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Full text of "Encyclopédie d'histoire naturelle; ou, traité complet de cette science d'après les travaux des naturalistes les plus éminents de tous les pays et de toutes les époques: Buffon, Daubenton, Lacépède, G. Cuvier, F. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Latreille, De Jussieu, Brongniart, etc"

J«pBSA.f«a^ 







ENCYCLOPÉDIE 



^^•frTTM'^TYTT 



D'HISTOIRE NATURELLE 



TRAITE COMPLET DE CETTE SCIENCE 



LES Tf.AVAUX DES NATURALISTES LES PLUS ÉMIXENTS DE TOUS LES PAYS ET DE TOUTES LES EPOgUES 



BulTon , DaubentOD , 

Lacépède, (i. Cuvicr, K. Gatier, Geoffroy Salut Hilaire, Lalreille, 

de Jussieu, Brongniart, etc., etc. 



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hnm résumant les Observalions des Auteurs anciens 
et compreianl toutes les Découvertes moilerries jusqu'à nos 

PAR LE 0« CHENU 

Cliiiurgirn-Major à IHrtpil;il iiiililaire (lu Val-ck-Giàie 
Professeur d'Histoire Xalurellc, eic. 



REPTILKS ET POISSONS 




ÉDITION FIRMIN-DIDOT ET C 



± 






PARIS 

E. G^IR^UnD ET A. BOITTE 






LllîRAIRES EDITEURS 
4-i, RUE DE L'ÉCHIQUIER, 4-2 



^^^^XX?<^iJAkX 



ENCYCLOPÉDIE 

D'HISTOIRE NATURELLE 



TYPOGRAPHIE FIRMIN- DIDOT. — MESML (eURE). 



ENCYCLOPÉDIE 

D'HISTOIRE NATURELLE 

ou 

TRAITÉ COMPLET DE CETTE SCIENCE 

d'iprès 
LES TKAVAUX DES NATUBALISTES LES PLUS ÉNUNENTS DE TOUS LES PAYS ET DE TOUTES LES ÉPOQUES 

BUFFON, DAUBENTON, LACÉPÈOE, 

6. CUVIER, F. CUVIER, GEOFFROY SAINT-HILAIRE, LATREILLE, DE JUSSIEU . 

BRONGNIART, etc., etc. 

Ourrage résumant les Observations des .\uleurs anciens el comprcnaiil toutes les Découvertes modernes jusqu'à nos jours 

PAR LE D" CHENU 

OHIBTJBQIBX-UAJOB A L'BSrITAI. MILITAIOZ DV TAI^DE-OBACE, PROFESSBFtt D'UISTOIBE SATDEELLE, ETC. 



REPTILES ET POISSONS 

Avec la collaboration de JL E. DESIiIAREST, secirlairc de la Société Enlomoloi!ii|ue. 



EDITION FIRMIN-DIDOT ET C 



PARIS 

E. ŒIH^HD ET ^. BOITTE 

LIBRAIRES ÉDITEURS 
42, RUE DE L'ÉCHIQUIER, 42 



Ce volume est consacré à l'étude des deux classes des Reptiles et des 
Poissons. Nous donnons un Gênera complet des êtres qui forment ces 
deux grandes divisions des Vertébrés; nous décrivons les espèces princi- 
pales, surtout celles employées dans les arts ou pour la nourriture de 
l'homme; nous faisons connaître la géographie et les mœurs de ces 
animaux, ainsi que les points les plus saillants de leur anatomie, et, enfin, 
nous indiquons les espèces fossiles, particulièrement celles qui s'éloignent 
le plus des types actuellement vivants. 

Nos figures, nombreuses et dues à l'habile crayon de M. Werner, 
représentent tous les types principaux, et ont été placées, autant que cela 
a été possible, en regard du texte qui les concerne. 

Dans la classe des Reptiles, nous faisons connaître les Chéloniens ou 
Tortues, et nous parlons de l 'écaille que portent plusieurs d'entre eux ; 
nous indiquons ces espèces perdues, si remarquables, qui portent les 
noms à'Ichthyosaure, de Plésiosaure, de Mosasaure, etc. ; nous dé- 
crivons les gigantesques Crocodiles et les Sauriens, ou ces animaux si 
curieux qui viennent se grouper autour des Lézards; nous passons en 
revue les Ophidiens ou Serpents, qui renferment plusieurs genres, tels 
que ceux àe?, Vipères, des Crotales et des Trigonocéphales, si redoutables 
par le poison et la mort qu'ils portent avec eux, et nous donnons l'histoire 
des Amphihiens ou Batraciens^ qui, en dehors des groupes normaux 
des Grenouilles , des Crapauds, des Rainettes et des Salamandres , 
comprennent des subdivisions anomales, comme celles des Amphiumes , 
des Monopomes , des Axololt, des Lépidosirènes, etc. Outre nos obser- 
vations personnelles, nous avons dû consulter pour notre travail un 
grand nombre d'auteurs; mais nous avons surtout suivi l'excellente 
Erpétologie générale, ou Histoire naturelle des Reptiles, de MM. C. et 
A. Duméril etBibron. 



La partie consacrée aux Poissons n'est pas moins riche en faits intéres- 
sants que celle qui se rapporte aux reptiles. Parmi les genres et les espèces 
des plus différents et des plus remarquables, nous nous sommes surtout 
étendus sur ce qui a rapport aux groupes plus connus des Perches , Épi- 
noches, Maquereaux , Ahles, Silures, Harengs, Carpes, Saumons, 
Morues^ Plies, Anguilles, Squales, Raies, etc., et nous avons donné 
de longs détails sur la pêche et la préparation de quelques-uns de ces 
Poissons qui vivent en troupes innombrables et que l'homme va recher- 
cher au loin pour son alimentation. U Histoire naturelle des Poissons, 
commencée par MM. Cuvier et Valenciennes, continuée par M. Valencien- 
nes seul, et qui malheureusement ne comprend pas l'étude de la classe 
entière, et le Règne animal de Cuvier, ont été nos principaux guides, 
quoique nous n'ayons pas négligé l'étude sur la nature elle-même, et 
que nous ayons fait de nombreuses recherches dans les ouvrages des 
naturalistes anciens et modernes. 



E. D. 



Paris, 15 octobre 18i6. 



AVIS AU RELIEUR 



Les planches tirées hors texte sont au nombre de quarante-huit. Chaque planche doit être placée 
en regard de la page indiquée. 

nEPTILES. 



Planchfs. Pages 

1. Chélonée caouane (squelette). Tortue mau- 

resque 18 

2. Pyxide arachnoïde. — Homopode aréole 2C 

3. Émysaure serpentine, • Cislule européenne 

(dessus). — Idem (profil) 1 

4. Platjslerne à grosse tète. — Émjde casp en- 

ne. — Podocnémyde élargie 29 

5. Trionj'x spinifère. — Chélonée franche. .. . 38 

6. Ichthyosaure commun (fossile). — Plésio- 

saure à long cou (tête fossile). — Ptéro- 
dactyle à bec épais (tète fossile). — Caïman 
à museau de brochet (squelette) £2 

7. Hémydactyle bordé. — Gymnodacljle de Mi- 

lius. — Platydactyle lioraalocéphale 62 

8. Lé/ard veil. — Iguane tuberculeuse. — Slel- 

lion du Levant I 82 

9. Caïman à museau de brochet Fronlispice. 

10. Varan à deux bandes. — Istiure de Lesucur. 

— Lézard ( AlgyroïJe) moréolique C7 

11. Basilic à capuchon. — Leiolepis tacheté. — 

Queue-rude azurée 72 

12. Chlamydosaure de King. — Lopliyre (Tiaiis) 

dilophe. — Lophyre tigré 78 

13. Ameiva commun. — Gerrhosaure à deux 



nchci. Pape,. 

bandes. — Lézard pii|uelé 8G 

. Gongyle ocellé. — Bipède de d'Urville. — 

Opliisaure ventral 94 

Naja haje. — Boa devin 118 

IC. Rouleau à rubans. — Plature à bandes. — 

Ti opidonote à collier 127 

17. Couleuvre ou Tropidonote à collier (sque- 

lette). — Hystérope de la Nouvelle-Hol 
lande (tête). — Typhlops réticulé (télé). 

— Êrylhrolampre vénustissime 106 

18. Simole à bauJes blanches. — Chersyd'-e à 

bandes. — Calamaire de Linné 121 

19. Trigonocéphale (Bothrops) fer de lance. — 

Scytale zigzag. — Aipysure fuligineux ... 149 

20. Échidnée du Gabon. — Amblycéphalc bucé- 

pliale. — Vipère commune 143 

21. Ci enouillc commune (squelitie). — Dendro- 

bate à tapirer. — Grenouille commune. . . 160 

22. RacophoredeReinwardt. — Pipa d'Amérique. 

— Crapaud commun (variété des palmes). Ifi7 

23. Triton ponctué. — Amblyslonieà bandes. — 

Salamandre terrestre 175 

24. Axololt de Harlan. — Ménopome des monts 

Alléghanis. — Lép'dosirèue intermédiaire. 179 



POISSOIWSi. 



planche». Pages. 

25. Perche commune (squelette). — Serran pro- 

prement dit. — Bar commun ou loup.. . . 205 

26. l'ranoscope sans armes. — Vive commune. 

— Mulle Rouget 210 

27. Triple perlon. — Dactyloplère des Indes. — 

Scorpène rascasse 215 



28. Plérois volant. — Épinoche femelle dans son 

nid. — Pelor filamenteux 218 

29. Maigre ou Sciène d'Europe. — Chevalier 

ponctué. — Chéilodactyle à long doigt.. . 222 

30. Spare Pagel. — Daurade à tête bossue. — 

Gei res de Plumier 225 



PUu.hlJ. Pagei. 

31, Chélodon de Meyer. — Diptérodou du Cap. 

— Ophicéphale strié 235 

Zi. Naucrate pilote. — Espadon ou Xiphias épce 

(adulte). — Thon commua 238 

33. Tricliiure savale. — Blépharis des Antilles. 

— Nason à musoau court 247 

34. Tiacliyplère de Spinola. — Cépole ruban. — 

Baudroie commune 262 

35. Périoplithalme papillon.— Salariée quatre 

cornes. — Anarrinque loup 254 

3U. GircUe annellée. — Scare des anciens. — 

Rason paon 268 

37. Bagre nègre. — Pimclode conirostre. — Pla- 

lystome de Vaillant 278 

38. Car[>e ordinaire : variété à cuir. — Tanche 

ordinaire. — Anableps de Gronovius.. . . 289 
30. Anchois. — Sardine. — Alcpocéphale à bec. 

— Polyptcre Bichir 30S 



PUichea. Pa°8< 

40. Lotte commune. — Truite ordinaire. — 

Caheliau ou Morue vulgaire 318 

41. Catostome carpe. — Yastrès de Mapa (tète). 

— Brycin aux grandes écailles 311 

42. Aihire marbré. — Cycloptèrelumpe. — Plie. 322 

43. Donzelle commune. — Équille ou Ammo- 

djte appât. — Apléronote à front blanc. — 

Ophisure serpent de mer 333 

H. Baliste américain. — Môle ou poisson lune. 

— Coffre ou Osiracion à oreilles 340 

45. Squale roussette. — Pèlerin très-grand. — 

Chimère arctique 345 

iO. Squale marteau. — Squa'.ineou Ange de mer. 

— Lt'iche bouclée 350 

n. Polyodon feuille. — Torpille marbréj. — 

Pastenague commune 353 

48. Cé)ihaloplèreGiorna. — Ammorcte ronge. — 

Mourineou Myliobale aigle 355 



ERRATUM. 



La figure 29 du texte, page 7 3, indiquée par erreur sous le nom d'/^Kn«f tuberculeuse , représente l'y/Zo/iono/e de 
Hicord, qui n'est pas placé planche X, figure 1, comme cela a été dit par suite d'une faute d'imoression. 




VW^/S^S>t, 



Fin. '• — Kmysaure sei|ientine. 




l"iK- 2- — Cislule ein-op(''eiiiic. (Dessus. 




Cistule euro|)écnnL'. (Prolil.' 




Ce nom csl appliqué d'une manière très-générale aux animaux ver- 
tébrés, à poumons au moins à leur état parfait, à sang rouge et froid, 
à température variable, à génération ovipare, dépourvus d'un dia- 
phragme, sans poils, ni plumes, ni mamelles. La présence d'un sque- 
lette osseux place les Reptiles dans la grande division des animaux 
vertébrés, dont ils forment la troisième classe, et l'on peut aisément 
les distinguer des autres Vertébrés; en effet, ils diffèrent des Mammifères par 
leur mode de génération, l'absence de mamelles, ît parce qu'ils n'ont pas de 
poils; ils s'éloignent des Oiseaux, parce que leur corps, couvert de sortes d'é- 
cailles, ou plutôt de squames ou d'une peau nue, n'a jamais de plumes; enfin 
ils diffèrent des Poissons en ce que, à l'état parfait, ils sont toujours pour- 
vus de poumons, tandis que ceux-ci respirent constamment par des branchies. 
Arlstote désignait les Reptiles sous les noms de Qiiatlrupkks ovipares et de Serpents, et ces 
deux divisions furent conservées pendant très-longtemps, puisque De Lacépède, il y a peu d'années 
encore, les adoptait et se bornait à y intercaler un nouveau groupe, celui des Bipèdes. Linné, tout 
en conservant ces deux grandes divisions, les réunit sous la dénomination (ï Amphibies, et cepen- 
dant ce nom ne pouvait convenir à tous les Reptiles, mais seulement à une de leurs divisions, celle 
des Batraciens, qui contient des animaux doués de la faculté de vivre tout à la fois, ou bien successi- 
vement, pendant les divers états de leur développement, dans l'air ou dans l'eau. Hermann avait pro- 
posé de leur donner le nom de Knjerozoa (du grec, xpuEpo? et ïwcv, animal froid, livide, dégoûtant); 



2 HISTOIRE NATURELLE. 

mais heiirriisemcnl ce nom, qui venait à l'appui du dégoût et de l'horreur qu'inspire presque con- 
slaniment la grande majorité des Reptiles, n'a pas été adopté. Enfin Lyonet, en 1745, et, presque 
en mémo temps, Brisson, dans son Itcgiic animal, ont proposé le nom de ncplilcs, du latin, replure 
(ramper), tout en avouant que ce nom, très-bien choisi pour la plupart des espèces, comme les Ser- 
pents, les Tortues, etc., ne s'appliquait pas bien à toutes les autres de ce groupe d'animaux. Quoi 
qu'il en soit, la dénomination de Reptiles est aujourd'hui généralement adoptée, et le nom d'Erpé- 
toloçfie (epiTETov, reptile; Xo-jo;, discours) sert A désigner la branche de la zoologie qui traite de l'histoire 
de ces animaux. Toutefois nous devons faire remarquer, dès à présent, que les naturalistes moder- 
nes, à l'exemple surtout de De Blainville, subdivisent parfois ces Vertébrés en deux classes particu- 
lières, celle des Rcplilcs, renfermant les Tortues, les Lézards et les Serpents, et celle des Amphibies 
comprenant les Batraciens, qui diffèrent des antres sous un grand nombre de rapports. 

Après avoir indiqué ce que l'on doit entendre d'une manière générale par le mot Reptile, nous de- 
vons, dans ces généralités, consacrer quelques pages ù faire connaître l'organisation de ces animaux, 
qui présentent des particularités remarquables; puis nous dirons quelques mots de leurs classifica- 
tions et de l'histoire de la science qui les concerne, et enfin, avant de passer aux descriptions géné- 
riques et spécifiques, nous ferons connaître quelques faits relatifs à leur géographie et ù la réparti- 
tion des espèces fossiles. 

La taille des Reptiles est excessivement variable : certaines espèces, comme les Lézards, les Aga- 
mes, les Grenouilles, etc., restent assez petites pendant toute leur vie; tandis que d'autres, telles que 
les Boas, les Pythons, les Crocodiles, qui peuvent avoir jusqu'à 8" de longueur, etc., acquièrent une 
taille considérable; et il en est de même parmi les espèces fossiles, qui, presque toutes, sont très- 
grandes, et quelquefois de la taille de nos Cétacés actuels. En outre, les individus de la même espèce 
peuvent aussi différer, sous ce point de vue, suivant les circonstances au milieu desquelles ils vivent, 
leur croissance semblant se continuer pendant toute leur vie. La for?ne est aussi susceptible de beau- 
(■oup de variations et peut être ramenée à trois types principaux, qui, chez certains lîeptiles, établis- 
sent, par leur disposition organique, le passage de l'un à l'autre : 1° celui des Lézards, à corps qua- 
drupède, bas sur pattes et terminé par une queue longue; 2" celui des Tortues et des Grenouilles, à 
corps ramassé et à queue courte ou nulle, et 5" celui des Serpents, caractérisé par l'absence de mem- 
bres, l'allongement considérable du corps, ainsi que de la queue, et la forme plus ou moins cylin- 
drique de celle-ci. Chaque genre, chaque espèce montre aussi des dispositions morphologiques qui 
lui sont spéciales, et qui nous serviront pour caractériser les différents groupes génériques, et, dans 
beaucoup de cas même, les espèces. 

La nature de la peau est loin d'être uniforme chez ces animaux, et l'on peut dire qu'elle est établie 
d'après deux types extrêmement différents les uns des autres : pourvue, chez les Chéloniens, les Cro- 
codiles, les Sauriens et les Serpents, d'un épiderme résistant, d'apparence ccailleuse, elle a, au con- 
traire, chez les Grenouilles, les Salamandres et quelques autres, l'aspect essentiellement muqueux : 
elle comprend un grand nombre de cryptes niucipares, et, au lieu d'un épiderme desséché et épais, 
elle n'offre qu'un épitliélium lin et qui est loin de lui fournir une protection égale à celle que le 
derme des autres Reptiles reçoit de leur épiderme : de là la division importante en erpétologie des 
Itepiiles ccnïHcux et des ncplilcs nus, que l'on a quelquelois, peut-être à juste raison, regardés 
comme formant deux classes particulières d'animaux : les premiers, celle des Ucplilcs ou Sfjnamï- 
fères, et les seconds, celle des Batraciens ou des NudipcUiflrcs. Les Reptiles nus sécrètent en abon- 
dance, par leur peau, un mucus acre dans beaucoup d'espèces; leur derme, comme dans les Cécilies 
et les Lépidosirènes, présente des écailles véritables, développées dans des loges de sa substance, 
non simulées à sa surface par l'épiderme et comparables à celles des Poissons; au contraire, les 
écailles qui se voient chez les autres Reptiles ne méritent véritablement pas ce nom : elles consistent 
en un simple é|)iderme bien plus épais que l'épiiliélium des Repliles nus, surmontant tous les acci- 
dents de la peau; et De Blainville leur a appliqué le nom de squames. La forme de ces écailles est 
très-variable, selon les genres; la régularité de leurs moindres dispositions, suivant les points du 
corps et principalement à la tête, les rainures, les carènes, etc., qu'elles présentent, servent à dis- 
tinguer les groupes et les espèces, et donnent de très-bons caractères. Les squames éprouvent des 
mues plus ou moins fréquentes, variables suivant diverses circonstances, et surtout très-manifestes 
chez certains animaux, tels que les Sauriens et les Ophidiens; et elles ont lieu aussi, mais d'une ma- 



REPTILES. 3 

ni^;re moins manifeste, pour le derme des Batraciens. Dans les Reptiles écailleux, la peau, généraic- 
menl dure, épaisse, est intimement unie aux muscles sous-jacents ou même aux os, tandis que dans 
les lîepliles nus die est molle et tout à fait iiidépei)daiile des muscles. Le bec des Tortues et les 
ongles des Reptiles écailleux constituent aussi des dépendances de la peau, et ne se retrouvent que 
rarement dans les Repliles nus; le grelot caudal des Serpents à sonnettes résulte d'une disposition 
parliculière des étuis cornés qui terminent la queue de ces animaux, et ces étuis ne tombant pas à 
chaque mue, leur nombre augmente à mesure que l'animal avance en âge. La peau de certains Sau- 
liens et celle de quelques Batraciens forment, sur la ligne médiane du corps, des saillies en forme de 
crêtes régnant sur le dos et la queue ou sur l'une de ces régions seulement. Les couleurs des Rep- 
tiles, sans être aussi brillantes que celles des Oiseaux et des Poissons, sont cependant assez vives et 
assez belles; les Lézards présentent une couleur verte relevée par des taches plus foncées; quelques 
Sauriens, quelques Ophidiens et même certains Batraciens, offrent des teintes éclatantes. Une autre 
particularité très-remarquable est la propriété que possèdent certaines espèces de changer plusieurs 
fois, et en peu d'instants, les nuances qui leur paraissent particulières; ces phénomènes sont surtout 
remarquables dans le Caméléon, le Marbré, et même dans les Rainettes elles Grenouilles. 

L'absorptidU et l'exhalation sont très-manifestes chez les Repliles; et les physiologistes se servent 
surtout des Batraciens pour démontrer ces deux phénomènes vitaux. D'après liobert Townson, les 
tlienouilles et les Rainettes absorbent l'eau par la peau au lieu de la boire, et, au lieu de la rejeter 
|iar l'urètre, elles la rendent par la transpiration. En plongeant dans de l'eau des Grenouilles lais- 
sées pendant longtemps à sec, on voit qu'en moins d'une heure leur poids peut doubler par l'ab- 
sorption du liquide qui a pénétré dans leurs tissus. 

Les dispositions de la muqueuse intestinale sont assez peu différentes suivant les divers groupes 
des Reptiles, et cela se conçoit, puisque le régime est presipie constamment animal chez tous. Ces 
animaux, en général, mangent et boivent fort peu et peuvent rester très-longtemps sans prendre de 
nourriture : leur digestion est excessivement lente, et leurs déjections fécales, surtout celles des 
Serpents, présentent l'extrait de l'animal qu'ils ont avalé, et il est facile de reconnaître ces diverses 
parties, quoique les portions molles aient complètement disparu. L'estomac, moins délimité que chez 
les animaux supérieurs, est simple, court, à l'exception des Tortues, espèces herbivores, et chez les- 
quelles il est, au coiitiaire, assez long. II n'y a de cœcum que dans un petit nombre de cas. Les in- 
testins sont assez allongés; ils atteignent près de G" dans le Crocodile du Nil, et pi es de i"' dans la 
Tortue des Indes : chez les Batraciens anoures, ils sont assez longs dans les têtards, et se raccour- 
cissent considérablement dans l'animal à l'état parfait, et cela tient à leur régime, qui d'herbivore 
di:vieiit Carnivore. L'œsophage, qui n'offre souvent pas de partie dilatée, est, chez les Serpents, dila- 
table dans toutes ses parties, ce qui permet à ces animaux d'avaler d'énormes proies. L'orilice pos- 
térieur du canal intestinal est précédé d'une dilatation cloacale dans laquelle débouchent aussi les 
canaux nrinaires et génitaux. Les glandes du canal intestinal ne présentent rien de particulier; le foie 
existe chez tous, et est diversement modifié; la rate est très-petite et variable pour sa position; le 
pancréas se retrouve également. Des organes qui dépendent de ceux de la digestion sont les délits^ 
qui doivent nous occuper quelques moments. Les dents manquent chez quelques Repliles; les Tortues 
en sont complètement privées, ainsi que les Batraciens anoures et le Coluber scabcr; tous les autres 
Reptiles onl des dents qui leur servent soit à saisir leur jiroie, soit à se défendre, soit à introduire 
dans les plaies qu'ils déterminent des liquides vénéneux, et que sécrètent des glandes analogues aux 
glandes salivaires; rarement les dents servent à mâcher : leur forme est le plus habituellement en 
cône aigu, quoique, dans un petit nombre de cas, elles soient élargies et tuberculiformes; car pres- 
que constamment elles sont comparables à celles des Dauphins par la simplicité de leur forme; mai? 
leur insertion n'a pas simplement lieu sur les os maxillaires ou incisifs comme dans les Mammifères, 
et toutes ne sont pas radicnlées : on en trouve sur les os palatins, vomériens, et même ptérygoidiens 
internes ou externes; les Batraciens sont ceux qui se rapprochent le plus des Poissons par l'unifor- 
mité et le mode d'implanlation éparse de leurs dents. La position des dents a valu aux animaux qui 
en sont pourvus des noms spéciaux, et qui rappellent cette particularité de leur organisation. La 
structure et le mode de remplacement de ces organes ont été étudiés dans ces derniers temps avec 
soin, et doivent nous occuper spécialement, car elles donnent de bons caractères génériques. Chez les 
Reptiles tliîcodonies, tels que les Crocodiles et quelques Sauriens, les dents sont fixées par une racine 



Jt HISTOIRE NATURELLE. 

simple dans l'alvéole, comme ft-Iles des Mammifères; dans In plupart des autres Reptiles, ou acro- 
iloiiics, tels que les Ophidiens et quelques Sauriens, les dents reposent sur le bord tranchant des 
mâchoires, et leur substance est en conlinuilé apparente avec celle de l'os; dans les plcurodontes, 
comme les Lézards, les dents sont appliquées contre la paroi interne des os maxillaires, mais sans 
que leur partie radiculaire soit enveloppée dans une alvéole. En général, ces dents sont uniformes, 
à couronne simple, et le plus souvent aiguës, et leur grandeur est aufsi la même ou à peu prés la 
même dans toutes les parties de la bouche; quelques Sauriens ont cependant une paire supérieure et 
une inférieure de dents plus longues et jilus fortes que les autres, ce qui donne à ces dents quelque 
analogie avec les canines des Carnassiers, dont elles occupent aussi la place. Une autre particularité 
remarquable est fournie par les Ophidiens, dont beaucoup d'espèces introduisent, par des dents lu- 
[)uieuses ou simplement cannelées, les venins qui les rendent si redoutables; ces dents sont implan- 
tées sur les os maxillaires supérieurs, et reçoivent de glandes pLicées auprès des joues la terrible 
liqueur; telles sont les dents des Vipères, des Crotales et des Trigonocéphales. Les dents des Amphi- 
bies sont simples dans leur forme; elles sont petites, nombreuses, et plus dispersées dans la bouche 
que celles des autres Repaies, ce qui semble indiquer un passage vers les Poissons. Quelques Anou- 
res, comme le Pipa, beaucoup de Crapauds et de Rainettes, sont absolument privés de dents, 
même au palais; les Grenouilles étions les Raniformes ont pour caracière d'en avoir à la mâchoire 
supérieure et aux os incisifs; les Crapauds et les Rainettes en manquent, au contraire, à celte place, 
et tous les Anoures en sont privés ft la mâchoire inférieure; les dents palatines de ces animaux, par 
leur nombre, leur disposition et leur forme, offrent quelques bons caractères jjourla répartition des 
espèces en sous-genres; tous les autres Amphibies ont des dents variant dans leur disposition. On a 
observé chez différentes espèces de Reptiles, principalement chez les Crocodiles et les Sauriens plcu- 
rodontes, le mode de remplacement des dents : les germes de celles qui appartiennent à la seconde 
denlition se développent au-dessous de celles dont elles doivent occuper la place et dans le tube 
creux de leur racine. 




Fig. I. — Torluc raliotcuse (Chélonien) 



Linué, Gmelin et Danbenton ont cru que les Reptiles n'avaient que deux cavités au cœur; on savtiit 
cependant par Méry, dés 1703, et par Perrault, que les Tortues et les Caméléons ont une double 
oreillette; G. Cuvier et Al. Brongniart ont fait la même observation pour les Lézards; mais ils ont ad- 
mis à tort que les Batraciens et même les Ophiiliens n'avaient qu'une seule oreillette et qu'un seul 
ventricule. Le cœur des Chéloniens représente les trois quarts du volume d'une sphère qu'on aurait 
un peu déprimée, et ses deux oreillettes sont amplement développées. Le cœur des Crocodiles montre 
la structure la plus compliquée que l'on ait observée dans les Reptiles : ses oreiLetles sont un peu 
moins grandes que celles des Chéloniens, et le ventricule est de forme ovalaire; celui des Sauriens est 
plus simple que celui des Crocodiles, et il y a toujours deux oreillettes distinctes à l'intérieur dans le 
cœur des Ophidiens; il y a au.ssi des oreillettes et un ventricule de forme allongée, incomplètement 



KEPTILES. 5 

divisé en deux intérieurement. Parmi les Reptiles à branchfeî persistantes, comme les Sirènes et les 
Protées, il y a encore réellement deux oreillettes, mais elles semblent extérieurement n'en former 
qu'une seule, et elles sont remarquables par les divisions brancliiformes qu'elles présentent. Le sang 
est rouge comme chez les autres Vertébrés, et composé de même de sérum tenant de la fibrine et de 
l'albumine en dissolution, et de globules dont la forme est elliptique ; ceux des Lézards sont quatre 
fois plus gros que les globules du sang de l'homme; chez les Grenouilles, leur éj^aisseur est de huit 
ou di\ fois moindre que leur longueur; ceux du Prolée sont les plus gros que Vcsa connaisse, et sont 
même presque visibles à la vue simple. 

La circulation lymphatique des Reptiles et les vaisseaux dans lesquels elle s'opère ont été décrits 
avec le plus grand soin dans ces derniers temps, surtout par MM. Panizza et Millier. On y voit des 
organes particuliers et puissants nommés cœurs lymphatiques : il y en a quatre dans les Grenouilles, 
et leurs battements sont indépendants de ceux du cœur. 




La respiration des Reptiles est moins active que celle des Mammifères et des Oiseaux, et, comme 
leur circulation est incomplètement double, il en résulte que la quantité de sang que reçoit le 
bénéfice de l'oxygénation est proportiormellement moindre que chez les autres Vertébrés; les Rep- 
tiles produisent, à cause de cela, moins de chaleur, et on les classe, avec les Poissons, parmi les ani- 
maux à sang froid. On dit aussi que leur respiration est incomplète, par comparaison avec celle des 
Mammifères, que l'on appelle complète, et celle des Oiseaux, que l'on appelle double. C'est encore à 
leur circulation et à leur respiration incomplètes que l'on attribue la lenteur des mouvements qui ca- 
ractérise beaucoup de ces animaux, du moins dans nos climats. 

Les Reptiles, aussi bien les Squamifères que les Amphibies, ont tous des poumons; mais ils n'en 
ont pas tous à tous les âges de leur vie. La plupart des Amphibies viennent au monde avec des bran- 
chies, et leur respiration se fait alors par le moyen de ces organes : un petit nombre d'entre eux con- 
servent même ces branchies après que leurs poumons se sont développés, et ils peuvent respirer 
à l'air libre au-dessus de l'eau. La respiration aérienne des Reptiles varie dans les différentes fa- 
milles; elle est plus compliquée dans les Chéloniens, dont les côtes sont immobiles pendant l'acte 
respiratoire, de même que chez les Crocodiles; chez les Ophidiens et les Sauriens, les poumons sont 
des sacs à parois minces, gaufrées par l'arrangement des vaisseaux sanguins, de manière à les mettre 
en rapport avec l'air atmosphérique, et ils reçoivent une quantité d'air considérable, comparative- 
ment au peu d'activité de leur hématose. Les deux poumons des Sauriens n'ont pas une bien grande 
étendue, et ils sont égaux entre eux; dans les Ophidiens, les deux poumons sont très-inégaux, et l'un 
d'eux est souvent presque complètement atrophié. Les poumons des Amphibiens sont doubles et sy- 



g HISTOIRE NATURELLE. 

mélrinues, corrimo ceux dos Sauriens; mais leur structure se simijlilie encore, soit pour la Iracliée, 
soit pour le pouiron lui-même, dont les parois ont parfois si peu ds ramilications cellulaires, qu'on 
les confondrait volontiers avec la vessie natatoire hilobée de certains Poissons; et celte analoijie est 
surtout très-remarquable dans le Lcpidosirène. Le mécanisme de la respiration est assez variable, sui- 
vant les divers ordres de ces animaux; mais nous n'entrerons pas dans des détails à ce sujet. La ])eau 
nue des Anipbibiens est également un moyen de respiration; elle absorbe l'oxygène de l'air en celui 
qui est dissous dans l'eau, et dégage de l'acide carbonique. La respiration pulmonaire peut alois 
être suspendue, et l'ablation même des poumons n'empêche pas l'oxygénation du sang; ainsi s'expli- 
que rhivernation dos Grenouilles et des Tritons dans la vase, et la possibilité qu'ont ces animaux d'y 
rester longtemps plongés sans souffrir. 

Les Reptiles font rarement eniemlre une véritable voix. La force avec laquelle ils introduisent l'air 
dans leurs poumons ou avec laquelle ils l'en chassent, et l'expression passionnée qu'ils donnent à 
cet acte lorsque le désir ou la crainte les anime, sont presque l'unique moyen de phonation des 
Reptiles; c'est une sorte de sifflement. Les Iguanes ont une voix sonore; les Geckos font entendre 
un bruit particulier et monotone; les Grocodiles ont une véritable voix; celle de beaucoup de Ba- 
traciens est assez variée suivant les espèces : comparable au chant du Scops chez le Crapaud son- 
nant, elle a, dans certaines Rainettes, une véritable analogie avec le chant du Canard, quoiqu'elle se 
produise à des intervalles plus longs; celle des Grenouilles est connue de tout le monde, et, de tout 
temps, les poètes en ont parlé. Le coassement des Grenouilles, le chant des liaineiles ou des Cra- 
pauds est un apanage du sexe mâle; les femelles de ces animaux ne produisent guère qu'un petit 
i)ruit, une sorte de grognement ou bien un clapement sans éclat. Les Anoures et les Crocodiles ont 
une voix larvngienne Le peu d'activité de la circulation et de la respiration des Reptiles fait que ces 
animaux diffèrent peu de température avec le milieu dans lequel ils sont plongés, et le plus souvent 
ils nous font éprouver, quand nous les touchons, une sensation de froid; certains d'cnlie eux ont, au 
contraire, une température plu.s élevée lorsqu'ils sont restés exposés à l'ardeur du soleil. Les Rep- 
tiles sont donc des animaux a température variable plutôt que des animaux à sang froid. La chaleur 
est indispensable à l'activité des Reptiles, et tous recherchent avec avidité les rayons du soleil; le 
Lézard engourdi par le froid, la Tortue qui s'est rentrée daiis sa carapace, le Serpent que l'on avait 
cru mort, ne tardent pas à s'éveiller si on les expose au soleil; leur resjiiration reprend de l'activité, 
et bientôt leurs mouvements devienncnl prompts et animés. Celte alternative de vie active et d'engour- 
dissement est commune aux Reptiles de uns contrées; plus on se rapproche des pôles, plus rhiver- 
nation est prolongée, plus aussi les Ri piiles deviennent rares. Des espèces des contrées les plus 
chaudes du globe s'engourdissent, au contraire, pendant les grandes chaleurs ou la sécheresse. 

Les organes urinaires sont a>^sez complets. Les reins existent chez tous les Reptiles, et ne présen- 
tent dans la série de ces animaux qu'une assez légère différence; ils sont assez rapprochés de l'anus 
et toujours au nombre de deux et plus ou moins globuleux; leur surface est mamelonnée dans cer- 
taines espèces ou marqués dans d'autres de fines circonvolutions, et, dans ceux des Chéloniens, la 
structure a une grande analogie avec les reins des Oiseaux : dans d'autres cas, ils ont, ainsi que d;iiis 
les Mammifères, deux substances distinctes; mais ils manquent toujours de calice ou de bassinet. La 
vessie offre une assez grande capacité. L'urine des Reptiles est abondante et li(iuide, ou bien, au 
contraire, rare et concrétée; les Chéloniens et les Amphibiens appartiennent à la première catégorie, 
et les Sauriens ainsi que les Ophidiens rentrent dans la seconde. L'urine des Ophidiens et de quel- 
ques Sauriens est blanche ou jaunâtre, elle se concrète en une masse terreuse aussitôt après sa 
sortie du corps, contient de l'aciile urique en grande quantité et des sels de même acide, à base de 
potasse, de soude et d'ammoniaque, ainsi qu'un peu de phosphate de chaux, mais pas de trace 
d'urée. L'urine liquide des Chéloniens et des Amphibiens a une composition différente, et comprend 
surtout une quantité plus ou moins considérable d'urée tenue en dissolution. 

On a constaté chez des genres de Chéloniens, à l'exclusion de certains autres, de grandes poches 
systo'ides appelées, par Ruvernoy, vvssic.i nnnics accessoires, en communication avec le cloaque, et 
qui se remplissent d'un li(piide aqueux. Lcsueur s'en est surtout occupé. 

La salive et les fluides venimeux sont d'autres sécrétions des Reptiles qui présentent aussi des par- 
ticularités a.ssez curieuses. Les Ophidiens seuls comptent des espèces venimeuses dans la véritable 
acception de ce mot. On a dit que le prétendu venin des autres Reptiles, et en particulier celui des 



REPTILES. 7 

Crapauds, était une simple sécrétion muqueuse de leur peau, ayant une âcrelé plus ou moins pronon- 
cée selon les espèces, mais que son action n'était pas dangereuse, et qu'elle jouissait simplement de 
propriétés irritantes si on l'appliquait sur les membianes muqueuses de la bouclie, des yeux ou du 
nez. Toutefois les expériences assez récentes de MM. P. Gratiolet et Cloez ont démontré qu'il n'en 
était pas ainsi, et que cette matière était, comme les anciens l'avaient dit, véritablement venimeuse, 
puisque, à une dose assez peu considérable et administrée sur quelque muqueuse, elle pouvait en peu 
de tcm|)s donner la mort ;\ des Oiseaux de taille assez grande. 

Le squelette des Reptiles, établi dans beaucoup de cas d'après le modèle général de celui des 
Mammifères, semble, dans quelques autres, assez analogue à relui des Poissons; la détermination des 
pièces de ce squelette, très-importante pour l'ostéologie comparée des Vertébrés, l'est également 
beaucoup pour celle des nombreuses espèces fossiles de cette classe; aussi un grand nombre de tia- 
vaux ont ils été faits sur ce sujet par G. Cuvier, Et. Geoffroy SaintUilaire, Meckel, Carus, Dugès, 
Laurillard, Straus, Bibron, P. Gervais, etc. En outre, ce squelette offre des particularités des plus re- 
marquables dans les divers Reptiles actuellement vivants, et présente d'énormes différences parmi 
les espèces fossiles. C'est ainsi que les Plésiosaures, Ptérodactyles, Icbtliyosaures, Simosaures, Laby- 
rliinthodons, ^'égalûsaures et tant d'autres Reptiles de la formation secondaire, qui atteignaient par- 
fois la taille de nos Cétacés, présentent des différences des plus curieuses, et que l'on doit noter. 
Pour tous ces motifs, nous consacrerons quelques lignes à l'étude du squelette de ces Vertébrés, et 
nous le ferons avec d'autant plus de détails, que nous ne pourrons pas y revenir dans nos descriptions 
génériques. Le crâne des Reptiles est de forme très-variable : cbez les Tortues, il a de l'analogie 
avec celui des Dradypes; il est en coin, et plus ou moins semblable à la tête des Brochets chez les 
Crocodiles; celui des Ophidiens semble porter des membres tout hérissés de dents; celui de beaucoup 
de Sauriens présente, dans sa moitié postérieure, plusieurs os allongés qui paraissent comme des 
barreaux dirigés en divers sens; dans le Caméléon, le crâne est prolongé en forme de mitre; chez les 
l'hrynosomes, genre très-curieux découvert assez récenmient, les prolongements en forme de corne 
sont plus nombreux, d'où il résulte que la tête semble coiffée par une couronne d'épines; mais ces 
diverses formes diffèrent dans les différents groupes de cette classe suivant le séjour et les mœurs 
des animaux. La tète osseuse des Reptiles a occupé un grand nombre d'anatomistes qui sont loin 
d'être d'accord sur la signification des diverses pièces qui la composent; le nombre des os crâniens 
est de trente-six pour les Chéloiiiens, de trente-huit (lour les Sauriens, trente et un pour les Ophi- 
diens et de vingt-huit seulement pour les Amphibiens; mais ces nombres ne sont pas constants et 
varient dans quelques genres. On trouve parmi ces os des pièces qui se retrouvent dans tous les 
Vertébrés, et d'autres qui sont particulières aux Reptiles. La mâchoire inférieure est composée de 
plusieurs pièces, toutes répondant à l'os mandibulaire des Mammifères, et l'articulation avec le crâne 
se fait par un os particulier, l'os carré, qui est un démembrement du temporal. L'articulation du 
crâne avec les vertèbres se fait par un condyle plus ou moins simple chez les Reptiles proprement 
dits, et par deux condyles chez les Amphibiens. Le nombre des vertèbres est excessivement variable: 
dans les Crapauds, il n'y en a que neuf; chez les Sauriens, soixante à cent; dans les Cécilies et les 
Amphibiens, au coniraire, il y en a jusqu'à deux cent trente; dans les Ophidiens, elles sont excessi- 
vement nombreuses, et l'on en compte jusqu'à quatre cent vingt dans le Python améthyste, etc. La 
forme et la composition que présentent les vertèbres fournissent d'exeellents caractères, surtout pour 
l'élude des espèces fossiles; le corps est concavo-convexe dans les Ophidiens, une grande partie des 
Sauriens, etc., et il est biconcave dans les Geckos, ainsi que dans un grand nombre d'Amphibiens; les 
facettes articulaires sont plus ou moins complexes, et les appendices de formes variables et remar- 
quables par les os en V; enfin la structure elle-même des vertèbres varie assez. Le nombre relatif et 
la disposition des diverses vertèbres cervicales, dorsales, caudales, etc., varie suivant les divers 
genres et suivant, surtout, que le Reptile est pourvu ou non d'une queue qui peut êtr^ très-longue : 
de telle sorte que les vertèbres caudales sont très-nombreuses dans les Ophidiens et les Sauriens, et 
manquent dans les Amphibiens. La queue varie autant dans sa forme extérieure que dans sa confor- 
mation ostéologique; les écailles, dans beaucoup d'espèces, y ont une disposition régulièrement ver- 
licillée, et quelquefois elles sont épineuses et soutenues même par des ossifications du tronc. La 
queue des Sauriens à forme de Serpents est généralement très-longue : aussi est-elle très-fragile; 
mais ces espèces, et surtout les Lézards, l'Orvet, etc., jouissent de la singulière propriété de pou- 



8 lllS'lOIIiE NATURELLE. 

voir reproduire cet organe après qu'ils en ont perdu une partie plus ou moins considérable, et sou- 
vent on prend des individus dont la queue est de nouvelle lormalion. La queue repousse plus vite en 
été qu'en automne ou au printemps; elle est d'une couleur plus terne que celle qu'elle remplace, plus 
courte et plus obtuse, à verlicilles d'écaillés moins marqués : anatomiquement, elle se compose d'une 
peau, de nerfs, de vaisseaux, et même, d'après Dugès, d'un prolongement nerveux de la moelle, en- 
veloppé d'un étui solide, mais imparfaitement ossifié et non divisé en vertèbres. La queue des Ophi- 
diens est très-longue ou très-courte suivant les genres; elle est prenante chez les Boas et les Pvllions. 
C'est d'après la considération de leur queue que les Reptiles nus ou Amphibiens, à l'exception des 
Cécilies, ont été partagés en deux groupes, les Urodèlcs, qui ont une queue comme les Salamandres, 
les Sirènes, etc., et les Anoures, qui en manquent à l'état parfait, tels que les Rainettes, les Gre- 
nouilles, les Crapauds, etc. Les pièces qui constituent le sternum et l'épaule, qui n'existent pas tou- 
jours, sont difficiles à distinguer, et présentent des particularités assez curieuses. Les côtes n'exis- 
tent pas toujours; en effet, il n'y en a pas de traces chez les Urodèles; elles sont nombreuses chez 
quelques Anoures et se présentent comme de petits appendices mobiles articulés sur les apophyses 
transverses : les Ophidiens oi.t des côtes grandes, bien osseuses, très-nombreuses, mais il n'y a pas 
de sternum ; les Sauiiens ont des côtes qui tantôt se joignent toutes au sternum et dont quelques- 
unes restent parfois libres; les côtes des Chéloniens s'élargissent considérablement et ne sont pas 
mobiles. Aux membres antérieurs, qui manquent chez les Ophidiens, les Amphibiens, le Chirote, les 
Cécilies, etc., riiumérus est en général long, assez analogue pour la forme à celui des Mammifères; 
l'avant-bras est habituellement composé de deux os, le radius et le cubilus, et ces deux os sont ordi- 
nairement distincts dans toute leur longueur; la main offre dans sa composition des dispositions as- 
sez variées, suivant que le membre est plus ou moins parfait, et les os du carpe, les métacarpiens cl 
les doigts, ainsi que leurs diverses phalanges, n'ont de fixité ni dans le nombre, ni dans la forme. 
Aux membres postérieurs, qui peuvent également manquer, les trois os du bassin concourant à for- 
mer la cavité cotyloïde offrent des particularités suivant les espèces : le fémur ressemble, dans bien 
de.« cas, à l'humérus; la rotule n'existe pas toujours; les os de la jambe, c'est-à-dire le tibia et le 
péroné, sont distincts l'un de l'autre, sauf dans les Anoures, et ne diffèrent pas en grosseur entre 
eux, comme chez les Mammifères et les Oiseaux; et, dans les Anoures, ils sont soudés dans toute leur 
longueur l'un à l'autre; le pied offre plus de diversité, mais on remarque toutefois qu'il ressemble le 
plus souvent à la main d'une manière évidente, quoique ses doigts soient plus longs et qu'il n'y en 
ait que quatre apparents dans le plus grand nombre des cas. l.,es Ophidiens manquent de bassin 
comme d'épaule, de sternum et de membres antérieurs; certains d'entre eux portent ce|)endant au- 
près de l'anus des appendices en crochets que l'on a considérés comnK^ des rudiments de pattes pos- 
térieures. Les Pythons, les Doas, les Eryx, les Tortrix, etc., sont particulièrement dans ce cas : ces 
vestiges de membres, si toutefois ils méritent bien ce nom, apparaissent extérieurement comme des 
ergots plus ou moins cornés. 

Le dermatosqueleite, c'est-à-dire l'ossification de la peau, acquiert, chez les Chéloniens, et prin- 
cipalement chez les Tortues terrestres, son maximum de développement, et, par sa jonction avec les 
côtes et le sternum, il constitue la carapace de ces animaux. Les Crocodiles présentent à la peau des 
plaques squamiformes contenues par des noyaux osseux, et qui leur servent de cuirasse. 

Les muscles des Reptiles ont en général des fibres courtes, peu colorées et disposées par faisceaux 
placés entre des cloisons fibreuses ou adhérentes au tissu de la peau; les Grenouilles néanmoins dif- 
fèrent sous ce rapport. Les muscles des Reptiles conservent plus longtemps encore leur irritabilité 
que ceux des Poissons; on a vu des Crapauds, des Salamandres, des Serpents, etc., privés de la tête, 
dépouillés de leur peau depuis longtemps, et maintenus humides, manifester encore des mouvements 
pendant des semaines entières; les Tortues sont dans le même cas, et peut-être même à un degré 
plus prononcé. La queue des Lézards ou des Orvets, une fois détachée du corps, jouit, pendant quelque 
temps encore après sa séparation, de contractions convulsives. 

Les mouvements des Reptiles sont très-divers : la marche, le saut, le grimper, l'action de fouir, 
la nage et même le vol sont également à leur usage; toutefois les Reptiles marcheurs sont les plus 
nombreux, et leurs allures ambiguës, quoique vives dans beaucoup de circonstances, constituent l'acte 
de ramper, d'où est venu, comme nous l'avons dit, leur nom général. Les Ophidiens, au moyen de 
leur colonne vertébrale très-mobile et composée d'un très-grand nombre de pièces, progressent par 



REPTILES. 9 

les ondulations bilatérales de leur corps sur le sol ou sur les arbres; le redressement de leurs écailles 
inférieures leur donne souvent un point d'appui très-utile; c'est par des ondulations inférosupérieures 
que les mêmes animaux réussissent à nager. La queue des létards et des Urodèles aquatiques est 
comprimée, longue, et constitue une rame puissante; leurs pattes les aident, au contraire, très-peu, 
et ils ne s'en servent que pour la marche; mais les pattes, dans d'autres Reptiles, servent pour la 
natation, et, dans les Cliélonlens marins, elle sont transformées en véritables rames, dont la forme 
rappelle celle des Cétacés. Les Dragons sont les seuls animaux de celle classe qui sont doués de la 
propriété de voler, encore sont-ils pourvus de parachutes plutôt que de véritables ailes : on suppose 
que les Ptérodactyles, gigantesques fossiles que l'on a trouvés en Angleterre et en Allemagne, possé- 
daient la même propriété, et que leur long doigt externe des membres antérieurs sous-tendait une 
membrane pleurale semblable à celle des Chéiroptères. Quelques espèces, telles que les Iguanes, mon- 
tent aux arbres avec facilité; dans les Caméléons, les pattes sont assez complètes pour que ces ani- 
maux puissent s'en servir pour saisir les objets mobiles; mais c'est le seul exemple qu'il y ait chez les 
Reptiles, et, dans les autres, tantôt les pattes sont beaucoup moins parfaites, et peuvent même, 
comme dans un très-grand nombre de cas, surtout dans les Ophidiens, manquer complètement. 




Fig. 5. — Uropeltis des Philippines (Opliidien). 



Tous les Reptiles, et surtout les Batraciens, produisent un nombre considérable de petits, et la 
multiplication de ces derniers est réellement prodigieuse dans la plupart des cas; mais si leurs œufs 
et leurs têtards sont innombrables, les animaux carnivores et même les circonstances physiques en 
détruisent en peu de temps une grande quantité. La grande facilité avec laquelle on peut suivre les 
diverses phases de la fécondation et du développement de l'œuf ou de l'embryon chez les Reptiles 
ont attiré d'une manière toute spéciale, si.'r ces animaux, et principalement sur les Batraciens, l'at- 
tention et l'observation des physiologistes, ainsi que des anatomistes. Les organes copulateurs mâles 
des Reptiles sont établis d'après trois types bien différents : nuls dans leur partie copulatrice chez 
les Amphibiens, ils sont simples chez les Tortues et les Crocodiles, et doubles chez les Sauriens, les 
Serpents et les Amphisbènes. Nous n'entrerons pas dans de grands détails sur les organes génitaux. 
Disons seulements que l'organe mâle principal est double chez les Ophidiens et chez quelques Sau- 
riens, ce qui a fait donner par De Blainville le nom de Bispéniens à ces animaux, et qu'il y a con- 
stamment deux testicules. Les femelles des Tortues et des Crocodiles seules ont un clitoris; il y a 
toujours chez elles deux oviductes plus ou moins longs; jamais on ne trouve de traces d'utérus, 
enfin il y a deux ovaires distincts. Les œufs sont différemment fécondés, suivant les différents grou- 
pes, et leur mode de développement est également très-divers. La plupart des Reptiles, en effet, 
pondent des œufs : ces œufs ont tantôt une coquille calcaire (Tortues, Crocodiles), tantôt une co- 
quille flexible, mais encore résistante (Sauriens et Ophidiens), tantôt une coquille tout à fait molle et 

R. r. 2 



,Q HISTOIRE NATURELLE. 

transparente (Amphibiens); d'autres espèces, romnie la Vipère et l'Orvet, sont ovovivipares ; c'est- 
à-dire que leurs petits, après s'être déveloi)pés dans les oviductes, naissent vivants. On ignore le 
mode de reproduction des Axolots, des Protées, des Amphiaumas, etc. Après la ponte ou la parlurilion 
des Reptiles ovovivipares, les parents ne continuent guère à leur donner des soins; mais on remar- 
que, dans la manière dont ils placent leurs œufs et dans le choix des lieux où ils déposent leurs pe- 
tits, mille preuves de cette admirable prévoyance dont les œuvres de Dieu nous montrent partout tant 
et de si beaux exemples. Quidques espèces ovipares font même des espèces de nids, et l'on cite des Caï- 
mans américains qui construisent une retraite assurée pour leur progéniture; on a vu, à notre ména- 
gerie du Muséum, que le Python molure de l'Inde enveloppait ses œufs des replis de son corps, et qu'il 
les soumettait à une incubation aussi prolongée et presque aussi active que celle des Oiseaux. Palisot 
De Beauvais assure qu'à l'approche d'un danger, les Crotales donnent asile dans leur gueule à leurs 
petits. Dans le Pipa do la Guyane, on remarque une singulière précaution pour la conservation des 
œufs; ces œufs éclosent dans des poches particulières du dos de la femelle. Un autre exemple que 
nous devons citer est celui du Crapaud accoucheur : le mâle, après avoir aidé à la ponte des femel- 
les, ce qui lui a valu le nom qu'il porte, se retire dans quelque trou avec les œufs, et le premier dé- 
veloppement de ceux-ci se fait loin de l'eau; mais quand l'éilosion approche, comme les têtards de- 
vront respirer par des branchies, et que l'eau leur sera indispensable, il gagne quelque mare pour 
y déposer son précieux fardeau. Les jeunes larves de la Salamandre terrestre, ainsi que celles des 
Triions, vivent dans l'eau et respirent comme les jeunes Batraciens, au moyen de branchies. 

Le mode de développement des Reptiles a été étudié avec le plus grand soin, et présente des parti- 
cularités des plus remarquables. Les œufs se forment dans les ovaires des femelles, indépendam- 
ment de la fécondation; eu effet, les femelles des Tortues, des Lézards, des Grenouilles, etc., rete- 
nues en captivité, donnent des œufs à l'époque ordinaire de leur parlurilion sans avoir été fécondées; 
mais le développement embryogénique n'a nalurellement pas lieu. Les œufs sont composés comme 
ceux des animaux vertébrés supérieurs; mais ils offrent dans leur développement des faits particu- 
liers et sur lesquels ils nous est malheureusement impossible d'insister. 

On sait que la plupart des Amphibiens éprouvent des métamorphoses que l'on a, à juste raison, 
comparées à celles des Insectes, et qui, connues dès la plus haute antiquité, ont été, dans ces der- 
niers temps surtout, le sujet de travaux importants d'un grand nombre de naturalistes, parmi les- 
quels nous devons citer Swammerdam, Roesel, Steinheim, Prévost et Dumas, Rusconi, Dulrochel, 
Baer, Funk, Vogt, etc., et ont eu lieu principalement sur la Grenouille verte, ainsi que sur quelques 
autres Amphibiens assez communs. Au sortir de l'œuf, les Reptiles nus portent en général le nom de 
têtard; leur vie est aquatique, et l'acte de la respiration se fait constamment par des branchies; 
après avoir passé quelque temps dans cet élat, ces animaux se transforment de nouveau; leurs bran- 
chies se changent en poumons, et ils arrivent à leur état parfait, c'est-à-dire à celui dans lequel ils 
peuvent se reproduire. Quelques Amphibiens semblent présenter un état intermédiaire; c'est-à- 
dire qu'ils ont des branchies qui persistent pendant toute leur vie. Dans nos généralités sur les Am- 
phibiens, nous entrerons dans plus de détails à ce sujet. 

Le système nerveux des Reptiles a été surtout étudié par Tiedmann, G. Cuvier, Laurillard, 
MM. Serres, Natalis Guillot, Longet, etc. Le cerveau, en général, ressemble à celui des Mammifères 
par la position relative des hémisphères, des tubercules quadrijumeaux et du cervelet; à celui des 
Oiseaux, par la petitesse des couches optiques; à celui des Poissons, par la longueur des lobes 
olfactifs et la continuité de ces lobes avec la partie antérieure des hémisphères; mais l'ensemble du 
cerveau est moins volumineux que dans les Oiseaux, quoiqu'il remplisse encore exactement la cavité 
du crâne; toutes ses parties sont lisses et sans circonvolutions. Les nerfs sont assez compliqués. 

Le sens du toucher n'a pas, chez les Reptiles, une grande perfection, et la peau externe de ceux 
qui sont écailleux ne présente en aucun point de disposition bien favorable à son exercice; mais, au 
contraire, la peau des Reptiles nus est très-favorablement disposée pour le toucher, et les peloltes 
qui garnissent l'extrémité des doigts chez les Rainettes, de même que les petits appendices étoiles 
de ceux des Pipas, leur sont également utiles. 

La langue, sans être aussi perfectionnée que celle des Mammifères, est plus molle, plus papilleuse 
que celle des Oiseaux et des Poissons, et une salive plus abondante vient habituellement l'enduire. 
La langue, qui pour ces animaux est non-seulement un organe de gustation assez perfectionné, mais 



UEPTILES. H 

aussi un oi;;ane de tact, présente des dilTérences de forme nombreuses, singulières et qui, sem- 
blant se joindre ii quelques autres points de leur organisme, ont servi, surtout à Wagler, à caracté- 
riser quelques groupes de lleptiles, ainsi que nous aurons occasion de le dire. La langue des Ophi- 
diens est des ])lus curieuses; elle jouit d'une grande niobiliié, est très-profondément bifide, et peut, 
au gré de l'animal, être en grande partie rétractée dans un fourreau basilaire; celte langue, organe 
'ont à fait inoffensif, quoi qu'on en ait dit, est presque toujours en mouvement, et sert pour toucher 
les corps; elle est charnue et à papilles très-distinctes eiiez les Tortues, très-mobile chez les Croco- 
codiles, pratractile et ressemblant à un Ver allongé chez le Caméléon; enfin, chez les Batraciens Uro- 
déles, elle adhère à la mâchoire inférieure, tandis que, dans les Anoures, elle est contractile, char- 
nue, humide et visqueuse. Du reste, on peut dire que la plupait des Reptiles, avalant leurs aliments 
sans les mâcher, ne perçoivent par conséquent aucune saveur et n'éprouvent qu'une sensation ana- 
logue à celle du toucher; quelques uns cependant, tels que les Tortues, mâchent, divisent et écrasent 
leurs aliments, et ceux-là perçoivent réellement une saveur. 

L'odorat n'a pas une grande perfection; il se trouve modifié selon la niyiière dont s'opère la dé- 
glutition et la respiration; cl, si l'orifice externe de cet organe existe d'une manière assez manifeste 
dans quelques espèces, il semble manquer dans certaines autres, et n'est guère, chez les Batraciens, 
remplacé que ])ar un pertuis percé au bout du museau au-devant du palais. 

Les yeux sont formés, en général, des mêmes parties que ceux des autres Vertébrés, et les iraits 
qui les distinguent, suivant les divers groupes, sont empruntés, pour les uns, aux Mammifères et 
aux Oiseaux, et, pour les autres, aux Poissons. Le globe de l'oeil s'y retrouve constamment; ce sont 
les paupières, les voies lacrymales et les muscles piopres, organes accessoires destinés à protéger 
l'organe de la vue, ii l'humecter ou â le mouvoir, qui sont plus sujets à varier. Les yeux, le plus sou- 
vent latéraux, mais cependant quelquefois verticaux, soni en général petits; ils semblent même man- 
quer en apparence, au moins dans quelques espèces, comme les Cécilies et les Proiées. 

L'oreille est plus simplement constituée chez les lîeptiles que chez les autres animaux vertébrés; 
jamais elle ne présente de conque externe, à moins qu'on ne veuille en reirouver la trace dans une 
sorte de pincement double, operculiforme, que l'on remarque chez les Crocodiles; le lympan est sou- 
vent visible à nu, d'autres fois il est interne; la caisse du tympan est petite et peut manquer; les os- 
selets de l'ouïe sont en moindre nombre que chez les Mammifères. Quanta l'oreille interne, un y 
retrouve le vestibule, qui existe constamment, le limaçon et les trois canaux semi-circulaires creusés 
dans l'épaisseur des os, et qui manquent chez les Amphibiens. 

L'étude de la géographie erpétologique fournit des faits intéressants sur lesquels il ne nous est pas 
permis de nous étendre dans cet ouvrage, mais dont nous devons néanmoins diie quelques mots. On 
connaît aujourd'hui plus de douze cents Reptiles actuellement vivants, et les faunes anciennes, sur- 
tout celles des périodes tertiaires et secondaires, en fournissent également un grand nombre. L'Eu- 
rope renferme moins de Reptiles que les aulres parties du monde; mais on en a t.ouvé beaucoup à 
l'état fossile. Ces animaux n'ont pas été modifiés par l'homme, et il ne les a pas transportés avec lui : 
cependant on cite l'acclimatation de la Grenouille verte dans l'île de Madère et à Ténériffe, et quel- 
ques Tortues qui ont pu être transportées et se reproduire loin de leur patrie originaire. En outre 
([uelques aulres exemples peuvent être indiqués dans nos ménageries, et nous avons déjà cité le fait 
du Python molure, qui s'est reproduit dans la belle ménagerie erpétologique fondée au Muséum par 
M. C. Duméril, et si bien soignée par M. Vallé. Un fait capital dans la répartition des Reptiles à la 
surface du globe est celui de leur grande multiplicité sous la zone équatoriale, et de leur diminution, 
soit comme genres et comme espèces, soit comme individus, lorsqu'on se rapproche des pôles : déjà 
rares sous le cinquantième degré de latitude nord, ils disparaissent bienlol au delà; l'Angleterre en 
nourrit déjà beaucoup moins que la France méridionale. La vie n'est active chez ces animaux qu'à la 
condition d'une forte chaleur; dans nos climats tempérés, ils passent à l'éial d'engourdissement une 
partie de l'année : l'Europe comprend une centaine d'espèces de Reptiles; c'est à la région méditerra- 
néenne qu'appartient le plus grand nombre. La plupart des espèces propres aux régions méridionales 
de l'Europe leur sont communes avec l'Asie Mineure, l'Egypte et la Barbarie. L'Inde et l'Afrique ont 
beaucoup de genres, et même certaines familles qui manquent à l'Europe; quelques espèces sont 
communes entre l'Inde et l'Afrique. L'Amérique méridionale, au contraire, possède toutes ces espèces 
ou a peu près toutes en propre, et il en est de même de l'Australie, malgré quelque analogie entre 



J2 HISTOIRE NATLTvELLE. 

ces productions du nord et celles des terres australes des iles océaniennes. Quant à l'Amérique sep- 
tentrionale, elle possède un mélange curieux de Reptiles bien différents comme espèces de ceux 
qu'on retrouve ailleurs, et d'espèces très-semblables, sinon identiques, avec celles de l'Europe. Pour 
les espèces fossiles, elles sont, dans un grand nombre do cas, assez analogues aux espèces actuelle- 
ment vivantes; mais, dans plusieurs autres, elles constituent des groupes tout à fait particuliers el 
dont le placement dans la série naturelle est plus ou moins difficile. Les espèces marines, si rares de 
nos jours, étaient nombreuses dans les mers des époques antiques, mers au fond desquelles se sont 
déposés le muschelkalk, le lias et les calcaires jurassiques néoconiens et crétacés; elles y remplis- 
saient le rôle de nos Cétacés actuels el tertiaires, qui n'existaient pas encore. Plusieurs ossements 
des dépiMs secondaires, que l'on avait cru appartenir à des dtacés, étaient, au contraire, ainsi que 
l'a reconnu M. Ricbard Owen, ceux de grands Reptiles ayant sans doute une certaine ressemblance 
avec nos Cétacés actuels, et qu'il a, pour cette raison, nommés Ccliosnitres. 11 semble que les Reptiles 
n'ont apparu qu'après l'époque géologique dite de transition; puis, dans l'époque suivante, ou dans 
l'étage secondaire, leur grand développement, qui s'est continué, quoiqu'en moins grand nombre, 
dans l'étage lerliaire, semble en rapport avec l'absence presque complèie de Mammifères. Touies les 
parties du monde nous offriront des Reptiles fossiles; mais, comme nous l'avons dit, l'Europe nous 
en fournira principalement beaucoup. Parmi eux, nous décrirons les plus importants, ceux qui s'éloi- 
gnent le plus des formes actuelles, et nous nous bornerons à citer les autres en parlant des espèces 
vivantes qui en sont plus voisines. 

L'histoire de la science erpétologique, et celle si importante des classifications employées pour 
ranger et distinguer les animaux qui nous occupent, ont donné lieu à de nombreux travaux dont 
nous ne pourrons indiquer qu'une courte esquisse. Les ouvrages liturgiques nous ont donné l'effrayant 
et bizarre Dragon, ce compose de Cbauve-Souris, de Quadrupède et de Serpent, qui, rendu plus ef- 
frayant encore par les récits des poètes, par les figures des dessinateurs, est devenu comme le type 
des Reptiles, et a encore augmenté celle frayeur instinctive, causé par le venin de quelques Reptiles, 
par le froid que produit le contact de leur corps, parles formes étranges de quelques espèces, par 
la forme allongée el la démarche ambique d'un grand nombre. A celte répugnance générale, et qui 
domine encore aujourd'hui, il y a peu d'exceptions : le Lézard, par sa vivacité, son aspect agréable, 
ainsi que la Rainetie, ont obtenu grâce plus ou moins complètement; quelques Tortues, par leur im 
possibilité de nuire et les couleurs agréables de leur carapace, ont attiré l'attention ; enfin certains 
Serpents mêmes, principalement d'inoffensives Couleuvres, ont été touchés par des mains de femmes, 
qui n'ont pas craint de les enlacer à leur cou et à leurs poignets. La répugnance que l'on éprouve à 
la vue des Reptiles semble diminuer de jour en jour, nos ménageries contribuant à la faire dispa- 
raître, el, quand on pourra discerner d'une manière facile l'animal nuisible de celui qui ne l'est pas, 
on ne repoussera pas le groupe tout entier, et l'élude d'une classe des plus intéressantes du règne 
animal ne sera plus entravée par un préjugé populaire. Déjà on a reconnu que quelques Reptiles 
pouvaient être utiles à l'homme. On mange plusieurs de ces animaux; la Grenouille verte et la Gre- 
nouille rousse sont estimées en France et dans quelques autres parties de l'Europe; on mange aussi 
des Couleuvres sous le nom d'Anguilles de haies; partout on recherche les Tortues pour leur chair et 
leur bouillon, el l'on en importe surtout un grand nombre en Angleterre; il y a des Crocodiles dont 
la chair est usitée comme aliment; l'Iguane est aussi dans ce cas; on prépare, dit-on, quelquefois 
les Serpents à sonnettes, aux États-Unis, comme aliments; enfin les Auslralasiens et les l'olynésiens 
mangent les quelques Sauriens qui vivent dans leur pays, se conlenlani pour tout assaisonnement de 
les faire rôtir sur le feu. L'ancienne médecine employait une douzaine de Reptiles pour la confection 
de diverses préparations pharmaceutiques, et l'on n'ignore pas, sous ce point de vue, l'immense ré- 
putation dont jouissait le Scinque officinal ; de tous ces remèdes, il n'en est plus guère prescrit qu'un 
aujourd'hui, c'est le bouillon de Tortue. Quelques espèces, on le sait, sont employés dans les arts. 

L'histoire des Reptiles est aussi ancienne que le monde, et ces animaux sont déjà indiqués dans 
la Genèse : la séduction, lorsqu'elle voulut se manifester matériellement et pour la première fois à 
l'homme, et l'entraîner dans sa perte, ne prit-elle pas, selon l'Écriture sacrée, la forme d'un Serpent? 
Chez les Grecs, Hérodote donna, sur plusieurs Reptiles d'Egypte, des notions assez exactes: mais 
c'est surtout Aristole qui les fit mieux connaître; il répartit ces animaux dans deux groupes, les Qua- 
drupèdes ovipares et les Serpents, et il les sépara l'un de l'autre par les Poissons et les Oiseaux; 



REPTILES. 



i3 



pour lui, les Qundrupèdes ovipares étaient distingués en Kdwv (Tortues), Saupo; (Lézards) et BaT,j;- 
;^oç (Grenouilles); et, si à ces trois groupes on ajoute les Oyt; ou Serpents, on aura les quatre groupes 
primaires fondés quatre siècles plus tard par Al. Brongniart. Les anciens Égyptiens accordaient aux 
Reptiles les honneurs de la sépulture; ils nous ont laissé, dans leurs hypogées, des momies nom- 
breuses de Crocodiles, de Serpents, de quelques Sauriens et une, espèce de la famille des Scinques. 
Les Romains ne s'occupèrent guère de ces animaux que sous le point de vue médical, à l'exception 
des travaux de Pline et de Dioscoride, qui donnèrent quelques faits relatifs à leur histoire naturelle. 




(Ba.uH 



Après un long espace de temps, on retrouve, au moyen âge, quelques travaux sur les Reptiles. 
Albert-Ie-Grand s'en occupa le premier dans sa vaste Eiicijclopcdic d'Histoire naturelle. Un peu plus 
lard, Gesner et Aldrovande résumèrent les travaux de leurs devanciers, principalement d'Aristote, et 
tirent connaître des faits nouveaux sur les Reptiles, et dès lors les travaux anatoniiqucs des Perrault 
et des Duverney s'ajoutèrent à ceux de voyageurs dans divers pays, et surtout dans le nouveau 
monde. Puis vinrent les ouvrages importants de Catesby, de Seba, de Charleton, de Uay, de Linné. 
Ce dernier naturaliste chercha à débrouiller le chaos qui régnait avant lui; il distingua mieux les es- 
pèces que ses devanciers, et en donna une dassilication générale. Pour lui, les Reptiles sont ses 
Amphibies, qu'il caractérise ainsi : corps nu ou écailleux; dents aiguës; pas de molaires; pas de na- 
geoires à rayons; il les divise en quatre ordres : 1° les Ampuibies iiEniLEs {Ampliibin reptilia), ani- 
maux respirant par la bouche, rampant sur le ventre, quoique pourvus de pattes, et comprenant les 
genres Tortue, Dragon, Lézard et Grenouille; 'i° les A. sercents (A. serpentes), apodes, respirant 
par la bouche, se distinguant des Poissons par leurs poumons, comprenant les genres Crotale, Boa, 
Couleuvre, Orvet, Amphisbène et Cècilie; 7)" les A. aquatiques [A. mennics), ayant à la fois des pou- 
mons et des branchies, genre Sirène; i" les A. nageurs (A. nnntes), ayant des nageoires au lieu de 
pattes, respirant par des évents latéraux : ce dernier ordre comprenait le Diodon et quelques autres 
Poissons, que Linné avait pris pour des Amphibies, en se fiant aux observations de Garden, qui as- 
surait avoir vu un double poumon dans ces animaux, tandis qu'il n'avait étudié que leurs vessies nata- 
toires. Gmelin, dans la dixième édition du Sijstema naturœ, supprima, avec juste raison, ce qua- 
trième ordre, et plaça les animaux qui le composaient parmi les Poissons. 

Les auteurs qui, ajirès Linné, s'occupèrent de l'erpétologie, cherchèrent surtout à donner de nou- 
velles classifications de ces animaux : tels sont les travaux de Laurenti, de Klein, de Meyer, d'Her- 
mann, de Miiller, de Gmelin, etc. De Lacépède soumit la description et la physionomie extérieure 
des espèces à une revue générale; mais malheureusement il n'apporta pas dans son travail toute la cri- 
tique désirable, et sa classification en Quadrupèdes ovipares, en Bipèdes ovipares et en Serpents n'a 
pas été adoptée. Al. Brongniard, en 1799, fut plus heureux, car c'est à lui que l'on doit la division 
des Reptiles en quatre ordres particuliers, ceux des Chéloniens, Sauriens, Ophidiens et Batraciens, 
que nous retrouverons bientôt dans la méthode de G. Cuvier, et qui sont généralement adoptés encore 



14 IIISTOIP.E NATURELLE. 

nujoiird'liiii. Vinrent ensuite les bons travaux de Schneider et de Daudin, puis les monographie.-: di» 
Rœsel, de Latreille, de Schœpf; mais l'organisation inlérieure demandait aussi des observateurs ei 
des historiens : c'est alors que les travaux d'ÉverarJ Home, de G. Cuvier, d'Et. Geoffroy Saini-lii- 
laire, de Duvernoy, de .M. G. Duméril, ainsi que de quelques autres, sur l'étude des organes des liep- 
tiles, donnèrent à l'erpétologie une marehe au.ssi rapide que sûre; Bonnet, Spallanzani, liuseoni, etc., 
firent, de leur côté, des expériences utiles; puis des voyageurs dévoués, tels que Delalandc, Diard ei 
Duvaucel, Kulh et Vanhusseil, Pallas, Lecoute, Ilarlan, Spix, le piince Ma.^imilien, et plus tard l'éron 
et Lesueur, (Juoy et Gaimard, Lesaon et Garnot, etc., lirenl coniiailre un grand nombre d'espèces 
nouvelles et permirent ;i de savants naturalistes de donner de nouvelles cla.ssifieations qui se rappro- 
chaient de plus en ])lus de la nature des êtres qu'elles cherelmieut ;i ranger. C'est alors que parurent 
successivement les classifualions de G. Cuvier, de De lilainville, d'0|)pel, de Eiizinger. de Merrem, 
de MM. Duméril et lîibron, de.l. E. Gray, de Tschudi et du prince Charles Bonaparte, qui, dans 
sa classification présentant quelques points de ressemblance avec celles de MM. De Blainville et 
R. Oweu, offre des améliorations considérables et dont nous profilerons; et tout ré('enimcnt de 
MM. Richard Owen et P. Gervais, qui cherchèrent à placer dans une même méthode et les Reptiles 
actuellement vivants, et ceux si nombreux dont on ne retrouve plus les débris que dans les couches 
de la terre. Trois de ces classifications, celles du G. Cuvier, de De Blainville, de M. R. Owen, devront 
surtout nous arrêter quelques moments, car c'est de ieur combinaison que nous tirerons l'ordre que 
nous suivrons dans cet ouvrage. 

G. Cuvier, dans son célèbre IVecjnc animal, subdivise, comme Al. Rrongniart, les Reptiles en quatre 
ordres particuliers : 1° les Cuélome.ns ou Toutues, cœur à deux oreillettes; corps porte sur quatre 
pattes et couvert par deux plaques ou boucliers : le supérieur nommé carapace, formé par les côtes 
ai)laties et soudées ensemble, et l'inférieur ou plastron constitué par le sternum; poumons très-éten- 
dus; |)as de dents, mais les mâchoires revêtues de cornes comme celles des Oiseaux; m.'ile ;i organe 
principal simple, considérable; femelle produisant des œufs renfermés dans une coque dure; ani- 
maux très-vivaces; genre unique Tortue, subdivisé en plusieurs sous-genres; 2° les Sauiiiens ou Léz.mius; 
cœur à deux oreillettes; corps recouvert d'écaillés et porté sur deux ou quatre pattes; côtes non sou- 
dées entre elles et pouvant s'abaisser dans l'acte de la respiration; poumons s'étendant plus ou moins 
vers l'arrière du corps; bouche armée de dents, organe principal reproducteur mile externe; œufs 
ayant une enveloppe plus ou moins dure; queue de longueur variable, toujours très-épaisse à sa base; 
genres principaux. Crocodile, Lézard, Iguane, l'térodactyle, Gecko, Caméléon, Scinque, Bimane; 
5" les Ophidiens ou Serpents; cœur à deux oreillettes; pas de pieds; corps se mouvant au moyen des 
replis qu'il fait sur le sol; |)as de sternum; organes sexuels mâles inter'nes; œufs à coquille calcaire 
et molle; genres principaux, Orvet, Anipliisbènes, Boa, (Couleuvre, Crotale, Vipère, Bougare, Cécilie; 
4° les Batraciens, cœur à une seule oreillette; animaux respirant au sortir de l'œuf par des branchies, 
qui, dans quelques espèces, persistent toute la vie, mais ayant constamment des poumons à l'âge 
adulte; offrant le plus habiiuellenient quatre pattes, d'autres fois deux seulement, toutes manquant 
d'ongles, excepté dans un seul groupe; pas d'accouplement réel; organes sexuels mâles internes; 
œufs couverts dune coque membraneuse; genres principaux, Grenouille, Rainette, Crapaud, Sala- 
mandre, Sirène. 

La classifkaliun de De Blainville, proposée dès 1810 et reproduite depuis, en 1816, dans les liiil- 
Irlins de la Scculc jtlùlonaaiqite, et beaucoup plus récemment dans les Nuiivellcs Annales du Mu- 
séum, partage les Reptiles en quatre classes distinctes : deux de ces divisions, celles des Plcrodac- 
tijlïcns et des kluhijosauiicns, ne comprennent que des Reptiles fossiles des plus remarquables, 
servant à établir le passage sériai, d'une part, des Oiseaux aux Reptiles, de l'autre, des Reptile;» 
aux Amphibiens. Les deux autres classes, celles des licpliles ou S(/Hn»ii/'crcs, et des Ainphib'tins ou 
iS'iidipcllifères, présentent non-seulement des caractères anatomiques importants qui motivent cette 
division, mais même leurs caractères extérieurs, qu'on appelle plus parlieulièremeni zoologiques, sont 
aussi trè.'i-dilferents; en effet, et nous copions textuellement la caraeléris i(jue donnée par l'auleiir 
dont nous indiquons la classification, ce sont des animaux ovipares, sans mamelles, couverts d'une 
peau fortement éjudermée, sans poil ni jilumes, rampant plus ou moins sur le sol, soit avec le tronc 
ou les membres, soit ,i l'aide du tronc seulemenl; l'articulation de la tète avec la colonne vcrtébrilo 
se faisant à l'aide d'un seul condylc; cœur à deux oreillettes; tandis que les seconds sont des ani- 



REPTILES. 



15 



maux à corps trc'S-diversiforme, quelquefois très-court et déprimé, d'autres fois lacertiforme et même 
serpentiforme, à queue entièrement nulle ou assez longue, à tête peu ou point distincte, pourvus de 
deux paires ou d'une seule paire de membres, ou entièrement nullipèdes, couverts d'une peau constam- 
ment nue ou plus ou moins muqueuse etépithélifère; la tctes'articulantavec les vertèbres par un doubie 
condyle; le cœur à une seule oreillette; petits subissant des métamorphoses. Dans la classe des Rep- 
tiles, l'ordre des Cliéloniens d'Al. Brongniarl est conservé; vient ensuite le genre fossile des Plésio- 
saures, formant l'ordre des Plésiosauricns; l'ordre des Émydosauriens, formé du grand genre Croco- 
dile, et l'ordre des Saurophidiens, réunissant ensemble les Sauriens et les Ophidiens, qui ont à peu 
près les mêmes caractères anatomiques et zoologiques, et partagés en deux sous-ordres, les Sauriens 
et les Ophidiens, comprenant deux tribus, les Bimanes ou Dipodes et les Serpents ou Apodes. Les 
Amphibiens, d'après la forme du corps et la dégradation des membres, sont subdivisés en trois or- 
dres : les Batraciens, comprenant les Pipa, Crapaud, Rainelte, Grenouille; les Pseudosauriens, gen- 
res Salamandre, Protée, Sirène, et les Pseudophidiens, genres Cécilie et Siphonops. Cette classifica- 
tion semble plus naturelle que celles qui avaient été proposées antérieurement, et la division de la 
classe en Reptiles et Amphibiens est devenue actuellement classique, soit que l'on en fasse deux 
classes particulières, soit que, comme nous croyons devoir le faire, on les regarde comme deux sous- 
classes particulières d'une seule et même classe. 

M. Richard Owen, en publiant, en 185'2, le résumé de ses travaux sur les Reptiles fossiles de l'An- 
gleterre, a donné ses idées sur la disiribution méthodique des Reptiles tant vivants que fossiles; il les 
partage en huit ordres : 1° Enaliosauria (Plésiosaure et Ichthyosaure); 2° Crococlilia; 7f Dinosauria 
(Mégalosaure, llylaeosaure. Iguanodon); -4° Lacertilïa (Sauriens de G. Cuvier, genre Mosasaure el 
quelques autres groupes fossiles); 5° Ptcrosauria (Ptérodactyle); 6° Ckelonia (Tortue); 7° Ophidia 
(Ophidiens); 8° Balrachia, ou nos Amphibiens. 




Crapauil vert (Rilraticn anoure). 



Dans le tome XJ du Dictionnaire universel itllisloirc naturelle (1848), M. Paul Gcrvais, dans 
un article très-important sur la classe des Reptiles, propose une classification qui, tout en ayant de 
grands rapports avec l'elle de De Blainville, présente quelques différences que nous allons signaler. 
Les Reptiles forment deux classes distinctes : dans la première, ou celle des Reptiles écailleux, l'au- 
teur forme deux sous-classes : 1° les Chi'lonoclwmpsiens , comprenant les ordres des Ptérodaety- 
liens, Cliéloniens, Simosauriens, Crocodiliens, Plésiosauricns et Ichthyosauriens; 2° les Saurophi- 
diens, renfermant les ordres des Palseosauriens (genre Mosasaure), Dinosauriens, Caméléoniens, 
Néosauriens ou Sauriens proprement dits, Geskotiens, Ophidiens et Amphisbéniens. La seconde 
classe, ou celle des Reptiles nus, ou Amphibiens, est formée de cinq ordres : les Labyrinthodontes, 
Pseudophidiens, Batraciens ou Anoures, Pseudosoriens el Lépidosiréniens. 

Enfin MM. Duméril père et fils et G. Bibron, mettant à profit leurs nombreuses recherches, pou- 



10 IIISTOIRE NATURELLE. 

vanl disposer des riches roUections du Muséum, et profitant des essais de leurs devanciers et des 
travaux assez récents de Meyer, ,1. Mùlier, Kanp, Rcuss, P.ûppell, etc., en Allemagne; de Nordmann, 
en Russie; de Lichstenstein, Gravenliorst et Wiegmann, en Prusse; de Kulh, Roie, Schlegel et Tem- 
mirck, en Hollande; de Harlan, de Leconte, de Lesueur, etc., pour l'Amérique; de Rell, de Gray, 
d'Andrew Smith, en Angleterre; de Rusconi, du prince Charles Bonaparte, en Italie; de De Blainville, 
d'El. Geoffroy Saint-Hilaire, Th. Cocteau, Milne-Edwards, Dugés, P. Gervais, etc., en France, ont en- 
trepris une erpétologie générale ou histoire naturelle complète des Reptiles, et, après plus de vingt 
ans de travaux, sont parvenus à élever ce magnifique monument qui donne l'ensemble de la science à 
l'époque actuelle. Nous avons dû consulter à chaque pas et quelquefois reproduire cet important ou- 
vrage, et nous ferons connaître, en passant ù la partie descriptive, la classification adoptée par ses 
.savants auteurs. 



REPTILES. REPTILIA. De Blainville. 



Les Reptiles proprement dits sont des animaux vertébrés couverts d'une peau fortement épider- 
mée, ou de sortes d'écaillés qui portent spécialement le nom de squames, rampant plus ou moins 
sur le sol, soit à l'aide du tronc et des membres, soit à l'aide du tronc seulement, quand les mem- 
bres viennent à manquer; l'articulation de la tête avec la colonne vertébrale se fait par un seul con- 
dyle; le cœur est à deux oreillettes; la génération est ordinairement ovipare, et dans un très petit 
nombre de cas ovovivipare; enfin les petits, lorsqu'ils sortent de l'œuf, n'éprouvent pas de métamor- 
phoses, comme cela a lieu chez les Ampliiliicns. Tels sont les caractères principaux qui distinguent 
la première sous classe des Reptiles, qui comprend un grand nombre de genres et d'espèces de 
formes très-variables, depuis celle qui est propre aux Tortues jusqu'à celle des Serpents, en passant 
par la forme plus normale des Lézards, et sans parler des dispositions particulières de quelques types 
fossiles. 

Dans cette sous-classe, nous adopterons les ordres des Chéloniens, Sauriens et Ophidiens d'Al. Bron- 
gniart et de G. Cuvier; toutefois nous ferons, d'après les observations récentes, quelques modifications 
à la classification de ce dernier naturaliste, et nous admettrons quelques ordres et familles formés 
avec des animaux fossiles qui ne peuvent pas naturellement rentrer dans les ordres ou les familles 
des Reptiles de la faune actuelle. 



PREMIER ORDRE. 

PTÉRODACTYLIENS. PTÉRODACTYLU. De Bl.iinville. 



Par l'ensemble de leur squelette, les Vertébrés fossiles qui entrent dans cet ordre doivent établir 
le passage des Oiseaux aux Reptiles; c'est ce qui nous engage à les placer en tète de la série de.s 
Reptiles et avant les Chéloniens, avec lesquels ils ont quelque rapport. Un seul genre, celui des Pté- 



REPTILES. 



17 



rodacitjlcs, entre dans cet ordre, et c'est par conséquent en en donnant la description que nous fe- 
rons connaître la caractéristique des Plérodactyliens. 



GENRE UNIQUE. — PTÉRODACTYLE. PrEliODACTYLUS. G. Cuvier, 1820 

IlTspov, aile; SaxnjXo;, doigt. 
Recherches sur les Ossements fossiles. 

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Tête plus ou moins allongée; dcnls implantées dans les alvéoles, lisses, aicjuës, quelquefois assez 
lonfjues et ayant du rapport avec celles des Crocodiles. 

Cou long; tronc et queue, au contraire, courts. Côtes assez minces. 

Membres assez allongés, terminés par cinq doigts armés d'ongles crochus, à l'exception du cin- 
quième doigt de la main, qui est très prolongé en une tige formée de quatre très-longues phalanges 
allant en s'amincissanl de la première à la dernière, et uijant dû probablement servir à supporter 
une longue membrane servant d'aile. 




rig. 6. — Squelette du Plérodactjle à long l)ec. 



C. Cuvier a, le premier, proposé d'indiquer ce genre sous le nom de Pterodactylus, tandis que 
Sœmmering lui a appliqué la dénomination à' Orniihocephalus, qui rappelle le rapport que sa tête 
présente avec celle des Oiseaux. La place que ce groupe doit occuper dans la série des êtres a varié 
suivant les auteurs; Ilermann et Sœmmering le rangeaient avec les Chéiroptères; Blumenbacli, avec 
les Oiseaux, et G. Cuvier a démontré qu'il devait plutôt se rapporter à la classe des Reptiles : cela 
accepté, à côté de quels animaux faut-il le placer? G. Cuvier en fait une subdivision des Sauriens, 
et De Blainville une classe intermédiaire entre les Oiseaux el les Reptiles; à l'exemple de plusieurs 
auteurs, nous les réunirons à ces derniers, tout en les rapprochant le plus possible des Oiseaux. En 
effet, la composition de la tète, du sternum et du bassin, le nombre itwgal des phalanges des mains et 
des pieds, ne permettent pas de les considérer comme des Mammifères ou des Oiseaux, et tend à les 
rapprocher, au contraire, des Reptiles. Le caractère éminent des Ptérodactyles, celui qui leur a valu 
le nom qu'ils portent, est que le cinquième doigt de la main est énormément prolongé en une tige 
B. p. 3 



18 IIJSTOIRE NATURELLE. 

formée de quatre longues phalanges allant en. s'amincissant de la première à la dernière : il n'est 
guère possible de douter, comme le fait remarquer G. Cuvier, que ce lonij doigt n'ait servi !\ suppor- 
ter une membrane qui formait à l'animal, d'après la longueur de l'extrérailé antérieure, une aile 
bien plus puissante que celle du Dragon, et au moins égale en force à celle des grandes Roussettes. 
Les autres doigts de la main sont courts, et armés d'ongles à l'aide desquels ces animaux devaient se 
suspendre aux arbres ou se cramponner aux saillies des rochers : les pieds ont également cinq 
doigts armés d'ongles crochus. La grandeur des yeux, ainsi que l'on peut en juger par celle de leurs 
orbites, doit faire présumer que les Ptérodactyles étaient des animaux nocturnes. Les dents sont im- 
plantées dans les alvéoles; elles sont lisses, aiguës, quelquefois assez longues. La tête et le cou sont 
longs : toutefois la longueur de la tête varie assez considérablement suivant les espèces; le tronc et 
la queue sont courts. Les espèces de ce genre, au nombre d'une douzaine, sont d'assez grande taille, 
et ont laissé leurs débris dans l'oolithe, dans les schistes de Solenhofen et d'Aichstadt, ou pierre li- 
thographique; dans les terrains du lias, qui a]ipartiennent tous ù la formation jurassique. Comme type, 
nous citerons seulement les Pierodaclijlns louififostris, Oken, à museau et à cou très-allongés, à 
mâchoires garnies, de chaque côlé, de douze à quinze dénis en haut, et de dix-huit à vingt en bas; 
la hauteur du crâne, prise à la base de l'os tympanique, étant à sa longueur comme un à près de 
six; la longueur de la tète ayant O^.lOi; celle du cou, O^.OSO; celle du tronc, 0'",058, et celle de la 
queue, 0™,0 18; Pt. crassirosiris, Goldfuss, à bec plus fort et moins long, à dents moins nombreuses, 
plus inégales, plus longues, un peu comprimées et faiblement arquées; Pt. breviro tris, G. Cuvier, 
à museau court, à tête ressemblant à celle d'une Oie sortant de l'œuf, etc. Les antres espèces sont 
lesPleroddciijliis grandis, G. Cuvier; Munsleri, Goldfuss; mcdiits, de Munster; totigipcs, de Munster; 
iv.acronijx, Buckland; Meijcri, de Munster, le plus petit de tous, etc. 



DEUXIÈME ORDRE. 



TORTUES ou CHÉLONIENS. CHELONU. Ai. Bronsniart. 



Le nom de Chéloniens, dérivé du mol grec yùr-i-ji), qui, chez les Grecs, avait à peu près la même va- 
leur, est employé généralement pour désigner l'ordre entier des Tortues. Ce sont des /«c/j<i/e« à 
corfs court, globuleux, revêtus d'une enveloppe plus ou moins solide, fonnaui pour le tronc une 
sorte de lest (d'où leur est venu, chez les Latins, le nom de Tesludo, et, chez des peuples plus mo- 
dernes, ceux de Beptitia calnpliracta, fornicata, ou à cuirasse plus ou moins immobile) en dedans 
où sous laquelle la tête et les exti-cmitcs peuvent être rétraclces en tout ou en partie, et se reprodui- 
sant par des œufs d'oit les petits sortent complets, indépendants et respirant l'air almosphéri<iue, 
sans être sujets à métamorphoses. 

La tête des Chéloniens est pyramidale, obtuse, à museau plus ou moins mousse, à mâchoires for- 
tes, robustes, garnies sur leur bord de lames cornées et remplaçant les dents, qui manquent complè- 
tement; à langue molle, déprimée, revêtue de papilles nombreuses; à bouche transversale, non dila- 
tée, souvent dépourvue de lèvres; à yeux munis de deux paupières et d'une membrane clignotante, à 
tympan ca< hé sous la peau. Le crâne peut être couvert de plaques polygonales, et il est très rare 
qu'aucune partie de la peau soit nue, car presque toujours elle est couverte d'écaillés. Le cou, de 
longueur variable, est enveloppé d'une peau lâche. Le tronc, hémisphérique, plus ou moins bombé 
ou plus ou moins déprimé, est formé par une cuirasse dont le côté supérieur, ou carapace, est pins 
grand, convexe, à contour ovalaire; le côté inférieur, ou plastron, plat, rhomboidal, est plus ou 



m^cçIf^ 




Fig. 1. — Squeletic de Chélonée caouane. 




Ki|;- 2. — Tortue mauresque. 



REPTILES. 19 

moins étendu, souvent écliancré sur les côtés pour livrer passage aux pattes ; les deux parties de la 
cuirasse étant également, dans la très-grande majorité des cas, écliancrées en avant et en arrière 
pour le passage de la tèle et de la queue. Celte cuirasse est revêtue d'une couclie cornée, molle ou 
solide, d'une seule pièce, ou, ce qui a lieu le plus habituellement, divisée en compartiments polygo- 
naux en nombre et en disposition variable pour chaque espèce; les ])laques du centre, ou le disque, 
sont plus grandes que les autres; celles qui correspondent à la colonne vertébrale se nomment raclii- 
dienncs; les latérales s'appellent pleuréales ou casialcs, sont variables de forme, au nombre de 
Ireize à seize; enfin les plaques du bord se nomment inargiunles, sont au nombre de vingt-quatre 
à vingt-cinq, quadrilatères, de grandeur variable, et se divisent en niiclialcs, cervicales ou col- 
taircs, lirachialcs. pcclorales, abdoniivalex, frmnrales et caudales. La surface des écailles, quel- 
quefois lisse, est le plus souvent chagrinée au centre, sillonnée en carré ù la circonférence : elles 
peuvent être planes ou légèrement bombées au centre. Les pieds, toujours au nombre de quatre, 
sont disposés différemment suivant les groupes : ils sont aplatis en rames et propres seulement à la 
natation, comme ceux des Cétacés, ou bien cylindriques, terminés par un pied court, tantôt aplati, à 
doigts séparés par des replis de la peau, tantôt terminés par des doigts réunis en moignons. Les 
doigts, rarement au nombre de quatre, sont le plus habiluellemenl au nombre de cinq A tous les 
pieds; m^is ils ne sont pas toujours marqués A l'extérieur par un nombre égal d'ongles. Dans les 
Tortues cryplopodes, les pieds peuvent se retirer sous la carapace, et, dans les gymnopodes, les 
pieds restent à découvert. Cts organes sont ordinairement couverts d'écaillés ovalaires, imbriquées, 
et ils sont plus ou moins développés en ergots à leur sommet. La disposition des pieds commande 
pour ainsi dire les habiiudes des Cheloniens et leur mode de progression, d'où l'on a tiré principale- 
ment la distribution en familles. La queue est ronde, conique, plus ou moins courte, dépassant à 
peine la carapace dans le plus grand nombre des cas; elle est couverte d'écaillés à peu près sembla- 
bles à celles du corps, mais plus pelites. 

Le squelette présente des parlicularilés remarquables. La tête est très-développée en hauteur, et 
la plus grande partie des pièces qui la composent sont destinées à la face et aux mâchoires, qui ont 
u!ie force et une solidité que l'on ne retrouve pas chez les autres lîeplilcs. La tête est articulée aux 
vertèbres par un seul condyle divisé en deux. Les vertèbres du cou, ordinairement au nombre de huit, 
sont plus ou moins allongées et susceptibles de mouvements, et leurs muscles ont de l'analogie 
avec ceux des Oiseaux. Les verièbres du dos, au nombre de huit, sont confondues et soudées entre 
elles d'une manière immobile, soudées également avec les côtes et les pièces osseuses qui conslituent 
le centre de la carapace, et qui semble le résultai de la confusion des apophyses transverses des 
verièbres dorsales. Ces dernières verièbres. également au nombre de huit, s'épanouissent en plaques 
polygones, ariiculées entre elles par des sutures dentelées, et réunies aux vertèbres dorsales, for- 
mant la carapace osseuse ordinairement immobile, et jouissant, dans quelques cas rares, d'un mou- 
vement peu étendu. Les vertèbres sacrées, au nombre de trois habituellement, sont confondues avec 
les précédentes : elles peuvent, dans un petit nombre d'espèces, jouir d'un peu de mobilité. Les ver- 
tèbres caudales, au nombre d'une vingtaine, sont presque toujours mobiles, et plus rarement elles 
sont soudées entre elles. Les côtes sont articulées, ou plutôt confondues par leur extrémité rachi- 
dienne, avec le corps de la vertèbre et la plaque rachidieune de la carapace. Le sternum est com- 
posé de neuf à dix pièces disposées symétriquement par paires, de grandeur variable, et constitue 
le plastron, ou seulement une sorte de cadre osseux : il est presque toujours immobile, et ne jouit 
d'un peu de mouvement que très-rarement. Les os de l'épaule et du bassin sont situés en dedans des 
côies, ce qui ne se retrouve chez aucuns autres animaux vertébrés, et ce qui a dû entraîner des dis- 
positions particulières pour les muscles qui s'y aiiachent. L'omoplale est grêle, allongée; la clavi- 
cule, qui s'insère solidement au plastron, est large et évasée, une troisième pièce, que l'on regarde 
comme l'acromion des Oiseaux, allongée et étroite, entre dans la composition de l'épaule. L'humérus 
est court, fortement contourné sur lui-même. Les deux os de l'avant-bras sont immobiles l'un sur 
l'autre et fixés dans la pronation. Les os du carpe sont en nombre variable, et assez peu nombreux. 
Le bassin est articulé sur les vertèbres, tantôt d'une manière solide, tantôt flexible et molle. Le fémur 
est court, très-contourné sur lui-même; les autres parties des membres de derrière ne diffèrent guèr» 
de celles des pieds de devant que par leurs proportions. (Voyez notre Allas, pi. I, fig. i, squelette de 
Chclonéc caouane.) 



20 • HISTOIRE NATURELLE. 

Le systi'nie nerveux est en général peu développé à proportion du volume du corps. Le cerveau 
est pelii reJalivenienl surtout au volume du crâne, el sa composition esta peu près la même que chez 
les aulres Reptiles. Les nerfs présentent quelques particularités. L'organe du goût est peu développé, 
quoique la langue soit parfois assez bien disposée pour pouvoir percevoir les saveurs. Les organes 
de l'odorat el de l'ouie sont plus favorablement constitués. L'œil, assez complet, est placé peu 
avantageusement pour une exploration facile. L'intelligence est peu développée, et se réduit à la re- 
(lierche de la nourriture et au rapprochement des sexes : toutefois, pendant la froide saiion, les Ché- 
loniens ont l'instinct de se creuser un trou dans lequel ils se placent et où ils s'engourdissent, et les 
femelles savent trouver un lieu placé à l'action des rayons solaires pour y placer leurs œufs. Leur 
mouvement est excessivement lent, et tellement même qu'il est devenu proverbial. Quand on les atta- 
que, ils cherchent à mordre; mais le plus habituellement ils se réfugient, le plus complélemenî 
im'ils le peuvent, dans leur double cuirasse, qui pré.sente un notable obstacle à leurs ennemis. Ces 
animaux avalent leur nourriture sans la mûcher et en la divisant seulement avec leurs mâchoires cor- 
nées. Celte nourriture cousine presque constamment en matières végétales molles et herbacées; quel- 
(|uefois aussi ils recherchent de petits Mollusques, des Insectes ou des Crustacés. L'œsophage est 
souvent hérissé intérieurement d'épines cartilagineuses destinées à empêcher le retour des matières 
alimentaires dans la bouche quand l'estomac se contracte sur elles; le canal intestinal, assez long, 
offre peu de particularités bien saillantes : l'estomac est peu distinct de l'intestin grêle, el le gros 
intestin sans bosselure n'en est séparé que par une légère valvule. Les excréments sont globuleux, 
légèrement atténués à leurs extrémités. Les Cliéloniens peuvent suspendre impunément, pendant un 
temps assez loni;. leur alimentation, el celte fonction n'a pas lieu pendant tout l'hiver. Le système 
lymphatique est Ires-dévcloppé. Le cœur est presque sphéroïdal, plus large que long, formé de deux 
oreillettes communiquant entre elles par un trou de botal double, dit-on, dans le jeune âge, simple et 
persistant dans la suite, et d'un ventricule divisé à l'intérieur en deux parties par une cloison muscu- 
leuse soutenue par des colonnes charnues attachées à la base du cœur. Le larynx est disposé comme 
celui de la plupart des Reptiles. La trachée-artère se divise en deux branches entourées d'anneaux 
cartilagineux complets. Le poumon est un sac à deux lobes divisés dans leur intérieur par des cloi- 
sons membraneuses qui les partagent en cellules polygones, subdivisées elles-mêmes en cellules ou 
aréoles de plus en plus petites, et offrant de l'analogie avec la caillette des Ruminants. L'air n'arrive 
dans les poumons que par l'effet d'une déglutition active bien plus se isible que clicz les autres Rep- 
tiles; la respiration est rare, et ces animaux peuvent la suspendre impunément pendant un temps as- 
sez long : aussi peut-on plonger des Tortues terrestres pendant quelque temps dans l'eau sans que 
la mort s'ensuive immédiatement. Les Cliéloniens sont muets ou ne donnent guère qu'un léger sil'fle- 
nient analogue à celui des Couleuvres; néaimioins on assure que les Sjjliargis poussent de forts hurle- 
menls. Le foie est volumineux, et la vésicule du fiel est enclavée dans l'un de ses lobes. La rate et le 
pancréas sont disposés à peu près comme ceux des autres Reptiles. La vessie est susceptible d'une 
grande dilatation et se trouve remplie d'une grande quantité d'urine. Celle-ci est claire, limpide, à 
odeur un peu nauséabonde, cl laisse déposer une certaine quantité d'une matière blanchâtre, ca- 
séeuse. Il y a des follicules mucipares. 

Les mâles sont en général plus petits que les femelles; ordinairement solitairi^s, les sexes se réu- 
nissent pour l'accouplement; leur appareillement a lieu au printemps dans les différentes latitudes; 
habituellement lents et apathiques, les Chéloniens deviennent, à cette époque, vifs el agiles; les mâles 
surtout témoignent d'une certaine ardeur; ils se livrent entre eux des combats acharnés el cherchent, 
à force de heurtenient de la tête, à renverser leurs rivaux sur le dos, et à les mettre ainsi dans l'im- 
possibilité de poursuivre leurs femelles. Les organes de la reproduction sont construits à peu près 
sur le même plan que celui de tous les Reptiles; l'organe mâle principal est simple, long, cylindri- 
que; l'ovaire est double. L'accouplement a lieu de la manière ordinaire; la fécondation se fait en 
un temps plus ou moins prolongé, et peut, comme chez les Oiseaux, fournir pour plusieurs pontes 
plus ou moins éloignées. ,\près une gestation dont la durée est variable, les femelles donnent des 
œufs sphéroïdaux dont l'enveloppe est membraneuse et coriace, ou, ce qui est plus rare, d'une con- 
sistance calcaire et solide. Ces œufs diffèrent de ceux des Oiseaux en ce que le fœtus est déjà formé 
lorsqu'il se sépare de la mère; ils sont abandonnés à l'incubation solaire, qui se prolonge plus ou moins 
suivant les climats et la température, dans des trous que la femelle pratique dans le sable ou dans 



REPTILES. 



21 



des tas de feuilles sèches. Leur nombre, toujours considérable, varie selon les espèces; leur volume 
est en relation avec celui de l'animal. 

L'accroissement des Chéloniens paraît assez lent-, mais leur taille semble avoir une limite dans 
chaque espèce. La durée de leur vie est assez remarquable pour qu'elle soit indiquée comme un em- 
blème de longévité chez quelques peuples. On en trouve dans toutes les régions chaudes des cinq 
parties du monde; mais ils ne se dispersent guère au delà des régions tempérées, et on ne les voit 
pas s'élever à des hauteurs un peu marquées. Comme la plupart des Reptiles, ils s'engourdissent à 
l'approche des saisons froides et pluvieuses; comme eux, ils supportent assez facilement les pertes de 
substance et les réparent sans trouble profond de l'économie : on en a vu se mouvoir pendant plu- 
sieurs semaines après avoir eu la tète tranchée, et il n'est pas très-rare, assure-t-on, de voir des mem- 
bres se reproduire en tout ou en partie chez ces animaux. Les Chéloniens ne présentent pas d'espèces 
malfaisantes; au contraire, beaucoup d'entre elles sont précieuses pour l'économie domestique et 
commerciale. On sait, en effet, que plusieurs donnent difierenles matières alimentaires, et que d'au- 
tres fournissent l'écaillé employée dans les artS; la médecine emprunte aussi aux Chéloniens quelques 
secours plus ou moins efficaces; nulle part l'effroi qui s'attache aux autres Reptiles n'est étendu jus- 
qu'à eux, et les emblèmes qu'ils ont fourni aux poètes ne comportent pas les idées défavorables em- 
pruntées à la plupart des animaux de la même classe. 




Tortue chagrinée. 



On connaît un assez grand nombre de Chéloniens fossiles, et l'on a décrit près de cent cinquante 
espèces actuellement vivantes. 

Les Chéloniens fossiles, auxquels nous devons maintenant consacrer quelques lignes, ne pouvant 
pas y revenir dans nos descriptions de genres et d'espèces, paraissent s'être montrés sur la terre eu 
même temps que les Sauriens thécodontes, puisque l'on rencontre, dans le nouveau grès rouge, des 
traces de pieds probablement d'une grande Tortue terrestre, ainsi que l'a constaté M. Buckland. Les 
grés bigarrés des environs de Dorpat, du terrain triasique, contiennent, d'après M. le docteur Ku- 
torga, quatre espèces de Triomjx, et G. Cuvier a aussi signalé des ossements de Tortues marines 
dans le musclieikalk de Lunéville. Dans le terrain oolithique de Stonesfield, on trouve, dit M. Owen, 
des empreintes d'écussons cornés, et il parle également d'un fémur de Trïamjx découvert dans le 
lias de Linksfield. Les schistes calcaires de Solenliofen et de Kelheim, de l'étage jurassique inférieur, 
ont fourni à M. Ilermann De Meyer des restes de trois Tortues d'eau douce qui constituent ses deux 
genres Idioclielys et Eurijsiemon. L'argile de Kimmeridge a donné un pubis d'une grande Émyde. 
L'étage jurassique supérieur renferme de nombreux débris de squelettes d'Élodites, indiqués par 
M. Ilugi et par G. Cuvier. Le calcaire de Parbeck contient les Tlieotcrnon, ('wen, qui lient les Trio- 
nyx aux Émydes; on peut citer aussi la Plalcmijn MaiclUi, etc. Le calcaire de Portland contient une 
grande Chélonée. Les terrains crétacés offrent beaucoup d'ossements de Chéloniens, et surtout de 
Tortues marines; tels sont les Cliclone piilchriceps, Owen, des grès verts inférieurs d'Angleterre, 
C, Denstedi, Owen, de la craie inférieure de Durham; C. cretacea, Hoffmanii, G. Cuvier, de la craie 



22 HISTOIRE NATURELLE. 

iabloiineuse de Maëstiiclil, olc. Dans les terrains tprliaires, les ossements de Tortues sont nombreux 
et accompagnent presque toujours des ossements de Crocodiles; toutes les familles actuelles y sont 
représentée?, et jusqu'ici il y a peu de genres naturels qui aient disparu; les espèces elles-mêmes 
sont encore trop peu connues, ainsi que le. rapporte Laurillard, pour que l'on puisse même afiirmer 
qu'elles diffèrent des espèces actuelles : nous citerons seulement, des plâtres d'Aix , la Tesiiido Lcwionii, 
Giay, espèce terrestre, et le Triomyx Manmïr'n, Bourdet; des plâtricres de Paris, de noml>reux dé- 
bris'd'Émyde et de Trionyx; du calcaire grossier de Compiègne, le sous-genre Apliol'nlamis, l'omel; 
du terrain miocène d'Auvergne, la Tesiudo g'iyas et V Ennis Elavcris, Bravard, ainsi que le genre 
Piijclioijasler, Pomel; enlin, dans un banc crayeux de l'Ile-de-France, plusieurs ossements de Tor- 
tues terrestres, et dans les couclies tertiaires des monts Ilimalayas, le Colossocliclijs Atlas, Cauleley 
et Falconner, gigantesque Chélonien de plus de 2"" de longueur et de l'",50 de diamèlre, et qui pou- 
vait encore exister ù l'époque de l'apparition de l'homme à la surface du globe. 

Foui' les espèces vivantes, d'apiés la disposition que présentent leurs pattes et d'après leurs ha- 
bitudes, on les divise en quatre familles : 1° CHÉLo.ME^s TERnESir.ES ou Clieisiirs; 2° Cmélo.meks de 
MARAIS ou Élod'iles; 5° Cuéi.omeks de fleuve ou l'oiamidis; i° Cuéloniens de mer ou Tlialassilcs, 
qui elles-mêmes se parlagent en vingt ou vingt-cinq genres, dont nous indiquerons la caractéristiipie 
d'après l'excellent ouvrage de MM. Duméril et Bibrou. 



rUEMlÈRE FAMILLE. 

TORTUES TERRESTRES on CHERSITES. 



Le genre Tortue, Tcshido d'AI. Brongniard, partagé en plusieurs groupes distincts, est devenu la 
famille ou tribu que MM. Bell et Cray désignent sous le nom de Tcsluilincs; Wagler, sous celui de 
Tijloiiodcs; MM. Duméril et Bibron, sous celui rie Clicrsiies (de yi^rsii-j^, yjP""'-^' terrestre), etc., et ■ 
que l'on a indiquée longtemps sous la dénomination de Tonnes (errcslres. D'une manière générale, 
on assigne pour caractères à celle division : une cariipace ircs-hombce; des mendnes coiiils. cfjnux; 
des pâlies en nio>g)wns arrondis, calleux; des doigts peu dislhnts les uns des autres, oncitiiculi's. 

Les Chersites sont parfois de taille moyenne, mais le plus habituellement de pelile taille. La cara- 
jiace, sous laquelle souvent se retirent en enner la léte, le cou, les pattes et la queue, est en général 
irès-bombée, et souvent plus haute que large. La boile osseuse est composée de pièces plus épaisses et 
plus lourdes que celles des autres Chéloiiiens. Les pièces qui constituent cette carapace sont tellement 
engrenées par leurs sutures, qu'elles ne sont susceptibles d'aucun mouvement, .i une exception près. 
Le plastron, qui est presque toujours immobile, et n'est doué d'un peu de mouvement que dans (\eu\ 
groupes particuliers, est rarement aussi long que la carapace; il est souvent écliancré en avant comme 
en arrière : il y a constamment treize plaques cornées sur le disque de la carapace; les pièces du 
pourtour de ce bouclier varient en nombre de vingt-trois à vingt-cinq; enfin on compte au plasiron 
douze plaques, et quelquefois onze seulement; lotîtes ces diverses plaques sont polygones, à nombre 
de côtés peu considérable, presque constamment striées, et présentant, vers leur centre, un espace 
plus ou moins marqué ou aréole, rugueux, de même forme qu'elles La têle est courte, épaisse, à 
quatre pans, recouverte de petite plaques cornées en dessus; les narines sont percées au bout du 
niuseau; les yeux, à paupières fendues obliquement, sont à fleur de tête; la membrane du tympan est 
toujours apparente; la langue épaisse, papiUeuse supérieurement. Les mâchoires sont recotivertes 
d'étuis de corne très-solides, tantôt trancliants, tantôt plus ou moins dentelés, et ayant du rapport 
avec le bec des Oiseaux. Les patles sont à peu prés de même longueur, courtes, informes; les doigls 
peu distincts, presque égaux, immobiles et réunis par une peau épaisse en un moignon arrondi, cal- 
leux; les ongles, jjIus ou moins aigus ou plus ou moins obtus, sont toujours distincts, excepté dans 



REPTILIS. 23 

'e genre lloniopode, où il n'y a que quatre doigts aux pieds de devant; dans tous les autres genres, 
il y a constamment cinq doigts. I^a queue, qui est armée d'écailles tuberculeuses placées dans l'é- 
paisseur de la peau, varie beaucoup pour la longueur et pour la forme; elle est en général grosse à 
la base; souvent très-courte, conique, dépassant à peine la carapace; d'autres fois elle est assez lon- 
gue; dans quelques espèces elle se termine par une sorte d'ergot ou d'étui corné qui enveloppe la 
dernière phalange. 

Ces animaux vivent dans les bois et dans les lieux bien fournis d'herbes, et recherchent les en- 
droits les [lus chauds. Ils ne se meuvent qu'avec difficulté sur le sol, par suite de la conformation 
de leurs pattes, et marchent très-lentement. Ils se creusent peu profondément dans la terre des 
sortes de terriers où ils s'engourdissent pendant l'hiver. Ils ne se nourrissent presque exclusivement 
que de matières végétales; néanmoins ils mangent quelquefois des matières animales. Ceux que l'on 
conserve dans les jardins et les ménageries préfèrent en général, i toute autre nourriture, les feuilles 
de diverses salades; mais ils n'ont besoin que de très-peu d'aliments, et peuvent même passer des 
mois entiers sans manger. Les mâles sont, en génér;il, plus petits que les femelles, et leur queue est 
habituellement plus épaisse à la base et plus allongée. Les sexes restent unis pendant plusieurs 
jours. Les femelles gardent pendant assez longtemps dans leurs oviductes les œufs, qui ont en géné- 
ral une forme sphérique, et dont la coque, de nature calcaire, est assez solide; elles déposent leurs 
œufs dans des trous qu'elles creusent dans des lieux exposés aux rayons du soleil, et dès lors elles 
n'en prennent plus aucun soin. Les petits qui en sortent n'ont pas la forme qu'ils acquièrent à leur 
âge adulte; leur carapace est unie et de forme hémisphérique. Les Chéristes vivent très-longtemps, 
et Cetli cile un individu, qu'il a vu en Sardaigne, qui avait soixante ans; ils sont très vivaces. 

Les Tortues terrestres se trouvent répandues sur toutes les parties du globe. A l'exception de l'O- 
céaiiie. En 1835, MM. Duméril et Bibron indiquaient l'Europe comme en nourrissant trois espèces; 
r.\frique et ses îles, principalement celle de Madagascar, en possédaient neuf; on en comptait cinq 
pour l'Asie et l'archipel Indien, et neuf se trouvaient en Amérique ou dans les îles vois'nes. 

Quatre genres entrent dans cette famille; ce sont ceux des Tortue, lloniopode, Pijxide et Ci- 
nijxis. 



GENRE PRINCIPAL. — TORTUE. TESTUDO. Al. Brongniart, 1807. 

Testuio, Tortue, nom lalin de l'e-pèce lype. 
Classincatlon dos Rciulles. 

CAIiACîtUES GÉNÉRIQUES. 

Carapace d'une seule puce, non moinle. Sternum ou plastron no7i mobile antérieurement. 
Pattes à cinq doigts : celles de derrière présentant seulement quatre ongles. 

On réunit aujourd'hui dans ce genre les Chersiles, qui ont élé le mieux et le plus asciennement 
connus parmi ceux que les anciens naturalistes désignaient sous le nom général de Tortues. 
MM. C. Duméril et Bibron, dans leur ouvrage classique sur les Reptiles, décrivent vingt-deux espèces 
de ce genre et les subdivisent en trois sous-genres : 1° Tortues à portion postérieure du plastron 
mobile (g. CItcrsus, Wagler; Cliersina, Gray); 2° Tortues dont le plastron est solide dans toutes ses 
parties, ou d'une seule pièce recouverte de douze plaques; 5" Tortues qui ont également le sternum 
immobile, mais revêtu de onze plaques cornées. 

Les espèces, aujourd'hui au nombre d'au moins trente, de taille assez variable, sont répandues 
dans presque toutes les parties du monde, et on en connaît des débris à l'éiat fossile. Les Tortues 
étaient indiquées dans les temps mythologiques; une foule de monuments, produits de l'art antique, 
en représentent, et l'on sait que celles-ci étaient considérées comme ayant servi à confeciionner les 
premières lyres, et qu'elles avaient été consacrées à Mercure, qui passait pour en être l'inventeur. 
De Lacépède, en mentionnant ces faits, professe que l'on doit considérer la Chélonée luth comme 
étant celle qui se trouva employée à cet usage, et qu'à cause de cela elle fut regardée comme l'attribut 
du dieu; mais M. Poncliet pense qu'il n'en est pas ainsi, et, selon lui, la dénomination de celte Tor- 



24 



HISTOIRE NATURELLE. 



lue, que l'on appelle aussi Lyre, lui aurait été donnée à cause de sa forme, qui se rapproche de celle 
de l'inslrument musical; et il faut admettre que, dans les mythes antiques comme dans les produc- 
tions des artistes, il s'a,a;it ordinairement dune Tortue proprement dite. En effet, Apollodore nous 
apprend ce qui a donné lieu de conspcrer ce l'iciiiiie à Mercure : ce dieu, en sortant de la caverne où 
il avait tué les Bœufs d'Apollon, trouva une Tortue broutant l'herbe; il la tua, la vida et mit sur sa 
carapace des cordes faites avec des lanières de la peau des Bœufs qu'il venait d'érorcher, et en fit la 
première lyre : cet instrument s'appela longtemps tesludo, et de là vient que, dans l'antiquité, on re- 
présenta souvent Mercure avec une Tortue. 

Dans le premier sous-genre, on ne place que deux espèces, qui habitent les parties australes et 
méditerranéennes de l'Europe. Ce sont les : 

1. TOIITUE BORDÉE. TESTUDO MARGINATA. Schœpff. 

(Iaractères spécifiques. — Carapace de forme ovale, oblongue, bombée, à bord postérieur très- 
dilaté et presque horizontal; plastron mobile en arrière; queue grosse et conique, dépassant à peine 
la carapace; plaques du disque d'un brun noir, présentant vers leur centre des taches plus ou moins 
grandes, d'une belle couleur jaune; lames marginales offrant le plus habituellement deux taches 
triangulaires, l'une jaune, l'autre noire; dessous du corps d'un jaune sale, avec une large tache trian- 
gulaire, noire, sur six ou huit des lames sternales. De taille moyenne. 

Cette espèce, que les anciens auteurs confondaient avec la Tortue grecque, se trouve assez abon- 
d;\mment répandue en Morée; on l'a également rapportée d'Egypte et des côtes de Barbarie. 




Fi". 8. — Torlue bordée. 



2 TOIÎTUE MAUnESnUE. TESTUDO MAUItlTANlCA. Duméril et Cibron. 



Caractères spécifiques. — Carapace ovale, bombée; sternum mobile en arrière; queue courte, 
inonguiculée; coloration générale olivitre; plaques du disque marquées de taches noirâtres et par- 
fois d'une boucle de même couleur qui couvre leur pourtour en devant et sur les côtés seulement; 
plaques du plastron, dont le fond est oliv;'itre, présentant chacune une large tache noire. Un peu plus 
petite que la précédente. (Voir notre Allas, pi. I, fig. \.) 

Cette Tortue a quelquefois été confondue avec la Tcstmlo Grœca; c'est la T. zolmlfa, Forskal; 
T. pusilla, Shaw, et T. ibcra, Pallas. Elle se trouve communément aux environs d'Alger, et c'est de 
1;\ que sont envoyées toutes celles qui se vendent depuis vingt-cinq ans chez nos marchands de co- 
mestibles; on l'a signalée en grand nombre dans les jardins fruitiers des environs de Bakou, ville si- 
tuée sur les bords de la mer Caspienne, dans la presqu'île d'Abahéran. 



REPTILES. 25 

Dans le second sous-genre, on compte un assez grand nombre d'espèces, parmi lesquelles nods 
citerons seulement : 

5. TOltTUE GRECQUE. TESTUDO GB^CJ. Linné. 

Caractères spécifiques. — Carapace ovale, très-bombée, entière, un peu plus large derrière que 
devant; plaques marginales au nombre de vingt-cinq; plastron presque aussi long que la carapace, 
séparé en deux grandes portions par un sillon longitudinal; queue épaisse, conique, un peu plus lon- 
gue que dans les deux autres espèces européennes; les plaques de la carapace sont tachetées de 
noir et de jaune verdâtre par de grandes marbrures; le centre des plaques du disque est, en outre, 
relevé par une petite tache noire irrégulière; plaques du plastron jaunes, à tache noire à leur centre. 

C'est le XÛMvu yjpa-aia d'Arislote, le Tesludo terresiris de Pline, de Gcsner, de Ray; le T. vulga- 
ris et mijdas de Klein; le T. Uermaniii de Schneider et Gmelin; T. Greeca de Linné, ainsi que de 
tous les auteurs modernes. Cette Tortue est de petite taille, car elle ne dépasse pas 0'",28 de lon- 
gueur. Elle habile la Grèce, l'Italie, quelques îles de la Méditerranée et le midi de la France, où 
elle a été importée d'Italie : on assure qu'elle se trouve également en Espagne et en Portugal. Elle se 
nourrit d'herbes, de racines, de Limaces et de Lombrics; elle s'engourdit pendant l'hiver et passe 
cette saison dans des trous qu'elle se creuse dans le sol parfois à plus de soixante centimètres de 
profondeur, et d'où elle sort vers le mois de mai. Elle habite les lieux sablonneux et boisés, et aime à 
venir se chauffer aux rayons du soleil. Les femelles pondent, vers le mois de juin, de quatre à douze 
œufs blancs, sphériques, et de la grosseur de petites noix; ces œufs, déposés dans un trou recouvert 
de terre et exposé au soleil, éclo.sent dès la tin de septembre. La Tortue grecque est rcclierchée à 
cause de sa chair, qui, comme celle des deux espèces que nous avons décrites, donne un bouillon 
très-reclierché des gourmets. 

Parmi les autres espèces, nous citerons les Tcsiuilo ficomcliicn, Linné, du cap de Bonne-Espérance 
et de Madagascar; T. aciinodes, Bell, des environs de Pondicliéry; 7'. pardalis, Btll, de r.\frique 
australe; T. sulcata, Mùller, de l'Afrique australe et, ce qui est très-remarquable, de la Palagonie; 
T. radiaia, Shaw, propre à l'ile de Madagascar; T. labulaia, Walbaum, de lAniérique méridionale 
et des Antilles; T. caibonaria, Spix, du Brésil; T. poliiplicmus, Daudin, de l'Amérique du Nord; 
T. Scliwc'uigcri, Gray. dont la patrie est inconnue; J'. Datidbiii, Duméril et Bibron, des Indes. 

Enfin l'espèce la plus grande du genre, et l'une des plus curieuses, est : 

4. TORTUE ÉLÉPIIANTINE. TESTUDO ELEPBANTINA. Duniéril ot Bibron. 

Caractères spécifiques. — Carapace brune, ovale, entière, convexe, à plaques tantôt striées, tan- 
tôt tout à fait lisses, le plus souvent une petite plaque nuchale; queue médiocre, inonguiculée; corps 
d'un brun noiritre uniforme, seulement un peu plus foncé au ceii're des plaques, à l'eNtrcmité des 
membres et sur les mâchoires. Longueur totale ayant plus de 1"'. 

"Cette Tortue est la Tesludo Indica, Dekay et Gray, et l'on a quelquefois proposé de lui réunir les 
espèces indiquées sous les noms de T. nir/rita, Duniéril et Uibron; T. niçira, Quoy et Gaimard; 
T. (fiijaniea, Shaw, et T. l'crratillii, qui doivent probablement s'en distinguer. C'est à tort que l'on 
a supposé que cette espèce provenait des Indes orientales; elle habite la plupart des îles qui sont si- 
tuées dans le canal de Mozambique, telles que Anjouan, Aldebra, les Comores, d'où on l'apporte fré- 
quemment à Bourbon et à l'Ile de France. Plusieurs individus en ont été envoyés en Europe, et notre 
Muséum en a possédé deux vivants pendant plus d'un an, et qui lui avaient été donnés par Julien 
Desjardins : chacun de ces individus pesait environ trois cents kilogrammes, et leur chair était très- 
bonne à manger, ainsi que nous avons pu le constater. 

Dans le troisième sous-genre, on ne range que quatre espèces assez peu connues, et qui portent les 
noms de Tesludo aiuiulaid, Duniéril et Bibron, de l'Afrique australe et de Madagascar; T. Graiji et 
peliastes, Duméril et lîibron, de pairie inconnue, et 7'. Vostnacri, Filzinger, probablement des îles 
Gallopagos, et non du cap de Bonne-Espérance, comme le prétendait Yosmaer. 

K. P. 4 



26 HISTOIRE NATURELLE. 

Les trois autres genres qui entrent dans cette famille sont les suivants : 

i" HoMoroDE ([lomopiis, Duméril et Bibron, Histoire naturelle des Ueptilcs, t. II, 1855) (omio;, 
semblable à lui-même; -kovç, ttoSoç, pied), caractérisé par la carapace, et le sternum ne formant qu'une 
seule pièce, et surtout parce qu'il n'a seulement que quatre doigts onguiculés à cbaque patte, tan- 
dis qu'il y en a constamment cinq dans les autres Chéloniens. On n'y range que deux espèces, lllo- 
HoroDE AnÉOLÉ, Duméril et Bibron {Tcstudo arcolalus, Tliunberg) (Voyez notre Allas, pi. II, fig. 2.), 
cl riloMOPODE junQuÉ {T. signala, Walbaunj), de l'Afrique australe, principalement des environs du 
cap de Bonne-Espérance. 

2° Pyxide {Pijxis, Bell, Zoolocjical Journal, t. XV, 1S28) (tt-j^i;, boite qui était faite avec du buis), 
ayant pour caractères distinctifs une carapace d'une seule pièce; le sternum mobile antérieurement; 
les pattes à cinq doigts chacune : les postérieures à quatre ongles seulement. Une seule espèce, le 
PïxiDE ARACiiiNOÏDE (Pixifs araclmoidcs, Bell), du continent et de l'archipel Indien, entre dans ce 
genre. (Voyez notre Allas, pi. Il, fig. 1.) 

5° Ci.MXYs {Cinixys, Bell, Zootoyical Journal, t. XV, 1828) (-/ivem, je remue; i|u;, les lombes), que 
l'on peut caractériser ainsi : carapace mobile en arrière, ce qui lui permet de s'abaisser et de s'ap- 
pliquer contre le sternum afin de fermer complètement en arrière la boîte osseuse; sternum d'une 
seule pièc; pattes à cinq doigts : les postérieures à quatre ongles seulement. Trois espèces seule- 
ment, provenant de l'Amérique et de la Guadeloupe, constituent ce genre; ce sont les Cikixys de 
ïloME {Cinixys Homcana, Bell), C. rokcée (C. erosa, Gray), et G. de Bell (C Belliana, Gray). 



DEUXIEME FAMILLE 
TORTUES DE MARAIS. ELODITES. Duméril et Bibron. 



Aristote désignait les Tortues d'eau douce sous le nom d'Euuç, et les auteurs modernes, en ajoutant 
le mot uSoç (semblable), ont formé le mot Émïde {Emijs). que l'on a donné à toutes les Tortues d'eau 
douce, et aux Chéloniens, qui ont avec elles des rapports intimes de forme et d'organisation, et qui 
constitue la famille des Élodites de MM. Duméril et Bibron. Ces Reptiles ont pour principaux carac- 
tères : une carapace plus ou moins déprimée, ovalaire, évasée en arrière; des pieds dont les doigts 
sont distincts, flexibles, garnis d'ongles crochus, et dont les phalanges sont réunies à la base au 
moyen d'une peau élastique qui leur permet de s'écarter les uns des autres, tout en conservant leur 
force et en donnant une plus grande surface, permet à ces animaux de marcher sur la terre, de na- 
ger à la surface des eaux et dans leur profondeur, en même temps qu'ils peuvent s'accrocher et 
grimper sur les rivages des lacs et des autres eaux tranquilles, où la plupart font leur demeure habi- 
tuelle, quoique quelques espèces se plaisent sur la terre, habituellement dans les endroits humides. 
C'est d'après ce genre de vie que le nom de Héganopodes avait été donné à ces animaux, et qu'est 
tiré celui iVElodites (e^wÎïiç, de marais), assez généralement adopté aujourd'hui. D'après leur confor- 
mation et leurs habitudes, on voit que ces animaux établissent d'une manière complète le passage 
sériai des Chersites aux Tortues essentiellement aquatiques, telles que celles des deux familles des 
l'olaraites, quelquefois encore réunies aux Élodites, et des Thalassites. 

Ces Chéloniens, de taille ordinairement petite, sont en général carnassiers, c'est-à-dire qu'ils se 
nourrissent de petits animaux vivants, et l'on tire même parti de la gloutonnerie de ces Tortues pour 
les prendre à l'hameçon; ce sont des animaux inoffensifs, sauvages, colères; et, lorsqu'on approche 
les plus grandes espèces, elles se mordent avec acharnement et fureur. La plupart sont peu recher- 
chées, car elles exhalent une odeur particulière si nauséabonde, que partout on les rejette; en outre, 
elles ne possèdent pas une écaille assez épaisse et assez belle pour qu'on puisse en faire le moindre 
usage. On en connaît une centaine d'espèces réparties dans toutes les parties du globe, mais princi- 




l'-i^. I . — Pyxiile :iiniliu.ji,le 




Ki-. 2. - Ih |in,lc ,iiv(,l,- 



REPTILES. 27 

paiement dans les régions chaudes ou tempérées; elles ne sont pas très-rares en Amérique et en 
Asie, mais Ton n'en a signalé qu'un petit nombre en Afrique, trois en Europe et deux seulement eii 
Australasie. En outre, on a signalé un assez grand nombre d'espèces fossiles enfouies plus ou moins 
abondamment dans les formations lacustres des terrains secondaires et tertiaires, dans plusieurs con- 
trées et surtout eu France. Les espèces vivantes sont distribuées dans une vingtaine de genres, et 
MM. Duméril et Bibron, dans leur grand ouvrage, n'en admettent que quatorze, et les partagent en 
deux sous-familles, celles des Cryptodères et des Pleurodères. 



PREMIERE TRIBU. 

CRYPTODÈRES. CRYPTODERES. Duméril et Bibron. 

Élodites pouvant retirer complètement sous le milieu de la carapace leur cou cylindrique, à peau 
L)che et engainante; tête d'une épaisseur à peu près égale à sa largeur vers l'occiput; bassin mobile 
sur les os de réchiiie. 

Sept genres principaux : Cisiiilc, Emijilc, Tclronijx, Platiisicrne, Emijsaiire, Stauroitjpe et Ci- 
nosierne. 



1" GENRE. — CISTULE. CISTUDO. Fleming, 1822. 

Nom formé par la réunion des deux mots conlraclés Ciita, une boîle; Testudo, Tortue 
Philosopliy of zoology. 

CARACTERES GÉNÉRIQUES. 

Plastron larcjc, ovale, attache à la curapace par un cartilage, mobile devant et derrière par une 
iiu'ine charnière transversale el moijenne, garni de douae plaques. 
Carapace ayant vinfjl-cinq écailles au limbe. 
Pieds à cinq doigts : les posin-icurs à quatre ongles seulement. 

Ce genre, tel que ladoplent MM. Giay, liumèril et Bibron, comprend une seule des espèces de Cis- 
Utdo de Fleming, des espèces de 'l'crrapriie de Merrem et de Bell, une espèce de Stènolbère, et la 
Cyclemiis de Bell, correspond au genre Emiis de Wagler, et renferme six espèces propres à l'Amé- 
rique, à Amboine, au Bengale et à l'Europe méridionale, placées dans deux sous-genres, ceux dt;s 
Baillantes {Hiunics) et Clausiles {Clausiles). Comme type, nous n'indiquerons que la suivante, qui 
appartient au premier sous-genre : 

CISTULE EUROrF.ENNE ou COMMUNE. CISTVDO EUROPMA. Gray. 

Caractères spécifiques. — Carapace ovale, plus ou moins déprimée, noire, marquée de taches 
jaunes disposées en rayons; queue longue, sans ergot. Longueur totale de la carapace, O^ilC 
à 0'°,21. (Voyez notre Atlas, pi. III, fig. 2 et 3.) 

Cette espèce, qui porte les noms de Tortue bourbedse. Bonnalerre; T. jaune, Lacépède, Bosc; 
Testudo lutaria, Aldrovande; T. orbicularis, Gmelin; T. tneleagris, Sbaw; T. (lava, Daudin. est 
uès-rèpandue en Europe; car non-seulement la Grèce, l'Italie et les îles, l'Espagne et le Porti'gal la 
produisent, mais on la trouve encore dans les départements méridionaux de la France, en Hongrie, 
en Allemagne et jusqu'en Prusse. Elle habite les lacs, les marais et les étangs, au fond desquels elle 
aime à se tenir enfoncée dans la vase; toutefois elle vient quelquefois à la surface de l'eau, et y reste 



28 HISTOIRE NATURELLE. 

des heures entières. Elle vit particulièrement d'Insectes, de Mollusques et de Vers aquatiques, ainsi 
que de petits Poissons. L'accouplement a lieu dans l'eau et dure deux ou trois jours. C'est tout prés 
du rivage, mais dans un endroit sec, que la femelle va pondre ses œufs, qui sont blancs, marqués de 
£;ris cendré. A l'approche de l'hiver, elle quitte les eaux et se retire dans des trous, où elle tombe en 
léthargie pour ne se réveiller qu'au retour de la belle saison. Dans presque tous les pays où cette 
Cistule est commune, on en mange la chair, quoiqu'elle ne soit pas d'un excellent goût; on prétend 
cependant que celle des individus nourris pendant quelque temps avec de l'herbe ou du son mouillé 
est assez bonne. 




Fig. 9. — Cistule européenne. 



Une autre espèce du même sous-genre est la Cistule de Diard, Duméril et Bibron [Cycletnys orbi- 
cnlata, Bell); du Bengale et de l'île de Java. 

Parmi les espèces du sous-genre Clausile, la plus connue est la ToniDE a boîte, Bosc (Testudo ca- 
rinata, Linné; T. clausn, Sliaw, Cistiulo Carolina, Gray), qui habite l'Amérique septentrionale de- 
puis la baie d'Hudson jusqu'aux Florides, vit à la manière des Chersites, sans aller jamais à l'eau, et 
dont les œufs sont trè.s-recherchés. Deux autres espèces sont les Cistules d'Amboine {Terrapcne Am- 
boinensis, .Merrem.* de Java et d'Amboine, et la Cistule thifasciée (C. trifasciaia, Gray). 



2°" GENRE. — ÉMYDE. EMVS. C. Duméril, 1803. 

Ejj.'j;, Torlne fluvialile; e'.'^û;, semlilable. 
Trailé élémonlaire d'IIisloire nalurcUe. 



CAHACTlinES GEN'ERIQUES. 

Plasti-on large, non nobite, solidement arliciilé sur lu carapace, garni de douze plaines. 

Deux écailles axillaires et deux inguinales. 

Tête de grosseur ordinaire. 

Pattes h cinq doirjls : les postérieures n offrant que quatre ongles. Queue longue. 

Le genre Émyde, d'abord indiqué par Merrem et par Al. Brongniart, a été caractérisé pour la pre- 
mière fois par M. C. Duméril dans ses cours du Muséum, et, en 1803. dans son Traité élémentaire 
d'Histoire naturelle, et est devenu la famille entière des Élodites. Considérablement restreint par 
MM. Bell, Gray, Duméril et Bibron, quoique renfermant encore une cinquantaine d'espèces, ce 
groupe correspond au genre Clemmvue Clcmmijs de Wagler, du prince Charles Bonaparte et de quel- 
ques autres naturalistes. 

Dans les Émys, le sternum est large et immobile, tronqué en avant, échancré en arrière, composé 
de douze plaques polygones, réuni à la carapace au moyen de deux plaques axillaires et de deux pla- 
ques inguinales; leur tête, de volume médiocre, plus ou moins allongée, rentre en totalité sous la 




Fi;;. 1 — l'Iatyslenie ù grosse lelu 







FiR. '1 — lùiiydi, 




Fig. !ï. — Podocnôiiiyde 6]ar" 



REPTILES. 29 

carapace; la peau qui la revêt en dessus laisse voir des sillons qui la divisent incomplètement, et for- 
ment comme des plaques écailleuses; la carapace est composée de treize plaques pour le disque et de 
vingt-cinq marginales; la peau qui recouvre les membres est garnie, en dehors, d'ccailles plus ou 
moins saillantes; les membranes interdigitales ne sont pas toujours très-prononcées; la queue est 
plus ou moins allongée, grêle. Les mœurs et l'habitat des Émydes sont les mêmes que ceux de 
toutes les autres Éloditcs. On en donnait dans toutes les parties du monde, excepté en Australasie, 
où l'on n'en a pas encore signale; mais l'on peut dire que le plus grand nombre des espèces, et sur- 
tout celles qui atteignent à uw plus grande taille, sont principalement propres à l'Amérique et sur- 
tout à la partie septentrionale de ce continent. On les a partagées, en général, en quatre groupes 
géographiques. 

L'Europe en renferme deux espèces : 

i. ÉMVDE CASriENNE. EMYS CASflCA. Schweigger. 

CAnACTÈREs SPÉCIFIQUES. — CarapacB olivâtre, sillonnée par des lignes llexueuses et confluentes 
d'un jaune souci sale, entière et unie dans les adultes, tricarénée chez les jeunes; bords latéraux 
relevés sur eux-niénies; sternum noir, avec des taches jaunûlres. Longueur totale, de û°,21 à O"',^?. 
(Voyez notre Allas, pi. IV, fig. 2.) 

Cette espèce, placée jjar Linné dans le genre Testiido, et que l'on indique parfois sous le nom d'E- 
MYDE A LIGNES FLExuEusEs, habite Ics pays voisins de la mer Caspienne; mais elle vit aussi en Dalmatie 
et en Morée, où elle n'est pas rare. On la trouve dans des cours d'eau peu profonds et peu rapides. 

2. ÉMYDE SIGRIZ. EHIYS LBPltOSA. Schweigger. 

Caractères spécifiques. — Carapace olivâtre, marquée de taches orangées cerclées de noir, ovale, 
entière, unie chez les adultes et très-légéremenl carénée dans le jeune âge; sternum brun, bordé ou 
mélangé de jaune sale, avec une tache oblongue, noire, sur ses prolongements latéraux. Longueur 
totale, 0", 10 à 0'°, 12. 

Celte Élodite, commune sur les côtes méditerranéennes de l'Afrique, se retrouve aussi en Espa- 
gne; il n'est pas rare de la voir vivante à Paris. 

On indique une autre espèce africaine cVEimjs, et encore provient-elle des îles de France et Bour- 
bon; c'est I'Émvde de Spengler {lunijs Spengleri, Schweigger). 

L'Asie en ri'nferme une douzaine, dont la plus anciennement connue est I'Émïde a trois arêtes 
(liniiis Tiijiiya, Schweigger), des Indes orientales. 

Enfin les espèces américaines, beaucoup plus nombreuses, sont au nombre de vingt à vingt-cinq, 
parmi lesquelles nous ne citerons que les Ésiïde ponctui.a re {Tesludo punciiilaria, Uaudin), du 
Brésil et de la Guyane; l'É. cE^TaLF. (Eniys puhlirlla, Schweigger), de l'Amérique septentrionale; 
É. géographique {E. ijeograplnca, Lcsueur); É. tachetée (E. giuiala, Schweigger) : toutes doux du 
même pays, et l'É. peinte (7'. picia, Ilermann), des États-Unis, l'une des espèces les plus commu- 
nes, paludine, et éminemment aquatique. 

Les genres placés dans le même groupe et adoptés par MM. Duméril etBibron sont les suivants : 

1° TÉTnoNïx (Tcinwnijx, Lesson, lllttsliaiions zoobgiqucs, 1825) {mp^, quatre; ovul, ongle), ca- 
ractérisé par son sternum solide, large, garni de six paires de plaques; vingt-cinq écailles margi- 
nales; cinq doigts, dont un sans ongle à toutes les pattes. Deux espèces : le Tétronyx de Lesson, 
liuméril et Bibron (Eniijs batagar, Ilardwich), el le T. d.^ska, Duméril et Bibron {E. baska, Hard- 
wich), des Indes orientales. 

2° Pl,ATïsTER^E [Platijslernon, Gray, Procceilings of zoologie al Sociely, 1829) (îi^at-uj, aplati; o-tso- 
mv, plastron), chez lesquels la tête est cuirassée el trop grosse pour pouvoir rentrer sous la carapace; 
la mâchoire supérieure crochue; le sternum large, non mobile, fixé solidement à la carapace, à ailes 
Courtes; les écailles steruocostales au nombre de trois; les ongles au nombre de quatre aux pattes de 
devant et de cinq à celles de derrière, et la queue très-longue, écaillcuse, sans crête. La seule espèce 



50 HISTOIRE NATURELLE. 

est le Pi.ATYSTEnNE A CROSSE TÊTE, Plalijslemon mignccphalimi, Gray, de la Chine. (Voyez noire Alla.*. 
pi. IV, figl.) 

5° Émïsauhe {Eimjsaiiriis, Duniéril et Bibron, Histoire naturelle des licpiitcs, t. II, 1855) (sy.uç, 
Tortue; iraupoç, Lézard), ayant pour caraclère.s : tête large, couverte de petites ])laques; museau court; 
niâehnires crochues; deux barbillons sous le menton; plastron non mobile, en forme de croix, cou- 
vert de douze plaques; trois écailles sterno-costales; cinq ongles aux pattes de devant et quatre à 
celles de derrière; queue longue, surmontée d'une crête écailleuse. Ce genre a été fondé, en 1812, 
par Scliweigger sous la dénomination de Clulijdra, que l'on n'a pas adopté, parce qu'elle avait trop 
de rapport avec le nom de Chelyde, plus anciennement créé, et ne comprend que la Tesludo serpcn- 
linn, Linné, qui vit dans les lacs et les rivières de l'Amérique du Nord, et se nourrit de Poissons et 
d'Oiseaux. (Voyez notre /l//n.ç, pi III. fig. 1.) 

A" StAunoTYrE (Stanrotiipus, Wagler, Dcscriplion cl Iconograpliic des Ampliibiens, 1850) {(na\>- 
po;, croix; tutto;, figurC). Tête presque quadrangnlaire, pyramidale, recouverte en avant d'une seule 
plaque; mâchoires plus ou moins crochues; des barbillons sous le menton; vingt trois plaques lim- 
baires; sternum épais, cruciforme; pattes de devant à cinq ongles : postérieures à quatre seulement. 
On y place deux espèces : STAunoTvrE tricaiiéné (1 vrrapcne iriporcaia, Wiegmann), du Mexiqee, et 
;>. MUSQUÉ [Tesludo odorala, Lalreille), de l'Amérique septentrionale. 

5° Cl^osTER^E (Cinoslcrnon ou f(inostcrJiinn, Spix. Wagler, Dcscriplion cl Iconographie des Aiii- 
phibicns, 1830) (zivîm, je remue; n-io-i-.-j, plastron). Tète |)resque quadrangulaire, pyramidale; mâ- 
(hoires un peu crochues; des barbillons sous le menton; écailles de la carapace légèrement imbriquées; 
sternum ovale, mobile devant et derrière, sur une pièce fixe, garni de onze écailles, à ailes courtes; 
queue longue dans les mâles, onguiculée. Le type est la Tesludo scorpïoide%, Linné, qui a reçu diffé- 
rents noms, et habite les marais et le bord des rivières de l'Amérique méridionale. Les deux autres 
espèces sont le C. de Pensvlvame ou Toktue rougeatre, Lacépède (Tesludo l'ensijtvanica, Gmelin), 
des Etats-Unis d'Amérique; le C. urtipède \C. liirlipes, Wagler), du Mexique. 



DEUXIEME TRIBU. 

PLEUROUÈRES. PLEURODERES. Duméril et Bibron. 



Êlodites ayant toutes le cou rètractile sur l'un des côtés de l'ouverture antérieure de la carapace; 
mais ne pouvant jamais le faire complètement rentrer entre leurs bras et sous le milieu de la cara- 
pace et du plastron; tète plus ou moins déprimée et nue en arrière, excepté dans un groupe généri- 
que; bassin immobile et soudé à la fois et à l'échiné et au plastron. 

Sept genres : PELTOcÉruALE, Podocmîmie, PE^TONïx, Steunotuère, Platémïde, Chélodine et Cui- 

LÏDE. 



GENRE PRINCIPAL. — PLATEMYDE. PLATEMYS. Wagler, 18Ô0. 

nXaTu;, aplati; ejau;, Tortue. 
Système des Aniphil)icns. 

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Tête aplalie, couverte d'une seule écaille mince ou d'un (jrand nombre de petites plaques irrc- 
gulières. Mâchoires simples. Deux barbillons sous le mcnlon. 

Carapace irès-dcprimce . Une plaque nuchale. Slernum non mobile. 
Paitcs h cinq ongles aux pâlies de devant : quatre à celles de derrière. 



REPTILES. 

Une forte crête composée de deux ou trois grandes ccaillcs sur le devant du tarse cl en bas. 
Queue courte, inongiticulée. 



31 





urS^^-: 






Fig. 10. — Plalcniyde bossue. 



I.e genre Platémyde, lel que nous le comprenons avec MM. Duméril et Dibron, renferme une parlie 
dis Ilijdraspides de Gray, et réunit les trois genres que Wagler a désignés sous les noms de Plate- 
ntijs, Rhinemys (piv, nez; ey.uç, Tortue; et Phrijnops {fpwjç. Crapaud; a^, apparence), qui différent 
Irès-peu tes uns aes autres. On connaît une quinzaine d'espèces de ce genre, et toutes, à l'exception 
d'une seule, la Platémïde de Macquabie (Uijdraspïs Macqnaria, Gray), de la Nouvelle-Hollande, pro- 
viennent de l'Amérique méridionale et princijialenient du Brésil. 

Comme type, nous ne citerons que la Platébïde bossue (Duméril et Biberon), et nous décrirons la: 



PLATÉMYDE MAUTINliLLE, TESTUDO PLAIflCEPS. Scliœpfor. 

Caractères spécifiques. — Carapace fauve, marquée de chaque côté du disque d'une grande tache 
noire, quadrangulaire; dos avec deux carènes arrondies, séparées par une large gouttière; sternum 
noir, bordé de jaune; une seule plaque sur la tête. Longueur totale, de O'°,20 à 0°,25. 

Habite le Brésil et la Guyane. 

Les autres genres d'Élodites pleurodères admis par MM. Duméril et Bibron sont les suivants : 

i" Peltocéphale (Pettoccphalus, Duméril et Bibron, Histoire naturelle des Picptilcs, 1. Il, 18Ô5) 
(jr£>.Tvj, bouclier; xzfaln, tête), qui est principalement caractérisé par sa tête grosse, presque qua- 
drangulaire, pyramidale, couverte de grandes plaques épaisses un peu imbriquées, à mâchoires for- 
tes, crochues, sans dentelures; à yeux latéraux, etc., ne renfermant qu'une seule espèce, le Pelto- 
céphale tracaxa, Duméril et Bibron [Ennjs trnca.ra, Spix), de l'Amérique méridionale. 

2° Podocnémide (Podocnciiiis, Waglei',- /oco citalo, 1850) ttou?, itoSoç, pied; xv/juiç, bottines). Tête 
peu déprimée, couverte de plaques, à mâchoires arquées, sans dentelures; deux barbillons sous le 
menton; pattes largement palmées : les postérieures portant aux talons deux grandes écailles minces 
et arrondies; queue courte. Ou n'en connaît que deux espèces propres à l'Amérique du Sud : les Po- 
docnémide Éi.AiiGiE [Enujs expansa, Schw.) (Voyez notre Atlas, pi. IV, fig. 5.), et P. de Duméril [E. 
Dumeriliana, Schw.). 

5° Pélûuéduse {Pelomcduui, Wagler, loco cilato, 1850) {pelomedusa, maîtresse des marais). Tête 
large, déprimée, couverte de plaques; sternum non mobile; cinq ongles à tous les pieds; queue mé- 
diocre. Ce genre, dontM.M. Duméril et Bibron ont chaiigé, eu 1855, la dénomination en celle de Pen- 
tonijx (ttevte, cinq; oju;, ongle), ne renferme que deux espèces, l'une du cap de Bonne-Espérance, 
qui a reçu un grand nombre de noms, et que MM. Duméril et Bibron appellent P. Capensis, et l'au- 
iro rapportée du cap Vert, \Enujs Adansonii, Schw. 

4° Sternothère (6'(e/Ho(/icri(« Bell, Zoo/ojica/ Jo»r»ia/, 1828) ((tte^vov, plastron; Oaipo;, char- 



32 HISTOIRE NATURELLE. 

iiière). Tête déprimée, garnie de grandes plaques, à mûelioires sans dentelures; sternum large, à pro- 
longements latéraux très-étroits; portion lihre antérieure du plastron arrondie; einq ongles à cha- 
que pied. Trois espèces de Madagascar, dont le type est le S. marro.n {Eiiiys casianea, Scliweigger). 

5° Cmélodike (CItclodina, Fitzinger, Classification des Reptiles, 1856) ixAvç, Tortue; Si^n, tour- 
billon d'eau). Tête très-longue, très-plate, recouverte d'une peau mince, à museau court, à bouche 
très-fendue, à mâchoires faibles, sans dentelures; pas de barbillons; cou très-long; plastron large, 
non mobile; quatre ongles à chaque patte; queue très-courte. Au nom de Filzinger, M. Wagler a pro- 
posé de substituer celui cï Hijdromedusa (uSpoyeJouaa, tyran des eaux), et M. Bell, celui dUydras- 
pis, qui ne sont généralement pas adoptés. On en connaît trois espèces, deux américaines, et l'es- 
pèce typique propre à la Nouvelle Hollande, le Chclodina tonçjicollis, Gray, décrit par Shaw dans le 
genre Tcslndo. 

6° Chélvde {Clielys, Duméril, Zoologie, annliilique, 1805) (x=>.uç. Tortue). Tète fortement dépri- 
mée, large, triangulaire, à narines prolongées en trompe, à bouche largement fendue, à mâchoires 
arrondies, peu épaisses; cou garni de longs appendices cutanés; deux barbillons au menton; cinq 
ongles aux pattes de devant : quatre à celles de derrière. On ne connaît qu'une seule espèce de ce 
groupe, la Tohtue matauata des auteurs (Testiiilo malnmaia, Daudin), dont Merrem a fait son genre 
Malamala, qui est postérieur à celui des Chèl\s de M. C. Duméril. 




Fig. 11. — Clielyde malamala. 



TROISIÈME FAMILLE. 



TORTUES DE FLEUVE. POTAMITES. Duméril et Dibroii. 



Et. Geoffroy Saint-Ililaire a créé, sous le nom de Trionyx, un genre de Chéloniens que Schweigger 
indiquait précédemment sous la dénomination A'Amijda; et c'est ce genre qui, augmenté par la des- 
cription de quelques espèces nouvelles, est devenu le type d'une famille distincte, celle des Pota- 
mites, que l'on réunit parfois à celles des Tortues de marais et de mer. 

Ce sont des Chéloniens à carapace trcs-clargie et liès-plaie, à pattes très déprimées, dont les 
doigts se trouvent réunis jusquuu.v oiiiiles par de larges membranes flexiblrs, qui changent les 
mains et les pieds en de véritables palettes qui ne sont plus destinées à la progression sur le sol, 
mais qui font l'office de véritables rames. Comme chez les Élodites, on dislingue facilement, dans 
l'épaisseur de leurs pattes, les phalanges de chacun de leurs cinq doigts, qui permettent de légers 
mouvements d'extension, de flexion et de latéralité. Elles restent, comme les Thalassites, conslani- 



REI'TILKS. 55 

ment dans l'eau ; mais elles habitent spécialement les grands fleuves. Quoique leurs pattes soient 
également en nageoires, ellos diffèrent beaucoup les unes des autres; car, dans les Tlialassites, les 
membres antérieurs sont, respectivement aux postérieurs, d'une longueur double, et leurs doigts 
sont ainsi confondus en une masse dont tous les os aplatis semblent se toucher comme les pièces 
d'une mosaïque, maintenues serrées entre elles par une peau coriace-, tandis que, chez les Potamites, 
les os des patlcs ne sont pas de formes, et que les pièces qui les composent sont susceptibles d'un 
assez grand nombre de mouvements; car la peau ijui les recouvre csi lâche, molle et mobile, et, Lien 
que ces pattes n'aient que trois doigts allongés, les deux autres doigts, quoique complets, restent 
cachés sous la peau. Le cou est très-allongé et protractile dans fes Potamites, très-court, au con- 
traire, et à tête grosse, munie de mâchoires épaisses dans les Thalassites. Les narines sont différem- 
ment placées dans les deux familles. Enfin le genre de vie n'est pas le même : les Tortues marines 
se nourrissent presque exclusivement de racines et d'autres productions végétales, tandis que les 
Tortues de fleuve font leur pâture des Poissons, des Hepiiles et des Mollusques, auxquels elles font 
une chasse continue. Les différences ne sont pas très-tranchées entre certaines espèces d'Élodites et 
de Potamites; elles ont à peu près le même genre de vie, mais en général les dernièrGS s'en distin- 
guent par la forme de la carapace et par ses ongles, qui ne sont qu'au nombre de trois. Pour les 
Chersites, les Potamites s'en différencient facilement, par la disposition de la cuir.isse et des pattes. 




Fig. 12. — CryplopoJc cli.igrin(5. 



L'ensemble des caractères que présentent les Potamites peut être résumé ainsi qu'il suit, d'après 
JIM. Duméril et Bibron. Ce sont des Tortues à carapace molle, couverte d'une peau flexible et comme 
cartilagineuse dans tout son pourtour, soutenue sur un disque osseux, très-déprimé, à surface supé- 
rieure ridée par des sinuosités rugueuses; les côtes sont à extrémités sternales libres; la têie est al- 
longée, étroite; les narines sont prolongées en un tube court et terminées à l'extrémité par un petit 
appendice charnu, mobile comme celui de la trompe de 1 Éléphant; les mâchoires sont tranchantes, 
presque nues, garnies, en dehors, de replis de la peau en forme de lèvres; les jeux sont saillants, 
rapprochés, obliquement dirigés en haut; le cou est arro;idi, rétractile, à peau libre, engainante ou 
non adhérente; le plastron court en arrière, mais dépassant la carapace sous le cou, non entièrement 
osseux au centre, non réuni à la carapace par de véritables symphyses; la queue est courte, épaisse; 
les membres antérieurs et postérieurs sont courts, trapus, déprimés, à pattes très-larges, bordées et 
prolongées en arrière par la peau, à trois doigts seulement, munis d'ongles forts, presque droits, 
creusés en gouttières en dessous : les deux autres doigts sans ongle.<!, avec des membranes natatoires. 

Ces Chéloniens ne se trouvent pas en Europe; ils proviennent des rivières, des fleuves ou des 
grands lacs d'eau douce des régions les plus chaudes du globe : du Nil et du Niger en Afrique; de 
lEuplirate et du Gange en Asie; du Mississipi, de l'Ohio et de ses alfliients en Amérique. Ils peuvent 
atteindre à une grande taille et à un grand poids. Ils nagent avec beaucoup de facilité à la surface et 
au milieu des eaux; et il paraît que, la nuit, ils viennent s'étendie et se reposer sur le sol. Ils sont 
voraces, et poursuivent leur proie à la nage. Leur chair est très-recherchée; aussi les poursuit-on 
activement dans les pays qu'ils habitent. Les mâles sont en moindre nombre que les femelles. 

B. 1'. 5 



34 IllSTOlIlK NATUltELLE. 

Le nombre îles esiii'ces de cette fnmille est excessivement restreint; cependant MM. G. Duméril eî 
Dibron les distinguent en deux genres : ceux des Giinmopode, auquel nous laisserons le nom an- 
ciennement employé de Trionijx, et des Cryplopodcs, indiqué précédemment par M. Gray sous la 
dénomination A'Einijda. 



\" GKNIiE. — TfilONVX. TPxlONYX. El. Geolïroy Saint-Ililaire, 1803. 
Tpi, trois; cvu^, ongle. 
Annales (lu Muséum, t. XIV. 

CARACTÈRES GÉNÉlilQUES. 

CnKipmc a poiniour cariiliufincnx, ircs-large, flollanl en ariiae et dépourvu d'os h l'exlà- 
lieiir. Sternmu iropélroïl en airùte pour (pie les membres soient complètement caeliés quand l'anï- 
mal les relire sous sa carapace. 

Ongles au nombre de trois seulement : deux des doigts en étant ilépourvus. 

Scliweigger, le premier, a indiqué ce groupe sous le nom d'Amijda; mais El. Geoffroy Saintlli- 
laire l'a caractérisé un peu |ilus tard d'une manière complète sous le nom de Trionijx, qui a été gé- 
néralement adopté. Cependant assez récemment ce genre, tel qu'il avait été conçu orginairement, a 
été partagé en deux petits groupes particuliers : le premier, auquel nous laisserons avec quelques au- 
teurs la dénomination de Trionijx, qu'il serait fûcheux de voir disparaître de la science, que Wagler 
nomme Aspidonecles, et MM. C. Duméril et Bibron, Gijmnopode (yMy.vjç, nu; Ttmç, pied); et le se- 
cond celui des Cryplopode, dont nous dirons quehjues mots. 

Les Trionyx ont le corps très-déprimé; le pourtour de leur carapace est cartilagineux, très-étendu, 
flottant en arrière; le limbe est soutenu en partie par la portion libre des côtes, et, dans quelques 
parties, il est dépourvu de pièces osseuses; rarement il présente quelques granulations dans son épais- 
seur; tantôt il est tout à fuit lisse, ou bien surmonté de petits tubercules; le sternum est plan; la 
peau qui enveloppe tout le corps de l'animal est molle, assez épaisse, et caclie les plaques de la cara- 
pace, qui présentent quelques particularités notées par les auti'urs; ces animaux peuvent retirer com- 
plètement leur cou et leur tête sous la carapace : les membres antérieurs peuvent être caches en 
partie entre la carapace et le cartilage qui continue le sternum sur les côtes, mais les pattes posté- 
rieures ne peuvent être cachées en entier; la tête est très-déprimée; le museau et les narines varient 
de longueur suivant les espèces; le front est convexe ou aplati; les branches de la mâchoire sont 
plus nu moins écartées; la peau de la tête et du cou est toujours nue, celle des membres l'est pres- 
que entièrement aussi, car elle présente peu d'écailles; la queue est habituellement plus longue que 
rexlrémilé de la carapace qui la recouvre. 

On indique une dizaine d'espèces de Trionyx, qui vivent dans les grands fleuves de l'Amérique, 
de l'Asie et de l'Afrique, et s'y nourrissent de proie vivante. Comme type, nous ne décrirons que le : 

T1110N^X D'iSCYPTIC. THlO.yrX JiGÏPTIACUS. Et. Geulfroy. 

CAnACTÈREs spÉciFKjuEs. — llult callosltés costales; carapace très-faiblement convexe, sa région 
vertébrale formant quelquefois une gouttière; quatre callosités sternales; os épislernaux de longueur 
moyenne, très-ccarlcs 1 un de l'autre et presque parallèles ou formant peu le V; partie supérieure du 
corps verdâlre, tachetée de blanc ou de jaune. 

Cette espèce, qui est d'assez grande taille, est probablement Ve.y.v; ou Ayi; d'Aristole; c'est la 
Testudo trinnguis de Forskal et de Gmclin, le Trionyx Aigypliacu's de la plupart des auteurs, et on 
doit probablement lui réunir les 7'. lubiatus, Bell, et Niloticus, Gray. Elle vit dans le Nil, où elle 
u'est pas très-rare, et il semble qu'on l'a également trouvée dans les rivières de Sierra-Leone. 

Parmi les autres espèces du même genre, nous citerons seulement : i' le Trionyx srinirÈRE (la 



REPTILES. 35 

Malle, Lacépède) (Tcsliiilo ou Trionijx ferox, Pennant), caraclérisoe par une rangée d'épines sur le 
bord antérieur du limbe, qui vit dans les rivières de la Géorgie et des Florides dans l'Amérique sep- 
tentrionale (Voy. notre Allas, pi. V, fig. 1.); 2° T. mutique {T. mulicus, Lessoii), du même pays; 
3° T. DU Gange (T. Ganqclicns, G. Cuvier; 4° T. ocellalus, Ilardwich); 5° 7'. Indiens, Gray; C° T.sub- 
plainis. Et. Geoffroy Saint-Hilaire, du Gange ; 1° T. Javaniciis, Scliweigger, des fleuves de Java; 
8° Tortue de l'Euiiirate [Trion\ix Euplnaùcus, Et. Geoffroy Saint-Hilaire), qui vit dans le Tigre et 
dans l'Euplirate. 

L'autre genre, de la famille des Polamites, est celui de CnvriOPODEs (Crijplopun [xpuTTToç, caché; 
Trou;, pied|, G. Diiméril et Bibron, Ilist. nal. des Rcpl., l. Il, 1835), ayant pour caractères : cara- 
pace à bords cartilaçjinciix étroits, supportant an-dessus du cou et en arrière des cuisses de petites 
pièces osseuses; sternum large, formant, en avant, uu battant mobile qui peut clore lierméliijucment 
l'ouverture delà botte osseuse; la partie postérieure de ce même sternum fjarnie, à droite et à çjau- 
ihe, d'un opercule carlila(jineux fermant les ouvertures qui donnent passnqe aux pattes de derrière; 
cl portant de plus un troisième opercule pour boucher l'issue par où passe la riueue. Les Crypto- 
podes, qui correspondent à une partie des Trionijx des auteurs et au genre Emijda de Gray, ne 
renferment que d<'ux espèces : i" le Cryptopode cuagri.né [Tr'ionijx granosus\ remarquable par sa 
carapace ovale, bombée, granuleuse, des rivières de Pondichéry et de la côte de Coromandel; 2° Cryp- 
lopus Scnegalcns'is), G. Duméril et Bibron, du Sénégal. 



QUATRIÈME FAMILLE. 
TORTUES MARINES ou THALASSITES. Diiméri! et Bibron. 



Une partie du groupe des Xe),(.jv)i d'Arislote, ou les genres Cliélonées et desSphargis, est devenue une 
famille particulière de l'ordre des Chéloniens, à laquelle les zoologistes ont donné plusieurs noms 
particuliers, el qu'ils distinguent surtout par la conformation des membres, dont les extrémités li- 
bres sont aplaties. Ces pattes, clianqces en palette, sont tellement déprimées, que les doigts, quoique 
formés de pièces distinctes, ne peuvent exécuter les uns sur les autres aucune sorle de mouvement 
volontaire, et que celte nageoire n'est plus propre comme une rame qu'à faire des efforts pour 
pousser vivement l'eau dans laquelle elle se meut et sur laquelle elle doit trouver un point d'appui 
Les pattes (le devant sont irès-prolongécs relativement à celles de derrière; tandis qu'elles sont d'j 
gale longueur chez les Gliersiles, courti's et brusquement terminées par un moignon arrondi, stiir 
forme. La disposition et les fonctions des pattes sont les mêmes chez les Potamiles; mais les phal.iT- 
ges sont mobiles; enfin, dans les Élodites, les pattes, quoique palmées, ont encore des doigts entiè- 
rement distinct-^, el, dans les Chersiies, les pattes ne sont pas palmées. 

Toute la stiucture des Thalassiles correspond à leur mode d'existence, essentiellemenl borné à la 
vie aquatique. C'est ce qu'indiquent la forme excessivement aplatie de leur carapace et la disposition 
de leurs pattes, dont les mains el les pieds ne sont propres qu'à l'action de la nage; l'allongement 
prodigieux des doigts, unis solidement entre eux pour former une véritable palette, ne leur permet 
pas de se mouvoir séparément. Ces Reptiles n'ont aucun moyen de s'accrocher sur les corps solides; 
mais par cela même leurs membres sont très-propres à s'appuyer sur l'eau, lorsqu'ils ont le corps 
immergé, pour s'y mouvoir avec une grande vitesse : tous les mouvements généraux de transport 
étant pour ainsi dire réduits à ceux qu'exige la faculté de nager. Ordinairement il n'exisle d'ongle 
qu'au premier doigt de chaque patte; mais quelquefois le second en présente également un. La cara- 
pace est en cœur, allongée et réirécie sensiblement en arrière, présentant, au contraire, une large 
cchancrure en avant; elle n'est pas très-bombée, et est disposée de telle sorte que h tête el les pattes 
ne peuvent pas complètement s'y cacher. L'ensemble du plastron est beaucoup plus long que large. 



30 IllSTOIl'.K NATUI'.LLLE. 

La tête est presque carrée. Dans le genre Cliolonée, la carapace et le plastron sont couverts d'écaillés 
qui présentent des caractères particuliers; dans le genre Spliargis, il n'y en a pas, car elles sont rf-ni- 
placécs par une peau épaisse; le ijmpan n'est pas visible à l'extérieur; le cou est peu allongé, la 
queue, ronde, assez grosse, ne dépasse guère le bord de la carapace. (Voy. le squelette de la Lhc- 
louée caouaniic, pi. !, fig. 1 ) 

Les Thalassites sont les Cliéloniens qui acqiiièrenl les plus grandes dimensions : si quelques Tor- 
tues de terre sont au.ssi grandes qu'eux; ils dépassent toujours par la taille les Tortues des autres 
familles. Ou a vu des individus du genre Sjjliargis qui pesaient jusqu'à huit mille kilogrammes, el 
des Chélonées de quatre cents à quatre cent cinquante kilogrammes, dont la carapace seule avait plus 
de ô" de circonférence, et plus de 2" de longueur. Il parait que ces animaux vivent et croissent très- 
longtemps; plusieurs parasites attaquent surtout les vieux individus. Ils ne semblent guère sortir de 
l'eau qu'à répo(iue de la ponte : on assure cependant (|ue plusieurs espèces viennent pendant la nuil 
se Iniinersur les rivages de quelques îles désertes, et qu'elles gravissent les bords des rochers isolés 
en pleine mer pour y paître ou venir brouter certaines plantes marines qu'elles recherchent active- 
ment. Ces animaux ne se meuvent que très-dilTicilement sur le sol, et c'est avec raison que, sous ce 
rapport, on les a comparés aux Phoques et surlout aux Manchots, avec lesquels la conformation de 
leurs pattes, transformées en rames, les a fait comparer quelquefois. Dans certains cas, on les aperçoit 
étalés et dans l'immobilité la plus absolue à la sut .''ace des flots, même en pleine mer, et l'on croit 
qu'ils prennent cette position pour se livrer au sommeil. Ces Chéloniens plongent avec une grande 
facilité. Les Sphargis font entendre une voix assez forte quand on s'en empare : ce qui est le con- 
traire des autres Tortues, qui n'ont pas de voix. Les Thalassites se nourrissent principalement de 
plantes marines; quelques-unes cependant, comme la Caouanneet le Caret, font entrer dans leur nour- 
riture la chair des Crustacés et de plusieurs .Mollusques. Les mâchoires sont très-robustes, et recou- 
vertes d'un bec de corne très-fort et crochu en haut comme en bas. La langue, comte, large, très- 
charnue et mobile, est chargée de ramasser la nourriture et de la pousser dans le pharynx. L'œso- 
phage est souvent garni inlérieurement de très-grosses papilles cartilagineuses, libres, mobiles, de 
forme variable. Le canal intestinal est long, et ne présente pas de particularités différentielles. 
L'époque des amours a lieu oi'dinairement au printemps. L'accouplement semble très-longuement 
prolongé. Les femelles, pour déposer leurs œufs, ont parfois à parcourir des espaces de mer de plus 
de deux cents kilomètres; les mâles les accompagnent dans ces longs voyages. Par un instinct parti- 
culier, presque toutes les femelles des mêmes parages se rendent de toutes parts, et à des époques à 
peu près fixes, sur le rivage sablonneux de quelques iles désertes; là, pendant la nuit, elles se traî- 
nent avec précaution à des distances assez grandes, creusent des fosses assez profondes qu'elles gar- 
nissent d'herbes, et y pondent jusqu'à cent œufs à la fois, et elles font ainsi successivement jusqu'à 
trois pontes, à deux ou trois semaines d'intervalle. Ces œufs varient pour la grosseur : ils sont par- 
faitement spliériqucs, de 0"',06 à U^.OS de diamètre. Après avoir recouvert la nichée de sable lé- 
ger, l'animal s'en retourne à la mer, et les œufs restent exposés à la température élevée que produit 
l'action des rayons solaires. Ces œufséclosent quinze ou vingt jours après la ponte, el les petites 
Tortues qui en sortent n'ont pas encore, dans les Clielonées, les écailles formées; elles sont blanchâ- 
tres, faibles, et cependant elles se hâtent d'aller gagner la mer, où elles se développent rapidement. 

On rencontre ces Chéloniens, souvent en bandes plus ou moins nombreuses, dans toutes les mers 
des pays chauds, principalement vers la zone torride dans l'océan équinnxial, sur les rivages des 
Antilles, de Cuba, de la Jamanpie, de Saint-Domingue; dans l'océan Indien, aux iles de France et de 
Madagascar, aux Sechelles, dans le golfe du Mexique, etc.; dans l'océan Pacifique, aux îles Sandvich et 
de Galapagos; quant à celles qu'on rencontre quelquefois isolément dans le grand Océan et dans la 
Méditerranée, elles semblent s'être égarées et ne se trouvent que rarement. Une même espèce peut 
vivre dans des parages très-distants. 

Les Thalassites sont, de tous les Uepiiles, ceux qui fournis.sent à l'homme le plus d'avantages, et 
dès lors leur ca|iture devient très-imporlante en raison même de leur utilité. Dans les pays où ils sont 
communs et atteignent d'énormes dimensions, les indigènes se servent des carapaces comme de pi- 
rogues pour côtoyer les rivages; ils en couvrent leurs huttes et en font des réservoirs pour y faire 
désaltérer les animaux domesli(|ues. La chair de plusieurs espèces, principalement celle de la Chèlo- 
née franche, a èic d'abonl fon rerherclièt' par les navigateurs; puis, comme elle fournit une nour- 



REi'TILFS. 37 

riliire saine, agréal)Ie et succulente, elle a, depuis, été servie sur les meilleures tables; aussi, en An- 
gleterre principalement, est-elle considérée comme une nourriture de luxe et est-elle devenue l'objet 
d'un commerce spécial Irèsimportant. La graisse de plusieurs espèces, lorsqu'elle est frau'hement 
recueillie, remplace le beurre et l'huile dans les apprêts des aliments culinaires; cependant sa colo- 
ration, d'un vert assez foncé, la fait repousser par quelques personnes-, et, quant aux espèces dont la 
chair est imprégnée d'une odeur musquée, comme la Caouonne et le Caret, on recueille la substance 
huileuse, dont on se sert dans toutes les circonstances où l'on a besoin d'adoucir certains frottements, 
pour préparer, par exemple, les cuirs auxquels on veut donner de la souiilesse, ou pour l'éclairage, 
par la combustion des lampes. Les œufs de presque louies les espèces sont recherchés pour leur sa- 
veur, quoique leur albumine ne se coagule pas par l'effet de la cuisson, et qu'il ait une teinte verdâtre; 
le jaune est surtout estime : quand il est trop durci, il devient huileux et translucide; mais, en ré- 
sumé, ces œufs ont, en général, une excellente saveur. La carapace et le plastron de la plupart des 
Tortues sont protégés par des lames d'une substance cornée qui peuvent en être facilement détachées 
comme des plaques; quoiqu'elles soient courbes et d'inégale épaisseur, il est facile de les redresser 
et de les faire solidement adhérer intimement les unes aux autres. Dans le plus grand nombre des 
espèces ces plaques sont trop minces pour être employées avec avantage; mais on recueille surtout 
celte matière, qu'on nomme Vrcaille, sur les grandes espèces de Ohélonées, qu'on appelle les (Carets 
ou les Tuilèes, parce que ces lames sont placées en recouvrement les unes sur les autres, comme les 
tuiles d'un toit, et surtout parce qu'elles ont beaucoup plus d'épaisseur que les autres. Cette matière 
semble différer essentiellement de la corne en ce qu'elle n'est pas formée de libres parallèles; qu'elle 
paraît plutôt une exsudation de matière muqueuse et albumineuse solidifiée dont le tissu est homo- 
gène et qui peut être coupé et poli dans tous les sens comme la corne; qui, enfin, est susceptible 
d'être ramollie par l'action de la chaleur, et à laquelle on peut donner les formes les plus variées, 
qu'elle conserve après qu'elle a été refroidie. L'écaillé est une substance précieuse, employée dans les 
arts de luxe, à cause de sa dureté, du beau poli qu'elle peut recevoir et conserver, et de sa transpa- 
rence en même que de sa solidité quand on la dispose en lames très-minces. Par des procédés particu- 
liers, dans les détails desquels il ne nous est pas permis d'entrer, l'écaillé prend des formes diverses, 
et entre dans la composition d'objets de fantaisie 'd'un prix élevé: on s'en sert principalement pour 
confectionner des peignes, des boites, des tabatières et d'autres petits objets. 



^ 








Fig. 13. — ChcloM(!e caouaiine. 



On emploie différents procédés pour s'emparer des Tortues marines. Dans quelques cas, on !« 
surprend la nuit dans les îles où les femelles vont déposer leurs œufs, et, si on ne peut les emporter 
de suite, on les retourne sur le dos, bien sûr que l'on est de les retrouver à la même place le lende- 
main malin. Dans d'autres cas, en pleine mer, quand ces animaux viennent respirer ou dormir à la 
surface de l'eau, on les prend au moyen du harpon, ce qui a lieu le plus souvent. Eiilin l'on assure 



58 IIISTOIIll': NATURELLE. 

qu'en Chine, par exemple, l'on parvient aussi quelquefois à s'emparer de ces Cliélonicns à l'aide de 
certains Poissons du genre Hciiiora, que l'on dresse à cette péclie; mais ce fait, quoique connu déjà 
de ChriMoplie Colomb et vérifié depuis par Commcrson, Midleton et Sait, nous semble trop surnaturel 
pour être admis défiuilivcmciit avant que des naturalistes modernes l'aient de nouveau coiifiiiné. 

On ne connaît encore d'une manière un peu com]dèle qu'une dizaine d'espèces de Tlialassites, qui 
ont été réparties en deux genres, ceux des Clirlonccs et des Spliargis. Quelques auteurs, et parmi 
eux nous devons citer MM. J. E. Gray et le prince Charles Bonaparte, font de ces deux genres deux 
tribus distinctes. 



1" GENP.E. — CIIÉLONÉE. CIIELOMA. Al. Drongniart, 1803. 

XsXwvïi, Tortue. 

Cliissirifalion dos Heplilos. 

CAllACTÈRES GÉNÉRIQUES. 
(lorp-i rccouvcrl d'écnilles cornées. Un ou deux onijks h cIkkiuc juitlc. 

La présence d'écaillés sur le corps, de même que cela a lieu dans les Chersiles el les Élodites, est 
le seul caractère qui distingue réellement ce genre de celui des Sphargis; tous les autres caractères 
sont les mêmes que ceux de la famille : aussi n'y reviendrons-nous pas. Al. Brongniart, le premier, a 
pro|)osé pour ce genre le nom que nous lui conservons, et postérieurement Merreni lui a donné celui 
de Cnrella. que plusieurs zoologistes ont à tort adopté. 

Quoiqu'ils n'aient décrit que sept espèces de ce genre, espèces que l'on pourrait peut-être réduire 
à trois seulement, MM. Duméril et Bibron ont cru devoir y former trois groupes distincts. 

Le premier sous-genre est celui des Cuélonées francues ou Mifdocca, P. Gervais, renfermant 
quatre espèces, et est caractérisé ainsi : plaques discoïdales au nombre de treize, non imbriquées; 
museau court, arrondi; mâchoire supérieure offrant une léq'ere échancrure en avant et de faibles 
dentelures sur les côtés; étui corné de la méulwire inférieure formé de trois pièces el aijant ses côtés 
profondément dentelés en scie; un ongle au premier doigt de chaque patte. 

1. TOI\TUE FRANCHE. CUELOMA iV;D.15. fchwcigger. 

Caractères spécifiques. — Carapace presque cordiforme, peu allongée, fauve, avec un grand nom- 
lire de taches marron, mais, dans l'élat de vie, glacée de verdâlre; dos arrondi; écailles vertébrales 
hexagones, presque équilalérales. Longueur totale, de l'",60 à 2""; sur une largeur moindre d'un 
quart; poids s'élevanl de trois cent cinquante à quatre cent cinquante kilogrammes. 

La Tortue franche (CJielonia mijdas de la plupart des auteurs, Testudo viridis, Schneider; C.a- 
reila esculeiita, Merrem) était connue des anciens, et Pline cite des peuples qui auraient habité les 
bords de la mer Rouge, les Cliélonophages, qui s'en nourrissaient presque exclusivement. Le nom 
s))écifi(pie de celle Tortue est souvent écrit Midas, comme celui du fameux roi de Phrygie, Aon! 
parle la fable; mais, d'après Schneider, quoique la chose semble peu probable, il serait emprunté de 
IS'ijphus, et aurait pour racine sv.-jç, e/uoç, dénomination appliquée à diverses Tortues par Arislole, 
et altCi'ée par quelque compilateur. (Voy. notre Allas, pi. V, 2.) 

La Tortue franche vit dans l'océan Atlantique, et habile de préférence le voisinage des Iles el des 
cilles désertes. C'est l'espèce de la famille la mieux connue, el celle à laquelle doivent se rapporter 
presque exclusivement les détails de moeurs que nous avons donnés. On peut assez facilement l'ame- 
ner vivante en Europe; notre ménagerie du Muséum en a possédé plusieurs, et l'on en porte souvent 
en Angleterre et même en France qui sont destinées à être servies sur les tables recherchées. On sait 
qu'une grande partie de l'écailIe du commerce provient de celle Chélonée. 



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• Cholonép Iranclie 



REPTILES. 30 

Les autres espèces placées dans le même sous-genre, que l'on regarde parfois comme de simples 
variétés de la Chelouia midas, sont : 1° Chélonée vergetée (Chelovia virgaia, Duméril et Bibron), 
des mers de Ténérii'fe et de Rio-Janeiro; 2" C. tachetée (C. macnlala, G. Cuvier), de la côte de Ma- 
labar; 3° C. MAFiDRÉE (C. mannorata, Duméril et Bibron), rapportée de 1 île de l'Ascension. 

Dans le second sous-genre, celui des Chélonées imbriquées ou Cardia, Riigen, qui ne renferme 
qu'une seule espèce, les plaques du disque sont imbriquées et au nombre de treize; le tnuseau est 
long et comprimé; les mâchoires à bords droits, sans dentelures, recourbées légèrement l'une vers 
l'autre à leur extrémité; il y a deux ongles à chaque patte. 

2. CARET ou CHÉLONÉE IMBRIQUÉE. ClIELOMA I^ÎBniCATA. Scliweiggcr. 

Caractères spécifiques. — Carapace presque orbiculaire, marbrée de brun sur un fond fauve ou 
jaune, dos en toit; de fortes dei;telures sur le bord postérieur du limbe. Taille et poids un peu moins 
considérables que dans l'espèce précédente. 

Cette espèce est la Testudo imbricaia de Linné et la 7'. careiia, Knorr; elle vit dans les océans 
Indien et Américain. Sa chair est moins recherchée que celle de la Tortue franche, mais son écaille 
est regardée comme préférable à celle des autres espèces du même genre. 

Le troisième sous-genre, celui des Chéi.oinées CA0UA^NEs ou Thalassoctielgs, P. Gervais, a pour ca- 
ractères : plaques de la carapace non imbriquées; quinze plaques sur le disque; mâchoires légèrement 
recourbées l'une vers l'autre à leur extrémité; ictc grosse. 

3. CAOUANNE. CUELOMA CAOUAyNA Schweigger. 

Caractères spécifiques. — Carapace un peu allongée, presque cordifornie, unie dans l'flge adulte, 
Iricarénée et à bord terminal dentelé dans le jeune âge; vingt-cinq plaques marginales; deux ongles 
à chaque patte. Plus petite que la Tortue franche. 

La Chelon'ia caouamia des zoologistes modernes est la Testudo corticata, Rondelet; T. niar'ma, 
Gesner; 7'. Cartlta, Shaw; Carella ccpknlo, Merrem; Cheloma v'irgala, VVagler; C. pelagorum, Va- 
lenciennes, etc. Elle se trouve quehiuel'ois dans la Méditerranée, et vit aussi dans l'océan Atlantique; 
on la voit accidentellement sur les eûtes de France et d'Angleterre : son écaille est employée dans les 
arts; mais sa chair n'est d'aucun usage, car elle répand une odeur encore plus musquée et plus désa- 
gréable que celle du Caret. 

Une autre espèce du même sous genre, qui est très-voisine sinon identique avec la Chélonée 
caouanne, est la Cbelon'ia olivacea, Eschschnollz; C. Dussumîeri, Duméril et Bibron, qui a été prise 
dans les mers de la Chine, ainsi qu'aux environs de la côte de Malabar. 



■2""^ GE.NBE. — SPIIARGIS. SPlIAnCIS. .Merrem, 1820. 

2)taf-yaM, je crie. 
SysU'me des Ani|jhibics. 

CAltACTÈRES GÉNÉniQUES. 

Corps enveloppé d'une peau coriace, tuberculeuse chc- les jeunes sujets, complètement lisse chez 
les adultes. Pattes sans ongles. 

Les Sphargis se distinguent facilement des Chélonées, car ces derniers sont constamment couverts 
d'écaillés, tandis que les premiers ne présentent qu'une peau épaisse, coriace, lisse dans les indivi- 
dus adultes, et seulement tuberculeuse chez les jeunes sujets. Ce genre correspond à celui des Co- 
riudo de Fleming et à celui des Dermalochclijs de De Blainville Les mœurs des Sphargis sont les 
mêmes que celles des Chélonées. On n'en connaît qu'une seule espèce, le : 



40 



IIISTOIi;!': .NATiriKLI.I' 



LLI'II. SfllMIGIS COKHCEA. Gray. 

Caractères spécifiques. — Carapace presque orbiculaire, surmontée de sept rarènes longitudina- 
les; corps d'un brun clair, avec les carènes fauves; tête biune; membies noirûtres, bordés de jaune. 
De très-grande taille, atteignant de 2'" à S"". 50 de longueur totale, sur une largeur d'environ un cin- 
quième de sa longueur; poids s'élevant jusqu'à sept mille ou huit mille kilogrammes. 

Le Lut!) a reçu plusieurs dénominations particulières; c'est la 7'. coriacca. Rondelet; T. lyra, 
Dound.; SpUargis Mcrcurinlis, Merreni; S. coriacca, Gray; 5. luberculala, Gravenhorst, Dcrmato- 
chehjs porcala, Wagler, etc. Celte espèce est très-rare; elle se trouve dans la Méditerranée et dans 
l'océan Aiiantiquc, et offre à peu près les mêmes habitudes que la Chélonée franche, si ce n'est tou- 
tefois qu'elle peut faire entendre une voix assez forte liondelet parle d'un Luth long de cinq cou- 
dées, qui avait été péché ù Fronlignan; Amorcux en a décrit un autre qui avait été pris dans le port 
de Cette; en 1729, on en pécha un troisième à l'embouchure de la Loire, qui fut décrit par Delafont; 
enfin, en 1750, Borlase a donné une ligure d'un Sphargis qui avait été pris sur les côtes de Cor- 
nouailles en Angleterre. 




Fis M. — SiMi„i>iu..i, 



TROISIÈME OUDRE. 



SAURIENS. SAURIl. Al. Brongniart. 



La dénomination de Saupoç, donnée par Âristote au groupe des Lézards, a été, sous le nom de 
Sauriens, appliquée à un ordre entier de Reptiles renfermant un grand nombre d'espèces qui dif- 
fèrent assez notablement les unes des autres, mais qui, po::? les espèces vivantes au moins, offrent 
cependant l'ensemble des caractères suivants : corps allov.cjê, couvert d'ccaîllcs ou d'une peau forlC' 



REPTILES. 41 

nwnl chagrinée, le plus soiivait à quatre pattes, rarement h deux pattes, et quelquefois apode; 
doiijts garnis d'ongles crochus; des paupières mobiles; un tgmpan distinct; mâchoires armées de 
dents enchâssées; orifice ilu cloaque à fente transversale; queue variant de longueur; cœur à deux 
oreillettes et à un seul ventricule, quelquefois partiellement cloisonné; des côtes et un sternum; pas 
de métamorphoses. 

A l'aide de ces caractères, on peut séparer les Sauriens des autres ordres de la classe des Rep- 
tiles; c'est ainsi que, par l'absence d'une carapace et la présence de dents, ils s'éloignent desChelo- 
niens; que leurs membres, dans la grande majorité des cas, et leurs paupières mobiles, les différen- 
cient des Opliidieus, et que le défaut de n.élaniorplioses les sépare des Ampliibiens. Mais, en rnème 
temps, quelques-unes des espèces vivantes se rapprochent beaucoup d'espèces des autres ordres : 
c'est ainsi que la Tortue serpentine vient établir le passage des Chéloniens aux Sauriens de la famille 
des Crocodiles; que les Scinques, certaines espèces d'Orvets et d'Amphisbènes se rapprochent beau- 
coup de certains Ophidiens, et que les Salamandres, par leurs caractères organiques, ont de nom- 
breuses analogies avec quelques Lézards, et tendent aussi à lier les Amphibiens aux Sauriens. On 
peut même ajouter que, quoique l'on ne retrouve pas de branchies dans aucun Saurien, quelques- 
uns d'entre eux cependant, principalement les Dragonnes, offrent des particularités assez semblables 
à celles de certaines espèces de la classe des Poissons. 11 est vrai que l'on ne retrouve plus la même 
homogénéité dans les espèces fossiles, et que, si quelques-unes peuvent facilement être placées à 
cùlé des groupes de notre faune actuelle, d'autres semblent être formées sur des plans tout diffé- 
rents et constituent des groupes primordiaux tout spéciaux. 

(Juoi qu'il en soit, les espèces vivantes présentent certaines particularités organiques et des mœurs 
assez semblables, et que nous croyons devoir résumer. Les Sauriens sont des animaux de taille va- 
riable, mais à corps généralement allongé. Sous le point de vue de l'habitat, ils présentent de nom- 
breuses différences; les uns, comme les Croeodiliens. habitent au milieu des eaux; les autres, en 
beaucoup plus grand nombre, se rencontrent sur la terre; mais, tandis qu'il y en a qui, comme le I3a- 
silic, se plaisent dans les lieux aquatiques, d'autres, comme le Lézard, vivent dans les lieux secs et 
élevés, dans les creux de rochers ou au milieu des bois; enfin quelques Dragons peuvent se mainte- 
nir dans l'air au moyen de membranes remplissant les fonctions d'ailes, ou plutôt de sortes de para- 
chutes, et ont sous ce rapport quelques points de ressemblance avec certains fossiles. Les mouve- 
ments généraux sont très-variés; les Crocodiles, les Dragonnes, etc., nagent avec facilité à l'aide de 
leurs membres et de leur queue; beaucoup d'autres, comme les Lézards, les Varans, etc., marchent 
et courent avec une grande agilité sur le sable brûlant; les Dragons volent au moyen de larges mem- 
branes qui sont lixées à leurs lianes, entre les pieds, et qu'ils peuvent à volonté plier ou développer. 
11 est certains Sauriens qui, de même que les Crocodiles, ne marchent sur le sol qu'avec lenteur et 
embarras, parce que leurs membres, quoique d'égale grandeur, sont trop petits et n'ont pas assez 
de force pour soutenir un corps lourd, pesant et trop long; quelques-uns, au contraire, sautent très- 
bien et grimpent avec la plus grande facilité sur les arbres ou les rochers : tels sont les Lézards. 
C'est surtout dans les climats les plus chauds et les plus humides tout à la fois que les Sauriens se 
présentent en plus granile abondance, et que leurs membres y sont le plus actifs et ont le plus de 
force dans leurs mouvements. 

Le nombre des vertèbres varie assez notablement; le Crocodile en présente soixante et une, ainsi 
réparties : cervicales, sept; dorsales, onze; lombaires, cinq; sacrées, deux, et caudales, trente-six; 
te nomliro peut varier considérablement et en totalité, et dans chaque région, suivant son développe- 
ment plus ou moins considérable, seulement les vertèbres cervicales sont presque constamment au 
nombre de sept. L'articulation de la tête avec la colonne vertébrale se fait par un seul condyle. Le 
sternum est généralement cartilagineux; il n'y a d'osseux, même dans de très-vieux Crocodiles, 
qu'une seule pièce en forme de spatule plate et allongée. Le plus habituellement le sternum consti- 
tue avec l'épaule une sorte de cuirasse destinée ù préserver le cœur et les gros vaisseaux. Les côtes 
sont complètes, mais en nombre très-variable. La plupart de ces animaux sont, comme les Croco- 
diles, les Lézards, etc., pourvus de quatre pattes; plusieurs d'entre eux, tels que les Chirotes, n'en 
ont que deux; enfin, selon quelques auteurs, si les Orvets doivent être rangés avec les Sauriens, il y 
en aurait d'apodes. Tous sont pourvus d'une queue, en général assez longue, et d'après les diffé- 
rences qu'offre cet organe, on pourrait diviser les Sauriens : 1° en Uronecics, ^ queue aplatie en 



4?. IllSTOir.E NATUr.ELLE. 

ilessus ou de rôté; 2" Euméroiles, à queue arrondie, conique, distincte du corps; 3" i'robhtes, & 
(|ueue également arrondie et conique, mais non distincte du reste du corps. (Voy. notre Allas, pi. VI, 
fig. 4, squelette de Cnïma» à museau de Brochet.) 

Les oiî.anes des sens, excepté celui de la vision, sont assez peu développés. La faiblesse de leurs 
sens, le peu d'abondance du sang et leur température froide peuvent aider à expliquer comment cer- 
tains Sauriens restent plusieurs mois dans un engourdissement complet, et comment ils peuvent, sans 
mourir, supporter de très-longs jeûnes. La lenteur de la circulation du sang et les causes que nous 
venons d'indiquer expliquent aussi comment ces animaux ne perdent pas la vie au moment même où 
on leur coupe la tète; on sait, en outre, que certaines parties de leur organisme, leurs pattes ou leur 
queue, par exemple, jouissent de la faculté de pouvoir se régénérer quand elles ont été en partie sé- 
parées de leur corps. Par la nature de leur peau écailleuse, le toucher ne peut pas s'y exercer facile- 
ment; quelquefois l'extrémilè des doigts permet le tact, mais cela n'est pas général; dans quelques 
cas, la queue, chez le Caméléon surtout, peut jusqu'à un certain point être comparée aux doigts les 
jdus parfaits sous le rapport de l'exercice du sens du toucher. L'organe du goût est peu développé : 
la langue est habituellement longue, charnue, mobile, mais parfois (Caméléon) elle est cylindrique, 
liès-longue, ou, au contraire (Crocodile), tellement fixée par ses bords et par sa pointe, qu'elle sem- 
ble manquer, comme le croyaient les anciens. Le sens de l'odorat est peu compliqué; chez le Croco- 
dile, les fosses nasales se continuent en un tuyau long et étroit jusque sous le trou occipital, et leur 
ouverture regarde le ciel. L'appareil de l'audition est peu parfait; il n'y a pas d'oreille externe, et les 
parties internes sont peu compliquées; aussi les Sauriens ne paraissent ils pas avoir l'ouïe bien fine 
et sont-ils muets, ou ne font-ils entendre que des sons rauqucs, confus. Le sens de la vision est très- 
actif, très-complet, et il faut que les yeux soient très-forts pour n'être pas altérés ou détruits par les 
rayons du soleil qui brûlent le pays qu'ils habitent; organiquement, ces yeux sont constitués à peu 
près comme ceux des Vertébrés supérieurs; ilssont saillants, assez gros, mobiles et logés dansdes orbi- 
tes; enfin ils sont presque toujours pourvus de paupières, qui varient en nombre, en forme, en direc- 
tion et en mobilité. Ces animaux sont en général stupides, ce que montre le peu de développement 
de leur cerveau et de leurs sens; toutefois il parait que les prêtres de Memphis étaient parvenus à éle- 
ver des Crocodiles en domesticité, et qu'ils s'en faisaient suivre dans les fêtes religieuses; l'on sait, 
en outre, que les montreurs d'animaux ont pu les dresser en partie. 11 en est de même de quelques 
autres Sauriens, comme on peut le voir dans nos ménageries. 

Les Sauriens se nourrissent presque exclusivement de chair vivante : ils ne boivent pas; un repas 
leur suflit pour plusieurs jours, et on a même vu certains d'entre eux rester plusieurs mois sans 
prendre de nourriture. Mais, s'ils ne mangent que rarement, il faut dire aussi que chacun de leurs 
repas est excessivement copieux; ils se nourrissent de petits Mammifères, d'Oiseaux, de Mollusques et 
d'Insectes, et ils se font remarquer par leur voracité, qui est surtout très forte dans les grandes es- 
pèces. Leur bouche est largement fendue, aussi peuvent-ils avaler de grandes pièces de chair, et 
leurs mâchoires sont armées de dents nombreuses. Ils ne mâchent pas leur nourriture, et, une fois 
qu'ils l'ont avalée, ils la digèrent lentement Le diamètre de l'œsojdiage est très-grand relativement 
à l'eslomac, et celui-ci varie beaucoup de formes; cependant il est le plus souvent ovalaire, allongé; 
il n'offre ordinairement pas de cul-de-sac, et lé pylore est à peine visible. L'intestin, qui le plus gé- 
uéralement ne présente aucun appendice propre à iniliquer une division en petits et en gros intes- 
tins, est assez court, ce qui tient à leur alimentation. Le foie ne forme le plus souvent qu'une seule 
masse, et offre des formes variées. La rate diffère pour sa position dans les diverses espèces. Le coeur 
a deux oreillettes et un seul ventricule, qui est parfois partagé par des divisions imparfaites. Les 
poumons s'étendent plus ou moins vers l'arrière du corps, et ils pénètrent souvent très-avant dans le 
bas-ventre. Les Caméléons, chez lesquels les poumons sont irès-développés, ont la singulière faculté 
de changer les couleurs de leur peau, suivant qu'ils sont nuis par leurs besoins ou par leurs pas- 
sions. Dans l'acte de la respiration, les mouvements d'inspiration et d'expiration ne sont pas fré- 
quents et réguliers comme chez les animaux vertébrés ; ils sont souvent suspendus pendant très- 
longtemps et par des intervalles très-inégaux : les côtes peuvent se soulever cl s'abaisser, et aident 
ainsi l'acte de la respiration. Les reins varient quant à leur position et se terminent dans le cloaque 
immédiatement et sans l'intermédiaire d'une vessie. 

Tous les Sai.Heas ont un accouplement réel, qui a lieu habituellement au printemps. Les femelles 



REPTILES. 45 

produisent des œufs dont l'enveloppe est plus ou moins dure, et elles les déposent dans le sable ou 
dans la terre, là où la clialeur du soleil les fait éclore; jamais elles ne les couvent. Les petits qui sor- 
tent de ces œufs ont la forme qu'ils doivent conserver toute leur vie, et ils n'éprouvent pas diverses 
métamorphoses comme les Amphibicns. L'accroissement est Irès-lent, et cela est en conséquence de 
la longue vie dont ces animaux sont doués, ainsi que de leur engourdissement hivernal, pendant le- 
quel la vie çst en quelque sorte arrêtée. Quelques espèces, et surtout les Iguanes et les Crocodiles, 
acquièrent avec le temps de très-grandes dimensions. 

Ces Reptiles se trouvent principalement dans les pays les plus chauds du globe : l'Egypte, les côtes 
brûlantes de l'Afrique et les rives du Sénégal, du Nil et de la Gambie en présentent beaucoup; en Améri- 
que, les plages de rOréno(pie et du fleuve des Amnzones, ainsi que les solitudes inleriropicales, en con- 
tiennent également un grand nombre d'espèces; les archipels des Moluques et des Antilles en possè- 
dent encore beaucoup; enliii, dans nos climats européens, nous n'en avons que peu d'espèces qui ap- 
partiennent principalement au genre des Lézards, et elles disparaissent tout à fait dans les régions 
septentrionales. A l'état fossile, on en connaît un nombre considérable, répandus dans presque tous 
les pays, mais surtout dans les terrains secondaires et tertiaires. 

Linné ne formait de tous les Sauriens que son seul genre Laccrla. Laurent!, le premier, a établi 
plusieurs groupes dans ce grand genre, et ces groupes, d'abord devenus des genres, constituent au- 
jourd'hui des familles. Al. Bronguiart créa l'ordre des Sauriens, et G. Cuvier, dans son Règne ani- 
iiial, y admit six familles, celles des Crocodiliens, Lacertiens, Iguaniens, Geckotiens, Caméléoniens 
et Scincoidiens. Le nombre des espèces et des genres venant à s'accroître chaque jour, le nombre 
des divisions primaires de cet ordre a dû égab ment augmenter dans les classifications des zoolo- 
gistes modernes; toutefois MM. Duméril et Bibron, dans leur grand ouvrage, n'y admettent que huit 
familles, celles des Ceocodimexs ou AsipiUiotcs {aamSmxnç, qui porte une cuirasse légère), Caméléo- 
ME^s ou Cliélopoites [yrilti, pince à pointes, tvouç, -koSo:;, patte), Geckotiens ou Ascalahotes (aTZK).«- 
6<iTï];, nom grec des Geckos), VAnANiEKs ou Plalijnoics (rfaru;, ai)lati; vmtoj, dos), Iguaniens ou 
Eitnotcs (su, bien; vwto;, dos), Lacertiens ou Autosaures (auToç, tout à fait; o-aup'yç, Lézard), Chaici- 
diens ou Cijclosaurcs (xux^oç, arrondi; tr^vpa;, Lézard), et Scincoïdie.ns ou L'piilosaurcs (Wi;, î.etti- 
'"o:, écaille; (joi'jpo;, Lézard), auxquelles nous ajouterons, avec M. Aug. Duméril, une famille parti- 
culière, celle des Ahphisbé.me.ns. Mais, si l'on veut comprendre les espèces fossiles avec les espèces 
vivantes, ces grandes divisions ne peuvent suffire ; aussi devons-nous y joindre celles des Simosau- 
RiENs, PlésiosaubiEiNS, Icuthvosauriens , PaL/EOsauriens, Dinosaurie.ns, Néosauriens, etc., proposées 
par les paléontologistes et indiquées par .M. P. Gervais dans son article ReplUes du Dici'wniiaiie 
iniivcisel il'Hislo'trc naturelle. 



PREMIÈRE FAMILLE. 

SIMOSAURIENS, Laiirillnrd, ou CIIÉLYOSAURIENS, P. Gervais. 



On comprend sous les noms de Simosanriens, P. Gervais, et de ( héli,osauricns, Laurillard, une 
famille ou plutôt un ordre particulier de Reptiles fossiles dont les débris se trouvent généralement 
dans le muschelkalk de Lunéville et d'Allemagne, et qui, par la composition de leur tête ainsi que 
par quelques autres particularités, offre un mélange des caractères propres aux Tortues et aux Sau- 
riens, et plus particulièrement encore aux Crocodiles; en effet, ils ont, comme les premiers, les na- 
rines ouvertes sous la partie antérieure du palais, et, comme les seconds, des dents implantées dans 
des alvéoles aux deux mâchoires. 
Les groupes génériques principaux contenus dans celte division sont les suivants : 
1" Simosaure [Simosaurus) {<rtuoç, museau obtus, camus; cr«upo;. Lézard), II. De Meyer. Tête large, 
aplatie; museau arrondi; os carré ou tympanique dirigé fortement en arrière, de sorte que l'arlicula- 



H 



HISTOIRE NATURELLE. 



lion (le la mâchoire inférieure dépasse de beaucoup le condyle orcipilal; fosses temporales grandes, 
ovales; orbites presque circulaires; narines séparées l'une de l'autre; face inférieure ou palatine pré- 
sentant un \asie plancher osseux, percé ù son extrémité antérieure par l'ouverture des arrière-nari- 
nes, à peu prés comme dans la Chcliidus mataimia; dents petites, arquées; membres ayant de l'ana- 
logie avec ceux des Plésiosaures. On connaît les débris de plusieurs espèces de ce genre qui se 
trouvent dans le muschelkak de Lunéville. 




Vi" i5. — simosaure ae Luncviiie. 



2° NoTHOSAi'RE (^l'otliosauriis) (voOo;, bâtard; ira-joo;, Lézard) de Munster (Alnuinach mhurniog'i- 
que, 1854). Tête osseuse assez semblable à celle des Tortues; dents petites, coniques, striées, légè- 
rement infléchies en dedans et en arriére, implantées dans des alvéoles séparées : de trois sortes 
relativement à leur grandeur, celles des interroaxillaires et de la partie antérieure de la mâchoire 
inférieure plus grosses et plus longues que celles des maxillaires et de la mâchoire supérieure, qui 
leur correspond, et, entre ces dernières et les premières, de chaque côté des deux mâchoires, une 
ou deux dents beaucoup plus grosses, plus longues et faisant l'office de canines. Les Nothosaures, 
qui ne paraissent pas avoir atteint une taille aussi grande que les Énaliosaurlens, offrent de l'analo- 
gie, par la forme de leurs vertèbres et de leurs membres, et par la forme ainsi que la composition de 
leur cou allongé, avec les Plésiosaures, et, d'un autre côté, ils se rapprochent des Chéloniens par la 
composition de leur tète. M. De Munster en indique trois espèces, les Notlwsaurus (jigauieus, luira- 
liilis et venustus, qui proviennent du muscheikalk de Wurtemberg et de la Lorraine. 

3" CoNCHiosALRE (Concliiosaurus) {x.o-/yjov, petite coquille; o-au/jo;, Lézard), H. ])e Me)'er {Muscuin 
zcnclcniherçjiauum). Tête ressemblant ù celle du Crocodile à losange, mais à orbites plus grandes et 
à partie crânienne plus courte; palais assez analogue ù celui des Chéloniens; dents enchâssées dans 
les alvéoles, petites, pointues, striées longitudiiialement : la |)ariie recouverte d'émail étaiil un peu 
renflée à la base, variables en grosseur. Deux espèces, les C. clavatus et gracilis de Munster, la pre- 
mière du muscheikalk de Leineck, près de Beyreulh, et la seconde du muscheikalk d'Esperstadl, en 
Thuringe, entrent dans ce genre. 

A° Dracosaure {Dracosaurtis) [Spa-/Mv, Dragon; traupo;, Lézard) de Munster. Tête petite, ayant la 
partie du crâne comprise entre la cavité cérébrale et les orbites extrêmement allongée; orbites rap- 
prochées des narines, non terminales, séparées l'une de l'autre par un espace assez large; dents pe- 
tites, aiguës, nombreuses, enchâssées dans des alvéoles et sur deux rangs â la mâchoire supérieure; 
jntermaxillaire portant à son extrémité et à sa partie postérieure des dents beaucoup plus fortes en 
guise d'incisives et de canines; bout de la mâchoire inférieure également pourvu de plusieurs de ces 
dents; pattes palmées. On ne connaîi qu'une espèce de ce genre, dont la taille devait être moindre 
que celle de nos Crocodiles actuels, et dont les fragments ont été trouvés dans le trias et plus par- 
ticulièrement dans le muscheikalk. 

Quelques autres genres entrent encore dans cette famille, qui est loin d'être complélemcnt connue. 



REPTILES. 45 

Parmi eux, nous citerons parliculièrcmenl le grouge des Pistosaures (Pistosaurus). Laurillard re- 
garde aussi le genre HuïNCHOSAUriE (niirjnclwsaurus, Owen, Transaction of Sociclij pliilosopliical of 
Cambridge), découvert dans le grès bigarré, comme se rapportant au même groupe de Reptiles, et il 
pense que quelques-unes des empreintes de pieds que l'on voit sur la même roche, et que l'on dési- 
gne sous le nom de Cbcirollteriion. viennent peut-être de cet animal. Enfin, d'après M. Ricliard 
Owen, le genre Dii:ynodo.n (Diciinodon), établi pour de curieux fossiles à dents canines assez sembla- 
bles à celles de notre groupe des Smilodon, dans le grand genre naturel des Felis, et trouvés dans 
Jes grès secondaires du sud est de l'Afrique, se rapprocherait des Rhynchosaures par la forme de son 
crâne, et conséquemment rentrerait dans la même famille. 



DEUXIÈME FAMILLE. 



CROCODILIENS, G. Ciivicr, ASPIDIOTES, Duméril et Bibron, ou ÉMYDOSAURIENS, 

De Blainville. 



Les Crocodiliens, c'est-à-dire le genre Crocodile des anciens auteurs, forment une famille des plus 
naturelles de Tordre des Sauriens, ou plutôt un ordre três-dislincl auquel on peut assigner pour ca- 
ractères essentiels : corps déprimé, de (jrande taille, aUonçjé, protégé sur le dos par des écussons 
soliilcs et carénés; tête déprimée, allongée en un museau au devant duquel se voient des narines 
rapprochées sur un tubercule charnu, garni de soupapes mobiles; bouche fendue an delà du crâne; 
lingue charnue, adhérente, entière, non pratractile; dents coniques, simples, creuses à la base ou 
vers la racine, inégales en longueur, mais sur mi seul rang; quatre pattes courtes, dont tes posté- 
rieures ont les doigts réunis par une membrane natatoire : trois ongles seulement h chaque patte; 
queue plus longue que le tronc, comprimée latéralement, anneléc et garnie de crêtes en dessus; or- 
gane reproducteur mâle simple, sortant par un cloaque fendu en longueur. 

L'organisation des Crocodiliens a été étudiée avec beaucoup de soin par un grand nombre de na- 
turalistes; Meckel et G. Cuvier ont surtout donné des travaux sur leur ostéologie, qui est assez bien 
connue; le crâne est allongé, plat, composé d'un nombre considérable de pièces, dont la détermi- 
nation comparative avec celles du crâne des Mammifères a occupé plusieurs naturalistes, et entre 
autres G. Cuvier, El. Geoffroy Saint-Hilaire, Oken, Spix, llalmann, etc. Les Crocodiles ont aussi des 
rudiments plus ou moins développés du dermato-squeletle, principalement dans les plaques nuchales 
ou dorsales, et dont les naturalistes ont tiré de fort bons caractères pour la distinction de leurs es- 
pèces; quelques genres fossiles, les Téléosaures en particulier, en étaient protégés d'une façon bien 
plus complète encore. Quant aux organes actifs du mouvement, ils sont nombreux et très-développés, 
surtout en raison de la vie aquatique ou du séjour le plus habituel des Crocodiles dans l'eau, où ils 
nagent ayant le corps immergé : les muscles de la queue acquièrent de grandes dimensions. Le cer- 
veau est d'un petit volume eu égard à l'étendue du crâne; il ressemble assez à celui des Chéloniens. 
La peau est coriace, épaisse et si résistante, que les anciens disaient qu'elle était couverte d'une 
écorce (yo^iJuroç) : son tissu est épais et serré, protégé par des écussons très-durs, entremêlés de 
petites et de plus grandes plaques, et différentes suivant les diverses régions du corps; au crâne 
et à la face, la peau est intimement collée aux os et n'offre aucune trace décailles. La couleur géné- 
rale est brune ou obscure, et quelquefois verte sur le dos; la tête et les flancs sont mêlés de verdâlre 
ou d'une teinte verte, avec des taches noirâtres; le dessous des pattes et le ventre sont d'un gris 
jaunâtre; mais ces diverses nuances varient suivant l'âge, le sexe et les différentes eaux dans lesquelles 
séjournent les espèces. La peau, en général, et même celle des pattes, n'est réellement pas apte à 
donner la perception de la nature des objets tangibles; l'organe de l'odoraiion est assez développé; 
les narines ont leurs orifices rapprochés, portés sur un tubercule comme charnu, formé par une sorte 



46 lilSTOIl'.E NATURELLE. 

de tissu f rectile développé dans l'épaisseur de la peau. La langue semble ne pas exister, car elle est 
attachée de toutes parts à la niàclioire inférieure pour faire le plancher de la gueule, comme la mem- 
brane palaline en forme la voûte : celte langue, quoique assez épaisse, est lisse à sa surface. L'organe 
de l'audition diffère beaucoup de celui des autres Sauriens : extérieurement les oreilles sont protégées 
par deux sortes d'opercules qui présentent une fente transversale semblable à deux paupières, et qui 
est l'orifice du canal auditif. Les yeux sont très-petits; ils présentent une fente allongée tout à fait 
dans la direction du museau, et ont une structure analogue à celle des Tortues. Les deux mâchoires 
sont armées de dents nombreuses, ar )ndies, isolées les unes des autres, inégales en grosseur et en 
longueur; ces dents sont toujours en rang simple, uniquement sur le bord des mâchoires osseuses, et, 
dans quelques espèces, les dents placées en devant de la mâchoire inférieure sont tellement aiguës et 
allongées qu'elles perforent le rebord de la supérieure et paraissent au-dessus du museau quand la 
gueule est fermée. Les Crocodiliens ont un véritable larjnx. L'œsophage est sillonné de plis longitu- 
dinaux et offre plusieurs ]»arlicularités curieuses; il y a deux estomacs, et le restant du tube inlesli- 
nal est assez court en raison de la matière animale dont se nourrissent ces animaux : une particula- 
rilé remarquable, c'est que l'estomac offre toujours dans son intérieur des cailloux qui semblent servir 
à aider la trituration des aliments. Le foie est composé de deux lobes. La rate est plate, longue, 
arrondie. Le système circulaire présente des faits curieux : le cœur a quatre cavités comme chez les 
animaux supérieurs, deux oreillettes et deux ventricules; mais, quoique le sang qui revient des pou- 
mons soit envoyé en totalité dans l'aorte, une partie du sang noir s'y rend aussi par un canal nais- 
sant du ventricule droit et aboutissant à l'aorte descendante : les viscères et les parties antérieures 
du corps reçoivent donc seules le sang artériel pur, tandis que les viscères de la digestion, etc., re- 
çoivent par les artères un mélange de sang veineux et artériel. Les poumons sont assez développés, 
très-vésicnleux, avec des cellules de différentes grandeurs et communiquant toutes entre elles. Tous, 
mais surtout les jeunes, font entendre une voix particulière, assez forte. Les Crocodiliens sont ovi- 
pares, et leurs œufs ont une coque résistante; ces œufs sont déposés, par les femelles, dans des lieux 
favorables, où ils éclosent sans que la mère les couve. Les femelles des Crocodiles du Nil placent leurs 
œufs dans le sable, sur les rivages; mais on assure qu'en divers points de l'Amérique, elles les met- 
tent sous des espèces de meules qu'elles élèvent eu accumulant des feuilles et des tiges herba(é>s 
dans les endroits humides, et que la fermentation procure aux œufs une douce chaleur nécessaire à 
leur éclosion, et l'on dit même qu'elles veillent sur leurs petits pendant quelque temps après leur 
naissance; à ce moment, les petits n'ont que 0"',I0 ou 0"','20 de longueur; mais leur accroissement 
est très-rapide, et ils parviennent à une très-grande taille, et peuvent atteindre, rapporte-t-on, jus- 
qu'à 10"" de longueur. 

Ces animaux se nouri'isscnt exclusivement de chair, surtout de Poissons, et parfois d'Oiseaux 
aquatiques, de petits Mammifères ou même de Reptiles. Quand ils ont saisi une proie volumineuse, 
ils l'entraînent sous l'eau, et, après l'avoir asphyxiée, ils la laissent macérer dans quelque endroit 
retiré, et la mangent ensuite par lambeaux : c'est ainsi que les hommes sont parfois erjlevés par les 
Crocodiles; mais on croit à tort qu'ils sont avalés immédiatement par ces animaux. Tous les Croco- 
diliens ont besoin d'une température assez élevée : aussi, dans les parties froides de l'Amérique, où 
l'on en trouve encore, s'engourdissent-ils pendant la mauvaise saison. Sous l'équateur, les grandes 
chaleurs de l'été les endorment également. On les trouve dans les grands fleuves, dans les endroits 
marécageux, etc. Tous viennent souvent à terre, et leur organisation tout entière montre que ce sont 
de véritables Amphibies. Ils se mettent à l'affût la nuit pour guetter et saisir leur proie; ils sont loin 
d'être aussi courageux qu'on l'a dit, et leur cruauté peut être expliquée par le besoin de se procurer 
des aliments, qu'ils prennent en abondance quand chez eux la faim se fait sentir. Pour les conserver 
longtemps en captivité dans nos climats, il faut aussi les soustraire à la sécheresse et au froid. Au 
Muséum, on les tient â demi plongés dans des cuves constamment remplies d'eau tiède, mais ils mon- 
Ireiit peu d'activité; souvent même leur affaissement est tel, qu'on pourrait les croire morts. On n'en 
a pas encore vu produire ni même s'accoupler chez nous. On les nourrit avec de la viande; ils res- 
tent quelquefois plusieurs mois sans manger, et cependant ils ne maigrissent guère, ce qui dépend 
surtout du peu de perméabilité de leur peau. Lorsqu'ils sont dans l'eau et qu'on met des Poissons 
vivants avec eux, ils les prennent et les avalent, et il faut leur faire déglutir les morceaux de viande 
qui font la base de leur alimentation. Dans les moments d'activité, ils cherchent à mordre, et leur 



RKI'TII.ES. 47 

colère a quelque chose d'effrayant par la grande ouverture de leur bouclie, dont les dents aiguës soiil 
alors comme autant d'aiguillons menaçants, et par l'espèce de rugissement qu'ils produisent en inlro- 
duisanl ou chassant l'air de leur respiration : dans les circonstances défavorables où ils sont places, 
quelques soins qu'on ait pour eux, ils profitent peu, et leur accroissement, m'nie dans les jeunes, 
est extrêmement lent. A l'état de liberté, leur existence parait être très-considérable. Plusieurs 
répandent une odeur musquée due à des glandules placées sous la gorge dans deux petites poches. 

On trouve des Crocodiliens en Afrique, en Asie et en Amérique; plusieurs îles de ces diverses par- 
ties du monde en nourrissent également dans leurs fleuves et sur leur littoral; mais il n'en existe pas 
ni en Océanie, ni en Europe, cette dernière partie du monde si riche cependant en animaux de cette 
famille pendant les périodes secondaires et tertiaires. Les diverses espèces actuellement vivantes 
sont réparties d'une manière déterminée à la surface du globe : aucune de celles de l'Amérique ne 
se voit dans l'ancien monde, et réciproquement; il y a même pour les Crocodiliens de chaque conti- 
nent des contrées particulières à chaque espèce. 

L'énorme voracité, que l'on a appelée la férocité des Crocodiliens, ou plutôt du Crocodile du Nil, 
le culte singulier dont il était l'objet chez les Egyptiens, les récils extraordinaires auxquels il donnait 
lieu, tout a contribué à rendre célèbre cette espèce de Reptiles, qui, ainsi que ses congénères, a 
été employée dans l'ancienne médecine et a donné quelques produits à l'industrie. Selon Héro- 
dote, CUampm était son véritable nom, et ce furent les Ioniens qui lui imposèrent celui de Kp'jzo- 
Sst/.oç, à cause de son analogie avec les Lézards, qu'ils appelaient ainsi. Hérodote, quatre siècles 
avant l'ère chrétienne, avait appris, pendant son séjour en Egypte, diverses particularités remarqua- 
bles sur le Crocodile, et c'est surtout d'après son récit qu'Arisiole et la plupart des auteurs de l'an- 
l quité ont écrit sur cet animal. Dans l'antique Egypte, ce Reptile était un animal sacré, et l'on sait 
qu'encore aujourd'liui, dans les temples en ruines, on trouve, parfaitement bien conservés, des momies 
de Crocodile. A lîome, il en parut plusieurs vivants dans les jeux du cirque; les premiers, au nombre 
de cinq, parurent sous l'édilité de Scaurus et sous Auguste, peu d'années avant Jésus-Christ; on en 
lit périr trente-six dans le cirque de Flaminius. Diverses médailles anciennes représentent le Croco- 
dile du Nil. Pendant de longs siècles, on rapporta un grand nombre de fables sur les Crocodiles; 
mais leur histoire naturelle ne fil que peu ou même pas de progiès. A la renaissance des lettres, quel- 
ques faits intéressants furent cependant signa'és à l'occasion des Crocodiles africains; vers cette èpo- 
(|:ie, on en dé<'Ouvril non-seulement en Asie cl dans l'Inde, mais encore dans le nouveau monde. 
Iiuverney et Perrault firent connaître en partie leur organisation; mais ce n'est que dans les temps 
récents, et grâce surtout aux travaux de Schneider, d'Él. et d'Is. Geoffroy Sainl-Ililaire, de G. Cuvier, 
(le Meckel, de De Dlainville, de JIM. Duméril et liibron, etc., que l'organisation interne, la distinc- 
tion caractéristique des espèces, la connaissance de leur répartition géographique et l'appréciation 
convenable de ce que les anciens nous ont laissé à légard de ces animaux, ont été complètement 
éliK'idès. Linné ne connaissait qu'une seule espèce de Crocodde, qu'il rangeait dans le genre Lézard. 
i'Ius tard, le genre Crocoililiis fut fondé; G. Cuvier, dans son Rvgue animal, en fil sa famille des 
C ocoDu.iENs, placée dans l'ordre des Sauriens, dans laquelle il n'admit qu'un seul genre, caraclé- 
ri-;é par ses mâilwhcs çiarii'us d'tm grand nombre de dénis coniques, simples, inégales, aiguës, 
disposées sur tinc seule rangée; par sa langue charnue, large, entière, altacliée au plancher de lu 
Iniuclie jusque tns-près de ses bords et uullenienl extensible; par ses pattes courtes, basses, espacées 
entre elles : les antérieures h cinq duigis distincts, et les postérieures à quatre doigts palmés ou 
demi-palmés; trois doigts seulement munis d'ongles à chaque pied; par sa queue toujours plus lon- 
gue que le tronc, comprimée on aplatie sur les côtés, carénée et dentelée en dessus, et par son organe 
reproilucieur unique dans les nulles : genre qu'il subdivisa en trois sous-genres, les C.^ïmmss, les 
Cr.ocoDii.Ks et les Gavials. De Dlainville démontra que ces animaux étaient d'un autre ordre que les 
S.iuriens. et qu'ils devaient constituer eux-mêmes un ordre à part dans la classe des Reptiles, ordre 
qu'il nomme Emiidosauriens, et qui est aussi facile à distinguer des Chélouiens et des Sauriens, et 
principalement de ceux-ci, que les premiers se distinguent des seconds. En effet, ce sont des Reptiles 
lacertiformes, mais à queue comprimée, à tête et à corps plus déprimés, et qui se différencient, en 
outre, des Sauriens : 1° par leur oreille, dont la membrane tympanique n'est pas superficielle, mais 
j lacée au fond du canal auditif; 2° par leur orifice cloacal, fendu longitudinalement comme dans les 
C léloniens. et non transversalement, cl recouvert d'une plaque écailleuse; o" par un organe repro- 



48 IIISTOir.E NATUr.ELLE. 

ilucteur simple et non double; 4° par leur laniçuecliarnue, adhérente, peu visible; 5° par leurs dents 
aiguës, en cônes creux, implantées dans les alvéoles sur le bord des maxillaires et des incisifs seu- 
lement; 6° par leur canal nasal très-prolongé en arrière, et à orifice d'entrée foimé de deux narines; 
7° par l'adhérence au crâne, au moyen d'une articulation immobile, de l'os carré et des autres pièces 
de la mâchoire supérieure; 8° parla disposition particulière de son système circulatoire. Après avoir 
indiqué les caractères, qui montrent que les Crocodiles forment bien un ordre distinct, nous ne les 
donnons cependant que comme constituant une famille de Saui'iens; en cela, nous nous confor- 
mons à l'usage généralement établi et surtout à l'arrangement adopté par MM. Duméril et Bibron, qui 
donnent aux animaux de cette famille le nom spécial d'AspioioiES. Quant aux espèces vivantes, dont on 
a donné la description d'une vingtaine, nous les répartirons en trois genres correspondant aux trois 
sous-genres de G. Cuvier. Les Crocodiliens fossiles, dont l'histoire a été si heureusement commencée 
par G. Cuvier, et dont se sont occupes dans ces derniers temps un grand nombre de paléontologis- 
tes, sont nombreux; les formes qu'ils présentent sont très-curieuses et offrent des différences des 
plus remarquables avec celles des espèces vivantes. 



I. ESPLCES V1VA^TRS. 
1" GENP.E. — CAÏMAN. ALI./GATOn. G. Cuvier, 1810, 

Ossciiionis fossiles, 

CAUACTOES GÉKliniQUES. 

Têle d'un lias plus large que lourjne, à crâne du quart de la longueur totale; museau court. 

Dents inégales entre elles, au nombre de dix-neuf à vingt deux; les quatrièmes dents inférieure; 
enfoncées duns des trous de la mâchoire supérieure quand la bouche est fermée; les premières deni'. 
de la mâchoire inférieure perçant la supérieure à un certain âge. 

Jambes et pieds de derrière arronilis, on n'aijanl ni crcles, ni dentelures à leurs bords; inter- 
valles des doiijts remjjUs au plus à moitié par une membrane courte, ou pattes semi-palniécs. 



# 

Fip 16. — Caim.in à mu?eau de liroclu l (dessus). FiL'. 17. — Ciïman à miiFeaii de Hrm-liet (profd) 




Bontius s'était servi du nom de Caïman pour indiquer une espèce de Crocodile des Indes; mais, 
au Mexique et dans les diverses parties de l'Amérique, on l'emploie aussi pour distinguer tous les Cro- 
codiliens. G. Cuvier l'a pris pour nom français d'un de ses soiis-gcnrcs de Crocodile, et il a appelé 
celui-ci Alligator en latin. Ce dernier nom est donné comme dérivé du |)ortugais, Logarto (Lézard). 
Wagler a remplacé à tort ce mot par celui de Champsa, et Spix fait deux groupes parmi les Caï- 
mans, suivant qu'ils ont le museau large, Jacarciinga, ou le museau étroit. Alligator. On admet gé- 
nci alemenl cinq espèces de ce genre, toutes exclusivement américaines, et dont le type est le : 

CAÏMAN A MUbEAU DE DUOCIIET. ALLIGATOR LiCIVS. G. Cuvier. 

CAriACTLiiEs sriiciFiQUEs. — Tète très déprimée; museau large, arrondi au bout, à côtés presque 
Darallèles, une aiéie loiigitudiuale sur le l'ruut: deux ccussons nuchaux; noir plus ou moins foncé ct 



REPTILES. 49 

dessus, avec des bandes jaunâtres en travers du dos; dessous du corps d'un paille '>ale. Longueur 
totale environ 2'", mais quelquefois beaucoup plus considérable, et atteignant, dit-on, 7"". (Yoy. notre 
Allas, pi. VI, %. 4; et lig. 2, p. 5.) 

Cette espèce est I'Alligator de l.\ Floiude, Catesby; Crocoiiltis Misshsipcnsis, Daudin; C. Cti- 
vierii, Leacli; C. lucius, G. Cuvier; elle appartient en propre à l'Amérique septentrionale, qu'elle 
semble babiter dans toute son étendue; elle vit souvent en grande troupe, particulièrement dans le 
Mississipi et ses affluents, et on la trouve aussi, dans les lacs et marais, à la Louisiane, dans la Ca- 
roline, et jusqu'au trente-deuxième degré de latitude nord. 

Les autres espèces sont le Caïmas a paupières osseuses {A. palpcbrosus, G. Cuvier; C. ir'içjonrdus, 
Schneider), de l'Amérique méridionale, et le C. a lu.nettf.s [A. sclerops, Puméril et Bibron, Schnei- 
der), particulier à toute l'Amérique méridionale, où elle est très-répandue, et dont on a distingué 
assez récemment les A. cynocephdus, Duméril et Dibron, et .1. puctalaius, Spix. 



2">» GKiM'.E. — CP.OCODILE. CPxOCODILUS. G. Cuvier, 1819. 

KpcxwîeiXo;, Lézard. 
OsseniciUs inssilcs. 

CAHACTÈRES G!i;NÉlllQUES. 

T(le oblongite, dont lu Ion juciir csi double de sa largeur cl qucliiuefois plus; crâne u'allc'ignnnt 
pas le quarl de celle longueur, el porliml derrière les ijeuxdeux larges Irous ovales que l'on sciil à 
travers la peau, mcnic dans les indiridns desséches. 

Denis inégales, trente inférieures, treute-liuil supérieures : les quatrièmes de la màcliiirc in- 
férieure, les plus longues et plus grosses de toutes, passant dans des écliancrures creusées sur Us 
bords de la mâchoire supérieure ei restant apparentes en dehors. 

Pâlies de derrière ayant leur bord externe garni d'une crête dentelée, c'. les intervalles de leurs 
doigts, au moins les cxicrnes, clanl enlicremcnl palmés. 





Fis. 18. - Ciocoililu vul-aire. Fi;;. 19. — Crocoaile vul: 



Les espèces assez nombreuses de ce genre sont propres à l'Afrique, à Vlnde et à l'AmériquQj 
G. Cuvier les rangeait dans son sous-genre des C.rocolilus, el Merrem en fait son genre Champscs, 
dénomination tirée de l'ancien nom égyptien du Crocodile du Nil. Les types sont les : 

1. CROCODILE VULG.\IRE CROCODILUS VllGAltlS. G. Cuvier. 

Caractères spécifiques. — Mâchoires non allongées en bec étroit; six plaques cervicales; écussons 
dorsaux quadrangulaires, surmontés de six séries longitudinales; les carènes peu élevées; pieds de 
derrière largement palmés; une crête festonnée le long de leur bord externe; tout le dessus du corps 
offre un vert olive, piqueté de noir sur la tête et le cou, jaspé de la même couleur sur le des et la 
(jueue; deux ou trois larges bandes obliques, noires, se montrent sur les flancs; dessous du corp» 
d'un jaune vcrdâlre. Pouvant atteindre plus de 5™ de longueur. (Yoy. notre Allas, pi. IX.) 

H. l: 7 



50 lllSTOIlil': iNATLUiELLE. 

Ce Crocodile est Irès-répaiidu, car on le trouve dans le Nil, dans le Sénégal et le Niger, en Cafre- 
tle, à Madagascar et même dans l'Inde. C'est le Kf.ov.'iSiiloç, le Suclius et le Cliampès des anciens; le 
Cr.ocoDiLE VULGAIRE OU DU N L de la plupart des auteurs; le Crocodiliis wiipliiljius Niloliciis, Locii; le 
C. vulçjaris, G. Cuvier, etc.; on a voulu y distinguer plusieurs espèces, qui ne sont guère que de 
simples variélés. telles sont les C. cltampses, Bory De Saint-Vincent; C. lacunosus et inavg'inolu.i, 
Et. Geoffroy Saint-Hilaire; C paluslris, Lesson, etc. 

Cette espèce, qui est le célèbre Crocodile des Egyptiens, celui auquel ils avaient voué un culte si 
profond, n'a cependant été bien connue que dans ces derniers temps grâce aux travaux d'Kt. Geof- 
froy Saint-Ililaire, et plus récemment de MM. Duméril et Bibron. Elle vit dans l'eau et sur le sol, cl se 
nourrit principalement de Poissons. Plusieurs Insectes, que les anciens nommaient Bdelles, et qui 
semblent être des Cousins, lui font une guerre acharnée, et, en outre, il a pour eniicmis pricipale- 
ment les Mangoustes, qui font une grande destruction de ses œufs el même des jeunes. 

2 CIÎOCODILE A MUSEAU EFFILÉ. CROCODILUS ACUTiS. Éi. Gcorroy Saint-llihire. 

Caractères spécifiques. — Museau grêle el effilé, bombé au chanfrein; carènes dorsales des rangs 
externes disposées assez régulièrement el plus élevées que celles des deux rangs du milieu; brun sur 
le corps, avec des raies jaunes en zigzag, ou jaunâtre semé de taches brunes; jaune en dessous. De 
grande taille, el pouvant atteindre, dit on, S"". 

Ce Crocodile, que Pluvier el surtout Descourtilz ont fait connaître les premiers, et que G. Cuvier 
nommait Crocotlilus aciiliis el biciilatus, se trouve à Saint-Domingue, à la Martinique, etc. 

Parmi les autres Crocodilns, nous citerons le C. rhombifcr, G. Cuvier, des Antilles; C. planiros- 
iris ou G HE Graves, G. Cuvier, du continent africain; C. a deux arêtls {C. parosus, Schneider, el 
biporcalus, G. Cuvier), des îles de l'archipel Indien; C. cniRASSÉ [C cataphraclus, G. Cuvier), d'A- 
frique; C. inicrmcdiits, Graves, ou C. Journci, Duméril et Dibron, C. Morcleiii, A. Duméril, du 
Yuca an, etc. 



S"" GENRE. — GAVlAl. LONGIROSTRIS. G. Cuvier, 1819. 

Longirostrisj à long bec. 
Ossements fossiles. 

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Museau rétréci, djUndrique, extrêmement allongé, un peu renflé à l'extrémité; crâne à peine du 
cinquième de la longueur totale de la tête, avec de grands trous d^rri!■rc les yeux. 

Dents presque semblables, en nombre et en forme, sur l'une el l'autre mâchoire : les deux pre- 
mières et les deux quatrièmes de la mâchoire inférieure passant dans des échancrures de la supé- 
rieure et non dans des trous. 

Pattes de derrière dentelées et palmées comme dans les Crocodiles. 

Ce genre, surtout remarquable par sa tête très-allongée, a pour type le Gavial de Lacépède, au- 
quel G. Cuvier a donné, le premier, les noms de Lo.ngirostre el de Longirostris, qui depuis ont été 
remplacés par ceux de Gavialis, Et. Geoffroy Saint-Ililaire, el de Bhamphostoma, Wagler. 



GAVIAL DU GANGE. CROCODILVS lAXfJETICLS ou iO.\GI.WSTniS. G. Cuvier. 

SPÉCIFIQUES. — Bec très 
ce en dessus, avec de i 
Longueur totale atteignant de W" à 6" 



Caractères SPÉCIFIQUES. — Bec très-allongé, presque cylindrique; deux écussons nuchaux; d'wt 
vert d'eau foncé en dessus, avec de nombreuses taches irrégulières brunes; jaune pâle en des.snus 



REPTILES. 



51 



On connaît ce Crococlilien depuis très-longtemps, puisque Élien en fait déjà "'«"f «" J J' P;'';^ J" 
néralemenl le nom de G.val ou de Gav.al du G.nge, et G. Cuv.er a cherche a y d>M,n.'ue, deux es 
nèces, le PETIT elle cn^^D Gavial. Il vit surtout dans le Gange. ■ r ç i u. ii::\ 

Muiler et Temminc k eu indiquent une seconde espèce, U Gavul de Schlegell [Gaviahs Schlcodlu), 
qui se trouve à Bornéo, et dilïère beaucoup du type. 




li;;. on _ Givia' de ?c!ilegell (l'ioW). 




Fig. 21 — Gavial de 'ilil .tll (ItsMis) 



II. l'SrCCES FOS.SILES. 



Les espèces et les genres de Crocodiliens fossiles sont très-nombreux, et les paléonloiogistes les 
ont même multipliés d'une manière inutile en se basant souvent pour les fonder sur des débris trop 
incomplets. Nous n'indiquernus que les principaux; nou."> les placerons d'après l'ordre géologique et 
en prenant Lauiillard pour guide. Ces fossiles ont été rencontrés en petite quantité dans les lei'rains 
lerlinres meubles; il sont plus abondants dans certains terrains tertiaires; mais c'est surtout dans les 
lerrains secondaires qu'on en rencontre un plus grand nombre, qui difl'èrent considérablement de 
ceux de l'époque actuelle, principalement par diverses parties de la tète, par l'axe central de leur 
corps et par la disposition de la colonne vertébrale. 

Dans les terrains meubles, les espèces sont assez analogues à celles aujourd'hui vivantes ; G. Cu- 
vier a signalé un calcanéum de Crocodile trouvé à Crentlort avec des os d'Éléphants et de Rhinocé- 
ros, et M. Houclier, de l'ei'thes, a découvert une écaille nucliale d'une grande espèce dans le sable 
auprès d'Abbeville En Asie, on a signalé des débris au bord de l'Irawadi qui se rapportent au Cro- 
codile vulgaire et an Gavial du Gange, et on en trouve aux monts Ilimalayas. 

Dans les terrains tertiaires, les débris fossiles, ayant tous les vertèbres roiicavo-convexes, se rap- 
portent encore aux trois genres actuels. G. Cuvier et plusieurs paléonloiogistes ont fait connaître des 
dents ou des portions de squelettes trouvés à Blaye, près de Castidnaudary, dans les marnières d'Ar- 
genton, dans la molasse de la Grave, dans l'argile plastique d'Auteuil et de Provence, dans l'Ile de 
Sheppy deux espèces, l'une du genre Crocodile et l'autre de celui des Gavials, etc. 

Dans les terrains secondaires, les espèces sont plus abondantes et beaucoup plus différentes des 
espèces de notre faune. On peut les subdivijer en : — A. Espèces à vcrlibres Irgcrcmcnt concancx et 
même (luekjuefoïs planes, comprenant : 1° le Saehosa.irus cullrideiiS Ovien {r77,y_i;, Crocodile d'É- 
gyple; na.\)p%, Lézard), découvert dans le Wealds, en Angleterre, par .M. Mantell, et fondé sur des 



52 UISTOini'; NATURELLE. 

(lents assez analo£;ucs A celles des Gavials; 2° Goniopliolin crassulcns, Owcn (yo-jior., rectangulaire; ^.',- 
).i,-, écaille), d'après des dents assez analotfues à celles du genre précédent, et trouvées dans le même 
lieu; ô° Tclcosaiirus, Et. Geoffroy Saint-llilaire (t£),5'jç, paifaii; o-avpo;, Lézard), placé par G. Cuvier 
avec les Gavials, et s'en distinguant par sa fosse nasale postérieure plus grande et ne se prolongeant 
pas jusqu'à l'extrémité de la face basilaire, mais s'ouvrant à peu près vis-à-vis le milieu de l'arcade 
jugale, comme chez les Mammifères, et par l'ouverture des narines dirigée en avant ou terminale; les 
débris de Téléosaures sont abondants et forment quatre espèces : T. Gliapiminni, Kœnig, des lias 
des côtes du Yorksliire; T. Cadomensis, El. Geoffroy Saint-IIilairc, ou Gavial he Caen, le plus an- 
ciennement connu, découvert dans le calcaire oolithique de Caen; T. prisais, Sœmmering (Gavial de 
Manueim et DE CoLL, G. Cuvier); Acioclon priscus et Macrospomlijiux bollensis, IL De Meyer, des 
schistes calcaires des environs de Solenhofen en Bavière, et de Boll en Wurlhcmberg, et T. aslkcno- 
deirits, Ovven, de l'argile de Kimmeridge; A" Mustriosaiirus, Kanp et Bronn {uvrrTpov, cuiller; (Tcr.\)- 
f>o;, Lézard), du lias, renfermant plusieurs espèces, qui sont probablement des Tclcosaiirus; 5° Eng- 
gommosattrus, Kaup (syyo;, rapproché; oyr/a, œil; (javpo;, Lézard), du lias d'Alldorf; 6" Slencosaiirus 
(ttevo;, étroit; Gavp'^;, Lézard), Et. Geoffroy Saint-Hilaire, Gavials de IIosflf.lt,, G. Cuvier; Mcirlo- 
rlujucltiis (y.z-pw;, médiocre; p\r>xo;, museau), II. De Meyer; une seule espèce, S. roslro niinor. 
Et. Geoffroy Saint-llilaire, ayant des caractères communs aux Téléosaures et aux Gavials, et décou- 
verte principalement aux environs de Iloiifleur; 7° Pclagosaurus lijpus {nùayoç, mer; o-avoo;, Lé- 
zard), Kaup et Bronn, du lias de Boll, ei que Linirillard rapporte au genre Stcneosaiirus sous le 
nom de S. Bromi'i; 8° Pœcilopleuron Bmldandu (koi/.ù.o;, varie; Tclixipo'j, cùte), Eudes-Deslon- 
champs, fondé sur des débris trouvés dans le calcaire oolithique de Caen; 9° Cijiindr'icodon, Jœger (z-j- 
>iv5foç, cylindre; orîwv, dent), créé sur une mâchoire assez semblable à celle des Gavials, et trouvée 
dans le grès infraliassique d'Altenburg; 10" Cub'icodon, (xuêi;, cube; o'jwv, dent), qui semble n'être 
qu'une espèce du genre précédent. — B. Espiccs à vertèbres convcxo-concnves; \ i° Strcplospoiidij- 
liis {(TTjim-oç, tourné; o-jtotSu^o;, vertèbre), créé sur le Siciieosaitrits rostro-major, Etienne Geoffroy 
;^aint-Ililaire, ou Lcplocranins lougirostris, Bronn, de Caen, qui porte le nom de 5 Cnvieri, Ovven, 
i;t qui renferme une seconde espèce, le S. major, Owen , du terrain des Wealds en Angleterre; 
12° probablement, au moins d'après Laurillard, le genre Ceiiosauriis, Ovven (xôtoî, Célacé; <rau- 
f,;, l.èzaid), dans lequel les os sont spongieux comme ceux de nos Cétacés. 



TROISIEME FAMILLE. 

ÉNALIOSAURIENS. Owen. 



On indique sous la dénomination d' Enaliosauriciis (ivAi'j;, marin; c-aur^,;, Lézard) une famille, ou 
j>lutot un ordre des plus distincts, de la classe des Hepiile-s, qui renferme particulièrement les Ichtyo- 
..aurcs et les Plésiosaures, animaux fossiles des plus remarquables, et qui, offrant des caractères 
pris de presque toutes les classes des animaux vei'tébrés, semblent former un chaînon qui lie les 
Reptiles d'une part aux Poissons, et de l'autre aux Cétacés. D'après cela, on voit que ces êtres n'ont 
pas de rapports très-naturels avec les Sauriens, et c'est pour nous conformer à ce qui était fait anté- 
rieurement, et aussi pour ne pas trop augmenter le nombre des divisions primaires, que nous les 
laissons dans le même ordre. Les Énaliosauriens étaient des animaux marins dont les restes sont 
enfouis dans l'oolithe et principalement dans le lias, et qui ont été découverts en Angleterre par 
E. Home, Lahèche et Conybeare, et dont quelques-uns ont été trouvés depuis en Allemagne et en 
Erance. Ces Reptiles, dont les quatre extrémités avaient la forme des nageoires des Dauphins, rem- 
plissaient, dans les mers de l'époque jurassique, les foncions dévolues aujourd'hui à nos Cétacés. 
On en connaît trois groupes généri((ues. 




H'i};. I. — Iclithyosiituv niintruiri 




Fig. "l. — Plésiosaure à long cou- 




Fis- 5. — l'IiM'odiicljle à bec épais. 




Fig. 4. — Squelette de Caïman à museau de brochet. 



REPTILES. 55 

IciiTiivosAinE (Iclilhijonaunis, Conybfare) {r/Ov;, Poisson; uaupoî, Lézard). Genre d'animaux pou- 
vant acquérir une (aille énorme, puisque un individu mesurait au moins 10"' de longueur, sur les- 
quels la léte avait 2"'; ils offrent un museau de Daupliin, un crâne et un sternum de (rès-grand Lé- 
zard, des pattes de Cétacé, mais au nombre de quatre, et des vertèbres de Poisson. Leurs dents, à 
racines pleines, sont coniques, émaillées, striées longitudinalement et logées dans un sillon profond 
des os maxillaires; les narines sont percées à la naissance du museau au bout des intermaxillaires; 
les orbites sont très-grandes et occupées par un cercle de pièces osseuses qui renforçait la sobléroil- 
qup. Lrs vertèbres, dont le nombre va jusqu'à cent vingt-six, ont toutes le diamètre de leur corps deux 
ou trois fois plus grand que l'axe, et ce corps a ses deux faces articulaires concaves; les apoiibyses 
épineuses formaient une ,rète presque continue; il n'y a pas d'apophyses Iransverses proprement 
dites; la queue, presque toujours fracturée vers son dernier quart, ou fortement déviée, semble an- 
noncer qu'il y avait une nageoire tégumentaire dont le reliait a occasionné ce dérangement. Les 
côtes s'étendent depuis l'axis jusqu'aux deux premiers tiers de la queue, et par conséquent il n'y a 
pas de cou. Le sternum est formé d'une pièce impaire comme dans les Varans, de deux clavicules 
et de deux grands caracoïdiens dilatés. L'omoplate est étalée en éventail. Le bras gros, court; les 
deux os de l'avant-bras larges, aplatis, se dislinguant à peine des os du carpe et des phalanges, qui 
sont des os plats, polygones, dont les angles s'ajoutent en manière de pavé, de sorte qu'ils avaient 
très-peu de mouvement les uns sur les autres. L'iléon est appliqué sur les côtés comme l'omoplate; 
le pubis et l'iscliion sont un peu aplatis; le fémur est plus long que l'humérus; et le reste de la na- 
geoire postérieure ressemble à celui de la supérieure, si ce n'est qu'il est généralement plus petit. On 
connaît une douzaine d'espèces iVlcIalnjosaurus, propres au lias de l'Angleterre et à celui de l'Alle- 
magne, décrites par MM. Conybeare, Owen, Kœnig et Theodori, et dont le type, 1'/. coinmuuis, a 
suilout été éludié par G. Cuvier, ainsi que par .M. Owen. (Vnyrz notre Allas, pi. Y, (ig. 7> ) 




Fiï. 22. — l'iésius.iui-c à long 



Pi.ÉsiOF,M'rE (Plcsiosnurus) (-)r,cro;, voisin; o-a-jooç. Lézard). Dans ces animaux, la tète est petite 
et ressemble, par sa forme générale, à celle des Crocodiles : la mâchoire inférieure est renflée à son 
e%tfémité et porte des drnls plus grosses et pins longues que les autres, et, J la mâchoire supérieure, 
ce sont les postérieures qui sont les plus longues; en général, toutes ces dents sont grêles, pointues, 
ou peu arquées et cannelées longitudinalement. Le cou est très-long et n'a pas moins de trente à 
quarante vertèbres. Le corps et la queue sont plus gros que dans les Iclilhyosaures. Les nageoires 



54 IIISTOIIII-: NATURELLE. 

sont plus allongées; les os du carpe el du tarse, de l'avanl-bras et de la jaml)c sont plus disiincls, 
et les phalanges ne sont pas polygonales. Les vertèbres sont courtes, à diamètre transverse plus grand 
que l'axe, à face ariiculaire plane et à face inférieure creusée de deux fossettes ovales. Les cotes s'é- 
tendent de l'axis aux deux tiers de la queue; mais les cervicales sont courtes comme celles des Oi- 
seaux, et les caudales se raccourcissent vers l'extrémité de l'animal; les côtes abdominales sont unies 
d'un côlé à l'autre par un arc composé de sept pièces. Le sternum est très-allongé, et il en est de 
même des os du bassin. M. Owen indique seize espèces de ce genre, et quelques-unes d'entre elles 
peuvent atteindre jusqu'à lO" de longueur : on les a trouvées dans les terrains jurassiques de l'An- 
gleterre, de l'Allemagne et de la France, et l'on en a aussi signalé des débris dans l'argile dOxford. 
L'espèce la plus anciennement connue est le Plésiosauee a long cou, Plesiosanrus doUchoileinis, 
Conjbeare. (Voyez notre Atlas, pi. V, fig. 2.) 

Pliosaure (Plio^nuriis, Owen {nluo;, complet; o-ay/soç. Lézard). Ce genre, voisin du précédent, 
s'en distingue par sa tête plus grande, son cou plus court et ses dents très-grandes, coniques, en- 
châssées dans les alvéoles et à couronne offrant des cannelures longitudinales ou obliques qui se ter- 
minent tout à coup. Les Pliosaures étaient des animaux de grande taille, à membres três-semblablos 
à ceux des Plésiosaures, découverts dans l'argile d'Oxford et de Kimmeridge, et dont on n'a dccril 
que deux espèces, les Pliosaurits brachijdcirus et Iroclianterhis, Owen. 



QUATRIÈME FAMILLE. 



TALyEOS.AURIENS ou MOSASAUHIENS. P. Gervais 



On a désigné sous les noms de Palœosaiirirns (iralno;, ancien; (laujoo;. Lézard), de Pro'crpetcs 
et de Mosasaiirkns une famille ou un ordre de Reptiles fossiles des plus remarquables, et qui ne 
renferme qu'un seul genre bien connu et quelques autres groupes dont l'histoire est incomplète. 

MosASAURE [Mosasauriis] (Hlosa, Meuse; aaupoç. Lézard), Conybeare. Les dents sont pyramidales, 
un peu arquées, et, comme chez celles des Varans, la pointe est infléchie en dedans et en arrière; elles 
sont très- légèrement cannelées, et la partie externe de leur circonférence est une portion d'arc de 
cercle aplatie et bornée par deux arêtes aiguës un peu dentelées : ces dents sont portées sur des ra- 
cines ou noyaux adhérents dans des alvéoles pratiquées dans l'épaisseur du bord de la mâchoire. Les 
os de la face ressemblent à ceux des Varans; mais l'os du nez est divisé. Les vertèbres sont dispo- 
sées comme celles des Sauriens; mais les cervicales et les premières dorsales ont une apophyse mé- 
diane inférieure; el, dans les autres, les apophyses épineuses sont hautes, les os en Y très-longs el 
articulés, comme dans les Varans, sous le corps de chaque vertèbre, el pour la seconde faisant 
corps avec la vertèbre comme dans les Poissons; les caudales n'ont souvent pas d'apophyses trans- 
verses. L'humérus est plus épais et plus court que celui des Miihyosaures, el les extrémités élaienl 
transformées en rames comme dans les Énaliosauriens. D'après l'ensemble de leur organisation, on 
reconnaît que les Mosasaures tiennent à la fois des grands Reptiles fossiles et un peu des espèces 
vivantes des genres Varan, Iguane et Crocodile, à côté desquels on les a rangés; mais ils doivent for- 
mer une famille parliculière, plus ou moins éloignée des uns et des autres. L'espèce type et la plus 
anciennement connue est le Mosnsauius Iluffmanni, Conybeare, qui a été découverle dans la craie 
de Maëstricht, dont la longueur totale devait être d'environ 8", et qui S"mble être carnassière. 
Faujas Saint-Fond l'a fait connaître sous le nom d'AMMAi, de Maestricut, dénomination qu'il porte 
encore aujourd'hui, et le regardait comme un Crocodile; Pierre Camper en fil un Célacé; mais Adrien 
ilamper el G. Cuvicr montrèrent que c'était vérilablemenl un Reptile. On a indiqué deux autres es- 
pèces du même genre provenant du grès vert de l'Amérique septentrionale : ce sont les 91. .'Idx'imi- 
linni, Goldfuss, el Decniji, Bronn, qui ne difl'èrent peut-être pas spéciliquement. 



liEI'TlLlS. ;,5 

Le genre Tliccodoniosaiirus {Br.xrj, gaine; oJwv, dent; o-ajooç, Lézard), Owen, du conglomérai dolo- 
niiqiie de Ucdlaud, de la formation du nouveau grès rouge, fondé sur quelques débris, et pariiculié- 
rement sur des dents, doit rentrer dans la même famille. Il en est de même des genres Prulcirosau- 
nis, Palaosauius, Clodiodon, etc., que nous nous bornerons à nommer, et qui tous appartiennent 
û la division des Sauriens thécodontes. 



CINQUIÈME FAMILLE. 

DmOSAUP.lKNS. Owen. 



Cette famille, ou plutôt cet ordre de Sauriens fossiles, renferme des espèces gigantesques, déeou- 
Ycrtes en .\ngleterre, dans le terrain des wealds et dans rooliihe, ])ar MM. Ruikland et Mantell, e: 
caraiiérisées par un grand sacrum formé de cinq vertèbres ankylosées, dont la partie antérieure ne 
correspond pas uniquement au corps de chacune d'elles, mais est supportée par deux vertèbres con- 
tigués comme dans le sacrum de l'Autruche, d'où il suit que les trous de conjugaison des trois ver- 
tèbres intermédiaires sont placés à peu près au milieu du corps des vertèbres. Ces llepliles sont en- 
core caractérisés par la hauteur et la largeur de la partie annulaire des vertèbres dorsales, par des 
côtes à double articulation pour la partie antérieure du tronc et à simple articulation pour la partie 
po tèrieure, par un sternum formé sur le type de celui des Sauriens, par les os longs ù cavité mé- 
dullaire, enlin par des os du métacarpe, du métatarse et des phalanges, assez semblables, à l'ex- 
ception des phalanges onguéales, à ceux des grands l'acliydermes. On voit que les Dinosauriens {Ssi- 
vo;, grand; o-aupo;, Lézard) diffèrent beaucoup de tous les Reptiles actuellement vivants et même des 
es|)éces fossiles : aussi n'est-ce qu'avec doute que nous les rangeons auprès des Énaliosauriens. On 
y distingue trois genres : 

MiîGALOSAL'iiE {Metialosatirus) (.«eyaç, grand; (Tavpoç, Lézard), Buckland. Les dents sont compri- 
mées, aiguës, arquées vers l'arrière, à deux tranchants finement dentelés, enchâssées dans des al- 
véoles complètement cernées, et ayant en même temps les caractères de celles des Crocodiles et des 
Monilors; les diverses |>arties du squelette présentent aussi quelque analogie avec celles de ces deux 
groupes de Reptiles. On ne connaît qu'un Meçjalosniirus, le M . Bucklandii, G. Cuvier, qui, suivant 
M. Uwen, atteignait une longueur totale de 10"', était carnassier, et qui a été découvert dans le cal- 
caire oolilhique de Stonesfield et dans la formation d'eau douce de la forêt de Tilgale. 

IlïLyEosAuuE {Hijkvosaurics {mIu, forêt; cravpo;. Lézard), Mantell. Les dénis sont formées d'un fût 
presque cylindrique, qui s'élargit graduellement et se termine par un sommet à angle obtus : elles 
sont obscurément striées, recouvertes d'une couche d'émail. Les diverses parties du squelette, suivant 
les différentes régions, offrent quelque analogie avec celles des Crocodiliens, du Sauve-garde, du \'a- 
ran, des Scinqucs et des Caméléons; mais ce que nous devons noter, c'est que le corps était couvert 
d'écaillés assez semblables à celles des Crocodiles. La seule espèce décrite est VUijlœosaurus ar- 
maiiis, Mantell, dont des débris ont été trouvés dans la forêt de Tilgate. 

l^;u^^ODo.'( (Iguanodon) {Içittana, Iguane; oJwv, dent), Mantell. Les dents, vues par la face externe, 
ont quelque chose de celles des Iguanes, leurs bords étant dentelés en scie; la couronne est prisma- 
tique, plus large à sa face externe, qui est seule couverte d'émail, offrant ordinairement trois arêtes 
longitudinales, obtuses; et toute leur structure montre que ces énormes animaux ne devaient se nour- 
rir que de végétaux. Le squelette présente des particularités curieuses, et la plupart des os n'offrent 
aucune analogie avec ceux des Sauriens et même de la plupart des grands Reptiles fossiles; ces os, 
en général, diffèrent beaucoup de ceux des Varans, avec lesquels on a voulu les comparer, et le bas- 
tin a assez de rapport avec celui des Sauve-gardes. Le type et unique espèce de ce groupe est l'/i/iia- 



56 IIISTOIP.E NATUP.ELLE. 

mdon Mantclii, G. Cuvier, que M. Owcn regarde comme plus élevé sur jambes qu'aucun Hoiiliie 

connu, dont la longueur devait être d'environ 9'", et qui provient de l'oolitliR d'Autçletcrre. 

On en a rapproché, peut-être à tort, le genre Dracosauhe ('îpazo;, dragon; ca.^jpo;, saurien), dont le 
ivpo Dracosaiirus Broimi semble se rapprocher un peu des Crocodiles, mais dont la tète était trùs- 
allongée. 




Fis. -J. — DiviCDS.iurc do lli'ùlUQ. 



SIXIÈME FA^ilLLE. 



CAMÉLÉOMENS. G. CuvIlt. CIIÉLOPODES. Duinéril et Bibron. 



Un genre de Sauriens des plus curieux, celui des Cainclco, ayant pour type le Caméléon vulgaire, 
constitue la famille des Ciunéléoniens de la plupart des zoolo,-;isies, Cliclopodes de MM. Duniéril et 
Bibron, Prcmlcutia, Merrom; Podasaures aiiabciies, liilgen; Scansoria, llawoilh, etc., dont on lait 
(|uelqnefois un ordre distinct en raison des particularités différentielles importantes que présentent 
1( s diverses espèces qui y entrent, et qui ont pour caractères communs : corps comprimé, à peau 
chagrinée, cl aijnnl une qncne conique, prcnanlc; Icinçiuc cijrmdr'Kjuc, verm'iforme, très-allonijée, 
lermhice par un luhcrcuU' mousse, charnu cl visrjucux; doigts réunis entre eux jusqu'aux onrjles 
en deux paquets inégaux h citaque patte, trois d'un côté cl deux de l'autre. 

Les Caméléoniens, Reptiles de petite taille, à conformation générale très-bizarre, et offrant à la 
fois un mélange de celle du Crapaud et du Lézard, n'ont pas d'écaillés sur le corps; leur peau est 
rugueuse, tuberculeuse, fuKiment chagrinée par des grains saillants, inégaux, mais symétriquement 
distribués par petits tas. Leur corps est comprimé de droite à gauche, de manière à produire une 
ciêle saillante du côté du dos et quelquefois du ventre. Leurs quatre pattes sont grêles, maigres, 
arrondies dans les régions du bras et de l'avant-bras, relevées et, proportionnellement à celles des 
autres Sauriens aujourd'hui vivants, beaucoui) plus longues; elles s'articulent vers la partie moyenne 
inférieure du tronc, ne s'en écartent pas à angle droit, et font paraître ces animaux tout dégingandés. 
Ces pattes ont cinq doigts, mais divisés en deux faisceaux, réunis jusqu'aux ongles par la peau, deux 
d'un côté cl trois de l'autre, disposes cependant en sens inverse pour les antérieures et les posté- 
rieures : les diverses particularités que présentent les doigts des Caméléons ne se retrouvent dans 
aucun Ikptile ; ce n'est guère que parmi les Oiseaux que l'on voit quelque chose d'à peu près 
analogue. Chaque doigt est armé d'un ongle aigu. Leur tèle, très-grosse, semble reposer sur les 
épaules, tant le cou est court et développé, confondu avec le tronc; le plus souvent elle est garnie 
de crêtes plus ou moins fortes; les orbites sont très-grandes, mais les yeux sont couverts d'une 
paupière; le crâne se prolonge le plus ordinairement sur le cou; la bouche est grande, fendue au delà 
des yeux; les dents sont tranchantes, à trois lo])es, formant une seule ligne ou série sur les sommets 
aigus et minces de l'une et l'autre mâchoire; la langue est tout ù fait singulière : dans l'état de re- 
pos, lorsqu'elle est contenue dans la bouche, elle forme un tubercule cliarnu, épais et visqueux; 
mais l'animal, pour saisir les Insectes, qui font sa principale nourriture, peut la lancer rapidement à 
une dislance au moins égale à celle de la longueur de son tronc : on voit alors que les neuf dixièmes 



REI'TILES. 



57 



de son ctomlue sont formés par un tube charnu, creux et contractile, à l'aide duquel cette langue 
peut rentrer promptement en dedans avec la proie qui a été collée à son extrémité libre, creusée" en 
entonnoir. La queue, qui se détache brusquement du tronc, est conique, préhensile, susceptible de 
s'entortiller autour des corps, et de servir ainsi à la station, à la progression, et plus particulière- 
ment A l'action de grimper. 




2i. — Caniôlôon ù na lumxliu. 



D'après la conformation générale des (!améléons on doit comprendre que leur organisation interne 
présente des particularités remarquables. La tête, quoique surmonlée de crêtes et de lignes saillantes 
qui allèrent en apparence la forme du crâne, est à peu près disposée comme celle des autres Sau- 
riens; les dents sont implantées sur le bord libre des mûchoires, et il n'y en a pas au palais; la mâ- 
choire inférieure est plus courte que le crâne. Il n'y a que deux ou trois vertèbres cervicales; les ver- 
tèbres dorsales, au nombre de dix-sept ou dix-huit, portent des cùlcs ou des rudiments de côtes, il 
n'y a que deux ou trois vertèbres lombaires, qui diffèrent peu des dorsales; le sternum n'a que deux 
pièces; les vertèbres de la queue sont nombreuses, et l'on en a compté jusqu'à soixante-dix. Les côtes 
sont au nombre d'une vingtaine. Le sternum est cartilagineux. Les membres n'offrent ostèologiqnc- 
nient rien de bien particulier. Les muscles, peu développés au tronc, le sont, au contraire, beaucoup 
aux membres, ainsi qu'à la léle et à la queue. La peau ne semble pas adhérer aux muscles, excepté 
dans la région du crâne, du dos. de l'extrémité libre de la queue et dans les portions des membres 
qui forment les pattes; partout ailleurs elle parait laisser des espaces libres dans lesquels l'air des 
poumons peut pénétrer et la soulever; cet isolement partiel de la peau est faiullalif dans l'animal, 
quoiqu'il dépende de l'absence du tissu cellulaire; c'est d'après celte particularité anatoniiqufi que 
l'on peut expliquer pourquoi les Caméléons peuvent se gonfler considérablement et tout d'un coup, 
et qu ils jouissent de la singulière propriété de changer de couleur. La langue offre une disposition 
toute spéciale chez ces animaux. Les yeux sont gros, saillants, à globe très-développé; il n'y a qu'une 
seule paupière qui recouvre ce globe et que l'animal peut dilater ou resserrer à volonté, mais qui ne 
laisse guère de libre qu'un petit trou au centre correspondant à la paupière; par des dispositions 
musculaires spéciales, ces yeux peuvent être diriges à volonté, ensemble ou séparément, vers des 
objets ou des lieux différents : et c'est ainsi que l'œil d'un cùlépeut être porté en haut, et l'ouver- 
t ire pupillaire de l'oeil du côté opposé dirigée en bas, ou l'un en avant, l'autre en arrière. Il n'y a 
pas de méat auditif externe ou d'oreille apparente. La bouche est large et fendue profondément; le 
pharynx et l'œsophage se confondent entre eux et avec l'estomac, qui semble en être la continuité, le 
canal intestinal ne présente rien de particulier. Le fide est gros; la rate petite. Les organes de la res- 
piration sont disposés de telle manière, que l'animal peut rester gonflé durant des heures entières 
sans qu'on puisse distinguer chez lui pendant ce temps le moindre mouvement de la respiration, et ils 
aident au pliénomène du changement de couleur. La glotte et la trachée-artère ressemblent à celles 
des Oiseaux; les poumons sont dou'bles et symétrii]ues. Les organes génitaux sont disposés comme 
n. p. " 



58 IIISTOIHE i\ATL1;ELLE. 

ceux des aulres Sauriens, les œufs sont arrondis, d'un gris lerne el sans taches, à coque calcaire, 
très-poreuse. 

Les Camélions sont des animaux essentiellement grimpeurs, comme le montre leur conformation, 
ils se nourrissent de petits animaux, et spécialement d'Insectes. On les trouve dans toutes les parties 
du inonde, exce[)lé en Amérique; on n'admet qu'un seul genre dans cette famille 



GL.N'IIE UyiQLE.— CAMÉLÉON. CHAMELFM. Laurenii, 1768. 

X7.u.ai>,£Mv, nom donné à l'espèce type par Aiistote. 
Histoire dis lioptilos. 

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Corps couiprimc, à ilos saïUinil, h peau granulée, sans écailles enluilées. 

Tête anguleuse, à oeeipul saillant, portée sur un cou gros, court; langue ciflindKjuc, verniifornic, 
très-allongcable, terminée par un tubercule cluirnu, mousse, visqueux et déprimé à son centre; ijeux 
gros, saillants, recouverts par la peau d'une paupière unique, ne laissant au centre qu'un petit trou 
arrondi, dilatab'e, correspondant à la pupille; pus de Itjmpan visible au dehors. 

Pattes grêles, élevées : toutes à cinq doigts réunis entre eux jusqu'aux ongles, qui sont aigus, 
en deux paquets inégaux, l'un de deux et l'autre de trois doigts. 

Queue prenante, arrondie, conique. 

Tous les anciens auteurs, et Aiistote à leur tète, ont nommé Xa/aO.swv (petit Lion) l'espèce tvpe 
de ce genre, et les Latins ont reproduit ce nom par le mot C/i«Hirt'/fO)i; quelques naturalistes, cepen- 
dant, ont cru trouver dans ce nom les deux substantifs Kay£).oç et Aî'.jv (Chameau-Lion), ce qu'ils 
appuient sur la manière dont nous écrivons Caméléon; mais cette dernière étymologie parait beau- 
coup moins probable que la première, et dès lors, ainsi que le voulait Camus, nous devrions écrire 
Chaméléon. Un très-grand nombre de naturalistes se sont occupés des Caméléons, les uns sous le 
point de vue zoologi(|ue, et les autres sous celui de leur anatomie; sans parler des anciens, parmi 
lesquels Aristole surtout a donné d'intéressants détails sur une espèce de ce genre, nous citerons les 
travaux de Faber, Panaroli, Kireher, Ilernandez, Peirese, Wormius, Olearius, Anou, Perrault, Dla- 
sius, Goddart, Spon, fîay, Vallisnieri, Voigt, Cestoni, Redi, Valentini, Duhamel, Schenchzer, Seba, 
Prosper Alpin, Sliaw, Meyer, Hasselquitz, Gronovius, Parson, Knorr, Uken, Leath, Houston, G Cu- 
vier, Laurcnti, Gray, Spitlal, Vaiider-IIoeven, Duvernoy, Wiegmann, Grohmann, Milnc-Edwards, 
Lesson, et enfin de MM. Duméril et Bibron, qui ont résumé ce qu'avaient dit leurs devanciers et qui 
ont présenté quelques laits nouveaux. 

La physionomie extérieure des Caméléons doit une partie de son singulier aspect à la grosseur de 
leur tête, armée quelquefois d'appendices en forme de cornes, et de plus considérablement augmen- 
tée à la nuque par les arcs osseux qui dépendent des pariétaux; à leur cou très-peu distinct, à leur 
corps déprimé, leurs longues pattes et leur queue ronde, prenante. Deux traits des plus impoi lants 
de l'histoire de ces animaux sont la structure et les mouvements singuliers de leur langue dans la 
préhension des aliments, et la conformation de leur peau, qui leur permet des changements de cou- 
leur; ce qui a été de tout temps connu des observateurs, mais non expliqué, el exagéré par la 
crédulité publique. Les moralistes ont trouvé dans cet attribut du Caméléon l'emblème d'un grand 
nombre d'hommes; aussi, depuis l'lular(|ue jusqu'à La Fontaine, il n'est personne qui n'ait désigné 
sous le nom de peuple caméléon la foule des gens dangereux et méprisables. On doit cependant 
remarquer qu'on a un peu exagéré ce qui a rapport au Caméléon; il est certain que cet animal change 
de couleur, mais ce n'est pas aussi fréquemment qu'on le dit. En 1070, parurent, dans le recueil des 
travaux anatomiques de l'Académie des sciences de Paris, travaux dont la rédaction avait été confiée 
au célèbre Perrault, des détails sur la structure et le jeu de la langue du Caméléon. Suivant les aia- 
démi( iens, qui avaient pu étudier un Caméléon vivant et le disséquer après sa mort, toute la partie 
allongée que l'animal peut lancer hors de sa bouche n'est pas la langue elle-même, cl ils ne donnent 



REPTILES. 59 

ce nom qu'au renflement de son extrémité. Tout ce qui est entre elle et l'os hyoïde forme une trompe 
en manière de boyau, et sert à jeter la langue qui lui est attachée en s'allongeant et à la retirer en se 
raccourcissant. « Nous avons vu, disent-ils, que, quand elle se retirait, il fallait que la membrane qui 
la couvre fût enfilée par un fdet de substance cartilagineuse, fort lisse et fort poli, au bout duquel la 
langue est attachée... C'est une chose qui nous surprit, ajoutent-ils, que la vitesse avec laquelle nous 
vîmes le Caméléon darder cette langue sur une Mouche, et celle avec laquelle il la retira dans sa 
gueule avec la Mouche. « En effet, cette langue peut, quand l'animal la lance, atteindre une longueur 
égale à celle du corps. D'après Perrault et ces confrères, le mouvement des muscles n'a rien de pro- 
portionné avec la vitesse de ceux de la langue, et celle-ci paraît comme chassée par les efforts du 
vent dont les poumons sont enflés. Cette explication, qu'ils n'adoptent pas, est celle qu'ont préférée 
MM. Duméril et Bibron-, et ces savants font remarquer que l'animal lance sa langue comme avec une 
sarbacane à parois flexibles et aIlonge.ibles, et qu'il la ramène à lui avec autant de vitesse, comme 
s'il opérait le vide avec la plus grande rapidité. Duvernoy, de son côté, a également donné une expli- 
(■alion de ce phénomène qui se rapproche de la précédente, mais il fait aussi intervenir l'action des 
muscles de la langue et de l'hyoïde. Les physiologistes professent aussi plusieurs théories relative- 
ment aux causes de la versicolorité des Caméléons, c'est-à-dire au sujet des dispositions organiques 
qui permettent à ces animau.'c de prendre des couleurs assez différentes suivant les instants. La peau, 
comme nous l'avons dit, semble ne pas adhérer aux muscles dans plusieurs parties du corps, et l'air 
des poumons peut à volonté être introduit dans les vides qu'elle laisse. Plusieurs Reptiles changent 
de couleur à la manière des Caméléons, mais dans des limites moins grandes; et, chez le Caijiéléon 
lui-même, ces variations ne se manifestent que peu à peu. La teinte ordinaire du Caméléon vulgaire 
est le jaune pâle, à peu près celle de Fécorce des arbres sur lesquels l'animal vit d'habitude, et qui 
est souvent plus ou moins marbré par place; sa couleur varie dans des limites assez étendues, car 
l'animal peut être blanc ou noir, brun ou rouge, mais plus spécialement avec une coloration plus ou 
moins différente; on a cru remarquer que le Reptile prenait la couleur des corps sur lesquels il était 
jilacé. Quant aux rayons divergents des paupières, aux bandes longitudinales du cor, s, aux anneaux 
de la queue, etc., ils se reproduisent toujours aux mêmes places; mais il n'en est pas de même de 
certaines taches des flancs et des zones qui les accompagnent : les teintes de celles ci et des autres 
peuvent également changer d'une manière notable. 

La structure des pattes et de la queue des Caméléons exigeait leur genre de vie; ils sont essenliel- 
iement grimpeurs et obligés de s'accrocher aux branches des arbres comme certains Oiseaux, tels 
que les Grimpeurs. Leur queue leur sert d'un cinquième membre. On conçoit qu'ils ne peuvent ni 
courir, ni nager, et que, lorsqu'ils sont descendus sur le sol ou posés sur une surface plane, ils 
éprouvent la plus grande difficulté dans leur marche ; ce n'est qu'en tâtonnant â plusieurs reprises 
qu'ils s'avancent sur le sol; ils posent leurs pattes sur la terre, l'une après l'autre, avec la plus grande 
circonspection, et ils explorent également le terrain à l'aide de leur queue, parfaitement di.=;posée 
pour cet office : MM. Duméril et Bibron ont analysé ce phénomène avec le plus grand soin. Les Camé- 
léons se nourrissent exclusivement de petits animaux vivants, surtout de larves, de Chenilles et d'in- 
sectes parfaits; ils épient pendant des heures entières leurs mouvements, et un signe de vie paraît 
leur être nécessaire pour les déterminer à projeter la langue avec une rapidité prodigieuse sur la 
proie, qui se trouve comme humée ou attirée dans la bouche, et avalée avec la vitesse de l'éclair; 
tous les autres mouvements de l'animal sont comme compassés, et s'opèrent lentement avec une sorte 
de négligence ou de paresse affectée. La femelle prend beaucoup de précaution pour la conservation 
de ses œufs; après qu'elle les a pondus, elle les enfouit dans la terre et les recouvre d'une certaine 
quantité d'herbes pour qu'ils conservent la chaleur que leur donnent les rayons solaires. 

Ou connaît depuis longtemps plusieui's espèces de Caméléons. Les travaux de M.M. Gray, C. et A. 
Duméril et Bibron en ont porté le nombre à dix-sept. L'Europe, l'Asie, l'Afrique, Madagascar et la 
Nouvelle-Hollande en possèdent; mais il n'y en a pas en Amérique. Onze sont exclusivement propres 
à l'Afrique; une est commune à l'Europe et à quelques parties de l'Asie et de l'Afrique; une autre se 
trouve également en Australie, dans l'Asie méridionale et, assure-t-on, en Afrique, et une dernière 
a été rapportée d'Asie et d'Afrique. Celles de Madagascar vivent simultanément dans cette île et sur 
le continent d'Afrique. Le type est le : 



CO IllSTOH'.E NATUr.KI.LE. 



CAMÉLÉON ORDINAIRE. CUAM.^LEO VVLGMIIS. Laurciiti, G. Cuvior. 

CAnACTÈREs SPÉCIFIQUES. — Occiput poiiilu, rclevé en .irrière, surmonté d'une forte narène curvi- 
li'Tie; corps couvert de petits grains serrés, presque arrondis; une crête dentelée sur la moiiié du 
dos : une autre plus ou moins prononcée depuis le menton jusqu'à l'anus; sa couleur, excessivement 
variable et ordinairement jaunâtre, peut être tantôt blanche ou devenir noire, tantôt ces deux cou- 
leurs sont disposées de telle sorte, que l'animal parait zébré ou tigré; tantôt le fond est brun ou 
jaune, avec des taches oranges, rouges ou noires, etc. Longueur totale, environ 0'",1G. 

Cette espèce est celle sur laquelle on a fait le plus d'expériences, et qui est connue depuis le plus 
longtemps. C'est le 'Kayaù.zu-j des Grecs, Chantivlco des Latins, Caméléon de Perrault et de tous les 
naturalistes, Lacerla cliamivko, Linné; Chamœlco vulcjar'u, Laurenti, G. Cuvier; C. mutabilis, 
Meyer : on a cherché à y distinguer plusieurs espèces ou variétés qui ont reçu les noms de Cliamœleo 
Ajricanus, Kulil; car'viaïu.i, cnlcaratits et subcroceus, Merrem ; Sicuhis, Grolimann; Mcxicanus et 
Onniialis, Seba; zebrn, Bory, etc. Ses mœurs sont douces, et son indolence est presque semblable 
à celle des Paresseux; il est grimpeur et insectivore. On en connaît deux variétés principales : l'une 
de l'Afrique septentrionale, de la Sicile et du midi de l'Espagne, et l'autre particulière aux Indes 
orientales et à l'ondichéry. 

Parmi les autres espèces, nous citerons le Caméléon tefiruqueux {Camœlco verrucosus, G. Cuvier), 
de Madagascar; C. nain (C. pimtilas, Latrcille), du cap de Bonne-Espérance; C. bilobé (C. tlilepis, 
Leach), de Tiflis, et C. a nez fourchu {C. b'iffidus. Al. Erongniard), qui se trouve aux iles Moluques, 
à Bourbon, sur le continent de l'Inde, ainsi qu'à la Nouvelle-Hollande, et qui se distingue par son 
casque plat, semi-circulaire; son museau prolongé en deux grandes branches droites, comprimées, 
et par la crête dentelée qui se prolonge jusqu'à la moitié du dos. 



SEPTIEME FAMILLE. 

GECKOTIENS. G. Cuvier. ASCALABOTES. Mtrrem 



Chez les Geckotiens, le corps, de taille petite, est trapu, déprimé, bas sur jambes, à ventre traî- 
nant, plat en dessous, plus gros au milieu, et à dos sans crête. La peau, peu adhérente aux muscles, 
presque toujours de couleur sombre et rarement parée de brillantes teintes, est à écailles granulées, 
petites, égales, parsemées le plus souvent, sur le dos et sur les flancs, d'autres écailles tuberculeuses, 
à pointes mousses ou anguleuses; des pores se voient aux cuisses ou au devant du cloaque, sur une 
même ligne dans la plupart des espèces, et le plus souvent chez les mâles; des membranes frangées 
parfois très-dévcloppées bordent quelquefois les membres et les flancs. La tête est large, aplatie, à 
bouche grande, à narines distinctes, latérales; les yeux sont gros, saillants, à peine entourés par des 
paupières courtes, dont le bord inférieur ne fait pas de saillie au dehors, à prunelle en fente pupil- 
laire, parfois arrondie, mais le plus souvent dentelée, linéaire et légèrement frangée; le conduit 
auditif est bordé de deux replis de la peau. Les dents sont petites, égales, comprimées, tranchantes 
à la couronne, entières et implantées au bord interne des mâchoires; jamais il n'y en a au palais. 
La langue est courte, charnue, peu allongeable, libre à son extrémité, qui est arrondie, plate ou 
très-faiblement échancrée, et attachée à la mâchoire à l'autre bout. L'oreille est apparente à l'exté- 
rieur par deux conduits auditifs en forme de fente; et l'ouïe est très-fine. Les pattes sont courtes, à 
peu près de même longueur, écarlêt-s, robustes, à doigts de longueur presque égale, le plus souvent 



REPTILES. 61 

aplatis en dessous, élargis et garnis de lames transverse=, entaillées, à ongles variables, ordinaire- 
ment crochus, acérés et rétracliles. La queue est ronde ou plate, peu allongée, souvent à plis circu- 
laires, constamment sans crête dorsale. 

La tête osseuse des Geckotiens, par sa largeur, son aplatissemenl et sa longueur, rappelle celle 
des Crocodiles, et les os restent très-distincts; les orbites sont très-grandes, incomplètes; l'articula- 
tion de la mâchoire inférieure se fait entièrement en arrière, et l'os carré est large, court et excavé 
postérieurement. Le corps des vertèbres est creusé de deux cavités coniques à peu près comme chez 
les Poissons, et, comme il n'y a pas de crête dorsale, il n'y a pas non plus d'arêtes saillantes dans 
leur ligne longitudinale supérieure. Les quatre vertèbres cervicales antérieures sont seules privées 
entièrement de fausses côtes; les autres présentent toutes des cotes en nombre variable, et qui sont 
libres ou articulées avec le sternum; les vertèbres caudales sont faiblement articulées et peuvent se 
briser facilement. Les os des membres sont robustes, peu allongés; les petits os qui composent les 
pieds sont, au contraire, longs, disposés de manière à recevoir les cinq doigts, qui partent comme 
d'un centre pour former un cercle presque complet, excepté à la partie postérieure, le pouce ne pou- 
vant pas se séparer notablement des autres doigts pour se porter en arrière. L'œsophage est extrê- 
mement large, sans limite bien prononcée avec l'estomac; le canal alimentaire n'est pas très-long. Le 
foie est triangulaire et placé sur la ligne médiane. Le pancréas n'est pas distinct. La rate, quand elle 
existe, est très-petite. Le cœur semble de forme variable, allongée le plus souvent. Les organes de 
la respiration sont particuliers; les poumons forment deux sacs, comme dans les Salamandres. Les 
œufs sont absolument sphérioues, d'un blanc sale uniforme, à surface légèrement raboteuse. 




Gymrioilarlyle marbré. 



Les Geckotiens se nourrissent de larves, de Chenilles et d'Insectes, qu'ils se procurent le plus sou- 
vent en se mettant en embuscade ou en les chassant dans les trous. Ils semblent avoir été construits 
dans ce but; leurs pattes, munies en dessous de lames imbriquées qui adhèrent solidement sur la 
surface des corps, même les plus lisses, leur permettent de courir avec la plus grande vitesse sur tous 
les plans et dans toutes les directions, en se tenant morne suspendus sous les fouilles. Le plus habi- 
tuellement des ongles crochus, acérés et rétractiles, comme ceux qui forment les griffes des Chats, 
leur donnent la faculté de grimper sur les écorces des arbres, de gravir les rochers et les murailles à 
pic, et d'y rester des heures entières, immobiles, accrochés et comme soutenus en l'air. Ces doigts 
ne sont cependant pas toujours disposés de telle sorte que ces Reptiles peuvent se fixer sur les corps, 
et l'on a remarqué que, dans certaines espèces, ils deviennent de moins en moins propres à cet usage : 
c'est sur cette particularité importante que reposent les genres fondés dans celte famille. Leur corps 
aplati, flexible dans tous les sens, se moule dans les creux, où ils n'offrent presque aucune saillie, 
et la teinte de leurs téguments semble se confondre avec les couleurs des surfaces sur lesquelles ils 
se reposent. Leur pupille verticale, qui jouit d'une très-grando mobilité et leur prunelle qui peut se 
dilater beaucoup ou se resserrer, au contraire, considérablement, leur permet de voir dans l'obscu- 
rité, et, d'un autre côté, de se préserver de l'action des rayons du soleil. Ces Reptiles font entendre 
une sorte de voix que l'on a comparée aux sons que produisent les écuyers lorsqu'ils veulent calmer 
ou flatter des Chevaux en faisant claquer la langue contre leur palais, et l'on croit que le nom de Cecko 



6'2 HISTOIRE NATURELLE. 

esl une sotte d'onomalopée du cri que produit une des espères observées des premières. Ces ani- 
maux sont un objet d'iiorreur et de répugnance pour ainsi dire innée dans les lieux où ils vivent et 
où ils recherchent les habitalions, dans lesquelles ils rencontrent une proie plus abondante : on les 
suppose à tort imprégnés de venins subtils qu'ils transmettraient par le seul attouchement ou par leur 
salive, leur urine, la liqueur qui suinte de leurs pores, etc.; aussi cherche-t-on avec soin tous les 
moyens de les détruire. Ce qu'il y a de vrai, c'est qu'ils sont timides, inoffensifs, incapables de 
nuire par leur morsure ou l'action de. leurs ongles, et qu'ils ne sont pas venimeux, mais d'un aspect 
repoussant et d'une allure qui rappelle celle de certains Ampliibiens. 

Ces Sauriens, dont on connaît une soixantaine d'espèces, sont répandus sur presque toute la sur- 
face du globe, surtout dans les régions les plus chaudes. L'Europe n'en possède que deux, qui se 
retrouvent en même temps en Africiue, et cette partie du monde en ofl're une quinzaine. L'Inde et les 
îles de son archipel, ainsi que l'Amérique, en ont à peu près autant; l'Australie en possède également. 

Beaucoup de naturalistes et de voyageurs se sont occupés des Geckos; les anciens, tels qu'Aris- 
tote, qui les nommait A<7za),oeo; (formé d'aaza).^;, doucement; jîaTu;, grimpeur); Pline, qui en faisait 
ses Stcllions; Aristophane, Théophraste et les auteurs du moyen âge, nous ont donné quelques dé- 
tails sur ces animaux, mais mélangés à une foule de contes plus ou moins merveilleux; il faut arriver 
aux travaux plus modernes des AIdrovande, Wormius, Pison, Flacourt, Perrault, Feuillée, Edwards, 
Knorr, Sparmann, Lacépède, Daudin, Schneider, Rafiuesque, Kuhl, G. Cuvier, Liclislenstein, Neuwied, 
Ruppel, Risso, Gray, Lesson, Wiegmann, Duméril et Bibron, etc., pour avoir l'histoire à peu près 
complète de ces Reptiles. En outre, leur classification a donné lieu à beaucoup de travaux : Laurenti, 
le premier, créa le genre Gecko, que Linné réunissait au groupe naturel des Lncrrla, que Gmelin 
nomme Gcckoues, et Schneider, StclUoncs, et dont les auteurs plus récents, à l'aide de quelques ca- 
ractères faciles à saisir que présentent certaines espèces, ont fait une famille particulière. G. Cuvier 
[Picync animal, 1817 et 1829), en se servant de la disposition des doigts, partagea ses Geckotieks 
en huit groupes : PlaUjdaclijlcs, IlcvtUlactijIcs, Thccadarlijlcs, Pujodacltjlcs, SpliériodacUjks, Sié- 
nodactijles, GijmnoducUjIes et PhijHures, qui correspondent aux Geckos, dcmi-Gcckos, liers-Geckos, 
quarl-Gcckos et sub-Gcckos, indiqués plus récemment par De Blainville. Merrem, qui en fait ses As- 
CAL*R0TEs; Liclislenstein, Oppel (G(t/.o((/c«), Kuhl. Gray [Geckolitles), Wagler, Fitzin^ier (Calaboïdes), 
G, Duméril, etc., créèrent plusieurs genres particuliers que nous citerons en donnant nos descriptions; 
et enfin MM. Duméril et Bibron, dans leur grand ouvrage sur les Reptiles, n'adoptèrent que les sept 
genres des PlnUjdaclijle, Ilcmldaclyle, PlijodacUjk, Pliylhdacliile, SplicrioUacliile, Gijmnodaeliilc 
et Siciwdaclijle. 



GENRE PRINCIPAL. — GECKO. PLArVDACTYLUS. G. Cuvier, 1817. 

nXaru;, aplati; iaxTUio;, doigl. 
Rogne animal. 

CAUACTÈHES GÉNÉIllOUES. 

Doigts élargis plus ou moins sur toute leur longueur, et garnis en dessous de lamelles trans- 
versales, imbriquées, entières ou divisées par un sillon médian longitudinal. 

Le genre Gecko de Laurenii a été partagé en un grand nombre de groupes, et son nom même a 
disparu de la classificaiion; le plus grand nombre des espèces et celles qui semblent le plus parfaites 
ont été réparties dans le groupe que G Cuvier nomme Pl.vtydactyles, et auquel nous avons cru de- 
voir laisser le nom vulgaire qu'il portail depuis longtemps. Par suite de l'examen de quelques parti- 
cularités secondaires que présentent les doigts, plusieurs zoologistes ont proposé d'y créer un assez 
grand nombre de coupes génériques que MM. Duméiil et Bibron n'adoptent pas, tout en y introdui- 
sant plusieurs subdivisions artificielles qui y correspondent en partie. C'est ainsi que G. Cuvier a créé 
le genre Thccadaciglus (Siîzvj. cachette; SazTuloir, doigt); Fitzinger, celui des Ascalubotes; Gray, 
ceux des Pluhuma, Pieropleura et 7 areniula; Kuhl, celui des Pitjclioi >on (nrul, plissé; Çoov, ani- 




Fig. 1. — Hcriildaciyle honln. 




FIj, 2 — Gymncidaclyle île Milius. 




Fjg 7,, — l'Iiilydactyli' linni;iloCH|)liiile. 



REPTILES. 63 

niàl); Wagler, celui des Auoplopus (moTzl'.ç, non armé; tzo'j;. pied); Wiegmaon, celui des Padnjdac- 
tijlus {iry.-/;j;, épais; 3azru).o;, doigt>, etc. 

Les Platjdactjles forment le genre le plus nombreux des Geckotiens, car on y trouve une vin"-- 
taine d'espèces répandues en Afrique, dans l'Inde continentale et insulaire, en Amérique, et dont 
une est particulière à l'Europe. Les doigts ne sont pas toujours onguiculés; chez quelques espèces, 
les pouces sont dépourvus d'ongles, et, dans un petit nombre, il n'y en a pas du tout; les doigts sont 
rarement inégaux en longueur; ils feuvent être très-élargis sur toute leur longueur, ou très-peu dila- 
tés en travers; dans quelques-uns, les paltes sont palmées; mais la plupart ont les doigts libres et 
les flancs dépourvus de franges. Tous présentent des pores ovalaires sur la peau. Certains d'entre 
eux ont les grains de la peau semblables entre eux ou uniformes, tandis que d'autres les ont semés 
de tubercules arrondis ou coniques. Comme type, nous décrirons le : 

GECKO HES MUR.\ILLES. PLATiDACTiLUS FACETAXIS. G. Cuvier. 

Caractères spécifiques. — Corps et tête déprimés; cou étranglé, enveloppé d'une peau lâche; 
doigts libres, à peu près égaux en longueur : le troisième et le quatrième doigt de chaque pied garnis 
d'onglcs; dessus du corps garni de petites écailles et offrant des bandes transversales de tubercules 
ovales, relevés d'une forte carène et entourés à leur base, ou de fortes écailles, ou d'autres petits 
tubercules. Toutes les parties supérieures du corps, chez les adultes, sont d'un gris cendré comme 
poussiéreux, tandis que les régions inférieures sont blar.châtres; dans les jeunes, le dessous est d'un 
brun très-foncé, avec des taches grisâtres formant des bandes en travers du dos et de la queue, et 
le ventre est blanc clair. Longueur totale, 0'",Ut. 

Cette espèce est le Gecko des mdraili.es ou lArEiNTE, le SttUio des Latins, le Laccrtiis fonlanns 
d'Aldrovande, le Laccila larcntiila, Jonston; L. Maurilmiica, Linné; le Geckotte, Lacépède; Gecko 
fasciciilaris, Dauilin; G. stellio, Merreni; Ascalabotes Mauritaniens, Ch. Bonaparte; Plalijdaclylus 
miiralis, Duniéril et Bibron. Elle parait habiter les ilcs de la Méditerranée aussi bien que les pays 
qui forment le bassin de cette mer, tels qu'une partie de l'Italie, de la France, de l'Espagne, de l'A- 
frique, etc. Elle se tient d'ordinaire dans les vieux murs; cependant on la voit quelquefois courir sur 
ceux des maisons habitées, et elle se nourrit de toute sorte d'Insectes, mais plus particulièrement de 
bipières et d'Arachnides. 

Parmi les espèces africaines, nous citerons le Plaiinlaclijlus oecllaliis, Oppel, du Cap; /Egiipiia- 
ctis, G. Cuvier, d'Egypte; en Asie, le P. Seijckellensis, Duméril et Bibron, des Seychelles; P. gut- 
lalii.i, G. Cuvier, du continent et de l'archipel Indien; P. monaelnis, Schlegel, d'Amboine; en Océa- 
nie, le Gecko demi-deuil [P. luçiidirU, Duméril et Bibron), d'Otalti; P. villatus, G. Cuvier, de Vanikoro; 
et en Amérique, le MiWerli, Duniéril et Bibron, de New-York, etc. 

Enfin une espèce, dont on a fait peut être justement un genre distinct, Pieroplcura, Gray, et Plij- 
chozoon, Kuhl, est le : Gecko homalocéphale {PlaiydadijUis omalocéplialiis), G. Cuvier, quî a des 
ongles à tous les doigts, excepté aux pouces; corps garni, sur le contour des tempes, des flancs, 
des membres et de la queue, d'une frange; queue aplatie; dessus du corps revêtu d'écaillés lisses, 
espacées, parsemées de quelques tubercules sur les côtés du dos; brun en dessus, avec des lignes 
noires en chevrons; dessous blanchâtre. Longueur totale, 0°',16. (Voyez notre Atlas, pi. VII. fig. 3.) 
Celte espèce, le Laecrta homaloecpliala, Crcveldt, provient de Java. 

Les autres genres admis par MM. Duméril et Bibron sont les suivants : 

IIÉMIDâCTYLE (Ilemidaetijlus) (ïiy.io-uç, par moitié; ^axTuXo,-, doigt), G. Cuvier (Règne animal, 
1817). — Pose des quare ou cinq doigts de chaque patte élargie en un disque du milieu duquel s'é- 
lèroil les deux dernières phalanges, qui sont grêles ; face inférieure de ce disque revêtue de feuil- 
Irls cnluilés, le jilus souvent échancrés en chevron; une bande longitudinale de grandes plaques 
sous la queue. Ce genre, adopté par tous les auteurs, et dans lequel on distingue les groupes des Pe- 
ropus, Wiegmann, et Crossurus, Wagler, est à peu près aussi nombreux que le précédent : les es- 
pèces sont surtout abondantes dans les lies de l'Océanie, ainsi que dans l'archipel et le continent 
Indiens, auxquels a|ipariient I'IIémidactyle bordé [Hemidactijlusmarginatus, Duméril et Bibron; La- 
cerla Sckneideriann, 'shaw) (voyez notre Atlas, p. VII, fig. 1); on en trouve également en Amérique, 



G.i IIISTOir.E XATUIIELLE. 

en Afrique, cl l'une d'elles esl particulière an périple de la Méditerranée, aussi bien en Afrique qu'en 
Europe. C'est riliÏMiDACTïLE VI iiiiuciLEux (Wci»('ac/;;/i(« veirurulaimt, G. Cuvier), dont les parties 
supérieures du eorps sont grisâtres, marbrées de brun, à dos garni de tubercules subtrièdres, à dis- 
ques digitaux étroits, avec une rangée d'écaillés cryptcuses disposées en cbevrons devant l'anus. 

PÏVODACTYLE (Pnioilaciijitts) (ti-tucv, éventail; cîa/.TuV>ç, doigt), G. Cuvier {Rkjne animal, 1829). 

E.rhémiti-s (Us do'ujts dilatés en un (lisqitc offrant une échancrure en avant, et en dcs'ou.s des 

lauicUcs imijniiiiécs disposées comme les touclics d'un éventail ouvert; cinq ongles à taules les pattes, 
placés chacun au fond d'une fissure pral'iquce en lonq sous la portion élargie du daïcjt. Un petit 
nombre d'espèces d'Afrique, de Madagascar cl du Chili, les unes à quene ronde, ou Vrotornes, Du- 
mèiil et Uibion (/'. Ilussclqii'isiii); et les autres à queue plate, ou Vroplales, Duniéril el Dibron 
(Uroplatus, Fiizinger; liliacocssa, Wagler). Type, P. fbancé (P. funhriaius, G. Cuvier). 

PIIYLLODACTYLE {Plnjllodactijlus) (yuWoç, lame; Say.rvloç, doigt), Gray {Philos. Mag., 18'27). — 
Tous 1rs doigts garnis d'ongles, dilatés h leur extrémité libre en un diiqne presque triangulaire, 
offrant en dessous une surface unie, plane on convexe, mais toujours creusée sur la longiii ur par 
un sillon médian au fond duquel l'ongle est logé et paraît être enfoncé. Ce genre, renfermant une di- 
zaine d'espèces particulières àl'Océanie el à l'Amérique, correspond en partie au Siihceriodactglus de 
G. Cuvier et aux fhijllodtictijlus et Diplodacttjlus de Gray. Le type est le Gecko porplujreus, Uaudin, 
de la Nouvelle-Hollande. 

SPIIÉRIODACTYLE [Spluvriodactijlm) (ayat,otov, coupé en rond; cîaxxuÀos, doigt), G. Cuvier (Pùgne 
animal, 18129). — Doigts praque ciiUndriqites, sans ongles, offrant sous leur extrémité antérieure 
lin ] ctit d'isqite circulaire entier. Trois espèces américaines : type, le Gecko spurAiEUR {Lacerla spu- 
lator, Sparmann), des Antilles; un autre esl le S. bizarre (S. fantaslicus, G. Cuvier), le plus petit 
de lous, puisque .sa longueur totale ne dépasse guère 0,0C; fauve, à tête noire, vermiculce de blanc; 
de la Martinique. 




GYiMNOliAC.TYEE ((;(;/i/yio,/f(((;//((,v) (yj7vo,-, nii; 'lav-'Ao;. doigli. G. ('A]\\er [R/iine animal, d829). 
— Cinq ongles non rétractilts à lous les pieds; doigts non dilates en travers ni dentelés sur tes 
bords : le ciii<iui(nte doiLl des pattes de derrière pouvant s'écarter des autres doigts à angle droit. Ce 
genre, nombreux en espèces, propre à l'Afrique seplentrionale, aux Indes cuntinentales et insulaires, 
à rOcéanie et à l'Amérique, répond en partie aux Stenoilaetiilus, Eitzinger, Cijrtodactijlus, Gray; 
■Uonijodactglus, Kuhl; Phgllurus, G. Cuvier, el Pristuriis, Rûppel. Comme types, nous citerons lé 
GïM^oD.\cTVl.E DE MiLius {G. Miliusii, Duméril et Dibron), de la Nouvelle-ilollande, qui a le dessus 
du corps marron, avec des raies blanches en travers et parsemé de tubercules coniques. (Voyez notre 
Atlas, pi. \II, lig. 2.) el le GvsmoDACTïLE mai,dré (G. nwrnwratus, Duii:éril el l'.ibroii), d'une cou- 
leur fauve avec de larges marbrures noirâtres sur le dos; de l'ile de Java. 

STENODACTYLE (Stenodactijlia) (o-tsvo;, étroit; JazTu^oç, doigt), Fiizinger (A'o»)'c//e cla.s.^ification 
des Picptiles, 1826). — Doigts cijlindriques, pointus au bout, à bords dentelés et à face inférieure 
granuleuse. Genre répondant aux Ascalabotes de Lichslenstein et aux Eublepharis de Gray, et ne 
renfermant que le Siénodactvle tacueté (Stenodaetglus guttatus, G. Cuvier), d'Êgvple: rn dessus, 
grisâtre avec des goutelettes blanches nombreuses, l'ont à" l'ail blanc en dessous; ha'bite 1 Egypte. 



REPTILES. 



53 



HUITIÈME FAMILLE. 



VARANIENS ou PLATYNOTES. Duméril et Bibron. 



Les Sauriens de celle famille ont le corps grand, très-allongé, arrondi, sans crête dorsale, soulevé 
sur des pattes fortes, à doigts distincts, très-longs, inégaux : tons armés d'ongles forts; la queue, 
longue, légèrement comprimée, est deux fois au moins plus longue que le tronc. Les narines sont la- 
térales, plus ou moins rapprochées du museau. Les yeux sont grands, à paupières mobiles, minces. 
Les conduits auditifs sont très-apparents, situés très-bas, et pour ainsi dire derrière le crâne. La 
langue est protiaclile, charnue, assez semblable à celle des Ophidiens, c'est-à-dire allongeable, ren- 
trant dans un fourreau, étroite et aplatie à la base, profondément fendue et séparée en deux pointes 
qui peuvent s'écarter, comme cela a lieu chez ces animaux. La peau, variant du gris au noir ou au 
vert plus ou moins foncé, avec des taches différemment colorées, et produisant des dessins assez ré- 
guliers, est garnie d'écaillés enchâssées, tuberculeuses, saillantes, arrondies tant sur la tête que sur le 
dos et les flancs, constamment distribuées par anneaux ou bandes circulaires, parallèles sous le ven- 
tre et autour de la queue; toutefois les écailles qui recouvrent le crâne diffèrent habituellement de 
celles du dos, et sont plates, à plusieurs plans. Il n'y a pas de pores aux cuisses. 




II(îloderme tiérissé. 



Les caractères ostéologiques des Varaniens, ainsi que l'ont démontré G. Cuvier, Et. Geoffroy 
Saint-Ililaire, Camper fils et Wagler, sont particuliers : la tête du Varan du Nil forme un cône al- 
longé, déprimé, à pointe mousse, à régions frontale et pariétale planes; les orbites sont rondes et en 
occupent la partie moyenne; les narines s'ouvrent au palais jusqu'à la hauteur des orbites; il n'y a 
qu'un iotermaxillaire, qui porte quatre dents de chaque côté; une pièce particulière, l'os sourciller, 
qui se retrouve dans les Oiseaux, s'unit à la partie élargie du bord orbitaire du frontal antérieur, 
protège le dessus de l'œil; l'os tympanique est solide, presque droit, prismatique; les palatins sont 
courts; les vomers, qui correspondent au milieu du palais, sont réunis en avant par un petit canal. 
Dans le Varan du Nil, outre les huit dents intermaxillaires, il y a onze dents de chaque côté à diaque 
maxillaire : les antérieures coniques, pointues, et les postérieures mousses ou en massue; dans d'au- 
tres Varaniens, les dents sont tranchantes, en nombre variable; toutes sont aplaties à la racine et 
s./. 



66 HISTOIRE NATURELLE. 

lo!,'pes dans la longueur d'un sillon qui constitue une DJvéole con-iinune; leurs couronnes sont ordinal 
renient pointues, courbées en arrière : il n'y a jamais de dents palatines. L'os hyoïde est grêle. Lci 
verlèlires cervicales, au nombre de sept au plus, sont plus allongées que chez les autres Sauriens cl 
produisent un cou asstz long. Les dernières vertèbres cervicales portent des côtes asternales; il n'y 
a véritablement que quatre côtes de chaque côté qui s'articulent au sternum; les autres, au nombre 
de quinze ou seize, sont tout à fait libres et soutiennent les parois de l'abdomen : il n'y a que deux 
vertèbres lombaires et deux sacrées, qui sont très-grosse.s; les coccygiennes sont nombreuses. L'é- 
paule est forte et solide; l'iinmérus ressemble un peu A celui des Oiseaux; le radius et le cubitus, 
ainsi que les os des pattes, ressemblent à ceux des autres Sauriens. 11 en est de même du bassin; le 
fémur, par sa forme et sa position, a une grande analogie avec celui des Crocodiles; le péroné est 
très-élargi, aplati à son extrémité tarsienne. 

Ces animaux, qui acquièrent une grande dimension et qui ont tous une queue très-allongée, pré- 
sentent deux races distinctes : les uns, éminemment terrestres, vivant dans les lieux déserts et sa- 
blonneux, et les autres, qui sont aquatiques, habitant les bords des rivières et des lacs : les pre- 
miers ont une queue conique, presque arrondie, qui ne semble destinée qu'à faire contre-poids au 
reste du Ironc, et les seconds ont une queue très-grosse à la base, comprimée dans tout le reste de sn 
longueur, et devenant un organe de mouvement très-puissant quand l'animal est plongé dans l'eau, 
et d'autant mieux qu'elle est surmontée d'une crête assez développée. Quant au mode de progression 
sur la terre, quoique les membres soient forts et bien développés, que les pattes soient proi'ondcmeni 
divisées en cinq doigts allongés, airondis, bien distincts, tous garnis d'ongles crochus, il ne parât 
pas qu'ils s'en servent pour grimper sur les arbres et les rochers; la plupart des espèces se rencon- 
trent sur les rivages ou dans les plaines désertes et courent avec vitesse; mais leur allure est ton- 
jours sinueuse, et se rapproche de celle des Serpents, à cause de leur longue queue, qui, en s'ap- 
puyant sur le terrain à droite et ù gauche, pousse le corps en avant, et peut, dans quelques cas, facili- 
ter leurs sauts ou leur projection sur la proie qu'ils poursuivent lorsqu'ils en sont assez rapproché?. 
Comme presque tous les Sauriens, les Varaniens se nourrissent de matières animales, et surtout de 
gros Insectes et des œufs d'Oiseaux aquatiques et de Crocodiles; les grandes espèces attaquent au.ssi 
les animaux vertébrés, et Leschcnault rapporte que ces Reptiles se réunissent sur les bords des ri- 
vières et des lacs pour attaquer les Mammifères qui viennent s'y désaltérer; il dit qu'il les a vus s'em- 
parer d'un jeune Cerf, et qu'il a trouvé l'os de la cuisse d'un Mouton dans l'estomac d'un individu. 

■A l'exception de l'Europe, on a observé des espèces de celle .''amille dans toutes les parliesdii 
monde; on en a décrit une quinzaine qui habitent principalement les contrées les plus chaudes du 
globe. En Amérique, on n'en a trouvé qu'une seule, et les autres sont réparties, à peu près en nom- 
bre égal, en Asie, en Afrique et en Océanie. 

Les anciens naturalistes, parliculièremenl Hérodote et .-Ëlien, se sont occupés d'une espèce au 
moins de Varaniens, et ils en faisaient un Crocodile terrestre. Un assez grand nombre de zoologistes, 
tels que Hernandez, Wormius, Ilassclquilz, Sparmann, Seba, Daudin, Lacépède, Knhl, Rûppel, G. Cu- 
vier, Carus, Meckel, Wagler, Wiegmann, Gray, Duméril et Bibron, etc., ont fait connaître diverses 
espèces de cette famille ou bien quelques pariicularités de leur organisation. Linné laissait ces ani- 
maux avec les Lézards; Daudin, le premier, les a distingués génériquement sous le nom de Tnpi- 
namhis (nom d'un peuple d'Amérique, appliqué par erreur à ces animaux). G. Cuvier en fit le premier 
groupe de son genre Lézard .'ous la dénomination de Momiors. Merrem, tout en adoptant le genre 
de Daudin, lui appliqua la dénomination de Varan (Varanus), qui semble devoir prévaloir. Fitzingcr 
les indiqua comme constituant une l'amille particulière, qu'il nomma Amcivoïdcs, et à laquelle on a 
appliqué depuis les noms de Varaniens et de Plaiiinotcs. Wagler, se basant sur quelques pariicula- 
rités qu'offrent les narines, les dents, les écailles du dos et la queue, subdivisa ces Reptiles en qua- 
tre genres, les Hclodcrma, d'après Wiegmann; IJiidrosaiirns, Potijdœdalus et Psammoaaurus. 
Mais, à l'exemple de MM. Duméril et Bibron, nous n'avons adopté que le premier genre, et réuni lt!s' 
trois autres sous la dénomination ancienne de Varanus. 

^ M.M. Duméril et Bibron réunissent à la famille des Varaniens de grandes espèces de licpliles fos- 
siles que nous avons déjà indiquées, et qui, par la disposition des os de leur tête, ainsi que par quel- 
ques autres particularités, s'en rapprochent assez; tels sont le grand Saurien de Maeslricht ou Mosa- 
sauras, Conybeare; le Mefjalo.iaure, Ruckland; le Protosauras, Meyer; le Gcosaurus, Sœmniering, etc. 




Fi". I. — V^iran à deux bandes 




Fi-;. 2 — Istiure de I.esueur 




Ki'j;. r>. — Léznnl (Alsyroïde) niorcnliqii 



REPTILES. 67 

GENRE PRINCIPAL. — VARAN. VABANUS. Merrem, 1820. 

Ouaran, nom vulg:iire de l'espèce du îiil. 
Histoire des Repiilos. 

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Corps grand, h lête pyramidale , a cou allongé, arrondi, à queue très-développée, pins ou moins 
Irninr/iiliiire. Des écailles enchâssées h côlé les unes des auh-es dans la peau, el entourées d'une série 
annulaire de trcs-petils tubercules; dus de la queue plus ou moins tranchant; un repli sous leçon 
en avant de la poitrine. 

Les Varans composent un groupe générique indiqué quelquefois sous les noms de Tiipinamhis el 
(le Monitors, et comprennent de grandes espèces de Sauriens à taille élancée, à tête ayant la figure 
d'une pyramide 5 quatre faces, à cou arrondi, long, et à queue très-longue. Leur tête est recouverte 
de plaques polygonales, très-rarement bombée; il n'y a pas d'écaillés imbriquées sur le corps : elles 
sont planes, convexes ou carénées, marquées de tubercules granuleux. La position qu'occupent les 
narines sur les côlés du museau, suivant les espèces, est variable, et a principalement servi à Wagler 
pour la création des trois genres qu'il forme parmi les Varans; c'est ainsi que, dans les llijdro- 
saurcs, elles sont latérales, situées dans l'angle antérieur du museau, près de son extrémité; que, 
cliez les Pohjdcdales, elles sont placées entre les yeux et la pointe du museau, et que, dans les 
l'sunnnosaures, on les trouve au devant des yeux, et qu'elles présentent des orifices allongés, obli- 
ques. De la position des ouvertures nasales dépend celle des poches ou espèces d'évents dont ces 
iieptiles sont pourvus. La peau du cou offre un léger pli transversal en avant de la poitrine. La queue 
est longue, triangulaire, plus ou moins ronde, et surmontée d'une double carène dentelée en scie 
dans les espèces terrestres, et arrondie dans toute son étendue ou dans la première moitié de sa lon- 
gueur chez les espèces aquatiques. 

Les espèces de ce genre sont assez nombreuses, puisqu'elles se composent, sauf une, de toutes 
".elles de la famille. On les trouve en Asie, en Afrique el à la Nouvelle-Hollande. 

Les Varans terrestres ne sont qu'au nombre de deux, le Varanus Timorensis, Gray, et le : 

1. VAHAN du Désert. VAItAyUS AltElVAniUS. Dumcril et Bibron. 

C*nACTÈRES SPÉCIFIQUES. — Nariues ouvertes en fentes obliques près des yeux ; queue presque 
ronde, non carénée; d'un brun plus ou moins clair sur le dos, avec quelques taches carrées d'un 
jaune verdâlre el p5le; une ligne noire s'élendant sur le cou, et des bandes transversales jatnuitres 
sur le dessus de la queue; dessous du corps plus pâle que le dessus; ongles jaunes. Longueur totale 
d'à peu près i"", sur lequel la queue mesure près de la moitié. 

Le Vaban du déseut est le Crocodile terrestre, Hérodote, probablement le Scinque des anciens; 
le MoMTOR d'Ecïpte, G. Cuvier; VOuaran-cl-hard des Arabes; le Varanus scincus, Merrem; Psani- 
niosaurus griscus, Fitzinger; Tupinambis arenarius, Is. Geoffroy Saint-Hilaire; Varanus terrestris. 
Schinz, etc. Il est originaire du désert d'Egypte, vit dans les lieux secs et arides, loin du bord du 
lleuve, et est moins carnassier que l'espèce du Nil. On le possède parfois dans nos ménageries. 

Les Varans aquatiques sont plus nombreux en espèces; la plus connue est le : 

2. V.\t\AN DU NIL. VAliAMIS MLOTICUS. Duméril et Bibron. 

Caractères spécifiques. — Narines ovales, siluées entre l'œil el le bout du museau; queue compri- 
mée, surmonlée d'une haute carène; dessus d'un gris verdâlre, piqueté de noir; des chevrons jaunâ- 
tres sur la nuque; des bandes d'ocelles de la même couleur en travers du dos; queue avec des bandes 



C8 IIISTOIIIE NATLRI'LLE. 

semblables dans sa première moilié, et des anneaux de même teinte dans le reste; dessous blanchâ- 
tre, avec des bandes brunes eu travers du ventre, et un dessin de la même couleur sur les cuisses, 
ongles noirs. Longueur totale, l",ô8; queue mesurant au moins 0'°,70. 

Ce Varan est le gp.and Momtor du Nil, G. Cuvier; Laccria Cc\jlunica, Seba; L. Niloiica, llussel- 
quitz, Linné; Slellio sniirus, Laurent!; Tiijiiiiambis Nilotktts, sullattts, ornaUts, haudin; Varanus 
tlcgaus, Merrem; Poliidcilalus iXilotlciis, Wagler, etc. 11 vit probablement dans tous les fleuves de 
l'Afrique; il est commun dans le Nil, et on l'a trouvé au Sénégal, au cap de Bonne-Espérance, etc. 

Parmi les espères asiatiques, nous citerons le Varan a deix bandes {Varanus hivittatus, Duméril 
et Bibron), type du genre llijilionaiirits, Wagler, de Java et des îles Mohiques et l'l)ilip|)ines. (Voyez 
notre Allas, pi. XI, (ig. 2.) Comme type de la Nouvelle-Hollande, nous indiquerons le Vara.n bi- 
GABRÉ (Varaviis varivs, Merrem). 

Le second genre admis par MM. Duméril et Bibron dans la famille des Varaniens est celui des : 

IlÉLOlir.liMES {Helodrnna, Wiegmann, his, 1829), ayant pour caractères : écailles ou tubercules 
du corps simples ou non nilourés de petits (jrains squameux; cinquième doiçjl des pieds de der- 
rière insihé sur la même liçine que les quatre autres; queue arronilie. L'espèce unique de ce groupe 
est rilF.i.iiDEr.jir; uf.rissé [llelodcrma horridum, Wiegmann), (|ui est brur. , avec, de larges taches 
roiisses semée; de points jaunâlrcs, à queue marquée de cinq anneaux jaunes, et habile le Mexique. 



NEUVIEME FAMILLE. 

IGUANIENS. G. Cuvier. EUNOTES. Duméril et Bibron. 



Les Saurions de cette fainille, qui sont de taille moyenne ou petite, ont le corps couvert de lames 
ou d'écaillés cornées, sans écussons osseux, ni tubercules enchâssés, ni disposés par anneaux verli- 
cillés ou circulairement entuilés, sans grandes plaques ventrales carrées; ayant le plus habituelle- 
ment une crête ou ligne saillante sur le dos ou sur la queue, ce qui a valu ù ces animaux le nom 
A'Eunoics (i\), beau; vojto;, dos); le crâne n'est pas revélu de grandes plaques polygones; les dents 
sont tantôt dans une alvéole commune ( Pleurodonles), tantôt soudées au bord libre des os, mais non 
enchâssées (Acrodontes), presque toutes à couronne tranchante : il n'y en a pas toujours au palais; la 
langue est libre à sa pointe, épaisse, fongueuse ou veloutée, non cylindrique, et sans fourreau dans 
lequel elle puisse rentrer; les yeux sont garnis de paupières mobiles; le tympan n'est habituelle- 
ment pas visible; les doigts sont libres, distincts, tous onguiculés. 

La forme générale du corps et la disposition du squelette ne varient guère que pour les propor- 
tions des diverses régions de l'éeliine, surtout dans celles de la queue, et pour la conformation des 
vertèbres, dont les apophyses épineuses et transverses correspondent à l'axe extérieur décompres- 
sion et de dépression lorsque le pourtour n'est pas arrondi et les diamètres successivement décrois- 
sants, ce qui est le cas le plus ordinaire; daiiS le plus grand nombre des espèces, le coips est al- 
longé; mais quelquefois il est ramassé. Les vertèbres cervicales, couiles, ne sont habituellement qu'au 
nombre de six; les vertèbres dorsales et caudales varient assez en nombre, et ces dernières sont or- 
dinairement nombreuses. La tête a des formes diverses. Les côtes sont grêles, faibles, arrondies; 
dans les Dragons, elles sont allongées pour soutenir des membranes alaires. Les membres sont écar- 
tés, ass<z longs, à doigts bien distincts, presque toujours au nombre de cinq et rarement de quatre 
aux postérieurs, allongés, et, chez les Anolis seuls, terminés par des dilatations, à ongles crochus. 
Les téguments varient beaucoup; la peau peut présenter des tubercules, des épines, des écailles caré- 



REPTILES. 



69 



nées, entuilées, lisses, des fanons, des crêtes, des pores fémoraux ou anaux, c!c. L'estomac semble 
être une portion de l'œsopliage; les intestins varient beaucoup relativement à leur longueur. 

Ce sont, en général, des Reptiles très agiles; d'abord parce que tous vivent dans les climats donl 
la température est (•onstamment chaude, ensuite parce que tous ont les membres irès-développés, 
propres à supporter facilement le troue. Quelques-uns, par la forme comprimée et l'excessive lon- 
gueur de leur queue, peuvent habiter les savanes noyées, où cet organe doit leur servir de rame ou 
d'aviron. Leurs ongles crochus leur permettent de grimper facilement et de poursuivre les petits ani- 
maux, surtout les Insectes, qui deviennent leur nourriture la plus liabiluelie, quoique cependant un 
certain nombre d'espaces aient une alimentation ex:Uisiv('ment végétale et consistant en feuilles, en 
fleurs et en graines. Quelques Iguanieus servent, en .Amérique, pour leur chair. 

On connaît environ cent cinquante espèces de cette famille; l'Europe n'en présente qu une seule, 
le Stellion du Levant, qui se retrouve aussi en Afrique et en Asie; cette dernière partie du monde 
compte un assez grand nombre de Sauriens de cette division, mais la plupart appartiennent aux Indes 
orientales; l'Afrique, outre le Stellion et quelques Agames, présente aussi plusieurs Iguaniens; l'Aus- 
tralasie compte peu d'espèces de cette famille, et presque toutes appartiennent au genre Grammalo- 
phore; enfin rAméri((ue, et presque exclusivement la partie méridionale, est beaucoup plus riche que 
les autres parties du globe, et, ce que l'on doit noter, c'est que, à une seule exception, toutes appar- 
tiennent à la tribu des Pleurodontcs, tandis que les autres se rapportent à celle des Acrodoiitcs. 




Kig. 28 — Anolis à poinls blancs 



Le type de cette famille est le genre Iguane des anciens auteurs, qui, devenu trop nombreux en 
espèces, a dû être partagé en plusieurs groupes, à côté desquels sont venus se placer un grand nombre 
de Sauriens. Plusieurs zoologistes ont publié d'importants travaux relatifs à la classification des Igua- 
niens; nous citerons principalement ceux d'Oppel (I8H), de G. Cuvier (1817 et IS^O), de Fitzinger 
(1826), de Wagler (1850), de Gray (1851), de Wiegmann (1828 et 1855), de De RIainville (1855) et 
de MM. Duméril et Bibron (1857). Ces deux derniers auteurs surtout et M. A. Duméril ont donné le 
travail le pk-- complet que l'on possède sur ces animaux, qu'ils ont partagés en cinquante genres ei 
plus de cent soixante espèces, dont nous ferons connaître la caractéristique d'après la savante Erpé- 
tologie générale qu'ils ont publiée. M.M. Duméril et Uibron partagent ces animaux en Pleurodontcs et 
Acrodontes, et montrent que plusieurs des genres de l'un de ces groupes ont dans l'autre leurs ho- 
mologues, et que, partagés ainsi, les Iguaniens consliluenl deux séries parallèles composées d'espè- 
ces parmi lesquelles celles de l'une sont, quant aux formes extérieures, à peu près semblables à celles 
de l'autre; on en voit même qui paraissent avoir été exactement construits d'après le même modèle. 
Ces animaux sont partagés ainsi eu deux tribus bien distinctes, eu outre, ou a pu y former plusieurs 
groupes secondaires pour en faciliter l'étude, mais ces derniers sont assez artificiels, et quelques- 
uns des Sauriens qu'ils renferment passent facilement de l'un i l'autre. Quant aux fossiles que l'on 
range parfois dans la même famille, nous en avons déjà parlé ailleurs. 



70 UISTOIIIE NATURELLE. 

PREMIÈRE TRIBU. 

TLEURODONTES. Duméril et Bibron. 



Dans les Sauriens de celte grande division, les dents sont reçues dans une sorte de fosse creusée 
suivant la longueur du l)ord des os des mâchoires, auxquels elies n'adhèrent solidement que par la 
face inlerne des couronnes. Toutes les espèces, au nombre d'une centaine, appartiennent, à une ex- 
ception près, à l'Amérique, et ont élé réparties, par MM. Duméril et Bibron, en une trentaine de 
genres qui peuvent être distribués en cinq groupes particuliers. 

S 1. rOLYCIllilE.NS. — Iguaniens à doigts non élargis, à corps comprimé, à dos sans crête, ne 
comprenant que peu d'espèces, toutes propres à l'Amérique méridionale, réparties en quatre groupes 
guiériques, dont celui des Laimacles, le plus nombreux, ne renferme que cinq espèces. 



1" GENRE. — MARBRÉ. POLYCIIRUS. G. Cuvier, 1817. 

lloXuy.po;, versicolore. 
Règne animal. 

CAR.\CTÈRES GÉi\"ÉHlQUES. 

licailles du corps loiiics on en partie imbriquées ou carences; peau de la région inférieure de la 
goi'fic formant une sorte de petit fanon dentelé en avant des ilenls palatines. 

Ihiijis non dilalcs : le quatrième de ceux de derrière de même lonçjueur que le troisième; des 
pores fémoraux. Queue non préhensile: pas de crcle ni dorsale, ni caudale. 

Les Polychres sont des lieptiles à formes élancées, qui vivent sur les arbres, se nourrissent d'In- 
sectes et jouissent de la laculté de changer de couleur aussi promptement que les Caméléons, avec 
lesquels ils offrent quelques points de ressemblance dans leur organisation, et surtout dans la dis- 
position des pâlies. On n'y range que deux espèces, dont le type est le M.tr.BiiÉ de Lacépède J'olij- 
chrus marmoratus, G. Cuvier), qui est d'un brun marron, avec ou sans baiules transversales fuives, 
offrant des teintes brunes divergeant du pourtour de l'œil, à tète et pâlies quelquefois colorées en 
>ert; qui est petit et se trouve coinmunémenl au Brésil. 

Les autres genres du même groupe, encore peu connus, sont les suivants : 1° Laimancte (Lmnanc- 
lus) (la.w.'ii, gori^e; cc/yj-i, j'étrangle), Wiegmann, à pli transversal en sillon sous le cou, A queue 
Irès-longue, sans épines, non préhensile, sans dents palalines, ni pores fémoraux; 2» UnoTropiiE 
(Urotrophus) {mpa, queue; irTpoyo;, contournée), Duméril et Bibron {Hist. nnt. des liepl., IV, 1857), 
ayant un sillon transversal au devant de la poitrine; pas de pores fémoraux; des dents palatines, et 
la queue recourbée en dessous; 5° Nonors (ISorops) ivcopo^/, brillant), Wag'.er, dans lesquels il y a 
un petit fanon guttural, des écailles carénées sur le corps, une queue non préhensile, sans pores fé- 
moraux, ni dents palatines, ni crêtes dorsales. 

§ 2. ANOLIENS. — Iguaniens à doigts élargis sous l'avant-demière phalange, comprenant une 
trentaine d'espèces presque toutes particulières ;'i l'Amérique méridionale, et placées par MM. lUimé- 
ril et Bibron dans le seul genre Anotis de Daudin, que l'on a partagé en Daciijloa (fW-ru/o;, doigt; 
toa, figure ovale) et Draconura {Spa-M-j, Dragon; o-jpa, queue), Wagler; Acanitiolis, Th. Cocteau («zav- 
Oo;, épine; Anolisi {Comptes rendus de l Académie des scienees, l.SriG), el A'ip!:osurus, Fitziiiger. 



REPTILES. 71 



2"" GENRE. — ANOLIS. A NOUS. Daudin, ISGÔ. 
Nom de pays de l'espèce type applùiué au genre. 
Histoire naturelle, générale et particulière des Rrptilcs. 

CARACTÈRES GÉNI'îRIQUlS. 

Ihi piiîlrc sous le cou, qui, lorsqu'il n'est vas gonflé, prend la forme d'un fanon plus ou muhi^ 
déreloppé. Des denlt palaiines; pas de pores aux cuisses. 

Doiçjis dilatés sous i avanl-derni'erc phalancje, formant un disque ovalaire plus ou moins élaryi, 
(farni de lamelles écailleuses imbriquées. 

Los Anolis sont des Sauriens de la taille des Lézards, à corps épais, légèrement comprimé latérale- 
ment dans qnelques espèces; à tète pyramidale, allongée; à jeux saillants, munis de deux paupières; 
à dents nombreuses, assez égales, serrées, aplaties; à goitre sous le cou; à membres, surtout les pos- 
térieurs, trè.s-développés, grêles, présentant des doigts d'inégale longueur et terminés par des ongles 
foils, crociius, à disque ovalaire plus ou moins distinct, garni au-dessous de petites lamelles tran.s- 
versales sous l'avant-dernière phalange des doigts (caractère essentiel du genre), à queue longue, 
renflée par intervalles et surmontée à sa naissance d'une crête plus ou moins prononcée. La têle est 
couverte de petites plaques égales, polygones, irrégulières; le corps est revêtu d'ècailles petites, 
égales, uniformes, quadrilatères, lisses, un peu verticillces, réunies sous le ventre en forme de su- 
ture, et devenant carénées et rhomboïdales sur les membres. 

Ces animaux, que Ton nomme vulgairement Goitreux ou Papa-Yenlo et Lézard à larçjes doigts, 
sont vifs et lestes; ils grimpent facilement à l'aide des disques lamelleux de leurs pattes, et se tien- 
nent très-bien accrochés sur les branches et même sur les feuilles, courent avec promptitude sur les 
buissons el sautent avec légèreté d'une branche à l'autre; ils se nourrissent non-seulement d'Insectes, 
mais encore, assure-t-on, de matières végétales, telles que de fruiis et de baies; ils mordent forlement 
et avec, assez d'acharnement la main qui les saisit; mais leur morsure est innocente. Leur coloration, 
en général verdûlre, se perd facilement dans la teinte du feuillage sous lequel ils se cachent; celle 
couleur est aussi, comme celle du Caméléon et du Marbré, sujette à varier brusquement, selon les 
sensations de l'animal. On prétend que les mules peuvent japper à la manière des Chiens, et qu'en 
courant ils tiennent leur queue relevée en trompeile. 

MM. Duméril etBibron, en 1857, mentionnèrent vingt-cinq espèces d'Anolis, dont la moitié environ 
décrites pour la première fois par eux, el, depuis, M. A, Ruméril en a fait connaître deux nouvelles ; 
ces espèces proviennent principalement de rAmèriquc méridionale , de la .Martinique et de Cuba : un 
petit nombre se trouve dans l'Amérique septentrionale. Comme type, nous indiquerons le : 

ANOLIS GOITREU.'t. Daubenlon. ANOLIS RAYÉ. G. Ciivier. ANOLIS LiyEATUS. Daudin. 

Caractères spécifiques. — Gris en dessus, avec une grande tache circulaire noire de chaque cùlé 
des fanons, et deux bandes de même couleur le long du dos; dessous blanchâtre. Longueur, 0'",0I5. 

Celle espèce, qui se trouve à la Martinique, est le Lacerta strumosa de Linné, et a été rangée 
avec les Salamandres par Laurenti. 

Uu autre Anolis, décrit anciennement, le Lacerta principalis, Linné; le Large-Doigt, D;iulienton; 
le lîoQUET, Daudin, dans lequel des erpètologistes modernes ont cru devoir distinguer )ilusieurs es- 
pèces, semble être répandu non-seulement dans l'Amérique du Sud, mais encore dans l'Amérique du 
Nord. On peut encore citer ^A^0LIs a poims BLA^cs (Anolis punctatus, Daudin), du Brésil. 

§ 5. IGUANOIDIENS. — Iguaniens à doigts non élargis, à corps comprimé plus ou moins, à dos 
présentant une crête, renfermant une vingtaine d'espèces, toutes américaines, à l'exception d'une 



72 FllSTOir.E NATURELLE. 

seule, le Bracliyloplie à bandes, des Indes orientales et de la Nouvelle-Guinée, et distribuées dans un 
gi'and nombre de genres, dont dix sont adoptés par MM. Duméril et Dibron. 



S'"" GENRE. — RASiLlC. rtASILISCrS. Laurent!. 

Bxaù.ia/.c;, petit rui 

C.MlACTÈnr.S GLNÉItinUES. 

Occiput cinriii vcriicniciiicnt eu dcs.ws il'iin repli de peau, Irinnçiuhùre. 

Sous le cou, KJi rudiment de fanon, suivi d'un pli transversal biiu nini;uc; des dents palatines. 
Pas et (pieue surmontés parfois, chez l:s mâles, d'une crête élevée, soutenue dans son épaisseur par 
les apopliijses épineuses des vertèbres. 

J'iord des doitjts de derrière (jarui d'une fra)ige écailleuse denifice; pas île porcs aux cuisses. 

Les Basilics, Sauriens de petite tiiille, ont le dessus du Irone coiiviTt d'écaillés rlioniboïdales, ca- 
rénées, disposées par bandes transversales; le ventre est garni d'éeailles lisses ou carénées. Les 
membres sont très-allongés, surtout les postérieurs, à doigts grêles. La queue est longue et compri- 
mée. Ils vivent sur les arbres et sautent de branche en brandie pour cueillir les graines et [lour atta- 
quer les Insectes, dont ils font leur nourriture. Le type est le : 

BASILIC .\ CAriCllON. BASILISCUS MITII.iTfS. Daujin. 

CARACTÈRES SPÉCIFIQUES. — Crètcs dorssle et caudale des mâles soutenues par des a))opl)yses os- 
seuses; écailles ventrales lisses; dessus d'un brun fauve; dessous blancliâtre; des bandes plombées 
longitudinales sur la gorge, une raie blanclie liscrée de noir sur les côtés du cou; pas de bandes 
noires en travers du dos. Longueur totale, 0"',0G6. (Voyez notre Allas, pi. Il, fig. I,) 

Cet animal est le Basilic, Daubenton; le Lézard-Lion, Catesby; Laceria basiliseus, Linné; Basilis- 
cus milratus, Daudin; il habite la Guyane, le Mexique, la Martinique, etc. 

Quoiqu'on ne sache à quelle espèce rapporter le célèbre Basilic des anciens, et que ce nepuis.se 
être celui que nous venons d'indiquer, puisqu'il est originaire d'Amérique, l.inné, frappé de sa res- 
semblance avec la description du Basilic des Grecs, lui a aiqdiqué ce nom; mais il est aussi inof- 
fensif que l'autre avait, dit-on, de puissance malfaisante. D'après les récits des auteurs de l'antiquité, 
reproduits par les écrivains du moyen âge, le Basilic, quoique de petite taille, causait par sa piqûre 
une mort instantanée, et, si son contact était redoutable, son regard l'était encore plus; car l'homme 
dont la prunelle venait à rencoiitrer la sienne se sentait dévoré d'un feu soudain, et périssait au 
milieu des tourments; en revanche, s'il aper('evait le Basilic le premier, il n'avait plus rien i crain- 
dre. Le Basilic exerçait sur lui-même une influence mortelle, et les chasseurs se servaient d'un mi- 
roir pour le prendre; car, dès que l'animal avait lixé son image, il devenait victime de sa puissance 
fatale. Aux époques de crédulité, les charlatans vendaient aux curieux ignorants de petites Baies fa- 
çonnées en forme de Basilics. La tradition a transmis jusqu'è nos jours le souvenir de cet animal fabu- 
leux ; le vulgaire pense encore que les œufs bardés, à enveloppe membraneuse et sans vitellus, sont 
pondus par un vieux Coq et donnent naissance à un Basilic. 

Une seconde espèce, placée dans le même genre, et propre au Mexique, est le Basilic a bandes 
(rasiliscus vittaïus, Wiegmaiin), dont Kaup a fait son genre Corijtliceolus {y.oprjdxLol^iç, qui a un cas- 
que orné), et Wagler, celui des OEdicoriiplius (oiSsw, j'enfle; zo/suyv;, sommet de la tête), qui ne 
diffère guère que par sa crête dorsale et caudale simplement dentelée en scie. 

Trois genres voisins de ceux des Basilics et des Iguanes sont ceux des : 1° ConvniANE (Coi///;/((()if5) 
(•/.mu;, casque orné; yavo;, remarquable), lioié, ou (.hamudeops'is, Wiegmann.ù occùput relevé en cas- 
que, ayant un petit fanon et un pli sous-gutturaux; des dents au palais; pas de pores fémoraux : deux 
espèces mexicaines. 2"ALoroNjTn (Alopouolust {aX'.n-jz, privé d'écaillés; vwto;, dos), Duméril et Bi- 
bron, ayant le dessus du corps dépourvu d'ecaillcs; un petit fanon sons \\\ gorge; rpieue carénée. 




■pig. 1. — liasilic à capiichim. 




Fiii. 2, — Leioleiiis laclioli' 




Fin;. 3. — Queue rude azurée. 



REPTILES. 73 

garnie d'écaillés carénées et verticillées; deux rangées de pores sous les cuisses; des lïents au palais; 
couronnes des maxillaires à Irois lobes. Espèce unique, Aloponotus Bicordii, Duméril et Bibron, 
noirâtre en dessus, avec un grand nombre de taches carrées, fauves; de Saint-Domingue. (Voy. notre 
Atlas, pi. X, fig. 1.) 5" Ajidlyrhinql'e {Amblijrliincbus (oi.aè\\);, large; pu'/xo;, museau), Bell : corps 
à écailles relevées en tubercules pointus; une crête d'écaillés minces sur le dos et la queue; des dents 
palatines; une rangée de pores sur les cuisses; doigts gros, courts : trois espèces du Mexique et des 
îles Galapagos. 



/t""> GENRE. — IGUANE. IGUANA. Laurenti, 1800. 

Classificalion des reptiles. 
Nom (l'espèce Iraiisporlé au genre. 

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Plaiiucs céplialiqucs pohjcjoncs, ïnrçjalcs en diamètre, plates ou carénées. Un double rang de pe- 
tites dents palatines; dents maxillaires h bords finement dentelés. 

Un très-gi-and fanon mince sous le cou. Une crête sur le dos et la queue. 

Doigts longs, inégaux. Un seul rang de pores sur les cuisses. 

Queue très-longue, grêle, comprimée, revêtue de petites écailles égales, imbriquées, carénées. 




iO. — Isuanc luberciileuse. 



Les Iguanes sont des Reptiles doués d'une grande taille; et leur chair, qui passe pour fort délicate, 
est très-recherchée sur les bonnes tables de l'Amérique intertropicale. On les trouva au Brésil, à 
Saint-Domingue, à la Martinique, etc. Elles semblent exclusivement herbivores; car l'on n'a jamais 
trouvé (\w des feuilles et des fleurs dans l'estomac des individus qu'on a ouverts. 

Laurenti a créé le genre Iguana aux dépens du grand groupe naturel des Laeerta de Linné; long- 
temps conservées avec de nombreuses espèces, les Iguanes ont été ensuite partagées avec juste raison 
en plusieurs genres distincts, sont devenues le type de la famille des Igiianicns, et l'on n'y a plus 
rangé que trois espèces, dont les deux plus communes sont I'Iguane a cou nu (Iguana nudieolUs), 
qui n'a pas de tubercules sur le cou, et habite la Martinique et la Guadeloupe, et 1' : 

IGUANE TUBERCULEUSE. WUASA TVBEIiCULATA. Laurenti. 

Caractères spécifiqoes. — Côtés du cou semés de tubercules; une grande écaille circulaire sur le 
tympan; en dessus, d'un vert plus ou moins foncé, devenant quelquefois bleuûtre, avec les côtés pré- 
sentant des raies en zigzags, brunes, bordées de jaune; dessous d'un jaune verdàtre. Longueur to- 
tale, O-'.TS. 

10 



74 HISTOIRE NATURELLE. 

Cette l"uanc os( proljablemeiit le Lacciia igumia, Linné; lyuana dcUcalissima, Daudin. et a reçu 
(le Spix cinq noms particuliers : elle habile une grande partie de rAmérique méridionale. 

Plusieurs genres ont été formés aux dépens des Iguanes, tels sont : 1° MÉTorocÈnE (Mclopocerus) 
(uinjm-j, front; Y.spaç, come), Wagler : gorge dilatable, sans faiion-, crête sur le dos et la queue; 
deux ran^s de pores fémoraux; des dents palatines; queue longue; des plaques tuberculeuses sur le 
miisfiiu; une espèce, l'Iguane cornue de Laccpède. 2° Cyci.ure {Cycliira) (zwJoç, cercle; cvpx, queue), 
llarlan, on Clenosaitra , Wiegmann : corps lâche, à plis transversaux; queue garnie d'ccailles verti- 
rillées, alternant avec des anneaux d'épines; trois espèces propres au Mexique. 3° Brachïloi'he (lira- 
cbtflophus) {^pa/y;, courte; V.yo;, crête), G. Cuvier (Hèf]. atiim , 1817) : un petit fanon; écailles 
dorsales granuleuses; queue très-longue, très-grêle; l'espèce unique est ^IGUA^E a bandes (Igitana 
fusciala, Daudin), propre aux Indes orientales et à quelques îles de la Nouvelle-Guinée. 

Un genre qui diffère plus notablement des Iguanes est celui des OruiiVEssE {Opiirijœssa) (oyouosi;, 
qui lève les sourcils), Boié : tête courte, couverte en dessus de petites plaques polygones; narines la- 
térales; plaque sincipitale petite; des dents palatines; peau de la gorge formant un pli longitudinal 
peu sensible, derrière lequel il y en a un transversal très-marqué; pas de pores fémoraux; queue 
comprimée dans toute sa longueur et surmontée, ainsi que le dos, d'une crête dentelée. Une seule es- 
pèce, du Brésil, I'Ophryesse sourcilleuse (Lriccr/a s((/)crc(/iosa, Linné). Les ENYALEs(7?)î7n/iu«) (evua- 
),ioç, belliqueux), Wagler, ne se distinguent guère des précédents que par leur queue arrondie, dé- 
pourvue de crête. A côté des Opliryesses vient se ranger le genre Ophryessoïde (Oplirijcssoidcs) 
{Opliryœssa; Eirîoç, semblable), créé en 1855, par M. A. Duméril, dans le Calai, incili. de la coll. des 
lîepliles du Muséum, qui est caractérisé par les dimensions de sa queue, par le peu de hauteur de la 
crête caudale, par l'absence de plis sous la gorge, et enfin par le volume proportionnellement plus 
considérable de toutes les écailles. L'espèce unique est \'0. ir'icrisialus, A. Duméril, du Brésil. 

§ 4. TROPIDOLEPIDIENS. — Iguaniens ù doigts non élargis, à corps déprimé ou arrondi, à queue 
sans épines, à tympan distinct, renfermant une quarantaine d'espèces, toutes particulières ù l'Araé- 
rique, tant méridionale que septentrionale, et dans laquelle on admet onze genres. 

Le genre le plus nombreux en espèces et le plus distinct de cette tribu est celui des : 



5" GENRE. — TROPIDOLÉPIDE. TROPIDOLEPIS. G. Cuvier, 1817. 

Tpomç, iiîoç, carcnc; Xemç, écaille. 
Règne animal. 

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Tîle courte, aplatie, arrondie en avant; une grande écaille occipitale; de grande.^ plaques sus- 
oculaires; pas de dents palatines. Dessous du cou uni, de chaque côté une espèce de fente oblique. 

Tronc court, déprimé, h écaillure imbriquée, carénée sur le dos, lisse sous le ventre; pas de 
crête dorsale )ii caudale. Queue grosse, peu allongée, déprimée à la base, arrondie ensuite. Des 
porcs fémoraux: i}(is de porcs anaux. 

Ce genre, que Wiegmann avait fondé avant G. Cuvier sous le nom de Sceleporus (tz;)/.;, fémur; m- 
eoç, trou), et qui comprend en grande partie les Tropidurus, Wagler, renferme dix espèces, dont 
neuf sont mexicaines, et une particulière à toute l'Amérique du Nord, où elle est commune. C'est le 
Troi'idûléi'ide oxdulé {Lacerta undulata, Rose), qui est bronzé, avec des bandes noirâtres. 

Le genre I'roctotrète [Procioiretus) (TvpwzTc.;, anus; tjsiîto;, troué), Duméril et Bibron, ou Tro- 
jndurus Iciolœmus, Wiegmann, qui renferme une dizaine d'espèces, toutes propres au Chili, se dis- 
tingue des Tropidolépides par leurs porcs anaux bien marqués, leurs dents palatines, et enfin par 
leur peau unie de chaque côté du cou. 

Un genre tout |iarliculier est celui des ; 



REPTILES. 15 

6"« GENRE. — PHRYNOSOME. PHRYNOSOMA. Wiegmann, 1S29. 

«tpuvsç, Crapaud; awjia, corps. 
Histoire des Reptiles. 

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Corps court, dépr'mifi, à queue et membres très-courts. 

Ecailles eutremclécs sur le dos de tubercules trièdres assez développés; occiput garni d'ccaillescn 
lie tubercules piquants, redressés 

Par leurs formes générales, les Plirynosomes se distinguent facilement de tous les Sauriens; leurs 
formes sont arrondies, et les rapprochent de quelques Batraciens. En outre, les tubercules dont leur 
corps est couvert leur donrient un aspect bizarre, tout parti(mlier. Ce sont les Açjames orbiculaïres 
de Daudin et les Tupaijes de G. Cuvier. On n'en connaît qu'un petit nombre d'espèces, de l'Amérique 
du Nord principalement, et dont le type est le Phrynosome orbiculaire (Lacerta orbicularis, Linné), 
d'un brun fauve, avec de nombreuses taches noires; de petite taille. 

Les autres genres de celte tribu sont ainsi caractérisés par MM. Duméril et Bibron; ce sont : 

1° Léiosaure (Leiosaurus) (),2r;ç, lisse; o-aupoç, Lézard), Duméril et Bibron [Uist. des Hcpt., 1837). 
Tête courte, déprimée, revêtue de trùs-petites écailles plates ou convexes; pas de crêtes ni de pores 
fémoraux; des dents palatines; doigts antérieurs courts, gros, presque cylindriques, garnis en des- 
sous d'une rangée d'écaillés lisses ou carénées; queue courte, arrondie. Deux espèces, l'une du 
Mexique et l'autre de Buénos-Ayres. 

Auprès des Léiosaures, on range actuellement le genre Diploi.èmiî [Diplolœmus, Bell, Zool. of 
Deafile), dans lequel il n'y a pas de dents palatines, et qui présente une très-grande écaille sus- 
orbitaire. Deux espèces (D. Uibronii et Darvinii, Bell), de Palagonie. 

2° Upéranodon (Uperauo(lon) 'Mi^tp, au-dessus; «voôt.jv, sans dents', Duméril et Bibron (loco citalo). 
Tète ayant en avant de petites plaques inégales, une grande plaque occipitale et des écailles sus- ocu- 
laires larges; pas de dents palatines, ni de pores fémoraux; un pli transversal et un longitudinal sous 
le cou; tronc presque triangulaire, avec une petite crête dorsale ne s'étendant pas sur la queue. Deux 
espèces de l'Amérique méridionale. 

5° Hyi'Sibate [llypsibaïus) (y^^igaaiç, haut monté sur jambes), Wagler, ou Plica (nom spécifique), 
Gray. Écailles carénées, entuilées; deux carènes dorsales; derrière des oreilles épineux; des dents 
palatines; pas de pores fémoraux. Deux espèces de la Guyane. 

i" IIoLOTuopiDE lloloirofiix) {oloii, complètement; rpom^, crête), Duméril et Bibron, ou Leiocepha- 
lus, Gray; Tropidurus, l'iiziiiger. Cou lisse, plissé irrégulièrement; un repli oblique de la peau au 
devant des épaules; écailles dorsales carénées; une crête dorsale et caudale; les trois premiers doigts 
postérieurs dentelés. Deux espèces, de la Martinique. 

5° Callisaure (Callisaurus) {y.alo;, beau aaupoi, Lézard), De Blainville {Nouv. Ann. du Mus., 
1836). Corps et qileue déprimés, allongés; doigts très longs, grêles; longue série de pores fémoraur, 
dents maxillaires simples, coniques; pas de dents palatines, ni de pli longitudinal sous la gorge. Une 
seule espèce, le C. draconoides, de Californie, rapportée par M. Botta. 

6" Tkopidogastre {Tropidogaster) (rporet;, carène; yaor/jo, ventre), Duméril et Bibron (loco ci- 
taio). Écailles dorsales ;i une carène, ventrales à trois; pas de jjores fémoraux; une petite crête lon- 
gitudinale; deux ou trois plis en travers de la gorge. Une seule espèce ('/'. Blainvillii). 

7° MicROLoniE (iVicroloplius) (papoç, petite; l'jfjç, crête), Duméril et Bibron (loco citato). Un re- 
pli de la peau sur les côtés et au devant des épaules; un autre arqué sur la poitrine; bord du trou 
auditif dentelé en avant, une crête basse, dentelée sur le dos et sur la queue. Une seule espèce, décrite 
par Lesson sous le nom de Slellio Pcruvianus. 

8° EcruvMOTE {Ecphijmotes) {v/.(f\>-j,a, qui est flétri), G. Cuvier [loco citato). Tronc déprimé, court, 
à écailles lisses sous le ventre, surmontées de carènes formant des lignes convergentes sur le dos; 



76 IIISTOIIΠNATLmi:i.Li:. 

quelle à écnilles vcrlicillécs, carénées; pas de pores fémoraux; des dents palatines. Ce genre ne ren- 
ferme qu'une espèce de rAniérique méridionale, I'Ecimiymote a colliei\, qui a été successivement 
rangée dans les genres Stellion, Agame, Tropiditrus et Oiilurus. 

§ 5. 0PI,UU1('>NS. — Iguaniens à doigts non élargis, à corps déprimé ou rond, à queue à épines 
verticillées, renfermant, selon MM. Duraérll et Bibron, cinq genres de l'Amérique du Sud, qui ne com- 
]irennenl guère cliacunc qu'une espèce, et auxquels on doit joindre un genre nouveau. 



7'- GENRE. — OPLURE. OPLUBUS. G. Cuvier, 1817. 

OtiXov, armure; oupa, queiit. 

n^gnc animal. 

CARACTÈHES GÉNÉRIQUES. 

Tclc tr'iau(]uliùrc, peu allonfjcc, épaisse, garnie de phujucs moijcnnes; narines un peu latérales, 
lubuleuses; ties dents palatines; mendiranc du tipnpim enfoncée dans roreille. 

Un pli transversal à la naissance de la poitrine reiiionlanl sur chaque épaule; cou surmonté 
d'une petite crête. Tronc court, large, en toit, h écadlure lisse ou carénée; pas de porcs fémoraux. 

Queue çirosse, de lonçiucur moijenne, un peu conique, entotirée de verticilles formés par de gran- 
des et fortes écailles épineuses. 

Les Oplures sont plutôt trapus qu'élancés. On en connaît quatre espèces propres au Brésil, et dont 
les deux plus remarquables sont : 1° le Quetz-Paleo, Seba {Opiums lorquaius, G. Cuvier), à écailles 
carénées; 2" Oplurus Maximiliani, Duniéiil et Bibron, à écailles lisses. 

On range auprès des Oplures le genre des Queues-Rudes (Doriipliorus, G, Cuvier) (oopj, lance; yo- 
po;, porteur), ou Uroeentron, Kaup (ovpa, queue; xzvzpov, aiguillon), réuni parfois aux Slellions; qui 
a un pli longitudinal sur les flancs, deux larges plis au cou; dont les membres sont courts, trapus, 
égaux, à doigts allongés, grêles, sans pores fémoraux et à queue courte, ajjlatie, large ù la base, gar- 
nie, sur les parties latérales et supérieures, d'écaillés armées d'une épine aiguë, et qui ne renferme 
que le Lézahd azuré (Lacerta azurea, Linné), remarquable par sa belle couleur d'un bleu d'azur, avec 
de larges bandes noires sur le corps, et qui liabite le Brésil, Cayenne, Surinam, etc. (Atlas, pi. XI, 
%• 3.) 

Un autre genre, établi en 1846 par M. Fitzinger sous le nom de llopluccrcus, et que M. A. Dumé- 
ril {Revue zoologique, 1854, page 558) avait nommé Pachyceuque {l'aeliijccrcus), A. Dugès et Séra- 
phin Braconnier {-a/y;, épais; ovpa, queue), doit être rapproché des Queues-Rudes, mais sa queue 
déprimée ne présente ])as d'épines verticillées, il n'y a pas de plaque occipitale ni de dents palatines. 
On n'^n connaît qu'une espèce, le P. épineux [P. aeuleatus, II. .tpiuosns, Fitzinger), du Brésil. 

Les ffois autres genres de celte division sont : 1° Stémoceiioue {Stenoccrciis) {(r-i'j^i, étroite; /.sp- 
/.',;, queue), Duméril et Bibron, à queue longue, comprimée, entourée d'anneaux de grandes écailles 
épineuses, à écailles du dos carénées formant des lignes obliques, et à écailles ventrales lisses; 
'J° Strodilure (Sirobilurus) {inpo^àoç, toupie; ovpa, queue), Wiegmann, assez semblable au genre 
précédent, mais n'ayant pas de dents palatines, offrant une grande plaque occipitale et des plis rami- 
fiés sur les côtés du cou; 5° Trachvcïde, Tracliijvijclus {zpa/y;, rude; zux).os, cercle), à corps élancé, 
à queue armée d'éeailles éjniieuses disposées par anneaux, un peu étranglées à leur base; sans crête 
dorsale; dessus des cuisses hérissé d'épines; pas de pores fémoraux. 



REPTILES. 



77 



DEUXIEME TRIBU. 

ACRODONTES. Duméril et Bibron. 

Los Iguaniens de celle Iribu, moins nombreux que ceux de celle des Pleurodonles, ont les cou- 
rûiines des dents soudées à la partie la plus saillante du bord des os des mâchoires que recouvrent 
les gencives, de sorte que les dents sont une partie continue des mâchoires, qui, par suite, n'offrent 
jamais de sillon. Aucune espèce n'haWle l'Amérique; pour la plupart, elles provicnnenl de l'Afrique 
et de l'Asie, et quelques-unes de l'Océanie ; on en connaît une soixantaine, distribuées en quinze 
genres par MM. Duméril et Bibron, cl que l'on peut répartir en quatre groupes artificiels, qui corres- 
pondent en partie à certains groupes de Pleurodonles. 

§ 1. GALÉOTIENS. — Iguaniens répondant paralléliquement aux Pleurodonles iguanoïdiens, mais 
étant des Acrodonles à doigts non élargis, à corps plus ou moins comprimé, ù dos présentant une 
crête; renfermanl sept genres et une vingtaine d'espèces surtout propres à l'Inde continentale et insu- 
laire. Comme lype de ces animaux, nous décrirons ; 



8'"= GENRE. — GALÉOTE. CALOTES. G. Cuvier, 1817. 

raXswTïi;, nom grec d'un Slcllion; xaXuTOç, Liîzard qui mange les Scorpions, d'après Aristolc. 
R^enc animal. 

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Têlc en pijram'idc qitudrançiidairc, vins ou vtoîns allongée, couverte de ipel'Hcs piaques anguleu- 
ses, toutes a peu près de même diamètre; écaille occipitale très-petite; langue épaisse, fongueuse, 
arrondie cl très-faiblement éclinncréc au bout; cinq incisives et deux luniaires à la mâchoire supé- 
rieure; narines latérales percées près de rcxtrcmitc du museau. 

Pas de pli transversal sous le cou; peau de la 'jorgc pendant plus ou moins en fanon; parfois un 
larqe pli lonqiludinal de chaque côté du cou; une crête depuis ta nuque jusque sur la queue. 

lùaillcs des côtés du tronc homogènes, imbriquées, disposées par bandes obliques. 

l'as de pores fémoraux. 




Fig. 30. — Cairote. 



Les sept espèces de ce genre, pari.cuiiéres à Java et aux Indes orientales, oiit été subdivisées en 
Irais sous-genres : les Bronchoccla {p^'r/y.'-h gosier, v.r^ti, tumeur], Kaup, à écailles du tronc for- 



78 HISTOIRE NATURELLE. 

maiit des bandes obliques dont l'inclinaison est diiii;ée en arrière; les Mccolqndes, A. Diiniéiil, 
renfermant trois espèces des Indes orientales, et les Cnluies, Kaiip, à écailles du tronc formant ces 
bandes obliques dont l'inclinaison est dirigée en avant, et qui comprend le Ijpe : 

oALÉOTE Daulienlon. CALOTES OPBIOilÀCnus. Merrem. 

CAHACTftfiEs SPÉCIFIQUES. — Une petite crête d'épines de chaque côté de la nuque, au-uessus de 
l'oreille; bleu ou vert, marqué de bandes blanches en travers en dessus, blanchâtres en dessous. 

Celte espèce, propre aux iles l'hilijipines, à Ceylan et au continent indien, est de petite taille. 

Deux genres assez importants du même groupe sont ceux des : 1° Istiure (Islitiriis) (to-rtov, éven- 
tail; ovpa, queue), G. Ctivier, ou Lopliiira (X-yyoç, crête; cj^oa, queue), Gray, comprenant le Physi- 
qnailius (yuo-r/?, vésicule; yjaOo;, joues), G. Cuvier, ayant pour caractères : corps comprimé; une 
crête dorsale; un petit fanon; un pli en V au devant la poitrine; le tympan à fleur de tête; des pores 
fémoraux; doigts, surtout ceux de derrière, élargis par des écailles; queue deux fois plus longue que 
le tronc. Peu d'espèces des Indes orientales et de la Nouveiie-IIoIlande, et dont le type est le Basilic 
roiiTE-ciiÊiE. Laccpède iljiccrln Amboincmis, Schlosser), qui est petit, verdûlre, vermiculé de noir: 
une antre espèce est Yhiiurus Lcsnern (voy. Allas, pi. X. fig. 3); 2' Lopuïre (Lophyrus) p.cyovo'ç, 
queue remarquable), Duniéril, ou Gonyocrpliahis (ytoviai-iç, anguleuse; -/.efoà-r,, tête), Kanp, ayant un pli 
en travers du dessous du cou; les écailles qui couvrent le corps formant des bandes transversales : 
celles du ventre petites, carrées; des pores fémoraux. Quatre espèces, parmi lesquelles nous citerons 
le Lornviui a casque foup.ciiu il.opliijrits ligrinus. Duniéril et Bibron), û Amboine et de Java. (Atlas, 
pi. XII, lig. 5), et le Lojilnjriis {Tliiai-'is) dilopiis [Allas, ]il. XU, fig. 2.1 

C'est auprès des Lophyies que doit êii-e rangé le genre Ani'Éi'Uoi.E (Arpcphorus) {apw/i, faux; yo- 
poç, porteur), A. Duméril [lîcv. sool., 1855). dans lequel le museau est terminé par un prolongement 
membraneux, comprimé, mince, plus long que la tête, en forme de faux ù deux tranchants, dont le 
supérieur est légèrement concave et l'inférieur convexe, et à queue romprimée, surmontée d'une 
crête élevée, se prolongeant sur le corps et le cou; type, A. a trois .bajïdes (.4. liicinctus), de Java. 

Les trois autres genres, qui ne renferment chacun qu'une seule espèce, sont ceux des : 1° I.ïriocé- 
phale (Liirioccphalns) Merrem (Wwj, petite lyrc; xifulv, lête), remarquable en ce que le bout du mu- 
seau est surmonté d'une protubérance molle, écailleuse; 2° Otoci'.vpte (Olocriiptus) (wto;, oreille; zp-j- 
TtToç, caché), Wieguiann, à museau plan et non prolongé, ;'i oi-( ipul aplati horizontalement, à tympan 
non visible, et à queue arrondie; 5° Cératoimiore {Ceraluphuru), Gray (-/.tpa.;, corne; yopoç, porteur), 
qui a le museau prolongé en une espèce de petite corne cylindrique, et n'offre pas de crête sur la 
queue. 

§ 2. AGAMIENS. — Iguaniens correspondant paralléliquement aux Pleurodontes tropidolèpidiens, 
mais étant îles Aerodontes à doigts non élargis, à corps déprimé ou arrondi, à queue sans épines, à 
tympan distinct; comprenant plus de vingt espèces, propres à l'Asie, ;'i l'Afii((ue et à la Nouvelle- 
Hollande, et distribuées en six genres par M.M. Puméril et Bibron. 



9""- GENRE. — SITANE. SITANA. G. Cuvier, 1817. 

Nom de pnys de l'espèce typique. 

nègne animal. 

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Têlc tin peu pyramidale, courte, à plaques carences; membrane du tympan petite, arrondir; 
sept dents au devant de la mâchoire supérieure; langue épaisse, fongueuse, entière. 

Ln grand fanon sur les côtes du cou, mais dans les mâles seulement; un rudiment de crête sur le 
cuu. Tronc presque quadrangulaire, à ccaillurc égale, imbriquée, carénée. 





Fig. I . — ClihiiiiyJosauic du Kii 




:.{lMMmà 




Fis. -l. — Lophyre (Tiai-is) ililopli, 




Kig, 5. — Luiiliyre li;^ 



REPTILES. 70 

Dos arrondi; queue loufjiic, conique, sans crêle. 
Quatre doufts seulement aux pattes de derrière; pas de pores fémoraux. 

Le genre Sitane est le seul de tous les Iguaniens qui n'ait que quatre ongles aux pattes postérieu- 
res au lieu de cinq; il se rapproche beaucoup de celui des Diagons, dont il se distingue en ce qu'il 
n'a pas de membranes alaires. On n'y range qu'une seule espèce, le Sitane de PoiNdichéry {Sitana 
Ponticerianus, G. Cuvier), dont Wagler fait son genre Semiopliorus ((znyaioyopoç, porte-étendard), qui 
n'a que 0°,018 de longueur, et est fauve, avec des taches rhomboïdales noires en dessus. 

Les Chlamïdosaures (Clilamijdosaurus), Gray (K).«;j.v;, manteau; aa\jpo;, Lézard), qui ne renferme 
(|u'une espèce (C. Kingii), de la Nouvelle-Hollande, ne diflèrent des Silanes qu'en ce qu'ils ont des 
pores fémoraux, un cinquième doigt aux pieds de derrière et deux larges membranes de chaque côté 
du cou, qui, quand elles sont déployées, constituent des espèces de collerettes. {Atlas, pi. XII, fig. 1.) 



dO""' GENRE. — DRAGON. DBACO. Linné, 1735. 

Apxi'.wv, nom donné par les Grecs à un Saurien et à un 0|ilii(llen l'abulcux. 
Systema nalurse. 

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Tête triangulaire, obtuse en avant, un peu déprimée, couverte de petites plaques; trois ou quntre 
incisives et deux laniaires supérieures; langue fongueuse, épaisse, arrondie, entière. 

Sous le cou, uu long fanon; de clinqne côté, un pli cutané triangulaire; en général, une petite 
crête cervicale. 

Tronc déprimé, élargi de chaque côté par une membrane aliforme, soutenue dans son épaisseur 
par les côtes asternales. 

Pas de porcs fémoraux. Queue très-longue, grêle, anguleuse, un peu déprimée à la base. 

L'ignorante imagination des anciens et plus particulièrement celle des artistes du moyen âge nous 
a laissé, sous le nom de Dragon, le modèle moitié Chauve-Souris, moitié Mammifère ordinaire et Oplii- 
dien, d'un de ces êtres effrayants et bizarres dont il est question dans les ouvrages liturgistes. Aux 
yeux du naturaliste moderne, la seule originalité de ces étranges conceptions est dans l'assemblage 
iocompatible des formes qu'on s'est plu à leur accorder, et, quoiqu'on les ait longtemps acceptés 
sans les contrôler, quoique la renaissance en ail discuté sérieusement, la science moderne les a relé- 
gués au rang des fables les plus grossières. Ni la nature actuelle, ni les êtres nombreux aujourd'hui 
fossiles, et que le paléontologiste a cherché à reconstruire, ne présentent rien d'analogue. Aujour- 
d'hui même la dénomination de Dragon, à part son acception mythologique, n'est plus donnée qu'à de 
petits Iguaniens, et dont les huit ou dix espèces connues sont toutes des régions boisées de l'Inde et 
de ses îles. Mais ces animaux, malgré leur petitesse et leur caractère inoffensif, n'en sont pas moins 
curieux aux yeux du naturaliste; leur caractère principal est en effet un des plus remarquables exem- 
ples des ressources à la fois simples et variées que la nature met en œuvre pour arriver à ses fins. 
Destinés â vivre sur les arbres, les Dragons, pour s'y mouvoir avec une agilité égale à celle des au- 
tres animaux de la même famille, devaient avoir leurs pattes, leurs doigts également garnis d'ongles 
dégagés, etc.; mais les Insectes, dont ils font essentiellement leur nourriture, fuient rapidement, et, 
pour les atteindre, pour s'élancer plus rapidement d'un arbre à l'autre, il fallait que les Dragons fus- 
sent pourvus d'ailes : aussi la peau de leurs flancs est-elle étendue en manière de parachute, que 
l'on nomme patagium, et soutenue par les côtes asternales, qui s'écartent bilatéralement au lieu de 
converger vers la ligne inférieure du corps, exemple unique d'une semblable disposition. 

Les Dragons ont été partagés en deux sous-genres : 1° les Draco, à membrane du tympan distincte; 
2" les Dracunculus, Wiegmann, à tympan caché sous la peau. Le type, qui appartient au premier 
sous-genre, est le : 



80 HISTOIRE NATURELLE. 

DRAGON VOLAUT. DRACO VOLAIS. Linné. 

Cabactères spécifiques. — Écailles dorsales assez dilatées presque toutes lisses; en dessus, d'un 
gris plus ou moins foncé, piqueté de noir sur la tête, à ailes d'un gris fauve ou brunâtre, tachetées 
et marbrées de noir, ou avec des bandes de même couleur. 

11 provient de Java : c'est le Dbagon volant de tous les naturalistes; comme son système de colo- 
ration varie assez, on a voulu y distinguer plusieurs espèces, et il a reçu plusieurs dénominations 
scientifiques. 




. 51. — Dragon volant. 



GENRE. — AGAME. AGAMA. Paudin, 1803. 

Nom de l'espèce type transporté au genre. 
Histoire natarelle générale et particulière des Roplilcs. 



CARACTERES GÉNÉRIQUES. 

Tête iriangulairCy plus ou moins courte; langue fongueuse, rétrécie, èchancrée en avant; na- 
rines percées de chaque lôté du museau à peu de dislance de son extrémité; de deux h cinq dents 
incisives supérieures. Membrane du tijmpan plus ou moins grande, enfoncée dans f oreille. 

Un pli en long sous la gorge; un autre souvent double en travers du cou. 

Queue comprimée ou conique, à écaillure non distinctement verticillce. 

Des porcs anaux; pas de pores fémoraux. 

Le nom d'Agame ne vient pas, comme on pourrait le supposer, du mot grec a-/a;/oî (qui n'est pas 
marié); on croit qu'il a été employé pour la première fois par les colons de la Guyane pour désigner 
une espèce de Lézard que Daudin a prétendu, mais à tort, être celle qu'il a appelée Agame des co- 
lons; car cet Agame des colons est une espèce africaine. Quoi qu'il en soit, elle a conservé ce nom, et 
demeure le type du genre établi par Daudin sous le nom d'Agame. Ce genre, qui, depuis sa création, 
a subi beaucoup de modifications, et a été partagé en plusieurs groupes génériques, renferme encore 
dix ou douze espèces qui proviennent des Indes orientales et de l'Afrique, qui sont assez élancées, et 
qui, outre les caractères que nous avons déjà indiqués, sont pour la plupart revêtues de fortes écailles 
carénées, parmi lesquelles il en est qui forment des groupes d'épines sur les régions voisines de la 
nuque et des oreilles, et dont la queue, quelquefois simplement arrondie, est le plus souvent compri- 
mée et parfois surmontée d'une petite crête. Ce genre comprend les Agames sans pores aux cuisses et 
les Chanoeams {Trapclus) {TpaniX'jç, changeant) du même auteur, qui n'en diffèrent par aucun carac- 
tère essentiel. Ce sont des animaux insectivores, et quelques-uns d'entre eux, comme les Caméléons, 
peuvent rapidement changer de couleur. Nous n'indiquerons que : 



REPTILES. 81 

AGAME, ou AGAME DES COLONS. G. Cuvicr. AGAilA COLONORUil. Daudin. 

CAP.ACTÈnEs siÉciFiQDEs. — Muscau allongé, aigu; des bouquets d'épines sur les côtés du cou, qui 
est surmonté d'une crête; écailles du tronc dilatées, celles du ventre lisses; queue longue, forte, com- 
primée; d'un brun mêlé de jaunâtre en dessus; dessous plus clair, marqué de bandes d'un brun plus 
foncé sous le cou, et tacheté de blanc sur les côtés. Longueur totale, O^.OôS. 

Ce Saurien, dont la synonymie est assez embrouillée, provient de la côte de Guinée et du Sénégal. 

Une autre espèce assez connue est le Topave ou Agame épineux (Laeerta hlsp'ida, Linné), du Cap. 

Le genre Grammatophore [Grammalopliora] (firamiun, perle; yopo;, porteur), Kaup, ou Anipliibo- 
Itii'us (af/ytëoXo;, ambiguë; mpv., queue), Wiegmann, qui ne renferme qu'un petit nombre d'espèces, 
toutes propres à la Nouvelle-Hollande, ne se distingue guère des Agames, avec lesquels G. Cuvier 
les réunissait, que par la présence d'écaillés crypteuses sous les cuisses, par ses écailles dorsales, 
imbriquées, carénées, parfois hérissées d'épines, et par sa queue longue, conique, mais comprimée 
à sa racine et garnie d'écaillés enluilées. 

Enfin un genre encore voisin de celui des Açjama est celui des Léiolépide [Leio'.epis] (),stoç, lisse; 
y.r.Tii.i, écaille), G. Cuvier [loco cilalo), qui ne renferme qu'une seule espèce (Lc'wlepis çjniiaiii.i, G. Cu- 
vier; Uromastix Bcllii, Gray), de la Cochinchine : les caractères principaux de ce genre sont : corps 
élancé, couvert d'écaillés lisses, serrées; cuisses garnies de pores; langue en fer de tlèclie, écailleuse 
en avant, papilleuse à la base; pas de fanon, ni de crête dorsale; queue conique, très-gréle. (Voy. 
Allas, pi. XI, fig. 2.) 

§ 5. PilRYNOCÉPHALIENS. — Iguaniens à doigts non élargis, à corps déprimé ou arrondi, à 
queue sans épines, à tympan caché; comprenant un seul genre, celui des : 



12"" GENRE. — PHRYNOCÉPHALE. PHRYNOCEPHALUS. Kaup. 1827. 

•tpuvo;, Crapaud; Ke'^aX», lèle. 

Journal llsis. 

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Tête presque circulaire, aplatie; uarities percées sur le bord du front; langue entière, triangu- 
laire; pas d'oreilles externes. 



i^i» 




Fig. 32. — Phrynocéphale à oreilles. 

Cou étranglé; plissé en travers en dessous. Tronc uéprinié, élai-gi; sans crête dorsale; bords des 
doigts dentelés; pas de pores fémoraux ni anaux. 

Queue aplatie à la base, ou dans toute son étendue, à écailles ni épineuses ni vcriiciliées. 
R. p. 11 



82 FIISTOIRE NATURELLE. 

On connaît une dizaine d'espèces de ce genre singulier, qui a été étudié priiicipalenient dans ces 
derniers temps par M. Eichwaid : ces es])èces, remarquables par leur forme arrondie, se trouvent sur 
les bords orientaux de la mer Caspienne, en Tartarie, dans la Sibérie méridionale, en Perse, en 
Éi^ypte, etc. Comme types, nous citerons le I'iihïnocéphale hélioscope {Laccrta lidinscops, Pailas), 
dé Sibérie, et le P. a cueilles (Laceria aur'ila, Linné), de Tartarie, très-remarquable par les deux 
rjrandes membranes situées des deux côtés, derrière l'angle de la bouche, et qui, par leur forme, ont 
'quelque rapport avec les oreilles des Oreillards parmi les Chéiroptères. 

§ 4. STELLIOMENS. — Iguaniens répondant paralléliquenient aux Pleurodontes opliuriens, mais 
étant des Acrodoiites à doigts non élargis, à corps arrondi ou déprimé, à queue à épines verticillées, 
ne renfermant, selon MM. C. et A. Duméril et Bibron, qu'une douzaine d'espèces d'Afrique, d'Asie et 
de la Nouvelle-Hollande, placées dans trois genres, et auxquelles G. Cuvier joignait les Cordijles, les 
Donipliores, les Leiolepules, etc. 

13»'« GENRE. — STELLION. STELLIO. Daudin, 1803 

Nom spéiilique transporté au genre. 
Uistoire naluicUe gi'néralc cl iiariicurirc dos IloiHilcs. 

CARACTÈRES GÉN'ÉRIQUES. 

Trie trlmigulaire, aplatie, un peu (illonqèe; côtes du museau nnçjuleux; (ptatre vicisires et deux 
lauiaires supérieures: langue fongueuse, épaisse, un peu rctrécie et éeliancrce au bout. 

in pli de la peau de chaque côté du dos; écailles dorsales plus grandes que celles des panes. 

Les troisième cl quatrième doigts des pattes de (levant égaux; pas de pores fémoraux; des écail- 
les crijpteuses h l'anus. Queue presque conique, entourée de verticilles irécailles épineuses. 

Les Slellious sont de taille moyenne, particuliers à l'Egypte, !i la SyriF-, à la Grèce tt i l'Arabie. 
On n'y range plus que deux espèces, dont le tyj)e est le ; 

STEI.LION DU LEVANT. STl^LUO ViLGAItlS. Daudin. 

Caractères srÉciFiQDES. — Pas de crête sur le cou; écailles caudales grandes, formant les verti- 
cilles disposés comme les degrés d'un escalier: brun noirftire en dessus; jaunâtre en dessous. Lon- 
gueur totale, 0"',o5. (Voyez notre Allas, pi. VIII, fig. 5.) 

Cette espèce, qui était rangée par Linné avec les Laccrta, est le Steli.iox {Slellio vulgaris) de tous 
les auteurs; Cordij'us ou Cromaslix, Aklrovande; Ko<rz'>p5i"''j; des Grecs modernes, etc. Elle se ren- 
contre très-communément dans tout le Levant et surtout en Kgypie, en Syiie et dans les îles de l'Ar- 
chipel, où on les rencontre dans les ruines des vieux éditices, dans les fentes des rochers et dans 
des espèces de terriers qu'elle se creuse : elle est tris-agile dans ses mouvements, et se nourrit prin- 
cipalement d'Insectes. Bellon rapporte qu'en Egypte on recueille avec soin les excrf'm'nls de cet ani- 
mal pour les besoins de la pharmacie orientale, et il paraîtr-ait que ces excréments, connus sous les 
noms ûc cordglea, crocoililea et slercus Lacerli, anciennement en usage en Europe, seraient encore 
parfois employés aujourd'hui par les Turcs. 

14"" GENRE. — FOUETTE-QUEUE. VIIOMASTIX. Merrem, 1851. 

Ojfi, queue; jait-i!;, fouet. 
Classilicaliou des Repliles. 

CAR.\CTÈnES GÉNÉRIQUES. 
Tète aplatie, triangulaire; museau court; narines latérales; langue épaisse, fongueuse, triangii- 




firr 1. _ hézarfl verl- 




Fin. 2. — Ipuanc liilicn-iilc^ii 




Fig. 5. -- Stellion ilu Levant. 



riEPTlLES. 83 

laire, divisée en deux pointes li son soninu'i; trois on quatre dents inlermaxilUdrcs se soudant en- 
semble avec l'àqe. Des plis transversaux sur le cou; pas de crête dorsale. 

Tronc allonqé, déprimé, à écailles unies; une liçjne de pores fimoraux. 

Queue aplatie, assez large, entourée de verlicilles d'épines. 

Les Fouette-Queues ont un faciès particulier qui les dislingue immédiatement des espèces au 
genre précèdent; ils constituent les Steli.ions nxiAnns de Daudin, les Masùcjura et Fleming elles 
Caudiverbera de quelques auteurs. On en connaît cinq ou six espèces, qui ont les mêmes mœurs que 
les Slellions, et habitent le nord de l'Afrique, l'Egypte, les Indes orientables et la Nouvelle-Hol- 
lande. Le type est le : 

FOUETTE-QUEUE U'ÉGYPTE. G. Cuvier. VROMaSTIX SPIMPES. Mericm. 

CAnACTÈiiES SPÉCIFIQUES. — Dbssus du muscau assez arqué; seize à dix-huit pores fémoraux; des- 
sus du corps vert de pré ou d'un gris verdâtre, parsemé parfois de taches brunes; dessous et queue 
jaunâtre. Longueur totale, O^.SS. 

C'est le CoRDïLE de Rondelet, le Caudiverbera, Gesner; le Lézard quetz-paleo, Lacépède; Slellio 
spiuipes, Daudin, etc. Il est assez répandu dans la Haute-Egypte et dans le désert qui avoisine ce 
jiays, et vit sous terre dans des trous. Les bateleurs l'apportent souvent au Caire, et l'emploient or- 
dinairement dans leurs divers exercices. 

On admet encore aujourd'hui dans le même groupe le genre curieux des Moloch (Molocli, Gray), 
qui offre la plupart des caractères des Slellions, mais dans lequel le corps est assez semblable à ce- 
lui des Phrynosomes, quoique l'armure épineuse dont il est pourvu soit moins forte. Le type et es- 
pèce unique est le Moloch liorridus, Gray, de la rivière des Cyg-ios, à la Nouvelle-Hollande. 



DIXIÈME FAMILLE. 

LACERTIENS. G. Cuvier. AUTOSAURES. Duméril et Bibron. 



La famille des Lacertiens renferme des Sauriens de taille petite ou moyenne, ayant le corps ar- 
rondi, excessivement allongé, surtout dans la région de la queue, qui peut atteindre jusqu'à quatre 
fois la longueur du reste du tronc, lequel n'est ni comprimé, in déprimé; la peau est écailleuse, sans 
crêtes saillantes, à écailles du dos variables; le cou est sans goitre ou sans fanon, mais le plus sou- 
vent marqué d'un ou de plusieurs plis transversaux, garni de tubercules, de granulations ou d'ècailles 
assez grandes, de formes simulant une sorte de collier; le dessous du ventre est protégé par des 
plaques grandes, rectangulaires ou arrondies; il y a le plus habituellement des pores dans la lon- 
gueur des cuisses et sous leur bord interne; la tête représente une pyramide quadrangulaire, aplatie, 
rétrécie en avant, couverte de plaques cornées, polygones, symétriques, à tympan distinct, tendu, 
soit à fleur de tête, soit en dedans du trou de l'oreille, qui, comme l'organe de l'odorat, est peu dé- 
veloppée; !\ yeux assez complets, ayant le plus souvent trois paupières mobiles, mais pouvant en man- 
quer complètement; à bouche garnie de grandes écailles labiales et de sous-maxillaires; les dents 
sont inégales pour la forme et la longueur, insérées sur le bord interne d'un sillon commun, creusé 
dans la portion saillante des os; celles du palais variables pour la présence ou les attaches; la laigue 
est libre, charnue, molle, plate, plus ou moins extensible, à base se logeant quelquefois dans un 
fourreau, à pupilles humectées, comme écailleuses, arrondies ou anguleuses, toujours échancrée ù la 



84 



HISTOIRE NATURELLE. 



poinle ou divisée en deux filaments en forme de pique; les quatre pattes sont fortes, à cinq ou beau- 
coup plus rarement quatre doigts, très-disiincls, presque arrondis ou légèrement comprimés, allon- 
gés, coniques, |)arfois dentelés sur les bords, inégaux, tous armés d'ongles crochus; la queue est 
conique, très-longue, arrondie le plus souvent dans toute sa longueur, à écailles distribuées par 
anneaux réguliers. 

Le crâne, dans les Lacerliens, s'articule avec la colonne vertébrale à l'aide d'un seul condyle, ce 
qui ne permet qu'un mouvement peu sensible. Le nombre des vertèbres est assez grand, variable, 
aussi bien que leur mode d'arliculation; la région cervicale en compte sept ou huit; le dos, un nombre 
plus considérable; il n'y a que deux vertèbres sacrées, une ou deux lombaires et beaucoup de coccy- 
gicnnes. Les côtes sont mobiles. Les os des membres ne présentent rien de particulier. Les muscles 
sont assez puissants; ceux des membres sont surtout très-forts. Le voile du palais paraît manquer. 11 
n'y a pas de véritable pharynx; aussi leur voix est-elle faible et se réduil-elle à un simple grogne- 
ment. Les poumons sont assez développés. La bouche est forteuienl fendue; les dents, qui n'ont pas 
de véritables racines, ne servent guère qu'à retenir la proie dont ils s'emparent; l'estomac est al- 
longé, pyriforme, foitement dilatable; le canal alimentaire peu étendu : l'intestin grêle offrant quel- 
ques circonvolutions, et le gros intestin se gonflant brusquement en une sorte de cloaque. 

Les Lacertiens sont tous très-agiles et recherchent en général les régions chaudes et sablonneuses. 
Ce sont des animaux essentiellement carnassiers, se nourrissant spécialement d'Insectes, vivant dans 
les rochers, les murailles ou dans les trous qu'ils se creusent dans le sol. On en connaît plus de 
soixante espèces, réparties dans une vingtaine de genres, les uns propres au nouveau monde et les 
autres de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique. 

Beaucoup d'auteurs ont écrit sur les animaux de cette famille, et l'on sait que le groupe principal, 
celui des Lézards, était connu dans l'antiquité la plus reculée. Linné (1755), Laurenli (I768J, Lacé- 
pède, Schneider, Daudin, Oppel (1811), Merrem (1820), Gray (1825), Filzinger (I82C), G. Cuvier 
,Î8I7 et 1829), Dugès (1829), Milne-Edwards (1829), Wagler (1850), Eversmann (1854), le prince 
Ch. Bonaparte (185Gj, Tschudi (1857), Wiegmann, etc., et surtout M.M. C. et A. Duméril et Bibron 
(1859, 1851), s'en sont occupés, et ils ont formé parmi eux d'abord un petit nombre dégroupes géné- 
riques, mais ils y ont fait bientôt un grand nombre de genres, qu'ils ont réunis ensuite en une fa- 
mille particulière sous les dénominations de Lezaril'ms, Laccri'tens et à' Aniomures. 51M. Duméril et 
Bibron, auxquels est due cette dernière dénomination, partagent cette famille en deux sousAimilles 
ou tribus d'après la disposition des dents : 1° les Pi.éodontes [nlioi, qui n'est pas creux; oJou;, dent), 
exclusivement américains; 2* les Cœi.odontes (/u).).))?, creux; oSt-u;, dent), propres aux anciens con- 
tinents. 




53 — Lézard lacliclé. 





Fi-, 1. — A moi' 




Fiu. 2. — (!enl]Osaure. à deux liaiu 




Fig. 3. — Lézard piqueté. 



REPTILES. 



* 85 



PREMIERE TRIRU. 

PLÉODONTES. Duméril et Bibron. 

Chez ces Lncertiens, ies dents sont complètement solides, sans aucune cavité à l'intérieur et ,rês- 
Eolidcmenl fixées par leurs bords et par leur face externe dans une rainure creusée le long du bord 
interne des mâchoires, de sorte que leur extrémité libre semble toujours un peu jetée en dehors. On 
connaît dix genres de cette tiibu et une vingtaine d'espèces, toutes de l'Amérique du Sud, à l'excep- 
tion des Cnémidophores, qui sont de l'Amérique du ^ord. 

Dans trois genres, Compressicaudes ou Citiliciitres, la queue est comprimée, ce sont les : 1° Cro- 
coDiLunE [Crocodiliirus] {xpr/.o^Bào;, Crocodile; ovpa, queue), Spix, Duméril et Bibron {Erp. gén , 
t. V, 18ù9), à langue à base non engainante, divisée assez profondément à son extrémité en deux 
fiii'ts aplatis; palais sans dents; dents intermaxiiiaires coniques : maxillaires comprimées; ouverture 
des narines presque en croissant; des paupières; deux \)\\s transversaux sous le cou; ventre revêtu de 
petites écailles lisses, en quinconce; des pores fémoraux; doigts légèrement comprimés. Une seule 
espèce du Brésil et de la Guyane, le SAUVEcinnE etDiiACo.Nt: i.ézardet, G. Cuvier [Crocodilurus Ania- 
zoiiicus, Wagler), genre Ada, Gray, grande espèce ayant quelque analogie avec les Crocodiles et les 
Varans. 2° Dragone (I)rucœna) (nom spécifique), Daudin (Hisi. des Rcpl., 1805), qui se distingue du 
genre précédent en ce que le dos offre, mêlé à de très-petites écailles imbriquées, de très-grands écus- 
sons squameux hautement carénés, et que l'orifice externe des narines, au lieu d'être triangulaire et 
situé entre trois petites sculeiles, ne forme qu'un simple trou arrondi, percé au milieu de l'étendue 
d'une suture, joignant entre elles deux plaques extrêmement développées; ce groupe, qui correspond 
aux Tliorictcs (Scoovîxtoç, cuirassé), Wagler (18ô0), ne renferme que la Drago-xe (Dracœna Guinensis, 
Daudin, assez répandue dans l'Amérique du Sud. 5° Neusticure (lyeusiicm-us) (veuo-tixci;, propre à 
nager; cupa, queue), Duméril et Bibron {loco citato), à narines ne formant que deux très-petits trous 
percés des deux côtés du museau, à peau du dessous du cou ne produisant qu'un seul pli, etc. Une 
seule espèce, le Neusticure a deux carènes (Laceria bicarmala, Gmelin), de Cayenne. 

Dans sept genres, la queue est conique; ce sont les Conkicaudes ou Si ronçiij litres. 




Grand Sauvegarite d'Amérique. 



1" GEiNIlE. — SAUVEGARDE. SALVATOR. G. Cuvier, Duméril et Bibron, 1839. 

Du latin moderne salvator, sauveur. 
Erpétologie générale, t. V. 

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Langue h base engainante, longue, extensible, divisée à son extrémité en deux filets grêles, lis- 
ses; palais non dentelé; dents interniuxillaircs un peu aplaties : premières maxillaires en crocs, les 



86 HISTOIRE NATURELLE. 

autres comprhnécs, tncusp'tdcs; narines s'ouvranl sur les côtes de Cexlrénùlé du museau; des pau- 
pières. Deux ou trois plis sous le cou. 

Dos h écailles petites, anguleuses, lisses, non imbriquées, en bandes transverses; plaques ven- 
trales plates, lisses, quadrilatères, en quinconce. 

Pattes à cinq doigts un peu comprimés; des pairs fémoraux. 

Queue cijelo-tétrayone, un peu comprimée en arrière. 

Ce groupe, qui ne comprend que deux espèces de l'Amérique méridionale, placées quelquefois avec 
les Varans, a pour type le grand Sauvegarde, G. Cuvier, ou Sauvegafide de Mérian (Lacerla tegui- 
xin, Linné), qui a été placé successivement dans les Tupinambis, Daudin; Tejus, Merrem; Custa, 
Fleming; Monitor, Fiizinger; Exijpuenstes, Kaup; Pvdinema (mSr,vtiJ.rjç , véloce) et Ctenodon (y.-n;, 
peigne; oôou;, dent), Wagler, etc. 

Immédiatement avant ce genre, MM. Duméril et Bibrou rangent leurs AroROMÈREs {Aporomera) 
(«TTopoç, sans trous; ji-cpiç, cuisse), qui se distinguent de tous les genres de la même subdivision par 
l'absence complète de pores le long de la face inférieure des cuisses, et ne renferment qu'une espèce. 



2°"= GENliE. — AMEIVA. AMEIVA. G. Cuvier, 1817. 

Aineiva, nom de |wys de l'espùce Ij'pc. 
n^gne animal. 

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Langue h base engainante, longue, divisée à son extrémité en deux filets grêles; deux ou trois 
plis transversaux sous le cou; palais le plus souvent non denté; dents maxillaires comprimées. 

Doiqts non carénés en dessous : bord interne de ceux de derrière tuberculeux; de grandes pla- 
ques élarqies sous les jambes; des pores fémoraux. Queue eyclo-tétragone. 

Les Améivas offrent le même ensemble de formes que les Sauvegardes; mais leur tête est plus effi- 
lée et plus comprimée. On en connaît huit espèces, décrites pour la plupart par MM. C. et A. Duméiil 
et Bibron, propres à l'Amérique méridionale, qui ne recherchent pas le voisinage des eaux comme 1rs 
Sauvegardes, et dont quelques-unes paraissent, au contraire, ne fréquenter que les lieux arides : 
elles vivent d'Insectes, de Vers, de Mollusques, et probablement aussi de matières végétales. Comme 
type, nous ne citerons que I'Améiva commun {Ameiva vulgaris, Lichstenstein), grande et belle espèce 
qui se trouve assez communément au Brésil et à la Guyane. (Voy. Allas, pi. XUl, (ig. 1 ) 

Les autres genres de la même subdivision sont ceux des Cnémiphore (Cncmipliorus) {xv-cyi:, guê- 
tres; f'ipii, porteur), Wagler, à langue non engainante, avant son extrémité en fer de lance : quatre 
espèces; DirnoDONTE [Dicrodon] (■îixpoç, bifide; orîwv, dent), Duméril et Bibron, à dents maxillaires 
légèrement aplaties d'avant en arrière, à couronne offrant deux pointes plus ou moins mousses : une 
seule espèce, Acrame (Acranlus) (azoavTcç, mutilé), Wagler, sans cinquième doigt aux pattes de 
derrière : une espèce, et CEKTRorvx [Centropgx) (zrjrrjov, aiguillon; 7ry?, fesses), Traclujgastcr 
{rpu/yç, rude; yamcp, ventre), Wagler, ou Pseudo-Ameiva {^l/cv^oç, faux: amewa, Améiva), Fiizinger, 
chez lesquels le ventre est revêtu d'écaillés rhomboïdales, carénées, imbriquées : deux espèces. 



DEUXIÈME TRIBU. 

CŒLODOMES. 

Dans ces Sauriens, les dents sont creusées par une sorte de canal et retenues peu solidement aux 
Os maxillaires, contre lesquels elles sont appliquées dans une position verticale, comme une muraille 



REPTILES. 87 

droite platée dans la rainure pratiquée le long du bord iHterne de l'os, et au fond de laquelle elles 
n'adhèrent jamais complètement par leur base. 

Une cinquantaine d'espèces et neuf genres, dont le principal est celui des : 



5"'« GENRE. - LÉZARD. LACERTA. Linné, 1755. 

Lacerlosus, bien musclé^ 
Sysleina nalurs. 

CARACTÈRES GÉNÉRIfJUES, 

Corps assez pelil, alloiigcc, Iris-effilé. 

L(tncjue h hase cngaîiianle, iiiciHocrcmctU lonquc, cchaiicrcc au bout, coiivnur de papilles sqna- 
viiformes, inihriquées; palais dente ou von dente; dents interniaxillaires coniques, simples, viaxil- 
Idires 7in peu conipriniécs, droites, les premières simples et les suiva7itcs ohlusément Iricuspides; 
narines s'ouvrant latéralement sons le sommet du canlhus rostralis, dans une seule plaque, la 
uaso-rostrale, qui nest pas rcufée; des paupières; membrane du ttpnpan distincte, tendue en de- 
dans du trou auriculiire. Cou présentant un collier squameux en dessous. 

Ventre (jarni de seutelles quadrilatères, plates, lisses, en ipùnconce. 

Pattes terminées chacune par cinq duiqts légèrement comprimés; des pores fémoraux. 

Queue conique ou cijclo télragone. 

Les Lézards sont des Sauriens à corps très-eflilé, à colonne vertébrale composée d'un grand nombre 
de pièces, don! les articulations pcrnicitent des mouvemenls prompts et variés; à queue longue, élas- 
tique; à pattes, articulées à angle droit sur l'estomac, assez fortes, grêles et trop courtes pour sup- 
porter la masse entière du corps. L'agilité de ces animaux est très-grande; ils s'élancent avec rapi- 
dité d'un lieu à un autre et peuvent, au moyen de leurs ongles longs et crochus, se cramponner 
facilement aux murs et aux rochers et y grimper avec une grande vitesse. Les Lézards sont des Ueii' 
tiles doux et timides : mais, malgré leur douceur habituelle, ils cherchent à mordre quand on les sai 
sit, et l'on dit que certaines espèces ne craignent pas de se ballre contre des Chiens et surtout conire 
des Serpents. Leur morsure n'est pas venimeuse, ainsi qu'on l'a prétendu à tort; toutefois la blessure 
qu'ils font avec leurs dents aiguës, placées en séries linéaires, agissant à la manière d'une scie, peut 
enlever fortement la peau qu'ils saisissent. Leur force et leur courage semblent en rapport direct avec 
la chaleur atmosphérique : dans les pays chauds, les Lézards sont intrépides, leurlaille est assez con- 
sidérable, leurs mouvements très-grands; dans les contrées septentrionales, leur taille est moindre, 
leur force, ainsi que leur énergie, diminuent également; dans nos contrées, plus timides parce qu'ils 
sont plus faibles, ils ne sont pas pour cela stupidement craintifs, et ne fuient qu'après s'être assurés 
de la réalité du danger. Leur demeure consiste dans un terrier qu'ils se creusent dans la terre ou 
dans le sable, et qui présente la forme d'un cul- de-sac ayant quelquefois plus de 0"',50 de profon- 
deur; dans beaucoup de cas, ils ne construisent même pas de demeure, et se réfugient dans des 
creux de rocher, dans des crevasses de vieux murs, etc., qu'ils ont toujours soin de choisir exposés 
au soleil. Ces animaux vivent isolés; ils ont peu d'instinct de sociabilité, et on ne les voit guère se 
prêter main forte soit pour l'attaque, soit pour la défense; le besoin de nourriture, l'instinct de la 
rcproducliou, les portent seuls à se rechercher et à vivre momentanément ensemble. Le froid ainsi 
que l'excessive chaleur les engourdissent, et causent chez eux une suspension presque totale de toutes 
leurs fonctions; mais, dès que l'excès de température vient à cesser, ils sortent de leur léthargie, se 
niinivent de nouveau, reprennent leur activité, et les couleurs de leur peau deviennent brillantes, de 
ternes qu'elles étaient. Ils se nourrissent de proie vivante, font une chasse active aux Insectes, 
aux Lombrics, à quelques Mollusques, en un mot, à tous les petits animaux qu'ils rencontrent; et ils 
recherchent aussi, dit-on, les œufs, qu'ils vont dénicher. Ils sont sobres, mangent rarement et digè- 
rent diriicilement, et, perdant peu par la transpiration, ils peuvent supporter facilement de très-longs 
jciliies. On a dit à tort qu'ils ne buvaient pas. 



88 HISTOIRE NATURELLE. 

Les différences de sexe ne sont guère sensibles à l'extérieur; les organes générateurs, qui sont 
doubles chez les mâles, ne paraissent au dehors que pour l'accomplissement de l'acte de la repro- 
duction; les seuls caractères zoologiques des sexes se trouvent dans la forme de l'origine de la 
queue, qui, chez le mule, est aplatie, large, sillonnée longitudinalement par une espèce de gouttière: 
tandis que, dans la femelle, elle est arrondie et étroite; en outre, la couleur des mâles est plus bril- 
lante que celle des femelles, et celles-ci paraissent conserver plus longtemps la livrée que portent les 
jeunes. Les femelles pondent de sept à neuf œufs, et chacune, le plus habituellement, les place 
dans un trou séparé, quoique quelques-unes les déposent parfois dans un nid commun. Ces œufs, 
recouverts d'une coque poreuse, et dont la grosseur varie, éclosent par la seule action de la chaleur 
atmosphérique; les femelles les abandonnent complètement et n'en prennent aucun soin. Quelques 
Lézards sont vivipares, c'est-à-dire que les petits sortent de l'œuf très-peu de temps après la ponte. 
La vie de ces animaux est considér:ible; Bonnaterre rapporte que, pendant plus de vingt ans, on vit 
chaque jour un Lézard sortir de son terrier pour aller s'étendre aux ra\ons du soleil. L'accroisse- 
ment total du corps se fait lentement; celui de la queue, au contraire, lorsqu'elle a été rompue, mar- 
che avec une très-grande rapidité, car l'on sait que ces animaux jouissent à un très-haut degré de la 
propriété de la réintégration. 

Un grand nombre d'auteurs ont publié des travaux relatifs à l'histoire naturelle des Lézards; Aris- 
tote, qui les indique sous le nom de Sauoo;, leur a consacré un chapitre de son immortel ouvrage; 
Pline en a également parlé. Plusieurs monographies de ce groupe ont été publiées; nous devons prin- 
cipalement citer parmi les travaux récents ceux de MM. Milne-Edwards (1827), Dugès (1827), et sur- 
tout Duméril et liibron (18.39). La classification de ces animaux a donné lieu à des observations du 
plus haut intérêt : Linné avait placé dans son genre Laccrla presque toutes les espèces de Reptiles 
que l'on comprend aujourd hui dans l'ordre des Sauriens, excepté toutefois celles des genres Camé- 
léon et Dragon; Gmelin forma des groupes particuliers avec les espèces les plus distinctes, et ces 
groupes, adoptés par la plupart des zoologistes, furent tous admis par Lacépède dans son Histoire 
naturelle des Quadrupèdes ovipaies cl des Serpents. Laurent! les accepta également. Les natura- 
listes qui suivirent, tels que Al. Pirongniart, Daudin, Oppel, G. Cuvier, Merrem, Fitzinger, Wagler, 
Wiegmann, MM. Cray, le prince Ch. Bonaparte, Duméril et Bibron, etc., restreignirent de plus en 
plus le genre Laccrta proprement dit, qui devint alors la famille des Lacertiens, et ils y formèrent 
un nombre assez considérable de groupes génériques, dont la plupart ont été adoptés généralement, 
et dont quelques autres, dus surtout à Wagler, ont été rejetés. 

Ainsi restreint, et tel que nous en avons donné la caractéristique générique d'après M.M. Duméril et 
Bibron, le genre Lézard renferme encore une vingtaine d'espèces, presque toutes propres à l'Europe, 
et dont quelques-unes habitent aussi l'Asie et l'Afrique. (Voy. Atlas, pi. XIII, fig. ô.) 

1° Espèce a écailles dorsales grandes, rlioinboïdnlcs, carénées, très- dislineteincnt entuilées. 
— Trois espèces, le Léz\rd de Fitzinceh (Lacerta t'iizingeri, Duméril et Bibron), de Sardaigne; le 
L. DE MoRÉE {Algiroidcs Morcoticus, Bibron et Bory, et L. po.nctué de noiu [L. nigro-punetata, Du- 
méril et Bibron), de l'Ile de Corfou. 

2° Espèces à écailles dorsales plus ou moins obliques, étroites, longues, tectiformcs ou en dos 
d'Ane, non imbriquées. — Une petit nombre d'espèces que l'on trouve en France, tels que les : 

1. LÉZARD VERT. LACERIA riIIWlS. DauJin. 

Caractères spécifiques. — Deux plaques naso-frénales superposées bien régulièrement; en dessus, 
d'un vert uniforme, ou brun piqueté de vert, ou vert piqueté de jaune, ou brunâtre marqué de taches 
vertes ou blanchâtres, ondées de noir; jaunâtre en dessous. Longueur totale, 0°,50, sur lesquels la 
queue entre pour les deux tiers. 

Ce Lézard présente de nombreuses variétés dans le système de coloration; aussi a-t-on voulu y 
former plusieurs espèces, et, comme la plupart de ses congénères, porlet-il un grand nombre de 
noms. On le trouve communément dans les contrées chaudes de l'Europe et sur les (ôtcs méditerra- 
néennes de l'Afrique, ainsi que dans la plupart des contrées situées à l'occident de l'Asie. 11 semble 



REPTILES. 89 

rechercher les lieux peu élevés, boisés, el où le soleil pénètre difficilement, et se retrouve aussi dans 
les prairies au milieu des herbes et des fleurs. 

2. LÉZARD DES SOUCHES. LACERTA STRIPIUM. Daudin. 

Caractères spécifiques. — Deux plaques naso-frénales superposées, l'inférieure un peu en arrière 
de la supérieure; d'un brun rougeûtre uniforme ou taché de noirâtre, avec les côtés du ventre verts, 
ocellés de brun; ventre blancliâlre ou blanc piqueté de noir. Longueur totale, 0°,21, sur lesquels 
la queue en mesure, 0'",12. 

Celte espèce habite toute l'Europe, excepté les régions les plus se])tenlrionales; on la rencontra 
aussi en Crimée, sur les bords de la nier Caspienne, dans le Caucase, etc. Elle préfère les plaines et 
les collines dans le voisinage des lisières des bois. 

Une autre espèce est le LÉZAnn vivipare {Laccrta viviparia, Jacquin), dont Wagler fait le type de 
son genre Zooloca (i^w^To/o;, vivipare), qui n'a qu'une seule plaque nnso frênaie, se rencontre surtout 
dans les pays de montagnes, et a été pris dans plusieurs parties de l'Europe, même en France, ainsi que 
dans quelques provinces de l'Asie, et est remarquable en ce que la femelle fait, vers le mois de juin, 
de cinq à sept œufs d'où, quelques minutes après qu'ils sont pondus, les petits sortent parfaitement 
développés, ainsi que l'avait dii Jacquin dès 1787. et que l'ont confirmé depuis les remarques de 
TIi. Cocteau, de Bibron et de M. fiiiérin-Méneville. 

5° Espèces H écailles dotsalcs (risl'incleniciil rirmiiilcuscs, jiixlnpnws; paupière inférieure squa- 
ntcitse. — Un assez grand nombre d'espèces. 

Z. LÉZARD DES MURAILLES ou I,ÉZARD COMMUN. LACEItTA MURÀUS. Laurcnli 

Caractères spécifiques. — Tempes revêtues de petites écailles, parmi lesquelles une presque cir- 
culaire; six ou huit séries de plaques ventrales; couleur variable; le dessus de la tête et du corps d'un 
gris cendré, avec des points ou traits biunûires; dessous d'un blanc verdàtre, quelquefois piqueté 
de noir. Longueur totale, 0",20, sur lesquels la queue mesure 0'",14. 

Cette espèce, que l'on nomme aussi parfois Lézaru gris, se rencontre principalement sur les vieux 
murs, sur les rochers et sur les arbres, sur lesquels il monte avec une très-grande agilité. On le 
trouve dans toute l'Europe, dans la partie occidentale de l'Asie, etc. 




35 — Lézard des murailles. 



4. LÉZARD OCELLÉ. LACERTA OCELLATA Daudin. 



Caractères spécifiques. — Tempes revêfues de squames polygones, inégales, légèrement tecli- 
formes; en dessus, d'un brun vert varié, tacheté, réticulé ou ocellé de noir; des taches bleuâtres sur 
les flancs; dessous du corps blanchâtre, glacé de vert. Longueur totale pouvant atteindre 0'",45, suf 
lesquels la queue mesure 0°,26. {Atlas, pi. VIU, iig. 1.) 



90 HISTOIRE NATURELLE. 

Ce niagnique Lézard se rencontre dans les bois; il est surtout répandu dans le midi de la France 
et dans le nord de l'Afrique; on le prend assez fréquemment dans la forêt de Fontainebleau. 

Parmi les autres Lézards de ce groupe, nous citerons le L. du TAunis (Lacerta Tamica, Pallas), 
prspre à la Crimée, à Corfou, ù la Sicile et à la Morée; le L. oxijccphala, Schlegel, de Corse et de 
Daimalie; L. DcInlanilH, Milne-Edwards, etc. 

A° E!<j)cccs à ccailli's dorsales dislinctcmcnt (iranulcuscs, juxtaposées; paupière inférieure Irans- 
parenlc ou pcrcilléc, qui ne renferme qu'une seule espèce imparfaitement connue. 

MJL Duméril et Bibron désignent sous le nom de Lcwdacltjks une division de Lacertiens cœlo- 
dontes, h doigts lisses, comprenant le genre Lézard, et les deux groupes génériques des ÏACUYDRdHrs 
{Tacliydromus) {■zayjjc, prompt; Spoij-oç, course), Daudin, qui se distinguent surtout par la forme par- 
ticulière des papilles de leur langue, ressemblant à des plis à figure de chevrons emboîtés les uns 
dans les autres, et dont le sommet est dirigé en avant : deux espèces, dont le type est le Tacliiidro- 
mus scalincntus, de la Chine, de Java, et les TRoriDOSAuiiE (7')o;);(/osa»rn) {-pr.TziO',ç, carène; o-aw- 
poç, Lézard), Boié; Ai,r,iHA, G. Cuvier; Psauwiuros (ipati^c,;, sable; ouooj, gardien), Wagler, à langue 
squameuse, à pores fémoraux, à écailles ventrales entuilées, sans collier sous le cou : trois espèces, 
dont le type est I'Ai.gire (Laceria nlfjira, Linné), des côtes méditerranéennes d'Afrique, et que l'on 
trouve communément aux environs d'Alger. 

Enfin la seconde division des Cœlodontes, celle des Pristidacliilcs, espèces à doigts carénés oa 
dentés, renferme six genre» : 

PsAïuionnoME {Psammouromus, Fitzinger) (>^aa^u.oç, sable; Spou.z^jç, coureur) : pas de collier squa- 
meux véritable sous le cou; des paupières; pas de dentelures le long du bord des doigts, qui sont apla- 
tis; une seule plaque naso-rostralc. Une seule espèce, le P. d'Edwards {P. Uispmùciis, Aspisiis {a7- 
niijBr,;, cuirassé) et Noioplwlis lùlwardsiana, Wagler), d'un fauve verdâtre, avec quatre ou six raies 
blanches en dessus, qui se trouve communément en Espagne, et n'est pas très-rare dans le midi de 
la France, surtout dans les terrains montagneux et stériles, et sur la plage entre les étangs et la mer, 
où il se creuse des terriers d'où on le voit s'élancer avec la rapidité d'un trait. 

Oniiors {Opliiops, Ménestrié) {ofi;, Serpent; o>^, faciès) ou Annjstcs, Wiegmann, qui ne présctiie 
pas de paupières. Une espèce de Smyrne et de Bakou, l'Ormors élégam (U. clcgans, Jlènestric; 
Amijsd-s Llircnbcrgii, Wiegmann). 

Caiosaure {C(ilosaura) {v.ah.ç, beau, aauoa, Lézard), Duméril et Bibron, qui se rapproche des 
Ophiops, mais qui a des paupières bien développées, deux plaques naso-rostrales; pas de pli sous- 
coUaire; doigts non dentelés. Une seule espèce. Lézard de LE^cnE.^AL■LT, Milne-Edwards {Calosaura 
Lescbennullii, Duméril et Bibron, de la côte de Coromandel. 

AcAMMODACTïLE (Acavlodartiilus) {«.y.uv&a., épine; 5azTu),o;, doigt), Fitzinger, à doigts comprimés, 
dentelés sur les bords; une plaque naso-rostrale de chaque côté du bout du museau; un pli de la 
peau sous le cou; des paupières. Six espèces de l'Algérie, d'Egypte, du Sénégal, du Cap et de la 
Turquie, et dont le type est le Lézard de Savignv, Milne-Edwards [Laceria Saviçiniji, Andouin), qui 
se trouve très-répandu en Afrique, et se rencontre aussi en Crimée. 

".CAPTEiRE {Sciipieiru, Fitzinger) [ay.a-nTnp, fouisseur), qui se reconnaît à ses pattes, terminées clia- 
cune par cinq doigts aplatis, lisses en dessous et dentelés latéralement. Une seule espèce, le Lacerta 
(frammica, Lichstenstein, de Nubie. 

Érémias (Ercmias) [ipr.y.iu;, d'un lieu désert), Fitzinger, ou Podarcis {izoSapy.riç, vélocipède), Wa- 
gler; doigts non aplatis, légèrement comprimés, très-carénés en dessous et sans dentelures le long 
des bords; une plaque naso-rostrale formant, avec deux naso-frénales, un renflement liémisphéri((i;e 
qui porte l'orifice des narines; un re[ili de la peau en dessous du cou. On indique treize espèces de 
ce genre, particulières ù rA'"rique et à l'Asie : le type est rÉi;ÉMiAS variable (Lacerta anjuata, Pallas), 
de Tartarie et de Crimée, d'un gris fauve, avec des ocelles de couleurs \ariablcs. 



UEI'TILES. Ut 

ONZIEME FAMILLE. 
CHALCIDIENS. G. Cuvier. CYCLOSAURES. Duméiil el Bibron. 



CliPz les Clialcidiens, le corps est ordinairement cylindrique, quelquefois très-allongé ou serpenîi- 
fontie; les pattes, tantôt au nombre de quatre, très-courtes, à doigts en nombre variable; tantôt au 
nombre de deux, les deux autres n'offrant que des rudiments d'os; tantôt en manquant complètement; 
la tête, assez semblable à celle des Lézards, est garnie, en dessus, d'ècussons et de plaques polygones 
assez variables, à narines peu développées, à yeux protégés par des paupières, à dents non implan- 
tées dans les os maxillaires, mais appliquées contre leur bord interne; ù langue libre, peu extensible, 
large, garnie de papilles liliformes ou squamiformes, échancrée à la pointe, et non eiigaînée dans un 
fourreau; le corps est presque toujours confondu avec la tête et la queue, couvert de véritables 
écailles cornées : ces écailles bien distinctes les unes des autres, rarement ou peu entuilées, et presque 
toujours distribuées régulièrement en anneaux autour du corps, qui se trouve cerclé, et, le jilus sou- 
vent, p/ésenlant sur sa longueur un sillon ou une plicature profonde de la peau entre le ventre et les 
flancs; la queue est peu distincte du corps. 

Le squelette ne présente guère de particularités notables que celles qii sont relatives aux os des 
numbres, qui tantôt n'existent pas ou ne sont |)our ainsi dire qu'ébauchés. L'articulation des v'»>-tè- 
bres est différente de celle des autres Sauriens. Le sternum est assez développé à la partie antérieure 
de la cavité formée par les côtes. L'os hyoïde est particulier; il présente une pointe solide au devant 
des deux appendices, pointe qui est destinée ù soutenir la langue. La disposition des mâchoires sert 
surtout ù distinguer les Chalcidiens des Serpents, auxquels quelques espèces ressemblent beaucoup, 
cl avaient été jadis réunies par suite de la considération exclusive de leur manque de pattes : la mfi- 
choire supérieure est constamment soudée aux os du crâne par plusieurs points; jamais les os qui 
la furment ne sont dilaiables ni susceptibles de se porter en avant, et les branches de lajnadioire 
inférieure sont réunies solidement entre elles par une véritable suture qui s'efface même et disparaît 
avec l'ûge, et elles ne se prolongent pas au delà de la partie postérieure du crâne; enfin le mode d'im- 
plantation des dents dépend aussi de l'immobilité des pièces sur lesquelles elles sont soudées. Le 
canal intestinal varie pour la longueur et pour ses replis suivant la longueur du corps; ainsi, dans les 
espèces a corps ramassé, il est recourbé sur lui-même de manière à offrir deux ou trois fois plus 
d'étendue que celle de la cavité qui le borne dans le sens longitudinal, et, dans les espèces sorpen- 
liformes, ces replis sont moins nombreux et souvent même ne présentent qu'un tiers de plus en lon- 
gueur; l'épaisseur des parois varie également. Il peut y avoir un cœcum. Les organes de la respira- 
lion, de la circulation et de la génération, ressemblent beaucoup à ceux des Lacerliens et diffèrent 
de ceux des Ophidiens. 

Sous le rapport des mœurs comme sous celui de l'organisation, nous verrons s'établir le passage 
des véritables Lézards aux Serpents proprement dits; et cela aura lieu, chez les Sauriens, non-seule- 
ment parmi les Chalcidiens, mais encore parmi les Amphisbéniens et les Scincoïdiens, et, chez les 
Ophidiens, dans les premières familles que nous étudierons. 

Par leur conformation générale et principalement par la disposition de leur corps, les Chalcidiens 
ne peuvent pas exécuter des mouvements rapides et prolongés, et doivent forcément avoir le sol pour 
séjour. Ce sont des animaux essentiellement terrestres, carnassiers; mais, par le peu de longueur Je 
leurs deux michoires, par la disposition de leurs dents, qui ne leur permettent pas de couper ni de 
retenir leurs victimes, ils ne peuvent poursuivre qu'une proie de petite taille, tels que des Mollusques, 
des Annélides el des Insectes. Par la disposition organique de leurs membres, ils sont plus ou moins 
agiles; les espèces pourvues de quatre jialtes l'étant plus que celles qui n'eu ont que deux ouoiaue 



92 



HISTOIRE NATURELLE. 



beaucoup moins que les Lacertiens, et celles qui sont apodes ne se meuvent qu'en rampant à la ma- 
nière des Serpents : du reste, on connaît peu les mœurs de ces animaux, qui se trouvent habituelle- 
ment dans des lieux déserts sous une lempéralure très-chaude. 

Longtemps réunis, soit aves les Sauriens, soit avec les Ophidiens, les premiers genres de Chalci- 
diens, ceux des Chalcide et Ophisaure, ont été créés par Daudin; depuis, d'autres groupes y ont été 
formés, et Oppel, le premier, en fit une famille particulière, à laquelle il ne joignit pas les Amphis- 
bènes. Plus récemment, MM. Gray (1825); Fitzinger (lS26i, G. Cuvier (1829), Wagler (1850), Mûller 
(1831), Wiegmann (1834), et MM. Duméril et Bibron (1859), admirent la famille des Chalcidiens ou 
Cyclosaures, et ils la constituèrent pour la plupart avec les anciens Chalets et Ophisaurus, et avec les 
Ampliisbœua. Toutefois les deux derniers auteurs que nous venons de citer y firent deux sous-fa- 
milles distinctes ; 1° celle des Puiclioplciires (tz-^xj^oç, pli-, Tzlivpoç, côté) pour les Chalciniens propre- 
ment dits; 2° celle des Gtiiplodcrmes {ylxnzToi;, lisse; Sip;j.a, peau) pour les Amphisbèncs. Mais, 
selon les observations de plusieurs des zoologistes que nous avons nommés, et d'après les remarques 
mêmes que M. A. Duméril a insérées dans la Rcintc zoologique pour 18o2, on doit faire de ces ani- 
maux deux familles bien particulières : les Chalcidiens, ù corps couvert d'écaillés bien visibles, sans 
trou auditif, à paupières, etc., et les Amphisbèniens, encore plus serpenliformes que les précédents, 
à peau dépourvue d'écaillés, mais offrant partout des verticilles circuhiires, à trou auditif externe, 
tous sans paupières, à une exception près, dépourvus entièrement de membres, etc. 

On a décrit trente- cinq à quarante espèces de Chalcidiens proprement dits réparties dans une 
quinzaine de genres. L'Afrique et l'Amérique renferment surtout les Chalcidiens; un seul, le Bipède 
ou Schelloputiik, se trouve en Europe, et habite aussi l'Asie et l'Afrique; un autre, le Chalcis de 
Schlegcl, se rencontre, assure-t-on, à Java, et un dernier, la seule espèce du genre Tribolonoie, a 
la Nouvelle-Guinée pour patrie. * 




Fig. 3G. — Chalcide mesicaiii. 

1" GENRE. — CHALCIDE. CIIALCIDES. Daudin, 1803. 

Xx'/j'.iSu.r., nom grec d'un Siuiien. 
Histoire dos Beplilcs. 



CARACTERES GÉNÉRIQUES. 

Langue en fer de flèche, libre dans sa partie aniiricure, divisée en deux petites pointes en 
avant, couverte de papilles squanii formes, imbriquées; pas de dents palatines; dents maxillaires et 
interniaxillaires coniques, presque égales; narines latérales s'ouvranl dans deux plaques; pas d'o- 
reille externe; ijeux pourvus de paupières. 

Corps présentant un faible sillon sur les côlés, couvert de petites écailles verlicillées; les plaques 
du dessus du crâne qraudcs : celles des tempes seulellées. 

Quatre pattes irès-couiics : antérieures h trois ou quatre doigts armés de petits ongles, posté- 
rieures tantôt de même, tantôt en simples slijlets; pas de pores fémoraux. 

On ne connaît que quatre espèces de ce genre, dont trois de l'Amérique méridionale et une indi- 
quée comme venant des Indes orientales. Ce sont des Sauriens à quatre pattes, mais dont deux s'atro- 
phient en partie; le nom qu'ils portent, celui de XaUiSiy.o, avait été employé par Dioscoride pour 
indiquer un autre Reptile, et Daudin l'a transporté à ce groupe. Le type est le : 



REPTILES. 93 



CHALCIDE, Lacépcde, G. Cuvier. CIIALCWES TRIDACTYLUS, Dautlin. 

Caractèp.es spécifiques. — D'un brun roussûlrc ou cuivreux en dessus; cou et dos préscnlaiit, dans 
leur longueur, quatre raies blanchâtres qui se perdent dans la queue; blanc lavé de fauve en des- 
sous. Longueur totale, 0'",08. 

Cette espèce se trouve dans l'Amérique du Sud, et surtout dans la Guyane. 



Fig. 37. — Clialcide. 



On en a généri(|uenient séparé quelques espèces africaines : 1° les Tétradactïle (TelraiicicUjhis, 
Merrem, ou Sauiophïs (o-aypc/;, Lézard; oyt;, Serpent), Fitzingcr), chez lesquels le corps devient de 
plus en plus serpeulilorme, à pores fémoraux, mais qui oni surtout quatre pattes très-courtes et con- 
stamment terminées ciiacune par quatre doigts, et dont l'espèce unique, propie au cap de Bonne- 
Espérance, est le Chalcide TÉTnADACTïLE [Lacerla tetradaciijla, Lacépède); 2° Mo^ODACTVLE [Mono- 
liaciijlus, Merrem, ou Cliainœsaura {■/^/.•j-a.i'j'M^a., petit Lézard), Schneider et Fitzinger), qui ont 
quatre pattes très-courtes, en stylets, et terminées par un seul doigt; n'offrant pas toujours de plis 
sur les flancs, et dont la seule espèce est le Cu.ucide monodactïle, G. Cuvier (Lacerla augtiina, 
Linné), de l'Afrique australe. 

Trois groupes voisins des Chalcides sont ceux des : i° IIétérodactvle (Uetciodactiilus) [i-.ioo;, dif- 
férent; ôaxTu).oç, doigt), Spix, ou Cliirocolus {/jip, main; -mIo;, mutilée), Wagler, chez lesquels les 
quatre pattes sont chacune terminées par cinq doigts inégaux; mais auxquels les antérieurs ont le 
pouce rudimenlaire, et qui n'ont pus de sillons latéraux; une espèce du Brésil; 2° EcPLÉorE [Ecplco- 
ptis) (sz;r>sw;, au complet; m\);, pied), Duméril et Bibron; 5° Pantodactïle {Panlodaclylus) [na;, 
jravToç, entier; 5azTu),'jç, doigt), Duméril et Bibron; ces deux derniers genres ne renfermant chacun 
qu'une espèce de l'Amérique méridionale, à quatre pattes, ayant chacune cinq doigts, peu de plis 
sur les côtés des lianes; les premiers à dents maxillaires à sommet simple, obtus, et les seconds à 
dents maxillaires à .sommet Iricuspide. 

Six groupes génériques, assez nouvellement connus, qui se rapprochent un peu de celui des Clud- 
cides, quoique en différant par des caractères assez notables, sont les suivants : 1° Platvsaibe (l'ia- 
lysaurits) (i:'/.ol--j;, aplati; aa-jpo;, Lézard), Smith (llltislr. of llie Zool. of sou lit Africa, 1849), à 
corps très-déprimé, avec de petites écailles en dessus, et des plaques carrées en séries régulières eu 
dessous; à narines arrondies; ù pores fémoraux petits. Ce groupe, qui ne renferme qu'une seule es- 
pèce (P. Capensis), est surtout remarquable par ses pattes assez développées, grêles, etc. 2° Cordïlb 
{Cordijliis) {y.op3vloi, nom donné par .\ristote à une larve de Batracien), Klein, G. Cuvier, ou Zonurb 
(Zonurus) {ç,wn, ceinture; ojoa, queue), Merrem, Duméril et Bibron, à narines latérales; sans dents 
palatines; à quatre pattes terminées par cinq doigts onguiculés; à pores fémoraux sur un, deux ou trois 
rangs; à queue entourée de verticilles de grandes écailles rhouiboïdales, souvent très-épineuses. Cinq 
espèces de l'Afrique australe, divisées en trois sous-genres (Cordijlus, Merrem; Ilcmicordijlus et 
Psciidocordijlus, Smith), d'après la disposition des écailles des flancs, et dont le type est le Cop.dtle 
{Lacerla cordijliis, Linné), très-commun aux environs du cap de Bonne-Espérance. 5° Lépidoi uysie 
(Lepidopitijnia) (lin;, écaille; yu.^.a, verrue), A. Duméril [Cat. met. des Rcpt. du Muséum, 1851], à 
tronc revêtu, en dessus et sur les flancs, d'écaillés granuleuses, petites, très-serrées, entremêlées de 
tubercules coniques, pointus, beaucoup plus gros et disposés en séries transversales; sans paupières; 
à dents palatines; pas de pores fémoraux, ni de sillons le long des flancs. Une seule espèce de l'Amé- 
rique centrale, le L. taches jaunes (L. flavimaculalus). 4° Tribolonote (Trlbolonolus , Duméril et 
Bibron) (t^ c?o),o;, chausse-trappe; vuto;, dos), à épines osseuses sur le cou et le dos, sans pores fémo- 



94 HISTOIRE NATURELLE. 

raux, à langue squameuse, etc. Type Zonurus Novœ-Cuincœ, Schlegel. 5° Gebrhosaure [Gcrrhosau- 
riis) (ysppov, bouclier; <7aupoç, Lézard), Wiegmann {Isis, 1838), Pteurotiichiis (TzXvjpa, côté; tuj^o;, 
r'ipe), Smith (1856), et Cicigna, Gi'ay (1820), à plaques du dessus de la tète grandes, bien distinctes 
des écailles de la nuque, à tronc entouré comme d'une sorte de cuirasse formée d'écaillés striées ei 
carénées; ayant un pli le long de chaque flanc, et des pores fémoraux; narines latérales. Les espèces 
de ce groupe, dont on connaît une dizaine particulières à l'Afrique australe et occidentale, ainsi qu'a 
Madagascar, ont, par la brièveté de leurs pattes et par la forme allongée de leur corps, quelque chose 
des Scinques, avec lesquels une espèce avait été rangée, et parmi lesquels nous donnerons comme 
type le Gerrhosaure a deux b\ndes [Gerrhosaiirus bifasciatus, Duméril et Bibron (voy. Allas, 
pi. XllI, lig 2), et 6° GERRHO^0TE (Gerrlionolus) (-^ippvj, bouclier; vojto;, dos), Wiegmann, à plaques 
du dessus du crâne très-nombreuses, se confondant avec les écailles de la nuque; à langue sans 
plis; à flancs préscnlant un sillon, et surtout à corps entouré comme d'une sorte de cuirasse écail- 
jeuse à pièces supérieures carénées. On en connaît huit espèces, presque toutes mexicaines, décrites 
par M. Wiegmann. 

Enfin les derniers genres de Clialcidiens sont encore plus serpentiformes que les prècèdenls; leurs 
pattes peuvent manquer en partie ou complètement, et l'on peut facilement, par ces derniers, passer 
aux Amphisbènes. Ce sont les : 



2"'" GENRE. - BIPÈDE. BIPES. Oppel, 1821. 

Bipea, deux pieds. 
ClassiOcation des Re|)tiles. 

CAR.\CTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Corps trcs-al longé, préscnlant des sUlons latéraux Ircs-piofonds. 

Pas de paiics nitlcrieurcs : les poslérkiires représentées par deux petits appcnilices écailleu.x, 
Simples ou légèrement bifides, non ])ercés de pores, placés des deux côtés de l'anus. 

Ce genre a une grande analogie avec celui des Gerrhonotes, et n'en diffère guère qu'en ce que ces 
derniers ont de véritables patles. 11 ne renferme qu'une seule espèce, le Sciieltopusik ou Bipède, 
I.,acépède; Pseudope de d'Urville, G. Cuvier, qui a reçu les noms de Laceria apoda, Pallas; 
L apus, Gmelin, a été rangé successivement dans les genres Cludcides, Seps, Opliisaurus, Clia- 
mwsaura, et pour lequel on a créé les genres Bipes, Oppel; Psiudopus {-U-j'lr,;, faux; ttov,-, pied;, 
Jlerrem, qui a été assez généralement adopté, et Proctopus, Fischer. Dans ce Saurien, le dessus du 
corps des adultes est d'une teinte marron, piquetée de noirâtre, et, dans les jeunes, le cou et le dos 
offrent en travers des bandes brunes sur un fond grisâlre; le dessous est plus clair; d'une longueur 
d'environ 0'",7>b. Cette espèce, qui fréquente les localités herbeuses, habile la Dalmalie, l'isirie, la 
Morée, ainsi que les côtes méditerranéennes de l'Afrique; on la trouve également en Crimée et dans 
la Sibérie méridionale. (Voy. Atlas, pi. XIV, fig, 2.) 



o"' GE.NRE. — OPIIISAURE. OPIIISAURUS. Daudin, 1803. 

O'fi;, Serpent; 5»upo;, Lézard, 

Histoire des Repliles. 

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Corps serpenl'i forme, sans nul vestige de mendircs à l'extérieur; sillons latéraux assez p<-o- 
funds. 

Les Opliisaures sont tout à fait apodes, car ils n'offrent même [dus ces vestiges de membres posU;- 



Fig. 1 . — Gongyle ocellé 




Fig. 'i. — Bipède de D'Urville 




tig. ô. — Oiilnsiiiire venlial. 



REPTILES. 05 

t'o'.nvs qu'on voit encore de chaque côlé de l'anus dans les Bipèdes, avec lesquels, sauf celte nioditi- 
calion, tout le reste de la conformation, tant extérieure qu'intérieure, est la même; comme eux, en 
effet, ils ont, avec une vérilable tête de Lézard, un corps tout à fait semblable à celui des Ofiliidiens. 
La seule espèce de ce genre, I'Opuisadre ventral ou Serpem de veure de plusieurs ant^iens auteurs 
(Ophisaiirus ventratis, Daudin), avait été rangée par Linné dans le genre des Orvets, et Mcrrein 
l'indique sous le nom générique de llyaiinus valoc, de verre). C'est un Reptile d'une longueur de 
0"',-40, qui se trouve assez communément dans TAniérique du Sud, à dos rayé longitudinalemcnt de 
brun et de jaunâtre, ou bien noir piqueté de jaune, ou marron marqué de taclies bianciies environ- 
nées de noir, ou enfin fauve, avec de larges bandes noires. II ressemble assez à l'Orvet, et, (:or:Kne 
lui, peut se briser facilement en plusieurs morceaux. (Voy. Atlax, pi. XIV, fig. 3.) 



DOUZIÈME FAMILLE. 



AMPHISBÊNIENS. G. Cuvier. GLYPTODERMES. Duméril et Bibron. 



Les Aniphisbéniens ont pour caractères principaux : corps allongé, cylindrique, presque de même 
diamètre dans toute son étendue, se terminant par une queue très courte, obtuse ou conique, et dé- 
pourvu de pâlies dans la grande majorité des cas; peau entièrement dépourvue d'écaillés, divisée à 
sa surface par petits compartiments quadrilatères bien marqués, plus ou moins réguliers, disposes 
en anneaux autour du corps; tête toutefois enveloppée de plaques pareilles à celles des Lézards cl 
des J^'erpenls; pas de trous andilifs externes; yeux excessivement petits, sans paupières, recouverl.s 
par une peau transparente-. langue plaie, élargie, ovalaire, occupant presque toute la bou(-he, peu 
exserlile, squameuse, échaiicrée en V en arrière, et brusquement rétrécie en avant en deux filais 
minces; dents coniques, un peu courbées, simples, pointues, inégales en nombre impair dans l'in- 
termaxillaire, soudées avec les os des mâchoires ou y étant simplement appliquées; souvent une série 
de pores en travers du bord anléricur et anal: un sillon longitudinal de chaque côté du corps, et un 
troisième sur la ligne médiane du dos. 

Le squelette de ces P.epiiles n'a d'autre resemblanee avec celui des Ophidiens que par le grand 
nombre de pièces qui constituent la colonne vertébrale; tandis qu'il tient de celui des Sauriens en 
ce qu'on y retrouve un siernum, en ce que les os de la face sont solidement articulés entre eux et avec 
ceux de la boîte cérébrale, et que les branches sous-maxillaires sont intimement soudées l'une à l'au- 
tre. Il résulte de là que la bouche n'est nullement dilatable, ce qui les rapproche des Chalcidiens et 
les éloigne des Ophidiens. Mais, de même que ces derniers, ils ont un de leurs deux poumons exces- 
sivement court, landis que l'autre est très-allongé. 

Privés de paupières, et même, assure-t-on, quelquefois d'yeux, sans écailles qui puissent protéger 
la peau, les Amphisbéniens habitent le plus souvent sous la terre ou dans des lieux où la lumière ne 
pénètre pas. Plusieurs espèces se trouvent au milieu des amas de terres sablonneuses que forment 
les Termites, dont les neutres, privés d'ailes, servent essentiellement à leur nourriture. Les deux ex- 
trémités de leur tronc étant à peu près de même dimension, ils ressemblent à des Annélides; on pré- 
tend même que leur corps peut agir dans la progression à peu près comme celui de nos Lombrics, et 
qu'ils se meuvent également de haut en bas et dans le sens inverse : c'est pour cela qu'on les a nom- 
més Ampliisbhtes ou Donblcs-Marcheurs . 

Les Amphisbéniens ont été classés tantôt avec les Sauriens, tantôt avec les Ophidiens; ils tiennent 
en effet des uns et des autres sous certains rapports; mais ils en diffèrent tellement à plusieurs 
égards, que l'on a cru quelquefois utile de les isoler tout à fait pour en former un ordre particulier. 
Quatre genres, ceux des Trogonophis, Cliirote, Aniiihisbène et Lépidosterne, renfermant une ving- 



96 



HISTOIRE NATURELLE. 



laine d'espùces presque toutes propres à l'Amérique du Sud, car deux seulement se trouvent en Afri- 
que et en Europe, entrent dans cette famille; G. Cuvier avait ranimé les deux derniers parmi les 
Serpents, dont ils composaient, avec les Typhlops, la famille des Donblcs-Mnrclicurs, tandis qu'il 
avait placé le second à In fin des Sauriens, près des Seps et ties Ciialcidcs. M. llùller fait des Amphis- 
Léniens la première famille de l'ordre des Ophidiens. MM. C. Duméril et Bibron, dans leur Erprlolo- 
g'ic générale, les rangent parmi les Sauriens dans la famille même des Clialcidiens, dont ils forment 
la sous-fauiille des Glyptodermes; mais, depuis, G. Bibron, dans le Dictionnaire nuiverscl. 1841, a 
propose d'en faire un ordre particulier, et M. A. Duméril {ficvue zooloffique , 1852), une famille 
spéciale. Réunis aux Clialcidiens, ils sont, pour Waglcr, l'ordre des Angues, et pour le prince 
Cil. Bonaparte, celui des Sauropbidicns. 

On peut, avec MM. Duméril et Bibron, subdiviser les genres de cette famille en deux groupes : 
1° les Pleurodonles, ù dents simplement appliquées contre le bord interne des os maxillaires; 2° les 
Acrodontcs. à dents fixées sur le trancliani des mâchoires, et faisant intimement corps avec elles. 

Trois genres entrent dans la première subdivision. 




Fi?. 3S. — Ampliisbène cendrée. 



GENRE PRINCIPAL. - AMPIIISBÈNE. AMPHISB.ENA. Linné, 1755 



A|J.!fU 



t, marcliant d.ins deux sens. 
Svslema naluia?. -^ 



CARACTERES GENERIQUES. 

Denis coniques, vn peu courbées, simples, pointues, inégales, distinclcs les vues des antres, ap- 
pliquées contre le bord interne des mâchoires : en nombre impair dans l'os inlcrmaxilluire. 
ISarines latérales, petites, percées chacune uniquement dans la plaque naso-rostrale. 
Pas de membres du tout Des porcs en avant ilc l'anus. 



Les Anipbisbèiies, par leur faciès général, s'éloignent beaucoup des Sauriens, et, par la forme de 
leur corps, se rapprochent davantage des Ophidiens. Leur léle est protégée par un plus nu moins 
grand nombre de plaques de forme variable; les compartiments de la peau se ressemblent presque 
partout. La queue est ordinairement arrondie, aussi grosse que la télé, et prend quelquefois une 
forme allongée et conique. Les espèces dont on connaît les mœurs se tiennent dans les nids de Ter- 
mites, des larves desquelles elles se nourrissent presque exclusivement, ou habitent dans des trous 
sous le sol. Les Ampliisbènes, établies génériqiiement |)ar Linné, faisaient partie des Amphibii ser- 
pentes; les groupes des Itlanus, Wagler, et Anops, Bell, qui n'en diffèrent guère que parce que les 
premiers ont la queue conique et les seconds la tète comprimée, privée d'yeux, y ont été réunis par 
MM. Duméril et Bibron. On en a donné la description d'une dizaine d'espèces, presque toutes d'A- 
mérique, car une seule paraît propre à l'Afrique, et une seconde est commune à cette partie du 
monde et à l'Europe. 



REPTILES. 07 

AMniISliENK CENDRÉE. AMPIIISB.EXA CiyEItEA. Vamlelli. 

Caractères sPÉciFiQDES. — Tête déprinice, plane; museau court; yeux distincts; tète blanche; 
compartiments de la peau, sur presque toute la surface du corps, d'un cendré bleuâtre, ou d'un brun 
plus ou moins roussâtre ou marron, leurs intervalles bleuâtres, ainsi que les sillons qui régnent le 
long des flancs et du dos. Longueur totale, 0",25. 

Cette espèce, dont M. Wagler a fait son genre Blanus, a pour patries l'Europe et l'Afrique: car 
on l'a trouvée en Barbarie, et on l'a également prise en Espagne et en Portugal. 

Dans leur grand ouvrage, MM. Duméril et Bibron placent avant les Ampliisbitiia, et comme étant 
plus complet qu'eux, le genre Chirote (Chiiotes) {-/ji[juTr,;, qui a des mains), G. Duméril, qui n'en 
diffère guère que parce qu'il présente des membres antérieurs terminés par cinq doigts, dont un sans 
on.^le. L'espèce unique est le Cannelé, Lacépède (Lacerta lumbiicoidcs, Shaw), qui a reçu plusieurs 
dénominations scientifiques, provient du Mexique, et qui est d'une couleur fauve, tachetée de marro^ 
sur le corps et blaiicbûtre en dessous. 

Un dernier genre rangé après celui des Amphisbènes est celui des Lépidosternons (Imi;, iSo;, écaille; 
(TTirjov, devant de la poitrine), ^Yi)gler, dans lesquels M. Mûller a formé le genre non adopté des Ceplia- 
lojH'Itis, qui s'en distingue particulièrement par ses narines percées sous le museau dans la plaqu.' 
qui en emboîte l'extrémité, par ses compartiments pectoraux de figures diverses, et plus grands que 
Cl ux des autres régions du corps, et sans pores préanaux. On n'en connaît que trois espèces, pro- 
pres à rAmérique du Sud, dont la plus anciennement décrite est le Lépidosterne microcéphale {Am- 
ihisbicna piwclala, Wied). 

Dans la seconde subdivision des Amphisbcniens, il n'y a que le seul genre Tiiogonophide {Trogono- 
pliis] {zpoyov, pic; o'fii, Serpent), Kaup (Isis, 1830), dans lequel les dents sont presque toutes réunies 
enire elles parla base, inégales, coniques, tuberculeuses ou mousses, un peu comprimées, sans 
membres du tout et sans pores au devant de l'anus, et qui ne renferme qu'une seule espèce, 
T. Wieçjmanni, Kaup (Anipliisbœna elegans, P. Gervais), du nord de l'Afrique, marqué en dessus 
de taches, les unes noires ou roussâtres, et les autres blanchâtres ou jaunâtres, et rappelant par leur 
disposition le dessin d'un damier. 




59. — Cliirote (annulé. 



TREIZIÈME FAMILLE. 

SCINCOIDIENS. G. Cuvier. LÉPIDOSAURES. Duméril et Bibron. 



Les Sauriens de celte famille ont pour caractères : tête recouverte en dessus par des plaques cor- 
nées, minces, anguleuses, affrontées par leurs pans d'une manière régulière; langue petite, libre, 
plate, sans fourreau, légèrement éthancrée en avant, à surface revêtue, en tout ou en partie, de pa- 
pilles : le plus ordinairement toutes en forme d'écaillés, quelquefois les unes squamiformes, les autrcR 
B. p. 13 



98 IIISTOIIIE NATURELLE. 

filiformes; yeux ne présentant qu'une seule paupière, et semblant même quelquefois en manquer, 
parce qu'ils sont recouverls par la peau; narines ayant peu d'étendue, variables pour leur terminai- 
son; cou de mêmes forme et grosseur que la poitrine; le reste du tronc et les membres garnis, de toi> 
tes paris, d'écaillés entuilées, à plusieurs pans, le plus souvent élargies et à bord libre légèrcmeiil 
arrondi, disposées en quinconce; dos arrondi, sans crêtes ni épines redressées; ventre cylindrique, 
sans rainure ou sillon latéral, garni d'écaillés semblables à celles du dos. 

Les Scincoldiens qui ont des pattes distinctes ont en même temps le corps arrondi; mais ceux 
qui sont privés de pattes ont la tête et la queue de même grosseur que le corps, et sont devenus toui 
à fait serpentiformes L'arrangement des écailles, qui sont presque toutes semblables entre elles, 
souvent comme arrondies sur leur bord libre et constamment rangées comme des tuiles en recouvre- 
ment les unes sur les autres, offre quelque analogie avec les téguments des Poissons; la couleur def 
écailles, de même que celle de la peau, est ordinairement d'un gris terreux, la partie supérieure étant 
plus foncée que l'inférieure; parfois l'animal présente des bandes transversales ou longitudinales qui 
sont dues à la couleur particulière, noire, jaune, rouge, orange, des écailles. Les pattes sont le plus 
habituellement courtes et mal conformées; leur nombre ainsi que la forme des doigts varie selon 
les genres : les espèces les plus rapprochées des Scinques proprement dits, dont le corps n'est pas 
très-allongé, ont des pattes assez complètes et terminées par des doigts bien onguiculés, garnis d'on- 
gles crochus, tandis que la plupart des autres, comme les Orvets, où le corps est très prolongé, 
n'ont plus que des rudiments de membres, qui disparaissent même dans les derniers groupes, et 
alors le seul mode de locomotion ne peut plus être que la reptation. Le tube intestinal varie suivant 
la forme du corps de l'animal et est beaucoup plus développé dans les espèces à ventre fortement 
arrondi que dans celles qui ont la forme d'un Serpent. Les poumons sont à peu près dans le même 
cas : il n'y en a plus qu'un seul bien développé dans les Orvets. 

En général, ces animaux, qui sont essentiellement carnassiers, se trouvent sur le sol, et quelques- 
uns s'y creusent des retraites. Ils sont répandus sur presque toute la surface du globe, et l'on en 
rencontre depuis les latitudes les plus élevées jusque dans des pays où l'abaissement de la tempéra- 
ture est très-considérable; mais, de toutes les contrées, l'Océanie est celle où l'on compte le plus 
grand nombre d'espèces; l'Europe en possède sept. Quelques-unes ne sont pas limitées à une seule 
contrée et habitent à la fois dans plusieurs pays. 

C'est Oppcl, le premier, qui créa, sous la dénomination de Scincoïdes, celte famille de Reptiles, 
dans laquelle il plaça les genres Scinque, Seps, Scheltopusick et Orvet, Fitzinger, tout en adoptant la 
même dénominadon, introduisit dans cette famille un assez grand nombre de genres, forma avec les 
Orvets une famille particulière, celle des Angiiinoïdcs, et appela Gyninoplilhalmes une autre famille 
dans laquelle il rangea les Scincoldiens, manquant en apparence de paupières; G. Cuvier, dans l'édi- 
tion de 1829 du lîcgne miimal, indiqua les SciNcoiniENs comme constituant la sixième et dernière 
famille des Sauriens; mais il y réunit les Chalcidiens et en sépara les Orvets, dont il fit ses premiers 
Ophidiens. Depuis, MM. Wagler, Wiegmann, Merrem, Gray, De Blainville, Th. Cocteau, Duméril et 
Bibron, etc., proposèrent de nouvelles classifications des Scincoldiens plus ou moins différentes des 
précédentes, et les partagèrent en un nombre de plus en plus considérable de coupes génériques ou 
sous-génériques. Les deux derniers auteurs que nous venons de citer, ainsi que depuis, en 1851, 
M. A. Duméril, firent connaître plus de cent espèces de Scincoldiens ou Lépidosaures, qu'ils répar- 
tirent en une quarantaine de genres, et qu'ils partagèrent en trois sous-familles ou tribus 



PREMIÈRE TRIBU. 

SAUROPHTHALMÉS. Duméril et Bibron. 



Cette division, qui renferme les Scinques, les Seps, les Orvets et quelques groupes qui sont voi- 
sins des uns ou des autres, c'est-à-dire vingt-sept genres et près de cent espèces, a pour caractères 



REPTILES. m 

particuliers : yeux disi'incl-i, protéçjcs pnr deux paupières mobiles; pas de porcs fémoraux, m au 
devant de ianus. 

Les uns sont munis de membres; dans le plus grand nombre, Scinques et Seps, ces membres sont 
au nombre de quatre, et parmi les premiers le genre principal est celui des : 



i" GENRE. — SCINQUE. SCINCUS. Laurenli, 1767. 

2>ciy.o;, nom grec, dont les Lalins ont fait Scinciu, et qui s'^ippliqiie au Scinque officinal. 
Synopsis Hepliliura. 

CARACTÈnES GÉNÉRIOUES. 

Museau cunéiforme, tranchant, Ironqué; narines latérales s'ouvrant entre les deux plaques na- 
sale et supéro-nusale antérieure; lan()ue ccliaiicréc, squameuse; dénis coniques, simples, obtuseï, 
mousses au sommet; palais denté, à rainure longitudinale ; des ouvertures auriculaires oper- 
culées. 

flancs anguleux à leur région inférieure. Queue conique, pointue. 

Quatre pattes terminées chacune par cinq doigts presque égaux, aplatis, à bords en scie. 

Les Scinques sont des Sauriens à corps assez ramassé, ayant dans quelques parties de leur orga- 
nisation, surtout dans la disposition des doigts, quelque chose de certains Laccriiens. Laurenti, le 
premier, créa le genre Scincus; les auteurs qui suivirent y placèrent un assez grand nombre d'es- 
pèces, puis, plus tard, d'autres y formèrent des groupes distincts; Fiizinger le réduisit ainsi qu'il est 
aujourd'hui, de telle sorte qu'il ne renferme plus qu'une seule espèce, le : 

SCINQUE DES BOUTIQUIÎS. SCI^XUS OFFICISALIS. Laurenli. 

CAHACTtRES SPÉCIFIQUES. — Corps couvcrt d'écaillés arrondies, lisses, p'.us larges que longues, 
disposées par rangées longitudinales; bout du museau pointu, relevé; queue grosse à la base, mince 
et comprimée à l'extrémité, plus courte que le corps; couleur générale jaune argenté, avec sept ou 
huit bandes transversales noires; régions latérales et inférieures d'un blanc argenté plus ou moins 
pur. Longueur totale de 0'",18 à 0'",20. 

C'est le Scinque de la plupart des auteurs, le Scinque des niARMACiEiVs de G. Cuvicr, VFAl-Adda des 
Arabes, le Scincus de Belon, Lacerta scincus de Linné, etc. D'après M. Al. Lefebvre, ce Reptile se 
rencontre constamment sur les monticules de sable fin et léger que le vent accumule au pied des 
haies qui bordent les terres cultivées ou les Tamariscs; on le voit se chauffer paisiblement aux rayons 
du soleil et chasser aux Insectes qu'il peut rencontrer; il court avec une certaine vitesse, et, quand il 
est menacé, il s'enfonce dans le sable, souvent à une profondeur de cinquante centimètres, avec une 
rapidité singulière; quand il est pris, il fait des efforts pour s'échapper; mais il ne cherche pas i 
mordre ou à se défendre avec ses ongles. Les médecins arabes regardaient le Scinque comme un 
remède souverain contre un grand nombre de maladies : ils l'employaient comme conire-poison pour 
les blessures faites par des flèches empoisonnées, et sa chair, principalement celle des lombes, était 
regardée comme un remède dépuratif, excitant, analeptique, anthelminlique, antisypliiliiique et 
aphrodisiaque; ce médicament n'est pas recommandé aujourd'hui en Europe, mais les médecins 
orientaux l'administrent encore dans léléphanliasis, dans des maladies cutanées et dans certains cas 
d'ophihalmies. On recherche les Scinques avec soin; les habitants nomades du désert du midi de 
l'Egypte les ramassent en grande quantité, les font dessécher et les envoient au Caire et à Alexan- 
drie. Cette espèce semble propre à l'Afrique; elle habite spécialement la Nubie, l'Abyssinie, l'Egypte 
et l'Arabie; on la rencontre également sur les côtes de Barbarie et, dit-on, au Sénégal, et on la 
prend en Sicile, dans certaines îles de l'Archipel, etc. 

D'autres genres voisins de celui-ci sont ceux des : 1° SpiiÉixops [uftiv, coin; wf/, face), Wagler, à 



,00 HISTOIRE NATURELLE. 

palais non denté, et à doigts un peu comprimés, sans denleliires latérales. Une seule espèce, le Simié- 
Kops BRIDÉ (Sphcnops capislratus, Wai^ler; Laccila Afiicana, Séba), qui habile l'Egypte, où il terre 
comme le Scinque, et dont on a retrouvé des momies dans les ruines des anciens temples, ce qui 
indique que c'était anciennement un animal sacré. 2° Diploglossus (5i7r).oç, de deux sortes, yluuax, 
langue), Wiegmann (Cclcslus et Tïïiqua partim, Gray), à tête déprimée, museau élargi, à écailles 
striées. On eu connaît six espèces, toutes de l'Amérique méridionale, plus grandes que les Scinques 
africains. 3» Amphiglosî-us (auyt, de deux manières; y^wcro-a, langue), Duméril et Bibron, dans les- 
quels la langue est tout à fait nue et lisse à sa base et papilleuse à son extrémité. Une seule espèce, 
de Madagascar. 




Scint|ue (Diploiilosse) de Duméril, 



2'"-^ GENRE. — GONGYLE. GOiSGYLVS. Duméril et Bibron, 1859. 

Tt.-^yjl.oi, arrondi. 
t:rpétologie géncTale. 

CARACTÈRES GÉ>'ÉR1QUES. 

Narines lalcralcs percées dans une seule ou dans deux plaques; langue échanerée, squameuse; 
ilcnts coniques, simples, parfois un peu cunéiformes ; palais dénié ou non; des ouvcrlurcs auricu- 
laires. Flancs arrondis. Queue conique, pointue ou un peu aplatie latéralement. 

Quatre pattes terminées chacune par cinq duitjls onguiculés, inégaux, un peu comprimes, sans 
iUXxlures. 



Ce genre, le plus considérable de ceux de la division des Scinques, comprend des espèces de taille 
grande ou moyenne et propres à toutes les parties du monde. Créé par Wiegmann pour un petit 
nombre d'espèces qu'il subdivisait en trois groupes, il comprend aujourd'iiui plus de soixante es- 
pèces, que M.M. G. et A. Duméril et Bibron répartissent en sept sous-genres spéciaux : 

A. Gongiihis, Wiegmann [des plaques supéro-nasales; écailles lisses; palais non denté, à rainure 
ou sans rainure longitudinale). Deux espèces, l'une de l'île Maurice et l'autre de tout le périple de 
la Méditerranée, et principalement de la Sicile; cette dernière est le Scikque oceli.é (S. ocellatus, 
Gmelin), d'un gris verdàtre en dessus, avec des points blancs ocellés; blanciiùtre en dessous; qui vil 
dans les endroits secs, se cache dans le sable ou sousles|)ierres,et se nourrit de petits Insectes, qu'elle 
saisit à la manière des Lacertiens. (Voy. Allas, pi. XIV, fig. 1.) — B. Eumcces {ivj^-cxr,;, allongé), 
Wiegmann, Riopa cl Tiliqua, Gray; Euprepis \>arlm, Wa'^lcr {narines percées près du bord posté- 
rieur de la plaque nasale; palais .sans dents, à écliancrure triangulaire en arrière). Onze espèces de 
l'Inde, de l'Océanie et de l'Amérique méridionale. — C. Euprepes {fmanrr,^, bien décoré), Wagler; 
Maboinja, Fitzinger (narines percées près du bord postérieur de la plaque nasale; écailles carénée.i; 
palais denté, à écliancrure triangulaire). Dix-sept espèces : la plupart de diverses parties de l'Afri- 



REPTILES. m 

que, les autres de Madagascar, des Indes orientales, de l'Océanie et de l'Amérique du Sud. — D. Plcls- 
lodon (îr).ct(TT'>;, nombreux; o3ou;, dent), Duméril et Bibron (narine* ouvertes vers le niilieu de la 
plaque nasale; palais à large rainure médiane, avec um ou deux séries de dcnls ptérijgoïdiennes 
nombreuses). Cinq espèces de l'Algérie, des Indes, de l'Océanie et de l'Amérique. — E. Lygosoma 
(luyoç, baguette; <r(a;y.«, corps), Gray {palais sans dents, à échancrure peu profonde; éeailles lisses; 
narines s'ouvrant au milieu de la plaque nasale; pas de plaques supéro-nasales). Ce groupe com- 
prend vingt-trois espèces, presque toutes de l'Océanie ou de l'archipel des Indes; le type est le Chal- 
ciDE {Laeerla cbalcides et Angtiis quadrupes, Linné), de petite taille, d'un fauve brunâtre, rayé, sur 
les côtés, de noirâtre en dessus, et blanchâtre en dessous; de Java. — F. Leiolopisma {Izio;, lisse; 
Xomo-pta, enveloppe), Duméril et Bibron (écailles lisses; des dents ptérygoïdiennes; narines s'ouvrant 
au milieu de la plaque nasale; pas de supéro nasales). Une espèce de File Maurice et de Manille. 
— G. Tropidolopisma {zponiç, iJo;, carène; VjTrtTf/a, enveloppe), Duméril et Bibron [écsillcs care- 
nces; palais sans dents, à échancrure triangulaire très-profonde; plaque nasale creusée d'un sillon 
curviligne). Trois espèces de la Nouvelle-Hollande. 

Trois genres, que l'on doit rapprocher des Gongyles, sont ceux des : 1° Cvclodus (xuxV.;, cireU' 
laire; oJoyç, dent), Wagler, ou Tïliqua, Gray, à dents maxillaires presque hémisphériques, tubercu- 
leuses; à écailles grandes, osseuses, lisses; à doigts sans dentelures, et à queue conique, pointue; 
.qui comprend trois espèces de l'Australasie, dont le type est le Scinque géant [Scincus gigas, Bod- 
daert), qui a près de û^jôû de longueur. 1° Tb.achïsaukus (roa^uç, rude; saupoi;, Lézard), Gray (Sin- 
bolepis, Th. Cocteau), ayant surtout l'écaillure supérieure composée de pièces osseuses très-épaisses, 
rugueuses; deux espèces de la Nouvelle- Hollande. 3" Silubosauiius (o-t^ugoç, épine; traupoç, Lézard), 
Gray, à écailles dorsales munies d'une double carène médiane, à écailles de la queue portant une 
épine triangulaire, redressée, robuste : une espèce, de l'Océanie. 

Des genres qui diffèrent beaucoup plus notablement des Scinques et des Gongyles sont les TRori- 
DOPHORUs {rpomç, iSo;, carène; fop%, porteur), Duméril et Bibron, que ces auteurs regardent comme 
assez voisins des Lacertiens, et dont les écailles des parties supérieures sont en losange, relevées 
d'une carène médiane prolongée en pointe en arrière; une espèce de la Cochinchine, les IlÉTiinopEs 
{lleleroptis) (stcoo;, différent; ttouç, pied), Filzinger, ou liistella, Gray, et CAMrsoD.^CTVLE (Campso- 
dactylus), Duméril et Bibron, chez lesquels il y a moins de cinq doigts à quelques-unes des pattes : 
les premiers, renfermant trois espèces de l'Ile Waigion, de l'île Maurice et de l'Amérique méridio- 
nale, n'ayant antérieurement que quatre doigts, et postérieurement cinq inégaux, un peu comprimés, 
onguiculés, et les seconds, ne comprenant qu'une espèce propre au Bengale, ayant, au contraire, 
cinq doigts aux membres de devant, et quatre inégaux, sans ongles, un peu cylindriques aux pattes 
de derrière. 

Les Seps et les groupes qu'on peut en rapprocher sont princioalemcnt les : 



5™ GENRE. — SEPS. SEPS. Daudin, 1805. 

2r,i;£iv, corrompre; nom donné par ^lien à ce groupe. 
Histoire des Replilcs. 

CAItACl'ÉllES GI-NlilU(jUES. 

Museait conique; narines latérales s'ouvrant entre les plaques nasale cl rosirale; des plaques 
iupéro-nasales; langue pinte, squameuse, en fer de flèche, échancrée à sa pointe; dents coniques, 
simples; palais non denté, avec une large rainure; des ouvertures auriculaires. 

Corps très allongé; écailles lisses; flancs arrondis; queue conique, pointue. 

Quatre pattes très-petites, ayant chacune leur extrémité divisée par trois doigts inégaux, ongui- 
culés, presque cylindriques, sans dentelures. 

Les Seps, par leur corps serpentiforme, ont de grands rapports avec les Ophidiens, et, par l'inter- 
médiaire des Orvets et des Scinques, ils établissent le passage des animaux de cet ordre à ceux ùi 



102 



inSTOir.E NATURELLE. 



l'ordre des Sauriens; ils se dislingiicnl particulièrement du genre des Orvets en ce qu'ils sont pourvus 
de pattes; mais cependant ces organes sont presque rudimentaires, incomplets quant au nombre des 
doigts, et, comme les Scinques, ils ont deux paires de pattes, qui sont plus petites et plus éloignées 
les unes des autres. L'espèce unique est le : 

SKPS CIIALCIDE. SEPS CIIM.CWrS. Cli. Bunaparte. 

CAr.ACTÈREs SPÉCIFIQUES. — D'uH gris d'acier en dessus, avec quatre raies longitudinales brunes, 
deux de chaque côté du dos; d'un gris blanchâtre en dessous. Longueur totale dépassant O'.'ùô. 

Cet animal est le Seis et Lacerta chakidica, Columna, Aldrovande; Laccrla cludcuks, Linné; 
Seps iridactijlus, 11. Cloquet, etc.; c'est le type du genre Zijgnli, Fitzinger. Les anciens le considé- 
raient comme étant très-venimeux; mais l'on ne sait trop pourquoi sa morsure est regardée vulgaire- 
ment comme venimeuse, car tous les auteurs dignes de foi tombent d'accord sur son innocuité com- 
plète. A l'approche de l'hiver, il se cache dans des trous, sous la terre, et il n'en soil qu'au printemps 
pour se répandre dans les endroits garnis d'herbes et auprès des lieux marécageux, où il se nourrit 
d'Araignées, d'Insectes et de petites Limaces. Columna rapporte que, en disséquant une femelle de 
Seps, il y trouva quinze fœtus vivants, dont les uns étaient déjù sortis de leurs membranes, tandis qui 
les autres étaient encore enveloppés dans une pellicule diaphane et renfermés dans leurs œufs, 
comme les petits des Vipères : de ce fait il conclut que les Seps sont vivipares, ce qui est tout à fait 
démontré aujourd'hui. On rencontre cette espèce assez communément dans le midi de la France, en 
Italie, dans toutes les îles de la Méditerranée, en Espagne et sur les eûtes africaines de la Barbarie. 

Péron el Lesueur en ont démembré deux espèces de la Nouvelle-Hollande pour en faire les types 
des genres ÎETnADACTïLUS {^zTpa, quatre; Ja/.Tu^oç, doigt), dans lesquels les pattes présentent toutes 
quatre doigts, et TninACTVLus {-zpi, trois; rîazrj^o;, doigt), ou llcmkrfjis {rj-utoy-r,;, imparfait), Wagler, 
qui n'offrent que trois doigts à chaque patte. 




Fis;. 41. — Seps sln'ala. 



Des genres en assez grand nombre qui se rapprochent des Seps par leur forme générale, et parce 
qu'ils ont tous quatre pattes, et qui ne comprennent chacun qu'une seule espèce du nord de l'Afri- 
que, des Indes ou de l'Australasie, sont les suivants: IIeteromeles [itzpo;, différent; f/.s),o;, membre), 
Duméril et Bibron (pattes antérieures à deux et postérieures à trois doigts); Anomalopus (av(u,«a- 
ïo;, anomal; mu;, pied), A. Duméril (pattes antérieures à trois doigts, postérieures non divisées en 
doigts); CiiEi.OMELEs (x(-Ai, pince; pe),o;, membre), Duméril et Bibron (toutes les pattes à deux doigts); 
Braciivmeles {^payvç, couri; //eî.o;, membre), Duméril et Bibron (pattes très-courtes : antérieures avec 
deux doigts rudimentaires; postérieures non divisées); Brachïstopus { ^pay^TTo^ , très-court; no-j;, 
membre), Duméril et Bibron (pattes antérieures en stylets ; postérieures à deux doigts); Nessia, Gray 
(paitcs-très-courtes, à trois petits doigts), et Evesia, Gray (pattes en stylets courts, non divisées en 
doigts). 

Dans le groupe des Orvets, en y comprenant les espèces à deux membres et telles qui n'en ont plus 
du tout, on comprend les genres suivants : 

\° Parmi ceux à deux membres. Bipède (Bipes, G. Cuvier, ou Scclotcs) [Ty.zloTr^ç, sans cuisses), 
Fiizinger (pattes postérieures, seules existantes, à deux doigts), ne renfermant que VAuguis bipes, 
Linné, du cap de Bonne-Espérance; Soridia, Gray, ou Prwpedïms (prwdilus, ù membres débiles), 
Duméril el Bibron (pattes postérieures en simples stylets); une espèce, probablement du Cap, et 
OiiiioDEs (ofiwSïjç, qui ressemble à un Serpent), Wagler (pattes postérieures rudimentaires, sans 



REI'TILKS. 105 

doigts); une espèce de l'Amérique du Sud rangée parmi les Bi/ics par G. Cuvier, avec les Pijijopus 
par Spix, et avec les Ihifjodactiilus par Fitzinger. 
ti° Parmi les espèces tout à l'ait privées de membres, le genre le plus im[iortaul est celui des ; 



4"'« GENRE. — ORVET. A^GUIS. Unné, 1735. 

A"guis, nom latin d'un Serpent. 
Systema naturx. 

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Corps tout à fait scritentifonnc, privé de membres, à flancs arromlis, à écailles lisses, clar(fics, 
hexayones ou rlwmboïdales, et à queue cylindrique. 

Museau conujue, à j'iatines en dessus; narines lalérales s'ouvranl dans une seule plaque; des 
supéro-nasales; lançjue en fer de flèche, divisée en deux pointes à son extrémité, granuleuse, en 
partie veloutée; palais non denté, à large rainure longitudinale; dents longues, aiguës, couchées en 
arrière; îles ouvertures auriculaires exlrciuement petites, souvent cachées sous les écailles. 

Le genre Anguis, aujourd'hui réduit à une seule espèce, comprenait pour Linné tous les Reptiles 
écailleux sans pieds ou à pieds extrêmement courts, dont les écailles du dessous du tronc et de la 
queue étalent semblables ou à peu près semblables à celles du dessus : tels que les Éryx, les Opbi- 
saures, les Scélotes, les Rouleaux, les Typhlops, les Orvets proprement dits, etc., qui, pour lui, 
étaient des Serpents; mais dans ces derniers temps plusieurs naturalistes, et les premiers, De Blain- 
ville et Oppel, ayant remarqué la grande analogie qui lie les Orvets aux Seps et ceux-ci aux Scinques, 
les ont séparés des Ophidiens et ont montré que ces animaux étaient réellement, malgré leur appa- 
rence serpentiforme, de véritables Sauriens plus ou moins privés de membres. 

ORVET FliAG Li:. A.\GL'IS FltAGlLlS. Linné. 

Caractères spécifiques. — Jeunes d'un gris blanchâtre en dessus, avec ou sans une ligne médiane 
noire; dessous et côtés d'un noir bleuâtre foncé. Adultes variables pour la coloration : dessus du 
corps cuivreux, marron, fauve ou grisûire, avec ou sans raie noire; dessous et côtés d'un gris 
plombé. Longueur 0'",20, sur lesquels la queue mesure 0"',15; de la grosseur d'une plume de Cygne. 

L'Orvet, dont plusieurs variétés ont reçu des noms particuliers, et dont les individus chez lesquels on 
a pu voir l'oreille externe ont été gcuériquement nommés Otophis, commun en Europe, se trouve aussi 
dans les parties occidentales de l'Asie et septentrionales de l'Afriquo. C'est un petit animal cylindri- 
que, allongé, ayant l'apparence extérieure des Ophidiens, mais dépourvu de leur iouplesse; son corps 
n'est pas long, mais sa queue, qui commence à l'anus, est considérable. Les membres courts et comme 
verticillés qui meuvent cette dernière peuvent se détacher aisément de leur insectioE, et la queue se 
casse aussi avec assez de facilité, soit par l'elfet d'une faible traction, soit, assure-t-on, par la seule 
force de contraction de l'animal lorsqu'il se roidit; aussi l'a-l-on appelé fragilis, et vulgairement 
Serpent de verre, on le nomme aussi quelquefois Anvcau, etc. Ces Reptiles sont ovovivipares; ils 
vivent dans les bois, les landes, les garigues, préfèrent les endroits pierreux, un peu secs et sablon- 
neux, et se retirent dans des trous, souvent sous la mousse au pied des arbres; ils sont timides, assez 
vifs, et, dès que l'on approche, ils se cachent immédiatement; ils se nourrissent de Vers de terre, 
qu'ils avalent sans les mâcher, de petits Mollusques et d'Insectes; mais c'est évidemment à tort qu'on 
les accuse d'attaquer les Rats, les Grenouilles et les Crapauds : leur faiblesse et leur petite taille ne 
sauraient le permettre, et, en outre, leur bouche, qui n'est pas dilatable comme celle des Ophidiens, 
ne leur donnerait pas la possibilité de le faire. Les Orvets sont complètement inolfensifs, bien que 
dans beaucoup de localités on les redoute à l'égal des Serpents venimeux. 

L'Angïàs miliaris, Pallas, petite espèce propre à la Russie méridionale, à la Morée et à l'Algérie, 
a été génériquement distingué, par M.y. Duméril et Bibron, sous le nom d'OruiouoRUS (o^i;. Serpent; 



ici 



IIISTOIIIE NATUllKLLE. 



o,Mf.oç, voisin), des Orvets, dont il se dislingue par ses narines s'ouvrant entre deux plaques; sa lan- 
gue plaie, squameuse, faiblemenl ccliancrce à la pointe, et par ses dents coniques, obtuses. Les 
ÀcoNTiAS (axoïTtaç, nom grec d'un Serpent), G. Cuvier, qui renferment TOrvet peintade {Anguis niclea- 
yris, Linné), de l'Afrique australe, sont caractérisés par leur queue courte, comme tronquée; leur 
museau conique, emboîté dans une seule plaque; par leur paupière inférieure seule existante, et par 
le manque d'ouvertures auriculaires. 




DEUXIEME TRIBU. 

0PII10PIIT1IAL51ES. Diiinéril et Bibron. 

Cinq genres entrent dans cette division et ont pour caractères communs : yeux avec un rud'intcni 
de paupière unique, bordnnl l'orbile, en tout ou en partie, sous forme d'anneaux ou de dani-an- 
ncaux, le plus souvent très-peu développé; une seule espèce tout à fait privée de paupières. 

Clicz les uns, il y a quatre membres; tels sont : 1° les Abi.epharus («çisyapoç, yeux sans paupiè- 
res), Fitzinger; Criiploblcpiiarus, Wiegmann, à cercle palpcbral plus ou moins Completel mobile, et 
représentant un rudiment de paupière; à pattes toutes à cinq doigts; à écaillure lisse; quatre espèces 
du nord et de l'occident de l'Europe, de l'Asie et de la Nouvelle-Hollande; 2° les GïMKOPnTiiALMus 
{'/•jv-vj;, nu; ofOcô.ij.oç, œil), Merreni, qui n'ont pas de vestiges de paupières; pattes antérieures ù 
quatre et postérieures à cinq doigts; à écaillure carénée; une seule espèce {Lacerla lincala, Linné), 
du Brésil; 5° les Lerista, Bell, ayant un rudiment de paupière; pattes antérieures à deux el posté- 
rieures ù Irois doigts; une espèce de l'Australasie. 

Chez les autres, il n'y a plus que deux membres; ce sont : 1° les Pïgopus, Merrem, ou Hysteropus 
(v7-o-jooç, postérieur; ttou;, pied), Duméril et Bibron; sans membres de devant : ceux de derrière courts, 
réniformes, non divisés en doigts; un rudiment de paupière; à écaillure carénée; à pores en avant de 
l'anus; une espèce, de la Nouvelle-Hollande, le Bii'i":de léimdopode, G. Cuvier; 2° les Lialis, Gray; 
sans membres antérieurs : les postérieurs très-courts, non divisés; à pupille linéaire; à écaillure lisse; 
quatre pores préanaux; trois espèces, de la Nouvelle-Hollande, d'après M. Gray, et que l'on réunit 
en une seule, le Lialis Bnrivni. 



TUOISIÈSIE TRIBU. 

TYPIILOPUTIIALMES. Diiiiicril et Bibrou. 



Doux genres, qui doivent peut-être rentrer dans l'ordre des Opliidiens, forment cette division, ca- 
ractérisée par ses ijeux nuls, ou si petits, quils n'existent vour ainsi dire qu'à l'état rudintentaire, 
ou tout à fait cachés sous la peau. 



105 

mcœ}; Il j a 



REPTILES. 
Dans les Dibamus (StSay-o;, bipède), Duméril et Bibron (espèce unique, D. Novœ-Gu.....^„ 
encore des membres de derrière courts, aplatis, réniformes; le museau est conique, emboîté jusqu'au 
front dans un étui squameux de trois pièces; la langue n'est pas échancrce à sa pointe; l'écaillure est 
hsse. Dans les Typhlines (tu^^ivoç, aveugle), Wiegmann (type Aconiias cœciis, G. Cuvier, du cap de 
Bonne-Espérance), il n'y a pas de membres du tout; le museau est emboîté dans une seule plaque, 
el la langue, en fer de flèche, est échancrée à sa pointe. 




Fig. 43. — IHbame de la Nouvelle-Guinée, 



QUATRIÈME ORDRE. 



OPHIDIENS. OPHlDll. Al. Crongniart. 



Cet ordre de Reptiles peut être ainsi caractérisé d'une manière générale : corps allongé, arrondi, 
étroit, sans pattes ni nageoires paires; bouche garnie de dents pointues, en crochets, séparées entre 
elles et non contiguës; mâchoire inférieure à branches dilatables, plus longues que le crâne; télé à 
un seul condyle arrondi; point de cou distinct, ni conque, ni canal audilif externe; pas de paupières 
mobiles; peau coriace, extensible, écailleuse ou granuleuse, recouverte d'un épiderme caduc d'une 
seule pièce qui se détache en entier et se reproduit plusieurs fois dans l'année. 

Ces animaux, connus vulgairement sous le nom de Scrjmits, sont les O-yt; d'Aristote, les Scrpcnt'i 
de Linné et les Oplndicns d'AI. Brongniart, de G. Cuvier et de lous les naturalistes modernes; jus- 
que dans ces derniers temps, on les a caractérisés comme des Reptiles à corps très-allongé, se mou- 
vant au moyen de replis qu'ils font sur le sol, et siirloul étant privés de pieds. Mais celle définition a 
dû être modiliée, car des animaux qui possèdent les particularités qu'elle indique ont été placés 
soit avec les Sauriens, soit avec les Batraciens; c'est ainsi que d'un coté les Orvets, le Scheltopu- 
sik, etc., sont de véritables Sauriens serpentiformes, el qu'il en est de même des Amphisbènes, si 
toutefois ces derniers Reptiles ne doivent pas constituer un ordre particulier, et que, d'un autre côté, 
les Cècilies sont de véritables Batraciens; en outre, on doit ajouter que l'absence de membres ne 
paraît même pas être un caractère propre à tous les Ophidiens, puisque, chez les Boas, on trouve, de 
chaque côté de l'anus, des crochets que l'on a considérés comme étant des rudiments de membres. 

Les Ophidiens sont des Reptiles à peau écailleuse, pourvus d'un seul condyle occipital, et dont les 

embryons ont un amnios et une seule vésicule allantoïde, tandis que les Batraciens ont deux con- 

dyles occipitaux, et qu'ils n'ont qu'une seule vésicule, la vésicule ombilicale. Ils ressemblent aux 

■ Sauriens véritables par leur double pénis, et ils s'éloignent, sous ce rapport, des Crocodiles et des 

R. P. ii 



i06 lIISTOinE NATURELLE. 

Cliéloniens, clicz les(iiii'ls le pénis est simple.-lls ont le corps allongé, à peu près cjlinQiique, ce qui, 
au reste, ne leur est pas spécial parmi les Reptiles; ils ont la langue bilide, manquent de paupières 
mobiles, n'ont pas de tympan visible extérieurement, et ont l'ouverture cloacale en fente transver- 
sale. Leurs mâchoires, jointes au crâne par des articulations, sont plus ou moins allongées, mobiles, 
et l'os carré ou tjnipanique est mobile, ainsi que le mastoïdien. Leurs dents sont acrodontes, et ils 
en présentent souvent sur les os palatins et ptèrygoïdes, aussi bien que sur les maxillaires inférieur 
et supérieur. Ils ont des poumons, l'un allongé et l'autre court. Leurs vertèbres sont concavo-con- 
vexes, nombreuses, partageables en Ironcales ou cosiifères et en caudales; ils manquent toujours de 
sternum, ainsi que d'épaule et de bassin. 

La tcte n'est pas séparée du tronc par un cou distinct, et est à peu près de même grosseur que lui; 
la queue est plus ou moins longue. Cette dernière, qui n'est pas toujours très-distincte du corps, 
peut être prenante, ou aplatie en nageoire, et elle peut porter des organes particuliers que l'on 
nomme grelols. Le corps et la queue peuvent être filiformes, ou plus ou moins arrondis ; jamais ils 
ne présentent ces crêtes parfois si développées chez les Sauriens; jamais ils n'ont de nageoires. 

Les mouvements qu'exécutent les Ophidiens, soit qu'ils les effectuent sur le sol ou à la surface des 
eaux, sont très-variés; mais c'est toujours à l'aide des sinuosités qu'ils impriment à leur corps qu'ils 
les produisent, et ces sinuosités sont tantôt verticales, tantôt horizontales, et peuvent produire une 
vitesse parfois très-grande : ce mode de locomotion, qui s'appelle ramper, est le mouvement habituel 
des Reptiles, et, sous ce point de vue, comme on l'a dit souvent, les animaux que nous étudions sont 
les Reptiles par excellence. Il est certains Serpents qui grimpent aux arbres avec une grande pres- 
tesse en s'entortillant autour des branches, et parmi eux quelques-uns se nourrissent d'œufs ou de 
petits Mammifères qu'ils poursuivent jusqu'au sommet des arbres, tandis que d'autres, s'atlacbant par 
l'extrémité postérieure de leur corps, restent suspendus verticalement, guettant leur proie, ou bien 
impriment à leur corps des oscillations pour s'élancer sur un arbre voisin ou sur l'objet qu'ils convoi- 
tent; il en est aussi qui, comme le Boa devin, se tenant enroulés pendant le repos sur la terre, élè- 
vent verticalement leur tête au-dessus des hei'bes pour voir ce qui se passe à l'entour d'eux, puis qui. 
à l'aspect de leurs victimes, se redressent totalement et s'élancent sur elles, et leur brisent les os au 
moyen de puissantes coTitraclions; enfin d'autres restent immobiles, et, par une sorte de fascination 
dont on a beaucoup parlé, semblent attirer la proie dont ils se repaissent. Le squelette est formé d'os 
d'un tisssu très-dur. Le crâne est petit et composé d'un grand nombre d'os dont la forme et les pro- 
portions peuvent varier suivant les espèces; un des traits les plus généraux de la tête est la mobilité 
des maxillaires supérieurs et des incisifs, qui ne sont pas soudés au crâne, et le grand développe- 
ment de la mâchoire inférieure, dont les mastoïdiens et les tyuipaniques sont eux-mêmes mobiles et 
en forme de pédoncule; enfin il n'y a pas de symphyse articulaire, ce qui permet un grand écartement 
des maxillaires. Les vertèbres sont en nombre très-considérable; leur forme est à peu près la même 
dans toute l'étendue de la colonne qu'elles constituent; cependant elles peuvent être subdivisées en 
deux groupes : d° les trocales, qui partent des côtés; 2° les caudales, dépourvues de ces appendices, 
et articulées ensemble par énarihroses en genou. La tête n'offre pas plus de mobilité dans son arti- 
culation avec l'atlas que les autres vertèbres entre elles, et celles-ci sont disposées de telle sorte, 
qu'elles facilitent au plus haut point le mouvement de reptation. 11 n'y a pas de rudiments d'os des 
membres, à moins qu'on ne donne ce nom aux deux crochets anaux des Boas, mrme au sque- 
lette; on n'y trouve pas non plus de sternum, ni de bassin, ni épaules. Les côtes sont nombreuses. 
Presque tous les muscles sont destinés à agir sur la colonne vertébrale, et d'autres très-puissants font 
agir les deux mâchoires. 

Les sens sont en général obtus. Ces animaux sont cependant très-sensibles à l'action de l'atmo- 
sphère; pendant l'hiver, ils tombent dans un engourdissement complet d'où peut seule les faire soriir 
une élévation de température; et il en est de même, pour certains d'entre eux, pendant la sécheresse 
au milieu des fortes chaleurs de l'été, principalement sous les tropiques. Leur irritabilité est, au con- 
traire, très-grande; ainsi le cœur continue à palpiter longtemps après avoir été arraché du corps, et, 
sur une tète séparée du tronc depuis plusieurs heures, la gueule continue à se fermer et à s'ouvrir 
convulsivement. Le cerveau est très-petit; les nerfs cérébraux fort exigus, mais la moelle èpinière, 
énorme par sa longueur, fournit des nerfs vertébraux excessivement nombreux. Les yeux sont immo- 
biles, placés sur les côtés de la tête, manquent de paupières mobiles, mais sont pourvus d'une pau- 





l'i;,' '2 — Hysti'ro|)c de hi Noiivelle-llolliiiitlu 




''"'g- 3- — Typlilops réticulé. 




lOiylliralaiiipre véimslissinie. 



REPTILES. d07 

jiiùre unique immobile, encl)âssée dans un rebord saillant formé autour de l'orbite par des écailles 
quelquefois en nombre variable, mais le plus souvent au nombre de sept ou de huit. L'organe de 
l'audition est très-incomplet. Les narines sont remarquables dans certains genres par leur grand dé- 
velûppemenl, présentant à peu près l'apparence d'un nez. La langue est à moitié cartilagineuse et à 
moitié cornée; elle est cxlrémement extensible, retenue à sa base dans un fourreau, et bilide à son 
extrémité; cet organe est tout à fait inoffensif, et sert particulièrement à la déglutition, sa con- 
sistance la rendant peu propre à percevoir les saveurs : c'est à tort que le vulgaire, qui la nomme 
(lard, croit voir en elle un organe qui recèle le venin mortel que certains Serpents déposent dans la 
plaie que forme leur morsure. Les téguments qui recouvrent le corps des Ophidiens indiquent assez 
le peu de développement de leur organe du toucher; chez quelques-uns, les Homodermes de 
M. C. Duméril, les plus petits, et dont la nourriture consiste surtout en Insectes, la peau est tout à 
fait uniforme, tantôt complètement nue, tantôt recouverte d'écaillés; chez les autres, les liéléroder- 
mes, les plus grands de tous, les plus nombreux, et ceux dont la morsure est la plus dangereuse, 
celle peau est recouverte d'écaillés, qui diffèrent suivant les diverses parties du corps : la partie su- 
périeure ayant de petites écailles et l'inférieure de larges plaques cornées. En outre, la tête offre des 
écailles de formes particulières, aussi bien chez les Homodermes que chez les Ilètérodermes, et qui, 
par leur disposition spéciale, fournissent de bons caractères, soit génériques, soit spécifiques. Celte 
peau présente des couleurs assez variées, tantôt sombres, grises ou brunâtres, ou bien, au contraire, 
assez vives, brillantes, rouges, bleues, jaunes, etc.; elle tombe plusieurs fois chaque année : celle 
dépouille présente la forme de l'animal d'où elle provient, et ce dernier, après avoir mué, offre 
des couleurs plus brillantes qu'auparavant. On ne sait si l'on doit considérer comme organe spécial 
du tact les tentacules que supporte le museau de l'Erpèton, l'éminence cornée et mobile placée au- 
dessus de chaque œil dans le Céraste, etc. 

Tous les Ophidiens sont pourvus de dents; leur forme indique qu'elles ne sont pas destinées à la 
mastication, mais seulement à retenir la proie : elles sont en effet pointues, acérées, dirigées en ar- 
rière. Le nombre de ces dents, qui est très-considérable, varie aussi beaucoup. Toutes les dents 
sont acrodontes, c'est-à-dire fixées sur le bord des os qui les portent, et sans racines; elles peuvent 
se trouver sur les os ptérygoïdiens, palatins, maxillaires supérieurs, maxillaires inférieurs, incisifs 
ou iiitermaxillaires, et l'on en a même vu dans une espèce, le Colubcr scabcr, garnissant le sommet 
des apophyses épineuses inférieures des vertèbres de la région œsophagienne. Les Typhops manquent 
de dents à la ma dioire supérieure et à l'inférieure; certains Ophidiens n'en ont pas aux ptérygoïdiens 
et aux palatins, et, sauf certains Rouleaux et divers Pythons, toutes en manquent aux os intermaxil- 
laires. Les espèces venimeuses sont, en outre, pourvues de dents placées à la partie antérieure et 
médiane de la mâchoire supérieure : ces dents, qui sont crochues et acérées, sont creuses, canne- 
lées, et destinées à donner un écoulement au venin que sécrète une glande placée de chaque côté de 
la mâchoire, en arrière de l'oibite, et qu'elles conduisent dans la plaie qu'elles forment. En arrière 
de ces dents à venin, qui, pendant le repos, sont cachées dans des replis de la gencive, se trouvent 
les germes de plusieurs autres dents qui sont destinées à les remplacer quand elles sont émoussées. 
Le canal intestinal offre peu de longueur, et cette dernière ne dépasse guère celle du corps; l'esto- 
mac est peu distinct, et il n'y a pas de cœcum. La nourriture exclusive des Ophidiens est lout ani- 
male; les Insectes, les Vers, les Mollusques, quelques Amphibiens, certains Poissons, etc., sont la 
proie des petites espèces; mais les grands Mammifères n'échappent pas à la voracité des grandes es- 
pèces, qui dévorent parfois une proie plus grosse qu'eux-mêmes On serait étonné de celle particu- 
larité si l'on ne connaissait l'étonnante dilatabilité de tous les os du crAne et des mûrhoires, qui ne 
soni réunis entre eux que par des ligaments. En outre, les Ophidiens digèrent très-lentement, de 
telle sorte que, quand ils se sont emparés d'une proie énorme, il arrive que la partie qui a atteint 
leur estomac est complètement dissoute lorsque l'autre est encore entière dans la gueule; aussi a-t-on 
trouvé de ces animaux qui contenaient dans leur ventre des corps entiers de Bouc, de Cerfs ou d'au- 
tres gros Mammil'ères. Les Ophidiens ne recherchent guère qu'une proie vivante : certaines espèces, 
telles que les Crotales, se contentent cependant des cadavres d'animaux qu'ils rencontrent; ils 
mangent rarement : en effet ils ne font qu'un seul repas dans l'espace de plusieurs semaines, et ils 
restent longtemps immobiles pendant le travail de la digestion. L'accroissement est très-lent; mais, 
commç ces animaux vivent très-longtemps, ils atteignent parfois des dimensions très-considérablcS. 



108 [IISTOmE NATURELLE. 

L'ap])arpil de la circulation présente quelques particularités remarquables. Le cœur est petit. Dans 
un certain nombre d'espèces, il existe une communication entre le ventricule droit et l'aorte descen- 
dante; et la cloison venlriculaire est percée. Des deux poumons, qui ont la forme de sacs allongés, 
Vun est constamment presque tout à fait atrophié, et l'autre, très développé, s'étend sous l'œsophage, 
l'estomac et le foie. L'acte de la respiration est modifié en lui-même par l'absence de sternum et par 
celle du diaphragme ; elle n'est pas très-active, cl peut être suspendue au gré de l'animal. 11 y a des 
cœurs lymphatiques. Quoi qu'on en ait dit, ces animaux ne font pas entendre un sifflement particu- 
lier, et quelques uns seulement produisent un soufllemenl très-sourd provenant de l'air qui sort plus 
ou moins rapidement des poumon; . 

Les organes reproducteurs sont doubles; il y a deux verges, deux ovaires; mais, en échange, il 
manque plusieurs parties, comme les vésicules séminales, par exemple. Les Ophidiens sont ovipares, 
et déposent des œufs rangés en chapelet, de forme ovoïde, enveloppés de membranes molles, et re- 
couverts d'une coque calcaire; quelquefois les œufs éclosent dans l'intérieur de leur corps, de ma- 
nière qu'ils mettent au jour des petits vivants, c'est ce qui a lieu dans les Vipères; ils prennent soin 
des petits dans le jeune âge et semblent même, dit-on, pendant le danger, leur donner un abri dans 
leur œsophage. 

La taille varie beaucoup dans les différents groupes; les Typhlops sont très-petits; certaines Cou- 
leuvres ont à peine 0'".20 de longueur; mais d'autres Coliibcr ont jusqu'à ô" ou 4"^; les Pythons et 
les Boas, 4™ à 5"", et Adanson parle de Serpents du Sénégal qui mesuraient 40 à 50 pieds en lon- 
gueur. Dans une même espèce, la taille n'est pas toujours la même pour des individus du même 
Sge; l'abondance ou la rareté de la nourriture, le concours favorable ou défavorable des circonstan- 
ces environnantes, la vigueur de santé ou la faiblesse de chaque individu, et diverses autres causes 
encore, accélèrent le développement des uns et ralentissent la croissance de certains autres. 

Les Serpents, dont on connaît aujourd'hui de cinq à six cents espèces, sont répandus dans foutes 
les parties du monde; et ils acquièrent, dans les régions interiropicales, de plus grandes dimensions 
que partout ailleurs. Les espèces de l'Amérique du Sud, de l'Afrique et de l'Australasie diffèrent 
beaucoup entre elles; l'Inde et l'Afrique ont quelques espèces communes; le périple de la Méditer- 
ranée en offre quelques-unes communes à tous ses points, et d'autres qui vivent en même temps dans 
le nord et dans l'est de l'Afrique, ainsi que dans le sud de l'Europe; toutefois chacune de ces con- 
trées en présente aussi quelques-unes qui lui sont particulières avec le reste du continent dont cha- 
cune fait partie. L'Amérique du Nord fournil des espèces, sinon identiques, au moins très-semblables 
à certaines espèces européennes, et d'autres qui en difl'èrent évidemment. On connaît, en Europe, 
vingt-six Ophidiens qui se rapportent principalement aux anciens genres des Couleuvres et des Vi- 
pères. Il n'y a qu'un petit nombre de groupes importants circonscrits dans des limites géographiques 
spéciales; tels sont les Crotales, exclusivement américains; les Boas, de l'Amérique méridionale; les 
Pythons, des contrées chaudes de l'ancien coniinent, etc. Les espèces venimeuses recherchent surtout 
les terrains dénudés, secs et chauds; divers genres vivent, au contraire, dans les eaux salées et s'é- 
cartent plus ou moins des côtes, et c'est à ces derniers que l'on doit rapporter ces énormes Serpents 
de mer à taille gigantesque dont on a si souvent parlé, et dont l'existence est cependant très-loin 
d'être démontrée. 

A toutes les époques, les Ophidiens ant fixé l'attention de l'homme, et dans toutes les mythologies 
quelques-uns d'entre eux ont joué des rôles plus ou moins importants. La défiance naturelle que ces 
animaux inspirent, leurs allures singulières, le danger que l'on court en touchant certains d'entre 
eux, sont autant de causes qui expliquent les nombreux récits que l'on fait à leur égard, et qui mon- 
trent pourquoi les espèces innocentes, souvent difficiles à distinguer des espèces venimeuses, sont, 
comme celles qui nuisent, en état de suspicion continuelle. Et cependant, quelque défiance que l'on 
ait pour ces animaux, on les mange dans presque toutes les parties du monde, aussi bien chez les 
peuples civilisés que chez les peuples sauvages, et les Serpents à sonnettes eux-mêmes sont recher- 
chés dans quelques parties de l'Amérique et passent pour un excellent manger. 

Un très-grand nombre de naturalistes, dont on peut trouver la liste complète dans le tome VI de 
VErpélolofjic çjciicrale, ont publié des travaux importants sur les mœurs, la description des espèces 
et la classification des Serpents. Arislote, le premier, s'est occupé de ces animaux, et l'a fait d'une 
manière assez exacte; Pline n'a guère que copié le célèbre auteur grec; Gesner, Aldrovande, Jonston 



REPTILES. 



109 



et Ray en ort donné depuis les premières classifications, perfeetionnées par Linné, Klein, Lau- 
renti, Scopoli, Lacépède, Daudin, Oppcl, Merreni, G. Ciivier, Sclineider, Boié, Ritgen, Wagler, 
De Biainviiie, et surtout, plus récemment, par MM. Fiizinger, Millier, Sclilegel, le prince Charles Do- 
naparle, J. E. Gray, C. et A. Uuméril et Bibron, etc. Ces trois derniers auteurs surtout, dans les 
tomes VI (I8ii) et VII (1854) de leur excellente Erpélologie générale, font connaître les Ophidiens 
d'une manière plus complète qu'on ne l'avait fait précédemment, donnent une bonne classification, 
créent un très grand nombre d'espèces et de genres nouveaux, et démontrent que la vénénosité de 
ces Reptiles et les caractères qui l'accompagnent sont, ainsi que les particularités de l'écaillure, les 
meilleurs caractères dont on puisse faire usage pour les classer. 

Pour MM. C. Duméril et Bibron, dont nous suivrons la classification, les Ophidiens doivent être 
divisés en cinq grandes sections: 1° Scolécophides (o-xw)./;?, vm;, Ver; ofiç, Serpent) ou Vermifonnes 
{Tiiplilops), qui ont des dents seulement à l'une ou à l'autre mâchoire; 'y Azéwiopuides {aiuy.ioç, inno- 
cent; oyi;. Serpent) ou Cictii-ifonnes {Couleuvres), des dents aux deux mâchoires ; sus-maxillaires 
antérieures pleines : postérieures rondes, pleines; 5" Athobéropiiides (ayoS-po;, qu'on ne doit pas 
craindre; oyt;, Serpent) ou Fidcndi formes (fausses Couleuvres), qui diffèrent des précédents en ce 
(|ue les sus-maxillaires postérieures sont creusées en avant d'une gouttière; 4° Apistophides («ttit- 
T;ç, perfide; oyt;. Serpent) ou Fallasi formes (fausses Vipères) : des dents aux deux mâchoires; les 
fus-ma\illaires antérieures parcourues en long par un canal vénénifère formant en avant un sillon; 
5° Tll.\^.^TO^HlDEs (Oa-jaroç, mort; r.tfi;, Serpent) ou Vipcriformcs (Vipère), qui se distinguent des 
précédents en ce qu'il n'y a pas de trace de sutures en devant du canal vénénifère des sus-maxillaires 
antérieures. 



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Fi;;. 44. — Éhips corail. 



^t 



Scdi 



Ot). 



SERPENTS VERMIFORMES NON VENBIEUX oti SCOLÉCOPHIDES. Duméril et Bibron. 



Lis Reptiles qui entrent dans cette division ont, au premier aspect, une ressemblance assez grande 
a'.ec !f iVers de terre parla forme allongée, étroite et cylindrique de leur corps, dont les deuxextré- 
milfcï. sont de même grosseur et se confondent avec le tronc. Us n'ont jamais de dents qu'à l'une ou 
à l'autre mâchoire; ces dents, au nombre de cinq au moins ou de dix au plus de chaque côté de la 



110 IllSTumi- NATIIIIELI.E. 

mâchoire, sont Irès-fortes, coniques, courbées, pointues, ou courtes, grosses, presque cylindriques, 
mousses; aucune n'est sillonnée ni canaliculée; leurs os intermaxillaircs, les nasaux, les vomers et les 
frontaux antérieurs sont solidement soudés entre eux; les sus-niaxillaircs sont très-courts, et les pala- 
tins étendus en travers, au lieu d'être longitudinaux; ils n'ont jamais de ptérygoïdiens externes destinés 
à transmettre le mouvement aux pièces antérieures de la mâchoire. La disposition et la nature des 
écailles, qui sont les mêmes que celles des Scinco'idicns, donnent à leur corps une consistance, une 
solidité et un aspect lisse, poli, quoiqu'il soit recouvert de pièces très-nombreuses et fortement im- 
briquées ou superposées : les plaques ou écailles céplialiques sont petites, disposées comme celles des 
autres Ophidiens, et il y a une infinité de petits pores crypteux. Leur museau offre proportionnellement 
une très-grande largeur, parce que la partie faciale de la tête est surtout développée, tandis que les 
autres parties semblent se confondre avec le tronc; et leur bouche est petite, placée tout à fait au- 
dessous des plaques ou lames cornées recouvrant tout à fait les yeux, généralement très-petits, et 
dans lesquels la lumière ne pénètre qu'autant que le permet la faible transparence de leurs voiles 
squameux, d'où il résulte que leur vue est excessivement faible, et que quelques-uns même d'entre 
eux sont à peu près aveugles, s'ils ne le sont pas complètement. Le tronc, plus ou moins allongé, 
n'est pas absolument arrondi, avec l'extrémité postérieure plus forte que le reste; la queue, très- 
courte, diffère peu du tronc et est (cylindrique ou conique. La tête, osseuse, s'éloigne de la forme 
ordinaire dans son ensemble comme dans ses détails, bien qu'au fond elle ne soit pas construite sur 
un plan différent de celui des autres Opiiidiens : il y a des vestiges de bassin. 

Les Scolécopliides atteignent très-rarement 0"',oO à 0™,40 de longueur, et une grosseur égale au 
petit doigt; la plupart ont des dimensions pareilles à celles des Vers de terre, et quelques-uns sont 
beaucoup plus petits et plus grêles ; comme ces derniers, ils se tiennent sous les pierres ou habitent 
l'intérieur du sol dans de petits terriers, sortes de galeries étroites qu'ils s'y creusent, et cela tou- 
jours dans des localités humides. Ils font leur nourriture de Lombrics, de Myriapodes et de larves 
plutôt que d'Insectes parfaits, d'après le peu de largeur et de dilatabilité de leur bouche, qui n'est suc- 
ceplible d'admettre qu'une proie plus ou moins elTilée. Ce sont les moins agiles et les plus inoffei:- 
sifs des Ophidiens, et, lors même qu'ils voudraient nuire, ils ne le pourraient pas; car ils ne possè- 
dent rien de ce qu'il faut pour y parvenir, étant privés de la force physique et des armes vénénifères 
qui rendent si redoutables d'autres Serpents tout aussi faibles qu'eux. 

Ces animaux, que l'on range parfois avec les Sauriens, étaient des Orvets pour Linné et les auteurs 
qui le suivirent. Schneider et surtout Oppel les en distinguèrent sous le nom de Typiilops, et ils fi- 
rent successivement rapprochés des Orvets et des Amphisbènes par G. Cuvier et Merrera. M. Millier 
publia des détails anatomiques sur ces animaux, et M. Schlegel en donna une monographie. Lnfiii 
Fitzinger et d'autres zoologistes en firent une famille distincte, que MM. Duméril et Bibron regardè- 
rent comme une section des Ophidiens, celle des Scoli'copltidcs, et qu'ils subdivisèrent en deux fa- 
milles et partagèrent en huit genres, ne comprenant qu'une trentaine d'espèces, propres surtout à 
l'Amérique et à l'Océanie, et quelques-unes à l'Afrique, à l'Asie et à l'Europe. 

La première famille, celle des TVPllLOPIENS, Daméril et Bibron, essentiellement caractérisée par 
des os maxillaires supérieurs portant des dents qui, relativement à l'extrême petitesse de la bouclie, 
sont grandes, très-fortes, arqu^'cs, pointues, et au nombre de quatre ou cinq de chaque côté, et par 
une mâchoire inférieure à branches très-faibles et tout à fait dépourvues de dents, comprend six 
genres, dont le plus connu est celui des : 

GENRE PRINCIPAL. — TYPIILOPS. TYPIILOPS. Schneider, 1783. 

TuyJ.wl', aveugle. 
Magasin d Ilisloire naturelle de I.cipz g. 

CARA(]TKRES GÉNÉRIQUES. 

Tàe garnie de plaques (léprimécs; boiU du museau arrondi; narines latérales, hémidiscoïdales, 
s'ouvranl dans la salure de la plaque nasale avec la fronlo-nasalc; yeux latéraux, à pupille ronde, 
plus ou moins distincts. 



REPTILES. III 

Le genre Typiilops lenfcrme une douzaine d'cspcces propres ù toutes les parties du monde, et 
particulièrement celles que l'on a ranijées originairenicut dans ce groupe. Ce sont des animaux petits, 
vivant dans la terre ù la manière des Lombric.-!, avec lesquels ils ont une assez grande analogie exté- 
rieure. Comme type, nous indiquerons le : 

RKSEAU. TYPIILOPS ItETlCl'UTUS G. Ciivier. 

Caractères spécifiques. — Extrémité antérieure du corps un peu moins forte que la postérieure; 
queue conique, obtuse, peu courbée; yeux distincts; corps noir, brun fauve ou olivâtre en dessus, 
chaque écaille présentant souvent comme un réseau formé d'une couleur foncée au centre et clair sur 
les bords; blanchâtre ou jaunâtre en dessous et au bout du museau. Longueur, 0'",50, sur lesquels 
la tête et la queue n'en mesurent guère chacun que 0'",0I. 

Ce Reptile, rangé successivement dans les genres Cécilie, Amphisbène, Orvel et Acronlias, est 
VAuçiuis reiiciilnia, Linné, et l'on a cherché, dans ces derniers temps, à y former plusieurs espèces. 
Il habite l'Amérique méridionale, surtout le Brésil et la Guyane. 

La seconde espèce, décrite par Linné, son Anguis liiiiibiicalis, est originaire des Antilles, et lia- 
liil"! également le Mexique. Un autre Typhlops, le Lombric de Lacépède {T. vcniiiciilaris, Merrem*, 
qui est fauve, lavé de brun clair en dessus et d'un blanc pur en dessous, provient de l'Ile de Chypre, 
de la Morée et de quelques régions asiatiques. 

Les cinq autres genres de la même famille, tous créés par MM. Duméril et Bibron dans le t. VI (1844) 
de leur Erpàoloqie (jcnérale, sont les suivants : 1° Cailiclorliimts {y.u^no;, ligne perpendiculaire; 
ptv, nez), qui se distingue surtout des Typhlops par le bout de son nez tranchant regardant en bas: 
une espèce; 2° Pilidion {nÙMiov, calotte) ou Tiipltina, Wagler, chez lequel, comme dans les deux 
suivants, les narines sont inférieures au lieu d'être latérales, dont le bout du museau est arrondi, et 
qui n'a pas de plaques préoculaires : une espèce de Java, qui semble tout à fait aveugle; 5° Ophihal- 
iiiiilion (rjfOvlu.irSiov, petit œil), différant des Pilidions par des plaques préoculaires distinctes : quatre 
espèces d'Amérique et d'Afrique; 4* Oinjcliocepliahis [om'., ^yj^i, ongle; v-ffal-n, tête), chez lequel le 
bout du museau se termine par un bord tranchant, et dont la plaque rostrale, reployêe sous le 
museau, se dilate sur la tête en disque de forme variable : cinq espèces africaines et américaines; 
5° Ccplialolepis (zcya),/?, tète; ).effiç, écaille), se séparant de tous les autres groupes par sa tête 
revêtue d'écaillés semblables à celles du corps et non couvertes de plaques : une seule espèce de la 
Guyane française. 

La seconde famille, celle des CATODOMIENS, caractérisée par la mâchoire supérieure, manquant 
de dents, et l'inférieure, qui est forte, armée de chaque côté de six à dix dents courtes, grosses, 
presque cylindriques, mousses, ne renferme que deux genres créés par MM. Duméril et Bibron. 

Oans le premier, les Caloilon (zarw, en bas; oSou;, dent), la tête est très-déprimée, à plaque ros- 
trale reployêe sous le museau et développée sur le crâne en une grande calotte quadrilatère, et les 
yeux sont latéraux, peu distincts : une seule espèce, Tijplilops septemslrialus, Schneider, dont la 
pairie est inconnue; dans l'autre genre, les Slcnosioma (ar^o; étroite; uToua, bouche), la tête est peu 
déprimée, fortement arrondie en avant, à plaque rostrale courbée sous le museau, mais très-peu dé- 
veloppée, et les yeux sont latéraux, bien distincts, assez semblables à ceux des premières espèces de 
la famille des Azémiophides : cinq espèces africaines ou américaines, et dont le type est le Slcnos- 
ioma albiffons, Wagler (7'y/)/i/o/)s nmlccivislriaiiis, G. Cuvier),du Brésil. 



112 HISTOIRE NÂTLiUELLE. 



CiA'u.viciiie ocehoi). 



SERPENTS NON VENIMEUX CICURIFORMES ou AZluMlOPlIlDES. Duméiil et Bibron. 



Les Ophidiens qui entrent dans ce groupe primaire sont principalement caractérisés : 1° par leurs 
dents, eu nombre plus ou moins considérable, et existant aux deux mâchoires; 2° parce que ces dents 
manquent toutes de la gouttière que présentent celles des Serpents venimeux; 3° que toutes sont aussi 
dépourvues d'un canal longitudinal incomplètement clos en devant; 4° qu'aucune des dents n'est 
tubuliforme. Eu outre, les dents sus et sous-maxillaires, palatines, ptérjgoïdiennes ou intermaxil- 
laires des Azémiophides présentent, soit suivant leur position sur les os de la tête, soit même dans 
chacune de leurs sortes, des différences assez notables et sur lesquelles nous reviendrons en décri- 
vant les différentes familles elles divers genres, qui ont même été fondés plus particulièrement d'a- 
près leur étude approfondie. 

Dans les Azémiophides, le corps est tout à fait serpentiforme; la tête a généralement la forme d'un 
cône ou d'une pyramide à quatre angles, tantôt distincte du tronc, tantôt confondue avec lui; ce der- 
nier, dont l'étendue longitudinale varie beaucoup, est toujours à peu près cylindrique chez ceux qui, 
comme les Rouleaux, passent leur vie retirés dans les cavités du sol, sous les pierres, les feuilles, etc.; 
tandis que la grosseur du tronc est moindre aux deux bouts qu'au milieu chez ceux qui, de même 
que les Boas, les Pythons, etc., se tiennent habituellement sur les branches des arbres; le corps, dans 
ceux-ci, est très-long, tantôt fortement comprimé, tantôt d'une épaisseur qui excède à peine sa lar- 
geur, et, dans les espèces terrestres, telles que les Couleuvres, ou dans celles qui vivent à la fois sur 
terre et dans l'eau (Tropidonte), il est trapu, plat, assez large en dessous; enlin, dans quelques es- 
pèces qui ne quittent pas les eaux, le corps a la face dorsale assez élargie et la face ventrale trés- 
rétrécie ou contournée en carène. La longueur de la queue n'est pas toujours proportionnée à celle 
du tronc, telles espèces ayant cette queue seulement d'un quart, telles autres cinquante fois moins 
étendue que le reste du corps. Les yeux sont le plus souvent placés sur les côtés de la tête, tout à 
fait en haut, faisant face à l'horizon. Les narines ont leurs orifices externes situés à la face supérieure 
ou sur les parties latérales du bout du museau. En général, le système d'écaillure se compose de pla- 
ques sur la tête, d'écaillés sur le tronc et la queue, et de scutelles à la face inférieure de celle-ci et 
de celui-là : chez un petit nombre, les plaques sont remplacées par de petites squames, et dans d'au- 
tres il y a des écailles sur toutes les parties du corps. 

MM. Diiméril et Bibron partagent cette section en deux familles particulières. 



PREMIERE FAMILLE. 

PYTHONIENS. Duméril et Bibion. 



Chez les Pythoniens, on trouve, dans les individus adultes, des ergots de chaque côté de l'anus, que 
l'on regarde comme des vestiges de membres postérieurs. Les dents sous et sus-maxillaires sont si- 



(lEPTlLES, 



H3 



milaires, coniques, pointues, plus ou moins tranchâmes à leur bord postérieur, soudées à leur base, 
|jLMichées en arrière et se raccourcissant à partir de la seconde ou de la troisième, qui sont très- 
longues jusqu'ù la dernière inclusivement. Les branches de la mâchoire supérieure sont presque cla- 
viformes, plus ou moins comprimées en avant, s'étendant jusqu'au niveau ou an delà des frontaux 
postérieurs. Les os ptèrygoides sont comme courbés en S et dentés dans la première cavité seule- 
ment. La boite cérébrale est presque cylindrique, renflée latéralement dans la première moitié de sa 
longueur, qui égale ou excède celle de la face. 

Schneider, Filzinger, G. Cuvier, Schlegel et surtout MM. Gray, Duméril et Bibron, se sont occupés 
de la classification des Pythoniens, et ont proposé diverses méthodes et différents noms pour cette 
division, qui renferme les plus grands Ophidiens et les espèces les plus connues, telles que les Boas 
et les Pythons. D'après les deux derniers naturalistes que nous avons cités, on doit y comprendre 
quinze genres, renfermant un assez grand nombre d'espèces propres à toutes les parties du monde, 
mais surtout à l'Amérique, et que l'on peut partager en deux sous-familles distinctes. 




Fig. 45. — Python de SiSb». 



Première sous-famille. IIOLODONTES {o\oç, entière; o5ou,-, dent), ne renfermant qu'une seule tribu, 
celle des Pythonides, comprenant quatre genres et une douzaine d'espèces, dont aucune n'est améri- 
caine, et qui est caractérisée en ce qu'il y a des dents palatines, ptérygoïdiennes, incisives ou in- 
termaxillaires aux deux mâchoires, que les os sus-OTbitaires existent toujours, et que les os mastoï- 
diens ressemblent à des palettes et sont courts. Chez tous, le museau est épais, tronqué en avant; la 
queue plus ou moins longue, jouit à divers degrés de la facullé de s'enrouler sur les arbres, il y a 
des crochets pédiformes à l'anus, et, excepté chez les ÎSardoa, les deux lèvres offrent des fossettes 
plus ou moins profondes. Quatre genres. 



114 IIISTOIRK NATURELLE. 

1" GEiNP.E. — PYTHON. PYTHON. Daudiii, 1802, 

HuOwv, nom d'un Serpent mylliologifiue. 
Histoire des Iteplilcs. 

CVRACTtltES GÉP(li;[\]QUES. 

Narines laléralcs ou verticales s'ouvrant entre deux plaques, dont l'une est beaucoup plus petite 
que l'autre; yeux latéraux, à pupille verticoelliptique. 

Des plaques sus céphaliques depuis le bout du museau jusque sur le front seulement, ou, le pins 
souvent, jusqu au delà des régions sus-oculaires, plaques au nombre desquelles sont toujours des 
préfrontales; des fossettes aux deux lèvres; éca'illes lisses, scutelles sous-caudales en ranfj double. 

Le nom du gigantesque Serpent iI'jOwv, que l'ancienne mythologie nous rapporte f.voir élé tué par 
les flèches d'Apollon, et qui a donné lieu à rinslilulion des jeux Pythiens, a élé employé par leser- 
pélologisles modernes pour indiquer un genre d'Ophidiens propres à l'ancien monde, et cette déno- 
mination leur a surtout été donnée parce que les espèces qu'il renferme dépassent toutes les autres 
en grandeur, à l'exception cependant des Boas américains, qui les égalent pour la taille. Les Pythons 
vivent surtout dans l'Inde et en Afrique; mais il n'y en a plus, dans l'époque actuelle du moins, en 
Europe : seulement la paléontologie nous démontre qu'il y en avait pendant la période tertiaire. Ces 
animaux, mal observés ou connus seulement par des récits exagérés, ont donné lieu, lors des temps 
héroïques et même chez les Grecs et les Romains, à la croyance de ces gigantesques Serpents souvent 
cités dans les anciennes cosmogonies et même dans l'histoire : c'est sans doute à quelque espèce 
de ce genre, et probablement au Python Sebœ, qu'il finit rapporter le fameux Serpent de Régu- 
lus; tel était aussi, selon toute apparence, le Serpent long de 30 coudées qui fut pris pendant le 
règne d'un des Ptolémées, et dont Diodore de Sicile a raconté la capture; l'exagération qui a présidé 
à ces récits ne saurait nous étonner, et les relations des voyageurs modernes sont loin d'en être 
exemples. Adanson dit, en effet, qu'il a entendu parler de Pythons de plus de IS" de longueur, 
mais qu'il n'en a vu lui-même que de 7""; et nos collections en conservent dont la longueur est entre 
S™ et lO™. 

Les Pythons ont le corps gros, arrondi, et vivent sur les arbres dans les lieux chauds et humides, 
principalement dans les contrées marécageuses ou dans celles que traversent de grands cours d'eau. 
Ils ne sont pas venimeux; mais, comme ils acquièrent une grande taille et qu'ils sont carnassiers à la 
manière des autres Ophidiens, ce sont des Reptiles très-redoutables : ils attaquent leur proie vivante, 
et, en général, ils choisissent pour victimes les animaux qui viennent se désaltérer aux endroits où 
ils sont établis; accrochés par leur queue préhensile à quelque arbre, ils font osciller leur corps, ou 
bien ils restent immobiles à leur embuscade, suivant que les circonstances le leur indiquent. On a dit 
qu'ils saisissaient, broyaient entre les replis de leur corps et avalaient des Antilopes, des Cerfs et 
même des Bœufs; et le fût est qu'ils peuvent s'emparer, et cela au rapport d'observateurs exacts, 
d'animaux dont la taille égale celle des Gazelles et même des Chevreuils. La manière dont les Pythons 
saisissent leur proie, même lorsqu'on les conserve à l'état de captivité dans les ménageries, est cu- 
rieuse à observer, et les montreurs d'animaux manquent rarement de la donner en spectacle. La 
disproportion singulière qui existe entre leur corps et la masse qu'ils engloutissent peu à peu 
étonnerait si l'on ne savait combien leurs mâchoires sont dilatables, et comment l'absence de ster- 
num et de fausses côtes facilite l'extension du diamètre de leur corps. La même faculté, au reste, 
mais à un moindre degré de développement, existe chez nos Couleuvres ordinaires. Pendant l'acte 
pénible, pour ces animaux, de la déglutition, ils avancent leur glotle entre les branches de leurs mû- 
chùires, de manière que leur respiration ne soit pas interrompue. 

Daudin est celui par qui le nom de Python a été introduit dans le langage scientifique, et il s'en 
seivil pour désigner un genre d'Ophidiens (-omposé de celles des espèces de Boas de Schneider qui 
se distinguaient des autres par de plus grandes plaques céphaliques et par des scutelles sous-cau- 
dales divisées en deux pièces, au lieu d'être entières. G. Cuvier, Merrem et Fiizinger ont successive- 



REPTILES. 115 

nipiil adoplé ce genre sans rien clianger à sa oaracléristique. Wagler, selon que les narines étaient 
situées latéralement ou verticalement, en fait les deux genres Constiiclor et Pijilion. Gray y a admis 
cinq genres, ceux des Pijllion, Mordia, Liasis, ISnrdoa et Horialia; mais MM. Duméril et Bibron, 
tout en admettant les quatre premiers groupes, ont, à juste raison, rejeté le dernier. 

Ainsi restreint, le genre Python ne renferme plus actuellement que cinq espèces, qui diffèrent tel- 
lement peu entre elles, sous le rapport du système de coloration, qu'elles semLlent toutes portera 
peu près la même livrée; pour le corps, c'est toujours une sorte de grande chaîne brune ou noire, à 
larges ou longues mailles presque quadrangulaires, qui s'étend sur un fond clair, ordinairement jau- 
nâtre, depuis la nuque jusqu'à rextrémilé de la queue; la région sus-cephalique est en partie couverte 
par une énorme tache brunâtre ou noirâtre, en triangle isocèle, tantôt entier, tantôt fortement tron- 
qué en avant; sur chaque côté de la lête est peinte une bande noire qui souvent s'étend depuis la 
narine, en passant par l'œil, jusqu'au-dessus de la commissure des lèvres. Le type est : 

PYTHON DE SÉCh. PYTUOX SEB.E. Cmelin, Dumciil el Bibron. 

CAnACTÈRES SPÉCIFIQUES. — PlaquBS internasales plus courtes que les fronlo-nasales; deux petites 
prcfrontales de chaque côté; une frontale divisée en deux longitudinalement; trois paires de parié- 
tales; deux sus-oculaires de chaque côté; deux fossettes à la plaque rostrale et une à chacune des 
supéro-labiales de chaque côté. Longueur totale, 5"" à 4"". 

Celte espèce, le Serpent (ji'mit d'Adanson, le Corisiriclor rex Serpeulum, Laurenti; le Coluber 
Sehie, Gmelin, a reçu plusieurs dénominations scientifiques, telles que celles de Boa eonslriclor, 
variété, Lalreille etDaudin; Pijibon bivïiinlns, Knhl; P. Iiieioglypiticus, Schneider, etc. Elle est pro- 
pre à l'Afrique et semble en habiter plus particulièrement les contrées situées entre l'équateur et les 
dix-septième ou dix-huitième degrés de latitude boréale. 

Parmi les autres espèces, nous indiquerons les P. noïAi (Boa rcçjia, Merrem), du Sénégal; P. mo- 
lunE [P. moiurus, Gray), qui habite les grandes Indes, dont la ménagerie du Muséum possède plu- 
sieurs individus qui s'y sont même reproduits, el le P. de Natal (P. Nalalensis, Smith), type du 
genre Ilorlalia. 

Les autres genres de Pylhnniens, tous créés par M. Gray, sont ceux des : 1° Morclia, à narines la- 
térales, ouvertes chacune dans une seule plaque, à plaques sus-céphaliques sur le bout du museau 
seulement; une seule espèce, la Couieuvpe aiîgus [Pijilion puncialus, Merrem), de la Nouvelle-Hol- 
lande; 2° Liasis, à narines latérales, ouvertes dans une seule platpie, et à plaques sus-céphaliques, au 
nombre desquelles il y a toujours des préfrontales depuis le bout du museau jusqu'au delà de l'es- 
p;ice inleroculaire; cinq espèces propres aux lies de l'archipel Asiatique el à l'Australasie, et dont 
la plus connue est le Pïtuon AMÉTnïSTl^E {Pijihon amellujsihius, Daudin), d'Amboine; 3° Nardoa, à 
narines latérales, ouvertes dans une seule plaque; à plaques sus-céphaliques sans préfrontales depuis 
le bout du museau jusqu'au delà de l'espace interoculaire; à fossettes à la lèvre inférieure seulement; 
deux espèces de la Nouvelle-Hollande (AT. Gibcrlii, Gray) et de la Nouvelle-Irlande {N. Schlegetii, 
Gray, ou Torlrïx boa, Schlegel). 



Deuxième sous-famille. APROTÉRODONTES (a, privatif; Tzportpo;, de devant; oSw,, dent), ayant pour 
caractères de manquer de dents incisives et d'os sus-orbitaires, en même temps que les mastoïdiens 
sont assez longs, étroits, presque cylindriques en arrière, et beaucoup moins aplatis et élargis dans 
la portion par laquelle ils tiennent au crâne. On y forme deux tribus. 

§ I . F.RYciDES. — Dans ces Ophidiens, le museau est aminci en coin; la queue est courte el à peine 
flexible; les espèces très-peu nombreuses qui y entrent ne constituent qu'un seul genre. 



(16 HISTOIRE NATURELLE. 

2"" GENRE. — ÉRYX. ERYX. Merrem, 1820. 

Nom mythologique. 
Tentamcn systematica Ampliibiorura. 

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Narines latérales, presque linéaires, situées entre trois plaques; iieiix latéraux, h pupilles ver- 
tico-ellipliqucs; lêle recouverte d'écaillés, excepté sur le bout du museau, qui offre une paire de 
plaques inief^iasalcs. 

Sculeltes dorsales et caudales plus ou moins distinctement tcciiformcs; sous-caudales entières. 

Le genre Eryx a été créé par Daudin, mais depuis, surtout par Oppel, considérableinenl restreint, 
et on y réunit les groupes des Clotlionia, Daudin, et Gongylopliis, Wagler. Ce sont des espèces 
moyennes ou petites qui se rencontrent à la surface ou dans l'intérieur du sol, principalement dans 
le midi de l'Europe, dans l'occident de l'Asie et dans le nord de l'Afrique. Le type est le : 

lÏRYX JAVE[,OT. ERYX JACVLUS. Diu.lin. 

Caractères spécifiques. — D'une teinte blanche ou jaunâtre en dessus, avec de nombreuses taclies 
brun foncé, anguleuses, plus ou moins grandes; blanchâtre uniforme ou tacheté de noir en dessous. 
Longueur totale, 1°,08. 

Cette espèce, VEryx lurcicus de quelques auteurs, qui est ovovivipare, et qui semble se nourrir 
de petits Sauriens, habite la Grèce, la Tartarie, la Perse, la Syrie et 1 Egypte. Dans les villes d'E- 
gypte, on rencontre souvent des charlatans exposant à la cuiiosité publique des Éryx javelots vivants 
auxquels, afin de les faire passer pour des Cérastes, ils ont eu le soin d'implanter en manière de 
corne, au-dessus de chaque œil, un ongle d'Oiseau ou de petit Mammifère par le même procédé que 
celui qu'on emploie dans nos fermes pour fixer deux ergots sur la crête de certains Coqs quand on 
les cliaponne. 

§ 2. Bo/EiDEs. — Chez ces animaux, la tète est tronquée en avant, le prolongement de la qijeuo 
est plus ou moins volubile. MM. Duméril et Bibron y admetlent une trentaine d'espèces, propres sur- 
tout à l'Amérique, mais dont un petit nombre se trouvent aussi en Afrique et une en Australasie. 



S"^ GENRE. — BOA. BOA. Linné, 1755. 

Nom latin d'un grand Serpent employé par Pline. 
Systoma nalura:. 

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Corps comprimé, fusiforme; queue longue, prenante; tète petite relativement a la longueur du 
corps, de forme pyramidale, renflée en arrière, rétrécie en avant, et terminée par un museau court 
et obtus; cou mince, grêle; bouche légèrement fendue. 

Narines s'ouvrant latéralement entre deux plaques; yeux latéraux, à pupille vertico-elliptique; 
dessus de la tête entièrement revêtu d'écaillcs de plus en plus petites d'avant en arrière; pas de 
fossettes aux lèvres; écailles du corps plates, lisses; scutelles sous-caudales non divisées en deux 
pièces. 

Le nom de Boa paraît avoir été donné par les anciens à une Couleuvre de grande taille à laquelle 



REPTILES. 117 

ils adribiiaient l'habitude de se t,'Iisser au milieu des troupeaux afin d'y sucer le lait des Vaches; er- 
reur qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours parmi les habitants des campagnes. Pline et Pistor font 
nieniion de cet animal, mais d'une manière trop vague pour qu'on puisse rapporter ce nom à aucune 
espèce d'une manière bien positive; cependant G. Cuvier pensait qu'on désignait ainsi la Couleuvre 
à quatre raies {Colttbcr clapliis), qui est un des plus grands Ophidiens d'Europe, ou bien le Serpent 
d'Epidaure (Colnber Esculapi, Shaw). II est assez singulier que cette dénomination de Boa ait juste- 
ment été choisie par Linné pour désigner un genre d'Ophidiens entièrement composé d'espèces amé- 
ricaines. La plupart des zoologistes postérieurs à Linné comprenaient, comme lui, dans ce groupe 
naturel, tous les Serpents venimeux ou non dont le dessous du corps et de la que le était garni de 
bandes écaillcuses, transversales, d'une seule pièce, et que ne terminaient ni éperons, ni sonnettes. 
Mais plus récemment, principalement Laurenti, Schneider, Wagler et MM. Gray, Duméril et Bibron 
ont formé dix genres tout à fait distincts dans ce groupe, et il en est arrivé qu'on n'y range plus au- 
jourd'hui que quatre espèces seulement. 

Ces Beplilcs ont un corps robuste, fusiforme ou plus gros au milieu qu'aux deux bouts, et un peu 
comprimé. Leur tête, qui est distincte du cou, assez déprimée et terminée par un museau coupé droit 
ou un peu obliquement de haut en bas, représente une pyramide quadrangulaire ayant un rectangle 
pour base et un sommet fortement tronqué; ses parties latérales, en avant comme en arrière des yeux, 
s'arrondissent brusquement sur toute l'étendue de la ligne où elles se rencontrent avec la face supé- 
rieure. Leur queue, plutôt courte que longue à proportion du tronc, est conique et faiilement enrou- 
iable; leurs vestiges de membres abdominaux ou leurs ergots sont très-apparents dans les deux sexes, 
mais néanmoins plus développés chez les mâles que chez les femi'lles. Le bout du museau et les lè- 
vres sont les seules parties de la tète où il existe de véritables plaques symétriques; partout ailleurs 
la tête est revêtue d'écaillés ou de petites squames polygones, inéquilatérales. Les pièces de lécail- 
lure du corps sont carrées ou losangiques, tout à fait plates et lisses, très-nombreuses, à tel point 
que, sur le tronc, elles ne forment jamais moins d'une soixantaine de rangées longitudinales, et 
qu'on y en compte jusqu'à plus de quatre-vingt dix. Les sculelles ventrales sont excessivement étroi- 
tes, de même que les sous- caudales, parmi lesquelles ce n'est qu'accidentellement qu'il s'en trouve 
quelques-unes de divisées en deux parties. Avec l'âge, les os de la tête acquièrent une grande soli- 
dité, et la crêle qui surmonte le pariétal devient excessivement haute. Les dents sont fortes et gra- 
duellement de moins en moins longues, à partir des premières jusqu'à la. dernière, dans chacune des 
six rangées qu'elles constituent : leur nombre, à droite comme à gauche, est de dix-huit ou dix-neuf 
sus-maxil!aires, d'une vingtaine de sous-maxillaires, de cinq ou six palatines et d'une douzaine de 
ptérygoïdiennes. 

On a évidemment exagéré la taille des Boas, ou plutôt on leur a souvent attribué celle, quelquefois 
énorme, de l'Eunecte murin et des P\ thons, auxquels ils sont toujours très-inférieurs sous ce rap- 
port, les plus grands n'ayant guère que S" de long. Ils préfèrent le séjour des forêts à tout autre : 
leur vie se passe en grande partie sur les arbres, loin des eaux, dans lesquelles ils ne se rendent ja- 
mais, contrairement à l'habitude qu'en ont plusieurs Boœides : on les trouve quelquefois dans le 
creux des arbres excavés par le temps, sous leurs racines, où ils se creusent une sorte de terrier, 
ou dans les trous de rochers; mais ce n'est pour eux qu'une demeure passagère dans laquelle ils se 
retirent au moment de la ponte ou pendant la durée de l'engourdissement hiémal ou estival, où l'on 
en trouve réunis souvent de différentes espèces. Les Boas proprement dits habitent particulièrement 
les forêts; il n'en est pas de même pour certaines espèces rangées autrefois dans le même groupe, et 
qu'on en distingue aujourd'hui génériquemcnt ; c'est ainsi que les Epicrates se tiennent de préférence 
dans les contrées froides et humides, et qu'on les rencontre enlacés au pied des arbres, cachés sous 
des amas de feuilles ou sous des troncs pourris, attendant que la faim se fasse sentir pour eux, ou 
guettant leurs victimes, qui sont des Mammifères, des Oiseaux et, assure-t-on, quelques Sauriens; de 
même les Eunectes et les Xiphosomes vivent au bord des fleuves et des ruisseaux et s'enfoncent dans 
l'eau et dans la vase pour y guetter les animaux qui viennent se désaltérer, ou bien, suspendus aux 
rameaux des arbres inclinés sur les ondes, ils projettent leur corps comme un lazo vigoureux autour 
de leur victime : celle-ci, enlacée dans les longs rejdis du Serpent, fait de vains efforts pour se déga- 
ger, car les anneaux qui l'étreignenl se resserrent de plus en plus; ses os sont brisés en un clin d'oeil, 
et il est réduit en une masse informe que le Reptile engloutit dans son énorme gueule. Les Boas. 



118 HISTOIRE NÂTUnELLE. 

quoique non venimeux, n'en sont pas moins des animaux redoulables, quoiqu'ils semblent ne s'atla- 
quer qu'à de petits animaux, tels que des Agoutis, des Pacas et quelquefois nième de jeunes Chèvres : 
leur voisinage est peu redouté, et cependant nous ne devons pas regretter, comme Lacépède, de n'en 
pas voir se balancer sur les arbres de nos forêts. Leur mode de reproduction ne diffère en rien de 
celui des Couleuvres; ils pondent, dans le sable, des œufs à enveloppe membraneuse, de forme ellip- 
soïde, de la grosseur d'un œuf d'Oie, et laissent probablement à la ciialeur solaire le soin de les 
faire éclore, quoique les observations de nos ménageries paraissent montrer qu'ils les couvent quel- 
quefois. Les petits, en sortant de l'œuf, n'ont guère plus de 0'",20 à 0'°,30 de longueur. La chair des 
Boas est comestible, et, dit-on, d'un goût semblable à celle du Poisson. Leur graisse, assez abon- 
dante, passe pour un excellent remède contre les meurtrissures. Leur peau, dont on fait des selles et 
des chaussures, après l'avoir tannée, est, à ce qu'on assure, un remède souverain dans un grand 
nombre d'affections abdominales lorsqu'elle est appliquée sur le ventre aussitôt après avoir été dé- 
tachée du corps de l'animal. Parmi les quatre espèces de Boas, nous décrirons le : 

BOA CONSTRICTEUR ou D..VIN. BOA COASraiCTOR. Linné. 

CAnxcTÈRES SPÉCIFIQUES. — Coloration assez variable : en dessus, le fond est fauve clair, rose 
pourpre, ou bien gris violacé, avec ou sans mouchetures noirâtres sur les deux pifiniers tiers de sa 
longueur, et avec du blanc sur le dernier tiers; les flancs sont brun fauve ou grisâtre, et le dessous 
uniformément blanchâtre : en outre, on voit des lignes brunâtres sur la tête, et le corps est marqué 
de taches noires plus ou moins développées et de formes variables. Longueur totale n'atteignant pas 
4". (Voyez notre Allas, pi. XV, flg. 2.) 

Ce Reptile, qui semble rechercher de préférence les localités sèches des forêts à une certaine dis- 
tance dans l'intérieur, habite surtout la Guyane, le Brésil, les provinces de Rio de la Plata, etc. 

Les trois autres espèces sont le Boa diviimloque (Conslihior diviniloquiis. Laurenti), des Antilli'S, 
parfois confondu avec le précédent; le Boa empereur {Doa impcraior, Daudin), du Mexique, et le 
Boa chevalier [Boa eqtics, Eydoux etSouleyet), du Pérou. 

Dans cinq genres de Boaiides, comme chez les Boas, l'écaillure est lisse, et, parmi ces derniers, 
il n'y a pas de fossettes labiales, mais le dessus de la tête, au lieu d'être uniquement revêtu d'écaillés, 
est recouvert mi-partie de plaques, mi-partie d' écailles : dans les uns, ces plaques sont irrégulières : 
ce sont les genres Eunecles (sv, bien; vny.Tu;, nageur), Wagler, chez lesquels les narines sont verti- 
cales et percées à la .l'ace supérieure du bout du museau, et qui ne comprend qu'une espèce, le Bo\ 
uuRiN (Bon murina et scijialc, Linné), qui peut atteindre prés de S"", et recherche les caux; et Pc7o- 
philtis {-r.loi, marais; yt).oç, ami), Diiméril et Bibron, ne différant guère du précédent qu'en ce que 
les narines sont latérales, aboutissant extérieurement de chaque côté du museau : une seule espèce, 
P. DE Madagascar; tandis que dans le seul genre Cliilabotlirus (x">.oç, lèvre; «, sans; poS/joç, fos- 
sette), Duméril et Bibron, qui ne renferme que le Doa inornala, Beinbardt, de la Jamaïque; les 
plaques céphaliques sont toutes régulières, symétriques : dans deux autres genres, les fossettes la- 
biales sont distinctes; tels sont les Epkralcs (m-xpaTïjî, fort), Wagler, qui ont des plaques symétri- 
ques jusqu'en arrière du front, le reste de la tête étant couvert d'écaillés, renfermant deux espèces 
de l'Amérique méridionale, dont le type est le Cencuris [Boa ccnchria, Linné), qui vit loin des eaux, 
«t les Xiplwsoma (?tyiov, épée; (Twfia, corps), Wagler (Corallits, Daudin^ chez lesquels il n'y a de 
plaques que sur le bout du museau, le reste de la tête étant couvert d'écaillés, qui sont éminemment 
nageurs, dont trois espèces propres à l'Amérique du Sud et à Madagascar sont connues, et dont le 
type est le XirnososiE canin ou IIïpnale (Bon caninus, Linné), de Surinam, de Cayenne, etc. 

Dans quatre autres genres de la même division, qui sous ce rapport se rapprochent davantage des 
Erijx, l'écaillure est carénée; parmi eux, les uns ont le dessus de la tête revêtu d'un pavé d'écaillés 
ou de petites squames irrégulières, tels sont les EHijgrus (svjypoç, qui vit dans l'eau), Wagler 
ICenchrh et Candoia, Gray), ne comprenant que deux espèces, le Boa carinaia, Schneider, de Java, 
et une espèce de l'Ile Yiti, dédiée à Bibron par MM. Ilombron et Jacquinot; les autres ont le dessus 
de la tête revêtu de grandes plaques symétriques : tels sont les Cuseara, Gray (Leploboa, Duméril et 




I"'ig. I . — Naja haje. 




KiS- 2 — Boa d.-viii. 



REPTILES. l\9 

BibronJ, chez lesquels il n'y a de plaques que sur le museau seulement : une seule espèce de l'ile 
Ronde, voisine de l'île Maurice; ou bien ses plaques se prolongent jusque près de l'occiput, comme 
chez les Tropidopliis {'.f>'>Ttii;, carène; oyiç, Serpent), Duméril et Bibron (Unyniia, Gray), à narines 
s'ouvrant entre deux plaques et renfermant deux espères de l'ile de Cuba, et chez les Plalijgaslcr 
(7v)aTy;, aplati; yao-rcjo, ventre), Duméril et Bibron {Urolcplis, Filzinger; Bolgcria, Gray), ù narines 
s'ouvrant au milieu d'une plaque : une espèce, VEnjx iiudiicarinalus, Pérou, de l'Australasie. 



DEUXIÈME FyVMILLE 
TURTIUCIENS. Duméril et Bibron. CYLINDRIQUES. Latreille. 



ilhez ces Ophidiens, les dents sus et sous-maxillaires sont similaires, coniques, pointues, un peu 
comprimées, comme tranchantes à leur face postérieure, courbées en arrière et plus courtes aux deux 
extrémités qu'au milieu de chacune de leurs rangées; les branches de la mâchoire supérieure, d'une 
longueur à peu près égale à la moitié de celle de la tête, sont étroites et peu épaisses à leur extré- 
mité antérieure, assez grêles dans leur moitié postérieure, très-hautes et comprimées au-dessous des 
frontaux antérieurs; les os ptérygoïdes internes, droits et dentés seulement dans leur moitié anté- 
rieure, sont légèrement arqués da\is leur moitié postérieure; la boite crânienne est presque cylindri- 
que, un peu élargie à sa partie occipitale et renflée latéralement vers le milieu de sa longueur; des 
vestiges de membres postérieurs se montrent au dehors, cIkz les individus adultes, sous forme de 
petits ergots, logés chacun dans une fossette, aux côtés de l'anus. 

Les Toririciens sont des Reptiles d'une taille plus ou moins au-dessous de la moyenne, à tronc cy- 
lindrique, assez allongé; à tête confondue avec le reste du corps, un peu moins forte que lui, mais 
de même forme, si ce n'est qu'elle est aplatie, et à queue excessivement courte, très-robuste et nulle- 
ment préhensile. Leur museau est fortement arrondi en travers à son extrémité terminale; leurs yeux 
sont parfois recouverts d'une plaque Iranspavente; ils ont de grandes écailles sur le corps, des scu- 
lolles ventrales à peine plus larges que ces dernières, et un bouclier céphalique comme celui de la 
plupart des Serpents. Ces animaux, propres à l'Asie insulaire et à l'Amérique méridionale, passent 
toute leur vie à terre dans les herbes. Très-lents dans leurs mouvements, ils ne s'éloignent jamais 
beaucoup du dessous des vieux troncs d'arbres, du milieu des loulfes d'herbe ou bien des petites ca- 
vités souterraines qui leur servent habituellement de retraites. Ne pouvant que faiblement dilater leur 
bouche, ils sont nécessairement tenus de ne faire leur proie que d'animaux d'une grosseur peu con- 
sidérable, et ils se nourrissent de Typhlops, de Cécilies et d'autres petits Reptiles apodes. 

On n'en connaît qu'un nombre très-restreint d'espèces qui étaient autrefois confondues avec les 
Orvets, et qu'après en avoir éloignées, on range aujourd'hui dans deux genres distincts pour lesquels 
MM. Duméril et Ribron forment, sous le nom de Toiiricidcs, une tribu spéciale. 



GENRE PRINCIPAL. — ROULEAU. TORTRIX. Oppel, 1803. 

Torqueo, je lourne. 
Histoire des Hoptilos. 

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Des (lents hilermax'iltaires; nnrincs presritte verticales, ouvertes chacune dans une plaque offrant 
Uhe scissure au-dessus du trou nasal; ijcux presque verticaux, à pupille ronde; pa'i d'inlernasalcs 



120 HISTOIRE NATUIIELLE. 

pas de frcitalcs, ui de post-oculaires, mais tme oculaire an devant de chaque orbite, ai)iincie et très- 
trunsparentc dans la portion sous laquelle se trouve le globe de l'œil. 
Êcaillure lisse; scutelles sous-caudales entières. 

Ce genre, qui correspond au groupe des Ilijsia, Hemprich; Anilius, Oken, et Torquatrix , 11a- 
worth, ne renferme qu'une seule espèce, qui a Taspecl général de nos Anguis; c'est le : 

nOULEAU A nUEANS ou SCYTALE. TORTRIX SCÏTALE. Oppel. 

Caractères spécifiques. — Corps annelé de noir et de rouge pendant la vie, de noir cl de blanc 
après la mort. Longueur totale, de O^.Tû à O'^jSi. (Voyez Atlas, pi. XVI, fig. 5.) 

Cette espèce, qui est très-commune à la Guyane hollandaise et à la Guyane française, ne parait pas 
encore avoir été observée au Brésil; mais elle habite beaucoup plus au sud. Elle semble se nourrir 
principalement d'Amphibiens serpenliformes. 

Le second genre de la famille des Tortriciens, confondu par la plupart des auteurs avec le précé- 
dent, est celui des Cylindropius (xu),iv5poç, cylindre; o^iç, Serpent), Wagler, se distingue surtout en 
ce qu'il n'a pas de dents intermaxillaires, et que ses yeux ne sont pas pourvus d'une plaque transpa- 
rente. Trois espèces des iles Célèbes, du Bengale, de Java et de Sumatra, et dont les plus connues 
sont les CYLiKDRorms roussathe (Anjuis rufa, Laurenti) et le Micuiîl (.4. maculaia, Linné). 



TROISIÈME FAMILLE. 

ACROCHORDIENS. C. et A. Duméril et Dibroii. 



Les Ophidiens de cette division, dont on ne connaît que trois espèces réparties en trois genres et 
propres aux Indes, à Java et à Sumatra, ont pour caractères principaux : le corps revêtu de tuber- 
cules granulés, enchâssés ou sertis dans la peau, même sur le dessus de la tête, qui n'a pas de pla- 
ques symétriques paires ou impaires, et le dessous de la gorge sans grandes écailles, recouvert 
seulement de tubercules plus petits que ceux du tronc. 



GENRE PRINCIPAL. — ACROCIIORDE. ACnOCUOlWUS. Ilornstedt, 1787. 

h.Apoxopia-' , qui a une verrue. 
Actes de l'Académie de Stocliliolm. 

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Corps arrondi, un peu comprime, couvert de tubercules ou verrues saillants, enchâsses dans 
l'épaisseur de la peau. Ventre plat, sans gastroslégcs distinctes. 

Ce genre ne comprend qu'une seule espèce, V Acroehordus Javan'irus, Ilornstedt, qui atteint prés 
de 2"°, et est, en dessus, d'un brun sombre presque noir, avec des bandes noires ondulées dans 
les jeunes sujets, et des taches brunes ou noirûtres dans l'adulte, sur les flancs. Cet Opliidien se 
trouve dans les forêts de l'archipel Indien, et, ce qui n'a lieu chez aucun Serpent, il se nourrirait 
presque exclusivement de fruits, et non de petits animaux. 




Vi". 1. — Simote à bamles blanches. 




Fia;. 2. — Chersvdre à Ijnndes. 




l'i^' n — Calaniniie de l.innr 



REPTILES. 121 

G. Ciivior [Rcgne animal, 1829) en a distingué, sous la dénominalion de Chersidrus {yjpTM- 
Siioç, dénomination grecque de la Couleuvre à collier), VAcrocliorUits fascialus de Sliaw, qui en dif- 
fère par son corps très-notablement comprimé, son dos convexe et son ventre formant une tranche 
saillante sans gastrosiéges, qui est long de 1"", et a été trouvé dans les rivières et sur le bord de la 
mer dans la presqu'île de Malacca, ainsi que dans les îles voisines. (Voyez Allas, pi. XVIII, fig. 2.) 

Enfin le troisième est celui des Xenodebmus (?evoç, étrange; 'îeof^a, peau), Reinbardt, qui a des gas- 
Irostéges larges, des urostéges sur un rang simple, et ne renferme que le X. Javauicus. 



Fij. 40. — XûnuJcrme de Javn. 

QUATRIÈME FAMILLE. 
CALAMARIENS. C. el A. Duméril et Bibron, 



On comprend dans cette division de petits Serpents non venimeux ayant pour caractères ; corps très- 
cflilé, arrondi et presque de même grosseur dans toutes ses parties depuis la tête jusqu'à la queue. 
Les Calamariens, surtout assez communs dans l'archipel Indien, et qui se trouvent égjlement en 
Amérique et dans l'Afrique australe, renferment les Calamaria de la plupart des auteurs, qui étaient 
pux-nièmes jadis compris dans le groupe naturel des Couleuvres. Ce sont des Reptiles terrestres, qui 
aiment l'obscurité et cherchent à s'abriter sous les pierres ou dans des touffes de végétaux : leur 
bouche, étroite et Irèsexigue, i cause de la brièveté de leurs mâchoires, est si mal armée, en raison 
de la faiblesse des dents, que ces animaux, afin de pourvoir à leur nourriture, sont forcés de se 
contenter d'Insectes, de Vers ou de Mollusques de petites dimensions. MM. C. et A. Duméril et Bi- 
bron en ont décrit une trentaine d'espèces réparties en neuf gsnres. 



GENRE PRINCIPAL. — CALAMAIRE. CALAMAIilA. II. Doié, 1825. 

Calamus, un tuyiu long tt de même gro;seur. 
Faune de Jâva. 

CARACTERES GÉMiRIQUES. 

Corps grêle, de même grosseur partout, ciilhidriquc, h écailles très-lisses. Tête de même dia- 
mètre que le tronc. Des doits iialaiines on pti'njgomaxiHaires. 
Queue très-courte, grosse à la base et peu pointue ou obtuse. 

On laisse actuellement dans ce groupe une douzaine d'es|ièces propres à Java, Dornéo et Sumatra, 
et dont le type est le Calmar ou Calemar, Culuber cahtmnrius, Linné; Anquis calamaria, Laureiiti; 
Calamaria Linnœi, II. Boié, qui est très-variable pour le système de coloration, et dans lequel on a 
cru à tort pouvoir distinguer plusieurs espèces. (Voyez Allas, pi. XVlll, f.g. 5 ) 

B. P. 16 



122 IIISTOIUE NATURELLE, 

Les autres genres de la même famille sonl relui des OLir.oDON, II. Boié, qui se distingue par le 
manque de dents palatines, et ceux des Rabdosoma {paZ'h;, baguette; uojpa, corps), Duméril et Bi- 
bron; IloîiALOsoMA (o(ia).o;, uni; arMcc, corps), Wagler; R\bdio.n (paS'îwv, petite verge), Duméril et 
Biltron; Êi.AroiDis (i)>«J', Élaps), II. Boié; A^pidura (aTirt,-, bouclier; o-joa, queue), Wagler; CAKPHoriiis 
(/«P'jjo;, fétu; D'fi;, Serpent), Duméril et Bibron, et Cokocepiiai.us (-/.(uvoç, c6ne; zcya),/j, tète), Duméril 
et Bibron, qui se distinguent par la forme des écailles, celles des urostéges, des gastrostéges, du mu- 
seau, de la queue, etc. 



CINQUIÈME FAMILLE. 

UP^:R0LISS1E^'S C. et a. Duméril et Dibron, 



Ce petit groupe, qui ne comprend qu'une dizaine d'espèces particulières aux îles Philippines, a 
pour caractères : corps écailleux; tête dont les os sus-maxillaires sont forts, garnis de crochets de 
même grosseur; pas de dents sur la région moyenne du palais. Les mœurs de ces Ophidiens sont les 
mêmes que celles des Tortricides : ce sont des Reptiles également de petite taille. 

Le genre principal de cette famille est celui des Uhopeltis, G. Cuvier, ù queue comme tronquée, 
plate, terminée par une seule écaille épineuse, les autres écailles étant lisses, et ne renfermant que 
rri'.opELTis DES Philippines (U. Pli'ilippbuis, G. Cuvier). 

Les autres genres caractérisés par la forme et la disposition de la queue sont les suivants : Rui- 
^ûPHls (piv, nez; oyi;, Serpent), Ilemprich; Colobubus (■/.o).oêoç, mutilé; oupa, queue), Duméril et Bi- 
bron, et PLEcinuBus (7r)./;/.Tpov, aiguillon; o-jpci, queue), Duméril et Bibron. 




Fig. 47. — Rliinoiiliis des Pliilip)nnoj. 

SIXIÈME FAMILLE. 

PLAGIODOiNTlENS. G, et A. Duméril et Bibron, 



Celte famille, qui ne renferme que le genre Placiodome (Plagiodon) {nla-^w;, oblique; oîovç, 
dent), a pour caractères : les crochets ou dents sus-maxillaires et surtout les pointes acérées et nom- 
breuses des os ptérygopalatins tout à fait dirigées en dedans ou portées transversalement les unes 
vers les autres et dans la ligne médiane du palais; écailles lisses, avec une petite ligne saillante. 

On connaît deux espèces de Plagiodontcs, qui sont propres au Bengale et à Java, et dont le type 



REPTILES. 123 

est la Couleuvre Héi.èke [Plaçfiodon llclcna, G. et A. Duméril elBibron), qui esl long; d'environ O'.SO, 
d'une teinte brun jaunâtre avec des lignes noirâtres à la région antérieure et deux longues bapQcs 
d'un brun foncé se prolongeant sur la queue jusqu'à son extrémité, et qui est très-agile. 



SEPTIEME FAMILLE. 

ISODONTIENS. C. et A. Duméril et Bibroii. 



Cette famille, formée exrliisivement avec des espèces en assez grand nombre placées anciennement 
dans le genre Couleuvre (Coinher), a pour caractéristique : tête distinguée du cou par sa grande 
largeur; dents lisses ou sans sillons, semblables les unes aux autres, toutes également espacées. 

La famille des Isodontiens, ainsi que celles qui vont suivre, et plus particulièrement celle des Syn- 
crantériens, renferme les anciennes Couleuvres dont le nom même a parfois disparu de la nomen- 
clature zoologique; aussi croyons-nous devoir en dire quelques mots d'une manière très-générale. 

Les Couleuvres sont des Serpents non vénéneux, vivant babituellement d'œufs, de Rongeurs de 
petite taille, d'Oiseaux, et plus ."^ouvcnt encore de Sauriens et d'Ampliibiens. Ces animaux sont en- 
tièrement inoffensifs pour l'homme, et la fàclieuse réputation qu'on leur a faite en les niellant au 
même rang que les Vipères n'est nullement méritée. Aucune des espèces de ce grand groupe n'a les 
dents cannelées ou lubuleuses des Ophidiens venimeux; aucune n'a de glandes pour la sécrétion 
d'une liqueur vénéneuse, et les espèces européennes au moins peuvent être très-facilenicnl distin- 
guées des Serpents nuisibles. Ainsi les Couleuvres ont le corps plus allongé que les Vipères; leurs 
mouvements sont aussi plus agiles; elles habitent rarement les lieux secs et arides, où celles-ci se 
tiennent de préférence; leur tête, moins séparée du tronc, n'est pas aussi élargie, et elle n'est que 
peu ou même pas du tout triangulaire. L'èpiderme de la tête est également d'une forme bien diffé- 
rente, et les grandes plaques qu'il constitue sur celle des Couleuvres sont remarquables par la fixité 
de leur nombre autant que par celle de leur forme. Ce n'est pas cependant qu'on ne puisse y observer 
quelques différences si on les compare d'une Couleuvre à une autre; mais ces caractères différentiels 
se présentent avec une uniformité pour ainsi dire géométrique dans tous les individus d'une même es- 
pèce; d'autres paraissent, au coiitraire, caractéristiques des genres, et il a été possible de les classer 
elles-mêmes en établissant le nom et en quelque sorte la valeur particulière de chacune. Ces caractères 
de l'écaillure sont assez persistants pour qu'il soit aisé de reconnaître l'espèce même d'un Serpent 
au moyen de son épiderme seul après que le Reptile s'en est dépouillé par la mue. Les Couleuvres 
sont des animaux de taille moyenne, et parfois même considérable; elles se rapprochent assez des 
Pythons par l'ensemble de leurs caractères, mais la bouche des premières est beaucoup moins exten- 
sible que celle des derniers, bien qu'elle le soit encore d'une manière assez noiab!?; cette bouche 
est garnie de dents nombreuses, en général petites, plus ou moins égales et dirigées vers le gosier : 
ces dents, qui forment une espèce de corde, sont insérées sur les os maxillaire, palatin et ptérygoT- 
dien à la mâchoire supérieure, où elles forment deux rangées doubles, et il n'y en a pas sur l'inler- 
maxillalre : ù la mâchoire inférieure, il n'y en a qu'un seul rang; quelques particularités que ces dents 
offrent à l'observation ont servi, à MM. G. et A. Duméril et Bibron, comme caractéristiques princi- 
pales pour former les diverses familles que nous indiquons. Les Couleuvres peuvent avaler des 
animaux d'un diamètre plus considérable que celui de leur propre corps; elles boivent à la manière 
des Lacertiens. C'est par préjugé qu'on leur attribue l'habitude de leter les Vacbcs; leurs lèvres en- 
durcies ne permettraient pas la succion, et leurs dents recourbées en arrière les empêcheraient de 
quitter le pis après qu'elles l'auraient saisi. Dans quelques pays où ces Reptiles sont communs, on 
reconnaît assez leur innocuité pour les rechercher comme aliment : on les nomme alors Anfjtilllcs de 
haies; leur chair est sèche, d'une saveur assez fade, mais nui np rannpUe en rien l'odeur assez rc- 



124 lllSTOlIiE NATURELLE. 

poussante des Couleuvres; toutefois elle est si peu abondante, qu'une mince Anguille vaut mieux 
qu'une grosse Couleuvre. On trouva des animaux de ce genre linnéen dans presque toutes les parties 
du globe; l'on en connaît un assez grand nombre en Europe, et la France spécialement en nourrit 
plusieurs que nous décrirons en faisant connaître les principaux groupes formés dans ce grand 
genre; ces Reptiles se trouvent sur le sol, habitent les arbres ou vivent dans les eaux douces. Les 
Couleuvres se multiplient assez promptement : celles qu'on a étudiées sous ce rapport sont ovipares; 
mais il paraît, d'après des observations de M. FI. Prévost, que, suivant les circonstances où on la 
place, une même Couleuvre peut être ovipare ou vivipare; c'est ainsi qu'une Couleuvre (Tropidonote) 
à collier, placée à proximité de l'eau ou dans des lieux humides, serait ovipare, ce qui est le cas 
ordinaire, tandis que, tenue dans des lieux secs, éloi^jnés de toute humidité, elle deviendrait, au 
contraire, vivipare, ou plutôt ovovivipare. On connaît aujourd'hui un très-grand nombre de Couleuvres, 
et plusieurs zoologistes modernes ont cru devoir y former un nombre assez notable de genres et même 
de familles i)arliculières. 

Plus spécialement, la famille des Isodontiens (to-o;, égal; o5ouç-ovtoç, dent), à l'occasion de laquelle 
nous avons donné quelques remarques sur les Couleuvres en général, renferme neuf genres 
distincts. Ces genres sont les suivants : 

1° Dendrophis (SivSpov, arbre; oyi;, Serpent), Boié {Isis, 1827), chez lesquels toutes les dents sont 
de même longueur et proportions, et dont les écailles qui recouvrent la région médiane du dos sont 
beaucoup plus grandes que toutes les autres. Cinq espèces australiennes et javanaises, dont le type 
est le D. PEipiT (Coluber piclus, Gmelin), d'un vert brunâtre, et qui aime à se loger sur les arbres. 

2° IlEr.PEToDiiYAS (e/jottoç. Reptile; àou;,,5puo;, arbre), lioié [Isis, 1827), à tête allongée, dépri- 
mée, plane; à yeux grands, à corps généralement très-long, et dont la moitié est formée par la 
queue; à écailles du dos grandes, lisses ou carénées, toutes semblables entre elles. Huit espèces, 
la plupart de l'Amérique, tant méridionale que septentrionale, et deux habitant Madagascar; dont 
plusieurs espèces, telle que l'Il. a dos CAr.ÉiNÉ (H. carinaliis), ont été décrites par Linné dans 
le genre Coluber. 

5" GoNïsoMA (yom, angle; o-wfia, corps), Wagler, ayant les écailles du dos égales, le tronc beau- 
coup plus haut que large, et la tête longue, mince. Une seule espèce la C. oxijceplialus, Reinvvardt, 
du Brésil et de Java. 

4° SpiLOTES (trmlwToç, laclieté), Wagler, présentant les mêmes caractères que le groupe précédent 
pour la forme du corps, mais ayant la tête épaisse, plus ou moins distincte du tronc, généralement 
courte, aussi haute que large. Quatre espèces de l'Amérique méridionale, dont le type est le S. cuas- 
cEANT (C variabilis, Linné). 

5" RuiNEcnis (niv, nez; e/l;, Serpent), Michalielles, à écailles dorsales égales, à tronc arrondi, et à 
museau pointu, terminé par une sorte de boutoir. Ce groupe a pour type le R. a f.ciielons (C. dor- 
salis, Oppel], qui est d'un fauve roussâtre, avec deux lignes noires s'étendant en dessus et réunies, 
de distance en distance et à des intervalles à peu prés égaux, par des bandes transversales assez 
larges, noirâtres, et qui habite l'Italie et les ili s méditerranéennes, ainsi que le midi de la France. 
On réunit ordinairement à ce groupe le genre PUnopIds (ttitu;, pin; cyt;, Serpent), Ilolbroock, qui 
ne renferme qu'un petit nombre d'espèces américaines. 

6" Elaphis {elaphis, nom employé par Aldrovaiule pour indiquer une espèce qui se rapporte à ce 
genre), Duméril et Bibron, ayant les écailles dorsales égales, le tronc rond, le museau mousse, la 
queue médiocrement allongée, les écailles carénées et les narines latérales. Ce genre, partagé en 
deux sous-genres, Elaphis et Compsoxonia (xofi^oç, élégant; irwpia, corps), renferme une vingtaine 
d'espèces, dont la moitié au moins appartient ù l'Amérique, les autres à l'Asie, au Japon, à Suma- 
tra, etc., et dont une, particulière au midi de l'Europe, est la Couleuvre d'Esculape (Coluber Escu- 
lapi, llost). 

7° Tretanoriiixus (t^svjto;, percé; «vw, en dessus; piv, nez), C. et A. Duméril et Bibron, qui ne dif- 
fère du genre précédent que par ses narines verticales, et ne renferme que le seul T. variabilis. 

8° Abl.^es (aQaêi;;, innocent), C. et A. Duméril et Bibron, qui se distingue des Élaphes par ses 
écailles lisses ou sans carène. Une quinzaine d'espèces partagées en deux sous-genres, les Ablabcs 
et les Enicognatlius (ev«o;, singulière; paOoç, mâchoire), de l'Amérique, de Java, de Madagascar, 
et dont une, le Coluber qiiailri-linealus, Pallas, provient de la Russie méridionale et de la Crimée. 



REPTILES. i25 

a' Calopisua {-iald;, belle; ^omo-;xa, enveloppe), C. et A. Duméril et Bibron (185i), qui se diffé- 
rencie des trois genres qui précèdent par sa queue très-courte, robuste, et qui ne renferme que trois 
espèces : deux de l'Amérique du Nord et une de la Guyane, le Coluber plicalilis, Linné. 



HUITIEME FAMILLE. 

LYCODONTIENS. C. et A. Duniéril et Bibron. 



Cette famille, qui ne renferme que quatre genres, créés par MM. C. et A. Duméril et Bibron aux 
dépens des Lycodon d'il. Boié (Isis, 1827), séparés eux-mêmes des anciens Coluber, est caractérisée 
par ses crochets lisses, toujours inégaux : les antérieurs plus longs que ceux qui suivent et distribués 
en séries nombreuses sur les mâchoires, et sans espaces vides entre eux; par son corps cylindrique 
et par sa tête plus large en arrière que le cou. Les genres de celte famille sont ceux des : 

1° BOiEDON, à dents palatines égales, à dents des sous-maxillaires séparées, et celles du haut non 
séparées. Quatre espèces du Cap, de l'Abyssinie, de la Guinée, etc. 

2" LïcoDO.N {Ivxo;, Loup; oJo'j;, dent), qui diffère des précédents en ce que les dents sous-maxil- 
laires d'en haut sont distinctes, isolées. Six espèces d'Amboine, de Java, de la Nouvelle-Guinée, de 
Pulo-Samoa, et dont le type (fi. aulicus, Linné) se rencontre en même temps dans l'Inde, à Sumatra, 
à lile Bourbon, etc. On en a séparé comme sous-genres les Ciiclocorus (xw.),o;, arrondi en cercle; 
y.rjpo, pupille); Ccrcaspis (zspzoç, queue; «.(jitu;, bouclier), Wagler; Spitccodes {sfxyMi3-nç, qui a la 
taille eflilée), et Upliites {oplihcs, nom employé par Linné pour un Serpent), que nous nous borne- 
rons à nommer, et qui ne renferment chacun qu'une seule espèce particulière à l'archipel des Indes. 

5° Edgmathus (eu, bien, forte; yuaSoj, mûchoire), dont les dents sous-maxillaires ne sont pas séparées 
par un espace libre. On distingue cinq sous-genres dans ce groupe, ceux des Eiignailius, Lycopld- 
dion, Fitzinger; Alopccioii {alumxKx;, alopécie); Uelcrokpis (sxs/ioç, différent; Imni écaille) vX Lam- 
prophis (Xa^Trpo;, brillant; ofiç, Serpent). Une dizaine d'espèces, presque toutes du cap de Bonne- 
Espérance, et dont le type est le Coluber aurora, Linné, qui se rapporte au dernier sous-genre. 

A" Pareas {pareas, nom donné à un Serpent par Lucain), à dents palatines beaucoup plus longues 
en avant que celles qui suivent. Cinq sous-genres, ceux des Pareas, Aplopcliura (a^îioo;, simple; 
nù-m, petit bouclier; ouria, queue) ou Ambhjcephalus, Boié; Dhiodon (ôt, par le milieu; vwfj'.;, 
cdenté), et Odontomus {oSuv, dent; tomti, coupe), qui ne renferment que six espèces propres à Java, 
à Sumatra et au Bengale. 



NEUVIÈME FAMILLE. 

LEPTOGNATHIENS. C. et A. Duméril et Bibron. 



On comprend sous cette dénomination, tirée des mots grecs >ra9oç, mince; yvaSoç, mâchoire, qui 
indique que les deux mûchoires, ou au moins l'une d'elles, sont très-faibles et garnies, en général, 
de crochets minces et grêles, une famille assez nombreuse d'Ophidiens aglyphodontes renfermant 
une douzaine de groupes génériques créés aux dépens des Coluber, et ayant pour caractères com- 
muns : queue conique et pointue; tête confondue avec le tronc pour la largeur, dents palatines dis- 
tinctes; mâchoires étalées en lames minces, étroites et faibles. 



126 HISTOIRE NATURELLE. 

Douze ijenres, renfermant une vinglaine d'espèces particulières pour plus de la moitié à rAméri- 
quf, et dont les autres proviennent de l'Afrique australe, de l'archipel des Indes, etc., et pour la 
plupart fondés par MM. G. et A. Duméril et Bibron, constituent cette famille, et se distinguent les uns 
des autres par quelques particularités assez peu importantes qu'ofi're la composition de leurs mâ- 
choires. Ces genres, que nous ne décrirons pas, et dont nous donnerons seulement les noms, sont 
ceux des Petalogn.uhus [Kzraloç, lame mince; yvaSoç, mâchoire), DirsAMonus (Si^c, Dipsas; o;j.opo;, 
foisin), Lepiognathus [Iz-kto;, mince; yvaBoç, mâchoire), CocHLioriiACUs (xozî.toç. Colimaçon; tpa'/o;, 
mangeur), Uydrops {vSpoç, Serpent d'eau; o>-^, apparence), Wagler; Rachiodon {pay^t;, colonne verté- 
brale; c/3wv, dent), Jourdan; Platïptebïx {-Klarv;, large; TtTtpvz, aile), Stenognathds (orevoç, étroite; yva- 
Ooç, mâchoire); lscH^0GNATHus (lo-^vo;, grêle; -/vaSoç, mûciioire); Biiachïorruos {èpayoç, courte; oopo;, 
queue), KQhi; SiEneTOPiioRcs (o-tpîttto;, collier; fopo;, porteur), et Stkeji.matocnathus (tj-pf-t.p.a, con- 
tourné; '/vaOoç, mâchoire). Les particularités suivantes doivent être notées â l'occasion de deux de ces 
genres; c'est ainsi que la Coluber scaber, Linné, type du genre Racinodon, semble présenter des 
dents sur la colonne vertébrale, parce que les apophyses sous-épineuses du corps des vertèbres en 
font l'office, et que, chez les Planjpienjx, les parties postérieures des os ptérygoldiens sont élar- 
gies et paraissent former des sortes d'ailes. 



DIXIÈME FAMILLE. 

SYNCRANTt:RlE>S. C. et A. Duméril el Bibrou. 



Les espèces, au nombre d'une quarantaine, qui entrent dans cette famille, étaient anciennement 
placées dans le grand genre Couleuvre, et sont aujourd'hui réparties, selon M.\l. C. et A. Duméril et 
Dibron, dans quatre genres. Toutes offrent pour caractères communs des dents lisses, distribuées 
sur une même ligne, mais avec les dernières plus longues, sans intervalle libre au devant d'elles. 

Les genres admis dans cette famille sont ceux des Tropidokotus {zp'.Tzi;, xp'.nL^o;, carène; vwto;, 
dos), Kûhl; CoRO.NELLA, Laurenti; Si.motes [nfMTr,;, aspect d'un visage camard), C. el A. Duméril et 
Bibron, et LErroruis [Izktjç, giéle ; ofi;, Serpent), Dell. Le nom du genre Couleuvre, Coluber de 
Linné, pai'tagéavec raison en un grand nombre dégroupes particuliers, n'est appliqué à aucun d'eux 
par les savants auteurs de Y Erpclolocjic gcncrale : ainsi que nous l'avons déjà plusieurs fois fait 
observer, nous croyons fâcheuse celte tendance à rayer de la nomenclature zoologique les dénomina- 
tions anciennement admises; aussi avons-nous pensé que le nom de Couleuvre devait être conservé, 
et l'avons-nous particulièrement laissée au groupe des Tropidonotes, qui en est le démembrement le 
plus considérable, qui comprend les e.<ipèces les mieux connues, celles qui habitent surtout nos cli- 
mats et dont se sont toujours occupés les auteurs qui ont parlé les premiers des Coluber. 



GENRE PRINCIPAL. — COULEUVRE. COLUBER. Linné, 1755. 

Coluber, nom lalin de res|Kce type. 
Svstcma naluric. 

CARACTÈRES GÉlNÉfllQUES. 

'J'êle plaie, longue; mâctioïres ètjcdemcnl allongées, les crochels de la supérieure formant une sé- 
rie long'ilud'inale coulinue, quoique les derniers, ou les postérieurs, soient généralement plus forts 
et plus longs à peu près de moitié, et jamais cannelés. 





ri- 'i — n<\mo à iKin.l.. 




REPTILES. 127 

Corps allongé, cijHudriqiic. Ecailles dorsales, et le plus liabiluelUmcnt celles des flancs voii.tnl 
îc/t' ligue saillante ou une sorte de carène. 

Queue médiocre comparativement à la lonçjiieur du corps. 

Les Couleuvres, connues depuis la plus haute antiquité, sont des Ophidiens de taille moyenne, à 
rorps allongé, cylindrique, insensiblement plus gros vers la région moyenne qu'à ses deux extrémités. 
Leur tète est plate et longue, principalement à cause des mûchoires, qui permettent une forte dilata- 
lion de la bouche, et qui se trouvent donner par suite une grande largeur à l'occiput; aussi le cou, 
implanté entre les extrémités postérieures de ces mâchoires, qui dépassent le crâne, est-il en appa- 
rence plus étroit : mais il grossit ensuite insensiblement en arrière; il devient ainsi un peu conique el 
ne larde pas à se confondre avec le reste du tronc. Les narines sont situées vers le bout d'un mu- 
seau arrondi : elles sont rapprochées l'une de l'autre, el leur pertuis est presque vertical. Les yeux 
sont assez relevés au-dessus des bords des lèvres, un peu saillants et courbés. La queue, le plus or- 
dinairement prolongée en pointe, varie par la longueur; quoique plus courte chez les mâles, elle est, 
à sa base, à peu près de même diamètre que le Ironc. Les urosléges sont constamment distribuées 
sur deux rangs, et par conséquent toujours doubles. L'écaillure, surtout celle du dos, porte une ligne 
saillante ou une sorte de carène, et c'est de ce caractère important que Kûlil a tiré la dénomination 
de Tropidonotus, que lui el la plupart des zoologistes appliquent à ce groupe générique. 

La plupart des espèces de Couleuvres habitent de préférence les lieux herbeux et humides et les 
bords des eaux douces, el nagent avec une grande facilité, le plus souvent à la surface de l'eau : 
aussi quelques auteurs les ont-ils désignées sous le nom de Natrix et sous celui de Serpents d'eau. 
On les a parfois observées soit dans de petits courants d'eaux chaudes, soit, au contraire, dans les 
Pyrénées au bord des torrents provenant de la fonte des neiges, cl qui, d'après cela, n'onl pas une tem- 
pérature beaucoup plus élevée que celle du zéro lliermométrique. Les Couleuvres restent quelquefois 
cachées dans les herbes; d'autres fois elles se blotlii'^ent sous les pierres, se roulent el se cachent en 
partie dans le sable ou dans la vase, et, dans cette dernière position, elles guettent el cherchent â 
saisir au passage les Amphibiens et les petits Poissons qui sont entraînés par le courant, ou qui se 
se tiennent sur le bord des ruisseaux, cl dont elles font le plus ordinairement leur nourriture princi- 
pale; à cela, elles joignent de petiis animaux qu'elles peuvent rencontrer, quelques Vers de terre, 
quelques Insectes, etc. 

On range une vingtaine d'espèces dans ce genre, et leur distinction repose principalement sur le 
nombre, la forme et les dispositions particulières des plaques céplialiques, des écailles dorsales, etc.; 
à cela, on peut joindre quelquefois certaines parlicularités fournies par le système de coloration. 
L'Amérique, principalement la partie septentrionale, présente dix espèces de Couleuvres, et il est 
même probable, en outre, que plusieurs variétés devront, lorsqu'elles seront mieux connues, être re- 
gardées comme constituant des espèces particulières; six espèces habitent le Japon, les Seyclielles, 
les Indes orientales, la côte de Malabar, la Nouvelle-Guinée; enlin quatre sont européennes, el parmi 
elles nous devons décrire les deux suivantes, que l'on trouve dans une grande partie de l'Europe, et 
que l'on rencontre même aux environs de Paris. 

1. COUl EUVRE A COLLIER. COLUBER NATRIX. Linné. 

Caractères spécifiques. — Dessus du tronc et côtés d'un gris bleu plombé, avec des bandes qua- 
■drilalèrcs noires, une sorte de collier de plaques d'un jaune pâle ou blanchâtre s'élevaut sur la nu- 
que, suivi ou bordé en arrière de grandes laciies noires, jointes ou réunies sur la têle, et qui quel- 
quefois existent seules. La longueur moyenne est d'environ 0°,75; mais l'on a vu des individus ayant 
plus de 1",50. [Allas, pi. XYI, fig. 3, el pi. XVII, fig. 1.) 

Cette espèce est le Natrix des anciens auteurs, le Natrix torqualus de Gcsner, le Coluber natrix 
de Linné el le Tropidonotus natrix, C. el A. Duméril et Bibron. On la trouve, surtout pendant la 
belle saison, auprès des habitations, et elle dépose souvent ses œufs, qui sont en chapelet et au nom- 
lire de dix à quinze, dans les meules de blé placées dans les champs. On rencontre souvent des Cou- 
leuvres dans les fumiers des grandes basses-cours des fermes; mais le plus habituellement elles restent 



128 



IllSTOIIiE NATURELLE. 



dans les prés liumidcs auprès de quelques cours d'eau, oii elles aiment à se plonger. La Couleuvre 
à collier habite toute l'Europe, aussi bien au nord qu'au midi, et elle n'est pas rare aux environs de 
Paris; on la retrouve aussi dans le nord de l'Afrique, dans quelques parties de l'Asie, etc. 

2. COULEUVRE VIPÉRINE. COllUtER VlPnitlSVS Lalroille 

Caractères spécifiques. — Corps d'un gris verd.'itre ou d'un jaune sale, portant au milieu du dos 
une suite de taches brunes ou noirûtres, très-rapprocliées ou unies entre elles, et formant une ligne 
.sinueuse; flancs avec des taclies isolées en losange, dont le centre est d'une teinte verdâtre. Taille 
plus petite que celle de la Couleuvre à collier. Cette espèce habite les mêmes lieux que la précédente. 




Fi?. 4S. — Couli'u 



Les deux autres espèces propres à l'Europe sont : le T. chcrsohlcs, Wagler, de l'Italie, de la Pro- 
vence et de l'Algérie, et le C. Iiiiilrns, Pallas, des bords de la mer Caspienne. Parmi les espèces 
étrangères, nous ne citerons que la Couleuvre a bandes {Coluber fasciaius, Linné), de l'Amérique 
du Nord, qui présente cl" nombreuses variétés. 

Un genre voisin de celui des Couleuvres est celui des ConoNEi.Lcs, Laurenli, qui en diffère en ce 
que ses écailles ne sont pas carénées ou ne portent pas de lignes saillantes; en outre, les Coronelles 
ont habituellement la tête médiocre, plutôt petite et peu distincte du tronc, qui est cylindrique et un 
peu plus gros au milieu; les yeu.'c sont petits, à pupille ronde; la queue est courte, presque aussi 
grosse à la base que le tronc lui-même. Sept espèces entrent dans ce genre : quatre de l'Amérique 
du Nord, une du Cap et deux d'Europe. Ces dernières sont : la Cokonei.le i.isse (Coluber Aiislriacus, 
Linné), de l'Europe centrale et méridionale, qui est d'un brun jaunâtre, avec des marbrures noirâ- 
tres en dessus, giises en dessous, et la C. bordelaise (C. Galiicus, llcrniann), du midi de la France. 

Le groupe générique des Simotes se différencie de celui des Coronelles en ce que le museau, au 
lieu d'être arrondi, peu allongé, est tronqué et très-court. Sept espèces de la Chine, des Indes orien- 
tales et de son archipel, et dont une provient de l'Amérique du Nord; le type est le Simote a BA^DEs 
DL.VNCUES. [Allas, pi. XVIII, fig. 1.) 

Enfin le dernier genre de cette famille est celui des LErroruis, chez lequel la queue est très longue 
1 1 forme près de la moitié du tronc, contrairement à ce qui se remarque dans les autres genres de la 
famille des Syncrantériens, et de là il résulte une diflérence dans les mœurs : c'est ainsi que ces 
animaux ne recherchent pas les lieux humides ou nirme les eaux, et qu'ils vivent dans les bois, sur 
les arbres, où ils grimpent avec facilité. Ce groupe, auquel on réunit le genre Dnjiuns de M. Bell, 
renferme une dizaine d'espèces particulières à l'Amérique, à Java, à Manille, à Madagascar et ù la 
côte occidentale de l'Afrique, et dont le type est le LEPioriiiDE queue lisse [Coluber aliœlalla, Linné), 
de l'Amérique méridionale. 



RI'.PilLES. i29 



ONZIÈME FAMILLE. 

DIACRANTÉRIENS. G. et A. Diiméiil el Bibron. 



Les dernières espèces de l'ancien genre Couleuvre de Linné entreront dans celte famille, quia 
pour caraelères essentiels : tous les crochets lisses, mais les deux derniers sus-maxillaires plus longs 
et séparés de ceux qui les précèdent par un espace sans crochets. 

On a donné la description de dix genres et de prés de cinquante espèces de celte famille, et elles 
se trouvent répandues en Amérique, dans les îles de l'archipel Indien, un petit nombre en Afrique et 
en Europe. Celles de cette dernière partie du monde se rapportent aux deux genres suivants : 

1° Périips {mpi, autour; <o^, œil), Wagler, à corps allongé, arrondi, avec les écailles des flancs 
lisses et non oblongues, mais à peu prés carrées; à tête très-distincte du cou, qui est étroit et comme 
aminci, et surtout à scutelles sous-oculaircs placées au-dessus des sus-labiales. On y range deux es- 
pèces, le P. FER A CHEv.AL (Coliibcr hippociepis, Linné), joli Opliidien qui se trouve très-communé- 
ment en Italie, en Espagne, sur les bords de la Méditerranée, tant en Europe qu'en Afiiiiue, en Sar- 
ilaigiie, etc., et la Couleuvre a raies parallèles, Et. Geoflroy Saint-llilaire {Periops parallclus, 
Wayler, originaire de l'Afrique. 

2" ZAMEMs(i;«y.îvïî;, véhément), Wagler, à corps allongé, égal, arrondi; à écailles oblongues, lancéo- 
lées, lisses; à tile oblongue, carrée; à plaques sourciliaires saillantes sur l'orbite; à écussoii central 
élroit. Ce genre important renferme cinq espèces : quatre européennes el une américaine (Z. Mexica- 
viis, Duméril et Bibron). Les espèces d'Europe sont : la Couleuvre verte et jau.ne, Lacépède (Z. vi- 
riiii flaviis, Wagler), que Daubenton a désignée sous la dénomination de Couleuvre commune, qui 
est très- commune en Bretagne, en Bourgogne el dans tout le midi de la France, en Italie, dans les 
îles de la Méditerranée, etc., avec des mouchetures jaunes en dessus sur un fond noirâtre; la C. a ru- 
BA.Ns {('. irabalis, Pallas), des bords de la mer Caspienne; le Z. Dalilii, Duméril el Bibron, de la 
Morée et de la Grèce, el la C. a bouquets, El. Geoffroy Saint-llilaire, (Z. florulcntus, Duméril et Bi- 
bron), d'Egypte et du midi de l'Europe. 

Les autres genres, que nous nommerons seulement, sont ceux des Dr.oMicus (Jpof/tzo;, coureur), Bi- 
bron et Cocteau, renfermant dix espèces américaines; Stegosotcs (tt^'/o;, toit; v'-.jt(/ç, dos), Duméril et 
liibron : une espèce de Java; Liophis (hio;, lisse; oytç. Serpent), Wagler : quatre espèces d'Amérique; 
UiiOMACER {o-jpa, qucue; y-vy.po;, grand), Duméril el Bibron : deux espèces, l'une africaine, l'autre amé- 
ricaine; AupuiESMA {ay.fizTi/.a, vétemeni), par allusion à l'espèce type, la Couleuvre en rode {Colubcr 
siolaliis, Linné) : six espèces des Indes orientales el de Java; IIélicops {ûc/m^, ù yeux ronds), Wa- 
gler : trois espèces de l'Amérique du Sud; Xénodon (|£vo,-, inusité; oSon, dent), Boié : quatre espèces, 
irois d'Amérique el une des Indes orientales, et IIétérodon (sTepoioç, dissemblable; cSuv, dent), La- 
ireille : six espèces, quatre d'Amérique, une du nord de l'Afrique el une de Madagascar. Ce dernier 
groupe est principalement caractérisé par sa tète plus ou moins distincte du tronc, qui est anguleux, 
el par son museau relevé, obtus, anguleux et caréné, en forme de coin, el a pour type I'IIétérodon 
large nez, Latreille (Cvluber platijrinnus, Linné), jolie Couleuvre à coloralion variable suivant l'âge 
lies individus, el très-répandue dans diverses régions de l'Amérique septentrior.ale. 



150 UlSTOllïb; NATUIUXLE. 



bechoiji 



SERPENTS OPISTHOGLYPHES ou APHOBEROPHIDES. G. et A. Duméril et Bibron. 



Les Ophidiens qui entrent dans cette division primaire des Reptiles ont pour caractères essentiels : 
niûciioircs supérieures gartiies, en avant, de crochets lisses ou sans sillon, et ayant, en arrière, une 
ou plusieurs dents plus longues, cannelées et déversant le venin. 

Ces animaux, dont au premier aspect il semblerait que l'homme ne devrait pas craindre les mor- 
sures, puisque leurs mâchoires sont ù peu près conformées comme celles des Couleuvres, doivent être 
cependant regardés comme des espèces venimeuses. « Le fait est, disent les auteurs de V Erpétologie 
gâiérale, que les piqûres produites par les seuls crochets antérieurs ne peuvent être dangereuses 
pour les gros animaux, au moins pour ceux dont le corps, par son volume, excède le diamètre de 
l'orifice buccal subordonné à l'amplialion que permettent en général l'abaissement, l'écartement ou 
l'élargissement des mâchoires. En effet, quoique l'intérieur de la bouche soit, en apparence, muni 
seulement de crochets nombreux ou de dents lisses, destinés, par leurs pointes recourbées et dirigées 
en arrière, à retenir simplement la vi( lime dans la peau de laquelle ces crochets ont pénétré, on peut 
remarquer, à l'extrémité postérieure de la rangée qu'ils occupent, plusieurs autres crochets plus 
longs, sur la convexité desquels il y a une gouttière canaliculée, comme une rainure longitudinale, 
il résulte de cette disposition que la proie n'est réellement piquée ou mortellement blessée que lors- 
qu'elle a été portée assez profondément vers le pharynx, tout à fait au fond de la bouche, vers l'exiré- 
mité des os de la mâchoire supérieure, qui se prolongent, dans ces espèces, beaucoup plus que dans 
les deux autres sections des Ophidiens venimeux. Cette cannelure, qui règne le long des crochets 
postérieurs, offre un sillon assez piofondément encavé pour faire paraître ces dents comme divisées 
sur leur longueur. C'est le long de ce sillon que doit s'écouler le venin destiné à pénétrer dans les 
chairs de la victime et à y déterminer probablement l'insensibilité pour l'animal vivant. Ce virus, en 
modiliant la sensation pénible de la douleur, si même elle n'est pas entièrement anéantie, réduit le 
corps animé de la victime à l'état de matière inerte, abondante en sucs nutritifs déjà tout préparés, 
et dont le Serpent pourra extraire lentement, mais très-complètement, toutes les parties alibiles que 
celle proie fournira, en parcourant le tube digestif, pendant le long séjour obligé que la matière ani- 
male est appelée à y faire, quoique ce canal intestinal soit très-court. « 

Les caractères si importants, tirés de la présence, de la forme et de la situation distincte des dents 
cannelées, doivent être ajoutés à ceux de l'existence d'une glande venimeuse différente, par sa struc- 
ture, des organes qui sont spécialement destinés à sécréter la salive. Ces caractères sont très-bons; 
mais malheureusement on ne peut les constater qu'après la mort de l'animal. 

Un assez grand nombre de naturalistes se sont occupés de l'organisation et de la classification des 
Ophidiens opisthoglyphes; nous citerons surtout les travaux de MM. Schlcgel, Wagler, G. Cuvier, 
Alessandrini, Duvernoy, J. Millier, Ch. Bonaparte, et surtout de MM. C. et A. Duméril et Bibron, nui 
partagent ces Reptiles en six familles, distinguées par la disposition des crochets antèricuis ainsi que 
parcelle de la tête. Ces familles, dans lesquelles on a formé un assez grand nombre de genres propres 
à toutes les parties du monde, et dont les espèces ressemblent assez à des Couleuvres, sent celles des 
Oxijcéplia'iens, Slcnoccplialiois, AnisodoïUicnn, Pldiijrhiuiais, Scfilalicus et Dipsadicn.t. 



REPTILES. 131 



PREMIÈRE FAMILLE. 



OXYCEPHALIENS. C. et A. Duniéril et Bibron. 



Culte petite famille, qui ne renferme que quatre genres ne comprenant qu'un petit nombre d'es- 
pèces particulières à Tîle de Madagascar, à l'archipel des Indes et à l'Amérique du Sud, a pour ca- 
ractères : animaux à corps allongé dans toutes ses parties; à tête longue, étroite, surtout en avant, 
où le museau s'avance en pointe et dépasse la mâchoire inférieure; à queue très-longue. 

Ces Ophidiens, de taille petite et très-mince, di'meurent le plus habituellement sur les arbres; la 
couleur générale de leur corps est verte, souvent de la même teinte que celle des feuilles des arbres 
ou de l'écorce des branches que ces Picptiles entourent, en se confondant avec elles par leur forme 
arrondie; c'est là qu'ils passent des jouinées entières, enlacés et entortillés pour y épier les Oiseaux, 
les petits Mammifères et les autres animaux dont ils font leur nourriture. Les voyageurs qui ont étu- 
dié les Oxycéplialiens ne les ont pas indiqués comme venimeux; les indigènes les saisissent sans 
crainte, parce qu'ils cherchent rarement à mordre, à moins qu'ils ne soient fortement excités, et 
alors il n'en résulte que des piqûres sans gravité; et cela se conçoit, car les crochets à venin ne sont 
placés que dans le fond de la bouche. 

Le genre principal est celui des Lancama (nom de pays de l'espèce type), à museau prolongé par un 
aj>peiidice charnu du tiers de la longueur de la tête, qui est très-pro!ongèe, de forme à peu près trian- 
gulaire et pointue, couvert de petites écailles lisses et ovalaires; à écailles du dos et des flancs caré- 
nées, à urostéges sur deux rangées. Ce genre, que Wagler nomme X'ipliork-.jnchus (Çiyoç, épée; puy- 
/oç, nez), particulier à Madagascar, ne renferme que deux espèces, dont la plus commune est le 
F-.\^CAnA {Lançialia nasilla, Sliavv), qui est d'un brun plus ou moins rougeâtre ou jaunâtre, avec des 
piquetures noires en dessus. L'autre espèce est le Largaha crête de Coq {Langaha crisla Galli, 
Uuir.éril et Bibron), qui se distingue de la précédente en ce que l'appendice du museau est en forme de 
crête dentelée, tandis que dans le Langaha ordinaire cet appendice a la forme d'une lame très-pointue 
à son extrémité libre. 



Fig. 49. — Lanpralia crête de Coq. 



Les autres groupes génériques sont ceux des : 1° Drvinus (5puivoç, nom appliqué à un Serpent par 
les anciens), Merrem; Herpctodryas, Fitzinger; Drijoplih, Schlegel, qui se dislingue des Langaha 
parce que le museau est court et mou, et que les écailles dorsales et latérales sont lisses : une seule 
espèce (D. nasutiis), des Indes orientales; 2° Oxïbelis (oIu&V/j;, qui lance avec vitesse), Wagler, à 
museau dur, solide; à plaque sous-orbitaire unique, grande : quatre espèces, trois de l'Amérique 
TTéridionale et une de la côte du Gabon, et dont le type est la CouLEuvnE bleue a deux raies [Colu- 
irr fulg'ulus, Daudin); 5° Tragops (rpayoç. Bouc; wij/, apparence), Wagler, différencié des Oxybeles 
par sa plaque sous-orbitaire double ou triple : trois espèces provenant des Indes orientales. 



i52 HISTOIRE NATLiP.ELLE. 

DEUXIÈME FAMILLE. 

SÏÉ>'OCt:PnALIEiNS. C. et A. Diiraéril et Bibroii. 



Une vingtaine d'Ophidiens, tous américains, répartis en quatre genres, constituent cette famille, 
qui a pour caractères : corps allongé dans toutes ses parties; tèle courte, obtuse, confondue awc le 
tronc, qui est arrondi sur le dos, mais plat sous le ventre; queue courte, finissant insensiblement en 
pointe conique; narines percées entre deux lames. 

Les genres de cette division diffèrent entre eux principalement par la forme générale du corps; 
dans les ELAroMonmis (e).»!', nom d'un Serpent; t/oo-fr,, forme), qui renferme six espères assez nou- 
vellement décrites, et dans les IIomalocranion, Duméril et Bibrcn, quatre espèces, dont la plus con- 
nue est le Coliibcr mclanoccjjlialus, Linné, le corps est grêle, de même grosseur; mais dans les 
premiers la tête est convexe, et elle est plate chez les seconds; tandis que dans les Er.vTnRorAMi'nus 
(eo'jOpo;, rouge; ),«;/7rpo;, brillant), Boié, comprenant cinq espèces, dont les types sont le Coliibcr ALs- 
ciilap'ii, Linné, et 1'^. vemislissima, Duméril et Bibron (voy. Allas, pi. XVll, fig. 5), ainsi que dans 
les SteiNouhina (a-svoç, rétréci; pw, piv-jç, nez), deux espèces assez récemment décrites dans VErpc- 
tologk gciicrale, le corps est plus gros au milieu qu'à ses deux extrémités; à taches en anneaux 
chez les Érythrolampres, et sans taches annelées chez les Sténorhincs. 



TROISIEME FAMILLE. 

ANISODOINTJENS. C. et A. Duméril et Bibron. 



Caractérisés par leurs dents postérieures cannelées, leur museau court, leurs crochets lisses des 
deux mftchoires, distribués inégalement, et irrégulièrement proportionnés, surtout en haut. 

Un connaît une vingtaine d'Ophidiens de cette famille, propres à toutes les parties du monde, et 
MM. C. et A. Duméril et Bibron les répartissent en huit genres, qui se distinguent pariiculièrement 
par la forme et la disposition des crochets antérieurs. 

Les BucEnuLus (Soy/sya).';;, à tête de Bœuf), Smith {DisphoUdiis, Duvernoy, et Driiomcdusa (ip-j;, 
arbre; y.E-îw, je gouverne), Filzinger), sont caraciéi'isés par leur manque de crochets antérieurs, et 
par leur tête allongée, grosse, à museau arrondi et à orbites en occupant au moins la moitié, portée 
sur un cou grêle. L'espèce unique est le Dticqilialus iiipiis, qui est d'un brun verdûtre en dessus et 
d'une teinte plus claire en dessous, habitant le cap de Bonne-Espérance, et sur lequel M.Smith a 
donné les détails de mœurs suivants : « La présence de l'un de ces Bucéphales dans un arbre est 
bientôt démontrée par les Oiseaux du voisinage; ils se réunissent autour de lui en voltigeant de côté 
et d'autre et en poussant les cris les plus perçants, jusqu'à ce que l'un d'eux, plus eflrayé que les 
autres, s'approche trop de son ennemi, dont il devient alors la proie sans qu'il lui oppose en quel- 
que sorte de résislance. Pendant que le Serpent est ainsi en embuscade, il a la tête élevée de dix à 
douze pouces au-dessus de la branche qu'il enveloppe de ses replis. Sa bouche est ouverte, le cou 
est gonflé, et l'on dirait que l'animal s'efforce d'augmenter la frayeur qu'il inspire, comme s'il pré- 



REPTILES. 153 

voyait qu'elle doit inévitablement lui procurer des victimes dans ce groupe d'Oiseaux effrayés qui 
l'eniourciit. Quelque ridicules que soient les assertions qui ont été émises sur le prétendu pouvoir 
de fascination des Serpents, il n'en est pas moins \rai que les Oiseaux et même les Quadrupèdes 
deviennent, dans certaines circonstances, incapables de fuir leur ennemi, et, ce qui est même plus 
extraordinaire, de résister à la force qui les entraîne, malgré leur volonté, à quitter une place où ils 
n'ont rien à craindre pour aller s'exposer au plus grand danger. Les Oiseaux effrayés par les Ser- 
pents m'en ont souvent donné la preuve, et j'ai entendu parler de circonstances également curieuses 
où des Antilopes et d'autres Quadrupèdes, tout troublés par l'appariiion soudaine des Crocodiles et 
par les mouvements de ces grands Heptiles, se sont trouvés dans l'impossibilité de fuir pour échap- 
per à leur ennemi qui s'approchait d'eux. » 

Le genre IlF.MI0D0^TlIs {r.u.i'y^Jt, à demi; oô-uç, dent), Duméril et Bibron, qui ne comprend qu'une 
seule espèce de Timor et de la Nouvelle-Guinée, se différencie surtout du précédent en ce que les^ 
orbites n'occupent que la sixième partie du crâne. 

Les PsAMMoi uis (j-ay-Mç, des sables; oytç, Serpent), 11. Boié, de même que les genres suivants, ont 
les crochets antérieurs distincts, et, en outre, ces crochets sont assez longs, avec un intervalle, et 
plus longs en avant et au milieu. Ces Ophidiens, à (aille eflilée, offrent sur le dos une ligne saillante; 
à corps orné le plus souvent de raies longitudinales; se rencontrent tantôt dans les sables, tantôt sur 
les arbres, et ont l'aspect des Couleuvres, avec lesquelles ils ont été parfois confondus. On en connaît 
sept espèces, de l'Afrique, du Bengale, de.« Indes orientales et de l'Amérique; comme type, nous nom- 
merons la CouLEUvr.E cu.m'elf.t, Lacépède {Coliihcr silnlaiis, Linné), d'un brun grisâtre, avec des raies 
jaunes; habite l'Algérie, et dont notre ménagerie a possédé des exemplaires vivants. 

Les autres genres, que l'on peut aussi caractériser par la disposition qu'offrent les crochets anté- 
rieurs, sont ceux des Opetiodon (ojt/jtio'j, alêne; oSn;, dent), Duméril et Bibron : une espèce, leZ>//jsas 
cipwdon, Uuvier {Eudipsas, Fiizinger), de Java; Tarbopuis (TapS.;, qui est à craindre; &œ ç, Serpent), 
Fleischmann {Ailiiroplits («àouoo;. Chat; oytç. Serpent), Ch. Bonaparte, et Trit^ono/iliis (Tjoiywvo;, 
tiiangulairc; oytç. Serpent), Escbwaldi: une espèce, le Colulnr vica.r, que l'on trouve en Égvpte, el 
(]ui, en Europe, a été recueillie en Istrie, en Dalniatie, aux bords de la mer Caspienne, etc.; Lvcocna- 
Tiius ()uz'>ç, Loup; yvaSo;, mâchoire; par allusion aux grandes dents qu'il présente) : six espèces 
de l'Amérique du Sud et du nord de l'Afrique, el dont l'une propre à l'Algérie et à l'Egypte (ColiiOei 
cucullaliis, Isid, Geoffroy Saint-IIilaire), se trouve sous les iiierres, dans les buissons et les endroits 
secs et rocailleux, el n'atteint que de fiih'.es dimensions; Tomodon {-oy.o;, coupant; oSo\i;, dent>, Du- 
méril et Bibron : trois espèces du Brésil cl du Mexique, et Chorisodon (x""/";, séparément; o^o'j;, 
dent) : une seule espèce, le Coluber irabalis, Dallas, de Sibérie. 



QUATRIÈME FAMILLE. 

PLATYRIIINIENS. C. et A. Duméril cl Bibron. 



Famille d'Ophidiens opistugly]ihes principalement caractérisée par ses dents sus-maxillaires pos- 
térieures, sillonnées, et surtout jur son museau large, tronqué carrément, d'où a été tiré le noui 
qu'elle porte. Le corps de ces Pieptiles est court, et la partie du tronc légèrement renflée; ils sem- 
bleirt doués d'une très-grande force musculaire pour la cousiriclion de leur proie, qu'ils peuvent 
étouffer en écrasant les côtes des animaux; la plupart sont destinés à vivre souvent dans Peau et 
dans les lieux herbeux, où la lumière pénètre en dessus, car leurs yeux sont vei'ticaux et placés sur 
la région supérieure de la tête. 

On ne connaît qu'uni douzaine d'espèces de ce groupe, propres à l'archipel Indien, et dont une 
(IIomalùpsiue a crKQ bandes) provient de la république de Guatemala, dans l'Amérique austr'ale; ces 
espèces sont placées dans sept genres, que l'on peut distinguer par la forme de leur museau, la dis- 



134 



HISTOIRE NATURELLE. 



position des écailles et surtout celle des dents. Parmi ces genres, celui qui est le plus anciennement 
connu a été désigné par de Lacépéde sous la dénomination d'Er.PETON [lovizoz. Reptile), et plus ré- 
cemment par Merreni sous celle de fthinoplrus , qui indique que le prolongement antérieur du mu- 
seau est garni de deux tentacules charnus; le type est YErpelou lentaciilaluin, curieux Ophidiens dont 
OD ne connaît pas positivement la patrie. Les six autres genres, chez lesquels le museau est arrondi, 
sont les suivants : llypsinniNA (u^l-oç, élévation; ptv, museau), Wagler : deux espèces VHijdrus exhij- 
ilris, Schneider, du Bengale, et H. mactilala, Duméril et Bibron, de Chine; Eurostus {ivr.eoTzo;, ro- 
buste), Duméril et Bibron ; troi.s espèces de l'archipel des Indes; Trigokcrus {rpuç, trois; yom, angle; 
oupa, queue), Duméril et Bibron : une espèce du Bengale; Campylouo-n (za,u.7ru>o;, recourbé; o^ouç, 
dent), Duméril et Bibron : une seule espèce de Manille; Howalopsis {w.où.o^, aplati; oj/i;, face), KQhl: 
trois espèces, deux de Java et une d'Amérique, et dont le type est la Coui.edvre jodfflue {Cohiber 
biiccatiis, Linné), et Cerberus [xîpèepo^, qui dévore), G. Cuvier, grande espèce de Java, qui semble ne 
se nourrir que de Poissons, et que Schneider a fait connaître sous le nom à'Elaps bocrforwis. 




50. — Eri'etcn tentacule. 



CINQUIEME FAMILLE. 

SCYTALIENS. C. et A. Duméril et Dibron. 



Les Scylaliens soni des Serpents à dents sus- maxillaires postérieures sillonnées, à crochets antérieurs 
presque égaux en force et en Inngueur; à museau large, arrondi et souvent retroussé. On indique vingt 
à vingt-cinq espèces de cette famille, anciennement placées avec les Couleuvres et les Lycodons; toutes 
américaines, à l'exception des Chrysopelés, qui sont de Sumatra, et on les répartit en six genres; la 
plupart, un seul excepté, celui des Oxyrhopes, ne comprenant chacun qu'un petit nombre d'espèces, 
qui pour la plupart sont encore très-rares, et dont la grande majorité même a été décrite pour la pre- 
mière fois en 1854, par MM. C. et A. Duméril et Bibron 

Le seul genre qui soit assiz connu est celui des Scïtai.fs {arjTvln, nom d'un Serpent venimeux, 
d'après iEIien); mais encore ce grou|)e, adopté aujourd'iiui d après celui créé par Boié sous cette 
dénomination, ne correspond qu'imparlaiiement à celui qui a été ainsi nommé par Merrem, G. Cu- 
vier et Wagler, et nul'ement à celui de Gronovius, Latreille et Daudin. Les Scytales ont le bout du 
museau épais, large, nnllemcnt proéminent et fortement arrondi; la plaque frênaie est courte, et 
les urostéges sont en un seul rang simple. Le type est le Scytale couronné (Psemloboa corottain, 
Schneider); une autre espèce est le Scytale zigzag. (Voy. Allas, pi. XIX, fig. 2.) 



REPTILES. 135 

Les autres genres sont ceux des Rhiîiosiuus (piv, nez; inpioç, camus), ayant pour type le Rhinosibie 
DE GuÉum, Duniéril et Bibroii; et Brachyuiton {^pi/yyç, court; ,out«, wj, bride), Duméril et Bibron; 
RniNosTOMA (ptv, nez; o-T^aa, bouche), Fitzinger; Chbvsopelea (y_pMi7oç, or; nû.sw:, noir), H. Boié, et 
OxïHHoros (o|uppo;roç, cjui ramjie rapidement), Wagler : ce dernier groupe formé de quinze espèces. 




Fig. 51. — Rhinosime de Guérin. 

SIXIÈME FAMILLE. 

DIPSADIENS. C. et A. Duméril et Bibron. 



Dans cette famille, les dents sus-maxillaires postérieures sont cannelées et longues, précédées de 
crochets simples, à peu près égaux entre eux pour la force et la longueur; la tête est large en ar- 
rière et à museau arrondi, étroit. On connaît une quarantaine d'espèces de Dipsadiens, placées dans 
huit genres distincts, et propres à l'Amérique du Sud, à l'Afiique australe, septentrionale et occiden- 
tale, à l'archipel des Indes, à Madagascar, et dont une espèce se trouve en Dalniaiie {Cœtopettis in- 
signis, ou Cocleuvhe maillée). 

Le genre le plus important est celui des DirsAS ('ît|/a;, nom grec d'un Serpent dont les morsures 
déterminent une soif inextinguible), Boié, à tronc cylindrique plus ou moins compiimé, allongé, û 
écailles lisses, à urosièges en rang double, à (pieue médiocre ou robuste, et à yeux latéraux. Dix es- 
pèces propres à l'Amérique méridionale, au cap de Bonne-Espérance, à Madagascar, à Java et à la 
côte de Malabar, et dont le type est le Dii'.<ade A^^El,É [Colubcr annn!alus, Linné), de l'Amérique. 

Les deux genres Dryophylax {Spxi;, arbre; ^u).a;, gardien), Wagler, et Tiuclvpuodon {^pug, trois; 
ûSovq, dent), Duméril et Bibron, sont aussi nombreux en espèces que celui des Dipsus. Les cinq autres 
genres ne comprennent qu'un petit nombre, sinon une seule espèce; ce sont ceux des Telescopus 
(t/;>e7zo7vos, voyant de loin), Cœlofeltis (zot>oç, creusé; izùt/i, bouclier), et Ruhnobothryum (ptv, nez; 
§oQpo;, petite fosse), Wagler; Imamodes (tuavrwSoç, semblable à une ficelle), Duméril et Bibron, et 
Heierurus (eTE/iotoj, différent; oupa, queue), Duméril et Bibron. 



2\Kxluetut, OecUoTj. 



SERPENTS PROTEROGLYPHES, FALLACIFORMES ou APISTOPHIDES. 

C. et A. Duméril et Bibron. 



Celle grande division de l'ordre des Ophidiens comprend les Serpents venimeux dont les crochets 
antérieurs sont cannelés et non perforés dans leur base. Ces Reptiles ont de très-grands rapports avec 



.j5(3 IllSTOir.E NATURELLE. 

les Couleuvres par leur aspect général, leur conformation et l'apparence de la partie supérieure de la 
lêle, qui est presque toujours recouverte de grandes plaques polygones, avec un écusson centrai, 
ainsi que par la struclure des mâchoires; ils n'en diffèrent que par la présence du sillon qui se voit 
!e Ion!; des dents antérieures, caractère important, car ce sillon est destiné à laisser écouler une hu- 
rceur venimeuse sous la peau des animauN quand elle y est versée par l'inoculation que produit la 
piqûre. Ce poison, souvent très-actif et même meurtrier, est sécrété par les glandes spéciales. 

On distingue deux familles dans cette section; l'une renferme des Serpents qui vivent ordinairement 
sur la terre : ce sont les Conocerqucs, à queue de forme conique et arrondie, et l'autre, les Platij- 
cerqucs. vivant liabiluellement dans l'eau et ayant une queue, comprimée, qui leur sert de nageoire. 



PREMIÈRE FAMILLE. 

COiNOCKUQUES. C. et A. Duméiil et Bibroii. 



Cette famille, outre les caractères généraux de la section dans laquelle elle entre, a pour particula- 
rité différentielle une queue arrondie et conique. Les Cunocerques, que l'on pourrait appeler i\aja- 
diens ou Élapsicns, des dénominations des deux genres principaux des Naja et des Elaps, sont ve- 
nimeux, quoique ayant l'apparence et les mœurs des Couleuvres; on ne les rencontre que dans les 
parties les plus chaudes du globe; la plupart passent leur vie sur la terre, où ils se retirent dans des 
galeries souterraines pratiquées par d'autres animaux; ils grimpent rarement sur les arbres; pendant 
le jour et dans le danger, ils se mettent à l'abri sous les troncs et les vieilles souches des arbres, 
parfois sous les pierres et dans les cavités des rochers. 

Plusieurs sont célèbres depuis longtemps; tels sont l'Haje et l'Aspic du genre Naja, ainsi que : 



1" GENRE. — ÉLAPS. ELAPS. Schneider, 1801. 

EJaf', nom d'un Serpent cité par Nicauder. 

Hisloiie lies Reptiles. 

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Corps f(y/i)i(/)if/î(c, allongé, mince, à peu près d'égale çirosseurjusriu'h la queue. 

Tête pelile, arronilie. convexe, couverte de plaques et d'un écusson, de même (jrosseur en arrière 
que le cou, qui n'est pas dilatable; bouche peu fendue, petite, à wàcho'ire supérieure courte, peu 
dilatable, garnie, en avant seulement, de petits croclicts venimeux, cannelés, sani autres crochets 
simples ou lisses. Écailles du dos et des flancs fisses, cntuilécs, rhomboidales, toutes égales. 

Queue arrondie, h urostéqes sur une double rangée. 

Ce genre, créé par Schneider, renfermait un très-grand nombre d'espèces dont l'aspect général est 
assez semblable i celui des Couleuvres, et MM C. et A. Duméril et Bibron, dans leur Erpétologie gé- 
nérale, indiquent encore vingt-deux espèces d'Élaps, qui ont été rencontrées habiluellement dans les 
climats les plus chauds de l'Asie, de l'Afrique et dans l'Australie, mais dont quelques unes cepen- 
dant ont été recueillies dans l'Amérique septentrionale. Elles aiment les localités herbeuses et humi- 
des; on les rencontre aussi dans les longues herbes des lieux marécageux et des bois, et elles ne 
semblent pas douées de la faculté de grimper sur les branches des arbres. [,eurs mouvements sont 
peu rapides, et elles restent cachées sous des tas de feuilles sèches, sous les troncs des arbres, et 
là, placées en embuscade, elles guettent le passage des petits animaux dont elles font leur proie. 
Habituellement, les Élaps sont très-agrèallcment colorés; leplus grand nombre semble partagé trans- 



REPTILES. 



137 



versalenient par des bandes les plus vives de blanc pur, d'un noir foncé, et très-souvent ces bandes 
alternent irès-régulièrenient avec des teintes d'un très-beau rouge de corail, d'un rose pâle, de vert 
tendre, de bleu pur, de violet ou d'un jaune plus ou moins vif; mais, par la mort et surtout par l'ac- 
tion de la lumière et des liqueurs dans lesquelles on les conserve dans nos collections, les teintes les 
plus claires et les plus brillantes disparaissent en grande partie. i( Ces belles couleurs et le poli bril- 
lant de leur robe ont, disent MM. Duméril cl Bibron, intéressé la curiosité des indigènes et celle des 
voyageurs qui se rendent dans les contrées qu'habitent les Élaps. La plupart racontent que les 
dames du pays s'en font un objet d'amusement, de curiosité, et même une parure de coquetterie. On 
dit qu'elles s'en servent comme d'un ornement pour en faire des bracelets naturels et des sortes de 
colliers vivants cl agiles, qui leur deviennent peut-élre agréables à cause de la fraîcheur qu'ils leur 
procurent en se mettant en équilibre de température avec la peau. Ce Serpent rcjge et noir fait d'ail- 
leurs ressortir leur blancheur par l'opposition des couleurs, et, par leurs mouvements onduleux, les 
formes agréables des parties qu'il entoure dans ses évolutions sinueuses. Les femmes, en jouant ainsi 
avec ces Ëlaps, ignorent le danger auquel elles s'exposent, mais que rendent moins redoutable, 
d'une part, le naturel peu irascible de ces petits Ophidiens, qui ne cherchent pas à mordre, et, 
d'autre part, la petitesse de leur bouche, d'où résulte pour eux une difficulté s'opposant à ce qu'ils 
attaquent avec leurs dents. » 

Comme type, nous citerons seulement I'Elaps corallin (Colubcr coraUimis, Linné), qui est d'un 
rouge de corail, avec le museau noir, le dos annelé de bandes noires; de petite taille, et provenant 
de plusieurs parties de l'Amérique du Sud. 

On a séparé des Élaps le genre Pseidelai-s (iJ/suSiç, faux; Elaps, Élaps), Fiizinger, rpii ne comprend 
que trois espèces de lOcéanie, et l'on peut es rapprocher les Fcrina (nom m>thologique), Duméril et 
lîibron, de l'Australie et de la Tasmanie, dont le type est la FunisE beau-dos. 




rig. 52. — Furine beau-oos. 



Un groupe plus distinct est le 



'2""= GENRE. — NAJA. NAJA. Laurenli, 1768. 

Kajas, nom donné par les indigùfiLS de Ceyian à l'espèce type. 
SpeciiLen nicdicuin cxliibens synopsis Rc\]tlliuni emciidalum. 



CARACTERES GÉNÉRIQUES. 

Corps couvert d'écaillés inégales; Irom cijlhxilrique , un peu plus gros vers le milieu du vcnlre. 
pouvant se dilater consiitcrablemcnl dans la réifion du cou, oit les écailles sont espacées, distinctes 
plus grandes. Bouche à ouverture large et droite, à plaques du vcrlcx trcs-développées. 

Queue conique, longue, pointue, en Irigone arrondi; uroslêgcs sur une double rangée. 



138 HISTOIRE NATUrUXLE. 

Kapmpfer, le premier, fit connaître, en 1712, le tjpe de ce i^rniipe si rrm.irqiiabie par ses formes 
bizarres; Seba s'en occupa |)eu de temps après; depuis, Russel, Olivier, Et. et Isid. Geoffioy Saint- 
Ililaire, Savigny, Smilli, firent connaître plusconiplélemeiit les mœurs si curieuses des iNajas, et quel- 
ques naturalistes modernes crurent devoir y former plusieurs groupes génériques. 

On ne range plus dans ce genre que trois espèces particulières à l'areliipel des Indes, à TÉgypte 
«t au Cap, et chacune d'elles présente d'assez nombreuses variétés. Les allures des Najas sont des 
jilus singulières : quand l'animal est en repos, le cou n'a pas plus de diamètre que la tête; mais, sous 
l'influence des passions et quand il est irrité, il le distend rapidement, puis, aussitôt que le danger 
cesse, cette sorte de membrane se resserre, se plisse sur elle-même, et les côtes se replacent suc- 
cessivement et parallèlement les unes aux autres le long de la colonne vertébrale. Cela n'a lieu que 
lorsqu'ils se dressent ou quand ils élèvent presque verticalement la portion antérieure de leur tronc, 
sur le bout duquel l'animal porte la tète inclinée pour la faire tourner à droite ou à gauche, et pour 
la diriger à volonté partout où le besoin et la crainte semblent l'exiger. Ce redressement du Iroiicdes 
Naias ou Serrans à cr/iffe provient d'une faculté particulière dont ils semblent jouir; et ils main- 
tiennent ainsi une partie de leur corps comme une verge inflexible, tandis que l'autre partie, posant 
sur le sol et servant de point d'appui, est mobile et permet la locomotion dans cette position. Celte 
allure bizarre et le danger de leur morsure, qui distille un poison très-subtil, ont attiré de bonne 
heure l'aitention. Les anciens Égyptiens adoraient ces Ophidiens, auxquels ils attribuaient, dit-on, 
la conservation des graines; ils l^s laissaient vivre et se reproduire au milieu des champs cultivés, 
qu'ils semblaient confier à leur garde, et qu'ils débarrassaient des Rats et autres animaux qui détrui- 
sent les graines. Aujourd'hui même, dans presque toutes les contrées de l'Asie, de la l'erse et de 
l'Egypte, une curiosité fanatique entraîne les gens du peuple à s'assembler aulour de certains jon- 
gleurs (|ui s'annoncent comme doués d'un pouvoir surnaturel, de facultés transmises héréditairement 
ou comme possesseurs de certains procédés à l'aide desquels ils sont parvenus à apprivoiser et à 
faire obéir ces Serpents à leur volonté. Ces hommes semblent exercer sur ces animaux une sorte d'en- 
chantement en donnant à leur corps et aux mouvements des membres certaines inflexions, soit au 
moyen de la voix modulée, ou à l'aide de sifflets ou de petites flûtes, dont ils tirent des sous mono- 
tones et traînants auxquels paraissent obéir ces animaux en se dressant et baissant ou en relevant 
le cou en cadence. D'autres, au moment où ils sont le plus animés, entrent, à l'aide de certains attou- 
chements, dans un état de léthargie ou de mort apparente. A certains ordres, ils se roidissent alors 
et deviennent inflexibles comme des baguettes, ou bien, à quelque signe, ils reprennent leur flexibi- 
lité et s'enroulent sur un bâton. Quant à l'apprivoisement des Najas, on croit que les jongleurs, aussi 
nommés psyles, commencent par leur arracher ou par leur briser les dents venimeuses, ce qui les 
préserve de toute morsure dangereuse, et que, exerçant sur la nuque ou sur la queue un certain de- 
gré de compression, ils peuvent, dans le premier cas, faire tomber l'animal dans une sorte de som- 
meil accompagné d'une roideur instanianée des muscles de la colonne vertébrale, et, dans le second, 
faire cesser cet état à l'instant. Le venin des Najas est très-subtil, aussi en est-il peu contre lequel 
les ressources de l'art doivent être employées avec plus de promptitude et de soin, a-t-on de tout 
temps indiqué, contre les blessures produites par ces Serpents, des remèdes différents, nombreux et 
malheureusement souvent sans résultat favorable, et les jongleurs vendent-ils des remèdes en grand 
nombre, suriout une racine, probablement celle de VOplitoth'na minujos. 

Les deux espèces les plus anciennement connues sont : 1° le Naja bai.adi.n, SERrENT a luiNettes ou 
A COIFFE {Coluber naja, Linné; Naja vuliiaris et tripudinus, Duméril), à cou très-dilalable, très- 
variable pour la couleur, d'un jaune brunâtre, plus pâle en dessous, rarement avec des bandes noires 
transversales, le plus souvent portant en dessus la représentation d'une paire de lunettes, mais va- 
riant excessivement; d'une longueur d'environ l". 11 paraît n'habiter que les terres les plus chaudes 
et les iles de la mer des Indes. '2° L'Haje ou Asric (Colitbcr linje, Linné; Naja Itaje, Duméril), à cou 
moins dilatable que celui de l'espèce précédente, dune teinte générale vrrdâtre, avec des taches 
brunes et sans marques en forme de lunettes sur le devant du dos; le dessous du corps Irés-coloré 
ou marqué de bandes transversales; de taille plus petite que le précédent, se trouve dans l'Afrique 
méridionale et orientale, et n'est surtout pas rare en Egypte. Les anciens prétendaient que la bles- 
sure de cet Ophidien ne causait aucune douleur, qu'elle déterminait seulement un summeil léthargi- 
que, et qu'elle était si line, qu'il n'en restait aucune trace; mais ce qui est certain, c'e.st que sou 



REPTILES. 



i39 



venin est plus délétère même que celui des Vipères de nos climats. On sait que l'on prétend que c'csi 
ce Serpent dont la morsure produisit la mort de Cléopûtre. (Voy. Allas, pi. XV, fig. 1.) 

Plusieurs groupes génériques, dont les espèces faisaient anciennement partie des Najas, doiven: 
être rapprochés de ce genre; ce sont les TRUiEBEscnis (Tryuç, trois; y-îpnc, partie; ovpa, queue), Lacé- 
cépède, de la Cochinciiine; Alecto [Mr,xz(,>, nom d'une furie), Wagler : quatre espèces de la Nou- 
velle-Hollande; Sepedo {ir.Tzt^u-j, pourriture), Merrem : une espèce du cap de Bonne-Espérance; Cau- 
&US (nom d'un Serpent venimeux indiqué par .Elien) ; une seule espèce du Cap; Bongare {Bimgarus) 
(nom de l'espèce type, d'après Russel), Daudin : quatre espèces de l'archipel des Indes, et probahle- 
ment Atractaspis (azpa/.xo;, fuseau; aam:. Vipère), Smith, ne renfermant que 1'^. Bibronii, des par- 
ties orientales de la colonie du cap de Bonne-Espérance. 




Tritnéiésure pelile t^'le. 



DEUXIÈME FAMILLE. 



PLAÏYCERQUES. C. et A. Diiniéril et Bibron. 



Les Ophidiens de celte division, le plus habituellement designés sous les noms de Serpmls d'eau 
et d'Hijdropliidvs, ont pour caractères : une queue plate; la région postérieure du corps comprimée 
de droite à gauche; leurs autres caractères sont semblables à ceux de la section. 

Ces Reptiles, d'assez grande taille, dont on forme six genres comprenant une quinzaine d'espèces 
particulières à l'Océanie et à l'archipel des Indes, sont armés d'un venin, peut être moins actif que 
celui des Vipériens, mais dont l'action produit toutefois des accidents très-graves, et même parfois une 
mort rapide. Tous vivent ordinairement dans l'eau, ainsi que l'indique la forme de leur corps et sur- 
tout celle de leur queue, sous les climats les plus chauds, voisins de l'équateur; on les rencontre sou- 
vent dans les filets des pêcheurs, en pleine mer et à une assez grande distance des côtes. Leur princi- 
pale nourriture consiste en Poissons et en Crustacés Peu nombreux en espèces, ils le sont beaucoup 
en individus, et vivent en troupes nombreuses, comme le fait observer M. Cantor. Ils ont la vie très- 
dure, car ils ne meurent que deux ou trois jours après avoir été retirés de l'eau; et un fait qui doit 
être noté, c'est que l'aclion de leur venin n'est plus dangereuse quand ils sont retirés de la mer. Ils 
muent souvent. Plusieurs animaux flottant sur la mer, les Anatifes, par exemple, se fixent souvent 
sur leur corps. 



140 IllSTOir.E NATURELLE. 

LauiPiili, le premier, les a séparés du genre Couleuvre sous le nom de Lnticande; Schneider éta- 
blit, mai^ d'une manière trop vayne, le genre Hiidrus; Daudin et Laireille créèrent les genres Pla- 
ture, i'el;imis et llydropiiis; De Lacèpède, ceux des Aipysure et Disieira, et MM. C. et A. Duméril et 
Dibron relui des Acalyptus. Oppel, le premier, en fit une famille distiiiete. 

Le genre principal, dans lequel on a parfois fait entrer toute la famille, est celui des lIvonorHiDEs 
(//(/(/)-o/>/((s) (uJcjp, eau; o'fi;, Serpent), Daudin, à corps très-comprimé, surtout dans la région 
moyenne; à tête large, à peu près de la même grosseur que le cou; à ventre mince, en couteau, 
dont les gastrotéges sont à peine distincts, et à écailles en pavés, ayant leur surface carénée ou tnber- 
culée. On en connaît six espèces éminemment aquatiques, du Japon, de l'archipel Indien et de la 
Nouvelle-Guinée; et le type est I'IIydrophide a apsneaux noirs {Hijdrns niyio cinciux, Daudin), de la 
mer des Indes. 

Les autres genres sont ceux des Platurus (nlarv;, aplati; ov/i«, queue), Latreille (voy. Atlas, 
pi. X'VI, fig. 2, qui représente le Pi.ature a B^^DEsl; Atysdrus (atrrj;, élevé; ovoa, queue) (voy. 
Atlas, pi. XIX, (ig. 5, qui donne la représentation de I'Ahy-surf. fulic.iseux), et Oisteira (Si;, double; 
(jTurja, carène), Lacépèile; Pei.amis (nr]loi;uç, qui naît de la vase), Daudin, et Acaiyptcs («/aX-j^r-oç, 
sans coiCle), Duméril et Uibron. 



(Imainciin; oceborj. 



SERPENTS SOLÉNOGLYPIIES ou THANATÛPHIDES. C. et A. Duméril et Bibion. 



relie section renferme les Ophidiens les plus venimeux ou ceux dont les morsures deviennent pres- 
que constamment mortelles; leurs caractères essentiels consistent à avoir tous des dents aux deux 
mâchoires, et leurs crochets sus-maxillaires antérieurs sont toujours seuls sillonnés et perforés par 
un canal dans la longueur de leur base. La plupart des Solénoglyplies oui le tronc cylindrique, un peu 
plus évasé vers la région moyenne; leur corps est généralement court ou trapu en raison de leur 
grosseur; leur queue a peu de longueur, surtout chez les mâles . elle parait même disproportionnée, 
étant subitement rélrécie vers la base et se terminant le plus souvent brus(iuement en pointe. Chez le 
plus grand nombre, la tête est plate en dessus et triangulaire; la mâchoire su])érieure reJuile en uiu-. 
masse oblongue solide, arrondie, excavêe et articulée de manière à être mue en bascule pour diriger 
eu avant les deux forts crochets à venin qui y sont soudés, et afin de les faire recourber et rentrer 
dans la bouche toutes les fois qu'elle se ferme; en général, les os de la face sont très-peu développés, 
et le crâne parait jjIus large et plus allongé que la portion antérieure et mobile du museau. Les 
écailles du dos sont entuilées et variables dans leur forme; le dessous du tronc est recouvert de 
grandes lames écailleuses ou gasirostéges, imbriquées, très-larges, et ne formant qu'une seule ran- 
gée; le dessous de la queue est garni de scutelles plus petites, ou urostéges, qui peuvent être sur un 
seul rang ou qui forment une double rangée; les téguments des os de la face du crâne sont très- 
Aariables, depuis de grandes plaques jusqu'à des tubercules. C'est, en général, d'après ces divers 
.caractères qu'ont éié formés les deux familles et les divers genres qui constituent cette section. 

Un très-grand nombre de naluralisles et de médecins se sont occupés de ces Ophidiens, qui ont été 
niallieureusenieut connus depuis la plus haute antiquité par le mal qu'ils produisent. Nous l'eviendrons 
sur leur venimosité en donnant l'histoire des divers groupes; ajoutons seulement que plusieurs zoolo- 
gistes ont publié de nombreux travaux sur leur classification : tels sont Linné, Klein, Lauieuli, 
Daudin, Oppel, G. Cuvier, Filzinger, Wagler, Ch. Donaparte, Schlegel, et surloul MM. G. et A. Du- 
n.eril et Dibron, qui les ont partagés en deux familles, celles des Vipcncus et des Cromliens. 



nEI'TlLES. 



Ul 



PRE MI ERE FAMILLE. 



YIPÉRIENS. G. et A. Duniéril et Bibron. 



Les Opliidiens de celte division ont les os sus-maxillaires armés, en devant, de crochets véné- 
neux, isolés, et ils ne présentent pas, au-dessous et en arrière des véritables narines, d'autres enfon- 
cements particuliers, ce qui a lieu, au contraire, dans la famille des Crotaliens. 

Ou connaît une vingtaine d'espèces de Vipériens propres à l'Europe, à l'Afrique, et dont un petit 
nombre proviennent de l'Asie et de la Nouvelle-Hollande; les trois européennes sont : le Pclïack bc- 
rtis et les Vipèrci commune et ammodyic; ces diverses espèces sont réparties en six genres, qui dif- 
fèrent tellement peu les uns des autres, qu'on pourrait ne les considérer que comme de simples sub- 
divisions d'un seul et même groupe. 




Vi%. 54. — Vipère haemacliale. 



Le nom de Vipère, et par conséquent celui de Vipériens, paraît provenir, par contraction, de l'ad- 
jectif nivi/jfu'a, qui indique que les petits éclosent dans l'intérieur du corps de leur mère. En effet, 
la plupart de ces Serpents, sinon tous, sont ovovivipares; les œufs restent dans le ventre de la fe- 
melle fécondée pour y subir une sorte d'incubation, jusqu'ù ce que les Vipéraux puissent, en raison 
de leur dévelùppement assez avancé, subvenir aux besoins de leur propre existence. Dans nos cli- 
mats, les Vipériens sont peu actifs dans leurs mouvements; ils restent toujours immobiles, dans une 
sorte de torpeur, au moins pendant le jour, et cachés sous les débris qu'ils rencontrent; ils peuvent 
supporter l'abstinence pendant des mois et, dit-on, pendant des années; il est rare qu'ils aillent au- 
devant de leur proie, et ils l'attendent patiemment, semblant même éviter de faire le moindre mouve- 
r.:cnt qui pourrait trahir leur présence; mais, quand la victime est près d'eux, ils s'élancent sur elle 
par un mouvement rapide, prompt comme l'éclair : la bouche alors s'ouvre, les mâchoires se séparent, 
et, par une structure particulière, les crochets venimeux se redressent la pointe acérée dirigée en 
avant, afin de pouvoir percer la peau et faire pénétrer dans les chairs la liqueur mortelle qu'elles lais- 
sent couler; ces crochets se dégagent avec rapidité; les Vipériens attendent le résultat du poison 
qu'ils ont inoculé, et, au bout de quelques minutes, l'animal qui doit leur servir de |iâture tombe et 
s affaisse, éprouve de violents mouvements convulsifs et ne tarde pas à mourir; c'est alors que les 



U2 HISTOIRE NATURELLE. 

Serpents s'en approchent, le retournent, le développent, et parfois essayent de l'écraser en l'enve- 
loppant dans les replis de leur corps-, puis, le plus souvent, le saisissent par la tète pour l'avaler 
par un mécanisme semblable à celui qui s'exécute chez presque tous les Serpents, c'est-à-dire par l'ac- 
tion alleriialive des deux mâchoires garnies de dents crochues, qui peuvent avancer ou reculer alter- 
nativement en sens contraire et successivement. Les Vi])ériens des pays chauds sont plus actifs que 
ceux d'Europe, et l'aciion de leur venin est quelquefois même beaucoup plus violente. On a été té- 
moin de la manière dont s'alimentent les Vipères, les Trigonocéphalcs et les Crotales conservés en 
captivité dans nos ménageries. « On a souvent beaucoup de peine, disent MM. Duméril et Bibron, sur- 
tout pendant le jour, à saisir le moment oii ces Serpents se décident à se jeter sur la proie, qui doit 
être nécessairement vivante, lorsqu'on l'introduit dans leur loge. D'aburd la victime, par une sorte 
d'instinct et de terreur panique, se tapit dans un coin et semble se refuser aux mouvements qui dé- 
cèleraient sa présence, et le Serpent se pi'esse rarement d'en approcher avant de venir blesser cet ani- 
mal vivant par une piqilre rapide, atiii d'inoculer dans les cliairs le poison subtil et mortel qui ne 
tardera pas à le faire périr. » L'aciion de ce venin, souvent mortel pour l'homme, a de nombreux 
rapports avec un poison végétal, le curare, dont on s'est beaucoup occupé dans ces dernières années. 



1" GENRE. — PÉLIADE. PELIAS. Merrem, 1830. 

n>j).tît5, nom (le l,i lame d'Achille, appliqué spécifiquemcnl par Linné à une espèce de Coluber. 
Sjslérae des Amphibies. 

CAIiACTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Tête couverte, sur la partie anlériciire, de petits écussoiis plans ou très-légircmcni convexes, 
dont un central jilus grand; narines latérales simples. 

niaques sous-caudalcs, on urostcges, formant une double rangée. 

Ce genre, qui ne se distingue guère de celui des Vipères que par ses plaques sincipitales, ne ren- 
ferme qu'une espèce. 

PliTITE VIPÈIIE Merrem. PELUS BERVS Ch. Bonaparte. 

Caractères spécifuiues. — Corps allongé, sans rétrécissement bien marqué à la nuque, variant 
pour la teinte générale depuis le gris [lâle jusqu'au gris d'acier noirâtre, le tout mélangé de fauve 
plus ou moins rouge, avec une ligne foncée brune ou noire, flexueuse sur le dos; une plaque polygone 
centrale sur le sommet de la tète, qui est un peu convexe. 




Fig. 55. — Péliade berus. 



La synonymie de celte espèce est excessivement embrouillée, et son histoire se trouve mêlée à celle 
de la Vipère commune; le nom de Berus a été employé depuis Irès-longtenips, et les nomenclateurs 
lui ont parfois appliqué des dénominations spéciales, telles que celles de Coluber berus et prêter, 
Linné; Vipera Cltersca, Schleçrel; V. torva, Lenz, etc. L'aciion de son venin est semblable â celle 




Fi-. I — Krlildnôe du Cnljoii 




Fig. 2. — Amliycôphale bucopliale. 




Fie. S. — Vipère commune. 



REPTILES. 145 

ou venin de la VipiTO commune; M. C. Duméril a donné une relation délaillée des effets produits par 
les piqûres d'une l'eiiade qui l'avait blessé dans la forêt de Sénarl, et a rapporté avec soin des détaili 
à ce sujet. Celte espèce habite une grande partie de l'Europe, surtout dans le Midi; on la trouve ce- 
pendant aussi dans les environs de Paris. 



1"" GENRE. — VIPÈRE. VIPERA. Eaurenti, 1768. 

Conlraction du mot vivipara, vivipare. 
Spcciroen lu^dicuin. 

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Tète déprimée, élargie en arrière, entièrement revêtue de petites écailles et non de plaques; na- 
rine à orifices latéraux simples, larges, concaves. 

Vrostéejes distribuées par doubles rançjées sous toute h queue. 

Les zoologistes plaçaient anciennement un grand nombre d'espèces dans ce genre; mais, dans leur 
ouvrage classique, MM. C. et A. Dunièril et Bibron n'y rangent plus que trois espèces seulement : 
deux européennes, dont l'une comprend un très-giand nombre de variétés que l'on a parfois voulu 
distinguer spécifiquement, et une propre à l'Afrique. Le type est la ; 

VIPÈRE GOMMU.NK, ou ASI'IC. VIPEIIA A PIS Linné. 

CAnACTÈRES spÉciFiQi'Es. — Tète plate, couverte (i'('cailles foricment élargies en arrière; museau 
tronqué; corps d'un gris cendre ou noirâtre, avec une bande dorsale noire, flexueuse, continue ou 
formée de lâches coiiligiiës distinctes, arrondies ou rhonibnïilales; dessous du corps variable, d'un 
gris d'acier ou rougeûire, avec des taches blanches irrégulières. Longueur totale variant de QU'ISS à 
0"',60; grosseur n'ayant pas plus de O'",1o. (Voy Allas, pi. XX, fig. ô.) 

Connue depuis la plus haute antiquité sous la dénomination de Vipera, cetle espèce a été rangée 
d'abord dans le groupe des Coliiber. puis est devenue le type d'un genre distinct. On a cru devoir y 
fdinier de nombreuses espèces qui n'en sont que de simples variélès, telles (pie la Vipère oeellée. la 
V. de Redi ou de Moïse, Cliaras, Aspic, Ckcrsea, prêter ou noire, Linné, etc. ; et sa synonymie, 
recueillie avec beaucoup de soin par le prince Ch. Bonaparte, est très-longue et irès-enibrouillée. 
La Vipère liœrnacliate, que nous figurons, n'en serait peut-être qu'une variété. 

On rencontre la Vipère dans les cantons boisés, montueux et pierreux de l'Europe méridionale et 
tempérée, en France, en Italie, en Angleterre, en Allemagne, en Prusse, en Suède, en Pologne et 
jusqu'en Norwége : auprès de Paris, elle habite les bois élevés et rocailleux de Fonlaiuebleau et de 
Montmorency, Elle se nouirit de petits animaux des classes des Mammifères, des Insectes, des Mol- 
lusques, etc. Elle passe 1 hiver et le commencement du printemps engourdie dans des lieux profonds 
el à l'abri du froid; souvent elles se réunissent plusieurs ensemble, s'enroulent et s'enlacent intimement 
les unes les autres, et s'engourdissent ainsi pendant toute la mauvaise saison. Ces Repiiles s'accou- 
plent vers le mois d'avril, et parfois de nouveau avant la fin de l'élé, quand le temps des grandes 
(lialeurs n'est pas encore passé et après avoir mis bas. Lors de l'accouplement, le mâle et la femelle 
se replient l'un autour de l'autre avec force, et ils se serrent de si près, qu'ils semblent ne former 
qu'un seul corps à deux têtes. Les Vipères sont ovovivipares, et les petits naissent nus et vivants : 
toutefois, tant qu'ils sont maintenus dans l'intérieur de l'ulérus de leur mère, ils sont renfermés dans 
des œufs à parois membraneuses : ce n'est que vers la fin de la gestation, qui dure environ huit 
mois, que les petits rompent la membrane qui les enveloppe; mais, à l'époque de leur naissance, ils 
portent sous le ventre les restes de l'œuf membraneux dans lequel ils étaient contenus. La portée se 
compose de douze à vingt cinq petits. Dès leur naissance, les Vipéraux, dont la taille ne dépasse 
guère 0"',15 à 0'",20, sont abandonnés à eux-mêmes par leur mère. La vie de ces Reptiles doit être 
considérable, car ils n'acquièrent leur entier développement qu'au bout de six à sept ans, et ne peu- 



144 HISTOIRE NATUUELLE. 

vent se reproduire qu'à trois ans. Les Vipères muent tous les ans. On ne parvient que difficilement i 
les tuer, car elles résistent à de tjraves blessures, et ne sont étouffées que difficilement: tous les animaux 
les redoutent elles fuient, excepte, assure-t-on, les Sangliers, qui les approchent impunément, et les 
Faucons et les Hérons, qui les attaqueraient pour s'en nourrir. L'homme est leur plus cruel ennemi, 
et il en détruit un grand nombre dans presque tous les pays où elles se trouvent; cependant certaines 
peuplades à demi sauvages de la Russie et de la Sibérie portent, dit-on. un respect singulier à ces 
Ophidiens, par suite de la croyance où elles sont, que, si l'on venait à les tuer, on s'exposerait im- 
niédialemenl à la vengeance de tous les autres individus de la même espèce. Ce sont principalement 
des animaux nocturnes, qui restent sans mouvement pendant le jour. Ils recherchent souvent les lieux 
humides, ne redoutent pas l'eau, et peuvent être submergés pendant plusieurs heures sans mourir. 

Reaucoup de naturalistes, d'anatomistcs, de médecins, de physiologistes, d'empiriques, etc., se 
sont efforcés d'apprécier la nature du venin de la Vipère, d'en déterminer les effets, et ont cherché 
les moyens les plus efficaces pour en neutraliser l'action : nous citerons à ce sujet les travaux do 
MM. C. et A. Dumérd et Dibron, et une thèse qu'a dernièrement soutenue, à l'École de pharmacie, 
M. Soubeiran fils. Ce venin, au moment où il vient d'être sécrété, est d'une consistance à peu près 
oléagineuse; il est d'une couleur jaunâtre; sa saveur est d'abord faible, et laisse ensuite dans l'ar- 
riére bouche une âcreté insupportable; mis dans l'eau, il va au fond; si on l'y mêle, il la blanchit 
légèrement; mis sur des charbons ardents, il ne brûle pas; il n'est ni acide ni alcalin; en se dessé- 
chant, il jauint, prend un aspect gomnicux et forme des espèces d'écaillés. Fontana a fait beaucoup 
d'expériences pour reconnaître les effets délétères du venin de la Vipère sur les animaux; il a reconnu 
que ce poison est sans action sur certains animaux inférieurs, tels que les Annclides, les Mollusques 
et certains Reptiles, comme l'Orvet et la Vipère elle-même; mais sur les animaux à sang chaud, 
les Mammifères et les Oiseaux, l'introducilon du venin produit des effets plus ou moins funestes, et 
souvent suivis de la mort. Ces effets du vciiiu agissent différemment sur l'homme; quelquefois la 
morsure est trè.s-peu dangereuse, tandis que d'autres fois elle est très-grave, et peut même produire 
la mort. On comprend qu'une foule de circonstances doivent faire varier l'action du venin; ainsi, par 
exemple, le fluide délétère pourra être sécrété en grande abondance, ou bien ne se trouver qu'en 
petite quantité; la blessure sera plus dangereuse si elle a été faite sur diverses parties du corps que 
sur d'autres; l'effet moral produit sur la personne blessée pourra avoir plus ou moins d'infiuence, etc. 
En général, la morsure est peu douloureuse au moment où elle vient d'être faite; mais le plus sou- 
vent elle est presque instantanément suivie d'une douleur très-aiguë, tantôt il n'y a qn'un seul cro- 
chet qui pénètre dans la chair, tantôt ils y pénètrent tous les deux; les piqûres jiroduiies par ces 
deux crociiets sont très-peu apparentes. Une rougeur plus ou moins vive se montre bientôt autour de 
la piqûre; la douleur augmente; la partie blessée et celles qui l'environnent se gonflent et acquièrent 
une teinte jaune, livide et rouge intense. Pendant le même temps, des symptômes alarmants se dé- 
velo|ipent; le blessé éprouve un malaise général; des nausées, des vomissements bilieux; une céphal- 
algie très-vive; les yeux deviennent rouges, ils se gonflent et laissent échapper des larmes abondantes. 
Si la main ou le pied ont été blessés, le gonflement, d'abord circonscrit autour de la plaie, gagne 
de proche en proche et ne tarde pas à envahir la totalité du membre. Alors les symptômes ont acquis 
toute leur intensité; le malade paraît sous le poids d'une fièvre adynamique très-violente; il a des 
sueurs froides visqueuses; son haleine devient fétide; les divers sphincters se paralysent; enfin, si 
des médicaments actifs ou des efforts puissants de la nature ne viennent pas à son secours, la mort 
ne tarde pas à terminer ses souffrances. Le moyen le plus efficace à employer pour combattre les fu- 
nestes effets de la morsure de la Vipère consiste à siu'er immédiatement la plaie et à la laver avec 
de l'ammoniaque liquide; il n'y a aucun danger à craindre par suite de cette succion, car on a démon- 
tré jusqu'à l'évidence que ce poison, si terrible quand on l'applique sur une partie dénudée, n'agit 
pas sur les membranes muqueuses qui n'offrent pas de plaies. Un autre moyen à employer consiste 
à pratiquer au-dessus de la plaie une ligature convenablement serrée, mais pas assez pour interrom- 
pre comidélement la circulation : on doit a])pliquer une ventouse sur la plaie, et, lorsqu'on relire 
cette ventouse, il faul faire des scarifications assez profondes aux environs de la plaie. L'emploi des 
ventouses et des scarifications, qui réussit presque constamment lorsqu'il a été employé peu de lecps 
après que la morsure a été faite, réussit également, dans beaucoup de cas au moins, quand les sym- 
ptômes morbides se sont déjà déclarés. Quelques médicaments ont encore été préconisés; tels sont la 



REPTILES. 145 



lliériaque, l'huile d'olive, l'ammoniaque, l'eau de Luce, le savon de Staikey, etc. L'ancienne lliéia- 
peulique tirait beaucoup de médicaments de la Vipère, tels que la graisse, les trocliiques, le sel vo- 
latil, le vin et le bouillon de Vipère, qui passaient pour être toniques et fortifiants. 

Les deux autres Vipera sont la Vipère a uuse.^u corku ou .\mmodvte {Vipcra ammodijlcs, Daudin), 
chez laquelle le museau est prolongé en pointe molle, et qui est couvert de petites écailles; plus pe- 
tite que la précédente, elle se rencontre dans tout le midi de l'Europe, en France, en Italie, en Alle- 
magne, en lUvrie, etc.; et la Vipère a six counes [Vïpera liexncera, Duméril et Bibron), dont l'ex- 
trémité antérieure porte six prolongements écaiUeux, mous, et qui vit au cap de Bonne-Espérance. 




Fig. Co. — Vipère amniodjte. 



Parmi les autres genres de Vipériens, nous devons surtout citer le genre Cérastes (z=o'/;, corne), 
Wagler, à lèti^ vipériforme. concave entre les yeux, qui sont surmontés d'écaillés dressées; à ventre 
couvert d'écaillés tuberculeuses; à gorge et lèvres garnies de grandes écailles, etc. Ce groupe, qui 
renferme cinq espèces, toutes africaines, a pour type le Céraste ou Vipère corkue (Vipera ceraslcn, 
Daudin), qui est d'un gris jaunâtre en dessus, marqué de taches irrégulières plus foncées; qui se 
trouve dans les lieux arides et arénacés de l'Egypte, et est très-venimeux. Les trois autres groupes 
génériques sont ceux des Acaniliophis (axavSa, épine; ofi;, Serpent), Daudin : une espèce de k 
Nouvelle-llolhindc; Eciiidna (t/yiva, nom appliqué par Hésiode), Merrem, créé pour six Vipères, cinq 
de divei'scs p.irties de l'Afrique et une des grandes Indes (voy. Atlas, pi. XX, fig. 1, I'Eciiid.né du 
Garo.v, Dnmeril et Bibron); et Écuis (e/t;, Vipère), Merrem, pour deux espèces des Indes orientales. 



DEUXIEME FAMILLE. 

CROTALIENS. C. el A. Duméril et Dibrou. 



Cette famille, souvent réunie à celle des Vipériens pour n'en former qu'une, n'en diffère réel- 
lement que par une seule particularité, celle de présenter, en dessous et en arriére des narines, 
d'autres enfoncements particuliers aux fossettes lacrymales; du reste, les autres caractères, ceux des 
longs crochets venimeux, sillonnés et canaliculés dans rintérieur de leur base, la forme de la tête, 
celle des mâchoires, le genre de vie, les habitudes générales, sont les mêmes. 

Les Ophidiens les plus dangereux, et surtout ceux qui, sous le nom de Scrpatls à sonnellcs, sont 
connus depuis longtemps par l'action mortelle de leur venin, entrent dans celte division. Plus de la 
moitié des espèces sont propres à r.\mérique, et les autres à l'archipel des Indes et à l'Asie orien- 
tale; on en connaît une trentaine, qu'on répartit dans sept genres, dont les deux principaux sont : 



lie HISTOIRE NATURliLLL. 



i" GENRE. — SERPENT A SONNETTES ou CROTALE. CROTALUS. Linné, 1755 

K/iOT«iov, grelot, crécelle. 
Sysleina nalurœ. 

CARACTÈRES GÉNÉRKJUES. 

Exlrcnnlé de la (jiu'nc (jarme d'clins cornés, rclcnus les uns dans les (tulirs cl pouvant s'ij mou- 
voir pour produire par l'aijitation un certain bruit que l'animal fait entendre à volonté pendant 
la vie. Des fossettes lacrymales très-distinctes. 

Linné a d'abord a|)pelé Crotuloplwrus (zpoTa>ov, grelot; yopo;, porteur) et ensuite Crolalus ce 
genre d'Ophidien.s, parmi lesquels les naturalistes modernes ont formé la plupart des groupes de la 
famille des Crotaliens, et quelques genres non adoptés par Mil. Duméril etRibron, tels que ceu\ des 
Caudisoma, Laurenti; Urocrolalon. Fitzinger, et Urop.icephus, Wagler. 

Ces Opbidiens sont reconnaissables à leurs formes trapues, à leur tète assez grosse, terminée par 
un museau court, gros, arrondi; à leurs écailles épaisses, libres à leur sommet et surmontées d'une 
(arène très-prononcée; à leur dos aminci en une carène assez forte, et à une certaine uniformité dans 
le système de coloration, qui est lisbiuiellement d'un brun jaunâtre, relevé par de larges tacbes plus 
foncées et en losange. 

Les Serpents à sonnettes sont les jilns dangereux de tous les Ophidiens venimeux; leur piqûre a 
(les effets terribles, autant par leur gravité que par la promptitude avec laquelle ils se produisent, et 
la mort en est la conséquence habituelle, aussi bien pour l'Iionime que pour les grands Mammilèrcs. 
La morsure, quoique large, est d'abord peu sensible; mais, au bout de quelques secondes, une en- 
ilure, accompagnée d'élancements, se développe autour de la partie lésée; cette enflure gagne bientôt 
le reste du corps, et, après quelques minutes, la vie a bientôt cessé. L'agonie est extrêmement dou- 
loureuse : une soif inextinguible dévore la personne blessée; la langue sort de la bouche et se tu- 
méfie; un sang noir coule des narines, et la gangrène corrompt les chairs Ou cite plusieurs exem- 
ples de terribles accidents produits par ce Reiitile : un nommé Drake, qui montrait, îi Rouen, une 
petite ménagerie, fut blessé à la main par un Crotale qu'il soignait sans précautions; il eut le cou- 
rage d'enlever aussitôt, d'un coup de hache, le doigt piqué; mais ce fut eu vain : quel()ues minutes 
plus lard, il succombait aux effets de l'absorption du poison, qui s'était déjà ojiérée. Depuis cette 
époque, en France au moins, l'exhibition publi(|ue de ces dangereux animaux a élé défendue. Toute- 
fois on en conserve dans nos ménageries imbliques, mais on les tient enfermés dans nue double cage, 
et l'on observe avec le plus grand soin toutes les mesures que peut réclamer la prudence; et cela 
n'est pas inutile, car, physiologiquement, ces épouvantables animaux ]iourraient se reproduire en 
Europe, le climat de nos pays étant le même que celui qu'ils habitent : cependant, jusqu'ici au moins, 
ils n'ont pas produit dans nos ménageries. 

Les dents ou crochets, chez les Crotales comme chez les autres Serpents venimeux, sont chargées 
de l'introduction du ve;:in : elles le conservent assez longtemps sans altération; les squelettes mê- 
mes, quoique préparés depuis plusieurs années, ou les individus conservés dans l'alcool, doivent 
toujours être maniés avec une grande précaution; de semblables préparations ont bles.^é plusieurs 
naturalistes, et on dit même que le poison de ces Ophidiens se conserve jusque sur le linge, et que 
différentes personnes sont mortes après avoir été pansées avec du linge ainsi infecté, on cite égale- 
ment le fait d'un homme qui fut mordu au pied à travers sa boite, et qui en mourut; les bottes pa.s- 
sèrent successivement à deux personnes, qui périrent peu d'in-tants après les avoir mises, et ce n'est 
qu'après plusieurs recherches qu'on découvrit que le crochet du Serpent était demeuré dans le cuir, 
et que c'était lui qui avait blessé ces deux malheureux. Les remèdes qui sont en usage contre le ve- 
nin des Vipères peuvent être également employés contre celui des Crotales; mais ils ne réussissent 
|ias toujours, et la mort suit souvent de prés la blessure. Ces dents ou crochets sont insérés sur la 
mâchoire inférieure; il y en a constamment une paire ))lus forte et d'autres en voie de développement 



REPTILES. \ 47 

plarés derrière el destinés à les remplacer. Ces dents sont canaliculées ou plutôt ployées en cylin- 
dre, à la manière d'une oublie, et une tranelie Une de leur substance, soumise au microscope, en 
montre la structure; d.ms leur canal déboiiclie le conduit excréteur d'une glande particulière, élii- 
diée avec buin par Duvernoy, placée le long de l'os ptérygoïdien externe, el dans laquelle se distille 
le venin. Ces crocliels se cassent ou se détachent facilement, ou restent souvent dans les chairs de 
l'animal blessé par le Serpent; il en est de même de ceux des Vipères 

I.a suunellc résulte d'un nombre variable de petites capsules eniboilées l'une dans l'autre, dessé- 
chées et mobiles, qui produisent, par l'agilation rapide de la queue, un bruit strident, comparable à 
la vibralion des gousses des légumineuses desséchées et contenant encore leurs graines. Lie bruit 
n'est pas très-fort, mais il s'entend cependant d'assez loin, el, dès que le Crotale est iii(|uiété, il le 
fait entendre. C'est une sorte d'avertissement providentiel qui décèle aux autres animaux la présence 
de ce terrible Ophidien, el qui, d'après la lenleur des mouvements de celui-ci, leur permet souvent 
de l'éviter. Comme les Serpents à sonnettes habitent les endroits secs et arides, l'homme est rarement 
exposé à leurs coups; d'ailleurs ils mordent rarement sans élre provoqués. 11 semblerait même que 
ces animaux soient susceptibles d'un certain apprivoisement; on rapporle qu'un de ces Serpents vi- 
vait en liberté chez un médecin de Nantes, qu'il sortait de sa retraiie aussitôt qu'on Tappel-jit, et 
qu'il venait même mangei' sur la table ce qu'on avait disposé pour lui, sans s'effrayer de la pré- 
sence des étrangers, auxquels on montrait sa docilité, et sans chercher à nuire. 

Les Crotales sont ovovivipares, et les voyageurs ont remarqué qu'ils veillent pendant un certain 
temps sur leurs petits. Palisol De Beauvais rapporte qu'un Croifiliis itnnssiis. dont il voulait s'empa- 
rer, s'agila aussiiôt pour f:iire résonner ses sonnettes, en même temps qu'il ouvrit une large gueule 
et y reçut cinq peiils Serpents à peu près gros comme un tu\au de plume. « Surpris de ce spectacle 
inallendu, dit l'auteur, je me retirai de quelques pas, et me cachai derrièreun arbre; au bout de 
(jnelques minutes, l'animal, se croyant, ainsi que sa progéniture, à l'abri de tout danger, ouvrit de 
nouveau sa bouche el en laissa sortir les petits qui s'y étaient cachés. Je me remontrai, les petits 
renirèrent dans leur retraite, et la mère, emportant son précieux trésor, s'échappa à la faveur des 
herbes, dans lesquelles elle se cacha. « Dans les jeunes, il n'y a pas encore de grelol; cet organe, 
qui se composera plus tard d'une succession de capsules enchâssées les unes dans les autres, ressem- 
ble alors à un petit dé moulé sur la dernière vertèbre dorsale; mais ce petit étui épidermique est, au 
bout de quelque temps, remplacé par un autre, celui-ci par un troisième, et successivement; comme 
chacun d'eux ne tombe pas par suite d'une petite gorge de sa partie postérieure qui le relient au sui- 
vant, il en résulte une sorte de chapelet serré, ayant de dix à quinze pièces, et paifois davantage. 

Ces Ophidiens sont révérés par certaines peuplades de r.\n)érique, et l'on se garderait bien de les 
tuer; dans quelques endroits, on les dit sensibles à la musique. Qu'il nous soit permis de rapporter 
un passage donné à ce sujet p:ir M. De Chateaubriand : « \n mois de juillet 1791, nous voyagions 
dans le Haut-Canada avec quelques familles sauvages de la nation des Ounontagues. Un jour que 
nous étions arrêtés dans une phiine au bord de la rivière Génésie, un Serpent à sonnettes entra 
dans notre camp. Nous avions parmi nous un Canadien qui jouait de la flûte; il voulut nous amu- 
ser, et s'avança contre le Seipeiit avec son arme d'une nouvelle espèce. A l'approche de son en- 
nemi, le superbe Reptile se forme tout à coup en spirale, aplatit sa tête, enfle ses joues, coiiiracte 
ses lèvres, découvre ses dents envenimées el sa gueule rougie; sa langue fourchue s'agite rapidement 
au dehors; ses yeux brillent comme des charbons ardents; son corps, gonflé de rage, s'abaisse et se 
relève comme un soufflet; sa peau dilatée est hérissée d'écaillés, et sa queue, en produisant un son 
sinistre, oscille avec tant de rapidité, qu'elle ressemble à une légère vapeur. Alors le Canadien com- 
mence à jouer sur sa flûte; le Serpent fait un mouvement de surprise et retire sa tête en arrière; il 
ferme peu ù peu sa gueule enflammée. A mesure que l'effet magique le frappe, ses yeux perdent de 
leur âprelé, les vibrations de sa queue se ralentissent, et le bruit qu'elle fait entendre s'affaiblit et 
meurt par degrés. Moins perpendiculaires sur sa ligne spirale, les orbes du Serpent charmé s'élar- 
gissent et viennent tour à tour se poser sur la terre en cercles concentriques; les écailles de la peau 
s'abaissent et reprennent leur éclat, et, tournant légèrement la tête, il demeure immobile dans l'atti- 
lude de l'atlenlion et du plaisir. Dans ce moment, le Canadien marche quelques pas eu tirant de sa 
flûte des sons lenis et monotones; le Reptile baisse son cou, entr'ouvre avec sa tête les herbes fines et 
ze met à ramper sur les traces du musicien, qui l'entraine, s'arrélant lorsqu'il s'arrête, el commen- 



148 HISTOIRE NATURELLE. 

çant à le suivre aussitôt qu'il commence à s'éloigner. Il fut ainsi conduit hors de notre camp au mi- 
lieu d'une foule de spectateurs taut s.nuvages qu'européens, qui en croyaient à peine leurs yeux. » 

Les Crotales atteignent rarement plus de l^.SO de longueur; on en voit toutefois qui ont près de 2"". 
ils vivent ordinairement de petits animaux, Mammifères, Oiseaux ou Reptiles, qu'ils épieni avec pa- 
tience, et sur lesquels ils se détendent avec rapidité lorsqu'ils sont à leur portée; ils vivent aussi 
d'animaux morts, de Rats, de Lapins, etc., et c'est leur nourriture liabituelle dans les ménageries. 
Les Serpents ù sonnettes, maintenus dans une température convenable, prennent volontiers de la 
nourriture, surtout ù certaines époques de l'année; mais ils peuvent aussi rester très-longtemps sans 
manger; l'un d'eux, rapporte M. Duméril, a été conservé pendant vingt-deux mois dans un état d'abs- 
tinence absolue, et l'on ignorait depuis combien de temps il avait été ainsi privé d'aliments avant sa 
captivité et son transport en France; après cet espace de temps, ce Reptile n'a plus refusé la nourri- 
ture qu'on lui offrait, a mangé six ou huit fois par mois et a beaucoup grossi. Ou peut en tenir plu- 
sieurs, même d'espèces différentes, dans une seule cage, sans qu'ils cherchent à se blesser mutuelle- 
ment. Leur démarche est lente, et ils n'attaquent guère des espèces de grande taille que s'ils en 
sont inquiétés. En captivité, on peut aisément les irriter et leur faire sonner leurs grelots. 

Ces animaux sont des Ophidiens exclusivement américains; MM. C. et A. Duméril et Bibron admet- 
tent six espèces dans ce genre, mais les naturalistes de l'Amérique croient devoir en compter un 
beaucoup plus grand nombre, et, dans V Erpéioloçfie générale, on en indique sept décrites par 
MM. Baird et Girard, llolbrook, etc. 

Le type est le Crotale durisse [Crotalus duvissiis, Daudin), vulgairement le Serpent a sonnettes 
ou BoiQuiRA, ayant le vertex à écailles carénées sans écusson central, une seule paire de lames 
sur le devant du museau, et les plaques labiales supérieures larges, formant une double rangée. Le 
système de coloration varie considérablement. L'habitat de cette espèce est très-étendu, car on la 
trouve presque partout dans les États-Unis, et elle a été également rencontrée au Mexique. 




Fiî 57. — Crotale durisse. 



Parmi les autres espèces, nous citerons le Crotale ruombifère (C. adamantœus, Palisot De Beau* 
vais), le C. HORRinLE (C. horridiis, Linné), C millet (C. vnliarius, Linné), etc.; tous de l'Amérique 
du Nord. 

Une espèce, le Crotale a losanges ou Crotale muet (Croiahis muiiis, Linné^, propre à l'Amérique 
méridionale, principalement au Brésil, est le type du genre Lachésis [nom de l'une des Parques), 
Daudin, surtout caractérisé par sa queue libre, ponctuée et précédée de dix ou douze rangées d'é- 
cialles épineuses. (Voy. la ligure, p. 150.) 



2™ GE.NBE. - TRIGO.NOCÉPHALE. TniGOmCEPlIALCS. Oppel, 1803. 

Tpiti, li'ûis; yuïia, angle; zsyz/ï), lote. 
Histoire des Ropliics. 

CARACTiinES Gli;\i:iU(JllES. 

Formes et apparence ilcs Crotales, mais avec la queue pointue, sans grelots; urosiéges douHcs 
f>u sur deux rangs; sommet de la tête toujours revêtu de plaques et d'un écusson ccnral; écailles du 
dos et de la tête carénées. 




Iihale (licllii-uiis; fer il,- lance 




l'iu, i — Scylali- ziiîza}; 




^|^■ 5 — Aipysiire l'uli 



REPTILES. 



IW 



Ce genre, fondé aux dépens des Crotales, a reçu diverses dénominations : il constitue le genre 
Craspedoceplialiis (v.preimtSoy, bord saillant; y.î'fa.):o, tête), Kulii; Tojiicophis el Aulàsirodon, Baird et 
Girard; Coplùan, Jlerrem; Hijnale, Filzinger, etc., et forme même pour res auteui* plusieurs grou- 
pes distincts, dont quelques-uns, que nous nommerons, sont adoptés par MM. Duniéril et Bibron, 
qui n'y laissent |dus que cinq espèces de l'Amérique, de la Tartarie et d'Âstracan, du Japon et de 
Ceylan. 

Le venin des Trigonocépliales est presque aussi dangereux que celui des Crotales C'est pour cela 
qu'on a propose divers moyens pour exterminer la race de ces Reptiles; mais, quoique l'on puisse 
espérer d'atteindre ce résultat, ces Serpents n'ont en('ore été détruits dans aucune des îles où vivent 
les espèces du groupe pariieulier des Botlirops, du moins depuis que les Européens y sont établis. 
En 1820, l'abbé Legaull'e, qui habitait la Trinité, après avoir fait un long séjour à la Martinique, eut 
l'heureuse idée d'op])oser au Trigonocéphale (Bolhrops) fer de lance un Corbeau qui vit dans la pre- 
mière de ces îles; à cet effet, il en fit passer une cinquantaine d'individus à la Martinique, où ils se 
seraient sans doute propagés promptement; mais, comme on les tint maladroitement enfermés, ils no 
tardèrent pas à jiérir pour la plupart, et une épizootie qui régna bientôt dans l'Ile, concurremment 
avec la fièvre jaune, acheva de les détruire; depuis lors, et sur la proposition de M. Moreau De 
Jonnés, on essaya d'importer dans la même colonie, et dans le même but, l'Oiseau du Cap que l'on 
nomme Secrétaire, espèce rapaee qui est trè.s-babile à détruire les Serpents; mais malheureusement 
encore la Martinique n'en reçut que deux exemplaires, dont l'un mourut presque aussitôt après son 
arrivée; un moyen peut-cire plus efficace que ceux-là, c'est la prime donnée aux nègres travailleurs, 
aux soldats, etc., pour la chasse du Trigonocéphale. Le même Serpent dont nous venons de parler se 
li'ouve à la .Martiniijue, niais n'existe pas à la Guadeloupe, ni dans les autres iles de l'archipel Caraïbe. 

Comme les autres Ophidiens, ces Serpents se nourrissent de jeunes ou de petits Mammifères, d'Oi- 
seaux, etc.; mais un fiit curieux, signalé récemment par M. II. Lucas, c'est qu'ils mangent quelquefois 
des insectes : c'est ainsi que l'estomac d'un Tricjonocepbalus Itistrion'icns lui a présenté deux Che- 
nilles de Saturnie, dont l'une d'elles avait déjà subi l'influence de la digestion. 

Comme type du genre Trigonocé|)liale proprement dit, nous citerons le T. piscivoni-; (7'. piscivo- 
riis, Lacépède), qui habile les lieux humides et marécageux ou même l'eau dans le nord de l'Amé- 
rique, et qui est la terreur des nègres occupés aux plantations de riz, car il blesse ceux qu'il ren- 
contre. Les suites de cette piqùie sont terribles, et varient suivant une foule de circonstances, 
telles que l'état de santé du sujet mordu, sa force physique, ses affections morales, le nombre des 
blessures et leur gravité; mais il n'arrive malheureusemenl que trop souvent que la victime en meurt 
au bout de quelques heures ou de quelques jours; lorsque le remède l'emporte sur le poison, le ma- 
lade éprouve pendant |)lusicurs années des vertiges, de l'irritation de poitrine, ou un ulcère phagé- 
dénique de mauvaise nature ou des paralysies plus ou moins étendues. Deux autres espèces sont le 
T. Il,\Lvs, Pallas, provient des déserts des environs d'Astracan, de la Tartarie, etc.; et le T. Ilvr- 
nxLE, Sehiegel, habite Ceylan. 




ÔS. — Alropos mexicam. 




jO. — Bolhrops allerné. 



Le genre Leiolepis (Xstoç, lisse; >£7riç, écaille), C. et A. Duméril et Bibron, qui ne renferme que le 
T. RuoDOsTOMA, Beinwardt, de Java, ne diffère guère des Trigonocépbales que par ses écailles lisses, 
non carénées. Dans les Boturops (jSoOpo,-, creux), Wagler, qui comprennent huit espèces de la Marti- 
nique, de l'Amérique du Sud, de Ceylan et de Timor, on range fespèee de l'ancien genre Trigono- 
ceplinhts, la plus ( onnue; le Fer de I.A^'CE, Lacépède; Vipère jalne de la Martinique [Bolhrops lan- 



150 IIISTOIUE NATURELLE. 

ceolalns, W.iglcr) (voy. Allas, pL XL\, fig. 1), alleignant parfois S"", d'un jaune aurore plus ou moins 
variable, maculé de brun, de noir, etc., avec les lianes ttmits d'un rouge vif : ce Serpent, qui est ex- 
cessivement fécond, puisqu'on a trouvé de cinquante à soixante petits dans le corps d'une femelle, 
vit dans une partie des Antilles, à la Martinique, à Sainte-Lucie et à néioula; il se rencontre surtout 
dans les plantations do cannes à sucre, et se nourrit de Lézards, d'Oiseaux et surtout de Rats. Dans 
les deux derniers groupes, Athopos (Atootto,-, nom de l'une des Parques) et Tr.oiiDOLEnus (-oomî-iJoç, 
carène; ).E7ro;, écaille), Wagler, les plaques surciliaires, au lieu d'être très-distinctes comme dans les 
BoTUROPS, ne sont pas visibles; mais les écailles du dessous de la gorge sont rondes et lisses dans 
le premier, et, au contraire, pointu<;s et carénées dans le second; les Atropos comprennent trois 
espèces, de Java et du Mexique : type, A. puniciis, Reinwardt, et les Tropidolèmes : deux espèces, 
T. Waçjlcri, Wagler, de Sumatra, et 7'. llombroni, C. et A. Duméril et Bibron, de Saniboangon; 
l'une des rhilip[)ines, dans la mer des Indes. 




Fig. CO. — Lachcsis à losanges. 



CINQUIÈME OUDRE. 



AMPHIBIENS. AMPHIBII. De BlainviUe. 



Cette grande division de l'ordre des Reptiles comprend des animaux ayant pour caractères géné- 
raux : un corps déprimé, trapu, on arrondi, allongé, ave(^ ou sans queue: une peau nue, molle, sans 
carapace, le plus souvent sans écailles bien apparentes, mais, dans quelques cas rares, avec des 
écailles; des pattes variables par leur présence, leur nombre et leur propoiiion, à doigts non garnis 
d'ongles crochus, très-rarement protégés par des étuis simples ou de petits sabots de matière coi-née, 
et, dans quelques cas, terminées par des sortes de ventouses qui leur servent à se fixer sur les corps 
les plus lisses; une tète déprimée, à contour antérieur semi-circulaire; un cou nul, on non distinct de 
la tête et du tronc; deux condyles occipitaux joignant le crâne aux vertèbres; le plus souvent des 



REPTILES. 151 

paupières mobiles; pas de conduils auditifs externes; un sternum distinct, Irès-développé dans le plus 
tîrand nombre, mais non uni aux côtes, qui sont alors très-courtes ou nulles; des vertèbres dorsales 
en nombre variable depuis dix jusqu'à quatre-vingt-dix, suivant que l'animal est de forme r,<massée 
ou, au contraire, allongée; un cœur à une seule cavité ventriculaire, à oreillette simple et unique en 
apparence; le sang à globules volumineux et ellipsoïdes; des pouinons auxquels se joignent, dans le 
|)remier ûge, des branchies analogues à celles des Poissons : en arrivant à l'état parfait, la plupart 
perdent leur apparence branchiale, tandis que d'autres les conservent toute leur vie; les organes de 
la reproduction externes nuls chez les mâles; oeufs à coque membraneuse, pondus le plus souvent 
avant la fécondation et grossissant après la ponte; et surtout les petits subissant des métamorphoses : 
d'abord dépourvus de membres et munis d'une queue, prenant, en grandissant, quatre pattes et per- 
dant leur queue ou bien la conservant; presque tous vivant dans Peau ou dans les lieux humides, 
et devenant carnivores ;1 l'état parfait, mais jamais ne se nourrissant de débris d'animaux. 

Les Amphibiens ne semblent pas avoir de rapport avec les animaux des classes des Mammifères et 
des Oiseaux; mais ils présentent des liaisons évidentes avec les Poissons, et surtout avec quelques in- 
dividus de certains genres des trois ordres de Reptiles de la faune actuelle. Quant aux Poissons, il y 
a une grande analogie entre les têtards des Crapauds et des Grenouilles et le Cutiiis cjobio, et sur- 
tout entre les derniers Amphibiens, tels que les Protées, les Cécilies, les Amphiumes et les Lépidosi- 
rénes, dans leurs formes, la disposition de la queue, le mode d'articidation des vertèbres, la manière 
de nager, etc., et les Gasirobranches, les Murénophis, etc.; et cette analogie est tellement grande 
pour les Lépidosirènes, que les zoologistes ne savent pas encore s'ils doivent les ranger avec les Rep- 
tiles ou avec les Poissons. Les espèces d'Amphibiens qui semblent lier cet ordre à celui des Chélo- 
niens sont les Pipas, les Crapauds, etc.; celles qui se rap]irochent des Sauriens sont en grand nom- 
bre, comme les Salamandres, les Triions et presque tous les Urodèles ; enfin les Sirènes, les 
Amphiumes, les Cécilies, dont lu place a été si longtemps incertaine, tendent à les rapprocher des 
Ophidiens et surtout des Amphisbènes et de quelques Chalcides. 

Dans la caractéristique de l'ordre des Amphibiens, nous avons brièvement indiqué les principaux 
traits relatifs à leur organisation générale; nous ne donnerons pas actuellement de détails sur ce 
sujet important, car l'organisme de ces animaux varie assez considérablement dans les trois divisions 
])rjmaires qui forment cet ordre, et nous croyons meilleur de n'en parler que lorsque nous ferons 
l'histoire de ces grands groupes ou celle des genres principaux; il en sera de n;ème relativement à 
leurs habitudes, à leurs mœurs et à leur distinction géographique. 

L'histoire de ces Reptiles, quoique commencée depuis les temps les plus reculés, a été longtemps 
mal connue, n'est sortie du chaos qu';i l'époque où LaurCnti, puis Lacépcde et Linné les étudièrent 
inélhodiquemenl et les classèrent. On doit surtout à Alexandre Rrongniart (1799) leur division en un 
ordre distinct, celui des Ikilracicns, dont la dénomination est encore conservée aujourd'hui, quoique, 
à l'exemple de De Blainville et de quelques naturalistes modernes, nous ajons cru devoir adopter le 
nom d'Ampliil/icns, qui d'un seul mot exprime le caractère le plus saillant du groupe. Schneider, 
Latreille et Daudin firent faire quelques progrés à la braïuhe de la science erpétologique qui nous oc- 
cupe. Mais c'est surtout M. C. Duméril qui. dès 18il7, a posé les bases de leur distribution actuelle 
par son savant mémoire sur la Division des Hepiilcs Flnhaciens; quoiqu'à celte c])oque il eût encore 
laissé les Cécilies parmi les Ophidiens, il avait déjà indiqué avec précision les caractères qui établis- 
sent des points de similitude entre ces Reptiles et les Amphibiens, et il semble que c'est d'après cette 
donnée que les crpétologistes, Oppel et De Blainville, les premiers, ont fait de ce genre une famille 
de l'ordre des Amphibiens, ce que G. Cuvier n'avait pas encore fait dans l'édition de 1829 du liègnc 
animal, parce qu'il ignorait que ces Reptiles subissent des métamorphoses. Depuis, les travaux de 
Merrem, d'Oppel, de Fitzinger, de G. Cuvier, de Waglcr, du prince Chailes liouapartc, de John Mûl- 
1er, et surtout ceux de MM. C et A. Duméril et Bihron, dans les tomes Ylll cl IX de leur Erpétologie 
(jéHcralc, ont complété l'étude de la classification des Amphibiens. Ces derniers auteurs, dont nous 
devons exposer la méthode puisque nous la suivons dans cet ouvrage, ont partagé les Amphibiens en 
trois sous-ordres d'après quelques particularités de leur organisation externe, et principalement de 
l'absence complète des membres, de la privation ou de l'existence de la queue, etc. Le premier sous- 
ordre est celui des PÉROMÈLES, Reptiles de structure anomale, et établissant, d'un côté, le passage 
(les Ophidiens aux Amphibiens, et, de l'autre, aux Poissons, leur corps est cylindrique et nu; ils n'ont 



152 lllSTOmE NATURELLE. 

pas de nieiiibres; leurs yeux sonl à peu jnés cachés sous la peau et nianqueut quelquefois; l'arlicula 
lion des verlèljies a lieu comme dans les Poissons : elles sont creusées en avant et en arrière d'une 
cavité conique remplie d'un liquide gélatineux; leur squelette offre, comme dans les Ophidiens, de 
longues rangées de verlébres et des côtes très-nombreuses, mais trop courtes pour entourer 1; tronc; 
les dents maxillaires et palatines sont sur deux lignes el parfois recourbées en arrière : une seule 
famille, celle des Ccdloïdes. Le deuxième sous-ordre est celui des ANOURES, Ampliibiens perdant 
leur queue à une certaine époque de leur vie; à corps court et ramassé, avec quatre membres; à 
pattes plus longues que le tronc dans les Grenouilles, et plus courtes dans les Crapauds; à doigts 
élargis en pelotes chez les Rainettes et munis d'étuis cornés chez les Dactylèthres; ces animaux sont 
subdivisés en deux groupes : les ^^A^Él;oGLossEs ou Anoures à langue distincte, composés de trois 
familles : naniformes, Il ijlirf ormes et Diifoiiifonnes, et les P^I^ï^OGLossES ou Anoures à langue 
nulle, renfermant la seule famille des l'ipicfornies. Le troisième et dernier sous-ordre est celui des 
URODÈLES, à mélamorphoses moins complètes, à queue ronde ou comprimée et persistante, à eûtes 
rudimentaires, à branchies caduques ou nulles, à pattes bien ou mal développées, cl n'ayant parfois, 
comme dans les Sirènes, que deux paltes antérieures, ou des pattes transformées en sortes de nageoi- 
res comme dans les Lépidnsirènes, ce sous-ordre comprend deux groupes, les Alétiiodèhes, dont le 
cou n'a ni trous ni branchies, et qui ne renferme que la seule famille des Salantamlrines. et les 
TnÉMATODCHEs, doHt le cou a des fentes ou trous distincts, et qui est formé des deux familles des 
I'hotéides et des Amphilmides. 

Nous avons cité les auteurs qui, d'une manière générale, se sont occupés de la dassilicatioii des 
Amphibiens; un très-grand nombre de naturalistes ont également publié des travaux soit sur l'ana- 
tomie, soit sur les mœurs on la description spécifique de ces animaux; nous nommerons, d'après 
MM. Duméril et Bibron, les principaux; tels sont Barthez, Bartholin, Barton, lilasius. Blumenbach, 
Boddaèrt, Bojanus, Bonnet, Carus, Cocteau, Dugès, l'unk, Et. Geoffroy Saintllilaire, Goldfuss, Gra- 
venliorst, Gray, llunter, Kulil, Leconte, Mayer, Mitehell, Morgani, Otili, Owen, Poniza, Ratke, Redi, 
Roesel, liusconi, Say, Schneider, Squallanzani, Tschudi, Wied, Wiegmann, etc. Enfin, pour complé- 
ter l'histoire de ce sous-ordre, nous avons à indiquer les paléontologistes qui s'en sont occupés; nous 
emprunterons à ce sujet quelques passages d'un article publié par Laurillard dans le D'iciiomiaïre 
universel, et qui résume succinctement à peu pré» toutes nos connaissances actuelles sur les Amphi- 
biens fossiles. Des os séparés, et même quelques squelettes, se rencontrent dans les parties des ter- 
lains leriiaires formées par les eaux douces, el l'on sait que, dès que les Reptiles ont existé sur la 
lerre, il y a eu des animaux de cet ordre; c'est ce qui résulte de la découverte faite par M. Jœger, 
dans le keuper de Wurtliembcrg, d'un Reptile qui, par la composition et la forme générale de sa léte 
aussi bien que par son double condyle occipital, doit être rangé avec les Amphibiens, et c'est proba- 
blement le plus gigantesque de lous; car sa tète présente un disque aplati, semi-elliptique, qui n'a 
pas moins de 0'",72 de longueur, sur 0",59 de large, et au milieu duquel sont percés les grands or- 
bites oblongs. Ce fossile est le Salamandroidcs Jœfjcri, qui se rapproche beaucoup des Pelobates. 
C'est parmi ces animaux qu'a dû être classé le célèbre fossile du ;chiste tertiaire d'OEningen, que 
Schenchczer lit connaître, en 1726, sous le nom de I'Houme iémoin du déluge {Homo dilttvU icslis), 
et que G. Cuvier reconnut pour être le squelette d'une espèce de Salamandre, qu'il nomma, d'après sa 
grande taille, dépassant 1°',50, Salamandre gic.amesque; ce fossile, étudié par De Blainville dans 
une excellente dissertation, et sur lequel M. Tschudi a depuis publié un travail, a été nommé, par ce 
dernier, Andrias Schciicitczeri, et placé entre le Mcgalobalraclius, ou grande Salamandre de Java, 
et le Menopoma. Ces mêmes schistes d'OiMiingen ont fourni deux espèces de Crapauds, dont l'un 
(Palœojihriinus Gesucrï, Tschudi) a été rapproché, par G. Cuvier, du Crapaud des jongs, et l'autre 
{Pelopliilus Arjassizii, Tschudi), qui avait été indiqué par M. Agassiz sous la dénomination de Dom- 
bïnulor OEnmgensis. Enfin M. Tschudi a créé les noms de Palœobalraclitis GoUIftissii jiour la Gre- 
nouille décrite par M. Goldfuss sous ceux de Rana diliivimia, et qui se trouve dans le lignite schis- 
teux tertiaire de Boun; et le même naturaliste a également trouvé, dans ce même lignite, deux autres 
Amphibiens urodèles auxquels il a imposé les dénominations de Salamandra ocpjfiia et de Triton 
njachïcus. M. Ch. Morren a, de son côté, signalé, dans les terrains tertiaires du midi du Brabant, des 
os.seraenls dWmphibiens en assez grand nombre. Dans les terrains tertiaires du département du Gers, 
M Lartet, ainsi que le fait observer Laurillard, a découvert des Amphibiens urodèles et anoures; il 



REPTILES. 



155 



pense avoir reconnu une douzaine d'espèces des premières et quatre ou cinq des secondes; il signale 
un genre curieux qui, par plusieurs de ses caractères, rappelle à la fois les Grenouilles et les Sala- 
mandres. Au-dessus des terrains tertiaires, l'époque diluvienne ne présente guère d'ossements d'Ani- 
phibicns que dans des cavernes ou des fentes de rocher; ce qui se conçoit lorsque l'on se rappelle 
In fragilité des os de ces animaux, qui n'en permet pas facilement la conservation; cependant, faisons 
observer avec Laurillard que, lorsque l'ostéologie des Amphibiens sera mieux connue qu'elle ne l'est 
aujourd'hui, il est probable que les recherches des paléontologistes inscriront dans les catalogues 
zoologiques un grand nombre d'Ainphibiens fossiles. 

Les trois sou.s ordres d'Amphibiens actuellement vivants, les seuls qui doivent nous occuper, sont, 
comme nous l'avons dit, ceux des Pcromèles. des Anoures et des Uiodèles. 



PREMIER SOUS-ORDRE. 



PÉROMÈLES. Duméril et Bibron. 



Le sous-ordre des Péromèles (iropo;, manquant; u.îlo;, membre), qui ne renferme qu'une seule fa- 
mille, les Céciloïdes ou Ophiosomes, Duméril et Bibron, a pour caractères : corps arrondi, excessive- 
ment étendu en longueur; pas de membres ou d'appendices latéraux propres au mouvement; peau 
nue en apparence, visqueuse, mais cachant entre les plis circulaires qu'elle forme plusieurs rangs 
également distribués en anneaux, d'écaillés plates, minces, entuilées, à bords libres, arrondis, sem- 
blables à celles des Poissons; orifice arrondi du cloaque situé eu dessous, très-près de l'extrémité la 
plus postérieure du corps, qui est comme tronquée ou obtusémcnt pointue; mâchoire inférieure se 
mouvant sur le crâne, sans os articulaire séparé : les deux bninihes qui la forment courtes, et sou- 
dées entre elles très-solidement vers la symphyse du menton. 




Fig. 6t. — Siplionops annulé. 



La forme générale du <'orps, qui est excessivement allongé, arrondi et sans pattes, fait, au premier 
aspect, ressembler beaucoup les Péromèles ou Cécilies aux Serpents, avec lesquels un très-grand 
nombre de zoologistes les ont réunis, mais dont ils diffèrent par un grand nombre de caractères, et 
en particulier par la texture de la peau, la position du cloaque; par les deux condyles occipitaux, 
la composition des mâchoires, en ce que la mâchoire inférieure s'articule directement sur les tempo- 
raux, etc. D'un autre côté, ces Péromèles se rapprochent des Amphibiens par leur peau visqueuse, 
B. p. 20 



iti HISTOIRE NATURELLE. 

hiiniitle, presque nue; par leurs deux ('ondyles, leurs vertèbres à corps concave en avant et en arrière; 
par le n^ode d'articulation de la mâchoire inférieure et la soudure de l'os carré avec le crâne; euiin 
par les métamorphoses qu'ils subiraient, si l'observation de M. Millier, qui dit avoir vu déjeunes 
(lécilies dont le cou était encore garni de petites franges branchiales, est exacte, il faut toutefois 
avouer que ces animaux s'éloignent jusqu'à un certain point des Amphibiens par la présence de pe- 
tites écailles dans l'épaisseur de la peau, par des côtes fourchues ft leur extrémité vertébra'e, par 
l'absence d'un sternum et la structure de la bouche, dont l'ouverture est petite, la mâchoire inférieure 
étant plus courte que la supérieure, et les dents longues, aiguës, recourbées en arrière. En outre, 
il y a aussi certains rapports de forme et de structure dans le squelette, l'articulation des mâchoires, 
le mode d'implantation des dents, etc , entre ces Péromèlcs et plusieurs espèces de Poissons de !a 
division des Murènes. On doit conclure de toutes ces particularités que ces singuliers animaux sont 
des Reptiles anomaux, qui doivent plutôt rentrer dans l'ordre des Amphibiens que dans aucun des 
autres, mais qui en même temps tendent à réunir ces derniers, d'un coté, avec les Ophidiens, et, de 
l'autre, avec la classe des Poissons. 

Beaucoup d'auteurs, C. Duméril, De Blainville, Oppel, MQller, W'agler, G. Cuvier, etc., se sont oc- 
cupés de la position que ce groupe devait occuper dans la classification zoologique; Schneider en a 
publié une monographie; M. C. Duméril s'en est occupé avec grand soin, etc. 

On n'a décrit qu'une dizaine d'espèces de Péromèles, el elles sont propres à l'Amérique méridio- 
nale, aux Indes orientales et aux îles Séchelles. Toutes placées anciennement dans le genre Cécilie, 
elles forment aujourd'hui quatre groupes génériques distingués par quelques particularités de place 
et de disposition que présentent les fossettes du menton; le plus nombreux de tous, particulier aux 
divers pays que nous avons signalés, est celui des Cf.c lia, Linné; deux autres, créés par Wagler, 
sont les SiPHONors {aifMv, tube; w^, visage) : deux espèces américaines, dont le type est le Sipho- 
Nors ANSELÉ {Cecilia annutala, Mikaell), qui est olivâtre ou cendré bleuâtre, avec les plis circulaires 
de la peau blanchâtres: du Brésil, et les Épicrium {tm-z-pw-j, antenne, ou Iclitliijoplii.i {ty^luç, Poisson; 
(/j>t;, Serpent), Filzinger, ne renfermant que l'ÉncRiuM glutiseux [Cecilia glulicoxa), Linné, de Java 
et Ceylan; enfin le dernier genre est celui des Rhinatrfma (pit, nez; zp-oy-v., trou), Duméril et Bihroii, 
ayant pour type et espèce unique la Cecilia liiviliata, G. Cuvier, de Cayenne. 



GENRE PRINCIPAL. — CECILIE. CECILIA. Linné, 1755. 

Nom ancienniyiienl appliqué à un Serpent aveugle. 
Aménités acaJéraiques. 

C.\R.\(]TÈRES GÉNÉRKJUES. 

Tête cijHn(h-iquc; museau saillant; dents maxillaires et palatines courtes, fortes, coniques, vu 
peu courbées; langue à surface cellulcuse, aijant le. plus souvent deux renflements licmisphériqucs 
correspondant aux orifices internes des narines; ijcux distincts ou non distincts h travers la peau; 
une fossette au-dessous de chaque narine. 

Linné ne rangeait dans son genre Cecilia qu'une seule espèce, sa C. tentaculata, que l'on ne re- 
connaît pas d'une manière positive: aussi la plupart des auteurs désignent-ils Wagler comme le véri- 
table fondateur de ce groupe. Les Cécilies, dont on indique cinq ou six espèces particulières à l'A- 
mérique méridionale, aux Indes orientales et aux Séchelles, sont plus ou moins allongées, quelque- 
fois longues et très-gréles, et d'autres fois courtes et assez grosses, mais constamment de forme 
c\lindrique; leur peau n'est jamais marquée d'un aussi grand nombre de plis que dans les autres 
Péromèles, et il peut même n'en exister que vers l'extrémité du corps. Le principal caractère du 
groupe réside dans la situation de leurs fausses narines, qu'on aperçoit sous le museau, tout à fait 
au-dessous des orifices externes des narines; enfin leur bouche semble s'ouvrir sous la tête, tant la 
partie antérieure de celle-ci se prolonge en avant en un épais et souvent très-large museau arrondi. 
On connaît très-peu les mœurs de ces animaux; par l'ensemble de leur conformation, on pense qu'ils 
vivent cachés sous terre et qu'ils recherchent les endroits humides. 



UEPTII.ES. 155 

L'espèce la plus ronnue est la Cécilie lombricoide {CecU'm linnbricoules, Daiuliii), i\ni est longue 
à'environ 0",tl, sur un iliamèlre qui ne dépasse pas 0'°,01 au milieu du corps; d'un brun teinte d'o- 
livStre, el qui provient de Surinam, ainsi que de divers points de l'Amérique méridionale. 



DEUXIÈME SOUS-ORDRE. 

ANOURES. Diimérir. 



l.rs Amphihiens de cette section se distinguent d'une manière très-générale, en ce que la queue 
semble avoir été relranrliéc du Ironr par suite de lenrs mélaniorpiioses, que leur corps est excessi- 
vement court, qu'il n'y a pas d'ecailles sur ou dans la peau, et qu'il y a conslamment deux paires 
de menibies inégaux en largeur et en grosseur. 

Ces Anoures ont le corps comme tronqué, large, court, déprimé et toujours, dans les individus 
parveiius à l'état parfait, privé de queue; leur peau est lisse ou verruqueuse, non adhérente aux 
fibres charnues; les pattes de derrière ont souvent une longueur double de celles des membres de 
devant, qui sont généralement plus grêles que les postérieures dans leurs diverses régions: la tête est 
large, aplatie; les yeux garnis de deu\ paupières, dont l'inférieure est en grande partie transparente 
et beaucoup plus développée quiî la supérieure; la bouche est ordinairement très-fendue, toujouis 
dépourvue de dents à la milclioire inférieure, mais non pas constamment à la mûchoire supérieure ou 
au palais; la langue est charnue, entièrement adhérente ou plus ou moins libre seulement en arrière, 
parfois exserlile; la membrane du tympan est souvent visible à l'extérieur, l'orilice du cloaque est 
mrminal et de forme arrondie. La ponte des œufs se fait le plus habituellement avec l'aide des m;des, 
qui ne fécondent les germes qu'au moment où ils sortent du cloaque; ces œufs, le plus habituellement 
réunis en masse glaireuse ou en cordons mucilagineux, donnent naissance à des Têlar.ls, c'est-à-dire 
à des embryons dont la tcle très-grosse est confondue avec le ventre, et dont le tronc se prolonge en 
une longue queue comprimée et verticale; ces Têtards subissent une mélamorpliose complète, en 
perdant la queue et en produisant des membres dont les postérieurs paraissent ordinairement avant 
les antérieurs. La nourriture consiste, dans l'état parfait, en petits animaux vivants; mais, sous 
forme de Têtards, en matières végétales. 

Jj'organisation de ces liepiiles offre quelques particularités remarquables. La colonne vertébrale, 
par suite de la brièveté du tronc, est celle de tous les Vertébrés qui soit (composée du plus petit 
nombre de vertèbres; la disposition des membres de derrière est telle, qu'ils jouissent, à un haut de- 
gré, de la faculté de sauter; à cela, on peut ajouter : 1° que leur abdomen, n'étant limité dans son 
pourtour ni par les côtes ni par la peau, qui n'adhère pas aux muscles, permet aux poumons et aux 
organes de la digestion une plus grande expansion en largeur; 2° que leur bouche, fendue généralé- 
ment au delà des oreilles, et leur mâchoire inférieure étant articulée en arrière du crâne, laisse une 
ouverture considérable pour l'introduction d'une proie volumineuse; 5° que leur langue, toute char- 
nue et quelquefois projectile, n'est pas soutenue par le corps ou le prolongement médian de l'os 
hyoïde; 4° qu'ils peuvent produire des sons bruyants à l'aide de l'air qui sort de leurs poumons, et 
(ju'ils jouissent d'une véritable voix; 5" que leur transformation est complète : leur têtard ayant d'i- 
bord une forme allongée et des branchies qu'il perd constamment lorsque, parle développement im 
pattes antérieures, l'animal, jouissant de la \ie terrestre, peut se servir de tous ses membres pour la 
progression, etc. 

En exposant l'histoire des familles et des genres principaux de ce sous-ordre, nous entrerons dans 
des détails sur leurs mœurs: nous dirons seulement d'une manière générale que les Anoures recher 
chent habituellement de |)réfèrenee les lieux humides, et parfois même les eaux, et que, sous leur 
dernier état, ils sont toujours carnassiers. 



156 HISTOIRE NATURELLE 

Linné comprenait toutes les espèces de ce sous-ordre dans son genre Hann, mais il n'en décrivait 
que dix-sept, et aujourd'hui on en connaît plus de deux cents. Laurenti, le premier, créa les prin- 
cipaux genres, qui sont devenus depuis des types de familles distinctes. Puis vinrent les travaux de 
Lacépède, Schneider, Daudin, G. Cuvier, Herrem, Fiizinger, et de beaucoup d'autres. C'est à M. C. Du- 
mériie qu l'on doit la création du sous-ordre des Anoures, généralement adopté actuellement comme 
yroupc primaire des Amphihiens. D'après lui, ce sous-ordre est divisé en deux tribus ; dans le plus 
giand nombre des espèces et des genres, il y a une langue charnue et distincte, mais de forme va- 
riable; ce sont les PHANÉROGLOSSES, partagés en trois familles : les Ramfoumes ou Grenouilles, 
llïi.^EFORHES ou Rainettes, et Rufoniformes ou Crapauds; dans l'autre tribu, celle des PlIRYiNO- 
GLOSSES, qui ne comprend qu'un nombre trèsrestrcint d'espèces et la seule famille des PirAFORJiES 
ou Pipas, il n'y a pas, au contraire, de langue distincte. 



PREMIERE FAMILLE. 
RANIFOMIES. Diiméril et Bibroii. 



Cette famille comprend les Amphibiens anoures dont l'extrémité libre des doigts et des oileils n'esl 
pas dilatée en disque plus ou moins élargi, comme cela a lieu chez les Ilyloeformes, et dont la mâ- 
choire supérieure est armée de dents, seul caractère qui puisse véritablement les distinguer de cer- 
taines espèces de Bufoniformes, qui en nianqiR'iit dans cette partie de la bouche, de même qu'à la mâ- 
choire inférieure. En outre, la plupart des Raniformes ont, comme les Grenouilles proprement diles, 
des formes sveltes, élancées; presque tons ont des dents implantées sous le vomer entre les arriére- 
narines, et ces dents, assez courtes, fournissent des car.icières de genres et d'espèces dans leur ar- 
rangement; il en est de même de la langue, du tympan visible ou non visible, de la disposition du 
conduit auditif, etc.; toutes les espèces ont quatre doigts dépourvus de membranes natatoires, et cliez 
presque toutes il existe, à la base du premier doigt, une saillie plus ou moins apparente, et qui est 
un rudiment de pouce caché sous la peau; les orteils, toujours au nombre de cinq, sont réunis ou 
non par une palmure; au bord externe de la région métatarsienne, il y a un tubercule faible, mou, 
obtus, et semblant être le développement, au dehors, d'un os analogue au premier cunéiforme de 
l'homme; les apophyses transverses de la vertèbre sacrée offrent, dans leur forme et leur développe- 
ment, quelques différences notables; enfin le corps, généralement lisse en dessous, présente, au con- 
traire, en dessus, une peau rarement dépourvue de renflements glanduleux qui s'y rencontrent 
sous la forme de mamelons, de cordons ou de lignes saillantes s'étendant sur les côtés du dos. 

Les Raniformes ne peuvent se tenir qu'à terre ou dans l'eau; leurs doigts, presque cylindriques, 
et, en général, pointus, ne leur permettent pas de monter sur les arbres, comme le font les Ujlae- 
formes ;i l'aide des petites ventouses qui terminent les extrémités libres de leurs membres. Les es- 
pèces qui ont des pattes très-allongées ne changent guère de place sur le sol autrement qu'en sau- 
tant, et souvent à des distances considérables relativement au volume de leur corps : celles chez 
lesquelles les membres postérieurs sont d'une médiocre étendue jouissent également de la faculté de 
sauter, mais à un bien moindre degré, et pour elles la marche n'est pas impossible : aussi ces der- 
nières espèces se rapprochent-elles beaucoup des Crapauds dans leur allure. La plupart de ces ani- 
maux, qui, comme la Grenouille commune, ont des membranes natatoires entre les orteils, passent la 
plus grande partie de leur vie dans l'eau; toutefois quelques-uns, comme la Grenouille rousse, ne 
vont dans l'eau que pour y accomplir l'acte de la reproduction. Les autres espèces, qui ne sont pas 
palmées, habitent des réduits souterrains qu'elles se creusent dans les environs des étangs ou des 
mares, où elles vont déposer leurs œufs. Leur nourriture est presque exclusivement animale, mais 
quelquefois mêlée d'aliments végétaux. 



REPTILES. 



157 



On c-oiinait un assez grand nombre d'espèces de Raniformes, et elles se trouvent répandues dans 
toutes les parties du monde; déjà, en 1846, MM. Duméril et Bibron en décrivaient cinquante et une, 
et les répai tissaient ainsi : Amérique, vingl-trois; Asie, dix; Afrique, huit; Europe, six; Occanie, 
deux, et, en outre, une espèce se trouvant en même temps en Europe et en Afrique, el une autre se 
rencontrant aussi dans ces deux régions, et également en Asie. 




(J2 el G3. — Alylcs accouclicur. (Mâle cl femelle.) 



Un grand nombre de geni'cs ont élé fornié.s dans celte famille, qui est composée d'une partie du 
grand genre naturel Grexouil'.k, Rnua de Linné; MM. Duméril et Dibron en admettent seize. Le seul 
genre que nous décrirons avec détail comme étant le plus connu de tous el comme renfermant les 
espèces indiquées depuis la plus haute antiquité est celui des : 



GE.MiE PIUNCIPAL. — GP.ENOUILLE. liANA. Linné, 1755. 

Sïstcma naïuiœ. 



CARACTÈRES (jÉNÉRIQUES. 

Lanijue (ji-ande, ohlnnçiue, ini peu rcliécie en avant, fouicluie en arrière, libre dans le tiers pos- 
térieur de sa lon()neiir; des dents voinériennes situées entre les arrière-narines; tympan ilisllncl; 
trompes d'Euslaclie plus ou moins yrandes; doicjls el orteils presque arrondis, les uns libres, les 
autres palmés; la saillie du j rentier os eunéifornie obtuse; apoplufses transverscs de la vertèbre 
sacrée non dilatées en palettes; deux sacs vocaux internes ou externes citez les mâles. 

Les Grecs donnaient à la Grenouille le nom de D«Tpa;/o,:, d'où a été tirée la dénoniiiuiliuu de Ba- 
traciens, appliquée généralement à l'ordre des Aniphibiens. On ne sait d'une manière positive quelle 
est l'étymologie de ce mot; Aldrovande pensait que c'était une sorte d'onomatopée, ou qu'il faisait 
connaître la rudesse du coassement de ces animaux {^o-cv Tpa.yji.yM eyyy). Dans la langue latine, le 
mot Rana est depuis très-longtemps employé, et l'on croit, selon Isidore, qu'il dérive de gar- 
rulitas, à cause du bruit que font ces lleptiles sur le bord des eaux. Pour ce qui est de la dé- 
nomination française de Grenouille, il semble probable qu'elle est aussi formée par onomatopée. 

Les Grenouilles ont en général des formes sveltes, élancées, plus élégantes el beaucoup moins 
r.imassées que celles des Giapauds; toutefois l'étendue des membres, et en particulier de ceux de 
derrière, relativement à la longueur el A la grosseur du corps, varie beaucoup. La tète est courte ou 
allongée, plate ou bombée, triangulaire ou ovale dans son contour horizontal. Les doigts et les orteils 
sont presque cylindriques, et quelquefois pointus; la palmure des pattes présente tous les degrés de 
grandeur possible. La bouche est Irés-fendue: les dents vomériennes sont plus ou njoins nombreuses 
et diversement situées, et la manière dont elles sont disposées n'est pas la même dans toutes les e.s- 
pèces. Les miles ont deux vessies vocales qui, chez presque toutes les espèces, ne sont manifestes i 



158 IlISTOir.E NATUriELLE. 

IVMériair que par le reiiflcnicnl qu'elles piodulbciil de eliaque côlé de la gorge q'iaud elles snul 
remplies d'air. Presque toujours la peau de la jiarlie iiiléneure du eorps est semée de mamelons ou 
relevée loni^iludiualemenl de cordons glanduleux; parfois elle ne présente que de simples [ilis qui 
s'effacent lorsqu'elle est distendue. 

L'organisation des Grenouilles a été étudiée avec soin, et leur anatomie est assez bien connue au- 
jourd'hui; en effet, un grand nombre d'auteurs se sont occupés de ce sujet important, et nous nous 
bornerons à citer Swammerdam, Leuwenboëck, Uœsel, Malpiglii, Laurenli, Spallanzani, Edwards, etc. 
Ces Amphibicns, étant faciles à se procurer, et ne faisant pas entendre leur douleur par des cris, ont 
été choisis, par les physiciens et les physiolo;-;isles, pour un grand nombre d'expériences. On sait 
que c'est sur la Grenouille que Galvani lit les premières expériences qui vinrent fonder cette branche 
si importante de la physique, qui porte actuellement le nom de ijalvamsme; d'autres faits physiques 
d'une grande utilité ont été démontrés expérimentalement sur des Grenouilles, et ont fait faire de 
grands progrés aux sciences d'observation, à la physique, à la chimie, à l'anatomie et surtout à la 
physiologie. (Voy. le squelette de la Grenouille commune, pi. XXI, fig. 1.) 

Dans tous les temps et dans tous les lieux, le Crapaud a été un objet de degoùt et d'horreur; cette 
prévention fflcheuse, basée sur la forme peu gracieuse de ce Reptile, sur sa viscosité, ses sales habi- 
tudes, etc., a réagi sur la Grenouille, qui pré.sente cependant des formes plus agréables et des qua- 
lités que n'offre pas le Crapaud : De Lacépéde l'a défendue avec éloquence. 

Ces animaux se nourrissent de larves, d'insectes aquatiques, de Vers, de petits Mollusques, etc., 
et ils choisissent toujours une proie vivante et en mouvement; ils se mettent à l'affût pour la 
guetter, et, quand ils l'ont vue, ils fondent sur elle avec rapidité en tirant la langue pour l'allraiier 
à l'aide du fl.iide visqueux qui enduit cet organe; ils avalent le frai des Poissons d'eau douce quand 
ils viennent à nager près d'eux. Un trouve habituellement les Grenouilles sur la terre dans les lieux 
liumides, au milieu des prés, sur le bord des fontaines, dans lesquelles elles s'élancent dés qu'on 
s'approche d'elles; elles nagent facilement au moyen de leurs pattes de derrière palmées En repos à 
terre, elles ont la tête haute, et les jambes de derrière repliées deux fois sur elles-mêmes; ces mê- 
mes membres sont munis de muscles puissants qui leur permettent de se soutenir à la surface de 
l'eau et leur donnent la facilité de s'élancer dans l'air à des distances plus ou moins considérables. 
Leur marche consiste en petits sauts souvent répétés, mais qui doivent fatiguer l'animal, car il ne 
peut les continuer longtemps sans s'arrêter. En été et à la suite de pluies chaudes, les Grenouilles 
se répandent dans les champs en grand nombre, ce qui a dû donner lieu au préjugé encore accré- 
dité dans les campagnes, qu'il y a, dans certaines circonstances, des pluies de ces animaux. Les au- 
teurs anciens parlent des pluies de ces Amphiliiens, Aristote donne à ces Grenouilles qui apparais- 
,senl subitement le nom de Siovitcz, (ynvoifixs de Jiijnter); JEWen cite une pluie de Grenouilles dont 
il a éié témoin entre Naples et Pouzzole; dans ces derniers temps, plusieurs naturalistes en ont éga- 
lement vu, et M. C. Duméril lui-même en a été deux fois témoin. Diverses explications de ce phéno- 
mène ont été données; Cardon croit que ce sont de grands vents qui enlèvent ces animaux des mon- 
tagnes cl les font tomber dans les plaines; mais il semble plutôt ])rouvé aujourd'hui que le vent arra- 
che seulement les Grenouilles des retraites où elles étaient cachées, et que c'est d'elles mêmes 
qu'elles se transportent dans les champs. 

Les mâles font entendre un cri ])articidier très-sonore, auquel on donne, en France, le nom de 
coasscmciH, et qu'Aristo])hane a cherché à imiter par les consonnes inharmoniques brckckauonx, 
coux. C'est ])rincipalement lors des temps de pluie et dans les chaudes journées, le soir et le maîin, 
que les Grenouilles coassent : aussi, pendant la durée du régime féodal, et lorsque les châteaux des 
seigneurs étaient entourés de fossés à demi pleins d'eau, était-il, en beaucoup de lieux, ordonné aux 
paysans de battre, malin et soir, l'eau de ces fossés, afin d'empêcher les Grenouilles de troubler le 
sommeil du maître. Les femelles ne font entendre qu'un grognement particulier et moins fort que le 
coassement des mâles, et qui est produit par l'air qui vibre dans l'intérieur de deux poches vocales 
situées sur les côtés du cou. Un cri particulier a lieu dans la saison des amours; c'est un son sourd 
et comme (tlainlif, nommé ololo ou ololiiyo par les Latins. Il est aujourd'hui démontré que les Gre- 
nouilles de Sériphos, l'ancienne Scrpho, ne sont pas muettes, quoi qu'en aient dit Pline et Aristote. 

(Juand l'automne arrive, ces Amphibiens cessent de se livrer à leur voracité ordinaire; ils ne man- 
gent plus, et, lorsque le froid se fait sentir, ils s'en garantissent en s'enfonçant assez profondément 



REPTILES. 159 

dans la vase, et se réunissent par troupes dans le même lieu, de manière qu'ils couvrent le sol de 
l'épaisseur de plus de trente centimètres; ainsi enfouis, ils peuvent être gelés sans périr, et passent 
riiiver dans cet état d'engourdissement profond. Cet état de torpeur se dissipe aux premiers jours 
du printemps; et, dès le mois de mars, les Grenouilles s'agitent et commencent à se rapprocher. Le 
moment de l'amour est annoncé, chez les mâles, par une verrue noire, papiikuse, qui croit aux pieds 
de devant, et en même temps le ventre se gonfle dans les deux sexes : et, en ouvrant cette partie du 
corps, on trouve une masse de gelée blanchâtre dans celui du mâle, et des grains noirs enveloppés 
de mucosités dans celui de la femelle. L'accouplement dure plusieurs jours, parfois même quinze ou 
vingt; et les deux individus nagent ainsi réunis : cet acte n'a lieu qu'une fois par an, et se termine 
par la sortie du corps de la femelle des œufs, qui sont immédiatement arrosés par la liqueur du 
mâle. Ces animaux sont excessiiemenl multipliés; on a calculé que chaque femelle pond annuelle- 
ment de six cents à douze cents œufs. Ce nombre parait prodigieux; mais on comprend que la nature 
a dû donner ;i la Grenouille une grande facilité de reproduction pour que l'espèce ne se perdit pa.s; 
car les œufs, qui sont en chapelets, sont abandonnés à la surface des eaux, et peuvent se détruire 
en grand nombre, et, en outre, les Grenouilles, à l'état adulte, ont à redouter des ennemis dans 
riinnime et d:ins une foule d'animaux aquatiques. L'œuf, au bout de quelques jours, plus ou moins 
suivant la chaleur atmosphérique, est brisé par le jeune animal qui y est contenu, et qui a d'abord 
vécu aux dépens de la masse glaireuse dans laquelle il était plongé; ce jeune animal, qui dès lors 
poite le nom de Têtard, s'allonge, prend une queue et se met de suite â nager : c'est alors une 
sorte d'ovoide terminé par une queue comprimée latéralement. 11 grossit et s'organise de plus en 
plus; au bout de quinze jours, on commence à voir les yeux et les rudiments des pattes de devant; 
quinze jours après, celles de derrière apparaissent; enfin ce n'est qu'au bout de deux ou trois mois 
que les Têtards se changent en Grenouilles, que leur peau se fend sur le dos et qu'on voit sortir un 
animal d'une forme très-différente, mais qui conserve encore cependant une queue, laquelle diminue 
chaque jour de volume et finit par disparaître. Les Têtards se nourrissent de peiils animaux aquati- 
ques et de mucus végtial; leur organisation diffère beaucoup de celle des Grenouilles; en effet, ils 
ont une vie exclusivement aquatique, et respirent par des branchies, tandis qu'il en est tout autre- 
ment chez les dernières, qui ont une vie aérienne en même temps qu'aquatique, et qui respirent par 
des poumons. 

Les Grenouilles muent plusieurs fois dans l'année; d'après Hœ^-el, elles muent tous les huit jours, 
mais à chaque mue elles ne pertient que leur épiderme, ou même que le mucus qui le recouvre. Elles 
vivent longtemps; mais on ne sait rien de certain sur la durée de leur vie : ce que l'on peut dire, c'est 
qu'elles ne peuvent se reproduire qu'au bout de trois ou quatre ans Elles peuvent vivre dans des 
eaux dont la température est assez élevée; Spallanzani en a vu de vivantes dans les bains de Pise, à 
une température de trente-sept degrés Réaumur. La chair des Grenouilles est blanche, délicate, et 
contient beaucoup de gélatine; on en mange dans presque toute l'Europe et en Amérique : c'est en 
automne qu'elles sont meilleures, mais on en prend également en été; au printemps, elles sont un 
peu coriaces; en AlleuKigne, on e:i mange toutes les parties, excepté la peau et les viscères; en 
France, on n'emploie que les cuisses, qui sont un manger très-délicat Le bouillon de Grenouilles 
est quelquefois employé en médecine dans la phlhisie, l'hypocondrie et dans les affections chroni- 
ques accompagnées d'une irritation permanente. Dans les campagnes, on supplée quelquefois au 
défaut de glace par l'application d'un de ces animaux sur !e front dans le cas de congestions céré- 
brales. Dans l'ancienne médecine, on faisait plusieurs préparations avec les Grenouilles, telles que 
Veau et ['huile de frai de Grenouilles, [' huile et Vcmptâlrc de Grenouilles, etc.; Dioscoride recom- 
mandait ces Reptiles cuits avec du sel et de l'huile contre le venin des Ophidiens, et il voulait qu'on 
en avalât, comme une pilule, un cœur chaque malin dans les maladies invétérées. 

Le genre Gren.iuille, jadis très-nombreux en espèces, forme aujourd'hui la famille entière des Ra- 
niformes, elle-même partagée en seize groupes génériques, fondés principalement sur quelques parti- 
cularités qu'offre la langue et certaines autres parties de l'organisme, d'après MM. Ouméril et Bibron, 
qui y rangent encore vingt espèces de l'Europe, des Séchelles, de Java, du Japon, de Galam, du cap 
de Bonne-Espérance, de l'Océanie, et surtout de l'Amérique du Nord, qu'ils partagent en deux divi- 
sions fondées sur quelques dispositions qu'offrent les doigts et les pores de diverses parties du corps. 
Les seules espèces que nous citerons sont les : 



ICO HISTOIRE NATURELLE. 

GBE^oulLLE VEUTE OU COMMUNE (licina viridis, Rœsel; R. viridis et esciilenla, Linné), qui peut 
alieindro plus de 2 décimèlres de longueur depuis rcxlréniilé du museau jusqu'au bout des pattes de 
derrière, et qui varie tellement pour le système de coloration, qu'on a clicrclié à y former plusieurs 
espèces particulières. La variété qui se trouve le plus communément a les parties supérieures du corps 
d'une belle teinte verte, irrégulièrement marquée de taches brunes ou noirâtres d'une égale gran- 
deur, et qui offre trois bandes dorsales jaune d'or; sur le devant de la tête, il y a deux raies noires 
qui parlent de chaque coin de l'œil et vont se réunir sur le bout du museau; une raie noire se voit 
tout près de l'épaule, à la face supérieure du bras; parfois le tympan est couvert d'une grande tache 
nuire; les mâchoires sont bordées de brun; les fesses présentent des marbrures noires, blanches ou 
jaunes; le dessous du corps est blanc ou jaunâtre. Longueur totale de 0,08 à 0,iO. (Voy. Allas, 
pl.XXI, fig. 1 etô.) 

Celle espèce est essentiellement aquatique, el se trouve dans les eaux courantes ou dormantes, 
]irincipalement dans les endroits bourbeux auprès des plantes aquatiques; elle se nourrit d'Insectes, 
(le petits Mollusques, de Vers, et toujours il lui faut une proie vivante. Elle est répandue dans toutes 
les parties de l'Europe; on la trouve également en Asie, dans le Japon et la Crimée; enfin, en Afri- 
que, on la rencontre en Algérie, en Egypte, etc. 

GnENOuiLLE ROUSSE OU MUETTE [Ftaua lemporaria, Linné), un peu plus petite que la précédente, 
ayant la face supérieure du corps d'une teinte rousse uniforme ou tachetée de noirâtre, ou bien 
d'une coloration grise, verdâtre, brune, noire, blanchâtre, rosée, d'un blanc jaunâtre, avec quel- 
ques taches brunes en dessous; mais, ce qui existe conslammeni, ayant la région latérale de la tête, 
comprise entre l'œil et l'épaule, colorée en noir ou eu brun foncé. 

Cette Grenouille habite les lieux humides dans les champs, les vignes, etc.; et elle ne se rend 
dans les eaux que pour satisfaire à l'acte de la reproduction ou pour hiverner, quoiqu'on la rencontre 
aussi engourdie, en hiver, dans des trous assez loin des eaux. Elle se trouve dans toute l'Europe 
depuis les pa\s méridionaux jusqu'au cap Nord; ou l'a aussi prise au Japon. 

Ces deux espèces sont les seules européennes qu'on admette aujourd'hui. Parmi les espèces amé- 
ricaines, plus nombreuses, nous indiquerons la GiiENOuaiE-AiosE (ilaua liaiccinn, Kalm.), qui sem- 
ble remplacer notre Grenouille dans toutes les parties des États-Unis, et qui se trouve en même 
temps sur la terre et dans les eaux, el la GnENouiLr.E mugissante (IL iwifjiens, Catesby), qui a 4 dé- 
cimètres de longueur, habite les environs de New York, de la Nouvelle-Orléans, etc., et, à la nour- 
riture habituelle des espèces de ce genre joint de peiits Mammifères, des Poi.^^sons, etc. 

Toutes les Grenouilles que nous avons citées et beaucoup d'autres ont les doigts presque cylindri- 
ques, comme tronqués à l'extrémité, et pas de pores autour du cou, sur le ventre et sur les flancs; 
dans deux espèces des Indes orientales, du Bengale et de Pondichery, les doigts sont coniques, 
pointus, et la peau est percée de pores disposés en cordons parcourant le cou, le dessous et les par- 
ties latérales du corps : telle est la Ilaiia ciiliijwra, Duméril et lîibron, assez grande, d'un brun 
chocolat lavé de bleuâtre, blanche, mirquée de taches brunes en dessous. 

Les quinze autres genres de la famille des Raniformes sont les suivants : 1° Pseums (i^/suow, trom- 
peur), Wagler, ou Protetis, Laurenti, qui ne renferme qu'une espèce américaine dont on a fait con- 
naître le têtard sous le nom de Jackie, têtard que l'on a regardé à tort comme devant plus tard pro- 
duire un Poisson, 2' Oxvglossus (o;u;, pointu; flt^aaai, langue), Tschudi : une seule espèce du Ben- 
gale et de Java; 5° Cï.sTiCiNATHus (/.uo-ti;, vessie; -/-ja9oç, mâchoire), Wagler : une douzaine d'espèces 
propres à l'Amérique du Sud el du Nord, au Sénégal et à la Nouvelle-Hollande, el dont on a voulu 
faire plusieurs groupes distincts, tels que ceux des Lcplodaclylus, Filzinger; Criiiia et PIcurodema, 
Tschudi; Duriipltoriis, Weise; 4° Leioperds {lnoç, lisse; ximpua, palais), Duméril et Bibron : une 
espèce de l'Amérique du Sud; 5° D.scoglossus (Jktxoç, masse arrondie; yluasa, langue), Otth : une 
espèce {Puiua acfiiinjola, Ceiti, D. pictiis. Otth; D. Sardits, Tschudi), qui se trouve en Grèce, en 
Sicile, en Sardaigne et sur les côtes méridionales de l'Afrique; qui varie beaucoup de coloration, 
e( vit dans les petites rivières et les marais d'eau douce ou salée; 6° Cératopuiîys {y.tao.;, corne: o^pv;, 
sourcil), Boié, ou Siotubus, Gravenhorst : trois espèces de l'Amérique du Sud; 7° PvxicErnAïus (tim^iç, 
boite; ■/.z'fc/.'/.r., tête), Tschudi : trois espèces, une américaine et deux du cap de Bonne- Espérance,; 
8° Calvptocephalus (zaVjTTToj, je couvre; y.îfixlr,, tête), Duméril et Bibron : une espèce du Chili; [)' Cï- 




Kis;. 1 — Sqiieliill,; ilc Cieiioiiill 




Kl-, '2. - Ui-iiilioliale i'i Inniiui 




REPTILES. 101 

CLORAHPHDS (zux),!!;, arrondi; papfo;, bec), Tschudi : deui espèces du Brésil el du Chili; 10° Megai.o- 
liiiiïs (fE'/a;, grand; oeppuç, sourcil), Kulil : une seule espèce de Java; 11° Pelodïtes {-K-r^oi, marais; 
'juTvîç, qui plonge), Fiizinger, qui ne renferme que la Ghesouime roNcTuÉE [Pxiua piuuiaia, Daudin), 
qui est, en dessus, tachetée de noirâtre, sur un fond vert à l'état de vie, grisâtre après la mort, el n'a 
encore été prise qu'en France, principalement auprès de Paris dans le parc de Sceaux-Penlliièvre; 
12° Alytes (a),uTïjç, qui lie), Wagler, remarquable par son corps court, trapu, assez semblable' à ce- 
lui des Crapauds, et ne renfermant que l'Amphibien décrit sous les noms de Crapaud accoucheur, 
G. Cuvier; Diifo campanisona, Laurenti, qui habile presque toutes les parties de l'Europe tempérée, 
el semble préférer le nord au midi; cette Grenouille est d'un gris roussûtre ou olivâtre, semé de pe- 
tites taches brunes; ses mœurs sont excessivement curieuses, et ont donné lieu à plusieurs remar- 
ques inléressanles, surtout recueillies par Demours, Wagler, L. Agassiz, Duméril, etc. : ils s'accou- 
plent au premier printemps, à l'époque de leurs amours; la femelle pond de cinquante à soixante œufs 
arrondis, avant au plus la grosseur d'un grain de niilkt, et offrant d'abord une couleur d'un jaune 
pâle; le mâle aide la femelle à les faire sortir de son corps, et, au fur et à mesure qu'ils se suivent, 
en formant comme un chapelet, étant liés entre eux par une sorte de glaire tenace, il les fait tourner 
ou les arrange autour de ses cuisses; la matière gluante qui les recouvre se dessèche et devient comme 
élastique, tant pour les fdets qui les joignent que pour la coque qui renferme l'embryon; charge de 
ce précieux fardeau, qui gêne le mouvement des pattes de derrière, le mâle se retire dans des gale- 
ries souterraines, à près d'un mètre de profondeur, où il reste caché pendant le jour jusqu'à la 
parfaite maturité des œufs, qui donnent des têtards qu'il conduit dans l'eau (voy. les fig. G2 et C3, 
plus haut page 157); 15° Scaphiopus (o-zaysiov outre; m\>;, pied), Holbrook : une espèce de l'Amé- 
rique du Nord; ii° Pelobates (ttï^/o;, marais; jSatvM, je marche), ^Yagler, ou Ciiltripes, Millier, à 
forme de Crapaud, ayant un grand éperon tranchant au talon : deux espèces européennes, l'une, le 
Crapaud brck {liiifo fusciis, Laurenti), d'Allemagne et de France, où il est commun dans les environs 
de Dondy, près Paris, el l'autre, le Cultripède (Rmm cu'lripcs, G. Cuvier), d'Espagne et du raidi de 
la France. Le Rana fiisca est, en dessus, d'un gris roussàlre, avec des taches rouges plus claires en 
dessous; il répand, quand on le blesse, une odeur d'ail tiès-marquée, s'accouple à la surface de 
l'eau, où il peut rester le corps soutenu par ses poumons remplis d'air; les métamorphoses en ont 
été suivies avec beaucoup de soin par Piœsel. 15° Son.neur [Bombinulor) [bombus, trompe), Wagler, 
ne comprenant que le Sonneur a vemre couleur de feu [Rana bombina et variegnla, Linné), espèce 
plus grande que noire Grenouille commune, olivâtre en dessus, marbré de noir ou de bleuâtre sur 
un fond jaune orangé en dessous, qui habite toule l'Europe tempérée, se trouve surtout dans les 
eaux saumàtrcs, fraie en juin, et dont la voix ressemble à un ricanement, etc. 




Fig ri. — Cj^ i^riiL ^1 icuroJcnie) Je Bibrou. 



102 HlSTUlKli iNATUf'.l:;!.! F. 



DEUXIÈME FAMILLE. 



IIYL^FORMES. Duméiil et Bibroii. 



Les Anoures hylififormes, ou l'ancien genre Rainelle des anciens naturalistes, comparés aux Ram 
formes, n'offrent d'autres caractères distinclifs bien marqués que celui qui consiste dans l'élargisse- 
ment en disque de lextréniité libre de leurs doigts; en outre, à une ou deux exceptions prt-s, au lieu 
d'avoir la peau de la région abdominale unie, lisse, ils l'ont, au contraire, garnie d'une sorte df 
pavé de glandules granuliformes, percées d'une infinité de petits pores qui ont très-probablement la 
faculté d'absorber les éléments humides répandus à la surface des feuilles, leur séjour habituel. Les 
lljlœformes, d'un autre côté, s'éloignent des Bufoniformes par leurs formes plus sveltes, leur corps 
moins trapu, et surtout parce que leur tympan est visible, que leur langue adhère dans toute sa lon- 
gueur, et qu'ils présentent des dents palatines. L'organisation des llylaeformes est la même que celle 
des rianiformes, et, comme eux et ccnime les Bufoniformes, ils subissent des métamorphoses. 

Le caractère principal des Ilvlseformes, celui de l'élargissement en disque de l'extrémité des doigts, 
est la cause déterminante de leur genre de vie tout spécial. En effet, ils sont tout à fait dendrophi- 
les, et tous, à l'exception du temps du rapprochement des sexes et de la ponte des oeufs, se tiennent 
sur les arbres, jouissent, au moyen de ces sortes de ventouses dont leurs mains et leurs pieds sont 
pourvus, de la singulière faculté de les appliquer sur les feuilles les plus lisses, et même de s'accro- 
cher cl de s'y suspendre contre leur propre poids, pouvant ménie y marcher le corps en bas de la 
même manière et avec autant de facilité que l'on voit nos Mouches courir, ayant le dos renversé, le 
long des plafonds des appartements. C'est peut-être aussi à ce même genre de vie, comme le font 
observer MM. Duméril et Bibron, qui les place au milieu d'ennemis nombreux contre lesquels ils 
n'ont aucun moyen de défense, qu'ils doivent de posséder, au plus haut degré entre tous les Anou- 
res, celle antre faculté de prendre à leur volonté et avec une rapidité surprenante les teintes les plus 
diverses, dans le but sans doute de masquer leur présence, si surtout, comme on l'assure, ces chan- 
gements de coloration se trouvent être en rapport avec la teinte des objets sur lesquels ou auprès 
desquels ces animaux sont placés. Ces Reptiles, qui sont tous de petite taille, sont essentiellement 
carnassiers, et se nourrissent principalement d'Insectes. Leurs couleurs sont assez jolies; celle qui 
prédomine est le vert cendré ou bleuâtre. 

Laurent! a, le premier, employé comme générique le mot Ilyla pour désigner ces animaux; 
Schneider s'est, au contraire, servi de celui de Calamités, plus anciennement usité par Rondelet 
pour désigner l'espèce unique européenne, la Rainette commune: mais Daudin, qui i)ublia une mono- 
graphie de ces animaux, étendit les limites de ce genre et lui restitua sa dénomination primitive, 
qu'on a depuis généralement conservée à l'un des nombreux groupes génériques qu'on a successive- 
ment fondés dans cette division. Ces genres, au nombre d'une vingtaine, sont dus pour la plupart à 
MM. Htzinger, Wagler, Tschudi, Dumeril et Bibron : ces deux derniers naturalistes admettent seize 
genres et une soixantaine d'espèces d'IIylœfornics, Des cinq parties du monde, l'Amérique est la plus 
riche en Amphibiens de cette famille, puisque à elle seule elle en produit plus que les quatre autres 
ensemble; l'Asie n'a encore fourni que huit espèces; les recherches faites dans l'Océanie ont amené la 
découverte de dix espèces; le continent africain, Madagascar et les Séehelles ne produisent que qua- 
tre espèces qui leur soient propres; enlin l'Europe n'en possède qu'une seule, la Rainette verte, et en- 
core ne lui ap|)ariien;-elle pas exclusivement, puisqu'on la trouve également au Japon et dans le nord 
de l'Afrique. 



REPTILES. 163 



GENRE PRINCIPAL. — RAINETTE. IIYLA. Laurenti, 17G8. 

Bylas, nom myihologique. 
Synopsis nepliliura. 

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Langue circulaire, enlivre ou trcs-faihlemcut éclmncrce, presque toujours ailliércute de toute 
part; (les (lents vomériennes; tijmpan distinct; doigts et orteils déprimés ; les premiers, au nombre 
de quatre, avec ou sans palmure; les seconds, an nombre de cinq, plus ou moins palmes; disques 
terminaux des extrémités bien dilatés; saillie du premier os cunéiforme faible, obtuse; presque tou- 
jours un sac vocal sous la gorge ou de chaque côté du cou chez les mâles; apophyses transverses de 
la vertèbre sacrée dilatées en palettes triangulaires. 

Ainsi que nous l'avons dit, le genre Rainette ou Raine des naturalistes du siècle dernier et de près 
de la moitié de celui-ci, forme la famille des Hylaeformes des zoologistes actuels; tel que nous l'avons 
caractérisé, d'après MM. Duméril et Bibron, ce groupe générique correspond aux genres Calamités, 
llgas, llypsiboas, Aulctris, Scinax et Pbijllodijtes de Wagler, el à ceux des Dendroliijas, Hypsi- 
boas, Lophopus, lianoidea et Sphœnorhynchus de Tschudi. 

Les Rainettes vivent, pendant lété, sur les feuilles des arbres, dans les bois humides; de même que 
les Grenouilles, elles passent l'hiver au fond des eaux el n'en sortent vers le mois de mai qu'après 
s'y être accouplées et y avoir déposé leurs œufs. Elles peuvent se tenir solidement sur les plans les 
plus verticaux et les plus lisses au moyen des palettes dont leurs pattes sont munies, et qui ont la fa- 
culté de faire le vide. Elles se nourrissent de petits Insectes, de Vers el de Mollusques nus, se pla- 
çant à l'affût au même endroit des journées entières. Tant que le soleil se fait sentir, les Rainettes 
restent cachées sous les feuilles des arbres; mais, dès que le crépuscule commence, elles se mettent 
en mouvement, et c'est alors que, beaucoup plus agiles que les Grenouilles, elles grimpent aux ar- 
bres avec facilité, qu'elles sautent de branche en branche et se promènent sur les feuilles les plus 
mobiles. Leurs ennemis sont des Oiseaux de proie, des Oiseaux aquatiques, quelques Mammifères, 
et surtout quelques Ophidiens. Leur coassement, assez semblable à celui des Grenouilles, quoique 
moins aigre et quelquefois plus fort dans les mâles, peut assez bien se traduire par les syllabes 
carac-carac, prononcées du gosier : ce cri se fait entendre principalement le soir et le malin; mais 
c'est surtout pendant la pluie et au milieu des belles nuits d'été que les bois retentissent des coas- 
sements des Rainettes; Lacépède dit que ces clameurs sont si bruyantes, qu'on les prendrait pour 
celles d'une meute de Chiens qui aboient, el qu'on les entend jusqu'à plus d'une lieue de dislance. 

MM. Duméril et Bibron, en d854, ont décrit trente-quatre espèces de ce genre, dont une de la 
région mé<literranéenne de l'ancien monde, et qui se trouve dans presque toute l'Europe : vingt- 
quatre d'Amérique, sepl d'Océanie et deux d'origine inconnue; l'Asie et l'Afrique n'ont pas d'espèces 
qui leur soient propres. L'espèce européenne unique, la plus connue de toutes, est la : 

RAl^ETTE COMMUNE OU VERTE 1 /////« viridis, Laurenti^ qui porte les noms vulgaires de Rainette, Raime, 
Grasset, GRE^ouILI.E d'arbre (Calamités, Rondelet; Hana arborea, Linné; Dendrohi/ds arborea, 
Tschudi, etc.). Dessus du corps entièrement d'un beau vert gai, présentant une ligne jaune, étroite, 
crénelée ou festonnée, formant un sinus sur les lombes et se terminant aux pattes de derrière; une 
autre ligne de la même couleur, commençant sur la lèvre supérieure, se prolonge sur les côtés des 
pattes de devant; dessous du corps et des cuisses tout granulé, et d'une teinte pâle mêlée de jaune et 
de rouge; doigts légèrement rougeâtres en dessous. Taille O^jOS à 0"',04. 

La Rainette commune, qui, par sa forme générale, tient le milieu entre les espèces à corps très- 
élancé et celles qui l'ont plus ramassé, est surtout abondante dans les pays qui avoisinent la Médi- 
terranée : elle se trouve dans l'Europe méridionale et tempérée, n'est pas rare auprès de Paris; mais 
on ne la trouve plus au nord de la Hollande et de la Prusse, et elle manque en Angleterre; l'Asie et 
l'Afrique, seulement les pays qui avoisinent la Méditerranée, tels que l'Asie Mineure, l'Egypte et la 
Darbarie, la possèdent également; on la prend aussi aux iles Canaries, et, ce qui est plus remarqua- 



^(,4 HISTOmE NATURELLE. 

lilp on la retrouve enrore au Japon. Conliiinte dans sa couh'ur verte, fini ne permet pas facilement de 
la distinguer des feuilles, elle est moins craintive qut la Grenouille; quoique préférant le voisinage 
des eau\, elle s'en éloigne parfois; mais elle y retourne à l'époque des amours. 




I,es genres nombreux admis dans celte famille sont les suivants : A. Parmi ceux qui, parla forme 
un peu ramassée de leur corps, tendent à se rapprocher des R niformes; 1" Litoii\, Tscliudi, à dis- 
ques digitaux très-petits : deux espères de la INouvelle-llollande et de l'Amérique du Nord; 2° Acnis 
(av.ftç, nom grec de la Sauterelle), Duméril et l'ibron, à doigts non palmés : deux espèces de l'Amé- 
rique septentrionale; îî" IIyi.arvna (lijla, Rainette; rann, Circnonille), Tscliudi, ou Lijmnod'itcs (Xiuvij, 
marais; Jur/;;, qui plonge), Duméril et Ribron, à doigts postérieurs palmés : deux espèces de Java 
et une de 1 île Waigion; 4° Poi.ïrEDATF.s (7rv),u;, beaucoup; Triîai, entraves qui serrent les pieds), 
Tscliudi, à doigts palmés : quatre espèces de Madagascar, de l'Inde, de Java, du Japon, etc.; 5" Or- 
CHESTEs iorclirstes, sauteur), Tscliudi, ou Iraliis (t?a).o;, sauteur), Duméril et Ribron, sans dents 
palatines : une espèce de Java; G° EecxEMis (îw-v/jj/oç, qui a de bonnes jambes), Tscliudi, des glandes 
éparses aux ang'es de la bouche : quatre espèces des îles Sechelles et de Madagascar, d'Abyssi- 
nie, etc ; 7" RHACornoiius (,<iazc;, lambeau; yo^t,:, porteur), Kiihl, à langue allongée, étroite : une 
espèce de l'ile de Java, le R\coPHorE de Reinwardt (llacopliorus r>ciiiwariirii, Duméril et Bibron 
(voy. Allax, pi. XXU, fig 1); 8° TRACnvcEiuiALUs {zoayy;, Apre; /sya),»;, tète), Tsclludi; peau de la tèle 
intimenieni unie aux os du crâne, qui sont garnis d"as|iérilés : quatre espèces du Brésil et de Cuba. 
B. Parmi ceux qui ressemblent de plus en plus aux Bufi)niformes ou Crapauds : 1° Mickhïla (fiixptç, 
petit; liiila. Rainette), Tscliudi; pas de dents |ialatines; tympan caché : une espèce de Java; 2° CoR- 
^UFER {cornufcr, qui a des cornes), Tschiuli; (b's dents iialalines; tympan distinct : une espèce de la 
Nouvelle-Guinée; 5° IIti.odi'S (u).wJv;ç, qui est dans les bois), Filzinger, A langue très-longue : quatre 
espèces américaines; 4" Phyllosiedusa {y\illo-j, feuille; ue'Îw, je garde), Wagler, à apophyses tranverses 
de la vertèbre sacrée élargies en palettes triangulaires : une espèce de l'Amérique du Sud; 5° Elosu 
{ù.o;, marais), Tscliudi, à vessie vocale externe sous Ij gorge dans les mules : une espèce du Rrésil; 
6° CnossoDACTYLus (zooaaoç, frange; So.x-m').'.;, doigt), Duméril et Bibion; orteils garnis, en des- 
sous, d'une sorte de frange : une espèce du Brésil; 7° Phïi.lobates ('j-uW.ov, feuille; panw, je mar- 
che), Duméril et Riliron, ù doigts complètement libres : une espèce de Cuba; 8" De.ndhobaies (h-j- 
5pcv, arbre; parvw, je marche), Wagler, à langue entièrement libre; la place que doit occuper ce 
genre, dont on ne connaît que trois ou quatre espèces américaines, n'est pas bien fixe : tantôt on le 
met avec les Rainettes, et taniot avec les Grenouilles; le type est la Rainette a tapirer Ilijla linc- 
tnria, Daudiii), du Rrésil; d'un brun jaunAtre uniforme, avec deux lignes blanches sur les côtés du 
corps, et qui doit son nom à ce que, dit-on, quand on a arraché des plumes à des Perroquets et 
qu'on vient ù frotter leur peau avec le sang de celte Rainette, les plumes qui croissent sont rouges ou 
jaunes, et l'Oiseau est dit tapiré. Cette espèce, remarquable par le grand allongement de ses mem- 
bre;: est figurée dans noire Allas (pi. XXII, fig. 2). 



i; El' I ILES. 1er. 



TROISIEME FAMILLE. 

BUFO.MFORMES. Diiméril et Bibron. 



Le seul caractère particulier des Reptiles de cette famille, et qui les différencie des Raniformes et 
(les Hjlœfornies, est d'avoir la mâchoire supérieure tout à fait dépourvue de dents; et l'on peut 
ajouter que presque toutes les espèces ne présentent pas de dents palatines, et que leur langue n'est 
pas entaillée en arrière, tandis que cela a généralement lieu chez les Grenouilles et les Rainettes. 
Les Bufoniformes diffèrent, en outre, des animaux des deux premières familles de Phanéioglosses par 
leur manière de vivre et par leur forme, qui est plus ramassée; presque tous ont des habitudes noc- 
turnes, et leur nourriture ne consiste guère qu'en animaux des classes des Articulés et des Mollus- 
ques. La peau n'offre que de faibles inégalités à sa surface, et peut même être tout à fait lisse; mais 
dans quelques cas, comme chez les Crapauds et les Plirynisques, elle est, au contraire, très-rugueuse. 
La tète varie beaucoup dans sa grosseur et dans sa forme; les yeux peuvent être petits ou grands; 
les membres diffèrent dans leur longueur : les antérieurs sont toujours terminés par quatre doigts 
libres, dont le premier est parfois caché sous la peau; les postérieurs par cinq orteils palmés ou non 
palmés, dont le premier n'est pas non plus distinct chez toutes les espèces; la face plantaire offre 
quelquefois un tubercule très-développé auquel sa position donne l'apparence d'un sixième orteil 
rudimentaire; les apophyses transverses de la vertèbre sacrée ne sont pas le plus habituellement di- 
latées en palettes triangulaires. 

C'est par suite de la considération de ces diverses particularités et de quelques autres un peu 
moins importantes qu'ont été fondés, par MM. Tschudi, Wagler, Boié, Duméril et Bibron, Laurenli, 
G. Cuvier, Wiegmann, Fitzinger, Merrem, etc., les douze ou quinze genres qui entrent dans cette 
famille. On ne connaît qu'une quarantaine d'espèces de Bufoniformes, qui se trouvent répandues 
d'une manière très-irrégulière dans les cit;q parties du monde ; l'.^mérique, toutefois, en possède plus 
de la moitié, et l'Europe n'en a que deux, les Crapauds commun et vert, qui habitent aussi l'Afrique 
et l'Asie. 



GENRE PRINCIPAL. — CRAPAUD. DUIO. Laurenti, 1758. 

Bufo, nom .nppliquû parles Lalins ù l'espèce type. 
Synopsis Itepliliuni. 

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES 

Lnncjne allonçjcc, elliptique, souvent iin peu plus larcje en arrière qu'en nvunt, entière, libre 
postérieurement clans une partie de son étendue; pas de dents palatines; tympan plus ou moins 
distinct; des parotides; presque toujours une vessie vocale sous-gulaire inierne chez les mâles. 

Quatre doiyls distincts, presque arrondis ou déprimes, tout h [ail libres; le troisième étant plus 
long que les autres. Cinq orteils de. même forme que les doigts, plus on moins palmés : les quatre 
premiers étages, et le dernier plus court que l'avanl-dernier. Un tubercule mousse, plus ou moins 
développé, h la base du premier orteil. 

Apoplujscs iransvcrscs de la vertèbre sacrée plus ou moins élargies en palettes triangulaires. 

Les Crapauds, appelés à vivre au milieu de circonstaucss assez différentes de celles pour lesquelles 
ont été crées les Grenouilles et les Rainettes, diffèrent d'-s unes et des autres sous plusieurs points 



Hd HISTOIRE NATUnELI.E. 

Ac, vue, loul en ayant cependant au fond une organisation à peu près semblalde. Ce sont des ani- 
maux de forme ramassée, peu agréable; mais est-il juste de dire avec Lacépède « qu'on est tenté de 
les prendre pour un produit sortant de rininiidiié et de la pourriture, pour un des jeux bizarres qui 
échappent à la nature, et qu'on n'imagine pas comment cette mère commune, qui a réuni si souvent 
tant de belles proportions à tant de couleurs agréables, et qui même a donné aux Grenouilles et aux 
Rainettes une sorte de grâce, de gentillesse et de parure, a pu leur imprimer une forme si bizarre? « 
Certes, dans ce passage, le continuateur de Buffon a forcé le tableau, et il est évident que la nature 
a eu un but, encore inconnu peut-être, mais réel, en créant les Crapauds et en leur assignant une 
organisation en partie distincte de celle des autres Anoures. 

Si les Crapauds se distinguent facilement des liylseformes, il n'est pas aussi facile de les distin- 
guer des Raniformes. La forme plus ramassée des Bufoniformes, leurs jambes plus courtes, l'aspect 
verruqueux de leur corps, leurs pjrotides ne suffisent même pas, car chacun de ces caractères se 
nuance lorsque l'on établit h série des espèces des deux familles, de manière à rendre très-difficile 
toute séparation tranchée; la distinction entre ces deux groupes serait même impossible sans la con- 
sidération des mflchoires, dont la supérieure a toujours des dents chez les Grenouilles, tandis 
qu'elle eu manque, aussi bien que l'inférieure, dans les Crapauds; mais, en suivant ce caractère avec 
rigueur, on est conduit à réunir aux Bufoniformes des genres dont la physionomie extérieure est celle 
des Rainettes, tels que ceux des DE^DllOBATES, dont nous avons déjà parlé, et des 1Iïl4;daciïliis (//i//a, 
Rainette; Saxriàoç, doigt), Tschudi, petit groupe qui ne renferme qu'une seule espèce (//. bulcatus) 
propre A l'île de Java. 

D'une manière générale, les Crapauds sont des Reptiles peu nageurs, et à terre, où ils se tiennent 
de préférence, ils marchent ou ils courent, mais ils ne sautent guère. On les rencontre assez loin des 
eaux, dans des endroits souvent arides ou dans les bois, se réfugiant dans des trous, sous des pierres 
ou dans des creux d'arbres; ils sortent de préférence le soir, et font entendre, surtout à l'époque des 
amours, un chant plaintif et flùlé qui, dans certaines espèces, rappelle un peu celui des Oiseaux de 
proie nocturnes. Ces animaux se nourrissent d Insectes, de Vers et de petits Mollusques, ils se ren- 
dent dans les eaux des lacs, des étangs et, au besoin, dans de simples flaques d'eau pour s'accou- 
pler et déposer leurs œufs, et, leurs petits, après l'éclosion, suivent les mêmes phases que les têtards 
des Grenouilles. On en connaît des espèces d'assez forte taille, et en général ils inspirent un vérita- 
ble dégoût. A la manière des Grenouilles, ils vident quelquefois, dans la main qui veut les saisir, 
toute leur vessie urinaire; et, si on les irrite davantage, une humeur laiteuse suinte de quelques-uns 
de leurs cryptes du dos; ils ont encore un moyen de défense dans l'extensibilité de leur peau, qui 
adhère peu aux muscles, et qui peut, au gré de l'animal, contenir entre elle et ces derniers une quan- 
tité assez notable d'air qui ballonne le corps et le place au milieu d'une couche élastique de gaz qui 
le rend insensible aux chocs du dehors. On a beaucoup parlé de la morsure dangereuse des Crapauds 
et surtout du venin de leurs verrues; puis les naturalistes ont nié pendant longtemps l'action délé- 
tère du contenu de ces verrues; cependant, comme nous le dirons en faisant l'histoire des Salaman- 
dres, MM. Gratiolet et Clofz ont démontré, dans ces derniers temps, que la liqueur sécrétée par ces 
glandes était venimeuse, et qu'elle agissait comme un poison assez actif sur des animaux même de 
taille assez considérable. 

F-a vie est peu active chez les Crapauds, mais elle est très-tenace. Son action peut être considéra- 
blement ralentie, sans cependant se détruire; et, comme ces Reptiles respirent peu et qu'ils sont sus- 
ceptibles d'hibernation, on explique comment ils peuvent rester pendant assez longtemps renfermés dans 
un espace très-resserré. Il ne faudrait pas cependant prendre à la lettre tout ce qu'on a écrit sur leur 
longévité, et sur la découverte de Crapauds vivants au milieu des pierres les plus anciennes, soit dans 
des bancs de calcaires, soit dans des géodes, etc.; ce sont autant d'erreurs auxquelles une observa- 
tion superficelle et la facilité qu'ont les Crapauds de se blottir dans les moindres failles a donné 
lieu. On assure que l'on mange parfois des cuisses de Crapauds en place de cuisses de Grenouilles; 
et certaines peuplades sauvages n'ont pas notre antipathie pour ces animaux : Adanson rappift; 
qu'au Sénégal, où l'on a remarqué la fraîcheur de ces Reptiles, surtout pendant les plus fortes 
chaleurs, les nègres les prennent et se les appliquent sur le front pour se procurer une sensation 
agréable. 

Le genre Bufo renfermait, pour les anciens naturalistes la famille entière que l'on indique aujour- 




I 1^. I — li;i,n|,l,nr,. ,!,■ licuiualdt. 




Fin, 'i. - Pipa ,IAni.M-u,M 




imji.iikI rtniirimn. \;irit'lti ilrs palmes 



REPTILES. 1G7 

d'Iiui sous la dénomination de Bufoniformes; aujourd'hui il ne renferme plus qu'une virglaine d'es- 
pèces particulières à l'Amérique tant méridionale que septentrionale, à l'arcliipel des Indes, au Ben- 
gale, et dont deux se trouvent très-communément répandues dans toute l'Europe. 

Crapaud coumux {Biifo viilgar'is, Laurenti). l'remier doigt de même longueur que le second; bords 
orbitaires non saillants; tissu cutané recouvrant la Icte, épais, bien distinct; parotides obloiigues, 
elliptiques, s'étend;inl en ligne droite de l'oeil à l'arrière de l'épaule; tympan médiocrement distinct: 
orteils demi-palmés; d ux tubercules au talon, l'un circulaire, l'autre oblong, très-fori ou |iiesque 
cylindrique; pas de saillie cutanée le long du bord interne des tarses; parties supérieures plus ou 
moins tuberculeuses, parfois couvertes d'épines; parotides bordées de brun inférieurement; pas de 
vessie vocale. Longueur de la tête et du corps, 0™,15, des membres antérieurs, O^ilO; postérieurs, 

Cette espèce, dont nous avons donné la caractéristique d'après MM. Duméril et Bibron, varie beau- 
coup dans ses formes et dans son système de coloration, et l'on a souvent cherché à y distinguer un 
nombre assez considérable d'espèces qui ne doivent être considérées que comme de simples variétés. 
Cest le liana riibcla de Gesner; Crapaud de tkp.re, Rondelet; fiana biifo et rubcla, Linné, Biifo 
viilgnris, Laurenti; Crapaud commu.n de la plupart des auteurs; Pluvlm.e, Lacépède ; C. rnicrcii*, 
Schneider; R. viilfiaris, Hœseli, renlricoius, Latreille; Crapaid épineux, Bosc; B. ferritginosus, 
tiibcrculosus, Risso; B Alpiiiits, Schinz, etc. Une variété assez distincte, et que nous avons repré- 
sentée (pi. XXII, fig. 3), est généralement indiquée sous la dénomination de Crapaud des iai.mes, 
n. piilmnnim, G. Cuvier. 

C'est un animal lourd, trapu, à membres robustes, surtout chez les mules, qui se rapproche sou- 
vent des habitations; quelquefois même il s'établit dans leur intérieur et devient plus ou moins fami- 
lier. Pennant en cite un qui, s'étant réfugié sous un escalier, s'était accoutumé ;\ venir tous les soirs, 
dès qu'il apercevait de la lumière, dans une salle à manger située tout près de là; il se laissait pren- 
dre et placer sur une table, où on lui donnait à manger des Vers, des Cloportes et des Insectes; il 
semblait même, par son iitlilude, demander à être mis à sa place lorsqu'on négligeait de l'y instal- 
ler; ce Crapaud vécut ainsi trente-six ans, et, comme il mourut par suite d'un accident, on peut sup- 
poser, à moins que cela ne soit un fait exceptionnel, que la longévité est encore plus grande dans 
son espèce. La ponte a lieu vers le mois d'avril, les œufs, très-nombreux, sont pondus en deux longs 
chapelets qui sortent on même temps du cloaque de la femelle, et dont chacun dépasse l" de lon- 
gueur. En trois heures, cette quantité considérable d'oeufs est entièrement pondue, et encore cela 
s'opère-t-il d'une manière intermittente; chaque chapelet ne dépasse pas une tige de blé en grosseur, 
mais il grossit à l'eau comme celui des Grenouilles. Les têtards sortent bientôt des œufs et se déve- 
loppent promptement. La reproduction de ces animaux est donc très considérable, et si l'espèce n'esl 
pas plus répandue qu'elle ne l'est, cela tient à une foule de causes qui viennent détruire les jeunes 
sujets, et surtout à l'homme, qui se plaît à tuer les individus qu'il rencontre. Un fait curieux et rela- 
tif aussi bien à la reproduction des Crapauds qu'à celle des Grenouilles, c'est que les œufs, quand 
les mares dans lesquelles ils sont déposés viennent à se sécher, peuvent conserver pendant longtemps, 
pendant des années entières, leur faculté vitale, et que, lorsqu'ils sont placés, beaucoup plus tard, 
dans des conditions favorables, ils peuvent se développer; c'est ainsi que l'on peut expliquer, à la 
suite de grandes pluies, la présence, dans des mares qui viennent de se former, de petits Têtards 
dont quelques heures auparavant on n'aurait pas supposé l'existence. 

Cet Anoure est répandu dans toute l'Europe; il se trouve aussi au Japon. 

Crapaud vert (Biifo viridis, Laurenti). Tympan presque toujours bien distinct, médiocre; au talon, 
deux tubercules médiocres, l'un lenticuliforme, l'autre ovalaire; une grosse glande semblable aux 
parotides sur chaque jambe; une trè.s-faible saillie le long du bord interne du tarse; apophyses trans- 
veises de la huitième vertèbre dirigées transversalement ou un peu obliquement en avant; une vessie 
vocale sous-gulaire interne dans les m.îles; dos marqué ou non marqué dune raie longitudinale jaune; 
iris d'un vert jaune, vermiculé de noir; du blanc, du gris, du brun, du fauve, de l'olivâtre, du jaune, 
du rûu^;e et surtout du vert de différentes nuances répandus sur les parties supérieures du corps et 
y formant des taches irrégulières. Longueur de la tête et du corps, O^jOJ; des membres antérieurs, 
0°,05, postérieurs, 0'",09. 

Ce Crapaud, qui a été indiqué sous un grand nombre de noms différents par les zoologistes, est le 



108 



IllSTOir.E NATURELLE. 



Diifo tcncsirh fœiidus, Rœsel; la variété a raie dorsale jaune constitue les D. calamila, Laureiiti, ou 
iIalajiite, liaubcntnn et Lacépéde; B. porlmtosa, Blumenbach; B. cruciatus, Sclincider; B. mephi- 
lica, Sliaw; B. fulidisshna, llerniaim; Crapaud d:s Jo^cs, G. Cuvier; dans la variété sans raie dor- 
sale JAUNE, on a cru devoir distinguer les B. Sclircberiavus et viridis, Laurenti; llana bufina, Miil- 
1er; B. sitibunda et variabilis, Pallas; Crapaud vert, coureur et variable, G. Cuvier, etc. 

Cette espèce, qui est constamment plus petite que la précédente, a les mêmes habitudes. Les deux 
sexes ne se recherchent guère qu'au mois de mai. Ce Crapaud est excessivemeiit répandu dans toute 
l'Europe, et on le rencontre également dans la plupart des contrées occidentales de l'Asie, ainsi que 
dans le nurd de l'Afrique. 

Parmi les diverses espèces du même genre, nous n'indiquerons que le Crapaud Agua (Bufo Agua, 
Lalreille), qui atteint à l'énorme taille de plus de O^jSO, habite communément l'Âmériqiie du Sud, et 
est remaïquabie par ses pustules, de la grosseur d'un pois; eon corps est marbré de gris et de jaune 
pâle, avec de grandes tacJjes brunes plus ou moins foncées et mafluentes; quelquefois il est d'un 
fauve verdâtre uniforme en dessus, et blanc parsemé de poiiils bruns en dessous. 

Les autres genres de la famille des Bufoiiiformes présentant des particularités qui servent à les dis- 
tinguer assez facilement des Crapauds et en même temps des riatres groupes. Dans les espèces à tête dis- 
tincte du corps: l°lesRniNODERMA(fiv,nez;rîc/)y.«, peau), Durtérilet Bibron : une seule e.'<pèce(/î. Dar- 
wiiiu) du Chili; par leur museau à prolongement cutané ronsidérable; 2° les Aielopus {«.zilr,;, in- 
fomplet; mu;, pied), Duméril etBibron : une espèce de I Amérique méridionale; par leur manque de 
parotides, et leur premier orteil caché sous la peau; 5° les ?iir.yMsccs (fpwo;, Ciapaud; ici/.o;, mé- 
lange), Wiegmann : deux espèces, l'une de Montevideo eit'autre d'Australie (P. Australis, llumérii 
et Bibron); par leur membrane du tympan non distincte et 'eur manque de parotides; 4° les Braguy- 
CEPHALUs'(|3paxu;, court; xi'foù.r,, tête), Fitzingcr, ou Epippifer, Cocteau : une espèce du Brésil; par 
le bouclier osseux qui protège leur dos; 5° les Plectropus (rf.cxTpov, éperon; tt'.-j;, pied), Duméril et 
Bibron : une espèce de Manille (P. picliis); par la langue, légèrement échancrée en arrière; ensuite, 
dans les espèces ù tête tendant de moins en moins à être séparée du corps; 6° les Engystohus (r/yu;, 
rétréci, uTOf^a, bou(^he), Fitzinger; M'icropus Wagler; Stcnoplialus, Tschudi : cinq espèces, quatre 
américaines et une de la côte de Malabar; par leur tête étroite et leur bouche petite, quoique s'éten- 
dant jusqu'à l'aplonib du bord postérieur de l'œil; 7° les Uperodon (uTre^a, palais; oSou;, dent), Du- 
méril et Bibron : une espèce de linde; par sa tête très-courte, à peine distincte du tronc, sa bouche 
peu fendue, ses dents palatines; 8° les Breviceps (hrcvis, courte; ceps, tête), Merrem, ou Sijstumii, 
Wagler ; une espèce (B. gibbosus) de l'Afrique australe; par sa tête petite, tronquée en avant des 
veux, et son museau tout à fait confondu avec le tronc; 9° les Rhinopurïs (piv, ncz; fpwo;, Crapaud), 
Duméril et Bibron : une espèce (B. dorsalis) du Mexique; par sa tète également confondue avec le 
tronc, mais A museau grand, déprimé. Outre les divers genres que nous avons signalés, nous pour- 
rions en citer quelques autres; tels sont ceux que M. Tschudi a nommés Kaloplirijnus, Chainnns et 
Pseudobufo, que nous nous bornerons à nommer. 




Fig. GO. — Plirjiusipe austral. 



r.El'TlI.ES. 169 



QUATRIÈME FAMILLE. 



PlPyEFORMES. Diiméril et Bibion. 



Cette famille, qui comprend la tribu entière des Anoures phrynoglosses, est caractérisée parce que 
les espèces qui y entrent sont complètement dépourvues de langue, tandis que cet organe existe tou- 
jours plus ou moins distinct dans les Anoures phanéroglosses, qui constituent les trois familles des 
Raniformes, Ilyiœformes et Bufoniformes. En outre, ces Reptiles ont leurs oreilles communiquant 
avec l'intérieur de la bouciie par une seule ouverture située au milieu du palais. 

Les Pipa;fornies ne renferment que deux genres, ceux des Pipas et des Daclijlcllires, qui eux- 
mêmes ne comprennent chacun qu'une seule espèce de l'Amérique du Sud pour le premier, et du cap 
de Bonne-Espérance pour le second. 



GENRE PRLNCIPAL. — PIPA. PIPA. Laurenti, 1758 

Pipa, nom de pays de l'espùce unique. 
Synopsis Rcp!ilium. 

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Tête courte, large, tresaplalie, trianijula'irf; pas de dents aux mâcliohes ni au palais; tijmpan 
caché; orifice unique des trumpes d' Eustaihc très-pctii, situé sur ta ligne médiane du palais, à peu 
près au milieu; pas de parotides. 

Quatre doitgs complètement libres, coniques, divisés en quatre petites branches à leur extrémité 
terminale; cinq orteils également coniques, divisés h leur pointe et entièrement palmés. 

Apophij es transverses de la vertèbre sacrée dilatées en palettes triangulaires. 

Les Pipas ont une physionomie aussi hideuse que bizarre; leur tête est aplatie et triangulaire, sé- 
parée par un cou très-court du tronc, qui est lui-même déprimé, fortement aplati, et dont les quatre 
pattes ont des doigts complètement libres et divisés ù leur extrémité en quatre petites digitations 
stelliforraes. Leurs yeux sont d'une extrême petitesse, et leurs narines sont prolongées chacune 
extérieurement en un petit tube cutané au sommet du triangle formé par la tête. Il n'y a pas de 
langue. 

Les premières notions que l'on ait eues sur l'existence et les singularités du mode de génération 
des Pipas sont dues à M"° Sibylle De Mérian (1705), à Ruysh (1710), Valiiesnieri (1715), Vincent 
(1726), Seba (i75i), Firmin (1762), Laurenti (1768), Charles Bonnet (1780 et 1782), Camper, Blu- 
menbach et Sciineidor (1799), cl depuis lors un plus grand nombre de naturalistes s'en sont succes- 
sivement occupés, ot aujourd'hui ces animaux, jadis si rares, ne le sont plus dans les collections, 
et l'on en a donné de bonnes figures. (Voyez notre Atlas, pi. XXII, fig. 2.) 

Le squelette des Pipas frappe à la première vue par l'e.Ktrême aplatissement du crâne, dont la 
forme générale rappelle celle des Tortues matamatas. Les os du nez sont assez grands et complète- 
ment portés en avant. L'atlas est soudé à l'axis. Le sacrum ou la vertèbre sacrée a ses apophyses 
très-dilatées dans leur partie articulaire. Le sternum est très-èlargi, cartilagineux. L'omoplate est 
élargie par une plaque cartilagineuse qui s'y ajoute. 11 y a plusieurs os sésamoïdes. Dans l'appareil 
digestif, il n'y a pas de langue; le larynx et l'œsophage réunis forment un laige entonnoir, après 
K. r. 22 



170 



HISTOIRE NATURELLE. 



lequel vient l'estomac, et ensuite un intestin très-court. Le mécanismii de la respiration est assez 
profondément modifié par l'absence de langue et par une disposition particulière de l'hyoïde. Leur 
diapliragme rappelle un peu celui des Mammifères. L'appareil vocal du mâle présente une anomalie 
spéciale en ce que les sons y sont produits par des corps solides qui vibrent. Leur mode de repro- 
duction est principalement remarquable; comm.^ la grande majorité des Bufoniformes, les Pipas sont 
ovipares; mais ils n'abandonnent pas leurs œufs dans l'eau comme le font ces animaux; après leur 
ponte, les mules, cramponnés sur les femelles, leur étalent sur le dos les œufs qu'elles viennent de 
pondre, au nombre d'une centaine, et ils les fécondent; ensuite les femelles gagnent les marais et 
s'y |)longenl; bienlôl la peau de leur dos qui supporte les œufs éprouve une sorte d'inflammalion 
érésipélalcuse, sorte d'irritation déterminée par la présence des œufs eux-mêmes, qui sont alors 
saisis dans la peau, y restent enfoncés comme dans autant de petites alvéoles et s'y développent; les 
petits Pipas rcslent dans ces espèces de poches jusqu";\ cî qu'ils aient pris un développement suffi- 
sant, comme les petits des Didelphes dans la poche de leurs mères; et, lorsqu'ils en sortent, ils ont 
la forme des adullcs, et ce n'est qu'après s'élre débarrassée de sa progéniture que la femelle aban- 
donne sa résidence aquatique. 

On trouve des Pipas dans la Guyane et dans plusieurs provinces du Brésil. Quelquefois ils s'ap- 
prochent des liabilalions; et on dit que, dans certaines localités, les nègres s'en nourrissent. 

La seule espèce que l'on soit fondé à admettre parmi ces animaux est le Pir\ amébic^i.n (Pipa Anic- 
r'icana, Laurenti; l'ana pipa, Linné; Ft. ilorsîijcrn, Schneider; P. Icdo, Merreni; Lcplopus aslcro- 
daciijliix Mayer; Asterotlaclijliis pipa, Wagler et Tschudi), qui est brun ou olivâtre en dessus et 
blanchâtre en dessous, et dont la longueur totale est d'environ 0'",16. Les deux autres espèces de 
Pipas, qu'on a voulu en distinguer (P. curviciira. Spix, et lœvis, G. Cuvier), n'en diffèrent réelle- 
ment pas. 

Le second genre de la famille des l'ipselorme.-^, celui des n.\CTVLETHr,A {!Ï7.y.T\)\rfir>rf. dé à coudre), 
G Cuvier, ou Lcplopus, Mayer, el X<}iopliiis, Wagler, outre quelques légères particularités diffé- 
rentielles, ne se distinguent guère des Pipas que par la présence de dents à la nnichoire supérieure 
't par leurs cinq orteils coniques, pointus, entièrement et très-largement palmés, les trois premiers 
ayant leur extrémité terminale garnie d'un étui conique et corné qui l'emboîte à la manière d'un dé à 
tondre. Une seule espèce entre dans ce groupe, c'est le Dactylètuhe du Cap [Daciijlelhra Cnpcnsis, 
G. Cuvier; Biifo levis, Daudin), qui est d'un brun cendré veiné de noirâtre en dessus, el qui est 
beaucoup plus petit que le Pipa améric:iin. 




t'i^. 67. — Daajlctlire du dp. 



hEniLES, 171 



THOISIÈME SOUS-ORDRE. 



URODÈLES. C. Diimcril. 



Le cararlt'rr extérieur, constant, qui dislingue ces Ani|ii)ibiens d'une manière générale, consiste à 
conserver K'ur queue pendant toute la durée de leur existence, laquelle est cependant soumise aux 
transformations ou à la métamorphose que subissent tous les autres animaux du même ordre; de 
cette particularité est tiré le nom d'Urodcles, d'ou^ca, queue; ^n^.o;, manifeste. 

Ces Reptiles ont tous un corps anguiforme, étroit, allongé, le plus souvent arrondi, terminé par 
une grosse queue persistante et très longue, confondue à son origine avec le tronc, et le plus ordi- 
nairement comprimée en travers, élargie dans le sens de sa hauteur pour agir sur l'eau à la manière 
d'une rame dirigée de droite à gauche ou réciproquement; leur tète est aplatie, étroite, à bouche peu 
fendue et liabituellenient munie de dents grêles, courtes, pointues, implantées dans les deux mâ- 
choires et sur le palais; à langue charnue, courte, presque entière; à tympan apparent; leur tronc 
est arrondi en dessus, allongé, un peu déprimé en dessous; ils sont munis au moins d'une, ou le plus 
ordinairement de deux paires de pattes courtes, grêles, faibles, très-distantes entre elles, à peu près 
de même longueur et grosseur; à pieds et mains trapus, courts; à doigts obtus, déprimés, à peu près 
égaux, variables dans leur nombre, parfois à peine indiqués, et toujours privés d'ongles aigus : tou- 
tefois, si, ce qui est probable, on doit faire entrer les Lépidosirènes dans ce même sous-ordre, ils 
pourraient n'avoir que des vestiges de membres; leur peau est nue, gluante, lisse ou comme verru- 
queuse, sans écailles dans la très-grande majorité des cas, et avec de très-petites écailles dans les 
Lépidosirènes, adhérente de toutes parts aux organes sous-jacents par des fibres tendineuses; leur 
ventre présente, sous l'origine de la queue, l'orifice d'un cloaque saillant, ayant la forme d'une fente 
longitudinale ù bords épais; ils n'ont pas de voix ni de coassement sensibles; la ponte se fuit sans 
l'assistance du mâle : les œufs, séparés les uns des autres et non en chapelets, sortent du corps 
avant ou après la fécondation, à moins qu'ils n'édosent dans le ventre de la femelle; les métamor- 
phoses sont peu évidentes : les embryons ou jeunes larves ayant toujours des branchies apparentes 
au dehors sur les côtés du cou formant des sortes de panaches divisés en lames frangées ou en laci- 
niures arrondies, arborisées, fixées sur trois ou quatre paires de fentes, entre la tête et les épaules, 
dont les cicatrices s'oblitèrent ou persistent toute la durée de la vie chez quelques-uns d'entre eux. 
D'après cela, on voit que les Urodèles se distinguent des Péromèles ou Cécilies en ce que ceux-ci, 
quoique allongés, n'ont ni membres, ni queue, et que l'ouverture du cloaque est placée tout à fait 
à l'extrémité du tronc, et qu'ils se différencient des Anoures en ce que ces derniers n'ont pas de 
queue à leur état parfait. 

Les membres des Urodèles sont mal organisés pour communiquer au corps des mouvements géné- 
raux et rapides de locomotion sur la terre; aussi leurs mouvements sont habituellement très-lents, 
et leur ventre, traînant sur le sol, vient encore augmenter cette lenteur; mais, dans l'eau, ils peuvent 
se mouvoir, au contraire, avec beaucoup de facilité à l'aide des inflexions rapides qu'ils impriment à 
leur tronc, dont la longue échine est composée de vertèbres nombreuses, surtout dans la région cau- 
dale : aussi est-ce dans l'eau qu'ils habitent de préférence. Le cerveau, modelé sur la cavité du crâne, 
est aplati, allongé, peu volumineux; la moelle épinière, ainsi que les nerfs qui en proviennent, sont 
très-développés. La peau offre souvent les teintes les plus brillantes, et quelquefois aussi les plus 
ternes, suivant l'âge, les sexes et certaines époques qui varient comme les saisons, et cela chez les 
indiivdus d'une même espèce; l'épiderme se détache souvent en une seule pièce. La peau est percée 



172 HISTOIRE NATURELLE. 

(Je j)ores nombreux, dont les orifices communiquent dans la cavité des glandes nniscipares; celle 
peau exhale et absorbe facilement l'eau, soit liquide, soit en vapeur; quelquefois des replis longitu- 
dinaux règ-ncnt sur le dos, où ils se développent comme des crêtes, et il peut y en avoir le long des 
flancs et dans la région des membres. Les organes des sens sont à peu près constitués comme ceux 
des autres Ampliibiens; les yeux, bien constitués chez les Salamandres, n'ont pas de paupières dans 
les Amphiumes et les Sirènes, el l'on n'en retrouve plus que les vestiges sous la peau dans les Frô- 
lées, qui vivent dans des cavernes où la lumière ne pénètre pas. Les intestins sont assez peu déve- 
loppés et calibrés, en quelque sorte, à la grosseur des animaux dont ils doivent faire leur nourri- 
ture; l'estomac est un sac dilatable faisant en quelque sorte partie de l'œsophage. Un fait remarqua- 
ble est la faculté dont sont doués ces animaux de résister, jusqu'à un certain point, à une forte 
chaleur, et même à un froid intense; de sorte que, saisis par la glace, leur corps étant solidifié, con- 
gelé et devenu sonore comme le serait un morceau de bois sec, la vie persiste lorsqu'on fluidifie de 
nouveau leurs humeurs à l'aide d'une température modérée. Le mode de reproduction et l'étude des 
métamorphoses de ces animaux offrent quelques particularités curieuses, mais assez analogues à 
celles que |)résentent les Am])liibiens d'une manière générale. 

Le groupe des Salamandres, parmi les Urodèlns. est le seul connu depuis longtemps; les autres 
n'ont été décrits que plus tard, et même assez récemment. C'est M. C. Duméril qui a créé ce sous- 
ordre, généralement adopté aujourd'hui, et c'est aussi à lui, ainsi qu'à son fils et à Bibron, que 
l'on doit le travail le plus complet que nous ayons sur ces animaux. Un grand nombre de zoologistes 
s'en sont également occupés, et nous nous bornerons à citer seulement MM. Oppel (18U), Merrera 
(1820), De Blainville (1816), Lalreille (182.5), G. Cuvier (1829), Filzinger (1845), Wagler, Tschudi, 
Ch. Bonaparte, etc., sans parler maintenant des auteurs qui, s'occupant de toute la classe des Rep- 
aies, ont dû parler des Amphibiens, ni de ceux qui ont traité seulement de quelques genres ou de 
quelques espèces. 

Les Urodèles, au nombre d'une centaine d'espèces répandues dans toutes les parties du globe, se 
partagent, d'après MM. C. et A. Duméril et Bibron, en deux divisions particulières : 1* les ATRÊTO- 
DEltES (aT|3i)To;, sans trou; Stpn, cou), à cou non troué, et avec de simples cicatrices, ne compre- 
nant que la famille des SALAMA^DRlNEs; 2° les TIIRÉMATODÈRES (xpcya-ro;, trou; Sipr,, cou), à cou 
percé de trous, renfermant deux familles particulières, celles des Ami'hhhides ou Pcrobraiiclies, à 
branchies nulles ou cachées, et les Pkotéides ou Pliancrobranclies, à branchies visibles en dehors. 



PREMIÈRE FAMILLE. 

SALAMANDRIDES. C. et A. Duméril et Bibron. 



Les Reptiles de cette famille, ou les Atrclodères, qui comprennent les Salamandres, les Tritons et 
genres voisins, se disiinguent des autres Urodèles en ce qu'ils ne présentent pas de trous sur les 
côtés du cou, entre la tête et les épaules, tandis que les Thrcmalodcres, c'est-à-dire les Proléides et 
les Amphiumes, ont à cette place des fentes qui livrent un passage libre, une voie destinée à l'eau. 

Dès la plus haute anli(]uilé, l'imagination ardente et poétique des Grecs s'est plu à attribuer à la 
Salamandre une foule de propriétés surprenantes : on a prétendu qu'elle pouvait vivre dans le feu, 
et on l'a placée dans les fleuves enflammés des enfers. Que n'a-t-on pas dit sur la Salamandre? « Cette 
fille du plus pur des éléments, dont le corps est de glace, qui peut non-seulement traverser le feu le 
jdus ardent, mais qui jouit encore de la faculté d'éteindre les flammes les plus vives! » Et, comme 
s'il n'eût pas suffi à la gloire de cet animal de jouir de la faculté d'éteindre les incendies, il faut 
encore que les poètes en aient fait l'emblème brillant de l'amour, le symbole renommé de la valeur. 



REPTILES. . 175 

Pline a recueilli avec soin les fables racontées avant lui sur la Salamandre, et il est venu même ren- 
cncrir sur ce qu'il a tiouvé dans les auteurs anciens quand il dit que, en infestant de leur venin tous 
les végétaux d'une contrée, les Salamandres peuvent causer la mort à des nations entières. Si on 
n'attriliue plus à la Salamandre le pouvoir d'éteindre le feu, il est encore beaucoup de personnes 
qui la regardent comme un être malfaisant et dangereux, et la proscrivent avec dégoût. Maintenant, 
comme nous l'avons dit il y a près de vingt ans, que les lumières de la science sont venues dissiper 
la brillante renommée de ces Reptiles; maintenant que la Salamandre se trouve placée sous les lois 
générales qui régissent les animaux, un autre éclat lui est encore réservé, mais un éclat durable, car il 
est basé sur de belles observations zoologiques et physiologiques : l'histoire fabuleuse des Salaman- 
dres a disparu et a fait place à l'observation rigoureuse des sciences naturelles. 

Le nom de Salamandre (ïa^avavJpa) appartient aux Grecs. Longtemps restée dans le domaine de 
la poésie, ce n'est qu'assez tard qu'on s'est occupé du l'histoire naturelle de ces animaux. Dufey, 
lluverney et Mauperiuis ébauchèrent les i)remiers ce sujet; puis vinrent Demours et surtout Spal- 
lanzani, qui jeta un grand jour sur le mode de génération de ces Reptiles; Lacépède présenta un ta- 
Ideau des Salamandres dans son ouvrage sur les Quadrupèdes ovipares; Latreille, en 1800, donna 
une histoire des espèces de France; Schneider, à peu près à la même époque, traita ce sujet d'une 
manière plus générale, et il en fut de même de Daudin; depuis ce temps, de nouvelles espèces 
Ont été décrites, de nouvelles classifications ont été proposées, et de nombreuses observations ont 
été recueillies par un grand nombre de naturalistes; nous citerons principalement la description ana- 
tomique de Funk, l'histoire des amours de la Salamandre de Rusconi, et les travaux généraux de 
Tscliudi, du prince Charles Bonaparte dans la Faune d'halle et dans ses Amphibies d'Europe, et 
surtout de MiM. C. et A. Duméril et Bibron dans leur Erpétologie çjéncrale. De tous ces travauî , il est 
résulté la connaissance d'un grand nombre d'espèces propres à tous les pays et la création de genres 
nombreux, dont seize sont adoptés par les derniers auteurs que nous avons indiqués. 

Les Salamandrides ont le corps allongé et terminé par une longue queue; elles ont quatre pattes 
latérales de même longueur, non palmées en général, et présentant le plus souvent cinq doigts, rare- 
ment quatre, toujours dépourvus d'ongles; leur tête est aplatie; l'oreille est entièrement cachée sous 
les chairs et dépourvue de tympan; les mâchoires sont armées de dents nombreuses et petites, de 
même que le palais, qui en supporte deux rangées longitudinales; la langue est constituée à peu 
près comme celle des Gienorilles; il n'y a pas de troisième paupière; à l'état adulte, la respiration 
est pulmonaire; mais, à l'état de têtard, elle se fait par des branchies en forme de houppes, au nom- 
bre de trois, qui s'oblitèrent lorsque l'organisation est complète. 

La composition ostéologique de la tête de la Salamandre terrestre ressemble à celle des Crapauds, 
à peu de différences près : il y a quatorze vertèbres de la tête au sacrum, et trente à quarante à la 
queue; les cotes, au nombre de douze, sont très-courtes; le sternum est rudimentaire; les trois os de 
l'épaule sont soudés ensemble. Le cerveau est très-petit et n'égale pas même en volume le diamètre 
de la moelle épinière; les nerfs olfactifs sont très-marqués, et en effet l'odorat est un des sens les 
plus développés chez les Salamandres. 11 n'y a pas d'accouplement entre les deux sexes; la liqueur 
fécondante des mâles ayant pénétié dans les organes de la femelle, qui est ovovivipare, les œufs 
édosent intérieurement; les jeunes Têtards, dès leur naissance, sont très agiles, et ne diffèrent des 
adultes que par leur queue plus comprimée, la présence des branchies et la disposition de leurs cou- 
leurs. 

Les espèces terrestres jouissent de la faculté de faire sortir de la surface de leur corps une humeur 
blanchâtre, gluante, d'une odeur forte et d'une saveur très-âcre : liqueur qui leur sert, dit-on, de 
défense contre plusieurs animaux qui voudraient les dévorer. C'est surtout lorsqu'on les manie que 
les Salamandres laissent transsuder celle liqueur, à laquelle il faut attribuer le dégoût et la crainte 
qu'on éprouve en les touchant. Quand on les jette sur des charbons ardents, l'humeur qu'elles répnp- 
dent est alors très abondante ; de celle observation est probablement née la fable qui nous repré- 
sente la Salamandre comme incombustible, mais, s'il est vrai que pendant quelques instants l'aboi.* 
dante humeur qu'elle répand semble diminuer l'ardeur du feu, il n'en est pas moins vrai que, quel 
ques secondes après avoir été jetée dans le feu, la sécrétion du liquide onctueux cesse; que l'anim;.! 
éprouve d'horribles contractions et est bientôt consumé comme tous les autres êtres de la nature. 
Mais cependant, quoiqu'on l'ait nié pendant longtemps, la Salamandre terrestre, comme le Crapaud, 



174 lllSTOir.E NATURELLE. 

produit un venin assez aelif, et qui se trouve dans les pustules de la peau. MM. Gratiolet et Cloez 
ont publié un mémoire important à ce sujet. « On a souvent parlé, disent ces auteurs, du venin subtil 
de la Salamandre et de la grande âoreté de l'humeur lactescente produite par les pustules de la peau 
de ce Reptile. Plusieurs Grenouilles ayant été déposées dans un tonneau avec des Salamandres ter- 
restres, la plupart furent trouvées mortes au bout de huit jours. Cette humeur, d'un blanc jaunâtre, 
obtenue par la compression des i;landes, a une odeur vireuse et nauséabonde; sa consistance est celle 
d'un lait épaissi, se coai?ulant à l'air et surtout par l'action de l'alcool, et paraissant douée d'une 
réaction acide. Elle fut inoculée dans une petite plaie pratiquée sous l'aile d'un Oiseau; cet animal 
n'en parut pas d'abord très-affecté, mais, au bout de deux ou trois minutes, il se manifesta chez lui 
un grand trouble; ses plumes se hérissèrent; il chancela sur ses pattes. Il paraissait éprouver de for- 
tes angoisses; son bec restait entr'ouvert, et il le faisait claquer convulsivement. Bientôt il se ren- 
versa sur le dos, jeta un cri plaintif, tourna sur lui-même et mourut. » Ces expériences, plusieurs fois 
répétées, produisirent toujours la mort, et les habiles naturalistes que nous avons cités tuèrent ainsi 
un Bruant, une Tourterelle et même de petits Mammifères, tels que des Cochons-d'inde. La même 
humeur, extraite des glandes du Crapaud commun, produisit des effets semblables, et M. le docteur 
Gratiolet tua même par le même moyen un Bouc de forte taille. 

Les Salamandrides sont terrestres ou fluvialiles, et elles vivent dans les endroits humides, dans les 
lacs, dans les étangs et même dans les moindres flaques d'eau. Elles aiment les eaux dormantes et 
les endroits retirés et sombres. Leur régime est animal, et consiste principalement en Insectes, Vers 
de terre, petites Sangsues, Mollusques, Zoophytes, etc. Suivant que leur vie doit se passer à terre ou 
dans l'eau, elles ont la queue ronde ou, au contraire, comprimée; mais cela n'a pas lieu constamment 
et ne permet pas, ainsi qu'on a cherché à le faire, de les partager en espèces aquatiques et terrestres. 
Leur taille est, en général, petite, et varie entre 0"',05 ou 0"',06 et 0°,20, une seule, dans la nature 
actuelle, est signalée comme beaucoup plus grande que les autres : c'est la Salamandre du Japon; 
parmi les fossiles, il en est une espèce très-grande et très-remarquable. On rencontre des Sala- 
mandres en Barbarie, dans les îles de la Méditerranée et dans presque toutes les parties continentales 
de l'Europe, dans plusieurs contrées asiatiques, au Japon et dans l'Amérique septentrionale; l'Amé- 
rique méridionale, l'Auslralasie, l'Inde, la grande île de Madagascar et l'Afrique méridionale et cen- 
trale semblent n'en pas posséder. 

Les genres nombreux de cette famille sont principalement fondés d'après le système glanduleux 
cutané, la disposition particulière des dents palatines, de la langue, de la queue et des doigts : nous 
ne décrirons que les deux principaux. 



i" GENRE. — SALAMANDRE. SALAMANDHA Wuifbain, I,aurenti, 1708. 

Synopsis Ifcptiliuiii. 

CARACTÈRES GÉINliUlQUES. 

Des parotides ou îles tumeurs glanduleuses situées derrière et en dehors de l'occiput; langue 
disco-ovalaire, libre sur ses bords et légèrement en arri're, au moins quand elle est rétractée; pa- 
lais garni, sur la ligne médiane, de deux séries tohgitudinales de dents plus ou moins arquées. 

Quatre doigts et cinq orteils aux pattes; queue arrondie, conique dans toute son étendue et ter- 
7)iince en pointe coniqje. 

La dénomination de Salamandre, déjà employée par Aristote, est tout à fait grecque, loùaya-j- 
5f,<x. Gesner et Akirovande disent qu'elle provient du préjugé que cet animal avait la faculté d'étein- 
dre le feu, et d'après l'opinon émise par Saint-Isidore De Séville, ces auteurs lui donnent pour syno- 
nymes celui de Valincendra {quod valet ad incendia); mais Wurfbain, dans un savant ouvrage 
intitulé Salamandrologia, publié en lC8o, se moque, avec ironie, de cette étymologie, et il est 
porté à adopter plutôt celle qui indiquerait les lieux liumides où l'on trouve ces Reptiles, parce que, 
en grec, le mot (j</1o; indique un endroit humide; ou ce serait aa^la f^avSpav, c'est-à-dire que l'ani- 
mal reste tranquille et immobile dans sa cachette. Un grand nombre di: dénominations ont été don- 




Kij I — Triton pondue 




Ki^. 2. — Anibyslonje à bandes 




Fi". 5- — !>ahiniani|ic luneslr 



REPTILES. 175 

nées aux Salamandres dans la plupart des langues aneiennes et modernes, et, dans les diversis 
parties de la France, elles portent les noms de Alebren, Arrasade, Sourd, Salamandre, Mouron, 
l'iuvine, Lavcrue, Blandc ou Blende, Mirlil, Salimandre, Lézardiau ou Lézard d'eau, ete., qui 
leur sont appliqués aussi bien qu'aux Tiitons. 

Linné et Gmelin réunissaient les Salamandres aux Lézards, dont ils ont la forme générale; Laurenii, 
le premier, en a formé un genre distinct, tout en en séparant les Tritons ou Salamandres aquatiques; 
depuis, le genre Salamandre, ainsi appliqué aux seules espèces terrestres, et surloiij caractérisé par 
la forme de la queue, a été partagé en plusieurs groupes particuliers, et ne renferme plus, selon 
-MM. C. et A. Duméril et Bibron, que quatre espèces. 

Le type est la Salamandre TEnr.ESTnE ou tachetée {Salaniaudra maculosa, Laurenti). Corps noir, 
verruqueux, à grandes taches jaunes, irrégulières, réparties sur la tête, le dos, les flancs, les pattes 
et la queue; de grosses glandes parotides, jaunes en grande partie, percées de pores très-distincts; 
lianes garnis de tubercules crypteux. Longueur totale, 0"',02. Cette espèce, qui recherche les lieux 
humides et ne sort guère de ses retraites obscures que le malin ou pendant la nuit, se trouve dans 
presque toute l'Europe méridionale et septentrionale, suivant les élévations; on l'a prise, mais rare- 
ment, aux environs de Paris; elle a été rencontrée dans le nord de rAfri(|ue. La Salamandre terrestre 
ne va guère à l'eau que vers l'époque de la fécondation; la femelle est ovovivipare et pond succes- 
sivement, et pendant plus de vingt jours, des petits munis de leurs branchies, déjà très-développées; 
la nourriture est essentiellement animale, et consiste surtout en Insectes et Mollusques; mais ces 
animaux peuvent supporter une abstinence de plusieurs mois, et s'engourdissent, en hiver, dans les 
souleriains, les cavernes, etc. (Voyez noire Allas, pi. XXIII, fig. 3.) 

Les autres espèces sont la S. de Corse (S Corsiea, Savi), qui se dislingue surtout par ses dents 
palatines, formant deux séries longitudinales droites, parallèles, rapprochées et légèrement encavées 
en avant, où elles circonscrivent un petit espace circulaire; la S. ^0lIiE (S. alra, Laurenti), qui est 
loule noire, sans aucune tache, et se trouve dans les hautes montagnes de l'Europe, dans le voisi- 
nage des neiges, et principalement dans les Alpes, et la S. orAQOE (S. opaca, Graveol) : corps lisse, 
noir, avec des taches plus pâles en dessous, que l'on rapporte au genre Amlnjsloma, et qui se trouve 
dans le nord des États-Unis d'Amérique. 

Dans plusieurs genres, la queue est ronde seulement à la base, et quelques particularités des deils 
palalines servent à les distinguer; tels senties groupes des Cvlikdbosoma {y.vlivSp'ji;, cylindrique; 
o-wya, corps), Tschudi (quatre espèces amériiaines), qui entrent dans les Sauroccrcus, Fitzinger; 
Spelerpes, Cray; Desnwçinaihus, Baird ; rLÉTUODON {-Klndoç, multilude; o^ou;, dent), Tschudi (trois 
espèces de l'Amérique du Nord); Amivstoma, Tschudi, ou Plagiodou, G. Duméril (sept espèces 
améri(aines, paimi lesquelles nous figurons I'Ambïstome a bandcs (.4. fnscialum, Duméril et P>i- 
bron, pi. XXIII, fig. 2), qui se trouve communément aux environs de la Nouvelle-Orléans, et Géotri- 
To.N (yn, terre; xpiTwv, Triton), Gêné, fondé pour une espèce, la SALAMA.^D^E brune {S. fusca, Gesner), 
trouvée en Italie dans les Appennins et en Sardaigne. 

Chez tous ces animaux, ainsi que dans ceux voisins des Tritons, les flancs sont arrondis; mais, 
dans deux autres, ils sont saillants; tels sont les PtEUROoiiLEs {lô-tupoç, les côtes; S-ijloç, apparent), 
Michahelles (une espèce de l'Europe méridionale), et Bradybates (|3j5a5yç, lentement; |3a-tç, mar- 
cheur), Tschudi (une espèce provenant de l'Espagne). 

Deux genres sont des plus remarquables en ce que, au lieu de présenter cinq orleils comme dans 
tous les autres Salamandridcs, il n'y en a que quatre seulement : ce sont les Sai.amaindrina (diminutif 
de Salamandra), Fil/inger, ou Seiranola, Barnes (une espèce d'Italie), et les IIkmidactïlium (ijyt- 
<7'j;, demi; Say.xvl'^v, doigt), Tschudi, ou Dcsmodaclijlus, Duméril et Bibron, qiù, par leur queue com- 
priuice, font le passage aux Tritons (deux espèces américaines). 



176 



llliTOir.E NATURELLE. 



2-"' GEiNIŒ. — TlilTON. TlilTON. Laurent;. 17C8, 

TjiiTt.jï, nom d'un daii île la Fable. 
Synopsis Rcfililmiii, 

CARACTÈRES GÉMÎIIIQUES. 

banque charnue, papilleuse, arrondie ou ovale, libre seulement sur ses bords; dénis palalinet; 
formant deux séries longitudinales rapprochées cl presque parallèles; pas de parotides très sail- 
lantes. 

Corps allonqé, lisse ou v^rruqueux; tête plus petite que la partie moyenne du ventre, qui est lé- 
gèrement aplatie en dessous; queue Cunstammcnt comprimée quaml l'animal habite les eaux douces, 
h naqcoircs verticales, cutanées, au moins dans les nulles, surtout à l'époque de la fécondation. 

Ce genre, formé par Laurent! pour les Salamandes véritablement aquatiques et à queue comprimée, 
a reçu différents noms, tels que ceux de Molge {^olfnq, lent), Merrem; Oiacunis (ota? -zo;, rame, cupa, 
queue), Leuckarl, Trituras, Rafinesque, et correspond en partie aux genres Lissotrilon, Ch. Bona- 
parte; Lophinus et Ommalatriton, Gray; Notophihalmus, Baird, etc. 




Fis. 08. — Tritdii 



Les Tritons restent habiluellcment dans l'eau; cependant, quand ils sont à terre, et non engourdis 
par le froid, ils sont plus agiles que les Salamandres; mais ils ne peuvent y vivre longtemps. Sur le 
sol, ils reclierchent l'obscurité la plus grande, et craignent la chaleur et la sécheresse; on les trouve 
alors sous les pierres, les ecorces des arbres, la mousse, etc.; ils sont très-carnassiers, et n'é- 
pargnent même pas leurs propres espèces, et cependant peuvent supporter un jeJine de plusieurs 
mois. Les femelles pondent des œufs isolés, qu'elles fixent en dessous des feuilles aquatiques, et les 
jeunes têtards, qui conservent longtemps leurs branchies, ne naissent qu'une quinzaine de jours 
après. Ces animaux font entendre un petit bruit qui leur est propre; et, lorsqu'on les touche, ils ré- 
pandent une odeur tout ù fait caractéristique. C'est surtout sur ces Reptiles qu'on a étudié la force 
de réintégration, la possibilité qu'ils ont d'être congelés sans en mourir, et quelques autres faits non 
moins curieux qui les ont rendus célèbres. La distinction des espèces est des plus dil'liciles d'après 
les changements de coloration qu'éprouve chaque individu suivant une foule de circonstances; on en 
connaît une vingtaine, toute de petite taille, et surtout propres à rEuro|ie, quoique se trouvant dans 
plusieurs autres pays; mais la moitié à peine semblent certaines à MM. Duméril et Bibron. 

Les e.spèces les plus distinctes sont : 1° le Tritoh a crête {Triton cristatus, Laurenti; Ilcmisala- 



REPTILES. 177 

mnmlra, Dugès), dont la peau du dos est ruyiieuse, d'un brun verdâtre, avec de grandes taclu's 
noires et des points blancs saillants, et dont le ventre présente des taches noires sur un fond orangé, 
et qui, comme les suivantes, se trouve dans toute l'Europe et surtout aux environs de Paris; 
2" T. HARBiiÉ (T". marmoralus, Latreille), sans taches, à dos unicolore et à points blancs, qui se 
trouve rarement auprès de Paris, à Fontainebleau, et n'est pas rare en Iialie; 5° T. des Pvrénées 
(7'. Piirciiaicus, Duméril etBibron), chez lequel le dos offre de larges raies découpées; 4° T. ro.NC- 
TUÉ (7'. piinclaïus, Latreille) (voyez notre Allas, pi. XXIII, fig. 11, la plus petite espèce du genre, à 
peau lisse, à ventre marqué par des taches noires, rondes, régulières; qui est très-commun dans nos 
environs; 5° T. a bandes (7'. vitlntus, Gray), se distinguant du précédent par une ligne claire, laté- 
rale; de Belgique; 6° T. abdouimal ou rALUiPÈDE {T. palnialus, Schneider), à peau lisse; ventre sans 
taches, et dos gris cendré, à points noirs; commun aux environs de Paris, et remarquable en ce que 
le mâle a ses cinq orteils tout à fait palmés; 7° T. des .^lpes (T. Al/estris, Laurenti), à dos fauve et 
avec trois plis saillants. 

Les autres espèces sont encore particulières à l'Europe, à l'Afrique du Nord, à l'Asie, au Japon et 
à l'Amérique septentrionale. 

Parmi les genres de Salamandrides, tous à queue comprimée, nous citerons : 1* les Xiphonura (Çi- 
yoç, sabre; mpa, queue), à queue longue, en forme de sabre (une espèce du Canansbury); 2» EurROC- 
Tus (eu, grand; ;rpojzTo;, ouverture). Gêné, ou Glossoliga, Bonaparte, et Meqnptcrna, Savi, qui se 
dislingue des Triions en ce que la langue est fixée uniquement en avant au lieu d'en arrière (deux 
espèces du midi de la France et du noid de l'Afrique); dans trois autres groupes, le ventre, au lieu 
d'être plat, est arrondi; dans l'un, 3° les doigts sont à ongles mousses, en sabots : ce sont les Onï- 
CHODACTïLus (ovu;, onglc; Sanx-ji.rjç, doigt), Tscliudi (une espèce de Java); dans les autres, les doigts 
sont mousses, obtus; 4° Pseudotriton (J/ïjJc-;, faux; TpiTwv, Triton), Tschudi, ou Boliloqlossa, Dumé- 
ril et Bibron; Mijceloglossus, Bibron et Ch. Bonaparte; OEilipu.i, etc., à langue en forme de cham- 
pignon (trois espèces américaines); 5° Ellipsoglossa {ùlu^iq, ellipse; •/kuuaa, langue), Duméril et 
Bibron; Ihjnobius et Pseudosalamamlra, Tschudi, à langue libre de côté (deux espèces du Japon). 

Un dernier genre des plus curieux de la faune actuelle est celui des Mecai.obatrachus (peya. 
)oî, très-grand; ^arpa/oç, amphibien), Tschudi, ou Sicboldia, Ch. Bonaparte, et Tritomegas (rpt- 
Twv, Triton; fxeya;, grand), Duméril et Bibron, dont le corps est très-grand, verruqueux, déprimé, 
bordé d'un repli membraneux, épais, festonné, qui, par ses caractères, se rapproche des Ménopo- 
nies, et ne renferme qu'une seule espèce, la Snlamandia maxima, Schlegel, du Japon. 

Enfin c'est auprès de ce genre, et dans une même tribu selon le princ'e Ch. Bonaparte, celle des 
Sicboldia, que l'on doit placer la grande Salamandre fossile d'Œningen, qui constitue le genre ac- 
tuel des Andrias. 



DEUXIEME FAMILLE. 

PROTlilDES. Tschudi, C. et A. Duméril et Dibroii. 



Cette famille, qui, réunie à la suivante, forme les Trématodères de MM. C. et A. Duméril et Bi- 
bron, ou les Ichihyodes de Wcgier, c'est-à-dire les Urodèles ayant sur les parties latérales du cou 
des fentes par lesquelles sort l'eau que ces animaux sont obliges d'avaler pour servir à leur respira- 
tion, est principalement caractérisée en ce que les animaux qui y entrent conservent toujours de» 
branchies ou des panaclies membraneux, vasculaires, dans lesquels leur sang éprouve l'action de l'hé- 
uiatose ou de l'oxygi nation, et cela même ù leur état adulte. 

H. P. 23 



178 IIISIOII'.K iNATLTiELLE. 

On ne coniiail que six (ni huit espèci-s tic Proléides, loules apnl des iiabitudes aquatiques, toutes, 
à l'exception d'une seule propre à l'Europe, particulières à l'Amérique, et qui ont été réparties en 
quatre genres distincts. 



GENRE PRINCIPAL. — PROTEE. PHOTEVS. Laurenti, 1768. 

II/;wrîu,:, nom mytliclojjique d'un dieu marin. 
Synopsis Rcplilium. 

CAnAGTÈRES t^É-NLlUQUES. 

Corps allonqê, grêle, arrondi, lissr, arec de lérjirs sillons transversaux sur les flancs; tîie al 
lonfjée, dcprunêc en avant, à vuiseaii tronqué, aplati, obtus; à ijcux cachés sons la peau; pas de 
langue distincte; narines externes, mais ne communiquant pas avec l'intérieur de la bouche, se 
présentant comme deux fentes situées dans le sens delà longueur de ia livre supérieure; pas de 
dents aux mâchoires; deux longues séries de dents palatines. 

Queue à peu près de moitié aussi longue que te tronc, comprimée, trcs-mincc à son extrémité, 
membraneuse sur ses tranches. 

Quatre pattes grêles, trts-distinclcs, arec les avant-bras et les jambes coiiits : la paire antérieure 
à trois doigts et ta postérieure à deux orteils seulement, et h peine ébauchés. 

Ce genre, des plus curieux, dont Merrem et depuis Wagier ont cru devoir changer la dénomination 
en celle d'IIi/pochtlion {vkox,Bo-j, qui vit sous terre); Goldl'uss, en celle de Catedon, et Leuckart, en 
celle de l'Iianerobraiicliiis, ne renferme qu'une seule espèce, le Protée anguillard (Proteus angui- 
nus, Laurenti). Cet Urodèle atteint une longueur d'environ 0"',52, et sa grosseur est celle d'un 
doigt moyen; il parait aveugle, car à peine aperçoit-on, à la place que pourraient occuper les yeux, 
deux petiis points noirs à travers la peau, qui n'est pas percée; il a le corps lisse, blancliûtre ou 
d'un gris rose couleur de chair, à surface muqueuse, et tout à fuit dépourvu d'écailles; on distingue 
sur celte peau quelques pores qui simulent des points grisâtres, surtout quand l'animal a été exposé 
à l'action de la lumière pendant quelque temps; ses liouppes branchiales, au nombre de trois de cha- 
que côté, sont frangées, subdivisées chacune en quatre, cinq ou six branches supportées par un {.•.'■aï- 
eule commun, et ces lames sont attachées sur le bord inférieur des cornes de l'os hyoïde; quand le 
Protée est resté longtemps sous l'eiu et dans une obscurité absolue, ces franges se prolongent beau- 
coup et prennent une belle couleur rouge carmin; mais elles se flétrissent, se racornissent et pâlis- 
sent quand les ramifications vasculaires ne sont pas injectées par l'hématose, qui ne s'y produit 
plus de la même manière, probablement parce qu'alors l'animal respire l'air qu'il introduit dans ses 
poumons pour remplacer l'aiaion des branchies. 

Laurent! avait à tort réuni au Protée des Urodèlcs ù l'état de têtards, et qui ont dû être rapportés 
à d'autres groupes. Pendant longtemps, on a cru que les branchies ne devaient pas persister pen- 
dant toute la vie de l'animal, cl on pensait que les individus qu'on observait n'étaient qu'à l'état de 
larves, et devaient se rap|)orler à quelque espèce de grandes Salamandres : telle a été l'opinion de 
Ilerniann, de Schneider et de Gmelin; mais on a dû depuis reconnaître jusqu'à l'évidence que le Pro- 
tée anguillard conservait ses branchies pendant toute sa vie, de même, au reste, que quelques autres 
Reptiles qui constituent la îamille des Protéides, et qu'il différait essenliellement des Salamandres 
par la plupart des détails de son organisation Un grand nombre d'auteurs ont donné des observa- 
tions importantes sur l'analomie et les mœurs de cet animal, nous citerons surtout les travaux de 
Schreibers, de G. Cuvier, ainsi que ceux de MM. Cunllgliachi, Rusconi, Délie Chiaie, Duméril, Du- 
vernoy, Lereboullcl, Micliaelles, etc. 

La tête osseuse du Protée ressemble plus à celle de la Sirène qu'à celle de toute autre espèce 
d'Urodcle; seulement elle est plus déprimée, munie d'os ptérygo'idiens, et la dis])osition ainsi que 
la forme des dents palatines ont plus de rapports avec ce qu'on retrouve chez les Salamandres. Lt-s 




hiii I — Avolollde Harla 




Vi'i. -J. - Meiiupou.e des MoiiU Alléglui 



:^. 



p):!ïw^l!''ii^\'ijî^^ 



Ki^. 5, — Léiiiil.isirèlie iiilci rj.éili; 



REPTILES. 179 

or£;anes de la digestion, ainsi que ceux de la circulation, ont donné lieu à quelques remarques et 
ont présenté certaines particularités curieuses. 

On a cru longtemps que les hies des environs de Siiticli, dans la basse Carniole, étaient les seules 
eaux qui recelassent le Protée, dans lesquelles il était transporté â la suite des grandes jiluies, en- 
traîné par les eaux des inondations qui pénétraient dans des sortes de grottes souterraines où l'on 
on avait observé plusieurs fois, mais depuis on en a découvert en grand nombre dans les eaux d'une 
grotte profonde, celle d'Adelsberg, sur la grande route de Trieste à Vienne. 

Un en a observé plusieurs individus dans nos ménageries, et nous indiquerons quelques détails 
sur leurs mœurs, d'après les remarques de MM. Duméril. Hors de l'eau, le Protée anguillard se traîne 
péniblement; son corps, étant très-long et muqueux, se colle sur le sol, don! ses paties, trop courtes 
cl mal conformées, ne peuvent le détacher; ses branchies £t sa peau se dessèchent, et l'animal ne 
tarde pas à périr. Dans l'eau, il cage très-bien; venant de emps à autre se porter à la surface pour 
y respirer, d'abord en repoussant i'air vicié, puis humant l'air atmosphérique pour en remplir de 
nouveau et rapidement ses poumons; et, dans le premier cas. il émet un petit cri ou produit un bruit 
qui provient du gargouillement des bulles qui passe de la glotte dans l'eau que contient sa bouche, 
On peut les nourrir avec des Vers de terre de moyenne grosseur, et qui sont avalés avec voracité eî 
tout entiers. « Nous tenions ces Protées, ajoutent MM. Duméril, à la cave pendant l'hiver, et, dans les 
jours très-chauds de l'été, ils étaient contenus dans un compotier de porcelaine avec un couvercle de 
la même poterie, mais de manière que l'air pouvait s'y renouveler et h lumière y pénétrer un peu. 
Nous devons faire remarquer cette dernière circonstance, car les téguments prenaient alors une 
teinte grise assez prononcée. Quand nous les laissions à la cave, enfermés dans un grand vase de 
faïence épais, ces Protées reprenaient la teinte d'un jaune très-pâle, et c'est ainsi que reste constam- 
ment celui que nous conservons encore (1847) dans un grand seau de zinc. On avait soin de renou- 
veler l'eau tous les deux ou trois jours, suivant qu'elle était plus ou moins salie par les déjections 
de l'animal, ce qu'on pouvait reconnaître par la diminution de longueur de ses branchies. Ces ani- 
maux ont grossi et grandi considérablement, mais ils n'ont jamais changé de forme; ce dont nous 
t'tions fort désireux de nous assurer, n 

Les trois autres groupes génériques de la famille des Protéides sont les suivants : 

AxoLOi-T, Daudin, ou Siredon, Wagler, chez lesquels le. corps est épais, ramassé, déprimé; la 
queue comprimée, peu distincte; les quatre pattes courtes, ù quatre doigts devant cl cinq derrière, et 
trois houppes branchiales externes, longues, pointues, en partie recouvertes à la base par une peau 
flottante. Ce gepre très-remarquable renferme deux espèces de taille assez grande : I'Axoi.oi.t dk 
IliMnoLT [S'ireaon IlunibohUn, C. et A. Duméril et Dibron), ou Axoi.olt proprement dit, à corps 
brun ou d'un gris foncé, piqueté de taches irréguliéres noires, étendues sur leurs bords par des li- 
gnes radiées même sous le ventre cl sur la queue; du Mexique, et l'A. de IIarlan (S. Ilarlanu, Dumé- 
ril et Cibron), à corps gris cendré, parsemé de taches noires, arrondies, bien distinctes les unes des 
autres, plus nombreuses et plus rapprochées sur la tête et autour des yeux; du lac Erié, dans l'Amé- 
rique du Nord. (Voy. notre Allas, pi. XXIV, (ig 1.) 

MExoBRANcnus (pviv/;, croissant de la lune; fjpmyj.a, branchic), Ncciuriis (nrîxrr;;, propre à la nage; 
ouoa, queue), Ralinesque; Pliinieiobranclius, Fitzinger, qui ont tous les caractères des Triions, mais 
avec des branchies qui restent constamment apparentes; les pattes à quatre doigts peu distincts. Une 
espèce (M. laicralis, llolbrook); de grande taille, pouvant atteindre plus de 0'",60, noirâtre, et pro- 
pre aux grands lacs de l'Amérique du Nord : cette espèce, le MÉl^OllRA^CHE a raie latérale, est 
représentée fig. 71, p. 182. 

SiREN (o-ôtpnç, nom mythologique), Linné, ou Psciidobraxcliiis (iliiurîoç, faux; ^ftav/ja, braiichie), 
Linné, à corps anguiforme très-allongé, ayant seulement deux pattes antérieures à quatre doigts, et 
offrant trois houppes de branchies persistantes de chaque côté du corps. Ce singulier genre de liep- 
liles a occupé un grand nombre de naturalistes, parmi lesquels on peut citer Linné, Ellis, Hunier, 
llcrmann. Camper, Shaw, G. Cuvier, C. Duméril, Leconte, Wagler, Owen, Holbrook, Gray, etc., et 
on en a fait connaître l'organisation et les mœurs d'une manicie assez complète. L'espèce type et 
probablement unique de ce genre (car l'on ne considère que comme en étant de simples variétés les 



f^O 



HISTOIRE NATURELLE. 



Sircn striata, Wagler, et inlermedia, Leconle) esl la Sibè.ne lacertine (Siren laccrl'ma, Linné), ainsi 
iiommt'C parce que rillustre auteur suédois la considérait comme ayant qufl(|iies rapports avec ses 
Salamandres, qu'il rangeait dans son genre Lézard ou Laccrta. (7esl un L'rodcle d'une longueur qui 
peut atteindre jusqu'à 1°', et qui ressemble à une grosse Anguille; sa queue, mince et comprimée, 
se trouve étendue verticalement par des prolongements de la peau qui présentent des nageoires 
membraneuses, lesquelles ne sont pas soutenues par des rayons osseux intérieurs, ce qui le dis- 
iingue particulièrement des Poissons, avec lesquels^on l'a quelquefois rangé; la couleur générale est 
d'un gris foncé ou brun noirâtre, et la peau est gluante, ù pores muqueux, abondants, à peu près 
disposés comme ceux des Murènes, mais il n'y a pas d'écaillés; les membres sont grêles, couris et de 
même grosseur dans les régions du bras et de l'avant-bras. Ce Reptile habile les marais fangeux de 
l'Amérique du Nord, de la Caroline, et surtout les fossés pleins d'eau des terrains où l'on cullive le 
riz; il s'enfonce dans la vase à plus d'un mètre de profondeur, et sa nourriture consiste en petits Pois- 
sons, en Mollusques et en Annélides, et non en Serpents, comme on l'a prétendu; c'est aussi très- 
probablement p:ir préjugé qu'on l'accuse d'être venimeux; serait-il vrai qu'il peut crier et que sa 
voix ressemble à celle d'un jeune Canard? On en a conservé un pendant sept ans à la ménagerie des 
Reptiles du Muséum de Paris, et il s'y est beaucoup développé; il était Irès-vorace et mangeait sou- 
vent des Tritons et de petits Poissons, il fuyait la lumière, s'enfonçait dans la vase ou se cachait sous 
les pierres qu'on avait placées au fond du bassin dans lequel il se trouvait. 



TllOlSIÈME FAMILLE. 



AMPIllLlMlDES. C. et A. Duniéril et Bibron. 



Les Urodèles de cette famille peuvent être distingués par leur cou offrant des fentes latérales, mais 
sans aucune apparence de branchies extérieures. On n'en connaît réellement que trois espèces propres 
à l'Amérique septentrionale, et qui constituent les deux genres suivants; nous y joindrons toutefois 
le genre des Lépidosirènes, tout en faisant remarquer que l'on ne sait pas encore positivement s'il 
doit rester avec les Amphibiens ou entrer diins la classe des Poissons. 

AjirniuMA, Garden, Clirijsodonia. Mitchill, et Miirœnopsis, ^Yagler, qui ressemblent aux Sirènes 
par leur corps cylindrique, très-allongé (vingt fois au moins aussi long que large), arrondi, lisse, 
assez semblable à celui des Anguilles, et qui, en même temps, se rapprochent des Salamandres par 
la conformation de la bouche; dont la queue est comprimée, tranchante; la tête sessile, à museau 
(iblus, à langue triangulaire, adhérente, lisse, avec des dents aux gencives et au palais, et surtout qui 
(inl quatre pattes rudimenlaires, très-courtes, très- distantes entre elles; à doigts peu nombreux, à 
peine développés. Les deux espèces de ce groupe, que MM. C. et A. Duméril et Bibron réunissent en 
une seule sous le nom d'AMniioii-: rKNÉTR.ANT {Aniplihwui iiicnns), sont : \° A . diilnciijluni, tl ('u- 
vier, à deux doigts à chacune des pattes; 2" A. Iridaclijliim, llarlan, à trois doigts; dont la peau esl 



REPTILES. 181 

d'une teinte t^rise unifoimc, foncée, sans lathes, avec des plis transvenîs plus visibles sur les flancs; 
pouvant atteindre 0°,60 à O'.OO de longueur; particulières aux étangs de la Nouvelle-Orléans, de la 
Floride, de la Géorgie et de la Caroline, dont le genre de vie est analogue à celui des Sirènes, pou- 
vini vivre assez longtemps à terre, et qui sont, probablement à tort, regardées comme venimeuses. 




• Amphiiime pénétrant. 



.Mekopoma (f/,<iv»), croissant de la lune; -kwio., operculi^), Ilarlan, ressemblant un peu aux Salaman- 
dres par la forme trapue du corps et par celle des membres et des doigts, et qui a reçu successive- 
ment les dénominations particulières AWbranchus [cA^jm-yac,, sans branchies), Ilarlan; Proionopsis 
(tt^otovo-J/iç, première apparence), Bartou; Cn/Zf/oti-rtiic/iKS (-/(iijTrToêpav;^»;, à branchies cachées), Leu- 
kart; Salainandrops (rraîauavjpo]/;, à apparence de Salamandre), Wagler: MoUjr, Merrem; Eurijcea, 
Rafinesque, etc., qui ne comprend qu'une seule espèce qi.i a reçu plusieurs dénominations, dont les 
deux plus connues sont celles de Mknopowe a tète ÉLAFiciE {Mniopoma tnacronala, Rafinesque) et de 
M. DES MONTS Ai.LEGHANYS {M. Allccjhuncmïs . Il:irlan. (Voy. notre Allas, pi. XXIV, lig. 2.) Dans les 
Ménopomes, le corps est aj'lati, à tête déprimée, à bouche petite, avec deux rangées de dents pala- 
tines; à yeux petits, et à qunire pattes courtes, bien conformées, à quatre doigts distincts en avant, 
et pattes postérieures élargies, membraneuses, à rinq orteils plus courts; à peau nue, mais avec une 
saillie très-prononcée sur les flancs depuis les lèvres jusqu'aux aines; à queue comprimée, du tiers à 
peu près de la longueur du corps. Le corps est d'une teinte ardoisée, parsemée de taches obscures : 
une raie noire passe sur les yeux et est surmontée de petits points noirs. Celte espèce est Carnivore 
et très vorace; elle se trouve habituellement dans l'eau douce, où elle se nourrit de Vers, de Crusta- 
cés et de petits Poissons. On la prise dans l'Oiiio et dans la rivière des Alleghanys, et en général 
dans toutes les eaux des petits ruisseaux des divir,-. afiliients de ce grand fleuve de l'Ohio. M. Hol- 
brook a cru devoir en distinguer une seconde espèce [M. fusca), qui ne différait essentiellement que 
par sa couleur, qui, en dessus, serait d'un brun rouge. 

Enfin le dernier genre que nous devions indiquer dans l'ordre des Amphibiens et dans la fa- 
mille des Amphiumides est celui des FjÉpinosinÈNEs (Le-phtosiren) (),Eînç, écaille; o-iprjv. Sirène), Nat- 
terer, ou Prolopleriis, Owen, que les naturalistes ne savent pas encore aujourd'hui s'ils doivent 
ranger avec les Amphibiens, dont il a les termes générales, ou avec les Poissons, dont il se rappro- 
che surtout par la présence de petites écailles : dans la première hypothèse, du reste, ce serait avec 
les Amphiumides qu'on devrait les placer, et non avec les Proieides, à côté des Sirènes, comme on l'a 
fait souvent, parce que leurs branchies ne sont pas visibles à l'extérieur; dans la seconde hypothèse, 
on devrait les mettre auprès des Lamproies Les Lépidosirènes proviennent des eaux douces et palus- 
tres de l'Amérique du Sud, principalement des environs de Bahia ; ils ont la forme d'une grosse 
Anguille; leur queue est surmontée d'une sorte de nageoire; ils ont quatre appendices ou rudiments 
de membres, mais sans doigts distincts. La bouche est petite, avec deux petites dents grêles, mobiles, 
intermaxillaires, puis des maxillaires nombreuses-, les lèvres se !t épaisses, cliarnues; leur langue est 
charnue, attachée en avant; les yeux petits, arrondis, couverts par la peau. Le cou n'est pas distinct; 
le tronc presque cylindrique, légèrement comprime; la queue du tiers de la longueur totale. Les 
fentes branchiales sont allongées, couvertes d'un opercule, et il y a au fond quatre arcs branchiaux 
aissant sortir de chaque côté un filet conique, considéré comme le rudiment des puttes de devant. 



182 



HISTOIRE NATURELLE. - REPTILI'S 



Le corps esl couvert de larges écailles rondes, enluilées. L'ouverture du cloaque est arrondie; la li- 
gnelatérale est garnie de pores ni'iqueux comme d.ms les Poissons. Pans les intestins, on remar(,ue 
une valvule en spirale qui forme un repli, et est assez semblable à celle que présentent les Squales. 
Par suite de toutes ces particularités, de celle de la cellulosité de la vessie natatoire, et, par quel- 
ques autres, on voit que ces animaux semblent participer à la fois de certains Amphibiens et de cer» 
tains Poissons; de nouvelles études sont donc encore nécessaires pour que le rang que doivent occu 
per les Lépidosirènes soit définitivement assigné, et cependant un grand nombre de travaux de la plus 
haute importance ont déjà clé publiés par d'éminents anatomistes et zoologistes, tels que .MM. Nat- 
terer, Filziiiger, Riscliol'f, Owen, De RIainville, Wiegmann, Froriep, C et A. Duméril, etc., et les deux 
derniers naturalistes que nous venons de citer, ainsi que quelques-uns des autres, les considèrent 
comme de véritables Poissons; pour nous, comme il y a dix ans dans le Diclionnaire universel 
d'Hisioire nulitrclle, nous dirons que ce sont des êtres assez voisins des Cécilies, et qui, intermé- 
diaires entre deux grandes classes de Vertébrés généralement admises, viennent démontrer que nos 
méthodes dites naturelles, indispensables pour arriver l'i la connaissance des êtres, ne sont cepen- 
dant et toujours que ]ilus ou moins artilicielles, et que la nature ne les a nullement créées. Quant aux 
espèces admises dans ce genre, qui sont toutes plus ou moins noirâtres, et longues d'environ O^.ôô, 
elles sont au nombre de trois : les Lepïdosiren paradoxa, Natterer, la plus anciennement connue; 
L.annecUns, Owen, et //. inlenncdia, que nous représentons dans notre Allas, pi. XXIV, fig. 3. 




^"■x;^\-^.- -a - r^ — — 

rig 71. — Ménoliraiii-'lic à raie latilralc. 



POISSONS. 



On fomprerid dans cette classe les animaux vertébrés ovipares, h cmvialion double, mais dont 
la respiralion s'opère uniquement par l'intermédiaire de l'eau. Pour cet effet, ils ont, aux deux cô- 
tés du cou, un appareil nommé branchies, consistant en feuillets suspendus à des arceaux qui tien- 
nent à l'os hyoïde, et composés chacun d'un grand nombre de lames placées à la file, et recouvertes 
d'un tissu formé d'innombrables vaisseaux sanguins; l'eau que le Poisson avale s'échappe entre ces 
lames par des ouvertures nommées ouies, et agit, au moyen de l'air qu'elle contient, sur le sang, 
conlinuellement envoyé aux branchies par le cœur, qui ne représente que l'oreillette et le ventricule 
droit des animaux à sang chaud, c'est-à-dire des Mammifères et des Oiseaux. Ce sang, après avoir 
respiré, se rend dans un tronc artériel situé sous l'épine dorsale, et qui, faisant l'oflice du ventricule 
gauihe, l'envoie par tout le corps, d'où il revient au cœur par les veines. Ces caractères essentiels 
peuvent, d'une manière générale, servir à distinguer les Poissons des autres Vertébrés; cependant 
l'existence de branchies permanentes ne leur est pas exclusive, puisque certains Amphibiens des 
derniers ordres en possèdent aussi; mais chez ces derniers on trouve en même temps des poumons, 
qui, à la vérité, chez certains d'entre eux, sont presque atrophiés, en outre, quoique réellement ani- 
maux vertébrés, les Poissons se modifient tellemeni, qu'ils offrent les plus grands rapports avec 
certains Invertébrés; c'est qu'en effet les caractères tirés du squelette, bien tranchés quand on étudie 
les espèces placées au centre de la série ichthyologique, se modifient profondément pour les espèces 
extrêmes de cette même série; en effet, si la plupart de ces animaux, les Poissons 0RDii\AiRES ou os- 
seux, ont un squelette osseux; d'autres présentent un squelette qui n'a plus la dureté que l'on a l'ha- 
bitude de considérer comme le caractère des os, et, parmi ces Poissoxs cartilagknecx ou CnoNonorTÉ- 
ivGiENS, on voit une dégradation insensible, de telle sorte que les os, de cartilagineux qu'ils étaient, 
Unissent par devenir entièrement membraneux et même par disparaître en quelque sorte à certaines 
époques de l'année; or, pour ces derniers animaux, ayant d'ailleurs dans leur faciès et dans la dispo- 
sition de quelques organes la plus grande analogie avec certains Invertébrés, on voit que la place 
qu'on leur assigne généralement serait tout à fait arbitraire si la position du système nerveux, supé- 
rieur au canal intestinal, ne venait établir une distinction tranchée. 

D'autres particularités caractéristiques doivent donc être ajoutées aux deux principales que nous 
avons signalées, et serviront à compléter la distinction générale de ces Vertébrés. Les Poissons ha- 
bitent toutes les eaux, aussi bien celles des mers que celles des fleuves, des lacs, des étangs, etc., 
et ce séjour constant, habituel, nous montre l'infériorité de leur type par rapport aux autres classes 
des animaux vertébrés. Toute la structure de ces animaux dénote ce genre de vie particulier. Le corps 



igi HISTOIRE NATURELLE. 

est tout à fait syniéliique, et cette loi ne rencontre qu'un très-petit nombre dVxcoplions; en effit, les 
Carrelets et les Soles n'ont pas les deux côtés de leur corps symétriquement disposés : les yeux sont 
placés d'un même côté, l'un au-dessus de l'autre; la bouche est également contournée, et la disposi- 
tion interne des viscères subit des modifications correspondantes. Les formes du corps sont excessi- 
vement variées; tantôt, ce qui a lieu dans la très-grande majorité des cas, le corps est comprimé sur les 
côtés; mais dans d'antres il est aplati, comme ciiez les Raies, cylindrique chez les Anguilles, orbicu- 
laire chez les Chétodons, sphérique dans quelques Coffres, composé de pièces qui semblent articu- 
lées les unes avec les autres chez les Syngnathes, etc., et ces variations ne se remarquent pas seule- 
ment dans l'ensemble du corps, mais quelquefois dans chacune de ses parties; c'est ainsi que la tête 
est tronquée chez l'Uranoscope, pointue che^ l'Anguille; que la bouche est supérieure dans l'Uranos- 
cope, inférieure dans les Raies; enfin certains organes peuvent prendre des dispositions qui donnent 
au corps des formes particulières : toutes ces particularités et un grand nombre d'autres seront em- 
ployées avec avantage pour la distinction des genres. Le corps est toujours recouvert d'ccailles plus 
ou moins petites, mais presque toujours appréciables, au moins à l'aide d'instruments amplifiants, et 
c'est en raison de cela que De Blainville avait appliqué la dénomination de Sqnamm'ifires aux animaux 
qui nous occupent. La surf;ice du corps est presque consiatriinent enduite d'une sorte d'huile qui en 
facilite beaucoup sans doute les mouvements; elle offre nnet,'rande variété de disposition : écailleuse 
dans la grande majorité des cas, elle semble nue dans les Unrènes, lisse et polie dans les Labres, 
endLiite d'une humeur visqueuse chez les Anguilles et queicucsSalmones, mamelonnée dans quelques 
Dalisies, coriace dans les Coffres et les Trigles, etc. Les «fleurs des Poissons et leurs dispositions 
offrent un très-grand nombre de variations; mais ce qui e^l surtout remarquable, c'est la magnifi- 
cence des teintes dtuil certaines espèces sont revêtues, eî s harmonie avec laquelle les nuances sont 
disposées. Dans un grand nombre de cas, l'or et l'argent se marient aux nuances les plus belles; des 
lignes, des taches d'un rouge vif, d'un bleu d'azur, d'un jaune pur, se détachent sur un fond blanc ou 
rosé; une harmonie complète est établie entre les diverses nuances. Les espèces marines semblent avoir 
une parure plus brillante que les espèces fluviatiles; mais malheureusement ces brillantes couleurs 
disparaissent quand l'animal est retiré du milieu dans lequel il vit, et l'on peut juger de l'éclat de 
la parure d' m Poisson d'après ceux que l'on voit sur les marches mêmes de nos ports de mer; ceux 
d'entre eux dont les couleurs changent le moins après la mort, les Maquereaux, par exemple, n'of- 
frent aux yeux de l'observateur qu'une faible reproduction de l'éclat qu'ils présentent dans leur état de 
vie et dans leur élément indispensable. Dans nos collections, le système de coloration change encore 
plus, et, pour avoir une bonne de.^c^iption des teintes, souvent très-utile pour distinguer les espères 
presque iniiom'jriibles de cette classe, on a besoin d'ob'^ei vations laites sur les Hl'ux et imiiiediate- 
ment après que l'animal vient d'être retiré de l'c;:;]. 




Fig 72, — Maquereau cjli.:». 



Le corps est toujours tout d'une veiiUe; l'on n'y distingue pas de véritable cou, et la tête comme la 
queue sont en continuité directe avec le tronc. Les membres, devenus peu utdes, sont excessivement 
réduits; les pièces analogues aux os des bras et des jambes sont très-raccourcies, ou même entière- 
ment cachées; des rayons |)lus ou moins nombreux soutenant des nageoires membraneuses représen- 
tent grossièrement les doigts des mains et des pieds; celles qui correspondent aux extrémités aalé- 



POISSONS. 185 

riewres se nomment nagro'ires pccloraUs, tt celles qui répondent aux poslérieures, nageoires 
venlrales. Ces rudiments de membres, et surtout ceux de derrière, varient singulièrement par leur 
position, leurs dimensions, leur forme : tantôt placés auprès de l'anus, jamais en arrière, tantôt sous 
la poitrine, quelquefois en avant de celle-ci, et ces particularités servent à la distinction des ordres 
de cette classe nombreuse; ces membres sont réduits à de petites dimensions chez le plus grand 
nombre des Poissons, et, au contraire, d'une grandeur considérable chez d'autres. Ils ne remplissent 
en général pas l'office de rames ordinaires, mais sont des sortes d'ailes, si l'on peut employer ce 
nom, qui envoient l'animal à de grandes distances par leur brusque renconli'c avec le liquide dans 
lequel il est plongé; enfin, revêtus des formes les plus bizarres et les plus variées, ils sont destinés 
à la locomotion; mais ils doivent être considérés, dans cet acte compliqué, plutôt comme des gou- 
vernails que comme des rames : c'est la queue qui remplit cet oltice; les membres dirigent la course 
du Poisson quand l'extrémité caudale lui a donné l'impulsion. Toutefois ce n'est pas dans ces organes 
seuls que résident les moyens de loconaotion des Poissons; des rayons, attachés à des os parti- 
culiers placés sur ou entre les extrémités des aj)ophyses épineuses, soutiennent des nageoires verti- 
cales sur le dos, sous la queue et à son extrémité, lesquelles, en se redressant ou en s'abaissant, 
étendent ou rétrécissent, au gré de l'animal, la surface qui choque l'eau; on appelle les nageoires 
supérieures dorsales, les inférieures, anales, et celles du bout de la queue, caudales; les rayons qui 
les soutiennent sont de deux sortes : les uns consistent en une seule pièce osseuse, ordinairement 
dure et pointue, quelquefois flexible et élastique, divisée longitudinaicment; on les nomme épineux; 
les autres sont composés d'un grand nombre de petites articulations et se divisent d'ordinaire en ra- 
meaux à l'extrémité; ils s'appellent raijons mous, articulés ou branclius. Il y a encore certains ap- 
pendices qui, de même que les filets de la Baudroie, leur sont d'un usage particulier. 




L'analomie, tant spéciale que comiiarée, des Poissons présente, principalement celle du squelette, 
des particularités des plus remarquables, a occupe un grand nombre de naturalistes et a souvent 
donné lieu à des considérations philosophiques du plus haut intérêt; exposer ces faits importants 
dans notre ouvrage nous mènerait trop loin, aussi nous bornerons-nous à donner seulement quel- 
ques obseivalions générales. 

Le système osseux offre, dans un grand nombre de cas, des os d'une grande dureté, et plus même 

que ceux des animaux supérieurs, et, dans d'autres cas, au contraire, les os sont mous et constituent 

un squelette cartilagineux. Dans le squelette des Poissons osseux, on peut distinguer deux régions, 

celle de la léle et celle du tronc. C'est surtout la signification des pièces nombreuses de la tête qui 

.,. P. 24 



186 IIISTOllit; NATURELLE. 

a (loiiiié lieu à de nombreuses discussions, dans lesquelles nous ne pouvons entrer, entre un i^rari'l 
nombre d'anatomisles, parmi lesquels nous devons surtout nommer nos célèbres : De Blainvule, 
G. Cuvier et El. Geoffroy Saint-ililaire : en résumé, selon le savant auteur du /i«/)ie animal, celle 
tète, qui varie plus pour la forme que celle d'aucune autre classe d'animaux, peut cependant se lais- 
ser presque toujours diviser dans le même nombre d'os que celle des autres Ovipares; le frontal y 
est composé de six pièces; le pariétal, de trois; l'occipital, de cinq; enfin cinq des pièces du sphé- 
noïde et deux de chaque temporal restent dans la composition du crâne : des os particuliers destinés 
à aider l'acte de la respiration, et sur la sii,'niiieation desquels on est loin enrore d'être d'accord, 
portent le nom d'os operculaires; l'os liyoide est tout particulier, ainsi que les arcs branchiaux. L'os 
intermaxillaire forme, dans le plus i;rand nombre, le bord de la mâchoire supérieure, et a derrière 
lui le maxillaire, nommé communément os labial ou mystace; une arcade |)alaiine, composée du pa- 
latin, des deux apophyses ptérygoides, du jugal, de la caisse et de l'écailleux, fait, comme dans les 
Oiseaux et dans les Serpents, une sorte de mâchoire intérieure, et fournit en arrière l'articulation i 
mâchoire inférieure, qui a généralement deux os de chaque côté. Le tronc n'est réellement constitué 
que par les vertèbres du dos et celles de la queue; ces vertèbres, à corps cylindrique, comprimé ou 
anguleux, disposées en série comme cela se rencontre chez les Vertébrés plus élevés, .s'unissent en- 
semble par des surfaces concaves renq)lies de cartilage, qui communiquent le plus souvent par un 
canal creusé dans l'axe de la colonne vertébrale, elles supportent des côtes, souvent soudées aux 
apophyses transverses, et des os qui, à cause de leur position entre les apophyses épineuses, onl 
reçu le nom de côtes interépineuses, et sont destinés à soutenir les nageoires du dos et de l'anus, 
dont les rayons, ainsi que ceux de la nageoire caudale, ont été parfois considérés comme des dépen- 
dances mêmes des vertèbres; vulgairement ces cotes et ces apophyses portent le nom d'acéré*. 
Les membres, modifiés en nageoires, varient beaucoup pour le nombre; le plus souvent il y en 
a quatre, quelquefois deux et pas du tout chez quelques Poissons : au membre antérieur, l'os qui 
représente l'omoplate est quelquefois retenu dans les chairs comme dans les classes supérieures; 
d'autres fois il tient ù l'épine dorsale, mais le plus souvent il est suspendu au crâne; de petits os, 
analogues ù ceux du carpe, suivent cette omoplate et donnent attache à des rayons en nombre trés- 
variable, affectant des formes diverses, de consistance différente, et soutenant les nageoires pecto- 
rales; au membre postérieur, le bassin, composé de deux os distincts, adhère bien rarement à la 
colonne vertébrale, et le plus habituellement, au lieu d'être en arrière de l'abdomen, il est en avant 
et lient à l'appareil numéral : ces os supportent comme ceinture osseuse antérieure la nageoire anale, 
qui est, comme la pectorale, composée de rayons disposés parallèlement les uns si:r les autres, mais 
b'arliculanl immédiatement sur ces os, et non sur des osselets semblables à ceux qui, dans le mem- 
bre de devant, sont considérés comme les analogues du carpe. Le squelette des l'oissons cartdagi- 
neux offre des modilicalious assez profondes, et la signilication des pièces qui le composent devient 
encore plus difficile que chez les f'oissons osseux; le squelette, de cartilagineux, devient parfois mem- 
braneux, et la colonne vertébrale même des plus inférieurs, telle que la Lamproie, n'est plus, à vrai 
dire, qu'une simple corde fibreuse sur laquelle on ne distingue que difficilement les traces des vertè- 
bres. Si, après nous être occupé de la partie passive de la locomotion, nous disons quelques mots de 
la partie active, nous ferons observer que, dans la grande majorité des cas, la fibre musculaire est in- 
colore et peu consistante, ce qui tient au nombre peu considérable de vaisseaux sanguins qu'elle re- 
çoit; toutefois quelques l'oissons, le Saumon, par exemple, ont une chair rosée. Les muscles soûl 
larges, aplatis, disposés par plan; mais cela r.'est pas général, et la forme de quelques Poissons 
exige parfois une autre disposition. 

Outre les parties ordinaires du cerveau, qui sont placées, comme dans les lieptiles, à la file les 
unes des autres, ces animaux ont encore des nœuds à la base des nerfs ollaclifs. Du reste, le cerveau 
est très peu développé, ce qui est loin d'être d'accord avec le grand volume du crâne, et la moelle 
c'pinière offre, au contraire, une énorme prédominance sur celui-ci : la moelle est à peu près c\lin- 
drique, marquée, en dessus et en dessous, de deux scissures longitudinales, dont la dernière est 
beaucoup plus profonde que l'autre, et forme même un véritable canal central; les nerfs sont peu 
apparents. Les organes des sens n'offrent que peu de développement. L'enveloppe calcaire dont sont 
formées les écailles qui recouvrent le corps de la plupart des Poissons montre que chez eux le sens 
du loucher n'a presque aucun développement, mais tous ces Vertébrés ne sont pas revêtus d'écaillés : 



POISSOiNS. 187 

1/ PU est dont la peau est plus ou moins molle, muqueuse ou nue; et enfin, dans le plus grand nom- 
bre, les lèvres et les barbillons dont elles sont quelquefois entourées paraissent être lesiéged'un 
toucher assez délicat, et leur permellcnt, jusqu'à un certain point, d'explorer la forme des corps. 
Les formes que prennent les écailles sont exlrèmement diverses suivant les genres; dans les Estur- 
geons, les Coffres, la Raie bouclée, elles sont d'un volume considérable, ossifiées et armées d'épines; 
dans les Anguilles, elles sont excessivement petites; dans les Cyclostomes, elles ont disparu; mais 
alors, comme dans les Squales, la peau est dure, coriace, très adhérente aux parties musculaires, et 
l'épiderme est grenu et mucilagineux. Le goût doit avoir peu d'énergie, puisque la langue est en 
grande partie niembraneuse ou osseuse, et souvent garnie de dents ou d'autres enveloppes dures. 
Les narines sont de simples fossettes creusées au bout du museau, presque toujours percées de deux 
trous, et tapissées d'une pituitaire plissée 1res- régulièrement. L'organe de l'ouïe est des plus sim- 
ples; en effet leur oreille consiste en un sac qui représente le vestibule, et soutient en suspension 
des petites masses le plus souvent d'une dureté pierreuse, et en trois canaux semi-circulaires mem- 
braneux, plutôt situés dans la cavité du crâne qu'engagés dans l'épaisseur de ses parois, exceple 
chez les Poissons cartilagineux, où ils y sont entiènient; il n'y a jamais ni trompe, ni osselets, et les 
Sélaciens seuls ont une fenêtre ovale, mais à fleur de tête. Les yeux sont habituellement de grande 
dimension; mais cependant l'Anguille, la Lamproie, etc., les ont très-petits, et ils semblent avoir 
tout à fait disparu dans le Gaslrobranche aveugle et dans l'Angine; ces yeux, dont la forme est 
sphéroïdale, sont ordinairement placés symétriquement de chaque côté de la tête; mais dans quel- 
ques cas ils sont dirigés en haut et en arrière, et, chez les Pleuronecles, la symétrie est rompue, et 
ils se trouvent placés tous de\i\ du même côté; l'œil a sa cornée très-plate, peu d'humeur aqueuse, 
mais un cristallin presque globuleux et très-dur. 

Les Poissons sont excessivement voraces, et cependant la petitesse de leur bouche favorise peu 
cette voracité; ils s'entre-dévorent les uns les autres; les Mollusques, même ceux pourvus d'une co- 
quille calcaire, deviennent leur proie, ainsi que les nombreux Crustacés qui habitent le même séjour 
qu'eux; il en est qui se nourrissent de matières végétales; mais ceux-ci sont en petit nombre; la di- 
gestion s'opère assez vile; ils rejettent ordinairement les matières indigestes qu'ils ont avalées, les 
fragments de coquilles, de carapaces, les arêtes; et leur accroissement dépend évidemment beaucoup 
de la quantité de nourriture qu'ils prennent. La forme de la bouche est tiès-variée, plus ou moins 
fendue, et il n'y a que rarement de véritables lèvres. Il peut y avoir des dents à l'intermaxillaire, au 
maxillaire, à la mâchoire inférieure, au vomer, aux palatins, à la langue, aux arceaux des branchies 
et jusque sur des os situés en arrière de ces arceaux, tenant à l'os hyoïde, et nommes os pliarjn- 
giens. Les variétés de ces combinaisons, ainsi que celles de la forme des dents placées à chaque 
point, sont innombrables. Ces dcnls, le plus souvent, sont pointues et en forme de crocliel, et ne 
naissent pas, comme celles des Mammifères, dans des alvéoles creusées dans l'os, mais dans la gen- 
cive même; elles sont simples, ainsi que leur germe pulpeux; il en est de même des dents si fortes 
et si redoutables des Squales. L'estomac el les intestins, qui sont assez courts en raison de la ma- 
tière exclusivement animale qu'ils doivent contenir, varient autant que dans les autres classes pour 
l'ampleur, la figure, l'épaisseur et les circonvolutions : parfois même il est droit; du reste, cet intes- 
tin se divise en gros intestin et en intestin grêle, et ces parties sont séparées l'une de l'autre par un 
renflement charnu, annulaire, quelquefois, comme dans l'Esturgeon, muni d'une valvule en spirale; 
le rectum s'ouvre en avant des orifices de la génération; mais la position de l'anus varie beaucoup 
par rapport à celle des nageoires ventrales. Chez les Poissons osseux, le pancréas est remplacé par 
des cœcums d'un tissu particulier situés autour du pylore, ou par ce tissu même appliqué au com- 
mencement de l'intestin; dans les Poissons cartilagineux, il existe réellement sous sa forme habituelle. 
Quant aux organes sécréteurs, on peut dire que les glandes salivaires manquent chez les Poissons. 
Le foie, au contraire, offre un développement excessivement remarquable; il remplit parfois pour 
ainsi dire à lui seul presque toute la cavité abdominale, et ses dimensions peuvent même assez s'ac- 
croître pour qu'il enveloppe à la fois plusieurs circonvolutions du canal intestinal; son volume est 
d'ailleurs encore augmenté chez quelques espèces, telles que les Raies, par l'énorme quantité de 
substance huileuse qu'il contient, et dont la médecine a su tirer un parti prolilable; sa forme est très- 
variable; il est d'autant plus mou qu'il est plus développé, et sa couleur varie du jaune au rouge et 
au brun. La vésicule biliaire se rencontre dans la grande majorité des cas; mais elle n'existe pas chez 



188 IIISTOir.E NÂTUUELLE. 

quelques Poissons, tels que la Lamproie, etc. I.n rate semble toujours exister; elle est petite, irrégu- 
iière, d'aue couleur assez claire, et parait en rapport inverse de développement avec le foie. Les 
reins, quand ils existent, sont aussi dans un rapport assez constant avec le foie; relativement au dé- 
veloppement qu'ils atteignent, ils s'étendent, confondus en une seule masse le long de la colonne 
vertébrale, en arrière de la cavité abdominale, précisément à la partie supérieure et postérieure de 
la vessie natatoire, et ils sont de forme variable. La vessie urinaire, dans le petit nombre d'espèces 
où l'on a pu en constater l'existence, est située au-dessus du rectum, et s'ouvre derrière Tanus et 
derrière l'orifice de la génération, ce qui est l'inverse de ce qui a lieu chez les Mammifères. Certains 
Poissons, et surtout la Torpille, la Gymnote, une espèce de Silure, etc., ainsi que nous le dirons 
quand nous ferons l'histoire particulière des espèces, causent, lorsqu'on les touche, une sensation 
électrique extrêmement douloureuse qui quelquefois a des suites fâcheuses; mais, si l'on connaît bien 
ce phénomène, produit par certains Poissons sans doute comme moyen de défense, les causes de ce 
phénomène et les circonstances de la production sont loin d'être aussi connues, malgré les recher- 
ches d'un grand nombre d'anatomistes; les organes qui produisent ces phénomènes sont indiqués sous 
le nom d'électriques; leur position varie suivant les espèces qui les produisent, et leur structure est 
loin d'être suffisamment connue. 

Le sang est rouge chez les Poissons, mais la température est froide en raison de leur séjour; la 
circulation se divise, chez eux, en trois systèmes : la circulation du corps, celle de la respiration et 
une circulation abdominale particulière; les deux premières comiilètcs, la troisième qui est nécessai- 
rement partielle. Mais ce qui dislingue surtout la circulation des Poissons, car les caractères in- 
diqués, s'ils la différencient des animaux non vertébrés, lui sont communs avec ceux des trois 
premières classes du règne animal, c'est de n'avoir de cœur proprement dit qu'à la base de la circu- 
lation branchiale ou pulmonaire : c'est un cœur pulmonaire, c'est-à-dire que, chez ces animaux, le 
sang, revenant de toutes les parties du corps, entre dans le cœur, qui l'envoie aux branchies, et de 
là à l'aorte, qui le distribue de nouveau aux parties, et par conséquent l'inverse de celui de la plu- 
part des Mollusques; on peut donc dire que le cœur des Poissons est l'analogue du cœur droit des 
Vertébrés supérieurs. Quant aux vaisseaux, nous ne pouvons en donner la description, et nous nous 
bornerons à dire qu'ils sont moins compliqués même que chez les Reptiles. Les vaisseaux lymphati- 
ques sont irès-développés. 

L'organe respiratoire, bien que situé en dessous de la tête, ne se trouve cependant pas dans la 
bouche, mais il en est séparé par l'espèce de grille que forment les arcs qui portent les branchies; 
celles-ci ont donc leur cavité propre tout à fait indépendante de celle de la bouche, s'ouvrant dans 
celle-ci par l'intervalle des arcs branchiaux, et à l'intérieur à l'aide de l'ouverlure; ainsi, l'eau qui 
entre dans la bouche pénètre dans la caviié branchiale, et, après avoir servi à la respiration, elle en 
sort par l'ouverture des ouïes ou celle que forme l'opercule en s'écartant de la ceinture osseuse sur 
laquelle il est appliqué. Dans la plupart des Poissons, le nombre des arcs branchiaux est de quatre 
de chaque coté; c'est à la face externe de ces arcs que sont placé.^s les branchies, qui ne sont rien 
autre chose que des filaments qui contiennent à l'intérieur une lamelle tlexible, mais cartilagineuse, 
qui flolte librement par le centre de ses extrémités, et à la surface de laquelle se répand une innom- 
brable quantité de vaisseaux; ces filaments sont ordinairement disposés par deux rangs, et simulent 
assez exactement les dents d'un peigne; c'est au bord interne de ces deux rangs que se trouvent les 
vaisseaux artériels, ceux qui viennent du cœur, ceux qui transportent le sang qui n'a pas encore été 
soumis à l'acte respiratoire; le sang oxydé, au contraire, se trouve au bord externe, et les rameaux 
que forment les vaisseaux qui le contiennent, se réunissant entre eux, finissent par aller se jeter dans 
la racine de l'aorte, qui le charrie ensuite dans toutes les parties. L'acte de la respiration est, au 
reste, très-compliqué, et modifié suivant le genre de vie des différentes espèces; la forme des bran- 
chies, comme nous le verrons en étudiant chaque ordre en particulier, varie très-considérablement. 
Un organe particulier, qui a élé considéré comme un annexe de l'appareil de la respiration, est la 
vessie natatoire, sorte de sac rempli d'air, suspendu au-dessous de la colonne vertébrale, et qui, 
par ses contractions, c'est-à-dire en se remplissant d'air ou en se vidant, allège ou augmente le poids 
aes Poissons et leur permet ainsi ou de monter à la surface des eaux, ou de descendre dans leurs 
profondeurs; cet organe singulier, dont on connaît l'analogue chez certaines Méduses, n'existe pas 
chez tous les Poissons; dans les Thoraciques, il est à sou Diinimiim de développement, et, dans les 



POISSONS. 



189 



Raies, les Squales et les Cyclostoraes, au contraire, on n'en voit plus de traces. D'après l'existence 
ou l'absence d'une vessie natatoire dans les Poissons qui nagent très-bien, on ne peut croire qu'elle 
soit uniquement destinée à faciliter la natation; mais, dans l'acte de la respiration, on ne saurait pas 
aussi la considérer comme un véritable poumon, puisque, chez certains Poissons qui babitent à une 
assez grande profondeur au-dessous du niveau de l'eau, elle est remplie d'oxygène; ce qu'il y a de 
plus vraisemblable, comme le fait remarquer Carus, c'est que cet organe ne remplit qu'une partie de 
la fonction expiraloire du poumon des animaux supérieurs, et que, de cette manière, non-seulement 
il sécrète du sang tantôt de l'azote, tantôt de l'oxygène, qui s'y trouvent en excès, mais encore rejette 
réellement ces gaz en dehors toutes les fois qu'il est pourvu d'un canal aérien. Les Poissons ne peu- 
vent produire de sons, n'ont pas de voix. 




■ — An;;uille commune. 



Ces animaux sont ovipares; mais, quoique par ce mode de génération ils offrent un certain rappro- 
chement avec les Reptiles, ils leur sont encore inférieurs sous ce point de vue; en effet, ils pondent, 
dans l'immense majorité des cas, des œufs en nombre considérable, et ils les abandonnent à la 
merci des eaux, au sein desquelles le mâle les féconde, et la ponte est périodique. Les organes re- 
producteurs sont connus, dans leur composition, dans le plus grand nombre des cas; mais cepen- 
dant il n'en est plus de même pour certaines espèces, les Anguilles, par exemple, où, malgré toutes 
les recherches, on n'a pu qu'imparfaitement les décrire; et l'on a été plus loin, car, ce qui est Irès- 
probablement erroné, on a dit que le Congre et le Serran étaient hermaphrodites. Les organes re- 
producteurs mâles piincipaux consislent en deux énormes glandes, appelées communément laites; 
et les ovaires, ou organes femelles, en deux sacs ù peu près correspondants aux laites pour la forme 
et la grandeur, et dans les replis internes desquels sont logés les œufs. Quelques-uns des Poissons 
ordinaires, en petit nombre, peuvent s'accoupler et sont vivipares; leurs petits éclosent dans l'ovaire 
même et sortent par un canal très court. Les Sélaciens seuls ont, outre l'ovaire, de longs oviducles 
qui se rendent souvent dans une véritable matrice, et ils produisent ou des petits vivants, ou des 
œufs enveloppés d'une substance cornée; mais la plupart des Poissons n'ont pas, comme nous l'avons 
dit, d'accouplement, et, quand la femelle a pondu, le mâle passe sur ses œufs pour y répandre la 
laite, les féconder et former ce que l'on appelle vulgairement le frai. La multiplication de ces ani- 
maux est énorme, le nombre des œufs est véiitablement incroyable, et la nature a voulu ainsi empê- 
cher l'espèce de se perdre; car, dans les circonstances oii ils se trouvent, un très grand nombre 
d'œufs doit être détruit, et l'animal lui-même, une fois qu'il est éclos, et surtout dans sa jeunesse, 
est soumis à une foule de dangers qui tendent à le détruire. 

Des anomalies nombreuses ont été remarquées chez les Poissons; les variations de taille y sont très- 
marquées et ont lieu sur une échelle très-vaste; mais elles appartiennent phitùt aux individus qu'aux 
races, et ne sont pas héréditaires, mais purement accidentelles. Les anomalies de forme, soit dans 
les diverses parties, soit dans l'ensemble, sont très-curieuses. On peut faire naître, chez les Pois- 
sons, des anomalies dites de structure; c'est ainsi que déjeunes Cyprins ou Poissons rouges de la 
Chine, placés constamment dans de l'eau de puits, peuvent devenir blancs, c'est-à-dire contracter la 



100 lllSTUini' NATL'IIKI.LE. 

maliulie, connue sous le nom d'albinisme; mais il est vrai de dire que l'expérience, longtemps prolon- 
gée, finit par causer la mort des sujets qui y sont soumis. Des anomalies permanentes nous sont pré- 
sentées par certains Poissons, wh que les Pleuronectes, c'est-à-dire les Soles, les Carrelets, etc , 
qui, loin de présenter la forme symétrique de presque toutes les espèces, sont, au contraire, comme 
nous l'avons dit, tout à fait asymétri(|iies, la bouclje étant contournée ( t les deux yeux étant placés 
d'un même côté. Outre ces diverses anomalies, et c'est surtout M. Isidore Geoffroy Sainl-llilaire qui 
a étudié ce sujet, oti a constaté quelques cas de tératologie très-curieux. 

S;iuf de très-rares exceptions formées par un petit nombre de Poissons qui changent peu de 
jdace, tous les Poissons, par l'ensemble de leur conformation, par tous les caractères qu'ils pré- 
sentent, sont conformés d'une manière extrêmement favorable à la natation. 11 n'y a guère d'eaux à 
la surface du globe qui n'aient leurs espèces de cette classe nombreuse; les mers, les rivières, les 
lacs, etc., en possèdent, et ceux des eaux douces ont surtout une chair blanche et exquise; il en est 
qui vivent alternativement dans l'eau douce et dans l'eau salée, quittant la mer au temps des amours 
pour remonter bien avant dans les fleuves et dans les rivières. Ceux de la mer vivent le plus ordinai- 
rement par troupes innombrables, et, comme certains Oiseaux, obéissent à l'instinct de l'émigration; 
cela est très-remarquable, et nous y reviendrons longuement lorsque nous ferons l'histoire de plu- 
sieurs genres, et plus particulièrement celle du Hareng. La nage est leur seul moyen de locomotion; 
car ce n'est que par de rares exceptions que quelques espèces, comme un Trigle, l'Exocet, etc., sont 
pourvus de sortes d'ailes ou de nageoires aériennes. 

L'instinct des Poissons est très-peu développé, mais cependant peut-être l'est-il un peu plus qu'on 
ne le croit en général; car les moyens d'observations nous manquent à leur égard, et le milieu dans 
lequel ils vivent, souvent même dans son intérieur, est loin de favoriser nos observations. Presque 
tous les Poissons semblent complètement dénués de sentiments naturels, que l'on retrouve chez les 
animaux des classes plus élevées; ils ignorent jusqu'aux soins de la paternité; le père n'a jamais vu 
ceux dans lesquels il doit renaître; il n'a même jiimais vu la femelle dont proviennent les œufs qu'il 
féconde; celle-ci aussi est destinée à ne jamais connaître ceux auxquels elle donne le jour; elle aban- 
donne ses œufs au milieu des eaux où elle vit, et le mâle vient répandre sur eux la liqueur qui doit 
les fiire exister; ainsi l'amour n'a pour eux d'autres plaisirs que les plaisirs purement physiques : 
toutefois, s'ils paraissent peu faits pour goilter les plaisirs de l'amour, on doit dire cependant qu'ils 
ont un grand penchant pour la reproduction de leur espèce; on doit même ajouter qu'il en est quel- 
ques-uns qui, comme les Saumons, ont à cet égard des sentiments plus relevés que les autres, puis- 
que, à l'époque du frai, le m;lle et la femelle se recherchent, et que, par des caresses réciprocpios, 
ils paraissent s'exciter à l'émission de la liqueur du mile et des œufs, et que la femelle prend un 
soin particulier de ces derniers. Enfin des observations récentes, dues à M. Coste, nous font connaî- 
tre que les Epinoclies et quelques autres petits Poissons de nos rivières se constiuiscnt des espèces 
de nids, et que le mâle et la femelle, qui se connnaissent très-bien, savent prendre un certain soin 
de leur progéniture; mais ces faits, positifs pour quelques Poissons, ne devront-ils pas un jour être 
plus généralisés? c'est ce que nous pensons et ce qui nous prouve que Dieu n'a pas privé ces êtres 
d'autant d'intelligence qu'on le prétend généralement. 

Nous l'avons déjà dit, les mœurs des Poissons ne peuvent pas nous être complètement connues, et 
c'est probablement pour cela qu'on a dit qu'ils n'étaient susceptibles d'aucun attachement, froids 
comme le séjour qu'ils habitent, etc.; nous avons déjà indiqué que, chez quelques-uns au moins, les 
parents prennent soin de leurs petits; en outre, ne les voit-on pas se réunir instinctivement en trou- 
pes souvent très-nombreuses pour opposer par leur masse énorme une digue suffisante aux courants, 
qui les entraîneraient dans les immenses voyages que, à certaines époques de l'année, des circon- 
stances particulières et renouvelées ides périodes fixes les forcent d'entreprendre? Le Saumon vient 
chaque année frayer au même point, et chez lui, comme chez plusieurs autres, il y a donc encore 
un de ces instincts semblables à ceux qui poussent l'Oiseau à revenir au nid où il a déjà été. Pour se 
procurer leur nourriture, comme nous. le dirons dans nos articles spéciaux, les Poissons emploient 
souvent des ruses curieuses et qui dénotent leur instinct, et parfois même peut-être un peu plus. La 
reconnaissance leur est étrangère; en général, le Poisson qui a été longtemps conservé dans un bo- 
cal vient bien quelquefois à la voix de son maître, mais c'est afin de recevoir la pâture que celui-ci 
a coutume de lui apporter; cependant nous devons dire que nous sommes à même d'observer souvent 



POISSONS. 191 

une Anguille qui sort sa lêtc de son bassin à la vue des personnes qu'elle connaît, et cela dans un 
but désintéressé, car elle refuse babiiueliemenl la nourriture qu'on lui présente. 

La gloutonnerie et l'insatiable avidité paraissent être, chez le Poisson, l'instinct dominant; c'est 
en quelque sorte le mobile de ses actions; il semble être presque exclusivement animé du désir de 
saiiir sa proie et de s'en repaître; c'est là le but de toutes ses courses dans le milieu où il vit, quel- 
que peu favorablement disposé qu'il paraisse être pour se saisir d'une proie quelconque, et surtout 
d'une proie vivante, qui est le fond de la nourriture d'un bien grand nombre. On sait en effet que 
leurs membres, tout à fait consacrés à des fonctions locomotrices, ne sont en aucune façon des 
-organes de préhension. C'est avec leur boucbe qu'ils s'emparent de leur proie, et, bien que les di- 
mensions de celle-ci soient peu favorables, il y a cependant en elle une disposition toute spéciale 
pour la préhension : cette bouche est garnie, dans beaucoup de genres, d'une grande quantité de 
dents qui sont d'un usage nul quant à la mastication, et dont les fonctions sont bien évidemment de 
retenir la proie qui tendrait à s'échapper; chez toutes les espèces chez lesquelles l'appareil dentaire 
est disposé en pavé, on peut à coup sur supposer que ces animaux se nourrissent de Crustacés ou de 
Wûllusques à coquilles que les dents servent à broyer. Us sont d'ailleurs pourvus d'armes offensives 
et défensives assez variées; il en est, par exemple, chez lesquels certains rayons des nageoires pec- 
torales forment une arme redoutable; les prolongements des mâchoires sont dans le même cas chez 
quelques autres; mais, sous ce rapport, rien n'est plus remarquable que leur dentition : ce sont là 
leurs véritables armes, ce sont là leurs vrais moyens d'attaque et de défense. Quelques espèces sont 
herbivores, c'est-à-dire qu'elles se nourrissent de fucus et d'autres hydrophytes, soit de mer, soit 
d'eau douce. 

La vie des Poissons semble considérable, et l'on croit que certains d'entre eux peuvent vivre 
plusieurs centaines d'années. On cite les Carpes du grand bassin de Fontainebleau, qui vivent, 
dit-on, depuis l'époque de François I", dont la taille est énorme, et dont le corps est devenu pres- 
que entièrement blanc. Les Anguilles paraissent aussi avoir une vie très-longue, et nous pouvons 
citer une de celles-ci que nous conservons depuis 1828, d'abord dans une terrine, puis assez récem- 
ment dans un bassin de zinc, qui se nourrit de morceaux de viande coupés à la manière de Vers 
de terre, et qui n'est pas très-considérablemenl grossie. En effet, ce qui montre la longévité con- 
sidérable des Poissons, c'est la taille parfois énorme qu'ils peuvent acquérir, et qu'ils n'acquiè- 
rent qu'avec le temps, car chez eux, comme dans les classes supérieures, la taille n'a pas acquis son 
maximum de développement quand l'animal est devenu adulte, c'est-à-dire peut reproduire son es- 
pèce, et elle peut augmenter, moins que dans la jeunesse, il est vrai, pendant presque toute la vie. 
Quoi qu'il en soit, chaque espèce a sa taille à peu près limitée : on cite toutefois des individus qui, 
.scion les circonstances, peuvent offrir des différences énormes sous ce rapport; c'est ainsi que les 
lîrochets, qui n'atteignent pas plus de O^.ôo, peuvent parfois avoir, dit-on, jusqu'à près de 5™ de 
longueur. Certains Poissons sont toujours très-petits, comme nos Épinoches, et d'autres, au con- 
iraire, excessivement grands, de même que les Piequiiis. Les formes ne varient pas moins que la taille, 
et l'on en trouve des plus bizarres, relevées souvent par les teintes les plus éclatantes, les plus tran- 
chées. 

On ne peut guère donner de notions bien spéciales sur la géographie des Poissons, et cela se com- 
prend f;icilement d'après le milieu dans leipiel ces animaux vivent exclusivement, hors duquel ils 
meurent promptement, et qui ne permet pas de localiser les espèces d'une manière bien positive. 
Toutefois quelques espèces sont plus spéciales à certains parages qu'à certains autres, et l'on peut 
dire, ce qui est en rapport avec les lois générales qui régissent les animaux, que, dans les mers des 
pays chauds, les espèces sont beaucoup plus nombreuses, et parées de couleurs beaucoup plus bril- 
lantes et plus vives que les espèces qui habitent les mers du Nord, où toutefois elles ne disparaissent 
que quand la température ne permet plus la vie. Certains Poissons sont exclusivement marins, d'au- 
tres fluvialiles, et intermédiairement il en est quelques-uns qui vivent tantôt dans la mer, tantôt dans 
les fleuves. Les espèces marines se trouvent parfois dans la haute mer ou bien près des rivages, où 
quelques-unes recherchent les fonds rocailleu.x; certains d'entre eux habitent à des profondeurs con- 
sidérables, d'autres presque à la surface de la mer. Les espèces fluvialiles, dans lesquelles encore on 
peut trouver de grandes différences relativement aux mœurs, habitent les fleuves, les rivières, les 
eaux courantes et même les torrents les plus rapides, ou bien les eaux plus ou moins dormantes. 



192 HISTOIRE NATUREIIE. 

telles que relies des lacs, des étangs et des mares. On voit que bien des particularités se rattaclient 
à la question de la géograpliie ichihyologique, et nous aurons soin d'y revenir dans nos descriptions 
de i,'eures. Outre l'homme, qui leur fait une diasse continuelle, les Poissons ont un grand nombre 
d'ennemis parmi tous les animaux qui habitent les eaux, surtout parmi ceux de leur propre classe, 
et parmi les parasites tels que les vers intestinaux. 

Quant aux usages des Poissons, on sait qu'ils intéressent surtout l'art culinaire; leur chair, qui est 
saine et de bon goût, est partout recherchée, et son usage est exigé, pendant certains temps de l'an- 
née et certains jours de la semaine, par les prescriptions religieuses. Certains peuples se nourrissent 
exclusivement de Poissons, et cela a lieu principalement dans les lieux assez déshérités de Dieu, où les 
Mammifères et les Oiseaux ne peuvent vivre qu'en trop petit nombre pour qu'on puisse trouver en eux 
une ressource suffisante pour ralinienlation. Mais les arts emploient aussi un grand nombre de pro- 
duits provenant des Poissons, et, sans parler des instruments de toutes sortes, quelquefois très-ingé- 
nieux, que savent se confectionner quelques peuplades que l'on regarde comme sauvages, avec 
leurs arêtes, on pourrait citer divers ))rO(hnts qu'en tirent les peuples civilisés, et parmi lesquels nous 
nous bornerons à nommer l'ielitliyocolle ou colle de Poisson Mais c'est principalement pour la nour- 
riture qu'ils procurent qu'on les recherche; des populations entières sont constamment occupées à la 
pèche des Poissons, emploient pour cela une foule de moyens, vont les rechercher tantôt sur les côtes, 
tantôt au loin, et vivent du produit de leur pêche. On sait que des navires sont frétés tous les ans 
pour aller à la recherche des immenses bancs de Harengs, pour aller à la pêche de la Morue, et l'on 
n'ignore pas qu'on fait subir aux Poissons des préparations qui nous permettent de les conserver 
très longtemps propres à l'alimentation, et de les vendre salés; nous dirons ailleurs l'énorme exten- 
sion qu'a prise cette industrie, et nous citerons les sommes prodigieuses que leur vente produit aux 
populations maritimes. Sans être une ressource aussi grande pour les habitants des rives des fleuves 
it de ceux des étangs, la pèche des Poissons n'en est pas moins importante. Mais il n'était pas assez 
])our l'homme d'aller rechercher ces animaux dans les lieux qu'ils habitent, on a voulu encore en 
avoir un grand nombre en réserve sous la main, et c'est pour cela qu'ont été fondés les viviers et les 
étangs, où l'on en nourrit, et qu'on a soin d'empoissonner au moyen de Valevin, c'est-à-dire de jeunes 
individus des espèces qu'on veut propager; ce sont ordinairement des Carpes, des Tanches, des 
Vandoises, des Brèmes, des Truites, des .\nguilles mêmes, quoique ces dernières soient destructives, 
qu'on propage; la Perche y peut également être accueillie, mais le Brochet eu doit être proscrit 
comme trop féroce consommateur; il ne faut pas trop nettoyer les étangs et en arracher toutes les 
plantes; les racines de celles-ci offrent une nourriture et des abris salutaires aux Poissons, qui se pè- 
chent d'ordinaire tous les quatre ans. Pans ces derniers temps, l'art de la reproduction des Poissons 
et de la propagation d'espèces utiles, ou la pisc'iculiure, a pris une grande extension, en France 
surtout, par suite des travaux de MM. Coste et Valenciennes, et l'on est parvenu à d'heureux résul- 
tats. En .\llemagne dèj;\ et dans le Nord, des essais semblables avaient été tentés, et, dans certains 
grands lacs de la Prusse, en Poméranie principalement, on a naturalisé, comme dans des étangs or- 
dinaires, d'excellents Poissons qui n'en étaient pas originaires, mais qu'il est diflicile d'y retrouver. 
Aujourd'hui on est parvenu à des résultats assez bons, et nous nous bornerons maintenant à citer les 
Poissons élevés dans les lacs du bois de Boulogne, et dont quelques individus ont été placés à l'Ex- 
position agricole universelle de 1856. 

Plusieurs Poissons renferment un poison extrêmement actif, toujours funeste à ceux qui les man- 
gent, et qui quelquefois même peut causer la mort. Malheureusement il n'est pas de Poissons qui 
offrent spécialement ces terribles propriétés, car alors il serait aisé d'en éviter les funestes effets en 
s'abslenant d'en manger; m:iis ce sont, au contraire, des espèces d'un bon goût, recherchées par les 
gourmets, qui, dans certains cas. ont tout à coup ces funestes propriétés; aucun phénomène extérieur 
ne manifeste alors leur existence, et la qualité de leur chair n'en est nullement altérée. D'ailleurs, ces 
propriétés ne résident pas dans un organe spécial, dans une portion restreinte du corps; la chair, 
les os, tout en est infecté, tout menace de mort ceux qui ont le malheur de s'en nourrir. Les mers. 
d'Amérique renferment un graïul nombre de ces Poissons, beaucoup plus redoutables que ceux qui 
jouissent de propriétés électriques; on en rencontre également dans les mers des Indes et sur les 
côtes d'Afrique. 

L'histoire de la partie de la science qui s'occupe des Poissons, ou l'iehthyologie proprement dite, 



POISSONS. 



103 



remonte à la plus haute antiquité si l'on recherche depuis que! temps plusieurs de ces animaux sont 
connus des hommes, Timportance du commerce auquel ils donnaient lieu dans l'antiquité, etc.; mais, 
si l'on ne veut réellement remonter qu'aux premières notions scientifiques auxquelles les Poissons 
ont donné lieu, on ne doit commencer cette histoire qu'à Arislote, c'est-à-dire trois cent cinquante 
ans avant l'ère chrétienne. Aristole se contente, dans une méthode imparfaite, de distinguer ces ani- 
maux en Poissons de rivière, marins, et ceux-ci eux-mêmes sont divisés en ceux qui fréquentent la 
haute mer et ceux qui ne quittent pas les côtes, en Poissons écailleux, saxatiles. alépidotcs, etc. Depuis, 
dans les temps anciens et à l'époque du moyen âge, nous voyons d'assez nombreux travaux; mais pres- 
que tous ne renferment qu'un petit nombre de faits nouveaux mélangés à de nombreuses erreurs et 
à de grandes exagérations; tels sont les ouvrages de Pline, d'Êlien, d'Apulcius, d'Assulei, d'Oppien, 
d'Anazarbe, de Saint Ambroisc, d'Ausone, d'Albert le Grand, etc.; aussi faut il arriver jusqu'au sei- 
zième siècle, c'est-à-dire jusqu'au moment où parurent Belon, Rondelet et Salviani, pour trouver les 
véritables bases de l'ichthyologie; Belon et Salviani donnèrent, chacun de leur côté, une classilicaiion 
de ces animaux : le premier, d'après l'ensemble de leurs caractères, et le second plus spécialement 
d'après les formes extérieures; Piondelet publia une foule d'observations et de recherches nouvelles. 
L'élan était donné, et bientôt parurent un grand nombre de travaux plus ou moins importants : tels 
sont ceux de Conrad Gesner, d'Aldrovande, de Jolislon, de Charleton, de J. Ray, de F. Willughby, 
et surtout d'Artédi, qui donne une nouvelle classification, dont la nomenclature est encore conservée' 
aujourd'hui, en ordres et en genres, fondée sur la nature et la forme des rayons des nageoires, sur 
la nature et la disposition des branchies, etc.; mais encore, comme ses prédécesseurs, il laissait les 
Cétacés réunis aux Poissons. Linné, dans la première édition du Règne animal, avait adopté le sys- 
tème d'Arlédi; mais, dans la seconde, il tira ses caractères des nageoires anales (catopcs) et de 
leur position par rapport aux nageoires pectorales, de leur présence, de leurs divisions, de leur ab- 
sence, etc., et sa classification est restée comme base des mèiliodes actuelles. Les travaux qui suivi- 
rent presque immédiatement furent ceux de Klein, de SclicelTer, de Gronovius, de Mûster, de Thrane, 
de Briinnich, de Gouan, de Scopoli, de Blocli, de Gmelin, de Lacépède, qui donna la meilleure 
mélhode artificielle que nous ayons; des cette époque, l'ichthyologie systématique était près de 
parvenir à un haut degré de pertectioti; en effet, c'est alors que parurent les classifications de 
M. C. Duméril, de De Blainville, et surtout de G. Cuvier et Valenciennes, de M. Agassiz, etc., qui 
l'ont maintenant placée sur des bases que le temps améliorera peut-être, mais ne changera pas. 




Fig. 75. — Exocet volant 



Ce n'est plus seulement de quelques espèces, de quelques centaines d'espèces que se compose 
l'ichthyologie; on en compte plusieurs milliers; on possède une innombrable variété de faits en tous 
genres, cl l'on ne se propose plus uniquement pour but de cataloguer les êlres pour mieux en savoir 
le nombre; mais on s'efforce d'utiliser les immenses matériaux qu'on a amassés pour arriver à une 
connaissance de leurs rapports, et remplacer enfin par une classification aussi naturelle qu'il est 
B. p. 25 



194 HISTOIRE NATURELLE. 

possible les disliibiilions purement ailificielles que jusqu'alors on avait indiquées; cette immense 
variété de faits, qui, grâce au zèle et à rintrépidité des voyageurs qui explorent continuellement le 
globe dans tous les sens, est venue enrichir l'iditliyologie aussi bien que toutes les autres branches 
de l'hisloire naturelle, ne nous permet pas d'entrer dans de grands détails sur les classilicatious des 
savants dont nous venons de parler, et il ne nous est possible d'indiquer que très-succinclement les 
bases sur lesquelles repose la classilicaiion la plus généralement adoptée, et d'en donner le tableau 
général. G. Cuvier, dans le magnifique ouvrage, ÏHisloirc naturelle des Poissons, commencé eu 
1828, de collaboration avec Jl. Valen('iennes, continué par ce dernier, et qui restera comme le plus 
beau monument de l'icbtbyologie; dans cet ouvrage, véritablement classique, parvenu aujourd'iiui 
à son 22' volume, et qui sera bientôt terminé, a divisé les Poissons en PoiMons proprement dils 
et Poissons caitilagineux, d'après la nature particulière de leur squelette. 1" Série. — POIS- 
SONS ORDINAIHES, chez lesquels le squelette se rapproche de celui des autres Vertébrés par la 
nature des os, qui sont assez durs, partagés en six ordres : 1° ACANTIlOPTÊliYGlENS, qui ont tou- 
jours la première portion de la nageoiie dorsale ou la première nageoire dorsale tout entière, quand 
il y en a deux, soutenue par des rayons épineux, chez lesquels la nageoire anale en a aussi quelques- 
uns et les ventrales au moins chacun un; quinze familles formées par l'ensemble de leurs caractères, 
et sans qu'aucun se trouve plus développé que les autres au point qu'il ait sur eux une préémi- 
nence assez marquée et assez influente sur l'ensemble pour qu'on soit obligé de le consulter dans 
l'arrangement méthodique; ce sont : A. pEncoïoEs (type, les Perches): D. Joles-Cuirassées (Trigles); 
C. SciÉNOÏDF.s (Sciènes); D. Sparoïdes (Spares); E. Mémdes (Mondoles); F. Sql'asimipernes (Cliélo- 
dons^; G. Sco.vBÉRoïDEs {Scombres); II. Tœmoïdes [Giiinnitres]; I. Theuthies (Sidjans); J. Piiarïn- 

GIE.NS LABYRIXTHIFORKES {AnabaS^; K. MUCILOÏDES {MuÇJCSy, L GoniOÏDES (GoblCS\ M. PeCT0RA1.es I'C- 

dicclées (Rawlroies); N. Labroïdes (Labres), et ('. RouciiES-Ei^-FLUTE (Fistulaires). Les trois ordres 
qui vont suivre présentent des espèces chez lesquelles tous les rayons des nageoires sont mous, ex- 
cepté quelquefois le premier de la dorsale ou des pectorales; ce sont : 2° MALACOPTÉllYGIEiXS 
AllOOMINAUX, chez lesquels les nageoires ventrales sont situées en arrière de l'abdomen, divisés en 
<'inq familles ; A. CvpRl^oiDEs (Cijprins); B. Esoces {Brocheis); C. Sii.uRoinES {Silures); D. Sai.mones 
{Saumons), et E. Clupes (Harengs). 5" MALACdPTÉRYGlENS SUBRACIIIENS, dans lesquels les na- 
geoires ventrales sont suspendues à l'appareil de l'épaule, partagés seulement en trois familles : 
A. Gadoïdes {Galles); B. Poisso.ns plats (Plcuronectes), et C. Discoboles (Porte-Ecuelles). 4° MALA- 
COPTERYGIENS APODES, qui ne présentent plus du tout de nageoires ventrales, comprenant seule- 
ment la famille des Anguiliformes (Anguilles). U° LOPIIORRANi^IIES, à mâchoire complexe, et à 
branchies formées de séries de petites houppes, et non en forme dépeigne comme dans la plupart 
des l'oissons, dans lequel il n'entre qu'une famille composée des deux genres Si,nçinailte et Pégase. 
6° PLECTOGNATHES, à os maxillaire et à arcade palatine engrenés au crâne, divisés en deux fa- 
milles : A. GvsiNODO.NTES (Dioilons), et B. Sclérodermes (Balistes). 2' Série. — POISSOISS CAB- 
TILAGINEUX ou CIlOyDBOPTÉnVGlENS, animaux tenant d'une part aux Reptiles parles 
organes des sens, et même par ceux de la génération de quelques-uns, se rapprochant des Mollus- 
ques et des Vers par l'imperfection du squelette chez certains; à système osseux non solide, cartila- 
gineux ou membraneux; à os palatins remplaçant ceux de la mâchoire supérieure, qui n'existent pas; 
divisés en deux ordres : 1° les CIlONDnOPÏÉliYGlENS A RRANCIIIES LIBRES, dont les branchies 
sont ouvertes, comme à l'ordinaire, par une seule fente garnie d'un opercule, et qui ne renferment 
que la famille des Sturioniens (Esturgeons); 2" les CIIONDROPTÉRYGIENS A RRANCIIIES FIXES, 
chez lesquels ces derniers organes sont ouverts par des trous nombreux; partagés en deux familles : 
j4. Sélaciens (5(/((a/cs), ù mâchoii'es ordinaires, elles B. Cvclosto.mes ou Slxelrs (Lamproies), & 
mâchoires soudées en un anneau immobile. 

A ces détails sur les classifications générales proposées pour distribuer le plus naturellement pos- 
sible les animaux qui nous occupent, détails que l'espace qui nous est réservé ne nous a pas permis 
d'étendre autant que nous l'aurions voulu, qu'il nous soit encore permis d'ajouter quelques ligties. 
Après l'arrangement méthodique des êtres, après l'étude de leurs mœurs et de leur genre de vie, des 
produits qu'ils peuvent nous donner, ont dû venir, et quelquefois même simultanément, les observa- 
lions sur leur nature intime, sur leur anatomie. C'est ce qui a donné lieu à des travaux importants 
d'un grand r:ombre de naturalistes que nous avons déjà nommés, et aux publications récentes d'une 



POISSONS. 195 

foule d'anatomisles, parmi lesquels nous nous bornerons à citer Carus, G. Cuvier, De Blainville, 
Asassiz, Richard Owcn et Et. Geoffroy Saint-IIilaire : ce dernier surtout, dans une voie toute nou- 
velle, a recherché avec son immense génie les rapports que doivent nous présenter les pièces ostéo- 
I:)giques des Poissons avec leurs analogues, quelquefois si différents dans les autres Vertébrés; cela 
a été le sujet de discussions célèbres entre lui et l'illustre auteur du Bcgne an'imid, et a donné lieu 
ù d'importants résultats scientifiques pour l'iclitliyologie. 

Nous devrions passer immédiaiemfnl à la description des ordres, familles, genres et espèces de la 
fiasse des Poissons, mais auparavant un sujet important doit encore nous occuper; nous voulons par- 
ler des Poissons fossiles. En cifft, le nombre considérable de ces derniers, les connaissances encore 
incomplètes qu'on en a, ne nous permettront pas, comme nous l'avons fait en traitant des Mammi- 
fères et même des lîepliles, de les intercaler avec les espèces vivantes et d'en parler en même temps, 
et nous devons cependant les faire connaître au moins d'une manière générale. 

Les Poissons ont été les plus grands animaux des mers les plus anciennes, et l'on peut dire que ce 
sont les premiers Vertébrés dont nous trouvions les traces à l'époque primaire. A l'origine de l'épo- 
que secondaire, ils ont commencé à partager la domination de la nature avec les Reptiles, et, dés le 
milieu de cette époque, ils ont été subordonnés à cette classe, et ont servi de nourriture aux genres 
gigantesques qui y entrent. Puis on les retrouve à l'époque tertiaire, et les espèces fossiles tendent 
de plus en plus à ressembler aux espèces actuellement vivantes; mais cependant, sur les mille Pois- 
sons fossiles actuellement décrits, aucun ne se rapporte spécifiquement aux Poissons actuels. Les 
diverses faunes des Poissons sont séparées par des caractères plus tranchés que ceux qui distinguent 
en général les faunes des autres animaux; les mêmes genres ne se rencontrent pas dans un giand 
nombre de terrains successifs, et les mêmes formes ne se retrouvent pas dans la presque totalité des 
formations; enfin chaque type semble avoir été créé pour un temps plus restreint que celui assigné 
aux Mollusques, et l'ensemble de la création d'une époque diffère ordinairement beaucoup des au- 
tres. Un fait particulier est que l'on ne retrouve, dans les terrains primaires, aucun genre identique 
avec ceux de la création actuelle; le nombre des genres éteints reste encore considérable dans le» 
terrains secondaires et tertiaires, et il en est de même pour les divisions principales des Poissons. 
Les formes ordinaires des Poissons osseux actuels sont relativement récentes. L'étude paléontolo- 
gique des Poissons peut fournir quelques renseignements sur l'état de la terre à l'époque actuelle. 
« Les l'oissons des premières époques diffèrent, dit M. Pictet, de ceux que nourrissent aujourd'hui 
nos mers; mais rien dans ces différences n'autorise à admettre que les conditions de la vie n'aient 
pas été les mêmes. On peut, au contraire, reconnaître avec une très-grande probabilité que les Pois- 
sons ont eu dans tous les temps une organisation générale tout à fait analogue à celle des Poissons 
modernes, et qii'ils ont eu besoin à peu près des mêmes circonstances extérieures. On en peut con- 
clure que la température des eaux a dû être à peu près la même qu'actuellement, et qu'il ejt impos- 
sible qu'à aucune époque elle se soit élevée d'une manière notable au-dessus de ce qu'elle est aujour- 
d'hui dans les parties les plus chaudes du globe. On peut aussi en inférer que ces mêmes eaux n'ont 
pas pu charrier des matières étrangères nuisibles... L'étude des Poissons fossiles semble prouver 
aussi que dans les premiers âges du globe les eaux n'ont pas été aussi salées qu'aujourd'hui, et sur 
tout que les différences entre les eaux douces et les eaux salées étaient moins prononcées. Ce n'est 
guère que depuis l'époque tertiaire que l'on peut distinguer avec précision les dépôts d'eau douce 
des dépots marins, ii 

Un grand nombre de terrains de pays différents renferment des fossiles de cette classe, et nous 
indiquerons les principaux gisements. Dans le terrain siluiien, on en a recueilli dans les roches de 
Ludlow, dans le terrain dévonien des vieux grès rouges d'Angleterre, et des formations analogues 
de l'Allemagne et de la Russie ont donné des fossiles nombreux et des formes les plus bizarres. Dans 
les terrains houillers, les calcaires carbonifères de Bristol, d'Armagli, etc., ainsi que les environs 
d'Autun en France, d'Edimbourg, dans les carrières de Burdie-House, de Weltin, etc., sont très- 
riches en Poissons : il y en a aussi dans les schistes cuivreux de Mansfeld. Le Muscheikalk, dans le 
terrain triasique, et principalement celui de Lunéville, contient aussi des ossements de Poissons. 
Dans les terrains jurassiques, les lias de Lymc-Regis et du Wurtembeig surtout, ceux de Cirin dans 
le département de l'Ain, etc., renferment une quantité innombrable de ces animaux. Les calcaires li- 
iliographiques de Salenhofen et de Kelheim sont un des gisements les plus célèbres, soit par le nom- 



196 



HISTOIRE NATURELLE. 



bre des espèces, soil par leur parfaite conservation ; parmi les autres terrains jurassiques, ou peut 
citer divers oolithes, les marnes kiniméridgienncs, les terrains supérieurs de Suisse, les calcaires 
de Purbeck, etc. Les terrains crétacés renferment des dents et des débris de Poissons, surtout dans 
les craies moyennes et supérieures, dans les grès verts, etc., en France, en Angleterre, en Allema- 
gne, etc. Au commencenienl des formations tertiaires, les ardoises de Claris et les dépots calcaires 
du Monte-Volca, le plus riche de tous les gisements connus, comprennent un grand nombre de débris 
de ces animaux; dans les terrains plus récents, on peut encore citer des dépots assez considérables, 
tels que l'argile de Sheppy et quelques calcaires grossiers des environs de Paris, les plûtriéres d'Aix 
en Provence, et plus récemment les marnes d OEningen, les mollasses de Suisse, etc. 

Dans un grand nombre de cas, et surtout à Solenhofeii, au Monte-Bolca, à Aix, à OEningen, etc., 
le squelette des Poissons est conservé complet, et tous les os, restés en place, permettent de recon- 
struire l'espèce avec sécurité, et plus même les écailles se retrouvent dans quelques cas; fréquem- 
ment aussi, principalement parmi les cartilagineux, les Poissons ne sont conservés que par fragments, 
et il en est de même pour tous les animaux de cette classe dont le squelette a été macéré et long- 
temps charrié par les eaux avant que d'être enfoui dans le sol : alors on ne rencontre que des dents, 
des rayons dui's de quelques nageoires, etc. 




Fij;. 76. — Acanlhoiànie filamcnleus. (Fossile.) 



Ce n'est qu'assez tard que l'étude des Poissons fossiles a été commencée, et elle était à peine 
ébauchée dans les premières années de notre siècle. Faujas de Saint-Fond et Lacépède, Voila, For- 
lis, Burtin, publièrent les premiers travaux à ce sujet, et De Blainville les résuma tous en y ajoutant 
un grand nombre de faits nouveaux. Mais c'est surtout M. Agassiz qui a donné un ouvrage complet 
sur ces êtres, qui a décrit un très-grand nombre de genres et d'espèces de Poissons fosiles, et qui l'a 
fait sur des bases immuables; avant lui et depuis lui beaucoup de naturalistes se sont occupés du 
même sujet; tels sont MM. Karg, Viguesnel, Ileckel, II. de Meyer, Geinitz, Rœnier, Di\on, Giebel, 
Fischer de Waldheim, Plieninger, Broun, De Munster, Ilarlan, Ilajs, Koening, Reuss, Sismonda, Eger- 
lon, Thiollière, Wagner, Owen, Coy, Eichwald, Goldfuss, Crinelli, Coerger, Lyell, Wood, Brodie, 
Bedfield, Sedgwick et Murchison, Keyseiling, Gibbes, Pictet, Philippi, Quesedt, Debey, Ritgen, 
Dunker, Porslock et tant d'autres, dont les travaux, encore augmentes par de savantes observations 
particulières, ont été indiqués dans le tome II (deuxième édition, 1854) du Traîlé de Paléontologie 
de M. F. J. Pictet, qui nous sert de guide dans ce court résumé. 

D'après les diverses parties des Poissons que l'on retrouve à l'état fossile le plus habituellement, 
il était assez difficile de pouvoir intercaler les espèces vivantes et perdues dans les méthodes de 
classification que l'on suit le plus généralement; aussi M. Agassiz a-t-il cherché une classification par- 
ticulière qui filt en même temps applicable aux uns et aux autres. C'est dans la disposition des lé- 



POISSONS. 197 

guments que l'on a trouvé les bases de cette distribution; en effet, les écailles sont d'une observation 
facile : la nature de la fossilisation des l'oissons les conserve dans la plupart des terrains, et l'expé- 
rience démontre qu'elles (concordent avec l'ensemble de l'organisation même dans nos espèces ac- 
tuelles. Comme la méthode de M. Agassiz est assez souvent employée aujourd'liui, nous croyons devoir 
en indiquer les bases. Les Poissons sont subdivisés en quatre ordres : 1° les Placoïdes, dont la peau 
porte des plaques osseuses disposées irrégulièrement et terminées en dessus ])ar des pointes et des 
crochets; tantôt ces plaques ont une large base et un crochet très-fort (liaics), tantôt elles ne for- 
ment que de petites esquilles dentelées qui rendent la peau âpre (Squales'i; le squelette est cartila- 
gineux; 2° les GANoiDES, dont les écailles sont anguleuses, revêtues d'une couche d'émail, et s'unis- 
sent sur les bords d'une manière très-régulière; le squelette est cartilagineux et osseux (Lépisostcc 
et Pohjplirc) parmi les Poissons récents et la plupart des Poissons fossiles; 5° les Ctésoïdes, qui 
ont des écailles cornées et sans émail, et dont le bord postérieur est dentelé comme les dents d'un 
peigne (Perches); 4° les Cïcloïdes, qui ont aussi des écailles cornées, sans émail, mais dont le bord 
postérieur est .simple [Scombres); ces deux ordres, qui correspondent aux Poissons ordinaires de 
G. Guvier, ont tous un squelette osseux. 

La méthode de M. Agassiz a été modifiée par M. J. Mûller et par M. Pictet, qui range sérialement 
les Poissons des plus parfaits aux plus imparfaits, de même que cela a lieu dans nos classifications 
françaises, et les subdivise en sept ordres; c'est d'après l'ordre suivi dans le Tru'iic de Palconiolocfie 
que nous nommerons les principaux Poissons fossiles, sur lesquels, comme nous l'avons déjà fait 
remarquer, nous ne pourrons revenir en donnant les descriptions des espèces vivantes. 

Les POISSO.NS TÉLÉOSTÉENS, à squelette ossifié, à ci ailles cornées et imbriquées, sans émail, et 
à bord postérieur arrondi, à branchies portées sur des arcs osseux, à bulbe aortique n'ayant constam- 
ment que deux valvules, et à nerfs optiques, s'entre-croisant, constituent la première sous-classe 
renfermant les ordres qui suivent : 

1° Hans l'ordre des Cténoïdes, ou Poissons acantlioptérygiens à écailles en peigne, rudes, la fa- 
mille des Percoides présente des Poissons fossiles dans les genres actuels des Perches, Bars, Apo- 
gons, Varioles, Berys, Énoploscs, Serrans, Doules, llolocentres, Myriptistis, etc., et l'on en connaît 
de nombreuses espèces dans des genres perdus, et presque tous créés par M. Agassiz, de même que 
cela a lieu pour presque tous les autres Poissons fossiles, tels que ceux des Cœlopcrca, Ciiclopoma, 
Euiiiçpiallius, Sinerdis, Berijcopsis, Ifoinonolus, Hoploplcrijx, Sphenocephalus , Acunns, Pachij- 
gastcr, Podocijs, fUincolcpis, Allocolus, etc., qui sont plus ou moins analogues aux espèces récentes. 
Dans la famille des Sciénoïdes, on retrouve les genres Prisiipomes et Tambourg ou Pogonias, et on 
y a créé le groupe perdu des Odonteus. Dans la famille des Sparoïdes parmi les Poissons vivants, 
les genres Denté, Pagre, Daurade, Sparge, Pagel, et les Poissons perdus des genres Spargodon, 
Sparnudns, C.aj)ilodus, Ashna, etc. Dans la famille des Joues-Cuirassées, les Chabots, Cristiceps, rt 
ceux des Cn(l\piei]jx et Peialopierijx. Dans la famille des Chromides, le seul groupe des Pijawsie- 
rina, Ileckel. Dans la famille des Theuties, les Acantliures, Nasons, et les Plyclioceplialiis, Ponto- 
phraclus et Calopoinus. Dans la famille des Squammipennes, les genres récents Calubier, Tanchoir, 
l'ialax, llolacanihe, Pomacanllie, Archer, et les genres perdus des Semiophorus, Pijçjœus et Macio- 
slonia. Dans la famille des Gobioides, quelques espèces de Gobies. Dans la famille des Lophioïdes, 
une seule espèce de Baudroie. Dans la famille des BouchesenFlùte, les Fislulaires, les Aulostomes, 
et les genres Uro^pliex, Rliamplwsns. Enfin, dans la famille des Mugiloïdes, une Muge, et un genre 
qui en est très-distinct, celui des Calamopleurw, Agassiz. '2° Parmi les espèces de l'ordre des Pleu- 
RONECTES ou Cicnoïdes malacoptérygiens à tête non symétrique, on peut citer quelques Turbots cl 
Soles fossiles. 3° Parmi les Cïcloïdes acanthoptérygie.ns, à écailles rondes ou simplement sinueuses 
lisses, à rayons antérieurs de la nageoire dorsale épineux, la famille des Scombéroides présente, dans 
les Poissons récents, des représentants fossiles dans les genres Maquereau, Thon, Germon, Tus- 
sard, Liche, Vomer, Dorée, et des groupes exclusivement éteints, tels que ceux des Ditclor, Gonio- 
gnaihus, Enchodtis, Ancuchchun, Lrpidopides, Neucoplcrijx, Xipliopterus, Ganmçiopsis, Palim- 
pliyses, Arcliœits, Gaslcioiiemiis, Isiiriis, Pleionemiis, Acantlioucmiis, Pttla'orliijncliiis, Bl,, Hemi- 
rlnjnchus, etc. Dans la fanulle des Xiphioïdes, le genre vivant Télraplère a deux représeiiiants, et 
on connaît trois genres perdus, ceux des Cœloiluinclius, Pbasgnmis et Aceslrus. Dans la famille 
des Sphyrénoïdes, on indique les Spliyrènes, et des groupes éteints nombreux, tels que ceux des 



l'JlS IIISTOIRE NATURELLE. 

Spliiiranodiis, Ilijp'soilns, Sauroceplialus, Saiiroclon, Paclnjrhizodus, Cluclocijclus, Mcsogastcr, 
lilutniplioçinatlms. Dans la famille des Traehiiiides, le seul genre Vive est représenté par une espèce 
dfcriU' ])ar M. Ileckel. La famille des Blennioïdcs comprend seulement les deux genres perdus des 
Spinacaiillius et Ltiparns, Agassiz; celle des Alliérinides, deux espèces d'Atliérines. Dans la famille 
des Labroïdes, le genre Labre comprend quelques espèces, et l'on doit y ajouter les deux genres 
cleinls dits Aucliciiilabriisel Platijlcniiis. 4° Parmi lesCYCLOÏDEs UALACOiTÉnïciENs, qui ne diffèrent des 
l^ycloïdes acantlioptérjgiens que par leurs rayons dorsaux mous, la famille des Gadoïdes renferme 
des fossiles du groupe des Morues, et quelques genres particuliers, comme ceux des niihiocrplialiis, 
(^omoçinatlius, Merliiius et Amplicrislus; la famille des Cyprinoïdes a des représentants dans les 
genres Carpe, Tanche, Goujon, Able, Loche, Aspius, Blwndeus, Acuntliopsis et Scardiniii.<;; la fa- 
mille des Cyprinodontes, quelques espèces de Lebias; celle des Scopèlides, les Osninoïdcs fos- 
siles; celle des Ésocides, le genre Brochet, et les Holosleus, Spheuolcpis, Islieiis et niiiucllus; la 
famille des Ilalécoïdes, les Éperlans, Loddes, Aloses, Harengs, Anchois, Acrofpialhus, Aiilolcpls, 
Tcmogtiallius, Cliiroccnlrites, Ilatcc, Halccopis, Elopïdes, Caiogasler et Plaliax; la famille des 
Murènides, les groupes génériques des Congres, Anguilles, Pdu\nchorli'nms, Euclicliiopus, Opliisu- 
rns, Spliagcbraucluis et Leplucephalits. 5° Parmi les espèces de Tordre des Sii.ukéens, ou Malacopté- 
rygiens abdon)inaux sans écailles, à peau nue ou cuirassée, à suspenseur de la mâchoire inférieure 
très-simple, à mâchoires et branchies normales, la famille unique des Siluroïdes comprend une es- 
pèce de Pimélodes, et peut-être le Coccosicus armants, Piciet, du mont Liban. 6° L'ordre des Plecto- 
csATMEs, Poissons revêtus d'une peau dure ou de plaques, à branchies normales, à opercule caché 
sous les téguments, à maxillaire supérieur fixé à l'intermaxilljire, et rudimcntaire; la famille des 
Sclérodermes comprend des Coffres fossiles, et les genres perdus Acaiiiliodcniia, Acaiitlioplciirus 
et Glijpioccplialiis; la famille des Gymnodontes a des Diodons fossiles, et le Tr'ujonodou Uwcnii. 
Sismonda, des terrains miocènes de la montagne de Turin, et la famille des Blochionides, fondée sur 
le seul Uloclûus loiufiroslru. Voila, de Monle-Bolca. 7° Enfin le dernier ordre des Téléostéens, celui 
des LorHOBRANcuEs, à mâchoires normales, à corps cuiiassé, à branchies sous la forme de houppes 
rondes, disposées par paire, comprend m fossile une espèce de Syngnathe, et le Calamosloma brc- 
viciilum, Agassiz, découvert au MonteBolca. 

Les GANOIDES forment la deuxième sous-classe de M. Piciet, renfermant des espèces à écailles 
osseuses, disposées en lignes régulières, unies par leurs bords et couvertes d'une couche d'émail, 
ayant des appendices ou fulcres en avant des nageoires, à squelette osseux ou cartilagineux, â tête 
composée d'os distincts dans lesquels le bulbe aortique, musculaire, présente à l'intérieur des val- 
vules multiples, et à nerfs optiques ne se croisant pas; ces caractères ne se trouvent pas toujours 
réunis à la l'ois tous ensemble, mais on est généralement d'accord pour considérer comme des Ganoi- 
des tous les Poissons fossiles, considérablement plus nombreux que les vivants, qui n'ont que trois 
ou quatre groupes génériques, qui présentent l'un ou l'autre de ces caractères distinclifs, et pour 
leur attribuer par hypothèse l'organisation des espèces récentes. Les espèces fossiles sont des terrains 
anciens, et deviennent très rares après la craie; ou en dislingue quatre ordres: 1° les Gakoïdits 
cvcLiFÊiiEs, à écailles arrondies et libres au bord postérieur, disposées comme les tuiles d'un toit, et 
conséquemmcnl, sous ce rapport, assez semblables à celles des Cyclo'ides; famille des Amiades, deux 
genres, Ciicliirus ellSoiœus, qui renferme l'ancienne Anna laticandaia, du gypse de Montmartre; fa- 
mille des Leplolépides, renfermant le groupe fossile nombreux des Leptolcpis el ceux des Tharsis, 
TImssops, Dlct/aliirus, (Higoplenrtis et Coccutcpis; famille des Célacanlhts, les Cirliictinllius, Un- 
dina, Macropoma, Cicnolcpis, Giirosleus, Ghjplolcpis, fssodiis, PhyUokpix . Ilophipijgns et Vro- 
iictiiiis; famille des Iloloptycliides, les IhAnpiifcItins, Aciinolcpis, Gyropliicliius, l'Uiliifjuailius, 
Demlrodits, Limnodtts, Cr'tcodus, Colonodus, Cculrodus, Astcrolcpis, liotiiolepis, Psamittoleus, 
Osieoplax, etc. 2° Les Ganoïdes rhojibifères, à écailles osseuses, en général rhombo'idales, revêtues 
d'une couche d'émail, disposées comme une sorte de pavé, et unies entre elles par leurs bords; la 
famille des Polyptérides (genre Polyplère) n'a pas de représentants fossiles; la seconde famille, les 
Lé|iisostéides, dont un seul genre (F,épisostce) se trouve encore dans la nature actuelle, comprend 
un très-grand nombre de groupes fossiles, parfois également très-nombreux en espèces; tels sont les 
Axpidorlujnchus, liclonoslomus. Prionolepis, Nolagogiis, Propteriis, IS'otliasoiiitis, Opiilopsis, 
jEiltalion, Lepidoius, Scmiouoiiis. CiiUrolcjiis, l'holidopltoi-iis, Libijs, Liklijoptjgus, Tclragono- 



POISSONS. 199 

Irp'i.i, D'iprdinis, Amhliiccnis, Doriiplcrus, Caliiriis, Pachijcormus, Sauroslomus, Ainbhjsemns, 
Sidimpsis, Tlii.ssonoiiix, Strob'ilodns, Oxiifiouiiix, Macroscnius, Dislicliolepis, EiiCjncillius, Cono- 
(liis, Pujcholcpis, Loph'iosiomns , Sauriclnlnjs, Megaltchlhijs, Pyçjoplerus, Acrolcpis, Ambhjpte.' 
rus, Enrijnolus, Elon'iclillnj.i, Piilœouiscim.'!, Urosiltnies, PUctrolepis, Catoplerus, Grnlolepis, 
Oiofinatlius ei Pododiis; la troisième famille, celle des Aeaiitocliens, comprend les genres fos- 
sih's Acanlliodes, Clieiracautliitts, Diplacaudi'is, Cheirokpis, llolacauthodes; la qualrièmc fa- 
mille, Diptériens, les Dipterus, Ostcolepis, Diplopicrus, Tiipicriis, Ghjptopomus et Slacjono- 
Icpis; la cinquième famille, Pycnodonles, les Pifcnodiif!, Ciirodus, Microdon, Mesodon, Periodus, 
CijioiuliHS, Arvoumnua, Scruhodns, Spl.œrodtts, PlitjUodus, Pisodus, Pliarodiis, Plalijsomus, 
(jlohiilodiis, Plncodiis, Tholoiltis. Colobodiis, Asierodoii, Nrphrotus, Ccnchrodits, Charilodon 
et llnnilopus. 5° Les GA^oÏDEs hoi'loi'li.urides, ordre de fossiles ayant des séries de pièces écail- 
leuses, durjs, triangulaires ou en forme de cœurs «le cai'les à jouer, disposées en ligne droite de- 
puis la tète jusfiu'à la queue, au moins au nombre de trois rangées, formant les trois genres Sau- 
roramphiis, Eunjjhol'ts et Dcrcclis. 4° Le dernier ordre, «'elui des GA^oÏDEs cuirassés, comprend 
des espèces à squelette caitilagineux, à peau couverte de plaques osseuses, rugueuses ou ciselées; à 
écailles nidles ou très-réduites en importance; deux familles, les Cèplialospides, genres Cephalo.spis, 
Coccosli'iis, Piericittliiis, Mciw.ipis. Placollwrnx et Poljiplnaclus, et les Sturioniens, chez lesquels 
on a signalé une espèce fossile d'Kslurgeon et le groupe des Chondrostcus. 

Les FLACOIDES constituent la troisième et dernière sous-classe, caractérisée par le squelette carti- 
lagineux, même dans l'âge adulte; par son crftne, formant une boîte d'une seule pièce; par sa colonne 
vertébrale, formée en général de corps discoïdaux assez considérables, et d'un appareil apophysaire 
et costal, au contraire, très-réduit, el, en outre, par des dispositions particulières de l'organisme 
intérieur qu'on ne peut constater que dans les espèces vivantes; les fossiles en sont assez nombreux, 
et, par la nature même du squelette, ne sont guère connus que par des fragments, et principalement 
par des dents, qui, en général, servent exclusivement à la caractéristique; on y distingue deux ordres ; 
I" les IloLncÉPHAiF.s, ù mûclioire supérieure unie au crâne, à ouvertures branchiales simples extérieure- 
ment, avec un rudiment d'opercule; à peau nue, à colonne épinière sous forme de corde dorsale persis- 
tante; la seule famille des Chimérides renlermant les genres fossiles des Ischipdon, Ganodus, Elas- 
iiiodus, Psaliodtts et Edapltodon. 2° Les Placiùstomes, à mâchoire supérieure séparée du reste de 
la tête, suspendue et mobile, â colonne épinière presque toujours formée de corps distincts, à ou- 
vertures branchiales mulliples et composées de trous distincts, etc.; sept familles : A. les Squalidés, 
qui ont des représentants fossiles dans les genres actuels des Requins, Milandres, Grisets, Marteaux, 
Aiguillais, [yamies, et dont un grand nombre de groupes exclusivement fossiles sont ceux des Glij- 
pliijs, Carcharodon. Clianlniropsis, Cliilodiis, Cuiitx, Galeoceido, Acllopos, Ilcmiprislis, Oio- 
dus, Oxijili'inn, Udoulaspis, OxtjKs, Sphenodns. Gomphodiis, Aiicijlrodon, SciiHiodus et Tltiicl- 
Inia. P). Les Ihbodontes, famille de fossiles formée des genres Hijbodiis, Cladodiis, Splicnonchiis, 
nip!odu^ et Glossodiis. C. les Cestraciontes, aussi exclu^i\emenI perdus : groupes génériques des 
Slropl:ohiis, Arvodim. 'Ihectobiis, Wodn'il{a, Peiro'iKs, (Jrodus, Clenoptijcliix, Centrodus, Piycho- 
dtis, Psanimodiis, Ghoniaiodits, Ihlodus, Cimipoiliis, CucliHudun, Ceraioiliis, Chirodus, Ctcuodus, 
ClioncliOdus, Piec'ilodits, C.iiinaxodiis, Pkurodus, Pclaloiliis, Pohjrh'izodus et Dtciœa. U. Les 
Squalinides, à espèces vivantes du groupe générique des Anges, et exclusivement fossiles des gen- 
res liadamiis et Xciinciintbii.i. E. Les Pristides : des fossiles dans le groupe des Scies, el le genre 
particulier des Squalonija. F. Les Pia'ides, genres principaux récents et fossiles. Raies et Torpilles, 
et groupes perdus des Spailiobatcs, Aniliroptcrus, Axlcrodcrmiis, Eiirijorthra, Ctjclarlliriis, Cijclo- 
bnlcs et t'iijienus.G. Les Myliobatides, les genres Pastenagues, Myliobates, Aclobutis, Zygobnlcs el 
Janassa . 

Outre tous ces groupes, on a encore fondé, sur des rayons de nageoires ou idiilujodondites, 
trouvés épars dans divers terrains, un certain nombre de genres; ceux des l'Iacoïdes, les mieux 
connus, constituent les Onchits, Oracuulhus , Gijracuullnis, Dinicrncantliiis, IS'cniacaïuInts, Lc'ia- 
cimllius, llafdacaiilhus, Narcodes, Naidas, Dijssiicantlinx, Cosmacautliiis, Lcptncnnthiis, lloma- 
rontlius, Asicracmultus, Prisscicnnlhus, Mijrincaullius, Clcnacaiilliiis, Tristijchius, Astcroplijchiiis, 
Phijconemus, Pnjcliacanthus, Sphcnacnnllni<!, Pluliicatubiis, Pipriucnnlhus, Erisniacanihus, Cli- 
maliiis, Parcnus, (Jdonlacaiithiis, Plcuiacantlnis. Au'actuiilins el Orllutcnulhus. 



200 HISTOIRE NATURELLE. 

Enfin on a qucl([ii('fois rapporlé ii celte classe, quelquefois ù celle des Annélidcs, des fossiles cy- 
lindriques, enroulés et repliés sur eux-mêmes, trouvés principalenienl dans les sciiistes litliograpl)i(|ucs 
d'OEningen; tels sont les Lonibricaires {Limibiicayia, Munster), qui ont aussi reçu les dénominations 
de McilnsUes, Vermicolilcs, Lumbriciles, et que de Laniarck rapportait au genre Cirrltuiula. 

Après avoir donné celte longue énumération des divers groupes de Poissons fossiles, qui complé- 
tera le tableau que nous nous proposons de tracer de toutes les principales divisions de cette classe 
d'animaux, nous allons commencer l'histoire des genres et des espèces de Poissons actuellement vi- 
vants, et nous insisterons surtout sur ceux qui sont le plus connus, et qui sont employés dans les 
arts et dans l'économie domestique. 



oit 



POIiSSOlV!» OSJÎiElIX.. 



On indique, en général, sous cette dénomination et sous celles de Poissons proprement dits ou de 
Poissons ordinaires, le plus grand nombre des animaux de la classe qui nous occupe principalement 
caractérisés par leur squelette osseux, et qui renferme six ordres et un grand nombre de familles 
distinctes. 



PREMIER ORDRE. 



ACÂiNTHOrTERYGIENS. 



Les Poissons de cet ordre, de beaucoup le plus nombreux de tous ceux de la même classe, sont 
caractérisés par les épines, qui tiennent lieu de premiers rayons à leur nageoire dorsale, ou qui 
soutiennent seules leur première nageoire du dos lorsqu'ils en ont deux; parfois même, au lieu d'une 
première dorsale, ils n'ont que quelques épines libres, et leur nageoire anale a également queliiues 
épines pour premiers rayons, et il y en a généralement une à cbaque nageoire ventrale. 

Ce nom d' Acnniliopténjgiens (azav6a, épine; TtrEouytov, petite aile, nageoire) a été donné pour la 
première fois, par Artédi, à l'un de ces ordres de Poissons pour exprimer que les rayons des nageoi- 
res sont durs et piquants, tandis qu'ils sont mous et flexibles dans d'autres Poissons, qu'il nomme 



POISSONS. 



201 



pour cela Malacoptérygiens. Rejelée par Linné, cette dénomination a d'abord été reprise par Grono- 
vius dans son Muséum iciiiliijologique, et, depuis, suriont par G. Cuvier dans son Rèfjuc uuimal, et 
dans le grand ouvrage qu'il avait entrepris avec M. Valenciennes; et il définit d'une manière plus 
complète l'ordre de Poissons qu'elle sert à distinguer, et dont nous avons donné la caractéristique 
d'après lui. 

Les Acanthoptérygicns ont entre eux des rapports si multipliés, leurs diverses familles naturelles 
offrent tant de variétés dans les caractères apparents que l'on aurait pu croire susceptibles d'indiquer 
des sous-ordres ou d'autres subdivisions, qu'il n'a pas été possible de les diviser autrement que par 
ces familles naturelles elles-mêmes, que G. Cuvier a été obligé de laisser ensemble. Ces familles, au 
nombre de quinze, portent les noms de PEncoÎDES, Joues-Cuirassées, Scénoïdes, SpAnoïDES, Ménides, 
Tedtiives, Piur.ïKGiENS LABYRiMHiFor.HEs, Squahmipenkes, Scombéroïdes, T^nioïdes, MuciLoiDES, Go- 
BioÏDES, Pectorales pédiculées, Labroïdes et Bouche-en-Flute. 




Fig. 7". — Litlie Rlaycos. 



PREMIÈRE FAMILLE. 



PERCOIDES. 



Cette faujiUe a pour caractères : corps oblong, plus ou moins comprimé, couvert d'écaillés géné- 
ralement dures, et dont la surface extérieure est plus ou moins âpre et les bords dentelés; un oper- 
cule, un préopercule, diversement dentelés; bouche giandc; ouïes bien fendues, à membrane soute- 
nue par un nombre de rayons variant en nombre de cinq à sept; dents maxillaires, vomériennes et 
palatines; pas de barbillons; nageoires ventrales suspendues aux os de l'épaule par le moyen de ceux 
du bassin; nageoires toujours au nombre de sept au moins, et souvent de huit; à l'intérieur un esto- 
mac en cul-de-sac; pylore latéral; appendices pyloriqaes peu nombreux, peu volumineux; canal in- 
testinal assez peu rejilié; foie assez petit; une vessie natatoire; cerveau dont les lobes creux ne cou- 
vrent que des tubercules petits et au plus divisés en quatre. 

La Perclie commune est le type de cette famille, et toutes les espèces qui y entrent portent assez 
ordinairement les noms vulgaires de Poxlics. Arlédi avait créé avec ces Poissons son genre Per- 
che; mais le nombre des espèces, originairement de sept seulement, ayant considérablement aug- 
menté, on a dû en former un groupe particulier comprenant plusieurs subdivisions. Linné, qui eu 
faisait son genre Perça, dans lequel il plaçait des espèces qui en diffèrent beaucoup, Dloch, Lacé- 
pède, Shaw, ont jeté une grande confusion dans l'histoire des Percoides, et celte confusion ne pou- 
vait qu'augmenter si MM. G. Cuvier et Valenciennes, en 1828 et 1829, dans les tomes II et III de leur 
B. p. 26 



202 HISTOIRE NATURELLE. 

llisiu'irc naturelle des Poistons, n'étaient venus rétablir l'ordre en rejetant sans liésitalion les clis- 
trilnitions arbitraires de leurs devanciers et en créant une distribution fondée sur la nature niènu' 
des êtres qui entrent dans cette famille. 

Les espèces très-nombreuses de Percoïdes sont propres aux eaux douces et salées, et sont répan- 
dues sur presque toute la surface du globe. Leur système de coloration est liabiiucllement composé 
de belles teintes qui souvent tranchent sur les différentes parties du corps. Par leur bon goût et la 
salubrité de leur chair, quoique remplie d'un très-grand nombre d'arêtes, tout ce qui se nomme 
Perche est recherché en tout pays comme aliment. 

On admet aujourd'hui dans celle famille une cinquantaine de genres ou de sous-genres, et, dans 
l'ouvrage classique que nous avons déjà plusieurs fois cité, on on indique ou en décrit quarante- 
quatre. Les principales subdivisions qu'on peut, avec G. Cuvier, former parmi les Percoides sont 
irées du nombre des ravons des ouies, de celui des nageoires dorsales et de la nature des dent3. 



I. PERCOIDES A VENTRALES SOUS LES PECTORALES 



A. ESPECES A CI^Q RAVONS MODS AUX VENTRALES. 

i . N st\iV vttvjousi aux \)Ta\\tV\t4. 

a Deux dorsales, ou à dorsale échancrée jusqu'à sa base. 
Chez les uns, toutes les dents sont en velours. Tels sont surtout : 

l" GENRE. — PERCHE. PERÇA. Linné, 1759. {Susicma tmturœ.) — Pnopcrcule de.nlclé; 
opercule osseux, leriuiné en deux ou trois pointes aiguës; sou-i-orbitaire et humerai faiblemeni 
dentelés; langue lisse; écailles rudes à leurs bords. Ce genre, pro|ire aux eaux douces des tleuves et 
des lacs, comprend une quinzaine d'espèces de taille moyenne ou assez grande, pariiculièrcs à l'Eu- 
rope, à l'Asie et à l'Amérique, et dont une provient de l'ile de Java (Perça ciliata, Kuhl et Van- 
llass) et une autre exclusivement du détroit de Kook à la Nouvelle-Zélande (Perebe à taches rouges. 
Sciccna irulla, Forster). 

La seule dont nous voulions donner la description comme en étant le type et en même temps la 
plus connue est la Pei.che commune (Perça fluviaiilis, Linné), que nous avons représentée dans noti e 
texte, figure 78, et dont nous avons donné le squelette (Allas, pi. XXV, fig. 1). Corps un peu com- 
primé, rétréci vers la tête et vers la queue; museau terminé en pointe mousse; queue presque cylin- 
drique; mflchoires à peu près égales; ouïes bien fendues, ù sept rayons forts, arqués; ligne latérale 
des flancs à peu près parallèle à la ligne dorsale; première dorsale ayant treize à quinze rayons forts, 
pointus; deuxième dorsale à treize rayons; anale composée de deux rayons épineux et six mous; pec- 
torale faible, à quatorze rayons; ventrale composée de cinq rayons mous et un épineux. Couleur variant 
selon la nature des eaux dans lesquelles se trouve le Poisson, mais dont le fond est d'un jaune plus 
ou moins doré ou verdâtre, passant au jaune plus vif sur les flancs et au blanc presque mat sur le 
ventre; de cinq à huit bandes noirâtres sur le dos; nageoires de couleurs diverses : grises ou vio- 
làtres, tachées de noir, jaune verdûtre ou rougeâtre, et caudale d'un rouge vermillon. 

La Perche, un des plus beaux et des meilleurs Poissons d'eau douce, est extrêmement commune 
dans nos rivières, nos lacs, ainsi que dans nos étangs, dans toute l'Europe tempérée et dans une grande 
partie de l'Asie. Chez nous, on n'en trouve pas qui dépasse 0"',45 à 0"',50 de longueur; mais il paraît 
que vers IcNoid, en Suède et en Laponie, elle peut atteindre jusqu'à l°',r)5 ; et un fait remarquable, 
c'est qu'elle ne prend d'accroissementque proportionnellement à la grandeurdes masses d'eau qu'elle 
habite, et, dans les réservoirs, où elle multiplie beaucoup, elle n'a pas plus de 0°,20à 0'°,25. Ces Pois- 
sons, malgré leur grand nombre d'arêtes, sont recherchés pour la table, et ils l'étaient déjà chez les an- 
ciens. Ils se jdaisent sur un fond herbeux, couvert d'une légère couche d'eau; en hiver, ils se retirent 
dans des eaux plus profondes; ordinairement ils remontent les rivières jusque près de leur source et 



POISSONS. 



203 



évitent avec soin l'eau salée; ils sont Ircs-voraces, très-carnassiers, et se nourrissent de tous les pe- 
tits animaux qu'ils rencontrpnt, et cela même les rend faciles à prendre, surtout fi l'hameçon; mais 
on en pêche aussi un grand nombre avec, des lilets. Dès l'âge de trois ans, quand elle a atteint 0'",15 
à 0"',16, la Perche est en état de reproduire; elle fraye vers le mois d'avril; le nombre des œufs, qui 
sont de la grosseur d'une graine de pavot, déposés en longs cordons ayant parfois plus de 2", et qui 
sont repliés sur eux-mêmes de manière i\ former de petits pelotons, est véritablement prodigieux; il 
n'est pas rare de trouver jusqu'à deux cent cinquante grammes d'oeufs dans une Perche d'un kilo- 
gramme : Ilarmers et Picot en ont compié, le premier près de deux cent quatre-vingt-un mille, le 
second beaucoup plus, près de un million. Dès lors, on comprend que la Perche serait encore beau- 
coup plus commune qu'elle ne l'est, si plusieurs causes ne venaient en détruire un grand nombre; 
elle a pour ennemis, dit-on, les Plongeons, les Ilarles et les Canards, qui lui font une chasse Irès- 
active; Piudolphi a compié sept espèces de Vers intestinaux qui vivent dans ses viscères; enfin les ge- 
lées et le tonnerre en font beaucoup périr. La chair de la Perche est ferme, blanche, fticiie à digérer 
et d'un goût excellent; au dire de certains gastronomes, c'est, après la Truite, celle qui est la plus 
estimée parmi les Poissons d'eau douce de la France. En Laponie, les habitants préparent, avec la 
peau de ce Poisson, une colle-forte que l'on dit irés-soIide. 




Fig. 78. — Perche commune. 



Une variété de cette espèce a été indiquée comme espèce distincte sous le nom de PEnciiE sans 
B\.NDEs d'Italie {l'crca Italien, Cuv., Val.), et ne diffère du type que parce qu'elle n'en a pas les 
Landes noires. 

Parmi les espèces américaines, nous cil<'rons seulement la Perçue a tête grenue (/Vna (jraiiu- 
lata, Cuv , Val.), qui n'est pas rare à New-York. 

S'"" GENRE. — VAP.IOLE. lATES. G. Cnvier., 1820. {Uhjite animal.) — Ne différant guère des 
Perches que par de foilcs deiitiluycs, et même une petite rpiiie à l'angle du piropcrcule et des den- 
telures aussi plus fortes au sous-opercnle et à l' humerai. Quelques bons et gros Poissons qui habitent 
les rivières des pays chauds de l'ancien continent, et dont les deux espèces types sont les Variole 
DU Nil ou Kesciir [l'erea Nicoiiea, Linné) et Perçue naine (Perça minima, Sonnini). 

Deux autres genres sont les ÉNOPI.OSE {Euoplo.ius), Lacèpède {Hist. des Poiss.), et DIPLOPP.ION 
(Diploprion), Kuhl et Van Hasselt, qui ne reiifernicni chacun qu'une seule espèce; la première de la 
Nouvelle-Hollande et la seconde de Java, et ne diffèrent des Perça que par de légères particularités 
du sous-orbitaire, de l'opercule et du préopercule. 

3"" GENRE. — RAR. LAllHAX. G. Cuvier, 1817. (lîègne animni.) — Sous-orbitaire et humé- 
rus sans dentelures; opercules écailleux, terniinis en deux épines; wi disque de dents en velours 



204 HISTOIRE NATUr.ELLE. 

sur In laiifjuc. Ce groupe ne renferme que six à huit espèces particulières à l'Europe (une seule), à 
l'Aniérique, au J;ipon et à l'île de Waigion, et qui vivent dans les eaux douces, saumâtres et dans 
celles de la mer. 

L'espèce type est le Bak cûsiMUi'* D'EinorE, Loup ou Lolbise [Perça labrax, Linné; Perça lupus, 
Cuv., Val.)> qui a l'aspect d'une grande Perche allongée, uniformément argentée dans les adultes et 
laclietée de brun dans les jeunes, et qui est très-commune dans la Médilerranée, ainsi que dans certains 
grands fleuves qui s'y jettent, et plus rare dans l'Océan. (Voyez notre .4(/(i.s, pi. XXV, fig. 3.) Connu des 
anciens, noire Bar avait, chez les Crocs, le nom de Aaêpaï, et, chez les Bomains, celui de Lupus; 
il a conserve ce dernier nom en Provence, où il porte la dénomination de Loup. La chair en est 
très-bonne, et, suivant la mode, on a préféré les jeunes ou les adultes, ceux provenant de la mer ou 
des rivières, etc. La grandeur ordinaire du Bar est d'environ 0'",50; mais on en trouve assez souvent 
de 0°,70 ij l". Une espèce pècliée souvent sur les côtes d'Egypie, principalement aux embouchures 
du Nil, est le Carousse ou Bar allosgiî (Perça clourjala, Et. Geoffroy). Parmi les espèces américai- 
nes, on doit surtout citer le Bak rayé [Pcrca scxulUis, Bloch), très-commun aux États-Unis. 

4""- GE.NBE. - CE.NTBOPOME. CEiYmOPOMUS. Lacépède. {Ilisi. des Poissom.) — A oper- 
cule sans pointe; opercule oblus et sans armures; les deux nafieoircs dorsales séparées. Groupe qui 
ne renferme plus que le Cemroi'ome brochet de mer ou o.miécimal [Sciœna undcc'nnaiis, Bloch); 
grand et beau Poisson connu dans toute l'Amérique méridionale sous le nom de Broclicl, qui en effet 
a le museau déprimé comme notre vrai Brochet, mais qui, par ses dents en velours et tous ses carac- 
tères principaux, est un Percoide ù deux dorsales : il est argenté, teint de verdâtre, et a la ligne la- 
térale noirâtre. Il habite la mer et remonte assez loin dans les fleuves. 

On en a rapproihè les GR.\M.MISTES {GraiiDii'isics, Bloch, Cuv.), à écailles petites, à épines au 
préopercule et à l'opercule, et qui ne renferment que le G. oriemai, (G. Orienialis Bl.), qui est pe- 
tit, rayé, en longueur, de blanc sur un fond noirâtre, et provient de la merdes Indes. 

5"" GENRE. — APROU. ASPPkO. G. Cuvier, 1829 (Picgue animal), qui se distingue surtout des 
Perches par le museau bombé en avant de la bouche, saillani; les deux nageoires dorsales très- 
séparées. On y range deux espèces comestibles et de petite taille; I'Aprou {Perça aspcr, Lin.; Aspro 
vulgaris, Cuv., Val ), verdâtre, avec trois ou quatre bandes verticales noirâtres; particulier au 
Bhône et à ses affluents, au Danube et au Rhin, et le (Cingle ou Zikgee (Perça zihgel, L.) qui vit dans 
le Danube et dans ses affluents. 

Deux autres groupes génériques assez nombreux de la même division sont les AMB.ASSES [Am- 
hassis, Commerson, Cuvier), qui ont une pointe couchée en avant de la première dorsale, et une 
double dentelure au bas du préopercule, et qui renferment des espèces de l'ile Bourbon, où on les 
prépare à la manière de nos Anchois, et des cotes de Malabar et du Bengale, et les APOGGXS (Apo- 
gon), Lacépèile (llisl. des Poissons -, une double dentelure au prcopercule; les deux dorsales très- 
séparées; de grandes écailles caduques; ce genre, qui comprend beaucoup d'espèces de l'océan In- 
dien, n'en a qu'une seule propre à la Médilerranée : c'est l'Ai ocos commun ou Roi des Rolgeis (Apo- 
gon rex Mullorum, Cuv.), dont la synonymie a été longtemps embrouillée et auquel on a voulu 
rapporter le Tpi'/)^, des Grecs, et le Mullus des Latins; c'est un Poisson d'une longueur d'environ 
Û'",15, d un rouge argenté ou doré, tirant plus ou moins sur le jaune selon les saisons, et avec une 
tache noire de chaque côté de la queue. 

Chez les autres, des dents canines sont mêlées aux dents en velours. Tels sont les CiiEiLOoiPiÈrEs 
[Cheilodipierus, Lacépède), de l'Ile de France, de celle de la Réunion et de la mer Rouge, qui ne 
se distinguent des Apogons que par la présence de dents canines; les Powaiomes (Pomalomus, Bisso), 
une espèce excessivement rare des environs de Nice, et qui ne semble vivre que dans le fond de la 
mer; IesSA^DRES (Luciopcrca, Cuv., Val.), des mers européennes et d'Amérique, qui, avec une den- 
telure simple au préopercule et les nageoires des Perches, ont des dents pointues qui rappellent celles 
du Brochet, ce qui a fait donner, par Conrad Gesncr, à l'espèce des fleuves et des lacs du nord et de 
I est de l'Europe, le Sakdre commun, le nom composé de Luciopcrca, d'où Cuvier a tiré celui de Lu- 
ciopcrca sandra; et les Etelis (Ê'(e/is, Cuv., Val.), des îles Seychclles, sans dentelure bien soisibic 




Fif;. 1, — Squelfllu de Pei'cl: 



le coiiiniuiie. 




Kia. '2 — Nei-nif] |iio|ireiiM-Ml ilil 




l'iU'. .- - Hm- ,■„„„„„„ o„ l.om.. 



POISSONS. 205 

an prcoperculc; une pointe à l'opercule, cl à dorsales conlignës, qui est uniquement formé de 
r/J. carbunciiliis, superiie Poisson d'une couleur élincelante de rubis, relevé de lignes longiiudinales 
dorées, et à côté desquelles on doit ranger le Iluron, Cuv., Val., du lac qui porte le même nom dans 
l'Amérique du Nord, et le Niphoii spinosns, Cuv., Val., de la mer du Japon. 

b. Dorsale uniriue. 

Dans les uns, dos dents canines sont mêlées aux autres dents. Parmi les six ou huit genres de cette 
division, le principal eft : 

C"" GENRE. — SERR.VN. SERRA t\US. Cuv., Val. ~ Des dents canines longues et aiguës, niê- 
lèes en plus ou }iioins grand nombre parmi les dénis en velours des mâchoires; prcoperculc dentelé; 
opercule écuillenx comme le crâne, osseux, terminé par une on plusieurs pointes. Cette dernière 
particularilé surtout caractéristique a probablement fait donner à ces Poissons le nom qu'ils portent, 
du latin serra (scie, dentelure). Nos mers européennes, et surtout la Méditerranée, possèdent cinq ou 
six espèces de Serrans, et les mers des autres pays en ont un beaucoup plus grand nombre. On les a 
subdivisés en trois sous-genres ou même genres particuliers, d'après les téguments du museau et des 
mâchoires, qui tantôt sont nues, tantôt présentent des écailles plus ou moins sensibles. Tels sont ; 
1° les Serrans phopremem dits ou Perches de mer, chez lesquels les deux mâchoires nom pas d'c- 
caiiles apparentes. On connaît un grand nombre d'espèces de ce sous-genre immense. Perches de 
mer, dont quelques-unes avaient été indiquées par Aristote et les auteurs anciens, qui sont petites, 
propres à presque toutes les mers, principalement à celles de l'Amérique, et dont deux ou trois ha- 
bitent la Méditerranée. Parmi ces dernières, la plus connue est le Serran commun {Perça cabrilla, 
Linné), d'un gris jaunâtre, avec des teintes bleuâtres; pas de traits sur la tète; trois ou quatre ban- 
des d'un brun roux foncé, obliques sur la joue et sur l'opercule; neuf ou dix bandes verticales sur le 
corps et quelques autres bandes longitudinales sur les côtés depuis la tête jusqu'à la queue. Cette 
espèce, dont la taille ne dépasse pas 0"',10 à 0'°,12, habile tout le bassin de la .Méditerranée et re- 
monte assez loin vers le nord dans l'Océan. C'est probablement le Xa-Jti, d'Aristote et VIliatula de 
Salviani (voy. notre Allas, pi. XXV, fig. 2), noms qui ont été appliqués à une seconde espèce de la 
Méditerranée, le Serran écriture (Perça scriba, Linné), qui présente quelques traits irréguliers 
bleus sur la tête. Ces deux espèces passaient, chez les anciens, pour n'avoir que des individus fe- 
melles; Cavolini assure que tous ceux qu'il a observés avaient des ovaires, et vers le bas une partie 
blanchâtre qui pouvait être regardée comme de la laitance, et il les croit hermaphrodites; opinion 
que (j. Cuvier, d'après ses propres observations, n'est pas loin d'approuver, et qui demande encore 
à être confirmée ou rejetée par des recherches nouvelles. 2" Les Baubiers (Anihias, Bloch), chez 
lesquels les deux mâchoires et le bout du museau sont garnis d'écailks sensibles. Ce sous-genre, 
tel que l'ont restreint G. Cuvier et M. Valenciennes, renferme une dizaine d'espèces, la plupart améri- 
caines, dont une provient des mers de File Bourbon et une autre de la Méditerranée. C'est le Barbier 
propremem dit (Labrus anihias, Linné; Serranns anthias, Cuv., Val.), Poisson d'un beau rouge de 
rubis, changeant en or et en argent, avec des bandes jaunes sur la joue; le troisième rayon de la 
dorsale s'élevant plus du double des autres : les ventrales se prolongeant beaucoup et se terminant 
en filets, dont l'inférieur est le plus long; d'une longueur d'environ 0°,20. Cette espèce a été à tort 
rangée parmi les Labres et les Luijans, et à tort aussi regardée comme VAntliias des anciens. Enfin 
5° les Mérous, qui n'ont pas d'èca'illcs à la mâchoire supér'ieure et en présentent de petites à l"infé- 
r'ieure. Les Poissons de cette division, d'assez grande taille, sont excessivement nombreux, car l'on 
en a donné les descriptions d'une centaine d'espèces, parmi lesquelles une seule est européenne : 
toutes les autres étant propres à presque toutes les mers du globe. L'espèce de nos côtes, que l'on 
prend surtout dans la Méditerranée, mais qui se trouve aussi quelquefois dans l'Océan, est le Méroo 
ou grand Serran brun (Perça gigas, Bruniiich), d'un brun nuageux, et dont la taille, qui ne dépasse 
pas habituellement 0"',35, peut aller jusqu'à d™. Très-peu de Mérous offient des caractères tirés de 
formes bien sensibles; toutefois dans plusieurs la dentelure du préopercule devient presque insensi- 
ble, et ceux-là, lorsque leur museau est nu, forment les Bodians {Bodianus) de Bloch, qui ne diffè- 
rent que par celte dentelure, moins marquée, du plus grand nombre des Hoi-OCEntres [Holoccnlrus) 



206 HISTOIRE NATURELLE. 

du même auteur : ces derniers prenant la dénomination d■É^l^ÉpnÈI.Es (Epineplielus) quand leur 
museau est éiailleux, et, dans ce eas, les Bodians ayant celle de CEPHALoniOLis. Quoi qu'il en 
soit, comme le font remarquer MM. G. Cuvier et Valcnciennes, on ne peut guère distingue)' les Mérous 
que spéciliquement, et principalement par leurs couleurs; il en est beaucoup dont le corps est semé 
de points de couleurs plus ou moins vives, d'autres où il est semé de taches serrées, quelques-uns 
nù il est rayé en long ou bardé en travers, ou marbré par grandes masses, ou divisé en deux cou- 
leurs, ou enfin d'une teinte plus ou moins uniforme. 

Deux genres, créés par MM. G. Cuvier et Valenciennes {Ilisi. des Poiss., 1828), et que l'on peut 
assez facilement séparer des Mérous, sont ceux des Pi.ECTRoroME [Plectropomn) (■r:').r,y.rpo-), éperon; 
TTwpa, couvercle), dont le bord du prcopcrcide, autour et au-dessous de l'unçjk, est ilivisé en 
dents plus ou moins grosses, dirigées obliquement en avant, et plus ou moins semblables à celles 
qui entourent la petite roue des éperons; une quinzaine d'espèces des mers des pays chauds; et les 
ItucoPEs \bineopc) (rîiazoTTïi, incisure), ayant une éeliancrure vers le bas du préopercule, qui reçoit 
une luhcrosilé de l'inleropercule : plus de vingt belles et grandes espèces de la mer des Indes. 

Un groupe nombreux, également voisin des Serrans, est celui des M.sorniON (Mesoprion, Cuv., 
Val.) (u£<7oç, milieu; Trptwv, scie), formé aux dépens du genre indigeste des Lnijuns de Blocb, et sur- 
tout caractérisé par son préopercule dentelé, et son opercule finissant en pointe plate, obtuse, sans 
épines : plus de quarante espèces indiquées, dans les colonies françaises des Indes occidentales, 
sous le nom générique de Vivaucan ou Vivanrt, et venant des mers des pays chauds dans les deux 
Océans. 

Dans les autres, toutes les dents sont en velours, et l'on y distingue six ou huit grouges généri- 
ques principaux; tels que : 1° les Centropiiistes (Centroprislus, Cuv., Val.), à préopercule dentelé 
et opercule épineux {huh ou dix espèces des mers américaine et océanienne); 2° Growlehs {Crijstes, 
Cuv., Val.), qui ne diffèrent des Cenlropristes que par leur préopercule â bord entier et sans dente- 
lure (deux espèces des mêmes parages); 3° Cermeiis (Poliiprion, Cuv., Val.) ; des crêtes dentelées sur 
l'opercule; tous les os de la léte avec des aspérités; une seule espèce de grande taille, près de 2™, 
surtout de la Méditerranée, mais qui semble cosmopolite, le Polijprion cernium. Val.; 4° Pentacé- 
lus (Pentaceras, Cuv., Val.), qui ont des lubérosiiés sur le crâne (une seule espèce des mers du Cap); 
5° SavOiNmiers (Uiipticus, Cuv., Val.) : lêlc lisse; écailles cacbées dans l'épidcrme; des épines au 
préopereule (peu d'espèces, dont le type, Antliias sapouaceus, Bloch, est très-remarquable par la 
singulière douceur de sa peau et la matière onctueuse et gluante dont elle est revêtue); G° Ghemiiles 
(Acerina, Cuv., Val.), présentant des fossettes aux os de la tête, à préopercule et opercule n'aijanl 
que de petites épines sans dentelures; ce dernier genre est composé de trois espèces européennes et 
propres à nos rivières : la Gremu.le commine ou Pi.rcue roujonmère (Perça cernua, Linné), petit 
poisson olivâtre, tacheté de brun, qui se lient surtout dans le Bhiu et la Seine, aux embouchures des 
petites rivières qui s'y jettent, peut être facilement transporté dans les viviers, et dont la chair est 
de bon goût; le Scurcetz {Perça schrailzer, Linné), principalement du Danube et de ses affluents, et 
le Babir [Perça acerina, Giildenstedt), du Dnieper et du Don. 

2. Ç«coiAte a\j(\ul moVus. it st^V vtt\jous awx bia-ftcVits. 

Ces genres et les suivants ne renferment plus d'espèces de Perça d'Arlédi, mais des espèces qui 
en sont voisines. 

Dans un seul groupe générique, celui des Cirruites {Cirrbites, Commerson), il y a des dents ca- 
nines mêlées aux autres, et les rayons inférieurs des nageoires pectorales sont simples et en partie 
libres; quelques espèces de la mer des Indes. 

Chez quelques autres genres, plus nombreux, on ne voit pas de dents canines; tels sont les Cuiro- 
NÈMEs [Chironemus, Cuv., Val), ne différant des Cirrhites que par l'absence de canines (une espèce, 
C. geovgianus, de la Nouvelle-Hollande); Posions {Pomotis, Cuv., Val.) : opercule membraneux, 
prolongé en manière d'oreille; trois aiguillons à l'anale (type Labrus auritus, Linné, des eaux 
douces d'Amérique); Cektrarque tCc»((rnrc/i)(5, Cuv., Val.), différant des Pomotis par neuf aig\iil- 
lons à l'anale (quelques espèces améri(;aines); Priacanthes {Priacanihus, Cuv., Val.) : épine de l'an- 



POISSONS. 207 

gic (lu prcoperciile pinte cl dctilelrc; de petites écailles rudes, même sur les mâcUo'tres; corps oblong, 
romprhnè; un assez grand nombre d'espèces des mers des pays chauds; Doulf.s {Dules, Ciiv., Val.) • 
opercule terminé en poiutes plaies; préopercule dentelé; une dizaine d'espèces, dont la plus connue 
est le DouLF, de roche [Centropomns rupeslris, Lacépède), qui a à peu près l'apparence d'une Carpe; 
habile les eaux douces de l'ile de France, où elle est eslimée por sa saveur; Thehapons (Therapon) 
(OtpocTTUTi, esclave), Cuv., Val. : opercule épineux; préopcrcule dentelé; nageoire dorsale irès-écltan- 
crée; dents du rang extérieur plus fortes, pointues; une quinzaine d'espèces des mers des pays 
chauds, chez lesquels on peut distinguer plusieurs groupes secondaires caractérisés par la forme des 
nageoires dorsales, des dents, etc., comme les Thérapons proprement dits, Dulnia, Pelâtes et 
llelotes. 

Deux antres groupes, qui ont moins de six rayons branchiaux et deux nageoires dorsales, sont 
ceux : 1° Tbiciiodon, Zeller : préopercule épineux; opercule en pointe plate; pas d'écaillés: bouche 
fendue verticalement : une espèce de l'océan Pacifique; 2° Sillago, G. Cuvier, à tète allongée; bou- 
che petite; opercule linissant en pointe, etc.; quelques espèces de la mer des Indes. 



B. ESPECES A PLUS DE CINQ RAYONS MOIS AUX NAGEOIRES VENTRALES. 

Plus de sept rayons aux brancliies. 

Genre principal, IIolocentres (Iloloccntrum) (o),o;, tout; x;-jtoov, épine), Artédi, caractérisé par 
une forte épine à l'angle du préopercule et à l'opercule dentelé, et par la nageoire dorsale peu 
écUanerée. On y range de belles espèces, au nombre de plus de quinze, propres aux parties 
chaudes des deux Océans, couvertes d'écaillés brillantes et dentées. La magnificence des téguments 
n'est jias moins remarquable que la force de leur armure, et la mer n'en produit pas de plus brillants; 
l'éclat de leurs écailles égale celui des miroirs, et des bandes rouges et des taches brunes, diver- 
sement distribuées, les font encore mieux ressortir. Les espèces sont difficiles à reconnaître, et, 
comme dans tous les groupes naturels, se ressemblent beaucoup. Comme type, nous citerons seule- 
men I'IIolocentre a longues nageoires {Iloloccntrum longip'mne, Cuv., Val.), propre aux côtes de 
r.\méiique sur l;i mer Atlantique, et dont la taille ne dépasse pas 0'",56. D'autres genres sont ceux 
des MYllllTiISriS [Hlgriprist'is, G. Cuvier), qui ont tout l'éclat, les formes, les écailles des Ilolocen- 
ires, mais n préopercule offrant un double rebord dentelé, et manquant d'ép'ine a son bord; ce 
groupe, remarquable par une vessie nalaloire divisée en deux, dont la partie antérieure est bilobée 
et s'attache au crâne par deux endroits où il n'est formé que d'une membrane, et qui répondent aux 
sacs de l'oreille, renferme six ou sept espèces qui habitent les mêmes parages que les espèces pré- 
cédentes; les BÉRYX [BerijX, G. Cuvier), sans épine à l'angle du préopercule; une seule nageoire 
courte sur le dos, h bord extérieur ne soutenant que des aiguillons faibles, a ventrales aijant jus- 
qu'à dix ragons mous : une espèce des mers de la Nouvelle Hollande, et l'autre, dont l'habitat n'est 
pas connu; et les TiiACHiCHTES(7'rac/iic/i/;/i, Shaw), qui, avec la même ûpreté que dans les trois groupes 
précédents, la même petite dorsale que les Béryx, ont une épine plate au bas du préopercule cl une 
à l'épaule, et dont l'abdomen et les côtés de la queue sont hérissés par de grosses éca'illes carénées : 
une seule espèce des mers australes. 



II. PERCOIDES A NAGEOIRES VENTRALES COUVRANT LES PECTORALES OU JUGULAIRES. 



Dans quelques genres, dont un, celui des Vives, est très-connu, les dents sont toutes en velours. 

7'"" GENRE. — VIVE. TnACllINUS, Linné, surtout caraclérisé par sa tête comprinicc et par la 
forte épine de son opercule. Malgré la position avancée de leurs ventrales, les Vives ont avec les 
Perches des rapports très-sensibles, et l'on pourrait presque dire que ce sont des Perches dont une 



20S IllSTOIliE NATUUELLE. 

parlie dp. la queue s'esl allongée et renforcée aux dépens de la partie abdominale. Leur première 
dorsale est courte et n'a que peu de rayons, tandis que la seconde et l'anale sont très all(in.s;ées; 
elles conduisent aux Scorpènes et aux Triyles par la simplicité et la force des rayons inférieurs de 
leurs pectorales; mais ce sont devérilables l'ercoïdes, et leur joue est nue et non cuirassée. Elles se 
tiennent le plus souvent cachées dans le sable: on redoute beaucoup la piqûre des aiguillons de leur 
première dorsale; leur chair est agréable. Ce sont des Poissons allongés, au.\quels leurs yeux, i ap- 
prochés du bout d'un museau court, et leur gueule oblique, donnent une physionomie particulière, 
en même temps que les fortes épines de leurs opercules et la finesse des pointes de leur première na- 
geoire les font beaucoup redouter des péchcuts. Leur nom scientifique est la reproduction du mot 
Trachina, qu'une des espèces porte en Italie. On pense que ce sont les Draco et V Arancus des an- 
ciens naturalistes, et le nom de Vive provient de ce qu'ils ont la vie dure, et subsistent longtemps 
hors de l'eau. La Méditerranée produit quatre espèces de Vives, qui sont recherchées pour leur chair; 
parmi elles, quelques-unes se trouvent dans l'Océan. Le type est la Vive cosiuu.\f, (Tracliinits ibaco, 
Linné, ou Draco iniuor, Salvianij; d'une couleur gris roussâtre, plus brune vers le dos, plus pâle vers 
le ventre, avec des reflets bleus et jaunes : des taches nuageuses noirâtres y formant une marbrure 
dirigée dans le sens des lignes d'écaillés; nageoires blanchâtres : la première dorsale avec une tache 
noire, la seconde une tache jonquille; caudale à rayons bruns; longueur totale, environ 0'",35. 
(Voy. notre Allas, pi. XXVI, fig. 2.) Cette espèce est répandue dans nos deux mers. Les autres es- 
pèces sont celles de la .Méditerranée, la cr.mnde Vive a taches NoinES ou Vive AluIG^ÉË (7'. arancus, 
Risso); la Vive a tête payoxmîe (7'. radiatus, Cuv., Val.) : une espèce particulière au nord de l'An- 
gleterre est la PETITE Vive (7'. v'ijiera, Cuv , Val). 

Des genres moins connus de la même subdivision sont ceux des PEliClS \Pcrcis, DIoch), qui ne dif- 
fèrent des Tracit'mns que par leur ictc déprimée, leur juaiif/ue de dons palalïncs, cl leur pelile 
dorsale s'iniissaut un peu plus à lu laïujue, qui la suit : les espèces de ce groupe, au nombre d'une 
douzaine, représentent à quelques égards les Vives dans les mers des pays chauds; des l'INGUIPES 
{Piu(juipcs, Cuv., Val.), à forme plus lourde, à lèvres charnues, a dculs fortes cl coniques, et aqaiit 
des dcnls au palais : une seule espèce du Brésil; et surtout des UIÏ.\NOSCOI'ES (Uranoscopiis) (ou- 
pamç, ciel; a/.07i-£w, je vois), Linné, caractérisés par leur léle cubique cl leurs yeux placés a la face 
supérieure du crâne. Chez les Uranoscopes, ainsi nommés parce que la télé porte les yeux supérieu- 
rement, de manière qu'ils regardent le ciel, la bouche est fendue verticalement; leur préoper- 
cule crénelé vers le bas; et ils ont une forte épine à chaque épaule; leurs ouies n'ont que six rayons; 
au dedans de la bouche, devant la langue., est un lamheau long et étroit qu'ils peuvent faire sortir 
à volonté, et qui, dit-on, lorsqu'ils se tiennent dans la vase, leur sert à attirer les petits Poissons; 
une particularité notable de leur anatomie est l'extrême grandeur de leur vesicide du iiel, déjà con- 
nue des anciens. On ne décrit qu'une espèce de la Méditerranée, I'Uha.noscoi'E rr.oi'RrjicM dit [Uru- 
noscopus scaber, Linné), qui, comme quelques espèces étrangères, a la première dorsale petite, épi- 
neuse, et séparée de la deuxième, qui est molle et longue : c'est un des Poissons les plus laids, quoi- 
(|u'onle mange; il est gris-brun, avec des séries irréguliôres de taches blanchâtres. Parmi les espèces 
des mers des pays chauds, qui sont assez nombreuses, nous figurerons (Allas, pi. XXVI, fig. 1) 
rUiiANOscoPE sAiNS ARMES {Urauoscopus incmiis, Cuv., Val.), des mers de l'Inde et surtout de celles 
qui baignent la côte de Coromandel. 

Un seul genre, celui des PEliCOPIlIS (Percopliis, Cuv., Val.), présente des dents canines mêlées 
aux autres, et ne comprend qu'une espèce brésilienne, à corps très-allongé, ce qui est remarquable 
dans cette famille, ayant une partie de leurs dents longues et très-poinlues, et la pointe de la mâ- 
choire inférieure faisant saillie en avant. 



m. PERCOIDES A VENTIIALES EN ARIUÈRE DES PECTORALES, OU PERCOIDES ABDOMINALES. 

Cette division ne renferme que deux grands genres : 1° les SYRI'lIÈiNES {Sijrpluena, Rloch), à 
forme allongée, à deux dorsales écartées, à tête oblongue a laquelle la mâchoire inférieure forme 
une pointe en avant de la supérieure, cl dont une partie des dents (parmi lesquelles il ij a des ca- 



POISSONS. 209 

nijie^) sont grandes, poinlues et iranclianles, à prcopercule avec dents; opercule sans épines; sept 
rayons aux ouïes et de nombreux appendices au pylore. Ces Poissons de grande taille iiabilent les 
mers des pays chauds, et surtout de l'Amérique; la Méditerranée en nourrit une, le Spet (Esox spluj- 
rœna, Linné), qui atteint plus de 1", est bronzé sur le dos, argenté sous le ventre, et dont les jeunes 
ont des taches brunes. 2° Les POLYNÈMES [Polynemus) (tco).u;, beaucoup; vripia, fil), Linné, à museau 
bombé, avec des filets libres sous les pectorales. Ces poissons ont reçu le nom de Polynèmcs parce 
que plusieurs des rayons inférieurs de leurs pectorales sont libres et forment autant de filaments; ils 
n'ont pas les ventrales très en arrière, et leur bassin est encore suspendu aux os de l'épaule, ce qui 
n'a pas lieu dans le groupe précédent. Ils tiennent aux Percoïdes par les dents en velours ou en 
cardes qui garnissent leurs mâchoires, leur vomer et leurs palatins; mais ils ont le museau bombé, 
el les nageoires écailleuses comme beaucoup de Sciénoïdes; leurs deux dorsales sont écartées; leur 
préopercule dentelé; leur bouche trés-fendue. On en connaît une quinzaine d'espèces des mers des 
pays chauds. Le type est le Poly.nème a longs filets ou Poisso.v mangue (Pohinemus paradiseus, 
Linné), qui est d'une belle couleur jaune, présente de chaque côté sept filets, dont les premiers du 
double plus longs que le corps, pas de vessie natatoire, qui se retrouve dans les autres espèces : du 
Bengale, où sa chair est très-recherchée. Les autres espèces de Polynèmes ont les filets plus courts 
que le corps, et le nombre de ces filets est un des caractères de leurs espèces : il y en a de grandes, 
et toutes passent pour de bons mangers, et 5° les Paralepis, Cuv., dont la deuxième dorsale est si 
petite et si frêle, qu'on l'a crue adipeuse, et dont nous figurons le type, petite espèce de la Méditer- 
ranée. 




Fi^. 73. — F'aralepis oare^^onide. 



8°"' GENRE. — MULLE. MULLUS. Linné. — Deux nageoires dorsales séparées l'une de l'aulrr; 
écailles larges, peu adhérentes sur la tête el le corps; deux barbillons attachés sous la symphyse de 
la mâchoire inférieure, se retirant entre les branches de celle mâchoire dn)is l'étal de repos. Les 
Midles ont quelques rapports avec les Percoïdes, mais elles en diffèrent cependant par certains carac- 
tères importants, et pourraient former une petite famille particulière. Leur corps est oblong, peu 
comprimé; leur taille moyenne, leurs nageoires de médiocre étendue; leur profil est plus ou moins 
convexe dans les deux sens, l'ouverture de la bouche est petite, faiblement garnie de dents; la ligne 
latérale, parallèle au dos, se marque par un petit arbuscule sur chacune des écailles; le fond de la 
couleur est pre.'-que généralement d'un rouge plus ou moins vif, et cette particularité a fait réunir 
pendant longtemps ces animaux, et sous les mêmes dénominations, avec les Trigles-Rougets. 

Chez les Grecs, ils portaient le nom de Tpr//», et, chez les Romains, celui de Mullus, et ce sont 
sans contredit ceux des Poissons qui, dans les ouvrages des anciens, ont été le plus célébrés pour 
l'excellence de leur goût et la beauté de leurs couleurs, et c'est d'eux que le luxe des Romains s'est 
occupé avec le plus de follicitude. On a attribué ce nom de Tpty),)! de la triple ponte attribuée à ces 
Acanthoptérygiens, et ce nom, à son tour, en a fait dédier l'espèce à la triple Hécate ou à Diane, 
surnommée ipi'/lcto;, d'où, par une autre induction, on a fait aux Trigles la réputation d'être anti- 
aphrodisiaques. Le nom de Mullus a une autre origine; il vient, dit-on, de ce que sa couleur ressem- 
ble à celle de la chaussure appelée mulleus, que les rois d'Albe avaient portée originairement, et 
qui était demeurée, sous la république, la chaussure du consul, du préteur et de l'édile-curule, et 
plus tard avait été réservée aux empereurs. Les Grecs vantaient déjft la saveur de leur Trigle, mais 
les Latins en parlent encore plus souvent et en termes plus expressifs. Le Mullus était au nombre 
des Poissons les plus chers. On le cherchait au loin; aucuns frais ne paraissaient trop grands pour 
s'en procurer. Leur valeur augmentait surtout avec leur poids; deux livres étaient, selon Pline, le 
u. r. 27 



210 HISTOIP.E NATURELLE. 

plus élevé qu'ils atteignissent communément, et même alors ils étaient déjh une sorte de liiagiiifi- 
cenee; on regardait un Mulle de trois livres comme un objet d'admiration, et Martial représente un 
Mulle de quatre livres comme un mets ruineux. Séneque raconte lliistoire d'un Mulle pesant quatre 
livres et demie, présenté à Tibère, et que ce dernier ayant envoyé au marché, Apicius et Oitavius se 
le disputèrent, et ce dernier l'emporta au prix de cinq mille sesterces (974 fr.), Juvénal en cite un 
qui fut vendu six mille sesterces (1,168 fr.), et pesait près de six livres; entin Suétone rapporte que 
trois furent payés dix mille sesterces (5,844 fr.), ce qui engagea Tibère à rendre des lois somptuaires 
et à faire taxer les vivres apportés au marché. Ces grands Mulles venaient de la mer, et peut-être de 
parages éloignés; et Pline dit qu'ils ne grandissaient pas dans des viviers et des piscines, quoique 
les liomains les y élevassent. Leur éducation y exigeait des soins et des dép.enses extraordinaires. 
Une des jouissances du luxe des Romains était de faire venir, dans de petites rigoles, ces Poissons 
jusque sous les tables où l'on mangeait, et de les voir mourir dans des vases de verre pour observer 
tous les changements que leurs brillantes couleurs éprouvaient pendant leur longue agonie. Cicéron 
et Sénèque déplorent tristement cet amusement barbare et l'inertie qui pouvait inspirer aux riches 
romains des goûts si puérils. Galien dit que le foie du Mulle, avec lequel on lui préparait une sauce, 
passait, chez les gourmets, pour en être la partie la ])lus délicieuse, et qu'on le broyait avec du vin 
pour assaisonner le Poisson; après le foie, i''élait la tête qu'on estimait le plus; mais, au total, il pas- 
sait pour le meilleur de tous les Poissons. Cette passion pour les Mulles avait fort diminué dans les 
derniers temps de l'empire romain. Aujourd'hui, sans être un objet aussi recherché que chez les Ro- 
mains, les Mulles sont encore mis avec raison au nombre des meilleurs comme des plus beaux Pois- 
sons de mer; leur chair est blanche, ferme, friable, agréable au goût, un peu piquante : elle se di- 
gère facilement, parce qu'elle n'est pas grasse. 

On peut génériquement partager les Mulles en deux groupes particuliers; les Mulles d'Europe et 
les Upencus ou Mulles étrangers. 

§ 1. Mulles troprement dits. — Deux espèces seulement, le Surmulet ou gr.^nd Muile ravé de 
JAUNE (HIiillus stmmtletiis, Linné), qui est, sur le dos et les flancs, d'un beau rouge de vermillon 
clair, avec trois lignes jaune doré; quelques teintes argentées sur le corps; gorge, poitrine, ventre, 
dessous de la queue, nageoires, excepté les rayons, qui sont plus ou moins rouges, blanchâtres; bar- 
billons rosés; longueur totale de 0",55 ù 0'",45; elle n'est pas rare dans la Manche et remonte très 
au nord; sa chair, quoique recherchée, l'est moins que celle de l'autre espèce, qui est le vrai Rouukt 
0.1 Rouget barbet (Miithis barbaliis, Linné), celui dont il est parlé dans les ouvrages des anciens. Ce 
mutins barbntiis se distingue facilement du Surmulet par la forme de sa tête, dont le profil tombe 
beaucoup plus verticalement, en sorte que sa physionomie en est très-différente; sa couleur est plus 
uniforme et d'un rouge plus foncé, plus carmin, avec les plus beaux reflets irisés, et sans lignes 
jaunes; le dessous du corps est argenté; les nageoires jaunes; la taille plus petite. (Voy. notre Atlas, 
pi. XXVI, fig. 5.) C'est la Méditerranée qui est le séjour principal de ce Mulle; il s'y prend dans tous 
les parages, d'ordinaire sur les fonds limoneux; on célèbre surtout ceux de Provence, et particuliè- 
ment ceux de Toulon. Il y en a dans la mer Noire et jusque sur les côtes de la Tauride; Uermann 
prétend même qu'on en pêche dans quelques fleuves de la Sibérie. Sur les côtes de l'Océan, dans 
la Manche surtout, il devient rare. L'espèce varie assez, et Piafinesque fait une espèce particulière 
{M. juscutus) d'individus trouvés sur les côtes de Sicile. 

§ 2. Ufénéus (Upencus, Cuv., Val.). — Une vingtaine d'espèces, paiticulières aux mers des pays 
chauds, soit aux Indes, soit en Amérique, qui se rapprochent des Mulles. mais qui cependant s'en 
distinguent parce que leur mâchoire supérieure est toujours dentée, constituent ce groupe. Presque 
tous sont recherchés pour la bonté de leur chair; nous ne citerons comme type que I'Ui'ÉiNéus rayé 
(Mulhis viilaïus, Forskal), qui n'a que 0°',12 à 0'",15 de longueur, et qui, avec les formes du Sur- 
mulet, a le dos brunâtre un peu vineux, les flancs et le ventre argentés, légèrement dorés, avec deux 
lignes plus argentées parcourant longitudinalement le brun du dos, et une troisième plus dorée le 
séparant de l'argenté des flancs : habile les mers des Indes. 




•1 



; 



A" 



TiK- I — Liranoscope sans aiiiics. 




V\'X. 2, — Vive coninii 




KiR, 5 — Mullc Rouset. 



i^OISSONS. 211 



DEUXIEME FAMILLE. 

JOUES-CUIRASSÉES. 



Les poissons de cette division naturelle se rapprocheiil beaiieoup des Percoîdes par l'ensemble de 
leur conformalion; mais l'aspect sinijiiiier de leur tète, diversement hérissée et cuirassée, leur donne 
une physionomie propre qui les a toujours fait classer dans des genres spéciaux, tels que ceux des 
Triples, des Cottes et des Scorpènes. Leur caractère commun le plus saillant est d'avoir les sous- 
opercules, ou au moins l'un d'eux, plus ou moins étendus sur la joue, s'articulant en arrière avec le 
preopercule : et c'est d'après ces particularités que G. Cuvier leur a appliiiué la dénomination de 
Joiics-Cuirassées. Déjà, dans la famille précédente, l'Uranoscope présente quelque chose d'analogue; 
mais son sous-orbitaire, bien que très-large, s'attache en arrière aux os de la tempe, et non pas au 
préopercule. Du reste, le plus ou moins de largeur de cette production des sous-orbitaires fait varier 
l'étendue de la protection qu'ils donnent à la joue, et la forme qu'en reçoit la tête; et ces particula- 
rités servent de caractères pour distinguer en partie les genres, qui, originairement au nombre de 
trois ou quatre, sont près de dix fois plus nombreux aujourd'hui. 

Le corps de ces Poissons est allongé, conique, et assez rapproché pour la forme de celui des 
Vives et des Mulles. Leur tète est diversement armée d'épines ou de plaques tranchantes qui leur 
donnent une physionomie désagréable, hideuse, et qui leur a valu les surnoms de Crapauds, Diables, 
Scorpions, Chauve-Souris de mer. Leurs nageoires pectorales sont tellement développées, qu'elles res- 
semblent, dans certaines espèces, telles que les [lact\loptères, A de véritables ailes, dont elles font 
jus(|u'à un certain point l'olfice. Les habitudes des Joues-Cuirassées sont encore peu connues; on 
sait toutefois qu'ils habitent alternativement les profondeurs de la mer et le voisinage de ses côtes 
dans presque toutes les parties du globe. Ils sillonnent les flots en troupes innombrables; ils se tiennent 
souvent cachés dans les fentes des rochers, soit au milieu des sables ou parmi les plantes marin js, 
sans cesse occupés à guetter une proie d'autant plus difficile à prendre, que, redoutant ses ennemis, 
elle s'en tient plus éloignée. On observe que, lorsqu'on les prend, la plupart d'entre eux font enten- 
dre un bruit plus ou moins fort qui a fait donner au groupe principal de la famille le nom de Groii- 
itui. On leur fait la pèche lorsqu'ils se trouvent près des rivages, et leur chair, quoique peu délicate, 
est assez recherchée. 



i. JOUES-CUIR.\SSÉES SANS RAYONS ÉPINEUX LIBRES EN AVANT DE LA NAGEOIRE 

DORSALE. 

1 K àtux ua^io'wi AoTïaVts. 
a. A lêle parallélipipède. 

Cette division, qui renferme les Trigles des anciens ichthyologistes, aujourd'hui partagés en six 
ou huit genres, comprend des espèces à rayons libres sous la pectorale (Trigles, etc.); d'autres, les 
Dactyloptércs, ayant de très-longs rayons sous les pectorales, réunis en une grande nageoire qui 
sert d'ailes, et enfin un genre (Céphacanthe) qui n'offre pas de rayons séparés sous les pectorales. 

1" GENRE. — TRIGLE. TRIGLA. Linné, 1759. {Sijstcma natiirœ.) — Corps écailleux; sous- 
orbilaire couvrant entièrement la joue et s'articulant même avec le préopercule, qui ne peut se mou- 



212 mSTOir.E NATURELLE. 

voir qu'avec lui; côlés de \a tête à peu près verticaux, lui donnant une forme approcliant du cube; 
des dents en velours aux mâchoires et au devant du vomer; nageoires pectorales grandes, mais ne 
l'étant pas assez pour élever les Trigles au-dessus de l'eau. 

Le nom grec T/Jiy^iî appartient incontestablement au Rouget barbet ou Mutins des Latins; mais 
Artédi ayant réuni dans un même genre le Rouget barbet et les Poissons dont nous nous occupons 
actuellement lorsque Linné les sépara, laissa au premier le nom, de MuUe, et transféra celui de 
Trigle aux autres; cette transposition de dénominations a été généralement adoptée, de même que 
vulgairement on confond encore ensemble les Trigles et les Mulles sous le nom commun de Rouget- 
Contrairement à ce qui a lieu chez la jilupart des Poisfons, les Trigles font entendre, quand on les 
saisit, un son particulier; c'est probablement à cela que sont dus les noms de Lyre (>uoœ), de Coucou 
(zozxu?), d'Hirondelle de mer, d'Épervicr (upat), de Milans {Milviis et Milvaçjus), que leur appli- 
quaient les anciens, et ceux de Gronditis, Goiirlins, Gvonaus, etc., quf portent communément au- 
jourd'hui quelques-unes des espèces; on leur a aussi appliqué les dénominations de Coqs de mer, 
Galitnes, GaUineitcs, etc. 

De tous les poissons à joues cuirassées, les Trigles sont ceux où elles le sont le mieux. Les os, en 
général, mais surtout ceux de la tête, sont durs et grenus ou striés. Les ouïes sont bien fendues; la 
bouche médiocre. Le corps est allongé, rond, un peu comprimé, aminci vers la queue; les nageoires 
sont favorablement disposées pour la locomotion; aussi ces Poissons nagent-ils avec une grande fa- 
cilité. La forme et la disposition des écailles varient beaucoup. L'estomac est en cul-de-sac; le cœ- 
cum a un grand nombre d'appendices; la vessie aérienne est la ge et hilobée. On connaît une quin- 
zaine d'espèces de Trigles propres à nos mers, surtout à la Méditerranée et aux mers des Indes, 
et qui tous sont de taille moyenne. 

Parmi les espèces européennes les plus connues, nous indiquerons : 1° Rouget commun de Paris 
ou Grondin iioige (Trigla pbii, Bloch), d'une belle couleur rouge clair ou rosé, plus pùle en dessous 
et plus vif sur les nageoires; à museau oblique, présentant de nombreuses ligues verticales et paral- 
lèles qui coupent la ligne latérale et sont formées par des replis de la peau, dans chacun desquels est 
une lame cartilagineuse; il est très-commun sur les eûtes de l'Océan; sa chair est de bon goût, et elle 
est recherchée comme celle du Rouget camard, que l'on poile aussi sur nos marchés. 2° Perlon ou 
Rouget grondin (Trigla liiriindb, Bloch), à dos brunStre ou rougeàtre, avec les nageoires pectorales 
noires, bordées de bleu du côté interne; sans sillon ni épine sur le dos; ce Trigle est la plus grande 
espèce de nos côtes, tant dans l'Océan que dans la Méditerranée; car elle peut atteindre jusqu'à 
0'",70; on en fait des salaisons. (Voy. notre Allas, pi. XXVIi, fig. 1 .) 5" Grondin {Trigla gurnardus, 
Linné), d'un gris brun, parfois rougeâlre en dessus, tacheté de blanc, et de cette dernière couleur 
en dessous; des écailles un peu carénées à la ligne latérale; une épine pointue à l'opercule et à l'é- 
paule; cette espèce, très-abondante sur nos côtes, est celle que l'on apporte le plus généralement sur 
nos marchés. Une espèce des mers des Indes, des plus remarquables, est la Lyre {Trigla tgra, 
Linné), assez voisine du Perlon, et qui est d'un rouge vif supérieurement, blanc d'argent inférieure- 
ment; d'autres espèces, qui, par leur aspect général, présenient quelque chose des Lépidoptères, ont 
reçu les dénominations de Cavillone-P3pilloii, Phalène, Sphinx, etc. 

Deux groupes démembrés des Trigles par De Lacépède sont ceux des PRIONOTES, espèces améri- 
caines assez semblables au Perlon, à pectorales plus longues et pouvant même les soutenir dans l'air, 
mais surtout .lyant des dents en velours sur les palatins, et les MALARMATS [Peristedion), à corps 
cuirassé de grandes écailles formant des arêtes longitudinales, à museau divisé en deux pointes, avec 
des barbillons branchus en dessous; à bouche sans dents; ne renfermant qu'une espèce de la Médi- 
terranée, le Trigle cataphracte. 

2''" GENRE. — DACTYLOPTÈRE ou POISSONS VOLANTS. DACTYLOPTERUS. De Lacépède. 
— Une nageoire servant d'ailes formée de très-longs rayons placés sous les pectorales; tète plate, 
grenue; une très-longue épine au bas du préopercule. 

Les Dactylopléres sont connus depuis longtemps par les récits des navigateurs, et sont indiqués 
vulgairement sous les noms de Poissons volants, Rougets volants, Arondes ou Hirondelles de mer. 
Leur museau, très-court, semble être fendu en bec de Lièvre; leur bouche est située au-dessous; les 
dents maxillaires sont arrondies, en petits pavés; le casque, qui est le caractère qui les rapproche 



POISSONS. 213 

le plus des Tiigles, est aplati, rectangulaire, grenu; leur préopercule se termine en une longue et 
forte épine qui est une arme puissante, toutes les écailles sont carénées. Mais ce qui distingue sur- 
tout ces Poissons, c'est la nageoire transfoimée en ailes, qui les soutient en l'air assez longtemps, qui 
leur permet de voler au-dessus des eaux pour échapper :'i leurs ennemis, mais qui ne peut les porter 
longtemps, et les laisse retomber sur la mer au bout de quelques secondes : cette aile est formée par 
les rayons placés au-dessous de leurs pectorales, rayons unis par une membrane en une nageoire 
surnuméraire plus longue que le Poisson, et qui sont très-nombreux et très-longs, au lieu d'être li- 
bres comme chez les Trigles. 

On n'en connaît que deux espèces. La plus célèbre est le DACTYi.orTi;BE vol.v.m [Trujla volilans, 
Linné, brun en dessus et rougeûtre en dessous, avec les nageoires noires tachetées de bleu; long de 
O^iôS; de la Méditerranée; l'autre espèce, que nous figurons (pi. XXVil, fig. 2), est leD. des Indes 
(0. Orientalis, Cuv., Val.), qui est brun doré en dessus, blanchâtre en dessous. 

Un genre, celui des CKPIIAL.\CANT11ES, Lacépéde, qui ne comprend qu'une espèce propre aux 
Cotes delà Guinée, a tous les caractères des Dactyloptères, mais n'offre pas d'ailes. 

b. A télc ronde on drprhnée. 

Cette division, qui a pour type les Cottes, renferme quelques genres à ventrales sous les pecto- 
rales, et un seul (Platycéphale) à ventrales en arrière des pectorales. 

3"" GENRE. — CI1.\P.0T ou CtDTTE. COTTUS. Linné, ilT>2. {Siistema nalttrœ.) — Corps un peu 
ramassé, large en avant, mince vn-s la queue, sans écailles; tête large, déprimée, cuirassée et ar- 
mée d'épiiies; des dents en velours aux mâchoires et au devant du vonier, mais pas aux palatins; 
deux nageoires distinctes ou du moins très-peu unies; rayons inférieurs de la nageoire pectorale non 
luanchus ; trois ou quatre rayons aux ventrales; six rayons aux branchies; pas de vessie natatoire; 
coc(;um divisé en un petit nombre d'appendices. 




Fig. 80. — Chaboisscau porlc-maîsua 



Les Cottes sont des Poissons de taille petite ou moyenne; les uns, ou les CHABOTS PROPRE.\IENT 
DITS, ne se trouvent que dans les eaux douces; tel est le Chabot de eivière (CoUus gob'io, Linné), 
petite espèce dont la taille ne dépasse pas 0'",12 à 0°,15, d'un gris brunâtre tirant plus ou moins 
sur le noir; qui habite toutes les eaux douces de l'Europe depuis l'Italie jusqu'en Suède, surtout 
celles qui ont un fond sablonneux ou pierreux ; ce Cotte nage avec une grande rapidité; on assure 
qu'il a l'habitude de déposer son frai sous une pierre, et qu'il l'y garde avec beaucoup de courage 
et de constance jusqu'à ce qu'il soit éclos; sa chair, qui devient rouge en cuisant, est assez recherchée; 
les autres plus nombreux, ou les CIIABOISSEAUX, vulgairement nommés Scorpions et Crapauds de 
wer, Têlanls, Diables de mer, Grogneitrs, Coqs de mer, etc., se trouvent sur nos côtes ou dans 
l'Océan septentrional, dans ceux d'Amérique, dans la Baltique, la mer Pacifique, etc.; ils sont en- 
core plus épineux que les Chabots, et, quand on les irrite, ils renflent davantage leur tête : le type 
est le Chaboisseau rnorRESiE.M dit (Colins scorpins, Linné), à trois épines au préopercule, d'un gris 
roussàtre ou verdàtre sur le dos, blanchâtre ou jaunâtre sous le vefltre; de petite taille; commun sur 
nos côtes, et pouvant vivre longtemps hors de l'eau. Plusieurs des espèces élrangères à l'Europe se 
font remarquer par les épines de leur tête assez prolongées, comme dans les Chaboisseaux à bois de 
Cerf, à bois de Chevreuil et porte-massue : ce dernier, le Colins claviger, Cuv., Val., que nous re- 



214 HISTOIRE NATURELLE. 

présentons, provient des mers du Kamtchatka, et est marqué en dessus de trois ou quatre bandrs 
verticales brunes sur un fond marbré de blanchâtre, et blanc en dessous. 

On a distingué génériqucment des Cottes les ASPlOOPliORES, Lacépède {Agomis, Dloch; Plialan- 
gista, Pallas), qui ont le corps cuirassé par des plaques .Tuguleuses, sans dents au palais, et qui 
renferment des espèces de l'Océan, de la mer Pacifique et de la mer des Indes; les BATRACIIUS (Cot- 
tits granniens, Linné), à tête non cuirassée, à ventrales en avant des pectorales, et à deux rayons 
mous; les IlÉNlCTRll'TÈRES, Cuv., Val., à dents en velours aux mâchoires, au vomeret aux palatins; 
à première dorsale profondément échancrée, et surtout à corps garni de lambeaux cutanés : une 
seule espèce, de taille assez grande, qui se prend avec les Morues, et habite le nord de l'Amérique; 
1,'s PiEMBROS, Cuv., Val., à dents en velours aux mâchoires, au vomer et aux palatins; â télé peu 
déprimée et à corps écailleux : une seule espèce des mers de Java; et surtout les PLATYCÉPHAI.ES, 
r.locli, à télé plus déprimée que celle des Cottes épineux, mais autrement cuirassée; des dents aiguës 
aux palatins, à corps écailleux, à nageoires ventrales très-devcloppées, attachées plus en arrière que 
les pectorales : on en connaît plus de vingt espèces propres à la mer des Indes, et se tenant habi- 
tuellement enfouies dans le sable pour guetter leur proie; c'est pour cela que le type du genre a reçu 
la dénomination de Platycéphale insidiateur, Bloch. 

2. X uw stu\e ua^co'we AotscVc. 
a. Espèces a icte comprimée. 

Chez certaines espèces, les dents sont en velours aux mùchoires, au vomer et aux palatins. Nous 
devons citer d'abord les IIÉMILÉPIDOTES, Cuv., Val., qui ont la forme générale des Cottes et la tête 
à peu près semblable, mais qui ne présentent qu'une seule nageoire dorsale : ce genre ne renferme 
qu'une seule espèce [Colins liemilepiilolus, Tilessius; C. tracliiirus. Pallas), du nord de l'océan Pa- 
cifique, qui n'a que six rayons aux ouïes, et dont le corps offre des bandes longitudinales d'écail- 
lés, séparées par d'autres bandes nues, mais dont un épidémie épais ne laisse voir ces écailles que 
lorsque la peau se dessèche. 

Le groupe principal de cette division est : 

4™ GENRE. — SCORPÈNE. SCORPJENA. Linné, 1739. (Sijslenm naiiirce.) — Caractérisé par 
son corps écailleux, sa tête cuirassée et hérissée, et se distinguant de celle des Cottes en ce qu'elle 
est comprimée sur les côtés; ses joues et ses mâchoires sans écailles, son ouïe à sept rayons, les lam- 
beaux cutanés qu'il présente à la léte et aux flancs, etc. 

Les Scorpènes, qui se rapprochent beaucoup de certains Pcrcoïdes, comme les Greniilles, mais 
qui, comme dans les Cottes, ont les rayons inférieurs de leurs nageoires pectorales simples et non 
branchus, quoique articulés, sont des Poissons à qui leur tète, grosse et épineuse, et la peau molli) 
et spongieuse qui les enveloppe le plus habituellement, donnent un air dégoûiarjt et hideux, en même 
temps que les piqûres de leurs épines les rendent redoutables; cependant on s'en nourrit, et leur 
chair est réputée comme assez bonne. Ces animaux portaient, chez les anciens, les noms de z^r- 
v'jii-iy., de Scorpœna et de Scorpiiis, et ont reçu vulgairement la plupart des dénominations sous les- 
quelles on indique les Cottes. On connaît une vingtaine d'espèces; deux propres â la Méditerranée et 
les autres particulières aux parages chauds et tempérés des deux Océans et surtout aux mers d'Amé- 
rique et des Indes oiientales. Comme types nous citerons les deux espèces européennes que l'on in- 
dique parfois sous la dénomination particulière de Rascasses (voyez Allas, pi. ,\,\V11, fig. 3); la pre- 
mière, la GRANDE SconpÈjNE 'Scorpa'tia sciopha, Linné), rouge, à écailles larges, à lambeaux cutanés 
nombreux, et la tetite Scoupè.ne (S. porciis, Linné), plus brune, à écailles plus petites, plus nom- 
breuses; qui vivent en troupes dans les endroits rocailleux, et dont les piquants passent pour faire 
des blessures dangereuses. 

Parmi les groupes que l'on a séparés des Scorpènes, on peut citer : 1° les TiENIANOTES, Lacé- 
pède, à corps très-comprimé, et dont la dorsale, très-haute, s'unit à la caudale; 2" les SÊlîASTES, 
Cuv., Val., à corps, joues et mâchoires écailleux, sans lambeaux cutanés : une dizaine d'espèces 
propres à presque toutes les mers chaudes et froides; une espèce de la Méditerranée est le Séuastb 




Fis. I. — T.isIp lio.lnn 




I iï 'i — ll.irlylnpiHre Hps Inric 




Fig. 5 — 8cn 



penne ldscJ^^e. 



POISSONS. 215 

DACTYLOPTÈRE de Laroclie (S. inipeiialis, Ciiv., Val.), d'un beau rouge vif en dessus, blancliâlie en 
dessous, avec une teiiile noii-aire sur l'opercule : une espèce des mers du Nord, la Séoasie septen- 
TRio.NALE {Pcrca viarina, Liniic), doit être prise comme type du groupe; elle est rouge; sa longueur 
dépasse O^.OS, et elle est d'un grand secours pour les Esquimaux, qui s'en nourrissent, la font sé- 
cher pour en faire des provisions, et se servent de ses écailles comme d'aiguille; 5" les DLEPSIAS, 
Cuv., Val., à corps nu, avec des lambeaux cutanés sous la mâchoire inférieure; à têle comprimée; 
joue cuirassée; à cinq rayons aux ouïes; de petites ventrales; une dorsale très-haute, trilobée : une 
seule espèce des îles Aleuliennes; 4° les APISTES, Cuv., Val., surtout caractérisés par une forte 
épine ou sous-orbitaire, qui en s'écartant de la joue devient une arme perfide : groupe renfermant 
une vingtaine d'espèces particulières à la mer des Indes, et parmi lesquelles on a formé plusieurs 
subdivisions, dont la plus connue est celle des Minons, Cuv., Val. 

Dans un groupe pariiculier, il y a des dents aux mâchoires et au devant du vomer, mais non aux 
palatins ; ce sont les ['TEUOIS, G. Cuvier, qui, avec la pkqiart des caractères des Scorpènes, ont de 
très-longs rayons dorsaux et pectoraux qui leur forment une sorte d'aile qui leur permet de se soute- 
nir au-dessus de la mer. Ces Poissons, qui ont été appelés Scorpènes volanles, tiennent à la fois des 
Epinoches et des Cottes; on n'en connaît qu'un nombre assez restreint d'espèces particulières à l'o- 
céan Indien; le type, que nous représentons jil. XXVlll, fig. 1, est le Ptéroïs volticeam (Scotpcvna 
volitans, Gmelin), de petite taille, d'un brun rouge traversé verticalement par des lignes roses, dis- 
posées par paires. 

Une autre division, où il n'y a que quelques petites dents aux mâchoires seulement, et où il n'entre 
qu'un seul genre, AGIUOPES, Cuv., Val., à corps comprimé, à dorsale haute et commençant entre les 
jeux, à bouche petite, saillante, ne comprenant que peu d'espèces des mers du Cap et d'Amérique. 

b. Espèces a icte cjrossc, comme monstrueuse; yeux dirigés vers le ciel. 
On y range deux groupes remarquables. 

5"" GENRE. — PELOn. PELOU. Cuvier et Valenciennes, 1829. {Histoire des Poissons.) — Tète 
écrasée en avant; yeux saillants, rapproches; pas d'aiguillon au sous-orbitaire; corps sans écailles; des 
dents en velours aux mâchoires et au devant du vomer; pas de dents aux palatins; nageoire dorsale 
non divisée, unique, à épines hautes et presque isolées; deux rayons libres sous les pectorales. 

Ces poissons ont des formes bizarres, un aspect monstrueux que rappelle le nom qu'ils portent; on 
n'en a décrit que cinq ou six espèces, toutes de la mer des Indea et dont le type est le Pelop, fila- 
HEMEcx (Pclor filiiiucnlosum, Cuv., Val.), à corps allongé, à forme bizarre, présentant de longs 
filaments en haut de sa pectorale et quelques autres plus petits insérés sur sa peau molle, spon- 
gieuse; il est gris, marbré de taches brunes de différentes grandeurs, et comme tout saupoudré de 
farine, se nourrit de Crustacés, et habite les côtes de l'île de l'rance. (Voyez notre Atlas, pi. XXVlll, 
fig 5.) 

L'antre genre, qui comprend à peu près autant d'espèces propres aux mers orientales, est celui des 
SVNANCEliS (Siinauceia, Bloch), à tète rude, tuberculeuse, non comprimée, souvent enveloppée d'une 
])eau lâche et fongueuse, sans épines; n'ayant de dents qu'aux mâchoires; à rayons pectoraux tous 
branchus; à dorsales non divisées, etc. La laideur de ces Acanthoptérygiens, qui ne le cède en rien à 
celle des Pelors, les a fait regarder comme venimeux, ce qui n'est pas exact. Comme type, nous 
nommerons la Sïkacée HoniiiBLE ou SonciÈRE [Sijuanceia liorrida, Bloch), des mers de Java. 



11. JOUES-CUIIUSSÊES N'AYANT QUE DES ÉPINES LIBRES AU LIEU DE PREMIERE 

DORSALE. 

't. Corps couvert de grandes écailles imbriquées; huit rayons aux ouïes. 

Deux genres qui ne renferment chacun qu'une seule espèce : LÉPISACANTllE, Lacépède, ou MONO 



2IC HISTOIRE NATURELLE. 

CENTRIS, Bloch, ù corps court et gros, entièrement cuirassé d'énormes écailles anguleuses, âpres 
et carénées, à première dorsale remplacée par quatre ou cinq grosses épines libres, à ventrales com- 
posées chacune d'une énorme épine dans l'angle de laquelle se cachent quelques rayons mous pres- 
que imperceptibles; ù tête grosse, cuirassée; à front bombé; à huit rayons aux branchies; des dinls 
en velours aux mâchoires et aux palatins : l'espèce est le Mo^ocE^TRls du Japo.n, bloch, d'un blanc 
argenté; de O^.IG de longueur. Le second genre est celui des HOl'LOSTÈTllES, Cuvier, Valenciennes 
(type H. DE LA MÉD;TEtiRANÉE, espèce très-rare, pêchée à Nice), remarquable surtout par son thorax 
offrant de fortes écailles carénées comme dans les Clupées, mais appartenant bien aux Joues-Cuiras- 
sées, et auquel on doit peut-être réunir le Traclujchlijs, de la Nouvelle-Hollande. 

b. Corps garni de jila'jues le long de tout on partie de la ligne latérale; trois raijons aux ouïei. 
On distingue surtout dans cette division : 

e"'" GENRE. — ÉPINOCHE. GASTEROSTfWS. Artédi. — Tête lisse, non épineuse ni tubercu- 
leuse comme chez la plupart des Joues-Cuirassées; corps allongé, petit; épines dorsales libres, ne 
formant pas de nageoires; ventre garni d'une cuirasse osseuse formée de la réunion du bassin à des 
os huméraux très-dévelopi)és; nageoires ventrales plus en arrière que les pectorales, et réduites à une 
seule épine; trois rayons branchiaux. 

Les Épinoihes, que les anciens, surtout Théophraste, semblent avoir dési^i;nés sous le nom de K:j- 
ToiTzo;, sont de très-petits Poissons dont la longueur varie entre 0"',ûl et 0"',10; ils vivent dans lis 
ruisseaux, les rivières, et même dans la mer si on n'en sépare pas le Castrée, qui en est au moins 
très-voisin, et partout ils sont très-abondamment répandus; ils sont très agiles et semblent doues 
d'une puissance musculaire peu en rapport avec leur petitesse, puisqu'ils peuvent s'élancer hors de 
l'eau à près de trente-cinq centimètres. Les Épinoches se nourrisssent de Vers, de larves, de chrysa- 
lides, d'Insectes parfaits, de Mollusques nus, d'œufs de Poissons, et même de Poissons naissants 
appartenant principalement à leur propre groupe. Leur voracité est énorme, et un naturaliste en a vu 
un, en cinq heures, avaler soixante-quatorze Vandoises longues de O'°,007 à (("".OOS; aussi causent- 
ils de grands ravages dans les étangs, et cherehe-l-on à les détruire. DIocli assure que la durée de 
leur vie est de trois ans; ils frayent dans les mois d'avril et d-» mai, et sont très-feconds. Ces Pois- 
sons doivent à leur armure de ne redouter aucun ennemi; car iis peuvent présenter de toutes parts 
des épines acérées qui rebutent leurs agresseurs les plus voraces; mais ils sont, à l'extérieur, tour- 
mentés par un petit Crustacé parasite, le Binocle, qui s'attache à leur peau et suce leur sang, el, à 
l'intérieur, par le Bolrioceplmlus soUUus, espèce voisine des Tania, qui leur remplit parfois tout 
l'abdomen : c'est à leurs armes qu'ils doivent aussi leur nom d'Épinoche, et celui plus vulgaire en- 
core de Savetier; quant à la dénomination latine de Gasterosteus, dont on a fait Gasléroslée, elle 
provient du grec ■/u'^'^ip, ventre; ottouv, os, et a pour objet d'exprimer la cuirasse osseuse qui garnit 
le dessous de leur abdomen. Ces animaux, dans plusieurs localités, et à certaines époques, sont tel- 
lement abondants, qu'on peut les ramasser par tombereaux, el qu'on s'en sert pour fumer les terres, 
et, dit-on, pour nourrir les Porcs; dans la Prusse orientale, on en extrait une huile qui épaissit par 
la cuisson; les Kamtcliatdales font sécher une espèce de ce genre, le Gaslerostcns oborarius, pour 
servir, en hiver, de nourriture à leurs Chiens; on estime peu l'Épinoche comme aliment pour l'homme, 
à cause de ses épines et de sa petite taille, cependant la chair en est assez bonne, et il parait que 
l'on peut en faire un bouillon agréable au goût. 

La nidification des Poissons, dont les anciens, el à l'occasion des animaux mêmes qui nous occu- 
pent, avaient parlé vaguement, a été constatée d'une manière complète par M. Cosle sur deux es- 
pèces de ce genre; l'importance el la nouveauté de ce sujet nous engagent à rapporter quelques pas- 
sages du travail que le savant académicien lui a consacré. Tandis que chez les Mammifères, et surtout 
chez les Oiseaux, la femelle est presque exclusivement chargée du soin de confeclionner le nid, chez 
les Épinoches, le mâle seul travaille à sa construction. Quand le moment de la reproduction est venu, 
on voit chaque mâle déployer une grande activité, choisir pour séjour permanent un endroit déter- 
miné du ruisseau que la troupe habile, et entasser dans ce lieu des brins d'herbe de toute nature 
qu'il va chercher parfois très loin. Mais, comme les matériaux qui constituent celte première partie 



POISSONS. 217 

de l'édifice pourraient être enlraînés par les mouvements de l'eau, il a la prévovancc d'aller chercher 
du sable, dont il remplit sa bouche, et qu'il vient déposer dans le nid pour le lester et le faire rester 
en place; puis, pour donner à tous ces éléments réunis une cohésion qui les tienne enchaînés les uns 
aux autres, il applique sur eux sa face ventrale, g;lisse lentement comme par une sorte de reptation 
vibratoire, et les agglutine en essuyant à leur surface le mucus qui suinte de sa peau. On le voit 
ensuite prendre tantôt de petits morceaux de bois, tantôt des pailles, qu'il vient fixer dans l'épais- 
seur ou placer à la surface de sa première construction. Lorsqu'il est parvenu à construire le plancher 
et les parois latérales de son édifice, il s'occupe d'en organiser la toiture, et, à mesure qu'il s'ap- 
plique à consolider son nid, il le dispose convenablement pour l'usage auquel il le desline; aussi ne 
manque-t-il jamais de réserver une ouverture Irés-régulièrcmcnt circonscrite, par laquelle il plonge 
fréquemment la tète et même une grande partie du corps, afin d'en écarter les parois et de maintenir 
la moitié inférieure du nid assez dilatée pour que la femelle puisse s'y engager el y pondre ses œufs. 
Les vrais Épinoches ont pour habitude de poser leurs nids sur la vase qui recouvre le lit des ruis- 
seaux, tandis que lÉpinochetle construit invariablement le sien sur les plantes aquatiques ou entre 
leurs racines. Une espèce donne à ce nid une forme assez semblable à celle des taupières; une autre 
le construit sous la forme d'un manchon. Le nid, ainsi établi, forme une voûte de 0'°,10 environ de 
diamètre, qui apparaît au fond de l'eau comme un petit soulèvement circulaire. Parfois, à l'époque 
des amours, on voit, dans les ruisseaux qu'habitent les Épinoches, un si grand nombre de ces es- 
pèces de monticules, qu'on ne sait comment s'expliquer que leur nidification ait été si longtemps in- 
connue. Le nid, ainsi préparé, n'a qu'une seule ouverture; mais plus tard il en présentera deux; habi- 
tuellement c'est la femelle qui, en s'élançant hors de ce gîte, après la ponte, perfore la paroi oppo- 
sée pour se frayer un passage; mais, chez certaines espèces, c'est encore le mâle qui se charge de ce 
soin. Du reste, on doit ajouter que les Épinoches mâles, quand leur nid est suffisamment rempli 
d'œufs, ou quand leur pouvoir fécondateur a cessé, se hâtent d'obstruer celle des deux ouvertures 
qui servait de sortie. 




Fig. 81. — Epinoche à queue nue. 



Quand la construction du nid est assez avancée pour recevoir les œufs, le mâle s'élance au milieu 
du groupe des femelles pour y fixer l'allention de celle qui est disposée à pondre, et lui offre un 
abri pour sa progéiiituro. La femelle peut ais(ment le distinguer des autres mâles, car à ce moment 
il porte les vives couleurs de la riihe livrée des amours; aussi, dès qu'elle l'aperçoit, elle s'empresse, 
par une série de petits manèges coquets et d'agaceries, de lui montrer qu'elle est prête à le suivre. 
.41ors le mâle se précipite vers son nid, plonge sa tète dans l'ouverture unique, qu'il élargit vivement 
pour en faciliter l'entiée à la femelle, à laqui lie il cède ensuite la place. Celle-ci s'y engage tout en- 
tière et ne laisse plus voir à l'extérieur que l'extriniité de sa queue, et pendant quelques minutes ses 
mouvements convulsifs indiquent tous les efforts qu'elle fait pour pondre ses œufs; puis elle en sort 
bientôt par l'ouverture qu'elle forme à la partie du nid opposée à l'ouverture par laquelle elle est en- 
trée. (Voy. notre Atlas, pi. XXVIII, lig. 1.) Le mâle assiste la femelle, la frotte avec son museau 
pour l'encourager, et, dès qu'elle a accompli l'acte pour lequel elle a été créée, il entre par la même 
voie qu'elle a suivie, glisse sur les œufs en frétillant et en déposant la liqueur reproductive, et sort 
presque aussitôt pour réparer les désordres de son établissement. 11 recommence plusieurs fois, et i 
plusieurs jours de distance, le même manège avec d'autres femelles, jusqu'à ce que le nid renferme 
la quantité d'œufs qu'il doit avoir : quantité véritablement énorme. La faculté qu'ont les femelles de 
pondre plusieurs fois et à des intervalles assez rapproches explique pourquoi ces Poissons sont sus- 
ceptibles de se multiplier d'une manière prodigieuse. 

n. !■. 28 



218 HISTOIRE NATURELLE. 

Le mâle resle seul gardien de son précieux dépôt, car non-seulement les femelles n'en prennent 
aucun soin, mais elles en deviennenl même les ennemies redoulaliles, et font partie des coalitions 
nombreuses qui eiierchent à envahir le nid pour satipfaire sur les œufs leur appétit féroce. C'est 
donc pour le mâle une rude et difficile tâche que celle de défendre les œufs contre les tentatives ré- 
pétées de ces dévastateurs, alors surtout que, pendant un mois entier, il est obligé de fournir aux 
œufs qu'il protège toutes les conditions nécessaires pour en favoriser l'édosion. nu de veiller à l'c- 
ducalion de sa nombreuse famille. Il commence par fortifier son nid en le recouvrant de pierres, dont 
le volume est quelquefois égal à la moitié de son corps, et il est presque constamment occupé à faire 
passer des courants à travers l'unique ouverture du nid par le rapide mouvement de ses nageoires 
pectorales. Au bout de dix ou douze jours, les petits sont éclos ; mais le père doit encore les pro- 
téger pendant assez longtemps; car, s'il les abandonnait, ils ne tarderaient pas à devenir la proie 
de leurs ennemis. En effet, les petits naissent avec une vésicule ombilicale si volumineuse, que c'est 
à peine s'ils peuvent en supporter le poids, et leur marche en est tellement embarrassée, qu'ils .sont 
ncapables de fuir le danger qui les menace. Le mâle se dévoue encore à cette nouvelle l'onction, qu'il 
remplit avec une vigilance minutieuse, et ne permet à aucun des nouveau-nés de franchir les limites 
de son nid, et, .si l'un d'eux s'en écarte, il le prend dans sa bouche et le reporte immédiatement à 
son domicile. Au bout de quinze ou vingt jours, les petits sont devenus assez forts pour suffire aux 
besoins de leur propre conservation; le mâle les abandonne alors pour aller reprendre ses habitudes 
au milieu des autres Épiuoches; et, chose surprenante, cet animal, qui, pendant toutes les autres sai- 
sons de l'année, se fait remarquer par sa voracité, vit, pendant le mois qu'il passe à la propagation 
de son espèce, dans une abstinence presque complète. 

On connaît une vingtaine d'espèces d'Épinoches, que l'on partage parfois en deux subdivisions 
sous-génériques, les Êpinoches rnoinEMENT dits (Gasterosicus) et les EriKOcuEiTEs (Pungiiiiis), qui 
différent très peu l'une de l'autre. Toutes nos eaux douces d'Europe et même, assure-t-on, la mer du 
Nord nourrissent deux espèces d'Épinoches confondus souvent sous le nom de guaixd Éimkociie (Gns- 
lerosieiis aculcaitis, Linné), qui toutes deux ont trois épines libres sur le dos, une taille d'environ 
0'",08, une couleur grise sur le dos dans les temps ordinaires, blanchâtre sous le ventre; niais l'une 
a le corps entièrement revêtu de bandes écailleuses : c'est l'E. a quei.'e armée (G. Iraclnirus, Cuv., 
Val.), et l'autre, c'est-à-dire l'É. a queiie hve (G. leiuriis, Cuv., Val.), n'en présente que dans la ré- 
gion pectorale. La plupart des autres espèces européennes ne sont peut-être que des variétés de ces 
deux types; mais il semble n'en être pas de même pciur quelques individus américains. On a décrit 
trois Épinochettes; deux propres à nos ruisseaux : I'Epinocuetie propkewem dite [Gasiciosiciis ptin- 
gilius, Linné), qui a neuf épines, et les côtés de la queue munis d'écaillés carénées, et l'E. lisse 
{G. lœvis, G. Cuvier), qui ne présente pas cette armure. Une espèce provient de l'ile de Terre-Neuve. 

Enfin on a distingué, sous le nom de CASTRÉE [Gastrcuf:, Cuv., Val.), le Gastiiée ou EriNocuE de 
MEFi A jiesEAD ALLONGÉ (G. spuiacliia, Liuné), qui a le corps de forme grêle et allongée; quinze épines 
courtes sur le dos; toute la ligne latérale garnie d'écaillés carénées; le bouclier ventral divisé en 
deux, et les ventrales ayant, outre l'épine, deux très-petits rayons : ce Poisson, qui ne remonte 
pas*dans les rivières, n'est pas très-rare sur nos côtes de la Manche et du golfe de Gascogne, et de- 
vient plus commun encore dans le Nord. 




Fig. 82. — Ordosome de rAlIanliquc. 

Enfin le dernier genre de la famille des Jones-Cuirassées est celui des ORÉOSOMES {Oreosoma) 




Kis. I . — l'tc'rnïs volant 




Fis. 2. — Eplnixlio r,-niclle dans ^m ni<l 




Fia;- 5 — Pelor (ilatnenteiix. 



POISSONS. 219 

(0,00;, montagne; o-M^a, corps), Cuv., Val., l'un des plus bizarres que l'on connaisse, et qui ne reii- 
fiîiine que l'O. de l'Atlantique (0. Atlnnticunt). C'est un petit Poisson ovale, aussi iiaut que lj/^«, 
tout hérissé, en dessus et en dessous, de gros cônes de matière cornée, semblables à de petit? pains 
de sucre ; il y en a quatre sur le dos et dix sous le ventre, sur deux rangs, avec plusieurs petits en- 
tre les rangs. 



TROISIEME FAMILLE. 

SCIÉNOIDES. 



Le genre Sciène des anciens auteurs, et quelques Poissons qui en sont assez voisins, constitue, 
pour G. Cuvier ainsi que pour les iclitbyoloyistes modernes, la famille des Sciénoïdes, qui renferme 
prés de trois cents espèces propres à toutes les mers ou à quelques eaux douces, et léparties en 
une quarantaine de groupes génériques. 

Les Sciénoïdes ont de grands rapports avec les PercoïJes, et présentent même à peu près toutes 
les mêmes combinaisons de caractères extérieurs, ce qui permettrait de les placer en séries paral- 
lèles suivant le système de M. Isidore Geoffroy Saintililaire; notamment les dentelures du préoper- 
cnle, les épines de l'opercule, le corps écailleux et la joue non cuirassée, la dorsale simple ou dou- 
ble, etc.; mais elles n'ont pas de dents au vomer ni au palais, qui est tout à fait lisse; la bouche peu 
pioiractile; le plus souvent les os du crâne et de la face sont caverneux, c'est-à-dire que des sortes 
d'arêtes, comparables à des ogives gothiques, relèvent et boursouflent en quelque sorte ces divers os, 
cl les nageoires verticales sont un peu écailleuses. Les Joues Cuirassées semblent établir le passage 
(les Percoïdes aux Sciénoïdes, et quelques-uns des genres qui y entrent les lient les uns aux autres. 
Ces Poissons ont à peu près les mêmes habitudes que les Percoïdes; cependant une particula- 
rité que l'on doit noter, parce qu'elle se rencontre rarement chez les Poissons, c'est que plusieurs 
d'entre eux, et principalement les Pogonias, qui pour cela ont reçu le nom vulgaire de Tambours, 
font entendre un bruit assez fort, semblable à celui de basses et de tambours, quand on les saisit, 
einiême quelquefois sous l'eau. On recherche beaucoup ces Poissons, car presque toutes les espèces 
sont bonnes à manger, et plusieurs sont d'un goût exquis. Leur taille est moyenne ou même grande, 
comme dans le .Maigre, type du genre Sciena d'Artédi, le plus anciennement créé de tous les groupes 
génériques. Au Maigre on doit joindre le Corb et l'Ombre ou Ombrine, tous trois de la Méditerranée, 
tous trois connus des anciens, qui les nommaient 2/.ia, Xziaiva, Sztvi;, et Szik'Îîiç et C/iromiv, sans 
que Ion puisse aujourd'hui appliquer plus spécialement à chacun d'eux l'une de ces dénominations, 
qui constituent les divisions principales de cette famille. 



l SCIÉNOÏDES A DEUX NAGEOIRES DORSALES OU A NAGEOIRE DORSALE 

PROFONDÉMENT ÉCHANCRÉE. 

A. S.4HS BARBILLONS SOUS LA BIACHOmE INFÉRIF.DRE. 

1. Vas il ^oïVts. t(vu"\uw. 

a- Des dentelures au préopercule. 

Dans les uns, il n'y a pas de grosses dents mousses aux mâchoires; tantôt le museau est bombé 
comme chez le : 



-l-2i HISTOIRE NATURELLE. 

i" GENRE. — MAIGRE ou SCIÈNES PROPREMENT DITS. SCl^NA. Artédi. — De faibles ai- 
guillons à la nageoire anale; des dents aux deux mûciioires plus fortes que dans les autres genres; 
|jas de canines ni de barbillons. 

Les Sciènes, d'une manière très-générale, se distinguent par leur tète bombée, soutenue par des 
os caverneux, par leurs deux dorsales ou leur dorsale unique, profondément écbancrée, et dont la 
partie molle est beaucoup plus longue que la partie épineuse; par leur nageoire anale comte, leur 
préopercule dentelé, leur opercule terminé par des pointes et les sept rayons de leurs branchies. 
I.eur tête entière est écailleuse; les pierres de leur oreille sont plus grosses que dans la plupart des 
Poissons, et leur vessie natatoire présente souvent des appendices des plus remarquables. On ne 
range plus dans ce genre que trois espèces, dont le type est le Maigre d'Europe {Sciœna aqiiila, 
Cuv., Val.), dont la taille ordinaire est de i"', mais qui peut atteindre jusqu'à 2"" de longueur; sa 
forme générale est assez semblable à celle du Bar; son museau est un peu bombé, à lèvres peu char- 
nues, et à gueule légèrement fendue; les écailles du corps sont grandes, un peu obliques; la cou- 
leur générale est d'un gris argenté assez uniforme, un peu plus brunâtre sur le dos et plus blanchâ- 
tre sous le ventre; les nageoires sont rouges ou d'un brun rougeâlre. (Voy. Atlas, pi. XXIX, fig. i.) 
La vessie natatoire est remarquable par les appendices branchus qu'elle oifre de chaque côté en assez 
grand nombre. Ce Poisson était très-connu au moyen âge, où il portait, à Rome, le nom d'Unibrina, 
et à Paris celui de Ma'ujrc : sa chair, très-délicate, et surtout celle de sa tête, était très-recherchée. 
Aujourd'hui on ne le rencontre plus que rarement sur les côtes européennes de la Méditerranée, ainsi 
que sur celles de l'Océan : on le pèche parfois à Dieppe, où il porte le nom (Y Aigle; il semble suivre 
ou précéder les grandes bandes de Poissons qui éniigrent, tels que les Harengs, etc. Les deux au- 
ties espèces du même groupe sont le Maigre du Cap [Labriis holokpidolm, Lacépède) et le Paua 
(Bola ■pâma, Buchanaa), espèce de petite taille qui habite dans le Gange. 

2"' GENRE. — CORliS. CORVl^iA . G. Cuv. — Se distinguant surtout des Maigres par leurs dents 
en velours aux deux mâchoires, et précédées à la mâchoire supérieure par un rang plus fort que les 
autres et formé de dents pointues, égales; un autre caractère se trouve dans la grosseur et la force 
de leur deuxième épine anale. On en connaît un assez grand nombre d'espèces propres à presque 
toutes les mers; mais la plus ini])ortante, le Scorb koiu ou Cordeau [Stiirna ni(jin, (î.nelin), qui est 
d'un brun argenté, à ventrales et anale noires, se trouve communément dans la Méditerranée, et est 
confondue souvent avec le Maigre, qui est cependant beaucoup plus grand. 

Les JONlllNS, Bloch, ou COLA, qui proviennent du Sénégal, de l'Amérique et surtout des mers et 
des eaux douces des Indes, et dont la chair blanche, légère, de peu de goût, est d'une grande ressource 
pour les habitants, ne se distinguent guère .des Scorbs que par leur deuxième éjiine dorsale plus fai- 
ble et plus courte que les rayons mous qui la suivent. Un autre genre qui s'en rapproche, mais qui 
a des dents excessivement petites, est celui des LÉIOSTOMES, Lacépède, d'Amérique. Un groupe plus 
imjiortaiit est celui des CHEVALIERS (Equcs, RIoch), chez lequel le corps est comprimé, allongé, 
élevé aux épaules et finissant en pointe vers la queue, à première dorsale élevée : la deuxième lon- 
gue, écailleuse. On n'en connaît qu'un petit nombre d'espèces, toutes propres à l'Amérique, et dont 
le type est le Chevalier po.nctcé (Eques lunclatus, Rloch), que nous représentons (pi. X.XIX, fig. 2) 
d'après la figure qu'en a publiée A. G. Desmaresl dans ses Décades ichiliiiologuiitcs, qui provient 
de Cuba, dont le corps est d'un brun noirâtre très-foncé, avec cinq bandes longitudinales grises, et 
les nageoires de la couleur du fond, mais offrant des taches bleues. 

Dans deux groupes, qui n'ont également pas de grosses dents mousses, le museau n'est pas 
bombé : LARl.MES, Cuv., Val., à museau très-court et dents en velours, et LÊPIPTÈRES, Cuv. Val., 
â tête allongée; dents en velours; nageoires verticales Irès-écailleuses; des mers d'Amérique. 

Chez des espèces qui ont des dentelures aux préopercules, on remarque parfois de grosses dents 
aux mâchoires : tels sont les BORIDIES, Cuv., Val., à formes de Corbs : une espèce du Brésil, et les 
CONODONS, Cuv., Val., ne différant des précédents qu'en ce que les dents sont coniques et no.i 
•flousses : une espèce de la Jamaïque. 



» 



POISSONS. 225 

^. V^is de (loiliiures au jjréopcrcule. 

Les NÉBRIS el les ÉLÉGIANS, Cuv., Val., deux genres irès-peu connus, et propres, le preniiT à 
TAniérique, et le secon daux îles Malouines, entrent dans cette division, et sont surtout caractérisés, 
le premier par son museau très-court, et le second par son museau bombé. 

2. Bt \o\Uî. taivVuts. 

On y dislingue surtout les OTIIOLITHKS, G. Cuvier, qui ont, comme les Sciênes, les épines de 
/anale faibles; pas de barbillons, mais qui par;ni les dents ont deux canines en avant de la mâchoire 
supérieure et quelquefois aussi à l'inférieure : on en a décrit une quinzaine d'espèces des mers d'A- 
mérique et des Indes. Un second genre, beaucoup moins nombreux en espèces, et d'Amérique, est 
celui des ANCYLODONS, Cuv., Val., qui a deux longues canines en crochets et plusieurs autres lon- 
gues dents aux mâchoires, et dont le type est le Loiuliuius ancylodon, Bloch [A . jacidïdcns , Cuv.). 



B. UN ou rLUSIEUnS B.KRDILLOSS SOUS Lk MACHOIRE l.NFEaiEUliE. 

ô™ GENRE. — O.MBRINE. VMBIUNA. Cuv,, Val. — Un petit barbillon attaché sous la sym- 
physe de la mâchoire inférieure. 

Le caractère générique que nous venons d'indiquer est réellement le seul qui puisse différencier 
les Ombrines des Sciènes proprement dites, avec lesquelles elles ont les plus grands rapports. On n'en 
a décrit qu'un nombre assez restreint d'espèces, dont le lype est I'Ombhine commuxe [Sciœna cirrhosa, 
Linné), que l'on nommait anciennement Uiiibra et Ombrina, et que l'on a souvent confondu avec le 
Maigre et le Scorb, c'est un beau et bon Poisson des côtes de Provence et d'Italie, ainsi que du golfe 
de Gascogne, dont la taille peut passer 2'", et le poids seize kilogrammes, qui est rayé obliquement 
de couleur d'acier sur un fond doré. Les espèces étrangères à l'Europe se rap|)ortcnt à la mer des 
Indes, à celles d'Amérique, etc. 

Dans d'autres groupes, les barbillons sont en plus grand nombre; tels sont les LONCIIURUS, Bloch, 
à deux barbillons à la symphyse, el à caudale pointue; les TAMBOURS ou POGONLVS, Lacépède, 
qui ont plusieurs barbillons sur des rangées transverses sous le bout de la mâchoire inférieure, et 
habitent les mers d'Amérique, et les MIGROPOGONS, Cuv., Val., qui n'ont que quelques barbillons 
à peine visibles sur le bout de la mâchoire inférieure : trois ou quatre espèces des côtes d'Amé- 
rique. 



II. SCIÉNOIDES A DORSALE UNIQUE. 

A. ESPÈCES A SEl'T RAYONS ADX OUÏES. 

Trois genres principaux : 1° les ROUGES-GUEULES ou GORETTES (Hœmulon. Cuv., Val.), qui ont 
un profil un peu allongé, auquel on a trouvé quelque rapport avec celui d'un Cochon; la mâchoire 
inférieure comprimée et s'ouvrant fortement, ayant sous sa symphyse deux pores et une petite fos- 
sette ovale; dents en velours; les parties de la mâchoire inférieure qui rentrent lorsque la bouche se 
ferme, généralement d'un rouge vif; dorsale légèrement échancrée, à partie molle écailleuse : les 
espèces de ce genre, assez nombreuses, sont toutes américaines; 2° les PRISTIPOMES {Prisliponta, 
Cuv., Val.), à museau plus bombé; bouche moins fendue; dorsale et anale sans écailles : groupes 
très-nombreux dont les espèces sont répandues dans les régions chaudes des deux Océans, et parmi 
lesquelles i.ous figurons le P. a deux lignes {Pnsiipoma bUinenttnn, Cuv., Val.), de la Martinique; 
a'un gris doré en dessus, avec une teinte argentée aux sous-orbitaires, plus pâle en dessous; 3° les 



222 



HISTOIRE NATURELLE. 



DIAGRAMMES, G. Cuvier, manquant de la fossette sous la synipliyse, mais y ayant les deux petits 
pores antérieurs, et, en outre, deux plus gros sous chaque branrlie; de l'Atlantique et de la mer des 
Indes. 




— Prislipoine à rteiix lignes. 



D. ESPECES A MOINS DR SEPT RAVOKS AUX OUÏES. 

1 . K Wtjut \.ftU\aVi tov.V'wws, \\V'r(\w'à Va tauAttVi. 

a. Pas de rayons simples aux prclornlcs. 

Quelques genres peu connus, tels que ceux des LOBOTES, Cuv., Val., à corps haut, à museau 
court, à dorsale et anale se prolongeant en arrière, ayant de fortes dentelures au préopercule : cinq ou 
six espèces des deux Océans; SCOLOPSIDES, G. Cuvier, à corps oblong, avec de grandes écailles, 
el ayant surtout le deuxième sous-orbiiaire dentelé et terminé près du bord d( 1 orbite par une pointe 
dirigée en arriére, et qui se croise avec une pointe du troisième sous-orbitaire dirigée en sens con- 
traire : une vingtaine d'espèces, qui toutes vivent dans la mer des Indes; MICROPTÈRES, Lacépède, 
chez lesquels les derniers rayons de la partie molle de la dorsale, séparés des autres, semblent for- 
mer une petite nageoire isolée : une seule espèce; LATILCS, Cuv., Val., à corps allongé; prolil pres- 
que vertical : deux espèces de File de France; MAULARIES, Cuv., Val., à tête caverneuse, à mâ- 
choires sans dents : une seule espèce propre à la Nouvelle-Hollande, etc. 

b. De$ rayons simples aux pectorales. 

4""= GENRE, — CIIEILODACTYLE. ClIElLOrJACTÏLUS. La-épède. — Corps oLlong; bouche 
jieliie; de nombreux rayons épineux à la nageoire dorsale, et suitout les rayons inférieurs de leurs 
pectorales simples et prolongés hors de la membrane. 

Ce dernier caractère, des plus importants, rappelle une particularité semblable que l'on retrouve 
chez les Cirrhiles, Les Theilodactyles ne comprennent qu'un petit nombre d'espèces particulières au 
cap de Bonne-Espérance et aux mers des Indes et flu Sud : nous représentons (pi. XXIX, lig. 3) le 
CuEii.ODACTïLE A LONG DOIGT DE i.'AusTiiAi.AsiE ((Hclilu niacroi)lera , Bloch), qui est argenté, teint de 
verdàtre, tacheté de brun vers le dos, avec les nageoires jaunâtres; les liabiiants de la Nouvelle-Zé- 
lande prennent ce l'oisson à l'hameçon, et s'en nourrissent. 



Les Poissons qui entrent dans cette division, ainsi que ceux qui terminent la famille des Sciénoï- 




11". I — Maigre ou Scièiie d'EiiniMe. 




lli.-val,,.,- |,„n,in 




Fis;. 5. — Clicilml.iclyle A Ions iloisïl. 



POISSONS. 223 

des, n'étaient pas compris par Linné dans le genre '^•ciœnn; ils sont tous de petite taille, et pour cela 
peu recliercliés pour la nourriture, de forme ovalaire, remarquables par leurs couleurs variées et 
tranchantes, et les trroupes qu'on y forme sont fondés sur l'armure de leur tète. 

a. Des dentetiires au préopercule. 

Quatre genres entrent dans ce groupe et renferment une quarantaine d'espèces, toutes particu- 
lières, à très-peu d'exceptions près, à la mer des Indes; ce sont : 1° les AJIPIIIPrilONS, qui ont le 
préopercule et les trois pièces operculaires dentelés, et ces dernières sillonnées, et des dents sur 
une seule rangée : parmi les nombreuses espèces de ce genre, nous figurerons l'A. a deux bandes 
(,1. bifascialum, Bloch), qui, sur un fond brun, offre deux bandes plus foncées; 2° les PREMNODES, 
{Premnus, G. Cuvier), qui offrent au sous-orbitaire une ou deux fortes épines et des dentelures au 
j)réopercu]e; 5° les POMACENTllES, Lacépède, qui ont le préopercule dentelé, l'opercule sans ar- 
mure, et des dents tranchantes sur une seule rangée, et 4* les HASCYLLES, G. Cuvier, ne différant 
des précédents que par des dents en velours. 




b. Pas de dentelures au prcopcrcule. 

Trois genres : les GLYPHISODONS, Lacépède, à dents sur une seule rangée, à deux ou trois épi- 
nes à l'anale; on en connaît au moins une trentaine d'espèces que l'on mange, mais qui ne sont ])as 
très-recherchées; il y en a d.ins l'Atl.intique, mais la mer des Indes en produit bien davantage; les 
ÊTROPLES, Cuv., Val., qu' ne se distinguent des Gljphisodons que parce qu'ils présentent des ai- 
guillons nombreux à l'anale ; peu d'espèces, toutes indiennes, et dont le type est le Cliœioilon Sara- 
tensis, Bloch, et les IlELIASES, Cuv., Val., qui, avec les caractères operculaires des Glyphisodons, 
ont les dents en velours ■ un petit nombre d'espèces américaines, indiennes et australasiennes, toutes 
décrites par M.VI G. Cuvier et Valenciennes. 



QUATRIEME FAMILLE. 
SPAROIDES. 



Le genre Spare d'Artèdi, considérablement augmenté par Lacépède, Shaw, Bloch, etc., est devenu, 
pour MM. Cuvier et Valenciennes, les deux familles des .Sparoïdes et des Menides, et quelques espè- 



224 



IHSTOIRE NATURELLE. 



ces, qui en différaient lrè.s-esKrntieIlcmci.l, ont dû on cire plus éloignées et rapportées dans d'autres 
groupes primaires. Les Sparoïdes ont tons un corps ovalairc couvert do grandes écailles, une double 
nageoire dorsale épineuse et indivise, non écailleuse; une membrane des ouïes soutenue par cinq ou 
six rayons et des appendices pjloriques en petit nombre; leur museau non protractile; Tabsence de 
dents palatines et le manque d'armure, soit sous forme d'épines, soit sous celle de dentelures aux 
pièces operculaires, les distinguent des Menides; leur opercule simple, l'absence de tout renflement 
au crâne, servent à les séparer des Sciénoïdes; enfin l'absence d'écaillés sur les nageoires verticales 
les différencie des Squamipennes, et la grandeur des écailles du coips, des Scorabéroïdes. 

On connaît près de deux cents Sparoïdes répartis dans une quinzaine de genres; ce sont des Pois- 
sons de taille moyenne ou assez grande, ornés d'assez belles teintes, comestibles pour la plupart; 
propres à presque toutes les mors, et dont un nombre assez restreint se pèebe sur nos côtes. 



l. ESPÈCES AYANT UNE PARTIE DES DENTS CONIQUES OU EN TUBERCULES; 
JOUE ÉCAILLEUSE. 

Les groupes les plus importants de tous ceux de la famille sont : 

1" GENRE. — SARGUE. SARGUS. Artédi, Cuv., Val. — Incisives élargies, comprimées, tra^- 
cliantes, tronquées à leur extrémité : ce qui les fait ressembler assez aux incisives de l'homine; mo- 
laires arrondies sur plusieurs rangs, cinq rayons aux ouïes. 




Sargje proprement dit. 



On a donné la description d'une quinzaine d'espèces de Sargues particulières à la Méditerranée, à 
la mer Rouge, aux mers d'Amérique et à l'Atlantique. Les Sargues n:éditerranécns, les plus connus 
de tous, sont au nombre de quatre; ce sont des Poissons littoraux, assez communs sur les côtes 
de nos provinces méridionales, et dont on voit aussi une espèce au moins sur les côtes occidentales 
d Espagne et jusque dans le golfe de Gascogne, mais qui ne semblent pas s'avancer au delà sur 
les côtes septentrionales de l'Océan; ils n'entrent pas dans la Manche. Ces Poissons se nourris- 
sent, en général, de petites coquilles et de Crustacés dont ils peuvent aisément briser la carapace 
avec leurs molaires; mais plusieurs ont au.ssi un régime herbivore. Ce sont les ïa^yoç des Grecs et 
les Sargun des Latins, et les noms de Sargue, Sargo, Sar, Saraga, etc., qu'ils portent dans nos dé- 
liartements méridionaux, sont dérivés de ces dénominations. D'après les anciens, le Sargue se tient 
principalement dans les grottes sous-marines où le soleil ne pénètre que raremenl; leur adresse est 
extrême à user et à rompre le fil de la ligne où il est pris; il aime les bas-fonds, suit de près le Mulle, 





Kiu. 1 — Spre i'agui 




l'iL' 2 — U.iiwmU; à léte IjossiR- 




l.',n. 5. — Ori'fs lie l'Iuii 



POISSONS. 225 

et, quand ce dernier a remué la vase, il avale les parties alimentaires qui se trouvent ainsi soule- 
vées; il pond deux fois par an à l'époque des équinoxes, etc. Le type est le Sai;gue ou Sar i'ropre- 
UE^T DIT {Sargus Pondelclii., Cuv., Val.), que nous représentons, à corps comprimé et élevé, d'un 
gris argenté, à reflets rougeàlres très-pàlcs sur le dos et blanchâtres sous le ventre, avec une ving- 
taine de lignes d'un gris plombé ou doré sur les flancs, à queue présentant une tache noirâtre, à dor- 
sale grisâtre mélangée d'un peu de jaunâtre, à anale noire grisâtre, caudale jaune, pectorales grises 
et ventrales noir foncé; longueur environ 0'",20. A cette espèce de la Méditerranée, on doit joindre 
comme provenant des mêmes parages le Sargue de Salvien, le petit Sargie, Sarguet ou Sparaillox, 
et le Sai;giie vieille, tous distingués d'une manière complète dans le grand ouvrage de MM. Cuvier et 
Vaknuiennes. Le Puktazzo (Sarus punlazzo, Gmelin), également de la Méditerranée, est devenu le 
type d'un groupe générique distinct des Sargues, celui des CIIAPiAX, liisso, et se distingue par ses 
molaires très-petites, grenues, sur une seule ligne, et non arrondies. 

2'« GENRE. — DORADE. CHRYSOPURYS. Cuv. Val. —Incisives coniques, au nombre de 
quatre ou de six à chaque mâchoire; molaires arrondies, au moins sur trois rangées : les antérieures 
prenant parfois une forme conique; mâchoire épineuse, d'où il résulte que le museau est ])lus gros 
et plus élargi que dans les Sargues; six rajons aux ouïes. 

Vingt à vingt-cinq espèces répandues dans toutes les mers, et dont deux ou trois sont paniculiérci 
à la Méditerranée, ont été décrites par les auteurs. D'après Aristole, les Grecs les nommaient Xfj'jtjo- 
youç, c'est-à-dire Poissons à sourcil d'or, à cause de la tache d'un bel éclat doré que l'espèce communi 
porte entre les yeux; le nom de Dorade vient d'aiiiala, qui paraît avoir été la dénomination que 
ces Sparoides portaient chez les Latins, qui les élevaient avec soin dans leurs viviers et les destinaient 
aux tables les plus recherchées. Comme type, nous citerons une espèce d'Europe et une es|)èce étran- 
gère : 1° la Dorade vulgaire {Sparus aurata, Linné), qui se trouve dans la Méditerranée et une 
partie de l'Océan, a une longueur d'environ 0'",55, ne quitte pas le rivage et entre dans les étangs 
salés, où elle engraisse beaucoup, et se nourrit surtout de Moules : ce Poisson, qui est comestible, est, 
en dessus, gris argenté, à reflets vcrdàtres, plus clair en dessous, avec les flancs marqués de bandes 
interrompues, jaunâtres; les nageoires sont grisâtres, la caudale marquée d'une large bande jaune; 
2° la Dorade a tête bossue {C. gibb'iceps, Cuv., Val.), des environs du cap de Donne-Espérance, qui 
est entièrement rougeâlre, la dorsale et la ventrale en partie grises. (Voyez notre Allas, pi. X\.\, 
(ig. 2) Les PAGRES, Cuv., Val., ont été distingués génériquement des Dorades par leurs denty 
coniques en avant, mais avec des dents en carde derrière; par leurs molaires arrondies, placées seu 
Icment sur deux rangs, et par leur corps trapu et leur museau moins épais. Une douzaine d'espècci 
de presque toutes les mers, parmi lesquelles deux de la Méditerranée, sont le Pagre ordi.naire (Spa 
rus pacjrus, Brunnich), le "taypo; des anciens et le Pagre hurta (S. Iitirta, Linné). 

5""" GENRE. — PAGEL. PAGELLVS. Cuv., Val. —Molaires arrondies, mais les dents anté- 
rieures toutes en cardes plus ou moins fines, presque en velours, et non pas fortes et coniques 
comme celles des Pagres et des Dorades; molaires beaucoup plus petites que dans ces deux groupes, 
souvent sur plus de deux rangs, mais celles des deux plus externes les plus grosses. 

On n'en connaît qu'une douzaine d'espèces propres à toutes les mers, et dont cinq ou six sont 
particulières à l'Europe; ils vivent de Poissons et de Mollusques à coquilles, vont par petites troupes, 
approchent des eûtes vers le printemps et y restent jusqu'à l'hiver; mais il en est qui séjournent 
toute l'année sur les côtes de la mer de Nice. Le type que nous figurons [Allas, pi. XXX, fig. 1) est 
le Pagel ordi.naire {Spams cnjllirinns, Linné), a le corps ovale, allongé, assez comprimé, un peu 
rétréci vers la queue, d'un brun rouge carmin sur le dos, passant au rose sur les côtés et prenant des 
reflets argentés sous le ventre; les nageoires sont rosées : cette espèce, commune dans la Méditerra- 
née et dans l'Océan, y porte le nom de Pagel et de Pacjeau. D'autres espèces sont le Rousseau (Spa- 
rus ccnlrodonlus), I'Arcase [P. a)xane), le Morhe [S. monnïrtts) et le Bogderavel (S. bogaravea'j, 
des mêmes parages. 



22G IlISTUll'.E NATLir.ELLE. 



II. ESPÈCES AYANT DES DENTS EN CROCHETS PLUS OU MOINS PROÉMINENTS. 

a. Joue ccdilleiise. 

i"" GENRE. — DENTÉ. DEIS'TEX. Ciiv., Val. — Des dénis coniques même sur Ifts côtés des 
mâchoires, d'ordinaire sur un seul rang, dont quelques-unes des antérieures s'allongeant en grands 
crocl)ets; quatre canines au moins à chaque mâchoire au nombre des dents. 

Ces Poissons tiennent assez aux Sciénoïiics à doi'sale simple, comme les Gorelles, qui ont la même 
foime générale; mais on les distingue surtout par leur préopercule non denté; leur opercule se ter- 
mine en pointe plate et par un feston, ce qui les a fait rapporter aux Bodians par Bloch. Les Dentés 
vivent de préférence parmi les rochers; leur chair est généralement estimée; on en décrit deux es- 
pèces de la Méditerranée que les anciens connaissaient cl désignaient sous les noms de Dcnlcx, ïuvo- 
ôou;, iwccypiç, etc., et Une trentaine d'espèces des mers d'Afrique, des Indes, des Moluques, de 10- 
céanie, de la mer Rouge, etc. Les deux espèces de nos côtes méridionales sont le Demé vui.GAir.E ou 
Deim.\le {Sparus dcnlcx, Linné), rouge, nuancé de bleuâtre sur le dos; de grande taille, car il peut 
atteindre jusqu'à l"", et le Dekié a gros yeux {S. macroplitltalntus, Bloch), rouge, à très-grands yeux, 
de moitié moindre. MM. Cuvier et Yalenciennes distinguent des Dentés, sous le nom de PENTAPODE, 
des espèces indiennes à bouche moins fendue, à tête plus écailleuse, ayant au milieu de dents en 
velours deux canines seulement à chaque mâchoire, à corps moins élevé, à nageoire caudale écail- 
leuse jusqu'au bout. 

b. Joue sans écailles. 

Un seul groupe, celui des LETIIRINUS, Cuv., Val., qui, principalement caractérisé par leur joue 
nue, ont encore des dents en crochets et en velours et quelquefois des molaires coniques ou arron- 
dies, mais sur un seul rang; on en connaît une cinquantaine d'espèces des mers de l'Inde qui vivent 
de coquillages, qu'ils peuvent facilement briser avec leurs dents arrondies, et dont une seule habite 
l'Atlantique, c'est le Letltr'inus Ailunlicus, Cuv., Val. 



III. ESPÈCES CHEZ LESQUELLES TOUTES LES DENTS SONT EN VELOURS OU EN CARDES. 

Le genre CANTHÈRE (Ctmlharus, Cuv., Val.), caractérisé principalement comme la tribu qu'il 
forme parles dents en velours ou en cardes serrées tout autour des mâchoires, dont le rang extérieur 
est le plus fort. Ces Poissons, qui sont voraces, vivent sur les côtes vaseuses, ont le corps élevé, 
épais, le museau court; on en connaît quatre de nos mers d'Europe, deux de celles du Cap, plu- 
sieurs de l'océan Indien, mais aucun des côtes d'Amérique ni des îles de l'Atlantique. Le type est 
le G.vNTiiÈiiE VULGAIRE (Spariis canlharus, Linné), d'un gris argenté, rayé longitudinalement de brun, 
commun dans la Méditerranée. 



IV. ESPÈCES A DENTS TRANCHANTES; PAS DE MOLAIRES ARRONDIES. 

Peu de genres renfermant un nombre très-re=treint d'espèces, dont la plupart sont propres aux côtes 
méridionales de l'Europe, entrent dans cette tribu; tels sont : l" les BOGUES {Boops, Cuv., Val.), 
une seule rangée de dents aplaties, échancrées ou crénelées, bouche petite, non protractile : types, 
le Bogue vulgaire {Sparus boops, Linné), ù corps oblong, rayé en long de couleur d'or sur un'fond 
d argent, et la Saupe (5. salpa, Linné), plus ovale, à raies d'or plus brillantes sur un fond d'acier 
bruni; de la Méditerranée; T OBLADE (Ubiada, Cuv., Val.); des dents en velours derrière les dents 



POISSONS. 227 

a])lalips et crénelées : deux espèces, Tune de la Médilcrranée, I'Oelade OBDiN\ir;E (Spams mvlauu- 
riis, Linné), argenté, rayé de noirâtre, avec une large tache noire de ciiaque ciMé de la queue, et 
l'autre des mers de la Nouvelle-Hollande; ô" SCATIIARES, Cuv., Val.; une seule rangée de dents 
aplaties, sans échancrure; S. geec, de l'arcliipp' 'Je la Grèce; 4° CRÉNIDENS, Cuv., Val.; deux ran- 
gées de dénis aplaties et crénelées, et des dents gvcnues par derrière : une espèce [Crenidens Fors- 
kalii] de la mer Rouge. 



CINQUIÈME FAMILLE. 

MÉNIUES. 



Quelques Poissons, confondus par les auteurs anciens avec les Spares, ayant avec eux une assez 
grande ressemblance par la l'orme externe, mai.< en différant surtout par la protractililé de leur mu- 
seau, constituent, pour G, Guvier, la petite famille des Jlénides, qui comprend une cinquantaine 
d'espèces propres à presque toutes les mers, et ayant surtout pour type les .Mcndolcs ou Mania. 

Ces Poissons ont des dents en velours plus ou moins ras aux mâchoires, quelquefois deux ou qua- 
l:e petites dents canines; leurs dents palatines, qui peuvent manquer, sont très-variables; il peut y 
avoir de petites dents vomériennes. (.es pédicules ou les branches montantes de leurs intermaxil- 
laires sont très-longues; le corps de l'os est réuni aux maxillaires par une peau lâche et élastique : 
ces derniers os eux-mêmes ont beaucoup de liberté, de façon que l'action des muscles qui abai.--scnt 
la mâchoire inférieure projette en avant le museau, et que la bouche devient alors une sortes de tube 
plus ou moins long, dont l'extrémité a un contour arrondi, complété sur les côtés par les bords des 
lèvres, qui s'étendent lors de la protraction. Le corps est écailleux; les nageoires ventrales sont pla- 
cées sous les pectorales; la dorsale est garnie d'écaillés Irès-fines. Intérieurement, les Ménides ne 
diffèrent pas des Sparoides. 

Le noms de Mr/.wiç, Matvi5a, 2,aa,oiç, Mœna et Gerrcs ont été donnés, par les anciens, à diverses 
espèces de cette famille, sans que l'on puisse, d'une manière bien positive, les appliquer aujourd'hui 
aux unes plutôt qu'aux autres. 

Le groupe typique est : 

1" GENPiE. — iMENDOLE. M/ENA. G. Cuvier. — Pes dents en velours ras sur une bande étroite 
et longitudinale du vomer; mâchoires ayant des dents très fines, également sur une bande très- 
ctroite; une écaille allongée au-dessus de chacune des ventrales et une autre entre elles. 

Les Mendoles sont des Poissons à corps oblong, comprimé, un peu semblable à celui des Ha- 
rengs; leurs couleurs sont assez brillantes, et elles ont toutes sur les côtés une tache plus ou moins 
foncée. Ces animaux, dont on ne connaît que quatre espèces, dont la synonymie est difficile, sont 
exclusivement propres à la Méditerranée; ils vivent près des côtes, dans les endroits vaseux riches 
en algues, et leur nourriture consiste en petits Poissons et Mollusques nus qu'ils trouvent dans les 
herbes. La seule espèce que nous voulions citer est la Me^dole cosuicne [Sparus mœna, Linné), 
d'une couleur plombée sur le dos, argentée sous le ventre, avec une tache noire sur le flanc vis-ù-vis 
de la dernière épine de la nageoire dorsale, et dont la taille ne dépasse pas 0™,20. Une autre espèce 
est le Jusc'.E [M. jusciilum, Cuv., Val.). 

Les PIC.\RELS {Smaris, Cuv., Val.) ne diffèrent absolument des Mendoles que parce qu'ils n'ont 
aucunes dents au vomer, que leur palais est lisse, et que leur corps est un peu moins élevé; on en a 
décrit une dizaine d'espèces particulières aux deux Océans et à la Méditerranée : parmi ces dernières, 
le type, que nous représentons, est le Picakel commu.n (Sparus sinaris, Linné), d'un gris plombé su- 



22S HISTOIRE NATL'r.EU.R. 

IK'iiciiremenl, argenté infciiciiremenl, une lâche noire latéralement; deux antres espèces de nos côtes 
niéiiilionales sont les Picarels Marlin-Pêclieur clCagarel. Les CAESiO, Commerson, ne s'éloignent 
(les Picarels que par une nageoire dorsale un peu plus élevée en avant, et entourée à sa base de 
fines écailles; ce sont des Poissons de petite taille, de la mer des Indes, ù pou près de la forme d'un 
fuseau, et assez nombreux en espèces 




Fiî. 80. — l'iiarel commun. 



L'n groupe plus diffennt des précédents esi le : 

'2""^ GENRE. — GEliRES. GEBHES. Cuv., Val. — Bouche protractile, mais s'abaissant en se pro- 
jetant en avant; corps élevé, surtout à la partie antérieure de la dorsale, et ayant le long de la base 
de sa partie postérieure une gaine écailleuse; des dents maxillaires seulement, petites, en velours; 
premier interépineux de l'anale crénelé en tuyau, comme dans les Pagres. 

Ce genre particulier, qui lient à la fois des Mendoles, des Picarels et des Eqnula, est assez abon- 
damment répandu dans les parties chaudes des deux Océans; ce sont de très-bons Poissons. Nous 
(iteious le Gehres de Plomieu, Cuv., Val., qui est argenté, avec sept ou huit lignes longitudinales 
{.rises sur le dos; et qui peut atteindre 0"',25. (Voy. Allas, pi. XXX, fig. 5.) 

Un genre que MM. G. Cuvier et Valeneicnnes raïqiroelient, mais avec doute, de la famille des Mé- 
iides, est celui qu'il.s nomment APILMillS, qui renferme le Labre fourchu, Lacépède, de l'île de 
I lanee, et l'A. rouge ou Farcs, de la mer lîonge. 



SIXIÈME FAMILLE. 



SOIUMMIPI'.NNES. 



L'ancien genre Chc;odon de Linné, caractérisé p.nr des dents en forme de brosses et quelques 
groupes qui n'en diffèrent que )iar quelques parlieularilés du système de dentition, mais qui ont en 
comuuin un corps comprimé et les nageoires dorsale et anale tellement couvertes d'écaillés, au moins 
dans leur partie molle, qu'on vuii à [leine leui' séparation d'avec le corps, constitue la famille des 
Squammipennes de G. Cuvier. 

Ces Poissons, de petiie taille, très-nombreux en espèces, et qui ont donné lieu à la création d'un 
assez grand nombre de genres, habitent, eu général, l'océan Indien et celui des Antilles; un grou|)e 
seulement, celui des Castagnoles, se rcncûntie dans nos mers européennes et surtout dans la Médi- 



POISSONS. 



229 



terranée; ils se tiennent babiluellement près de la rôle et entre les rochers où il y a peu d'eau. La 
forme comprimée de leur corps et leur longueur générale, qui semble moins grande qu'à l'oidi- 
naire en raison de leur largeur plus considérable, permettent de reconnaître facilement ces Acan- 
tlioptérygiens, que la disposition des écailles des nageoires différencie aisément de ceux qui ont le 
m.'me aspect qu'eux; en outre, ces Poissons sont revêtus des plus belles couleurs et des ornements 
les plus propres à plaire à la vue : le rose, le rouge vif, le bleu clair, l'azur, le noir velouté, sont ré- 
partis A la surface du corps en raies, en bandes, en anneaux, en taches ocellées sur des fonds dorés 
et argentés ou nuancés de toutes les couleurs de l'iris. 



I. POINT DE UE.NTS AU PALAIS. 



A DRiNTS EN BliOSSES AUX UliUX MACUOinES. 



1 VTé0\MYCuVÈ 'WOW t\V\Ut\VX. 

a. Dorsale unique, cndèreniail cca'illeuse. 

Iiaiis les uns, aucun dis aiguillons dorsaux ne dépasse la nageoire; tel est surtout : 

1-' GENRE. — CIIÊTODON. CH/ETODOIS {yai-n, soie; o^ou,-, dent). Arlédi. — Dents, aux mû- 
clioires seulement, semblables à des crins par leur finesse et leur longueur, rassemblées sur plusieurs 
rangs serrés comme les poils d'une brosse; museau médiocre, plus ou moins avancé; bouche très-pe- 
tite; ouïes médiocrement fendues; membrane braudiiostége soutenue par six rayons; nageoires dor- 
sale ei anale garnies d'écaillés sembhibles ;i celles du corps; corps comprimé, plus ou moins ellipti- 
que, presque constamment douze ou treize sillons à la dorsale et trois à l'anale, rayons épineux el 
mous de la dorsale se conliniiant en une courbe à peu près uniforme. 




Fi". 87. — Cliôlodon à clie 



Les Chétodons sont nombreux en espèces, puisque MM. Cuvier et Valenciennes en décrivent plus 
de soixante; leur taille est petite ou médiocre, et leur chair généralement de bon goût; ils habitent 
le long des côtes rocheuses des deux hémisphères, mais surtout dans les Indes orientales, et se meu- 
vent avec rapidité et comme en se jouant au soleil, leurs couleurs sont brillantes, élégamment com- 



2Ô0 IllSTOIHI' iNAllllKLIJ':. 

biiires, (l dans presque tous on remarque une bande noire prenant de la nuque, descendant à l'œil 
et de là au milieu de l'inleroculaire, et qui a reçu le nom de bande oculaire. D'après les bandes, les 
points et les Jijjnes de diverses directions qu'ils ont sur le corps, les auteurs de l'histoire des Pois- 
sons forment plusieurs subdivisions artificielles dans ce grand genre. Les intestins sont longs et 
amples, et les rœcums grêles, longs et nombreux: la vessie aérienne est grande et forte. Nous ne 
citerons que deux espèces : le Chétodon iœ Mevfr [Chœiodon Meijcri, Blocli), que nous figurons 
(pi. XXXI, Hg. ]), qui est blanc grisâtre, avec des bandes obliques, noires, des mers des Moluques; 
et le C. A cuEvnoNS aigus (C. slr'u,anriuliis, Solander), que nous représentons, qui se trouve dans la 
mer qui baigne Otaïli, dont le fond du corps est vert glauque, et qui offre des stries brisées dans leitr 
milieu ou des chevrons bleuâtres. 

G. Cuvier a distingué des Cliéiodons, sous le nom de (]!iKl-MOUS, deux espèces indiennes, remar- 
quables par la forme extraordinaire de leur museau, qui est long et grêle, ouvert seulement au bout 
et formé par l'intermaxillaire et par la mâchoire infcri(ure prolongées outre mesure, el surtout par 
leurs dents en fin velours plutôt qu'en soie. On rapporte qu'une espèce a l'instinct de lancer des 
gouttes d'eau aux Insectes qu'elle aperçoit sur le rivage, et de les faire tomber dans l'eau pour s'en 
nourrir. 

Dans deux autres groupes aussi démembrés des Chétodons, on voit quelques aiguillons dorsaux 
prolongés en filaments; ce sont les COCHERS ou IIEMOCIIUS, Cuv., Val., à corps couvert de gran- 
des et fortes écailles, et les Z,\NCLES, Commerson, à écailles petites, réduites, pour l'œil nu, à de 
simples aspérités : l'espèce unique de ce dernier çenre, le Takchoir (C. corniitus, Linné), provient 
des mers de l'Inde et de l'Australie. 

b. Dvrsulc ilouble; In portion molle seule ccnillcusc. 

Cette subdivision renferme quelques petits genres créés par MM. Cuvier et Valenciennes aux dé- 
pens des Chétodons : dans les uns, il y a trois épines à l'anale, el les écailles sont grandes; tels sont 
les CAVALIERS ou EPlilPPlS, à pectorales courtes, ovales, d'Amérique et des Indes;'et les DRÉPANES 
(Drepanis), à pectorales longues, pointues, taillées en faux, exclusivement des Indes; dans les au- 
tres, c'est-à-dire le seul genre SGATOPllAGE, il y a quatre épines à l'anale; les écailles sont petites, 
absorbées sous l'épidcrme, et les pectorales sont courtes : ces derniers Poissons, également indiens, 
renferment surtout le Chœiodon argus, Linné, espèce à corps ovale, court, argenté, légèrement 
teinté de verdâtre et semé de taches brunes, rondes, assez rapprochées; qui se trouve dans le Gange, 
et auquel les Hollandais attribuent un goût singulier pour les e.vcréments humains. 

c. Dorsfde senlemail évliaiicrce. 

Un seul groupe, indiqué par les Malais sous le nom de Poisson- Buffle, que G. Cuvier a traduit 
par TAURICIITES, entre dans cette subdivision : on retrouve encore dans ces êtres la forme géné- 
rale des Chétodons, mais l'on voit deux cornes au-dessus des yeux et au devant d'une forte protubé- 
rance occipitale. 

2. ÇvtofMtwVi avwvi i.'une. \ovU i\\\\i,. 

De Lacépéde a distingué des espèces linnéennes de Clurlodon deux genres particuliers qui doivent 
former celte subdivision; ce sont les HOL.\CANTIIES, à épines de la dorsale presque égales; sons- 
orbitaire et préopercule denlelés, et à corps ovalaire : on en décrit une trentaine d'espèces de l'ar- 
chipel des Indes et des mers américaines, qui passent pour les meilleurs pour leur goût, et dont les 
couleurs sont des plus belles; comme type, nous indiquerons le Clialodon iricolor, Bloch, qui, à la 
Guadeloupe, porte le nom de Veuve coquette, et dont le corps est marqué d'une grande tache tran- 
chée de jaune vif sur un fond noir; de telle sorte que De Lacépéde a pu comparer cette disposi- 
tion de couleur à un manteau de velours noir sur une robe de drap d'or. L'autre genre est celui des 



roissoNs. 



231 



POMACANTllES, à opines de la dorsale augmentant rapidement de longueur, A sous-orbilaire et préo- 
pereule sans denleinres, et à corps plus élevé que dans les llolacanlhes, ou arrondi. 



B. DE.MS DE H lUNr.EE EXTERIEUIIE TR.WCM VNTES, A TOOIS UE.NTEI.URES; LES AUTRES SETIFOBÏIES. 

2"" GENRE. — PLATAX. PLATAX. G. Cuvier. — Corps très comprimé, semblant se continuer 
avec des nageoires verticales, épaisses et très-élevées, écailleuses comme lui, et où un petit nombre 
d'épiTies se cachent dms le bord antérieur, de manière que l'animal est beaucoup plus élevé qu'il 
n'est long; ventrales très-longues, avec une épine et cinq rayons. 

Ce groupe générique diffère notablement des Chètodons, avec lesquels les espèces qu'on y range 
ftaient été placées; leur forme générale seule peut les distinguer; MM. Cuvier et Valenciennes en 
admettent une vingtaine d'espèces particulières à la mer des Indes et à l'océan Pacifique, et qui ne 
diffèrent souvent que par quelques particularités de leur système de coloration; nous représentons 
une très-petite espèce, le Platax roi.xTiLLÉ (Pluia.x puiiclulaiiis, Cuv., Val.), qui ne dépasse guère 
O^.OS, dont le corps n'a de hauteur que les trois quarts de sa longueur en y comprenant la caudale; 
d'un brun uniforme semé de points blancs, petits, nombreux; habile les mers de Timor. 




Ko. — Pl.itax puiiiliUc. 



C. m.MS EiX VELOURS RAS AUX MACUOir.ES. 



Un genre unique, celui des PSETTUS, Commerson, à corps très-élevé, à ventrales presque réduites 
à une très-courte épine, sans rayons mous : quelques espèces de la mer des Indes, à corps très- 
élevè, ou plus ou moins arrondi. 



11. DES DENTS AU PALAIS. 



A. DEMS TRANCUANTES ADX DEUX MACHOIRES. 



Le groupe primipal est celui des PIMÉLEPTÈRES, Cuv., ou XYSTÈRES, Lacépede, à corps ovale, 
comprimé, à dorsale unique ayant sa partie molle, de même que celle de l'anale et toute la caudale 
écailleuses, à dents tranchantes disposées sur un seul rang et implantées dans les mâchoires au 
moyen d'un talon se prolongeant horizonlalenient en arrière : on y admet une dizaine d'espèces de 
couleurs sombres, et propres aux deux Océans. Les DII'TÉr»ODONS, nom emprunté par G. Cuvier à De 
Lacépède, se distinguent facilement des Pimèlcptères par leurs dcnls également tranchantes, mais tad- 
lées obliquement en biseau et non coudées, et par la partie épineuse de la dorsale, séparée de la 
partie molle par une échancrure profonde; on n'y admet qu'une espèce, le D. du Cap (D. Capensis, 
Cuv., Val.), brun roussâtre en dessus, blanchâtre en dessous. (Voyez notre Allas, ]il. .\XXi, fig. 2 ] 



232 HISTOIRE NATURELLE. 



B. DE.NTS EX CARDES ALX DEUX MACHOIRES. 

ô"""^ GENRE. — C.\STAGNOLE. BRAMA. Blocli. — Corps élevé; museau Irès-court; front descen- 
dant verticalcmenl; bouche presque verticale quand elle est fermée; des écailles jusque sur les maxil- 
laires; sept rayons aux ouïes; une dorsale et une anale basses, commençant en pointe saillante, lon- 
cfues et étendues sur la plus grande partie du dos ou du ventre. 

Les Castagnoles, qui différent assez de la plupart des Sfiuanimipennes par les dents en cardes que 
revêtent leurs palatins et leur vomer, doivent cependant être rangés avec les Cliétodons à cause de 
leurs nageoires verticales écailleuses, qui n'ont qu'un petit nombre de rayons épineux cachés dans 
leurs bords antérieurs. Ce genre ne renferme qu'un petit nombre d'espèces, dont une seulement, pro- 
pre à la Méditerranée, et qui se trouve aussi parfois dans l'Océan, doit nous occuper : c'est la Casi.\- 
GNOI.E ORDiKAirE {Brama Hnii, Rloch), d'une couleur argentée, obscure, un peu brunâtre sur le 
dos; nageoires verticales brunes; pectorales et ventrales jaunâtres, sans écailles; taille pouvant attein- 
dre 0"',7o; bonne à manger. 

G. DENTS EN VELOURS. 

Deux genres assez peu connus et créés par G. Cuvier dans son Règne animal : i° PEMPIIERIDE, 
à dorsale courte et à épines faibles, avancées sur le dos; à anale longue et étendue le long de la par- 
lie inférieure du Poisson; à léte obtuse, à yeux grands; quelques espèces de la mer des Indes; 2° AR- 
CHER, à dorsale courte, reculée en arrière; à épines assez fortes, à anale courte, placée sous la dor- 
sale; à corps court et comprimé, à museau déprimé, court, qui ne comprend que I'Archer sagittaire 
(Toxotcs jaculalor, Schaw, Cuv.), d'une couleur argentée, teint de vert ou de brun; â dos marqué 
de trois taches noirâtres : des mers des pays chauds, et surtout de Java; très-remarquable en ce qu'il 
a l'insiiiitt de lancer, parfois à un mètre ou un mètre trente centimètres, des gouttes d'eau sur les 
Insectes qui se tiennent sur les herbes aquatiques, qu'il manque rarement, et fait ainsi tomber dans 
le milieu qu'il habite pour s'en saisir. 



SEPTIÈME FAMILLE. 

PHARYNGIENS LABYUINTHIFORMES. 



Dans les animaux de cette famille, les pharyngiens supérieurs sont divisés en petits feuillets plu3 
ou moins nombreux, irréguliers, inlerceplanl des cellules dans lesquelles il peut demeurer de l'eau 
qui découle sur les branchies et les humecte pendant que le Poisson est ù sec, ce qui permet à ces 
Acanthoptérygiens de se rendre à terre et d'y ramper à une distance souvent assez grande des ruis- 
seaux et des étangs, qui sont leur séjour ordinaire. 

Les Pharyngiens labyrinihiformes sont des Poissons de petite taille, propres aux eaux douces de 
l'Inde et de la Chine, et dont une espèce seulement, le Spirobranche, est du cap de Bonne-Espérance. 
On n'en connaît qu'un nombre assez restreint d'espèces réparties seulement en huit ou dix genres; 
mais tous sont des plus curieux par l'ensemble de leur organisation, qui en fait en quelque sorte des 
Poissons terrestres. Ce fait si remarquable, de Poissons, animaux éminemment aquatiqties, qui vivent 
à sec, n'avait pas échappé aux anciens, et Théophraste en indique des espèces indiennes qui doivent 
être rapportées, soit au genre Anabas, soit plutôt à celui des Ophicéphales. 



POISSONS. 233 

Cftle famille est des plus naturelles; mais elle ne se lie pas d'une manière bien intime avec les au- 
tres familles de l'ordre des Acanthoptérygicns. Ce qui le prouve, c'est que G. Cuvier, dans son Rigne 
animal, la plaçait entre les Tcuthyes et les Mugiloïdes, et que, dans son grand ouvrage, publié en 
collaborai ion avec M. Valenciennes, il la range entre les Squammipennes et les Scombéroïdes : dispo- 
sition que nous adopterons. Quelques espèces, les Opbicépales, par plusieurs de leurs caractères, 
semblent destinées à établir le passage des Ophidiens aux Poissons. 

I. DES RAYONS ÉPINEUX AUX NAGEOIRES. 

A. TAS DE DEMS AU PALAIS. 

a. Nageoires venlralcs à rayons non prolongés en longs ftlcls. 

1" GENRE. — ANARAS. ANABAS {c^j^xe.auc,, je monte). G. Cuvier. — Bord de l'opercule, du 
sous-opercule et de l'interopercule dentelé : celui du préopercuie sans dentelures; léte ronde, 
large, couverte partout d'écaillés fortes, dentelées, semblables à celles du corps, laissant à peine 
voir les pièces operculaires; museau excessivement court, obtus, très-déprimé; bouche petite, fen- 
due en travers au bout du museau; des dents en velours aux mâchoires et au vomer; membrane 
branchiostége à six rayons; corps court, arrondi à la région des pectorales, comprimé vers la queue, 
à ligne latérale, d'abord voisine du dos, s'interrompant pour recommencer vers le milieu dû tronçon 
de la queue et venant se terminer à la caudale; une seule dorsale et une longue anale, armées cha- 
cune d'un très-grand nombre de rayons épineux; ventrales petites, thoraciques. 

A ces caractères extérieurs ou zoologiques, les Anabas présentent encore quelques particularités 
internes ou anatomiques qui doivent être notées. Les deuxième et troisième pharyngiens supérieurs 
s'étendent en une lame plus ou moins contournée et forment une sorte de fraise cachée sous les os 
élargis du crûne, qui constituent de chaque côté de la tête, un peu au-dessus des branchies ordinai- 
res, un appareil spécial formé de phanjngiens labijrintliifornics, que l'on retrouve dans toutes les 
autres espèces de la même famille, qui leur doit même sa dénomination. On a généralemeni regardé 
cet appareil comme devant aider ou même suppléer l'appareil respiratoire; mais on a bien des doutes 
encore aujourd'hui sur les fonctions de cet organe : ce qui semble assez probable toutefois, c'est 
qu'il est destiné à renfermer une certaine quantité d'eau qui, quand le Poisson est à terre, vient hu- 
mecter ses branchies et lui permet de respirer. Le foie est petit, l'estomac médiocre, et il y a peu 
d'appendices au cœcum. La vessie natatoire a ses parois très-minces; elle est bifurquée en arrière, 
et chaque corne pénètre le long des apophyses inférieures des vertèbres caudales dans les muscles 
de la queue. 

D'après le rapport de Duldorff, el selon quelques renseignements donnés par Bloch, les Anabas 
non-seulement vivraient longtemps à terre, mais pourraient encore monter aux arbres à une hauteur 
de près de deux mètres pour trouver dans l'aisselle des feuilles l'eau nécessaire à leur respiration 
pendant la sécheresse, et s'accrocheraient aux branches qui pendent sur l'eau pour éviter d'être em- 
portés lors des grandes inondations; on rapporte qu'ils s'attachent à l'écorce des arbres par les épi- 
nes de l'opercule, et qu'ils fléchissent leur queue pour se cramponner par les épines de leur anale, 
et qu'alors ils détachent la tête, allongent le corps et parviennent, par ces divers mouvements, à 
cheminer le long de l'arbre. Mais ces faits surprenants sont loin d'être démontrés; des observations 
récentes tendent même à les infirmer : c'est ainsi que MM. Reinwardt, Kuhl, Van Hasselt, Boié, Muck- 
lot, Lesclienault el Dussumier, qui ont vu des Anabas dans leur pays natal, n'ont rien remarqué de 
semblable. Ce qui est vrai, c'est que ces Poissons se trouvent très-communément dans la vase de.^ 
mares et les petits cours d'eau de jîornéo, de Java et de presque tout l'archipel Indien, et qu'ils peu- 
vent ramper ù terre pendant plusieurs heures au moyen des inflexions de leur corps, des dentelures 
de leur opercule et des épines des nageoires Les enfants vont les chercher par milliers, et les jon- 
gleurs indiens en ont toujours avec eux pour amuser le public, et les conservent très-longtemps hors 
de l'eau, cinq ou six jours au moins. On n'en connaît qu'une seule espèce, I'Anabvs sennal (Perça 
scandens, Duldorff, 1797; Antliias lesliiilinens, Rloch; Anabas scandens, Cuv.), d'une couleur vert 
II. r. 30 



2ôi 



IIISTOllir: NATL'IU'.I.LE. 



soiiiliii', parfois rayé m travers [)ar dos bandes plus foncées, (loinnift on le rencontre qnekpiefois i 
d'assez grandes distances des eaux, le pen|de les croit Icnibés du ciel; on lui allriliiie des vertus 
médicales nombreuses : les f( mmes crûieiil qu'il augmente leur lait, et les liommes qu'il excite leurs 
forces, ce qui en multiplie l'usage comme aliment, bien qu'il soit petit, long d'environ 0'°,i6, fade, 
et abonde en arêtes. 

Deux groupes génériques créés par Kuld cl Van Ilasseit, et voisins des .Aiiabas, sont ceux des lll> 
LOSTOiMES, chez lesquels la bouche est petite, comprimée, protractile; de manière qu'elle a l'air de 
sortir et de rentrer entre les sous-orbitaires; les dents sont petites, attachées sur les lèvres, et mo- 
biles comme elles; l'opercule seul est sans dentelure : une seule espèce de Java, et des rOLY.4C.\X- 
TIIES, dont la bouche est semblable à celle des Anabas, mais chez lesquels il n'y a aucune dcpieluie 
aux pièces operculaircs; on en connaît (|ue!ques espèces des eaux douces de l'Inde. 

b. In on ,ii (\'iciirs rdijotis iLs vciilralcs prvloiiijrs di lontj.i filcls. 

MM. Cuvier et Valenciennes admettent quatre genres dans celte division : 1° COLISA, Cuv., Val., 
chez lesquels les nageoires ventrales sont rcdiiilcs à un seul filet Irès-long, ii sous orbitaire dentelé, 
et préopercule et opercule sans dentelures; une douzaine de petites espèces habitent dans les étangs, 
les marais et les fossés des pays qu'arrose le Gaiige, qui, sans être en grand nombre nulle part, s'y 
trouvent ù peu près partout, et qui peuvent rester longtemps à sec; 2° MACIlOrODE, Lacépède, à 
rayons de la dorsale, de l'anale et des lobes de la caudale prolongés en longs lilels, et ù ventrales 
à cinq rayons allongés; deux espèces des eaux douces de la Chine, dont le type, que nous représen- 
tons, est le Macropode beau [Macropodus vaiuslus, Cuv., Val.), d'un vert doré, avec une tache ronde 
blcu-de-ciel entourée d'or et de rouge, et de larges bandes rouges et vertes; 5° OSf'liPiO.MÈ.NE, Com- 
merson, à corps très-comprimé, à dorsale longue, à dentelures à peine visibles au sous-orbitaire et à 
l'angle du préopercule, qui ne comprend que le GovuAm (Osphroticiiiiis olfax, Comm.), d'un brun 
doré clair, avec des lignes brunes brillantes, qui devient aussi grand que le Turbot, dont la lenulle 
se creuse, dit-on, dans le sable une fossette pour y déposer ses œufs; originaire de la Chine, cette 
espèce a été introduite dans les étangs de lile de France, où elle se propage très-bien, et on l'a 
portée depuis à Cayenne; 4° TRICllOI'ODE {Trklwpodiis, Lacépède^, à dorsale courte, à dentelures 
sensibles au sous-orbitaire et au bord du préopercule : une seule es\\èce (Labrus tikhoplcrus, l'allasj 
des Moluques. 




(6-t 



Fi". Sr». — .Macn 



C. DES DENTS AU PALAIS. 



Les Srir.OBRANCllES, Cuv., sans dentelures aux pièces operculaircs, à opercule seulement ter 
miné par deux pointes, et surtout à dents palatines, forment celle division, et ne renferment qu'une 
espèce unique propre aux eaux douces du cap de Bonne-Espérance. 




Kl-. 1. — C.hélDiloM .If Muyei 




Vl'A^ -i — |ll|.lrin,lnM .lu i:..|l 




|.'„ 7, _ l),,l,„v|ili:'l.' -Il' 



rOISSONS. 255 



II. UN SEUL RAYUN ÉPINEUX, ET DANS LES NAGEOIRES VENTRALES SEULEMENT. 

2"'« GENRE. — OPIIICÉPILALE. OPIIICEPHALVS. Dlorh. — Pas d'aiguillons aux nageoires, 
si re n'est le premier rayon des ventrales, qui est simple, non poignant; corps allongé, presque cy- 
lindrique; museau court, obtus; tète déprimée, garnie en dessus de plaques polygones; cinq rayons 
ù leurs ouïes; dorsale s'étcndant sur presque toute la longueur du corps; anale très-longue; caudale 
arrondie; pas d'interruption à la ligne latérale. 

Les Opiiicépliales constituent un genre des plus curieux, et dont la place dans la méthode natu- 
relle est diflicile à assigner; cependant ils ont les pharyngiens disposés en cellules, ce qui leur per- 
met de se porter en rampant à de grandes distances des eaux, qui font leur séjour ordinaire, et quel- 
ques-uns des caractères de divers genres de la famille des Pharyngiens labyrinlliiformes; les plaques 
de leur tête et la longueur de leur corps rappellent les caractères de quelques Couleuvres, ce qui 
leur a valu le nom qu'ils portent (oytç, Serpent; y.e'faln, tête); un fait tout à fait spécial chez ces Pois- 
sons est l'absence totale de rayons épineux dans leurs nageoires, excepté l'épine de leurs ventrales : 
seul caractère par lequel ils tiennent aux Acanthoptérygiens. 

Chez les anciens, Théophraste en parle déjà; liloch s'en est occupé, ainsi que plus récemment 
MM. Piussel et Buchanan, et MM. Cuvier et Yalenciennes, qui en décrivent une vingtaine d'espèces, 
toutes propres au\ eaux douces de la Chine et de l'archipel Indien. Tous les bateleurs de llnde ont 
de ces Poissons à sec pour divertir le public, et les enfants mêmes s'amusent à les faire ramper sur le 
sol; dans les marchés de la Chine, on coupe les grandes espèces toutes vivantes pour les distribuer 
aux consommateurs, qui les recheichent à cause de la délicatesse de leur chair. Nous avons figuré 
comme type {Allas, pi. XX.M, fig. 3) l'O. strié (Opliiccphalus slriatus, Blocii), qui a un très-grand 
nombre de rayons (une quarantaine) à la dorsale, d'un gris brun verdâtre en dessus, avec des lignes 
blanches, rosé blanchâtre en dessous; habile presque toutes les parties de l'Inde. 



HUITIEME FAMILLE. 

SCOMBÉROIDES. 



Les Poissons qui forment cette grande division de l'ordre des Acanthoptérygiens ont un air de fa- 
mille, un aspect spécial, et cependant ils ne présentent qu'un petit nombre de particularités caracté- 
ristiques qui leur soient toujours applicables à tous : des écailles ordinairement très-petites qui font 
paraître la plus grande partie de la peau comme si elle était lisse; des nageoires verticales non écail- 
leuses; des pièces operculaires sans épines ni dentelures; des cœcums généralement nombreux. En 
outre, la plupart ont les côtés de la queue carénés ou armés d'écaillés ou de boucliers, eux-mêmes 
carénés; les derniers rayons de leur seconde nageoire dorsale et de leur anale sont libres, et les 
rayons épineux de la première manque de membrane qui les unisse; le plus souvent leur caudale est 
d'une forte et dune dimension remarquables, dans la plupart, les premiers rayons épineux de l'a- 
nale sont séparés du reste de celte nageoire et en forment une autre petite et distincte; mais aucun 
de ces caractères n'est commun ù tous, et l'on peut voir, dans la longue série des genres et des es- 
pèces de Scombéroïdes, des formes quelquefois très-variées et des particularités organiques irès- 
notablcs. Toutefois l'ordre naturel est établi dans cette division au moyen des grandes subdivisions 
primaires, ou tribus proposées par MM. G. Cuvier et Yalenciennes. 

La famille importante des Scombéroïdes, et celle des Harengs, comprennent les Poissons 
les plus utiles à l'homme, et par leur goût agréable, et par leur volume, et surtout par leur inépui- 



236 HISTOIRE NATURELLE. 

saille reproduction qui les ramène chaque année dans les niêmcs parages et offre comme une proie 
facile à l'adivité des pêcheurs et à l'industrie de ceux qui les préparent et les conservent; en effet, 
c'est parmi ces animaux que l'on trouve le Thon, le Maquereau, la Bonite, etc., qui ont offert dc[)uis 
la plus haute antiquité et offrent encore aujourd'hui tant de ressources à l'alimenlation humaine, 
aussi bien à leur état frais quand ils viennent d'être retirés de la mer (]u'à l'état de salaison. 

Ces Acanthoptérygiens, exclusivement marins, sont propres à toutes les mers; plusieurs d'entre 
eux vivent en bandes nombreuses et font ces immenses voyages que nous avons signalés dans nos 
généralités sur la classe à laquelle ils appartiennent; nos mers européennes ont des espèces qui leur 
sont particulières et d'autres qui y viennent chaque année à des époques à peu près fixes. 

La première tribu, ou celle des ScoMBÉnoïDEs a fadsses pinniles et sans ai\5iure a la ligne laté- 
rale, renferme les espèces qui ont la première dorsale continue et les derniers rayons de la dorsale 
et de l'anale séparés, ou, comme le dit G. Cuvier, forment de fausses pinniiles, et dont la queue est 
carénée sur les côtés, mais non armée de boucliers. Ces Poissons, à corps en forme de fuseau, à cau- 
dale grande et vigoureuse, à queue très-rétrécie et plus ou moins carénée, sont des nageurs très- 
puissants, et toutes leurs habitudes sont conformes à celte organisation : c'est à cette tribu qu'ap- 
partiennent les espèces les plus connues el les plus utiles de la famille, tels que les Maquereaux, les 
Thons, les Germons, etc. 



A. PREMIERE DORSALE LAISSANT DN INTERVALLE ENTHE ELLE ET LA SECONDE. 

l" GENRE. — MAQUEREAU. SCOMBER. Linné. — De fausses pinnules; première dorsale sépa- 
rée de la seconde par un grand intervalle; queue sans carène sur les côtés, mais avec deux petites 
crêtes qui se retrouvent dans les autres genres avec la carène elle-même; écailles petites partout. 
On a donné la description d'une quinzaine d'espèces de ce groupe important, el elles sont propres 
à presque toutes les mers, à l'Océan, A la Méditerranée, à l'Atlantique, aux mers qui baignent l'Amé- 
rique, à celle du Cap, à la mer Australe, etc. Nous ne nous occuperons que de l'espèce la plus géné- 
ralement connue; nous citerons seulement deux espèces de la Méditerranée qui offrent cette particu- 
larité curieuse d'avoir une vessie natatoire, tandis qu'il n'y en a pas chez les autres : ces deux es- 
pèces sont les Maquereaux PNEUMAToriiORE (Scomhei- piicumaiopliorus, Laroche) et Colias (S. colias, 
Gmelin) : celte dernière espèce, que nous représentons, page 184, a de grandes écailles, formant une 
espèce de corselet dans la région de la poitrine, et offre quelques différences avec le Maquereau com- 
mun dans la distribution des traits noirs et dans la ligne longitudinale qui sépare le bleu de l'argenté 
du ventre. 

Le type est le Maquereau commun [Scomber scombrits, Linné). Fusiforme; tête mesurant le quart 
environ de la longueur totale; ouïes très-fendues; lèvres peu charnues; de trente-huit à quarante dents 
assez semblables de chaque côté des mâchoires de l'adulte; première dorsale triangulaire, commen- 
çant au tiers antérieur de la longueur du corps; deuxième dorsale moitié moins haute, elde longueur 
double de la hauteur; cinq fausses nageoires entre elle et la caudale, qui est fourchue presque jus- 
qu'à la pointe de la queue, ù laquelle elle adhère; anale à peu près de même forme et même étendue 
que la deuxième dorsale; pectorales petites, leur longueur n'étant pas tout à fait du neuvième de la 
longueur totale; ventrales naissant un peu plus loin que les pectorales; écailles très-petites, à peine 
visibles, celles de la joue longues, pointues, dirigées en arrière ; ligne latérale peu marquée et com- 
posée d'écaillés arrondies, plus grandes que les autres. Couleurs très-brillantes; dos d'un beau bleu 
d'acier, changeant en vert irisé ou glacé d'or et de pourpre, relevé par des lignes ondulées, noires, 
qui descendent en se portant obliquement en avant jusqu'à la ligne latérale, et au nombre d'une 
trentaine; deux lignes plus ou moins interrompues, noirâtres, le long des flancs; dessus de la léle 
bleu, marqué de noir; le reste du corps d'un blanc nacré, irisé d'or et de pourpre; la plupart des 
nageoires grises : anale et ventrales couleur de chair; pinnules qui suivent l'anale argentées. Lon- 
gueur totale, environ 0°,35; mais pouvant être beaucoup plus considérable. 

On est peu d'accord sur l'étymologie du nom de Marjurrenu que cette espèce porte généralement 
et même chez les peuples du Nord : il est peu probable que cette dénomination provienne, comme 
on l'a dit, de macalarîus, ù cause de ses taches, ou de lia-Actpwi, à cause de la bonté de sa chair. 



POISSONS. '2Ô7 

C'est ï'Aurîal ou VAiirion des peuples méridionaux; le Macarclla des Romains modernes, le Scotn- 
bro des Véniiiens, le Cavallo des Napolitains, le Scmnbro des Grecs et des Russes, etc. Les anciens 
désignaient sous la dénomination générale de Lacerliis, et sous les noms spéciaux de Scomber, Colins 
et Corilijlla, des Poissons de petite taille dont ils avaient coutume de faire des salaisons, et il y a 
tout lieu de croire qu'ils indiquaient sous ces noms notre Maquereau commun et les espèces qui se 
rapportent au même genre. 

Le Maquereau est un Poisson de passage dans nos pays, et c'est, dans les mers qui baignent le nord- 
ouest de l'Europe, l'un de ceux qui donne les pêches les plus abondantes et les plus lucratives. Ce Poisson 
fait annuellement, en troupes nombreuses, d'énormes voyages : d'après Anderson, il passe l'hiver 
dans le Nord; vers le printemps, il côtoie l'Islande, l'Ecosse et l'Irlande, se jette dans l'océan Atlanti- 
que, où une colonne, en passant le long du Portugal et de l'Espagne, entre dans la Méditerranée, tandis 
que l'autre rentre dans la Manche, y paraît en mai sur les côtes de France et d'Angleterre, et passe 
de là, en juin, devant celles de Hollande et de la Frise; cette deuxième colonne étant arrivée, en juil- 
let, sur les côtes de Julland, détache une division qui, faisant le tour de cette presqu'île, pénètre 
dans la mer Baltique, et le reste, en passant devant la Norwége, s'en retourne dans le Nord. Mais cet 
itinéraire ne semble pas exact, et des observations assez récentes semblent prouver que la migration 
des Maquereaux n'est pas soumise à une auf si grande régularité. Duhamel et De Lacèpède, ce der- 
nier d'après l'amiral Pléville-Lepley, disent que ces Poissons passent l'hiver dans différentes baies 
ou rades de Terre-Neuve et du Groenland, qu'ils s'enfouissent dans la vase, où ils demeurent jusqu'à 
la fin de mai, temps où les glaces leur permettent de se répandre en grand nombre le long des côtes, 
où on en prend beaucoup, mais qui ont encore alors un goût de vase désagréable ; ce n'est qu'en 
juillet et août qu'ils y sont gros et de bon goût. 11 semble que ces faits ne sont pas tout à fait exacts, 
ou, au moins, qu'ils ne sont pas applicables à tous les individus; car dès le mois d'avril les Sanson- 
nets ou Fîablols, Maquereaux petits et non laites, se montrent déjà dans la Manche; vers la fin de 
mai, en juin et en juillet, on prend en abondance, dans les mêmes parages, des individus pleins; 
au mois d'août, ils sont vides et portent le surnom de Chevillés; en septembre et en octobre, on en 
pêche de petits, probablement nés dans l'année; et enfin, en novembre et même en décembre, les 
pêcheurs de Dieppe en envoient encore parfois à Paris On attribue aux tenipèies et aux gros temps 
leur apparition à des époques insolites; mais cela prouverait toujours qu'ils ne sont pas encore, vers 
la fin de l'année, retirés aussi avant dans le nord qu'on l'a prétendu. Quoi qu'il en soit, il est cer- 
tain que ces animaux sont surtout abondants sur nos côtes, aussi bien océaniques que méditerra- 
néennes, pendant les mois d'avril et juin, et que, passé cette époque, on ne les trouve plus générale- 
ment en troupes, mais bien isolément. 

Il semble que le Maquereau diffère, pour la grandeur et pour le goût, non-seulement selon les 
saisons, mais aussi selon les lieux où on le prend. Dans la Baltique, il ne passe pas (("".SS; on en 
pêche peu et l'on en fait peu de cas; dans le Nord, les Islandais le méprisent et ne le pèchent pas; 
dans le pays de Cornouailles seulement on le sale, et, dans cet état, il ne fournit qu'un aliment pour 
les pauvres. Sur les côtes de la Manche, au contraire, par des causes inconnues, il arrive à sa perfec- 
tion, et fournit un aliment abondant et recherché à la France et à l'Angleterre; entre lile de Bos et 
les Sorlingues, on en prend des individus qui acquièrent jusqu'à O^ôS, mais qui ne sont recherchés 
que pour être salés. Dans la Méditerranée, ils sont petits et secs, et passent pour moins bons au 
goût que ceux de l'Océan. Dans la mer Noire, où ils ne dépassent guère 0'",35, on ne les mange pas 
souvent frais, mais on les sale presque toujours. 

Un groupe qui, comme celui des Maquereaux, a sa première dorsale séparée de la seconde, mais 
qui en même temps se rapproche des Thons par la carène qu'il offre de chaque côté de la queue, est 
celui des AUXIDES, Cuv., Val., de la Méditerranée, de la mer des Antilles, etc. 

B. rnEÎIlÈRE NAGEOIRE D0RS.\LE s'ÉTENDANT JUSQU'a LA SECOIiDE. 

i. Un corselet. 

2°" GENRE. — THON. THYNNUS. G. Cuvier. — Écailles du thorax grandes, plus mates que 
les autres et formant une espèce de corselet qui se partage en 9r?'*re en plusieurs pointes; première 



358 I!!ST(3IP,E NATIP.ELLE 

dorsale se prolongeant jusqu'à la deuxième; fausses nageoires nombreuses; queue, outre les deux 
orêtes qu'on remarque chez les Maquereaux, ayant une saillie longitudinale tianelianle, en forme de 
rarène; dents petites ou médiocres, serrées. 

On ne connait qu'un nombre a-sez restreint d'espèces de Thons, et elles sont propres à la Médi- 
terranée, à l'Océan, aux mers d'Amérique, à l'océan Pacilique; plusieurs sont très-reehercliées et 
sont d'une grande utilité pour l'alimenlalion humaine : celle qu'on indique depuis la plus haute 
antiquité est le Thon commun (Scoinbcr iliiinmis, Linné] : plus gros et plus rond au thorax que le Ma- 
quereau, cl beaucoup plus grand, car il peut atteindre jusqu'à 2° de longueur et le poids de cinquante 
kilogrammes; noir bleuâtre en dessus, avec les écailles du corselet plus blancjjâtres, ainsi que les cô- 
tés de la lélc; ventre grisâtre, semé de taches d'un blanc d'argent. Comme le Maquereau, le Thon est 
un Poisson voyageur; en été, on le rencontre surtout en abondance dans la Méditerranée, o(i il est 
certain qu'il fraie, où les petits éclosent et grandissent très promptement; quelques auteurs pen- 
sent même que ces Poissons passent parfois toute leur vie dans la Méditerranée, qu'ils y vivent, s'y 
développent, y reproduisent et y meurent, et que, l'iiiver, si on ne les aperçoit pas, cela tient à ce 
qu'ils se réfugient dans quelques cavités, dans les profondeurs de la mer, etc. Arislote, Pline, En- 
lliidème, Athénée, jElien, Strabon et un grand nombre d'auleurs anciens parlent du Thon. La pèche 
de ces Poissons remonte à la plus haute antiquité; les Phéniciens la faisaient déjà sur les côtes d'Es- 
pagne; mais c'était surtout aux deux extrémités de la Méditerranée qu'on en prenait le plus grand 
nombre, ainsi que dans la mer Noire, et on en faisait des salaisons : parmi celles-ci, celles d'Espa- 
gne, ainsi que de Sardajgne, passaient, du temps des Romains, pour être beaucoup plus tendres cl 
d'un goût plus agréable que celles de Byzance; cette industrie était excessivement importante. Dans 
les temps modernes, la pêche du Thon, sans avoir diminué de produit, s'est presque concentrée dans 
l'intérieur de la Méditerranée; on ne l'exerce plus en grand â Constanlinople ni sur la mer Noire. Les 
pêcheries des côtes d'Espagne en dehors du détroit se sont maintenues plus longtemps ; celles de 
Conil, près Cadix, et du château de Sara, près du cap Spariel, étaient surtout célèbres, et on y em- 
ployait plus de cinq cents hommes. Aujourd'hui, c'est en Catalogne, en Provence, en Ligurie, en 
Sardaignc et en Sicile que cette pêche a le plus d'activité et donne les résultais les plus abondants : 
elle se fait principalement de deux manières, à la llionairc et à la 7nadra(jitc Pour la pêche à la 
thonaire, que l'on pratique surtout sur les côtes de Languedoc, et qui peut donner d'un seul coup jus- 
qu'à trois mille quintaux de ces Poissons, lorsque la sentinelle postée sur un lieu élevé a fait le signal 
qu'elle voit la troupe des Thons s'ajiprocher cl de quel côté elle arrive, des bateaux nombreux par- 
lent sous la direction d'un chef, se rangent sur une courbe et forment, en joignant leurs fdeis, une 
enceinte qui effraye les Thons, et que l'on resserre de plus en plus, en ajoutant de nouveaux filets 
en dedans des premiers, de manière à ramener toujours les Poissons vers la plage; lorsqu'il n'y a 
plus que quelques brasses d'eau, on tend un grand et dernier filet que l'on tire vers la terre, en y 
amenant tous les Thons : on prend alors les petits à bras, et les grands après les avoir tués avec des 
crocs. Les madragues, qui sont des propriétés ou des concessions du souverain, protégées par les lois 
et que dans certains pays on ne permet d'établir qu'à nue distance déterminée les unes des autres et 
de fa^on à ne pas se nuire, sont des pêches beaucoup plus compru[uées que celles à la thonaire : de 
grands et longs filets, tenus verticalement par des lièges à leur bord supérieur cl par des plombs et 
des pierres à l'inférieur, sont fixés |iar des ancres, de manière à former une enceinte parallèle à la côte 
de plusieurs centaines de toises, divisée en plusieurs chambres par des filets transversaux cl ouverts 
du côté de la terre par une espèce de porte; les Thons, qui dans leur marche longent toujours la côte, 
passent entre elle et la madrague, et, arrivés à l'extrémité de celle-ci, ils rencontrent un grand filet 
placé en traver.s qui leur ferme le passage et les force d'enlrer dans la madrague par l'ouverlure qui 
y est pratiquée : une fois qu'ils y ont pénétré, on les contraint de passer de chambre en chambre 
jusqu'à la dernière ou corpoii; un filet horizontal y forme une espèce de plancher qu'un grand nom- 
bre d'hommes, placés dans des barques, soulèvent de manière à élever avec lui les Poissons jusqu'au- 
près de la surface; c'est alors que de toutes parts on leur livre combat, en les frappant avec toute 
sorte d'armes, et principalement avec des crocs : c'est un des plus grands amusements des riches Si- 
ciliens, en même temps qu'une des premières branches du commerce de leur île. Les Thons se man- 
gent frais, mais l'on en conserve un nombre énorme soit marines, soit salés, ou préparés de diverses 
manières, ei ils sont trôs-recherchés pour l'alimentation. On en recueille dans plusieurs mers, et, 




Fifc. 1. — N:iucra(e pilote 




l'i?. 2. — KspailoTi ou Xi|>liias ('pôc. (Aiiiille.; 




I'"i;r. ." — Thon .■.inmiUÈi 



POISSONS. 259 

s'ils ne font pas de ces migrations énormes qu'on leur a attribuées, il n'en est pas moins vrai qu'ils 
font des voyages assez longs, et que, dans telle ou telle mer, ils apparaissent à des époques à peu 
près fixes en troupes parfois très-nombreuses et souvent précédées par des bancs de Sardines; c'est, 
comme nous l'avons dit, dans la Méditerranée où ils sont le plus nombreux. 

Une autre espèce de Thons, également propre à la Méditerranée, et employée dans le commerce, 
est la TuoMNE {Tliijimus tlioun'wn, Cuv., Val.). Une dernière espèce que nous ayons à citer est le 
Germon {Scomhcr alalonga, Gmelin), qui ressemble au Thon par sa taille, sa couleur bleu noirâtre 
en dessus et de côté, blanchâtre argenté en dessous, mais qui s'en distingue surtout par ses pecto- 
rales, qui ont en longueur le tiers de celle du corps, et dont la pointe se porte jusqu'au delà de l'a- 
nus. Ce Thon est encore un Poisson voyageur qui semble provenir du grand Océan, et qui, au mois 
de juin surtout, se rend en troupes nombreuses sur nos côles de Gascogne et jusque dans la Médi- 
terranée; il donne la chasse à tous les Poissons qui vivent en troupes, aux Mulets, aux Sardines, aux 
Anchois; sa pèche est très usitée. Le Germon frais se vend plus cher que le Thon; on le sale en le 
coupant par tranches que l'on empile avec des lits de sel; il devient ainsi une provision utile pour 
l'hiver; mais la consommalion ne s'en étend guère au delà des endroits où les habitants font la 
pêche, et il ne semble pas donner lieu à un commerce étendu. 

Un genre formé aux dépens des Thons par MM. Cuvier et Valencienncs est celui des PELAMIDES, 
qui ont principalement des dents fortes, pointues, séparées, et qui ne comprend que deux espèces, 
l'une des mers du Chili et l'autre plus connue, la Bonite a dos bavé [Scontbcr sarila, Bloch), de la 
Méditerranée, qui est assez recherchée pour sa chair. 

b. Pas lie corsckt. 

Un genre, celui des TASSAHDS (Cibium, Cuv., Val.), qui renferme une quinzaine d'espèces des 
mers de l'Inde, de la Nouvelle-Hollande et surtout d'Amérique, et dans lequel il y a encore, avec des 
dents comprimées, pointues, tranchantes, une carène de chaque côté de la queue. 

Dans deux autres groupes sans carène à la queue cl à dénis pointues, tranchantes : les antérieures 
plus longues que les postérieures, on distingue les TllYPiSlTES, Cuv., Val., à ventrales complètes, 
quoique petites (IroJs espèces des mers du Cap et d'Amérique), et les GEMPYLES, Cuv., Val., à ven- 
trales réduites à de petits vestiges (quatre espèces de l'Ailanlique et de la mer du Sud). 

G. USE SEOLE DORSALE COSTINIIE; PAS d'aRSII-RE liCAII.LEIISE A LA HC^E LATÉHALE | POIM 
DE CORSLLEr. 

a. Point de carcncs. 

Dans deux groupes singuliers, tous ou une grande partie des rayons de la nageoire anale sont 
réduits à de très-petites épines; les dents sont semblables à celles des Thyrsites et des Gempyles; ce 
sont les LEliDOTES, Gouaii, surtout caractérisés par une petite écaille au lieu de chaque ventrale, 
et par leur nageoire caudale distincte : une seule espèce, le Léiidote argekté (Lephlolus argyrcus, 
Cuv., Val.), qui ressemble à un grand et large ruban d'argent nageant par ondulations et jetant dans 
ses mouvements de beaux effets de lumière; la tête est pointue, et l'animal s'amincit beaucoup à 
son extrémité postérieure : habile l'Océan et la Méditerranée, où on le mange; et les TRlCillURES, 
Linné, dans lesquels il n'y a plus ni ventrales, ni caudale : genre des plus singuliers par sa disposi- 
tion serpentiforme, et qui ne renferme qu'un nombre Irès-restreinl d'espèces : une de l'Atlantique 
{Trichitirus leputnis, Linné) et deux eu trois des mers de l'Inde, parmi lesquelles nous citerons le 
TniciiuRE SAVALE {T. savulu, Cuv., Val.) {Allas, pi. XXXilI, fig. i), qui provient de la côle de Ma- 
labar. 

b. Des carènes au:c côtés de la queue; museau allongé en épcc ou en dard; dents en velours ras. 

Les Espadons et quelques petits groupes voisins forment cette division curieuse de Poissons, qui 
se rapprochent particulièrement des Thons par leurs écailles infiniment petites, par les carènes des 



240 lllSTOir.E NATLT.ELLE. 

c6tés de leur queue, par la force de leur caudale et par toute leur organisation intérieure, mais qui 
ont un caractère distinctif spécial dans le bec ou la longue pointe en forme d'épée ou de broclie qui 
termine leur madioire supérieure, et leur fait une arme offensive très-puissante avec laquelle ils atta- 
quent les plus grands animaux marins : ce Lee se compose principalement du vomer et des inter- 
maxillaires, et est renforcé à sa base par l'ethmoïde, les frontaux et les maxillaires; les branchies 
ne sont pas divisées en dents de peigne, mais formées chacune de deux grandes lames parallèles, 
dont la surface est réticulée; ces Acanthoptérygiens, qui formant les genres ESPADON, Linné; TE- 
TRAPTURE, Rafinesque; MAKAIRA, Lacépède, et VOILIERS {llisiiophorus, Lacépède; Notistiinn, 
Ilermann), se distinguent les uns des autres par des particularités de leurs ventrales ou de leur caudale, 
et on n'en connaît qu'un nombre assez restreint d'espèces particulières à l'Océan et à la Méditerra- 
née, à l'Ile de Ré et aux mers des Indes, dont la rapidité est excessive, et qui ont une chair excellente, 
spécialement le genre ESPADON on Xipliias, Linné, qui doit seul nous occuper, et est caractérisé parce 
qu'il manque tout à fait de ventrales. Ce groupe générique ne renferme qu'une seule espèce, l'Es- 
PADON KrÉE {Xipliias çiladiiis, Linné). Corps allongé, presque rond de l'arrière, peu comprimé de 
l'avant; tète terminée en pointe aplatie horizontalement et tranchante comme une large lame d'épée; 
côtes de la queue fortement carénés; une seule dorsale, mais qui s'élève d'avant en arrière, et dont 
le milieu s'use avec l'âge, au point qu'il paraît y avoir deux nageoires; d'une belle couleur d'argent 
pur à la partie inférieure, glacée de bleu noirâtre à la partie supérieure : les très-jeunes individus 
ont sur le corps des séries longitudinales de petits tubercules; mais ces inégalités disparaissent avec 
l'âge; longueur ordinaire de l'adulte, '2"" à 5°. (Voy. notre Atlas, pi. XXXU, fig. 2.) Ce Poisson, connu 
depuis les temps les plus reculés, a toujours porté des noms particuliers qui rappellent le caractère sail- 
lant de l'espèce, c'est-à-dire le long bec qui termine sa tête : chez les anciens, c'était le Xiyt«ç, le A'i- 
pliius et le Gladius; et, chez les modernes, on l'indique sous les dénominations A'Epée, de DanI, 
d'Empereur, de Pesse-Spada, de ScItwerdFiscli et de Sword-Fiscli; on le pêche principalement 
dans la Méditerranée, surtout dans les environs du Phare en Sicile; mais on le retrouve également 
dans l'Océan : on le mange, en Italie surtout; la chair des jeunes est parlaitemcnt blanche, compacte, 
d'un goût excellent, et celle des adultes devient plus ferme et ressemble davantage à celle du Thon : 
d'après Belon, dans son temps au moins, les pécheurs en joignaient aux Thons dans les préparations 
qu'ils faisaient de ces animaux, et aujourd'hui encore les Siciliens en font des salaisons. En effet, 
c'est à peu près en même temps que les Thons qu'apparaissent les Espadons; mais c'est à tort qu'on 
a prétendu que ces derniers Poissons, par la peur qu'ils faisaient aux Thons, les forçaient à leurs 
grandes émigrations; en effet, selon Cetii, les Espadons ne font pas plus d'impression sur les Thons 
que ne feraient leurs semblables, et, loin d'être ennemis, on dirait que ces deux genres de Poissons 
se connaissent et aiment à se trouver ensemble. On cite parmi les habitudes de l'Espadon celle d'al- 
ler ordinairement par paires, un mâle et une femelle. On trouve souvent des becs de ces Poissons 
dans les carènes des navires; Pline rapporte même, sur le témoignage de Trebius-Niger, que, près 
d'un lieu des côtes de Mauritanie, nommé Gatta, non loin du fleuve Lixus, il était arrivé à des navires 
d'être percés par le bec du Xiphias, et d'en être coulés bas. Sans contester des faits semblables qui 
semblent prouvés, nous devons dire avec Cuvier que de tels accidents ne peuvent arriver qu'à des 
bâtiments légers et vieux. La taille des Xiphias devient énorme, et c'est ce qui engageait les anciens 
à le ranger dans la classe des Cétacés; il n'est pas rare d'en voir de 5" à 4° de longueur, et on en 
cite de 6° à 7°. L'espadon, comme le Thon, ainsi que l'avait déjà remarqué Arislote, est tourmenté 
par un Crustacé parasite de la famille des Lernés, le Peinuiiula filosa, Gmelin, qui entre dans leur 
chair el leur fait éprouver de telles douleurs qu'il les rend quelquefois si furieux, qu'ils se jettent 
sur le rivage ou sautent sur les navires. 



D. LES RAYONS DE LA PREMIERE SAfiEOlRE DOIISALE SEPARES EN EPINES ISOLEES. 



Les Scombéroïdes, ainsi caractérisés d'une manière générale, constituent une tribu distincte pour 
MM. Cuvier et Valenciennes, tribu renfermant un assez grand nombre de genres que l'on peut sub- 
diviser par la disposition ou l'absence des ventrales. 



POISSONS. 241 

a. Des veutrales thoraciques. 

Ce sont les CENTRONOTES de Lacépède, dans lesquels on doit distinguer les genres : 1° PILOTE 
{Nancm(es, Piafinesque), à corps en fuseau, à deux rayons libres au devant de l'anale, et qui ont une 
carène aux côtés de la queue : peu d'espèces de presque toutes les mers, et dont le type est le 
Pilote ou Fodfre (Scombcr ihiclor, Linné), long de O^.SS; bleu, avec de larges bandes verticales 
d'un bleu plus foncé; de la Méditerranée (voyez Atlas, pi. XXXII, fig. 1); son nom de Pïlole vient de 
ce que ce Poisson suit les vaisseaux pour s'emparer de tout ce qui en tombe, et, comme le Requin a 
également cette habitude, quelques voyageurs, les anciens surtout, ont dit qu'il sert de guide au Re- 
quin. Bosc, qui a vu des centaines de ces Acanlhoptérygiens, assure qu'ils se tiennent toujours à 
quelque distance du Requin, et qu'ils nagent assez vite dans les eaux pour être sûrs de l'éviter, et il 
ajoute que, si on leur jette quelque menue nourriture, comme des purées ou des bouillies, ils s'arrê- 
lent pour s'en saisir et abandonnent le vaisseau et le Requin, ce qui ne peut laisser de doute sur 
l'objet qui les attirait. Une autre espèce de Pilote est le Ceixapira des eûtes du Brésil, qui peut at- 
teindre jusqu'à 5"; 2" ÊLAC.\TES, Cuv., sans carène aux côtés de la queue, à corps allongé : des 
mers des Indes, d'Amérique, etc.; 5° LIGUES, Cuv., Val., à corps comprimé, à deuxième dorsale et 
anale continues, et à profil un peu bombé, à ligne latérale fortement courbée en S : trois espèces de 
la Méditerranée, parmi lesquelles nous citerons la Liche propre [Scombcr amia, Linné), que l'on pè- 
che souvent et qui peut peser jusqu'à cinquante kilogrammes, et la Liche glaucos (S glaucos. Linné), 
d'un argenté plombé brillant sur le corps, que nous avons leprésentée page 201; 4° TRACI1I?J0TES 
Lacépède, à profil également bombé, à museau obtus, à dorsale et anale aiguisées en pointes alloii 
gées : une dizaine d'espèces africaines et américaines peu distinctes des Liches, et parmi lesquelie.* 
on a voulu former les genres Acanthhiion et Cœsiomorus; 5° CHORINÈMES, Cuv., Val., dans lesqueL. 
les derniers rayons de la deuxième dorsale et de l'anale sont séparés : une douzaine d'espèces des 
régions chaudes des deux Océans. 

b. Des ventrales jugulaires. 

Le seul genre APOLECTUS, Cuv., Val.; une seule espèce de Pondichéry {A. stromaleus), qui ne 
diffère des Trachinoles que parce que les ventrales sont attachées sous la gorge. 

c. Des ventrales abdominales. 

On n'y range que le genre NOTACANTHE {Campilodon , Othon Fabricius, ou Acanthonoius, Bloch), 
A corps très-allongé, comprimé, revêtu d'écaillés petites, molles; à museau obtus, sans seconde dor- 
sale; à anale très-longue, unie à la caudale ; une seule espèce (Nolacanilius nasiis, Bloch), longue 
d'environ 5"°; de la mer Glaciale. 

d. l'oint de ventrales. 




90. — niiyiitliobtlulle œillê. 



Ce groupe, qui a reçu de Bloch le nom de RIIYNCIIOBDELLE, représente, dans la deuxième tribu, 
les Espadons de la première par suite de leur manque de nageoires ventrales; ce sont des Poissons 
à corps allongé, ayant des épines libres sur le dos et deux épines libres au devant de l'anale. On 
peut y distinguer les RllYNCilUBDELLES PROPREMEiNT DITES ou .MACROG.NATllES, Lacépède, ô. 

R. P. Si 



•2i2 uisTOUiE isatuiu:lle. 

museau concave, strié en dessous; à nageoires verticales séparées : une seule espèce, le R. œili.é 
[R. occllala, Cuv., Val.), à corps couvert de petites écailles elliptiques du douhle plus longues que 
larges, entiéremenl d'un giis brun ; qui habite les rivières et les étangs d'eau douce de Pondicbery 
et de Ceyian; et les MASTACEMBLES, Gronovius, à museau conique, à nageoires verticales unies : 
quelques espèces principalement des mers de l'Inde. 

E. L1G>E LATÉRALE Cl'll ASSÉE. 

Cette tribu renferme les espèces dans lesquelles la carène de chaque côté de la queue, vers l'ex- 
trémité de la ligne latérale des Thons et autres espèces des tribus précédentes, n'est plus une sim- 
ple proéminence du derme, mais est garnie et recouverte par des boucliers écaiUeux, carénés eux- 
mêmes, se recouvrant mutuellement, et dont l'arête est le plus souvent terminée en pointe ou eu 
crochet; et ces buucliers ne sont pas toujours restreints à l'extrémité de la ligne latérale, et peuvert 
offrir plus ou moins de développement ou des écailles plus ou moins grandes. 

Le genre principal est celui des CAPiANX, Cuv , Val., caractérisés surtout par leur ligne latérale 
cuirassée sur une grande étendue de pièces écailleuses carénées, souvent épineuses, grandes, tandis 
que les autres écailles du corps sont petites; par leurs deux nageoires dorsales distinctes, par une 
épine courbée en avant de la première; les derniers rayons de la seconde faiblement liés et quelque- 
fois séparés en fausses nageoires, et par des épines libres ou formant une petite nageoire au devant 
de l'anale. On les subdivise en : 1° SAUHELS (Tracluinis, Cuv., Val.), à forme oblongue, profil obli- 
que, peu convexe; à ligne latérale armée, sur toute sa longueur, de lames écailleuses qui prennent 
un bon tiers de la hauteur du corps; les mers d'Europe en nourrissent plusieurs semblables aux 
Maquereaux pour la forme générale et par le goût, que l'on a confondus sous les noms de Saorels, 
Macjuereaux BATARDS {Scombcv li-acliurtis, Linné), et que les anciens désignaient sous la dénomina- 
tion de Trac'.iurns, du grecTsaxo;, rude, et ou,oa, queue, mais dans lesquels on doit distinguer plu- 
sieurs espèces que l'on rencontre dans nos mers et jusqu'à la Nouvelle Zélande, et qui sont caracté- 
risées par le nombre des bandes et l'intlexion plus ou moins rapide de la ligne latérale : le type est 
le Maquereau bâtard de la MA^cllE (Caranx irachunts, Lacépède), qu'on porte souvent sur le mar- 
ché de Paris, et qui est bleu plombé supérieurement, avec une tache noire sur le bord de l'opercule, 
et argenté inférieurement : de la Manche cl de la Méditerra-née; '2° les CAllAiNX l'KOPUE.MENT DITS 
{Caraiix, Cuv., Val.), qui, avec la forme des Saurels, n'ont de lames ou de boucliers qu'à la der- 
nière partie, ou partie non soudée de la ligne latérale : ces boucliers sont bien moins hauts, et la 
partie antérieure et courbée de la ligne latérale en est dépourvue : on a donné la description d'une 
cinquantaine d'espèces de ce groupe, propres à presque toutes les mers, et dont quelques-unes sont 
particulières à nos mers européennes; 5° les CAI'iOUCES, Cuv., Val., qui, avec la ligne latérale des 
Caranx, ont une forme plus élevée et surtout plus de saillie au front et à la nuque; groupe nombreux 
en espèces, surtout des mers chaudes d'Amérique et d'Océanie, et dont le type est le Carouge des 
A^TlLLF.s (Scomber carougiis, Bloch), espèce qui peut atteindre près de 1", qui pèse jusqu'à douze 
kilogrammes, est recherchée pour la bonté de sa chair, et présente une couleur argentée, avec une 
tache noire à l'opercule; i° les CISTUTES, G. Cuvier, à deuxième dorsale et anale prolongées en 
faux. 

Un autre grand genre de G. Cuvier, celui des VOMERS, dont Linné et Bloch confondaient les es- 
pèces avec les Zcus, renferme un assez grand nombre de Poissons qui ont une forme de plus en plus 
comprimée et élevée, chez lesquels l'armure de la ligne laiérale s'affaiblit successivement, dont la 
peau devient fine, satinée, sans écailles apparentes, qui n'ont que des dents en velours ras, et qui se 
distinguent entre eux par divers prolûngements de quelques-unes de leurs nageoires; on peut y dis- 
tinguer génériquement, avec .MM. G. Cuvier et Valenciennes ; OLISTES, à rayons mitoyens de la 
deu.xiènie dorsale articulés, prolongés en longs filaments : des mers de l'Inde; SCYRES, qui, avec 
les mêmes fdaments, ont les épines de la première dorsale tout à fait cachées dans le bord de la 
deuxième, et des ventrales courtes : une espèce indiv.nne et une de la Méditerranée; BLEPIIARIS, à 
longs filaments à la deuxième dorsale et à l'anale, à ventrales très-prolongées, et à épines de la pre- 
mière dorsale courtes, passant à peine la peau : ces Poissons, peu nombreux, des mers des Indes (t 
J'Amérique, ont le corps élevé, et leur profil n'offre qu'une inclinaison ordinaire : le type est le 



POISSONS. 243 

DtÉruARis DES Antilles ou Cor.DONMEn {DIepItaris stilnr, Cuv., Val.), d'un plombé métallique en des- 
sus, avec quatre bandes verticales noirâtres, argenté sur les côtés de la tête, des flancs et en des- 
sous (voy. Allas, pi. XXIII, fig 2); CALS ou GAI.LICIITYS, à profil plus vertical que les Clopharis : 
trois espèces de l'Inde et des côtes d'Égjple; ARGYPiÉYOSES, à profil encore plus élevé, à première 
dorsale plus prolongée, et à filaments semblables à ceux de la deuxième, à ventrales plus grandes : 
une espèce des mers américaines, dont la synonymie est assez embrouillée, le Zeus vouer, Linné, ou 
Adacatuia, petite espèce d'une belle couleur d'argent, avec les épines noirâtres; VOMERS, qui, avec 
le corps comprimé et le profil vertical des deux précédents groupes, n'ont de prolongements à au- 
cune de leurs nageoires : une seule espèce, le Vomer de Browk, Cuv., Val., de l'Atlantique et du Paci- 
fique; et llYiNiNIS, chez lesquels il n'y a même plus de vestige de la première nageoire dorsale; de la 
mer de Corée. 

F. PAS DE FAUSSES riN.XULES, PAS d'ÉPI.NES LIBRES AU DOS, ET SANS AUCUNE ÉPINE AUX CÔTÉS 

DE LA QUEUE. 

Cette tribu n'est formée que par des espèces réunies sur des caractères négatifs; aussi ne trouve- 
t on entre elles des rapports moins étroits qu'entre celles des tribus précédentes. Les uns (Sérioles) 
se lient aux Liches, d'autres (Slronialées) à plusieurs Squaniipennes; quelques uns (Centroloplies, etc.) 
tendent à réunir les uns aux autres, et enfin certains (Coryphène.s) ont des caractères qui semblent 
leur être tout à fait propres. 

Quelques groupes de celte subdivision, assez peu connus du vulgaire, sont surtout ceux des SÉ- 
niOLES, Cuvier, qui tiennent des Caranx et des Liches par leur corps comprimé, leur ligne latérale 
sans carène ni armure, et les épines de leur première dorsale unies en nageoires par une mem- 
brane : une dizaine d'espèces de l'Archipel, de l'Atlantique, des mers d'Amérique, et dont une (Ca- 
rcmx Dniuerilii, Hisso) provient de la Méditerranée; les TEMNOOGNS (une espèce commune aux 
deux Océans, Perça snlialrix), qui ne difl'èienl guère des précédents que par leurs dents tranclian- 
les; les LACTAIliES, Cuv., Val., chez lesquels la vessie natatoire semble être perforée par le premier 
inierépineux de l'anale : une espèce de l'ondichéry, le Pêcue-Lmt (Scoinber laclarius, Bloch), re- 
cherché par l'extrême délicatesse de sa chair; les PASTEURS (Nomeus, Cuv.), à ventrales très-gran- 
des et très-larges, attachées au ventre par leur bord inleine ; deux espèces, l'une de l'île Maurice et 
l'autre des mers de Java (A''. Peronii. Cuv.); les NAUCLÈRES, Valenciennes, anciennement confondus 
avec les Pilotes, auxquels ils ressemblent par leur coloration: des mers des Moluques, de l'Afri- 
que, etc.; les PORTUMÉES, Val. : une espèce de l'océan Indien; les PSÈNES, petites espèces des 
mers indiennes, etc. 

Un genre indiqué depuis longtemps est le : 

5"" GENRE. — CORYPIIÈNE ou DORADE. CORYPIUEISA. Linné. — Corps comprimé, allongé, 
«ouvert de petites écailles; tête tranchante à la partie supérieure; une dorsale régnant sur toute la 
longueur du dos, composée de rayons presque flexibles, quoique les antérieurs n'aient pas d'ar- 
ticulations; sept rayons aux ou'ies. Quoique naturel, ce groupe n'en renferme pas moins d'assez 
nombreuses espèces qui ont dû être placées par G. Cuvier d'abord, et par M. Valenciennes dans 
d'autres familles, soit du même ordre, soit même d'ordres différents; malgré ces retranchements et 
la création de quelques genres distincts, on n'en décrit pas moins aujourd'hui beaucoup d'es])èces 
particulières et propres à presque toutes les mers : aussi a-t-on dû chercher à y former des groupes 
sous-génériques; Cuvier en indique deux, et M. Valenciennes en crée un troisième; ce sont : 1° les 
CORvVllÈNES PROPREMENT DITS, à tête très-élevée, à profil courbé en arc et tombant rapidement 
de l'avant, à yeux très-abaissés, à bouche bien fendue et armée de dents en carde, et à dorsale beau- 
coup plus haute antérieurement : une quinzaine d'espèces, parmi lesquelles nous citerons comme pro- 
venant de la Méditerranée la GI1A^DE Colvphè.ne (Corijpliœiia liii>panis, Linné), Dorade, probablement 
le Kopvfcr.vji) d'Aristote et Viirno^ipo; d'Athénée, à corps en lame, d'un gris argenté à reflets dorés, 
avec des taches bleu foncé en dessus, d'un jaune citron en dessous avec des taches bleu clair; et 
comme provenant du grand Océan, la Corïtiiène équiset (C. cqiiiset'is, Linné), que nous figurons, à 
tlos bleuâtre, parsemé, en dessus et en dessous, de petits points noirs. 2° Les LAMPUGES, Val,, ou 



U\ HISTOIRE NATURELLE. 

CARÂNXOMORES, Lacopède, à lète oblongue, pou relevée; à dents en carde, à yeux placés à une 
hauteur moyenne, à dorsale égale et basse sur toute son étendue : de la Méditerranée el de rAtlanii- 
quc, et dont le type est le L. pélagique, Val. 5° Les CENTROLOl'llES, Lacépède, qui, avec une forme 
un peu moins allongée, ont le palais dénué de dents, et un intervalle entre l'occiput et le commence- 
ment de la dorsale; quelques espèces de la Méditerranée et de l'Océan, et dont le Corypiiœna pompi- 
lus, Linné, est le type. 




Fig. 91. — Coryphcne Enuisct. 



Itenx genres qui se rapprochent un peu des Coryphènes sont : 1° les ASTRODESMUS, Bonelli, ou 
DLVNA, Risso, lète élevée et tranchante, à bouche peu fendue; quatre rayons aux ouïes; ventrales 
petites, et surtout à écailles rayonnant de tout côté comme des étoiles : une espèce de /Océan et de 
la Méditerranée (A. conjpltœnoides , Bonelli, et C. elcguns, Risso), argentée, tachetée de noir, à na- 
geoires rouges. 2° PTÉRACLIS, Gronovius, ou OLIGOPODES, Lacépède, qui, avec la tête et les dents 
des Coryphènes, ont de plus grandes écailles, des ventrales jugulaires Irès-petites, une dorsale et 
une anale aussi élevées que le Poisson; quelques espèces du grand Océan qui n'appartiennent peut- 
être pas aux Scombéroides, et dont le type est le Corijphœna velifera, Pallas, ainsi nommé parce 
que les nageoires lui donnent la forme d'une grande voile. 

Enfin, selon M. Valcnciennes, on doit ranger à la fin de cette Iribu quelques Scombéroides à corps 
couvert d'écaillés tellement perdues dans la peau qu'elle semble nue, à caractères ayant quelque rap- 
port avec ceux des Coryphènes, mais à corps beaucoup plus raccourci; tels sont les STROMATÉES, 
Linné, sans ventrales, à dorsale unique, à rayons cachés dans le bord antérieur, et à nageoires ver- 
ticales couvertes d'écaillés à la manière des Squamipennes : quelques espèces de la Méditerranée 
(type 6'. fialola, Linné, remarquable par ses taches et ses bandes interrompues de couleur dorée 
sur un fond plombé), des côles du Pérou, de la mer des Lides; les RHOMBES, Lacépède, ou PÉPRl- 
LUS, Cnvier, à corps rhomboïdal; des mers d'Amérique; les LOUVAREONS (Luvarus, Rafinesque) : 
une grande espèce de nos mers {L. impcrialis), que l'on ne trouve que rarement; les SÉSERIUS, 
Cuvier : une seule et petite espèce de la Méditerranée, et les KURTES (liiirtiis, Bloch), dont on ne 
connaît réellement bien qu'une seule espèce, de la mer des Indes, et qui est surtout remarquable par 
son squelette, dans lequel les côtes sont dilatées, convexes et forment des anneaux qui se touchent 
les uns les autres, et enferment ainsi un espace conique et vide qui se prolonge sous la queue, dans 
les anneaux inférieurs des vertèbres, en un tube long et mince qui renferme la vessie natatoire. 

c. ESPÈCES A BOUCHE PEOTRACTILE. 

Les Scombéroides de cette tribu, tout en ayant encore les crêtes du crâne et des côtés du corps, 
les nombreux cœcuins et quelques autres particularités des Coryphènes, ont, comme dans les Mé- 
nides, la bouche protractile cl formant par conséquent une sorte de bec. 

a. Dorsale profondément échancrce et comme double, et formant deux nageoires. 

4""* GENRE. — DORÉE ou ZÉE. ZliUS. Linné. — Deux dorsales bien distinctes : antérieure for* 



POISSONS. 245 

mée de rayons épineux accompagnés de lambeaux longs et filiformes dépassant de beaucoup les épi- 
nes, ainsi que la membrane qui les réunit; côtés du corps ayant une série de pointes fourchues por- 
tées sur les écussons osseux insérés dans la peau le long de la base de la dorsale et de l'anale. On 
ne laisse plus aujourd'hui dans ce groupe qu'un petit nombre d'espèces de l'Océan européen, de la 
Méditerranée, des mers du Cap et du Japon, et dont le type, connu depuis la plus haute antiquité, 
est la Dorée commode. Poisson de saim Pierre et saint CnRisTorHE, Dorade, Forgeron, Fnber, Zens, 
Xa>zsuç, Chalceus, et peut-être Xuttoç des anciens (Zeus fnber, Linné). Le nom de Poisson saint 
Pierre lui a été donné, comme le fait observer M. Valenciennes, d'après la supposition, qui sans 
doute n'a jamais été sérieuse, que c'aurait été un Poisson de cette espèce que saint Pierre tira de la 
mer par ordre de Jésus-Christ, et dans la bouche duquel il trouva un denier pour payer le tribut, el 
que l'empreinte des doigts de l'apôtre serait demeurée à toujours à toute l'espèce dans cette tache 
noire qu'elle a sur chaque flanc. Ce Poisson habite la haute mer et ne vit pas en troupes; on le trouve 
surtout dans la Méditerranée; dans l'Océan, il n'est pas rare vers les côtes d'Espagne et de France, 
se trouve quelquefois jusque dans l'archipel des Canaries, et ne se rencontre pas très-loin dans la 
mer du Nord; il est d'assez grande taille, à corps comprimé, qui, vu de côté, a un contour ovale; 
d'une couleur jaunâtre, avec une tache ronde et noire sur le flanc. Sa chair est très-bonne, et a été 
comparée à celle du Turbot; cependant sa forme bizarre et assez repoussante le fait peu rechercher 
sur nos marchés. 

Dans les CAPfiOS, Lacépède, il y a encore deux dorsales, mais on ne voit pas d'aiguillons le long 
des dorsales et de l'anale; la bouche est plus protractiie; le corps est couvert d'écaillés très-rudes, 
qui lui ont valu les noms de Sanglier, de Xairpo;, de Capros et de Zeus aper, Linné, que porte 
l'espèce unique qui entre dans ce groupe; c'est un petit Poiçson jaunâtre, principalement de la Mé- 
diterranée, et qui ne se rend que rarement dans l'Océan. 

b. Dorsale continue, sans échancriire et par conscqucnt unique. 
Trois genres que l'on a parfois réunis aux Zées. 

S"-^ GENRE. — POISSON LUNE. LUMPBIS. Retzius, Cuvier. CfinYSOIOSE. Lacépède. — 
Une seule dorsale très-élevée de l'avant, ainsi que l'anale, qui n'a qu'une seule petite épine à la 
base du bord aniérieur; ventrales à dix rayons très-longs; caudale à lobes également aussi très-pro- 
longés, mais tous ces prolongements s'usant avec l'âge; côtés de la queue relevés en carène. Ce 
genre ne renferme qu'une seule espèce ^LlrapRls tacheté, Lumpris guttalus, Retzius), ù corps deve- 
nant très-grand, arrondi et un peu comprimé, et auquel les nageoires donnent un aspect très-singu- 
lier; il est violet, tacheté de blanc, et ses nageoires sont rouges, cet Acanthoptérygien, connu vul- 
gairement sous le nom de Poisson lune, est originaire du nord de la mer Atlantique, surtout du 
côté de l'Europe; on le pêche sur nos côtes du Nord, et il vient aussi parfois dans la Méditerranée. 

Les deux autres genres, les derniers que nous ayons à indiquer dans la grande famille des Scom- 
béroïdes, sont propres à la mer des Indes; le premier, dont on décrit plus de vingt espèces, est cehii 
des EQUULA, Cuv., à corps comprimé, à museau Irès-protractile, à bords du dos et du ventre dente- 
lés le long des nageoires, n'ayant qu'une seule dorsale, mais à plusieurs aiguillons, dont les anté- 
rieurs sont assez élevés : quelques espèces, dans l'état de repos, ont le museau singulièrement retiré, 
et, en le déployant subitement, peuvent saisir les petits Poissons ou les Insectes qui passent à leur 
portée; enfin le second genre est celui des MENÉS, Lacépède, qui, avec le museau des Equula, ont 
le corps encore plus comprimé, le ventre tranchant, etc. : une seule espèce (Mené Anne-Caroline, 
Lacépède), d'un bel argenté, tacheté de violâtre sur le dos. 



246 



ISTOIUL; NATLT.FXLt; 



IS'EUVIÈME FAMILLE. 



TEUTllYES. 



Celte famille, indiquée par G. Cuvier dans son I^ègnc animnl, comprend aujourd'hui une cen- 
taine d'espèces, loutes étrangères à l'Europe, rèpariies dans cinq à six genres, dont l'un surtout, ce- 
lui des Acanthures, est très-nombreux en espèce; à la lin du siècle dernier, on ne connaissait que 
huit à dix espèces de celle famille, et on les éparpillait dans des groupes différents plus ou moins 
éloignés les uns des autres. Les Teuihyes tiennent aux Scombéroïdes par de nombreux rapports, et 
piincipalement par l'armure que plusieurs d'entre eux offrent aus côtés de la queue ci par l'épine 
couchée en avant de la nageoire dorsale chez quchpins autres Ce sont des Poissons à forme ovale, 
comprimée; à bouche peu fendue, non proiraciile; dents sur une seule rangée à chaque mâchoire, le 
palais et la langue en étant dépourvus; ils n'offrent qu'une seule dorsale longuement prolongée, lis 
sont de taille moyenne, et semblent tous vivre de matières végétales; en effet, on n'a trouvé dans 
leur estomac que des fibres ou des débris d'algues marines, et, comme pour les animaux herbivores, 
leurs intestins sont d'une grande ampleur. 

i-' GENRE. — AlirilACANTUE. AMPUACAJSTIWS. Bloch. — Corps ovale, comprimé; bouche 
peu fendue, peu extensible; dents petites, dentelées, sur un seul rang; cinq rayons aux branchies; 
l'épine cnuchée en avant de la dorsale; et surtout, carjctère unique chez les Poissons, le rayon in- 
Urne des ventrales épineux comme l'externe : les trois internes branchus comme à l'ordinaire. 




Fig. 02. — Anipliacanllie rayé. 



Gronovius, le premier, avait créé, sous le nom d'IIcpaïus, un genre qui, outre quelques espèces 
qui ne se rapporlenl pas ù la famille que nous étudions, en contenait deux [A javns cl licpalus), 
actuellement types des Amphncaiiiliiis et Acaiillitirus, dont Linné fit son genre Tcnllih. Ces Pois- 
sons ont reçu de Forskal le nom de SIDJ ^NS [Sujanus), de Commerson, celu"^i de BUP.O; de lloutluyn, 
celui de CENlTiOGASTEfl, et enfin de Bloch, celui iVAmpliacuniluis, qui a généralement prévalu. On 




Fiï. 1 - Tn.liiuie saval,- 




F,„ -2 _ HI,-|ilKins (les AnI 




(.■|„ 5 _ iSiisdU à iimscuu cmiil 



POISSONS. 2'i7 

en décrit une trentainft d'espèces, presque toutes propres à la mer des Indes, el parmi lesquelles 
nous représenterons TAwrirACViMnE rayé (^1. tinenttis, Cuv., Val.), rappoité de Vanicolo et de la 
Nouvelle-Guinée, long de 0'",20 à 0"',2o, et qui semble brun, plus clair sous le ventre, avec des raies 
longiludinales peu marquées et des taches brun foncé sur la caudale. 

2">= GENRE. — ACANTimnE. ACAIS'TnURUS. Lacépède. — De chaque côté de la queue, une 
fûrl^; épine mobile, tranchante comme une lancette, couchée contre le corps dans l'état de repos, et 
pouvant se redresser à la volonté de l'animal, et faisant de grandes blessures à ceux qui les atta- 
quent; des dents tranchantes et dentelées. Ces Poissons surtout, caractérisés par l'armure de leur 
queue, ont reçu, par suite de cette particularité, les noms vulgaires de Cuir.vnciE.Ns, Bvr.Birns el Ponin- 
La.nceties; l'or.-kal donnait à l'espèce type la dénomination de llarpurns, qui, malgré son antério- 
rité sur celle A' Accmlhunis, n'a pas été adoptée; enfin les Hollandais des Indes nomment les petites 
espèces, dont la peau ressemble à un cuir. Poissons de ciir. On décrit plus de soixante espèces parti- 
culières aux parties cliauHes des deux Océans : comme type, nous citerons I'Acantiiure chirur- 
gien (Acaniiiurus chirurcjns, Bloch), des côtes de la Martinique, de Cuba, de l'Amérique méridio- 
nale, etc.; de petite taille; d'un brun foncé tirant sur le jaune, avec des lignes verticales nombreuses 
noirâtres, plus clair en dessous. 

5"" GENRE. — NASONS. NASEUS. Commerson. HIOlWCEROS. Bloch. — Côtés de la queue 
armés de lames tranchantes fixes, dents coniques; blanchies à quatre rayons; trois rayons mous aux 
ventrales; peau semblable à du cuir; et surtout front proéminent en forme de corne ou de loupe au- 
dessus du museau. Ces Teuthyes, principalement remarquables par le dernier caractère que nous ve- 
nons d'indiquer, proviennent des mers indiennes, et l'on en décrit une quinzaine d'espèces. Comme 
type, nous donnons, dans notre Allas (pi. XXXIII, fig. 5), le Nason a museau court [iXaseiis brcvi- 
rosiris, Cuv., Val.) : ce Poisson, très-commun aux Moluques, et long de plus de 0™,25, est quelque- 
fois indiqué sous le nom de Licorne, quoique sa face frontale soit moins développée que dans plu- 
sieurs autres espèces du même groupe. 

Quelques autres groupes, qui ne renferment guère chacun qu'une seule espèce, et qui proviennent 
des mêmes parages, sont ceux des PP.IONL'RES, Lacépède; AXINL'RES, Cuvier; I BIODONS, Cuvier, 
et KERIS, Valenciennes, qui tiennent, par beaucoup de leurs caractères, des Acanihnres et des Na- 
sons, mais qui toutefois n'ont pas le front prolongé en corne ou loupe. 



DIXIEME FAMILLE. 
T^NIOIDES ou rOISSOXS EN RUBAN. 



Cette di\ision ne renferme qu'un nombre assez restreint de genres et d'espèces propres à presque 
toutes les mers, et qui, malgré leur forme en général allongée, en quelque sorte en ruban, et leur 
donnant parfois l'aspect de Vers intestinaux de grande taille, ce qui lui a valu le nom de Tœnioides, 
ont des rapports tellement nombreux avec la famille des Scombéroides, que certains d'entre eux, les 
Lépidotes et les Trichiures, d'abord placés par Cuvier avec les Tœnioïdes, sont actuellement rangés, 
par M. Valenciennes, avec les Scombéroides. On en connaît des espèces qui peuvent atteindre jusqu'à 
ô" de longueur et même plus, et d'autres beaucoup plus petits. 

Les Tœnioides sont des Poissons très-allongés, très-aplalis sur les côtés, couverts de très-petites 
écailles, à bouche petite et protractile dans la plupart des cas; à maxillaire grand; leurs dorsales 
sont longues et souvent réunies avec la caudale; l'anale, quand elle existe, offre quelquefois la même 
disposition; leurs rayons articulés sont le plus souvent simples, et leur nombre aux ventrales est ré- 



2i8 HISTOIRE NATURELLE. 

c'ait à moins de cinq, parfois à un seulement; enfin la position des nageoires avancées sous la gorge 
et quelques autres particularités forment un ensemble de caractères qui semblent lier celte famille à 
celle des Blennies. 



A. BODCUE PEU FE.VDCE; MUSEAU TROTRACTILE. 

Les Tsenioïdes de cette tribu ont le corps allongé et plat, et manquent entièrement d'anale; mais 
ils ont une longue dorsale, dont les rayons antérieurs, prolongés, forment une sorte de panache, 
qui peut se rompre facilement; leurs ventrales, tant qu'elles n'ont pas été usées ou rompues, sont très- 
longues; leur caudale, composée de peu de rayons, s'élève, dans quelques espèces, verticalement sur 
l'extrémité de la queue, laquelle finit en petit crochet; il y a six rayons aux ouies; la bouche est peu 
fendue, très-protractile, et n'offre qu'un petit nombre de dents; la ligne latérale a de petites épines 
plus saillantes vers la queue. Ce sont des Poissons très-mous, à rayons très-fréles, auxquels doit 
appartenir le nom de Poissons en rubaa; car on en a vu des individus de plus de ô"" de longueur, 
dont le corps n'avait guère que 0°,09 de haut, et à peine 0°",03 d'épaisseur, qui ont souvent été 
présentés d'une manière fausse d'après des individus mutilés, et que M. Valenciennes a pu mieux 
étudier dans ces derniers temps qu'ils ne l'avaient été précédemment. Leur squelette a les os et sur- 
tout les vertèbres Irèspcu durcis; leur estomac est allongé, et ils ont de très-nombreux cœcums; la 
vessie natatoire leur manque; leur chair, muqueuse, se décompose tres-promptement, et n'est pas 
employée comme aliment. Leurs habitudes paraissent solitaires, et ils se tiennent en général dans les 
profondeurs de la mer; cependant les jeunes, vers le printemps, se rapprochent du rivage, et les 
grands individus paraissent aussi le faire quelquefois. On doit y former deux genres distincts : 1° les 
TPiÂCHYPTÈRES, Gouan, Valenciennes, à nageoires ventrales composées de plusieurs rayons, ù 
caudale située au-dessus de l'extrémité de la queue et dirigée vers le haut, à ligne latérale, garnie 
d'écaillés armées chacune d'un crochet aigu, à mâchoires ayant toujours des dents prononcées : on 
décrit six espèces de ce groupe, provenant surtout de la Méditerranée, et se trouvant aussi dans l'O- 
céan, et même assez au nord; ces Poissons sont excessivement frêles, et, pour les observer entiers, 
il faut pouvoir les prendre peu de temps après leur naissance; le plus anciennement connu est le 
Bogmarus IslanUicus, Bloch; Giiinogasler arcticus, Brunnich, des mers du Nord; une espèce de la 
Méditerranée, aujourd'hui complètement connue grâce aux travaux de M. Valenciennes, est le Tra- 
chijpterus Spinolœ, que nous représentons (.■l//as, pi. XXXIV, fig. 1}, d'une longueur d'environ 0°,07 
sans la caudale, dont la hauteur est quatre fois dans la longueur, et qui est mince comme un papier 
un peu épais; d'un gris uniforme, avec trois taches noirâtres sur le dos et à nageoires rases. 2° Les 
GYMNETBES (7u,u.vo;, nu; ijTpov, bas-ventre), Bloch, Valenciennes; ventrales réduites à un seul rayon 
allongé et dilaté à son extrémité; pas de caudale, au moins dans les individus observés jusqu'ici; 
ligne latérale sans aucune armure; dents, quand elles existent, si petites qu'on peut à peine les sentir. 
Ces Poissons, comme les ïrachyptères, sont excessivement mous, et rarement on les trouve complets; 
le nom de Gymuogasicr leur a été appliqué par Brunnich; on a cru devoir leur donner les dénomina- 
tions d'AZl-fixpai, Oppien, et de Taivtai, Arislote, que les anciens employaient pour désigner certains 
Poissons qui n'ont pas été bien reconnus des modernes. On en a décrit une dizaine d'espèces parti- 
culières à la Méditerranée, aux mers du Cap, des Indes et à l'Océan, surtout dans le nord. La plus 
connue, que nous figurons, est le Gymnètre épée {Ggmnelnis gladius, Cuv., Val.), espèce qui peut 
atteindre plus de 2'", 50; habite la Méditerranée, peut vivre assez longtemps hors de l'eau, et qui, 
quand on la saisit avec les mains, se rompt spontanément par les efforts qu'elle fait pour s'en échap- 
per : la dorsale règne sur tout le dos, comprend un nombre considérable et assez variable de rayons, 
et se termine sur la tête par quelques rayons relevés en panaches; la ventrale est réduite à un seul 
rayon; la peau est garnie de petites verrues osseuses, lisses, hémisphériques, qui, vers le tranchant 
du ventre, deviennent un peu coniques; tout le corps brille d'un vif éclat d'argent, et est semé de 
mouchetures grisâtres, chatoyantes comme de l'opale, disposées en quinconce peu régulier et de 
manière qu'il en a sept ou huit sur une ligne verticale; les nageoires et les panaches sont d'un beau 
rose vif. La mer du Nord en produit deux espèces, dites, en Norwége, Pioi des llARE^Gs {negalecus 
et Ophiodiiim glesuc, et iî ^-cmipes, Brunnich); une à laquelle on donne de cent vin2|t à cent 



POISSONS. 



249 



soixante rayons dorsaux, qui ilteint 5", 55, et une qui a plus de quatre cents rayons el peut avoir, 
assure-t-on, jusqu'à C'". 




Gjnmctre épi'e. 



Le genre STYLOPIIOilE, Shaw, fondé sur un seul individu, long d'environ 0'",20, d'une couleur 
argentée ou nacrée, de la mer du Mexique (S. clionlatiis, Shaw), mal conservé, faisant partie du 
Musée des cliirurgiens de Londres, et étudié avec soin par De Blainviile el par M. Valenciennes, of- 
fre un ensemble de caractères qui doit le faire rapprocher des Gymnctres. Dans ce Poisson, le corps 
est allongé; la caudale en partie relevée; la pointe de la queue, caractère essentiel, au delà de la 
caudale, est transformée en une corde grêle plus longue que le corps, et dont on voit déjà le com- 
mencement chez les Trachyplères; il n'y a pas de nageoires ventrales. 

B. DOUCHE GRANDE, FENDL'E ODI.IQl'ESIENT, NON EXTEKSIULE 



On y distingue deux groupes, chez lesquels le corps est très-allongé, en ruban : 1° les HL'B.\NS 
ou CÉPOLES (Ccpola, Linné); corps très-allongé, très-comprimé, semblable à une lame d'épée; crâne 
peu élevé; museau court, oblus; bouche à fente verticale, armée de dents aiguës; dorsale et anale 
longues, atteignant l'une el l'autre la base de la caudale, qui est également assez grande; ventrales 
assez développées; dorsale n'ayant que deux ou trois rayons non articulés et aussi flexibles que les 
autres; épine de la ventrale seule poignant. Chez ces Poissons, la cavité abdominale est très courte, 
ainsi que l'estoniac; il y a quelques cœcums et une vessie aérienne qui s'étend dans la base de la 
queue. On admet quatre espèces de Cépoles, trois incomplètement connues des mers de Tranquebar 
el du Japon, et une bien décrite, dont on a voulu faire au moins deux espèces, et qui provient de la 
Méditerranée, où on la trouve assez souvent, et de l'Océan, où elle est beaucoup plus rare : (ù'st la 
Ciii'oi.E RcnAN ou RoucEATiiE [Ccpola riibeicens, Linné), que Rondelet nomme Scrpen.i riibcsccns; .\I- 
drovande, Mijrus aller; Willoghby, Taniia riibra; Linné, Opliiudiiim mncropliinhiiinn et Ccjjola 
riibesccns el lœiiia, etc. : ce Poisson est long de 0"',55 à 0"',50, d'un beau rouge, traversé par de 
légères bandes foncées; dorsale d'un jaune safian liséré de rose, et orné, à son origine, d'une tache 
rougeàtre (voy. Atlas, pi. X\XIV, lig. 2); il se tient toute l'année parmi les algues marines dans le 
voisinage des côtes, et se nourrit de Crustacés el de Zoo]ihytes; sa chair a peu de goùl, et d'ailleurs 
elle forme des couches si minces qu'elle ne vaudrait pas la peine d'être recherchée quand même elle 
serait meilleure. 2° Les LOPIIOTRS, Giorna; tête courte, armée de dents pointues et pou serrées, sur- 
montée d'un crête osseuse Irès-élcvée, sur le sommet de laquelle s'articule un long et fort rayon épi- 
neux, bordé en arriére d'une membrane, et, à partir de ce rayon, une nageoire basse, à rayons pres- 
que tous simples, régnant également jusqu'à la pointe de la queue, qui a une caudale distincte, 
mais très-petite, el, en dessous de cette pointe, une Irès-courte anale; pectorales médiocres; ventrales 



250 HISTOIRE NATLRKLLE. 

(■(imposées de quatre ou cinq rayons très-petits. On ne coimait que quatre ou cinq individus de cette 
rare espèce, le Lophote de LACÉrÈPE, Giorna, qui provient de la .Méditerranée; c'est un Poisson qui 
peut atteindre 0"',ô5; à peau non écailleuse en apparence, mais couverte seulement de petites rides 
croisées; d'un gris argenté semé de taches rondes d'un argent pur; nageoires d'un rose vif. 



ONZIÈME FAMILLE. 



ATIIÉRINES. 



Le genre linnéen des Atliérines, composé aujourd'Iiui dune trentaine d'espèces des mers d'Europe 
et des deux océans étrangers à ce continent, et composé d'espèces souvent très-petites, que Cuvier 
plaçait à la suite de ses Mugilloïdes, et avant les Gobioïdes, constitue, pour M. Valenciennes(/7i.s/. des 
Poissons, t. X, 1855), une famille particulière qu'il range entre les Tœnioides et les Mugilloïde.s, tout 
en faisant observer qu'elle ne se laisse complètement associer à aucun groupe naturel d'Acanilioplèrv- 
giens; cependant l'organisation des maxillaires, le petit nombre des rayons de la première dorsale 
et la position abdominale des ventrales tend à rapprocher ce groupe de celui des Muges. 

Les Atliérines ont le corps allongé, la bouche très-protractile, garnie de dents très-menues; le pa- 
lais peut être lisse ou denté; deux dorsales trè.s-écartées; des ventrales plus en arrière que les pec- 
torales, et placées sous l'abdomen; il y a six rayons aux ouïes; toutes les espèces connues ont une 
large bande argentée le long des flancs. Anatomiquement, on a noté que l'estomac n'a pas de cul- 
de-sac, que le duodénum ne présente pas d'appendices cœcales; et que, dans le squelette, les der- 
nières vertèbres abdominales recourbent leurs apophyses transverscs, formant ainsi un petit cornet 
où se loge la pointe de la vessie natatoire. 

Le nom d'Allicrïne {kfhpivn) était donné par les anciens aux espèces méditerranéennes de ce 
groupe, et il venait soit d'aSu,", épi, à cause du grand nombre d'arêtes; soit d'aSspiïuv, mépriser, 
parce que ces Poissons sont petits et communs. Sur nos côtes de Normandie, on les nomme actuelle- 
ment lîoscrés; sur celles de Bretagne, Prêtres, à cause de leur bande d'argent ressemblant à une 
ètole; sur celles de Gascogne; Abusseaiix; en Provence et en Languedoc, Cabossons, Jocls et Sau- 
ckls; enfin, en Italie et en Grèce, ils portent des noms qui dérivent de la dénomination primitive 
à'Ailicrina. Ces Poissons vivent partout en troupes nombreuses, et, malgré leur petite taille, car 
ils n'atteignent guère que O'°,00, on les regarde comme un aliment délicat, et pour cela on les 
nomme parfois faux Eperinns. Leur frai, ou plutôt leurs petits, pendant quelque temps après leur 
naissance, restent rassemblés en amas serrées et en quantités innombrables; on les prend et ou 
les prépare ainsi en masses, soit en friture, soit bouillis dans du lait; ces frais d'Atbérines, déjri 
connus des anciens, portaient le nom général d'Ayv/i ou d'Apliie, et plus spécialement ceux d'Eip/i- 
ôoç et (ïllepsetus, et sont appelés actuellement Nonnats par les habitants du midi de l'Europe, soit, 
comme le fait remarquer M. Valenciennes, qu'il se soit conservé dans cette dernière dénomination, 
que l'on doit traduire par non nés, une trace du préjugé des anciens, que ces amas de petits Pois- 
sons provenaient d'une génération spontanée, ou que l'on ail voulu dire que ce sont des fœtus non 
encore viables, non encore nés. Ces Nonnats s'amassent, en certains temps, dans les baies et les bords 
des côtes de la Méditerranée, en grande abondance; quelques auteurs croient qu'ils a|)paitiennenl 
à des espèces particulières, et M. Risso en décrit un, son Alherina niinnia, qui serait le plus petit 
Poisson d'Europe, à corps transparent, tacheté de rouge, long d'environ 0°,03. 

Le genre ATUERINA, Linné, pourrait être divisé en espèces à dents visibles aux mâchoires, au 
vomer et aux palatins, tel que le Joël; en espèces à dents si petites aux os palatins qu'on peut à peine 
les constater, comme les Sauclet et Roseré, et en espèces étrangères à l'Europe, presque toutes améri- 
caines; à palais lisse et sans dents, à intermaxillaires pédicules, et à maxillaire courbé. La Méditer- 



POISSONS. 



251 



ranée nourrit six ou sept espèces de ce genre, que Linné réunissait, ainsi que l'espèce de l'Océan, 
sous le nom li'Ailitritia Iwpsctjs; tels sont les Salclet ou Cabossou (A. Iic;isclns, Cuv.), que nous 
figurons; Joël (à. Boicri, Risso); Mocuon (A. iiioclion, Cuv.); A. de Piisso (.1. Disso, Val.); A. i>E 
Sardaig.ne (.4. Sarda, Val.), et A . coronedu et IcUiarina, riafinesque, qui se distinguent par la forme 
de la tète, le nombre des rayons des nageoires, celui des vertèbres, etc., et qui sont tous demi- 
transparents à l'état de vie, d'un fauve clair pointillé de noir supérieurement, avec la bande d'argent 
caractéristique du genre sur les flancs, et dont le dessous du corps est d'un blanc roussâlre, à re- 
flels argentés; nageoires transparentes. L'espèce de noire Océan, le PuÊinE, .\busseau, Rosef.é 
(Atlier'ma presbijler, Cuv., Val.), a une forme différente de celle des espèces méditerranéennes; ses 
couleurs sont plus claires ; le fond du dos est d'un jaune vcrdâtrc, et les petits points noirAires des 
écailles sont moins serrés. Les espèces étrangères à l'Europe, et propres aux mers f[iii baignent le 
Cap, l'île de France, la Nouvelle-Ilullande et surtout l'Amérique, sont nombreuses. 




Alliûrine sauc/ct. 



DOUZIÈME FAMILLE. 



MUGILOIDES. 



Ciivier ne rangeait dans cette famille que le genre Muge de Linné, dans lequel il n'avait pas ad- 
mis ajuste raison quelques groupes formés par divers ichibyologistes, et il y ajoutait en appendices 
le genre Telragoniirus; à ces deux groupes, M. Valenciennes en joint trois autres, créés aux dépens 
des Miigil. Ainsi formée, celle famille comprend une soixantaine d'espèces principalement propres 
aux mers d'Europe, d'Afrique, des Indes et d'Amérique, dont quelques-unes remontenl parfois dans 
les grands cours d'eau, et qui sont recherchées par la bonté de leur chair. 

Les Mugiloïdcs sont des Poissons à corps presque cylindrique en raison de l'épaisseur de leur 
dos; les écailles sont grandes et se prolongent jusque sur le dessus de la tète; les dents, qui manquent 
dans quelques cas, sont si fines qu'elles sont ù peine perceptibles; les os maxillaires sont petits, sou- 
vent cachés par une lèvre épaisse; il y a deux dorsales, et la première n'offre que quatre épines for- 
Vs, pointues; les ventrales sont insérées généralement assez en arrière sous l'abdomen. 

Le genre principal est celui des MUGES ou MULETS [Mug'il, Linné). Corps presque cylindrique, 
couvert de grandes écailles; tète un peu déprimée, garnie de plaques polygones; bouche petite, fen- 
due en travers, à i^ots très-petites, déliées, formant un angle au moyen d'une proéminence du milieu 
de la mâchoire itiffenenre qui répond à un enfoncement de la supérieure; sous orbitaires finement 
dentés; opercules larges, bombés; six rayons aux ou'ies; deux dorsales très-séparées l'une de l'autre; 
ventrales situées sous l'abdomen. 

Les Grecs les nommaient XEo-Spsu;, et Aristote en indique déjà plusieurs espèces; les Latins leur 
ont appliqué la dénomination de HJugil, d'où sont dérivées celles sous lesquelles on les connaît au- 



25-2 HISTOIRE NATURELLE. 

ourd'hui, telles que Muçje, Mu'jaii, Mugeo en Provence, Miujel en Espigne, Mcuille dans le golfe dt 
Gascogne, Mulet dans la Manche. Ces Poissons, qui sont rcciicrchés pour la nourriture de Ihonime, 
ont des habitudes pacifiques, et dépourvus d'armes offensives, deviennent, malgré leur grandeur 
quelquefois assez considérable, la proie des Poissons voraces, et surtout, assure-l-on, du Perça la- 
brax. Ils habitent la mer, mais remontent en troupes aux embouchures des fleuves, en faisant de 
grands sauts au-dessus de l'eau. Ils ne se nourrissent guère que d'animaux mous; ainsi que le mon- 
tre la conformation de leurs organes nutritifs : en effet, ainsi que l'a fait observer Cuvier, leurs os 
pharyngiens, très-développés, donnent à l'entrée de leur œsophage une forme anguleuse comme l'ou- 
verture de la bouche, qui ne laisse arriver à leur estomac que des matières liquides ou déliées; et 
toutefois cet estomac se termine en une sorte de gésier charnu, analogue à celui des Oiseaux; les in- 
testins sont longs et repliés, et les appendices pyloriques en petit nombre. Malgré les retranche- 
ments qu'on a faits dans ce genre, M. Valenciennes n'en décrit pas moins plus de cinquante espèces 
des mers d'Europe, d'Afrique, des !ndes et d'Amérique. On connaît aujourd'hui, grâce aux travaux 
de MM. Cuvier et Valenciennes, six (lU sept espèces européennes de Muges; l'espèce type est le Cé- 
piiALE ou Mdge k LARGE TÈTE {Mugil ceplmlus, Cuv , Val.), le Xe-fa).»; d'Aristote, que nous figurons, 
exclusivement de la Méditerranée, à yeux à demi couverts par deux voiles adipeux qui adhèrent au 
bord antérieur et postérieur de l'orbit»; maxillaire, quand la bouche est fermée, se cachant entiè- 
rement sous le sous-orbitaire, e: à base de la pectorale surmontée d'une écaille longue et carénée; à 
orifices des narines écartés, et à dents assez marquées. Ce Poisson, dont la taille peut aller jusqu'à 
O^.ÎjO ou O^.GS, est d'un gris plombé sur le dos, plus clair sur les flancs, et blanc argenté mat en 
dessous; côtés de la tête et opercules dorés; sept lignes longitudinales grises le long des flancs; na- 
geoires dorsales et caudale gris foncé, anale plus pâle, ventrales blanches. C'est une des espèces les 
plus recherchées. Les autres espèces européennes sont le Ramodo ou Ml'ge capiton (M. capiio, Cuv., 
Val.), de la Méditerranée et de l'Océan; Muge doré (M. atiratus, Risso), M. sactelr {M. salieiis, 
Risco), de la Méditerranée; M. a grosses lèvres (M. chelo, Cuv., Val.), de l'Océan et de la Méditerra- 
née, qui se dislingue su'-lout par des lèvres très-grosses, charnues, dont les bords sont ciliés, et par 
des dents qui pénètrent dans leur épaisseur comme autant de cheveux; enfin une petite espèce de la 
Méditerranée, le M. labéoh {M. labeo, Cuv., Val.). Quelques espèces étrangères se rapprochent de 
nos espèces indigènes par l'ensemble de leurs caractères, mais s'en distinguent cependant spécifique- 
ment ; on en possède, comme nous l'avons dit, de presque toutes les mers et de l'embouchure I' 
quelques grands fleuves, tels que du Nil, par exemple. 




Fig. 95. — Muge ci5pli.ile. 



M. Valenciennes [IJist. des Poiss., t. XI, 18ô6) a formé trois genres aux dépens de celui des Mugil 
de Linné; ce sont les DAJANS, espèces américaines, à museau saillant, à bouche un peu fendue en 
long, sans tubercule i\ la mâchoire inférieure; une bande de dents en velours aux deux mâchoires, 
ainsi qu'au vomcr et aux palatins; les NESTIS et les CESTRES, espèces indiennes ; les premiers à mu- 



POISSONS. i^tZ 

seau arrondi, dépassant la lèvre inférieure; à lèvres très-épaisses et à gros replis bordant des m3- 
l'iioires à dents en carde; vomer ayant aussi une bande de dents; et les seconds à museau pointu, à 
bouche fendue longiludinalement, à mâchoire inférieure courte, sans tubercule et sans dents : la su- 
périeure en ayant de rudimentaires perdues dans la lèvre; palais sans dents, ainsi que le vomer. 

Un genre assez anomal, qui se rapproche des Muges, et qui en même temps a des rapports avec les 
Scombéroïdes, est celui des Tetragonurns, Risso, créé pour une espèce de la Méditerranée (7". Cu- 
vieri), connue sous les noms de CounpOTU ou Corbeau, qui ne se rencontre que dans les grandes pro- 
fondeurs, est noire, Iflngue de C.SS, a toutes ses écailles dures, striées, dentelées, et dont on dit la 
chair venimeuse. Génériquement les Tétragonures ont le corps allongé, à branches de la mâchoire 
inférieure élevées verticalement, garnies d'une rangée de dents tranchantes, pointues, s'emboitant 
avec celles de la mâchoire supérieure quand la bouche se ferme; une petite rangée de dents pointues 
aux palatins, deux au vomer; première dorsale, épineuse, longue, très-basse; deuxième dorsale molle 
rapprochée d'elle, courte, plus élevée; anale répondant à cette dernière; ventrales peu en arrière des 
pectorales; enfin, et cela est un des meilleurs caractères du groupe, on remarque des crêtes saillantes, 
deux de chaque côté, vers la base de la nageoire caudale. 



TREIZIEME FAMILLE. 

GOBIÛIDES. 



Les Gobius de Linné, les groupes démembrés de ce genre et quelques coupes génériques qui en 
sont plus ou moins voisines, sont devenus pour G. Cuvier la famille des Gobioïdes, que certains 
ichthyologistes partagent en deux divisions particulières : celle des Bknnoïdes et celle des Gobioïdes 
proprement dits. Ces Âcanthoptéryglens ont en général le corps allongé, souvent comprimé, et, dans 
plusieurs cas (Blennie), couvert d'une peau muqueuse; leur dorsale unique a des épines grêles et 
llexiblès, et même presque entièrement molles dans le genre Zoarcès; tous ont à peu près les mêmes 
viscères, c'est-à-dire un canal intestinal égal, ample, sans dilatations, sans cœcums, et ils ne présen- 
tent point de vessie natatoire. Les Gobioïdes, dont on a dérrit plus de trois cents espèces réparties 
dans trente à quarante genres, sont des Poissons de petite taille propres à presque tous les pays; on 
ne les prend que difficilement, parce qu'ils vivent sur les plages rocheuses, qu'ils se retirent sous les 
pierres à l'heure de la marée basse, et que, en outre, ils sont Irès-vifs dans leurs mouvements; leur 
chair est blanche et de bon goût; mais ils ne sont cependant pas recherchés par suite de leur peti- 
tesse. Plusieurs d'entre eux sont vivipares, et les anatomistes ne sont pas d'accord sur leur mode de 
fécondation; on dit toutefois que la femelle doit être fécondée à l'intérieur par suite d'un accouple- 
ment; mais la forme de leurs organes reproducteurs ne montre pas que cela puisse avoir lieu facile- 
ment. 



A. VENTRALES PLACEES EN AVANT DES PECTORALES. 

1" GENRE. — BLENNIE. BLENNIUS. Artédi. — Corps allongé, revêtu d'une peau molle et sans 
écailles, avec six rayons à la membrane branchiostége; ventrales attachées sous la gorge et composées 
de trois rayons, mais ne semblant en présenter que dtux en apparence; une seule dorsale composée 
en entier de rayons simples, flexibles. 

Ce groupe, autrefois beaucoup plus nombreux qu'il ne l'est actuellement, ne comprend plus que 
les espèces qui offrent les caractères génériques que nous avons indiques d'après M. Valenciennes. 
Ces Poissons sont probablement les bXswoç, P*)evvo? et hli-joç, des Grecs; ils portent, sur nos côtes de 



254 



IIISTOmE NATUIiELLE. 



Provence, le nom vulgaire de Baveuses, qui leur provient de la mucosité abondante sécréléc par leur 
peau. L(u;r léte est obtuse, leur museau court, leur front vertical; leurs dents sont longues, égales 
et serrées, ne formant qu'un seul rang bien ri'gulier à cbaque niâciioire, terminé en arrière, dans 
quelques espèces dont on fait aujourd'hui un genre, par une dent plus longue et en crochet. La plu- 
]iarl ont un tentacule souvent frangé en panache sur chaque sourcil, et plusieurs en ont un autre sur 
chaque tempe. Il n'y a pas de vessie natatoire. Les mâles ont auprès de l'anus des houppes de pa- 
pilles qui ne se montrent pas chez les femelles; on dit que plusieuis espèces sont vivipares. On pré- 
tend qu'on peut enivrer les [ilennies avec le Tithymale. Leur chair est tendre, blanche et de bon 
goût. Les lîlennies vivent par petites troupes sur les plages rocailleuses; elles n'ont qu'environ 0"',12 
à 0'",15, et n';<lleignent que rarement Û™,'24, elles sont abondiintes en espèces et en individus dans 
la Méditerranée; quelques-unes se rencontrent en même temps dans l'Océan, et d'autres sont parti- 
culières à cette mer; enfin on en connaît un certain nombre d'espèces de l'Atlantique et une des mers 
qui baignent les îles Sandwich. Parmi les espèces de lîlennies propres aux mers européennes, nous 
citerons : 1° le Clennie paom [Blennius pavo, Risso), B. galerite (/>'. galerila, Linné; Almicla cris- 
tala, Piondelel), que nous représentons; cette espèce est d'un vert foncé, tirant au jaunâtre à la gorge 
et au ventre, avec si.\ taches ou demi-bandes d'un vert noirâtre le long du dos, et s'ètendanl sur le 
bord de la dorsale; le mâle a une crête bien marquée d'un bel orangé; en outre, le corps est taché 
d'une douzaine de lignes verticales d'un bleu clair argenté, et de petites taches de même couleur 
sont semées sur les flancs; ce Poisson, commun dans plusieurs parties de la Méditerranée, se trouve 
également dans la mer Noire sur les côles de Crimée; il est de très-petite taille; 2° le B. papiilon 
(/;. ocellaris, Bloch), marqué d'une lâche ronde et noire, entourée d'un cercle blanc et d'un cercle 
noir; 5° B. tentaculaibe {B. tentacitlarii!, Briinner), qui a une tache entre le quatrième elle cin- 
quième rayon, et offre des filaments aux sourcils; i° B. a bandes {B. (jniiorngine, Linné), à bandes 
obliques nuageuses brunes, à deux filaments : toutes ces dernières sans panaches, et propres à la 
Méditerranée ainsi qu'à l'Océan. 




Fig. ce. — Dlennie paon. 



Plusieurs genres assez nombreux en espèces ont été distingués des Blennics par suite de quelques 
particularités peu importantes; tels sont les PllOLlS, Flemming, qui n'ont ni tentacules sur les or- 
bites, ni même de crêtes charnues : peu d'espèces de nos côtes, et dont une espèce provient des cj- 
tes de la Caroline en Amérique; les BLEIS'NECHIS, Val., chez lesquels les branchies ont leurs mem- 
branes fermées en dessous et n'offrant qu'une petite fente, à incisives inférieures attachées seulement 
en avant de la mâchoire et offrant de chaque côté une grande canine, quelquefois énorme et forte- 
ment recourbée en arrière : tel est le B. filajiemeux [B. roslratiis, Solander), brun supérieurement, 
gris argenté inférieuremenl; de la Nouvelle-Guinée, et quelques espèces de l'île Bourbon, du Bengale, 
de Java, de Bombay, des côles du Chili, etc.; et les CilASMODKS, Val., Blennies américains, à bou- 
che bien fendue, n'ayant qu'une seule rangée de dents fortes et rugueuses à la partie antérieure seu- 
lement des mâchoires. 

Cuvier a aussi démembié des Blennius quelques grimpes qui en sont assez distincts par des 
caractères saillants; ce sont : 1" les SALAIUAS, à léte très-comprimée en haut, très-large trans-, 
versalenienl en ba'^; ;i l'ionl tout à fjii vertical, ;'i lèvres charnues et renllees, et principalement 




l-ig. I. — l*riin|>ilialiiie ppilluii 




1-1^. 'l. — ^illalleà i|Malrt 




POISSONS. 255 

à dents sur une seule r.ingée, Irès-sences, comprimées latéralement, crochues au bout, d'une 
minceur inexprimable, en nombre énorme, et pouvant se mouvoir dans l'individu frais comme les 
touches d'un piano : M. Valenciennes en décrit plus de trente espèces, toutes étrangères à l'Eu- 
rope, et provenant surtout de la mer des Indes et de l'océan Pacifique; nous figurons (pi. XX.W, 
fig. 2) la Salarie a qdatre cornes (Salarius quadricoriiis. Val.), olivâtre, avec huit paires de 
bandes verticales brunes sur le dos; ventre et gorge n'en présentant pas; le mâle réunit à une 
crête membraneuse quatre tentacules simples : la femelle a les tentacules, mais l