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Full text of "Encyclopédie d'histoire naturelle; ou, Traité complet de cette science d'après les travaux des naturalistes les plus éminents de tous les pays et de toutes les époques: Buffon, Daubenton, Lacépède, G. Cuvier, F. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Latreille, De Jussieu, Brongniart, etc. etc"

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ENCYCLOPÉDIE 



DHISTOIRE NATLIRELLE 



l'AHlS — IMI'BIMF.IUE SIMON liAÇON ET C', HUE li'EIlFimTII, 1. 






ENCYCLOPÉDIE 






-^^DHISTOUÎE ^VIlhELLK 



hm 



WWn COMPLIîT DE CETTE SCIENCE 



^'apres 
LES THAVMIX DEh NATUHALIM'LS l.l'.S l'I.US ÉMI^E^TS DF. TOUS l,ES l'AVS ET 1>E TOUTES LES Él'OyULS 

BUFFON, DAUBENTON. LAGEPEDE. 

G. GUVIER, F. GUVIER, GEOFFROY SAINT-HILAIRE, LATREILLE, DE JUSSIEU. 

BRONGNIART, tic, etc. 

Ouvraje résumant les Observations des Auteurs anciens et comprenant toutes les Découvertes modernes 

jusqu'à nos jours. 

PAR LE D" CHENU 

ClIinURGrEN-HAJOIl A l/llÛPITAI. MFLITAIBK lUi VAI, - DK - GHACK , ITiifFESSFlR n'HISTOIIlE NATUHELIE, KTC. 



CARNASSIERS 

Aver U collrtboriitioti He M. E. DESMARBST, prf^pnrnleur rt'Anntomie Cnmparef au Muïéum. 



DEUXIEMK l'ARTlI-: 







.C5HSTK6 



PARIS 

CHEZ M.\RES(,(,) ET COMPAGNIE. <i CHEZ GUSTAVE HAVARD 



ICTUTEL'tlS tiE I. ENCVr.l.OrCDd . 

O, RUI' DU PO^T-DF - LOni (t-UKS IF. l'0>T - ?ii;UF K (, 



LinilAlRE, 
15. RIÎK fiUÉNÉnAUD (PRÉS LA MONÎNAli:) 



Nous tenuiiioiis dans ce voluiiU' l'hisloire dos Manimiièies de I ordn» 
des CARNASSIERS; c'est-à-dire que nous étudions une assez grande partie 
des genres de la l'amille des CARNIVORES, et plus spécialement de ceux ties 
sôus-familles des DIGITIGRADES et des AMPHIRIES. 

Dans les DIGITIGRADES nous complétons l'étude de la liilni des Viver- 
lUENS, et nous donnons l'histoire des Caniens, Hyéniens et Féliens, et dans 
les AMPHIRIES nous faisons connaître les tribus des Phocidés et des Tiu- 

CnÉCHIDÉS. 

D'après cela, ce volume ne comprend qu'un assez petit nombre de grands 
gem-es naturels, tels que ceux des CweWe, Chien, H 1/ me, Chat, Lynx, Phof/ue, 
Morse, etc.: mais, en revanche, chacun de ces groupes sont des plus impor- 
tants parles nombreuses et inléressanles espèces qu'ils renferment. C'est ce 



qui nous a engagés à nous ék-iuire longiienienl, snr cliaciin (1<^ ses genres et à 
décrire presque tnules les espèces qui soiil placées dans chacun d'eux. 

Comme dans le volume précédent, nous ne nous sonuues pas bornés à donner 
riiisloire pnrement zoologique des animaux qne nnns décrivions; uons avons 
cherché à in(li(|uer les points les pins saillants de leur anatomie, nous avons 
aussi doiuié de nond^reux détails sur leurs niœnrs, et nous avons cité ce que 
l'on sait sur les fossiles, tant des espèces encore aujourd'hui existantes que de 
celles beaucoup pins nombreuses et souvent si remarquables dont on ne le- 
trouve pins les analogues. 

l'aiis. 51 mais 1855 



AVIS AU RELiraiR 



Les plaïulu's tirées hors texte sont au nombre de quarante. (Iliaque planche doit être placée l'u 
regard de la page indiquée. 



l'Iaiiclics 1 





C.ges 


1 


1 


2 


il 


5 


18 


4 


27 


5 


.-4 


G 


45 


7 


51 


8 


60 


9 


07 


10 


72 


Il 


82 


l'2 


91 


15 


90 


14 


105 


15 


1 1) 


10 


119 


17 


150 


IH 


157 


lit 


........ 145 


20. 


I."i2 



l'Ianclies 21 





VfSc. 


21 


170 


22 


18! 


25 .... 


.... 192 


24 


205 


25. . 


. . . I'roiitisj)ire 


26 


20il 


27 .... 


219 


28 


. . . 225 


29 


251 


50 


.... .241 


51. 


249 


52 


255 


55 


258 


54 


... ..... 202 


55 


209 


50 


274 


57 . . 


2H1 






58 


271 


59 


........ 505 


40 


507 




CARNASSIERS. 



TROISIÈME FAMILLE. — CARNIVORES. 



(Suite) 



DEUXIEME SOliS-FAMILLE. — DIGITIGRADES. 

(Suite.; 



DEUXIEME TRIBU. 

(Suite ) 



VlVERRlEiNS. 



0"'<- GENRE. — CRYPTOPROCTE. CRYPTOPROCTA. E. Beiinelt, 1852. 

ri'iii-crdiiiiis of thc zoological Socifty of Londoi). 
Kp'jTTTc;, caché; irpuxTo;. anus. 

r.\HACTÈRES GÉNÉniQUES. 
Siiilèiiic (Icnliiirc assn scnildablc li celui des Vivoriciis, mais li'ai/niU /)!/ îire étudié que sur un 

JCUUC SUjCl. 



ç) IlISTOir.K NATLi|'.I':i.l,K. 

Tctc. pttr lit courbure <lc .1011 cliiiiilrriii, ivjinH les plus ijrauds rapiiorls aveu celle des l.liuts el 
h museau tni peu allonijc. 
Allure des iJials. 
Membres épais, assez courts. 
Ongles rélracùles. 
Queue assez- longue. 

Poche anale déeeloppée, cachant en grande partie l'anus. 
Cœcum long de pris de 0"',05. 

M. E. Bennelt, d'nprés un Carnassier qui lui avait été envoyé de la partie sud de Madagascar par 
M. Telfair, résidant à Maurice, a décrit le genre Cryptoprocta, qui malheureusement n'est connu 
que par un sujet non adulte et qui présente des caractères qui viennent lier inlimemeut ensemble 
les Viverrieus aux Féliens. Le naturel du Cr\ ploprocte, au dire de M. Telfair, qui a pu l'observer 
vivant pendant quelques mois, est très-farouche; sa force musculaire et sa légèreté sont des plus 
remarquables, et sa carnivorité est au moiris aussi grande que celle des Chats. Les glandes qu'il 
|)réscnte en bas de l'anus lui ont valu le nom qu'il perle. 

Le crâne d'un jeune individu du Crgploproeta fenx a été décrit par M. E. P.eiinett, et de|)uis, en 
France, par M, Paul Gervais dans le Dictionnaire universel d'Uisloire naturelle, 184C, ainsi que 
par De Blainville, dans son Ostéographie, fascicule des Viverras, 1841. Ce crûne a 0"',08 de lon- 
gueur; il est uii peu plus allongé que celui du Chat dans sa partie faciale, ]iar suite surtout de l'al- 
longement des frontaux et des maxillaires; son chanfrein est plus large que dans les Civettes, moins 
bombé que chez les Chats et pourvu d'une apophyse postorbitaire assez marquée; de même que 
chez les Viverrieus, l'apophyse orbitaire ou zygomatique est à peu prés nidle, contrairement a ce que 
présentent les Mangoustes, et le trou sous-orbitaire est ovalaire, Iransverse. Léchancmre palatine 
est en upsilon, comme dans beaucoup de Chats, et la caisse auditive un peu moins renflée que dans 
ces animaux, mais moins allongée. La boite crânienne a l'ampleur qui caractérise les Felis d'une 
manière générale. 

Le système dentaire a été étudié par les mêmes zoologistes qui ont étudié quelques points de leur 
ostéologie; M. Paul Gervais s'exprime ainsi à ce sujet : « La dentition, dans le sujet unique que j'ai 
pu étudier, est encore imparfaite el comprend les dents de lait, plus la première avant-molaire 
d'adulte supérieurement et iuférieureinent. Les incisives sont simples, l'externe étant la plus grosse 
el pourvue d'un petit talon postérieur. Les canines, sans doute de remplacement comme les inci- 
sives, ne sont pas entièrement sorties. Quant aux molaires, celles d'adulte (une seule paire en liant 
el eu bas) sont gemmiformcs et à une seule racine. 11 y a trois dents molaires de lait comme dans la 
plus grande majorité des Carnassiers : une avant-molaire, une principale cl une arrière-molaire, et 
cette formule est aussi bien celle de la mâchoire inférieure que de la supérieure. Lavant-molaire a 
deux racines, et sa couronne est bilobée. I^a principale est comprimée, a trois lobes supérieurement, 
sans talon antérieur interne, connue on le voit chez les Chats, inl'èricurement elle a trois denticules, 
dont le médian surjiasse les deux autres en hauteur; son talon iiostérieur est Irè.s-petit et manque 
des pointes qu'on lui voit chez les Geneltes. L'arrière-molaire supérieure est régulièrement prisma- 
tique, de même grandeur que celle des Chats; l'inférieure est aussi parfaitement semblable à celle 
de ces animaux, et bien différente de celle des Viverrieus en général; elle n'eu a ni le talon élargi, 
ni les trois pointes l'angées eu triangle; elle est au conli'aire com|irimée, a deux dcnti('ules considé- 
rables, dont l'interne tronqué en avant et le second surmonté d'un très-pelil tubei'cule à sou bord 
postérieur, et avec un talon aussi ])Otil (|iie celui des Chats de même âge ou des Hyènes ta- 
chetées. 

« Le Cryptoprocie est donc dans son jeune âge un Vivcri'ien à dents de Chat, sauf le nombre nu 
peu plus considéiable, et il est très-probable qu'à l'étal .ididte la forme de ses dents jirèseiite en- 
cort^ nue grande analog-e avec celle de i es animaux. Ou duil en conclure que ses habitudes sont 
aussi sanguinaires que les leurs, et c'est ce que dénote égidenient sa ]diysionoinie générale. Ou 
pourrait peut-être dire que le Cryptoprocie est intermédiaire aux Viverrieus et aux Féliens, comme 
le Rassaris l'est aux Musteliens el aux Viverriens; » et nous ajouterons l'Euplère aux [iiseclivores et 
aux Vivei'rieus. 



CARNASSIERS. T, 

M. Isidore Geoffroy Saiiit-Hilaire fait remarquer que la description courte, mais précise que donne 
M. E. Bennett du Cryptoprocte suffit pour montrer un animal très-différent des Galidies. Outre la 
grandeur de ses oreilles, la forme de sa tête et quelques autres caracti^res de moirjdre importance, le 
Cryploprocte a, comme les Paradoxures, des doigts courts, presque inégaux entre eux, réunis dans 
une très-grande partie de leur longueur et terminés aux quatre extrémités, principalenieni en avant, 
par des ongles trèsrétractiles, acérés, aigus et courts, très-comparables ;\ ceux des Chats; tandis que 
les doigts des Galidies, beaucoup plus libres que ceux des Mangoustes, sont très-inégaux et ter- 
minés, surtout en avant, par des ongles longs et peu •'ecourbés, qui, bien qu'assez aigus à leur 
terminaison, ne sont nullement comparables aux griffes des Paradoxures et des Chats. 

L'espèce unique de ce genre est : 



ClWrTllI'ROCTK FKROCK. rRïl'TOPROCTA FERt>\. V. Reniu'd 

Caractères spécifiques. — Pelage dune couleur générale roussâlre, rappelant celle de plusieurs 
Chats et de l'Euplère. Longueur de la tête et du corps, O^.SS; de la queue, 0'",30. 

M. E. Bennett pensait que cette espèce était la même que l'animal nommé Pnradoxiirus aiirctts 
par Fr. Cuvier, mais l'examen du crâne a dissipé tous les doutes à cet égard et a montré que ces deux 
animaux sont différents. 

Le Cryploprocte habite la partie sud de l'Ile de Madagascar 



lO'"" GENRE. — SURICATE. SURICATA. A. G. Desmarest, 180G. 

Diclionnaire d'Hislnire nalurelle édile par Delcrvillo, t. XXIV. 
Nom spécilique transporté m groupe générique 

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Système dentaire . incisives, f; canines, ]I^; molaires, fzf; en totalité quarante dents. La 
deuxième incisive de chaque côté est un peu rentrée. Les canines sont fortes. Les molaires supé- 
rieures se subdivisent en trois fausses molaires : une carnus.nère, avec un talon intérieur, et deux 
petites tuberculeuses; les molaires inférieures présentent quatre fausses molaires : une carnasaièrc 
semblable h celle d'en haut, et une seule tuberculeuse 

Corps allongé. 

Museau pointu, long, en forme de boutoir mobile 

Oreilles petites, arrondies. 

Yeux médiocrement ouverts 

Langue couverte de papilles cornées. 

Pieds de devant et de derrière à quatre doigts. 

Ongles arqués, robustes. 

Queue assez longue, pointue, plus grêle que celle des Mangoustes. 

Poche anale assez semblable à celle des Mangoustes. 

Pelage composé de poils annelés de différentes teintes 

Ce genre a été créé pas A. G. Desmarest, en 1806, dans le tome X.MV du Dictionnaire d'Histoire 
naturelle édité par Deterville, pour une espèce indiquée précédemment par Linné sous le nom de 
Viverra tciradaetijla , et que l'on avait placée avec les Mangoustes, llliger, en 1811, dans son 
Prodroma sijstcmalica Mammalium et .Avium, a changé la dénomination de Suricatn en celle de 
lîgzwna, qui, malgré toutes les règles de la priorité, est adoptée par quelques zoologistes. 

Le squelette des Suricates a été étudié; d'après De Blainville, il offre encore, dans la partie 
troncale, le même nombre d'os que la Mangouste d'Egypte, sauf à !a queue, où les vertèbres sont au 



4 HISTOIRE NATURELLE. 

nombre de vingt-deux; mais, aux deux paires de membres, qui sont plus digitigrades que dans les 
Mangoustes, le pouce manque presque complètement. La tète est remarquable par sa brièveté, qui 
rappelle celle des Ciiats, et par son cadre orbitaire complet. Aux membres antérieurs, romoplate 
ressemble à celle de la Fouine; rbuméruS; étant à peu près dans les mêmes proportions que celui de 
cet animal, est terminé inférieuremenl par une poulie simple avec un seul trou au condyle interne; le 
radius et le cubitus sont plus longs, plus serrés et plus grêles que dans les Civettes; à la main, les 
os du carpe sont à peu près disposés comme dans la Mangouste, si ce n'est le trapèze; les métacar- 
piens sont peu allongés, et les phalanges courtes, sauf, toutefois, les dernières. Les membres pos- 
térieurs sont courts et grêles, surtout dans le fémur; le pied est aussi long que le tibia; les métatar- 
siens sont très-allongés; les phalanges sont comprimées, grêles, et Tongnèale plus courte et plu-^ 
étroite; pour le pouce, quoique le premier cunéiforme existe bien complet et même encore assez fort, 
il ne porte qu'un rudiment du premier métarsien, mais sans trace de phalange. 




I"iR. 1. — Suriciite mâle 



Quant au système dentaire, d'après De Blainville, le nombre des molaires est quelquefois réduit à 
quatre en haut et à cinq en bas par l'absence de la première avant-molaire aux deux mftchoires, et de 
la dernière avant-molaire d'en haut. Mais le plus ordinairement celle-ci existe comme dans le Mou- 
(jos. Les principales sont, en outre, bien plus raccourcies, au point que la supérieure ressemble 
presque tout ù fait à la première arrière-molaire de cette mûchoire, et que l'inférieure diffère à peine 
des deux arrièreniolaiies, elles-mêmes presque semblables, 

La seule espèce de ce genre est : 



SURICVTIC UU CAP. SVRICATA CAPENSIS A. G nesmaresl 



Caractèhes spécifiques. — Pelage mêlé de brun, de blanc, de jaunâtre et de noir; le dessous du 
corps et les quatre membres jaunes; la queue noire à son extrémité; le nez, le tour des yeux et des 
oreilles, ainsi que le chanfrein, bruns; les ongles noirs. Longueur de la tête et du corps : O'°,oô; 
celle de la queue ù peu près semblable. 

Cet animal est le Suricate de Bulïon, le Zenicr du Cap de Sonnerat, le Suiucate du Cap ou Suni- 
CATE vlVElll■,I^ de la plupart dos auteurs. Linné lui ap]iliquait le nom de V'ivcrra tclrmlactijln, et 
Cmelin celui de Wvcrra zeiiicl;; A. C. Desniarcst l'a nommé Sinicnin Capcnsis, et llliger, Uijiœim 
tclratliiciiild. 

Le .Suri<'ate habite les environs du cap de lJuniieEs])érance, principalement sur les bords du lac 
Tschad, et c'est par suite d'une erreur, qui a été reconnue depuis longtemps, que Buffon lui don- 
nait l'Amérique méridionale pour patrie. 

On ne sait ;i peu près rien sur ses habitudes naturelles; on suppose seidenient i|u'elles ont de 
1 analogie avec celles des Mangoustes. ISnffon a observé un Suricate en c;iplivité; c'était un animal 



CARNASSIERS. 5 

m 

adroit, d'un caraclère gai; il aimait la viande, le Poisson, le lait et les œufs; il refusait le pain et 
les fruits, à moins qu'ils n'eussent été niAcliés, et ne buvait que de l'eau liède, à laquelle il préfé- 
rait son urine, nialyré l'odeur foile et désagréable qu'elle répandait: il était frileux; sa voix était 
semblable à l'aboiement d'un jeune Chien, et quelquefois au bruit d'une crécelle tournée rapide- 
ment; souvent il grattait la terre avec ses pattes. 




Fiï. 2. — .SuficTtc ienielle. 



Fr. Cuvier a eu aussi l'occasion d'étudier vivant, dans la ménagerie du Muséum d'Histoire natu- 
relle de Paris, un individu de celte espèce; il a remarqué qu'il avait l'odorat trèslin; sa nourriture 
se composait de chair, de lait et de fruits sucrés; il buvait en lapant; ses habitudes avaient du rap- 
port avec celles des Chats, mais il semblait être plus susceptible d'attachement que ne le sont la 
plupart des espèces sauvages de ce dernier genre. 



11""'(]ENRE. — CIVETTE. VIVEHnA Linné, \lôo. 

Syslciii? luUur;»'. 
Viverra, nom .ippliqué anciL'niiL'iuent à k Cîvelte. 



CARACTERES GÉNERIQCES 

Système dentaire : incisives, |; canines, \^; molaires, "t^; en totalité quarante dénis; inci- 
sives inférieures placées sur une même ligne; canines assez fortes; molaires supérieures consistant. 
de chaque côté, en trois fausses molaires un peu coniques, comprimées : une carnassière çjrande, 
tranchante, aiguë, presque tricuspide, et deux tubercnleities; molaires inférieures présentant 
quatre fausses molaires, une carnassière forte, bicuspide, et une seule tuberculeuse très-large. 

Corps allonqé. 

Tête lon(juc. 

Museau pointu. 

Nez terminé par un mufle assez large, h narines grandes, percées sur les côtés. 

Pupilles se conlrnclanl sur une ligne droite. 

Langue couverte de papilles cornées. 



(IlSTOinE NATllItEI.I.E. * 

Oir'illcs moijcnucs, arroudks, droUcs 
Pieds pniladacliilcs, à diiujls séparés . 
Oiifitrs il demi rélraclilcs. 
QucKC luntjuc, convcric de poils. 

Poche plus ou moins profomie, on simplement iin enfoncement de la peau, près de l'ann-i. renfer- 
mant . dans cpielques espèces, une matière grasse trc^-odoranle. 

l'elafjc assez doux, ntarqué de bandes longitudinales ou de taches plus colorées ijue le fond. 
Circuni petit 

Le mot Civette est d'origine arabe, et depuis longtemps il est usilé en Europe pour indiquer une 
substance odorante comparable au muse, et il désigne aussi l'animal qui produit ce ])arruni. Hans la 
nomenelalurc scientifique, les zoologistes l'ont souvent étendu à un certain nombre d espèces de 
Mamniifères pins ou moins semblables ù la Civelle; Linné leur a dontié le nom gcnéri([ne de Virerra, 
qui a été lui-même transformé en celui de \'iverriens lorsqu'on a eu (Téé plusieurs groupes dans ce 
genre, et qu'on en a fait ainsi une tribu particulière. Quoique les Viverra soient exclusivement de 
l'ancien monde, les Grecs et les Romains étaient loin d'en connaître un grand nombre d'espèces; à 
pai t la vraie Civette, l'Iclineumon ou Mangouste d'Egypte, et peut être la Genette, les autres n'avaient 
pas encore été observés de leur temps. Si i'Iine emploie la dénomination de Viverra, il est bien cer- 
tain que ce n'est pas pour une des espèces du groujie qui porte ce nom anjonrd liui. lîelon est le pre- 
mier, au seizième siècle, qui se soit servi du nom de Civctta; d'après Ilnell, le même animal portait 
cliez les Grecs celui de Zapetion, et, selon M. Dureau De La Malle, il avait plutôt, de même que 
plusieurs Mustéliens, celui de rc»./r.. On croit que la petite Panthère d'Oppien et des Grecs était la 
Genelle 




Civette 



De nos jours, l'ancien genre Viverra ou Civette est partagé lui même en un assez grand nombre de 
coupes génériques, toutes de l'ancien continent, et dont les espèces sont répandues en Asie, en 
Afrique et à Madagascar. Plusieurs de ces genres, qui constituent notre tribu des Viverriens presqiu' 
tout entière, ont déjà été étudiés; il ne nous reste plus qu'à parler des Civettes proprement dites, 
ainsi que des subdivisions qu'on y a formées, telles que celles des Civettes, Genelles, l'riono- 
dontes, qu'on regarde comme en étant généralement distinctes. Enfin, nous devrons dire quelques 
mots des Viverra fossiles, et nous terminons riiisloire de cette tribu par la description du genre 
Cipiictis, qu'on en a rapproché, et qui, jusqu'ici, n'est pas complètement connu. 

Le sqnelelle de l'espèce type de ce genre, la Civitte (Viverra civettn), est bien connu, et De 
l'ilainville, cpii l'a ])ris pour lyjie de sa division principale des Viverra, l'a décrit avec soin; aussi 
croyons-nous devoir lui emprunter la plupart des delails qui vont suivre. La nature, la dispo- 
sition et le nombre îles os qui constituent ce sqio'lette sont à peu près semlilables à ce qui se 
présente dans la Fouine, lyjie du gionpe des Mustéliens, et les différences ne portent guère ([ue 



CAP.NASSIKUS. 7 

sur qiieli|UPs ])arliciilarilés de proporlion ou de forme. Le nomlire des verlèljres est de ciiiquanle- 
trois : quatre eéplialiques, sept cervicales, quatorze dorsales, six lombaires, trois sarrées et dix- 
neuf coco) giennes, disposées de manière à former les courbures normales. Les vertèbres céphaliques 
sont plus longues, plus étroites, moins élargies et moius déprimées que daus les Martes. L'angle fa- 
cial est moins ouvert. La tète en totalité est étroite, allongée, un peu arquée dans la ligne sincipi- 
lale, quelquefois avec une couibure assez marquée, suivant que le front a été soulevé par l'agran- 
dissement des fosses nasales et que la crête sagittale a été plus développée, presque droite, mais 
assez canaliculée dans la ligne basilaire. La cavité cérébrale est d'un ovale allongé La mâchoire in- 
férieure est médiocrement allongée, quoique bien plus que dans la Fouine. Aux vertèbres cervicales, 
les apophyses transverses de l'atlas sont pioportionnellement plus étendues, plus arquées au bord 
antérieur que dans la Fouine. L'apophyse épineuse de l'axis est convexe, assez avancée. Il y a aussi 
quelques différences dans lesvertèbres dorsales. Lesvertèbreslombaires, augmentant peu rapidement 
de la première à la dernière, ressemblent, sauf la grandeur, à ce qu'elles sont dans les Mustéliens. 
Le sacrum est dans le même cas, et les apophyses épineuses des vertèbres qui le constituent sont bien 
plus élevées. Les quatre premières vertèbres coccygiennes sont seules pourvues <rune apo|diyse trans- 
verse; les autres sont toutes médiocrement allongées, presque à six angles. L'hyoule olïre un corps 
(ransverse, étroit, ]icu ou )>oint arcpié. Le sternum, assez robuste, est formé de huit pièces médio- 
crement allongées, à coupe tétragonale. Les cotes sont au nombre de quatorze paires, moins coni- 
|>rimées que celles des Martes, un peu plus larges, moins tordues. Le thorax est assez comprimé, 
plus ouvert en arriére que dans la Fouine, et par conséquent moins vermil'orme. Les membres, en- 
core assez courts, sont néanmoins un peu plus allongés et plus robustes que ceux des Musiéliens. 
Aux membres antérieurs: l'omoplate est plus longue, plus étroite et proportionnellement moins 
large que dans les Martes; la clavicule n'existe qu'à l'état rudimenlaire et se présente comme un 
filet cartilagineux; rhumérus est assez court, à peine plus long que l'omoplate; on y remarque deux 
trous, l'un au coiidyle interne et l'autre au-dessus de la poulie articulaire; le radius égale presque 
l'humérus en longueur, il est très-arqué; le radius est parallèle à ce dernier os; le carpe, le méta- 
carpe et les deux premières phalanges sont dans les proportions de ces parties dans la Fouine; le 
pouce est nolablemeni plus petit, pins grêle, plus court, et les phalanges onguéales sont également 
jikis petites, moins comprimées, plus droites et moins aiguës à leur pointe. Les membres posté- 
rieurs, dans leurconformation, semblent se rapprocherdeceux des Chiens, plus même que de ceux des 
Musiéliens; le bassin, eu totalité, est assez court; le fémur, d'un quart plus long que rhumérus, est 
tout à fait droit, cylindrique dans son corps, assez peu élargi supérieurcuient, et l'étant au contraire 
beaucoup inférieurement; le tibia et le péroné ressemblent davantage à ce qu'ils sont dans les Mus- 
téliens; le tarse est aussi long que le métatarse, et celui ci l'est plus que les phalanges, de manière 
à pouvoir être comparé à ce qu'il est dans les derniers Carnassiers. La rotule e.st plus étroite et plus 
épaisse que dans les autres Viverriens. L'os du pénis, assez court et gros, ressemble à une petite 
jihalangc obtuse et comme fendue transversalement à l'extrémilé postérieure, élargie et bicorne à 
l'autre. 

Des différencesostéologiqnes assez notables se remarquent chez certaines espèces de ce groupe, dont 
on a fait des subdivisions particulières; nous signalerons seulement celles des Zibetbs et des Geneltes. 
La tête osseuse de cette première espèce ne se distingue toutefois de celle des (civettes qu'en ce qu'elle 
est en général plus étroite, plus grêle dans toutes ses parties, et surtout daus l'étranglement jjostorbi- 
laire et dans le canal rétro-palatin; l'arcade zygomatique est plus large; et, en outre, un fait singulier, 
c'est qu'il n'y a pas de trou au condyle interne de l'humérus. Dans lu seconde espèce, c'est-à-dire dans 
la Genetle, le tronc est en général plus allongé que dans la Civette, par suite d'un plus grand nombre 
de vertèbres qui le constitue; la lèie participe de cet allongement général aussi bien an crâne qu'à 
la face; il y a un irou au condyle interne de l'huméi'us; quelques jiarticularilés de peu d'im|>ortancc 
se remarquent aussi dans certaines autres parties dn sifuelette, et il en est de même, relativement 
aux proporlions des os daus diver.ses espèces de la subdivision des Cenetles; nous dirons seule- 
ment en terminant ce sujet que la Zibeth offre un os du pénis assez semblable à celui de la Civette, 
el qu'on n'en a pas trouvé de traces dans deux espèces de Genettes. 

C'est dans l'espèce typique de ce groupe naturel que l'un de nous a eu occasion de signaler un 
exemple de pathologie osléologique des plus curieux en ce que peu de faits semblables ont été si- 



8 HISTOIRE NATURELLE. 

j^riaU's jusqu'ici d\n les animaux ; aussi croyons-nous devoir doiiner en noie un cxlrait de ce 
travail (1). 

Le système dentaire a été éliidié par De Riaiuviile. Dans la Civclte, les incisives ne présentent que 
d'assez légères différences avec ce qu'elles sont chez les autres Carnassiers; elles sont en i;énéral 
moins transversalement terminales que dans les Musléliens, et jdus que dans les Chiens, mais moins 
lobées à leur tranchant. Les <:anines sont aussi un peu plus yrêlcs, moins l'obustes, moins en cro- 
cliet que dans les Chiens et même que les Musléliens; elles sont aussi tout à fait lisses Les avant- 
molaires, tant d'en haut que d'en bas, rappellent très-bien pour la forme et la proportion celle des 
Martes; la carnassière d'en haut est moins carnassière; les arrière-molaires des deux mâchoires ont 
des formes plus particulières. Les racines sont en rapport de grosseur, de forme et de proportion 
avec les particularités de la couronne, c'est-à-dire que lorsque celle-ci est simple, celle-là l'est aussi, 
et qu'au contraire elle se complique avec elle. Les incisives, les canines et souvent les premières 
avant-molaires n'ont qu'une racine; les deuxième et troisième avant-molaires en ont deux; eiiiin les 
autres molaires peuvent en avoir trois. Les alvéoles traduisent tn-s-exactement le nombre, la forme 
et la disposition des racines. Outre ces détails, on a signalé quelques particularités différentielles 
dans le squelette du Zibeth et de différentes espèces de Genetles; mais nous ne croyons pas devoir 
nous étendre davantage sur ce sujet. 

Les paléontologistes ont étudié des débris fossiles de plusieurs espèces du groupe naturel des 
Civettes; nous nous en occuperons en donnant les caractéristiques spécifiques. 

Avant de parler des espèces de Civettes, il nous reste à dire (pielques mots de la matière grasse, 
Irès-ûdoranlc que ces animaux produisent, et nous croyons devoir copier à ce sujet ce qu'en rap- 
porte M. l'aul Gervais dans le tome 111"" du D'idioiimùrc universel (rilisioire nitliirelle. « La matière 
odorante que sécrètent les espèces de Viverra présente par son abondance un des caractères de ce 
genre, et l'organe qui le fournit est plus développé dans les Civettes que dans les Genettes. Entre 
l'anus et les organes de la reproduction, dans le mâle comme dans la femelle, ou remarque une 
l'ente longitudinale conduisant dans deux cavités qui semblent être des replis d'un scrotum compa- 
rable à ce que présente souvent l'hermaphrodisme, i/interieur en est plus ou moins velu et percé 
d'une infinité de pores communiquant avec autant de follicules mucipares. La matière odorante est 
versée par ces dernières, et, suivant l'âge de l'animal, son sexe et l'époque de l'année, elle est plus 
ou moins abondante. De tout temps celle matière a été nu objet de commerce à cause de son emploi 
pour la toilette et en médecine. Une grande partie de l'Afrique intertropicale, et même l'Inde, nous 

(1) S:]r plusieurs parties itu squcletle d'une Civette que j'ai montré à la Suciélé île Biologie, on peut voir que les 
os présentent (les érosions Irès-marquées. Ija tète est priniipatemeut renjarquable par la (,'énéralilé de l'aflection des 
os du tràiie et de la face : presque tous les os sont déiruils en grande parlie par la maladie; ceux du nez sont même 
[iresque enlièrenient peribrés; l'arcaitc zygoniatique et les pailles qui avoisinent te liou otcipital olfrent des traces ap- 
parentes de destruclion, ainsi que l'arliculation des deux tiranclies de li mâchoire inlérieure. I^'inlérieur du crâne, 
ainsi que j'ai pu m'en as>nrer par l'ouverture formée pour enlever le cerveiu. ne semble pas anormal, el il paraît en être 
de même i es fosses nasales : le sphénoïde est intact. La colonne vertébrale, à l'exception de l'atlas el de l'axis, qui sont 
usés par la maladie el troués en divers endroits, est à peu près dans l'étal normal. Les membres ne sont pnslrès-atlaqués 
par l'affeelion |ialliologique ; toutefois le lissu d'une des omoplates et du bassin est érodé, et l'on peut voir des perfora- 
lions sur le premier de ces deux os ; l'autre omoplate, qui est déformée, est soudée avec l'biiméius; cnliu l'on voit des 
caries sur la plupart des os longs Le sternum est éi:aleinenl difforme; mais celte dernière observation est peu impor- 
tante, car elle se remarque Irès-souvenl chez les Wanimifcres. Le système dentaire est parfai ement inlacl ; les dénis sonl 
bien conservées et ne présentent aucune trace pathologique. Le cerveau, ipie j'ai observé à l'extérieur .seulement, el com- 
parativement avec le cerveau d'une Civelle normale, ne m'a pas présenté de dilléiences appréciables. 

.le n'ai malheureusement pas étudié d'une manière complète la maladie qui a ciusé la mort de la t:ivelle d'où provient 
ce squctelle; loutelois je trouve dans mes notes que ce Mammifère est miul à la suite d'une paralysie el que sa télé était 
çfiuvcrte de nombreux abcès, mais je ne veux élalilir en rien le rapport (jii'il peut y avoir entre ces affections eU'élat pa- 
thiilogiqne des os. La cause de la maladie (pii a produit l'altération ijue je viens de décrire est probablement due à l'Iui- 
nndilé du heu qu'liabitail la Civelle. Ou"i qu'il en soit, j'ai .souvent vu, dans les os d'un assez grand nomlire de .Mainmilè- 
res morts à la ménagerii du Muséum, des cas palhologiques de même nature, cepend.int moins généraux, et ayanl surtout 
une gravité beaucoup moindre que celui que je siguidc. Les animaux du groupe des Uidelpbes priiuipalemonl, ont leurs 
os presque constamment attaqués. 

L'animal qui présenle celle grave alfei tion a vécu environ ipi.ilre ;ins à la niéna;;eiie du Muséum ; il élail tiè~-:idillle el 
avait été donné par M. le docteur Clol-liey, ipii l'avait apporté ilKgypIe. La léle a élé préparée el se trouve dans la ga- 
lerie d'Aiialomie comparée du Muséum d'histoire naturelle de l'aiis. (li. Div^mabest, lievue zoulai/ique, 18'i'J.) 



CARNASSIERS. 9 

l'envoyait anciennement par la voie d'Alexandrie et de Venise. Depuis, on l'a encore obtenue par le 
Sénégal et par les relations des Hollandais avec l'archipel indien. Il paraît même qu'on avait amené 
en Hollande des Civettes indiennes ou Zibellis pour les conserver en vie et en recueillir leur matièr 
odorante. Cette sorte de raptivilé des Civettes est d'usage dans quelques parties de l'Ethiopie, 
mais c'est une véritable captivité et non une domestication. Le caractère farouche et Irascible des 
Civettes ne le permet pas autrement. On les tient en cage et on \ide leur poche avec une cuiller, en 
ayant soin, dans quelques endroits, d'y introduire préalablement un peu de substance onctueuse ou 
même des sucs végétaux qui, se mêlant à la matière sécrétée, en augmentent la quantité. La civette du 
commerce est donc très-souvent falsifiée, et, du temps de Buffon, on préférait celle d'Amsterdam, 
comme préparée par les parfumeurs eux-mêmes. En Afrique, où l'extraction se répète deux ou trois 
fois par semaine, la quantité d'humeur odorante dépend de la qualité de la nourriture et de cer- 
taines dispositions de l'animal; il en rend d'autant plus qu'il est mieux et plus délicatement nourri. 
Buffon donne à ce sujet tous les détails désirables. L'analyse de la civette, faite par M. Boutron- 
Charlard, a fourni les produits suivants : ammoniaque, élaine, stéarine, mucus, résine, huile vola- 
tile, matière colorante jaune et quelques sels. Celte substance, autrefois très-vantée en médecine, 
n'est plus employée aujourd'hui qu'en parfumerie. C'est toutefois un stimulant et un antispasmo- 
dique énergique. Elle a une grande analogie avec le musc; elle est également très-persistante. 
Des peaux de Civettes sentent encore leur odeur longtemps après avoir été préparées, et le sque- 
lette lui-même en reste imprégné malgré les lavages nombreux auxquels on le soumet en le pré- 
parant. » 

En décrivant les espèces, nous donnerons des détails sur les mœurs de ces animaux tant à l'état 
de liberté qu'à celui de captivité. 

Nous citerons comme sous-genres les Civettes ■proprement dites, les Genetles et les Prionodontes 
ou Linsançis, qui tous sont souvent regardés comme étant des genres particuliers. Nous ne parlerons 
pas des divisions formées dans ce genre et qui n'ont pas été adoptées, telles que celles des V'ivciri- 
cilla (diminutif de Viverra), Hodgson [Ann. of nat. llist., 1858), et Osmctectis, Gray (Ann. nnt. 
Ilist., 1842), ainsi que de quelques groupes de fossiles comme celui des Palœnictis (iraXaio;, ancien; 
i/.Ttç, Belette), De Blainville (Ostéographie, 18il). 



1"' SOUS-GIÎNRE. — CIVETTES TROrREME.NT DITES. IVlEflfl.l G. Cuvici-, 1800 
Lfçons (l'analoniic comparée. 

CARACTÈRES DISTINCTIFS. 

Poche profonde, sitiico entre l'anus et les orfiams de la (icnéraUtn, et divisée en deux sacs, se 
remplissant d'une sorte de matière onctueuse aijant une forte odeur de musc. 
Ongles à demi rétracliles. 
Pupille verticale. 

Ce sous-genre, qui a reçu d'Etienne Geoffroy Saint-IIilaire la dénomination latine de Civetia, 
adoptée par Lesson dans son Nouveau Tableau du Règne animal, Mammfcres, I8i!2, renferme 
sept espèces, dont deux seulement sont parfaitement connues, tandis que les autres n'ont été indi- 
quées que par des phrases diagnostiques. 



I CIVETTE. VIVERRA CtVETTA. Linné 

Caractères srÉciriQi'ES. — l'elage gris, marqué de taches et de bandes brunes ou noirâtres; une 
crinière tout le long du dos; queue moins longue que le corps, entièrement colorée en brun. I^a lon- 
gueur totale de la tête et du corps est de 0"',C)r>; de la queue, de 0"',45. 

<-' 2 



10 IIISTOIIiE NATLT.ELLiv 

Celte espèce, qui a été décrite par Belon et par Buffon, habile plusieurs contrées de l'Afrique, et 
principalement l'Abyssinie. 

Ses mœurs sont peu connues ;"i l'état libre. La Civette est cependant nocturne, et, par son organi - 
sation, fait le passasse des Martes aux Chats. Elle vit de chasse, poursuit et surprend les petits ani- 
maux, surtout les Oiseaux. Elle cherche :'i entrer dans les basses-cours, comme le Renard, pour em- 
porter les volailles. Elle préfère les endroits sablonneux et les montannes arides. Son cri ressemble 
à celui d'un Chien en colère. La Civette, ainsi que l'espèce qui va suivre, le Zibeih, ne sont pas très- 
rares dans les ménageries, où ils conservent leur mauvais naturel. Ce sont des animaux à pupilles 
verticales, et chez qui la colère fait à peu près seule diversion à une somnolence habituelle. Comme 
on ne les débarrasse pas de leur matière odorante, elles en laissent quelquefois tomber des frag- 
ments, et l'odeur qu'elles répandent est toujours très-forte, et l'on peut encore l'augmenter en les 
agaçant. Une Civette a mis bas à la ménagerie du Muséum d'Histoire naturelle de Paris, mais ses 
petits, au nombre de trois, n'ont pu être élevés. En Afrique, on la conserve en domesticité pour en 
obtenir la matière grasse qu'elle produit. 



2 ZlBETll. VIVERItA ZIBETIIA Linné. 

Caractères spécifiques. — Pelage gris, nuancé de brun disposé en bandes transversales sur les 
jambes; gorge blanche, avec deux bandes noires de chaque côté; point de crinière; queue longue, 
couverte de poils courts, annelée de noir. De taille un peu plus élevée que celle de l'espèce précé- 
dente, et ayant à peu près les mêmes mesures en longueur. 

Cette espèce est le Zir.ETu de Buffon et le Musc de Lapeyronie; on doit probablement lui rapporter 
aussi le Vivcrra Ci'iilonica, Pallas et la Maries I^hilippcnsis, Camilli, ainsi que diverses des espèces 
que nous citerons dans ce sous-genre, et qui n'en sont probablement que de simples variétés. 

Voici comment Fr. Cnvier expose comparativement les caractères des deux espèces que nous ve- 
nons d'étudier : « Le Zibeih a le corps presque généralement couvert de taches noires, petites et 
rondes sur un fond gris teint de brun dans quelques parties. La Civette a sur un fond gris des 
bandes transversales, étroites et parallèles l'une à l'autre sur les épaules, plus larges sur les côtés 
du corps et les cuisses, et quelquefois assez rapprochées et contournées pour former des taches 
œillées. Huit ou dix anneaux noir-brun couvrent la queue du Zibeth, et quatre ou cinq seulement 
celle de la Civette, dont rexlrémilé, sur une longueur de 0'",\&, est entièrement noire, tandis que 
l'extrémité noire de celle du Zibelh en a à peine 0°',05. Celui-ci a sur les côtés du cou quatre bandes 
noires sur un fond blanc. La Civette a aussi le cou blanc avec des bandes noires, mais celles-ci se 
réduisent à trois. Le Zibeth a sous les yeux une tache blanche, et son museau est gris. La Civette a 
cette partie de la tête entièrement noire, excepté la lèvre supérieure, qui est blanche; elle n'a au- 
cune tache sous l'œil. En général, il y a plus de brun chez le Zibeth que chez la Civette, où les 
teintes sont plus blanches. La crinière dorsale de la Civette est beaucoup plus forte que celle du 
Zibeth, et son pelage est en général plus rude par suite de la roideur des poils soyeux. » 

Le Zibeth vit dans l'archipel indien, à Sumatra, à Bornéo, à Célèbes, ri .\mboine et aux Philip- 
pines. Il habite aussi l'Inde continentale. M. Cray, dans ces derniers lemps, a cru devoir y distinguer 
quatre espèces: les Civctia nuduUua, iriKjaliincja, pallida et maciilatii, qui, spéciliquement, n'en 
doivent probablement pas être séparées. 

Quant à la CÀvclla Alnjsuhûcn, Biippel, propre au Seiinaar et au Koi'dofan, elle forme, sans nul 
doute, une espèce particulière. Nous citerons aussi le Y'tverra llardwkliïi de Lcsson, propre à .lava, 
et qui parait dans le même cas 



CARNASSIERS. 



11 



2» SOUS-GENRE — GENETTE. GENETTA. G. Cuvier, 1817. 
nègne animal. 

CARACTÈRES WSTINCTIFS. 

Poches réduites ci un simple cnfoncemeut. 
Ongles complélemeut rélracliles. 
Pupille verticale. 

Une dizaine d'espèces sont placées dans ce sous-genre; nous ne décrirons que les plus connues, 
nous bornant à citer seulement les autres. 




Fig. 4 — Genelte pantliénne 



3 GENETTE VI VERRA GEJSETTA. Linné. 



CAF,.\CTÊnEs SPÉCIFIQUES. — Pelage giis marqué de petites taches noires, les unes rondes et le.s 
autres de forme allongée; queue annelée de noir. Longueur de la tête et du corps : 0"',45; de la 
queue, O^.SS. 

Dans cette espèce, qui a été décrite par Buffon, et qu'une foule de voyageurs ont citée, le corps 
est mince et allongé, le museau pointu, les jambes courtes, l'anus présente deux grosses glandes 
saillantes ayant l'apparence d'une poche et produisant une matière épaisse et d'une odeur analogue 
à celle du musc; la prunelle est semblable à celle du Ciiat domestique; les oreilles externes assez 
grandes, elliptiques, garnies d'un petit lobe au côté externe; les moustaches sont grandes. Les poils 
laineux sont d'un gris cendré, et les poils soyeux sont seuls apparents à l'extérieur. Le fond du 
pelage est d'un gris un peu jaunâtre, qui résulte de poils gris avec le bout noir, ou de poils entiè- 
nient noirâtres; ces derniers, par leur réunion, formant un assez grand nombre de taches noires 
disposées en lignes longitudinales, qui sont longues sur le cou et sur les épaules, et généralement 
arrondies sur les côtés du corps et sur les membres; celles du milieu du dos produisent presque 
une ligne continue; queue ayant dix à onze anneaux noirs ou d'un brun foncé; parties inférieures du 
corps grises, ainsi que la tête et le devant des pattes; parties postérieures de celles-ci, ainsi que le 
tour du museau et les lèvres, derrière les narines, noirs; bout de la lèvre supérieure blanc; une 
tache blanche au-dessous de l'œil : l'intérieur de l'oreille blanchâtre. Les mâles et les femelles sont 
semblables sous le rapport des couleurs du pelage; les jeunes ont la teinte générale du corps légè- 
rement violâtre. 

Les habitudes naturelles de cette espèce sont peu connues; on sait seulement qu'elle se tient de 



12 lllSTOiriE iNATUllELLU. 

uréférence au voisinage des petites rivières et dans les lieux bas et liiiniiiles. Elle s'apprivoise t'aci- 
ienient, et produit même en captivité; la durée de sa gestation est de quatre mois environ. 

On la trouve dans la France occidentale et méridionale, et elle n'est surtout pas rare aux environs 
de Rocliefort. Elle habite aussi l'Espagne. On lui donne aussi pour patrie les régions septentrionales 
de l'Afrique; mais Fr. (".uvier regarde la variété qu'on y rencontre comme formant une espèce parti- 
culière, sa l^ivcrra Afra. 



A ClVt-:TTE 01:; L'INDE. YIVERRA liSDlCA. Et. Gcolfroy Sainl-Hilaire. 

C.\nACTÈnEs SPÉCIFIQUES. — Corps très-allongé; pelage d'un blanc jaunâtre, avec huit bandes lon- 
gitudinales étroites, brunes. L>e la grandeur de la Genette. 

Celle espèce, qui est la Gekette kasse de Fr. Cuvier; Vivcrru rassc, Ilorsiield, provient de Java. 
5. CIVETTE BONDAR. VIVEIIRA BONDAR. A. G Oesniarest 

Car.^ctèiœs spécifiques. — Fond du pelage fauve, avec la pointe des poils noire; une bande dor- 
sale noire, ainsi que deux petites bandes étroites parallèles sur chaque flanc; les quatre pieds et le 
bout de la queue noirs. De petite dimension. 

Habile le Bengale. 

FOSSAKE. VIVERRA FOSSA. Linné. 

Cahactères spécifiques. — - Pelage giis-roux, marqué de taches brunes disposées sur le dos en 
quatre lignes longitudinales el épaisses sur les flancs; queue ronssàlre, faiblement marquée d'an- 
neaux d'un roux brun. Longueur de la tête et du corps : 0™,45; de la queue, 0"',08. 

Cette espèce, que l'on a indiquée quelquefois comme appartenant au sous genre Civette, se trouve 
à Madagascar, où elle n'est pas rare. Ses mœurs sont semblables à celles de la Fouine; elle mange 
(le la viande et des fruits, mais elle préfère ces derniers, surtout les bananes. 

Parmi les autres espèces du même sous-genre, nous indiquerons seulement les espèces propres à 
l'Afrique, telles que les Vivcrra Scni'(julcw/is, Fr. Cuvier, et pnrdiiia, Isidore Geoffroy Saint-Ililaire, 
du Sénégal; Gcnclla Poensis, Wartcrliouse, de Fernando-Po; Vivcrra fellna, ïhunberg, el ligrhui. 
Schreber, du cap de Bonne-Espérance, qui ■semblent plus distinctes que les autres. 



'i' SOUS-GEiSlîE. — LINiANG. rRloM)DO.\. llorsliekl, 18ôô. 

Zonlogjcal lU'.sparclies. 

rio'.wv, siic; 0'5tu;, donl. 

CA1UCT12UES DISTINCTIFS. 

Molaires siipcricitrcs, de cliaquc côlc, an niviibre de ciuq sculeineni, d'après M . llur.sfivlU: si.r 
iiioluircs inférieareiiieiil. 

Queue allant la faculté de s'enrouler autour <les c:irps. 

Ce sons-genre, ainsi que l'observe De Hlainville, repose probahlcmenl sur une erreur dans le 
nombre des molaires, car il est probable (pi'il y en a six aussi liien à la niàclioire snpéiicure (pi'à la 



CARNASSIEIIS. 15 

niâclioii'c intorioiii'c, ol, dès lois, qu'il doit reiitrer duns le sous -genre des Genettes; car la dispo 
siliou remarquable que préseiUe la queue n'est pas d'une valeur telle, que l'on puisse pour eela for- 
mer une subdivision générique. 
On n'y range qu'une seule espèce : 



7. LINSANG. VIVERRA PnEUENSILIS. llorsfieia. 

Cabactères spécifiques. — Pelage d'un jaune verdâtre, avec la ligne dorsale, le bout de la queue, 
les pattes, deux lignes de taches allongées près du dos, et beaucoup de petites lacdies orbiculaires 
noires sur chaque tlaiic. De la grandeur de la Mangouste d'Egypte. 

Cette espèce, que Sonnerat nommait Civette de Malacca, Genetia Malacccmis, Linné, et qu'Ilors- 
field anciennement indiquait sous le nom de Felis (fracUis, est le Linsang, ou Pr'wnodon pre- 
liens'dis de Lesson et des zoologisies modernes, et se fait remarquer par sa queue préhensile. 



On a découvert des débris fossiles de plusieurs espèces de Vivcrm; jusqu'ici on n'en a point 
recueilli dans les couches meubles du sol, mais seulement dans les dépôts tertiaires d'eau douce. 
G. Cuvier, dans ses Ossements fossiles, tome 111, donne la première indication certaine d'une 
espèce deGenette, provenant du gypse du terrain parisien. De Blainville, dans son Ostéoyraphie des 
Viverras, 1841, en figure les débris de cinq espèces, et, dans son texte, donne des détails aux- 
quels nous renvoyons; car nous nous bornerons à citer rapidement ces espèces, qui se rapportent 
aux genres Civette et Mangouste, e(, dans le premier, aux sous-genres Civette et Genette. 



A. Espèces de la division des Civettes propresient dites. 



i. CIVETTE D'AUVEHGNE, VIVEItRA ANTIQUA. De lilaiiivillo. 

De la taille du Zibeth. Espèce établie sur deux fragments de mâchoires supérieure et inférieure, 
dont l'un porte quatre dents molaires, recueillis par M. l'abbé Croizet dans les terrains sous-volca- 
iiiques d'Auvergne. < 



1. ZIBETH DE SANSANS. VIVEailA ZIBETIIOIDES. De Blainville, 

Établi sur deux petits fragments de niAchoires inférieures du côlé droit, portant deux dents, trou- 
vés par M. Larlet dans la colline subapennine de Sansans. 



B. Espèces ds la division des Genettes. 

ô GENETIE DE l'ARlS, VIVEItRA PARISIENSIS. G. Cuvier. 

Les débris de celte espèce ont été figurés par G. Cuvier, et elle était considérée par lui comme plus 
voisine de la Fossane que de toutes les autres Genettes, mais en dilférant cependant assez pour con- 
stituer une espèce très-peu supérieure par sa taille A la Genette de Fiance. 



14 HISTOIRE NATURELLE. 



4. GENETTE GHÊLE. YlYEttltA EMLIS De BlaiiniUe 

Établie sur un côté gauche de mâchoire inférieure à dents irè's-inconiplètes, long de 0"',40 Trouvé 
à Sansans par M. Lartet. 

Si, enlin. nous voulons coinpléler ce que l'on sait d'une manière générale sur les animaux fossiles 
de la tribu des Viverriens, nous ajouterons encore que De Blainville a fait connaître aussi une espèce 
du genre Mangouste sous la dénomination de Viverra giganlca, et que cette espèce est établie sur 
deux fragments considérables de mâchoires inférieures portant les quatre dernières dents molaires, 
recueillis dans le terrain d'eau douce du Soissonnais, et qui étaient de la grandeur d'une Hyène de 
forte taille. 



12"" GENRE. — CYNICTE. CYNICTIS Ogilby, 1832. 

l'ioctTiliiigs of tlie zoolosital Sociely ol Lomliiii. 
Kuuv, Chien; «tiç, Belelle, 

CARACTÉUES GÉNÉRIULIES. 

Siisthnc iloila'irc assei semblable à celui des Mmigoustcs; lotilcfuis, la parité anlcrtcurc de la 
pmnièie unicre-iiiolaire d'en bas est b'ie)i plus soulevée ei plus tnseclivore 
Cercle orbïlaïre plus complet encore que dans ces animaux. 

t'ieds conformes comme ceux des Chiens, ayant cinq doigts en avant et quatre en arrière. 
Ongles assez aigus. 

Le genre Ciinictis de M. Ogilby, que nous plaçons ici parce qu'il a de nombreux rapports avec les 
espèces de la tribu suivante, celle des Caniens, ou du genre Chien proprement dit, a aussi beaucoup 
d'analogie avec les Mangoustes, à ce point que l'espèce qui en forme le type était placée dans ce 
dernier genre sous la dénomination d' Iclineumon pcnicillatus, G. Cuvier. M. Isidore Geol'l'roy Saint- 
llilaire, dans ses Leçons de Mammalogic, publiées en 1855, et antérieurement dans ses cours, avait 
indiqué ce groupe générique sous la dénomination de Cynopus (xumv, Chien; xw;, pied), qui n'a pas 
dû être adoptée, puisque le nom de Cyrticlis avait été créé antérieurement. M. Ogilby en a quelque- 
fois modifié la dénomination en celle de Cuniclis. 

Ue Blainville a étudié le squelette du Cynictis pcnicillatus, et il a vu qu'il se distingue de celui 
des Mangoustes en ce qu'il a une vertèbre dorsale et une paire de côtes de moins, treize au lieu 
de quatorze, et une lombaire de plus, sept au lieu de six. La tête est assez voisine, par la forme 
générale, de celle du Suricate, quoiqu'un peu plus allongée dans la partie cèphalique, mais les 
vertèbres lombaires sont remarquables par la longueur de leurs apophyses transverses, et les 
trois vertèbres sacrées, parce que la première est seule articulaire avec l'iléon, et surtout parce 
que la dernière est si petite, qu'elle est difficile à distinguer nettement; enlin, les vingt-huit ou 
vingt-neuf vertèbres coccygiennes sont caractérisées par leur gracilité. Le sternum a huit pièces, 
courtes et larges. L'omoplate rappelle la forme de celle de la Mangouste; riuimérus est assez grêle, 
et les deux os de l'avantbras sont comme dans le Suricate; la main est aussi comme dans cet ani- 
mal, mais plus longue, plus grêle. Dans les quatre os métatarsiens externes, en outre, la première 
phalange est beaucoup plus longue que la deuxième, au contraire de ce qui a lieu chez le Suricate, où 
elles sont presque égales; le pouce est très-petit, comme dans les Mangoustes. Les membres posté- 
rieurs sont grêles, allongés; l'os innominé assez long, s'élalant vers sa terminaison iscliialique; le 
fL'tnur est de médiocre longueur, grêle; le libia est robuste comparalivement avec la gracilité du 
péroné; le pied, beaucoup plus long que la main dans une disproportion encore plus grandie que 
dans le Suricate, et quoique aussi terminé par quatre doigts, présente cependant un premier cunéi- 
forme développé, et ]iarlant un niélalarsicn réduit à un seul tubercule; les quatre métatarsiens soni 



CARNASSIERS. *S 

d une longueur et dune gracilité remarquables, ce qui a aussi lieu pour les phalanges, dont les pre- 
niifres sont bien plus longues que les deuxièmes. , ., , 

On a ilqlu^ Ls espèces de ce genre, qui toutes proviennent de TAfr.qne du Sud ou .ntertro- 
picale; la mieux connue est : 



CYNICTE. CYNICTIS PENICILLATUS Lesson 



Caractères spéc.fiqces. - Corps grêle, de forme élégante; pelage généralement fauve, sauf au 
bout de la queue, qui est de couleur blanchâtre. De la taille de la Fouine. 

G Cuvier le premier admit cette espèce sous le nom dllerpestes peniâllalus; c'est la Mançiousla 
Vaillanlii dtt. Geoffroy Saint-IIilaire, et le Cunktis Sleedmanmi de Smilh, enfin le nom que nous 
lui avons conservé lui a été donné par Lesson. 

Elle se trouve aux environs du cap de Bonne-Espérance. C'est à Delalande que 1 on en doit la 
découverte 



TROISIÈME TRIBU. 

CANIENS. CANII. Isidore Geoffroy Sainl-Uilaire. 

Molaires allenies à couronnes an moins en partie tranchantes. 

Tuberculeuses nulles ou rudimentaires . 

Circonvolutions cérébrales assez notablement développées. 

Le genre Chien (Canis) de Linné, créé en 1755 dans le Systenia naturœ, est devenu pour les 
zoologistes modernes une division ou tribu particulière qui a reçu successivement les dénomina- 
tions de Vulpiens ou Caniens, Isidore Geoffroy Saint-Ililaire ; Canina, Gray, et Canidce, Waterhouse, 
et à laquelle De Dlainville laisse sa dénomination Linnéenne de Canis. 

Celte tribd renferme des animaux connus depuis la plus haute antiquité, et dont l'un d'entre eux, 
le Chien ordinaire, est devenu en quelque sorte le compagnon de l'homme, et l'a suivi dans toutes 
les régions qu'il est venu habiter Chez tous, le système dentaire est composé de quarante à qua- 
rante-deux dents; savoir : six incisives en haut et autant en bas; deux canines à chaque mûchoire; 
douze molaires supérieures et douze à quatorze inférieures. Les molaires se subdivisent en trois 
fausses en haut, quatre en bas, et deux tuberculeuses placées derrière l'une et l'autre carnassière : 
la première supérieure de ces tuberculeuses est très grande; la carnassière supérieure n'a qu'un 
petit tubercule en dedans; mais l'inférieure a sa pointe postérieure tout à fait tuberculeuse. 

A ces caractères principaux viennent s'en joindre d'autres également de première valeur : c'est 
ainsi que les membres franchement digitigrades ont les antérieurs tous à cinq doigts, dont quatre 
seulement touchent la terre, le pouce se trouvant placé trop haut pour atteindre le sol, et n'étant 
pour ainsi dire qu'à l'état rudimentaire; toutefois, dans le genre Hyénoïde, groupe qui se rapproche 
assez de celui des Hyènes, il n'y a plus que quatre doigts en avant. Les extrémités postérieures 
n'ont que quatre doigts, et ce n'est qu'anormalement que l'on en compte parfois cinq, et, alors, ce 
doigt supplémentaire n'atteint jamais le sol. Les ongles nesont ni rétractiles ni tranchants; aussi 
ne peuvent-ils servir d'armes à l'animai, et ne lui sont-ils utiles que pour la locomotion, pour 
fouir la terre. La tête est allongée; les yeux médiocres; les oreilles grandes, et toujours bifides 
vers la base de leur bord postérieur; les moustaches sont peu développées; le mufle nu; enfin, le pe- 
lage est assez rude, et ne présente qu'une coloration uniforme. La langue est douce, et non pas 
papilleuse comme celle dos Fèliens ou Chats. Il n'y a pas de poche anale, ce qui distingue les Ca- 
niens des Hyénincs, que l'on a parfois réunis dans la même division. 

L'anatomie interne de ces Carnassiers offre aussi plusieurs particularités différentielles qui ne sont 



IC lllSTOinE NATUrSELLIÎ. 

pas sans importance. Quoique la clavicule ne disparaisse pas d'une manière absolument complète, 
elle est du moins toujours beaucoup moins considérable que chez lesFcliens. L'humérus, qui n'est 
jamais percé au condyle interne, l'est, au contraire, dans la fosse moyenne de son extrémité infé- 
rieure. L'os du pénis est généralement très-développé, et surtout plus que dans les tribus voisines. 
Le canal intestinal n'est pas non plus sans caractères particuliers propres à distinguer ce groupe : 
tl'ahord dans la forme et la disposition de la langue, et ensuite dans la faiblesse musculaire de 
l'estomac, ainsi que dans la longueur et le diamètre proportionnel de l'intestin en général, et du 
cœcum en particulier, notablement plus grand que dans les Féliens. 

Le régime diététique de ces animaux est la carnivorité; les espèces sauvages le montrent surtout 
d'une manière manifeste, mais l'état de captivité agit beaucoup sur elles, et les espèces que nous 
élevons dans nos maisons deviennent plus omnivores, tandis que cette influence de l'homme se re- 
marque moins chez les Chats domestiques. 

On connaît une centaine d'espèces de cette tribu, et, parmi elles, plusieurs n'ont été trouvées 
qu'à l'état fossile; elles sont répandues sur presque toutes les parties du globe; elles s'y rencontrent 
aussi bien à l'état sauvage qu'à l'état de domeslicité : aussi n'en est-il pas qui aient subi, par l'in- 
fluence des climats, de la nourriture et de la captivité, des altérations organiques plus profondes et 
plus variées. M. Boitard indique ainsi qu'il suit l'habitat des principales espèces de ce groupe, et par- 
liculièrement de celles de Taniien genre Chien. « .\ulour du pôle boréal se groupent, parmi les Chiens 
domestiques, celui des Esquimaux et celui de Sibérie; puis, parmi les espèces sauvages, l'isalis, qui 
occupe tout le littoral de la mer Glaciale et tout le nord de l'Europe et de l'Asie au-dessus du 
60= degré; le Renard argenté et le Renard croisé du nord de TAmériquc et du Kamtchatka. Un peu 
plus loin du pôle, mais toujours au nord, on trouve, en Europe, le Chien d'Islande, le Loup, le Loup 
noir, le Renard, qui existe aussi en Amérique. Dans ce dernier pays, à peu près sous les mêmes 
latitudes, le Loup ordinaire d'Europe, le Loup odorant, celui des prairies et le Renard agile; tous 
trois des bords du Missouri. En Asie, le Wah des llimalayas. Dans une zone plus tempérée, et en 
se rapprochant du tropique, apparaissent, outre notre Loup et notre Renard, les nombreuses race 
du Chien domestique, que la douceur du climat et une antique servitude ont façonnées de mille ma- 
nières, tant au moral qu'au physique, et dont le nombre est incalculable en Europe, en Asie et en 
Amérique. Puis, en Asie, dans l'Inde et la Tartarie, le Corsac et le Karagan; le Renard gris dans 
la Virginie, et le Renard tricolore, qui, des États-Unis, se répand dans l'Amérique méridionale 
jusqu'au Paraguay. Les Chackals occupent une zone oblique à l'équateur, depuis l'Inde et la Perse jus- 
<|u'au cap de Conne-Espérance. Si nous portons nos investigations sur toute la zone cquatoriale 
entre les deux tropiques, et même jusqu'à la latitude du cap de Bonne-Espérance, on verra que 
celte zone est riche en espèces. Dans l'Inde, nous trouverons le Quao, le Renard du Bengale, le 
Chien de Sumatra, le Loup de Java, etc. L'Amérique nous fournira l'Alco, le Loup du Mexique, le 
Calpen du Chili et des îles Malouines; le Koupara ordinaire et le petit Koiipara, tous deux de la 
Guyane, et le Loup rouge. L'Afrique offrira le Renard d'Egypte, le Fennec d'Angola, le Renard de 
Delalande, le Kenlir et le Hyénoïde; tous trois du cap de Bonne-Espérance. Nous trouverons le Dingo 
dans la Nouvelle Hollande; et, enfin, nous verrons toutes les îles de l'Océanie peuplées de nom- 
breuses variétés de Chiens domestiques. » Nous ajouterons à cette dernière observation qu'il en est de 
même de l'Europe, et que, là surtout, la domestication a produit sur le Chien ordinaire des croise- 
inentsde races telles, que l'on ne peut plus que très-difficilement reconnaître chez elles le type ])rimilif. 

La position des Caniens dans la série mammalogique varie selon les auteurs, et on les place tantôt 
avant les Féliens, tantôt, au contraire, après cette tribu. De Blainville les range immédiatement 
après les (^hats, parce que les premières espèces qu'il y place, c'est-à-dire les Renards, ont la pupille 
verticale et une petite clavicule presque noruiale, tandis que les dernières, comme les Loups, ont 
la pupille ronde, et n'ont, par exemple le llyénoide, que quatre doigts en avant comme en arrière, 
ainsi que cela a lieu chez les Hyènes. Pour nous, à l'exemple de M. Isidore Geoffroy Saint-IIilaire et 
de la plupart des zoologistes, nous mettrims les Caniens après les Viverriens, avec lesquels ils ont 
de l'analogie, et nous les séparerons des Féliens par les Hyènes, avec lesquelles ils ont, comme l'ont 
re( onmi tous les auteurs, de nombreux rapports. 

Ouanl aux genres créés dans cette Iribu, ils sont peu nombreux, si l'on s'en rapporte à la |>lupail des 
naiuralisies,mais,si l'on veut suivre les classificatinnsmoderncs. et principalementeelledeM.il Sniilh, 



s 



CARNASSIERS. 



17 



on pourra y lornipr d'assez nombreuses subdivisions génériques ou sous-yéncriques, que nous ne ferons 
qu'indiquci'. Les genres admis par M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire sont ceux des Olocijon, Fennec, 
Renard, Chien, Iliiénoidc et Cijon, que. nous étudierons suieessivement, tout en ne les adoptant pas 
tous, puisque, par exemple, nous laisserons les Renards et les Cyons dans le grand genre naturel 
des Chiens. En outre, nous eiterons quelques autres groupes composés, tant d'animaux vivants 
actuellement que d'espèces que l'on ne retrouve plus aujourd'hui qu'à letat fossile. 



i"' GENRE. — CHIEN. CAMS. Linné, 17r.5. 

Kucv, Cliien. 
Syslciiia luUui'ff. 

CARACTÈBES GÉNÉRIQUES. 

Sijstentc lien taire : ineisives, |; riniincs, f^{ ; molaires, f^.; en tolalilé quaranle deux dents; 
incisives h trois lobes lorsqu'elles ne sont pas encore iisées, et toutes placées sur une même ligne: 
canines ciiiiiqucs, aifjucs, lisses; mulâtres : les supérieures se subdivisant en trois petites dents ui- 
(juis ou fausses molaires tranchantes, à un seul lobe, une carnassière à deux pointes, et deux pe- 
tites dents à couronnes plates : les inférieures eomprenant quatre fausses molaires disposées comme 
celles d'en haut, une carnassière dont la pointe postérieure est mousse, et deux dents tuberculeuses. 

Mn,':cau pointu, avec un mufle on partie nue assez considérable, arrondie. 

Tête iillonijéc, surtout dans la partie maxillaire, et à arcade njijomatiijuc médiocrement arquée 
eu dehors. 




Fig. 5. — Chien ilc cliassc. 



y eux à pupille in forme de disque dans les Chicn.s proprement dits et alknujéc dans les lleiiards. 
Langue lisse. 



iS 



KISTOIRE NATimELLK. 



Oreilles niéilioeicn nu (jrnmkx, droites, pointues, mais seulement dans l'état de nature, car la do- 
mestication modifie considérablement ces orejancs. 

mamelles pectorales et ventrales. 

Pieds de ilevanl a cinq doigts, les deux du milieu érjau.v et les plus loui/s : ceux de derrière à 
quatre doigts seulement, avec le rudiment d'un cinquièuie os du métatarse, qui ne se montre par 
aucune trace h l'extérieur : ces doiqls étant entre eux dans les mêmes rapports (jue les quatre plus 
longs des pieds de devant. 

On(jlcs allongés, assez obtus, mm rétractilcs; les doigts posant seuls h terre dans la marche. 

Queue de nidijenne longueur. 

l'as de poches nu de fullieules près de l'anus ou des parties de la génération. 

Pelaqe généralement trè.-.-fourni, assez- rude, composé de lieux sortes île poils. 

Moustaches assez petites. 

Plante des p'ieds qarn'ie de tubercules : celui qui se trouve h la base des doigts aijanl trois lobes 
et avec la même forme a tous les pieds; celui qui garnit l'exircmité de chaque doigt elliptique: de 
plus, il q en a un autre sous l'articulation du poignet 

Corps de taille généralement moijcnne; mais pouvant assez notablement varier sous ce rapport. 




Fig. 6. — DouleJoguc. 



Si Ton s'en rapporte à M. l'abln' M:iupiod puiir les éiynioloyies qu'il a doimées du nom de Chien, celle 
dénomination serait aussi admirable qu'elle est remarquable dans les langues anciennes. En hébreu, 
c'est Kalcb, nom composé de la particule ka, qui signifie comme, et qui est explétive en composition, 
ou bien de lail (tout), et de leb (cœur), le siège des affections : d'après cela le nom de Chien, en hébreu et 
en ( haldéen, veut donc dire très-affectueux, très-earessant. En grec, le nom de Chien signilie la même 
chose; le motxuwv (Chien) n'est que le participe du verbe xju (caresser, embrasser); le nom de Chien, 
en grec, veut donc dire caressant. En latin, Canis vient du verbe caneo (vieillir, par extension être 
prudent); le nom latin du Chien signifie donc fidèle, prudent. Le nom français. Chien, vient du 
grec /.'jov, x'jEv, et a par conséquent la même significnlion. Ces étymologies si remaripiables ne prou- 
veraient-elles pas, comme le fait observer De lilainville, que le Chien a ètè de tout temps un animal 
fidèle, caressant, prudent, attaché à l'homme, et créé avec lui et pour lui? 

Les Chiens, pris d'une manière générale, sont des animaux omnivores, très-intelligents, se nour- 
rissant de chair fraîche ou de chair corrompue, et joignant quelquefois à ces aliments des substan- 
des fruits, des racines, etc., et, par là, ou voit ([u'ils siiol luin d'avuir 



CCS végétales, telles (pic 



2 
en 




I 

mm .i'îM 



\ 



CARNASSIERS. 19 

l"appétit caniassirr des Chats; les petites espèces, cependant, semblent plus carnassières que les 
grandes, et elles sont aussi plus rusées et plus courageuses; mais, du reste, il est rare (pi'elles attaquent 
une proie vivante, et, lorsqu'elles le font, elles sont réunies en troupes nombreuses et suivent alors leur 
proie à la piste, par suite de leur odorat rendu très-délicat par le prodigieux développement de la 
membrane pituilaire sur les nombreux replis des cornets étlimoidiens. Tous voient et entendent 
trés-bieu, et tous boivent en lapant. 

Les femelles sauvages éprouvent le besoin du rut en hiver; elles portent trois mois, et quelquefois 
davantage : chaque portée produit de trois à cinq petits. Les espèces domestiques peuvent produire 
à toutes les époques, et surtout deux fois par an, en été et en hiver. 

Quelques espèces se creusent des tanières, ou profitent des terriers formés par d'autres animaux; 
mais le plus grand nombre établissent leur domicile dans les taillis des forêts les plus fournis, etc. 
Un très-grand nombre de ces animaux étant devenus domestiques sont les commensaux de l'homme, 
qu'ils suivent partout, et dont, en quelque sorte, ils reproduisent les mœurs. 

Les Chiens proprement dits, ou ceux à pupille en forme de disque, sont des animaux diurnes, et, 
par l'exercice, leur vue peut acquérir beaucoup de force; les Renards, ou Chiens à pu|iille allongée, 
voient mieux, au contraire, la nuit que le jour. Les Chiens, mais il faut en excepter les Renards, sont 
loin d'avoir la propreté des Chats. Ils hurlent ou aboient, et font surtout entendre leur voix lorsqu'ils 
chassent : alors cette voix se modifie suivant les sentiments qu'ils éprouvent. La couleur de leur 
pelage est le brun, qui, d'ime part, se fonce jusqu'au noir, et, de l'autre, se pâlit jusqu'au fauve; le 
blanc s'y joint souvent, et c'est du mélange de ces trois couleurs que résultent toutes les variétés 
qu'offrent, sous ce rapport, les différentes espèces ou races de ce genre. 

En résumé, on peut dire avec Fr. Cuvier que « les Chiens proprement dits sont des animaux de 
taille moyenne, et que leurs proportions annoncent de la force et de l'agilité; la partie antérieure de 
leur corps est forte et ramassée, et la partie postérieure svelleet légère; leurs jambes sont élevées; leur 
cou est long et épais, leur tête effdée, leur poitrine large; leurs cuisses et leurs épaules sont charnues, 
et leurs jambes tendineuses; leurs muscles se dessinent fortement, mais leurs allures ne sont pas en 
parfoite harmonie avec leurs organes; ils ont la démarche un peu indécise, et ne portent pas la tète 
liante; leur regard manque de hardiesse, et ils sont généralement prudents : ils n'ont du courage que 
lorsqu'ils sont pressés par la faim. Les Renards différent encore des Chiens à ces divers égards : ils 
sont généralement plus petits et plus bas sur jambes; leur corps paraît plus allongé, et ses propor- 
tions n'annoncent pas de vigueur; leur tête parait plus pointue, plus (ine : ils la portent dans les 
épaules, et toutes leurs formes sont arrondies; aussi ont-ils un naturel plutôt timide que courageux; 
ils ne chassent que des animaux sans défense, les Lapins, les Oiseaux; ils ont toujours recours à la 
ruse, au silence; c'est la nuit ordinairement qu'ils se mettent à la recherche de leur proie, et la 
fuite est la seule ressource qu'ils opposent au danger; s'ils se défendent, ce n'est qu'à la dernière 
extrémité, et lorsqu'on les poursuit jusqu'au fond de leur retraite. » 

Nous n'étendrons pas plus loin ces détails de mœurs, parce que nous ne voudrions pas nous ré- 
péter, et qu'ils seront complétés lorsque nous nous occuperons spécialement du Chien domestique, 
du Loup, du Renard, du Chacal, de l'Isatis et des autres espèces principales. Cependant, nous 
donnerons, avant de passer aux descriptions particulières, des détails sur rostéologie et le système 
dentaire, bases de la partie zoologique ; puis, après avoir dit quelques mots de la distribution géo- 
graphique, nous indiquerons les points principaux de l'histoire zooclassique des Chiens, ainsi que des 
classifications qu'on a formées dans ce genre. 

L'élude de l'ostèologie du Chien ordinaire, ainsi que celle du Loup, a été commencée à une épo- 
que déjà reculée, mais ne l'a pas été d'une manière complète; c'est ainsi que Vésale et G. Rlasius 
s'en sont occupés. Daubenton ne fut pas plus heureux que ses devanciers, car il lit porter sa compa- 
raison du squelette du Chien avec ceux du Cochon, du Cheval, et autres animaux domestiques par 
lesquels Cuffon, à l'ouvrage duquel il joignit son travail, avait cru devoir commencer sa vaste His- 
toire nalurellc générale cl particulière : toutefois, il donna des détails sur trois espèces de ce grand 
genre : le Loup, le Chacal et le Renard. G. Cuvier, d'abord dans ses Leçons d' Analomic comparée, 
mais surtout dans ses licctierches sur les ossements fossiles des Quadrupèdes, publié en 1825, décrivit 
l'ostèologie du Chien et du Loup, qu'il prit pour type du groupe des Carnassiers, et il donna de bonnes 
ligures. M.M. Meckel, Pander et D'Alton, n'ajoutèrent que peu de chose à ce qu'on savait avant eux; 



20 



HISTOIRE NATURELLE. 



il n'en fut pas tout à faittle nu'iiie do Guldenstaedt (Nat. Connu. Acinl. Pcl., t. XX, 1770), qui donna 
la description du Chacal comparativement avec celles du Loup et du Renard, et de Spix, qui figura 
avec soin le crâne du Renard dans sa Céplialoçicnésic; mais c'est principalement De Blainville qui, 
dans son Oslêogrnpliic, fascicule des Canis, donna le travail le plus complet sur le squelette des ani- 
maux du genre Chien, où, après avoir étudié le Loup comme lype, il décrivit un assez grand nombre 
d'espèces et de variétés : c'est d'après lui que nous entrerons dans quehpie développement sur ce sujet 
important. 




Les os du Loup sont en général d'un tissu légèrement moins serré, un peu moins éburné et 
même moins blanc que celui des Chats, peut-être pai'ce que la cavité médullaire et le tissu diploique 
sont un peu plus étendus, comparativement à la partie éburnée; et par cela ils sont un peu moins 
cassants et moins pesants. Le nombre des os en totalité est le même que celui des Chats. La série 
vertébrale se compose de quatre vertèbres céplialiques, sept cervicales, treize dorsales, sept lombai- 
res, trois sacrées et dix-sept ou dix-huit coccygiennes. La tête en totalité est assez notablement al- 
longée, et beaucoup plus que celle des Chats. La vertèbre occipitale est large et plate dans son corjis. 
La sphéno-pariétale est assez allongée, même dans son corps. La sphèno-frontale est encore consi- 
dérable, du moins dans son arc. Quant au vomer et aux os du nez, ils participent à la longueur de la 
face, déterminée par celle des mâchoires; aussi sont-ils beaucoup plus étendus que chez les Chats. 
Les mâchoires ont un caractère particulier dans leur allongement, et même dans la manière dont elles 
s'atténuent en forme d'avance pyramidale. Pour les osselets de l'ouie, l'étrier est en pyramide tronquée; 
le lenticulaire est très-mince et ovale; l'enclume en forme de dent molaire, avec ses deux bras ou racines 
presque égales et très-divergentes; le marteau est très-arqué, à tête petite, à cou dilaté, et à manche 
assez court. L'angle facial, sous lequel la mûclioire supérieure se joint au crâne, est nécessairement 
diminué de ce qu'il est chez les Chats, et, en effet, il ne dépasse guère une vingtaine de degrés, sur- 
tout en faisant abstraction des bosses frontales. Les cavités et fosses internes ou externes ont égale- 
ment éprouvé des modifications importantes : les deux cavités dont nous voulions seulement parler 
sont l'oculaire et l'olfactive. La première est notablement moins grande que dans les Chais, mais 
plus ovale, plus oblique en dehors, et surtout eiicore niuins fermée dans son cadre que chez eux. par 
suite d'un moindre dc\rliippcment des apophy.scs orbitaires. La cavité olfactive est, par contre, bien 



CARNASSIERS. 



21 



plus élenilue, non-seulement en elle-même, à cause du prolongement des os du nez et des mâchoi- 
res, mais aussi par suite du ifrand développement des cornets, surtout des inférieurs, et même des 
sinus maxillaires et frontaux, qui soulèvent quelquefois le front de manière à former une sorte de 
rigole dans la ligne médiane du cliantVoin, et à augmenter uolahlenient le degré de l'angle facial. Le 
palais est long, peu profondément voûté, si ce n'est dans l'angle formé par l'écartenienl des deux 
arrière-molaires, où se voit un enfoncement assez profond pour loger la carnassière inférieure. Les 
ouvertures de la tête sont grandes : le trou occipital, en particulier, est presque complètement ter- 
minal; son diamètre transverse est un peu plus grand que le vertical, et dans la proportion de un 
à trois avec celui de la cavité cérébrale. Les condyles sont presque terminaux, assez saillants, ova- 
laires. 




Fi". 8. — Cliien courant. 



Les vertèbres cervicales sont assez différentes de celles des Chats et des Ours de la même taille 
par un peu plus de longueur en général, et par la forme des apophyses transverses, qui sont plus 
larges d'avant en arriére. L'atlas a son corps pourvu, inférieurement, d'une épine au milieu de sou 
bord postérieur, et ses ailes, projclées en arrière, sont un peu plus étroites que dans les Chats. 
L'axis a son apophyse épineuse très-longue d'avant en arrière, mais très-peu élevée, et presque tout 
à fait rectiligne à son bord supérieur. Les trois cervicales intermédiaires ont toutes leur corps pourvu, 
en dessous, d'une sorte de carène apophysaire. La sixième se dislingue par son apophyse épineuse 
presque aiguë et antéroverse, ainsi que par son ai>opliyse transverse, dont le lobe inférieur est assez 
large et non .sinueux à son bord. 

Les vertèbres dorsales sont plus courtes et plus épaisses dans leur corps que les cervicales; les 
apophyses épineuses sont assez étroites, assez aiguës. 

Les vertèbres lombaires forment une région plus courte que dans les Chats, mais cependant beau- 
coup moins que dans les Ours. Les apophyses épineu.^es croissent de hauteur en diminuant de lar- 
geur jusqu'à la quatrième, pour décroître ensuite assez rapidement jusqu'à la septième; les apophyses 
Iransverses sont en général plus grêles, et d'autant plus qu'elles sont plus postérieures. 

Les trois vertèbres sacrées constituent un sacrum étroit, à bords presque parallèles, mais plus 
court et plus ramassé que dans les Chats. 

Les vertèbres coccygiennes sont petites, grêles, et produisent une queue bien effilée, et moins forte 
que celle des Chats. 

Le sternum est formé de huit pièces, sans compter le xiphoide, assez longues, étroites, à coupe 
trapézoïdale, presque égales, sauf le manubrium, qui est double des autres, et la huitième, qui est 
cubique, et ne se distingue du xiphoide qu'en dedans. 

L'hyoïde, composé du même nombre tie pièces que celui des Chats, présente un l'orps transverse 
peu étroit et moins épais, triquètre dans sa coupe, de grandes cornes, dont l'article basilaire est 



')2 



HISTOIRE NATURELLE. 



If plus coui'l fl le plus lai-np; los deux antres étant presque égaux; le dernier assez aiqué; et, enfin, 
une corne thyroïdienne pins forte et plus Ionique que les articles de l'antérieur. 

Les côtes sont aussi en même nombre et en même disposition que dans la l'anlhére; elles sont seu- 
leinent un peu plus larges et plus plates, surtout en dessous, les antéiieures plus que les autres : carac- 
tères qui se trouvent déjà assez manifestement dans le genre des Civettes. Le thorax, qui en résulte, 
est aussi un peu plus long, plus comprimé, et, par suite, plus haut dans le sens vertical que dans les 
Chats. 

Les membres sont généralement un peu plus élevés, plus rediessés, que dans ces derniers ani- 
maux, et peut-être même aussi un peu moins distants entre eux. 

Aux membres antérieurs, l'omoidate est assez étroite; sa crête, qui est presque nukliane, est haute 
et prescpie droite, et se termine par un acromion peu développé, arrondi, non bifurqué, et ressem- 
blant A ce qui a lieu dans les Ours; l'apophyse coracoide est réduite ;i un simple tubercule épais, à 
peine saillant au-dessus d'une cavité glénoïde ovale, appoinlie supérieurement. La clavicule, qui sem- 
ble manquer, existe toutefois; mais elle est réduite à une petite pièce osseuse, plate, large, arrondie 
iï son extrémité, et se terminant brusquement en pointe à l'autre extrémité. L'humérus est court, 
gros, avec sa double courbure assez marquée, assez large, et comprimé supérieurement, ce qui 
est produit par une empreinte deltoïdienne assez forte. Le radius, presque aussi large supérieure- 
ment qu'inférieurenient, est fortement comprimé en dessous de la tête humérale, et arqué dans toute 
sa longueur. Le cubitus, qui suit la courbure du radius dans toute sa longueur, en se collant presque 
contre lui. est encore assez large, assez épais dans son apophyse olécrane; mais, dans le reste de 
son étendue, il s'amincit et s'atténue assez rapidement en se courbant, de manière, cependant, à 
conserver le même diamètre, en produisant une apophyse odontoïde assez large, comprimée et arron- 
die à son extrémité. Les os du carpe peuvent se subdiviser en deux rangées : dans la première, le sca- 
phoïde est le plus grand et le plus large de tous, et pourvu en dedans d'une apophyse plus forte et 
plus grande que celle des Chats; le tri(|uètre est assez gros, avec une apophyse carpienne forte; le 
pisiforme est très-court, épais, dirigé en arrière. Les os de la seconde rangée sont peu développés 
en général; le trapèze est très-petit, semblable ù un cunéiforme; le Irapézoïde et le grand os sont pres- 
que égaux, et le dernier est pourvu, en dedans, d'une apophyse plus épaisse que celle de l'unci- 
forme. Les os du métacarpe sont assez longs, assez étroits, plus serrés et plus droits sur les bords 
que ceux des Chats. Les phalanges sont proportionnellement plus courtes que celles des Chats; les 
onguéales en diffèrent assez notablement : elles sont étroites, triangulaires, peu comprimées, peu ar- 
quées, et assez pointues, pourvues, à la base seulement, d'une sertissure peu avancée. Il y a cinq 
doigts ;! la main. 




Fig. 9. — Pûodlc. 



Les membres postérieurs sont iient-èti'e ]dus longs, plus élevés que les antérieurs, et l'augmenta- 
iKUi porte cgalemcnl sur Iv^ os de la jambe et du cou-di-pied. L'os iuuomine ii'olïie pas de gran- 



r.ARNASSlERS. 



25 



(les différences, comparé avec celui de la Panthère; il est, toutefois, un peu plus déprimé, plus élari;i. 
plus raccourci dans toute son étendue; le trou sous-pubien est assez petit; la cavité ischiatique est 
plus développée. Le fémur est court, sensiblement courbé, surtout en bas, peu épais dans sa partie 
supérieure, assez large en bas. Le tibia est assez épais, assez robuste, à doiibl.' courbure plus mar- 
ffuée que dans les Chats, à articulation supérieure peu élargie, et à articulation inférieure assez pro- 
noncée, assez serrée, un peu plus obliquée que dans les Chats. Le péroné est trés-gréle, très-mince, 
surtout dans son corps, qui, dans sa moitié inférieure, se courbe subitement pour s'appliquer contre 
le libia; les deux têtes sont assez dilatées. Le pied, à quatre doigts, est généralement plus étroit et 
plus serré que celui des Chats, et les os du tarse forment un tout sensiblement plus long que dans 
ces derniers animaux. L'astragale est très-profondément excavè par une poulie à bords inégaux, et 
sa tète, très-étroite dans le sens vertical, est portée par un cou également très-étroit, et dans la 
même direction. Le calcanéura est aussi très-étroit, peu comprimé, fortement échancré en arrière. Le 
scaplioïde a le plus grand diamètre de sa cavité astragolienne vertical. Il y a trois cunéiformes, et 
un cuboïde qui est notablement allongé. Les métatarsiens sont assez étroits, assez serrés, allongés, 
divergents : quoiqu'il n'y ait que quatre doigts, le premier cunéiforme porte, articulé avec lui, un 
rudiment de premier métatarsien, de forme triangulaire, et collé fortement à la base du deuxième, 
pourvu d'une facette arliculaire. Quant aux os des doigts proprement dits, on ne peut guère trouver, 
comme différence avec leurs analogues à la main, que dans un peu plus de gracilité. 

Les os scsamoides offrent peu de différence de ce qu'ils sont dans les autres Carnassiers digitigra- 
des. Au carpe il y en a deux : l'un, le pisiforme, dans l'abducteur du pouce, et cpii s'articule avec 
la tubérosité seule du scaphoïde à sa partie inférieure, et un autre plus petit à l'extrémilé du ten- 
don du cubital antérieur, et articulé avec l'unciforme; en outre, les sésamoides articulaires de la 
base des doigts sont proportionnellement plus forts que dans les Carnassiers moins digitigrades. 
Aux membres postérieurs, la rotule est bien plus étroite et bien plus épaisse que dans les Chats de 
même taille; les deux sésamoides pisiforraes des tendons des gastrocnémiens existent toujours; mais 
il ne semble pas y en avoir dans les tendons des muscles poplité, et long péronier. 

L'os pènien a acquis un très-grand développement; dans le Loup, cet os est long, doubl^^ment ar- 
qué, atténué, et coupé carrément en arrière, s'élargissant et s'excavant fortement en dessus et dans 
le reste de son étendue, tandis qu'en dessous il est presque caréné. 



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ii^è^^' 



"■Esesirf -^ 

Fis 10. — Cliion du Sjinl-Dcrnanl 



Si l'on étudie les sexes du Loup sous le point de vue ostéologique, on peut remarquer que la tèle 
des mâles est [ilus courte et plus large, le front plus élevé, plus bilobé par la grande saillie des sinus 
frontaux, etc., tandis qu'au contraire la tête des femelles est toujours plus longue et plus étroite. 



H HISTOIRE NATURELLE. 



'j* 



De DIaiiivillc, que nous avons presque texUiellemenl suivi jusqu'ici, (.loniic rnsuile des délails euni- 
paralifs sur les particularités que l'on peut remarquer dans les diverses espèces de Loups, telles (\uc 
le Loup nain ou Canis bjcaon. le Loup du Canada, le Loup de l'Inde, le Loup du Mexique et le 
Loup roui;e ou Canis campcslris, qui diffère assez considérablement des autres espèces pour qu'on 
ait clierclié à en faire le ty|)e d'un genre distinct; puis il s'occupe plus spécialement du Chacal, du 
Renard, et de quelques autres espèces dont nous croyons devoir dire quelques mots. 




Fig 11. — Cocker. 



Le squelette du Chacal, eu totalité, ne semble se distinguer de celui du Loup (jne par sa taille, qni 
est moindre; mais, cependant, on peut voir qu'il en diffère d'une manière assez particulière ])our si^ 
rapprocher de celui du Renard, qui, lui, passe ;i la forme que nous étudierons chez les Chats. Dans la 
léle, le renflement cérébral est plus marqué que dans le Loup, et les crêtes sont moins iléveloppées. 
La Colonne vertébrale offre un peu plus de largeur dans les deux dernières vertèbres cervicales inter- 
médiaires, un peu plus d'étroitcsse dans les apophyses épineuses des vertèbres lombaires, et jusqu'à 
vingt vertèbres coccygiennes beaucoup plus grêles que celles qui forment la queue du Loup. Le ma- 
nubrium est beaucoup plus long, el la liuilième pièce du sterniun est plus forte. Les cotes sont moins 
dilatées inférieurement, et, par h'i, se rapiiroclient de celles des Ch.its. Aux membres antérieurs, 
l'onioplale est plus élargie; la clavicule plate, lanielleuse, moins |)etite que celle du Loup, un peu 
courbe. Le pouce de la main semble un jieu plus long. Aux membres postérieurs, le bassin ]iarait 
raccourci, plus large dans toutes ses parties. Le pied, au contraire, est composé d'os en général plus 
grêles, ce qui le rend plus étroit. L'os du pénis a la même forme que celui du Loup, mais il est beau- 
coup plus droit. 

Dans l'Isatis (Canis lacjopns), les os du nez sont proportionnellement plus larges, et se terminent 
par une échancrure à cornes bien plus égales; les orbites sont plus grandes, la racine du nez plus 
bombée. L'os du pénis est plus court que celui du Loup, plus évasé; sa gouttière commence à l'ex- 
Irémité tronquée, pour Unir presque ;i l'autre; enllu, il est caréné eu dessous. 

Le Renard (Canis vulpes) iirésente un squelette plus j>etit que celui du Louji, plus grêle, et <'om- 
posè d'os plus blancs et plus cassants. La tète est plus étroite, plus effilée; le front est moins bombé; 
la crête sagittale et les ojs du nez sont moins grêles que dans les Chacals. Aux vertèbres cervicales, 
l'apophyse épineuse est en général plus étroite el plus aigué ; ra])ophyse é|iineuse des vertèbres 
dorsales est évidemment plus large, au coniraire des dixième et onzième, (pii sont très-liiu's el trè.s- 
aiguës; les apopliys(>s Iraiisverses des vertèbres bimbaires sont également plus longues, plus étroites 
et plus droites (jue dans le Chacal; enlin, les vertèbres coecygieinu-s, qui soûl au ududtre de vingt, 
sont notablement plus longues, et décroissent moins rapiilernent que dans le Limp et le Chacal, de 
manière à former une queue se rapprochanl, pour la fornu', de celle des Clials. Il n'y a pas de diffé- 
rences à signaler dans la série slernale. Aux membres aiilerii'urs, roun)plate, (puii(|ui' ^enibhible à 



CARNASSIERS. 



9r. 



celle du Chacal, rappelle cependant léi;èi-pmeiit celle du Cliat dans la saillie coracoïdicnnc et dans la 
bifurcation de racromion. La clavicule est plus développée, et dans la forme normale de cette sorte 
d'os, c'est-à-dire étroite et allongée. L'humérus est proportionnellement un peu plus allongé, et à 
impression deltoidienne plus large et pins remontée. Des deux os de l'avaut-bras, le radius, un peu 
plus court proportionnellement, et surtout moins mince dans son corps, est plus arqué; le cubitus 
est également moins effilé. La main offre des phalanges onguéales plus arquées, plus comprimées et 
plus aiguës. Aux membres postérieurs, il y a moins de longueur dans le bassin, le fémur et les deux 
os de la jambe; mais ceux du pied sont ])lus longs, plus grêles, plus serrés, de manière à former 
un tarse et un métatarse plus étroits. L'os pénien d'un Renard d'Algérie, étudié par De Blainville, 
res.=emblait beaucoup au même os d'un Chacal; il était seulement un peu plus court, et la carène in- 
férieure était plus prononcée et plus pincée. 

Dans le Renard de D'Azara et dans le Renard argenté (Canis cincrco-argentcus), les différences 
ne sont guère appréciables que par l'ostéograpliie : il n'en est pas de même dans d'autres animaux, 
tels que le Fennec, le Canis megalotis, l'Uyénoide ou Cijnoliijct'iia picta, et surtout le Protéle, que 
De Blainville en rapproche, mfis dont nous ferons connaître l'histoire isolément. 

Enlin, dans un dernier groupe d'espèces qui appartiennent à la section des véritables Loups, 
mais que la forme de la tète tend à rapprocher des liyénes, et dans lesquelles on peut compter les 
Canis cancrivoriis, bracliijlcics, braclujolus, etc., le pouce des pieds de devant est court, remonté, 
ce qui indique une véritable dégradation, et, toutefois, toutes les espèces ont encore ime certaine 
ressemblance avec les Chacals. 




Fis. 12. — Cliisn de .Saint-Domingue. 



Le Chien crabier {Canis cancrivortis) est dans ce cas plus qu'aucune autre espèce. Sa tête est 
assez courte, large, arquée, voûtée au chanfrein, et surtout entre les orbites; la mâchoire infé- 
rieure est courte, presque droite, à apophyse angulaire large et courir. La colonne vertébrale ne 
cs 4 



2i5 



HISTOIRE NATURELF,E. 



nvésenle pas do diffcronce. Aux membres antérioui-s, romoplale rappelle un peu celle des Ours pour 
la forme parallélogrammique, ses deux bords étant devenus presque parallèles ]iar l'avance, de l'an- 
térieur vers le rudiment de l'apopbyse coracoïde; l'aeromion est un peu plus bifurqué, comme dans 
les Ciiats; riiiimerus est court, assez arqué; le radius et le cubitus sont courts, mbiistes; les os de 
la main sont plus jielils que ceux du Chacal, avec les pouces un peu plus courts. Quant aux os des 
membres postérieurs, ils suivent assez bien le même det^ré de raccourcissement et l'état plus ro- 
buste des aniérieurs, aussi bien le fémur que le tibia et le péroné; mais les os du tarse sont encore 
peut-être pins serrés et plus étroits que dans le Chacal, ce qui donne aux métatarsiens une dispo- 
sition anabii;ue, de manière ù former une gouttière postérieure plus serrée, plus étroite et plus 
mar(juée. 








f^esrfls 






Fiï 15 — Cliicn ilrs Iîsf|uini.iiix. 



Le système dentaire des Chiens a été étudie de tré.s-bonne heure, et presque de tout temjis. par 
la facilité de se procurer les matériaux d'observation dans notre Chien di>mesti([ue. et aussi ])arcc 
que cet animal était deveini le sujet principal de l'art de la vénerie, et encore miiMix |)arce qu'un 
cerlain Udmbre de naturalistes en ont fait piiiir ainsi dire le typi^ de l'indre des Carnassiers, au 
niiiins sous h point de vue des dents. Seulement, (^'est depuis que l'on s'est occupe avec grand soin de 
l'étude de la paléontologie (pie les dents des Chiens ont été minutieusement décrites et figurées; d'abord 
par G. et Er. Cuvier; le premier, dans ses Itcclinclics sur 1rs ossciiioils jossilcs. et le second, dans 
ses Dnils (les HhiiiiuilTris coiisidérccs coiidiic caraclrrcs iDuloifujncs, el ensnile par Ile lilaiuville, 
ilans s(m article srr les dénis, inséré dans le ISoiivcuu Dicliomuiiic d'HisioircndliircIlc, ainsi que le 
fascicule des Canis de lOstrofiriipliir. 

Le système dentaire des Chiens est arrivé au maximum du ninnbre des dents que l'on observe 
chez les Carnassiers, et montre encore un grand degi'è de carnivorité (pii ne le cède, sous ce rap- 
port, qu'à ceini des Clials. Considéré dans son ensemble, ce svsteme dentaire offre une étendue 



Ski / 




31 



CARNASSIERS. 27 

plus cûnsitk'i'ahle ([Lie clans aiii'iiii aiilrt' genre de la niéme l'aniille; el, de |diis, il pivseiiti' un déve- 
lri])pimeMt plus complet dans tuutes ses parties, aussi bien qu'une combinaison presque à parties 
égales de dents carnassières et de dents omnivores; ce qui a lieu aussi dans quelques Petits-Ours, 
qui sont moins carnivores, et dans les Civettes, qui sont plus insectivores. 

Le I,oup, considéré comme type du genre Chien, peut être, ainsi que le fait remarquer De Blain- 
ville, regardé comme le mieux et le plus complètement denté de tous les Mammifères, puisqu'il 
]iossède, garnissant toute l'éleudiie de ses buigues m;'iclioires. el pouvant agir à la fois, des incisives 
aptes à couper, à ronger, ù pincer de la manière la plus commode, par suite de leur forme et de 
leur disposition avancée à l'extrémité arrondie des mâchoires, et leur opposition marginale; des ca- 
nines bien croisées et encoi'e très-fortes, (pujiqne beaucoup moins que chez les Chats; une série 
d'avant-molaires, une principale et même une première arrière-molaire propre à couper, à trancher 
la chair; et, enlin. des arriére-molaires tout à fait plates, tuberculeuses, s'apposant entièrement par 
la couronne, el par conséquent méritant bien le nom qu'elles portent. 

La série des dents du Loup est composée de trois paires d'incisives et d'une canine de chaque côté en 
haut comme en bas, ce qui a lieu chez tous les Cai'nassiers; puis, des deux côtés, en haut comme en 
bas, de trois avant-molaires, d'une principale, de deux arrière-molaires à la mâchoire supérieure et 
de trois à l'inférieure : ce qui donne quarante-deux dents en totalité. 

A la mâchoire supérieure, les incisives sont disposées en demi-cercle; elles sont }ilus fortes et plus sail- 
lantes que dans les autres Digitigrades. La première, la plus petite de toutes, est plus verticale que les 
autres, trilobée à la coui'onne, et présente une racine longue et très-comprimée. La deuxième, qui est 
moins faible, a sa couronne plus aiguë et plus recourbée, et sa racine comprimée en couteau. La troisième, 
la plus forte et la plus arquée, est terminée en crochet simple à la couronne, et sa racine est presque 
iriquèlre, fortement couchée. Les canines sont assez fortes, quoique moindres que chez les Chats; leur 
coupe est ovale, un peu carénée en arrière, à la limite des deux parties, l'une plane en dedans, l'au- 
tre convexe en dehors, mais constamment sans cannelures ni callures, et à racine allongée. Les 
six molaires sont disposées en série lâche; des trois avant-molaires, la première est la plus petite, 
simple, à une seule racine; la deuxième est biradiculée; la troisième est plus forte, plus oblique que 
la précédente, et a aussi deux racines presque égales. La principale, de beaucoup la plus grosse des 
trois dernières molaires, est la plus manifestement carnassière ; sa couronne est formée d'une très- 
forte pointe antérieure dirigée en arrière, portant un petit tubercule en avant, et un lobe postérieur 
presque tranchant, oblique; et elle présente trois racines. Des deux arriére-molaires, la première 
offre à son bord externe deux pointes coniques, el en dedans un large talon arrondi; la deuxième, 
la plus petite, ressemble à la première; elle est seulement plus ramassée. 

A la mâchoire inférieure, les incisives sont plus transverses, plus serrées qu'en haut et à racine 
longue et très-comprimée. La première, la plus petite, est trilobée quand elle n'est pas usée; la 
deuxième, aussi trilobée sur son tranchant, a son lobe médian le plus grand; la troisième, la plus 
forte, n'est que bilobée. Les canines sont robustes, en crochet et à racines très-fortes, un peu cour- 
bées. Les trois avant-molaires sont assez l)ien dans les mêmes proportions entre elles que celles d'en 
haut : la première cependant est plus petite que sa correspondante, et les deux autres sont légère- 
ment plus comprimées, plus franchement triangulaires avec les deux racines plus serrées et plus lon- 
gues. La principale est tout à fait semblable à la dernière des précédentes, sauf la taille, qui est beau- 
coup plus grande; ses deux racines sont également plus écartées, plus longues. Des troi.s arrière- 
molaires, la première est la plus grande, la plus carnassière, large, assez épaisse, formée pour les 
deux tiers d'une partie antérieure divisée en deux lobes externes pointus, un peu tranchants, iné- 
gaux, et l'autre tiers d'un large talon à deux tubercules pointus, géminés; elle n'a que deux racines 
assez grosses. La deuxième est beaucoup plus petite, plus basse, à couronne de forme ovale, avec 
deux pointes rangées obliquement en avant d'un talon marqué pai- le creux dune fossette, et ayant 
deux racines presque égales, légèrement couchées. La lioisième, la plus petite de tontes, a sa couronne 
tout à l'ait ronde, rcbordce, avec une saillie plus ou moins marquée dans son milieu, et une racine 
uniradiculéc, conique : elle est tout à fait sans connexion avec tout ou partie d'une dent supérieure. 

Les variations individuelles du système dentaire dans le Loup ne portent que sur la grosseur des 
.lents et sur leur degré d'usure, et ne correspondent jamais à la proportion des dents entre elles, ou à 
celle de leurs ]iarties. 



2 s HISTOIRE NATURELLE. 

Les différences spéciliqiic's (lu sysU'iiip dentaire sont ;i.ss(z notables, ainsi que leilimontre De Blainvillc. 
Sans entrer dans bcamim|) de détails à cet égard, nous en dircms seulement quel(|Ues mots, renvoyant 
à d'autres parties de notre livre relativement au système dentaire du Mégalotis, du Fennec, de l'Ilyé- 
uoïde et surtout du Protéle, que l'auteur ([ue nous suivons ici réunit dans le grand genre linnéen des Ca- 
jîis.La variation des dents portera exclusivement sur les molaires principales etsurlesarriére-molaires. 
Le Chacal présente à peu près la même disposition entre ces diverses dents, mais elles sont en géné- 
ral pioporli(Uinellen)ent plus courtes, plus ramassées, plus serrées. Dans l'Isatis, il y a égalité d'éten- 
due entie la carnassière et les deux tuberculeuses d'en haut, et, de plus, la dernière d'en bas est 
d'une petitesse extrême. Le Renard offre une prédominance bien marquée des deux tuberculeuses 
sur la carnassière. 




-ESE S rHhf 



WIESNEU 



Fi'ri. 14. — i.Lvrior il'AfVi |iic. 



Il nous reste, |iour terminer cette esquisse du systènu! dentaire des Ciiiens. à parler du jeune ûge, 
mais seulement dans l'espèce typique. Le nombre et la disposition des dents de lait dicz le Loup se 
formulent ainsi : incisives, |; canines, \~[; molaires, jE^- Supérieurement: les incisives croissent assez 
peu de la première à la troisième; les deux premières, presque égales, sont nettement trilobée.-;; la 
troiisième, la plus grande, n'a qu'une auricule externe. Les canines sont grêles, coniques, en crochet 
arqué, et sans traces de carène. Des trois molaires, l'antérieure est beaucoup plus petite que les au- 
tres et très-distante, triangulaire à une seule pointe médiane; la principale est la plus furte, et formée 
de deux lobes tranchants, inégaux; l'arriére-molaire est une dent tuberculeuse, avec deux (lenticules. 
•Inférieurement : les incisives sont inégalement bilobées, et la première beaucoup plus petite (pie les 
deux externes. Les canines sont en crochet avec un arrêt à la base de la carène interne. Des trois 
molaires, l'antérieure est assez petite, triangulaire, à deux racines; la principale a la même forme: 
elle est seulcnuMit plus grande et avec un talon plus pronoTU'ê; la troisième, de même f(unie que la 
première arrière-molaire d'adulte, est composée d'une partie antérieure à trois pointes, avec un talon 
en arrière. L'ordre de la chute de ces dents est absolument comme dans tous les Carnassiers nor- 
maux, c'est-à-dire (pie. avant tpi au( une des trois molaires vieniu' fi tomber, la ])remière avaiit-mo- 



CARNASSIERS. 



29 



laire de remplacement pousse dans l'intervalle de la canine et de l'avanl-molaiie, en même temps ou 
un peu avant que les deux premières incisives tombent et soient remplacées par la première d"adulte. 
A un degré plus avancé, on peut trouver la première arrière-molaire supérieure poussée, les trois 
molaires de lait encore en place, tandis qu'en bas la carnassière et même la première tuberculeuse 
sont en voie de sortir. Enfin, plus tard, la principale ou carnassière d'en haut se montre, lorsque celle 
de lait est tombée, en même temps que sortent les incisives, puis les deuxièmes avant-molaires, les 
canines, ainsi que la dernière arrière-molaire. 




gSNEl- 



Fig. 15. — Lévrier anglais. 



Les alvéoles sont dans le Loup plus nombreux que dans aucun autre genre de Carnassiers. A la 
mâchoire supérieure, on peut en compter une série marginale externe de quinze et une série interne 
de trois seulement pour les trois dernières dents. A la mâchoire inférieure, les alvéoles ne forment 
toujours qu'une seule série de trous : trois antérieurs très-rapprochés, étroits, un beaucoup plus grand 
suivant immédiatement, et, après un court intervalle, une série de douze, le premier et le dernier 
simples, et les intermédiaires plus ou moins rapprochés, deux à deux, presque égaux pour le premier 
groupe; inégaux, le postérieur le plus grand, pour les deux suivants, un peu plus petit pour le qua- 
trième et surtout pour le cinquième. Dans la série des espèces, les différences à signaler ne consis- 
tent que dans la grandeur, dans le degré de rapprochement des alvéoles et des groupes qu'ils for- 
ment. 

Relativement à la distribution géographique des espèces, on peut dire que l'on trouve une espèce 
de Chien domestique dans toutes les parties du monde, partout où est l'homme, et cpiil s'en rencon- 
tre également de sauvages dans les diverses régions de l'ancien et du nouveau monde, à l'exception 
peut-être de Madagascar et des îles de la mer du Sud, aussi bien dans les climats froids que dans les 
climats chauds, dans les pays élevés que dans les plaines, dans les continents que dans les îles, mais 
en beaucoup plus grand nombre cependant dans les premiers que dans les seconds. C'est l'Afrique 
qui nourrit le plus grand nombre d'esjièces. telles que le Renard, le Loup, le Chacal, etc. L'Amé- 
rique vient ensuite, et cela aussi bien dans les régions les plus boréales que dans les plus australes; 
là ce sont surtout les Loups et les Renards, formant plusieurs espèces distinctes, principalement au 
nord, mais il n'y a pas de véritables Chacals. L'Asie, d'une extrémité à l'autre dans les deux sens. 



50 



lIISTOlliK NATUIiELLE. 



mais non dans son archipel, nourrit essentiellement le Chacal et une des deux espèces voisines, et de 
plus le Loup, le Renard et le Canis prinuevus. Enliu l'Europe ne renferme aujourd'hui que le I.oup 
et le Renard cûniniun, avec une autre espèce de petite taille du même groupe, l'Isatis tout à fait au 
nord el le Chacal exclusivement à l'esl. 

D'après cela, ou voit que les Chiens se rencontrent dans toutes les parties du monde habitées par 
l'homme, à l'exception de quelques groupes d'îles dans la mer Pacifique, et nous dirons bienlôi qu'on 
en a trouvé un assez grand nombre à l'état fossile. 

l'our compléter nos généralités sur le genre Chien, et avant de passer à la descripliou des espèces 
et des races les plus importantes de ce genre, il nous reste à donner des notions générales sur l'his- 
toire de ces animaux ; c'est ce que nous allons faire en donnant quelques extraits du travail que De 
Blainville a inséré sur ce sujet dans son fascicule des Canis de VOsiéocintpli'ic. 

De tous les animaux, les Chiens sont certainement ceux dont il est le plus anciennement et le 
plus fréquemment ((uestion dans les auteurs sacrés ou profanes. Pour le moment nous ne nous occu- 
perons que du Chien commun, devant plus tard dire quelques mots du Loup, du Chacal et du Re- 
nard. 

D'après Eliézer, le Chien aurait déjà été connu des fils d'Adam, puisqu'il rapporte que le corps 
d'Abel, après que ce dernier eut été tué par Cain, fut défendu par le Chien gardien de ses troupeaux. 
L'histoire de Tobie fournit un autre jjassage qui monli'c le Chien comme étant pour ainsi dire un 
animal de la famille; c'est lorsque Tobie partant avec l'Ange, le Chien est signalé comme l'accompa- 
gnant aussi bien en allant qu'en revenant. Le Dcuicronomc nous apprend aussi que le Chien était au 
nombre des animaux qui ne pouvaient être offerts à Dieu en sacrifice. Les Israélites semblent n'avoir 
jamais employé le Chien à la chasse. 




Vv2, 10. — l'îiiagiiifiil, variole. (Sulk'i-.) 



Chez les Égyptiens, d'après Moïse et Hérodote, on voit que le Chien était très-anciennement connu 
et qu'il était chez eux également domestique, servant aussi bien à la garde des maisons qu'à celle 



CAI'.NASSIEP.S. 31 

des troupeaux. On voit en outre qu'ils les conservaient à l'état de momies, et qu'ils les adoraient en 
quelque sorte. 

Chez les Grecs, les Chiens étaient employés pour la garde des maisons et des troupeaux, et en 
outre pour la chasse. C'est ce qui peut être constaté dans plusieurs passages de Vllinde et de 
rO(///.swe d'Homère, ainsi que dans les failles fameuses des m\lhographes, qui montrent le Chien 
comme étant tellement considéré comme instrument nécessaire de la société humaine, qu'il entrait 
dans la représentation symbolique des dieux lares, qui, sous la forme de deux jeunes gens, étaient 
accompagnés d'un Chien en repos, ou couverts de la peau d'un de ces animaux. A l'époque où écrivait 
Aristote, non-seulement on connaissait les rapports des Loups et des Renards avec les Chiens, puis- 
qu'on avait vu par expérience que ces animaux peuvent produire ensemble; mais encore on avait déjà 
obtenu au moins trois races de Chiens domestiques désignées sous les noms de Chiens molosses, 
Chiens de Laconie et Chiens de Mcdle, races que l'on considère aujourd'hui comme le Chien mâtin, 
le Chien de cji;isse, suivant Gesuer, le Chien de berger, suivant Buffon, et le Bichon ou Chien de 
dame. Xénophon indique quelques races particulières de Chiens de chasse, et montre le grand déve- 
loppement que l'art de la vénerie avait pris à l'époque où il écrivait. 

Les Romains furent sans doute assez longtemps à ne connaître de ce genre que les deux espèces 
sauvages qui existaient en Italie, outre l'espèce domestique qu'ils employaient à la garde des trou- 
peaux, ainsi qu'à celle de leurs maisons et menu des forteresses, comme le prouve l'histoire célèbre 
de Fallaque du Capilole par les Gaulois, qui fut sauvé par la vigilance des Oies, les Chiens étant res- 
tés muets. Pline .s'occupa plus spécialement des mœurs de ces animaux, et mêla à ce qu'il en dit de 
vrai une foule de contes inexacts. Mais d'autres auteurs, tels que Columelle, Oppien, et surtout Gra- 
tins et Pollux, indiquèrent un grand nombre de races de Chiens de chasse. 

Les nations barbares qui envahirent l'empire romain au cinquième siècle connaissaient beaucoup 
de races de Chiens de chasse, et cela devait être, puisque ces peuples habitaient primitivement des 
forêts où ils devaient se défendre contre l'attaque des bêtes féroces. 

Beaucoup plus tard, Albert le Grand, dans l'article qu'il a consacré aux Chiens, parle du Chien de 
garde, qu'il dit être déjà nommé Mastin, du Chien de chasse courant ou du Lévrier, et enfin du Chien 
de chasse quêteur. 

Depuis Albert le Grand jusqu'aux naturalistes de la Renai.ssance, c'est-à-dire jusqu'à Gesuer, on ne 
peut guère trouver cjue les auteurs de vénerie qui aient porté leur attention sur la distinction des 
races de Chiens, tels sont Bélisaire Aragonais, Michel-Ange Blond, Guillaume Tardif, et principale- 
ment J. Cay, qui indiqua presque tontes les races principales de Chiens. 

Les naturalistes qui suivirent, et même Linné, n'augmentèrent que peu les counai.ssances acquises 
sur les animaux de ce genre. Buffon devait envisager le Chien autrement qu'on ne l'avait fait avant 
lui, et c'est ce qu'il fit en \ 755. En effet, non-seulement il dénomma, décrivit et figura toutes les 
races de Chiens que l'on connaissait alors en Europe, mais il chercha à les grouper d'après une idée 
de filiation et d'éloignenicnt de la souche, qu'il regardait comme originelle, et d'après la considéra- 
tion de la forme des oreilles entièrement droites dans la famille du Chien de berger, qui comprend les 
Chiens-Loups et les Chiens de Sibérie, deLaponie, du Canada, des Ilottentots; en partie droites seule- 
ment dans la famille des Mâtins, à laquelle il rattache le grand Danois, le Lévrier, et entièrement molles 
et tombantes dans les Chiens de chasse, courant, braque, basset, épagneul et barbet. Il va plus loin, 
en pensant que le climat a pu produire dix-sept des trente variétés qu'il a rei-onnues dans le Chien 
domestique, et les treize autres étant considérées par lui comme des métis des dix-sept premières. Enfin, 
traitant la question de savoir si le Chien domestique constitue une espèce distincte ou s'il doit être 
considéré comme un Loup dégénéré, il conclut d'expériences tentées pour la première fois à ce sujet 
que c'est une espèce distincte. Zimmermann, beaucoup plus tard, en se fondant sur ce que le Loup 
s'accouple certainement avec la Chienne, et le Chien avec la Louve, et que les produits sont féconds, 
soutint l'opinion que le Chien domestique ne constitue pas une espèce distincte, et que son origine 
remonte au Loup de nos forêts, qui se trouve répandu partout. Guldensta'dt donne, lui, le Chacal 
pour origine du Chien domestique. Quelques autres naturalistes, et Blumenbach à leur tête, eurent 
l'idée que notn^ Chien commun provenait de plusieurs espèces particulières. 

En 1817, Fr. Cuvier reprit de nouveau ce sujet d'une manière différente, en faisant entrer dans la réso- 
lution de la question une considération nouvelle, celle de l'intelligence, traduite par la grandeu r du crânr. 



52 IlISTOlIiE NATIir.ELLE. 

principalement dans la manière dont se disposent les pariétaux, et, selon lui, le Chien est une es- 
pèce animale dont la souche originelle n'existe plus à l'état sauvage, tous les Chiens que l'on ronnail 
aujourd'hui, soit en Afrique, soit dans l'Inde, soit en Amérique, n'étant, pour lui, que des Chiens 
marrons, parce que leur système de coloration n'est pas variable, et ([u'ils rentrent aisément en do- 
mesticité. Il établit ensuite que toutes les races de Chiens, à l'état marron comme à l'état dnniesti([ue, 
chez les peuples les plus civilisés comme chez les plus sauvages, ne constituent qu'une seide es|)éce, 
ce que prouve la facilité avec laquelle les races les plus éloignées produisent entre elles, au contraire 
de ce qui a lieu chez les mulets. Prenant ensuite ses caradéres dans la grandeur relative du crAne, 
il forme les trois races suivantes : 1° les Malins, ayant les pariétaux tendant à se rap])rocher, mais 
d'une manière presque insensible, en s'élevant au-dessus des tenqioraux, et les condyles placés sur 
la même ligne que les molaires; comprenant le Chien de la Nouvelle-Hollande, le Mâtin, le grand 
Danois, le Lévrier; ;2'' les Epcupieuls, dont les pariétaux, à partir de la section temporale, s'écartent, 
se dilatent en dehors, ce qui donne plus de ca]iacité à la boite cérébrale, les condyles situés au-des- 
sus du niveau de la ligne dentaire; tels sont l'EpagneuI, le Darbet, le Chien courant, le Chien de 
berger, le Chien-Loup, les Bassets, les Braques, l'Acco; et 3° les Dogues, ayant la capacité cérébrale 
très-petite par suite du rapprochement considérable de la courbe pariétale, les sinus frontaux très- 
grands, et le museau très-court, comprenant les Dogues de diverses races et le Doguin. Cette clas- 
sification, adoptée encore presque généralement aujourd'hui, est celle que nous suivrons dans cet 
ouvrage; aussi ne croyons-nous pas devoir les développer davantage maintenant. 




LEStSTBE 



Fiï. 17. — MastiflMiiTliilicl. 



Depuis. Tilesnis revint sur l'opinion que le Chien domestique avait pour type le Chacal, et 
!\I. Ehrenherg pensa qu(^ dans noire Chien il y avait un mélange de jihisieurs es|)éces pailiculiéres. 

De Blainville, datis son O.slroçjrajiliic, après avoir étudié le Chien doniestiipie sous tous les points 
de vu(^ zo(iliigi(pics et anatomi(iui's, en s(^ servant paiticulièrenient de l'osteologie, de l'odontologie, 
et niéiiie de hi ]ialèontologie, conclut ipie cet animal provient d'une espèce particidiére. Le savant 
natinaliste que imus venons de citei' l'ail reniarqiu'r <\\n' « le Chien, redevenu sauvage depuis plus de 
deux cents ans en Amérique, reste (Ihien, et ne redevient pas Loup, ciunme cela a lieu pour le Co- 
chon et le Cliiit, (pii redeviennent Sanglier ou Ciial sauvage, » et croit devuir en concliiic ([lie le Cliieu 



CARNASSIERS. 



53 



domestique est, partout où il se trouve, distiiut des espèces sauvages, mais moins cependant du 
Loup que de toute autre pour l'organisation, moins encore peut-être du Chacal pour les mœurs 
et les habitudes, et par conséquent formant une espèce distincte, comme le génie de Linné l'avait 
pressenti en la désignant par une dénomination particulière, celle de Qinis fiimiliari.i. 

Entin, M. Ilamilton Smith, dans l'ouvrage intitulé Tlic mitnralisrs Lilirani, vol. IX et X, consi- 
dère le Chien domestique comme constituant un sous-genre distinct de relui des Chiens, auquel il 
laisse le nom de Cmiis, et il le subdivise en six sections, auxquelles il applique les noms de Canes 
laclnici, laniarii, vamtici, sagnccs, ttomcstici et urcani , et dans lesquelles il fait rentrer les di- 
verses races généralement admises par les auteurs. 




Fig. IS. — JIûtisHc Loup et de Cliiennn. 



Après nous être étendu aussi longuement sur le Chien domestique en raison de l'importance du 
sujet, nous croyons cependant devoir encore nous occuper de l'histoire de quelques-unes des espè- 
ces les plus importantes, telles que le I^oup, le Chacal et le Renard. 

Le Loup est indiqué, depuis la plus haute antiquité, comme le destructeur par excellence des trou- 
peaux. En hébreu, cet animal est désigné sous les noms de Zccb ou Zaab, qui, suivant M. l'abbé 
Maupied, pourrait venir de -iabah (égorger). Dans les livres sacrés, le Loup est nommé Ltichs ou 
Lolios, d'où doit être dérivé le nom grec de Ltjcaon, et il est indiqué uniquement comme un animal 
destructeur. Il n'en est pas de même chez les Égyptiens, et par suite chez les Grecs; en effet, chez les 
premiers, le Loup était considéré comme le symbole du soleil, produisant la lumière, et c'est même 
dans ce sens que les étymologistes dérivent le nom >.uxo;, et àu/.e, qui, chez les anciens Grecs, signi- 
liail la lumière du point du jour, époque à laquelle le Loup se met en quête pour exercer ses dépré- 
dations. Chez les Latins, le Loup est leur Lupus, d'où nous avons tiré la dénomination actuelle 
de cet animal, de même qu'elle était tirée elle-même du mot grec de xuxo;: pour ces peuples, le Loup 
est devenu le symbole du dieu Mars, à cause de sa férocité et de son ardeur pour le carnage et même 
le leur, à cause de l'histoire plus ou moins apocryphe de l'allaitement de Romulus et de Rémus, fon- 
dateurs de Rome, par une Louve, et au principe plus réel que cette ville obtiendrait l'empire du 
monde par la force des armes; en outre, leurs enseignes conservées et leurs médailles dénotent 
que c'était bien le Loup de nos forêts qu'ils avaient choisi comme symbole. 



34 IIIST01R1< NATlimiLt:. 

Le Cliaciil semble êlrc ranimai ijne les aiieieiis Grées, et même les ailleurs plus récents, ainsi 
qu'on peut le voir dans les ouvrages d'Homère, d'Aristote, d'Hérodote, de Théoerile, d'Oppien, 
(l'Élen, de Pollux, ete., désignaient sous le nom de Tlios (Ou;, ou ô-.;). Ce point a été cependant très- 
controversé, et voici à ce sujet les conclusions qu'en tire De Blainville. « Si l'on pouvait avoir une 
confiance absolue dans la description d'Aristote, en su])posant même que le texte n'a pas été altéré 
par les copistes dans la succession des siècles, on ne pourrait que diflicilement admettre l'identité 
absolue du Tlios et du Chacal. Cependant, en considérant que la desciiption peut être fautive en 
plusieurs points, de quelque part que vienne l'erreur, il est impossible de croire que le Chacal, 
si commun dans tout le Levant, ait pu échapper à la connaissance des anciens. Je regarde donc comme 
très-probable que le Tlios est le Chacal des Orientaux et notre Canis niirciis, ce que Guldensla;dt 
avait également admis, comme presque tous les zoologistes le t'onl aujourd'luii. » Ainsi désigné sous 
la dénomination de Thos, le Chacal aurait été indique dans l'Écrilure sainte, et dans presque tous 
les ouvrages des naturalistes grecs, latins, ainsi que dans ceux du moyen âge, et à plus forte raison 
dans les livres de l'époque actuelle. 

Le Renard, qui est le Carnassier le plus répandu dans tout l'Orient, était désigné, chez les Hé- 
breux, sous les noms de Sclwiiat. School. et, chez les Arabes, sous celui de Sliaar. Les Grecs, de- 
puis Homère jusqu'à Oppien, l'ont nommé MaTtnl, et les Latins, Viilpcs, dénomination (pie cet animal 
a conservée spécifiquement. 

En outre, les diverses espèces de Chiens dont nous venons de nous occuper ont été représentées sur di- 
vers monuments anciens, et ont été indiquées dans différents objets d'art, tels que des tableaux, des sta- 
tues, et sur diverses médailles. Chez les Chinois, le Chien a .'^ervi de modèle à l'un des caractères figura- 
tifs les plus anciens de leur écriture, caractère qui même est devenu la clef de tous ceux qui indiquent 
les animaux quadrupèdes; il en est de même chez les Égyptiens, où il se trouve également comme signe 
hiéroglyphique. Mais cela ne s'applique guère qu'au Chien domestique, ce qui a lieu également pour 
les momies des animaux de ce genre conservées par les Égyptiens. C'est ainsi que l'on peut probable- 
ment rapporter à diverses races du Canis fnmUiaris le C. (irahis de De Blainville, et les C sucer et 
anubis de M. Ehrenberg; toutefois, Savigny rapporte an Chacal (C. aureus) une momie qu'il avait 
trouvée dans les tumulus d'Egypte. 

A l'état fossile, ce n'est qu'en 1774 qu'Esper, le premier, reconnut d'une manière certaine des 
traces de Loup et de Picnard dans les cavernes de Gaylenreulli. Depuis cette époque, des os fossiles assez 
nombreux d'animaux du genre Chien ont été signalés en Italie, en France, en Allemagne et en An- 
gleterre, et cela dans des terrains d'ancienneté très-différente, et ces débris ne se rapportent guère 
qu'au Loup et au Renard. Nous nous occuperons plus tard de ces fossiles, et nous nous bornerons 
actuellement à dire que les auteurs qui s'en sont surtout occupés sont : G. Cuvier, Goldfuss, Wagner, 
Sclimeiling, De Blainville, et MM. Buckland, Marcel de Serre, Dubreuil et Jean-Jean, Dravard, Croizel. 
et Jobert, Murchisson et Gèdéon Mantell, et, enfin, nous citerons M. Lund, qui a signalé des traces 
fossiles de ces Carnassiers dans les cavernes du Brésil. 

Nous avons indiqué la plupart des auteurs qui se sont occupés des espèces du genre Chien, et nous 
compléterons cette liste en donnant la description des espèces et des races; mais nous croyons, 
avant de passer à la partie descriptive, devoir dire quelques mots d'un travail de M. Hamillon Smith 
{llie nalnralïsl's Lïbrarij, t. IX et X, 18591, dans lequel le savant naturaliste anglais crée divers 
sous-genres et divisions dans le genre Chien, et cela en donnant à ces .subdivisions des noms particu- 
liers qui, dans les tendances des naturalistes modernes, feront de chacun d'eux des genres plus ou 
moins utiles, et qui viendront probablement encore surcharger la synonvmie zoologique déjà si em- 
brouillée. M. H. Smith subdivise la famille des C.niiidtv. ou le genre Cliicu. en cinq sous-genres. 

. 1" sous-genre. — C/iao» (nom pro])rei, subdivise eu dix sections ; 

A. Lupus (quatre espèces; type : le Loup ; 

B. Lycïscus (/.uxo;, Loup) (trois espèces; type ; Canïs luirans); 

C. Cltryseits (x?u3eo;, doré) (huit espèces; type : C. priniœvus); 
\). Tlious (six es])èces; type ; C. nnllius, Fr. Cuvieri; 

E. Sacalius (cinq espèces; type : le Chacal); 

F. (Ujnuhpcx (y.jws Chien, a/.o):tï,;. Renai'd) (cinq espèces, ty|)e ; le Corsac); 



2 








CAHNASSIEHS. r.5 

G. Mcgcildlis, lllii;er (pi^ot;, gi'aïul; oj;, (Ji-eille) (( iiiq espèces; tjpe ; le Fennec, que 

nous décrirons séparément^; 
H. CJtrijsociion (/.juac;, d'or; x-jmv, Chien) (une espèce : le Cnnis cnmpcsins. De Wied ); 
I. Diisiciion ( Ju(js;, du nord; xjuv, Chien) (quatre espèces; type : Caiiis aninrcliciis); 
i. Cerdocijon, peu d'espèces; nouvelles et encore peu connues. 

2""' sous-genre. • — Cmiia, comprenant ses Canes fcrï et Canes familiarcs : ces derniers subdi- 
visés en Canes lachnei, laniaii'i, venal'ici, sagaces, domestici et ureani, rcnl'crniant les diverses 
races et variétés de Chiens ordinaires. 

o"" sous-genre. — Vulpes, dans lequel entre un hissez grand nombre d'espèces subdivisées en trois 
sections, et dont le type est le Uenard. 

4"" sous-genre. — Afjriodus (cr.yMc, féroce; oJcu,-, dent); type : Cnnis Lalandn , ou notie Ilyé- 
noïde. 

5"" sous-genre. — Lijcaoïi inom mythologique], ne renlerniaut (|ue le Canis p'uiiis. 




Fi(» 19. — Chien sauvrij;e du Cup. 



Passant maintenant ;i la description des espèces, des races et des nombreuses variétés du grand 
-enre Cliien, nous y admettrons deux sous-enres, ceux des Chiens proprement dits et des Renards, 
et nous regarderons comme formant un groupe générique distinct les Hijénoïdes, ou Chiens à quatre 
doigts i tous les pieds, ainsi que les Fennecs. 



IIISTOHiE NATURliLLb;. 



1" SOUS-GENRE. — CHIENS PROPREMENT DITS. CAMS. Linné. 



CARACTÈRES B1ST1^CTIFS. 

Piipilles des tjeiix rondes, ce (jui démontre des animaux diurnes. 
Queue non touffue. 

Un y admet un assez grand nombre d'espèces; nuiis les principales sont le Cliien ilomey.tiijHe et ses 
nombreuses races et variétés de races, et le Louji ordinaire. 




Fis 20. — Turrler. 



1. ESPÈCE COSMOPOLITE. 



1. CHIE.N DOMESTIQUE. CANIS FA.VILIABIS. LiiinO. 



Caractères spécifiques. — Museau plus ou moins allongé ou raccourci; queue recourbée en arc, 
et se redressant plus ou moins, tantôt inflécliie à droite, tantôt infléchie à gauche; pelage très-varié 
pour la nature du poil et pour ses teintes, à cela près que, toutes les fois que la queue offre une cou- 
leur quelconque et du blanc, ce blanc est terminal; ouïe ayant beaucoup de finesse; vue très-per- 
çante. 

Cette espèce tout entière paraît avoir passé sous l'empire de l'homme. On ne la connaît nulle part 
aujourd'hui à l'étal de pure nature. Des races domestiques ont bien, dans certaines contrées, recouvré 
leur indépendance depuis un nombre assez considérable de générations, et, par lA, elles ont sans 
doute repris quelques-uns des traits de l'espèce sauvage. Il s'en trouve à cet état dans presque toutes 
les parties de l'Amérique; on en rencontre dans quelques contrées de l'Afrique, et il en existe dans 
l'Inde. Ces Chiens sont loin d'avoir perdu toutes les traces de la longue servitude de leur race; en 
effet, leurs couleurs varient encore d'une race et même d'un individu à l'autre, et ils rentrent sans 
résistance dans l'état de domesticité. Ils vivent quelquefois en familles de deux cents individus; ha- 
bitent de vastes terriers, cbnssent de concert, et ne souffrent pas le mélange des individus d'une fa- 
mille étrangère : ainsi réunis, ils ne craignent pas d'atlaquer les animaux les plus vigoureux et de se 
défendre contre les Carnassiers les plus forts; le repos, chez eux, succède immédiatement aux fati- 
gues de la chasse, et, dès que leurs besoins sont satisfaits, ils s'y livrent, comme tous les autres 
animaux sauvages, avec d'autant plus de sécurité, que les dangers qui les entourent sont plus faibles. 



(CARNASSIERS. 



57 



« La rechtirche des aliments et de la sécurité , qui faisait la condition principale de l'existence 
du Chien sauvage, n'est plus pour ainsi dire, comme le fait remarquer Fr. Cuvier dans son savant 
article Cltieti du Diclionnaire des Sciences naturelles, qu'une condition secondaire de l'existence 
du Chien domestique; ce n'est plus en poursuivant une proie qu'il obtient sa subsistance, ce n'est 
pas en fuyant le danger ou en le bravant qu'il peut s'y soustraire, mais c'est en se consacrant 
au service de l'homme. Ce service est devenu la première condition de sa vie, et ce sont les diffé- 
rentes empreintes qu'il en reçoit qui caractérisent les différentes races; de sorte qu'on pourrait, 
jusqu'à un certain point, juger de la civilisation d'un peuple, ou d'une de ses classes, par les mœurs 
des animaux qui lui sont associés. Des causes aussi puissantes que celles des mœurs des peuples et 
des classes dont ils se composent, des climats, de la nourriture, du sol, etc., suffiraient presque 
pour expliquer les nombreuses modiflcations que le Chien domestique a éprouvées, et qui forment ces 
différentes races. Cependant, ces modifications sont si considérables, et de telle nature, que plu- 
sieurs naturalistes ont cru être fondés à penser que nos Chiens n'avaient pas pour souche une seule 
espèce; qu'ils devaient leur existence à des espèces différentes qu'on ne pouvait plus reconnaître 
aujourd'hui à cause du mélange de leurs races. Nous ne partagerons point cette manière de voir 
(c'est Fr. Cuvier dont nous transcrivons ici ce passage) : outre la difficulté bien reconnue des Mulets 
pour se reproduire, difficulté qui n'existe point entre nos Chiens, nous verrons que les modifications 
les plus fortes n'arrivent au dernier degré de développement que par des gradations insensibles, qu'on 
les voit naître véritablement, et que, dès lors, il est impossible de supposer leur existence dans une 
espèce qui aurait antérieurement existé. D'ailleurs, tous les Chiens ont une disposition instinctive 
qui les porte à se réunir en famille, et qu'ils nous montrent dès qu'ils sont dans la situation de le 
faire. Nous avons vu que les Chiens rendus à l'état sauvage vivent ainsi, et les villes d'Orient nous 
montrent le même phénomène dans ces Chiens, qui n'ont aucun maître, qui se sont réunis en fa- 
milles, et qui, après avoir adopté un quartier, n'y souffrent la présence d'aucun Chien étranger. » 




Fig. 21. — Chien du norJ de l'Amérique. 



Entre les différentes races de Chiens, la taille varie considérablement, et les individus n'en sont pas 



58 



HISTOIRE NATURELLE. 



tous moins bien conformés. La taille ordinaire est de soixante-quinze centimètres environ de ioni^ueur, 
non compris la queue; c'est le milieu entre celle du Loup et du Chacal, mais elle peut aller beau- 
coup au-dessus et descendre, au contraire, beaucoup au-dessous. Daubenlon, dans Vllisioire natu- 
relle générale cl particnlière de Duffon, a donné une table très-détaillée des dimensions des Chiens 
des principales races; nous renvoyons nos lecteurs à ce travail, et nous nous bornerons à faire ob- 
server ([u'on y voit un Mâtin dont la longueur, mesurée du bout du nez à l'anus, était de '2 pieds 
H pouces, et la hauteur à l'épaule, de i pied 11 pouces C liynes; un Basset avait 2 pieds 6 pouces 
de long, et seulement i 1 pouces de haut; un grand Danois avait une longueur de 3 pieds 6 pouces, 
et un Épagneul n'avait que \ i pouces de long du museau à l'anus. En outre, nous citerons un Chien 
de la Nouvelle Hollande qui, selon Fr. Cuvicr, mesurait 8 décimètres de la tète à l'origine de la 
queue. Nous ferons, euiin, observer qu'il existe souvent, entre des Chiens de races très-voisines, 
des différences de taille très-considérables, comme entre le grand et le petit Lévrier. 







Fis. 22. — Griffon terrier. 



Les formes de la tète varient aussi beaucoup, et l'on peut en juger d'après ce qu'en dit Fr. Cuvicr, 
qui a montré combien l'intelligence était plus développée dans les races chez lesquelles la cavité cé- 
rebiale est grande que dans celles où elle l'est, au contraire, peu. La tète est quelquefois très-grosse, 
et d'autres fois assez notablement effilée, comme dans le Lévrier. Ce sujet est des plus importants, 
et nous aurons occasion d'y revenir, car c'est sur des considérations tirées de la forme et de la dis- 
position de la tête qu'est basée la classilication des races données par Fr. Cuvier. 

En général, tous les Chiens ont cinq doigts aux pieds de devant, et quatre à ceux de derrière, 
réunis par une membrane qui .s'avance jusqu'à la dernière phalange, avec le rudiment d'un cinquième 
os du métatarse qui ne se montre par aucune trace à l'extérieur. Ces doigts, qui sont d'inégale lon- 
gueur, conservent à peu près les mêmes relations dans toutes les races, excepté l'interne des pieds 
de devant, dont rexlrémité ne s'avance quelquefois pas jusqu'au milieu du métacarpe, tandis que 
d'autres fois il va jusqu'au bout de cet os. De plus, il y a des Chiens qui ont un cinquième doigt au 
pied de derrière, à la face interne : ce doigt est ordinairement très-court; il arrive parfois que sou 
métatarse est imparfait, et que les phalanges et l'ongle seulement sont complets; mais quelquefois 
aussi tous ces os sont bien conformés, cl ne diffèrent de ceux des autres doigts qu'en ce qu'ils sont 
proportionnellement plus petits; mais toutefois, quelques individus ont ce cinquième doigt Irès- 
long, bien ])roporlionnè, et s'avauçant jusqu'à la naissance de la ])remière phalange du doigt voisin. 

La (|ueue varie pour sa longueur, mais est conqiosée, le ])lus habituellement, de dix-huit vertèbres. 



CARNASSIERS. 



59 



La queue est quelquefois basse, ce qui arrive le plus souvent, et parfois, cependant, l'animal la porte 
relevée. 

La domesticité n'exerce pas d'influence sur les organes de la vue, car les yeux de toutes les races 
se ressemblent; il n'en est pas de même pour le nez, la bouclie et les oreilles, qui ]ifuvciit être plus 
ou moins profondément modifiés. L'allongement du museau déterminant un allongement dans les os 
du nez, et conséquemment dans les cornets que ces os renferment, est un des premiers caractères 
par lesquels les Chiens se distinguent, sous le rapport du sens de l'odorat : les races dont le mu- 
seau a un certain allongement, comme le Matin, le Cbien-Loup, le Cliien courant, ont l'odorat beau- 
coup plus délicat que celles qui ont le museau court et obtus, comme le Dogue et le Carlin; cepen- 
dant les Lévriers, qui ne semblent pas sentir avec beaucoup de finesse, font exception à cette régie. 
Enfin, un des changements des plus remarquables qu'ont éprouvé le nez et la bouche de certains 
Chiens consiste dans le sillon profond qui vient séparer leur lèvre supérieure et leurs narines, 
ainsi qn'on l'observe chez certains Dogues, qui reçoivent de ce caractère une physionomie toute par- 
ticulière. Les modilicalions de l'ouïe se manifestent surtout dans la situation et dans l'étendue de la 
conque externe de l'oreille. L'oreille est droite, mobile, et d'une grandeur médiocre dans le Chien 
de berger, le Chien-Loup, etc., ainsi que dans les races peu soumises; mais, dans les races plus pri- 
vées, on voit l'oreille tomber en partie, l'extrémité s'affaisse et n'a plus de mouvement, comme dans 
les Matins; enliu, chez les (Chiens tout à fait asservis, la conque auditive entière ne se soutient plus; 
elle prend une grande étendue par le dévelo|>pement de ses cartilages, comme cela se remarque chez 
plusieurs races de Chiens de chasse, chez les Épagneuls, les Bassets, etc. 




Fis- 23. — Ép;igneul, varlélc. 



Habituellement, les Chiens ont dix mamelles, cinq de chaque côté; savoir ; quatre sur la poitrine, 
et six sur le ventre. « Mais, dit Daubenton, auquel nous empruntons ce passage, il y a de grandes 
variétés dans le nombre des mamelles de ces animaux : de vingt et un Chiens de différentes races, tant 
mâles que femelles, dont j'ai compté les mamelles, il ne s'en est trouvé que huit qui eussent cinq ma- 
melles de chaque coté; huit autres n'en avaient que quatre à droite et autant à gauche; deux autres, 
cinq mamelles d'un côté et quatre de l'aulre; et, en II 11. les trois autres Chiens présentaient quatre mamelles 
d'un côté et seulement trois de l'autre. i> Un fait relatif à la fonction de leiiroduclion (pii doit être 



40 



HISTOIRE NATUHELLE. 



note, c'est que les Chiens sauvages n'entrent qu'une seule fois en chaleur dans l'année, tandis (juc 
le Chien domestique éprouve au moins deux fois par an le besoin du rut, et quelquefois un plus grand 
nombre de fois. Ea geslalion dure soixante-trois jours, et chaque portée produit depuis quatre ou cinq 
petits jusqu'à dix ou douze. Ceux-ci naissent les yeux fermés, et ne voient la lumière qu'au bout d'une 
douzaine de jours. 




^-^--^^^Êè^ 



Fis;. '24. — Tei'iicr d'iîcosse. 



Les poils des Chiens diffèrent, dans les diverses races, par leur nature, par leur couleur, par leur 
finesse, par leur longueur, parleur disposition, et surtout par leur système de coloration. Les con- 
sidérations tirées du pelage de ces animaux étant des plus importantes, nous croyons devoir rappor- 
ter ici ce qu'en dit Fr. Cuvier. « Les Chiens des pays froids ont généralement deux sortes de poils : les 
uns, courts, fins et laineux, couvrent immédiatement la peau, tandis que les autres, soyeux et longs, 
colorent l'animal. Dans les régions équatoriales, cette laine légère et chaude s'oblitère, et finit par dis- 
paraître tout à fait; et il en est de même dans nos habitations, où la plupart des Ciiiens peuvent se sous- 
traire à l'intluence de nos climats et au froid de nos hivers. Le Ciiien turc a la peau nue et huileuse; 
le Dogue, le Dogidn, le Lévrier, le Carlin, ont le poil court et ras; le Chien de berger, celui de la 
Nouvelle-Hollande, le Matin, le Chien d'Islande, ont les poils plus longs que les espèces précédentes, 
mais plus courts que le Chien-Loup, que l'Épagneul, que le Barbet, et surtout que le Bichon, dont 
les poils descendent quelquefois jusqu'à terre. Si l'on considère le poil sous le rapport de la finesse, 
on ne distingue pas moins de races : le Chien de berger, le Chieii-Loup, le Griffon, ont les poils 
durs, tandis que le Biclion, quelques Barbets, le grand Chien des Pyrénées, l'ont soyeux et doux; 
chez les nus, il est droit et lisse; chez les autres, laineux et boucle; ([uelques races ont le corps cou- 
vert de lonL;s poils, tandis ipie la tête et les jambes n'ont que du poil ras; d'autres, au contraire, 
ont la tète et le cou garnis d'une crinière, et le corps couvert de pdils courts; tel est, dans le pre- 
mier cas, le Chien-Loup, ])ar exemple, et, dans le second, le l^.hien-Lion. Sous ce rapport, les (Ihiens 
ortVrnt presque toutes les variations que présentent les poils dans la classe entière des Mammifères. 
l,)u,nU aux couleurs, c'est du blanc, du brun plus ou moins foncé, du fauve et du noir, que celles 
(K's Ciiiens se composent. On voit de ces animaux qui sont entièrement de l'une ou de l'autre de ces 
'ouleurs; mais le plus souvent elles sont dispersées irrégulièremeut par taches, tantôt grandes, tan- 
tôt petites; quelquefois, cependant, on voit qu'elles tendent à se disposer symétriquement; souvenl 
elles se partagent chaque poil et produisent alors des nuances différentes, suivant que le blanc, le 
noir, le fauve ou le brun, dominent; mais on voit des Chiens dont le pelage est send)lable à celui 
du Loup par le mélange du blanc, du fauve et du noir; d'autres plus rares, chez lesquels il est tl'uu 
beau gris ardoisé. Ces couleurs n'accompagnent pas toujours exclusivement certains autres carac- 
tères ; les races de Chiens qu'elles distinguent ne se remarquent pas nécessairement par les formes 



CAIiNASSII'liS. 



41 



(le la l("'te, la nature .les pnils ou les proportions du coriis; lonlcfois, lorsqu'on a soin ilc réiniir di's 
individus de nirnio couleur, la race ordinairement se perpi^lue, et il en est de même pour la plupart 
des autres caractères : nouvelles preuves que les modifications accidentelles finissent toujours par 
devenir héréditaires. » Ajoutons à ces considérations une remarque curieuse rapportée par A. G. Des- 
marest : c'est qiu', toutes les fois que la queue offre une couleur quelconque et du blanc, ce blanc 
est constamment terminal. 




Fiï. 25 — Épagneul, variété. (Newfourulland ' 



Il n'est pas possible de déterminer l'époque à laquelle le Chien a été réduit en domesticité, mais 
cette époque doit remonter aux premiers temps de la civilisation humaine. « Comment l'homme, dit 
Buffon, aurait-il pu, sans le secours du Chien, conquérir, dompter, réduire en esclavage, les autres 
animaux? Comment pourrait-il encore aujourd'hui découvrir, chasser, détruire les bêtes sauvages et 
nuisibles? Pour se mettre en sûreté et pour se rendre maître de l'univers vivant, il a fallu commencer 
par se faire un parti parmi les animaux, se concilier avec douceur et par caresse ceux qui se sont 
trouvés capables de s'attacher et d'obéir, alin de les opposer aux autres. Le premier art de l'homme 
a donc été l'éducation du Chien, et le fruit de cet art, la conqut te et la possession paisible de la terre. » 

Le régime diététique des Chiens n'a pas varié très-notablement avec leur état de domesticité. En effet, 
suivant les diverses contrées qu'il habite, cet animal se nourrit de chair qu'il prend vivante ou qu'il 
chasse, ou bien de charogne; quelquefois aussi il se contente de fruits, de substances végétales, mais 
non de légumes; et, dans certaines localités où les Mammifères et les Oiseaux sont rares, il se rabat 
sur les Reptiles et les Poissons, ce qu'il ne fait pas partout ailleurs. A l'état domestique, on sait 
qu'il est peut-être moins carnassier, tout en préférant une matière animale à tout autre aliment. Le 
Chien boit en lappant. Lorsque le mâle urine, il le fait en levant l'une de ses pattes postérieures, tan- 
dis qiu' la femelle s'accroupit. 

« Plus docile que l'homme, a dit Buffon, plus souple qu'aucun des animaux, non-seulement le 
Chien s'instruit en peu de temps, mais même il se conforme à toutes les habitudes de ceux qui lui 
commandent; il prend le ton de la maison qu'il habite; comme les autres domestiques, il est dêdai- 



■K 



lllSTOIUE NATUllELLi:. 



gneux chez les grands et rustre à la campagne : toujours empressé pour son maître et prevenaiii 
pour ses seuls amis, il ne fait autune attention aux gens indifférents, et se déclare contre ceux qui. 
par état, ne sont faits que pour importuner; il les connaît aux vêtements, i\ la voix, à leurs gestes, ei 
les empêche d'approcher. Lorsqu'on lui a confié pendant la nuit la garde de la maison, il devient 
plus fier et quelquefois féroce; il veille, il fait la ronde, il sent de loin les étrangers, et, pour peu 
(pi'ils s'arrêtent ou tentent de franiliir les barrières, il s'élance, s'oppose, et, ]iar des cris de colère, 
il donne l'alarme, avertit et combat; aussi furieux contre les hommes de proie que contre les animaux 
carnassiers, il se précipite sur eux, les blesse, les déchire, leur ôte ce qu'ils s'efforcent d'enlevei; 
mais, content d'avoir vaincu, il se repose sur les dépouilles, n'y touche pas, même pour satisfaire 
son appétit, et donne en même tenqjs des exemples de courage, de tempérance et de fidélité. » 

Le Cliien a su se prêter à toutes les circonstances qui l'environnent. Ici il est chasseur, dans un 
autre endroit il est pêcheur ou guerrier; ailleurs il est devenu berger ou gardien de nos habitations. 
Ces animaux sont certainement plus intelligents, plus civilisés, si l'on peut se servir de celle expres- 
.■^ion. chez les peuples éclairés que chez ceux qui sont encore dans la barbarie; dans le premier cas 
ils sont susceptibles d'une éducation plus variée, ils sont plus dévoués à leur maître, leurs races sont 
également plus nombreuses; dans le second cas, ils sont féroces, presque sauvages, ayant peu d'atta- 
chement pour l'homme, vivant pêle-mêle avec leurs maîtres, partageant leur nourriture ou plutôt la 
leur dérobant, et ne les aidant que rarement à la conquérir. Ajoutons le tableau admirable de conci- 
sion et d'exactitude qu'en donne Linné. « Le Chien est le plus fidèle de tous les animaux domesli- 
(|nes; il fait des caresses à son maître, il est sensible à ses châtiments; il le précède, se retourne 
quand le chemin se divise. Docile, il cherche les choses perdues, veille la nuit, annonce les étrangers, 




Fi". '20 - Cliien (î'Oiieiil, 



garde les marchandises, les troupeaux, les Hennés, les Bœufs, les ISrcbis, les défend contre les Lions 
et les bêtes féroces, qu'il attaque; il reste près des Canards, rampe sous le filet de la tiiasse, se met 
en arrêt et rapporte au chasseur la pidie qu'il a tuée, sans l'entamer. En France il tourne la broche. 



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CARNASSIERS. 43 

en Sibérie on ralifilc ;iii Iraini'nii; lur.sqiidn csl à t.iblc, il dcniandi' à manifci'; quand il a vole, il 
nian lie la queue entre les jambes; il pri-oi^iie en mangeant; pafmi les autres Chiens, il est toujours le 
ni itre chez lui; il n'aime point les mendiants, il attaque sans provoeation ceux qu'il ne connaît pas. » 




ssgîgsç-^5^^ 



>.ii;j>-. — - 



Fig. 27 — Kpag;nciil, v.iriiHé. (Spiiiigei'.' 



A ces détails déjà nombreux, nous ne pouvons cependant résister au désir de donner encore quel- 
ques extraits des magnifiques pages consacrées par Buffon à l'histoire du Chien, et nous pensons que 
nos lecteurs, tout en rectifiant peut-être quelques-uns des faits avancés par notre illustre peintre de 
la nature, nous en sauront gré. « Le Chien, indépendamment de la beauté de sa forme, de la vivacité, 
de la force, de la légèreté, a par excellence toutes les qualités intérieures qui peuvent lui attirer les 
regards de l'homme. Un naturel ardent, colère, même féroce et sanguinaire, rend le Cliieii sauvage 
redoutable à tous les animaux, et cède dans le Chien domestique aux sentiments les plus doux, au 
plaisir de s'attacher et au désir de plaire; il vient en rampant mettre aux pieds de son maitre son 
courage, sa force, ses talents; il attend ses ordres pour en faire nsaire, il le consulte, il l'interroire, 
il le supplie, un coup d'œil suffit, il entend les signes de sa volonté; sans avoir, comme l'homme, la 
lumière de la pensée, il a toute la chaleur du sentiment; il a de plus que lui la fidélité, la confiance 
dans ses affections; nulle ambition, nul intérêt, nul désir de vengeance, nulle crainte que celle de 
déplaire; il est tout zèle, tout ardeur et tout obéissance; plus sensible an souvenir des bienfaits 
qu'à celui des outrages, il ne se rebute pas par les mauvais traitements, il les subit, les oublie ou ne- 
s'en souvient que pour s'attacher davantage; loin de s'irriter on de fuir, il s'expose de lui-même à de 
nouvelles épreuves, il lèche cette main, instrument de douleur qui vient de le frapper, il ne lui op- 
pose que la plainte, et la désarme enfin par la patience et la soumission. L'on peut dire que Ic 
Cliien est le seul animal dont la fidélité soit à l'épreuve; le seul qui connaisse toujours son maitre et 
les amis de la maison; le seul qui, bu-squ'il arrive un inconnu, s'en aperçoive; le seul qui entende 
son nom et qui reconnaisse la voix domestique; le seul qui ne se confie point à lui-même; le seul qui, 
lorsqu'il a perdu son maitre et qu'il ne peut le retrouver, l'appelle par ses gémissements; le seul qui, 
dans un voyage long qu'il n'aura fait qu'une fois, se souvienne du chemin et retrouve la route; le 
seul enfin dont les talents naturels soient évidents et l'éducation toujours heureuse. 

« Le Chien, lidèle à l'homme, conservera toujours une portion de l'empire, un degré de supériorité 
sur les autres animaux; il leur commande, il règne lui-même à la tête d'un troupeau, il s'y fait mieux 
entendre que la voix du berger; la sûreté, l'ordre et la discipline sont les fruits de sa vigilance et de 
son activité: c'est un peuple qui lui est soumis, qu'il conduit, qu'il protège, et contre lequel il n'em- 
]iloie jamais la force que pour y maintenir la paix. Mais c'est surtout à la guerre, c'est contre les 
animaux ennemis ou indépendants qu'éclate son courage, et que son intelligence se déploie tout en- 
tière : les talents naturels se réunissent ici aux qualités acquises. Dès qiie le bruit des armes se fait 



4i HISTOIRE NATUlïKLLF. 

t'iitciulre, (lès que le son tlu cor ou la voix du ciiasseur a iloiiué le siçfiial d'une j^uerre [irocliaine, 
hi'ûlant d'une ardeur nouvelle, le Chien marque sa joie jiar les plus vils transports, il annonce pai' 
ses mouvements et par ses cris l'impatience à combattre et le désir de vaincre; marchant ensuite en 
silence, il cherche à reconnaître le pays, à découvrir, ii surprendre l'ennemi dans son fort; il re- 
cherche ses traces, il les suit pas à pas, et par des accents différents indique le temps, la distance, 
l'espèce et même l'âge de celui qu'il ])oursuit. Intimidé, épuisé, désespérant de trouver son salut 
dans la fuite, l'animal ( principalement le (lerf ) se sert aussi de toutes ses facultés, il oppose la ruse 
à la sagacité; jamais les ressources de l'instinct ne furent plus admirables : pour faire perdre sa 
trace, il va, vient et revient sur ses pas; il fait des bonds, il voudrait se détacher de la terre et sup- 
primer les espaces; il franchit d'un saut les routes, les haies, passe :\ la nage les ruisseaux, les ri- 
vières; mais toujours poursuivi, et ne pouvant anéantir son corps, il cherche à en mettre un autre à 
sa place; il va lui-même troubler le repos d'un voisin plus jeune et moins expérimenté, le fait lever, 
marcher, fuir avec lui; et, lorsqu'ils ont confondu leurs traces, lorsqu'il croit l'avoir substitué à sa 
mauvaise fortune, il le quitte plus brusquement encore qu'il ne l'a joint, afin de le rendre seul l'objet 
et la victime de l'ennemi trompé. Mais le (Ihieu, par cette supériorité que donnent l'exercice et l'édu- 
cation, par cette finesse de sentiment qui n'appartient qu'à lui, ne perd pas l'objet de sa poursuite; 
il démêle les points communs, délie les nœuds du fil tortueux qui seul peut y conduire; il voit de 
l'odorat tous les détours du labyrinthe, toutes les fausses routes où l'on a voulu l'égarer; et, loin 
d'abandonner l'ennemi pour un indifférent, après avoir triom]ihé de la ruse, il s'indigne, il redouble 
d'ardiuir, arrive enfin, l'attaque, et, le mettant à mort, étanche dans le sang sa soif et sa haine. Ce 
penchant pour la chasse ou la guerre nous est commun avec les animaux; l'homme sauvage ne fait 
que combattre et chasser. Tous les animaux qui aiment la chair et qui ont de la force et des armes 
chassent naturellement : le Lion, le Tigre, dont la force est si grande qu'ils sont sûrs de vaincre, 
chas.sent seuls et sans art; les Loups, les Renards, les Chiens sauvages, se reunissent, s'entendent, 
s'aident, se relayent et partagent la proie; et, lorsque l'éducation a perfectionné ce talent naturel 
dans le Chien domestique, lorsqu'on lui a appris à réprimer son ardeur, à mesurer ses mouvements, 
(pion l'a accoutumé à une marche régulière et à l'espèce de discipline nécessaire à cet art, il chasse 
avec méthode, et toujours avec succès. » 




f/yfp'%,;. tr 

Fijç. 28 — Griffon, variétL'. (Teiiier ) 



Un des usages les plus anciens (pie l'on lit des (iliieus au nivjyen ûge doit être cité ici : on se ser- 
vit de ces animaux comme d'auxiliaires dtw Espagnols dans leuis expéditions militaires du nouveau 
monde. Christophe Colomb, à sa première affaire avec les Inilieus, avait tuie troupe composée de deux 
ceuls fantassins, vingt cavaliers et vingt Limiers. Les Chiens furent ensuite enqdoyes dans la con- 
(|uélc des differeiilcs parties de la tern ferme, siirluiil au .Me\i(iue et dans la Nduvellc-tlrcnadc, 



CARNASSIERS. 45 

ainsi mit- dans tous li's points où la résistance des Indiens fut prolongée. Pu reste les Romains s'en 
sont e-alement servis dans leurs guerres des Gaules, et de notre temps ou les a employés :'i la guerre 
dans les Antilles. 




Fifî- 29. — Dcnii-Kiwrieul. 



La vie des Chiens est ordinairement bornée à quatorze ou quinze ans, quoiqu'on en garde quel- 
ques-uns jusqu'à vingt ou vingt-cinq. On peut connaître l'ûge de ces animaux en examinant leurs 
dents, qui, danslajeunesse, sontblanches, tranchantes et pointues, et qui, à mesure qu'ils vieillissent, 
deviennent noires, mousses et inégales; on le connaît aussi par le poil, car il blanchit sur le museau, 
sur le Iront et autour des yeux, lorsque ces animaux commencent à se l'aire vieux. La mort, qui n'arrive 
habituellement qu'après la vieillesse, est souvent précédée de la décrépitude ou de quelques maladies 
telles que la gale, les rhumatismes, etc. Quelquefois ces animaux deviennent excessivement gras, 
c'est ce qui arrive lorsqu'ils ont trop de nourriture et pas assez d'exercice. Dans leur jeune âge, ils 
sont presque tous tourmentés par un mal qui en emporte un grand nombre : ce mal est connu sous 
le nom de maladie des Chiens; il parait tenir, dit-on, à un état particulier des organes cérébraux. 
Les Chiens sont aussi très-sujets au ténia, mais il est rare qu'ils périssent par cette cause. 

Une maladie beaucoup plus cruelle que celles que nous venons d'indiquer, et des plus dangereuses en 
ce queleChicn la communique malheureusement beaucoup trop souvent à l'homme, est l'hydrophobie ou 
la rage. On sait que le Chien est à peu prés le seul animal chez lequel cette maladie se déclare spontané- 
ment. Bien des causes ont été attribuées au développement de la rage : ce sont principalement la cha- 
leur, la privation de boisson, l'excès du froid; puis, selon des expériences assez récentes, on pourrait 
croire que la principale cause serait une continence absolue ou même seulement prolongée. Malgré 
les nombreux écrits publiés sur ce sujet, malgré les nombreuses recherches d'hommes qui semblent 
le plus compétents pour juger ce sujet, c'est à dire de médecins et de vétérinaires, on ne sait encore 
rien de bien positif sur les causes qui produisent cette terrible maladie. Dans cet état de choses, 
peut-on, ainsi que le font plusieurs auteurs, et spécialement M. Boitard dansle/>ic/ionrifl(re univer- 
sel d'lHs:oire naturelle, blâmer le gouvernement de notre pays des mesures de précaution qu'il a 
cru devoir prendre à certaine époque de l'année contre les Chiens qui errent en si grand nombre dans 
nos villes et nos campagnes? Ne pourrait-on pas plutôt lui demander de chercher, par un iuquii no 



46 HISTOIRE NATURELLE. 

par tout autre moyen, à diminuer le nombre des Ciiiens, qui, d'après des stalisliques récentes, con- 
somment, dit -on, en France au moins un millième des substances alimentaires qui s'y trouvent, et ne 
devrait-on pas tout au moins l'engager a maintenir toute l'année les mesures de police qu'il a mises en 
vigueur et qu'il ne fait guère exécuter que pendant les fortes chaleurs'.' Nous motivons cette dernière 
proposition sur ce que des cas de rage ont été signalés non-seulement en été, mais aussi à toutes les 
autres époques de l'année, surtout en hiver. 

Utiles sous plusieurs rapports pendant leur vie, les Chiens le sont encore après leur mort; leur 
peau est employée à divers usages dans l'industrie. Quant aux peuples des îles de la mer du Sud et 
de la Nouvelle-Hollande qui s'en nouirissent, on sait qu'ils sont quelquefois en même temps anthro- 
pophages, et, en effet, c'est déjà l'être à moitié, dit Rernardin de Saint-Pierre, que de manger des 
Chiens. . 

Ainsi que nous l'avons déjà dit, le Chien, ayant suivi l'homme sur tous les points de la terre, a dû 
comme lui éprouver les influences des divers climats; de plus, soumis à une antique domesticité, il 
en a subi les conséquences et présente des races très-caractérisées et souvent constantes. Nous allons 
passer en revue les principales en suivant le travail de Fr. Cuvier, qui a établi sa classification .sur 
l'ostéologie de la tête, et qui, s'il n'est pas parvenu à un résultat parfait, a, dans le plus grand 
nombre des cas, pu trouver des caractères assez marqués et assez constants. Dans cette classification 
que nous suivrons et à laquelle nous joindrons des races et des variétés que n'a pas indiquées Fr. (en- 
vier, les Chiens sont partagés en trois familles ou races principales, dans lesquelles les nombreuses 
variétés et sous-variétés viennent prendre place; ces races sont celles des Maints, Epayneitls ei 
Dogues. 




P'i^ 30 — Chien lie licrgcr il'AirrL'i'ii|ii 



CARNASSIERS. 47 



V RACE. — MATINS. 

CAR.4CTÈRES DISTINCTIFS. 

Têle plus ou moins allongée, avec les parièlaux tendant à se rapprocher, mais d'une manière 
presrpie insensible, en s'élevant au-dessus des temporaux; condijle de ta mâchoire inférieure sur la 
même ligne que les dents molaires supérieures. 



1. CIIIE.N riE LA NOUVELLE-HOLLANDE ou DINGO. CAMS FAMIUARIS AUSTRALIJE. A. -G. Dcsmarat. 

T;iille et proportions du Chien de berger, excepté la tête, qui ressemble entièrement à celle du 
Matin. Pelage très-fourni; queue assez touffue; deux sortes de poils, des laineux gris et des soyeux 
fauves ou blancs; dessus de la tête, du cou, du dos et de la queue d'un fauve foncé; dessous du cou 
et poitrine plus pâles; museau et face interne des cuisses et des jambes blanchâtres. Longueur du 
corps, depuis le bout du museau jusqu'à l'origine de la queue, 0'°,50. 

Cette variété est pour Fr. Cuvier celle qui se rapproche le plus du type spécifique, c'est pour cela 
qu'il la place en tète de toutes les autres cl qu'il en donne une description des plus complètes. 

Le Chien de la Nouvelle-Hollande, qui a été découvert par Peron et Lesueur aux environs du port 
Jackson, est très-agile; il court avec la queue relevée ou étendue hoiizontalement, avec la tête haute 
et les oreilles droites; il est très-vigoureux et rempli de courage; vorace et se jetant sur les volailles 
ou la viande qu'il trouve à sa disposition, sans ([ue la crainte d'aucun châtiment puisse le retenir; il 
n'aboie pas, et hurle, dit-on, d'une manière lugubre. Aussi hardi qu'affamé, ce Chien ne craint pas 
de se jeter quelquefois sur le gros bétail, et lui fait des morsures presque toujours mortelles: quand 
il surprend un grand Kanguroo, il s'élance sur son dos, s'y cramponne et le déchire; mais, si celui-ci 
l'aperçoit et se retourne pour le combattre, le Dingo se retire â quelques pas pour recommencer .son 
attaque aussitôt que l'autre veut partir, et linit souvent par le tuer. Ce Chien est le compagnon des 
sauvages qui, aujourd'hui, sont relégués vers le centre du continent australien. 



2. CHIEN DES HIMALAYAS ou WAH. C;tiV/S FAlUlLIAItrs RtlUAlAïENSIS. Hog.<on. 

Tête allongée; museau pointu; oreilles droites, pointues; queue touffue; pelage d'un gris cendré 
sous la gorge, avec deux taches noirâtres sur les oreilles; poils extérieurs bruns, soyeux, et les inté- 
rieurs cendrés, laineux. 

Se trouve dans les montagnes de l'Himalaya. 



3. CHIEN DE SUMATRA. CAMS FAMIUARIS SUMATRENSIS. Hardwieli. 

Museau pointu; yeux obliques; oreilles droites; jambes hautes; queue pendante, très-louffue, plus 
grosse au milieu qu'à la base; pelage d'un roux ferrugineux, plus clair sur le ventre. 

Il a beaucoup d'analogie avec le Chien de la Nouvelle-Hollande, ainsi qu'avec le Quao, et il se 
trouve dans les foiéts de Sumatra. 



à. QUAO. CA.MS FAMILIAIIIS QUAO. lliinlwlcli. 

Oreilles moins arrondies que celles de la variété précédente; queue plus noire. 

Se rencontre dans les montagnes de Ransgbor, dans l'Inde, où il paraît vivre à l'élal sauvage. 



t8 HISTOIRE NATUHKLLE. 



u. CHIb-iN DE L\ NOUVELLE-IRLANDE ou POULL. CAMS FMIII.I.iniS IIYIŒKMM. Lcssnii. 

Museau pointu; oreilles courtes, droites et pointues; jambes grêles; pelage ras, brun ou fiiuve. 
Les habitants de la Nouvelle-Irlande le multiplient et l'élèvent dans des sortes de parcs pour 
manger, et ils l'ont habitué à se nourrir de tout, principalement de végétaux et de poissons. 



ti. CHIEN DES INDES-ORIENTALES ou DIIOLE. CAMS FAMILfARIS l\DICUS. Bn l:in) 

Forme et taille du Chien de la Nouvelle-Hollande: pelage d'un roux uniforme brillant; queue |ieu 
toufl'ue. 

Cette variété vit à l'état sauvage en Orient, et, dit-on, aussi dans l'.^fiique méridionale; les divers 
individus se réunissent en troupes nombreuses pour chasser les Gazelles, ce qu'iis font en plein jour 
pour éviter la rencontre des Léopards et des Lions. 



A ces espèces sauvages on doit probablement joindre : 



7. CHIEN MARRON D'AMERIQUE. CAMS FAMlLIAItlS AMERICANUS. Nobis 

Uiffère des Lévriers en ce que sa taille est un peu moins élancée; tête plate et longue; museau 
effdé; pelage hérissé, fauve ou brunâtre. 

Ne serait-ce pas à cette variété qu'on devrait rapporter les Canis Norœ-Ccdcdonta' et Canadoisis 
décrits en quelques mots parRichardson? 



8. CHIEN DU CAP DE BONNE-ESPÉRANCE. Kolbe. CAMS FAMlLIAItlS CAPEKSIS. Nobis. 

Museau pointu: oreilles droites; queue longue, traînant presque à terre; pelage clair, long, tou- 
jours hérissé, un peu fauve. 

On le rencontre vivant à l'état sauvage et à celui de domesticité, et on le dit excellent pour la 
garde des troupeaux; il existait dans le midi de l'Afrique avant le voyage de Vasco de Gama : aujour- 
d'hui on le trouve marron au Congo. 

Les Canis laqopus, Richardson, des rives de la Makensie, dans l'Amérique boréale, et le Cavi>s 
Diikiincmis, Sykes, des Mahrattes, sont placés par Lesson dans la même division que les variétés 
précédentes. 



J. CHIEN MATIN CAMS FAMILIAHIS LANIARIUS. Linnô. 

Têie allongée; front aplati; oreilles droites à la base et demi-pendantes dans le reste de leur 
étendue; taille longue, assez grosse, sans être épaisse; jambes longues, nerveuses, fortes; queue 
relevée en haut ; pelage assez court sur le corps et plus long aux parties inférieures et à la queue; 
couleur ordinairement fauve jauniitre, avec des rayures noirâtres, obliques, pandléles entre elles, 
mais peu marquées et irrégulièrement disposées sur les (lancs : d'antres individus blancs, gris, bruns 
ou noirs uniformes. Longueur du corps entier, depuis le bout du museau jusqu'à l'origine de la 
queue : environ I"'; hauteur : 0'",35. 

Gmelin y forme deux sous-variétés qu'il nomme Cnnis laniarius npiiniix et suillu.i. 

Ce Chien est fort et courageux, il se bat avec vigueur contre b s Loups; il est assez intelligent et 



CARNASSIERS. 49 

très-attaché à son niaitie. On remploie parfois à la chasse du Sanglier et du Loup, mais le plus sou- 
vent il est destiné à la garde des habitations rurales et à celle des troupeaux. 




Fis 51. — M/iliii 



10. CHIEN DE TERRE-NEUVE. CAMS FAMIitARIS TEnitM-mVM Blumonbacli. 

Tète plus large que celle du Mâtin; museau plus épais; oreilles pendantes; pâlies fortes; pieds 
conformés comme ceux des autres Chiens, quoique l'on dise généralement qu'il les a palmés; poils 
longs, noirs et blancs. 

Habite Terre-Neuve, la Nouvelle-Ecosse, et est remarquable par son courage. 11 se plail à aller 
dans l'eau pour en retirer les objets qui flottent à sa surface; il est aimant, fidèle et [leut recevoir 
une certaine éducation. La réputation de celte variété est trop connue [tour que nous entrions dans 
plus de détails sur ses mœurs. 



11. GRAND DANOIS. Budon. CAMS FAMILIAItlS DAMCIS MAJCIt Builar.l. 



Il lient un peu du Mutin, mais il a les formes plus épaisses, le museau plus gros et plus carré, les 
lèvres un peu pendantes; son pelage est toujours d'un fauve noirâtre, ra\é transversalement de ban- 
des à peu prés disposées comme celles du Tigre. C'est le plus grand de tous les Chiens, car on as- 
sure en avoir vu d'aussi grands qu'un âne. 

Une sous-variété indiquée par Gniclin porte le nom de Canis Dunints cursorius. 

C'est le plus paresseux et le plus inol'fensif de toutes les variétés de Chiens; il est probable que 
les Chiens d'Épire, si célèbres par leur force, appartenaient à une race croisée du grand Danois et du 
Mâtin, race qui existe encore aujourd'hui et qu'on emploie à la chasse du Loup et du Sanglier. 

c2 7 



50 HISTOIRE NATURELLK. 



12. DANOIS MOUCIlETli. CAMS FAMILIAIIIS VAMCVS. A. -G Desmaresl. 

Plus mince et plus léger que le Mâtin, dont il atteint la taille; pelage habituellement blane, marqué 
de taches arrondies, petites et nombreuses; queue grêle, relevée, recourbée; yeux souvent avec une 
partie de l'iris d'un blanc bleuâtre. 

Cet animal est [uirement de luxe; il était de mode autrefois de le faire courir devant les chevaux de 
carrosse. 

Quant au petit Danois, nous en parlerons plus tard, parce qu'il n'appartient probablement pas à la 
race que nous étudions actuellement ; au moins d'après l'opinion de la plupart des naturalistes. 



15 LEVRIEIl. CAMS FAMIIJARIS GltAlUS. Linné. 

Museau trés-allongé, et beaucoup plus que dans aucune autre variété de Chien; front très-bas, ce 
qui est causé par l'oblitération des sinus frontaux; lèvres courtes; jambes minces et irè.s-longues; mus- 
cles maigres; abdomen très-rétréci; (U'cillcs à demi pendantes; pelage essentiellement composé de 
poils soyeux, manquant souvent de cinquième doigt aux pieds de derrière; queue peu charnue. Lon- 
gueur totale : environ 0'",6G. 




I.L'vrio 



Ce Chien a une intelligence bornée, est peu susceptible d'éducation, très-sensible aux cares.ses, 
même des personnes qu'il n'a jamais vues, et s'attachant peu à son maître. Ses formes sont sveltes et 
légères. Sa vue est excellente; son ouïe très-line. Sa course est très-rapide, ce qui fait que les va- 
riétés de grande taille sont employées à la chasse à courre, principalement à celle du Lièvre et du 
Lai)in. Toutefois, les Lévriers d'Ecosse et d'Irlande étaient aussi autrefois en usage comme Chiens de 
garde. 

Buffon considère le Lévrier comme propre aux contrées chaudes de l'Europe, et il le fait des- 
cendre de la race du Mâtin. 
• On y distingue plusieurs sous-variétés, telles que : 

\. LE GRAND I.IÎVRIIÎR. 

A pelage d'un gris ardoisé tirant Irès-rarcment sur le fauve, (U'dinairement court r>t lisse, quelque- 
fois long, roide et hérissé. 




pio 1 . _ (.'.liai lie Java 




Fig. 2. — Chat oraé. 



n. ■ 



CARNASSIERS. 51 

B. LE I.ÉVRIEH u'II.LA^DE. 

A pelage blanc ou caiinollt'. 

C. 1,E I.ÉVBIER DE I.A HAUTE-ÉCOSSE. 

A poils rudes et rougeàtres mêlés de blanc, qui couvrent la moitié des yeux: oreilles pendantes; 
taille, grande. 

D. LÉVRIER DE RUSSIE. 

Corps grêle, couvert de poils longs, assez grossiers, divisés par mèches; queue très-longue, roulée 
en spirale. 

E. LÉVRON ou LÉVRIER d' ITALIE. 

De petite taille; pelage blanc ou de couleur Isabelle claire, quelquefois varié de ces deux couleurs. 

F. LÉVRIER CHIEN TURC. 

Présenlanl les formes du Lévron, avec la peau nue et grasse du Chien turc; tremblant continuelle- 
ment comme ce dernier. 

Une variété voisine du Lévrier est leCaiiis Icporaiius Amcricamis, Godes, propre aux Antilles, et 
qui n'est pas suffisamment connue. 

Nous ajouterons encore deux autres variétés qui sont regardées par quelques zoologistes comme ne 
s'éloignant pas beaucoup du Matin; ce sont le CItien de bercjer et le Cliieu du mont SaiiH-Bcinard. 
que l'on rapproche aussi parfois du Basset, 

14 CHIEN DE BERGER. CANIS FAMIUAItlS D03IESTICUS. Linné. 

Semblable au Matin, mais à oreilles courtes et droites, à queue horizontale ou pendante, à pelage 
long, hérissé, noir ou noirâtre. 

Cette variété très-intelligente est surtout employée pour la garde des troupeaux; elle est très- 
sobre et très-attachée à son maître. 

. En Afrique, en Amérique et en Asie, les variétés du Chien de berger sont si nombreuses, qu'il y 
en a de toutes les tailles et de toutes les couleurs, mais conslanimenl avec les mêmes formes et tou- 
jours avec le poil hérissé. Dans le midi de l'Angleterre, ce chien est ordinairement blanc et noir, 
avec les poils parfois crépus ; ceux d'Ecosse sont les plus petits de tous; en France ou en distingue 
deux sous-variétés sous les noms de CItien de Brie et de Chien de montagne. 

15. CHIEN DU MONT SAINT-BERNARD ou DES ALPES BoUard. 

Cette variété, très-voisine du Chien de berger, est née de la femelle du Mâtin croisée avec un mâle 
du Chien de berger . le Chien a conservé la taille de sa mère et acquis le pelage et l'interigence de 
son père. 



52 



HISTOIRE NATLItELLE. 



C'est cette variété que les moines du mont Saint-Bernard ont dressée à aller ù la reclierelie des 
voyageurs égarés dans les montagnes, et parfois enterrés plus ou moins dans les neiges; et tout le 
monde sait avec quelle sagacité, quelle ardeur de zèle, ce Chien s'acquitte de ces pieuses fondions 

M. Boitard réunit aux animaux qui forment cette race les Chien cnAniEH (Canis ilwus), Linné et 
Petit Koupaba (Cmiis caviœvorus), que la plupart des zoologistes regardent comme formant deux'es- 
pèces particulières. 




Fig. 33. — Chien de bercer. 



2' RACE. — EPAGNEULS. 



CAP.ACTiitîES DISTINCTIFS. 



Trie mciriocrniinil allonçjcc, avec les paiiclattx ne Icudanl pas à se rapproclier dis leur iiit'is- 
sancc au-dessus des temporaux, s'écartaiil nu coulraire el se reuflaut de mauicrc h nçirandir la ea- 
v'ilé cérébrale et les sinus frontaux. 



16 lÔPAGNEUL. CAMS FAMII.IARIS liSTnÀItHIS. Linné. 



Oreilles larges, pendantes; jambes sèches, courtes; corps assez mince; queue relevée; pelage 
do longueur inégale dans les différentes parties du corps, composé de poils tics-longs aux oreilles, 
sous le cou, derrière les cuisses, sur la face postérieure des jamlies, sur la queue el plus court sur 
les autres parties du corps : généralement blanc avec des taches brunes ou noires, particulièrement 
sur la tête; une tache fauve au-dessus de chaque œil dans les individus dont la télé est noire; taille 
petite. 

Cette variété, de petite taille, présente plusieurs sou.s-variétés, et conqirend des animaux dciués 
d'une grande inleJligeuce et très-attachés à leur maître. Le (jrand 1ipa(jncnl el le Lkicn de (lalabre 



CARNASSIERS. 53 

sont supérieurs aux petites sous-vai'ietés sous le rapport de hi linesse de l'odorat; ils sont seuls em- 
ployés à la chasse : le premier comme Chien couchant ou Chien d'arrêt et le second dans la chasse 
au Loup. Le petit Epaçjncid, le Grcdhi, le Pijrame, le Bichon et le Chien-Lion sont élevés pour 
l'agrément, et l'on est parvenu à rapetisser leur taille considérablement. 
Ils sont originaires d'Rspagne et se trouvent surtout dans l'Europe méridionale et tempérée. 



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Fig. 34. — l'^pagnctil. 



Les sous variétés sont : 



A. GRAND ÉPACNEDL. 



Front assez aplati; nez quelquefois fendu; queue médiocrement loufl'ue. Longueur du corps: 0"", 80; 
hauteur au train de devant : 0'",16. 

Vi. CUIEiN DE CALABRE. 

!>(■ la taille du précédent et participant de ses caractères et de ceux du Danois, desquels il 
IM'ovient. 

C. PETIT Él'ACNEUL. 

Tète petite, arrondie; oreilles et queue couvertes de longs poils. Longueur du corps : 0'",32; hau- 
teur au train de devant : O"",!?. 



D. GREDIN. Canis fnniiHaris brcvipiliis, Linné. 

En tout semblable, pour la taille et les formes du corps et de la tète, au petit Égagneul; pelage 
entièrement noir; queue médiocrement touffue. 



bi HISTOIRE NATLHELLK. 



E. l'ïllAME. 

Presque semblable, pour la taille, au petit Épayiieul; pelai;e noir, iiiart|ué de feu bui' les yeux, 
sur le museau, sur la gorge et sur les janiLes. 

F. BICHON ou cuiiî.N DE MALTE. Conh McHuciis, Liiifié. 

Museau semblable à celui du petit Barbet; poil de tout le corps et de la tête exeessivemeni long et 
soyeux, ordinairement blanc. Taille très-petite. 

G. CHIEN Lioji. Canis familiaris Iconinus, Linné. 

Ne diffère du Bichon qu'en ce que le poil est court sur le corps et la moitié de la queue, tandis 
qu'il est aussi long que celui du Bicbon sur la tête, sur le cou, sur les quatre jambes et sur le bout 
de la queue. 

On peut encore ajoutera ces sous-variètés les suivantes : VEpagneul frise. VEpa(jm'nl iwglais et 
YÉpagneiil écossuis ou Cliien anglais, qui est aujourd'hui assez rare en France et se distingue par 
son pelage blanc avec de larges taches blondes. 



17 CIIIIÎN TERRIER ou RENARDIER. CAMS FAVlilAniS VVI.PI\M!IVS. 

Petit, robuste, musculeux; museau fort, un peu court; oreilles petites, à demi pendantes; jambes 
assez courtes; pelage ras, brillant, noir, avec le derrière des pattes, les joues et deux taches sur les 
yeux d'un fauve vif. 

Ce Chien est courageux, hardi, entreprenant, mais peu attaché à son maître; on l'emploie à la 
chasse pour acculer le Renard dans sou terrier, où il pénètre aisément. On en connaît une sous- 
variété, le Terrier (friffon, qui se distingue du type par ses poils plus longs, plus ou moins hé- 
rissés. 



l'î. CHIEN DE CURA. r.4A7S FAMII.IAniS VALLEIIOSVS. I.esson. 

Intermédiaire au Barbet et à l'Epagneul; pelage blanc, satiné et soyeux, frisé : poils très-longs, 
très-flexueux, épais sur la tète et tombant en crinière; nez noir; pattes courtes, couvertes de sortes 
de manchettes frisées; queue touffue; oreilles amples, tombantes. 

Cette variété est particulière à l'Ile de Cuba. 



10. BARBET ou CAMCIIK. CAMH FAMILIAIllS AQUATICUS. Linné. 

Tète grosse, ronde; cavité cérébrale plus vaste que dans aucune autre race; sinus frontaux Irès- 
developpés; oreilles larges, pendantes; j;indjes (■(uirles; corps épais, raccourci; queue presque hori- 
zontale; poil long, frisé sur tout le corps, de couleur noire ou tacheté de noir sur du blanc, quelque- 
fois tout blanc, ou bien jaunâtre ou loussàtre. Longueur de la tète et du corps : 0"',80. 

Le Rarbet est de tous les animaux de ce genre celui dont l'intelligcMice parait le plus susce|)tihle 
de (levelo|ipcini'nl; il est extrêmement allachè .1 siin niaitre., et l'un sait que c'est par excellence le 



CARNASSIERS. 



55 



Chien de l'aveugle. Il aime l'eau et nage avec la plus grande facilité. Ou l'emploie utilement ;\ la chasse 
des oiseaux aquatiques. On y distingue deux souj-variéles, le pclil Barbet et le Griffon, qui, de petite 
taille, sont élevées dans les appartements, et dont la seconde sous-variété ceoendant chasse assez Lien. 




Fig. 35. — Barbet ou Cnniolie. 



A. TETiT BARBET. Citiiis fiimilinris mhior, Linné. 



Semblable au Barbet par le port, par la figure, par le poil du corps, long et frisé; museau moins 
gros à proportion; poil soyeux sur le sommet de la tète, sur les oreilles et à l'extrémité de la queue. 



B. 



cnirrON. 



Forme du Barbet; oreilles légèrement redressées; pelage long, non fiisé et disposé par petites 
mèches droites dans toutes les directions; couleur ordinairement noire, avec des taches de feu sur 
les yeux et les pattes; museau garni de longs poils comme le corps. Taille médiocre ou petite. 

Lesson indique encore comme sous-variétés le Can'is flammctis, Bechsteiu et I'Alco {Canis fami- 
Haris Amcricanus, Linné), qui est propre au Mexique et est très-imparfaitement connu. 



20. ClIltiN COUn.INT ou CIlIliN DE CHASSE. CAMS FAMILIATIIS GALLICIS. Linné. 



Museau aussi long et plus gros que celui du Mâtin; tête grosse, ronde; oreilles trè.s-larges, très- 
longues, pendantes; jambes longues, charnues; corps gros, allongé; queue relevée; poil court, à peu 
près de même longueur sur tout le corps, d'un blanc uniforme ou d'un blanc varié de taches noires, 
brunes ou fauves irrégulièrement distribuées. Longueur du corps : O^iRG; hauteur au train de de- 
vant : 0'",55. 



56 IIISTOlIiE NATUr.ELLE. 

Celte variété, originaire de la France, est propre à la chasse et employée surtout dans celle des 
bêtes fauves; son odorat est acquis et elle montre beaucoup d'intelligence. 

Une variété voisine de celle-ci est le Chien courant suisse, surtout en usage pour la chasse du 
Lièvre, et qui, comme le Chien courant ordinaire, ne s'attache pas à son maître et mord à la moindre 
contrariété. 

D'après Gmelin, il y aurait deux sous-variétés de ce Chien, le Canis galUcns sculkiis et le C. (jul- 
l'icus vauilicits. 



•21 CHIEN BRAQUE ou CHIEN D'AURKT. CiMS FAMILIÀRIS HirUiARIUS. I.iiinc. 

Ne diffère de la variété précédente pour la tij^iire qu'eu ce qu'il a le museau un peu plus court et 
moins gros ]iar le bout, la tète plus grosse, les oreilles plus coui'Ies, moins larges, en partie droites 
et en partie pendantes; les jambes plus longues, le corps plus épais, la queue plus charnue et plus 
courte; pelage blanc pur, on blanc avec des taches noires, brunes ou fauves. Longueur totale, 0°',67: 
hauteur au train de devant ; 0°',50. 

H a moins de nez que le Chien courant, mais il chasse également bien; ou l'emphiie principale- 
ment comme Chien d'arrêt dans la chasse aux Lièvres, aux Perdrix, aux Faisans, etc. 

On y distingue deux sous-vaiiétés : le Braque à nez fendu et le Braque de Buffon. 



22. BllAQUl': DU BICNGAI.E. CAMS FAMILIARIS BENGALENSIS. Nobis. 

Les formes générales sont celles du Braque, mais ses jambes sont plus longues; pelage constam- 
ment blanc, avec de grandes taches de brun-marron, et de nombreuses mouchetures d'un brun 
i;risâtre, et ayant, sur les yeux et sur les pattes de devant, de petites taches d'un fauve plus ou moins 
jaune ou rougeàlre. 

Cette variété, originaire du Bengale, a les mêmes qualités que le Chien d'arrêt, et ses passions sont 
beaucoup moins vives. 

Le Canis irrilans, Bechstein, se rapproche de cette variété. 



9.:S. MMIEIS. C.4JV/S FAMILIARIS SAGAX. Uinriû. 

Ressemble au Chien courant, mais est jilus grand, plus robuste; nez plus gros et ]ilus grand, 
oreilles très-longues, très-larges, très-pendant<'s, assez plissées; lèvres légèrement pendantes. 

Le Limier a les mêmes habitudes et les mêmes qualités que le Chien courant, et s'emploie comme 
lui à la chasse du Lièvre et des grandes bêtes fauves; cependant, on ne s'en sert guère ipi'cn le 
conduisant à la laisse pour faire l'cncciiile et découvrir le gibier. 



2i. CHIEN BASSET. CAMS FAMILIARIS VERTAGVS Mniiô, 

Tête semblable à celle du Braque ou du Chien courant; oreilles longues, pendantes; nez quelque- 
fois fendu; queue longue; jambes courtes, grosses; pelage ras, marqué de taches noires ou brunes, 
plus ou moins étendues, nombreuses, sur un fond blanc : quelquefois noir et marqué de taches do 
feu. Longueur de la tête et du corps : C^jGS, hauteur au train de devant : 0'",50. 

Cette variété, propre à l'Fuinpe méridionale et tempérée, comprend plusieurs sous-variélés, telles 
que : 



CARNASSIERS. 



57 



A. Basset a jasuies dhoites. Ruffon. 
Caractérisé par ses jambes courtes, droites. 

B. Basset a jajibes torses. Biiffoii. 
Jambes de devant arquées en dehors. 



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C. Chien burgos Buffon. 

Corps allongé; jambes courtes; poil long, soyeux; taille souvent très-petite. Résultant du mélange 
du Basset et de l'Épagneul. 

Les Bassets ont le même caractère et les mêmes mœurs que le Chien courant; ils sont très-ardents 
à la chasse, où on les emploie principalement pour attaquer les Blaireaux et les Renards dans le 
fond de leur terrier. 

Une variété voisine de celle-ci est le Basset de Saini-Doiningiie, rapporté, par M. le docteur Ri- 
cord, d'Haïti, oii il fait la guerre aux Rats, qui sont très-nombreux dans cette île. 

C'est ici que la plupart des zoologistes placent le Cltkii de ber(jcr, que nous avons cru devoir rap- 
procher du Mâtin. 



25. CIIIEN-LOUP. CAMS FAMILIMIIS POMERAMJS. [.iiini!. 

Oreilles droites, pointues; tète longue; museau long, effilé; corps et jambes bien proportionnés; 
queue haute, enroulée en avant; poil court sur la tête, sur les pieds et sur les oreilles, longs et 
soyeux sur tout le reste du corps, principalement sur la queue; pelage blanc, gris-noir ou fauve. 
Taille moyenne. 

Cette variété a des habitudes semblables à celles du Chien de berger, ([u'elle pourrait remplacer. 
c« 8 



58 HISTOIRE NATURKLLI'. 



20. CHIEN DE SIIÎÉniE. CAMS FAJIII.lMtlS SIDiniCLS- I.iniic. 

De £!r;niils poils partout, niriiii^ sur l;i tète et .sur les pattes; du reste, en tout senihlable, pour la 
forme de la liMe et, de.s oreilles, et pour la direction de la queue, an (iliien-Loiip. 
Habite la Sibérie. 



'27. (:llIE^f UES ESOUIM,\U.\. (ANIS FAMII.IAIIIS BOItEALIS. A -G. Desmarest. 

Tète semblable à celle du f.liien-Loup; (piene en panache, relevée en cercle; oreilles droites; poils 
soyeux, très-peu abondants : poils laineux, an contraire, excessivement serrés, très-lins, ondulés; 
couleur du pelage variée par grandes taches irrégulièrement distribuées de blanc, de noir pur ou de 
gris; anus noir; trois points noirs sur chaque joue, desquels partent quelques soies roides; de grande 
taille. 

t^ette espèce habite le nord du globe, et spécialement les rivages de la baie de llaflln, en Améri- 
que, où il est employé, par les Esquimaux, comme bète de trait pour leurs traîneaux. C'est, en effet, 
un animal assez soumis à l'homme, et lui étant attaché, mais ne connaissant plus sou maître et ne 
craignant aucun châtiment lorsqu'il désire satisfaire son appétit, qui est pour ainsi dire insa- 
tiable. 



28. CHIEN DE CHINE. CAMS FAHIILIADIS .S7.Vfc',VS/.S Boilard. 

Plus grand, ]ilus trapu et plus lourd que le (Ihien-Loup, avec lequel il a la plus grande analogie; 
pelage noir. 
Originaire de la Chine. 



ô' HACE. — DOGUES. 



CARACTERES DISTINCTIFS. 

Museau assez raccourci; cràuc rapclissc, prrsrntaui un iiionrciueut ascensionnel prononce: sinus 
[ronlaux ayant une étendue considérable; condtjlcs de la nn'iclioire injéricure placés au-dessus de la 
Hfptc des molaires supérieures. 



29. GRAND DOGUE. CANIS FAMll.IAniS MOLOSSVS. I.inné. 

Museau gros, court, plat; nez retroussé; lèvres épaisses, pendantes; tète grosse, large; front 
aplati; oreilles pendantes à rextrémilé; cou renllè, raccourci; jambes courtes, épais.ses; corps gros, 
allongé; queue relevée, repliée en avant par le bout; poil pres(pu' ras sur tout le corps, excepté le 
derrière des cuisses et la queue, où il est un peu plus long; lèvres, bout du museau, face externe des 
oreilles, noirs, et tout le restant du corps de couleur fauve p;"ile; narines souvent séparées par une 
fente. Longueur de la tète et du corps : 0"',82; hauteur du corps au train de derrière : 0"',4o. 

Ce Chien habile l'Euivipe, et plus particulièrement l'Angleterre. Son intelligence est très-bornée; 



CARNASSIERS. 

tmiiefois il est très-courageux ei atlaché A son iiiailiv; on 
le dresse pour les combats d'animaux. 



59 
'élève pour la garde des maisons, et on 



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FiR. 57. 



Doîuc. 



On peut regarder comme n'en étant que des sous-variétés les 



A. DOGDE DU ThIBET. 

Museau très-raceourei; peau excessivement iàehe et plissée; couleur noire 
Habite leTliibet. 



B. DOGUIN. 

Pelage tirant un peu sur le noirâtre; oreilles plus longues que dans le type; lèvres plus pen- 
dantes. 
Habite 1 Europe. 
11 a quelque intelligence pour conduire les troupeaux, mais il est triste et brutal. 



30. BOULE-DOGUE. CANIS FAMILIARIS FRICATOR. Linné. 



Plus petit que le Dogue; corps beaucoup moins long; pattes moins fortes; queue tout à fait recour- 
bée en cercle; museau extrêmement court, entièrement noir; nez relevé, tête presque ronde; pelage 
ras, d'un fauve pâle et jaunâtre, blanc dans une variété. 

Ce Chien, dont le Doglan ne diffère guère, est originaire de l'Europe. Il a peu d'attachement, 
encore moins d'intelligence, et son courage intrépide dégénère souvent en férocité, surtout quand il 
a été dressé pour le combat: il devient alors véritablement dangereux, et c'est pour cela que sa 
destruction a été prescrite en France. 



00 



IliSTOinE NATUI\ELI,E. 



31 DOUUE DE FORTE RACE CAMS FAMILIADIS ^^al.ICUS. Gnielin. 

Tète très-raccoiirou', et trùs-suniblable ;\ celle des variétés précédentes; oreilles entièrement pen- 
dantes, ne se relevant jamais; lèvres tombantes, recouvrant la mâchoire inférieure; queue ayant son 
extrémité relevée; narines séparées l'une de l'autre par un sillon profnnd; pehiL,'e ras le plus souvent, 
mais quelquefois composé de poils longs; pelage tantôt fauve par parties, tantôt à fond blanc, et 
varié de taches noires ou brunes. 

On y distingue plusieurs sous-variétés, telles que les Canis faiiiilinns tnujUrus, pahiiatiis et 
orbictilaris, Bechstein, et aiujliciis proprement dit, Gmelin. 

C'est le plus gros et le plus fort de tous les Chiens domestiques; il résulte du mcl;inge des races 
du Matin et du Dogue proprement dit. Il est grossier, lourd, peu intelligent; cependant il est sus- 
ceptible d'attachement, et bon pour la garde des maisons ou pour traîner de petites charrettes. Il est 
docile et lldéle. Sa vie est courte, et son développement très-lent, car il est dix-huit mois à croître, 
et il e^t déjà décrépit à cinq ou si\ ans. 



5'2. CARI.IN ou MOPSE. CAMS FAMILIARIS MOPSUS. Linn.'^ 

Très-petit; nez encore pais court que celui du Boule-Dogue, dont il semble être la miniature; tête 
absolument ronde; face, comme sans museau, noire jusqu'aux yeux; queue recourbée en trompette; 
jambes courtes; corps trèsirapu; pelage d'un jaune fauve fon<é. 




l'i" 38. — Carlin, 



Le carlin est criard, sans intelligence ni attachement; il a, en outre, le défaut d'avoir l'haleine forte 
et d'une odeur désagréable. Cette variété a été trè.s-communc en France il y a une cin((uantaine d'an- 
nées, mais elle est, au contiaire, très-rare aujourd'hui. 



^ Si fi i^' M:' ' Vl -' î ' '5 ^^ ' - 

ri7 -"'» Cl. -^ >^«sk 





Fif;. 2. — Caracal. 



PI. 8 



CARNASSIERS. 61 



35. CHIEN D'ISLANDF. CASIS FAMII.IÀniS ISLANDICUS. Linné. 

Tète ronde; museau mince: yeux gros; oreilles en partie droites et en partie pendantes; poil lisse, 
surtout derrière les jambes de devant et sur la queue. Longueur de la tète et du corps : 0'",80; hau- 
teur au train de devant : 0'",55. 

Ctmmun en Islande. 



54. CHIEN PETIT LIANOIS ou ARLEQUIN CA^IS FA3IILIARIS VAniEGATVS. Linné. 

Front bombé; museau assez mince, pointu; yeux très-grands; oreilles à demi pendantes; jambes 
sèches; queue relevée; pelage ras, présentant le plus souvent des taches noires et blanches. Taille 
du Carlin. 

Le nom donné à cette race est impropre, car il n'existe aucun rapport de forme ou de taille entre 
ce petit Chien et le grand Danois, avec lequel on le compare. 



55. CHIEN ANGLAIS. CANIS FAMILIARIS DHITAMMCUS. A. -G. Dcsmaresl. 

Il parait résulter du mélange du petit Danois et du Pyrame, dont il a la taille; tète bombée; yeux 
saillants; museau assez pointu; queue mince, en arc horizontal; poils ras partout; oreilles médio- 
cres, à moitié relevées; robe d'un noir foncé avec des marques de feu sur les yeux, sur le museau, 
sur la gorge et les jambes. 

Cette variété est aujourd'hui assez répandue comme Chien d'agrément. 



50. ROQUET. CAMS PAMILIÀIIIS IlilSniDUS. I.innc. 

Ayant, comme le petit Danois, la tête ronde, les yeux gros, les oreilles petites, en partie droites 
et en partie pendantes: jambes menues; queue retroussée et inclinée en avant; museau gros, court, 
un peu retroussé, comme celui du Doguin; mêmes poils et couleur que le petit Danois, et, comme lui, 
|)ouvant être arlequiné. 

Buffon donne, pour races originaires de celle-ci, le petit Danois et le Doguin. 

Il est courageux, quoique faible et méprisé par les Chiens plus grands que lui, hargneux, criard, 
mais attaché à son maître et très-fidèle. 



37 CHIEN U' ARTOIS ou LILLOIS. 

Museau très-court et excessivement aplati. 

On le regarde comme provenant du mélange du Roquet i^t du Carlin. 

De Flandre et d'Artois. 



38. CHIEN DALICANTE ou CHIEN DE CAYENNE. CANIS FAMILlAniS ANDAIOSIM. A.-G Desmarest 

Museau court du Doguin; poil long de l'Épagneul, et provenant probablement du mélange de ces 
deux races. 



62 



IIISTOIRE NATURELLE. 



39. CMIEN TUr.C. CÀMS FAMII.lMtlS .ECYPTIUS l.inni' 

Têtp ti'ès-grosse, arrondit'; museau assez fin; oreilles droites ;\ la base, assez larges et mol)iles, 
se tenant horizontalement; corps rétréci sous le ventre; membres grêles; queue moyenne; peau pres- 
que entièrement nue, comme luiilcnse, noire ou couleur de cliair obscure, laciiée de brun par 
grandes plaques. Taille du Carlin. 

Peu intelligent; assez attaché à l'homme; souflVanl contiuuellenient de la température de notre 
pays, et grelottant sans cesse; n'étant élevé que comme Chien d'appartement, et y étant trés-lurbulent 
lorsqu'il est en bonne santé. 

On l'a cru d'abord originaire de Turquie, puis de l'Afrique, particulièrement de la Barbarie ou de 
l'Egypte. Mais ce qui semble plutôt certain, ainsi (pie le tait observer Lesson, c'est que le Canis ca- 
ribœiis de Linné doit être rapporté à son Mçjijpt'ius, et que c'est le même animal que Cihrisloplie 
Colomb trouva en Amérique, dans les îles de Lucayes, lors de la découverte, en 1-482, et qu'il 
retrouva, en 149i, dans l'île de Cuba, où les habitants relevaient pour le manger. Les Français qui 
abordèrent les premiers à la Martinique et à la Guadiloupe, en 1655, l'y rencontrèrent également, et 
il est encore assez commun à Payta, dans le Pérou. 

Lesson le nomme Can'is iiudti.s, et le place auprès du Chien de berger, quoiqu'il n'ait aucun rap- 
port avec lui. 

On peut n'en regarder que comme une variété le Chien litre h ctinihe de Cuffon, qui présente 
une sorte de crinière formée par des poils assez longs et roidcs, derrière le nez, et dont ce dernier 
organe est plus ou moins allongé. Cette variété provient du Chien turc et du petit Danois, ou du petit 
Lévrier. 




Fiî. 59 — Cliien turc. 



Tel est, d'une manière générale, le tableau des races du Chien ordinaire; ce tableau est incom- 
plet pour beaucoup de races qui nous sont inconnues, et il en est un grand nombre qui ne doivent 
leur existence qu'au caprice et à la mode, et qui n'offrent aucune particularité dont la science puisse 
faire son profit. En eff"t, on est toujours si'ir de former des races ou plutôt des variétés lorsqu'on prend 
le soin d'accoupler constamment des individus pourvus des particularités d'organisation dont on veut 
l'aii'e le caractère de ces races. Après ipiclques i;èiièralious, ces caractères, produits d'abord acciden- 



CAI'.NASSlKItS. 05 

tellement, seront si tortemeiit eiiraeiiiés, qu'ils ne pdumint ]ilus être détruits que par le educours ili' 
rireonstances très-puissantes; les qualités intelleetuelles s'affermissent aussi, comme les qualités phy- 
siques; seulement, comme il dépend de nous de développer les premières, jusqu'à un certain point, 
par l'éducation, et non pas les secondes, nous sommes pour ainsi dire absolument les maîtres de 
créer desvai'iétes en modifiant l'intelligence. C'est ainsi que les Chiens se sont formés pour la chasse 
par une éducation dont les effurls se propagent, mais qui a besoin d'éti'c entretenue |iour qu'ils ne 
dégénèrent pas. Celte éducation est un art particulier, dont les régies reposent entièrement sur l'ex- 
cellence des sens, de la mémoire et du jugement des Chiens. 

Si, ainsi que nous venons de le dire, on peut conserver intactes des races de Chiens, il n'en esi 
pas moins vrai que ces mêmes races, abandonnées à elles-mêmes, ne tardent pas à se mêler de telle 
sorte, que l'on ne peut plus en reconnaître aucune, et c'est à ce mélange auquel on a donné le 
nom de ; 



40 CHIEN DE RUE CAMS FAilILIAIllS HIBRIDUS. A -G. Desmarcst. 

Ce Chien ne peut se rapporter à aucune des quatre ra<'es précédemment décrites, ainsi qu'à au- 
cune de ces variétés, parce qu'il résulte du croisement fortuit de deu\ ou plusieurs variétés apparte- 
nant à des races différentes. 11 varie de mille manières en grandeur, en forme, en (ouleur et en in- 
telligence. Très-souvent, la femelle met bas, à la fois, des petits de races différentes de la sienne, 
et qui n'appartiennent pas même entre eux à la même variété, quoique tous enfants du même père. 

l)'a])rès ce que nous venons de dire, on ne; peut tracer aucune règle pour la taille ni le pelage de 
celle sorte de Chiens (1). 

M. Ilamilton Smith, dans l'ouvrage que nous avons déjà cité, admet un plus grand nombre de va- 
riétés, mais nous ne croyons pas devoir en parler ici. nous étant borné à nous occuper des principales. 

(1] On pourrait, sans s'iiic|uiélcr des races auxquelles ils apparlienuenl, r.ipportcr des traits nombreux do l'instinct de 
quelques Chiens. Sans indiquer ce que tout le inonde sait relativement à l'utile intelligence que njonirent plusieurs races 
de Chiens, tels que le Chien de berger, le Chien de garde, le Chien de Terre-Neuve, le Chien du mont Saint-Ber- 
nard, celui des Esquimaux, celui de chasse, qui sont devenus les véritables domestiques, nous dirons même les c 'ilipa- 
gnons de l'homme, sans parler de ces Chiens qui savent mendier, voler avec adresse, ou de ceux qui font des tours d'a- 
dresse, ou qui, comme Munito, appiennent en quelque sorte à jouer aux dominos )u aux cartes, sans parler de ce Chien 
si utile à l'homme et qui devient le guide de l'aveugle, nous exposerons cependant en quelques lignes, d'après .M. Thir- 
baut De Berneau, riiistoire de quelques Chiens devenus célèbres. 

« Le Caniche Moustache s'est fait distinguer par son audace niditaire, durant les premières c.impagnes d'Italie; ce 
fut surtout à la bataille de Marengo qu'il s'attira l'amitié de nos soldats, par ses marches et contre-marches poi r dé- 
couvrir les mouvements de l'eimemi et détourner les nôtres des embiàches qu'on leur tendait. 11 était sans cesse à l'avant- 
garde, et allait toujours le premier à la découverte. Nos soldats avaient en lui une telle confiance, qu'ils suivaient aveu- 
glément le chemin qu'il leur indiquait. Ils ont plus d'une fois, grâce à sa vigilance, surpris et mis en déroule l'ennemi 
qui s'avançait de nuit et par des routes détournées. Quand Moustache fut blessé au champ d'honneur, il fut soigné avec 
sollicitude, et l'armée lui rendit les hommages militaires à sa mort. 

« Un autre Chien, Parade, aimait la musique; le matin, il assistait régulièrement à la parade aux Tuileries; il se pla- 
çait au milieu des musiciens, marchait avec eux, et, lorsqu'ils avaii nt terminé leur exercice, il disparaissait jusqu'au len- 
demain à la même heure. Le soir, il allait à l'Opéra, aux Italiens ou à Feydcau; il se rendait droit à l'orchestre, se pla- 
çait dans un coin, et ne sortait qu'à la Un du spectacle. 

« Un Chien braque, nommé Trojiique, né à bord de la corvette la Géographe, avait un tel attachement pour son habi- 
tation llottanle, qu'il ne la quittait pas sans peine pour suivre, dans ses excursions sur terre, le naturaliste Lesueur. 
Comme le vaisseau terminait son voyage aux terres australes, et se disposait à revenir en i'rance, l'équipage consentit \i 
laisser Tropique à l'île Maurice, chez l'un des habitants où il avait été bien reçu; mais, le Chien ayant trouvé moyen de 
s'échapper, vint à la nage rejoindre une première fois le bâtiment, éloigné de la côte d'une demi-poitée de canon. On le 
rendit à son nouveau maître, et, le départ approcbaiil, on changea de mouillage, et on alla se placer dins la grande rade, 
à environ une lieue du fond du port, dans l'endroit où les bâtiments prêts à pai lir ont coutume de l'aire leurs dernières 
disjiositions. Tropique, s'étant encore échappé, nagea d'abord du côté où il avait trouvé la corvette une première lois; 
mais, ne l'y ayant pas rencontrée, il vint, par un prodige d'intelligence et de courage, la rejoindre à une aussi grande 
distance. On l'aperçut de loin, se reposant de temps en temps sur les bouées ou bois llottants destinés i marquer l'entrée 
du chenal. On le vit redoubler de force et d'ardeur dès qu'il put entendre la voix des personnes du bâtiment; et, cette 
lois, du moins, son attachement reçut sa juste récompense; on le garda à bord. Arrivée au Havre, d'où elle était partie 



(14 HISTOIRE NATUIŒLLi;. 

Un indique plusieurs débris fossiles qui peuvent se ra|iporter au Chien ordinaire, Caiiis famUiaris, 
mais l'on conipiend, lorsque Ton étudie l'ostéoloiçie du Loup, si voisine de relie du Chien, combien 
il est difficile d'assurer positivement que ces débris appartiennent plutôt à l'une qu'à l'autre de ces 
deux espèces. 




Fi?. 40. — Dinco. 



Esper le premier, dès llli. dit que les crânes d'Ours et de Loup des cavernes de Franconie étaient 
mêlés avec des crânes de Chiens de même grandeur et d'autres plus petits. Il en est de même de 
MM. Marcel De Serres, Dubreuil et ,Jean-Jean, pour des fragments de mâchoires supérieures et infé- 
rieures trouvés dans des cavernes des environs de Montpellier. Mais c'est principalement M. Sclimer- 
ling, en 1855, qui a démontré l'existence du Chien domestique à l'état fossile : les débris (piil in- 
dique consistent dans une tête presque entière et dans plusieurs os des membres, et ont été trouvés 
avec des ossements d'Ours, d'Hyènes et de Chats dans des cavernes des environs de Liège, et qui se 



Iruis :\n$ .iu(iaravaiU, la corvette l'ut désarmée, l'élat-major logé à terre, et peu à peu le liâtinieiit devint désert. Tropi- 
que allait et venait pendant tous ces travaux, suivant tour à tour Lesueur ou ses compagnons, m.iis ne mamiuantjanuiis 
de revenir à bord le soir ou à l'heure des repas. Bientôt il ne resta sur la corvette qu'un seul gardien inconnu à Tropi- 
que;' il devint alors triste et rêveur. Lesueur mit tout en œuvre pour se l'attacher et l'empèclier de retourner tous les 
soirs à bord. 11 ne put y réussir. Un jour, l'on changea de place la corvette, qui fut amenée dans le bassin intérieur du 
port; Tropique, à son retour, ne l'ayant pas trouvée, passa la nuit sur un ponton qui avait été placé entre la terre et le 
bâtiment. Il y demeura encore la journée du lendcni.airi jusqu'au soir, qu'étunné de ne l'avoir point vu, Lesueur alla 
le chercher. Tout son extérieur était changé, il avait perdu sa gaieté; craijitif, la télé et la queue basses, n'avancjanl plus 
qu'avec lenteur, les regards tristes, abattus, tout indiquait chez lui le plus violent chagrin. Ce l'ut en vain que Lesueur 
pressa le Chien dans .ses bras, l'appela de la voix, et qu'il chercha à le distraire par ses caresses, par ses attentions : tout 
l'ut inutile. Tropique retournait constannnent sur le ponton ; enfin, il refusa toute espiîce de nourriture, et le nialbeu- 
leux, les yeux lixés sur l'endroit où avait été la corvette, expna bientôt. » 



CARNASSIERS. 



Go 



r.ipporient ;i un animal plus faiblo que ne l'est le Loup, et au coulraiie plus grand ([ue ne l'est le Re- 
nard. On peut encore sijinaler deu\ crânes donnés comme fossiles, l'un imprégné d'oxyde de cuivre 
et trouvé dans un bain, à Ântemina, par M. Penlland, et l'autre provenant des tourbières d'iogogne, 
près de Château-Thierry, découvert par M. Boblaye, et dont la taille très-petite et la forme de la télé 
sont tout à fait semblables à ce qui existe dans la rare des Doguins. 

A ces débris fossiles, qui semblent se rapporter au Chien domestique, on pourrait probablement 
en joindre quelques autres avec lesquels on a cru devoir faire des espèces particulières; nous revien- 
drons sur ce point en terminant l'histoire du genre des Chiens. 




II. ESIM'CK II KIROPE. 



2. I.OUI' COMMUN. CAMS U'I'IS l.iniiô. 
Type du genre Lupity. 11. Siiiillu 

Cahactères spécifiques. — Tête grosse, oblongue, terminée par un museau effilé; plus semblable, 
pour la taille et les formes du corps, au Mâtin qu'à aucune autre race de Chiens domestiques, mais 
ayant le corps un peu plus gros et les jambes plus courtes, le crâne plus large, le front moins élevé, 
le museau un peu plus court et plus gros, les yeux plus petits et plus éloignés l'un de l'autre, avec 
l'ouverture des paupières plus oblique; h s oreilles plus courtes et droites; la queue grosse, touffue, 
droite, pendante derrière le corps; pelage d'un gris fauve, composé de poils 'lonl les plus longs sont 
blancs à la racine, noirs un peu au-dessus, ensuite fauves, puis blancs et noirs â rextrèmilé. ceux de la 



00 HISTOIRE NATlinELLR. 

tête, au dovaiit do l'ouverture des oreilles, ceux du cim et de la paiiie aniérieui'c du dos, des fesses 
et de la queue étant les plus lon^s et ayaul jusqu'à 0"',14, les autres beaucoup plus courts, princi- 
palement sur le museau el sur les oreilles : tous ces poils étant fermes et durs, et recouvrant un 
feutre plus doux el de couleur cendrée; une baude oblique noire sur le poignci des jambes de devant 
dans les iinlividus adultes; museau noir. Quelquefois, par albinisme ou par vieillesse, certains indi- 
vidus sont pi'csque entièrement blancs, ainsi que cela a également lieu pour quelques-uns de ceux qui 
liabilent les régions septentrionales. Longueur totale, mesurée depuis le bout du museau jusqu'à 
l'origine de la queue : l'",16; bauteur au train de devant : 0"',80; à celui de derrière : 0'",75; tou- 
tefois la laille vai'ic beaucoup, et il paraîtrait que les individus qui babilent les contrées septentrio- 
nales sont plus grands que ceux qu'on trouve dans les régions méridionales. 

Buffon nous a tracé un tableau exact en beaucoup de points des mœurs de cette espèce du genre 
Cliien. « Le Loup, dit-il, est l'un de ces animaux dont l'appétit pour la chair est le plus véhément; 
et, quoiqu'avec ce goût il ait reçu de la nature les moyens de le satisfaire, qu'elle lui ait donné des 
armes, de la ruse, de l'agilité, de la force, tout ce qui est nécessaire, en un mot, pour trouver, atta- 
((uer, vaincre, saisir et dévorer sa proie, cependant il meurt souvent de faim, parce que l'bonime, 
lui ayant déclaré la guerre. l'ayant même proscrit en mettant sa tête à prix, le force à fuir, à demeu- 
rer dans les bois, où il ne trouve que quelques animaux sauvages qui lui échappent par la vitesse de 
leur course, et qu'il ne peut surprendre que par hasard ou par patience, en les attendant longtemps, 
et souvent en vain, dans les endroits où ils doivent passer. Il est naturellement grossier et poltron, 
mais il devient ingénieux par besoin, et hardi par nécessité; pressé par la famine, il brave le danger, 
vient atliiquei' les animaux qui sont sous la garde de l'homme, ceux surtout qu'il peut emporter aisé- 
ment, comme les Agneaux, les petits Chiens, les Chevreaux; et, lorsque cette maraude lui réussit, 
il revient souvent à la charge, jusqu'à ce que, ayant été blessé ou chassé et maltraité par les hommes 
1 1 les Chiens, il se recèle, pendant le jour, dans son fort, n'en sort que la nuit, parcourt la campa- 
gne, rôde autour des habitations, ravit les animaux abandonnés, vient attaquer les bergeries, gratte 
et creuse la terre sous les portes, entre furieux, met tout à mort avant de choisir et d'emporter sa 
proie. Lorsque ses courses ne lui produisent rien, il retourne an fond des bois, 'se met en quête, 
cherche, suit à la piste, chasse, poursuit les animaux sauvages, dans l'espérance qu'un autre Loup 
pourra les arrêter, les saisir dans leur fuite, et qu'ils en partageront la dépouille. Enfin, lorsque le 
besoin est extrême, il s'exposi' à tout, attaque les femmes et les enfants, se jette même quelquefois 
sur les hommes, devient fui'ieux par ses excès, qui finissent ordinairement par la rage et la mort. 

H Le Loup, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, ressemble si fort au Chien, qu'il parait être modelé 
sur la même forme, cependant, il n'offre tout au plus que le revers de l'empreinte, et ne présente les 
mêmes caractères que sous une forme entièrement opposée; si la forme est semblable, ce qui en ré- 
sidte est bien ciiniraire; le naturel est si différent, que non-seulement ils sont incompatible.':, mais 
antipathiques par nature, ennemis par instinct. Un jeune Chien frissonne au premier aspect du Loup, 
il fiiil à l'odeur seule, qui, quoique nouvelle, inconnue, lui répugne si fort, qu'il vient en tremblant 
se ranger entre les jambes de son maître : un Mâtin qui connaît ses forces se hêri.sse, s'indigne, l'at- 
taque avf'c courage, tâche de le mettre en fuite, et fait tous ses efforts pour se délivrer d'une pré- 
sence qiu lui est odieuse; jamais ils ne se rencontrent sans se fuir'ou sans condiatlre, et combattre à 
outrance, jusqu'à ce que la mort suive. Si le Loup est le plus fort, il dediire, il dévore sa proie; le 
Cliien, au contraire, plus généreux, se contente de la victoire, el ne trouve pas que le cor/w d'un 
cmiciiii morl sente bon; il l'abandonne poursei'vir de pâture aux Coibeaux, et même aux autres Loiqis; 
(ar ils s'entre-dévorent, et, lorsqu'un Loup est grièvement blessé, les autres le suivent au sang, et 
s'attroupent pour l'achever. 

« Le Chien, mêmi' sauvait', n'est pas d'un naUircI farouche; il s'apprivoise aisémenl, s'attache et 
d'i'meurc lidèle à son niaîti'c. Le Loup, pris jeune, se prive, mais ne s'attache point, la nature est 
plus forte que l'éducation; il reprend avec l'âge son caractère féroce, et retourne, dès qu'il le peut, 
à son état sauvage. Les Chiens, même les plus grossiers, cherchent la compagnie des autres animaux, 
ils sont naturellement portés à les suivre, à les accompagner, el (^'est par instinct seul, et non par 
èducatiiHi, (piils savent Conduire et garder les troupeaux. Le Loup esl, au contraire, l'eiuiemi de 
toute société, il ne fait pas niéme cimipagnie à ceux de son espèce; lors(|iMUi les voit plusieurs en- 
sendile, ci' n'esl point une sdcicté de paix, c'est un atlrimpenieiit de guerre, ipii se fait à granil bruit, 




i;ii:il l,yn\. 




l'I, '.I 



CAlîNASSIEUS. C7 

;ivec (lt>s luirlemenls affreux, ei qui dcimlf un i^fijt't d'altaquci' quelque gros aiiiuial, eomnie uu ('.erf, 
un Bœuf, ou se défaire de quelque redoutable Malin. Dès que leur expédition militaire est consommée, 
ils se séparent, et retournent en silence à leur solitude. Il n'y a pas même une i^randc habitudi' entre 
le mâle et la femelle; ils ne se cherdient qu'une fois par an, et ne demeurent que peu de temps eu- 
semble. C'est en hiver que les Louves deviennent en chaleur : ]ilusieurs mâles suivent la méuie 
femelle, et cet attroujieinent est encore ])lus sanguinaire que le premier, car ils se la disputent cruel- 
lement; ils grondent, ils frémissent, ils se battent, ils se déciiiicut. et il arrive souvent qu'ils mettent 
en pièces celui d'entre eux qu'elle a )ircféré. Ordinairenn-nl, elle luit longtemps, lasse tous ses aspi- 
rants, et se dérobe, peiidaiil qu'ils dorment, avec le plus alerte ou le mieux aime. . Le temps de la 
gestation est d'environ trois mois et demi (1), et l'on trouve des Louveteaux nouveau-nés depuis la 
fin d'avril jusqu'au mois de juillet... Lorsque les Louves sont prêtes à mettre bas, elles cherchent, au 
fond du bois, un fort, un endroit bien fourré, au milieu duquel elles aplanissent un espace assez 
considérable en coupant, en arrachant les épines avec les dents; elles y apportent ensuite une 
grande ipiaiitité de mousse, et préparent un lit commode pour leurs petits; elles en font ordinaire- 
ment cinq ou six, quelquefois se])t, huit, et même neul, et jamais moins de trois; ils naissent les yeux 
fermés comme les Chiens; la mère les allaite pendant quelques semaines, et leur apprend bientôt à 
manger de la chair, qu'elle leur prépare en la mâchant. Quelque temps après, elle leur apporte des 
Mulots, des Levrauts, des Perdrix, des volailles vivantes; les Ijouveteaux commencent par jouer avec 
elles, et llnissent par les étrangler; la Louve, ensuite, les déplume, les écorche, les déchire, et en 
donne une part à chacun. Ils ne sortent du fort où ils ont pris naissance qu'au bout de six semaines 
ou deux mois ; ils suivent alors leur mère, qui les mène boire dans quelque tronc d'arbre ou à quelque 
source voisine; elle les ramène au gîte, ou les oblige à se receler ailleurs lorsqu'elle craint quelque 
danger. Us la suivent ainsi pendant ]ilusieurs mois. Quand on les attaque, elle les défend de toutes 
ses forces, et même avec fureur; quoique dans les autres temps elle soit, comme toutes les femelles, 
plus timide que le mâle, lorsqu'elle a des petits, elle devient intrépide, semble ne rien craindre pour 
elle, et s'expose à tout pour les sauver : aussi ne l' abandonnent-ils que quand leur éducation est 
faite, quand ils se sentent assez forts pour n'avoir plus besoin de secours; c'est ordinairement à dix 
mois ou un an, lorsqu'ils ont refait leurs premières dents, et lorsqu'ils ont acquis de la force, des 
armes, et des talents pour la rapine... Les miles et les femelles sont en état d'engendrer à l'âge d'en- 
viron deux ans. 

(( Le ivOup a beaucoup de force, surtout dans les parties antérieures du corps, dans les muscles du 
cou et de la mâchoire. Il porte avec sa gueule un Mouton, sans le laisser toucher i terre," et court 
en même temps plus vite que les bergers, en sorte qu'il n'y a que les Chiens qui puissent l'atteindre 
et lui faire lâcher prise. Il mord cruellement, et toujours avec d'autant plus d'acharnement qu'on lui 
résiste moins, car il prend des précautions avec les animaux qui peuvent se défendre. Il craint pour 
lui, et ne se bat que par nécessité, et jamais par un mouvement de courage. Lorsqu'on le tire, et que 
la balle lui casse quelque membre, il crie, et ce]>endanl, lorsqu'on l'achève à coups de bâton, il ne 
se plaint pas comme le Chien; il est plus dur, moins sensible, plus robuste; il marche, (ourt. rôde 
des jours entiers et des nuits; il est infatigable, et c'est peut-être de tous les animaux le plus diflieile 
à forcer à la course. Le -Chien est doux et courageux; le Loup, quoique féroce, est timide. Lorsqu'il 
tombe dans un piège, il est si fort et si longtemps épouvanté, qu'on peut le tuer sans qu'il se dé- 
fende, ou le prendre vivant sans qu'il résiste: on peut lui metti'e un collier, l'cnchainer, le museler, 
le conduire ensuite partout oii l'on veut sans qu'il ose donner le moindre signe de colère ou même 
de mécontentement. Le Loup a les sens très-bons, l'œil, l'oreille, et surtout l'odorat; il sent souvent 
de plus loin qu'il ne voit; l'odeur du carnage l'attire de plus d'une lieue, il sent aussi de loin les ani- 
maux vivants; il les chasse même assez longtemps en les suivant aux portées... Il préfère la chair vi- 
vante à la chair morte, et cependant il dévore les voii'ies les plus infectes ; il aime la chair humaine. 
On a vu des Loups suivre les armées, arriver en nombre à des champs de bataille où l'on n'avait en- 
terré que négligemment les corps, les découvrir, les dévorer avec une insatiable avidité... On est 
obligé quelquefois d'armer tout un pays pour se défendre des Loups. Dans les campagnes, on fait 

(1) Il [tarjit, m ilf^ri'* ce qu'rii tiil BiilloEi et il'aprcs des eipériences récentes, que h gesl;ilion, de même que pouc 
les Chiens, ne srrait que de soi-\:mle-lrois jours. 



68 



HISTOIRE NATURELLE. 



des battues à force d'hommes et de Matins, on tend»des pièges, on présente des appâts, on fait des 
fosses, on répand des boulettes empoisonnées; et tout cela n'empêche pas que ces animaux ne soient 
toujours en même nombre, surtout dans les pays où il y a beaucoup de bois. Les Anglais préten- 
dent, toutefois, en avoir purgé leur île... Les princes ont des équipages pour la chasse du Loup, et 
cette cha.sse, qui n'est point désagréable, est utile, et même nécessaire. 

« En Orient, et surtout en Perse, on fait servir les Loups à des spectacles pour le peuple; on les 
exerce de jeunesse à la danse, ou plutôt à une espèce de lutte contre un grand nombre d'hommes. On 
achète jusqu'à cinq cents écus, dit Chardin, un Loup bien dressé à la danse. Ce fait prouve au moins 
qu'à force de temps et de contrainte ces animaux sont susceptibles de quelque espèce d'éducation. 
J'en ai fait élever et nourrir quelques-uns chez moi : tant qu'ils sont jeunes, c'est-à-dire dans la pre- 
niirre et la seconde année, ils sont assez dociles, ils sont même caressants, et, s'ils sont bien nourris, 
ils ne se jettent ni sur la volaille, ni sur les autres animaux; mais, à dix-huit mois ou deux ans, ils 
reviennent à leur naturel; on est forcé de les enchaîner pour les empêcher de s'enfuir et de faire du 
mal... Il n'y a rien de bon dans cet animal que sa peau; on en fait des fourrures grossières, qui sont 
chaudes et durables. Sa chair est si mauvaise, qu'elle répugne à tous les animaux, et il n'y a que le 
Loup qui mange volontiers du Loup. Il exhale une odeur infecte par la gueule : comme pour assou- 
vir la faim il avale indistinctement tout ce qu'il trouve, des chairs corrompues, des os. du poil, des 
peaux à demi tannées et encore toutes couvertes de chaux, il vomit fréquemment, et se vide encore 
plus souvent qu'il ne se remplit. Enfin, désagréable en tout, la mine basse, l'aspect sauvage, la voix 
effrayante, l'odeur insupportable, le naturel pervers, les mœurs féroces; il est odieux, nuisible de son 
vivant, inutile après sa mort. » 






^SiÇ~v* 




Fi2. 42. — Aguara de FallilanH. 



Le long passage que nous venons de tniuscrire fait bien connaître les mœurs lu l.oup, cepen- 
daiit liullciu a ( x:igéré quelques points de sou histoire, et a cherché à montrer des différences trop 



CARNASSIERS. 



co 



considérables entre le Chien et le Loup. Toutefois, il est frès-probable que le premier ne descend 
pas du seeond, ainsi qu'on l'a pensé pendant longtemps, ou qu'on le pense même encore: une preuve 
que Buffon en donne, c'est que la Louve et le Chien, ou le Li.up et la Chienne, n'ont jamais pu pro- 
duire ensemble; mais ce fait ne peut cependant plus être admis aujourd'hui, et les naturalistes rappoitent 
que ces animaux peuvent se rapprocher, et qu'il en résulte des métis, (|ui pourraient eux-mêmes se re- 
produire. Les Loups ont plus de couratte que ne leur en a accordé notre illustre naturaliste; ils sont, 
entre eux, plus sociables qu'il ne l'a dit, et ils peuvent se familiariser plus qu'on ne l'a prétendu. 




Fi". 43 — Chacal de Nubie. 



A ce sujet, qu'il nous soit permis de rapporter ce qu'en dit Fr. Cuvier. « Le Loup, pris jeune, 
s'apprivoise aisément; il s'attache à celui qui le soigne, au point de le reconnaître après plus d'une 
année d'absence. C'est un fait dont j'ai été le témoin, et le Loup qui l'a présenté avait été doué d'un 
caractère assez heureux pour que l'âge n'eût apporté aucun changement dans sa confiance et sa fami- 
liarité. On ne saurait trop le répéter, il ne faut point juger les dispositions naturelles des animaux 
d'après quelques individus seulement, et il faut toujours avoir égard aux circonstances dans lesquelles 
leur race se trouve. Au reste, on doit admettre qu'en général aucun animal n'est privé de la faculté de 
s'apprivoiser, et n'a un caractère absolument intraitable. Tous les animaux, ainsi que nous, aiment 
le bien et fuient le mal, et ils n'apprennent à connaître positivement l'un et l'autre que par expé- 
rience. Si les hommes leur font du bien, ils s'y attachent, autant (pi'il est en eux de s'attacher; dans 
le cas contraire ils les fuient: et, si quelques individus refusent longtemps de s'apprivoiser, c'est que 
le sentiment de la défiance, qui est naturel à tous les animaux, et qui est un des dons les plus pré- 
cieux que la nature leur ait accordés, est trop fort pour que le bien qu'on leur fait puisse être facile- 
ment senti par eux; mais jamais leur férocité n'est absolue. Lorsqu'on a voulu établir ce fait pour 
quelques espèces, et même pour celle qui nous occupe, on n'a pas scnli qu'un animal qui serait dans 



70 iiisTOir.E NATur.Ei.i.r:. 

celte (lisposilion périrait iiit';iilliljlemeiit; l'Iiomme n'est pmir lui (lu'iiii élre, (oinme tuus les autres 
êtres (le la iialiire; l'inipossiLilité absolue de s'habituer avec lui eiUraiuerait celli' de s'habituer avei- 
les autres. Et eomnient un animal qui serait perpétuellement dans un état de déliance absolue pour 
tout ce qui l'environnerait pourrait-il exister? » 

Ajoutons que Fr. Cuvier, à propos de la familiarité de quelques Loups, a donné l'histoire de 
deux de ces animaux, qui vivaient à la ménai^erie du Muséum, et qui ont montré pour leur maître 
un attachement aussi grand, aussi passionné qu'aucun Chien ait pu l'éprouver. L'un d'eux, le senl 
dont nous voulions parler, ayant été pris fort jeune, fut élevé de la même manière ([u'un Chien, et 
devint familier avec toutes les personnes de la maison; mais il ne s'attacha d'une affection très-vivi' 
qu'à son maître : il lui montrait la soumission la plus entière, le caressait avec tendresse, obéissait à 
sa voix, et le suivait en tous lieux. Celui-ci, obligé de s'absenter, en fit présent à la ménagerie du 
Muséum, et l'animal souffrit de cette absence, au [loint qu'on craignit de le voir mourir de chagrin. 
Pourtant, après plusieurs semaines passées dans la tristesse, et presque sans prendre de nouri'iture, 
il reprit son appétit ordinaire, et l'on crut qu'il avait oublié son ancienne affection. Au bout de dix- 
huit mois, son maître revint au Muséum, et, perdu dans la foule des spectateurs, il s'avisa d'appeler 
l'animal. Le Loup ne pouvait le voir, mais il le reconnut A la voix, et aussitôt ses cris et ses mouve- 
ments désordonnés annoncèrent sa joie. Ou ouvrit sa loge; il se jeta sur son ancien ami, et le cou- 
vrit de caresses, comme aurait pu le faire le (]hien le plus lidéle et le plus attaché. Malheureusement 
il fallut encore se séparer, et il en résulta pour ce pauvre animal une maladie de langueur plus lon- 
gue que la première. Trois ans s'écoulèrent; le Loup, redevenu gai, vivait en très-bonne intelligence 
avec un Chien, son compagnon, et caressait ses gardiens. Son ancien maître revint eucoi'c; c'élait le 
soir, et la ménagerie était fermée. Il l'entend, le reconnaît, lui répond par ses hurlements, et fait 
un tel tapage, qu'on est obligé d'ouvrir. Aussitôt l'animal redouble ses cris, se précipite vers son ami, 
lui pose les pattes sur les épaules, le caresse, lui lèche la figure, et menace de ses formidables 
dents ses propres gardiens, qui veulent s'interposer. Enlin, il fallut bien se quitter. Le Loup, triste, 
immobile, refusa toute nourriture; une profonde mélancolie le lit tomber malade; il maigrit, ses poils 
se hérissèrent, se ternirent; au bout de huit jours, il était méconnaissable, et l'on ne douta pas qu'il 
mourilt. Cependant, à force de bons traitements et de soins, on parvint à lui conserver la vie; mais il 
n'a jamais voulu, depuis, ni caresser ni souffrir les caresses de personne. 

Disons encore, et cela avec la plupart des auteurs modernes, que c'est surtout pendant la nuit que 
le Loup affamé oublie sa prudence ordinaire pour montrer un courage qui va jusqu'à la témérité. 
Rencontre-t-il un voyageur accompagné d'un Chien, il le suit, s'en approche peu à peu, se jette tout 
à coup sur l'animal effrayé, le saisit même auprès de son maître, l'emporte, et disparaît. On eu 
a vu souvent suivre un cavalier pendant plusieurs heures, dans l'espérance de trouver un mo- 
ment propice pour étrangler le cheval et le dévorer. On sait, en outre, la poursuite que les Loups, 
réunis, font dans le Nord aux traîneaux qui emportent des voyageurs. Si, pendant la nuit, le Loup 
peut se glisser dans une bergerie sans être découvert, il commence par étrangler tous les Moutons 
les uns après les autres, puis il en emporte un et le mange. 11 revient en chercher un second, qu'il 
cache dans un hallier voisin, puis un troisième, un quatrième, et ainsi do suite, jusqu'à ce que le 
jour vienne le forcer à battre en retraite. 11 les cache dans des lieux différents, et les recouvre d; 
feuilles sèches et de broussailles; mais, soit oubli, soit déliance, il ne revient que rarement les cher- 
cher. En plein jour même, lorsqu'il est pressé par la faim, il oublie toute prudence, et se livre par- 
fois à la chasse. Alors il parcourt la campagne, s'approche d'un lroupe;iu avec préc;iiilion pour n'être 
pas aperçu avant d'avoir marqué sa victime, s'élance, sans hésiter, au milieu des t^hiens et des bergers, 
saisit un Mouton, l'enlève, l'emporte avec une légèreté telle, qu'il ne peutêtre atteintquepar lesChiens, 
et sans avoir la moindre crainte de la poursuite qu'on lui fait, ni des clameurs dont on l'accompagne. 
Quehpiefois, il emploie la ruse, et nous citerons à ce sujet des faits dont M. Doitaid assure avoir été té- 
moin. « Si un Lou]), dit-il. a découvert un jeune Chien inexpérimenlè dans la cour d'une grande ferme 
isolée, il s'en approche avec effronterie jusqu'à [lortée de fusil; il prend alors différentes attitudes, 
fait des courbelti^s, des gambades, se roule sur le dos, comme s'il voulait jouer; mais, quand le jeune 
novice se laisse aller à ces trompeuses amorces et s'ap]U'oche, il est aussitôt saisi, étranglé, et eii- 
Iraîiié dans le bois voisin pour être dévoré. Lorsqu'un Chien de basse-cour est de force à disputer 
sa vie, deux Loups se n unissent, et savent f(U't bien s'enleiidic pour l'allircr dans un piegc; l'un si' un t 



CARNASSIERS. 71 

en embuseade et attend; l'antre va rôder -.uiumv de la ferme, se fait ponrsidvre par le Matin, l'attire 
ainsi jiisqii'anprès de Tembiiseade. puis tous deux se jettent à la fois sur le malheureux Chien, qui 
tombe victime de son eourage et de la perlidie de ses ennemis. » 

Le Loup existe dans toute l'Europe, excepté dans les iles Britanniques, où il a été détruit; il habite 
au.ssi le nord de l'Asie, de l'Amérique, et il est à eroire qu'il a pénétré de l'aneien dans le nouveau 
eontinent par les glaces du Kamtchatka. 




Fiï. a. — Cliac.il fici Sénésal. 



On a donne la description d'assez nombreux ossements fossiles qui doivent être rapportés au Loup, 
et que l'on nomme, en général, d'après M. Goldfuss, Canis spelœiis. Esper. le premier, en 1772, en 
a indiqué des os fossiles dans les cavernes de Franconie et dans celles de Gavlenreuth. M. Goldfuss, en 
1825, ayant soumis à un examen .scrupuleux une tète presque entière et parfaitement conservée, pro- 
venant des mêmes cavernes, a cru devoir l'en distinguer sous le nom de Canis spchrus, que nous avons 
cité, donnant comme une différence principale que la crête sagittale s'élève davantage en général, et en 
même temps plus vers sa partie postérieure que dans le Loup ordinaire. G. Cuvier, ayant eu à sa 
disposition plusieurs pièces de ce même carnassier, soit en dessin, soit en nature, a également con- 
clu qu'une espèce de Loup a e.visté, non-seulement dans les cavernes, mais aussi dans les terrains 
diluviens avec des restes d'Ours, d'Hyènes et d'Eléphants, et, considérant la brièveté plus grande 
du museau, il semble la regarder comme différant du Canis Inpns. M. Schmerling a positivement ad- 
mis leur identité pour des débris trouvés dans les cavernes des environs de Liège, et il en est de 
même pour une mandibule garnie de ses dents, trouvée dans la caverne de Lunel-Viel, et étudiée 
par MM. Marcel de Serres, llulirciiil et Jean-Jean. Enlin, De Biaiuville est arrivé au même résultat 
d'après les pièces fossiles nombreuses de la galerie d'anatoniie comparée et de paléontologie du 
Muséum, et qui consistaient en des ossements fossiles provenant de la caverne de Kent, près 
de Torquay, en Angleterre; de celles de Gaylenreuth; de Sants, dans la Cliarenle ■ Inférieure; 



72 HISTOIRE NATURELLE. 

(le Cagliari, en Sardait^ne; d'une brèche calcaire de Milliac de Nontron, déparlement de la Dor- 
dogiie; des environs d'Abbeville; de terrains de diluvium en Allemaii;ne, en Italie, en Angleterre et 
en France, etc. 

Quant au Canis spelœus minor de M. Wagner, il semble ne pas différer non plus du Loup ordi- 
naire. 



3. LOUP NOIR. Buffon. cams LYCAOy. Linné. 

Caractères spécifiques. — De même grandeur que le Loup ordinaire, mais avec des formes plus 
légères, plus élancées, des yeux plus petits et plus rapprochés, des oreilles plus éloignées, et sur- 
tout un pelage d'un noir profond et uniforme. 

Le Loup noir habite principalement la Russie et le nord de l'Europe, mais on le trouve également 
dans les hautes montagnes de la France, et aussi, assure-t-on, dans l'Amérique septentrionale, au 
Canada, à moins que les Loups qui habitent dans ce pays ne constituent, ainsi que cela est possible, 
une espèce particulière. 

On dit que cet animal est beaucoup plus féroce que le Loup ordinaire. 

Ce Carnassier constitue-t-il bien réellement une espèce distincte du Loup, ou ne devrait-il pas en 
être regardé comme une variété atteinte de mélaiiisnie'f Ce fait probable n'est pas démontré jusqu'ici; 
mais, ce qui tendrait à le faire croire, c'est que les deux individus que la ménagerie du Muséum a 
possédés ont produit des peiits dont le pelage, loin d'être noir, tendait, jxiurla coloration, à se rap- 
procher de celui du Loup ordinaire. 

Le Loup noir pourrait être placé aussi parmi les espèces américaines. Nous verrons plus tard une 
autre espèce, le Chacal, qu'on rencontre aussi en Europe, mais que nous rangeons plutôt avec les 
espèces africaines, parce qu'il est plus commun que partout ailleurs dans cette partie du monde. 



m. ESPÈCES D'AMÉRIQUE. 



4. LOUP ODORANT. CANIS KUBILVS. Siy. 

Caractères spécifiques. — Plus grand que le Loup ordinaire; pelage obscur, pommelé à sa partie 
supérieure, gris sur les flancs; exhalant une odeur forte, fétide et caractéristique. 

Cet animal, qui n'est peut-être qu'une variété du Loup ordinaire, est robuste, d'un aspect redou- 
table, et habite les plaines du Missouri, dans l'Amérique du Nord. Il vit en troupes nombreuses, 
chasse les Ruminants, et attaque mêms le Dison quand il le trouve éloigné de son troupeau. Les ha- 
bitants du pays où on le rencontre le redoutent, et, quand ils l'ont tué, s'en font un Irophée. 



5. LOUP UES PRAIfilES. CANIS LATRANS. Harlan. 

Caractères spécifiques. — De la taille du précédent; pelage d'un gris cendré, varié de noir et de 
fauve cannelle terne, présentant sur le dos une ligne de poils un peu plus longs que les autres, et 
forniani comme une i:ourte crinière, avec les parties inférieures du corps plus pâles que les supé- 
rieures, et une queue droite. 

Cette espèce est signalée comme propre à la Colombie; elle est moins carnassière que les précé- 
dentes, car, à une nourriture animale elle mêle une alimentation végétale consistant en baies ou en 



CARNASSIERS. 



7g 



fruits. Ce Loup vit en troupes composées quelquefois de plus de cinquante individus associés pour i,i 
chasse, l'attaque et la défense, as^uerris, et soumis à une sorte de tacti([ue régulière. (Test le type de 
la section des Lt\nsnts de M. II. Smiili. 




Fig. 45. — I.oup d'Amérique. 



G. LOUP ROUGE. CM^IS Ji'BATUS A.-G. Desmarest. 



Caractèbes srÉciFiQUES. — Couleur générale d'un roux foncé, qui devient très-clair sur les parties 
inférieures, et presque blanc à la queue et dans l'intérieur des oreilles; une tache blanche, entourco 
d'une autre tache foncée, au-dessous de la tète: extrémités des quatre pieds et haut du museau noi- 
râtres; une sorte de crinière composée de poils dont la dernière moitié est noire, parlant de l'occi- 
put ets'étendant tout le long du dos; poils du corps assez longs, et ayant jusqu'à prés de 0"',6 sur 
la croupe; celui de la queue un peu touffu, un peu plus long que celui du corps. Longueur du corps : 
1"'50; de la queue, 0"',40. 

Cette espèce habite le Paraguay. Elle se tient dans les lieux bas et marécageux, vil solitaire, no 
sort de sa retraite que pendant la nuit, nage facilement . et se nourrit de petits animaux. Elle chasse 
à la piste, et est très-courageuse. La femelle, qui ne diffère pas du mâle, et a six mamelles de cha- 
que cùté du ventre, met bas ses petits vers le mois d'août, et en fait, dit-on, trois ou quatre par 
portée. Son cri consiste dans les sons ijuaa-n, qu'il répète plusieurs fois, et en les traînant, et il le 
fait entendre de très-loin. 



LOUP nu MEXIQUE. CASIS MEXICAKUS. Linné. 



CARACTiinEs SPÉCIFIQUES. — De la grandeur du Loup ordinaire, mais ayant la tête plus grosse à 



u 



HISTOIRE NATURELLE. 



proportion; yeux hagards et élincelants; oreilles longues, droites; cou gros, épais; pelage cendré, 
varié de taches fauves; plusieurs bandes noirâtres s'étendant de chaque cùté du corps, depuis l'epinc 
du dos jusqu'aux tlancs; moustaches roides, implantées sur la lèvre supérieure, variées de gris et de 
blanc. 

Habite dans les régions chaudes de la Nouvelle-Espagne, et semble moins farouche que les pré- 
cédents. 




Fig. 46. — C:iygotte de Mexico. 



8. ClIIIvN ANTAIiCTlQlîli. CANIS ANTAlICTlCiS. Sliaw. 



CAnACTÈREs spÉciFiQurs. — Formes et proportions analogues à celles du Loup, mais de taille plus 
petite; pelage d'un gris brun roussâtre, composé de poils annelés de fauve et de noir; gorge d'un 
blanc sali; poitrine brun-'itre; ventre et intérieur des membres d'un jaune pâli; queue longue, rousse 
à la base, noire vers ses deux tiers supérieurs, et blanche à son extrémité; oreilles de la <ouli-ur du 
dos. 

Cette espèce, tvpe de la section des Dusidjon de M. 11. Smith, se rapporte Iré.s-probablcnn'iil au 
Caui.'î eulpwus de Molina; il habite les ilcs Malouines. Il se fait des terriers dans les dunes; sa voix 
ressemble à celle du Chien ordinaire, mais elle est plus faible. Sa nourriture consiste principalemciil 
en Oiseaux. 



CARNASSIERS. 75 



9. CHIEN CRABIER ou KOUPAliA. CAMS CANClilVORVS. El. Geoffroy Sjinl-Hilairc. 

CAHACTÈnEs SPÉCIFIQUES. — Gi'andoiM' du corps pl formas générales analogues à celles du Chien 
de berger; museau assez lin; priage cendré et varié de noir en dessus; parlies inférieures d'un 
blanc jaunâtre; oreilles brunes; coté du cou, derrière les oreilles, fauve; taises et bout de la queue 
noirâtres. 

Celte espèce, que quelques auteurs regardent comme ne constituant qu'une simple race du Chien 
ordinaire, a reçu successivement les noms de Cliiai des bois de Caijenne, Ruflbn; Can'is liions, 
Linné, et Can'is cavuevorus, Jardine, et est le type de la section des Cerdocijon, II. Sniilli. Elle ha- 
bite la Guyane et le Rrésil; elle fait sa proie des Agoutis, des Pacas, etc., et mange aussi des fruits; 
elle va par petites troupes de six à sept individus. 

Une autre espèce, particulière à l'Amérique, est le Can'is ochropus, Eschschollz, propre ù la Cali- 
furnie, dont nous ne nous occuperons pas, parce qu'il n'est pas encore complètement connu. 



IV. ESPECES D'ASIE. 

10 LOUP DE JAVA. CAi\lS JAVAMS A.-U. Desmaresl. 

C*p.ACTÊnEs SPÉCIFIQUES. — OreilIcs proportionnellement plus courtes que dans le Loup ordinaire; 
pelage d'un brun fauve, qui devient noirâtre sur le dos, aux pattes et à la queue. 

Cette espèce, qui'provient de l'ile de Java, n'est connue que par la phrase que nous avons copiée 
d'après Fr. Cuvier, et ne peut pas encore être définitivement admise. 

tl. CORSAC ou ADIVE. f.4iV/S CORSAC. Linné. 

Caractères spécifiques. — Pelage d'un gris fauve uniforme en dessus, d'un blanc jaunâtre en 
dessous; membres fauves; queue très-longue, touchant la terre, noire à l'extrémité; de petite taille, 
cai' la longueur de la tête et du corps ne dépasse pas 0'",50, et celle de la queue 0"',26; c'est-;\-dirc 
qu'il est plus petit que le Renard, et à peu près de la taille de notre Chat domestique. 

Le Corsac, est le type de la section des Cijiialopex de M. II. Smith; il habite les déserts de la Tar- 
tarie, et se retrouve dans l'Inde. Il vit par troupes dans les steppes désert,3 et couverts de bruyères, 
où il est sans cesse occupé à chasser les Oiseaux, les Rats, les Lièvres et autres petits animaux. Sa 
voix, qu'il fait entendre la nuit, est moins glapissante que celle du Chacal. L'accouplement a lieu au 
mois de mars; la femelle met bas, au mois de mai, de cinq à six petits. D'après G. Cuvier, le Cor- 
sac ne boirait pas; mais ce fait, qui semble étrange, est-il bien avéré'.' 

Ce joli animal, aujourd'hui si peu connu en France, a été néanmoins fort commun à Paris sous le 
règne de Charles IX, parce qu'il était de mode, chez les dames de la cour, d'en avoir au lieu de Chiens 
ordinaires; on le désignait sous le nom d'.4(/i('e, et on le faisait venir, à grands frais, de l'Asie. 

12 KARAGAN CAMS KAItAGAS. Patins. 

Caractères spécifiques. — In peu plus grand que le Cursac; pelage d'un gris cendré en dessus, 
d'un fauve pâle en dessous. 



76 



IIISTOmE NATURELLE 



Cet animnl, qui a ('té confondu avpc le précédeni, est prubablement le même que V Isatis de BulToii. 
II est excessivement commun dans les vastes déserts de la Tarlarie, principalement sur les bords uc 
l'Oural, oii il vit de la même manière que le Corsac. Les chasseurs Kirglis lui font une guerre inces- 
sante pour s'emparer de sa fourrure, qui est assez estimée, et ils apportent annuellement jusqu'à 
cinquante mille peaux de ces animaux à Orenliourg. 

Le Canis nuimwlus de Pallas, propre aux environs d'Orenbourg, n'en diffère peut-être pas. Il n'en 
est pas de même du Cama paUijifs, Sjke.'-, particulier au pays des Mahrattes, qui constitue une es- 
pèce bien caractérisée. 




Fi". 47. — Coi's::! 



V. ESPÈCES D'AElUQLi;. 



I- Cllllî.N MLSUMliLAS. CAMS MESUMELAS. U<mé. 



Caractères spécifiques. — Taille du Cliacalroreilles du double pins grandes que celles de cet ani- 
mal; poils du dos recouverts d'anneaux fauves, noirs et blancs, mais avec des annelures très-larges, 
d'où il résulte une teinte peu uniforme, et qui offre çà et là des plaques irrégulières de blanc et de 
noir, trancliant entièrement entre elles; cette couleur du dos formant une plaque triangulaire, 
large aux épaules, et s'amincissant insensiblement jusqu'à la base de la queue, où elle n'a plus que 
i'"'.C de largeur; queue de couleur fauve ou rousse, avec l'exlrémilé noire; flancs roux; màclioire in- 
férieure. dess(uis du cou et de la gorge, poitrine et ventre blancs; [)atles rousses tant en dedans 
qu'en dehors. 



CARNASSIERS. 



77 



Cette espèce habile le cap de Bonne-Esperaiice. mais on la roiiconlre aussi en Abyssinie, dans le 
Sennaar et en Nubie; ses mœurs sont analogues à celles du Chacal. C'est piobableraent le type de la 
section des Tlious de M. H. Smith 




F,|T. 48. _ Chacal du Cap. 



l'iii' autre espèce, décrite récemment, et très-voisine de celle-ci, est le Canis viiiirgriliis. Rijp- 
pi'U, trouvé en Abyssinie, que M. Isidore Geoffroy Saiiit-llilaire ne rei;ai'de que comme une simiile 



variété du Chac; 



14. CIIIKN ANTIICS. f.4A7.S- AXTIIUS. Kr. Cuvier. 



C.tRACTÈRES SPÉCIFIQUES. — Pc la taille du Chacal, mais ayant des proportions plus élci,Mntes et des 
formes plus légères: pelage gris, [larsenié de quehpics lâches jaunûtres en dessus, blanchâtres eu 
dessous; queue descendant jusqu'au talon, fauve, avec une ligne longitudinale noire à la base, et 
quelques poils noirs à la pointe. 

Cet animal, que les voyageurs indiquent sous la dénomination de Cluicnl du Sciuhjul, d'après V: 
pays qu'il habite, n'est très-probablement, ainsi que le pense M. Isidore Geoffroy Saint-llilaire, 
qu'une simple variété de l'espèce suivante, c'est-à-dire du Can'is nureus. Il en diffère par son odeur 
un peu moins forle; mais ses mœurs sont absolument les mêmes. Eu caplivilé, ses habitudes sont assez 
douces, ei sa voix est un son prolongé, et min pas un aboienieni eclatanl coninie celle du Chacal. 



78 



HISTOIRK NATURELLE. 



Une femelle de cette espèce vivait à la ména-erie du Muséum; ou mil avec elle, dans la même ca^e, 
un Chacal mâle de Tlude. et ils ne montrèrent aucune répugnance l'un pour l'autre, ce qui n arrive 
habituellement pas aux animaux d'espèces différentes quoique très-rapprochées. Le 2(. décembre, ils 
s-accouplèrent et le l'"' mars suivant, la femelle mit lias cinq petits, qui eurent les yeux fermes pen- 
dant dix jours'. Deux seulement ont vécu, et, lorsqu'ils furent adultes, l'un était farouche, méchant, 
indomptable; l'autre très-doux et caressant. 



15 CHACAL ou JACKAL. CAMS AUltEVS. Linné. 

Cabactères spécifiques. - Yeux très-petits; pupilles rondes; pelage très-fourni ; queue touffue 
comme celle du Renard; les poils soyeux étant épais, durs, et d'une longueur moyenne, et les lai- 
neux en petite quantité; tête, cou, côtés du ventre, cuisses et face externe des membres et des oreil- 
les d'un fauve sale; dessous et côtés de la mâchoire inférieure, bout de la lèvre supérieure, dessous 
du cou et du ventre, face interne des membres, blanchâtres; dos et côtés du corps, jusqu'à la croupe, 
d'un "ris jaunâtre qui tranche avec les autres couleurs environnantes; queue mélangée de poils fauves 
et de Vils noirs, ces derniers dominant à son extrémité; mufle et ongles noirs; prunelles fauves. 
Longueur totale du corps. 0"'68; de la tète, 0M6; de la queue, O^.^O. 




¥\S. 49 



. Cliacal. 



Le Chacal. (|ue l'on nomme aussi Jackal, l'st je Tlios de Tline, le Thocs d'Aristole, le ^'o/(i des 
indiens, le Loup dore de G. Cuvier, etc., et il furme la section des Sacalins de M. IL Smith. 

tin le Irouve dans presque loiile l'Afrique, mais plus parliculièirmenl dans les régions (|ui s'élen- 



CARNASSIERS. 



79 



(lent depuis le cap de Bonne-Espérance jusqu'à la Barbarie; en Asie, il est répandu depuis la Turquie 
jusque dans l'Inde; enfin, on le rencontre ('n Morée et dans quelques parties de l'Europe. En raison 
des nombreuses contrées qu'il habite, on conçoit que son pelage peut varier beaucoup, et, d'après 
M. Isidore Geoffroy Saint-Ililaire, on pourrait distinguer des Chacals du Caucase, de l'Inde, d'Algérie, 
de Morée, et l'on pouirait même y joindre les Cauis var'wgatus. Riippell, et unlliits, Fr. Cuvier. La 
seule de ces variétés dont il nous importe de donner les caractères est celle d'Algérie, parce qu'elle 
est très-répandue aujourd'hui, et qu'on a voulu la regarder comme une espèce particulière sous les 
dénominations de Canis barbants, Shaw, et de Canis Algcrieiisis, Bodichon. Elle est un peu moins 
grande que le type, et son pelage est plus rude : les parties supérieures sont abondamment variées 
de noir, surtout à la croupe et à l'extreniilé de la queue; le dessous du corps est d'un fauve clair; il 
y a. sur le devant des jambes de devant, une ligue noire interrompue. Cette espèce se prive Irè.s-bien, 
et on l'a presque à l'état de domesticité, comme notre Chien ordinaire, dans les villes de l'Algérie; son 
caractère est assez doux, quoique capricieux et on l'élève très-bien dans nos ménageries. Du reste, ce 
que nous disons icid'unevariété s'applique également aux autres, et a été observé pour celle de l'Inde. 




Fis- 50 — Cinlnfai 



Plusieurs naturalistes, tels que Guldenstiedt et Tilesius, pensent que le Chacal est le type de notre 
Chien domestique; mais nous croyons, avec presque tous les zoologistes modernes, que cet animal 
n'a fait que contribuer pour une part à l'existence des nombreuses variétés du Chien domestique, et 
que toutes les autres espèces sauvages du même genre y ont également plus ou moins contribué. 
(Juoi qu'il en soil, le Chacal produit ti'ès-bien avec le Chien domestique. 

Les Chacals vivent en troupes d'une treulaine d'individus au moins, et quelquefois de plus de 
cent, particulièrement dans les vastes solitudes de l'Africjue et de l'Inde. Ils répandent nue odeui' 



80 HISTOIRE NATURELLE. 

forte, désagréable. Ils dorment, en général, le jour; et, la nuit, ils parcourent la campagne pour cher- 
cher leur proie tous ensemble, et, pour ne pas trop se disperser, ils font entendre conlinuellement 
un cri lugubre ayant quelque analogie avec les hurlements d'un Loup elles aboiements d'un Chien, 
et pouvant se traduire par les voyelles oua... ona... oua. Ils sont tellement audacieux, qu'ils s'ap- 
prochent des habitations et entrent dans les maisons qui se trouvent ouvertes, et alors ils se jet- 
tent sur tous les aliments qu'ils rencontrent; toutes les matières animales leur conviennent, et il.-; 
vont déterrer les cadavres dans les cimetières; ils ne rejettent même pas les charognes les plus 
puantes, mais cependant ils préfèrent s'emparer de jeunes animaux, surtout des Ruminants, auxquels 
ils font une guerre acharnée. Lorsqu'une armée est en marche, ou qu'ils rencontrent une caravane, 
ils les suivent continuellement, dans l'espérance de s'emparer d'aliments pendant les campements; 
et par là ont de l'analogie avec les Loups qui agissent de même. 

Quelques débris fossiles doivent constituer des espèces qui entrent dans le sous-genre Chien; nous 
devrions peut-cire en parler maintenant, mais nous préférons ne le faire qu'après avoir exposé l'his- 
toire du sous-genre des Renards, parce que nous nous occuperons alors en même temps des Chiens 
et des Renards fossiles. 



1' SOUS-GENRE. — LES RENAftUS. VULPES. II. Sinitli. 

Incisives de la tiiùclio'nr siipciiciire m- iiis ccliaiicn'oi que dans les Chiens, on même recliliçjnes 
sur leur bord lioriionlal; les ranijées dentaires, au lieu d'être continues, ont les trois premières mo- 
laires séparées, ne se toueliani pas, et il reste surtout un larçje intervalle entre la canine cl la pre- 
mière molaire. 

Museau plus coniipie. plus pointu que celui des Cliiens. 

Pupilles prenant, en se fermant, la figure de lu coupe d'une lentille, cl dénotant des animaux 
nocturnes. 

Queue plus longue que dans les Chiens, plus touffue. 

Animaux exhalant une odeur fétide. 

Les Renards, quoique aussi forts à peu près que les Chacals, n'attaquent pas les animaux qui pour- 
raient leur résister, et ils se bornent à vivre de pelits Mammifères, d'Oiseaux, de Reptiles, d'insecies. 
et même de fruits ou baies quand ils ne trouvent pas mieux; ils aiment surtout les raisins. Ils ne lou- 
chent au cadavre d'un animal mort, ou à quelque autre voirie, que quand ils sont irès-pressés par la 
faim, car il leur faut habituellement une proie vivante. Les Renards montrent moins de courage que 
|ps Chiens, mais, en même temps, ils ont plus de finesse, et leurs races sont célèbres depuis la plus 
haute antiquité. Ils ne chassent que la nuit, tandis que le jour ils dorment dans des terriers qu'ils 
savent se creuser avec assez d'art. Leur vie est solitaire, et ce n'est même que rarement, et pour peu 
de temps, que le mâle habite le même lieu que la femelle. Néanmoins, ils aiment assez ;t rapprocher 
leurs terriers les uns des autres, et ils se mettent volontiers deux ensemble pour chasser le même 
Lièvre. Ces animaux n'aboient ni ne hurlent, ils glapissent. On en connaît une vingtaine d'espèces, 
parmi lesquelles plusieurs doivent probablement être réunies. Du reste, ils sont moins répandus 
sur le globe que les Chiens, et l'on n'en a encore trouvé ni en Australie, ni dans les iles de l'ar- 
chipel indien. 



\. ESPECES D'ECIIOPE. 



10. RENARD. CANIS VVI.ms. I.inné. 

CAnACTÈiiF.s sriiriFiQUis. — Museau criili'; lele assez grosse, à front aplati; oreillesdroiles, ])iiii)tues; 
yeux Irès-inclinés; (piene grande, loiieliaiil la leri'e. exIréMienienl touffue; pelage compose di' poils 



CARNASSIlliS. 



81 



loni,',s et épais, d'un fauve plus ou moins foncé, semblables sur le corps et sur la queue; lèvres, tour 
de la bouche, mâchoire inférieure, devant du cou, t;org:c, ventre, intérieur des cuisses, blancs; mu- 
seau roux; derrière des oreilles d'un brun noir; pattes d'un brun foncé en avant; queue terminée 
par des poils noirs. Longueur du corps, mesuré en ligne droite, depuis le bout du museau jusqu'à 
l'origine de la queue, 0™,70; de la tète, 0'",i&, des oreilles, 0"',H; de la queue, 0"\45. Hauteur du 
corps au train de devant, 0'",ô5; au train de derrière, 0"',58; ces mesures variant suivant les diffé- 
rents individus. 





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Fig. 51. — Rcniinl ilo Tiir'|uie 



Dans cette espèce, le pelage peut varier plus ou moins considérablement, et il peut ainsi se pro- 
duire des variétés constantes que quelques auteurs ont même regardées, prohalilement à tort, comme 
étant de véritables espèces. Les principales variétés sont : 

1° Le RENARn ciiarromvier (Canis alopex, Schreber), qui ne diffère du Renard o-dinaire que par 
le bout de la queue, qui est entièrement noir, ainsi que quelques poils du dos. le poitrail et le de- 
vant des pattes de devant. Quelques auteurs, et en particulier Steinmullcr, regardent le Renard char- 
bonnier comme le jeune âge du Renard ordinaire, mais il est probable que c'est une variété indivi- 
duelle, surtout propre aux pays montagneux. On la rencontre communément dans les montagnes du 
département de Saône-et-Loire; 

2° Le Renard noiu.e, qui semble n'être ((u'un Renard charbonnier très-vieux, et qui est parli- 
cul.er à la Suisse; 

5° Le Renaud cnoix n'F.unorc (C.iDi'n cnirigrr, Drisson), ne se dittinguant du Renard cliarbon- 
iiirr que par quelqui's poils noirs qui fnrmeut une croix sur le (!o.<:; 

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82 HISTOIRE NATURELLE. 

4° Le Rknard a vemue noir (Canis mdanocjaHer, Cli. Bonaparte^ qui, ainsi que le remarque 
M. Boitard, ne parait être qu'une sous-variéle du Renard charbonnier, dont la gorge, la poitrine, 
le ventre et le côté intérieur des cuisses, sont d'une couleur noirâtre en hiver, et deviennent blancs 
en été. On le trouve en Italie, et parfois aussi, mais plus rarement, en France, dans les forêts mon- 
tagneuses entre la Loire et la Saône; 

5° Le Rexard musqué, dont le pelage est d'un beau ronge pile en dessous, au lieu d'être blanc, et 
dont l'extrémité de la queue est également noire, mais avec quelques poils blancs disséminés. II ré- 
pand une odeur musquée, analogue à celle de la Fouine. Se rencontre en Suisse; 

C" Le Renaud bi.akc (Canis albiis, Schreber), qui est une variété albine du Renard ordinaire. 11 
habite principalement les régions septentrionales, et c'est surtout pendant l'hiver qu'il a son pelage 
le plus blanc. 

Le Renard portait, chez les Grecs, la déncmination d'AX«rï,?, et, chez les Latins, celle de Viilpcs. 
qui lui est conservée par les zoologistes comme épithéte spécifique, et même, par quelques-uns d'entre 
eux, comme nom générique, et alors ces auteurs l'indiquent sous la dénomination de Viilpcs vitlgaris. 
d'après Klein. Le Renard est le Volpe des Italiens, le Fiiclis des Allemands, le Fox des Anglais, le 
f!(rf des Suédois, le Zorrti ou Raposa des Espagnols, le Lis des Polonais, le Liça des Russes, le 
Tilli des Turcs et des l'ersans, le Taùlcb ou Don-n des Arabes, le Nori des Indous, etc. 

C'est encore à Buffon que nous emprunterons l'histoire des mœurs de cet animal. « Le Renard, dit-il, 
est fameux par ses ruses, et mérite en partie sa réputation; ce que le Loup ne fait que par la force, il le 
fait par adresse, et réussit plus souvent. Sans chercher à combattre les Chiens ni les bergers, sans at- 
taquer les troupeaux, sans traîner les cadavres, il est plus sûr de vivre. 11 emploie plus d'esprit que de 
mouvement, ses ressources semblent être en lui-même: ce sont, comme l'on voit, c<'lles qui manquent 
le moins. Fin autant que circonspect, ingénieux et prudent, même jusqu'à la patience, il varie sa con- 
duite, il a des moyens de- réserve qu'il sait n'emplojer qu'à propos. II veille de près à sa conserva- 
tion : quoique aussi infatigable, et même plus léger que le Loup, il ne se fie pas entièrement à la vi 
tesse de sa course; il sait se mettre en sûreté en se pratiquant un asile, où il se relire dans les dan- 
gers pressants, où il s'établit, où il élève ses petits ; il n'est point animal vagabond, mais animal 
domicilié. Cette différence, qui se fait sentir même parmi les hommes, a de bien plus grands effets, 
et suppose de bien plus grandes causes, parmi les animaux. L'idée seule du domicile présuppose 
une attention singulière sur soi-même; ensuite, le choix du lieu, l'art de faire son manoir, de le ren- 
dre commode, d'en dérober l'entrée, sont autant d'indices d'un sentiment supérieur. Le Renard en 
est doué, et tourne tout à son profit; il se loge au bord des bois, à portée des hameaux; il écoute le 
chant des Coqs et le cri des volailles, il les savoure de loin, il prend habilement son temps, ca- 
che son dessein et sa marche, se glisse, se traîne, arrive, et fait rarement des tentatives inutiles. 
S'il peut franchir les clôtures, ou passer par-dessous, il ne perd pas un instant, il ravage la basse- 
cour, il y met tout à mort, se retire ensuite lestement en emportant sa proie, qu'il cache sous la 
mousse, ou porte à son terrier; il revient quelques moments après en chercher une autre, qu'il em- 
porte et cache de même, mais dans un autre endroit, ensuite une troisième, une quatrième, etc., ju,=- 
qu'à ce que le jour ou le mouvement dans la maison l'avertisse qu'il faut se retirer et ne plus revenir. 
Il fait la même manœuvre dans les pipées et dans les boqueteaux où l'on prend les Grives et les Bé- 
casses au lacet; il devance le pipeur, va de trôs-grand matin, et souvent plus d'une fois par jour, 
visiter les lacets, les gluaux, emporte successivement les Oiseaux qui se sont empêtrés, les dépose 
tous en différents endroits, surtout au bord des chemins, dans les ornières, sous de la mousse, sous 
un genièvre, les y laisse quelquefois deux ou trois jours, et sait parfaitement les retrouver au besoin. 
Il chasse les jeunes Levrauts en plaine, saisit quelquefois les Lièvres au gîte, ne les manque jamais 
lorsqu'ils sont ble.ssés, déterre les Lapereaux dans les garennes, découvre les nids de l'erdrix, de 
Cailles, prend la mère sur les œufs, et détruit une quantité prodigieuse de gibier. Le Loup nuit plus 
au paysan; le Renard nuit plus au gentilhomme. 

« La ('liasse du Renard demande moins d'appareil que celle du Loup; elle est plus facile et plus 
amusante. Tous les Chiens ont de la répugnance pour le Loup; tous les Chiens, au contraire, chas- 
sent le Renard volontiers, et même avec plaisir. I>n peut le chasser avec des Bassets, des Chiens 











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CARNASSIERS. 85 

courants, des Biaques : dès qu'il se seul poursuivi, il court ù son terrier; les Bassets à jambes torses 
sont ceux qui s'y glissent le plus aisément : cette manière est bonne pour prendre une portée entière 
de Renards, la mère avec les petits; pendant qu'elle se défend et combat les Bassets, on tâciie de 
découvrir le terrier par-dessus, et on la tue ou on la saisit vivante avec des pinces. Mais la façon la 
plus ordinaire, la plus agréable et la plus sûre de ciiasser le Renard, est de commencer par bou- 
clier les terriers et par le tirer lorsqu'il veut se rendre au gîte... Pour détruire les Renards, il est 
encore plus commode de tendre des pièges, où l'on met de la chair pour appât, un Pigeon, une vo- 
laille vivante, etc.. Le Renard est aussi vorace que carnassier; il mange de tout avec une égale avidité, 
des œufs, du lait, du fromage, des fruits, et surtout des raisins : lorsque les Levrauts et les Perdrix 
lui manquent, il se rabat sur les Rats, les Mulots, les Serpents, les Lézards, les Crapauds, etc.; il en 
détruit un grand nombre: c'est là le seul bien qu'il procure II est très-avide de miel; il attaque les 
Abeilles sauvages, les Guêpes, les Frelons, qui d'abord tâchent de le mettre en fuite en le perçant 
de mille coups d'aiguillon; il se retire, en effet, mais c'est en se roulant pour les écraser, et il revient 
si souvent à la charge, qu'il les oblige à abandonner le guêpier; alors il le déterre et en mange et le 
miel et la cire. Il prend aussi les Hérissons, les roule avec les pieds, et les force à s'étendre. Enlin, 
il mange du Poisson, des Écrevisses, des Hannetons, des Sauterelles, etc. 

« Cet animal ressemble beaucoup au Chien, surtout par les parties intérieures; cependant il en 
diffère par la tête, qu'il a plus grosse à proportion de son corps; il a aussi les oreilles plus courtes, 
la queue beaucoup plus grande, le poil plus long et plus touffu, les yeux plus inclinés; il en diffère 
encore par une mauvaise odeur très-forte qui lui est particulière, et enfin par le caractère le plus essen- 
tiel, par le naturel, car il ne s'apprivoise pas aisément, et jamais tout à :ait : il languit lorsqu'il n'a pas 
la liberté, et meurt d'ennui quand on veut le garder trop longtemps en domesticité. 11 ne s'accouple 
pas avec la Chienne, et, s'ils ne sont pas antipathiques, ils sont au moins indifférents. 11 produit en 
moindre nombre, et une seule fois par an ; les portées sont ordinairement de quatre ou cinq, rare- 
ment de six petits, et jamais moins de trois. Lorsque la femelle est pleine, elle se recèle, sort rare- 
ment de son terrier, dans lequel elle prépare un lit à ses petits. Elle devient en chaleur en hiver, 
et l'on trouve déjà des petits Renards au mois d'avril : lorsqu'elle s'aperçoit que sa retraite est dé- 
couverte, et qu'en son absence ses petits ont été inquiétés, elle les transporte les uns après les au- 
tres, et va chercher un autre domicile. Ils naissent les yeux fermés; ils sont, comme les Chiens, dix- 
huit mois ou deux ans à croître, et vivent de même treize ou quatorze ans. 

« Le Renard a les sens aussi bons que le Loup, le sentiment plus fin, et l'organe de la voix plus 
souple et plus parfait. Le Loup ne se fait entendre que par des hurlements affreux; le Renard gla- 
pit, aboie, et pousse un sou triste, semblable au cri du Paon; il a des tons différents selon les senti - 
ments différents dont il est affecte; il a la voix de la chasse, l'accent du désir, le son du murmure, 
le ton plaintif de la tristesse, le cri de la douleur, qu'il ne fait jamais entendre qu'au moment où il 
reçoit un coup de feu qui lui casse quelque membre, car il ne crie point pour toute autre blessure, et 
il se laisse tuer à coups de bâton, comme le Loup, sans se plaindre, mais toujours en se défendant 
avec courage. Il mord dangereusement, opiniâtrement, et l'on est obligé de se servir d'un serrement 
ou d'un bâton pour le faire démordre. Son glapissement est une espèce d'aboiement qui se fait par 
des sons semblables et très-précipités. C'est ordinairement à la fin du glapissement qu'il donne un 
coup de voix plus fort, plus élevé, et semblable au cri du Paon. En hiver, surtout pendant la neige 
et la gelée, il ne cesse de donner de la vuix, et il est au contraire presque muet en été. C'est dau.s 
celte saison que son poil tombe et se renouvelle; l'on fait peu de cas de la peau des jeunes Renards 
ou des Renards pris en été. La chair du Renard est moins mauvaise que celle du Loup; les Chiens, et 
même les hommes, en mangent en automne, surtout lorsqu'il s'est nourri et engraissé de raisins, et 
sa peau d'hiver fait de bonnes fourrures. Il a le sommeil profond; on l'approche aisément sans l'éveil- 
ler : lorsqu'il dort, il se met en rond comme les Chiens; mais, lorsqu'il ne fait que se reposer, il étend 
les jambes de derrière et demeure étendu sur le ventre : c'est dans celte position qu'il épie les Oi- 
seaux le long des haies. Ils ont pour lui une si grande antipathie, que, dès qu'ils l'aperçoivent, ils font 
un petit cri d'avertissement : les Geais, les Merles surtout, le conduisent du liant des arbres, répè- 
tent souvent le petit cri d'avis, et le suivent quelquefois à ])lus de deux ou trois cents pas. » 

Le terrier du Renard esl quelquefois construit jiar lui, mais le plus souvent il s'empare du logis 
d'un Blaireau, ou même d'un Lapin, et il l'élargit et le dispose à sa convenance. Ce terrier est divisé eu 



8i 



IllSTOlHK NATMliEMj;. 



trois parlii's : la iiuiiic, |ucs de l'i'iiti'ée; c'est 1;\ que la femelle se lienî quelques niomenls eu em- 
buscade pour observoi' les envirous avant d'amener ses petits jouir des douces influences de l'air ei 
des rayons du soleil; c'est aussi là quU le Renard qu'on enferme s'arrtMe quelques minutes pour èpiei' 
l'instant favorable d'échapper aux chasseurs. Apres la maire, vient la fossr, oii le gibier, la volaille, 
et autres jjroduits de la rapine, sont déposés, parlâmes à la famille, et dévorés; presque toujours 
la fosse a deux issues, et quelquefois davantage. L'accid est tout à fait au fond du terrier; c'est l'ha- 
liilation de l'animal, l'endroit où il dort, où il met bas et allaite ses petits. Ce terrier n'est guère ha- 
bité qu'à l'époque où le Renard élève sa jeune famille, et lorsqu'il veut se dérober à un danger pres- 
sant. Dans toute autre circonstance, il passe la journée à dormir dans un fourré quelquefois trés-éloi- 
gnc de sa retraite, mais toujours rapproché du lieu où il a l'intenticui de conimetlre quelque dépré- 




l-ig^ M — Ronir.l ilo Ma-cllan. 



dation : et ce n'est qu'à la brune, ou même la nuit, qu'il se met en chasse. H emploie la ruse pour 
se glisser dans les poulaillers ou pour s'emparer des jeunes animaux dont il fait sa nourriture. Dans le:> 
pays où le Lièvre abonde, comme le rapporte M. Roitard, deux Renards savent très-bien s'entendre 
pour lui faire la chasse. « L'un s'embusque, dit-il, au bord d'un chemin, dans le bois, et reste immo- 
bile; l'autre se met en quête, lance le Lièvre, le poursuit vivement, en donnant (Te temps à autre de la 
voix pour avertir son camarade. Le Lièvre fuit, et ruse devant lui comm(^ devant les Cliiens; le Re- 
nard le déjoue, est toujours sur ses traces, et combine sa poursuite de manière à le faire passer 
dans le chemin auprès duquel son compagnon est en embuscade. Celui-ci, dès qu'il voit le Lièvre à sa 
portée, .s'élance, le saisit; l'autre chasseur arrive, et ils le dévorent ensemble. Si l'affûteur mancpie son 
coup, au lieu de courir aiirès le Lièvre, il reste un moment saisi de sa maladresse, puis, se ravisant, et 
comnu^ s'il v(>ulait se l'i lidrc ronqile des causes de sa mésaventure, il retourne à son pdsie, et s'é- 



CARNASSIERS. 



85 



lance de nouveau dans le chemin; il y ntnurne, s'élance encore, recommence plusieurs fois ce ma- 
iiéije. Sur ces entrefaites, son associé pai'ail, et devine sur-le-champ ce qui est arrivé; dans sa mau- 
vaise humeur, il se jette sur le maladroit, et un combat de quelques minutes est livré. Ils se séparent 
ensuite, l'association est rompue, et chacun se met en quête pour son propre compte. » Lorsque le 
lienard court un danger quelconque, ou qu'il éprouve quelque désir, il emploie des ruses qui sup- 
posent certainement beaucoup d'intelligence. Mais ses ruses sont toujours les mêmes, el, une fois 
que l'expérience nous les a apprises, rien n'est plus facile que de le rendre victime de sa propre 
tinesse. Par exemple, lorsqu'il est lancé par les Chiens, après avoir fait une tournée de dix miuutes, 
il revient constamment repasser exactement sur sa voie, à cent ou cent cinquante pas environ de 
l'endroit où il a été lancé. Quand il est pris par les Chiens, après avoir lutté un moment, il contre- 
fait parfaitement le mort, et se laisse tourner et retourner par les chasseurs sans faire le plus petit 
mouvement; puis tout à coup, au moment où l'on y pense le moins, il se relève et décampe leste- 
ment. 




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Fig. 53 — Renard ilc Caama. 



On a prétendu que le Cliicn de Laconk, dont parle Aristote, n'clait rien autre chose que le Re- 
nard plié à la domesticité; mais ce f.iit iiaraît d'autant moins probable, que cet animal ne s'appri- 
voise jamais complètement. On l'a toutefois communément dans les ménageries; et il serait encore 
beaucoup plus répandu partout s'il n'était pas très-désagréable par la mauvaise odeur qu'il répand. 

Le Renard habite les contrées septentrionales de l'ancien et du nouveau continent, et n'est pas 
rare surtout dans presque toutes les parties de l'iiurope. La variété qui constitue le lienard char- 
I.KHiiiier a été piiinipalenient ] rise en Bourgogne et en Alsace; et le Renard à venli'e noir, doi:t 



86 HISTOIRE NATURELLE, 

M. Ch. Bonaparte fait une espèce particulière, son Vulpes melnnofjasler, se trouve flans l'Italie mé- 
ridionale. 

La fourrure que fournit le Renard, surtout celle de plusieurs variétés, comme le Renard charbon- 
nier et le Renard blanc, est assez recherchée dans le commerce de la pelleterie. 

Sous le point de vue de la paléontologie, le Renard est dans le même cas que le Loup. Son exis- 
tence dans les cavernes d'Allemagne, et surtout dans celles de Gaylcnrouth, indiquée depuis long- 
temps par Espcr, a été prouvée depuis par G. Cuvier, d'après l'examen d'un certain nombre de pièces, 
et surtout par quelques dents et des doigts tout entiers, qu'il a décrits et figurés dans ses Ossements 
fossiles. Des débris fossiles de la même espèce ont été signalés par un grand nombre d'auteurs, cl 
dans des lieux très-différents; M. Buckland a décrit des dents trouvées dans la caverne de Kirkdale; 
M. Schmerling, de nombreux fragments provenant de celles de la province de Liège; M. Mac-Enry 
s'est occupé de ceux de la caverne de Kent, près Torquay; MM. Marcel De Serres, Dubreil et Jean- 
Jean, ont signalé quelques os dans la caverne de Lunel-Viel; enfin, M. Marrhisson a publié la descrip- 
tion et la figure d'un squelette entier de Renard, trouvé dans les schistes argileux d'Œnengen, c'est- 
à-dire dans le terrain tertiaire; mais De Blainville pense plutôt devoir rapporter ce sqnelette au Cha- 
cal, tandis que M. Laurillard en fait une espèce particulière sous la dénomination de Canis antiqmis. 

Lesson et quelques zoologistes rangent, à la suite du Renard, le Corsae, que nous avons compris 
dans le sous-genre des Chiens. 



17. ISATIS ou RENARD BLEU. CXMS LAGOPUS. l.innc. 

Caiiactères spécifiques. — Tête courte; museau allongé, noir à l'extrémité; oreilles velues; pattes 
et plantes des pieds couvertes de longs poils; queue longue, très-touffue; poils du corps longs de 
(r,5 environ, d'un cendré ou d'un brun très clair, uniforme, devenant d'un très -beau blanc 
en hiver; dessous des doigts garni de poils : cinquième doigt des pieds de devant presque aussi 
fort que les autres, un peu plus court seidement, avec l'ongle plus recourbé. Jeunes individus tan- 
tôt gris très-foncé, tantôt blanc jauriûtre, tantôt marqués d'une ligne dorsale brune, et d'une ligne 
transversale de la même couleur sur les épaules, lignes qui disparaissent à leur première mue, ce 
qui leur a fait donner le nom de Renards croisés, déjà appliqué à une variété du Renard ordinaire. 
Longueur de la tête et du corps, 0'",C0 à 0'",60; de la queue, qui descend jusqu'à terre, 0"',o5. Hau- 
teur du train de devant, environ 0'",ri'2. 

L'Isatis, dont les nomenclateurs modernes font leur Vulpes Ingopiis, est le Pescls des Russes, le 
Fialracka des Suédois, le Eefr des Islandais, le Graa-rœv des Danois, le Naiidi des Finnois, le 
Melrak des Norwégiens, le JSjul des lapons. 

Cet animal se trouve sur tout le littoral de la mer Glaciale et des fleuves qui s'y jettent, et, partout 
au nord du soixante-neuvième degré de latitude; il est surtout commun en Islande, dans le Groenland, 
vraisemblablement au Spitzberg, et peut-être même dans le nord de l'Amérique. Les Isatis ont une 
singulière habitude, et qui est unique parmi les Carnassiers; ils émigrent, en grand nombre, du pavs 
qui les a vus naître, dès que le gibier dont ils se nourrissent ordinairement vient à manquer. En gé- 
néral, ces émigrations ont lieu vers le solstice d'hiver, et les émigrants descendent parfois au delà 
du soixante-neuvième degré; ils n'y fixent pas leur domicile et n'y creusent pas de terriers, quoi- 
qu'ils y restent quelquefois trois ou quatre ans, mais jamais plus. Passé ce laps de temps, pendant 
lequel le gibier a du se repeupler dans leur patrie, ils y retournent. 

Comme le Renard, l'Isatis est rempli de ruses, de hardiesse, et enclin à la rapine. Sans cesse il est 
occujié, pendant la nuit, à fureter dans la campagne, et quelquefois on l'entend chasser avec une voix 
qui tient à la fois de l'aboiement du Chien et du glapissement du Renard. Il a, sur ce dernier, l'avan- 
tage de ne pas craindre l'eau, et de nager avec la jilus grande facilité; aussi se hasardc-t-il souvent 
à traverser les bras des rivières ou les lacs ])our aller chercher, parmi les joues des îles, les nids des 
Oiseaux aquatiques. Mais sa nourriture ordinaire consiste en Rats, en Lièvres et en divers petits 
animaux. Quoique vivant dans les contrées les plus froides du globe, l'Isatis se tient cependant dans 
les lieux découverts et nionturux, et non dans les vastes forêts de pins qu'on y rencontre. Ses ter- 



CARNASSIERS. 87 

ricrs sont prol'onds cl étroits, tapissés de mousse, et très-propres. L'accoiipli'mcnt a lieu au mois de 
mars; la chaleur dure quinze jours, et la gestation un peu moins de deux mois. 

La fourrure des Isatis est très-recliercliée, très-précieuse, et constitue une branche de commerce con- 
sidérable; aussi fait-on une chasse à outrance à ces animaux. M. Boitard donne quelques détails à ce 
sujet, et nous croyons devoir les transcrire ici, f» cause surtout de leur originalité. « S'il arrive à un chas- 
seur de prendre un ou deux très-jeunes Isatis, il les apporte à sa femme, qui les allaite et les élève jusqu'à 
ce que leur fourrure puisse être vendue. Les voyageurs prétendent qu'il n'est pas rare de trouver de pau- 
vres femmes qui partagent leur lait et leurs soins entre leur enfant et trois ou quatre Renards bleus. La 
portée des femelles est composée de sept à huit petits. Les mères blanches font leurs petits d'un gris 
roux en naissant, et les mères cendrées font les leurs presque noirs. Vers le milieu du mois d'août, 
ils commencent à prendre la couleur qu'ils doivent conserver toute leur vie. En septembre, ceux qui 
doivent être blancs sont déjà d'un blanc pur, excepté une raie sur le dos et une barre sur les épaules, 
qui noircissent encore; on les nomme alors Krcstow'iki ou Croisés. En novembre, ils sont entière- 
ment blancs; mais leur pelage n'a toute sa longueur, tout son prix, que depuis décembre jusqu'en 
mars. Les gris prennent leur coideur plus vite; ce sont les plus précieux, surtout quand celte couleur 
est d'un gris ardoisé tirant sur le bleuâtre. La mue commence en mai et finit en juillet. A cette épo- 
que, les adultes ont la mèniH livrée que les nouveau-nés de leur couleur, et ils parcourent des phases 
de coloralion absolument semblables. » Ces variations de couleur suivant les diverses époques de 
l'année, et aussi quelques diflérences de coloralion individuelles, ont fait apjiliquer ties noms diffé- 
rents à certains individus de cette espèce; tels sont les Cuiiis liujojnts fnsciis, cœnilcus, l'r. Cuvier, 
et liiliginosus, Richardson. 

D'après De Rlainville, l'Isatis semblerait avoir laissé des traces de son existence ancienne, et cela 
dans la faune paléontologique même de Paris; en effet, le Caiiis MoiUis miirtiinwi de quelques 
anatomistes, ou Cavis l'arisicnsis de plusieurs autres, décrit pour la première fois par G. Cuvier, 
parait devoir lui être rapporté. Ce fossile consiste en une demi-mâchoire inférieure du côté droit, 
découverte dans le gypse de Montmartre. En comparant les fragments de celle nu'tchoire, on trouve les 
plus grands rapports avec le Canis layopus, quoique indiquant un animal tui peu plus fort; ainsi la 
proporlion de la dent principale, et des deux dernières avant-molaires, la position du trou menton- 
nicr postérieur au-dessous de la troisième avant-molaire, la forme presque aiguë de l'apophyse angu- 
laire, et même la forme peu convexe du bord inférieur, sont comme dans le Canis lacjopiis : seule- 
ment, il y a plus de force en général, et suitout l'apophyse coronoïde est notablement plus large. Ce 
rapprochement parait tiès-probable, mais, s'il n'est pas exact, on doit au moins en conclure que le 
Canis Paiisiensis ilMi très-voisin de l'Isatis. 



II. ESPÈCES D'AMÉRIQUE. 



18. RENARD ARGENTÉ. CAMS ARGBNTATVS. Et. Geoffroy Sainl-Ililaire. 

C.^hactères spécifiques. — Formes du Renard; pelage entièrement de couleur noire, à laquelle se 
mêle, dans plusieurs points, et en plus ou moins grande quantité, quelque peu de blanc; extrémité 
de la queue presque tout à fait blanche; devant de la tête et flancs blanchâtres; quelques poils ter- 
minés de blanc dans les parties noires du pelage; poil laineux, très-épais et très-fin, d'un gris pres- 
que noir; pattes et museau couverts de poils courts; yeux jaunâtres; quelquefois une tache blanche 
sous le cou. Longueur de la tête et du corps, O^JO. 

Cette espèce, à laquelle Gmelin donnait la dénomination de Canis Lijcaon, et que G. Cuvier nom- 
mait Renard noir, nous présente encore l'exemple d'un animal qui a passé d'un continent dans l'au- 
tre, car, s'il habite p'rincipalement le nord de l'Amérique, on le trouve aussi dans le Kamtchatka, 
comme l'affirment Krakenninikof et Lesseps. 

II a les mêmes mœurs que le Renard; mais, comme il est plus grand et plus fort, il est également 



88 HISTOIRE NATIJUELLE. 

jilus courag'ciix, et no craint pas d'altaqiior des animaux d'une ecit.iine grosseur. On assure que. 
lorsqu'il peut s'approeher d'un troupeau, il a la hardiesse d'enlever, malgré les cris des bergers, les 
Agneaux ou Chevreaux qui lui conviennent; mais cela parait èlre une exagération. Sa fourrure est 
moins estimée que celle du lîenard bleu; elle a, néanmoins, du prix. 

I.a ménagerie du Muséum en a possédé un vivant, et il avait les habitudes du Renard. Ainsi que ce 
dernier, il marchait la tète et la queue basses, et, quoique très-bien apprivoisé et assez doux, il gar- 
dait un amour de liberté qui a fini par le faire mourir dans la tristesse et le marasme. Lorsqu'on le 
contrariait, il grognait comme un Cliien en montrant les dents, et il eût été dangereux de le toucher 
dans ses moments de mauvaise humeur et de tristesse. Il exhalait une odeur très-désagrcabl(\ mais 
qui ne ressemblait pas à celle du Renard. 11 paraissait beaucoup souffrir de notre température 
d'été. 




Fi;;. Tj-i — Tïi'ii.'irii (i'Anii'riquc. 



10. RENAtUl l'Ai V1-: (MA7.f FViyVS. A, -G. Drsm.iir.'il. 

CxiiACTÈiiEs si'écii'iQUKS. — Pclagc présentant différentes nuances de roux et de fauve; dessous du 
cou et bas-venire blancs; poitrine grise; face antérieure des jambes de devant et pieds noirs, avec du 
fauve sur les doigts; queue terminée de blanc; taille et forme du Renard. 

Cette espèce habile les États-Unis d'Amérique, dans l'Etat de Virginie. A l'extérieur, elle a beau- 
coup de rapports avec notre Renard d'Europe; mais elle en diffère surtout par la vivacité des couleurs 
et la finesse du poil; en outre, à l'intérieur, on trouve une différence dans la tète osseuse; celte dif- 
férence consiste en ce que, dans le Renard ordinaire, les deux crêtes latérales qui servent d'attache 
aux muscles crotaphites forment un angle assez peu prolongé, et se réunissent à la suture de l'os 
frontal, tandis que, dans le Renard fauve, ces deux crêtes sont dirigées, parallèlement l'une à l'au're, 
à O^.fi d'intervalle, et ne se réunissent qu'à la crête oc(i| itale. 



20, niiNARI) Cr.IS. Cnlosliv. (WNIS VIRGIMAMJS. tù-\lcl)cri. 



C\ii.\c,TKiiKs SPÉCIFIQUES. — Corps entièrement d'un gris argenté; forme et grandeur du Renard or- 
dinaire. 



CARNASSIERS. 



80 



L'on ne sait rien de bien positif sur ce Renard, et il est probable qu'on doit le rénnir ;■! l'une des 
espèces précédentes. 
Il habite la Virginie. 



21. RENARD TRICOLORE ou AGOUARACII.'iY. CAMS CINEREO-AnGENTATVS. Er.vlcboii 

Cabactères srÉcrFiQUEs. — Dessus du corps d'un gris noir; tête gris fauve; oreilles et côtés du cou 
d'un roux vif; gorge et joues blanches; mâchoire inférieure noire; ventre fauve; queue fauve, glacée 
de noir, avec le bout d'un noir foncé. Longueur du corps, mesuré depuis le bout du nez jusqu'à l'ori- 
gine de la queue, ^".TO; de la queue, 0"',ô5. Hauteur au garrot, 0"',45. 




-, V 



FiiÇ. 55 — Renard tricolore. 



Cette espèce habite les États-Unis d'Amérique et le l'avagiiay. DAzara donne sur elle les détails sui- 
vants: « L'Agouarachay, pris jeune, s'apprivoise, cl joue avec son maître, de la même manière et avec plus 
de tendresse et d'expression que le Chien; il reconnaît les personnes de la maison, et les fête en les 
distinguant des étrangers, quoiqu'il n'aboie jamais contre ces derniers. Mais, s'il entre dans la maison 
un Chien du dehors, sou poil se hérisse, et il le menace par ses aboiements jusqu'à ce qu'il le fasse 
fuir, sans toutefois oser le mordre. Il ne gronde point contre les Chiens de la maison, au contraire, 
il joue et folâtre avec eux. II vient lorsqu'on l'appelle au crépuscule du matin et du soir, parce qu'il 
se couche et dort le reste du jour, alin de n'avoir pas besoin de repos pendant la nuit, qu'il emploie 
à parcourir la maison, pour chercher des œufs et des Oiseaux domesliques, auxquels il ne pardonne 
jamais quand il peut en aitraper. Il n'est pas docile, et, si l'on veut le faire entrer dans un lieu, ou 
si l'on veut l'en faire sortir, il faut beaucoup de peine pour l'y obliger; il souffre même, auparavaui, 
des coups, auxquels il répond en grognant. » 

Cependant, un jeune individu de cette espèce, apporté de New-York, a vécu à la ménagerie du 
Muséum, et, sans être méchant, était farouche, et exhalait une odeur très-dcsagréable. 



90 IIISTOmE NATUREI,LE. 

A It'tat sauvage, le Henard argentt'a les iiièmes mœurs que noire rtenaiil, mais plus de hardiesse, 
car il ose appioelier, priulaiil la nuit, des bivaes où donnent les voyageurs, poui' s'emparer des 
sangles et des eourroics de euir, qu'il emporte et dévore. Il pousse Tiffronterie jusqu'à s'introduire 
dans les basses-cours pour en enlever la volaille, ou toute autre eliasse à sa eonvenance. Enfin, dans 
le Paraguay, on assure qu'il mange des fruits, des cannes à sucre, et qu'il suit le Jaguar pour s'ap- 
provisionner de re que celui-ci gasjulle; et il en serait de même, dil-on, dn Chacal, qui accompagne 
aussi le liion. Le lierjard argenté habite les bois et les buissons les plus épais; il y vit solitaire: sa voix 
est gutturale, retentissante, et semble prononcer le mol (jona-a-a. Quelquefois, la femelle met bas, 
en plein air, dans un las de feuilles ou d'herbes sèches; mais, le plus habituellement, elle .s'empare 
d'un terrier de Viscache, l'agrandit, et y fait, en octobre, de quatre à cinq petits, qui naissent presque 
noirs, et parmi lesquels se trouve paifois un albinos. 

Ne serait-ce pas à celle espèce que l'on devrait rapporter les ossements trouvés par M. Lund dans 
les cavernes du Drésil, cl qu'il regaide comme se rap])ortant au Cauis jiihalus ou cniiiiirslns? et ne 
pourrait-on pas dire la même chose de ses (jtiiis prolainpcr et irofiloiUjtcs? 



2'2. liENARI) .\GILIi. CAMS YF.I.OX Say. 

CAnACTÈRES srÉciFiouES. — Pclagc doux, fin, soyeux, fauve, et d'un brun ferrugineux; dessous de 
la tête d'un blanc pur; poils du cou plus longs que les autres, et Auuiant une sorte de fraise. De la 
grandeur ;\ peu près du Pienard ordinaire. 

Otte espèce a la taille .svelte et le corps mince, ce qui la rend très-légère à la course; sa queue est 
longue, cylindrique, noire. Elle se plaît dans les pays découverts, sur les bords du Missouri; se loge 
dans un terrier, et parait avoir les mêmes habitudes que l'espèce précédente, avec laquelle on la con- 
fmid assez souvent. 



2ô, nKNAltn CROIS!':. C1;Y/S DECVSSATVS. El, Gpolïroy S.iiiit-Hilnire, 

Cahactèhes spécifiques. — De la laille du lienard ordinaire; toul le ciups, et surtout le dos, la 
queue, les pattes et les épaules, d'un gris nniràlre. ]dns funcé vers les épaules, à poils annelés de 
gris et de blanc; une grande pL'Kpu' fauve ]iarlant de l'épaiili' jusqu'à la tête, et une autre de même 
rouleiu' sur le côié de la pnitrine; museau, dessous du corps et pattes, noirs; queue terminée par dn 
blanc. 

Le lii'iiard croisé, ([ue Schreber a nomme (Mn'tii cniiifirr, est regardé, ]iar quelques auteurs, 
comme n'étant qu'une variété dn Renard argenté. On le rencontre dans le nord de r.\meri(pi(', et 
|iriili;iblenienl jusqu'au l\;imlclialka. 

A ces diverses espèces, propres à l'Amérique, et qui, ainsi que nous l'avons dit, ne sont pas con- 
nues entièrement, il faudrait eu joindre encore qnelque.s-unes que luuis ue ferons que nommer, parce 
(pi'iui n'a pas assiz de détails sur elles; ce sont : 

1" Le (jiii'is iiilpcs, llailan, do la Nnuvelle-Calédonie, cl île la Xouvelle-Aiiglelerre. ipie Lesson 
nomme J'»//)c.v Aiiicricaniis; 

2° Le Cnnis Mnçjellanicti.'i, Darwin, du Chili et des îles Malouines; 

5" Le Cnnis fiilvipcs, Darwin, des iles de Cliihié; 

4" Le Cail'is fjnscii.s, Kiug, de l;i Miigelhinie; 

h" \a' ('.nuis l}i(isilic)i.i}s, Scliiu'/, un (jiiiis Aiarir. Wied, du lircsil. dn l'ara^iMiv. de la l'lal;i, 
de la Palagonie et du Chili. 

LiiNii MOUS pourrions ciler des débris fossiles, doul nous parlerons bienlol. 






ll\riR" l;irliclL'0. 



ri 1-J, 



CAHNASSIliUS 91 



III. ESPECES D'ASIE 



•i-i. RENARD DU BENGALE. CAi\'IS IIEXOALEXSIS. Sliaw. 

CAR.'kCTKnEs .SPÉCIFIQUES. — Peloge brun en dessus, avec une bande longitudinale noiie sur le dus; 
tour des yeux blane; queue noire à l'extrémité; forme et taille du Pienard oïdiu.iire. 

Ce Renard, (jui habite l'Inde, principalement le Bengale et l'Ile de Ceylan, diffère peu, au moins 
quant aux mœurs, de notre espèce d'Europe. 

On a décrit, dans ces derniers temps, des espèces nouvelles comme propres à l'Asie; ce sont les 
suivantes, qui sont trop peu connues pour que nous nous en occupions dans cet ouvrage : 

1" Vulpes Ilimalaicu.i, Ogilby, du Népaul et de l'Himalaya; 

2° Vulpes xanilmra, Gray, de l'Inde; 

5" Vulpes Kukii, Sykes, du Klun, ou pays des Mabrattes. 



IV. ESPÈCES D'AFRIOUE. 



25 RENARD DÊGVPTE CANIS NILOTICVS. Et. Geolïroy S.iint-llilaire. 

CAincTÈnEs SPÉCIFIQUES. — De la taille du Renard ordinaire; dessus du corps couvert de poils fau- 
ves, mélangé de cendré et de jaunâtre sur les lianes; dessus des cuisses cendré, avec quelques poils 
terminés de blanc; dessous du corps, depuis l'extrémité de la mâchoire inférieure jusqu'à l'anus, de 
couleur cendrée; quelques poils blancs sur les côtés du cou; pattes d'un fauve uniforme; oreilles 
noires en arrière. 

Il habile l'Egypte et la Nubie. 



26. RENARD PALE. CAKIS PAUIDVS. Cieulzcliiiiaii 

Caractères spécifiques. — Pelage d'un fauve très-clair en dessus, blanc en dessous; ((ueue lôulTue, 
noire à l'extrémité. 

Ce Renard se trouve en Egypte et en Nubie; on sait qu'il habile uu terrier pendant le jour, qu'il 
chasse pendant la nuit, et que, conséquemment, ses mœurs sont A peu près les mêmes que celles du 
Renard ordinaire. 



92 



HISTOIRE NATURELLE. 



27. RENARD V.\niÉ. CANIS VARIEGATVS. Riippcl 

C/kRACTÈnES SPÉCIFIQUES. — Pi'Iage d'un fauve jaunâtns en dessus, blanc en dessons; sur le dos et 
sur la queue, il y a des mèches noires formées par des poils plus longs que les autres. 

Habite la Nubie et l'Egypte. 

Ces trois espèces semblent au moins voisines, et ne sont peut-être (pie des variétés d'âge et de sexe 
d'une seule et même espèce. 




Fig. 50. — Renard d'Égyiito. 



A ces espèces africaines, les zoologistes en ajoutent cneore quelques-unes que nous nous bornerons 
à citer; telles sont les : 

1" Vnipcs ripnrins. Ilempring et Elirenberg, de Nubie; 

2° Vulpcs pijfimœus, Ilempring et Elirenberg, du même pays; 

5° Vulpesdormlis, Gray, du Sénégal; 

4° Vulpcs Caama, Smilli, du cap de Bonne-Espérance. 



CARNASSIERS. 



95 



Nous pouvons encore citer comme ayant tMé placées dans le même sous-genre et la même division, 
puisqu'ils proviennent tous d'Afrique : 

1° Le Mégalotis ou Renard de Delalande (Canis nichiiioiis, A. G. Desmarcstj, type du genre Méca- 
LOTis ou Otocvon; 

2° Le Feknec ou Zerdo {Canis cci-ilo, Gmelin); 

3° Le Renard d'Afrique (Canis fdmcHiiis, Creutzciimarl, qui constitue, avec le précédent, le genre 

Fennec; 

4° Le Renard de Denham (Canis fttneciis, Denliam), qui doit probablement rentrer dans le même 
groupe générique. 

Nous reviendrons plus tard sur ces diverses espèces de la liibu des Caniens, ainsi que sur le Canis 
picltis, A.-G. Desmarest, type du genre Cvnuvène, parce que nous les considérons comme formant 
des groupes génériques différant de celui des Chiens ou Canis. 



Illi* 










s 



;;,„,;.â.^lAp 






Fi". 57. — Renarit "ris. 



En décrivant le Chien ordinaire, le Loup, le Chacal, le Renard et l'Isatis, nous avons parlé des 
traces fossiles de diverses espèces découvertes dans le sein de la terre; dans nos généralités sur le 
genre Chien, nous avons aussi donné, en quelques mois, l'histoire paléonlologique des Chiens; il nous 
reste maintenant ;i compléter notre travail en faisant connaître les différentes espèces de Canis fos- 
siles connues aujourd'hui, et qui n'ont pas leurs analogues dans les espèces qui vivent ù l'époque 
actuelle. 

1° Canis (lypsoruni. — G. Cuvier a rapporté à une espèce du genre Chien une première phalange 
trouvée dans la pierre ;i plâtre de Montmartre, et qui indique un animal de grande taille; De Blain- 
ville pense qu'il y a du rapport entre cet os et ceux du Canis campcstris, quoiqu'en même temps il 
ait de l'analogie avec un Felis. 

2" Canis Viverroiiles. — De Blainville désigne sous ce nom un fragment de mâchoire inférieure 
trouvé dans le gypse du terrain tertiaire de Montmartre, et que G. Cuvier considérait comme appar- 
tenant au genre des Genettes; il y joint, mais avec doute, une dent carnassière trouvée par M. Charles 
D'Orbigny dans l'argile plastique des environs de Paris. 



Oi HISTOIRE iNATURELLE. 

T)" Canis brcviroslris. — M. l'abbc Croiz(!t :i créé sous relie (léiioniinalioii une espéco I'omiIci' sur 
ik'u\ fiygiiifiits (le màclKiirf supériciiro et tle mà('hoire inférieure, découverts dans les aliuvions 
sous-voieaniqnes d'Auveryne. D'après De Blainville, ces débris fossiles indiqueraient rexislence d'une 
espèce de Chien, intcrniédiaiie aux Chacals et aux Henards, rajiprochee des espèces de Chiens à 
pouce court, et, du reste, ne pouvant être confondue avec aucune d'elles. 

A" Canis hsiodorcusia. — C'est encore M. l'abbé Croizel qui, le premier, a indiqué cette espèce, 
d'après deux fragments provenant de la montagne de Perrier, prés dissoire, et de celle de Saint-Gé- 
ran. Ces morceaux consistent en deux fragments de mâchoire inférieure, qui constituent une espèce 
assez voisine de la précédente, mais en étant cependant distincte. 

b" Canis Ncscitcrsensis. — M. Croizet a également trouvé cette espèce, et son nom indique la 
parois.se d'Auvergne dont il est le curé. Cette espèce repose sur un côté gauche de mandibule, pres- 
que complète dans sa branche horizontale, et arn)ée de sa canine el des ciiu| molaires intermédiaires, 
c'est-à-dire qu'il ne maïupu' que la première et la dernière, dont il ne reste que l'alvéole. De lUain- 
ville regarde celte mandibule comme appartenant à une espèce de Canis, différente des deux précé- 
dentes mais comme tout à fait semblable au petit Loup des montagnes, encore existant aujourd'hui 
tiaus les l'yrénées. 

(■)" et 1" Canis .liirillariis el mrilius. — M. liravard désigne sous ces noms deux espèces de Chiens 
découverles à Juvillac, en Auvergne, el consistant en un assez grand nombre d'os; la deuxième, même, 
est fondée sur une léte assez complète. 

S" Canis Borlionidus. — Espèce également créée par M. Bravard, découverte à Ardé, en Auver- 
gne, et qui se rapporte ]uobablement au Canis mcgamostoides de M. Pomel. 

!)" Canis Pacivorus. — De Blainville regarde comme une simple espèce de ce genre le fossile que 
M. Lund a indiqué sous la dénomination de Sjncolliits Pacivoins. et qui provient des caveines du Brésil. 
Celte espèce repose sur une mâchoire supérieure qui a quelque analogie avec les Canis canoivorus 
et priniœvus, et doit probablement son nom au grand nombre d'os de Paca qu'on a trouves dans 
les mêmes cavernes. 

Nous pourrions encore citer les Canis Tornielii et Buladi, Croizet et Jobert, des environs d'Issoire, 
en Auvergne, et le Canis proparialor, Kaup, du diluvium du Rhin. 

La plupart des auteurs rapprochent aussi des Canis le g;enre fossile des Anipliicijon, que, d'après 
De iilainville, nous avons mis dans la famille des Petits-Ours, auprès des Blaireaux. (Voyez, volume l" 
des Carnassiers, page 256.) 

De Blainville regarde le groupe des Ilipmodons comme n'élanl qu'un sous-genre des Canis, et 
y range les //. leplorliipulius el liracliijrliijHchus. Mais, selon la manière de voir de C. Clivier, et 
celle plus récente de .M. Laurillard, nous ne nous en occuperons pas maiulenant. el nous en parlerons 
en traitant des Didelphes. 

Enfin, c'est à tort que l'on a rapproché de ce genre les groupes fossiles des Açjnoibninm, Kaup, 
et celui des Cahwlherïum, Bravard; ce dernier surtout n'étant, en quelque sorte, qu'une simple 
subdivision des Anoplollicrium. 



2'"" GENRE. — FENNEC. FENNECUS. A. G. Dcsmarest, 1804. 

l'alilcau iiiiMlioiliqui' ilans le lomi' XXIV de \:\ pieiuièrc «litioii du Diclioiiiuiirc d'Histoire iKilurelle édité p.ir IVliiville. 

Nom spécifique Iransporlû au genre. 

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES 

Sijsihnc dentaire: incisives, ^■, canines, j~] ; molaires, ^■,c'est-h-dirc aifanl la forninle qéni'ralc 
des Chiens. En effet, ce siisthnc dentaire se rapproche beaucoup de celui des lienards : les incisives 
sont lin peu ]ilus larijesjiroportioniiellenicnt: les avanlniolaires sont dans le nicmc cas, trianijulaircs, 



CARNASSIERS. 95 

pins larges h In tmsc, siirloril celles d'en lias; la ciiriKissicre supérieure n ses ileti.v lobes e.ilerues 
pres(iiie c(jaux, h talon inlenie jilns iirouinteé, tandis que la carnassière iiijér'ienre est pins soule- 
vée à sa partie antérieure, filns uicjné, plus insectivore dans son lohc externe postérieur; la dcr- 
tiière tuberculeuse, en haut eoninie en bas, est jilus petite ijue celle ipii la jiréeède. 

Museau pointu. 

(treilles très-amples, beniicoiip plus développées (pie celles des lleiianls. 

Veii.v i/ros. 

l'ieds propres à la marche, iliijitiijrades, a quatre doigts. 

Ongles crochus, aigus, non rélraetilcs. 

Taille trè.t-pctite. 

Forme élancée. 

Aiii-uii animal, pput-ètrc, n'a soulevé, aillant que le Fennee, de polémique parmi les naUiralistes. 
On en a fail tantôt un Cliien, tantôt un dalago, tantôt le type d'un groupe générique distinet, et, enfin, 
on semble porte aujourd'hui, et probablement avec raison, à lindiquer eomme une des espèces de la 
.subdivision des Renards. 

Rrucc, le premier, a signalé cet animal, qui, depuis, a élé décrit, en Suède, par Brander, d'après 
l'individu même que Bruce avait vu. Sparmann, dans son Vogage an Cap de Bonne-Espérance, le con- 
sidéra trop légèrement comme apparlenant à l'espèce d'un petit animal des sables de Canulebo, près du 
Cap, qu'il ne décrivit pas sul'lisammeni, dont il lit une espèce de Chien, et auquel il attribua le nom 
de Zcrda. Pennant, Boddaërt etGmelin, adoptant ensuite ce rapprochement, ont donné les noms de 
Canis zerda et de Canis zerdo à l'animal de Bruce, que Brander regardait, de son côté, à plus juste 
raison, comme une espèce de Renard. D'après les traits de la description publiée postérieurement par 
Bruce, dans son Voyage en Lgbic, Blumenbach considéra le Fennec plutôt comme appartenant au 
genre des Civettes qu'à celui des Chiens. A. G. Desmarest avait également pensé, d'après les mêmes 
données, que cet animal était le type d'un genre particulier de Carnassiers, qu'il rapprocha dans sa 
Mammnlogic du groupe naturel des Chats. Uliger l'a placé dans l'ordre des Carnassiers, à côté des 
Hyènes, et il a donné, sur la dentition de cet animal, des détails que ne lui ont certainement pro- 
curé ni les descriptions de Bruce et de Brander, ni celle de Spariîiann sur son Zerda. Et. Geoffroy 
Saint-Hilaire a récusé entièrement l'opinion d'illiger; et, discutant la description de Bruce, qui lui pa- 
raissait imparfaite et inexacte, il a pensé y trouver assez de renseignements pour établir que le Fennec, 
loin d'être un Carnassier, n'était qu'un Galago : le nombre des molaires (que l'on ne connaissait pas 
d'une manière parfaite lorsqu'il écrivait son travail), la présence des canines, les grandes dimensions 
des oreilles, la longueur de la queue, la grosseur des yeux, la petitesse de la taille, le genre de nour- 
riture et la vie nocturne, semblaient fournir les motifs qui militaient en faveur de cette hypothèse. 
Mais, aujourd'hui que l'on connaît plus complètement le Fennec, dont on n'avait guère précedcmmeni 
que des peaux mal conservées ou ([uebjues débris incomplets du squelette, aujourd'hui que l'on en a 
vu plusieurs individus vivants en Europe, et que la Ménagerie du Muséum en possède même un en ce 
moment, l'opinion d'Et. Geoffroy Saint-Hilaire n'est plus admise, et l'animal qui nous occupe est 
bien définitivement rangé |)arnii les Carnassiers digitigrades, et doit y former une subdivision dis- 
tincte, à moins même, ce (pii est plus probable, qu'il ne rentre dans le genre Cliien, sous-genre des 
Renards. 

L'espèce typique de ce genre est le : 



FENN C. FENSECUS BIllXEI. A. -G. Desmarest. 

Caractères spécifiques. — Pelage d'un joli ronx Isabelle en dessus, avec une tache fauve placée 
devant chaque œil; le dessous du corps blanchâtre; la base et le bout de la queue noirs. Taille 
petite, et moindre que celle des Renards. 

La synonymie de celle espèce est ti'ès-cmbrouillée. Rruce, le premier, lui aiiiili(pia le mim ((u'elle 
porte vulgairement, celui de Fennec, <[iioi(|u'elle soit quelipiefois désignée sous celui d(> Zerdo. 



96 ' HISTOIRE NATURELLE. 

Gmelin en fit son Cnnis ccrcio; A. G. Dcsmarest, son Fennecits Briiceî; Lesson, son Fennecus zcnta; 
Leacli, son Canis Salinrcnsis; Leuckart, son Cnnis pijfimœus; GrilTith, son Canis megaloùs; Blii- 
menbacli, son Vivcrra aurita, et Illiger, son McçjalMis zcrdo; enlin, Buffon l'indiqua sous la déno- 
mination d'Anbual anonyme. 




H" 58 — Fennec de Bruce. 



D'après De Blainville, on devrait probablement rapporter au Fennee plusieurs lii,'ures des tondx'aux 
égyptiens, qui ont été données, par M. Rosellini, dans son grand ouvrage sur les monuments égyptiens. 

Hruee donne de ce Mammifère la description suivante ; « Ce Fennee avait six pouees de longueur, 
depuis le bout du ntz jusqu'à l'origine de la queue; celle-ci avait cinq pouces un quart, et le bout 
très-noir dans la longueur d'un pouce environ; celle de ses pattes de devant, mesurées depuis la pointe 
de l'épaule jusqu'à l'extrémité des doigts, était de deux pouces sept huitièmes; celle de la tète, de- 
puis la pointe du museau jusqu'à l' occiput, de deux pouces; celle des oreilles, de trois pouces trois 
iiuiliémes. Ses oreilles avaient un pli en dehors de leur base, et leur face inlerne était couverte d'un 
poil très-doux, blanc et touffu sur le bord, et d'un ])oil rare et couleur de rose dans le milieu; leur 
largeur était d'un pouce et demi, et leur conque avait' beaucoup d'ouverture; l'œil était d'un bleu 
foncé, et la prunelle était très-grande et très-noire. Les moustaches étaient roides et épaisses, et le 
bout du nez était pointu, noir et très-lisse; les dents canines et celles de devant étaient longues et ex- 
trêmement pointues, et il y avait cinq molaires de chaque côté; les jambes étaient minces, et les 
pieds très-larges, et divisés en quatre doigts noirs, longs et crochus; ceux des pieds de devant étant 
beaucoup plus crochus que ceux de derrière; tout le dessus du corps était couvert d'un poil blanc 
roussàtre ou couleur de crème; le poil du ventre était plus blanc, plus doux et plus buig. Il y avait 
plusieurs mamelles, qu'on ne pouvait compter à cause de la vicacilè de l'animal. La (lueue, qu'il éten- 
dail rarement, était couverte d'un poil plus rude que le restant du ciu-ps, » 



V \ ^ 




CARNASSIERS. 97 

La collection de la Société zoologique de Londres possède un squelette de cet animal, et M. Yarrel 
en a donné la description. 

Le Fennec monte sur les arbres avec la plus grande facilité; il se plait surtout à grimper sur les 
Dattiers, dont il aime, dit-on, à manger les fruits. Mais il fait surtout la chasse aux petits Mammi- 
fères et aux Oiseaux, et rcclierclie les œufs de ces derniers. De son habitude de monter sur les 
arbres, et de ce qu'il ne peut embrasser les branches avec ses petits membres, on en a déduit que 
les ongles devaient être à demi rétraciiles ou même tout à fait rétraciiles; et, de ce que sa nourriture 
consistait en matières végétales et animales, on a dû soupçonner que ses molaires devaient différer 
de celles des Chiens, et se rapprocher davantage de celles des Insectivores, c'est-à-dire qu'elles de- 
vaient être à couronne tuberculeuse. Le Fennec dort la plus grande partie de la journée, et ce n'est 
que le soir qu'il sort de son gite pour satisfaire son appétit. Sa physionomie est line et rusée, et res- 
semble beaucoup à celle du Renard. Il porte ses oreilles droites, et ce n'est que lorsqu'il est effrayé 
qu'il les couche en arrière. Il se prive aisément; et l'on peut, aujourd'hui, être témoin de ce fait en 
étudiant l'individu qui vit depuis quelques mois à la ménagerie du .Muséum, et à laquelle il a été donné, 
en 1 851 , par M. l)iu-ourt. Ce Fennec provient du grand désert du nord de l'Afrique; son aspect général 
rappelle tout à fait celui d'un Renard, et ses oi'eilles ne semblent même pas aussi démesurément 
grandes que l'avaient annoncé les naturalistes. 11 est d'une grande douceur, aime à ce qu'on le flatte, 
et vit en assez bonne intelligence avec un jeune Chien qu'on lui a donné pour compagnon de capti- 
vité. Il n'a pas une nourriture exclusivement carnassière, car il ne repousse pas les fruits ou gâteaux 
qu'on lui présente. , 

Cette espèce, dont Bruce a vu trois individus de variétés différentes à Tunis, à Alger et à Sen- 
naar, se trouve fréquemment dans le territoire des Arabes Beni-.Menzzahs, et Werglahs, ancien pays 
des Mélano-Gétulés, et aussi, dit-on, mais beaucoup plus rarement, dans la province de Constantine. 
Les Arabes de ces contrées le chassent pour en avoir la fiuirrurc, qu'ils envoient vendre à la Mecipie, 
d'où elle passe dans l'Inde. On le trouve aussi en Nubie et en Egypte; mais il est très-rare partout. 

Une seconde espèce propre à ce genre est le Renat.d d'Afrique [Canis famelicus, Rûppcl; Fcimccus 
faincUcus, Lesson), propre à la Nubie et au Kordofau. Dans cet animal, qui a beaucoup d'analogie 
avec le Fennec, les oreilles sont moins longues; la tête est jaune, et le corps gris, ainsi que les deux 
tiers de la queue, qui est blanche à l'extrémité. 

Enlin, une dernière espèce est le FeXiNec de Denh \m ( Viilpcs Dcnliamii, ou Cmtùs fennccus. Deuham), 
qui diffère du Fennec par son pelage d'un roux blanchâtre uniforme, seulement plus pâle en dessous; 
son dos brun blanchâtre uniforme; son menton, sa gorge, son ventre et les parties internes de ses 
cuisses et de ses jambes, blancs; son museau noir. Il se trouve dans l'Afrique centrale, et n'est pro- 
bablement pas distinct du Fennec ordinaire. 



5""' GENRE. — OTOCYON. OTOCY(hy. Lichstenslein, 1838. 

In Wiegniann Archiv., toni. IV. 
fl;, oreille; xucv, Chien. 

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Sjislcnie dcnlaïrc : incisives, ^; canines. }— j ; molaires, ^; en toudiic, quarantedrux dénis, d'uii 
il résulte qu'il ij a. à chaque mâchoire, deux dents de plus que dans le yenre Canis, et. en outre, 
on peut remarquer que les dents sont plus ontnivorcs que dans le ç/roupe que nous venons de 
nommer. 

Oreilles Ircs-larcjes et très-longues, éçjalanl presque la tcle, avec un double rebord à leur bord 
inférieur externe. 

Jambes plus gra)idcs que celles du Itotnrd. 

Tête petite. 

Queue Irès-fournie. 



98 HISTOIRE NATURELLE. 

Lo genre Otnnjon do Liclistenslcin, qui roriTspoiid au i,'onre Mcijntoùs (p-E-ya;, t;rand; (.>,-, oreille) 
de Beniielt, el qui a pour type une espèec de Chien, le Can'is mcf;aloiis, A. G. Desmarest. du Cap de 
Bonne-E.spérance, est parfaitement caractérisé par le nombre de ses molaires plus considérable que 
dans les véritables Canis. Dans ce genre, la disposition omnivore est au minimum, non-seulement 
parce que les carnassières sont tout à fait au minimum en elles-mêmes, mais aussi relativement aux 
tuberculeuses, dont le nombre est augmenté aux deux mâchoires; d'où il résidle que le système 
dentaire de ce groupe a une certaine analogie avec celui de quelques Petits-Ours. Les incisives ont 
assez peu le caractère de celles des Canis, eu ce que les supérieures sont petites, presque égales, 
espacées et entières, peut-être cependant par usure; mais les inférieures sont bilobées; les canines 
de même, el n'étant pas plus comprimées, ni carénées, que dans les Renards. Les avant-molaires sont 
à peu près dans le même cas, seulement elles sont jilus petites, moins espacées, que dans les espèces 
du genre Chien; mais elles croissent graduellement de la première à la troisième, sont tout ;i l'ait 
simples et triangulaires en haut comme en bas, et seulement un peu plus étroites inférieurement. 
C'est surtout dans la forme de la principale ou carnassière d'en haut, et de la première avant-molaire 
ou carnassièi'e d'eu bas. que les différences commencent à être marquées. Elles consistent en ce que, 
en haut, la partie antérieure de la dent, c'est-à dire sa partie carnassière, a considérablement aug- 
menté d'étendue, puisqu'elle constitue la dent entière, celle-ci n'étant cependant pas plus large que 
la première tuberculeuse, et qu'en bas cette carnassière, moins changée et moins réduite toutefois, 
est devenue presque insectivore; les trois pointes ou tubercules pointus de la moitié antérieure étant 
également soulevés, et le talon étant entièrement formé de deux pointea. Quant aux tuberculeuses, 
au nombre de trois à chaque mâchoire, celles d'en haut sont tout à fait semblables à celles des Ca- 
nis, sauf qu'elles décroissent sensiblement de la première à la dernière, ayant deux denticules pres- 
que égaux en dehors, et un large talon en dedans. Celles d'en bas décroissent encore plus rapide- 
ment ; les deux premières à deux collines transvérses, bicuspidées, et la dernière à peu près de même 
forme, mais la colline postérieure réduite à n'être qu'un petit talon. 

Le squelette de l'Otocyon a été décrit avec soin par De DIainville dans son Ostéocjruplne, et cet auteur 
a montré que l'ensemble des os rappelle évidemment celui d'un petit Renard, mais encore plus grêle 
et plus élaucé ou élevé sur pattes, et avec une queue plus courte et plus rapidement eflilée. Les apo- 
physes é|iineu.ses des vertèbres dorsales sont plus étroites que dans les Renards, et ne vont pas en 
s'élargissant en arrière : celles des lombaires sont également plus étroites et plus inclinées en avant; 
elles transverses d'une gracilité extrême, la dernière étant peut-être la plus large. La série sternale, 
ainsi que les côtes, se nt absolument comme dans les Vulpes. L'omoplate est peut-être un peu plus haute, 
un peu plus étroite, et sa crête très-élevée, surtout vers sa terminaison. L'humérus est certainenu'nt 
plus long, plus droit, en un mot plus semblable à celui des Chats; mais sans crête épicondylicnne, 
sans canal interne, et même sans trou médian à son extrémité inférieure : l'articulation est, du reste. 
en double poulie comme dans les Canis. L'avant-bras est encore plus long que le bras. Le radius 
trés-courbé. el le cubitus presque tout ;i fait postérieur, soudé même dans sa moitié .supérieure, et 
très-gréle dans le reste. Le carpe est comme dans le Renard; mais la main est beaucoup plus allon- 
gée, surtout dans les métacarpiens, qui sont d'une longueur et d'une gracilité tout ;i fait particu- 
lières. Les premières et les secondes phalanges sont assez bien comme dans le Renard, mais les 
o.nguéales sont encore plus longues, plus comprimées et plus aiguës. Les membres postérieurs pré- 
sentent des différences à peu près de même intensité. Le bassin est proportionnellement plus long, 
et son angle antérieur et inférieur est plus arrondi. Le fémur est long, arqué, comprimé en haut et 
moins en bas. Les os de la jambe sont plus grêles, et le péroné entièrement soudé au tibia dans 
sa moitié inférieure. Le pied est encore plus long, plus grêle et plus serré que dans le Renard, 
avec le pouiu' également plus rudimeutaire. Mais c'est surtout la tête qui offre le plus de différence, 
quoiqu'elle rentre cependant très-bien dans la forme de celle des Renards, et surtout du Renard ar- 
genté. Elle estseuleuu'ut encore un peu plus allongée, l'espace lyrifornie supérieur étant plus large, 
l'orbite est aussi plus circulaire et plus complète dans son cadre par plus de longueur des apophyses 
orbitaires. L'os du nez est moins fortement bifide; le trou sous-orbilaire est plus avancé; la pointe 
nié<liane du bord palatin beaucoup plus longue; l'apophyse ptêrygoïde interne plus petite; le trou 
niuliiif plus graïul; l'apophyse anguleuse de la mandibule plus large, plus arrondie, de manière ;i ce 
ipie l'os mandibulaiie est presque droit. 



CARNASSIERS. 



9'J 



espèce unique de ce genre est le : 



OTOCYON A CRANDIiS OhlilLLES. OTUCÏON MEGALOTIS. Lcjson. 

Caractères spécifiques. — Pelage gris de fer, très-iégéremenl teint de fauve; une ligne de poils 
plus longs que les autres, et noirâtres, le long du dos; oreilles grises en dehors, avec le bout noir, 
et bordées de petits poils blancs; queue très -touffue, noire, avec du gri.s seulement à la racine; têle 
grise, jusqu'au bout du nez, ainsi que le clianIVein, noirâtre; ventre d'un blanc sale; les quatre pattes 
noires. Le pelage étant, en général, plus l;diieu\ que celui des Chiens. Sa taille est moins considéra- 
ble que celle du Itenard ordinaire. 

Cette espèce a reçu, d'A. G. Desmarest, la dénomination de Canis mnçjaloûs; Uesinoulins lui a aj)- 
|)liqué celle de Canis Lalamlii, tirée du nom du naturaliste voyageur qui l'a trouvée le premier, et 
M. Ilaniilton Smith, qui la range dans sa subdivision des Agiioiliis aurili de son sous-genre Chien, 
le nom de Me(julol'is Lalamlu, enfin, c'est VOioqiou Cm fer de fjciislenstein. 

Elle habite les environs du cap de llimne Espérani'c. et. dit M. lHiii;ii(l. I:i Cafrerie. 




Fis 59. — Zcrda île Lalinde. 



C'est auprès de ce genre, et à côté de celui des Hyénoïdes, qne vient se ranger le genre Priiiiceviis 
de M. Hogson, fondé sur une espèce de Canis, propre aux monts Ilimalavas et aux pays des Mah- 
ratles, le Ciiif.n des liisiiiAïAS, Canis priniwvus. llogsou; Canis Duldiiincnsis, Sikes; Piimœvus 
buansti, Lesson, qui se fait distinguer par quelques particularités de son système dentaire et de son 
ostéologie. 

Dans cet animal, nommé Chien primitif par M. Hogson, parce qu'il pense que cette espèce a pu être 
la souche sauvage du Chien domestique de tout le versant méridional des llimalayas, et même du Dingo 
de la Nouvelle-Holbinde, la tète osseuse est remarquable. En effet, quand on la compare à celle d'un 
Loup, on observe qu'elle s'en éloigne assez fortement par sa brièveté et la déclivité presque sans 
courbure de son chanfrein pour se rapprocher de celle du Chien crabier et peut-être encore mieux de 
l'Hyène, formant ainsi quelque chose d'intermédiaire entre les Caniens et les Ilyéniens. Elle est large 



iOO HISTOIRE NATUHELLE. 

et courte dans ses deux parties, sans eoiip de liache ni relèvement frontal, les os du nez sont plus 
larges; les pi'i niaxillaires plus courts; les orbites moins taraudes, plus Ioniques et un [>eu plus complètes 
dans leur ordre. La caisse est moins rentlée, et la mandibule a (piebpie chose d'intermédiaire à celle 
du Loup et à celle du Chien crabier, étant un peu plus en bateau que dans celui-ci, et cependant ayant 
le coude assez mai'ipié, et l'apophyse angulaire pi'esque comme dans celui-là. 

Dans le système dentaire, on voit que l'étendue de la carnassière supérieure est proporlionnelle- 
mcnt an maximum de ce qu'elle est chez les Chiens, puisqu'elle dépasse notablement celle des deux 
tubercideuses, dont la dernière est même très-petite, à peine triquétre; mais, de plus, en bas, cette 
même dernière tuberculeuse n'existe plus, et la carnassière est d'une largeur ])lus grande que dans 
aucun Canien, surtout en propoition avec l'unique tuberculeuse presque ronde. Au reste, les incisives, 
les canines, les avant-molaires et les principales sont comme dans le Loup et dans les autres espèces 
de Caiiis de grande taille. 



i"" GENRE. — GYNHYENE. CYNHY.i:NA Fr. Cuvier, 182'J. 

ItU-tioniiaire di'S si-U'iiccs naturelles. 
K'jwv, Uijœna^ qui rcsseriiljJe à l'IIyèno et au Cliioii. 

CARACTÈRES GÉ?«îÉUIQUES. 

Sijsû-me dentaire connue celui des Chiens, c'esl-a dire composé de canines, ^- ii'cisives, -^ , 
molaires, ^; mais présenlani le petit lobe en avant des fausses molaires moins prononcé. 

Veu.v Cjros, saillants. 

Papille arrondie, diurne. 

Pieds ne présentant (jue quatre iloiijts sculeinenl ; le pouec manquant en avant comme en 
arrière. 

Tête f/ros-ie. 

Museau large. 

Queue toujjue, longue. 

Ce genre, l'un des plus curieux de la famille des Carnassiers, sert à établir le passage des Caniens 
aux Ilyéniens; en effet, il a le système dentaire des premiers et la conformation digitale des se- 
conds, ce qui fait qu'on l'a rangé lanlol dans l'une, tantôt dans l'autre des deux tribus que nous ve- 
nons de nommer; quoique réellement il ait plus de rapport avec les Canis qu'avec les llijanu. 

Temminck rangeait la seule espèce qui entre dans ce groupe dans le genre Hgwna, sous la déno- 
mination iVH.picta, et Burclicll en fit sa //. venatica. Uuppell désigna le même animal sous le nom 
de Canis pleins, et Grifiit sous celui de Canis tricolor. Enlin, Fr. Cuvier, le premier, la regarda 
comme devant être le type d'un genre distinct, (pi'il nomma Cijnliijivna, et M. H. Smith le désigna 
comme une subdivision de sou sous-genre Canis, qu'il nomma Lijeaon. Ce genre est gènéraliment 
adopté, mais la dénomination en a été changée en celle d'UiéfioiDE {lIijenoides\ assez généralement 
admis(> aujourd'hui, et adopiéc par M. Isidore Geoffroy Saint-Ililairc. 

De lilainville, dans son Ostéograpliie, donne les détails suivants sur cet animal remarquable : 
« Nous devons d'abord faire observer qiu% comme cette espèce n'a pas le singulier pénis des Chiens, 
ni même la bilobure de la racine du bord postérieui' de l'oreille, nous ne voudrions pas assurer que, 
malgré la similitude complète du système dentaire, le squelette de cet animal fût réellement celui 
des Canis, de manière (|u'il est, à leur égard, la contre-partie du Megalotis. Nous n'avons vu, en 
effet, (pi'une partie de la tète osseuse d'un seul individu de sexe inconnu. Celle tète est encore plus 
courte, plus brusquement déclive, du moins depuis le front, que dans le Canis printaeus, ce qui 
fait su])poser que le rapprochement de celle des Hyènes est encore pins grand. Toutefois, la gouttière 
fronto-nasale est très-forte, plus que dans aucune autre espèce de Canis, et, par conséquent, autre- 
ment que dans les Hyènes, où il n'y en a pas de traces. I^es os du nez sont assez bien, comme dans 
le Canis primwvus, larges surtout dans leur moitié supérieure. On peut en dire autant du bord 



CAUNASSIERS. 



101 



pal.'ilin, tt nièino de la mandibule, qui, sauf plus de largeur pour le premier, de force et de brièveté 
pour la seconde, sont assez bien intermédiaires à celui-ci el au Loup. Du reste du squelette je n'ai 
pu étudier que les extrémités, et même sans le carpe ni le tarse complets; cependant il m'a semblé 
qu'il y avait au moins autant de rapprochement à faire avec la Hyène qu'avec le Loup, le pouce n'é- 
tant ni plus ni moins rudimentaire en avant qu'en arriére. » 

Le système dentaire de l'Ilyénoïde est en tout semblable à celui du L<iii|), sauf plus de rapproche- 
ment et plus de force pour chaque dent. Toutefois, la proportion de la carnassière supérieure, et les 
deux tubercules qui la suivent, n'est pas plus à l'avantage de celle-là que dans le Loup ordinaire, 
puisqu'il y a égalité; et que la dernière tuberculeuse est, proportionnellement avec la première, très- 
petite, et sensiblement plus que dans le Loup. A la mâchoire inférieure, il y a moins de différence, 
si ce n'est dans la troisième incisive, proportionnellement plus petite, et dans la première avant-mo- 
laire, plus haute, plus aiguè, ainsi que dans les dcnticules antérieurs et postérieurs des deux .lutres 
et de la principale, qui sont évidemment plus prononcés, même dans un sujet dont les carnassières 
sont assez usées. 




liu.OO. — Uvène Ivcaoii. 



L'espèce type et unique de ce genre est le ; 



IlYtÎNOIUi:. cr.\Iirj;.\A PICTA. Tenimincl. 



Caract£;iies simccifiques. Pelage très-varié; en effet, sur un fond grisâtre se dessinent, d'une ma- 
nière plus ou moins tranchée, des taches blanches, noires, d'un jaune d'ocre foncé, très-irréguliére- 
ment parsemées et mélangées, quelquefois assez larges, d'autres fois très-petites, toujours placées 
sans ordre et sans nulle symétrie : et ces taches variant beaucoup, non-seulement sur les parties cor- 



102 HISTOIRE NATURELLE. 

respondantes du même animal, mais encore d'individu à individu. La queue est touffue, blanehc an 
bout, et descend jusqu'aux talons La taille est celle du Loup onlinaiic. 

Fr. Cuvier donne la description suivante d'un individu qu'il a pu observer avec soin : « Tète noire; 
front, calotte, derrière des jeux et dessus du cou, jaune roussâtre; eûtes du cou d'un brun uoirA- 
tre; dessous d'un gris brun, avec un large demi-collier blanc vers le bas; épaules, dos, flancs et ven- 
tre, noirs; une large tache rousse derrière le haut de l'épaule, et deux taches blanches en avant; 
quelques taches de roux sur les côtés du corps; jambes blanches, avec une tache rousse derrière le 
coude, bordée d'une ligne noire, qui se termine vers le bas par une tache de même couleur, 
dont le centre est roux : celle-ci suivie d'une tache semblable, au-dessous de laquelle se trouve 
encore une tache noire, mais pleine; une autre tache noire en rose, et à centre roux, vers le 
haut du devant de la jambe, suivie de deux plus petites taches pleines; croupe variée de roux et 
de brun; cuisses et haut de la jambe bruns, avec deux fortes taches blanches : l'une au milieu 
de la cuisse, et l'autre à la partie postérieure du genou; bas de la jambe et partie antérieure 
de la cuisse roux, avec quelques taches noires, un anneau noir au talon; tarse blanc; doigts noirs, 
ainsi que quelques taches sur les côtés du tarse; queue rousse à l'origine, puis blanche, ensuite noire. 
et, enfin, blanche ù la pointe; dessous du corps noirâtre; intérieur des jambes de devant blanc, avec 
quelques taches et quelques lignes noires, celui des postérieures roux pâle sur la jambe, avec quel- 
ques ondes noires obliques vers le bout; tarse blanchâtre, une tache en rose, noire, et roussâtre au 
centre près du talon; oreilles grandes, ovales, noires, avec de petites taches roussàtres; poil assez 
court, excepté sur la queue, qui est touffue vers le bout. » 

La description donnée par Temminck ne se rapporte pas entièrement à celle que nous venons de 
rapporter, et cela démontre les variations individuelles que nous avons indiquées. 

M. Isidore Geoffroy Saint-Ililaire indique un fait des plus importants relativement à cet animal 
« Un voyageur très-digne de foi, dit le savant professeur que nous venons de nommer, qui a vu vi- 
vant un individu de cette espèce, nous a assuré qu'il tenait dans un état habituel de flexion, non 
pas seulement, comme les Hyènes, les membres postérieurs, mais aussi, ce qu'on n'a encore observé 
chez aucun autre animal, les membres antérieurs. » 

Cette espèce habite le midi de l'Afrique, c'est-à-dire le cap de Bonne-Espérance, le Kordofan, h 
Nubie et l'Abyssinie. 

Avec le courage du Chien, l'IIyénoïde a la voracité des Hyènes, ce qui la rend très-dangereuse 
pour le bétail. Elle se réunit en troupe plus ou moins nombreuse, et ose alors se défendre contre le 
Léopard, et même contre le Lion. Elle aime à se nourrir de voirie et de cadavres corrompus; et, pour 
satisfaire ce goût, elle a la hardiesse de pénétrer, pendant la nuit, dans les cours des fermes, et 
même dans les villages, où elle vient ramasser les immondices jusqu'aux portes des maisons. Malgré 
cela, elle ne se livre pas moins avec ardeur à la chasse des Gazelles et autres espèces d'Antilopes. 
Dans ce cas, plusieurs Hyénoïdes se réunissent en meute, et poursuivent leur gibier avec autant d'or- 
dre et de persévérance que nos meilleurs Chiens courants, et en plein jour. Lorsque l'animal est pris 
ou forcé, elles le dévorent toutes ensemble sans se quereller; mais elles ne souffrent pas qu'un ani- 
mal carnassier d'une autre espèce vienne leur disputer leur proie, et c'est alors que, comptant sur 
leur courage, sur leur nombre et sur leur force collective, elles osent résister au Léopard et au Lion. 
Faute de gibier, les Hyénoïdes attaquent parfois les troupeaux, les Moulons surtout, et même les 
Bœufs et Chevaux quand elles les trouvent isolés; mais aucun fait ne constate qu'elles se soient ja- 
mais jetées sur les hommes. Comme les Hyénoïdes ont presque toujours été confondues, par les voya- 
geurs, avec les Hyènes, il est possible que quelques-uns des traits de leurs mœurs et de leurs 
habitudes, que nous venons de signaler, d'après M. Boitard, ne s'appliquent pas exclusivement â 
elles. 

, Le genre l'rolcle, que nous décrirons dans la tiibu suivante, est rangé, par De Blanville, dans le 
groupe naturel des Chiens et placé à coté du Cynhyéne. 



CARNASSIERS. 103 



QUATRIEME TRIBU. 

IlYÉ?ilENS. UYËMl. Isidore Geoft'rov Saint Hiiaiiv. 



Molaires ullcincs, h couronne au moins en partie iramhaiilc. 
Tuberculeuses nulles ou rud'imcnlams. 
Membres plus ou moins allongés, fortement digitiij rades. 
Corps surbiiissé en arrière. 

Le genre des Ilijfi'na, auquel on joint un groupe générique nouvellement décrit, forme la tribu des 
Hijéniens de M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, qui correspond à celle des llijwninu de M. Gray, et, 
en partie, au genre Uijœna de Ue Blainville. 

Cette tribu est voisine de celles di:s Canicns et des Féliens; mais elle se distingue principalement de 
l'une et de l'autre par son corps surbaissé en arriére, ainsi que par l'aspect tout particulier des ani- 
maux qui y entrent; en outre, tandis que les tuberculeuses sont nulles ou rudimentaires chez ces ani- 
maux, comme chez les Féliens, chez les Caniens, au contraire, il y a toujours deux tuberculeuses au 
moins en haut et en bas. Quelques auteurs varient sur la position que l'on doit assigner à cette tribu 
dans la série niammalogique; les uns commencent par elle la division des Carnivores, et placent à la 
suite la tribu des Caniens; les autres la rangent après les Viverriens, et comme joignant ceux-ci aux 
Féliens, enfin, il en est, et à leur tète vient se placer M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, qui mettent 
les Ilyéiiiens entre les Caniens et les Féliens : nous adopterons cette dernière manière de voir. 

L'espèce typique de cette tribu, la Hyène rayée, est connue depuis longtemps, et citée par les 
Grecs et les Romains; luais les autres n'ont été indiquées que dans des temps beaucoup plus récents. 

Le régime diététique des Ilyéniens est encore la carnivorité; mais ces animaux ne sont pas carnas- 
siers à un degré aussi prononcé que les Chats, en effet, les Hyéniens semblent préférer les matières 
animales putréfiées, qu'elles vont rechercher jusque dans les charniers et les cimetières, et il semble 
que ce n'est que par exception qu'elles s'emparent dune proie vivante, et alors même elles ne chas- 
sent que des animaux de petite taille, et qui n'offrent pas beaucoup de résistance. Les Protéles sem- 
blent avoir le même genre de vie, mais, en outre, ils se nourrissent de jeunes animaux, et surtout de 
la matière grasse qui se trouve dans la loupe caudale des Moutons à grosse queue, qui ne sont pas 
rares, surtout dans les fermes, dans les pays qu'ils habitent. D'après cela, on voit que ces animaux 
ont, en quelque sorte, usurpé la réputation de férocité que l'on se plait en général à leur donner, et 
qui ne leur est proliablcnient venue que de leur aspect farouche, et qui semble être sanguinaire. Loin 
d'être redoutables, les Hyènes se voient parfois eu liberté dans les rues des villes d'Orient, où elles 
vont à la recherche des matières animales en putréfaction. 

Deux genres seulement entrent dans cette tribu; ce sont ceux des Hyènes, créé par Brisson en 
1750, ayant quatre doigts à tous les membres, et Pr.OTÈLEs, fondé, en 1824, par M. Isidore Geoffroy 
Saint-Hilaire, ayant cinq doigts en avant et quatre en arriére. 

On n'en connaît qu'un très-petit nombre d'espèces actuellement vivantes, cinq au plus : trois se 
rapportant au genre Uijœna, et une, peut-être deux, au genre Protéles; mais on a décrit sept à huit 
espèces de Hyènes comme s'étant trouvées à l'état fossile. 

Les Hyéniens vivants habitent diverses parties de rAfri([ue, principalement les environs du cap de 
nonne-Espérance, et plus rarement l'Abyssinie, l'Egypte, la Nubie, la Barbarie, le Sénégal; mais, 
in outre, il en est une espèce, la Ilijœna vulgaris, qui se trouve non-seulement dans ces diverses 
régions, mais dont l'habitat s'étend aussi dans une portion de l'Asie, particulièrement dans la Perse 
et dans l'Inde. 



lO-î 



HISTOIRE NATUUELLE. 



Les espèces fossiles sont plutôt propres à l'Europe, et ont surtout élé découvertes, en France, dans 
les cavernes du Midi, ainsi que dans quelques-unes de celles de l'Allemagne et do l'Angleterre; cepen- 
dant, M. Lund en a signalé aussi des traces, en Amérique, dans les cavernes du Brésil; et MM. Baker 
et Durant, dans les monts Ilimalayas. 

Quelques auteurs joignent à cette tribu des animaux que nous avons compris avec les Caniens; tels 
sont les genres Ciinlujana ou Ihjêmïdes, ayant pour type le Cmûs piclns, et l'AcunAGUAZA ou Loue 
nouGË {Canisjtibiitus}, dont Wagler a fait le type d'un génie particulier, celui des Cynailiiriis, qui 
n'est généralement pas adopté. 



^-^. 




Fig. CI. — Hyène tachetée. 



1"' GENRE. — PROTELE. PROTELES. Isidore Geoffroy Saint-Ililaire, 1824. 

Mémoires du îluséu'ii, tome XI. 
n^c, devant; TeXr.ïi;, complet. 



CARACTERES GENERIQUES. 

Sijilhne ilenla'ue : incisives, î; cauincs, \^j; molaires, f^; en tolalilc trcnlc-deux dents, qui oui 
une ilisposiliim auormale. 

Formes générales des Ihjhncs. 

Tcle plus allongée. 

Museau fui, presque conique, et, sous ce rapport, se rapprochant de celui des Chiens et des 
Civettes. 

Membres anicricuis h cinq doigts : le dernier, ou le pouce, peu déveliq^pc, ou rudhnenlaire. 

Membres postérieurs h quatre doigts seulement disposés comme ceux des Ihfencs. 

Langue douce. 

Pelage composé de poils, les uns courts, dou.r, et les autres longs, rudes; quelques-uns formnui 
une crinière sur le dos. 

Les l'rotéies se rapprochent beaucoup des Hyènes, des Ciiiens de la subdivision des Reu^irils et 
des Civettes; aussi est-ce avec ces Irois genres de Mammifères qu'on a géncraienient cduipare l'es- 
pèce typique, découverte assez récemment au cap de Rnune-Espérance, par Dclalande, et avec les- 
quels on les a successivement placés, jusqu'à ce que M. Isidore Geoffroy Saint-IIiiaire eu ait fait, ;i 
juste raison, un groupe générique parlicidicr. 

Au premier coup d'œil, le Protèlc fraïqic par sa grande ressemblance avec l'IIyènc; ses formes 
générales sont les mêmes; ses membres postérieurs, tlecliis sur eux-mêmes, semblent, comme dans 
ce genre, beaucoup plus courts que ceux de devant : c'est surtout avec Yllijwna vulgaris que le 



CARNASSIERS. 



lOû 



Piolelcs Delutandii a le plus d'analogie par sa forme et par son pelage, offrant sur un même fond 
décoloration de semblables rayures transversales. On pourrait dire la même chose d'un autre animal 
que nous avons étudié dans la tribu des Canicns, celui des Cynliyèncs ou Hyénoïdes, qui a avec le 
l'rotéle d'assez nombreux rapports; mais, toutefois, on trouve de nombreuses différences entre les uns 
et les autres. Ainsi, sans parler maintenant de leur système dentaire, qui est assez caractéristique pour 
les uns comme pour les autres, on peut observer que la tète, au lieu d'être ramassée comme dans les 
Hyènes, est légèrement plus svelte, et remarqihble par ses proportions élégantes; le museau, au lieu 
d'être oblus et comme tronqué, est plus allongé, assez lin, en sorie que la tète du Protèle, dans son 
ensemble, ressemble à celle de la Civelte, et même un peu à celle du Renard. Les membres anlérieurs 
sont pentadaclyles comme chez les derniers Carnassiers que nous venons de nommer, et le pouce 
n'est que rudimentaire comme chez les Chiens proprement dits; les membres postérieurs sont tétra- 
daclyles comme dans les Hyènes ; l'èlymologie du nom de ce genre rappelle la particularité que nous 
venons de signaler relativement au nombre des doigts des pieds de devant, qui sont complets, com- 
parativement avec ce qui a lieu chez les Hyènes, ou on ne trouve plus que qiiatre doigts seulement. Le 
carpe et le tarse sont disposés comme chez les Hyènes, c'est-à-dire que, tandis que chez la plupart 
des Carnassiers les os métacarpiens sont plus courts que les métatarsiens, ici tout le contraire a lieu, 
et le pied antérieur est au moins aussi grand que le postérieur. Les ongles sont forts, robustes, 
pointus. Le pelage est composé de poils assez nombreux; les uns courts, doux, et les autres plus 
longs et très-rudes; en outre, on remarque sur la partie dorsale du corps une crinière très-furie, lu 
queue est très-touffue. 




Fig. fi'2. — VvoCAe de Delalamle. 



Un des points les plus intéressants de l'histoire des Protéles se trouve dans l'élude de leur système 
dentaire, et (^'esl en même temps un des sujets qui a le plus occupé les naturalistes modernes. G. Cu- 
vier, qui s'en est occupé le premier, dit n'avoir eu en sa possession que des crânes n'ayant que des 
dents de lait, petites et usées, parce que les dents persistantes, ajoule-t-il, avaient été relardées, 
comme il arrive assez souvent aux Genettes; de sorte que, pour lui, les dents de cet animal, à leur 
état normal, devaient ressembler à celles des Civettes et des Genettes, et, d'après cela, il lit du 
Protèle une espèce de Civette. Celte explication hypothétique n'a pas été conlirmée, et M. Isidore 
Geoliroy Saiiit-llilaire (.^.'aijasin de Zoologie, JS-ll) a démontré, au contraire, que le .système den- 
taire du jeune âge persistait, et qu'il se présentait de la même manière à l'Age adulte; en outre, sui- 
vant lui, le Protèle adulte, aussi bien que le jeune Protèle, n'a pas un système dentaire de Vivcrra. 
et ses molaires ne sont comparables à celles d'aucun autre Carnassier, car il faut descendre ju.squ'aux 
Ldentes et aux Cétacées pour trouver sur les arcades maxillaires un ensemble de dents aussi sim- 



100 HISTOIRE NATURKLLK. 

pies; (le plus, cos molaires simples se Iroiivent assuciees avec des incisives el îles eaiiiiies paifaile- 
ment analogues, par leur foniie et leur disposition, comme parleur nombre, à celles des autres Car- 
nassiers, ce qui est très-remarquable et unique dans la série zoologique. Enfin. De Blainville. tant 
dans les Annales d'Anutoinic el de PhijsioloçjU' que dans son Osléoyrapliic : fascicule des Cams. re- 
garde le système dentaire des Protèles comme ]irésentant, dans l'ordre des Carnassiers, un exemple 
d'anomalie constante. En effet, pour lui, les dents des Protides sont anomales; il \ en a presque tou- 
jours quelques-unes qui, tout à fait rudimentaires, restent cacbées dans la gencive; parfois même il 5 
a de vieux individus qui manquent complètement de l'une des molaires. Quoi qu'il en soit, le système 
dentaire des Protèles se compose, en général, de six incisives, deux canines à chaque mâchoire, elde 
quatre molaires tant supérieurement qu'infèiieurement. Suivant De Blainville, il serait possible de 
trouver dans le système dentaire de la mâchoire supérieure de ces animaux li»s six molaires des 
Chiens, en considérant comme une seconde avant-molaire une plus petite dent que la première, mais 
de même forme, qui se trouve d'un seul côté, entre cette première et la seconde, et sur un seul crâne 
de la collection du Muséum d'Histoire naturelle de Paris; mais il serait plus difficile, sinon impossi- 
ble, de trouver sept molaires pour la mâchoire inférieure. En haut, les incisives, en demi-cei'cle assez 
avancé, sont petites, bien rangées, et un peu plus subégales que dans le Loup, et toutes les trois 
épaisses et régulièrement bilobées à la couronne. La canine est assez forte, conique, peu comprimée, 
assez pointue. Les molaires sont complètement anomales de nombre et de forme : elles sont au nom- 
bre de quatre seulement, petites, débordant â peine la gencive, et très-espacées. Une première avanl- 
UKdairc à une seule racine longue, conique, un peu courbée, portant une couronne simple, conico- 
(ibtuse, uii peu comprimée, en forme d'incisive. Une seconde avant-molaire de même forme à peu 
près à la couronne, mais évidemment plus grosse el plus haute, à deux racines peu séparées. Une 
troisième plus basse, probablement la principale, et qui est subtriquètre à deux et peut être trois 
racines connées, sans talon postérieur et triangulaire, snbtranciianle. Après un intervalle, qui sans 
doute représente la place de la première tuberculeuse, vient la quatrième molaire, réelle de forme, 
presque triquctre, presque ronde à la couronne, el sotltdnue probablement par trois racines connées, 
et la plus petite des ([uatre. En bas. les trois incisives, un peu déclives, subtransverses, bien rangées 
et subégales, courtes, épaisses, sont sans doute bilobées, ce qui est certain pour la première, du 
moins dans le jeune âge. Les canines sont comme celles d'en haut, assez fortes, coniques et très-di- 
vergentes en dehors, ce qui donne à l'extrémité de la mandibule quelque chose de celle de certains 
Sangliers. Les molaires, au nombre de quatre, s'entrecroisent avec les supérieures, de manière que 
l'extérieure est entre la première et la seconde d'eu haut, la seconde entre la seconde el la troisième, 
et les dernières entre celle-ci et la quatrième ; elles vont assez loin en décroissant de grandeur de 
l'antérieure à la postérieure. Après un intervalle en forme d'échancrure semi-lunaire, et tranchant 
sur ses bords, la première, la plus élevée, la plus déjetée en dehors, est triangulaire, simple â la 
couronne, el probablement à une seule racine. La seconde un peu moins haute, mais légèrement plus 
large, â couronne triangulaire, est certaincmeni pourvue de deux racines serrées, et d'une sorte 
de talon. La troisième est un peu plus petite (|ue la seconde, mais de même forme et également â 
deux racines. Enfin, la ipiatrième, la plus petite et la dernière, foimèe de deux parties presque 
égales, l'antérieure, cependant, un peu plus grande, n'a véritablement qu'une seule racine. Les mo- 
laires de lait du Protèle sont normales, quoique celles d'adultes ne le soient que très-difncilemenl; 
en effet, elles sont au nombre de trois, disposées comme dans les autres espèces. Une première avant- 
molaire à deux racines en haut comme en bas; une priiu'ipale plus forte, mais assez bien de même 
forme; enfin, une arrière-molaire complexe à trois racines et à couronne formée de ces deux parties. 
Les alvéoles sont des plus singulières, d'abord paileur pctilesse et ensuite par leur disposition, sem- 
blables, poiu' les incisives, â ce qui a lieu chez les Chiens, mais espacées et difficilement perceptibles 
pour les molairis. 

En examinant son système dentaire, on voit ipie le Protèle manque de dents propres â la mastica- 
tion dans son état adulte, aussi bien que dans son jeune âge; que dès lors il doit avaler sans mâ- 
cher; qu'il ne peut probablement, comme les animaux du groupe naturel dans lequel il l'nli'c. celui de; 
Ilyèniens, et des Canieus suiv;inl De Dlninville, déchirer une proie vivante, el doit coiiséqnemmeut se 
nourrir de matières molles, de chairs putréfiées on de la chair de jeunes animaux, (pii est moins dui'e 
que celle des animaux mlnlles. 11 pai'ailrail, en efl'el. ainsi que le rap|)orlc M. Burcliell. (pie le Pro- 



CARNASSIKllS. 107 

lèle attaque les Moutons à i^rosse queui', et ([ii'il ledieiclie siirioiit l;i loupe graisseuse (|iii tmine la 
plus grande partie de la queue de ees lluminants, et e.ela est en rapport avee leur système dentaii-c, 
ear, pouvant déeliiier la peau avec" leurs canines, ils emploient ensuite faeilenient pour leui' nourri- 
ture la matière semi liquide dont se compose la loupe graisseuse. 

Le squelette du Protèle a été décrit avec soin, par M. Isidore Geoffroy Saint-llilaire. dans les Mé- 
moires du Muséum, et par De Dlainville tOsléoqrnpIiic : fascicule des Canis). auquel nous emprun- 
tons les détails qui vont suivre. « (Considéré d'abord dans son ensemble, et comparé avec cihii do la 
Civette, du Loup et de Pllyène, il est évident cpie ce squelette a beaucoup plus de ressemblance avec 
celui des Chiens qu'avec l'un des deux autres, par la brièveté du tronc, surtout dans la région lom- 
baire, et par celle de la queue, ainsi que par l'élévation des mains et des pieds, qui sont certainement 
dans la proportion ordinaire des Canis. La tète, courte et large, et par là assez différente de celle du 
Loup, rappelle, au contraire, un peu la forme du crâne du Cliien crabier d'Améiique, par la manière 
dont le chanfrein, doucement arqué dans toute son étendue, tombe, en s'excavant légèrement en avant, 
pour former un museau raccourci. On peut même reconnaître une certaine analogie dans la manière 
dont se produisent la crête occipitale et l'intervalle supérieur des fosses temporales. Vais on trouve 
des différences assez grandes dans la forme des os du nez, bien plus scalénifornies, le sommet supé- 
rieur très-aigu, et la base plus large et olili([ue: dans l'orbite, plus circulaire, plus complète dans son 
cadre, par l'avance presque égale des deux apophyses orbitaires, et surtout de celle du jugal. qui, 
lui-même, est plus large et plus court, et ressemble un peu à ce qu'il est dans les FcHs. La mâchoire 
supérieure est également singulièrement large, et cela dans tous les os qui la constituent. Anisi, l'a- 
pophyse pterygoide interne, très-saillante, est un peu dolabriforme; le palatin et le maxillaire, par 
leur grande étendue, forment une voûte palatine à bords parallèles, remarquable par sa largeur et 
son excavation, se rétrécissant a.ssez peu aux prémaxillaires, dont la branche montante est courte et 
très-aiguë. Cette forme de la fosse osseuse du Protèle et de ses mâchoires, même à l'extrémité, rend 
assez difficile de concevoir la comparaison qui en a été faite avec celles du Pienard et de la Civelle. 
Cet élargissement du museau et du palais a nécessairement déterminé quelque chose de sendjiable 
dans l'appendice maxillaire inférieur : il commence, en effet, par une caisse considérable, contre la- 
quelle s'applique, d'une manière fort serrée, un os mastoïdien très épais. Le squammeux est court 
dans son apophyse jugalc; mais celle-ci s'écarte fortement en dehors, alin que les branches de la 
mandibule se disposent de manière à correspondre aux bords maxillaires, c'est-à-dire à former, par 
leur ccartement, une sorte de parachute ou de fer à Cheval très-ouvert, au sommet duquel la nianrli- 
bule se rétrécit presque subitement dans une partie de la symphyse pour s'élargir transversalement à 
sa terminaison. Chaque coté a, du reste, assez bien la forme de celui de la mandibule du Chien cra- 
bier, avec moins de hauteur cependant, et plus d'obliquité de l'apophyse coronoide. un ])eu plus de 
saillie de l'apophyse anguleuse, et moins d'arrêt dans le coude. Elle est aussi plus étroite dans sa 
branche horizontale. Cette disposition des deux mâchoires est sans doute en rapport avec un élargis- 
sement proportionnel de la langue, ce qui, joint à la forme si anomale des dents, fait présumer quel- 
ipie particularité biologique singulière dans l'espèce, et peut-être dans l'état de la nourriture de cet 
animal. 

« Le reste du squelette rentre presque complètement dans ce qui existe chez les Canis. Aux vertè- 
bres cervicales, l'apophyse épineuse de l'axis est longue, très-basse, presque rectiligne à son bord 
supérieur, et nullement convexe, comme dans les Civettes. Le lobe interne de l'apophyse transverse de 
la sixième vertèbre cervicale est court et arrondi, plus semblable â ce qu'il est chez le Loup que chez 
celles-ci, où il est échancré. Du reste, les apophyses transverses des vertèbres intermédiaires sont 
également courtes et arrondies, et les épineuses, quoique larges à la base, sont très-peu élevées, pro- 
portion qui est particidière à cet animal. Les vertèbres du tronc sont au nombre de quatorze dor- 
sales et de six lombaires, comme dans les Felis, et non pas comme dans les Canis ni dans les 
l'ivcrra, et encore moins dans les Hija'na. Leurs apophyses épineuses sont en général courtes; les 
onze premières vertèbres dorsales rétroverscs, et les trois dernières plus courtes encore, et un peu 
inclinées en avant, comme celles de toutes les lombaires, vertèbres qui sont habituellement courtes, 
et dont ks apophyses transverses croissent de la première à la dernière, la plus longue et la pins 
large. Le sacrum n'est formé que de deux vertèbres seulement, et la queue de vingt et une; toutes 
courtes, et décroissant rapidement d'épaisseur. 



108 HISTOIRE NATURELLE. 

« Les membres, t;éiiéi"alemerit élevés, rappellent presque complètement eeiix dos Cini'is. L'omoplate 
est étroite, et ressemble cependant assez à celle de la Civette. S'on acromion est un peu bifurque, et 
la tubérositécorae.oïdienne est très-épaisse. L'humérus est tout à fait celui d'un Canis, mais peut-être 
un ]Mii plus droit eependaut, avecun trou médian, et sans ('anal interne ni créle externe. Les deux os 
de l'avant-bras sont encore plus dégradés que dans les Can'is et autant que dans les Ilyénes; le ra- 
dius plus antérieur, plus large, plus contigu au cubitus, qui, comme dans celles-ci, est robuste ettri- 
quétre, dans la division bicorne du bord antérieur de Tapopliyse olècranienne, qui est, au contraire, 
arrondie. Le carpe est élevé; le métacarpe comme dans les Canis. ainsi que le pouce; lîiais les phalan- 
ges sont phitùt comme dans la Hyène, par la brièveté et la presque égalité des secondes. Outre les 
sésamoïdes ordinaires de l'articulation métacarpo-plialangicnue, M. Isidore Geoffroy .Saiut-Ililaire en 
décrit d'autres en dessus dans les tendons de l'extenseur commun. Aux membres postérieurs, dont la 
proportion avec les antérieurs est la même que celle des Canis, le bassin est fort court, et l'iléon di- 
laté dans sa partie antérieure un peu comme dans la Hyène ; quant au quatrième os de la cavité co- 
tyloïde, que M. Isidore Geoffroy Saint-Ililaire parait regarder, avec M. Serres, comme l'analogue do 
l'os marsupial des Didelphes, il est probable que c'est l'épiphyse de l'extrémité articulaire de l'i- 
léon. Le fémur est un peu moins courbe que dans le Chien, mais dans les mêmes proportions. Le 
tibia res.semble peut-être plus à celui de la Hyène, sauf la taille, parce qu'il manque, à sa partie 
supérieure, de la crête si brusquement arrêtée chez les Canis. Quant au péroné, il est tout à fait 
comme dans ceux-ci et dans la Hyène, grêle et collé, dans sa moitié inférieure, contre le tibia, ce 
qui est tout autrement dans la Civette. Le pied rentre entièrement dans la forme de celui dos Canis, 
par l'étroitessc du calcanéum et par celle du métatarse et des doigts : les secondesphalanges sont 
néanmoins moins courtes. Il n'y a probablement pas d'os ou pénis. » 

La seule espèce authentique de ce genre est le ; 



l'I'.OTÈl.E DE DliLAf.ANDO:. PROTEl.ES VELALANDII. Isidore Oeofl'ioy SaiiU-llilaire. 

CARACTiinES srÉr.iciQurs. — Le fond du pelage est d'un blanc lavé de gris roussâtre, et varié, sur les 
côtés de la poitrine, de lignes noires transversales inégalement prononcées et espacées ; les flancs 
présentent six ou sept bandes noires étroites, tran.sversales; les bandes des cuisses et des jambes 
sont plus petites que celles-là. Les tarses sont noirs; le bas de la jambe, de la même couleur que le 
corps, est également varié do bandes noires transversales, dont les supérieures se continuent avec 
celles du tronc; il y a une petite crinière noire; la queue est noire, avec du gi'is à la base. 

Cette espèce a été désignée, par G. et Fr. Cuvier, sous la dènomiualion de Genette ou Civette iiïé- 
no'ide; a. g. Desmarest lui applique, mais avec doute, le nom de Vivcrra luienoidcs; De Rlaiuvillc, ceux 
de Protclcs et Canis Injcnoidcs; oniin, on l'a aussi nommée Prolclcs fascialus elProicles hijcnoidcs. 
d'après Lesson; mais la dénomination qui doit êti'e adoptée est celle de Prolclcs Dcliilantlii, de 
M. Isidore Geoffroy Saint-Ililairc. 

 l'âge adulte, le Prolèlo est de la taille du Chien de berger, d'après ce qu'en rapporte M. Knox, qui 
l'a observé en Cafrerie; il est ainsi plus petit que la Hyène, mais en présente l'aspect extérieur : toute- 
fois, ses formes sont plus légères, son museau plus pointu, ses poils plus courts, et sa crinière moins 
bien fournie. Ses jambes de derrière paraissent très-courtes, ce qui provient de la flexion continuelle 
oii il on tient les différentes parties : mais, en réalité, elles ne sont pas plus courtes que celles do de- 
vant. Les oreilles sont allongées, pointues, et couvertes d'un poil très-court et peu abondant : elles ros- 
somblcnt assez ù colles do l'Hyène. Le nez est assez semblable à celui des Chiens. Les narines font sail- 
lie au (lel;i du nuiseau, qui est noir, est peu garni do poils. Los moustaches sont longues. La crinière 
s'étend do la nuque juscpi'à l'origine de la queue, qui est moins longue et moins touffue que celle de 
l'Hyène. Les poils de la crinière, et ceux de toute la queue, sont rudes au toucher, cl annelés de 
noir et de blancliàire, ce qui fait que la crinière et la queue sont aussi, dans leur ensemble, annelèes 
des mémos couleurs. Le l'oste du corps est presque en entier couvert d'un poil laineux, entremêlé de 
quohpii's piiils plus longs et plus rudes : le pelage est gonèralomeni blanc ruussàtro, varié, sur les 



CARNASSIERS. 109 

côtés de la poitrine, de lignes noires : il y a six on sept bandes de la même conlenr sni' les lianes; et 
les cuisses, ainsi qnc les jambes, offrent aussi de plus petites bandes. 

Le Protèle liabite la Cafrerie, et pi'ineipalenicnt le pays des lloltentots, aux fuvii'ons du cap de 
Bonne-Espéranee; mais il est probable qu'on le rencontre également dans d'autres parties de l'A- 
frique, et que l'on doit rapporter à la même espèce l'individu qui a été découvert en Nubie. 

Ce Carnassier parait assez rare, car il est très-peu connu des naturels des pays oii on le trouve, et 
il n'a été clairement désigne dans les relations d aucun voyageur. Aussi a-t-il échappé pendant très- 
longtemps aux rcdierclies des naturalistes, et n"a-l-il été découvert qu'en 1820, par l'un des plus zé- 
lés voyageurs français, paf Delalande. Outre sa grande rareté, la nature de ses habitudes a pu, 
pendant longtemps, cacher aux zoologistes l'existence du Protèle. En effet, il est nocturne, et se 
tient, pendant le jour, dans des terriers profonds, à plusieurs issues, qu'il se creuse facilement au 
moyen des ongles forts et pointus dont il est armé. 11 semble vivre en société, car Delalande a tué, et 
rapporte au Muséum, trois individus de cette espèce qui habitaient dans le même terrier. Lorsqu'on 
irrite cet animal, sa crinière se redresse, et ses longs poils se hérissent depuis la nuque jusque sur 
la queue; puis il fuit avec vitesse, le corps disposé obliquement sur le sol, et les oreilles, ainsi que 
la queue, baissées. D'après ce qui a été observé aux environs du cap de Bonne-Espérance par Dela- 
lande et par M. Ed. Verreaux, le Protèle se nourrit, en partie, de la chair des petits Ruminants, 
principalement de très-jeiines Agneaux; et surtout des énormes loupes graisseuses qui entourent la 
queue chez les Moutons africains. D'autres voyageurs ont aussi parlé de ce genre d'alimentation de 
cet animal, et ce fait semble bien démontré aujourd'hui; mais il faut que les Protèles puissent 
prendre une autre nourriture, car les Moutons à grosse queue dont ils sucent la graisse ne sont pas 
originaires de l'Afrique australe, et y ont été introduits par les colons qui sont venus habiter le cap 
de Conne-Espérance. II est probable aussi que le Protèle se nourrit également de chairs putréfiées, 
de même que cela a lieu pour les Hyènes, avec lesquelles il a de nombreux points de ressemblance 
sous le rapport des mœurs. 

M. Isidore Geoffroy Saint-llilaire indique, comme étant peut-être distinct du Protèles Dcicdandii, 
un Protèle, découvert en Nubie par M. Joannis, et qui est désigné, dans le pays, sous le nom d'El 
Basko. Lesson a donné à cette prétendue espèce le nom de Proielcs Joannii : nous ne pensons pas, 
ainsi que nous l'avons dit ailleurs, que cette espèce doive être admise actuellement, car elle ne 
repose que sur un dessin fait d'après un animal mort, et dans lequel les raies ou bandes transver- 
sales seraient un peu différentes de la disposition que présente le Protèle de Delalande. 



2"« GENRE. — HYÈNE. HY.ENA. Brisson, 1756. 

lii'gne animal. 
Vaiva, nom spécifique appliqué par les Grecs à l'espèce type de ce genre. 

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Sijslhne dentaire : incisives, ■^; canines, j^J; molaires, |^; en totalité trenlc-qnalrc dents. 
Incisives supérieures sur une seule lifjnc droite; canines fortes; molaires de la mùciwirc supé- 
rieure au nombre de cinq de chaque côté; savoir : trois fausses molaires coniques, mousses et très- 
yrosses; jme carnassière, la plus grande de tontes, à trois pointes en dehors, cl munies d'un petit 
tubercule en dedans et en avant, et nne petite tuberculeuse. Incisives inférieures nn peu plus pe- 
tites que les supérieures; canines fortes; molaires semblables h celles de ta mâchoire supérieure, si 
ce n'est que la tuberculeuse manque, et que la carnassière n'est qu'à deux pointes, et est dépourvue 
de tubercule. 

Tête de médiocre grosseur, h chanfrein relevé, à museau assez fin, et il mâchoires plus courtes 
que celles des Chiens, mais plus longues que celles des Chats. 

Yeux grands, à prunelles longitudinales, anguleuses en haut, arrondies en bas. 

Oreilles longues, pointues, mobiles, Irès-ouvcrtes. 

Moustaches dures, longues. 



110 HISTOmE NATURELLE. 

Lançjue (jiirme de papilles coiticcs. 

Membres postérieurs toujours iTécliis, et scnililatil aiiisi plus courts (pie les antérieurs, (piï sont 
étendus. 

Pieds terminés, tant ceux de devant (pic ceux de derrière, par (piatre duigls. 

Ongles assez robustes, von rélractilcs. 

Queue courte. 

Pelage composé de poils lo)iijS, tjrossiers, nffranl des taeln-s on des haiiiles obscures sur un funit 
plus clair, blanchâtre; une crinière épaisse régnant sur toute la longueur du dos. 

Mamelles seulement au nombre de (piatrc. 

Une poctic profiinde, glanduleuse, sous l'anus. 

Ce g-fiire ne renferme qu'un petit nombre d'espèces, dont le type elail plaeé, pur Linné, dans le 
genre Canis, avec lequel il a de nombreux rapports, mais dont il se distingue cependant facilement 
par la disposition de son système dentaire, ainsi que par celui de ses doigts. Les Hyènes sont des 
animaux qui se trouvent encore aujourd'hui suus le coup de préjugés extrêmement injustes, et pour 
la plupart portant évidemment à faux, comme cela a été de tout temps, et même déjà avant Avistote. 
« Seulement, ainsi que le fait observer De Blainville, ces préjugés erronés sont maintenant d'une au- 
tre nature. On ne pense plus, il est vrai, de nos jours, que ces Carnassiers n'ont qu'un seul os dans 
le COU; que les dents qui arment leurs mâchoires ne forment avec elles qu'un tout continu; qu'ils boi- 
tent de la jambe droite, et cela assez naturellement; qu'ils sont hermaphrodites, et qu'ils peuvent 
changer de sexe à volonté, etc.; opinions qui reposaient sur une observation spécieuse et incomplète, 
mais on les regarde comme les plus féroces, les plus redoutables de tous les Mammifères, et cela parce 
que, carnivores, se nourrissant et recherchant la chair morte autant et plus que celle des animaux 
vivants, qu'ils ne pourraient attaquer, et surtout atteindre, ils déterrent souvent les cadavres d'hom- 
mes qui n'ont pas été enterrés ;i une jirùfondeur suflisanle, et, comme le respect pour les morts et 
pour les sépulcres est, de l'aveu de Ions les philosophes, le premier acte, le plus hautement signi- 
ficatif de la nature, et, par suite, de la société humaine, ainsi que le prouve l'histoire de tous les peu- 
ples, même les plus sauvages, on voit comment, par suite de cette habitude connue des Hyènes, elles 
inspirent, partout où elles existent, et même parmi nous, une sorte de répugnance presque invinci- 
ble. Ajoutons à cela que leur physionomie basse, leur regard terne, leur démarche oblique, le train 
de derrière étant plus faible et plus abaissé, par plus de flexion, que celui de devant, contraii'ement 
a ce qui existe chez les Féliens et les Caniens, si admirablement construits, les uns pour l'élan, les 
autres pour la course, la gi'osseur et l'épaisseur du cou, la crinière dont le dos est hérissé dans toute 
son étendue, surtout quand l'animal est ému par quelque passion, et l'on concevra comment il en 
résulte que l'idée qui se ])résente d'abord à l'esprit, aussitôt qu'on entend prononcer le nom de 
l'Hyène, lui-même si expressif, et tiré de celui du Sanglier (en grec, uaivv.), est celle de l'animal le 
plus à craindre pour les vivants et pour les morts, et par conséquent le plus effrayant pour l'iniagi- 
inition. Les pages éloquentes que Duffon a consacrées à l'histoire de ces animaux, pages dans les- 
quelles il a d'autant plus volontiers adopte la plupart des préjugés reçus, (pi'elles furent écrites 
à l'époque où la bêle du Gévaudan, regardée ii tort comme une Hyène échappée de quelqiu' ménage- 
rie, venait d'épouvanter les populations de celte province de France, n'ont jias peu sei'vi à prolonger 
cette réputation non méritée. Le grand et inimitable peintre de la nature a produit ici l'effet qu'ont 
toujours obtenu les grands poètes et les grands peintres, celui de faire pénétrer dans les masses des 
contre-vérités, des exagérations, par suite de la richesse du coloris, dissimulant la sèche réalité du 
dessin. Mais, au fait, les Hyènes, considérées dans leur nature véritable, appuyée sur des faits nom- 
breux et répétés, ne sont, pour ainsi dire, que des espèces de Chiens; susce]itibles, en efl'el, d'èlr(! 
facilement apprivoisées, dressées même à la chasse, comme nos Chiens domestiques, mais qui, dans 
leur organisation assez différente, tenant à la fois de celle des Civettes, des Féliens et des Caniens, 
n'en constituent pas moins une dégradation évidente sous le rapport du système digital. » 

On a cru pendant longtemps que l'Hyène était l'animal indiqué, dans les livres sacrés, sous le nom 
de Sctplian, mais il est démontré aujourd'hui que celte dénomination était employée pour désigner 
le Daman; tandis que, comme semble le prouver Brochart, l'Hyène est le Tscboa des Israélites. Aris- 
tote est le premier qui en ;iil parlé chez les Grecs, et, pour lui, c'est son Y/i;/, et (pu'lquefois s(mi 




Loup. 



^"f 




S(|iielcll«' 'lu l."ii|' 



l'i. iri 



CARiNASSIERS, 1 1 1 

nav',;. Ce n'est que fort tard que les Romains, ((ui uoinniaienl aussi cet animal llijwiia, et parfois 
Crocula, en montrèrent dans les jeux du cirque; et Pline rapporte, au sujet de ces animaux, une 
foule de fables, qu'il avait copiées dans Eiien. D'après Julius Capitolinus, c'est Gordius le jeune qui, 
le premier, dans le premier tiers du troisième siècle de notre ère. montra, à Rome, dix de ces ani- 
maux, à l'occasion de son triompiie sur les Perses. On ne tjouvc pas d'indication de ces animaux 
chez les Arabes. Aussi l'existence de l'Hyène vultçaire ou rayée n'a été bien constatée que lorsque 
Relon, Busbeck et Kcempfer, en eurent donné une figure et une description d'après des individus 
vivants qu'ils avaient été à même de voir dans leur pays natal. Weslini; eu disséqua une au Caire 
ver.s le milieu du dix-septième siècle. Ce ne fut, cependant, que veis I7GI qu'une llvène vivante fut 
observée, en Europe, parBuffon et Daubenton, ce qui leur permit, et surtout au second, d'en donner 
une description extérieure et intérieure, après avoir par conséquent relevé les notions fabuleuses que 
les anciens nous avaient transmises sur cet animal. Depuis ce temps, les deux sexes de cette espèce, 
et plus lard ceux de deux autres, ont pu être étudies avec plus de soin, soit dans leur pays natal, 
soit dans nos ménageries, où ces animaux vivent même très-longtemps, et se montrent très-doux pour 
leurs gardiens. 

Les Hyènes vivantes liabitent. ainsi que nous le dirons, plusieurs contrées de l'Afrique et de 
PAsie. et n'ont jamais été tiouvées dans d'autres parties du monde. Il n'en est pas de même des 
espèces fossiles, dont on a rcncontié des ossements en grand nombre, principalement dans les 
cavernes fie l'Europe. Les premiers fragments fossiles qui aient réellement appartenu à une espèce 
d'Hyène ont été ligures, par Esper, en Mli, et proviennent de la caverne de Gaylenreulh. D'au- 
tres débris ont été décrits par Collini et Jœger, mais c'est G. Cuvier, le premier, qui démontra 
qu'ils se rapportaient au genre Hyène. Depuis, on a recueilli beaucoup d'ossements fossiles de ces 
animaux; en Angleterre, dans la caverne de Kirdale, d'après M. Ruckland; puis dans celle de Gay- 
ienreutb. par M. Goldfuss; dans celle de Sundwig, en Westplialie, par M. Noggeratb; dans celle de 
Lunel-Vied, du midi de la France, par MM. De Cbristol, Marcel De Serres, IHibreuil et Jean-Jean; dans 
celles de la province de Liège, par M. Scbmerling; dans une grotte, à Kent, près de Torquay. en 
Angleterre, par M. Mac-Enry, et, enfin, dans beaucoup d'autres endroits de l'Europe, et surtout en 
France dans l'ancienne Auvergne, et en Ualie dans le val d'Arno. Eniin, MJI. Baker et Durant en si- 
gnalent aussi dans les monts Himalayas, et M. Lund dans les cavernes du Brésil. De sorte qu'aujour- 
d'hui on connaît, à l'état fossile, non-seulement une es])èce analogue à l'une de celles vivant actuel- 
lement, mais encore plusieurs espèces qui en sont tout à fait distinctes. 

Si l'on n'a connu que très-tard les diverses espèces d'Hyènes, et même le type, que l'on a long- 
temps confondu, tantôt avec le Chacal, tantôt avec la Civette, tantôt avec le Glouton, et tantôt avec 
le Babouin, les recherches des voyageurs modernes et les études des naturalistes nous les ont fait 
connaître d'une manière complète, tant sous le point de vue auatomique et zoologique que sous celui 
de la paléontologie. 

Daubenton a donné la description d'un squelette de l'Hyène, et il en a comparé les os avec ceux 
de la Panthère et du Loup. G. Cuvier a figuré la plupart des os des deux Hyènes rayée et tachetée. 
MM. Pander et D'Alton en ont publié les squelettes. Enfin, De Blainville, auquel nous empruntons les 
détails qui vont suivre, a complètement étudié, analomiquement et iconographiquement, l'espèce type 
de ce genre, l'Hyène rayée. 

Les os sont assez durs et assez denses, serrés et articulés entre eux d'une manière pénétrante, ce 
qui donne à leur tronc, et surtout à leur cou, une roideur qui avait pu faire supposer que ce dernier 
n'était formé que d'une seule pièce. Le squelette est remarquable, dans son ensemble, par la direction 
un peu oblique de la série vertébrale et dans la disproporlion de grosseur entre les membres anté- 
rieurs et les postérieurs : le nond)re total des os qui le conjpose est de cent cinquante, de même que 
cela a lieu pour le Loup. 

La colonne vertébrale se subdivise en quatre vertèbres céphaliques, sept cervicales, vingt tron- 
cales, subdivisées en quinze dorsales et cinq lombaires, trois sacrées et vingt-deux ou vingt-trois 
coccygiennes. La tête, dans son ensemble, est moins effilée que celle des Chiens, plus courte, et .se 
rapproche un peu de la forme de celle des CliatLi. Les vertèbres céphaliques, dont nous ne croyons 
pas devoir donner ici une description détaillée, offrent comme caractère commun d'être assez étroites 
dans leur corps, et surtout d'être três-élevées en toit très-aigu dans leur axe. et cela à cause de la 



il2 



HISTOIRE NATURELLE. 



grande saillie de leur apophyse épineuse formant une crête dépassant, en arrière, les condyles par la 
grande saillie de l'épine de l'oceiput. Les mâchoires sont remarquables par leur grande force cl par 
leur brièveté, quoique un peu moindre, peut-être, que dans les Féliens, et, sous ce rapport, bien 
éloignées de ce qu'elles sont chez les Canicns. L'apophyse ptérygoïde est assez distincte, quoique sou- 
dée de très-bonne heure. Le palatin est médiocre. Le lacrymal très-petit, un peu arrondi. Le jugal 
est épais et large. Le maxillaire est prismatique, large, court. Le prémaxillaire de médiocre gran- 
deur, de même que l'appendice mandibulaire. Le rocher est petit, court, irrégulièrement arrondi. La 
caisse est un peu comprimée. Les osselets de l'ouïe sont assez bien comme chez tous les Carnassiers : 
l'étrier à platine ovale un peu allongée et convexe; le lenticulaire comme soudé, et formant le cro- 
chet du plus grand des deux bras de l'enclume, l'un et l'auti'e assez courts; enfin, le marteau assez 
courbé dans sa longueur. Le temporal est assez bien comme dans les Chiens. L'arcade zygomatique 
est large, épaisse. L'angle facial est plus ouvert que dans le Loup. Les fosses occipitales et ptéry- 
goïdiennes sont grandes, tandis que les cavités sensoriales sont peu développées. Quant aux trous 
d'entrée des artères, ou de sortie des veines et des nerfs, ils sont plus petits que dans les Chats, et 
même que dans les Chiens. Les vertèbres cervicales sont en général beaucoup plus fortes, plus lar- 
ges, plus épaisses et plus longues que dans les animaux que nous venons de nommer; elles ressem- 
blent, du reste, assez à celles du Loup. Les vertèbres dorsales, en plus grand nombre que dans la 
plupart des Carnassiers, sont encore assez fortes, mais évidemment plus étroites et plus courtes que 
les cervicales, surtout dans leur corps remarquablement petit. Les vertèbres lombaires sont courtes, 
plus que dans les Chats, mais elles sont moins larges que dans les Ours, et même, peut-être, que dans 
le Loup, étroites, presque égales, décroissant un peu, et presque insensiblement, de la première à la 
dernière. Les vertèbres sacrées sont petites, décroissant rapidement de la première à la troisième, for- 
mant un sacrum court. Les vertèbres coccygiennes sont assez bien dans le même cas que les précé- 
dentes, c'est-à-dire qu'elles constituent une queue courte et tombante. 




Fig. 63. — llyriie île l'AllKira. 



L'os hyoïde a son corps large, épais, ])resque triquètre; ses cornes sont les antérieures courtes ot 
les po.slêrieures assez hirges et minces. Le slernuui n'est formé que de Indt pièces courtes, épaisses, 



CARNASSIERS. 115 

quadrilaiti'cs, à nianubrium peu saillant en avant, et à xiplioiile allongf^, épais, à bonis parallèles. 
Les côtes sont an nombre de quinze, neuf sternales et sixasternales : elles sont, pour la force, inter- 
médiaires à celles des Chats et des Chiens, bien moins g:rêles que dans ceux-là, moins larges, infé- 
rieurcment, que chiz ceux-ci; mais, en général, plus fortes, plus arrondies, plus arquées que dans 
le Loup, plus même que chez l'Ours. 




F\f. fi4 — llyùnc liruni». 



Les membres anlcricurs sont, en général, plus robustes que les ])oslerieurs. L'omoplate est assez 
étroite, un peu comme dans le Loup, sans élargissement inférieur de son bord antérieur, à crête peu 
élevée et avec un simple tubercule coracoulien. La clavicule est plus rudimeniaire que dans lesaulres 
genres de Carnassiers ; elle est très-petite, trés-mincc, ovale, un peu plus large à lexlrémitè acromiale 
qu'à l'autre extrémité. L'humérus, surpassant à peine en longueur l'omoplate, est presque en tout 
semblable à celui du Loup, d'abord par l'absence du canal nerveux du condyle interne et de crête à 
rexlcrne, puis par l'existence presque constante d'un trou de non-ossification au-dessus de la surface 
ariiculaire, et enfin par la forme générale courte, assez robuste, un peu courbée en /'renversé (^>. 
Les os de l'avant-bras ressemblent également à ceux des Caiiis, mais ils sont plus courbés, plus ser- 
rés, plus collés l'un contre l'autre, au point de se souder parfois dans la partie moyenne de leur 
longueur. Le radius est plus large, plus plat, d'un diamètre plus égal dans toute son étendue. Le 
cubitus a un olécrane plus épais, moins allongé, beaucoup moins recourbé en dedans, à extrémité 
coracûidienne large, arrondie. Dans les os du car])c, qui ont beaucoup d'analogie avec ceux du Loup, 
le scaphoîde a son apophyse interne plus large, moins saillante; le pisiforme est plus caicanéiformc; 
le trapézoïde plus petit, et l'uncifoime le plus gros de tous, pentagonal supérieurement. Les os du 
métacarpe ont généralement moins de gracilité que ceux des Canis, et plus de longueur que ceux des 
Felis; ils sont moins serrés, plus larges, plus droits : le premier est trés-couri, triangulaire, assiz 
semblable à un os sésamoide. Les phalanges sont un peu plus grosses, proportionnellement à leur lon- 
gueur, que celles du Loup, et rappellent en même temps celles des Chats. Les onguêales sont épaisses, 
obtuses. 

c= 15 



lU ' HISTOIRE NATUr.ElXE. 

Les membres posti'ricnrs sont moins fdils qiio los nnléi'iciirs, parce qu'ils sont fomposés d'os pins 
çri'lcs. Le bassin est plus court que celui du Chien, jilus élargi, cl ressemble un peu à celui de 
i'Oiirs, mais il s'en distingue par la longueur de l'iléon, dont le bord inférieur est e\cavé et prolongé 
en une épine antérieure recourbée en dessous, s'écartant en dehors, et parce qu'il est pourvu, au- 
dessus de la cavité colylolde, d'un tubercule considérable pour l'insertion du biceps, et, au bord 
antérieur du pubis, d'une forte éminence ilco-pcctinée. Le feniur est un [icu plus long que l'humé- 
rus, plus robuste, plus quadrilatère, large infcricurement, arqué. Les deux os de la jambe sont plus 
courts que le fémur; le tibia, semblable à celui du FiOup, a sa crête supérieure peu marquée. Le pé- 
roné est courbé et collé contre le tibia. Les os du pied, aussi analogues à ceux des V.anh, sont forts. 
Le calcanéum est cependant plus gros et plus couil dans son apoplijse; le scaphoide et le cuboïde 
sont allongés. Les métatarsiens sont proportionnellement moins Kings. Les phalanges plus grêles, plus 
étroites qu'à la main, et surtout les dernières. 

Les os sésamoïdes semblent être en petit nombre; à la main, il y a un petit pisiforme, et un os 
dans l'aiticulation métacarpo-phalangienne, et des sésamoïdes lenticulaires. Aux membres posté- 
rieurs, la rotule est remarquable par sa l'orme large, assez arrondie; elle est ])lus mince que dans les 
Chiens, et un peu moins cependant que dans l'Ours. 11 y a des sésamoïdes des gastrocnémiens, et, 
au pied, on en trouve dans l'articulation tarso-phalangienne, ainsi que dans les muscles extenseurs 
des doigts. 

D'a])rés les remarques de Daubenton et de De Dlainville, qui ont été ;i même de disséquer des llyé- 
Ties mâles, il semble qu'il n'y a pas d'os de pénis dans ces animaux, et cela, contrairement à ce qui 
a lieu chez les Caiiis et chez les VeVis; et ce fait est Irès-reniarquable. Suivant Et. Geoffroy Saiut- 
Hilaire, l'os pénial serait représenté, chez ces animaux, par un petit os placé dans la cavité cotyloïde, 
entre l'ischion, le pubis et l'iléon. 

On n'a pas pu remarquer de grandes difl'érences individuelles, peut-être parce qu'on n'a été à 
même d'observer qu'un petit nombre de squelettes; et, pour les différences de sexes, elles ne se 
voient que dans la taille générale plus petite dans les femelles, ainsi que dans la proportion des os, 
un peu plus grêles chez celles-ci. 

Tous les détails que nous venons de donner se rapportent à l'Hyène rayée; De Dlainville a pu voir 
des différences ostéologiques assez notables entre cette espèce et l'Hyène tachetée. Ces différences 
consistent dans les proportions de chacun des os généralement plus robustes et plus grands, plutôt 
que dans le nombre et même dans la manière dont ils sont assemblés. A la tète, il y a plus de briè- 
veté, plus de largeur, surtout au crâne. La série vertébrale décroit un peu moins rapidement ; les 
vertèbres sont plus fortes, plus épaisses; le sacrum en présente une de plus, et la queue cinq de 
moins. Le sternum est plus robuste. Les membres ont une épaisseur plus grande : aux antérieurs, 
l'omoplate est plus étroite, l'humérus plus large en haut; aux membres postérieurs, le bassin est aussi 
plus étroit, le fémur un peu plus long, le tibia plus gros et plus court, le péroné courbé vers son mi- 
lieu, les os du pied sont légèrement plus gros. 

L'odontologie ries Hyènes a été étudiée avec soin d'abord par Daubenton , et ensuite par 
Fr. et G. Cuvier et par De Blainville; ces derniers surtout pour les besoins de la zoologie et de la 
paléontologie. Le système dentaire de ces animaux se rapproche à beaucoup d'égards de celui des 
Fc/j.s, et, par cela, s'éloigne de celui des Canis. Les dents de l'espèce type, l'ilyène rayée, sont en gé- 
néral Irès-fortcs, Irès-serrées, très-solidement enracinées, les molaires principalement, occupant, sans 
intervalle, toute la longueur des mâchoires, de manière souvent â se presser, se déranger, du moins 
dans les intermédiaires, comme si elles s'imbriquaient latéralement. H y a trois paires d'incisives, 
une paire de canines en haut et en bas, comme chez tous les Carnassiers, et de plus cinq paires de 
molaires en haut et quatre seulement en bas, comme dans quelques espèces de Mustèliens. Supérieu- 
rement, les trois incisives sont rangées en arc de cercle, bien moins courbé, cependant, que chez les 
Chiens; elles sont fortes, très-serrées ; la première plus petite que la seconde, et l'une et l'au- 
tre pourvues d'un talon interne, bilobé à la couronne, et d'une racine longue, comprimée; la troi- 
sième, la ])lus grosse de toutes, est en crochet pointu, un peu caniniforme. La canine qui suit après 
un intervalle destiné à loger la canine inférieure est encore assez robuste, courte, fortiMiicnt radicu- 
lée : ovale sans autres cannelures ou arêtes que celles qui séparent le tiers interne, plus plat, des deux 
tiers extenw's, plus convexe, de la circonférence. Les trois avaut-molaii'cs .suivent presque imnié- 



CARNASSIERS. H5 

diatement la canine : la premiCrc très-pelite, avec une seule racine assez longue; la deuxième plus 
grosse, avec deux racines presque égales, longues, peu divergentes; la troisième plus épaisse que les 
autres, plus tçrande, pourvue de deux racines presque verticales. La principale, proportionnellement 
plus grande que celle des Fclis, a sa couronne formée, en dedans, d'un assez large talon, et, en de- 
hors, d'une lame tranchaïUe divisée en trois lobes. L'unique arriére-molaire, la plus petite de toutes, 
est tout à fait rentrée, et Iransverse, comme dans les Cliats; elle n'a qu'une racine, portant une cou- 
ronne triquètre, un angle obtus très-peu marqué en arriére, un second arrondi en dedans, et le plus 
aigu en dehors. Inférieuremcnt, les trois incisives sont disposées plus transversalement, et, en géné- 
ral, plus petites qu'en haut, moins inégales, plus étroitement et plus longuement radiculées : la pre 
mière est toujours plus petite, la seconde la plus rentrée, la troisième la plus grosse, cunéiforme, 
avec un petit auricule au bord externe de la couronne. La canine ressemble assez bien à la supérieure, 
aussi longue qu'elle et à peine plus en crochet, quoique plus déjetée en dehors. Après une barre as- 
sez marquée, formée par un bord épais et rentrant, viennent les deux avant-molaires, assez bien de 
même forme, la postérieure seulement beaucoup plus forte et surtout plus élevée, plus épaisse, à deux 
racines serrées, presque égales. La principale est plus large, un peu moins haute et moins épaisse 
que la seconde avant-molaire, au contraire des talons, qui sont bien plus marqués, particulièrement 
le postérieur. La seule arriére-molaire est assez bien comme son analogue chez les Chats, quoique 
proportionnellement beaucoup plus petite ; elle est moins épaisse, plus tranchante; elle a deux ra- 
cines, dont l'antérieure est la plus grosse. 

Le système dentaire du jeune âge est représenté par la formule ; incisives, -j-; canines. }^; mo- 
laires, jEj; en totalité, vingt-huit dents seulement. La couronne des incisives est tout à fait indivise, 
même dans le talon des supérieures. Les canines sont plus grêles que dans l'adulte, parce que la 
racine est plus droite. Les molaires sont bien moins serrées que dans l'adulte; en haut, l'avant-mo- 
iaire est assez forte, triquètre, à trois racines, et à couronne triangulaire; la principale est légère- 
ment plus compliquée que son analogue dans l'adulte; l'arrière-molaire est encore plus forte et plus 
compliquée que dans l'adulte, dont elle diffère beaucoup, surtout par ses trois racines divergentes; 
en bas, toutes les molaires sont à deux racines : l'avant-molaire plus obliquement triangulaire; la 
principale, avec les talons plus larges, plus distincts; enfin, l'arrière-molaire ne diffère guère de celle 
d'adulte que parce que le talon postérieur est beaucoup plus large, au contraire de l'arrêt antérieur 
des deux racines de cette dent; l'antérieure est également la plus forte, au contraire de ce qui a 
lieu pour les deux dents antérieures. 

Les différences individuelles du système dentaire, ainsi que celles des sexes, sont trop peu im- 
portantes pour être notées. 

Il n'en est pas de même pour les différences spécifiques qu'on remarque entre l'Hyène rayée et 
l'Hyène tachetée, surtout dans les molaires, dents véritablement caractéristiques. En haut, dans 
cette dernière, les deux premières avant-molaires sont proportionnellement plus petites; la princi- 
pale offre aussi plus de développement par suite de la largeur plus grande de son talon tranchant; 
et la tuberculeuse est surtout beaucoup plus petite, quoique également triquètre, presque sigmoide, 
ayant la base en arrière, à la couronne. H y a plus de ressemblance pour les quatre molaires de 
la mâchoire inférieure; la première est néanmoins proportionnellement moins grande; la seconde 
est un peu plus élevée; la troisième presque semblable; mais plus oblique par pression en arrière: 
la dernière, ou carnassière, est assez differenl(% d'abord parce qu'en totalité elle est proportionnel- 
lement plus large, et ensuite parce que le talon postérieur est beaucoup plus petit, au contraire du 
bourrelet antérieur : il n'y a pas de tubercule interne. 

Quant à l'Hyène brune (Ilijœna fusca), on ne trouve pas de différences entre ses dents et celles 
de l'Hyène rayée, et c'est une des raisons qui portent De Blainville à les réunir en une seule et 
même espère. 

Les muscles qui mettent en jeu l'armature de la mâchoire, et ceux qui fixent la tête sur le cou, 
sont si vigoureux, qu'il est presque impossible de forcer les Hyènes à lâcher ce qu'elles ont 
saisi en le leur arrachant, et les voyageurs racontent avoir vu certains de ces animaux emporter 
dans leur gueule des proies énormes sans les laisser toucher le sol. Les violents efforts qu'exigent 
de pareils mouvements amjnent même quelquefois l'ankylose des vertèbres cervicales. Cepen- 
dant, ce n'est ])as pour s'emparer d'une proie vivante que ces fortes dents, que ces muscles. 



ne IIISTOIRE NATURELLE 

puissants des deux niâclioires ont été donnés aux Hyènes, mais seulement pour leur ])ei'm.ettre de 
briser a\cr. beaucoup de faeililé les os les plus durs. Le diaphragme est très-épais. Les muselés 
des membres démontrent que l'Hyène est un animal fouisseur beaucoup plus qu'un animal coureur; 
et expliquent cette particularité organique par suite de laquelle ce Carnassier aime à déterrer les 
cadavres pour s'en nourrir. 

L'anatomie interne d'un individu de ce genre a été faite par Daubenton, et nous extrayons ce qui 
suit de son travail inséré dans \ Ilisloire nalnrcUe (jcnùrale cl iiarticulicre de Biiffoii. « L'épiploon 
n'allait pas au delà du milieu de l'abdomen. L'estomac était situé à gauche, et le foie se trouvait placé 
presque en aussi grande partie à gauche qu'à droite. La rate était posée, transversalement, de gauche 
à droite, derrière l'estomac, sous les intestins grêles. Le duodénum s'étendait jusqu'au bout du rein 
droit, et se joignait au jéjunum. Le cœcum était dirigé d'arrière en avant jusque dans Thypoeondre 
droit. Le colon s'étendait en avant dans le même liypocondre, et se prolongeait en arriére dans l'hypo- 
condre gauche, où il se repliait en dedans avant de se joindre au rectum. L'estomac était gros et 
court, le pylore fort étroit, et le duodénum avait peu de diamètre. Le jéjunum était un peu plus gros 
que le duodénum, et l'iléon était aussi plus gros que le jéjunum. Le cœcum se recourbait du côté de 
l'iléon, et devenait de plus en plus gros depuis son origine. Il en était de même du colon jusqu'au 
rectum, qui, au contraire, diminuait de grosseur en approchant de l'anus. Le foie n'avait que trois 
lobes : le plus grand était divisé en trois parties par deux profondes scissures; il était, en dehors, 
d'une couleur rouge pâle, et encore plus pâle en dedans de son parenchyme. Le vésicule du liel avait 
la forme d'une poire. La rate était fort longue, et à peu près de la même largeur dans toute son 
étendue; sa couleur était d'un rouge bien moins pâle que celui du foie. Le pancréas avait deux bran- 
ches. Les reins étaient placés fort en arrière; ils étaient larges, et avaient peu d'enfoncement. 11 y 
avait quatre lobes dans le poumon droit. Le cœur était gros et court. La langue était large dans 
toute son étendue, et peu épaisse par le bout, hérissée de papilles dans diverses parties. Les bords 
de l'entrée du larynx étaient courts et épais; l'épiglotte avait moins d'épaisseur à son extrémité que 
sur les côtés, et l'extrémité était un peu echancrée. Le cerveau avait peu d'anfracluosités; le cervelet 
ressemblait à celui de la plupart des autres Carnassiers par sa forme et sa situation. » 

Les organes génitaux des Hyènes ressemblent beaucoup à ceux des Chiens, sauf, ainsi que nous 
l'avons déjà noté, qu'il n'y a pas d'os du pénis. Entre l'anus et la queue, on trouve, chez les mâles 
et chez les femelles, une petite poche glanduleuse qui sécrète une humeur épaisse et octueuse dont 
l'odeur est très-fétide. L'existence de cette poche, considérée par les anciens comme une vulve, leur 
a fait croire que l'Hyène était hermaphrodite, et de là toutes les fables et les traditions superstitieuses 
dont l'histoire de cet anima! est chargée. Elien rapporte ù ce sujet mille contes ridicules qui n'a- 
vaient de fondements que dans l'imagination ignorante de gens effrayés. Pline, avec son exagération 
ordinaire, dit que l'Hyène, hermaphrodite, change de sexe tous les ans; qu'elle rend les Chiens muets 
par le seul contact de son ombre; qu'elle imite la voix humaine, et appelle même les hommes par 
leur nom, etc. 

Les Hyènes habitent des cavernes, qu'elles quittent la nuit pour aller à la recherche des cadavres 
et des restes infects abandonnés sur le sol ou enfouis dans le sein de la terre. On les voit quelquefois 
pénétrer dans les habitations pour y chercher les débris de la table et les parties des animaux qui 
sont rejetées ; souvent, dans le silence des ténèbres, elles entrent dans les cimetières, y fouillent les 
tombeaux, et emportent les corps morts qu'elles ont déterrés. Les habitants des pays chauds où elles 
se trouvent ont su tourner à leur profit les instincts immondes des Hyènes, et se reposent sur elles 
du soin de débarrasser leurs villes des charognes et des immondices qu'on laisse le soir dans les 
rues. Pendant la nuit, les Hyènes pénètrent dans l'enceinte des murs, enlèvent avec avidité tous ces 
débris dont elles se repaissent, et délivrent ainsi l'homme des maladies qu'engendreraient tous ces 
miasmes infects et pernicieux en se répandant autour de son habitation. L'un de nos collaborateurs 
nous a assuré avoir été témoin de faits semblables en Algérie : il a vu, la nuit, à Constantine, des 
Hyènes venir enlever les matières animales qu'on avait laissées dans les rues de la ville. D'après cela, 
on voit que les Hyènes sont beaucoup moins sanguinaires qu'on s'est plu à le dii'e, et que le tableau 
(pi'en Irace Cul'fon est un peu outré. En effet, notre savant naturaliste rapporte que ; u Cet animal 
sauvage et solitaire demeure dans les cavernes des montagnes, dans les fentes des rochers ou dans 
des lanières qu'il se creuse lui-même sous terre ; il est d'un naturel féroce, et, quoique pris tout petit, 



CARNASSIERS. 



117 



il ne s'apprivoise pDs; il vil de proie eoinme le l.oup, mais il est plus fort el parait plus iiardi; il 
altaque quelquefois les hommes, il se jette sur le bétail, suit de près les troupeaux, et souvent ronge 
dans la nuit les portes des étables et les clôtures des bergeries; ses yeux brillent dans l'obscurité, 
et l'on prétend qu'il voit mieux la nuit que le jour. L'Hyène se défend du Lion, ne craint pas la Pan- 
thère, atla(iue l'Once, laquelle ne peut lui résister; lorsque la proie lui manque, elle creuse la terre 
avec les pieds et en tire par lambeaux les cadavres des animaux et des hommes. » Plusieurs des faits 
annoncés dans ce passage ne sont pas exacts; en effet, les Hyènes peuvent rester longtemps en mé- 
nagerie et y vivent même très-longtemps ; elles ne recherchent pas une proie vivante, à moins que 
cette dernière, par sa faiblesse, ne leur offre pas de résistance, ou lorsqu'elles sont pressées par le 
besoin : etllin, elles n'attaquent pas les grandes espèces de carnivores, et semblent bien plulùt devoir 
fuir devant elles. Du reste, ce sont des animaux nocturnes, peu propres à la course par suite de la 
disposition de leurs membres de derrière, qui les fait paraître boiteux. 




"V-- 



JStfUJie 



Fig. 65. — Hyène du désert. 



Nous avons dit que l'on connaissait des Hyènes vivantes et des Hyènes fossiles; les premières sont 
toutes propres à l'ancien continent, et il n'en existe pas dans le nouveau; car l'animal auquel on a 
donné le nom d'Hyène d'Amérique est le Loup rouge, espèce du genre Chien; les secondes se rap- 
portent plutôt à l'Europe, quoiqu'on en ait signalé aussi des débris en Asie et en Amérique. 

Les espèces actuellement vivantes sont les : 



1. IIYÈM': HAYÉt; nr.E.\A VULGAniS G Cuvier cl Kl Geoffroy Sainl-Ililaire. 



Caractères spécifiques. — Pelage d'un gris jaunâtre, rayé transversalement de brun sur les tlancs 
et sur les pattes. Longueur du corps depuis le bout du museau jusqu'à l'origine de la queue, en- 
viron I mètre; de la tète, depuis le bout du nuiseau juscju'à l'ucciput. (l"','27; de la ((ueiie. (I"',18. 
ILiuteiir du Irain de devant aux épaules, O^.-iS. 



118 HISTOIRE NATI'RELLE. 

C'est la soûle espèce de ce yenre qui ;iit été coniuie des anciens; c'est à elle à qui l.iiiné a ap- 
pliqué la dénomination de C.niûs hijœiia. 

Le pelage de cette Hyène, composé de deux sortes de poils, les laineux en petite quantité, et les 
soyeux seuls apparents au dehors, est d'un gris jaunûlre, rayé transversalement de noir; les bandes 
noires du dos et de la croupe se dirigent du dos au ventre; elles se courbent et deviennent obliques 
en se continuant avec les raies des épaules et des cuisses; celles des jambes sont petites, horizon- 
tales, interrompues, et entremêlées de taches en roses ou de petites taches pleines. La tête porte un 
poil très-court, roussâtre, varié irrégulièrement de noir; le menton est noirâtre; la gorge est toute 
noire. Sur le dos s'étend une longue crinière noire, ondée de jaun:"itre, et qui est continuée sur le 
cou et sur la queue par des poils plus allongés et plus roides que ceux du reste du corps. Les oreilles 
sont longues, de forme conique, larges ;i la base, pres(|ue nues, et de couleur brune. Les pattes 
sont uniformément grisâtres, velues jusqu'au bout des doigts. La queue est de moyenne longueur, et 
garnie de poils allongés et touffus. 

L'Hyène d'Abyssinie et de Nubie, décrite comme espèce nouvelle par Bruce, sous la dénomination 
de Cavis liifccnoiiielas, ne diffère en rien d'essentiel de l'Hyène r;iyée. Ce Mammifère est seulement 
d'une taille un peu plus forte; sa tète est très-grosse, son museau droit et épais; les ))oils qui cou- 
vrent les côtés de son corps sont peu touffus et aussi longs que ceux de la crinière, d'un brun uni- 
forme dans toute leur longueur, et légèrement teints de grisâtre sur quelques parties du corps. Sa 
tête est couverte de poils courts d'un brun grisâtre; sa nuque, les côtés et le devant de son cou, 
sont de couleur blanchâtre; ses pattes sont annelées de lignes brunes et de lignes blanchâtres; le 
dessous de son corps, d'un blanc sale, est taché d'un peu de brun; sa queue est longue et couverte 
de grands poils bruns en dessus et blanchâtres en dessous. 

L'Hyène rayée est diflicile à apprivoiser, bien qu'on ait quelquefois réussi à le faire. AI. Isidore 
Geoffiiiy Saiul-IIilaire ra[iporle que celles de la ménagerie du Muséum ne se sont j;iniais adoucies 
compb'ieineiil, et il cite une d'elles qui se rongea tous les doigts des membres postérieurs, qui fu- 
rent ainsi tout à fait détruits. Cependant, dans les suppléments de son Histoire nalnnllc, lîut'fon 
parle d'une Hyène qu'il vit à la foire Saint-Germain; et il dit qu'elle était très-bien ap|irivoisée et 
obéissait aux ordres de son maître. 

Celle espèce se trouve dans l'Inde, la l'erse, la Turquie, l'Abyssinie, l'Egypte, la Nubie, la Lybie. 
la Barbarie et le Sénégal. M. de Christol en a signalé des débris fossiles dans les terrains d'Auver- 
gne de la quatrième époque. 



2 IIVENIO DRUNt;. nr.EXA DltVXnA. Tliunbcri;. 

CARACTîinES SPÉCIFIQUES. — Pelage couvert en dessus de longs poils brun grisâtre; dessous du 
corps d'un blanc salc; queue touffue, unicolore. Taille de l'espèce précédente. 

L'Hyène brune est très-voisine de l'Hyène rayée, et y est même réunie par la plupart des auteurs, 
et sui'toul par De Blainville. C'est à cette espèce que M. Isidore Geoffroy Saint-Ililaire applique le 
nom d'Hijœna fusca, et c'est probablement à elle que se rapportent les Ilijœna inllosa, H. Smith; 
Cnvicri, Jardine. 

Tout le corps de celte Hyène est couvert de poils longs et pendants d'un brun roux; la tête est 
garnie de poils courts brun grisâtre; le dessus du dos, les lianes et les cuisses sont ondès; les 
jambes un peu plus noirâtres; les pattes sont annelées de blanc et de brun; le dessous du corps, la 
face interne des membres, le corps et le torse, sont d'un blanc sale: les poils du corps sont aussi 
longs que ceux de la crinière; la queue est unicolore, longue et toul'liu!; les oreilles sont allongées, 
pointues, et presque nues. 

La patrie de cette espèce est le cap de Eonne-Espéranec. 




Kciinp 







l'i, m. 



CARNASSIERS. 1 11) 



3. IIVENE TACIILTKE flr.E.V.l CROCUTA. Liiinô. ZhiimcniMiin. 

CAiiAr.TKnES snxiFiQi'Ks. — Pclnge il'un jaune tcriio, fiarspiiic' de taches brunes, arrondies, en 
petit nombre. Taille et corpulence d'un grand Malin, avec la tète plus épaisse et moins allongée que 
celle de cet animal. 

Celte espèce, vulgairement connue sons le nom d'HvKXE du Cap, est I'Uvkxe tachetée de Pennant, 
le Leur tigre de Kolbe, et I'IIyèxe de Rarrow. C'est le Canis crocuta de LiniU', Vllijivna Capcnsis de 
A. G. Desmarest, siriata de Pennant et Lichstenstein, et maculata de Thunberg: enfin,, c'est proba- 
blement à une variété de cette espèce qu'on doit rapporter rihÈNE rousse. Hijana riifa, de G. Cuvier. 

Le pelage de cette Hyène est d'un fauve roux, marqué de nombreuses taches d'un brun foncé, 
qui sont disposées sur le corps en bandes longitudinales, et répandues plus irrégulièrement sur les 
épaules et sur les cuisses; la qoeue longue, garnie de poils longs, peu touffus et noirs, est au.ssi ta- 
chetée a son origine. Le dessous du corps et la face interne des membres sont d'un fauve blanchâtre. 
Les oreilles sont larges et courtes, presque nues, et d'une forme à jieu près carrée. Le juiil de 
l'Hyène tachetée est plus court que celui de l'Hyène rayée: il devient relativement plus long sur le 
cou et sur le dos, où il forme une petite crinière peu fournie. 

Cette espèce habite le midi de l'Afrique, principalement les environs du cap de rioune-Espérance. 
Delalande en a rapporté le jeune, dont la tète est foncée et le corps noirâtre, marqiu' seulcmi'ut de 
quelques taches sur le dos et à l'origine de la queue. Une race paiticulière, que G. Cuvier regarde 
comme espèce distincte sous la dénomination d'IlïÈNE rousse, Ihjo-na ritfa, se trouve aussi au Cap, 
et se distingue par des taches en plus petit nombre; par un poil plus long, plus doux, d'une couleur 
rousse plus foncée; par les jambes noires et le ventre de la même couleur. 

L'Hyène tachetée paraît pouvoir s'apprivoiser plus aisément que l'Hyène rayée : Rarrow dit qu'on 
l'emploie pour la chasse, et qu'elle égale le Chien en fidélité et en intelligence. On en a conservé, à 
la ménagerie du Muséum de Paris, un individu pendant seize ans; il s'est toujours montré très-doux, 
si ce n'est dans sa vieillesse, pendant laquelle les infirmités le rendirent plus farouche. Quand il ar- 
riva à Lorient, il s'échappa, courut quelque temps dans les champs sans causer aucun dommage, et 
se laissa reprendre sans résistance. 

On a quelquefois regardé (iimmc une qualrième espèce de ce genre, sous la dénomination d'HvÈME 
lEisTE, ou Chien hïé.noïde, Hijcciia vcnaiica, Rurchell, un Carnassier assez voisin de ceux-ci par sa 
forme extérieure, et que nous avons placé dans la tribu des Chiens, sous le nom générique de Cï.n- 
iiïÈiNE, qui rappelle les rapports de cet animal d'un côté avec ceux du genre Chien, et de l'autre 
avec ceux du genre Hyène. 

De nombreux ossements fossiles d'Hyènes ont été principalement découverts dans les cavernes, mais 
ils se trouvent aussi parfois dans les terrains meubles et même dans certaines brèches osseuses; nous 
avons dcjà dit qu'on les rencontrait principalement en Europe. D'après les paléontologistes, on en 
compterait un assez grand nombre d'espèces distinctes, outre l'une d'elles qui est analogue à l'Hyène 
rayée; mais ce nombre doit être considérablement restreint, et il est probable qu'on ne doit en si- 
gnaler que trois espèces européennes, et peut-être deux autres, l'une des monts Himalayas, et l'autre 
de l'Amérique méridionale. 

Les débris d'Hyènes se renc ontrent principalement en grande quantité dans les cavernes et réunis 
à un très-grand nombre d'autres os; ces faits singuliers ont donné lieu à diverses explications des 
naturalistes, et, pour faire connaître ce sujet important, nous ne croyons pouvoir mieux faire que 
de rapporter ce qu'en dit De Dlainville dans son Osu'ograpltie, quoique le passage que nous allons 
transcrire soit peut-être un [icu long pour les limites que nous nous sommes tracées. 

« Dans toutes les localités où l'on trouve des ossements d'Hyènes, ils y sont pêle-mêle, et souvent 
fragmentés, brisés, plutôt les os longs que les os courts, plutôt la mandibule qu'une autre partie, 
avec ceux de toutes sortes d'animaux terrestres, Mammifères, Oiseaux et Reptiles, et même, dans 
quelques localités, avec des ossements d'hommes, comme s'en est assuré bien positivement Schmer- 
ling, en Relgique, et M. Marcel de Serres, dans les cavernes du midi de la France. Les os que l'on 



120 IIISTOIUE NATURELLE. 

rencontre le plus souvent accompagnant les ossements fossiles d'Hyènes paraissent être ceux d'Ours, 
de grands Fclis, de Loups, d'Éléphants, de Rhinocéros, de Cochons, et surtout de Ruminants à hois et 
à cornes, ainsi que d'individus du genre Cheval, et quelquefois ces os semblent avoir éprouvé l'action 
des dents d'animaux carnassiers. Ou ne peut guère citer comme ayant appartenu à des squelettes 
entiers que les os d'Hyène trouvés ;\ Lawfort, en Angleterre, quelques-uns de ceux d'Auvergne, et 
peut-être de la caverne de Luncl-Viel. Partout ailleurs, ils sont èpars et indistinctement mêlés avec 
les autres os du dépôt. Us sont à différents degrés de détérioration, suivant quelques circonstances 
de localités et de leur propre nature; il paraît cependant qu'en général ils sont moins altérés, ils 
ont un aspect plus frais, plus récent, moins friable, que ceux des autres animaux avec lesquels ils 
se trouvent, comme le disent M. Gûldfuss de ceux de Gaylenreulh, dans le limon et non dans hi 
brèche; M. Noggerath, de ceux de Sundwig, dans une terre très-meuble, au-dessous d'une couclie 
de stalagmite de vingt à quarante pouces d'épaisseur, et M. Buckland, de ceux de Kirkdale. Ces os 
sont toujours fragmentés, de l'aveu de tous les paléontologistes; mais, suivant les uns, ils sont an- 
guleux et offrent même des traces d'érosion; et, suivant M. Schmcriing, au contraire, la plupart sont 
évidemment roulés. Dans les excavations, ils sont dans des relations différentes par rapport au sol; 
quelquefois tout à fait libres et à la surlace; d'autres fois à découvert, et même collés au plafond de 
la caverne; le plus souvent, ils sont enfouis ou dans la terre argileuse, ou dans une sorte de brèche 
formée par le stalagmite, celle-ci couvrant le sol argileux; particularités signalées surtout par 
M. Schmerliug dans les cavernes des environs de Liège. 

« Mais, de ces faits incontestables, peut-on en conclure d'une manière un peu plausible que l'es- 
pèce d'Hyène fossile la plus commune dans la partie tempérée de l'Europe a non-seulement vécu 
dans les pays où l'on rencontre des fragments de son squelette, mais qu'elle se retirait dans les ca- 
vernes où on les trouve, et que c'est elle qui y a apporté les ossements des autres animaux qu'o4i y 
rencontre avec les siens? C'est tout autre chose. On a pu en effet opposer à cette manière de voir, 
proposée surtout par M. Buckland, et adoptée par M. G. Cuvier, reposant sur le fait d'un assez petit 
nombre d'os de Ruminants qui paraissent avoir éprouvé l'effet de la dent d'animaux carnassiers, de 
la présence de fèces ou de coprolilhes trouvés avec eux; et enfin, sur un certain nombre d'os d'Hyènes 
usés, polis d'un cûté seulement, ce qu'on attribue au passage des Hyènes rentrant et sortant de leurs 
retraites, que ces ossements d'Hyènes sont bien fragmentés, bien dispersés, bien peu nombreux 
même, pour provenir d'animaux qui auraient vécu dans les cavernes et seraient morts de leur mon 
naturelle, en admettant même que ces os ne soient pas roulés. 

« Sans doute, les Hyènes se retirent, se réfugient dans les cavernes, ])robablement pour s'y ca- 
cher, et même y élever, y allaiter leurs petits; mais M. Kaon a fait la juste observation que ces ani- 
maux, qui se nourrissent de cadavres, les mangent sur place, au lieu de les emporter en totalité ou 
en partie dans leur retraite, comme il faudrait qu'ils eussent fait si les ossements des animaux que 
l'on trouve avec les leurs étaient réellement les restes de leurs repas. Ce sont ces difficuliès qui ont 
porté M. Schmerling à dire que les ossements fossiles d'Hyènes ne proviennent pas d'animaux qui 
auraient vécu aux lieux où on les trouve, et qu'ils ont été entraînés par une grande inondation. Mais, 
pour admettre cette hypothèse, il faut passer sous silence les masses d'album (jrcecum, que l'on 
trouve dans ces cavernes, et que M. Buckland regarde comme des excréments d'Hyènes, et, suivant 
lui, entièrement semblables à ceux d'une Hyène du Cap. vivante, qu'il a pu se procurer et examinrr 
comparativement. l\ reconnaîtcependant cpie les coprolithes de Kirkdale, de forme sphèrique, irrégu- 
lièrement comprimés, variant d'un demi-pouce à un pouce de diamètre, de couleur d'un blanc jau- 
nâtre, à cassure terreuse, contiennent des petits fragments non digérés d'émail de dents. Or, je ne 
connais encore aucun animal qui se nourrisse de dents et puisse même les digèi'er; en sorte que cette 
particularité pourrait être une objection de plus ;\ opposer contre l'opinion de M. Buckland, que les 
os de Mammifères trouvés en grande quantité dans la caverne de Kirkdale avec ceux d'Hyènes y 
ont été apportés par elles, et nullement par des inondations. En effet, en faisant observer que les 
Hyènes, plus que les autres Carnassiers, vivent solitairement chacune dans leur tanière, qu'elles 
n'emportent pas nécessairement tous les cadavres d'animaux qu'elles rencontrent, mais qu'elles les 
dévorent souvent sur place; que, dans le cas contraire, c'est au plus à l'entrée de leur tanière qu'elles 
le font, et non dans cette tanière elle-même; qu'il n'est nullement démontre, ni même probable, que 
des Hyènes sauvaijes se mannenl les unes les autres, an moins hors le cas d'absolue uécessilè; et 



GARNASSIEUS. 1^21 

que toutes les cavernes à ossements sont fort loin de contenir des Hyènes, que, dans aucune même, 
elles n'y sont en nombre proportionnel aux os d'animaux herbivores qui se trouvent avec elles; que, 
pour des animaux si avides d'os qu'on le dit, bien peu de ceux-ci offrent réellement les traces d'a- 
voir été rongés, brisés, mangés par elles; qu'il est trésdifiicile d'expliquer comment des animaux 
venant mourir de vieillesse ou de maladies dans ces cavernes, pendant une suite si longue de géné- 
rations, n'ont laissé eux-mêmes que des os brisés, fracturés, mêlés avec ceux de leurs victimes; on 
est presque forcé de conclure, avec la plupart des géologues qui ont écrit sur les cavernes ossifères 
depuis M. Buckland, que les ossements d'Hjénes, et même leurs excréments, devenus coprolithes, 
qu'on trouve dans ces cavernes, y ont été apportés, ainsi que ceux qui sont dans le diluvium ordi- 
naire, et comme l'ont été les parties dures de tant d'animaux mammifères ou d'autres classes de Ver- 
tébrés avec lesquels on les trouve pêle-mêle, brisés, fracturés, sans aucune espèce d'ordre, ce qui 
ne peut faire soupçonner une distinction de victimeurs et de victimes, qu'ils y ont été apportés, déjà 
en fragments, des pays environnants, où les animaux dont ils proviennent vivaient, sans doute, par 
une inondation générale ou par des inondations partielles et répétées à des intervalles plus ou moins 
éloignés, mais non pas assez étendues pour avoir ramassé, accumulé successivement des ossements 
d'animaux de pays éloignés avec ceux des lieux où elles se sont arrêtées, comme l'a surtout pensé 
M. Sclimerling; qu'en supposant même que les ossements d'Ilyénes ne se trouvent pas mêlés avec 
ceux de l'espèce humaine, ce qui ne peut cependant pas être mis en doute aujourd'hui, il ne faudrait 
pas regarder cette absence, avec G. Cuvier, comme une preuve que l'espèce humaine n'existait pas 
à l'époque du dépôt des ossements dans les cavernes, car, s'il est vrai qu'aujourd'hui les Hyènes, 
comme les Loups, comme les Chiens mêmes, s'attaquent quelquefois aux cadavres d'honinies dans 
certaines circonstances de nécessité absolue, ce n'est pas une raison pour qu'elles l'aient fait à des 
époques où nos pays, beaucoup moins peuplés d'abord, étaient de plus couverts de forêts, où les 
Ruminants, leur pâture harmonique, étaient si abondants en individus et même peut être en espèces. 
Les races nombreuses de Cerfs, de Bœufs et de Chevaux, ont disparu en très-grande partie, parce 
que les hommes ont abattu les forêts, anéanti, ou au moins grandement diminué les pâturages li- 
bres, et se sont prodigieusement multipliés, et dès lors l'une des deux espèces d'Hyènes qui habi- 
taient notre Europe s'est retirée et s'est concentrée uniquement dans les deux autres parties du monde; 
lautre (et peut-être ajouterons nous d'autres) a complètement disparu. 

« Ainsi, nous retrouvons pour ce genre de Mammifères carnassiers ce que nous avions reconnu 
pour la plupart des autres (c'est De Blainville qui paile), et surtout pour les Fclis et les Canis; 
c'est-à-dire qu'avec le grand nombre d'animaux herbivores qui peu[ilaient si abondamment nos anti- 
ques forêts, et qui ont disparu en grande partie, vivaient pour ainsi dire proportionnellement, non- 
seulement des espèces de Carnassiers sanguinaires, hardis, agissant courageusement corps à corps 
comme les premiers ou plus habilement, et en s'associant dans leurs chasses, comme les seconds, 
pour les attaques de vive force, et qui les dévoraient vivants, mais encore des espèces moins coura- 
geuses ou moins féroces, moins franchement carnassières, et par conséquent jilus hideuses, aux- 
quelles étaient réservés leurs cadavres; les Hyènes étaient ici ce que, chez les oiseaux de proie, les 
Vautours sont à l'égard des Faucons. Ainsi, l'harmonie des principales espèces animales était alors, 
en Europe, au moins aussi parfaite qu'elle l'est aujourd'hui, si même elle ne l'était réellement da- 
vantage, comme plus voisine de l'époque où elle était sortie de la conception créatrice, et nécessaire- 
ment alors moins dérangée par le développement fatal de l'espèce humaine. » 

Nous n'indiquerons avec quelques détails que les trois espèces européennes qui semblent seule- 
ment avoir existé, et nous nous bornerons à donner la liste, encore ineumplèle, des espèces propo- 
sées par les paléontologistes, et qui, la plupart du temps, ne sont réellement que nominales. Ces 
espèces sont; Y liijœna foss'd'is. G. Cuvier; VH. spelœu, Goldfnss, des cavernes de France et d'Alle- 
magne; les //. prisca et inlermedin, Marcel de Serres, de la caverne de Lunel-Viel; les //. eltiario- 
rium et hsiodoiaisis, Croizet et Jobert, des terrains de la deuxième époque, d'Issoire, en Auver- 
gne; les //. diibia, Arveniensis et Pcrricri, des mêmes auteurs, et particulières aux galets et li- 
gnites d'Issoire, etc. 

Les seules espèces fossiles que nous voulions indiquer sont les : 



lU 



132 IIISTOIIiK NA'l'liRKI.Li:. 



A HYÈNE DES CAVERNES. IIÏJiXA Sl'ELSA Goldfuss 



Les meilleurs caractères de cette espèce sont tirés de ses dents carnassières ; le lobe postérieur de 
la carnassière supérieure est plus grand que dans l'IIjène tachetée, tandis qu'il est plus petit que 
dans riljène rayée; la carnassière inférieure n'a en arrière de ses deux lobes tranchants qu'un léger 
bourrelet, et n'offre point de tubercule interne à son lobe postérieur; la dent tuberculeuse supérieure 
est petite et à une seule racine, comme dans l'Hyène tachetée. 

Cette espèce, d'une taille plus élevée que nos Hyènes actuelles, et qui semble se rapprocher da- 
vantage de l'Hyène tachetée que de l'Hyène rayée, se trouve en France, en Allemagne et en Angle- 
terre, dans plusieurs cavernes, et principalement dans celle de Kirkdale, illustrée par M. Bucldand 
dans ses Rclhiiiia' d'tluvianw. 



li. HYÈNE DE MONTPELLIER HlJiiV,! MOSSPESSVLA^'A. De Clirislol 

Celte espèce ressemble à l'Hyène rayée pai' la structure de sa dent carnassière inférieure, c'est- 
à-dire qu'elle offre en arrière de ses lobes un tube à deux pointes obtuses et un tubercule à la base 
du tubercule postérieur, la dent tuberculeuse supérieure, placée en travers de la mâchoire, est plus 
grande et à deux racines. 

Cette Hyène, qui correspond ù VlJijœna prisai, Marcel de Serres, et probablement aussi à l'Hyène 
d'Auvergne, deMM. Croizetet Joberl, ainsi qu'A l'Hyène de l'ancien diluvium du Val d'Arno, se trouve 
dans le midi de la France. 



C nVÈNE DE IMÎRRIER. IIYjtNA PEURIEIII Groizet il Jobeit 

Dans cette espèce, il y a un talon bilobé à la parlie postérieure de la carnassière inférieure, el il 
n'y a pas de tubercule interne au lobe postérieur de cette même dent. 

D'après cela, cette Hyène, propre aux cavernes d'Auvergne, tiendrait à la fois de l'Hyène tachetée 
et de l'Hyène rayée, et semblerait devoir être adoptée: tandis que les autres prétendues espèces que 
nous avons nommées plus haut doivent au contraire être probablement rejetées. 

Enfin, MM. Baker et Durand ont figuré, sous le nom d'HïÈ.NE de l'IIim.vlaïa, Hijœna Sivulams, 
(les débris fossiles d'une espèce de ce genre, qui serait d'une taille moindre que l'Hyène des ca- 
vernes, mais qui s'en rapproche cependant davantage que l'Hyène rayée, vivant actuellement dans les 
Indes; et M. Lund a aussi énuméré une Hyène fossile trouvée dans les cavernes du Brésil, qu'il ap- 
pelle llijccna neogœa, mais il n'a fait connaître aucun de ses caractères. 

C'est aussi auprès de ce genre que De Blainville range le groupe des Agnotlicrhnii, dont nous 
parlerons ailleurs. 



cAriiNASsiions. 123 



CINQUIEME TRIBU. 



FÉLIENS. FELII. Isidore Geotïrov Saiiit-Hilairc. 



Mulâtres alternes, à couronnes trancharUcs. 

Tuberculeuses nulles on rudiincntaircs. un contraire des Caniens, chez lesquels il ij a au moi)is 
deux tuberculeuses en haut et en Ims. 

Membres plus ou moins allonijés, les postérieurs plus développés que les antérieurs, tandis que 
cela n'a pas lieu chez les Caniens et tes Ilijéniens. 

Marrhc franchement digitigrade. 

Cette tribu des zoologistes modernes eorrespond au genre Chat{Felis). fondé par Linné en 1755, 
et a reçu de M. Isidore Geoffroy Saint-Iliiaire la dénomination de Félicns, tandis que M. Gray lui ap- 
plique le nom de Felidœ, Lesson celui deFelisineœ, et que De Blainville lui conserve eelui de Felis, 
donné par Linné. 

Quelques animaux de cette tribu, tels que le Lion et le Chat ordinaire, ont été indiqués depuis très- 
longtemps, et d'autres, en assez grand nombre, n'ont été découverts que dans des temps plus moder- 
nes. Les Féliens sont des animaux dont le corps est en général médiocrement allongé, quoique la 
queue le soit souvent assez, et cela principalement à cause de la brièveté du museau et même de la tête, 
habituellement large et globuleuse, pourvue d'oreilles arrondies, assez courtes, mais toujours largement 
ouvertes, ainsi que les yeux, et de moustaches très-longues. Leurs membres sont très-souples dans 
toutes leurs articulations, et terminés par des paumes et surtout des plantes élevées, ne touchant pas 
â terre, entièrement velues, et par des doigts courts, cinq en avant, quatre en arriére, armés do 
griffes rétracliles fort aiguës, décroissantes du premier au dernier. Leurs incisives et leurs canines 
en même nombre que dans tous les Carnassiers, c'est-à-dire les premières au nombre de six en haut 
comme en bas, et les secondes de deux seulement; les molaires sont au minimum de nombre, quatre 
en haut cl trois en bas; mais elles sont, au contraire, au maximum de carnivorilé par la diminution- 
de la partie tuberculeuse interne, postérieure, et par l'augmentation de la partie tranchante et mar- 
ginale : dans les Lynx, au moins à l'âge adulte, il y a deux molaires de moins, parce que la petite- 
molaire antérieure peut manquer. Le pelage est en général très-doux et serré, ordinairement d'un, 
roux fauve, quelquefois uniforme, et le plus souvent grisâtre ou roussâtre, tacheté de brun noir, 
avec des barres ou des traits plus ou moins prononcés sur les membres, à la face et sur la queue, 
où elles tendent à former des anneaux. 

Quant aux parties internes, on peut se borner à dire, d'abord pour le squelette, que la clavicule, 
toujours osseuse, est cependant rudimentaire, non articulée, et presque sésamoïde; que l'huméru.» 
est constamment percé au-dessus du condyle interne, et que les phalanges secondes et troisièmes ont 
la disposition rétractile la plus prononcée; ensuite, pour l'intestin, que la langue est hérissée de pa- 
pilles cornées et pointues; qu'il existe un cœcum assez prononcé entre les deux parties du canal ali- 
mentaire; et, enfin, que l'anus est pourvu d'une paire de glandes odoriférantes à sa marge interne ; 
l'organe principal sexuel mâle soutenu par un os rudimentaire, étant hérissé de crochets ù son ren- 
flement antérieur. 

Les mœurs des Féliens ne sont pas moins caractéristiques que leur organisation. Ce sont, en effet, 
des animaux plus ou moins nocturnes, rusés, hardis, avides de sang, marchant avec précaution, sou- 
ples et rampants lorsqu'il s'agit d'arriver à portée de la proie, puis, après avoir tendu tous leurs 
ressorts en les ramassant, les débandant subitement et s'élançant d'un seul bond sur elle, en éta- 



124 



lIISTOIliE NATURELLE. 



lant dessus, [khii- la retenir, les mains et la lijiicule, armées de leurs ongles aigus et de leurs dents 
acérées. 





l'^ii' 60 — l'aiithci c. 



l''is 07. — Jaguar. 




iMsr. 08 - TlKie 





Fig. 69. — Couguar. 



Fi". 70. — Panthère noire. 



Un a décrit des Cliats vivants et destiliats fossiles. Les |ii'emiers sont au nombre d'une eiii(|uaMtaine, 
el se rencontrent dans toutes les parties du globe; l'Europe même en possède, mais en pelil nombre. 
11 y a près de deux cents ans que l'on a recueilli, en Europe, des ossements fossiles appartenant a 
une grande espèce de Fclis, sans cependant qu'on les ail l'econnus comme tels, C'était d'abord dans 
les cavernes d'Allemagne, el jusqu'en 182.^, époqiu' de la publication de la seconde édition des 



CAHNASSIERS. 



12r 



Osscmcnls fossiles de G. Cuvier. on n'était guère allé au delà de la euiiliimaliuii de ce fait; mais, 
depuis lors, on en a trouvé, et de toute taille, dans un grand nombre d'endroits d'Europe, dans 
des terrains très-différents, en sorte que, aujourd'hui, si l'on acceptait comme démontrées les es- 
pèces de Fclis fossiles proposées par les paléontologistes, il en aurait existé plus de vingt dans 
l'Europe ancienne, et, en outre, on devrait en admettre comme propres à l'Amérique, principalement 
dans les cavernes du Brésil. 

La position des Féliens, dans la série zoologique, a dû varier suivant les diverses classifications 
des auteurs. Lesson les place entre les Caniens et les Viverriens; DeBlainville les range, au contraire, 
après ses Vircrras et avant ses Canis; enfin, M. Isidore Geoffroy Saint-Flilaire, dont nous suivons la 
méthode mammalogique, les met à la (in de sa section des Carnivores, de son ordre des Carnas- 
siers, c'est-à-dire après les Ilyéniens et immédiatement avant les Amphibies. 







Fi". 71. — Oiicc 



Cette tribu étant l'une des plus naturelles de la classe des Mammifères, l'on comprend que l'on a 
pu difficilement trouver des caractères, au moins plausibles, pour y former des subdivisions généri- 
ques, et que dès lors le nombre des genres qu'on y a admis à été très-peu considérable. A bien dire 
même, l'on ne devrait y comprendre, comme Linné, qu'un seul genre, celui des Chnls ou Fc/is, et 
ne regarder ceux qu'on y a créés que comme des subdivisions secondaires. M. Isidore Geoffroy Saint- 
Hilaire indique les genres des Gcépaiid {Gucpardus\ Chat {Fclis), Tigre (Tigris) et Lv^x (Lynx) : 
nous les étudierons successivement et séparément, à l'exception de l'avant-dernier, qui ne nous pa- 
raît pas différer des vrais Chats, et que nous réunirons à ce groupe. Quant aux espèces fossiles, elles 
rentrent dans la coupe générique des Fclis, quoique cependant un fossile, indiqué par M. Lund, le 
Fclis Sniilodon, puisse peut-être, par plusieurs particularités différentielles, être considéré comme 
devant former un genre nécessaire. 

It'ajirès cela, la tribu des Féliens renferme |iour nous les genres Gucpard, Chat et l.i\nx. 



i26 IllSTOIRE NATIJREMJ 



1" GENRE. - GUÉPARD. GUEPARDVS Duvcrnoy. 

Hciiioircs ik' la Société du Must'uiii d'Iiisloiro naliiivllf ilc Slrasbouig. 
Uu nom (le rc^itoLC typiiiue 

C.MlAnTl'inES CENÉRIOUKS. 

Sii-ilrnie (IfUlnire : incinives, |; canines, pr|.: niolnh-c:, t:^\ c'cst-it-ilirc trente dinls en totalité, 
eomnie lUnis les Clinis. Les sillons des canines presque effacés; les molaires Irancliiinies, ii lobule 
pins prononcé que dans les Felis : les ileur preniières d'en bas à quatre lobes au lien de trois; 
la dernilre molaire, on carnassière d'en bas, présentant, an l'ieu d'un talon effacé à peine sensible, 
nn petit lobule pointu et très-d'isl'inci, ce qui rapproche les Guépards des Hijèues; la seconde 
molaire d'en liant ayant éçialcnicnt son quatrième lobe jilns marqué que dans les Chats, mais, en 
revanche, sim inberciile interne est entièrement effacé. 

'l'éle plus courte, plus petite, plus ronde que celle des Felis. 

Jambes plus hautes. 

Doigts plus allonçiés que dans les vrais Felis. 

Onqies faibles, usés à la pointe, mm rétractiles, comme ceux des Felis, et n'étant propres ni à 
retenir, ni h déchirer une proie. 

Queue plus loncjue que dans les Chats. 

Lp genre Guepardus de M. Duvcrnoy a reçu de M. Wagler {Sijst. der Amph'ib., 1850) le nom 
de Ciptailurus (xumv, Chien; ao.cu^o;, Chat), et Lesson {I\'ouv. Tabl. du Règne animal, 18'p2j lui ap- 
plique la dénomination de Cynofeiis, qui a la même .signilieation que la pi'érédente (xuuv, Chien; 
Felis, Chat), et indique les rapports que ce groupe présente avec les Chiens et les Chats. Nous avons 
dit que Ton ne devrait probahlement les considérer que comme une subdivision de ces derniers, 
quoiqu'ils aient néanmoins, outre les caractères que nous avons déjà indiqués, une taille plus élan- 
cée, et que leur colonne vertébrale soit plus droite, et, toutefois, nous ferons observer que leurs 
formes générales, la facilité qu'ils ont de courir, leur extrême douceur, leur atlachement et leur 
obéissance à leur maître, leur courage, les rapprochent plus des Chiens que de Chats. 

L'espèce unique de ce genre, le Guépard, offre aussi, dans son squelette, plusieurs caractères 
impoitanis qui indiquent évidemment un passage vers les Canis. La tète est arquée et raccourcie, 
l'espace fronto-orbitaire est trè.s-soulevé; le chanfrein est incliné en arriére, sans crêtes sagittale et 
occipitale bien prononcées; le nez est large, peu pincé, assez canaliculé au dos; le bord palatin est 
large et échancré au milieu; les apophyses ptérygoidcs petites, en crochet; les caisses très-petites. 
Les corps des vertèbres sont plus longs que dans les Chats ; les apophyses Iransverses des vertèbres 
cervicales courtes, ramassées; l'apophyse épineuse de la dixième vertèbre dorsale très-inclinée, bi- 
furquée à la pointe; enfin, les vertèbres lombaires remar(piables par la longueur et la forme étroite 
de leurs apophyses transverses. Les côtes sont assez élargies. L'iiyoide est composé de neuf pièces 
assez robustes. Aux membres antérieurs, l'omoplate a une forme particulière, ovalairc; l'humérus est 
trè.s-comprimé, arqué supérieurement; le radius est également arqué, et presque de même largeur en 
haut qu'en bas; le cubitus est très-grêle; la main est comme dans le Lynx, avec les secondes pha- 
langes plus courtes, et les troisièmes moins hautes dans leur pointe. Les membres postérieurs ont 
peut-être plus d'élévation que les antérieurs : l'os innoniiné est assez court, mais le fémur et le tibia 
sont surtout notablement plus longs que lui; le péroné est remarquable en ce qu'il est très-grcle, 
presque filiforme; les os du pied sont allongés, serrés, et les phalanges bien comme ;i la main. 

Nous ne reviendrons pas sur le système dentaire de cet animal, qui présente des différences nom- 
breuses avec celui des Chats; nous en avons sufiisamment parlé dans notre caractéristique géné- 
rique. 

L'espèce uniipu' de ci' genre est le : 



CARNASSIERS. 157 



GUÉPAUD. GVEPAnnUS JUBATUS. Diivcnioy. 



CAnACTÈnES SPÉCIFIQUES. — Pelage d'un beau fauve clair en dessus, et d'un blanr pur eu dessous; 
de petites taches noires, rondes et pleines, également semées, garnissent toute la partie fauve; celles 
de la partie blanche sont plus larges et plus lavées; sur la dernière moitié de la queue se trouvent 
douze anneaux alternativement blancs et noirs; enfin, les poils des joues, du derrière de la tête et 
du cou, sont plus longs, plus laineux que les autres, ce qui lui forme comme une espèce de petite 
crinière : une ligne noire part de l'angle antérieur de l'œil, et descend en traversant la joue et en 
s'élargissant jusqu'à la lèvre supérieure, vers la commissure, et une autre plus courte part de l'an- 
gle postérieur, et se rend vers la tempe. De la taille d'un Matin; longueur, 1"',13, non compris la 
queue, longue elle-même de 0'",45; hauteur, 0"',G5. 

Le Guépard a une physionomie particulière qui pourrait servir seule à le faire distinguer des 
Chats, et il y joint une grande légèreté, ainsi que des mouvements faciles. Comme il a les doigts longs, 
les ongles libres et posant sur le sol par leur extrémité très-peu pointue, il court avec beaucoup plu.s 
d'agilité que les Chats, et peut aisément atteindre le gibier qu'il poursuit; mais, au contraire, il ne 
peut que diflicilement déchirer sa proie avec ses ongles, et ne peut pas monter sur les arbres comme 
le font la plupart des Fclis. D'après ces habitudes, qui, sous quelques rapports, rapprochent le Gué- 
pard des Chiens, on a cherché depuis longtemps à le dresser pour la chasse; et. selon des historiens 
persans, c'est un de leurs premiers rois qui sut employer cet animal ;i cet usage; quoique toutefois 
les Arabes semblent en avoir parlé les premiers. Eldeniiri dit que Chaich, fils de Wolid, eut l'idée 
de le substituer, pour la chasse au Lion et au Tigre, au Chien qu'on y employait dans les Indes depuis 
la plus haute antiquité, si l'on s'en rapporte à Elien. M. Boitard (Mcwimifcirs ilu Jardin (tes 
Plantes et Diciionnahr universel ) a donné des détails à ce sujet, et nous les transcrivons ici. « A Su- 
rate, au Malabar, dans la Perse et dans quelques autres parties de l'Asie, on élève ces animaux pour 
s'en servir à cet exercice. Les chasseurs sont ordinairement à cheval, et portent le Guépard eu 
croupe derrière eux; quelquefois ils en ont plusieurs, et alors ils les placent sur une petite char- 
rette fort légère et faite exprès. Dans les deux cas, l'animal est enchaîné, et a sur les yeux un ban- 
deau qui l'empêche de voir. Us parlent aussi pour parcourir la campagne, et tâcher de découvrir des 
Gazelles dans les vallées sauvages où elles aiment à venir paître. Aussitôt qu'ils en aperçoivent 
une, ils s'arrêtent, déchaînent le Guépard, et, lui tournant la tête du côté du timide Ruminant, 
après lui avoir ôté son bandeau, ils le lui montrent du doigt. Le Guépard descend, se glisse dou- 
cement derrière les buissons, rampe dans les hautes herbes, s'approche en louvoyant et sans bruit, 
toujours se masquant derrière les inégalités du terrain, les rochers et autres objets, s'arrêtant su- 
bitement, et se couchant à plat ventre quand il craint d'être aperçu, puis reprenant sa marche 
lente et insidieuse. Enfin, lorsqu'il se croit assez près de sa victime, il calcule sa distance, s'élance 
tout à coup, et, en cinq ou six bonds prodigieux et d'une vitesse incroyable, il l'atteint, la saisit, 
l'étrangle, et se met aussitôt à lui sucer le sang. Le chasseur arrive alors, lui parle avec amitié, lui 
jette un morceau de viande, le tlalte, le caresse, lui remet le bandeau et le replace en croupe ou 
sur la charrette, tandis que les domestiques enlèvent la Gazelle. Néanmoins., il arrive quelquefois 
que le Guépard manque son coup, malgré ses ruses et son adresse. Alors il reste tout saisi et 
comme honteux de sa mésaventure, et ne cherche plus à poursuivre le gibier. Son maître le con- 
sole, l'encourage par ses caresses, et les chasseurs se remettent en quête avec l'espoir qu'il sera 
plus heureux une autre fois. Dans le Mogol, cette chasse est, pour les riches, un plaisir si vif, qu'un 
Guépard bien dressé, et qui a la réputation de manquer rarement sa proie, se vend des sommes 
exorbitantes. En Perse, cette chasse se fait à peu près de la même façon, à cette différence près 
que le chasseur, qui porte le Guépard en croupe, se place au passage du gibier, que des hommes 
et des Chiens vont relancer dans les bois. L'empereur Léopord I"' avait deux Guépards aussi privés 
que des Chiens. Quand il allait à la chasse, un de ces animaux montait sur la croupe de son 
cheval, et l'autre derrière un de ses courtisans. Aussitôt qu'une pièce de gibier paraissait, les deux 
Guépards s'élançaient, la surprenaient, l'étranglaient, et revenaient tranquillement, sans être rappe- 
lés, reprendre leur place sur le cheval de l'empereur et sur celui de son courtisan, it 



128 



HISTOIRE NATURELLK. 



D'après ce que nous venons de dire, on voit que le Guépard est beaucoup moins féroce que les 
Ciials, et qu'il peut aisément s'apprivoiser, quoiqu'il l'état sauvage il habile les forêts et vive de 
proie. On a eu, assez récemment, un Guépard à la ménagerie du Muséum : il était si familier, qu'on 
l'avait placé dans un parc, où il vivait librement, et dont jamais il n'a cherché à sortir. 11 obéissait 
au commandement de son gardien; il aimait surtout les Chiens, avec lesquels il jouait sans jamais 
chercher à leur faire aucun mal. Un jour, rapporte M. Boilard, il reconnut, jiarmi les curieux qui vi- 
sitaient la Ménagerie, un petit nègre qui avait fait la traversée du Sénégal sur le même vaisseau que 
lui, et il lui fit autant de caresses qu'un Chien en ferait à son maître qu'il lelrouverait après une 
loncrue absence. 






V 



^ 






<;v. 



c 
















Fig. 72 — Guépard. 



Le Guépard, aussi nommé le Fadlt, habite les Indes orientales, Sumatra, la Perse, le Bengale et 
Guzarate, et en même temps on le trouve aussi en Afrique, au Sénégal, dans le Kordofan et au cap de 
Bonne-Espérance; car il semble démontré que l'on ne doit pas faire deux espèces de Gué|iard des in- 
dividus de ces divers pays, et que le Fclis jiihala de Schreber et de Linné est le même animal que le 
Fclis fiullala d'Iiermann, le Fclis vciiatica d'Hamilton Smith, que le Pardnlis d'Appien, et le Gué- 
pard de Buffon et de FV, Cuvier. 

MM. Croizet et .lobert rapprochaient de cet animal leur Fclis )iii-(j<inicr<'on, trouvé en Auvergne dans 
les galets et lignites d'Issoire ; mais c'est plutôt une espèce de Lynx , à. moins même (ju'il ne doive 
constituer un genre nouveau. 

M. Lund a signalé une molaire de la miichoire supérieure, trouvée dans les cavernes du Brésil, 
comme .se rapportant également au Guépard ou Gipiaihirus minnliis: mais, d'après Be Blainville, les 
dimensions de cette dent montrent qu'elle appartient ]»lutùt a un Fclis pruprcniciii dit, et jirobable- 
ment même à l'une des nombreuses espèces de ce genre encore existant en Améii(pie. 



CARNASSIERS. 



129 



De Blainville a fait connaître, sous la dénomination de Felis (inacliiilnilcita, deux crânes fos- 
siles, dont l'un assez complet, découvert par M. Lartet dans le célèbre dépôt de Sausans, et qui offre 
quelque rapport avec les Guépards, tout en constiluant un genre particulier de Félien présentant 
quatre molaires ; c'est-à-dire une avant-molaire en bas comme en haut. La léte indique un animal 
dont le crâne est en général court, assez pelii, resserré dans la partie vertébrale, et très-large, 
mais encore plus court dans la partie faciale ou maxillaire. Le système dentaire est surtout re- 
marquable. A la mâchoire supérieure, il y a quatre molaires, mais la première était extrémemenl 
petite, sa racine ronde et immédiatement collée contre la canine; la barre était cependant très-courte; 
la seconde molaire avait une couronne Irés-comprimée, très-tranchanle, et comme quadrilobée, un 
peu comme dans le Guépard; la troisième était proportionnellement très-grande, et la quatrième 
était encore assez développée, et, ce qui la rapproche encore de ce que son analogue est dans le 
Guépard, c'est qu'elle était parfaitement visible en dehors de la ligne dentaire. Une mâchoire infé- 
rieure, qu'on rapporte à la même es|ièce, était principalement remarquable, dans son système den- 
taire, en ce que, à peu près au milieu de la barre assez étendue qui sépare la canine de la premiéri' 
molaire, on trouve une alvéole petite, ronde, qui indique une première avant-molaire que l'on n'a 
jusqu'ici observée dans aucun Félien; après un intervalle encore assez marqué, viennent les trois 
molaires caractéristiques des Féliens, et qui ont surtout du rapport avec celles du Fiiisjuhnlus et du 
Lynx. De Blainville dit que. dans ce Félien fossile, la forme générale du crâne, dans sa partie ver- 
tébrale, semble avoir plus de ressemblance avei' une petite Panthère, la partie faciale avec le Lynx, 
et le système dentaire avec le Guépard; et il en conclut que ce Félien était une grande espèce de 
Guépard ayant quatre molaires en haut comme en bas, en passant ainsi encore davantage que celui-ci 
vers les Chiens : c'est pour cela que nous avons cru devoir en parler maintenant. 




Fig. 75. — Cliat du Ncpaul. 



150 HISTOIRE NATURELU:. 



'2- GENRE. — CHAT. FEI.IS Linné, 4735. 

Systcniu iiatiii'pr, t. I. 
Fehs, nom ancicnnemenl apiili'iuo par les Latins à ce groupe générique. 

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Siisthuc dcnlabr. : iiinsivci, .î; canines, ]z\; molaires. ;*3j; m lolalilc trente ilenls Les incisives 
sur nne niênic lifjne à l'une cl h l'autre niiiclioirc; les canines Ircs-forles; tes molaires supérieures à 
tranchant lubé : les deux premières coniques, assez (•/fnis.sc.ç; la troisième très firanile, à trois lobes; 
la ilernicrc lubercideuse, et plus larcjc que Unujue : les ilcu.v premières inférieures de chaque côté 
des deux màclwires compiimécs, .simples, et la dernière à deux pointes. 

Trie et niu,seau arrondis; chaufrcin court, lécjèrenicnl arque; arcades ififiomaliqucs très-voùtées; 
niàcboires cotirtes. 

iMUCjue couverte de papilles cornées, dont la pointe est dirifjée en arrière, et étant très-rudes. 

Nrz terminé par un mu pe assez petit, avec les narines percées de côté et en dessous 

Oreilles assez- courtes, droites, triangulaires. 

l'apilks se contractant tantôt en lifjue veriicule, tantôt en cercle 

Jambes assez courtes relativement à la longueur du corps. 

l'ieds de devant à cinq doigts : ceux de derrière a quatre .Kulcmcnt. 

Onqles des pieds antér'teurs complètement réiracliles, relevés dans le repos cl couches obliqucmcw. 
dans les intervalles îles doiijts. 

IJueue plus ou moins lunque; mais, en général, assez notabli'nunt dévelopi^ée. 

Gland des mâles couvert de petites papilles cornées. 

l'as de poches ou de follicules aux environs des organes de la génération et de l'anus, ce qui peut 
les distinguer des llgènes. 

Intestins très-courts. 

Les Ciiats, dont le nom dérive de la dénomination de Calus. qui leur était jadis appliquée par les 
Romains, ainsi que celle de Fel'is, sont des animaux très-carnassiers, dont les mœurs et les habitudes 
sont très-intéressantes à étudier avec soin. C'est ce que nous ferons avec détail; mais, alin que l'on 
comprenne mieux ce que nous aurons à dire de leur conformation extérieure et de leur manière d'être 
qui doit en résulter, nous croyons devoir commencer leur histoire en indiquant les principaux traits 
de leur organisation intérieure, c'est-à dire plus principalement de leur charpente osseuse et de leur 
système odontologique, d'où l'on pourra plus facilement déduire leurs mœurs remarquables. 

Un assez grand nombre d'auteurs ont donné une description plus on moins détaillée du .squeleiie 
du Lion, qui depuis longiemps a été pris pour type du groupe naturel des Chats; mais le plus souvent 
celte description a été l'aile d'une manière plus comparative qu'absolue. Dès 1559, R. Colombo, et 
plus tard Scaliger, en 1592, A. Severino, en IG45, et Th. Bartholin, en 1656, relevèrent, comme 
erronée, l'assertion d'Aristote, que les os du Lion, pleins ou sans une cavité médullaire, étaient as- 
sez durs pour faii'c feu avec le briquet, et que sou cou n'était formé que d'un seul os. Les anatomistcs 
de l'ancienne Académie des Sciences, en KiliT. refutèronl la même opinion du célèbre naturaliste grec, 
et demontréreiil. dans la structure des deux dernières phalanges, la disposition propre à loger celle 
qui porte l'ongle en dehors de celle avec laquelle elle s'articule. Peu d'années après, Laurent Volfsti- 
negel, en 1070, reprit le sujet d'une manière plus complète; aussi fit-il connaître la clavicule, le trou 
dont le condyle interne de l'humérus est percé, et même les os sésamoides qui existent dans les ten- 
dons d'origine des gastrocnémiens. Depuis lors, l'occasion de disséquer le Lion s'élaiil présentée, on 
eut la possibilité de faire connaître un grand nombre de particularités du squelette de cet animal; 
nous citerons seulement les importants travaux de Daubenton, insérés dans VWisto'ire naturelle de 
Bul'fon, l'.'l natomic comparée et les Ossements fossiles de G. Cuvier; les travaux généraux de Meckel et 
ceux de .MM. Tandcr et D'Alton; enfin, VVsiéographie, fascicule des Felis, de De lîlainville. dans 



CARNASSIERS. 131 

laquelle nous Irouvoiis de iioiiihieux ilelails que nous indiquerons eu grande parlie dans tel ou- 
vrage. 




Lion (le Tunis. 



La nature du tissu osseux du Lion est assez dense, assez serrée, pour que la graisse n'y pénètre et 
ne s'y dépose qu'avec difficulté; en sorte que ces os, aussitôt qu'ils sont dépouillés de leurs chairs, 
et presque sans macération, par la seule dessiccation à l'air, deviennent rcmarqnalilement blancs. [;es 
extrémités articulaires des os du squelette des Lions, et des os du genre Chat en général, offrent, plus 
que dans d'autres Carnassiers, les saillies en enfoncements par lesquels elles se correspondent, plus 
dégagées, plus étroites et peut-être même plus profondes; en sorte que, le système ligamentaire ai- 
dant, le jeu des pièces doit être plus limité dans les directions déterminées de flexion et d'extension. 
Les apophyses, les tubérosités, les crêtes, les lignes d'insertion, sont aussi plus saillantes, plus pro- 
noncées, et les fibro-cartilages sont d'un tissu plus dense, plus .serré, plus élastique peut-être que 
dans les autres Carnassiers. Le nombre des os du squelette ne diffère guère de celui des Vivcrras, en 
général, et est assez considérable. 

Le nombre total des vertèbres est de cinquante-trois, dont quatre cépbaliques, sept cervicales, 
treize dorsales, sept lombaires, trois sacrées, et dix-neuf coecygiennes. la tète du Lion est tout à 
fait caractéristique, et ne peut être que très-difficilement assimilée à celle d'un autre Carnassier, 
surtout à cause de la brièveté et de la largeur de la face, et aussi par suite de celle de la boîte crâ- 
nienne et de l'élargissement de l'arcade qui joint ces deux parties en dehors. Les vertèbres cépha- 
liqnes suivent nécessairement celte forme générale; ainsi, l'occipiial se fait remarquer par la largeur 
de son apophyse basilaire, la saillie et l'évasenient en dehors de ses cuiidyles, la petitesse de sou 
apophyse mastoide, moindre que celle du temporal, et surtout par l'élévation et la forme triquèlre 
de l'occipital supérieur, se projetant obliquement en arrière et constituant presque entièrement l'a- 
pophyse occipitale, avec un interpariétal plus ou moins prononcé dans le jeune âge, mais toujours 
en avant du tubercule de jonction des deux crêtes. La verlébre pariétale, plus courte dans son corps 
que la basilaire, et même que la frontale, s'élargit à droite et à gauche en des apophyses ptérygoides 
largement canaliculées, et remonte, en formant des ailes larges et assez élevées, jusqu'à l'angle tron- 
qué d'un pariétal presque quadrilatère, et se portent en arrière pour joindre l'interpariélal et l'occi- 
put. La vertèbre spheno-frontale étroite, mais assez longue dans son corps basilaire, caché qu'il est 
par les ptéroïdiens, se dilate au delà en ailes assez considérables qui, vers le milieu de la fosse, et 
en s' avançant fort peu dans l'orbite, se joignent assez largement au frontal. Celui-ci, séparé dans sa 
longueur, en deux parties presque égales, par une apophyse frontale assez saillante, n'est guère plus 
l'étrêci en arrière de celle-ci qu'éihancré en avant par le rebord de l'orbite assez avancé. Enfin, la verlè— 



132 



HISTOIRE NATURELLE. 



brt' voiiiéro-nasale, courte, mais large dans son corps voméricii, esl close en dessus par deux os du nez, 
Irianyidaires, assez courts, fortement courbés dans leur largeur et se terminant largement en avant par 
un rebord légèrement et très-inégalement écliancré. La mâchoire supérieure se joint d'une manière aussi 
large que solide à la tête; le palatin postérieur est en lame triangulaire; le palatin antérieur est très- 
grand, comme ployé, à angle droit et arrondi pour former deux parties presque égales; le lacrymal est 
presque quadrangulaire, irrégulier; lezygomatique est de forme losangique; le maxillaire est très-court; 
l'os incisif eiît, au contraire, proportioiuicllement grand. L'appendice de la ni;ichoire inférieure com- 
mence aussi à la tête par une masse temporale très-solidement intercalée aux vertèbres occipitale et parié- 
tale. Le rocher est très-petit, triquètre, et le mastoidien épais, également triquétre, terminé inférieure- 
ment par une partie arrondie assez petite. Les osselets de l'ouïe sont grands : l'étricr pyramidal ;i pla- 
tine allongée; le lenticulaire assez long; l'enclume trè.s-épaisse, avec deux bras égaux, divergents; le 
marteau est trés-étendu par la longueur de son col large, et il offre des apophyses bien prononcées, et 
un manche spatule à l'extrémité; la caisse qui les contient est très-considérable, huileuse, ovale, ar- 
rondie, et occupe la longueur du rocher. Le squammeux, assez étendu, donne naissance, à son 
extrémité antérieure et e.xterne, à une énorme aiiophyse zygomatique. La mâchoire inférieure est 
forte, épaisse, peu courbée, presque droite; son condyle estsessile, transverse, plus épais en dedans 
qu'en dehors, s'élevant ;\ peine au-dessus du niveau de la série alvéolaire, et avec une apophyse co- 
ronoïde assez large et assez recourbée sur ses deux bords, et surtout fortement excavée à sa face 
externe. Si l'on considère la tête entière du Lion, on peut voir que l'angle facial, par suite de la 
brièveté des mâchoires, est assez considéi'able, puisqu'il s'élève au moins à quarante-cinq degrés, que 
la série vertébrale céphalique esl à peine arquée inférieurement, tandis que le chanfrein, produit 
j)ar la succession de leurs arcs, est, au contraire, assez fortement et régulièrement convexe, malgré 
l'e.spèce d'interruption que forme en arrière la grande saillie de la crête occipitale, le plus haut point 
étant à peu près au bord postérieur des orbites, avec un aplatissement presque concave du front. La 
cavité cérébrale est assez médiocre, à peu prés arrondie : il en est de même des loges sensoriales. Les 
crêtes, les apophyses, d'où résultent les loges superficielles de la tète, sont plus marquées que dans 
aucun autre genre de Carnassiers, l'Hyène exceptée. Les trous nerveux et vasculaires sont nettement 
formulés. Les condyles sont presque pédicules, divergeant en V, et interceptant un orifice ovale, 
transver.se ou déprimé, dont le diamètre intérieur est à celui de la cavité cérébrale dans sa partie la 
plus large, comme 0"',025 est à O"',088, tandis que, dans une tête d'Ours de même taille, il est de 
0'",025 à 0"',07C. 




Les verirhres cervicales sont proportionnellement plus courtes que dans la Civette, mais aussi plus 
larges et plus imbriquées; elles le sont même plus que dans l'Ours, dont le cou est évidemment plus 
long, [/atlas, très-large, mais moins toutefois dans son corps que dans son arc, est pourvu d'apophy- 
ses transverses, dihiiêes en ailes largement arrondies, mais peu recourbées en ari'ière. L'axis est encore 
plus coiisiderablr (pic dans les Vivciras ; son apopliysi' épineuse esl cepeiidanl un peu moins voii- 



CARNASSIERS. 



133 



tée à son bord supérieur, et elle est, au contraire, bien plus épaisse et plus triquètre à son extrémité 
postérieure pour raltaolie du ligament jaune, en «'avançant beaucoup plus sur la troisième ver- 
tèbre cervicale des trois intermédiaires; l'apophyse épineuse est presque nulle, et les apophyses 
transverses sont à peu près comme dans la Civette. La sixième est remarquable par son apophyse 
iransverse, large, linguiforme, et la septième par cette même apophyse en tète de clou. Le corps des 
vertèbres dorsales est arrondi, d'abord d'égale longueur, puis croissant jusqu'à la dernière, avec 
l'apophyse épineuse large et haute. Les sept vertèbres lombaires sont presque carrées, assez longues, 
à corps croissant jusqu'à la septième : toutes sont pourvues d'une apophyse épineuse large, distante, 
assez élevée, et d'apophyses transverses augmentant en grandeur de la première à la dernière. Les 
trois vertèbres sacrées sont petites, un peu en coin. Des vertèbres coccygiennes, les six premières 
sont complètes, c'est-à-dire avec un arc articulé, des apophyses transverses médiocres, et un os en 
V prononcé : au delà, elles s'allongent graduellement jusqu'à ce qu'elles décroissent peu à peu et 
Unissent par ne plus offiir que cinq tubercules à la base antérieure. 




Fig. 76. — Jjguar d'Amérique. 



Les côtes, au nombre de treize paires, sont larges à leur articulation supérieure, d'autant plus 
qu'elles sont plus antérieures, puis fortement comprimées d'arrière en avant, et, enfin, élargies de 
nouveau, mais en sens inverse, et en même temps épineuses à leur extrémité sternale : elles dimi- 
nuent assez régulièrement de force de la première à la dernière, les neuf postérieures étant presque 
égales et arquées presque dans un sens. 

L'hyoide, au lieu d'élre formé de neuf pièces comme à l'ordinaire, n'en a seulement que sept par 
suite de l'absence de deux aux grandes cornes : le corps est transverse, étroit; la paire de cornes 
antérieures est composée de deux articles terminaux, et les cornes postérieures n'ont qu'un seul 
article. 

Les iiièces du sternum, au nombre de huit, sont assez courtes, épaisses, presque tétragonales, 
plus arrondies en dessous qu'en dessus, et assez élargies à leurs extrémités. Le mamibrium est très- 



134 HISTOIRE NATURELLE. 

court; le xiplioicle assez long dans sa partie osseuse, et se tlilalant vers sa terminaison pour se join- 
dre à la partie cartilagineuse en forme de spatule. Les cartilages sternaux, au nombre de neuf, sont 
médiocrement longs, assez forts, dilates en sens opposé à leurs extrémités. Le thorax, qui résulte 
de la réunion des treize vertèbres dorsales, des huit vertèbres et des treize côtes sternales et asler- 
nales, aune forme assez conique, pyramidale, un peu plus comprimée en avant que dans les Vivcr- 
ras, et ouverte assez largement vers les hypoeondres. 

Aux membres antérieurs, l'omoplate est grande, comme rectangulaire, très-arrondie et étendue 
dans tout son bord antérieur, de manière à former une fosse supérieure plus grande que l'inférieure; 
la crête est complète, très-élevée; la cavité glénoïde un peu arquée, ovalaire, assez large, peu pro- 
fonde. La clavicule est manifeste, quoique assez loin d'être complète et articulée : elle est fortement 
comprimée, couchée sur son plat, et dilatée à son extrémité scapulaire. L'humérus, fort et robuste, 
égale en longueur celle du corps des huit ou neuf vertèbres dorsales; il est assez droit, ;1 tête presque 
sessile. Le radius, un peu arqué dans son corps, est surtout remarquable par sa forme large et apla- 
tie dans toute son étendue. Le cubitus est légèrement courbé, aplati en haut, presque triquètre. La 
main est notablement plus courte que l'avant-bras, quoiqu'elle soit encore assez large et assez puis- 
sante. Le carpe, formé de sept os, offre comme particularité remarquable que le scaphoide, très- 
large, est pourvu, ft sa partie inférieure, d'une apophyse fort saillante, et comme tronquée à son ex- 
trémité par une surface articulaire arrondie pour le sèsamoide du long abducteur : le Irapézoïde est 
assez fort, même plus que le grand os, le plus petit de tous en dessus; le pysiforme est triangulaire. 
I e métacarpien du pouce est de forme un peu irrègulière, légèrement arqué, et coupé obliquement; les 
quatre autres métacarpiens sont assez arqués. Les phalanges de la main sont en général courtes 
et épaisses, et celles des trois sortes sont très-dissemblables : les premières un peu arquées, cou ■ 
vexes en dessus, plates en dessous, renflées et excavées obliquement, un peu en sabot bilobé ù l'ex- 
trémité métacarpienne, et eu poulie assez profonde, se prolongeant beaucoup en dessous à l'autre; 
les deuxièmes grêles, ù corps triquètre ; les troisièmes, ou onguéales, croissant graduellement di' 
la première à la cinquième, sont fortes, beaucoup plus hautes qu'épaisses et que longues, pour- 
vues, inférieurement, d'une sorte de talon qui s'abaisse en s'èlargissant pour soutenir la pelote de 
chaque doigt, tandis que supérieurement elles sont arrondies à leur angle; elles sont très minces, 
arquées, coupantes, et presque entièrement cachées en forme de languette dans une large excava- 
tion formée par une sorte de capuchon basilaire, prenant naissance de chaque côté de la partie infé- 
lieure ; c'est cette espèce de capuchon qui sert de gaine à la base de l'angle recouvrant la languette, 
et qui donne à celui-ci la possibilité d'être renversé en dehors de la seconde phalange, la pointe eu 
l'air, dans l'état de repos. 

Les membres postérieurs sont plus longs que les antérieurs. L'os innominé égale en longueur le corp 
des neuf premières vertèbres dorsales, à iléon assez large, à ischion très-large également dans sa tubéro- 
sité : la symphyse pubienne est remarquablement longue, et la cavité cotyloïde circulaire, médiocre. Le 
fémur est court, légèrement courbé, aplati obliquement; la tête est assez petite, et l'extrémité inférieure 
assez large. Le tibia est triquètre, et paraît court, à cause de son épaisseur. Le péroné est tout à fait 
droit, mince, traïuhant, presque lamellcux dans la plus grande partie de son bord interne, et dilaté 
également à ses deux extrémités. Le pied est en totalité au moins aussi long que la jambe, et ce 
grand allongement est dû surtout à celui des métatarsiens. L'astragale est assez étroit, à tête scaphoï- 
dienne portée sur un cou allongé. Le calcanéum est allongé, comprimé, à tubérosité très-oblique. Le 
scaphoide est assez épais, eu rapport avec les trois cunéiformes. Les métatarsiens, au nombre de 
quatre seuleiuent comjtlets, croissent de l'indicateur au médius, et décroissent de celui-ci à l'auricu- 
laire, ils tendent à s'imbriquer de rextrémité métatarsienne de dedans en dehors; ils sont longs, 
assez arqués, arrondis dans leur corps, et à tête antérieure un peu étranglée : le métatarsien du pouce 
n'est représenté que )iar un petit os ovale, comprimé, un peu onguiforme, tranchant au dos, et cana- 
liculé eh dessous, articulé à sa base avec le premier cunéiforme. Les phalanges sont analogues ;'i celles 
delà main. 

Les os sésamoidcs sont plus solides et plus nettement circonscrits que dans les autres Carnassiers, 
mais ils ne sont pas plus nombreux. Ainsi, aux membres antérieurs, on ne trouve toujours que celui 
du long abducteur du pouce, qui est semi-globuleux, et les deux sousposés à l'articidation de cha- 
que os du métacarpe avec la première phalange, et ces os ont la forme d'une sorte de grosse graine. 



s 



a 



CARNASSIERS. 1". 

Aux membres postérieurs, la rotule est ovale, aplatie, plus large, tt arrondie supcrieurenieut, atté- 
nuée, et même assez pointue inférieurcment. 11 y a des sésamoides dans les tendons d'attaché des 
muselés gastroenéniiens et du muscle poplité; enlin, il yen a dans les gaines des tendons des ilécliis- 
.'•eurs des orteils. Ces os varient peu dans les différentes espèces du même genre; aussi n'y revien- 
drons-nous pas plus tard. 

L'os du pénis, qui n'existe pas chez tous les Cli.its, se trouve dans le Lion; il n'a que sept milli- 
mclres de longueur sur deux tout au plus d'épaisseur dans son milieu : il est assez grêle, allongé, 
renflé en massue aplatie à son exlrémiié postérieure. 

Les différences individuelles du squelette du Lion produites par leur patrie différente sont trop 
peu marquées pour que nous nous en occupions; il n'en est pas tout à fait de même relativement aux 
particularités sexuelles, et il semble que les femelles ont la tète en lolaliié plus courte que les mâles, 
et cela dans ses deux parties, d'où il résulte que la courbure du chanfrein, et même de la ligne pa- 
lato-basilaire, est]ilus marquée, surtout parce que l'apophyse occipitale, moins forte, s'élève moins 
et se prolorige moins en arrière; l'arcade zygomatique est aussi plus courte et plus arquée, etc. 

Passant aux différences que les espèces de Felis peuvent présenter dans leur squelette. De Blain- 
\ille fait observer que le nombre des os étant toujours rigoureusement le même, la dissemblance ne 
pourra porter que sur les proportions des parties et un peu sur la forme. Sans nous occuper de tou- 
tes les espèces indiquées, sous ce rapport, dans XOstéoijrapInc, nous allons signaler seulement les 
principales, et encore nous ne parlerons que des différences que l'on peut remarquer dans l'ostéologie 
de la tête. 

Dans la tête du Tigre {icUs liçiris), il \ a plus d'ètroitesse dans toute la partie vertébrale, et par 
suite dans la crête occipitale se prolongeant davantage en arrière, ainsi que plus de détachement des 
condyles; puis une sorte de soulèvement du chanfrein entre les orbites, et par suite la convexité du 
front dans les deux sens et la déclivité des os du nez, qui sont aussi plus étroits, plus allongés, plus 
parallèlogrammiques, le lobe inférieur de leur bord libre étant plus prolongé et plus détaché, d'où il 
résulte une ouverture nasale plus petite et plus étroite, en rapport avec une sorte de pincement de la 
branche montante du maxillaire. La forme du bord palatin est en jiointe médiane, sans échancrure; 
l'arcade zygomatique a plus de tendance à s'écarter, à angle droit, et l'apophyse coronoide de la 
mandibule s'abaisse plus en arrière. 

Le Jaguar {Fci's onca) présente encore une sorte d'arqùre plus prononcée dans son chanfrein, et 
le point le plus saillant de la courbe est plus reculé que dans le Tigre, en sorte que la déclivité du 
front et du nez est encore plus prononcée, plus rapide, plus étendue, et que le crâne est plus court: 
les autres différences sont intermédiaires à ce qu'elles sont dans le Tigre et dans la Panthère. 

Dans celle-ci, la taille est un peu moindre; la forme du chanfrein est assez doucement arquée, avec 
l'espace fronto-orbitaire aplati transversalement ou fort peu convexe; les apophyses postorbitaires 
sont médiocres et assez arquées; les os du nez sont étroits, peu profondément échancrés ;■* leur termi- 
naison; le bord palatin est relevé en pointe dans son milieu, et d'autres fois écbancré, et les apo- 
physes ptérygoïdcs sont longues et grêles. 

Dans les espèces de taille moyenne ou petite, on trouve plus de différence avec l'espèce type. 
C'est ainsi que dans le Fclis planiceps, outre rallongement de la tête dans ses deux parties, qui rap- 
pelle assez celle d'une Genette, on doit remarquer l'aplatissement du front, de forme losangique ré- 
gulière, le nez assez pincé, etc. 

La tète du Fclis Javaiicnsis est sensiblement moins allongée : il en est à peu près de même de 
celles des Felis Siimatrana et rubïçjinosa . 

Chez l'Ocelot {Felis pardalis), le front est plus bombé, non canaliculé à l'origine du nez, qui est 
assez pincé ; mais, du reste, cette tête ressemble à celle du Ser\al, quoiqu'elle soit plus grande. 

La tête osseuse du Cougouar {Fclis coucolor) peut être assez bien comparée à celle de la l'anthère; 
elle montre, pour différences jiriucipales, un front moins large, mais plus soulevé, plus convexe, un 
museau plus court et plus rapidement déclive, et par conséquent des os du nez moins allongés, et la 
branche montante du maxillaire plus large et plus courte. 

Dans notre Clial d'Kurope {Felis calus), tant à l'état sauvage qu'à l'état domestique, la tête est 
bombée dans les deux sens, et arquée surtout dans sa partie frontale; les os du nez sont assez arron- 
dis en spatule ;"i leur origine, et forment cependant un nez assez pincé; les orbites sont presque or- 



I :.G 



IllSTOIUE NATLIREI.LF.. 



biculaircs, avec les apophjses de leur cadre assez rai)procliées; le burd palalin est large, et l'apo- 
physe médiane peu prononcée. Les Fclis Bengatcnsis, caligata, torquaia et Cafra se rapprochent 
lieaucoup du Felis calits par la conformation de la tète osseuse, et il en est à peu près de même dn 
Fclis cliaits. 

Le Chat domestique, dont nous venons de dire quelques mots sous le rapport de l'ostéologie, a été 
étudié par M. Straus-Durckein sous tous les points de vue de son organisme ; nous renvoyons nos 
lecteurs au consciencieux ouvrage de cet auteur. 




Kis. 77. 



Clial Kaiilê. 



Chez les Chats de la division des Lynx, dont on a proposé de former un genre particulier, il y a 
aussi quelques différences ostcologiques appréciables que nous indiquerons dans un article spécial; 
il en est de même du Guépard, dont nous nous sommes déjà occupé en particulier. 

Les muscles sont très-développés, et disposés dans le but de permettre aux Chats d'exécuter des 
sauts brusques et considérables comme pourrait le faire une sorte de ressort. Toutes les puissances 
musculaires qui doivent exécuter les mouvements pour lesquels le tronc est entièrement disposé sont 
proportionnellement développées; aussi les muscles qui déterminent la flexion du tronc, comme le long 
cou, le petit psoas, le carré des lombes, etc., sout-ils assez forts, quoique beaucoup moins que les 
extenseurs de la colonne vertébrale. En effet, le long dorsal, le multilidus, les muscles postérieurs du 
cou qui suppléent à la petitesse du ligament cervical, et spécialement les complexus, sont extrême- 
ment épais; l'oblique inférieur de la tête est réellement énorme, et, en général, tous les muscles qui 
s'attachent à la crête occipitale et qui soutiennent la tête de l'animal, quand il emporte sa proie, sont 
très-forts. C'est ce qui rend le cou de ces animaux si gros et si rond. 

Tous les muscles des membres antérieurs sont en rapport avec la disposition du sipieb'tte. Ainsi 
les muscles de l'épaule, les abducteurs surtout, sont Iré.s-peu développés. Pans les muscles du bi7s. 



CARNASSIERS. 



157 



les extenseurs son! très-puissants; dans ceux de l'avant-bras, les fléchisseurs du cai'jje sont très-forts, 
surtout le cubitus antérieur, parce que ce sont eux qui appliquent la griffe. Les fléchisseurs des 
doigts sont dans le même cas, mais ils sont peu séparés et distincts entre eux, devant agir dans le 
même but, et tous à la fois; les interosseux sont remarquables par leur grande épaisseur; et, en ef- 
fet, ce sont eux qui. écartant les doigts, dont les ligaments transversaux sont peu serrés, élargissent 
la surface de la grilïe. La proportion des muscles des membres postérieurs dénote leur principal 
usage, celui de permettre à ces organes de se déployer subitement; les muscles fléchisseurs, et sur- 
tout les muscles extenseurs, sont très-prononcés, ce qui rend la cuisse plate, large, collée contre le 
tronc; les gastrocnéniiens sont très-forts, remontent très-haut â la cuisse, et se terminent à un calca- 
néum très-saillant. 






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I- î ï 




Fi^. 78. — Ch.Tt à longue queue. 



C'est dans la disposition à la flexion des membres, et surtout des postérieurs, ainsi que dans 
l'existence de pelotes très-prononcées qui sont sous les pattes, que se trouve l'explication du fait 
observé que les Chats peuvent tomber de très-haut sans se blesser. C'est, au contraire, la disposition 
de leurs ongles qui leur permet de grimper aisément, mais non de descendre ou au moins de les for- 
cer à descendre en arrière, c'est-à-dire en s'accrochant. 

Nous devons revenir maintenant sur une particularité dont nous avons déjà dit quelques mots, 
principalement à l'occasion de l'osléologie, et qui est des plus remarquables. Nous voulons parler de 
l'habitude qu'ont les Chats de se jeter brusquement sur leur proie, et de la retenir au moyen d'on- 
gles fort aigus, fai.sant l'office de crochets. 11 était essentiel que ces ongles ne pu.ssent userla pointe 
acérée qui les termine, et qu'en même temps ils fussent solidement et profondément implantés, afin que 
les efforts de la proie qui se débat ne pussent les arracher. Il fallait, en même temps, que la griffe 
pût s'étendre le plus possible, afin de mieux saisir et de retenir sa proie. Pour obtenir le premier point, 
i^' 18 



158 IlISTOlllE NATURELLE. 

c'est-à-dire afin d'empêcher qu'ils ne s'usassent |iar la pointe, et qu'ils tissent l'office de grappin, il 
fallait qu'ils ne servissent que dans le moment où l'animal se jette sur sa proie, et que, dans la mar- 
che, ils pussent être relevés et conservés dans une sorte de gaine ou d'étui. Pour cela, ils ont été dis- 
posés de manière que, dans l'état de repos, ils ne sont pas à l'extrémité des dernières phalanges, 
comme dans les autres animaux, mais presque ù côté, ce qui rend la patte de ces animaux très-courte. 
Aussi les dernières phalanges sont-elles comme tordues, ou mieux fortement excavées à leur côté in- 
terne; et la Iroisiéme phalange, dans l'état de repos, se renverse-t-elle de manière à ce que son dos 
se loge dans cette excavation, et qu'alors la pointe soit en l'air. Par cette disposition, l'ongle ne peut 
toucher la terre, et, en outre, l'animal appuie l'extrémité de ses membres sur une grosse pelote qui 
occupe le milieu de la patte, et sur d'autres plus petites qui corres]iondent à l'articulation des derniè- 
res phalanges. Dans l'état d'activité, il n'en est pas ainsi; la phalange ongiiéale, et par conséquent 
l'ongle qu'elle porte, et qui ne la dépasse guère, est fortement abaissée par les muscles iléchisscurs des 
doigts, et pénètre plus ou moins profondément dans la proie; mais, pour revenir à son état de repos, 
il n'est pas besoin d'efforts musculaires, et ils sont suppléés par l'emploi d'un ligament jaune ou 
élastique. En effet, outre les ligaments ordinaires des deux dernières phalanges, qui existent ù peu 
près comme dans les autres Mammifères, on trouve plusieurs ligaments élastiques, l'un en dehors, 
l'autre en dedans, et un troisième au-dessus, qui se portent de la tête antérieure de la première pha- 
lange à la racine de la troisième, et qui deviennent trop courts quand les fléchisseurs l'abaissent, et 
sont, par conséquent, tiraillés; aussi, à peine l'action de ceux-ci est-elle finie, que, par leur élasti- 
cité, tendant à revenir à leur premier état, ils entraînent avec eux la phalange onguéale, et par con- 
séquent Tonifie qu'elle porte, dans sa première situation. Cet ongle est encore enveloppé dans une 
sorte de gaine, formée par la peau, de manière à être à l'abri du contact de tout corps extérieur. 
C'est de tout cet appareil, que nous avons cru devoir expliquer, que l'on entend parler quand, en 
zoologie, on dit des ongles rélraciUcs. 

Les organes de la digestion offrent toutes les conditions les plus favorables pour une nourriture 
animale et vivante. L'organisation de la tète dénote le régime diététique de ces animaux ; nous ne 
reviendrons pas sur ce que nous en avons déjà dit, et nous nous borneions à ajouter que l'ensemble 
de l'appareil masticateur est excessivement fort. 

Par la disposition des dents, on voit que les Chats ne sont pas faits, comme les Chiens, pour ron- 
ger de la chair, ni même pour la mâcher, et à plus forte raison pour ronger des os, et qu'ils sont dis- 
posés pour la déchirer et l'avaler sans presque la mâcher. Les incisives sont très-petites, presque en- 
tièrement cachées par le grand développement des canines, qui sont de véritables crochets dans leur 
forme et dans leur usage; enfin, les molaires ne justifient pas ce nom; elles sont comprimées, tran- 
chantes et dentelées comme une scie; au lieu de se toucher par leur couronne, elles se correspondent 
par leur face à la manière des lames de ciseaux, ce qui provient de ce que la mâchoire inférieure, 
beaucoup plus étroite que la mâchoire supérieure, place les dents dont elle est armée en dedans 
de celles de la supérieure; aussi, les mouvements d'abaissement et d'élévation sont presque les seuls 
permis, ce qui dépend aussi de la disposition du condyle de la mâchoire inférieure, qui est entière- 
meul transversal, et joue dans une racine horizontale du temporal; les molaires elles-mêmes déno- 
tent donc la carnivorité de ces Mammifères. 

Mais l'appareil dentaire est trop important chez ces animaux pour que nous nous bornions au peu 
de mots que nous venons d'en dire. Pieaucoup d'anatomistes et de zoologistes s'en sont occupés : nous 
citerons principalement, en France, Daubcntou, G. et Fr. Cuvier et De Blainville, et c'est d'après ce 
dernier que nous allons en donner une description détaillée. 

Dans le Lion, pris pour type de ce genre naturel, les incisives sont en même nombre que dans les 
autres espèces de Chats, et même que dans tous les Carnassiers, c'est-à-dire qu'il y en a trois paires 
[larfàitement rangées en haut comme en bas. L'externe est toujours un peu plus forte que les deux 
autres, dont l'interne est la plus petite, avec le bord tranchant de la couronne indivis, et pourvu, en 
arrière, d'un talon d'arrêt supérieurement, et inégalement bilobé inférieurement. Ces dents sont 
disposées de la manière la plus serrée et la plus rectiligne possible; et elles sont très-petites. 

Les canines, comme chez les Carnassiers en général, sont au nombre de deux à chaque mâchoire. 
Elles sont remarquables par leur force et par leur forme; celles d'en bas croisant d'une manière 
très-serrée celles d'en haut, cl leur racine étant au moins aussi longue que leur cduronne, qui est 



CARNASSIKHS. 139 

toujours un peu plus plate dans leui acrs interne qu'aux deux tiers externes, avec une carène plus ou 
moins marquée, prinripalcnicnt en arrière, séparant ces deux parties. La supérieure diffère de l'in- 
férieure en ce qu'elle est un peu plus comprimée, plus longue, plus arquée, et que la dernière est 
plus en crochet et quelquefois avec un seul crochet au côté externe. 

Les molaires, qui ne s(uit qu'au nombre de quatre de chaque coté à la mâchoire supérieure, et de 
trois seulement à l'inférieure, croisent les carnassières de dehors en dedans, l'inférieure se plaçant 
en dedans de la supérieure; la dernière supérieure ne correspondant à rien, parce que la dernière 
molaire inférieure n'a pas de talon. Les molaires supérieures se subdivisent en une avant-molaire, 
une principale et deux arrière-molaires. L'avant-molaire est proportionnellement très-petite, à une 
seule racine à couronne simple, presque mousse. La principale est plus grande, triangulaire à la cou- 
ronne, à sommet presque médian et peu pointu, pourvue en avant d'un tubercule basiJaire peu mar- 
qué, et de deux en arrière. La première arrière molaire ou carnassière supérieure est la plus grosse 
de toutes et tout à fait caractéristique : elle est formée d'une pointe piesque médiane, tranchante, 
avec, un lobe conique ù la base antérieure, et, en arrière, un lobe beaucoup plus étendu, tranchant, 
biiobé, s'écartant en une sorte d'aile postérieure. La seconde arrière-molaire ou transverse, la plus 
petite des quatre, est entièrement tuberculeuse, disposée transversalement et à couronne bilobée, à 
lobe externe un peu plus large que l'interne. Les molaires de la mâchoire inférieure comprennent 
une principale et deux arrière-molaires. La principale, qui vient après une bosse assez marquée, est 
un peu, comme en haut, triangulaire, comprimée, avec un lalon basihiire en avant, et un talon grand, 
presque biiobé, en arrière. La première arrière-molaire a la même form.e, et est seulement plus 
grande. La seconde arrière-molaire ou carnassière inférieure est caractéristique ■ elle est très-mince, 
assez élevée, et formée presque exclusivement de deux lobes tranchants, nettement séparés par 
une échancrure plus ou moins profonde : et cette dent est toujours très-serrée contre la précédente, 
au point quelquefois de la dépasser en dedans d'une manière assez marquée. 

Les différences odontologiques individuelles étudiées d:ins le Lion sont assez marquées. 

L'âge apporte, au contraire, des changements considérables dans le système dentaire; à trois mois 
toutes les dents de lait sont sorties. Supérieurement, les incisives sont disposées en cercles, assez sem- 
blables à celles de l'adulte. Les canines sont peu comprimées, plus courtes, plus en crochet, sans trace 
de cannelures. Il n'y a que trois molaires : une avant-molaire très-petite, à couronne épaisse et 
mousse; une principale, soutenue par deux racines divergentes, grosse, très-large, tranchante, pour- 
vue à son bord d'une pointe médiane entre deux lobes presque égaux; et, enlin, une arrière-molaire 
grosse, transverse, arrondie, aplatie à la couronne, avec deux racines obliques. Inférieurement, les 
incisives sont disposées presque transversalement, et elles ne sont pas plus lobées que les supé- 
rieures. Les canines sont larges, plates, lisses à la couronne, avec un petit crochet d'arrêt au côté 
interne du collet. Il n'y a que deux molaires ; une principale à deux racines inégales, ù couronne 
presque de même forme que dans l'adulte, et une arrière-molaire ou carnassière à deux lobes tran- 
chants, avec le talon postérieur très-prononcé. Dans un autre degré de développement de ce système 
dentaire, les incisives d'adulte ont remplacé celles de lait, les canines d'adulte ont poussé de manière 
que pendant un certain laps de temps ces animaux les ont douilles, et dans lequel les molaires offrent 
des particularités assez curieuses. 

Relativement à la considération des racines qui soutiennent les dents, les incisives et les canines 
ne présentent rien de particulier : il n'en est pas tout à fait de même des molaires. A la mâchoire su- 
périeure, l'avant-molaire n'a qu'une seule racine; dans quelques espèces de Chats, elle en présente 
tantôt deux, tantôt trois; la principale en a deux; la première arrière-molaire est la seule qui en 
offre trois, et la seconde arriére-molaire n'en a qu'une seule. A la mâchoire inférieure, les trois 
molaires ont, comme chez tous les Carnassiers, deux seules racines. 

Les alvéoles sont nécessairement en rapport de nombre, de grandeur et de proportion avec les 
racines qui portent la couronne; et, d'après la disposition des racines, on comprendra pourquoi il 
n'y en a qu'un petit nombre sur le bord des mâchoires. Ainsi, supérieurement, après les trois trous 
ovales, serrés en ligne droite, et celui beaucoup plus grand, orbiculairi', de la canine, on voit une 
série externe de cinq trous qui vont en croissant d'avant en arrière, trèséloignés; et inférieurement 
les alvéoles sont, comme à l'ordinaire, beaucoup plus simples, puisque après les trois premières, 
petites, étroites, serrées sur le même rang, qui suit immédiatement celle de la canine, puis une hari'e 



140 lllSTOinE NATLIRIÎLLK. 

assez considérable, viennent six trous groupés deux à deux, le dernier bien j)lus jutit (jne l'aviuii- 
dernier. 

La forme de ehaeune des dents des espèces du i^eiire Cliat varie peut-être encore moins que leur 
nombre; toutefois c'est d'après des considérations d'assez peu d'importance, tirées de ces deux par- 
ticularités, que sont fondés les deux genres Guépard et Lynx, dont nous parlerons séparément. Dans 
les espèces de véritables Fe/is, ou a aussi quelques différences à signaler. D'une manière très-géné- 
rale, on peut encore apercevoir quelques nuances différentielles dans le nombre et la profondeur des 
cannelures dont les canines sont sillonnées, ainsi que dans la proportion de l'avant-mulaire supé- 
rieure, et surtout dans le nombre de ses racines, qui est de deux dans le Felis plamceps; dans la 
forme et la proportion de la dent tuberculeuse d'en liaut; et, enlin, dans la proportion du rudiment 
de talon qui existe quelquefois au bord postérieur de la carnassière d'en bas. En effet, dans le Tigre, 
par exemple, on peut remarquer au-dessus du rudiment presque effacé du talon une petite écban- 
crure au-dessous de laquelle le bord de la dent se dilate en un petit lobe très-mince. Enfin, une 
particularité à noter, c'est que les canines, déjà très-grandes dans les Chats vivants, sont parfois 
énormes dans certaines espèces fossiles, telles que les Fel'is smUodon et nieynnicrcon dont on de- 
vrait peut-être faire un groupe distinct. 

Le reste de l'appareil digestif est parfaitement en rapport avec la disposition des organes de la 
mastication; aussi la brièveté proportionnelle, l'étroilesse du canal intestinal, sont-ils remarquables; 
ce qui donne au ventre de ces animaux une maigreur presque constante, et une arqùi'e en sens in- 
verse de ce qui a lieu chez les herbivores, par exemple. 

L'estomac, en général peu développé, assez court, n'offre qu'un très-petit cul-de-sac splénique; 
il n'a presque aucun repli à l'intérieur : le pylore est peu épais; l'insertion des canaux hépatiques 
se fait très-près de l'orifice gauche de l'estomac ; l'intestin est surtout extrêmement grêle et court, 
au point qu'il serait quelquefois assez difficile de distinguer l'intestin grêle du gros intestin, s'il n'y 
avait un rudiment de cœcum très-petit qui les sépare. De chaque côté de l'anus est une glande ou 
un amas de cryptes muqueux qui sécrètent une sorte de matière sébacée très-odorante, ce qui donne 
aux excréments de ces animaux une odeur si pénétrante, qu'ils sont obligés de les enfouir, très- 
probablement pour qu'ils ne viennent pas indiquer leur présence aux animaux qui doivent leur servir 
de proie. 

La langue est hérissée de papilles cornées tellement dures, qu'elles déchirent la peau, même quand 
ces animaux se bornent à lécher leur proie. 

La petitesse des glandes salivaires explique la grande soif dont ces animaux sont presque toujours 
tourmentés. 

Comme la vie est eu général très-active dans ces animaux, la respiration est très-nécessaire, et ils 
s'asphyxient aisément ; la circulation est très-rapide, aussi le cœur est-il proportionnellement très- 
gros, et les artères ont-elles des parois très-épaisses. 

L'appareil de la dépuration urinaire semble être d'une grande importance chez ces Carnassiers, 
probablement à cause de leur nourriture purement animale; mais, du reste, il n'offre rien de bien 
remarquable : les reins sont grands, la vessie médiocre; leur urine se putréfie aisément et répand 
une odeur infecte qui les porte à uriner en cachette et à la recouvrir. 

Les organes de la génération ne présentent aucune particularité bien notable, que celle qui rend 
raison des cris que la femelle de plusieurs espèces jette pendant l'accouplement, et qui dénotent une 
grande douleur; il paraît que cela tient à des espèces d'épines ou de crochets dont l'organe principal 
du mile est armé. Les testicules sont assez petits, toujours extérieurs; il n'y a pas de vésicules sémi- 
nales, ce qui explique la longueur de l'accouplement. Les mâles se distinguent des femelles par une 
tête plus forte, plus large, plus arrondie, et par une taille généralement plus grande. Le nombre des 
mamelles est de huit, et toutes sont ventrales. Chaque portée est composée d'un nombre assez con- 
sidérable de petits. 

La voix, dans les grandes espèces, est un bruit rauquc très-fort, qui se change, dans les petites, 
en ce que l'on appelle le miaulement. Mais, outre ce cri, dont le caractère principal se retrouve chez 
les unes comme chez les autres, chaque espèce a plus ou moins la propriété de rendre des sons par- 
ticuliers, et qui n'appartiennent qu'à elle ; c'est ainsi, [lar exemple, que le Lion rugit d'une voix 
creuse et presque semblable à celle d'un Taui'oau; que le .laguar ahoie comme un Cliieii; que le Chat 



CARNASSIERS. 



141 



ordinaire miaule; que le cii de la Panthère ressemble au briiil d'une soie, etc. Tous font aussi en- 
tendre, pour exprimer leur satislaction, un bruit partieulier qu'on nomme ronron. 

Outre l'odeur désagréable de leurs excréments, ces animaux, lorsqu'ils sont en colère, répandent 
une odeur irès-letide. 

Le système nerveux est développé dans ses différentes parties proportionnellement à l'organe que 
chacune d'elles doit animer. Leur intelligence est habituellement moins grande que celle des Mammi- 
fères qui les précèdent dans la classification que nous suivons, ce qui vient probablement du peu de 
place que l'énorme développement de leurs mfichoires et des muscles de leur tète a laissé à la boite cé- 
rébrale; quoique le cerveau, en lui-même, soit encore assez développé, surtout dans ses circonvolu- 
tions. Les nerfs de certaines parties du corps offrent assez de développement; c'est ainsi que ceux 
des membres sont très-gros dans les régions qui doivent imprimer un grand mouvement à l'animal. 










Vi'. 70. — Clul d Aii"oru. 



Leur vue paraît avoir une portée très-longue; mais ils voient également bien le jour et la nuit. 
Leur pupille se dilate et se resserre suivant la quantité de la lumière, et l'extrême sensibilité que 
montre cet organe tient probablement à la couleur généralement jaunâtre de la choroïde. Chez quel- 
ques espèces, la pupille, en se resserrant, prend une forme allongée verticalement; chez d'autres, 
elle conserve constamment celle d'un disque. 

Le peu d'étendue du nez ne permet pas à ces animaux d'avoir un odorat très-fin; cependant ils 
consultent ce sens avec soin avant de manger, toutes les fois que quelque odeur vient les frapper, 
et dans leur premier mouvement d'inquiétude, lorsqu'ils en ignorent la cause. L'organe glanduleux 
qui entoure les narines est bien moins développé ([ue celui que l'on remarque chez les Chiens. 

Relativement à l'organe du goût, nous avons déjà dit que la langue est revêtue de papilles cornées 
qui doivent en altérer les sensations. Aussi les Chats dévorent-ils plutôt qu'ils ne mangent; leur nonr- 
liture ne semble leur produire d'impressions que lorsqu'elle est descendue dans l'estomac, tant ils 
melleiit d'empressement à l'avaler; ils ne mâchent p:is leurs aliments. ;'i ]>rnprenii'iil paiier, ils ne 



142 HISTOIRE NATURELLE. 

font que les ilci-oupei' en moiveanx assez petits pour qu'ils puissent passer par l'œsophage, et ils nifl- 
chent et avalent sans interruption, jusqu'à ce qu'ils soient repus. Ils tiennent leur proie entre leurs 
pattes de devant. Ils boivent en lapant, de même que les Chiens. 

Le sens de l'ouïe est chez ces Carnassiers le plus perfectionné. La conque externe de l'oreille n'est 
cependant pas très-développée dans quelques espèces, quoiqu'elle le soit assez notablement dans 
d'autres : elle est mobile, sou ouverture est très-grande, et elle est remplie de nombreuses sinuosités. 
La membrane et la caisse du tympan sont aussi très-étendues. C'est surtout par leur ouïe que les 
Chats se dirigent; le son le plus imperceptible pour l'homme ne l'est pas pour eux; et c'est, assure- 
t-on, au bruit des pas de leur proie qu'ils se dirigent à sa poursuite. 

Le toucher de toute la superficie du corps est très-sensible; les poils soyeux en sont l'organe exté- 
rieur; mais c'est surtout aux moustaches que cet organe a atteint sa plus grande délicatesse. Il paraî- 
trait, dit Fr.Cuvier, que les Chats sont habitués à recevoir par ces longues soies de nombreuses impres- 
sions; car, lorsqu'ils en sont privés, leurs mouvements, leurs actions, éprouvent un embarras remar- 
quable, qui ne se dissipe que longtemps après. En outi'c. les pattes sont garnies en dessous de 
tubercules épais et élastiques qui contribuent à rendre si douce la marche de ces animaux : le plus 
grand, qui se trouve à la base des doigts, approche de la forme d'un trèfle; les autres sont elliptiques, 
et situés à l'extrémité de chaque doigt; près du poignet il y a un tubercule particulier, allongé, étroit, 
saillant, qui ressemble à un rudiment de doigt. 

Le pelage des Chats est génér^ement doux, ce qui fait que leur fourrure, recherchée depuis la 
plus haute antiquité, fournit une branche importante de commerce. Le plus grand nombre des es- 
pèces ont les deux sortes de poils ; les laineux habituellement gris, et les soyeux formant souvent à 
l'animal une robe très-riche. Il y a des Chats dont le pelage est jaunâtre, d'autres l'ont gris, noir, 
fauve. Le Tigre a des bandes transversales noires; le Jaguar est couvert de taches en forme d'yeux; 
d'autres espèces ont des taches pleines, des bandes longitudinales, comme le Chat domestique, ou 
sont tiquetées par un mélange uniforme de deux couleurs différentes. Mais le plus habituellement le 
pelage des Chats a de la tendance à être varié. Une particularité des plus remarquables que présen- 
tent certaines espèces doit être notée ; à l'ûge adulte leur pelage est d'une couleur uniforme, tandis 
que les mêmes individus, dans leur jeune âge, portent une livrée composée de plusieurs couleurs. 
Chez quelques espèces, par exemple chez le Lion, on voit de fortes crinières chez l'adulte mâle; dans 
d'autres, et nous pourrions encore citer l'animal que nous venons de nommer, la queue se garnit à 
son extrémité dune touffe épaisse. 

On n'ignore pas comment chez les Chats l'agitation de la queue indique souvent les passions qui 
animent l'animal. Lorsqu'ils sont contents, ils relèvent cet organe sur leur dos, tandis que, lorsque 
la colère les anime, ils le baissent et le font mouvoir latéralement de droite à gauche et avec force. 

Les mœurs des Chats ont été étudiées par plusieurs naturalistes. Qu'il me soit permis de rapporter 
ici ce ([u'en dit Fr. Cuvier, qui, outre ce que lui en ont appiis les récits des voyageurs, a été à même 
d'en observer si longtemps un grand nombre d'espèces à la Ménagerie du Muséum. 

« Ces animaux sont les plus carnassiers de tous les Mammifères; et, quoique répandus sur la surface 
presque entière du globe, leurs mœur.3 sont partout à peu près les mêmes. Doués d'une vigueur pro- 
digieuse, et pourvus des armes les plus puissantes, ils attaquent rarement les autres animaux à force 
ouverte; la ruse et l'astuce dirigent tous leurs mouvements, sont l'âme de toutes leurs actions. Mar- 
chant sans bruit, ils arrivent au lieu où l'espoir de trouver une proie les dirige, s'approchent en 
rampant de leur victime, se tapissent dans le silence, sans qu'aucun mouvement les décèle, ils 
attendent l'instant propice avec une patience que rien n'altère; puis, s'élançaut tout â coup, ils tom- 
bent sur elle, la déchirent de leurs ongles, et assouvissent pour (pud(pies heures la soif de sang 
qui les dévorait. Rassasiés, ils se retirent au centre du domaine qu ils ont choisi pour leur emjiire. 
Là, dans un profond sommeil, ils attendent que (pu'biue besoin nouveau les presse encore d'en sortir. 
Celui de l'amour, non moins puissant sur leurs sens que celui de la faim, vient à son tour les arra- 
cher au repos; mais la férocité de leur naturel n'est point adoucie par ce besoin, dont la conservation 
de la vie est cependant le but. Le mâle et la femelle s'a|ipellent par des cris aigus, s'approchent 
avec di fiance, assouvissent leur ardeur en se nuMiavant, et se séparent remplis d'effroi. L'amour des 
petits n'est connu que des mères. Les Chats mâles sont les plus criiels ennemis de leur progéniture. 
Il seiidilcrait (]ui' la naluvc u'.i pu Irdiiver qu'rn iMix-nièmes les ninvriis de |irii|)iiilioiini r liMir Udndii'e 



CARNASSIERS. 145 

;'i celui des autres êtres, comme elle n'a pu trouver qu'en nous ceux de mettre des bornes à l'empire 
de notre espèce. Telles sont en effet les mœurs du Tigre comme de la Panthère, du Lion comme du 
Ciiat domestique. 

« Cependant ces animaux, qu'aucun amour ne peut apprivoiser, sont capables de s'attacher par le 
sentiment de la reconnaissance. Lorsque la contrainte les force à recevoir des soins et leur nourri- 
ture d'une main étrangère, l'habitude finit par les rendre confiants, et bientôt leur confiance se change 
en une affection véritable; elle va même jusqu'à en faire des animaux domestiques : car le naturel 
des Chats est tellement semblable dans toutes les espèces, que je n'élève aucun doute sur la pos- 
sibilité de rendre domestique le Lion ou le Tigre comme notre Chat lui-même. 

« Une grande force, une grande indépendance, nuisent, on le sait, au développement des facultés 
intellectuelles en les rendant inutiles. C'est toujours le moyen le plus simple d'arriver au but qu'on 
préfère. Or, excepté l'homme, les Chats n'ont point d'ennemis qui en veulent à leur vie, et aucun 
des animaux dont ils font leur proie ne peut leur résister; la seule ressource de ceux-ci est dans une 
prompte fuite Les Chats ne peuvent point courir avec rapidité : c'est le seul développement de force 
auquel leur organisation ne se prête pas; et, sous ce rapport, c'est leur seule imperfection, si l'on 
peut toutefois appeler ainsi la privation d'une faculté qui aurait entraîné la dévastation des conti- 
nents, et y aurait éteint la vie animale; car, après avoir vu ce que peut !a force d'un Tigre poussé par 
la faim, et l'adresse ou la légèreté du Chat sauvagi>, il est impossible de concevoir comment les autres 
animaux auraient pu échapper à la mort si la fuite leur eût été inutile. Le Buffle et l'Éléphant lui- 
même tombent sous la griffe du Lion, et les arbres les plus élevés ne garantissent pas les Oiseaux 
contre les surprises des petites espèces de Chats. 

« Ces animaux ne montrent jamais, dans l'état sauvage, une très-grande étendue d'intelligence; 
aussi ne les chasse-t-on pas, à proprement parler; on les attaque à force ouverte ou par sur- 
prise. Leurs ruses ne consistent guère que dans le silence et le mystère. Les grandes espèces se 
retirent dans les forêts épaisses, et les petites s'établissent sur les arbres ou dans des terriers, lors- 
qu'elles en trouvent de tout faits; mais chaque individu, se reposant sur lui-même de la conservation 
de son existence, vivant dans un profond isolement, est privé des ressources qu'il trouverait dans 
son association avec d'autres individus, et des avantages que procurent les efforts de plusieurs diri- 
gés vers un but commun : non pas cependant que la nature ait donné la force à ces animaux pour 
restreindre leur intelligence ; lorsqu'ils sont une fois soumis à l'homme, lorsqu'ils sont contraints 
par sa puissance ù vivre dans des circonstances où ils ne se seraient jamais placés d'eux-mêmes, alors 
leur entendement se développe, s'accroit, et présente des résultats tout à fait inattendus. La défiance 
parait être le trait le plus marqué de leur caractère; aussi c'est celui que la domesticité n'efface 
jamais tout à fait, et qui présente le plus d'ob.stacles quand on veut les apprivoiser. La moindre cir- 
constance nouvelle suffit [lour les effrayer, pour leur faire craindre quelque danger, quelque surprise. 
Il semblerait qu'ils se jugent comme nous les jugeons nous-mêmes. 

« Ce naturel calme, patient et rusé, est en parfaite harmonie avec les qualités physiques des Chats. 
Il n'est point d'animaux dont les formes et les articulations soient plus arrondies, dont les mouve- 
ments soient plus souples et plus doux; et toutes les espèces se ressemblent encore à cet égard. Qui- 
conque a vu un Chat domestique peut se faire une idée de la physionomie, de la force et des allures 
des autres Chais; tous ont, comme lui, une tête ronde, garnie de fortes moustaches, un cou épais, 
un corps allongé et presque aussi gros au ventre qu'à la poitrine, mais étroit, et qui peut se rétrécir 
encore au besoin; des doigts très-courts, des pattes fortes, peu élevées, celles de devant surtout; et 
la plupart ont une queue assez grande et fort mobile. Ils marchent avec lenteur et précaution, et en 
fléchissant les jambes de derrière; se reploieut très-facilement sur eux-mêmes, font usage de leurs 
membres et surtnut de leurs pattes de devant avec une adresse qu'on aime à voir. Ils n'ont pas un 
mouvement dur. Lorsqu'ils courent, ils sembUmt glisser; lorsqu'ils s'élancent, on dirait qu'ils 
volent. » 

On a peut-être cherché à trop diminuer le courage que montrent ces animaux, et, pour expliquer 
la pusillanimité qu'où leur prête, on s'en est pris à leur peu d'intelligence. « Car, dit M. Boitard, 
le courage est un pur effet de l'intelligence, qui domine l'instinct iinié de la conservation. L'homme, 
par cette raison, devait être le plus courageux des êtres, et il l'est en effet, comme il en est le plus 
intelligent; mais la stiqiiditê peut quelqiu'fois tenir lien de courage, soit en empêchant de voir le 



iU 



HISTOIRE NATOUEI.LE. 



danger, comme dans l'Ours blanr el le Glouton; soil en l'exagérant, comme chez les animaux lâches 
qui, croyant leur vie menacée, combattent avec désespoir, avec fureur : c'est ce qu'on appelle le cou- 
rage de la peur, et celui-ci est terrible. Ces animaux lâches n'attaqueront leur proie que lorsqu'ils 
y seront poussés par la plus cruelle des nécessités, la faim ; ils ne Fallaqueront jamais de face, dans 
la crainte d'une résistant^e; mais ils se glisseront dans l'ombre de la nuit, se placeront en embus- 
cade, l'attendront en silence et avec une patience que rien ne lassera, s'élanceront sur elle à l'impro- 
viste la surprendront el la tueront sans combat, sans la moindre lutte. Alors même que leur faible 
victime succombera sans essayer de se défendre, ils ne commettront pas le meurtre sans colère; et, 
s'ils rencontrent la moindre résistance, la crainte les poussera à une fuite honteuse ou à la fureur : 
dans ce dernier cas, le combat sera terrible el désespéré. Tels sont les Chats. Deux Hawers hollan- 
dais chassaient aux environs du Cap, et l'un d'eux s'approcha d'une mare. Un Lion était caché dans 
les hautes herbes et ne pouvait voir le chasseur; trompé sans doute par le bruit de ses pas, qu'il pre- 
nait pour ceux d'un animal ruminant, d'un bond prodigieux il s'élance sur lui, et par hasard le saisit 
au bras. Mais il avait reconnu son adversaire; et, surpris de la hardiesse de sa propre attaque, i' 
resta immobile pendant plus de trois minutes, toujours tenant le chasseur, sans oser ni le lâcher pour 
fuir, ni l'attaquer pour le dévorer, et fermant les yeux, afin de ne pas rencontrer le regard effrayant 
de sa victime. Celte terrible situation ne cessa qu'au moment où le chasseur eut frappé le monstre d'tui 
coup de couteau. Alors commença une lutte atroce qui ne iinil que par la mort de l'un el de l'autre. 
Dans les rampoks de Java, on faisait combattre des Tigres et des Panthères contre des hommes. On 
amenait dans l'arène ces animaux renfermés dans des cages de bois, et ils étaient tellement effrayés à 
la vue des hommes qui les entouraient, ([u'il fallait mettre le feu à leur cage pour les obliger d'en 
sortir, et les attaquer à coups de dards pour les déterminer à combattre. » 







/( im'f^^.'^i^m 



>-iv' i^!'W.'^:^_^. 







Fig. SO. — Chat de Siimalra. 



Dans le passage que nous venons de citer, on n'a certainement pas rendu une entière justice au cou- 
rage (les Chats, et, d'un autre côté peut-être, le même M. lîûitard, dans h's lignes qui vont suivre, a-t-il 



W '^^ 



\nh 







CARNASSIERS. 



i45 



voulu trop les disculper de la réputation de cruauté qu'on leur attribue gjénéralement. « Si le. Lion et le 
Tigre ont été vantés par leur courage, écrit-il, ils ne l'ont pas moins été, ainsi que toutes les grandes 
espèces du genre, par leur cruauté et leur férocité prétendue indomptable, et l'un n'est pas plus vrai 
que l'autre. Les Chats sont beaucoup moins cruels que la plupart des petits Carnassiers auxquels nous 
ne faisons pas ces reproches. La Fouine, la Belette, le Renard, par exemple, semblent donner la mort 
pour le plaisir de tuer, et, s'ils pénétrent dans un poulailler, une basse-cour, une bergerie, ils n'en 
sortent plus tant qu'il y reste un être vivant. Les Chats, au contraire, n'attaquent que quand ils ont 
faim, et se contentent, pour l'ordinaire, d'une seule victime. Au milieu d'un troupeau nombreux et 
sans défense, ils saisissent leur proie, la dévorent, et se retirent sans faire attention aux autres jus- 
qu'à ce que la faim les y ramène; ils ne tuent jamais sans nécessité. Quant à leur prétendue férocité, 
elle n'existe pas plus chez eux que chez les autres Carnassiers. Quoi qu'on en ail dit, toutes les es- 
pèces s'a])privoisent et sont susceptibles d'attacbenienl pour leur maître. )> 




Fig. 81. — Chat ctians. 



La grande ressemblance que toutes les espèces nombreuses de Chats ont entre elles n'a pas per- 
mis de subdiviser ce groupe naturel en plusieurs genres; la disposition des yeux, surtout dans la 
pupille, pourrait toutefois fournir des caractères différentiels d'après Fr. Cuvier. Quelques particula- 
rités ont servi également pour la création des genres particuliers des Guépard, Citai et Lynx, que 
nous décrirons séparément, quoiqu'ils n'offrent réellement pas une caractéristique bien tranchée, tandis 
que les différences nous semblent trop peu considérables pour adopter ceux des Lion, Tigre, Puma, 
Parde, etc., proposés par quelques auteurs, et que nous indiquerons comme subdivisions secondaires. 

Si nous comprenons le genre Chat à la manière de Linné, c'est-à-dire en y réunissant les Guépards 
et les Lynx aux Fcl'is vrais, ou plutôt en y comprenant tous nos Fêlions, on peut dire qu'on en trouve 
dans toutes les parties du globe, dans l'ancien comme dans le nouveau continent, à l'exception des 
c2 ta 



146 HISTOIRE NATURELLE. 

iles de la mer du Sud et de la Nouvelle-Hollande, daus les grandes îles comme dans les continents, 
dans les régions les plus chaudes comme dans les plus froides, dans les pays de plaines et même dans 
les vallées comme dans les régions les plus montueuses; mais principalement dans ces dernières, A 
cause des bois qui les recouvrent. Un ou deux groupes, celui des Chats vrais et celui des Lynx sur- 
tout, semblent se trouver dans toutes les parties du monde, mais non pas la même espèce; et cela, 
sans doute, parce que ces derniers rencontrent une température froide aussi bien dans les monta- 
gnes des régions équatoriales que dans celles des régions polaires. 

Les espèces qui paraissent être aujourd'hui les plus répandues sont la Panthère, en supposant qu'il 
n'y ait pas de distinction spécifique à faire dans le Fdi.i pardiis de Linné, le Lion, le Chat à oreilles 
rousses dans l'ancien monde, le Jaguar, le Couguar et l'Ocelot dans le nouveau. Le Caracal et le 
Guépard sont communs à l'Afrique et à l'Asie continentale. 11 parait en être de même des Chats-Lynx, 
des trois espèces, c'est-à-dire des Fclis mamciilala, buhasles et cliaus. Le Tigre n'existe qu'en 
Asie, et même dans la Haute-Asie; le Jaguarondi dans l'Amérique méridionale. la partie du monde 
qui renferme encore aujourd'hui le plus d'espèces de Felis est bien certainement l'Asie, puisqu'on 
y trouve le Tigre, le Lion, la l'aiilhèie, le Serval, le Cai'acal, le Guépard, le Chat d'Égypie, le Cubastes 
et le Chaus, et, de plus, le Chat de Java, celui de l'Himalaya, de Sumatra, avec les Fclis riibïçfinosa , 
moormetms, pUmiccps, lougicaudala. L'Amérique, et surtout l'Amérique méridionale, en possèdent un 
peu moins, savoir : le Jaguar, le Couguar, le Jaguarondi, l'OceloI, et trois ou quatre espèces voisines, 
le Margay, le Pajeros, le Cococulo, le Guigna, etc., tandis que l'Amérique septentrionale, au delà du 
golfe du Mexique, ne nourrit que le Couguar, l'Ocelot, et une ou deux espèces de Lynx. Vient en- 
suite l'Afrique, dans laquelle on trouve le Lion, la Panthère, le Serval, le Chacal, le Guépard, le 
Chat d'Egypte, le Bubastes, le Chaus et le Cafre. Enfin, en Europe, aujourd'hui, on ne connaît que 
le Chat ordinaire, et peut-être deux ou trois espèces de Lynx, encore peut-on douter de leur distinc- 
tion, ce qui montre qu'en définitive les espèces du grand genre Chat sont plus méridionales que bo- 
réales, sauf pour les Lynx. 

Avant de passer à la description des espèces, il nous reste encore deux sujets importants à traiter ; 
1° l'histoire des Chats, et 2" leur paléontologie; nous allons le faire en prenant pour guide \^Ostéo- 
gmpliic de De Blainville. 

Les anciens connaissaient et avaient occasion de voir, soit dans l'état de nature, soit dans les jeux 
du cirque, un certain nombre d'espèces de ce genre; mais il est très-difficile de rattacher d'une ma- 
nière un peu certaine les noms qu'ils ont employés pour les désigner à des espèces aujourd'hui défi- 
nies d'une manière complète. Chez les Hébreux, le Lion était connu, et assez complètement, pour avoir 
des dénominations particulières désignant les variétés d'âge, de sexe et même de couleur ; le jeune 
Lion était leur Gur, l'adulte le Lais et Azï, et la femelle le Lab'i; il en est de même de la Panthère, 
ou de quelques espèces à taches foncées sur un fond plus clair, qui était nommée Ncmr en hébreu. 
Les poètes, les historiens et les mythographes grecs, et principalement Homère et Hésiode, avaient 
connaissance de plusieurs de ces animaux, puisqu'ils en tirent souvent des comparaisons, ou, ce qui 
est plus rare, en signalent quelques particularités, en les mettant en scène avec leurs héros. 

Dans des temps moins reculés, Hérodote, Pausanias, et surtout Aristote, parlèrent de plusieurs des 
animaux de ce genre; du Lion, qu'ils indiquent comme se trouvant sur plusieurs points de l'Europe, 
du Panlher, du Lynx, de leur AiXcupo;, qui est probablement notre Chat domestique, et du Tigre. 

Xénophon cite les Lions, les Pardalus, les Onces, les Lynx, les Panthères; mais il ne parle pas des 
Tigres, quoiqu'il se soit avancé dans le pays qu'habitent ces animaux. 

Mais c'est surtout chez les Romains et dans le siècle qui précéda l'ère chrétienne que le nombre 
des bêtes féroces connues augmenta considérablement, qu'elles furent plus connues par leur exhibi- 
tion dans les jeux du cirque, et que, dès lors, leurs dênominalions devinrent plus arrêtées pour 
chaque espèce. Ainsi Varron, dans sou Traite de la langue latine, montre qu'elle avait déjà accepté 
les noms de Léo, de Tigris, et peut-être même celui de Panthcra, de la langue grecque. Cependant 
les grands poètes qui illustrèrent le siècle d'Auguste, décrivant constamment des Panthères ou des 
Lynx attelés au char de Bacchus, auquel on allribuait la conquête de l'Inde longtemps avant Alexan- 
dre, ont dû être portés à croire que ces animaux habitaient cette partie du monde, et l'histoire plus 
ou moins apocryphe du Lynx s'ajouta à celle des autres Fells : Tigres, Lions, Panthères, que l'on 
voyait, surtout les deux derniers, dans les amphithéâtres. 



CARNASSIERS. 147 

Élien et Pline ne lirenl guèva qn'augmenler lu nombre de faits que l'on connaissait sur les quatre 
cspèees que nous avons plusieurs fois nommées; en outre, il parle pour la première fois du Chaus. 
Oppien indique déjà deux espèces particulières de Panthères. 

D'après les anciens auteurs indiens et chinois, on voit cités seulement le Lion et le Chat, domes- 
tique. 

Dans le long intervalle de temps qui sépare les historiens naturalistes grecs et latins de ceux du 
moyen âge, on ne trouve rien de bien remarquable relativement au sujet qui nous occupe, si ce n'est 
l'introduction du nom de Leopnrdiis, faite par T. Capitolin et E. Spartin, appliqué à la Panthère de 
Pline, et la caractéristique du Tigre varié de barres ou de bandes, au lieu de taches, comme ddns 
les Léopards. On trouve aussi que la dénomination de Cnttiis ou Catus est introduite pour la pre- 
mière fois par Palladius dans son ouvrage sur VAgriciilltire, écrit, il est vrai, dans la décadence de 
l'Empire, ]iour désigner un animal utile dans les greniers pour la destruction des Souris, et proba- 
blement celui auquel nous donnons le nom de Chat, et qui représente le Fdis des Latins et I'Aiacusc; des 
Grecs : il semblerait donc que c'est vers cette époque que le Chat est devenu domestique, puisqu'il 
paraît certain qu'il ne l'était pas si anciennement chez les Grecs, ni même chez les Romains, quoi- 
qu'il le fût depuis longtemps chez les Égyptiens. 

Nous ne chercherons pas à faire maintenant l'histoire zooclassique des Chats dans les temps plus 
modernes, car ce serait répéter ce que nous dirons en exposant les particularités propres à chacune 
des espèces. Disons cependant que pendant fort longtemps on n'a connu qu'un nombre assez res- 
treint d'espèces de ce genre, et qu'il y avait même une grande incertitude pour la détermination 
de plusieurs d'entre elles. Buffon ne connaissait que peu d'espèces, et dans son ouvrage il y a de 
la confusion parmi les espèces à taches, voisines de la Panthère. G. Cuvier vint plus tard éclaircir ce 
point difficile de la zoologie. Enfin, ce n'est qu'assez récemment que l'on a pu avoir une idée assez 
nette de ce genre; M. Temminck en a donné une bonne monographie, dans laquelle on peut lui repro- 
cher cependant d'avoir trop cherché à diminuer le nombre des espèces. Enfin les naturalistes voya- 
geurs découvrirent un assez grand nombre d'espèces nouvelles, et, en France, les travaux de Fréd. 
Cuvier, A. -G. Desmarest, Isidore Geoffroy Saint-Ililaire, etc., nous les firent connaître. Nous devons 
en indiquer les principaux caractères, mais, auparavant, nous voulons dire encore quelques mots 
des traces que ces animaux ont laissées, soit dans les monuments des hommes, soit dans le sein de 
la terre; et nous croyons aussi utile de nous occuper de ces exhibitions véritablement fabuleuses des 
grandes espèces de Chats que les Romains faisaient dans leurs cirques, et cela d'autant plus que le 
nombre immense qu'ils en sacrifiaient quelquefois dans une seule fête est véritablement fabuleux. 

On trouve des espèces de Fdis figurées dans tous les genres de l'art iconographique. Le Lion est 
certainement celui qui a été le plus souvent représenté dans les monuments d'art, aussi bien chez les 
Juifs que chez les Égyptiens, les Persans, les Indiens, les Grecs et les Romains, depuis les temps de 
la plus haute antic[uité, dans le moyen ûge, et jusqu'à nous; ce qui tient sans doute i ce que cet ani- 
mal, habitant la plus grande partie du monde connu des anciens, a été considéré non-seulement 
en lui-même comme sujet de chasse des héros et des rois, mais encore comme emblème astrologique 
et ensuite astronomique, ce qui l'a fait entrer d'abord dans les thèmes astrologiques, puis dans les 
constellations du zodiaque, et, dans nos temps modernes, dans nos allégories, comme indice de 
certaines qualités morales. Chez les Égyptiens, le Lion était considéré comme le symbole de l'eau, et 
par suite comme celui du Nil : on le voit représenté en entier dans les hiéroglyphes. En sculpture, les 
archéologues citent, outre les peaux de Lion jetées sur les épaules des statues d'Hercule, et même 
quelquefois de celles de Thésée et de Jason, les Lions de Venise venant du Pyrée à Athènes; ceux 
taillés dans le rocher à Céas, et un Lion colossal à Chéronée. Dans les bas-reliefs, les Lions sont 
souvent représentés : le plus célèbre de tous est celui qui montre le Lion de Némée, et plus commu- 
nément cet animal est figuré sur les tombeaux des héros. 

Les Panthères ont été représentées plusieurs fois; dans une sculpture, on voit Bacchus donnant 
un grappe de raisin ;i l'un de ces animaux; dans une médaille, on montre aussi Bacchus monté sur 
une Panthère. Mais le Lion est certainement celui de tous les Chats qui est le plus souvent repré- 
senté sur des médailles anciennes, soit de certaines villes, soit de certains rois. On voit, au Musée du 
Louvre, une statuette en bronze de Tigre, dont les barres des flancs sont indiquées avec de l'or : 
d'autres statuettes égyptiennes, de la même collection, représentent le Felis maniadala. 



148 IIISTOIUE NATLIIŒLLE. 

Les peintres anciens ont dû lii^ui'er des Lions et des Panthères lorsqu'ils avaient à repioduiic les 
travaux d'Ilercide ou ceux de liaeehus; aucune trace ne nous en est cependant parvenue, mais 
Pausanias dit, dans sa description de la statue de Jupiter Olympien, que, sur la seconde bahistre 
qui en défendait l'entrée, on avait peint Hercule combattant le Lion de Néniée. Dans les vases étrus- 
ques, on peut reconnaître les figures du Lion, de la Panthère, et même du Guépard, suivant De Blain- 
ville. Enlin, on les voit aussi représentés dans des mosaïques anciennes, et sm'tout dans la célèbre 
mosaïque de Palestrine. 

Les diverses espèces de Fctis ont aussi laissé des traces en nature : ces traces sont de deux sortes, 
à l'état de momie ou conservées dans des tumulus, et à l'état fossile. 

Les Ej,'jpliens comptaient au nombre des animaux sacrés les Chats, qu'ils nommaient Bubnsics, 
peut-être à cause de la dénomination de la ville qui était consacrée à ce genre d'animaux. Depuis 
longtemps, on sait que des momies de Chats se trouvent assez communément dans les hypogées d'E- 
gypte, mais c'est Et. Geoffioy Saint-Hilaire qui, le premier, a iiguré le squelette complet d'un Chat 
retiré d'une momie, squelette qui, d'après G. Cuvier, ne différait pas de notre espèce domestique, 
mais qui, suivant MM. Ehrenberg ctDeBlainville, se rapporterait plutôt au Fclismaniculata, Cretzscli- 
niar, qui se trouve encore aujourd'hui en Âbyssinie à l'état sauvage et à l'état de domesticité. Deux 
autres espèces de ce même groupe naturel, le Felis bubaues et le Fd'is chans, auraient aussi été trou- 
vées dans les tombeaux égyptiens. 

Quoiqu'il soit indubitable qu'il existe des ossements de ]>lusieurs espèces de /''c/is à l'état fossile, 
il n'est peut-être pas inutile de montrer, ainsi que le lait remarquer De Blainville, en quel nombre 
immense le faste des Piomains avait fait transporter à Rome, cl peut-être dans d'autres lieux, siège 
de leurs principales colonies, les Lions, les Panthères et autres grandes espèces du genre Chat. 
M. Mougès a publié, dans le tome X (1855) des Mémoires de l' Académie des luscripl'wns cl Belles- 
Lctlres, l'énumération du nombre de ces animaux ; c'est d'après lui que nous entrerons dans quel- 
ques détails sur ce sujet. 

En ne portant pas en compte les individus nombreux qui ont été compris sous l'expression géné- 
rale d'animaux féroces, dans un espace de cinq cents ans environ, tiepuis l'an 169 avant Jésus-Christ 
jusqu'au consulat de .lustinien en 542, le nombre des Panthères qui ont été apportées à Piome monte 
à près de trois mille, toutes provenant presque indubitablement du périple de la Méditerranée. C'est 
ainsi, pour ne citer que les nombres les plus considérables, que Pompée, pour la célèbre consécration 
de son théâtre, exposa dans le cirque quatre cent dix Panthères; qu'Auguste, à la dédicace du tem- 
ple qu'il érigea à Marcellus, en montra et fit tuer six cents; que Caligula, pour la dédicace d'un 
temple à Auguste, en fit périr quatre cents; que Claude, à l'occasion d'une nouvelle consécration 
du théâtre de Pompée, réédifié après avoir été détruit par un incendie, en lit combattre trois 
cents, etc. 

Dans un laps de temps de six cents années, le nombre des Lions et des Lionnes apportés â Rome 
se monte au moins à un total de deux mille deux cents; et il est probable, en outi'e, ([w les historiens 
des derniers temps n'ont plus indiqué exactement le nombre de ceux que l'on exposa dans le cirque. 
Sylla fit combattre cent Lions, tous mâles, qui lui avaient été envoyés par le roi de Mauritanie, Boc- 
chus; Pompée, à l'occasion de la dédicace de son théâtre, exposa dans le cirque cinq ou six cents 
Lions, dont plus de la moitié appartenaient au sexe mâle; dans une fête publique, donnée par Auguste, 
lors de ses trois triomphes, le nombre des Lions tués dans le cirque fut, suivant Dion, de deux cent 
soixante; depuis lors, le nombre de ces Chats exposés en public fut moins considérable, quoicpie se 
composant souvent de plus de cent individus. 

Le véritable Tigre ne se trouvant pas dans le périple de la Méditerranée, et étant presque relégué 
dans des contrées avec lesquelles les Romains avaient peu on point de communii'ation, et surtout 
dans rilyrcanie, il n'est pas étonnant qu'il se soit trouvé bien plus rarement au nombre des animaux 
exposés dans le cirque, et même, il n'est pas certain que tous les animaux comptés comme des Ti- 
gres par les historiens en fussent l'éellement. Auguste montra un Tigre apprivoisé dans une cage, â 
l'époque de la dédicace du théâtre de Marcellus : depuis, Claude, Domitien, Anlonin le Pieux, Auré- 
lien et Gordien III, en montrèrent également. 

Cette exposition numéri([nc ne serait pas encore suffisante pour l'aire ap])récier l'effet produit par 
cette passion du peuple romain pour les spectacles en général, et surtout pour les spectacles san- 



CARNASSIERS. 



149 



glaiils, sur ramoiiidiissemenl de certaines races, si nous n'indiquions les nombres en bloc, c'est- 
à-dire ceux dans lesquels les animaux féroces sont compris sans distinction particulière. Ainsi, aux 
jeux donnes par Scaurus, cent cinquante bètcs féroces furent montrées; Auguste, pendant son règne, 
en lit tuer, dans le cirque, trois mille cinq cents; Titus, lors de la dédicace de ses thermes et de son 
amphithéâtre, en exposa cinq mille; Trajan, dans les cent vingt-trois jours que durèrent les jeux don- 
nés à l'occasion de sa victoire sur le roi des Daces. alla jusqu'au nombre presque incroyable de 
onze cents animaux, mais en y comprenant à la fois les espèces sauvages et domestiques; Adrien, à 
l'époque d'un de ses anniversaiies, à Rome, fit tuer mille bétes féroces, et, dans une autre occasion, 
à Athènes, mille autres; Sévère, enfin, au mariage de son fils Caracalla, donna, pendant sept jours, 
des jeux où sept cents bêtes féroces, renfermées dans une cage en forme de navire, furent lâchées à 
la fois et ensuite massacrées. 




Ki-. 82. 



- Cluit ilu CanaiM. 



Ainsi que le fait remarquer De Blainville, « ce besoin d'animaux féroces eut nécessairement |iour 
résultats de créer des industries, non-seulement de chasseurs de bêtes féroces, et en général de bê- 
tes sauvages, comme était ce Poliscus, dont il est question dans les lettres de Cicénui, auquel un 
de ses amis, Cœlius, demandait en grâce de lui procurer des Panthères, et auquel il répondait en 
riant que ces pauvres animaux, demandant pourquoi on s'adressait à eux seuls, avaient abandonné 
la Pamphylie, sa province, pour se retirer en (larie; mais encore d'éducateurs d'animaux dont l'état 
était (le les élever et de les instruire. Un autre résultat qui intéresse davantage les naturalistes, c'est 
que le nombre des animaux féroces, Lions, Panthères et Ours, étant nécessairement diminué, surtout 
en Afrique, d'où on en tirait un si grand nombre, on fut obligé de faire entrer dans les jeux un plus 
grand nombre d'animaux sauvages, mais non carnassiers; et, en effet, dans l'énumcratinn ([uc donne 



150 HlSÏOIItE NATIRIILK. 

Vopisciis des aniiiiuux nioiitrés par Probus, le nombre du ceux-ci l'emporte beaucoup sui' celui de 
ceux-lù. » 

De tous ces faits, et de l'observation que de tout temps les potentats ont cherché à avoir en capti- 
vité, dans des Ménageries, plusieurs des grandes espèces de Chats, on peut conclure que la poursuite 
des animaux carnassiers du genre Fdls, qui s'est contimiée pendant très-longtemps, a contribué à 
diminuer considérablement le nombre des individus de chaque espèce dans les pays qu'elles liabitenl, 
et a fait transporter leurs ossements dans des lieux, siège de la civilisation, où ils n'auraient pas 
existé sans cela. 

Il y a près de deux cents ans que l'on a recueilli, en Europe, des ossements apparlenaul à une 
grande espèce de Chat, sans cependant qu'on les ait reconnus comme tels. C'était d'ab(.ird tlaus les 
cavernes d'Allemagne, et, jusqu'à la publication du célèbre ouvrage de G. Cuvier sur les Ossements 
fossiles, en 1825, on n'était guère allé au delà de la confirmation de ce fait. Mais, depuis lors, on en 
a rencontré dans un grand nombre d'endroits d'Europe et d'autres parties du monde, dans des ter- 
rains très-différents, et de toute taille, en sorte qu'aujourd'hui, si l'on acceptait comme démontrées 
les espèces de Felis fossiles proposées par les paléontologistes, outre quelques-unes des espèces en- 
core existantes, il en aurait existé plus de vingt rien que dans l'Europe ancienne, et sans compren- 
dre celles des autres pays. 

D'après De Blanville, les seules espèces fossiles dont l'existence serait réellement bien connue 
sont : 

i" Felis speleœ, Goldfuss, à une grande taille joignant des caractères du Tigre, quelques particu- 
larités du Lion, et formant aussi sans doute une espèce propre à nos climats; 

2" Felis ko, plus petit que le précédent, et auquel on peut rapporter les F. aplianistes et prisai, 
Kaup : tous trois propres à l'Europe; 

7)" Felis ligris crislala, Falconner et Cautley, qui no semble différer du Tigre actuellement vi- 
vant que par une taille un jieu moindre; particulier aux monts Sivalicks; 

4° Felis anùqua, G. Cuvier, évidemment de taille moindre que les précédents, quoique supérieure 
à celle de la l'anthère, auquel De Blainville rapporter les Felis Icopnrdus, Richai'd Owen, Marcel 
De Serres; Arverneiisis, Cnmel el ioheïl; pardiiiensis, Croizel et Jobert, elogygea, Kaup; et prove- 
nant des cavernes d'Europe; 

5** Felis onea, Lund. créé d'après un fragment de métacarpe, et en y rapprochant le Guepardus 
ininula du même auteur; particulier aux cavernes du Brésil; 

6° Felis cullridens, Bravard, établi sur la considération de la taille des canines; de r.\uvergne. 
ainsi que le suivant; 

7" Felis mcfjdnicreon, fondé sur une tète entière et des morceaux de mâchoire supérieure et infé- 
rieure, et ne laissant aucun doute sur sa distinction tranchée; 

8° Felis smiiodon, Lund, des plus remarquables par le grand développement de ses canines; des 
cavernes du lirésil; 

9° Felis palmidens. De Blainville fondé sur un fragment de mâchoire inférieure qui a beaucoup 
d'analogie avec son analogue dans le F. mccjanlereon; d'Auvergne; 

\0" Felis quadiideiilata, De Blainville, établi sur un fragment de mâchoire inférieure montrant 
quatre molaires seulement; de Sansans; 

11° Felis nmcrura, Lund, espèce d'Oceloïde créé sur un fragment peu caractérisé; du Brésil; 

12''Fc/i.s hjnx. De Blainville, propre à diverses parties de l'Europe, et réunissant les F. aniedilu- 
viana, Kaup; Issiodoreusis, Croizet et Jobert; breviroslris, Croizet et Jobert; En(jiboHcnsis, Schnier- 
ling, cl serrai, Marcel De Serres, qui, d'après les débris de mâchoires sur lesquels elles sont for- 
mées, ne difl'eicnt pas, sauf quelques légères variations dans les dimensions des dents, de ce qui a 
lieu dans le Lvnx; 



CAUNASSlEPiS. 151 

13" Fclis subliimalaijaun. F.-ilconiier et Caiitley, reposant sur une lèle trouvée dans les monts Si- 
valicks, et qui semble avoir beaucoup de rapports avec \e Feits viverrina actuellement vivant; 

14° Fetis calus, Schmerling, d'Europe, et auquel De Blainville réunit les F. feriis, Marcel De Ser- 
res; maqniis, Schmerling, et mimitits, Schmerling. 

Les fragments sur lesquels reposent ces espèces, dont deux au moins peuvetit former des subdivi- 
sions génériques particulières, ont été recueillis, en grand nombre, eu Europe, surtout dans l'Europe 
centrale, sur les conlius de l'Allemagne, en Belgique, en Angleterre, en France, principalement dans la 
France méridionale, et en Italie, dans sa partie septentrionale; eu moins grand nombre dans l'Inde, et 
en très-petit nombre en Amérique. Les conditions géologiques dans lesquelles ils ont été trouvés sont 
très-différentes; depuis les terrains tertiaires jusque dans les diluvium; dans le gypse de Paris, le 
Fclis pardo'ulc.i; dans un terrain d'eau douce, à Sansans, les F. palm'idcns, quadrhlcnlala et par- 
dim; dans un terrain analogue des sous-llimalayas, les F. liffris crislala et snblihiialiijiaïui: dans un 
terrain de même époque, mais à l'état de sable ou de grès sableux, à Eppelsheim, les F. leo apltruiit- 
tes etprisca; dans les calcaires tertiaires marins du Languedoc et dans le terrain de craie en Angle- 
terre, le F. pardus, etc. Une assez grande quantité de ces ossements ont été recueillis dans des di- 
luvium plus ou moins anciens, tantôt libres à la surface de la terre, comme dans le val d'Ariio, ou 
dans les terrains tertiaires d'Auvergne, les Fclis spelœn, pardus, culliidais. meyanlcreou, hjnx : 
en Allemagne et en Belgique, le F. spelœa, et en Amérique, dans un diluvium volcanique où se sont 
présentées à peu près les mêmes espèces que dans le val d'Arno; tantôt dans les cavernes : en Alle- 
magne, surtout à Gaylenreutli, les F. spelwa et antiqua : en Angleterre, les F. spclœa, cultridcns 
et calus : en Belgique, auprès de Liège, les F. spclœa, leo, pardus et calus : en France, principa- 
lement à Lunel-Viel, les F. spclœa, leo, leopardus, lipix, calus: au Brésil, en très-petit nombre, 
les F. onca et smilodou : enfin, dans l'alluvium, dans le bassin même de Paris, à sept mètres de 
profondeur, avec des dents de Cheval, le Fclis spckca, et, en Amérique, dans le Texas, le F. onca. 

Ces débris fossiles, partout en assez petit nombre, et jamais comparables, sous ce rapport, à ceux 
des Ours, sont rarement rapprochés comme provenant d'un même individu. Quoiqu'en gênerai d'in- 
dividus adultes et des deux sexes, on en a parfois rencontré qui provenaient de jeunes individus. Ils 
ne sont presque jamais roulés; le plus souvent fracturés, et quelquefois écrasés. Leur association est 
extrêmement variée entre eux et sous le rapport des espèces animales avec les fragments desquels 
ils se trouvent; c'est ainsi que, dans la caverne de Lunel-Vicl, on a rencontré avec eux des os de 
Cerfs, de Bœufs, de Lapins, de Bals. d'Ours, d'Hyènes, etc. : nous avons donné ailleurs une expli- 
cation de ces associations d'animaux en quelque sorte antipathiques dans les mêmes cavernes en 
disant que leurs ossements avaient pu y être apportés, peut-être d'assez loin, par des cours d'eau. 
Dans le plus grand nombre des cas, ils sont dans des terrains d'eau douce assez peu étendus, et lo- 
caux; mais, toutefois, on a deux exemples de fossiles de Chats propres aux dépots marins. On a ob- 
servé que presque aucun de ces ossements n'est en place, et que les dépots de nature très-différenle 
dans lesquels ils ont été découverts sont toujours sous le versant de montagnes ou de pays élevés 
peu distants. 

De l'ensemble de ces faits, en les étudiant sous les points de vue géologiques et zoologiques, nous 
pouvons conclure avec De Blainville que « depuis le temps, fort éloigné sans doute, où se produisaient, 
par la dégradation des formations précédentes, les terrains tertiaires moyens, jusqu'à celui où notre 
sol a été recouvert de l'énorme couche de diluvium qui s'observe sur une grande partie de l'Europe, il a 
constamment existé dans les vastes forêts qui la couvraient alors un assez bon nombre d'espèces de Fc/is 
de taille extrêmement différente, depuis celle d'un petit Cheval jusqu'à celle de notre Chat, espèces 
qui étaient pour les populations si abondantes alors de Buminants et de Pachydermes ce que sont 
aujourd'hui les Fclis d'Afrique, de l'Asie et de l'Amérique, pour les Herbivores de ces parties du 
monde. Avec la diminution et la disparition de ceux-ci, déterminées sans doute par celles des forêts 
et par les inondations partielles et générales, ont dû successivement diminuer et disparaître les es- 
pèces carnassières créées pour l'harmonie des êtres; mais il semble que leur disparition a précédé 
celle des autres espèces moins éminemment disposées pour ne manger que de la chair. La plupart de 
ces espèces étaient plus ou moins analogues à celles qui existent aujourd'hui dans les deux grandes 



152 



HISTOIRE NATURELLE. 



parties de l'aïuieii lOiUinenl, mais il s'en trouvait aussi qui |iaraissent ne plus existei' aeluellenienl à 
la surface de la terre, et qui remplissent des larunes de la série zoologiipie. L'une, entre autres, de 
ces formes, pourvue de longues canines eultriformes exsertes à la niâclioire supéiieure. ce qui a dé- 
terminé une disposition en rapport de la mâchoire inférieure et de ses dents de devant, parait avoir 
été propre à l'Europe tempérée. Du moins, jusqu'ici, nous ne connaissons à l'état vivant aucune 
espèce de Felis, petite ou grande, qui offre quelque cliose d'analogue au Felis cullridens. » Nous 
ajouterons à cela qu'une autre espèce fossile du même groupe, le FcHs siiiiloiloii des cavernes du 
Brésil, a été découverte depuis que De Blainville écrivait les lignes qui précèdent. 






„;/.^.J.l,^_-^;'-^s» 








Fig. 83. — Chat Colocolo. 



Après ces généralités, que l'importance du sujet nous a engagé à donner avec autant de détails, 
nous allons passer à la description des nombreuses espèces de ce genre, et nous chercherons encore 
à dire quelque chose sur les mœurs si nitéressantes de la pliqtart d'entre elles. Les espèces vivantes 
nous occuperont princi])alement, mais nous ne nous en occuperons pas moins pour cela des espèces 
fossiles les plus remarquables. 

L'ordre à suivre dans l'étude de ces espèces pouvait être de deux sortes : ou les placer d'après 
les pays qu'elles habitent, ou les disposer en petits groupes naturels; c'est ce dernier arrangement 
que nous préférerons comme étant |dus naturel que le pi'eniier que nous venons diudiqucr. 




Lévrier de Frnnce. 




Cliiits (lmiiesli<HH' 



PI 20 



• * 



r.ARISASSlKltS 



153 



i. LES LIU.NS 



1. LIO.N. FULIS LEO. I.iiiué. 



Cakactkiies spécifiques. — Corps miisciileux ; membres forts; léte grosse; dos, flânes, train de 
derrière, jambes de devant et tête rouverts de poils eoiirts et serrés d'un brun fauve, provenant de 
ce que ces poils, fauves dans la plus grande partie de leur longueur, sont noirs à leur extrémité, et 
de ce qu'ils sont mêlés de quelques autres poils épars, entièrement noirs; poitrine, partie antérieure 
du ventre, épaules, cou, devant de la tète et bout de la queue, revêtus de longs poils mélangés de 
noir et de fauve; queue floconneuse au bout; ceux des <ôlés du cou et de la tête beaucoup plus longs 
que les autres, et tombant en mèches épaisses qui forment la crinière; papilles rondes; conques ex- 
ternes des oreilles petites, arrondies. La Lionne ne diffère du Lion, que nous venons plus spécialement 
de décrire, que par l'absence de crinière, par des proportions plus allongées, par sa tète jibis petite, etc. 
La mesure des Lions de moyenne taille, mesurée depuis le bout du museau jusqu'à l'origine de la 
queue, est de 1"',80; celle de la queue est de 0'°,80, et la liauleur au train de derrière, aussi bien 
qu'à celui de devant, est de 0"',85. 



.^ > '.' ,i,'t 




Fis. 84. — Lion. 



Les Lionceaux, en naissant, n'ont que 0'°,25 de longueur, depuis l'occiput jusqu'à l'origine de h 
queue; celle-ci a une longueur deO"',17, et la hauteur des trains de devant et de derrière est deO^.lfi. 

:' 20 



I5.i IIISTOIUK NATlItEl.l.i:. 

Il n'y a |iijiiil (If niiiicri' ni tie tloruii au bout (le la queue; pelaiçe assez lonlTii, à ileiiii frisé el non 
lisse, d'un l'auve sali par du noir el du i,a'is, provenant, d'anneaux de ces diverses enuieurs repartis 
sur les poils: des bandes noires, transversales et parallèles sur les flancs, et qui, sur le dos, se reu- 
nissent à une ligne longitudinale médiane s'étendant depuis la tête jusque vers l'extrémité de la 
queue; des laelies noirûties de diverses formes, plus ou moins nombreuses, sur la tète et sur les 
membres; derrière des oreilles tout noir; parties inférieures et latérales du corps plus claires que les 
supérieures; moustaches fortes. La livrée de ces jeunes animaux dispai.ùt peu à peu, et, dès l'âge 
de neuf mois, ire consiste plus que dans la ligne dorsale qui est noirâtre; la crinièi'e ne commence 
à croître qu'à trois ans, et n'est complète qu'à six. 

Les Lions ont été très-connus des anciens; on en a vu paraître jusqu'à cinq cents à la fois dans 
les cirques de Rome, et on en a ap|>rivoisé au point de pouvoii' les atteler ; Marc-Antoine se montra 
au peuple romain dans un char traîné par deux Lions. .\ous avons indiqué ailleurs le nombre im- 
mense des animaux de cette espèce exposés dans les arènes de Rome, nous n'y reviendrons pas. 

(le Carnassier portait déjà chez les Grecs la dénomination de Aiwv, que les Latins lui conservèrrnl 
en eu faisant celle de Lcu, d'où sont venus les noms de Leone, en italien; de Lcon, en espagnol; de 
Lcw, en allemand; de L'ijoii, en suédois, et de Lion, en français et en anglais. Tous les naturalistes 
depuis Linné l'ont appelé scientiliquement Felis Ico; quelques auteurs, toutefois, d'après des diffé- 
rences plus ou moins fortes que présentent des individus de pays différents, ont cherché à y former 
plusieurs espèces particulières, que nous ne regarderons que comme de simples variétés. Tels sont : 

1" Le Lio> DE Raiidaiue, Fr. Cuvier, Feli.s Hmhaïus, Lesson, dont le pelage, composé de poils 
soyeux, les poils laineux étant courts el très-rares, est brunâtre , et qui a une grande crinière chez 
le mâle. Cette variété, qui se trouve dans toute la Rarbarie, est surtout commune dans la province 
de Constautine; c'est elle que nous voyons le plus habituellement dans nos Ménageries, surtout en 
France, depuis que nous possédons l'Algérie. 

2" Le Lh)N du SiiiXÉGAL, Felis Sencçjalens's, Lesson, dont le pelage est légèrement jaunâtre, 
brillant, sans longs poils à la ligne moyenne du ventre, ainsi qu'aux cuisses, et qui offre une crinière 
peu épaisse. Celle vaiiété habile la Sénégambie et la Gambie. 

5" Le Lion de Peuse, Felis Persicus, Temminck, auquel on réunit en général le Lio.n d'Arabie, 
Felis Arabiciis, Fischer, ibuit le pelage est d'une couleur Isabelle très-pâle, qui présente une crinière 
touffue mélangée de poils de différentes teintes que dans les deux variétés précédentes, qui n'a point 
de longs poils à la ligne moyenne du ventre, ni aux cuisses, et chez lequel les grandes mèches de 
poils noirs et de poils brun foncé de la crinière paraissent davantage sur le fond pâle el très-ras du 
reste de la robe. Celte variété, de petite taille, est propre à l'Aiabie et à la Perse; c'est à elle que 
l'on croit devoir rapporter les Lions qui, d'après les anciens auteurs, vivaient jadis en Grèce. 

i" Le Lion du Cai', Felis Capensis. Smuts. On pourrait peut-être distinguer, avec M. Boitard, deux 
sous-variètés dans cette variété ; l'une, le Lion jaune, qui serait peu dangereux, se contentant de 
dévorer les immondices qu'il rencontre, mais se glissant aussi quelquefois la nuit dans les basses- 
cours pour s'emparer des Chiens, des Moutons, et, quand il le peut, du gros bétail; et l'autre, le 
Lion brun, le plus féroce, le plus redouté de tous, mais devenu fort rare, et se retirant dans l'inté- 
rieur à mesure que la civilisation s'avance vers le centre de l'Afrique. 

h" Le Lion sans cRiNiiiiiE, Olivier, variété dont l'existence douleuse ne repose que sur la foi d'un 
voyageur français, Olivier, qui dit l'avoir découverte eu Syrie, priucipidement sur les contins de l'Ara- 
bie. Le professeur Kretschmar a annoncé, en 1827, au major Smith, qu'il attendait de Nubie la peau 
et l'es mâchoires de cette variété de Lions, qu'il suppose être plus grande que l'espèct^ typique, dont 
le pelage seraitbrunâtre, et qui surtout serait entièrement privée de crinière : malgré cette assurance, 
on n'a pas encoie vu cette peau eu Europe. Quelques auteurs se sont demandé si ce n'est pas cette 
même variété qu'on voit quelquefois représentée sur les monuments de l'ancienne Egypte. 

A ces six variétés principales, on peut encore joindre le Felis Gnzaraiensis, Smèe, de Gazarate, 
le Felh liijhviilus, métis provenant du Lion et du Tigre, et qui a été décrit avec soin par Fr. Cuvier, 
»•! ipii ne peut réellement consiiluer une variété jiarticulière. 



CARNASSIERS. 155 

Toutes ces variétés semblent également différer par la grandeur, «ar on trouve des Lions adultes 
qui ont jusqu'à 2"'60 à S^OS de lonjçueur, depuis le bout du museau jusqu'à la naissance de la 
queue, mais seulement dans les déserts, où ils vivent sans inquiétude et pourvus de proies aiion- 
(lantes; d'autres, et ce sont les plus ordinaires, ne dépassent pas l'",80 de longueur sur \"',\A de 
hauteur. Les individus, habituellement pris jeunes et conservés dans les Ménageries, sont de petite 
taille. Les femelles sont généralement d'un quart plus petites que les mules. 

D'après les auteurs anciens, il faudrait aussi ajouter à ces variétés : 

1° Le Lion a cniMÈnE cnÉruE, tel que le représentent les anciens monuments; 

9° Le Lio>: nES Lndes, qui, d'après Âristote et Elien, est noir, hérissé, et qu'on dressait à la 
chasse ; 

o" Le Lion de Syrie, également noir, et qui a été riié par Pline. 

Aucun voyageur moderne ne fait mentionde ces trois derniers; mais cen'estpasune raison sufiisante 
pour nier leur ancienne existence, surtout lorsqu'on réfléchit aux nombreuses espèces fossiles de F<7i.s' 
trouvées dans un grand nombre de lieux, et que l'on ne rencontre plus aujourd'hui à l'état vivant. 
Pourquoi ceux-ci n'auraient-ils pas disparu comme ceux-là? Il y a plus, l'espèce elle-même n'est- 
elle pas menacée d'une destruction à peu près complète, et cela d'ici à un nombre assez restreint 
d'années : dans un ou deux siècles peut-être'.' En effet, Hérodote. Aristote, Pausanias, affirment que 
de leur temps les Lions étaient très-communs en Macédoine, eu Thrace, en Acarnanie, en Tliessalie, 
où maintenant il ne s'en trouve plus aucun. L'Écriture sainte, Appien. Apollonius de Tyane, Elien, 
et un grand nombre d'autres auteurs anciens, diseiil qu'il y en avait beaucoup en Asie, et particu- 
lièrement en Syrie, en Arménie, aux environs de Uabylone, entre l'Ilyphasis et le Gange, etc.; et ce- 
pendant aujourd hui il ne s'en trouve plus guère en Asie qu'entre l'Inde et la Perse, et dans quelques 
rares cantons de l'Arabie; toutefois, Chardin dit qu'on en rencontre au Caucase, mais cela pourrait 
bien être une erreur. Leur véritable patrie actuelle est l'Afrique; ils y sont encore assez ahundam- 
ment répandus, depuis l'Atlas jusqu'au Cap de rninm^-Espcrance, et diqniis le Sénégal et la Guinée 
jusqu'aux côtes de l'Abyssinie et du Mozambique; maigre cela, leur nombre n'est plus le même qu'il 
était jadis, car on ne pourrait plus aujourd'hui en réunir autant qu'on le faisait dans l'ancienne 
Rome pour donner au peuple ces jeux sanglants qui lui plaisaient tant. L'homme, soit pour son uni- 
que plaisir, soit pour sa sûreté, tend donc à détruire enlièrcment cette belle esjièce de Chats. Une 
autre cause, dont nous parlerons plus loin, tend probablement aussi à détruire l'espèce du Lion. 
La civilisation, pénétrant dans les déserts jadis habités par cet animal, détruit continuellement les 
Ruminants qui lui servaient de pâture presque exclusive, et dès lors en diminue naturellement le 
nombre, ou bien le repousse dans le centre des continents où nous ne pénétrons que rarement. 

Enlin une dernière cause, que cite De Lacépède, consisterait dans les changements physiques qui 
se seraient produits dans les lieux habités par les Lions, dans des déboisements, des destructions de 
montagnes, qui auraient pu agir et sur les Lions, et sur les animaux qui leur servent de pâture. 

Ruffon a représenté, dans un langage qui est devenu classique, le Lion tel qu'il se présente à notre 
esprit, dans sa beauté, dans .sa force, dans sa noblesse, dans ses actions; De Lacépède a rempli la 
même tâche pour la Lionne, et G. Cuvier, ainsi que De lllainville. ont rappelé ce que les anciens con- 
naissaient sur ce Carnassier. Avant de rapporter quelques-uns des passages de Ruffon, nous devons 
faire remarquer à nos lecteurs qu'il faut se défendre de la magie de ses expressions, et toujours 
avoir présent à la pensée que les couleurs qu'il emploie pour peindre le Lion sont plutôt prises dans 
le sentiment que cet animal inspire communément que dans sa véritable nature : non pas, ainsi que 
le dit ¥r. Cuvier, que les laits d'après lesquels ce sentiment s'est établi soient précisément faux, 
mais la plupart ont été présentés sous un faux point de vue, et ont donné naissance à de fausses 
idées. En effet, d'après les naturalistes et les voyageurs modernes, on doit dire que le Lion ressemble 
à tous les autres Chats par son caractère comme par son organisation, et que, s'il a acquis une répu- 
tation de générosité, de noblesse, d'élévation, cela tient à quelques circonslances mal appréciées de 
ses actions. 

(c Dans les pays chauds, écrit Rufioii, les animaux terrestres sont plus grands et jdiis forts que 
dans les pays froids ou tempérés, ils sont aussi plus hardis, plus féroces; toiiles leurs qualités 



15C HISTOIRE NATLIRELLF':. 

naturelles semblent tenir de l'ardeur du clim:it. Le Lion né sous le soleil brûlant de l'Afrique ou des 
Indes est le plus fort, le plus fier, le plus terrible de tous; nos Loups, nos autres animaux carnas- 
siers, loin d'être ses rivaux, seraient à peine ses pourvoyeurs. Les grands Chats d'Amérique sont, 
comme le climat, infiniment plus doux que ceux de l'Afrique; et ce qui prouve évidemment que l'excès 
de leur férocité vient de l'excès de la chaleur, c'est que, dans le même pays, ceux qui haliitent les 
hautes montagnes, où l'air est plus tempéré, sont d'un naturel différent de ceux qui demeurent dan.s 
les plaines, où la chaleur est extrême. Les Lions du mont Atlas, dont la cime est quelquefois couverte 
de neige, n'ont ni la hardiesse, ni la force, ni la férocité des Lions du Biledulgérid ou du Sahara, dont 
les plaines sont couvertes de sables bridants. C'est surtout dans ces déserts ardents que se trouvent 
ces Lions terribles qui sont l'effroi des voyageurs et le fléau des provinces voisines; heureusement 
l'espèce n'est pas nombreuse, il paraît même qu'elle diminue tous les jours; car, de l'aveu de ceux 
qui ont parcouru cette partie de l'Afrique, il ne s'y trouve pas actuellement autant de lions, à beau- 
coup prés, qu'il v en avait autrefois. Les Romains tiraient de la Lybie, pour l'usage des spectacles, 
cinqu;inle fois plus de Lions qu'on ne pourrait y en trouver aujoiu'd'hui. On a remarqué de même 
qu'en Turquie, en Perse et dans l'Inde, les Lions sont maintenant beaucoup moins communs qu'il ne 
l'étaient anciennement; et, comme ce puissant et courageux animal fait sa proie de tous les autres 
animaux, et n'est lui-même la proie d'aucun, on ne peut attribuer la diminution de quantité dans son 
espèce qu'à l'augmentation du nombre dans celle de l'homme; car il faut avouer que la force de ce roi 
des animaux ne tient pas contre t'adresse d'un llutlentot ou d'un iu''gre, qui souvent osent l'attaquer 
tête à tête avec des armes assez légères. 

« L'industrie de l'homme augmente avec le nombre; celle des animaux reste toujours la même : 
toutes les espèces nuisibles, comme celle du IJon, paraissent être reléguées et réduites à un petit 
nombre, non-seulement parce que l'homme est partout devenu plus nombreux, mais aussi parce qu'il 
est devenu plus habile, et qu'il a su fabriquer des armes terribles auxquelles rien ne peut résister : 
heureux s'il n'eût jamais combiné le fer et le feu que pour la destruction des Lions ou des Tigres! 

« Cette supériorité de nombre et d'industrie dans l'homme, qui brise la force du Lion, en énerve 
aussi le courage ; cette qualité, quoique naturelle, s'exalte ou se tempère dans l'animal suivant l'u- 
sage heureux ou malheureux qu'il a fait de sa force. Dans les vastes déserts de Sahara, dans ceux qui 
semblent séparer deux races d'hommes très-différentes, les nègres et les Maures, entre le Sénégal 
et les extrémités de la Mauritanie, dans les terres inhabitées qui sont au-dessus du pays des Hotten- 
tots, et en général dans toutes les parties méridionales de l'Afrique et de l'Asie où l'homme a dédai- 
gné d'habiter, les Lions sont encore en assez grand nombre, et sont tels que la nature les produit : 
accoutumés à mesurer leurs forces avec tous les animaux qu'ils rencontrent, l'habitude de vaincre 
les rend intrépides et terribles; ne connaissant pas la puissance de l'homme, ils n'en ont nulle crainte; 
n'ayant pas éprouvé la force de ses armes, ils semblent les braver; les blessures les irritent, mais 
sans les effrayer; ils ne sont pas même déconcertés à l'aspect du grand nombre; un seul de ces Lions 
du désert attaque souvent une caravane entière, et, lorsqu'après un combat opiniâtre et violent il se 
sent aff;dbli, au lieu de fuir, il continue de battre en retraite, en faisant toujours face et sans ja- 
mais tourner le dos. Les Lions, au contraire, qui habitent aux environs des villes et des bourgades 
de l'Inde et de la Barbarie, ayant connu l'homme et la force de ses armes, ont perdu leur courage au 
point d'obéir à sa voix menaçante, de n'oser l'attaquer, de ne se jeter que sur le menu bétail, et, 
enlin, de s'enfuir en se laissant poursuivre par des femmes ou par des enfants, qui leur font, à coups 
de bâton, quitter prise et lâcher indignement leur proie. 

« Ce changement, cet adoucissement dans le naturel du Lion, indique assez qu'il est susceptible 
des impressions qu'on lui donne, et qu'il doit avoir assez de docilité pour s'apprivoiser jusipi'à un 
certain point, et pour recevoir une espèce d'éducation; aussi l'histoire nous parle de Lions atlelés à 
des chars de triomphe, de Lions conduits à la guerre ou menés ù la chasse, et qui, fidèles à leur maî- 
tre,' ne déployaient leur force et leur courage que contre ses ennemis. Ce qu'il y a de très-sûr, c'est 
que le lion, pris jeune, et élevé parmi les animaux domestiques, s'acc(uitume aisément à vivre et 
même à jouer innocemment avec eux, qu'il est doux pour ses maîtres, et même caressant, surtout 
dans le premier âge, et que, si sa férocité naturelle reparait quelquefois, il la tourne rarement contre 
ceux qui lui ont fait du bien. Comme ses mouvements sont très-impétueux et ses appétits fort véhé- 
ments, on ne doit pas présumer que les impressions de l'éducation puissent toujours les balancer; 



CAHNASSIEUS. 157 

aussi y auiait-il quelque daiiyer à lui laisser souflVir trop lonytenips la faim, ou à le eonlrarier en le 
tourmRntant hors de propos; non-seulement il s'irrite des mauvais traitements, mais il en garde le 
souvenir et paraît en méditer la vengeance, comme il conserve aussi la mémoire et la reconnaissance 
des bienfaits. Je pourrais citer ici un grand nombre de faits paiticuliers, dans lesquels j'avoue que 
j'ai trouvé quelque exagération, mais qui cependant sont assez fondés pour prouver au moins, par 
leur réunion, que sa colère est noble, son courage magnanime, son naturel sensible. On l'a souvent 
vu dédaigner de petits ennemis, mépriser leurs insultes, et leur pardonner des libertés offensantes; 
on l'a vu, réduit en captivité, s'ennuyer sans s'aigrir, prendre, au contraire, des habitudes douces, 
obéir à son maître, llaller la main qui le nourrit, donner quelquefois la vie à ceux qu'on avait dé- 
voués à la mort en les lui jetant pour proie, et, comme s'il se lïit attaclié par cet acte généreux, leur 
continuer ensuite la même protection, vivre tranquillement avec eux, leur faire part de sa subsis- 
tance, se la laisser même quelquefois enlever tout entière, et souffrir plutôt la faim que de perdre le 
fruit de son premier bienfait. 

« On pourrait dire aussi que le Lion n'est pas cruel, puisqu'il ne l'est que par nécessite, qu'il ne 
détruit qu'autant qu'il consomme, et ([ue, dés qu'il est repu, il est en pleine |»aix, tandis que le Ti- 
gre, le Loup, et tant d'autres animaux d'espèce inférieure, tels que le Renard, la Fouine, le Putois, le 
Furet, etc., donnent la mort pour le seul plaisir de la donner, et que, dans leurs massacres nom- 
breux, ils semblent plutôt vouloir assouvir leur rage que leur faim. 

« L'extérieur du Lion ne dément point ses grandes qualités intérieures; il a la ligure imposante, le 
regard assuré, la démarche fière, la voix terrible; sa taille n'est point excessive, comme celle de l'É- 
léphant ou du Rhinocéros; elle n'est ni lourde, comme celle de l'Hippopotame ou du Bœuf, ni trop 
ramassée, comme celle de l'Hyène ou de l'Ours, ni trop allongée, ni déformée par des inégalités 
comme celle du Chameau; mais elle est, au contraire, si bien prise et si bien proportionnée, que le 
corps du Lion pourrait être le modèle de la force jointe à l'agilité; aussi solide que nerveux, n'étant 
chargé ni de chair ni de graisse, et ne contenant rien de surabondant, il est tout nerf et muscle. 
Cette grande force musculaire se marque en dehors par les sauts et les bonds prodigieux que le Lion 
fait aisément, par le mouvement brusque de sa queue qui est assez forte pour terrasser un homme, 
par la facilité avec laquelle il fait mouvoir la peau de la face, et surtout celle de son front, ce qui 
ajoute beaucoup A la physionomie ou plutôt à l'expression de la fureur, et, enfin, par la faculté qu il 
a de remuer sa crinière, laquelle non-seulement se hérisse, mais se meut et s'agite en tous sens lors- 
qu'il est en colère. 

« A toutes SCS nobles qualités individuelles, le Lion joint aussi la noblesse de l'espèce; j'entends 
par espèces nobles dans la nature, celles qui sont constantes, invariables, et qu'on ne peut soupçon- 
ner de s'être dégradées : ces espèces sont ordinairement isolées et seules de leur genre; elles sont 
distinguées par des caractères si tranchés, qu'on ne peut ni les méconnaître ni les confondre avec 
aucune des autres, à commencer par l'homme, qui est l'être le plus noble de la création, puisque les 
hommes de toutes les races, de tous les climats, de toutes les couleurs, peuvent se mêler et produire 
ensemble, et qu'en même temps l'on ne doit pas dire qu'aucun animal appartienne à l'homme ni de 
près ni de loin par une parenté naturelle. Dans le Cheval, l'espèce n'est pas aussi noble que l'indi- 
vidu, parce qu'elle a pour voisine l'espèce de l'Ane, laquelle paraît même lui appartenir d'assez près, 
puisque ces deux animaux produisent ensemble des individus, qu'à la vérité la nature traite comme 
des bâtards indignes de faire race, incapables même de perpétuer l'une ou l'autre des deux espèces 
desquelles ils sont issus; mais qui, provenant du mélange des deux, ne laissent pas de prouver leur 
grande affinité. Dans le Cbiea, l'espèce est peut-être encore moins noble, parce qu'elle paraît tenir 
de près de celles du Loup, du Renard et du Chacal, qu'on peut regarder comme des branches dégé- 
nérées de la même famille. Et, en descendant par degrés aux espèces inférieures, comme à celles des 
Lapins, des Belettes, des Bats, etc., on trouvera que chacune de ces espèces en parliculier ayant un grand 
nombre de collatérales, l'on ne peut plus reconnaître la souche commune ni la tige directe de chacune 
de ces familles devenues trop nombreuses. Enfin, dans les insectes, qu'on doit regarder comme les es- 
pè(-es infimes de la nature, chacune est accompagnée de tant d'espèces voisines, qu'il n'est plus pos- 
sible de les considérer une à une, et qu'on est forcé d'en faire un bloc, c'est-à-din^ un genre, lors- 
qu'on veut les dénommer. C'est là la véritable origine des méthodes, qu'on ne doit ( m|)loyer, en effet, 
([ue pour les dénombrements difficiles des plus petits objets de la nature, et qui deviennent totale- 



158 HISTOIRE NATURELLE. 

ment inutiles et même ridicules lorsqu'il s'agit des êtres du premier rang : classer l'homme avec le 
Singe, le Lion avec le Chat, dire que le Lion est un Chat à crinière et à queue longue, c'est dégra- 
der, défigurer la nature au lieu de la décrire et de la dénommer. 

(( L'espèce du Lion est donc une des plus nobles, puisqu'elle est unique, et qu'on ne peut la con- 
fondre avec celle du Tigre, du Léopard, de l'Once, etc., et qu'au contraire ces espèces, qui sem- 
blent être les moins éloignées de celles du Lion, sont assez peu distinctes entre elles pour avoir été 
confondues par les voyageurs et prises les unes pour les autres par les nomenclateurs. 

« Les Lions de la plus grande taille ont environ huit ou neuf pieds de longueur depuis le 
mulle jusqu'à l'origine de la queue, qui est elle-même longue d'environ quatre pieds; ces grands 
Lions ont quatre ou cinq pieds de hauteur. Les Lions de petite taille ont environ cinq pieds et demi 
de longueur sur trois pieds et demi de hauteur, et la queue longue de trois pieds. La Lionne est dans 
toutes les dimensions d'environ un quart plus petite que le Lion... 

I Ces animaux sont très-ardents en amour; lorsque la femelle est en chaleur, elle est quelquefois 
suivie de huit ou dix mâles, qui ne cessent de rugir autour d'elle et de se livrer des combats furieux 
jusqu'à ce que l'un d'entre eux. vainqueur de tous les autres, en demeure paisible possesseur H s'éloi- 
gne avec elle. La Lionne met bas au printemps, et ne produit qu'une fois tous les ans, ce qui indi- 
que encore qu'elle est occupée pendant plusieurs mois à soigner et allaiter ses petits, et que, par con- 
séquent, le temps de leur premier accroissement, pendant lequel ils ont besoin des secours de leur 
mère, est au moins de quelques mois. 

« Dans ces animaux, toutes les passions, même les plus douces, sont excessives, et l'amour ma- 
ternel est extrême. La Lionne, naturellement moins forte que le Lion, devient terrible dès qu'elle a 
des petits; elle se montre alors avec encore plus de hardiesse que le Lion: elle ne connaît point le 
danger; elle se jette indifféremment sur les hommes et sur les animaux qu'elle rencontre; elle les met à 
mort, se charge ensuite de sa proie, la porte et la partage à ses Lionceaux, auxquels elle apprend 
de bonne heure à sucer le sang et à déchirer la chair. D'ordinaire, elle met bas dans des lieux écar- 
tés et de dit'ticile accès; et, lorsqu'elle craint d'être découverte, elle cache ses traces en retournant 
plusieurs fois sur ses pas, ou bien elle les efface avec sa queue; quelquefois même, lorsque l'inquié- 
tude est grande, elle transporte ailleurs ses petits, et, quand on veut les lui arracher, elle devient 
furieuse, et les défend jusqu'à la dernière extrémité. 

« On croit que le Lion n'a pas l'odorat aussi paifait ni les yeux aussi bons que la plupart des au- 
tres animaux de proie : on a remarqué (jne la grande lumière du soleil parait l'incommoder, qu'il 
marche rarement dans le milieu du jour, que c'est pendant la nuit qu'il fait toutes ses courses, que, 
quand il voit des feux allumés autour des troupeaux, il n'en approche guère, etc.; on a observé qu'il 
n'évente pas de loin l'odeur des autres animaux, qu'il ne les chasse qu'à vue et non pas en les sui- 
vant à la piste, comme font les Chiens et les Loups, dont l'odorat est plus fin. On a même donné le 
nom de Guide ou de Pourvoijcur du Lion à une espèce de Lynx auquel on suppose la vue perçante 
et l'odorat exquis, et on prétend que ce Lynx accompagne ou précède toujours le Lion pour lui indi- 
quer sa proie ; nous connaissons cet animal, qui se trouve, comme le Lion, en Arabie, en Lybie, etc., 
qui, comme lui, vit de proie, et le suit peut-être quelquefois pour profiter de ses restes, car, étant 
faible et de petite taille, il doit fuir le Lion plutôt que le servir. 

« Le Lion, lorsqu'il a faim, attaque de face tous les animaux qui se présentent ; mais, comme il 
est très-redouté et que tous cherchent à éviter sa rencontre, il est souvent obligé de se cacher et de 
les attendre au passage; il se tapit sur le ventre dans un endroit fourré, d'où il s'élance avec tant de 
force, qu'il les saisit souvent du premier bond : dans les déserts et les forêts, sa nourriture la plus 
ordinaire sont les Gazelles et les Singes, quoiqu'il ne prenne ceux-ci que lorsqu'ils sont à terre, car 
il ne grimpe pas sur les arbres comme le Tigre ou le Puma; il mange beaucoup à la fois et se remplit 
pour deux ou trois jours; il a les dents si fortes, qu'il brise aisément les os, et il les avale avec la chair. 
On prétend qu'il supporte longtemps la faim; comme son tempérament est excessivement chaud, il 
supporte moins la soit, et boit toutes les fois qu'il peut trouver de l'eau. 11 prend l'eau en lapant 
comme un Chien; mais, au lieu que la langue du Chien se courbe en dessus pour lappêr, celle du Lion 
se courbe en dessous, ce qui fait qu'il est longtemps à boire et qu'il perd beaucoup d'eau; il lui 
faut environ quinze livres de chair crue par jour; il préfère la chair des animaux vivants, de ceux sur- 
tout qu'il vient d'égorger; il ne se jette pas vi)loiiliers sur les cadavres infects, et il aime mieux 



CAHNASSIKUS. i:,'.i 

cliasser nue riûiivellt' pruif ([iic de retourner chercher h's restes de h première; mais, (|uoi(]iie d Or- 
dinaire il se nourrisse de ( hair fi'aîche, son haleine est tres-forte et son urine a une odeur insup- 
portable. 

(1 Le rugissement du Lion est si fort, que, quand il se fait entendre, par échos, la nuit dans les 
déserts, il ressemble au bruit du tonnerre; ce rugissement est sa voix ordinaire, car, quand il est en 
colère, il a un autre cri qui est court et réitéré subitenieiit; an lieu que le rugissement est un cri 
prolongé, une espèce de grondement d'un ton gi'ave, mêle d'un frémissement pins aigu : il rugil cinq 
ou six fois par jour, et plus souvent lorsqu'il doit tomber de la pluie. Le cri qu'il fait lorsqu'il est 
en colère est encore plus terrible que le rugissement; alors il se bat les flancs de sa queue, il en bat 
la terre, remue ses gros sourcils, montre des dents menaçantes, et tire une langue armée de pointes 
si dures, qu'elle suffit seule pour écorcher la peau et entamer la chair sans le secours des dents ni 
des ongles, qui sont après les dents ses armes les plus cruelles. 11 est beaucoup plus foi't par la télé, 
les mâchoires et les jambes de devant, que par les parties postérieures du corps ; il voit la nuit 
comme les Chats; il ne dort pas longtemps et s'éveille aisément; mais c'est mal à propos que 1 ou a 
prétendu qu'il dormait les yeux ouverts. 

<( La démarche du Lion est fière, grave et lente, quoique toujours oblique. .Sa course ne se fait pas 
par des mouvements égaux, mais par sauts et par bonds, et ses mouvements sont si brusques, qu'il 
ne peut s'arrêter à l'instant, et qu'il passe presque toujours son but ; lorsquMl saute sur sa proie, il 
fait un bond de douze à quinze pieds, tombe dessus, la saisit, et, avec les pattes de devant, la dé- 
chire avec les ongles et ensuite la dévore avec les dents. Tant qu'il est jeune et qu'il a de la légèreté, 
il vit du produit de sa chasse, et quitte rarement ses déserts et ses forêts, où il trouve assiz d'ani- 
maux sauvages pour subsister aisément; mais lorsqu'il devient vieux, pesant et moins propre à 
l'exercice de la chasse, il s'approche des lieux fréquentés et devient plus dangereux pour l'homme 
et pour les animaux domestiques; seulement on a remarqué que. lorsqu'il voit des hommes et des 
animaux ensemble, c'est toujours .sur les animaux qu'il se jette et jamais sur les hommes, à moins 
qu'ils ne le frappent, car alors il reconnaît à merveille celui qui vient de l'offenser, et il quitte sa 
proie pour se venger... 

« Quelque terrible que soit cet animal, on ne laisse pas de lui donner la chasse avec des Chiens de 
grande taille et bien appuyés par des h' niraes à cheval : on le déloge ou le fait retirer; mais il faut 
([uc les Chiens et même les Chevaux soient aguerris auparavant, car presque tous les animaux fré- 
missent et s'enfuient à la seule odeur du Lion. Sa peau, quoique d'un tissu ferme et serré, ne résiste 
point à la balle, ni même au javelot; néanmoins, on ne le tue presque jamais d'un seul coup : on le 
prend souvent par adresse, comme nous prenons les Loups, en le faisant tomber dans une fosse 
profonde qu'on recouvre avec des matières légères, au-dessus desquelles on attache un animal vivant. 
Le Lion de\ientdoux dès qu'il est pris, et, si l'on profite des premiers moments de sa surprise ou de 
sa honte, on peut l'attacher, le museler et le conduire où l'on veut. 

Il La chair du Lion est d'un goût désagréable et fort ; cependant les nègres et les Indiens ne la 
trouvent pas mauvaise et en mangent souvent : la peau, qui faisait autrefois la tunique des héros, 
sert à ces peuples de manteau et de lit; ils en gardent aussi la graisse, qui est d'une qualité fort pé- 
nétrante, et qui même était de quelque, usage dans notre ancienne médecine. « 

Le tableau que De Lacépéde nous a tracé de la Lionne est peint avec trop de force et de vérité pour 
que nous ne le reproduisions pas à la suite de celui que Buffon a donné du Lion, et que nous ve- 
nons de donner. « Le Lion, dit-il, a dans sa physionomie un mélange de noblesse, de gra- 
vité et d'audace, qui décèle, pour ainsi dire, la supériorité de ses armes et l'énergie de ses mus- 
cles. La Lionne a la grAce et la légèreté; sa tête n'est point ornée de ces poils longs et touffus 
qui entourent la face du Lion et se répandent sur son cou en flocons ondulés; elle a moins de 
parure; mais, douée des attributs distinctifs de son sexe, elle montre plu.s d'agrément dans ses 
attitudes, plus de souplesse dans ses mouvements. Plus petite que le l,ion, elle a peut-être moins de 
force; mais elle compense, par sa vitesse, ce qui manque à sa masse. Comme le Lion, elle ne touche 
la terre que par l'extrémité de ses doigts; ses jambes, élastiques et agiles, paraissent en quelque 
sorte quatre ressorts toujours prêts à se débander pour la repousser loin du sol et la lancer à de 
grandes distances; elle saute, bondit, s'élance comme le mâle, franchit comme lui des espaces dfi 
douze à quinze pieds: sa vivacité est même plus grande, sa sensibililè plus ardente, son désir plu:; 



100 



HISTOIRE NATURELM". 



véliénionl, son repos plus court, son (U'[i;irl plus brusque, son élan plus inipctiU'UX. Klic offre aussi 
cette couleur unifoinie et sans tache, dont la nuance rousse ou fauve suffirait pour faire reconnaitie 
le Lion au milieu des autres Carnassiers, et pour le séparer même du Couguar, ou prétendu Lion 
d'Amérique. » 

On sait que le Lion peut se reproduire dans nos Ménageries, où on le voit fréquemment, et l'on a 
pu même obtenir le produit d'une Lionne et d'un Tigre, espèce qui, ainsi que nous le verrons, en 
est assez voisine. 




Fig. 85. — Lion et Lioiinu 



Dans nos climats, ainsi que le fait observer Fr. Cuvier, quelques précautions seraient nécessaires 
pour faciliter la reproduction de ces animaux ; la principale consisterait à les tenir trés-chaudement 
et de manière qu'ils ne fussent point plongés dans l'atmosphère humide et malsaine de toutes nos 
Ménageries. En effet, aucun des petits nés au Muséum de Paris n'a vécu au delà d'un an, c'est-à-dire 
au delà de l'époque où les canines se développent, époque qui parait très-dangereuse pour les Lion^. 
De Lacépède a donné des détails intéressants sur une Lionne provenant de Barbarie, qui a produit 
à notre Ménagerie. Lorsque cette Lionne eut six ans, elle entra en chaleur, et les signes que cet état 
produisirent furent les mêmes que chez la Chatte; elle s'accoupla, devint pleine; mais au bout de 
deux mois elle mit au monde deux fœtus morts qui n'avaient pas de poils. Vingt el un jours après, 
elle revint en chaleur, et, dans le niéniejour, reçut cinq fois lenn'ile; el l'on s'aperçut bientôt qu'elle 
était pleine. Au bout de cent huit jours, c'est-à-dire un peu plus de trois mois et demi, dès sept 
lieines du matin, ses douleurs commencèrent; à dix heures elle mil bas un petit Lion mâle; un second 



CARNASSIERS. 



IGI 



l,ioiiii';ui iiiiquil ;i dix luniics cl ilumii', et un lioisiénie à onze licurcs un quait. L'un de ces trois 
jeunes Lions avait, einq jours après sa naissanee, environ un pied depuis le devant du front jusqu'à 
i'oritîine de la queue; la queue était longue de einq pouees dix lii^nes. Lorsque ces Lionceaux sont 
venus au jour, ils n'avaient pas de crinière; et, en effet, ce n'est qu'à trois ans que cette parure 
paraît : et, en outre, ils n'avaient pas au bout de la queue ce flocon de poils qu'on observe chez les 
adultes. Leur poil était laineux et n'offrait pas encore la couleur de la robe de leur père; il présentait 
sur nu fond mêlé de i;ris et de roux un ifrand nombre de bandes petites et l)runes, qui étaient surtout 
très-distinctes sur l'épine dorsale et vers l'orii^ine de la queue, et ([iii étaient disposées transversale- 
ment et de cliaque côté d'une raie lon!;itudin.ile bniiie, el étendue deiuiis le derrière de la tète jusqu'au 




ris. Sf). — CoMiljal cil' Lion ul de ['ajilliére. 



bout de la queue. A mesure que ces Lionceaux grandirent, les nuances de leurs couleurs se rappro- 
chèrent de celles du Lion adulte, leurs bandes et leur laie disparurent, et les proportions de leurs 
différentes parties se rapprochèrent de celles de leur père ou de leur mère : toutefois, à l'âge de 
neuf mois, les jeunes niàles nés à notre Muséum avaient encore la raie longitudinale et les bandes 
transversales sur le dos. C'est en novembre 1801 que les Lionceaux sont nés; vers la (in de mars de 
l'année suivante, leur mère a été couverte par le mâle, et le 15 juillet elle a donné le jour à deux 
jeunes Lionnes; elle a porté ces deux femelles pendant un temps égal, ou à peu prés, à celui pendant 
lequel elle avait porté les trois Lionceaux mâles. Peu de temps après la naissance de ces deux fe- 
melles, les trois Lionceaux étaient déjà devenus méchants. Un de ces jeunes Lions, qu'on avait coupé 
pour tâcher de savoir quel peut être l'effet de la castration sur des individus d'une espèce aussi ter- 
c' 21 



102 IIISTOIUE A'ATIJP.ELLE. 

lililc ([IIP coIIl" du I,ioii, p;ii';iissait moins Irailalili' que les autres. I,a I.ioiiuo a (|ualre mamcllos : 
1 allailonu'iit dura six mois. Ainsi que la (llialle, la Lionne avait le plus i^rand soin de ses p-elils; elle 
les léeljail sans cesse, ne les quittait point, et les entretenait dans une grande propreté. Cependant 
une profonde inquiétude l'agitait souvent; il semblait qu'un instinct secret l'excitât à vouloir les 
porter dans des lieux cachés et loin delà vue des hommes ; elle les prenait entre ses dents, et, dans 
un grand étal d'agitation, les promenait pendant des quarts d'heure, ce qui a occasionné la mort de 
])lusieurs. 

On n'a pu suivre sur aucun de ces jeunes Lions les progrés du développement du caractère, car ils 
sont tous morts, et il paraît qu'ils ont .succombé aux premiers effets de la dentition; les deux jeunes 
Lionnes de la seconde portée périrent aussi à la même époque. Avant l'époque citée par De Lacépéde. 
et aussi depuis, ou a constaté plusieurs cas de reproduction de Lions dans les Ménageries d'Europe, 
pi'incipalement à Florence, à Naples, et surtout en Angleterre, où les animaux des Ménageries sont 
soignés avec le plus grand soin. En ISIi, il est né, à la Ménagerie de\Vind.sor, d'une Tigresse qu'on 
avait accouplée avec un Lion, deux petits : ils étaient très-doux l'un et l'autre, ne ressemblaient ni à 
leur père ni à leur mère, et ne se ressemblaient pas même entre eux. Ce fait du croisement de deux 
espèces aussi distinctes, et qui avait été nié à tort par Buffon, ne pourrait-il pas, ainsi que le fait 
remarquer M. Boitard, expliquer la grande confusion qui existe dans l'histoire de la synonymie des 
Chats'.' 

Les excréments de ces animaux sont semblables à ceux du Chat, et très-fétides. Le mâle, du moins 
dans 7i<)s Ménagei'ies, ne se débarrasse des siens qu'une fois par jour; son urine est aussi trè.s-])uante, 
ainsi que celle des Lionnes. 

Comme nous l'avons dit, Buffon a embelli le tableau lorsqu'il nous a ti'acé l'histoire du Lion; mai^ 
peut-cire aussi certains naturalistes ont-ils exagéré en sens opposé. Quoi qu'il en soit, et en pre- 
nant note de celte dernière remarque, rapportons à ce sujet ce qu'en dit l'auteur de l'article Cluii 
du D'icltoimaire mnversd d'Histoire nalitrcllc. 

(I 11 est fâcheux que toutes les belles qualités du Lion s'évanouissent devant la réalité toujours peu 
poétique et encore moins flatteuse. Ce roi des animaux ressemble à tous ses congénères, ou, s'il se dis- 
lingue du Tigre, du Jaguar, etc., c'est par sa poltronnerie. Quoique n'ayant pas la pupille nocturne, il 
ne sortde sa retraite que la nuit et seulement quand il est poussé par la Hiim. Alors, soit qu'il se glisse 
dans les ténèbres â travers les buissons, soit qu'il se mette en embuscade dans les roseaux, sur les 
bords d'une mare où les animaux viennent boire, par un bond énorme il s'élance sur sa victime, qui 
est toujours un animal faible et innocent, ne pouvant lui opposer aucune résistance, lors même que. 
dans son attaque, il n'emploierait pas la surprise, la ruse ou la perfidie. Ce n'est que poussé par 
une faim extrême qu'il ose assaillir un lîœuf ou un Cheval, ou tout autre animal capable de lui résis- 
ter. Dans tous les cas, s'il manque son coup, il ne cherche pas à poursuivre sa proie, parce qu'il ne 
peut courir, et l'on a appelé cela de la générosité, comme on a décoré du nom de gravité la lenli'iir 
forcée de sa marche. Sa nourriture ordinaire consiste en Gazelles. Dans l'ombre, il parcourt la cam- 
pagne, et, s'il ose alors s'approcher en silence des habitations, c'est pour chercher â s'emparer des 
pièces de menu bétail échappées de la bergerie; il ne dédaigne pas même de prendre des Oies el 
autres volailles quand il en trouve l'occasion. Enfin, faute de mieux, il se jette sur les charognes el 
les voiries, malgré celte, noblesse et celte délicatesse di' goût qu'on lui suppose. 11 est arrivé assez 
souvent à nos sentinelles, à Conslantine, de tirer el de tuer des Lions qui venaient la nuit l'oder au- 
iiiui' de la ville, alin de manger les immondices jetées hors des murs. Si, |u;ndant le jour, un Lion a 
la hardiesse de s'approcher en ta]iinois d'un Iroupeau pour en saisir un Mouton, les bergers cricni 
aussilùl haro sur le voleur, le poursuivent à coups de bâton, lui arrachent sa proie de vive force, 
mettent leurs Chiens â ses trousses, el le forcent à une fuite honteuse et précipitée. Il en arrive sou- 
vent ainsi au cap de Bonne-Espérance, quand les howars hollandais le surprennent rôdant autour de 
leurs écuiies : ils en ont même tué (pu'lquefois à coups de fourche. Mais c'est dans les vastes solitudes, 
où il domine en mailie parce qu'il dcuniiie seul, ((ue le Lion déploie toutes les facultés qui assurent sa 
puissance. » 

lîn intrépide voyageur français, Adulphe Delegorgue, dans son Voijaiic iluns l'Afritiur utislralc 
(2 vol. in-8. Paris, A. Renn cl comparinie, ISil), ouvrage très-peu répandu, a donné d'intéressants 
Jélails sur les nnrnrs des animaux en grand nombre, qu'il a chassés nombre de fois dans lapro- 



CAHNASSlEliS. IG:) 

viiict' (lu cap (le l!(iiiiie-E:>j)t'i';ui(i'. l-cs laits raiiportcs par AduljiiK' hcicydi'i^iK', mort depuis peu 
(raiiiii'i's, au oûrmiiencemcnt d'uu second voyaye, victime de son zi'ie pour la science, eeu\ suiloul 
(|iii concernent la chasse du I.ioii, nous ont semblé trop importants pour que nous n'ayons pas 
(111 utile de les transcrire ici maigri' leur longueur et parce que leur autlienticité nous parait cer- 
taine. Nous avons pensé que ces détails compléteraient ceux que nous avons rapportés, et qu'ils 
rectilieraient en même temps certains faits qu'indi(piciit continuellement les naturalistes et les voya- 
geurs, et qui ne sont cependant pas toitt à l'ait autlieiiti(iues. Nous croyons intéresser nos lecteurs, 
et nous faire ainsi pardonner la longueur du récit qui va suivre ; puissions-nous par là rendre aussi 
hommage à la mémoire de rinfortuné Delegorgue. 

« Le Lion, qui, chez nous, jouit d'une si haute réputation de noblesse et de courage, ne la conserve 
piobaiilement aussi entière que ]Kirce qu'il habite loin de notre pays, et que nous ne sommes nulle- 
ment à même d'observer ses mœurs à l'ctat sauvage. Au dire des chasseurs sud-africains habitants 
des contrées nouvellement envahies, où chaque jour on rencontre de ces animaux, le Lion est un ani- 
mal qu'il est prudent de laisser passer sans molestalion. Sa chasse offre des dangers, et la posses- 
sion de sa peau, ne rapportant que de cinquanie à soixaute-quinze francs, ne tente pas sufiisamment 
la cupidité pour engager des hommes à en faire une chasse spéciale. Aussi le jilus souvent le Lion 
doit-il la vie à son peu de valeur intrinsèque. Mais, par suite de ses déprédations nocturnes, quand, 
après avoir dispersé des Bœufs, le Lion s'est emparé de quelqu'un d'entre eux, la colère du Boer, 
lésé dans ses intérêts les plus chers, ne connaît jioint de liornes; elle ne calcule plus rien, et son 
apaisement ne sera complet que lorsque la peau du Lion, portée au marché, aura payé une partie des 
pertes. 

(( Notre Boer partira seul à cheval; quelquefois des amis l'accompagneront, la société est peu utile; 
elle tourne même fréquemment à l'avantage du Lion que l'on attaque. L'animal a été vu; il s'est levé; 
lentement et lièrement, il a parcouru de (piinze à trente pas, jetant fréquemment un regard sur ses 
derrières, puis il s'est couché. Son parti est bien pris : ce qu'il veut, c'est tout d'abord du respect; 
lattaque-t-on, c'est vaincre ou mourir. 

(( Le Boer l'approche à trente pas. Jusque-là point de danger; il est libre encore de l'attaque et de 
la retraite; mais, bien résolu, notre homme tourne son Cheval la croupe du côté du Lion. Il en saute 
à bas, conservant la bride passée au bras gauche; il ajuste et tire. Oue la balle ail atteint la cervelle, 
la mort est instantanée; l'animal roule ou s'affaisse alors, sans rien témoigner qu'un tremblement des 
|)attes, qui s'allongent, et tout est fini. Mais, que le chasseur ait tiré en plein corps, la question 
change. Il est impossible de savoir si le coup est léger ou mortel; l'hémorragie peut se déclarer dans 
l'effort violent que fait l'animal pour se venger; elle est plus ou moins prompte, lors même que le 
cœur a été traversé de part en part; et, dans une circonstance de ce genre, il arriva que le Lion vécut 
encore assez pour s'élancer sur le Cheval, le déchirer de trois coups de patte, lorsqu'il expira pn)- 
che du cavalier, renversé par le choc. 

« Que l'animal ne soit que légèrement blessé, le chasseur doit s'attendre à une sévère riposte dont 
ne saurait le sauver le galop de son Cheval, trop lent à s'ebranlei, et sur lequel tombera le Lion au 
second ou troisième bond. Faire tête alors en croisant la baïonnette, je le suppose, système inventé 
par des chasseurs de cabinet, serait un pis-aller inutile, nuisible même; car, du choc, l'homme le plus 
solide sera renversé sous le Lion, et, en admettant même que l'animal se soit enferré le cœur, 
l'heureux succès inespéré n'empêchera pas que l'homme ne soit déchiré en lambeaux d'un coup de 
griffe ou croqué d'un coup de dent. 

(( Le mieux, en pareil cas, est de faire le sacrilice du Cheval en s'en écartant pour recharger son 
arme, et tout chasseur qui se possède pourra, s'il le veut ensuite, approcher à bout portant le Car- 
nassier furieux qui s'acharne sur sa victime, et l'étendre d'un seul coup à ses pieds, parce que, dans 
les efforts qiu^ fait le Lion pour mordre i ])laisir, les muscles des mâchoires agissent d'une fa(;nn 
puissante, tandis que les organes voisins restent neutres, comme si leur coopération était inutile. 
Ainsi, alors les yeux sont fermés, et le Lion, qui savoure la vengeance, ne voit pas plus que s'il était 
aveugle. Les Cafres des frontières de la colonie du cap de Bonne-Espérance, vulgairement nom- 
més Cafres chauves, sont tellement convaincus de cette particularité, qu'ils basent leur mode d'atla- 
({ue sur sa connaissance. 

il L'un d'eux, porteur d'un vaste bouclier de buflle, épais et dur, auquel a été donné une forme 



164 HISTOIRE NATURELLK. 

coiifave, s'appruciie le premier de l'aniiiial et lui laïK^e Iiarilimenl une assagaye. Le Lion bundit vers 
son agresseur; mais riiomme s'est laissé tomber à plat sur la terre, et son bouclier le recouvre de 
même que ces cônes marins adhérant aux rochers sans permettre la moindre piise. Un instant de 
stupéfaction s'écoule pour l'animal indécis, puis il essaye ses i;riffes et ses dents sur la partie supé- 
rieni'e du bouclier, (|ui les voit glisser sans effet produit. 11 redouble en y mettant plus de force, 
et alors, cerné par la bande d'hommes armés, son corps est tour à tour percé de vingt, de cent 
assagayes à la hampe trémoussante qu'il s'imagine l'ecevoir de l'homme qu'il tient sous lui. Les as- 
saillants se retirent, le Lion s'affaiblit bientôt et tombe à côté du Cafre à la carapace, lequel a soin 
de ne se dégager que quand le terrible animal ne donne plus signe de vie. 

(( Le Cheval, dans la chasse du Lion qui' font les Boers, a son utilité, non dans le but de joindre 
l'animal, lequel, s'il est vu en ])laine découverte, atteindra toujours son ennemi, mais bien jiour sau- 
ver le cavalier des griffes du Lion, par substitution si le cas l'exige; car il est à la counai.ssance de 
tous les chasseurs sud-afri<-ains que le Cheval sera toujours la première victime. Le Cheval est un 
traître qui prête son dos à l'homme; le Lion ne le craint pas; il en vient facilement à bout; il en fait 
sa proie favorite. L'homme, au contraire, diffère des animaux à quatre pattes; le Lion le craint da- 
vantage; fréquemment ceux de sa race sont tués par lui, et dans toute contrée giboyeuse il ne dévore 
pas l'homme après l'avoir tué. 

« Certains animaux, lorsqu'ils sont mortellement blessés, témoignent une faiblesse qui résulte, 
soit de leur peu de moyens de défense, soit de la douceur de leur caractère : les uns poussent des 
cris plaintifs, qu'ils ne font entendre qu'à cette heure suprême; les autres versent des larmes; la 
Canna surtout attendrit le chasseur, qu'il semble implorer, au lieu de se servir contre lui de ses re- 
doutables cornes; d'autres se résignent simplement, sans donner aucune marque ni de force ni de fai- 
blesse. Le Lion diffère d'eux tous; il semble se rapprocher de l'homme; il participe hautement du dés- 
espoir du vaincu, .\-t-il la conscience de sa mort prochaine, tant qu'il conserve la faculté de se mou- 
voir, griffes et dents sont en action; sa défense peut être comparée ;i la plus vigoureuse attaque; 
mais est-il démonté, ses ennemis se tiennent-ils à une distance infranchissable pour lui, traversé 
déjà dans ses parties vitales, le désespoir s'empare tout entier de lui, l'effort de ses dents se tourne 
contre lui-même; il se croque les pattes, se brise les doigts, comme s'il tentait de s'anéantir, comme 
s'il voulait devenir l'auteur de sa propre mort. C'est un véritable suicide que les armes reçues de la 
nature ne lui permettent pas de consommer. 

« Mais un si grand courage n'est provoqué que par des circonstances indépendantes de la volonté 
du Lion; et, jugé sous un autre aspect, le roi des animaux ne mcrite plus son titre; il n'est même 
plus digne du respect qu'on lui porte. En effet, et plus de cinquante fois je l'ai vu, le Lion, pris au 
dépourvu, s'enfuit à l'aspect d'un homme seul, d'un enfant, d'un Chien qui surgit inopinément de- 
vant et proche de lui. Dans un pays coupé de ravins, parsemé de collines, présentant quelques bois 
qui servent à couvrir sa retraite, le Lion détale à cinq cents pas sur le seul bruit de voix d'hommes que 
lui rapportent les vents. Il est certain de n'avoir point été soupçonné; il fuit prudemment, de crainte 
de danger; la compagnie de trois ou quatre de ses semblables ne le rassure pas; il part avec eux, 
doucement et sans bruit d'abord, rapidement et par larges bonds ensuite. La peur, sans aucun doute, 
s'est emparée de lui, et il cède à la peur! 

« Est-ce en pays découvert, où se présentent des inégalités de terrain, le Lion en profite, mais il 
n'ose se lancer à la course; il craint de donner à penser à l'homme qu'il songe à fuir. Il semble re- 
douter de compromettre sa dignité; il tourne, retourne, comme s'il s'occupait d'autre cliose, mais 
s'éloignant toujours; et, sans aucun doute, il ira loin si l'homme ne fait auc-une démarche. Veut-on 
l'arrêter dans sa retraite lorsqu'il reste en vue, rien de plus aisé : il suflit d'agiter les bras et de le 
lu 1er fortement; le Lion reste en place et écoule; mais, quand le silence se fait, le Lion continue. 
Va-t-on droit à lui en criant encore, il s'arrête de nouveau; souvent même il se couche immédiatement. 
Malgré lui, le Lion accepte le défi lancé; cette fois, son honneur, sa réputation de courage, sont mis 
enjeu. Mais le chasseur peut, s'il le veut, déloger l'animal de sa position piise, et le moyen est aussi 
facile qu'étrange. 

(( Des herbes longues d'un mètre couvrent la terre; que l'homme qui s'en approche de biin s'y 
accroupisse ou qu'il s'y (;ouche, l'animal s'inqniélc de ne jilus voir son ennemi; s'iniagine-I-il que 
wiui-ci va le tourner ou se préparer à bondir, à l'attaquer d'une manière imprévue'.' Je ne sais ce 



CARNASSIERS. 165 

qu'il est convenablement permis de supposer en ce cas; mais tant de fois je l'ai essayé, et jamais le 
Lion n'est resté en place. Bien plus, quand je ne le voulais pas, pour m'élre simplement aiicnuuillé, 
afin d'éviter des branches d'arbres, ou pour mieux ajuster mon canon de fusil sur des Lions levés de 
quelques pas, en se tenant à trente, je vis chaque Ibis partir ces animaux, saisis d'une panique irré- 
sistible, et, outre ceux qui me sont propres, mille faits de ce genre que m'ont racontés des chasseurs 
plus vieux et plus expérimentés que moi confirment pleinement mon opinion à cet égard. 

« Il ne faut pas croire non plus qu'il soit dangereux de blesseï' un Lion surpris sans s'y attendre; 
son premier mouvement sera toujours de fuir, s'il est en état de le faire. Ainsi donc, qu'un Lion 
sommeille, les jambes allongées, ou qu'il quitte sa proie, sur laquelle il a concentre son attention, 
pourvu qu'il ne sache rien du chasseur, celui-ci ne doit jamais hésiter à faire usage de ses armes : 
ainsi j'ai fait maintes fois, à de très-courtes distances, sans courir le moindre danger. 

« La nuit, cet animal, qui, comme tous ceux de la race féline, jouit d'une excellente vue, atteste 
par ses actes une audace voisine de la témérité. Le domaine de l'homme, dont il s'écarte pendant le 
jour, lui devient familier durant les ténèbres. Le Lion ne balance point à saisir le Cheval attaché près 
du maître qui dort, et le bœuf fixé par les cornes aux roues d'un chariot habité, souvent même en 
dépit des Chiens, trop tardifs à aboyer. Le cri des hommes, la détonation du fusil, ne réussissent 
pas à le chasser; mieux vaut l'usage du long fouet, dont la mèche le châtie et l'effraye par son éclat 
trop voisin. 

« Mais que l'homme change brusquement de rôle, qu'il blesse le Lion trop confiant dans les avan- 
tages que lui offre l'obscurité plus ou moins incomplète, le Lion, alors, désappointé, honltux et pe- 
naud, se retire sans pins rien oser tenter. En effet, la partie est perdue pour lui : les Bœufs, solide- 
ment fixés, sont tout debout, incapables d'obéir à la peur qui les presse de fuir et les livre aux Lions; 
les Chiens aboient, prêts à réclamer le voleur, et les hommes ne dorment plus. Que la lune se dé- 
masque un instant, ou seulement que quelques étoiles nous désignent d'un rayon le Lion, dont le 
plan d'attaque échoue, tirez-le hardiment : confus, il partira. Ainsi, encore une fois, ai-je fait à dix pas 
sur un Lion d'abord suivi peu après de sa femelle. A défaut de toute autre arme sons la main, mon 
fusil double chargé du n" 5 fit grogner et partir l'un et l'autre, sans qu'ils osassent témoigner autre- 
ment leur colère. 

« Dans les contrées où, faute d'un gibier suffisant et facile, le Lion est réduit à convoiter, le jour, 
les troupeaux des habitants et à tenter d'en saisir quelque individu la nuit, son habitude est de 
faire plus d'un repas de sa proie. Pour peu que l'on prenne ses précautions et que l'animal ait faim, 
il est assez aisé de l'avoir sous le coup du fusil; il suffit de se poster à proximité des débris et d'y 
attendre patiemment que le maître paraisse. C'est d'ordinaire entre dix et onze heures de la nuit que 
l'espérance du chasseur se réalise; le Lion arrive lentement par le dessous du vent, et toute chance 
favorise l'homme, si l'animal n'a point croisé la ligne de ses émanations; mais pas de bruit, pas un 
souffle inutile, que pas une feuille ne bouge; et, blessé sans aucun soupçon, l'animal partira s'il n'est 
étendu mort. 

« Si, au contraire, le Lion a deviné la présence du chasseur, qu'il l'ait entrevu, celui-ci court les 
plus grands risques Cette fois le Lion se considère maître de ce qu'il a conquis, et d'ordinaire il ne 
souffre point de partage. Gare à l'homme! Que tout son sang-froid lui vienne en-aide, qu'il n'ait pas 
la malheureuse idée de tergiverser, qu'il tienne bon, qu'il s'accroupisse. Cette mesure le sauvera 
peut-être de l'attaque, où le tir est si inexact et si difficile; et si l'animal, dans son hésitation, se 
présente bien à découvert, que le coup parte etl'ètende roide sur place, sinon le Lion sera le maître, 
et bientôt la lune projettera sa p;de lumière sur un groupe effrayant que l'on se figurera. 

« Cependant, et c'est ici le lieu de faire cette remarque, il arrive quelquefois que, par un caprice 
inexplicable, généralement qualifié de générosité, le roi des animaux ne tue pas l'homme qu'il tient 
sous lui, bien qu'il en ait été blessé le premier. Quebpu'fois il se contente de divers coups de dents 
qui brisent et broient les mendjres, ou d'un seul qui laboure la poitrine de quatre sillons. 11 borne 
là sa vengeance et s'en va. J'ai connu un intrépide chasseur qui deux fois en sept ans avait été tenu 
de la sorte par un Lion blessé; la première lui avait valu deux fractures aux membres, la seconde 
six, sans compter les profonds stigmates laissés par les griffes sur maintes parties de .son corps. 
Un autre, du nom de Verinaes, non moins intrépide, tenu plus d'une minute par une fameuse Lionne, 
en fut quitte pour quatre traces profondes des canines, glorieuses cicatrices qu'il me découvrit avec 



\(,Ct HISTOIRE NATLIllELLli;. 

un ail' de viv(^ satisfarliuii. loi iiuurlaiil la vie de ces lionimes avail elé cunnjlcteiiK'iil a la iiiorci de 
ces t(MTibles animaux. Mais prétendre assigner une cause à leni' conduite étonnante me semble iliffi- 
cile, pour ne pas dire impossible. 

« Le Lion est donc plus paeilique et moins dangereux pour l'homme qu'on ne se l'imagine ordi- 
nairement. 11 anive tous les jours que les Cafres, qui n'ont pa.s d'armes à feu, traversent avec leur 
famille des espaces où circulent de ces animaux, et, pour ces hommes, la présence des Lions n'est 
point une cause d'effroi. Un ou plusieurs Lions bondissent à dix pas et se maintiennent à trente; les 
Cafres ])assent comme sans y prendre garde, et jamais je n'ai oui jiarler d'accidents dont les Lions 
eussent été les auteurs sans provocation. Ces mêmes Cafres chassent-ils devant eux des Bœufs ou 
des Vaches, la question peut changer; je ne réponds pas des bètes à cornes, non plus que des proprié- 
taires qui voudront les protéger. Mais ici l'on peut voir encore que le Lion ne s'adresse pas directe- 
ment ;i l'homme. 

« Ainsi les peuples pasteurs .sont les seuls dans ces contrées qui aient quelque chose à redouter 
du Lion. Ils sont les seuls qui voient avec plaisir la mort du Lion; et pourtant, si cet animal a expié 
de sa vie quelque rapine commise, j'oserais dire que c'est une dîme assez justement prélevée. En 
effet, le Lion a véi'itablement dans ces parages son incontestable utilité, et voici comment je le prouve ; 
que depuis Draakens-Berg ou des sources du Tonguela jusqu'au tropique du Capricorne pas un Lion 
n'existe, il est certain que les bordes de Gnous et de Couaggas, qui n'y sont déjà que trop nombreu- 
ses, vont se multiplier dans une effrayante proportion. Je ne demande pas dix ans, et les peuples pas- 
teurs n'y trouveront pas une pointe d'herbe pour leurs bestiaux. 

« Il y avait beaucoup de Lions quand je traversai l'Elands-Rivier à Vaal-Rivier, puisque chaque 
jour nous en apercevions plusieurs, et que presque chaque nuit ils tentaient de saisir nos Bœufs; leur 
nombre était cependant insuffisant, puisque leur mission n'était pas remplie; et cela est d'autant plus 
vrai, qif avant d'atteindre Vaal-Rivier je cheminai six journées sans que mes Bœufs trouvassent à saisir 
le moindre gazon. C'était l'hiver, tout avait été tondu par les Gnous et les Couaggas, dont la bouche 
et les dents rasent littéralement la terre, et pas un pouce de terrain n'existait sans porter l'empreinte 
d'un pied. Or, dans des teries friables, ces empreintes équivalent à un labourage. 

« Donc, s'il n'y avait pas de Lions qui diminuassent le nombre d'individus des espèces dllerlii- 
vores sauvages, non-seulement les Cafres ne trouveraient pas de pâturages ]iour leurs bestiaux, mais 
b's Gnous et les Couaggas eux-mêmes verraient leur masse entière y périr d'inanition si l'émigralion 
leur était interdite. Il est vrai que, quand l'homme civilisé ou simplement doté d'armes à feu s'établit 
quelque part, le Lion n'a plus de mission à remplir, puisque alors l'homme le remplace, et bientôt 
disparaissent les Herbivores et les Carnassiers. Mais, avant disparition complète, comme la proie de- 
vient de jdus en jilus diflicilc à saisii'. c(Mnme encore les animaux domestiques sont moins rapides 
à la course et de condition meilleure, le Lion se jette sur eux, et sous ce concouis de circonstances il 
les préfère, lors même qu'abondent Gnous et Couaggas. C'est ce qui ex|dique la molestation dont 
sont l'objet les voyageurs qui ne circulent qu'avec de longs attelages. 

(( Les peuples qui, par suite de guerres désastreuses, vivent simplement des produits de la terre, 
ou ceux qui. comme les Boschjesnuuis, ne vivent que de chasse, sont loin de vouer leur haine au 
Lion. Tour eux, il n'est nullement nuisible, et dans mille circonstances il leur est utile. Eu effet, le 
mode de chasser de ces hommes n'offrant un rapport ni grand ni certain, ils sont fréquemment ré- 
duits à chercher fortiuie dans les bois. Le Lion leur laisse de grands débris, nullement à dédaigner, 
et chaque matin des vedettes recueillent les indications des Vautours, qui jamais ne les trompent. Le 
manteau de plus d'un Makaschla est fait de la peau de la proie du Lion, que la moelle des os de la 
victime a rendue souple, tandis que Je même homme s'était repu de sa chair : aussi ces peuples ne 
st^ souciaient-ils nullement de m'aider à les débarrasser de ces voisins dont ils prisent les services. 

« Il est très-naturel que les mœurs du Lion subissent des niodilications suivant les climats et les 
lieux qu'il habite. Aussi la description que j'en donne ne regarde que celui de l'Afiique australe. . 
l'eut-être diffère-telle de celle que l'on ferait du Lion du Sahara; mais le fond, ce me semble, doit 
rester le même. Je pense avec quelque raison que les individus provenant de l'Afrique australe doivent 
être les plus grands et b^s plus forts de leur rac'e. La peau plate etséchée de l'un d'eux, qui était un 
mâle paifaitementadulte, mesurait du nez à l'extrémité de la queue 5"', 50, la queue allant pour 1"',00. 

« Leur force trouve à s'y exercer pins (pTen aucun autre lieu de rAfi'i(|ue, les Bul'lles et les Rliino- 



CARNASSIERS. i07 

céros n'étanl nulle part plus nombreux qu'au pays dos Massilicalzi. oii j"ai ionstenips (liasse, ot d'oi'- 
ilinaire, chez ces animaux nullement énervés, la force est en raison de leur taille. S'en faire une juste 
idée n'est guère possible; tout ce que je puis avancer et certifier pour l'avoir vu. c'est qu'un Buffle 
mâle vieux, que je tuai, portait, de l'épaule à la naissance de la queue, quatre sillons profonds de 
quatre centimètres, résultant d'un simple coup de palte. Maintes fois je trouvais des llhimcero.'i s'imits 
de la plus haute taille, que ni leur peau, ni leur poids, ni leur force, ni leur fureur, n'avaient pu 
préserver de la mort. La place du combat était visible; partout elle était foulée, et l'empreinie du 
Lion .s'y lisait sur chaque point. 

« Le jeune Éléphant qui s\iit sa mère périt souvent victime du Lion, qui le guette au passage, 
l'abat, l'étrangle, et part sans le disputer, certain de le retrouver ensuite. Mais je ne sache pas que 
le Lion attaque l'Hippopotame, qui, de tous les animaux connus, porte la peau la plus épaisse; l'effet 
de ses mâchoires est sans doute trop redoutable, et le Lion y renonce, quoique sa chair lui convienne 
fort par sa similitude avec celle du Rhinocéros simiis. Et je dis ainsi, parce que le Lion venait sou- 
vent sur les débris de nos Hippopotames tués et gisants .sur les bords du fleuve. 

« La force musculaire du Lion est encore attestée par l'étonnante largeur de ses bonds. Du point 
où reposait un mâle à celui où il retomba après un seul saut, je mesurai dix-huit de mes pas. C'est en 
-s'élani^ant ainsi inopinément sur sa proie qu'il l'atteint; car le Lion est mauvais coureur, cl, s'il pro- 
cédait autrement, les Antilopes, trop lestes, lui écliapperaienl toujours. 

i( Vers novembre, décembre et janvier, durant l'été de ces climats, quand les herbes sont longues, 
le Lion chasse seul ou suivi de sa femelle. 11 peut alors espérer réussir pendant le jour, tant il excelle 
à s'approcher en rampant; la longueur des herbes le couvre. L'animal herbivore qui paît porte bas la 
tète; il ne la relève qu'à intervalles à peu près égaux, si quehpie bruit ne l'y engage. La distance 
mesurée par le Lion est parcourue; il jette un regard, s'assure de sa proximité, se ramasse et bondit : 
l'Antilope est à lui. Mais arrive-t-il que le Lion ait failli, il bondit encore ; sa proie lui èchappe-t-elle 
de nouveau, il fait un bond de plus, qui est le dernier, et que le succès ne couronne presque jamais. 
Le Lion se ravise alors et fait route en sens opposé à la course de l'Antilope. 

« rendant l'hiver, durant juin, juillet et août, quand les herbes sont ou foulées ou brûlées par le 
feu, pour un Lion seul, la chasse n'est possible que la nuit ; encore, comme elle ne saurait être fort 
abondante en résultats, le jour voit fréquemment ces animaux, réunis en cordons, qui cernent et 
rabattent le gibier vers des gorges, des détilés et des passages boisés, enlacés et difiiciles, où sont 
postés quelques-uns de leurs acolytes. Ce sont des battues faites en règle, mais sans bruit, où les 
émanations des Lions qui rabattent du vent sous le vent suffisent pour contraindre au départ les Her- 
bivores qui les recueillent. 

« Une fois, à deux reprises, en quelques minutes d'intervalle, nous tombâmes, mes chasseurs et 
moi, au centre d'une ligne de semblables traqueurs. vingt d'abord, trente ensuite, les courts buis- 
sons de Jomj-doi-a. jeunes HHnwsas. nous en ayant primitivement intercepté la vue. Un Rhinocéros 
sur lequel nous allions paraissait surtout être l'ubjet de Irur convoitise. Malheureusement notre pré- 
sence les troubla dans leur plan d'attaque, et la leur nous ayant contraints à abandonner notre ])rc- 
mier but, le Rhinocéros dut sa vie aux idées simultanées de possession qu'avaient eues ses deux plu> 
redoutaliles ennemis. 

« Toutefois, ce que j'eusse désire le plus ardemment, c'eût été de voir aux prises avec le Rliiiio- 
céros cette troupe de Lions si formidable. Souvent j'ai rencontré de grands débris résull;int de ces 
combats, dans lesquels l'herbivore avait toujours fini par succomber; et jamais il ne m'a été donné 
d'être proche témoin de telles scènes, si palpitantes d'intérêt. 

« Cependant un homme a vu. a ouï tout cela ; la nuit, seul, sans armes, sans feu, ab;uul(uinè de 
ses Cafres, blotti dans un buisson de Joiifj-ilora, dévoré par la soif, assailli di' mille iiuiuieludes, et 
de plus flaire par des Rhinocéros, contre lesquels il ne trouvait pas un arbre qui lui servit d'asile; 
or, mon estimable ami de Wahlberg a été témoin à vingt pas d'une de ces luttes, et lui seul au monde, 
peut-être, saura nous dire la rudesse de l'attaque, le désespoir de la défense, comme aussi ses an- 
goisses d'alors. C'est à l'état de nature, au milieu des forêts sauvages, quand ils agissent en toute 
liberté et qu'ils ne soupçonnent pas l'œil de riiomme, que ces animaux doivent être surtout ob.servés 
pour être bien connus. » 

Nous n'ajouterons plus rien sur les mœurs du Lion ; nous dirons seulement que l'on sait com- 



168 



HISTOIRE NATCRELLE. 



bien, surtdiil ile|niis que nous possédons l'Algérie, la ciiasse de cet animal a été faite souvent; mais 
nous ne décrirons pas ces chasses dans lesquelles l'iiomnie court souvent de graves dangers, c-ar 
nos lecteurs en ont tous lu les récits dans les journaux, et tous ont admiré le courage de notre in- 
trépide Gérard. 

Nous devons, pour terminer, nous occuper des traces que le Lion a laissées dans le sein de la 
terre. C'est seulement en Europe, d'abord dans les cavernes d'Allemagne, par Sclinierling, et 
ensuite dans celles de Lunel-Viel, par MM. Marcel de Serres, Didjreuil et .lean-Jean, que l'on 
a cru avoir trouvé un petit nombre d'ossements du FcUs Ico, tels que cinq incisives et une canine 
supérieure , une carnassière inférieure , un fragment antérieur de mâchoire inférieure gauche, une 
mâchoire inférieure droite de jeune, un sacrum entier, une portion de cubitus et de fémur, un 
avant-bras complet, un liassin, quelques vertèbres, etc.; mais l'on n'est pas bien certain que ces os 
se rappoi'tent réellement au Lion, car ils ne différent guère que par la taille, plus petite, d'une es- 
pèce fossile bien authentique, le Fel'is spclœa. 













Fif;. 87. — Métis ite Mon et de Tiïre. 



Kaup, dans la description des ossements fossiles du grand-duché de Darmstadt. et comme trouvées 
dans les sables d'Eiipelsheini, fait connaître deux espèces fossiles, les Fclis uphamsla et pi-ixca, 
fondées sur quelques fragments de dents, et ces fossib-s doivent se rapjiorttr piobableiuent, ainsi 
que le fait rcmanjuer De Blainville, au Fclis ko. 

Une espèce fossile qui se rapproche du Lion, tout en pi'èseiitanl, en niènu' temps, ([uehpies parti- 
cularités du Tigre, est le Fclis spcIn'H Goldfuss, ou Grand (ji.\t des cavernes de G. Guvier. Esper, 
Sœmmering, Leibnitz, considéraient les ossements de cette espèce comme devant se rapporter au 
Lion : c'est Goldfuss etG. Cuvier qui la distinguèrent définitivement. Les ossements attribués ù cette 
espèce sont assez nombreux, bcaucoiq) plus que pour toute autre, quoique partout ou les ail ren- 
contrés isolés et péle-nièle avec des os d'Ouis, d'Iljènes et d'autres animaux carnas!>iers ou non : on 



CARNASSIERS. 



169 



en a douve presque ]i;irtùul eu Europe, d'abord en Allemagne, puis successivement en Ani^leterre, 
en Relgique. dans la France septentrionale et méridionale, presque toujours dans le diluvium des 
cavernes. Nous ne décrirons pas les ossements du Fclis sptiœa, nous dirons seulement que la tète, 
qui tient de celle du Tigre dans ses parties postérieures et dans la mâchoire inférieure, et même un 
peu de celle du .Iap:uar dans sa brièveté, est au contraire plus léonine dans la forme du nez et du 
mufle. 





Fi". SS — l'unias. 



2. LES rUMAS. 



2. CONGOUAU ou l'UMA. FELIS roscOLOIt l.iiin.'. 



Caractères spécifiques. — Corps long et effilé; tête petite; jambes fortes, peu élevées; queue longue 
et traînante; côtés de la tête et occiput, dessus du cou, épaules, dos, lombes, croupe, queue, à l'ex- 
ception de son extrémité, côtés du corps et face externe des quatre jambes, d'une couleur fauve plus 
ou moins foncée et mêlée de quelques teintes noirâtres sur les parties supérieures, parce que la pointe 
des puils y est noire; face postérieure des cuisses ou fesses d'un fause l'uiicé; <liaiifrein, tour des 
yeux, front et dessus de la tête d'un fauve terne et mêlé de gris et de noirâtre; du gris trés-appareni 
au-dessus et au-dessous des yeux; poils de l'intérieur de l'oreille blancs, légèrement teints de fauve; 
ceux de la face externe noirâtres; partie de la lèvre supérieure qui porte les moustaches noire; reste 



170 HISTOIRE NATURELLE. 

de 1,1 lèvre siipéiieiue, lèvre inférieure et 8ori;e d'iiii l)e;iu blanc; dessous du cou d'une coideur l'anvc 
pâle, mêlée de blanchâtre; partie antérieure de la poitrine et face interne des bras d'un blanc mêlé de 
cendré et de fauve; partie postérieure de la poitrine et ventre d'un fauve clair et mêlé de blanc; face 
interne des cuisses blanche, avec quelques légères teintes de cendré et de roussâtre; queue fauve, 
avec des poils noirs sur la ftce supérieure, et le bout noirâtre; soies des moustaches longues de 
0'",05 à 0"',06. en partie noirâtres et en partie blanches. Longueur du corps, depuis le bout du mu- 
seau jusqu'à l'origine de la (|ueue, r",08; celle-ci ayant (r'.75 : mais souveiil de moindre dimen- 
sion. 

Les jeunes individus, d'après Fr. Cuvier, ont tout le corps, mais surtout les cuisses, couvert de 
taches rondes d'une teinte un peu plus foncée que celle du pelage, et qu'on n'aper(;oit que eous certains 
aspects; ces taches s'effacent avec l'âge, et c'est sur les pattes de derrière qu'elles se sont conser- 
vées le plus longtemps. 

Cette espèce est l'une de celles du genre Chai qui a reçu le plus grand nombre de noms; on l'a 
vulgairement indiquée sous les dénoniinalions de l.ion d' AmcrKinc . de Lion des Pcnivinis, de 'Jifjrc 
rotufc ou T'ujre poltron, et les voyageurs l'ont désignée sous celles de Coiuiouar, de Puma ou 
Pouma. à^Vayoïiali, de Pita, d'IVu/oim, de Ciiguncuarana, de Cuguacuaru, de Gouazoara, etc.; 
c'est le Fclis loncolor de Linné, le Felis puma, Sliaw; le Fclis fulva et le Cougouar de Buffon. Cet 
animal est répandu dans presque toute l'Amèriipie méridionale, iiarticuliérement dans la Guyane, 
dans le Brésil et dans le Paraguay. On regarde en général comme n'en étant que des variétés, soit de 
coloration, soit de pays, les Wacula, Schreber, du Démérary; Soasoaranna, Schreber, des savanes 
de rOrénoque; Cougouar noir, Buffon, ou Jaguarélé, Pison (Felis discolor, Schreber; nigcr, Les- 
son), qui ne diffère du type que par la teinte plus noirâtre de son pelage; Cougouar de Pcnnsiilvanie 
du même auteur, et Fclis iinicolor, Traillard, qui habile le Démérary, est plus petit que l'espèce ty- 
pique, et en entier d'un fauve brun-rouge sans tache, avec la queue longue, la tète pointue, les oreilles 
ne présentant pas de noir. On assure que les petits du Fclis unicolor ne porteraient pas, comme 
ceux du Couguar, une livrée : si cela était réellement exact, on devrait faire deux espèces particu- 
lières de ces deux animaux. 

Buffon en a donné la description suivante : « Le Cougouar a la taille aussi longue, mais moins 
étoffée que le Jaguar; il est plus levreté, plus effilé et plus haut sur jambes; il a la tête petite, la 
queue longue, le poil court et de couleur presque uniforme, d'un roux vif, mêlé de quelques teintes 
noirâtres, surtout au-dessus du dos; il n'est marqué ni de bandes longues comme le Tigre, ni de 
taches rondes et pleines, comme le Léopard, ni de taches en anneaux ou en roses, comme l'Once ei 
la fantlièrc. 11 a li^ menton blanchâtre, ainsi que la gorge et toutes les parties inférieures du corps. 
Quoique plus faible que le Jaguar, il parait être encore plus acharné sur sa proie; il la dévore sans 
la dépecer. Dès qu'il l'a saisie, il l'entame, la suce, la mange de suite, et ne la quille pas (pi'il ne 
suit ]deinement rassasié. 

i( Cet aniuud est assez commun â la Guyane ; autrefois, on l'a vu arriver à la nage et en nombre 
dans l'île de Caycnne, pour atlaquer et dévaster les troupeaux ; c'était dans les commencements un 
Iléau pour la colonie, mais peu à ]icu on l'a chassé, détruit, cl relégué loin des habitations. On le 
trouve au Brésil, au Paraguay, au pays des Amazones, etc. 

« Le Cougouar, |iar la légèreté de sou corps el la plus grande longueur de ses jambes, doit mieux 
courir qiu' le Jaguar, et grimper aussi plus aisément sur les arbres; ils sont tons deux également 
paresseux el polirons dès qu'ils sont rassasiés; ils n'atla((ucnt presque jamais les hommes, à moins 
qu'ils lie les trouvent endormis. Lorsqu'on veut passer la nuit ou s'arrêter dans les bois, il suffit 
d'allumer du feu pour les empêcher d'approcher. Ils se plaisent â l'ombre dans les grandes forêts, 
ils se cachent dans un fort ou même sur un arbre loufl'ii, d'où ils s'élancent sur les animaux qui 
p:issenl. Quoiqu'ils ne vivent que de proie, et qu'ils s'abreuvent plus souvent de sang que d'eau, on 
préleud que leur chair est aussi bonne que celle du Veau; d'autres la (uimpareut à celle du Mouton; 
j'ai bien de la peine â croire que ce soit en e!fel une viande de bon goût; j'aime mieux m'en rap- 
porler au lemoigiiage de Desmarchais, qui dil que ce qu'il y a de mieux dans ces animaux, c'est la 
peau, dont on fait des housses de cheval, et ((u'oii est peu friand de leur chair, (pii d'ordinaire est 
maigre el d'iin riiiiicl pi'ii agréable. » 



CARNASSIERS. 171 

D'après Fr. Cuvier la femelle met bas deux ou trois petits, qui, à dix-huit mois, ont près l'un 
mètre de longueur : elle ne diffère pas du mule, et queUpiefois ils cliassent ensemble. Ils aiment 
Itarticulièrement le sang, ce qui fait qu'ils tuent beaucoup plus d'animaux qu'ils n'en mangent. C'est 
une habitude qu'ils partagent avec la plupart des petils Carnassiers, et l'un a envisagé ces animaux sous 
un point de vue très-faux lorsqu'on a jirelendu établir sur ce fait qu'ils étaient plus féroces et plus 
cruels que les espèces qui ne tuent chaque jour qu'un animal : les uns et les auti'es ne cherchent 
également qu'à assouvir leur faim et à satisfaire 'leur appétit. Quand ils ne mangent pas toute la 
l)roie, ils en cachent les restes avec soin dans la taille ou sous quelipie abri, et vont les retrouver 
lorsque la faim les presse de nouveau. 

Un Cougouar qu'un avait châtré était devenu, au rapport de D'Azara, très-gras, et sa paresse était 
très-grande ; mais il s'était très-apprivoisé : il n'était dangereux que pour la volaille, et il ne cher- 
chait pas à s'échapper et à recouvrer la liberté; ses manières étaient entièrement celles du Chat 
domestique, soit qu'il guettât sa proie, soit qu'il mangeât, soit qu'il se mit en colère. 

La Ménagerie du Muséum a possédé plusieurs Cougouars, et toujours ils ont été très-doux )iour 
leurs gardiens, et ont montré des mœurs analogues à celles de nos Chats domestiques 

Le major Smith raconte un fait singulier d'un de ces animaux. On l'avait renfermé dans une cage, 
et, comme on voulait s'en défaire, on lui tira un coup de fusil, dont la balle lui perça le cœur. 
L'animal était occupe à manger lorsqu'il reçut le coup, et le seul signe de douleur qu'il donna fut 
de redoubler subitement de voracité; il se jeta sur sa nourriture avec une nouvelle asidité, et la dé- 
vora en buvant son propre sang, jusqu'au moment où il tomba mort. 

On rapporte à la même espèce les débris fossiles indiqués par M. Lund soiis la dénomination de 
fclis n [finis concol'iri, et qui proviennent du bassin du Rio das Velhas, au Brésil. Quant au Felis 
l'ardiiicusis, découvert par MM. Croizet et Jobert dans les galets et lignites d'Issoire, en Auver- 
gne, que Lesson en rapproche, on doit plutôt, avecDe Blainville, le placer auprès de la Panthère. 



3. LES TIGRKS. 



5 TIGUK RO\AL. FEI.IS riOlilS. Linné. 

CARACTÈnES SPÉCIFIQUES. — Corps très-allongé; jambes courtes; tète petite; queue très-longue; 
pelage assez ras, à l'exception des côtés des jambes, qui sont garnis de grands poils; parties supé- 
rieures du corps d'un jaune fauve; bout du museau, joues, face interne des oreilles, dessous du cou, 
gorge, poitrine et ventre, d'un beau blanc; des bandes noires transversales, variables en nombre de 
vingt à trente, assez étroites, partant de la ligne moyenne du dos, et s'étendant parallèlement entre 
elles sur les flancs; queue marquée de quinze anneaux noirs, sur un fond blanc jaunâtre, et dont les 
premiers se partagent en plusieurs lignes; quelques bandes transversales et doubles sur la face ex- 
terne des pieds de derrière; deux ou trois bandes obliques sur la face externe des pieds de devant, 
et deux ou trois autres sur la face interne; quelques mouchetures noires sur le fond et le dessous de 
l'œil; papilles rondes. La femelle ne diffère pas du mâle. Les individus de moyenne taille ont une 
longueur de l'",50 depuis le bout du museau jusqu'à la naissance de la queue, celle-ci ayant près 
de 1"', et leur hauteur moyenne est de 0"',70; mais on en connaît des individus beaucoup plus 
grands. 

Les jeunes individus présentent la même distribution de couleurs que les adultes, mais en diffè- 
rent par les nuances; le blanc étant mêlé de gris, le noir de brun, et le jaune d'une teinte plus 
obscure. 

Ce Carnassier, qui depuis longtemps porte le nom de Tigre royal, était le Tïgris des Romains, 
qui, ainsi que nous l'avons dit, le virent pour la première fois dans le cirque, sous le règne d'Au- 
guste, et a été décrit par la plupart des naturalistes Aristote en dit quelques mots, et Pline raconte 



i72 HISTOIRE NATURELLK. 

une histoire fabuleuse sur la manière dont on parvient à s'emparer de ses petits. Dans les temps mo- 
dernes, Buffon, De Lacépéde, Fr. Cuvier, etc., s'en sont occupés. 

Il habite le Beniiale. le rojaume de Siam, celui du Tonquin, la Chine, Sumatra, et, en général, 
toutes les contrées de l'Asie méridionale situées au delà de l'indus, et s'étendant jusqu'au nord de 
la Chine. On a cherché à y former plusieurs espèces particulières, ou, tout au nioiu.s, des variétés 
distinctes qui ne diffèrent entre elles que par quelques particularités de la coloration de leur pelage : 
c'est ainsi que Lesson y distingue les Fclis l'ujris Monfjolica, propre à la Mongolie, à la Boukarie, 
aux steppes des Kirguis, etc.; nujia, de Sumatra, cialhii : la preniièri> presque noire, et la dernière 
blanchâtre. Ce n'est qu'avec doute que nous regarderons, avec Fr. Cuvier. comme simple variété de 
la même espèce son Tigke ondulé {FcTis ncbulosus), dont les taches noires, au lieu de former des 
lignes transversales, se recourbent pour enceindre de grandes taches d'une couleur plus claire : 
cet animal a vécu trois ans à Londres, où il avait été amené de Canton; M. Boitard pense (pi'il doit 
être rapporté au Frlh macwxccHa. Temminck. 

« La force prodigieuse et les goûts sanguinaires du Tigre, dit Fr. Cuvier, en ont fait la terreur des 
pays qu'il habite. Excepté l'Éléphant, aucun animal ne peut lui résister. Il emporte un Bœuf dans sa 
gueule presque en fuyant, et l'éventre d'un coup de griffe. On ne saurait peindre avec des couleurs 
trop fortes sa férocité, les ravages qu'il cause, l'effroi qu'il inspire; mais tout ce qu'on a dit de son 
naturel intraitable, de la fureur qui l'agite sans cesse, du besoin insatiable qu'il a de rèpandi'c le 
sang, de son insensibilité aux bons traitements, de son ingratitude envers ceux qui le soignent, n'est 
qu'un tissu d'exagérations ou d'erreurs. Sous tous ces rapports, le Tigre ressemble aux autres Chats. 
En général, on l'apprivoise aussi aisément que le Lion; il devient très-familier avec ceux qui le nour- 
rissent, et il les distingue de toutes les autres personnes; lorsqu'il n'a aucun besoin, et qu'on ne l'ef- 
fraye point, il reste très-calme, et, dès qu"il est repu, il passe presque entièrement son temps à 
dormir; il aime à recevoir des caresses, et il y répond d'une manière très-douce et très-expressive : 
il ressemble beaucoup, dans ce cas, au Chat domestique; il voûte de même son dos, fait à peu près 
le même bruit, se frotte de la même manière; en un mot, a les mêmes dispositions naturelles. Notre 
Ménagerie du Muséum en a possédé plusieurs, et tous se ressemblaient par les mœurs, comme par 
les proportions du corps, la grandeur et le pelage. On a vu à Londres un Tigre mâle et un Tigre 
femelle s'accoupler et produire. La portée fut de cent et quelques jours. Le Tigre qui vivait û Paris 
en I8IÎ5 se pi'omcnait librement sur le pont du vaisseau qui l'amenait en France, et les mousses du 
bâtiment dormaieut entre ses jambes, la tête appuyée sur ses lianes, qui leur servaient, en quelque 
sorte, de traversin. On a vu à Francfort un Tigre d'une rare beauté que son maître avait habitué 
à faire divers exercices, et tout Paris sait que M. Martin entrait dans la cage d'un de ces animaux, 
qu'il a montré sur plusieurs théâtres, le caressait, le contrariait même, sans qu'il en soit jamais ré- 
sulté le moindre accident. Chez les anciens, Héliogabale même se lit voir dans le cirque, placé dans 
un char traîné par deux de ces Carnassiers. 

« Il serait naturel d'attribuer à la faiblesse du Chat domestique son caractère timide et caché, ses 
allures souples et rampantes; le Tigre, cependant, malgré sa force, lui ressemble aussi à cet égard. 
Willamson représente un Tigre qui s'approche d'un village pour y ravir sa proie: il est tapis contre 
terre, et s'avance à pas lents, avec une inquiétude d'êti'c découvert que tout eu lui décèle. Son cou- 
rage ne se montre pas mieux lorsqu'il est attaqué ouvertement. On trouve dans le Voijaiie des pcrcs 
Jésuites à Siam le récit du combat d'un Tigre contre trois Éléphants, dans lequel l'animal féroce 
se laissa vaincre, pour ainsi dire, sans se défendre : il chercha d'abord à faire quelque résistance; 
mais, dès qu'il sentit le danger, il se tint dans le plus grand éloignement de ses ennemis, qid le tuè- 
rent liicntot après sans aucune peine. 

« Si dans quelques occasions on a vu des Tigres attaquer leur proie avec audace et témérité, 
comme il serait difficile d'en douter d'après ce qu'ont dit des voyageurs dignes de foi, ces animaux 
étaient sans doute poussés hors de leur naturel par une faim violente: dans ce cas-là, leur aveugle- 
ment paraîtr:iit extrême. Grandprc rapporte avoir vu un Tigre s'élancer à l'eau, et s'avancer à la 
nage pour attaquer et enlever un homme de son équi]iagc. » 

A ces détails, ajoutons quelques-uns des inimitables passages de Buffon, tout en fidsant remar- 
quer que notre illustre naturaliste a exagéré la férocité du Tigre, comme il a exalté les bonnes qua- 
lités du Lion. 



CAHNASSIEHS. 175 

« Dans la classe des animaux carnassiers, le Lion est le premier, le Tigre le second; et comme le 
premier, même dans un manvais genre, est toujours le plus tfrand et souvent le meilleur, le second 
est ordinairement le plus nieihant de tous. A la fierté, au courage, à la force, le Lion joint la no- 
blesse, la clémence, la magnanimité; tandis que le Tigre est bassement féroce, cruel sans justice, 
c'est-à-dire sans nécessité. Il en est de même dans tout ordre de choses où les rangs sont donnés 
par la force; le premier, qui peut tout, est moins tyran que l'autre, qui, ne pouvant jouir de la puis- 
sance plénière, s'en venge en abusant du pouvoir qu'il a pu s'arroger. Aussi le Tigre est-il plus à 
craindre que le Lion : celui-ci souvent oublie qu'il est roi, c'est-à-dire le plus fort de tous les ani- 
maux; marchant d'un pas tranquille, il n'attaque jamais l'homme, à moins qu'il ne soit provoqué; il 
ne précipite pas ses pas, il ne court, il ne chasse que quand la faim le presse. Le Tigre, au contraire, 
quoique rassasié de chair, semble toujours être altéré de sang, sa fureur n'a d'autres intervalles que 
ceux du temps qu'il faut pour dresser des embûches; il saisit et déchire une nouvelle proie avec la 
même rage qu'il vient d'exercer, et non pas d'assouvir, en dévorant la première; il désole le pays 
qu'il habite; il ne craint ni l'aspect ni les armes de l'homme; il égorge, il dévaste les troupeaux d'a- 
nimaux domestiques, met à mort toutes les bêtes sauvages, attaque les petits Éléphants, les jeunes 
Rhinocéros, et quelquefois même ose braver le Lion. 

« La forme du corps est ordinairement d'accord avec le naturel. Le Lion a l'air noble; la hauteur 
de ses jambes est proportionnée à la longueur de son corps; l'épaisse et grande crinière qui couvre 
ses épaules et ombrage sa fiice, son regard assuré, sa démarche grave, tout semble annoncer sa iîére 
et majestueuse intrépidité. Le Tigre, trop long de corps, trop bas sur ses jambes, la tête nue, les 
yeux hagards, la langue couleur de sang, toujours hors de la gueule, n'a que les caractères de la 
basse méchanceté et de l'insatiable cruauté; il n'a pour tout instinct qu'une rage constante, une fu- 
reur aveugle, qui ne connaît, qui ne distingue rien, et qui lui fait souvent dévorer ses propres en- 
fants et déchirer leur mère lorsqu'elle veut les défendre. Que ne l'eut-il à l'excès cette soif de son 
sang! ne pût-il l'éteindre qu'en détruisant, dès leur naissance, la race entière des monstres qu'il 
produit! 

« Heureusement pour le reste de la nature, l'espèce n'en est pas nombreuse, et parait confinée 
aux climats les plus chauds de l'Inde orientale. Elle se trouve au Malabar, à Siam, au Bengale, dans 
les mêmes contrées qu'habitent l'Éléphant et le Rhinocéros; on prétend même que souvent le Tigre 
accompagne ce dernier, et qu'il le suit pour manger sa fiente, qui lui sert de purgation ou de rafraî- 
chissement : il fréquente avec lui les bords des fleuves et des lacs; car, comme le sang ne fait que l'al- 
térer, il a souvent besoin d'eau pour tempérer l'ardeur qui le consume; et, d'ailleurs, il attend près 
des eaux les animaux qui y arrivent, et que la chaleur du climat contraint d'y venir plusieurs fois 
chaque jour ; c'est là qu'il choisit sa proie, ou plutôt qu'il multiplie ses massacres; car souvent il 
abandonne les animaux qu'il vient de mettre à mort pour en égorger d'autres; il semble qu'il cher- 
che à goûter de leur sang; il le savoui'c, il s'en enivre; et, lorsqu'il leur fend et dccliire le corps, 
c'est pour y plonger la tête et pour sucer à longs traits le sang dont il vient d'ouvrir la source, qui 
tarit presque toujours avant que sa soif ne s'éteigne. 

« Cependant, quand il a mis à mort quelques gros animaux, comme un Cheval, un Buffle, il ne les 
éventre pas sur place s'il craint d'y être inquiété; pour les dépecer à son aise, il les emporte dans les 
bois, en les traînant avec tant de légèreté, que la vitesse de sa course parait à peine ralentie par la 
masse énorme qu'il entraîne (1)... 

(1) l.e pure Tacliard, cité par Buffon, donne le récit suivant du combat d'un Tigre fonlre des I^llcphanls : « On avait 
élevé une haute palissade de bambous d'environ cent pas en carré. Au milieu de l'enceinte étaient entrés trois Éléphants des- 
tinés pour condiallrj le Tigre. Ils avaient une espèce de plastron, en forme de masque, qui leur couvraitia téleet une partie 
de la trompe. Dès que nous fûmes arrivés sur le lieu, on fit sortir de la loge qui était dans un enfoncement un Tigre 
d'une ligure et d'une couleur qui parurent nouvelles atix Français qui assistaient à ce combat. On ne lâcha pas d'abord le 
Tigre qui devait conibattre, mais on le tint attaché par deux cordes, de sorte que, n'ayant pas ht liberté de s'élancer, le 
premier I^lépbant qui ra|)procha lui donna deux ou trois coups de sa trompe sur le dos ; ce choc fut si rude, que le Tigre 
en fut renversé et demeura quelque temps étendu sur la place sans mouvement, comme s'il eût été mort; cependant, 
dès qu'on l'eut délié, quoique celte première attaque eût bien rabattu de sa furie, il lit un cri horrible et voulut se jeter 
sur la trompe de l'Élléphant qui s'avançait pour le frapper; mais celui-ci, la repliant adroitement, la mit à couvert par ses 
défenses, qu'il présenta en même temps, et dont il atteignit le Tigre si à propos, qu'il lui fit faire un grand saut en l'air: 
cet animal en lut si étourdi, qu'il n'osa plus approcher II fil plusieurs tours le long de la palissade, s'élançant quelque- 



174 IIISTOIUI': NATURELLK. 

« Le Tiiçre rugit à la vue de tout être vivant; cluKiiie objet lui parait une nouvelle |iruie, qu'il dé- 
vore d'avauee de ses regards avides, qu'il nieuaee par des IVéïnissenieuls affreux mêles d'un gi'inee- 
ment de dents, et vers le((uel il s'élauee souvent malgré les chaînes et les grilles, qui brisent 
sa fureur sans pouvoir la vainere. Son rugissement est différent et plus rauque que celui du 
Lion. 

« L'espèce du Tigre a toujours été plus rare et beaucoup moins répandue que celle du Lion ; ce- 
pendant, la Tigresse produit, comme la Lionne, quatre ou cinq petits; elle est furieuse en tout temps, 
mais sa rage devient extrême lorsqu'on les lui ravit; elle brave tous les périls, elle suit les ravis- 
seurs, qui, se trouvant pressés, sont obligés de lui relâcher un de ses petits; elle s'arrête, le saisit, 
l'emporte pour le mettre à l'abri, revient quelques instants après et les poursuit jusqu'aux portes des 
villes ou jusqu'il leurs vaisseaux, et, lorsqu'elle a perdu tout espoir de recouvrer sa perte, des cris 
forcenés et lugubres, des hurlements affreux, expriment sa douleur cruelle et font encore frémir ceux 
qui les entendent de loin... 

« La peau de ces animaux est assez estimée, surtout à la Chine; les mandarins militaires en cou- 
vrent leurs chaises dans les marches publiques; ils en font aussi des couvertures de coussins pour 
l'hiver; En Europe, ces peaux, quoique rares, ne sont pas d'un grand prix. On fait beaucoup plus de 
cas de celles du Léopard de Guinée et du Sénégal, que nos fourreurs appellent Tigre. Au reste, c'est 
la seule petite utilité qu'on puisse tirer de cet animal très-nuisible, dont on a prétendu que la sueur 
était un venin et le poil de la moustache un poison sûr pour les hommes et pour les animaux; mais 
c'est assez du mal réel qu'il fait de sou vivant sans chercher encore des qualités imaginaires et des 
poisons dans sa dépouille, d'autant que les Indiens mangent de sa chair, et ne la trouvent ni mal- 
saine ni mauvaise, et que, si le poil de la moustache, pris en pilule, tue, c'est que, étant dur et roide, 
une telle pilule fait dans l'estomac le même effet qu'un paquet de petites aiguilles. « 

Il semble que des ossements de Tigre ont été trouvés dans les cavernes d'Allemagne; mais ce fait 
n'est pas positivement démontré. De lilainville rapporte également à la même espèce le cr;ine pres- 
que entier trouvé dans une ro(he fort dure tertiaire des monts Sivaliens, et dont MM. Falconer et 
Cautley ont fait leur Feiis crislala. 



4. LES P.\RDES. 



4. l'AMTIlÈRK,. FEUS PAIIDVS. Linn6. Tcmiuincli. 

CAiiACTÈRES SPÉCIFIQUES. — Pelage bien fourni, de médiocre longueur; la couleur du fond d'un 
jaune d'ocre clair, et tout le dessous du corps et de la queue, ainsi que les côtés du ventre, d'un 
blanc pur; toutes les taches bien prononcées, trés-rapproclièes les unes des autres, quoique séparées : 
les taches en rose qui couvrent les flancs, une partie de l'omoplate et la croupe, composées de trois 
ou quatre taches noires, formant un cercle imparfait qui ceint une tache jaune d'ocre, absolument de 
la même teinte que le fond du pelage; le haut du dos. la tête, le cou, les quatre extrémités, la queue 
et les parties inférieures du corps, couverts de grandes et de petites taches pleines d'un noir pro- 
fond et de forme ronde ou ovale, les taches pleines du corps n'étant jamais en bandes, et les taches en 
rose des flancs n'ayant jamais un plus grand diamètre que de 0"'.'27 ;iO,ri2 au plus; quelques ban- 
des noires transversales sur la face interne des jambes et à la partie inférieure, et, vers le bout de 
la queue, plusieurs grandes taches noires divisées par des cercles blancs Irés-étroits; oreilles aussi 
grandes que celles du Léopard, rondes, noires à leur base, et d'un cendré blancluUre au bout; ran- 
gées des moustaches blanches, et prenant leur origine sur des lignes noires disposées transversale- 
lois vcr.s li'S pei'idiincs i|iii paraissaient vers les galeries ; on poussa cnsiiilc les Irois Eléphants coiilre lui, cl ils lui ilun- 
nèrenl lnur à tour de si rudes coups, qu'il lit encore une lois le mort et ne pensa plus qu'à évitir leur rencontre; ils 
l'eussent lue sans doute, si l'on n'eùl lait liiiir le combat. » 



CARNASSIRnS. 175 

ment sur les lèvres. Longueur tolale 'les adultes, 1'",67, sur laquelle la queue porle 0'".70. hauteur 
d'environ O'^.-'JO. 

A cette description, que nous avons presque textuellement copiée de la monographie de M. Teni- 
minck, ajoutons :ivec le naturaliste néerlandais que la taille des Panthères adultes est moindre que 
relie du Léopard, que la queue est aussi longue que le corps et la tête, avec son extrémité pouvant 
aboutir à la pointe du museau; que le crâne est en totalité plus long et plus comprimé dans la Pan- 
thère que dans le Léopard; la ligne de la face est la même, mais celle du crâne diffère; les arcades 
zygomatiques sont beaucoup plus écartées dans le premier que dans le second, et la face est plus 
obtuse dans le Léopard que dans la Panthère; enfin, le frontal est plus large et plus rectangulaire 
dans ce dernier, mais ses apophyses postorbitaires sont moins fortes. 

D'après M. Temminck, et contrairement à l'opinion de G. Cuvier, la Panthère ne se trouve pas en 
Afrique, mais seulement dans l'Inde; elle est particulièrement commune au Bengale, dans les îles de 
la Sonde, prob:iblement à Java. ;i Sumatra, etc. Elle a été souvent confondue avec le Léopard; et 
très-fréquemment, surtout en France, on a indiqué ces deux animaux indistinclenieni sous l'un de ces 
noms ou bien sous l'autre : quoi qu'il en soit, il parait assez certain que ce n'est pas à la Panthère, 
mais au Léopard, qu'on doit appliquer le nom du Pardatis d'.iElien et des anciens auteurs. Le FcUs 
cliahjhcfiia d'Hermann doit être rajiporté au FcHx parilus. comme n'en étant qu'une simple variété. 

La Panthère n'habite que les forêts; elle monte sur les arbres avec une extrême agilité, ce que 
ne font ni le Lion ni probablement le Tigre, et elle peut ainsi poursuivre les Singes et les autres 
animaux grimpeurs dont elle se nourrit. Ses yeux sont vifs, continuellement en mouvement ; son re- 
gard est cruel, effrayant, et ses mœurs sont, assure-t on, d'une atroce férocité. Elle n'attaque pas 
l'homme lorsqu'il ne vient pas lui-même l'attaquer; mais, à la moindre provocation, elle entre en fu- 
reur, se précipite sur lui avec une grande rapidité, et le déchire avant qu'il ait eu le temps de pen- 
ser à la possibilité d'une lutte. La nuit, la Panthère vient rôder autour des habitations isolées pour sur- 
prendre les animaux domestiques, les Chiens principalement; et, faute de proie vivante, elle se 
nourrit de matière animale plus ou moins putréfiée, et même de cadavre.> qu'elle déterre. D'après ce 
que nous venons de dire, on voit que ses mœurs ne diffèrent pas d'une manière bien notable de 
celles des autres espèces du même genre. 



5 LEOrARt). t'KI.IS I.EOn.MtDVS. I.inm". 

CxRACTiiiiEs SPÉCIFIQUES. — Pclagc bien fourni, de médiocre longueur, d'un jaunStre clair sur le 
dos, plus pâle sur les flancs, et blanc au ventre et à la partie inférieure de la queue; toutes les ta- 
ches très-prononcées, jamais contiguës, et exactement séparées des taches voisines par le fond jaune 
clair du pelage; taches en rose qui couvrent les flancs, une partie de l'omoplate, la croupe et une 
portion de la queue, composées de trois ou quatre taches noires, formant un cercle imparfait qui 
ceint une tache jaune, toujours plus foncée que le fond du pelage; haut du dos, tête, cou, les quatre 
extrémités et parties inférieures du corps, couverts de grandes et de petites taches pleines, d'un noir 
profond, et de forme ronde ou ovale; taches pleines du corps n'étant jamais en bandes, et taches en 
rose des flancs n'ayant jamais un plus grand diamètre que 0°\o7 à 0^,42 au plus; quelques bandes 
noires transversales sur la face interne du haut des jambes, et près le bout de la queue deux ou trois 
cercles imparfaits, divisés par des cercles blancs bien plus étroits; oreilles rondes, noires à la base 
et jaunâtres au buut; rangées des moustaches blanches, prenant leur origine sur des lignes noires, 
disposées transversalement sur les lèvres. Longueur totale des individus adultes, environ 2"°, sur les- 
quels la queue occupe plus de O^iSO; hauteur, environ 0"',60. 

M. Temminck ajoute à la description que nous venons de donner que la taille des Léopards adultes 
est nmindre que celle de la Lionne, que la queue est seulement de la longueur du corps, avec l'ex- 
Iréniité n'aboutissant qu'aux épaules ; la couleur du pelage étant d'un fauve jaunâtre clair, celle de 
la partie inférieure des taches en rose plus foncé ou d'un jaunâtre (dus vif que le fond du pelage et 



170 



lIlSOTiUE NATl'liELLi:. 



les nombreuses taches assez distantes; entiii, la (jueue n'ayant que vinul-deux veitèbi'es, tandis ([u'il 
y en aurait vingt-huit dans la l'anthère. 

Les jeunes individus de cette espèce ont souvent été pris pour des espèces distinctes ; leur four- 
rure est toujours plus longue, d'une nature plus cotonneuse, même un peu crépue; les taches pleines 
plus ou moins conliguës, et les taches en rose moins distinctement marquées, souvent même effacées 
ou plus claires qu'à l'ordinaire; le tout suivant la longueur des poils, constamment en rapport avec 
l'âge des individus. Toutes les taches de la robe des jeunes sont plus claires, et le fond du pelage 
un peu plus terne que dans les adultes; et il résulte de cette disposition des taches et de la nature 
du poil que ces jeunes animaux sont difficiles à rapporter à leur type; toutefois, le jeune Léopard est 
aisé à reconnaître de la jeune Panthère : la longueur de la queue, en proportion de celle du corps, 
doit surtout servir à lever tous les doutes à ce sujet. 




Fi-. 89 



Lôopard. 



Les couleurs du pelage du Léopard varient quelquefois beaucoup plus, car il semble aujourd'hui 
démontré que la Pa.nthiîue .noihe (Felis mclas, Pérou et Lesueur), propre à Java et à Sumatra, n'en 
est (ju'une variété accidentelle, qui senible d'un noir uniforme, mais sur le pelage de laquelle, 
lorsqu'on la regarde à un certain jour, on peut aperceviiir des taches plus noires que le fond du pe- 
lage, et à peu près semblables à celles du Léopard. A Java, ou a reconnu ce que nous disions, que 
la Panthère noire n'était qu'une variété noirMre du Léopard; car l'on trouve assez fréquemment, dans 
le repaire du LéO])ard, des jeunes individus, l'un tacheté comme la mère, l'autre noirâtre, et pareil 
au pi'étendu Felis mclas de certains naturalistes. M. Temminck décrit ainsi une de ces variétés : la 
robe est teinte de marron, ou couleur bai trés-foncé, distribuée par nuances plus ou moins sombres 
ou noirâtres; cette couleur est répandue sur tout le pelage; le marron pur règne sur les parties infé- 
rieures du corps ; au museau, aux deux faces des quatre extrémités, el au bout de la queue; un mar- 
ron noirâtre, très-intense, est répandu sur toutes les parties supérieures du corps et de la queue, 
ainsi que sur le sommet de la Icle et aux oreilles. Les taches distribuées sur celle fourrure sont d'un 
marron noirâtre aux parties inférieures et sur les quatre extrémités, et d'un noir profond sur le des- 
sus du corps; les taches en rose, et celles dites pleines, sont formées et distribuées de la même ma- 
nière que sur les peaux ordinaires du Léopard. Les taches du dos et de la queue sont peu distinctes; 
elles paraissent cependant, et sont bien marquées lorsque les rayons du soleil éclairent cette robe. 
La Ménagerie du Muséum en a possédé deux individus : l'un qui lui avait été rapporté par Peron et 
Lesueur, et l'autre, qui vit actuellement, et qui provient de Java, d'où elle a été rapportée en 1841, 
par M. le capitaine Geoffroi. 

M. Boitard, qui. à l'exemple de certains naturalistes, pense que cette variété est bien une espèce 
distincte, dit qu'elle porte, à Java, le nom d'Arhmwii, et il donne à son sujet les détails de mœurs 
suivants. « L'Arimaou est un animal farouche, indomptable, qui n'habite que les forets sauvages. Au 
moyen de ses ongles puissants et crochus, il grinq)e avec agilité sur les arbres, poursuivant de 
branche en branche, jusqu'à leur sommet, les Wouwous et autres Singes dont il se nourrit. Ses yeux 
sont vifs, inquiets, dans un mouvement continuel; son regard est cruel, effrayant, et ses mœurs sont 



CARNASSIEliS. 177 

d'une atroce férocité. Cependant il n'attaque pas Hiomme s il n'en est lui-même attaqué; mais, a la 
moindre provocation, il entre en fureur, se précipite sur lui avec la rapidité de la foudre, et le dé- 
chire avant qu'il ait eu le temps de penser à la possibilitc d'une fuite. Pendant le jour, il reste et dort 
dans ses halliers; mais, la nuit, il devient un sujet d'effroi pour tous les êtres vivants. Il rôde srlen- 
cieusemenl autour des habitations isolées pour surprendre les animaux domestiques, les Chiens sur- 
tout, pour lesquels il a un goût de préférence. » 

La synonymie de cette espèce est excessivement embrouillée, ainsi que nous l'avons dit en nous 
occupant de la Panthère. Suivant M. Temniinck, ce serait à elle qu'il faudrait réellement appliquer 
la dénomination de Panlalis d'^Elien; et G. Cuviei' l'aurait confondue avec la véritable Panthère, et 
l'aurait indiquée sous les noms de Felis pnrdiis et leopnrdus; enfin, Schreber en ahrait fait son Felis 
varia, et nous ajouterons que Fr. Cuvier l'aurait désignée quelquefois sons la dénomination de Fclis 
palcaria, et M. Ilamilton Smith sous celui de Frlis (inihiuontm. Du reste, on est loin d'étri' d'accord 
pour savoir à laquelle des deux espèces on doit plus particulièrement laisser le nom de Panildre, et 
à laquelle on doit plutôt appliquer celui de Léopard; ce n'est même qu'avec doute que nous 
avons cru devoir adopter l'opinion de M. Tcmminck à ce sujet. Mais cette inversion de nom n'a au- 
cune importance scientifique tant qu'on ne saura pas positivement quels sont les animaux que les 
anciens nommaient Léopards et Panthères, ce qui parait extrêmement difficile, pnui' ne pas dire 
impossible à établir. 

Les pays habités par cette espèce sont le nord et le midi de l'Afrique, et probablement toute l'é- 
tendue de cette vaste partie du monde; on la rencontre en Algérie, mais elle est beaucoup plus rare 
que le Lion. En outre, elle a aussi pour patrie l'Inde et les îles de la Sonde, Java et Sumatra. D'après 
Fischer, on la trouve également en Perse, dans la Souagarie et la Mongolie, jusqu'aux monts Altaï. 

Il est célèbre par sa férocité; comme la Panthère, dont il a les mœurs, il grimpe sur les arbres avec 
une grande agilité. Les nègres le craignent beaucoup, et cependant ils lui font une chasse active pour 
s'emparer de sa fourrure, qui est très-belle. Les négresses du Congo recherchent beaucoup ses 
dents pour s'en faire des colliers. 

On sait que la robe de ces animaux est très-recherchée par les marchands de fourrures, et que 
c'est une branche importante de commerce. 



r, ONCIi Biiffon- FELIS VfiCIA. Gnielin 

Caractères spécifiques. — Plus petit que le Léopard, car il n'a pas beaucoup plus de 1"',25 de 
longueur totale, non compris la queue, qui est aussi longue que le corps moins la tête; pelage plus 
long, d'un gris blanchâtre sur le dos et sur les côtés du corps, et d'un gris encore plus blanc sous 
le ventre, et étant, comme celui du Léopard, moucheté de taches en rose, à peu près de la même 
grandeur et de la même forme, mais plus irrégulière. 

La plupart des naturalistes oui cru cpu' l'Once de Buffon devait être le même animal que le .Jaguar 
ou Fdïs onça Linné, et il est résulté de cette opinion que ce Carnassier a été raye des catalogues 
mammalogiques comme faisant double emploi. Cependant G. Cuvier, dans une addition qu'il plaça 
à la fin du tome IV de l'édition in-4'' de ses Recherches sur les ossements fossiles, publia une noie 
par suite de laquelle l'existence de (-ette espèce, dont on avait douté, sembla démontrée. « L'Once 
de Buffon, dit-il, qui n'avait pas été vue depuis ce grand naturaliste, parait s'être retrouvée. 
M. le major Charles Ilamilton Smith, l'un des naturalistes qui connaissent le mieux les Quadrupèdes, 
m'a fait voir le dessin d'un animal que le roi de Perse avait envoyé au roi d'Angleterre, et qu'on 
nourrissait à la Tour de Londres. 11 venait des hautes montagnes du nord île la Perse, et il offre tous 
les caractères qu'on (ibscrve dans la deseiiption de Buffon, etc. » Il est probable que cet animal, qui 
parait destiné à vivre dans des pays assez froids, est celui qui se trouve au midi de la Sibérie et dans le 
nord de la Chine, etc. Le même animal est le Felis panlhera d'Erxleben, et le Felis irhis, Muller, et 
a été admis assez récemment comme espèce distincte, par Lesson. ainsi que par M. Boilard, dans son 
article Chnl du Dicliominire iniivrrsrl il' Uislnirc naturelle 



178 , HISTOIRE NATURELLE. 

()ii le douve eu l'orse, dans la Sibérie orientale, et jusque sur les bords du lae Ikiikal. Quant à ses 
mœurs, Buffoii, qui seul en a parlé, a tellement confondu son histoire avee eelle d'autres grands 
Chats, qu'il est à peu près impossible d'en rien démêler de eertain. Néanmoins, il est excessivement 
probable que ses habitudes diffèrent peu de celles de la Panthère et du Léojiard. 

A ce groupe de Chats, nous devons ajouter l'espèce fossile, nommée par G. Cuvier Fdix nnùqHa, 
et à laquelle De Blainville joint, jusqu'à contradiction bien établie, les Fclis Icopanlus, Arvirncn- 
sli, Pardincnsis et o^i/(jcrt, et qui toutes ne diffèrent probablement pas du Léopard acluellemenl 
existant. 

Le Felis anùqun semble spécifiquement caractérisé par la proportion des dents et par sa taille 
un peu plus considérable que celle de la Panthère; on en a découvert un grand nombre de fragments; 
tels que : 1" des dents trouvées à Gaylenreuth et à Nice; 2" une tète provenant du val d'Arno; 7>" des 
os divers indiqués comme d'Auvergne par MM. Croizet et Jobirl; 4° quelques dents des cavernes des 
environs de Liège. 

Le Fel'is Icopardus a été signalé comme fossile pour la première fois, en 1839, par MM. Marcel 
De Serres, Dnbreuil et Jean-.lean. dans leurs Recherches sur Us osseiuenis fossiles de ta caverne de 
Liivel-Viel, d'après un certain nombre d'ossements et de dents trouvés dans cette caverne, et, depuis, 
M. Owen a indiqué une molaire d'en bas découverte dans le cray de Sulfolk, à New-Bourne, par 
M. Lyell, et trouvée avec des dents de Squales, dont elle a l'aspect uni et poli. Du reste, cette espèce 
ne semble réellement pas différer du Felis Icopardus vivant actuellement, ou, au moins, du Felis an- 
tiqua fossile. 

Le Felis Arverueiisis a été formé, par MM. Croizet et Jobert, d'après quelques fragments d'os et 
de dents trouvés avec ceux du Felis anliqua dans le diluvium sablonneux volcanique si abondant en 
certaines parties de l'Auvergne. Les caractères différentiels attribués à ce Chat fossile sont d'être 
plus petit que le Felis spelœa, dont la taille était supérieure à celle du Lion, et d'avoir la totalité de 
la ligne dentaire beaucoup moindre que dans le Felis anliqua, c'est-à-dire de O^.OoS seulement, 
tandis qu'elle est de O^.ÛSO dans celui-ci. 

Le Felis Pardincnsis est établi, par MM. Croizet et Jobert, sur quelques fragments d'os peu carac- 
téristiques, découverts en Auvergne, aux environs de Pardines, d'où a été tirée la dénomination spé- 
I iH(pu\ il ne peut réellement pas constituer une espèce distincte, et se rapproche assez du Léopard. 

Le Felis ogugea repose sur deux fragments fossiles ; l'un en une extrémité antérieure d'une man- 
dibule droite portant en place une canine et les deux premières molaires, et l'autre en un second os 
du métacarpe ayant 0",0C3 de longueur, trouvés tous deux dans les cavernes de Darmstadt, et dé- 
crits par M. Kaup. Selon ce naturaliste, cette espèce se rapprocherait assez des Felis palmidens, 
de Sansans, et Issiodorensis, d'Auvergne; cl, selon De Blainville, devrait probablement être réunie 
au Felis antiqua. 

D'après ce que nous venons de dire, on voit que ces prétendues espèces sont très-imparfaiiemenl 
connues, qu'elles ne sont peut-être pas disiincles les unes des autres, et qu'elles se rapiiurtent pro- 
bablement toutes au Felis antiqua. qui lui-même ne doit probablement pas être dislingue du Léopard 
actuellemeni vivant 



5. LES JAGUARS. 



7. .lAGllAH. I ELIS OiVÇ/t. Linn6. 

C\r,\cTÈREs SPÉCIFIQUES. — Proportlons épaisses et lourdes; poils courts, fermés et très-serrés les 
uns conirc les autres, tous soyeux, et un peu plus longs aux parties inférieures qu'aux su|iérieures; 
fond du pelage jaunâtre, couvert de taches ou enlièrement noiics nu fauves, bordées de noir, celles 
lie la |ireniièri^ sorte existant seulement sui' la tète, sur les membres, sur la queue et sur timles les 



CAKÎSASSlKltS. 170 

pallies i[il'érifiires du corps; colles de la seconde sorte se trouvant priiieipaleineiit sur le dos ci le 
cou, ainsi que sur les cotés, étant g;raiidcs et peu nombreuses, avec une forme plus ou moins arron- 
die, et quelques-unes ayant un ou deux points noirs dans le milieu, et l'on n'en compte au plus 
que cinq ou six de chaque côté du corps, en suivant la ligne la plus droite du dos au ventre; quelques 
taches bordées sur le cou et sur les épaules; celles de la ligne moyenne du dos étroites, longues et 
pleines; celles de la télé et des pattes plus petites que celles du ventre; cette dernière partie, ainsi 
que la poitrine, le cou, la gorge, la mâchoire inférieure, la partie antérieure de la lèvre su]iérieure, 
le bord antérieur des cuisses, la face interne des jambes et le dedans de la conque de l'oreille, blancs; 
derrière de l'oreille noir, avec une tache blanche; commissure des lèvres noire, ainsi que le bout de 
la queue et les trois anneaux qui se voient près de son extrémité; quatre mamelles seulement d'après 
l''r. Cuvier. C'est la plus grande espèce connue de Chat, après le Lion et le Tigre. D'Azara en a me- 
suré un qui avait une longueur de l'",94, non compris la queue, qui était longue de 0"'.5'.t. 

Cette espèce est la Grande Panthère de Buffon, et a souvent porté le nom de Tigre D'AvKnii.ii i 
(Tigris Anicricana, Bolivar) : c'est le Yagotirm'lé de D'Azara. le TIadanqni-Ocololl d'ileniandès. 
l'Otiçn de Marcgiave, et le Jaguar d'Ét. Geoffroy Saint-Hilaire. 

On y distingue plusieurs variétés ; la plus connue est le .Iaguab «oin ou Jugituieté de Marcgravc, 
qui a été à tort distingué spécifiquement par Erxieben, sous la dénomination de Felis nigra: elle 
est toute noire, avec des taches en raies encore plus noires que le fond du pelage: sa lèvre supé- 
rieure est blanche, et les parties inférieures du corps sont cendrées, elle est rare et habite le Brésil 
Une variété tout à fait albine a été signalée par D'Azara. Enfin les chasseurs du Paraguay assurent 
qu'il existe dans ce pays deux autres variétés du Jaguar; l'une plus grande et à jambes plus fortes 
et plus robustes, qu'ils nomment Jaguarété-popé, et que M. Ilamilton Smith a scientifiquement indi- 
quée sous la dénomination de Felis onça major, et l'autre plus petite, qu'ils appellent Onzn : c'est 
le Felis onça niinor, Ilamilton Smith. 

Le Jaguar habite une grande partie de l'Amérique méridionale; il est répandu depuis le Mexique 
exclusivement jusque dans le sud des pampas de Buénos-Ayres, et nulle part il n'est plus commun cl 
plus dangereux que dans ce dernier pays, ainsi que le fait observer M. Boitard : « Malgré le climat 
presque tempéré et la nourriture abondante que lui fournit la grande quantité de bétail qui pait en 
liberté dans les plaines, rajjporte l'auteur que nous venons de citer, il y attaque très-souvent l'homme, 
tandis que ceux du Brésil, de la Guyane et des parties plus chaudes de l'Amérique fuient devant lui. 
à moins qu'ils n'en aient été attaqués. Les bois marécageux du Parana, du Paraguay et des pays voi- 
sins, sont peut-être les endroits où ils sont le plus fréquents; ils étaient encore si nombreux au 
S'araguay, après l'expulsion des jésuites, qu'on y en tuait deux mille par an, selon D'Azara. Aujour- 
d'hui le nombre en est considérablement diminué. Cepend;int, au Brésil et dans la Guyane, presque 
régulièrement au lever et au coucher du soleil, on entend leur cri retentir à une très-grande distance; 
il consiste en un son flùté, avec une très-forte aspiration pectorale, ou bien, quand l'animal est 
irrité, en un ràlement profond qui se termine par un éclat de voix terrible. Le Jaguar se plaît parti- 
culièrement dans les grandes forêts traversées par des fleuves, dont il ne s'éloigne pas plus que le 
Tigre, parce qu'il s'y occupe sans cesse à la chasse des Loutres et des Pacas. Il nage avec beaucoup 
de facilité, et va dormir, pendant le jour, sur les îlots, au milieu des touffes de joncs et de roseaux. 
Il pêche, dit-on, le Poisson, qu'il enlève très-adroitement avec sa patte. Il ne quitte sa retraite que 
la nuit, s'embusque dans les buissons, attend sa proie, se lance sur son dos en |ioussant un grand 
cri, lui pose une patte sur la tète, de l'autre lui relève le menton, et lui brise ainsi le crâne sans avoir 
besoin d'y mettre la dent. Il est d'une force si extraordinaire, qu'il traîne aisément dans un bois un 
Cheval ou un Bœuf qu'il vient d'immoler. Il attaque les plus grands Caimans; et, s'il est saisi par 
eux, il a l'intelligence de leur crever les yeux pour leur faire lâcher prise. En plaine, le Jaguar fuit 
presque toujours devant l'homme, et ne fait volte-face que lorsqu'il rencontre un buisson ou des 
hautes herbes, dans lesquelles il puisse se cacher. On prétend (|u'il vit en société avec sa femelle, ce 
qui ferait exception parmi les animaux de son genre. Quoique grand, il grimpe sur les arbres avec 
autant d'agilité que le Chat sauvage, et fait aux Singes une guerre cruelle. La nuit, rien n'égale son 
audace, et, sur six hommes dévorés par les Jaguars, à la connaissance de D'Azara, deux furent enlevés 
devant un grand feu de bivac. » 



180 FIISTOinE NATCliELLi;. 

On fait une chasse aflive au Ja,niiar, pane que sa fourrure est très-reclierchée et est une branche 
importante de commerce entre l'Amérique et l'Europe. 







'■--"'(/(PJ _ 



Fig. 00. - Jaguar Icincllc. 



G. Cuvier avait indiqué cet animal comme se trouvant à l'état fossile en Europe; mais, comme il 
!'a fait observer plus tard, ce fait est loin d'être démontré. M. Lund en a ligure quelques os comme 
trouvés dans les (tavernes du Brésil. Enfin, on en rapproche le Felis protopanliier, du même auteur, 
et qui a été découvert dans la même localité. 



0. LES ÎUMAOIIS. 



fi. CHAT A 1>0NG11K OUEl'E FEUS MÀCItOSCELIS. IIur.<;ficKl. 



Caractères si'écifiqiies. — Pclayc d'un giis jaun'ilre, avec des taches noires, transversales et très- 
grandes sur les épaules, obliques el jilus étroites sur les llani'S, oii elles sont séparées par des taches 
anguleuses, rarement ocellées; pieds forts, munis de doigts rnbusies; queue grosse, laineuse. Lon- 
gueur du corps, non compris la ((ucue, 0"',97 ; de celle-ci, ()™,8C. 

Ce Carnassier porte vulgairement les noms de Risiaou-IIauan, ou Cuat i,o.N(;ii!Af;nE. C'est le Ticriî 
A Qui'.ijt; DE Uenaud d'ilorslichl, le TioiiK, ondulé de Fr. Cuvier, Felis iichiilo.sn, II. Sniilh, Fr. Cuvier; 
Felis Di(trdi,(\. Cuvier, et le Felis inacioscelis, llorsfield, Temmiuck. 




Cliion criibier 














^^...^*^ 

w 




DIioIg. 



ri 22 



CARNASSIKRS. I8i 

Il se trouve à Bornéo et à Sumatra . mais il paraîtrait, selon sir T. -S. Raftles, qui! est rare dans 
et dernier pajs, quoiqu'on l'y rencontre à peu près partout. C'est dans l'intérieur de Bencooleu qu'il 
paraît y en avoir le plus, il habite de préférence à proximité des habitations, pour s'en approcher la 
nuit et saisir quand il le peut les petits animaux domestiques et même la volaille; mais les habitants 
ne le redoutent que pour cela, car il n'attaque jamais l'homme. 11 se nourrit, à défaut de volaille, 
d'Oiseaux qu'il va saisir sur les arbres, de petits Mammifères, et quelquefois de jeunes Faons. Presque 
toujours on le rencontre sur les arbres, où il passe, dit-on, une partie de sa vie; il y dort dans l'en- 
fourchure des branches, et c'est en raison de cette habitude que les gens du pays l'ont nommé 
Dalmn, qui, dans leur langage, veut dire eiifonrchtire. En captivité, il est très-doux, très-gai, et 
recherciie beaucoup les caresses de son maître, qu'il reçoit en se couchant sur le dos et remuant la 
queue à la manière des Chiens. Il s'attache même aux animaux domestiques, et sir Raftles dit en 
avoir vu deux qui ne pouvaient plus se passer de la société d'un jeune Chien qu'ils avaient l'habitude 
de voir passer devant leur cage. 

Une espèce voisine du Felis macrosceim , et que nous ne ferons que citer, parce qu'elle n'est pas 
encore connue d'une manière complète, est le Feiis marmoraïa. décrit en 1856 par M. Martin, et 
qui habite Java et Sumatra. 



7. LES OCELOTS. 



9. OCELOT. FEUS PAaDALIS. Linné 



CABÀCTÈnES srÉciFiQiJES. — Daus le mâle, le museau est plus long et plus gros que celui du Chat; 
pelage ras, dont le fond est gris fauve en dessus et blanc en dessous; une ligne noire s'élendant de 
chaque côté, depuis la narine jusqu'à l'angle antérieur de l'œil, et se prolongeant sur la tête jusque 
sur l'occiput, à côté de l'oreille ; de petites taches noires disposées symétriquement entre ces deux 
bandes sur le front et sur la tête-, d'autres petites taches noires et rondes à l'endroit où naissent les 
moustaches; deux raies le long des côtés de la mâchoire inférieure, l'une au-dessus, et l'autre, la 
supérieure, aboutissant à l'angle postérieur de l'œil; l'inférieure ayant en avant deux branches, dont 
celle de dessus est dirigée vers la gorge : quatre bandes longitudinales sur le dessus du cou, avec 
du fauve dans leur milieu, et les deux externes étant un peu courbées en bas en forme de crochet; 
une petite raie noire entre les deux bandes du milieu ; une raie le long du dos, s'étendant jusqu'à 
l'origine de la queue, et de chaque côté de laquelle une (île parallèle de taches noires, ovalaires, 
d'environ 0'",03de longueur; deux autres bandes, également parallèles, composées de figures ovales, 
noires sur les bords, fauves dans le milieu, avec de petites taches rondes, noires; au-dessous de la 
troisième iile, une bande continue, de près de O^.O'i de largeur s'étendant depuis l'épaule jusqu'au 
devant de la cuisse, bordée de noir comme les figures ovales, et fauve dans le milieu, avec de pe- 
tites taches rondes et noires; une dernière bande au-dessous de celle-ci un peu moins large, in- 
terrompue; des taches bordées sur la croupe et sur la cuisse; de petites taches ovales pleines sur la 
partie antérieure de l'épaule et de la cuisse, ainsi que sur la face extérieure des quatre pattes; des- 
sous du cou avec des raies transversales, dont l'une s'étend d'un côté à l'autre en forme de cbUier; 
poitrine et ventre avec de petites taches noires; queue marquée de taches de la même couleur, beau- 
coup plus grandes vers son extrémité qu'à son origine. Longueur de la tête et du corps, 0"',80; de la 
queue, environ 0"',40. 

La femelle est un peu plus petite que le mâle, avec les mêmes couleurs, à peu près semblablement 
disposées, mais moins apparentes, le fauve étant plus terne, le blanc moins pur, les raies ayant moins 
de largeur et les taches moins de diamètre. 

Cette description un peu détaillée, que nous avons reproduite d'après celle donnée par Daubenton. 
peut être résumée ainsi en quelques mots : fond du pelage gris, marqué de grandes taches fauves. 



18-2 



HISTOIRE NATURELLE. 



bordées de noir, t'oinuint des bandes obliques sur les flancs; deux lignes noires bordaiil latérale- 
ment le front. 

L'Ocelot, ainsi nommé par Ruffon, est le Cliibiguanzoït de D'Azara, ou Maracmjii. On en distingue 
plusieurs variétés, particulièrement caractérisées par les dimensions de la seconde ligne de taches, 
de chaque côté de la ligne dorsale, qui peut même être quelquefois tout à fait interrompue. MM. Grif- 
lith, Ilamilton Smith et Schreber, ont appliqué des dénominations à ces diverses variétés; telles sont 
\n\vi CIMigtiazou, IlamUloiùGv'iidÛi, Griffilliii, crt(ena(a Smitii, et ft(/»ri Schieber. L'un d'elles 
seulement nous occupera, c'est le Felis catcnala, Smith, qui constitue probablement une espèce par- 
ticulière, que nous décrirons séparémenl. 




Fiii 91 — Occlol. 



L'Ocelot est un Irès-inli animal, absolument nocturne, dormant tout le jour dans les fourres qu'il 
habite, et n'en sortant que la nuit pour se livrer à la chasse des Oiseaux, des Singes et autres pelils 
Mammifères. Ses habitudes se rapprochent beaucoup de celles des Felis en général, et en même 
temps elles ont beaucoup de rapports avec celles des Fouines. Selon D'Azara, il paraîtrait que le 
mâle cantonne avec sa femelle, et qu'il ne quitte point la foi'èt qui l'a vu naître. Ou pourrait très- 
aisèment le rendre domestique, et d'Azara en a vu un qui était libre, qui aimait son maître, ne 
cherchait pas à s'échaiiper, et n'avait conservé de son état de nature que le goût de la rapine. La 
Ménagerie du Muséum en possède souvent des individus. 

Il habite presque toutes les parties de rAméri(iue méridionale, mais principalement le Paraguay. 

A la suite de l'histoire de l'Ocelot, nous devons donner la des<Ti|iliou de trois Chais, (huit l'on fait 
trois espèces particulières, et qui, peut-être, lorsqu'ils seront étudies avec plus de soin, n'en consti- 



CARNASSIERS. 185 

tueront qinini' seule, wn moins tii^s-voisinc, siMon iileiilique, avec les Felis pnrdalis, h'mur. Ce 
soni les ; 



10 CHAT ENCIIAINK FEUS CATnSATA. II. Sniilli 

Caractères spécifiques. — De la grandeur du Cliat sauvage ; jambes proporlionnciiemenl ])lus 
petites que celles de l'Ocelot ; tête plus grosse et corps plus massif; nez, dessous des yeux et dessus 
du corps d'un jaune rougeâtre, avec les tempes d'un jaune d'ocrc ; joues blanches, ainsi que tout le 
dessous du corps et l'intérieur des jambes; plusieurs rangées de taches noires, parlant des oreilles 
et convergeant sur le front : une seule raie s'étcndant de l'angle extérieur des yeux au-dessous des 
oreilles; épaule, dos. flancs, croupe et cuisses portant des bandes alternativement noires et brun- 
rouge; ventre et gorge avec des raies noires; queue présentant des anneaux incomplets de cette der- 
nière couleur. 

Se rencontre au Brésil. 



H. TLATCO-OCELOTL FmiS PSEUDOPABDMIS. II. Smilh. 

Caractères spéctfiqces. — Différant de l'Ocelot par ses tacbes. qui, quoique bordées, ne forment 
pas des bandes continues, mais sont isolées les unes des autres; queue plus courte; jambes plus 
iiautes. Longueur de la tète et du corps, 0'",80; de la queue, 0'",40. 

Cette espèce, qui a été prise dans la baie de Campêche, miaule comme le Chat ordinaire, et pré- 
fère, dit-on, le poisson k toute autre nourriture. 



12. CHAT \ COLLIER. FEUS AIIMILLATUS. Fr Cuvior. 

Caractères spécifiques. — Pelage d'un gris jaunâtre en dessus et blanc en dessous; lâches dis- 
posées comme dans l'Ocelot, mais étant plus petit que lui et ayant une queue plus courle. Longueur 
de la tête et du corps, 0™,65; hauteur moyenne, 0'",52. 

Ce Chat se trouve dans une partie de l'Amérique méridionale, surtout au Paraguay : il se rap- 
procbe beaucoup de l'Ocelot, dont il a les moeurs. 

Une autre espèce, qui est aussi très-rapprochée des quatre dernières que nous venons de signaler, 
et principalement de la première, est le Felis Biasilierisis, Fr. Cuvier. 



15. MARGAY. FEUS TICRIHA. Linnô. 

Caractères spécifiques. — Pelage d'un fauve grisâtre en dessus, blanc en dessous; quatre lignes 
noirâtres entre le vertex et les épaules, se prolongeant sur le dos en séries de taches longues; taches 
des flancs également longues, obliques, plus pâles à leur centre qu'à leurs bords; il y en a une ver- 
ticale sur l'épaule, et d'autres ovales et éparses sur la croupe, les bras et les jambes; pieds gris, 
sans taches; queue portant douze ou quinze anneaux irréguliers. Longueur : 0"',57, non compris la 
queue, qui en mesure 0'",30. 

Ce Carnassier, qui est le Chat de la Caroline de Collinson, et le Margay de Buffon, a les mœurs 
lie notre Chat sauvage et vit de gibier, de volaille, etc.; mais il est d'un naturel plus faroucbe, plus 
indomptable, et par là même trè.s-diffieile à plier à la servitude. Sa chair, que l'on mange quelque- 
fois, est, dit-on, très-délicate. 

Il habite le Brésil, le Paraguay et la Guyane. 



18i 



IIISTUlItl' iNATliltl-J.LK. 



ii r.llAT OCKLOlllK. Flil.lS .VMHOVIIA Miuiii 



a.! Wir.l, 



Cabactèrfs spécifiques. — Pelage plus clair que dans rOielot, faiblement teinté d'orre, qui s'é- 
claii'cit sur les flancs; queue notablement plus grande, moins mince vers l'extrémité; taille un peu 
plus petite; corps plus allongé; jambes plus basses, taches des flancs moins étendues. 

Se trouve au Brésil. C'est le Chat pccai-i, Sebomb ; le luTis macniros, Griflitli, et le Fclis Wicdii, 
Schinz. 

M. Lund attribue i\ cette espèce un fragment fossile d'humérus, percé au condyle interne, et pro- 
venant des cavernes du bassin du Rio das Velhas, au Brésil. 



1.5 CIIATI FEI.IS MITIS. Fi Cuvicr 

Caractères spécifiques. — Pelage i\ fond fauve, marqué de quatre rangées dorsales de taches noi- 
res et pleines; taches des flancs assez petites, bordées, plus larges en avant qu'en arrière, et dis- 
posées à peu près sur cinq rangées; oreilles noires, avec une grande tache blanche sur le milieu de 
chacune. Longueur du corps, depuis la partie antérieure de lepaule jusqu'à l'origine de la queue, 
0"',50; du cou, 0"',0Ô; de la tête, 0™,06; de la queue, 0"',Ô0, ce qui donne une longueur totale de 
moins de 1"", sur laquelle la queue en mesure environ un quart; hauteur. ;i bipartie moyenne du 
dos, 0'",ô5. 




Fi-. 92. - Cliiili. 



Cette espèce a été désignée, par Buffon, sous la dénomination de Jaguar de la Nodvelle-Espacne; 



CARNASSIKRS. 185 

(•"est le Chati de Fr. Cuvier, et, selon quelques auteurs, elle serait t^galement la même que le Cui- 
BiGouAzou de D'Azara, que nous avons rapporté à TOcelot. 

Ce Carnassier semble, à l'état sauvage, avoir les mêmes mœurs que l'Ocelot; d'après Fr. Cuvier, 
qui en a donné une bonne description, il se prive facilement, a beaucoup de douceur, et contracte 
promptement toutes les habitudes du Chat domestique : son miaulement est plus grave et moins étendu 
que celui de ce dernier. 

Il est très-commun au Paraguay. 



10 CHAT ÉLÉGANT. FELIS ELEGANS. I.esson. 

Caractères spécifiques. — Pelage épais, court, très-fourni, d'un roux vif et doré en dessus, avec 
des taches d'un noir intense, tandis que les flancs et le dessous du corps sont d'un blanc tacheté de 
brun foncé; membres roux en dehors, blancs en dedans, mouchetés de brun; queue annelée de brun 
sur un fond roux en dessus, et blaneh.'itre en dessous; un cercle noir autour des veux; deux raies, 
partant du milieu de la paupière, montant parallèlement sur le crâne, et se prolongeant sur le cou, 
avec plusieurs taches plus ou moins allongées, brunes sur l'occiput; dos couvert de nombreuses raies 
interrompues de taches rondes, très-noires, pleines; sur les côtés, ces taches sont aurore, à centre 
d'un fauve vif. Longueur de la tête et du corps : O^.bO; de la queue, O^.Sô. 

D'après Lesson, cette espèce, dont on ne connaît pas les mœurs particulières, serait assez com- 
mune dans les forêts du Brésil. 



8. LES SERVALS. 



17. SERVAL. FELIS SËliVAL. Linné. 

CABACTÈnES SPÉCIFIQUES. — Orcillcs grandes, rayées de noir et de blanc; pelage d'un fauve clair, tirant 
quelquefois sur le gris ou sur le jaune; tour des lèvres, gorge, dessous du cou et haut de l'intérieur 
des cuisses blanchftfres; des mouchetures noires sur le front et les joues; un rang de ces mouche- 
tures vers le pli de la gorge; quatre raies noires le long du cou, et les dernières, interrompues sur 
l'épaule, reprenant pour finir plus loin; les intermédiaires s'écartant vers le même point, et entre 
elles naissent deux autres raies qui vont se terminer au tiers antérieur du dos; deux bandes noires 
à la face interne du bras; tout le reste du pelage ayant des taches isolées; queue annelée de noir; 
toutes les taches du pelage pleines. Longueur de la tête et du corps ; 0'",75; de la queue, 0'",24. 

Ce Carnassier a reçu un assez grand nombre de noms, et l'on a cherché à y distinguer plusieurs 
espèces particulières : A. G. Desmarest lui a donné les dénominations latines de Felis scrnil, (jaleo- 
pardus et Capensis : c'est le Chai-Tigre des fourreurs, le Chai du Cap de Forsler, le Chai-purd 
de Perrault et des anciens académiciens de Paris; le Serval de Bufl'on et le Tigcr-baschkui de cer- 
tains voyageurs. Les caractères essentiels qu'A. G. Desmarest, dans ^a Mammaiorjïc, donne de ces 
trois espèces, que nous réunissons en une seule, à l'exemple des zoologistes modernes, sont les 
suivants : 

1° Serval (Felis serval). — Queue descendant jusqu'aux talons, annelée seulement a son extré- 
mité; oreilles sans pinceaux; pelage fauve en dessus, blanc en dessous, parsemé de nombreuses ta- 
ches rondes, noires, et assez également disposées sur huit rangs environ de chaque cùté; tour des 
yeux blanc. Provient probablement de l'Inde; mais cet habitai est loin d'être certain 

2° Chat-pard {Felis galeopardus). — Queue descendant jusqu'aux talons, annelée dans toute son 
étendue, et terminée de noir; oreilles sans pinceaux, et marquée d'une bande blanchfitrt transversale 



186 IIISTOIRI-; MTLIliELLL. 

sur leur face extei'ue; pelage fauve en dessus, blamliàlre en dessous, avee des lâches noires, diiiii 
celles du milieu du dos sont à peu pi'ès disposées sur quatre rangs. Patrie inconnue. 

o" CuAT DU C,\p I Frits Capams). — Queue dépassant les jarrets, anneiée, oreilles larges, sans 
pinceaux; pelage ftuive, avec des taches noires plus ou moins grandes et des bandes trés-marquées 
aux épaules, au dos, aux jambes de devant et aux hanches. Habite les environs du cap de Bonne- 
Espéranee. 




l"!"- '.15 — Serval. 



Le Serval se trouve dans les tbrcts de toute la jiarlie méridionale de l'Afrique, et priueipalemenl 
dans celles du cap de Bonne-Espérance; il ]}arail également, d'après Bruce, qu'on le rencontre aussi 
en Abyssinie. 

Il grimpe sui' les arbres avec beaucoup d'agilité jiour donner la chasse aux Oiseaux et aux Singes; 
il se nourrit aussi de Rats et de la plupait ties petits animaux qu'il rencontre. On l'a quelquefois dans 
nos Ménageries; mais son caractère reste farouche dans la captivité, et il est impossible de l'apiiri- 
voiser. parce qu'il est insensible aux bons traitements, et qu'il entre en fureur ù la moindre contra- 
riété. Sa fourrure est chaude, douce et très-belle; elle est recherchée, et d'une assez grande valeur. 



1«. CtJA'l' A t'IEDS NllItïS. FliLlS MURIVUS BaidiLlI CiilTilli. 



L;»r,ACTKrius srÉciFiouiis — l'elage d'un roux approchant de la couleur <lu tan, plus p.'ile eu des- 
sous, entièrement couvert de taches noires plutôt longues que rondes ; celles du dos et du cou for- 
mant quelquefois des bandes; celles des é|)aules et des jambes transversales, d'un noir plus profond, 
et, dans les vieux individus, les taches supérieures passant au brun, et les autres, au contraire, de- 
venant d'un noir [dus intense, dessous des pieds très-iioir; oreilles ovales, obtuses, d'un brun mêle 



CARNASSIERS. 1 87 

unifoniie, avec leur bord antérieur garni de poils aussi longs qu'elles-, queue de la même couleur que 
le dos, sans anneaux, mais confusément tachetée jusqu'à 0"'.06 de sa base; taille de notre Chat do- 
mestique. 

Ce Fclis parait avoir beaucoup d'analogie avec le Serval; il a probablement les mêmes habitudes, 
et se rencontre dans les mêmes contrées. 

M.M. Marcel De Serres, Dubreuil et .lean-.Jean, ont indiqué, comme provenant des cavernes de Lunel- 
Viel, un assez grand nombre d'os fossiles qu'ils rapportent au Serval; mais, comme le fait remarquer 
De Blainville, rien ne prouve que ces ossements appartiennent réellement au Carnassier que nous 
éludions, et qu'ils ne proviennent pas plutôt du Lynx commun. 

On range généralement dans la même subdivision sous-généi'ique que le Serval : \" le Cii.\t du Sé- 
MÔGAL (Fclis Scnegalcnsis, Lesson; Fclis scrvaliiui. Ogilby), propre au Sénégal et à Sierra-Leone, 
et 2° le Felis liierrinus, Bennett, qui habite le Bengale. 



0. LI'.S VHAIS FELIS. 



I RACES DOMESTIQUES. 



19. CHAT PROPREMENT lUT. FELIS CATUS. Linné 



Caractères spécfiques. — Poil long et touffu, principalement sur les joues; parties supérieures et 
latérales du corps variant du gris foncé jaunâtre au gris brun; parties inférieures blanchâtres; dos 
marqué, dans son milieu, d'une ligne longitudinale noire, de laquelle partent des bandes transversales 
peu tranchées, assez nombreuses, et qui s'étendent parallèlement les unes aux autres sur les flancs, 
les épaules et les cuisses; quelques petites lignes, également parallèles entre elles, sur le front et le 
sommet de la tête; une bande parlant de l'angle externe de l'œil et traversant les joues; coins de la 
bouche gris-blancs, ainsi que la poitrine et le dessous du ventre; lèvres noires; face externe des pat- 
tes fauve; queue très-touffue, annelée de noir, et ayant son extrémité de cette même couleur, qui est 
également celle des poils de dessous les quatre pieds; oreilles droites, roides; pupille des yeux se 
contractant longiiiulinalement. Longueur totale du corps, mesuré depuis le bout du museau jusqu'à 
l'origine de la qtieue, 0",riO : de la" tête, 0'",07, des oreilles, O'°,0o; de la queue, 0"',55. Hauteur 
moyenne au train de devant, 0'",20; au train de derrière, O'",2o. 

La description que nous venons de donner, d'après A. G. Desmarest. est celle du Chat sauvage, 
que l'on doit prendre poui' type de l'espèce. Malgré sa petite taille, on retrouve dans ce Carnassier 
toutes les habitudes des grandes espèces;, il vit isolé dans les bois, de la chasse active qu'il fait aux 
Lièvres, aux l^apins, aux Perdrix, et à tous les-animaux faibles qu'il rencontre; il grimpe dans les 
arbres avec une grande agilité, et place ses petits dans les trous caverneux des arbres. Chassé ])ar 
les Chiens courants, il se fait battre et rebattre dans les fourrés, absolument comme le Renard; puis, 
quand il est fatigué, il s'élance sur un arbre, se couche sur une grosse branche basse, et, de là, il 
regarde tranquillement passer la meute, sans s'en mettre autrcment,en peine. On le trouve, mais 
assez rarement, dans presque toutes les forêts de l'Europe et de l'Asie; autrefois il était commun 
dans toute la France, mais, depuis une soixantaine d'années, il y devient irè.s-rare, et on ne le voit 
plus guère que dans les grands bois de la partie méridionale. 

Avant de nous occuper des diverses races du Fiiis caliis, qu'il nous soit permis d'analyser en quel- 
ques pages l'ouvrage de M. Slraus-Durckliein, intitulé ; Anatomie destriptive et compnrce du Chat, 
iijpe des Mammifères en (jciicml et des Carnivoirs en pariieititer, 2 vol. in-4" et atlas, Paris, 1845, 
que nous avons déjà cité, et (pii, fruit ilu travail de nombreuses années, comprend un très-grand 



188 HISTOIRE NATURELLE. 

nombre de détails sur l'osléologie, la syndesmologie et la myûlogie de l'espèce que nous éludions. 
Ce que nous dirons ici surlc Cliat domestique pourra .s'appliquer à toutes les espèces du genre Felis, 
car, dans un i;roupe aussi naturel que celui-lii, les caractères anatomiques importants sont les mêmes 
dans toutes les espèces, et les variations qu'on peut observer ne sont que de très-peu de valeur, 
ne tenant souvent qu'à la taille plus ou moins grande, et surtout aux mœurs diverses de l'espèce. 
Ce sont ces considérations qui nous ont engagé ;\ nous étendre autant que nous allons le faire sur 
quelques points importants de rai].atomie du Felis cnlus. car ce que nous en dirons pourra être con- 
sidéré comme un complément de nos généralités sur les Feliens. 

La tête, comparée à celle de l'homme, est plus allongée en avant, d'où résulte que non-seulement 
la face saille davantage, mais le crûne est aussi, proportionnellement au volume de la tête, plus étroit, 
plus bas, et par conséquent plus allongé dans le même sens; cet allongement porte cependant moins 
sur les diverses parties du crâne que sur celles de la face. L'angle facial, qui dans l'homme est de 
80", n'est, dans le Chat, que de 52", dimension due en partie à l'abaissement du front, qui rase 
presque le bord supérieur des orbites, et en partie à l'allongement du museau. Le trou occipital est 
situé en arrière, à la partie inférieure de la face postérieure de la tête, et dirigé obliquement de 
haut en bas et en avant. La face est plus proéminente que dans l'espèce humaine; toutes les par- 
ties qui la composent sont plus tirées en longueur, et le front très-oblique en avant; les os du nez, 
plus déprimés, continuent l'arc des coronaux; les siagonaux, les labraux, les malaires, les palatins 
et les arcades zygomatiques, sont tous plus allongés, quoique, du reste, dans les mêmes rapports de 
connexion. Il en est de même de l'ethmoïde, du vomer, du sphénoïde, du sphécoïde et du basilaire. 
La mâchoire est moins haute et plus étroite en avant, ce qui contribue ;i rendre le museau pointu et 
saillant. 

La tête est composée de vertèbres et de leurs appendices. Les vertèbres sont au nombre de cinq : 
1" La vcrllire rhinale est réduite en majeure partie à des pièces purement cartilagineuses ; la partie 
centrale du système nerveux ne s'y prolongeant plus, le canal raihidien y est entièrement effacé, 
c'est-à-dire que la lame de la vertèbre s'applique sur le corps de cette dernière, et les parties laté- 
rales de la masse apophysaire, avec les appendices, contournent la portioii antérieure des fosses na- 
sales, où elles sont représentées par les cartilages pararrhins, les cornets et les cartilages alaires, ou 
ailes du nez. 2° La verlcbrc ciliinoïdak, la seconde de la face, commence déjà à entrer par une sur- 
face assez large dans la composition de la boîte crânienne, surface plus étendue que chez les Reptiles 
et les Oiseaux, oii l'ethmoïde est entièrement facial; cette vertèbre a principalement pour corps la 
lame verticale de l'ethmoïde; sa lame est formée par les os nasaux, les apophyses obliques.antérieures, 
et les anfractuosités ethmoïdales ; les cornets de Bertin sont les apophyses obliques postérieures, et 
les transverses se trouvent dans les os planum ; l'ethmoïde est très-compliqué, ô" La verlcbrc splié- 
noîdalc a pour corps le sphénoïde, et plus spécialement la cloison qui sépare les deux sinus; les os 
coronaux forment la lame; les apophyses obliques antérieures et transverses constituent les parties 
latérales des sinus, qui se séparent assez distinctement de la cloison dans les fcBtus de presque tous 
les Mammifères, et les apophyses obliques postérieures sont représentées par les ailes d'Ingrassias. 
i" La verlcbrc sphécoïdalc ressemble mieux encore que la troisième à celle du rachis; ces apophyses 
latérales offrent même la disposition qu'elles ont sur ces dernières, et l'épineuse, ordinairement re- 
présentée par un os à part, connu sous le nom de vvormien, se prolonge souvent sous la forme d'une 
crête longitudinale le long de la suture sagittale. 5° La verlcbrc basilaire comprend le corps ou os 
basilaire, les apophyses obliques, les transverses, la lame et l'apophyse épineuse, formant des pièces 
particulières, ne se confondant que longtemps après la naissance les unes avec les autres. 

Les appendices des vertèbres céphaliques constituent, en général, les os de la face, tandis que 
celles-ci représentent plus particulièrement ceux du crâne. Les appendices de la vertèbre rhinale 
constituent deux séries; la première renferme le cartilage alaire, ou ailes du nez, et la seconde les 
deux os labraux, ou os incisifs. Les appendices de la vertèbre ethmoïdale sont rudimentaires et pré- 
sentent deux petits osselets, le vomer et les unguis. Les appendices de la vertèbre s))lienoïdale forment 
aussi deux séries, dont l'une constitue la chaîne des os palatin et siagonal, c'est-à-dire la mâchoire 
supérieure, ainsi que les dents supérieures, et la seconde forme une branche de celle-ci, comprenant 
l'os malaire et les cartilages des paupières. Les appendices de la vertèbre sphécoïdale ne comprennent 
qu'une seule série formée par l'os squammeun et la mâchoire inférieure, avec toutes ses dents. Enfin, 



CARNASSŒfiS. _ )80 

les appendices de la vertèbre basilaire forment deux séries bien distinctes, la première comprenant 
les osselets de l'ouïe, l'os tynipanique et mastoïdien, et la seconde série composée par l'appareil 
hyo-Iaryngien, renfermant surtout l'hyoïde et le larynx. 

Le raclas ou colonne vcrléhralc présente dans le Chat des courbures à peu près semblables à celles 
que l'on observe dans le même organe chez l'homme; les deux premières vertèbres cervicales forment 
un petit arc concave en avant, dû au poids de la tête, de manière que l'arc de l'atlas est oblique de 
bas en haut et en avant, pour que sa cavité articulaire s'adapte mieux aux condyles de la tête. Les 
vertèbres cervicales suivantes, avec les premières dorsales, produisent un arc concave en dessus très- 
précipiié. Les autres dorsales avec les lombaires forment, au contraire, une seule courbure concave 
en dessous, et moins forte que celle de la région cervicale. Le sacrum est de nouveau replié en des- 
sus, et, enfin, la queue, en obéissant à son propre poids, s'arque encore en dessous. La tète et le cou 
sont assez courts. La longueur relative des régions dorsale et lombaire est à peu près égale, ou 
plutôt dans la proportion de quinze à treize. Le sacrum, composé seulement de trois vertèbres, est 
très-court. La queue n'est pas longue, quoique un peu plus développée que celle des Lynx. Quant à la 
grosseur des diverses parties de la colonne vertébrale, elle varie, d'une part, selon l'ampleur du canal 
rachidien, et, d'autre part, selon la force que chaque vertèbre a à supporter, et par suite selon la gros- 
seur de leur corps, ainsi qne la force et la longueur de leurs apophyses, qui servent principalement de 
points d'attache ou de bras de levier aux muscles de l'épine. Le canal rachidien est large dans l'atlas, 
se rétrécit dans la troisième vertèbre, et commence à augmenter de largeur à partir de la cinquième 
vertèbre jusqu'à la dernière lombaire, où son diamètre transversal égale celui de l'atlas. Les vertè- 
bres rachidiennes se développent par cinq centres d'ossification : un pour la partie moyenne du corps, 
deux pour les épiphyses de ce dernier, et un de chaque côte pour la masse apophysaire. Quant à la 
forme et à la grandeur des vertèbres, ainsi qu'à la longueur et à la disposition de leurs apophyses, 
elles ressemblent assez à celles de l'homme, en présentant cependant des différences notables, dé- 
pendantes, les unes de l'attitude horizontale du corps, et les autres de la faculté de sauter, genre 
de mouvement dans lequel excellent les Fclis. Nous nous bornerons à ce que nous venons de dire du 
rachis en général, car nous craindrions d'être trop long si nous entrions dans la description particu- 
lière de chacune des régions de la colonne vertébrale et de chaque vertèbre en particulier. 

De même que les vertèbres cèphaliques ont des appendices qui composent principalement les parties 
de la face, en contournant sous le corps des vertèbres des cavités où sont placés divers organes, et 
surtout l'origine des appareils de la respiration et de la digestion, de même aussi les vertèbres ra- 
chidiennes portent des appendices qui embrassent des cavités du tronc, mais modifiés selon le besoin. 
C'est ainsi que sur les vertèbres cervicales ces appendices ou apophyses costillaires sont réduits à de 
simples rudiments, nuls en apparence chez les Mammifères, mais dont l'existence est prouvée par la 
composition des vertèbres chez les Oiseaux et les Reptiles. Sur les vertèbres dorsales, ces appendices 
forment les côtes et le sternum ; sur les lombes, ils n'existent chez les Mammifères que sur les ver- 
tèbres les plus antérieures, où ils constituent les fausses côtes ou costines, cl disparaissent complète- 
ment sur les vertèbres lombaires suivantes, où on les retrouve toutefois chez la plupart des Vertébrés 
ovipaies. Aux vertèbres sacrées, les appendices immédiats ne forment que de simples rudiments de 
costinelles, qui se confondent bientôt av^c le sacrum; mais les appendices plus éloignés sont ce qu'on 
nomme les os coxau.'i. Enfin, à la queue, les analogues des côtes ou les costelles se présentent aux 
premières vertèbres caudales, soit sous la forme de très-petits osselets rudimenlaires, soit en se sou- 
dant par paires sous celle d'os upsiloïdes. 

En particulier dans le Chat, les côtes, ai^ nombre de dix paires, et les costines, fixées aussi par 
paires aux trois premières vertèbres lombaires, ne diffèrent que fort peu de celles de l'homme, étant 
simplement plus grêles, moins larges et aplaties d'avant en arrière dans leur moitié interne ou supé- 
rieure, et au contraire plus étroites et légèrement comprimées de dehors en dedans, à la moitié infé- 
rieure, en diminuant de grosseur de la première à la dernière. Les côtes se développent par deux 
points d'ossification, l'un pour la dyaphyse, et le second pour l'épiphyse, formant sa tête supérieure. 
Les cartilages costaux sont des tiges grêles, simples, qui prolongent les côtes et les costines verté- 
brales en dessous, et se dirigeant en bas, en avant et en dedans vers le sternum, avec lesquels les 
huit premières paires seules s'articulent, tandis que les deux paires suivantes ne l'atteignent pas, 
de même que ceux des trois costines. 



190 iiisiOiRK >ATi:ru;i.i.i:. 

Le sternum est roniposé d'une série de neuf os allongés, rentlés aux l)Outs, ci leiinis à leur base par 
des cartilages simulant les ligaments iibro-paipeux des vertèbres, et les pièces ressemblent même 
beaucoup pour la l'orme aux vertèbres caudales postérieures, dont elles ne diffèrent guère que par 
l'absence des crêtes apophysaires. Les neuf pièces du sternum sont consécutives, non épiphysées, 
disposées en ligne droite, plongeant antérieurement un peu en dessous. Chaque pièce sternale n'a 
(ju'uu seul point d'ussilication. 

On remarque chez quelques Chats de petites pièces rudimentaires très-courtes, articulées par des 
ligaments sur les extrémités des appendices transverses des premières vertèbres lombaires, d'ordi- 
naire privées de coslines, et ces osselets paraissent faire la continuation immédiate de ces apo- 
physes. 

Dans son ensemble, le bassin des Chats, que l'on peut considérer comme formaiu les a|)[HMulices 
des vertèbres sacrées, est beaucoup plus étroit que chez l'homme, surtout dans sa partie antérieure 
corres]Hindant au grand bassin, (pii n'est guère plus évasé que le petit, dont il n'est pas distinct; il 
est aussi plus allongé d'avant en arrière, et surtout dans la partie qui répond à la symphyse des pubis, 
symphyse qui se prolonge beaucoup entre les deux ischions. La direction du bassin suivant sa plus 
grande longueur, c'est-à-dire de la crête iliaque aux tubérosités ischialiques, est oblique d'avant en 
arrière et en dessous; mais, du reste, les deux parties latérales sont parallèles entre elles. Quant aux 
différentes parties du bassin, telles que l'iléuni, le pubis, le cotylitn, l'ischion et le pénisial de 
M. Straus-Durhkeim, c'est-à-dire l'os du pénis, nous n'entrerons pas dans leur description parti- 
culière, qui serait trop étendue pour notre ouvrage. 

Les membres antérieurs, comme chez tous les Mammifères, sont composés de cinq parties con- 
sécutives, formant des angles alternatifs entre elles, et qui sont l'épaule, le bras, l'avant-bras et la 
main. 

L'épaule est formée de la l'éunion de deux os, l'omoplate et la clavicule, avec un os coracoidien 
rudimeutaire fixé à l'omoplate, où il constitue l'apophyse coraeoide, et un quatrième os formant une 
épiphyse sur le bord de la cavité glénoïde, mais distinct seulement comme os à part dans les très- 
jeunes sujets. 

Le bras ne renferme qu'un seul os, ou l'humcriis, formé d'une diaphyse et de plusieurs cpiphyses, 
lesquelles s'unissent en une seule pièce, lorsque l'animal devient adulte. 

L'avant-bras renferme deux os longs, le cubitus et le radius, mobiles à la fois sur l'humérus et 
sur la main, et mobiles l'un sur l'autre dans les mouvements de pronation et de supination. L'avant- 
bras fait un angle obtus avec l'humérus, en se dirigeant verticalement en dessous dans la station. 

La main du Chat se conqiose de deux parties bien distinctes, la palmure et les doigts. La palmure 
se subdivise en carpe et métacarpe, et présente l'i peu près les mêmes os que chez l'homme, avec 
des différences notables dans la forme et la disposition. Dans l'étal de station, la palmure est toujours 
étendue sur l'avant-bras, mais seulement jusqu'à la direction droite et un peu plus, afin ipie le poids 
du corps tende à la maintenir en extension. Les doigts, au nombre de cinq, ont enlie eux les mêmes 
longueurs relatives que chez l'homme, et entre eux les mêmes rapports de longueur que leurs os mé- 
tacarpiens : c'est-à-dire que le premier interne, ou le pouce, est le plus court; et ensuite le cinquième; 
le second, le quatrième, et enfin le troisième, sont progressivement de plus en plus longs. Chacun de 
ces doigts, à l'exceplion du pouce, se compose de trois osselets consécutifs ou phalanges, mais le 
pouce manque de phalangiue. Outre ces trois os, chacun des quatre doigts externes porte en dessous, 
à la base de la phalangeale, deux osselets sésamoïdes, égaux dans le môme doigt; tandis qu'au pouce 
seulement le sésamoïde interne est seul ossifié, et l'externe réduit à un simple grain cartilagineux. 

Ou retrouve également dans les membres postérieurs les mêmes parties que chez l'homme, avec 
des différences de forme et de dis])osition que nécessitent principalement la marche quadrupède et 
le genre de vie auquel les Fclis sont aii]ielés. Ces membres se partagent en cuisse, jambe et pied, 
correspondant dans les antériciu'cs au bras, à l'avant-bi'as cl à la main; et ces parties font, dans leur 
disposition naturelle de repos, des angles alternatifs entre elles, alin de rendre la marche, la course 
et surtout le saut, plus faciles, ])lus souples, et même la station plus sûre. La cuisse se dirige obli- 
ipienu'ut en dessous et en avant; la jambe (ibli(pu'menl en dessous et en arrière; le pied eu dessous 
et un peu en avant, et, enlin, les orteils en avant, eu appuyant surli' sol, 

La cuisse renferme quatre os, dinil le piiiicipal esl le fciuur, cl li'iiis aulres os. l'iul pclils, pla- 



CÂRNASSIEIiS. I')l 

l'és dans le creux du jarret, qui n'ont pas été vus par la plupart des anatomistes, et que M. Straus- 
Durhkeini décrit pour la première fois ; deux de ces os ont reçu le nom de cnlltotdcs,:À cause de 
leur forme derai-ovale qui leur donne quelque ressemblance avec un grain d'orge, et le troisième, 
situé sous le eritlioïde externe, et, dans le tendon du muselé poplité, est le poplitairc. 

La jambe renferme deux os principaux, le tibia et le péroné, ainsi que le rotule et les cartilages 
interarticulaires, fixés au tibia par des ligaments particuliers. Ces os diffèrent assez peu de leurs 
correspondants dans l'espèce humaine. 

Le pied des Carnassiers se compose des mêmes parties principales que celui de l'homme, et analo- 
gues à celles de la main, c'est-à-dire qu'on y distingue deux parties principales : le cou-de-pied, 
correspondant à Ia4ialnuire, et les orteils, correspondani aux doigts; mais la disposition de ces par- 
ties n'est pas tout ii fait la même que dans l'espèce humaine pendant la station et la marche. Les 
(]bats appartenant à la grande division des Digitigrades n'appuient plus la plante sur le sol. mais 
seulement l'extrémité du métatarse et les orteils absolument comme à la main, et tiennent le pied dans 
une position presque verticale, de manière que ses faces antérieures et postérieures correspondent 
au dessus et au dessous du pied de l'homme. 

Le cou-de-pied se divise en tarse et métatarse, eux-mêmes subdivisés en un assez grand nombre 
d'os, dont quelques-uns ont reçu des noms particuliers de M. Straus-Durhkeim. 

Dans les orteils, le pouce ou liallux manque; les quatre orteils restants ressemblent parfaitement 
pour la forme aux doigts, dont ils ne différent que par une grandeur un peu plus considérable, mais 
étant toutefois dans les mêmes proportions, c'est-à-dire que le second, ou le hilliix, est le plus long 
et le plus fort; le troisième, ou le hollux, à peine un peu plus court et plus faible; le premier, ou le 
hellux, sensiblement plus petit que ceux-là; et, enfin, le quatrième, ou le hullux, est un peu moindre 
encore que le premier. Il y a aussi trois phalanges et deux sésamoides. 

La syndesmologie ou la description du système ligamentaire a été faite avec grand soin et beau- 
coup de détails par M. Straus-Durhkeim, et cette étude, entièrement nouvelle dans le Chat, a 
donné lieu à de nombreuses découvertes intéressantes. Mais ce sujet est trop peu connu pour que 
nous nous y arrêtions longtemps ici ; aussi nous bornerons-nous à donner seulement quelques géné- 
ralités. 

D'une matière très-générale, le système ligamenlaiie du Chat ne diffère en rien de celui de Ihomme, 
et la plupart de ses parties se rapportent même individuellement à leurs analogues chez ce dernier. 
Quelques-unes cependant manquent dans cet animal; mais, par contre, il en a aussi un assiz grand 
nombre qu'on ne retrouve pas dans l'espèce humaine. On peut les diviser en ceux appartenant au 
lorsc et en ceux appai'tenant aux membres. 

Les ligamenls de la partie centrale du corps se distinguent ensuite en ceux de la tête et en ceux 
du tronc. 

La plupart des pièces qui entrent dans la composition de la tète étant articulées entre elles par 
suture et par synchondrose, on n'y trouve qu'un fort petit nombre de ligaments proprement dit.'^, 
mais les pièces mobiles en offrent une quantité plus considérable. 

Les ligaments et l£s aponévroses du tronc se distinguent en ceux qui unissent les vertèbres entre 
elles; en ceux qui se rendent de celles-ci à leurs appendices, et en ceux qui réunissent les parties de 
ces derniers. Les ligaments et les aponévroses de la colonne vertébrale sont ou généraux, et embras- 
sent plusieurs vertèbres, ou bien spéciaux seulement, en passant d'une pièce à celle avec laquelle 
celle-ci s'articule immédiatement. 

Les membres présentent un très-grand nombre de ligaments et d'aponévroses. Dans le membre 
antérieur, on distingue ceux qui sont propres aux diverses parties de ce membre, et en outre une 
gaîne aponévrotique générale (|ui enveloppe toutes les parties. Il en est de même de ceux du mem- 
bre postérieur, qui, outre les ligaments qui lui sont propres, comprend une sorte de gaîne continue 
qui enveloppe tout le membre, et qui est l'aponévrose crurale, jambière et podale. 

Le système musculaire du Chat offre beaucoup de particularités remarquables; il nous sera im- 
possible d'entrer dans ce sujet avec quelques détails, nous ne pourrons même pas donner les noms 
des muscles nombreux du Chat, et nous ne pourrons guère indiquer que quelipies généralités, qui 
sont même plutôt du ressort de l'analomie comparée en général que de celui (dus spéciale de l'his- 
toire du srenre l'clis. 



\',)-2 IIISTOIIII': N.VrrRELLK. 

Les muscles qui iiiettent la tète et ses parties en mouvement se subdivisent d'après les organes 
qu'ils meuvent en ceux des téguments, des oreilles, des yeux, du nez, des lèvres, des michoires, de 
la langue, du voile du palais, du piiarynx, de l'hyoïde, du larynx, et, enfin, en ceux qui meuvent la 
tète entière. Les téguments, n'ayant aucun point fixe sur lequel ils se meuvent, ne reçoivent que des 
muscles qui les déplacent en les fronçant. Les muscles de l'oreille se distinguent en ceux qui meu- 
vent sa partie antérieure, et en ceux quimeuvent sa partie interne, placés dans la caisse du tympan. 
Les muscles qui meuvent les yeux et leurs dépendances se distinguent en ceux qui font agir les pau- 
pières et ceux qui meuvent le globe de l'œil. Les muscles moteurs du nez sont, chez le Chat, beau- 
coup moins développés que chez l'homme; aussi leur nez est-il très-peu mobile : il n'y a même que 
le myrtiforme, dont la fonction est de dilater les narines, qui soit bien distinct, tandis que le pyra- 
midal n'est qu'une dépendance du frontal, et l'élévateur de l'aile du nez qu'une dépendance de l'élé- 
vateur de la lèvre supérieure. Quoique les Chats ne puissent pas produire, avec leurs lèvres, et sur- 
tout avec l'inférieure, des mouvements aussi variés que peut le faire l'homme avec les siennes, ce 
qui vient principalement du peu de force du muscle labial, leur lèvre supérieure est cependant pour- 
vue de muscles plus puissants, surtout l'élévateur propre, qui fait exécuter ce mouvement d'élévation 
qu'on remarque chez ces animaux lorsqu'ils menacent ; ces muscles sont, pour les deux lèvres, au 
nombre de six. La mâchoire étant, dans le Chat, articulée à la tète par des gynglymes, dont les ca- 
vités sont très-profondes et embrassent étroitement les condyles, il n'y a guère que les mouvements 
d'élévation et d'abaissement qui soient possibles, avec un bien léger glissement latéral dans les deux 
articulations, mais non le mouvement de prétraction et de rotation, comme cela a lieu chez l'homme, 
et mieux encore chez les Ruminants, où les cavités glénoides sont presque planes. Il n'y a ainsi chez 
le Chat que des muscles élévateurs et abaisseurs de la mâchoire; mais, par le genre de vie des Felis, 
ces muscles ont dû être très-développés, très-puissants. La langue est mise en mouvement par deux 
ordres de muscles ; les uns, qu'on nomme extrinsèques, prenant leur point fixe sur quelque partie 
extérieure à cet organe, et les autres, ou les intrinsèques, constituant la masse même de la langue, 
et lui faisant exécuter des mouvements sur elle-même. Les muscles du voile du palais ont une dispo- 
sition particulière. On retrouve, parmi les muscles qui meuvent le pharynx, tous ceux qu'on remarque 
chez l'homme, et quelques-uns de plus qui existent bien aussi chez ce dernier, mais moins distinc- 
tement, ou qui ont été décrits comme faisant partie d'autres muscles; tels sont le génio-pharyngien et 
le glosso-pharyngien : tous ces muscles peuvent se distinguer en prétracteurs, élévateurs et constric- 
teurs. Les muscles de l'hyoïde et du larynx sont assez nombreux, et quelques-uns sont communs à 
ces deux organes. La tête étant mobile dans tous les sens par la combinaison des mouvements qu'elle 
peut exécuter sur l'atlas et l'axis, les divers muscles qui entourent ces articulations et qui se fixent, 
soit à la tète, soit à l'atlas, peuvent être distribués en quatre ordres ; les extenseurs, les fléchisseurs 
latéraux, les fléchisseurs directs et les rotateurs. 

Les muscles qui meuvent les diverses parties du tronc sont distribués en six régions principales 
particulières : celles des téguments, du rachis, du thorax, de l'abdomen, de l'anus, des organes 
urinaircs et des parties génitales. II y a quatre muscles bien distincts et bien développés qui meuvent 
la peau du tronc; ce sont des contracteurs. Les vertèbres étant plus ou moins mobiles en tous sens, 
leurs muscles se partagent de là en ceux qui les portent en dessus, ou les extenseurs; en ceux qui les 
portent de côté, ou les fléchisseurs latéraux; en ceux qui les fléchissent en dessous; et, enfin, en 
ceux qui leur font éprouver un mouvement de rotation : ces muscles sont puissants dans le Chat, et 
cela se conçoit, car il meut avec une assez grande facilité les diverses parties de sa colonne verté- 
brale et spécialement sa queue. Les côtes ont des muscles protracleurs et rétracteurs. Relativement 
aux muscles moteurs du sternum, on peut remarquer qu'outre l'analogue du muscle triangulaire de 
l'homme, il existe encore, chez le Chat, un second moteur propre du sternum, placé en dehors de la 
poitrine, et qui a la même fonction, celle de porter le sternum en avant, eu rendant plus aigu l'an- 
gle que les côtes font avec lui, tandis que le sternum est porté en arriére.-par le droit abdtmiinal : 
les autres mouvements de cette chaîne d'os sont impossibles, cl les muscles se dislingm^nt de là ex- 
clusivement en prétracteurs et en rétracleurs. 

Relativement aux muscles moteurs de la respiration, on peut dire que, dans le Chat, il n'y a qu'un 
seul muscle essentiellement inspirateur, le diaphragme, et point d'expirateur. excepté dans des cir- 
constances où la respiration devient pénible. 




^*^i!||i!||p^^^^^^^ 



CARNASSIERS. 



19: 



l'iusit'urs muscles peuvi'iJl mouvoir rabilomeii; ces muscles sont Ions coiisiiicteiiis, mais la dila- 
tation du ventre peut être aussi produite par des muscles qui agissent sur les fausses côtes en les 
portant en arriére. 

Il y a des muscles spéciaux de l'anus, des orijanes urinaires et des orijaiies î;éiiilaux, et ces der- 
niers diffèrent dans les deux sexes de la mi'nie espère. 



ï ^~~:; 







Fig. 94. — Chat Jouiustliiue. 



Les muscles des membres sont puissants, quoique cependant assez peu développés. Les os de 
l'épaule, l'omoplate et la clavicule, étant librement suspendus dans les chairs, sont mobiles dans 
tous les sens; toutefois, comme la première est appliquée contre le thorax, elle ne peut se mouvoir 
que dans un plan vertical, d'où ces muscles se distinguent en prétracteurs, élévateurs, rétracieurs et 
abaisseurs. La clavicule est réduite à un petit osselet suspendu dans un repli où plusieurs muscles 
se rencontrent, mais sur lesquels elle n'a aucune influence, et il en résulte qu'elle n'a pas de muscles 
qui lui soient propres. L'avanl-bras, étant uni à l'humérus par une articulation gingiymoïdale, ne peut 
se mouvoir que dans deux sens opposés, en avant et en arrière, ou en flexion et en extension; mais 
les deux os qui entrent dans sa composiiicr. se meuvent en outre l'un sur l'autre en supination et en 
pronation; il existe de là quatre espèces de muscles, des extenseurs, des fléchisseurs, des supinateurs 
et des pronateurs. Dans le Chat, la main est mobile en tous sens, cependant plus fortement en avant 
et en arrière que de côté, où le mouvement est très-borné : cette partie du membre reçoit aussi quatre 
espèces de muscles : des extenseurs, qui la portent en avant: des abducteurs, qui la portent en de- 
hors, des fléchisseurs qui la plient en arriére, et, enfin, des adducteurs, qui l'inclinent en dedans. 

Quoiqu'il y ait une très-grande ressemblance entre les membres postérieurs et antérieurs, tant sous 
le rapport des os que sous celui des muscles, les différences sont cependant encore assez considé- 



lU IlISTUllili NATLIRELI.E. 

rablc's, surliuil dans les parties les plus proches (Im Irone. En elTel, (|Uoiqiie les os du bassin et celui 
de l'épaule soient bien évidemment les analoi;ues les uns des autres, les différences qu'ils présentent 
sont toutefois fort grandes, et elles sont encore plus sensibles relativement aux muscles : ceux mouvant 
l'épaule étant très-nombreux et fort développés , tandis que les muscles fixés au bassin, qu'on doit 
leur comparer, sont plutôt des moteurs de la colonne vertébrale, le bassin étant à peu près immobile. 
Quant aux analogues des muscles moteurs de l'iuiméius, ils doivent nécessairement être ceux qui 
meuvent le fémur; et ceux de l'avant-bras, de la main et des doigts, sont ceux de la jambe, du pied 
et des orteils, parties entre lesquelles il y a, au contraire, beaucoup de ressemblance, comme aussi 
des différences notables. 

La cuisse étant, comme dans l'homme, susceptible d'un mouvement de circumduction, les muscles 
(|ui la meuvent peuvent de là être distingués en extenseurs, lléchisseurs, adducteurs, rotateurs en 
dedans et rotateurs en dehors; mais, comme la cuisse, dans l'état de station, est fortement fléchie en 
avant, tandis qu'elle est en extension chez l'homme, les fonctions de plusieurs de ses muscles ne 
sont pas les mêmes dans les deux espèces. 

Dans la jambe, nous trouvons des muscles produisant des mouvements d'extension, de flexion cl 
de rotation : la supination et la pronation sont impossibles. 

Les muscles du pied se distinguent en muscles moteurs du cou-de-pied et de ses parties, et en mo- 
teurs des orteils. Piclativemeni aux muscles du cou-de-pied, on peut remarquer que plusieurs des 
muscles moteurs du pied, prenant leur attache sur le fénuu', contribuent beaucoup aux mouvements 
de la jambe, et, par contre, d'autres, spécialement destinés aux mouvements des orteils, contribuent 
à leur tour aux mouvements du pied, prenant leur point fixe sur la jambe. Le pied peut exécuter des 
mouvements d'extension et de flexion, et des mouvements latéraux d'abduction et d'adduction; mais 
ces derniers sont plus bornés. 

Les muscles qui meuvent les orteils sont aussi nombreux que ceux qui meuvent les doigts, avec 
lesquels ils ont la plus grande analogie, tant par leur fonction que par leur forme et leur disposition, 
surtout dans leur pai'tie podale, et se distinguent de même en extenseurs, abducteurs, fléchisseurs et 
adducteurs. 

Nous avons cherché à donner, d'après M. Straus-Durhkeim. une idée générale de l'ensemble du 
système locomoteur du Chat domestique, et ce que nous avons dit peut, à quelques remarques prés, 
s'appliquer non-seulement à tous les Felis, mais même à presque tous les ('arnassiers. C'est pour cela 
que nous nous sommes autant étendu sur ce point purement d'anatomie comparée; un autre but que 
nous nous proposions était de faire brièvement connaître l'ouvrage si peu répandu de M. Straus- 
Durlikeim, dans lequel, quoique nous soyons loin d'adopter toutes les idées de l'auteur, nous avons 
trouvé des remarques du plus haut intérêt, et qui sont, pour la première fors, introduites dans la 
science de l'organisation. 

Après cette desi'ription anatomique, peut-être un peu trop longue, revenons à la partie zoologi- 
que, proprement dite, du Chat domestique. 

Du Chat sauvage, que l'on peut spécialement nommer Fclis caliis fcnts, Schreber, et qui est le 
même que le Manul de Pallas, et peut-être de son croisement avec quelques espèces voisines, soiit 
provenues de nombreuses variétés et races, que l'on a parfois regardées comme constituant des es- 
pèces particulières, parce qu'elles présentent des caractères tranchés et assez constants, mais dont 
la plus grande partie, deviuiue domestique depuis un grand nombre d'aimées, et qui s'est répan- 
due partout, ne présente guère plus de caractères distinctifs, et passe, d'une manière insensible, 
d'une variété à une autre, et même d'une race à l'autre. 

Les races les plus caractérisées sont : 



A cuAT DOMESTIQUE Ticnii. Fciis caiiis (lomcslictis, Liuné. 

CARACTiiRES l)ISTIî\G'rit"S. 

l'rldfjc lics-annlofiuc à celui (In Chat sauvcujc; lèvres cl plmilcs ilcs pieds constamnœnl noires; 
selon les dieers individns, il ij a des différences notables dans le nombre des lâches des flancs et des 



CARNASSIi'P.S. 19?; 

(imieaiLr noirs ilr la f/iic »c. mais le front cl les joues oui de peines Imiulcs disposées coiiiiiie celles du 
Citai sauvage, et le bout de la queue est noir. 

Cette variété, moins carnassière que le Chat sauvage, a les intestins proportionnellement plus longs 
que les siens. Elle est plus défiante que les antres races, et conserve les liaLiitudes sauvages de sa 
souche primitive, dont elle est Irès-rapprochée. 



B. CHAT d'espagne. Felis cutus Ilispnnicus, Linné. 

CAR.^CTÈRES DISTINCTIFS. 

Poil assez court, brillant; pieds cl lèvres couleur de chair; robe tachée par plaques irrégii- 
li'eres de blanc pur, de rou.r vif et de noir foncé, et quelquefois ne présentant que deux de ces 
couleurs. 

Cette variété, qui est la même que le Felis calus maculatus, Boddaërt et Linné, est assez répandue 
dans nos maisons en Europe. Une remarque intéressante, faite par A. G. Desmarest, est que les indi- 
vidus qui offrent ù la fois les trois couleurs que nous avons indiquées, c'est-à-dire le blanc, le roux 
et le noir, sont constamment des femelles; toutefois, il paraîtrait probablement, d'après Bory De Saint- 
Vincent, qu'en Espagne et en Portugal on aurait vu quelques mâles dont la robe était également 
tricolore. 



C. CHAT DES CHARTREUX. FcHs cutus cœrulcus, LiiHié. 

CAliACTÈRES DISTINCTIFS. 

Poil très-fin. un peu long, partout d'une belle couleur gris ardoisé uniforme; lèvres et piaule 
des pieds noires. 

Cette race, après celle du Cliat tigré, est la plus rapprochée de la ra( e sauvage; elle est très- 
alerte. 



D. CHAT d'angora. Felis calus Angorensis, Linné. 

CARACTÈRES DISTINCTIF.S. 

Poil du corps doux, soqcux, très-long, surtout autour du cou, .^ous le rentre et à la queue; poils 
de la tclc et des pattes courts; couleur blanche, gris pâle, fauve pâle, ou mélangée par plaques ir- 
régulières. 

Cette race, très-éloignée du type primitif, ne présente point les mœurs carnassières ni la vivacité 
du Chat tigré; elle est indolente, dormeuse et malpropre. Elle est originaire d'Angora, en Natalic, 
patrie de plusieurs races de Mammifères à poils longs et soyeux. 

Ces différentes races, par leur mélange, produisent une foule de sous-variétés, qui tontes ont des 
traits confondus et affaiblis des variétés dont elles proviennent. Les plus curieuses, toutefois, sont 
celles des Chats tout blancs ou des Chats tout noirs, et à poils non soyeux. 

Parmi les autres races, nous citerons seulement les suivantes, car nous indiquerons comme espèces 
distinctes plusieurs des variétés que Lesson y a réunies. Ce sont : 

1° Le Chat roux de Tobolsl;, indiqué par Gmelin; 



196 IIISTOIIIE NATURELLE. 

2" Le Chat h onilles pendantci;, à poils lins cl longs, noirs ou jaunes, qui se trouve en do- 
mestieilé en Chine, dans la province de ré-e!ii-ly, cl qui est probablement le Fc/is Sincnsis, 
Neuhmann; 

3" Le Chat du Cliarazan, en Perse, à poils longs, doux et tins, comme celui du Chat d'Angora, 
et de couleur grise comme la robe du Chat des Chartreux; d'où Buffon conclut que ces trois races 
n'en font qu'une seule; 

4" Le Chat gris-bleu ou ardoisé, du cap de Bonne-Espérance, mentionné par Kolbe, et que Buf- 
fon rapporte aussi à la même race que la précédente; 

5" Le Chat rouge ou Fclis domeslicus rubcr, Gmelin, indiqué également par Kolbe, provenant 
aussi du cap de Bonne-Espérance, et remarquable par une ligne rousse qui s'étend tout le long du 
dos et qui commence à la tête; 

G" Le Cliat de Pensa, propre à la Russie, cité par Pallas et très-peu connu; 

7" Le Chat de Madagascar ou Suça, de Flacourt, qui s'accouple avec les autres, et qui, dit-on, 
est caractérisé par sa queue tortillée; fait qui est loin d'être prouvé. 

8° Le Chat du Japon ou Felis Japonica, Kœmpfer, indiqué récemment, et non suffisamment 
connu. 

On observe chez les Chats plusieurs degrés de domesticité : ceux qui sont le plus près de la race 
sauvage par leur conformation le sont aussi par leur naturel défiant et farouche. 

« La domesticité des Chats, fait remarquer Fr. Cuvier, ne semble pas remonter à des temps très- 
éloignès, en Europe, du moins. Il paraîtrait que les Grecs les connaissaient assez peu; Aristote n'en 
a dit que quelques mots, et il en est de même des autres auteurs de ce temps qui ont traité de l'his- 
toire naturelle : cependant ils étaient communs chez les Égyptiens. Mais d'où ce peuple les connais- 
sait-il? Ces aiiimaux ont été transportés par les Européens dans toutes les contrées de la terre, et ils 
n'ont éprouvé qu'une légère influence de la diversité des climats. Bosmann dit que, sur les cotes de 
Guinée, ils sont encore comme ceux de Hollande; les races d'Amérique, qui paraissent venir des Chats 
d'Espagne, sont toujours les mêmes que les nôtres, et ceux de l'Inde et de Madagascar n'ont point 
éprouvé de changements importants. 

iT L'éducation a, au contraire, diversifié les Chats domestiques à l'infini; tant sous le point de vue 
physique que sous le point de vue moral. 

« Si les uns, dit Fr. Cuvier, sont des fripons incorrigibles, d'autres vivent au milieu des offices et 
des basses-cours, sans être jamais tentés de rien dérober, et l'on en voit qui suivent une Marte, 
comme le ferait un Chien. Ce haut degré de domesticité de certains Chats est, sans contredit, 
l'exemple le plus remarquable de la puissance de l'homme sur les animaux, de la flexibilité de leur 
nature, des ressources nombreuses qui leur ont été données pour se ployer aux circonstances, et pour 
se modifier suivant les causes qui agissent sur eux. Je ne crois pas, en effet, que, excepté chez les 
Chats, nos soins aient développé entièrement et presque créé une qualité nouvelle dans nos animaux 
domestiques : nous avons étendu, perfectionné celles qu'ils avaient reçues de la natui'c, et surtout 
celles qui les portent à l'affection. Avant l'état où nous les avons réduits, ils sont entraînés par un 
sentiment naturel ;i vivre avec leurs semblables, ;i s'attacher les uns aux autres; à s'entr'aider mu- 
tuellement. Nous ne sommes devenus pour eux, en quelque sorte, que d'autres individus de leur 
espèce : seulement nous avons pris sur ces animaux l'empire qu'auraient pris, mais à un moindre 
degré, les individus qui parmi eux auraient été les plus heureusement organisés. Les Chats étaient 
poussés, parleur naturel, ;i vivre seuls; une profonde défiance les .suivait partout; rien ne les portait 
à s'attacher à notre espèce; on n'apercevait en eux aucun germe de sentiments affectueux; cependant 
quelques races sont profondément domestiques, et ont un besoin extrême de la société des hommes. 
C'est surtout chez les femelles que ce besoin-là se manifeste : aussi je serais disposé ;'i trouver l'ori- 
gine de leur domesticité dans l'affection de celles-ci pour leurs petits, et il est à remarquer que les 
mâles sont beaucoup moins dépendants qu'elles. Il semblerait que la domesticité do ceux-ci ne par- 
ticipe pins de celle de leur mère, n'a pour cause que l'infinence que s;i nature, modifiée par nou,^, a 



CARNASSIERS. 197 

exercée sur la leur, et non poinl cette disposition lu'ofonde et indestruelible sur laquelle, par exem- 
ple, est fondée la sociabilité du Chien, n 

Les mâles et les femelles, hors le temps des amonis, n'ont que peu de rapports entre eux. Ces 
dernières sont plus sédentaires. Elles font le plus habituellement deux portées par an, au printemps 
et en automne, et quelquefois trois, après une gestation de cinquante-cinq ou cinquante-six jours, 
et ces portées sont composées chacune de quatre à cinq petits. Ceux-ci sont allaités pendant plusieurs 
semaines, et pour l'ordinaire soignés avec une grande tendresse par leur mère, qui leur apporte des 
Souris, de petits Oiseaux, etc., et les dresse à la chasse. Les mâles, au contraire, sont sujets à dé- 
vorer leur progéniture. Les jeunes Chats sont trés-joueurs, et s'occupent conlinuellenient à guetter 
l'objet qui sert à leur amusement, comme si c'était une proie, et à sauter brusquement dessus : ils sont 
trés-adroits pour saisir ainsi les Oiseaux, les Souris, les petits animaux et jusqu'à certains Insectes. 

Les Chats sont observateurs et n'entrent jamais dans un endroit qu'ils n'ont pas encore parcouru 
sans en faire une visite exacte. Ils aiment la chaleur en hiver, et, au contraire, recherchent en été les 
lieux les plus frais pour y dormir. Leur sommeil est généralement très-léger, et le moindre bruit les 
éveille. Adultes à l'âge de quinze mois, et quelquefois même plus tôt, les mâles se battent entre eux 
pour se disputer la possession des femelles. Dans leurs combats, ils font entendre une voix entrecoupée 
de sons rauques ou plaintifs, de faux sifflements : alors ils répandent une odeur de choux gâtés ou 
de mauvais musc particulière. 

Quand on les caresse, ils expriment leur contentement par un bruit analogue à celui d'un rouet, et 
dont on n'a pas expliqué la production d'une manière bien satisfaisante. Le mouvement balancé de 
leur queue est, chez eux, un signe de colère ou d'impatience, et, lorsqu'ils sont surpris, ils relèvent 
leur dos en arc, s'élèvent tant qu'ils peuvent sur les pattes, hérissent leurs poils et gonflent leur 
queue, qu'ils laissent pendre, ou plutôt qu'ils balancent de droite à gauche, ou de gauche à droite. 
Ils ont un goût passionné pour certaines plantes odorantes, et notamment pour la valériane et lecha- 
taire : quand ils en trouvent, ils se frottent dessus avec délices. 

Ils sont très-propres et ne manquent jamais de se lécher après avoir pris leur nourriture, et de 
lustrer très-souvent leur robe avec leur salive. Ils ont aussi le plus grand soin dVnterrer leurs excré- 
ments et de les couvrir de poussière ou de cendre. Leur urine est très-puante, surtout chez les mâles, 
qui la lancent en arrière, et sans s'accroupir comme les femelles et les jeunes. 

Ces animaux, d'un caractère plein d'indépendance, sont en général, assure-l-on, plus attachés aux 
habitations qu'aux hommes, et on les a vus quelquefois revenir de plus d'une lieue dans l'an'cien do- 
micile dont on les avait écartes. Ils font ces voyages de nuit et se dirigent alors plutôt par la vue que 
par l'odorat. La durée moyenne de la vie des Chats est de quinze ans environ; mais quelques indi- 
vidus vivent plus longtemps; et nous en avons possédé un qui avait plus de vingt-deux ans. 

La langue du Chat domestique est mince et large à son extrémité; elle est hérissée de petites 
pointes qui la rendent très-rude, particulièrement lorsqu'elle n'est pas humectée d'une salive abon- 
dante. Leurs pattes de devant sont divisées en cinq doigts, et celles de derrière en quatre seulement; les 
ongles sont crochus, longs et aigus; le Chat les retire à volonté et les tient cachés dans leurs étuis, 
de sorte qu'ils ne s'usent pas en marchant, et l'animal ne les fait sortir que lorsqu'il veut saisir une 
proie, se défendre ou attaquer, ou bien s'empêcher de glisser. La manière dont les femelles transpor- 
tent leurs petits est curieuse à étudier : d'abord elles les lèchent dessous le cou, comme pour les pré- 
parer à être saisis par la même partie; elles les serrent ensuite avec leur gueule, de façon à ne pas les 
laisser échapper, niais pas assez fortement pour les faire crier; ainsi chargées, elles marchent la tête 
haute, afin que le petit ne frappe pas contre terre, et celui-ci ne fait aucun mouvement et laisse pendre 
son corps et ses pattes comme s'il était mort; la Chatte, en le déposant dans l'endroit qu'elle a choisi 
pour lui, le lèche de nouveau sous le cou. Lorsque les petits commencent à marcher, la mère les ac- 
compagne partout, les appelle près d'elle par un miaulement doux et particulier; lorsqu'ils ne répon- 
dent pas, elle m.iaule de nouveau : sa physionomie prend un caractère d'inquiétude; elle fait quelques 
pas dans le chemin qu'elle voudrait leur faire suivre, les appelle encore, et revient à eux; elle tâche 
de les emporter; s'ils sont déjà un peu grands, elle les traîne les uns après les autres, et se repose 
de temps en temps. Si quelque ennemi parait, un Chien, par exemple, la femelle défend ses petits 
avec fureur. Toutefois les femelles se prêtent assez souvent à nourrir de jeunes animaux d'un tout 
autre genre, et même d'espèces qui leur sont naturellement ennemies. 



193 HISTOIRE NATURELLE. 

lin mui'mui'p cotiil et coiiliiui csl ri'xpfcssidn ih' l'oiitenlêmciil, de l':ilTi'iliiiii ri iiu'iiu' des tlesirs 
(les Chais. Ils ont encore nnc atilre manièi'e de marquer les sensations ai;iéables qu'ils éprouvent, 
en élargissant les doigts, et en posant et relevant alternativement les pieds de devant; mais cette 
espèce de petrissement n'a lieu que lorsqu'ils se trouvent sur quelque nu uble mollet, comme un coussin, 
un lit, ou qu'ils appuient leurs pieds sur les vêtements ou sur l'objet qu'ils caressent. Les petits 
Chats, dans le moment où ils tettent avec le plus de plaisir, pressent de la même manière les ma- 
melles de leur mère. L'agitation de la queue est un signe de colère ou de passion violente dans les 
Chats; ils la tiennent relevée et droite en marchant vers un objet qui les flatte; lorsqu'ils sont assis. 
ils la font habituellement revenir en rond sur leurs pattes de devant, et, lorsqu'on les retient de 
force, ils témoignent leur impatience par le mouvement de balancement qu'ils donnent à son extré- 
mité. Ces animaux regard.'nt en général les Chiens comme leurs ennemis les plus redoutables; 
cependant, élevés jeunes ensemble et toujours dans les mêmes maisons, ces deux Carnassiers 
finissent par s'entendre très-bien et par jouer presque continuellement les uns avec les autres. Les 
Chats marchent légèrement, presque toujours en silence et sans faire aucun bruit. Dans leurs courses 
sur les toits les plus escarpés, ils sont exposés à tomber de très-haut; mais, lorsqu'ils tombent d'eux- 
mêmes, ils se trouvent presque constamment sur leurs pieds, de sorte que souvent la chute est pour 
eux sans danger. Après avoir mangé, les Chats passent leur langue de chaque côté des mâchoires et 
sur leurs moustaches pour les nettoyer. Comme ils ne peuvent atteindre de leur langue les côtés de la 
tête, ils mouillent une patte de leur salive, et la frottent ensuite sur ces parties pour les lustrer. A la 
sortie de leurs dernières dents, les jeunes Chats sont ordinairement malades ; on les voit alors souffrir 
beaucoup, languir et maigrir Ils sont sujels aux voniissemenis, qu'ils font précéder de cris doulou- 
reux : ils font de grands efforts pour vomir. Ile même que les Chiens, ils mangent du cliicndevt et 
quelques autres Graminées. 

Le Chat était, parmi les Mammifères, celui dont les Égyptiens punissaient le plus sévèrement la 
mort, soit qu'on l'eût donnée par inadvertance, soit de propos délibéré. On était toujours criminel 
quand on tuait un Chat, et ce crime ne s'expiait (pie par les plus cruels supplices. Hérodote dit même 
que, quand le Chat meurt d'une mort naturelle, tous les gens de la maison où cet accident est arrivé 
se rasent les sourcils en signe de tristesse. On embaumait le Chat et on l'ensevelissait à Bnbastis. 
actuellement Bacta. La vénération des Égyptiens pour cet animal était fondée en partie sur l'opinion 
qu'ils avaient qu'Isis, la Diane des Grecs, voulant éviter la fureur de Typhon et des Géants, .s'était 
cachée sous la hgurc du Chai. Ils représentent leur dieu Chai tantôt avec sa forme naturelle, et tantôt 
avec un corps d'homme porlani une tête de Chai. 11 semble que les Grecs ne connaissaient pas ce 
Carnassier. 

Les Chais domestiques ont été transportés dans toutes les contrées de la terre, et s'y sontpartoul 
conservés avec des caractères à peu près constants. 

Buffon a évidemment chargé de sombres couleurs le portrait du Chat, pour faire valoir celui du 
Chien. En effet, ainsi que le fait observer M. Doitard, auquel nous empruntons ce passage : « cet 
animal est d'un caractère timide; il devient sauvage par poltronnerie, défiant par faiblesse, rusé par 
nécessité, et voleur par besoin ; il n'est jamais méchant que lorsqu'il est en colère, et jamais en 
colère que lorsqu'il croit sa vie menacée ; mais alors il devient dangereux, parce que sa fureur est 
celle du désespoir, et qu'alors il combat avec tout le courage des h'iches poussés à bout. Forcé, dans 
la domesticité, de vivre continuellement en société du Chien, son plus cruel ennemi, sa méfiance 
naturelle a dû augmenter, et c'est probablement ;i cela qu'il faut attribuer ce que Buffon appelle sa 
fausseté, sa marche insidieuse, et il a conservé de son indépendance tout ce qu'il lui en fallait pour 
assurer son existence dans la position que nous lui avons faite, et, si l'on rend cette position meilleure, 
comme ;» Paris, par exemple, où le peuple aime les animaux, il abandonne aussi une partie de son 
indépendance en proportion de ce qu'on lui donnera en affection. » 

Malgré ce que nous venons de dire, cl quoi(pie nous y ti'ouvioiis aussi un peu d'exagci'ation, nous 
ne d(^vons pas moins rapporter qucbpies-iincs des pages de Buffon sur le Chat domestique, et nos 
lecteurs pourront d'eux-mêmes rétablir les inexactitudes qu'il a pu conimetlre. 

« Le Chat est un domestique infidèle, qu'on ne garde que par nêcessilê, pour l'opposer ii un autre 
ennemi domestique encore ])lus incommode, cl qu'on ne peut chasser; car nous ne comptons pas les 
gens qui. iiyant du goùl puur toutes les bêles, n'clcvr'nl des Chais qui' pour s'en amuser: l'un est 



CARNASSIERS. 19!) 

l'usage, l'autre l'abus; et quoique ces animaux, surtout quand ils sont jeunes, aient tic la gentillesse, 
ils ont en même temps une malice innée, un caractère faux, un naturel pervers, que l'âge augmente 
encore et que l'éducation ne fait que masquer. De voleurs déterminés, ils deviennent seulement, lor.s- 
ipi'ils sont bien élevés, souples et flatteurs comme les fri[ions; ils ont la même adresse, la même subti- 
lité, le même goût pour faire le mal, le même penchant à la petite rapine: comme eu\, ils savent cou- 
vrir leur marche, dissimuler leur dessein, épier les occasions, attendre, choisir, saisir l'instant de faire 
leur coup, se dérober ensuite au châtiment, fuir et demeurer éloignés jusqu'à ce qu'on les rappelle. 
Ils prennent aisément des habitudes de société, mais jamais des mœurs : ils n'ont que l'apparence 
de l'attachement; on le voit à leurs mouvements obliques, à leurs yeux équivoques; ils ne regardent 
jamais en face la personne aimée; soit défiance ou fausseté, ils prennent des détours pour en appro- 
cher, pour chercher des caresses auxquelles ils ne sont sensibles que pour le plaisir qu'elles leur font, 
l'iien différent de cet animal fidèle dont tous les sentiments se rapportent à la personne de son maître, 
le Chat paraît ne senlii' que pour soi, n'aimer que sous condition, ne se prêter au commerce que pour 
en abuser; et, par cette convenance de naturel, il est moins incompatible avec l'homme qu'avec le 
Chien, dans lequel tout est sincère. 

(( La forme du corps et le tempérament sont d'accord avec le naturel; le Chat est joli, léger, adroit, 
propre et voluptueux; il aime ses aises, il cherche les meubles les plus mollets pour s'y reposer et 
s'ébattre ; il est aussi très-porté à l'amour, et, ce qui est rare dans les animaux, la femelle parait 
être plus ardente que le mâle; elle l'invite, elle le cherche, elle l'appelle, elle annonce par de hauts 
cris la fureur de ses désirs, ou plutôt l'excès de ses besoins; et, lorsque le mâle la suit ou la dédaigne, 
elle le poursuit, le mord, et le force, pour ainsi dire, à la satisfaire, quoique les approches soient 
toujours accompagnées d'une vive douleur. La chaleur dure neuf ou dix jours, et n'arrive que dans 
des temps marqués, (.omme les mâles sont sujets à dévorer leur progéniture, les femelles se cachent 
pour mettre bas; et, lorsqu'elles craignent qu'on ne découvre ou qu'on n'enlève leurs petits, elles les 
transportent dans des trous et dans d'autres lieux ignorés ou inaccessibles; et, après les avoir allaités 
]iendant quelques semaines, elles leur apportent de petits animaux, et les accoutument de bonne 
heure à manger de la chair : mais, par nue bizarrerie difficile à comprendre, ces mêmes mères, si 
soigneuses et si tendres, deviennent (pielqucfois cruelles, dénaturées, et dévorent aussi leurs petits, 
qui leur étaient si chers. 

« Les jeunes Chats sont gais, vifs, jolis, et seraient aussi très-propres à amuser les enfants si les 
coups de patte n'étaient pas à craindre; mais leur badinage, quoique toujours agréable ci léger, n'est 
jamais innocent, et bientôt se tourne en malice habituelle; et, comme ils ne peuvent exercer ces 
talents avec quelque avantage que sur les plus petits animaux, ils se mettent à l'al'fùt prés d'une cage, 
ils épient les Oiseaux, les Souris, les Rats, et deviennent d'eux-mêmes, et sans y être dressés, plus 
habiles à la chasse que les Chiens les mieux instruits. Leur naturel, ennemi de toute contrainte, les 
rend incapables d'une éducation suivie. On raconte néanmoins que des moines grecs de l'île de Chy- 
pres avaient dressé des Chats à chasser, prendre et tuer les Serpents dont cette île était infestée, 
Tnais c'était plutôt par le goût général qu'ils ont pour la destruction que par obéissance qu'ils chas- 
saient; car ils se plaisent à épier, attaquer et détruire assez indifféremment tous les animaux faibles, 
comme les Oiseaux, les jeunes Lapins, les Levrauts, les Rats, les Souris, les Mulots, les Chauve- 
Souris, les Taupes, les Crapauds, les Gi'enouilles, les Lézards et les Serpents. Ils n'ont aucune doci- 
lité, ils manquent aussi de la finesse de l'odorat, qui, dans le Chien, sont deux qualités éminentes; 
aussi ne poursuivent-ils pas les animaux qu'ils ne voient plus, ils ne les chassent pas, mais ils les 
attendent, les attaquent par surprise, et, après s'en être joués longtemps, ils les tuent sans aucune 
nécessité, lors même qu'ils sont les mieux nourris et qu'ils n'ont aucun besoin de cette proie pour 
satisfaire leur appétit. 

« La cause physi(pie la plus immédiate de ce penchant ([u'ils ont à épier et â surprendre les autres 
animaux vient de l'avantage que leur donne la conformation particulière de leurs yeux. La pupille 
dans l'homme, comme dans la plupart des animaux, est capable d'un certain degré de contraction et 
de dilatation; elle s'élargit un peu lorsque la lumière manque, et se rétrécit lorsqu'elle devient trop 
vive; dans l'œil du Chat et des Oiseaux de proie, cette contraction et cette dilatation sont si considé- 
rables, que la pupille, qui dans l'obscurité est londc et large, devient au grand jour longue et étroite 
comme une ligne, et dès lors ces animaux voient mieux la nuit que le jour, comme on le remarque 



200 iiisToiiiK .\VTi i;i;i.i,!;. 

dans les Chouettes, dans les Hiboux, etc.; car la forme de la iiiipdle est toujours ronde dOs (lu'eiii' 
n'est pas contractée. Il y a donc contraction continuelle dans l'œil du Chat pendant le jour, et ce n'est, 
pour ainsi dire, que par effort qu'il voit à une grande lumière ; au lieu que, dans le crépusculi-, la 
pupille reprenant son état naturel, il voit parfaitement, et prolile de cet avantai;e pour reconnaître, 
attaquer et surprendre les autres animaux. 




Fi- 95. — CiMt .le l'Himalaya. 



«On ne peut pas dire que les Chats, quoique habitants de nos maisons, soient des animaux entiè- 
l'emenl domestiques; ceux qui sont le mieux apprivoisés n'en sont pas plus asservis : on peut même 
dire qu'ils sont entièrement libres, ils ne font que ce qu'ils veulent, et rien au monde ne serait ca- 
pable de les retenir un instant de plus dans un lieu dont ils voudraient s'éloigner. D'ailleurs la plupart 
sont à demi sauvages, ne connaissent pas leurs maîtres, ne fréquentent que les greniers et les toits, 
et quelquefois la cuisine et l'office lorsque la faim les presse. Quoiqu'on en élève plus que de Chiens, 
comme on les rencontre rarement, ils ne font pas sensation ])oui' le nombre; aussi prennent-ils moins 
d'attachement pour les personnes que pour les maisons : lorsqu'on les tran.sporte à des distances asscic 
considérables, ils reviennent d'eux-mêmes à leur grenier, et c'est apparemment parce qu'ils en con- 
naissent toutes les retraites à Souris, toutes les issues, tous les passages, et que la peine du vojage 
est moindre que celle qu'il faudrait prendre pour acquérir les mêmes facilités dans un nouveau pays. 
Ils craignent l'eau, le froid et les mauvaises odeurs; ils aiment se tenir au soleil, ils cheichent à se 
giter dans les lieux les plus chauds, derrière les cheminées ou dans les fours; ils aiment aussi les 
[larfums et se laissent volontiers prendre et caresser par les personnes qui en portent ; l'odeur de cette 
plante que l'on appelle Vlierbe aux Citais les remue si fortement et si délicieusement, fju'ils parais- 
sent transportés de plaisir. On est obligé, pour conserver cette plante dans les jardins, de l'entourer 
d'un treillage fermé, les (Ihats la sentent de loin, accourent pour s'y frotter, passent et repassent si 
couvent |)ar-dcssus. (ju'ils la détruisent en peu de temnc 



CARNASSIERS. 201 

<( A quinze ou dix-huit mois, ces animaux ont pris tout leur accroissement; ils sont aussi en état 
irengendrer avant l'âge d'un an, et peuvent s'accoupler pendant toute leur vie, qui ne s'étend guère 
au delà de neuf ou dix ans; ils sont cependant très-durs, très-vivaces, et ont plus de nerfs et de 
ressorts que d'autres animaux qui vivent plus lon!;tenips. 

(( Les Chats ne peuvent mâcher que lentement et diflicilement ; leurs dents sont si courtes et si 
mal posées, qu'elles ne leur servent qu'à déchirer et non pas â broyer les aliments; aussi cherchent- 
ils de préférence les viandes les plus tendres; ils aiment le Poisson, et le mangent cuit ou cru; ils 
boivent fréquemment; leur sommeil est léger, et ils dorment moins qu'ils ne font semblant de dormir; 
ils marchent légèrement, presque toujours en silence, et sans faire aucun bruit; ils se cachent et 
s'éloignent pour rendre leurs excrémenls, et les recouvrent de terre. Comme ils sont propres et que 
leur robe est toujours sèche et lustrée, leur poil s'électrise aisément, et l'on en voit sortir des étin- 
celles dans l'obscurité lorsqu'on le frotte avec la main : leurs yeux brillent aussi dans les ténèbres, 
Il peu près comme les diamants, qui réfléchissent au dehors, pendant la nuit, les lumières dont ils 
sont, pour ainsi dire, imbibés pendant le jour. » 

A ces détails, nous devons encore ajouter que non-seulement on a trouvé des momies de Chais dans 
les tombeaux de l'ancienne Egypte, mais qu'on en a aussi découvert à l'état fossile, et cela princi- 
palement dans des cavernes en Allemagne, en .\ngleterre, en Belgique et en France. En Angleterre, 
M. Mac-Enry a figuré un côté de mandibule trouvé dans la caverne de Kent. En Belgique, M. .Schnici- 
ling, qui a rencontré des osscmenis de Chais en assez grande abondance dans les cavernes des envi- 
rons de Liège, a encore trouvé à distinguer, d'après un côté droit de mandibule qui, comparée avec 
celle d'un Chat sauvage, lui a paru plus grande, et même avec quelques particularités différentielles, 
un Fclis cattis maçinus et un Fdis catiis m'niuiiis, dont il a obtenu des tètes entières et plusieurs au- 
tres ossements, sans penser aux variations de taille individuelle ou déterminées par les sexes, et qui, 
certainement, dépassent souvent celles qu'il indique entre ses Felis maçinus et nihuiliis. Enliii, 
.M.M. Marcel de Serre, Dubreuil et Jean-Jean ont encore porté plus d'attention à leur Feiis catus fents, 
puisque dans leur ouvrage ils ont consacré plus de quatre pages in-4'' à énumérer les ossements de 
Chats qu'ils ont trouvés brisés, épars pêle-mêle dans le limon de la caverne de Lunel-Viel, en en don- 
nant des mesures linéaires et en établissant leur comparaison avec un Chat sauvage tué aux environs 
de Béziers. 

Plusieurs espèces de Felis sont assez voisines du Chai domestique, pour être quelquefois réunies 
avec lui; telles sont : 



20 CHAT OANTI':. FEUS HIAMCVLATA Rup| cl. Tcmminck. 

Capactères srÉciFiQLEs. — Pelage d'un gris fauve, avec la plante des pieds noire; sur la tête il y 
a sept ou huit bandes noires, arquées, étroites; queue longue, noire au bout, avec des anneaux ra|i- 
prochés de cette couleur; ligne du dos noire; parties inférieures blanches, nuancées de fauve sur li 
poitrine; face externe des pieds de devant offrant quatre ou cinq petites bandes transversales brunes : 
face interne, avec deux grandes taches noires; cuisses avec cinq ou six petites bandes. A peu près 
de la taille du Chat domestique. 

Cette espèce, que quelques auteurs ne regardent que comme une variété du Felis cnliis, habile 
l'Egypte, et probablement toute la partie septentrionale de l'Afrique. 



21. CHAT ONDE. FELIS m'DATA. A. G. Desmarest. 

Caractères sppcifiqces. — Pelage d'un gris mat, avec de nombreuses peliles bandes noirâtres, un 
peu allongées, de la taille du Chat domestique. 

On ne possède pas de description complète de cette espèce, dont le pelage, ainsi que le laii ob- 
server G. Cuvier, présente plutôt des ondes que des taches. Il se trouve dans l'ile de Java. 
c' 2G 



20ti 



IIISTdlliE NATIJRKIJ; 



Un iiiili\i(lii (le COUP espèce a ii;ii'ii, en |Si'2, ;'i la Ménagerie du Muséum, et M. Boitard a donne 
•îiir lui les observations suivantes : « Un earaetére des plus extraordinaires et que je crois presque 
unique dans le genre des Clials ma été offert par cet animal : il a les pieds palmes, et la membrane 
q\i'] réunit les doigts s'étend jusqu'à l'extrémité des phalanges ouguéales. On doit en déduire par 
analogie qu'il habite le bord des eaux et des marais, et que ses habitudes le rapprochent du Lynx 
des marais. Je ne connais que l'Ocelot qui offre une particularité analogue à celle-ci; mais les mem- 
branes de ses doigts sont bien moins grandes, bien moins remarquables que dans celui-ci. » 



■2'> CHAT dp; .JAVA, FELIS J,1 IM.VK.V.Ç/V A G. Dosmair^l. 

C.\R.\CTÈRF.s sriiciFiQUES. — Pelage d'un gris brun clair en aessus et blanchâtre en dessous, avec 
quatre lignes de taches brunes allongées sur le dos, et des taches rondes épaisses sur les flancs; uiu; 
bande transversale sous la gorge, et deux ou trois autres sous le cou. A peu près de la taille du 
Fclis catiis. 

Cette espèce, à hupielle on peut probablement rapporter les Fcliii Swnatrana, Ilorsfietd. et mi- 
nuta, Temminek, le Kmvucj et le Scrvaiui, et peut-être même l'espèce précédente, le Fclis undala, 
provient des îles de Java et Sumatra. 




.-.«iaSèi-M" 



Fij; % - Chili (11' l>i,ir,l. 



2J. CHAT W. lllAltl). l'EilS PIMinil G. Cuvior. 



C,\ii\CTÈRf:s frixiFiQUES. — Fond du pelage d'un gris janu;\tre; dos et cou s>'més de lâches noires 
formant des bandes longitudinales; d'autres taclies descendant de l'épaide en lignes pcrpcndicnlaircs 



*=3*%. 







Cliicn l'cossais- 




A^uara rayé. 



h. 2V 



CARNASSIERS. 203 

aux précédentes, sur les cuisses et une partie des flancs, à anneaux noirs, et centre gris; des taches 
noirâtres et pleines sur les jambes; queue à anneaux nuageux. Longueur de la tète et du corps, l)'",2^; 
delà queue, O^.To. 

Habile Java. 



2i. CHAT NÈGRE. D'Azara. FLI.IS AMEItlCANA. Bcngl. 

CAHACTÈnES SPÉCIFIQUES. — Pelagc entièrement noir Un peu plus grand que notre Chat sauvage; 
car sa tête et son corps ont 0'",65 de longueur, et sa queue 0"',45. 

Ce Carnassier, le Felis nigritia, Boitard, qui est loin d'être suffisamment connu, se trouve dans 
l'Amérique méridionale, principalement dans les provinces de Maldonado et de la Plata. 



25 ICYHA. D'Azira FEUS EYR.i A C. Desniaresl. 

CAiiAdti'.iis si'iiciFiQUEs. — Pelage roux clair partout; une tache blanche de cjiaqiie coté du nez, 
ainsi que la niàcjioire inférieure et les moustaches; queue plus touffue que celle du Chat domestique; 
])runeile ronde. Longueur de la tête et du cor]is, O^.oi; de la ([ueuc, 0"','29. 

Ce Chat est très-doux, d'un caractère gai, et il s'apprivoise très-facilement. Il vit dans les forêts 
du lîrésil et du Paraguay. 

Le Chat domestique, ainsi que quelques-unes des espèces que nous venons de décrire, ont une 
leitaine utilité dans l'industrie : ainsi leurs peaux forment une branche assez considérable du coni- 
iiierce de la pelleterie; et l'on en prépare des fourrures. L'Espagne en fournit beaucoup; mais la plus 
grande quantité de ces peaux se tire du Nord. La Russie en vend, non-seulement à l' Europe, mais 
encore aux Chinois, grands amateurs de fourrures. Le poil du Chat d'Angora, ainsi que celui du 
Lapin d'Angora, est susceptible d'être filé : on en fait des gants, etc. On emploie les boyaux de Chats 
pour faire des cordes à violon, et notamment des chanterelles. 

C'est auprès de cette espèce et des précédentes que l'on doit probablement ranger le fV/i? c.rili.i, 
ilnni M. Luiul a signalé les ossements fossiles comme trouvés dans les cavernes du bassin de Rio das 
Velhas, au Brésil. 



B. RACES TYPES. 



1. D'AFRIQUE. 

26. CHAT DE LA CAFRIilill-.. lELtS CAFItA. A. G tlc-innicsl 

Caiiactèrts spécifiques. — Pelage d'un gris fauve en dessus; paupières supérieures blanchâtres, 
gorge entourée de trois colliers; flancs marqués de vingt bandes brunes transversales; huit bandes 
noires traversant les pattes de devant, et douze celles de derrière; queue longue, à (pialie anneaux 
bien marqués, et terminée de noir. 

Cette espèce, que Lesson regarde probablement à toil comme la même que le l'élis ti'ujrijh's, 
Biirchell, se trouve en Cafrerie, d'où l'a rappuitèe Delalande. 



204 



IIISTUIUE NATLUELLE. 



27. CHAT OBSCUR. FELIS OBSCVIIA. A. G. Desmnrcsl. 

C.oACTÈr.ES SPÉCIFIQUES. — Pelage d'iin noir un peu roussfitre, avec de.s bandes transversales d'un 
noir foncé, et très-nombreuses; sept anneaux à la queue. Plus grand que le Chat sauvage, et presque 
de la taille du Serval. 

Ce Carnassier, que Fr. Cuvier nommait le Chat noir du Cap. Iiabile IWfrique australe: il est d'un 
naturel très-doux. La Ménagerie du Muséum en a possédé un individu vivant qui était libre et très- 
privé. 



■i. D'ASIE. 

28, CHAT A COI.I.IKH FUilS TOIIQVATA. Fr Ciivicr 

Car.^ctèkes spécifiques. — Pelage d'un gris fauve en dessus, blanc en dessous; front marqué de 
quatre lignes longitudinales brunes; joues n'en présentant que deux; un collier sous le cou et un au- 
tre sous la gorge; des taches brunes et allongées s'étendanl sur le dos; pieds et ventre mouchetés de 
brun; queue brunâtre, avec des anneaux peu apparents. 



.^.\. 




l'ig. 97. _ Chat du Bengale. 



Cette espèce se trouve au Bengale; sa synonymie est assez compliquée, car c'est le même que le 
Chat du Népaui,, Fr. Cuvier {Felis Nepnlcnsis, Vigors et Horsfield), et que le Ciiat du ISenc.ai,!; (Fc/i.v 
BnKiaUiistss, A. G. Dcsmarest), cl probablement aussi le même que le suivant. 



CARNASSIERS. 2if.> 



2'J. CHAT A TA'ilIKS HIC nOUlLl.lv FELIS IWlIlCiyOSA. buioie Ci-olïroy Siii.il-llih.ire 

Caractèi'.es spécifiques, — Pelage d'un gris roussûtre en dessus et sur les lianes, blane en des- 
sous; dos marqué de trois lignes longitudinales; taches des flancs de couleur de rouille, disposées en 
séries également longitudinales: taelies ventrales noirâtres, disposées en bandes transverses, irrégu- 
lières; queue de même couleur que le fond du pelage, mais sans taches. Taille un peu moindre que 
celle de notre Chat domestique; queue formant environ le tiers de la longueur totale. 

Ce Chat a été trouvé, par M. Bélanger, dans les bois de lalaniers des environs de l'ondiihér^-. 

L'on peut ranger auprès de ce Carnassier une espèce assez nouvellement décrite, le Fclis moor- 
mensis, Hodgson, du Népaul, qui est probablement le même que relui designé sous la dénomination 
de Ch.\t du Népaul. 



5. DE LA MALAISIE. 

Ou range dans cette subdivision deux espèces particulières, que M. Horsiield a fait connaitie 
dans le lome III du Zoologiral Jûiunnl: ce sont les Fclis iilnniccps et Tcniiiiiiukii, propre à 
Sumatra. 



4. D'AMERKJUE. 

A. ESPÈCES U.MCOLOUES. 

50 JAGUARUNDI. FEUS JAGVMtUKDI Law'pfJe A. G Uesmarcst. 

Caractères spécifiques. — Pelage d'un brun noirâtre, tiqueté de blanc sale; poils de la queue 
|dus longs que ceux du corps; moustaches longues, marquées d'anneaux alternativement noirs et gris. 
Ue la taille du Chat domestique, et ayant un peu la forme allongée du Cougouar. 

11 habite le Paraguay, et probablement aussi le Chili. « Cet animal, rapporte D'Azara, qui l'a de- 
couvert le premier, habite seul, ou avec sa femelle, les bords des forêts, les buissons, les ronces et 
les fossés, sans s'exposer dans des lieux découverts. Il grimpe a\ec facilité aux arbres poui- y pren- 
dre des Oiseaux, des Rats, des Micourés, des Insectes, etc., et il attaque aussi les volailles, s'il en 
trouve une occasion favorable pendant la nuit; car il est nocturne. Enfin, c'est un Chat sauvage, sans 
qu'on puisse en donner une meilleure idée que par ci;tle dénomination. Je ne doute pas qu'on puisse 
le priver, parce que j'en ai vu un pris adulte qui se laissait toucher vingt-huit jours après. ^> 

C'est probablement à la même espèce qu'on doit rapporter le Felis iJarwhi'ii de Jl. .Martin. 

Une espèce probablement voisine de celle-ci est le Fetis cltalijbcaia, llermann, que l'on ne conuait 
pas bien, et que l'on suppose propre à l'Amérique. 



51 CHAT SAUVAGE DE LA NOUVELLE-tCSPAGNE. Biilfoii. FELIS MEXICANA. A G Desmucst. 

Caractères spécifiques. — Pelage d'un gris bleuâtre uniforme, moucheté de noir. D'assez grande 
taille. 

Cette espèce, qui est encore douteuse, a toutes les formes d'un Chat ordinaire, et la queue compa- 
rativement aussi longue cjue celle de cet animal; sou poil, assez rude pour qu'un en puisse faire des 
pinceaux à pointe fixe et ferme, est d'un gris cendré bleuâtre, analogue à la cuuleui' grise de la robe 



-IW, lllSTOHil'; .WTU'.Kl.l.l'. 

(iii Cliat des Cliiirlrciix. cl mouclicto de |iriiti'.s larlics iioirûlres. (i'chl \v l'clis Mora-HisjKttiiir, 
Scliinlz. 

Il lialiitc !r Mexique. 



n. KSl'IXES VEI1SIC0I.0BE.S. 
'2. COLOCOLO. ILI.IS CUI.UCOLA. Fr. Cuvicr. 

CAnACTÈREs SPÉCIFIQUES. — Pelade blanc, plus ou moins grisâtre, avec des bandes longitudinales 
flexueuses, noires, et bordées de fauve; queue semi-annelée, jusqu'à la pointe, de cercles noirs; jam- 
bes, jusqu'aux genoux, d'un gris foncé. A peu près de la même grandeur que l'Ocelot. 

II se trouve à Surinam, et, assure-t-on, également au Chili. D'après Molina. il habite les forêts, de 
même que le suivant, et tous deux se rapprochent des habitations pendant la nuit pour faire visite 
aux poulaillers et enlever la volaille : ils se nourrissent habiluellement ne Souiis et d'Ciiseaux. 



53 GUIGUA. FFI.IS GUliiUA. Molina. 

Cahactères spécifiques. — Pelage fauve, marqué de taches noires, rondes, larges d'environ 
0"',ÛH, .s'étendant sur le dos jusqu'à la queue. 11 est de la taille de notre Chat sauvage et en a les 
formes. 

G. Cuvier pense que celte espèce pourrait bien n'être qu'une variété du Margay. 
11 habite une grande partie de l'Amérique méridionale, et parliculièrement le Chili. 



34. CHAT A VENTRE TACHÉ. FEI.IS CEUDOGASTEfl. Trmminck. 

Caractères spécifiques. — Pelage doux, lisse, court, d'un gris de souris, marqué de lâches plei- 
nes, d'un brun fauve; taches du dos oblongucs, et les autres rondes; cinq ou six bandes brunes, 
demi-circulaires, sur la poitrine; ventre blanc, marqué de taches brunes; deux bandes brunes sur la 
face interne des pieds de devant, et quatre sur les pieds de derrièie; queue brune, tachée de lu-un 
foncé; oreilles médiocres, noires à l'exlréniité; moustaches noires, terminées de blanc. A peu prés de 
la taille du Renard; la queue un peu plus courte que la moitié de la longueur totale. 

Ses mœurs sont inconnues. 
Il se trouve au Chili et au Pérou. 

Ce n'est pas le même animal que le Chai li vriiirr ladietê de Geoffroy Sainl-llilaire, que l'on ;i 
quelquefois confondu avec lui. 

Nous pourrions encore indiquer quelques autres espèces de Chats qui ont été signalées dans di\crs 
ouvrages, soit kous des noms scientifiques, soit seulement sous de simples dénominations vulg;iires; 
mais nous croyons qu'elles ne sont pas assez bien connues pour que nous en parlions ici. L'Iiisidire 
du genre Chat, comme le comprenaient les anciens naturalistes, sera, du reste, complète par ce cpie 
nous allons dire du groupe générique des Lynx, où nous donnerons en terminant un tableau des 
espèces, peut-être en trop petit nombre, admises par M. Teniminck dans sa Monoçjraphle des Fel'ts. 

Nous avons indiqué un assez grand nombre d'ossements fossiles qui se rappurlent au genre des 
Chats : les uns ayant appartenu à des espèces encore exislanles aujourd'hui, cl les autres à des es- 
pèces qu'on peut placer à côté d'espèces que nous décrivions. Nous en aurions peut-être quelques 
autres à signaler encore, mais les uns, tels que les Fel'ts smilndon, cultridcns, mcgantereoii, iroiive- 
ront plus iialurellemenl leur place auprès des Lj/K.r; et les autres ne sont fondés (pie sur des débris 



CAliWSSlEP.S. -JOT 

trop peu caractérisés pour que nous devions nous en ociiiprr : toiiletois, nous nous arrêterons ([uil- 
ques instants sur les deux espèces suivantes : 

1° Fclh qundridcitlnta. De Blainviile, pro(ire au célèbre dépôt tertiaire de Sansans, et consistant 
en une portion de crâne, qui semble indiquer, tians sa partie vertébrale, une certaine resseml)lance 
avec une petite Panthère, dans sa partie faciale avec le Lynx, et par le système dentaire avec le 
Guépard; 

2° Felis suli-IHmiilaijana. Falconni'r et C.unlley, parliculier aux monts Sivalicks, et qui offre un 
assez grand rapport avec le idis vivt'rriiid. 



5"'» GENRK. — LYNX. LYNCUS. Gray, 1825. 

Auvç, L\ii\. 
Anîl.Tls nf pliiliisoplur;il, t. XWI, 

CARACTÈRES GÉNÉRKJUKS. 

Sijsllmc dcnlairc : incisives, |; canines, flj; molaires, -^li|; en tolalitc vingl-liuit ilenls, c'cst- 
n-ilire que ta pciilc fausse molaire antérieure, celle pelile dent placée contre et derrière la canine 
de la miiclioire supérieure rtia les vrais Chats, n'existe pas dans presque toutes les espèces. 

l'aille nioiicnue. 

Oreilles larçjcs et longues, souvent terminées par un pinceau de poils plus on nioins épais et 
plus ou moins lonqs. 

Jambes élevées, cl faisant paraître l'animal jilus haut (juc le ('.liai onlinaire. 

Queue cpicUjuefois de moijoine louqucnr, mais le plus hainluellemcnt très-courte. 

Fourrure (jénéralemenl plus longue que dans le qenre précédent. 

Tels sont les caractères qui peuvent disting^uer tes Lijnx des Fcl'is; quelques-uns d'entre eux sont 
fixes, mais il faut cependant avouer qu'ils ne sont peut-être pas assez importants pour permettre 
de former deux ijcnres particuliers, car les Lynx, comme les Chats, ont un air de famille corr>- 
mun, un faciès tout particulier, qui tend à les réunir, et ne permet guère de les séparer qu'artiliciel- 
lement. Dans un genre aussi nombreux que celui des Fel'ts, il était bon d'établir peut-être quelques 
subdivisions pour arriver plus facilement à la distinction des espèces, et c'est pour cela que nous 
avons dû adopter les trois genres Guépard, Chat et Lijnx, qui, pour quelques naturalistes encore, 
ne forment que de simples subdivisions d'un même et grand genre naturel. 

Les espèces du groupe des Lynx présentent quelques particularités ostéologiques que nous allons 
signaler d'après ce qu'en dit De Blainviile. 

Le crâne du Garacal, qui commence la division des Lynx, se distingue parce que la partie verté- 
brale de la tète est fortement arquée au chanfrein, le caluien étant interorbitaire. Il en résulte que 
le nez est très-déc'live, et assez rapidement, ce qui concorde avec la grande brièveté de la face, 
qui est, du reste, assez étroite et assez pincée entre les orbites. Les os du nez sont d'une forme 
particulière; les apophyses orbitaires médiocres; les ptérygoides assez courtes, et le bord palatin 
(|uelquefois un peu éihancré au milieu, le trou sous-orbitaire est encore médiocre. Le reste du sque- 
lette a beaucoup de rajiports avec celui des Lynx proprement dits, quoique le nombre des vertèbres 
caudales soit de vingt et une; mais on peut trouver, dans la forme des apophyses transverses des 
vertèbres lombaires, plus de ressemblance avec ce qu'elles sont dans le Guépard. 

Dans le Lynx d'Kiirope, type du genre (pie nous étudions, le crâne offre une courbure jilus uniforme 
dans toute l'ctendiic du chanfrein, depuis l'occiput jusqu'à rexlrémité des os du nez : ceux-ci, plus 
larges et plus triangulaires, sont aussi moins étiaiigles dans le milieu. Les orbites sont aussi pro- 
portionnellement plus grands, ]ilus complets dans leur cadre (pie dans les Chats ordinaires, et cel.i 
â cause d'une plus grande saillie des apophyses oibiiaires. Le bord palaiin est assez constamment 



208 mSTOIIΠNATLlKELI.i:. 

écliancré ilans son milieu. Du reste, sauf un peu plus de grandmir, les aulccs os caractéristiques (nii 
la plus nrande ressemblance avec ceux des Feiis. 

Les différences que l'on peut remarquer dans le Lynx du Canada (Felis riifa) sont les suivantes : 
un peu moins d'arqùre du chanfrein, ce qui donne à la léte un aspect plus allongé et un peu pins 
étroit, étroitesse qui est plus marquée entre les orbites et dans le reste de la face, dont le nez est 
en effet plus pincé; l'orbite, plus petit, est peut-être aussi un peu plus complet dans son cadre; les 
apophyses ptérygoïdes sont plus courtes; le bord palatin est droit, et même avec un indice de poinie 
médiane; le bord du trou sous-orbitaire se déverse un peu davantage sur ce trou, qui est assez pelii. 
Ce qui distingue, au premier coup d'œil, le squelette de cette espèce, c'est, outre la brièveté et la 
gracilité de la queue, qui n'est composée que de quinze vertèbres décroissant fort rapidement, la 
grande élévation et la gracilité de ses membres, et, par conséquent, des os longs qui les constituent, 
ce qu'on supposerait difficilement en voyant l'animal couvert de sa peau. Dans les vertèbres caracté- 
ristiques, on doit faire observer que la lame inférieure de la sixième cervicale est assez étroite, plus 
que dans le Serval, et de même forme; la onzième dorsale a une très-petite apophyse épineuse, et bs 
apophyses transverses de la septième lombaire sont en lame de sabre assez large et excavée. L'humc- 
rus est d'un tiers plus long que l'omoplale, un peu moins rectiligne à son bord postérieur que dans 
le Serval; le ladius est à peine moins long que l'humérus, et très-comprimé, tout à fait plan à sa face 
postérieure; la main est assez bien comme dans le Serval, mais, toutefois, avec des os beaucoup moins 
grêles et des phalanges plus normales. Aux membres postérieurs, le fémur est d'un tiers au moins 
plus long que l'os innominé, qui, lui-même, est court. Le tibia égale presque le fémur en longueur, 
et le pied, de rextrêmité du calcanèum à celle des secondes phalanges médianes, est aussi long que 
le tibia. Du reste, ces os sont presque comme dans le Serval, sauf un peu plus de grosseur propor- 
tionnelle. 

Si l'on compare le squelette du Lynx d'Europe à celui que nous venons de décrire, on trouve qu'il 
est non-seulement beaucoup plus grand, mais encore bien plus grêle dans toutes ses parties, ce qui 
se lit même dans les apophyses épineuses et transverses des vertèbres et surtout aux os longs des 
membres : la proportion différentielle augmentant assez régulièrement de l'omoplate et de l'os in- 
nominé à l'humérus, ou au fémur, au radius ou au tibia, et au métacarpien ou au métatarsien médian; 
et, comme le diamètre ne suit pas la même loi, les os des membres semblent encore plus longs et 
plus grêles. Les côtes elles mêmes sont d'une gracilité remarquable. L'hyoïde, d'après Daubenton, 
ressemble davantage à celui du Cougouar qu';\ celui du .laguar; mais les pièces intermédiaires des 
grandes cornes sont proportionnellement plus courtes : la pièce basilaire étant presque aussi lon- 
gue que celle-ci, à peu près comme dans le Caracal, dont l'hyoide ressemble beaucoup à i-elui du 
Lynx. 

Une autre espèce de ce groupe, dont nous voulons parler sous le point de vue de l'ostéologie, est 1" 
Fdis pnjeros. La tête est' presque triangulaire, c'est-à-dire large en arrière et très-atlénuée en avant, 
et le crâne proprement dit assez renflé, à peine rétréci derrière les oreilles; l'espace interorbitaire 
est très-large, avec des apophyses orbilo-frontales très-courtes; la racine du nez est presque carénée, 
tant elle est pincée par suite de la grantle élroitesse de ses os; le menton est excessivement court; 
l'ouvertiu-e nasale peu oblique et presque terminale; le bord palatin est à peine échancré, et les 
caisses sont extrêmement développées. Le reste du squelette, outre quelques particularités de pro- 
portion qui l'éloignent assez des véritables Lynx, lui ressemble beaucoup, seulement il a son humé- 
rus percé, non-seulement au condyle interne comme chez tous les Féliens, mais encore en dessus 
(le la cavité olècraiiienne : ce qui n'avait pas encore été observé dans d'autres espèces de la même 
tribu ; enfin, le rudiment du premier métatarsien offre une proportion un peu plus grande, et même 
une forme plus phalangifère, quoiqu'il n'y ait pas encore de phalanges pallieiales. 

Un groupe d'animaux de ce genre, que l'on indique quelquefois sous la dénomination de r//n/v 
botlcs ou sous celle de Calo-Lrjnx, avec Pallas, pi'ésenle aussi quehpu's particularités dans sou os- 
tèologie. Ce groupe renferme le Felïs chniis, de la grandeur d'un petit Lynx; le Felis calhiaia, un 
peu moins grand, cl lo F'dis man'iculata., quelquefois plus petit que notre Chat d'Europe, et que nous 
avons cru devoir laisser dans le genre Chat proprement dit, et ranger auprès de notre Felis cuttis. 
Chez tous, la disposition du crâne est semblable. La tête est assez courbée au front, assez pincée au 
nez; les oibites muiI grands, obliques ou ovales; les apophyses orbilaires sont assez rapprochées, et 




Il- 1. _ CI.hIoI,,,!.' .Il- J.iv.l 












Ki'.'^ 2 — Uen:inl Isatis 



l'I -Jli 



i:AliiNASSIEl!S. 



-jno 



inèiiic roiirbces; roiivriiiirc |ial:itiiii' est hiiyc, Iransvei-sr, avei; une |iiiiiiie médiaiip coiirhv r,i|H)- 
pliysc :ni!;iil;nrc de la niandiluile es.1 égalrmcul lar^e vl rniirlc. l'inir k' sqnclelle, eu roniiKiiaiil ci'liii du 
Fclis culifinla cl celui du C.lial d'Kyvpte. il semble à Ile lilaiiiville que la similitude était coiiipléte, 
saufia grandeur : l'auteur que nous venons de nommer a cependanl noté deux ou trois veittbre.s 
caudales de plus dans le premier que dans le second ; l'un en ayant vingt-trois, et l'aulre seulement 
vingt, avec une différence de même sorte dans leur longueur : ainsi, la queue, qui dans l'un égale eu 
longueur les vertèbres sacrées, ne dépasse pas la cinquième dans l'autre. Le bord antérieur de l'omo- 
plate est aussi bien plus droit dans le Chat d'Egypte (|ue dans le Fclis caiujala ou Cliat botte des 
Indes. 




Fig. 98. — Lynx bollé 



Ihie dernière espèce, que lie Blainville lange dans le même genre l,yn\ jiaice qu'elle n'a pas de 
première avant-molaire supérieure, est le Fdls loiigtcaudriia. qui en diflère cependant considé- 
rablement par sa queue, très-remarquable par sa longueur et par la l'orme ramassée semblable 
à celle des Chats proprement dits, Celte espèce, dont l'ostéologie se rapproche assez de celle du 
FvUs Sumalrana, est malheureuscmenl peu connue: d'après le peu que nous eu avons dit, on voit 
qu'elle semble se rapprocher à la fois des Chats proprement dits et des [,ynx; elle nous montre encore 
que le caractère à peu près unique du genre Lynx, c'est-à-dire l'absen e d'une molaire de chaque 
côté de la mâchoire supérieure, n'est pas de première valeur, car, p:i l'ensemble de ses autres ca- 
ractères, et principalement par la longueur de sa queue et la forme de sa tète, elle se rapproche plus 
des Chats que des Lynx. D'après tout cela, doit-on ranger le Fclis lonriicnudatn parmi les fjjiix, ou 
le placer parmi If s Fclis? ou plutôt ne doit-on pas, à la nianièie de Linné, reiniir ces deux groupes 
génériques en un seul et nu'me genre? 

Les mœurs des Lynx sont les mêmes que celles des Chats, c'est-a-diie que ce sont des animaux 



210 HlSi011!E NATURIÎLLK. 

(|ui se iiuiurissoiil (le rluiir, Imit hi rliasse ;iu\ lUiniiiiaiils ei aiilies .Mainniiréri's iiiolTensifs. ainsi 
(|iriui\ (liscaiix, et se coiilenteiil (|tii'l(|Mef('is pour aliments de matières plus nu moins puliéfiées. 
Ils ont les iiK'ines ruses, et euiplnieut les mêmes moyens que les Fiiis pour attaquer leurs ennemis, 
ou pour leur échapper. Eu [uirlaul ilu Lynx ordinaire et de plusieurs des espèces américaines de ce 
t;enre, nous eomplèlerons les détails que nous avons à donner à ce sujet. 

Ou en connaît une quinzaine d'espèces qui se trouvent répandues sur presque toutes les parties 
dn monde. L'Europe en compte plusieurs, mais elles y sont raies aujourd'hui; l'Asie en renferme 
quelques-unes, de même que l'Afrique, mais c'est surtout l'Amérique où l'on en a découvert un plus 
grand nombre; il n'y en a pas en Oeéanie. 

Malt^ré le petit nombre d'espèces de ce yenre, nous croyons cependant, avec la plupart des auteurs, 
devoir y former trois subdivisions sous-géuériques qui paraissent assez naturelles ; 

d" Les Cadacals, dont b^ type est le Caracal, animaux à queue assez allongée, ;i pelage asse? ras 
et à pinceaux aux oreilles; 

'2" Les LY^x ou Chats bottés, tels que le Clinus et les Felis cainjain et iiiactildln, qui, avec nue 
(|ucue allongée, nu pelage court, et de petits pinceaux aux oreilles, ont des earaelèi'es communs aux 
(HkiIs proprement dits *'t aux Lynx; 

0" Lynx i>r,OPREMEi>T dits, à queue courte; |ielage épais et long, à pinceaux de poils plus ou moins 
iriarquès aux oreilles, et qui reuf'ermeiit la plupart des espèces, comme notre Lynx oïdinaire, et tous 
propres à l'Amérique. 



celles 



I. CAIUCALS. 



1 CAHACAL. liufloii. l-iaiS CARACM.. Linné 



(',AiiAU'ÈnEs srÉtiFiQiiEs. — iV'ssus de la tête, du cou et du dos, d'une coulcui' fau\e teinte de brun, 
(|ui s'étend aussi sur les é[iaules; côtés du cou et dn corps, face exlerne des jamln's et des pieds, 
d'une belle couleur Isabelle, excepté le h:iut de la face externe de l'avant-bras et de la cuisse, qui est 
ronssàtre; extrémité du museau, tour des yeux, une laebe prés des coins de la bouche, lilancs; une 
petite bande blanchâtre très-étroite, dirigée d'avant en ari'iére, située au-dessus de l'œil, de chaque 
côté du front; oreilles ayant leur face interne blanche, leur face externe noire, leurs bords blancs, 
et leur bout garni d'un pinceau de gi'ands poils noirs, cl analogue à celui du J>yiix oïdiuaire; men- 
ton, dessous du cou, face interne des jambi-s, blanchàli'cs, avec une teinte de fauve pâle; poiti'ine 
d'une couleur fauve terne, avec des taches brniies noirâtres; queue de couleur fauve ronssàtre, plus 
longue que celle du Lynx ordinaire, dont cet animal rappelle la forme générale. Longueur de la téir 
et du corps, 0"',78; .le la queue, 0'",^27. 

Cette espèce est le ^ynx de Pline l'I des aui'iens; liuffon l'a fait conii;iitre smis le nnin de Caracal, 
Aldrovande sous celui de Lyinx afoicaln, et vulgairement les voyageurs lui donnent les dénominations 
de LviNX DE Barraiii!-: et de Lynx du Levant : c'est le Sagonsli des Persans, r/l)(ft/.-(7-.lcc(/ des Ar:;- 
bes, le Kara-Kttlaili des Turcs. 

Le Caracal babite la Nubie et r.\bys.sinie, en Afrique, et. en Asie, on le rencontre dans l'Inde, m 
Perse et en Turquie, d'où il .s'étend même eu ljiro|)e; enfin, ou assure qu'on le trouve également au 
llengale. Suivant les divers pays qu'il habile, sou ]H'lage présente quelques modifications; aussi 
a-t-on quel((uefois cherché à former à ses dépens plusieurs (spéces particulières, qui, toutefois, ne 
paraissent pas devoir élre adoptées. Néanmoins, tous les naturalistes s'accordiiit ]ioiir distinguer 
plusieurs variétés deCaracals, dont trois principalement sont bien caractérisées; ce sont : 



A. CAHACAî, d'ai,i;eu. Bruce, liuffon. h\'lis camad Ahjcrkus. Lesson. 
Ayant pour caractères : point de pinceau au bout des (jrcillcs; poil de couleiir roussiilre, avec des 



CARNASSIERS. 211 

laies longitiulinales noires depuis le eoii jusqu'i la qiuiie, et des laclies séparées sur les lianes, 
posées dans la même direetiou: une demi-eeinture noire an-dcssiis ties jambes de devant; nne bande 
de poils rudes sur les quatre jambes, qui s'étend depuis l'extrémité des pieds jusqu'au-dessus du 
tarse, ce poil étant retroussé en baut, au lieu de se diriger en bas eomme le iioil de inul le reste du 
eorps. Habite l'Afrique septenliionale. 



B. cvnACAi. DE îsuBiE. Bnue. Buffon. Fd'is caracal \iibkus. Lessnn, 

Ayant pour earaclères : tête plus ronde que celle du Caracal d'Alger; oreilles noires en dehors, 
mais semées de poils argentés; point de croix de Mulet, que possèdent la plupart des Caraeais d'Alger; 
])oiliine, menton et intérieur des cuisses, marqués de petites taches fauve clair, et non pas brunes 
iioiiàlres. Se trouve en Nubie et en Arabie. 



C. CAR\CAr DO BENCALE. Edwards. Bnffon. Felis caracal Bengalensis. Lesson. 

Offrant les couleurs du pelage analogues à celles des variétés précédentes itoui' leur disposition; 
queue dépassant les talons en longueur, et descendant jusqu'fi terre, ce qui ne se lemarque pas habi- 
luellement chez les l.ynx, mais cliez les Chats proprement dits; pattes longues. Patrie, le Bengale. 

Le Caracal parait être le l.ynx des anciens: les Grecs l'avaient consacré à Bacchus, cl ils le repi'é- 
sentaient souvent attelé au char de ce dieu du paganisme. Pline en raconte, suivant sa coutume, les 
choses les plus merveilleuses; selon lui, il avait la vue si perçante, qu'il voyait facilement à travers 
les murailles; son urine se pétrifiait en une pierre précieuse nommée lapis hjncarius, qui guérissait 
une foule de maladies, etc. Il vit de proies proportionnées à sa taille, et suit, dit-on, les grands ani- 
maux de la même famille que lui, et surtout les Lions, pour recueillir les débris de leurs repas. Celte 
.sorte de société lui a fait donner le nom de Guide ou de Ponrvoijcur du Lion, parce (pi'on supposait 



que ce dernier, dont l'odorat n'est pas trés-fin, s'en servait pour éventer de loin le gibier, dont il 
[larlageait ensuite avec lui la dépouille. Quoi qu'il en soit, il a les mœurs et les habitudes du Lynx 
ordinaire; il attaque d'assez grands animaux, tels que des Gazelles, diverses Antilopes, etc.; lorsqu'il 
s'empare d'une Gazelle, il la saisit à la gorge, l'étrangle, lui suce le sang, et lui ouvre le crâne pour 
lui manger la cervelle; après quoi il l'abandonne pour en chercher une autre. Du reste, comme le 
Lynx ordinaire, pris jeune, il s'apprivoise assez bien, sans néanmoins perdre son goût pour la liberté, 
lîuffou rapporte qu'on peut le dresser à la chasse, qu'il aime natiirellement, et ;'i laquelle il réussit 
très-bien, pourvu qu'on ait l'altenlion de ne le jamais lâcher que contre des animaux qui lui soient 
inférieurs, et qui ne puissent lui résister; autrement, il se rebute et refuse le service dès qu'il y a du 
danger : on s'en sert, aux Indes, pour prendre les Lièvres, les Lapins, el même les grands Oisraux, 



(pi'il suiprend et saisit avec une ardeur singubère 



11. LYNX BOTTÉS. CATO-LY^X. Pallas, 



1. LYNX BOTTi:. FEUS CM.IGATA. lirucp. Temmiiicli 



Caractères spécifiuues. — Oreilles grandes, rousses en dehors, à pinceaux bruns, iré-courts; 
|ilante des pieds et derrière des pattes d'un noir profond; milieu du ventre et ligne moyenne de la 
poitrine el du cou d'un roussàtre clair; parties supérieures du pelage d'un fauve nuancé de gris et 
liarscmé de poils noirs; cuisses marquées de bandes peu distinctes, d'un brun clair; deux bandes 
d'un roux clair sur les joues; queue, nrêle. de la couleur du dos à la base, tciniinée de noir, avec trois 



212 HISTOIRE NATURELLE. 

.lii (jnati'e (Jcnii-aiiiii'aiix vers le boiil, si-parés par des inlervallcs iriin lilaiic plus ou muiiis pur. I.mii- 
yupur (k' la lète t'i du ((U'ps, 0"',fi2; de la queue, 0"',^!. 

Cette espèce est peul-tMre la même que le Felis Libijciis, d'Olivier, et quelques auteurs la réunis- 
sent non-seulement au Cir\T \ oheillks rousses de Fr. Cuvier, mais même au Cliuiis, dont nous allons 
parler, et qui en diffère cependant. De Blainville y réunit aussi le Felis bubasles d'Égjpte. 

Le Lynx botté habile l'Afrique depuis l'Egypte jusqu'au cap de Bonne-Espérante, et les parties 
méridionales de l'Asie. Au rapport de Bruce, « cet animal habile le Ba.s-el-Feel, en Abyssinie, et, 
tout petit qu'il est, vit lièrement parmi ces énormes dévastateurs des forêts, le Rhinocéros et l'Élè- 
phanl, et dévore les débris de leur carcasse quand les chasseurs ont pris une partie de leur chair, 
mais sa principale nourriture consiste en Pintades, dontce pays est rempli. 11 se met en embuscade 
dans les endroits où elles vont boire, et c'est là que je le tuai. L'on dit (jue cet animal est assez hardi 
pour se jeter sur riiomiru' s'il se trouve pressé par la faim. (Quelquefois il monte sur les gros arbres, 
d'autres fois il se couche sous les buissons; mais, à l'époque oii les Mouches deviennent ti'ès-incom- 
niodes ])ar leurs piqûres, il s'enfonce dans les cavernes, nu bien il se terre ii 



7) CIIAUS ou I.YNX IU'IS MAtlAlS. /•7-/./.S' CHMS Giililenslaeil. 

Caractî:iifs sri';ciFh,iurs. — Jambes longues; nniseau oblus; une bande noire depuis le I)ord anté- 
rieur des yeux jusqu'au museau; dos, cou et devant des pieds, d'un gris sale; ventre d'un blanc sale, 
tacheté de roiix; iris jaune; dessous des yeux, ainsi que les côtés du nniseau, d'un roux brun, qui 
s'étend, mais avec une teinte plus foncée, sur l'extérieui' des oreilles; dedans de celles-ci rempli d'un 
poil blanc très-fin, leur pointe terminée par un ])elit bouquet de poils noirs; queue de la couleur du 
dos dans sa première moiiié, et varice d'anneaux noirs et blancs dans le reste de sa longueur : le bout 
de cet organe noir, avec deux anneaux de la même couleur qui en sont rapprochés; des marques ou 
raies noires formant en quelque sorte, sur le derrière et an bas des jambes, des bottines plus longues 
à celles de derrière qu'à celles de devant. Longueur de la lêie et du corps, 0,C5; de la queue, variant 
de 0"',21 à 0"\24. 

Le (Ihaus est le Ly.xx botté de Bruce, le Carac.^l de Lvbie de Bufl'on, le Felis Lybiciis, Olivier, tl 
vulgairement le Lv.xx des mahais. C'est le f)iliaja Litscltka des Russes, le Kir mijsrlinli des Tarlare.s, 
le Moes-ijeilu des Tcherkasses. 

Le Chat a oreilles rousses de Fr. Cuvier n'est, selon quelques auteurs, qu'une variété du Chaus, à 
pelage plus pâle, à bandes moins ap])arentes sur le corps et sur les jambes, et à queue plus annelée. 
On ne compte que deux on trois anneaux noirs au plus à la queue du (^haus, tandis qu'il y en a au 
moins cinq complets à celle du Chat à oreilles rousses. G. Cuvier pense que, si ce Chat n'est pas une 
espèce distincte, on doit U^ ra|iporii'r au Lynx ganté que nous avons précédemment étudié; mais, ainsi 
que certains naturalistes, nous n'avons pas cru devoir adopter cette opinion. 

Le Chaus habite les vallées du Caucase, selon Culdenstaedt; l'Abyssiuie et la Nubie, suivant Bruce; 
Oliviei' l'a vu fréqu( mment an\ environs du l.ic Maréolis, en Egypte; et Et. Geoffroy Saint-Ililaire l'a 
rencoi:tré dans une des iles du Nil; mais c'est surtout sur les bords du Kur et du Tei'ck (|uil esl le 
plus commun. 

Ce Carnassier présente une parlicuhirilê assez l'cmaïquable parmi les animaux de la li iliu des Fé- 
liens, c'est d'êti'c un excellent nageui-, d'Iiahiler de prelcrence dans les endroits marécageux et sur 
les boi'ds des fleuves, et de se plaire princiiialemeul dans l'eau, où il est sans cesse occupe à faire la 
(basse aux Canards et aux Oiseaux aquali(pies, et aux Reptiles, ainsi qu'aux Amphibiens, et venant 
même; assure-t-on, à bout de .s'emparer des Poissons en plongeant sous l'eau. Le nom de Clittus, 
que nous lui avons conservé, était ccIim (\w les anciens Latins employaient pour désigner le Caracal. 



■i, i,\.NX iiur.i':. mis chrysoiiihix Tinmiiiuk. 
Caractères spécifiques. — Oreilles courtes, arrcuidics, nuii'cs en deliors, roussitres en dedans, 



CARNASSIERS. 215 

pi'lage très-couil, luisant, d'un ruiinc li;ii lic-s-vil', sans taclics sur les parties supérieures, avee (piei- 
qiies petites taelies brunes sur les flams cl le ventre; en dessus d'un blanc roussàtre; pattes d'un 
roux doré; queue avec une bande brune tout le lonj^ de la ligne médiane, et le bout noir. Longueur 
de la télé et du corps, 0"',C0; de la queue, 0"',ûr>. 

("e n'est qu'avec doule que nous ])laçûns ici celle espèce, qui est loin d'être connue sufllsamnient, 
((ue M. Tcniniinck a aussi désignée sous le nom de Felis (luralci, et dont on ignore la patrie. C'est à 
l'exemple de M. Iloitanl que nous l'avons rangée parmi les Lynx, mais nous avouerons qu'elle ne 
diffère pas très-notablement des Clials pr(]prement dits. 

C'est dans la subdivision des Lijnx bollés que l'on range généralement le Felis viuniciilnla, que 
certaines considérations nous ont engagé à laisser dans le vrai genre Felis, auprès du Felis eatiis. 
C'est peut-être encore dans le même groupe que nous devrions dèci'ire le Felis lon(jicaudalu . indi- 
qué par lie l'Iainvillc dans son Ostéograpliie ; mais nous ne croyons pas ccl animal assez connu et 
assez imporlanl pour nous en occuper dans un travail aussi général (jue le nùli'e. 



111. LYiN.X l'I'.ol'l'.KMKNT DITS. 

I. ESPÈCES i>E l/A>'(;iEN CONTINENT. 
5. PARDi: VF.I.IS l'AHmSA. Okcn. Tonimincl;. 

Caiiactères si'ÉciFiQUES. — PelagB court, d'un roux vif et lustré, parsemé de mèches ou taches lon- 
gitudinales d'un noir profond, avec de semblables ta<'lies sur la queue; Joues avec de grands favo- 
ris; queue plus longue proportionnellement que celle du Fjynx ordinaire. Taille dn blaireau. 

11 habile les contrées les plus chaudes de ri'jnrupe, telles que le l'ortiigal. l'Espagne, la Sicile, la 
Sardaigne, la Turquie, etc.; il est rare partout, et a les mêmes moeurs que le Lynx ordinaire, avec 
lequel il a été lunglemps confondu D'après G. Cuvier, il porte le nom de Luup-ceevicr des four- 
reurs. 



I.YNX on I.0i:p-CEP.VIER. IF.US IV.YV t.iiin.'. 

Car.^ctkhes spixiFiQuEs. — Corps gros, assiz élevé sur les jambes, qui sont très-fortes; tête grosse 
arrondie; nez et chanfrein peu révélés; oreilles jioinlues, ternnnèes par un pinceau de longs poils 
dessus de la lêle et du dos, tlaucs, face externe des (piatre membres, pieds postérieurs, partie supé- 
rieure de la queue, d'une couleur fauve, roussàtre et presque éteinte, mêlée de blanc, de gris, de 
bruu et de noir, parce i\nc ces diverses couleurs terminent les poils; le brun et le noir formant de 
petites taches, et presque des bandes le long du dos et des lombes; les taches brunes étant plus ap- 
parentes qu'ailleurs sur les épaules et sur les cuisses, et les noires sur les lèvres, à l'endroit des 
moustaches, sur l'avant- bras et le devant de la jambe; menton, gorge, dessous du cou, poitrine, 
ventre, face interne des membres et face intérieure de la queue, d'un blanc mêlé d'une légère teinte 
de fauve et de quelques taidies noires, principalement sur la face interne de l'avanl-bras; bords des 
paupières noirs; poils des oreilles blancs eu dedans, d'un fauve très-clair siu' les bords, blauchâtros 
à la base de la face externe et noirâtres au bout, avec un pinceau de grands poils allongés et noirs; 
queue noire à son extrémité dans une longueur de 0'",07; doigts des pieds Irè.s-velus; pelage très- 
doux au toucher; queue courte, noire à l'extrémité. Longueur de la tête et du corps variant entre 
0'",75 à 0'",90; celle de la queue n'allcignanl ]ias O^.ll. 



Ile 



On trouve des variétés de cette espèce (|iii ont des taches et bandes moins foncées, la queue 



214 ilISTOIP.E NATURELLE. 

rousse, avec le bout noir; tout le dessous du corps blanchâtre, et la taille plus petite: tel est le Felis 
rnfa de Paniiant. Fisclier en cite aussi une variété tout à fait blancliâli'e. 

Les Latins paraissent avoir connu cet animal, et ils l'ont inditjué sons les noms de Cliama, de 
Chaus et de Lupus ccrvarius; car, ainsi que nous l'avons dit, c'est au Serval cpie doivent réellement 
s'appliquer les dénominations de Auv^ et de Lynx, données par les anciens. C'est le Wargelue on 
le Lo des Suédois, le Los des Danois, le Goupe des Norwégiens, le Rijs ostrowidz. des Polonais, le 
Itys des Paisses, le Sijlausîn des Tarlares, le Potzchori des Géori;iens, et, enfin, le Lynx ordi- 
nairc des auteurs, et le Lonp-ccrv'ier des fourreurs. Thunlierg avait formé, au.v dépens du Lynx, 
une espèce qu'il nommait Felis litpulbius. 

Le Lynx se trouve dans toutes les parties se|ilentriûnales de l'ancien monde. Il pai'aît que du temps 
des Romains il était assez commun dans les Gaides, d'où on en amenait en assez grand nombre pour 
les jeux du cirque de Rome; aujourd'liui il est très-rare en France : cependant on en rencontre encore 
quelquefois dans les Pyrénées et dans les Alpes, d'oii il descend parfois dans nos départements méri- 
dionaux. (Jn le prend aussi en Espagne; mais il est plus commun en Allemagne, et surtout dans les 
pays du Nord, où sa fourrure fait un objet de commerce assez étendu. Il babite également les forêts 
du Caucase et de l'Asie. 

Ruff(jn a donné d'intéressants détails sur cet animal, etnouscroyons devoir les reproduire ici ; « Notre 
Lynx, dit-il, ne voit point à travers les murailles, mais il est vrai qu'il a les yeux brillants, le regard 
doux, l'air agréable et gai; son urine ne fait pas des pierres précieuses, mais seulement il la recouvre 
de terre, comme font les Ciiats, auxquels il ressemble beaucoup, et dont il a les mœurs et même la 
propreté. Il n'a rien du Loup qu'une espèce de hurlement, qui, se faisant entendre de loin, a dû 
tromper les chasseurs et leur faire croire qu'ils entendaient un Loup. Cela seul a peut-être suffi pour 
lui faire donner le nom de Loup, auquel, pour le distinguer du vrai Loup, les chasseurs auront 
ajouté l'épilhèle de ccrvirr, parce qu il attaque les Cerfs, ou plutôt parce ([ue sa peau est varice de 
taches à peu près comme celles des jeunes Cerfs, lorsqu'ils ont la livrée. Le Lynx est moins gros que 
le Loup, et plus bas sur jambes. 11 est communément de la grandeur d'un llenard. 11 ne diffère de la 
Panthère et de l'Once que par les caractères suivants ; il a le poil plus long, les taches moins vives 
et mal terminées, les oreilles bien plus grandes et surmontées à leur extrémité d'un pinceau de poils 
noirs, la queue beaucoup plus courte el noire à l'extrémité, le tour des yeux blanc, et l'air de la tace 
plus agréable et moins féroce. La robe du m;lle est mieux marquée que celle de la femelle : il ne coiyt 
pas de suite comme le Loup, il marche et saute comme le Chat : il vit de chasse et poursuit son gibier 
jusqu'à la cime des arbres; les Chats sauvages, les Martes, les Hermines, les Ecureuils, ne peuvent lui 
échapper; il saisit aussi les Oiseaux; il attend les Cerfs, les Chevreuils, les Lièvres au passage, el 
s'élance dessus; il les prend à la gorge, et, lorsqu'il s'est rendu maître de sa victime, il en suce le 
sang et lui ouvre la tête pour en manger la cervelle, après quoi souvent il l'abandonne pour en cher- 
(dier une autre : rarement il retourne à sa première [u-oie, et c'est ce qui a fait dire que de tous les 
animaux le Lynx était celui qui avait le moins de mémoire. Son poil change de couleur suivant les 
climats et la saison; les fourrures d'hiver sont les plus belles, meilleures et plus fournies que celles 
de l'été : sa chair, comme celle de tous les animaux de proie, n'est pas bonne à manger. « 

Ajoutons que le Lynx se place quelquefois en embuscade sur une des basses branches des arbres, 
pour s'élancer de là sur un faon de Renne, de Ceif, de Daim ou de Chevreuil; il lui saute sur le cou, 
s'y cramponne avec ses ongles, et ne lâche que lorsqu'il a abattu sa proie eu lui brisant la première 
vertèbre du cou; il lui fait alors un trou derrière le crâne et lui .suce la cervelle par celte ouverture. 
Rarement il attaqiu' nvu^ autre partie des grands animaux, à moins qu'il n'y soit poussé par une faim 
excessive. 

On en a de temps en temps dans nos Ménagnies, et il y vit assez longtemps. Pris jeune et élevé 
eu captivité, il s'apprivoise assez bien et devient même caressant, ce qui ne l'empêche pas de re- 
prendre sa liberté dès qu'il en trouve la plus légère occasion. Comme le Chat, il est d'une excessive 
propreté et passe beaucoup de temps à se nettoyer et à lisser son pelage. 

On a indiqué un assez grand nombre d'ossements fossiles propres à divers terrains el à divers 
pays, que De DIainville croit devoir rapporter, au moins provisoirement, au FcHs tyux on lipuoïde.t. 
En effet,. sauf quelques légères différences dans les dimensions des dents des mâchoires inférieures, 
sur lesquelles sont établis les Felis anledihmann , Lss'iodorensis , hreviroslris, Fiuiilioliensis et Scn'al, 



CAHAASSIEUS. 215 

loiilrs CCS piTtriiiliirs cspciçs iMilif|iiiMit seulement iiiir yraiide espèce de LjiiN. Sans adopter coni- 
pleleiiii'iit l'iipiiiinii i\{' 1)(' Blaiinille, imiis diiniis quel(iiii's mois de cliaciin de ces fossiles: 

1" Fclis (iiilrililiiviaiia, lûiiip. — l'nndé suf un frai^meiit de mandibule et sur deux molaires très- 
incomplètes qui y sont à peine impiaiUccs. indiquant un animal de la taille d'un petit I^ynx, et 
|irovenant du célèbre dépôt d'EpiielsIieim. 

2" l-'clis Issmlorcii.sis, Croizet et Jobert. — Les tVaginents qui se rapportent à cette espèce sont 
plusieurs débris de màelioires inférieures, une vertèbre atlas et une vertèbre dorsale, des humérus, 
nu cubitus, un radius, un fémur, des os métalarsiens et quelques plialanges, rccueiliis dans les 
terrains meubles des environs d'Issoire, en Auverg;ne, et qui semblent se rapprochi'r du Lynx du 
flanadi!. 

5" Fclis liicviroslris, Croizet et Jobert. — (!i'cé prim ipalement sur des débris de mandibules, 
dont l'une est caractérisée par la brièveté de la barre qui sépare la canine de l'alvéole de la prernièrc 
molaire et qui est très-courte. Le Fclis l'nicri, Croizet, se rapproche un peu du Felis hnvirosliis, 
et a été trouvé dans les mêmes localités. 

i" Felis Ençjïholicnsis, SclinieiliuL;. — Cette espèce ne repose que sui'Ies considérations de quel- 
ques dents et d'un frai;ment d'humérus, et ne semble pas différer du L\u\ : elle provient de la ca- 
verne d'Engilhoul, prés de Liège. 

5° Felis serval , Marcel de Serres, Dubreuil et Jean-Jean. — C'est de la caverne de Luiiel-Viel 
que proviennent les ossements assez nombreux rapportés au Serval par les auteurs que nous venons 
de nommer, mais que De Blainville est tenté d'indiquer comme appartenant plutôt au Lynx. 



7. LY.X.X DE JlUSCOVlt: FELIS CEliVAniA. Temmiiicl; 

Car.\ctèees spécifiques. — Moustaches blanches; pinceaux des oreilles courts, et manquant même 
quelquefois; pelage d'un cendré grisâtre, brunissant sur le dos; fourrure fine, douce, longue el touf- 
fue, surtout aux pattes, avec des taches noires dans 1-adulte, brunes dans le jeune âge; queue conique, 
plus longue que la tête, à extrémité noire. Taille à peu prés semblable à celle du Loup. 

Cette espèce, qui porte vnigairenieni les noms de Cuulaso.n, de Cul'lon el de Lïnx de Moscovie, 
que fhunbcrg nommait Felis lupus, et Drisson Calus cervarius, et qui est le lial-lo des Suédois. 
a été longtemps confondue avec le Lynx ordinaire. 

On le trouve dans le nord de l'Asie, et il a les niélncs mmurs que les espèces précédentes; mais sa 
grande taille el sa force le rendent plus redoutable pour le gros gibier, et il attaque les Chevreuils 
adultes, les jeunes Cerfs et autres Ruminants de cette grandeur. 



8. M.VNOL'U uu M.VM'I, FELIS MAML. VAUf. 

C.\RACiÈnES SPÉCIFIQUES. — Pelage d'un fauve roussalie uniloinie, très-touflu el très-long; deux 
points noirs sur le sommet de la tête; deux bandes noires parallèles sur les joues; museau très-court; 
queue touffue touchant à terre, marquée de six à neuf anneaux noirs. Taille du lienard. 

Ce Carnassier habile les steppes déserts et rocheux qui .s'étendent entre la Sibérie et la Chine. 
Il paraît qu'il ne se plaît pas dans les bois, où il n'entre jamais, et qu'il préfère les pays stériles et 
hérissés de rochers : aussi n'est-il pas rare dans la Daoïirie et dans toutes les contrées comprises 
entre la Mer ("aspienne el l'Océan, au sud du cinquanledeuxième degré de longitude. 

C'est un animal nocturne qui ne sort que la nuit du trou de rocher où il dort pendant le jour, pour 
aller faire la chasse aux Oiseaux et aux petits Mammifères dont il se nourrit, mais c'est principalemeiil 
aux Lapin.s qu'il fait une guerre aussi acharnée que cruelle. 



216 illSTOtliL; NATlIiELLi;. 



H. ESPÈCES D'AMÉRIQUE. 
1 DE L'AMÉKIQUE SEPTENTRIOiNALK. 

'.> LYNX DU CANADA. liiilVoii. I-ELIS VANADB^'SIS. Et, GeoCl'iny S.iinl-IIiliirc. 

CaractèFiES srÉciFHiUES. - Curps couvert de long,s poils giisàlres mêlés de poils blancs, mou- 
iheté et rayé de fauve plus ou moins foncé: tète grisâtre, mêlée de poils blancs et de fauve clair, 
et (oninie rayée de noir en quelques endroits; bout du nez noir, ainsi que le bord de la mâ- 
choire inférieure, poil des moustaches blanc, long d'environ 0"',07; oreilles garnies de grands 
poils blancs en dedans et de poils un peu fauves sur le rebord, et gris de souris sur la face posié- 
l'ieure, dont le bord externe est noir; pinceau des oreilles composé de poils noirs, et long de deux 
centimètres environ: queue grosse, courte, même plus que dans le r>ynx proprement dit, bien foiu'nic 
de poils noirs depuis l'extiemité jusqu'à la moitié, et ensuite d'un blanc roussâlre; dessous du venin . 
jambes de derrière, intérieur des jambes de devant, et les quatre extrémités des patlcs d'un bl.uic 
sale; ongles blancs, et longs de 1°',01. 

Cette espèce est le Lvnx du C.\^AD^ et nu Mississiri, de Bulïon; c'est aussi le l'^clh Bun-alis, VAnrn- 
berg, Temminck, et le Lv.nx di; Suède. En effet, ce Lynx appartient eu même temps à l'Europe ei a 
l'Amérique: on le rencontre principalement dans les régions circumpolaires, en Suède, eu Lapouie, 
aux États-Unis, dans la baie d'Uudson, au nord des grands hicset des nioiiiagnes riochenses. Il a les 
mêmes mœurs que les autres espèces, et change lui peu de pelage suivant la saison. 

10, LV.N.K HAt ou CIIAT-CfClSVliîR, hi;i.lS IIVFA Guldciistje.il 

CAnACTÈiiES spiiciFiQUEs. — Pelage d'une couleur générale d'un roux clair, plus blanchâtre sur les 
parties inférieures du coi'jis, principalement sons la poitrine, on il est tout à fait blanc, avec un 
grand nombre de taches et d'ondes assez petites et de taille différente, et disposées assez irréguliè- 
rement; ligne dorsale noirâtre, et dessous du cou roussâtre; tète de la couleur du pelage eu général; 
oreilles assez grandes, noires en dessus, avec une tache centrale blanche, d'une teinte roux clair 
en dedans, et à pinceaux de poils très-peu marqués; yeux jaune verclâtre : nez gros; moustaches 
peu épaisses, blanches; ])atles roussâtres â l'extrémité, noires en dessons, avec des ondes brunâtres, 
légères: queue courte, très-grêle, roussâtre, avec des anneaux gris et noii's, et un petit anneau ter- 
minal bl.inc. D'après les auteurs, le pelage est roussâtre en été et d'un lirun cendré en hiver. Lon- 
gueur du coi'ps et de la tête. r",")5, sur lesquels celte dernière nu'sure environ 0'",20: longueur de 
la queue, O"',!,'!. 

('elle espèce est le Cluit-ccrvicf (les fourreurs, h' i'iTis-ltaii des Américains, le Fclis Cnnwleusis 
de quelques auteurs, le Liiii.r d' Amcriiiur des voyageurs, Ytholucliil d'Uernandès. le linij-Cal des 
Auglo-.Vméricains, vulgairement le Lijvx on CIkU Ixii, le Chat à rentre tacliclc d'Et. (leolïr'oy Saint- 
Ilihdre, proliablemi'iit le Fclis iliibin de Vf. Cuvier; et (Ui y réunit aussi, selon quelques auteurs, et 
parliculiereinent d'après Lesson, les Fclis Fluridunus, lîalinesque, et CaroUncwiis, décrits comme 
espèces par A. -G. Desniarest dans sa Manimnloific. Sans admettre immédiatement ce rapprochement, 
qui ne pourra être établi d'une manière po.siiive que lorsqu'on coimailra nnenx ces divers animaux, 
nous allons indiquer les caractères principaux de ces deux Lynx. 



A. i.ï.\.\ nE i,A rLouiLiii, Lijux Fluridaiiiis. liafinesque. 
';iille un peu moiiiflre que celle du l>ynx bai, pelage grisâtre: pas rie pinceaux aux ori'illcs; lianes 



variés il»' taches d'un brun jaunâlre, cl de 
:uissi dans la Gèoriçie et dans la Louisiane. 



CARNASSIEIIS. 217 

aies onduleuses noires. Haliile la Floride, et se Ironve 



B LYxx DE i.A CAROLINE. Fel'is CitroHnoisis. A. G. Desmaresl. 

Pelage d'un brun clair, rayé de noir depuis la lélc jusqu'à la queue; ventre pâle, avec des taches 
noires; deux taches noires sous les yeux; moustaches noires et roides; oreilles i;arnies de poils 
lius; jambes assez minces, tachées de noir; femelle ayant des formes plus légères que le mâle, étant 
d'un gris roussâtre, sans aucune tache sur le dos; ventre d'nn blanc sale, avec une seule tache noire. 
Habile la Caroline. 




^"<IK\ 



Fi.î. 99. — Lynx du Canada 



Le Fclis riifii se trouve principalement dans les États-Unis; mais il semble répandu dans l'Améri- 
que septentrionale, depuis le Canada jusqu'au Mexique, et se rencontre même en Colombie. Celte es- 
pèce est très-recherchée à cause de sa belle fourrure, qui est un objet de commerce assez répandu. 
Ses mœurs sont à peu prés les mêmes que celles du Lynx ordinaiic. On le conserve quelquefois en 
captivité; et il en est mort un récemment à la Ménageiie du Muséum, qui y avait vécu quelques mois : 
cet animal, qui nous a servi dans notre description des caractères spécifiques, était d'un caractère 
très-colère, et ne .s'est jamais entièrement apprivoisé. 



28 



'JIH illSTOlIlL NATUItKLIJ.. 

II. NViNX FASCIl':, /.liV.Y FASCIATUS. ILilinesquc. 

Caractères sr'ÉciFiQiii;s. — Pehii^e tri'S-épais, d'un Itniii roussAli'c, avec des bandes et des poinls 
noirâtres en dessus; oreilles garnies de pinceaux de poils, noires en deiiors; queue très-couile, blan- 
rlie, avec la pointe noire. De grande taille. 

Cette espèce, admise par A. G. Desmarest, et qui, selon G. Cuvier, n'est peut-être qu'une simi»le 
variété du Fciis Canadensis, dont elle ne diffère pas très notablement, est loin d'être suflisamnient 
connue. Elle a été trouvée, par les capitaines américains Lewis et Clarke, sur la côte nord-ouest de 
l'Amérique septentrionale. 

12. I.YlNX DORR. /,)A'-Y MfltEUS. Uarnifsqun. 

(lAitACTici.ES SPÉCIFIQUES. — Pelage jauuc clair brillant, parsemé de taches noires et lilanclics; vcn- 
irc d'un jaune prde, sans taches; queue très-courte; oreilles sans pinceaux, jte niditié plus i^rand que 
II' Chai ordinaire; sa queue n'ajant pas pins de tr.OS. 

Espèce douteuse admise par A. G. Desmarest, mais que G. Cuvier ne regarde ipie comme uni' va- 
liété du Lynx bai; elle a été simplement indiquée par Leroy dans son Voijuge au Missouri; on l'a 
lencontrée sur les bords delà rivière Yellowstone, vers le quarante-quatrième degré de latitude nord 
cl le vingt-deuxième de longitude occidentale du méridien de Washington. 



'2. m LAMEUIOUE MRUIDIONALE. 



15 l'A.II'",l!OS ;;;7,/.s- l'AJniloS A i; lli'smarc'sl. 

Caractères spécifiolies. — Coriis lolmsie; léle forte; oreilles pointues: quatre mamelles seule- 
ment, comme dans le Chibigouazou; fond du pelage, sur les parties su]ièrieures du corps, d'un gris 
luun clair, et sur les inférieures blanchfttre, avec des raies ou des bandes brunes et roussàlres très- 
peu marquées; parties inférieures de la tête blanches; dessous de la gorge hiancliàtre, avec de larges 
bandes en travers, d'un fauve un peu roussàtre; ventre également blanc, avec des bandes plus 
foncées, plus visibles, et mal suivies ou non contiguës; une raie longitudinale peu apparente sur l'é- 
piiie du dos, avec deux autres bandes à peu près parallèles à celle-ci sur chaque liane, mais aussi 
peu sensibles; membres ayant leur face externe d'un blanc roussàtre, et l'interne blanchâtre, avec des 
bandes ou zones obscures trè.s-remarquables en travers; queue sans anneaux ni raies, très-gonflée et 
lonffue, piincipah'ment vers sa naissance; poils de la ligne moyenne du dos longs de 0"'.07; sur tou- 
tes les parties du corps, un poil ii:terne de couleur plus claire ([ue le poil extérieur, et variant depuis 
le blanchâtre jusqu'au cannelle foncé; face externe de l'oreille ayant sa pointe noire; l'interne garnie 
de longs poils blancs; bord nu des lèvres noir; lèvre supérieure et tour des yeux blancs, exce|)té le 
grand angle de ceux-ci; une tache obscure sur le sourcil; une raie brun-cannelle partant de l'angle 
extérieur de l'œil, et suivant le côté de la tète jusqu'au-dessous de l'oreille; nue autre raie pareille, cl 
|iarallèle à celle-ci, naissant de la moustache; poils des moustaches longs de 0"',07 au plus, blancs, 
uiais'ayant (piatre anneaux noirs à la base. Longueur de la tête et du corps, O"',?"); de la qnene, 
0'".'27. 

Ce (Jarnassier est le Ch.\t campa de D'Azara et le l'\Tis Brasilicnsis d'IIoffmansegg. Ou le trouve 
dans les contrées an sud de Buènos-Ayres. entre le trente-cinquième cl le trente-sixième degré de 
latitude méridionale; il habite aussi la Palagonie, Rallia, Santa-Crnx, etc. (Test une esjièci' bien dis- 




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CAUNASSiKnS 



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liiKtlc qui semble pielei'er les |i;iy.s iVuids aux pays tempérés : elle se tieni orilinaiioment dans 1rs 
pampas, ou grandes plaines dépourvues d'arbres on de buissons, et elle y vil de Perdrix et de Irés- 
jeunes Chevreuils. 




1 ii! 11)0 — l'.i.iei'os. 



1i LYN.X .\10NT.\GNAIUl /.).V.\ MO.MAM'S. n..liii,'S(|nr. 

(iABiACTÊRES SPÉCIFIQUES. — Pelage grisâtre et sans taches en dessus, blanehàtre avec des lai ln's 
i)runes en dessous; oreilles dépourvues de pinceaux de poils, noires en dehors, offiant ([ueliims 
taches blanchâtres et fauves en dedans; queue très-courte, grisiltre. Longueur de la tête et du corps, 
environ 1"". 

G. Cuvier pensait que ce Lynx pourrait bien n'être qu'une variété du Lynx du Canada; mais, de- 
puis, cet animal a été mieux connu; on l'a même eu vivant à la Ménagerie du Muséum, et l'on a pu 
s'assurer qu'il forme réellement une espèce distincte. Il habite les contrées élevées de l'État de iNew- 
York, les montagnes du Pérou, les Alleganhys, etc., et, si l'on doit, ainsi que le proposent certains 
naturalistes, lui réunir le Fclis macnlata, Vigors etHorsfirld, il se trouverait aussi au Mexique. 



Après avoii décrit ou indiqué presque toutes les espèces placées par les auteurs dans l'aueieii 
genre Chat on Felis, nous devons, ainsi que nous l'avons déjà fait observer, dire que toutes ces es- 
pèces ne doivent probablement pas être réellement admises, mais, cependant, nous ne croyons pas 
((u'elles puissent être restreintes autant que l'a fait M. Temminck dans ses Monoçiraphics tic Mnmma- 
hfl'ie. Néanmoins, comme l'opinion du savant naturaliste néerlandais a une grande valeur, et que 
l>lusieurs naturalistes ont adopté ses idées, nous citerons, en terminani, les noms des espèces qu'il 
croit devoir adnielire. 



220 HISTOIRE NATURELLE. 



l CHATS DE L'ANCIEN CONTINENT ET DES ARCHIPELS. 

i" LiojN (Felis teo], 

2° Tigre roval {F. tiçpis); 

ô" Guépard {F. jubata); 

4° LÉOPARD (F. leoparchts); 

5" Pamhère {F. panlns): 

6° Felis longibande (F. macroscelis); 

1" Serval (F. serval et Capensis); 

8" Felis cervier {F. ccrvaria); 

9° Felis polaire {F. borealis) (c'est notre Lijiix CanaUensis); 
10» Lynx {F. Iijnx); 
11° Farde (F. pardina); 
12° Caracal {F. caracal)\ 
15° Felis doré (F. mirata); 
14° CiiAUS (F. citaus); 
15" Felis botté {F. caligala), 
16° Chat (F. caliis); 
17° Felis ganté (F. maniciilata): 
18° Felis servalia (F. viinuta). 



II. CHATS DU NOUVEAU CONTINENT. 

19° Cougouar ou Puma (F. concolor el discolor), 

20° Jaguar {F. onça); 

21° Jaguarukdi [F. jacjuarinidi); 

22° Felis a ventre tacheté (F. celidogaster), 

23° Felis bai (F. rufa); 

24° Ocelot {F. pardalis); 

25° Felis oceloïde (F. macroura); 

26° Ch.iti (F. mitis); 

27° Margav (F. tigrina). 



En outre, M. Temminck indique encore, mais il a soin de dire qu'il ne les a pas vues en nature, les 
espèces suivantes : 

1° Le Bimau maugin, Raffles; 

2» Le Felis manul, Pallas; 

3° Le Chat pampa, D'Azara; 

4° VEtjra, D'Azara; 

5° Felis fascié, Ralinesque; 

6° Felis monlagiiard, Ralinesque; 

7° Le Felis de la Floride, Ralinesque. 



Les autres espèces, décrites avant l'époque où M. Temminck publia sa Monographie, sont réunies 



CARNASSIERS. 



221 



par lui à celles qu'il adopte; nous l'avons indiqué, en i^rande partie au moins, en donnant nos des- 
criptions des espèces; aussi n'y reviendrons-nous pas actuellement. 




Fis. 101. — Félis oceloïde. 



Nous avons désigné la plupart des espèces de Féliens fossiles admises par les auteurs, et nous 
avons cru devoir donner leur histoire immédiatement après celle des espèces récentes, auxquelles 
elles se rapportaient ou dont elles étaient voisines. Cette méthode nous a semblé meilleure que celle 
qui aurait consisté ;i nous occuper séparément des espèces vivantes et des espèces fossiles : nous 
n'avons cependant pas pu la suivre, au moins en apparence, pour quelques-unes d'entre elles, parce 
qu'elles différaient de tous les Féliens connus par des caractères trop importants. Ce sont de ces fos- 
siles dont il nous reste à parler maintenant, et nous les plaçons naturellement ici parce qu'ils ont 
un certain rapport avec les Li\nx; nous observerons cependant qu'on pourrait en faire un genre par- 
ticulier, auquel on appliquerait le nom de Snulodon, tiré du F^'^'^s smilodon, Lund, l'un des plus re- 
marquables d'entre eux. Ces espèces sont les Fflis meçjanlcrcon, Bravard; Fdïs cuUridens, Bravard; 
Fdis palmidens, De Blainville, et Felis smilodon, Lund, qui proviennent, les trois premières d'Eu- 
rope et la dernière du Brésil; toutes sont surtout remarquables par suite delà longueur et de la forme 
de la canine supérieure, et, selon De Blainville, formeraient une division parmi les Lynx, ce qui pa- 
rait confirmé par la proportion des os des membres : ces espèces, étudiées chacune séparément, pré- 
sentent principalement les particularités que nous allons noter. 

1° Felis meganlercon , Bravard. — Cette espèce a été fondée, par M. Bravard, sur une mandibule 
du côté droit, assez extraordinaire pour qu'on ail pu douter de sa normalité, doute ([ui a augmenté à 
mesure qu'on a cru devoir lui rapporter un fragment de mâchoire supérieure, et surtout des dents, 
en forme de couteau, trouvées isolées, et dont G. Cuvier avait fait d'abord son Lhsus cultridens, qui 
avait depuis reçu les noms de Macliairodus et Steneodoii, et qui a été confondu ensuite avec l'Ours 
du val d'Arno, nommé Ursits Etniscus. Il v a une dizaine d'années, le même M. Bravard a découvert 



o^).. mSTOUŒ NÂTLIHELLE. 

une tète presque coniplète de la même espèce, armée de sa dent faleiforme. Ei\ outre, on attribue 
aussi à la même espèce un humérus et une moitié inférieure du mèine os, une vertèljre lomhaire et 
une dorsale, une partie inférieure d'omoplate, un radius et un cubitus. 

Plusieurs paiéoiitoloi;istes se sont particulièrement occupés de cette espèce, mais De lilainville princi- 
palement lui a surtout consacré de nombreuses paires dans son (Istèoi^raphie du i^enre des Fclis, et nous 
allons lui emprunter quelques passai^es de sonliavaii. 'i La mandibule, pièce principale, puisque c'esi 
elle qui est le fondement du Fclis megantoron, indique un animal de la taille d'une petite Panthère, 
elle est surtout fort remarquable par sa forme, si singulière qu'au premier aspect on pourrait la re- 
garder comme monstrueuse. En effet, la branche horizontale, la seule existant dans le fragmeul, est 
d'al;ord un peu renflée, et, par conséquent, convexe sous la dent carnassière, aussi bien un peu en 
dehors qu';> son bord inférieur; mais, au delà, la supérieure et la face externe rentrent en dedans, et 
l'inférieure s'est relevée, puis s'est éloignée en formant une apophyse géni-dilatée en une sorte de 
crochet très-prononcé en dessous; comme le bord supérieur, à peu près droit dans presque toute sou 
étendue, arrivé vers l'extrémité antérieure, s'est relevé fortement en haut en soulevant les canines cl 
les incisives, il en résulte un menton fort singulier en paroi verticale élargie, d'une hauteur presque 
égale à la longueui' de la branche horizontale de la mandibule. C'est cette particularité qui a valu à 
cette espèce le nom bien mérité de Fclis h çirmid mcnlon. De cette disposition, qui augmente un peu 
très-probablement avec l'ûge, il résulte que le trou mentonnier a dû être plus considérable, et surtout 
s'est trouvé percé plus bas que dans les autres Fclis. Quant aux dents, les trois molaires sont tout a 
fait normales et complètement adultes. Leur proportion est: 0"'.0H, 0"\017, 0"',0I8, proportion 
fort normale, et qu'on trouve dans plusieurs individus adultes de Panthère, et leur forme n'offre 
réellement rien de ](articulier qui puisse faire admettre, avec MM. Croizct et Jobert, que la dernière, 
pas plus que les (leux autres, soient des dents de lait, qui sont bien différentes dans ce genre et 
seulement au nombre de deux inférieurement. Quant aux dents de devant, leur position est au moins 
fort singulière, d'abord par l'étendue de la barre qui sépare la première molaire de la canine, mais 
surtout par la médiocrité de celle-ci, comiirimée et tranchante au bord postérieur, et qui semble 
presque une incisive par l'élévation de son collet au-dessus de celui des molaires. Les incisives elles- 
mêmes ne sont pas connues, sauf la troisième, qui est médiocre, et de forme assez ordinaire; mais, 
outre leur grande élévation, elles étaient sans doute fort serrées, et par conséquent très-aplaties 
lransvers;Çiement. n 

La mâchoire supérieure que l'on rapporte à la même espèce n'offre rien de bien particulier, si ce 
n'est dans l'existence de canines toutes particulières. Os canines, que l'on a quelquefois rapportées 
au Fclis citltridens, sont principalement remarquables, non-seulement par leur grandeur, mais en- 
core par leur forme en lame de couteau : elles sont fusiformes, c esl-à-dire très-compriiTiées, tran- 
chantes, en arrière surtout, et arquées régulièrement dans toute leur longueur, et principalement 
dans leur partie émaillée. Ces sortes de dents cultriformes ont ete trouvées d'abord isolées de la m;i- 
choire à laquelle elles appartenaient, en Italie, par M. Nesli, et, depuis, en Allemagne et en Angle- 
terre; mais aussi, assez récemment, M. Bravard en a découvert, aux environs d'Issoire, en Auvergne, 
ilans le diluvium volcanique, dents qui étaient implantées dans les alvéoles de la mâchoire supérieure. 

Nous ne décrirons pas les autres fragments attribues justement, selon toute probabilité, au Fclis 
iiicgaitlcrcon, et nous dirons seulement, en terminant, t(ue MM. Croizei et .loberl, eu fondant leur 
calcul sur la proportion de la ligne dentaire et des parties des membres qu'ils connaissaient, ont 
pensé (pie celte espèce devait être d'une taille plus élevée que celle du Cougouar, qu'il devait éga- 
ler le Tigre en hauteur, et que sa forme élancée le rapprochait beaucoup du Guépard; mais ajoutons 
cependant avec De Blainville que ces suppositions ne reposent évidemment que sur des bases assez 
[leu fondées. 

2" Fclis ciihriilcns, Dravard. — C'est particulièrement sur des canines supérieures, de forme sem- 
blable ;i celles de l'espèce précédente, mais beaucoiq) plus grandes, que repose cette espèce; on lui a 
aussi altriliiié quehpies ossements, tels qu'un fémur, un métacarpien et un métatarsien, trouvés en 
Auvergne. M. Croizet représente une de ces dents, découverte dans le diluvium volcanique d'Auvergni!.: 
elle est cullriforme, et a 0"',1CJ en ligne droite, d'une extrémité à l'autre. M. Kaup a figuré, dans 
-es Ossciiioils lin Miisniiii ilc niiniislaill , une dciil, trouvée en Alleniai;iie. qui devait ;ivoii' 0"'.IO'(, 




Fio ) — Hérisson à front bla'n 




l'^ig. *2. — Chiens normands 



l'I. 28. 



CARNASSIERS. 22". 

(Il adinellanl qw la lonyui'ur île la partie ciiiaillée lïil égale a celle île la racine, et de 0"',170, eu 
supposant que cclle-ei soit dans la propoition de ce qu'elle est dans la canine des Felis en général, 
ce qui n'est pas ri,noureusement nécessaire. 

5° Fclis palinidcns. De Dlaiiiville. — M. Lartet a découvert celle espèce dans le célèbre dépôt de 
Sansans, el il la désignail comme d'un Fclis nifijnuicn'on. mais De lilainville en a fait une espèce à 
laquelle il a appliqué le nom que nous avons indiqué, et il y rapporte un fragment de mandibule 
portant toutes ses dents, différant assez peu de celles du Fclis mcgaiitcrcon, et une canine supérieure 
isolée, cultriforme, et ayant O^.OO de largeur à la base sur un longueur présumée de O",!?). 

4° Felis smilodon, Lund. — Cette magnifique espèce repose sur une tète presque complète, sauf 
l'occiput, et qui présente toutes ses dents, qui sont venues confirmer ce que l'on avait présumé ja- 
dis relativement au système dentaire du F. mcgaiitcreon, animal du même groupe naturel. 




Fig. loi. — Fôlis smilodon. 



Ce crâne est en totalité de la grandeur d'un crâne de Lion, mais la grandeur de sa canine supé- 
rieure le fait paraître beaucoup plus grand,' et surtout lui donne un aspect tout particulier. Le côté 
ilioit de cette tète est complet, tandis qu'il ne reste guère du côté gauche que la canine supérieure, 
1 1 les dents inférieures privées des os qui les soutiennent, sauf toutefois les canines, qui sont encore à 
leur place naturelle. La mâchoire supérieure manque d'occiput, mais on peut distinguer facilement les 
autres os qui la constituent; sans nous en occuper ici, nous dirons seulement quelques mots des dents 
qu'ils supportent. Les molaires de chaque côté de la mâchoire supérieure sont, comme chez les Lynx, 
au nombre de trois, quoique, d'après la figure qu'en donne De Blainville, elles ne sembleraient être 
qu'au nombre de deux seulement, et cela tient à ce que la molaire la plus postérieure est excessive- 
ment petite, qu'elle est déplacée et cachée par la deuxième ou moyenne, qui, elle, est très-déve- 
loppée, et atteint à environ une largeur de 0"',05; enfin, la molaire antérieure est médiocre. 
Après une courte barre, on voit la canine cultriforme, cannelée et énorme pour sa longueur; car, en 
totalité, mesurée par son milieu et en ligne droite, elle a 0'",27, tandis que la partie qui sort de 
l'alvéole a 0"',2Ct La barre ([ui suit est assez courte. Les canines sont peu développées, au nombre 
de trois, et vont en grandissant de l'interne à l'externe. La mâchoire inférieure est déplacée dans le 
fossile que nous étudions; elle offre, de chaque côté, un système dentaire composé de trois molaires, 
une canine et trois incisives. Les molaires, médiocres, vont en diminuant de grandeur de l'antérieure 



->2i 



IIISTOII'.E NATlUiEIXE. 



à la poslérieui'e, qui est, excessivement petite, et a un seul m;imelon. Une liari'e assez longue sépare 
les molaires de la canine, et c'est là que devait venir se placer la pointe de l'énorme canine supérieure, 
ainsi que le montre une dépression des os maxillaires. La canine est petite, car sa partie sortie de 
l'alvéole n'a environ que O^.OS. Les trois incisives vont en grandissant de l'externe à l'interne, et 
celle ci est séparée de celle de l'autre branche de la mandibule par une courte barre. 

On ne connaît encore que cette seule tête de Felis smiludon, et pas d'os, et elle provient des cavernes 
du Brésil. Ce superbe fossile a été acheté deux mille francs par l'Académie des sciences de l'Instilul de 
France, et il fait aujourd'hui partie de la magnifique collection paléontologique du Muséum d'histoire 
naturelle. On n'en a pas encore donné la description; De Blainville l'a seulement représentée de 
grandeur naturelle dans son Ostéograpliic, et nous avons reproduit cette figure, qui donnera mieux que 
nous ne pourrions le faire par quelques paroles une idée exacte de ce fossile, l'un des plus remar- 
quables de ceux qu'on ait découverts jusqu'ici. 




Fiiï 105.— Fi'lis bai. 



CARNASSIERS. 



TROISIÈME SOUS-FAMILLi: 



AMPHIBIES.' AMPHIBLE. G. Ciivioi . 



Carnassiers h pieds cinpctrcs, c'esl-à-ilire joiiils les uns aux aulrcs par des innniirancs, et pcr- 
mcltniil il CCS auiiiiaux une rie aquatique en même temps qu'une vie aérienne: molaires montrant 
des habitudes carnivores et herbivores; circonvolutions cérébrales plus ou moins développées. 

Le principal caractère des Amphibies consiste dans leurs pieds si courts et tellement enveloppés 
dans la peau, que les animaux qui les ont ne peuvent, sur terre, s'en servir que pour ramper, ou 
plutôt se traîner avec assez de difliculté; mais, comme les intervalles des doigts y sont remplis par 
des membranes, ce sont des rames excellentes, et ces Carnassiers peuvent passer la plus grande 
partie de leur vie dans la mer. et ne viennent à terre que pour se reposer au soleil, quelquefois re- 
chercher leur nourriture, et allaiter leurs petits, qu'ils déposent dans les anfractuosités des rochers 
auprès des eaux. Leur corps allongé, leur épine dorsale très-mobile, et pourvue de muscles qui la flé- 
chissent avec force, leur bassin étroit, leur poil ras et serré contre la peau, se réunissent pour en faire 
de bons nageurs, et tous les détails de leur organisation confirment ces premiers aperçus. 




Fig. 104 — Plio()ue tlii Groënlaiiil 



On voit, par le peu que nous venons de dire, que les Amphibies ont, par leur aspect général, quel- 
ques rapports avec les Cétacés, que nous étudierons plus tard, ou même avec la plupart des Manjmi- 



221) 



HISTOIRE NATUHELI 



(ères aquatiques, tels que les Loutres, par exemple, et c'est poui' cela que l'on :i quelquefois riHini 
les uns et les autres dans un même groupe, basé sur une seule considération, celle du séjour, et 
qui, dès lors, est loin d'être naturelle, puisque une classilication véritablement naturelle en zoolo- 
gie doit cire basée, non pas sur une seule considération, mais sur l'ensemble môme de tous les 
caractères que nous présentent les animaux. Et, en effet, si l'on étudie avec plus de soin la réunion 
des caractères qu'olfrent les Amphibies, on verra que c'est avec les Carnassiers qu'ils ont le plus 
de rapport, et que l'on ne peut pas mettre les uns dans un groupe et les autres dans un autre. C'est 
pour cela que les Amphibies ont dû être rangés dans la famille des Carnivores, dans laquelle on 
peut voir tous les passages, depuis les animaux les plus éminemment terrestres jusqu'à ceux qui nous 
(iccnpent, et qui sont, au contraire, essentiellement aquatiques. 




Les Amphibies renferment les deux grands genres linnéens des Phoques et des Morses, et, par ce 
dernier, on peut, jusqu'à un certain point, nous l'avouons, passer aux Lamantins, qui entrent dans la 
division des Cétacés, si l'on doit les laisser réellement dans cet ordre; mais, d'un autre côté, on peut 
aussi trouver des rapports avec les Rongeurs, ordre d'animaux que nous étudierons après celui des 
Carnassiers. 

A propos des Carnassiers, dont nous parlons actuellement, nous croyons devoir rapporter niainle- 
uant une remarque intéressante, donnée par M. lîoitard dans le Dicliouiuiirc unircrsel trUisioirc 
wiinrdlc. « Le mot umphUiïc, dit-il, a été a]ipli(|ué assi z mal à propos, par G. Cuvier, aux Phoques, 
car il n'a pas du tout, ici, la signification que lui donnaient nos pères, et qu'on lui donne encore assez^ 
généralement dans le monde. Les anciens croyaient qu'il existe dans la nature des êtres privilégiés 
ayant la fiicidté de vivre également sur la terre cl dans l'eau, ou plutôt sous l'eau. Des observations 
mieux suivies, et faites avec plus de philosophie, ont prouvé que, à deux ou trois exceptions près, 
tous les animaux n'ont chacun qu'un seul système de respiration, et ne peuvent pas, par conséquent, 
respirer dans deux éléments différents. Les uns sont munis de poumons ou d'organes analogues, dont 
rap])àreil est propre à décomposer l'air pour en soutirer l'oxygène indispensable à l'entretien de la 
vie. Ceux-là sont obligés de respirer l'air en n.ilure, comme l'iionime, et, si on les submerge pendani 
un certain temps, ils périssent asphyxiés. Les autres sont munis d'ouies ou branchies, propres seule- 
ment à décomposer l'air pour en extraire l'oxygène, et ils périssent égalemc^nt asphyxiés s'ils sont 
plongés dans l'air pur. » Les Phoques sont essentiellement des animaux à respiration aérienne, et ils 
sont obligés de venir à la surface de l'eau pour respirer l'air en nature; on voit donc que ce ne sont 
réellenicnl pas des /li)(/)/;i^à'.s vérilables. Cependant, ce nom a prévalu, et ceux qu'on a proposé de lui 



CARNASSIERS. 227 

substituer n'ont pas été adoptés. Tel est le nom de Ciiuoiuorphcs, indiqué par Latreille, qui fait de ces 
animaux un ordre particulier, qu'il place entre les Mammifères quadrupèdes et les Cétacés, et celui 
d'Aqiiaiitjiics pbinipcdes, donne par Lesson. Du reste, les Piioques et les Morses ne sont pas les .seuls 
animaux qui portent la dénomination générale (ï Amphibies, car le même nom a été a]ipliqné à une 
division primaire des Reptiles, ou même, selon quelques auteurs, à une classe particulière d'ani- 
maux, qui, eux, méritent un peu mieux la dénomination qu'ils portent; car, presque tous, dans leur 
jeunesse, ils ont des branchies, et par conséquent une respiration aquatique, tandis que, dans leur 
âge adulte, ils sont pourvus de vrais poumons, et ont une vie aérienne. 

Quoi qu'il en soit, nous adopterons, pour les Carnassiers qui vont nous occupei', le nom géné- 
ralement admis d'AsiPHiBiES, et nous les subdiviserons, avec il. Isidore Geoffroy Saint-llilaire, en 
deux tribus distinctes, celle des Phocidés, comprenant particulièrement l'ancien genre Phoque, et 
celle des Tricuéchidés, ne comprenant que le genre Morse ou Triclicrlms. 



PRE.MIKRE TRIBU. 

PHOCIDÉS. PHOCWAi. Isidore Geoffroy Saint-llilaire. 

Picils enipèUcs. 

Màviwircs contprimées. 

['oint de défenses. 

Circonvolutions cérébrales trcs-dévcloppécs. 

On peut, d'une manière générale, caractériser ainsi les Phocidés : animaux ayant quatre ou six inci- 
sives à la mâchoire supérieure, quatre seulement à l'inférieure; canines au nombre de quatre en hatil 
comme en bas, et toutes pointues; molaires variant en nombre depuis vingt jusqu'à vingt-quatre, 
toutes tranchantes ou coniques; cinq doigts à tous les pieds, dont ceux de devant vont en décroissant 
du pouce au petit doigt, tandis qu'aux pieds de derrière le pouce et le petit doigt sont les plus longs 
el les intermédiaires les plus courts; les pieds de devant sont enveloppés d'ans la peau du corps jus- 
qu'aux poignets, ceux de derrière jusqu'aux talons; la queue, qui est courte, est placée entre ceux-ci; 
la tète ressemble à celle du Chien, quoiqu'elle soit plus arrondie: la langue est lisse, échancrée au 
bout; l'estomac est simple; le cœcum assez court, et le canal intestinal Ions; et assez éi^al dans toute 

r ' (HO 

son étendue. 

Les Phocidés vivent, en général, de Poissons; ils mangent toujours dans l'eau, et peuvent fermer 
leurs narines, lorsqu'ils plongent, au moyen d'une espèce de valvule. Comme, en plongeant, ils res- 
tent assez longtemps sous l'eau, on a cru que le trou de botal restait ouvert chez eux comme dans le 
fœtus; mais il n'en est rien : toutefois, il y a un grand sinus veineux dans le foie qui doit les aider 
à plonger, en leur rendant la respiration moins nécessaire au mouvement du sang, qui est très-noir 
et abondant. De temps en temps, ils viennent sur le sol, et peuvent même y rester quelques instants. 

Ces animaux sont connus depuis la plus haute antiquité, et les poètes eux-mêmes nous en ont 
donné l'histoire, qu'ils ont parée de toutes les brillantes fictions de leur imagination ingénieuse. 
C'est probablement le Phoque commun iPlioca vilurnui) qu ils ont été à même de connaître, et il leur 
a sufli pour inventer les tritons, les sirènes, les néréides, el toute la cour aquatique de leur dieu 
Neptune. « Suivons-les un instant, dit M. Boitard, dans leurs gracieuses épopées. Voici les bords 
heureux de la Méditerranée, dont les eaux vertes et limpides reflètent le feuillage grisâtre de l'olivier, 
entrelacé aux rameaux grêles du grenadier et aux riches pampres de la vigne. Les flots, en battant 
continuellement contre la roche calcaire qui enfonce sa base dans leur sein, y ont creusé des grottes 
et des cavernes à demi submergées, que l'imagination superstitieuse ou poétique a peuplées d'êtres 
mystérieux ou terribles. C'est l'humide demeure des sirènes, des tritons, des génies de la tempête; 
et, dans le moyen âge, ces sombres grottes sont les palais des fées de la mer. Encore aujourd'hui, 



2'i.S HISTOIRE NATURELLE. 

lorsque le ciel est voilé de noirs nuages, lorsque le vent gémit dans les arbres de la t'orél et ride la 
surface des eaux, ]iar une nuit d'automne, le marin, assez ini|)rudent pour approrlier sa nacelle de 
ces antres ténébreux, laisse tout à coup tomber sa rame de saisissement et d'effroi en entendant les 
sons lugubres qui viennent frapper son oreille épouvantée. Qu'il se liûte de dresser sa voile triangu- 
laire, de tourner sa proue vers la haute mer, et de saisir son aviron, car, s'il tarde un instant en- 
core, il verra sa barque entourée par les fantômes des matelots morts dans les flols, et, pour peu 
ipi'il ait un vieux parent victime de la tempête, il le reconnaîtra probablement à la pâleur de sa figure 
blanche, au sombre feu qu'exhalent toujours les yeux caves d'un mort qui a quitté le séjour des spec- 
tres pour venir jeter encore un dernier regard sur ce qu'il aimait sur la terre. Il apercevra ces âmes 
fantastiques glisser sur les eaux en les ridant à peine, et, si le vent chasse un instant dans le ciel le 
nuage qui obscurcissait la lune, il les verra se traîner sur cette terre qu'elles regrettent, et, désespé- 
rées, se replonger en gémissant dans la mer, où elles resteront jusqu'à la consommation des siècles. 
Telle est la superstition d'aujourd'hui. Entrez dans la pauvre cabane du premier pêcheur que vous 
rencontrerez sur la côte, asseyez-vous à côté de lui, à son foyer, et vous apprendrez, en comparant 
les longues histoires qu'il vous débitera sur les cavernes de la mer, que, depuis Charybde etScylla, 
les mêmes faits ont donné lieu à des supersiitions aussi différentes que les siècles qui les ont vues 
naître. Les sirènes, monstrueuses filles d'Achéloiis et de Calliope, au corps de femme et à queue de 
|joisson, au chant mélodieux et perfide, pouvaient plaire aux imaginations grecques et romaines du 
temps d'Homère et de Virgile; mais elle ont été détrônées par les fées et les génies du moyen âge; 
et puis sont venus les premiers naturalistes, qui ont remplacé les unes el les autres, en les dépoéti- 
sant, par des Evéques, des Moines et des Capucins. » 




Fis;. 106 — Otarie molosse. 



■Au seizième siècle, Roiulelet a figuré le Moine et l'Évèque. « De notre temps, dit-il, en Norwége, 
on a pris un monstre de mer après une grande tourmente, lequel tous ceux qui le virent incontinent 
lui donnèrent le nom de Moine, car il avait la face d'homme, rustique et mi-gracieuse, la tète rasée et 
lisse; sur les épaules, comme un capuchon d(^ moine, dont les deux ailerons au lieu de bras, le bout 
du corps finissait en une queue laige. Le portrait sur lequel j'ai fait faire le présent m'a été donné 
par très-illustre dame Marguerite de Valois, reine de Navarre, lequel elle avait eu d'un gentilhomme 
qui enportait un semblable à l'empereur Charles-Quint, qui était alors en Espagne. Le gentilhomme 
disait avoir vu ce monstre tel comme son portrait le portait, en Norwége, jeté, par les Ilots et la tem- 
pête de mer, sur la plage, au lieu nommé Dièze, près d'une ville nommée Danelopoek. J'ai vu un 
pareil portrait à Rome, ne différant en rien du mien. Entre les bêtes marines, Pline fait mention de 
l'Homme marin, et du Triton, comme choses non feintes. Pausanias aussi fait mentimi du Triton. 
J'ai vu un portrait d'un autre monstre marin, à Rome, où il avait été envoyé, avec lettres par les- 
quelles on assurait pour certain que, l'an 1">"1 , on avait vu ce monstre en habit dévèque. comme est 



CARNASSIERS. 



229 



le portrait, pris en Pologne, et porté au roi duilit pays, faisant certains signes pour montrer qu'il 
avait grand désir de retourner en la mer, où, étant amené, se jeta incontinent dedans. » 

Dans tous les auteurs qui suivirent ininiédiatenient Rondelet, on peut lire l'histoire des deux ani- 
maux que nous venons d'indiquer, et cette histoire, vraie pour quelques-unes de ses parties, participe 
du roman pour beaucoup d'autres. Nous en dirons quelques mots d'après ces anciens récits. Le Moine, 
quand on le sort de l'eau, pousse un profond soupir, prouvant les profonds regrets qu'il éprouve en 
quittant malgré lui son élément de prédilection, et il fait plusieurs signes énergiques pour qu'on le 
laisse y lentrer. On reconnaît facilement que c'est un abbé du royaume des Ondins, à la coiffure qu'il 
a sur la tête, coiffure qui ressemble à la mitre ou au capuchon. Quant à l'Évéque, il est couché sur le 
rivage sans dire mot, ce qui fait que les pécheurs s'aperçurent qu'il ne savait pas le suédois; ils vou- 
lurent le faire lever pour rem.mener à la ville, où leur dessein était de le montrer aux curieux pour 
de l'argent; mais la chose était difficile, car le corps de l'Évéque se terminait en une queue fourchue, 
à la manière des Marsouins, et il manijuail de jambes pour marcher; on le porta donc; tous les cu- 
rieux furent édifiés de son air grave et léfléclii, et l'on crut reconnaître quelques signes d'onction 
à la manière dont il tenait constamment ses mains sur sa poitrine; ce n'est pas non plus sans admi- 
ration que l'on vit comment ses cinq doigts étaient réunis par une membrane simple qui lui donnait 
une grande facilité pour nager. 




Fig. 107. — Phoque à deux couleurs. 



Nous avons cru devoir donner une idée de ce que les anciens naturalistes, tels que Celsius, 
AIdrovande, Gesner, etc.. ont écrit sur les Phoques; car, par le peu que nous en avons dit, on pourra 
comprendre comment il se fait que leur histoire a été pendant très-longtemps l'une des plus em- 
brouillées de l'histoire naturelle. Cependant les voyageurs mentionnèrent un assez grand nombre 
d'espèces de ce groupe, mais l'amonr du mer\eilleux l'eruporta chez eux; il en résulta que les 



c 



230 IIISTOIUE NATUHELLE. 

(It'Iails (Je mœurs l'iirenl empreints du nieiveillotix qu'ils se ]iliiieut à leur prêlei', que leurs des- 
riplions furent mal laites, le plus souvent même mensouitères, et, dés lors, qu'elles ne purent venir 
en aide aux naturalistes. Égède, Crantz, Steller, Molina, Erxieben, donnèrent toutefois quelques des- 
criptions bonnes ou passables; mais, comme les Phoques sont, pour ainsi dire, dispersés sur toute la 
surface de la terre, et qu'il y en a très-peu de conservés dans les Musées, et enlin qu'ils varient 
beaucoup dans leur pelade, en raison de l'âge et des sexes, il en résulte que les travaux des zoolo- 
gistes restèrent imparfaits. Linné, le premier, commença ù en donner une première classitîcation , 
mais qui était loin d'être complète. Boddaert, et ensuite l'eron, en divisant les Phoques en rai- 
son de ce que les uns, c'est-à-dire leurs Phoques proprement dits, n'ont pas une conque extérieure de 
l'oreille, tandis que leurs autres, c'est-à-dire les Otaries, en ont une, firent un peu avancer la science. 
Fr. Cuvier vint plus lard donner une classiliealion particulière des Phoques, qu'il divisa en sept 
genres particuliers, fondés principalement sur des caractères tii'és de l'ostéologie de leurs têtes : 
le travail de notre illustre compatriote fit certainement avan(tei' la science ; mais réellement ètait-il 
indispensable de partager autant le genre Phoque, et ne pouvait-on pas y former simplement des 
subdivisions sans leur imposer des noms particuliers et sans en faire de nouvelles coupes génériques? 
A peu près à la même époque, M. Nilson créa également deux genres, et, depuis, M. Grayen indiqua 
également d'autres. Plus récemment, les naturalistes voyageurs, comme MM. Lesson etGarnot, Quoy 
et Gaymard, Hombron et .lacquinot, etc., firent connaître de nouvelles espèces, et les naturalistes 
classilîcateurs tels que Â.-G. Desmarest, Fr. Cuvier, Lesson, Boitard, etc., cherchèrent à résumer les 
observations de leurs devanciers; mais nous devons avouer (|ue, malgré tout cela, l'histoire de ces 
animaux est encore loin d'elle complètement terminée 

Destinés à passer la plus grande partie de leur vie dans l'eau, les Phoques avaient plus besoin de 
nageoires que de pieds. Aussi leurs bras et leurs avant-bras sont-ils courts eietigagés sous la peau de 
la poitrine; la main et les doigts, au nombre de cinq, sont, au contraire, très-longs et engagés dans 
une membrane, ce qui les fait ressembler tout à fait à une nageoire, dont ils remplissent les fonc- 
tions. Les pieds de derrière, également palmes, sont étendus le long du corps, sous la peau, jusqu'au 
talon, et ne laissent voir que les deux pieds, attachés à l'extrémité du corps, et leur formant comme 
une nageoire échancrèe, au milieu de laquelle passe une queue courte. Le corps est allongé, cylin- 
drique, fusiforme, à épine dorsale souple, soutenue par des muscles puissants qui lui permettent de 
grands mouvements. Les poils sont généralement secs, courts et cassants; mais, dans quelques espèces, 
sous ces poils il s'en trouve d'autres qui sont doux et soyeux, et parfois ces poils sont assez longs. 
Les lèvres sont garnies de moustaches rudes, à poils plats, noueux, paraissant souvent articulés, en 
quelque sorte comme les antennes des Insectes ; quelques auteurs, et en particulier Rosenlhal, regar- 
dent ces moustaches comme l'organe du lad chez ces animaux, parce qu'elles sont creuses et tapissées 
de nerfs à leur base. La tète est plus ou moins arrondie. Les narines peuvent se fermer en se con- 
tractant lorsque l'animal plonge. Les yeux sont très-grands, arrondis, doux, brillants, à paupières 
presque immobiles, ne consistant qu'en un simple bourrelet, dépourvues de cils. L'oreille externe 
consiste le plus habituellement en un simple trou, peu allongé, ayant aussi la faculté de se contracter 
et de se refermer hermétiquement lorsque l'animal plonge : dans certaines espèces, cependant, telles 
que les Otaries, la conque est visible et même plus on moins grande. La langue, échancrèe à l'extré- 
mité, est très-''troite, très-mince au sommet, large, épaisse, courte à la base, papilleuse. 

L'anatomie des Phoques présente aussi des particularités remarquables. Le cerveau est très-déve- 
loppé et le cervelet très-grand. L'estomac a la forme d'un croissant, dont les deux extrémités sont 
tournées en avant; les intestins sont longs et contournés en de nombreuses circonvolutions; le cœ- 
cum est très-court. Le foie est grand, à quatre lobes pointus. Le système circulatoire est conduit 
dans des vaisseaux dont le calibre est gros et les parois épaisses; le sang est très-abondant et noi- 
râtre; le cœur est ovoide, placé au milieu de la poitrin •, mais cependant un peu plus à droite qu'à 
gauche. Le poumon n'a qu'un seul lobe, qui est très-volumineux. Les muscles sont épais, noirâtres, 
en raison de la couleur du sang qui y est répandu : ceux de la colonne vertébrale, ainsi que ceux 
qui doivent faire mouvoir les membres, sont très-puissants. Enlin, leur chair est irès-huileuse, 
recouverte d'une épaisse couche de graisse presque liquide, dont on fait de l'huile. 

Le système osseux et le système dentaire, qui nous restent à étudier, offrent des particularités 
curieuses. Nous allons les faire coniiaitrc en prenant pour guide l'Osiéographie de lie l'ilaiiiville. tout 












/• ,/ 








Fi;;. 2. — rm,\-< piclii.s. 



PI. ti'J 



CAUNASSIERS. 251 

l'ii faisant observer que nous appliquons à la tribu entière des Pbocidés ee qui! dit des Phoques, 
(|ii"il comprenait à la manière g-énérique de Linné. 

Le squelette du Phoque commun {Phoca vi/w/hta), pris pour type de tous les animaux qui consti- 
tuent la tribu des Phocidés, est assez remarquable par plusieurs particularités tenant à leur genre de 
vie tout anomal. La structure des os doit être notée; les os, longs eux-mêmes, ont un diploé très- 
abondant, au point que la cavité médullaire est réellement nulle, quoique les mailles ou lacunes di- 
ploïques du milieu de l'os so'ent notablement plus larges que le reste ; cependant la partie éburnée 
est encore assez épaisse, surtout aux apophyses. Le nombre des os du squelette est à peu près le 
même que dans la plupart des Carnassiers, seulement il y a moins d'os sèsanioïdes. La connexion entre 
les surfaces articulaires étant généralement large, arrondie, peu profondément sinueuse ou enche- 
vêtrée, et les parties cartilagineuses intermédiaires aux articulations étant considérables, il en résulte 
que le squelette permet des mouvements aussi étendus que faciles, et presque onduleux, dans toute 
l'étendue de la colonne vertébrale, comme dans les parties qui terminent les membres : il en résulte 
aussi que les courbures générales sont bien plus marquées que dans les autres Carnassiers, et surtout 
que dans les Cétacés, principalement dans toute l'étendue du cou, en dessus, ce qui relève la tête à 
angle droit, et dans toute la longueur du reste du tronc, et même au sacrum, en dessous. 

La série vertébrale, assez courte, n'est composée que de quarante-six vertèbres, dont quatre cépha- 
liques, sept cervicales, quinze dorsales, cinq lombaires, quatre sacrées et onze eoccygicnnes. 

La tête osseuse se présente sous une forme générale qui la distingue de celle de tous les Carnas- 
siers, et même aussi de celle de la Loutre, par la minceur de ses os, la largeur, la dépression du 
crâne, la brièveté du museau, et, en un mot, par une forme un peu arrondie. La vertèbre occipitale 
a un corps très-large, longtemps membraneux, et percé au milieu par l'écartement et la largeur des 
condyles, la grandeur du trou condyloidien, et par la verticalité de la partie postérieure de l'arc oc- 
lipital. La vertèbre pariétale offre encoie un corps aussi large que celui de l'occipitale, mais plus 
court; ses apophyses ptérygoidales et ses ailes sont petites; elle est large, assez bombée, quoique 
surbaissée, échancrée en arrière et en dedans, et présente la trace d'insertion des muscles élévateurs 
de la tête. La vertèbre frontale se rétrécit presque subitement dans son corps, mais à ailes arrondies 
et ass(7, développées : une particularité de cette vertèbre consiste dans l'absence d'apophyse oibitaire. 
La vertèbre nasale est formée par un vomer assez court, peu surbaissé, et par des os du nez étroits, 
assez allongés, triangulaires, divisés à leur bord antérieur par une échancrure profonde en deux 
pointes inégales. Les appendices céphaliques sont courts dans la partie dentaire, et longs dans la 
partie radiculaire. La mâchoire supérieure présente un ptérygoidien interne court; le palatin est à 
deux branches lamelleuses; il n'y a pas d'os lacrymal, et le zygomatique est petit; le maxillaire est 
assez grand, un peu plus haut que long : le prêmaxillaire a la même forme que lui. Le rocher est 
large, ovale, épais, sans angle solide intérieur. Les osselets de l'ouïe, renfermés dans une caisse très- 
large, renflée et séparée de la masse mastoïdienne en bourrelet allongé par un enfoncement trans- 
verse ridé, sont composés d'un élrier très-petit et à peine percé, d'un lenticulaire en tambour ovah» 
assez élevé, d'une enclume renflée considérablement dans son corps, et d'un marteau assez mince 
dans son corps, mais à manche un peu allongé. La mâchoire inférieure est presque entièrement hori- 
zontale, à peine convexe ou concave sur ses deux bords; son eondyle est transverse, et l'apophyse 
coronoïde assez pointue. De la réunion sous un angle de vingt degrés environ des appendices avec les 
vertèbres céphaliques, il résulte une tête en général assez petite, un peu triangulaire, très déprimée, 
antérieurement droite, inférieurement peu bombée, et déclive dans la ligue du clianfrcin, avec ses 
cavités, fosses, ouvertures, trous, en général assez gratids. 

Les vertèbres cervicales sont assez longues, du moins dans leur corps, très-étroites dans leur arc, 
de manière à laisser entre elles eu dessus un espace vide considérable ; elles sont, du reste, assez 
fortes. L'atlas est en soucoupe évasée, sans apophyse épineuse, en dessus comme en dessous, mais 
avec des ailes larges. L'axis a son corps long, un peu caréné en dessous, à apophyse en fer de hache. 
Les trois intermédiaires ont sensiblement la même forme, croissant de la première à la troisième, à 
corps caréné, sans apophyse épineuse, qui apparaît dans la sixième. La septième a cette apophy.'c 
encore un peu plus lorte, et, au contraire, l'aiiopliyse transverse a ses deux lobes j)eu dislincls, ou 
très-resserrés. 

Les vertèbres dorsales ont le corps assez large, croissant vers les derniéies, plus large et plub 



252 



HISTOIRE NATURELLE. 



caréné aux piemiùres, à tubercules supérieurs di-s apophyses arliculaires très-prononcés, et à apo- 
physes épineuses presque égales en hauteur, un peu pointues aux premières, s'élargissant et s'arroii- 
tlissant aux autres. 

Les lombaires sont semblables aux dernières dorsales, mais conservent toujours le caractère 
d'avoir le canal médullaire très-grand, le pédicule de l'arc étroit, fortement échancré. d'où résultent 
de très-grands trous de conjugaison. 




Fig. 108. — P!iOf|iic moine. 



Parmi les vertèbres sacrées, la première, ressemblant à une lombaire par la forme de son arc, a 
ses apophyses transvorses assez élargies pour s'articuler à l'iléon; les autres ont leurs apophyses 
tran.sverses élargies horizontalement et soudées. 

Après les deux premières vertèbres coccygiennes, qui ont la foinie des dernières sacrées rapetis- 
sées, les neuf auti'es ne présentent plus qu'un corps, d'abord déprimé, ])ar l'élargissement des apo- 
physes transverses, et devenant de plus en plus conique et cannelé jusqu'à la dernière. 

L'hyoïde et le sternum rappellent tout :\ fait ceux des Carnassiers que nous pourrions appeler 
ordinaires. L'hyoïde a son corps étroit en barre transverse, presque droit, un peu élargi à chaque 
extrémité pour l'articulation des coi'ues; parmi celles-ci, les antérieures, assez peu allongées, sont 
formées de trois articles, et les postérieures n'en ]irésenient qu'un seul, qui est large et un peu 
arqué. Le sternum long et étroit est composé de neuf pièces, dont les intermédiaires croissent sensi- 
blement de largeur et même d'épaisseur de la seconde à la huitième; le manubrium et le xiphoïde 
sont plus grands que les autres pièces; le premier est long, étroit, un peu plus large en avant qu'en 
arrière, et le dernier est très-long et terminé en une partie carlil,ii;inense fulement élargie en spatule 
bilobèe. Les cornes stcrnales, au nombre de dix, sont remarquables par leur longueur, leur gracilité 
et le renllemenl qu'elles présentent à leur milieu. 



CAUNASSIEHS. 253 

Les fùU's, au nombre de quinze, dont dix vraies ou sternales, et cinq fausses ou asternales, sont 
en général étroites, comprimées dans leur partie supérieure, et à peine élargies à leur terminaison; 
elles sont courtes, peu arquées et croissent régulièrement et iiisensijjlf ment en longueur de la pre- 
mière à la neuvième sans décroître, ensuite à peine de celle-ci à la dernière. La cage de la poitrine 
([u'elles forment est grande, large, conique, à peine un peu comprimée, et surtout très mobile dans 
toutes ses parties. 




Les membres sont très-écartés les uns des autres ; ceux de devant sont d'abord aplatis et rac- 
courcis en totalité aussi bien que dans chacune des quatre parties qui les constituent et qui sont 
presque égales entre elles. L'epauIe ne présente pas de trace de clavicule : l'omoplate est grande, 
convexe eu avant et en dessus; il n'y a pas d'apophyse coracoi le, el l'acromion est sous forme d'une 
pointe mousse; la crête est peu développée, et la cavité glénoide est médiocre, ovalaire. L'humérus 
est très-court, très-robuste, à corps de forme tri(|uèlre, n'étant en quelque sorte que la jonction des 
deux extrémités élargies; supérieurement la tète est élargie, arrondie, le trochanter interne plus 
élevé qu'elle, et inférieurement la tète est moins large que la supérieure, plus con)|)rinitc. Le radius 
et le cubitus sont généralement aplatis, grêles. La main, en totalité, est ;i peine plus longue que 
chacune des trois autres parties du membre : le carpe est surtout trè.s-couil, quoique assez large, 
et composé d'os petits. La main est osléologiquemcnt composée de telle sorte qu'elle forme une na- 
geoire coupée obliquement du premier doigt, le plus long, au cinquième, qui est le plus petit : c'est 
ce que l'on peut voir en examinant les os du métacarpe, qui décroissent rapidement du premier an 
dernier : celui-là est non-seulement le plus long, mais encore le plus épais et un peu arqué : le cin- 
quième, ou le plus court, est un peu plus épais que les trois intermédiaires, et, comme eux, assez 
fortement étranglé dans son milieu. Pour les phalanges, les plus intéressantes sont les onguéales, qui 
c» 5U 



*25i HISTOIRE NATLiP.ELLE. 

sont assez loi'lus et toutes pourvues à leur base d'une sorte d'étui (oupé obliquement par lembasi- 
ment de l'ongle; elles suivent l'ordre de décroissement de la première à la cinquit'me, et leur pointe 
est assez peu courbée. 

Les membres postérieurs sont en totalité beaucoup plus longs que les antérieurs, et l'augmentation 
porte ])rincipalement sur la jambe et le pied : ils sont dii'igés parallèlement au trône. Le bassin est 
complet, presque parallèle à l'axe vertébral, trés-allongé : cet allongement ne portant pas sur l'iléon, 
qui est très-court, tandis que le pubis est, au contraire, très-long, pour aller rejoindre oblique- 
ment l'iscliion, qui est lui-même long, et il en résulte un trou sons-pubien énorme, ovalaire, très- 
étendu. Le fémur est remarquablement court, et, en effet, sa longueur égale à peine les trois quarts 
de celle de riuimérus : il est comprimé d'arrière en avant, à corps n'étant guère qu'un cou destiné à 
unir les deux têtes, dont la supérieure est arrondie, petite, et l'inférieure avec deux tubérosilés 
presque égales. La jambe, deux fois et demie plus longue que la cuisse, est formée de ses deux os 
trés-eomplels, quoique soudés, au moins supérieurement, où ils constituent une largo surface arti- 
culaire, presque convexe, surtout dans sa partie externe. Le tibia est large, aminci supérieurement, 
arqué en deux sens dans son corps, et fortement excavé infêrieurement. Le péroné est robuste, très- 
arqué en dehors. Le pied en totalité, et mesuré dans son plus long doigt, est encore plus long que la 
jambe. Le tarse est même assez développé pour contribuer à l'allongement total. L'astragale a une 
forme particulière; sa poulie, peu saillante, est en toit, le coté interne pour le tibia, et l'externe 
pour le péroné : mais surtout il devient plus long que large par l'addition en arrière d'une sorte 
d'apophyse, qui se colle en dedans de la tubérosité du calcanéum. Celui-ci est, au contraire, très- 
court. Les os du métatarse sont, en général, longs et robustes, et les terminaux plus que les inter- 
médiaires. Les phalanges sont plus longues et plus grêles cpie celles des mains, et les onguéales, à 
l'exception de celle du pouce, sont jdus faibles et moins arquées. 

Les os sésamoïdes sont peu nombreux; la rotule, le seul os de cette catégorie que nous citerons, 
est petite, arrondie, assez peu épaisse. 

L'os du pénis, dans le Phoque commun, est assez petit, droit, rétréci au milieu et renflé à ses extré- 
mités : l'antérieure aplatie, un peu cxcavée, en forme de spatule, étroite, obtuse, et la postérieure 
radicnlaire, ]ircsque triquètre. 

Les différences que le squelette des Phocidés présente, en l'examinant dans la série des espèces 
qui ccinslituent cette tribu, ne sont véritablement que spécifiques, c'est-à-dire qu'elles ne s'élèvent 
jamais au-dessus de celles qu'indique la dégradation sèriale, ce qui confirme que ce grand genre 
constitue un groupe distinct, modifié par un ensemble de particularités biologiques. 

Dans les espèces les plus rapprochées du Phoque commun, on peut voir que les différences de 
l'osteologie de la tête ne portent guère que sur la grandeur en général, peut-être sur le degré 
d'étranglement de ses deux parties, et surtout sur la forme des os du nez et de l'ouverture nasale, 
sur celle de l'os palatin et de l'ouverture de ce nom, ainsi que sur la forme du rocher, de la caisse, 
de ra]Hqihyse mastoide, de l'occipital et des crêtes de la partie postérieure de la tête : et cela plus 
spécialement étudié dans les Pliocn liisjihla, Grocnlaiidica, barbala cl fivijphus. 

Dans le Moine, ou Plwca monnclins, l'ensemble et le plus grand nombre des pièces du squelette 
sont presque tout à fait comme dans le Phoque commun : toutefois, les vertèbres cervicales ont leur 
corps sensiblement plus cdiirt et moins longuement cai'éné; le sternum est plus large et plus canali- 
cidé; la proportion di-s nienibres indi(|ue évidemment encore plus de disposition à la natation; la tête 
est plus courte que dans le l'Iioca (jriuihus, plus ramassée et plus bombée au fronl. 

Dans le Pliocn lepiomjx, au contraire, la tête est plus allongée, les os du nez sont subdivisés en 
deux lobes presque égaux; l'arcade zygomatique est très-allongée, surbaissée. 

Parmi les Phoques à trompes, c'est-à-dire les Phoca crialata et Iconina, la lêle offre lieaucuup de 
ressemblance ave(t celle du l'hoque commun. 

Dans les Phoques à oreilles, ou Otaries, les différences sont encore assez peu manifestes, et elles 
ne portent guère que sur la forme et sur la proportion des différentes pièces qui constituent le sque- 
lette, La tête est en général plus allongée, moins rêtiécie dans le milieu de l'os frontal, plus courte 
encore, et surtout moins large, moins aplatie dans sa partie vertébrale, et plus longue dans la portion 
radicale des appendices céphaliques, (piimpie beaucdiqi plus courte dans la portion qui porte les 
dents; les os du nez sout plus courts et plus larges; le préniaxillaire est très-déveloiipé ; liM'ochcr 



CARNASSIERS. 235- 

jielit; il y a une grande intensité de puissance dans la préhension maxillaire. Les apophyses épineuses 
(les vertèbres cervicales sont plus prononcées que dans le PItoca inoimchns, au contraire de ce qui 
a lieu pour les vertèbres dorsales et les lombaires ; les vertèbres sacrées constituent un sacrum très- 
étroit. Il n'y a que huit pièces au sternum. Les membres présentent des différences plus importantes, 
étant moins éloignés entre eux, et leur disproportion étant moins ]irononcée. Les antérieurs, plus 
libres, ont une omoplate plus large, ;\ crête jikis prononcée, et à fosse sous-scapulaire beaucou]i 
plus petite que la surscapulairc. L'humérus n'est pas percé à son condyle interne; le cubitus est à 
olécràne plus arrondi et plus dilaté, les os du carpe et de la main présentent quelques particularités 
Les membres postérieurs prennent une proportion plus normale. Le bassin a plus de longueur dans 
l'iléon et un peu plus de brièveté dans l'ischion; le fénuir est plus long et moins large; le tibia et le 
péroné sont plus courts, plus droits; dans les os du tarse, l'astragale reprend assez bien sa forme 
normale : il y a quelques ilifférences appréciables dans le métatarse et les phalanges. Quelques par- 
ticularités ostéolûgiques ont pu même être observées dans les espèces d'Otaries, mais nous n'en 
|iarlerons pas maintenant, ces particularités trouvant plus naturellement leur plact^ ailleurs. 

Le système dentaire des Phocidês ne peut pas encore être considéré comme tout à fait normal, 
quoiqu'il soit composé d'incisives, de canines et de molaires bien distin(-tes, disposées comme dans 
les Carnassiers; mais, par le nombre et la forme, les différences deviennent sensibles et montrent 
qu'on peut former plusieurs groupes secondaires dans cette tribu. Le nombre total des dents n'es! 
jamais au-dessus de dix en haut et de huit en bas, ni au-dessous de huit en haut et de sept en bas, 
partagées en incisives, en canines, seules variables, et en molaires, toujours au nombre de cinq et 
très-rarement de six. Ces dents, par leur disposition aux deux mâchoires, s'enlre-croisent : celles d'en 
bas avant leurs correspondantes d'en haut, incisives, canines et molaires, mais en totalité, et jamais les 
])ointes de la couronne, quand il y en a, entre elles, comme cela a lieu dans les autres Carnassiers. 

Dans le Phoque commun qui doit encore nous servir de type, la formule dentaire est : incisives |, 
canines j^-], molaires fE-5; en totalité trente-quatre dents. Les incisives supérieures sont coniques, 
assez pointues, arquées en crochet, toutes terminales, presque égales, croissant cependant légè- 
rement de la première à la troisième, qui est notablement plus forte; les inférieures sont termi- 
nales, coniques, un peu aiguës, plus droites et plus petites. Les canines sont, comme dans les autres 
(Carnassiers, coniques, robustes, pointues, assez cannelées à la partie postérieure, un peu arquées, 
surtout;'! la màclniire inférieure, où elles sont en même temps légèrement plus courtes. Les molaires 
qui suivent immédiatement sans intervalle, surtout à la mâchoire supérieure, et qui sont cependant, 
toujours en contact peu serré, prennent presque de suite le même caractère et la même forme géné- 
l'ale, aussi bien supérieurement qu'inférieurement : elles augmentent seulement un peu de la première- 
à la troisième, pour décroître ensuite, du moins en haut, car, en bas, les quatre dernières sont- 
presque égales; la couronne est tranchante ou comprimée, avec un simple épaississement plutùt qu'un 
véritable talon à la base; en haut, si ce n'est à la première, qui est arrondie et beaucoup plus 
petite, son bord est peu profondément lobé par une pointe presque médiane; mais, en bas, la lobule 
est plus profonde, et ses denticules par conséquent plus distinctes et autrement disposées. 

Les racines des dents ont cela de particulier que généralement elles ne sont jias en proportion 
avec la couronne, étant constamment plus fortes qu'elle : celles des incisives et des canines sont les 
|)lus simples; et, quanta celles des molaires, elles ne sont jamais au-dessus de deux dans le même 
])lan, chacune d'elles correspondant à chaque côté de la couronne, et par conséquent jamais à la 
pointe la plus saillante. 

Pour les alvéoles, elles suivent la disposition des racines et ne forment qu'une seule et unique 
série, depuis la première incisive jusqu'à la dernière molaire, et cela aux deux mâchoires : il n'y a 
de différence que dans le nombre avant et après celle bien plus grande de la canine. 

Le système dentaire des autres espèces de Phoques sans oreilles se simplilie d'une manière re- 
marquable dans les espèces ascendantes, pour se compliquer ensuite dans les Phoques à oreilles. 
Dans les premières, telles que dans le PItoca kujurus, les denlicules des molaires soiitplus aiguës, 
plus profondes, plus nombreuses; dans le Phoca burbata, ces dents deviennent plus petites, et it 
en est de même dans le PItoca Gronilandica. Puis dans d'autres espèces, comme les PItoca kplomix 
et monacitus, il n'y a plus que quatre incisives en haut comme en bas, et de cette diminution d'une inci- 
sive supérieure il résulte que les canines deviennent plus robustes; les molaires, dans la ]tremière, 



^30 



IllSTOIi'.i': XATLUEIXE. 



sont graiicK's, liilubées, coninit' paliiu'cs. ol 1 en est ;i pou |ii'ùs île même dans une cspéee nouvelle 
lapportce pai' MM. Ilonibron et Jaequinot du vdvage de l'aniiral dUrville au pôle sud, et figurée par 
eux sous la dénomination de Plwca carpopimcju Dans d'autres espèces, telles que les Plioca cris- 
tata et Iconina, le nombre des incisives diminue encore et n'est plus que de quatre en haut, et seu- 
lement deux en bas. 

Dans les Olaiies ou Phoques à oreilles le sstéme dentaire est beaucoup plus (i\e, plus normal cpiee 
dans les autres espèces de Phocidcs, ne descend jamais au même degré de simplicité, et revient au 
même nombre que dans le Plioca viiuUita. I^es incisives sont moins terminales, disposées en arc de 
cercle, plus fortes; les canines sont tres-robustes, très-longues-, les molaires, plus ou moins serrées 
et obliques, inclinées en sens inverse, ont une petite pointe en avant, et souvent une autre moins 
marquée en arrière, surtout aux trois postérieures, ipii sont les plus l'ortes. 

Suivant les sexes, on sait que les canines sont toujours beaucoup plus prononcées dans le mâle 
que dans la femelle. Les différences d'flge ne semblent pas apparentes dans les Phoques sans oreilles, 
tandis que dans les Phoqut's à oreilles elles sont ajipi'eciables et consistent principalement dans une 
incisive supérieure de moins, dans une canine plus grêle et plus faible, et dans trois molaires seu- 
lement, en haut comme en bas, petites, coniques et distantes entre elles. 

Comme on le voit, le système dentaire offre des différences remarquables dans les Phocidés, et il 
en résulte que l'on s'en est servi, ainsi que nous le tlirons. pour la caractéristique des genres iju'on a 
créés dans cette tribu. 




Fig. 110. — riiiH|iic l.iuii. 



Les Phocidés vivent en grandes trou[ies dans presque loules les mers du globe; cepcntlant, il parait 
que la plupart de leurs espèces varient, selon qu'elles appartiennent au voisinage de l'un ou de l'autre 
pôle; car il est :\ remarquer qu'ils préfèrent les pays froids ou teni])érés aux climats chauds de la zone 
lorride. C'est en général à travers les écueils et les récifs (pii bordent toutes les mers, et jusque sur b's 



CARNASSIERS. 



237 



glaces des pùles, qu'il faut aller chercher les grandes espèces. Là ces animaux se jouenl, à Iravers les tem- 
pêtes, sur les vagues en fureur, passent presque tout leur temps dans l'eau, et s'y nourrissent de Poissons, 
de Crustacés, de Mollusques et, habituellement, de tous les petits animaux qu'ils rencontrent. Parfois 
même ils mangent des Oiseaux. « L'un de ces animaux, ditLesson, qui nageait très-près de la corvette, 
se saisit, devant nous, d'une Sterne qui volait au-dessus de l'eau en compagnie d'un très-grand nom- 
bre de Mouettes. Ces Oiseaux maritimes raseaient la mer, et se précipitaient les uns sur les autres 
pour saisir les débris de Poissons qui étaient dévorés par le Phoque, lorsque celui-ci, sortant vive- 
ment la tête de l'eau, s'efforça à chaque fois de saisir un des Oiseaux, et y parvint en notre présence.» 



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FI- III 



riio(|MC lir.iliu 



Ils sont très-bons nageurs, quoique les Cétacés les surpassent encore sous ce rapport. Un fait des])lus 
singuliers, mais qui semble établi dune manière certaine, est que ces animaux ont l'habitude constante, 
quand ils vont à l'eau, de se lester, comme on fait d'un navire, en avalant une certaine quantité de 
cailloux, qu'ils rejettent lorsqu'ils retournent sur le rivage. Les uns recherchent les plages sablon- 
neuses et abritées, d'autres les rochers exposés à l'aclion des eaux, et il en est qui se trouvent dans 
les touffes épaisses d'Iierbes qui croissent sur les rivages. A terre, les Phoques ne mangent pas; aussi, 
s'ils y restent quelque temps, maigrissent-ils beaucoup. En captivité, pour dévorer la nourriture qu'on 
leur donne, ils la plongent habituellement dans l'eau, et ils ne se déterminent à manger à sec que 
lorsqu'ils y ont été habitués dès leur première jeunesse, ou qu'ils y sont poussés par une faim extrême. 
Ces Carnassiers sont susceptibles d'une sorte d'éducation, et ils montrent une grande douceur. Lors- 
qu'un Phoque est pris jeune, il se prive parfaitement, s'attache à son maître, pour lequel il éprouve 
une alfeclion aussi vive que le Chien. De mémo que ce dernier, on assure qu'il reconnaît sa voix, lui 
obéit, le caresse, etc. On en a vu auxquels des matelots ou des bateleurs avaient appris à faire diffé- 
rents toiirs, et qui les exéculaieni au cnmniandemcnt avec assez d'adresse et beaucoup de bonnevolonté. 



23Î HISTOIRE NATUHKLLE. 

L'intellineiict' îles Phocidés esl assez grande; ils sont affectueux, bons, patients; mais, si on les tourmente 
trop, ils penvent devenir daiig-ereux. Pour les conserver longtemps en captivité et en bonne santé, il 
faut les tenir, pendant la plus grande partie du jour, et surtout lors de leurs repas, dans un cuvieril 
demi rempli d'eau; la nuit, on les fait l'ouclier sur la paille. Ainsi traités et nourris avec du Poisson, 
on peut les garder vivants pendant assez longtemps. Nos Ménageries en ont souvent possédé : et les 
montreurs d'animaux en font souvent voir dans nos grandes villes. 

Lorsqu'un Phoque vent sortir de l'eau, il faut qu'il choisisse une place convenable; c'est sur une 
roche plaie, s'avançant dans l'eau en pente douce, par laquelle ils grimpent, .s'accrochant avec les 
mains et les dents à toutes les aspérités qu'ils jieuvent saisir, juiis ils tirent avec difliculté leur corps 
sur le sol. Malgré cela, ils rampent assez vite, même en montant des pentes roides. Il est aussi éton- 
nant de voir avec quelle adresse ils se cramponnent à un glaçon flottant et glissant, et parviennent 
à se bisser dessus pour se reposer et dormir, sans craindre d'être emportés en pleine mer. 

« Le quartier de rocher mousseux sur lequel un l'iioque a l'habiliide de se reposer avec sa famille 
devient, rapporte un voyageur, sa propriété relativement aux autres individus de son espèce qui lui 
sont étrangers. Quoique ces animaux vivent en grands troupeaux dans la mer, qu'ils se protègent, se 
défendent vraiment les uns les autres, une fois sortis de leur élément favori, ils se regardent, sur leur 
l'ocher, comme dans un domicile sacré, où nul camarade n'a le droit de venirtroubler leur tranquillité 
domestique. Si l'un d'eux se rapproche de ce sanctuaire de la famille, le chef, ou, si l'on veut, le 
père, se prépare îi repousser par la force ce qu'il regarde comme une agression étrangère, et il s'en- 
.suit toujours un combat terrible, qui ne finit que par la mort du propiiétaire du rocher ou par la re- 
traite forcée de l'indiscret étranger. Le plus ordinairement, c'est la jalousie qui occasionne ces com- 
bats; mais il esl évident que l'instinct de la propriété y entre aussi pour quelque chose. Jamais une 
famille ne s'empare d'un es])ace plus grand qu'il ne lui est nécessaire, cl elle vit en paix avec les fa- 
milles voisines, pourvu qu'un intervalle de quarante à cinquante pas les sépare. Quand la nécessité 
les y oblige, ils habitent encore, sans querelle, à des distances beaucoup plus rapprochées; trois ou 
quatre familles se partagent une roche, une caverne, ou même un glaçon: mais chaïun vit à la place 
qui lui esl échue en |iartage, s'y renferme, pour ainsi dire, sans jamais aller se mêler aux individus 
d'une autre famille. « 

Chaque mâle a ordinairement trois ou quatre femelles; le chef de la famille défend ses femelles 
avec un grand courage; et c'est surtout lors(pi'elles sont pleines, de novembre à janvier, qu'il redou- 
ble de soins et de tendresse pour elles; raccou|dement a lieu en avril, et la femelle ne fait qu'un seul 
ou deux petits. C'est sur le sol, à quelque distance de la mer, et sur un lit d'algues ou d'autres plantes 
marines, que les femelles mettent bas. La mère ne va pas à l'eau tant que ses petits ne peuvent s'y traî- 
ner, ce qui a lieu une quinzaine de jours après leur naissance. Comment les femelles se. nourrissent- 
elles pendant ce temps f On ne le sait pas positivement, mais on suppose que le mâle porte alors de la 
nourriture à sa femelle. Quand le petit est arrivé à la mer, la femelle lui apprend à nager, et le sur- 
veille jicndant qu'il se mêle aux troupeaux des autres Phoques; elle l'allaite, toujours hors de l'eau, 
]iendant cinq ou six mois; le soigne très-longtemps, mais, aussitôt qu'il peut [lourvoir seul à ses be- 
soins, le père le chasse et le force à chercher un autre lieu pour s'établir. 

« C'est pendant la tempête, dit M. Boitard, lors([ue les éclairs sillonnent un ciel ténébreux, que le 
tonnerre gronde et éclate avec fracas, et que la pluie tombe à Ilots, c'est alors que les Phoques ai- 
niei]t à soi'tir de la mer |ioui' aller prendre leurs ébats sur les grèves sablonneuses. Au contraire, 
quand le ciel est beau cl que les rayons du soleil échauffent la terre, ils semblent ne vivre que pour 
dornjir, et d'un sommeil si profond, qu'il est fort aisé, quand on les surprend en cet état, de les appro- 
cher pour les assommer avec des perches ou les tuer à coups de lance. A chaque blessure qu'ils reçoi- 
vent, le sang jaillit avec uins grande abondance, les mailles du tissu cellulaire graisseux étant très- 
l'oiu'iiies de veiiuis. Cependant, ces blessures, qui paraissent si dangereuses, comi)romettent rarement 
la vie de l'animal, ;i moins qu'elles ne soient trés-prufondes; pour le tuer, il faut atteindre un viscère 
pi'iiicipal ou le frapper sur la face avec un p(\sanl bâton. Mais on ne rapproche pas toujouis facile- 
ment, parce que, lorsque la famille dort, il y en a toujours un qui veille et qui fait sentinelle pour 
réveiller les autres .s'il voit ou entend quelque chose d'inquiétant. On est obligé |)our ainsi dire de 
lutter cdips à eoi'ps avec eux, et de les assommer, cai' un coup d(^ fusil, quelle que soit la partie où 
la halle \vs auiait fra|)pés, ne les em|)ccherail jias de legagner la mer, tellenieiit ils (uii la vie dure. 



CAP.NASSIKUS 239 

Ôiniiid ils SI' vciieiU assaillis, ils se Jcfciulfiil avec courage; mais, malgi'i' leur queue terrible, celle 
luUe est saus danger pour l'Iiomme, parce qu'ils ne peuvent se mouvoir assez lestement pour oler le 
temps au chasseur de se dérober à leur atteinte. Faute de pouvoir faire autrement, ils se jettent sur 
les armes dont on les frappe, et les brisent entre leurs dents redoutables. » 

Les Phoridés donnent plusieurs produits utiles à l'homme. C'est ainsi qu'ils ont, entre li's muscles 
et la peau, une épaisse cnuche de graisse, dont on tire une grande quanlité d'huile employée aux 
mêmes usages que celle de Baleine, et qui a même l'avantage de n'exhaler aucune mauvaise odeur. 
Quelques espèces ont nue grossière fourrure qui est recherchée pour les habits des peuples septen- 
trionaux. Les Américains emploient, dit-on, les peaux les plus grossières à un usage singulier : ils en 
ferment, le plus hermétiquement possible, toutes les ouvertures, et les gonflent d'air comme des ves- 
sies: ils en réunissent cinq on six, les fixent solidement les unes aux autres, placent dessus des joncs 
ou (le la paille, et en forment ainsi de très-légères embarcations, sur lesquelles ils s'exposent sur leurs 
plus grands fleuves. Les habitants du Kamtchatka se servent de ces animaux pour divers usages; la 
peau est employée pour former de petites pirogues; la graisse les éclaire; la chair, quoique coriace, 
et d'odeur désagréable, est leur nourriture ordinaire. 

Mais les Américains des Etats-Unis et les Anglais font surtout en grand la chasse aux Phoques 
pour en obtenir la graisse, et cette chasse constitue, pour eux, une branche importante de commerce, 
puisqu'ils y emploient plus de soixante navires de deux cent cinquante à trois cents tonneaux. Lesson 
a donné, d'après M. Dnbaut. d'intéressants détails sur cette espèce de pèche, et nous croyons devoir 
en Iranscriie quelques-unes ici. « Les navires destinés pour cet armement sont solidement construits. 
Tout y est installé avec la plus grande économie; par cette raison, les fonds ilu navire sont doublés 
de bois. L'armement se compose, outre le gréemenl, très-simple et très-solide, de barriques pour met- 
Ire l'huile, de six yoles armées comme pour la pêche de la Baleine, et d'un petit bâtiment de quarante 
tonneaux mis en botte à bord, et monté aux iles destinées à servir de théâtre à la chasse lors de l'ar- 
rivée. Les marins qui font cette chasse ont ordinairement pour habitude d'explorer divers lieux suc- 
cessivement, ou de se fixer sur un point d'une terre, et de faire des battues nombreuses aux environs. 
Ainsi, il est ordinaire qu'un navire soit mouillé dans une anse sûre d'une île, que ses agrès soient 
débarqués, et que les fourneaux destinés à la fonte de la grai.sse soient placés sur la grève. Pendant 
que le navire est ainsi dégréé, le petit bâtiment, très-lin et très-léger, est armé de la moitié environ 
de l'équipage, fait le tour des terres environnantes en expédiant ses embarcations lorsqu'il voit des 
Phoques sur les rivages, en laissant çà et là des hommes destinés à épier ceux qui sortent de la mer. 
La cargaison totale du petit navire se compose cPenviron deux cents Phoques coupés par gros mor- 
ceaux, et qui ]ieuvent fournir quatre-vingts à cent barils d'huile, chaque baril contenant environ cent 
vingt litres, valant à peu près quatre-vingts francs. Arrivé au port où est mouillé le naviie principal, les 
chairs des Phoques, coupées en morceaux, sont transportées sur la grève, où sont établies les chau- 
dières, et sont fondues. Les fibres musculaires, qui servent de résidu, sont destinées à alimenter le 
feu. Les équipages des navires destinés à ces chasses sont à part; chacun se trouve ainsi intéressé au 
succès de l'entreprise. La campagne dure quelquefois trois ans, et au milieu des privations et des 
dangers les plus inouïs; il arrive souvent que des navires destinés à ce genre de commerce jettent 
des hommes sur une île pour y faire des chasses, et vont, deux mille lieues plus loin, en déposer 
quelques autres, et c'est ainsi que, bien souvent, des marins ont été laissés, pendant de longues an- 
nées, sur des terres désertes, pane que leur navire avait fait naufrage, et, par conséquent, n'avait 
pu les reprendre aux époques fixées. L'huile est importée en Europe et aux Etats-Unis; les fourrures 
se vendent en Chine. » 

Après ces généralités sur les Phocidés, nous voulons encore dire quelques mots sur les traces 
fossiles qu'ils ont laissées dans le sein de la terre, puis nous entrerons dans la description des genres 
et des espèces. 

C'est encore Esper, et comme provenant des cavernes de Gavlenreulh, qui le premier a fait graver 
des os qui se rapportent aux Phoques, et il dit qu'il a trouvé des mâchoires de ces animaux dans un 
amas d'os d'Éléphants, d'Hyènes, etc., à Kahlendorf dans le pays d'Aischtedt, mais ces pièces se 
rapportent probablement à des Ours. En 180C, lors de la publication de la première édition des 
IhcIicicIio: sur Us ossaumts fvss'ilcs, G. Cuvier décrivit deux fragments d'huniciMs trouvés dans les 
environs d'Angers par M. Ilenau, et il les décrit comme de Phoqiu'; mais il est .-lujoiird'hui drmon- 



240 



IllSTOlUK NVITRELU:. 



tré, d'après les travaux tic L)t' Blainville, qu'ils doivent plutôt appartenir à un Lamauliu. Ce n'est 
donn qu'assez récemment qu'on a eu la preuve positive qu'il existe réellement des Phoques fossiles, 
et ces débris ont été recueillis dans un assez yrand nombre d'endroits plus ou moins éloignés en 
Europe, et probablement toujours dans des terrains tertiaires et dans des versants en général assez 
peu éloignés des bords de la mer. 

Ainsi, dans le versant de la mer du Nord, ou peut indiquer ; I" des dents signalées par M. Boue, 
comme trouvées avec des débris de Squales; 2" des dents, une vertèbre et quelques autres os, trou- 
vés en Westplialie, d'après M. Ilerniaiin de Meyer; 7>° des dents décrites par le même auteur comme 
trouvées à Laxberg, près .\ix-la-Chapelle; 4° des ossements signalés par M. Tuglar; et 5" nn bassin 
trouvé par M. Eugène Robert, en Islande, dans un luf coquiller, avec des Cijprina hlmulica et au- 
tres coquilles récentes. 




l'"!:; It2, — Stcnorhyiique de WeHili-1 



Dans le versant de la mer Noire, on peut parler d'un pied de derrière existant dans le musée de 
Pesth, en Hongrie, et qui a éié trouvé à Holich, à dix lieues de Vienne, dans la vallée du Danube. 
Ce pied a été atli'ibué à une espèce particulière qu'on a nommée Plioca Vicnnensis antiqua, et qui 
est voisine du Phoque commun et en diffère cependant par les proportions des diverses parties ; ainsi 
la tubérosité du calcanéum est plus longue, les métacarpiens et surtout celui du doigt externe, les 
premières phalanges, les seules qui existent, sont plus longues et plus grêles. 

Dans le versant de l'Océan, M. Desnoyers cite quelques localités, aux environs mêmes de Paris, où 
il aurait trouvé des ossements fossiles de Pho([ues. 

Enfin, dans le versant de la Méditerranée, nous devons noter que M. Alexandre Lefebvre a rap- 
porté au Muséum plusieurs fragments d'os de Mammifères, consistant en vertèbres et en côtes, ei qui 




Fi'f 1. — Paratloxure varié. 




<5i£S 



Fig. 2. — Chien Kurd. 



l'I "(I 



CAUNASSIKIIS. 



i\i 



siiii.s doute niit ;i|i]i.nl('iiii :i mit' t'S|H'ci' do I'Ikkjik', il qu'il a\;iit Iroiivi' ces dclii'is en liL;y|ilc, il;iiis 
Mil terrain qu'il ra])|iorfe â celui de la eiaio. 

I,a elassilication des Pliocidés est l'une des plus enibi'ouillées de celles des Maniniilri'es, et cela se 
conçoit, car les animaux assez nombreux qui entrent dans cette tribu ne se trouvent, à peu d'excep- 
tions près, que dans des lieux très-éloignés de nous, el ne nous arrivent pas facilement. La dil'li- 
culté qu'il y a pour les conserver et pour les envoyer dans nos musées fait que les naturalistes ne 
les connaissent pas complètement, et qu'ils doivent se fier souvent à des rtk'its exagères de voya- 
geurs. 11 en resuite que les espèces sont encore mal connues, et que les genres qu'on a voulu établir 
dans cette tribu ne sont pas encore fondés sur des caractères tout à fait hors de doute. 

Quoi qu'il en soit, la meilleure elassilication que nous en ayons est celle que Fr. Cuvier, en 1820, 
nous en a donnée dans le Dictionnaire des sciences naliurllcs, et dans laquelle il partage les Phoques 
eu sept genres, ceux des : Caloci'iihalc. Sténorlitintiuc, Pelage. Sicmtnalope, Mneiocliin, Arciocé- 
pliule et PlalijriHjnqnc. Mais à ces genres nous devons joindre celui des Olaiies, fondé précédem- 
ment, en 1807, par Peron. dans le Vofiaçie aux terres australes. M. Wilson a iiiili((ué aussi les 
genres C)/.s(op/(oi'e et Haliclicrc, en 1820, plus récemment que Fr. Cuvier; M. Gr.iy eiilin, en 1827. a 
(ait connaître ceux des Lcplowf.r et Micronip-. 

^ous indiquerons tous ces genres, mais nous conserverons la division devenue cl:issi(|ue des 
Phoques et des Otaries, les uns caractérisés en ce qu'ils manquent d'oreilles externes, et les auîres 
en ce que la conque externe de l'oreille ev| visible, enroulée et recouvre son oritice. 



\ 




115 



Caloei'iihalc liu (Iroënbjul. (Variûtc'!.) 



,"] 



242 IIISTOIltL iNATlllELLi;. 



PHOQUES PROPREMENT DITS. PHOCA. Liiiiir. 



Pas (l'oicilles cxicrncs. 
Incisives h tranchant simple. 

Molaires ivawluinlcs, a plusieurs, (jénéraleinenl trois, pointes. 

Doigts (les pieds de derrière terminés par des ongles pointus, placés sur le bord de la mendjraue 
qui les unit. 

Cette division eompieiid en grande partie le g-enre Phoque, Pliocn, de Linné. Siisiema natura', 
1735, et correspond presque complètement aux groupes des l'hocidw ei Pliocina, Gray, 1855; Plw- 
cinw, Ch. Bonaparte, 1840; Phocadœ, Agassiz, 1841, et Otoes, G. Fischer (wtc=;, sans oreille). 

Ce nom de Phoque, appliqué par Linné, et qui provient du mot grec tpMw, dont les Latins firent 
Phoca, qui servait à désigner jadis l'espèce typique de ce groupe, n'est pas resté gcnériquement 
dans la science. En effet, lorsque F. Cuvier a subdivisé les Plioca en plusieurs genres, il ne s'en est 
malhenreusemciit pas servi pour désigner l'un d'eux, et il en résulte qu'un nom connu depuis la plus 
haute antiquité a été remplacé par des dénominations nouvelles dont les racines sont tirées du grec. 
Cela nous semble fâcheux, mais nous avons dû suivre ce qu'ont fait les zoologistes modernes, et, dès 
lors, nous n'avons pas cru pouvoir rétablir comme dénomination de genre le nom de Phoque; seule- 
ment nous ferons observer qu'on pourrait peul-élre, à l'exemple de Lesson, de M. Uoitaid, etc., ne 
considérer notre division des Pho([ues proprement dits que comme un grand genre, et ne regarder 
les genres qui vont suivre que comme des subdivisions secondaires. 

On connaît un très-grand nombre de Phoques, et ils sont répandus dans prescpie loules les mers. 
Leur taille est quelquefois très-considérable, et d'autres fois, au contraire, elle l'est inédincrement : 
c'est ce qui a principalement lieu pour nos espèces européennes, qui ne dépassent guère l^.SS à 
1"',50 de longueur. Les côtes de France possèdent quelques espèces de Phoques, mais plus parti- 
culièrement le Phoca vitulina; c'est ainsi que l'un de nos collaborateurs, en rapportant ([uelques dé- 
tails entomologiques sur une excursion qu'il fit en 1852 à la pointe Saint-Quenliu, à (piehpie distance 
de Saint-Valery en Somme, dit que « l'on voit les Phoques se chauffer an sideil sur le banc qui 
assèche dès que la marée baisse; mais il faut se contenter de les regarder de loin, (-ar les hestiaa.r 
de Prolée sont très-méfiants, et, dès qu'ils aperçoivent une embarcation ou une ligure iHiniaiui', ils 
se hâtent de plonger, et l'on ne voit apparaître sur l'eau que leur tète ronde. « 

Buffon, dans son Histoire générale et parliculicre, tome XUl, 1765, n'avait pu distingiuM- que qua- 
tre espèces de Phoques, et encore ne l'avait-il pas fait d'une manière eonqiléle; l'histoire de ces ani- 
maux n'est pas bien divisée pour chaque espèce dans son immortel ouvrage, et c'est pour cela que 
nous pensons devoir en rapporter quelques passages dans nos généralités, conservant ce qui est ])1lis 
distinct pour l'histoire particulière de chaque espèce. 

(( En général, écrit-il, les Phoques ont la léte ronde comme l'homme, le museau large comme la 
Loutre, les yeux grands et haut placés, peu ou point d'oreilles externes, seulement deux Irons audi- 
tifs aux côtés de la tête, des moustaches autour de la gueule, des dents assez semblables à celles du 
Loup, la langue fourchue ou plutôt échancrèe à la pointe, le cou bien dessiné, le corps, les mains et 
les pieds couverts d'un poil court et assez rude, point de bras ni d'avaiit-bras apparents, mais (]ey\\ 
mains ou plutôt deux membranes, deux pennes renfermant cinq doigts et terminées pai' cinq ongles, 
deux pieds sans jambes, tout pareils aux mains, seulement plus larges et tournés en arriére comme 
pour se réunir à une queue très-courte qu'ils accompagnent des deux côtés, le corps allongé comme 
celui d'un Poisson, mais renflé vers la poitrine, étroit à la partie du ventre, sans hanches, sans crou- 



CARNASSII'RS, 



'."(•D 



pes et sans cuisses au ileli(irs; aiiiiii:il (l'aiiliiil plus etrani;e qu'il parail lirlii', el (iiiil est le iiimlele 
sur lequel rinia,;;iiialion des poètes entailla les niions, les sirènes et ces dieux de toute sorte à tète 
humaine, à corps de ([uadru|)ède, a queiu' de l'oisson; et le Phoque, en effet, règne dans cet empire 
muet par sa voix, par sa lii^ure, par son intelliyence, par les facultés, en un mot, qui lui sont com- 
iiiiMies avec les habitants de la terre, si supérieures à celles des Poissons, qn'ils semblent être, non- 
seulement d'un autre ordre, mais d'un monde différent; aussi cet amphibie, quoi([ue d'une nature 
très-éloii^née de celle de nos animaux domestiques, ne laisse pas d'être susceptible d'une sorte d'é- 
ducation. On le nourrit en le tenant souvent dans l'eau, on lui appieud à saluer de la tète et de la 
VOIX; il s'accoutume à son maître, il vient lurs(|u'il s'entend appeler el donne plusieurs autres signes 
d'intelligence et de docilité. 



^^tj^xt:^ 




V\'^ 1 14 — SiitiolLlt'- -lu l'liii'|iiL' i_ jniiiuiii 



« Il a le cerveau el le cervelet proportionnellement plus grands que l'homme, les sens aussi bous 
qu'aucun des quadrupèdes, par conséquent le sentiment aussi vif et l'intelligence aussi prompte; l'un 
et l'autre se marquent par sa douceur, par ses habitudes communes, par ses qualités sociales, par 
son instinct très-vif pour sa femelle, et très-attentif pour ses petits, par sa voix plus expressive et 
plus modulée que celle des autres animaux; il a aussi de la force et des armes, son corps est ferme 
et grand, ses dents tranchantes, ses ongles aigus; d'ailleurs il a les avantages particuliers, uniques, 
sur tous ceux qu'on voudrait lui comparer; il ne craint ni le froid ni le chaud, il vit indifféremment 
d'herbe, de chair ou de Poisson; il habite également l'eau, la terre et la glace... 

« Mais ces avantages, qui sont très-grands, sont balancés par des imperfections qui sont encore 
plus grandes. Le Veau marin est manchot ou plutôt estropié des quatre membres, ses bras, ses cuis- 
ses et ses jambes sont presque entièrement enfermés dans son corps; il ne sort au dehors que les 
mains et les pieds, lesquels sont à la vérité sous-divisés en cinq doigts, mais ces doigts ne sont pas 
mobiles sépaiément les uns des autres, étant réunis par une forte membrane, el ses extrémités sont 
plutôt des nageoires que des mains et des pieils, des espèces d'instruments faits pour nager et non 
pour marcher; d'ailleurs les pieds étant dirigés en arrière, comme la queue, ils ne peuvent soutenir 
le corps de l'animal, qui, quand il est sur terre, est obligé de se traîner comme un reptile et par un 
mouvement plus pénible, car son corps ne pouvant se pliei' en arc, comme celui du Serpent, poui' pren- 
dre successivement différents points d'appui, et avancer ainsi par la réaction du terrain, le Phoque 
demeurerait gisant au même lieu, sans sa gueule et ses mains, qu'il accroche à ce qu'il peut saisii, et 
il s'en sert avec tant de dextérité, qu'il monte assez promplement sur un rivage élevé, sur un rocher 



«ii iiisToHii': .NATi iii;i.Li';. 

cl iiii'iiio sur UN yhu.'Oii, qiioi(|iu' r.'ipidi' et L;liss;nil. Il iiKiiclif :\i\^>\ hr;uic(iu|i plus vite qu'un iii' 
pourrait l'imaj^iner. et souvent, quolipie ble.sse, il échappe par la liiile au chasseur. 

« Les Phoques vivent eu société ou du moius en yrand umnlire dans les mêmes lieux; leur climat 
naturel est le Nord, quoiqu'ils puissent vivre aussi dans les zones tempérées et même dans les climats 
chauds, car on en trouve quelques-uns sur les rivages de presque tontes les mers d'Eui'ope, et jusque 
dans la Méditerranée; on en rencontre aussi dans les mers niéi'idionalesde l'Afrique et de l'Amérique; 
mais ils sont infiniment plus communs, plus nombreux, dans les mers septentrionales de l'Asie, de 
l'Europe et de l'Amérique, et on les retrouve en aussi i;rande quantité dans celles (pii sont voisines 
de l'antre pôle au détroit de Mai^ellan, ;i l'île de ,]uan Fernandés, etc. 

« Les femelles mettent bas en hiver: elles font leurs petits à terre, sur un banc de sable, sur un 
rocher ou dans une petite île et a ([uelque dislance du continent; elles se tiennent assises pour les 
allaiter et les nourri.ssent ainsi pendant douze on quinze jours dans l'endroit Oii ils sont nés, après quoi 
la mère emmène ses petits avec elle ;i la mer, où elle leur apprend ;'i nai^ei' et à cheieber à vivre; elle 
les prend sur son dos lorsqu'ils sont fatigués, (àimme chaque portée n'est que de deux (Ui trois petits. 
ses soins ne .'•ont pas fort partagés, et leur éducation est bientôt achevée; d'ailleurs ces animaux ont 
naturellement assez d'intelligence et beaucoup de sentiment; ils s'entendent, ils .s'enir'aident et se 
secourent mnlnellement; les ]ietits reconnaissent leur mère au milieu d'une ti'oupe nombreuse; ils 
entendent sa voix, et, dés qu'elle les appelle, ils arrivent l'i elle sans se tromper. Nous ignorons com- 
bien de temps dure la gestation; mais, ;i en juger par celui de l'aeeroissemeut, par la durée de la vie 
et aussi par la grandeur de l'animal, il payait que ce temps doit être de [dnsieurs mois, et l'accrois- 
sement étant de quelques années, la durée de la vie doit être assez longue; je suis même porté à 
croire que ces animaux vivent beaucoup plus de temps qu'où n'a pu l'observer, peut-être cent ans et 
davantage, car on sait que les Cétacés, en général, vivent bien plus longtemps que les animaux qua- 
drupèdes, et, comme le Phoque fait une nuance entre les uns et les autres, il doit participer de la 
nature des premiers et par conséquent vivre plus que les derniers... 

K La voix du Phoque peut se comparer ;» l'aboiement d'ini chien enioué ; dans le premier fige, il 
fait entendre un cri plus clair, ;i peu prés comme le miaulement d'un Chat; les petits qu'on enlève à 
leur mère miaulent continnellenient, et se laissent quelquefois mourir d'inanition plutôt que de pren- 
dre la noiuriture (piVui leur offre. Les vieux Phoques aboient contre ceux qui les frappent, et font 
tous leurs efforts jiour mordre et se venger; en général, ces animaux sont peu craintifs, mais ils 
sont courageux. L'on a remar([nc (|ue le feu des éclairs et le bruit du tonnerre, loin de les épouvan- 
ter, semble les récréer; ils sortent de l'eau dans la tempête; ils quittent même alors leurs glaçons 
pour éviter le choc des vagues, et ils vont à teire s'amuser de l'orage et recevoir la pluie, qui les ré- 
jouit beaucoup. Ils ont naturellement une mauvaise odeur, et que l'on sent de foi't loin lorsqu'ils 
sont en grand nondjre ; il arrive souvent que (piand on les poursuit ils lâchent leurs excréments, (pii 
sont jaunes et d'une odeur abominable; ils ont une quantité de sang prodigieuse, et, comme ils ont 
aussi une grande surcharge de graisse, ils sont par cette raison d'une nature lourde et pesante; ils 
dorment beaucoup et d'un sommeil profond; ils aiment à dormir au soleil sur les glaçons, sur des ro- 
chers, et on peut les approcher sans les éveiller, c'est la manière la plus ordinaire de les prendre. 
On les tire rarement avec; des armes à feu, parce qu'ils ne meurent pas de suite, même d'une balle 
dans la tête; ils se jettent à la mer et sont perdus pour le chasseur; mais, comme l'on peut les ap- 
procher de prés lorsqu'ils sont endormis, ou même quand ils sont éloignés de l'eau, parce qu'ils ne 
peuvent fuir (pie très-lentement, on les assomme à coups de bâtons et de perche; ils sont très-durs 
et trés-vivaces; ils ne meurent pas facilement, dit un témoin oculaire, car, quoiqu'ils soient mortelle- 
ment blessés, (|u'ils [lei'dent tout leur sang et qu'ils soient même écorchés, ils ne laissent pas de 
vivre encore, et c'est (pndcpu' cliuse d'affreux de li's voir se rouler dans leur sang. C'est ce que nous 
observ;"imes à l'égard de (;elui que nous tu;"imes, et qui avait huit pieds de long, car, après l'avoir 
écorché et dépouillé même de la pins grande partie de sa graisse, cependant,^et malgré tous les 
coups ([u'on lui avait donnés sur la tête et sur le museau, il ne laissait pas de vouloir mordi'e encore; 
il saisit même une demi pique qu'on lui présenta avec presque autant de vigueui'qne s'il n'eût point 
été blessé; ntuis lui enfonç;lmes après cela luie dmii [licpu' ;iu lr;ivers du cunir et du l'oie, d'où il 
sortit encore autant de sang que d'un jeune l'œuf. Au reste, la chasse, ou si l'on veut la pêche de ces 
animaux n'est pas diflicile et ne laisse pas d'être utile, car la clniir n'en est pas mauvaise ;i manger, 



CARNASSIERS. 



•J.VÙ 



la peau t'ail iiiic bonne foiinuie, les AiiH'rieaiii,s s'en servent pcuir l'aiie des ballnns qu'ils reniplissenl 
d'air et dont ils se servent einnme de radeau; l'on tire de leur graisse une huile plus claire et d'un 
moins mauvais goût que celle du Marsouin et des Cétacés. » 

Le meilleur des caractères, et en même temps le plus facile à saisir, qui distingue les Phocidés de 
cette division, consiste dans ce qu'ils n'ont pas d'oreille externe, tandis que, dans l'autre division, 
celle des Otaries, fondée par Peron, l'oreille externe est distincte. 

On a formé une dizaine de genres dans cette division ; mais les princi|iau\ sont ceux crées par 
Fr. Cuvier, et auxquels il a applique les noms de Cnloccpliolns, Stcn rliijmlnis, Pclafjus, Slaiinm- 
lopiis, Macroi liimis, Arcluccphnlna et Pli(lijrliijiivliiis. 




F\g. ttô — Ilio |uc commuii jeune. 



1" GENRE. — CALOCEPHALE. CALOCEPIIALVS. Ih. Cuvier, I82G. 

KaX',;, belle; xiOxt.T,, lètc. 
Diclionnaire des sciences iiuiiirelles, l. XXXIX. 



CARt\CTEnf:S GENERIQUES. 



Siistcine (kiilairr : incisives, ^ ; ciDiiiies, ]-| ; mulaircs, j^; .- eu loudilc irciilc-fiiialrc doits. Les 
molaires, UjiiIcs Ininchanles, prineipiilemenl formées d'une pointe luoifenne (fraude, d'une plus 
petite antérieureinent, cl de deux éyaleuient plus petites posté rieureuienl. 

Crâne bombé sur tes côtés, uplal'i au sommet, et présentant nnr (jrande capacité e, réhrak : ce 
qui a valu h ces animaux le nom qu'ils portent. 

(Wùlc occipitale consistant eu de lécjeres ruç/osilés. 

Museriu jirésenlani heauiiiup {le hrièveté. 



24G HISTOIRE .NATUnRLLt:. 

Les caracti'i't'S ((iii (ILstiiii^uciit et-sonliellement les Caloccj)liiiliis des aiilres i;eiii"es de l'Iiocidés soiil 
particulièrement tirés de la disposition du système dentaire. Fr. Cuvier, le |ireniieÈ\ l'a monti'é d'une 
manière complète dans son ouvrage intitule des Dails des ^lanmiifires considérées comme caractères 
zoolofi'iqnes. 1825. « Nous avons vu, dit ce savant zoologiste, en décrivant les différents systèmes 
de dentition des Insectivores et des Carnassiers, combien il existait de ressemblance entre les dénis 
des premiers et les niàchelières tuberculeuses des seconds : les unes rappellent tout à fait les autres 
par leurs formes et leur destination ; elles se composent des mêmes tubercules, disposés suivant les 
mêmes rapports, mais seulement un peu plus obtus dans l'ordre des Carnassiers que dans celui des 
Insectivores; et chez tous elles sont appropriées pour broyer plutôt que pour couper. 

( Nous allons voir chez les Phoques de notre première division toutes les màchelières prendre la 
forme plus ou moins amincie et tranchante des fausses molaires normales, avec des dentelures plus 
profondes et plus nombreuses sur leurs bords, et conserver des racines multiples; et, chez ceux de la 
Seconde division, nous les verrons prendre, en s'èpaississant, une forme plus ou moins conique, qui 
semblerait d'autant plus faire te passai^'e de ses dents à celles de ipielques espèces di? Cétacés, que 
chacune d'elles parait n'avoir qu'une seule racine. 

« Ce sont là les deux uniques formes générales sous lesquelles se montrent les màchelières des l'ho- 
ques; mais les divisions qu'elles caractérisent comme des sous-ordres ou familles, se partagent l'une et 
l'autre en plusieui's groupes par d'autres considérations, et entre autres pai' celle des incisives, dont 
le nombre diffèi'e suivant les espèces. Sous ce rapport, les Phoques à dents pourvues de plusieurs 
racines forment trois divisions : {"ceux qui ont six incisives supérieures et quatre inférieures, parmi 
lesquels se trouve le Phoque commun; '■1° ceux qui ont quatre incisives supérieures et quatre infé- 
rieures, où nous voyons le Phoque moine; 5° ceux qui ont quatre incisives supérieures et deux infé- 
rieures, et dont le seul exemple nou.« est offert par le Phoque à niilre. 

« Les Phoques dont les dents n'ont qu'une seule racine paraissent avoir deux ou quatre incisives 
à la mâchoire inférieure, cl six ou quatre à la supérieure, lorsque l'âge n'en a pas fait tomber quel- 
ques-unes; car, à en juger par les exemples que j'ai sous les yeux, elles peuvent disparaître, même 
en totalité; ainsi un Phoque à crinière, Plwca jitbala, ;i perdu l'une de ses dents à l'os nialaire 
inférieur gauche sans qu'il soit resté aucune trace de l'alvéole; et un Phoque à trompe, Plioca pro- 
boscidea, ne conserve plus d'autres marques de ses dents incisives inférieures que des dépression.s 
fort insuffisantes pour que les dents aient pu y être enracinées. 

« Les canines sont, pour le nombre et la forme extérieure, semblables à celles des Carnassiers des 
premiers genres, à une seule exception près. Les màchelières à racines multiples sont au nombre de 
cinq ou de six de chaque côte de la mâchoire supérieure, et au nombre de cinq de cha(|ue côté de 
la mâchoire inférieure; celles à racines simples sont, dans trois espèces, au nombre de six à chaque 
maxillaire supérieure, et au nombre de cinq à chaque maxillaire inférieure; et une quatrième, le Phoque 
à trompe, n'en a que cinq de chaque côté des deux mâchoires; mais nous devons faire remarquer 
que cette tête paraît avoir appartenu â un animal assez vieux, et c'est elle qui n'a conserve que de 
légères traces des alvéoles de ses incisives inférieures; d'un autre côté, une seconde tête de cette 
division n'avait conservé que les cinq premières màchelières supérieures d'un côté, sans aucune trace 
de la sixième, tandis que les six étaient bien entières du côté parallèle. Ces animaux seraient-ils 
sujets à perdre leurs dents, et leurs alvéoles se rempliraient-elles rapidement? )> 

Après quelques autres considérations générales, Fr. Cuvier entre dans les descriptions particulières 
des dents des diverses divisions qu'il forme parmi les Phoques, et c'est de la manière suivante qu'il 
fait connaître le système dentaire de ceux dont les dents ont des racines multiples, et dont plus 
tard il a fait son genre Caloiephale. « Ces animaux ont, dit-il, trentc-qiialre dents : dix-huit supé- 
rieures, subdivisées en six incisives, deux canines et dix màchelières; seize inférieures, comprenant 
quatre incisives, deux canines et dix màchelières. 

« A la mâchoire supérieure, la première incisive est un peu plus petite que la seconde, et celle-ci 
de moitié plus que la troisième; toutes sont crochues, terminées en pointe et de la forme des cani- 
nes, surtout la dernière. La canine vient après un inicrvalle vide; elle est forte, arrondie uniformé- 
ment, excepté à sa face interne, où l'on voit de légères cotes longitudinales séparées â la base de la 
dent et réunies à la pointe. I,a première niAchelière, située à la basi' de la canine, est de moitié 
plus pelilr que les aiilres, arrondie, terminée pai' une |i(iiiilc anlinir d<' l:i(|uelli' se remarquent (|iii! • 



CARNASSIEliS. 247 

qiK'S aiUres poiiUes ti'ès-pelites, disposées in-égiilit''i'em(Mil. Les (hkiIit qui siiivunl et qui se rcssmi- 
l)|pnt, ont, comme je l'ai dit, la forme des fausses molaires; mais elles sont épaisses, et leur traii- 
rliant postérieur est divisé en deux dentelures par deux éclianerures, la première très-profonde et la 
seconde moindre. Ces éclianerures ne sont pas aussi nettement marquées sur la dei'uiere de ces 
dents. T(uites se touclicnt el se recouvrent un peu par leur base. 

'( A la mâelioire inférieure, la première incisive est plus petite que la seconde, et elles participent 
aussi lin peu Tune et l'autre de la forme des canines. Les canines sont semblables à celles de l'autre 
mâelioire, et il en est de même des màchelières, seulement on voit une an deux éclianerures, et par 
conséquent une ou deux dentelures sur le tranchant antérieur de celles-ci. 

« Dans leur position réciproque, les incisives et les canines des deux mâchoires sont dans les 
mêmes rapports que celles des Carnassiers; et les màchelières ressemblent encore à cet égard aux 
fausses molaires du dernier ordre; elles sont alternes et ne passent point l'une devant l'autre de ma- 
nière à couper comme les deux lames d'un ciseau, mais les tranchants des unes sont opposés direc- 
tement aux tranchants dos autres, de sorte que, tout en divisant, elles compriment. C'est le Phoque 
commun (Plioca viiulhta) qui nous fournit ce type de dentition. )> 

Sans répéter les caractères communs aux Phocidès, dont nous nous sommes précédemment occu- 
pés, nous ajouterons seulement que, dans les Calocéphales, la membrane interdigitale ne dépasse 
pas les doigts et n'enveloppe même pas entièrement ceux de devant, que les doigts vont en dimi- 
nuant de longueur graduellement de l'interne à l'externe, et qu'aux pieds de derrière les deux ex- 
ternes sont les plus longs; que leur pupille est à peu près semblable à celle du Chat domestique; que 
les narines ne se prolongent pas au delà du museau et forment entre elles un angle droit; que la 
langue est échanerée à son extrémité; que les organes de la génération chez la femelle sont très- 
simples; que ceux du mâle sont tout à fait cachés à l'extérieur; que les mamelles sont abdominales 
et au nombre de quatre seulement; que le canal intestinal est très-simple et n a qu'un très-petit cœ- 
cum; et enlin que le cerveau est très-dèveloppé. assez riche en circonvolutions. 

Ces animaux, ainsi que tous les Phocidès, étant suscejitihles de rester fort longtemps sous l'eau 
sans respirer l'air en nature, on avait d'abord cru qu'ainsi que les fœtus ils avaient une comniiiiii- 
catioii ouverte dans leur cœur entre l'oreillette droite et l'oreillette gauche par le trou de Botal, mais 
cela n'existe pas; leur circulation a lieu comme dans tous les autres Mammifères; seulement on re- 
marque que leur sang est d'une couleur plus noire, qu'il est plus abondant et surtout plus chaud. 
Selon Fr. Cuvier, les mouvements de la respiration ont lieu à des intervalles très-réguliers, et il pa- 
rait qu'à chaque inspiration il entre une grande quantité d'air dans les poumons. Les Caloeépiiales 
sont assez mal partagés sous le rapport des sens. Leurs yeux sont ceux d'animaux nocturnes; une 
lumière vive les blesse; ils ne sont point construits pour servir dans l'air, mais dans l'eau, ainsi que 
le prouvent l'aplatissement de la cornée et la sphéricité du cristallin. Leurs oreilles sont dépourvues 
de conque externe propre à rassembler les sons, ou en ont une si petite, qu'elle est inutile. Leur 
peau est très-forte et surtout accompagnée d'une couche très-épaisse de graisse ou de lard qui anéan- 
tit toute sensibilité; et les moustaches seules semblent être des organes un peu délicats propres au 
toucher. L'odorat paraît être le sens le plus parfait, si l'on en juge toutefois par le grand développe- 
ment des cornets du nez; car aucune observation directe ne prouve la délicatesse de ce sens chez 
les Phoques. Le goi'it semble assez fui; car ceux de ces animaux que l'on garde dans les Ménage- 
ries savent parfaitement distinguer les espèces de Poissons qu'on leur donne, et refusent constam- 
ment tous ceux dont ils ne font pas un usage ordinaire. Ils sont voraces, avalent les morceaux pres- 
que sans les mâcher, et après les avoir enduits d'une salive abondante et épaisse, sécrétée par des 
glandes fort développées. Quelques-uns d'entre eux vivent de Mollusques, tels que de Sèches, et il en 
est qui mangent des herbes. Presque tous lestent leur estomac de pierres assez grosses et assez nom- 
breuses. Beaucoup ne mangent que dans l'eau, et ceux qui vivent de Poissons leur déchirent le ventre 
et en dispersent les entrailles avant de les avaler. Ces Mammifères vivent en grandes troupes dans 
presque toutes les mers du globe; cependant, il paraît que la plupart de leurs espèces varient, selon 
qu'elles appartiennent au voisinage de l'un ou de l'autre pijle; car il est remarquable (pi'ils préfèrent 
les pays froids ou tempérés, aux climats chauds de la zone torride. 

Ce sont les espèces de ce genre qui se sont prêtées au plus grand nombre d'observations, parce 
que plusieurs d'entre elles se trouvent dans nos mers, qu'on a pu en faire vivre en e;iptivité, et qu'elles 



248 



IIISTOlllK NATIHELLE. 



ont été l'ohjfl li'iiii us^ez i^rand noiirbre de rechcri'lips anatomiqiu-s. Ui'iiii|iii' lfin>. organes du mou- 
vement et leurs sens ai^nl mie stiuclure peu favorable à l'exerciee et au développement de l'intelli- 
genre, il est peu d'animaux plus heureusement doués, sous ce rapport, que les Caloeepliales; aussi, 
ainsi que nous l'avons dit, leur cerveau a-t-il une étendue qui le rend presque comparable à celui des 
premiers Singes, et les observations auxquelles les actions du ces l'hocidés ont donné lieu confirment 
entièrement ce qu'avait fait prévoir l'inspection de l'encéphale. « Il n'est pas, dit Fr. Cuvier. d'ani- 
maux sauvages plus faciles à appiivoiser, qui aient une conception plus vive et qui soient disposés à 
plus d'attachement pour ceux qui les soignent; ils les reconnaissent de loin, les appellent du geste et 
du regard, et se conforment, sans qu'il soit nécessaire d'employer la force, ù tous les exercices qu'ils 
leur demandent, et que leur organisation leur permet. Dans l'eau, ils sont d'une agilité extrême, et 
ils peuvent y rester longtemps sans respirer; à terre, ils se meuvent en avançant alternativement 
leur train de devant et leur Irain de derrière. Mais, quoiqu'ils aient des muscles vigoureux, des on- 
gles aigus, des dents tranchantes, les moyens de conservation qu'ils ont reçus résident plus encore 
dans leur intelligence que dans leur force physique. » 




Fig. 116. — Aivlo 



lih.ile loli.'v 



L'analomie du Phoque commun a élé faite avei' soin par Daubenlon. el, comme le l'Iiocii vilitliun 
peut être pris pour type de tous les Calocépliales, nous rappurlerons maintenant une |)arlie de ce 
qui en est dit dans VHisto'in' ricncrnic. et parlicnlih-c de Fîuffon; mais, comme ces détails ne sont 
relatifs (pi'à certaines pailies de l'organisme, nous n'en croyons [tas moins devoii' donner un extrait 
du travail de Rosenthal sur les organes des sens des Phoques. 

« A l'ouverture de l'abdomen, rappijite Danbenton, les \iscèics se sont trouvés silués comme 
dans les autres Quadrupèdes; l'epiiiliioii est Irès-coiui, fort mince et placé derrière l'eslomac; le 
foie s'élendail beaucoup plus à droite qu'à gauche, el l'artère bèpati(pu' elait fort apparcnle le long 




Fig 1. — Iclincnniie à qneiic bkinclie 




KiR. 2 — Cyniclisd'Ogilliy. 



l'I. 51 



CAU.NASSltil'.S. 249 

du ligament suspeiisoir, du foie jusqu'au iionibiil; l'eslomac se trouvait dans le milieu de la regiou 
épigasti'ique, il était eourbé en arc de eerele, et la convexité se trouvait eu arriére et les deux ex- 
trémités en avant; le pylore terminait celle du cote droit. 

« Le canal intestinal s'étendait, en arrière, sous festomac, vers son extrémité postérieure; dans cet 
endroit, le canal intestinal se recourbait, et ensuite il se prolongeait en avant jusque contre le py- 
lore; il faisait plusieurs petites circonvolutions sous l'estomac, dans la région ombilicale, dans le 
côté gauche, dans le côté droit, dans les régions iliaques et dans l'Iiypogastrique; enlin, il s'étendait 
en avant depuis la région hypogastri(jue jusqu'à l'endroit du pylore oU se trouvait le cœcum; le cô- 
lon était fort court, il se formait sous resioma<- un petit -.ne dont la convexité était tournée en 
avant. 




Fig. in. — Calotûplialû du Gi'oiiiilaiul. 



« L'estomac différait de celui des autres animaux par sa forme, il n'avait point de grand cul-de- 
sac; l'œsopbage aboutissait à l'extrémité gauche de cet estomac, qui était fort long à proportion de 
sa grosseur; il n'avait point de courbure dans la partie qui s'étendait depuis l'œsophage jusqu'à 
l'angle que formait la partie droite, comme dans les estoniacs de la plupart des Quadrupèdes: cet an- 
gle était bien marqué, et le reste de la partie droite, qui se trouvait entre l'angle et le pyhue, était 
longue et avait peu de diamètre; la courbure, que l'on appelle la grande courbure dans l'estomac de 
l'homme, et qui y est eu effet très-apparente, avait peu de convexité dans l'estomac du Phoque, de- 
puis la courbure qui se trouvait derrière l'angle jusqu'à l'œsopbage. 

« Les intestins grêles avaient tous à peu près la même grosseur, cependant la portion la plus 
grosse se trouvait dans le duodénum et la ])lus petite dans l'iléum; le cœcum était fort court et ar- 
rondi par le bout; la première portion du côlon avait le plus de diamètre; la grosseur de cet intestin 
était moindre dans le reste de son étendue et égale à celle du rectum, excepté près de l'anus, où h 
rectum était plus gros que le côlon à son origine. 

« Le foie était très-grand, mais il avait à proportion moins d'épaisseiu' que de longueur et de lar- 



25n mSTOmii NATUUELLt:. 

Seur; les lobes étaient t'oi'l lonys et pointus par l'extrémité; il y en avait quatre, deux à droite, un à 
gauche en entier, et le quatrième dans le milieu : celui-ci était divisé en trois parties par deux scis- 
sures; le ligament susponsoir se trouvait dans l'une des scissures, el le vésicule du fiel dans l'autre, 
qui était adroite de la première; le lobe gauclie et le lobe inférieur et antérieur du côté dmit avaient 
à peu près autant de grosseur l'un que l'autre; le lobe supérieur et postérieur du côté droit était le 
plus petit de tous, et il avait à sa racine un appendice bien marqué. 

« La rate se trouvait placée transversalement de droite à gauche sur l'estomac; elle avait à peu près 
la même largeur dans toute sa longueur; elle était d'une couleur rougeâtre et plus foncée que celle 
du foie; elle pesait sept gros et dix-huit grains. 

« Le pancréas était fort grand, très-épais, très-compacte et de couleur de cliair; il avait une figure 
singulière et oblongue; son extrémité droite était plus large que la gauche. 

(( Les reins étaient fort grands; ils avaient peu d'enfoncement el ils étaient tuberculeux en dehors; 
eu les ouvrant, on voyait distinctement que tous ces tubercules étaient autant de petits reins qui for- 
maient le grand; il y avait au milieu de chaque petit rein une pupille blanchâtre dont sortait l'urine; 
elle coulait dans des conduits qui se réunissaient pour former l'uretère. 

« Le centre nerveux du diaphragme était très-peu étendu, et la partie charnue avait beaucoup 
d'épaisseur. Le cœur se trouvait dans le milieu de la poitrine, un peu plus à droite qu'à gauche; sa 
pointe était dirigée en arrière et peu apparente, parce qu'il avait une figure fort extraordinaire; il 
était a))lati par-dessus et par-dessous; il formait presque un ovale dont le grand diamètre s'étendait de 
droite à gauche d'un côté à l'autre de ce viscère, et le petit diamètre depuis la base jusqu'à la pointe; 
l'oreillette droite n'avait guère plus d'étendue que h gauche. Les principaux vaisseaux sanguins 
étaient très-gros, on voyait très-distinctement le canal artériel, qui communiquait de l'artère pulmo- 
naire à l'aorte; son diamètre, pris de dedans en dehors, était de deux lignes et demie. Il sortait trois 
branches de la crosse de l'aorte. 

« Les poumons étaient très-grands, il n'y avait qu'un lobe dans chacun; le poumon gauche était 
un peu plus grand que le droit. 

« L'extrémité de la langue était échancrée, presque fourchue, fort étroite et fort mince en compa- 
raison du reste, qui était large, épais et court; la partie antérieure était garnie de petites papilles, et 
parsemée de grains ronds et peu apparents; il y avait sur la partie postérieure quelques petites 
glandes et des papilles larges, mais peu élevées et molles. 

(( L'epiglotte était recourbée en dessous et en arriére, épaisse et de figure triangulaire un peu al- 
longée. Les anneaux de la trachée-artère étaient cartilagineux dans toute leur étendue. Il n'y avait 
point de sillons marques au palais: on apercevait seulement quelques rides irrégulières sur la partie 
postérieure, et un enfoncement assez large sur le milieu. 

« Le cerveau était fort grand, et le cervelet encore plus grand à proportion: celui-ci se trouvait 
placé au-dessous de la partie postérieure du cerveau, et il y avait sur sa surface de larges circonvo- 
lutions à peu près comme sur le cerveau, et une bande convexe et cannelée transversalement qui s'é- 
tendait d'un bout à l'autre siu- le milieu. Le cerveau pesait six onces deux gros et demi, et le cervelet 
une once deux gros. 

« La vulve et l'anus étaient placés sous l'origine de la queue, entre les deux talons de l'animal; 
l'anus formait un bourrelet en dehors de la peau et débordait de la longueur de cinq lignes. La vulve 
touchait immédiatement à l'anus; les lèvres de la vulve étaient fort minces, et on ne reconnaissait 
l'eudruii (lu clitoris que par une petite cavité; mais, en comprimani les parois du vagin, on sentait 
le clitoris bien distinctement, car il était très-gros et fort long. Le vagin s'étendait entre les deux 
jambes de l'animal, et avait un étranglement dans le milieu de sa longueur, à l'endroit de l'orifice de 
l'urètre, et une sorte de bourrelet transversal dont l'extrémité de l'urètre faisait partie. La vessie 
avait une figure oblongue et presque conique; l'orifice de la matrice était large et se trouvait au mi- 
lieu d'un bourrelet plat qui était formé par le col de la matrice, et qui s'étendait de la longueur de 
deux lignes dans le vagin; le col n'était marqué que par ce bourrelet, et le corps n'avait que très-peu 
d'étendue; le.s cornes étaient cylindriques et dirigées en ligne droite. Les testicules avaient au dehors 
et au dedans une couleur blanchâtre. >> 

Hosenthal, de concert avec llornschuch, a cherché, dans les différences de l'organisation intérieure 
à retrouver si ces différences coïncideraient avec les caractères différentiels extérieurs, el, à ce sujet, 



CARNASSIERS. 251 

il a publié un mémoire important, dans le tome XII des Mémoires de lu Société des Curieux de la 
nature de Bonn, sur les organes des sens chez les Phoques. Un extrait de ce travail, traduit de l'al- 
lemand en français par M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, a été inséré dans l'article Phoque de Les- 
son du Dictionnaire classique d'Histoire naturelle, et nous croyons utile de reproduire en partie 
cet extrait. 

Si le tact est dans toute sa perfection chez l'homme, s'il conserve ses plus précieux attributs chez 
plusieurs animaux, il perd la plupart de ses avantages chez les Phoques; leurs enveloppes extérieures, 
leurs membres, ne sont pas disposés favorablement pour en être le siège. Toutefois, on peut regar- 
der comme organes essentiels du toucher chez ces animaux les longues soies d'une nature parti- 
culière qui revêtent les lèvres sous forme de moustaches roides : ces soies sont implantées au 
milieu des fibres d'un muscle épais qui sert à l'occlusion des cavités nasales; leur sensibilité exquise 
est mise en jeu au contact des corps, mais elle est plus avivée encore lorsqu'elle coïncide avec l'ou- 
verture des narines, parce que le sens de l'odorat ajoute un moyen de plus ;\ la perception de la sen- 
sation. Ces poils des moustaches sont roides, annelés le plus souvent, arrondis à leur extrémité infé- 
rieure, où ils sont traversés d'un canal central dans l'étendue d'une ligne et demie: ils sont, dans 
toute la portion enfoncée dans les interstices du muscle clausteur des narines, entourés d'une capsule 
cornée cylindrique ou bulbe producteur, ouvert à ses deux extrémités et nu en dehors, tandis que son 
intérieur est tapissé par une légère pellicule ou membrane vasculaire. Cette membrane forme une vé- 
ritable gaine à la soie, et s'unit à la capsule cornée par son extrémité ouverte inférieure, va joindre 
le bout du canal du poil et s'y attache circulairenient en y laissant pénétrer quelques légers petits 
vaisseaux. En entrant dans le bulbe pour en tapisser les parois internes, cette membrane laisse péné- 
trer des vaisseaux et des nerfs; ces derniers appartiennent à la deuxième brandie principale de la 
cinquième paire, qui prend sur la surface un développement considérable : ils envoient de nombreux 
filets aux extrémités du bulbe, dont les poils ou soies des moustaches sont les prolongements, et qui 
ont sans doute pour but de transmettre au bulbe, véritable siège de la sensation du toucher, les im- 
pressions qu'ils reçoivent par le contact des corps extérieurs. On conçoit alors que les sensations de 
relation par le toucher doivent être très-obtuses chez les Phoques. 

La langue est longue de O^.OS, et large, à sa partie postérieure, de 0'",05 pour le Veau marin du 
nord de l'Europe. Le muscle lingual reçoit, comme chez les autres animaux, les hyoglosse, génio- 
glosse et les autres muscles de l'appareil hyoïdien; la membrane muqueuse qui la tapisse est dense, 
et se replie en plusieurs rides à la pariie postérieure : elle recouvre une membrane fibreuse beau- 
coup plus épaisse, et qu'on ne peut comparer qu'au réseau de Malpighi de certains animaux herbi- 
vores; les papilles nerveuses, sièges du goût, sont de grandeur très-inégale; elles ne sont jjas roides. 
et leurs pointes sont dirigées en arrière; de très-petits rameaux nerveux se rendent ;i chacune d'elles; 
l'os hyoïde, par la manière dont il est placé et aussi par sa forme, a beaucoup de rapport avec celui 
de l'homme; son corps est aplati, large d';ï peu près 0'",004, et disposé obliquement, de sorte que 
le bord tranchant est dirigé en haut et en devant, et que le bord épais est tourné en arrière et en 
bas; les cornes thyroïdiennes sont plus larges et plus robustes proportionnellement que celles de l'os 
hyoïde de l'homme, et elles s'unissent immédialcment avec le cartilage thyroïde; leurs extrémités 
sont terminées par une membrane qui affecte la forme d'une membrane capsulaire; les cornes anté- 
rieures se composent de trois portions osseuses, arrondies, réunies par les cartilages, les muscles de 
la région hyoïdienne ne présentent rien de particulier. 

Le sens de l'odorat est bien moins (lèveioppé chez les Phoques que chez les autres Carnassiers ; en 
effet, quelques-uns d'entre eux ne paraissent pas avoir la conscience des odeurs, même ;ï une faible 
distance. On doit donc penser que, chez ces Amphibies, l'appareil olfactif est disposé, comme chez les 
Poissons, a recevoir les particules des arômes apportés par un fluide beaucoup plus dense que l'air, 
tel que l'eau, leur respiration a terre est toujours gênée, et ne s'exécute que par des inspirations 
fortes et aidées de tous les muscles, et notamment des divers plants de fibres intercostales. La ca- 
vité nasale est inégalement large et très-comprimée à sa partie supérieure par le développement des 
fosses orbitaires; le corps de l'ethmoïde est très-petit, et, dans le Plioca fœtida, à la partie externe 
des cornets supérieurs, il y a sept apophyses aplaties enroulées ;i leur bord; le cornet inférieur est, 
au contraire, très-grand, remplit en grande partie tout l'espace des fosses nasales antérieures et 
postérieures, et se trouve formé de feuillets enroulés très-minces; la position de la pituitaire qui la 



)5c, HISTOIRE NATHiKI.I. 



L'O 



tapisse est mince, et reçoit, comiiic à fordiiiaice, les nerfs îles première et eiiiquiéme paires. Le 
rcboi'tl des narines est formé d'une membrane épaisse, remplie de ;^raisse, et qui s'attache à la por- 
tion cartilagineuse du vomer; il en résulte que l.es ailes du nez jouissent d'une grande mobilité, et 
peuvent éprouver un degré de contraction assez puissant pour le fermer complètement. Ce mouve- 
ment est opéré par deux muscles, faisant l'office de constricteurs, et dont les fibres s'entre-croisent 
dans la lèvre supérieure et dans la membrane musculo-fibreuse du pourtour des narines; le plus 
large de ces muscles, l'élévateur des ailes du nez, prend naissance sur les cotés du maxillaire supé- 
lieur et des os nasaux, se dirige obliquement en bas et va s'épanouir dans le labial supérieur et au 
|)ourti)nr entier de la narine, qui est placée de son côté; ses libres, en se contractant, tirent ainsi les 
ailes du nez en dehors, et par conséquent les ouvrent de toute la capacité de leur diamètre transver- 
sal; le deuxième muscle, plus épais, est le constricteur des ailes du nez, qui naît de la partie posté- 
l'ieure du maxillaire supérieur, et, sur les rebords des alvéoles, se rend dans les téguments de la lèvre 
supérieure, où il forme un faisceau musculaire où sont logés les bulbes producteurs des soies des 
moustaches, et se rend à la partie antérieure de la cloison nasale, après avoir contourné le bord des 
buccinateurs; ces fibres, en se contractant sur leur point fixe en dedans, serrent les ailes du nez 
contre la cloison, et opèrent en même temps un mouvement d'érection à diacun des poils ou soies 
des moustaches. 

Les veux sont remarquablement grands, et plus rapprochés que dans beaucoup d'autres animaux; 
l'œil est presque sphérique, et a 0"',04 de hauteur sur un diamètre transversal un peu moindre; la 
membrane sclérotique se compose d'un tissu épais et presque libro-cartilagineux, mou et mince dans 
son milieu, mais épais en avant aussi bien qu';'* la partie postérieure ; et ce fait se retrouve dans d'an- 
tres animaux marins. La cornée est aplatie, ayant environ 0"',U2 de diamètre; elle est épaisse à ses 
bords, mince dans son milieu, et peut .s'isoler aisément en plusieurs feuillets. Une membrane bru- 
nâtre tapisse la surface interne de la sclérotique; son tissu est cellnlaire et lâche, et parait destiné à 
servir de moyen d'union entre les divers plans membraneux. Au-dessous existe une autre membrane 
aisément séparable en deux feuillets; la vasculaire ou tunique ehoroïdienne est entièrement formée 
. par un tisSTi cellulaire qui unit le réseau vasculaire qui la parcourt, et qui est généralement occupé par 
un pygmenlniTi noir; les vaisseaux s'unissent irrégulièrement à sa partie postérieure, el ils sont ré- 
gulièremenl disposés â la partie antérieure. La membrane colorée ou choroïde consiste en un tissu 
homogène, mince, serré, ne recevant pas de vaisseaux, et teinte en dedans comme en dehors. Le 
corps ciliaire se compose de plis qui, d'abord petits, sont plus grands à mesure qu'ils se rappro- 
chent du cristallin L'iris, par la nature de son tissu, a de grands rapports avec la choroïde, mais 
elle comprend, en outre, un grand nombre de vaisseaux. La membrane uvée est un simple prolon- 
gement de la choroïde; elle offre des plis qui se dirigent vers la pupille, qui partent île sa jiartie 
postérieure, et dont les deux faces sont emluiles d'un pygmeiiliim noir. La rétine prend naissance à 
une lamelle excavée de la terminaison du nerf optiipie, et est très-mince par comparaison avec les 
membranes précédentes; son tissu est formé par un réseau dont les mailles sont remplies d'une sub- 
stance médullaire assez épaisse qui se détache aisément par la macération : le tissu réticulé reste 
alors â nu, et la surface interne de la rétine est parsemée de vaisseaux qu'on y découvre aisément, et 
qui laissent de profondes impressions sur l'humeur vitrée; quelques fibres un peu plus grosses pa- 
raissent avoir quelque analogie avec des vaisseaux; celle membrane concourt à contenir une masse vis- 
queiise jannàli'e qui est sans doute déposée par les [lelits vaisseaux, et semble analogue â ce que l'on 
observe chez beaucoup de Poissons. Le eiisiallin est grand, sphérique, et a environ 0'",009 dc_^ dia- 
mètre; l'humeur aqueuse est en quantité considérable. Six muscles servent à mouvoir, en divers 
sens, le globe de l'œil; un bourrelet, presque immobile et circulaire, privé de cils, forme les pau- 
pières. Le voile palpèbral est grand, et consiste en un repli lâche et mobile de tégument, reui'orcé 
par un demi cartilage mince, convexe, suivant la forme de l'œil : quatre muscles, nés de la partie 
pcstérieure de l'orbite, et dirigés en avant, où ils s'unissent â la base des muscles droits, ont pour 
fonctions de mouvoir un peu les paupières : séparés des muscles propres de l'œil dans la partie 
antérieure de l'orbite, ils se perdent dans les fibres du palpèbral ou muscle orbiculaire. La glande 
lacrymale est extrêmement petite. Ou ne trouve aucun organe destiné à absorber ou à servir d'emoii- 
cloirà la sécrétion des larmes. l,a glande d'ILirderius esi très-petite, et. toutefois, existe avec ses 
canaux. 




Kii;. 1. — Canin anthiis. 




Kl;;. 2. — l'clis ]ilaiiiiei>x. 



l'I .V.> 



CAHNASSIKISS. 253 

Le lOiHliiil auditif, foinie |iiir l'iiiiinii d'os et de cartibyes. aliinilll à inie oiivcriiii'o ('xliTiciir-c, 
lonj;iii^ de 0"',005; la portion cartilasiiieiisc consiste en quatre larijes demi-anneanx solides, unis 
l'un ;'i l'autre par une membrane épaisse et forte; il en résulte uii tuyau élastique, étroit, lony de 
0'",0I, un peu tordu, courbé, et susceptible d'être rétréci et raccourci suivant les mouvements de 
l'animal. L'anneau cartilagineux externe diffère, par sa forme, de ceux qui le suivent; sa ] ortion 
antérieure est légèrement convexe, et est munie, en dessus, d'un petit prolongement faisant saillie 
sur l'ouverture auriculaire extérieure, et assez comparable au tragus de quelques animaux terrestres. 
Ce conduit reçoit, non-seulement quelques fibres du peaussier, mais encore des muscles propres qui 
naissent de l'aponévrose du ciotapliyte, et se rendent à la partie postérieure du tube cartilagineux. 
Un petit faisceau plus épais naît de la base de l'apophyse zygomatique et se rend au cartilage an- 
nulaire; enfin, des fibres musculaii'es, disposées en faisceaux grêles, s'avancent jusqu'au troisième 
anneau. Le conduit auditif osseux est court; son ouverture est elliptique. La membrane du tympan est 
grande, irrégulièrement arrondie; sa position est oblique. La cavité du tympan est trés-développée, 
et présente la forme d'une pyramide dont le sommet est dirigé en haut et en arrière; le côté externe 
supporte la membrane du tympan, l'interne est adossé à la base du crâne, et le postérieur corres- 
jioiid au labyrinthe. Les petits os de l'oreille n'ont rien de remarquable, si ce n'est leur position, 
qui est un peu plus oblique que dans les autres Mammifères. L'oreille interne n'a rien de particu- 
lier; le vestibule est très-large, et n'a pas plus de 0'",006 dans son plus grand diamètre. Une lame 
criblée sert pour le passage du nerf acoustique, qui est très-épais. 

Pour compléter ces détails anatomiques nous renvoyons à ce que nous avons déjà dit dans nos gé- 
néralités sur les Phocidès, relativement au squelette de ces animaux; car en efl'et le type que nous 
avons décrit était le Phoque commun. 




Fis. 118. — l'lioi|ue cninniuii 



On indique une dizaine d'espèces de Calocéphales, mais il est très-difficile de les caractèiiscr d'une 
manière complète, car on peut remarquer dans une même espèce de grandes différences de couleurs 
suivant les sexes, les âges et peut-être même les saisons. 



254 HISTOIRE NATUREU.E 



1. PHOQUE COMMUN ou VEAU MAUIiN. PHOCA VITUI.iyA. Unm-. 

Caractères spécifiques. — Couleur générale d'un gris jaunâtre, avec quelques taches irrégulières 
noirâtres, mais différant suivant qiu- l'animal est sec ou mouillé; au moment où le Phoque sort de l'eau, 
toute la partie supérieure de son corps et de sa tête, ses membres postérieurs et sa queue sont gris 
d'ardoise: le gris de la ligne moyenne le long du dos, de la queue et des paites est uniforme: celui 
des côtés du corps se compose de nombreuses petites taches rondes, sur un fond nu peu plus pâle 
et jaunâtre; toutes les parties inférieures sont de cette dernière couleur; lorsque ce pelage est 
entièrement sec, on ne voit plus de gris que sur la ligne moyenne, où se trouve aussi un petit nombre 
de tailles répandues irrégulièrement; tout le reste du corps est entièrement jaunâtre. Mais ces cou- 
leurs ne sont pas toujours les mêmes dans tous les individus, car il paraît qu'eu vieillissant les teintes 
diminuent d'intensité, et que le pelage devient blanchâtre. Ce pelage est continuellement lubréfié par 
une matière grasse qui naît d'organes glanduleux principalement situés autour des yeux, sur les 
épaules, sur les côtés du dos ou les côtes du ventre et autour de l'anus; cette matière est noirâtre et 
puante. La longueur totale de l'animal est d'environ 1'". 

Cette espèce, dont Lesson a assez inutilement changé le nom de Pli. vitiilina, connu depuis tré.s- 
longtemps, en celui de Pliocn Linnœi, est la plus répandue de toutes celles de cette famille; elle se 
trouve surtout dans la mer Baltique et dans tout l'Océan atlantique, depuis le Groenland jusqu'aux 
rivages de la mer du Nord; mais on l'a rencontrée plus au sud, et il paraît même qu'elle se porte 
quelquefois jusque vers le cap de Bonne-Espérance d'une part, et de l'autre jusqu'aux terres magel- 
laniques et aux îles situées au large de celte partie méridionale de l'Amérique; elle habite, dit-on 
encore, la Méditerranée et la mer Noire, et, suivant l'assertion de plusieurs voyageurs, mais qu'on 
ne saurait admettre sans de nouveaux renseignements plus positifs, il se trouverait même des indi- 
vidus de cette espèce dans la mer Caspienne et dans le lac Baïkal, ainsi que dans les lacs Onega et 
Fjadoga, en Russie. Enfin c'est presfjue exclusivement ce Phoque que l'on voit sur nos côtes de l'O- 
céan, et que l'on peut parfois se procurer vivant. 

C'est à cette espèce, l'une des plus connues des marins, que presque toutes les autres du même genre 
ont été rapportées sous hi dénominalion générale de Veaux, de Loups ou de Chiens marins; et il pa- 
raît, d une autre pari, que, .nous celle de Plioca viliitina, les naturalistes en confondent probablement 
plusieurs qui sont éminemment différentes par leurs caractères analomiqucs; du moins c'est ce qu'en 
rapporte M. Otto, qui assure avoir disséqué deux Phoques de la Baltique, très-semblables par les ca- 
ractères extérieurs, mais dont les têtes osseuses offraient des dissemblances remarquables dans l'é- 
cartenient des orbites et dans l'allongement du crâne. 

Dans leurs ouvrages, les naturalistes indiquent des variétés assez nombreuses de cette espèce 
dont nous nous absTiendrons de faire connaître les caractères. Nous ne ferons que citer en passant: 
1" celle du golfe de Bothnie (Phoca vïltdïna Dotlinica, Linné), qui a le nez plus large, les ongles plus 
longs et le pelage plus obscur; 2" celle des lacsOrom et Baikal {Plt. vitulina Sibirica, Cmelin), qu'on 
dit argentée, et qui. selon Péron, pourrait bien n'être qu'une Loutre; et 5° celle de la Caspienne {Pli. 
vilulhia Caspica, Pallas, Krachenninikovv et Gmelin), qu'un dit êlre de la faille du Phoque commun 
ou plus petite, et variée de noir, de jaune, de cendré, de blanchâtre. C'est avec plus de certitude que 
nous rapporterons avec A. -G. Desmarest à cette espèce le Phoque dont parle Olafsen dans son Voijayc 
cil Islande sous le nom de LANDSELun. Il esl, dit-il, de l'espèce de ceux qu'on trouve dans la Balti- 
que. On le prend au printemps; il fait et nourrit ses petits à cette époque, sur les anses qui sont 
basses, et conséqucmmeut sous l'eau, lorsque la marec est haute. Les femelles tiennent ces petits à 
terre jusqu'à ce qu'ils aient changé leur premier poil. Ce poil est blanc, et quelquefois d'un jaune 
clair; il devient ensuite d'une couleur foncée et mouchetée de gris un peu plus clair sous le ventre 
qu'ailleurs, marqué de taches blanches et rondes sur les côtés; à mesure qu'il vieillit, la couleur 
s'éclaircil encore, et, à la fin, il est d'un blanc tirant sur le gris. La taille de ce Phoque se rapporte 
d'ailleurs assez à celle de l'espèce commune. B'après M. Boitard, le Kassiciack (Ph. vilitlina, Erxle- 
ben; Pli. maciilata, Boddaert) parait égalemeni en êlre une variété dont le pelage est gris en dessus, 



CAIiXASSIEhS. 255 

!3;anc en dessous dans les jeunes, puis d'un i^iis livide |iarsenié de taches, et enfin, quand il est 
vieux, tigre ou varie de noir et de Ithuic. it qui habile les mers du Nord. Lesson indique encore 
deux variétés du Phoque commun ; l'une, qu'il nomme alba, et qui se rapporte à la variété à poils 
blancs dont nous avons parle, ei l'autre, caiiiiia, dont la tète a la forme de celle du Chien, et qui se 
trouverait dans la mer Baltique. 

L'histoire du Phoque commun est peu dit'Iérente de celle des autres animaux de la même tribu à 
l'elat de nature. Les récits qu'on en possède sont le plus souvent remplis de traits ([ui appartiennent 
aux autres espèces, que les marins ont confondues avec la sienne. On n'a de renseignements positifs 
que ceux qui résultent de l'étude de plusieurs de ces animaux échoués sur les côtes. Fr. Cuvier a 
suivi notamment quelques individus qui ont vécu au Muséum d'Histoire naturelle; il a publié un mé- 
moire plein d'intérêt sur leurs facultés intellectuelles. 11 les considère comme des êtres plus intelli- 
gents, dans l'état de nature, à cause de leur sociabilité, que les Chiens sauvages, qui vivent isolés; il 
les présente comme étant susceptibles de s'attacher à l'homme qui en a soin, et d'exécuter, à son 
commandement, différentes actions, même peu en rapport avec leurs habitudes naturelles. 11 explique 
cette confiance aveugle, et qui leur est presque toujours funeste, que les Phoques habitants des pla- 
ges désertes ont pour les voyageurs qui y abordent. «C'est, dit-il. qu'ils sunt habitués à jouir d'une 
paix profonde, et l'on aurait tort de conclure de là que ces animaux manquent du jugement néces- 
saire pour apprécier le danger; car ceux qui ont des petits à défendre ou qui se trouvent dans des 
parages souvent fréquentés par les hommes n'ont plus cette ignorance et cette apathie qui exposaient 
leur vie; ils ont appris à reconnaître leur ennemi, à le fuir et quelquefois même à l'attaquer. » Les 
Phoques de la .Ménagerie du Muséum étaient nourris avec du Poisson, et, ce qui est fort remarquable 
dans des animaux aussi voraces, c'est qu'ils n'étaient pas indifférents sur le choix de la nourriture. 
On n'a jamais pu faire mangera chacun d'eux (pie l'espèce de Poisson à laquelle il avait d'abord été 
accoutumé; l'un ne voulait manger que des Harengs, même salés, et l'autre que des Limandes. Ils 
avaient d'ailleurs contracté des habitudes diverses; ainsi, l'un ne saisissait et ne mangeait son Pois- 
son qu'au fond de l'eau, tandis que l'autre, au contraire, ne voulait manger que sur terre. Ils n'é- 
taient point craintifs et se laissaient retirer de la gueule leur nourriture, sans témoigner de mécon- 
tentement, pourvu toutefois que ce ne fût pas par un autre individu de leur espèce. Entre eux ils se 
battaient pour saisir une proie qu'on leur abandonnait. Us avalaient le Poisson après l'avoir réduit, 
avec leurs dents, à la proportion convenable, et le humaient en quelque sorte, en n'ouvrant la bouche 
que ce qu'il fallait pour le laisser passer. Leur voix était une sorte d'aboiement un peu plus faible 
que celui du Chien : c'était le soir, et lorsque le temps se disposait à changer, qu'ils aboyaient. 
Quand ils étaient en colère, ils ne le témoignaient que par une sorte de sifflement assez semblable à 
celui d'un Chat qui menace. L'un d'eux vijûit dans la meilleure intelligence avec deux jeunes Chiens 
qui le harcelaient quelquefois en jouant, et il semblait les exciter à continuer leurs agaceries en leur 
donnant de légers coups avec sa patte. 

Assez récemment, en 1852, la Ménagerie a possédé pendant quelques mois un individu de cette es- 
pèce pris à l'embouchure de la Somme, et adressé au Muséum par M. Bâillon : ce Carnassier se faisait 
remarquer par son intelligence et sa grande douceur, et sa nourriture consistait uni(piement en Pois- 
sons de mer. Nous avons dit que c'est en général des Phoca vitidina que montrent les bateleurs, et 
auxquels ils peuvent donner une sorte d'éducation, quelquefois même assez avancée. 



2. CAI/)CEPHALE LIÈVl\li CMOCEfUALVS LLPOniXVS. Fr. Cuviui. 

Cakactères si'kcikiques. — Poils longs, peu serrés, non couchés sur le corps; peau ayant une 
épaisseur remarquable; pelage d'un blanc sale, mêlé d'un peu de jaune, et jamais moucheté. Jeunes 
individus ayant un pelage semblable à celui du Lièvre, variable par sa longueur, sa llexibilite et sa 
blancheur. Longueur, depuis le bout du museau jusqu'à l'extrémité de la queue, 2"', 00; celle-ci 
n'ayant guère que 0"',05. 

Ce Calocéphale, le Plioca Lcpccltciiii de Lesson, dont la taille est de 2"' environ, est des mers 
d'Islande, et se trouve fréquemment entre le Spitzberg et le pays des Tchutkis. Dans les mois d'été, il 



2,M1 



IIISTUIHE :\A1I l'.liLLE 



si^ trouve (hiiis la mer lilaïKia', mi il a l'ié olisefvé [lar Lepecliiii, (jui l'a nomnié l'Iioca riltiima, et 
vn a iloiiiu' la (k'siii|)lioii suivaiiie : « 11 ressemble beaucoup, pour la forme et la grandeur, au Pho- 
que du Grneuland; mais il a sur tout son corps uu blanc sale, nièlé d'un peu de jaune, et il n'est ja- 
mais mouilielé. Ses poils sont plus longs; ils ne sont point serrés et se tiennent droits. Le poil des 
jeunes surtout, par sa longueur, sa flexibililé et sa blamlieur, ressemble à celui des Lièvres vaiia- 
bles : de là leur dénomination. La tète n'est pas aussi grande que celle du Phoque à croissant, mais 
elle est allongée- la lèvre supérieure est plus grosse et aussi épaisse que celle d'un Veau; les yeux 
ont la prunelle noire; les dents sont semblables, pour le nombre, à celles du Phoque du Groenland, 
mais elles sont beaucoup plus fortes; les ]iuils des moustaches sont différemment distribués : ils sont 
placés sur quinze rangs, épais et forts. Les bras sont beaucoup plus faibles; les mains petites, ser- 
rées et comme coupées; la membrane qui unit les doigts ne forme ])oint une demi-lune; elle est égale 
pt'rtout; la queue est plus courte et plus épaisse; la peau est d'une épaisseur remarquable, ayant jus- 
(|irà quatre lignes sur un anim;d qui \ieiil d'être lue. )> 




Fi", liy. — Calocôiiliale lièvre. 



Pendant son séjour sur les bords de la mer Blanche, .'e Phoque se tient à embouchure des fleuves 
qui se rendent dans cette mer, les monte avec le flux et les redescend avec le reflux. Un e tue pour 
en 'noir la -raisse et la peau; son cuir est surtout estime à cause de scm épaisseur; on le coupe en 
li..„e spiraU- pour en fabriquer des traits ou des harnais d'une certaine longueur, que 1 on rend droits 
en les suspendant et en attachant une i-icrre au bout libre; on travaille la peau des jeunes: lespoils 
ont une couleur nuire, et l'on en fait des chapeaux qui imitent le castor, mais qui sont rudes au 

'" h''"(;uvier a ele à même d'étudier a la Ménagerie du Muséum un Irès.jeune individu de <-ette espèce 
qui axail été pris dans la Man,d.ç. Chez cet animal, le dos était garni d'un Irès-gran.l nombre de pe- 



CARNASSIERS. 257 



lilfS laclies noirâtres sur un fond gris jauiiâlrc, et elles Inrmaieiit une lijjiir le lonj; de l'épine dor- 
sale; la bande du eou parait ne se montrei' que lorsque les taclu's du dos s'elTaceut, lesquelles ne se 
voient que quand I animal est mouillé; lorsqu'il est sec, sa couleur, dans ces parties, est uniformé- 
ment jaunâtre. I/individu qui a vécu au Muséum a pu aisément être apprivoisé; lorsqu'il était contra- 
rié, il soufflai! à peu près comuie un Chat, et, lor>(pie son impatience était portée plus loin, il faisait 
entendre un petit aboiement; il ne cliercliail point à mordre pour se défendre, mais à éi;ratigner avec 
•;es ongles, et ne mangeait jamais qu'au fond de l'eau; sa nourriture consistait eu Poi.ssons de nu-r il 
n'a jamais été possible de lui faire manger du Poisson d'eau douce. 



n. GAl,OCliPH.\Ll-: M.MlUliK r.u.iicr.PIIALVS DISCOI.OR. l'r. Cuvier. 

Cakactèbes si'ûciriofEs. — l'elagc d'un j;ris fuucc, veiné de ligues blaiiiluitres, irréguliéres, foi'- 
mant sur le dos et sur les flancs une sorte de niarbnn'c : ce dessin se distinguant mieux lorsque l'ani- 
mal est dans l'eau que lorsqu'il est à sec. De la taille du Phoque commun. 

Cette e.spèce, qui ne diffère peut-être pas du Plioca r-itnlina. et dont Lesson a fait son Plioca Frc- 
(krici, se trouve sur les côtes de l'Océan, et a été principalement prise sur celle de France. Elle 
a été fondée par Fr. Cuvier d'après un indi\idu qui a vécu quelques semaines à la Ménagerie du Mu- 
séum eu même temps que le PlhKpie lié\re dmit nous avons parle. On le voit souvent entre les mains 
des saltimbanques; ses mœurs sont douces et son intelligence oi irés-developpée. 



4. C-iLOCliPHALIÎ LAGURE. rALOCBPUALVS LAGURVS. Fr. Cuvier. 

CAnACTÈRES sr'i'xiFioiEs. — Tout le dessus du corps d'un cendré argenté, avec quelques taclies 
éparses d'iui brun noirâtre; flancs et dessous du corps d'un cendre presque blanc; ongles forts, noirs; 
moustaches médiocres, en partie noirâtres, en partie blanchâtres, et gaufrées à peu près comme dans 
le Phoque commun. Longueur totale, environ 1'". 

Cette e.spèce a été créée par G. Cuvier sous la dénominatiun de Phoca laçjiirus, d'après un individu 
envoyé de Terre-Neuve au Muséum d'Histoire naturelle, par M. de la Pilaye, et a reçu de Lesson la 
dénomination de Plioca Pilaifi. On lui rapporte un Phoque décrit par A. -G. Desmarest, dans le sup- 
plément de sa Manunalogie sous les noms de Phoque a queue iu.ancue iPlinca albïcauda). dont il 
ignorait la patrie et auquel il assigne les caractères suivants : formes du Phoque commun; pelage 
gris de fer, .s'éclaircissant sur les cùtés et blauch;itre sous le ventre; quelques petites taches noi- 
râtres irrégulières sur le dos et les flancs; museau blanc en dessus; moustaches médiocres, noires; 
queue assez longue, mince, d'un beau blanc; ongles des pieds de devant longs, robustes, comprimés, 
pou arqués et noirs. Longueur : l'",020. 



ô. OALOClÎPll.M.t IiL: GROENLAND. CALOCEfHALVS GROEM.ANDICVS. Fr. Cuvier. 

CAnACTÈREs SPÉCIFIQUES. — Mohurcs petites et écartées, n'ayant ù la mâdioirc supérieure qu'un 
seul tubercule en avant ou en arrière du tubercule moyen; il a, suivant Lesson, trente-huit dents, 
sur lesquelles six incisives en bas et quatre en haut; pelage des mâles adultes blanchâtres, avec le 
front et une tache en croissant noire sur chaque flanc; tète entièrement noire; jeunes tout blancs en 
naissant, puis prenant une teinte cendrée avec de nombreuses t;iclies sur les parties inférieures du 
corps. Longueur totale, l'",95. 

(À'Ite espèce est le Phoque a croissant d'A. G. Desmarest et a reçu d'Othon Fabricius le nom de 
Phoca Groeiilmulica, d'où Fr. Cuvier a tiré celui de Calocephtiliis (iroenlaïullcus, et Lesson en fait 
son Phoca Miillrri. 

v'- 35 - 



258 IIISTOinr: NATUREU.r.. 

(le l'Iioqui' est Irès-seniblable. par ses t'iiraips. an Phoque eoinimm; mais il en dilTere notablement, 
lorsqu'il est adulte, par se.s dimensions beaiii'oiip plus i on.siderables, puisqn'il atteint trois mètres de 
longueur, et par la eonleur de ses poils. 

Selon les aiitenrs qui l'ont observé an Groenland, ce Phoque e.st très-variable dans ses eouleurs, 
selon son âge. Il change de nom dans ce pays, à mesure que son poil prend des teintes différentes: 
le fœtus, qui est tout blanc et couvert d'un poil laineux, se nomme IoLmi; dans la première année de 
son fige, le poil est un peu i^ioins blanc, et lanimal s'appelle Atlarak; il devient gris dans la seconde 
année, et il porte le nom û'AttcilsiuL il varie encore plus dans la troisième, et on ra])pelle Aglekuk. 
Il est tacheté dans la quatrième, ce qui lui fait donner le nom de Mikktoli; et ce n'est qu'à la cin- 
quième année que le poil est d'un beau gris blanc, et qu'il a sur le dos deux croissants bruns, dont 
les pointes se regardent; < e Phoque est alor.s dans toute sa force, et il porte le nom A'Alarsoak. Le 
poil dont la peau de ce Phoque est revêtue est roide et fort; il y a sous la peau une coucbe épaisse de 
graisse, dont on tire une buile qui, pour le goût, l'odeur et la couleur, ressemble assez à de vieille 
huile (l'olive. 

Le Phoque à croissant se trouve non-seulement au détroit de Davis et aux environs du Groenland, 
mais encore sur les côtes de la Sibérie, et jusqu'au Kamtchatka. A en juger par un passage de Char- 
levoix, cette espèce doit se rencontrer également près des côtes orientales de l'Amérique du Nord. 

Lepeehin a décrit, sous le nom de PItoca Uceaiiica, un Phoque qui, par ses dimensions et ses 
couleurs, ne paraît pas différer du Plioca Gronilendica d'Êgède et de Fabricius, et que Fr. Cuvier 
rapporte à l'espèce du Veau marin, bien que Lepeehin distingue positivement ces deux animaux. Les 
Russes lui donnent le nom de Krijlntca. Il se trouve dans la mer Blanche, mais seulement en hiver, 
tandis que le Phoque commun y réside toute l'année. Il a seulement quatre incisives à chacune des 
mâchoires : à la supérieure, celles du milieu sont plus petites, et celles des côtés sont plus fortes que 
les canines; à l'inférieure, elles sont moins aiguës; les canines sont médiocres: les molaires sont au 
nombre de six de chaque côté, à trois pointes, la pointe du milieu étant la plus forte; les poils des 
narines sont placés sur dix rangs différents; les postérieurs et les inférieurs, plus longs que les au- 
tres, sont blanchâtres, serrés; les antérieurs et les supérieurs, beaucoup plus courts et plus tendres, 
sont trè.s-noirs; les yeux ont l'iris noir; il n'y a point d'oreilles externes; les extrémités des cinq 
doigts sont armées d'ongles noirs dont l'intérieur est le plus large; le second est plus long, et les 
autres vont en diminuant. Les pieds postérieurs ont, comme dans le Veau marin, les ongles plus ai- 
gus qu'aux mains. La première année ces Phoques ont le dos de couleur cendi'èe et brillante; le 
ventre plus blanc, marqué partout de petites taches dispersées, noirâtres, tantôt rondes, tantôt oblon- 
gues; et alors les habitants le.s appellent improprement Phoques hlancs. La seconde année, cette cou- 
leur cendrée blanchit, les taches s'agrandi.ssent et paraissent davantage, et alors on les appelle Plw- 
ques tifircs. Les femelles conservent toujours cette même couleur : seulement le nombre et la forme 
des taches changent; mais les mâles, eu avançant en âge, ch;ingent de couleur; et, lorsqu'ils ont toute 
leur croissance, ils ont une peau dure, épaisse, couverte de poils courts et très-serrés; la couleur de la 
tête est d'un marron obscur et tirant sur le noir; elle est plus pâle au-dessus de l'ouverture des oreil- 
les, et plus foncée au-dessous; le reste du corps est d'un blanc s;ile, mais le ventre plus blanc. Sur le 
dos, vers les épaules, on aperçoit une tache de la même couleur cpie la tête, qui se sépare bientôt et 
forme une bifurcation qui s'étend sur les deux flancs jusqu'à la région où est placé le pénis, formant 
une espèce de croissant. En gênerai, la forme de cette tache est toujours la même. On remarque en- 
core quelques autres petites taches de la même couleur semées irrégulièrement. L'espèce de croissant 
brun que portent ces Phoques leur a fait donner le nom de Phoques ailés, ou Krtjlutca. 

Le Pho{pie décrit par Lepeehin recherche les phiges de la mer les plus froides; aussi ne vient-il 
dans la mer Blanche que lorsqu'elle est couverte de glaçons; cl à la lin d'avril, après avoir mis bas 
et nourri son petit, il retourne dans l'Océan glacial. Les petits restent jusqu'à ce que la glace se dé- 
tache des bords, alors ils vont rejoindre leur famille. On en trouve toute l'année, selon les pécheurs, 
autour d(> la \ouvelIe-Zenihle et du Giuê'nland. On le chasse pour en avoir la giaisse et la peau ; celle 
des adultes sert à l'aire des couvertures, et celle des jeunes, dans l'Ile de S;do\vki, est employée dans 
la fabrication des bottes. 

De Blainville fait mention, dans son article Denis du Diclionnaire d'Hisloire nniitrcllc, d'un 
Phoque à quatre incisives â cJKique mâchoire. Peut-être cette tête est-elle celle d'un individu di' cette 




Fig. 1 . — Ours jongleur très-vieux. 




V\%. 2. — Liuu de Guzeral 



l'I. 33. 



CARNASSIERS. 2Ô9 

espèce, car elle se rapproche de celle des Phoques de nos mers par la forme et le nombie des mo- 
laires, et par ses canines extrêmement fortes, comme dans Us grandes espèces : les incisives supé- 
rieures internes sont coniques, aiguës, et un peu plus hautes que les externes, qui sont fort épaisses, 
à peu près rondes et plates par l'usure, comme si elles avaient été coupées carrément, en sorte 
qu'elles semblent être des espèces de molaires; les inférieures sont toutes les quatre coniques et en 
forme de canines; enfin, les molaires sont remarquables par la hauteur de trois pointes fort aiguës 
dont elles sont formées. 



6. CALOCliPHALlî UAUBU. CALOCEPHALLS liARBATiS. Vf. Cuvier. 

CAR.iCTÈr.ES SPÉCIFIQUES. — Système dentaire semblable à celui du Phoque commun; tète allongée: 
museau large; lèvres lâches; soies des moustaches nombreuses, fortes, cornées, flexibles, très-légè- 
rement comprimées, lisses, transparentes, tenant peu fortement: ouvertures des oreilles plus grandes 
que dans les autres espèces; yeux grands, à pupilles rondes, à iris brune; pieds de devant longs, 
ayant le doigt du milieu le plus grand de tous et les latéraux les plus petits, ce qu'on n'observe pas 
dans d'autres espèces; corps allongé, robuste; dos renflé; langue et pieds comme dans le Phoca 
vituima; poil des jeunes abgndant et doux, celui des vieux plus rare, et quelquefois presque seul : 
pelage d'abord livide en dessus et blanc en dessous dans la jeunesse de l'animal, puis tout noir dans 
les vieux individus. Longueur totale de plus de 5"°, et quelquefois de 7)'°,îb. 

Cette espèce est l'UrKSiK ou Gkasd Phoque de Liuffon, le Phocabarbata. A. -G. Desmarest; Phoca 
major, Parsons; Phoca Parsonii, Lesson; Caloccplialits barhaïus, Fr. Cuvier; VUrlistili lakkamugak 
et le Terliiglucl; des Groënlandais; le Grainselar d'Olafen. 

Ce Phoque habite la haute mer près du pùle boré;il, et se rend ;i terre au printemps. La femelle ne 
fait qu'un petit, qu'elle met bas sur les glaces flottantes vers le mois de mars. Les Groënlandais es- 
timent beaucoup cette espèce pour sa chair, sa graisse et ses intestins, qu'ils regardent comme un 
excellent mets, et pour sa peau, avec laquelle ils s'habillent. 

Ne serait-ce pas à cette espèce qu'on devrait rapporter le Lakuhk de Kraclienninikow. qui ne 
diffère du Phoque commun que par sa grosseur seulement, puisque sa taille égale celle du plus 
gros Dœuf ; On le prend depuis le cinquante-sixième jusqu'au soixante-quatrième degré de latitude 
septentrionale, et dans la mer orientale: il semble être, pour le nord du globe, ce que le Phoque a 
trompe est pour l'hémisphère antarctique. 

C'est peut-être aussi à cette espèce qu'il faut ra]iporter le VadeSacl ou Ilav-Sacldes Islandais, qui, 
suivant Olafsen, est presque aussi fort que Vl'lsclnr, et même plus gros et plus gras que lui: qui a l;i 
peau très-épaisse et le pelage noir et plein de grosses taches rondes, plus petites sur le dos que sur 
les flancs. Ces Phoques nagent en ligne droite par fortes troupes serrées et avec ordre, d'où leur 
vient le nom de Vade-Sael, puisque vada signifie tas flottant. Un d'eux, qui est ordinairement le plus 
fort de tous, nage à la tête de la troupe, et est appelé ;i cause de cela Sade Koucjc (roi des Chiens de 
mer). On ne voit jamais ce Phoque en terre ferme, mais seulement sur les glaçons, où les habitants, 
principalement ceux qui occupent les côtes septentrionales d'Islande, lui font la chasse. Il vient ce- 
pendant dans quelque golfe, comme par exemple dans ceux d'Iso et d'Arnar, où on le prend au har- 
pon; ù Palrixfiurd, on le tue au fusil. Il dépose ses petits, en avril, sur des anses très-éloignées et 
dans des îles, car il di:^parait de ces parages en mars; et, lorsqu'il revient au mois de mai, il ramène 
ses petits avec lui. 



7. CALOCÉPHALt; SCOPL'I.INE. CALOCEPUALIS SCOPVLISVS. TliienciiiiiMi. 

Caractères srÉciFiQUES. — Pelage noir sur le dos, vert sous le ventre et sur les (laiics; ces derniers 
marbrés de noir près du dos, et de gris près du venirc. Longueur totale, 1"','J5. 



2(50 IIISTOIIÎK NAirUELLK. 

Olle espècii est h; Plioca scopnlhia, Tliieiii'iiKimi. li l;i'ssiin lui :i {ipiiliqiie la deiioiniii.iliuii de 
Pliocu ThieneiiKinnu. 
Il i?e trouvt' sur les cùles d'Islande; 1 on n'eu connail pas les mœurs. 



s. GALOCEPllALE LEUCUl'LE. CMOCBI'HMUS I.LiKiri.US. Tliicnnnajiii. 

Caralïères srÉciriQiJts. - l'elai^e eulièiTmeut verdàlre, avec une ti'iute i;iis,ili'e sur le dos. l)e la 
même (aille que celle de l'espèce préccileiUe. 

(!e Phoque est loin d'être suftisaniment connu; il habite ey;dement les mers polaires et spéciale- 
ment les côtes d'Islande. 

A ces espèces nous pouri-ious [leut-èlre encore en joindic qnehpo's autres, mais, l'onnne elles scuit 
incomplètement connues, nous préférons en dire quelques mots à la tin de notre tribu des l'hocidès, 
car nous ne sommes pas sûr que ce soient de véritables Calocèphales. 

Hàtons-nous de dire que imites ces espèces, pi'opres aux mers polaires du Nord, sont très-loin 
d'être suffisaniiiii'iil connues, cl cpie la science réclame que l'on puisse les étudier sérieusement 
dans les lieux qu'elles habilent. Mors seulement on pourra les distinguer eompletenieni sous le dou- 
ble rapport de l'espèce et des ma'iiis. Jus(ju'iei on n'a f^nère que les détails que nous en ont donnés 
des vo\a!;curs et non des nalnialistes. lieyreKons ([ue ce sujet n'ait pas été traité dans les voyages 
en Islande, an Groenland et en Scandinavie, f;d(s, il j a (pielques années, sons la diree(ion de 
M. Paul Gaimard: rej;retlnns de n'avoir, dans les mmibreiix volumes ipii ont été publiés relativement 
à ces voyages, aucun détail zoologique sur les Phoques; nous aurions désiré y lire l'histoire de la 
chasse des Phoques et ses incidents quelquefois si pittoresques que M. Biard a reproduits d'une ma- 
nière si heureuse dans le tableau ((iii vient d'èti'e placé d;ins la galerie de Minéralogie de notre 
Muséum d'Histoire naturelle, et, surtmil, y \oir de biinnes descriptions zoologiipies. 

C'est à ce genre que se rapportent les Pliocu fos.sitis, G. (.'.inier, du terrain de la troisième 
époque, et Pliocu mnijua, G. (Juvier, du calcaire de llouai; nous eu ;iV(iiis p;irlé dans nos géné- 
ra li(é.s. 



'■r^' GENRE. - IIALICllKHE. IIALICHEIWS. Nilson, 1820. 

SI,:illlliiliHi:: ! .IIIIKI. 
V/;, nii'i-; /.'-'«', S.uiglier. 

^AiîAcri'iiES (;(iM<;iti(juiis. 

Sijulhnr (loitu'nc semblable piiHc le nombre des ilciiis h celui des Caloccpludes, mais en d'ijfèranl 
par la disposition de celles-ci. Tontes les dents sont conirpies, rccourlices, les inférieures égales, 
courtes, sépurces vcjalement par un intervalle vide; tes dcu.r incisives externes d'en haut simulant 
des canines cl marquées d'un canal étroit ù leur partie postérieure, les quatre intermédiaires plus 
Unxjucs et égales entre elles; les canines inférieures rapprochées, sillonnées en arrière et en dedans. 
s'en(ja(jeunt dans un intervalle des canines supérieures, qui sont semblables; molaires Iriunçjulai- 
res, les supérieures eonve.res sur leur face externe, recourbées, les troisième et quatrième les plus 
grandes, les inférieures pijramidnles, les deuxième et troisième plus grandes que les autres. 

Ongles plus longs et plus recourbés que ilans les autres Pliocidés. 

Tidlessont les difl'creiices qui peuvent si l'vir a ilislinguer les ilaliehèri's des Calocèpliales, avec les- 
ipn'ls ils étaient compris par Fr. Cuvier. le genre, créé par Nilson, a été adopte par Ilorns(huch. 
aiuiuel on l'attribue en général, (pu)iqu'il n'en ait parlé ((n'en 1821 dans le journal Isis. Le nom de 
le groupe géneriqiu; devra probaldi'nienl i''lie < liaiigè. eai' cette dcnominatitni d'W«/(c7(erHi est trop 



CARNASSIKn*^. 



261 



viiisiiic (le celle iV Haliclionts qii'llliyer avait |iri'(éiieninii'ii( omployee pour (lisliiij,'iier les I)iigoii!;s. 
OiKii qu'il en soit, ces Hiilichèi'es sont des l'hociilc'^ de taille movenne, qui senil>leiU, en quelque 
Mirte, faire le passage des l'huques prii|)ienienl dits aux Morses, et qui, jiar certains de leurs cai'ac- 
tèrcs, rappellent, plus qui' les autres animaux de la nuune tribu, les Cétacés. 
Ou n'en connaît que deux espèces, qui sont propres aux mers circumpolaires. 




Fiu. 120. — llalichcTC hérissé. 



I. HAI.ICHÈBE HÉRISSÉ. HMirnEKlIS BISUDVS. Lessoii. 



C.^HACTÈHES SPÉCIFIQUES. — Tèlc courtc. arroiulie. yeux trè.s-petils. à pupilli' blanchâtre; pelage 
très-épais, flexible, très-long, hérissé, fauve, à flauimettes blanches sur le corps; partii's inférieures 
blanches, parsemées de taches rares et d'une couleur fauve sur le ventre: soies des moustaches pâles, 
les plus petites noires, pointues, comprimées, avec leur bord en totalité ondulé; ongles forts. Lon- 
^'ueiir totale variant considérablement entre l"',")!) et l"',t)5. 

Ce Phocidc est le Neitsk des voyageurs et le Puooue xeitsûak de Buffnn. (Test le Plioai falhla 
d'Othon Fabricins, le Plioca Impïda de Schreber. d'où Fr. (aivier a fait son Caloceplialus hispidus, 
et Lessou son Hulichcrus hispidus; eutin NiNou lui a appliqué la dénomination i\t} Pliocn niiiiulala, 
et Lesson l'a indi([ué sous le nom de Plioca Sclirclicri. 

Dans cet animal la figure du corps est presque elliptique; les talons des pieds de derrière sont à 
peine apparents, à cause de l'obésité des individus qu'on a observés. Le dos est très-bombé; le ven- 
tre plat. Les poils sont très-épais, presque droits sur la peau, doux au toucher, assez longs et fins: 
et ces poils recouvrent des soies laineuses, très-frisées, pins profondément placées. Le pelage des 
adultes est presque.brun, varié de blauclnitre, avec le venlie blanc, et présentant quelques taches 
brunâtres, l'ans les jeuiiis individus de celle espèce, la cubiraliou du dos est d'un blanc sale ou li- 



262 



IllSTOlUI'] NATURELLE. 



vide, sans faciles, et le ventre est blanr. Dans les vieux, au contraire, le l'Inique est très-varié, le 
museau presque nu et le poil flu corps ras. Erxieben dit que cet animal a le poil hérissé et mêlé de 
soies aussi rudes que celles d'un Sanglier, d'où a été tirée, jiour le dire en passant, la dénomination 
du genre; la robe, d'après le même naturaliste, srrait d'un brun pâle, tachetée en dessus, blancliàire 
en dessous, avec le tour des veux noirs. On en iimnait une variété qui, sur un fond lilancliàli'c. offre 
une ligne dorsale d'une coloration plus foncée 

Les vieux mâles répandent une odeur très-puante et nauséabonde, qui existe eyalenient dans leur 
chair et dans leur graisse; et cette dernière est aussi très-fluide. Cette espèce semble se nourrir sur- 
tout de Crevettes et d'auti'cs espèces de Crustacés; mais elle doit aussi manger des Poissons. Les 
sexes se rapprochent dans le mois de juin, et les femelles mettent bas eu lévrier. 

Ce Phocidé est propre aux mers polaires du Nord; il habite les golfes les nmins IVé(puMités du 
Groenland, et aussi, dit-on, les cotes les plus désertes de la Suède. 



'1. tlALlCIlÈl'.E GRIS. UALKUEIWS uniSEVS lloni^cljucli. 

CARACTÈfiEs SPÉCIFIQUES. — Pelage composé de deux sortes de poils : celui de dessous blanc, lai- 
neux, court; celui de dessus, au contraire, long de 0"',054, soyeux, d'un gris plombé sur le dos, 
blanc sur le reste du corps. Un peu plus petit que le précédent. 

Cette espèce est la même que celle désignée par Otlmn Fabricins sous la dénominalion de I'Iiuki 
griiplius. qui a êic assez souvent adoptée, et par Pallas sous celle de Plioca œtwtciish. 

Cet Amphibie est loin d'être suffisamment connu, au moins sous le point de vue de ses mœurs. (Ju 
le trouve, comme l'espèce précédente, dans les régions ciri'innpolaires du Nord, et il aurait clé l'galc- 
ment rencontré sur les côtes de la Poniéranie. 




F]^. I'21, ~ lliihtiicre (jiis. 




Fi<r. I. — Kriciilo noir. 




Fis. 2. — Loup (Variutù.; 



I'l.54. 



C.M'.NASSIKf.S. 205 

3""' GENRE. — STÉNOIIHYNQUP;. STEtS'ORHYNCHUS. Fr. Cnvin, 1S2C. 

HiiiioiiiKiire des Sciciircs natui'i'lU'S, l. XXXIX. 
ÏTEv',;, éli'oit; j'j-i'x.o;. niusenii 

CARACTÈRliS GÉNÉRIQUES. 

Siislhnc ileiilairc : incisins. l; ranincs, j-^] ; o/o/nhc.'., |^; ; en totalité, traUc-deux doits. 
Ces dents sont voniposces h leur partie nioi\enne d'un louij tubercule arrondi, cijimdriifite. recourbé 
en arrière, et .wparé de deux autres tubercules un peu plus petits, l'un antérieur et l'autre pos- 
térieur, par une profonde échancrure. 

Tète, coniparativenieul à celle des Caloeépliales, tout en museau, c'esl-à-d'ire Irèsallonçiée et 
très-cffilée vers son e.vtrémité, d'o'u a été tiré le nom du ijenre. 

Pieds terminés par des onijles petits, surtout postér'ieuremeni . 

Cp genre correspond à celui des Leptonijx (/.s-ro;, grêle; cvjE, onglej de M. Gray (Mu(j. nut. liistorij 
n. 1, t. I, 1857), et à la division des Stenorltijncina du même auteur. 

C'est, comme on vient de le voir, principalement la disposition du système dentaire qui a servi à 
caractériser ce genre; en effet, c'est dans ces animaux que les molaires ne sont pas simples et sont 
chacune divisées' comme en plusieurs petits tubes distincts : aussi croyons-nous devoir rapporter à 
ce sujet ce qu'en dit Fr. Cuvier : « A la mâchoire supérieure, la première incisive est plus petite que 
la seconde, et toutes ileux ont les formes de la canine; celle-ci, qu'un léger intervalle vide sépare 
des incisives, est lrés-1'orte, arrondie en dehors aux deux crêtes, l'une au cùlé interne, l'autre au 
côté postérieur. Les màchelières sont toutes de même geandeur et de même forme; leur partie moyenne 
se compose d'un long tubercule arrondi, cylindrique, séparé des parties latérales par deux profondes 
écliancrures qui produisent, en avant et en arrière de ce tubercule moyen, un autre tubercule un peu 
plus petit, mais de la même forme à la mâchoire inférieure; les incisives, les canines el les molaires 
sont semblables â celles de la supérieure en tous points. Dans leurs positions réciproques, ces dents 
sont absolument ce que nous les avons vues dans les systèmes précédents (celui des Caloeeplialus); 
seulement les incisives sont elles-mêmes alternes, et les deux moyennes contiguës de la mâchoire 
inférieure se logent dans le vide ijui sépare les deux analogues de la mâchoire opposée. Ces dents 
nous ont été offertes jiar la léte du Phoque nommé kptomjx par De Dlainville; les màchelières sem- 
blent nous montrer celles du Phoque commun développées au dernier degré; tontes les écliancrures 
de leurs tranchants sont profondes et produisent de longues pointes. « 

Fr. Cuvier ne rangeait dans le genre Stênorhynque qu'une seule espèce; une seconde espèce y a été 
placée par Lesson, el l'on doit aujourd'hui y en mettre également une troisième espèce provenant 
des mers polaires austiales, et rapportée par MM. Homhron cl .lacquimil Ces Phocidés sont tous pro- 
pres aux mers polaires. 



1. STENORHYNQUE A PRTITS ONGLE.S. STE\ORHYi\rillhS LEPTOXY.K. Fi- Cuvier. 

CARACTÈRES spÉciFiouEs. — Pelage d'un gris noiiàlre en dessus, passant au jaunâtre sur les côtés, 
â cause des petites taches qui s'y trouvent; flancs, dessous du corps, pieds et dessus des yeux d'un 
jaune gris pâle; moustaches simples, courtes; ongles de derrière Irès-courts. Longueur totale variant 
de 2"". 50, à 5"'. 

Cette espèce, qui n'est pas jusqu'ici connue d'une manière complète, a été décrite pour la première 
fois p;ir De l'hiinville, d'après une tête osseuse qu'il avait été à uiênie d'oberver, en 1820. dans le 
musée d'Hauville, à lng(iu\ille, près du Havre, et qui aujourd'hui failparlie de la galerie du Muséum, 
et à laquelle il a appliqué la dénomination de Plwca leptonyx, qui rappelle la petitesse des ongles. 



2fi4 HISTOIRE WTrRELl.K. 

M. Everaul llonii- ii l'ail représenU-r dans los Triiiisactioiis nf ilte Smiclii yoijal 0/ Lotiilnu, 18'25i. 
une tète de ce l'Iiuquc , cl r'est probabli'iiU'lil pour rela que LesbOli a applique à eet animal la de- 
noiiiinatioii de I'hoole de Home, PIwki Iloiiie't. Eullii, il y a mic dizaine d"aiinées, MM. llombron 
l'I .laeqiiinot ont rappoiic île leur vi)vai;i- an pôle >uil b- s(pieliile coniidet d'un individu de celte 
espèet^ 




Fig. 122. — Sténorliynque à pelils uiigles. 



Ce Slénoiiiynque priixienl des niei's de.s iles .Malmiines el de la Nouvelle-Géoi'tçift : on le léunil 
quelquefois, ainsi que nous le dirons, avec l'espèce snivanle. 



2. STÉiNORHYNOUE DE WKDPELL. STi;\onHYmilVS WEI'HF.I.UI. Lo.^son. 

Caractères spécifiques. — Pelage ras, luslré, d'un L;ris paie, parsemé d'un taraud nombre de taches 
arrondies, blanchâtres en dessus et jaunâtres en dessiuis; cou allonge; lèle petite, ayant beaucoup 
de ressemblance avec le précédent et étant à peu près de même taille. 

Ce Phoque est le Sea léopard de Weddell, Phouue a i.o.nc; cou, Persuns. Plioca lonificoliis, Shaw. 
Il a beaucoup de ressemblance avec le précédent, Stoiorliiinclni.t U'ptonyx, cependant il en diffère, 
suivant le docteur Jamieson, qui en a eKainiiié les deiiouilles et le système dentaire. [,a description 
de Weddell est trop incomplète poiu' être satisfaisante ; les aurieules ne sont point a|iparentes et ce- 
pendant les formes du corps de l'animal sont entièrement semblables à celles des Otaries, c'est-à- 
dire que le corps est arrondi, épais, et le cou très-long-, s'amincissant jusqu'à la léte. qui est petite 
el à museau proéminent, el c'est d'après cela que l>esson s'est cru autorisé à regarder les Stcnorlijin- 
ilins kplom\x el H'ft/i/c/ii comme ne formant peut-être (pi'nnc seule es])èce, et, en second lieu, 
comme étant des Otaries à conques auriculaires rudinientaires. et qui ne sont point visibles sur des 
peaux racornies. Mais, comme cela est loin d'être deniontré, nous avons préféré laisser, avec F. Cii- 
vier, ce Stènoi'hyncpu' itarmi les Plioipies propi'ement ilils. 

Ce Phoque vit sur la glace ; mais l'on ne sait rien de ses un.eiirs. Il n'habite que les hautes latitudes 
des Orcades australes par soixante degrés, et, dit-on, les lies Shetland. 



ri. STi-NOI\IIYN0''l". CAlîCINOPlIAr.l'. Srr\(il>liy.\nirs rMin\ûl>IIM7V>;. llomln-on et .lacqniiK.I 



Caractèiiks spécifiques. — Molaires subdivisées, comme celles dn Siciioiiiiiclius Iciilouijx. en 
plusieurs tubes parlicnliers. mais offrant ce caractère spécial, ipie ces soi'tes de tubes sont en plus 
grand nombii-. 



CARNASSIERS. 2Gr. 

Cette espèce a été créée par MM. Ilombi'on ri Jacquinol ; iiliisieurs parties caractéristiques en ont 
été figurées clans l'atlas de lenr voyage an pôle snil, mais la description n'en a pas été donnée en- 
core. La publication de la zoologie de celte expédition, d'abord arrêtée par les événements politi- 
(|ues, puis par la mort de Ilombron, décédé en 1852, au Sénégal, est reprise aujourd'hui, et M. le 
docteur Puclieran s'occupe en ce moment de ce qui concerne l'histoire naturelle des Mammifères et 
des Oiseaux. 

Comparé à celui du Slcuorliijnchus Icpionijx, le système dentaire du Slcnorluinclius carcinopliagits 
présente des particularités qui rapprochent ces deux espèces, et d'autres qui les éloignent nette- 
ment. Ainsi les dents, en général, sont en même nombre dans les deux espèces, et les molaires, 
dans l'uiie comme dans l'autre, ne sont pas simples, mais comme composées d'une grande partie 
médiane, et, des deux côtés, de sortes de petits tubes qui y sont accolés : jusque-là, les dents des 
Stenorhijnclius Icptomjx et carcinopitagus se ressemblent; mais, tandis que les molaires du premier 
ne sont composées que de trois tubes, un médian assez long et un autre plus petit de chaque coté de 
celni-ci, celles du second sont formées d'un tube médian également grand, et, pour les deux molaires 
antérieures, d'un tube en avant et de deux en arrière, et. poniles trois suivantes, d'un tube eu avant et 
de trois en arriére. Ces curieux caractères se retrouvent aussi bien à la mâchoire supérieure qu'à la 
mâchoire inférieure. 

Ce Sténorhynqne se rencontre communément sur les glaces du pôle sud, cl acquiert une assez 
grande taille. 

I/un de nos amis, M. Paul De Saint-Mailin, aujourd'hui employé à l'ccole vétérinaire de Toulouse, 
et qui faisait partie de l'expédition au pôle sud de l'amiral Dumont D'UrviUe, vient de nous trans- 
mettre, sur cette espèce, les détails suivants, que nous croyons devoir rapporter en entier : « C'est sur 
les glaces de la banquise des régions polaires méridionales que nous avons pris le Stciiorliiiiiclius 
carcinopliagus, et ce nom lui a été apiiliqué par Ilombron. à cause de la giande quantité di' Crns- 
tacès trouvée dans son estomac ; Crustacés qui presque tous étaient les mêmes que ceux qui ser- 
vent de nourriture aux Raleines, et qui se trouvent par bancs si grands et si compactes, que l'eau 
de la mer paraît rouge ou jaune, suivant la coloration de ces Articulés, qui sont de taille excessive- 
ment petite. Ce Phoque est long de 2'", 50 à 2'", 00; la tête est assez grosse, toute ronde et ressem- 
blant à la tète d'un rjoidedogne à qui on aurait coupé les oreilles au l'as de la peau; il n'a pour or- 
gane auditif externe qu'un petit trou que l'on ne découvre que difficilement, caché qu'il est par les 
poils qui sont presque ras. Les mâchoires et les dents sont très-fortes, ressemblant beaucoup à celles 
(b's Carnassiers, les incisives cl les canines étant longues et fortes, et les molaires présentent cinq 
inbéi'ositès. La forme générale du corps est cylindrique, conique aux deux extrémités. Le poil est 
court, roide, d'une couleur brunâtre miroitant. Les membres antérieurs sont très-courts, formant une 
nageoire à cinq doigts représentés par cinq ongles sur la peau, qui est noirâtre : le tout réuni en- 
semble par la peau et indiqué seulement par quatre sillons. Les membres ])0stérieni's ont la forme 
d'une na"eoire en éventail dont les deux doiiits externes sont les i)lus lon"S; les deux intermédiaires 
plus courts et celui du milieu le pins petit de tous : ces membres sont placés à l'extrémité inférieure 
du corps et séparés seulement par une petite queue longue de G"', 09 à 0"',12, qui est reliée aux deux 
membres par la peau, ce qui la rend peu apparente et nous fit prendre, à la iiremière vue, les deux 
nageoires postérieures pour la queue, ces deux membres étant toujours allongés dans l'axe du 
corps. 

« Quant aux mœurs de ces animaux, il y a peu de chose à dire de particulier; ils vivent continuel- 
lement dans l'eau, ils nagent avec une grande vitesse et viennent de temps â autre sortir la tête hors 
de l'eau pour respirer, ce qui leur donne l'apparence d'un bon nageur prenant ses ébats. Lorsqu'il 
fait un peu de soleil, c'est alors qu'ils grimjienl sur les glaces, où ils ne parviennent à se hisser 
qu'après maints pénibles efforts; quand ils y sont, ils se couchent au soleil et ont vraiment l'air de 
grosses sangsues, ainsi que l'a dit un officier de V Astrolabe : dans cette position ils se meuvent très- 
difficilement et ne peuvent que soulever leur tète et li'ur cou en s'appuyant sur leurs membres anté- 
I ii'iirs; aussi est-il très-facile de les étourdir en leur frappant sur le ni'z avec un bon bâton. Quoiqu'ils 
aient l'air doux et inol'fensifs, ils dieiclient, lorsqu'on les attaque, à mordre comme ferait un Chien 
à l'attache, mais il est très-aisé de se mettre à l'abri de leurs morsures; cependant ils cherchent 
plutôt à fuir qu'à se défendre, et, s'ils trouvent un trou au milieu des glaces, ils plongent rapide- 
c» 34 



206 llISTOHiK XATI i'.ELLE. 

meut t'I tlisiKiiiiissi'iil. Ei's si'iilcs |i;u'!i('s nia',ii;i';il)lcs mihi : II' iiiM'iiii, (lui csl Mnssi lion que celiii 
(lu Vi'iiii, l'i II' l'oie: cneorc Cl.' dcniici' ;i-I-il un léiçcr i^nùl iriiiiilr di' l'iiissou. Le reste du rorps n'est 
pus m;iii;,'ealile i\ e;iuse de l'odeui' d'huile ((ui lui est eoninumiiiuée par la eouelie de tfraisse de 0"',0"> 
à U"',Ut) d'épaisseur ([ui recouvre tout li' corps immedialeninit au-dessous de la [leau. Cette dernière, 
quoique n'étant pas reelicrchée par les pécheurs, parce qu'elle n'a pas de l'ourrui'e. lU' laisserait pas 
que de faire, étant bien préparée, un cuir fort et iinperuu'ahle. 

« Une espèce voisine du SlcDorlnpicInis carchiopliafius, que nous avons été à même d'ohserver 
dans les mêmes parages, est le Stcnorlnjnclins Icptuiiijx, qm n'en diffère giière, au premier aspect, 
que par la couleur de son pelage, qui est d'un gris souris léger, tacheté de petits points noirs, et par 
ses molaires, qui ont moins de tubercules et ont presque la forme de la moitié supérieure d'une fleur 
de lis. La taille de ce Pliocidé est de 2'", 60 à ô"; les membres antérieurs sont un peu plus forts que 
ceux du Siéiuu'hynque carcinophage, et il en est de même des membres postérieurs. Les mœurs des 
deux espèces sont les mêmes. » 

On a quelquefois regardé comme une espèce fossile de Sténorliynquc les debiis fossiles décrits par 
M. Grateloup, sous le nom de Sqnalodon, provenant de Lcognan aux environs de Bordeaux, et dont 
nous parlerons ailleurs en traitant de l'histoire des Dauphins. 

C'est aussi à un animal voisin de ceux-ci, et peut-être plutôt des Calocèphales, que se rapporte le 
groupe fossile des Pavlitjoduns [-lyr, éiiais, cSvj:. denli de M. II. V:in Meyer {Jaltrclnicli jin- Miii., 
i858 ) ' ' 



4'"'' GENRE - PÉL.\GE. PELAGIUS. Fr. Cuvier, 1820. 

li:clioiniaii't' (li's Sciences naiurclks, t. XÏXIV. 
riiXa-jit.;, marin. 

CARACTÈRES GÉNÉRKjUES. 

6'î/s(èn(c (leiitairc : liichivrs, ^; cnnhirs, jr| ; molaires, }~^ : en lolni'ilc, trcnic-detix (tcrils. 
Iiiiifi'.ves siipcrictirr!! cclinnrrées transvcrsakmcnl h leur c.ilicmilc : in fàieuies s'inipics; canines 
nioijcnncs n'offrant rien de parùcuDer ; molaires épaisses, coniques, n'aijant, en avani cl en ar- 
rière, que de pclilex pointes rudimenlaires. 

Museau élargi, allongé h l'extrémité. 

Clian frein très-arqué. 

Le genre Pelage n'est fondé que sur une seule espèce, mais cette espèce est bien connue, et diffère 
encore plus de celles des genres précédents que ceux-ci ne différent entre eux. La tête, au lieu d'a- 
voir le museau obtus des Calocèphales, ou le museau eflilé des Sténorhvnques, et la ligne presque 
droite sur laquelle, dans ces deux genres, se présentent les pariétaux, les frontaux et les naseaux, a 
un museau allongé et élargi à son extrémité, et un chanfrein très-ar(|ué. Les dents sont en même nom- 
bre que chez les Slénorhynques, mais leur forme est différente ; les incisives supéricui'es sont échan- 
ci'ées transversalement à leur extrémité, de sorte que les inférieures, qui sont simples, remplissent 
ces éehancrure.s quand les mâchoires sont fermées; h-s molaires, coniques et épaisses, n'ont que de 
petites pointes tout ;i fait rudimenlaires, ce ([ui les dislin.nue très-facilement de celles des Calocèphales, 
qui sont très-tranchantes, et de celles des Sténorhvnques, dont les lulii renies latéraux sont presipie 
aussi développés que le tubei'cule principal, bien plus mince d'ailleurs que celui des Pelagins. Les 
organes des sens, ceux du uionvemeut et ceux de la génération, ne présentent |ias des caractères 
distinctifs très-importants : il ])aralt, toutefois, que les pieds de derrière manquent ([uelquefois 
d'ongles, et que ceux de devant ont leiu's doigts entièrement engagés dans la membrane cpii les 
réunit, ce (pii n'est pas dans le Phoque commun. Les narines, au lieu de former entre elles un angle 
droit, sont parallèles. L'œil a une pupille allongée, comme celle du Chat domestique. Les moustaches 
sont unies et non pas formées de nœuds. L'oreille est entièrement dépoiu'vue de conque externe. 



i:m;.n\ssil;us. 



'267 



La voix consiste en un en ini;ii cl fort. f|iii sort fin fond dn gosier, et ne varie que par le ton Les 
mamelles, situées anlonr dn nondnil. sont ;tii imnilirr do f|natre. 
L'es|iêro nnique de ce genre est le ; 



PÉLACE MOINE. VI-LÀlllCS }I0yi(HV:i l'i. Cuvicr. 

Caractères spécifiques. — Pelage ras, (diirt. très-serre, entièrement noir en dessus, avec le ventre 
blanc, ifi'is-jaunàtre, moiistaclies lisses; lors(|ne l'animal est sec, les |iaities noires sont beauconp 
moins foncées, et les parties blanches pins jannàtres. Longueur totale variant entre 2"',ô(J et ô"','ôO. 



.■:i if 










l'vi. 123 — IV'lacie moine. 



f'ctte espèce, vulgairement connue sons la denoniin.iliuu de Moi.vr;, est le l'iiooer a v, ^TnK nl..\^(: 
de Buffon. C'est le Plioca iiioikicIius d'Ili'rniann, et piolialilement le Pliocti hicnlor, Shavv. Pliom 
nlbîvcnlur. lioddaèrt; Plioni kuciKjaxicr, Peron. et l'Iivcn Hcrninniiii. Lesson. 

On n"a encore trouvé le Moine que dans les mers du midi de l'Eniopc, surtout dans I .\driali(|iie, 
quebpiefois, mais plus rarement dans la mer Méditerranée. Il a été particulièrement bien décrit par 
li's naturalistes. Un mâle, ajiporté à Paris en 1781, a été vu parBuflbn; et précédemment, en 1778, le 
mémo indiviilu avait été conduit à Strasbourg, nii il avait été examiné par llermanii, qin la fait con- 
naître a\ec beaucoup de détails dans les Mciuoiics des cutieii.v ilc In naliirc ilr liciTni. Depuis. 
plusieurs autres mâles et une femelle ont été vus dans diverses collections ou sur dillerents points 
des côtes de la mer Adrialicpie. et une fcnudle |uise sur les cotes de la Dalmalic. ayant cte amenée à 
Paris, a été décrite par Vv. Cii\ier, et a fourid a ce zoologiste, d'abord les moyens fie cimiparer 
l'espèce avec celle du Phoque commun, et ensuite ceux d'en former un genre particulier, ainsi qia- 



268 IlISTOIliE iNATlUELLIi. 

nous l'avons dit. Au rpslc, le manque de ronqne externe anx oreilles t'iiiigne tout à l'ait le Moine des 
espèees comprises dans le yroupe des Olarks; la présence d'nne cièie sur le nez dans les mâles des 
Pliuca prohoscidca et cristatn, et d'nne crinière de poils stn- le con de ceux dn l'hoca Iconina, ne 
peut ijcrmettrc de le confondre avec ces animaux; il diffère encore du Plioque à croissant, du l'Iioquc 
lièvre, du l'Iioipie hérissé, etc., par les couleurs de son pelage, ainsi que par sa taille, qui est plus 
considérable que celle de ces divers Ampliibies. 

Comme on ne peut trop appuyer sur les détails descriptifs des espèces de l'hoques, et qiu' faire 
bien connaître celles que nous possédons c'est préparer les moyens de distinguer celles que l'on dé- 
couvrira par la suite, ou celles qui sont imparfaitement observées maintenant, nous croyons utile de 
transcrire ce qu'en rapporte A. -G. Desmarest {iJhl. d'Ilisl. nul de Dclcivillc. 2' cdilioin, et ces dé- 
tails, que l'on nous pardonnera de donner à peu près en entier à cause de leur intérêt, sont presque 
exclusivenienl une traduction abrégée du mémoire d'Hermann sur le Phoque moine. 

« Le Plioque moine est plus grand que le Phoque commun; ses poils sont plus lins et dressés en 
haut, lorsque la peau est sèche; il est tout noir, excepté (pielipies taches; mais il se distingue du 
Phoque connnun par la forme de la tète et du cou, quant ;'( l'extérieur. Le sommet delà télé est très- 
plat, le front peu élevé; la tète, soit que l'animal se dresse en haut, à cou étendu, ou qu'il contracte 
le cou et reste couché tranquille, est toujours plus petite que ce cou. L'occiput n'est pas très-bombe 
et forme ini angle obtus ou presque un angle droit avec la nuque, qui va en descendant en ligne 
droite et plane ; la tète n'a en général aucune autre analogie avec une tète de Veau, que peut-être 
dans les grandes et vastes narines, qui pourraient avoir quelque ressemblance avec celles de cet ani- 
mal, lorsqu'elles s'ouvrent. Elle pourrait d'ailleurs être comparée en gros avec la tète d'un Chien, un 
plutôt, par la largeur du museau, à celle d'une Loutre: la mâchoire supérieure est bien quatre fois 
]ilus grosse que l'inférieure, qu'on distingue à peine si l'animal n'ouvre pas la gueule ou .s'il ne se 
dresse pas en haut; la lèvre est épaisse; la mâchoire inférieure est en même temps très-courte, 
et n'a, jusqu'au ])li de la gorge, qu'à peine 0'",d2. Lorsque l'animal étend avec force le cou, et 
qu'il se dresse en haut, la mâchoire inférieure ne forme presque pas d'angle avec le cou. Le nez est 
déprimé, aplati, court et large, ou plutôt il n'existe presque point de nez: son extrémité antérieure 
est légèiement échancrée; les narines se trouvent dans la surface siqH'rieure du museau, et l'animal 
les entracte et les ferme entièrement dans l'eau, et ordinairement aussi hors de l'eau, si liien qu'il 
ne reste à l'extérieur que deux longues rainures étroites, courbées un peu en demi-lune, et dirigées 
de manière, l'une vers l'autre, que les ares des courbures se ra])prochent plus (pie la pointe posté- 
rieure de l;t demi-lune. Lorsque le Phoque respire, ses narines s'ouvrent et prennent une forme ovale; 
un peut alois voir en dedans, comme ilaus un entonnoir, car elles se rétrécissent à l'intérieur comme 
cet instrument; en même temps une rainure oblongue, étroite et peu profonde, devient plus sensi- 
ble entre les narines. Celles-ci s'ouvrent très-souvent avec inie forte expiration, ou ronllemenl ou 
soufllement, et un éternument qui répand ordinairement une morve blanche, écimieuse. ramassée au- 
tour des narines. 

« Les yeux sont à proportion i^i'ands cl \ifs, nu peu olilongs et placés de biais; l'iris est grand et 
d'un brun jaunâtre; le blanc de l'o'il est )ieu apparent; la pupille représente un triangle isocèle ren- 
versé, dont la base ]ieul avoir une ligne et les côtés trois lignes; les yeux ne sont ni saillants, ni 
enfoncés sur la face. On n'observe pas de oils aux paupières, ni à la supérieure, ni à l'iid'e- 
rieurc; lorsque les yeux sont entièrement ouverts, on ne voit pas de différence sensible entre leurs 
deux angles; mais, lorsqu'ils ne se ferment qu'à demi, la peau continuée des paupières, contractée 
en trois plis, forme un sinus ou un enfoncement dans l'angle intérieur. On n'a pas pu observer une 
membrane cli"not;inte, mais bien une mendiraiu' assez éiiaisse et ridée, sortant de l'angle extérieur. 
mont;uilpeu et pocliée toujours de sang, ce qui résultait [leut-êtri^ des fatigues que l';iuini;d obsei'vé 
a éprouvées pendant sou voy;ige. Les oreilles se trouvent à l;i même distance des yeux que les na- 
rines. Elles ne se font renianpu'r ipu' |tar une très-petite ouverture, â peine grande comme un pois, 
et ne paraissent pas changer sensiblement de grandeur. On les voit plus disliuclcmcnl lorsipie l'ani- 
mal est sec qiu' lorsqu'il est mouille, il y a au-dessus de l'angle intérieur de l'ceil deux soies, de la 
longueur environ de deux pouces, et deux ;iutres plus petites; les soies de la nidiisiache sont rangées 
sur cinq rangs; les supérieures et les inferieui'cs sont plus petites et en moindre nombre que les 
autres. Ou en a couqilé environ \iui;l-deux des jiliis con.>idér;ibles; celles dn nnliiii principalement 




Fig. 1 — Mélogale persoiiata. 




Fig 2. — IleniiNie. (Pelage d'hiver.) 



l'I. 35 



(:a[',nassiehs. 269 

sont tr(''s-foi'tes, roidcs ciiiiimi' ci'llrs du Tifiro, longues de six a sr|ii iioiices, la |iln|>.iil d'nii beau 
blane; quelques-unes aussi noirâtres; elles sont entiéiement lisses, et non pas ondulées, eomnie on 
le dit dans d'autres espèces. l/ouvcrtuiT de la gueule n'est pas très-grande, et la bouelie ne se fend 
que jusqu'au-dessous de l'angle intérieur de l'œil. La gueule est toute lisse ou sans rides ; la langue 
se rétrécit ou s'amincit tout à coup vers sa partie antérieure, et alors n'a pas plus d'un pouce de lar- 
geur; la pointe en est légèrement éeliancrée; elle est lisse et sans papilles aiguës : l'animal la tire 
quelquefois en convoitant un Poisson, et la pliant en gouttière. 

« Le cou est épais, plus gros que la tète; en l'étendant même au plus fort, il ne devient jamais de 
beaucoup plus long, ce qui arrive, au contraire, dans le Phoque commun. Le dos forme une ligne 
droite et un peu bombée seulement dans les environs des épaules, d'où le corps diminue insensible- 
ment de grosseur vers la queue; le corps est, comme dans le groupe entier des Phoques, entièrement 
uni, lisse, arrondi, et sans formes musculaires apparentes à l'extérieur; on n'y distingue ni vertèbres 
dorsales, ni côtes, ni omoplate; on n'y observe que quelques plis lorsque l'animal se courbe, mais 
cela même seulement lorsqu'il a maigri. 

« Les poils sont très-courts, longs de quatre lignes et couchés en arriére, très-serres et collés siu- le 
corps, tant que l'animal se trouve dans l'eau; on ne les sent pas alors en passant la main d'arrière en 
avant pour les saisir; il les faut gratter et soulever avec les ongles, sans quoi on ne les observerait 
point; mais, lorsque l'animal est hors de l'eau, et que sa peau est sèche, ces poils sont relevés et 
dressés tout droit en haut, de manière cependant qu'ils sont doux en passant la main dans le sens 
des poils, et qu'ils opposent une légère résistance en la passant à conlre-poils; ils ressemblent alors 
à une peluche, et la peau à une étoffe moirée, lorsque l'animal n'est pas encore entièrement séché, de 
sorte, que les poils secs sont dressés en haut dans quelques endroits, et que d'autres encore mouillés 
sont couchés et plus éclatants; les poils de la partie du dessous du cou sont un peu plus roides et 
plus rudes, ce qui paraît servir à l'animal lorsqu'il se traîne sur les rochers. Il semble aussi que 
les poils bruns, un peu moins courts, de la longueur environ de huit lignes, qui garnissent les bords 
des pieds aplatis de devant, lui servent aux mêmes usagi!s; les poils se présentent sous le miscrocopc 
tout uniformes, sans ondulation ni autre structure particulière. La couleur principale de l'animal est 
la noire; il y a cependant différentes taches; c'est surtout au ventre, aux environs du nombril, qu'il se 
trouve une grande tache d'un blanc sale, ou qui a presque la couleur grise luisante du Phoque com- 
mun. Cette tache peut avoir deux pieds de long sur un demi-pied de large; elle est en général d'une 
forme carrée, de façon cependant que ses côtés sont différemment découpés et crénelés, llermann crut 
d'abord cette forme régulière et constante dans l'animal: mais il a observé ensuite qu'elle se termine 
du côté droit en une ligne courbée en dedans, et du côté gauche en une ligne courbée en dehors; ou 
voit à peine la pointe latérale de cette tache dans l'animal couché entièrement sur le vi^ntre; elle est 
parsemée de quelques taches noirâtres; un grand nombre d'autres petites taches arrondies tirant sur 
le gris se trouvent sur le sommet de la tête; la gorge et la partie antérieure du cou sont encore plus 
marquetées et tachetées, et les taches y tirent sur le jaunâtre; beaucoup de raies blanchâtres se croi- 
sent sur le dos; ces raies sont semblables à celles formées sur les fourrures par les poils ([u'oii a dé- 
rangés par des coups de baguette; les pieds de derrière sont nus vers leur extrémité dans quelques 
endroits; dans d'autres il se trouve des poils courts, roides, ordinairement gris, toujours couchés en 
arrière; lorsque l'animal est tout sec, les deux doigts extérieurs sont plus tachetés (jue les trois in- 
térieurs. 

« Quant aux formes des pieds, ou n'observe jamais rien de l'omoplate a l'extérieur, le bras est 
court, caché sous la peau, et ne se fait remarquer que par une légère bouffissure dans quelques alti- 
tudes de l'animal; l'avant-bras avec le carpe et les doigts sont également très-courts, aplatis et cou- 
verts d'une peau commune; les articulations ne .s'observent tant soit peu qu'en pliant exprés les pat- 
tes de devant, ou lorsque l'animal s'appuie dessus; les doigts ne se distinguent (juc par les ongles et 
par des enfoncements à peine sensibles dans la peau, qui cependant sont plus apparents sur la 
paume que sur le dos de la main; entre le quatrième et le cinquième doigt, il se trouve une canne- 
lure plus distincte, longue d'un pouce et demi et large d'une ligne et demie. En se représentant 
chacun des doigts partagé dans sa largeur en trois parties, on trouve, environ au ]nemier tiers, l'on- 
gle qui est d'une couleur noire, large seulement de deux lignes, long d'un pouce, peu ( (jurbè et ne 
dépassant pas de beaucoup l'extrémité du pied. Ces ongles sont en sillon à leur suil'ace intérieure. 



270 iiisToiiiK NATi iii:i,i,i;. 

non |i(iinlllN, l't les deux ilriiiicrs muiI plus i;ippi'Oclii's (juc les iiiilirs. l.c Ijoiil .iiili'iiriir di's jiii'ds. 
qui poi'lc los cinq oni;h's, csl assez mince, (Xininie tranclunit, ei s'étend sans division en iiyne 
droite. L'animal, en se reposant, applique ses pieds fortement contre le corps, en arrière; mais, lors- 
qu'il se traîne, l'avant-bras est en direction presque verticale, et la main en lit(ne tout à fait perpen- 
diculaire avec le cor|)s; l'angle de rarticulation devient alors sensihle, comme dans une tiiain sur la 
panme de laquelle on s'appuie; car c'est dans Fusagc des pattes de devant que consiste le princi|)al 
avantage de l'animal pour s'avancer sur la terre en s'a|ipuyant dessus, et en traînant après lui le 
corps autant qu'il le peut. Hermann a vu aussi, à différentes reprises, que l'animal, par une tlexion 
tout à fait opposée, s'appuyait sur le dos de la main, tantôt d'un coie seidenient, tantôt des deux cô- 
tés à la fois. Il peut aussi porter la patte antérieure en avant, cl on a vu qu'il la passait sur le nez, 
qu'il .s'en servait pour se frotter et se parer. 

« Le coips, comme dans tous les Phoques, diminue de grosseur, et se termine en pieds de der- 
rière, sans marquer une hanche ou des cuisses. Dans quelques altitudes et mouvements seulement de 
l'animal, on peut observer sous la peau quelque peu de l'articulation de la cuisse. Les pieds de der- 
rière sont beaucoup plus grands et plus larges que ceux de devant, et d'une tout autj'e structure. 
Dans l'état de repos, ils sont comme une main placée sur la paume ou sur la surface inférieure, la 
pronation étant la position la jilus naturelle aussi dans la main. C'est ainsi que les deux' pieds se 
(■roiseiit, le droit se couchant à demi sur le gauche. Dans cette position, on ne peut pas les étendre ai- 
sément et leur donner la forme d'une large nageoire caudale de Poisson; il fiut cplier en arrière ou 
en dehors un pied après l'autre, ou il faut les porter dans la supination; mais, comme cette attitude 
est forcée, les pieds se retournent pour ainsi dire d'eux-mêmes, et vers le dedans; le doigt, qui dans la 
pronation se trouve être l'intérieur, est un peu plus gros et plus large que l'extérieur, mais tous deux 
sont très-comprimés ou aplatis, et beaucoup plus larges cpie les trois autres, qui sont ronds, comme 
le sont oi'dinairenient les doigts, et dont celui du milieu est le plus mince; ces doigts sont réunis par 
une peau très-souple, ([uoique épaisse, de sorte qu'ils se laissent beaucoup écarter entre eux et éten- 
dre; mais, en se repliant, ils présentent une particularité qui n'a^été observée nulle part; c'est qu'on 
compte bien cinq doigts du côté extérieur, mais seulement quatre à l'intérieur; qu'il y a par consé- 
quent au dehors qnatr(î intervalles ou rainures, à l'inièrienr, au contraire, seulement trois; ceci vient 
de ce que les doigts ne se trouvent pas tous dans le même plan, mais que le second et le quatrième 
se touchent presque, et sont séparés à l'intérieur par celle des trois rainures qui csl au milieu; que 
du côté extérieur, au contraire, le doigt du milieu, qui est le plus mince, est placé sur l'intervalle 
entre le second elle quatrième doigts, par conséquent hors du ]dan dans lequel sont situés les autres 
doigts; les trois doigts intérieurs étant d'ailli-urs plus courts que les antres, (iette organisation et cet 
arrangement donnent au bord postérieurdu pied une forme semi lunaire; la peau est encore déchirée 
irrégulièrement en quelques lobes sur ce même bord postérieur, ce qui peut bien être accidentel et 
provenir de ce que, dans des mouvements violents, l'animal déchire celte peau sur des rochers tran- 
chants. Dans ce Phoque, il n'y a pas d'ongles; il ne se trouve au milieu des doigts, à la face exté- 
rieure, qu'une rainure courte, à l'extrémité de laquelle, vers la partie antérieure, est placé un petit 
cartilage arrondi, comme le rudiinent ou le commencement d'un ongle; ce cartilage est encore telle- 
ment confondu avec le reste, qu'on ne l'observe que difficilement, et ((u'il n'existe pas sur tous les 
doigts. Les pieds de derrière, en les étendant, sont plus de la moitié plus larges an bord postérieur 
que lorsqu'ils sont plissés. Dans ce dernier état, les doigts ne sont séparés cidre eux que par uiu' can- 
nelure on rainure étroite, large environ de deux lignes, et la peau qui les réunit est cachée du côté 
intérieur et roidée en plis; les deux rainures qui, du côté extérieur, séparent le doigt du milieu du 
second et du quatiième, montent d'un demi-pouce plus haut, vers la jambe, que les deux antres. A 
la face inférieure des pieds de derrière se trouvent encore i\vu\ plis ou bourrelets élevés, qui vont 
en direction obli(iin' vci's le milieu de cette surface, où ils aboutissent en un angle aigu et se termi- 
nent insensiblement en pointe; l'un de ces bourrelets desi'cnd obliquement du bord des pieds, et 
s'étend un iien au delà de la base du pli le plus extrême; l'antre est coiivcrgeiit avec le piemicr. et 
s'éteml jiisipu' vers l'intervalle mitoyen des jilis. 

« lùilre les pieds se présente la (|iieue, longue d'un dcnii-picd, mais assez large, immobile et ob- 
tuse. diiiN plis vont (le clia(pie lôte de la base obliquement en arrière et en dehors; elle n'est pas 
cnlirrcinenl "-eiiMice des pieds. 





Pio. 2. — Viven Abyssinica 



IM, 5ïi. 



CARNASSŒRS. 271 

« Ce Pliii(|iie a l'ié VII à Sli'asljiiiiry, en oi'iolire cl en iiovi'nibre 1778. dans uni' caisse de buis qirnii 
reni|iiissail d'eau Irenipée d'une bonne ée.neMede sel, à la banlenrd'nii pied à un jiied 1 1 demi, vei's les 
dix à onze heures du malin. Un laissait écouler l'eau vers la nuit, et on plaçait dans la caisse des nalles 
de jonc sur lesquelles l'animal dormait couelié sur le côté. Son sommeil était très-léger, et le moindre 
sifllement du conducteur, ou une mouche qui se plaçait sur lui, était capable de réveiller. Il dormait 
environ cinq heures de suite, et ronflait forlement : il bâillait en se réveillant. On ne le nourrissait 
que de Poissons, dont on disait qu'il mani,'eail par jour jusqu'à quatorze livres. On voulait persuader 
aux spectateurs qu'il ne mangeait que des .Vnguilles, des Truites et d'autres bons Poissons, pour re- 
lever le prix et les grandes dépenses de l'animal. On lui donnait, en effet, pendant le jour, quelques 
.\nguilles ou des Carpes vivantes, lorsque les spectateurs les payaient à part: mais on lui faisait jirendre, 
le matin, du Poisson blanc commun, et ordinairement des Poissons morts et d'autres très peiiis, qu'il 
mangeait du meilleur appétit. Il les prenait ou des mains de son conducteur ou des spectateurs, ou 
hors d'un baquet d'eau, ou très-adroitement dans l'eau de sa caisse. 11 les attrapait toujours par la 
tête, les écaehait et les secouait à quelques reprises dans l'eau, en séparait les intestins, et les ava- 
lait ensuite en entier, il ne peut pas manger hors de l'eau; c'est pourquoi il a jeûné, au commence- 
ment, pendant plusieurs jours, avant ([u'un eût appris à lui présenter les Poissons dans une cuve 
remplie d'eau, pai-ce qu'on le conduisait toujours à sec dans une voiture particulière. Si l'on en croit 
les personnes qui le montraient, il n'a, une fois, rien eu à manger pendant cinq jours, et une autre 
fois, pendant huit jours, il a manqué de Poisson; au commencement même, lorsqu'il a été pris, il n'a 
rien mangé, de chagrin, dit-on, pendant une quinzaine de jours. On ne lui donnait pas de chair de 
Mammifères, parce que, selon le conducteur, un pareil animal, dont le propriétaire avait voulu user 
d'économie, était mort à Montpellier pour avoir mangé de la viande. Buffon dit, d'après la plupart 
des historiens des Phoques, et encore, après lui, Pernetti, que les Phoques mangent aussi des her- 
bes. Bellon raconte qu'ils font même du tort aux fruits des vergers et des vignes, ce qui est difficile ;\ 
croire, puisque le nôtre, au moins, n'a pas pu manger hors de l'eau. Mais on ne sait où le conduc- 
teur a appris que celui-ci, dans l'elat de liberté, se nourrit aussi d'une plante marine qui, selon lui, 
a des feuilles semblables aux œillets, et qu'il a appelée, en italien, garofalo (vraisemblablement une 
espèce de fucus). Ilermann a vu seulement qu'il n'avait pas touché aux laitues et aux chicorées qu'on 
lui avait jetées, et qu'il les laissait flotter dans l'eau : peut-être, dit-il, en est-il autrement avec les 
fucus ou autres plantes marines. Cependant, les habitants des côtes de la Dalmatie assurent formel- 
lement que les Phoques viennent à teire pendant la nuit, pour sucer les raisins mûrs de vignes. 

( Le Phoque moine ne boit autrement, selon le rapport du conducteur, qu'en avalant avec les Pois- 
sons une petite quantité d'eau. 11 avait perdu, pendant le voyage, ;'i ce qu'on disait, plus de cinquante 
livres de son poids, ayant pesé auparavant neuf quintaux d'Allemagne. 11 avait grandi d'un pied de- 
puis qu'on l'avait pris, (;'est-à-dire dans l'espace d'un an. Toutes les fois que ce Phoque rendait ses 
excréments, étant hors de l'eau, ils étaient liquides, d'un brun jaun;itre; il en rendait peu à la fois, 
et ils n'ont pas paru être très-puants. Au rapport du conducteur, ils sont quelquefois plus solides et 
semblables aux excréments humains. L'urine, qu'il lâchait fréquemment, paraissait répandre une 
odeur plus forte et désagréable. D'ailleurs, l'animal ne puait pas, car on le tenait très-proprement. 

« Sa voix était courte et semblable à celle d'un Chien enroué, sonnant à peu près comme va, va; 
quelquefois elle était un peu hurlante et plaintive, mais peu forte. Personne ne .pouvait l'engagera 
faire entendre sa voix, si ce n'était son conducteur; et, selon lui, l'animal savait pai'lcr, répétant ces 
mots ; pa])a, maman, qu'il lui disait, ou il rapportait que sa voix prononçait le mot oui, lorsqu'il lui 
demandait s'il avait faim ou s'il avait trouvé bon le Poisson. 11 était, d'ailleurs, très-attaché à son 
maître; il le cherchait et le suivait partout où il l'apercevait. Peut-être l'habit rouge du maître y a-t il 
contribué en quelque chose; mais il était aussi très-obéissant à un autre conducteur habillé en gris, 
qui le commandait quelquefois. 11 était en général très-apprivoisé; il se laissait toucher et caresser, et 
Ilermannn pon\ait prendre sans peine la plupart de ses dimensions avec une licclle ou une bande de 
parchemin, en se promenant tout autour de sa caisse étant alors à sec. 11 n'était de mauvaise humeur 
que lorsqu'on prenait quelques dimensions de sa tête, en se soulevant alors avec quelque grogne- 
ment. Mais d'auti'es fois il supportait facilement qu'avec une petite bande de jiapier roide on lui tou- 
chât par derrière entre les deux yeux; il les fermait â demi pendant celle opération, ou lorsqu'on 
tendait un lil d'une partie de la têle à une autre. Il a fallu sans doute que la voix et le secours du 



272 HISTOIRE NATURELLE. 

conducleiir y coiiliibiiMssi'iit pùiii' quelque chose Ce qu'il snppoi'la le moins, ce lut île lui toucluM- I" 
ventre ou les pieds de denièrc, où il ne pouvait voii' ce qui se passait; il prenait alors de suite urie 
autre attitude, ou il faisait au moins un mouvement. Il se roulait ou se tournait sur le ilos, aux pa- 
roles de sou maître, tant à sec que dans l'eau, et cela à différentes reprises; il lui pi'ésenlait l'une et 
l'autre de ses pattes de devant, étant alors couché sur le dos; il lui prenait de la bouche la baguette 
avec la gueule; il se laissait arracher des poils, ouvrir la bouche et y mettre le poing, avec cette 
précaution, cependant, de la part de l'homme, de ne mettre la main que sous la lèvre supérieure 
épaisse. Aussi le maître portait-il plusieurs cicati'ices des plaies reçues au commencement. Il était 
très-sensible au froid, à ce que le conducteur disait : Buffon le nie, et il semble cependant, en effet, 
que la grande quantité de lard doit garantir assez ces Phoques du froid. Il n'aimait pas les Chiens; 
si on lui en présentait, il criait, et les hajipait avec ronflement; il tidia une fois d'en chasser un par 
un (•laquemenl de dents. 

« Sa manière ordinaire de se reposer était de se coucher avec la tète étendue toute droite, quand 
il n'y avait pas encore d'eau dans sa caisse, ou s'il n'y en avait pas assez pour lui passer par-dessus 
les narines. Dans cette position, oij il fallait qu'il levât les yeux pour voir ce qui se passait autour de 
lui, il avait l'air d'être plus méchant qu'il ne l'était en efl'et, surtout lorsqu'il ouvrait les narines. En 
prenant ensemble ses traits et ses actions, on trouvait en lui un animal doux, d'un air peu farouche, 
mais néanmoins pas tout à fait amical; qui dans son attitude ordinaire observait ce qui se passait au- 
tour de lui, sans soupçon et avec un regard sans crainte, et dont l'état habituel de repos, auquel le 
contraignaient sa corpulence et sa graisse, contrastait fortement avec cette attitude, où il levait la 
pai'lie antérieure du corps, et présentait une belle poitrine large, avec une tête assez bien faite, et 
des yeux assez vifs. Il prenait surtout cette dernière attitude quand on lui présentait un Poisson; il 
se dres.sait alors autant qu'il le pouvait, en .s'appuyant sur ses pattes de devant, et ne détournant pas 
les yeux de sa future proie. Dans cette attitude on lepouvait certainement nommer un bel animal. La 
docilité et la curiosité des Phoques a déjfi été remarquée par d'autres. On a cité plus haut des exemples 
de la première, qui prouvent que notre espèce n'en manque pas; mais elle ne manque pas non plus 
de la dernière. Plusieurs fois le jour, l'individu que nous décrivons, passant par-dessus le bord de sa 
caisse, en s'aidant avec le cou et les pattes de devant, se mettait en observation et regardait ainsi 
les spectateurs, se laissant regarder et toucher sans donner aucune marque de crainte Dans cette 
attitude, il ne ressemblait pas mal, par derrière, à un moine vêtu en noir, en ce que sa tête, lisse et 
ronde, représentait une tête d'homme affublée d'un capuchon; et ses épaules, avec les pieds courts 
et tendus, imitaient deux coudes, s'avançant sous un scapulaire, d'où descendait un froc long, noir, 
non plissé. 

'( Ce Phoque avait été pris dans l'automne de 1777, dans la merdela Dalmalie, sur l'Ile d'Osero, avec 
un autre de la même espèce. Il appartenait à une société de Vénitiens, qui l'ont conduit et montré dans 
plusieurs pays, et qui l'ont fait voir à Strasbourg à la lin d'octobre et au commencement de novembre 
1778. Sur leur route pour Paris, où ils pensaient l'offrir au roi, ils disaient avoir gagné, dans l'espace 
d'un an, plus de dix mille livres, déduction faite de frais considérables de transport. Une autre so- 
ciété, associée à celle-ci, conduisait l'autre individu par une autre route, dans une grande cuve garnie 
de cercles. Hermann ne l'a pas vu lors de son passage par Strasbourg pour la Suisse, le 2 novembre; 
mais un des propriétaires lui a assuré que c'était aussi un mâle, qu'il était d'un pied environ plus 
court et de moitié moins gros de corps que l'autre; qu'il n'avait pas de tache blanche au ventre. Il a 
raconté aussi qu'un vieux pécheur avait observé au rivage le plus grand individu garni de la tache 
pendant plusieurs années, et qu'il l'avait reconnu par la même tache lorsqu'il avait été pris. Il en 
concluait qu'il était déjà vieux. Les dents noiiâtres, qui paraissaient usées, le pourraient peut-être 
confirmer. Mais connnent cela .s'accorderail-il alors avec un accroissement si considérable, qu'on di- 
sait être d'un pied dans l'espace d'une année"? L'un ou l'autre fait paraît être faux. 

« Selon lun des propriétaires, on voit ces Phoques sur les rochers escarpés, inaccessibles, où ils 
dorment à l'air, en été; mais, en hiver, ils dorment dans des cavernes, dont l'entrée est sous l'eau. 
Mais c'est particulièrement Deben, cité par Pontoppidan, qui dit que les Phoques aiment à se tenir 
dans de telles cavernes inaccessibles, dont l'entrée se trouve sous l'eau, et qu'on appelle liciuçc-lalcr 
dans l'île de Keroë. Le hurlement des Phoques, qu'on entendait sortir la nuit de ces cavernes, a causé 
une grande frayeur à Tournefort. Les matelots ont assuré que les Phoques faisaient entendre ces hur- 



CARNASSIERS. 277. 

lemeiils peiiJaiil leurs amours et leur accuuclicmeiil; et Touriieruri observe, à eette occasion, ([ue les 
commentateurs île l'iine ne sont pas iraccoril sur ce passage, s'ils le faisaient en dormant ou en veil 
iant. » 

A ces détails sur le Plioque moine mâle, donnes parUermann, nous ajouterons les différences prin- 
cipales observées par Fr. Cuvier sur la femelle qui vivait à Paris il y a une vingtaine d'années, et dont 
les habitudes, dans son état d'esclavage, étaient absolument les mêmes que celle du Phoque mâle. La 
longueur de cette femelle était d'environ 5"', depuis le bout du museau jusqu'à l'extrémité des pieas 
de derrière. Ses formes étaient absolument semblables à celles du Veau marin. Sa couleur, dans l'eau, 
était noire sur le dos, sur la tête, sur la queue et sur la partie supérieure des pattes; le ventre, la poi- 
trine, le dessous du cou, de la queue et des pattes, le museau et les cùtés de la tête, ainsi que le 
dessus des yeux présentaient une coloration d'un blanc gris jaunâtre. Lorsque l'animal était à sec, les 
parties noires étaient beaucoup moins foncées, et les parties blanches plus jaunâtres. Les pieds de 
derrière avaient cinq doigts armés d'ongles, etc. Les organes de la génération paraissaient très-peu 
développés; la vulve ne consistait que dans une ouverture longitudinale, et les mamelles, au nombre 
de quatre, étaient disposées autour du nombril, à peu près à égale distance l'une de l'autre, et elles 
étaient cachées dans de légers enfoncements dégarnis de poil. Sa voix était un cri aigu et fort, qui 
sortait du fond du gosier et qui ne variait que par le ton. Elle avait, au contraire du mile, une 
grande propension au sommeil, et, durant son sommeil, on la voyait souvent rester dans l'eau an 
fond de sa caisse, et par conséquent sans respirer, pendant une heure entière. Elle avait beaucoup 
d'attachement pour son maître. 

Enfin, nous rapporterons que M. Roitard dit qu'il en a vu un individu qui vivait depuis deux ans en 
serviluile, et qui paraissait ne regretter nullement sa liberté. Il avait de 2'",2ô0 à 2°, 550 de lon- 
gueur totale; on le nourrissait exclusivement de Poissons, qu'il mangeait toujours au fond de l'eau 
du cuvier où on le tenait le jour. Plusieurs fois son maître l'a lâché dans des étangs, et même de 
grandes rivières, telles que la Saône, par exemple, et il revenait aussitôt qu'il l'appelait en sifflant. 

De Rlainville semble penser que c'est cette espèce que les anciens connaissaient et qu'ils ont indi- 
quée sous la dénomination de Plioqiw, devenue plus générale depuis : à ce sujet, qu'il nous soit per- 
mis de rapporter le passage suivant de VOsléograpliie : « Les premières notions que la tradition 
nous a laissées des Phoques se trouvent dans les écrits des poètes et des mythographes grecs, lors- 
qu'ils nous ont représenté, d'après Homère, le vieux Protée au service de Neptune et gardant des 
troupeaux de Phoques au milieu desquels il sortait sur le rivage pour se livrer an repos. Cette fabli' 
ou mythe, dont on voit l'origine dans les poésies orphiques, fut ensuite mêlée à l'histoire de la 
guerre de Troie, par Hérodote, et même à celle d'Hercule, mais sans qu'on puisse y entrevoir rien 
autre chose que Protée était sans doute quelque chef de peuplade habitant des rivages de la mer as- 
sez tranquilles pour que les Phoques s'y retirassent en nombre considérable, comme c'est aujourd'hui 
dans les habitudes de ces animaux. En effet, Pharos, que l'on dit le siège du royaume de Protée. 
était une île située vers l'embouchure du Nil, ou peut-être mieux encore dans la mer Adriatique, île 
nommée aujourd'hui Lyssa, l'une de celles où l'on trouve encore de nos jours la seule espèce de Pho- 
que de la Méditerranée, le Pelaglus inonachus d'Hermann. 

« Cette opinion ne pourrait-elle pas être, jusqu'à un certain point, corroborée par l'observation 
que la Phocidi', d'où sortirent les deux colonies de Phocéens : l'une, qui fonda la ville de Phucée. en 
lonie, sur la côte de l'Asie Mineure; l'autre, la ville de Marseille, dans les Gaules, s'étendait jusque 
sur les côtes de la mer, vers l'entrée du golfe .Adriatique, et que ce rivage était peut-être fréquente 
par les Phoques? Toutefois, il est juste d'avertir qn'aïuune de ces villes, dont le nom tenait plus ou 
moins de celui de Phoca, n'a jamais représenté un de ces animaux sur ses médailles. » 



274 IIISTOIKE NATUHKM.F:. 



o""- GENRE. — STEMMATOPE. STEMMATOPUS. Vv. Cuvier, 182i5. 

Diclionnaire dos Sciences naturelles, t. XXXIX. 
STEL/,j/-a, couronne; tcttc:, front. 

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Siistèmi' (Icnlnlrc : incisives, |; canines, Jz{; molaires, |^|; en tolalilé treulc dents; molaires 
striées à leur couronne, peu sorties de la (jcncivc, cl a racines composées, courtes, larcies. 
Tête surmontée d'un organe particulier en forme de sac dilatable. 
Museau étroit, obtus. 
Crime développé. 

Ces Phocidés semblent s'éloiper loiit à fait de.s types dont nous venons d'exposer les carac- 
tères, et ont tous la tête ou les parties voisines surmontées d'un organe particulier dont la nature 
n'est pas connue, et c'est à ce caractère que Fr. Cuvier a fait allusion lorsqu'il a forme ce groupe gé- 
nérique aux dépens des Phoques, et qu'il l'a nommé Stemmatope. Les dents sontau nombre de trente : 
seize à la mâchoire supérieure et quatorze seulement à l'inférieure. Supérieurement, la première in- 
cisive est de plus de moitié plus petite que la seconde, et elles ont l'une et l'autre la forme de la ca- 
nine. Celle-ci est forte et assez semblable à celle des autres Phoques. Des molaires qui viennent im- 
médiatement après la canine, la première est la plus petite, mais elle a la même forme que les au- 
tres, lesquelles sont principalement remarquables par les stries qui partent du col de la racine et 
qui viennent se réunir ;"i la pointe de la couronne; les plus profondes sont à la face interne, où l'on 
en voit surtout deux; ces .sillons divisent légèrement les bords de la dent, particulièrement la po.sté- 
rieure, qui l'est d'ailleurs plus profondément encore que l'autre par une échancrurc; la dernière 
molaire paraît avoir deux échancrures au lieu d'une sur son bord postérieur. Inférieurement, l'inci- 
sive est petite et rudimentaire. La canine ne présente aucun caractère particulier, et les molaires 
sont tout à fait semblables à celles de la mâchoire opposée, seulement un peu plus divisées sur leurs 
bords antérieurs; en général, elles ont toutes leur partie moyenne très-mousse. Dans leur action ré- 
ciproque, les incisives moyennes paraissent être sans emploi; la seconde supérieure fait l'effet de 
canine sur la partie antérieure de la canine inférieure, et les molaires inférieures passent en dedans 
des supérieures, de manière qu'elles sont dans les mêmes relations que les molaires des Pelages. Le 
museau est étroit et obtus, et la capacité cérébrale assez étendue. On ne connaît rien, ou â peu près, 
sur les autres parties de l'organisation; seulement Fr. Cuvier a pu voir qu'il n'y avait aucune trace 
d'oreille externe, que la langue était douce et échaucrée, et que les doigts étaient garnis d'ongles au 
delà desquels s'étendait la membrane natatoire. 

La seule espèce qui entre dans ce genre est le : 



STEMMATOPE A CAPUCHON. STEMMATOPVS cmSTATVS G. Cuvier. 

CARACTiiitEs SPÉCIFIQUES. — Pclagc loug, làineux près de la peau, entièrement blanc dans le jeune 
âge, d'un gris brun en dessus et d'un blanc d'argent en dessous; à l'âge adulte, il est quelquefois 
parsemé de taches grises. Longueur totale des individus adultes variant entre '2", 55 et 2°',C0. 

Cette espèce est le Phoque a CArucuo.N de G. Cuvier; vulgairement on l'indique sous le nom de Ca- 
pucin; les Groënlandais le nomment Nesaursalik et Kakortak, et il a successivement reçu des natura- 
listes les noms de Plioca cristata, Gmelin , Erxleben; Plioca Iconina , Olhon Fabricius; Plioca 
mitrala, Camper ; Sienimaiopus cristatus, Fr. Cuvier ; Plwca cucullala, Boddaèrt, et enfin M. Nil- 
son (Shandia fnuna, 1820) avait cru devoir en distinguer une espèce parliculiére â In Scandinavie â 




Kig 1. — Hei'pesles Badius. 




i'i';. 2. — Furet de .lava. 



PI. .-.0, 



CARNASSIERS 



'i7î 



laquelle il appliquait la déiioiiiinatiuii yéiuiiciut' île Cijstuphorc (x'joti;, vessie; çs^m, je poilei et celle 
spécifique de Borealis. 

Cette espèce est surtout remarquable par l'espèce de sac globuleux dont la tète est £;arnie à sou 
sommet chez les mâles, et dont sont privées les femelles. Ce sac est susceptible de se gonfler par l'ac- 
cumulation de l'air; il paraît même communiquer avec les narines et avoir une certaine mobilité au 
moyen de laquelle il se porte plus ou moins en avant sur le museau; il paraît aussi être pourvu de 
muscles particuliers qui modifient sa forme. Quel est son objet? quel est fustige que l'animal en fait! 
C'est a quoi il serait difficile de répondre; mais au moins c'est un organe fort singulier et qui méri- 
terait qu'on en fit une étude toute spéciale. Les moustaches sont grêles, annelées, aplaties et obtuses 
au sommet; l'iris est fauve. Le corps est allongé, à peu prés conique, revêtu de longs poils, droits, 
au milieu d'une bourre laineuse; la couleur du pelage varie suivant les âges; elle est communément 
d'un gris brun supérieurement, et d'un blanc argenté inférieurement; l'individu décrit par l>ekai était 
parsemé de taches grises ; les jeunes sont entièrement blancs, et les vieux ont la tête et les pieds 
noirs. 




:if m\ ^ , I 




Fig. 124. — Slcnimatopo à capuchon. 



Ce Choque se présente sur les cotes du Groenland dans les mois d'avril, de mai et do juin, époque 
à laquelle, d'après Othon Fabricius, il se rend à terre. Selon Craulzius, il se trouve très-abondam- 
ment au aétroit de Davis; il y fait régulièrement deux voyages par an, et y réside depuis le mois de 
•septembre jusqu'au mois de mars; il en sort alors pour aller faire ses petits â terre, et revient avec 
eux au mois de juin, fort maigre et fort épuisé. Il en part une seconde fois en juillet, pour aller plus 
au nord, où il trouve probablement une nourriture plus abondante; car il revient fort gras en sep- 
tembre. Sa maigreur, dans les mois de mai et juin, semble indiquer que c'est alors pour lui la saison 
des amours, et que dans ce temps il oublie de manger, comme les Ours et les Lions marins. Il vit 
aussi sur les côtes septentrionales de l'Amérique, si réellement, ainsi que cela est généralement ad- 
mis, le Pboca mitrata. Camper, est le même que le Plioca cristata, Oihon Fabricius. 



'j7G IIISTOIItl'; NATURKLLK. 

Un brigadier des douanes en retraite a pris, auprès de i'ile d'Oleron, sur les côtes de Franee, uu 
individu mile du PnoorE a CAricnoN iPlwca crislala). qui llollait sur l'eau et qu'il avait pu liarpon- 
ner. et il est venu le vendre à la Ménayeiie du Muséum de l'aris, où il est mort prescjue immédiate- 
ment le 2 août 1845. Cette espèce est rare sur nos côtes et ne peut guère s'y trouver que lorsqu'elle 
est chassée par de grandes tempêtes des mers du Nord, qu'elle habite de préférence à toutes autres. 
Les caractères que cet individu, qui était jeune, présentait étaient les suivants : couleur du dos et 
de la face supérieure des pattes, ainsi que de la télé, bien tranchée, gris ou lileuûtrc clair pendant 
la dessiccation, et brun d'ardoise pendant que l'animal est mouillé; poils li.sses, très-couchés, et 
surface du corps comme cannelée tant que le Phoque est mouillé, se redressant peu à peu et prenant 
une teinte plus claire à mesure qu'ils se dessèchent. La tête est large; les yeux grands; les oreilles 
peu reculées, sans trou d'oreille externe apparent; le nez à nariiu's fendues en croissant et busqué en 
dessus; les moustaches sont peu annclees, a grandes soies blanches, les plus petites noirâtres. Les 
ongles sont blanch.'itres. Longueur du corps, du bout du nez à l'extrémilé de la queue, 1"',M5; de 
l'extrémité de la queue ù l'anus. 0",10; longueur de la palle aniérieure, 0'".20; de la patte posté- 
rieure, 0'",25. La peau de ce Mammifère a été montée pour les galeries de Zoologie du Muséum, 
et le squelette a été préparé pour les galeries d'Anatomie comparée. 

Le Phoque à capuchon vit de Poissons; il est polygame; la femelle ne pioduit qu'un seul pctil, 
qu'elle dépose sur la glace dès le mois d'avril. Ses chairs, son lard et ses tendons sont utilises par 
lestrH'oënlandais, qui se vêtissent aussi de sa peau; ses membranes et ses intestins servent :\ fiibriquer 
des sortes de vitres et des cordages pour les pirogues; mais c'est surtout pour son lai'd qu'on le re- 
cherche. 



6"" GKMK. - MACRORIIIN. MACBOBHINUS. Fr. Cuviei, 1826. 

liicliiiiiii;iiii' lies Sciences naluiclli's. I. XXXIN. 
Ma/.pc;, long; piv, nez. 

CVRACTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Sii.flniic dculaiir : incisives, i. canines. \^\ ; molaires, f-I,^, en tolalilé Iroilc ilcnis; les incisives 
soin evoeliucs comme les canines, muis plus pelites qu'elles; les canines sont, an contraire, ])his 
fortes, arquées, saillantes, hors des lèvres: molaires h couronnes iniilanl un mamelon pédicule, el à 
racines plus larges que les couronnes. 

Mille pouvant prolonger son museau par une sorte d'érection en une e.tpcee de trompe, à l'e.rtré- 
mité de laquelle .se trouvent les narines. 

Le type et espèce unique de ce genre, qui nous est donné par le Phoque à trompe, s'éloigne encore 
plus que celui des Stemniatopes des premiers groupes que nous avons fait connaître; les formes de la 
tête n'ont plus que des rapports si faibles avec les formes des têtes des autres Phocidés, qu'on peut 
à peine retrouver dans les unes quelques traces des autres, et des différences non moins grandes 
sont présentées par les dents, qui sont au nombre de trente : seize supérieurement et quatorze infe- 
rieurement. A la mâchoire supérieure, la première incisive est de moitié plus petite que la seconde, 
et toutes deux paraissent avoir les formes de la canine; celle-ci est d'une force extraordinaire, sur- 
tout par l'épaisseur de sa face; les molaires sont incontestablement ù racines simples, les alvéoles en 
sont la preuve, el la couronne esta maniclon. A la mflchoire inférieure, l'incisive de chaque maxillaire 
ne laisse d'autres traces qu'un creux lai'ge et peu profond, ipii contenait une racine simple, coni(pie. 
La canine est plus longue et non moins forte que celle de la mâchoire supérieure, et, ce qui la rend 
très-remarquable, c'est qu'elle constitue une véritable défense, qu'elle est entièrement creuse et que 
la capsule dentaire reste tout ;i fait libre usa base. Les cin<[ molaires qui suivent se ressemblent ab- 
solument, le collet de la racine est très-large, et la ronronne ipii naît de ce collet est semblable ;'i un 
petit mamelon oblus, qui parait élre le diminutif de celui des mohiii-es des Sleiiiiiialii|ics. 



CARNASSIERS. 



277 



Ce genre correspond à eelui des Minoucv (tiré du iioin vulgaire de l'espèce typique) de Gray, 
et probablement à celui des lîli'uwplioca (ai, nez; Plioca. Plioque) de Wagler (Sijst. tlcr Amphib., 
18")û), et il a pour type le Piioque ii inmipe, espèce aujourd'hui bien connue, et h laquelle on a joint 
trois ou quatre Pliocidès que l'on regarde comme devant former des espèces particulières, mais qui ne 
sont pas suflisammeni connus. Ces espèces sont: 




Kig. 125. — Macrorliiii à Irompi'. 



I MACROI^HIN A TROMPE. MACnORHlMiS l'ItOBOSriDEVS. Fr. Cuvicr 



CAnACTtnES SPÉCIFIQUES. — Pelage sale, grisâtre ou d'un gris bleuâtre, quelquefois d'un brun iioi- 
rûtre, rude et grossier; yeu\ très-grands, proéminents; poils des moustaches rudes, contournés en 
spirales; ongles des mains très-petits; queue courte, très-apparente. Les mâles ont un prolongement 
tout particulier du nez, en forme de trompe membraneuse et érectile, molle, élastique, riilée, longue 
quelquefois de 0™,50 et ayant beaucoup d'analogie avec cette longue crête qui pend sur h: bec d'un 
Coq d'Inde; cette trompe manque ;'i la femelle et aux jeunes avant l'âge adulte, et même probable- 
ment au mâle lorsque la saison des amours est passée. Il atteint jusqu'à 8 à 10'" de longueur. 

Cette espèce est vulgairement connue sous le nom de PnogcE ,\ tromi'e, Pérou; c'est le Lion jiaiUiN 
de Coxe, le Lion de jiEn d'Anson, le Lame de Molina, le Phoque a museau ridé de Forster, I'Ei.éphant 
MARIN, probablement le Puoque de l'île Saim-Paul ou Plioca Coxii, A. G. Desmarest; les na- 
turalistes ont pendant longtemps mal connu ce Phoque, et c'est pour cela qu'ils lui ont ai)pliqué un 
grand nombre de dénominations latines telles que celles de : Plioca Iconina, Linné; Miroiuja pro- 
boscicka, Grav; Macroiliiuus piobosc'idciis. Fr. Cuvier. Enfin c'est le Mjocrouu des liabilanls des 
côtes baignées par la mer où vit cet animal. 

Ce grand Phocidé, successivement observé à l'île de Juan-Fernandez, sur l'ile Gcorgia, aux îles 
Maurice, de Nassau, par Roggers, Anson, Perneiti, Cook, Forster, Bernard Pendorf, Bougainville, 
liyron, etc., avait toujours été mal décrit, et surtout mal figuré. C'est à Péron et Lesiieiir que nous 
devons enfin la connaissance â peu près exacte de la forme et des mn^iirs de cet animal, qu'ils ont 
rencontré en grande abondance sur les lies du détruit de llass, qui sépare la terre de Vau-Uiemeii di' 



278 HISTOIRE NATURELLE. 

la Nouvelle-Hollande. Nous suivrons ces naturalistes clans la description qu'ils en donnent, tout en 
faisant remarquer que leur récit semble toutefois, en beaucoup de points, n'être qu'une compilation 
de ceux d'Anson, de Pernetti et de Rosgers. 

Pérou et Lesueur rejettent la dénomination de Lion marin appliquée au Phoque à trompe, parce 
qu'elle a déjà été employée pour désigner un Mammifère de la même famille auquel elle convient da- 
vantage, et d'autres auxquels elle ne convient pas du tout. Us rejettent aussi celle d'Éléphant marin, 
qui est donnée au même animal par les pécheurs anglais de la Nouvelle-Hollande, parce qu'elle a été 
déjà consacrée au Morse, et ils adoptent celle de Phoca pruboscidca, qui rappelle le caractère sin- 
gulier par lequel cette espèce se différencie de toutes celles que l'on a distinguées jusqu'à ce jour. 

i( Des proportions énormes, rapportent nos voyageurs, de vingt, vingt-cinq ou même trente pieds 
de longueur, et de quinze à dix-huit pieds de circonférence; une couleur, tantôt grisâtre, tantôt d'un 
gris bleuâtre, plus rarement d'un brun noirâtre; l'absence des auricules; deux canines inférieures 
longues, fortes, arquées et saillantes; des moustaches formées de poils durs, rudes, très-longs et 
tordus comme une espèce de vis; d'autres poils semblables, placés au-dessus de chaque œil, et tenant 
lieu de sourcils; des yeux extrêmement volumineux et proéminents; des nageoires antérieures fortes 
et vigoureuses, présentant à leur extrémité, tout près du bord postérieur, cinq petits ongles noirâ- 
tres; une queue très-courte, cachée pour ainsi dire entre deux nageoires horizontalement aplaties, et 
plus larges vers leur partie postérieure, tels sont les traits qui distinguent en général le Phoque à 
trompe. Mais un caractère plus particulier se présente dans cette espèce de prolongement du museau, 
ou plutôt des narines, qui a fait imposer à cet Amphibie le nom d'Éléphant marin. Lorsque l'animal 
est en repos, les narines, affaissées et pendantes, lui donnent une face plus large; mais, toutes les 
fois qu'il se relève, qu'il respire fortement, qu'il veut attaquer ou se défendre, elles s'allongent et 
prennent la forme d'un tube de douze pouces de longueur environ; non-seulement alors la partie an- 
térieuie de la tête présente une figure toute différente, mais la nature de la voix en est également 
beaucoup modifiée. Les femelles sont étrangères à cette organisation, elles ont même la lèvre supé- 
rieure légèrement échancrée vers le bord. Les individus de l'un et de l'autre sexe ont le poil extrê- 
mement ras; dans tous, il est d'une qualité trop inférieure pour que leur fourrure puisse rivaliser 
avec celle de la plupart des autres Phocidés antarctiques. 

« Habitant exclusif des régions australes, le Phoque à trompe se complaît particulièrement sur les 
îles désertes, de manière toutefois qu'il semble en affectionner quelques-unes exclusivement aux au- 
tres. Ainsi, dans le même détroit de Bass, qui réunit les îles Furneaux, l'île Clarck, la Préservation, 
les Deux-Sœurs, Waterhouse, l'île Swan, le groupe de Kent, les îlots du Promontoire, l'île King et 
celles du Nouvel-An, à peine en trouve-t-on quelques individus sur les Deux-Sœurs; ils paraissent 
être complètement étrangers à l'île Maria; sur l'île Decrès, on n'a pu voir qu'une seule défense de 
Phoque à trompe; enfin cet Amphibie n'existe pas sur le continent de la Nouvelle-Hollande, non plus 
que sur la terre de Van-Diémen. Les habitants de ces deux dernières régions ne le connaissent que 
par quelques individus que les courants ou les tempêtes repoussent sur leurs rivages. On en observe 
de nombreux troupeaux à la terre de Kerguelin, sur l'île de Georgia et à la terre des États, où les 
Anglais font habituellement la pêche de ces animaux. Ils existent en grand nombre sur l'ile de Juan- 
Fernandez, et on en trouve aux îles Malouines; mais ils sont plus rares sur ce dernier point. Quelle 
que puisse être la raison de cette préférence, qui dépend peut-être de la présence ou de l'absence de 
petites mares d'eau douce, dans lesquelles les Phoques à trompe aiment à se vautrer, il résulte de 
toutes les observations faites jusqu'à ce jour sur cet objet, que ces puissants animaux sont confi- 
nés entre Ti^" et 55" de latitude sud, et qu'ils existent dans l'Océan atlantique et le grand Océan 
austral. 

« Également ennemis d'une chaleur trop forte ou d'un froid trop vif, ils s'avancent avec l'hiver 
de ces parages du sud vers le nord, et retournent avec l'été du nord vers le sud. C'est à la mi-juin 
qu'ils exécutent leur première migration; ils abordent alors, en grande troupe, sur les rivages de 
l'île King; ces rivages en sont quelquefois couverts, disent les pêcheurs anglais. Un mois après leur 
arrivée, les femelles commencent à mettre bas; réunies toutes ensemble sur un point du rivage, elles 
sont environnées par les mâles, qui ne les laissent plus retourner à la mer, et qui n'y retournent plus 
eux-mêmes, non-seulement jusqu'à ce qu'elles se soient délivrées de leur fruit, mais encore pendant 
toute la durée de l'allaitement. Lorsque les mères cherchent à s'éloigner de leurs petits, les mâles les 



CARNASSIERS. _ 279 

repoussent en les mordant. Le travail du part ne dure pas plus de cinq ou six minutes, pendant les. 
quelles les femelles paraissent beaucoup souffrir; dans certains moments, elles poussent de longs 
cris de douleur; elles perdent peu de sang. Durant cette pénible opération, les mâles, étendus autour 
d'elles, les regardent avec indifférence. Les femelles n'ont jamais qu'un petit, et, dans l'espace de 
cinq ou six ans que les pécheurs ont observé ces Phoques sur divers points des régions australes, ils 
n'ont vu qu'un seul exemple de portée double. L'Eléphant marin, en naissant, a quatre à cinq pieds 
de longueur; il pèse environ soixante-dix livres; les mules sont déjik plus gros que les femelles; du 
reste, les proportions relatives des uns et des autres n'offrent pas de différence sensible d'avec celles 
qu'ils doivent avoir un jour. 

« Pour donner à teter à son nourrisson, la mère se tourne sur le côté en lui présentant ses ma- 
melles. L'allaitement dure sept ou huit semaines, pendant lesquelles aucun membre de la famille ne 
mange ni ne descend à la mer. L'accroissement est si prompt, que, dans les huit premiers jours qui 
suivent la naissance, ils gagnent quatre pieds de longueur et cent livres de poids environ. La mère, 
qui ne mange point, maigrit à vue d'œil; on en a même vu périr pendant cet allaitement pénible; 
mais il serait difficile de décider si elles avaient succombé d'épuisement, ou si quelques maladies 
particulières avaient causé leur mort. Au bout de quinze jours, les premières dents paraissent; à qua- 
tre mois, elles sont toutes dehors. Les progressions de l'accroissement sont si rapides, qu'à la fin de 
la troisième année les jeunes Phoques ont atteint à la longueur de dix-huit à vingt-cinq pieds, qui 
est le terme le plus ordinaire de leur grandeur; dès ce moment, ils ne croissent plus qu'en grosseur. 
Lorsque les nourrissons se trouvent ûgés de six à sept semaines, on les conduit à la mer; les rivages 
sontabandonnés pour quelque temps; toute la troupe vogue de concert, si l'on peut s'exprimer ainsi. 
La manière de nager de ces Mammifères est assez lente; ils sont forcés, à des intervalles très-courts, 
de reparaître à la surface de l'eau pour respirer l'air dont ils ont besoin. On observe que les petits, 
lorsqu'ils s'écartent un peu de la bande, sont poursuivis aussitôt par quelques-uns des plus vieux, 
qui les obligent, par leurs morsures, ;i regagner le gros de la famille. Après être demeurés trois se- 
maines ou même un mois à la mer, les Phoques ù trompe reviennent une seconde fuis au rivage; ils y 
sont ramenés par un besoin pressant, celui de la reproduction. Ce n'est qu'à trois ans, lorsque les 
mâles ont pris toute leur croissance, que se développe leur trompe. On peut considérer comme un in- 
dice de puberté, dans ces animaux, l'apparition de ce singulier appendice. 

« Les mâles se disputent la jouissance des femelles; ils se heurtent, ils se battent avec acharne- 
ment, mais toujours individu contre individu. Leur manière de combattre est assez singulière. Les 
deux colosses rivaux se traînent pesamment; ils se joignent et se mettent, pour ainsi dire, museau 
contre museau; ils soulèvent toute la partie antérieure de leur corps sur leurs nageoires; ils ouvrent 
une large gueule; leurs yeux paraissent enflammés de désirs et de fureur; puis, s'entre-choquant de 
toute leur masse, ils retombent l'un sur l'autre, dents contre dents, mâchoire contre mâchoire; ils se 
font réciproquement de larges blessures; quelquefois ils ont les yeux crevés dans cette lutte; plus 
souvent encore ils y perdent leurs défenses; le sang coule abondamment; mais ces opiniâtres adver- 
saires, sans paraître s'en apercevoir, poursuivent le combat jusqu'à l'entier épuisement de leurs for- 
ces. Toutefois, il est rare d'en voir quelques-uns rester sur le champ de bataille, et les blessures 
qu'ils se font, quelque profondes qu'elles soient, se cicatrisent avec une promptitude inconcevable. Pen- 
dant le combat, les femelles restent tranquilles et indifférentes. Elles deviennent la récompense du 
vainqueur, auquel elles se livrent de bonne volonté en se couchant sur le côté à son approche. 

« La durée de la gestation paraît être d'un peu plus de neuf mois, de sorte que les femelles fécon- 
dées vers la fin de septembre commencent à mettre bas, ainsi que nous venons de le dire, vers la 
mi-juillet. Peu après l'accouplement, la chaleur devenant trop forte pour ces animaux dans les îles 
du détroit de Bass, ils reprennent en troupe la route du Sud, pour y demeurer jusqu'à l'époque où le 
retour des frimas doit les ramener sur les rivages alors plus tempérés de ces mêmes îles. 11 reste 
néanmoins un certain nombre d'individus sur l'île King et sur celles du Nouvel-An; mais il est possi- 
ble qu'ils y soient retenus par quelques infirmités, parle manque des forces indispensables pour une 
longue navigation, ou par toute autre indisposition. 

« La plupart des Phoques connus préfèrent les rochers pour leur habitation. Le Phoque à trompe, 
au contraire, se trouve exclusivement sur les plages sablonneuses; il recherche le voisinage de l'eau 
douce, dont il peut se passer, il est vrai, mais dans laquelle les animaux de cette espèce aiment à se 



280 HISTOIRE NATURELLE. 

plongei', et qu'ils pai;iisst'iit Iminer avec plaisir. Ils doniR'iit iiiditlei'emment étendus sur le sable, ou 
flottauls ;\ la surface des mers. Lorsqu'ils sont réunis à terre en grandes troupes pour dormir, un ou 
plusieurs individus veillent consiamment; en cas de danger, ceux-ci donnent l'alarme au reste de la 
band(^; alors tous ensemble s'efforcent de regagner le rivage pour se jeter au milieu des flots protec- 
teurs. Rien n'est plus singulier que leur allure; <t'est une espèce de rampement, dont les nageoires 
antérieures sont les seuls mobiles; et leur corps, dans tous ses mouvements, paraît trembloter, 
comme une énorme vessie pleine de gelée, tant est épaisse la couche de lard huileux qui les enve- 
loppe. Non-seulement leur allure est lente et pénible, mais encore, tous les quinze ou vingt pas, ils 
sont forcés de suspendre leur marche, haletant de fatigue et succombant sous leur propre poids. Si, 
dans le moment de leur fuite, quelqu'un se porte au-devant d'eux, ils .s'arrêtent aussitôt; et si, par 
des coups répétés, on les force à se mouvoir, ils paraissent souffiir beaucoup. Ce qu'il y a de plus 
remarquable dans cette circonstance, c'est que la pupille de leurs yeux, qui, dans l'état ordinaire, est 
d'un vert légèrement bleuâtre, devient alors d'une couleur de sang très-foncée. Malgré cette lenteur 
et cette difficulté de leurs mouvements progressifs, les Phoques à trompe parviennent, sur l'île King, 
à franchir des dunes de sable de quinze à vingt pieds d'élévation, au delà desquelles se trouvent de 
]>etites mares d'eau douce. Ces animaux savent suppléer, par la patience et l'obstination, à tout ce 
qui leur manque d'adresse et d'agilité. 

« Le cri des femelles et des jeunes mules ressemble assez bien au mugissement d'un Bœuf vigou- 
reux; mais, dans les mâles adultes, le prolongement tubuleux des narines donne à leur voix une telle 
inflexion, que le cri de ces derniers a beaucoup de rapport, quant à sa nature, avec le bruit que fait 
un homme en se gargarisant; ce cri rauque et singulier se fait entendre au loin; il porte avec lui 
cpielque chose de sauvage et d'effrayant. Ces animaux sont incommodés par la trop vive ardeur du 
soleil; alors on les voit soulever à diverses reprises, avec leurs larges nageoires antérieures, de gran- 
des quantités de sable humecté par l'eau de la mer, et le jeter sur leur dos jusqu'à ce qu'il en soit 
entièrement couvert. Leurs yeux, conformés comme ceux des autres Phoques, c'est-à-dire pour l'habi- 
tation dans l'eau, sont peu propres à bien les guider dans un autre élément; aussi ne peuvent-ils, 
surtout en sortant de la mer, distinguer les objets qu'à de très petites distances. D'un autre côté, le 
défaut d'auricule contribue peut-être à l'imperfection de leur ouïe, qui paraît être assez mauvaise. 

« Les Phoques à trompe sont d'un naturel extrêmement doux et facile; on peut errer sans crainte 
parmi ces animaux; on n'en vit jamais chercher à s'élancer sur l'homme, à moins qu'ils ne fussent at- 
taqués ou provoqués de la manière lapins violente. Les femelles sont surtout trés-tiniides; à peine se 
voient-elles attaquées, qu'elles cherchent à fuir; si la retraite leur est interdite, elles s'agitent avec 
violence; leurs regards portent l'expression du désespoir : elles fondent en larmes. En mer, de jeu- 
nes Phoques, d'une espèce inliniment plus petite que la leur, viennent nager au milieu de ces mons- 
trueux Amphibies sans que ceux-ci fassent le moindre mal à ces débiles étrangers. Les hommes eux- 
mêmes peuvent impunément se baigner dans les eaux où les Phoques à trompe se trouvent réunis, 
sans avoir rien à redouter, et les pêcheurs sont accoutumés à le faire. Comme plusieurs autres Pho- 
ques, ils paraissent susceptibles d'un véritable attacliement et d'une sorte d'éducation parti- 
culière. A ce sujet, nous pouvons dire qu'un matelot anglais, ayant pris en affection un de ces 
animaux, approchait de lui tous les jours pour le caresser, sur la plage même où l'on mettait à mort 
tous les antres Phoques qui l'environnaient. En peu de mois, il était si bien parvenu à l'apprivoiser, 
qu'il pouvait impunément lui monter sur le dos, lui enfoncer son bras dans la gueule, le faire venir 
en l'appelant ; malheureusement ce matelot, ayant eu quelque altercation avec un de ses camarade?, 
celui-ci, par une lâche et féroce vengeance, tua le Phoque adoptif de son adversaire. 

« Pour ce qui concerne la durée de la vie de ce Phoque, les pêcheurs anglais n'ont pu donner des 
notions bien précises à cet égard; mais ils sont portés à croire, d'après le grand nombre d'individus 
((u'ils voient mourir naturellement sur les rivages, (|ue le teime moyen de leur existence ne va guère 
an delà de vingl-einq ou trente ans. Ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'aussitôt (pi'ils sont Itlessés, 
ou lorsqu'ils se sentent malades, ils quilteni les Ilots, s'avancent dans l'intérieur des terres plus loin 
qu'à l'ordinaire, se couchent au pied de quchpie arbrisseau, et y restent jusqu'à leur mort, sans re- 
tourner à la mei'. 

i( Ces animaux (uil à ci-aindre les tempêtes, Irès-violentes dans ces parages; les vagues furieuses 
les brisent contre les l'orhors de granit qui forment le sol des îles qu'ils hahilenl. Ils paraissent 




Fi". I. — Luulre ilc 1.] l'Iata. 




L — Mépliilisile lluiiilidkll. 



l'I. 57. 



CARNASSIEUS. 281 

avoir, ;ui fond des eaux, des (Miiu'inis puissants: car on les voit, de temps à autre, sortir iiiopiué- 
nicnt de la mer en grande liàte, et souvent couverts d'énormes blessures. Mais leur ennemi le plus 
dangereux, c'est l'homme. Lorsque par liasard quelques-uns d'entre eux viennent à terre sur le con- 
tinent ou à la terre de Van-Diemen, les sauvages de ces contrées les poursuivent avec de longs mor- 
ceaux de bois enflammés, qu'ils leur enfoncent dans la gorge, et les tuent ainsi. Alors ces hommes 
affamés se jettent sur les cadavres de ces Phoques, et ne les quittent pas qu'ils n'aient dévoré la cliair 
en entier. Avant l'établissement des Anglais au port .lackson, les Phoques à trompe jouissaient d'une 
tranquillilé parfaite dans les îles du détroit de Bass; il n'en est plus ainsi : les Européens ont envahi 
ces retraites si longtemps protectrices; ils y ont organisé partout des massacres qui ne sauraient 
manquer de faire éprouver bientôt un affaiblissement sensible et irréparable à la population de ces 
animaux. Des pêcheurs, en petit nombre, sont envoyés de la colonie du port .Jackson sur ces iles, 
où les Phoques sont les plus communs, et y ont leur résidence habituelle. Nous en trouvâmes dix 
dans l'ile King. Ces hommes étaient chargés de préparer, en huile et en peaux de Phoques, la car- 
gaison de quelques navires destinés pour la Chine. Ils étaient pourvus des objets nécessaires pour 
subsister pendant le temps de leur séjour, qui avait déjà duré treize mois, et de futailles, pour re- 
cueillii' l'huile, qu'ils séparaient de la graisse en la faisant bouillir dans de grandes chaudières. Leur 
nourriture principale consistait en viande de Phascolomes, de Kanguroos et de Casoars. Pour chasser 
ces animaux, ils avaient des Chiens qui, après les avoir atteints et étranglés, étaient dressés à con- 
duire leurs maîtres aux lieux où ils avaient laissé leur proie. 

« Pour tuer les Phoques, il suffit de leur appliquer un seul coup de bâton sur l'extrémité du mu- 
seau; mais ce moyen n'est pas celui que les pécheurs emploient : ils fout usage d'une lance de douze 
à quinze pieds de longueur, dont le fer, extrêmement acéré, n'a pas moins de vingt-quatre à trente 
pouces; ils saisissent avec adresse l'instant où l'animal, pour se porter en avant, soulève sa nageoire 
antérieure gauche; c'est sous cette partie que la lance est plongée, de manière à percer le cœur; el 
les hommes chargés de cette opération cruelle y sont tellement exercés, qu'il leur arrive rarement de 
manquer leur coup. Le malheureux Amphibie tombe aussitôt, en perdant des flots de sang. 

« Eu ouvrant l'estomac de ceux qu'on vient de tuer, on y trouve ordinairement un grand nombre 
de becs de Sèches, beaucoup de fucus, de pierres et de gravier; jamais on n'y aperçoit des débris de 
Poissons ou de tout autre animal osseux. II n'est pas vrai, comme l'ont annoncé plusieurs voyageurs, 
que ces animaux paissent l'herbe du rivage, ou même qu'ils broutent le feuillage de certains arbres; 
ce fait est absolument controuvé 

« La chair des Phoques à trompe est non-seulement fade, huileuse, indigeste et noire, mais encore 
il est impossible de la retirer des couches de graisse qui l'enveloppent. La langue seule fournit un 
aliment assez bon. Les pêcheurs salent les langues avec soin et les vendent au prix des meilleures 
salaisons. Le foie parait avoir quelques qualités nuisibles; car des pécheuis anglais, ayant voulu es- 
sayer de s'en nourrir, éprouvèrent un assoupissement invincible qui dura plusieurs heures et qui 
s'est renouvelé toutes les fois qu'ils ont voulu goûter de ce perfide aliment. La graisse fraîche jouit, 
parmi les pêcheurs, d'une grande réputation pour la guérison des plaies. La |)eau est épaisse et 
forte; on l'emploie à couvrir de grandes el fortes malles; on l'estime surtout convenable pour les har- 
nais des chevaux et des voitures: malheureusement celles des vieux individus, et dès lors les plus 
précieuses par leur dimension et par leur force, sont les plus mauvaises, à cause des nombreuses et 
larges cicatrices dont elles sont couvertHS. L'huile que fournit la graisse du Phoque à trompe est 
l'objet immédiat des entreprises des Anglais sur les îles où ces animaux abondent; la quantité qu'un 
seul Phoque peut fournir est prodigieuse: les pécheurs l'estiment, pour les plus gros individus, à 
qualûize ou iquinze cents livres. On la prépare à peu près comme celle de la Baleine. Pérou rapporte 
que les dix pêcheurs de lile King en fabriquaient environ trois raille livres par jour. Elle est abon- 
dante surtout avant l'allaitement des petits. On l'emploie pour les aliments, auxquels elle ne commu- 
nique aucune saveur désagréable; elle fournit i'i la lampe une flamme extrêmement vive et pure, sans 
fumée ni odeur, et elle dure plus longtemps que l'huile ordinaire employée à cet usage. Cette huile 
est destinée pour l'Angleterre, où l'on s'en sert pour divers usages économiques, mais particulière- 
ment dans les manufactures de draps, pour adoucir la laine; elle .s'y vend sept livres seize sons le gal- 
lon, c'est-à-dire les quatre pintes, ancienne mesure de Paris. » 

C'est à la même espèce que l'on rapporte en général le Pmooiif, ni; i.'îlk .'>vi.nt-I'mii.. l'Iiorn C.n.iii. 
(.- 3(1 



2^'2 HISTOIRE NATI 111 ELLE. 

A. -G. Di'.siiiaicst, qui ne difl'Ore pi'oIjablenu'iU du j)lncroi'liiuiis pi-obosddciis que pai- l'abseiiee d'une 
trompe, ee qui pourrait tenir à l'àye ou au sexe de l'animal décrit par Cox. 
Les autres espèces placées dans le même genre, que nous nous bornerons à indiquer, sont ; 



2 .MACliOUllIN It'ANSLIX. MACltdllllIXVS A\SOMI l.csson. 

CAr.AcTiiriEs spécifiques. — Pelage fauve clair; oni;les des mains robustes; crêtes occipitales et 
s-jgiltales peu développées; nez surmonté d'une trompe érectile; taille de 4'" à Tt'". 

Cette espèce, décrite par Anson sous le nom de Lion simuin, qui est le l'hoca Icoiiina, Linné, le 
Plwca Amonn, A -G. Desmarest, le Miroiiga Ansoiiii, Gray, n'est peut-être que l'Élépliant marin 
ou Phocn pivboschka, mal décrit et mal iiguré. Comme ce dernier, il babite les iles Antarctiques et 
celle de Juan-Eernandez, 



5 MACUOllHIN KK BYIidN MACinitHIMlS OritOMI. I.essoii. 

Carac.tèues seÉtiFiQUES. — Tête osseuse présentant six incisives supérieures dont la seconde ex- 
térieure est plus grosse que les autres, et semblable à une canine; crêtes occipitales et sagittales, 
ainsi que l'apophyse mastoïde, Irès-saillanles. 

Cette espèce, que G. Cuvier place avec les Otaries, ne repose que sur une tête étudiée par De Blain- 
ville, voisine de celle du Phoque à trompe, et qui a reçu de Deblaiiis et d'A. G. Desmarest la déno- 
mination de Plioai Biironïi, et de M. Gray celle de Mirouga Bvro.mi. Provient des iles Marianne. 



4 MACRORHIN DES PATAGONS. MACRORHIMIS l'ATAGOyœVS. lî .ilard 

CAnACTùiiES srÉciFiQUEs. — Région cérébrale très-étendue; museau Irès-conrt; occipital large- 
ment déprimé dans sa partie moyenne. 

C'est le Plioca Pulagonicn, Fr. Cuvier, et \t' Mirouga Pafrtf/oîiicrt.Grilïith. Il ne semble pas être très- 
différent du précédent, et parait même n'en être qu'une variété; Fr. Cuvier n'en a vu cl décrit qu'une 
tète de jeune individu. H se trouve aux terres de feu et sur les rives glacées du détroit <le Magellan. 



O^CU.TICIUC (Jf'H.'lilC 



OTARIES. OTARIE. Pérou. 



Sij.tihiie (Intldirc compose declentx eu noiiibrc un peu ruviulilr. Iiieis'ives eu gruéial !i deu.e Iniii- 
eliants. Molaires espacées, euniques 

Oreilles à conque e.vlenie plus uu moins uppureute. et iiuelquefois ires-peu, enroulée cl reeou- 
vranl l'orijice nurienluire . 

Pieds antérieurs en nageoires placés au milieu du corps et sans onqles. 

Cette division correspond au genre Otarie de l'eron, et comprend d'une nuinière générale les 
Phoques à conque auditive visible à l'extérieur, taiulis que la première division, celle des Pho(pu's 



CARNASSIERS. 



'2SÔ 



proprement dits, renferme les espèces privées de la ronque extérieure de l'oreille. Nous devons con- 
venir que cette subdivision est artificielle, et que déjà chez lesMacrorhins, compris dans les Phoques 
sans oreilles externes, on peut apercevoir parfois un léger rudiment de conque auriculaire; mais ce 
rudiment devient souvent un peu plus apparent cluz les Arctocépliales et les Plalyrliynqucs, pour 
létre tout à fait chez les Otaries proprement dites. 

On ne connaît qu'un nombre assez restreint de Phocidés de cette division ; elles se trouvent aussi 
bien dans l'océan Pacifique, principalement vers le Nord, que dans les mers Australes, et sont répar- 
ties dans les trois genres que nous venons de nommer. Les mœurs de ces animaux sont à peu près 
semblables à celles des Phocidés, et nnus nous en occuperons en donnant les détails spécifiques. 




FiR. 126 — Otarie mailirée 



1" GENRE. — ARGTOCÉPHÂtE. ABCTOCEPHALUS Fr. Cuvier, 1826. 

Dif linnnaire des Sciences nalurelles, t. XXXIX. 
Kmio:, Ours; /.eçaX-o, lêle. 



CARACTERES GENERIQUES. 

Système dentaire: incisives, ^; camiics, Jtrj ; molaires, j5| ." en ininlité, trcnle-six deni.i. Sur 
les six incisives supérieures , tes quatre niotjcnnes sont profondémenl échancrces dans leur milieu, 
et les quatre inférieures correspondantes écliancrées d'avant en arrièrr: les canines sont de nionipie 
force: les molaires n'ont qu'une racine moins épaisse que la couronne, (jui consiste en un tubercule 
moifcn (jarni à sa base, en avant et en arrière, d'un tubercule beaucoup plus petit 

Tête surba'issée. 



58i llisTuiiii-; NATi i;i:i.i.i'; 

Museau rcircci. 

Maïus placées 1res en arrière, ce qui (ait paraître le eau Irès-alloii'jé. 

Pieds arianl une membrane a cinq lobes dcpassanl les doiyls. 

Le lype de ce genre a élé offert par I'Ouhs makin, Plioca ursiiia, Linné, à en juger, du nmiiis, par 
la tête qui a servi de guide à Fr. (vivier, et qui était désignée sous ce nom. Le système dentaire consiste 
en Irente-six dents, vingt à la mâchoire supérieure, savoir six incisives, deux canines et douze molaires, 
et seize à la mâchoire inférieure, se divisant en quatre incisives, deux canines et dix molaires. 
Les quatre incisives moyennes supérieures sont partagées transversalement dans leur milieu par une 
cchancrure profonde; les deux premières sont petites, comprimées latéralement, à peu prés d'égale 
grandeur, quelquefois partagées en deux par un sillon transversal, et beaucoup plus petites que la 
troisième, qui a toutes les formes de la canine. Celles-ci sont très-fortes, très-larges à leur base, et 
terminées seulement en arrière par une côte saillante. Immédiatement après viennent les molaires, 
qui se ressemblent toutes; un étranglement sépare nettemei]t la racine de la couronne; celle-ci est 
généralement conique, avec un petit tubercule à la base de sa partie antérieure; les cinq premières se 
suivent régulièrement à la même distance; mais la dernière est séparée de la largeur de tout un al- 
véole de celle qui la précède, et elle est beaucoup moins profondément enracinée que les autres; les 
racines ont cela de très - remarquable , qu'après l'étranglement qui les sépare de la couronne, elles 
se rentlent pour s'allonger ensuite en un cône deux fois plus long que la couronne elle-même. \ la 
mâchoire inférieure, les incisives sont échancrées d'avant en arrière; elles sont coniques et de gran- 
deur à peu près égale; la canine est semblable à celle de la mâchoire opposée, et les molaires sont, 
de même que celles de l'autre mâchoire, coniques, avec des racines plus grosses et plus longues que 
la couronne, mais ayant, par derrière comme par devant, un petit tubercule pointu à leur collet. 
Dans leur action réciproque, ces dents semblent alternes, et la sixième supérieure n'en a aucune qui 
lui soit opposée. La tête est singulièrement surbaissée et le museau rétréci, comparativement avec la 
tête des Plalyi'hynques. Tout ce qu'on connaît sur les antres systèmes d'organes, c'est que les oreilles 
ont une conque externe rudimentaire; que la membrane du pied de derrière se prolonge en aut.uil 
de divisions que les doigts, mais sous forme de lobe très-prolongè, et que les membres antérieurs 
•sont placés fort en arrière, ce qui fait paraître le cou plus long. 

Fr. Cuvier ne plaçait qu'une seule espèce dans ce genre, mais aujoiinriiiii on en admet une se- 
conde, d'après M. Gray. 



1. AnCTOCKl'IlAl.l': Ol'nSIN. MiCTOCEnilAirs VnsiMS. r.. Cuvicr. 

CAiiACTi'îiiEs SPÉCIFIQUES. — Corps miuce, tête ronde; gueule peu fendue; yeux proéminents; mous- 
taches longues; oreilles pointues, coniques; pelage composé de deux sortes de poils : celui de dessous 
court, ras, doux, satiné, d'une belle couleur rousse, et celui de dessus plus long, brunâtre, tacheté 
de gris foncé. Longueur totale depuis le bout du museau jusqu'à rexlrémité la queue, variant de 
l'",50à2'". 

C'est rOuris MAniN de Buffon, le Phoca urs'ina de Linné, Vlrsns marinus de Sicllcr, VArctocc- 
plialus ttrsinus, Fr. Cuvier, et VOtaria Fabricïi, Lesson. 

Il habite les côtes du Kamtchatka et les îles Aléouliennes, et en général toutes les parties de 
l'océan Pacifique du Nord. 11 se plaît au milieu des rochers et des récils, sur les côtes les plus expo- 
sées à la tempête, et ses mœurs sont extrêmement sauvages. La finesse de son odorat l'aveilit à une 
très-grande distance de l'approche des chasseurs, ce qui le rend très-difficile à prendre : cependant 
on le recherche beaucoup, parce que sa fourrure, assez douce, est très-estimêe, principalement en 
Chine. 

Le I'li0(pie oursin ressemble beaucou|i, par ses formes exléricur«s, au lÀon maiin, type du genre 
PlaUjrlupielius; il en a la tête, les oreilles externes; son corps a la même proportion; ses membres 
sont conformés de la même manière; les doigts de ses nageoires postérieures sont également dépassés 



CARNASSIERS, 



285 



par les lanii-res de peau fort allongées et linéaires; sa queue est aussi courte, etc.; mais il en diffère 
par la taille et par le pelage. 

Le poids des plus grands Phoques oursins des mers du Kamtchatka est d'environ vingt pouds de 
Russie, c'est-à-dire quatre cents de nos kilogrammes, et leur longueur n'excède pas 5"'. Leur 
poil est hérissé, épais et long; il est de couleur noirâtre et tacheté de gris sur le corps, et jaunâlri' 
ou roussâtre sur les pieds et les flancs; il y a, sous ce long poil, une espèce de feutre, c'est-à-dire 
un second poil plus court et très-doux, qui est également de couleur roussâtre; mais dans la vieillesse 
les plus longs poils deviennent gris ou blancs à la pointe, ce qui les fait paraître d'une couleur grise 
un peu sombre. Ils n'ont pas autour du cou de longs poils en forme de crinière, comme les Lions 
marins. Les femelles différent si fort des mâles par la couleur, ainsi que par la grandeur, qu'on serait 
tenté de les prendre pour des animaux d'une autre espèce. Leurs plus longs poils varient; ils sont 
tantôt cendrés et tantôt mêlés de roussâtre. Les petits sont du plus beau noir en naissant; on fait de 
leur peau des fourrures qui sont trés-estimées; mais, dès le quatrième jour après leur naissance, il y 
a du roussâtre sur les pieds et sur les côtés du corps : c'est pour cette raison que l'on tue souvent 
les femelles qui sont pleines, pour avoir la peau du fœtus qu'elles portent, parce que cette fourrure 
est encore plus soyeuse que celle des nouveau-nés. 







Fig. 127 — Arctocé|ilialo oursin. 



Les habitudes de ce Phoque diffèrent peu, quant au fond, de celles du Lion marin, mais bien par 
les détails. Ils vivent en familles; chaque chef se tient à la téic de la sienne, composée de ses femelles, 
au nombre de huit, jusqu'à quinze, et, dit-on même, cinquante, et tous leurs petits des deux sexes : 
chaque famille se tient séparée, et, quoique ces animaux soient en certains endroits par i7iilliers, les 
familles ne se mêlent jamais. Les mâles se battent entre eux pour se disputer la possession des fe- 
melles; et, après un combat cruel, le vainqueur s'empare de la famille du vaincu, qu'il reunit à la 
sienne. Le Phoque oursin craint seulement le Lion marin ; du reste, il fait une guerre cruelle à tous les 



286 HISTOIRE NATURELLE. 

autres animaux de mer, et notamment aux Loutres marines. Il n'est ni ilani;erenx, ni retlouUible pour 
l'homme; il ne cherciie même pas à se délendre eontre lui, et il n'est à craindre ([ne lorsqu'on le 
réduit au désespoir, et qu'on le serre de si près qu'il w. peut fuir. La femelle n'a pas l'indiffé- 
rence qu'on reproche à la Ijonne marine pour son petit; elle lui témoigne un attachenieni si vif et si 
tendre, que, même dans le plus pressant danger pour sa propre personne, elle n'abandonne jamais 
son petit; elle emploie tout ce qu elle a de force et de courage pour le défendre et le conserver, et 
souvent, quoique blessée elle-même, elle l'emporte dans sa gueule pour le sauver Le cri de ces 
animaux est jdaintif, mais il varie selon les circonstances. En général, le bêlement d'un troupeau en- 
tier de ces Phoques ressemble de loin à celui d'un troupeau composé de Moutons et de Veaux. Les 
femelles mettent bas, au mois de juin, sur les lives désertes de la mer du Nord; et, comme elles 
entrent en chaleur dans le mois de juillet suivant, on peut en conclure que le temps de la gestation 
est au moins de dix mois; les portées sont ui'dinaii-ement d'un seul, rarement de deux petits, les 
mères les allaitent jusqu'à la fin d'août. Ces petits, déjà très-forts, jouent souvent ensemble; et, 
dit-on, lorsqu'ils viennent à se battre, celui qui est vainqueur est caressé par le père, et le vaincu est 
protégé et secouru par la mère. 



2. ARCTOCKPIIM.E I.nitE. AnCTOrEi'IlALVS I.OIIATUS (jray 

CArACTEiiKs SPÉCIFIQUES. — Pclagc bmu, tirant sur le rouge lorsque l'animal commence à vieillir. 
Longueur de I"',ûO à '2"". 

Cette espèce, qui ne diffère peut-être pas de la précédente, dans laquelle on pourra peut-être 
quelque jour distinguer plusieurs espèces particulières, est l'Ouris maris de FonsTEn, VArciocephalus 
lobaiiis, Gray, elVOtaria Forslcri, Lesson, qui lui rapporte les synonymies que nous avons appliquées 
à VArciocephalus urshuis. 

Cet animal est le l'hoque à fourrures des pécheurs européens ou américains. Il habite les hautes lati- 
tudes, fréquente toutes les eûtes morcelées de l'extrémité australe de l'Amérique, le cap Horn, la terre 
des Etats, les îles Malouines, l'archipel de Pierre-le-Grand, et aussi les îles Marquises, Penantipodes, 
les parties méridionales de la Nouvelle-Hollande, de la Nouvelle-Zélande et de la terre de Van-Diemen. 
I1u Petit-Tliouars le mentionne à l'île de Tiislan d'Amyna. Enlin, on l'a aussi signalé dans les mers 
du cap de lîonne-Espérance. 

Ce Phoque, comme le précédent, est recherché dans le commerce de pelleterie, et sa fourrure est très- 
estimée. La couleur la plus ordinaire de cette fourrure est le brun; mais, lorsque l'animal est parvenu 
à toute sa croissance, elle lire sur le ronge. Sa qualité ne diffère de celle des Castors que parce (pie 
les poils ou le feutre soyeux qui la composent sont les plus courts. Mais cependant cette fourrure est 
grossière sur le dos et sur le cou, et ce n'est que sous le corps, et noiamment sous le ventre, qu'elle 
prend cette finesse et ce moelleux qui la fait rechercher. Les crin.-^ qui couvrent le corps et qui dé- 
passent le feutre sont toujours arrachés. Pour cela, on ehaiilfe doucement la peau, et on la ratisse for- 
tement avec un large couteau de bois façonné à cet effet. Débarrassée de ses longs poils, la fourrure 
acquiert alors tonte sa beauté et se vend en Chine environ douze francs, et jusqu'à trente et trente- 
six francs en Angleterre, en y comprenant la prime. On en fait des chapeaux superfins, des garni- 
tures de robes, des manteaux, etc. Des chas.seurs de Phoques assurent que cette espèce, si pré- 
cieuse à leurs yeux, ne se trouve jamais que sur les celles les plus battues par les vagues, dans les 
lieux les plus âpres des ciMes de Fer qui bordent la plupart des îles de la mer du Sud, et que jamais 
on ne la voit se reposer dans les criques bordées de longues plages sablonneuses, déclives, où la 
mer roule paisiblement ses eaux pendant la marée montante. Ses mœurs sont, dit-on, très-sauvages, 
et son odorat très-subtil; de loin, elle a la conscience, par son moyen, des approches de riiomme, 
et s'empresse de gagner la mer et de fuir un ennemi (pi'elle a appris à reihiiiler. 



CARNASSIERS. 287 

2'"' GENRE. — l'LATYRllYNQUE. PLATYBinKCUVS. IV. Ciivici. 1820. 

UiclioiiRaire dos SiciuTS naluœlles, I. \XX1V. 
n>.aT'jç, large; oj^/.cç, nez. 

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES. 

Siislimc dcnlah'C : inchivcs, |; eanhics, fE^ ; tiiolaires, |^, : eu lotulilc, Irenle-sLr ilcnls. comme 
dans les genres préccdents. Les incisives jwinl nés. Les molaires nnijani jins de pointe secondaire, 
excepté a leur partie (nilcricure. 

(Wnne tris-élevé. 

Mnsean plus élargi que dans les Arclocépliales 

Ce genre est l'un des moins bien connus de ceux de la tribu des Phocidés, et les espèces qu"il ren- 
ferme n'ont pas encore été étudiées siiflisaniment. Les Platyiliynques sont répandus dans presque 
toutes les mers, dans le nord de l'Océan Pacifique, dans les mers australes, à Manille, au Chili, etc. 



1 l'L.VTYRIIYNQL'E LION MARIN. /•f.^7-}7i//r.\TflrS LEOMiWS. Fr. Cuvier. 

Cabactères spécifiques. — Pelage uniformément fauve; moustaches noires; le mâle portant sur le 
rou une crinière qui hii descend jusque sur les épaules; tète assez petite, presque semblable à celle 
d'un Dogue, avec le nez légèrement relevé et comme tronqué à son extrémité; longueur totale assez 
\ariable, car l'on indique des individus n'ayant que 4"", tandis que d'autres peuvent atteindre, 
dil-oii, au delà de 8™. 

La synonymie de cette espèce est l'une des plus embrouillées de celles des diverses espèces de la 
tribu des Phocidés : il paraît, toutefois, que c'est ft cette espèce qu'on doit rapporter tous les animaux 
décrits sous les noms suivants : PiioyuE .\ cnisiÈnE, Forster ; Lion marix, Steller, en partie Bulïon, 
principalement dans son Supplément, probablement Pernetti, et Krachcnnikikow: enfin, les zoolo- 
gistes nomenclateurs lui ont successivement appliqué les dénominations de Pliocajubata, Sehreher. 
Olaria jubata et leonina, X.-Q. Desmarest; Plalijrhijnchus leoninus, Fr. Cuvier, Lesson, etc. 

Pendant longtemps ou a confondu avec cette espèce : 1° le Lion marin d'Anson, mais il a été 
bien démontré que cet animal devait être rapproché du Macrorhin à trompe; 2° le Lion marin de 
Pernelii, et probablement aussi de Forster, qui pourrait peut-être, d'après Lesson, être réuni au 
l^latyrhijnclnis molossinus; mais cela n'est pas encore démontré, et nous laisserons sous le même 
nom les Lions marins de Pernetti, Forster et Steller; 3° le Phoque de l'Ile Saint-Paul, qui doit peut- 
être constituer une espèce particulière d'Otaries; et^" le Plioca Californien, décrit assez récemment 
par Lesson, et que l'on a reconnu n'être que le jeune âge du Platijriujnclius koniuns. 

Le Platyrhynque Lion marin, en adoptant la réunion des Lions marins de Forster et de Steller, 
ainsi que l'admet G. Cuvier, se trouverait répandu dans toute la mer Pacifique, aussi bien dans le 
détroit de Magellan, dans les mers australes, que dans l'Océan Pacifique du Nord, au Kamtchatka, 
aux îles Kourilles, en Californie, etc. Certains zoologistes pensent, et leur avis est probablement le 
meilleur, qu'il doit y avoir deux espèces confondues parmi celle que nous décrivons : l'une propre 
au pôle nord, et l'autre particulière aux mers australes; mais, dans l'état actuel de la science, on ne 
[leut pas parvenir à di