ft la féconde partie principale de l' Avant-main. 
Elle eft bordée dans fa partie fupérieure par le crin 
ou la crinière , & elle fe termine au garot. 

Le Crin qui tombe fur le front entre les deux 
oreilles , & qui fait partie de la crinière , s'apelle 
Toupet* 

Le G O S IE R eft la partie inférieure de l'En- 
colure. 11 commence entre les deux os de la Ga- 
nache, & finit à la partie fupérieure & antérieure 
du poitrail. 

Le GAROT eft placé à l'extrémité de la 
crinière , «Se au haut des épaules. 

Les EPAULES commencent au garot & 
finiiTent au haut du bras. 

Le P O I T R A I L eft la partie antérieure de 
la poitrine , contenue entre les deux épaules ; la- 
quelle commence au bas du gofier , & finit entre 
les deux bras. 

Les JAMBES DE DEVANT font attachées 
aux épaules , & ont encore une divifion particu- 
lière , étant compofées du bras, du coude, de Pars, 
du genou , du canon , du nerf , du boulet , du pa- 
turon , de la couronne & du pied. 

Le Bras eft cette partie fupérieure de la jam* 
be , qui eft depuis l'épaule jufqu'au genou. 

Le Coude eft l'os du haut de la jambe , qui eft 
fitué contre les côtes. 

L'Ars eft une veine aparente , fîtuée au devant 
Se au dedans du bras. 

Tous les Chevaux ont au defius des genoux en 
dedans , une efpéce de corne tendre , fans poil 9 
qu'on apelle Chateîgnes , plus ou moins groffes , 
mais toujours aparentes. Elles fe trouvent égale* 

Âij 



4 Ecoie 

ment aux jambes de derrière , avec cette diffé- 
rence cependant, qu'à celles-ci, elles font pla- 
cées au deflbus des jarrets auiîi en dedans. 

Le Genou efl: la jointure du milieu de la jam- 
be , qui affemble le bras avec le canon. 

Le Canon efl: la partie de la jambe, qui com- 
mence au genou & finit au boulet. 

Derrière le canon , H y aun tendon qu'on apelle 
communément le Nerf de la jambe, qui règne 
tout du long , & dont la qualité contribue beau- 
coup à la bonté de la jambe, comme nous le di- 
rons ci-après. 

Le Boulet efl: la jointure du canon avec le 
paturon. 

Derrière chaque boulet , tant aux jambes de 
"devant qu'à celles de derrière , il y a un toupet 
•de poil qu'on appelle Fanon , au' milieu duquel 
il y a une efpecede corne tendre , qu'on nomme 
.Ergot. 

Le Paturon efl: la partie fîtuée entre le boulet 
•& la couronne. 

La Couronne efl: le poilqui couvre •& entou- 
•xe de haut du fabot. 

Le Pied ,qui efl: la dernière partie de la jambe, 
«efi divifé en parties fupéricures ôz inférieures. 

Les parties fupérieures , font le Sabot, les Quar- 
tiers , la Pince & le Talon. 

Le Sabot efl: toute la corne qui régne autour 
du piedo 

Les Quartiers font les deux côtés du Sabot » 
depuisia Pince jufqu'au Talon. On dit Quartier 
de dedans & Quartier de dehors. 

La Pince efl: le bout de la corne, qui eit ats 
devant du pied. 



de Cavalerie. y 

Le Talon eit la partie de derrière du pied, où 
fe terminent les quartiers , à l'oppofite de la 
pince* 

Les parties inférieures du pied : font la four* 
chette :, la foie & le petit-pied. 

La Fourchette eft une corne tendre & moîr 
le , placée dans le creux du pied , qui fe partage 
en deux branches vers le talon en forme de. four- 
che , d'où lui vient le nom de Fourchette. 

La Sole eft l'efpace de corne que l'on vois 
dans le creux du pied , entre les quartiers ôc la 
fourchette. C'eft une corne plus dure que celle 
de la fourchette-, &plus tendre que celle du fa- 
bot. 

Le Petit-pied eft un- os fpongieux ,, renfer- 
mé dans le milieu du- fabot, entouré d'une chair, 
qui lui fert de nourriture,. 11 n'eu point viHble 
même quand le cheval eft derToieL 

ARTICLE IL 

De la fituation des Parties du Corps» 

LES REINS font la partie fupérieure du 
corps du Cheval. Ils prennent depuis le 
garot julqu'à la Croupe ; mais ce nom n'appar^ 
tient proprement qu'à l'extrémité de- l'épine la 
plus voifine de la croupe, qu'on a appellée jufqu'à 
préfent Rognons,-; mais comme i'ufage a donné à 
cette partie le nom de Reins , nous en conferve- 
ions la dénomination. 

Les ROGNONS font proprement îes 
Reins ; & c'eft la partie de l'épine du dos qui eft 
la plus proche de la croupe. 
Les COTEZ fortt le tour dss côies.,, qui 

k'iïï 



L 



tf Ecole 

renferment les parties internes contenues dans le 
ventre du Cheval. 

Le VENTRE eft la partie inférieure du 
corps , fîtuee au bas des côtes. 

Les FLANCS font placés depuis la der- 
nière côte jufqu'à l'os des hanches , & vis-à-vis 
du GraiTet, dont la définition eft dans l'Article fuU 
rvant. 

ARTICLE 1 1 L 

De la Situation des Parties de F Arrière -main. 

A CROUPE eft la partie fupérieure de 
l'Arriere-main , qui va en rond depuis les 
rognons jufqu'à la queue. 

Les FESSES prennent depuis la queue en 
defeendant jufqu'au pli , qui eft à l'oppofite du 
GraiTet. 

Les HANCHES font les deux côtés de 
la croupe. Elles prennent depuis les deux os qui 
font au haut des flancs jufqu'au Graftet. On ap- 
pelle aufti vulgairement les Hanches , tout le 
train de derrierre ou PArriere-main. 

Le GRASSET eft la jointure placée au 
bas de la Hanche , vis-à-vis des Flancs , à l'endroit 
où commence la cuiffe. C'eft cette partie , qui 
avance près du ventre du Cheval quand il marche. 

Les CUISSES prennent depuis le graftet 
qui en fait partie , & depuis l'endroit où finiffent 
les feifes , jufqu'au pli du jarret. 

Le JARRET eft la jointure qui affemble le 
bas de la cuilTe avec le canon de la jambe de der- 
rière. 

Les JAMBES DE DERRIERE étant 



de Cavalerie:. 7 

femblables aux jambes de devant dans les au- 
tres parties , il n'eft pas néceffaire de raporter ici 
ce qui en a été dit. 

Dans les définitions que l'on vient de donnes 
on a négligé de parler de la fituation de quelques 
parties du Cheval ; parce qu'elles font fi générale- 
ment connues , que le détail en eût été inutile. 

Quoique ces définitions foient très- claires , ce- 
pendant pour avoir une connoilTance encore plus 
parfaite & plus intelligible , on peut avoir recours 
à la planche qui eft au commencement de cet 
Ouvrage , dans laquelle toutes les parties exté- 
rieures du Cheval font diftinguées & marquées 
par des chifres de renvoi. 

CHAPITRE IL 

De la beauté & des défauts des Parties extérieur 
res du Cheval. 

A beauté d'un Cheval confifte dans la 
conformation & dans la jufte propor- 
tion de fes parties extérieures. Comme 
il eft dangereux dans le choix d'un Che- 
val , de fe laifier féduire par la figure , & par un 
je-ne-fçai-quoi qui plaît , qui fouvent fafcine les 
yeux, & empêche qu'on n'examine d'affez près, 
& qu'on ne détaille au jufte toutes fes parties ; il 
faut fuivre en cela le confeil de M. de Soleyfel , 
Auteur du parfait Maréchal , qui dit : « Que lorf- 
y> qu'on veut acheter un Cheval , il faut fe préve- 
» nir d'abord contre , afin d'être juge févere de 
» tous fes défauts» » 

Aiiij 




S Ecole 

ARTICLE PREMIER. 

De la beauté & des défauts des Parties de ï A* 

vant-main. 

APre's avoir donné la définition de toutes 
les parties extérieures du Cheval , il faut e- 
xaminer maintenant , en fuivant le rang que nous 
avons donné à chacune de ces parties , feulement 
celles qui contribuent à la beauté ou à la diformi- 
té du Cheval.. 

De la Tête. 

Une belle tête en général eft petite , féche > 
courte & bien placée. Quand elle a ces qualités ? 
on voit ordinairement des ramifications de vei- 
nes qui régnent le long de la tête , defcendant de- 
puis les yeux jufqu'au deux cotés des nazeaux , ce 
c|ui embellit beaucoup cette partie. 

Il faut qu'elle foit petite , parce que les têtes 
groffes & quarrées, outre leur diformité, péfeut 
ordinairement à la main. 

Elle doit être féche ; car celles qui font char- 
gées de chair , qu'on nomme Têtes graffes , font 
fujettes au mal des yeux. Il ne faut pourtant pas 
qu'elle foit fi féche , qu'elle foit privée de nour- 
riture ; car elle feroit encore plus iujette au mal 
des yeux qu'une tête graue-. 

Il y a des têtes qui font grofles d'olTemens , qui 
pèchent contre la beauté feulement, 6c non con- 
tre la bonté. 

Il faut que la tête foit un peu courte : les têtes 
trop longues , qu'on apelle Têtes de Vieille , font 
diformes , quoique la plupart des Chevaux des 
meilleurs races. d'Andaioufie pèchent par cet 



de Cavalerie: p 

endroit ; mais on leur pane ce manque de beauté 
en faveur de leurs rares qualités. 

La tête d'un Cheval , pour être bien placée , 
doit tomber perpendiculairement,ou à plomb, du 
front au bout du nez. Lorfqu'elle fort de la per- 
pendiculaire en avant , on apelle ce défaut , tendre 
le nez. , porter au vent , tirer à la main : Se lorfqu el- 
le vient en deçà , Se que le Cheval baiiïe le nez 
& la tête , il péfe ordinairement à la main ; s'il fc 
ramené trop , Se que la branche de la bride apuye 
contre le gofier , c'eft ce qu'on apelle , un Cheval 
encapuchonné. 

Il y a encore un défaut qu'on apelle, Tête mal 
attachée-, c'efl: lorfquela partie fupérieure de la tè- 
te , qui eft entre les deux oreilles , fe trouve plus 
élevée que l'encolure. 

Des Oreilles. 

La forme des oreilles , leur fituation Se leur 
mouvement , font les principales chofes à exami- 
ner dans cette partie. 

Un Cheval doit avoir les oreilles petites & dé- 
liées ; quand elles font trop épaiffes , larges Se pen- 
dantes, ce défaut fait nommer un Cheval, Oreil- 
lard. Beaucoup de Chevaux d'Efpagne cepen- 
dant , Se des meilleurs Haras, ont les oreilies lon- 
gues ; mais pour l'ordinaire elles font bien placées 
ce qui en corige le défaut. 

Les oreilles bien placées doivent être au haut 
de la tête , peu dillantes l'une de l'autre. Quand 
un Cheval marche , il doit avoir les pointes des 
oreilles avancées ; cette fituation donne un air 
d'éfronterie , qui lied parfaitement bien à un 
brave Cheval, 



to Ecole 

Par le mouvement des oreilles , on juge du 
naturel d'un Cheval. Ceux qui font colères & 
malins , portent une oreille en avant , & l'autre 
couchée en arrière, & continuent ce mouvement 
alternativement. Comme cette partie eft le liège 
de l'ouie , un Cheval porte les oreilles du côté où 
il fe fait du bruit. Si on le frape fur la croupe , il 
tourne les oreilles vers le dos , & s'il eft éfrayé de 
quelque objet par devant , il les porte en avant , 
& baifle les pointes. Si le bruit fe fait à côté 
de lui , il tourne l'oreille de ce côté. Mais le plus 
beau port d'oreilles , & la fituation la plus belle 
êc la plus noble , c'eft d'avoir en marchant les 
pointes des oreilles hautes & en avant ; ce qui 
forme , comme nous venons de dire , l'oreille 
hardie, parce qu'alors le Cheval regarde fière- 
ment ce qui fe prélente à lui. 

Du Front. 

La beauté du Front d'un Cheval, c'eft d'être un 
peu étroit & uni ; en forte qu'il ne foit ni trop a- 
vancé, ni trop enfoncé. Les têtes qui ont le bas du 
front un peu avancé, s'apellent Têtes bufquées ou 
moutonnées, comme le font celles de la plupart des 
Chevaux Anglois,des Barbes, & de ceux nés dans 
les Pays orientaux , & aufh* de ceux de leur race. 

Un défaut efïentiel contre la grâce , c'eft lorf- 
cme le Cheval a le front bas & enfoncé ; on apel- 
Ie ces Chevaux , Camus. 

Une marque qui embellit beaucoup la tête du 
Cheval, & qui lui donne de la grâce, c'eft lorfqu'il 
a au milieu du front une étoile ou pelote blanche: 
cela doit s'entendre des Chevaux noirs , bais 5 al- 
zans , ou qui ont un poil tirant fur le brun» 



de Cavalerie. îi 

Prefque tous les Chevaux ont encore au milieu 
du front une épie ou molette ; c'efl: le nom qu'on 
donne au retour de poil,qui au lieu d'être couché, 
comme il l'eft partout le corps,remonte d'un fens 
oppofé. Il s'en trouve de femblables aux flancs » 
au poitrail , Se en d'autres endroits. 

Des Salières, 

La feule belle qualité que doivent avoir les fa- 
îieres , c'efl: d'être pleines , & même un peu éle- 
vées. Lorfqu'elle font enfoncées & creufes , c'efl 
le défaut des vieux Chevaux : il fe trouve pour- 
tant quelques jeunes Chevaux qui ont cette im- 
perfection ; mais par ce ligne on connoît qu'ils 
font engendrés de vieux Etalons. 

Des Yeux. 

La plus belle partie de la tête du Cheval , c'efl 
l'œil. Cette partie eft aufli difficile que néceflaire 
à connoître. 

L'œil doit être clair , vif & éfronté , ni trop 
gros , ni trop petit , placé à fleur & non hors de 
tête. Un Cheval qui a de gros yeux fortant de la 
tête , a ordinairement l'air morne & flupide; Se 
ceux qui les ont trop petits Se enfoncés , ( on 
les apelie , Teux de cochon , ) ont le regard trifle 
& fouvent la vue mauvaife. 

Telles font les remarques générales que l'on 
doit faire d'abord fur les yeux ; enfuite de quoi il 
eft néceflaire de les examiner plus en détail : Se 
pour en faire l'examen rigoureux Se en juger 
fainement , il faut , fi le Cheval eft dans un lieu 
obfcur , le faire conduire dans un lieu clair , Se là 
lui regarder les y eux l'un après l'autre, décote Se 



12 Ecole. 

non vis-à-vis. 11 ne faut pas non plus les regarder 
au foleil ; au contraire il faut mettre la main au 
deffus de l'oeil pour rabatre le grand jour & empê- 
cher la réflexion. 

Les deux parties de l'oeil les plus effentielles à 
connoître , & qu'il faut examiner avec le plus de 
foin y font la vitre & la prunelle. 

La vitre eft la partie extérieure de l'oeil , & la 
prunelle la partie interne , ou le fond de l'oeil. 

C'eft de l'exacte confidération de la vitre que 
dépend la parfaite connoillance de l'œil. Elle doit 
être claire & tranfparente ; en forte qu'on puiffe 
voir la prunelle fans aucun empêchement. Lorf- 
que cette partie eft trouble & couverte , c'eft figne 
que le Cheval eft lunatique , c'eft-à-dire , qu'il lui 
furvient des fluxions de tems à autre fur l'oeil : & 
lorfque la fluxion a endommagé un oeil , il de- 
vient plus.petit que l'autFe , alors il eft perdu fans 
reffource , puifqu'il fe defféche. Quelquefois un 
œil paroît plus petit que l'autre , pareeque par 
quelqu'accident la paupière a- été fendue, & 
qu'en fe rejoignant elle refteplus ferrée. Mais il eft 
rare que cela arrive , & il eft aifé de ne s'y pas trom- 
per , en examinant fi- l'oeil n'eft ni trouble ni brun. 

Lorfqu'un Cheval jette la gourme y ou change 
les dents de lait, ou pouffe les crochets, d'enhaut; 
il arrive fouvent que la vue lui devient auffi trou-- 
ble, que s'il étoit borgne ou aveugle; mai&lorfqu'il 
eft guéri , fa vue s'éclaircit. Quelquefois auiîi pao 
ces accidens, un, Cheval perd entièrement la vue* 

La prunelle, qui eft la féconde partie de l'oeil 
doit être grande & large, il faut qu'on puiffe l'a- 
percevoir diftinclement. 

H vient quelquefois au fond de l'oeil une tache 



de Cavalerie. !$ 

blanche , qu'on apelle Dragon , qui quoique très- 
petite dans le commencement , couvre avec le 
tems la prunelle , & rend le Cheval borgne , fans 
qu'ony puifîe aporter aucun teméde. 

Un autre défaut qu'on apelle, œil cul de verre* 
c'eft lorfque laprunelleeft d'un blanc verdâtre & 
tranfparent. Quoiqu'un Cheval ne foit pas tou- 
jours borgne avec ce défaut , il court grand rifque 
de le devenir. Lcrrfqu'ii y a plus de blanc que de 
verdâtre , on l' apelle œil ver on : il donne au Che- 
val un air méchant & traître. 

Nous ne ferons point ici un plus grand détail 
des accidens qui arrivent aux yeux ni aux autres 
parties dont nous allons décrire les défauts ; parce 
qu'on fe réferve d'en parler plus amplement dans 
la troifiéme Partie de cet ouvrage , qui traije 
des maladies, 

De la Ganache. 

Les deux os qui compofent la Ganache , doi- 
vent être peu charnus à l'extérieur , c'eft-à-dire , 
à chaque côté de la mâchoire inférieure , & l'en- 
tre-deux, qui eft la partie qui touche au gofier, 
que quelques Ecuyers apellent , la Braye , & quel- 
ques Maquignons , ¥ Anget , doit être bien ouvert 
éc bien évidé afin que le Cheval ait la facilité de 
bien placer fa tête. 

La Ganache quarrée eft une diformité qui pro- 
vient de ce que les deux os qui la forment , font 
trop gros , trop ronds , ou trop chargés de chair: 
fi avec cela ils font ferrés l'un près de l'autre , en 
forte qu'il n'y ait point afîez de vuide & d'efpace 
pour que le cheval puifle loger fa tête , il aura 
beaucoup de peine à fe ramener, à moins qu'il 



14 E c o t ë 

n'ait l'encolure fort longue, peu épauTe, & relevées 
Lorfque l'entre-deux des os de la Ganache n'efl 
pas bien évidé , & qu'on y trouve quelque grof- 
feur ou glande ; c'efl ordinairement un ligne de 
gourme , quand le Cheval n'a pas pafTé lix ans ; 
mais s'il a pafle fept ans , & que la glande foit dou- 
loureufe , & attachée à l'un des os de la Ganache , 
c'efl prefque toujours un ligne de morve. On 
trouve quelquefois dans cette partie plufieurs pe- 
tites groffeurs , qui font une fuite de rume ou mor- 
fondement, mais elles ne font point dangereufes, 
lin travail médiocre les difîîpe. 

De la bouche & de [es Vantes extérieures* 

L'ouverture ou plutôt la fente de la bouche 
doit être proportionnée à la longueur de la 
tête , en forte qu'elle ne foit ni trop fendue , 
ni trop petite. Quand la bouche efl trop fendue > 
le mors va trop avant dans la bouche du côté des 
dents macheliéres , ce qu'on appelle , boire la bri- 
de : Se lorfqu'elle n'efl pas affez fendue , le mors ne 
peut porter en fon lieu fans faire froncer les lé vres* 

Ce qu'on entend par une belle bouche , c'efl 
lorfque le Cheval étant bridé , elle devient fraîche 
& pleine d'écume, c'efl une qualité qui dénote un 
t>on tempérament. On dit d'un tel Cheval, qu'il 
goûte bien fon mors. 

Des Lèvres. 

Il faut que les lèvres foient peu épaiffes & me- 
nues à proportion de la bouche. Quand elles font 
trop groffes & trop charnues , elles couvrent les 
barres , & empêchent l'effet du mors. Cefl ce qu'on 
appelle , former de la lèvre, 



de Cavalerie. i$ 

Des Nazeaux 

Un Cheval doit avoir les nazeaux ouverts , par- 
ce que la refpiration en eft plus facile. Cependant 
ce n'eft pas toujours de cette ouverture des na- 
zeaux que dépend la liberté de la refpiration , 
mais de la bonne conftitution des poumons ; ainû 
il n'eft pas toujours fur de fendre les nazeaux , 
dans la vue de faciliter la refpiration à certains 
Chevaux , comme les Houfards & les Hongrois 
le pratiquent. Cette opération ne produit qu'un 
feul avantage , qui ne laiffe pas d'être quelquefois 
utile à la guerre ; c'eft qu'on dit , que les Chevaux 
qui ont les nazeaux fendus ne peuvent plus han- 
nir. Lorfqu'un Cheval s'ébroue en marchant, & 
qu'on voit dans le creux de (es nazeaux un ver- 
meil , c'eft ligne qu'il a le cerveau bien conftitué. 

De la Barbe. 

La barbe , que quelques-uns appellent le Bar- 
boncbet , eft une partie qui contribue autant à la 
bonté de la bouche d'un Cheval que les barres r 
puifque c'eft l'endroit où la gourmette fait for* 
effet , laquelle doit porter également partout. Il 
faut pour cela que la barbe ne foit ni trop plate ni 
trop relevée. Si la barbe étoit trop plate , c'eft-à- 
dire , que les deux os qui la compofent fuffent tror> 
éloignez l'un de l'autre 6ç peu élevés , la gour- 
mette n'apuieroit qu'aux deux cotez & point dans 
le milieu ; & fi au contraire , les deux os é- 
toient trop élevés , & trop près l'un de Tau- 
tre , la gourmette n'apuieroit que dans le milieu » 
& alors l'effet en feroit trop fenfible au Che- 
val , & lui feroit donner des, coups de tçte. 



t6 Ecole 

11 faut encore pour la perfection de cette pat-» 
tie , qu'il y ait peu de chair & de poil , & rien 
que la peau , pour ainfi dire , fur les os ; ce 
qui rend la barbe plus fenfible. Lorfque cette 
partie efl: bleflee , ou qu'il s'y trouve des dure- 
tés & des calus , c'eft figne , ou qu'un Cheval 
apuie trop fur fon mors , ou que la gourmet- 
te eft mal faite , ou qu'elle a été mal placée ; 
mais plus ordinairement que le Cavalier a la 
main rude. 

De la Langue & des autres Parties 
intérieures de la Bouche» 

Il faut que la langue d'un Cheval foit logée 
dans le canal , c'eft pourquoi elh doit être de 
même que les lèvres , menue & déliée ; par- 
ce que fi la langue étoit trop épaiffe , & qu'elle 
débordât par deiTus les barres , cela ôteroit l'ef- 
fet du mors fur cette partie , & rendroit l'apui 
fourd. 11 faut examiner fi elle n'eft point cou- 
pée par l'embouchure ; accident qui fupoferoit, 
ou une mauvaife bouche , ou fouvent la rudef- 
fe de la main du Cavalier. 

Deux antres chofes défagréables qui fe ren- 
contrent quelquefois dans cette partie , c'eft 
lorfqu'elle pend d'un côté ou de l'autre & fort 
de la bouche , ou qu'elle paile pardeffus le mors 
quand un Cheval marche. 

Du Palais, 

Ce qu'on doit rechercher au palais d'un Che- 
val , c'eft qu'il foit un peu décharné. Si les 
filions étoient trop gras & trop épais , cette par- 
tie ferok chatouilleufe ; & le mors en y touchant 

feroit 



DE Cavalerie. 17 

feroît que le Cheval battroit à la main, & 
donnerait des coups de tête. Il faut Remar- 
quer que le palais d'un jeune Cheval, efl tou- 
jours plus gras-, que celui d'un vieux; Se à 
mefure qu'un Cheval avance en âge , les filions 
du palais & les gencives fe décharnent. 

Des Barres. 

Les barres font la partie de la bouche qu'il 
Faut examiner avec le plus de foin , puifque c'efl 
l'endroit où fe fait Papui du mors. Les meil- 
leures qualités qu'elles puiiTent avoir , font d'ê- 
tre alTez élevées , pour que la langue puifTe fe 
loger dans le canal , fans déborder fur les bar- 
res , & d'être un peu décharnées , parce qu'el- 
les en font plus fenfibles : il ne faut pourtant 
pas qu'elles foient trop tranchantes ; car alors 
le Cheval feroit fujet à battre à la main par 
leur trop de fenfibilité. Lorfque les barres font 
bafles , rondes & trop charnues c'efl un dé- 
faut qui rend cette partie moins fenfible , & 
qui fait que le mors n'a pas tant d'efret. 

De L'Encolure 

Une belle encolure doit être longue Se re- 
levée ; il faut qu'en fortant du garot , elle monte 
en forme de col de Cigne jufqu'au haut de la 
tête ; qu'il y ait peu de chair près de la crinière , 
cela forme ce qu'on appelle , Encolure tranchante. 
Elle feroit défedueule , fi avec cela elle n'étoit 
proportionée à la taille du Cheval ; car lorf- 
qu'elîe efttrop longue & trop menue , trop mol- 
le & trop éfilée , les Chevaux donnent ordinaire- 
ment des coups 4e tête. Si au contraire, elle 

B 



ï8 Ecole 

étoit trop courte , trop épaiiTe Se trop charnue » 
le Cheval peferoit à la main. On remarque que 
la plupart des Jumens, des Barbes & autres des 
Pays orientaux , font fujets à avoir l'encolure 
éfilée ; & que les Chevaux entiers & ceux qui 
font nés dans les climats humides , & qui ne for- 
tent point d'Etalons Barbes ou autres de cette 
efpéce , ont l'encolure épaiiTe & charnue. 

Il y a trois fortes d'encolures mal faites ; fça- 
voir , les encolures renverfées , les encolures fauf- 
fes, & celles qu'on appelle, Panchantes. 

Les encolures renverfées , qu'on appelle , £»- 
colures de Cerf , parce qu'elles font faites comme 
le col de cet animal , font celles dont la ron- 
deur , qui doit prendre depuis le garot jufqu'au 
haut de la tête , le long de la crinière , fe trou- 
ve en deifous , le long du gofier. Les Chevaux 
qui ont ce défaut font difficiles à emboucher ; 
parce qu'il eft difficile d'empêcher que la bran- 
che de la bride ne porte contre le gofier, ce 
qui ôte l'effet du mors. 

L'encolure fauiTe, efl celle qui tombe à plomb 
ôc perpendiculairement , depuis l'entre-deux de 
la ganache, le long du gofier, jufqu'au poi- 
trail , au lieu de venir en talus ; & dans la partie 
fupérieure , auprès du garot , où commence la 
crinière , il y a un enfoncement qu'on appelle , 
Coup de hache , qui empêche l'encolure de fortir 
directement du garot. Ce défaut n'eft pas fi con- 
fidérable que celui des encolures renverfées. 

Les encolures panchantes , font celles qui tom- 
bent d'un côté ou d'un autre ; ce qui arrive aux 
Chevaux qui ont l'encolure trop épaiiTe & trop 
charnue près de la crinière. Ce défaut ne le 



de Cavalerie, i$ 

trouve guéres qu'aux vieux Chevaux , fur tout 
jfi on leur laiffe les crins trop épais , & plus 
ordinairement aux Chevaux entiers qu'à ceux 
qui font hongres : c'eft pour cela qu'il ne faut 
pas laifler la crinière trop garnie dans fa racine , 
& Fon doit avoir foin d'arracher les crins pan 
deiTous afin qu'ils foient déliés & longs ; cela 
contribue à la beauté de la crinière : d'ailleurs 
les crinières trop épaiffes font fujettes à la crafle > 
qui engendre la gale, fi l'on n'a foin de les la- 
ver tous les jours à fond & non fuperficielement, 
afin de bien nétoyer la racine des crins» 

Du Garot» 

Il faut que le garot foit élevé , long & déchar- 
né ; en forte qu'il n'y ait , pour ainfi dire , que 
la peau fur les os. Non-feulement ces quali- 
tés dénotent la force d'un Cheval , mais elles 
lui rendent les épaules plus libres ; & elles font 
néceflaires pour empêcher la felle de tombée 
fur les épaules ; car cela cauferoit de grands 
accidens dans cette partie. Lorfque le garot eit 
rond & trop charnu, il e(i très-fujet à fe blelTer, 
& la plaie eft longue & dangéreufe dans cet 
endroit. 

Quoique le garot élevé foit une qualité à ef- 
timer dans Un Cheval de felle , il faut prendre 
garde qu'il ne le foit trop pour les Chevaux qui 
portent la trouflTe de fourage à l'armée , & auffi 
pour les Chevaux de bât ; car les uns & les au- 
tres font uès-fujets à être eibopiés dans cettô 
partie» 



ao Ecole 

Des Epaules 

Les épaules , pour être bien faites , doivent 
ctre plates , peu charnues , larges, libres & mou- 
vantes. Les défauts contraires à ces qualités font 
l'orfqu'un Cheval eft, ou trop chargé d'épaules, 
ou trop ferré , ou lorfqu'il les a chevillées. 

On apelleun Cheval chargé d'épaules, lorfqu'il 
les a trop greffes , charnues & rondes ; & quand 
le joint de l'épaule , qui eft l'endroit où porte 
le poitrail de la felle , eft trop avancé ; & qu'avec 
cela il y a trop de diftance d'un bras à l'autre ; 
ce qui provient auiïi de ce que la poitrine eft 
trop large & trop ouverte. Un Cheval trop char- 
gé d'épaules elt fnjet à broncher , à moins qu'il 
ne les ait naturellement mouvantes : ainfi les 
Chevaux qui ont ce défaut ne font pas bons 
pour la felle ; mais ils font excellens pour le ti- 
rage ; parce qu'ils donnent mieux dans le colier , 
& qu'ils ne font pas fujets à être écorchés par 
les harnois. 

Il y a des Chevaux qui ne parohTent pas char- 
ges* d'épaules pardevant , & qui le font dans 
l'endroit où portent les arçons de devant de la 
felle ; lorfque cette partie eft épaiiïe de chair , 
le Cheval n'eft pas fi libre des épaules, & n'eft. 
pas propre pour la chaffe 6c pour les courfes 
de vîtefte , quoiqu'il puiiTe fervir à d'autres ufa- 
ges. 

On doit remarquer que le défaut d'avoir beau- 
coup d'épaules , qui eft très-confidérable pour 
quelques Chevaux François , eft une qualité à efti- 
mer dans les Chevaux d'Efpagne , dans les Barbes, 
& autres des Pays méridionaux , ou dans les 



DE C A V A L E R I E. 2Â 

Poulains qui forcent d'Etalons nés dans ces cli- 
mats ; parce ceux-ci pèchent ordinairement pour, 
avoir les épaules trop ferrées. 

Le Cheval ferré d'épaules , eft celui qui n'a pas 
la poitrine allez ouverte ; enforte que fe trou- 
vant trop peu de diflance d'un bras à l'autre les 
épaules fe trouvent ferrées l'une près de l'autre» 
Ce défaut eft très-confidérable ; car les Che- 
vaux qui n'ont pas allez d'épaules manquent de 
force ordinairement , ne peuvent pas facilement 
déployer les bras pour bien çaloper •> font fujets à . 
tomber fur le nez , à fe croifet & à fe couper en. 
marchant. Les Anglois , qui font très-connoiffeurs 
êc très-curieux en Chevaux de ccurfe & de 
chaffe , examinent avec beaucoup de foin les é- 
paules d'un Cheval, & jugent de fa force par la 
rtrueture de cette partie. Ils veulent que l'os de 
l'omoplate :, qui eft, à proprement parler, l'é- 
paule-, non-feulement foit large , plat & libre ; 
mais ils veulent encore qu'il defeende bas au 
deffous dii garot, ceft-à-dire, qu'ils prétendent 
que plus il fe trouve au deffous du garot, ce 
qui rend le garot élevé, plus libre en eft le mou- 
vement de l'épaule, & c'eft avec raifon» 

Un troifiéme défaut effentiel , eft iorfque les 
épaules font chevillées , c'eft-à-dire, engourdies , 
liées & fans mouvement ; ce qui rend la démarche 
d'un Cheval rude & incommode -; parce que le 
mouvement vient feulement du bras & de la 
jambe. Ces Chevaux font fujets à broncher , 
pefent à la main pour fe foulager , & font 
bien-tôt ruinés des jambes 

Lorfqu'un Cheval qui a les épaules chevillées , 
après, quelqu'exercice qui L'aura échaufé,vient, à fe* 

15$ 



's'* Ecole 

refroidir il demeure roide,comme s'il étoit forbu. 
On remarque aufîi que quoique ce foit une bon- 
ne qualité pour un Cheval de felle , d'avoir les 
épaules plates & décharnées ; fi cependant elles 
font trop fêches , enforte que l'on voye les os 
avancer fous la peau , ces Chevaux les ont or- 
dinairement chevillées , & ne peuvent pas fu- 
porter de grands travaux. 

Il faut encore faire attention à certains Che- 
vaux , qui , quoiqu'ils lèvent la jambe fort haut 
Ôc avec beaucoup de facilité, ont cependant les 
épaules chevillées ; ce qu'il eft aifé de remar- 
quer, en prenant garde que ce beau mouve- 
ment en «apparence ne vient que du bras , & que 
l'épaule n'y participe point. 

Enfin tout Cheval trop chargé , ou trop ferré 
d'épaules , ou qui les a trop fêches , & qui n'a 
point cette partie naturellement libre & mou- 
vante , ne peut jamais pafler pour un Cheval de 
Maître , & a le devant bien-tôt ruiné. 

Du Poitrail. 

Lorsqu'un Cheval a les épaules bien faites , 
ordinairement le poitrail ou la poitrine l'efl aufïï. 
Cette partie doit être proportionée à la taille 
du Cheval : les gros Chevaux & les Rouffins 
ont prefque toujours la poitrine trop large & 
trop ouverte ; ce qui les rend pefans ôc par con-« 
féquent excellens pour le tirage: ceux de légère 
taille au contraire , pèchent fouvent pour avoir 
cette partie trop étroite ; enforte que c'eft une 
qualité pour ceux-ci que de l'avoir large, ôc ou-* 
verte, 

Quand le poitrail eft trop avancé , ce qui fe 



de Cavalerie. 23 

connoît Iorfque les jambes de devant font re- 
tirées fous le derrière des épaules , ce défaut eft 
confîdérable pour les Chevaux de felle ; il eft 
dangereux de galoper fur de tels Chevaux , par- 
ce qu'ils font fujets à tomber fur le nez, Se k 
s'apuyer fur le mors. 

Des Jambes de devant. 

Avant que d'entrer dans le détail des parties 
qui compofent les jambes de devant, il fau t 
d'abord examiner leur proportion, leur fituation 
& la manière dont un Cheval place les pieds.' 

La longueur des jambes doit être proportion- 
née à la taille du Cheval. Lorfqu'il eft trop é- 
levé fur {es jambes , on l'appelle, Haut monté 1 
Se c'eft une difformité d'autant plus confîdérable , 
que ces fortes de Chevaux ne font pas affûrés 
fur leurs jambes : au contraire lorfqu'elles font trop 
courtes , ce qu'on appelle , Bas du devant ; non- 
feulement c'eft un défaut qui fait aller un Cheval 
fur la main & fur les épaules ; mais qui fait 
tomber la felle fur le garot. Les Jumens font 
plus fujettes que les Chevaux à être baffes du 
devant. 

Les jambes bien fituées doivent être un peu plus 
éloignées l'une de l'autre près de l'épaule que 
près du boulet : Et elles doivent tomber par 
une feule ligne droite depuis le haut du bras 
jufqu'au boulet. 

Un Cheval en marchand , doit pofer les pieds 
à plat, tant ceux de devant que ceux de der- 
rière : Quand il pofe le [talon le premier , c'en: 
ordinairement un ligne qu'il a été forbu ; Se 
quand il pofe la pince la première , ce qui 

Biiij 



24 Ecole 

le fait nommer, Cheval rampin, c'eft fouvenî 
une marque qu'il a tiré à la cbarue ; quelque- 
fois aufti une écurie mal pavée lui ocafionne 
ce défaut, parce qu'il fait entrer la pince du. 
pied entre deux pavez , fituation qui eft caufe 
que les tendons fe retirent avec le tems. 

Les pieds , foit de devant , foit de derrière , 
rie doivent point. être tournés ni en dehors ni 
en dedans, & la pince du pied doit être par 
conféquent directement en avant. 

Après ce premier examen , il faut en fuite dé-* 
tailler toutes les parties de la jambe en corn-' 
niençant par le coude. 

Du Coude. 

Le coude ne doit être , ni trop ferré , près des 
côtes , ni trop ouvert en dehors. Un Cheval qui 
a le coude trop ferré , porte la jambe & le 
pied en dehors ; &; celui qui l'a trop ouvert , 
portes les jambes & les pieds en dedans. Ces 
deux fituations non-feulement font mal placer 
les jambes , mais marquent en même tems de 
la foiMeffe dans cette partie. 

Du Bras. 

La plus grande force de la jambe réflde dans 
le bras ; c'eft pour cela qu'il doit paroître ner- 
veux & large , lorfqu'on le regarde de côté ; 8c 
ce qui en augmente la force , c'eft l'orfque les 
mufcles qui font en dehors font gros Sç char-, 
nus. 

On remarque dans la plupart des Chevaux 
qui ont le bras long;, qu'ils fe laffent moins , 
& qu'ils font plus en état de réfuter au travail ; 



de Cavalerie. 2? 

mais que le mouvement de la jambe n'en eft pas fî 
relevé Quand au contraire le bras eftcouiT,lemou- 
vement & le pli de la jambe en font ordinairement 
plus beaux. On tire de cette remarque une confé- 
quence;fçavoir, qu'un Cheval qui a les bras courts 
elï bon pour le manège & pour la parade; & que 
celui qui les a longs , eil infiniment meilleur pour la 
fatigue. 

Du Genou. 

Le genou doit être plat , Se large ; & n'a- 
voir que la peau fur les os. Les genoux ronds 
& enflez , dénotent une jambe travaillée : & 
lorfqu'ils font courronnés , c'eft-à-dirc , que le 
poil manque au milieu du genou à force de 
tomber demis en marchant, c'eit une marque 
certaine de jambe ufée , à moins que cela ne 
foit venu d'accident , comme il arrive à ceux 
qui fe donnent des coups au genou contre la 
mangeoire. 

On doit encore faire attention à la fitnatîon 
du genou. Lorfque le Cheval étant en place, 
a le genou plié en avant , & que les jambes fe re- 
tirent en deffous depuis le genou jufqu'au bou- 
let , ce qui lui fait paroître la jambe comme 
pliée en deux ; cette défectuofité s'appelle , 
Jambe arquée ; parce qu'elle prend la forme d'un 
arc : ce qui eft une preuve que les nerfs fe font 
retirés par un grand travail , & ordinairement 
les jambes leur tremblent après avoir marché. 

Il y a des Chevaux qui naiflent avec des 
jambes arquées : On les appelle BraJJicoiirts ; Se 
alors ce n'eft qu'un vice de conformation natu- 
relle , qui ne vient point de jambes travaillées : 



s6 Ecole 

fi on regarde ces Chevaux du côté du fervice 
cette difformité ne doit point empêcher de 
les acheter. Beaucoup de Barbes & de Che- 
vaux d'Efpagne, font fujets à avoir les jambes 
arquées ; parce qu'on leur met des entraves dans 
l'écurie ; ce qui leur fait mal placer les jambes 
& les rend arquées avec le tems. 

Du Canon. 

L'os du canon doit être uni , gros & court à 
proportion de la jambe & de la taille du Che- 
val. 

Quand l'os du canon eft trop menu , c'eft une 
marque de foibleiTe de jambe. Cependant les 
Chevaux Turcs & autres des Pays chauds , ont 
prefque tous le canon menu, & avec cela les 
jambes excellentes ; parce que la chaleur du cli- 
mat confolide cette partie & en augmente la 
force : mais dans les Pays froids & humides , tout 
Cheval qui a le canon trop menu , n'a point de 
force dans les jambes. 

11 ne doit y avoir le long de l'os, ni en de- 
dans ni en dehors, aucune grofleur , comme 
four-os , ojfelets , fufées ; accidens qui furviennent 
au canon , & dont nous parlerons dans la troi- 
sième Partie. 

Du Nerf de la jambe. 

Nous avons obfervé dans le premier Chapitre, 
que derrière & le long du canon , il règne un ten- 
don qu'on a appelle jufqu'à préfent, Nerf , Se 
dont nous conferverons la dénomination. C'eft 
une partie eflentielle pour la bonté de la jambe. 
Voici les qualités qu'il doit avoir ; il faut qu'il 



de Cavalerie. 27 

Coït gros fans dureté ni enflure ; détaché Se é- 
loigné de l'os du canon fans aucune humeur 
ni grofleur entre- deux , qui faife paroître la jam- 
be ronde. 

Les Nerfs qui font gros fans dureté ni enflure 
font les meilleurs ; parce que les Chevaux qui 
ont le nerf menu fe ruinent bien-tôt , bronchent 
facilement , & les jambes s'arondiflent par le 
moindre travail. Il faut prefler le nerf avec la 
main , en la coulant le long de cette partie ; 
& fi le Cheval marque quelque douleur, on 
doit prendre garde qu'il n'y ait quelque dure- 
té ou enflure : ces duretés empêchent le mou- 
vement du nerf. Il faut de même couler la 
main entre le nerf & l'os pour voir s'il n'y a 
ponit aufli de duretés ou de glaires mouvantes 
qui arrêtent la main , ou qui échapent fous le 
doit. 

Le nerf doit être détaché & éloigné de l'os ; 
ce qui forme une jambe plate & large, quielt 
la meillleure. On appelle jambes de Bœuf ou 
de Veau , celles qui ont le nerf peu éloigné de 
l'os. Ces fortes de jambes ont ordinairement 
le nerf menu , §c un médiocre travail fait tom- 
ber fur cette partie une humeur qui s'y endurcie 
& arondit la jambe en peu de tems. 

Il fe trouve encore un défaut dans le nerf, 
mais qui elt rare : c'efl: l'orfqu'étant aflez gros 
par en bas , il va trop en diminuant fe perdre 
dans le genou : c'eil un ligne de foiblefle dans 
cet endroit. On appelle ce défaut , Nerf 
failli. 

Lorfque le nerf dont nous parlons elt bien 
détaché , on voit entre ce nerf & le canon , 



aS Ecole 

en dehors & en dedans, un autre petit nerf, qui efl 
un ligament en forme d'y grec renverfé , qui 
unit l'os du canon avec le- boulet , ce qui aug- 
mente beaucoup la beauté & la bonté de la 
jambe. 

Du Bouîet. 

Le boulet doit être nerveux & gros à pro- 
portion de la jambe , fans aucune enflure ni 
couronne. 

Un Cheval qui a le boulet menu l'a ordinai- 
rement trop flexible, ce qui le rend fujet aux 
molettes ; & il ne peut pas fupporter un long 
travail. C'efl pourtant une belle qualité pour 
un Cheval de manège, que d'avoir le boulet 
un peu flexible ; les reflors en font plus doux 
& plus lians ; & dans un manège les Chevaux 
ne s'ufent pas comme ailleurs, leur travail é- 
tant réglé. Un Cheval de grand Seigneur , qui 
n'efl deîliné que pour les jours de revue & de 
parade , efl encore à efîimer , lorfqu'il a la join- 
ture du boulet un peu pliante par la même rai- 
ion , que les mouvemens en font plus doux. Mais 
c'en 1 un grand défaut pout les Chevaux de 
carotte & de tirage, lorfque le boulet efl trop^ 
flexible ; cela les empêche de reculer & de re- 
tenir dans les defeentes. 

Lorfque le boulet efl enflé, c'efl une mar- 
que de jambe fatiguée Se travaillée , à moins 
que ce ne foit par accident , & lorfqu'il efl cou- 
ronné , c'efl-à-dire , que fans écorchure ni blef- 
fure, il y a une groflenr fous la peau qui va. 
enforme de cercle autour du boulet; c'efl une 
preuve certaine de jambe ufée parle travail* 



de Cavalerie: ttg 

Du Paturon, 

Cette partie , pour être bien proportîone'e , 
sie doit être ni trop courte, ni trop longue. 
On appelle les Chevaux qui ont le premier dé- 
faut , Court-jointes ; & les autres fe nomment 5 
Long-jointes. 

Lorfqu'un Cheval a le paturon trop court , 
Se que le genou , le canon 6c la couronne tom- 
bent à plomb , on le nomme , Droit fur jam- 
bes , ôc les Maquignons l'appellent , Cheval bû- 
ché. Lorfqu'il marche dans cette (ituation , il de- 
vient avec le tems boulté, c'eft-à-dire, que le bou- 
let fe porte en avant. Généralement tous les Che- 
vaux droits fur jambes , font fujets à broncher ôc à 
tomber ; & les Chevaux court-jointés , deviennent 
facilement droits , & enfuite bouletés , fi on leur 
laiile le talon trop haut. 

Quand un Cheval eft long-jointé, c'eft en- 
core une plus grande imperfection, que quand 
il eft droit ; car c'eft un figne de foiblefTe Ôc 
un défaut de conftruclion fans remède. Au lieii 
qu'à ceux qui font droits , on peut y remédiée 
par la ferrure, en s'y prenant de bonne heure. 
Il y a pourtant quelques Chevaux qui ont le 
paturon long ; mais qui ne le portent point 
trop bas en marchant, ce qui marque de la 
force en cette partie, ôc que la vigeur du nerf 
empêche le boulet de fe trop plier. Ces Che- 
vaux font beaucoup plus commodes au Cava- 
lier qu'un court-jointé ; mais ils fe ruinent plus 
facilement que les autres ; ils ne font bons que 
pour la parade. 

Quelquefois un des côtés du paturon eft plus 



§0 Ecole 

élevé que l'autre. Quand ce défaut n'eft pas cori- 
fidérable , il peut fe racommoder par la ferrure. 

Le poil du paturon doit être couché & uni. Il 
faut prendre garde qu'il ne foit point hériffé prés de 
la couronne ; ce qui fignifieroit , qu'il y auroitune 
gratelle farineufe , qu'on appelle Feignes , & qui 
tient la couronne enflée. 

De la Couronne* 

Il faut que la couronne foit aufîï unie que le pa- 
turon , & qu'elle accompagne la rondeur du fa- 
bot tout autour du pied ; car fi elle furmontoit, & 
qu'elle fût plus élevée que le pied , ce feroit une 
marque , ou que le pied feroit deffêché , ou la cou- 
ronne enflée. 

La couronne eft l'endroit où les Chevaux fe don* 
nent des atteintes. 

L'atteinte eft un coup qu'un Cheval reçoit par 
un autre Cheval qui le fuit de trop près ; ou bien 
qu'il fe donne lui-même,en s'attrapant les pieds de 
devant avec ceux de derrière. Quelquefois auiïi les 
Chevaux qui font cramponnés ou ferrés à glace 
s'attrapent le defllis de la couronne avec le cram- 
pon ou le clou de glace , & y font un trou qui 
caufe fouvent de grands défordres. 

Du Pied en général & de fe s Parties. 

Il faut examiner avec grand foin toutes les 

Î>arties du pied ; car c'eft l'endroit qui porte tout 
e corps du Cheval. Le pied doit être propor- 
tionné à la ftrufture du corps & des jambes , ni 
trop grand , ni trop petit. Les Chevaux qui ont 
de grands pieds , font pour l'ordinaire pefans , & 
fujets à fe déferrer ; & ceux qui ont le pied trop 



de Cavalerie. 3 i 

petit , Pont fouvent douloureux , & les talons fe 
ferrent & deviennent encaftelés. 

La forme du fabot , qui eft la partie extérieure 
qui entoure le pied , doit être prefque ronde un 
peu plus large en bas qu'en haut ayant la corne 
luifante , unie & brune. 

La corne blanche eft ordinairement caftante, 
& les rivets des clous du fer la font facilement 
éclater. 

L'orfque la corne n'eft pas unie , & qu'elle eft 
élevée dans quelques endroits , en forme de cer- 
cle autour du fabot; c'eft figne que le pied eft 
altéré , fur-tout fi les cercles entourent tout le 
pied. 

I Quand une partie de la corne du fabot eft 
tombée par quelque accident , il s'en forme une 
nouvelle, qu'on apelle Avalure ou Quartier neufi 
ce qui efl aifé à connoître , en ce que cette partie 
eft d'une corne molle & raboteufe , qui ne revient 
prefque jamais fi folide que l'autre, 6c par confé- 
quent rend cette partie foible. 

L'orfque le fabot eft trop large par en bas , Se 
que les quartiers s'élargiffent trop en dehors , on 
apelle ces fortes de pieds , Pieds plats ; défaut con- 
iidérable , qui fait que la fourchette porte à terre, 
Se fait fouventboiter le Cheval. Quand au contrai- 
re les quartiers font trop ferrés , que le Sabot s'é- 
trecit trop auprès de la fente de la fourchette , Se 
qu'il ne fuit pas la rondeur du pied ; c'eft encore 
un grand défaut , qu'on apelle , Cheval encafielL 
Dans cet accident , les quartiers preffent Se ferrent 
le petit-pied , qui , cpmme nous l'avons déjà dit, 
eft un os fpongieux , renfermé dans le centre du 
pied , entouré de chair qui communique la nour- 



^2 Ecole 

iriture à toutes les parties du pied. Alors le petit-» 
pied ,qui eftlefeul endroit fenfible de cette par- 
tie , n'étant point à Ton aife , & étant trop prefTé 
cela y caufe de la douleur, & fait boiter le Che- 
val. Les Chevaux encaftelés font encore fujets 
à avoir des feymes , qui font des fentes dans l'un 
des quartiers du pied , qui régnent quelquefois 
depuis la couronne jufqu'au fer. 

Après avoir examiné le pied à l'extérieur , il 
faut enfuite le lever & en examiner les parties de 
dedans , qui font la fourchette & le fabot. 

La corne de la fourchette doit être bien nourie * 
fans pourtant être trop grofle ni trop large , ce 
qu'on apelle , Fourchette grafle : défaut qui arrive 
ordinairement aux Chevaux qui ont le talon bas ; 
Se alors la fourchette portant contre terre, le 
Cheval boite néceffairement. De même 11 la four- 
chette eft trop petite & deflechée , c'eft le défaut 
des Chevaux encaftelés , & une marque que cette 
partie eft privée de nourrirure. 

La foie , qui eft la corne fituée dans le creux du 
pied, entre les quartiers 8e la fourchette, doit être 
forte, épaïffe , point deffêchée, ni affoiblie par au- 
cun infiniment, Lorfque le dedans du pied n'efl: 
pas creux , 8e que la foie eft plus haute que la cor- 
ne du fabot: c'eft une défecluofité qu'on appelle , 
Ptcd comble. Ces fortes de pieds , non-feulement 
font difficiles à ferrer , mais ne Valent rien pour la 
felle , ni pour le carolfe ; ils ne font tout au plus 
bons que pour la charue. 

Il y a encore d'autres accidens qui arrivent au 
ri: Nous en parlerons dans la troifiéme Par- 
tie. 

ARTICLE 



de Cavalerie. 33 

ARTICLE IL 

De la beauté & des défauts des parties extérieures 
du Corps. 

A Va nt que d'entrer dans le détail de la 
beauté & des défauts des parties extérieu- 
res du corps d'un Cheval, il eft bon de fe ra- 
peller ici , que ce corps eft compofé , fuivant la 
divifion générale que nous en avons faite dans 
le premier Chapitre , des Reins , des Rognons , 
des Côtés , du Ventre & des Flancs. 

Des Reins. 

Les Reins font , fuivant la dénomination com- 
mune , la partie fnpérieure du corps , depuis le 
garot jufqu'à la croupe. 

La force des reins eft une chofe eiTentielle pour 
la bonté d'un Cheval. 11 faut pour cela qu'ils 
foient un peu courts , & que l'épine du dos 
foit ferme , large & unie. 

Plus un Cheval eft court de reins, plusilraC- 
femble fes forces ; il galope mieux fur les han- 
ches , parce que fes forces font plus unies ; mais 
comme fes mouvemens fe font près de la felle a 
ils font incommodes au Cavalier. Il ne va ja- 
mais fi bien le pas que celui qui a les reins longs ; 
parce que ce dernier étend les jambes avec plus 
de facilité ; mais aufli celui qui a les reins trop 
longs ne galope pas fi bien , fes forces étant 
défunies , ce qui l'empêche de fe raiTembler. 

Lorfqu'un Cheval n a point l'épine du dos unie 3 
& qu'il a le dos bas & enfoncé , on le nomme 
Cheval enfellé. Ces fortes de Chevaux ont pouv 

c ^ 



54 Ecole 

l'ordinaire un bel avant-main , l'encolure fort re- 
levée , la tête placée haut , & couvrent leur Ca- 
valier ; ils font affés légers ôc vont commode» 
ment pendant quelque tems ; mais ils fe laffent 
bien-tôt ; parce qu'ils ont peu de force , & ne 
peuvent pas porter fi péfant qu'un autre : outre 
cela ils font difficiles à feller. 

Dans un Cheval gras , qui efl en bon état , & 
qui a l'épine du dos large , on doit voir au milieu 
de cette partie , un canal qui règne le long de 
l'épine > c'eft ce qu'on appelle avoir les reins dou~ 
blés. 

Des Cotés 

Le tour des côtes doit prendre en rond de- 
puis l'épine du dos jufques deiTous la poitrine à 
l'endroit où panent les langles ; mais il faut pren- 
dre garde que les dernières côtes qui joignent les 
flancs , ne foient trop arondies & retroulïées ; 
parce qu'un Cheval avec ce défaut , ne peut 
jamais prendre beaucoup de corps : Il mange or- 
dinairement moins qu'un autrre ; & pour peu 
qu'il travaille , il a le ventre coupé comme un 
Lévrier. 

Quand un Cheval à la côte plate , c'eft-à-dire 
quand les côtes font ferrés , plates & avalées , 
il n'a pas la refpiration fi libre , & il efl: difficile 
à feller fans le bleffer. Beaucoup de ces fortes de 
Chevaux ne laiflent pas avec ce défaut , d'avoir 
les reins bons , mais ils ont toujours une vilaine 
croupe. 

Dit Ventre. 
Le ventre ne doit pas defeendre plus bas que 



DE Cavalerie. $f 

les côtes : il doit être large à proportion de là 
taille du Cheval. 

11 y a des Chevaux qui ont trop de ventre , Se 
d'autres qui n'ent ont pas alïez. Manquer de ven* 
tre , de corps, ou de boyau , font termes fynoni^ 
mes» 

Un Cheval a trop de ventre , lorfque cette 
partie defeend trop bas & eft trop pleine : ce 
qu'on apelle , Ventre avalé , Ventre de Vache. 

Lorfqu'un Cheval maigre commence à s'en-* 
grailler , il paroit avoir trop de ventre : mais 
quand il a la côte bien tournée , & qu'il n'a pas 
le flanc retroiiiïe ? le ventre pafTe à la croupe* 
Les furfaix à l'Angloife étant très-larges , font 
excellens pour ces fortes de Chevaux. 

L'orfqu'un Cheval n'eft pas jeune , & qu'il 
a le ventre grand Se avalé , qu'il mange beau- 
coup Se qu'il touffe fouvent , c'eft un achemine- 
ment à la pouffe : maladie dont nous parlerons 
dans la troifiéme Partie. 

Des Flatics. 

Les flancs doivent accompagner la rondeur du 
ventre Se des côtes jufqu'auprès de la croupe. 

Un grand défaut dans un Cheval , c'elt lorf- 
qu'il manque de flanc , c'eft-à-dire , que cette 
partie n'eft point ailés remplie ; on l'apelle , Flanc 
retrônjfé. 

Il y a des Chevaux, qui avec la côte bien tour- 
née , ont le flanc creux. Quoiqu'ils foient gras 
Se qu'ils ayent beaucoup de chair fur les côtes , 
ils manqueront toujours de flanc , Se l'on remar- 
que que tout Cheval qui a de l'ardeur , quoiqu'il 
mange bien , devient toujours éflanqué par le 
moindre travail. C ij 



3 6 Ec O L E 

Lorfqu'un Cheval a quelque douleur ou quel- 
que accident aux jarrets, ou à quelque autre 
partie du train de derrière, il eft toujours éflan- 
qué & étroit de boyau» 

Quand le flanc d'un Cheval commence à ba- 
tre plus qu'à l'ordinaire , fans avoir été furmené 
on l'appelle, Flanc altéré : Et lorfqu'un Cheval 
eft trop échauffé dans le corps , (bit par trop de 
fatigue , foit qu'il foit a&uellement malade , ou 
qu'il doive bien-tôt le devenir, le flanc lui bac 
comme à un poufïif. 

Il y a certains Chevaux -, qui fans être alté- 
rés -de flanc-, fouflent beaucoup en travaillant ; 
on les apelle pour cela Soufreurs ; mais fi-tôt qu'on 
les arête , le flanc leur bat naturellement. Les 
conduits de la Tefpiration étant trop étroits, cau- 
fent ce défaut. 

Il y en a d'autres qui font gros d'haleine : ils 
ont la refpiration un peu plus libre qu'un foufleur 
mais ils ne laiiTent pas de foufler beaucoup en 
travaillant ; ce qui £ft très-incommode , fur-tout 
pour les Chevaux de chaife & de caroiTe. 

ARTICLE III. 

De la beauté & des défauts des parties extérieu- 
res de ï Arriere-main, 

LE s parties de PArriere-main , font la Croupe» 
les Hanches, la Queue , les Cuiffes, le G rafler, 
le Jarret , Ôc les Jambes de derrière. 

De la Croupe, 

Il faut que la croupe foit ronde & large à pro- 
portion du corps du Cheval. Dans un Cheval 



de Cavalerie. 37- 

^tii cfi: gras , il doit y avoir au milieu de la crou- 
pe , dans l'endroit où fe place la croupière , une- 
ligne creufe depuis les rognons jufqu'àla queue;. 
e'efl: la continuation du canal dont nous avons 
parlé au fujet des reins doubles. 

Quand la croupe ne s'étend point allez en rond- 
depuis l'extrémité des reins jufqu'au haut de la 
queue > & que cette partie paroît extrêmement 
courte, on l' a-pelle, Croupe avalée, coupée ou Cul de 
prttne.CeCiun défaut a-fiez ordinaire aux Chevaux. 
Barbes , Efpagnols & autres nés dans, les Pays~ 
orientaux : mais ce défaut qui n'eft contraire qu'à, 
la beauté , eft réparé par la bonté de leurs han- 
ches. 

Lorfque les deux os des hanches, qui font aux 
deux côtés de la croupe, font trop élevés , on ap- 
pelle les Chevaux qui ont cette difformité , Che- 
vaux cornus. Ceux qui ont la côte plate & le 
ventre avalé, paroilTent prefque toujours cornus, 

Des Hanches.. 

Les hanches , qui font partie de la croupe , 
doivent être d'une jufte longueur. C'ell par la 
fîtuation du jarret qu'on juge de la ftruclure des 
hanches. Lorfque le jarret vient trop en arrière, 
les hanches font trop longues ; & quoique les- 
Chevaux qui ont ce défaut aillent bien le pas, 
ils ont beaucoup de peine à galoper aiîïs et n'ont 
jamais grand' force; 

Lorfque les hanches defeendent à plomb de- 
puis Vos de la hanche jufqu'au boulet , elles font 
alors trop courtes , Se les Chevaux de cette 
ftruclure , marchent ordinairement roidés de der- 
rière ; parce qu'ils ne peuvent pas facilement 
plier le jarret* C iij- 



|S Ecole 

De la Queue. 

La fituation, la force & le port de la queue , 
font juger de la beauté de cette partie, & en 
rnêmetems de la force du Cheval. 

11 ne faut pas que la queue foit placée ni trop 
Jiaut ni trop bas. La queue trop haute rend la 
croupe pointue , & la queue trop baffe mar- 
que ordinairement foibleffe de reins. 

Le tronçon de la queue doit être gros , ferme 
Se garni de poil. Si un Cheval ferre la queue & 
qu il réflfte quand on veut la lui lever avec la 
jnain, c'en 1 un ligne de vigueur. 

Un défaut contre la beauté de la queue , c'eft 
lorfqu'il y a peu de poil : on l'apelle Queue de 
rat. 

Non-feulement la queue doit être longue Se 
garnie de poil ; mais pour la grâce de cette par- 
tie , il faut qu'elle defeende en rond en fortant 
de la croupe Se non à plomb ; c'eft ce qu'on 
Jipelle , porter la queue en trompe. 

Des FeJJes & des Cuiffes. 

Les feffes Se les cuiffes d'un Cheval doivent 
être groffes Se charnues à proportion de la crou- 
pe , Se le mufcle qui paroît au dehors de la cuif- 
fe, au deffus du jarret , doit être fort épais, parce 
que les cuiffes maigres , & qui ont ce mufcle pe- 
tit , font une marque de foibleffe au train de der- 
rière. 11 faut avec cela que les cuiffes foient ou- 
vertes en dedans, Un Cheval ferré de derrière , 

u'on apelle Mal-gtgoté , eft celui dont les cuif-* 

es font, trop près l'une de l'autre* 



de Cavalerie. 52 

Des Jarrets. 

Il faut que les jarrets foient grands, larges; 
décharnés & nerveux. Les petits jarrets font 
foibles; & ceux qui ne font pas décharnés , 
qu'on apelle Jarrets gras , font fujets à avoir des 
courbes , des veffigons , & autres accidens , dont 
nous parlerons dans la troifiéme Partie.Ils font en- 
core la fource de toutes les humeurs qui caufent 
les maux des jambes. 

Lorfque les jarrets font ferrés l'un près de 
l'autre , on apelle les Chevaux qui ont ce défaut , 
Crochus ou Jartes. C'eft le même défaut que les 
cuiiTes ferrées & un figne de foibleffe dans le train 
de derrière. Il fe trouve pourtant quelquefois 
des Chevaux crochus qui ont aflez de reins. 
Quand les jarrets font trop tournés en dehors y 
c'eft un défaut encore plus confidérable que celui 
d'être crochu; jamais un Cheval ne peut s'af- 
feoir fur les hanches. 

A l'égard des autres parties des jambes de der- 
rière , elles doivent avoir les mêmes qualités que 
celles de devant , c'eft-à-dire , être larges , plates , 
féches , nerveufes , peu garnies de poil , excepté 
ceiui du fanon ; & enfin elles doivent tomber fur 
une feule ligne depuis le jarret jufqu'au boulet* 




C iiij 



J $o Ecole 

ARTICLE IV. 

Récapitulation des qualités & des défauts dont 

on a -parlé dans les trots Articles pré ce dens > 

avec la manière d'examiner un 

Cheval avant que de ïachetter. 

LA première chofe à examiner lorfque la fi- 
gure d'un Cheval qu'on veut acheter nous 
plaît , c'eft de voir s'il ne boite point , en le fai- 
sant troter en main fur le pavé. 

Un cheval qui boite marque tous les tems du 
trot avec ia tête & il apuie ferme à terre & prom- 
tement le pied de la jambe dont il ne boite point 
pour foulager l'autre. 

Il y a des Chevaux qui en marchant badi- 
nent de la tête, comme s'ils étoient boiteux, 
quoiqu'ils ne le foient pas , on les apelle Boiteux 
de la bride. 

Avant que de détailler toutes les parties d'un 
Cheval , il faut lui regarder à la bouche pour 
voir fon âge, & s'il n'eft point bégut, contre- 
marqué & fille , comme il efl expliqué dans le 
Chapitre fuivant. 

Puis il faut fuivre la divifion que nous avons 
faite ci-devant , en commençant par l'Avant- 
main. 

Voir fi la tête eft petite , féche , courte & bien 
placée. 

Si le front eft uni , s'il n'eft point camus , ou 
au contraire s'il n'a point la tête trop bufquée. 

S'il a une épie au front , avec une étoile ou 
pelote. 

Si lçs falieres ne font point enfoncées ou creufes. 



de Cavalerie. 41 

Si l'oeil efl: clair , vif & effronté. 

Si les yeux ne font point trop gros ou trop pe- 
tits. S'il n'a point la vitre obfcure, & le fond de 
l'oeil noir ou brun. S'il n'y a point quelque tache 
ou blancheur. Si la prunelle efl: grande & large ; 
s'il n'y a point de dragon ; & fi l'oeil n'efl: point 
cul de verre ou véron. 

Si la ganache n'efl: point trop quarrée , & Pen- 
tre-deux des os trop ferré. Si entre les deux os de 
Ja ganache, il n'y a point quelque groffeur ou glan- 
de. 

Si la bouche n'efl; point trop fendue , ou trop 
petite. 

Si la langue & les lèvres ne couvrent point 
les barres. Si la langue n'efl: point coupée par 
l'embouchure. 

Si les barres font affez hautes Se décharnées , 
fans pourtant être trop tranchantes ; ou fi elles 
ne font point trop baffes , trop rondes , ou trop 
charnues. 

Si les nazeaux font affez fendus Se affez ou- 
verts. 

Si la barbe efl: trop plate ou trop élevée ; fi 
elle n'efl point bleffée , Se fi elle n'a point de 
duretés ou de calus. 

Si l'encolure efl: relevée Se tranchante près de 
la crinière ; fi elle n'efl: point éfilée ou trop épaif- 
fe , renverfée , fauffe ou panchante. 

Si le garot efl long & peu charnu ; s'il n'a point 
le coup de hache. 

Si les épaules font plates , décharnées , libres 
Se mouvantes ; fi le Cheval n'efl: point trop char- 
gé d'épaules , ou au contraire trop ferré ; s'il ne 
les a point chevillées. 



42 Ecole 

Si le poïtraïl n'eft point trop large , trop avan- 
cé, ou trop étroit. 

S'il n'eft point trop élevé fur les jambes ; fi elles 
tombent en ligne droite depuis le haut du bras 
jufqu'au boulet. 

Si le bras de la jambe eft large , long & 
nerveux. 

Si le genou eft plat , large & décharné ; s'il 
n'eft point plié en avant en forme d'arc ( ce qu'on 
appelle Jambe arquée ) ; s'il n'eft point couronné 
ou enflé. 

Si le canon eft gros & court à proportion de la 
taille. 

S'il n'y a point de fur-os , d'oiïelets , de fufées 
& de fur- os chevillés. 

Si le nerf de la jambe eft détaché & éloigné de 
l'os , fans dureté ni enflure. 

Si le boulet eft nerveux & gros fans enflure m 
couronne ; s'il n'y a point de molettes, & s'il n'eft 
point trop flexible. 

Si le paturon n'eft point trop court ou trop 
long, c'eft-à-dire, court-jointé ou long-jointé. 

S'il n'eft point droit fur jambes ou bouleté. 

Si un côté du paturon n'eft pas plus haut que 
l'autre ; s'il n'a pas de peignes. 

Si la couronne accompagne la rondeur du pied , 
fans être plus haute que le fabot. 

S'il ne fe donne point des atteintes. 

Si le pied n'eft ni trop grand ni trop petit. 

Si la forme du fabot eft ronde , & s'il a la corne 
unie & brune. 

Si les talons ne font point ferrez , ou un des 
quartiers plus haut que l'autre. 

Si la fourchette eft bien nourie fans être trop 



de Cavalerie. 4? 

grotte & trop large ; fi au contraire elle n'eft point 
trop petite ou trop delféchée. 

Si le dedans du pied eft creux fans que la foie 
foit affoiblie. 

Si les pieds ne font point plats , encaftelés , 
combles , cerclés ; s'il n'y a point de feymes , d'a- 
valure ; s'il n'a point été forbu. 

S'il place bien les pieds , Se que la pince ne- 
foit ni en dedans ni en dehors. 

Il faut enfuite paner aux parties du Corps Se 
de l'Arriere-main. 

Voir fi les reins font affez courts , & fi l'épine 
du dos eft large, ferme & unie. 

Si le Cheval n'eft point enfellé ; fi le tour des 
côtes prend bien en rond , «Se s'il ne les a point 
trop ferrées. 

S'il a trop de ventre ou de boyau , ou au- 
contraire , s'il n'eft point éflanqué ; s'il n'a pas 
le flanc retrouffé , altéré ou pouflif. 

S'il n'eft point foufleur ou gros d'haleine. 

Si la croupe eft ronde Se large, fi elle n'eft point 
avalée ; fi le Cheval n'eft point cornu. 

Si les hanches ne font point trop longues ou 
trop courtes. 

S'il a la queue bien placée;s'illa porte en trom- 
pe ; file tronçon eft gros Se ferme & garni de poil; 
s'il n'a point une queue de rat. 

Si les cuifles Se les feffes font grottes Se char- 
nues ; fi elles ne font point trop ferrées l'une con- 
tre l'autre. 

Si les jarrets font grands , larges , nerveux , Se 
décharnés. 

Si le Cheval n'eft point crochu , ou au con- 
traire , fi les jarrets ne font point trop tournés eq 



44 Ecole 

dehors ; s'il n'a point de veiïigons, de courbes, &cv 
Si les jambes de derrière font larges , plates ,fé- 
ehes & nerveufes ; s'il n'a point trop de poil aux. 
jambes. 

Après avoir ainfi détaillé toutes les parties d'un 
Cheval , il faut le faire monter , pour voir s'il. 
marche bien, c'eft-à-dire , s'il levé les jambes 
avec facilité , fans fe croifer ni biilarder. Celui qui 
fe croife , porte les deux pieds de devant en 
dedans , en les paflant l'un par delîlis l'autre 
en marchant ; & celui qui billarde fait le con- 
traire , il les jette en dehors , & levé les pieds fore, 
haut. Le premier défaut fait qu'un Cheval fe cou- 
pe en marchant ; & celui qui b : ilarde fe fatigue & 
fe ruine bientôt. Pour mieux s'apercevoir de ces 
défauts , il faut faire venir un Cheval droit à foi au 

Ï>as, Se non en tournant ni au galop , comme font 
es Maquignons lorfqu'ils veulent vendre ces 
fortes de Chevaux. 

Il faut enfuite voir s'il tient les reins droits fans 
fe bercer ; s'il marche la tête haute & bien placée ; 
s'ils ne pefe point à la main ; s'il ne donne point 
àts coups de tête ; s'il a un pas hardi fans bron- 
cher; s'il galope légèrement & fùrement; s'il prend 
bien l'éperon ; s'il raffemble facilement fes forces 
à l'arrêt après qu'on Ta échapé de la main. 

Un Cheval qui auroit toutes les qualités que 
l'on vient de décrire , fans en avoir les défauts , 
feroit fans contredit un animal parfait ; ce qui eft 
rare à trouver : mais comme il eft eiïentiel à un. 
connoilTeur de tout fçavoir , jai jugé à propos de 
mettre cette récapitulation à la fin de ce Chapitre. 




de Cavalerie. 4j 

©©©©©©©©©©©© ©©©©©©©©©©o© 
CHAPITRE III. 

De V Age au Cheval, 

Omme la connoiffance la plus particulière 
de l'âge du Cheval fe tire de la connoif- 
fance de fes dents , il eft nécaiffaire d'en 
expliquer la difpofition & la diférence. 

Les Chevaux ont quarante dents , qui fe divi- 
fent en dents machelieres, en dents de devant , & 
en crocs ou crochets. 

Les Jumens ont rarement des crochets ; & quand 
elles en ont , ils font fort petits. 

Les dents machelieres font placées au fond de la 
bouche, au delà des barres. Il y en a vingt-quatre : 
fçavoir, douze à la mâchoire fupérieure, rangées 
fix de chaque côté, & autant à la mâchoire infé- 
rieure , rangées dans le même ordre. Ces dents ne 
tombent point pour faire place à d'autres, comme 
celles de devant , & ne fervent point à la diftin- 
ifoon de l'âge. 

Les dents de devant font au nombre de douze: 
fçavoir , fix à la mâchoire fupérieure & fix à la mâ- 
choire inférieure. Environ quinze jours après la 
naiffance d'un Poulain, elles commencent à pouf- 
fer, & s'apellent Dents de lait ; elles font courtes & 
petites , blanches & non creufes : Elles tombent 
pour faire place à d'autres , qui fervent à indi- 
quer l'âge. 

A deux ans & demi , il en tombe quatre , à la 
place defquelles viennent les pinces , qui font pla- 
cées fur le devant de la bouche , deux deffus & 
deux defîbus. 



$6 Ecole 

A trois ans & demi , ou environ , il en tombe 
quatre autres ; & celles qui viennent à leur place , 
s'appellent les Mitoyennes > elles font placées pro- 
che des pinces, deux deflus, deux deiïbus , à cha- 
que côté des mâchoires. 

Les pinces & les mitoyennes font leur croilTance 
en peu de tems. 

A quatre ans & demi , les quatre dernières dents 
de lait tombent,& font place à quatie autres qu'on 
appelle les Coins. 

Quand les coins commencent à pouffer, la dent 
ne fait que border la gencive, & croît peu à peu. 
Il refte un creux dans le milieu de la dent , lequel 
fert à marquer l'âge du Cheval. 

Le mot de marquer, vient de la marque noire qui 
fe trouve dans le creux des coins. 

A fix ans, le creux commence à fe remplir & la 
marque noir commence aufli à diminuer jufqu'à 
fept ans & demi ou huit ans , qu'elle eft effacée : 
alors on dit que le Cheval a rafé , c'eft-à-dire , que 
le creux eft rempli, & la marque noire effacée, par- 
ce que la dent eft pleine & unie, comme fi elle a- 
voit été rafée. 

Il y a des Chevaux qui marquent toute leur vie , 
c'eft-à-dire , auxquels la marque noire dont nous 
venons de parler , ne s'efface jamais : cela pro- 
vient de la dureté des dents qui ne s'ufent point. 
On les appelle Béguts* 

Les Chevaux Polonnois, les Hongrois, les Cra- 
vates, font fujets à être béguts; & les Jumens plus 
que les Chevaux. 

Comme il ne fuffit pas pour la diftinction de l'âge, 
qu'un Cheval ait cette marque noire, & qu'il faut 
encore qu'il y ait un creux dans la dent , c'eft à 



de Cavalerie. 47 

cette différence que l'on connoîtun Cheval bégut, 
quand il a pane huit ans» 

Quand un Cheval a rafé ou qu'il efl bégut , Se 
qu'on ne peut plus dittinguer l'âge aux dents des 
coins , c'eft aux crochets qu'on les connoît. 

Les crochets font placés au delà des coins fur les 
barres. Il y en a quatre , deux en haut, & deux en 
bas , à chaque côté des mâchoires. Ils ne font pré- 
cédés, non plus que les dents machelieres, d'aucu- 
ne dent de lait. 

Les crochets de la mâchoire inférieure percent 
tantôt à trois ans & demi , tantôt à quatre , Se ceux 
de la mâchoire fupérieure pouffent ordinairement à 
quatre ans , quelquefois à quatre ans & demi , quel- 
quefois avant les coins , quelquefois après ; jufqu'à 
l'âge de fix ans ils font fort pointus Se cannelés , 
c'eft-à-dire , creufés dans l'intérieur de la bou- 
che. 

Avant qu'un Cheval ait les crochets d'en haut, 
il n'eft pas capable de grande fatigue , Se beau- 
coup font malades lorfqu'ils leur pouffent. 

Vers les dix ans , les crochets d'en haut paroif- 
fent fort ufés ; Se comme la gencive commence 
aufli à fe retirer à cet âge-là , Se que les dents de- 
viennent décharnées , elles femblent s'alonger. 

Lorfqu'un Cheval ne marque plus par les dents 
ni par les crochets , il faut examiner fes fourcils , 
pour voir s'il n'eft point fille. 

Sur les treize à quatorze ans , il vient des poils 
blancs fur les fourcils en plus ou moins grand nom- 
bre , félon que le Cheval eft âgé , ( Se c'eft ce 
qu'on appelle filler , ) de forte qu'un Cheval de 
dix-huit à vingt ans , a les fourcils tout à fait blancs. 

Un Cheval engendré d'un vieux Etalon, <%; d'u- 



48 Ecole 

ne vieille Cavale , commence ordinairement à Al- 
ler dès l'âge de neuf à dix ans. 

Les Chevaux rubicans , qui ont des poils blancs 
femés par tout le corps , paroiffent filles auiîi , 
quoiqu'ils ne le foient pas. Ainfi à ces fortes de 
Chevaux, il faut avoir recours aux crochets. 

Les crochets ufés , les dents jaunes , crafîeufes, 
longues & décharnées , Se les poils blancs fur les 
fourcils, font toutes preuves de vieillefïe , aux- 
quels lignes on connoît les Chevaux béguts & con- 
tre-marqués. 

On appelle Contre- marque ', celui à qui on a a- 
droitement avec un burin creufé les coins; & à 
qui on a enfuite mis une faune marque noire dans 
le creux de la dent ; mais quelque adroit qu'on foit 
il s'échape toujours quelques traits de burin , qu'il 
eil aifé de voir , quand on examine de près. 

Ces fubtils Maquignons pour la contre-marque 
des Chevaux , ont encore la trompeufe adreiïe 
de rogner les crochets & de les rendre pointus ; 
mais heureufement ils ne peuvent les alonger , & 
il ne fufEtpas qu'un crochet foit pointu Se cannelé 
pour juger de la jeunefTe du Cheval, il faut en- 
core qu'il foit long. 

Quelques Maquignons en Allemagne,& fur tout 
les Juifs , font fort experts dans ces artifices Us 
ont encore une méthode aufîî pernicieufe pour fai- 
re paroîtreun Cheval plus âgé qu'il n'eft, ils lui ar- 
rachent les dents de lait vers les trois ans ; Se com- 
me les pinces, les mitoyennes , Se les coins vien- 
nent à leur place , ils vendent ces Chevaux pour 
quatre à cinq ans , lorfqu'ilsn'en ont que trois , & 
qu'ils ne font pas en état de fuporter aucune fati- 
gue. 

CHAPITRE 




de Cavalerie." 49 

CHAPITRE IV. 

De la diférence des Poils. 

Lusieurs Auteurs , fur tout les Ita- 
liens , ont fait d'amples Differtations fur 
la conftitution du Cheval, parraportà 
la diférence des poils ; 'mais comme je 
fuis perfuadé que ce n'eft qu'un jeu de la Nature , 
& que de tous poils il y a de bons Chevaux , je 
donnerai Amplement le nom & la définition de 
chaque poil. 

C'eft un terme impropre que de dire ; ce Cheval 
eft de telle couleur , il faut dire , d'un tel poil ou 
d'une telle robe. 

Le Cheval bai eft le plus commun de tous les 
poils. Il eft de couleur de châtaigne , plus ou 
moins claire ou obfcure ; ce qui forme les diférens 
bais , comme bai clair , bai châtain , bai brun , bai 
doré , bai à miroir. 

Bai clair , eft celui , dont la couleur eft plus 
claire que celle d'une châtaigne. 

Bai Châtain, eft celui qui eft de la couleuc 
d'une châtaigne. 

Bai brun , eft un bai très-obfcur , & prefque 
noir, excepté aux flancs & au bout du nez ; & a- 
lors on dit , qu'un Cheval a du feu , c'eft-à-dire , 
des poils roux. 

Bai dore', eft celui, dont le fond du poil eft de 
couleur jaune. 

Bai a m i r o i r , ou Bai miroité', eft ce- 
lui qui a des marques fur la croupe d'un bai plus 
obfcur. D 



$0 Ecole 

Il faut remarquer que tous les Chevaux bais ont 
les extrémités , les crins Se la queue noire. 

Noir. Il y a deux fortes de noir; noirget, & 
noir mal teint. 

NoiRget, eft un noir clair & beau. 

Noir mal teint, eft un noir brun, qui a les flancs 
Se les extrémités lavées, c'eft-à-dire , d'un poil 
plus déteint. 

Gris, eft celui dont le poil eft mêlé de blanc Se 
de noir. 

Il y a gris pommelé , gris fale , gris argenté. 

Gris pommelé , eft celui qui a fur la croupe Se 
fur le corps des efpéces de pelotes , les unes plus 
noires , les autres plus blanches 

Gris fale, eft un poil où il y a plus de noir, que 
de blanc. 

Gris argenté, a très-peu de poils noirs, femés fur 
un fond blanc Se clair. 

Tigre , eft un gris tifonné , qui a des marques 
larges Se toutes noires fur un poil blanc. 

Poil d'Etourneau , eft une efpéce de gris en- 
core plus brun que le gris fale. 

Il faut remarquer que tous les Chevaux gris , 
quand ils font vieux,deviennent blancs , Se qu'il y a 
très-peu de Poulains qui nailTent tout-à-fait blancs. 

Pie, eft un mélange de blanc Se d'une autre 
couleur par grands placards. 

Il y a trois fortes de Chevaux pies ; Pies noirs , 
Pies bais , Se Pies alzans. 

Alzan , eft une efpéce de bai roux, comme le 
poil des Vaches. Il y a alzan clair Se alzan brûlé. 

Alzan clair , eft celui qui a moins de roux. 

Alzan brûlé , eft un alzan foncé fort brun. 

Bouhan, eft un poil mêlé de rouge Se de blanc. 



de Cavalerie. ji 

Il y a rouhan vineux , & rouhan cap-de-maure. 
Rouhan vineux , eft celui qui tire plus fur le rouge. 
Rouhan cap-de-maure , a la tête & les extrémités 
noires , & le refte du corps rouhan. 

Rubican , c'eft lorfqu'un Cheval noir, bai, ou 
alzan , a des poils blancs femés par le corps , fur 
tout aux flancs. 
Poil de Souris , eft celui qui eft de la couleur 
de cet animal ; il y en a de ce poil , qui ont la raie 
noire fur le dos. 

Louvet, fe dit des Chevaux qui ont un poil de 
loup ; il y en a de clairs & d'obfcurs : quelques-uns 
ont auiîï la raie noire fur le dos. 

Auber , Mille fleur , Fleur de Pécher , 
font la même chofe. Ce poil a la couleur de fleur 
de pêcher. 

Truite', on donne ce nom au Cheval qui a le 
fond du poil blanc , & le corps & la tête mouche- 
tés de petites marques roufles ou alzanes. 

Porcelaine, eft un poil bifarre , dont le fond 
eft blanc, avec des taches fur tout le corps, comme 
on en voit fur les vafes de porcelaine. 

Isabelle, eft une efpéce de jaune clair qui ti- 
re fur le blanc. Ifabelle doré , eft un jaune plus 
vif. 

Soupe de lait , eft une efpéce de blanc fale. 

Tous les Chevaux, de quelques poils qu'ils 
foient, qui ont les extrémités, les crins & la queue 
noirs , font les plus eftimés , & font effectivement 
les plus beaux à la vue. 

Ceux qui ont les flancs Se les extrémités lavez, 
font communément moins eftimés. 

La Nature varie tant en fait de couleurs, qu'il fe 
trouve beaucoup d'autres poils , dont nous ne ra- 

Dij 



y 2 Ecole 

portons point le nom , parce qu'on leur donne ce- 
lui qui aproche le plus de ceux dont on vient de 
donner la définition. 

On appelle un Cheval Zain , celui qui n'a aucu- 
ne marque blanche naturelle. C'eft pourquoi les 
Chevaux blancs ou gris ne peuvent pas s'appeller 
Zains. 

Tous les Chevaux nés dans les Pays orientaux 
&Tnéridionnaux, comme Turcs, Perfans, Arabes , 
Barbes , ont le poil beaucoup plus ras que les au- 
tres Chevaux. 

Quand le bas de la jambe d'un Cheval eft 
blanc, cette marque s'appelle Balz.ane. 

De ceux qui ont des balzanes, les uns s'apellent 
Travat , les autres , Trâfiravat. 

Quand un Cheval a le bas de la jambe de der- 
rière & de celle de devant du même côté blanc , 
on l'appelle Travat. 

Tras-trâvat , eft celui dont les balzanes, font 
oppofées. Quand,parexemple,la jambe de devant 
hors du montoir & celle de derrière du côté du 
montoir; ou bien celle de devant du côté du 
montoir & celle de derrière hors du montoir 5 fonB 
blanches , cela s'appelle Tra/travat. 

Il y a des Chevaux balzans des quatre pieds , 
c'eil-à-dire, qui ont le bas des quatre jambes 
blanc 

Il y en a qui ont des balzanes mouchetées de 
noir , qu'on appelle Jambes herminées. 

L'étoile ou pelote , eft une marque blanche au 
front duCheval.Siîa marque blanche prend depuis 
le front jufqu'au bas de la tête , cela s'appelle Cban- 
frain blanc , ou Belle face. 

Quand un Cheval eft zain, on peut lui faire une 



de Cavalerie» £? 

pelote artificielle , comme nous l'enfeignerons- 
dans la troifiëme Partie. 

On appelle Epie ou Molette le retour du poil que 
les Chevaux ont au front, aux flancs. & autres ea- 
droits , & quiefl à contre-fens. 

L'Ep e'e Romaine , eft une épie ou retour de 
poil qui règne à quelques Chevaux le long de la-. 
crinière ; cette marque eit allez rare & fort eilimée. 
des curieux en. poil- 
Coup de lance , elt une cavité fans cicatrice ,, 
qui fe trouve au col, ou à l'épaule de quelques- 
Chevaux Turcs , Barbes- 8t Efpagnols.. 

Les Curieux attribuent aux Chevaux qui portent, 
ces marques , des qualités infinies ; mais les Au- 
teurs, qui ont fi. amplement écrit fur les conjectu- 
res que l'on doit tirer de ces diférentes marques ,. 
Se de ces diférens poils, ont l'expérience con- 
tr'eux : car elle prouve que la bonté d'un Cheval 
dépend de fa relîource & de fa vigueur , qui font des ; 
qualités intérieures, & non de fon poil , ni de fesi 
marques extérieures. Il n'y a qu'une feule choie à 
dire là-deflus ; c'en: que pour le coup d'oeil , cer- 
taines marques & certains poils, plaifent plus que. 
les autres. 

CHAPITRE V. 

Remarques fur les Chevaux de difèrem Pays. 

Ous les Auteurs ont donné la préféren- 
ce au Cheval d'Efpagne , & l'ont regar- 
dé comme le premier de tous les Che- 
vaux pour le manège , à caufe de fon a- 
gilité , de fes reiTors } & de fa cadence naturelle i 

Diij 




54 Ecole. 

pour la pompe & la parade, à caufe de fa fierté, 
de fa grâce & de fa nobleffe ; pour la guerre dans 
un jour d'affaire, par fon courage & fa docilité. 
Quelques-uns s'en fervent pour la chaffe & pour le 
caroffe ; mais c'eft dommage de facrifier à ce der- 
nier ufage un fi noble animal. ( 

M. le Duc de Newcaftle, qui donne de grands 
éloges au Cheval d'Efpagne , ne lui trouve qu'un 
défaut , qui eft d'avoir trop de mémoire ; parce 
qu'il s^n fert pour manier de foi-méme & pour pré- 
venir la volonté du Cavalier ; mais ce défaut , il 
c'en eft un , n'eft que l'effet de fa gentilleffe & 
de fa reffource , dont il eft aifé de profiter, en fui- 
vant les principes de la vraie Ecole. 

C'eft des haras d'Andaloufie que fortent les 
meilleurs Chevaux. La race en avoit été bien abâ- 
tardie dans les derniers tems , par l'avarice de ceux 
qui les gouvernoient , & qui préféroient les Mulets 
aux Chevaux , parce qu'ils en tiroient plus de pro- 
fit ; mais depuis quelques années , on a remédié 
à cet abus. 

Le Cheval Barbe eft plus froid & plus négligent 
dans fonalure; mais lorfqu'il eft recherché, on lui 
trouve beaucoup de nerf, de légèreté & d'haleine. 
Il réuffit parfaitement aux airs relevés,& dure long- 
tems dans une Ecole. En France , on fe fert plus 
volontiers de Chevaux Barbes, que de Chevaux 
d'Efpagne pour les haras. Ce font d'excellens E- 
talons pour tirer des Chevaux de chaffe : les Che- 
vaux d'Efpagne ne réliffiffent pas de même , parce 
qu'ils produifent des Chevaux de plus petite taille 
que la leur ; ce qui eft le contraire du Barbe. 

Les Napolitains font pour la plupart indociles, 
Se par conféquent difficiles à dreffer.Leur figure ne 



de Cavalerie. y? 

prévient pas d'abord , parce qu'ils ont ordinaire- 
ment la tête trop groffe, & l'encolure trop épaifle; 
mais ils ne laiflfentpas avec ces défauts, d'être fiers 
& d'avoir de beaux mouvemens. Un atelage de 
Chevaux Napolitains bien choifis & bien dreiïés à 
cet ufage,eft fort eftimé. 

Les Chevaux Turcs ne font pas fi bien propor- 
tionnés que les Barbes & les Chevaux d'Efpagne. 
Us ont pour la plupart l'encolure éfilée , le dos 
trop relevé ; ils font trop longs de corps, & avec 
cela ont la bouche féche, l'apui mal-aifé, peu de 
mémoire , font colères , parefïeux , & quand ils font 
recherchés, ils partent par élans , & à l'arrêt ils s'a- 
bandonnent fur l'apui & fur les épaules;ils ont en- 
cordes jambes très-menu es, mais très-nerveufes , 
Se quoique les pâturons foient longs , ils ne fonc 
pas trop flexibles. Ils font grands travailleurs à la 
campagne avec peu de nouriture , de longue halei- 
ne , peu fujets aux maladies. Par ces qualités Se 
par ces défauts, il eft aifé de juger que les Che- 
vaux Turcs font plus propres pour la courfe que 
pour le manège. 

Les haras d'Allemagne font entretenus d'Eta- 
lons Turcs , Barbes , Efpagnols , Se Napolitains ; 
c'eft pourquoi il y a dans ce Pays de parfaitement 
beaux Chevaux ; mais peu réiïlMent bien à la chaf- 
fe , parce que ceux qui y font nés , n'ont pas ordi- 
nairement beaucoup d'haleine. 

M. de la Broue dit que les Chevaux Allemans 
font naturellement malicieux Se ramingues. Ce 
qu'on attribuoit de fon tems à leur mauvais naturel, 
provenoit peut-être de l'imprudence de ceux , qui 
en les exerçant , les recherchoient d'abord avec 
trop de violence & de fujetion. 

Diiij 



'5 6 Ecole 

Les Chevaux Danois font bien moulés & ont de 

beaux mouvemens ; on en fait de braves fauteurs. 

Ils font excellens pour la guerre , & l'on tire de ce 
Pays de fuperbes attelages. 

Il y a deux Provinces en France d'où l'on tire de 
fort beaux & bons Chevaux, le Limouftn & la Nor- 
mandie. LesChevauxLimoufins tiennent beaucoup 
du Barbe, aufïî font-ils excellens pour la chaiTe, 
Le Cheval Normand efl: meilleur pour la guerre 
que pour la chalfe. Il a plus dedeffous, c'eft-à-dire 
plus de jambes , & efl plutôt en état de rendre fer- 
vice, que le Limoufin , qui n'eft dans fa force qu'à 
huit ans. Depuis qu'on a mis en Normandie des E- 
talons de taille & étofés, on en tire de parfaitement 
beaux Chevaux decaroiïe , qui ont plus de légère- 
té , plus de refïburce , & une auffi belle figure que 
les Chevaux d'Hollande. 

Les Chevaux Anglois font les plus recherchés 
pour la courfe & pour la chatte , par leur haleine , 
leur force , leur hardiefle & la légèreté avec laquel- 
le ils franchiffent les haies & les foffés. S'ils étoient 
aiTouplis par les régies de l'art avant de les faire 
courre (ce que l'on pratique peu) les refforts en fe- 
roient pluslians, fe conferveroient plus long-tems, 
Se le Cavalier feroit plus commodément; ils au- 
raient la bouche plus affûrée, & ils ne feroient pas 
fi fujets , comme le dit M. le Duc de Newcaftle , 
à rompre le col à leur homme , quand ils ceflent de 
galoper fur le tapis, c'eft-à-dire,fur le terrain uni.Les 
meilleurs font de la Province d'îorkfire. • 

On fe fert communément en France des Che- 
vaux d'Hollande pour le caroife. Ceux de la Nort- 
hollande ou de Frife font les meilleurs. 

11 y a beaucoup de Chevaux Flamands qu'on 



1 Oeil du biuufuelr 
d^àrc du Banquet 
3 Soubarbe 



LA BRIDE. 



T. i . p a a . Jj 

jf. JP&ixceau 

5 Oeil dcFerir-ix . 

é Saé de la£ranthi 




-DheuUarut S ex dp 



de Cavalerie. fj 

veut faire palier pour Chevaux d'Hollande; mais 
prefque tous pèchent pour avoir les pieds plats , ce 
qui elt un des plus grands défauts qu'un Che- 
val de carolle puilfe avoir. 

&GGGGGGGGGGG#GGGGGG©GGGGï£ 

CHAPITRE VI. 

De la Bride, 




Es premières Brides dont ons'eft fervî, 
n'étoient qu'un (impie morceau de bois 
ou de ferarondi, que l'on mettoit dans 
la bouche d'un Cheval , fans branche 
ni gourmette, & l'on attachoit des longes aux deux 
extrémités d^ cette embouchure. On ajouta dans 
la fuite des branches , que l'on attacha à la place 
des longes , & l'on mit des efpéccs de rênes au bas 
de chaque branche. Mais comme on s'aperçut que 
cet infiniment ne faifoit pas encore allez d'effet , 
on inventa enfin la gourmette , Se par ce moyen il 
bride travailla fur les barres & fur la barbe égale- 
ment, par le fecours des rênes qui font agir les bran- 
ches, lefqueiles branches produisent l'effet du le- 
vier , Se font agir le mors &la gourmette conjoin- 
tement. 

La plupart des anciens Ecuyers, croyant que 
toute l'obéïilance qu'on pouvoit tirer d'un Cheval 
étoit renfermée dans la manière d'ordonner la bride, 
lacompoferent d'une multitude de pièces tant fixes 
que mouvantes , dont les étranges effets caufez par 
des mors rudes , joints à une gourmette trop cour- 



$8 Ecole 

te , obligeoîent le Cheval de forcer la main du Ca- 
valier , jufqu'à s'emporter & à s'en aller fur le mors 
fans qu'on pût l'arrêter , enforte que cette grande 
fujetion les défefperoit au lieu de les rendre obéïf- 
fans. 

Pignatel, ce fameux Ecuyer, qui étoit en û 
grande réputation àNaples, vers la fin du feizié- 
me fiecle , ne donna pas long-tems dans cette er- 
reur^ inventa une forte d'embouchure compofée 
de trois pièces mou vantes,laquelle reiTembloit allez 
à la gorge de pigeon, & étoit infiniment plus 
douce que celles dont on s'étoit fervi jufqu'alors ; 
perfuadé par fa propre expérience que la bride de- 
voit plutôt fervir à avertir le Cheval de la volon- 
té du Cavalier , qu'à le contraindre. Il difoit que 
fi les brides avoient par elles-mêmes la propriété 
miraculeufe de faire la bouche d'un Cheval , & 
de le rendre obéïffant , le Cavalier & le Cheval 
feroient habiles au fortir de la boutique d'un E- 
pronnier. 

Nous ne parlerons donc uniquement que des 
brides qui n'offenfent point la bouche ; puifque le 
lentiment des plus habiles Ecuyers eft confirmé par 
l'expérience , qui nous prouve que les mors les plus 
(impies & les plus doux, en confervant la bouche 
d'un Cheval,fufïifent pour en tirer toute l'obéïiTan- 
ce qu'une main fçavante doit en attendre : que 
la bonté de la main doit l'emporter fur celle de 
la bride, qui n'eft qu'une caufe féconde ; & que 
les barres & la barbe font des parties trop tendres 
pour fouffrir, fans être altérées ou eftropiées, 
les effets d'une bride trop rude & mal ordon- 
née. 

Avant que d'expliquer les effets de la bride » 



de Cavalerie. f$ 

nous commencerons par détailler toutes les parties 
dont elle eft compofée. 

Je dirai premièrement, que quoique le terme 
de mors, d'embouchure & de bride foient fynoni- 
mes , fuivant l'ufage ; il n'y a à proprement parler 
que celui de bride qui foit générique : car le 
mors ou l'embouchure regarde particulièrement 
la partie qui eft dans la bouche. 

La bride eft compofée de trois parties principa- 
les ; fçavoir , le mors ou l'embouchure , qui fe pla- 
ce dans la bouche du Cheval ; la branche qui efl 
attachée aux deux extrémités de l'embouchure; & 
la gourmette qui fait fon effet fur la barbe. 

ARTICLE PREMIER. 

Du Mors. 

LE Mors ou l'Embouchure , efl: un morceau 
de fer arondi , qui fe met dans la bouche 
du Cheval ; on l'appelle communément Canon. 
Les deux extrémités du canon, où font atta- 
chées les branches , fe nomment Fonceaux ; & la 
partie fituée entre le fonceau 8c le milieu du ca- 
non , s'appelle le Jalon. 

On fe fervoit autrefois de plufieurs fortes de 
canons , dont la ftru&ure étoit auiTi finguliére 
que dangereufe pour la bouche du Cheval ; 
mais on n'en admet préfentement que trois, ou 
au plus quatre, qui font le fimple canon , le canon 
à trompe ou à canne , le canon à liberté de lan- 
gue , & le pas-d'âne. 

Le fimple canon eft compofé de deux pièces , 
parce qu'il eft brifé dans le milieu , ce qui lui don- 
ne plus de jeu. C'eft aufïi la plus douce de toutes 



r 6o Ecole 

les embouchures , & celle qui contraint moins la 
bouche du Cheval. 

Le canon à trompe ou à canne n'eft point bri- 
fé dans le milieu , & n'eft compofé que d'une feu- 
le pièce y ce qui le rend plus rude que le fimplc 
canon. 

Le canon à liberté de langue, eft celui au milieu 
duquel il y a un efpace vuide pour loger la lan- 
gue du Cheval. Cette liberté donne félon fa for- 
me , plufieurs dénominations au mors ; comme * 
Gorge de pigeon , Canon montant , & Pas-d'ane. 

On appelle , Canon à gorge de pigeon , celui 
dont l'efpace vuide & relevé y qui eft au milieu du 
canon , va en diminuant par en haut. Il y a des 
gorges de pigeon brifées & non brifées : & lorf- 
que la liberté eft encore plus haute que celle du 
canon à gorge de pigeon ordinaire, on l'ap- 
pelle , Canon montant. Le montant de cçs embou- 
chures fe proportionne à l'épaiffeur de la langue. 

Le pas-d'âne , eft un canon dont l'efpace eft 
plus grand & plus fort que celui de la gorge de 
pigeon» Il n'eft point brifé dans le milieu. Ce ca- 
non eft un refte des anciennes embouchures ru- 
des, qu'on devroit abolir. On ne s'en fert plus 
guéres que pour quelques Chevaux de carofîe. 

Il fe trouve encore quelques pas d J âne à liber- 
té gagnée , il y en a de brifés & de non brifés. 
On les appelle , Col d'oye ; la liberté en eft plus 
large & plus écrafée qu'au pas-d'âne ; mais je 
ne confeillerois pas de faire aucun ufage ni de 
l'une ni de l'autre de ces embouchures. 



de Cavalerie. tfi, 

ARTICLE IL 

De la Branche. 

LA Branche , dont le propre eft de faire agît 
l'embouchure , à laquelle elle eft attachée 
parlesfonceaux , eft compofée du banquet ; de 
l'oeil du banquet ; de l'arc du banquet ; de la fou- 
barbe ; du coude ; du jarret; du bas de la bran- 
che ; du touret ; des anneaux & des chaînettes. 

Le banquet eft la partie du haut de la branche ; 
il eft aufti compofé de deux autres parties , qu'on 
appelle Y Oeil du banquet ÔC V Arc du banquet. 

L'oeil du banquet , eft le trou d'en haut de la 
branche où pafte le porte-mors , Se où eft aufti a- 
tachée la gourmette. 

L'arc du banquet, eft cette partie en forme 
d'arc , dans laquelle entrent les deux extrémités 
de l'embouchure. Cette partie eft cachée pac 
les boiTettes, lefquelles boflettes , s'attachent pac 
les deux oreilles , qui en font les deux extrémi- 
tés, fça voir, l'oreille d'en haut attachée au det 
fous de loeil du banquet ; & l'oreille d'en bas , fut 
la partie qu'on appelle , Soubarbe. 

Le coude, eft l'endroit au deftbus de l'arc du 
banquet , qui prend un tour circulaire en forme 
â'S. Les branches droites , qu'on appelle aufti 
Branches à fifiolet ou Euades , n'ont point de 
coude. 

Le Jarret , eft le milieu de la branche au def- 
fous du coude. 

Le bas de la branche , eft l'efpace vuide qui le 
trouve au deiTous du jarret & au deifus du touret. 

Le touret , eft un clou arête dans la partie du 



€z Ecole 

bas de la branche , par une groite tête & recour- 
bé par la pointe , pour tenir l'anneau dans lequel 
on paffe les rênes. 

Les deux chaînettes font atachées aux deux 
branches par chacune deux petits tourets. Pour 
les Chevaux de carofle , au lieu de chaînettes , 
on y met ordinairement une petite barre de fer , 
qui tient les branches & le mors plus en état. 

Il n'y avoit point autrefois d'oeil au haut de la 
branche, la gourmette étoit attachée au defliis du 
ïnors , comme on voit aux mors à la Genette ôc 
à la Morefque. 

11 y a préfentement quatre fortes de bran- 
ches en ufage ; ce font la branche droite , qu'on 
appelle aufïï à Pijïolet & Buade\ la branche à 
la Françoife ; la branche fans jarret , autrement 
œil de Perdrix , Se la branche à la Connétable. 

La branche droite , ou à piftolet , qu'on appelle 
auifi Bnade , du nom de celui qui l'a inventée , eft 
celle dont on fe fert pour les jeunes Chevaux , 
parce qu'elle contraint moins : & pour cela , on 
fait ordinairement les branches longues , ce qui 
en rend le mors encore plus doux , la fujetion 
venant de loin ne contraint pas le Cheval fi ru- 
dement , qu'une branche courte dont l'effet eft 
plus fubit. 

La branche à la Françoife , eft celle qui a un 
jarret au milieu , qui en interrompt le-contour. 

La branche fans jarret , ou oeil de perdrix , eft 
celle dont la tournure n'eft point interrompue par 
un jarret ; & ce qu'on appelle œil de Perdrix , eft 
tin trou qui fert à palfer un touret pour tenir la 
chaînette. 

La branche à la Connétable n'eft diftinguée de 



D E C A V A L E R I E. 6$ 

la Françoife que par le bas de la branche, parce 
que la gargouille , qui eft la partie du devant du 
bas de la branche , eft beaucoup plus alongée & 
rejettée en deffous, ce qui fait que le trou du 
touret fe trouve auiïi rejette en arrière : & aux 
autres branches , le trou par où paiTe le touret 
fe trouve directement au bas de la branche. On 
l'appelle à la Connétable , parce qu'elle eft de l'in- 
vention de M. le Connétable de Montmorenci , 
le meilleur homme de Cheval de fon tems. 

11 y a encore une ancienne branche , depuis 
peu revenue à la mode ; c'eft une efpece de mors 
à la Houfarde , dont la branche eft très-courte Se 
n'a qu'une chaînette. Elle fe fait de différentes 
tournures , comme les autres branches , quelque- 
fois tournée en S , quelquefois toute droite , & 
quelquefois le trou du touret en deffous. Cette 
branche peut paffer pour les petits Chevaux & les 
coureurs ; lorfqu'ils ont la bouche faite , parce 
qu'elle a moins de poids que les autres branches. 

On juge de l'effet de la branche par la ligne du 
banquet , qui eft une ligne à plomb , qu'on tire 
depuis le haut & le long du banquet , jufqu'au bas 
de la branche , ce qui en détermine la force ou 
la foibleffe ; enforte qu'une branche eft , ou har- 
die , ou flafque , ou fur la ligne. 

La branche hardie , eft celle qui a le trou du 
touret au delà de la ligne du banquet , c'eft-à-dire 
le bas de la branche pouffé en avant; ce qui 
augmente plus ou moins l'effet de l'embouchure , 
félon qu'elle eft plus ou moins hardie. 

La branche qu'on appelle Flaque, eft celle 
qui a le trou du touret en deçà de la ligne du 
banquet, c'eft à-dire , rejettée en arrière , ce qui 



6% Ecole 

diminue l'effet de l'embouchure, à proportïoli 

de ce qu'elle eft plus ou moins flafque. 

La branche fur la ligne , eft celle qui n'eft ni 
hardie ni flafque , dont le bas de la branche n'efl: 
ni pouffé en avant , ni rejette en arrière , mais fut 
la ligne du banquet. 



L 



ARTICLE III. 

De la Gourmette. 

A Gourmette eh 1 une chaîne compofée de 
mailles , de maillons , d'une S , & d'un cro- 
chet. 

Les mailles qui forment la chaîne de la Gour- 
mette , doivent être plus grolTes & plus renflées 
dans fon milieu , qu'à fes extrémités. 

Les maillons , font les petites mailles qui ac- 
compagnent les groiTes mailles allant vers les ex- 
trémités , dont deux du côté du crochet , & une 
du côté de l'S. 

L'S eft la partie de la gourmette , qui tient à un 
maillon plat & foudé , & qui eft attaché à l'oeil 
droit du banquet. 

Le crochet eft la partie qui tient à l'oeil gauche 
du banquet du côté du montoir , qui fert à met- 
tre la gourmette , & qui entre dans l'un des deux 
maillons plats & foudés qui font de ce côté. 

On fe fervoit autrefois de gourmettes plates ; 
mais on a trouvé que les groiTes gourmettes ron- 
des étoientplus douces. 



ARTICLE 



Î3 È G A V A £ E R I E, ^ 

ARTICLE IV. 

De la manière d'ordonner la Bride fuivant le* 
différence des Bouches* 

IL faut ajufter un mors fuivant la flru&ure in- 
térieure de la bouche du Cheval ; les branches 
félon la proportion de fon encolure ; & la gour- 
mette fuivant la fenfibilité de la barbe» 

Le mors doit porter fur les barres , un demi- 
doigt au deûus du crochet,& quelquefois un doigt, 
fuivant que la bouche efl fendue ; mais s'il por- 
toit plus haut , il feroit froncer la lèvre , & offen- 
feroit l'os de la barre , qui efl: plus tranchant dans 
cette partie que près du crochet. Il faut aunl 
prendre garde que l'endroit du mors qui doit por- 
ter fur les barres , ne foit pas dans l'ouverture 
que l'on donne à fa liberté : il faut qu'il appuie 
à un demi-doigt des talons qui font les extrémités 
de la liberté , autrement il blefleroit la langue & 
les barres ; c'eft pourquoi il eft de conféquence 
que le mors foit pris dans la jufte largeur de la 
bouche du Cheval. Il faut encore, pour bien af- 
feoir l'embouchure en fon lieu propre , que le 
mors foit droit depuis le pli du banquet environ 
un pouce & demi , jufqu'à l'endroit où doit com- 
mencer la liberté; autrement l'aftion en feroit 
faufle dans la bouche. 11 faut auffi que la lèvre du 
Cheval foit fi exactement logée, qu'elle empêche 
de voir l'embouchure , & que les pièces qui com- 
pofentle mors foientbien polies & bien jointes» 
de crainte de bleifer la lèvre ou d'offenfer les 
barres. 

La grofleur du mois doit être proportionnée. 

E 



66 Ecole 

à la fente de la bouche Quand on donne trop 
de fer à une bouche peu fendue, cela fait nécef- 
fairement froncer la lèvre , & de même fi la bou- 
che efl: trop fendue , & que le mors ne foit pas 
aflez gros , il va trop avant dans la bouche : 
c'eft ce qu'on appelle , boire la bride, 

11 faut donner à un Cheval qui a la bouche 
bonne , un fimple canon avec une branche fur 
la ligne ; parce que quoiqu'une bonne bouche ne 
s'oftenfe d'aucun mors , il efl toujours mieux de 
lui en donner un doux , afin de lui conferver cette 
bonne qualité. 

On entend par une bonne bouche, celle 
qui a l'apui ferme & léger , c'eft-à-dire , qui ne 
s'ébranle point par le mouvement ferme d'une 
bonne main , ni par les autres mouvemens qu'on 
eft obligé de faire pour aider le Cheval. 

Les bouches difficiles à emboucher , font les 
bouches trop fenfibles ou égarées ; foibles , trop 
fortes , trop péfantes , trop ou trop peu fendues , 
celles qui ont la barbe trop petite , trop plate ou 
trop élevée , & enfin celles qui font qu'un Cheval 
s'arme. 

Des Bouches trop fenfibles. 

La bouche trop fenfible , efl: celle qui s'offenfe 
naturellement de toutes fortes de brides. Cette 
fenfibilité fe connoît , lorfque pour le moindre 
mouvement de la main , le Cheval fecoue la 
bride , donne des coups de tête & bat à la main , ce 
qui arrive d ordinaire aux Chevaux qui ont les bar- 
res hautes & tranchantes. La langue fe trouvant a- 
lors tout- à-fait logée dans le canal , elle ne peut 
Soutenir l'apui du mors, qui faifant trop d'effet fur 



Dé Cavalerie. 6j 

les barres , eft caufe que le Cheval met fa tête 
en défordre. Ces coups de tête peuvent aulli ve- 
nir de meurtriiïures & d'ulcères fur les barres & 
fur les gencives ; accident caufé par des embou- 
chures mal ordonnées , & fouvent par une mau- 
vaife main. Quelquefois auffi la gourmette aura 
pu blefïer la barbe , qui eft une partie auffi fenfî- 
ble que les barres à certains Chevaux. Il fauc 
dans ces cas attendre que la plaie foit guérie 8c 
confolidée, avant que de fonger à l'emboucher : 
mais quand la barre a été tellement blelfée, 
qu'une portion de la fubftance de l'os eft tombée 
quoique les bons remèdes & la nature ayent rem- 
pli la cavité ; cette partie refte toujours plus foi- 
ble&plus fujetteà être ofFenfée. 

Pluneurs hommes de Cheval fe font fervi ju£> 
qu'à préfent du canon à trompe pour emboucher 
les Chevaux qui ont la bouche trop fenfible > 
8c qui donnent des coups de tête ; parce que , 
difent-ils , ce mors , n'étant point brilé , 8z étanc 
tout d'une pièce , il porte également par tout , 
8c par conféquent endort la partie. Pour moi , je 
fuis de l'avis de ceux qui difent , qu'il eft plus 
convenable de leur donner un (impie canon . qui 
ne joue pas trop; en forte qu'il ait en même 
teins la folidité du canon à trompe 8c la douceur 
du fimple canon : afin qu'il foit encore plus doux' 
Se qu'il endorme la partie, il faut qu'il foit gros 
près des fonceaux , autant que le permet la fente 
de la bouche ; 8c qu'il ait peu de montant , c'eft- 
à-dire , que le milieu du canon ne monte pas trop 
haut , afin de ne point chatouiller le palais. 

Il faut avec cela que l'oeil du banquet foit un 
peu bas , 8c un peu renverfé Si courbé en arrière 

Eii 



6$ Ecole 

pour diminuer l'effet de la gourmette ; car il eft 
à remarquer que plus l'oeil eft haut , plus la gour- 
mette fait d'effet. 

A l'égard de la branche qui convient à ces 
fortes de Chevaux , on doit en choifir une dont 
la tournure foit aifée , fur la ligne , & un peu 
longue ; car il faut encore remarquer , comme 
nous l'avons dit ci-deffus , qu'une branche longue 
contraint moins qu'une courte; parce qu'elle 
arrive plus facilement à la poitrine , ce qui fou- 
lage la barre & diminue l'appui du mors. 

Des Bouches faible s. 

L A bouche foible eft celle qui ne prend d'ap- 
pui fur aucun mors , que très-difficilement , quel- 
que doux qu'il foit, fans pourtant battre à la 
main. Les Chevaux qui ont ce défaut doivent 
être embouchés de la même façon que ceux qui 
ont la bouche trop fenfible , c'eft-à-dire , avec 
un fimple canon , une branche fur la ligne & 
un peu longue ; 6c furtout l'oeil bas. 

Ceux qui croyent , comme nous venons de 
le dire , pouvoir re&ifier les bouches trop fenfi- 
bles ou trop foibles avec le canon à trompe ; 
font dans l'erreur ; car cette embouchure étant 
naturellement rude , 6c par conféquent propre 
à reveiller les barres , elle ne peut convenir que 
pour les bouches qui ont perdu leur fenfibilité 
naturelle; 6c principalement pour les Chevaux 
de carofTe , qui ont béfoin d'un mors plus foli- 
de que les Chevaux de felle. 

Des bouches fortes. 
O N entend par bouche forte , celle d'un. 



de Cavalerie. %$ 

Cheval qui tire à la main. Cette dureté pro- 
vient ordinairement , ou de l'épaifleur de la lan- 
gue, des lèvres & des gencives, qui couvrent 
les barres & empêchent l'effet du mors ; ou de ce 
que les barres font trop rondes & trop baffes. 
Quelquefois auffi un Cheval tire à la main par 
trop de fougue 6c d'apréhenfion ; ou faute d'ha- 
leine. Dans ces derniers cas, il faut l'appaifer 
par de bonnes leçons , & lui donner une bride 
convenable à la ftru&ure de fa bouche. 

Mais s'il tire à la main pour avoir la langue 
trop groffe , les lèvres trop épaiffes , ou les bar- 
res trop rondes , il faut lui donner un mors à 
gorge de pigeon , avec liberté de langue : alors 
la langue étant dégagée , & ayant la liberté de 
fe loger dans l'efpace vuide du milieu du ca- 
non, le mors fera fon effet fur les barres. Les 
embouchures à liberté de langue ont encore ce- 
la d'avantageux , qu'elles empêchent la langue 
de paffer par deffus le mors. 

Afin de rendre ces bouches encore plus fen- 
fibles , il ne faut pas que le mors foit trop gros ; 
mais il doit y avoir moins de fer près des fon- 
ceaux , en proportionnant pourtant la groffeur 
de l'embouchure à la fente de la bouche. 

A l'égard de la branche , elle doit être un peu 
courte & hardie , fans pourtant l'être trop ; car 
en voulant trop contraindre un Cheval qui por- 
te haut , au lieu de le ramener, le trop de fujef- 
tion le fait tirer à la main encore davantage. 

Des Bouches péfantes. 

Un Cheval pefe ordinairement à la main , 
quand il aies barres épaiffes , charnues & baffes; 

Eiij 



7ô Ecole 

la langue trop grofle , l'encolure malfaite & 
trop épaiffe , la ganache quarrée & ferrée. Sou- 
vent aufîi un Cheval a la tête pefante par foi- 
blefle naturelle , foit aux pieds , aux reins , ou 
aux hanches ; ce qui fait que ces fortes de Che- 
vaux fe méfiant de leur force , s'apuient incef- 
famment fur le mors , & s'en fervent comme 
d'une cinquième jambe ; en ce cas la bride ne 
remédie point à ces défauts. Il y a fouvent au - 
ii des Chevaux qui pefent à la main par mauvai- 
fe habitude , par ignorance & par parefTe ; .alors 
il faut avoir recours à l'art. 

Si le Cheval pefe à la main pour avoir la langue 
& les lèvres épaiffes , & les barres rondes & 
baffes , il faut lui donner le même mors qu'à 
celui qui tire , c'eft-à-dire, à gorge de pigeon avec 
peu de fer , & dont la liberté foit proportionnée 
à la groiTeur de la langue. Il faut aufîi lui don- 
ner une branche fans jarret , un peu plus har- 
die & loeil un peu plus haut qu'à celui qui ti- 
re à la main , afin d'augmenter la force de la 
gourmette , laquelle ne doit pas être lî grofle 
qu'à l'ordinaire ; parce que ces fortes de Che- 
vaux ont ordinairement la barbe épaiffe, 

Des Bouches trop ou trop peu fendues. 

Nous avons dit ci-defîus que le trop de fer 
à une bouche peu fendue faifoit froncer la lè- 
vre , & qu'un mors trop peu garni de fer alloit 
trop avant dans une bouche trop fendue. Sui- 
vant ce principe , il eft aifé de remédier à ces 
défauts par le fimple afped de la ftruclure de la 
bouche ; mais une attention qu'on doit avoir , 
C*e(l 3 dans ces fortes de bouches, de propor- 



de Cavalerie. 71 

tionner l'oeil à leur fente ; en forte qu'il foit plus 
bas aux bouches trop fendues , & plus haut à 
celles qui le font trop peu ; & cela par une rai- 
fon bien fenfible , qui eft , que Û l'oeil étoit trop 
haut & la fente de la bouche trop grande , la 
gourmette furmonteroit en voulant ramener le 
Cheval : Et (î la fente de la bouche étoit trop 
petite, & l'oeil trop bas , la gourmette defeenderoie 
trop. 

Des Chevaux qui s'arment 

Les bouches les plus difficiles à emboucher ; 
font celles des Chevaux qui s'arment ; parce que 
dans la bride il n'y a nulle a&ion qui pouffe di- 
re&ement le nez d'un Cheval en avant , fon 
effet étant feulement de retenir & de racourcir 
l'action du Cheval. 

Les Chevaux s'arment de deux manières: les 
uns j qui ont l'encolure longue , éfilée , & le col 
trop fonple , courbent l'encolure , baillent le front 
& apuient la branche contre la poitrine , ce qui 
ôte tout effet à l'embouchure. 

Les autres font ceux qui ont l'encolure ren- 
verfée , le goder tendu , & plein de gros muf- 
cles qui empêchent la ganache de fe loger, fur- 
tout fi cette dernière partie eft trop ferrée ; à 
ceux-ci, la branche apuie contre le gofier , & 
empêche l'effet du mors & de la gourmette. 

De quelque façon qu'un Cheval s'arme , il faut 
lui donner un mors plus doux, avec l'œil bas, 
car un mors rude le feroit armer encore davan- 
tage; puifqu'ils ne tombe dans ce défaut que pour 
éviter la fujetion du mors. 

Les branches à la Houfarde , dont nous avons 

E iiij 



72 Ecole 

parlé ci-devant, avec le mors ajufté aux parties 
intérieures de la bouche , réufliiTent affez bien aux 
Chevaux qui s'arment en apuyant la branche con- 
tre le gofier; & lebridon efb bon pour défarmer 
ceux qui s'encapuchonnent. 

A l'égard de la gourmette , elle doit être grof- 
fe aux Chevaux qui ont la barbe maigre , éle- 
vée & trop fenfible , afin de ne pas eftropier cet- 
te partie ; & moins grofîe aux barbes charnues 
& garnies de poil , afin de réveiller le fentiment 
dans cet endroit. 

Il faut à toutes fortes de gourmettes , que YS 
& le crochet foient bien faits , c'eft-à-dire , qu'ils 
doivent être courbés , pour accompagner & fui- 
vre la rondeur de la lèvre , & defeendre jufqu'au 
coude de la branche , autrement il pinceroient 
la lèvre , & offenferoient cette partie. 

Une autre attention abfolument néceflaire , 
c'eft de fçavoir placer la gourmette fur fon plat 
afin qu'elle n'eftropie point la barbe. De trois 
côtés qui fe trouvent à une gourmette , il y en 
a. deux , dont les mailles qui forment la chaine , 
font fendues ; & le troifiéme où elles ne le font 
point. Si c'eft le côté qui n'eft point fendu , qui 
paroît à l'extérieur , lorfque la gourmette eft pla- 
cée , alors elle eft fur fon plat. 

Lorfque la barbe d'un Cheval eft trop fenfi- 
ble , on met à la gourmette un feutre , qui eft 
un morceau de vieux chapeau , ou de cuir lar- 
ge de deux pouces , de la longeur de la gour- 
mette , fendu aux deux extrémités , afin de pou- 
voir pafler la gourmette dedans , en forte qu'il 
foit placé entre la barbe & la gourmette , ce qui 
foulage cette partie , & ôte la dureté de la gour- 
mette. 



F<iqc 7J 



Pince Les différentes Pinc& 
efpece s ^ 




Liurumciis pour la Ferrure 




de Cavalerie. 7j 

Il ne fuffit pas defçavoir emboucher toutes for- 
tes de Chevaux , par rapport à leurs différentes 
bouches. La meilleure de toutes les brides, fans 
une bonne main , & fans beaucoup de pruden- 
ce dans le Cavalier, feroit inutile. s 

C'eft par Fart qui renferme les bonnes le- 
çons , fagement pratiquées , & fécondées d'une 
bride qui n'offenfe point la bouche d'un Cheval 
que l'on parvient à le dreffer. 

CHAPITRE Y IL 

De la Ferrure. 

A Ferrure eft de toutes les parties qui 
regardent la connoilfance du Cheval 
une des plus utiles , & qui mérite le 
plus d'attention ; puifqu'on voit tous les 
jours plufieurs braves Chevaux périr parles pieds 
qui font le fondement de tout l'édifice , pour 
avoir été mal ferrés , & faute de fçavoir y ap- 
porter remède. 

Pour bien ordonner la Ferrure , il faut con- 
noître les inftrumens qu'on employé pour cet 
ufage ; les termes dont fe fervent les Maréchaux ; 
les noms des parties du fer , & leur différence par 
rapport aux différens pieds ; ce que nous allons 
traiter dans les Articles fuivans. 



4 




7i Ecole 

ARTICLE PREMIER; 

Z)es Jnjlrumens dont on fe fert pour ferrer un 
Cheval ; des termes ufités parmi les Ma- 
réchaux ; des noms des pâmes du Fer & de 
leur différence. 

LEs principaux Inflrumens dont on fe fert 
pour ferrer un Cheval , font le Brochoir , le 
Boutoir, la Triquoife , le Rogne-pied , la Râpe Ôc 
le Repoufloir. 

Brochoir, eftle marteau dont fe fervent 
les Maréchaux pour attacher les clous au pied du 
Cheval. 

Boutoir, efl: un inftrument d'acier , gar- 
ni d'un manche de bois , avec lequel on pare le 
pied. 

TRiQ_uoisE,eft une tenaille qui fert à cou- 
per les clous avant que de les river ; & à ôter le 
fer. 

Rogne-pied, efl un morceau d'acier, long 
environ d'un demi pied , tranchant d'un côté , 
avec un dos de l'autre ; lequel fert à couper la 
corne qui paffe au delà du fer quand il efl: broché, 
& à couper , avant que de river les clous , le peu 
de corne qu'ils ont fait éclater. 

R A p e, efl: une efpece de lime , longue envi- 
ron d'un pied , garnie d'un manche de bois ; la- 
quelle fert à unir le pied & les rivets , quand le 
Cheval efl: ferré. 

Repoussoir, efl: une efpece de gros clou, 
dont on fe fert pour chaiTer & faire fortir les clous 
du pied du Cheval , lorfqu'on veut le déferrer. 

Les termes les plus ufités qui regardent la ma- 



de Cavalerie. 75: 

nïere de ferrer , font , Forger , Brocher , Parer , 
Percer maigre, Percer gras , Etamper, Encloiïer, 
Couder. 

Forger, c'eft ajufter un fer fur l'enclume. 

Brocher, c'eft attacher les clous au pied a- 
vec le brochoir. 

Parer, c'eft couper la corne & la foie avec 
le boutoir. 

Percer maigre, c'eft lorfque les trous du 
fer font percés près du bord du fer en dehors. 

Percer gras, c'eft lorfque les trous du fer 
font percés près du bord de dedans. 

Etamper, c'eft la même chofe que percer ; 
ainfi on dit également etamper maigre , etamper 
gras ; au lieu de percer maigre , percer gras. 

Enclouer un Cheval ; c eft lorfque les 
clous rencontrent le vif, qui eft la chair dont le 
petit pied eft entouré , entre la foie & le fabot : ou 
bien lorfqu'un clou ferre la veine qui entoure le 
petit pied. 

Couder, c'eft lorfqu'en brochant un clou , 
il fe plie , ou fe coude. 

Le Fer d'un Cheval , eft une pièce de fer , 
plate , tournée en rond du coté de la pince ; com- 
pofée de deux branches , d'une pince , de deux 
éponges , & quelquefois d'un ou de deux cram- 
pons. 

Les Branches, font les deux côtés du fer. 

La Pince, eft la partie arondie du devant 
du fer. 

L' E p o n g e , eft le bout de chaque branche 
près du talon. 

C r a m p o n , eft le retour du fer en deffbus , à 
l'endroit des éponges. 



J$ Ecole 

Il faut remarquer que les fers des pieds de de- 
vant font différens de ceux de derrière ; en ce que 
les premiers font percés à la pince , & non auprès 
du talon ; & que ceux de derrière le font au ta- 
lon , & non à la pince ; parce que les pieds de de- 
vant ont plus de corne à la pince qu'au talon; 
& ceux de derrière en ont plus au talon qu'à la 
pince. 

Il y a quatre fortes de fers en ufage; fçavoir, le 
fer ordinaire , le fer à pantoufle , le fer à demi- 
pantoufle , & le fer à lunette. 

Il y en a encore un cinquième qu'on appelle , 
Fer à tous pieds , qui fe plie au milieu de la pince , 
s'élargit & fe ferre félon la forme du pied. On 
s'en fert en voyage , quand un Cheval a perdu 
fon fer. 

Le Fer ordinaire, eft également plat 
partout, & accompagne la rondeur d'un pied 
bien fait. 

Le Fer a Pantoufle, eft celui qui a la 
dedans de l'éponge plus épais de beaucoup que 
le dehors ; enforte que la partie qui s'applique 
contre la corne va en talus. 

Demi-Pantoufle, eft l'éponge du fer 
un peu tournée en talus , & un peu plus épaifle 
du côté de dedans , mais pas tant que le fer à 
pantoufle , enforte qu'il paroît voûté en dedans* 

Le Fer a Lunette, eft celui dont les 
éponges font coupées jufqu'au premier trou. 

Nous dirons l'ufage de ces fers en parlant dec 
différens pieds* 



I 



de Cavalerie. 77 

ARTICLE IL 

Des Règles pour bien ferrer. 

L y a quatre Règles principales qui fervent 
de méthode pour ferrer les Chevaux qui ont 
de bons pieds ; fçavoir , 

Pince devant , talon derrière. 
N'ouvrir jamais les talons. 
Employer les clous les plus delie's de 

LAME. 

Faire les Fers les plus légers selon 

le pied et la taille du cheval. 
Selon la première de ces Règles , qui eft , pin- 
ce devant , talon derrière , il faut brocher les 
clous à la pince des pieds de devant , Se non au 
talon , pour ne point enciouer un Cheval ; parce 
que le talon des pieds de devant , eft plus foible 
que la pince , y ayant peu de corne : Et au con- 
traire , il faut brocher au talon des pieds de der- 
rière , & non à la pince , parce que la pince eft 
plus foible. 

La féconde Règle , qui eft de n'ouvrir jamais 
les talons, lignifie qu'il ne faut ni trop cou- 
per , ni creufer le dedans du pied du côté des 
talons en parant : celafépareroit les quartiers d'a- 
vec le talon , & par conféquent affameroit & rui- 
neroit le pied , qui au lieu de s'élargir , fe ferre- 
roit & s'étréciroit davantage ; parce que les talons 
étant creufés , les quartiers fe rapprochent nécef- 
Curement , ferrent & preflent le petit pied. 

La troifiéme Régie eft d'employer les clous 
les plus déliés de lame; parce que les clous 
trop épais, faifant un grand trou, foit enbro» 



7$ Ecole 

chant, foit en rivant, font éclater la corne; êc 
avec cela les gros clous font plus fujets à en- 
clouer , que les autres , furtout aux pieds où il 
y a peu de corne. 

Aux fers des Chevaux de carofTe, on employé 
des clous plus gros ; à caufe de la forme du 
pied , qui doit être naturellement plus groffe ; mais 
ils doivent toujours être déliés de lame , à pro- 
portion de la grandeur & de l'épaiffeur du fer. 

La quatrième Régie , c'eft d'employer les fers 
les plus légers , félon le pied & la taille du Che- 
val ; parce que les fers trop pefans foulent les 
nerfs , laiïent & fatiguent le Cheval , & font fu- 
jets à fe détacher (Se à fe perdre par le moindre 
heurt ou la moindre pierre qu'un Cheval ren- 
contre. 

Outre ces quatre Règles générales , il y en a 
encore de particulières , & auiîi effentielles à 
ob fer ver. 

i°. Il faut que le fer accompagne la rondeur 
du pied jufqu'auprès du talon , afin que le Che- 
val marche plus à fon aife , & que les éponges 
ne débordent guéres au talon ; ce qui l'empêchera 
de forger en marchant , ôc de fe déferrer. 

2°. Le fer doit porter juftement fur la corne ; 
car s'il portoit fur la foie , qui eft une corne plus 
tendre , il feroit boiter le Cheval. C'eft auilï pour 
cette raifon , qu'il ne faut pas qu'il foit bordé par 
dedans , ni étampé trop gras , c'eft-à-dire , les clous 
percés trop en dedans. 

3°. Il ne faut pas que les clous foient brochés 
plus haut les uns que les autres , mais également 
en rond, de peur que quelque clou étant trop é- 
levé, ne ferre la veine qui entoure le petit-pied. 



de Cavalerie. 7^ 

4°. Quand les clous font brochés , il faut bien 
les river , afin que le Cheval ne fe coupe pas ; 
ce qui arrive aux chevaux vieux ferrés , aufquels 
les clous s'enfoncent dans le fer à mefure qu'il 
s'ufe ; ce qui fait fortir les rivets. 

^ °. Enfin quand le Cheval eft ferré , il faut 
râper le pied tout au tour, afin de l'unir & de lui 
donner une forme ronde & égale, & d émoufler 
Ïqs pointes des rivets qui pourraient déborder. 

Il eft à remarquer qu'il y a des Chevaux qui 
ont les pieds fi durs & fi fecs , qu'on ne peut bro- 
cher un cloud fans qu'il coude. 11 faut avant 
que de les ferrer , leur tenir les pieds de devant 
dans la fiente mouillée , environ une demie jour- 
née , pour leur attendrir la corne. On doit bien 
fe donner de garde de foufFrir qu'on leur brûle 
les pieds avec un fer chaud, comme font la plu- 
part des Maréchaux , afin qu'ils foient plus ai- 
tes à parer. Cette méthode ne vaut rien : par-là 
on defieche le pied , on l'affame , & on en ôte 
la fubftance ; mais comme pour les Chevaux 
de carofïe on eft obi gé de mettre un pinçon à 
la pince du fer , lequel pinçon eft un retour du 
du fer qui entre dans la pince du pied, pour en- 
tretenir le fer droit , & l'empêcher de fe jetterou 
en dedans ou en dehors ; ce qui feroit que le 
Cheval fe couperoit ou fe déferreroit : dans cette 
occafion on ne peut pas fe difpenfef de faire 
chauffer ce pinçon , afin qu'il puiffe s'enfoncer 
dans la corne ; mais tout le refte du fer doit être 
froid. 

Les Règles ci-deffus font pour les Chevaux 
qui ont bon pied. 11 faut préfentement exami- 
ner la ferrure qui convient à ceux qui ont les 



$0 E C (3 L E 

pieds défe&ueux , qui font , les talons bas , îeS 
pieds plats , les pieds combles , les pieds enca- 
ftelés;ceux qui font droits fur membres, bou- 
letés ; ceux qui ont les jambes arquées ; ceux 
qui font rampins ; ceux qui bronchent , qui fe 
coupent en marchant ; & enfin ceux qui ont 
été forbus , ou qui ont eu un étonnement de 
fabot. 

Des Talons bas. 

I l y a deux fortes de talons bas : quelques 
Chevaux ont le talon bas & la fourchette graffe ; 
d'autres ont le talon bas & ferré. 

Les talons bas & la fourchette graffe, font de 
très-mauvais pieds : on a coutume pour fuppléer 
â ce défaut , d'épaiffir le fer à l'endroit des épon- 
ges ; mais cela ne dure qu'autant qu'il eft neuf: 
c'en 1 pourquoi il faut néceffairement mettre à ces 
fortes de Chevaux des crampons pour empêcher 
le talon & la fourchette de porter à terre ; & afin 
que la nourriture fe jette du côté du talon , il ne 
faut prefque point creufer dans les quartiers , mais 
parer la fourchette plate ; par ce moyen le talon 
le fortifiera : il faut aufft à chaque ferrure cou- 
per un peu de la pince ôc percer le fer maigre en 
pince, de peur d'enclouer. 

A l'égard de ceux qui ont le talon bas & fer- 
ré , il faut leur donner un fer à pantoufle , avec 
l'éponge droite ôc épaiffe en dedans pour élargir 
ôc faire pouffer le talon en dehors , à mefure 
qu'il croîtra ; ne point creufer les talons ; Ôc ro- 
gner la pince à chaque ferrure. Comme ces for- 
tes de fers ne manqueront pas de caufer quel- 
que douleur aux pieds les premiers jours , il faut 

les 



& ë Cavalerie. 8 1 
les tenir dans la fiente mouillée pour adoucir la 
corne & la faire pouffer. 

Des Pieds plats. 

Les pieds plats , font ceux dont les quartiers 
s'élargiffent trop en dehors , ce qui fait que la 
fourchette porte ordinairement à terre & fait 
boiter le Cheval. C'eft un défaut considérable, 
furtout aux jeunes Chevaux ; parce que les quar- 
tiers s'élargiffent de plus en plus , à moins qu'on 
n'y apporte remède de bonne heure. 

La manière de ferrer qui convient le mieux à 
ces fortes de Chevaux , c'eft de leur mettre des 
fers dont les branches & la pince foient plus droi- 
tes que la forme des quartiers Se de la pince du 
pied , & de les percer maigre. Chaque fois qu'on 
les ferre, on ôte avec le rogne-pied, ce qui dé- 
borde de la pince & des quartiers. Comme par 
cette ferrure il eft impoiïible que le fer ne porte 
un peu fur la foie , il faut après que le Cheval a 
été ferré, lui mettre dans le pied un reftraintif, 
comme il eft dit dans la troifiéme Partie, Se ne 
pas le faire travailler de quelques jours, afin qu'il 
s'accoutume à cette ferrure. 

Si le pied pouffe trop vers la foie Se fe refferre 
du côté des talons , il faut fe fervir du fer à pan- 
toufle , afin de les élargir , d'empêcher la foie de 
trop pouffer , Se de faire paffer la nourriture du 
côté du talon : Se il ne faut point dans cette oç- 
cafion que les branches du fer foient droites. 

Des Pieds combles. 

L e pied comble eft celui qui a la foie plus 
haute que la corne, les uns plus, les autres moins.. 



$2 Ecole 

Ce défaut , qui eft ordinaire aux Chevaux éle- 
vés dans les pays marécageux , vient de ce que 
la nourriture pouffe trop à la pince & à la foie , 
au lieu de patTer au talon : c'eft auiïi pour cela 
que prefque tous les pieds combles , quoiqu'ils 
s'élargiffent du côté des quartiers , fe ferrent au 
talon , qui fe trouve privé de nourriture. 

Suivant la ftrufture de ces pieds , il eft aifé 
de voir qu'il faut leur donner des fers à pantou- 
fle avec les éponges étroites &épaiifes en dedans, 
afin d'ouvrir les talons, & de contraindre la nour- 
riture , fuperfluë à la pince & à la folle , de paf- 
fer au talon. Il faut auflî pour la même raifon, 
racourcirà chaque ferrure la pince du fer , & per- 
cer maigre en pince. 

Il y a quelques Maréchaux quife fervent de fers 
voûtés pour ces fortes de pieds. Cette méthode 
ne vaut rien : car bien loin defoulager les pieds, 
On les ruine par la fuite , parce que le pied prenant 
la forme du fer, la nourriture pouffe toujours à la 
ible ; ce qui rend le pied comble & difforme de 
plus en plus , & empêche le Cheval de marcher 
Jurement , n'appuyant que fur le milieu du fer. 
Il y a pourtant des pieds aufquels la foie furmon- 
te plus dans un endroit que dans l'autre , ce que 
les Maréchaux appellent Ognons. Pour fe fervir 
4e ces Chevaux , on eft obligé néceffairement 
de voûter le fer. 

Il y en a qui font barer les veines dans les pâ- 
turons , pour arrêter en haut la nourriture qui va 
à. la foie ; ce qui réuffit quelquefois : mais pour 
les Chevaux qui ont les pieds fi combles, qu'on 
ne peut les rétablir par cette méthode , il faut 
hs envoyer à la charuë , dans un pays dont le 



de Cavalerie. 83 

terrain foit doux : ils pourront peut-être fe réta- 
blir , en obfervant la méthode de les ferrer com- 
me il a été dit cy-deffus. 

Des pieds encajîelés. 

On appelle Cheval encaftelé, comme nous 
l'avons déjà dit , celui dont les talons font fi fer- 
rés , & preffent fi fort le petit-pied , qu'ils l'em- 
pêchent de marcher à fon aife , & le font fou- 
vent boiter. 11 n'y a guéres que les Chevaux de 
légère taille & élevés dans les pays fecs , qui 
foient fujets à l'encaflelure. La caufe de ce mal 
vient de la mauvaife forme du pied , qui au lieu 
d'avoir la rondeur ordinaire jufqu'auprès des ta- 
lons , fe ferre & s'étrécit dans cet endroit. Les 
pieds trop longs , fecs, & privés d'humeur, font 
pour la plupart encaftelés. Une ferrure mal or- 
donnée caufe fouvent aufli cet accident. Com- 
me les Chevaux encaftelés marchent ordinaire- 
ment de la pince , pour éviter la douleur du ta- 
lon, cette démarche leur racourcit le nerf, & 
leur rend par la fuite les jambes arquées. Pour 
prévenir & corriger ce mal , il faut en parant les 
pieds , abattre les talons plats , fans creufer les 
quartiers; il faut auffi parer la fourchette plate, 
& laifler la foie forte au talon : car , comme on. 
l'a déjà dit , en creufant les quartiers , on afFoî- 
blit les talons & l'on ôte la force du pied ; enforte 
que les quartiers venant naturellement à fe rapro- 
cher pour remplir le vuide , ils preffent nécefïai- 
rement le petit-pied , & caufent de la douleur 
dans cette partie , ce qui fait boiter le Cheval. 

Après avoir ainfi paré le pied , il faut le ferrer 
à pantoufle , ( le propre de cette ferrure étant d'e% 

Fij 



t$ Ecole 

largir les talons ) parce que le dedans de l'éponge 
étant de beaucoup plus épais que le dehors , 
la corne eft obligée de pouffer en dehors ; & 
en renouvellant plufieurs fois cette forte de fer- 
rure , le talon s'élargit , & cette partie prend.de 
la force. Il faut que le dedans de l'éponge foit 
trois fois plus épais que le dehors , & qu'elle foit 
étroite , afin que la partie de dedans porte peu 
fur la foie. 

Comme les Chevaux encaflelés ont ordinai- 
rement le pied fec , il faut avant de les ferrer , 
leur tenir les pieds dans de la fiente mouillée , 
environ l'efpace d'une demi-journée ; l'humidi- 
té leur attendrit la corne , la rend plus aifée à 
parer , & prépare le talon à s'élargir plus facile- 
ment. J'ai vu beaucoup de Chevaux guérir de 
l'encaflelure par ce moyen. Il faut aufti de deux 
jours l'un graiifer les talons & le tour de la cou- 
ronne avec l'onguent de pied décrit dans la troi- 
fiéme Partie. 

Lorfqu'on eft obligé de faire voyage avec un 
Cheval encaftelé , il ne faut pas lui abattre les 
talons , comme il eft expliqué ci-deffus ; car on 
doit lui conferver cette partie dans fa force , afin 
qu'il puiffe fournir la route; mais après le voya- 
ge, il faut reprendre la méthode ci-deffus. 

Quand un Cheval eft abfolument fi encaftelé 
que la ferrure feule ne peut y remédier , parce 
qu'il aura été négligé ou mal ferré , le remède 
eft de le deffoler fuivant la manière expliquée 
au Traité des Opérations. 

Lorfqu'on s'apperçoit qu'un talon veut fe fer- 
rer , il faut le ferrer à demi-pantoufle , dont l'é- 
ponge du fer eft un peu tournée en talus du 



deCavalerie. 8$" 

côté de dehors , & un peu plus épaiffe du côté 
de dedans; de façon pourtant que le dedans des 
éponges ne porte pas tout-à-fait fur la foie. Il 
faut avec cela obferver la même manière de le 
parer , comme pour les pieds tout-à-fait encafte- 
îés ; c'eft-à-dire , ne point creufer dans les quar- 
tiers , parer la fourchette plate , racourcir le pied 
à la pince à chaque ferrure , & percer maigre en 
pince. 

Les Chevaux qui ont des feymes ( accident 
qui provient ordinairement de féchereffe & de 
talons ferrés ) doivent aufft être ferrés à demi- 
pantoufle, pour les raiions que nous avons dites 
ci-deffus ; & fi les talons continuent de fe ferrer , 
il faut leur donner un fer à pantoufle. 

Des Chevaux droits fur membres y boulet es > qui 
ont les jambes arquées y & qui font 
rampins. 

La manière de ferrer les Chevaux qui font 
droits fur membres, qui ont les jambes arquées 
& qui font rampins ; c'eft de leur abattre les ta- 
lons fort bas, fans pourtant creufer les quartiers; 
cela leur fait bailler le boulet, & contraint le nerf 
de s'étendre. 11 faut aufîi que le fer déborde à 
la pince environ d'un demi-doigt, & qu'il foit plus 
épais en cet endroit ; parce que ces Chevaux 
ufent plus le fer en pince qu'ailleurs. 

Quand le Cheval e(t tout-à-fait bouleté , c'eft- 
à-dire , que l'os du boulet fe pouffe fi fort en a- 
vant , qu'ils paroît fortir de fa place , il faut lui 
abattre le talon jufqu'au vif; faire déborder le fer 
de deux doits à la pince ; lui grailler le nerf de 

F iij 



8(5 Ecole 

la jambe avec l'onguent décrit dans la troifîéme 
Partie : le promener tous les jours au petit pas 
fur un terrein doux jufqu'à ce que le boulet ait 
repris fa place. C'eft la feule manière de ferrer 
ces fortes de pieds , mais elle réiiffit rarement , 
s'ils ont été négligés. 

Il y a beaucoup de perfonnes qui font éner- 
ver un Cheval aux ars , lorfqu'il eft bouleté , ou 
qu'il a les jambes arquées : cette méthode eft fort 
bonne , on en trouvera l'explication dans le Traité 
des Opérations. , 

Des Chevaux qui bronchent , & de ceux qui fi 
coupent. 

Lorsqu'un Cheval eft fujet à broncher, on a 
coutume de lui abattre la pince du pied & de 
racourcir le fer en pince , afin qu'il ne rencontre 
pas fi facilement les pierres : mais ce défaut , qui 
eft ordinaire aux Chevaux qui font foibles 
du devant , ou qui ont les jambes ufées , fe ra- 
commode rarement par la ferrure. 

A l'égard des Chevaux qui fe coupent en mar- 
chant , cela arrive aux uns , parce qu'il n'ont pas 
l'habitude de marcher, en forte que portant mal 
leurs jambes , ils s'atrapent avec le fer; d'autres, 
par foibleffe de reins, traînent les jambes au lieu 
de les lever & de les porter droit : fouvent auf- 
fi la mauvaife ferrure caufe ce défordre, foit 
parce que le fer déborde ou que les rivets font 
trop long : d'autres , enfin , par ialîitude après un 
long travail : le repos eft le feul remède pour 
ces derniers. 

C'eft l'ufage aux Chevaux qui fe coupent du 



de Cavalerie. 87 

devant , de leur abattre le quartier de dehors de 
chaque pied ; on ferre aufli l'éponge de dedans 
Se on la coupe courte & au niveau du talon : 
Il faut avec cela river les clous de façon que 
les rivets entrent dans la corne & qu'ils ne débor- 
dent pas. Aux jambes de derrière on obferve la 
même chofe , & l'on met un petit crampon en- 
dedans , fans qu'il déborde; le Cheval en mar- 
che plus ouvert Se plus à fon aife. Voilà la feu- 
le façon de ferrer ces fortes de Chevaux ; mais 
fi c'eft par mauvaife habitude, par foibleife , ou 
par laultude qu'un Cheval fe coupe, la ferrure 
feule ne leur ôte point ce défaut. 

Il y a certains Chevaux, qui fans fe couper 
portent fi mal leurs pieds en marchant , qu'ils u- 
fent tous leurs fers en dehors : il faut leur met- 
tre un crampon en dehors. 

A l'égard des Chevaux forbus, ou qui ont eu 
un grand étonnement de fabot , il ne faut pas 
leur parer ni abattre la pince , afin de conferver 
dans fa force la foie , qui dans ces accidens pouf- 
fe & s'abaifïe du côté de la pince Se vers le mi- 
lieu du fabot ; mais avec toutes les précautions 
qu'on peut aporter, lorfque la forbure elt tom- 
bée fur la foie , on ne rétablit que très-difficile- 
ment ces fortes de pieds par la ferrure. 

Il nous refte à dire un mot de l'ufage des cram- 
pons , qu'on met en Allemagne à prefque tous 
les Chevaux, même à ceux de manège. Les per- 
fonnes qui font pour les crampons, difent qu'il 
tiennent un Cheval plus ferme Se plus afluré fur 
fon derrière, qu'ils l'empêchent de gifler Se de 
tomber fur le cul , ce qui pourroit lui caufertm. 
effort de reins. Ceux au contraire qui ne les ad- 

F iiij 



88 Ecole 

mettent point , difent qu'ils ruinent & foulent les 
nerfs, caufent des feyrnes , rendent les Chevaux 
droits fur jambes , bouletés & rampins, leur font 
devenir les jambes arquées, parce qu'ils font ra- 
courcir le nerf. Quoique ces dernières raifons 
foient non-feulement plaufibles , mais vraies ; je 
crois cependant qu'il y a des occafions , où les 
crampons font néceffaires ; Iorfque , par exemple , 
on eft obligé de marcher fur un terrein gliflant , fur 
le pavé , fur la glace ; parce qu'alors la confer- 
vation du Cavalier eft préférable à celle des jam- 
bes du Cheval. 

CHAPITRE VIIL 

De la Selle. 

Ne felle mal ordonnée caufe fouvent 
des blefïures fi longues & fi dangereufes 
à un Cheval, qu'il eft absolument né- 
ceffaire qu'un Cavalier en connoiife tou- 
tes les parties , afin de pouvoir la faire confirai- 
re de manière qu'elle ne caufe point d'accident; 
Se de fçavoir aporter remède à ceux qui arrivent 
quelquefois malgré ks précautions qu'on a prifes. 
La connoifîance des différentes fortes de felles 
& de leur ufage ne lui eft pas moins néceflai- 

ARTICLE PREMIER 

Des parties de la Selle. 

À felle eft compofée des arçons, des ban- 
des , des bâtes , du pommeau , du garot ou. 




T. x. pw . 88 




jyheuUaivd Sculp 



de Cavalerie. 8p 

de l'arcade , du fiége , des panneaux , des quar- 
tiers & de contre-fanglots. 

Les apartenances de la felle , font le poitrail , 
les fangles, le furfaix, les porte-étriers , & la 
croupière. 

Des arçons. 

Les arçons font deux pièces de bois de 
hêtre, tournées en rond pour embraiTer le dos 
du Cheval, donner la forme à une felle, & 
la tenir en état. Il y a l'arçon de devant & celui 
de derrière. 

L'arçon de devant eft compofé du garot ou de 
l'arcade , des lièges , des mammelles & des 
pointes. 

Le Garot ou l'arcade , eft la partie de 
l'arçon de devant qui eft au deffus du garot 
du Cheval. 

Le Pommeau eft attaché au haut du ga- 
rot. 

Les Mammelles, font les parties de cha- 
que côté de l'arçon qui s'appliquent au défaut 
des épaules, au deffous du garot du Cheval 3 
dans l'endroit où finit l'arcade de l'arçon. 

Les Pointes, font les extrémités de cha- 
que côté des arçons , tant de devant que de 
derrière. 

Les Lie'ges, font des morceaux de bois 
plats & élevés au deffus de chaque arçon de de- 
vant , fur lefquels on chauffe les bâtes. 

L'arçon de derrière eft différent de celui de 
devant , en ce qu'il eft d'une tournure plus large 
& plus ronde. 11 y a fur la partie fupérieure une 
pièce de bois élevée qui accompagne la ron- 



$o Ecole 

deur du haut de l'arçon , qu'on appelle Trouf- 
fequin , & qui fert à aiïurer les bâtes de der- 
rière. 

Pour rendre les arçons plus forts & plus du- 
rables , on les nerve avec des nerfs de beuf battus 
& réduits en filaffe , que l'on cole tout au tour 
àes arçons , & furtout dans les jointures y avec 
de la cole d'Angleterre. Lorfqu'ils font fecs , on 
cloue en dedans de chaque arçon , jufqu'au bout 
des pointes , une bande de fer de tôle : on en met 
auiîi une petite derrière le pommeau pour tenir 6c 
affembler les deux lièges ; & deux autres à l'arçon 
de derrière pour tenir letroulfequin. Lorfque les 
arçons font ferrés, on les entoure d'une toile neu- 
ve trempée dans la cole d'Angleterre. 

Des Bandes. 

Les bandes font deux pièces de bois, plates 
& larges d'envion trois doigts , qui font clouées 
& attachées à chaque côté des arçons , pour te- 
nir & arrêter l'arçon de devant avec celui de der- 
rière : ces bandes doivent porter également le 
long du dos du Cheval , au défions de l'épine , 
afin d'empêcher l'arçon de devant de porter fur 
le garot , & celui de derrière fur les rognons. 

Les bandes fe faifoient autrefois de fer , com- 
me on le pratique encore en Province ; mais elles 
fe plient & bleltent le Cheval , foit par le poids 
du Cavalîier , ou par quelqu'autre accident ; ce 
qui n'arrive point aux bandes de bois , à moins 
qu'elles ne fe caffent. Il eii aifé de s'en apperce- 
voir. 



de Cavalerie. 91 

Des Bâtes. 

On appelle Bâtes, les parties qui font élevées 
au defius de chaque arçon , c'eft-à-dire, fur les liè- 
ges de l'arçon de devant , & fur le trouffequin 
de celui de derrière. Les bâtes fervent à tenir un 
Cavalier plus ferme dans la felle : Elles font beau- 
coup plus élevées aux felles à piquer qu'aux 
felles à la royale ; Se autrefois on les faifoit 
beaucoup plus élevées qu'elles ne le font à 
préfent. 

Des Panneaux. 

Les panneaux, font deux couiTinets de toi- 
le , remplis de boure , placés & attachés au def- 
fous de la felle pour la tenir un peu élevée au 
deffus du corps du Cheval, afin que les arçons ôc 
les bandes ne touchent pas au garot , au rognons 
ou fur les côtes. 

Du Siège. 

Le fiége eft l'endroit du haut de la felle où le 
Cavalier eft aiïis. Autrefois le fiége étoit fort rem- 
bouré & creux dans le milieu : on le remboure 
peu préfentement & on le fait uni ; parce qu'on 
s'eft apperçu que les fiéges trop rembourés & 
enfoncés dans le milieu , échauffoient Se écor- 
choient les feffes du Cavalier. 

Des Quartiers. 

Les quartiers, font des pièces de cuir qui en- 
tourent les deux côtés de la felle, Se empêchent 
la genouilliere de la bote de porter contre le 
ventre du Cheval ; c'eft pour cela qu'on les fait 



$2 Ecole 

affés larges ; car lorfqu'ils font trop étroits , Se 
qu'ils ne defeendent pas affés bas , ils fe retrouf- 
fent par le mouvement du Cheval , & font plier 
& baifler la genouilliere ; ce qui incommode le 
Cavalier , & fou vent lui écorche les jarrets & les 
genoux en appuyant contre la pointe des arçons 
de devant. 

Des Contre- fanglots. 

O n appelle contre-fanglots de petites cou- 
roies , qui font clouées & attachées ferme aux ar- 
çons de devant & de derrière , & qui fervent à 
attacher les fangles. On en met deux à chaque cô- 
té des arçons. On les fait du meilleur cuir qu'on 
puiffe trouver , c'eft-à-dire , de cuir de Hongrie , 
de peur qu'ils ne fe caffent. 

A l'égard des fangles , & du furfaix , du poi- 
trail , de la croupière , des boucles & des ardil- 
lons ; ce font des parties lî connus , que la défi- 
nition en feroit fuperflue. 

ARTICLE IL 

Des différentes [elles > & de leur ufage. 
N fe fert communément de quatre fortes de 



O 



felles , qui font , la felle à piquer , la felle à 
la royale , la felle angioife , & la felle rafe. 

La felle à piquer , eft celle dont on fe fert pour le 
manège & pour dreifer les jeunes Chevaux. Elle 
diffère des autres felles , en ce que les bâtes de de- 
vant & de derrière font fort élevées au denus 
des arçons , afin de tenir les cuiffes du Cavalier 
plus fermes: leur hauteur doit être d'environ 
quatre pouces. 



deCavalérie. pf 

La felle à la royale , qui eft la plus en ufage , 
foit pour la guerre, foit pour la campagne , a les 
bâtes moins élevées que la felle à piquer , elles 
ne le doivent être que de deux pouces & demi. 
11 eft à remarquer que depuis quelques années , 
on ne met plus de pommeau à cette forte de 
felle , à caufe des accidens auxquels le Cavalier 
étoit expofé en cas de chute , ou lorfque le Che- 
val fe renverfe. 

La felle angloife & la felle rafe , font celles 
dont on fe fert pour la chafle. La première n'a 
point de bâtes , ni devant ni derrière ; & la fel- 
le rafe n'a des bâtes que devant, élevées feu- 
lement de deux pouces. La felle angloife eft fui- 
vant fa ftrucîure la plus légère ; mais auffi un 
Cavalier n'a pas le même avantage que fur les 
autres. 

Il y a deux qualités à obferver dans une felle 
pour qu'elle foit bonne & bien faite , fçavoir , 
d'être jufte au cheval & commode au Cavalier. 

Pour être jufte au Cheval , il faut d'abord , 
qu'elle foit bien placée ; c'eft-à-dire , au mi- 
lieu du corps ; enforte que -l'arçon de devant 
foit au défaut des épaules , & que la felle por- 
te également partout , fans toucher , ni fur le 
garot , ni fur l'épine du dos , ni fur les rognons : 
il faut pour cela que l'arçon de devant & celui 
de derrière prennent le même tour que les cô- 
tes ; car fi l'arçon de devant eft trop étroit de 
pointes, il fera vuide aux mammelles , & bleiïe- 
ra le Cheval à l'endroit des pointes : lî au con- 
traire , l'arçon eft trop large de pointes , il blef- 
fera aux mammelles ; & lorfqu'une felle eft trop 
large d'arçons , elle bielle au garot , fur le dos , 



5>4 Ecole 

ou fur les rognons ; c'eft-à-dire , dans l'endroit où 
elle le preiïera trop. 

Non-feulement les arçons doivent être bien- 
faits & proportionnés au corps du Cheval ; mais 
il faut encore que les panneaux foient allés & éga- 
lement rembourés , pour empêcher la felle de 
porter dans aucun endroit. La boure de crin ou 
de poil de cerf., s'endurcit moins à la fueur , 
que celle de bœuf. La toile des panneaux doit 
aufii pour cette raifon , être déliée & fine ; par- 
ce que la grofie toile prend trop de fueur , & par 
conféquent s'endurcit bientôt. 

Lorfqu'on veut conferver les Chevaux qui 
liient beaucoup , Se qui par conféquent fe foulent 
aifément , on fait ajufter Se coudre fous les pan- 
neaux une peau de Chevreuil ou de Biche , en- 
forte que le poil foit contre le poil du Cheval : 
l'ufage de cette peau eft excellent. 

Afin qu'une felle foit commode au Cavalier , 
ii faut qu'elle foit près du Cheval; c'en 1 - à-dire, 
qu'il y ait peu d'épaifleur entre les cuifles du 
Cavalier Se le corps du Cheval : que le liège ne 
ne foit pas plus élevé du devant que du der- 
rière ; que les bandes foient moins larges Se plus 
près l'une de l'autre au haut de l'arçon de de- 
vant qu'à celui de derrière ; parce que fi elles 
defeendoient trop bas ; en ferrant les cuifTes , 
on rencontrerait les bandes : il faut encore 
qu'une kllc foit plus ou moins longue fur ban- 
des, à proportion de la grofteur du ventre Se 
des cuiiîes du Cavalier , Se de la longueur du 
corps du Cheval. 

On doit avoir la même attention pour les 
appartenances de la felle. 



r> e Cavalerie. pf 

Le poitrail ne doit pas defeendre plus bas 
que la jointure du devant de l'épaule , autre- 
ment il en empêcheroit le mouvement , ce qui 
dépend des potences plus ou moins longues : 
il faut auffi que les boucles du poitrail foient 
placées de façon qu'elles ne coupent pas le 
poil. 

Les fangles doivent être fortes & larges a* 
vec des boucles à l'angloife , qui font les meil- 
leures : outre qu'elles ne fe caiTent pas facile- 
ment , elles ne déchirent point la botte avec 
les ardillons , dont la pointe eft recourbée & 
affùrée. 

La meilleure croupière efl: celle qui efl atta- 
chée à la fclle par une boucle fans ardillons : 
il y a une autre boucle au milieu , par le moyen 
de laquelle la croupière s'alonge & fe racourcit 
aifément. Il faut bien prendre garde que la 
boucle ne porte pas fur les rognons , elle bief- 
feroit le Cheval ; & lorfqu'on s'apperçoit qu'el- 
le coupe le poil , il faut y ajufter un morceau 
de peau de Chevreuil ou de Veau, & que le 
poil foit contre le poil du Cheval. 

Le culeron de la croupière, doit être plus 
gros que petit , afin de ne pas écorcher le Che- 
val fous la queue ; accident qui arrive fouvent 
aux Chevaux bas du devant, & par la même 
raifon aux Jumens qui font fu jettes à s'écorcher 
dans cet endroit. On donne à ces fortes de 
Chevaux une felle plus haute du devant qu'à 
l'ordinaire , & l'on remboure peu les panneaux 
fur le derrière. 

Les étrivieres doivent être de cuir de Hon- 
grie. 



ptf Ecole 

Les^ étriers ronds font les meilleurs : ils âoU 
vent être étamés avec une grille deflbus , & allés 
larges pour qu'on puiffe fe dégager facilement 
en cas de chute. 

A L'égard de la têtière où eft attachée la bride 
& qui fait partie de l'équipage du Cheval ; elle 
eft compolee d'un defîus-de-tête, d'un frontal ; 
d'une fougorge, de deux côtés de têtière, de 
deux porte-mors , d'une muferole , & d'une paire 
de rênes. On parlera dans la deuxième Partie de 
la manière de placer la tétiere. 

&GGGGGGGGGGGafGGGGGGOGGGG>S 

CHAPITRE IX. 

De la manière de nourrir les Chevaux, de les 
panfer, & de les gouverner en voyage. 




U o i q u e le Cheval foit un animal 
très-vigoureux & très-robuft e , il ne bif- 
fe pas d'être un des plus délicats ; & fi 
l'on n'en a un grand foin , foit en le 
nourrifTant bien , en le panfant exactement , & 
en le gouvernant fagemenc en voyage, il luy 
arrive fouvent , faute de ces attentions , des ac- 
cidens qui le rendent incapable de fervice. 

ARTICLE PREMIER. 

De la nourriture du Cheval. 

LA quantité de nourriture doit être propor- 
tionnée à la taille d'un Cheval , à fon tem- 
pérament , & au travail qu'il fait. 

Le 



de Cavalerie. 07 

Le foin , la paille & l'avoine , font les alimens 
dont on fe fert ordinairement pour nourrir les 
Chevaux» 

Les féveroles engraifTent en peu de tems un 
Cheval, & lui donnent un bon poil; mais on 
prétend que les Chevaux qui en ont été engraif- 
{és font fujets aux tranchées. 

Le fon eft bon pour rafraîchir un Cheval & lui 
donner du boyau ; mais la graille qui en pro- 
vient n'eft pas ferme. 

Le mélange , qui eft moitié fon & moitié a- 
voine , n'eft bon que pour l'économie : car les 
Chevaux ne s'en trouvent pas mieux. 

La quantité de foin eft bonne pour les jeunes 
Chevaux , & pour les Chevaux maigres , pourvu 
qu'ils n'ayent pas le flanc altéré. 

Quand un Cheval de felle eft en bon état , fix 
à fept livres de foin par jour fuffifent pour l'entre^ 
tenir. 

Lorfqu'un Cheval eft grand mangeur, qu'il a 
trop de ventre , & que le foin le fait toufTer , on 
lui en donne feulement une poignée avant que 
de le faire boire ; mais à la place du foin , il faut 
lui augmenter la paille. 

La paille de froment nouvellement battue , & 
qui ne provient pas de bleds couchés , eft une ex- 
cellente nourriture ; elle donne de l'haleine, con- 
ferve le flanc frais & forme une grailTe ferme. On 
en donne à chaque Cheval par jour une bote 
de huit à neuf livres ; mais quand il ne mange 
point de foin ou très-peu, pour les raifons ci-def- 
lus , il faut lui en donner deux botes. 

On a coutume de donner par jour à un Che- 
val de. felle trois picotins d'avoine , c'eft-à-dire , 

G 



pS Ecole 

trois quarts de boifleau mefure de Paris; mais 
quand il eft maigre } il faut lui donner le boifleau 
entier , jufqu'à ce qu'il foit gras , & même da- 
vantage fuivant fa corporance. 

Quand un Cheval eft naturellement gras , Ôc 
qu'il eft d'une conftitution à s'entretenir de peu , 
il faut prendre garde de lui donner trop de nour- 
riture ; car les Chevaux trop gras , outre qu'ils fo 
laflent bien-tôt , font encore fujets à la gras-fon- 
dure, & à la forbure. Quand un Cheval eft mai- 
gre , il ne faut pas à force de nourriture vouloir 
lengraiiTer trop vite, il pourroit devenir farci- 
neux. 

Comme les Chevaux de carofle travaillent 
beaucoup , & qu'ils font d'une autre ftature que 
les Chevaux de felle , il faut auiîi que leur nou- 
riture foit plus abondante en foin ôc en avoine , 
fuivant leur taille , leur tempéramment , & le tra- 
vail qu'on leur fait faire. 

Les Chevaux qui font devenus maigres à force 
de fatigue, ont ordinairement le flanc altéré ; il 
eftbefoin de les faigner , de les purger , & de les 
rafraîchir, afin que la nourriture leur profite. 

Le plus fur pour engraifîer bientôt un Cheval , 
-quand il eft jeune ôc qu'il a le flanc bon ; c'eft de 
le mettre au vert , qui fe donne au Printems : il 
faut le faire faigner auparavant , & l'y laiffer pen- 
dant trois femaines. 

L'éturgeon , qui eft un orge femé avant l'hiver, 
«ngraifle mieux que l'orge qu'on feme au mois dé 
•Mars ; mais celui-ci purge mieux. 

Quelques perfonnes ne font pas d'avis qu'on 
ctriile les Chevaux pendant qu'ils font au vert , 
& prétendent qu'il faut les laifler dans leur fiente 3 



de Cavalerie. 99 

parce que , difent-ils , cette ordure les fait mieux 
tranfpirer ; je crois au contraire que de leur lever 
tous les jours la litière , & de les bien panfer , c'eiî 
une propreté qui doit leur faire du bien. 

Pour empêcher que le vert n'engendre des 
vers dans le corps, on donne une fois le jour un 
picotin de fon fec à chaque Cheval , & on y mêle 
une once de foie d'antimoine en poudre. 

Si l'air eft froid dans le tems que les Chevaux 
prennent le vert , il faut avoir foin de les tenir 
bien couverts ; autrement ils pouroient devenir 
forbus. 

On met aufli les Chevaux à l'herbe : quand 
elle e(t tendre , elle elt excellente pour les jeunes 
Chevaux ; la roiee qui efl: deiïlis les purge , les 
engraiffe , & leur rétablit les jambes. Elle ne vaut 
rien pour les vieux Chevaux , ni pour ceux qui 
ont le flanc altéré, ou d'autres maladies qui vien- 
nent d'obftruction -, comme morve, poufîe , mor- 
fondement, &c. 

On lailTe ordinairement un Cheval l'efpace 
d'un mois à l'herbe , nuit & jour , fans autre 
nourriture , & il faut l'avoir fait faigner avant que 
de l'y mettre. 

Quand on retire les Chevaux du vert ou de 
l'herbe , & qu'on les remet au fec , il faut encore 
les faire faigner pour évacuer les humeurs fuper- 
fiues , que cette nourriture aura engendrées, 

ARTICLE II. 

De la manière de panfer les Chevaux. 

Plusieurs perfonnes croient que l'abon- 
dance de la nourriture , eft la feule chofe né* 

Gij 



ïoo • Ecole 

cefiaire pour engraifier un Cheval ; mais l'expé- 
ïience fait pourtant voir , qu'un Cheval bien pan* 
fé s'entretiendra plus gras avec moins de nourri- 
ture , qu'un autre à qui on en donnera abondam- 
ment & qui fera mal panfé : ce qui prouve la né- 
ceffité de l'étrille & de la broffe , qui en débou- 
chant les pores , facilitent la tranfpiration , & diffi- 
pent les humeurs qui abondent dans les Chevaux , 
& qui en formant une craiïe fur le cuir , empê- 
chent la tranfpiration, inquiettent un Cheval , lui 
caufent des demangeaifons , & fouvent la gale ; & 
enfin le font maigrir, malgré la nourriture qu'on 
poura lui donner. 

C'eft un ufage dans les Académies , que de 
donner à chaque Palfrenier fept Chevaux par 
jour à panfer. Comme ils ne quittent point leur 
écurie , ils peuvent facilement en avoir foin ; 
mais dans les autres maifons , quatre fufnfent à, 
chaque Palfrenier. 

La première chofe qu'on doit faire le matin , 
c'eft de bien nétoyer la mangeoire ; enfuite don- 
ner l'avoine , lever la litière avec une fourche 
de bois , en féparant la paille nette d'avec la fale, 
& enfuite balayer l'écurie. 

Dans les Académies on laiffe les Chevaux à 
la mangeoire pendant qu'on les étrille , parce 
qu'étant obligés de travailler au manège tout le 
matin , ils mangent du foin pendant ce tems-là : 
mais ailleurs , il faut les mettre au filet , & les a- 
tacher entre deux piliers , ou les panfer hors de 
l'écurie. 

C'eft une excellente méthode que de leur met- 
tre quelquefois le maftigadour au lieu de filet en 
Ces p-anfant ; parce que l'a&ion que leur donne 



deCavalerie. iOÎ 

l'étrille , leur fait mâcher le maftigadour , ce qui 
leur purge le cerveau , & leur rend la bouche 
fraîche. 

Il faut étriller légèrement un Cheval , & con- 
tinuer jufqu'à ce que l'étrille n'amené plus de craf- 
fe. 

Quand un Cheval a le cuir délicat , Se qu'il 
eft chatouilleux à l'étrille , il faut fefervir de la 
broffe plus que de l'étrille. 

Avant que de broffer un Cheval , après l'avoir 
étrillé , il faut lui époufter le corps avec un mor- 
ceau de toile ou de ferge qu'on apelle Eponjfecte , 
pour ôter la poudre de deffus le poil. 

A chaque coup de broffe que Ton donne , il 
faut en tiret la craffe avec l'étrille. 

On broffe la crinière & le toupet deffus Se def- 
fous , Se l'on fait entrer la broffe dans les crins , a- 
fin d'en ôter la poudre Se l'ordure. 

Il y en a qui ne broffent point les jambes 
Se qui les frottent avec un bouchon de paille : 
cette méthode ne vaut rien , la broffe eft meil- 
leure Se pénètre d'avantage. 

Quand le Cheval eft bien broffe , il faut avec 
l'épouffette lui froter la tête, les oreilles, Se le 
dedans des jambes de devant , Se les cuiffes. 

Le Cheval étant ainfi étrillé , broffe , Se épouf- 
té , on lui démêle les crins Se la queue , en com- 
mençant toujours par le bas de la queue, & en 
alant très-doucement , de peur de lui arracher les 
crins. 11 faut prendre garde que les dents du peig- 
ne ne foienr caffées ou fendues , cela déchire la 
queue ; & afin que le peigne foit plus coulant 
il faut mettre un peu d'huile entre les dents.. 
Quand la queue eft démêlée, on mouille la ra~ 

Giij 



102 Ecole 

cine des crins & de la queue avec une éponge 
en continuant de les peigner. Si la queue elt fale 
il faut la tremper dans un fceau d'eau , en levant 
le fceau d'eau jufqu'au tronçon , & froterenfuite 
la queue avec les deux mains. On fe fert auiïi 
de favon noir pour la décrafler. Il faut enfuite' 
avec une épouffette fêche effuyer le haut de la 
queue , la croupe , les feffes , les crins , l'encolure 
& la tête , afin d'unir le poil. 

Pour entretenir le poil uni & conferver la cha- 
leur naturelle, il faut toujours tenir un Cheval 
couvert à l'écurie, & prendre garde de trop ferrer 
le furfaix , ce qui empêcheroit la refpiration. Les 
Anglois font doubler la couverture de leurs Che- 
vaux avec une toile fine ; cela contribue beau- 
coup à leur tenir le poil uni. 

ARTICLE III. 

De la manière de gouverner un Cheval en voyage. 

POur maintenir un Cheval fain en voyage , 
il faut, quelques jours avant que de partir, 
le faire promener deux ou trois heures par jour, 
pour le préparer & le mettre en haleine. Il faut 
auiïi voir , s'il ne manque rien à la felle , à la 
bride , & s'il eft bien ferré & à fon aife. 

Les premiers jours , on ne doit pas lui faire 
faire beaucoup de chemin , ni lui donner trop 
d'avoine afin de ne le point dégoûter ; mais 
quand il eft en haleine , on peut faire de plus gran- 
des journées , & augmenter auiïi la nouriture. _ 

Ceux quiconduifent un équipage, c'eft-à-di- 
re, plufieurs Chevaux, font 7. à 8. lieues tout 
d'une traite fans débrider ; parce que les Che- 



de Cavalerie, 105 

Vaux ont le teras de fe repofer jufqu'au lende- 
main. 

Quand on aproche de l'Hôtellerie , il faut mar- 
cher pins doucement, afin qu'un Chevaine (bit 
pas échaufé en arivant. 

Si tôt qu'un Cavalier eft defcendu de cheval , 
il doit lui défaire la gourmette , la palier dans la 
bouche pardeflbus le mors Se l'attacher au cro- 
chet; cela fait l'effet du maftigadour, empêche 
le Cheval de fe débrider , & lui donne de l'a- 
pétit. Il faut auiïi lâcher les fangles, défaire la 
croupière & le poitrail. Enfuite on lui lave les 
pieds & les jambes jufqu'au deffus des genoux 
& d^s jarrets, & ne point lui laver le ventre ; 
car ^butre les tranchées auxquelles cela l'expo- 
feroit , il pouroit devenir encordé, fi c'eft un Che- 
val entier, c'eft-à-dire, qu'un des tefticules en- 
tremit entièrement dans le corps , maladie mor- 
telle, commune en Italie , mais rare & prefque 
inconnue en France. 

La méthode de laver les jambes avec de l'eau 
froide eft excellente , car fi on les frotte au lieu 
de les laver, les humeurs émues par le travail, 
tombent & fe fixent fur les jambes , les rendent 
roides , & empêchent le cours des efprits , qui 
font la caufe du mouvement : l'eau froide au conr. 
traire empêche la chute de ces humeurs, & con- 
ferve les jambes faines. 

Quand un Cheval a bien chaud, foit pour l'a- 
voir couru , ou à caufe de la faifon , la meilleure 
de toutes les méthodes, eft de le débrider & 
le deifeller d'abord, de lui mettre le maftigadour 
de lui abatre l'eau avec un couteau de chaleur, 
de lui effuyei enfuite la tête autour des oreilles 

Giiij 



1 04 Ecole 

avec une épouffette, & de lui en faire autant 
entre les jambes de devant & les cuiffes; de lui 
laver & nétoyer les yeux , le nez , le dedans des 
nazeaux, les lèvres, la barbe & le fondement 
avec une éponge trempée dans de l'eau nette : cet- 
te propreté fait un grand bien à un Cheval ; 
parce qu'ordinairement ces parties fe trouvent 
chargées de pouiTiere mêlée avec la fueur. En- 
fuite il faut lui étendre de la paille fraîche fur le 
corps , & mettre la couverture pardeffus pour 
le faire fécher plus vite ; lui laver les jambes , 
comme nous l'avons expliqué ci-devant , & lui 
ietter de la paille fraîche fous le ventre pour l'o- 
bliger à uriner ; ce qui délafle un Cheval. Il faut 
enfuite ôter avec un curepied la terre qui efl: dans 
les pieds , & voir s'il ne manque rien aux fers. 

Quand un Cheval fe couche fi-tôt qu'il efl 
arrivé , c'eft (igné qu'il relient delà douleur aux 
pieds , foit pour les avoir naturellement foibles 
& douloureux , ou que le fer le bleffe. Si le pied 
efl: chaud , il faut le déferrer , voir fi le fer ne 
porte pas fur la foie; ce que l'on connoît, lorf- 
qu'il efl: plus poli en cet endroit ; en ce cas , 
on lui pare le pied , afin qu'il puifle marcher plus 
à fon aife. 

Pour nourir le pied d'un Cheval , foit en voya- 
ge , foit en féjour , il faut de trois jours l'un , lui 
graifTer les pieds de devant avec de l'onguent 
de pied. Cet onguent efl; décrit dans la troifié- 
me Partie. 

Il efl: eflentiel, après avoir débridé un Che- 
val , de laver la bride , & de l'efliiyer enfuite : 
cela la conferve propre & empêche la craffe de 
s'atacher au mors, ce qui dégouterçic le Che- 



de Cavalerie. iof. 

Val. On regarde aufïi fi les panneaux de la felle 
ne font point pleins de fueur , & alors on les fait 
fécher au foleil ou au feu ; & avant que de feller 
le Cheval , il faut les batre avec une gaule : cela 
empêche la felle de fouler le Cheval. 

Jufqu'à ce qu'un Cheval foit tout-à-fait fec, on 
ne doit pas s'avifer de lui donner à boire : rien 
n'eft fi dangereux , & il faut avant que de le 
faire boire lui donner du foin. 

Comme les pieds ont coutume d'enfler après 
une grande fatigue , quant on eft de retour , on 
defferre les talons , en ôtant deux clous à cha- 
que pied de devant ; ont les fait tremper dans 
la fiente mouillée pendant un ou deux jours ; 
enfuite on leur pare les pieds. 

Si c'eft en Eté , & qu'on ait la commodité d'une 
ïiviere , il faut mener le Cheval à l'eau matin & 
foir , & l'y biffer une demi-heure chaque fois , 
jufqu'aux genoux & aux jarrets : rien ne racom- 
mode mieux les jambes des Chevaux, 



Fin de la première Partie, 




ECOLE 

D E 

CAVALERIE. 

SECONDE PARTIE. 

De la manière de drefTer les Chevaux , fui- 

vant les différens ufages auxquels on 

les defdne. 



CHAPITRE PREMIER. 

Pourquoy il y a fi peu d hommes de Cheval; & 
des qualités nécejjaires pour le devenir. 

O u t e s les fciences & tous les arts ont 
des principes & des régies , par le moyen 
defquelles on fait des découvertes qui 
conduifent à leur perfection. La Cava- 
lerie eil le feul art pour lequel il femble qu'on n'ait 
befoin que de pratique : cependant la pratique 
dépourvue de vrais principes , n'eit autre chofe 




io8 Ecole 

qu'une routine , dont tout le fruit eft une exécution 
forcée & incertaine , &un faux brillant qui éblouit 
les demi-Connoiffeurs , furpris fou vent par la 
gentilleffe du Cheval , plutôt que parle mérite de 
celui qui le monte. Delà vient le petit nombre 
de^Chevaux bien drenes , ôc le peu de capacité 
qu'on voit préfentement dans la plupart de ceux 
qui fe difent hommes de cheval 

Cette difette de principes, fait que les Elevés 
ne font point en état de difcerner les défauts 
d'avec les perfections. Ils n'ont d'autre reffource 
que l'imitation ; & malheureufement , il eft bien 
plus facile de tourner à la faune pratique , que 
d'acquérir la bonne 

Les uns voulant imiter ceux qui cherchent à 
tirer d'unCheval tout le brillant dont il eft capable, 
tombent dans le défaut d'avoir la main & les jam- 
bes dans un continuel mouvement; ce qui eft 
contre la grâce du Cavalier , donne une faune 
pofture au Cheval , luifalfifie l'apui de la bouche, 
& le rend incertain dans les jambes. 

Les autres s'étudient à rechercher une précr-. 
fion & une juftefie , qu'ils voient pratiquer à ceux 
qui ont la fubtilité de choifir, parmi un nombre 
de Chevaux , ceux auxquels la nature a donné 
une bouche excellente , des hanches folides , & 
des refforts unis & lians;qualités qui ne fe trouvent 
que dans un très-petit nombre de Chevaux. Cela- 
fait que ces imitateurs de jufteffes fi recherchées , 
amortirent le courage d'un brave Cheval, & 
lui ôtent toute la gentillette que la nature lui avoit 
donnée. 

D'autres enfin , entrainés par le prétendu bon 
goût du Public , dont les décifions ne font pas 



de Cavalerie. io# 

toujours des oracles, & contre lequel la timide 
vérité n'ofe fe révolter , fe trouvent , après un 
travail long & afïidu , n'avoir pour tout mérite 
que la flateufe & chimérique fatisfaclion de fe 
croire plus habiles que les autres. 

Nos grands Maîtres de Fart , * qui ont fait tant 
de bruit dans les tems heureux de la Cavalerie , 
& dont ont regrette encore la perte aujourd'huy , 
ne nous ont point laiffé de règles pour nous con- 
duire dans ce qu'ils avoient aquis par une appli- 
cation fans relâche , fécondée par d'heureufes 
difpofitions , entretenue par l'émulation de toute 
la Nobleffe , & animée par la vue d'une récom- 
penfe inféparable du vrai mérite. Comme il eft 
difficile d'atteindre le degré de perfe&ion où ils 
ont pouffé la Cavalerie , c'eft moins à notre non- 
chalance qu'on doit attribuer la décadence d'un 
fi noble exercice, qu'au peu de modèles qui 
nous relient. 

Privés de ces avantages, nous ne pouvons 
chercher la vérité que dans les principes de ceux 
qui nous ont laine par écrit le fruit de leurs 
travaux & de leurs lumières. Parmi un allés grand 
nombre d'Auteurs , nous n'en avons , fuivant le 
lèntiment unanime de tous les Connoilfeurs , que 
deux dont les Ouvrages foient eitimés , qui fons 
M. delà Broue, & M. le Duc Newcaftle. 

M. de la Broue vivoit fous le règne d'Henry 
IV. Il a compofé un Ouvrage in fol. qui renfer- 
me les principes de Jean-Baptifte Pignatel fon 
Maître , lequel tenoit Académie à Naples. Cette 
Ecole étoit en fi grande réputation qu'on la re- 
gardoit comme la première du monde. Toute la 

* MefliiWidu "Pleffu &> de la Vallée frères. 



no Ecole 

Noblefle de France & d'Allemagne, qui vouloir 
fe perfectionner dans la Cavalerie , étoit obligée 
d'aller prendre les leçons de cet illuftre Maître. 

M. le Duc de Newcaftle , dit que M. de la 
Broue a porté fes leçons à un fi haut point de 
perfection , qu'il faut être confommé dans ce mé- 
tier , pout les réduire en pratique. Cet éloge , 
quoi qu'un peu critique , ne laiile pas de prouver 
l'excellence de cet Auteur. 

M. le Duc de Newcaftle étoit un Seigneur 
Anglois Gouverneur de Charlc II. Il a infini- 
ment honoré la profefTion par Tunique étude qu'il 
en a faite pendant tout le cours de fa vie ; auili a- 
t-il pafTépour le plus fçavant Homme de cheval 
de fon tems. Nous avons de lui deux excellens 
Livres. L'un elt un in fol. en françois , imprimé à 
Anvers , & orné de Planches ; mais comme il n'en 
fit tirer que cinquante , dont il fit préfent à plu- 
fieurs Princes & Seigneurs , 6c qu'il fit brifer les 
Planches , il eft devenu 11 rare , qu'à peine peut- 
on le trouver. Le fécond Ouvrage de fa compo- 
sition , eft un 1114°. imprimé en Anglois & traduit 
par M. de Soleyfel , Auteur du Parfait Maré- 
chal. 

Quelques Auteurs , tant François qu'Italiens 
& Allemands , ont aufli écrit de l'Art de monter 
à Cheval ; mais les uns ont G fort abrégé les ma- 
tières , dans la crainte d'y mètre du fuperflu , qu'ils 
ne donnent aucune idée diftincte de ce qu'ils trai- 
tent; & Pennuyeufe differtation des autres , étou- 
fe , fous une prétendue érudition déplacée , la fim- 
plc vérité , qui eit l'unique objet du Lecteur. 

Il n'y a donc à proprement parler , que les deux 
Auteurs que je viens de citer , qui puiiTent fervir 



de Cavalerie. i i i 

de modèles : c'eft pourquoi , dans la vue de faire 
un Ouvrage méthodique , & fondé fur de bons 
principes , j'ai pris ce qu'il y a de plus inftrucTàf 
dans l'un & dans l'autre ; cela fera en même tems 
une efpéce de paraleile de ces deux excellens 
Hommes , dont on ne peut trop refpecter la mé- 
moire. Leurs Ouvrages font cependant destréfors 
infructueux pour la plupart des Lecteurs , foit par 
le peu d'ordre qui y règne, foit par la quantité de 
redites dont ils font remplis J'éviterai , s'il eft 
poiîible, de fembîa'oles reproches, par la préci- 
sion avec laquelle je tâcherai de déveloner mes 
idées , qui deviendront encore pins fenlible , a- 
vec le fecours des figures dont ce Traité eft orné. 

Le fentiment de ceux qui comptent pour rien 
la théorie dans l'Art de monter à Cheval, ne 
m'empêchera point de foûtenir , que c'efl: une 
des chofes les plus néceiTaires pour atteindre à 
la perfection. Sans cette théorie la pratique eft 
toujours incertaine. Je conviens que dans un exer- 
cice , où le corps a tant de part , la pratique doit 
être inféparable de la théorie , puifqu'elie nous 
fait découvrir la nature , l'inclination & les for- 
ces du Cheval; & par ce moyen on détêre fa 
relTource & fa gentilleffe, enfevelies, pour ain- 
(ï dire, dans l'engourdifiement de fts membres. 
Mais pour parvenir à l'excellence de cet Art, il 
faut néceffai rement être préparé fur les difficultés 
de cette pratique par une théorie claire & fo- 
lide. 

La théorie nous enfeigne à travailler fur de 
bons principes : & ces principes , au lieu de's'op- 
pofer à la nature , doivent fervir à ia perfection- 
ner par le fecours de l'Art. 



wi Ecole 

La pratique nous donne la facilité de mêtfe a 
exécution ce que la théorie nous enfeigne ; & 
pouraquerir cette facilité, il faut aimer les Che- 
vaux ; être vigoureux & hardi ; & avoir beaucoup 
de patience. Ce font-là les principales qualités 
qui font le véritable Homme de cheval. 

Il y a peu de perfonnes qui n'aiment les Che- 
vaux : illémble que cette inclination foit fondée 
fur la reconnoiffance que nous devons à un ani- 
mal , dont nous tirons tant de fervices ; & s'il fe 
trouve quelqu'un qui penfe autrement , il efl: puni 
de fon indifférence , par les accidens auxquels il 
s'expofe, ou par ïa privation du fecours qu'il 
efperoit tirer du Cheval. 

Quand je dis qu'il faut de la vigueur & de la 
hardiefife , je ne prétens pas que ce foit cette force 
violente , & cette témérité imprudente , dont 
quelques Cavaliers fe parent , & qui leur fait ef- 
fuyer de fi grands dangers ; qui défefpérent un 
Cheval, & le tiennent dans un continuel défor- 
dre : jentens une force liante , qui maintienne 
un Cheval dans la crainte êc dans la fourni iïion 
pour les aides & pour les châtimens du Cavalier ; 
qui conferve l'aifance , l'équilibre & la grâce, qui 
doivent être le propre du bel Homme de che- 
val , & qui font d'un grand acheminement à la 
feience. 

La difficulté d'aquerir ces qualités , & letems 
confidérable qu'il faut pour fe perfectionner .dans 
cet exercice , fait dire à plufieurs perfonnes , 
qui affedent un air de capacité que le manè- 
ge ne vaut rien , qu'il ufe & ruine les Chevaux 
& qu'il ne fert qu'à leur apprendre à fauter & à 
danfer , ce qui par conféquent les rend inutiles 

pour 



de Cavalerîë. 115 

pour l'ufage ordinaire. Ce faux préjugé eft cau- 
îe , qu'une infinité de gens négligent un fi noble 
& fi utile exercice, dont tout le but eft d'aflbuplir 
les Chevaux , de les rendre doux & obéïïîans , & 
de les afieoir fur les hanches , fans quoi un Che- 
val , foit de guerre , de chafiê , ou d'école , ne 
peut être agréable dans (es monvemens , ni com- 
mode pour le Cavalier : ainii la décifion de ceux 
qui tiennent un pareil langage , étant fans fonde- 
ment , il feroit inutile de combattre des opinions 
qui fe détruifent fufifamment d'elles-mêmes. 

&&&&&&&#&&&######%.#%.%.%.%.%.%.## 

CHAPITRE IL 

Des différentes natures de Chevaux ; de la caufi 
de leur indocilité , & des vices qui en réjultenu 

A connoiflance du naturel d'un Che- 
val , eft un des premiers fondemens de 
l'Art de le monter, & tout Homme de 
cheval en doit faire fa principale étude. 
Cette connoiflance ne vient qu'après une longue 
expérience , qui nous aprend à dcveloper la four- 
ce de la bonne ou de la mauvaife inclination 
de cet Animal. 

Quand la jufte ftature, & la proportion des 
parties font acompagnées d'une force liante , & 
qu'avec cela on trouve dans un Cheval du cou- 
rage , de la docilité , & de la bonne volonté , on 
peut avec ces bonnes qualités mettre aifément 
en pratique les vraies principes de la bonne E- 
cole : mais quand la nature eft rebelle ; & qu'on 
n'eft point en état de découvrir d'où naît cet- 

H 




iî4- Ecole 

te opiniâtreté , on court rifque d'employer de* 
moyens plus capables de produire des vices nou- 
veaux , que de corriger ceux que l'on croit con- 
îioître. 

Le manque de bonne volonté dans les Che- 
vaux procède ordinairement de deux caufes : 
ou ce font des défauts extérieurs , ou c'en font 
d'intérieurs. Par défauts extérieurs , on doit en- 
tendre la foiblefle des membres , foit naturelle , 
(bit accidentelle , qui fe rencontre aux reins , aux 
hanches ,aux jarrets, aux jambes , aux pieds, ou 
à la vue. Comme nous avons détaillé allez au 
long tous ces défauts dans la première Partie , 
nous ne les raporterons point ici. 

Les défauts intérieurs , qui forment précifé- 
rnent le caractère d'un Cheval , font la timidi- 
té , la lâcheté , la pareffe , l'impatience , la colè- 
re, la malice, auxquels on peut ajouter la mau- 
vaife habitude. 

Les Chevaux timides, font ceux qui font dans 
une continuelle crainte des aides & des châtimens, 
& qui prennent ombrage du moindre mouve- 
ment du CavaJier. Cette timidité naturelle, ne 
produit qu'une obéiffance incertaine , interrom- 
pue, molle , & tardive; & fi l'on bat trop ces for- 
tes de Chevaux , ils deviennent tout-à-fait om- 
brageux. 

La lâcheté , eft un vice qui rend les Chevaux 
poltrons & fans cœur. On apelle communément 
ces fortes de Bêtes , des Carognts. Cette lâcheté 
avilit totalement un Cheval , & le rend incapa- 
ble d'aucune obéiffance hardie & vigou r eufe. 

La parefle , eft le défaut de ceux qui font mé- 
lancoliques, endormis, & pour ainfi-dre, hébétés; 



de Cavalerie. i i ^ 

ils s'en trouvepour tant quelque-uns parmi ceux- 
ci , dont la force efl; engourdie par la roideur de 
leurs membres , & en les réveillant avec des châ- 
timens faits à propos, ils peuvent devenir de 
braves Chevaux. 

L'impatience efl: ocafionnée par le trop de {en^ 
fibilité naturelle, qui rend un Cheval plein d'ar- 
deur, déterminé , fougueux , inquiet. Il efl; difficile 
de donner à ces fortes de Chevaux une alure 
réglée & paifible , à caufe de leur trop grande 
inquiétude, qui les tient dans une continuelle 
agitation, & le Cavalier dans une alïiette in- 
commode. 

Les Chevaux colères , font ceux qui s'offencent 
des moindres châtimens , & qui font vindicatifs. 
Ces Chevaux doivent être conduits avec plus 
de ménagement que les autres ;mais quand, avec 
ce défaut , ils font fiers & hardis , & qu'on fçaic 
bien les prendre , on en tire meilleur parti , que 
de ceux qui font malicieux & poltrons. 

La malice forme un autre défaut naturel. Les 
Chevaux attaqués de ce vice , retiennent leurs 
forces par pure mauvaife volonté , & ne vonc 
qu'à contre-cœur. Il y en a quelques-uns qui 
font femblant d'obéir, comme vaincus & rendus; 
mais c'eft pour échaper aux châtimens de l'Eco- 
le , & fi-tôt qu'ils ont repris un peu de force & 
d'haleine , ils fe défendent de plus belle. 

Les mauvaifes habitudes que contra&ent cer- 
tains Chevaux ne viennent pas toujours de vi- 
ces, intérieurs , mais fouvent de la faute de ceux 
qui les ont d'abord mal montés : & quand ces 
mauvaifes habitudes fe font enracinées , elles font 
plus difficiles à corriger , qu'une mauvaife difpo- 
ficion , qui viendroit de h nature. H ij 



n£ Ecole 

Les diffërens vices que nous venons de dérmïr , 
font la fource de cinq défauts effentiels, & d'une 
dangereufe conféquence ; fçavoir, d'être, ou 
ombrageux , ou vicieux , ou rétifs , ou ramingues, 
ou entiers. 

Le Cheval ombrageux , eft celui qui s'effraie de 
quelque objet , & qui ne veut point en aprocher» 
Cette apréhenfion , qui vient fouvent de timi- 
dité naturelle , peut être caufée aufîi par quel- 
que défaut à la vue , qui lui fait voir les cho- 
fes autrement qu'elles ne font ; fouvent encore , 
c'eft pour avoir été trop battu , ce qui fait que 
la crainte des coups , jointe à celle de l'objet , 
qui lui fait ombrage , lui accable la vigeur 8c le 
courage. Il y a d'autres Chevaux , qui après a- 
voir été trop long-tems dans l'écurie , la première 
fois qu'ils fortent, tout leur fait peur & les met en 
allarme ; mais cette manie , quand elle ne vient 
point d'autre caufe , dure peu , Il on ne les bac 
point , & G on leur faiteonnoître avec patience ce 
qui leur fait peur. 

Le Cheval vicieux eft celui , qui à force de 
coups , eft devenu malin au point de mordre , de 
ruer & de haïr l'homme : ces défauts arrivent aux 
Chevaux colères & vindicatifs , qui ont été battus 
mal-à-propos ; car l'ignorance & la mauvaife hu- 
meur de certains Cavaliers fait plus de Chevaux 
vicieux que la nature. 

Le Cheval rétif, eft celui qui retient fes for- 
ces par pure malice , & qui ne veut obéir à aucun 
aide , foit pour avancer, pour reculer ou pour 
tourner. Les uns font devenus rétifs , pour a- 
voir été trop battus 8c contraints ; & les autres ; 
pour avoir été trop refpe&és par un Cavaliec i 



de Cavalerie. 117 

qui les aura redoutés. Les Chevaux chatouilleux 
qui retiennent leurs forces , font fujets à ce der- 
nier défaut. 

Le Cheval ramingue, eft celui qui fe défend 
contre les éperons , qui y réfifte , qui s'y attache 
& qui rue dans une place , qui recule ou fe ca- 
bre , au lieu d'obéir aux aides , & d'aller en a- 
vant. Lorfqu'un Cheval réfifte par poltronnerie , 
c'eft un indice de carogne, & quoiqu'il fafle de 
grands & de furieux fauts , c'en 1 plutôt malice que 
force. 

Le Cheval entier, eft celui qui refufe de tour- 
ner, plutôt par ignorance , & faute de fouplefte , 
que par malice. Il y a des Chevaux qui devien- 
nent entiers à une main, quoiqu'ils y ayent d'a- 
bord paru fouples & obéïftans , parce qu'on aura 
voulu trop tôt les aiïujettir, & pafter trop vite 
d'une leçon à l'autre. Un accident , qui vient à 
la vue ou à quelqu'autre partie du corps , peut 
aufli rendre un Cheval entier à une main , & mê- 
me rétif. Le défaut , d'être entier, eft différent de 
celui d'être rétif , en ce que le Cheval rétif, par 
malice ne veut point tourner, quoi qu'il le fçache 
faire ; & l'entier ne tourne point , parce qu'il ne 
le peut , foit par roideur ou par ignorance. 

Quand les défauts , que nous venons de dé- 
finir , viennent de manque de cœur & par foi- 
blefle , la nature du Cheval étant alors défec- 
tueufe , & le fond n'en étant pas bon } il eft diffici- 
le d'y fupléer par l'Art. 

L'origine de la plupart des défenfes des Che- 
vaux , ne vient pas toujours delà nature ; on leur 
demande fouvent des chofes , dont ils ne font pas 
capables , en les voulant trop preffer & les rendra 

Hiij 



1 1 8 Ecole 

trop fçavans : cette grande contrainte leur fait 
haïr l'exercice , leur foule & leur fatigue les ten- 
dons & les nerfs , dont les refforts font la fou- 
pleffe ; & fouvent ils fe trouvent ruinés , quand 
on croit les avoir drefies : alors n'ayant plus la 
force de fe défendre , ils obéïïfent , mais de mau- 
vaife grâce , & fans aucune reflburce. 

Une autre raifon fait encore naître ces défauts: 
on les monte trop jeunes; & comme le travail, 
qu'on leur demande , eft au demis de leur force 
6c qu'ils ne font pas encore affez formés , pour 
réfiiter à la fujetion qu'ils doivent fouffrir avant 
d'être dreifés , on leur force les reins , on leur 
affoiblit les jarrets , & on les gâte pour toujours. 
Le véritable âge , pour dreiler un Cheval , eft 
fix , fept ou huit ans , fuivant le climat où il elî 
né. 

La rébellion & l'indocilité , qui font fi natu- 
relles , fur tout aux jeunes Chevaux , viennent 
encore de ce qu'ayant contracté l'habitude d'être 
en liberté dans les haras , 6c de fuivre leurs mères, 
ils ont peine à fe rendre à l'obéïflance des pre- 
mières leçons , 6c à fe foumettre aux volontés 
de l'Homme , qui profitant de l'empire qu'ils pré- 
tend avoir fur eux,pouflfe trop loin fa domination; 
joint à ce qu'il n'y a point d'Animal qui fe ref- 
ibuvienne mieux que le Cheval , des premiers 
châtimens qu'on lui a donnés mal-à-propos. 

Il y avoit autrefois des perfonnes prépofées pour 
exercer les Poulains au fortir du haras , lorfqu'ils 
étoient encore fauvages. On les apelloit Cavalca- 
dours de Bardelle ; on les choifiifoït parmi ceux 
qui avoient le plus de patience , d'induilrie , de 
hardielfe & de diligence ; la perfe&ion de ces 



de Cavalerie; r i£ 

qualités n'étant pas fi néceflaire pour les Che- 
vaux qui ont déjà été montés ; ils accoûtumoient 
les jeunes Chevaux à foufrnr qu'on les approchât 
dans l'écurie, à felaiiler lever les quatre pieds , 
toucher de la main , à fouffrir la bride, la felle 
la croupière , les fangles , &c. Ils les aflfùroienc. 
& les rendoient doux au montoir. Ils n'era- 
ployoie.it jamais la rigueur ni la force, qu'aupa- 
ravant ils n'eurent eltayé les plus doux moyens 
dont ils puilent s'avifer ; & par cette ingenieu- 
fe patience, ils rendoient un jeune Cheval fa- 
milier & ami de l'homme ; lui confervoient la 
vigueur & le courage ; le rendoient fage & obéïf- 
fant aux premières régies. Si l'on imitoit à pré- 
fent la conduite de ces anciens amateurs , on ver- 
roit moins de Chevaux eilropiés , ruinés , rebours 
roides , & vicieux. 

CHAPITRE III. 

Des Inflmmens dont on fe fin pour drejjer les 
Chevaux. 

ï] P r e s la bride & la felle , dont nous, 
avons parlé dans les Chapitres VI. & 
Vlll. de la première Partie , les ïnilru- 
mens qui font les plus en ufage, pour 
dreffer les Chevaux , font la chambrière , la gau- 
le , les éperons , la longe , la martingale , le poin- 
çon , les lunettes , le trouiïequeue , hs piliers » 
le caveçon de cuir, le caveçon de fer, le bri- 
don , & le filet. 
La Chambrière, eft une bande de cuir de cincj 

H iïij 




î2o Ecole 

à fix pieds de long , attachée au bout d'une 
canne de jet raifonnablement grotte , & longue 
d'environ quatre pieds. Cet Infiniment fert à 
animer & à réveiller un Cheval qui s'endort ou 
fe retient ; & à châtier celui qui refufe d'aller 
en avant. La chambrière eft encore d'une gran- 
de utilité , pour drefler un Cheval dans les pi* 
îiers ; mais il faut fçavoir s'en fervir à propos. 
On a banni le fouet des Ecoles bien réglées ; par-* 
ce qu'il peut caufer des cicatrices aux fefles & 
au ventre ; on eft pourtant quelquefois obligé 
d'y avoir recours pour rendre fenfible un Che- 
val qui a le cuir dur, & pour lui faire craindre le 
châtiment. 

La G a u l e eft une baguette de bouleau que 
le Cavalier tient dans la main droite. Elle ne 
doit être longue que d'environ trois pieds & demi; 
car fi elle l'étoit d'avantage , ce feroit le milieu 
qui appliqueroit fur les épaules , & ce doit être 
la pointe de la gaule. Elle donne beaucoup de 
grâce à un Cavalier quand il fçait bien s'en 
fervir , & repréfente aufïï de quelle manière il 
doit tenir fon épée à Cheval. 

L'éperon eft une pièce de fer , compofée de 
trois branches , dont deux entourent le talon ; & 
au bout du colet , qui eft la troifiéme branche 
qui fort en dehors , il y a une étoile qu'on a- 
pelle Molette s laquelle doit avoir cinq ou fix 
pointes , pour piquer ou pincer le Cheval. Les 
pointes des molettes ne doivent pas être rondes 
& émouflees , de peur qu'elles ne caufent des ci- 
catrices au ventre : il ne faut pas non plus qu'el- 
les foient trop pointues , parce que cela défefpe- 
reroit un Cheval qui auroit le cuir fenfible. Le 



de Cavalerie. i2t 
colet de l'éperon doit être un peu long ; autre- 
ment le Cheval ne fentiroit pas (1 bien l'effet de 
la molette , & le Cavalier feroit obligé de faire^ 
un trop grand mouvement de la jambe , pour a- 
river au ventre. 

La Longe, eft une longue corde, de la gro£ 
feur du petit doigt, au bout de laquelle il y a 
une boucle attachée à un cuir, que l'on paffe dans 
l'anneau du milieu du caveçon de fer. Cet inf- 
trument eft excellent , pour accoutumer les jeu- 
nes Chevaux à troter fur des cercles , avec le 
fecours de la chambrière : il fert encore pour ceux 
qui font rétifs , qui retiennent leurs forces par 
malice , ou qui font ramingues , comme nous l'en- 
feignerons en fon lieu. 

La Martingale, eft une couroie de cuir , 
attachée par un bout aux fangles fous le ventre du 
Cheval , & de l'autre à la muferole , en paftanc 
entre les deux jambes de devant , & remontant 
le long du poitrail.Quelques Cavaliers prétendent 
avec cet inftrument , empêcher un Cheval de bat- 
tre à la main , & de donner des coups de tête ; 
mais c'eft une grande erreur , car on le confirme 
dans fon vice , au lieu de le corriger ; & Ton de- 
vroit bannir cette invention des bonnes Ecoles. 

Le Poinçon, eft un manche de bois , long 
de fcpt à huit pouces , au bout duquel il y a une 
pointe de fer. On tient un bout du poinçon dans 
le creux de la main droite , & on appuie la pointe 
fur la croupe du Cheval , pour lui faire détacher 
la ruade. Je n'approuve point cet inftrument ; car 
outre la fituation contrainte , où eft le bras du 
Cavalier , lorfqu'il appuie le poinçon , il peut y 
avoir encore deux autres inconvéniens , qui font , 



i22 Ecole 

ou que la pointe du poinçon étant trop émouffée> 
il nefait point d'effet ; ou lorfqu'elle efl trop poin- 
tue 3 elle déchire & enfanglante la croupe & y fait: 
de longues effafilades. Je préfère l'invention de 
M. de la Broue , qui efl une efpece de col d'éperon 
creufé avec une molette : on attache cet éperon à 
un bout de gaule long d'environ deux pieds , 
de forte qu'on s'en fert comme de la gaule fous 
main ; & alors le Cavalier aide fon Cheval avec 
plus de grâce Se de facilité , & ne court pas rifque 
d'enfanglanter la croupe. 

Les Lunettes, font deux efpéces de petits 
chapeaux de cuir , dont on fe fert pour mettre, 
fur les yeux d'un Cheval qui ne veut point fe laif- 
fer monter , qui veut mordre le Cavalier qui l'ap- 
proche , ou le fraper des pieds de devant. 

Le Trousseq_ueue, efl: un infiniment de. 
cuir , long d'un grand pied , dont on fe fert pour 
enveloper la queue d'un fauteur. Cet infiniment 
fe ferme par le moyen de plufieurs petits crochets , 
dans lefquels on entre-lafle une couroie. Il efl 
attaché près du culeron de la croupière par deux 
petits contre-fanglots. Il y a au bas du trouiïe- 
queue deux longes de cuir , qui paiîenr le long 
des cuiffes & des flancs du Cheval , & qui abou- 
tirent aux contre-fanglots pour tenir la queue en 
état. Le trouffequeue fait paroître un Cheval plus 
lare;e de Croupe, lui donne plus de grâce lorf- 
qu'il faute, & empêche aufli la queue de donner 
dans les yeux du Cavalier. 

Les Piliehs, font deux pièces de bois ron- 
des , ayant chacune une tête,plantées dans le ma- 
nège à cinq pieds l'une de l'autre. Ils doivent a- 
Voir fix pieds hors de terre. On fait a chaque pilier 



de Cavalerie. 12/ 

des trous de diftance en diftance pour les Chevaux 
de différentes hauteurs ; ou bien on y met des an- 
neaux de fer , pour paner & attacher les cordes du 
caveçon. L'ufage des piliers, eft d'accoutumer un 
Cheval à craindre le châtiment de la chambrière ; 
de l'animer ; de lui apprendre à piafer & à lever 
le devant. On feTertauffi communément des pi- 
liers dans les Académies pour y mettre les Che- 
\vaux deftinés à fauter. 

Le Caveçon de cuir , eft une efpece de tê- 
tière faite de gros cuir plat , qui i-t met à la tête 
d'un Cheval, avec deux longes de corde aux 
deux côtés pour l'attacher dans les piliers. Il 
faut qu'un caveçon foit rembouré au haut de la 
têtière , de peur de bleffer un Cheval au demis 
de la tête près des oreilles : on le rembouré aufîi 
à l'endroit de la muferole , qui porte au deiïus du 
nez , de peur de lui écorcher cette partie lorfqu'il 
donne dans les cordes. 

Le Caveçon de fer, eft une bande de fer 
tournée en arc , garnie de trois anneaux , montée 
de têtière Se de fougorge. Il yen a de tors , de 
mordans Se de plats. Les caveçons plats font les 
meilleurs ; car les mordans , qui font creufés dans 
le milieu Se dentelés par les côtés , écorchent 
le nez du Cheval , à moins qu'on ne les fafle ar- 
mer d'un cuir. Le caveçon doit être placé un doige 
plus haut que l'œil de la branche de la bride, afin 
qu'il n'empêche pas l'aftion du mors ni l'effet de 
la gourmerte. 

M. de la Broue , Se après lui , M. le Duc de 
Newcaftle , attribuent au caveçon de fi grands a- 
vantages, que je me fuis cru obligé de rapporter 
ici ce qu'ils en ont dit l'un Se l'autre. 



i24 Ecole 

M. de la Broue dit , « que le caveçon a été 
» inventé pour retenir , relever , rendre léger , ap- 
» prendre à tourner , & à parer , afTùrer la tête & 
»la croupe fans offenfer la bouche ni la barbe, 
» & aufli pour foulagerles épaules , les jambes , <5c 
» les pieds de devant , & pour remédier aux fau- 
» tes que font les Chevaux drellés qui fe déran- 
» gent à l'Ecole ; parce que la partie intérieure de 
» la i ouche où fe fait le principal appui de la 
*> bride , eft plus fenfible que n'eft l'endroit du nez 
» où fe place le caveçon , & en ôtant le caveçon 
s» le Cheval eft plus attentif aux effets de la bride 
» & par conféquent plus léger. » 

Voici le fentiment de M. le Duc de Newcaftle. 
« Le caveçon eft pour retenir , relever , rendre 
» léger , apprendre à tourner , arrêter , alTouplir 
:» le col, affurer la bouche , placer la tête , la crou- 
» pe , conferver la bouche faine & entière , les bar* 
*» res & la place de la gourmette , plier les épaules, 
» les rendre fouples de même que fes bras , ies jam- 
» bes , plier le col & le rendre fouple. Un Cheval 
» ira mieux enfuite ayant quitté le caveçon , & au- 
» ra de l'attention à tous les mouvemens de la main. 
» Il ne faut pas tout faire avec le caveçon , mais il 
ao faut que la main de la bride agifTe avant le cave- 
» çon , qui n'eft qu'une aide pour la bride. 

» La longe de dedans du caveçon , attachée au 
a» pommeau de la felle , donne un beau pli au Che- 
3o val, l'aflure Se Paffujettit au véritable appui de 
30 la main , 8c le rend ferme fur les hanches , fur- 
» tout au Cheval qui pefe ou qui tire à la main , 
» parce qu'il l'empêche d'appuyer fur le mors. 

» Le caveçon appuyant partout également fur 
» la moitié du nez a on a plus de prife pour don* 



de Cavalerie; i2$f 

I» ner un plus grand pli , & pour faire tourner le 
a> Cheval , ce qui agit aufïi puiiTammenc fur les é- 
» paules. 

» Un Cheval drefle fans caveçon , ne fera ja- 
is mais dans cet agréable appui que doivent avoir 
a» les braves Chevaux , qui efl: d'être égal , ferme 
» & léger. 

» Les branches de la bride font plus lentes à 
» faire leur effet , & font (i baffes , qu'il ne refte pas 
» affés d'efpace pour tirer comme avec le cave- 
a» çon. La bride peut à grand peine tirer le bout du 
»nez. 

» Le caveçon & la bride font fort différens dans 
» leurs effets , parla différence qu'il y a de la bou- 
» che au nez. Si vous tirez le caveçon en haut , 
» les ongles tournez en avant , cela hauffe la tête 
■» du Cheval ; & fi vous tirés la bride les ongles 
» en haut , cela fait baiffer feulement le nez du 
» Cheval en bas, & encore plus , fi vous tenez la 
» main baffe de la bride. 

» En travaillant avec la bride feule , on fe peut 
«facilement tromper, à moins que d'être bien 
«> fçavant dans les différens effets des divers mou- 
» vemens de la main de la bride ; ainfi il faut fe 
» vouloir aveugler foi-même , fi on ne veut pas 
» prendre un chemin fi court & fi affuré , comme 
» efl celui du caveçon lié au pommeau Se fecon- 
» dé de la bride. » 

Après le jugement que portent ces deux grands 
Maîtres fur les avantages Se les effets du caveçon 
il y auroit de la témérité à ne pas fuivre une déci- 
fïon fi refpeclable. La feule remarque que je trou- 
ve à propos de faire , c'eff que je crois le caveçon 
très-excellent entre les mains d'un Homme de 



i±6 Ecole 

cheval qui fçait bien s'en fervir ; mais je croîs en 
même tems , qu'il efl dangereux de le donner aux 
Jicoliers , parce que l'expérience nous fait voir 
que ceux qui ont été élevés dans les Ecoles, où 
on fe fert de cet infiniment , ont pour la plupart 
lamain rude 6c déplacée, ce qui efl occafionné par 
la force majeure qu'on emploie pour le faire 
agir. 

Le Bridon, efl une embouchure montée 
d'une têtière fans muferole : cette embouchure a 
peu de fer , & efl brifée dans le milieu ; quel- 
ques-uns le font en plufieurs endroits. Le bridon 
n'efl autre chofe qu'une imitation des premières 
brides , dont on s'efl fervi pour monter les Che- 
vaux, & qui n'étoient autre chofe qu'une fimple 
embouchure fans branches & fans gourmette. 

II y a deux fortes de bridons : les uns dont 
l'embouchure efl très-mince , fe mettent avec la 
bride, & fervent à foulager la bouche d'un Che- 
val ; & en cas d'accident , lorfque le rênes vien- 
nent à fe rompre , par exemple, ou à être cou- 
pées dans un combat , on a recours alors au bri- 
don. 

L'autre efpece de bridon , efl celui dont on fe 
fen pour acheminer les jeunes Chevaux. L'em- 
bouchure en efl plus grofle ; & aux deux extrémi- 
tés , il y a deux petites barres de fer rondes pour 
empêcher qu'il ne forte de la bouche d'un côté 
ou de l'autre , en tirant l'une des deux rênes. 

Voici de quelle façon M. le Duc de Newcaflle 
s'explique fur les effets du bridon. 

« Le bridon n'appuie que fur les lèvres , & peu 
» fur les barres , & la barbe fe conferve en fon en- 
» tier. Il eftbon pour les chevaux qui pefent à la 



de Cavalerie. 127 

* main, portent bas , & s'arment , pour les relever, 
» On peut gourmander un Cheval en tirant les 
» deux rênes du bridonlune après l'autre, forte- 
» ment , & plufieurs fois de fuite , comme û on 
» vouloit lui feier la bouche. Il eft encore bon , 
» pour acheminer un jeune Cheval, luiappren- 
» dre à tourner au pas , au trot , l'arrêter : la fu- 
» jetion de la bridejui peut donner occafîon de 
» fe défendre, & le bTidon le difpofe à mieux obéir 
» à la bride. Il faut avoir les ongles en deflbus, 
» avancer les mains & avoir les bras en avant. Il 
» n'eft pas bon pour ceux qui n'ont point d'apiri, 
» qui battent à la main; car, comme il ôte l'apuî 
» à ceux qui en ont trop , il gâte ceux qui n en 
•» ont point. 

Le Filet, eft une efpece de mors , monté 
d'une têtière fans muferole, avec une gourmette, 
& des branches fans chaînettes. Ce mors fert aux 
Chevaux de caroife ou autres,lorfqu'on les étrille, 
ou qu'on les mené à la rivière. 
_ Les Anglois plus attentifs qu'aucune autre na- 
tion, pour ce qui regarde l'équipage d'un Cheval, 
ont inventé un filet d'une ftruâure aiïez fingu- 
liere ; il fert en même tems de bridon & de bride. 
par le moyen de deux paires de rênes, Pune'deC- 
quelles eft attachée au bas des branches , comme 
aux brides ordinaires. Les autres rênes font atta-« 
chées cà deux arcs , qui font aux deux extrémités 
de l'embouchure ; & en fe fervant de ces deux 
dernières rênes , la gourmette alors n'agiffanc 
plus , l'embouchure açrit comme celle du bridon, 
& produit le même effet. 




12Ô Ecole 

CHAPITRE IV. 

Des termes de ï Art. 

Ien ne contribue davantage à la con* 
noiffance d'un Art ou d'une Science , 
que l'intelligence des termes qui lui font 
propres. L'Art de monter à Cheval en a 
de particuliers ; c'eft pourquoi j'ai cherché à en 
donner des définitions claires & précifes. 

M a n e'g e ; ce mot à deux lignifications ; fça- 
voir , le lieu où l'on exerce les Chevaux ; & l'e- 
xercice qu'on leur fait faire. 

A l'égard des manèges où l'on exerce les Che- 
vaux , il y en a de couverts & de découverts. Un 
beau manège couvert doit être large de 3 5 à 3 6 
pieds , & long de trois fois fa largeur. 

Un manège découvert peut être plus large & 
plus long , fuivant le terrain qu'on a à y employer ; 
on l'entoure de barieres. 

Le manège regardé comme l'exercice que l'on 
fait faire au Cheval , eft la manière de le dreffet 
fur toutes fortes d'airs. 

Air, eft la belle attitude que doit avoir un 
Cheval dans fes différentes allures; c'eft auiïi la 
cadence propre à chaque mouvement qu'il fait 
dans chaque allure , foit naturelle , ou artifi- 
cielle , comme nous l'expliquerons dans la fuite. 

Changer de main, eft l'a&ion que fait 
un Cheval avec les jambes , lorfqu'il change de 
pied , foit pour galoper fur le pied droit ou fur le 
pied gauche. Ce terme vient des anciens Ecuyers, 

qui 



D E C A V A L E ïl I E. r 2? 

îjuï nommoient les parties du corps du Cheval » 
par préférence aux autres Animaux , comme cel- 
les de l'Homme ; & de même qu'on dit encore 
aujourd'hui, la bouche d'un Cheval , le menton 
& le bras, ils appelioient auffi le pied d'un Che- 
val la main ; ainîï changer de main 5 c'eft changée 
de pied. Selon l'ufage , on entend aulîi par chan- 
gement de main , la ligne ou la pifte que décrit un 
Cheval, en traverfant le manège avant défaire 
ce changement de pied. 

Piste, eft le chemin que décrivent les quatre 
pieds d'un Cheval en marchant. Un Cheval va 
d'une pifte ou de deux piftes, Il va d'une pifte , lors- 
qu'il marche droit fur une même ligne , & que 
les pieds de derrière fuivent & marchent fur la 
ligne de ceux de devant. Il va de deux piftes , 
lorfqu'ii va- de côté ; & alors les pieds de derriè- 
re décrivent une autre ligne que ceux de de- 
vant : c'eft ce qu'on apelle , Fuir les talons. 

Aides , font les moyens dont le Cavalier fe 
fert pour faire aller fon Cheval ; & le fecouïir : 
ces moyens confident dans Igs différens mouve- 
mens de la main & des jambes. 

Aides fines. On dit d'un Homme de cheval 
qui a les aides fines, lorfque fes mouvemens fonc 
peu apparens , & qu'en gardant un jufte équilibre , 
il aide fon Cheval avec feience , avec aifance 
& avec grâce ; ce qu'on apelle auffi , Aides fe~ 
erextes. On dit encore qu'un Cheval a les aides 
fines ,lorfqu'il obéît promptement, & avec facilité 
au moindre mouvement de la main & des jambes 
iiu Cavalier. 

Rendre la main, c'eft le mouvement que 
l'on fait en baillant jta main de la bride , foit 



130 Ecole 

pour adoucir, ou pour faire quiter lcfentïment 
du mors fur les barres. Il faut remarquer , qu'on 
entend toujours par la main de la bride , la main 
gauche du Cavalier ; car , quoiqu'on fe ferve 
quelquefois de la main droite pour tirer la rê- 
ne droite , ce n'eft alors qu'une aide à la main 
gauche, qui relie toujours la main de la bride. 

S'attachera lamain ; c'eft lorfqu 'un Cava- 
lier a la main rude , & qu'il la tient plus fer- 
me qu'il ne doit : c'eft le plus grand défaut qu'on 
puifle avoit à cheval ; car cette dureté de main 
gâte la bouche d'un Cheval , l'accoutume à fe 
cabrer, & le met en danger de fe renverfer ; 
accident bien funefte , & dont les fuites font quel- 
quefois la mort du Cavalier , comme il eft arrivé 
plus d'une fois. 

Tirer a la main. Ce défaut regarde le Chc* 
val , c'eft lorfque fa bouche fe roidit contre la 
main du Cavalier , en tirant & en levant le nez > 
par ignorance ou par défobéïffance. 

Peser a la main, c'eft lorfque la tête du 
Cheval s'appuie fur le mors , & s'apefantit fur la 
main de la bride , enforte qu'on eft obligé de 
porter , pour ainfi dire , la tête du Cheval. 

Battre a la main, c'eft le défaut des Che- 
vaux qui n'ont pas la tête affûrée ni la bouche 
faite , & qui pour éviter la fujetion du mors , 
fecouent la bride , & donnent des coups de tête. 

Faire les forces; c'eft un mouvement très- 
défagréable que font certains Chevaux , en ou- 
vrant la bouche , & en portant continuellement 
la mâchoire inférieure de gauche à droite , & 
de droite à. gauche : c'eft le défaut des bouches 
foibles. 



deCavalerie. 131 

Appui , eft le fentiment que produit l'action de 
ïa bride dans la main du Cavalier, & récipro- 
quement l'action que la main du Cavalier opère 
fur les barres du Cheval. Il y a des Chevaux qui 
n'ont point d'appui , d'autres qui en ont trop , 
ôc d'autres qui ont l'appui à pleine main. Ceux 
qui n'ont point d'appui , font ceux qui craig- 
nent le mors , & ne peuvent fouffirir qu'il appuie 
fur Its barres ; ce qui les fait battre à la main 
Se donner des coups de tête. Les Chevaux qui 
ont trop d'appui , font ceux qui s'appefantiiïent fur 
la main : L appui à pleine main , qui fait la meil- 
leure bouche , c'eft lorfque le Cheval , fans pe- 
fer ni battre à la main , a l'apui ferme , léger , 
& tempéré : ces trois qualités font celles de la 
bonne bouche d'un Cheval , lefquelles répon- 
dent à celles de la main du Cavalier, qui doit être 
légère , douce , ôc ferme. 

Parade, eft la manière d'arrêter un Cheval à 
la fin de fa reprife , ainû Parer, fignifîe arrê- 
ter. 

R e p r 1 s e , eft une leçon réitérée , qu'on 
donne à un Cheval, & dans Pintervale d'une 
reprife à l'autre , on lui laiffe reprendre haleine. 

Marquer un demi-arret; c'eft lors- 
qu'on retient la main de la bride près de foi , 
pour retenir & foutenir le devant d'un Cheval qui 
s'appuie fur le mors , ou lorfqu'on veut le ramener 
ou le raffembler. 

Ramener; c'eft faire baifler la tête & le nez 
a un Cheval , qui tire à la main & porte le 
nez haut. 

Rassembler un Cheval, ou le tenir en- 
femble; c'eft le racourcir dans fon allure, ou 



ï 5 2 Ecole 

dans fon air , pour le mettre fur les hanches ; 
ce qui fe fait en retenant doucement le devant 
avec la main de la bride ; & chaffant les han- 
ches fous lui avec le gras des jambes , pour le 
préparer à le mettre dans la main & dans les 
talons. 

Etre dans la main et dans les talons ; 
c'eft la qualité que l'on donne à un Cheval par- 
faitement dreflfé , qui fuit la main , fuit les jam* 
bes & les éperons avec liberté & obéïffance , foit 
en avant ou en arrière , dans une place , de cô- 
té fur un talon & fur l'autre , & qui foufîre les 
jambes & même les éperons fans fe traverfer , ni 
déplacer la tête. Si l'on trouvoit aujourd'hui un 
pareil Cheval , ou pourroit , fans témérité , lui 
donner le nom de Phénix. 

Renfermer; c'eft tenir beauccoup enfem- 
ble un Cheval, qui eft affez avancé pour com- 
mencer à le mettre dans la main & dans les talons. 

Bien mis; c'eft- à-dire bien dreffé; bien mis 
dans la main 6c dans les talons. 

Se traverser; c'eft lorfque la croupe 
d'un Cheval fe dérange de la pifte qu'elle doit 
décrire , foit en fuyant les talons , ou en allant 
par le droit. 

S'entabler, c'eft lorfque le Cheval , al- 
lant de côté , s'acule , au lieu d'aller en avant , 
& que les hanches marchent avant les épaules. 
Ce terme n'eft plus guéres en ufage , on fe fert 
d'aculer. 

H a r p e r ; c'eft l'allure des Chevaux qui ont 
des éparvins fecs, dont le mouvement fe fait 
de la hanche avec précipitation , au lieu de plier 
le jarret. 



de Cavalerie. 133 

- Piaffer; c'eft l'a&ion que fait le Che- 
val , lorfqu'il paffage dans une même place , en 
pliant les bras , & en levant les jambes avec 
grâce , fans fe traverfer , ni avancer , ni reculer ; 
Se en demeurant dans le refpecl: pour la main ôc 
pour les jambes du Cavalier. 

Trépigner ; c'eft le défaut de ceux qui 
piaffent mal , qui au lieu de foutenir la jambe 
haut , précipitent leur mouvement & battent la 
poudre. Les Chevaux qui ont trop d'ardeur, font 
fujets a ce défaut. 

Doubler. Ilya doubler large , Se doublet 
étroit. Le doubler large , eft lorfqu'on tourne un 
Cheval par le milieu du manège fans changer 
de main , en partageant le terrain également : Ec 
le doubler étroit , eft lorfqu'on le tourne dans 
un quaré étroit aux quatre coins du manège. 
•Falquer, FALCADE,eft l'action que fait 
le Cheval , en coulant les hanches baffes Se tri-. 
des à l'arrêt du galop. 

T r 1 d e ; ce mot eft de M. de la Broue : il 
s'en eft fervi pour exprimer les mouvemens 
promts , courts Se unis , que font les Chevaux 
avec les hanches , en hs rabattant promtemenc 
fous eux. On dit d'un Cheval , qu'il a la carier- 
re tride , c'eft-à-dire , qu'il galope court Se vite 
des hanches. 

Fermer, serrer une demi-volte ; cela 
s'entend de la fin d'un changement de main , ou 
d'une demi-volte , où un Cheval doit arriver 
également de côté, les quatre jamfees enfem- 
ble , fur la ligne de la muraille , pour reprendre 
à l'autre main. 

.Travailler de la main a la main; 

Iiij 



1^4 Ecole 

c'eft lorfqu'on tourne un Cheval d'une piftc* 
avec la main feule , & peu d'aide des jambes : ce 
qui eft bon pour le manège de guerre. 

Secourir; c'eft aider un Cheval avec les 
jarrets, ou avec les gras de jambes, lorfqu'il veut 
demeurer , ou fe ralentir dans fon allure. 

Chevaler ; c'eft lorfque le Cheval en 
allant de côté , en fuyant les talons , les jambes 
de dehors paffent par deiïus celles de dedans» 

Dedans <Sc dehors ; c'eft une façon de 
parler , dont on fe fert quelquefois , au lieu de 
droit Se de gauche , pour exprimer les aides que 
l'on doit donner avec les rênes de la bride , avec 
les jambes Se les talons du Cavalier , & aufîi les 
mouvemens des jambes du Cheval félon la main 
où il va. Pour mieux entendre ceci , il faut fça- 
voir qu'autrefois les Ecuyers travailloient pref- 
que toujours leurs Chevaux fur des cercles , «Se le 
centre autour duquel ils tournoient , détermi- 
noit la main où ils alloient ; enforte qu'en tour- 
nant un Cheval à droite fur un cercle , la rêne 
de la bride , la jambe Se le talon du Cavalier , 
Se les jambes du Cheval qui étoient du côté du 
centre , s'apelloient la rêne de dedans , la jambe 
de dedans , le talon de dedans , ce qui eft le mê- 
me de dire , rêne droite , jambe droite , «Sec. Pour 
lors la rêne de dehors , la jambe de dehors , font 
la rêne gauche , la jambe gauche : Se de même 
en tournant un Cheval à gauche fur un cercle , 
la rêne Se la jambe qui font du côté du centre , 
s'apellent la rêne Se la jambe de dedans , Se font 
la rêne gauche Se la jambe gauche ; «Se par con- 
féquent la rêne de dehors , «Se la jambe de de- 
hors j font la rêne droite , Se la jambe droite. Au- 






de Cavalerie. 135" 

JourcPbui que les manèges font quarés & bornés 
de murailles ou de barrierres , il eft aifé de com- 
prendre , qu'on entend par la rêne de dehors Se 
la jambe de dehors , celles qui font du côté du 
mur. Si le mur eft à la gauche du Cavalier , cela 
s'apelle aller à main droite , alors la rêne & la jam- 
be de dehors font du côté du mur , ce font la 
rêne gauche Se la jambe gauche . & celles de de- 
dans font du côté du manège. Si la muraille eft 
à la droite du Cavalier , cela fe dit travailler à 
main gauche ; la rêne droite Se la jambe droite , 
font la rêne & la jambe de dehors , Se par con- 
séquent la rêne gauche Se la jambe gauche , font 
celles de dedans. J'ai été obligé de donner une 
explication un peu ample de ces termes, parce 
que plufieurs perfonnes les confondent ; mais 
pour parler plus intelligiblement , on dit droit Se 
gauche , qui eft plus ftmple, tant pour exprimer 
les jambes du Cavalier, que celles du Cheval » 
& aufîi les rênes de la bride. 

A l'égard des termes qui regardent les airs dut 
manège , on en trouvera l'explication Se la dé- 
finition dans le Chapitre VI. où il eft traité des, 
joiouvemens artificiels. 




Iiiîj 



ij(É Ecole 




CHAPITRE V. 

Des différens mouvemens des jambes des Chevaux* 
félon la différence de leurs allures, 

A plupart de ceux qui montent à Che^ 
[val n'ont qu'une idée confufe des mou- 
vemens des jambes de cet animal dans 
Jfes différentes allures; cependant fans 
une connoiffance aufîï efientielle à un Cavalier, 
il eft impoîïible qu'il puifle faire agir des reiTorts , 
dont il ne connoît pas la mécanique. 

Les Chevaux ont deux fortes d'allures ;fçavoir, 
les allures naturelles , & les allures artificielles. 

Dans les allures naturelles , il faut diftinguer 
•les allures parfaites , qui font , le pas , le trot , <5ç 
le galop ; & les allures défe&ueufes , qui font , 
l'amble , l'entre-pas ou traquenard , & i'aubin. 

Les allures naturelles & parfaites font celles 
<jui viennent purement de la nature, fans avoir, 
été perfectionnées par l'Art. 

Les allures naturelles & defe&ueufes , font cel- 
les qui proviennent d'une nature foible ou ruinée. 

Les allures artificielles, font celles qu'un habile 
Ecuyer fçait donner aux Chevaux qu'il dreiïe , 
pour les former dans les différens airs , dont ils 
font capables , & qui doivent fe pratiquer dans 
les manèges bien réglés. 



T.i.EiSj. 




Le Trot 



de Cavalerie. 137 

ARTICLE PREMIER, 

Des allures naturelles* 
Le Pas. 

LE pas , eft l'a&ion la moins élevée , la plus 
lente & la plus douée de toutes les allures 
d'un Cheval. Dans le mouvement que fait un 
Cheval lorfqu'il va le pas , il levé les deux jam- 
bes qui font oppofées & traverfées , l'une devant , 
l'autre derrière : Quand , par exemple , la jambe 
droite de devant eft en l'air & fe porte en avant , 
la gauche de derrière fe levé immédiatement 
après, & fuit le même mouvement que celle 
de devant , & ainfi des deux autres jambes ; 
enforte que dans le pas , il y a quatre mouve^ 
mens : le premier eft celui de la jambe droite 
de devant , qui eft fuivie de la jambe gauche de 
derrière , qui fait le fécond mouvement ; le troi-» 
fiéme eft celui de la jambe gauche de devant , 
qui eft fuivie de la jambe droite de derrière ; 6ç 
ainfi alternativement. 

Le Trot, 

L'action que fait le Cheval qui va au trot, eft 
de lever en même tems les deux jambes qui font 
opofées & traverfées; fçavoir, la jambe droite de 
devant avec la jambe gauche de derrière , & en^ 
fuite le jambe gauche de devant avec la droite 
de derrière. La différence qu'il y a entre le pas ôc 
le trot , c'eft que dans le trot , le mouvement eft 
plus violent , plus diligent & plus relevé , ce qui 
rend cette dernière allure beaucoup plus rude; 
quç celle du pas 3 qui eft lente & près de terre ; 



1 5§ Ecole 

Il y a encore cette différence : c'eft que quoique 
les jambes du Cheval, qui va le pas, foient oppo- 
fées & traverfées , comme elles le font au trot » 
la pofition des pieds fe fait en quatre tcms au pas » 
& qu'au trot , il n'y en a que deux , parce qu'il 
levé en même tems les deux jambes oppofées, & 
les pofe aufll à terre en même tems comme nous. 
Venons de l'expliquer. 

Le Galop. 

Le galop , eft l'action que fait le Cheval en 
courant. C'eft une efpece de faut en avant : car 
les jambes de devant ne font point encore à ter- 
re , lorfque celles de derrière fe lèvent ; de façoa 
qu'ila y un inftant imperceptibleoùles quatre jam- 
bes font en l'air. Dans le galop , il y a deux prin- 
cipaux mouvemens , l'un pour la main droite , 
qu'on apelle , galoper fur le pied droit ; ôc l'autre- 
pour la main gauche , qui eft galoper fur le pied 
gauche. Il faut que dans chacune de ces diffé- 
rences, la jambe de dedans de devant avance & 
entame le chemin , Se que ceîfe de derrière du 
même côté, fuive & avance aufîi > ce qui fe fait 
dans l'ordre fuivant. Si le Cheval galope à droi- 
te , quand les deux jambes de devant font le- 
vées , la droite eft rnife à terre plus avant que la. 
gauche , Se la droite de derrière chaflè & fuit le 
mouvement de celle de devant ; elle eft aufïï po- 
fée à terre plus avant que la gauche de derrière. 
Dans le galop à mam gauche , c'eft le pied gau- 
che de devant qui mène & entame le chemin ; 
celui de derrière du même côté fuit , & eft aufîl 
plus avancé que le pied droit de derrière. Cette 
pofition de pieds fe fait dans l'ordre fuivant» 



Tj.jRcure tôj?. %p t 




Le Ja/ûp eus u/ u du devant a droite. ' 




V^y.-.v/ 



Le Oaiop des uni du dernefe adroite 



Ull.d* ' tfeu/f 



T.J:i>-.-iS#.i.J>. 




CJhrroceL J^ i^ilcr fcltt^ cl droite,- ■«-^'HN 



de Cavalerie. 13P 

Lorfque le Cheval galope à droite , après avoir 
raflembîé les forces de fes hanches pour chaflec 
les parties de devant ; le pied gauche de derrière 
fe pofe à terre le premier ; le pied droit de derrière 
fait enfuite la féconde pofition , & efl: placé plus 
avant que le pied gauche de derrière , & dans le 
même inftant le pied gauche de devant fe pofe 
aufli à terre ; enforte que dans la pofition de ces 
deux pieds , qui font croifés & oppofés comme 
au trot , il n'y a ordinairemeut qu'un tems qui foie 
fenfible à la vûë & à l'oreille ; & enfin le pied 
droit dedevant,qui eft avancé plus que le pied gau- 
che de devant , «Se fur la ligne du pied droit de 
derrière , marque le troifiéme & dernier tems. 
Ces mouvemens fe répètent à chaque tems de 
galop , & fe continuent alternativement. 

A main gauche , la pofition des pieds fe fait 
différemment ; c'efl: le pied droit de derrière qui 
marque le premier tems ; le pied gauche de der- 
rière & le pied droit de devant , fe lèvent enfuite 
& fe pofent enfemble à terre , croifés comme au 
trot , & font le fécond tems ; & enfin le pied gau- 
che de devant , qui efl: plus avancé que le pied 
droit de devant , & fur la ligne du pied gauche 
de derrière , marque la troifiéme & dernière ca- 
dence. 

Mais lorfqu'un Cheval a les re (Torts lians & le 
mouvement des hanches tride , il marque alors 
quatre tems , qui fe font dans l'ordre fuivant. 
Lorfqu'il galope à droite , par exemple , le pied 
gauche de derrière fe pofe à terre le premier, le 
pied droit de derrière fait la féconde pofition , 
le pied gauche de devant , immédiatement après 
celui-ci, marque le troifiéme tems ; & enfin le 



140 Ecole 

pied droit de devant, qui eft le plus avancé de 
tous , fait la quatrième & dernière pofition : ce 
qui fait alors , i. 2. 3. & 4. & forme la vraie ca- 
dence du beau galop , qui doit être diligent des 
hanches , & racourci du devant , comme nous 
l'expliquerons dans la fuite. 

Quand il arrive qu'un Cheval n'obferve pas 
en gaiopant le même ordre aux deux mains 
dans la pofition de fes pieds , comme il le doit , 
Se comme nous venons de l'expliquer ; il eft faux 
ou défuni. 

Un Cheval galope faux ou fur le mauvais 
pied, lors qu'allant à une main , au lieu d'entamer 
le chemain avec la jambe de dedans , comme il 
le doit , c'eft la jambe de dehors qui eft la plus 
avancée ; c'eft-à-dire , fi le Cheval , en galopant 
à main droite , entame le chemin avec la jambe 
gauche de devant , fui vie de la gauche de der- 
rière , alors , il eft faux , il galope faux , fur le mau- 
vais pied:& fi en galopant à main gauche, il avan- j 
ce & entame le chemin avec la jambe droite de 
devant , Se celle de derrière , au lieu de la gau- 
che, il eft de-même faux Se fur ie mauvais pied. La 
raifon de cette faufleté dans cette allure, vient de 
ce que les deux jambes , celle de devant Se celle 
derrière , qui font du côté du centre du terrain 
autour duquel on galope, doivent nêceflaire- 
ment être avancées , afin de foutenir le poids du 
Cheval Se du Cavalier ; car autrement le Cheval 
feroit en danger de tomber en tournant ; ce qui 
arrive quelquefois , Se ne laiffe pas d'être dange- 
reux. On court aufïi le même rifque quand un 
Cheval galope défuni. 

Un Cheval fe défunit de deux manières > tan* 



•.r^rci^r.x.f 




X,c &a£op ci&runi du aemer&a cjauc/ic . 



27j.-Pc7.cJC J^l.jf. 




*î.?rw/t 






de Cavalerie. 141 

lot du devant , & tantôt du derrière ; maïs plus 
ordinairement du derrière que du devant. 11 fe 
défunit du devant , lorfqu'en galopant dans l'or- 
dre qu'il doit avec les jambes de derrière à la 
main où il va , c'ell la jambe de dehors du de- 
vant qui entame le chemin, au lieu de celle 
de dedans. Par exemple, lorfqu'un Cheval galope 
à main droite, & que la jambe gauche de devant 
efl: la plus avancée au lieu de la droite, il efl; 
défuni de devant : & de même , fi en galopant 
à main gauche , il avance la jambe droite de 
devant au lieu de la gauche, il efl: encore 
défuni du devant. Il en efl: de même pour le 
derrière : fi c'eft la jambe de dehors de derrière 
qui entame le chemin , au lieu de celle de dedans, 
il efl défuni du derrière. Pour comprendre en- 
core mieux ceci ; il faut faire attention , que 
lorfqu'un Cheval en galopant à droite, a les 
jambes de devant placées comme il devroit les 
avoir pour galoper à gauche, il efl: défuni du 
devant ; & lorfque les jambes de derrière font 
dans la même pofition , où il devroit les avoir 
à gauche , lorfqu'il galope à droite, il efl: défuni 
du derrière. Il en efl: de même pour la main 
gauche. 

Il faut remarquer que pour les Chevaux de 
chafle & de campagne , on entend toujours , fur- 
tout en France, par galoper furie bon pied, 
galoper fur le pied droit. 11 y a pourtant quel- 
ques hommes de cheval qui font changer de pied 
à leurs Chevaux , afin de repofer la jambe gau- 
che , qui efl celle qui foufïre le plus , par;e qu'el- 
le porte tout le poids , au lieu que la droite 
entamant le chemin, a plus de liberté , & ne 
fe fatigue pas tant. 



H* ' Ecole 

ARTICLE IL 

Des allures défefîueufes. 
L'Amble, 

L'Amble efl: une allure plus baiïe que celle 
du pas , mais infiniment plus alongée, dans la- 
quelle le Cheval n'a que deux mouvemens , 
un pour chaque côté , de façon que les deux 
jambes du même côté , celle de devant «Se celle 
de derrière fe lèvent en un même tems , & fc 

Î)ortent en avant enfemble , & dans le tems qu'el- 
es fe pofent à terre , aufîi enfemble , elles font 
fuivies de celles de l'autre côté , qui font le 
même mouvement , lequel fe continue alternati- 
vement. 

Four qu'un Cheval aille bien l'amble , il doit 
marcher les hanches baffes & pliées , & pofer 
les pieds de derrière , un grand pied au delà de 
l'endroit où il a pofé ceux de devant , & c'eft 
ce qui fait qu'un Cheval d'amble fait tant de 
chemin. Ceux qui vont les hanches hautes & roi- 
des n'avancent pas tant & fatiguent beaucoup 
plus un Cavalier. Les Chevaux d'amble ne font 
bons que dans un terrain doux & uni , car dans 
la boue & dans un terrain raboteux , un Cheval 
ne peut pasfoutenir long-tems cette allure. L'on 
voit à caufe de cela , plus de Chevaux de cet- 
te efpéce en Angleterre qu'en France, parce 
que le terrain y elt plus doux & plus uni , mais 
généralement parlant, un Cheval d'amble ne 
peut pas durer long-tems , & c'eft un ligne de 
ibiblefle dans la plupart de ceux qui amblent ; 



T. i.Page 14 'X 

11 




etrrocet ira >.&c Jba/f 



Z.ldu.6in 



de Cavalerie. 14$ 

les jeunes Poulains même prennent cette allure 
dans la prairie , jufqu'à ce qu'ils ayent aflez de 
force pour troter & galoper. 11 y a beaucoup 
de braves Chevaux, qui après avoir rendu de 
longs fervices , commencent à ambler ; parce que 
leurs reffors venant à s'ufer , ils ne peuvent plus 
foutenir les autres allures qui leur étoient aupa- 
ravant ordinaires & naturelles. 

Lï Entre-pas ou Traquenard, 

L'Entre-pas , qu'on apelle aufîi Traquenard i 
eft un train rompu, qui a quelque chofe de 
l'amble. Les Chevaux qui n'ont point de reins 
& qu'on prefle fur les épaules , ou qui commen- 
cent à avoir les jambes ufées & ruinées , prennent 
ordinairement cette allure. Les Chevaux de char- 
ge , par exemple , qui font obligés de faire di- 
ligence , après avoir troté pendant quelques an- 
nées le fardeau fur le corps ; lorfqu'ils n'ont plus 
affez de force pour foutenir l'action du trot , pren- 
nent enfin une efpéce de tricotement de jambes 
vite & fuivi , qui a l'air d'un amble rompu , & 
qui eft , à proprement parler , ce qu'on apelle 
Entre- pas ou Traquenard. 

JJ Aubin, 

On appelle Aubin , une allure dans laquelle 
le Cheval en galopant avec les jambes de devant , 
trote ou va l'amble avec le train de derrière. Cette 
allure qui eft très-vilaine , eft le train des Che- 
vaux qui ont les hanches foibles Se le derrière 
ruiné , & qui font extrêmement fatigués à la 
fin d'une longue courfe. La plupart des Chevaux 
de pofte aubinent au lieu de galoper franche- 



144 Ecole 

ment ; les Poulains qui n'ont point encore affeZ 
de force dans les hanches pour chaiTer & accom- 
pagner le devant , & qu'on veut trop tôt pref- 
ler au galop, prennent aufîi cette allure , de mê- 
me que les Chevaux de chafle , lorsqu'ils ont les 
jambes de derrière ufées. 

ART I CL E Ht. 

Des Allures artificielles. 

LEs mouvemens artificiels font tirez des ria^ 
turels , & prennent différens noms , fuivant 
la cadence Se la pofture que l'on donne aux 
Chevaux dreiTés au manège qui leur eft propre-. 

Il y a , félon l'ufage ordinaire , deux fortes de 
manèges; le manège de Guerre, & celui de Car- 
rière , ou d'école. 

On entend par manège de guerre , l'exercice 
d'un Cheval fage , aifé & obéïlTant aux deux mains 
qui part de vîteife , s'arrête & tourne facilement 
fur les hanches ; qui eft accoutumé au feu , aux 
tambours , aux étendarts ; Se qui n'a peur de 
rien. 

Par manège de Carrière ou d'Ecole, on doit en- 
tendre celui qui renferme tous les airs inventés 
par ceux qui ont excellé dans cet art , & qui font 
ou doivent être en ufage dans les Académies 
bien réglées. 

Parmi ces différens airs , il y en a de bas & de 
relevés. 

Les airs qu'on appelle Bas , font ceux des Che- 
vaux qui manient près de terre. 

Les airs relevés font ceux des Chevaux , ctant 
les mouvemens font détachés de terre. 

jîîrs 



T.i. Pane. 14a. 




"arrtfcel mv Se <Sctt/c 



T.ii Ga/opacêç. 



de Cavalerie. 145» 

AIRS BAS OU PRFS DE TERRE. 

Les airs des Chevaux qui manient près de 
terre , font , le Paffage , le Piafer , la Galopade, 
le Changement de main, la Volte, la Demi-volte, 
la Paffade , la Pirouette , & le Terre-à-terro* 

Il faut remarquer que la plupart des termes 
de Manège dérivent de l'Italien ; parce que les 
Italiens font les premiers Inventeurs des régies 
& des principes de cet Art. 

Paffage. 

Passage, qu'on appelloit autrefois , Patfégc, 
du mot Italien, Spajfeggio, qui fignifie Promenade, 
C'eft un pas ou un trot mefuré & cadencé. Il 
faut dans ce mouvement qu'un Cheval tienne 
plus long-tems fes jambes en l'air , l'une devant 
& l'autre derrière , croifées Se oppofées comme 
au trot ; mais il doit être beaucoup plus racour- 
ci , plus foûtenu , & plus écouté que le trot or- 
dinaire ; enforte qu'il n'y ait pas plus d'un pied 
de diftance entre chaque pas qu'il fait ; c'eft- à- 
dire , que la jambe qui efl en l'air , fe pofe en- 
viron un pied au-delà de celle qui efl: à terre. 

Piafer. 

Lorsq u'u n Cheval paffage dans une place 
fans avancer , reculer , ni fe traverfer , Se qu'il 
levé Se plie les bras haut Se de bonne grâce dans 
cette action ; on appelle cette démarche Piafer. 
Cette allure , qui efl très-noble, étoit fort. re- 
cherchée dans les Caroufels Se dans les fêtes à 
Cheval ; elle efl encore fort eftimée en Efpagne ; 
les Chevaux de ce Pays, Se les Napolitains , y 
ont beaucoup de difpoûtion. K, 



*4# Ecole 

Galopade. 

L A galopade ou le galop de Mane'ge , eft un 
galop uni , bien enfemble , racourci du devant , 
& diligent des hanches ; c'eft-à-dire , qui ne traîne 
pas le derrière , & qui produite par 1 égalité des 
refforts du Cheval , cette belle cadence , qui 
charme autant les Spe&ateurs, qu'elle plaît au 
Cavalier. 

Changement de main. 

Nous avons dit dans le Chapitre précédent, 
qu'on ne devoit pas feulement entendre par chan- 
gement de main , l'action que fait le Cheval lorf- 
qu il change de pied ; mais que l'ufage vouloir, 
aufîi , qu'on entendît par cette expreffion , le 
chemin que décrit le Cheval , lorfqu'il va d'une 
muraille h l'autre , en traverfant le Manège, foie 
de droite à gauche , ou de gauche à droite. Dans 
cette dernière efpéce , il y a deux chofes à ob- 
ferver , qui font les contre-changemens de main , 
Se les changemens de main renverfés. 

Contre - changer de main , c'eft lorfqu'après 
avoir mené un Cheval jufqu'àu milieu du Ma- 
nège , comme fi on vouloit le changer tout-à- 
fait , & après l'y avoir placé la tête à l'autre main , 
on le ramené fur la ligne de la muraille que Ton 
vient de quitter , pour continuer à la même main, 
où il étoit avant que d'avoir changé de main. 

Dans le changement de main renverfé , la pre- 
mière ligne que décrit le Cheval , efl: jufqu'àu 
milieu du Manège , la même que celle du chan-» 
gement de main ordinaire; mais en revenant à la 
muraille qu'on vient de quitter , comme fi l'on 



T.i.Page/47 




* ï J wouett& a gauc/ic 



de Cavalerie. 14? 

vouloît concre-changer de main , au lieu de le 
faire, on retourne & on renverfe l'épaule du Che- 
val pour reprendre à l'autre main -, enforte, que 
fi en changeant de main de droite à gauche, 
dans le contre-changement de main , on fe trou- 
ve à la même main , qui eft la droite ; mais dans 
le changement de main renverfe , on fe trouve 
à gauche en arrivant à la muraille ; & cela par le 
renverfement d'épaule qu'on a fait. 

Les changemens de main , les contre-change- 
mens , & les changemens renverfés", fe font d'une 
pifte ou de deux piftes , fuivant que le Cheval 
eft plus ou moins obéïffant à la main & aux talons* 

Volte. 

L e mot de volte , eft une expreffion Italien- 
ne , qui lignifie cercle, rond, ou pifte circulaire. H 
faut remarquer qu'on entend en Italie par volte * 
le cercle que décrit un Cheval qui va fimple- 
ment d'une pifte , & ce que nous entendons pat 
volte , ils l'appellent , Radoppio ; mais en Fran- 
ce , le mot de volte fignifie , aller de deux piftes 
de côté , le Cheval formant deux cercles para- 
lelles , ou un quarré , dont les coins font arondis» 

La demi-volte eft la moitié d'une volte , ou 
une efpéce de demi-cercle de deux piftes. On 
fait les demi-voltes , ou dans la volte même , ou 
aux deux extrémités d'une ligne droite. 

11 y a encore des voltes renverfées , & des de- 
mi-voltes renverfées. 

Par volte renverfée , on entend le chemin que 
décrit un Cheval qui va de deux piftes , avec la 
tête & les épaules du côté du centre ; & alors 
les pieds de devant décrivent la ligne la plus près 

Kij 



It^S Ecole 

du centre , & ceux de derrière la plus éloignée £ 
ce qui eft l'oppofé de la volte ordinaire , où la 
croupe eft du côté du centre de la volte. 

La demi - volte renverfée , fe fait comme le 
changement de main renverfé , excepté que le 
Cheval doit aller de deux pilles pour la demi- 
yolte. 

PaJJade. 

Faire des paffades , c'eft mener un Cheval 
fur une même longueur de terrain , en chan- 
geant aux deux bouts , de droite à gauche , & 
de gauche à droite , paflant & repayant toujours 
fur la même ligne. 

Il y a des paflades au petit galop , & des paf- 
fades furieufes. 

Les paflades qui fe fond au petit galop , font 
celles où l'on tient le Cheval raflemblé dans 
un galop racourci & écouté , tant fur la ligne 
droite de la paflade , que fur les demi-voltes des 
deux extrémités de la ligne. 

Dans les paflades furieufes , on mené le Cheval 
au petit galop jufqu'au milieu de la ligne droite , 
& delà, on le fait partir à toutes jambes , juf- 
qu'à l'endroit où on le raflerable pour commen- 
cer la demi-volte. 

Pirouette. 

La pirouette eft une efpéce de volte , qui fe 
fait dans une même place & dans la longueur 
du Cheval : la croupe refte dans le centre , & 
la jambe de derrière de dedans , fert comme de 
pivot au tour du quel tournent , tant les deux 
jambes de devant , que celle de dehors de derrière. 



T!i .Pajc 140. 2 f: 







Ti.Pa-cre /4 à. i.r. 




Jb£araù\ 



feE Cavalerie» ï4# 

Terre- à-perre. 

M. le Duc de Newcaftle a fort bien défini 
le Terre- à-terre , un galop en deux tems, qui 
le fait de deux piftes. Dans cette action le Che- 
val levé les deux jambes de devant à la fois , 
&les pofe à terre de même ; celles de derrière fui- 
vent & accompagnent celles de devant; cequi for- 
me une cadence tride & baffe , qui eft comme 
une fuite de petits fauts fort bas , près de ter- 
re, allant toujours en avant & de côté. 

Quoique le terre- à-terre foit mis avec raifon 
au nombre des airs bas , parce qu'il eft près de 
terre; c'eft pourtant cet air qui fert de fonde- 
ment à tous les airs relevés , parce que généra- 
lement tous les fauts fe font en deux tems , com- 
me au terre-à-terre. 

AIRS RELEVE' S. 

On appelle Airs relevés , tous les fauts qui font 
plus détachés de terre que le terre-à-terre. On 
en compte fept , qui font , la Péfade , le Mézair % 
la Courbette, la Croupade , la Balotade , la Ca~ 
priole , & le Pas-&-le Saut. 

Péfade, 

La Péfade eft un air , dans lequel le Che* 
val levé le devant haut dans une place fans a- 
vancer , tenant les pieds de derrière ferme à ter- 
re fans les remuer, enforte qu'il ne fait point 
de tems avec les hanches , comme à tous les au- 
tres airs. On fe fert de cette leçon pour prépa- 
rer un Cheval à fauter avec plus de liberté 3 Ôç 
pour lui gagner le devant» K iij 



tyo Ecole 

Mêxair. 

Mezair , eft un terme qui fignifie , moitié air ; 
c'eft un faut , qui quoiqu'au nombre des airs re- 
levés , ne l'eft pourtant qu'un peu plus que le 
terre-à-terre , mais moins écouté & plus avan- 
cé que la courbette , On l'apelle , Moitié air , 
Mé^air , parce qu'il eft entre l'un & l'autre ; & 
c'eft pour cela que quelques Ecuyers l'appellent 
Demi- courbette , ce qui exprime aflez bien le mou- 
vement que fait un Cheval dans cette a&ion. 

Courbette, 

La Courbette eft un faut , dans lequel le Che- 
val eft plus relevé du devant , plus écouté Se 
plus foutenu que dans le Mézair, & où les han- 
ches rabattent &: accompagnent avec une cadence 
baffe & tride , les jambes de devant dans l'inftant 
qu'elles retombent à terre. 

Croupade, 

La Croupade eft un faut plus élevé que la 
-Courbette , tant du devant que du derrière , dans 
lequel le Cheval étant en l'air , trouffe & retire 
les pieds & les jambes de derrière fous le ven- 
tre , & les tient dans une hauteur égale à celle 
«les pieds de devant. 

Balotade. 

La Balotade eft un faut , dans lequel le Che- 
val ayant les quatres pieds en l'air , & dans u- 
ne égale hauteur , au lieu de retirer & de trouf- 
fer fes jambes & fes pieds de derrière fous le ven- 
tre, comme dans la croupade, il préfente fes 



Tt.Paae ,£À 




Ze Fia fer dans 7êkrFi//ier<f .' '"*»■<*<■*&: ] 



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T.i.Pqge tfr. /./ 




Cjrdri'.ecel. inv. c$ ifcultr, z' 1 / 

^ C rçupado 






bE Cavalerie. * y i 

fers de derrière , comme s'il vouloit ruer , fans 
pourtant détacher la ruade, comme dans laça- 
priole. 

Capriole. 

La Capriole , efl le plus élevé & le plus par- 
fait de tous les fauts. Lorfque le Cheval ell: en 
l'air , & dans une égale hauteur du devant & du 
derrière , il détache la ruade avec autant de for- 
ce , que s'il vouloit , pour ainfi dire , fe féparer. 
de lui-même, en forte que fes jambes de derrière 
partent comme un trait. On appelloit autrefois 
cette action S'cparer , nouer Véguillette. 

Il faut bien remarquer que ces trois derniers 
airs de Croupade , de Balotade , & de Capriole 
différent entr'eux , en ce que le Cheval , dans 
la croupade , ne montre point fes fers de der- 
rière , lorfqu'il efl au haut de fon faut ; qu'au 
contraire il les retire fous le ventre ; que dans la 
balotade , il montre fes fers Se s'offre à ruer , fans 
pourtant détacher la ruade ; & que dans la ca- 
priole , il détache la ruade aulîî vivement qu'il 



le peut. 



Le Pas~&-le Saut. 



Cet air fe forme en trois tems , dont le pre- 
mier e(t un tems de galop racourci , ou terre-à- 
terre ; le fécond , une courbette ; & le troifiéme 
efl: une capriole; Se ainfi alternativement. Les 
Chevaux qui ne fe fentent pas affez de força 
pour redoubler à caprioles , prennent d'eux-mê- 
mes cet air ; Se les plus vigoureux fauteurs , lorf« 
qu'ils commencent à s'ufer, prennent aufTi cet 
air , pour fe foulager , Se pour prendre mieux le 
tems du faut. 

Kiiij 




tya? Ecole 

CHAPITRE VI; 

De la belle pojlure de l'Homme de cheval y & 

de ce au il faut obferver avant que de 

monter. 

A grâce eft un fi grand ornement 
pour un Cavalier, & en même tems un 
fi grand acheminement à la fcience 
que tous ceux qui veulent devenir 
Hommes de cheval, doivent avant 
toutes chofes , employer le tems nécefiaire pour 
aquerir cette qualité. J'entens par grâce, un 
air d'aifance & de liberté , qu'il faut confervçr 
dans une pofture droite & libre , foit pour fe te- 
nir & s'affermir à Cheval, quand il le faut ; foit 
pour fe relâcher à propos, en gardant autant qu'on 
le peut , dans tous les mouvemens que fait un 
Cheval , ce jufte équilibre qui dépend du contre- 
poids du corps bien obfervé ; & que les mouve- 
mens du Cavalier foient fi fubtils , qu'ils fervent 
plus à embellir fon afiiette , qu'à paraître aider 
Ion cheval. Cette belle partie ayant été négli- 
gée , & la nonchalance jointe à un certain air de 
molleiïe , ayant fuccedé à l'attention qu'on avoit 
autrefois pour acquérir & pour conferver cette 
belle afliette , qui charme les yeux des Specta- 
teurs, 6c relevé infiniment le mérite d'un beau 
Cheval , il n'eft point étonnant que la Cavale- 
rie ait tant perdu de fon ancien luftre. 

Avant que de monter un Cheval , il faut vi- 
fiter d'un coup d'oeil tout fon équippage : cette 



DE CAVALERIi. IfJ 

attention, qui eft l'affaire d'un moment, eft ab- 
solument néceffaire , pour éviter les inconviens 
qui peuvent arriver à ceux qui négligent ce petit 
foin. Il faut d'abord voir, fi la fougorge n'eft 
point trop ferrée , ce qui empêcheroit la refpi- 
ration du Cheval : fi la muferole n'eft point trop 
lâche ; car il faut , au contraire , qu'elle foit un 
peu ferrée, tant pour la propreté, que pour em- 
pêcher certains Chevaux d'ouvrir la bouche ; & 
pour prévenir dans d'autres le défaut qu'ils ont 
de mordre à la botte. Il faut enfuite voir , fi le 
mors n'eft point trop haut, ce qui feroit fron- 
cer les lèvres ; ou trop bas , ce qui le feroit por- 
ter fur les crochets : fi la felle n'eft point trop 
avant ; car , outre le danger d'eftropier un Che- 
val fur le garot , on lui empêcheroit le mou- 
vement des épaules : fi les fangles ne font point 
trop lâches , ce qui feroit tourner la felle ; ou Q 
elles ne font point trop tendues , d'où il arrive 
fouvent de fâcheux accidens. Il y a , par exem- 
ple , certains Chevaux , qui s'enflent tellement 
le ventre par malice , en retenant leur haleine , 
lorfqu'on veut les fangler , qu'à grande peine 
les fangles peuvent approcher des contre-fan- 
glots ; il y en a d'autres , qui , fi on les monte 
dès qu'ils font fangles , on la dangereufe habi- 
tude d'effayer, en fautant, de cafter leurs fan- 
gles , & quelquefois même de fe renverfer. Pour 
corriger ces défauts, on les tient fangles dans 
l'écurie quelque tems avant de les monter , & 
en les fait trotter en main quelques pas. Il faut 
aufti voir , fi le poitrail eft au-deftus de la join- 
ture des épaules ; car s'il étoit trop bas , il en 
empêcheroit le mouvement : Et enfin, fi la crou~ 



1 74 Ecole 

piere eft d'une jufte mefure ; ni trop lâche , cri 
qui feroit tomber la felle en avant ; ni trop cour- 
te , ce qui écorcheroit le Cheval fous la queue , 
& lui feroit faire des fauts & des ruades très- 
incommodes. 

Après avoir fait ce petit examen , il faut s'ap- 
procher près de l'épaule gauche du Cheval , 
non-feulement pour être plus à portée de mon- 
ter facilement deflus , mais pour éviter de rece- 
voir un coup de pied ; foit avec la jambe de de- 
vant , Il l'on étoit vis-à-vis de l'encolure ; foit 
avec celle de derrière , fi l'on étoit placé vis-à- 
vis du ventre. Il faut enfuite prendre le bout 
des rênes avec la main droite , pour voir fi elles 
ne font point à l'envers , ni détournées ; & en 
ce cas , il faudroit les remettre fur leur plat , 
en tournant le touret du bas de la branche. Il 
faut tenir la gaule la pointe en bas dans la main 
gauche , & de la même main , prendre les rênes - 
un peu longues de peur d'accident , avec une poi- 
gnée de crin près du garot , 6c bien ferrer ces trois 
chofes. Il faut enfuite avec la main droite , pren- 
dre le bas de l'étriviere près de l'étrier , tourner 
l'étriviere du côté du plat du cuir , enfuite on met 
le pied gauche à l'étrier, on porte la main droite 
fur l'arçon de derrière , on s'élève au - deflus de 
la felle , en paflant la jambe droite étendue juf- 
qu'à la pointe du pied ; & enfin , on entre dans 
la felle , en fe tenant le corps droit. Toute cette 
fuite d'aclion , qui eft plus longue à décrire qu'à 
exécuter , doit fe faire avec beaucoup de grâce , 
de promptitude & de légèreté , afin de ne pas 
tomber dans le cas de certains Cavaliers , qui 
affe&ent un air de fuiïifance dans la pratique de 



de Cavalerie. 'îff 

thofes , qui , quand on les fçait faire une fois , 
font très-faciles & très-fimples , mais néceffaires. 

Lorfqu'on efl en felle , il faut paffer la gaule 
dans la main droite , la pointe en haut ; avec la 
même main , prendre le bout des rênes , pour 
les tenir égales , enfuite les ajufter dans la main 
gauche , en les féparant avec le petit doigt de la 
même main , renfermer le bout des doigts dans 
le creux de la main , & étendre le poulce deffus 
les rênes, afin de les affùrer, 8c de les empêcher 
de couler de la main. 

La main de la bride gouverne l'avant - main. 
Elle doit être placée au-deffus du col du Che- 
val , ni en dedans , ni en dehors , à la hauteur du 
coude , deux doigts au-deffus , & plus avant que 
le pommeau de la felle , afin qu'il n'empêche pas 
l'effet des rênes : elle doit être par conféquent 
détachée du corps , 8c éloignée de l'elf omach , 
avec les ongles un peu tournés en-delTus , vis-à- 
vis du ventre , 8c le poignet un peu arondi. 
Nous parlerons dans le Chapitre fuivant des effets 
de la main de la bride , laquelle mérite une ex- 
plication particulière. 

La main droite doit être placée à la hauteur 8c 
près de la main gauche , quand on mené un Che- 
val les rênes égales ; mais lorfqu'on fe fert de la 
rêne droite , pour le plier avec la main droite, 
il faut qu'elle foit plus baffe que la main gauche , 
8c plus près de la bâte de la felle. 

Immédiatement après avoir placé la main de 
la bride , il faut s'affeoir jufte dans le milieu de la 
felle , la ceinture 8c les feffes avancées , afin de 
n'être point affis près de l'arçon de derrière ; il 
faut tenir fes reins plies & fermes , pour réfifler 
au mouvement du Cheval. 



t$6 Ecole 

M. le Duc de Newcaftle dit , qu'un Cavaïïet 
3bit avoir deux parties mobiles & une immobile. 
Les premières font le corps jufqu'au défaut de 
la ceinture , & les jambes, depuis les genoux jus- 
qu'aux pieds; l'autre, eft depuis la ceinture jus- 
qu'aux genoux. Suivant ce principe , les parties 
mobiles d'enhaut font , la tête , les épaules ., & 
les bras. La tête doit être placée droite & lire 
au-deilus des épaules , en regardant entre les. 
oreilles du Cheval ; les épaules doivent être aufïi 
fort libres , & un peu renverfées en arrière ; car 
fi la tête & les épaules étoient en avant , le der- 
rière fortiroit du fond de la felle , ce qui , outre 
la mauvaife grâce , feroit aller un Cheval fur les 
épaules , Se lui donneroît occafion de ruer par 
le moindre mouvement. Les bras doivent être 
plies au coude , & joints au corps fans contrain- 
te, en tombant naturellement fur les hanches. 

A l'égard des jambes , qui font les parties mo- j 
biles d'en bas , elles fervent à conduire Se à tenir 
en refped le corps Se l'arriere-main du Cheval : 
leur vraie pofition eft d'être droites Se libres du 
genou en bas, près du Cheval fans le toucher, les 
cuifTes Se les jarrets tournés en dedans , afin que 
le plat de la cuilTe foit, pourainfi dire, collé le 
long du quartier de la felle. 11 faut pourtant que 
les jambes foient afTùrées , quoique libres, carfî 
elles étoient incertaines elles toucheroient in- 
ceffamment le ventre ; ce qui tiendroit le Che- 
val dans un continuel défordre : fî elles étoient 
trop éloignées , on ne feroit plus à tems d'aider 
ou de châtier un Cheval à propos ; c'eft-à-dire , 
dans le tems qu'il commet la faute : fî elles étoient 
trop avancées , on ne pourroit pas s'en fervir 



de Cavalerie. 15*7 

t>our le ventre , dont les aides font les jambes : 
û , au contraire , elles étoient trop en arrière , les 
aides viendraient dans les flancs , qui font une 
partie trop chatoiiilleufe & trop fenfible , pour 
y appliquer les éperons; & fi enfin les jambes 
étoient trop racourcies , lorfqu'on peferoit fur les 
écriers , on feroit hors de la felle. 

Le talon doit être un peu plus bas que la poin- 
te du pied j mais pas trop , parce que cela tien- 
droit la jambe roide ; il doit être tourné tant fore 
peu plus en dedans qu'en dehors , afin de pou- 
voir conduire l'éperon facilement , & fans con- 
trainte à la partie du ventre , qui efl: à quatre 
doigts derrière les fangles. La pointe du pied 
doit déborder l'étrier d'un poulce , ou deux feu- 
lement, fuivant la largeur de la grille ; fi elle étoiï 
trop en dehors , le talon fe trouveroit trop près 
du ventre , & l'éperon chatouillerait continuel- 
lement le poil ; fi , au contraire , elle étoit trop 
en dedans , alors le talon étant trop en dehors, 
la jambe feroit eftropiée, A proprement parler , 
ce ne font point les jambes qu'il faut tourner à 
Cheval , mais le haut de la coiffe ; c'efl>à-dire , la 
hanche , & alors les jambes ne font point trop 
tournées , & le font autant qu'elles le doivent être 
auffi bien que le pied. 

Il ne fuffit pas de fçavoir précifément comme 
il faut fe placer à Cheval , fuivant les régies que 
nous venons de donner; le plus difficile efl de 
conferver cette pofture , lorfque le Cheval efl: 
en mouvement; c'eft pour cela, qu'un habile 
Maître a coutume de faire beaucoup trotter les 
Commençans , afin de leur faire prendre le fond 
de la felle. Rien n'eft au-defius du trot , pou$ 



ïS-8 Ecole 

donner de la Fermeté à un Cavalier. On fe trou-? 
ve à fon aife après cet exercice dans les autres 
allures , qui font moins rudes. La méthode de 
trotter cinq ou fix mois fans étriers , eft encore 
excellente; par -là, néceffairement les jambes 
tombent près du Cheval , & un Cavalier prend 
de l'affiette & de l'équilibre. Une erreur dans 
laquelle on tombe trop ordinairement , c'eft de 
donner des fauteurs aux Commençans , avant 
qu'ils ayent attrappé au trot cet équilibre , qui eft 
au-defTus de la force des jarrets, pour fe bien te- 
nir à Cheval. Ceux qui ont l'ambition de mon- 
ter trop tôt des fauteurs , prennent la mauvaife 
habitude de fe tenir avec les talons ; & au fortir 
de l'Académie , ils ne lailTent pas , avec leur pré- 
tendue fermeté , de fe trouver très-embarraifés 
fur de jeunes Chevaux. C'eft en allant par de- 
grés , qu'on acquiert cette fermeté , qui doit ve- 
nir de l'équilibre , & non de ces jarrets de fer , 
qu'il faut laiffer aux calTecous des Maquignons. Il 
faut pourtant , dans de certaines occafions, fe fer- 
vir de {es jarrets , & même vigoureufement , fur- 
tout dans des contre-tems qui font fi rudes & 
fi fubits , qu'on ne peut s'empêcher de perdre fon 
afïïette ; mais il faut fe remettre en felle , & fe re- 
lâcher d'abord après la bourafque , autrement le 
Cheval recommenceroit à fe défendre de plus 
belle. 

Dans une Ecole bien réglée , on devrok, après 
le trot , mettre un Cavalier au piafer dans les 
pilliers ; il apprendroit dans cette action , qui eft 
très-aifée , à fe tenir de bonne grâce. Après le 
piafer , il faudroit un Cheval qui allât à demi- 
courberte \ enfuite un à courbette ; un autre à 



de Cavalerie. fjjf 

balotade ou à croupade ; & enfin un à capriole. 
Infenfiblement, & fans s'en appercevoir , un Ca- 
valier prendroit , avec le tems , la manière de fe 
tenir ferme & droit , fans être roide ni gêné ; de- 1 
viendroit libre & aifé fans mollette ni nonchalan- 
ce , & furtout il ne feroit jamais panché , ce qui 
eft le plus grand de tous les défauts ; parce que 
les Chevaux fenfibles vont bien ou mal, fuivant 
que le contre-poids du corps , eft régulièrement 
obfervé ou non. 

CHAPITRE VII. 

De la main de la bride , & de fis effets, 

E s mouvemens de la main de la bride, 
fervent à avertir le Cheval de la volon- 
té du Cavalier ; & l'action que produit 
la bride dans la bouche du Cheval , 
eft l'effet des différents mouvemens de la main. 
Comme nous avons donné dans la première Par- 
tie de cet Ouvrage , l'explication des parties qui 
compofent la bride, & la manière de l'ordon- 
ner , fuivant la différence des bouches , nous 
n'en parlerons point ici. 

M. de la Broue , & après lui , M. de Nev- 
caftle, difent que pour avoir la main bonne , il 
faut qu'elle foit légère , douce & ferme. Cette 
perfection ne vient pas feulement de l'action de 
la main , mais encore de Paillette du Cavalier ; 
lorfque le corps eft ébranlé , ou en défordre , la 
main fort de la fituation où elle doit être , & le 
Cavalier n'eft plus occupé qu'à fe tenir : il faut 
encore que les jambes s'accordent avec la nïain , 




ïtfo Ecole 

autrement l'effet de la main ne feroit jamais jufte % 
cela s'appelle en termes de l'Art, accorder la 
main & les talons , ce qui eft la perfedion de 
toutes les aides. 

La main doit toujours commencer le premier 
effet , & les jambes doivent accompagner ce mou- 
vement ; car c'eft un principe général , que dans 
toutes les allures , tant naturelles qu'artificielles , 
la tête & les épaules du Cheval doivent marcher 
les premières ; & comme le Cheval a quatre prin- 
cipales allures , qui font , aller en avant, aller en 
arrière , aller adroite, & aller à gauche ; la main 
de la bride doit aufïï produire quatre effets , qui 
font , rendre la main , foutenir la main , tourner 
la main à droite , & tourner la main à gauche. 

Le premier effet , qui eft de rendre la main , 
pour aller en avant , eft un mouvement qui fe 
fait en bainant la main, 6c en la tournant un 
peu les ongles en deffous : la féconde adion - 
qui eft , de foutenir la main , fe fait en approchant 
la main de l'eftomac , & en la levant les ongles 
un peu en haut. Cette dernière aide, eft pour 
arrêter un Cheval , ou marquer un demi-arrêt , 
ou bien pour le reculer : 11 ne faut pas dans cet- 
te adion , pefer trop fur les étriers , & il faut 
en marquant le tems de la main , mettre les é- 
paules un peu en arrière , afin que le Cheval ar* 
rête ou recule fur les hanches. Le troifiéme ef- 
fet de la main , eft de tourner à droite , en por- 
tant la main de ce côté , ayant les ongles un peu 
en haut , afin que la rêne de dehors , qui eft la 
rêne gauche, laquelle doit faire adion, puiffe 
agir plus promtemement. Le quatrième effet , 
eft de tourner à gauche , en y porunt la main , 

tournant 



de Cavalerie. î6i 

tournant un peu les ongles en deflbus , afin de 
faire agir la rêne de dehors , qui efl la rêne droi- 
te à cette main. 

Suivant ce que nous venons de dire, il efl 
aifé de remarquer qu'un Cheval obéïffant à la 
main, efl celui qui la fuit dans tous fes mou» 
vemens, & que fur l'effet de la main , efl fon- 
dé celui des rênes , qui font agir l'embouchure. 
Il y a trois manières de tenir les rênes ; Sé- 
parés dans les deux mains ; égaies dans la main 
gauche ; ou l'une plus courte que l'autre , fui- 
vant la main où l'on travaille un Cheval. 

On appelle , rênes féparés , lorfqu'on tient la 
rêne droite dans la main droite , & la rêne gau- 
che dans la main gauche. 

On fe fert des rênes féparées pour les Che- 
vaux, qui ne font point encore accoutumés à 
obéir à la main de la bride ; on s'en fert aufïl 
pour les Chevaux qui fe défendent , «Se qui re- 
fufent de tourner à une main. 

Pour bien fe fervir des rênes féparées , il faut 
bailler la main gauche , lorfqu'on tire la rêne 
droite pour tourner à droite ; & de même en ti- 
rant la rêne gauche , pour faire tourner un Che- 
val à gauche , il faut baiffer la rêne droite : au- 
trement le Cheval ne fçauroit à quelle rêne obéir , 
fi on ne baiffoit pas celle qui efl oppofée à la main 
où on le veut tourner. 

Les rênes égales dans la main gauche , fervent 
à mener un Cheval obéiffant à la main de la bri- 
de , tant pour les Chevaux de campagne , que 
pour ceux—de chaffe & de guerre ; mais lorfqu'on 
travaille un Cheval dans un manège , pour le dref- 
fer & lui donner leçon , il faut que la rêne de 

L 



i6i Ec ole 

dedans foit un peu racourcie dans la main de la' 
bride , afin de lui placer la tête du côté qu'il va : 
car un Cheval qui n'eft point plié, n'a point de 
grâce dans un manège ; mais la rêne de dedans 
ne doit point être trop racourcie ; cela donneroic 
tin faux appui, & il faut toujours fentir dans la 
main de la bride, l'effet âes deux rênes. Le plus 
difficile eft de plier un Cheval à droite , non- 
feulement parce que la plupart des Chevaux font 
naturellement plus roides à cette main , qu'à gau- 
che,mais cette difficulté vient encore de la fituation 
des rênes dans la main gauche : comme elles doi- 
vent être féparées par le petit doigt , il fe trouve 
que la rêne gauche , qui eft par deflbus le petit 
doigt , agit plus que la rêne droite , qui eft par de£ 
fus ; enforte que lorfqu'on travaille un Cheval 
à droite , il ne fuffit pas d'accourcir la rêne droite 
pour le plier , on eft fouvent obligé de fe fer- 
vir de la rêne droite , en la tirant avec le petit 
doigt de la main droite , qui fait la fonction du 
petit doigt delà main gauche , lorfqu'on travail- 
le à gauche. Il y a très-peu de perfonnes qui fça- 
chent bien fe fervir de la rêne droite : la plu- 
part bahTentla main gauche en la tirant, & a- 
lors ils ne tirent que le bout du nez du Che- 
val , parce que la rêne de dehors n'en foutient 
pas l'action : Il faut donc lorfqu'on tire la rê- 
ne droite pour plier un Cheval à droite , que 
le fentiment de la rêne de dehors refte dans 
la main gauche , afin que le pli vienne du 
garot & non du bout du nez , qui eft une vi- 
laine attion. 

11 n'en eft pas de même pour la main gauche. 
La foliation de la rêne de dedans 9 qui eft au, 



t>E Cavalerie. 163 

tîeflbus du petit doigt , donne beaucoup de faci- 
lité à plier un Cheval à cette main , joint à ce 
que prefque tous les Chevaux y ont plus de dif- 
polition. Il faut remarquer que lorfqu'un Che- 
val eli bien dreffé , il ne faut racourcir que très- 
peu la rêne de dedans, ni fe fervir que rarement de 
la. main droite pour le plier à droite , parce qu'il 
doit alors fe plier par l'accord de la main & des 
jambes ; mais avant qu'il foit parvenu à ce de- 
gré de perfection , il faut néceffairement fe fer- 
vir des rênes de la manière que nons venons 
de l'expliquer. 

La hauteur de la main régie ordinarement cel- 
le de la tête du Cheval ; c'eft pourquoi il faut la 
tenir plus haute que dans la fituation ordinaire 
pour les Chevaux qui portent bas , afin de les 
relever ; & elle doit être plus baffe & plus près de 
l'efiomac , pour ceux qui portent le nez au vent , 
afin de les ramener & de leur faire baiffer la tête. 

Lorfqu'on porte la main en avant , cette action 
lâche la gourmette & diminue par conféquenc 
l'effet du mors. On fe fert de cette aide pour chaf- 
fer en avant un Cheval qui fe retient : lorfqu'au 
contraire, on retient la main près de l'eftomac, 
alors la gourmette fait plus d'effet & le mors ap- 
puie plus ferme fur les barres , ce qui eft bon 
pour les Chevaux qui tirent à la main. 

Nous avons dit ci-deffus , que la main bon- 
ne renfermoit trois qualités , qui font d'être lé- 
gère , douce & ferme. 

La main légère, eft celle qui ne fent point 
l'appui du mors fur les barres. 

La main douce , eft celle qui fent un peu l'ef- 
fet du mois fans donner trop d'appui. 

Lia 



î 64 Ecole 

Et la main ferme , eft celle qui tient le Che- 
val dans un appui à pleine main. 

C'eft un grand art que de fçavoir accorder 
ces trois différens mouvemens de la main , fui- 
vant la nature de la bouche de chaque Cheval, 
fans contraindre trop & fans abandonner à coup 
le véritable appui de la bouche ; c'eft-à-dire , 
qu'après avoir rendu la main, ce qui eft l'a- 
clion de la main légère , il faut la retenir douce- 
ment, pour chercher & fentir peu à peu dans 
la main , l'appui du mors , c'eft ce qu'on appelle- 
avoir la main douce ; on réfrfte enfuite de plus 
en plus en tenant le Cheval dans un appui plus 
fort , ce qui provient de la main ferme : & alors on 
adoucit-, Se on diminue dans la main le fentiment 
du mors , avant de paifer à la main légère ; car 
il faut que la main douce précède & fuive tou- 
jours l'effet de la main ferme , & l'on ne doit 
jamais rendre la main à coup , ni la tenir fer- 
me d'un feul tems ; on offenferoit la bouche 
du Cheval , & on lui feroit donner des coups 
de tête. 

Il y a deux manières de rendre la main. La pre- 
mière , qui eft la plus ordinaire &la plus en ufage 
eft de baiffer la main de la bride , comme nous 
l'avons dit : La deuxième manière , eft de prendre 
les rênes avec la main droite , au deffus de la main 
gauche & en lâchant un peu les rênes dans la 
main gauche , on fait palfer le fentiment du mors 
dans la main droite , & enfin en quittant tout-à- 
fait les rênes qui étoient dans la main gauche , 
on baille la main droite fur Je cou du Cheval , 6c 
alors le Cheval fe trouve tout-à-fait libre , fans 
bride. Cette dernière façon de rendre la main , 



de Cavalerie; i 6$ 

s'appelle Defcente de main : on la fait aullî en pre- 
nant le bout des rênes avec la main droite , la main 
à la hauteur de la tête du Cavalier, &le bras droit 
en avant & libre ; mais il faut être bien fur de la 
bouche d'un Cheval & de fon obéiffance, pour en- 
treprendre de le mener de cette dernière façon. 11 
faut bien fe donner de garde de rendre la main , 
ni de faire la defcente de main , lorfque le Che- 
val efï fur les épaules : le vrai tems de faire ce 
mouvement à propos , c'eft après avoir marqué un 
demi-arrêt , & lorfqu'on fent que le Cheval , plie 
les hanches , de lui rendre fubtilement la bride , 
on bien l'on fait la defcente de main. Ce tems , 
qu'il faut prendre bien jufle,& qu'il eh 1 difficile de 
faifîr à propos , efl: une aide des plus fubtiles & 
des plus utiles de la Cavalerie ; parce que le Che- 
val pliant les hanches dans le tems qu'on aban- 
donne l'appui, il faut nécelTairement qu'il de- 
meure léger à la main , n'ayant point de quoi 
appuyer fa tête. 

11 y a encore une autre manière de fe fervir 
des rênes , mais elle efl peu ufitée : c'eft d'atta- 
cher chaque rêne à l'arc du banquet , & alors la 
gourmette ne fait aucun effet. Cette façon de fe 
fervir des rênes , s'appelle , Travailler avec defauf- 
fes rênes : on s'en fert encore quelquefois pour ac- 
coutumer les jeunes Chevaux à l'appui du mors 
lorfqu'on commence à leur mettre une bride. 

M. le Duc de Newcaftle fait une Differtation 
fur les rênes de la bride , où il paroît quelque 
vraifemblance dans la fpéculation; mais qui, fé- 
lon moi , fe détruit dans l'exécuion. « 11 dit , que 
y> de quelque côté que les rênes foient tirées, l'em- 
» bouchure va toujours du côté oppofé à la bran- 

L iij 



\66 Ecole 

a> che ; que lorfque la branche vient en dedans , 
» l'embouchure va en dehors , enforte , continue- 
» t-il , que les rênes étant féparées , lorfqu'on ti- 
» re la rêne droite , l'embouchure fort dehors de 
y l'autre côté , & oblige le Cheval de regarder 
» hors de la volte, & on prefle aufîi la gourmette 
*» du côté de dehors. <* 

Ce principe eft détruit par Pufage , qui nous 
prouve que le Cheval e(l déterminé à obéir au 
mouvement de la main , du côté qu'on tire la 
rêne. En tirant , par exemple , la rêne droite , le 
Cheval eft obligé de céder à ce mouvement , & 
de porter la tête de ce côté. Je conviens qu'en 
tirant Amplement la rêne, fans ramener en mê- 
me tems la main près de foi , comme on le doit , 
l'appui fera plus fort du côté oppofé ; mais cela 
n'empêchera pas le Cheval d'obéir à la main , 
& de porter la tête de ce côté , parce qu'il efl o- 
bligé de fuivre la plus forte impreffion , laquelle 
ne vient pas feulement de l'appui qui fe fait du 
côté de dehors , mais de la rêne qui fait agir toute 
l'embouchure , la tire & par conféquent la tête 
du Cheval aufîï , du côté où l'on veut aller. Dail- 
leurs , en fe fervant de fa main à propos , on ac- 
courcit un peu la rêne de dedans , Se alors le mors 
appuie fur la partie que l'on veut déterminer. 

11 faut encore remarquer , que lorfqu'on fe fert 
de la rêne de dehors , en portant la main en de- 
dans ; cette a&ion détermine l'épaule de dehors 
en dedans, Se fait paffer la jambe de dehors par- 
deflus celle de dedans : & lorfqu'on fe fert de la 
rêne de dedans . en portant la main en dehors , ce 
mouvement élargit l'épaule de dedans , c'eft-à- 
dire , fait croifer la jambe de dedans pardefïus 




de Cavalerie. i èf 

fcelle de dehors. On voit par ces differens effets 
delà rêne de dehors, & de celle de dedans, y . que 
c'en 1 le port de la main , qui fait aller les parties- de 
l'avant-main du Cheval , & que tout Cavalier qui 
ne connoît pas rufage des rênes de la bride , tra- 
vaille fans régies & fans principe.. 

CHAPITRE VIII. 

Des aides & des châtimens nécejfaires pouf 
âreffer les Chevaux. 

Es cinq fens de la nature , dont tous les 
Animaux font doués , aufïi-bien que 
l'Homme ; il y en a trois fur lefquels il 
faut travailler un Cheval pour le dreffer ; 
ce font; la Vue , l'Ouie , & le Toucher. 

On dreffe un Cheval furie fens de la vue, 
lorfqu'on lui apprend à approcher des objets qui 
peuvent lui faire ombrage ; car il n'y a poi.Mî d'à- 
ni nal fifufceptibled'imprefîiondes objets ^t'iln'a 
point encore vus , que le Cheval. 

On le dreffefur le fens de Fouie , lorfqu'on l'ac- 
coutume au. bruit dts armes , des tambours , & 
des autres rumeurs guerrières ; lorfqu'on le rend 
attentif & ohéidant à l'appel de la langue , au.iif- 
flement de la gaule , Se quelquefois au fon doux 
delà voix , qu'un Cavalier employé pour lesearef- 
fes , ou à un ton plus rude , dont on.fe.fert pour 
les menaces. 

Mais le fens du toucher , eit le plus néceffaire ,; 
parce que c'eft par celui-là qu'on apprend à ufi 
Cheval à obéir au moindre mouvement de la. 

L iiii 



*à$ Ecole 

main & des jambes , en lui donnant de la fenfïbi- 
lité à la bouche & au côtés, fi ces parties en 
manquent; ou en leur confervant cette bonne 
qualité, fi elles l'ont déjà. On employé pour cela 
les aides & les châtimens : les aides pour prévenir 
les fautes que le Cheval peut faire ; les châtimens 
pour le punir dans le tems qu'il fait une faute: & 
comme Igs Chevaux n'obéïffent que par la crain- 
te du châtiment,les aides ne font autre chofe,qu'un 
avertiffement qu'on donne au Cheval , qu'il fera 
châtié , s'il ne répond à leur mouvement. 

Des Aides. 

Les aides confident dans les différens mouve- 
mens de la main de la bride ; dans l'appel de la 
langue ; dans le fifflement & le toucher de la gau- 
le ; dans le mouvement des cuiffes , des jarrets , 
& des gras de jambes , dans le pincer délicat de 
l'éperon, & enfin dans la manière de pefer fur 
les étriers. 

Nous avons expliqué dans le Chapitre précé- 
dent les différens mouvemens de la main de la 
bride & leurs effets ; ainfi nous paflbns aux autres 
aides. 

L'appel de la langue , eft un fon qui fe forme 
en recourbant le bout de la langue , vers le pa* 
lais , & en la retirant enfuite tout-à-coup , en ou- 
vrant un peu la bouche. Cette aide fert à reveil- 
ler un Cheval , à le tenir gai en maniant , 6c à le 
rendre attentif aux aides ou aux châtimens qui 
fuivent cette aclion , s'il n'y répond pas. Mais on 
doit fe fervir rarement de cette aide , car il n'y a 
rien de fi choquant que d'entendre un Cavalier 
appeller continuellement de la langue ; cela ne 



de Cavalerie. i £p 

fait plus alors d'impreiïion fur l'ouie, qui eft le 
fens fur lequel elle doit agir. Il ne faut pas non 
plus appeller trop fort : ce fon ne doit , pour ainfî 
dire ,être entendu que du Cheval. Il eft bon de re- 
marquer en paffant, qu'il ne faut jamais appeller 
de la langue , lorfqu'on eft à pied , & que quel- 
qu'un pafîe à cheval devant nous : c'eft une im- 
politefîe qui choque le Cavalier ; cela n'eft per- 
mis que dans une feule occafion, qui eft lorf- 
qu'on fait monter un Cheval pour le vendre. 

Quoique la gaule foit plus pour la grâce que 
pour la néceffïté , , on ne laifle pas de s'en fervir 
quelquefois utilement. On la tient haute dans la 
main droite , pour acquérir une manière libre 
de fe fervir de fon épée. 

La gaule eft en même tems aide & châtiment. 
Elle eft aide , lorfqu'on la fait liftier dans la main , 
le bras haut Se libre pour animer un Cheval ; lorf- 
qu'on le touche légèrement avec la pointe de la 
gaule fur l'épaule de dehors pour le relever ; lorf- 
qu'on tient la gaule fous main , c'eft-à-dire , croi- 
fée par deffous le bras droit , la pointe audeflus de 
la croupe , pour être à portée d'animer & de don- 
ner du jeu à cette partie ; & enfin lorfqu'un hom- 
me à pied touche de lagaule devant, c'eft-à-dire , 
fur le poitrail pour faire lever le devant , ou fur 
les genoux pour lui faire plier les bras. 

La gaule n'eft pas propre pour les Chevaux de 
guerre , qui doivent obéir de la main à la main , 
& en avant pour les jambes , à caufe de l'épée 
qui doit être à la place de la gaule dans la main 
droite , qu'on appelle aufti pour cela la main de 
l'épée. Dans un manège on doit tenir la gaule 
toujours oppofée au côté où l'on fait aller le 



$7© Ecole 

Cheval, parce qu'on ne doit s'en fervïr que 

pour animer les parties de dehors. 

Il y a dans les jambes du Cavalier cinq ai- 
des ; c'eft-à-dire , cinq mouvemens : celui des 
cuifles, celui des jarrets , celui des gras de jam- 
bes , celui du pincer délicat de l'éperon , & ce- 
lui que Ton fait en pefant fur les étriers. 

L'aide des cuifles & des jarrets , fe fait en fer- 
rant les deux cuifles , ou les deux jarrets , pour 
chafler un Cheval en avant , ou en ferrant feule- 
ment la cuifle ou le jarret de dehors, pour le 
Ïsrefler fur le talon de dedans , ou en ferrant ce- 
ui de dedans , pour le foutenir , s'il fe prefle trop 
en dedans. Il faut remarquer que les Chevaux 
qui font chatouilleux , & qui retiennent leurs for- 
ées par malice , fe déterminent plus volontiers 
pour des jarrets vigoureux , que pour les épe- 
rons , & ordinairement ils fe retiennent quelque 
tems à l'éperon , avant que de partir. 

L'aide des gras de jambes, qui fe fait en les apro- 
chant délicatement du ventre , eft pour avertir 
le Cheval , qui n'a point répondu à l'aide des 
jarrets , que l'éperon n'eft pas loin , s'il n'eft point 
fenfible à leur mouvement. Cette aide eft encore 
une des plus gracieufes & des plus utiles dont 
un Cavalier puifle fe fervir , pour raflembler un 
Cheval drefle , & par conséquent fenfible , lorf- 
qu'il ralentit l'air de fon manège. 

L'aide du pincer délicat de l'éperon, fe fait 
en l'approchant fubtilement près du poil du ven- 
tre , fans appuyer ni pénétrer jufqu'au cuir : c'efl 
un avis encore plus fort que celui des cuifles , 
des jarrets & des gras de jambes. Si le Cheval ne 
lépondpas à toutes ces aides , on lui appuie vigou.^ 



de Cavalerie. 171 
reufement les éperons dans le ventre , pour le châ- 
tier de Ton indocilité. 

Enfin l'aide du pefer fur les étriers , eft la plus 
douce de toutes les aides : les jambes alors fer- 
vent de contre-poids pour redrelTer les hanches 
& pour tenir le Cheval droit dans la balance des 
talons. Cette aide fuppofe dans un Cheval beau- 
coup d'obéïffance & de fenfibilité , puifque par 
la feule prefîion qu'on fait en appuyant plus fut 
un étrier que fur l'autre , on détermine un Cheval 
à obéir à ce mouvement , qui fe fait , en pefant 
fur l'étrier de dehors , pour preifer & faire aller de 
côté un Cheval en dedans ; en pefant fur celui 
de dedans , pour foûtenir & retenirun Cheval qui 
fe preffetrop en dedans ; ou bien en pefant fur les 
deux étriers également pour l'avertir de diligenter 
fa cadence , lorfqu'il fe retient plus qu'il ne doit. 

Il ne faut pas croire que cette grande fenfibilité 
de bouche & de côtés puilTe fe conferver long- 
tems dans les Chevaux qui font abandonnés à 
l'Ecole : les différentes mains qui les mènent , leur 
font perdre cette fineiïe & cette julleffe , qui font 
tout le mérite d'un Cheval bien dreffé ; & le fen- 
timent du toucher fi délicat, s'émouffe avec le 
tems ; mais s'ils ont été dreffés par des principes 
folides , lorfqu'un homme de cheval viendra à 
les rechercher , il fera bien-tôt revivre ce qu'une 
faillie pratique avoit amorti. 

Des Châtimens. 

Les aides n'étant , comme nous venons de le 
dire , qu'un avis qu'on donne au Cheval , qu'il fe- 
ra puni, s'il ne répond pas à leur mouvement ;les 
châtimens ne font par conféquent que la punition 



ïj2 Ecole 

qui doit fuivre de près la défobéïfTance du Cheval 
à l'avis qu'on lui donne ; mais il faut que la vio- 
lence des coups foit proportionnée au naturel du 
Cheval ; car fouvent les châtimens médiocres , 
bien jugés & faits à tems , fuffifent pour rendre un 
Cheval aifé & obéïfant ; d'ailleurs , on a l'avan- 
tage de lui conferver , par ce moyen , la difpofi- 
tion & le courage ; de rendre l'exercice plus 
brillant ; & de faire durer long-tems un Che- 
val en bonne Ecole. 

On employé ordinairement trois fortes de châ- 
timens ; celui de la chambrière , celui de la gaule , 
& celui des éperons. 

La chambrière efl le premier châtiment dont 
on fe fert pour faire craindre les jeunes Chevaux , 
lorfqu'on les fait troter à la longe : & c'eft la premiè- 
re leçon qu'on doit leur donner, comme nous l'ex- 
pliquerons dans la fuite. On fe fert encore de la 
chambrière pour apprendre à un Cheval à piaffer 
dans les piliers : on s'en fert auffi pour chaffer en a- 
vant Iqs Chevaux pareiTeux qui fe retiennent & 
s'endorment , mais elle efl: abfolument néceffaire 
pour les Chevaux rétifs & ceux qui font ramin- 
gues & infenfibles à l'éperon , parce qu'il faut re- 
marquer que le propre des coups qui fouettent , 
lorfqu'ils font bien appliqués & à tems , efr de fai- 
re beaucoup plus d'impreftion , 6c de chailer bien 
plus un Cheval malin , que ceux qui le piquent 
ou qui le chatouillent. 

On tire de la gaule deux fortes de châtimens. 
Le premier lorfqu'on"en frape un Cheval vigou- 
reufement derrière la botte, c'eit-à-dire , fur le 
ventre Se fur les feffes , pour le chaffer en avant. 
Le fécond châtiment de la gaule , c'elt d'en appli- 



de Cavalerie. 175 

quer un grand coup fur l'épaule d'un Cheval qui 
détache continuellement des ruades par malice , 
& ce châtiment corrige plus ce vice que les épe- 
rons, auxquels il n'obéira que lorfqu'il les crain- 
dra & les connoîtra. 

Le châtiment qui vient des éperons , eft un 
grand remède pour rendre un Cheval fenfible 6c 
fin aux aides , mais ce châtiment doit être ména- 
gé par un homme fage & fçavant : il faut s'en fer- 
vir avec vigueur dans l'occafion , mais rarement , 
car rien ne défefpére & n'avilit plus un Cheval 
que les éperons trop fouvent & mal-à-propos ap- 
pliqués. 

Les coups d'éperon doivent fe donner dans le 
ventre environ quatre doigts derrière les fangles, 
car fi l'on apuyoit les éperons trop en arrière , c'eft- 
à-dire, dans les flancs, le Cheval s'arrêteroit &rue- 
roit au lieu d'aller en avant , parce que cette par- 
tie eft trop fenfible 6c trop chatouilleufe ; & au 
contraire , fi on les appuyoit dans les fangles ( dé- 
faut de ceux qui ont la jambe racourcie & tour- 
née trop en dehors, ) alors le châtiment feroit inu- 
tile & fans effet. 

Pour bien donner des éperons , il faut appro- 
cher doucement le gras des jambes , enfuite ap- 
puyer les éperons dans le ventre. Ceux qui ou- 
vrent les jambes & appliquent les éperons d'un feul 
tems , comme s'ils donnoient un coup de poing , 
furprenent & étonnent un Cheval , 6c il n'y ré- 
pond pas fi bien, que lorfqu'il eft prévenu 6c a ver-* 
ti par l'approche infenfible des gras de jambes. 
Il y en a d'autres, qui avec des jambes bal- 
lantes chatouillent continuellement le poil a- 
vec leurs éperons , ce qui accoutume un Chevai 



174- Ecole 

à quoailler, c'eft-à-dire , à remuer fans celle la' 
queue en marchant , action fort défagréable pour ! 
toutes fortes de Chevaux , & encore plus pour un ■ 
Cheval dreifé. 

Il ne faut pas que les éperons foient trop poin- 
tus pour les Chevaux rétifs & ramingues , au lieu 
d'apporter remède à ces vices , on y en ajoûteroit 
d'autres. Il y a en quUorfqu'on les pince trop verte- 
ment , piffent de rage, d'autres fe jettent contre le 
mur ; d'autres s'arrêtent tout-à-fait , & quelquefois 
fe couchent par terre. Pour accoutumer aux é- 
perons les Chevaux qui ont ces vices , il ne faut 
les appliquer qu'après la chambrière , & dans le 
milieu d'un partir de main. 

L'aide du pincer délicat de l'éperon , devient 
suffi châtiment pour certains Chevaux , qui font 
très-fins aux aides , &même fi fenfibles , qu'il faut 
fe relâcher tout-à-fait & ne point fe roidirfur eux ; 
car autrement , ils feroient des pointes &desé- 
!ans : ainfî le pincer , quelque délicat qu'il foit , 
produit le même effet fur ces fortes de Chevaux 
& même un plus grand, que les coups d'éperon 
bien appliques ne pouroient faire fur ceux qui 
n'ont qu'une fenfibilité ordinaire. 

Il faut bien connoître le naturel d'un Cheval 
pour fçavoir faite un bon ufage des châtimens , 
en les proportionnant à la faute qu'il fait, & à la 
manière dont il les reçoit ; afin de les continuer , 
de les augmenter, de les diminuer, & même de 
les ceiTer félon fa difpofition & fa force : & il ne 
faut pas prendre toutes les fautes qu'un Cheval 
fait pour des vices ; puifque la plupart du tems 
elles viennent d'ignorance , & ibuvent de foi- 
frleffe. 



bE Cavalerie. 'ijf f 
On doit aider & châtier fans faire de grands 
mouvemens; mais il faut beaucoup defubtiJité ôc 
de diligence ; c'eft dans le tems que la faute efl 
commife qu'il faut employer les châtimens , au- 
trement ils feroientplus dangereux qu'utiles ; fur- 
tout il ne faut jamais châtier un Cheval par hu- 
meur Ôc en colère, mais toujours de fang froid : 
Enfin l'on peut dire que le ménagement des ai- 
des & des châtimens , eftune des plus belles par* 
ties de l'homme de cheval. 

CHAPITRE IX. 

De la nécejfité du Trot pour ajjbuplir les jeu* 
nés Chevaux , & de l'utilité du Pas, 

Onsieur. de la Brouene pouvoit défi- 
nir plus exactement un Cheval bien 
dreffé , qu'en difant , que c'eft celui 
qui a la foupleffe, l'obéïffance & la jufc 
teffe; car fi un Cheval n'a le corps entièrement libre 
& fouple , il ne peut obéir aux volontés de l'hom- 
me avec facilité & avec grâce, ôc la foupleffe pro- 
duit néceflairement la docilité , parce que le Chor 
val alors , n'a aucune peine à exécuter ce qu'on 
lui demande : ce font donc ces trois qualités effen- 
tielles qui font ce qu'on appelle , un Cheval a~ 
jttjlé. 

La première de ces qualités ne s'aquiert que 
par le trot. C'eft le fentiment général de tous 
les fçavans Ecuyers , tant anciens que modernes , 
& fi parmi ces derniers , quelques-uns ont vou- 
lu, fans aucun fondement rejetter le trot, ca 




176 Ecole 

cherchant dans un petit pas racourcï , cette pre- 
mière foupleffe & cette liberté , ils fe font trom- 
pés, car on ne peut les donnera un Chaval , 
qu'en mettant dans un grand mouvement tous 
les reffors de fa machine : par ce rafinement on 
endort la nature , & l'obéiflance devient molle 
languiffante & tardive, qualités bien éloignées 
du vrai brillant qui fait l'ornement d'un Cheval 
bien dreffé. 

C'efl par le trot, qui eft l'allure la plus na- 
turelle , qu'on rend un Cheval léger à la main 
fans lui gâter la bouche , Se qu'on lui dégour- 
dit les membres , fans les ofFenfer ; parce que dans 
cette action, qui eft la plus relevée de toutes les 
allures naturelles, le corps du Cheval eft éga- 
lement foutenu fur deux jambes , l'une devant 
Se l'autre derrière : ce qui donne aux deux autres 
qui font en l'air , la facilité de fe relever , de fe 
foutenir , & de s'étendre en avant , & par con- 
féquent un premier degré de foupleffe dans tou- 
tes les parties du corps. 

Le trot eft donc fans contredit , la bafe de tou- . 
tes les leçons pour parvenir à rendre un Che- 
val adroit & obéiiTant : Mais quoiqu'une chofe 
foit excellente dans fon principe , il ne faut pas 
en abufer , en trotant un Cheval des années en- 
tières , comme on faifoit autrefois en Italie , Se 
comme on fait encore actuellement dans quel- 
ques Pays ; où la Cavalerie eft d'ailleurs en gran- 
de réputation. La raifon en eft bien (impie , la 
Eerfe&ion du trot provenant de la force des mem- 
res, cette force Se cette vigueur naturelle , qu'il 
faut abfolument conferver dans un Cheval , fe 
perd & s'éteint dans l'accablement Se la laffitude , 

qui 



de Cavalerie. ï 77 

qui font la fuite d'une leçon trop violente , 6c 
trop long-tems continuée. Ce défordre arrive en- 
core à ceux qui font troter de jeunes Chevaux 
dans des lieux raboteux & dans des terres la- 
bourées ; ce qui eft la fource des veffigons > 
des courbes , des éparvins , & des autres mala- 
dies des jarrets , accidens qui arrivent à de très* 
braves Chevaux, en leur foulant les nerfs 8c 
les tendons , par l'imprudence de ceux qui fe 
piquent de dompter un Cheval en peu de tems , 
c'eft bien plutôt le ruiner que le dompter. 

La longe attachée au caveçon fur le nez du 
Cheval , & la chambrière , font les premiers & les 
feuls inftrumens dont on doit fe iervir dans un 
terrain uni , pour apprendre à troter aux jeunes 
Chevaux, qui n'ont point encore été montés , ou 
à ceux qui l'ont déjà été, & qui pèchent par igno- 
rance , par malice , ou par roideur. 

Lorfqu'on fait troter un jeune Cheval à la lon- 
ge , il ne faut point dans les commencemens lui 
mettre de bride , mais un bridon ; car un mors , 
quelque doux qu'il foit , lui offenferoit la bouche , 
dans les faux mouvemens & les contre-tems que 
font ordinairement les jeunes Chevaux , avant 
qu'ils ayent acquis la première obéïflance qu'on 
leur demande. 

Je fuppofe donc qu'un Cheval foit en âge d'ê- 
tre monté , & qu'on l'ait rendu affez familier 
& affez docile pour fouffrir l'approche de l'hom- 
me , la felle & l'embouchure : il faudra alors lui 
mettre un caveçon fur le nez ,1e placer affez haut 
pour ne lui point ôter la refpiration en trotant , 
& la muferole du caveçon affez ferrée pour ne 
point varier fur le nez. Il faut encore que le cave- 

M 



i-7$ Eco L E 

çon folt armé d'un cuir, afin de conferver la 

peau du nez qui eft très-tendre dans les jeunes 

Chevaux. 

Deux perfonnes à pied doivent conduire cette le- 
çon : l'une tiendra la longe , & l'autre la chambri- 
ère. Celui qui tient la longe , doit occuper le cen- 
tre autour duquel on fait troter le Cheval; Se 
celui qui tient la chambrière , fuit le Cheval pat 
derrière & le chafle en avant avec cet inf- 
trument , en lui en donnant légèrement fur la 
croupe & plus fouvent par terre ; car il faut bien 
ménager ce châtiment dans les commence- 
mens , de peur de rebuter un Cheval qui n'y 
eft point accoutumé. Quand il a obéi trois ou 
quatre tours à une main , on l'arrête , & on le fla- 
te ; ce qui fe fait en acourciiTant peu à peu la 
longe , jufqu'à ce que le Cheval foit arrivé au 
centre , où elt placé celui qui le conduit ; & a- 
Jors celui qui tient la chambrière la cache der- 
rière lui pour l'ôter de la vue du Cheval , & 
vient le flater conjointement avec celui qui 
tient la longe. 

Après lui avoir laiiTé reprendre haleine , il fau- 
dra le faire troter à l'autre main & obferver la 
même pratique. Comme il arrive fouvent qu'un 
Cheval , foit par trop de gaieté , foit par la crain- 
te de la chambrière , galope au lieu de troter 
ce qui ne vaut rien ; il faudra tâcher de lui rom- 
pre le galop en fecouant légèrement le caveçon 
fur le nez avec la longe , & en lui ôtant en mê- 
me tems la crainte de la chambrière : mais fî 
au contraire, il s'arrête de lui-même, Screfufe d'al- 
ler au trot , il faut lui appliquer de la chambriè- 
re , fur la croupe & fur les felTes , jufqu'à ce qu'il 



t) e Cavalerie; tjp 

ÊÏÎle en avant , fans pourtant le battre trop \ car les 
grands coups fou vent réitérés défefperent un Che- 
val , le rendent vicieux , ennemi de l'Homme & 
de l'Ecole , lui ôtent cette gentillefle , qui ne re- 
vient jamais, quand une fois elle eft perdue. Une 
faut pas non plus, pour la même raifon, faire de 
longues reprifes; elles fatiguent & ennuient un Che- 
val ; mais il faut le renvoyer à l'écurie avec la 
même gaieté qu'il en eft forti. 

Quand le Cheval commencera, à troter libre- 
ment à chaque main, & qu'on l'aura accoutumé à 
venir finir au centre , il faudra alors lui apprendre 
a changer de main : & pour cela , celui qui tient 
la longe , dans le tems que le Cheval trote à u- 
ne main , doit reculer deux ou trois pas en tirant 
à lui la tête du Cheval, en même tems celui qui 
tient la chambrière, doit gagner l'épaule de de- 
hors du Cheval pour le faire tourner à l'autre main 
en lui montrant la chambrière , &même l'en frap- 
pant , s'il refufe d'obéir , enfuite le finir au cen- 
tre, l'arrêter , le flater , & le renvoyer. 

Afin que la leçon du trot à la longe foit plus 
profitable , il faudra avoir l'attention de tirer la 
tête du Cheval en dedans avec la longe, & de 
lui élargir en même tems la croupe avec la cham- 
brière , c'eft-à-dire , la jetter dehors , en lui faifant 
faire un cercle plus grand que celui des épaules 
ce qui donne la facilité à celui qui tient la lon- 
ge , d'attirer l'épaule de dehors du Cheval en de- 
dans , dont le mouvement circulaire qu'elle eft 
obligée de faire dans cette pofture , affonplk un 
Cheval. 

Après avoir accoutumé le Cheval àl'obéïfîan- 
.ce de cette première leçon , ce qu'il exécuter^ 

Mij 



l'So Ec'otï 

en peu de jours, fi l'on s'y prend de la manière qud 
nous venons de l'expliquer ; il faudra enfuite le 
monter , en prenant toutes les précautions né- 
ceffaires pour le rendre doux au rnontoir. Le 
Cavalier étant en felle , tâchera de donner au 
Cheval les premiers principes de la connoiiïan- 
ce de la main & des jambes ; ce qui fe fait de 
cette manière. Il tiendra les rênes du bridon fé- 
parées dans les deux mains , & quand il voudra 
faire marcher fon Cheval , il baillera les deux 
snains , & en même tems , il approchera douce- 
ment près du ventre les deux gras de jambes , 
fans avoir d'éperons , ( car il n'en faut point dans 
ces commencemens. ) Si le Cheval ne répond 
point à ces premières aides , ce qui ne manquera 
pas d'arriver, ne les connoifiant point, il faudra 
alors lui faire peur de la chambrière , pour la- 
quelle il eft accoutumé de fuir ; enforte qu'elle 
Tervira de châtiment , lorfque le Cheval ne vou- 
dra pas aller en avant pour les jambes du Ca- 
valier ; mais il ne faudra s'en fervir que dans Je 
tems que le Cheval refufera d'obéïr aux mouve- 
jnens des jarrets & des gras de jambes. 

De même , lorfqu'on veut apprendre au Che- 
val à tourner pour la main , il faut dans le tems 
que le Cavalier tire la rêne de dedans du bri- 
don , & que le Cheval refufe de tourner , que 
celui qui tient la longe , tire la tête , & l'oblige 
de tourner ; enforte qu'elle ferve de moyen pour 
l'accoutumer à tourner pour la main, comme la 
chambrière à fuir pour les jambes , jufqu'à ce 
qu'enfin le Cheval foit accoutumé à fuivre la 
main, & à fuir les jambes du Cavalier; ce qui 
fe fera en peu de tems , fi l'on employé les pr«* 



de Cavalerie. i?» 

Jnïefes aides avec le jugement & la diferetion 
qu'il faut avoir en commençant les jeunes. Che- 
vaux : car le manque de précaution dans ces 
commencemens , eft la fource de la plupart des 
vices & des défordres , dans lefquels tombent les 
Chevaux par la fuite. 

Lorfque le Cheval commencera à obéir faci- 
lement , & fe déterminera fans héfiter , foit à tour- 
ner pour la main-, foit à aller en avant pour les 
jambes , & à changer de main , comme nous 
venons de l'enfeigner ; il faudra alors examinée 
de quelle nature il eft , pour proportionner fou 
trot à fa difpofition & à fon courage. 

11 y a en général deux fortes de natures de 
Chevaux. Les uns retiennent leurs forces,. & font 
ordinairement légers à la main : les autres s'a- 
bandonnent , Se font pour la plupart pefans , ou. 
tirent à la main. 

Quant à ceux qui fe retiennent naturellement». 
il faut les mener dans un trot étendu & hardi >. 
pour leur dénouer les épaules Se les hanches. 
A l'égard des autres , qui font naturellement pe- 
fans , ou qui tirent à la main en tendant le nez y 
il faut que leur trot foit plus relevé Se plus ra- 
çourci , afin de les préparer à fe tenir enfemble. 
Mais les uns Se les autres doivent être entrete- 
nus dans un trot égal- Se ferme , fans traîner 
les hanches , Se il faut que la leçon foit fcûtenue- 
avec la même vigueur du commencement jufqu'à 
la fin, fans pourtant que la reprife foit trop longue*. 

Ces premières leçons de trot ne doivent avoir: 
pour but , ni de faire la bouche , ni d'amirer la 
tête du Cheval : il faut attendre qu'il foit dégour- 
di 3 Se qu'il ait acquis la facilité de tourner aifé- 

Miij 



132 Ecole 

ment aux deux mains ; par ce moyen on luï cou* 
fervera la fenfibilité de la bouche , & c'eft pouf 
cela que le bridon eft excellent dans ces corn- 
mencemens , parce qu'il appuyé très-peu fur les 
barres , & point du tout fur la barbe , qui eft une 
partie très-délicate , & où réfide , comme le dit 
forr bien M. le Duc de Newcaftle, le vrai fen- 
timent de la bouche du Cheval. 

Lorfqu'il commencera à obéir à la main & aux 
jambes , fans le fecours de la longe , ni de la 
chambrière ; il faudra alors , & pas plutôt , le me- 
ner en liberté , c'eft-à-dire , fans longe , & au pas 
fur une ligne droite , en le fortant du cercle , pour 
l'aligner , c'eft-à-dire , lui apprendre à marcher 
droit , & à connoître le terrain. Si-tôt qu'il ira 
bien au pas fur les quatre lignes & dans les qua- 
tre coins du quarré , fur lequel on l'aura mené, 
il faudra enfuite fur ces quatre mêmes lignes , le 
mener au trot , toujours les rênes du bridon fé- 
parées dans les deux mains ; enforte , que de qua- 
tre petites reprifes , qui font fuffifantes chaque 
jour , & chaque fois qu'on monte un Cheval , 
il faut en faire deux au pas , & les deux autres 
au trot alternativement , en fîniffant par le trot > 
parce qu'il n'y a que cette allure qui donne la 
première foupleffe. 

Si le Cheval continue d'obéir facilement au 
pas & au trot avec le bridon , il faudra commen- 
cer à lui mettre une bride avec un mors à fimple 
canon & une branche droite , qui eft la première 
embouchure qu'on donne aux jeunes Chevaux , 
comme nous l'avons expliqué dans la première 
Partie. 



de Cavalerie. 182 

Du Pas. 

Quoique je regarde le trot comme le fon* 
dément de la première liberté qu'on doit donnée 
aux Chevaux ; je ne prétends pas pour cela ex* 
dure le Pas , qui a auiîi un mérite particulier. 

Il y a deux fortes de Pas. Le Pas de Campa- 
gne , & le Pas d'Ecole. 

Nous avons donné la définition du Pas de 
Campagne dans le Chapitre des Mouvemens na- 
turels , 6c nous avons dit , que c'eft l'a&ion la 
moins élevée , 6c la plus lente de toutes les al- 
lures naturelles , ce qui rend cette allure douce 
& commode ; parce que dans cette a&ion , le 
Cheval , étendant fes jambes en avant , 6c près 
de terre , il ne fecouë pas le Cavalier , comme 
dans les autres allures , où les mouvemens étant 
relevés & détachés de terre , on eft continuelle- 
ment occupé de fa pofture, à moins qu'on n'ait 
une grande pratique. 

Le Pas d'Ecole eft différent de celui de Cam» 
pagne, en ce que Fa&ion du premier, eft plus 
foûtenuë , plus racourcie, & plus raffemblée ; 
ce qui eft d'un grand fecours pour faire la bou- 
che à un Cheval , lui fortifier la mémoire , le ra- 
patrier avec le Cavalier , lui rendre fupportable 
la douleur & la crainte des leçons violentes qu'on 
eft obligé de lui donner pour l'aftbuplir, & le 
confirmer à mefure qu'il avance dans l'obéïÏÏance 
de la main 6c des jambes. Voilà les avantages 
qu'on tire du Pas d'Ecole, ils font fi grands, 
qu'il n'y a point de Cheval , quelque bien dreffé 
qu'il foit, auquel cette leçon ne foit très -pro- 
fitable. 

Minj 



V§4 Ecole 

Mais comme un jeune Cheval au fortïr du trot i 
où il a été étendu & allongé , ne peut pas fi-tôc 
être racourci dans une allure raffemblée , comme 
celle du pas d'Ecole ; je n'entens pas non plus 
qu'on le tienne dans cette fujetion , avant qu'il y 
ait été préparé par les arrêts & les demi-arrêts donc 
nous parlerons dans le Chapitre fuivant. 

Oeil donc au pas lent & peu racoucî, qu'il 
faut mener un Cheval qui commencée fçavoir tro- 
ter , afin de lui donner de l'aiTùrance & de la mé- 
moire ; mais afin qu'il conferve au pas la liberté 
'des épaules , il faut le mener fur de fréquentes li- 
gnes droites , en le tournant , tantôt à droite , tan- 
tôt à gauche fur une nouvelle ligne > plus ou moins 
longue , fuivant qu'il fe retient ou s'abandonne. 

Il ne faut pas tourner tout le corps du Cheval 
fur ces différentes lignes droites , mais feulement 
les épaules, en le faifant toujours marcher en 
avant , après l'avoir tourné. Cette manière de 
tourner les épaules au pas fur de fréquentes lignes 
droites aux deux mains indifféremment, fans aucu- 
ne obfervation de terrain , que celle de tourner & 
aller droit, fuivant la volonté du Cavalier, elt 
bien meilleure que celle de mener un Cheval ht 
un cercle ; parce que fuivant cette méthode , on 
tient toujours les hanches fur la ligne des épau- 
les ; & fur la ligne du cercle , le Cheval elt cou- 
ché & hors de la ligne droite. Il faut portant re- 
venir au cercle , lorfque le Cheval fe roidit , s'en- 
durcit , ou fe défend à une main : c'eft le feul re- 
mède , aufîi le regardai-je comme un châtiment ; 
& c'eft pour cela que je confeille de remettre à 
ïa longe tout Cheval qui fe défend dans les com- 
mençemens qu'on le dreffe ; cette punition faic 



de Cavalerie. 18? 

plus d'effet & corrige plus un Cheval que tous les 
châtimens qu'on pourrait lui faire en liberté. 

Quoique la leçon de mener un Cheval fur de 
nouvelles 6c de fréquentes lignes droites , foit ex- 
cellente pour apprendre à un Cheval à tourner avec 
facilité ; il faut , quand il fera obéïiTant à cette le- 
çon , & qu'on en voudra faire un Cheval de pro- 
menade , le mener fur une longue & feule ligue 
droite , afin de lui donner un pas étendu & alon- 
gé , le tournant feulement de tems en tems , pour 
lui conferver l'obéïûance de la main & la fou- 
plefife des épaules ; mais il faut pour cela le me- 
ner en pleine campagne , car le terrain d'un ma- 
nège eiî trop borné. 

Si l'on s'apperçoit que le pas foit contraire au 
naturel d'un Cheval parefleux & endormi , parce 
qu'il ne fera point encore allez afibupli , il faudra 
le remettre au trot vigoureux & hardi , & même 
le châtier des éperons & de la gaule , jufqu'à ce 
qu'enfin , il prenne un pas fenfible & animé. 



CHAPITRE X. 

De r Arrêt, du demi- Arrêt* & du Reculer. 

Pre's avoir démontré dans le Chapi- 
tre précédent, que le trot eft le feul 
r moyen de donner aux jeunes Chevaux 
il la première foupleiïe , dont ils ont be- 
foin pour fe difpofer à l'obéïïTance ; il faut pafler 
à une autre leçon, qui n'eft pas moins utile , puis- 
qu'elle confifte à les préparer } à fe mettre fur les 




t86 Ecole 

hanches , pour les rendre agréables & le'gers à fo 

main. 

On appelle un Cheval fur les hanches, celui 
qui baiiïe & plie les hanches fous lui, en avançant 
les pieds de derrière «Se les jarrets fous le ventre , 
pour fe donner fur les hanches un équilibre natu- 
rel , qui contrebalance le devant , qui eft la par- 
tie la plus foible : duquel équilibre naît l'agrément 
Se la légèreté de la bouche du Cheval. 

Il faut remarquer qu'un Cheval, en marchant, 
eft naturellement porté à fe fervir de la force de 
fes reins , de fes hanches Se de fes jarrets , pour 
poufler tout fon corps en avant ; enforte que fes 
épaules & fes bras étant occupés à foûtenir cette 
aftion , il fe trouve néceflairement fur les épau- 
les , & par conféquent pefant à la main. 

Pour mettre un Cheval fur les hanches , & lui 
ôter le défaut d'être fur les épaules , les hommes 
de Cheval ont trouvé un remède dans les leçons a 
qui font l'Arrêt , le demi-Arrêt & le Reculer. 

De Mrrêt. 

L'arrêt eft l'effet que produit l'action que l'on, 
fait en retenant avec la main de la bride la tête 
du Cheval , & les autres parties de l'avant-main , 
& en chafTant en même tems délicatement les 
hanches avec les gras de jambes ; enforte que 
tout le corps du Cheval fe ioûtienne dans l'équi- 
libre, en demeurant fur fes jambes Se fur (es pieds 
de derrière. Cette adion , qui eft très-utile pour 
rendre un Cheval léger à main & agréable au Ca- 
valier , eft bien plus difficile pour le Cheval que 
celle de tourner , qui lui eft plus naturelle» 



de Cavalerie. .187 
Pour bien marquer un arrêt , le Cheval doit 
être un peu animé auparavant , & dans le tems 
qu'on fent qu'il va plus vite que la cadence de 
ion train, il faut, en le fecourant délicatement 
des gras de jambes , mettre les épaules un peu en 
arrière, & tenir la bride de plus ferme en plus fer- 
me, jufqu'à ce que l'arrêt foit formé; c'eft-à- 
dire , jufqu'à ce que le Cheval foit arrêté tout-à- 
fait. En mettant le corps en arrière , on doit fer- 
rer un peu les coudes près du corps , afin d'avoir 
plus d'affûrance dans la fnain de la bride : 11 eft 
néceffaire aufïï que le Cheval fe tienne droit à 
l'arrêt , afin que cette adion fe fafle iur les han- 
ches ; car , fi l'une des deux jambes de derrière , 
fort de la ligne des épaules , le Cheval fe traver' à ne 
dans cette a&ion , il ne peut être fur les hanches. 
Les avantages qu'on tire d'un arrêt bien fait , 
font de rafiembler les forces d'un Cheval , de lui 
afliïrer la bouche , la tête , les hanches , & de le 
rendre léger à la main. Mais autant les arrêts font 
bons, lorfqu'ils font faits à propos, autant ils font 
pernicieux lorfqu'on les fait à contre- tems. Pour 
îçavoirles placer , il faut confulter la nature du 
Cheval ; car les meilleures leçons , qui n'ont été 
inventées que pour perfectionner cette nature, 
feroient un effet contraire , fi on en abufoit , «1 
les pratiquant mal à propos. 

A la première aparence de légèreté pour le ttot, 
& de facilité pour tourner aux deux mains, on 
commence à marquer des arrêts à un Cheval , 
mais rarement d'abord , en le retenant petit à pe- 
tit & doucement ; car par un arrêt fait brufque- 
ment & tout à coup , comme fi d'un feul tems on 
le plantok fur le cul 3 on affoiblirok les reins & les 



i$£ Ecole 

Jarrets cTun Cheval ; on pourroit même eftropïer 
pour toujours un jeune Cheval , qui n'a pas pris 
encore toute fa force. 

Outre les jeunes Chevaux, qu'il ne faut jamais 
preffer ni arrêter trop rudement , il y en a encore 
d'autres avec lefquels il faut bien ménager l'arrêt, 
foit par défaut de conftruclion , ou par foibleffe 
naturelle ; ce que nous allons examiner. 

i ° . Comme la tête eft la première partie qu'on: 
doit ramener à l'arrêt , fi le Cheval a la ganache 
trop étroite , il foûtiendra difficilement cette ac- 
tion : de même fi l'encolure eft mal faite ,renver- 
fée , ce qu'on appelle Encelure de Cerf , il s'arme- 
ra , & l'arrêt deviendra dur & courbé : fi les pieds 
font foibles ou douloureux , il fuira l'arrêt , & il 
fera encore plus abandonné fur le devant & fus 
l'apui de la bride , que fi la foibleffe venoit des 
jambes , des épaules ou des hanches. 

2 ° . Les Chevaux longs de corfage & fenfibles, 
font ordinairement foibles de reins , & forment 
par conféquent de mauvais arrêts , par la difficul- 
té qu'ils ont de raffembler leurs forces , pour fe 
ramener fur les hanches ; ce qui caufe en eux plu- 
sieurs défordres : parce que , ou ils refufent de re- 
prendre en avant après l'arrêt ; ou ils vont une 
efpéce de traquenard ou aubin ; ou bien s'ils obéif- 
fent , ils s'abandonnent fur la main , pour fuir la 
fujetion d'un nouvel arrêt. 

3 ° . Les Chevaux enfellés , qui ont le dos foi- 
ble & enfoncé , placent avec peine leur tête à 
l'arrêt , parce que la force de la nuque du col dé- 
pend de celle des reins; 6c quand un Cheval fouf- 
fre quelque douleur dans ces parties, il le témoi- 
gne par une a&ion défagréable de la tête. 



de Cavalerie. t8> 

4°« Les Chevaux trop fenfibles , impatiens & 
tolères , font ennemis de la moindre fujetion * 
|>âr conféquent de l'arrêt ; & ils ont ordinaire- 
ment la bouche dure & faillie , parce que l'impa- 
tience & la fougue leur ôtent la mémoire , & le 
fentiment de la bouche ; & rend inutiles les effetd 
de la main & des jambes. 

50. Enfin il y a d^s Chevaux qui , quoique foi- 
bles , s'arrêtent tout court , pour éviter l'arrêt du 
Cavalier; & comme ils appréhendent la furprife , 
ils ne veulent point repartir après: d'autres de 
même nature , forcent la main, quand ils s'apper- 
çoivent qu'on veut les arrêter. Les uns & les: 
autres doivent être arrêtés rarement , & quand 
ils ne s'y attendent pas. 

L'arrêt n'eil donc bon que pour les Chevaux 
qui ont de bons reins, & affez de vigueur dans 
les hanches &dans les jarrets, pour foutenir cette 
a&ion. L'arrêt au trot doit fe faire en un feul tems 
les pieds de derrière droits, enforte que l'un n'a- 
vance pas plus que l'autre , & fans fe traverfer » 
ce qui fait appuyer le Cheval également fur les 
hanches ; mais au galop dontl'a&ioneft plus éten- 
due que celle du trot, il faut arrêter un Cheval 
en deux ou trois tems , quand les pieds de de- 
vant retombent à terre , afin qu'en fe relevant , 
il fe trouve fur les hanches ; 6c pour cela en rete- 
nant la main , on l'aide un peu des jarrets ou des 
gras de jambes , pour le faire falquer ou couler 
les hanches fous lui. 

Il faut remarquer que les Chevaux aveugles 
s'arrêtent plus facilement que les autres , par l'ap- 
préhenûon qu'ils ont de faire un faux pas. 



ipo Ecole 

Du demi- Arrêt. 

Le demi-arrêt eft l'action que Ton fait , et* 
retenant la main de la bride près de foi , les on- 
gles un peu en haut fans arrêter tout-à-fait le 
Cheval , mais feulement en retenant & foûtenant 
le devant, lorfqu'il s'appuie <ur le mors , ou bien 
lorfqu'on veut le ramener , ou le raffembler. 

Nous avons dit ci-deffus, que l'arrêt ne con- 
venoit qu'à un très-petit nombre de Chevaux , 
parce qu'il s'en trouve très-peu , qui ayent affez 
de force dans les reins & dans les jarrets , pour 
foûtenir cette action ; car il faut remarquer que 
la plus grande preuve qu'un Cheval puiffe don- 
ner de Tes forces & de fon obénTance , c'eft de 
former un arrêt ferme & léger après une courfe 
de vîtelfe , ce qui eft rare à trouver , parce que 
pour pafler fi vite d'une extrémité à l'autre , il 
faut qu'il ait la bouche & les hanches excel- 
lentes, & comme ces arrêts violens peuvent gâ- 
ter & rebuter un Cheval, on ne les pratique que 
pour l'éprouver. 

Il n'en eft pas de même du demi-arrêt, dans 
lequel on tient un Cheval feulement un peu plus 
fujet delà main, fans l'arrêter tout-à- fait. Cette 
action ne donne pas tant d'appréhenfion au Che- 
val , & lui affûre la tête & les hanches avec moins 
de fujetion que l'arrêt; c'eft pour cela qu'il efi 
beaucoup plus utile, pour lui faire la bouche & 
le rendre plus léger. On peut le répéter fouvent 
fans rompre l'allure du Cheval ; & comme par 
cette aide, on lui ramené & on lui foûtient le 
devant, on l'oblige par conféquent en même 
tems de baifler les hanches , qui eft ce qu'on de- 
mande. 



de Cavalerie. tpt 

Le demi-arrêt convient donc à toutes fortes de 
Chevaux ; mais il y a de certaines natures fur les- 
quelles il faut le ménager. Quand par exemple , 
un Cheval fe retient de lui même , on ne lui mar- 
que des demi-arrêts , que lorfqu'on veut lui don- 
ner de l'appui; & de peur qu'il ne s'arrête tout-à- 
fait à ce mouvement, on le fecoure des jarrets, 
des gras de jambes, & quelquefois même des épe- 
rons , fuivant qu'il fe retient plus ou moins : mais 
s'il s'appuie trop fur la main , les demi-arrêts doi- 
vent être plus fréquens , & marqués feulement 
de la main de la bride, fans aucune aide des ja- 
iets ni des jambes ; il faut au contraire lâcher les 
cuiffes, autrement il s'abandonneroit davantage 
fur le devant. 

Lorfqu'en marquant un arrêt , ou un demi- 
arrêt , le Cheval continue de s'appuier fur le 
mors , de tirer à la main , & quelquefois même 
de la forcer en allant en avant malgré le Ca- 
valier ; il faut alors , après l'avoir arrêté , le re-. 
culer pour le châtier de cette défobéiffance. 

Du Reculer. 

La fituation de la main de la bride pour re- 
culer un Cheval , eit la même que celle de l'arrêt; 
enforte que pour accoutumer un Cheval à re- 
culer facilement , il faut , après l'avoir arrêté , re- 
tenir la bride , les ongles en haut , comme fi l'on 
vouloit marquer un nouvel arrêt ; & lorfqu'il 
obéit , c'eft-à-dire , qu'il recule un ou deux pas 
il faut lui rendre la main , afin que les efprits 
qui caufent le fentiment , reviennent fur les bar- 
res ; autrement on endormiroit & on rendroit 
infenfible cette partie, & le Cheval au lieu d'obéir, 



fîps Ecole 

êc de reculer , forceroic la main , ou feroit une 

pointe. 

Quoique le reculer foit un châtiment pour un 
Cheval qui n'obéît pas bien à l'arrêt ; c'ell en- 
core un moyen pour le difpofer à fe mettre fur 
les hanches ; pour lui ajufterles pieds de derriè- 
re ; lui aflfùrer la tête ; & le rendre léger à la 
main. 

Lorfqu'un Cheval recule , une de fes jambes 
de derrière eft toujours fous le ventre ; il pouf- 
fe la croupe en arrière , & il eft dans chaque 
mouvement, tantôt fur une hanche, tantôt fur 
l'autre : mais il ne peut bien faire cette action 
& on ne doit la lui demander, que lorfqu'il 
commence à s'aflbuplir & à obéir à l'arrêt ; par* 
ce que les épaules étant libres , on a plus de 
facilité , pour tirer le devant à foi , que fi elles 
ctoient engourdies : Se comme cette leçon fait 
de la douleur aux reins & aux jarrets , il faut 
dans les commencemens en ufer modérément. 

Quand un Cheval s'obltine à ne vouloir point 
reculer , ce qui arrive à prefque tous les Che- 
vaux, qui n'ont point encore pratiqué cette leçon, 
tin homme à pied lui donne légèrement de la 
pointe de la gaule fur les genoux & fur les bou- 
lets , qui font les deux jointures de la jambe ; 
pour la lui faire plier; & dans le même tems 
le Cavalier tire à foi la main de la bride , & 11- 
tôt qu'il obéît un feul pas en arrière , il faut 
le îlater & le carelTer , pour lui faire connoître , que 
c'eft ce qu'on lui demande. Après avoir fait recu- 
ler quelques pas un Cheval difficile , & l'avoir 
Maté ; on doit enfuite le tenir un peu fujet de 
la main , comme fi on vouloit le reculer de nou- 
veau , 



de Cavalerie. ïp£ 

Veau, & lorfqu'on fent qu'il baiiïe les hanches 
pour fe préparer à reculer , il faut l'arrêter & 
le fîater pour cette a&ion , par laquelle il té- 
moigne qu'il reculera bien-tôt au gré du Ca- 
valier. 

Pour reculer un Cheval dans les régies, il 
faut , chaque pas qu'il fait en arrière , le tenir prêt 
à reprendre en avant ; car c'eft un grand défaut 
que de reculer trop vite : le Cheval précipitant 
ainfi fes forces en arrière , pourroit s'acculer , Se 
même faire une pointe en danger de fe renver- 
fer , furtout s'il a les reins foibles. Il faut encore 
qu'il recule droit, fans fe traverfer, afin de pliec 
les deux hanches également fous lui en recu- 
lant. 

Lorfqu'un Cheval commence à reculer faci- 
lement, la meilleure leçon qu'on puiflelui donner 
pour le rendre léger à la main , c'eft de ne re- 
culer que les épaules ; c'eft-à-dire , ramener dou- 
cement le devant à foi, comme fi on vouloit 
le reculer ; & lorfqu'on fent qu'il va reculer , il 
faut lui rendre la main , Se remarcher un ou deux 
pas en avant. 

Après avoir arrêté ou reculé un Cheval , il fauc 
lui tirer dou cernent la tête en dedans pour faire 
jouer le mors dans la bouche , ce qui fait plai- 
fir au Cheval , Se l'accoutume à fe plier du côté 
qu'il va. Cette leçon le prépare aufti à celle de 
l'épaule en dedans, dont nous allons parler dans 
le Chapitre fuivant. 




ip4 Ecole 

CHAPITRE XI. 

De VEpaule en dedans, 

O u s avons dit ci-devant , que le trot 
eft le fondement de la première fou- 
plefle & de la première obéïfiance que 
l'on doit donner aux Chevaux ; & ce 
principe eft généralement reçu de tous les ha- 
biles Ecuyers ; mais ce même trot , foit fur une 
ligne droite , foit fur des cercles , ne donne à l'é- 
paule & à la jambe du Cheval , qu'un mouve- 
ment en avant , lorfqu'il marche lur la ligne droi- 
te ; & un peu circulaire de la jambe & de l'é- 
paule de dehors , lorfqu'il va fur le cercle : mais 
il ne donne pas une démarche aflez croifée d'une 
jambe par defius l'autre , qui eft l'aétion que doit 
taire un Cheval dreffé, connoiflant les talons 
c'eft-à-dire , qui va librement de côté aux deux 
mains. 

Pour bien concevoir ceci , il faut faire atten- 
tion que les épaules & les jambes d'un Che- 
val ont quatre mouvemens. Le premier, elt ce- 
lui de l'épaule en avant, quand il marche droit 
devant lui. Le deuxième mouvement , eft celui 
de l'épaule en arrière , quand il recule. Le troi- 
sième mouvement , c'eft lorfqu'il levé la jambe 
ôc l'épaule dans une place, fans avancer ni re- 
culer, qui eft l'aâion du piafer. Et le quatrième, 
eft le mouvement circulaire , ôc croifé que doi- 
vent faire l'épaule ôc la jambe du Cheval , lorf- 
qu'il tourne étroit, ou qu'il va de côté. 



Jhge *S4-T- 




a/ifS. 



de Cavalerie. 19$ 

Les trois premiers mouvemens s'acquièrent fa- 
cilement par le trot , l'arrêt , & le reculer ; mais 
le dernier mouvement eft le plus difficile , par- 
ce que dans cette action , le Cheval étant obli- 
gé de croifer & de chevaler la jambe de de- 
hors par deflus celle de dedans , fi dans ce mou- 
vement le paflfage de la jambe n'eft pas avancé 
ni circulaire , le Cheval s'attrappe la jambe qui 
pofe-à-terre , & fur laquelle il s'appuie , & la dou- 
leur du coup peut lui donner une atteinte , ou 
du moins lui faire faire une faillie pofition : ce 
qui arrive fou vent aux Chevaux qui ne font pas 
allez fouples des épaules. La difficulté de trou- 
ver des régies certaines , pour donner à l'épau- 
le & à la jambe la facilité de ce mouvement 
circulaire d'une jambe par deflus l'autre , a tou- 
jours embarraffé les Ecuyers, parce que fans cet- 
te perfection un Cheval ne peut tourner faci- 
lement, ni fuir les talons de bonne grâce. 

Afin de bien approfondir la leçon de l'épaule 
en dedans , qui eft la plus difficile & la plus utile 
de toutes celles qu'on doit employer , pour af- 
fouplir les Chevaux ; il faut examiner ce qu'ont 
dit M. de la Broue, & M. le Duc de Newca- 
ftle , au fujet du, cercle , qui , félon le dernier , eft 
le feul moyen d'aflbuplir parfaitement les épaules 
d'un Cheval. 

« M. de la Broue dit que toutes les humeurs & 
*> complexions des Chevaux , ne font pas propres 
» à cette fujetion extraordinaire , de toujours tour- 
» ner fur des cercles pour les aflbuplir ; & leurs for- 
©> ces n'étant pas capables de fournir tant de tours 
» tout d'une haleine , ils fe rebutent & fe roidiffenç 
•» de plus en plus , au lieu de s'aflbuplir. » 

Nij 



Ï96 Ecole 

M. le Duc de Newcaitle s'explique ainfï : 

*« La tête dedans, la croupe dehors fur un cer- 
•» cle , met d'abord un Cheval fur le devant , il 
» prend de l'appui & s'aiTouplit extrêmement les 
*>-épaules , &c. 

•» Troter & galoper la tête dedans, la croupe 
*> dehors , fait aller tout le devant vers le centre; 
» & le derrière s'en éloigne , étant plus preffé 
*> des épaules que de la croupe. 

s> Tout ce qui chemine fur un grand cercle tra- 
» vaille davantage , parce qu'il fait plus de che- 
w min , que tout ce qui chemine fur un plus pe- 
9» tit cercle , ayant plus de mouvemens à faire , & 
« il faut que les jambes foient plus en liberté ; les 
« autres font plus contraintes & fujettes dans le 
?3 petit cercle, parce qu'elles portent tout le corps, 
» 6c celles qui font le plus grand cercle, fonc 
» plus long-tems en l'air qu'elles. 

» L'épaule ne peut s'ahouplir , fi la jambe de 
si derrière de dedans n'eft avancée & approchée , 
»:> en travaillant , de la jambe de derrière de de- 
» hors. » 

L'on voit par le propre raifonnement de ces 
deux grands Hommes , que l'un 6c l'autre ont 
admis le cercle ; mais M. de la Broue ne s'en 
fert pas toujours , 6c il préfère fouvent le 
quarré. 

Pour M. le Duc de Newcaftle , dont le cercle 
eft la leçon favorite , il convient lui-même des 
inconvéniens qui s'y trouvent , quand il dit , que 
dans le cercle la tête dedans , la croupe dehors 
les parties de devant font plus fujettes & plus 
contraintes que celles de derrière , 6c que cette 
leçon met wn Cheval fur le devant. 



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Plan de Terre 
DE L EPAULE EN DEDANS 



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de Cavalerie. ïP7 

Cet aveu que l'expérience confirme" , prouve 
(évidemment, que le cercle n'eft pas le vrai moyen 
d'aftbuplir parfaitement les épaules ; puif- 
qu'une chofe contrainte & appeîantie par fon 
propre poids ne peut être légère : mais une grands 
vérité , que cet illuftre Auteur admet , c'eft que 
l'épaule ne peut s'aftbuplir, fi la jambe de der- 
rière de dedans n'eft avancée & approchée en 
marchant de la jambe de derrière de dehors : & 
c'eft cette judicieufe remarque , qui m'a fait cher- 
cher 8c trouver la leçon de l'épaula en dedans 
dont nous allons donner l'explication. 

Lors donc qu'un Cheval fçaura troter 1 ibrement 
aux deux mains fur le cercle & fur la ligne droite ; 
qu'il fçaura fur les mêmes lignes , marcher un pa3 
tranquile & égal; & qu'on l'aura accoutumé à 
former des arrêts , 8c demi-arrêts, 8c à porter la tête 
en dedans ; il faudra alors le mener au petit pas lent 
ôc peuracourci le long delà muraille , 8c le placer 
de manière que les hanches décrivent une ligne » 8z 
les épaules une autre. La ligne des hanches doit 
être près de la muraille, 8c celle des épaules, 
détachée & éloignée du mur environ un pied 
8c demi ou deux , en le tenant plié à la main 
où il va. C'eft-à-dire, pour m'expliquer plus fa- 
milièrement , qu'au lieu de tenir un Cheval tout-à- 
fait droit d'épaules 8c de hanches fur la ligne 
droite le long du mur , il faut lui tourner la te» 
te «Se les épaules up peu en dedans vers le cen- 
tre du manège , comme fi effectivement , on vour 
loit le tourner L tout-à-fait , 8c lorfqu'il eft dans cet- 
te pofture oblique & circulaire , il faut le faire 
marcher en avant le long du mur, en l'aidant 
cl e b. rêne 8c de la jambe de dedans :; ce- qu'il rj^, 

N iij 



tp8 Ecole 

peut abfolument faire dans cette attitude , fans croî- 
îer ni chevaler la jambe de devant de dedans par 
deffus celle de dehors, & de même la jambe de 
derrière de dedans pardeffus celle de derrière de 
dehors ; comme il elt aifé de le voir dans la Fig. 
de l'épaule en dedans, qui eft au commencement 
de ce Chapitre , & dans le plan de terre de la 
même leçon , qui rendront la chofe encore plus 
fenfible. 

Cette leçon produit tant de bons effets à la 
fois , que je la regarde comme la première & la 
dernière de toutes celles qu'on peut donner au 
Cheval, pour lui faire prendre une entière fou- 
pleffe , & une parfaite liberté dans toutes fes par- 
ties. Cela eft iî vrai, qu'un Cheval, qui aura é- 
té alloupli fuivant ce principe , & gâté après ou 
à l'Ecole , ou par quelqu'ignorant , fi un homme 
de cheval le remet pendant quelques jours à cet- 
te leçon , il le trouvera auiîi fouple & aufli aifé 
qu'auparavant. 

Premièrement , cette leçon affoupïit les épau- 
les , parce que la jambe de devant de dedans , 
croifant & chevalant à chaque pas que le Che- 
val fait dans cette attitude, en avant & par def- 
fus celle de dehors , & le pied de dedans allant 
fe pofer au defïus du pied de dehors , & fur la li- 
gne de ce même pied, le mouvement auquel l'é- 
paule eft obligée dans cette action, fait agir né- 
ceffairement les reffors de cette partie , ce qui 
eft facile à concevoir. 

2°. L'épaule en dedans prépare un Cheval à fe 
mettre fur les hanches , parce qu'à chaque pas 
qu'il fait dans cette pofture, il porte en avant fous 
le ventre, la jambe de derrière de dedans, & va 



de Cavalerie. i P5> 

la placer au-deffus de celle de derrière de dehors 
ce qu'il ne peut faire fans baifïer la hanche : il 
eft donc toujours fur une hanche à une main, & 
toujours fur l'autre hanche à l'autre main , Se 
par conféquent il apprend à plier les jarrets fous 
lui ; c'eft ce qu'on appelle être fur les hanches. 

30. Cette même leçon difpofe un Cheval à fuir 
les, talons, parce qu'à chaque mouvement, étant 
obligé de croifer & de parler les jambes l'une 
par deffus l'autre , tant celles de devant que cel- 
les de derrière, il acquiert, par-là, la facilité de 
bien chevaler les bras & les jambes au deux mains , 
ce qu'il faut qu'il faffe, pour aller librement de cô- 
té. Enforte que lorfqu'on mène un Cheval l'é- 
paule en dedans à main droite, on le prépare à fuir 
les talons à main gauche, parcé^que c'eft l'épaule 
droite qui s'affouplit dans cette pofture : & lorf- 
qu'on lui met l'épaule en dedans à main gauche 
c'eft l'épaule gauche qui s'affouplit , & qui le 
prépare à bien paffer la jambe gauche pour al- 
ler facilement de côté à main droite. 

Pour changer de main dans la leçon de l'é- 
paule en dedans : Par exemple , de droite à gau- 
che , il faut conferver le pli de la tête & du 
col ; & en quitant le mur , faire marcher le Che- 
val droit d'épaules & de hanches fur une ligne 
oblique , jufqu'à ce qu'il foit arrivé dans cette 
pofture fur la ligne de l'autre muraille ; & là 
il faudra lui placer la tête à gauche & les épau- 
les en dedans , & détachées de la ligne de la 
muraille , en l'élargiffant & lui faifant croifer les 
jambes de dedans à cette main par-deffus celle de 
dehors , le long du mur , & de la même manière 
que nous venons de l'expliquer pour la droite.- 

Niiij 



20Ô ECO LÉ 

Comme le Cheval manquera dans l'exécution 
des premières leçons de l'épaule en dedans , 
foit en mettant la croupe trop en dedans , foitau 
contraire , en tournant trop les épaules en dedans 
Se en quittant la ligne de la muraille , pour évi- 
ter la fujetion de palier & de croifer fes jam- 
bes dans une poflure qui lui tient tous les muf- 
cles dans une continuelle contraction , ce qui le 
gêne , quand il n'y eft pas accoutumé , le cerc/e 
alors doit lérvir de remède à ces défenfes. On 
le mènera donc au petit pas fur un cercle lar- 
ge , & on lui dérobera de tems en tems des pas 
croifés des jambes de dedans par-deiTus celles 
de dehors ; enforte qu'en élargiflant le cercle 
de plus en plus, infenfiblement on arrivera fur 
la ligne de la nlWraille , & le Cheval fe trouve- 
ra dans la poflure de l'épaule en dedans ; Se dans 
cette attitude , on lui fera faire quelques pas en 
avant le long du mur ; enfuite on l'arrêtera, on 
lui pliera le col & la tête , en faifant jouer le mors 
dans la bouche avec la rêne de dedans ; on 
le flatera ; Se on le renverra. 

S'il arrive qu'un Cheval fe retienne Se qu'il fe 
défende par malice , ne voulant point fe rendre 
à la fujetion de cette leçon : il faudra la qui- 
ter pour quelque tems , Se revenir au premier 
principe du trot étendu Se hardi , tant par la li- 
gne droite que fur des cercles; Se lorfqu'il obéi- 
ra, on le remettra au pas l'épaule en dedans fur 
la ligne de la muraille ; Se s'il va bien quelques 
pas , il faut l'arrêter , le fîater Se le defeendre. 

Lorfque le Cheval commencera à obéir aux 
deux mains à la leçon de l'épaule en dedans , 
on lui apprendra à bien prendre les coins, ce 



de Cavalerie. zot 

îqui eft le plus difficile de cette leçon. Pour cela 
il faudra à chaque coin, c'eft-cà-dire, au bout de 
chaque ligne droite , faire entrer les épaules dans 
le coin, lui confervant la tête placée en dedans; 
& dans le tems qu'on tourne les épaules fur l'au- 
tre ligne , il faut faire pafler les hanches à leur 
tour dans le coin par où les Epaules ont pafle. 
C'eft avec la rêne de dedans & la jambe de dedans 
qu'on porte le Cheval en avant dansles coins ; 
mais dans le tems qu'on le tourne fur l'autre 
ligne , il faut que ce foit avec la rêne de de- 
hors , en portant la main en dedans , & pren- 
dre le tems qu il ait la jambe de dedans en 
l'air & prête à retomber , afin qu'en tournant la 
main dans ce tems-là, l'épaule de dehors pu (Te 
palier par-de(Tus celle de dedans ; & comme l'ai- 
de de tourner, eft une efpéce de demi-arrêt, il 
faut , en tournant la main , le chafler un peu en 
avant avec le gras de jambes. Si le Cheval re- 
fufe de pafler la croupe dans les coins, en fe 
tenant large de derrière, & en fe cramponnant 
fur la jambe de dedans , ( défenfe la plus ordi- 
naire des Chevaux,) il faudra le pincer du ta- 
lon de dedans en même tems qu'on tournera les 
épaules fur l'autre ligne. Voilà , félon moi , ce 
qu'on appelle, Prendre les com s , & non pas com- 
me font la plupart des Cavaliers , qui fe con- 
tentent de faire entrer la tête &4es épaules dans 
le coin , & négligent d'y pafler la croupe ; de 
manière que le Cheval tourne tout d'une pièce 
au lieu qu'en y faifant pafler les hanches après les 
épaules , le Cheval dans ce paflage d'épaules & 
de hanches s'aflbuplit non-feulement ces deux 
parties -, mais encore les côtes , dont la fouplefîe 



502 Ecole 

augmente beaucoup l'agilité des refïbrs du refis 
de fon corps. 

Si l'on examine la ftru&ure & la mécanique 
du Cheval, on fera aifément perfuadé de l'u- 
tilité de l'épaule en dedans ; & l'on convien- 
dra que les raifons que j'apporte , pour autori- 
ferce principe, font tirées de la nature même, 
qui ne fe dément jamais , quand on ne la contraint 
pas au-delà de fes forces. Et en même tems , 
fi l'on fait attention à l'adion des jambes du Che- 
val , qui va fur un cercle la tête dedans la 
croupe dehors , il fera aifé de concevoir , que ce 
font les hanches qui acquièrent cette foupleflTe , 
que l'on prétend donner aux épaules par le moien 
du cercle , puifqu'il eft certain que la partie- 
qui fait un plus grand mouvement , efl celle qui 
s'aiïbuplit le plus. J'admets donc le cercle pour 
donner aux Chevaux la première fouplefTe , ôc 
auiTi pour châtier & corriger ceux qui fe défendent 
par malice , en mettant la croupe dedans , mal- 
gré le Cavalier ; mais je regarde enfuite l'épau- 
le en dedans comme une leçon indifpenfable pour 
achever d'affouplir les épaules , & leur donner la 
facilité de palTer librement les jambes l'une par- 
denus l'autre ; qui efl une perfection que doivent 
avoir tous les Chevaux qu'on appelle bien mis 
& bien drefTés. 




T.i.ru.re ico 





de Cavalerie. 203 

CHAPITRE XII. 

De la Croupe au mur» 

Eux qui mettent la tête d'un Cheval 
vis-à-vis du mur, pour lui apprendre à 
aller décote, tombent dans une erreur 
dont il eft facile de faire voir l'abus. Cet- 
te méthode le fait plûtôtaller parroutine que pour 
la main & les jambes; & lorfqu'on l'ôte delà mu- 
raille, & qu'on veut le ranger de côté dans le mi- 
lieu du manège , n'ayant plus alors d'objet qui lui 
fixe la vue, il n'obéît qu'imparfaitement à la main 
& aux jambes, qui font les feuls guides dont on doi- 
ve fe fervir, pour conduire un Cheval dans tou- 
tes fes allures. Un autre défordre qui naît de cette 
leçon ; c'eft qu'au lieu de paffer la jambe de de- 
hors par-delTus celle de dedans, fouvent il la paf- 
fe par-deffous, dans la crainte de s'attrapper avec 
le fer la jambe qui eft à terre, ou de fe heurter le 
genou contre le mur, dans letems qu'il le vêla jam- 
be Se qu'il la porte en avant pour la paffer par def- 
fus l'autre. 

M. de la Broue eft de ce fentiment, quand il 
confeille de ne fe fervir de la muraille , pour faire 
fuir les talons aux Chevaux, que pour ceux qui 
pefent ou qui tirent à la main :8c bien loin de leur 
placer la tête fi près du mur , il dit, qu'il faut te- 
nir le Cheval deux pas en deçà de la muraille ; ce 
qui fait environ cinq pieds de diftance de la tê- 
te du Cheval au mur. 

Je ne vois donc pas pourquoi tant de Cavaliers 



#b4 Ecole 

pour faire Cônnoître les talons à un Cheval , lui 
mettent la tête au mur, en le forçant d'aller déco- 
te avec la jambe, l'éperon, & même la chambriè- 
re qu'il font tenir par un homme à pied. Il eft bien 
plus fenfé, félon moi , pour éviter cet embaras& 
les défordres qui peuvent en arriver, de lui met- 
tre la croupe au mur. Cette leçon eft tirée de l'é- 
paule en dedans. 

Nous avons dit dans le Chapitre précédent, qu'en 
menant un Cheval l'épaule en dedans à main droi- 
te , on lui afîbupliiToit l'épaule droite, ce qui don- 
ne la facilité à la jambe droite, lorfqu'il va de cô- 
té à main gauche, de chevaler par deflus la jam- 
be gauche, & de même en le travaillant l'épaule en 
dedans à gauche, c'eft l'épaule de ce côté quis'af- 
fouplit, & qui donne à la même jambe le mouve- 
ment qu'elle doit avoir pour chevaler librement 
pardeffus la droite , lorfqu'on mené un Cheval de 
côté à main droite. Suivant ce principe, qui eft 
inconteftable, il eft aifé de convertir l'épaule en 
dedans en croupe au mur. On s'y prend de cette 
manière. 

Lorfqu'un Cheval eft obéïffant aux deux mains 
à la leçon de l'épaule en dedans , & qu'il fçait par 
conféquent paffer librement les jambes de dedans 
par deflus celles de dehors; il faut, en le travail- 
lant, par exemple à droite, après l'avoir tourné 
dans le coin à un des bouts du manège , l'y arrê- 
ter , la croupe vis-à-vis & environ à deux pieds 
de diftance de la muraille, de peur qu'il ne fe frot- 
te la queue contre ie mur ; & au lieu de continuer 
d'aller en avant, il faut le retenir de la main & 
le prefier de la jambe gauche , pour lui dérober 
quelque tems de côté fur le talon droit & i'ii obéît 







Page 2.o4- T 1 










Plan dje Terre 




( DE LA CILOUfE AU MML 




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de Cavalerie. 20^ 

Heux ou trois pas l'arrêter &le flater, pour lui faire 
connoitre que c'eft-là ce qu'on lui demande, 

Comme la nouveauté de cette leçon embarraffe 
un Cheval les premiers jours qu'on la lui fait pra- 
tiquer , il faut dans les commencemens , le me- 
ner les rênes féparées & tres-doucement, afin de 
pouvoir mieux retenir les épaules ; & ne point cher- 
cherà le plier, mais lui donner feulement une fim- 
ple détermination pour aller de côté , fans obfer* 
ver de jufteffe. Si-tôt qu'il fuira la jambe deux ou 
trois pas fans héfiter, il faudra l'arrêter un peu de 
tems , le flater, & reprendre enfuite de côté , en con- 
tinuant toujours de l'arrêter & de le flater, pour 
le peu qu'il obéïfle, jufqu'à ce qu'enfin il foit arri- 
vé dans cette pofture au bout de la ligne; le long 
du mur, & à l'autre coin du manège. Après l'a- 
voir laiffé repofer quelque tems dans la place oùil 
a fini , on revient enfuite à gauche fur la mêmeli- 
gne , en fe fervant de la jambe droite pour le 
faire aller de côté , & obierver la même attention 
qui eft de le flater dés qu'il aura obéi" trois oit 
quatre pas de bonne volonté, & continuer ainfi 
jufqu'à ce qu'il foit arrivé au coin d'où l'on eft par- 
ti d'abord. 

Si le Chevalrefufe abfolument de fuir les talons 
à l'une des deux mains , c'eft une preuve qu'il n'a pas 
^été aflez afloupli à l'autre main. Et alors il faut le 
mettre l'épaule en dedans ; c'eft-à-dire que fi le 
Cheval refufe, par exemple , de fuir le talon gau- 
che , la croupe au mur , qui eft l'aide qu'on don- 
ne pour aller de côté à droite, il le faut remettre 
l'épaule en dedans à gauche, jufqu'à ce qu'il paf- 
fe facilement la jambe gauche par defrus la droi- 
te. Et afin qu'il fe trouve, fans s'en apercevoir • 



toS Ecole 

aller de côté la croupe au mur à droite, qui eft 
la main où nous fuppofons qu'il eft rebelle , on 
lui tourne la tête & les épaules de plus en plus en 
dedans , jufqu'à ce qu'elles foient vis-à-vis de la 
croupe ; alors en lui plaçant la tête droite, & en 
continuant de lui faire fuir la jambe gauche, com- 
me s'il alloit toujours l'épaule en dedans à gauche 
il fe trouvera aller de côté à droite. De même fî 
le Cheval refufe de fuir le talon droit , qui eft 
aller de côté à gauche , il faudra le mener l'épau- 
en à droite, & m r enfiblement en tournant les é- 
paulesforten dedans, & jufqu'à ce qu'elles fe trou- 
vent vis-à-vis la croupe , le Cheval fe trouvera 
fuir le talon droit, 6c aller par conféquent de cô- 
té à main gauche. 

Suivant ce que nous venons d'expliquer , il eft 
aifé de remarquer, que ce qu'on appelle , épau- 
1-e en dedans à une main , devient épaule de de- 
hors , îorfqu'on met la croupe au mur ; parce que 
la même épaule continue fon mouvement, quoi- 
que le Cheval aiile à l'autre main. Mais comme 
dans la pofture de la croupe au mur , le Cheval 
allant de côté , doit être prefque droit d'épaules 
& de hanches , l'action de l'épaule eft alors plus 
circulaire, & par conféquent le mouvement eft 
plus pénible & plus difficile à faire au Cheval, que 
celui qu'il fait l'épaule en dedans. Un peu d'at- 
tention fera aifément concevoir cette diférence, 
& prouvera en même tems évidemment , qu'un 
des avantages de l'épaule en dedans , eft d'appren- 
dre à un Cheval , à bien paiïer. & à chevaler li- 
brement fes jambes l'une par defïus l'autre , & que 
c'eft un remède à toutes les fautes qu'il peut faire 
quand on lui apprend à fuir les talons. 



de Cavalerie. 207 

Lorfque le Cheval commence à obéïr & à al- 
ler librement de côté aux deux mains la croupe 
au mur, il faut le placer dans la pofture où il doic 
£tre pour fuir les talons avec grâce ; ce qui fe fait 
en obfervant trois chofes efientielles. 

La première , c'eft de faire marcher les épau- 
les avant les hanches ; autrement le mouvement 
circulaire de la jambe & de l'épaule de dehors, 
qui fait voir la grâce & la fouplefle de cette par- 
tie , ne fe trouveroit plus. Il faut tout au moins 
que la moitié des épaules marche avant la crou- 
pe; en forte que (fuppofant, par exemple, qu'ori 
aille à droite ) la pofition du pied droit de derriè- 
re, foit fur la ligne du pied gauche de devant, com- 
me on le peut voir dans le plan de terre. Car fï 
la croupe marche avant les épaules, le Cheval eft 
entablé , & la jambe de derrière de dedans , mar- 
chant & fe plaçant plus avant que celle de devant 
du même côté , rend le Cheval plus large du der- 
rière que du devant , & par conséquent fur les 
jarrets; car pour être fur les hanches, un Cheval 
en marchant doit être étreci de derrière. 

La féconde attention qu'on doit avoir , lors- 
qu'un Cheval commence à aller librement de 
côté la croupe au mur, c'eft de le plier à la main 
où il va. Un beau pli donne de la grâce à un 
Cheval , lui attire l'épaule de dehors & en rend 
l'aftion libre 6c avancée. Pour l'accoutumer à fe 
plier à la main où il va , il faut à la fin de chaque 
ligne de la croupe au mur, après l'avoir arrêté , 
lui tirer la tête avec la rêne de dedans, en faifant 
jouer le mors dans la bouche; & lorfqu'il cède 
à ce mouvement, le flater avec la main du cô- 
té qu'on l'a plié. On doit obferver la même cho- 



ao8 Ecole 

fe en fininant à l'autre main fur l'autre talon ; 6c 
car ce moyen le Cheval prendra peu-à-peu l'ha- 
bitude de marcher plié , & de regarder fon che- 
min en allant de côté. 

La troifiéme chofe qu'on doit encore obferver 
dans cette leçon, c'eft de faire enforte que le 
Cheval décrive les deux lignes; fçavoir , celle 
des épaules & celle des hanches, fans avancer 
ni reculer; enforte qu'elles foient paralelles. 
Comme cela vient en partie du naturel du Che- 
val, il arrive ordinairement que ceux qui fonc 
pefans ou qui tirent à la main , fortent de la ligne 
en allant trop en avant; c'eft pourquoi il fauc 
retenir ceux-ci de la main de la bride, fans ai- 
der des jambes. Il faut au contraire chaffer en a-» 
vant, ceux qui ont la mauvaife habitude de fe 
retenir & de s'acculer, en fe fervant des jarrets , 
des gras de jambes , & quelquefois même des é- 
perons , fuivant qu'ils fe retiennent plus ou moins. 
Avec ces précautions on maintiendra les uns 6c 
les autres dans l'ordre & dans l'obéïfTance de la 
main 6c des jambes. 

De peur qu'un Cheval, en allant de côté, ne 
tombe dans le défaut de fe traverfer & de pouf* 
fer ou de fe jetter fur un talon ou fur l'autre , 
malgré l'aide du Cavalier ; il faut à la fin de 
chaque reprife, le mener droit dans les talons 
d'une pifte , fur la ligne du milieu de la place : on 
lui apprend auilï fur la même ligne à reculer droit 
dans la balance des talons. 

Quoique la leçon de l'épaule en dedans 5c 
celle de la croupe au mur, qui doivent être in- 
féparables, foient excellentes pour donner à un 
Cheval lafouplefle, le beau pli, & la belle pofture 

dans 



de Cavalerie. zo? 
tîans laquelle un Cheval doit aller, pour manier a-» 
Vec grâce & avec légèreté; il ne faut pas pour ce- 
la abandonner la leçon du trot fur la ligne droi- 
te & fur les cercles ; ce font les premiers prin- 
cipes, auxquels il faut toujours revenir , pour: 
l'entretenir & le confirmer dans une adion hardie 
& foûtenuë d'épaules & de hanches. Par ce moyen 
on divertit un Cheval , & on le délafle de la fu- 
jetion dans laquelle on eft obligé de le tenir , 
ïorfqu'il eft dans l'attitude de l'épaule en dedans 
& de la croupe au mur. Voici l'ordre qu'il fauc 
obferver pour mettre à prolit ces leçons. 

De trois petites reprifes que l'on fera chaque 
jour , & chaque fois que l'on montera un Cheval 
qui fera avancé au point d'exécuter ce que nous 
avons dit dans ce Chapitre ; la première doit fe 
faire au pas l'épaule en dedans , & après deux 
changemens de main, qui doivent fe faire d'une 
pifte ; ( car il ne faut point encore aller de côté ) 
on lui met la croupe au mur aux deux mains, 
& on le finit droit & d'une pifte au pas fur la 
ligne du milieu du manège. La deuxième reprtfa 
doit fe faire au trot hardi , foùtenu , & d'une pif- 
te; & on finit dans la même action fur la ligne du 
milieu de la place, fans lui mettre la croupe au 
mur. La troifiéme & dernière reprife , il faut le re- 
mettre l'épaule en dedans au pas , enfuite la crou- 
Êe au mur, & toujours le finir droit par le milieu* 
n mariant ainfi enfemble ces trois leçons d'é- 
paule en dedans , de trot, & de croupe au mur ; 
on verra venir de jour en jour , & augmenter la 
fouplefle & l'obéïffance d'un Cheval, qui font > 
comme nous l'avons dit, les deux premières qua- 
lités qu'il doit avoir pour être dreifé. 

O 




2îo Ecole 

CHAPITRE XIII. 

De Futilité des Piliers. 

Es Piliers font de l'invention de M. 
de Pluvinel , qui eut l'honneur de 
mettre Louis XIII. à cheval. 11 nous a 
laifle un Traité de Cavalerie , donc 
les Planches font eftimées des Cu- 
rieux par rapport à la gravure & à l'habillement 
des Seigneurs de la Cour de ce Prince. 

M. le Duc de Newcaitle n'eft point pour les 
piliers. « Il dit qu'on y eftrapafie & qu'on y tour- 
*» mente mai à propos un Cheval pour lui faire le- 
*> ver le devant , efperant par-là le mettre fur les 
» hanches. Que cette méthode efl: contre l'ordre , 
» & rebute tous les Chevaux. Que les piliers met- 
tent un Cheval fur les jarrets ; parce que, quoi- 
» qu'il plie les jarrets , il n'avance pas les hanches 
» fous lui pour garder l'équilibre , foûtenant fon 
w devant fur les cordes du caveçon. » 

Ce qui a fi fort révolté cet illuftre Auteur con- 
tre l'ufage des piliers ; c'eit que de fon tems , la 
plupart des Ecuyers fe fervoient de cette métho- 
de pour faire lever d'abord le devant à un Che- 
val , avant qu'il fût réglé au piafer : par ce moyen 
ils mettoient fans doute un Cheval fur les jarrets , 
Se lui apprenoient plutôt à fe cabrer & à faire des 
pointes , qu'à lever le devant de bonne grâce : 
mais fi dans les commencemens , au lieu de fon- 
ger à détacher un Cheval de terre , on fe fert des 
piliers pouc lui apprendre à paflager dans une 



Pcuje sue. Ta 




de Cavalerie. su 

place fans avancer, reculer , nife traverfer , qui 
eft l'action du piafer, on verra que cette cadence 
plus aifée à donner dans les piliers qu'en liberté , 
met le Cheval dans une belle pofture , lui donne 
une démarche noble & relevée ; & lui rend le mou- 
vement des épaules libre & hardi , & les relTors des 
hanches doux & lians : toutes ces qualités fonc 
recherchées pour un Cheval de parade 8c pour 
former un beau paffage. Mais comme il faut beau- 
coup d'art , de patience 8c de tems , pour régler 
un Cheval dans cet air de paffage fier 8c re- 
levé , que donnent les piliers employés avec in- 
telligence, il n'eft pas étonnant qu'ils caufent tane 
de défordres à ceux qui s'en fervent dans une 
autre vue, que de parvenir d'abord au piafer. 

Un fçavant Ecuyer a dit avec raifon , que les 
piliers donnent de l'efprit aux Chevaux ; par- 
ce que la crainte du châtiment réveille 8c tient 
dans une a&ion brillante ceux qui font endor- 
mis 8c pareffeux ; mais les piliers ont encore l'a- 
vantage d'appaifer ceux qui font d'un naturel 
fougeux & colère ; parce que l'action du piafer 
qui eft un mouvement écouté , foutenu , rele- 
vé 8c fuivi , les oblige de prêter attention à ce 
qu'ils font : c'eit pourquoi je regarde les piliers 
comme un moyen , non-feulement de découvrir 
la reffource , la vigueur, la gentillelTe, la légè- 
reté 8c la difpofîtion d'un Cheval ; mais encore 
comme un moyen de donner ces dernières quali- 
tés à ceux qui en font privés. 

La première attention qu'on doit avoir dans 
les commencemens , en mettant un Cheval dans 
les piliers , c'eft d'attacher les cordes du cave- 
çon égales ôc courtes, de façoa que les épau- 

Oij 



2i2 Ecole 

les dit Cheval foient de niveau avec les pillîett 
& qu'il n'y ait que la tête & l'encolure , qui 
foient au-delà , par ce moyen il ne pourra paf- 
fer là croupe par deffous les cordes du caveçon 
ce qui arrive quelque fois. Il faut enfuite fe pla- 
cer avec la chambrière derrière la croupe, & 
affez éloigné pour n'être point à portée d'être 
frappé : le faire enfuite ranger à droite & à gau- 
che en donnant de la chambrière par terre, & 
quelque fois légèrement fur la feife. Cette ma- 
nière de faire ranger un Cheval de côté & d'au- 
tre , lui apprend à pafferles jambes , le débrouil- 
le & lui donne la crainte du châtiment. Quand 
il obéira à cette aide , il faudra le chalTer en a- 
vant, & dans le tems qu'il donne dans hs cor- 
des , 'l'arrêter & le flater , pour lui faire connoî- 
tre que c'eft là ce qu'on lui demande ; & il ne 
faut point lui demander autre chofe, jufqu'à ce 
qu'il foit confirmé dans l'obéïffance de fe ran- 
ger à droite & à gauche, & d'aller en avant 
pour la chambrière , fuivant la volonté du Ca- 
yalier. 

Il y a des Chevaux d'un naturel fougeux 
& malin, qui avant que de fe ranger pour la cham- 
brière & d'aller en avant dans les cordes , era- 
ployent toutes les défenfes que leur malice peut 
leur fuggerer. Les uns pleins d'inquiétude , trépi- 
gnent au lieu de piafer ; les autres font des poin- 
tes & des élans dans les cordes , d'autres redou- 
blent de fréquentes ruades , & reculent ou fe jet- 
tent contre les piliers. Mais comme la plupart 
de ces défordres viennent plus fouvent de l'im- 
patience de celui qui les châtie mal à propos dans 
ces commencemens , que du naturel du Che- 



d e Cavalerie. 21^ 

val ; il eft aifé d'y remédier , en fe contentant Am- 
plement, comme nous venons de dire , de le fai- 
re ranger & aller en avant pour la chambrière 3 
qui eft la feule obéùTance qu'on doive exigée 
d'un Cheval les premières fois qu'on le met dans 
les piliers. 

Un autre attention néceflaire , c'eft de faire ruer 
dans les pilliers les Chevaux qui ont la croupe en- 
gourdie, & qui n'ont point de mouvement dans 
les hanches. Cette action leur dénoue les jarrets 
& leur fait déployer les hanches , donne du jeu 
à la croupe , 8c met tous les reffors de cette 
partie en mouvement. Tout le monde n'eft pas 
de cet avis, 8c la plupart difent, qu'il nefauc 
jamais apprendre à un Cheval à ruer. Mais l'ex- 
périence fait voir qu'un Cheval , qu'on n'a ja- 
mais fait ruer, a les hanches roides 8c les traîne 
en maniant : d'ailleurs , il eft bien aifé de leur 
ôter ce défaut , qui en feroit un effectivement , 
fi on les accoûtumoit à ruer par malice ; mais lorf- 
qu'on trouvera les hanches affez dénouées ,il fau- 
dra les empêcher de ruer , en les châtiant de la 
gaule devant , lorfqu'ils feront cette aclion , quand 
on ne l'exigera pas. 

Quand le Cheval ceffera de fe traverfer , qu*iï 
donnera en avant 8c droit dans les cordes, il fau- 
dra alors l'animer de la langue 8c de la cham- 
brière pour lui tirer quelque cadence de trot en 
place , droit 8c dans le milieu des cordes , qui eft 
ce qu'on appelle piafer ; 8c auiïi-tôt le flater 8c 
le détacher , pour ne pas le rebuter. S'il continue 
pendant quelques jours d'obéir à cette leçon , 
il faudra allonger les longes du caveçon , en for- 
te que les pilier^ foient vis-à-vis le milieu du 

Oiij 



2i4 Ecole 

corps du Cheval , afin qu'il ait la liberté de don- 
ner mieux dans les cordes , & qu'il puifle lever 
les jambes avec plus de grâce & de facilité. Quoi- 
qu'il continue de bien faire , on ne doit pas pour 
cela faire de longues reprifes , jufqu'à ce qu'il 
foit accoutumé à obéir fans colère ; & alors il 
faudra les faire auiïi longues que fa difpofition 
fes forces & fon haleine le permettront ; & cela 
fans le fecours de la chambrière , le Cavalier fe 
tenant feulement derrière la croupe. 

Pour l'accoutumer à piafer ainfi fans l'aide de 
la chambrière ni delà voix, on lui laiiTera finir 
fa cadence de lui-même , en demeurant derrière 
lui comme immobile, fans faire aucun mouve- 
ment , ni appeller de la langue , jufqu'à ce qu'il 
ait ceiïe tout-à-fait ; & juftement quand il celle 
d'aller , il faut lui appliquer de la chambrière vive- 
ment fur la croupe & fur les fefles : ce châtiment 
met toute la nature en mouvement , & tient le 
Cheval dans la crainte , de manière que quand il 
fera accoutumé à cette leçon , on pourra relier 
derrière lui autant de tems qu'on le jugera à pro- 
pos, fans l'aider ;& il continuera de piafer. Quand 
on voudra l'arrêter , on l'avertira de la voix , en 
l'accoutumant au terme de Holà , & on fe reti- 
rera de derrière la croupe ; on ira le flater ; & on 
le renverra : mais cetre leçon ne doit fe pratiquer 
que lorfqu'un Cheval commence à bien connoî- 
tre ce qu'onlui demande; qu'il ne fetraverfe plus ; 
& ne fe défend plus. 

Lorfque le Cheval fera confirmé dans cet air 
de piafer, que produit le paftage entre les piliers, 
il faudra alors , & non plutôt , commencer à le 
détacher de terre , lui faifant lever quelque tems 



de Cavalerie.. 2 îj 

<3e perades & de courbettes , en touchant légère- 
ment de la gaule devant, & l'animant de la cham- 
brière par derrière. Non-feulement la courbette 
eft un bel air, mais elle fait que le Cheval eft: 
plus relevé dans fon devant , & a une a&ion d'é- 
paule plus foûtenue au piafer; ce qui l'empêche 
de trépigner, action défagréable, qui fait que le 
Cheval bat la pouiliere avec des tems précipi- 
tés; au lieu que le piafer eft une a&ion d'épaule 
foûtenue & relevée , avec le bras de la jambe qui 
eft en l'air , haut & plié au genou; ce qui don- 
ne beaucoup de grâce à un Cheval. Afin que le 
Cheval ne fe lève pas fans attendre la volonté 
du Cavalier, (ce qui produirait des fauts défor- 
donnés , fans régie ni obéiiTance,) il faut tou- 
jours commencer Se finir chaque reprife par le 
piafer, enforte qu'il lève quand on veut, & qu'il 
piafe de même. Par-là on évitera la routine, qui 
eft le défaut des Ecoles mal réglées. 

Comme il y a du danger à monter un Che- 
val dans les piliers , lorfqu'il n'y eft pas enco- 
re accoutumé , il ne faut pas y expofer un Cava- 
liers avant que le Cheval foit dreffé Se fait à l'o- 
béiffance qu'on en exige, fuivant les principes que 
nous venons de décrire. Et même lorfqu'on com- 
mence à le monter dans les piliers, on conti- 
nue les mêmes pratiques , dont ont s'eft fervia- 
vant que le Cavalier fût deiïus , c'eft-à-dirc , qu'il 
faut le ranger à droite Se à gauche , en le fe- 
courant des jambes pour le faire donner dans les 
cordes. Infenfiblement il s'accoutumera à piafer 
pour la main Se les jambes , comme il a fait au- 
paravant pour la chambrière. 

Les Amateurs de Cavalerie en Efpagne , ont. 

O iiij 



a\6 Ecole 

une grande idée du piafer, & efliment beaucoup 
les Chevaux qui vont à cet air, & qu'ils appel- 
le Pijfadores > mais ils donnent à leurs Chevaux 
une allure incommode & dégingandée , parce 
qu'ils ne leur alfouplifTent point les épaules, & 
ne leur font point connoître les talons, ce qui 
eft caufe qu'ils ne manient que du bras, n'ont 
point l'appui de la bouche ferme & léger; & 
qu'ils ne font point dans la balance des talons 
Se par conféquent dans la parfaite obéïffance pour 
ia main & les jambes ; ce qui e(t la perfection 
de l'air du piafer, 

CHAPITRE XIV. 

Du Paffage. 

Pre's avoir donné à un Cheval la pre- 
mière fouplefTe par le moyen du trot 
d'une pille , fur la ligne droite & fur les 
cercles ; l'avoir arondi , & lui avoir ap- 
pris à pafler {es jambes dans ia poflure circulai- 
re de l'épaule en dedans ; l'avoir rendu obéïf- 
iant aux talons la croupe au mur, & raffemblé 
au piafer dans les piliers ; lefquelles leçons ren- 
ferment la fonplefle & l'obéïflance , qui font , com- 
me nous l'avons dit, les deux premières quali- 
tés qu'on doit donnera un Cheval pourledref» 
fer ; après cela , dis-je, il faut fonger à l'ajufter , 
c'eft-à-dire , le régler &le faire manier jufte dans 
1 air , où fa difpofition permettra qu'on le mette, 
J-e paffage elt la première allure qui regarde 
Ja jwftçflç. Nous en avons donné la, définition 




T.i.Paae zu 




de Cavalerie. 217 

'dans le Chapitre des Allures artificielles, & nous 
avons dit, que c'eft un pas ou un trot raccour- 
ci, mefuré & cadencé; que dans ce mouvement 
le Cheval doit foùtenir les jambes qui font en 
l'air , l'une devant , l'autre derrière , croifées & 
oppofées comme au trot , mais beaucoup plus 
raccourci , plus foûtenu , & plus écouté que le 
trot ordinaire; & qu'il ne doit pas avancer ni 
pofer la jambe qui eft en l'air , plus d'un pied 
au de-là de celle qui eft à terre, à chaque pas 
qu'il fait. Cette allure, qui rend un Cheval pa- 
tient & lui fortifie la mémoire , eft très-noble , 
& fait beaucoup paroître un Officier un jour 
de revue ou de parade. L'action du Cheval au 
paffage efl: la même qu'au piafer; enforte quepour 
avoir un idée jufte de l'un & l'autre, il faut re- 
garder le piafer comme un paffage dans une pla- 
ce fans avancer ni reculer , & le paffage eft pour 
ainfi dire, un piafer, dans lequel le Cheval a- 
vance environ d'un pied à chaque mouvement. 
Dans le piafer , le genou de la jambe de devant 
qui efl en l'air, doit être de niveau avec le cou- 
de de la même jambe , laquelle jambe doit ê- 
tre pliée de manière que la pince du pied fe lè- 
ve à la hauteur du milieu du genou de la jam- 
be qui pofe à terre : celle de derrière ne doit pas 
fe lever fi haut , autrement le Cheval ne feroit 
pas fur les hanches , mais feulement la pince du 
pied qui efl en l'air à la hauteur du milieu du ca- 
non de l'autre jambe. A l'égard du paffage ; com- 
me le mouvement eft plus avancé que celui du 
piafer, la jambe de devant ne doit pas fe lever 
fi haut; mais feulement la pince du pied qui efl 
€n l'air à la hauteur du milieu du canon de la jan>- 



2iS Ecole 

be qui pofe à terre ; & celle de derrière un peit 

au deiïus du boulet de l'autre jambe. 

Il y a plûfieurs chofes à obferver dans le paf- 
fage, fçavoir la pofture dans laquelle doit être 
un Cheval lorfqu'il paffage , foit d'une pifte , foit 
de deux piftes; la cadence ou la melure dans 
laquelle il doit paffager ; & les aides du Cava- 
lier pour l'ajufter à cet air. 

Les plus habiles Ecuyers conviennent, qu'une 
des principales chofes qui met un Cheval dans 
une belle attitude, c'eft le beau pli qu'on lui don- 
ne en maniant; mais ce beau pli eft expliqué 
différemment par les habiles Maîtres de l'Art. Les 
uns veulent qu'un Cheval foit Amplement plié 
en arc, qui n'eft qu'un demi-pli, dans lequel le 
Cheval regarde feulement d'un œil dans la vol- 
te, les autres veulent qu'il faffe le demi-cercle, 
c'eft-à-dire, qu'il regarde prefque des deux yeux 
en dedans de la ligne. Il faut convenir que dans 
l'un & dans l'autre pli , le Cheval a de la grâ- 
ce ; mais félon moi , le pli en arc , qui n'eft qu'un 
demi-pli , ne contraint pas tant un Cheval , & 
ïetientplus relevé du devant que dans celui où il 
eft plus plié : & dans cette dernière pofture, la plu- 
part des Chevaux font encapuchonnés , c'eft-à- 
dire , baiffent trop le nez & courbent l'encolure. 

Ceux qui admettent le demi-pli mènent leur 
Chevaux droits d'épaules & de hanches, ou tien- 
nent feulement une demi-hanche dedans , & ceux 
qui veulent un plus grand pli, tiennent les han- 
ches autant en dedans que la tête, cequi forme un 
demi-cercle de la tête à la queue, & c'eft ce 
qu'on appelle, les deux bouts dedans, Cette at- 
titude fait paroître le Cheval plus fur les ban* 



de Cavalerie. 219 

ches, parce qu'il eft plus étreci du derrière. 

On peut admettre ces différentes pollures , en 
les appliquant diverfement , fuivant la différente 
ftru&ure de chaque Cheval. 11 fe trouve peu de 
Chevaux bien proportionnés de tout leur corps; 
les uns font trop courts de reins , & les autres 
trop longs de corfage. 

Ceux qui font bien proportionnés, c'eft-à-dire , 
ni trop courts ni trop longs de- reins, doivent 
être menés la demi-hanche dedans. Pour cela, on 
tient la hanche de dehors un peu en dedans , en- 
forte qu'au lieu que les hanches foient tout-à-fait 
droites fur la ligne des épaules, le pied de dehors 
de derrière doit fe pofer fur la place de celui de 
dedans , ce qui fait que la moitié des hanches fe 
trouve en dedans ; & c'eft-là ce qu'on appelle 
proprement la demi-hanche dedans. Cette poftu- 
re efl: très-belle & convient à merveille aux Che- 
vaux bien moulés & qui portent beau d'eux- 
mêmes. 

On doit tenir les Chevaux courts de reins , 
droits d'épaules & de hanches avec un demi-pli 
feulement , qui les faffe regarder d'un œil en de- 
dans ; car fi on les mettoit dans une pofture plus 
racourcie , en les pliant trop & leur tenant les 
hanches dedans , ils feroient trop contraints , & 
ils n'auroient pas un beau mouvement d'épaule ; 
parce que la plupart des Chevaux de cette ftru&u- 
re retiennent ordinairement leurs forces, & par 
conféquent , il faut leur donner un paffage plus 
libre 8c plus avancé , qu'à ceux qui diftribuent 
naturellement leurs forces. 

Dans le paffage les deux bouts dedans, la tête 
eft placée fore en dedans, & les hanches font mi- 



220 Ecole 

fes autant en dedans que la tête ; enforte que lé 
Cheval eft arrondi de tout fon corps & forme un 
demi-cercle. Cette attitude a été inventée pour 
racourcir & faire paroître fur les hanches les Che- 
vaux qui font trop longs de corfage & d'encolu- 
re , & qui n'auroient pas tant de grâce , & ne 
pourraient pas fi bien le raiïembler, fi on les me- 
noit tout-à-fait d'une pifte. Cette pofture n'eft 
autre chofe que la croupe au mur renverfée , c'eft- 
à-dire, qu'au lieu de faire aller un Cheval de côté 
la croupe au mur avec les épaules en dedans du ma- 
nège , dans les deux bouts dedans , on met les épau- 
les vis-à-vis du mur & la croupe vers le centre , 
enforte qu'il va prefque de deux pilles. 

Après avoir examiné laquelle des trois poftures 
€Î-de(Tus , convient mieux au Cheval , fuivantfon 
naturel & fa fini dure , il faut enfuite régler ia ca- 
dence de fon air. On doit entendre parla caden- 
ce du paiTage d'un Cheval, un mouvement de trot 
racourci , foûtenu du devant , & continué d'une 
mefure égale fans le retenir ni le preffer trop. Ce 
mouvement , qu'il eft aufîi difficile de donnera un 
Cheval , que de l'y entretenir en marchant , dépend 
de l'accord des aides du Cavalier, Se aufîi de 
la foupleiïe Se de l'obéïnance du Cheval; c'eft 
pourquoi il ne faut point paffager un Cheval dans 
une jufteffe fi recherchée , qu'auparavant il ne foit 
affoupli de tout fon corps Se réglé au piafer dans 
les piliers. Cette pratique eit le modelle du beau 
paflage; Se quoiqu'un Cheval foit affez avancé 
pour lui demander des leçons de jufteffe, il ne 
faut jamais fe départir des premières leçons , dans 
lefquelles on ne fçauroit trop le confirmer. 11 faut 
donc toutes les fois qu'on monte un Cheval;» quel- 



de Cavalerie. 221 

qu'avancé qu'il foit , de trois reprifes , lui en deman- 
der du moins une l'épaule en dedans , fuiviedela 
croupe au mur , & quelquefois même fuivant l'oc- 
cafion , le remettre au trot. 

Pour entretenir un Cheval dans ce beau mou- 
vement de Paffage , que produit l'a&ion de l'épau- 
le libre , foûtenue & également avancée , il faut 
faire attention à fon naturel & à fa force. Les 
Chevaux, par exemple , qui retiennent leurs for- 
ces , retiennent auffi par confequent l'a&ioii de 
l'épaule. Ils doivent être moins affujettis, & 
même lorfqu'ils fe retiennent trop par malice ou 
autrement, il faut les chafïer vigoureufement des 
deux jambes , & quelquefois des deux épe- 
rons , laifiant pour quelque tems l'ordre limité de 
la juftefle du paflage, afin de leur rappeller & de 
leur maintenir la crainte & l'obéïfTance qu'ils doi- 
vent avoir pour les aides & pour les châtimens du 
Cavalier : ceux au contraire , qui par timidité na- 
turelle , s'abandonnent fur la main , doivent être 
plus raccourcis , tenus plus enfemble, & plus foû- 
tenus de la main , que déterminés des jambes & 
des jarrets; avec ces précautions , on maintiendra 
& les uns & les autres dans leur véritable air. 

Lorfqu'on change de main au paifage , il faut 
que ce foit de deux pilles fur une ligne oblique, 
& que la moitié des épaules aille avant la crou- 
pe ; enforte que la jambe de devant de dehors , 
foit fur la ligne de celle de dedans de derrière ; 
& afin qu'il demeure dans l'équilibre & dans la 
balance entre les deux talons , il ne faut pas qu'il 
faffe un feul tems pour la peur de la jambe de de- 
hors du Cavalier , que celle de dedans ne lui per- 
mette. Il faut pour cela fçavoir. fe feryk à propos 
de fa main & de fçs jambes. 



225 Ecole 

Dans le paiïage de deux piftes, le Cheval doïe 
faire autant de monvemens avec les pieds de 
derrière qu'avec ceux de devant. 11 arrive fou- 
vent qu'un Cheval arrête les pieds de derrière 
en une place , pendant que ceux de devant déro- 
bent le terrain , en faifant deux ou trois pas fans 
que le derrière accompagne : on appelle ce dé- 
faut, devuider de lépaule. Un autre défaut, en» 
core plus grand que celui-ci; c'eft lorfqu'il arrête 
les pieds de devant , Se que ceux de derrière conti- 
nuent d'aller , ce qu'on appelle s'acculer, s'enta- 
bler. Comme la vue du Cavalier eft fur la pofture 
de la tête & du col,&furl'a&iondes épaules, il lui 
eft plus aifé de proportionner les mouvemens que 
le Cheval fait avec les pieds de devant, que de 
tenir la croupe Se les pieds de derrière dans 
une jufte égalité : il faut pourtant acquérir la 
facilité de l'un & de l'autre, , afin de remédier à 
îems Se promptement à ces défordres ; ce qui dé- 
pend de la diligence de la main , & de la fineiTe du 
talon. 

11 faut fe reïïbuvenir encore qu'une des aides les 
plus fubtiles , c'eft de faire paiTer librement l'é- 
paule Se le bras de dehors du Cheval , par def- 
ïus celui de dedans , en paiTageant de deux pif- 
tes. Pour bien prendre ce tems , dit le fçavant M. de 
la Broue,il fautfentir quel pied pofe à terre Se quel 
pied eft en l'air, Se tourner la main de la bride dans le 
tems que le pied de devant du côté qu'il va ou 
qu'il tourne eft en l'air Se prêt à retomber , afin 
qu'en levant enfuite l'autre pied de devant , il foit 
contraint d'avancer l'épaule & le bras de dehors , 
en le chevalant par deflus celui de dedans. 11 faut, 
ajoûte-t-il , une grande facilité d'aides pour bien 



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de Cavalerie, 223 

prendre ce tems ; car fi on tourne la main dans le 
tems 
au 

c'eft celle de dedans qui 
ne la main lorfqu'il pofe le pied de dedans à ter» 
re , il n'a point alTez de tems pour chevaler libre- 
ment l'épaule & la jambe de dehors. 

Il eft bon de remarquer encore , avant de fiait 
ce Chapitre, que des trois poftures dont nous ve- 
nons de parler , dans lefquelles on peut mener un 
Cheval au paflage, il y en a deux qui ne peuvent 
être admifes , que dans les bornes d'un manège 
limité , & pour le plaifir de la carrière , qui font 
celles de la demi-hanche, & celles des deux bouts 
dedans ; mais lorfqu'on tient un Cheval dans un- 
pas noble & relevé, foit à la tête d'une troupe, 
fait dans des jours de revue, de fête ou de para- 
de , il ne faut point lui demander ce manège d'E- 
cole , mais le tenir droit d'épaules Se de hanches 
avec un demi-pli feulement du côté qu'il va, pouc 
lui donner plus de grâce dans fon devant. 



CHAPITRE XV. 

Des changemens de main > & de la manière de 
doubler, 

E qu'on appelle communément chan- 
gement de main,elt la ligne que décrit un 
Cheval , lorfqu'il va de droite à gauche 
ou de gauche à droite ; & comme cette 
leçon efl: en partie fondée fur la manière de dou- 
bler , nous expliquerons d'abord ce que c'eft que 
faire doubler vin Cheval, 




224 Ecole 

Le manège , regardé comme le lieu où Tofi 
exerce les Chevaux , doit être un quarré long ; & 
la divifion de ce quarré en plufieurs autres plus ou 
moins larges , forme ce qu'on appelle , doubler 
large & doubler étroit* 

Cette façon de doubler, foit large foit étroit, 
fuivant la volonté du Cavalier , rend le Cheval 
attentif aux aides, & prompt à obéir à la main & 
aux jambes ; mais le difficile de cette action , elî 
de tourner les épaules au bout de la ligne du quar- 
ré fans que la croupe fe dérange. 11 faut pour ce- 
la, en tournant au bout de chaque ligne du quar- 
ré , former un quart de cercle avec les épaules , & 
que les hanches demeurent dans la même place* 
Dans cette action, la jambe de derrière de dedans 
doit relier dans une place , & les trois autres jam- 
bes; fçavoir , les deux de devant * & la jambe de 
derrière de dehors , tournent circulairement au 
tour de celle de derrière de dedans , qui fert com- 
me de pivot. Lorfque les épaules font arrivées fur 
la ligne des hanches, on continue de paiTager droit 
dans les talons , jufqu'cà l'autre coin du quarré ; ôc 
cette leçon fe répète au bout de chaque ligne , 
excepté dans les coins où les angles du quarré font 
formés par la rencontre des deux murailles. Alors 
ce font les hanches qui doivent fuivre les épaules 
par où elles ont pafîé , c'eft-à-dire , par l'angle du 
coin , & cela dans le tems qu'on tourne les épau* 
les fur l'autre ligne. % 

C'eft du quarré dans les quatre coins & clans le 
milieu du manège , qn'on tire toutes les propor- 
tions qui s'obfervent dans les manèges bien ré- 
glés ; ôc qui fervent à garder l'ordre qu'il faut te- 
nir dans les changemens de main larges ôc étroits > 

dans 



t)E Cavalerie. 2.2$ 

dans les voltés & dans les demi-voltes ; car quoi- 
que quelques hommes de Cheval négligent cette 
régularité , il n'eft pas à propos de les imiter dans 
une pratique contraire à la jiifteiTe. 

Il y a des changemens de main larges, & des chan- 
gemens dé main étroits, des contre-changemens 
de main , & des changemens de main renverfés. 

Le changement de main large , eft le chemin 
que décrit le Cheval d'une muraille à l'autre , foit 
d'une pifte , foit de deux pilles , fur une ligne 
oblique. 

Les deux lignes du changement de main large 
de deux pilles , dans le plan de terre , donneronc 
l'idée de la proportion qu'on doit obferver pouc 
changer large. 

Il eft à remarquer que lorfqu'on change de main 
de côté , de deux pilles ; la tête & les épaules doi- 
vent marcher les premières , & dans la même pos- 
ture qu'a la croupe au mur ; avec cette différence 
pourtant , que dans le changement de main , le 
Cheval doit marcher en avant à chaque pas qu'il 
fait ; ce qui donne beaucoup de liberté à l'épaule 
de dehors , & tient le Cheval dans une continuel- 
le obéùTance pour la main & pour les jambes. 

Le changement de main étroit fe prend depuis 
la première ligne du doubler étroit , ôc va fe ter- 
miner à la muraille fur une ligne parallèle à celle du 
changement de main large , comme on le voit au 
plan. Quelques Cavaliers confondent mal à pro- 
pos la demi-volte avec le changement de main 
étroit. 

A la fin de chaque changement de main, foit large, 
foit étroit, il faut que les épaules & les hanches arri- 
Tent enfemble , ce qu'on appelle , Fermer le chan* 



2J2S Ecole 

gement de main ; en force que les quatre jambes 
du Cheval fe trouvent fur la ligne de la muraille, 
avant que de reprendre à l'autre main. On n'a re- 
préfenté ici que la main droite , parce qu'il elt ai- 
lé de fe figurer les mêmes lignes pour la gauche. 

Le contre-changement de main , eft compofc 
de deux lignes. La première , eft le commence- 
ment d'un changement de main large ; & lorfque 
le Cheval eft arrivé au milieu de la place, au lieu 
de continuer d'aller à la même main , il faut mar- 
cher droit en avant deux ou trois pas ; & après lui 
avoir placé la tête à l'autre main , on le ramené 
fur une ligne oblique , pour arriver fur la ligne de 
la muraille que l'on vient de quitter ; & on conti- 
nue d'aller à la main où l'on étoit avant que de 
changer. 

Le changement de main renverfé fe commen- 
ce comme le contre-changement de main , & dans 
le milieu de la féconde ligne oblique , au lieu d'al- 
ler jufqu'au mur , on renverfé l'épaule pour fe re- 
trouver à l'autre main. Voyez dans le plan de ter- 
re le renverfement d'épaule où le Cheval fe trou- 
ve à gauche en arrivant à la muraille d'où il eft 
parti à droite. 

Tous ces différens manèges de changemens de 
main , contre- changemens , Se renverfemens d'é- 
paules , font faits pour empêcher les Chevaux d'al- 
ler par routine ; c'eft le défaut de ceux qui ma- 
nient plus de mémoire que pour la main & les 
jambes. 



J 3 ^? 2 17. T.j. 




La Qaloj^zdcP, 




de Cavalerie. 227 

CHAPITRE XVI. 

Du Galop. 

Omme nous avons donné dans lé 
Chapitre des Allures naturelles , la 
définition des difîérens mouvernens 
que le Cheval fait en galopant j foie 
à * droite , foit k gauche , lorfqu'il eft 
faux & défuni ; il nous relie à parler ici des pro- 
priétés du galop, de la manière de le fentir, Se 
des régies qu'il faut obferver pour bien galooer 
un Cheval. 

On tire du galop trois avantages confidérables , 
qui font d'affùrer la bouche trop fenfible , d'aug- 
menter l'haleine, & d'abaiffer la vigueur fuperfhic 
d'un Cheval qui a trop de rein. 

Tous les hommes de cheval conviennent que 
le galop donne de l'apui & affûre les bouches [en.- 
fibles ; parce que dans l'a&ion que le Cheval fait 
en galopant , il levé les deux épaules & les deux 
bras, en l'air; & les pieds de devant retombant en- 
femble à terre après ce mouvement , le Cheval 
cil naturellement porté à prendre de l'appui fur Ië 
mors, & le Cavalier a lèveras de lui faire fentit 
dans ce moment l'effet de la bride. 

Le galop augmente l'haleine , parce que le Che- 
val étant obligé d'étendre toutes les parties de fort 
corps , pour mieux diftribuer (es forces , les muf- 
cles de la poitrine fe dilatent , & les poumons fè 
remplirent d'une plus grande quantité d'air , ce 
qui procure une refpiration plus libre. 



228 Ecole 

■Le galop diminue & abailïe la vigeur fuperflue 
die certains Chevaux , qui fe fervent de leurs reins 
pour des fauts défunis & des contre-tems qui in- 
commodent & dérangent un Cavalier ; parce que 
dans le mouvement , que le Cheval fait en galo- 
pant j les jambes de devant fe trouvant éloignées 
de celles de derrière , les reins qui font la partie 
fupérieure du corps, font nécessairement contraints 
de fe baiffer dans cette aclion , ce qui par confé- 
quent, diminue la force de cette partie : ceci doit 
s'entendre du galop étendu qui eft propre à ces 
fortes de Chevaux , car le galop rafiemblé leur 
donneroit occafion de continuer leurs défordres. 

C'efï une régie pratiquée par tous les habiles 
Maîtres , qu'il ne faut jamais galoper un Cheval 
fans l'avoir alToupli au trot , de façon qu'il fe pré- 
fente de lui-même au galop , fans pefer ni tirer à 
la main : 11 faut dont attendre qu'il foit fouple de 
tout fon corps , qu'il foit aroncii l'épaule en de- 
dans , qu'il obéïfle aux talons au pafiage de la crou- 
pe au mur , & qu'il foit devenu léger au piafer 
dans les piliers ; & fi-tôt qu'il fera parvenu à ce 
point d'obéïffance , pour le peu qu'on l'ébranlé 
au galop , il le fera avec plaifir. Il faudra le galo- 
per dans la pofture de l'épaule en dedans , non- 
feulement pour le rendre plus libre & plus obéïf- 
fant , mais pour lui ôter la mauvaife habitude 
qu'ont prefque tous les Chevaux , de galoper la 
jambe de dedans de derrière ouverte , écartée , & 
hors de la ligne de la jambe de dedans de devant. 
Ce défaut eft d'autant plus confidérable, qu'il in- 
commode fort un Cavalier & le place mal à fon 
aife , comme il eft facile de le remarquer dans la 
plupart de ceux qui galopent ; par exemple , fut 



de Cavalerie. %x% 
le pied droit , qui eft la manière de galoper les. 
Chevaux de chafle & de campagne ; on verra, 
qu'ils ont prefque tous l'épaule gauche reculée , 
& qu'ils font panchés à gauche : la raifon en efl 
naturelle ; c'eft que le Cheval , en galopant ia jam- 
be droite de derrière ouverte & écartée de la gau- 
che , l'os de la hanche dans cette fituation , pouffe 
& jette nécessairement le Cavalier, en dehors & le 
place de travers. C'eft donc pour remédier à ce 
défaut qu'il faut galoper un Cheval l'épaule en 
dedans , pour lui aprendre à approcher la jambe de 
derrière de dedans de celle de dehors , & lui faire 
baiifer la hanche; & lorfqu'il a été afibupli & rom- 
pu dans cette pofture , il lui eft aifé de galoper 
enfuite les hanches unies & fur la ligne des épau- 
les ; en forte que le derrière chafle le devant; ce 
qui eft le vrai & le beau galop. 

Un autre défaut qu'ont beaucoup de Cava- 
liers, c'eft qu'ils ne s'attachent point clans les corn- 
mencemens à fentir leur galop , ce qui eft pour- 
tant une chofe effentielle ; c'eft pour cela que j'ai 
jugé à propos d'enfeigner ici un moyen de le fen- 
tir en peu de tems; je le tiens d'un ancien Ecuyer 
qui étoit en grande réputation pour les Chevaux 
de courfe. 

Ce moyen eft de prendre un Cheval de cam- 
pagne qui aille un pas alongé & étendu, & de 
s'attacher à fentir la polition des pieds de devant. 
Pour fentir cette pofition , il eft" néceiïaire de re- 
garder dans les commencemens le mouvement de 
l'épaule , pour voir quel pied pofe à terre & quel 
pied levé , en comptant ce mouvement dans fa 
tête , & en difant , un , deux. Par exemple , lorf- 
que le pied gauche de devant fe pofe à terre , il 

P iij 



530 Ecole 

fane en foi-même dire , un ; & quand le pied drolç 
fe pofe à fon tour , ii faut dire , deux ; & ainfi de 
fuite en comptant toujours, un, deux. 

Ce n'eft pas une chofe bien difficile , que de com- 
pter à ia vue cette pofition de pieds ; mais l'effen- 
tiel eft de faire paffer ce fentiment dans les cuiffes 
Sç dans les jarrets ; en forte que l'impreiîion que 
fait , par exemple , le pied gauche lorfqu'il fe po- 
fe à terre , paflfe dans le jarret gauche , fans plus 
regarder le mouvement de l'épaule , en comptant 
toujours , comme on Fa fait , en le regardant , un ; 
& de même lorfque le pied droit fe pofe , il faut , 
fans regarder le mouvement de la jambe , dire , 
deux. Avec un peu d'attention , en obfervant cet- 
te métode , on fentira en peu tems dans fes jar- 
rets , quel pied pofe & quel pied levé ; & quand 
on fera bien fur de ce mouvement au pas , il fau-? 
dra pratiquer la même chofe au trot , qui eft un 
mouvement plus détaché de terre , plus vite , ôc 
par conféquent plus difficile à fentir ; c'eft pour- 
quoi il faut dans cette allure recommencer par re- 
garder le mouvement de l'épaule pour être fur de 
fa pofition , & faire paffer ce fentiment dans les 
jarrets , comme on a fait au pas. 

Lorfqu'on fentira bien au trot la pofition des 
pieds de devant , fans regarder l'épaule, on le fen- 
tira en peu de tems au galop , parce que la pofi- 
tion des pieds de devant au galop , fe fait en deux 
tems , comme au trot , un , deux. 

Quand on fera fur de fon galop , il fera facile 
de fentir quand il fe défunira ; car un Cheval dé- 
(uni a l'allure fi incommode , que pour peu qu'on 
foit bien en felle , il faudroit être privé de tout 
fentiment, pour ne pas fentir îe dérangement que 



de Cavalerie. 231 

Gau Te ce changement déréglé dans fon aflïette. 

Quoique ce foit une chofe qui mérite plus d'at- 
tention que de feience , que de fentir bien fon ga- 
lop , elle eft pourtant abfolument nécefTaire à 
fçavoir , pour mener un Cheval dans les règles ; 
& tout Cavalier qui ne fent pas le galop du Che- 
val ; ne peut jamais paffer pour homme de Cheval. 

M. de la Broue dit , que lebeau galop , doit être 
racourci du devant & diligent des hanches. Cette 
définition regarde le galop de manège , dont nous 
parlons ici ; car pour celui de chaffe ou de campa- 
gne,dontnous parlerons dans le Chapitre des Che- 
vaux de chaffe , il doit être étendu. Cette diligen- 
ce dans le traita de derrière, qui forme la vraie ca- 
dence du galop , ne s'acquiert que par les envies 
d'aller , les demi-arrêts , & les fréquentes descen- 
tes de main. Les envies d'aller déterminent un Che- 
val plus vite que fa cadence ordinaire ; le demi- 
arrêt foûtient le devant du Cheval , après l'avoir 
d'éterminé quelques pas ; & la defeente de main 
eft la récompense qui doit fuivre immédiatement 
après l'obéifîance du Cheval , & qui l'empêche de 
prendre la mauvaife habitude de s'appuyer fur le 
mors. 

Lorfqu'un Cheval prend facilement l'envie 
d'aller , qu'il eft afiïïré & obéïfiant à la main au 
demi-arrêt , & qu'il ne met point la tête en defor- 
dre dans la defeente de main , il faut alors le ré- 
gler dans un galop uni , qui eft celui dans lequel 
le derrière chalfe & accompagne le devant d'une 
cadence égale fans traîner les hanches , & que l'en- 
vie d'aller & les demi-arrêts foient , pour ainfi di- 
re , imperceptibles , & ne foient fenfibles qu'an 
Cheval. 



a^i Ecole 

Pour parvenir à donner ce galop cadencé & 
uni , il faut examiner foigneufemenr la nature de 
chaque Cheval , afin de pouvoir difpenfer à pro- 
pos les leçons qui lui conviennent. 

Les Chevaux qui retiennent leurs forces,doivent 
être étendus & déterminés fur de longues lignes 
droites avant que de régler leur galop ; ceux au 
contraire qui ont trop d'ardeur , doivent être te- 
nus dans un galop lent & racourci , qui leur ôte 
l'envie de fe hâter trop , ce qui en même tems au- 
gmentera leur haleine,. 

Il ne faut pas toujours galoper fur des lignes 
droites , mais fouvent fur des cercles les Chevaux 
qui ont trop de rein ; parce qu'étant obligés de 
tenir leurs forces plus unies pour tourner que pour 
aller droit , cette aftion leur diminue la force des 
reins , leur occupe la mémoire & la vûë , leur ôte 
la fougue & l'envie de tirer à la main. 

Il y a d'autres Chevaux qui avec allez de rein, 
ont de la foibleffe , ou reffentent de la douleur , 
foit dans les épaules ou dans les jambes , ou dans 
les boulets , ou dans les pieds , par nature ou par 
accident. Comme ces fortes de Chevaux fe dé- 
fient de leurs forces , ils fe présentent ordinaire- 
ment de mauvaife grâce au galop ; il ne faut pas 
leur demander de longues reprifes , afin de con- 
server leur courage & de ménager leur peu de vi- 
gueur. 

Il y a encore deux autres natures de Chevaux, 
dont la manière de galoper eft différente. Quel- 
ques uns nagent en galopant , c'eft-à-dire > qu'ils 
alongent les jambes de devant, en les levant trop 
haut , d'autres au contraire galopent trop près de 
terre» Pour remédier au défaut des premiers , il 



de Cavalerie. 539 

faut baififer la main & pouffer le talon bas en ap-^ 
puyant fur les étriers , dans le tems que les pieds 
de devant fe pofent à terre : & il faut rendre la 
main quand le devant eft en l'air, à ceux qui ga- 
lopent trop près de terre , 8c qui s'appuyent fur 
le mors, en les fecourant des gras de jambes, & 
en foûtenant de la main prés de foi dans le tems 
qu'ils retombent des pieds de devant à terre, fans 
trop pefer fur les étriers. 

On doit toujours galoper un Cheval d'une pif- 
te , jufqu'à ce qu'il galope facilement aux deux 
mains ; car (i on vouloit trop tôt le prefier d'aller 
de côté , c'eft-à-dire , avant qu'il eût acquis la fou- 
pleflTe & la liberté du galop , il s'endurciroit l'ap- 
pui de la bouche, deviendroit roide dans fon de- 
vant , & on lui donneroit par-là occafion de fe dé- 
fendre. On connoîtra facilement, quand il fera en 
état de galoper les hanches dedans ; parce qu'en 
lui mettant la croupe au mur , s'il fe fent allez fou- 
pie âc libre pour obéir , pour le peu qu'on l'anime 
de la langue & qu'on le diligente de la jambe de 
dehors , il prendra de lui-même le galop , que l'on 
continuera quelques pas feulement , l'arrêtant & 
le flatant après , & en lui faifant pratiquer cette le- 
çon de tems à autre , jufqu'à ce qu'on le fente en 
état de fournir une reptile entière. 

Toutes ces leçons bien exécutées , appropriées 
à la nature de chaque Cheval , perfectionnées par 
l'épaule en dedans , & la croupe au mur , fuivies 
de la ligne droite par le milieu du manège , fur la- 
quelle ligne il faut toujours finir chaque reprife , 
pour unir & redrefferles hanches, rendront avec le 
tems un Cheval libre , aifé & obéïfTant dans fon 
galop , qui eft une allure qui fait autant de plaiûr 



234 Ecole 

à ceux qui voyent galoper un Cheval de bonne 
grâce , qu'elle eft commode «5c agréable au Cava- 
lier. 

&àâ, â,â,â> SJUk ££ Sfcêkâ, êkàM, ££& 
CHAPITRE XVII. 

Des Voltes ; des Demi-voltes ; des Poffades / 
des Pirouettes, & du Terre- à-terre. 

ARTICLE PREMIER. 

Des Voltes. 



|§ps|||pl| Es anciens Ecuyers inventèrent les vol- 
S llïïj tes P our rendre leurs Chevaux plus a- 
|U|§|| droits dans les combats d'épée «5c de pif- 
' tolet, lefquels étoient fort en ufage a- 
vant la défenfe des duels. On s'attacha à donner 
aux Chevaux beaucoup d'obéïûance «5c de vîtef- 
fe fur le cercle pour les rendre plus agiles <5c plus 
prompts à entourer diligemment «5c plufieurs fois 
îa croupe , foit pour gagner celle de fon ennemi , 
ou pour éviter de laiffer gagner la fienne , en fai- 
sant toujours tête à celle de fon adverfaire. Dans 
la fuite , on fit auffi de cet exercice un manège 
de carrière , dans lequel on renferma davantage 
les hanches, pour faire voir la feience du Cava- 
lier & l'adreffe du Cheval ; c'eft pourquoi on 
peut admettre deux fortes de voltes : celles qui 
fervent au manège de guerre , <5c celles qui fe 
font pour le plaifir de la carrière. 

Dans les voltes qui repréfentent le combat , 
îl ne faut point mener un Cheval fur un quarré , 
ni aller de deux pilles; parce que dans cette pof- 



Page 134-T.+ 



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de Cavalerie. 23 £ 

fiire , on ne pourrait pas joindre la croupe de fon 
ennemi : il faut que ce foit fur une pille ronde 
& tenir feulement une demi-hanche dedans , afin 
que le Cheval foit plus ferme fur fon derrière. 
Comme l'on tient fes armes dans la main droite , 
qu'on appelle pour cettte raifon , La main de 
Vépée , il faut qu'un Cheval de guerre foit très-fou- 
pie à droite ; parce qu'il eh 1 rare qu'on change de 
main; à moins qu'on n'ait à faire à un gaucher. 

A l'égard des voltes qui regardent le manège 
d'Ecole, elles doivent fe faire de deux pilles, 
fur un quarré , dont les quatre coins ou angles 
foient arrondies avec les épaules , ce qu'on ap- 
pelle , Embraffer la volte. Ce manège de deux 
pilles , efl tiré de la croupe au mur; leçon après 
laquelle on commence à mettre un Cheval fur 
les voltes renverfées , qui fervent de principe 
pour bien exécuter les voltes ordinaires. 

Lors donc qu'un Cheval fera obéïflant aux 
deux mains la croupe au mur le long d'une mu- 
raille, il faudra en renverfant l'épaule dans cha- 
que coin du manège, continuer de le tenir dans 
cette pollure le long des quatre murailles , jus- 
qu'à ce qu'il obéïfle librement à chaque main. 
11 faut enfuice réduire le quarré long, que for- 
ment les quatre murailles du manège dans un 
quarré étroit ; comme il e(l repréfenté dans le 

f)lan de terre , en tenant la tête & les épaules vers 
e centre , & en renverfant , ou plutôt eu arrêtant 
les épaules au bout de chaque ligne du quarré , 
c'eft-à-dire , à chaque coin, afin que les hanches 
puifTent gagner l'autre ligne. 

Quoique la tête & les épaules d'un Cheval 
qu'ontroteàla longe, ou qu'on élargit fur des cer- 



236 Ecole 

clés la croupe dehors, foienr vers le centre; il ne 
faut pas croire pour cela que ce foient des voltes 
renverfées , comme quelques Cavaliers confon- 
dent : la différence eft bien grande ; car lorsqu'on 
mené un Cheval fur des cercles la tête dedans la 
croupe dehors , ce font les jambes de dedans qui 
s'élargiffent, c'eft-à-dire , qui paffent par deïfus 
celles, de dehors ce qui eft la leçon que nous avons 
donnée, pour préparer un Cheval à aller l'é- 
paule en dedans ; mais dans les voltes renver- 
fées , ce font les jambes de dehors qui doivent 
palier & chevalier par deifus celles de dedans , 
comme dans la croupe au mur; ce qui eft bien plus 
difficile à faire exécuter au Cheval , parce qu'il 
cil plus raccourci & plus fur fes hanches dans 
cette dernière pollure : c'eft auffi pour cela 
qu'on ne lui demande ce manège , que lorfqu'it 
commence à bien connoître la main & les jam- 
bes , & qu'il va facilement de côté. 

Toute la difficulté des voltes renverfées con- 
fîfle à plier le Cheval à la main où il va, à fai- 
re marcher les épaules les premières , ôc à fçavoir 
les arrêter dans les quatre coins du quarré pour 
ranger les hanches fur l'autre ligne ; ce que le 
Chevaine manquera pas d'exécuter facilement ôc 
en peu de tems , fi auparavant il a été rendu fou- 
pie ôc obéïffant la croupe au mur , à laquelle le- 
çon il faudra revenir , s'il fe défend dans, le quar- 
ré étroit , dans lequel on doit renfermer un Che- 
val , pour faire ce qu'on appelle , Volte rerir 
verfee. 

Si-tôt que le Cheval obéira librement , de 
deux piftes, aux deux mains , fur des quarrés lar- 
ges & étroits à la leçon des voltes renverfées. , il 



de Cavalerie. 237 

faudra le mettre fur la volte ordinaire, en lui te* 
nant la croupe vers le centre , & la tête & les é- 
paules vis-à-vis -, & à deux ou trois pieds en deçà 
de la muraille , en forte que les épaules décri- 
vent le plus grand quarré , & la croupe étant 
vers le centre , le plus petit. Il faut arrondir cha- 
que coin avec les épaules , en portant & en tour- 
nant diligemment la main fur l'autre ligne , en te- 
nant les hanches dans une ferme poiîure lors- 
qu'on tourne le devant ; mais la pille des hanches 
doit être tout-à-fait quarrée. En portant ainfi un 
Cheval de côté de coin en coin, il n'eft jamais 
couché dans la volte ni entablé : ce dernier dé- 
faut eft confidérable , en ce qu'il eftropie les 
hanches & ruine les jarrets d'un Cheval ; défor- 
dres que quelques hommes de Cheval attribuent 
aux voltes en général : mais c'eft fans doute des 
voltes entablées & acculées dont ils entendent 
parler, car je ne crois pas qu'un Cavalier fenfo 
puifTe tenir un pareil difcours à l'occafion d'ua 
air qui fait (î bien paroître l'obéïiTance «5c la gen- 
tilleffe d'un Cheval ; qui embellit fon a&ion ; Se 
qui donne une grâce infinie au Cavalier, lorfqu'il 
exécute bien ce manège. 

LefçavantM. delà B'roue , qui le premier a trou- 
vé la jufteffe & la proportion des belles voltes,don- 
ne encore une excellente leçon pour préparer 
un Cheval à cet air. C'eft de le mener d'abord 
au pas d'Ecole , droit & d'une pirïe fur les quatre 
lignes d'un quarré, la tête placée en dedans; Se 
au bout de chaque ligne, lorfque les hanches 
font arrivées dans l'angle qui forme la rencontre 
de l'autre ligne , de tourner les épaules jufqu'à 
ce quelles foient arrivées fur la ligne des han,- 



238 Ecole 

ches, comme on peut le voir dans îe plan de terr c* 
Cette leçon eft d'autant meilleure , qu'elle main- 
tient un Cheval droit dans {es jambes , «Se qu'elle 
lui donne une grande fonpleffe d'épaules. Les pas 
faits par le droit, lui ôtent l'occafion de fe rete- 
nir & de s'acculer , & l'arrondiflement des épaules 
au bout de chaque ligne du quarré , apprend à un 
Cheval à tourner facilement; & les hanches en 
refiant fermes & pliées dans ce monvement > 
font occupées à foûtenhTacVton de l'épaule & du 
bras de dehors. La pratique de ces règles du quar- 
ré bien appropriées au naturel du Cheval, en rete- 
nant fur la ligne droite , celui qui pefe ou qui tire 
à la main ; en chaiïant celui qui fe retient j & en 
diligentant les épaules des uns & des autres dans 
chaque coin , ajufte peu-à-peu & fans violence , 
la tête, le col, les épaules & les hanches d'un 
Cheval, fans qu'il s'apperçoive prefque de la fu- 
jetion où cette leçon ne laifle pas de le tenir. 

Afin de pouvoir tourner plus facilement les é- 
paules , & que les hanches ne s'échapent pas au 
bout de chaque ligne du quarré , il faut marquer 
un demi-arrêt, avant que de tourner le devant; 
& après le demi-arrêt , il faut diligenter la main 
afin que l'adion libre des épaules ne foit point 
empêchée ; il faut aufïi que le Cheval foit plié à 
la main où il va , afin qu'il porte enfemble la tête , 
la vue & laclion fur la pille & la rondeur de cha- 
que coin de la volte. Lorfque le Cheval fera o- 
béïfiant à cette leçon au petit pas d'Ecole , il fau- 
dra la lui faire faire au paflage animé & relevé , 
pour enfuite la lui faire pratiquer au galop , tou- 
jours dans la même pofture , c'efl-à-dire , droit 
d'épaules & de hanches , & plié à la main où il va* 



de Cavalerie. 239 

Chaque reprife , foit au pafTage ou au galop , 
doit finir dans le centre de la volte, en tournant 
ie Cheval au milieu d'une des lignes du quarré , 
en l'avançant jufqu'au centre, & en l'arrêtant 
droit dans les jambes , après quoi on le defcend. 

Lorfque le Cheval pafTagera librement d'une 
pifte fur les quatre lignes du quarré ; qu'il aura 
acquis dans la même pofture la facilité d'un galop 
uni, & dans un beau pli , aux deux mains ; il fau- 
dra enfuite le paflager de deux piftes, en obfervant, 
comme nous l'avons dit plufieurs fois , & comme 
on ne fçauroit trop le repeter, de faire marcher 
les épaules les premières, afin de donner'à l'épau- 
le hors la volte , la facilité de faire parler le bras 
de dehors par deiïiis celui de dedans , ce qui eft 
la plus grande difficulté ; car en retenant le libre 
mouvement des épaules , le Cheval feroit couché 
& entablé dans la volte : Il faut pourtant tenir les 
hanches un peu plus fujettes & plus en dedans 
aux Chevaux qui pefentouqui tirent à la main, a- 
fin de les rendre plus légers du devant ; mais il ne 
faut pas pour cela que la croupe marche avant les é- 
paules : Au contraire , ceux qui ont plus de légè- 
reté que de force , ne doivent être fi renfermées 
des hanches , afin qu'ils puiiTent marcher plus libre- 
ment , en les maintenant toujours dans une a&ion 
libre & avancée. 

Il ne faut pas obferver trop de jufteffe dans les 
eommencemens qu'on travaille un Cheval fur les 
voltes ; car il arriveroit que celui qui eft naturelle- 
ment impatient , entreroit dans une inquiétude 
qui occafionneroit beaucoup de défordres , & que 
celui qui eft pareffeux & d'humeur flegmatique, 
afïbupiroit fa vigueur & fon courage. On ne doit; 



246 ËCÔLE 

pas non plus rechercher d'abord fur les voltes , 
un Cheval qui a eu quelques jours de repos ; il 
arriverait qu'étant trop gai , il fe ferviroit de fes 
ïeins & fe défendroit. Il faut étendre au galop 
d'une pille ces fortes de Chevaux, jufqu'à ce qu'ils 
ayent paffé leur gaieté & baiffé leur rein ; c'eft 
pourquoi il eft de la prudence d'un habile Cava- 
lier, d'interrompre l'ordre des proportions qui re- 
gardent la jultefle,"& de revenir aux premières 
régies , lorfqu'il arrive le moindre defordre. 

Il faut long-tems pafîager un Cheval fur les 
voltes de deux pilles , avant de le faire galoper 
dans cette pofture ; & lorfqu'on le fentira fou- 
pie &aifé, pour le peu qu'on l'anime , il pren- 
dra de lui-même un galop raccourci, diligent, St 
coulé fur hs hanches, qui elt le vrai galop des 
voltes. 

On appelle voltes redoublées, celles qui fe 
font plusieurs fois de fuite à la même main ; mais 
il faut qu'un Cheval ait acquis beaucoup de liber- 
té j qu'il foit en haleine, & qu'il comprenne bien 
les jultes proportions de cet exercice, avant que 
de le faire redoublerfur les voltes ; car une leçon 
trop forte confondroit fes efprits 6c fa vigueur : 
c'ell pourquoi il faut dans les commencemens à 
chaque fin de volte, l'arrêter & le carelfer un peu 
afin de raffûrer fa mémoire S: fes forces , & de 
lui donner le tems de reprendre haleine. On doit 
auffi le changer de main Se de place pour lui ôter 
î'appréhenfïon que pourrait lui caufer cette fuje- 
tion. 

Les changemens de main fur les voltes, fe fonC 

Al 

de deux manières untôt en dehors , tantôt en de- 
dans. 

Poufi 



POifC 2+t.T. I 



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DEMI-VOI.TES, PASSADES 
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de Cavalerie. 241 

Pour changer de main en dehors de la volte , 
il faut fimplement lui placer la tête , & le plier à 
l'autre main ; & en lui faifant fuir la jambe de de- 
dans , qui devient alors jambe de dehors , il fe 
trouvera avoir changé de main. 

Le changement de main dans la volte , fe fait 
en tournant le Cheval fur le milieu d'une dès li- 
gnes du quarré , le portant enfuite en avant fur une 
ligne droite vers le centre de la volte , & en le 
rangeant enfuite de côté jufqu'à l'autre ligne , 
pour le placer & reprendre à l'autre main. Lorf-* 
que ce dernier changement de main commence 
& finit les hanches dedans, on l'appelle, Demi* 
volte dans la volte. 

A l'égard de la largeur d'une volte , elle doie 
fe proportionner à la taille & à la longueur d'un 
Cheval ; parce qu'un petit Cheval fur un grand 
quarré , & un grand Cheval fur un petit auroient 
mauvaife grâce. Les hommes de Cheval onc 
trouvé une jufte proportion, en donnant l'efpace 
de deux longueurs de Cheval , d'une pifté à l'au- 
tre des pieds de derrière ; en forte que le diamètre 
d'une volte régulière , doit être compofé de qua- 
tre longueurs de Cheval 

ARTICLE IL 

Des Demi-volte s ^ 

LA demi-volte eft un changement de main 
étroit les hanches dedans , qui fe fait , ou 
dans la volte , comme nous venons de le dire , 
ou au bout d'une ligne droite. Une demi-volte 
doit être compofée de trois lignes ; dans la pre- 
mière , où fait aller un Cheval de côté deux fois 

Q 



2.^2 Ecole 

fa longueur , fans avancer ni reculer ; on tourne 
enfuite les épaules fur une féconde ligne d'égale 
longueur , & après l'avoir tourné fur la troifiéme 
ligne , on porte un peu le Cheval en avant & 
l'on ferme la demi-volte en arrivant des quatre 
jambes fur la ligne de la muraille pour reprendre 
à l'autre main. La raifon pour laquelle il faut que 
le Cheval en finiffant la demi-volte arrive des 
quatre pieds fur la même ligne ; c'eft qu'autrement 
la demi-volte feroit ouverte , & le derrière étant 
élargi & écarté de la pifte des pieds de devant, le 
Cheval ne reprendroit en avant qu'avec la hanche 
de dedans & non avec les deux , ce quile feroit a- 
bandonner fur les épaules. 11 faut donc à la fin de 
chaque changement de main , ou de chaque de- 
mi-volte , que le Cheval arrive droit , afin qu'il 
puiffe fe fervir de fes deux hanches enfemble pour 
chaffer le devant 6c le rendre léger. 

Avant que de commencer une demi-volte , il 
faut marquer un demi-arrêt, le contre-poids du 
corps un peu en arrière , afin que le Cheval fe 
mette fur les hanches : il ne faut pas que la para- 
de foit foible ni défunie ,mais vigoureufe & nette 
autant que le permet la nature du Cheval , afin 
que la demi-volte foit également fournie , d'air , 
de juileiTe , & de vigueur. 

11 ne faut point mettre un Cheval fur les demi- 
voltes , qu'il ne fçache auparavant paffager libre- 
ment fur la volte entière ; parce que dans une 
proportion de terrain plus étroite , il pourroit fe 
ferrer & s'aculer ; ce qui n'arrivera pas , s'il a été 
confirmé dans un palTage d'une pille , animé ôc 
relevé , fur les quatre lignes du quarré de la vol- 
te : Et lorfqu'ilfe couche ou fe retient , il faut le 



de Cavalerie. 24? 

chaffer en avant ; & de même s'il s'abandonne 
trop fur la main & fur les épaules , il faudra le re- 
culer. Lorfqu'il obéira au paifage fur la demi- vol- 
te , il faudra l'animer à la fin de la troifiéme ligne 
pour lui faire faire quatre ou cinq tems de galop 
raccourci, bas, & diligent, enfuite le flater ; Se 
quand on le fentira bien difpofé, il faudra com- 
mencer Se finir la demi-volte au galop. 

Tant dans les vokes que dans les demi-voltes , 
il faut fouvent varier l'ordre de la leçon , en chan- 
geant de main Se de place ; car fi on faifoit toujours 
les demi-voltes dans le même endroit , le Cheval 
préméditant la volonté du Cavalier, voudrait 
les faire de lui-même. 

S'il arrive que le Cheval réfift e aux règles de la 
proportion «Se de la jufleffe des voltes Se des demi- 
voltes , il faudra le remettre l'épaule en dedans 
& la croupe au mur; parce moyen il paffera fa 
colère & diminuera fa fougue ; mais ces défordes 
n'arrivent qu'à ceux qui ne fuivent pas la na- 
ture , Se qui veulent trop preffer les Chevaux 
& les drefier trop vite : Il faut au contraire , Iqs 
faire venir à force d'aifance Se de foupleffe , Se 
non par la violence ; car à mefure qu'un Cheval 
devient fouple , Se qu'il comprend la volonté du 
Cavalier , il ne demande qu'à obéir, à moins qu'il 
ne foit d'un naturel abfolument rebelle , auquel 
cas, il ne faut point lui demander de manège ré- 
gulier , mais une fimple obéiflance , de laquelle 
on puille tirer le fervice à quoi on le defline & 
qui convient à fa difpofition. 



Qii 



22<£ Ecole 

ARTICLE III. 

Des Paffades. 

LA paflade eft , comme nous l'avons expli- 
qué dans le Chapitre des Mouvemens arti- 
ficiels , une ligne droite fur laquelle un Cheval 
pafle & repaffe ( ce qui lui a donné le nom de 
raflade ) aux deux bouts de laquelle ligne on fait 
un changement de main ou une demi-volte. 

La ligne de la paflade doit être d'environ cinq 
longueurs de Cheval , & les demi-voltes nedoi- 
vent avoir qu'une longueur dans leur largeur ; en 
forte qu'elles font plus étroites de la moitié qu'u- 
ne demi-volte ordinaire; parce que comme ce 
manège eft fait pour le combat , lorfqu'un Ca- 
valier a donné un coup d'épée à fon ennemi , 
plutôt il peut retourner fon Cheval après cette 
action, plutôt il eft en état de repartir & de four- 
nir un nouveau coup. Ces fortes de demi-voltes 
de combat fe font auffi en trois tems; &le der- 
nier doit fermer la demi-volte : Il faut qu'un Che- 
val foit raconrci & furies hanches en tournant, 
afin d'être plus ferme fur fes pieds de derrière, 
Se de ne pas gliiTer : le Cavalier en eft aufti plus 
à fon aife & mieux en {elle. 

Il y a deux fortes de paffades. Celles qui fe font 
au petit galop, tant fur la ligne de la paflade 
que fur les demi-voltes : Et celles qu'on appelle 
Furieufes , dans lefquelles on part ajoutes jam- 
bes , depuis le milieu de la ligne droite , jufqu'à l'en- 
droit où l'on marque l'arrêt pour commencer la 
demi-volte rainfi dans les paffades furieufes après 
avoir fini la demi-volte, on continue d'aller au pe- 



de Cavalerie. 24$ 

tit galop jufqu'au milieu de la ligne droite , tant 
pour s'affermir dans la felle, que pour examiner 
les mouvemens de fon ennemi , fur lequel on 
échappe fon Cheval en partant de vîteffe ; & on 
le raiïembie enfuite pour l'autre main. 

Quand le Cheval fera obéïïfant aux panades 
le long de la muraille , & qu'il changera de pied 
facilement Se fans fe défunir en finilfant chaque 
demi-volte , il faudra les lui faire faire fur la ligne 
du milieu du manège; car comme cet exercice 
efl: fait pour le combat, il faut qu'il fe faffe en li- 
berté , afin de pouvoir aller à la rencontre de fon 
ennemi. 

On fait auffi dans un manège des paffades, dont 
les demi-voltes font de la largeur des demi-vol- 
tes ordinaires ; Se alors ce n'cfl plus un manè- 
ge de guerre, mais d'Ecole, qui fe fait pour le 
plaifir, ou pour élargir un Cheval qui fe ferre trop; 
de même qu'on fait aulîi la ligne de la paflade 
plus ou moins longue, félon que le Cheval s'a- 
bandonne ou fe retient, afin de le rendre toujours 
attentif à l'a&ion des jambes Se de la main du Ca- 
valier. 

Quoique ce manège foit auffi beau que diffici- 
le à exécuter , nous n'entrerons pas dans un plus 
grand détail, puifqu'on y employé les mêmes rè- 
gles que dans celui des voltes , dont nous venons 
de parler : fi le Cheval refufe d'obéir , ce fera ou 
mauvaife nature , ou faute de fouplefîe Se d'o- 
béïflance ; auquel cas , il faudra avoir recours aux 
principes que nous avons établis. 



Q«i 



ïi& Ecole 

ARTICLE IV. 

De la Pirouette. 

UNe pirouette n'eft autre chofe qu'une vol- 
te dans la longueur du Cheval fans chan- 
ger de place : les hanches refient dans le centre & 
les épaules fourniffent le cercle. Dans cette action 
la jambe de derrière de dedans ne fe lève point, 
mais tourne dans une place , & fert comme de pi- 
vot , autour duquel les trois autres jambes & tout 
le corps du Cheval tournent. 

La demi-pirouette, eflunedemi-volte dans une 
place & dans la longueur du Cheval ; c'eft uns 
efpéce de changement de main, qui fe fait en tour- 
nant un Cheval de la tête à la queue , les hanches 
refiant dans une même place. 

Les pafTades Se les pirouettes , de même que les 
voltes Se les demi-voltes , font des manèges de 
guerre, quifervent à fe retourner promptement 
de peur de furprife ; à prévenir fon ennemi ; à évi- 
ter fon attaque , ou à l'attaquer avec plus de di- 
ligence. 

Il fe trouve peu de Chevaux qui puiiïent four- 
nir plufieurs pirouettes de fuite avec la même éga- 
lité , qui eft la beauté de cet air , parce qu'il y en 
a peu qui ayent les qualités qui conviennent à 
cet exercice , dans lequel un Cheval doit être ex- 
trêmement libre d'épaules , très-ferme , Se allure 
fur les hanches. Ceux , par exemple , qui ont l'en- 
colure Se les épaules trop charnues ne font pas 
bons pour ce manège. 
Avant que de diligenter un Cheval au galop 



de Cavalerie. 247 

a pirouettes , il faut lui faire faire d'abord quel- 
ques demi-pirouettes au pas à chaque main , tan- 
tôt dans une place , tantôt dans une autre ; & à 
mefure qu'il obéit fans défordre, on le ralTemble 
au paflage , & on lui en demande d'entières ; en 
forte que fans déranger les hanches , la tête & les 
épaules fe retrouvent à la fin de la pirouette dans 
l'endroit d'où elles font parties : par ce moyen . 
il aquerera bien-tôt la facilité de les faire au 
galop. 

Si un Cheval après avoir été rendu funTam- 
ment fouple & obéïiïant , fe défend à cet air ; c'efl: 
une preuve que fes hanches ne font pas aflez bon- 
nes pour foûtenir fur fon derrière toutes les par- 
ties de devant , & le poids du Cavalier ; mais s'il 
a les qualités requifes , il fournira avec le tems , 
autant de pirouettes que la prudence du Cavalier 
l'exigera. 

Pour changer de main à pirouettes, il faut prom- 
tement placer la tête à l'autre main , & foûtenir de 
la jambe de dehors , pour empêcher la croupe de 
fortir du centre ; mais il ne faut pas que le Che- 
val foit autant plié dans cet air, que fur la volte 
ordinaire ; parce que fi la tête étoit trop dedans , 
la croupe fortiroit du centre en pirouettant. 

On varie les pirouettes fuivant la difpofition du 
Cheval : on en fait quelquefois dans le milieu 
d'un changement de main fans interrompre l'or- 
dre de la leçon , que l'on continue à l'ordinaire : 
mais ce qui fait bien voir l'obéïffance Se la juftefte 
d'un Cheval, c'efl: lorfqu'en maniant fur les vol- 
tes, ont étrecit de plus en plus le Cheval jufqu'à 
ce qu'il foit arrivé au centre de la volte , où on lui 
fait faire tout d'une haleine autant de pirouettes 

Q i"i 



248 Ecole 

que fa reffource & fou haleine lui permettent d'eu. 

fournir, 

ARTICLE V. 

Du Terre-à-terre» 

SUivant la définition de M. le Duc de New- 
caftle , qui eft très jufte , le terre-à-terre eft un 
galop en deux tems , de deux piftes , beaucoup 
plus racourci & plus raffemblé que le galop ordi- 
naire, & dont la poficion des pieds eft diférente , 
en ce qu'un Cheval lève les deux jambes de de- 
vant enfemble, & les pofe de même à terre ; les 
pieds de derrière accompagnent ceux de devant 
d'un même mouvement , ce qui forme une ca- 
dence tride & baffe, dans laquelle il marque tous 
les tems avec un fredon de hanches, qui part com- 
me d'une efpéce de reffbrt. Pour en avoir une idée 
encore plus nçtte , il faut fe figurer cet air comme 
une fuite de petits fauts fort bas , près de terre , 
le Cheval allant toujours un peu en avant & de 
côté ; comme les hanches dans cette pofture n'a- 
vancent pas tant fous le ventre qu'au galop , c'eft: 
ce qui en rend l'action plus tride > plus baffe , & 
plus déterminée. 

Il faut encore ob fer ver qu'au terre-à-terre , le 
Cheval eft plus appuyé fur les jambes de dehors 
que fur celles de dedans , lefquelles font un peu 
plus avancées, & entament le chemin; mais pas 
tant qu'au galop : & comme la croupe eft fort affu- 
jettie dans un air fi preffé & fi tride des hanches , 
il fe trouve être plus élargi du devant que du der- 
rière , ce qui met l'épaule de dehors un peu en 
arrière & donne la liberté à celle de dedans. 



de Cavalerie. 24^ 

Il eft aifé de juger par la fujeron où cet air 
tient un Cheval , que cet exercice ne laifle pas 
d'être violent , & que peu de Chevaux font ca- 
pables de l'exécuter avec toute la jufteffe & tou- 
te la netteté néceffaires. 11 faut qu'un Cheval foit 
bien nerveux & bien fouple pour lui demander ce 
manège : ceux qui ont moins de force 8c de pra- 
tique que de légèreté 8c de courage , craignent la 
fujetion de régies fi recherchées ; aufïi les vrais 
hommes de Cheval regardent ce manège , qui eft 
devenu très-rare, comme la pierre de touche, par 
laquelle on voit la fcience d'un Cavalier 8c l'a- 
dreffe d'un Cheval. 

11 ne faut pas tomber dans l'erreur de ceux qui 
donnent indiféremment le nom de Terre-à-terre 
à l'allure des Chevaux qui manient bas 8c trai- 
nent un mauvais galop près de terre ; fans aucune 
aflion tride qui preiîe & détermine leurs hanches 
à former cette cadence ferrée & diligente, dont 
le feul fredon fait voir la diférence du vrai terre- 
à-terre au mauvais galop. Souvent faute de fçavoir 
la véritable définition de chaque air de manège, 
on n'eft pas en état , ni de juger de la capacité 
d'un Cheval , ni par conféquent de lui donner 
l'air qui convient à fa difpofition. Cette erreur de 
confondre ain(i les airs qui font l'ornement des 
beaux manèges , fait attribuer à quelques Cava- 
liers , dont la plus grande capacité confiée en 
routine , un prétendu fçavoir, qui n'exifle que dans 
leur fuhTance mal fondée & dans l'aveugle admi- 
ration de ceux qui les prônent fans aucune con- 
noiflance dans l'An de la Cavalerie. 

Comme la perfection du terre-à-terre , eft d'à* 
Voir la hanche de dehors ferrée, il faut dans les 



âfo Eco LE 

voltes à cet air, que le quarré foit encore plus par- 
fait qu'à celles qui fe font au fimple galop de deux 
pilles ; mais il faut prendre garde dans les coins , 
que la jambe de derrière de dedans n'aille pas avant 
les épaules ;'car alors le Cheval étant trop élargi 
des hanches , il feroit entablé, Se pourroit faire un 
élan en forçant la main du Cavalier pour fe tirer 
de cette faufîe pofition. On doit auffi prendre gar- 
de de n'avoir pas la main trop haute , car il ne 
pourroit pas aller bas & tride ; ni couler égale- 
ment vite. 

Les fautes les plus ordinaires qu'un Cheval fait 
en maniant terre-à-terre , font de s'aculer , de le- 
ver trop le devant , ou de traîner les hanches : il 
faut lorfque quelqu'un de ces défordres arrive , 
déterminer le Cheval en avant avec les éperons , 
afin de le corriger , de l'avertir de fe tenir plus en- 
femble , Se de diligenter davantage fa cadence ; Se 
comme dans cet exercice , les parties du Cheval 
font extrêmement travaillées , il faut toujours fen- 
tir en quel état d'obcïfiance il tient fes forces Se 
fon courage pour finir la reprife avant que la laffi- 
tude lui donne occafion de fe défendre. 

Les régies pour dreffer un Cheval au terre-à-ter- 
re , fe tirent de la connoiffance qu'on a de fon na- 
turel, Se de la difpofition qu'on lui trouve pour 
cet air ; laquelle on connoît facilement , lorfqu'a- 
près avoir été aflbupli dans les régies , en le re- 
cherchant Se en le raiïemblant , il prend de lui-mê- 
me ce fredon de hanches dont nous venons de 
parler ; il aura fans doute de la difpofition pour 
exécuter ce manège ; mais il faut bien ménager 
fesrefibrs, fur tout dans les commencemens, en 
ne lui demandant que quatre demi-voltes de fuite 



de Cavalerie. 25T 

au plus , qu'il fournira aifément , s'il y a été pré- 
paré par les principes qui doivent le conduire à 
cette leçon. A mefure que fes forces & fon halei- 
ne le rendront plus fouple & plus difpôt, on pour- 
ra , après qu'il aura fourni quatre demi-voltes , 
c'eft-à-dire , deux à chaque main, le délaffer au 
petit galop lent & écouté , pour le raffembler en- 
fuite fur le quarré du milieu de la place, & le re- 
chercher fur deux ou trois voltes de fon air ; puis 
le finir & le defcendre. 

CHAPITRE XVIII. 

Des Airs relevés. 

O u s avons dit que tous les fauts qui 
font plus détachés de terre que le terre- 
à-terre , & qui font en ufage dans les bon- 
nes Ecoles , s'appellent , Airs relevés. 
Il font au nombre de fept ; favoir , la Pefade , le 
Mézair , la Courbette , la Croupade > la Balotade , 
la Capriole & le Pas-&-ie Saut. 

Avant que d'entrer dans le détail des régies qui 
conviennent à chacun de ces airs , il eft ce me 
fembîe à propos d'examiner quelle nature de Che- 
vaux il faut choifir pour cet ufage ; quelles quali- 
tés un Cheval doit avoir pour réfifter à la violen- 
ce d^s fauts ; 8c quels font ceux qui n'y ont point 
de difpofition. 

Il faut qu'un Cheval ait une inclination natu- 
relle 8c qu'il fe préfente de lui-même à quelqu'air , 
pour en faire un bon fauteur , autrement on per- 
droit fon tems, on le rebuteroit Se on le ruine- 



25*2 Ecole 

roit au lieu de le dreffer. Une erreur qui n'eit qu3 
trop ordinaire , c'eft de croire que la grande for- 
ce eft abfolument néceffaire dans un fauteur. Cet- 
te extrême vigueur, qu'ont certains Chevaux , les 
rend roi des 6c mal-adroits , leur fait faire des fauts 
Se des contre-tems qui les épuifent , ce qui incom- 
mode extrêmement un Cavalier , parce qu'ordi- 
nairement ces fauts défunis & fans régie font ac- 
compagnés d'efforts violents que leur fuggere leur 
malice. Les Chevaux de ce cara&ére doivent être 
confinés dans les piliers , où une continuelle rou- 
tine de fauts d'Ecole les punit allez de leur mau- 
vais naturel. Un Cheval qui eft doué de médio- 
cre force , & qui a beaucoup de courage Se de lé- 
gèreté , eft incomparablement meilleur , parce 
qu'il donne ce qu'il peut de bonne volonté , Se 
qu'il dure long-tems dans fon exercice ; au lieu 
que celui qui a beaucoup de force & de mauvaî- 
fe volonté , fe trouve ufé avant que d'être dreiTé , 
par les remèdes violens qu'il faut employer pour 
domter fa rébellion. Il fe trouve encore certains 
Chevaux qui , avec des hanches une peu foibles , 
ne laiffent pas de former des fauteurs paflables , 
parce qu'ils aiment mieux s'élever &fe détacher 
de terre , que de s'affeoir fur les hanches. 

On appelle un Cheval de bonne force, celui 
qui eft nerveux Se léger; qui diftribue fes for- 
ces naturellement , uniment Se de bonne grâce ; 
qui a l'appui de la bouche léger & affûré ; 
qui a les membres forts , les épaules libres , les 
boulets , les paturons , Se les pieds bons ; Se qui 
eft de bonne volonté. 

Ceux qui n'ont point de difpofition pour les 
airs relevés , font ceux qui font trop fenfibles , 



DE Ca VALERIE. 25-3 

Impatiens , & colères ; qui entrent facilement en 
fougue & en inquiétude ; fe ferrent , trépignent Se 
refufent de fe lever. Il y en a d'autres qui crienc 
par malice & par poltronnerie, quand on les re- 
cherche ; qui font des fauts défordonnés qui té- 
moignent leur vice , & l'envie qu'ils ont de jet- 
ter leur homme par terre : il y en a encore d'au- 
tres qui pèchent pour avoir les pieds doulou- 
reux ou défectueux , & en retombant à terre , la 
douleur qu'ils reflentent les empêche de four- 
nir un nouveau faut , ceux aufîi qui ont la bou-. 
che faulfe & l'appui foible , ont prefque toujours. 
la tête en défordre à la defeente de chaque faut, 
ce qui e(t trcs-défagréable : ainfi quand on trou- 
ve un Cheval qui a quelqu'une de ces imper- 
fections , il ne faut point longer à en faire un 
fauteur. 

Il y a encore une chofe à examiner ; c'efl lors- 
qu'on a rencontré un Cheval de bonne force 
Se de bonne difpofition , de fçavoir juger quel- 
le nature de faut lui eft propre, afin de ne 
le point forcer à un air qui ne convient ni à fon 
naturel , ni à fa difpofition ; Se avant que de lui 
former cet air , il faut qu'il ait été alfoupli Se ren- 
du obéifTant aux leçons dont nous avons don- 
né les principes. Entrons préfentement dans le 
détail de chaque air. 




jsj-i Ecole 

ARTICLE PREMIER, 

Des Pefades. 

LA Pefade, comme nous l'avons déjà définie, 
eft un air dans lequel le Cheval lève le de- 
vant fort haut & dans une place , tenant les pieds 
de derrière fermes à terre fans les avancer ni les 
remuer. Ce n'efl point à proprement parler un 
air relevé que la pefade , puifque le derrière n'ac- 
compagne point le devant , comme dans les au- 
tres airs , <Sc ne fe détache point de terre ; mais 
comme on fe fert de cette leçon pour apprendre 
à un Cheval à lever légèrement le devant , à plier 
les bras de bonne grâce, & à s'affermir fur les 
hanches , pour le préparer à fauter avec plus de 
liberté , on le met à la tête de tous les airs re- 
levés , comme en étant le fondement & la pre- 
mière régie. On fe fert encore de la pefade pour 
corriger le défaut de ceux , qui dans les airs de 
Mézair Se de Courbette , battent la pouffiere en 
maniant trop près de terre , Se en brouillant leur 
air avec les jambes de devant : c'eil auffi pour 
cela qu'à la fin d'un droit de courbettes , on a 
coutume de faire la dernière haute du devant 
Se dans une place , ce qui n'eft autre chofe qu'une 
pefade ; Se que l'on fait non-feulement pour la 
grâce de l'arêt, mais encore pour entretenir la 
légèreté du devant. 

Il ne faut pas confondre la pefade avec le 
contre-tems que font les Chevaux qui fe cabrent 
quoique ceux-ci lèvent aufii le devant fort haut 
& qu'ils demeurent le derrière à terre : la difé- 



de Cavalerie. içç 

renceen efl bien grande ; car dans l'aclion que fait 
le Cheval , lorfqu'il lève à pefade , il doit être 
dans la main & plier les hanches & les jarrets 
fous lui, ce qui l'empêche de lever le devant 
plus haut qu'il ne doit; & dans la pointe que 
fait un Cheval qui fe cabre , il efl étendu roide 
fur les jarrets, hors de la main, & en danger 
de fe renverfer. 

Il ne faut point faire faire de pefades à un 
Cheval , qu'il ne foit fouple d'épaules, obéïffant à 
la main & aux jambes, «Se confirmé au piafer; 
& lorfqu'il elt à ce point d'obéïffance , on l'ani- 
me de la chambrière dans les piliers , en le tou- 
chant légèrement de la gaule fur les jambes de 
devant , dans le teins qu'il donne dans les cor- 
des & qu'il avance les hanches fous lui : pour 
le peu qu'il fe lève , il faut l'arrêter & le flatec 
& à mefure qu'il obéira , on le touchera plus 
vivement , afin qu'il lève plus haut le devant. 
Comme dans tous les airs relevés , un Cheval doic 
plier les bras de manière que lçs pieds fe re- 
trouifent prefque jufqu'au coude, (ce qui lui don- 
ne beaucoup de grâce), il faut corriger la vi- 
laine action de ceux ; qui au lieu de plier les 
genoux , allongent les jambes en avant , en croi- 
fant les pieds l'un par-delïus l'autre : ce défaut 
qu'on appelle Jouer de Npinette , efl aifé à cor- 
riger en le châtiant de la gaule ou du fouet , 
& en lui en appliquant fort fur les genoux & fur 
les boulets. Un autre défaut , c'efl lorfqu'un Che- 
val fe lève de lui-même , fans qu'on le lui de- 
mande ; le châtiment pour ceux-ci , efl de les 
faire ruer : c'eft ainfi qu'on corrige un défaut 
par fon contraire ; & pour éviter qu'il ne con? 



^6 Ecole 

tinue ce défordre , il faut toujours commencer 
chaque repiïfe par le piafer,lui demander en- 
fuite quelques pefade & finir par le piafer. Cet- 
te variété de leçon rendra un Cheval attentif 
à fuivre la volonté du Cavalier. 

Lorfqu'il obéira facilement dans les piliers à 
l'air de pefades , il faut enfuite le monter , & 
en le pafiageant en liberté , lui en demander une 
ou deux dans une place fans qu'il fe traverfe , 
& après la dernière , marcher deux ou trois pas 
en avant. Si en retombant des pieds de devant 
à terre , il s'appuie ou tire à la main , il faut le 
reculer , lever enfuite une pefade, & le caraflTer 
s'il obéît : Si au contraire , il fe retient & s'acule , 
au lieu de lever le devant , on doit le chaffer en 
avant ; Se lorfqu'il prend bien les jambes , mar- 
quer un arrêt fuivi d'une pefade , en fe contentant 
de peu ; car comme les Chevaux les plus fages 
marquent toujours quelque fentiment de colè- 
re , lorfqu'on commence à les mettre aux airs 
relevés , il ne faut pas tirer d'eux autant de tems 
de leur air qu'il pouroient en fournir ; parce qu'il 
arriveroit qu'ils s'endurciroient, perdroient l'habi- 
tude détourner facilement, Se même fe ferviroient 
de leur air pour fe défendre , en fe levant lorfqu'on 
ne leur demande pas : ainfi on doit dans les com- 
cemens les ménager beaucoup , & prendre gar- 
de qu'ils ne tombent dans aucun de ces vices 4 
qui pourvoient les rendre rétifs. 



w 



ARTICLE 



£>e Cavalerie. a;7 

ARTICLE IL 

Du Mézair. 

LE Mézair, comme le définiffent fort bien 
quelques Ecuyers, n'efï autre chofe qu'une 
demi-courbette , dont le mouvement eft moins 
détaché de terre , plus bas , plus vite , & plus 
avancé que la vraie courbette, mais aulTi plus 
relevé & plus écouté que le terre-à-terre. 

Il eft aifé de voir dans les piliers , fi un Che- 
val a plus de panchant pour le Mézair que pour, 
tout autre faut ; parce que fi la nature lui a don- 
né de l'inclination pour cet air , lorfqu'on le re- 
cherchera, il fe préfentera de lui même dans une 
cadence plus relevée que le terre-à-terre, & plus 
tride que la courbette : & quand par plufîeurs 
leçons réitérées, on aura reconnu fa difpofition, 
il faudra le confirmer dans cet air, en fe fervant 
des mêmes régies que pour les pefades , c'eft-à- 
dire , commencer chaque reprife par le piafer , fui- 
vi de quelques tems de Mézair, en fe fervant de 
la gaule devant, & de la chambrière derrière; & 
ainfi alternativement. Lorfqu'on jugera à propos de 
lui faire pratiquer cette leçon en liberté, il faut, 
après l'avoir pafTagé d'une pifle , le raffembler pour 
le faire aller de fon air , foit dans le changement 
de main , foit dans la demi-volte , toujours de 
deux piftes ; car il n'eft pas d'ufage d'aller d'une 
pifle au mézair, ni au terre-à-terre. 

Les aides les plus utiles & les plus gracïeufes 
dont on fe fert , pour faire aller un Cheval à 
mézair , c'eft de toucher légèrement & de bon- 
ne grâce, de la gaule fur l'épaule de dehors , 

R 



2f$ Ecole 

en l'aidant & le fecourant des gras de jambes. Lorf- 
que la croupe n'accompagne point allez le devant, 
on croife la gaule fous main pour toucher fur la 
croupe, ce qui fait rabattre le derrière plus tride. 

Si le Cheval tombe dans les défauts ordinaires 
à prefque tous les Chevaux qu'on dreife aux airs 
détachés de terre , qui font , ou de retenir leur 
force, ou de s'abandonner trop fur la main, ou 
de manier de foi-même fans attendre les aides du 
Cavalier, il faut y apporter les remèdes ci-def- 
fus , & les employer avec le jugement , la pru- 
dence , & la patience qui font néceffaires à un hom- 
me de Cheval. 

On doit encore dans cet air, obferver la mê- 
me proportion de terrain qu'au terre-à-terre , c'efï 
à-dire , le tenir dans le jufte efpace des voltes 
& des demi-voltes ; car comme ces airs ont beau- 
coup de rapport l'un à l'autre , Se qu'ils forment 
un manège ferré Se tride, la pofture du Cheval 
doit être la même dans ces deux airs. 

ARTICLE III. 

Des Courbettes. 

LA Courbette eft un faut plus relevé de de- 
vant , plus écouté Se plus foutenu que le Mé- 
zair. Les hanches doivent rabattre Se accompa- 
gner le devant d'une cadence égale, tride Se baf- 
fe , dans Pinftant que les jambes de devant re- 
tombent à terre. Il y a donc cette diférence en- 
tre le mézair Se la courbette ; que dans le pre- 
mier , le Cheval efi moins détaché de terre du 
devant , Se qu'il avance 6c diligente plus la ca- 
dence de fon air que pour la courbette, dans la- 



T.a.Paqe 2â8. 




C.Ptwrocei' inv. ZjJDarplaces tfatW. 



de Cavalerie. 25-9 

quelle il efl plus relevé , plus foutenu du de- 
vant , & qu'il rabat les hanches avec plus de fu- 
jetion , en foutenant le devant plus long-tems 
en l'air. Il faut remarquer qu'au galop, au terre-à- 
terre, & à la pirouette , le Cheval porte fes jam- 
bes l'une devant l'autre , tant du devant que du 
derrière; mais au mézair , aux courbettes, & à 
tous les autres airs relevés , elles doivent être égales 
& n'avancer pas plus l'une que l'autre , lorfqu'elles 
fe pofent à terre, ce qui feroit un grand défaut, 
qu'on appelle , Traîner les hanches. 

Outre la difpofition naturelle qu'un Cheval doit 
avoir pour bien aller à courbettes , il faut enco- 
re beaucoup d'art pour l'acheminer & le confir- 
mer dans cet air , qui eh: de tous ceux qu'on ap- 
pelle, Relevés , le plus à la mode & le plus en 
ufage ; parce que c'eft un faut gracieux dans un 
manège , qui , fans être rude , prouve la bonté 
des hanches d'un Cheval , & fait paroître un 
Cavalier dans une belle pofture. Cet air étoit 
fort en ufage autrefois parmi les Officiers de Ca- 
valerie , qui fe piquoient d'avoir des Chevaux 
dreffés , foit à la tête de leur troupe , ou dans des 
jours de parade ; on leur voyoit de tems à au- 
tre détacher quelques belles courbettes, qui fer- 
voient autant à animer un Cheval , lorfqu'il ra- 
lentifîbit la noblefle de fon pas , qu'à le tenir 
dans fon obéïffance, & à lui donner enfuiteun 
pas plus relevé , plus fier & plus léger. 

11 ne faut point demander de courbettes à un 
Cheval qu'il ne foit obé'ùTant au terre-à-terre Se 
au mézair ; car un bon terre-à-terre & un véri- 
table mézair font plus de la moitié du chemin 
pour arriver à la courbette , au cas qu'un Che- 

Rij 



a6o Ecole 

Val ait de la difpofition pour aller à cet air. Ceux 
qui n'y font pas propres, font les Chevaux paref» 
feux , pefans , ou ceux qui retiennent leurs for- 
ces par malice : & de même ceux qui font im- 
patiens, inquiets & plein de feu & de fougue; 
parce que tous les airs relevés augmentent la co- 
lère naturelle de ces fortes de Chevaux, leur 
font perdre la mémoire & leur ôtent l'obéihance : 
il faut donc que celui qu'on deltine à cet exer- 
cice , foit nerveux , léger & vigoureux ; & avec 
cela, fage, docile & obénTant, 

Quand avec ces qualités , on verra dans les pi- 
liers que l'air favori d'un Cheval , eft celui de 
îa courbette , il faut , après lui avoir appris à bien 
détacher le devant par le moyen des pefades, 
lui animer enfuite les hanches avec la chambriè- 
re pour faire rabattre la croupe & baiffer le de- 
vant , afin qu'il prenne la jufte cadence & la 
vraie poflure de fon air. Lorfqu'il y fera en quel- 
que forte réglé, & qu'il en fournira quatre ou cinq 
de fuite fans défordre, & dans les régies, il faut 
commencer à lui en faire faire quelques-unes en 
liberté , fur la ligne du milieu du manège , & non 
le long de la muraille; car ceux que l'on accou- 
tume à lever le long du mur , ne vont que de 
routine, & fe dérangent quand on leur deman- 
de la même chofe ailleurs. On ne doit pas de- 
mander dans les commencemens plufieurs cour- 
bettes de fuite ; mais en faifant paflager fc pia- 
fer un Cheval fur la ligne droite, lorfqu'on le fent 
bienenfemble & dans un bon appui , on lui en dé- 
robe deux ou trois bien détachées &bien écoutées; 
on continue enfuite quelques pas de paffage, & 
©n le finit par deux ou trois tems de piafer ; 



de Cavalerie, 2.61 

parce qu'il arriverait que fi ou finiffoït le dernier 
tems par une courbette , le Cheval fe ferviroic 
de cet air pour fe défendre. 

Pour bien aider un Cheval à courbettes , il faut 
que le tems de la main foit promt & agile afin 
de lever le devant : les jambes du Cavalier doi- 
vent fuivre le tems des courbettes fans trop le 
chercher; car un Cheval prend naturellement fon 
tems & fa cadence propre , quand il commence à 
s'ajuffer. On ne doit point fur tout roidir les 
jarrets, parce qu'en l'aidant trop vivement, il 
fe prefferoit trop ; il faut au contraire , être fou- 
pie depuis les genous jufqu'aux étriers, & avoir 
la pointe du pied un peu baife , ce qui lâche les 
nerfs : le feul mouvement du Cheval, lorfqu'on 
garde l'équilibre dans une poflure droite & ai- 
fée , fait que les gras de jambes aident le Che- 
val fans les approcher , à moins qu'il ne fe re- 
tienne , auquel cas , il faut fe fervir plus vigou- 
reufement de fes aides Se fe relâcher enfuite. 

Les courbettes doivent être ajufiées au naturel 
du Cheval, celui qui a trop d'appui, doit les faire 
plus courtes Se plus foutenues fur les hanches ; & 
celui qui fe retient , doit les avancer davantage ; 
autrement les uns deviendraient pefans Se force- 
raient la main, & les autres pouroient devenir ré- 
tifs. Pour remédier à ces défauts, on leur met fou- 
vent l'épaule en dedans au paifage : cette leçon 
les entretiendra dans la liberté qu'ils doivent avoic 
pour obéir facilement à leur air, 

Lorfqu'un Cheval obéira librement Se fans fe 
traverfer fur la ligne droite à courbettes ; il faudra 
pour le préparer à aller fur les voltes de fon air, 
le promener fur le quarré que nous avons donné 

Riij 



jâ52 Ecole 

pour régie des voltes de galop ; & lorfqu'on le fen- 
tira droit au paffage & dans la balance des talons 
fur les quatre lignes du quarré , il faut de tems à 
autre lui détacher quelque courbette , excepté dans 
les coins du quarré, où on ne doit pas le le ver, mais 
tourner les épaules librement fur l'autre ligne, fans 
que la croupe fe dérange ; car lion vouloit le lever 
en tournant, ils'endurciroit&s'aculeroit. Lorfqu'il 
exécutera bien cette leçon fur ces quatre lignes & 
qu'il fera affez avancé &a{fez en haleine pour four- 
nir tout le quarré à courbettes, on pourra commen- 
cer à lui apprendre à en faire les hanches dedans; 6c 
pour cela, il faut le paifager la croupe au mur , Se 
dans cette attitude, lui tirer une ou deux courbet- 
tes de deux piftes : elles ne fe font point en l'aidant 
quand il eft en l'air , mais dans l'inftant qu'il re- 
tombe des pieds de devant à terre , on l'aide de 
la jambe de dehors , pour le porter un tems de côté, 
enfuite une courbette avec les deux gras de jam- 
bes , en le foutenant de la main , & ainfi de fuite 
un pas de côté fuivi d'une courbette. Lorfqu'il ira 
bien la croupe au mur, il faudra le mettrefur le quar- 
ré dans le milieu de la place , & en le tenant de deux 
piftes, l'accoutumer à lever de fon air dans cette 
pofture , en proportionnant la force de cette leçon 
à fon obéïflance & à fa difpofition. On ne doit pas 
tenir autant les hanches dedans fur les voltes à cour- 
bettes , qu'au terre-à-terre & au mézair ; car fi la 
croupe étoit trop affujettie, il ne pourroit pas ra- 
battre les hanches avec allez de liberté ; c'eft pour- 
quoi il ne faut feulement tenir qu'un peu plus que 
la demi-hanche dedans. On ne doit pas non plus 
plier un Cheval autant fur les voltes à courbettes 
qu'au galop «Se au terre-à-terre 3 il doit regarder feu- 



de Cavalerie. 263 

lement d'un oeil dans la volte; & lorfqu'on fait des 
courbettes par le droit, d'une pifte, il ne faut pas 
qu'il foit du tout plié, mais droit de tête, d'épaules 
Se de hanches. 

Outre les courbettes fur les voltes , il s'en fait 
encore de deux autres manières, qui font, la croix 
à courbettes, & la farabande à courbettes. 

Pour accoutumer un Cheval à faire la croix à 
courbettes , il faut le paiïager d'une pifte fur la ligne 
droite, d'environ quatre longueurs de Cheval, le 
reculer après fur la même ligne , revenir enfuite 
jufqu'au milieu de la ligne droite, le porter après 
de côté fur le talon droit environ deux longueurs 
de Cheval, enfuite de côté fur le talon gauche en- 
core deuxlongueurs au-de-là du milieu de la ligne 
droite , on revient enfin de côté fur le talon droit 
finir au milieu de la ligne , où on l'arrête & on le 
flate. Lorfqu'il fçait paffager fur ces lignes fans fe 
traverfer , en avant , en arrière , Se de côté fur l'un 
& l'autre talon, on lève une courbette au com- 
mencement, au milieu , Se à la fin de chaque ligne; 
& fi après plufieurs leçons il ne fe défend point , 
on entreprend de lui faire fournir toute la croix 
à courbettes. Lorfqu'on le lève en recalant, il ne 
faut pas que le corps foit en arrière, mais droit, 
Se même un tant foit peu en avant fans que cela 
paroiffe, afin de donner plus de liberté à la croupe. 
C'eft quand il retombe des pieds de devant à terre , 
Se non quand il eft en l'air, qu'il faut l'aider en le 
tenant de la main, afin qu'il recule un pas fans le- 
ver; on lève enfuite une courbette , Se ainfi alter- 
nativement. 

Dans la farabande à courbettes , on fait deux 
courbettes en avant , autant en arrière, deux autres 

Riiij 



2^4 Ë C O L E 

de côté fur un talon & fur l'autre , & ainfi de fuite ? 
en avant, de côté & en arrière indiféremment , fans 
obferver de proportion de terrain comme dans la 
croix : on lui en fait faire tout d'une haleine , au- 
tant que fa difpofition & fes forces lui permettent 
d'en fournir ; mais un Cavalier doit être bien maî- 
tre de (es aides , & le Cheval bien ajufté & bien 
nerveux pour exécuter ces deux manèges de croix 
Se de farabande à courbettes avec la grâce Se la 
liberté qu'il doit avoir : aujîi ce manège s'en 1 perdu 
de nos jours, 

ARTICLE IV. 

De la Croupade & de la Balotade. 

LA Croupade Se la Balotade font deux airs 
qui ne différent entr eux , que dans la fitua- 
tion des jambes de derrière. 

Dans le croupade lorfque le Cheval eft en l'aie 
des quatre jambes, il troufle Se retire les jambes Se 
les pieds de derrière fous fon ventre, fans faire voir 
fes fers : Se dans la balotade , lorfqu'il eft au haut 
de fon faut, il montre les pieds de derrière, comme 
s'il vouloit ruer, fans pourtant détacher la ruade, 
comme il fait aux caprioles. 

Nous avons déjà dit , que l'Art ne fuffit pas pour 
donner aux Chevaux deftinés aux airs relevés , ces 
différentes poflures de jambes dans leurs fauts ; la 
nature jointe à l'art & à la difpofition naturelle 
preferit des régies, qu'il faut fuivre pour les ajuflec 
Se leur faire exécuter de bonne grâce ces differehs 
snanéges. 

C'eit toujours dans les piliers qu'il faut d'abord 



de Cavalerie. q.6<; 

faifir l'air d'un Cheval. Ceux qui veulent com- 
mencer par drelfer un fauteur en liberté , fans être 
afToupli ni réglé au piafer, & fans avoir étudié leur 
air dans les piliers, fe trompent; car tout fauteur, 
outre fa difpoûtion naturelle à fe détacher déterre, 
doit connoître parfaitement la main & les jambes, 
afin de pou voir fauter légèrement & dans la main , 
quand le Cavalier l'exige, & non par fantaifie Se 
par routine. 

Lorfqu'un Cheval fera facilement Se fans colère 
quelques croupades ou balotades dans les piliers, 
en fuivant la volonté du Cavalier, il faudra en- 
fuite lui en demander quelques-unes en liberté, en 
fuivant le même ordre qu'aux airs ci-delTus, fut 
tout celui des courbettes. Il eft feulement à remar- 
quer que plus les airs font détachés de terre , plus 
un Cheval employé de force pour les fournir; Se 
que le grand art cil de conferver fon courage Se fa 
légèreté, en lui demandant peu de fauts , fur tout 
dans les commencemens. Et lorfqu'il a donné de 
bonne volonté quelques tems de fon air, il faut 
le flater Se le descendre. 

Lorfqu'il fournit un droit de croupades ou de 
balotades en liberté , fans fe traverfer ; il faut le 
préparer à lever de fon air fur les quatre lignes qui 
forment la volte , l'y paffageant Se de tems à autre, 
lui dérobant quelques tems : Se fi on le fent difpofé 
à bien obéir, il faudra profiter de fa bonne volon- 
té, en le détachant de terre fur les quatre lignes , 
excepté, comme nous l'avons dit, dans les coins, 
où on ne doit point le lever en tournant. Il faut 
encore faire attention qu'aux airs decroupade, de 
balotade, Se de capriole , il ne faut jamais aller de 
deux pilles, mais feulement une demi-hanche de-. 



2.66 Ecole 

dans ; autrement le derrière , étant trop aflujettï » 
il ne pourroit pas fi facilement accompagner l'a- 
étion des épaules. On doit auiîi prendre garde, 
que dans les quatre coins de la volte , la croupe 
ne s'échappe, îorfqu'on tourne le devant fur l'au- 
tre ligne ; il faut la fixer & la foûtenir avec la jambe 
de dehors. 

Les aides pour les airs relevés font la gaule de- 
vant , en touchant légèrement & de fuite fur l'é- 
paule de dehors, & non brufquement & avec de 
grands coups , comme font quelques Cavaliers , 
qui aifomment l'épaule d'un Cheval. Pour tou- 
cher de bonne grâce , il faut avoir le bras plié Se 
le coude levé à la hauteur de l'épaule. On fe fert 
aufîï , comme nous l'avons expliqué, de la gaule 
fous main & croifée fur la croupe, pour animer les 
hanches. L'aide du pincer délicat de l'éperon, eft 
au Aï excellente dans les airs relevés , lorfqu'un 
Cheval ne fe détache pas allez de terre ; parce 
que cette aide, qui ne laiiTe pas d'être vive, lève 
plus un Cheval qu'elle ne le fait avancer. 

Quoiqu'on ne doive pas aller de deux pilles, 
Iorfqu'on lève un Cheval aux airs relevés, il faut 
pourtant entretenir un Cheval dans cette pofture 
tant au paffage qu'au galop ; parce que dans cette 
action les hanches étant plus ferrées , plus baffes, 
& plus fujettes, cela lui rend le devant plus léger 
& le prépare à mieux fauter. On ne doit pas non 
plus tomber dans le defFaut de ceux qui ne fem- 
blent dreffer leurs Chevaux , que pour leur faire 
faire de grands efforts qui accablent leurs forces : 
ce n'elt pas-là l'intention de la bonne Ecole ; on 
doit au contraire les maintenir dans la foupleffe , 
dans l'obéïffance & dans la juffeffe qu'on tire des 



de Cavalerie. z6j 
vrais principes de l'Art ; autrement l'Ecole feroit 
toujours confufe , & l'égalité de mefure que doit 
avoir chaque air relevé, feroit interrompue ; Se 
c'eft une perfection qu'il ne faut pas négliger. 

ARTICLE V. 

Des Caprioles. 

LA Capriole eft, comme nous l'avons dit en 
défïnnTant cet air, le plus élevé & le plus par- 
fait de tous les fauts. Lorfque le Cheval eft en l'air 
également élevé du devant & du derrière, il détache 
la ruade vivement, les jambes de derrière dans ce 
moment, font l'une près de l'autre , & il les alonge 
aufîi loin qu'il lui ell poilible de les étendre ; les 
pieds de derrière dans cette action , fe lèvent à la 
hauteur de la croupe , & fouvent les jarrets cra- 
quent par la fubite & violente extenfion de cette 
partie. Le terme de Capriole , eft une exprefîîon 
Italienne, que les Ecuyers Napolitains ont donnée 
à cet air, à caufe de la reflemblance qu'il a avec le 
faut du Chevreuil , nommé en Italien , Caprio. 

Un Cheval qu'on deftine aux caprioles, doit 
être nerveux, léger, & de bon appui; avoir la 
bouche excellente, les jambes & les jarrets larges 
Se nerveux, les pieds parfaitement bons, Se propres 
à foûtenir cet air ; car fi la nature ne l'a formé difpos 
Se léger, c'eft en vain qu'on le travaillera ; il n'aura 
jamais l'agrément nil'agilitéqui font un bon fauteur. 

Afin qu'une capriole foit dans fa perfe&ion, le 
Cheval doit lever le devant Se le derrière d'égale 
hauteur, c'eft-à-dire , qu'il faut qu'au haut de fon 
faut, la croupe Se le garot foient de niveau , la tête 



afà Ecole 

droite & affûtée, les bras également plies, & qu'a 
chaque faut le Cheval n'avance pas plus d'un pied 
de diftance. Il y en a qui , en fautant à caprioles , 
retombent des quatre pieds enfemble fur la même 
place, & fe relèvent de la même force & de la même 
cadence, en continuant autant que leur vigueur leur 
permet : ce manège eft très-rare «Se ne dure pas long- 
tems. Il s'appelle, Saut d'un tems ,o\x de terme- af- 
ferme. 

Pour dreffer un Cheval à caprioles, lorfqu on 
lui trouve les qualités & la difpofition que nous 
venons d'expliquer, il faut, après l'avoir affoupli 
l'épaule en dedans, & lui avoir donné la connoif- 
fance des talons au paiïage & au galop , le faire 
enfuite lever à pefades dans les piliers , & qu'elles 
fe faffent lentement dans les commencemens Se 
fort hautes du devant , afin qu'il ait le tems d'a- 
jufter fes pieds & qu'il lève fans colère. Lorfqu'il 
fçait fe lever facilement , Se haut du devant , en 
pliant bien les bras, il faut lui apprendre à déta- 
cher la ruade par le moyen de la chambrière , Se 
prendre le tems pour l'appliquer , que le devant 
foiten l'air Se prêta retomber; car fi on lui en don- 
noit dans le tems qu'il s'élève, il feroit une pointe Se 
fe roidiroit furies jarrets. Quand il fçaura détacher 
vigoureufement la ruade, le devant en l'air, ce qui 
forme la capriole, il faut peu-à-peu diminuer le 
nombre des pefades Se augmenter celui des caprio- 
les , Se ceffer de le faire fauter , lorfqu'on s'apperçoit 
qu'il commence à fe laffer, car fon courage étant 
abattu , fes forces feroient défunies, &fes fauts ne 
feroient plus que des contre-tems Se des défenfes. 

Lorfqu'il fera obéilTantàce manège dans les pi- 
liers , on le palTagera en liberté , Se on lui déro- 



de Cavalerie. 26$ 

feera quelques tems de fon air fur la ligne droite , en 
l'aidant de la gaule fur l'épaule , lorfque le devant 
commence à s'abaiffer, & non quand il fe lève, ce 
qui l'empêcheroit d'accompagner de la croupe. 
Quand on fe fert du poinçon, il faut obferver la 
même chofe , c'eft-à-dire , l'appuyer fur le milieu 
de la croupe , lorfque le Cheval eft prêt à retom- 
ber du devant, par la même raifon. A l'égard des 
jambes du Cavalier ; elles ne doivent point être 
roides ni trop tendues, mais aifées & près du Che- 
val. Lorfque le Cheval fe retient, il faut fe fervir 
des gras de jambes ; cette aide donne beaucoup 
de liberté à la croupe ;& quelquefois auflile pincée 
délicat de l'éperon, lorfqu'il fe retient davantage. 
On doit auffi au haut de chaque faut , tenir un 
inftant le Cheval de la main , comme s'il étoit fuf- 
pendu, & c'eft ce qu'on appelle , Soutenir. 

L'air des caprioles fur les voltes, c'eft-à-dire, fuc 
le quarré que nous avons propofé pour régie des 
autres airs, forme le plus beau & le plus difficile 
de tous les manèges , par la grande difficulté qu'il 
y a d'obferver la proportion du terrain, d'entrete- 
nir le Cheval dans une cadence égale, fans qu'il 
fe dérobe ni du devant ni du derrière, ce qui ar- 
rive le plus ordinairement. Comme le mouvement 
de la capriole eft: plus étendu & plus pénible que 
celui de tout autre air , il faut que l'efpace du ter- 
rain foit plus large & moins limité , afin de donner 
plus de vigueur & de légèreté aux fauts. Il ne faut 
mettre qu'une demi-hanche dans la volte, comme 
nous l'avons dit ; ce qui rend ce manège plus jufte , 
Se plus parfait ; & l'afîiette du Cavalier plus ferme 
& plus belle. On ne doit pas fuivre du corps les 
teras de chaque faut, mais le tenir de façon, qu'il pa- 



£70 Ecole 

roifle que les mouvemens que l'on fait, foient au» 
tant pour embellir fa polture, que pour aider le 
Cheval. 

Le Pas-&-le-Saut y & le Galop -Gaillard. 

Lorsque les Chevaux dreffés à caprioles com- 
mencent à s'ufer , ils prennent d'eux-mêmes, com- 
me pour fe foulager , un air auquel on donne le 
nom de Pas- &-h-Saut , qui fe forme en trois tems ; 
le premier, efl un tems de galop racourci , ou terre- 
à-terre ; le fécond, une courbette; & le troifiéme, 
unecapriole. On peut auiîi régler à cet air les Che- 
vaux qui ont plus de légèreté que de force , afin de 
leur donner le tems de raiTembler leurs forces, enfe 
préparant par les deux premiers mouvemens à 
mieux s'élever à celui de la capriole ; & ainii de 
fuite. 

Il y a une forte de Chevaux qui interrompent 
leur galop , en faifant quelques fauts de gayeté, foit 
parce qu'ils ont trop de rein, ou trop de repos, ou 
que le Cavalier les retient trop : c'eft ce qu'on 
nomme Galop-gaillard ; mais ce manège ne doit 
point palier pour un air , puifqu'il naît du caprice 
& de la fantaifie du Cheval , qui par-là fait feule- 
ment voir fa difoofition naturelle à fauter , lorfque 
cette gayeté eft ordinaire , & qu'elle n'eft pas la 
fuite d'un trop long repos. 



T.i.Pajt^i.vJ* 




T.j Rtne zyi.i ^f. 




CfarroctU 



L 




OMrier de ( D ai>aleriey. 



de Cavalerie. 271 

CHAPITRE XIX. 

Des Chevaux de Guerre. 




'Art de la Guerre , & l'Art de la Ca- 
valerie fe doivent réciproquement de 
grands avantages. Le premier a fait con- 
noître de quelle néceiîïté il eft de fça- 
voir mener fûrement un Cheval ; <3c cette connoif- 
fance a engagé à établir des principes pour y par- 
venir : Delà eft venu l'étabîiffement des Acadé- 
mies , que les grands Princes fe font toujours fait 
honneur de protéger. Ces principes mis en pra- 
tique , ont contribué à la jufteiîe des dirTérens 
mouvemens qui fe font dans les armées. Il ne fera 
pas difficile de fe l'imaginer, en confidérant que 
chaque air de manège conduit à une évolution de 
Cavalerie. 

Le paffage , par exemple , rend noble & relevée 
l'aclion d'un Cheval qui eft à la tête d'une troupe. 

En apprenant un Cheval à aller de côté, on lui 
apprend à fe ranger fur l'un & l'autre talon, foit 
dans le milieu , ou à la tête de l'efcadron , quand 
il en faut ferrer les rangs, & dans quelque occafion 
que ce foit. 

Par le moyen des voltes , on gagne la croupe 
de fon ennemi , & on l'entoure diligemment. 

Les paiïades fervent à aller à fa rencontre & à 
revenir promptement fur lui. 

Les pirouettes & les demi-pirouëttes donnent 
la facilité de fe retourner avec plus de vîtefle dans 
un combat. 



&7* Ecole 

Et fi les airs relevés n'ont pas un avantage de 
Cette nature , ils ont du moins celui de donner à 
un Cheval la légèreté dont il a befoin , pour fran- 
chir les hayes & les foiTés : ce qui contribue à la 
fureté, &àla conlervation de celui qui le monte. 

Enfin il eft confiant que le fuccès de la plupart 
des actions militaires , eft dû à l'uniformité des 
mouvemens d'un troupe ; laquelle uniformité ne 
vient que -d'une bonne infini dio n ; & qu'au con- 
traire, le défordre qui fe met fouvent dans un 
efcadron , eft caufé ordinairement par des Che- 
vaux mal drefïes ou mal conduits. 

De pareilles réflexions ne fufnfent-elles pas pour 
détruire quelques critiques mal - fondées de ce 
qu'on enfeigne dans nos Ecoles ? 

Le rapport qui fe trouve entre ces deux Arts , 
a donc fait naître l'émulation parmi la Nobleffe , 
pour acquérir de la capacité dans l'art de monter 
à cheval, afin de fervir fon Prince & fa Patrie 
avec plus de fruit. C'eft par un motif fi glorieux: 
que les anciens Ecuyers fe font efforcés de don- 
ner au Public les moyens de drefier des Chevaux 
propres pour la guerre; & c'eft en marchant fur 
leurs traces que nous allons tâcher d'éclaircir ce 
qu'ils ont dit de bon fur cette matière. 

Il y a deux chofes à obferver dans un Cheval 
de guerre ; fes propres qualités , & les régies qu'on 
doit mettre en ufage pour le drefier. 

Un Cheval deftiné pour la guerre, doit être de 
médiocre ftature, c'eft-à-dire de quatre pieds <?. à 
10. pouces de hauteur, & qui eft celle qu'on de- 
mande en France dans prefque tous les corps de 
Cavalerie. Il faut qu'il ait la bouche bonne , la tête 
afiurée , & qu'il foit léger à la main : ceux qui cher- 
chent 



de Cavalerie. hjf 

trient dans un Cheval de guerre un appui à pleine 
main fe trompent ; parce que la laffitude le fait 
pefer & appuyer fur fon mors. Il doit être de bonne 
nature , fage , fidèle, hardi, nerveux ; d'une force 
pourtant qui ne foit pas incommode au Cavalier, 
mais liante & fouple : il faut qu'il ait l'éperon fin 
& les hanches bonnes, pour pouvoir partir Se re- 
partir vivement, & être ferme & aifé à l'arrêt. Il ne 
doit être aucunement vicieux ni ombrageux; car 
quand même il auroit d'ailleurs aflez de force , Se 
qu'on l'auroit rendu obéïffant, il arrive fouvent 
qu'après quelques jours de repos , ou que par quel- 
que mauvaife main, il retombe dans fon vice. 
Comme il faut toujours être en garde fur ces fortes 
de Chevaux , ils ne font bons qu'à être confinés 
dans une Ecole ; car ce feroit trop que d'avoir fon 
ennemi à combattre Se fon Cheval à corriger. Le 
vice le plus dangereux que puiife avoir un Cheval 
de guerre, eft celui de mordre , & de fe jetter fur 
les autres Chevaux; parce que dans un combat, 
où il eft animé , on ne peut lui ôter ce défaut. 

Lorsqu'on trouvera dans un Cheval toutes les 
bonnes qualités que nous venons de décrire , il 
fera aifé à un homme de Cheval de le drefler au 
manège de guerre , en fuivant les régies que nous 
avons données , lefquelles regardent la foupleffe 
Se l'obéïuance , afin de le rendre prompt à obéir à 
la main Se aux jambes; ce qu'il fera facilement , fi 
après avoir été aifoupli au trot, on l'a confirmé 
enfuite dans la leçon de l'épaule en dedans Se celle 
de la croupe au mur ; fi on lui a appris à tourner 
diligemment Se facilement fur les voltes de com- 
bat, c'eft-à-dire , fur un cercle la demi- hanche de- 
dans ; 11 on l'a rendu obéïfiant au partir de la ligne 



274 Ecole 

droite des paflfades; facile &aifé à feraiTemblerauiÈ 
deux exrrêmités de la même ligne pour former la 
demi-volte à chaque main ; fi on l'a rendu prompt 
& agile à bien exécuter une pirouette & une demi- 
pirouëte. Voilà efientiellement ce qu'un Cheval 
de guerre doit fçavoir pour ce qui regarde la fou- 
pleiTe & l'obéïiTance ; mais une autre chofe abfolu- 
ment nécefifaire,c'eft de l'aguerrir au bruit des armes, 
en l'accoutumant au feu, à la fumée & à l'odeur 
de la poudre , au bruit des tambours , des trom- 
pettes, & au mouvement des armes blanches. 11 y 
a de très-braves Chevaux qui tremblent de frayeur 
à la vûë d'un ou de plufîeurs de ces objets ; & quoi- 
qu'ils ayent les barres fenfibles & la bouche bonne, 
ils perdent tout fentiment de la bride, des éperons, 
& de toute autre aide , aufii-bien que des châti- 
mens , & s'abandonnent à d'étranges caprices pour 
fuir l'objet de leur appréhenfion : 11 faut même te- 
nir toujours ces Chevaux en exercice lorfqu'ils 
font drefTés , car le repos leur fait prendre de nou- 
velles allarmes ; ce qui prouve que l'art le plus 
fubtil ne peut tout-à-fait effacer, ni vaincre les vi- 
ces naturels. 

M. de la Broue dit , que le remède le plus court 
& le plus ftmple pour accoutumer en peu de tems un 
Cheval au bruit des armes à feu , & des autres ru- 
meurs guerrières, c'eft de tirer un coup de piltolet 
dans l'écurie, & de faire battre la caille une fois le 
jour par un Palfrenier , pofitivement dans le tems 
qu'on valeur donner l'avoine, & que peu de tems 
après ils fe réjouiront à ce bruit , comme ils fai- 
f oient auparavant au fon du crible. 

li y en a de tellement ombrageux , qu'ils de* 
meurent a ce bruit les oreilles tendues & droites , 



de Cavalerie; ajf) 

roulent & blanchiflfent les yeux dans la tête , trem- 
blent & Tuent d'effroi, tiennent une poignée de 
foin ferrée entre les dents fans remuer les mâchoi- 
res , & enfin fe jettent dans la mangeoire & à tra- 
vers les barres ; mais avec la patience Se l'induitrie 
d'un Cavalier intelligent, on vient à bout des 
Chevaux de ce naturel. 

Il y a une autre façon d'accoutumer les Che- 
vaux au feu; je l'ai fouvent expérimentée Se vu 
pratiquer ; c'eit de les mettre dans les piliers : là , 
ians aucun danger , il eft aifé de les accoutumer à 
tout ce qui peut leur porter ombrage. On leur 
fait d'abord voir Se fentir un piftolet fans être char- 
gé ; on fait jouer la batterie , parce qu'il y en abeau- 
coup qui s'effrayent au bruit de la détente Se du 
cliquetis. Quand ils font faits à ce bruit , on brûle 
une amorce en fe tenant loin du Cheval , le dos 
tourné vis-à-vis de fa tête ; on s'en approche après 
pour lui faire fentir le piftolet Se l'accoutumer à 
l'odeur de la fumée. Il faut toujours Je flatter en 
l'approchant , Se lui donner quelque chofe à man- 
ger ; car ce n'eft que par la douceur Se les careffes 
qu'on apprivoife ces animaux. On met enfuite une 
nouvelle amorce « en accommodant le piftolet; 
vis-à-vis de lui ; Se lorfqu'il elt fait à l'odeur Se à 
la fumée de la poudre , il faut commencer à tirer 
en mettant une petite charge d'abord Se peu bou- 
rer ; on tire le dos tourné Se un peu loin , on re- 
vient d'abord après le coup lui faire fentir le pifto- 
let 8e le flatter ; fuivant qu'il s'accoutume , on 
augmente la charge , on tire de plus près , 8e enfin 
on tire de deffus. Il faut avec la même douceur Se 
la même patience , l'accoutumer au bruit des tam- 
bours, au mouvement des étendars Se au bruit des 

Sij 



SîfS Ecole 

armes blanches. Les Chevaux timides, qui or- 
dinairement ont peu de force , & ceux qui n'ont 
pas la vûë bonne , s'accoutument au feu plus diffi- 
cilement que les Chevaux vigoureux & dont la 
vûë efl: faine ; & quoiqu'avec le tems on en vienne 
à bout , je ne confeillerois pas de fe fervir de pareils 
Chevaux pour la guerre. 

Ce n'eu pas feulement dans les bornes d'un 
manège qu'il faut accoutumer un Cheval de guerre 
à tout ce que nous venons de dire ; il faut fou vent 
l'exercer en pleine campagne & dans les grands 
chemins, où il fe trouve une infinité d'objets qui 
effrayent ceux qu'on fort rarement ; les moulins 
fur tout, tant à eau qu'à vent & les ponts de bois , 
font un grand fujet d'allarmes pour bien des Che- 
vaux ; mais s'ils connohTent la main 6c les jambes, 
que le Cavalier fçache fe fervir à propos de fes 
aides , & qu'il ait le génie & la patience qu'il faut 
avoir, il viendra bien-tôt à bout de ces difficultés. 
Sur tout il ne faut point dans ces occafions, battre 
les jeunes Chevaux : parce que , comme nous 
l'avons dit ailleurs , la crainte des coups , jointe à 
celle de l'objet qui leur fait ombrage , leur acca- 
ble la vigueur, & les rebute totalement. 





de Cavalerie* 277 

&O0GQOGOGOQ G G G G GGGGGGGG& 

CHAPITRE XX. 

Des Chevaux de Chafle, 

Uoique la Chafle ne foit regarde'© 
que comme un amufement , cet exer- 
cice n'en mérite pas moins d'atten- 
tion ; puifque c'eft celui que les Rois 6c 
les Princes préfèrent à tous les autres. Cette in- 
clination eft fans doute fondée fur la conformi- 
té qui fe rencontre entre la chafle & la guerre* 
En effet; de part & d'autre on voit un objet 
à domprer , des fatigues à efliiyer , des dangers 
à évit r r , 6c des rufes à pratiquer. Il n'eft donc 
pas étonnant , qu'un exercice qui a tant de ra- 
port aux fentimens d'héroïfme inféparables des 
grands Princes , fixe leur goût dans leurs plaifirs- 
Ce n'efl point ici le lieu d'examiner toutes les dif- 
férentes parties de la chafle, ni de placer un éloge 
dont tous ceux qui penfent noblement font rem- 
plis : mais les jours d'un Souverain font trop pré- 
cieux à fes Sujets pour ne les pas exciter à fa confer- 
vation autant qu'il efl: en leur pouvoir. Nous ve- 
nons de dire que la chafle a fes dangers aufli bien- 
que la guerre : la plupart des accidens qui y ar- 
rivent fontcaufés par des Chevaux mal choifis ou 
mal drefles ; c'elt pourquoi nous avons recherché 
avec foin tout ce qui peut conduire à la connoif- 
fance d'un bon Cheval de chafle , ôc à la facilité 
de ledrefler à cet exercice. 

Bien des gens penfent que la façon de dreflet* 

Siii 



"278 ÉCOLE 

des Chevaux de guerre <3c de chafle , eft tout-à* 
fait oppofée aux règles du manège. Une opinion 
fi mal fondée, & malheureufement trop générale 
fait négliger les vrais principes. N'ayant donc 
pour guide que la faillie pratique de ceux qui ont 
fait naître & qui favorifent cette erreur , on n'ac-r 
quiert qu'une fermeté (ans grâce & une exécution 
forcée & fans fondement. Pourroit-on avec un peu 
de jugement, avancer qu'un Cavalier capable de 
pratiquer les principes d'une bonne Ecole, & par 
lefquelsil efl en état de juger de la nature de fon 
Cheval, & de lui former un air, n'a pas plus de 
facilité encore pour aflbuplir & rendre obéïlTant 
celui qu'on d Jline à la guerre , & pour étendre & 
donner de l'haleine à celui qu'il juge propre pour 
la chaffe , puifque ce ne font Là que les premiers é* 
lemensde l'art de monter à cheval ? 

Le choix d'un bon coureur eit très-difficile à 
faire ; car outre les qualités extérieures des autres 
Chevaux , il doit encore avoir particulièrement 
beaucoup d'haleine, de légèreté & de fureté. Ces 
qualités doivent lui être naturelles ; l'art ne peut 
tout au plus que les perfectionner. 

Un Cheval de chafife ne doit pas être trop tra- 
verfénitrop racourci de corps ; parce que ces for- 
tes de Chevaux n'ont pas ordinairement l'haleine 
«5c la facilité néceflaires aux bons coureurs. 11 doit 
être un peu long de corps , relevé d'encolure , «5c 
avoir les épaules libres & plates , les jambes larges 
«5c nerveufes, fans être trop long jointe; il faut 
avec cela qu'il foit naturellement vite , fenfible à 
l'éperon , & dans un appui léger. 

M, de la Broue dit , que « les Chevaux qui nç 
fe conviennent point pour la çhafTe ? font ceu* 



de Cavalerie. 279 

» qu'une timidité naturelle empêche de courir vite 
» par la crainte qu'ils ont de hafarder leurs forces 
*» en courant : ceux qui Te méfient de leurs forces 
» par quelqu'imperfe&ion naturelle ou acciden- 
» telle : ceux qui font péfans & pareûcux de leur 
* nature : ceux qui font rebutés à force de courir, 
» que la fimple appréhenfion de la courfe retient, 
» rend vicieux & rétifs : ceux qui avec beaucoup 
» de rein , aiment mieux fournir un nombre de 
» fauts , que de diflribuer leurs forces à l'aclion 
•» de la courfe : ceux enfin que la pure malice & 
» poltronnerie retient. » 

Quoique tous ces différens Chevaux puifTenc 
abfolument être drelTés à courre , en fuivant les 
règles de l'Art; on ne poura jamais leur donner 
les qualités effentielles à un bon coureur, qui font, 
comme nons venons de le dire , de galoper légè- 
rement , fùrement Se long-tems. Ces qualités ne 
fe trouvent qu'avec une fouplefle naturelle dans 
les membres , Se que l'on perfectionne par le trot , 
une liberté dans les épaules , Se un appui léger à 
la bouche , que l'on confirme par le galop ; une 
haleine & un courage fuffifans , que l'on augmen- 
te par l'exercice. 

Le trot , qui en 1 la première règle pour afïbu- 
plir toutes fortes de Chevaux , doit être plus éten- 
du & plus alongé , que relevé , dans un Cheval 
de chaiTe, afin de lui aprendre à bien déployer les 
bras & les épaules. Le bridon efl: excellent pour 
donner cette première foupleffe à un Cheval : on 
peut avec cet infiniment , dont nous avons don- 
né la defeription Se l'ufage dans le Chapitre troi- 
Céme , le plier facilement Se fans trop le gêner ; 
lui apprendre à tourner promptement & librement 

Siiij 



s8o Ecole 

aux deux mains , fans lui offenfer les barres & Ta 
place de la gourmette, ni lui déranger la bouche; 
Se le rendre aufli fouple que fes forces & fa difpo- 
fition lui permettent de le devenir. Il faut le troter 
aux deux mains fans aucune obfervation de ter- 
rain, mais varier à tous momens l'ordre de la leçon 
du trot , le tournant tantôt à droite , tantôt à gauche 
fur un cercle ; quelquefois fur une ligne droite , 
plus ou moins longue , fuivant qu'il fe retient ou 
s'abandonne. On doit le tenir fur la leçon du trot* 
jufqu'à ce qu'il obéïffe au moindre mouvement 
de la main & des jambes , & qu'il ait appris la fa- 
cilité de tourner promtement & librement aux 
deux mains. Lorfqu'il eft à ce point, on lui met 
un mors convenable à fa bouche ; après quoi on 
lui donne la leçon de l'épaule en dedans, non 
feulement pour lui aflouplir les côtes, lui faire 
connoître les jambes, & lui faire la bouche ; mais ef- 
fentiellement pour lui apprendre à avancer la jam- 
be de dedans de derrière fous le ventre, qui eft une 
qualité abfolumentnécelTaire dans un Cheval de 
chaffe , afin qu'il galope plus uniment, plus commo- 
dément & de meilleure grâce. Il faut aufli le tenir 
un peu enfemble en le menant l'épaule en dedans , 
non pas dans une pofture auiîi racourcie , que fi on 
vouloit le dreffer pour le manège ; on doit au con- 
traire l'étendre davantage , pour lui donner cette 
grande facilité de bien déployer & allonger fes bras 
& fes épaules : il ne faut pourtant pas l'étendre fi 
fort, qu'il contracte le défaut de pefer à la main, 
dont il faudroit le corriger par les arrêts , les de- 
mi-arrêts , & le reculer. 

Après la leçon du trot perfectionné par celle 
de l'épaule en dedans, des arrêts, des demi-arrêts ? 



de Cavalerie. 28 i 

& du reculer ; il faut enfin le galoper pour lui aug- 
menter la légèreté des des épaules, lui affùrer & a- 
doucir l'appui de la bouche, & le confirmer dans 
l'habitude du galop de chaffe. Cette liberté d'é- 
paules, qui eft une partie des plus effentielles 
pour un Cheval de chaffe, s'aquiert aifément,(l 
après avoir été troté dans les régies, onfçaitlui 
étendre les épaules & lui faire déployer les bras 
fans que le mouvement du galop foit trop re- 
levé, ni trop près de terre. Par le premier dé- 
faut, il feroit ce qu'on appelle Nager en gallopane 
«Se il ne pourroit s'étendre : & le fécond défaut 
le feroit broncher pour la moindre pierre ou é- 
minence qu'il rencontreroit, enrafant de trop près 
le tapis. 

11 faut convenir que la nature femble avoir for- 
mé des Chevaux exprés, auxquels elle a don- 
né ce mouvement d'épaules libre & allongé , qui 
fait le plus grand mérite d'un coureur. Les Che- 
vaux Anglois plus que tous les autres Chevaux 
de l'Europe ont cette qualité, auffi leur voit-on 
fournir avec une vîteffe incroyable des courfes 
de quatre mille d'Angleterre , qui font environ 
deux petites lieues de France , telles que cel- 
les qui fe font à Newmarket , où un Cheva! 
pour gagner le prix , doit arriver au but ordi- 
nairement en huit minutes , quelquefois moins. 
Leurs autres Chevaux de chaffe vont fouvent 
des journées entières fans débrider , & toujours 
à la queue des chiens dans leur chaffe du Re- 
nard , en franchiffant les haies 6c les foffés qui 
fe trouvent fréquemment dars un pays couvert ôc 
coupé , comme l'Angleterre. Je fuis perfuadé que 
fi les Chevaux Anglois avec de pareilles dif- 



£$2 Ecole 

pofitions étoîetit aflbuplis par les régies de l'Arfi 
ils galoperoient plus fûrement & plus commo^ 
dément; ne fe ruineroient pas fitôt les jambes» 
comme il arrive à la plupart , auxquels les jam- 
bes tremblent après deux ou trois ans de fer* 
vice. La raifon de cette foibleiïe qui ne paroît 
pas naturelle, mais plus vraifemblablement acci- 
dentelle , vient fans doute de ce qu'on les ga- 
lope trop jeunes , fans avoir été auparavant af« 
fouplis au trot ; & de ce qu'on les galope tou- 
jours avec le bridon , duquel on ne doit faire u- 
ïage , que pour les affouplir : cet infiniment 
n'étant point fait pour foûtenir le devant, ni pouf 
donner de l'appui , il arrive qu'un Cheval n'eft 
point foulage dans fon galop ; & que le poids 
du Cavalier joint à la pefanteur naturelle des é- 
paules , du col & de la tête du Cheval lui fati^ 
gue les nerfs , les tendons & les ligamens des 
jambes ; d'où s'enfuit néceflairement la ruine de 
cette partie qui occafionne le défaut de bron- 
cher : c'eft pour cela que les anciens «Ecuyers 
ont inventé le mors , afin de foûtenir l'acîion du 
Cheval dans toutes fes allures , fur tout celle du 
galop, où étant plus étendu , il elt plus fujet à faire 
de fauffes pofitions. 

Lorfqu'on commence à galoper un Cheval dek 
tiné pour la chafle , il ne faut pas lui demander 
d'abord un galop trop étendu ; parce que n'ayant 
point encore l'habitude de galoper librement 
il s'appuieroit fur la main: il ne faut pas non 
plais un galop raccourci , qui l'empêcheroit de fe 
déployer comme il le doit : mais il faut le mener 
dans un galop uni , fans le retenir ni le chafier 
«rop comme s'il galopoitde lui-même n'étant point 



de Cavalerie. 28^ 

monté. C'eft la main légère , accompagnée de 
fréquentes defcentes de main, qui donne le ga- 
lop dont nous parlons . La defcente de main , 
qui eftune aide excellente pour toutes fortes d'airs, 
femble avoir été inventée exprès pour les Che- 
vaux de chafle , afin de leur apprendre à galo- 
per fans bride , & fans que le Cavalier foit obli- 
gé de les foûtenir à tout moment. 11 faut que la 
leçon du galop fe fafle , tantôt fur un cercle large 
& étroit comme au trot , & tantôt fur la ligne 
droite ; & ne pas faire de longues reprifes dans 
les commencemens : au lieu de lui augme ter 
l'haleine, & de lui donner la facilité du galop, 
on l'endurciroit & on le rebuteroit On doit 
aufîî quitter fouvent le galop & reprendre 
le pas , afin de donner au Cheval le tems 
de refpirer ; & fitôt qu'il a repris haleine, 
il faut repartir au galop. Cette manière de 
mener un Cheval alternativement, fans difeon- 
tinuer , du galop au pas , & du pas au galop , 
lui donne avec le tems autant d'haleine , que i'es 
forces & fon courage lui en permettent. C'eiî 
au Cavalier à juger de la longueur de la repri- 
fe du galop : lorfqu'il fent que l'haleine com- 
mence à lui manquer, il doit le remettre au pas 
Se de même diminuer les tems du pas , lorfqu'il 
fent qu'il peut fournir plus long-tems au galop. 
Un autre attention qui eft de conféquence , c'elt 
de faire en forte à chaque arrêt de galop , que 
le Cheval ne fafie pas un feul tems de trot , au 
lieu de fe remettre au pas ; ce qui incom- 
mode beaucoup le Cavalier : il faut l'accoutu- 
mer à reprendre au pas immédiatement après la 
dernier tems du galop, & de même pour reprçq-. 



a$4 Ecole 

rîre du pas au galop , il faut que cela fe faflfe 

d'un feul tems. 

Quand on s'apperçoit qu'un Cheval commen- 
ce à prendre de l'haleine , & qu'il peut fournir 
de longues reprifesau galop, fans foufler ni trop 
fuer , il faut alors le mener dans un galop plus 
étendu , qu'on appelle galop de charte : fans af- 
fujettir la pofture de fa tête , au principe de la 
tenir perpendiculaire du front au bout du nez » 
comme aux Chevaux de manège , on la lui doit 
laitier un peu plus libre , afin qu'il puiflë refpi- 
rer & ouvrir les nazeaux avec plus de facilité , 
fans pourtant qu'il ait le nez au vent ; car tout 
Cheval qui galop la tête haute & déplacée , eft 
plus fujet à broncher, que celui qui voit fon che- 
min & l'endroit où il pofe les pieds en galo- 
pant. 

Une excellente leçon que j'ai vu pratiquer à 
d'habiles gens , pour un Cheval de chaffe , c'efl 
de galoper fur un cercle large à main gauche 
en tenant le Cheval un peu plié à droite & uni 
fur le pied droit. Cette façon de tourner à gau- 
che , quoiqu'il galope fur le pied droit , lui ap- 
prend à ne fe point défunir , lorfqu'on eft obli- 
gé de lui renverfer l'épaule , c'eft-à-dire , de tour- 
ner tout court à gauche ; ce qui arriveroit fou- 
vent, s'il n'étoitpas fait à ce mouvement, & cau- 
feroit un contre-tems qui incommoderoit le Ca- 
valier & dérangeroit fon afïiette. Les anciens E- 
cuyers avoient encore une méthode que j'approu- 
ve fort, pour galoper leurs Chevaux de guerre 
& de chafTe : ç'étoit de galoper un Cheval en 
ferpentant; c'eft-à-dire , au lieu de galoper fur 
tout le cercle, ils faifoient continuellement des por* 



de Cavalerie. 28? 

tïons de cercle, en renverfant à tous momens les 
épaules fans changer de pied , & en décrivant 
à peu près le même chemin, que celui que fait 
un ferpent ou une anguille lorfqu'ils rampent. 
Rien ne confirme mieux un Cheval fur le bon 
pied , ni lui affùre tant les jambes , que cette 
leçon. Elle eft aifée à pratiquer , lorfque le Che- 
val y a été préparé en le galopant fur un cercle 
à gauche, placé & uni à droite. 

Ce n'eft point , comme nous l'avons dit dans 
le Chapitre précédent , dans les bornes d'un ma- 
nège , qu'il faut toujours tenir un Cheval qu'on 
dreffe pour la guerre ou pour la chalTe : il faut 
l'exercer fou vent en pleine campagne , afin de 
l'accoutumer à toute forte d'objets, & de lui 
aprendre aufîî à galoper fùrement fur toute for- 
tes de terrains ; comme terres labourées , terrains 
gras , prés , defeentes , montagnes , valons , bois. 

Nous ne répétons point ici ce qu'il faut faire 
pour accoutumer un Cheval au feu , qui eft une 
chofe efTentielle à un coureur ; mais une autre 
qualité que doit avoir particulièrement un Che- 
val de chaiïe , c'eft de fçavoir franchir les haies 
& les foliés, afin de ne pas demeurer ^n che** 
min , lorfqu'on rencontre quelqu'un de ces obs- 
tacles. M. de la Broue donne à ce fujet une le- 
çon que je crois pratiquable & bonne ; c'eft 
d'avoir une claie d'environ 3. à 4. pieds de lar- 
ge fur 10. à 12. de long, la tenir d'abord cou- 
chée par terre, & la faire fauter au Cheval au 
pas, au trot , & enfuite au galop , & s'il mettes 
pieds fur la claie, au lieu de la franchir, le châ- 
tier de la gaule & de l'éperon. On la fait en- 
fuite foûlever de terre, environ d'un pied, &à 



mefure qu'il la franchit librement, oîi là levé 
de plus en plus jufqu'à fa hauteur ; enfuite on 
la garnit de branches & de feuilles. Cette mé- 
thode, qu'il dit avoir fouvent pratiquée, apprend 
fûrement à un Cheval à s'étendre & à s'alon- 
ger pour le faut des haies & des foliés; mais 
cette leçon , qui eft néceffaire pour un Che- 
val de guerre & de chaffe , ne doit s'employer 
que lorsqu'il eft obéiffant au tourner aux deux 
mains , au partir de mains , au parer , & lorf- 
qu'il a la tête placée & la bouche alTùrée. 

11 y a une autre efpéce de Chevaux de chaffe 
que l'on appelle , Chevaux cCarquebHje , ce font 
ordinairement de petits Chevaux que l'on dref- 
fe pour chaffer au fufil. Ceux-ci doivent avoir 
à peu près les mêmes qualités que les coureurs * 
mais ils doivent être parfaitement aprivoifés & 
faits au feu , en forte quMs fuivent l'homme & qu'ils 
foient inébranlables au mouvement & au bruit 
du fufil. 11 faut encore qu'ils ne s'épouvantent 
pas au partir & au vol du gibier. On les accou- 
tume d'abord à s'arrêter lorfqu'on prononce le ter- 
me de H oh >• mais les plus fubtils & les plusa- 
droits apprennent à ces fortes de Chevaux à s'ar- 
rêter court & fans remuer , même en galopant, 
dans le tems qu'ils abandonnent toute la bride 
furie col pour coucher en joue. Un Cheval d'ar^ 
quebufe, bien fage, & bien dreffé à cet ufage 
eft très-recherché ; mais comme on a plus be-- 
foin pour toutes ces attentions ( qui font pour- 
tant effentielles ) de patience que de feience « 
nous n'entrerons pas dans un plus grand détail , 
ce que nous en avons dit nous paroiiîant fufnfant. 




DE C A V Â 1 £ R t £. 287 

CHAPITRE XXL 

Des Chevaux de CaroJJe, 

Ans les fiécles pattes la magnificence 
des équipages n'etoit en ufagecue pour 
les Triomphes, fans qu'on s'embaraf- 
fât d'y rechercher la commodité. Mais 
la volupté qui s'eft introduite parmi les Nations , 
& qui a fait d'âge en âge des progrès incroya- 
bles , a contribué à l'invention de plusieurs for- 
tes de voitures , dont la plus fimple aujourd'huy 
furpafle infiniment , pour la conftrudion , ces 
fameux chars. 

La perfection que les François ont donnée de 
nos jours aux carottes , par les rettbrs qui en ren- 
dent les mouvemens imperceptibles , & par la 
légèreté , qui diminue confidérablement le tra- 
vail des Chevaux qui les traînent ; cette per- 
fection , dis-je , en a fait une voiture fi douce 
& fi commode , que c'eft préfentement le premier 
tribut qu'on paye à la Fortune. 

Quand on a crû ne pouvoir rien y ajouter pour 
leur ftru&ure , on s'ell appliqué à leur décoration, 
& l'on y a fi bien réiifli , que rien ne feroit plus 
capable d'annoncer la dignité des Seigneurs , que 
la magnificence de leurs équipages , fi les Chev- 
vaux qu'on y attelle , étoient mieux choifis & 
mieux drettes pour cet ufage. Cette négligen- 
ce étoit pardonnable autrefois, parce que la peine 
que les Chevaux avoient à ébranler ces pelantes 
machines , les pri voient de la grâce qui fait labeau- 
té de leur action \ mais aujourd'huy il n'y a plus 



â88 Ecole 

<fobftacle qui puifTe empêcher de donner cette 
nobleiTe aux équipages leftes & fomptueux que 
nous voyons. 

L'Allemagne nous a devancé dans cette exa- 
titude , & le modèle qu'on nous y donne , n'eft 
fuivi dans ce Pays-ci , que par un petit nom- 
bre de Seigneurs curieux. Il feroit à fouhaiter ce- 
pendant , que cette curiofité devînt générale , 
non-feulement pour n'avoir rien à ajouter à la 
magnificence , mais particulièrement pour pré- 
venir les accidens auxquels oneft expofé , en met- 
tant au caroiTe des Chevaux qui n'ont point été 
aflbûplis , & qui n'ont pas la bouche faite. 

On croit faire affez pour mettre fes jours en 
fûreté,que d'atteller deux ou trois fois au chariot 
da Chevaux neufs , avant que de s'y confier. Ce- 
pendant on n'a que trop d'exemples , qui nous 
prouvent que cette méthode précipitée ne fuffic 
pas , pour garantir des dangers , & pour empê- 
cher les Chevaux de caro fie de tirer de mauvaife 
grâce , detroter de travers , & fur les épaules, de 
bailler la tête , de lever les hanches, de tendre le 
nez , & de forcer la main, défautsd'autant plus re- 
marquables , que les équipages font magnifiques. 

Nous allons donc indiquer les qualités que doi- 
vent avoir les Chevaux de caroiTe , Se les moyens 
de les leur donner. 

En général un Cheval de carofTe doit avoir la 
tête bien placée Se l'encolure relevée ( ce qu'on 
appelle , Porter beau ) Se troter droit Se uni dans 
les traits. 

La taille ordinaire d'un beau Cheval de caroiTe 
eft depuis 5. pieds jufqu'à y. pieds 3. ou 4. pou- 
ces. 11 doit être bien moulé Se fort relevé du de- 
vant; 



de Cavalerie. 28^ 

Vânt ; quand même il auroit le rein un peu bas 
(ce qui ferok un défaut pour un Cheval de felle) 
il n'en paroîtroit que plus relevé du devant au 
earoffe. Il doit être traverfé & affez plein de corps 
pour n'être point éflanqué par le travail. Il ne 
faut pourtant pas qu'il foit trop chargé d'épaules 
ni qu'il ait la poitrine trop large. C'eft pour le 
Cheval de charette , une qualité qui le fait mieux 
donner dans le colier , mais c'eft un grand défaut 
dans les Chevaux de earoffe , qui doivent avoir 
l'épaule plate & mouvante pour pouvoir trotet 
librement & avec grâce. Il ne doit être ni trop 
long ni trop court. Ceux qui font trop courts 
ont ordinairement la mauvaife habitude de for- 
ger, & ceux qui font trop longs fe bercent 
pour la plupart , & vont fur le mors , n'ayant 
pas affez de rein pour fe foûtenir. Un Cheval 
de earoffe doit avoir la jambe belle , plate & lar- 
ge, & l'os du canon un peu gros; fur tout les 
pieds excellens : le moindre accident aux pieds efl 
un grand défaut , qui le fait bien-tôt boiter ; par- 
ce qu'il ne peut pas foûtenir long-tems la dureté 
du pavé. Il faut encore bien prendre garde aux 
jarrets ; les Chevaux de earoffe font plus fujets à 
les avoir défectueux , que les Chevaux de légère 
taille; parce que la plupart font élevés dans des 
pâturages gras, qui engendrent beaucoup d'hu- 
meurs , lefquelles tombent fur les jarrets 6c fur les 
jambes. Le boulet trop flexible eft encore un 
grand défaut , qui empêche un Cheval de earof- 
fe de reculer & de retenir dans les defeentes* 

Un Cheval de earoffe bien choifi , & qui a les 
qualités que nous venons de décrire , mérite bien 
qu'on lui donne les deux premières perfeftions , 



2po Ecole 

que tout Cheval dreffé doit avoir, qui font, îa 
foupleffe & l'obéiffance. Avec ces qualités il 
notera de meilleure grâce , durera plus long- 
tems , & repondra mieux à la magnificence & au 
bon goût de fon maître. 

Il faut d'abord le trotcr à la longe pour com- 
mencer à l'affouplir , le monter enfuite & lui met- 
tre l'épaule en dedans , pour i'arondir , lui don- 
ner une belle pofture & lui faire la bouche. On 
doitaufîi lui apprendre à palier les jambes la crou- 
pe au mur, afin qu'il prenne fes toumans avec 
plus de facilité; car toutes les fois qu'on tourne 
un Cheval au caroffe , il décrit de côté une ligne 
circulaire avec les épaules & avec les hanches ; 
ce qui forme une efpéce de demi-volte ; & il faut 
pour cela qu'il ait appris à paffer librement les jam- 
bes l'une par defïus l'autre , tant celles de de- 
vant que celles de derrière; fans quoi il s'atrape- 
roit , traineroit les hanches de mauvaife grâce , 
ou tourneroit lourdement. Une autre leçon ef- 
fentielle qu'il faut encore joindre à celle-ci , 
c'eft de lui apprendre à piafer parfaitement dans 
les piliers, après avoir été affoupli au trot. 
Rien ne donne à un Cheval de caroffe , une plus 
belle démarche , plus fiére , plus libre & plus rele- 
vée , que l'action du piafer. Les piliers ont en- 
core cela d'avantageux, qu'outre la grâce & la li- 
berté qu'ils donnent à un Cheval , ils lui impri- 
ment la crainte du fouet, & le rendent pour tou- 
jours obéïffant au moindre mouvement de cet 
infiniment. 

Une autre chofe qu'on obferve rarement, Se 
que tout Cheval de caroffe doit avoir , c'eft d'être 
plié à la main où il va. Celui qui eft fous la maira 



de Cavalerie. api 

doit être un peu plié à droite ; & celui qui eft hors la 
main doit l'être à gauche. Cette pofture augmen- 
te la grâce d'un Cheval qui trote bien , lui fait 
voir fon chemin, lui tient la croupe fur la ligne 
des épaules , & le fait troter ferme & uni d'épau- 
les & de hanches. Ceux qui ne trotent pas dans 
cette pofture ont le défaut , ou de bailler la tête 
Vers le bout du timon , ce qui leur fait jetter la crou- 
pe dehors & fur les traits ; ou au contraire , de ten- 
dre le nez Se tirer à la main , ce qui eft d'autant 
plus dangereux qu'ils peuvent forcer la main duCo- 
cher; ce qu'on appelle vulgairement, Prendre le 
mors aux dents', Se ceux qui font dans le caroffeoti 
aux environs , rifquent de perdre la vie , ou d'être ef- 
tropiés. On voit fouvent aulTi de deux Chevaux, 
l'un baiffer le nez & l'autre lever la tête , pofture 
défagréable , Se tout-à-fait difeordante ; ce qui ne 
fe rencontreroit point , s'ils a voient été ajultés. 

Si quelqu'un trouve étrange que je donne les 
mêmes principes , pour les Chevaux de caroffe 
que pour ceux de manège ; qu'il examine les at- 
telages des Seigneurs curieux en beaux équipa- 
ges , qui font dreffer leurs Chevaux au manège , 
avant que de les mettre au caroffe ; & il fera per- 
fuadé de la différence d'un Cheval dreffé à celui 
qui ne l'eft point. Je ne demande pas que l'on 
confirme un Cheval de caroffe , comme celui de 
manège , dans l'obéïffance pour la main Se les 
jambes ; je veux Amplement qu'on le dégourdiffe, 
qu'on lui faffe la bouche , Se furtout qu'on lui ap- 
prenne à piafer , à craindre le fouet , Se à obéir au 
moindre mouvement qu'on en fait. Je ne confeil- 
lerois pas non plus d'employer ces règles pour 
toutes fortes de Chevaux de caroffe; je ne parle 

Tij 




s.$i Ecole 

que de ceux dont la figure & le prix méritent ce 
foin ; & j'abandonne les Chevaux mal bâtis , ou 
ces gros dourdiers de ftrufture monftrueufe au ca- 
price de leur nature , & à la routine des Cochers. 

&&& â,Mâ, â,â,â> M& â,â,â> M,M£k â,â>$& 
CHAPITRE XXII. 

Des Tournois , des Joutes > des Caroufels , & des 
Courfes de Têtes & de Bague, 

[J Ans tous les tems il y a eu des Exer- 
cices, pour donner aux Hommes de 
la force & de l'adreûe, & pour entre- 
tenir en eux l'inclination guerrière. 
Les Romains en avoient de plu- 
fieurs efpeces , comme la Courfe, la Lute, les 
Combats d'homme à homme avec diférentes for- 
tes d'armes \ les Combats des hommes Se des bê- 
tes ; & les Courfes de Chevaux qui fe faifoienti 
dans le Cirque. 

Par la Courfe , ils acqueroient de la vîtefTe. 
La Lute leur donnoit de la force. 
Les Combats d'homme à homme leur appre- 
noient à manier avec adreiTe les armes dont on 
fe fervoit de leur tems. 

Les Combats des hommes & des bêtes , ou- 
tre la force qu'ils demandoient , exigeoient une 
grande prévoyance , pour prendre par leur foi- 
ble les animaux qu'on avoit à combattre. D'ail- 
leurs, on s'accoûtumoit par-là à ne s'éfrayer d'au- 
cun danger : mais la barbarie de ces fortes d'e- 
xercices engagea l'Empereur. Conftantin à les a- 
jbolii. 



de Cavalerie. 2^5 

Par les jeux du Cirque , on s'accoûtumoit à 
conduire des chariots attelés de deux , de qua- 
tre , de fix, quelquefois de huit Chevaux de front, 
de manière qu'ils puffent tourner autour du but 
fans fe brifer , en confervant toujours la même 
rapidité. 

On joignit dans la fuite à ces courfes des ac- 
tions militaires , Se l'on confidéra alors ces exer- 
cices comme une Ecole de guerre , où l'on ap- 
prenoit à combattre , ce qui fit que les Princes 
& la noblelïe prirent plaifir à s'y rendre adroits ; 
Se c'eft de là que font venus les Tournois , les 
Joutes , les Caroufels, les courfes de Têtes & de 
Bague , dont nous allons parler dans les Articles 
fuivans. 

ARTICLE PREMIER. 

Des Tournois. 

LE s Tournois, fuivant quelques Auteurs , ont 
été inventés par Manuel Comnene Empe- 
reur de Conftantinople. Ce n'étoit dans les com- 
mencemens qu'une fimple courfe de Chevaux , 
qui fe mêloient les uns avec les autres en tour- 
nant Se retournant de diférens côtés, ce qui leur 
à fait donner le nom de Tournois. Ils fe fervirent 
enfuite de bâtons qu'ils fe jettoient les uns aux 
autres , en fe couvrant de leurs boucliers. Ce 
jeu de bâtons étoit à peu près le jeu de Troye , 
quide-là pafla chez la jeuneife Romaine , Se que 
les Turcs , les Perfans Se quelques autres Nations 
Orientales pratiquent encore aujourd'huy. 

Les Mores furent très-adroits dans ces exerci- 
ces de Tournois. Ils introduifirent les chiffres , 

Tiij 



294 Ecole 

les enîaffemens de lettres , les devifes & les li- 
vrées dont ils ornèrent leurs armes & les bouffes 
de leurs Chevaux. Ils rirent auiîï une infinité du- 
plications myftérieufes des couleurs , donnant le 
noir à la -triftefïe-, 4e vert à l'efpérance,le blanc 
à la pureté ,1e rouge à la cruauté, &c. & par cette 
diverfitéde couleurs mêlées , ils expliquoient leurs 
penfées & leurs delîeins. Comme ils étoient très* 
galans , ils don noient à la fin de leurs Tournois 
ïe Bal aux Dames , qui diftribuoient les prix aux 
Chevaliers. 

Les autres Nations ajoutèrent quelque chofe 
à ces. fortes d'appareils. Les Gots & les Allemans 
mirent fur leurs cafques des dragons aîlés, des har- 
pies , des mufles de lion , & autres chofes fem- 
biables pour les rendre plus fiers & plus terri- 
bles , & enfuite des aigrettes , des bouquets de 
plume fur de hauts bonnets : c'eft ce qu'on nora- 
moit Cimiers. Ils ne font plus employés que dans 
les armoiries. 

Les François fe fervirent de côte d'arme , qui 
étoit un vêtement que les grands Seigneurs & les 
Chevaliers portaient fur leur cuirafle. 

Les armoiries ne furent dans leur origine que 
la connoiflance des Ecus, & les marques de dif- 
tindion des Chevaliers , que les François & les 
Allemans introduisirent dans leurs Tournois, & 
dans leurs fêtes à Cheval. Ils paiTerent depuis pour 
une marque de NoblelTe & de diftindion dans les 
familles. 

Henri I. empereur, fur-nommé l'Oifeleur , in- 
troduifit en Allemagne l'ufage des Tournois dans 
le dixième fiécîe , pour exercer & donner de l'ému- 
lation, à la NoblelTe. Ces exercices qui furent 



de Cavalerie. 205* 

fûivis jufqu'à la fin du quinzième fiécle , furent 
interrompus , par le mépris qu'en fit la Noblefle, 
qui préféra la molefle à ces nobles exercices, 

ARTICLE II. 

Des Joutes. 

L'Es Joutes étoient des courfes accompagnées 
d'attaques 6c de combats de lances dans la 
barrière. On donnoit le nom de Joute à cet e- 
xercice, parce qu'on y combattoit de près. Ce 
mot eil tiré du latin juxtà pugnare. Deux Ca- 
valiers armés de toutes pièces, partoient à tou- 
te bride , l'un contre l'autre, le long d'une ba- 
riere qui les féparoit , & en fe rencontrant au 
milieu de la lice, ils s'atteignoient de leurs lan- 
ces avec tant de force , que quelques-uns en é- 
toient défarçonnés , & fouvent jettes par terre 
d'autres renverfés avec leur Cheval. 

L'ufage des Joutes & des combats à la barriè- 
re, a long-tems régné en France avant celui des 
Caroufels.Les Princes, les Seigneurs, & les Gen- 
tils-hommes venoient s'y préfenter fans obferva- 
tion de rang ; mais ces courfes & ces combats 
ayant été funeftes à Henri 1 1. on en a aboli l'u- 
fage & retenu celui des Caroufels ; où les cour- 
fes de Têtes & de Bague, font voir fans aucun 
rifque, la feience 6c l'adrelTe d'un Cavalier. 

ARTICLE III. 

Des Caroufels, 

LE Caroufei elt une fête militaire ou une i- 
mage de combat, repréfentée par une trou- 

Tnij 



ûpt Ecole 

pe de Cavaliers , divifée en plufieurs Quadrilles 
«deflinées à faire des courfes , pour lefquelles on 
donne des prix. 

Ce fpe&acle doit être orné de chariots, de 
machines, de décorations, de devifes, de récits, 
de concerts & de balets de Chevaux, dont la dU 
verfité forme un magnifique coup d'oeil. 

Comme ces fêtes fe font dans la vue d'inf- 
truire les Princes & les Perfonnes illuftres en fa- 
veur de qui elles fe font , ou d'honorer leur mé- 
rite, le fujet doit en être ingénieux , militaire , 
êc convenable aux tems , aux lieux & aux per* 
fonnes. 

Il y a plufieurs chofes à confidérer dans un 
véritable Caroufel. 

io. Le Mettre de Camp 6c fes Aides. 

2°. Les Cavaliers qui compofent chaque Qua- 
drille. 

30. Leurs cartels, leurs noms , leurs habits , leurs 
devifes , leurs armes , leurs machines , leurs pa- 
ges, leurs efclaves , leurs valets de pied, leurs 
eftafiers , leurs chevaux & leurs ornemens. 

4.0. Les perfonnes des récits & des machines , 
Se les muficiens. 

5 e » Les diférentes courfes que font les Cava*> 
liers, 6c pour lefquelles on donne les prix. 

Le Meure de Camp, eft celui qui conduit 
toute la pompe ; qui régie la marche ; qui fait 
filer les Quadrilles & leurs équipages; qui intro- 
duit dans la carrière & dans les lices ; qui pla- 
ce les Cavaliers dans leurs polies ; & qui indi* 
que le lieu des machines. 

Les Aides de Camp , font ceux qui le fervent 
çnces fondions. Ils n'agilTent que par fes ordres t 



de Cavalerie. 297 

en portant comme lui des bâtons de comman- 
dement 

Le moindre nombre des Quadrilles pour un 
véritable Caroufel, eft de quatre ,& le plus grand 
de douze : Elles doivent être toutes de nom- 
bre pair, afin que les partis foient égaux en- 
tr'eux pour combattre, & pour faire les cour- 
tes doubles. 

Le nombre de Cavaliers , dont chaque Qua- 
drille eft compofée , eft ordinairement de qua- 
tre, quelquefois de fix , de huit, de dix ou de 
douze, non compris le Chef, qui eft la person- 
ne la plus qualifiée , à moins que les Cavaliers 
ne foient de condition égale ; & alors on tire 
au fort celui qui doit l'être , pour éviter les con- 
teftations.Dans les Caroufels célèbres , ce font or- 
dinairement les Princes qui font les Chefs. 

11 y a deux fortes de Quadrilles ; celles des 
Tenans & celles des Affaillans. La Quadrille des 
Tenans eft la plus confidérable. 

Les Tenans , font ceux qui ouvrent le Carou- 
fel , & qui font les premiers défis par les cartels 
que des héros publient. Ils font dits Tenans, par- 
ce qu'ils avancent certaines propofitions qu'ils s'en- 
gagent de foutenir les armes à la main contre 
tous venans. Ils compofent les premières Qua- 
driller. 

Les Affaillans , font ceux qui s'offrent , pat 
leurs réponfes , aux défis & aux cartels des Te- 
nans , à foutenir le contraire ; ils compofent les 
Quadrilles oppofées. 

Le cartel fe fait au nom du Chef de la Qua- 
drille , qui lui donne (es livrées. 

Les cartels contiennent ordinairement cinq 
choies, 



2p8 Ecole 

i o. Le nom & Fadreffe de ceux que les Te- 
nans envoyent défier. 

2°. Le fujet que les Tenans ont de défier au 
combat ceux qu'ils attaquent. 

3 °. Quelques autres propofitions qu'ils veulent 
foutenir les armes à la main contre tous ve- 
nans. 

40. Le lieu Se la manière du combat. 

5 . Le nom des Tenans qui envoyent le défi 
ou le cartel; lefquels noms font tirés de l'hif- 
toire ou de la fable. 

Ces cartels peuvent être en profe ou en vers 
& comme l'occafion de ces défis , eft le defir d'a- 
querir de la gloire & de fe faire connoitre , ils 
font afïaifonnés de quelque rodomontade. On 
excepte les Princes des défis & des cartels que l'on 
donne aux autres. 

Comme les fujets des caroufels font hiftorï- 
cjues , fabuleux Se emblématiques , les Tenans & 
les Afïaillians y prennent ordinairement des noms 
conformes au fujet qu'ils repréfentent : Par exem- 
ple , ceux qui repréfentent les illuftres Romains 
prennent le nom de Jules Cefar, Augufte &c. 

On prend auffi des noms de Romans , com- 
me les Chevaliers du Lys, du Soleil , de la Rofe 
&c. Quelquefois ils font de pure invention , com- 
me Florimond , Lifandre, &c. 

Les noms doivent répondre aux devifes des 
Cavaliers , Se la Quadrille doit auiîi en porter 
le nom. Leurs habits , leurs livrées , leurs armes , 
leurs machines , leurs efclaves, leurs cartels, doi- 
vent êtres uniformes. 

Les Pages font ordinairement à cheval ; ils 
portent les lances Se les devifes. 



de Cavalerie. 29^ 

Les Valets de pied & les Ellafiers conduifent 
les chevaux de main & fe tiennent auprès des 
machines. On les déguiiïe en Turcs, en Mores, 
en Efclaves , en Sauvages, en Arméniens , en 
Singes , en Ours , fuivant le fujet & la volonté 
du Chef de la Quadrille. 

Les récits , la mufique , & la plupart des ma- 
chines qui fervent à la pompe d'un Caroufel , 
font de l'invention des Italiens , qui ont toû- 
jous recherché en toutes çhofes le fin de l'ap- 
plication , & qui ont excellé dans ce genre. 

Les perfonnes des récits , & des machines , 
font comme des A&eurs de Théâtre, quirepré- 
fentent diverfes chofes , félon le fujet ; il y a aufïï 
quelquefois des vers allégoriques en l'honneur de 
ceux pour qui l'on fait ces fêtes. 

Les Muficiens font employés aux concerts 
de voix & d'inflrumens , & l'harmonie qu'on 
employé à ces fêtes, eft de deux fortes ; l'u- 
ne militaire, c'eft-à-dire, flere & guerierre ; 
l'autre douce & agréable. La première eft à la 
tête de chaque Quadrille , pour animer les Ca- 
valiers, 6c pour annoncer leur venue , leur en- 
trée dans la carrière , qu'on nomme Comparfe , Se 
leurs courfes; l'autre ne fert qu'aux récits, aux 
machines & à la pompe. 

Pour l'harmonie guerrière , on employé des 
trompettes, des tambours, des timbales, des haut- 
bois , 6c des fifres. 

Pour celle qui accompagne les chars 6c les ma- 
chines, ce font des violons, des flûtes, des mu-? 
fettes, des haut-bois, &c. On fait auffi au fon 
de tons ces inftrumens, des danfes Se des balets 
de Chevaux , comme nous l'expliquerons àrArti- 
cle de la Foule» 



^ocf Ecole 

ARTICLE IV: 

Des Courfes. 

TOuTce qu'on vient d'expliquer ci-denus ne 
regarde que la pompe & l'appareil d'un 
Caroufel ; mais la principale chofe confifte dans 
les courfes pour lefqueîles on donne des prix, 
& où un Cavalier fait voir fon adreife dans ces 
exercices. 

Les courfes les plus confidérables qu'on pratiquoit 
autrefois , confiftoient à rompre des lances en li- 
ce les uns contre les autres; à en rompre con- 
tre la Quintaine ; à combattre à Cheval l'épée 
à la main ; à courre les Têtes & la Bague ; & à 
faire la Foule. 

Nous avons dit ci-devant, en parlant des Jou- 
tes , de quelle façon on rompoit des lances en 
lice. Depuis l'invention des armes à feu, qui 
on fait abandonner l'ufage des lances dans les 
armées , on commença à quiter cet exercice , qui 
étoit trés-dangereux. 

On rompoit aiûTï des lances contre la Quin- 
taine : c'eft une courfe très-ancienne, dont un 
nommé Quintus fut l'inventeur. On fe fervoit 
d'un tronc d'arbre , ou d'un pilier contre lequel 
on rompoit la lance, pour s'accoutumera attein- 
dre fon ennemi par des coups mefurés. On a- 
pella aufîi dans la fuite cette courfe le Faquin 
parce qu'on fe fervoit fouvent d'un Faquin ou 
d'un Porte-faix armé de toutes pièces , contre le- 
quel on couroit ; mais la manière la plus ordinai- 
re , étoit une figure de bois en forme d'homme 
plantée fur un pivot afin qu'elle fût mobile. Ce 



de Cavalerie. 361 

qu'il y avoit defingulier , c'eft que cette figure é- 
toit faite de façon , qu'elle demeuroit ferme quand 
on la frappoit au front, entre les yeux & fur le 
nez ( c'étoient les meilleurs coups ) ; & quand 
on la touchoit ailleurs, elle toumoit fi vite que 
fi le Cavalier n'étoit allez adroit pour l'éviter 
elle le frappoit rudement d'un fabre de bois fut 
le dos. 

Dans le combat de l'épée à la main , les Ca- 
valiers fe rangeoient dans la carrière entre la li- 
ce & l'échafaut des Princes, éloignés de qua-. 
rante pas l'un de l'autre ; & là armés de toutes 
pièces & l'épée à la main- ils attendoient le Ton 
des trompettes pour partir ; enfuite baillant la main 
de la bride & levant le bras de l'épée , ils par- 
toient avec violence l'un contre l'autre , & en 
paflant , ils fe donnoient un coup d'eftramaçon 
fur la face, en tirant un peu du côté gauche; 
& au même endroit d'où fon adverfaire étoit par- 
ti, on prenoit une demi-volte , & on repartoit ain- 
(i jufqu'à trois fois. Après la troiliéme atteinte 
au lieu de paffer outre , pour aller reprendre une 
autre demi-volte , on tournoit de part & d'au- 
tre fur les voltes d'une pifte vis-à-vis l'un de l'au- 
tre, en fe donnant continuellement des coups 
d'eftramaçon , avec une action vive , & l'on con- 
tinuoit jufqu'à la troifiéme volte : ils s'en retour- 
noient après d'où ils étoient partis , faifant mi- 
ne d'aller reprendre une autre demi-volte , Se dans 
le même initant , deux autres Cavaliers venoient 
remplir la place & exécuter la même chofe. 

Le Connétable deMontmorenci fe rendit très- 
célébre dans cet exercice , il feroit à fouhaiter 
«qu'il fût encose en ufage, puifque c'eft un vé« 



$02 ECO LE 

ritable manège de guerre , qui apprendront a fe 
feirvir, tant de l'épée, que du piftolet; d'au- 
tant plus qu'il n'eft nullement dangereux , les 
coups d'épée pouvant fe donner au defïus de la 
tête par oppofition , & de même du pifîolet en 
le tirant le bout en haut. 

De toutes les courfesqui étoient anciennement 
en ufage dans les Tournois , & dans les Caroufels 
on n'a retenu dans les Académies modernes que 
les courfes de Têtes & de Bague. Elle feront 
le fujet des deux articles fuivans. 

ARTICLE V. 

De la Courfe des Têtes, 

LEs Allemans ont pratiqué cet exercice a- 
vant les François : les guerres qu'ils a voient 
avec les Turcs y ont donné occafion : ils s'e- 
xerçoient à coure des figures de têtes de Turcs 
Se de Mores, contre lefquelles ils jettoient le dard 
Se tiroient le piitolet , Se en enlevoient d'autres 
avec la pointe de l'épée, pour s'accoutumer a 
recourir après les têtes de leurs camarades , que 
les foldats Turcs enlevoient , Se pour lefquelles 
ils avoient une récompenfe de leurs Officiers* 

On fe fert dans la courfe des têtes , de la lan- 
ce , du dard , de l'épée Se du piftolet. 

La lance eft compofée de la flèche, des ailes » 
de la poignée, Se du tronçon. Sa longeur eil 
d'environ fïx pieds. 

Le dard eft une forte de trait de bois dur , long 
d'environ trois pieds , pointu Se ferré par le bout 
il y a dans un endroit du bois de petits bou- 
tons de fer pour marquer l'endroit où on doit 
le tenir afin qu'il foit en équilibre. 




l-ur.u-J Jr/.&J^.n 



de Cavalerie. 30$ 

î)ans une courfe bien réglée , il y a ordinal* 
ïement quatres têtes ; qui font toutes de car* 
ton» La première, eft celle de la lance, qui eft 
pofée fur une efpéce de chandelier de fer atta- 
ché au mur ou à un pilier du manège : ce chan- 
delier eft mobile Se tourne fur deux pitons ; il doit 
être long de deux pieds , & élevé à huit pieds 
de terre. 

La féconde , eft une tête de Médufe , plate 
& large d'un pied plus ou moins , appliqué fur 
une forte planche un peu plus grande ; & l'on 
attache cette* planche au haut d'un chandelier 
de bois , qui aoit être élevé de terre de cinq 
pieds , ou bien on la place au-delfus de la bar- 
rière. 

La troifiéme tête , eft celle du More ; on la 
place de même que celle de Médufe, au haut 
d'un chandelier de bois de même hauteur, ou 
au deflus de la barrière. 

La quatrième tête, eft celle de l'épée, qui 
doit être pofée à terre fur une petite éminen- 
ce à deux pieds & demi du mur ou de la bar- 
rière. 

Il faut placer les têtes fuivant la longeur du 
manège, qui , comme nous l'avons dit, doit être 
un quarré long d'environ 120. pieds , & large de 
36. Celafuppofé, la tête delà lance doit être 
placée aux deux tiers de la courfe , c'eft-à-dire , 
à 80. pieds du coin du manège , où l'on prend 
la première demi volte. 

La tête de Médufe doit être placée à 5 . pieds du 
mur, du même côté que celle de la lance, & 
à la moitié du manège, fi le lieu de la courfe eft 
fermé de mur 5 mais lorfqu'il ne Feft que par 



504 Ecole 

une barrière , on la pofe fur cette barrière , de* 
même que la tête du More , qui fe place vis-à- 
vis de celle de Médufe de l'autre côté du 
manège. 

La tête de l'épée fe met à terre du côté de 
celle du More , à deux pieds Se demi du mur 
& à 4.0. pieds du coin où l'on finit la courfe. 

Quand on fe fert du piflolet , on attache un 
carton à la muraille à la hauteur de la tête d'un 
homme à cheval ; mais quelques-uns tirent fu£ 
la tête du More , au lieu de fe fervir du dard ; 
le piftolet étant plus utile que cet infîrument. 

Une chofe très-difficile dans la courfe des tê- 
tes i c'eft de faire de bonne grâce la levée de la 
lance; il faut pour cela fe placer à trois lon- 
gueurs de Cheval au-deffus du coin où l'on doit 
commencer la première demi-volte , tenir quelque 
tems le Cheval droit dans une place, la lance 
dans la main droite , & pofée fur le milieu de 
la cuiffe , ce qu'on appelle, la tenir en arrêt, 
la pointe de la lance haute, un peu panchée 
en avant, au-deffus de l'oreille droite du Cheval. 

Avant que de partir au petit galop , qui doic 
être uni & raffemblé , il faut commencer par le- 
ver le bras de la lance , tenir le doigt indice é- 
tendu le long de la poignée ; placer le coude à 
la hauteur He l'épaule ; & depuis le coude jusqu'au 
poignet, le bras placé droit en avant; en for- 
te que de l'épaule au coude , & du coude au 
poignet, cela forme un angle droit ; car fi la main 
de la lance étoit vis-à-vis de la tête, la lan- 
ce brideroit le vifage , & fi la main & le bras 
étoient placés trop haut ou trop bas, cela feroit dé 
mauvaife grâce. 

La 



de Cavalerie. 30? 

La lancé étant ainfi placée dans la demi-vol- 
te , il faut enfuite obferver les mouvemens né- 
ceffaires pour bien faire la levée de la lance en 
allant à la tête. Il y en a quatre principaux. Le 
premier tems fe fait en baiuant le doigt indice ôc 
un peu le poignet , & levant aufïi un peu le cou- 
de, fans que la pointe de la lance varie ni s'é- 
carte ; il faut enfuite baiffer infenfiblement le bras 
à côté du corps , jufqu'au près de la hanche , ce» 
qui fait le deuxième tems; & là en ouvrant unr 
peu le poignet en dehors , il faut relever le bras 
à côté du corps , fans le porter ni en avant , ni 
en arrière , & le tenir étendu jufqu'à ce que lar 
main foit arrivée au-deffus & à côté de la têta 
ce qui fait le troifiéme tems ; le quatrième tems 
eft de tourner les ongles du côté de la tête » 
& de defeendre infenfiblement la lance dans la 
pofture au elle étoit avant que de commencer: 
la levée , c'eft-à-dire , le coude à la hauteur de 
l'épaule. 

La courfe de la tête de la lance fe divife en 
trois parties. Dans la première , on mène le Che- 
val au petit galop depuis le coin jufqu'au tiers de la 
ligne , on échape enfuite le Cheval en baiffant? 
infenfiblement la pointe de la lance jufqu'à la tête 
qu'il faut enlever d'un coup d'eftocade , c'eft- 
à-dire , allongeant un peu les bras pour la déta- 
cher de defius le chandelier. 

Depuis la tête jufqu'au coin, on remet fon Che- 
val au petit galop , en levant le bras pour faire 
voir la tête au bout de la lance. 

On quitte enfuite la lance & l'on prend à l'en- 
droit où l'équilibre eft marqué , un des deux dards 
qui doivent etïe placés fous les cuiflès , Se rete- 



3o6 Ecole 

nus parles genoux du Cavalier , les pointes du co- 
té de la croupe , de façon qu'ils fe croifent. Il 
faut enfuite porter le dard en avant le bras li- 
bre , étendu & élevé un peu plus haut que la 
tête, en obfervant que la pointe du dard foit 
du côté du coude , & que le bout qui eft à 
l'oppofite de cette pointe, foit un peu plus haut 
& au-deffus de l'oreille gauche du Cheval, le 
tenant dans l'équilibre & le bras ouvert : dans 
cette pofture , on tourne par le milieu du manè- 
ge pour venir à la tête de Médufe, on tourne 
le dard par-deiîus la tête , pour préfenter la poin- 
te , & le lancer ; & il faut un peu retirer le bras 
en arrière afin de le darder avec plus de force. 
Après avoir jette le dard , il faut tourner le 
Cheval pour aller à l'autre muraille , & en pre- 
nant la troifiéme demi-volte dans le coin du cô- 
té de la tête de l'épée , faire avec le dard le 
même mouvement , & venir le lancer de la mê- 
me manière qu'on vient de le dire pour la Mé- 
dufe. Cette tête fe court aufîi au piftolet. 

Il faut enfuite tourner fon Cheval , & en ar- 
rivant à l'autre muraille ; on commence la qua- 
trième demi-volte, en tirant l'épée de bonne grâ- 
ce par-deffus le bras gauche , & non par-deflous 
le poignet, parce qu'on peut s'eftopier en la 
tirant de cette manière. On doit la tenir haute 
ôc droite , le bras libre étendu Se élevé au-def- 
lus de fa tête , Se la faire briller en la remuant ; 
Se au tiers de la courfe , il faut partir à toutes 
jambes jufqu'à la tête , en fe baillant le corps fur 
l'épaule droite du Cheval , faire entrer l'épée de 
tierce , la relever de quarte , Se la placer haut pouç 
faire voir la tête au bout de la courfe. 



de Cavalerie. 507 

Il y a des chofes effentielles à obferver dans 
la courfe des Têtes , qui font , de ne jamais ga- 
loper faux ni défuni; de ne point laiffer tom- 
ber fon chapeau , & de ne point perdre fon étrier: 
fi l'un de ces cas arrive , on perd la courfe , quand 
même on auroit pris les têtes , c'eil pourquoi 
avant que de commencer la courfe , il faut s'af- 
feoir juite dans la felle , ferme dans fes étriers 
& enfoncer fon chapeau. Il faut aufîî tenir les 
rênes un peu plus longues dans les courfes que 
dans les manèges renfermés , afin que le Che- 
val ait la liberté de s'étendre, fans pourtant trop 
abondonner l'appui , afin que le Cavalier & le 
Cheval foient plus afïûrés dans la courfe» 

ARTICLE VL 

De la Courfe de Bague» 
Et exercice n'étoit point en ufage chez les 



c 



Anciens ; il fut introduit lorfqu'on fit , par 
galanterie & 'par complaifance , les Dames Ju- 
ges de ces Exercices ; 6c les prix qui étoient au- 
paravant militaires , furent changés en Bagues , 
qu'il falloit enlèvera la pointe de la lance pour 
remporter le prix , ce qui donna occafion à la 
courfe de bague. 

La bague doit être placée aux deux tiers de la 
courfe , comme la tête de la lance ; elle doit être 
à la hauteur du front du Cavalier, au deffus de 
l'oreille droite du Cheval. 

La potence , eft un bâton rond Se long d'environ 
deux pieds ,au bout duquel pend le canon où eft 
attachée la bague. Cette potence doit être-plus 
élevée que la bague de 7. à 8. pouces 5 de crainte 



$o8 Eco t e 

que dans la courfe on ne bride la potence , cela 
Veut dire en terme de courfe , la toucher avec la 
tête pu avec la lance , ce qui effropieroit un Ça* 
.valier , comme il eft quelquefois arrivé. 

A l'égard de la levée de la lance , on la fait de 
îa même manière que nous l'avons expliqué en 
cariant des têtes : la feule différence eit , que dans 
îa courfe de bague , on ne donne point de coup 
cTeftocade , comme à la tête. 

Il faut encore bien obferver , comme nous l'a- 
vons déjà dit , de ne commencer à baiffer la 
pointe de la lance qu'au tiers de la courfe , en é- 
çhappant fon Cheval au grand galop, fans re- 
muer la tête ni les épaules , tenant le coude 
haut , afin que le tronçon de la lance ne touche 
ni au bras ni au corps , mais que la main feule 
foûtienne la lance ; il ne faut pas non plus que la 
lance foit trop croifée en dehors du côté de l'o- 
reille gauche du Cheval, elle doit être au con- 
traire au defîiis de l'oreille droite ; parce qu'au- 
trement, le vent de la courfe l'ébranleroit , & lui 
ferok perdre la ligne de direction. Le but, ou le 
point de la courfe , doit être au bord d'en haut de 
la bague fur la ligne du canon , ce qui dépend de 
ne pas bailler trop vite la pointe de la lance. 

Après avoir paiTé la bague, il faut reprendre 
au petit galop & lever peu à peu la pointe de la 
lance , & au bout de la carrière , faire la levée de 
fa même manière qu'on a commencé , fans regar- 
der derrière foi , pour voir fi on a emporté la ba^ 
gue , comme font quelques Cavaliers , quand mê- 
me on auroit fait un dedans. Il ne faut pas non, 
plus en parant fon Cheval au bout de la courfe % 
mettre le corps en arrière. Cette action n'eft poin£ 
belle la. lance à la main* 



de Cavalerie. 309 

On appelle en terme de bague , faire un attein- 
te , lorfqu'on touche avec la pointe de la lance, 
îe bord de dehors de la bague fans l'enfiler ; & 
on appelle faire un dedans , lorfqu'on la prend. 

11 arrive quelquefois qu'on la prend au nombril , 
qui eft un trou dans la chape où elle eft atta- 
chée , mais la courfe ne vaut rien , à moins 
qu'on n'ait averti qu'on vouloit la prendre en cet 
endroit. 

A l'égard des prix, tant pour la Bague que pour 
les Têtes , chacun fait trois courfes pour les rem- 
porter. 

Celui qui aie plus de dedans ou le plus d'attein- 
tes, a l'avantage pour la bague ; s'ils font égaux 
en l'un & en l'autre , ou qu'aucun n'ait ni attein- 
tes ni dedans , on recommence les trois courfes. 

Pour les têtes , celui qui en enlevé le plus rem- 
porte le prix ; & en cas qu'elles foient toutes pri- 
{es par ceux qui courent , ce fera celui qui les 
prendra entre les deux yeux , ou qui approchera 
le plus près de cet endroit. 

11 y a dans un Caroufel des Juges pour cela , 
qu'on choifit parmi d'anciens Cavaliers , qui fe 
font rendus célèbres dans ces Exercices. 

11 y avoit autrefois plufïeurs prix ; fçavoir , le 
grand prix , qu'on donnoit à celui qui avoit fait 
plus de dedans , qui avoit emporté plus de têtes , 
ou qui avoit fait les meilleurs coups à la Quintai- 
ne ; il y avoit enfuite le prix de la courfe des 
Dames ; celui de la meilleure devife ; & le prix dçt 
celui qui couroit de meilleure grâce.. 



$10 Ecole 

ARTICLE VIL 

De la Foule. 

ON appelle en terme de Caroufel faire la Fou- 
le , du mot Italien, far la Fola , lorfque plu- 
sieurs Cavaliers font manier à la fois un certain 
nombre de Chevaux fur différentes figures. 

Ce manège elt une efpéce de ballet de Chevaux, 
qui fe fait au fon de plufieursinftrumens : il a été 
imaginé par les Italiens,qui ornèrent leurs Carou- 
fels d'une infinité d'inventions galantes , dont le 
fpeclacle étoit aufîi furprenant qu'agréable. 

Il faut des Chevaux bien drelTés, bien ajuftés, 
& des Cavaliers bien habiles & bien adroits, pour 
exécuter ce manège: à caufe de la difficulté qu'il 
y a d'obferver la jufte proportion du terrain , Se 
d'entretenir le Cheval dans l'égalité de fon air 
& de fa cadence. 

Pour donner une idée de toutes les foules que 
l'on voudra inventer , il fuffit d'en donner un 
exemple. 

Il faut placer le long des deux murailles, ou des 
deux barrières du manège , fur la même ligne » 
quatre Cavaliers de chaque côté , éloignés l'un 
de l'autre d'environ dix à douze pas , plus ou 
moins , fuivant la longueur du terrain ; en forte 
que les uns foient placés à droite & les autres à 
gauche , vis-à-vis les uns des autres. 11 en faut 
encore placer trois autres fur la ligne du milieu du 
manège , dont l'un occupera le centre , & les au- 
tres fur la même ligne , Se éloignés de celui du 
milieu à égale diftance. Ces onze Cavaliers doi- 
vent être rangés fur trois lignes } Si ils doivent a- 



de Cavalerie. 311 

'voir la tête de leurs Chevaux placée en face d'un 
des bouts du manège. 

Les huit qui font rangés le long de la muraille > 
c'eft-à-dire , les quatre de chaque côté , font des 
demi-voltes , changeant & rechangeant toujours 
de main , chacun fur fon terrain ; & des trois qui 
occupent la ligne du milieu , celui qui efl: au cen- 
tre , tourne à pirouettes, & les deux autres ma- 
nient fur les voltes , l'un à droite & l'autre à gau- 
che. 

Ils doivent tous partir enfemble au fignal que 
leur donne celui qui conduit le Caroufel , & ar- 
rêter de même , en finidant la reprife , ou à cour- 
bettes , ou à l'air auquel leurs Chevaux ont été 
dreilés. 

Tous les Exercices dont nous venons de don- 
ner les règles & la defcription dans ce Chapitre , 
furent infiitués pour donner une image agréable 
Se inftru&ive de la guerre , & pour entretenir l'é- 
mulation parmi la Noblefle. Ils étoient fort en u- 
fage en Italie vers la fin du 16. fiécle. Rome& Na- 
ples étoient le féjour des plus célèbres Acadé- 
mies , dans lefquelles les autres Nations venoienr. 
fe perfectionner; & c'eft dans la pratique de ces 
Exercices , qui faifoient autrefois les divertifle - 
mens des Princes & de la Noblefle , qu'on cher- 
choit à fe diflinguer pour fe rendre capables de 
fervir fon Prince avec honneur , & pour acquérir 
des vertus & des talens , qui doivent être infépa- 
rables de tous ceux qui font profeiTion des Ar- 
mes. 

Fin de la féconde Partie, 



3 13 



TABLE 

DES CHAPITRES 

ET ARTICLES 

Contenus dans ce premier Volume 

PREMIERE PARTIE. 
CHAPITRE PREMIER. 

7*\ U nom & de la fituation des Parties exté- 
J~* rieuresdu Cheval. Page i, 

ARTICLE PREMIER. 

De la fituation & de la divifion particulière des 

Parties de r Avant-main. 2. 

Article IL De la fituation des Parties du 

Corps. $ 

Art 1 c l e. III. De la fituation des Parties de 

PArriere-main. 6 

C h a p 1 T R E IL De la beauté & des défauts 

des Parties extérieures du Cheval. 7 

ARTICLE PREMIER. 

De la beauté & des défauts des Parties de PA- 
vant-main. S 

X 



5 i4 TABLE DES CHAPITRES 

De la Tête. la même, 

Des Oreilles. p 

Du Front. ïo 

Des Salières. 1 1 

Des Yeux. la même. 

De la Ganache. 13 

De la Bouche & de /es Parties extérieures. 1 4. 
Des Lèvres. la même 

Des Nazeaux 1 y 

De la Barbe. la même. 

De la Langue & des autres Parties intérieures 



de la Bouche. 


\6 


Du Palais. 


la même. 


Des Barres. 


17 


De P Encolure. 


la même. 


Du Garrot. 


**! 


Des Epaules. 


20 


Du Poitrail. 


22 


Des Jambes de devant. 


2 ï 


Du Coude. 


24 


Du Bras. 


ta même. 


Du Genou. 


2? 


Du Canon. 


26 


Du nerf de la Jambe. 


la même. 


Du Boulet. 


23 


Du Paturon. 


29 


De la Couronne. 


30 



Du Pied en gênerai & de fis Parties, la même. 

Article IL De la beauté & des défauts des 

parties extérieures du Corps. 33 



ET ARTICLES. 31? 

Des Reins. la même. 

Des Cotez. 34 

Du Ventre. la même. 

Des flancs. 3% 

Article III. De la beauté & des défauts des 

parties extérieures de PArriere-main. 36 

De la Croupe. la même. 

Des Hanches. 37 

De la Queue. 3 8 

Des FeJJès & des CuîJJes. la même. 

Des Jarrets. s 9 

Article IV. Récapitulation des qualités & des 

défauts dont on a parlé dans les trois Articles 

prècédens , avec la manière âHexaminer un 

Cheval avant que de ï acheter. 40 

Chapitre III. De PAge du Cheval. 45* 

Chapitre IV. De la différence des Poils. 49 

Chapitre V. Remarques fur les Chevaux de 

differens Pays. $3 

Chapitre VI. De la Bride. 57 

ARTICLE PREMIER. 

Du Mors. $9 

Article II. De la Branche. C\ 

Article III. De la Gourmette. 64. 

Article IV. De la manière d'ordonner la Bri- 
de , fuivant la différence des Bouches. 6$ 
Des Bouches tropfenfibles. 66 
Des Bouches faibles. <58 
Des Bouches fortes. la même. 

X i j 



3i6 TABLE DES CHAPITRES 

Des Bouches pefante s. 6$ 

Des Bouches trop } ou trop peu fendues. 70 

Des Chevaux qui s'arment. 7 1 

Chapitre VII. De la Ferrure. 73 

ARTICLE PREMIER. 

Des Jnf rumens dont on fe fert pour ferrer un Che- 
val y des termes ufités parmi les Maréchaux ; 
des noms des parties du Fer > & de leur diffé- 
rence, 74- 
Article II. Des Règles pour bien ferrer. 77 
Des Talons bas. 80 
Des pieds plats. 81 
Des pieds combles. la même. 
Des Pieds encajlelez. 83 
Des Chevaux droits fur membres , boulet ez , qui 
ont les jambes arquées, & qui font rampins. 85* 
Des Chevaux qui bronchent 3 & de ceux quife 
coupent. 8 6 
Chapitre VIII. De la Selle. 88 

ARTICLE PREMIER. 

Des parties de la Selle. la même. 

Des arçons. 89 

Des Bandes. 90 

Des Bâtes. pi 

Des Panneaux. la même. 

Du Siège. la même. 

Des Quartiers. k même. 

Des Contre-fanglotsl 92 



ET ARTICLES. 317 

Article IL Des différentes Selles & de leur 
ufage. la même. 

Chapitre IX. De la manière de nourrir les 
Chevaux $ de les panfer , & de les gouverner 
en voyage. 9 S 

ARTICLE PREMIER. 

De la nourriture du Cheval. la même.' 

Article IL De la manière de panfer les Che- 
vaux. 99 
Article III. Delà manière de gouverner un 
Cheval en voyage. 1 02. 



SECONDE PARTIE. 

De la manière de dreffer les Chevaux , fuivant 
les differens ufage aufquels on les deftine. 

CHAPITRE PREMIER. 

7} Ourquoi il y a fi peu d'hommes de Cheval', Ù 3 
■** des qualités neceff aires pour le devenir, 1 07 
Chapitre IL Des différentes natures de Che- 
vaux ; de la caufe de leur indocilité , & des 
vices qui en refultent. 113. 

Chapitre III. Des Injlrumens dont onfefert 
pour drejjer les Chevaux. 1 1 p 

Chapitre IV. Des termes de l'Art. 12S 

Chapitre V. Des differens mouvemens des 
jambes des Chevaux } félon la différence de 
„ leurs aimes, 136 



3 i8 TABLE DES CHAPITRES 
ARTICLE PREMIER. 

Des Alures naturelles. 
Le Pas. i? y 

Le Trot. la même. 

Le Galop. !?§ 

ARTICLE IL 

Des Alures défe&ueufes. 
L'Amble. x 42 

L'Entr-ep as ou Traquenard. 143 

L'Aubin. la même. 

Article III. Des Alures artificielles. 144 

Airs bas ou près de terre. 145* 

la même, 
la même. 

146 
la même . 

147 

148 
la même. 

149 
la même. 
la même. 

ifo. 

la même. 

la même. 

la même. 

ijî. 

la même, 



PaJJage. 

Piafer. 

Galopade. 

Changement de main* 

Volte. 

PaJJade. 

Pirouette, 

Terre-à-terre. 

Airs Relevez 
Pefade* 
Mèzair. 
Courbette. 
Croupade. 
Balotade. 
Capriole. 
Le Pas-&-k Sam, 



ET ARTICLES, 51* 

Chapitre VI. De la belle pofture de FHom* 
me de cheval ; & de ce an il faut obferver 
avant que de monter. 1 y 2. 

Chapitre VIL De la main de la bride & de 
fe s effets. 159. 

Chapitre VIII. Des Aides &des Châtimens 
néceffaires pour dr effet Us Chevaux. 1 6j. 

Des Aides. 168. 

Des Châtimens. 171. 

Chapitre IX. De la nécejfité du Trot pour 
affbuplir les jeunes Chevaux , & de futilité 
du Pas. 175;. 

Du Pas. 185. 

Chapitre X. De l'Arrêt* du demi- Arrêt , et. 
du Reculer. 18 y. 

De l'Arrêt. i8tf. 

Du demi- Arrêt. 190. 

Du Reculer. 191. 

Chapitre XL De ? Epaule en dedans. 194. 

Chapitre XII. Delà Croupe au mur. 203. 

Chapitre XIII. -De* Putilité des Piliers. 210. 

Chapitre XIV. Du Paffage. 216 

Chapitre XV. Des Changemens de main 3 & 
de la manière de doubler, 22-j 

Chapitre XVI. Du Galop. 227 

Chapitre XVII. Des Voltes ; des demi-vol- 
tes y des Paffades j des Pirouettes : & du 
Terre- à-terre. 234. 

ARTICLE PREMIER. 

Des faites. h. même» 



i2o TABLE DES CHAR ET ART. 

Article IL Des Demi-voltes, 2<^i 

Article III. Des PaJJades. 244 

Article IV. De la Pirouette, 246 

Article V. Du Terre-à-terre, 248 

Chapitre XVIIL Des Airs relevez, 25 1 

ARTICLE PREMIER. 

Des Pefades. 2 $ 4. 

Article IL Du Mézair. 257 

Article III. Des Courbettes. 2%% 

Article IV. De la Croupade & de la Balo- 

tade, 264. 

Article V. Des Caprioles. 267 

Le P * as- & -le -Saut , & le Galop-Gaillard. 270 

Chapitre XIX. Des Chevaux de Guerre. 27 1 

Chapitre XX. Des Chevaux de Chajfe, 277 

Chapitre XXL Des Chevaux de CaroJJe. 287 

Chapitre XXII. Des Tournois 3 des Joutes , 

des Caroufels , & des Courjes de Têtes & de 

Bague. 292 

ARTICLE PREMIER. 

Des Tournois. 293 

Article IL Des Joutes. 29$ 
Article III. Des Caroufels, la même. 

Article IV. Des Courfes. 300 

Article V. De la Couvfe des Têtes. 302 

Article VI. De la Courfe de Bague, 307 

Article VIL De la Foule. 310 

Fin de la Table. 






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