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^^^iîAB.V*'^
ESQUISSE
D'UNE
DIALECTOLOGIE PORTUGAISE
DU MÈiME AUTEUR
Contribuiçôes para o estudo da lingoagem infantil, Barccllos 1883-
1884, in-8^
A evoluçâo da lingoagem, Porto 1886, in-8°. .
De MARGARi^Ti villa in territorio Vimaranensi commentariolum,
Olisipone 1893, gr. in-8^
Chartam alteram de villa quae margaride appellatur..^^, Olisi-
pone 1894, gr. in-8°.
Quid apud Lusitanos verbum aedeoli signiâcaverit... , Olisi-
pone 1894, gr. in-8^
Lingoas raianas de Tras-os-Montes^ Porto 1880, in-S''.
O dialecto mirandês, Porto 1882, gr. in-8°.
Ouvrage couronné par la Société des Langues Romanes, en 18S3.
Flores mirandesas, Porto 1884, in 8\
Estudos de philologia mirandesa, Lisboa I^JOO-1901, 2 vol., gr. in-8'^.
Contribuiçôes para o estudo da Dialectologia Portuguesa, 1884-1899,
collection de 23 fascicules, gr. in-8".
Mappa dialectologico do continente português, Paris 1897, in-fol.
Avec une carte.
Ce travail est précédé d'une classiiication sommaire des langues, par M. Gonçalves Vianna.
O texto dos Lusiadas, Porto 1890, in-8''.
As « Liçôes de lingoagem » do Sr. Candide de Figueiredo, analyse
critica, Porto 1893, 2« édition, in-8o.
O Gralho depennado, réplica as « caturrices » philologicas do Sr. Can-
dide de Figueiredo, Porto 1894, 3^ édition, in-8^
Kevista Lusitana, archive de estudos philologicos e ethnologicos rela-
tives a Portugal, 1887-1900, 6 vol.,gr. in-8°; le vii*^ est sous presse.
ESQUISSE
D UNE
DlilECTOLOGIE PORTDGilSE
Thèse pour le Doctorat de r Université de Paris
(faculté des lettres)
présentée par
Ji'LEITE DE VASCONCELLOS
(Conservateur à la Bibliothèque Nationale de Lisbonne
Ancien élève de TEcole Pratique des Hautes Etudes
« O modo corn que se falla a lingoa portu-
guesa nas torras, v. g., da Beira é diverso do
cum que se falla a mosma em Lisboa, porque
om uma parte se usa de umas paiavras e pro-
uùucia, e om outra parte se usa de outras ».
D. Jeronymo cMntador d'Argote, — Dos
dinlectos da lingoa portuguesa (1725).
y^
AILLAUD & O"
96, B^ Montparnasse ! 242, rua Aurea, 1'
PARIS LISBOA
1901
l':-- •
PRÉFACE
Quoique je recueille dans mon pays des matériaux dialecto-
logiques, au moins depuis 1881, je ne puis prétendre posséder
aujourd'hui tous les éléments nécessaires pour publier un travail
définitif. Cependant, ce que je possède déjà est suffisant pour tenter
une Esquisse de la Dialectologie Portugaise^ qui en même temps
qu'elle rendra compte de ce qui existe, servira aussi de point de
départ à d'autres recherches plus approfondies.
J'ai choisi un sujet philologique comme thèse, parce que les
cours que j'ai fréquentés à l'Université de Paris sont des cours de
philologie; et, dans ce domaine, j'ai donné la préférence à la dialec-
tologie portugaise, parce qu'ainsi ce sujet sera traité pour la
première fois dans son ensemble, et que j'ai voulu avoir l'honneur
d'offrir à la Faculté des Lettres les prémices de mon travail dans
un ordre d'études auquel j'ai toujours porté un très vif intérêt.
Je regrette seulement de ne lui présenter qu'une esquisse impar-
faite.
Aux difficultés inhérentes à la matière, et aux lacunes de ma
préparation, s'ajoutent encore d'autres circonstances qui ont con-
tribué à l'imperfection de mon travail : Je peu de temps que j'ai eu
à ma disposition pour mettre en français et imprimer cette thèse.
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t'.i'i'.'tJ: . %>,:-.': : . ..T =:.:.: -:. ir- .^t^;:: :-rz:eL:s ie noire langue.
S': :f.'' i. :;:i-*- :. - ::f:--:--r :../-:? îriillir ies comparaisons
:t\t'r /j ;i //*.. .>;.- .i-;.. . .-.• i ■;. ^: > "e^.:* n.e nisnquant. Iians les
r:li;j p. '/':«. T' <rt II ':<r .% ]!' Pi::.e. ■• . ;e ïïi'oecufie des dialectes
corjtin'rfjt;j ,x ^;î. i:is;.cj.r-:*. 'e lv fai^ '2-e rarement des citations
hiMi ;;'rjf/hi'iij<;s. ^ar .a j. jj^r: ie-? -lonhées je les ai recueillies
moi rn'îino; ]';s J'dit- ^; >i ^or.stiluent les autres chapitres ont été
;iii I, t'ii j/r;jfid^î p<jili^i, coli^-c-ionn^^^ par moi : quand les maté-
ri.'iiix ^lonf jr? mo \<*i-, àpparlieiineiit a d'autres investigateurs, je le
iii'îiilioniKî toujour-.
Av.'jnt fl<î UM-miiior, j'Mlésire témoigner ici toute ma reconnais-
M.'iiK'.o l'i inoii ;irfii <d coiupiitriote, M. Jules Aillaud, de la maison
Aill.'iud (d ()" .si liorior;jblfîriieiit connue en Portugal et à Paris
«Ij^pms nnvii-ofi liii siécJo, lequel m'a spontanément oflFert d'être
rrcIiliMif (liî (!(• livfO.
I*ftris, juin lilOJ .
.1. Iip:iTR DE Vasconcellos.
PREMIERE PARTIE
HISTOIRE GÉNÉRALE
DES
DIALECTES PORTUGAIS
6 PRÉFACE
et réloignement de mon pays, où se trouvent mes livres et mes
notes, qui m'auraient permis de la compléter pendant l'impression.
Le français n'étant pas ma parladura natural e drecha, je
pourrai dire avec un poète du xiii® siècle :
Si m*escuse de mon langage
Car nés ne sui pas de Paris.
Je remercie les amis qui ont bien voulu relire avec moi les
épreuves de mon travail, pour en améliorer le style.
Sur le plan que j'ai suivi, je dis quelques mots à la p. 34. Ici
j'ajouterai seulement que j'ai compris dans mon plan les dialectes
créoles, parce qu'ils sont un des développements de notre langue.
Je me suis abstenu presque toujours d'établir des comparaisons
avec d'autres langues, l'espace et le temps me manquant. Dans les
chapitres V^ et IP de la II® Partie, où je m'occupe des dialectes
continentaux et insulaires, je ne fais que rarement deçj citations
bibliographiques, car la plupart des données je les ai recueillies
moi-même; les faits qui constituent les autres chapitres ont été
aussi, en grande partie, collectionnés par moi : quand les maté-
riaux dont je me sers appartiennent à d'autres investigateurs, je le
mentionne toujours.
Avant de terminer, je désire témoigner ici toute ma reconnais-
sance à mon ami et compatriote, M. Jules Aillaud, de la maison
Ailla ud et C^® si honorablement connue en Portugal et à Paris
depuis environ un siècle, lequel m'a spontanément offert d'être
l'éditeur de ce livre.
PariSy juin 1901.
J. Leite de Vasconcellos.
PREMIERE PARTIE
r r
HISTOIRE GENERALE
DES
DIALECTES PORTUGAIS
CHAPITRE I
Délimitation du sujet
A. — Portugais populaire et portugais littéraire
1. Dans riiistoire de la langue portugaise, de même qu'en
général dans celle des autres langues néo-latines, on peut
établir trois grandes époques principales : préhistorique,
protohistorique, et historique proprement dite.
2. L époque préhistorique de la langue portugaise com-
mence aux origines de la langue, et se prolonge jusqu'au
IX® siècle, où apparaissent nos premiers documents latino-
portugais. La langue à cette époque ne peut guère être
appréciée que par conjecture, parce que les inscriptions
christiano-latines trouvées en Portugal, et datant du v® sièclQ,
fournissent très peu d'éléments d'étude K Lorsqu'on com-
^ Voir Hiibner : Inscriptiones Hispaniae Christianae, Berlin 1871; luscviptiones
Britlanniae Christianae^ Berlin 187G (yvec un appendice surl'Hispanie); Inscnptiones
Hispaniae CkHstiaiiae { Supplementum)^ Berlin 1900. — Cf. aussi Àrcheologo Por-
tugués, II, 177, et III, 289-293.
10 (I, i) Portugais préhistorique : S !2
pare la forme actuelle eîdo à la forme latine correspon-
dante aditu-, on doit admettre qu'il y a eu entre les
deux une autre forme intermédiaire *ddido', de même
lorsqu'on compare la forme actuelle Vouga (nom d'un
fleuve dans la province de la Beira) à la forme lusitanienne
Vacua = ooàxo'jx 1, il faut aussi admettre qu'il a existé un
* Vagua = *Vdgoa : ces formes et d'autres semblables nous
sommes tenus de les supposer, quoiqu'il soit difficile de
préciser le moment où, au nom de latin vulgaire, il y a lieu
de substituer celui de portugais.
3. L'époque protohistorique commence au ix® siècle et
finit vers les xii®-xiii® siècles. On étudie la langue de cette
époque dans les documents écrits en latin dit barbare,
lesquels laissent transparaître à chaque instant des formes
franchement portugaises. Nos plus anciens documents écrits
en latin barbare de date certaine remontent au ix® siècle. Le
recueil le plus considérable de documents de cette espèce,
intitulé Portugaliae- monumenta /ustorîcaj a, été publié par
l'Académie Royale des Sciences de Lisbonne -K On trouve
aussi beaucoup de textes latino-barbares dans plusieurs chro-
niques et histoires, dans les œuvres imprimées et manus-
crites de Joao Pedro Ribeiro '% dans VElucidario de
1. Ptolémée, Géogr., II, 5, 3, éd. Didot.
-. Portugalia est la latinisalion de Portugal sur le modèle de Gallia, Ilispatiia,
Gennania, mots qui se terminent en -ia. Quoique celle forme apparaisse déjà
au moyen Age (dans des documents, des monnaies et des sceaux), on doit la
considérer comme barbare. Au moyen Age, on employait aussi Portugalc, qui se
trouve dans plusieurs documents. Une forme antérieure à celle-ci est Portucale ou
Portocale, qu'on lit, par exemple, dans Idace et sur une monnaie wisigolliique
frappée dans la ville de Porto (Oporto). Portocale se décompose en Porto-Cale:
le second élément apparaît dans Vltinéraire d'An^tonin, etc. (voir Monumenta linguae
Jbericae de Hûbner, p. 227).
^. Ce recueil, dont la publication a été commencée en 185G, comprend : ScHpto-
res: Diplomata et chartae : Lcges et consueiudiues. Les Diplomata et chartae ne forment
qu'un volume, Lisbonne 18i)7.
*. Voir surtout Dissertaçôes chronologicas e criticas, I, 193 suiv., et II, 226 suiv. Sur
(I, i) Portugais protohistorique : § 3 11
Fr. Joaquim de Santa Rosa de Viterbo ^ dans les Docu-
mentas ineditos dos seculos xii-xv de Oliveira Guimarâes ^,
dans les Documentas historicos da cidade de Evara de
G. Pereira -^ dans le Glossario português da idade-media
e da ï^enascença de Delfim de Almeida ^. En ce qui con-
cerne la Galice, où Ton parle le galicien, si étroitement ap-
parenté au portugais, nous avons beaucoup de documents de
cette époque dans XEspaha sagrada de Flôrez.
Les éléments fournis par nos documents latino-barbares
doivent être utilisés avec circonspection, parce qu'il y a des
phénomènes semblables dans les documents trouvés dans
d'autres pays : avec les formulaires juridiques se trans-
mettaient aussi les formules de langage. Dans le latin
barbare, on reconnaît donc trois sortes de phénomènes : les
formes traditionnelles qui venaient d'autres pays ; les alté-
rations phonétiques qui se manifestaient sous la plume des
scribae^ d'accord avec la phonétique locale, ou amenées par
rinfluence des vocables portugais analogues par le son ; et
finalement la latinisation ou reproduction fidèle des mots
de notre langue courante. C'est cette dernière série de phé-
nomènes qui fait que nos documents latino-barbares sont
une source précieuse pour l'étude de l'ancien portugais.
Voici quelques exemples :
son G/o55ano, qui est resté manuscrit, voir ce que j'ai dit dans la Revista Lusitana,
IV, 12-2-123.
1. Lisbonne, 1798-1799. On en a fait une deuxième édition en 1865.
2. Publiés d'abord dans la Reuista de Guimarâes, dont on a fait un tirage à part,
Porto 1896.
3. En trois volumes (trois parties), Evora 1885-1891.
*. Cette œuvre, publiée aux frais de notre Académie des Sciences, a commencé
par avoir le titre de Aniiguidades de Portugal, Lisbonne 1885 (112 pages seulement
ont paru); ensuite l'auteur l'a refondue, en lui donnant le titre que je cite dans
le texle, comme on peut le voir dans la Representaçdo feila a 2° classe da Academia
em 1890 du même (il n'a également paru de cette édition que 112 pages); enfin
il Fa refondue encore une fois (de celte troisième édition, interrompue par la
mort d'Almeida, il n'a paru que 24 pages).
12 (I, i) Portugais protohistorique : S 3
1) IX* siècle :
Lauredo, Lauridosa, paredes, veridaté, vida, Sautelo, Sauto^ Rodo-
rigus, Portugale7isis, Migaeli, Vauga^ Mondego, logo, aliguno, Acibeto,
Salbatoris, pumares, lagona, Foriios,
2)- x« siècle :
Lombo, Lomba, Felgaria, letiço, sudes, Ameiucenedo , ameneiro^ au-
tariOy estrata^ figarias, Lauritello^ ovelia, nassarios, mazanarias,
comaro, vai, Tamiga.
3) XI® siècle :
Carreira, auteiro, foit, souttos, Loureiro, vay, Doiro, deu^ eira,
Nespereira, Fornellos, Cortegaza.
Il serait très facile de multiplier les exemples. Un mot tel
que Acibeto, par exemple, nous fait de suite reconnaître
Azei^edo, parce que le t est déjà représenté parâfdans X^paredes
des documents du même siècle. Un mot tel que ovelia cache
oi^elha^ pafce que le mot latin correspondant est ovic'la-;
en effet, comme le scribe savait que le latin -lia était en
portugais représenté par -Iha, comme par exemple dan^ /llha
<filia-, il a pensé que le -Iha de ovelha venait de -lia^
et de ce mauvais raisonnement est sortie la forme barbare
ovelia^ ce qui prouve jusqu'à Tévidence que déjà à cette
époque on disait oi^elha. Le molflubio est tout simplement le
latin fluvius prononcé par la bouche d'un habitant du Nord du
Portugal, où, comme nous le verrons plus loin (§ 58), un
t^ primitif devient facilement è. Des mots comme Carreira,
eira^ vai^ coinaro sont déjà franchement portugais.
Dans VEspaha .s^g^/^^t/a, vol. XVIII (documents galiciens),
nous trouvons, par exemple, Junqueras, Ermigildus, Sis-
nandus, au ix® siècle; ribiilo, Toro, Aucteiro, Perdras^
Celleiro, liteyra, SeiiaSy au x® siècle. Dans Jutiqueras et
dans Tof'o se décèle Tinfluence castillane ;i4M6'/^«>o = outeiro
et les mots suivants sont galleco-portugais.
Il est donc possible de suivre en partie révolution de notre
(I, i) Portugais historique : § 4 13
-\:
langue depuis le ix® siècle, à travers le latin barbare. La
phase de la langue portugaise que nous ne connaissons que
par ce moyen peut, il me semble, être appelée /^or/w^a^^/^ro-
tohistorique.
Selon ce que j'ai remarqué ci-dessus, il n'est pas toujours
facile de dire si tel ou tel mot trahit l'influence de la phoné-
tique locale, ou était au contraire usité dans le latin barbare
d'autres contrées de l'Europe; pour plus de sûreté, il est bon
de recourir, surtout si cela est possible, aux noms géo-
graphiques et à certains termes techniques locaux (ruraux et
autres). Dans le pays même, il y a des différences dans le
langage de ces documents. Joâo Pedro Ribeiro dit que de la
comparaison des documents des diverses provinces et ter-
ritoires :
« parece que a barbaridade estabeleceu o seu throno na Maia : com
effeito, os documentes do cartorio de Moreira veneem a todos em rusti-
cidade »i.
Maia est un territoire dans le Nord du Portugal, dans
l'ancienne province d'Entre-Douro-e-Minho; Moreira est
le chef-lieu de ce territoire, et a été le siège d'un monastère
de religieux de l'ordre de S^-int-Augustin, aux archives ou
(( cartorio » duquel Joâo Pedro fait allusion.
4. Au fur et à mesure que nous nous approchons du
xii® siècle et que nous arrivons au xiii% les formes stricte-
ment portugaises abondent de plus en plus, de manière que
nous possédons au xii® siècle des documents entiers, et d'au-
tres presque entiers, en portugais. C'est pourquoi j'ai mis
comme limite du portugais protohistorique les xii«-xiii® siècles.
Le portugais vraiment historique commence à cette époque.
^. Dissertaçdes chroiiologicas e criticas, I, 188.
14 (I, i) Débuis de la langue littéraire : S 5
Je publie ici pour la première fois un de nos plus anciens
documents, qui date de la fin du xii® siècle. Je l'ai trouvé
dans nos Archives Nationales (Torre do Tombo) :
a In X' nomine Ame eu Eluira sanchiz offeyro omea Gorpo âas virtudes
de sam saluador do Moîï. de vayram. e offejro com o meu corpo todo
oherdamento que eu ey en centegâus. e as très quartas do padroadigo
dessa eygleyga. etodo hu herdamento. de Grexemil assy usdassestas
como todo u outro herdamento. que u aia u Moensteyro de vayram
por en secula seculorum Ame. facta Karta Mense StbV era
M"CG°XXX'*J®. Menendus sanchiz. testes Stephanum suariz. Testes.
Vermùù ordoniz. testes. Sancho diaz testes. Gonsaluû diaz. testes Ego
Gonsaluus pétri presbyter. Notauit ».
Au verso on lit en écriture plus moderne : Doaçào da Jgreija
de sam Miguel de Sentegàos (aujourd'hui on èmi Santegàos)^
no Arcebispado de Braga^ fej'ta a este mosteiro no ano *
de 1231 annos, N"" 2''.
Quoiqu'il y ait déjà des textes portugais au xii*' siècle, on
continue à employer à côté le latin dans les documents jus-
qu'à une époque assez tardive. — On peut voir d'anciens textes
portugais et latino-portugais dans les recueils cités au § 3.
5. Jusqu'au xii° siècle, la langue portugaise n'existait que
comme langue parlée; au moins on ne connaît pas, antérieure-
ment à celte époque, de documents entièrement écrits en
portugais. Naturellement, les classes les plus instruites,
comme celle des clercs, employaient, par opposition au
peuple, des formes considérées comme plus choisies; mais ce
ne fut que lorsqu'on commença à écrire le portugais, et
surtout depuis que cette langue devint proprement littéraire
^ C'est-à-dire na era.
'-. Parchemins du monastère de Vairâo sans désignation de dossier.
(I, i) Le portugais en Espagne : § 6-b-c 17
selon ce qu'a remarqué Fernâo d'Oliveira, grammairien
du XVI® siècle :
a Hua mesma naçâo e gente, de hû tempo a outro, muda as vozes e
tambê as lettras » * .
La connaissance que nous avons des anciens dialectes est
limitée. J'y ai déjà fait une allusion quand je me suis occupé
du portugais protohistorique (§ 3). Plus tard, quand il s'agira
de la bibliographie dialectologique et de la grammaire, nous
verrons d'autres faits.
b) En Galice, on parle le galicien (§ 147), qui, comme je
l'ai déjà dit, est en rapports intimes avec le portugais; ces
rapports étaient autrefois encore plus grands, à cause des affi-
nités ethniques et historiques qui existaient entre la Galice
et le Portugal. Déjà Nunes do Liâo (xvi^-xvii'' siècles) a
remarqué que les langues galicienne et portugaise :
« erâo antigamente quasi hua mesma, nas palauras e nos diphtongos,
e pronunciaçào que as outras partes de Hespanha ^ nâo tem
))^
Le galicien, non seulement possède des sous-dialectes en
Galice, mais dépasse encore les limites de cet ancien
royaume, dans l'intérieur de l'Espagne même (§ 148).
c) A Ermisende, dans l'ancien royaume de Léon, on parle
une langue frontière, laquelle est essentiellement portugaise '^
A Olivença, aussi en Espagne, mais située sur la frontière
portugaise de l'Alemtejo, on parle une variété du porlugais-
^ Grammatica de Imguagem porluguesa, '2." éd., p. 17.
2. Hespanha, au sens ancien de Péninsule hispanique ou Hispanie*
3. Origem da ling. portug., éd. de 1G06, p. 32.
*. Voir mes Estudos de philologia înirandesa, II, 56-57.
18 (I, i) 2^ portugais hors de la Péninsule : ,^ 6-d-e-f
alcmtejano (§ 83), parce que cette ville nous a appartenu*. A
Alamedilla, village espagnol dans la province de Salamanque,
à deux lieues de Villar Formoso (Portugal), sur la frontière,
on parle, à ce qu'on m'a dit, le portugais; les Espagnols ap-
pellent à causo de cela les habitants d'Alamedilla mestizos.
Manoel Severim de Faria, auxvii® siècle, dit de Séville :
« Muitas pessoas aflSrmavaô que a quarta parte dos moradores de
Sevilha eraô nascidos em Portugal, e que em muitag ruas d'aquella
oidade se fallava a nossa lingoa, e naô a castelhana » ^.
d) Hors do la Péninsule ibérique, Taire géographique de
la langue portugaise est très vaste.
e) En premier lieu, et pour ainsi dire à notre porte, je
dois mentionner les archipels des Açores et de Madère, qui
sont considérés comme annexés au royaume, et où le por-
tugais est la seule langue générale.
f) En Europe même, sans parler de colonies portugaises
libres qui existent dans plusieurs pays, nous avions jusqu'il y
a peu de temps le portugais des Juifs, surtout aux Pays-Bas,
en Allemagne et en Italie. Les Juifs qui habitaient le Portu-
gal en ont été chassés par le roi Emmanuel vers la fin du xv^
siècle, et ils se sont disséminés dans diverses contrées, outre
celles mentionnées ci-dessus, telles que la France, l'Angle-
terre, la Scandinavie, etc. 3. Ils y ont naturellement porté avec
eux la langue de leur patrie. L'importance que le portugais a
eu hors du Portugal chez les Juifs se manifeste dans les
'. Voir Bcn'sla Lusiiana, II, 3n-349.
-'. NoHcias de Portugal, p. 8.
^. Sur les Juifs, voir Geschichtc der Juden in roriugal par Kayserling, Berlin,
1807 (le chapitre VI de la II** Partie traite des migrations de nos Juifs); Os Judeus
em Portugal par Mendes dos Remedjos, 1895 (le l" volume, seul paru, trailc des
Juifs jusqu'à l'époque de leur expulsion).
(I, i) Débuts de la langue littéraire . io 15
(xiii^ et XIV® siècles), que Ton peut distinguer clairement deux
courants, Fun populaire, et Tautre érudit. C'est avec raison
que notre ancien grammairien Joâo Franco Barreto écrit :
^ Em cada naçâ e c cada lingua ha ûs que fallam melhor que outros :
e parece que acerca do vulgo e gente popular plebea e servil, ha uma
lingoagem, e acera dos nobres, cortesâos e pessoas de juizo e letras
outra »^
A partir des xv^-xvi® siècles, la langue littéraire présente
quelques caractères qui sont en désaccord avec le langage de
la province du Minho, et d'accord avec le langage actuel
du Centre du pays (Beira) et du Sud, par exemple la ter-
minaison -ào dans les noms de la m® déclinaison latine. Ainsi
Torigine de notre idiome littéraire pourrait être, plutôt
qu'ailleurs, cherchée à Coïmbre ou à Lisbonne.
B. — Géographie de la langue portugaise.
6. Afin que Ton puisse dresser un tableau des dialectes
dont l'ensemble constitue la langue populaire ou vulgaire,
qui est la seule dont je m'occupe dans ce travail, il faut jeter
un coup d'œil sur l'aire géographique où elle vit ou a vécu.
« Esta la Jengua portuguesa muy dilatada no solo en Europa, sino
tambien en todas las partes del mundo, Africa, America, hasta los fines
de la Asia, donde no solamente los Portugueses que pqr alla andan la
hablan, mas todas aquellas gentes que tienen trato com ellos, que son
muchissimas ».
Ainsi s'exprime un écrivain portugais du xvii° siècle,
Antonio de Sousa de Macedo, dans les Flores de Espaha.
excelencias de Portugal, Lisboa 1631, cap. xxii, excel. viii,
^ Ortografta da lingoa portuguesa, 1671, p. 31.
J6 ('» Le portugais en Portugal : § G-a
qu'il a écrites en espagnole — Examinons la vérité de cette
assertion.
a) Outre le parler du « concelho » de Barrancos ou fallu
arraiana (§ 85), et certains parlers spéciaux et populaires
apparentés au portugais, comme le mirandês qui se parle
dans la Terra de Miranda (§ 153), et le rionorês Qiguadramilês
qui se parlent sur la frontière dans le a concelho » de Bra-
gance (§ § 149 et 151), le portugais vulgaire, au sens précis
du mot, présente beaucoup de singularités sur le continent
même, comme on le verra plus loin avec plus de détail.
On peut employer le mot dialecto « dialecte » pour définir
soit ces singularités, soit d'autres analogues; en effet, ce mot a
été déjà employé dans notre littérature. Le P. Dom Rafaël
Bluteau dit dans son Vocabulario português e latino -, s. v.
DIALECTO :
« Modo de fallar proprio e particular de huma lingoa nas différentes
partes do mesmo Reino: o que côsiste no accento, ou na pronunciaçào ,
ou em certas palavras, ou no modo de declinar e conjugar ».
Contador d'Argote (xviii*^ siècle), Monte-Carmelo (xviii® siècle),
Gonçalves Goutinho (xix® siècle), Gomes de Moura (xix^ siècle),
— pour n'en pas citer d'autres, — ont employé également le
même mot, appliqué aux portugais.
11 y a des dialectes anciens et des dialectes modernes, car,
1. Cf. aussi sur la géographie de la langue portugaise : Duarte Nunes do Liào,
Origem da lingua porluguesa, Lisbonne 1G06, chap. XXIV, où il parle de l'exten-
sion de notre langue hors de l'Europe; Ferreira de Vera, Louvores da ling.
portug., Lisbonne 1631, f. 87 v. ; Faria e Sousa, Europa Porluguesa, III, Lisbonne
1G80, p. 397; Fr. Antonio da Purificaçào (xvii" siècle), Chronica dos ercmitas de
S. Àgosiinho, I" Partie, préface. Il était naturel que parmi les mérites que nos an-
cêtres attribuaient à la langue portugaise on mît en relief celui d'avoir servi de
moyen de propagation à la foi chrétienne : voir, outre Liào et Vera, que je viens
de citer, Joào de Barros (xvr siècle) dans la Copilaçào de varias obras, Lisbonne
1785, p. 230 (Dialogo em louvor da nossa linguagem, et la dédicace à Dom Philippe).
•K Lisbonne 17li-1721.
(I, i) Le portugais des Juifs : § 6-f 19
travaux littéraires qu'ils ont composés et imprimés dans cette
langue, au moins aux xvii® et xviii® siècles, à Amsterdam, à la
Haye et en d'autres villes K Cependant, c'est seulement sur
le portugais des Juifs de Hollande, d'Italie et d'Allemagne que
je possède quelques renseignements spéciaux.
a. Hollande et Italie, Dans un manuscrit du xviii® siècle
on lit :
« acho razào aos Judeus da HoUanda e Leorne [Livourne] de falarem
todos a lingoa portuguesa, dizendo ser esta a sua naçâo e o seu reyno » ^.
Les Juifs portugais et espagnols réfugiés à Livourrfe au
XVI® siècle ont donné à cette ville une grande vie commer-
ciale; mais je ne sais de leur langue que ce qui vient d'être
mentionné. — En Hollande :
« les Juifs espagnols et portugais ont établi leur quartier général à
Amsterdam et à La Haye, où ils ont continué de cultiver le commerce,
la littérature et les sciences » ^. « La grande prospérité des Juifs
portugais a disparu avec le temps ; mais ils continuent de former une
congrégation distincte, dont les membres, attachés les uns aux autres
par le jien des souvenirs, tiennent généralement dans la société une
place honorable »4. « Longtemps même ils ont conservé Tusage de la
langue portugaise »'\
En 1899, je suis allé exprès à Amsterdam pour vérifier
l'exactitude de ces renseignements. Malheureusement, le
portugais est aujourd'hui à Amsterdam une langue morte,
\. Sur la littérature des Juifs portugais en général, voir: A. Ribeiro dos Santos,
« Da Litteratura sagrada dos Judeus Portugueses » dans les Memorias de LitteraU
Porlug. da Academia, II-IV; Ricardo de Matos, Manual bibliographicOf Porto 1878,
p. 5G6 suiv. ; Mendes dos Remédies, Os Judeus em Portugal, p. :îi3 suiv.
*-. Wo'w Revisla Lusilana, IV, 124.
3. A. Esquiros, « Les Juifs en Hollande », dans la Revue des Deux Mondes, 185G,
t. V., p. 751. — Parmi les Jujfs portugais qui ont été éminents dans les sciences,
on compte le philosophe Spinoza, né à Amsterdam en 1032.
*. Esquiros, loc. cit., p. 753.
^. id., ibidem, p. 738.
20 (I, i) Le portugais des Juifs : S (J-f
et je pense qu'il en est de même à la Haye. A peine ai-je
trouvé à Amsterdam deux membres de la famille Mendes da
Costa, chez qui le portugais est traditionnel, mais qui ne
s'en servent pas dans les rapports quotidiens. Néanmoins,
certains actes officiels de la communauté judaïque sont en-
core rédigés en portugais ; on récite à la synagogue des
prières et des phrases du culte, dans cette même langue; et il
existe en Hollande un certain nombre de noms de famille
portugais ^
p. Hambourg. A Hambourg, il y a une colonie de Juifs
portugais. Voir sur les conditions de leur existence, un ar-
ticle de notre consul M. Vanzeller, publié dans le Boletim
da Sociedade de Geographia de Lisboa, 1880, p. 725. — En
1889, je suis allé aussi exprès à Hambourg pour savoir si
ees Juifs parlaient encore notre langue. Mais hélas! le portu-
gais y est également une langue morte ; on ne l'emploie que
dans certains actes religieux, et on trouve par ci par là un
mot portugais perdu au milieu de Tallemand %
r. Bavière, Au xviii® siècle, il existait encore en Bavière
des vestiges importants d'une colonie d'Israélites d'origine
portugaise, qui avaient abandonné le Portugal à cause de
l'intolérance religieuse :
a ils conservèrent longtemps la langue portugaise; mais depuis plus
de ces trois dernières générations ils sont entièrement assimilés aux
autres communautés Israélites et aux Allemands » '^
1. Je remercie encore une fois M. Abraham Isaac Mendes da Costa de tous
les renseignements qu'il a bien voulu me donner sur ce sujet.
'^. M. Isaac Gassuto, Israélite portugais qui parle parfaitement la langue de
Camôes, m'a fourni à ce propos diverses données, dont je le remercie.
3. Buckmann, dans le Boletim da Sociedade de Geogi^apfiia de Lishoa, 1880, p. 672.
— La Société de Géographie de Lisbonne a adressé, avec autorisation du Gouver-
nement, un questionnaire à nos légations et consulats pour demander des ren-
(I, i) Le portugais en Afrique : § 6-h 21
g) Hors de TEurope, hous trouvons la langue portu-
gaise très répandue, surtout par le fait des découvertes et des
conquêtes de nos ancêtres, dès le xv® siècle. M. H. Schuchardt
écrit à ce sujet :
« Die Geschichte der portugiesischen Entdeckungen und Eroberungen
ist im Allgemeinen auch die Geschichte der Ausbreitung der portugie-
sischen Sprache » ^.
La même pensée se trouve dans Duarte Nunes do Liâb, Origem
da lingoa portuguesa, Lisboa 1606, chap. xxiv :
« E manifeste he que, como entre todas as naçoês que no mundo ha,
nenhua se alongou tanto de sua terra natural, como a naçaô portuguesa,
pois, sendo do ultime occidente, e derradeira parte do mundo, pêne-
trâraô tudo o que o mar Oceano cerca, e comsigo levâraô sua lingoa ».
Quelquefois la propagation de la langue a été due à de
simples émigrations.
h) En Afrique, nous trouvons le portugais, quoique souvent
à côté d'autres langues, sur toute la côte occidentale, à
partir de notre archipel du Cap Vert, et en suivant la Guinée
portugaise et Ajudâ (où nous possédons une forteresse), le
golfe de Guinée (îles portugaises de Saint-Thomè et Principe
et île espagnole d'Anno-Bom), et Loango, jusqu'à la pro-
vince portugaise d'Angola. Les notices de M. Albéca sont
intéressantes à ce point de vue :
« La langue de GamOes s*est répandue jusqu'aux bouches du Niger ; elle
est fréquemment parlée encore à Porto-Novo, à Ouidah [= port. Ajudà]
et à Agoué, et a fourni beaucoup de mots aux dialectes éoués [Dahomey
— Côte des Esclaves] » ^.
seignemenis sur les colonies portugaises dans les pays étrangers. On a com-
mencé la publication des réponses dans le Boletim cité, 1880, p. 340. Ce question-
naire comprenait un chapitre (le IV°) sur la langue.
^. Dans la Zeitschinfl f, rom. Philologie^ XIII, 477.
2. Dans Le Tour du Monde, 1895, p. 97.
i
22 (f» î) Le pœHugais en Orient : S <>-i
Dans Tîle de Sainte-Hélène, un « gebrochenes Portugie-
sisch » ^ était encore en usage dans le dernier quart du
XVII® siècle. A Christiansborg, dans la Côte d'Or, on a parlé
jadis le portugais, de même que dans l'extrémité méridionale
du Cap de Bonne-Espérance -. Sur la côte orientale, à côté
des langues indigènes et d'autres, on parle le portugais dans
notre colonie de Moçambique, et plus au Nord, au moins jus-
qu'à Quiloa, nie de Zanzibar, Mombaça et Mélinde.
i) En Orient :
« Elm rauitos reinos da Asia, principalmente nos portos maritimos, se
falla um dialecto português, como linguagem commum entre aquelles
povos, quasi da mesma maneira que na Europa nos servimos do
francês » ^.
On lit aussi dans le Glossary of Anglo-Indian Colloquial
Words de Yule & Burnell, Londres 1886, p. xvi :
« The natives in contact with the Portuguese learned a bastard variety
of the language of the latter, whichbecame the lingua fraiica of inter-
oourse^not onljbetween European and natives, but occasionally between
Europeans of différent nationalities. This Indo-Portuguese dialect conti-
nued to serve such purposes down to a late period in the last century,
and has in some localities survived down nearly to our own day ».
Et dans une note :
« At Point de Galle [Geylan], in 1860, I found it in common use,
and also, somewhat later, at Galecut » [côte de Malabar]. Ibidem.
Colombo (capitale de Tile de Ceylan) a été, et continue à être,
dans une certaine mesure, un centre de productions litté-
raires (religieuses) en indo-portugais (§ 115).
1. Apud H. Sclmchardt in Zs, f. r. Phil, XIII. /i79 et 506.
2. Schuchardt, loc. cit., p. 479 et ôOG. ; cf. Descnption da Cap de Bonne-Espérance
Urées des Mémoires de Mr. Pierre Kolbe^ 1. 1, Amsterdam 1741, p. 58.
3 Dans le Panorama, VI (Lisbonne 1842), p. 56.
(I, i) Le portugais en Orient : § 6-i 23
Avec plus de détail Gunha Rivara dit :
« Esta lingua falla-se, e he vulgar, desde o Guzerate até ao Gabo
Gomorim. Nào é desconhecida na costa de Goromandel até Bengala. He
commum, com maior ou menor pureza, em Geilào, no Archipelago
Malaio, e na Ghina. Entende-se em Siào, e em varios grupos dos Archi-
pelagos Oceanicos, etc » ^.
MM. Adolfo Coelho et Hugo Schuchardt ont fait, surtout le
dernier, beaucoup de recherches sur le domaine géographique
de la langue portugaise dans les pays d'outremer: voir O.s^
dialectos romanicos ou neo-latinos na Africa^Asia e America y
du premier de ces auteurs, et Kreolische Studien et Beitràge
zur Kenntiiiss des kreolischen Romanisch^ du second. Dans
le Doletim da Sociedade de Geographia de Lisboa on
trouve aussi plusieurs notices à ce sujet. Sur le portugais
d'Orient nous devons considérer comme très importants les
renseignements que fournit M. Schuchardt dans les Beitràge^
V (voir la Zs. f. rom. PliiL^ XIII, 476-479), en se fondant
sur la « Nachricht von den Portugiesen in Indien » publiée
dans Der kôriigL Dànischeri Missionarien aus Ost-lndieii
Berichte, Dritter T/ieil, Halle [1729-] 1733. En prenant pour
base les œuvres ci-dessus citées et d'autres notices que
j'ai recueillies, on peut établir ce tableau sommaire de la
géographie du portugais on Orient :
1) Asie occidentale :
a) Perse (Gameron, Gamron ou Gomron = Comorào) ^.
b) Turquie (Bassorah).
c) Arabie (Moka).
\ Introd. à la Gramni. concani du P. Th. Estevao, Nova Goa 1857, p. XXVI, noie.
-. Cf. Mandelslo, Voyafjes de Perse au v Indes Or., Amsterdam 1727, t. I, col. 33.
24 (I, i) Le 'portugais en (hnenl : § 6-i
2) Inde :
a) Côte occidentale ^
b) Côte orientale.
c) Bengale.
3) Ceylan (voir ci-dessus, p. 22).
4) Asie orientale :
a) Indo-Chine (Arracan, Pégou, Siam 2, Malacca,
P. Pinang, Singapour, etc.)
b) Chine (Macao; il y a des colonies portugaises li-
bres à Hongkong^ et à Changaï).
c) Japon (Nagasaki).
5) Archipel asiatique et Océanie ^ :
a) Sumatra.
b) Java (Batavia, etc).
c) Bornéo.
d) Célèbes (Macassar).
e) Moluques ^ (Amboine ^', Ternate).
f) Sonde (Timor, etc.).
g) Sandwich (Hawaï) '.
1. Môme hors des possessions portugaises, ou État de l'Inde (Diu, Daman =
Damdo, Goa), on publie encore des périodiques avec titres et articles portugais,
par ex. à Bombay A Lus (en portugais, anglais et dans une langue indigène),
lAisO'Concanim (idem), Anglo-Lusitano.
*. Par exemple, à Bangkok, il y a une colonie portugaise libre.
3. La colonie portugaise d'Hongkong publie un journal, Porvir, qui est dans
sa cinquième année.
*. Cf. aussi Boletim da Soc. de Geoq. de Lishoa, 1883, p. 277 et suiv.
6. Nos anciens auteurs employaient aussi la forme Maluco ('Mlhas de Maluco"),
par ex. : Barros (X VP siècle), Decadas da Àsiay III, liv. V, cliap. 5 (éd. de 1777) ; F. Guer-
reiro, Relaçdo annual, 1005, f. 28; Faria o Sousa, Asia Portuguesa^ 1074, II, 851.
<■'. Cf. Mandelslo. Voyage de Perse aux Indes Or. Amsterdam 1727, 1. 1, col. 411-41-2.
7. Il y a là une colonie de 10.000 Portugais, qui publie au moins un journal
portugais. Cf. Revisia colonial e mantima^ vol. II, p. 1492 suiv.
(I, i) Le portugais en Amérique : § 6-j 25
j) En Amérique, le portugais a un domaine tout spécial
au Brésil, où il est Tidiome national et officiel, le Brésil
ayant été colonie portugaise. En outre, on le parle dans
d'autres contrées américaines où il y a des émigrants portu-
gais. Les faits que je connais peuvent être distribués ainsi :
1) Amérique du Nord.
Les émigrants portugais qui se sont établis aux États-Unis
sont venus surtout des Açores.
a. Californie. En 1876, il y avait dans la Californie
une colonie de 12.000 Portugais K Ils conservent
la langue sans changement(?)'. A S. Francisco, il y a
au moins un journal, A JJniào Portuguesa; à Sacra-
mento, on publie A Liberdade^\ à Oakland, on
publie Arauto, « the largesl in size and circulation
among the 80.000 Portuguese in the United States »
(selon son épigraphe).
?. Massachusetts. A New-Bedford, il y a une colonie
de 500 Portugais, qui parlent un portugais spécial ^;
cette colonie publie des périodiques, comme le
Correio Português^ Independente. Il y a aussi des
colonies portugaises libres à Boston, à Cambridge,
à Lowell.
T. 11 y a encore des colonies portugaises libres dans
d'autres états de TUnion, comme Rhode Isle (Provi-
dence) etc.
^ Voir Bolet, da Soc. de Geogr. de Lisboa, 1880, p. 342.
-. Voir Bolet, da Soc. de Geogr., 1880, p. 355.
3. Par initiative des rédacteurs de ce journal, on a créé à Sacramento une école
portugaise : voir Seculo{de Lisbonne) du 11 Février 1901.
*. H. Lang, dans la Revisla Lusiiana, I, 378.
26 (I, i) Le portugais en Amérique : S 0-j
2) Amérique du Sud :
a. Brésil (voir ci-dessus, p. 25).
?. Au Paraguay et dans la République Argentine, il y a
des colonies portugaises libres ^ A propos de
Buenos-Ayres, capitale de la République Argentine,
on lit dans le Boletim da Socied. de Geogr. de
Lisboa - que Témigrant portugais :
« na generalidade nâo conserva a lingoa por muito tempo ; começa a
fallar mal o castelhano, e depois para sempre mistura as duas lingoas,
nâo usando nem a portuguesa, nera a castelhana ».
Y. Suriname. M. Hugo Schuchardt m'a fourni chez
lui, à Graz, en 1900, la note suivante deLudwig, sur
le négro-portugais de Suriname :
« Among the first settlers of Surinam were, besides Englishmen, maiiy
Portuguese Jews, whose numerous slaves soon adopted, in an imper-
fected manner, the language ol* their masters, speakind a broken Portu-
guese, which bas nôw vanished IVom tbe colony with the wealth of those
who originally introduced it. At the présent time it i? only spoken by
one tribe of the free Bush Negroes, the so-ealled Saramaccans, on the
Upper Surinam, descendants of the Plantation negroes, who, at the time
of the treaty of the peace in 1760, inhabited the forest on the Upper
Saramacca, deep in the interior. Thèse Saramacca Negroes, atleast those
among them who hold intercourse with the colony, understand, besides
their own Djoe-tongo (— Jew's language), the Negro-English. No
printed spécimens known ».
Cf. aussi : A. Coelho, (h dialectos romanicos etc., II,
p. 24; et Addison van Name, que je cite plus loin, p. 71.
ô. Sur la Guyane Anglaise, voir : Adolfo Coelho, Os
dialectos romanicos etc., III, p. 24; et Boletim da
Soc. de Geogr. de Lisboa, 1880, p. 343.
1. Voir Bolet, da Soc. de Geogr. de Lishoa, 1880, p. 341.
'-'. Vol. de 1880, p. 553.
(I, i) Opinion de Joào de Bœn^os : jii 6-1 * 27
k) Les conditions dans lesquelles le portugais s'est im-
planté dans de si diverses régions d'outremer ont donné lieu
tantôt à des parlers spéciaux, comme les dialectes créoles,
tantôt à de simples particularitéPs dialectologiques de moindre
importance, ce qu'on verra plus loin, dans la Partie II,
ch. iii^
1) Après la lecture de cet abrégé géographique, on com-
prend avec quelle intuition historique le grand chroniqueur
du xvL® siècle Joâo de Barros a dit dans le Dialogo em louvor
da nossa lingoa :
« As armas e padrôes portugueses, postos em Africa e em Asia, e em
I. De rimplantation du portugais dans ces régions lointaines, il résulta encore
un autre phénomène philologique : l'introduction de mots portugais dans les
langues indigènes ou dans les langues européennes que l'on parle dans ces Con-
trées, par exemple l'anglais, le français, le hollandais. Sans pouvoir développer ici
ce sujet, je me contenterai de donner quelques renseignements bibliographiques:
1) Sur l'Afrique, cf. § 142.
2) Sur l'Amérique (Brésil), cf. § 100.
3) Sur l'Orient. Les mots portugais introduits dans le malais ont donné lieu à
une étude de M. Aristide Marre intitulée : Notice sur la langue portugaise (extr. des
À7inales de l'Extrême Orient), p. 3-b\ et à une autre de M. Gonçalves Vianna in-
titulée : Les vocables malais empruntés au portugais (extr. des Mélanges Charles de
Harlez, p. 336). M. II. Schuchardt a fait une critique du travail précédent. — Sur
les rapports existant entre le malais et le portugais, voir aussi Schuchardt, Kreo-
lische Studien^ IX, Vienne 1891, p. 147. — On lit dans le Glossary of Anglo-Indian
colloquial words de Yule ^ Burnell, Londres 1880 :
« The conquests and long occupation of the Portuguese, who by the year 1540
had established themselves in ail the chief ports of India and the East, hâve, as
might hâve been expected, bequeathed a large number of expressions to the Eu-
ropean nations, who hâve foUowed, and in great partsuperseded them ». Pag. XVI.
It may.... be easily undersiood how a large number of our Anglo-Indian collo-
quialisms, even if eventually traceable to native sources (and especially toMahratti,
or Dravidian origihals) hâve corne to us through a Portuguese médium ». Pag. XVIL
Cf. au«si Schuchardt, Zs. f. r. Phil, XIII, 500 suiv.
Le phénomène inverses'estégalementproduit. Dans le lexique portugais, soit dans
celui du continent, soit dans celui d'outremer, il y a une grande (juantité d'éléments
d'origine exotique. Voir une courte liste de ces éléments dans Adolfo Coeliio,
A lingoa portuguesay Porto 1887, p. 169 suiv. Sur le Brésil, voir: Silvio Romero, Esta-
dos sobre a poesia popular, Rio de Janeiro 1888, p. 313 suiv.: José Verissinio, À vida
amazonica, Lisboa 1887, p. 38 suiv. Le V11I° volume des Obras du cardinal Saraiva,
Lisbonne 1878, contient à la page 209 suiv., un « Glossario do vocabulos portugueses
derivados das lingoas orientaes e africanas, exceplo o arabe ».
28 (I, i) Classification des dialectes portugais : § 7
tantas mil ilhas fora da repartiçam das très partes da terra, materîaes
sam, epode-as o tempo gastar; pero nà gastarâ doutrina, costumes, lin-
guagem que os portugueses nessas terras leixarem » i.
C. — Classification des dialectes portugais
7. Pour synthétiser ce que je viens de dire, et pour mieux
faire comprendre les faits que j'ai encore à exposer, je clas-
serai ici sommairement les dialectes portugais, considérés
dans leur ensemble. Dans ce classement, qui est tout à fait
provisoire, je ferai donc entrer, et les dialectes proprement
dits, c'est-à-dire les différentiations locales du portugais, et
les codialectes, c'est-à-dire les idiomes particuliers qui, quoi-
que n'étant pas aujourd'hui rigoureusement portugais, sont
cependant dans un intime rapport avec cette langue : voir sur
ce sujet mes Estudos de philoL mir,, 11, 66 suiv. Les dia-
lectes, de même que quelques-uns des codialectes, offrent
des sous-divisions secondaires, qu'on peut, si l'on veut,
appeler sous-dialectes et variétés.
m
I. Portugais proprement dit :
A. Dialectes continentaux :
I. Dialecte interamnehse ou d'Entre-Douro-e-Minho :
1) sous-dialecte alto-minhoto ou de TAlto-Minho;
2) SOUS' dialecte baixo-minhoto ou du Baixo-
Minho ;
3) sous-dialecte baixo-duriense ou du Baixo-
Douro.
Dans le sous-dialecte baixo-minhoto, il y a les petites va-
riétés de Porto e de la Borda-d'Agoa (Povoa, Villa do Conde).
^ Copilaçào de varias obras de Joào de Barros, Lisbonne 1785, p. 229.
(I, i) Classification des dialectes portugais» :%1 29
II. Dialecte trasmontano ou de Tras-os-Montes :
1) sous-dialecte raiano ou de la frontière, auquel
se rattache la variété d'Ermisende (Espagne) ;
2) sous-dialecte alto-duriense ou de TAlto-Douro;
3) sous-dialecte occidental et central.
III. Dialecte beirào :
1) sous- dialecte alto-beirâo ou de la Beira-Alta;
2) sous-dialecte baixo-beirào ou de la Beira-
Baixa;
3) sous-dialecte occidental (« districtos » de Coïmbre
et d'Aveiro).
IV. Dialecte méridional :
1) sous-dialecte estremenho ou de TEstréma-
dure ;
2) sous-dialecte alemtejano ou de TAlemtejo, au-
quel se rattachent la variété d'Olivença (Espa-
gne) et ridiome de Barrancos ;
3) sous dialecte algarvio ou de TAlgarve.
B. Dialectes insulaires :
I. Dialecte açoreano ou des Açores.
II. Dialecte madeirense ou de Madère.
C. Dialectes d'outremer :
I. Dialecte brésilien.
, II. Indo-portugais :
1) dialecte créole de Diu,
2) dialecte créole de Daman (= Damâo),
3) dialecte norteiro ou du nord de la côte occiden-
tale de rinde,
4) portugais de Goa,
5) dialecte créole de Mangalor,
30 (I, i) Classification des dialectes portugais : § 7
6) dialecte créole de Cananor,
7) dialecte créole de Mahé,
8) dialecte créole de Cochin,
9) portugais de la côte de Coromandel.
III. Dialecte créole portugais de Ceylan.
IV. Dialecte macaista ou de Macao.
V. Malayo-portugais :
1) Dialecte créole de Java,
2) Dialecte créole de Malacca et de Singapour.
VI. Portugais de Timor.
Vil. Dialecte créole caboverdiano ou du Cap Vert.
VIII. Dialecte créole guinèense ou de la Guinée.
IX. Dialectes créoles du golfe de Guinée :
1) Dialecte de Tile de St-Tliomè.
2) Dialecte de l'île du Principe [Prince],
3) Dialecte de Tile d'Anno-Bom.
X. Portugais des côtes d'Afrique.
D . Portugais des Juifs :
1) d'Amsterdam,
2) de Hambourg.
II. CoDiALECTEs portugais •
I. Galicien,
II. Riodonorais,
III. Guadramilais,
IV. Mirandais (et Sendinaisj.
7-A. Je ne me dissimule pas combien difficiles sont les
classifications de cette espèce, et je n'ignore pas non plus
quels doutes a soulevés parmi les philologues la notion de
dialecte : je me suis occupé de cette question dans mes Esta-
(I, i) Évolution des dialectes : S 7-B 31
dos de philologia mirandesa^ II, 65 suiv.; cependant, on ne
peut pas nier qne l'ancienne nomenclature n'ait une cer-
taine utilité pratique : c'est pourquoi je Tadopte ici.
7-B. La classification que je viens d'établir de tous les dia-
lectes portugais est, comme on l'a vu, surtout géographique,
mais elle ^st en même temps glottologique, ce que je mon-
trerai dans la Partie II, et aussi historique : en effet,
les dialectes continentaux sont une évolution du latin vul-
gaire dans un certain milieu; les dialectes insulaires sont
une évolution du portugais du continent, dès Tépoque de la
colonisation, aussi dans un certain milieu, mais diffèrent du
premier, et indépendamment de toute influence étrangère;
les dialectes d' outremer sont encore une évolution du
portugais de la même époque, cependant dans des milieux
différents de ceux dont je viens de parler, et qui ont agi
sur notre langue d'une manière particulière. — Le portugais
des Juifs représente de même une évolution spéciale, due
en partie à des circonstances historiques.
8. Le peuple lui-même a conscience, comme il est naturel,
non seulement des variations idiomatiques selon les localités,
mais aussi des différences qui existent entre la langue litté-
raire et le parler populaire.
Dans la province de Tras-os-Montes, par exemple, on
appelle fala chaniorra le langage populaire de la frontière,
par opposition hXd^fala politiga ou poUtega^ c'est-à-dire au
portugais pur. Dans tout le royaume, on entend fréquemment
des expressions comme falar d labrega^ f'alar à rustiga, qui
signifient « parler à la manière des personnes sans instruc-
tion». Dans mes Estudos de philoL mir.^ 1,12 suiv., j'ai cité les
termes qui sont usités à Miranda pour désigner le mirandais
32 (I, i) Conscieiice dialectologique du peuple : § 8
et le portugais, par exemple, fala c/iarra et/ala grabe. Le
mot charro^ -a signifie en portugais « grossier » , et en
espagnol « paysan », ce rustique » ; il est employé par Gil
Vicente, Obras, I, 129 (édit. de Hambourg) :
Que se fora a cachopa peca ou charra,..
Dans certaines localités de la Beira-Beixa, on dit falar d
chacôca dans le sens de « parler grossièrement»; je pense
que chacôca est une déformation de enxacôco^ qui signifie
« baragouin » et « baragouineur ».
Une autre expression péjorative est fala chacota = fala
dechacota'^ ; le mot chacota signifie aujourd'hui « badinage »,
« raillerie », « moquerie », mais autrefois c'était le nom d'une
sorte de danse et de chanson :
Pois nào sabemos rezar,
Façamos-lhe hua chacota,..
dit Gil Vicente, Obras, 1, 145; et dans un autre passage :
Em tanto, por vida minha,
Sera bem que ordenemos
i A nossa chacotazinha ;
E com ella nos iremos
Ver El-Rei e a Rainha.., (II, 445)
et le poète ajoute :
« Ordenârào-se todos estes pastores em chacota^ como la se cos-
tuma, porem a cantiga d'ella foi cantada de caiito d'orgào » {ibidem).
Et à la page 419 :
« tornarâo todos a cantar a modo de chacota : Por el rio me llevad ».
1. Voir Re\). Lusit., II, 98,
(I, i) Du peu de différences entre les dialectes : ^ 8-A 33
On lit dans la Prdtica de très pastores (éd. de M""® Carolina
Michaëlis de Vasconcellos, 1881), p. 35 :
Agora, sem mais tardança,
Digamos uma cantiga
De chacota...
Ou le mot chacota a signifié d'abord pièce de théâtre popu-
laire et a fini par acquérir un sens péjoratif, ou c'est le con-
traire qui a eu lieu.
Quelquefois on emploie certains mots caractéristiques pour
définir les langages locaux : à Fozcoa, par exemple, où le
ch conserve son ancienne valeur de tx (c'est-à-dire de palatale
explosive sourde), quand quelqu'un, après avoir habité tem-
porairement hors de ce bourg, revient ayant perdu cette
prononciation et Tayaut remplacée par .r, on s'écrie, pour se
moquer de sa façon de parler : la i^em o da xave^ xapeu^
fixadura ! ^
8-A. Cependant, abstraction faite des codialectes, et des
dialectes créoles, qui diffèrent considérablement soit du por-
tugais commun, soit très souvent les uns des autres, les di-
vergences que l'on remarque entre le parler populaire (conti-
nental et insulaire) et la langue littéraire, d'une part, et entre
les dialectes eux-mêmes, d'autre part, ne sont pas grandes,
et ne sauraient être comparées à celles des dialectes de
France, de Suisse et d'Italie, par exemple. Un paysan du
Nord du Portugal comprend sans difficulté un autre du Sud^.
1. Sur des faits analogues dans l'Alemtejo, voir Bet-. Lusit., IV, 18.
2. Sur le peu de différences qui existaient entre le langage du Nord du Por-
tugal et le langage du Sud au xvr siècle, cf. une observation dans la Noticia do
Brasil (dans la Collecçdo de tiolidas pava a hisL e geogr. das naçôes ultramarinasy
Lisbonne 1825, t. III, p. 56 e 307); mais l'auteur parle en historien, et non en
grammairien.
34 (I, i) Ce qu'est la Dialectologie : § 9
9. Donc la Dialectologie Portugaise doit être, d'après ce
que Ton vient de dire (chap. i), Tétude non seulement des
parlers populaires du Portugal, du galicien et des idiomes
de la frontière hispano-portugaise, mais aussi des modifi-
cations qu'a éprouvées notre langue dans les régions loin-
taines où elle a été portée par des conquérants, des colons,
ou de simples groupes d'émigrants (Partie II), et en même
temps l'examen des conditions dans lesquelles se sont opérées
ces évolutions (Partie III); on y ajoutera, comme complé-
ment naturel du sujet, la bibliographie dialectologique
(chap. suivj.
^
CHAPITRE II
Bibliographie dialectoiogique
10. Ce chapitre est, pour plus de clarté, divisé en deux
sections: dans Tune j'indique les textes populaires; dans
l'autre j'indique les travaux doctrinaux, ainsi que de simples
notices, sur les dialectes.
■
A. — Textes populaires
11. Comme le peuple lui-même se rend compte des diffé-
rences dialectales (§ 8), certains auteurs ont employé le langage
populaire dans leurs écrits, surtout pour leur donner un tour
satirique ou un ton spécial. Le langage populaire a été aussi
quelquefois noté phonétiquement dans des études dialectolo-
giques ou folkloriques. Il y a en outre les cacographies ^
et les documents officiels d'un caractère local. Nous pouvons
donc considérer cinq classes de textes : a) littérature de col-
portage ;b) littérature traditionnelle; c) divers écrits lilté-
1, Dans un livre contenant des enseignes de magasins de Lisbonne, on trouve
beaucoup, de fautes d'ortliograplie et de mots populaires qui ont un certain intéi'êt
philologique, par ex., marfera, virdacero, licon, semeio (O semeadura), camhava='
camara, sorveja= cervoja. Je cite ce livre ici, et non pas plus loin, dans su section,
parce que l'exemplaire que j'ai consulté est incomplet du commencemenl, et que
je n'en sais par conséquent ni le titre ni la date ; à mon roijrct, je n'ai pas pu
réussir à en trouver un exemplaire complet.
3^» (I, II) Teœtes continentaux anciens : § 12
I - IB^M - ' ,
raires; d) orthographes erronées (cacographies); e) documents.
Dans mon exposition, je ne suivrai pas cependant cet ordre,
parce que quelques textes peuvent appartenir à plus d'une
classe ; je suivrai Tordre chronologique, en considérant les
groupes dialectaux selon la classification faite au § 7.
12. Commençons par les dialectes continentaux. Jusqu'au
XVI® siècle, on ne trouvera que des mots ou 4es expressions
isolés de caractère local dans des documents plus ou moins
étendus, rédigés en portugais. Les Portugaliae monumenta
historica et XElucidario de Viterbo (§ 3) fournissent à ce
propos d'intéressants matériaux : voir, par exemple, dans la
dernière de ces œuvres les mots alfouf'e^ alcorcova, bodwo,
busto^ chavadego^ chousal^ Bemquerença, D'après ces do-
cuments et d'autres semblables, on pourra se faire une idée
de nos anciens dialectes (§ 6-a).
13. Au xvi*' siècle, nous avons une mine très riche chez Gil
Vicente. Dans la Revista Lusitana^ II, 340-342, j'ai publié
une note sur le langage de ce poète, où je dis :
« A' semelhança do que fizeram os comicos de todos os tempos, desde
a antigiiidade, o nosso Gil Vicente pôs muitas vezes na boca das suas
pcrsonagens plebeias linguagem popular, que importa nào confundir
corn a linguagem litteraria da epocha, que elle tambem emprega, —
;iiiida que as vezes a distincçâo se torna difficil, porque expressDes que
hoje nos parecem sô do vulgo, como polo, froly fermoso^ no' mais, pera,
cram cultas no seculo xvi, e porque havia, como hoje, innumeros termos
populares que tinham entrado na lingua culta, e outros cultos que
estavam a popularizar-se ».
Antonio Ribeiro Chiado, comme Gil Vicente, reproduit
dans \qs Autos plusieurs expressions du langage populaire.
11 en est de même d'Antonio Prestes et d'autres poètes de
la même école, soit au xvi'' siècle, soit aux siècles suivants.
(I, II) Textes du xvi® siècle : S 13 37
Voir sur ces derniers la Bibliographie chronologique des
autos eifarças du théâtre national (xvi^-xix« siècles), dans le
livre de M. Th. Braga, Eschola de Gil Vicente, Porto 1898,
p. 357.
Sa de Miranda a écrit une églogue intitulée Dasto^ qui peut
être citée ici, parce que, d'après ce que dit M"™® Carolina
Michaëlis, dans son édition des Poesias de Miranda (1886):
a é nella que [le poète] se entrega simplesmente a inspiraçào do seu
genio, acertando no tom genuinamente popular, e iraçando episodios
puramente minhotos^ i. é, agallegados^ d'uma candura encantadora »
(p. XX vu).
et dans un autre endroit :
« a lingoagem, a metrificaçâo, os personagens, tudo é genuinamente
nacional, e neste caso pôde dizer-se um perfeito exemplar do genero
Miranda (a lo say agites) » (p. 774).
14. L'auto qui est intitulé Pratica de très pastores appar-
tient au commencement du xvii*' siècle ou à la fin du xvi^.
M™® Carolina Michaëlis, qui en a donné aussi une édition
(1881), le considère ce als altes Denkmal des portugie-
sischen Volksidioms » (p. 5), et elle insiste sur cette valeur
aux pp. 9 et 11. En effet, les personnages y parlent le langage
populaire. Quoique certains phénonèmes, comme é = ei, dans
alquéi^Cy ô — ou, dans enloqueceu^ et encore d'autres montrent
que Tauteur connaissait le langage du Sud, il n'y a pas de
doute qu'il n'ait voulu tenter un mélange et non reproduire un
dialecte spécial : ainsi, à côté des faits cités, on en trouve
d'autres qui sont caractéristiques du langage du Nord et de
celui du Centre, comme èau lieu dec^ etvice-versa, dans bicio^
i^ento = bento, enbiado] quelquefois même l'auteur emploie
des formes qui, je crois, n'appartiennent qu'à lui seul.
38 (I, «) Tewteg du kvii* siècle : § 14
— ., ■ . . . _ r- r_- Il 1 -—- —
Des faits semblables se trouvent dans les pièces de Simâo
Machado (xvii® siècle) : Comedia do Cerco de Diii; Comedia
de Alfea. L'auteur y fait parler le langage de la Beira à quel-
ques-uns de ses personnages; mais, comme il était né à
Torrés-Novas (Estrémadure), quelques phénomènes du dia-
lecto estremenko y apparaissent, par ex. : desn^ «desde »,
quint en proclise aquem », inha màe « minha mâe ».
Parmi les textes populaires du xyii** siècle, il faut remar-
quer les deux églogues que Faria e Sousa a composées dans
le style rustique du Minho, et qui ont pour titre Montanha ;
elles ont été publiées dans la Fuente de Aganipe^ Partie iv,
Madrid 1644, où elles portent les numéros vu et vm. Faria
e Sousa dit à ce propos :
« A là parte del Oriente de la comarca de Entre Duero i Mino se
levanta una montana que corresponde al centro de la misma comarca, el
quai es el sitio de mi nacimiêto,i aqui me parecio que dévia hazer el
teatro de unas competencias en los amores de una Montanesa, en que
sucedio parte de lo referido en las dos Eglogas » (f. Ii3-r).
L'auteur avait l'intention de publier un vocabulaire, projet
qu'il n'a pas réalisé. On lit dans l'œuvre citée :
« Sobre la explicacion de las palabras rusticas, de que se usa en estas
Eglogas, fuera necessario dezir mucho, si uviesse de darlas a ent -nder a
lôs muchos que no las entederan. Tengo intente de hazer a parte un
vocabularîo brève de la îengua Portuguesa, para que sin dilatarme aqui
no dexe de dar luz a loj^ que desearen entenderla en estas rimas, o en
otros escritos » (f. Ii3-v.).
Il parle plus en détail du caractère du langage des églogues :
« Aqui digo solo que en varios modes se dificulta el entendimiento del
dezir en estas dos Eglogas : el primero es por ser algunas palabras muy
otras q las politicas ; el segundo por pronunciarse las politicas con tanta
dîferencîa que parecen otras ; el tercero por atropellarse unas con otras
con las sinalefas, que es natural de los rusticos ; el quarto, porque la e
1
(1, II) Textes du xviii* siècle : S 15 39
conjuncion, por la mayor parte es la a, entre ellos ; i otros que en su
lugar se dirân » (f. 113-v.).
Malgré ce qu'il dit, il n'emploie pas toujours le langage du
Minho : dans ces imitations du parler populaire, tantôt il se
sert de certains mots qui étaient devenus des lieux-communs^
comme méy^ ey, samicas^ tantôt il se sert de mots que je
suppose fantaisistes, comme coiracom^ -— coraçâo, soys-
mente = somente.
Dans le manuscrit N^ 344 d'Alcobaça (xvii'" siècle), aujour-
d'hui à la Bibliothèque Nationale de Lisbonne, il y a au f. 82
une poésie, Tro^^as Jocosas de passa tempo, qui imite parfois
le langage populaire; on y retrouve des formes qui étaient
traditionnelles dans ce genre de compositions, comme sa--
micas (que nous avons déjà vu dans Faria e Sousa), sicaes,
hofdsy entonces. Le vnoi samicas «por venlura» est considéré
déjà comme locution vieillie par Fernâo d'Oliveira dans sa
Grammaire^ p. 81, 2^ édit. (la l''^ édition est de 1536).
Dom Francisco Manoel de Mello, qui connaissait très bien le
langage et la vie du peuple, les reflète à chaque instant dans
ses œuvres. A cet égard la Feira de anexins est particu-
lièrement curieuse. Dans les Apologos dialogaeSj on trouve
aussi plusieurs éléments d'étude \
15. Du xviii^ siècle, je mentionnerai d'abord les « Versos
portugueses compostos por hum curioso com palavras de
Castello-Rodrigo e mais partes da Beira » , publiés par Dom
Raphaël Bluteau dans le Supplemento ao Vocabulario portu-
guês e latine, 1727-1728, lesquels ont été reproduits dans la
Portugiesische Grammatik, imprimée à Francfort-sur-l'Oder
^ Ces deux œuvres, quoique composées au xvir siècle, ont été publiées, l'une
au XVIII* siècle, et l'autre au xix».
40 (I, 11) Littérature de « cordel » du xviii® siècle : § 15
en 1778, p. 231-233; je les ai réimprimés dans les Dialectos
beirôes, II, Porto 1884 <.
L'habitude de mettre au théâtre le langage vulgaire dans
la bouche des gens du peuple, qui, comme nous Tavons
vu (§ 13), date du xvi® siècle, se continue au xviii®. Je n'en
citerai ici qu'un exemple : c'est celui qu'on trouve dans les
Opéras portugiiesas^ t. II : voir mes Dialectos minhotos, I, 9.
Dans le Parecer atiatomico^ historico^ critico e juridico du
D' Egidio Albornos de Macedo (pseudonyme de Dom Jeronymo
Contador d'Argote), Lisboa 1742, il y a une préface qui
imite, pour s'en moquer, le langage vulgaire; on y remarque
samicas^ que nous avons déjà vu au § 14; mais Fauteur s'ef-
force, à ce qu'il me semble, d'imiter le langage du Nord, parce
qu'il y emploie nom^ Bieito^ a-i-agua. Je parlerai encore
d'Argote, plus loin, au § 25.
Les pièces de colportage (en port. (( litte ratura de cordel »,
parce que ces brochures se vendaient autrefois suspendues à
un cordel a ficelle ») existent en abondance au xviii® siècle.
Dans beaucoup de ces pièces on imite le langage du peuple.
DdMs\d. Relaçào curiosa da fugida que fez huma velha para o
deserto^ com temor de ser serrada'^^ par A. da R., Lisbonne
1785, un berger de la Serra-da-Estrella (Beira) se sert de
son propre langage; mais l'auteur lui fait employer quelques-
unes de ces expressions traditionnelles dont j'ai parlé au § 14
(par ex. mei a meu », forme qui se trouve aussi dans les
Opéras portuguesas el dans la Pratica de très pastores),
et d'autres qui appartiennent aussi bien au Centre du pays
qu'au Nord, comme helha^ wsque^ fazer. Dans VExortaçâo
de Joseph Carranca^ Lisbonne 1777, on trouve pareillement
ï. Le motmaro/ii, qu'on lit au v. l,doit ôtre écrit avec M (majuscule), car Marofa
est le nom dune montagne dans la Beira-Baixa.
'-. C'est une allusion à la mi-carôme.
(I, II) Les apocryphes du Connétable : § 15 41
quelques expressions dialectales. La Noi^ella disparatada do
gigante sonhado, par A. S. C, Lisbonne 1745, imite la Feira
de anexins (§ 14) : on y lit des phrases vulgaires comme
(( em quanto o diabo esfrega um ôlho », « nada entre dois pra-
tos », avec des vers et des proverbes intercalés; beaucoup
de ces phrases diffèrent de celles qui sont aujourd'hui en
usage, ou sont à présent tout à fait inconnues. Le Marujo
saudoso^ Lisbonne 1788, est écrit entièrement dans un lan-
gage plus ou moins populaire (en prose et en vers) : on y lit
caige^ considrOy cedade^ desne^ ami ce amei », havéra.
Dans la Chronica dos Carmelitas de Fr. Joseph Pereira de
Sant'Anna, Lisbonne 1745, 1. 1, se trouvent quelques poésies,
qui, d'après ce que dit l'auteur du livre, étaient chantées par
le peuple en l'honneur du connétable D. Nuno Alvarez Pe-
reira, auxv*" siècle. C'est dans cette croyance qu'elles ont été
publiées de nouveau dans la Reuîsta unwersal lisboncnse^
IV, 568 et 576, dans le Cnncioneiro populdr de Th. Braga,
Coimbre 1867, p. 9 suiv., dans la Vida de NunAlvares de
Oliv. Martins (en partie), p. 428 suiv. Voyons ce qu'il faut
penser de leur authenticité. M™^ Carolina Michaëlis a dit
dans Je Grundriss der rom. Philologie^ 11, 234, n. 4 :
a Das Schweigen der zeitgenossischen ausfûhrlichen Ghronikeii
Johanns I. und des Gondestavel ; die spàte klosterliche Ûberlieferung und
die unlauteren Sprachtbrmen der Gedichte erlauben es iiicht, an ihre
Echtheit zu glauben ».
La notice la plus ancienne que nous en avons est contenue
dans un ms. de Fr. Manoel de'Goes (f 1595), cité par Jorge
Cardoso dans VAgiologio, III, 217, lequel s'exprime en ces
termes :
« ...Entoaiido [le peuple] com muita graça (segundo as Memorias do
P. F. Manoel de Goes) esta lettra :
42 (I, II) Les apocryphes du Connétable : § 15
El grau Gondestable
Nuno Alvr«^s Perera
Defendiô Portugale
Gon sua Bandera,
E con su Pendone
No me lo digades none,
Que SaMo es el Gonde.
Estas soguidilhas erào muitas, de q sô achamos o seguinte pé, oô q
tod'as rematavào :
No me lo digades none,
Que Santo es el Gonde ».
On en peut conclure qu'il n'y avait dans Goes rien de plus
que ce que cite Cardoso. Ensuite ces poésies apparaissent,
traduites en portugais^ dans la Chronica dos ijarmelitasy
dont l'auteur, cité plus haut, Pereira de Sant'Anna, dit qu'il
les a transcrites d'un ms. de Fr. Jeronymo da Encarnaçâo
(f 1631). D'une autre poésie, publiée dans la Chronicay
p. 439,
gràm Gondestabre
Em seu mosteiro,
Sant'Anna ne nous indique pas la source. La poésie, publiée
à la p. 469, /
Santo Gondestabre,
Bone Portugués,
a été transcrite, dit la Chronica, de « huma antiga memoria »,,
ce qui est sujet à caution. Celle de la p. 470,
Do Restello a Sacavem
Nem ningola, nem ninguem,
a été extraite de « fîrmissimos monumentos », affirmation
qui ne mérite non plus aucun crédit. La première poésie, qui
_J
(I, II) Les apocryphes du Connétable : S 1^ ^^
serait la seule pouvant passer pour vraie, a contre elle le
fait d'être écrite en espagnol (ou de vouloir l'être!) et de ne
nous être connue que par les Mémoires du carmélite, qui
avait tout intérêt à glorifier son ordre ; le mot none semble
être la reproduction de la prononciation de l'ancien espagnol
non. On s'attendrait à ce que le langage des poésies repré-
sentât celui de TEstrémadure ; mais ce n'est qu'un langage
mixte, comme dans les pièces de colportage et dans d'autres
semblables (§§ 14 et 15); on sent chez l'auteur (ou cbez les
auteurs) de ces poésies l'intention de leur donner un tour popu-
laire et archaïque. Quand on compare ces textes à ceux des
Cartas « lettres », publiées par le même Sant'Anna dans la
Chronica^ I, 484 (et il ne faut pas une grande expérience pour
voir que toutes ces lettres sont grossièrement apocryphes), on
s'aperçoit qu'il y a une grande ressemblance entre les uns et
les autres :dans tous on trouve è pour v (ce qui est étranger
au langage de l'Estrémadure), une grande quantité de sub-
stantifs en -ança^ le verbe sondes^ le verbe fager^ etc. En
outre, il y a un accord complet entre les miracles cités dans
les poésies de la p. 470 et ceux que la chronique mentionne
aux p. 486 suiv. ^ ; or, une telle ressemblance est bien sus-
pecte! Des miracles eux-mêmes, la Chronica doCondestabre^
éd. de 1526, f. lxvi, ne dit que ces seuls mots :
« e fez muytas (sic) millagres naquell lugar honde seu corpo jaz ; que
som asaz denotados e manifestos ».
— Ainsi, de l'analyse externe et interne des poésies on peut
conclure qu'elles sont réellement apocryphes. Les carmélites
^ On observe seulement quelques différences dans le langage : dans les textes
(>n prose, on WiJoào, Esteves, A^onso, tandis que dans les poésies, on lit Joanne,
Estes, Affons. On voit nettement <iue Ifs poésies ont été faites d'après la chronique,
et qu'on a déguisé le langage de celle-ci, en lui dontiant un coloris populaire.
44 ([, II) Tecvtes du xix'^ siocle (Sud) : S 10
faisaient tous leurs efforts pour rehausser la mémoire du
connétable, leur confrère, qu'ils considéraient comme un
saint ; la cause de la canonisation commença à être introduite
en 1674 •. Ces mots de Pereira de Sant'Anna, dans la Chro-
nica, I, 469, sont particulièrement expressifs ù propos des
chants où Ton raconte les miracles du connétable :
« sem desestimarmos semelhaiites vulgaridades. porque com ellas se
prova ser tâo constante a noticia dos referidos prodigios, que estes ser-
viam de particular assunto ao applauso commum de sua acreditada san-
TIDADE w.
Ces poésies sont donc Tœuvre des moines carmélites, qui ne
nous ont pas donné en cela une grande preuve de science, ni
de vertu. — Cependant, si les poésies sont apocryphes, elles
contiennent plusieurs traits du langage populaire des xvii® et
XVIII® siècles, par ex. (outre ceux cités ci-dessus) : ropa =
roupa, mai-la « mais a », èa6/6'6' = vades, o^ra = outra,
her = ver, le « Ihe » ; et c'est pour ce motif que je les ai men-
tionnées ici.
16. Arrivons au xix® siècle. — Au premier quart,' appar-
tiennent les Poesias de Maria Margarida Pereira Cambiaxi,
((folheto » 1^'^ et «folheto » 2% Lisbonne 1816 (deux brochures).
Bien que sans valeur littéraire, ces deux brochures sont
intéressantes en ce qui concerne le langage ; à part certains
mots de fantaisie ou conventionnels, comme mis « mas »,
antans- « entâo », et un mélange de patois de diverses pro-
vinces, Cambiaxi s'efforce d'employer les patois du Sud, ce
^ Oliv. Martius, Vida de Nun'Àlcares, p. 465.
2. Dans ÏExortaçào de Joseph Cavranca, Lisboa 1777, que j'ai citée au § 15, on lit
enlances ou antances (je cite de mémoire); cette forme me semble un compromis
entre £iitonces (pop. et arch.) et entdo ou antdo (moderne). Au Brésil, i /« (ooce (apud
Adoifo Coelho, Os dialectos romanicos etc., III). En indo-port, ayitos (apud Schu-
ciiardt, Kveol. Stud.y 11, 19).
(I, 11) Littérature des n Saloios » : S 1^» * 45
qu'on voit dans des expressions telles que /aliy piscaria,
pixinho^ pinsamciuo^ feneza. Quelques-unes des poésies
ont même pour titre «glosa de Algarve», où Algarve ne
signifie pas « algarvio » en général, mais « catraeiro natural
do Algarve», selon Tusage du parler de Lisbonne. — En
1840, ont été publiés les Versos de J. C. Lara de Carvalho,
où il y a une poésie écrite en langage de Bemfica (localité
des environs de Lisbonne), que j'ai reproduite dans \^Re-
vista Lusitana,\y 142 suîv.; elle a pour titre ((Zanguizarra».
— De même qu'au xvi' siècle les auteurs dramatiques ont
imaginé le Ratinho^ le type populaire de l'habitant de la pro-
vince de la Beira, de même récemment, dans les pièces de
théâtre, figure à chaque instant le Gallego ((Galicien», leBrr/-
sileiro «Brésilien», et surtout à Lisbonne le Saloio, A Lis-
bonne on appelle Saloios les paysans qui vivent dans la
banlieue de notre capitale. Les Versos de Lara ci-dessus
cités reproduisent donc le langage de ces populations. Les
pièces dramatiques de colportage où le Saloio mis en scène
parle son langage sont très nombreuses. Je ne pourrais pas
les citer toutes, mais j'en citerai quelques-unes : juiz
eleito par Luis de Araujo, Lisbonne 1854; 7A Canaia^ par le
même, Lisbonne 1861 ; casamento do vaqueiro par Queiroz
Sarmento, Lisbonne 1864; Mariquinhas a leiteira par Aris-
tides Abranches, Lisbonne 1865; casamento do Descasca-
Milho par Alcantara Chaves, Lisbonne 1865; bapdzado do
filho do Descasca-Milho par le même, Lisbonne 1865; Lui-
sinha a leiteira e Descasca-Milho par le même, Lisbonne,
4™'-édit., s.d.; Manoel d'Aballada par le même, Lisbonne,
2® edit., s. d.; thio Manel do Esprito-Santo par A. E. de
Sousa, Lisbonne 1869; Zé Gallo na cidade par J. F. Pi-
nheiro, Lisbonne 1871 ; Onde esta o gato? par Theotonio dos
Santos, Lisbonne 1878; U m saloio em Lishoa par Feliciano
^.
46 (I, II) Littérature des « Saloios » : S 16
Corrêa, Lisbonne s. d. ; Confissaô de um Saloio «por îim Sa-
loio da Portella», Lisbonne s. d.; recruta par José Reîs,
Lisbonne s. d.; Toma limào iferde! par A. Monteiro, Lis-
bonne s. d.; frescata da Malveira par J.Dumont, Lisbonne
s. d. ; Tio ZéChibato par Luis de Araujo, Lisbonne, 2® édit.,
s. d.; Desabafos do Zé-Leiteiro par le même, Lisbonne s. d J.
Araujo est aussi l'auteur d'un livre Contos e historias^ Lis-
bonne 1871, où figurent le Saloio^ VAlgarifio, etc. En 1856-
1857, a paru un journal intitulé Saloio^ où il y a un dia-
logue renfermant quelques vocables locaux, qui ont été re-
produits dans la brochure Physiologia do Saloio (sans nom
d'auteur), Lisbonne 1858, p. 45-57. Un journal, publié à Lis-
bonne sous le titre àeMalcriado et ensuite A^Malamanhado^
contient plusieurs correspondances humoristiques, en langage
saloio. Les rédacteurs de ce journal ont aussi composé un
Almanach do Mal amanhado para 1890 ^ escrito em lingoa-
gem saloia^ Lisbonne 1890. — Parmi les villages du Por-
tugal où la verve populaire place des types ridicules, se trouve
A Lourinhâ^; l'idée n'a pas non plus échappé aux auteurs
dramatiques : on a publié à Lisbonne en 1863 noivo da
Lourinhày comédie de Martins de Paula, où un des person-
nages parle viciado^, — Dans \ entre-acto comique Bois tolos
felizes de José Romano, Lisbonne s. d., les personnages
parlent également viciado; l'auteur y a voulu reproduire
surtout le langage du Sud. Dans le goût des compositions de
D. Maria Cambiaxi, citée au commencement de ce §, est
Algarifio^ monologue de A. Garraio, Lisbonne s. d., où le
'. Toutes les pièces sans date appartiennent à la seconde moitié du xix* siècle,
et môme aux vingt-cinq dernières années.
2. J'en possède des exemplaires de 1890 et 1891.
^. Gfr. Annuario das tradiçôes populares portug.y Porto 1882, p. 48.
*. Ficiado, c'est-à-dire «d'une manière corrompue», est l'expression pittoresque
dont se servent les libraires de Lisbonne pour désigner les pièces do théâtre qui
reproduisent plus ou moins lidèlement le parler du bas peuple.
(I, II) Textes de la Beira et de Tras-os-Montes : § 16 47
personnage principal est un homem do mar qui (( solta
a expressâo rude de um algarvio » et dit par exemple :
Sou do Algarve, e pVà galeota
Do se ré vim despachado.
Sou da terra da bolota,
Nam nasci p'ra star calado...
Dans ces vers, il y a une allusion à Tidée qu'on se fait vulgai-
rement des habitants de TAlgarve, qui, à ce qu'on dit,
parlent trop. Une autre pièce du même genre est le Dialogo
entre um algarvio e a sua Maria^ Porto 1885, où Ton trouve
des expressions telles que mandi «mandei», boti «botei»,
armi aarmei», amezade^ Recarda^ sériais etc., qui appar-
tiennent en effet au langage de TAlgarve. — Je ne dirai pas
que dans tous ces écrits le parler du peuple soit toujours bien
observé et fidèlement reproduit, parce que leurs auteurs re-
cherchent non pas l'exactitude scientifique, mais seulement
des effets comiques; cependant, de telles tentatives ne man-
quent pas parfois d'un certain intérêt, quoique l'on regrette de
n'y pas trouver plus d'exactitude phonétique.
Ce que j'ai noté jusqu'ici se rapporte au langage du Sud. Je
pourrai aussi donner quelques renseignements en ce qui con-
cerne le Centre (Beira) et le Nord.
Du Centre, je possède peu de chose : une lettre publiée
dans la Reacçào, périodique de Mangualde, du 1®^ janvier
1893, où l'on reproduit imparfaitement le langage de la
Beira; un texte que j'ai analysé et dont j'ai fait des extraits
dans les Dialectos beirôes^ 1 ; et un feuilleton publié dans le
Jornal de Paços de Ferreira^ des 1'' et 8 janvier 1898, où il
y a quelques expressions de la même province.
Du langage de Tras-os-Montes, je possède deux sonnets ma-
nuscrits, œuvre d'un curieux, et qui sont inédits.
48 (I, II) Textes « minhotos » et folkloriques ; § 16
Du langage du Minho, on peut voir quelques spécimens dans
un journal de caricatures, do Porto, qui s'intitule Charwari^
et qui commença en 1886. J'en ai parlé dans les Dialectos
intcramnenses^ IX, 26 suiv. Les Minhotos (habitants de la
province du Minho) jouent aussi leur rôle au théâtre : Zé
do Minho, chansonnette de Rodrigo Vieira, Lisbonne s. d., en
est un exemple, mais Tauteur n'emploie que quelques termes
qui sont du Nord, et, partant, du Minho, par ex. bei\ coibes ;
d'autres qu'il emploie, comme brigarmos^ dermos^ estra-
garnios, fornios, au sens du prétérit parfait, sont surtout
du langage du Uiba-Tejo (je les ai rarement entendus dans
le Nord). Cette pièce appartient à la litteratura de cordeL II
y a une grande quantité d'œuvres de ce genre dans la collec-
tion dénommée Bibliotheca para o Poi^o, publiée par la
Librairie Cruz Coutinho, de Porto : voyez en la liste jusqu'au
n° 67 dans la Zts. f. rom, PhiloL, 1879, III. Bd., 5. Heft
(Bibliographie 1878, p. 85-86). Le grand romancier Camillo
Castello Branco transcrit dans quelques-uns de ses écrits des
mots et des phrases du Minho, par ex. dans la Brasileira de
Prasins et dans les Volcôes de Lama.
D'autres auteurs font de même à Tégard d'autres provinces,
mais il me semble que ce que je viens de citer est suffisant
pour Tobjet que je poursuis dans cette Esquisse,
Finalement, je dois mentionner les collections de textes
populaires destinées à servir aux études dialectologiques et
folkloriques. On en peut voir quelques-uns dans les pério-
diques spéciaux, comme Revista Lusitana^ Résista do Minho
et A Tradiçào^ dans d'autres encore, comme Independencia
(de Povoa de Varzim : voir plus loin, p. 69), et dans quelques
périodiques d'Elvas.
17. Après avoir parlé des dialectes du continent, je par-
(I, 11) Textes des Açores et Madère : S 17 49
lerai de ceux des îles adjacentes, quoique j'en aie peu à dire.
Dans les Cantos populares do Archipelago açoreano de Th.
Braga, Porto 1869, et dans le Romanceiro da Madeira de A.
Rodriguesde Azevedo, Funchal 1880, on respecte parfois le
langage populaire. Dans la première de ces œuvres, Tauteur
publie une liste de vocables des Açores, et il dit à la p. xiv :
« Se observarmos o glossario das palavras antigas de que o povo [des
Açores] se serve nos seus romances, vcmos uma grande parte d'ellas
de origem anterior aos quinhentistas, usuaes e vernaculas no sec. xiv
e XV ».
Dans le Homanceiro da Madeira, p. 501, il y a une remarque
sur le langage ; il est bon do noter que les articles la et la
qu'on lit constamment dans les romances n'appartiennent
pas au parler populaire : ils ne sont qu'une reconstruction,
du reste peu heureusement faite par le collecteur, d'après le
modèle de todo-los homens; le collecteur lui-même me l'a
affirmé.
18. Je passerai aux dialectes d'outremer. — Sur le portugais
parlé au Brésil, on peut glaner beaucoup dans toute la litté-
rature brésilienne ^ Du portugais parlé à Goa et sur les
côtes d'Afrique on trouve aussi des spécimens dans des jour-
naux et des livres. — Voyons maintenant les créoles.
Dans la Grammadca da lingua portuguesa de Joao de
Barros, imprimée pour la première fois en 1540, cet auteur dit:
« Bem corao os Gregos em Roma a via por barbaras todalas outras naçôes
estranhas a elles, por nà poderem Ibrmar sua linguage : assi nos podemos
dizer que as naçôes de Africa, Guiné, Asia, Brasil barbarizam quando
querem imitar a nossa » ^.
^ Dans notre littevatura de cordel et dans quelques romans il y a des textes et des
dialogues imitant le langage du Brésil, mais cela n'a pas de valeur scientifique.
•-'. P. 161-462 de ledit, do 1785 fCopilaçào de vaHas obrasj.
50 (î, 11) (( Lingoa de preto » : S 18
Notre langue est donc devenue burlesque dans la bouche
des Nègres (et des Maures), et elle a été à cet égard exploitée
comme sujet comique par divers écrivains. M. Adolfo Coelho
dans son travail Os dialectos romanicos em Africa^ Asia etc.
en a cité déjà des exemples du xv® siècle (du Can-
cioneiro de Rèsende) et du xvi** siècle (de Gil Vicente); voir III,
p. 25, et I, p. 45-47. Du xviii® siècle il a aussi cité un
exemple ibidem^ I, 47. De mon côté, j'en pourrai citer
d'autres. Dans ^^^ Autos, Antonio Ribeiro Chiado (xvi® siècle)
imite le langage des Nègres, par exemple dans la Pratica
d'oyto feguras e no Auto dus regateyras. J'en donne ici un
petit échantillon, extrait du premier de ces AutoSj d'après
l'exemplaire de notre Bibliothèque Nationale :
doso gaiya hiio capam
a mira trazé turo junto
ho coeyo co treze pombio...'
Du xvii® siècle nous avons dans les Apologos dialogues de
Dom Francisco Manoel de Mello, p. 267 ', le curieux passage
suivant, où Tautcur traite le sujet d'une fable bien connue :
« Mostrava um Ghristào era Geuta certo painel de Santiago a hum
Mouro, e tinha o Santo muytos Mouros desbaratados e rendidos a seus
pés. Gonstruia-lh'o, dizendo :
— Olha, perro, quantos Mouros que venceu o Scnhoi* Santiago!
Pergunt 'U-lhe entào o Mouro, muyto soccorào, em sua ma algarabia :
— Quemp niar Senhor Chrislào? Pintar Chrislào, ou Mouro?
— Corao pinlar Mouro/ (dizia o Ghristào). Pintou-o um Ghriatào mujto
honrado e Ghri>tào Vclho.
— Pois (resi)ondeu o Mouro) bem parecer; porque, se pintar Mouro,
pôr Mouro a cavallo e mais de trinla Sanliagos ao pé!
Tanto tomâo as pinturas da mào de quem faz os pa^neis! ».
i. Des Ohras de A. R. Chiado il y a une édition faite par M. Alberto Pimentel
en 1889. îSur l'insuffisance de cette édition, voir ce que M. Epiphanio Dias a écrit
dans la Us. f. roman. Philologie, XV (1891), 550-558.
*-. Cette œuvre est postiiume : Lisbonne 1721.
(I, II) (( Lingoa de preto » : î^ 18 51
Auxviii® siècle, on a fait beaucoup de pastiches semblables,
soit au théâtre, soit dans d'autres genres. J'en cite ici
quelques exemples. Dans la farce de « cordel » conten-
tamento dos pretos^ Lisbonne 1787, quelques Nègres parlent
leur langage. Il en est de même dans outeiro ou os poê-
las afinados^ Lisbonne 1783, et dans miseravel enganado,
Lisbonne 1788 (littérature de colportage). Dans un ms.
qui appartient à M. José Calado,^ il y a un Soneto en preto
dirigé'Contre le marquis de Pombal. Une coutume curieuse
fut celle de publier des calendriers et des almanachs écrits
aussi en lingua de preto. Je connais beaucoup d'écrits ana-
logues, appartenant au premier quart du xix® siècle, par
exemple : Pronostico curioso e lunario para os anno de
i802 por os pleto Flancisco Suzd Hallus^ éd. de Porto ; Plo-
nostico curioso e lunario pala os annos de 1806 por os pleto
Flancisco Suzd Halley^ ibid.; et d'autres à peu près avec le
même titre, pour les années suivantes, jusqu'en 1824, éd. de
Porto, Lisbonne et Coïmbre; Nàvo plonostico ou abuize^
de piar os colles para os anno de 1806 que compoze
Flancico Banduy et pour les années suivantes jusqu'en 1821,
éd. de Lisbonne; ^junalio e plonostico culioso por os pleto o
pai Bassiào - pala os anno de iSiS, éd. de Lisbonne ;
Plonostico colioso lunario para os anno de 1820, por os
pleto Flancisco Suze, éd. de Lisbonne; Trataro para lavla-
dores por os pleto Flancico Suza Haley, Lisbonne 1822; Os
viziadoro moderno plognostico ou culioso Sarrabar ^ pala
os anno de 1809 pelo paizio ^ Pantareao Pires, éd. de Lis-
>. abuize = abuis ou buis : engin pour prendre des oiseaux.
-. sarrabar — sarr..bal, synonjme d'almanach. Voir Rev. Lusit., VI.
3. pai (e paizio - paiziniio), nom qu'on donne aux Nègres à Lisbonne .(et «lôi,
màisinha aux Négrer^ses) : par ex. pai Thomas^ etc. A propos, je cile le quatrain
suivant, très populaire à Lisbonne :
À màe Maria — e o pai Bassiào — estdo na cozinha — a faner mexHhdo. —
Je pense que Bassiào est pour {Se)hastiào.
I
52 (I, II) Textes de l'Afrique : S 18-a
bonne, et d'autres à peu près avec le même titre, pour les
années suivantes jusqu'à 1817, éd. aussi de Lisbonne ; C^/w?-
dalio rusitano pala os anno de 1856 por os pleto Flancico de
Susâ Halley^ éd. de Coïmbre. Après 1856, je ne connais plus
d'almanachs de ce genre K — En 1870 a été publié à Lis-
bonne le Sermào ao menino Jésus em linguagem africana,
qui a pour base un ms. également du xviii' siècle, mais
augmenté par J. C. ; le titce du sermon, qui commence à la
page 7, est celui-ci : « Sermâo os sioro Santa Minina Zazu
Clisto nos seu nascimenta ))2.
Un des phénomènes phonétiques que Ton note fréquem-
ment dans ces imitations, est celui de la substitution de i à Ih,
par exemple dans buia ^= bulha, i^eio = velho etc. ; à ce pro-
pos, je lis dans Duarte Nunes do Liaô, Origem da lingoa
portuguesa^ Lisbonne 1606, chap. xxm :
« Tal he a pronunciaçào das palauras que escreuemos coin Z/i, que. ..
nem.... a (s2c)^ podem pronunciar por suas lettras... os Arabes e Mouros
de Alrica, com tormento ».
Cependant, les textes possédant une valeur réellement
scientifique pour la connaissance du langage de nos créoles
ne remontent qu'au xvii® siècle ; et il n'y en a en quantité
abondante qu'au xix® siècle. On possède des textes relatifs aux
dialectes de l'Afrique, de Tlnde, de Macao, de Java, etc.
Voir sur ce sujet, le § 29. Les travaux que j'y cite au point
de vue de la philologie pure renferment aussi des notices
sur les textes. J'y ajouterai ce qui va suivre :
a) Afrique. Compendio de la doctrina cristiana en cas-
^ Toutes ces pièces sont conservées à la Bibliothèciue Nationale de Lisbonne.
'^. On connaît des faits semblables dans d'autres pays. Sur l'Espagne, voir, par
exemple, R. J. Guervo, dans le Bulletin Hispanique^ 111,56.
3. Le sens exige as.
(I, II) Textes de V Afrique et de V Orient : i 18-b 53
tellano y fa (VAmbu para uso de los habitantes de Annobôri
parle P. Isidro Vila, Madrid 1891 (cf. Schuchardt, LitbL.
XIV, col. 401); un catéchisme aussi à l'usage des habitants
d*Anno-Bom, Lisbonne 1828 (en portugais ou en dialecte
créole?), cité aux p. 5-6 de Touvrage précédent; Litteratura
dos Negros par M. Marques de Barros, Lisbonne 1900, in-8'*
(incomplet), où sont imprimés des^ textes en portugais-créole
de la Guinée; quelques morceaux aussi en portugais-créole,
dans les Estudos da ling. port, d'A. F. Barata, Evora 1900,
p. 44, empruntés à d'autres ouvrages.
b) Inde et Ceylan. Cantigas e louvors per sermjos-
missioaario^ traduçido per o lingoa portugueza qui tem
papiado ne Çeylon, Colombo, Missao-Wesleyano 1883,
103 pag. in-lô"*; Signor Vitales, o Engrato homi^ tra-
ducidu de engres por J. A. Janz, Columbu, Holmes 1883,
in-8'* (202 chansons) ; quelques autres Istori traduites par le
même; The Parish Paper, périodique (vol. IV, 1895), avec
des textes en indo-portugais; Christmas supplément to the
Ceylon examiner, Colombo 1894 (avec des chansons indo-
portugaises); A tody party, Colombo, (( Times of Ceylon);
s. d. (avec des poésies indo-portugaises); Bible ^ Pentateuch
and Psalter, Os cinco li^ros de Moses chomado Genesis
etc. traduçido ne portuguez de Ceylon, Colombo 1833, in-4^ :
Genesis, o p rimer o livro de Moses chomado Genesis
(la 1'^'' page manque); .4 forma da oraçào publico^ 2® éd.,
London 1826; Um curto catichismo da Biblia, traduçido em
indo-portugueza de R. Newstéad, London s. d.; Evangelho
forma de Santo Matheu, Colombo 1819; une autre édition,
Londres 1851 * ; un verset de la Bible en indo-portugais
*. J'ai examiné toutes ces brochures sur Ceylan à Graz, tliez M. le Professeur
H. Sciiuciiardt, qui a bien voulu me faire présent d'un exemplaire du Signnr
Vitalis, qu'il possédait en double.
54 (I. II) Textes de l'Extrême Orient : S l^-c
{British and foreign Bible Society s spécimens of language^
Londres 1889, p. 35); As promesses fazido de nosso Senhor
Jésus Christo per a Bemdita M, M, Alacoque (un feuillet
imprimé à Dayton, Amérique, s. d.) ; A lingoa portugiiesa nas
regioes orientaes par Bernardes Branco, dans A Locomoiiva,
Avoiro 1883, n"*' 16, 32, 45 et 50, et dans le Boletim da Soc.
de Geogr. Commercial do Porto, II, 118-119 (1883-1885),
textes copiés des Kreolische Studien de Schuchardt, II et III ;
dans le livre Diii, par J. Quadros, Nova Goa 1899, p. 98-99,
note, a été reproduite une partie des textes en portugais de
Diu publiés dans les Kreolische Studien de Schuchardt, III ;
dans VEstrella do Norte (Bombay 1862) il y a un dialogue en
portugais a norteiro », sous le titre de « Variedades » * ; dans
VHist. de Damào, d'A. F. Moniz, Bastorà 1900, p. 215-216, il
y a des textes en portugais de Daman; dans les Estudos
praticos da lingua portugueza d'A. F. Barata, Evora 1900,
p. 40-44, Fauteur emprunte à des livres qui sont à la Biblio-
thèque publique d'Evora quelques passages en indo-portugais '.
c) Extrême Orient. Sur le dialecte de Macao : quatre feuil-
lets avec le titre de Folhetim, carta de tia Paschoela d sua
sobrinha Florencia^ Macao 12 et 25 octobre 1869, 7 avril et
3 juin 1870, que j'ai examinés aussi chez M. Schuchardt (le
même professeur possède beaucoup de mss. en « macaista»);
Os Camaristas, carta da Aç^d Rita d sua neta Ignacia^ Macao
4 avril 1872 (feuille volante qui m'a été offerte par M. Marques
1. Cosl M. Marques Pereira qui in'a communiqué et offert ce texte.
2. A ce propos M. Barata dit : « A gloltologia nào descansa em procurar dia-
lectos as linguas : a portugueza de Fr. Luiz do Sousa, dentro em pouco, eslarâ
desfeita, delida em dezenas de chamados dialectos, verdadcircs patois do vulgo
ignorante. Rasla ver os trabalhos do Sr. Léito de VasconcoUos para o leitor se
capacitar da affirmativa » (p. 44). Gomme si 'les sciences étaient la cause des
phénomènes qu'elles observent et analysent! Mais il est bien curieux que 1h môme
personne qui dédaigne autant le parler du peuple ait cité dans ses Noites de Evora,
1897, p. 29 suiv., sous le titre pompeux et ronflant de linguistica, des expres-
sions si vulgaires que hen « veiu », hinherom a vierani », et d'autres encore!
fl, II j Textes des codialectes : ^ 20 55
» ■ — ■ ■
Pereira); quelques poésies mss. que je dois à M. le Dr.
J.Batista de Castro; M. Marques Pereira possède de son côté
plusieurs Folhctins (ici au sens de « feuillets »), les uns
imprimés, les autres mss., et en outre les ouvrages suivants
qu'il a bien voulu me montrer : Memoria dos festejos que
tweram logar em Go-Mi-Cai^ par Manico de Santo Castro
(pseudonyme), t. II \ Macao 1867, où il y a quelques textes
« macaistas » ; Ensaios litterarios^ de Silva e Sousa, vol.
I, Hongkong 1863, p. 95, où il y a aussi quelques textes en
portugais de Macao; M. Marques Pereira, qui a l'intention
de publier une bibliographie complète du « macaista», m'a
également montré un Folhetim imprimé en 1871, comme
spécimen du portugais parlé par les Chinois (§ 123). —
Comme spécimen du portugais de Singapour, j'ai obtenu,
par l'entremise de M. le Professeur David Lopes, une Ora-
sào para nosso Senhora^ imprimée (mais s. d.). M, Schu-
chardt possède un très intéressent ms. du xvii'' siècle, con-
tenant une collection de Pantuns (a chansons ») en malais et
portugais-créole de Batavia, que j'ai vu chez lui (cf. KreoL
Stud,, IX, 17).
19. Sur le portugais des Juifs, voir ce qui sera dit aux
§§ 143-145.
20. Pour compléter les indications bibliographiques que je
me suis proposé de fournir, il me reste à parler des codia-
lectes. Je serai très bref. En riodonorais etenguadramilais, il
n'existe, que je sache, rien d'écrit. Sur le mirandais, j'ai cité
dans mes Estudos de philologia mirandeses^ I, 1-31, tout ce
qui avait été publié jusqu'en 1900; le vol. II de cet ouvrage,
1. C'est une satire. .Je pense que l'on y a ajouté « tome II », en considérant
comme tome I la brochure à laquelle cette satire se rapporte, et qui a un titre
semblable.
50 (I, II) Études dialectologiques au xyi^ siècle : S 22
Lisbonne 1901, p. 81 suiv. et 283 suiv., contient même quel-
ques textes. Des textes galiciens j'ai parlé, ibidem, vol. II,
58-59, où j'ai cité le Catdlogo de obras escritas en gallego,
publié par la «. Liga Gallega », de La Corogne, en 1898; ce
catalogue mentionne tout ce qui avait paru jusqu'à cette date,
qui n'est pas encore très éloignée de nous; il ne me semble
pas nécessaire de le reproduire ici ^
B. — Notices et études sur les dialectes
21. Les travaux se rapportante nos dialectes sont naturel-
lement de deux catégories : les uns obéissent déjà à la mé-
thode scientifique qui a été inaugurée au xix^ siècle, et les
autres suivent les anciens procédés, d'après lesquels le lan-
gage populaire était considéré uniquement comme corrompu,
et par cela même digne de la censure des grammairiens,
des auteurs de traités d'orthographe, et des puristes. Dans
l'aperçu que je vais en faire, j'adopte le même ordre que dans
la section précédente.
22. Les dialectes du continent ont été étudiés les premiers.
Au XVI® siècle, nous trouvons quelques remarques dans Oli-
veira et dans Barros, nos plus anciens grammairiens.
La l'^'^ édition de la grammaire deFernâo d'Oliveira est de
1536; il y en aune édition de 1871, dontjemesers. Cet auteur
montre à la p. 85 qu'il possédait une certaine notion de la
nature des dialectes : en traitant des variétés lexicologiques
relatives à chaque métier, à chaque classe sociale, etc., il dit :
•. Dans notre littérature de colportaîçe, il y a beaucoup de textes soi-disant
galiciens, parce qu'au théâtre on adopte quelquefois la langue de Galice pour
obtenir des effets comiques. Il en est de même en Espagne. Rien de tout cela n'a
d'importance philologique. Cf. p. 49 (note 2) sur le brésilien.
(I, II) Etudes dialectologiques au xvi« airule : ^ 22 57
« tâbê se faz e terras esta particularidade, porq os da Beira tem huas
^alas e os Dalentejo outras ; e os homes da Estremadura sâo diferentes
dos dantre Douro e Minho, porq assi como os tepos, assi tàbe as terras
criaô diuersas côdiçoes e côceitos ».
Comme vocables caractéristiques du dialecte de la Beira, il
cite sont « sou » (p. il4), nego « senao » (p. 118). Comme par-
ticularité du langage d'Entre-Douro-e-Minho, il cite certaines
nasales (p. 108). Comme formes archaïques générales du lan-
gage populaire, il cite h la p. 81 acaraô ce junto », samicas
« por Ventura ». Le mot samicas a fait fortune chez les imita-
teurs du parler du peuple (voir §§ 14 et 15).
Depuis longtemps, le langage interamnense a été considéré
comme archaïque. Voyons ce que dit Joâo de Barros dans le
Dialogb em louvor da nossa linguagem :
« A my muito me contentam os termos que se conlbrmam com o latim,
dado que seiam antigos : ca destes nos deuemos muito prezar, quando nà
acharmos serem ta corrutos, que este labeo Ihe faça perder sua autoridade.
Nâ somente os que achamos per escrituras antigas, mas muitos que se
usam antre Douro e Minho, conseruador da.semente portuguesa : os quaes
alguus indoutos desprezam, por nam saberem a raiz donde nacë »i.
Joâo de Barros veut dire que le langage interamnense est un
portugais de bon aloi, une excellente semence («semente»).
— Barros fait aussi dans le passage suivant une allusion au
langage populaire, quoiqu'il n'indique aucune province en
particulier :
« E apraz, jaço carecem de participio em bôa linguage ; porque
[ — pelo que] os rusticos o Ibrmam muitas vezes » ^ ;
ce qui signifie que dans le langage vulgaire on disait aprazido
Qi jazido.
1. Copilaçdo de varias obras do insigne portugues Joam de Barros, Lisboa 1785,
p. 225-226 (Dialogo em louvor da nossa linguagem), La 1" édition est de 1540.
2. Copilaçào, p. 139 fCram. da ling. portug. La 1'* édition est de 1540.
58 (I, II) Études tf i a lecio logiques aux xvi^' et xvii® siècles : S§ 23-24
23. \J Orthographia da lingua portuguesa et VOrigem da
lingua portuguesaàe Duarte Nunes do Liiîo appartiennent en
partie au xvi®, en partie au xvii*' siècle *. De ces deux œuvres
on a fait une édition en 1864 en un seul volume ; c'est celle
dont je me sers, h Orthographia nous ofl're deux passages où
il y a des allusions au langage archaïque du Minho(cf. ci-des-
sus, le § 22) :
« anti-'"a terininaçaô dos Portugueses de -om a quai ainda agora
guardfiô alguns liomens d'entre Douro e Minho e os Gallegos, que dizem
fizerom^ atnarom, capitom, cidadom^ taballiom, appellaçom :»^ ;
« nos Gallegos, e em alguns Portugueses dVntre Douro e Minho,
que por l'ôs e vosso dizem bôs e bosso, e por vida dizem bida » ^.
Nunes do Liào publie aussi des listes de vocables considérés
comme populaires, dans VOrigem^ chap. xvm, et dans YOr-
thographia^ p. 201.
24. Au xvii^ siècle proprement dit, Faria e Sousa fait quel-
ques remarques dans VEuropa Portuguesa^ t. III, Lisbonne
1680, sur Entre-Douro-e-Minho, qui est « la provincia adondo
mas bië se habla » (p. 158) ; sur Tras-os-Montes, dont les po-
pulations « liablan nuestro idioma con grande corrupcion » ;
et sur la Beira, où est a la lengua mal conocida » (p. 160).
Ces remarques se répètent dans son Epitome de las historias
portuguesas^ p. 617-620, et dans les passages correspondants
de Vriistoria del reyno de Portugal, du même auteur, publiée
rn 1730. Faria fait l'éloge du langage du Minho, parce qu'il
était (c minhoto »; cependant il note : « si el juicio no me
engana, y no me ciega la afîcion ». Ce qu'il dit des autres
provinces signifie uniquement qu'il y a là diverses variétés
1. Orthmfvaphîa, 1' édit.. 1571). Origem, 1' édit., IfiOG.
•-. P. 142.
■'. P. lOG.
(I, II) Études dialecto logiques au xviV siècle : ^ 2A 59
dîalectologiques. — Sur le vocabulaire qu'il avait l'inten-
tion de publier, voir le i^ 14.
Ferreira de Vera, dans son Orflwgraphia, Lisboa 1631,
chap. IV, fait une allusion à la prononciation du Minho :
« Da letra B.... Tem esta letra milita semelhança e affinidade com a
letra consoante v ; com que faz errar a muitos Portugueses de entre Douro .
e Minho, e os mais dos Castelhanos, que, nâo advertindo o que vai de hua
â outra, as trocào na pronunciaçâo, dizendo : hrabo e hravo, avano e
ahano, adraha e aljava como aldraha e aljaha, bander e %:arrer : e peior,
dizendo bosso^ buestro por vosso e ruestro etc. ».
Cette confusion du b et du (^ est encore aujourd'hui considérée
comme caractéristique du dialecto interamneuse^ quoiqu'elle
ne lui soit pas spéciale.
Dans VOrtografia da lingiia portuguesa^ Lisbonne 1671,
Joao Franco Barrelo note quelques manières de parler de dif-
férentes localités. Il dit du Riba-Tejo :
« Os verbos da prime} ra coiijiigaçà todos tazem o preterito f» -ey^ como
amey, faley.jantey etc. se iienhûa exceyçà. Ainda que por este Ribatejo
todos os mudam t agudo, dizendo amz, falli^ janti, etc., que he uraa
notavel barbaria, e mayor por ser aqui ta vizinho da Corte » ( p. 54).
11 dit des Saloios {% 16) :
«...calçàes, tostàes, como o vulgo circiinvisinho de Lisboa costuma, e
(jue aôde [=hâo-(le) acabar -aès, acabam e -nvs, como capitôes. Aie-
tnôes » ([). 105 .
A l'égard du Minho, il remarque sur le b=^v et sur le -ont ce que
Nunes do Liao avait déjà remarqué (J:; 23) : voir p. 17 1 et 100.
11 observe dans le langage d'Entro-Douro-e-Minho un des
movens d'éviter Thiatus :
« He esta letra a fatal para os de entre Douro e Minho, e Beyrôes,
siguindo-se-lhe outro a, poniue nâos podem proininciar amhos, û de tras
do outro, se Uies meter de permeyo ù y, e assi, havendo de dizer a
agua^ a aima, infallivelmente hâ de dizer ay agua, ay aima » (p. 73).
\
60 (1, II) Études dialectologiques au xvii* siècle : S ^^
D'une manière générale, il traite de la confusion qu'établissent
les paysans entre x et ch, p. 172 (ce qu'on doit entendre du
langage du Sud); et il donne une liste très longue de mots
populaires à la p. 265, d'après le modèle de Nunes do
Liâo (§ 23).
C'est encore une liste de mots populaires que nous trou-
vons dans les Regras geraes brèves e comprehenswas da mc-
Ihor orthographia de Bento Pereira, Coïmbre 1733, p. 65 suiv.
Dom Francisco Manoel de Mello, dans les Apologos dialo-
gaes{éà. de 1721), p. 261-262, établit des différences entre
les langues, suivant le degré de culture plus ou moins élevé
des personnes qui les parlent :
4c humas, sendo mais sutis que outras em juizo epronunciaçâo, pronun-
ciào com mayor suavidade as palavras, e as escolhem com mayor
prudencia ; os mais grosseyros tudo isto fazem rudamente ».
Nous avons vu au § 5 que Franco Barreto a dit a peu près la
même chose. Mello continue :
«Daquiprocedeo que os Gregosdividirâo seu idiomaem quatro classes»,
c'est-à-dire, dans quatre dialectes, le dialecte attique étant la
classe (( mais sublime, regular e concertada », à cause de
(( caber em seu districto a universidade de Athenas ». Comme
il y a aussi chez nous, à Coïmbre, une université ancienne et
célèbre, il ajoute :
« se ca entre nos dissessemos se lailava mais élégante em Goimbra, que
em outra parte, nao mentiriamos, sendo alli o coraçâo e aima das scien-
cias que se ensinam e aprendem ».
L'idée d'après laquelle Coïmbre est la ville où Ton parle lor
mieux est encore aujourd'hui admise par bien des gens.
Chacun prêche pour son saint, selon ses prédilections natu-
(I, II) La Dialectologie chez Argoie : ^ 25 (îl
relies : Mello préférait Coïnibre ; Faria, le Minlio (§ 24j; el
nous verrons plus tard (§ 25) que Verney et Carmelo don-
neront la préférence à Lisbonne.
25. Déjà au xviii^ siècle, Dom Jeronymo Contador d'Argote
dans ses Regras da lingoa portuguesa^ 2*' édit., I^isbonne
1725, p. 291 suiv., a écrit un chapitre très intéressant sous ce
titre : Dos dialectos d\ lingoa portlguesa *. C'était la
première fois qu'on publiait un tableau général, bien qu'im-
parfait, de nos dialectes. Argote, en s'éloignant, dans une
certaine mesure, de la manière générale de penser des
puristes et des grammairiens (mtètés (§ 21), et en voyant les
choses comme elles sont en réalité, appliquait à la langue de
son pays les distinctions de la grammaire grecque (cf. ci des-
sus, le S 24). Il classe les dialectes ainsi : a) dialectes locaux;
h) dialectes de temps; c) dialectes de profession. Dans les
dialectes locaux, il considère les parlers d'Entre-Douro-e-
Minho, Tras-os-Montes, Beira, Estrémadure et Algarve,
laissant de côté TAlemtejo, parce que, dit-il, le langage de
cette province diffère peu de celui de TEstrémadure; et il
indique quelques caractéristiques phonétiques et lexicolo-
giques de chacun de ces dialectes. Il fait encore une allusion
aux codialectes du Nord de Tras-os-Montes (si j'interprète
bien ses paroles), aux dialectes d'outremer, au langage
populaire en général, à l'argot de Lisbonne, et aux dialectes
des Ciganos. 11 appelle dialectes de temps les différentes
phases chronologiques de la langue portugaise, lesquelles il
dénomme : très ancienne, ancienne et moderne. Sous la
désignation de dialectes de profession il comprend :
(1) Lu 1" édit. (les Regras asl de 1721, et elle a apparu sous un pseudonyme. Lv
cliapitrc sur les dialecles n'> est pas encore.
♦52 (l, n) Éfudi's cfialectofof/ù/ues au xviii' siècle : isj 25
« a diflfereiiQa de lallar a lingua, de que usâo os que exercitào diversa
profissâo de fallar » ;
et il en donne comme exemples : la langue de la prose (qui
peut être littéraire et familière) et la langue poétique. — La
plus curieuse de ces trois classes est sans doute la première^
Dom Raphaël Bluteau(cf.§ 15)a publié comme appendice au
Supplément du Vocabularo iportuguês e latino^ Lisbonne
1728, un Vocabulario de palabras e modos de fallar do
Minho e Beira^ dont j'ai donné une édition critique dans mes
Dialectos interamnenses^ viii. Le même auteur, dans ses
Prosas PortuguesaSy Partie II, Lisbonne 1728, p. 186, fait
une allusion à Tliiatus qui existe dans a agua et qu'on évite
dans les provinces du Minho et de la Beira en y insérant
un y, et en disant donc a y agua (cfr. § 24). Dans le Voca-
bulario português e latino^ on peut aussi trouver quelques
remarques dialectologiques isolées.
Un des orthographistes les plus célèbres du xvjii® siècle
est Madureira Feijô. Son Orthographia a été imprimée
pour la première fois en 1734. On en a fait un grand
nombre d'éditions. Je me sers de la 2®, Lisbonne 1739.
Outre une longue liste d'Erros communs da pronunciaçam
do ifulgo^ qui prend la plus grande partie du volume
(p. 157 suiv.), on y trouve souvent diverses observations
dialectologiques : ainsi, aux pages 34 et 89, il parle du chan-
gement de (^ en i chez les « Interamnenses » ou d'Entre-
Douro-e-Minho ; aux pages 43, 90 et 543, il parle du
changement de ch en x chez les habitants de Lisbonne ; il
distingue aussi Vs du c, suivant le dialecte de Tras-os-
Montes, sa patrie, et où il avait habité jusqu'à Tàge de 15 ans
^ Ce chapitre d'Argote a été plagié par les grammairiens Meldola (1785) et
Goiiçalves Coulïnho (1817), ce qu'on veria à sa place.
(I, II) Études dialeciologiques au wnf siècle : i 25 08
(p. 215): sur cette distinction faite par Feijo, voir Hei^.
Lusù.y II, il2.
Joâo Bautista de Castro, dans le Mappa de Portugal,
vol. I, Lisbonne 1762 (2° édition, revue par l'auteur), à la
p. 198, parle du -om du Minho (cfr. § 23).
Verney dans le Verdadeiro niethodo d'estudat\ t. I,
Valensa 1746, a quelques remarques sur la prononciation
d'Estrémadure(p.30),delaBcira(i6.),d'Entre-Douro-e-Minlio
(à la p. 27). Il combat la distinction qu'on fait entre ch et x,
défendue par Madureira (voir ci-dessus), et il dit que :
« sempre se-devem preferir os que sam mais cultos e falam bem iia
Estremadura » (p. la p. 30).
José de Paiva, dans les Infermidades da lingoa^ I^is-
bonne 1759 *, fournit une grande quantité d'expressions
populaires; quoiqu'il ne possédât pas une notion claire de
l'essence du langage, ces listes sont intéressantes, parce
qu'elles témoignent de la richesse de notre lexique.
Monte .Carmelo est un digne émule de Madureira Feijo;
cependant son Compendio de Orthografia, Lisbonne 1767,
n'est pas aussi connu que le livre de ce dernier auteur.
Carmelo donne cette idée du langage populaire :
c( Devemos fallar e escrever como pratica o maior numéro, uara dos
ignorantes ou plebeus, que corrompem os idiomas, mas dos doutos e peritos
da côrte » '^.
11 connaissait fort bien notre lexique, littéraire et vulgaire.
En ce qui concerne la dialectologie, le Compendio a beaucoup
de valeur. On y parle des dialectes en général, à la p. 500 ;
'. Cette œuvre a été publiée sons le pseudonyme) de Sylvestre Silverio da Silveira
c Silva. L'auteur a tenu à se montrer sauvage!
'-. Préface.
()4 (I, u) Études dialectologiques au wuf siècle : ^ 25
des dialectes du Nord, au\ p. 357 et 420; des langages
(( interamnense », « beiriio », « trasmontano », « estre-
menlio », « algarvio » et brésilien, dans plusieurs endroits.
Dans la Portugiesische Grammatik^ Frankfurt s./O. 1778,
que j'ai déjà citée au § 15, on reproduit le « Vocabulario
minhoto-beirâo » que Bluteau avait publié pour la pre-
mière fois (voir ci-dessus). L'auteur de la Grammaire dit :
(c Die Bûchersprache ist in Portugall ebeu so weiiig die allgemeine,
als sie es in andern Làndern ist. Es giebt daselbst wie allenthalben ver-
schiedene Mundarten, dcren jede viei eigenthiimliches hat, und nur durch
einen anhaltenden Aufenthalt in don Provinzen, wo sie zu Hause ist,
erlernt werden kann » (P. 220).
En 1785, a été publiée à Hambourg la Nova Grammatica
Portuguesa composée par le Juif Abraham Meldola, avec la
traduction allemande en regard. A la p. 32, il y a un chapitre
Dos dialectos dn lingoa portuguesa^ qui est une copie de
celui qui a le même titre dans les Regras d'Argote (§ 25); et
ce plagiat n'est pas le seul que Meldola fait d'Argote.
A l'exemple de Du Gange, le Frère Joaquim de Santa Rosa de
Viterbo a composé \ Elucidario das palabras ^ termose frases
que em Portugal antiganiente se usaram^ Lisbonne 1798-
1799. Je Tai déjà cité au § 3. Viterbo y reconnait les diffé-
rences dialectales de notre langue, soit anciennes, soit mo-
dernes : voir p. m, xvi etxx; et il cite continuellement dans
son œuvre des vocables de la Beira (sa patrie), du Minho, de
Tras-os-Montes, etc.
Dans les Reflexôes sobre a lingoa portuguesa^ Lis-
bonne (1842), œuvre posthume, 3 vol., Francisco José Freire
(t 1773) donne des règles sur l'usage classique de la langue;
a ce propos, il mentionne plusieurs expressions du vulgaire.
Dans le Diccionario da lingoa portuguesa de notre
(I, II) Études dialectologiqites au xviii^ siècle : ^ 25 65
Académie des Sciences, t, I, Lisbonne 1793, il y a une place
pour les
« termes privatives das provincias e conquistas de Portugal, que se
achâe nas ebras impressas dos nossos escriptores classicos » ;
et pour les
« termes comices eu rustices que se eiicontram cem orthographia de
proposito viciada, para se arremedar assim ao natural o idiotisme da
baixa plèbe ».
Voir rintroduQtion, à la p. xiii.
On trouve dans les Memorias de Litteratura publiées par
la même corporation scientifique divers travaux qui con-
cernent plus ou moins le langage populaire. Dans le vol. IV,
p. 160, Antonio das Neves Pereira dit avec beaucoup de bon
sens :
« que em Lisboa se chama viga o que no Minho ou na Beîra se deno-
mina caibro ou barrote ; que numa parte se diga bilha o que iias outras
se chama cantaro nào prova que huns tenhâo melhor iiem peor lingoa.
Os nossos Portugueses na India dizem em bom portuguès veniaga, corne
nos câ dizemos mercadoria : tudo val o mesmo ».
11 mentionne ensuite Tiotacisme qui se remarque dans
a ialrnUy a iaga chez les paysans d'Entre-Douro-e-Minho e
de la Beira (§ 24), et il le justifie, parce que ce phénomène
tient à la nature même du langage. . Le même auteur cite
plusieurs termes populaires, par exemple, dans le vol. IV,
p. 356, 37i, 390, 397; dans le vol. V, p. i70, 187, 246, 251,
Parmi les manuscrits de Dom Joâo da Annunciada, conser-
vés à la Bibliothèque publique d'Evora (manuscrit m-iv,
c maço )) n**37), il existe une collection de Palabras efrazes de
Melgaço^ faite dans le goût du petit vocabulaire de Bluteau,
cité ci-dessus. Cette liste n'est pas de la main d'Anunciada;
5
60 (L II) Etudes dialedoio^ques au xix^ siècle : |i 26
on ]a lui a ^ivoyée probablement de rAlto-MîsihG, où «esl
situé Melgaço; la lettre est du xviii® siècle*.
26. Nous^oiuœes arrivées au xix"" siècle. Daus le Bresse ira-
tado ou explicaçào do que é grammatica^ Lisboa i817, par
Gonçalves Coutinho, il y a, à la p. 21, un chapitre ou diaio^^uie
qui se dénomme Dos dialectos da lingua portuguesa ; ce tra-
vail n'est qu'un abrégé, et parfois une copie fidèle, du travail
qu'Argote a publié sous le même titre (§ 25), quioiquie
G. Coutinho le présente comme sien. Le même auteur fait
dans la Grammatical Lisbonne i821 (la 1'*" édit. est de
1814), une remarque insignifiante sur le è = p' du Minho,
Sans dépasser les vues étroites de la plupart des anciens
grammairiens, Soares Barbosa recueille dans la Gramma-
tica philosophica da lingoa portuguesa^ hishonne 1822, p.
50, des (( Vicios dapronunciaçâo» ; il indique en même temps
quelques faits phonétiques des dialectes du continent et du
Brésil; à ce point de vue, il reste très inférieur à Argote
(§25).
Avec un jugement plus sûr, Balbi signale dans son Essai
statistique sur le royaume de Portugal^ t. II, Paris 1822,
p. 30, n., quelques différences qui existent entre le langage
de TAlemtejo et celui du Minho.
Cunha Portugal, dans VOrtographia da lingoa portuguesa ^
Parip 1837, p. 3, reproduit dans une note le chapitre de
Soares Barbosa, mais il en mentionne Tauteur. A la p. 104, il
publie une longue liste des « Erros communs da pronunciaçâo
1. M. Barala (cf. ci-dessus, à la p. 54, n. 2, en a publié un extrait dans ses
N dites d'Evora, 1897, p. 29 suiv., avec quelques incorrections, et sans en indiquer
la provenance. Parmi les incorrections, je signale /<?so [= fe^o), que M. Barata a
pris pour un participe, et traduit par feiio, tandis que ci* mot est un prétérit et
signilie « fez ». — 11 y a longtemps que j'ai copié ce manuscrit, que je compte pu-
blier tout entier dans la Revisla Lusitana.
(I, II) Études dialectalogiqnes nu xix"^ 9ièole ; §56 07
do vulgo, com as suas emendfts em cada Obttrax), daas le genre
de ioelles qu'ont publiées Madureira^ Canafrele et d'aatres.
A propos des règles de l'édiacation de la jeunesse, J, I. Ro-
quete «cite dans le Godigo do hom lom^ Paris 1845, p- 247
suiv., uiEL oes^tain niombre d« plébeismes, soit de Lisbonn^e,
soit des provinces, par ex. menza^ frol^ jdrola.
La Grammaùica€aialffiioada im^oa poriuguesa de F. So-
lasK) €omstancio, Paris 1835, p, 303, contient un chapitre
ce Dos vicios de pronunciaçâo mais fK^taveisî)!), semblable à
celui de âoares Barbosa : il y traite du iasigage populaire eoi
général; du langage provincial ; du iaogage brésilien : mais
tout cela d'une manière très sommaire. L'auteur dit avec
raison que certaines formes populaires appartiennent au
langage archaïque.
On pourrait encore citer d'autres ouvrages du même genre
et de 1^ même valeur, mais cela devient inutile, parce que
généralement leurs auteurs se copient les uns les autres.
J'4wnets aussi certaines. petites notices isolées-
Eu 18Î6-1843, Frédéric Diez a publié la Grammaire des
langues romanes. 11 y iiasère quelques notes sur nos dia-
lectes; mais ce n'est pas pour cela que je cite ici sa Gram-
maire : je la cite à cau«e de l'esprit nouveau qu'elle a intro-
duit dans la science, quoique cet esprit ue se soit fait sentir
que plus tard dans notre dialectologie.
Auguste Soronaenà-o, dans VOrigem da lingoa pàrtuguesa^
Liî?boQne 1867, p. 24, classe les dialectes portugais en deux
groupes : celui du Nord du Mondego, et celui du Sud, 11
prena?it ainsi pour modèle, comme il le laisse lui-même en-
tendre, la distinction qu'on fait en France entre langue d'oïl,
et langue d'oc. Toutefois la comparaison est bien lointaine !
Dans les travaux de M. Adolfo Coelho, publiés depuis
1868, et qui s-e rattachent à l'école de Diez, on trouve de temps
68 (I, II) Études dialectologiques au xix® siècle : § 26
à autre des faits dialectologiques; mais il n'existe aucun
travail de cet auteur consacré exclusivement aux dialectes
du continent; il y a toutefois dans son livret lingua par-
tuguesa^ Porto 1887, p. 134, une légère allusion au sujet.
En 1881, j'ai publié dans le Panthéon^ p. 319, un petit ar-
ticle sous le titre de ccLinguagem popular portuguesa», qui
a été suivi d'un autre publié avec le même titre dans O Pena-
fidelense en 1882. Ce dernier article a servi de base à un
autre que M. Soeiro de Brito commença à publier sur le
langage de FAlemtejo dans un journal d'Elvas, et qu'il n'a
pas terminé : les deux articles étaient publiés Tun vis-à-vis
de l'autre, chacun dans sa colonne; on en a fait un tirage
à part de 12 pages.
A propos d'une analyse critique qu'a publiée M. Gonçalves
Vianna dans PositivismOy IV (1882), n** 1 et 2, des Gantes
Flamencos de M. H. Schuchardt, il a inauguré chez nous
l'étude de la phonétique scientifique. Un peu après, en 1883,
il a fait paraître dans la Romania^ t. Xll, son bel Essai de
phonétique et de phonologie de la langue portugaise d'après
le dialecte actuel de Lisbonne (on en a fait un tirage à part).
11 présente dans ces deux travaux des observations justes
et nouvelles sur notre phonétique dialectale.
Le premier fascicule de mes Contribuiçôes para o estudo
da Dialectologia Portuguesa remonte à 1884 (j'avais fait déjà
une courte note sur le sujet dans l'introduction de Dialecto
mirandêsy Porto 1882). Ce travail se rapporte non seulement
aux dialectes du continent, mais aussi à ceux des îles et
d'outremer. Jusqu'à présent, plus de 20 fascicules ont été
publiés.
M. Theophilo Braga a consacré quelques lignes aux dia-
lectes dans son Curso de hist. da litterat. port,^ Lisbonne
1885, p. 36 (déjà, en 1875, le même auteur y avait fait une
(I, II) Études dialecto logiques au xix® siècle : § 26 69
allusion dans le Manual da hist, da littéral, port.^ p. 10-11).
En 1887, commença à paraître la Rei^ista Lusitana^ organe
des études de philologie et de dialectologie portugaises. On
y trouve des articles de M. Gonçalves Vianna sur les pap-
iers de Tras-os-Montes, Alemtejo e Açores; de M. Lang sur le
portugais de New-Bedford et Açores; de MM. A. Alves et
Felicio dos Santos sur la Beira; de MM. A. Moreno, P. Ta-
vares, H. das Neves, Castro Lopo sur Tras-os-Monles ; de
M. Marques de Barros sur le guinèensc, de M. S. R. Dal-
gado sur le portugais de Tlnde; du directeur sur les dia-
lectes de Tras-os-Montes, Alemtejo, Olivença, Algarve,
Açores, Africa, etc. Il y paraîtra prochainement une étude
de M. J. J. Nunes sur ValgarviOy et un Vocabulario alem-
tejano de M. A. Th. Pires. De cette revue ont été publiés six
volumes; le sixième est sous presse.
Dans V Independencia^ périodique de Povoa de Varzim,
M. C. A. Landolt a publié en 1887, n"* 266, un article sous le
litre de Folklore varzino^ qui contient un petit glossaire.
Dans le même périodique, 1892, n*' 513, il a publié un autre,
Tradiçôes i^arzinas^ avec une courte introduction phonétique.
Aux Tradiçôes populares colhidas no concelho de Barcellos
du même auteur, Barcellos 1884, j'ai ajouté une préface sur
le parler de Barcellos.
Les Materiaes para a historia das tradiçôes populares do
concelho de Esposende de M. SilvaVieira, Esposende 1888,
se terminent par un vocabulaire. Cette brochure a servi de
sujet à une autre, de M. Armando da Silva, Folklore et dia-
lectotogia de Esposende^ Esposende 1890.
Les dialectes portugais ont été mis à contribution par
M. J. Cornu dans son travail Die Portugiesische Sprache^
publié dans le Grundriss der romanischen Philologie^ vol. I,
1888, p. 71S suiv. (tirage à part, 1 vol. de 89 p.), et par
70 (I, u) Etudes sur le po^^tugais insulaire : § 28
M. Meyer-Lûbke dans la Grammatik d'er rt^manischen
Spracheny 1890-1899.
M"*^ Carolina MichaeKs de Vasconcellos a fait insérer dans
le Roman. Jahresbericht de K. Volmôller, I, 163, et IV, 336
suiv., un aperçu bibliographique et critique de tout ce qui
en fait de dialectologie avait paru depuis 1887 jusqu'à 1894.
Mon Mappa dialeàtologicO' do contirhente português a été
publié à Paris en 1897. Il avait paru d'abord dans la Choro-
graphia de Portugal de M. Ferreira Deusdado, Paris, s. d.
(4893). Cette carte a été reproduite, avec mon assejitimjenA,
par M.. Mendes dos Remedios dans son //ï/roâJa<?^<To d historia
dm lùteraîuFa portuguesa: {Goknhve 1898) ; le même auteur y
présente, aux p. 34 et 80, un tableau de nos dialectes»
27. Dans ce que je viens de dire à propos d-es travaux sur
lesr dialectes, je me suis peut-être trop étendu, en citant
quelquefois des ouvrages ou des auteurs peu importants;
cependant, si certains détails considérés en eux-mêmes ne
semblent pas avoir de valeur, ils en ont une, lorsqu'on les
groupe et les considère ensemble. Notre bibliographie dia-
lectologique est modeste; abstraction faite du Vocabulor-
rio do Mirvho e Beira de Bluteau (§ 23), de telle ou telle
observation isolée, et du chapitre de Gontador d'Argote
(§; 25), qui du reste ne possède que le mérite de la nou-
veauté, nous n'y trouvons jusqu'aux temps modernes rien
qui soit bien notable; et même de nos jours ce qui a été
publié n'est pas très considérable, quoique dans les travaux
parus il y ait des matériaux utiles.
28. Afin de suivre le même ordre que j'ai suivi quand je me
suis occupé des textes populaires, je devrais parler maintenant
des dialectes insulaires, car jusqu'ici je n'ai parlé que de
(I, n) Études sur le po^*twgais d'ontremer : î5 29 71
ceux diji eontinent ; mais sur le dialecte de Farchipel de
Madère je vm coiïBais rieni, et de ce cpii existe sur le langage
ée» Açores jai donné la liste dans la Reif, Lusù.^ II, 289-290 .
29. En ce qniii co^ncerne îes dialectes d'outremer^ j>e citerai
d'abord quelques mots de Conèadar d'Argote :
« Ha os dialectos ultramarinos e conquistas de Portugal, como India,
Brasil etc., os qaaes tem muytos termos da« linguas barbaras, e imiytos
vocabulos de portugnez antigo » ^ .
Cette affirmatioB est corroborée par ce que dit Oonues de
Moura :
a A lingoa portuguesa varia, ainda que levemente, de umas para outras
provincias : he porém maior a eUfierença' entre a lingoa portugaesa europêa
e a ultramarina » ^.
L'importance scientifique des dialectes créoles en général a
été déjà signalée en 1869-1870, par Addison van Name,
bibliothécaire du Yale-College, dans un article qui s'intitule
<( Contributions to Créole Grammar », publié dans les Trans-
actions of the American Philological Association^^, 123-t67,
dans lequel il s'occupe de dialectologie créole française,
espagnole, hollandaise et anglaise. ÏI fait une rapide allusion
au dialecte créole portugais de Suriname, aux p. 126 et 163-
164 3. Le mouvement s'est propagé ensuite. La plus ancienne
étude scientifique publiée sur uii dialecte créole portugais
est V tndoportoghese, de E. Teza (1872). — Je donne ici un
résumé d^ la bibliographie de nos dialectes d'outremer :
^ Regras da ling. port., Lisbonne 1725, p. 300.
'^. Mofmmentos da ling^ latina, Goimbre 1823, p. 10.
^. Ce travail, je l'ai vu pour la première lois à Graz, chez M. ScbuchardC. — Jo
corrige ainsi ce que j'ai affirmé d'un peu inexact dans ma brochure Sur h dialecte
portugais de MacaOj Lisbonne 1892, p. 8-9.
72 (I, II) Études sur le portugais (V Amérique : § 29-a, b
a) Portugais du Brésil. Voir, outre les quelques obser-
vations de nos anciens grammairiens citées au § 26, les
Dialectos romeùiicos ou neo-latinos em Asîa, Africa e Ame-
rica de M. Adolfo Coelho *, et les Estudos sobre a
poesia popular do Brasi/ de M. Silvio Romero, Rio de Ja-
neiro 1888, p. 308 : dans ces deux travaux, on cite divers
écrits sur la philologie brésilienne. A la bibliographie qui y
est donnée, je ne puis ajouter que ceci : dans la Vida ama-
zonica de José Verissimo, 1887, p. 24 et 27, dans le Die-
cionariô grammatical de Alexandre Passos, 1865, p. 273,
dans les Notas sobre a lingoa portuguesa de Pires Ferreira,
1894, p. 39, dans le Parnaso portugués moderno de
Th. Rraga, p. xxxm, on trouve plusieurs observations gram-
maticales. Dans la Ra^ista Lusitana^ II, 272, j'ai publié une
note du D' G. Studart sur le langage du Cearà, et dans le
même périodique, V, 189, un résumé d'un article de Sellin
sur les « portugaisismes » ou « brésiliennismes » de l'al-
lemand parlé au Rrésil par les colons originaires d'Alle-
magne.
b) Négro-portugais de Suriname, Cf. §6-y, et le passage
de l'article d'Addison van Name, ci-dessus cité. M. Schu-
chardt possède et compte publier une copie qu'il m'a montrée
du ms. suivant : 1778, C. L. Schumann, Worterbuch der
Saramacca Negersprache (ce in possession of the Moravian
Missionaries at Paramaribo»).
c) Portugais de l'Inde. Voir Schuchardt, Kreolisc/ie
Studien^ II, III, VI, et Beitràge zur Kenntniss des kreoL Ro-
manisch (in Zs f. r. PhiloL\ V et VI ; et S. R. Dalgado, Bia-
\ Cet auteur, dans le fascicule II, p. 10, altribue au Prince L.-L. Bonaparte la
paternité de la CoUecçdo de Vocubulos e frases usados em S. Paulo ; or, cette brochure
n'est pas du Prince; elle est de Pereia Coruja. Le Prince en a été, je pense,
l'éditeur. J'en possède un^exemplaire, dont il m'a fait cadeau.
(I, 11) Études sur le portugais de VOiHent : § 29-c, d, e 73
lecto indo'português de Goa^ Porto 1900 (extr. de la Re-
vista Lusitana^ VI).
d) Créole de Ceylan. Voir M. S. R. Dalgado, Dialecto
indo'portugais de CeylàOy Lisbonne 1900, où, il cite, à la
p. 77, presque tous les ouvrages qui existent sur ce dialecte
créole. Pour ma part, j'y ajoute : First introductions in the
Ceylon-Portuguese language by W. B. Fox, Colombo 1818
(brochure que M. Schuchardt m'a montrée); dans le Glos-
sary of Anglo-lndian Colloquial Words de Yule & Burnell,
Londres 1886, p. xxiv, une courte note du second de ces
auteurs sur « The Indo-Portuguese Patois »; un aperçu trop
rapide de M. Z. Consiglieri Pedroso dans le Brasil-Portu-
gal, n« 41 (1900).
e) Portugais de l'Extrême-Orient. Voir : Adolfo Coelho,
Os dialectos romanicos^ etc., I, 11 et III; II. Schjachardt,
Kreol. Stud. , IX, et Beitràge, X ; ma brochure Sur lé dialecte
portugais de Macao, Lisbonne 1892; la revue Ta-Ssi-Yang-
Kuo^ publiée par M. Marques Pereira, Lisbonne 1899-1900.
On y cite plusieurs travaux philologiques sur nos dialectes de
TExtrême-Orient. — M. Schuchardt possède un petit diction-
naire ms. macaista-portugués^ composé récemment à Macao.
Moi-même, j'ai composé un yoç,dh\x\d\TQ português-rnacaistay
encore inédit, dont la plupart des matériaux m'ont été fournis
par M. le Lieutenant-Colonel Raphaël das Dores, qui connaît
fort bien les choses portugaises de TExtrêmc-Orient, pour y
avoir habité très longtemps. Dans le livre Macao e os seus
habitantes de Bento de França, Lisbonne 1897, il y a un cha-
pitre (le xxiii®) sur la « Lingua de Macao » *. Le J ornai Unico
((( 4° centenario da India »), Macao 1898, contient à la p. 42 un
1. Ce chapitre a été publié d*abord dans les Novidades de Lisbonne (15 Septem-
bre 1894), et il a donné lieu à une réplique insérée dans le même journal (n* du
17 Septembre 1894). — Je dois cette note à M. Marques Pereira.
74 (I. lï) Études sur lé portu^^ais é^ Afrique : § 29>-f
— ' ^-^—^^^—^^^^^^^^^^^—^—^^^^^—— ■ -
article sut «0 patois- de Macao» (uoe eeuvte notice et des
textes) ^ On trouve une légère allusion au d5ale«te ée M<ax!;ao
clans une correspondance publiée dans la Folha Navay de
Porto, n^ 284 (1882). — Voir encore un article de H. Ppofttes
^^s\% Boletim da Soe, de Crefigr. de Lisboa^ 1882:, p. 702
(sur le portugais de Malacca)^ reproduit dan/s le Biarm da
Uankë, n" ai 18, du 29- Août 1«83.
f) Créoles (TAtriqne. Voir la bibliograpàie que j'ai
donnée dans la Revista Lusiiana^ V, 243^246. Je puis y
ajouter « Estudoâ sobce Cabo Verde » pabliés par Souea Mon-^
teiro dans la RevisSéù Populmr y, IV (1-85 li), p. 102; ElemewBos
de la gramdùca anvbé b de Amnoboji pair ïsidro Vila, Madrid
1891 (cf. Litbl. f. germ. u. rom. Phîlolog.,MY, colv40i);
guinèentse par M. Marqrues de Barros, Porta 1899' (extrait
delà Rev. Lusit., vol. V; M. Marques de Barros a contimié
la publicati^on de son travail dans la même revue, vol. VF).
30'. Je ne connais aucune étude sur la langue des Israélites
portugais.
31. Passons maintenant aux codialectes.
Sur le galicien, je puis citer : les Dictionnaires de Rodriguez
(1863), Cuveiro (1876) et VaUadares (t884); les Gramnmires
de Miras (1864) et deSaco Arce (1868); Portoghese (e galHego)
de F. d'Ovidio et Monaci (1881); El habla galîega de Cu-
veiro (1868); Los defectos de tenguage en Galicia y Leôn de
Gimenez (1890); Elidîoma galtego d^Iglesia(1886); Macias
o Namorad'o de Rennert, Philadelphia 1900 (avec une intro-
duction philologique); Cronica Troyana, ms. du xiv* siècle,
publiée par A. Martinez Salazar, La Corogne 1*900, 2 vols.,
1. Le Forvir, journal portugais d'Hong-Kong, dans son n« du 11 Juin 1898, a
adressé à cet article une critique, qui a été réfutée dans VEcho MacaensedvL 19 du
môme mois
(I, II) Études sur les o.odialecles : S 31 75
avec un introduction et un glossaire de R. Rodriguez. La
Revista Gallega et la revue Galicia contiennent diverses
études philologiques. Comme appendice au galicienne citerai
les Ensayos poeticos en dialecto berciano de Fernandez y
Morales, Leôn 1861. Cf. en outre mes Estudos de philologia
mirandesa^lly 57 suiv., et Rei>ista LusitanOy I, 183 et 381,
et VI, 261 suiv. (article de M. Pedro d'Azevedo).
Sur le mirandais et le sendinais, j'ai donné toute la biblio-
graphie dans les Estudos de phiL mir., I, Lisbonne 1900,
p. 21 suiv., et vol. II, Lisbonne 1901, p. 29 suiv. et appen-
dices.
Sur le riodonorais et le guadramilais voir mes Linguas
raiaaas de Tras^-os- Montes ^ 1886, p. 5, et encore mes
Estudos de phil. mir.^ II, 53-56 et 269-271.
DEUXIEME PARTIE
GRAMMAIRE SOMMAIRE
DES
DIALECTES PORTUGAIS
OBSERVATION PRÉLIMINAIRE
32. Je considérerai en premier lieu le portugais proprement
dit, et en second lieu les autres parlers qui se rattachent au
portugais; puis, dans chacun de ces groupes, lès sous-divi-
sions respectives.
Voici la disposition générale de la matière :
I. Dialectes continentaux;
II. Dialectes insulaires;
III. Dialectes d'outremer;
iV. Portugais des Juifs ;
V. Codialectes portugais.
Ce sont les quatre premières sections qui constituent le
portugais proprement dit.
Toutefois, comme je n'écris qu'une Esquisse^ J€ n'entre-
rai pas dans de longs développements; je ne m'étendrai un
peu que sur les dialectes continentaux, et je passerai rapi-
dement sur les autres.
CHAPITRE I
Dialectes continentaux
33. Afin d'abréger, je me servirai de ces expressions :
Nord, pour indiquer à la fois les provinces d'Entre-Douro-e-
Minho ((( districtos »* de Porto, Braga et Vianne) et de Tras-
os-Montes, c'est-à-dire les dialectes interamnense et tras-
montano) Centre, pour indiquer la province de la Beira
(Beira-Maritime, ou Occidentale, c'est-à-dire les « districtos »
d'Aveiro et Coïmbre; Beira-Alta; et Beira-Baixa), c'est-à-
dire le dialecte beirào\ Sud, pour indiquer les provinces du
Sud du Mondego (Estrémadure, Alemtejo et Algarve), c'est-
à-dire le dialecte méridional.
34. Comme la langue littéraire représente fréquemment
une phase intermédiaire entre le latin et les dialectes, je crois
simplifier mon travail en partant plus souvent de la langue
littéraire que du latin. Ce ne serait que dans une histoire
développée de la langue portugaise que je devrais toujours
partir du latin, et étudier l'évolution de chaque phénomène
en même temps dans la langue littéraire et dans les dialectes ;
j'ai observé cette dernière méthode dans ma Grammaire
mirandaise,
1. Le mot districto s^applique aux grandes divisions administratives du territoire
portugais, qui correspondent à peu près aux départements français.
(II, i) Les sons ; § 35 . 81
I. — Phonologie.
a) Classement, description et notation des sons.
35. Les principaux sons vocaliques portugais sont les sui
vants (oraux) :
a .
é .
A
e .
e .
i . .
i . .
V
e . .
œ. .
i . .
a • .
6 . .
a
se
r
e
V
e
A
a
e
ê
œ
••
e
r
•
1
•
u
•
1
oa
r
ô
ô
u
. par ex. dans/>a. C'est aussi littéraire.
. comme a dans l'anglais bad : par ex. mas (Minho).
. par ex. ddnispé. Aussi littéraire.
. entre é et c.
. par ex. dans vê. Aussi littéraire.
. par ex. dans 5^. Aussi littéraire.
. par ex. dans(^i. Aussi littéraire.
. par ex. dans mari. C'est un i un peu assourdi.
Littéraire également.
. ^'gutturalisé, par ex. dans w<?w (Baixo-Douro).
. e labialisé, par ex. dans (^â?r(Fundâo.)
. par ex. dans barrîL Egalement littéraire.
. par ex. dans da. Egalement littéraire.
. son analogue à Vo anglais dans no (voir Escudos de
philol. mir. I, 174), par ex. dansyyowco, Nord,
ù . . . . son à peu près analogue à Vu norvégien^ par
ex. dans tù (Beira-Baixa, Alto-Alemtejo, etc.).
G
82 (II, i) Demi-voyelles : § 36
oa. . . . a labialisé, par ex. dans coasa (Algarve.)
ô. . . . par ex. dans /?ô. Également littéraire,
ô . . . . son compris entre à etd. Cf. è.
ô . . . . par ex. dans lôdo. Egalement littéraire,
u . . . . par ex. dans canto (= cantu). Egalement littéraire.
Cf. i- Je le représente habituellement par o.
Une oreille délicate pourra encore découvrir des nuances
dans quelques-uns de ces sons, suivant les provinces.
Toutes ces voyelles, exception faite d'o, d'^ et peut-être d'o?,
peuvent être nasalisées. Les voyelles nasales peuvent être ou
non gutturalisées. Dans Vinteramnense il y a des voyelles
nasales gutturalisées comme dans le français : cf. Gk)nç9,lves
Vianna, dans la Romania, XII, 37, n. L'intensité de la nasa-
lité varie selon les localités : cf. Reif. Lusit.^ IV, 19. Dans le
Sud (Lisbonne, Setubal, etc., mais surtout dans TAlemtejo),
les voyelles atones finales sont nasalisées emphatiquement :
cf. Rev, Lusit. II, 25, et IV, 20.
36. Les demi-voyelles, soit de la langue populaire, soit de la
langue littéraire, sont : i, w, qu'on ne trouve que dans les
diphtongues, ex. aï, ei, au (diphtongues décroissantes). Dans
l'ancienne orthographe, 1'/ était quelquefois représenté par y
{ayy eyy uy, oy)^ et u par o {ao^ eo^ io), ce qui arrive encore
aujourd'hui de temps à autre. Les mêmes semi-voyelles se
trouvent dans les diphtongues croissantes : quatro =^ quatro,
piêra == pyêra = pera (Minho).
37. a) Les diphtongues orales décroissantes sont : du^ oau
(elle n'existe que dans lelang. pop.), âu^ eu (elle n'existe que
dans le lang. pop.), éu^ êu^ îu^ ài^ ai, <?ï, êi, ai, oi (seulement
pop.), ôiy ui. Exception faite dV^^, eu, bi^ et peut-être d'o^*,
(II, i) Diphtongues et consonnes : §§ 37-38
83
toutes les autres peuvent être nasalisées ; cependant quelques-
unes de celles-ci peuvent Têtre aussi dans certaines phrases
(phonétique syntaxique), par ex. eu dans éum homem.
b) Les diphtongues orales croissantes sont : ud^ aouj ué,
uê^ ui, uiy wô, uô, iê\ on peut encore considérer comme telles
les syllabes -/o, -/a (dans principio, copia) et même d'autres.
Comme diphtongues nasales» nous avons par ex. wd, ui.
c) Triphtongues, par ex. : udu et uào à Mertola, uéi à
Sâtâo, iêu et uôi dans le Minho; wô^ (ibidemj.
d) C'est une tendance générale de la langue d'éviter dans
certains cas les diphtongues au milieu des mots ; c'est pour-
quoi on dit familièrement Lipoldo =Leopoldo, mancheia =
mâo cheiâ,.
38. Tableau des principales consonnes portugaises :
Explo-
sives
Nasales
sourdes. .
sonores .
Laté- (P^res. . .
raies | gutturalisée
Vi-
( forte . . .
VI. J
branles (faible. . .
(sourdes. -
Fri-
cativep / sonores . .
LABIALES
bi-
labiales
P
b
m
labio-
dentales
LINGUALES
linguo-dentales
linguo-
gÎQgl-
vales
d
PALATALES
(linguo-palat.)
antero-
palat.
rr
f
V
-— Ç
a
'■ j
ch
0)
nh
Ih
J
^ La sonore j existe dans le portugais d'outremer.
postero-
palat.
(guttu-
rales)
c(k.q)
g
>
R
84 (II, i) Consonnes ; S5 38
Il n'y a que quelques-uns de ces signes qui aient besoin
d explication.
Les consonnes b, g, rf, entre voyelles se prononce é, g, d-
C.es sons existent aussi dans la langue littéraire : aba^ f^S^^
lado. Dans les citations, je n'altérerai pas cependant
Torthographe ordinaire.
T . . . . par ex. dans saîto. Egalement dans la langue
littéraire. Ainsi se prononce 17 qui termine une
syllabe. L'ancienne orthographe la notait par //,
par ex. ell-rey^ mail: Yoir Reif.Lusit.^ I, 64. Je ne
modifierai pas dans mes textes Torthographe
ordinaire. — Cf. G. Vianna, Homania, XII, 34.
ch. . . .n'existe comme son courant que dans le Centre et
dans le Nord ; dans le Sud, il est sporadique.
t . . . . Ex. peùo dans l'Extrémadure.
(].... Ex. lendia dans TAlemtejo.
7/ .... Ex. ùrja dans le Alinho, etc.
R . . . . C'est 1'/* habituel des habitants de Sétubal.
Pour plus de détails, soit sur les consonnes, soit sur les
voyelles, voir :i?e(^.Lw5z:V.,lV, 18 suiv.; mon Ei^oluçào da lin-
s^uagem^ p. 28-30 (cf. lie^. Lusit., I, 77, article de M. Gon-
([ctlves Vianna); mes Estudos de philologia mirandesa,
I, 173 suiv.: et surtout l'excellent Essai de phonétique
portugaise de M. Gonçalves Vianna, dans la Romania^ XII.
et VExposiçdo da pronuncia normal port, du même auteur.
Sur les consonnes aspirées, voir Rev. Lusit.y IV. 23.
3t). Les voyelles a, /, e^ o, a, quand elles sont suivies de /
qui forme une syllabe avec elles, peuvent être gutturalisées
et labialisées, par ex. dans saltar^ silça^ melro, solj culpa.
(II, i) Action des voyelles nasales : ,^ iO 85
40. Les voyelles nasales exercent une grande influence
Sur les sons voisins.
a) Dans la plus grande partie du pays, une consonne nasale
intervocalique nasalise la voyelle qui précède, par ex. dans
cdma, peruiy vinho. J'ai observé ce phénomène dans
Vinteramnense^ dans presque toute Tétendue du tras--
montano^ dans le beirào^ dans Valemtejano et dans
Valgarvio) il n'existe ni à Lisbonne, ni à Setubal, ni, à ce
qu'il semble, dans certains domaines du trasmontano
et du beirào. L'action de la voyelle nasale peut encore se
manifester au commencement d'une syllabe, par ex. dans
menza = mesa, ôtro dia = (n)outro dia, nôjo^ note = note,
= noite, m^5 (tous ces exemples sont du Sud), mâgusto
= magusto (Cadaval); à un habitant de Tras-os-Montes, j'ai
entendu dire Môfreita = Môfreita. C'est par cette action de
Xm initiale qu'on doit expliquer les formes portugaises
courantes màe = *niaiy mùito = arc. muito^ minha = arc.
niia = arc. mia (cf. § 159 et n.).
b) Certaines voyelles nasales ou nasalisées peuvent (Hre
ouvertes, ce qui arrive par exemple dans le minhoto avec ./,
{cdmà)y dans le baixo-duriense avec o, e {pbnte^ péna)^ et,
avec une ouverture moindre, dans le Baixo-Alemtejo {rrrnd^
pêna: voiri?ei^. Lusie,^ IV, 19). Ce phénomène se produit tant
dans la prononciation des personnes instruites, que dans celle
des gens du commun. Nous avons ici un caractère dialectal,
parce que, en d'autres régions, les voyelles dans les mêmes
conditions sont fermées {câma, sono, pêna dans la Beira-Alta
et à Lisbonne; picna dans le Minho).
c) Lorsqu'une voyelle nasale est suivie d'une consonne
labiale, gutturale ou dentale, on entend généralement m,
n, r/ entre la voyelle et la consonne, par ex. càmpo, dènte^
80 (II, i) Sifllahes et accents : S 41
môrjco : voir Rev, Lusù. IV, 24. On observe ces phénomènes
dans toutes les classes sociales, quoique l'orthographe ne
les manifeste pas.
h) Liaison des sons entre eux.
i . Syllabes et accents.
41. a) Les mots portugais peuvent être monosyllabes et
polysyllabes. Les monosyllabes sont par nature oxytons,
lorsqu'ils sont isolés. Les polysyllabes peuvent être oxytons,
paroxytons et proparoxytons.
b) La langue populaire a une tendance générale, du moins
apparente, à éviter les oxytons et les proparoxytons, par
Teffet de . certaines lois auxquelles obéissent les sons
(cf. § 63) : ainsi sal devient sale {sali^ sala)] pateo devient
pdito dans le Sud; des noms en -encia deviennent des noms
en -ença (dans le Sud).
c) Il y a aussi une tendance, dans certains cas, à baisser,
(în quelque sorte, le timbre d'une voyelle ouverte, mais
atone : par ex. comprar et lemhrar deviennent fréquemment
cumprar et lemhrar {limbrar.) Par la même raison soldado
(et d'autres mots oii la langue littéraire a -cî/-) devient faci-
lement suldado. Dans le Sud on prononce pedrinha^
peii'inho {pixinho^ pxinho) pour un motif analogue. Cf. Rev.
Lusit.^ I, 245.
d) Les syllabes postonîques sont chuchotées, lorsqu'elles
renferment des consonnes sourdes, par ex. copo, monte.
Cf. Rev. Lusit.y IV, 2;{.
2. Phonétique syntaxique.
42. La phonétique syntaxique, soit de la langue générale,
soit des dialectes, a déjà été étudiée par M. J. Cornu dans la
f •
(II, i) Phonétique syniaxiqtie : § 42 87
Romania.xiiy 243; par M. Gonçalves Vianna, ibidem, xii,62; et
par moi-même dans divers chapitres de mes Contribuiçôes
para o estudo da Dialectologia Portuguesa. Je ne citerai
ici que quelques faits saillants. — L'hiatus entre deux
voyelles orales est évité par l'intercalation d'un / ou d'un u
(cf. § 24), par ex. a i agoa (Nord et Centre), é i wm (Sud).
Jd u a vi (Nord, Centre, et dans certaines régions de TAllo-
Alemtejo). Entre une voyelle nasale et une voyelle orale, on
met rj dans le Nord, par ex. um rj homem\ entre -im et une
voyelle orale, on intercale nh^ dans le Minho, par ex. dd-me
a mim nh isso. Quelquefois, on forme une crase ou des
diphtongues : minhàmiga = minha amiga, éîi homem = é
um homem. Une r devant la consonne initiale du mot suivant
disparait facilement dans le langage courant : trabalhd' todo
à dia = trabalhar todo o dia. Dans la liaison de -s {£) avec -s,
il peut arriver que la dernière -s soit assimilée à l'autre, ou
vice-versa : trex^acos =iiv^% sacos(Sud); trê'' 5^005 = très
sacos (Nord, Centre); cela dépend de la valeur de l'-^ (dans
certaines régions = ^, dans d'autres = s). Il se produit un
fait semblable dans la liaison de -s (-z) \ x-^ y- ou r- (rr-),
par ex. : o' jarros = os jarros, o' xailes = os xailes, de-
rreis —-. dez reis (ce sont des phénomènes généraux). On doit
aussi considérer comme un phénomène général le changement
de r-5- intervocalique en -z- : az obras = as obras. Par
l'effet de la proclise, quelques dijJhlongues peuvent dis-
paraître : Ri'Maior = Rio-Maior, ma vidro = mau vidro,
Pai-Pires = Paio-Pires. Dans le Baixo-Alemlejo, la diph-
thongue -iu des prétérits, quand elle est couverte, peut se
simplifier : abri-se = abrîu-se. La simplification d'eu dans
mépai= meu pai, et dans des cas analogues, est encore un
effet de la proclise. A Chaves on dit ande /os tes = aonde
fostes, et dans le Sud nà uai= nâo vae, sa nas terras = sao
i
88 (II, i) A tonique : § 43
as terras. On note dans ces phénomènes une tendance à
faire disparaître les diphtongues internes (§ 37-d). Quand les
pronoms o, a sont unis enclitiquement à une forme ver-
bale terminée par -5, on y ajoute un -«-; par ex., dans le
Sud, viamos-i-o = viamos-o (viamo-lo); cf. pus-i-o = pus-o
(pu-lo) dans la Beira, et fez-i-o = fez-o (fê-lo) en Tras-os-
iMontes. — Voir d'autres exemples aux §§ 44-n, etc.
c) Étude spéciale des altérations de cliaque son
et de cliaque groupe de sons.
1. Voyelles toniques qui ne sont pas en hiatus
43. Va du langage littéraire (< lat. À, Â etc.), soit oral,
sôit nasal, éprouve quelques changements remarquables
dans le parler populaire.
a) Il devient é dans un territoire très étendu de la Beira-
Baixa et de l'Alto-Alemtejo ; par ex. : giéda = geada,
/téma = cama, crii^ér = crivar. Cf. Rei^. Lusit., IV, 217-218.
Ce phénomène s'observe aussi à Ferreira-d'Aves (Beira-
Alta), mais seulement devant m, n : rémo = ramo, péno
= panno, où je vois que Vé n'est pas nasalisé.
^ b) Dans plusieurs localités. Va est labialisé : coasa^ mcari
k Villa-do-Bispo et à Sagres (Algarve); moa/i^o et 50û/i^o
dans le concelho de Ferreira-do-Zêzere ; poa^ coasa à Alva-
<;ôes-do-Corgo (Tras-os-Montes). Sous Tinfluence des labiales,
le même phénomène s'observe aussi auFundâo, quand Va est
nasal : bocinco (mais bar ce) ^ moanta (mais ma),
c) Sous l'influence d'un i postonique. Va devient di : i^i-
gairo = vigario (le suffixe d'origine littéraire -r/Wo, -aria
devient toujours et partout -diro, -dira) ; dans TAlgarve :
(II, i) A tonique : § 43 • 89
Sdigres = Sdigris (Sagres) < lat. Sacris (c'est un exemple
de la conservation de Tablatif), vendigre = venagri = vi-
nagre; à Lisbonne : quaise = quasi (ou *quasie); dans le
Sud : /?«iVo=pateo. Quand Xa est nasal, il peut subir le même
traitement : emportainça = importancia (Algarve). Dans tout
le Portugal, on dit saingue < 1. sanguine (r<2 est devenu
diphtongue sous l'influence de IV). — Sous l'influence d'un u
postonique, l'a devient du : diiga = agoa (partout), et même
quelquefois dugoa; tduba = taboa (Estrémadure).
d) L'a devient ud dans le concelho de Satâo : mwar = mar,
cuaco = CQiCO, suapo = sapo; et, sous Tinfluence d'une la-
biale, dans le concelho de Mértola : vuaso = vaso, bualho =
balho ((baile)),/?wa^o = pato. Dans le N. de Tras-os-Montes
(Val-de-Frades), j'ai entendu prononcer : abuoada = abada,
puoata = pata {ud avec Va labialisé : presque ud).
e) L*â {arriy an) est ouvert dans le dialecte interamnense
(§ 40-b), ainsi que Va nasalisé, c.rà-d. a -{- m, n^ par ex. :
tdnto^ cdma, pdno. En dehors d'Entre-Douro-e-Minho, Va
dans ces conditions est généralement fermé : tânto^ câma^
pâno. Va peut devenir ào (ouvert) dans le Baixo-Minho :
sàoto = santo, c?ao/?o = campo ; même à Amarante j'ai en-
tendu prononcer câopo. L'-a peut devenir -âo en Entre-
Douro-e-Minho : Campanhào = Campanhâ, irmào = irmâ.
Dans le concelho de Satâo j'ai entendu prononcer : rai = râ,
lâî= la, maçài= maçâ, et même râir/^ maçàirj (§ 66-c).
f) Dans le Nord et dans le Centre, on dit -ai]- et -àich-^ au
lieu de -a/zy- (-âj-), et -anch- (j-âch-)^ tandis que, dans le Sud,
on dit -anj- (= -a/-), et -anch- (-âx-) : laràija^ laràja < arabe
narandj, âicho, àcho < 1. amplu. Dans certains cas, 1'^ est
originaire : àijo = angio = arc. angeo < 1. angelu-.
g) Influence de l'N, M : § 40, Influence de l'L : § § 39 et
o9-d. Influence des palatales : § 69-a.
90 (II, r) E tonique : § 44
44. Ve tonique de la langue littéraire peut être ouvert (é)
ou fermé (é); e tonique n'existe que dans les monosyllabes
/ne, de y que^ se, etc., qui toutefois, à cause de leur emploi
syntaxique, sont d'ordinaire atones. L'origine de Ve est le
lat.^Ê', /, È, AE, OE etc.
a) Sur la frontière du Minho et de Tras-os-Montes, on
confond très facilement é et ê. A Freixo-d'Espada-Cinta on
dit conheço; à Arcos-de-Val-de-Vez préto, césta; à Castro
d'Avellâs eésto. Sur les limites extrêmes de la frontière, il
semble que Ve ouvert {é ou è) remplace Vé littéraire : j'ai
observé ce phénomène à Chaves, Vimioso et Caminha. —
Dans l'intérieur même du pays, on dit dans quelques endroits
adêga (Beira), dans d'autres adéga (Sud); moêda et moéda\
mêda et méda\ esquêço et esquéço.
b) h'ê oral ou nasalisé, et Vê {em^ en) initial ou médial de-
viennent iê dans le Baixo-Minho : piâra^ tiêmpoy miênos {iê
est une diphtongue, où Vi n'est pas toujours très distinct). A
Ponte-do-Lima, j'ai entendu prononcer aussi tiênho. Il est no-
table qu'à Sinfâes (Beira) et à Villa-Real (Tras-os-Montes) on
dise pareillement : piêra, iêrmo. — Dans le Baixo-Alemtejo
(Alandroal) on dit iê, ié, sous Tinfluence des gutturales :
quiêdo = quedo, quiérix = queres : voir Revis. Lusit.,
IV, 240.
c) L'e médial devient ié (avec un e plus ou moins pur), à
Pôvoa-de-Varzim : bie'las = \el^s,jiniéla = janella. A Bar-
* celles, il semble qu'on dit aussi Barciélos, tiérra. Même à
Porto, il ne serait pas difficile d'entendre cette diphtongue.
d) Le son de \e est différemment nuancé suivant les loca-
calités : œ dans l'Algarve devant une consonne : pœs (mais
(II, i) E tunique : § 44 91
pë)^ fœsta : j'ai entendu ce son à Lagos, Loulé et Alportel. A
Nisa (Alemtejo) : trœs = très.
e) Dans le concelho de Sâtâo, é et <? deviennent diphtongues
(cf. ^, au § 43-d) : pué= pé, morruêr = morrer.
f) Au Fundâo, \e se labialise au contact des labiales :
vœr = ver.
g) Le littéraire -enh- (lat. -IC'L-, -EC'L-) est représenté
par :
"Hh-, . dans la plus grande partie de Tras-os-Montes, dans
TAlto-Minho (Arcos), dans le Baixo-Douro (Baiâo),
dans la Beira et dans presque tout le Sud : ahê^
lha<dii^ic'\^'y spélho< spèc'lu, télha<ièg'\Q.;
"éilh-, . généralement dans le Baixo-Minho : abéilha^
spéilho^ téilha\
-âlh-, . à Lisbonne : ahâlha^ ispâlho^ tâlha,
A Avellanoso (Tras-os-Montes) on prononce -eilh-^ comme en
mirandais.
h) Le littéraire -enh- (lat. -ENIV-, -ÏGNV- etc.) est repré-
senté par :
-enh- {'ênh'.'ènh-). . . . dans le. Nord de Tras-os-Montes
(Rio Frio) et dans presque tout le Sud du Portugal;
'ành-, . . . dans l'Alto-Douro, dans la Beira et dans certains
endroits de Tras-os-Montes (Alvaçôes etc.);
-eiah- ou -einh-, . . . dans le Baixo-Douro et dans le
Baixo-Minho ;
'-ânh". ... à Lisbonne.
Exs : lênha {lènha)^ lànha^ lèinha {leinha)^ lânha :
< lat. ligna-; ortographe littéraire, lenha.
92 (II, i) E ionique : S 4i
i) Le littéraire -ej- (-r?/-) < l. -ESIV, -ASIV, est repré-
senté par :
'éij-. ... en Entre-Douro-e-Minho, et dans la plus grande
partie de la Beira et en Tras-os-Montes ;
-rfy-. . . . à Lisbonne;
-<?/-. . . . dans le reste du pays (Sud).
Exs. : béij'o, bâjo, hêjo: : 1. basiu-, dans la langue
littéraire beijo et hejo; igréija., igrâja^ igreja:< 1. ecclesia-,
dans la langue littéraire igreja {egre/a). On doit remarquer
que ei peut être prononcé éi ou ai.
j) Les combinaisons -ech- et -ex- peuvent avoir une des-
tinée parallèle à celle de -<?y- : du moins, elles deviennent
-eich- (-<?«.r-), -dch- içâx-)^ -êch- {-(^x-) : feicho^ fâcho^ fâcha ;
pcixc, pêxe\ dans la langue littéraire : fecho, peixe Cf. § 44-1.
k) ^ + w, n devient facilement une diphtongue, en Tras-os-
Montes, près du cours du Douro, à Alvaçôes, Mesâo-Frio,
Barqueiros : méinos = menos, pïquéino = pequeno,
rt'/mo = remo. Il est probable que ce phénomène a dans
le Nord une étendue encore plus grande. A Baiâo : péna
[é nasal).
1) Dans TAlto-Alemtejo, Ve devient diphtongue dans
certains cas très spéciaux : peira — pera, reigo — rego,
teimpo — tempo, deido -~ dedo, prinrf r- pena(Castello-de-
Vide). Mon ami A. Thomas Pires me fait remarquer qu'à
Elvas on dit : teimpo, vcijo^ leime == leme^ teinte = lente. Je
n'ai pas pu encore saisir la loi de ce phénomène.
m) Vem (en) de la langue littéraire, au commencement des
mots devient :
èi (ai — àï). ... à Marco-de-Canaveses, Baiâo, Sinfaes,
(II, i) E tonique : § 44 93
Rèsende, Amarante, Regoa, Alvaçôes,
Villa-Real : téimpo^ véinto ^ ;
à (cim^ an), . . . dans TAlto-Douro : tampo,, vanto;
ê {enij en). . . . dans le reste du pays, à quelques exceptions
près (§ 44-1) 2, ce son étant soit ouvert
(Nord), soit fermé (Centre et Sud).
Les phénomènes ici étudiés sont, en partie, parallèles aux
phénomènes étudiés au § 44-h.
n) k.'-em < 1. -ENE correspond -ë dans certains endroits
de la frontière de Tras-os-Montes et du Minho, et -êi ou -ai
dans le reste du pays : bë = bem =:arc. bëe < 1. bene; bêi
ou bai. Le phénomène que Ton retrouve à la frontière
répond bien au phénomène archaïque. Dans le Baixo-
Alemtejo et dans TAlgarve, on dit -ci en syllabe découverte,
et -ë en syllale couverte, par ex. : bëi, bë bom. Même dans les
syllabes finales découvertes, j'ai entendu prononcer à Lagos
(Algarve) bë et tëj avec le même ë de tempo. Dans le reste du
pays, il est quelquefois difficile de distinguer èi de ai, de
même que, parallèlement, il est difficile de distinguer éi
de ai ( § 44-i), la diphtongue orale correspondante.
o) Influence de L : §§ 39 et 59-d. Influence de U posto-
nique : léuga = légua (legoa) au Cadaval.
45. Les phénomènes concernant Vo sont en partie analogues
à ceux qui concernent IV. Vo tonique de la langue littéraire
peut être ouvert (à) ou fermé (o); Vo de do, no etc. se confond
avec u. L'origine de Vo est le latin 0, V, etc.
'. Dans le concelho de Santa-Marlha de Penaguiào,.on dit : à(Sanhoane) et èi
(Alvaçôes). C'est donc là que se trouve une des limites géographiques du phénomène.
'-'. Dans les régions voisines de a, on peut entendre aussi a, par exemple à
Taboaço (Beira), et dans les régions voisines de êi, on peut entendre également éi.
A S. Pedro do Sul. on dit rei/t/o, leimpo.
7
94 (II, i) O toniqtie : § 45
a) Sur la frontière du Nord et du Centre, il se produit
parfois une confusion entre d et d; on entend là à chaque
instant (surtout en Tras-os-Montes), et même un peu dans
Tintérieur : môrro^ pôrco, ôssoj ôbo = ovo. Il semble que
sur la frontière, il n'y a qu'une sorte d'o tonique, prononcé
6 on d. — Dans le reste du pays, on trouve aussi une
confusion, mais à Tétatsporadique : alforge à côté ^alfôrge;
bôlsos h côté de bôlsos.
b) Les habitants du Baixo-Minho emploient la diph-
tongue lia au lieu d'd (soit oral, soit nasal) : puôço, cuômo^
fuônte^ Bàluôago = Vallongo. Cette diphtongue est équi-
valente à ié (§ 44-b). — Dans le concelho de Mertola, ô ei à
deviennent wd, ud (diphtongues) au contact des labiales :
çuôto = voto, fubrti = forte, fuôgo = fogo. Il en est de
même à Val-Frades (Tras-os-Montes) : puoço^ muoço. Cf.
§ 43-d.
c) L'arch. ont < 1. -ONE, mod. ao, est devenu -ôwdans le
Baixo-Minho, dans le Baixo-Douro et dans la partie de la
Beira située en face de cette dernière région : melôu «melâo»,
carbôu « carvâo ». Ce phénomène, dans sa forme la plus
archaïque, a déjà été observé par les anciens grammairiens
(§ 23 etc.). La diphtongue -âo de la langue littéraire a été
souvent par analogie, dans le Minho, remplacée par -ow,
même dans les mots où elle ne lui correspond pas étymologi-
quement : cou « câo » < 1. cane-, /?ôw (quelque "^dsi pôur/é)
a pâo )) < 1. pane-. On dit de même dans le Baixo-Minho :
c'ôu= 1. cum, bôu = arc. bôo < 1. bonu-. Sur TAlto-Minho,
je ne possède pas de renseignements bien précis. Dans le
reste du pays, prévaut généralement la prononciation de la
langue littéraire.
d) Dans le Baixo-Douro, Vo nasal et nasalisé est ouvert :
ponte, sono « somno », sôn/io. Cf. § 44-/t. Dans les régions
(II, i) letU toniques : §§ 46 et 47 95
septentrionales où Va n'existe pas (§ 45-a), 1 o dans ces cas
est naturellement aussi ouvert.
e) A -oj- de la langue littéraire, correspond -d^y- dans le
Nord et dans le Centre, et -d/- dans le Sud : hôije^ àôje, dans
la langue littéraire hoje.
f) Dans les « districtos » de Lisbonne et de Leîria, on dit
fréquemment nume — nome, peut-être sous l'influence de
nomear (= numiar).
g) Influence de l'L : §§ 39 et (i9-b. Influence de l'^postoni-
que : Vitoira et Bitbira = Victoria (partout), spoira = spbria
= espora (Estrémadure).
46. L'ï de la langue littéraire provient surtout de
rî latin. Il y a peu à dire sur ce son.
a) Dans le « concelho» de Satâo, j'ai entendu prononcer i
dans linha^ vinha^ fij^y mim^ jardim^ cas où il est nasal
ou nasalisé. J'y ai entendu : vuinho = vinho (avec une
diphtongue). En même temps, j'ai entendu suisco = cisco.
b) Influence de L : § 59-d.
u
47. Vu de la langue littéraire provient surtout de l'V latin.
II y a peu à dire sur Vu, mais ce peu de chose est important.
Dans une région très vaste, qui s'étend pour le moins de
Fundâo et Certa (Beira-Baixa) jusqu'à Portalegre (Alto-
Alemtejo), et qui comprend quelques territoires de l'Estré-
madure (Alvaiazere, Paialvo), Vu de la langue littéraire
devint ù : rua, mùro, dùas. Ensuite le phénomène apparaît
dans l'Algarve (Barlavento), où je l'ai observé à Lagos et
96 (II, i) Voi/elles t07iiques en hiatus : § 48
à Villa-do-Bispo : ûm, lùa^ s^iwa. 11 est probable que Vu existe
aussi dans certains endroits compris entre ces zones ^
2. Voyelles toniques en hiatus
48. J'ai seulement à faire quelques observations sur les
groupes vocaliques da (arch.), ea^ oa, io^ qui sont les plus
importants.
a) A S. Juliâo (Bragança) on disait autrefois, et encore
aujourd'hui les vieillards : irmdrja — arc. irmda < 1.
germana-: /^7<7 — arc. Idr/a < 1. lana-. Cf. dans la même
localité grdrjado -- *grdado (arch.) < 1. granatu-; dobdrjar
— Mobâar (arc.) < > hesp. devanar < y/l. panu- '. L'hiatus
est donc détruit par Tintcrcalation de // : cf. § 42.
b) Le groupe vocalique m-, qui peut provenir du lat. -ENA,
-ELA,-EDA, etc., est en général traité dans les dialectes
comme la diphtongue ei + voyelle (§ 56-g). Cependant, on
peut faire remarquer quelques particularités. La langue litté-
raire elle-même hésite entre -ea {-éa) et -eia. A Chaves (Tras-
os-Montes) j'ai entendu prononcer :-<?«. Dans leDouro-<?ia, de
même qu'aux environs de Lisbonne. En Entre-Douro-e-Minho,
dans la Beira-Alta et ii Lisbonne, on dit -éia {'âia). A Serpa et
dans quelques autres endroits de TAlemtejo, j'ai entendu
-ê-ia. Dans TAlgarve, j'ai entendu tantôt -éa, tantôt -éia.
Exs. : cca^ céia {câia)y ccia^ {cê-ia)^ cêa,
^ Ceux qui cherchent les « motivi etnologici délie alterazioni del linguaggio »
(G. I. Ascoli, Una lettera gloUologica^ Torino 1881) pourraient trouver ici un appui
à leurs théories, en expliquant notre m par le gaulois, d'autant mieux que Slrabon,
Géogr.f III, i, 6, et Pline, Nal. Hist,, IV, 114-116, parlent des Celtici dans la région du
Tage. Mais ce phénomène ne se produit pas, que je sache, dans le Nord du Por-
tugal, où les Celtes se sont aussi établis. En outre, des phénomènes semblables
peuvent avoir des causes différentes. Cf. encore : Thurneysen, Keltoromanichesj
Halle 1884, p. 10 suiv. ; et Loth, dans les Annales de Bretagne, h 270.
-. Sur devaimr, voir M"" Carolina Michaëlis de Vasconcellos dans la Miscellanea
Caix-Canelh, p. 124.
(II, i) Voyelles toniques en hiatus : § 48 97
c) Le groupe -on, qui peut provenir du lat. -ONA, -OLA, du
lusitanien -VDA(dansCoa <Cïida) etc., est d'ordinaire traité
comme la diphtongue ou + voyelle (§ 56-e). Mais, de même
que pour ea, il y a ici aussi certaines particularités. A Chaves
(Tras-os-Montes) on dit -oa, par exemple boa, ahoa « voa ».
A Baiâo (Baixo-Douro) les verbes dans -oa se prononcent
avec -dm, comme perdôîa = perdoa < 1. perdonat; dans les
autres cas, on dit -da, par exemple boa, pessôa.Dsins le Nord
de Tras-os-Montes (sur la frontière), on dit s6a< 1. sola,
féminin de « sô ». Dans la Bèira on dit dans certaines régions
bôa, dans d'autres bôua. Dans le Minho èowa.Dans le Snd boa.
d) Le groupe -io < 1. -IVV etc. devient iu ou iu dans le
Nord de Tras-os-Montes, par exemple Riu-Frîu « Rio-Frio ».
Dans le a concelho » de Satâo, on dit : tuio = tio. Dans la
proclise ; ti'N.,. « tio F. » (passim) : cf. § 42. Sur V-io des
prétérits de la IIP conjugaison, voir § 56-d.
Les faits que je viens de citer constituent des caractères
dialectaux; il y en a d'autres, plus ou moins isolés, comme :
-owa, qui représente -ua (dans les verbes en -uar), par
exemple arrecoua = recùa, de (c recuar » (dans le Nord de
Tras-os-Montes), sôua — sua, de « suar » (Beira), sous le
modèle de magoua, magoua (magoar = maguar); an, qui
représente uan et oan, dans q'ando = quando (partout) et
consante ce conforme » = consoante (Centre etc.); d, qui repré-
sente ud, dans qatro = quatro (partout) ; aie, qui représente
aé, dans Micaicla == Michaela. — La proclise en offre de
même quelques exemples : cf. § 42. — Dans les exemples
cités plus haut, c'est tantôt la première voyelle du groupe,
tantôt la seconde qui est tonique.
98 (II, i) A at07ie : ^ 49
3. Voyelles atones qui ne sont pas en hiatus.
49. a) Va oral initial devient î dans irgola = *ergola =
argola (Nord). A Povoa de Varzim, on àitœmizade, œliêmbro-
mc^ et en même temps àbraçar.^ Aguôxto. Cf. § 49-c.
b) LVl initial a une tendance h devenir ê dans TAlgarve
(du moins) : entigamerite, endar. Mais dans tout le Sud, dans
la Beira et dans le Minho, on trouve des exemples où d est
devenu soit ê^ soit î : Imbrosio = Ambrosio, inguia <,
anguila, emparar, empota, Madureira dans X Orthographia^
2" édit., 1739, cite : imbiçào = ambiçao, empolheta = am-
pulheta, enzol, enguia, Ingola — Angola. Carmelo dans
VOrthografia^ 1767, cite E rigola — Angola, entena= antenna.
Il va sans dire que entre a- et ï- il y a eu une forme inter-
médiaire ê-; les exemples cités le prouvent : cf. Ingola =
Engola = Angola.
c) Va et à médiaux peuvent devenir e par dissimilation :
rezàOf reçâo, caméra ^ sdbedo^ selada\ Madureira, loc. cit.,
cite : baquemarte^ badelada, cadefalsOy aventajar. La forme
rezào se trouve déjà au xvi® siècle. Ces faits ne constituent
pas de caractéristiques dialectales, parce qu'ils appar-
tiennent au langage populaire de tout le pays. Dans le Baixo-
Minho on àiipàgar^ avec a ouvert (atone). A Povoa de Varzim
on observe ceci : tantôt a atone devient œ, tantôt à, par
exemple : cœminho^ Mœria (à cause de 1'/ tonique suivant?),
et àcàbar^ pàceio (passeio). Dans le Baixo-Douro, à atone
peut être ouvert : càntar. A Villa-Rear(Tras-os-Montes), j'ai
entendu prononcer : pègar^ kèsaco = casaco (avec Ve un peu
ouvert).- Dans le Minho, on dit Famelicôu = Famalicâo,
/'
(II, i) A et B atones : ^ 49, 50 99
Frecisco = Francisco, Metildes = Mathilde, où IV/, par
l'influence de \i Ionique suivant, se change en e.
d) L'<2 final devient quelquefois -ia, ex. : ôndia^ llisia =
Elysa, iscddia = escada, formes qui appartiennent au Nord
et au Centre. Dans TAlgarve, j'ai entendu prononcer arrwrf/a=
arruda. Ces faits ne sont pas très caractéristiques.
e) Le lat. -ANT des verbes est dans la langue archaïque repré-
senté par 'd {-an, -am). Ce trait se maintient aujourd'hui dans
quelques endroits de la frontière du Nord, par exemple à
Campo-de-Viboras(Tras-os-Montes), où l'on àïistdbà <1. sta-
bant. Cependant, la même voyelle est représentée par -7 ou -ei
à Zeive (Bragance), par exemple dans c'ôrri ou côrrei <>
1. currant, -cibl^ ou -dbei <> -abant. Aussi dans la langue
archaïque, on trouve des formes en -om < > 1. -ant, trait
conservé à présent dans le dialecte interamnense^ où l'on dit
erum et ero* = érom <> 1. erant. — Les formes dans -7, -ii
peuvent s'expliquer par -?, sous l'influence de -ENT; et
les formes dans -ô {-om) peuvent s'expliquer par -VNT
(analogie); -o' est une simple dénasalisation de -o, phéno-
mène très fréquent dans le dialecte interamnense. — Cf. Mor-
phologie (§ 74-f j.
50. a) L'e atone à l'initiale se prononce i dans la langue
littéraire (il n'y a que quelques personnel qui, sous
l'influence de l'orthographe, prononcent Erculano = Hercu-
lano, ér6i:=z heroe, au lieu deirculanoy irai). Exception faite
de quelques endroits de Tras-os-Montes, par exemple
Avellanoso, où Ton dit ei^ (comme en mirandais), on peut
établir celte règle : e- non suivi de 5 impur est représenté
par if (comme dans la langue littéraire) dans le Nord, dans le
' --■
»
' 1
100 (II, i) E atone : § 50
Centre et dans TEstrémadure Cistagane, et par ê- dans
l'Estrémadure Transtagane, dans TAlemlejo et dans l'Algarve;
dans les trois premières régions on trouve aussi fréquemment
ï- {in-j im')j par exemple Inlena = Helena, interno = eterno
(peut-être une confusion de préfixej. La combinaison cst-
< 1. ST- est représentée soit par st-^ soit par ist- : dans le
Nord, en général, on n'entend que st-, par exemple strélà,
strêla (( estrella i> ; dans la Beira-Alta, que ist-^ par
exemple istrêla\ dans le reste du pays, il y a hésitation. Faits
isolés : cwangelho (et invangelho) = evangelho, Agito (et
Ingito) = Egj'pto, cris = eclypse (aussi arch.).
b) LV initial a une destinée analogue à celle de e- (§ 50-a) :
d'une manière générale, on peut dire que ê- devient ï- dans le
Nord, dans le Centre et dans l'Estrémadure Cistagane,
ê' plus au Sud; ex.: intrai\ entrar {êntrar, entrar),
c) \^e médial peut se changer en i sous l'influence des
palatales (§ 69-a). Dans une syllabe initiale, il devient aussi
parfois i^ par exemple dipois^ Climente (zi. 52-c). Par in-
fluence de l'r, e devient a (§ 69-b).
d) L'^'médial est représenté par :
'ë- .... dans l'Algarve, dans la plus grande partie de
l'Alemtejo, et dans une partie de la Beira-Alta
(conservation de la forme littéraire) ;
'ê\- .... dans le « concellio » de Baiâo, à Mesâo-Frio,
Alvaçôes, Villa- Real;
. . dans le Minho et dans une grande partie de Tras-
os-Montes et de la Beira-Alta ;
. . dans certains endroits du Nord de Tras-os-Montes,
dans une partie de la Beira et de .TAlto-Alem-
tejo, et dans TEstrémadure ;
-à- ... dans TAlto-Douro.
o
• •
-i- .
• ♦
* -. « • « ,»^ • »
-r- ••■. ; : •
. * • f "• c »
(II, i) "E et O atones : §§ 50, 51
101
Exs : lembrar, leimbrar^ lembrar^ limhrar^ lambrar « lem-
brar ».
e) Ve final devient fréquemment ^, surtout dans le Sud :
voir Re^. Lusit., IV, 30 et 327, et V, 144. On trouve aussi
des exemples de ce phénomène en Entre-Douro-e-Minho.
f) Vê final perd en général la nasalisation en Entre-
Douro-e-Minho, soit dans les noms, soit dans les verbes,
par exemple : b îrge = Nirgen^ è^W^ = vertem. Dans TEstré-
madure, il est représenté par -7, dans TAlemtejo et Algarve,
par -ê (conservation de la forme littéraire), dans la Beira,
d'ordinaire par -eî (-ai) : exs : bdtï, bcite^ bdtei {bâtai)
(( batem ». En Tras-os-Montes, les verbes offrent dans
certaines régions -?, dans d'autres -ei\ les substantifs perdent
quelquefois la nasale {-é).
51. a) L'o initial (qui, dans la langue littéraire, se prononce
W-) est généralement représenté par ô- ou ô- dans l'Estré-
madure, dans la plus grande partie de TAlemtejo et dans
TAlgarve ; par ou- dans quelques points du Nord de Tras-os-
Montes, par II' dans le reste du pays. Exs : ôrelha, ôrelha,
iirelha (ureilha)^ oubedecer. Ce phénomène est parallèle à
celui de Ve- (§ 50-a).
b) Vô initial est en règle générale représenté par o- dans
TAlgarve et dans TAlemtejo, et par à- ou par ô- dans le reste
du pays : onzeneiro, unzeneiro ,
c) L'o médial, qui en général se prononce -w-, peut se
changer en -f- par dissimilation : ameroso. Il peut subir
d'autres changements sporadiques. Devant L : §69-b.
102 ■!!, i) O et I atones : S§ 51, 52
d) \So médial est représenté par :
-ô- fermé ou demi-ouvert dans TAlgarve, dans le
Baixo-Alemtejo, dans une partie de TAlto-Alemtejo
et dans une partie de la Beira-Alta;
-0- ouvert .... dans le a concelho » de Baiao, à Mesâo-
Frio, et dans d'autres endroits du Nord;
-M- .... dans TAlto- et Baixo-Minho, dans une grande
partie deTras-os-Montes et de la Beira-Alta, et dans
presque toute TEstrémadure.
Exs : cômprar, cbmprar, cumprar. Il existe un certain
parallélisme, entre -a-, d'un côté, et -ç-, -?-
(§ 50-c), de Tautre.
e) Sur Vo final (— w) j'ai peu à dire. Dans TAlgarve, dans la
région où Ton prononce ù (§ 47), T-o (-u) se prononce -w,
exemples : pontù, mudù; ce son s'entend plus facilement,
comme il est naturel, quand on sépare les syllabes : pon-tù,
mu'dh,
f) Le lat. -VNT dans les verbes est représenté en portugais
ancien par -om. Dans la langue de Guimarâes au xvii® siècle,
on trouve encore dans des mss. : vierom, despachâiwn, man-
ddrom. Aujourd'hui l'-r} (== -om) se conserve dans une grande
partie du Sud, où il alterne avec-w et avec -o' (-u'); en Entre-
Douro-e-Minho, à Sinfaes et à Rèsende, on dit couramment
-o' (-a). Dans la Beira, de même qu'à Tras-os-Montes, on
trouve -u et -âo. Exs. : ford, forïi, foro, fordo ccforam» < 1. *fu-
runt r > fuerunt.
52. a) Li initial subit le même sort que 1> initial (§ 50-a).
Des formes isolées : poteca = hypotheca (Yimioso), tropesia —-
hydropisia (Minho), Zabel -- Isabel (fr. Isabelle).
(II, i) I et V atones : §§ 52, 53 103
b) Ll initial subit aussi le même sort que IV- (§ 50-b) : in-
grato, engrato.
c) Vi médial au commencement d'un mot se change facile-
«
ment en e dans TAlgarve : terar = tirar, verar = virar, me-
lagre = milagre. Dans les proparoxytons : décerna = décima
(Sud). Par dissimilation : vezinho (aussi arch.), menistro, ine-
migo (c'est là la prononciation normale, et non mi-nis-tro ^ i-ni-
mi-go, qui est une affectation).
d) L'ï médial se ^change facilement en -é- dans TAlemtejo
et dans TArgarve : hrencar = hvmcox ^ prencipio = principio,
pentar = pintar. Cf. § 52-c.
e) Vi final est très rare. Le mot quasi < lat. quasi ou
*quasie (d'après M. A. Thomas) est représenté par çwais^
(§ 43-c), quais, quaije, aquaijo, caijo, acaijo, selon les régions.
f) Dans la langue littéraire i atone final n'existe pas.
u
53. a) Vu à l'initiale des mots subit le même sort que Vo-
(§51-a).
b) Vu initial est représenté par ô- dans l'Algarve et dans
' l'Alemtejo^ par û- (comme dans la langue littéraire) dans le
reste du pays : ontar, untar. Forme sporadique : imbigo = um-
bigo.
c) Vu médial, comme Vo (§ 51-c), a uile tendance à devenir
-e- par dissimilation : feturo = futuro.
d) Vu médial a un sort pareil à celui d'i/- (§ 53-b) : fon-
dura, fundura.
e) Vu final est très rare, et il subit le même sort que l'-o
(§51-e).
f) Dans la langue littéraire, il n'existe pas d'w atone final.
104 (II, i) Voyelles atones en hiatus : § 55
54. Sur la nasalisation emphatique de toutes les voyelles
atones finales, voir § 35.
4. Voyelles atones en hiatus
55. Sur ce sujet, il y a peu à noter. La proclise offre quelques
exemples de simplification d'un groupe vocalique (§42). Dans
Joquim — Joaquim, gardar = guardar, Ma7iel = Manoel, contia
(déjà dans des mss. des xvi° et xvii® siècles du Minho)
= quantia, coresma = quaresma, catorze = quatorze, nous
voyons certains groupes de voyelles réduits à des voyelles
simples, mais ce sont là des phénomènes généraux. Ces
groupes de voyelles peuvent être considérés comme des diph-
tongues croissantes. Cf. encore : aduiecer = adoecer (Estré-
madure), dans d'autres régions aducer. — Vid. § 48-a.
5. Diphtongues toniques et atones
56. Pour simplifier, j'étudie les uns et les autres dans la
même section.
— a) Diphthongue au < 1. -ALV, -ADV. Quelquefois Va se
labialise. Dans le «concelho » de Mertola, on dit, avec triph-
tongue : puâu = pau. L'au atone a une tendance à se réduire
à à dans TAlemtejo etAlgarve : àmento = au(g)mento; le
même phénomène s'observe plus ou moins partout, dans cer-
tains cas de proclise : ma pelo = mau pelo (où au est devant
une consonne).
b) Diphthongue eu : < 1. -EV, EGO etc. Au «concelho » de
Baiâo Ve est ouvert et un peu gutturalisé : mèu, Dèus. Dans
les pronoms eu, meu, teu, seu, cette diphthongue se réduit à
ê (ou é) en proclise devant une consonne, dans tout le Sud et
(II, i) Diphtongues toniques et atones : % 56 105
«
dans les régions orientales de la Beira et de Tras-os-
Montes, au moins jusqu'à Freixo-de-Espada-â-Cinta (ce phé-
nomène s'observe dans la Beira au moins jusqu'à Mangualde
et Carregal-do-Sal) ; devant une voyelle, elle devient très ra-
rement ei, mais en général elle se maintient, de même que
quand elle est finale. Cependant, on récite dans TAlemtejo
ce quatrain populaire :
— Ah càes de Nisa,
Que raataram o nosso Dès (= Deus) !
— Nào fomos nos,
Foram os d'Ares !
OÙ la rime montre que la diphtongue se simplifie même à la
pause. La voyelle à laquelle la diphtongue se réduit, est
d'ordinaire ê, mais dans quelques endroits on prononce é
(Certâ, «concelho» de Mertola, Lagos). On m'a dit que dans
la région du Barroso, on emploie mé ou méi — meu, et qu'à
Fozcoa et Meirinhos (Moncorvo), on emploie mei, mais je n'en
suis pas certain. Sur met dans l'ancienne littérature « de
cordel », voir Rev. Lusit,, IV, 27. Dans le Baixo-Douro et
dans la Beira-Alta meu peut devenir mou en proclise, peut-
être sous l'influence de la labiale initiale. Dans le Sud (au
moins dans l'Alemtejo), la réduction à! eu couvert à ^ se pro-
duit même dans les prétérits : morrê-le = morreu-lhe. Dans
le Minho, eu devient une triphtongue : iêu — eu, 7niêu = meu
(§ 44-b).
c) Diphtongue eu : < -ELV etc. Au moins dans le Baixo-
Alemtejo (Alandraol), elle se réduit à e, en proclise devant
une consonne : xapé baxo = chapeu baixo.
d) Diphtongue iu. Cette diphtongue, dans la langue litté-
raire, n'existe que dans les prétérits de la IIP conjugaison :
< -iut du latin vulgaire*. Elle est représentée de plusieurs
^ Cf. Estudos de philologia mirandesay I, 388.
106 (II, i) Diphtongues toniques et atones : § 50
façons dans nos dialectes : par le groupe io dans TAlto- et
Baixo-Douro et dans une partie de la Beira; par i, en proclise,
dans TAlemtejo (Alandroal); par -in dans la plus grande
partie du Portugal. Exs. : partio, partisse, partiu. A Oliveira
d'Azemeis, soit parce que Vi dans cette diphtongue a un son
voisin dV, soit parce qu'il se change réellement en ê^ j'ai
trouvé dans un ms. populaire veu = viu, et en outre reu
= riu (en rime avec teii).
e) Diphtongue ou. Cette diphtongue peut naître de AV,
d'une dissolution de consonne (ALT etc.), d'une attraction
{soube < sapuit), d'une syncope de consonne (vou < vado),
de oi {Dôuro = Doiro) etc. Quelle qu'en soit l'origine, cette
diphtongue est représentée dans les dialectes par ou, bu, ou,
ôi, ô, 6, 6, uôi, La diphtongue oi existe plus ou moins dans tout
le pays, car elle alterne avec ou dans certains mots : dois ou
douSy oiro ou ouro ; il y a cependant quelques mots dans les-
quels oi est dialectal, et non général, comme oivir, toica
(à Moncorvo). On peut donner ces règles :
ou domine dans une partie de Tras-os-Montes et de
la Beira-Alta, dans n'importe quelle position,
et dans une partie de la Beira et du Sud,
seulement à la fin des mots et devant un mot
qui commence par une voyelle ;
ou domine dans le N. de Tras-os-Montes et peut-
être dans une partie de la Beira, et (avec ou) en
Entre-Douro-e-Minho ;
ô domine (au milieu des mots) dans une partie de
Tras-os-Montes et de la Beira, dans FAlgarve,
et dans les régions estremenhas et alemtejanas
qui ne connaissent pas ô (au commencement
des mots, il peut parfois avoir le son de d).
(II, i) Diphtongues toniques et atones : Jj 56 107
ô domine dans une partie de la Beira-Baixa e de
TEstrémadure et dans le N. de TAlemtejo,
c.-à-d. dans la zone où existe n (§ 47), TAl-
garve excepté, parce que je n'y ai pas encore
observé o.
uôi .... se trouve dans le Baixo-Minho dans les mêmes
mots où il y a ôi (littér.) : euôibe, cuôiro.
Si nous en faisions un schéma, nous mettrions au dans le
Nord de Tras-os-Montes et (avec du) en Entre-Douro-e-Minho ;
dans la Beira-Baixa et dans TAlto Alemtejo; ô dans TEs-
trémadure, dans le Baixo-Alemtejo et dans FAlgarve; ou dans
la Beira-Alta et dans une partie de Tras-os-Montes.
Exs. : pôuco (jmico), p'ôco, pôco, pôuco. Le point de départ est
dans pouco (forme littéraire). — Par conséquent :
[ ou (du), d
ou (oi) > • < ou, ôy d
\ ôi, uôi.
Dans les régions de ô on peut toutefois entendre encore ou
avant les mots qui commencent par une voyelle, ou à la pause,
par ex.: vôu agora vôu ; mais vd la. Les réductions de ou a d
est déjà ancienne ; mais il y a des cas où ces sons
alternent, selon Tâge de celui qui parle; ainsi à Carrazeda-
d'Anciâes j'ai entendu les vieillards dire vdu, pôuco (bien
qu'avec un u très assourdi : du) et les jeunes gens ô. A
Lisbonne on peut aussi observer les mêmes faits. Cependant,
il n'est pas tout à fait rare d'entendre dans le Sud ô dans
n'importe quelle position. — Ce qui vient d'être dit de ô
et ou s'applique en partie h d et du.
On voit que la réduction de la diphtongue ù une simple
voyelle {ou > d, du > d) caractérise le Sud et les régions orien-
108 (II, i) Diphtongues toniques et atones : S 56
taies de la Beira et de Tras-os-Montes. Il y a dans ce phéno-
mène une sorte de transition du portugais à l'espagnol, qui
n'admet pas ou, et le remplace par o (esp. orOy port, littéraire
ouro). Il serait intéressant de savoir à quelle époque com-
mença la simplification de la diphtongue. Dans taon Sub-
dialecto aJemteiano, Elvasl883, p. 7, j'ai montré qu'au xviii^ siè-
cle, il y a de nombreux exemples de o pour ou tonique et atone
dans des documents manuscrits. Dans la Feira d'anexins de
Dom Francisco Manoel de Mello (xvii® siècle), Lisbonne 1875,
p. 168, cet auteur fait un jeu de mot avec osso et ouço, ce qui
montre qu'il prononçait ô la diphthongue ou (ou au moins
il prononçait ou avec un u très assourdi). Dans les apocryphes
du Connétable cités au § 15, dans ceux du moins qui appar-
tiennent aux xvii-xviii*" siècles, on trouve, sans aucun doute, ô
pour ou. Mais la simplification peut avoir commmencé avant le
xvii^ siècle. Cf. §§ 98 et 158; les dialectes d'outremer four-
nissent à ce point de vue quelques renseignements : voir
les §5$ 98 et 158.
f) Diphtongue ai. Provient du latin -ADI-,-ATI-,-AGI- etc.
Dans les dialectes du Sud, elle peut se réduire à a enproclise,
dans certains cas : vas = vaes, nuis =: mais. M. José Joaquim
Nunes me cite dans l'AIgarve /i7ms= favaes,;?omWs = pom-
baes, à ce qu'il semble, à la pause.
g) Diphtongue ei. Elle peut provenir de -ARI- (- ARE-)
+ voyelle, par ex. eira = area; de la dissolution d'une con-
sonne, par ex. seis < s ex, eito < actu- ; de ea, par ex. cheia
= arch. chea < 1. plena-; de la syncope d'une consonne, par
ex. Recarei (nom de lieu d'origine germanique) < Reccarédi ;
de Al roman, par ex. ainei < ama(u)i; de l'arabe, par
ex. azeite; etc. Quelle qu'en soit l'origine, cette diphthongue
est dans les dialectes représentée par < éi (rîi), uéi, éi, é. On
peut établir que :
(II, i) Diphtongues toniques et atones : ^ 56 109
éi (ai). . . . domine en Entre-Douro-e-Minho, en Tra-os-
Montes (presque partout) et dans la Beira
(presque partout également), ex. m (râi).
net existe dans le oc concelho » de Sâtâo.
é devant une consonne, existe dans la partie
orientale de Tras-os-Montes (Moncorvo) et
dans une partie de la Beira-Baixa ; et domine
dans tout le Sud, exception faite de quelques
endroits voisins de la Beira-Baixa (Alvaiâ-
zere), où ce son alterne avec ei^ et aussi
exception faite de Lisbonne, où Ton dit ai,
par ex. rai = rei.
et devant une voyelle, existe dans les mêmes ré-
gions où existe ^ devant une consonne.
Dans les régions àeé^ peut aussi existerai à la fin des mots,
mais il est aussi fréquent d'entendre -é. Dans les mêmes
régions on trouve parfois ci + t gingival, par ex. peito = peilo
((( districto » de Lisbonne etc.). Lorsque dans les régions de
é il existe êi, Vi est très affaibli.
Si nous voulions faire un schéma de tous ces phénomènes,
nous mettrions : éi (ai) dans le Nord, dans le Centre et à
Lisbonne, ê-\- cons., éi + voy., et^i final, dans le Sud.
En ce qui concerne la date à laquelle le phénomène de la
simplification commença à s'accomplir, je dirai qu'il y a
des faits qui permettent de la faire remonter au xvii® siècle ;
mais on pourra encore la reculer. Le phénomène de la réduc-
tion de ei h é est à peu près parallèle à celui de la simplifica-
tion de ou {^ 56-e). Nous avons ici également comme une
transition entre le portugais et l'espagnol (port, littéraire j;/'i-
meiro < > esp. primero).
h) Diphtongue ôi. Cette diphtongue se confond dans
110 (II, i) Diphtongues ioniques et atones : § 56
beaucoup de mots de la langue usuelle avec ou (Cf. 56-e).
Dans le Minho on dit huôi = boi < 1. boue-, fuoï = foi < 1.
fuit, selon le § 43-b. Au Fundâo : bai, ôito < octo. — De la
diphtongue 6i je n'ai rien à dire.
i) Diphtongue ûi. Quelques mots qui, dans l'ancienne
laogue, avaient cette diphtongue, et qui ne Font plus aujour-
d'hui dans la langue littéraire, la conservent dans le parler
populaire : truita < tructa, fruito < fructu, chuiva (chuiba)
< pluuia. Cependant, la tendance à réduire les diphtongues
médiates (§ 37) se manifeste dans le mot populaire du Sud
cuclar = cuidar, où la diphtongue est atone. — La 1"^^ per-
sonne sing. du prétérit de ser se prononce foi dans plusieurs
endroits ; dans les régions de ù (§ 47) on dit fui. — Quoi-
qu'on écrive inuito, on prononce dans la langue littéraire
ynûito; Camôes (xvi® siècle) fait encore rimer 7nuito avec
enxuito et fruito. L'ancienne prononciation se conserve, je
suppose, dans certains endroits, mais on dit très fréquem-
ment munto, à côté de mûito,
j) Diphtongue -ào. Provient : du lat. -ANV; du port. arch.
-om< l.-ONE,-VNT; du port. arch. -a<l.ANE-, -ANT, etc.
Quand elle est tonique, devient une triphtongue au « concelho »
de Mértola : puào (§ 43-d). A Campo-de-Viboras (Vimioso),
on dit capità (Cf. espagn. capitân), et, si je ne me trompe»
enta <> port, entâo. — Quand ào est atone et médial, il a une
tendance à se réduire à -à dans le Sud : càzinho = càozinho ;
en proclise : nà quero = nâo quero. On dit partout : mancheia.
Cf. en outre : naja (nanja) = nâo jà. — La diphtongue ào
finale se réduit à -o dans ces mots : Cristôvo = Christovâo (au
diminutif : Cristovinho) ; Estêvo = Estevâo ; orfo — orphâo :
— on voit que tous ces noms sont originairement des
noms en -ANV. Cf. le nom de ville Faro = arch. Fârào. Déjà
Monte Carmelo, Ortliografia, 1767, p. 20, cite orfo, et à
(II, i) Semi'voyelles : ?? 57 111
côté orgo = orgao, et d'autres. — Sur -om voir §§ 45-c et 51-f.
k) La diphtongue -ai (-àe) dans mai se prononce avec le a
ouvert en Entre-Douro-e-Minho (§40-b). L'ancienne forme
de ce mot, c.-à-d. mai^ se conserve dans quelques villages
du N. de Tras-os-Montes. — Dans les formes plurielles en -àes,
le peuple dans plusieurs endroits remplace cette terminaison
par -0^5, par ex. capitôes; mais ce phénomène est de nature
morphologique.
6. Semi-voyelles
i
57. Il y a peu à dire des semi-voyelles. Dans les mots tels
que ceia^ il peut arriver que dans le langage du Sud (Alemtejo)
le i forme une syllabe avec la voyelle suivante : cê-ia (Cf. Rev,
Lusit. IV, 23-24), et non cei-a, comme dans le Nord. — Dans
TAlemtejo on dit familha = familia, continuation moderne du
phénomène de Ih < L1-+ semi-voyelle, dans filha < 1. f ilia- .
A TAlandroal, t et d deviennent ^ et d dans des cas comme
pentiar, codia: voir Rev. Lusit, IV, 24-25. Dans le « districto »
de Lisbonne, il est fréquent d'entendre aussi peito (§ 56-g). An-
tonho = Antonio et Bemonho— Demonio, ~ où la semi-voyelle
palatalise Tw, se^ disent partout.
7. Consonnes simples
58. Labiales.
a) P : provient de P, -PP- latins, etc.
11 se change en b dans bescoço (Sud, etc.) = pescoço.
b) M : provient de M, -MM- latins, etc.
Dans borna = morna (Norte etc.), Tm se change en b (par
dissimilation). 11 est fréquent d'entendre belancia < > me-
lancia.
112 (II, i) Labiales : S 58
»■■
On Ali Lamede = *Namede — Mamede (aussi par dissimila-
tion) : cf. dans la langue littéraire : lemhrar < nembrar
< arc. "memhrar < "mem'rar < 1. memorare).
c) B, V : proviennent de B, -P-, -F-, V latins, etc.
Dans la Beira, en Entre-Douro-e-Minho et dans la partie
Sud de Tras-os-Montes, on confond d'une manière géné-
rale b avec v, et Ton dit vom binho. Dans le Nord de Tras-
os-Montes, la règle est de ne pas prononcer v et de le rem-
placer toujours par b : bida = vida, balente = valente*. Dans
les autres régions ci-dessus citées, il y a plus de tendance
àxhanger \e v en b que le b en v. — C'est là un caractère
dialectal très important. Ces phénomènes s'observent au
moins jusqu'à Alvaiâzere et à Arnal (Leiria) ; ils sont étran-
gers à la plus grande partie du Sud. A Barrancos (Alemtejo)
et à Villa-Real (Algarve), on trouve aussi la même confusion
de b avec Vj par influence de Tespagnol, qui se parle dans le
voisinage de ces localités ; en espagnol, comme on sait, il
n'existe pas aujourd'hui de v. — Nos anciens grammairiens
(§§ 23 et 24) mentionnent déjà cette particularité phoné-
tique.
Changements sporadiques : de b, par ex. dans matata
— batata (Alto-Minho), monifrate = bonifrate (Madureira,
OHIiofjr, port,, 2^ édit., p. 222), monecra = boneca (id. ibid,\
très usité), pofetada = bofetada (Elvas, etc.); de v, par ex.
dans (jomitar = vomitar, Demioso = Vimioso (Tras-os-Montes),
Ade-Maria = Ave-Maria, troiife = trouve « trouxe » (Minho),
coufe = couve (Minho)'^.
1 Voir sur ces phénomènes mes Estudos de philologia miratidesa, I, 193.
'^ Demioso et Ade-Maria s'expliquent très bien par dissimilation : v^m> d^ m.
Dans coufe et troufe^ au lieu de couve et trouve, où le v est après la diphtongue ou,
on peut voir aussi un phénomène du même genre.
(II, i) Linguales : § 59 113
Dans les provinces du Sud, il semble que le v se prononce
en serrant davantage les lèvres.
d) Sur TF je n'ai rien à dire.
59. Linguales:
a) T : provient de T, -TT- latins, etc.
Au Minho, on dit S. Trocade = S. Torquato (dissimil. ?).
Sur le?, voir§§ 56-g et 57.
b) D : provient de D, -T- latins, etc.
Sur le rf, voir § 57.
c) N : provient de N, -NN- latins, etc.
N se change en /, dans linho = ninho (dissimil.). Près
de la Serra-da-Estrella, on dit loiva = noiva.
Sur nh = n + semi-voyelle, voir § 57.
d) L : provient de L, -LL- latins, etc.
A la pause, -/ reçoit en général un e (i) ou a d'appui,
par ex. so7^(N. et Centre), sôli (Sud), sala (Alemtejo) « sol».
L7 intervocalique est quelquefois redoublée, et par ce fait la
première / se gutturalise : salla (Centre, etc.).
Dans le Minho, et surtout dans le Baixo-M inho, 17 se change
en r, avec le dégagement d'un u, lorsqu'il n'existe pas déjà
un u ou un o devant 17 :
al > âur : par ex. ciurma = aima, àiirdeia — aldeia ;
el > éur : par ex. réurba = relva ;
il > iur : par ex. sùu'ba = silva ;
ol > î/or .* par ex. cuôrnio = colmo (§ 45-b) ;
ul > ur : par ex. ûrtemo — ultimo, surdado =suldado (§ 4i-c).
8
114 (II, i) Linguales : § 59
Il faut faire à ce propos quelques remarques. A la fin des
mots, le changement s'observe rarement (ex. auir = a«ul),
parce que -/ devient -le, comme il vient d'être dit ; âur, éur,
iur ont d'abord passé par la phase intermédiaire iml, éul, iul
(cf. Estudos de philolog. mir,, I, 456), ex. àuldeia, qui peut
encore s'entendre aujourd'hui ; les mêmes syllabes peuvent
se réduire à ar, er, ir, ex. carcar — calcar, Ansermo = Anselmo ;
a, e, i sont gutturalisés, et la est gutturalisé et labialisé :
ainsi carcar se prononce presque comme côrcar, et auldeia
presque comme burdeia. A la rigueur, on pourrait dire que
ûrtemo est au lieu de *ûurtemo. — Ce phénomène est peut-être
postérieur au xvii^ siècle, parce que je ne le trouve pas repro-
duit dans les églogues de Faria e Sousa (§ 14.)
Changements sporadiques de VI : desnocar — deslocar,
S. Neiitel^ = S. Eleutherio. — Cf. § 65.
\ e) Ç, Z, S : proviennent de CE, CI, S, SS, RS latins, etc.
Sur la frontière d'Entre-Douro-e-Minho, de Tras-os-Montes
et de la Beira, et même dans quelques endroits de Tintérieur
du pays, Tancienne distinction se maintient entre ç-z et s-f^
initiaux et intervocaliques : ex. paço — passo, cozer — coser
(=rco/er). Dans les autres localités des provinces ci-dessus
mentionnées, exception faite de Porto, Lamego et autres villes
importantes, ç ets ont été remplacés respectivement par s (ss)
et/(-s-) dans les conditions indiquées : ex. cassa — caça,
sinco = cinco, sento = cento, diser ou deser = dizer. Dans le
Sud du Portugal et dans les villes que je viens de mentionner,
s et / (-S-), dans les mêmes conditions, ont été remplacés
respectivement par ç et z: ex. pôço = posso, ceis = seis, cim
= sim, roza= rosa. Comme on le voit, les sons ont été unifor-
1 Nom d'un fortin à Ghaves. Voir : Pinho Leal, Portugal ant. e mod.j II, 284.
s ^=s -5' sonore {s intervocalique dans la graphie usuelle).
(II, i) Linguales : S 59 115
misés. — Devant une consonne sourde, et à la fin des mots,
on prononce généralement s aiîaîbli, dans le Centre et
dans le Nord (exception faite des frontières), et x dans le
Sud ; devant une consonne sonore, on prononce /, dans le
Centre et dans le Nord (exception faite aussi des frontières),
eij dans le Sud : ex. lus, testo, mefmo; lux, texlo, mejmo. Sur
les frontières du Nord et du Centre, le % garde son ancienne
valeur de -(.* : ex. luç = luz. Je n'entre pas ici dans plus de
détails, par exemple sur la distinction entre le ç de Lisbonne
et celui de Porto, et sur l'indication précise des limites de ces
phénomènes. Résumé schématique :
s -/') sur les frontières d'Entre-Douro-e-Minho,
\ • • • •
ç - z ) de Tras-os-Montes et de la Biera ;
s— ç ] dans le reste des provinces ci-dessus
> • • • •
/=z ) mentionnées ;
ç=--.s
dans le Sud du Portugal.
A peu près jusqu'au xvi® siècle, la distinction se maintenait
encore dans la prononciation littéraire entre s-f et f-x«;
aujourd'hui, elle n'existe que dans Técriture. Les personnes
instruites prononcent ç (i) ou s (/), selon leurs lieux de
naissance. — Sur -s devant x, j, dans le Sud, voir §64.
Dans le Nord, Vf se change en j entre un i oral et une
voyelle, et \s se change en x entre un i oral ou nasal et une
voyelle, dans certains mots : quijer — quiser, Jabel =
Ijabel — Isabel, inxinar = ensinar, dixe ~ disse.
Dans l'Estrémadure, il est fréquent de remplacer -s d'une
syllabe atone (en proclise) devant une consonne sonore (sur-
tout d) par r : ôr domingos — aos domingos, fnair dinheiro
110 (II, i) Palatales : Ji (30
— mais dinheiro, or dedos = os dedos, mermo — mesmo^
Dans la prononciation courante -s (z-) se perd devant
r-(= rr), exemple : o* reis, = os réis, dé' reis = dez reis (on
dit par affectation deZ':^ reis). On dit aussi o' jarros = os
jarros, a' xaves = as chaves, à cause de la valeur de Y -s
(voir ci-dessus). Dans le Sud : xêxo = sêxo = seixo, Xanxa
= Sanxa = Sanclia. Nous avons là des phénomènes d'assi-
milation (absorption). — Cf. § 42.
f) R, RR : proviennent de R, RR lat. etc. En proclise, Vr
flnal disparaît devant une consonne dans la prononciation
négligée, du moins dans le. Centre et dans le Nord (cf. § 42) :
comprâ' caro, po' teii pé, se mo fô' muito tarde. L'r* flnal à la
pause reçoit une voyelle d'appui, -e, -i (-i), -a, comme 1'-/
(§ 66) : mare y mari, mâra ce mar ». Vr se dissimile fré-
quemment dans le parler populaire : ralo = raro (forme aussi
archaïque),^ propio = proprio (cf. esp. propio). Dans Ancola =
Ancora (Minho), Vr s'est changé en /, parce qu'il était dans la
syllabe flnale d'un proparoxyton : cf § 63. — Dans la pronon-
ciation des habitants de Setubal, comme il a été dit au § 38,
il y a une R grasseyée qui correspond soit à Vr « lenis », soit
à Vr fort (rr) de la langue littéraire, exemple : andaR, tRâs,
demoRasse, foRa. Ce n'est pas seulement le vulgaire qui
prononce cette R, mais aussi les personnes instruites.
60. Palatales :
a) Ch et X : proviennent de CL-, PL-, SS + i/.
L'ancienne distinction entre cli et x, encore aujourd'hui
^ Il se produit quehiue chose de semblable en provençal : Deurde = Deus
dédit, irla =1 isla, ace?-?/jfl?- = acesmar, almorna = almosna. Par exception, je
fais un rapprochement avec une langue étrangère, parce qu'il me semble que ce
phénomène n'est pas fréquent.
(II, i) Palatales : § 60 117
conservée par l'orthographe, se maintient dans ces régions :
Tras-os-Montes, Entre-Douro-e-Minho (exception faite de
quelques endroits où l'on remplace x par ch)^ Beira (jusqu'à
Figueira-da-Foz) ; ce fait s'observe même dans les localités du
Sud voisines du Centre, par ex. à Alvaiâzare, où il semble que
se termine l'aire de la distinction. Exs : cliamar, coxear. Dans
tout le Sud, ch a été généralement remplacé par x^ qui a
passé à la langue littéraire; ex. xamar = chamar : cela
arrive au moins dès le xviii® siècle (§ 25). A Villa-do-Conde
x est remplacé par c/i, par ex. : baiclw — baixo, cdiclia — caixa,
faicha = faixa (faxa), cuôicho = coixo (coxo) : phénomène
vraiment remarquable, mais pas du tout surprenant, parce
que l'on constate un échange semblable entre s et p (§ 59-e).
— Résumé schématique :
ch-x . . . . dans la Beira, en Tras-os-Montes, et
dans presque tout Entre- Douro-e-
Minho ;
ch==x. . . . dans la Borda-d'Agoa (Villa-do-Conde);
X = ch . . . . dans le Sud.
Sur X = tx, voir § 62. — L'x de l'Alemtejo etc. n'est pas
celui du Nord; il est plus voisin du ch français.
b) J : provient de I, S + I-semi-voyelle, etc.
Par dissimilation, j devient z dans Jor^^e = Jorge (Estré-
madure).
Le j du Sud est plus voisin du j français que celui du
Nord. Nous avons vu qu'il en est de même de Vx.
c) Sur NH et LH, je n'ai rien à dire.
d) C (Q), G : proviennent de -C, -CC-, -C-, G latins, etc. —
Dans les proparoxytons, c, entre deux voyelles, dont la
118 (II, I; Groupes de co7isonnes : Ji 02
^^^■^ ■■■■^ ■- ■■_■ ■ ■ .1 — - .1 ■ - ■ - ■ -M
seconde n'est pas e ou i, se change en -g- dans plusieurs
mots : rûstego = rustico, imtego = viatico, sis^nàtigo = ^cis-
matico, gramdtigo = grammatico, irtego — *irteco « hirto ». Ce
phénomène, qui est la reproduction anachronique de ce qui
est arrivé dans le passage du latin au portugais (cf. -ago <
-aticu-, amigo < amicu-)se manifeste dans des mots d'origine
littéraire avec la terminaison ou le suffixe -ico. Ces exeriiples
appartiennent à toutes les provinces^ — Changements spo-
radiques de c en g : Santa-Guiteria = Santa Quiteria (Minho);
garapau = carapau (Madureira, Orthogr., p. 230).
A Carrazeda d'Anciâes, j'ai entendu prononcer le g un peu
palatalisé dans le moi rapariga, où le voisinage de Vi a donné
lieu au phénomène.
61. De ce qui vient d'être dit sur les consonnes simples, il
résulte que dans le langage populaire il n'y a d'altérations
profondes et étendues, en ce qui concerne les sons qui sont
représentés dans le langage littéraire, que dans B-V, CH-X,
S-/, Ç-Z, -s, -R, AL, EL, IL, OL, VL et -C- dans des pro-
paroxytons. Les autres changements ou sont limités, ou
sporadiquos.
8. Groupes de consonnes
62. Il y a peu d'altérations importantes dans les groupes
de consonnes.
Dans M'R on intercale h, Vm se transformant en une réso-
nance nasale : mnnhro — num(e)ro, cambra ^ cam(e)ra (dans
tout le pays).
^ Un mot de celle espèce, côuego (arc. coonigo) < 1. canon i eu-, qui est évi-
demnnent d'origine ecclésiastique (s'il était d'origine populaire, l'-n- ne se serait
pas conservée), est passé dans; la langue littéraire.
(II, i) Groupes de consonnes : § 62 119
A Alandroal, T'X (où Vx provient de -s) devient ch. : parch
= partx = part(e)s : woir Rev. Liisit., IV, 22, 25-26.
A Cadaval, on dit bnm^ozio — bnbrosio = Ambrosio, avec
rintercalation d'un u, le b ayant été absorbé par la nasale qui
précède, de même que dans les mots très usités partout
tamém = tambem, imora —- embora.
Des expressions telles que Santo-Tisso = Santo Thyrso
(Minho), cramar — clamar (Minho), prantar = plantar ccpôr»
(Beira etc.), dino = digno, appartiennent aussi au langage
archaïque.
Dans tropesia — hydropisia (forme d'origine littéraire) nous
avons tr au lieu de DR (cf. § 67).
Dans Costantino= Constantino (passim) il n'y a pas, à pro-
prement parler, un groupe, parce que Vn sert à nasaliser Vo :
il y a là une dénasalisation.
Dans télro = tenro (Sud) il n'y a pas non plus un groupe,
mais une voyelle nasale suivie d'r (rr) : voir § 66.
Dans felor = flor, gueloria = gloria, pelantar = plantar, les
groupes FL, GL, PL sont détruits par Tintercalation d'un e.
Dans les groupes ST, SP, Vs disparaît dans ces mots
(Estrémadure surtout), en proclise : ta = stâ = esta, péra = spera
= espéra ; sur d'autres cas de liaison d's avec une con-
sonne, voir 59-e.
On peut donc établir en résumé : que dans le langage
populaire les groupes qui sont représentés dans le langage
littéraire ne souffrent pas d'altérations profondes, et que
leurs éléments se conservent en général; il n'y a, pour ainsi
dire, qu'un léger adoucissement de certaines syllabes plus
difficiles à prononcer. Rien n'existe de semblable, par
exemple, au changement de FL- lat. en ch- dans des mots
comme Chaves < (Aquis) Flaviis (où nous avons en même
temps un exemple de la conservation de l'ablatif pluriel).
120 (II, i) Acce7it^ assimilation et absorption : §§ 63, 64
9. Phénomènes phonétiques généraux
63. Acùent. L'accent a une grande influence sur la destinée
dés voyelles, comme nous l'avons vu. Dans le langage du Sud,
l'action de l'accent se fait sentir d'une manière remarquable
dans les proparoxytons, qui se réduisent à des paroxytons :
paciença = paciencia, côida = côdia — codea, taiiba = taboa.
Le même phénomène se trouve aussi, mais à l'état sporadique,
dans le Nord et dans le Centre. — Sur d'autres influences de
l'accent, voir §§ 57, 59-e et60-d. — Les déplacements sont
rares : pességo au lieu de pêssego < (malum) Persicu-, par
influence de pessegueiro, selon le modèle qu'on trouve dans
abrunho — abntnheiro (Beira-Alta).
64. Assimilation et absorption. Les phénomènes de ce
genre sont très nombreux dans le langage populaire de tout
le pays : amas de dois = ambos de dois (§ 62) ^ Les exemples
qui suivent ont un caractère dialectal plus marqué : doVxacos
= doix sacos = dois sacos (Sud); meti-nas = metïnas — *metï-
las «metti-as». L'absorption qui se serait fatalement pro-
duite dans des expressions telles que as xavex,osjarrox., et qui
réellement s'est produite dans la plupart de nos parlers, on
l'évite à Alandroal en donnant à Vs la valeur d's initiale,
c.-à-d., de f : aç xavex, et devant une sonore : ozz jarrox. A
Chaves on dit anindastes = andindastes = aonde andastes, par
assimilation du d à la nasale qui précède, comme dans le mot
archaïque tanaginlia = tàd'aginlia; dans l'Estrémadure, inàgora
— inda agora. — Cf. § 59-e.
^ Cet exemple rappelle le phénomène qui s'observe dans l'irlandais imm < gaul.
ambi-; cf. picard game <C gamba, anc. esp. amos.
(II, i) Dissimilation et addition de sons : §§ 65, 6(5 121
65. DissimiJatioii. J'ai déjà parlé de la dissimilation aux
§§ 49-c, 51-c, 52-c, 53-c. On trouve des phénomènes de dissi-
milation dans le langage de tout le pays : nadrilho — ladrilho
(Avis); questume = costume, c'ruja = queruja= coruja (for-
mule : e — û = u{o) — û); BernMo = Bernardo (Beira-Baixa) ;
frol c= arc. fror (T.-os-M.), cramol = arc. cramor (Minho).
66. Addition de sons. On peut ajouter des sons au com-
mencement, au milieu et à la fin des mots.
a) La prothèse d'un a est «un phénomène très fréquent dans
le langage de tout le pays, par ex. alembrar, arrà ccrâ», alin-
terna « lanterna» , arreceber « receber » (surtout devant /et r);
mais dans TAlemtejo (Alandroal), ce phénomène a une
grande extension : ahomha = bomba, axumaço — chumaço.
b) Epenthèse d7 entre voyelle nasale et r (Sud) : cjëlro
= genro, ôlra = honra (cf. fr. gendre^ esp. arc. ondra). J'ai re-
marqué aussi ce phénomène près de Bragance. — Cf. § 62. —
Faits isolés : dugas = duas (Mangualde : — BeivQi-A\ta.y ^belan-
d^a = melancia (Beira). D'autres exemples aux §§ 42, 48-a etc.
c) Paragoge. Il y a quelques faits très intéressants. Addition
de rj h une syllabe nasale : jardïrj = jardim («concelho» de
Satâo : — Beira-Alta) ; de a après -/, -r, : alguidâra = alguidar,
mam = mar (Merlola, Serpa : — Baixo-Alemtejo), anela =
anel (Serpa); de -e, -i, voir §§ 59-d, 59-e; de i après -é : péi
(pé-i) = pé (Sud); de u après -o : pôu {pô-u) = p6 (Mertola).
Sur les diphtongues et triphtongues, voir §§ 43-46, 48,
69-a etc.
67. Suppression de sons. Cf. § 63. On trouve, dans le
parler de tout le pays, des cas isolés de suppression de sons.
1. Cf. catal. dugas, gasc. dibos, béarn. dibes.
122 (II, i) Suppression de sons et métathèse : §§ 67, 68
Au Sud : ôlvâl = olival, mé^-dia = meio dia, val = val(e) =
valle. Tresa = Theresa s'est produit d'autant plus facilement
que le groupe <?• est d'un usage très général. Sur les dénasali-
sations finales, voir §§ 51-f et 50-b. Sur Costantino, § 62. Font
partie de cette section, en général, les noms hypocoristiques,
tels que : Nel = Manoel, Zé = José, Quim — Joaquim. Cf.
Zahel ou Jahel (§ 59-e), Delaide = Adélaïde. Dans le langage
des enfants : Luhî (Lu-Lu) =: Luis, Lêle (Lé-Lé) = Helena,
Mi7ni (Mi-Mi) = Herminia, titi (ti-ti) = tia, bobo (bo-bô) = abô
= avo.
68. Métathèse. Cf. § 63. On dit partout probe = pobre;
dans quelques endroits on dit vrido = vidro; à la p. 35, n.,
j'ai cité virdacero = vidracéro = vidraceiro, mot qui appartient
au langage du Sud.
69. Influence réciproque des sons les uns sur les
autres :
J'en ai déjà cité quelques exemples dans le cours de ce
livre, mais il convient, pour plus de clarté, de les grouper
ici.
a) Sons palataux. Les sons palataux exercent une grande
influence sur les voyelles, soit atones, soit toniques, en les
modifiant de plusieurs façons. Il y a, à ce propos, quelques
différences entre le Nord et le Centre, d'un côté, et le Sud, de
l'autre. Fichar — fechar, tilhado — telhado, sinhor = senhor
appartiennent à tout le pays; pexinho (pixinho) = peixinho
appartient au Sud. Les diphtongues qui dans le Nord et dans
le Centre existent dans caixa, baixo, loija, beijo, àijo = anjo,
gàicho = gancho, féichâo = fecham (de fechar)^ gràija = granja,
fràija — franja, foige = foge, Teijo = Tejo, n'existent pas dans
le Sud, où Ton dit : cdxa, baxo, lôja, bêjo (et M/o), fràja, gàxo
V
(II, i) Influence des sons les uns sur les autres : § G9 123
etc. Cf. §§ 43-f., 45-e; et voir aussi §§ 44-g {-eilli' < > -elh-),
44-h {-einh- < > -enh-).
b) Sons linguaux. Les principales influences des sons
linguaux ont été déjà indiquées : §59-d (AL, EL, IL, etc.);
§ 39 (gutturalisation) ; § 56-g {éi dans peito). Je pourrai ajouter
d'autres faits. Vo atone devant / se prononce ô dans le Sud,
u dans le Centre et dans le Nord (§ 41-c) : sôldado, suldado;
dans le Minho, on dit surdado, selon cette loi, combinée avec
celle du § 59-d. Dans TAlto-Minho, on prononce âlqueire,
tandis que la prononciation normale est âlqueire. Quelquefois
encore, par Tinfluence de 17, Ve atone se change en a :
baldroega (Madureira, Orthogr. port., 2® éd., p. 219). Il y a une
influence semblable de Vr (rr) dans harholeta = *herboleta —
borboleta, sarrar = serrar, amaricano = americano.
c) Sons labiaux. On trouve partout, à Tétat sporadique, des
exemples d'influence des consonnes labiales dans les voyelles
atones : sumana — semana. Il y a cependant quelques par-
ticularités, qui ont été signalées aux §§ 43-b, 44-f, etc. Dans
TEstrémadure (Cadaval, Obidos, etc.) on peut donner comme
règle générale que IV atone se change toujours en u au contact
des labiales : purder = perder, Vtirgilo = Vergilio; cf. aussi
Rev. Lusit,, IV, 34 (Alandroal).
d) Sons nasaux. Voir §§ 40, 44-k, 45-d, etc.
124 >II, i) No?ns : S 70
II. — Morphologie
1. Noms
70. J'étudierai successivement la formation du pluriel,
le genre des noms, la formation des augmentatifs et des
diminutifs, et les degrés de comparaison.
a) Formation du pluriel. Dans les noms terminés par
'(la, il y a plusieurs hésitations. A Elvas, on dit scribôes
« escrivâes )^ ; dans un ms. du xvii® siècle provenant de la
même ville, j'ai trouvé tecelàes « tecelôes ». Dans le Minho, on
dit maçâes a maçâs ». Des pluriels comme capitôes « capitâes »
appartiennent plus ou moins à tout le pays. A Campo de
Viboras (N. de Tras-os-Montes), on dit innàes « irmâos »
(«dois irmiles »). Les uns et les autres sont analogiques. Dans
quelques localités, les noms en -al, -el, -il, -ol, -ul, qui,
selon le § 59, reçoivent une voyelle d'appui, forment le
pluriel régulièrement : animales, aneles (Chaves : — N. de
Tras-os-Montes) : yoiTRev. Lusit., III, 60; dans le langage
littéraire -^^^.s, -eis etc. Aux hésitations de o, 6, au singulier
correspondent des hésitations pareilles au pluriel : § 45. A
TAlandroal (Baixo-Alcmtejo), on dit devôtos « devôtos ». Dans
lout le pays on dit, plus ou moins : pèses « pés », poses « pos d ;
le P'' Tonjuato Peixoto dans ses Memorias de Guimaràes,
p. ^\)0^ Qïïi\Ao\Q javalises «javalis » : cf. Meyer-Liibke, Gram,
der rom. Spraclien, II, § 42. A Guimaràes, on dit : duas bés =
duas vez(e)s. Dans TEstrémadure : vdes « valles », parce
qu'au singulier on dit val (§ 67).
b) Genre des noms. Certains noms en -a, qui dans le langage
littéraire sont masculins, sont féminins, dans le langage
(II, i) Noms : § 70 125
populaire, en- vertu de la tendance à mettre d'accord la termi-
naison avec le genre : nma sistema « um systema ))^ Le
féminin de pardal est pordaloca (Alandroal etc.), et celui de
melro est melroa < 1. merula, ou melra, selon les localitési
Sur la frontière de Tras-os-Montes, on emploie les anciens
féminins ahm < 1. *avola < > aviôla, et soa (adjectif)
< 1. sol a (dans le langage littéraire : sô, des deux genres, et
av6, f.). L'ancien adjectif hoa < 1. bona est encore très usité
dans le langage de tout le pays. Dans le Minho, on dit
lavradeira comme féminin de lavrador .' il y a là, à proprement
parler, un changement de suffixes {-eira pour -ôra). D'après
l'analogie avec les noms en -o«, fém. de noms en -âo^ le
peuple peut dire barôa (c baronesa » . Dans le langage popu-
laire fim est du genre féminin (comme dans le portugais
archaïque) dans la phrase pétrifiée : a fim do mundo : 1. fine-
{masc. et fém. : cf. fr. la fin, prov. arc. lajln, la fi).
c) Augmentatif et diminutif. Sur l'augmentatif, il n'y a rien
d'important à dire. Dans les diminutifs, il faut remarquer :
fontexdulia (Tras-os-Montes) = fonte-%-inha ce fontinha »,
côpeziulio (( copinho » (« districto » de Leiria etc.). A
Guimarâes etc., on emploie le suffixe -ieo : ventico, saiiea; à
Cadaval (Estrémadure), le suff. -éco : couzéca, caxéco (de cacho).
Dans la prononciation des diminutifs, il y a quelques
différences entre le Sud et le reste du pays : dans le Sud, on
dit, selon le § 41-c), jjedrinlia, nutinha (de nota)) dans le Centre
^t dans le Nord : pêdnnha, nolinha, d'après pédra, nota.
d) Degrés de comparaison. On dit fréquemment : mais grande
(( maior d, mais peqiieno « menor », et môme mais maior. Dans
le Minho maor. Superlatif double : yrandessissemo (cf. Estudos
* Cf. en provençal : lapropheta et la papa « le Pape », qui sont aussi du genre
iéminin, par une raison semblable.
126 (II, i) Noms de nombre : § 71
(le pliilologia mii\, 1, 345). Le peuple a peu de tendance à
employer des comparatifs et superlatifs qui ne soient pas
périphras tiques, c'est-à-dire formés avec mais, menas, tào.
Dans la Beira, on dit grandôrro — grand-orro, au sens de
« muito grande ».
2. Noms de nombre.
71. Je considérerai les cardinaux et les ordinaux.
a) Cardinaux.
ûa, très fréquent {— arc. wfl); ûria dans le Nord, a. uma »
< Lat. una-.
diigas, dans le « concelho » de Mangualde (§66) < lat. duas
par l'intermédiaire de *duîvas = duuas,
catro = quatro (§ 48) < 1. v. quattro ■■= quattuor.
ôito dans le Centre et dans le Nord; ôito dans le Sud. Les
personnes instruites disent ôito ou ôito, selon leurs
lieux de naissance. La forme ôito < 1. ôcto est la
normale {çi,biscôito< 1. bis + côctu-); ôito s'est pro-
duit par rinfluence de dexôito (littéraire, et aussi
dans la plus grande partie du domaine popu-
laire) = dezaôito (archaïque) : aô = ô.
catorze ~ quatorze < lat. quattuordecim (§ 55). Dans tout le
pays.
dezôito = dezôito (Alvaiazere), par influence de ôito. C'est le
phénomène inverse de celui qui s'est produit dans
ôito (influence de dezôito)^ au lieu de ôito.
vinta tcm, vinta dois, etc. « vinte e um » etc. Fréquent dans
l'Alemtejo etc. On trouve cette forme déjà dans des
mss. d'Elvas du xvii^ siècle. Gil Vicente (xvi* siècle)
a aussi visita 1res. Le a de vinta résulte de l'analogie
avec le a de dezanove ^ deza-nove, arc. dezaôito =
(II, i) Noms de nombre : S 71 127
4 ■ 1
deza-oito, dezasete = deza-sete, dezaseis — deza-seis,
qui sont les nombres immédiatement inférieurs à
vinte. On pourrait aussi penser à la de trinta, qua-
renta etc. , nombres immédiatement supérieurs; mais,
comme on dit trinta e um, trinta e dois, et non pas
trinta um, trinta dois, tandis que Ton dit vinta tim,
sans e, il me semble qiie la première explication est
la vraie.
corenta — quarenta (§ 55). Fréquent dans tout le pays. On
pourra entendre aussi carenta.
Ces formes sont les seules qui ont besoin d'une explica-
tion particulière. Je laisse donc de côté celles qui obéissent
à la phonétique générale, comme binte dans les régions de
B =r V (§ 58-c), dés dans les régions de -s = -% (§ 59-e), uônze
dans la région de uô (§ 45-b), et encore d'autres.
Dans la liaison de ambos avec dois, on dit ambos a dois et
ambos e dois (cf. Estudos de philoL mir,, I, 350), et dans TEstré-
madure ambordois (= amburdois), amordois (= amurdois), amer-
dois (= amerdois) : cf. 8 59-e.
b) Ordinaux.
Dans prirneiro, le premier i se change en e (§ 52-c) ou en u
(§ 69-h) : premeiro, prumeiro; en outre, dans les régions de
^ i=z ei (§ 56-g), nous avons : premêro, prumêro, observation qui
doit s'appliquer aussi à toutes les formes populaires qui cor-
respondent à des formes littéraires où il y a ei, par ex. tercêro
= terceiro.
En général, le peuple fait un usage modéré des ordinaux, à
l'exception des premiers de la série et de ceux qui entrent
dans des expressions pétrifiées, telles que sesta-feira, qui dans
le Nord se prononce parfois sta-feira = s(e)sta feira. Dans la
région de ié = è (§ 44-b), nous avons ciênto — cento.
128 (II, i) Pronoms {et articles) : § 72
3. Pronoms {et articles)
72. Pour abréger, j'étudierai dans la même section les
pronoms et les articles.
a) Pronoms personnels. Selon les régions, nous avons pour
la l'^® personne eu, é, eu, iêu (§ 56-b). Sur ei (ey), voir Rev,
Lusit., IV, 27. — Au lieu de inim, on peut parfois entendre
mi sur la frontière de Tras-os-Montes {mi est une forme
archaïque, < 1. mi = mihi; la forme moderne mim, aussi
littéraire que populaire, provient de mi par la nasalisation
de Ti, sous Tinfluence de Vm initiale : cf. § 40-a). Dans
TAlemtejo et dans quelques régions du Nord et du Centre,
on dit sim « si », par analogie avec 7nim (déjà dans des mss.
du xvii^ siècle); et je crois avoir aussi entendu ti^n « ti ».
— Au lieu de nos, on dit dans plusieurs régions, surtout dans
le Nord, mos (cf. Estudos de philoL mir.^ I, 354). Comme forme
emphatique, on dit dans TAlgarve tios 6tros{cî, op. cit., 1, 353).
— Le cas sujet du pronom de la 3""® personne sing. e&tel dans
certaines régions du N. de Tras-os-Montes ; cf. arch. ell, où
// indique la gutturalisation (voir Rev. Lusit., 1, 64) : lat. ïlle ;
dans ces régions, le pluriel de el est eis, par analogie avec les
noms en -el. Pour le datif, nous avons le a Ihe » partout, soit au
singulier, soit au pluriel, forme qui est tout simplement le
lat. (il)li(cf. en espagnol le); Temploi de le au pluriel peut
s'expliquer par analogie avec se, — Le pronom accusatif,
quand il est agglutiné aux formes verbales terminées par -s
{-z) ou -r, garde la forme ancienne lo dans la langue littéraire*
et dans la langue populaire de la plus grande partie du pays ;
mais dans quelques endroits, par exemple dans TAlemtejo,
le pronom revêt la forme moderne : dêxemos-a « deixemo-la»,
màtaS'O ce mata-lo », et quelquefois avec un i : mâtasi-o (voir
1 Cf. Epiphanio Dias, Grammat. portug. elementar, 8" édit., § 58.
(II, i) Pronoms (et articles) : § 72 129
Il ■ _ _ — -■_ ■_-_ --- — ^ - _ -^^ -^,-^.^-,
Rev, Lusit.j IV, 36). 11 semble que dans quelques villages du
Nord de Tras-os-Montes, la forme lo possède encore sa valeur
individuelle : à Talhinhas, j'ai entendu dire : « burro fui-/o
levar », phrase où lo n'est pas ro « Ih'o », mais « o ». Sur la
frontière du Nord on dit couramment ullo < ub(i)(il)lu-
« onde ? ». — Dans les régions de -îi- = -ô- (§ 51-d), on dit
cuntigo a comtigo », ctinsigo « comsigo ». Dans le Sud, on peut
entendre comigo, cômigo par influence de la nasale de comtigo^
comsigo, puisque la forme littéraire est comigo < com-migo
(cô-migo), par absorption de la nasale dans l'm suivante ; dans
la forme méridionale, la nasale primitive reparaît ou se main-
tient. — Dans les régions de ii on dit tù (§ 47) ; dans celles
de b = V on dit bos etc. — Comme pronomina reverentiae, la
langue populaire possède les suivants : vossemecê — *vossa-
mecê < 1. vostra-mercede-, vomecé; vôcé, vbcê, m'cê; tu; tio
< 1. thiu-, en proclise ti\ au féminin lia, tV; sinh6r{siôr, sôr, sô,
se, seu, s\' nhôr, nliô), au féminin sinhôra [sôra, nhôra). Toutes
ces formes se retrouvent dans tout le pays. Dans TAlemtejo,
on emploie mano, qui apparaît déjà chez les comiques du
XVI® siècle; cf. cette chanson populaire alemtejana :
Adeus, ô Gampo-Maior,
Adeus, 6 terra das manas :
Umas d'ellas sâo ingratas,
E as outras sâo tyrannas.
Dans TAlgarve, on se sert de compadre à côté de mano. Voir, à
ce sujet, Rev, Lusit., II, 375 ; IV, 37, 220 et 328.
b) Pronoms démonstratifs. Dans la Beira-Alta, on dit au
féminin : esta, éssa (dans la langue littéraire, et dans la plus
grande partie du pays : esta, éssa). Je crois que Ion dit aussi
quelque part aquélla. Dans Tras-os-Montes on dit aquel, aqueis,
ce qui est symétrique avec el, eis (§ 72-a) : lat. eccu'ille. —
9
130 (II, i) Pronotns {et articles) : § 72
•
Dans les régions de ou et de d (^ 50-e), on dit ôiitro, ôtro : lat.
ait' ru-. Dans le Baixo-Minlio, ouvi soutro - (e)ss'outro (cf. le
mirandaisj. Dans la Beira, (Vitro s'emploie comme pronom
indéfini : « como diz o oitro » (en fr. comme on dit). « como o
ôitro que diz ». Cf. § 72-d. A TAlandroal, on dit aquelôtro
= aqueiroutro. — Au lieu de mesmo < 1. *mcd-ipsimu-, on
dit dans le langage familier de TEstrémadure, en proclise,
mémo, phénomène un peu semblable à ta et péra (§ 62) ; dans
la même province, on peut aussi entendre mermo (cf. §59-^).
c) Articles. L'ancienne forme lo se maintient dans la
langue populaire après les mots (surtout après les verbes),
terminés par -s, -r, qui tombent : vô-las festas «ver (ouvês) as
festas », vé-lo pai «ver (ou vês) o pai » ; le même phénomène
arrive dans la langue littéraire, lorsque lo est le pronom per-
sonnel enclitique (s5 72-aj. En liaison avec a, l'article défini
se prononce 6, au ou du, selon les régions (la forme 6 est la
littéraire; anciennement on écrivait même 6). — Formes de
l'article indéfini : um, lia, înja, uma (§ 71-a); en proclise
"ma — (u)ma (Baixo-Alemtejo). — Dans maluta = (u)ma luta
(Beira) et dans xorate — zorates =^ (o)s orates (partout) nous
avons une agglutination des articles : voir Revue Hispanique,
V, 423 suiv., où j'ai cité beaucoup d'exemples de ce genre.
d) Pronoms indéfinis. Le pronom nenhum (ninhum) peut
revêtir les formes n'nhum, nhum, dans quelques endroits.
Dans l'Alemtejo, on dit nim um « nem um )) ; c'est la forme
primitive ou restaurée (cf. comigo au § 72-a). En proclise :
aVma coisa = alguma coisa, queda = caAd. < gr. y.aToc. Au lieu de
qualquer^ on dit partout quaisquer (càisquer), de même qu'on
dit quais ou câis{^ 72-e). Tude-nada « tudonada» (renforcement
de nada); dans le Douro tuido « tudo » {Hûdio). On emploie,
surtout dans le Centre, uin home au sens du fr. on, prov. arch.
om, Iwms etc., ail. man, par ex. (c um home num ganha nada »
# '
(II, i) Pronoms {et articles) : § 72 131
(on ne gagne rien, « nâo se ganha nada ») ; cette manière de
parler existait aussi dans notre ancienne langue. Sur amhos,
voir § 7i-a.
e) Pronoms relatifs et interrogatifs. Le pronom que prend
quelquefois en emphase la forme qui, même quand une
voyelle ne suit pas (devant une voyelle, que se prononce
toujours qui, soit dans la langue littéraire, soit dans la langue
populaire, selon la règle générale des noms terminés en -e
atone). Dans les régions de -ï- (§ 50-d), on dit quim pour quem,
en proclise. Au lieu de quai on dit fréquemment quais (càis) ;
ce serait séduisant de rapprocher cette forme du latin quai i s.
Dans une interrogation emphatique on dit dans le Baixo-
Douro (nquial^i (p'ra quia! o quia! « pVa que! » «o que! »),
forme qui pourrait être pour quié = que é, avec un déplace-
ment de l'accent sur Vi, comme dans adéi (§ 77-a), parce
que toute l'emphase retombe sur le pronom; à Avellanoso
(N. de Tras-os-Montes) ce quéi ! ». Dans TAlemtejo on dit
q'adela -— que é d'ella (dans l'interrogation).
f) Pronoms possessifs. Au masculin : ineu, mèu, mou, mê,
(et niei?), et respectivement teu, seu, tê, se : voir 56-b. A
Chaves (N. de Tras-os-Montes) mou, t'ôu, sôu : cf. mirandais
tùu < 1. tùxx {voir Estudos de phil. mir,, I, p. 231 et 365). A
Deilâo et à S. Juliâo (N. de Tras-os-Montes), j'ai entendu mia
(( minha » (forme archaïque). Dans l'Estrémadure, il est fré-
quent d'entendre 'nha en proclise : cf. Rev. Lusit,,Y, 258. Dans
une inscription portugaise du xiii® siècle, appartenant au
(( concelho » d'Alijo (Tras-os-Montes), j'ai trouvé sun « seu ».
i. Verbes
73. Pour étudier en détail la conjugaison, il faudrait dis-
paser de beaucoup de temps et d'espace. Je dois donc me
borner à Texposé des faits les plus importants.
132 (II, i) Verbes réguliers : S 74
71. Verbes réguliers ou faibles.
a) Ire Personne du singulier :
Présent de Tindicatif. — Il n'y a rien à remarquer.
Imparfait : Comme dans la langue littéraire, sauf dans
les régions de b=^v (S 58-c), où Ton dit -aba (cette
obsorvaticn s'applique à toutes les autres per-
sonnes : -abas, -abmnos etc.)
Parfait. — A la V"" conjugaison :
-et (ai) dans le Nord, e\. aynei (amâi);
-ai à Lisbonne (§ 56-g), ex. ainâi;
'è dans les régions de ê = ei (§ 56-g), ex. amé :
-i dans le Riba-Tejo, dans certains endroits de
la Beira-Baixa, et plus ou^ moins dans tout le
Sud. Ce phénomène résulte de Tinfluence des
autres conjugaisons, et il est déjà connu depuis
le XVII* siècle (§ 24). Ex. ami « amei » (cf. bebi
dans la 11* conj.; r/cwrfi dans la III®).
Dans les autres conjugaisons, le parler popu-
laire est d'accord avec la langue littéraire,
exception faite de quelques régions du Sud, où
Ton nasalise Vi, par e\. ouvl a ouvi », ce qui est
un des caractères des verbes forts (cf. Revista
Imit., IV, 221). — Sur -n, voir p. 109.
Plus-que-parfait : Comme dans la langue littéraii^er^
quelques endroits de la frontière de Tras^os-
Montes exceptés, où Ton dit -rm, à la P)6onj.,
d'après le modèle du parfait ame.ste (voir ci-
dessous); ex. améra «amàr».
Futur : -éi, -ai, -éi^ -é dans toutes les conj. (§ 56-g),
ex. : (imaréi, amarai, amarèi, -â: meteréi, meterâiy
meievèi^ -è] uniréi, unirai, unirèi^ -i^.
(TT, i) Verbes réfjuli^rs : S 74 133
Conditionnel. — Il n'y a rien à dire.
Présent du subjonctif. — Il n'y arien à dire.
Imparfait : Comme dans la langue littéraire, exception
faite des régions de -em (voir ci-dessus), parce
qu'on y dit -éssCy ex. amésse « amasse » .
Futur. Dans les mêmes régions, on dit -ér, ex. saltér.
b) 2^ Personne du singulier.
Au parfait de la P® conjugaison, on ajoute -s,
à peu près dans tout le pays, à la voyelle finale,
par analogie avec les autres personnes, parce
que toutes se terminent par -s; par exemple :
tu amastes (comme tu amas, tu amâras), tu unistes
(comme tu uniaSy tu unas) etc. : < 1. -STI. Sur la
frontière de Tras-os-Montes, on dit fréquemment
-este, par analogie avec la I" personne, coinme en
mirandais (cf. Estudos de philoL mir., I, 390) :
par ex. tu saltéste^ et, d'après ce modèle, on doit
dire : -éras (plus-que-parfait), -ères (fut. du conj.).
— Dans la IP conjug., on dit sur la frontière -iste,
de même qu'en mir. : ex. : corriste « correste » .
— Les autres formes s'accordent avec la langue
littéraire, exception faite des modifications pho-
nétiques générales {-e, -i, -x etc.).
c) 3^ Personne du singulier :
Le parfait se termine dans la F® conjug. par -ow,
-ou, etc., d'après le § 56-e; dans la IP par eu,
^"etc. d'après le § 56-b; et dans la IIP par -tu,
-10 etc., d'après le § 56-d : ex. amôu {amà etc.),
meteu {metê etc.), uniu {unio etc.). Dans les zones
de 'este (parfait), -éi^as (plus-que-parfait), -ères
(fut. du conj.), on doit dire -éra, -ér, -ésse. Les
134 (II, Verbes réguliers : Ji 74
autres temps sont d'accord avec la langue
littéraire, si ce n'est dans les formes en -e^
parce qu'il peut y avoir -i (§ 50-e), ex. ame, âini.
d) 1'^ Personne du pluriel.
Présent de l'indicatif : Il y a plusieurs hésitations.
Au NorddeTras-os-Montes, on dit, à lai" conjug.
-amos, ex. amamos < 1. -amus; dans une grande
partie du pays, au Nord, aussi bien qu'au Sud,
on dit -emos^ ex. amemos, — peut-être sous l'in-
fluence A^temos{'ài aussi havemos), qui est d'un em-
ploi si fréquent dans la conj ugaison périphrastique .
Dans le Minho, on peut entendre -amos. — Dans
les autres conjugaisons, il n'y a rien à observer.
Imparfait : Il semble que dans le Nord de Tras-os-
Montes (Vinhaes) et dans quelques endroits de la
frontière du Minho, on dit dans la I" conjug.
-abâmos, comme en galicien, d'après le type latin
-abàmus. Dans le reste du pays, on dit en
général -âvamos (ou 'àhamos), Exs. : amabchnos,
amâvamos [amâbamos) . A Povoa de Varzim et à
Guimaraes -ahanos : ex. anclâbanos, eumprâbanos (ou
par dissimulation de b.,. m, ou par influence du
pronom atone et enclitique nos), — Pour les
autres conj., il n'y a pas de diff'érences à noter.
Parfait : Dans le Nord et dans le Centre, la termi-
naison -emos {-emos, -émos^ -iêmos, d'après les lois
phonétiques) est très fréquente dans la P con-
jug., par analogie avec la V personne du sing.
{-eï) : < > lat. -amus (-auimus). A FAlandroal
on dit : -âmos, comme dans la langue littéraire.
Exs. : amemos, amamos. Dans le Riba-Tejo, et dans
les « districtos » de Coïmbre et de Portalegre,
(II, i) Verbes réguliers : § 74 135
il est fréquent d'entendre dans toutes les conju-
gaisons -rmoSy ex.passarmos,vinde7'mos,fugirmos:
ces formes tirent leur origine du plus-que-par-
fait; il n'est pas rare d'entendre le plus-que-par-
fait lui-même dans le sens du parfait, ex. passa-
ramos, vindéramoSy fugiramos. Cf. Rev, Lusit,, IV,
222. — Le phénomène s'observe aussi dans
quelques endroits du Nord, mais très rarement.
Plus-que-parfait : Comme dans la langue littéraire,
exception faite des régions de -era, -eras (voir ci-
dessus), où l'on dit saltéramos « saltâramos »
(N. de Tras-os-Montes).
Futur et conditionnel : Rien à dire.
Présent du subjonctif : L'accent occupe fréquemment
la même place qu'à la 1" personne du sing. :
sâltemos « saltemos », comme sâlte. Il arrive de
même dans les verbes irréguliers : séjamos
« sejâmos » (comme séja).
Imparfait : Dans les régions de -éramos (plus-que-
parfait : voir ci-dessus), on dit naturellement
éssemos^ ex. saltéssemos.
Futur du subj. : Dans les mêmes régions on dit :
saltermos,
e) 2' Personne du pluriel :
Présent de l'indicatif : La langue populaire offre
beaucoup de particularités. En Entre-Douro-
e-Minho, dans la Pconjug., on entend fréquem-
ment -aides, ex. andaides (cf. littér. arc. -ades) :
< 1. atis. Dans la IP conjug., on entend dans le
Minho -endes (sous l'influence de tendes)^h côté de
-eides (forme parallèle de la P^ conjug.), ex. cor-
rendes « correis », sabeides a sabeis » (verbe fort).
130 (II, i) Verbes réguliers : S 74
Dans d'autres endroits du Portugal, on entend
aussi -endes. — Dans le Sud, on n'emploie, ni à
ce temps, ni aux autres, la 2® personne du
pluriel, qui est remplacée par la 3^ du pluriel
(phénomène syntaxique) : de là résultent des
irrégularités du genre de celle-ci, dans un vers
populaire : a vos criados sào de mim » (voir
A TradiçôOy II, 107), où vos est au lieu de vocês :
cf. Rev. Rusit., IV, 50.
Imparfait : Du moins dans la Beira-Baixa, on dit
'âvêis da.ns la P conj., et -iêis dans la IP et III®,
ex. : cantâvéis, corriéis, fiigiéis. Cf. ci-dessous le
parfait.
Parfait : Dans la région de -este à la P® conjug.
(voir ci-dessus), on dit labréstis « lavrastes » (Nord
de Tras-os-Montes). Le plus fréquent est -âsteis
(-âstais) h la P^ conj., -ésteis (-estais) à la IP,
-isteis (-istdis) à la IIP. Dans plusieurs localités
(Beira, par ex.), les terminaisons sont nasalisées :
'âstéis (-âstàis), -éstéis {-estais), -istêis (-istàis),
ex. cantâstéiSy corréstêis, fiujistàis.
Plus-que-parfait : Dans les régions de -dvêis, -dstêis,
on dit -dvêis (-dràis), ex. cantdrêis (ccantâreis».
Futur : Il n'y a rien à dire.
Conditionnel : Dans les régions de -dvêis, -iêis etc., on
dit -riêis, ex. cantariêis, correriêis, fugiriêis.
Présent du subjonctif : Le peuple remplace souvent
la 2^ pers. du subjonctif par celle de Tindicatif.
Imparfait : dans les régions de -dstêis, on dit -dsséis
(-dssàis), ex. cantdssêis^ corréssêiSy fugissêis.
Futur du subj. : Dans les mêmes régions : -rêis
(-ràis)y ex. : sepassdràiSy se corrêrêis.
([I, t) Verbes réguliers : ^^ 74 137
f) 3® Personne du pluriel.
Je pourrai simplifier l'étude de ce groupe de
flexions, en les considérant ensemble. Dans le
(( districto » de Portalegre, on dit fréquemment
'im dans les formes atones de tous les temps et
de tous les modes : fârtim-se a fartam-se » : cf.
Rev. Lusit.y IV, 221. A côté, on trouve dans le
même «districto», -om (-um), La terminaison
'Om est normale dans le reste de TAlemtejo,
dans TAlgarve et dans TEstrémadure, dans la
P® conjug. : fârtoM'Se, En Entre-Douro-e-Minho
nous avons -um, -o, {-o') ex. falâbum e faldbo « fal-
lavam»; mâtum e mato «matâo». Dans le N. de
Tras-os-Montes, on entend fréquemment des
formes dans -im, ex. saltéssiyriy saltérim^ sâltirUy à
côté de formes en -^'im (ex. sâlteim)^ et en -ào, A
Bragance, la 3^ personne du pluriel du parfait se
termine par -erào, ex. caséràoK Dans la Beira^
le normal est -ào. A la 11^ et IIP conjugaison,
nous trouvons -m dans TEstrémadure, et -em
(c.-à-d. -e) dans les autres provinces du Sud,
exceptions faites des régions de -im, et du Minho
où Ton dit -e (§ 50-f). Dans la Beira, eim (-âm);
en Tras-os-Montes, -iyn e 'éimf-âim). En ce qui
concerne les formes toniques, Entre-Douro-e-
Minho présente -ôUy ex. unirôu « unirâo » (futur);
dails le reste du pays, la forme normale est -âo,
comme dans la langue littéraire. Cette variété de
formes dépend des lois phonétiques dans certains
cas, et de l'action de Tanalogie dans d'autres.
^ Cf. Esludos de philol. mir., II, 44, n. 1.
138 (II, i) Verbes régxiUers et irréguliers : § 75
g) Impératif. — Dans certaines régions, par ex. dans le
Nord, on dit -ande, -ende^ -inde (cf. la seconde per-
sonne du pi. du présent de Tindicatif), ex. : an-
dande^ corrende^ fughide, quoique cet usage ne soit
pas général, parce que dans le Minho on dit aussi
fréquemment -aide^ -eide, -ide : correide^ fugide;
Camillo Castello Branco, dans les Volcôes de lama^
à la p. 19, reproduit cette expression populaire :
calaide-vos. — Dans la Beira, on dit fuge ce foge ».
h) Gérondif et participe. Il n'y a rien à remarquer, si ce
n'est qu'on emploie, à ce qu'on m'a dit, un gé-
rondif en -endo pour la 1" conjugaison, ex. caii-
tendo (Valpaços : Tras-os-Montes).
i) Infinitif. Sur l'infinitif impersonnel, il n'y a rien à
dire. — Les troisièmes personnes de l'infinitif
personnel obéissent aux lois auxquelles obéissent
les autres temps. Le peuple emploie peu l'infi-
nitif personnel.
75. Verbes irréguliers ou torts.
a) Andar. D'après l'analogie de estar^ on créa ces formes
andive, andiveste, andeve^ andivemos etc., dans cer-
tains endroits de l'Alemtejo, de la Beira et de
Tras-os-Montes. A Avellanoso (N. de Tras-os-
Montes) : nndevej i® pers.; andevo, S*' pers. A Moi-
menta (N. de Tras-os-Montes) : andéno^ S*' pers.pl.
du prétérit.
b) Dar. En Tras-os-Montes : dàuy 3® pers. sing. prêt. ;
dâra,, dârào, au plus-que-parf . ; deia (dea)y deias
(deas),deia (dea), démos ^ deis, deiào (deâo)^ au subj.^
^ Cf. Estndos de phil. mir., I, 431.
(II, i) Verbes irréguliers : § 75 139
c) EsTAR. Au présent, surtout dans le Sud : ta (§ 62) ; et
dans TAlgarve, à la !'• pers. stom (comme vom et
som : ((vou», «sou»). Dans le Centre, il est fré-
quent stébe (istêbe), 1'® pers.; quelquefois même
stibe (istibe), 3®. A Campo de Viboras : stubesse,
forme qui postule stube. A Moimenta (N. de Tras-
os-Montes), stïbénum et stibéno, à la 3® pers. pi.
du prétérit.
d) DizER. Du moins dans le Nord et dans le Centre :
dixe, dixeray dixesse = disse (§ 59-e) : < 1. dixi —
dicsi.
e) Fazer. a Tras-os-Montes : fazo (Moncorvo) « faço »,
d'après Tinfinitif; fazerei a farei » (ib.), forme
analogique ; fai (surtout sur la frontière), comme
trài ; fago (comme trago) et fais (como trais) « faço »,
(( fazes » (sur la frontière). Dans le Minho, dans la
Beira etc. : feZy l'^^pers.; /ï^, 3® pers.; fezo, 3® (dans
unms. du xviu® siècle : cf. p. 66 note).
f ) Haver. a la 2® pers. sing., on dit vulgairement hades =
bas de, d'après l'analogie de la 1"^® pers. heide, où
la proposition de s'est agglutinée au verbe. On
emploie impersonnellement /m sur la frontière de
Tras-os-Montes et dans l'Alemtejo (c'est un trait
de la langue àrcbaïque) — ha i : cf. esp. hay,
prov. ai (liai), fr. il y a. A la 3^ pers. pi., hadem et
handem, dans le Sud. On voit que hade, 3«sing.,
a reçu une flexion dans hadem; la forme handem
est un renforcement de hande = littér. hào-de,
parce que, dès le moment que de s'est agglutiné
au verbe, on n'a plus réussi à reconnaître un
pluriel dans une forme terminée par une voyelle.
140 (IL i) Verbes irrér/uliers : ^ 75
A Campo de Viboras : houbo, 3® pers. sing. prêt.;
haba, au subj. (d'après haber). Au participe :
havisto (Serpa), d'après visto (de vé^r).
g) Pkrdeu. a la l'^pers., on dit dans certains endroits
perdOy d'après l'analogie des verbes réguliers.
h) PoDER. A Deilâo (N. de Tras-os-Montes) : podo, S^'pers.
sing. du prétérit.
i) PôR. Dans quelques endroits, on dit pôs à la 1" pers.
sing. du prétérit.
j) QuERER. Au parfait quijestey, au plus-que-parfait
quijera etc. (§ 59-e). A Campo de Viboras, quijOy
h la 3* pers. sing. du prétérit.
k) Saber. Dans la Beira, on dit à la 1" pers. sing. prés,
indic, saibo < 1. sapio. Au parfait, sube^ et dans
les dérivés : subeste, subera, etc.
1) Ser. Dans le oc districto » de Coïmbre, on conserve la
forme archaïque sào (et som) à la V^ pers. Dans
TAlgarve : som. A Deilâo (N. de Tras-os-Montes),
j'ai entendu 601 ; cf. esp. soy. Au pluriel, il y a une
grande variété de formes : semos, sendes (comme
temoSy tendes), samos (comme estarnos), sondes
(par ex. à Moncorvo ; cf. arch. sodés). A Deilâo, j'ai
entendu évades « ereis ». Au prétérit : fui (en
proclise /S), par ex. dans l'Estrémadure Occi-
dentale; foi, V^ pers., et fui, 3« pers., dans le
Nord et dans le Centre.
m) Ter. Dans le Nord de Tras-os-Montes : teis, 2° pers.
sing. du prés, de l'indic. (et on m'a dit qu'on
emploie aussi ténem au pi.); tibo, 3® pers. sing. du
parfait. Dans le Centre et dans le Nord : teve [tebe),
(ÎI, i) Verbes irréguliers : § 75 141
à la 1" personne, et tive (tibe) , à la 3® personne. Dans
le Sud, quelquefois tindes, 2«pers. près. ind. pi.
Dans la région du prétérit nasalisé (§ 76-b) : tinve
= tive a tive » .
n) Trazer. Dans le Nord de Tras-os-Montes, au prés,
indic. : trazo (d'après trazer), trais < *tragis, trai
< *tragit; tim au pi. (d'après lesing.). En Entre-
Douro-o-Minho, au prétérit : troufe et trouve
(cf. § 58.-C) : voir Revista Lusitana^ II, 270-271,
à côté de trouxe et troixe, qui existent aussi
dans la Beira avec truixe : < 1. *tracsuî =
*traxui {traxï). Dans la Beira-Beixa : traguer
(d'après trago). Dans l'Alemtejo : trâiga, au subj.
(cf. esp. trayga).
o) Ver. Dans le Nord de Tras-os-Montes : beio^ beis, bei^
comme en mirandais.
p) Ir. Dans rAlgarve,vom, comme som. EnTras-os-Montes
(dans le Nord)) : iba^ ibas etc. < 1. ibam. ■
q) OuviR. A Val de Frades(T.-os-M.), on ditôubo a ouço »
(d'après ôubir). Dans tout le pays : ouvisto, au par-
ticipe, sous l'influence de visto.
r) ViR. A Avellanoso (T.-os-M.) : bénem au pi. « vem »
(comme ténem). Dans le Nord, on entend fréquem-
ment : bmheste « vieste », et dans les temps con-
génères : binhesse, binhera etc. Même dans le Sud,
on peut entendre vinhesse. Ces formes postulent
un *venieste < *veniisti ou *veniuisti (cf.
prov. venguii < *venuiui). En Entre-Douro-e-
Minho), véo {bêo), sur la frontière, et, de même que
dans la Beira, véu (bêu) : < 1. *venut (venit).
142 (II, i) Obseroatio7is sur la conjugaison : S "^6
76. Observations diverses, a) Le peuple confond parfois
les verbes en -ear (dans la prononciation -iar) avec ceux en
'iar : anunceia « annuncia », vareia « varia », prenunceio
(c pronuncio », nomia « nomeia ». Il en est de même de
certains verbes de la langue littéraire.
b) Dans les verbes forts, il est très fréquent de trouver la
1" personne du parfait nasalisée (Riba-Tejo, Beira-Occi-
dentale, etc.) : /ïi, piïde, quis^ vî (c vi », tîve. Cf. galicien fun,
fixen, finxK
c) La métaphonie, qui dans la langue littéraire est normale
dans durmo — doinnes (1. dormio — dormi s) et visto — vestes
(L vestio — vestis), le, peuple la transporte dans d'autres
verbes, où Ton ne l'attendrait pas : luw — lox (Alemtejo),
aflijo — aflejes (Nord, etc.), rezisto — rezestex (Alemtejo).
5. Particules
11. Les adverbes sont les particules qui offrent le plus
d'intérêt.
a) Dans le Sud, on emploie nà en proclise, ce qui est très
caractéristique des parlers de cette région ; dans le Nord et
dans le Centre, on emploie dans les mêmes conditions nu
et nu. Cette différence s'explique ainsi : nà provient de nàOy
qui a remplacé dans le Sud la forme archaïque nom; les formes
centrales et septentrionales nu et nu reposent sur ?iom, qui a
formé corps avec les mots qui les suivaient ; nu est une forme
tout à fait atone et négligée. Comme formes toniques : now,
en Entre-Douro-e-Minho; nào^ dans le reste du pays. Selon
les localités, on dit nanja^ naja, neija, nêja = nâo + jâ. Au Sud
appartiennent dénesde a desde » (< 1. de inde ex de), ont'àgora
^ Saco Arce, Gramat. gallega^ p. 75.
(II, i) Particules : § 77 143
(( ainda agora ». Dans TAlgarve : p'ràcâ — arc. para acâ. On
dit partout mûto ce muito », et dans quelques endroits mûito,
qui est une forme archaïque ; muto s'explique par la tendance
à simplifier la diphtongue m, soit orale, soit nasale : cf. dans
la langue commune chuva = arc. chuiva, fruto = arc. fruitOj
enxuto = arc. enxuito, cutello = arc. cuitello, pop. cudar = littér.
cuidar (§ 56-i),tetor = arc. luitar. Dans le Nord de Tras-os-
Montes : assi (forme arc.) a assim » <1.. ad sic; jnassi « mas
sim)),a/a (arc.) a la», acâ {Q.rc.) (c câ ». Dans la même province :
tantinho «um pouco » (fr. ce un petit peu »). Dans la Beira : antào
et atào (( entâo » ; en Entre-Douro-e-Minho : antôu = arc. entom
< 1. in tune (tum). Au langage d'Entre-Douro-e-Minho appar-
tiennent aussi : adéi = a d'ai, où l'accent s'est déplacé, pour
former une diphtongue décroissante finale ; a côtio ce quo-
tidianamente » < 1. cottidio (dans la Beira, a côte). Dans
quelques endroits du Nord : d'6 p'ra tras = d'ao para trâs
ce para tras » . A Vinhaes (Tras-os-Montes) : assenoutà « à noi-
tinha » (1. *ipsanoctana?). Les adverbes en -mente sont ter-
minés par -s dans TEstrémadure : principalmentes ; la forme
somentes s'entend partout. Dans la même province, inàgora
= inda agora (§ 64), et comme locutions adverbiales : algum dia
« outr'ora », ontro dia — *nontro dia = {n)ôtro dia ce outro dia »^
A Chaves : ane^ en proclise, = aonde (§ 64). Sur quaise et
d'autres formes parallèles, voir § 52-e.
b) Parmi les conjonctions, je signale : ca « do que » (arc. ca^
qua) < 1. quam; mais (arc.) « mas » < 1. m agi s; tamém
« tambem » (assimilation du & à la nasale qui précède :
§ 64) ; indasque « ainda que » ; coma (arc.) ce como » < 1. quo
ï Dans les expressions adverbiales de temps, on omet fréquemment la préposi-
tion : esta man/ia, o anno passado. Donc, ôtro dia alterne avec nôtro dia « em outro
dia »; *nontro dia offre une nasalisation, comme pop. nonle (nôite) = nouiey pop.
nonjo = nojo, nem < 1. nec (§ 40-a).
144 (II, i) Formation des mots : § 78
modo ad; inquanto ce em quanto ». Toutes ces formes sont
plus ou moins usitées partout. Selon les lois phonétiques
générales : ô^ au < 1. aut, nim = nem (p. 143, n.).
c) Parmi les prépositions : im a em » et inté <c até » (par-
tout), atâ Ci até » en Tras-os-Montes ; p'ra (usuelle aussi dans
la langue poétique), etpe?^ (arc.) < 1. per ad c^ para »; cum =
com (Minho) ; pro = por (métathèse). Dans des phrases popu-
laires telles que eu a mais tu, la particule a fonctionne comme
e dans la même phrase prononcée à la manière de la langue
littéraire eu e mais tu ou eu e tu; mais il me semble que a est
plutôt une préposition jointe à mais.
d) Parmi les interjections : ech ! (Tras-os-Montes); ahy au
lieu de d, au vocatif (Alemtejo).
6. Formation des mots
78. Le sujet demanderait de longs développements ; mais
je suis forcé de me restreindre.
a) Il y a des régions où certains suffixes jouissent d'une
grande vitalité, par exemple: -e'co, -éca^ dans le Sud; -aoco
{= -acho), "ixo (= -icho)^ dans TAlemtejo ; -ico, dans le nord
de Tras-os-Montes. Voir § 70-c. Aussi dans le N. de Tras-
os-Montes, j'ai entendu pedranha, çapatanho, avec le suffixe
-anho, peut-être pour -enho < 1. -in eu- (cf. § 44-h). Isolé-
ment on trouve : -arr-uço^ -ux-inho (= 'Uch'inho)^ -alh-ào et
-êjo, dans T Alemtejo : cacarruço a caco de vaso velho » (fr.
c( tesson ))), pertuxinho (( pertinho », pedralhào « pedra grande »,
Ô7*têjo (( hortinha ». Quand on ajoute le suffixe -ito à des noms
qui se terminent par une nasale, Vn primitive reparaît :
manita, de 7nào < 1. manu; canito, de cào < 1. cane-, sans
doute parce qu'on a cru à un suffixe -iiito, pour -ito (Alemtejo
(II, i) Ety7nologie populaire : S 78-}) 14,1
et Algarve). Quand on ajoute le suffixe -inho à certains noms
qui se terminent par une voyelle, on intercale un -^-, qui joue
à peu près le rôle d'un infixe : copezinho (Estrémadure) « co-
pinho », coftr^^mAa (Tras-os-Montes) « cobrinha », fontezinha
(ibidem) « fontinha », c'est-à-dire cop-iz-iiiho, font-h-inhUy etc.:
< 1. -ic-inu-. Vid. §70-c.
b) Le procédé de rÉTYMOLOGiE populaire est très fécond
chez nous {tintura d'odio = tintura d'iodo, mal-feio = moTi^hem);
mais, exception faite des noms géographiques et de quelques
autres, la plupart des faits de ce genre ne constituent pas de
caractéristiques dialectales : dans TAlemtejo, on dit Vai-longo
(un village) = Vallongo, sous l'influence de vai ; dans le Nord,
on dit Berto-Lamego = Bartholomeu, sous l'influence de Lainego,
et Migalhada ~ Mealhada, sous l'influence du nom commun
migalhada (de migalha) ; à Porto, j'ai entendu nommer
Pisco-Paulo une rue qui s'appelle {do Paço) Episcopal ; dans la
Beira-Alta, on dit Igreija-Nova = Granja-Nova.
III. — Syntaxe
79. La syntaxe populaire ne diffère pas essentiellement
de la syntaxe littéraire. Cependant, il y a à remarquer plu-
sieurs particularités, soit dans le langage populaire général,
soit dans les dialectes. — Dans le Nord de Tras-os-Montes,
les verbes ir et bir « vir » sont suivis de la prépos. a + infi-
nitif, ex. : ir a biiscar, bir a ber; on y dit aussi ir d'à pé a ir a
pé ». Certaines phrases coordonnées se font accompagner de
a, dans la même province et dans d'autres : « o corpo e à
cabeça », « a cabeça e 6 (— ao) corpo ». Dans l'Alemtejo : é fui
star corn elle. Dans cette même province, quand le managêro
« manageiro » (fr. « contremaître ») donne des ordres à ses
10
140 (II, i) Sf/ntaxe : i 79
ouvriers, il dit : va là de corner! et des phrases analogues.
Dans la langue de l'Alemtejo, les pronoms seu, sua sont
suivis Aq d'elle, d*ella, d'elles, d'ellas, pour éviter des ambi-
guités (cf. l'espagnol), ex. : seu pai d'elle. Au lieu de pôde ser
que, les Alemtejanos disent /?rirf^ que\ cf. esp. puede que, fr. il se
peut que. Soit dans l'Alemtejo, soit dans l'Estrémadure, on
Aiipois dans le sens de pois sim; dans les mômes provinces et
dans l'Argarve, on dit a que pour é que dans des phrases
comme «hoje a quechoy^ muito» (peut-être à l'origine : ah!
que). Dans les deux provinces de l'extrême Sud, il est très
fréquent d'entendre : vou a de N, pour a vou a casa de F. » ; cf.
en latin ad Vestae, en grec èv 'aoou (s'il n'y a pas lieu, pour le
grec, de chercher une autre explication, comme quelqu'un l'a
déjà proposé), en anglais at John's, dans l'espagnol d'Amé-
rique* en lo de Sàncliez, et en catalan so d'En N, « le bien, le
domaine de N. » (où so est l'article : < 1. ipsum), ou, avec
une contraction, son N.-. Dans le Minho et en Tras-os-Montes,
il y a une ellipse semblable : ir onde 6 Sr. F. (a aller chez un
tel))); cf. le galicien ond'a y outra, et respa;^nol de l'Amé-
rique ^ voy donde fulano. Dans la toponomie de l'Estrémadure,
il y a, je crois, des vestiges de cette manière de parler : A dos
Ruivos, A dos Francos (à l'origine : A aldeia dos,,,). Les Alem-
tejanos et les Algarvios emploient fréquemment nunca au sens
de (cnâo)), soit avec emphase, soit dans le parler commun ;
cet emploi est rare dans l'Estrémadure. Dans le Nord et dans
le Centre : a q' and' elle, a q'and'a elle « en même temps que
lui». Dans le Minho : num faz minga ce nâo é preciso ))
(mingfa = mingoa), num cobr'a pena «nâo vale a pena». On
remarque cet emploi de la conjugaison réfléchie : adorniecer-
1 Voir Ciiervo, Bulletin Uispanique, III, 60.
2 Voir Morel-Falio, Mélanges Renier, Paris 1887, p. 14.
3 Voir Guervo, loc. cit.
(II, i) Remarque sur le lexique : S ^^ ^^'^
se (dans une chanson de TAlemlejo), nào inacordo (Tras-os-
Montes), assomar-se (Beira-Baixa). La tmèse, qui s'observe
au futur et au conditionnel, dans la langue littéraire
moderne, dans des expressions comme ce dir-te-hei», « ir-
se-ha», n'existe pas dans la langue populaire : direi-te, irà-se.
Sur l'emploi de la 3® personne du pluriel au lieu de la 2*
dans le Sud, voir le § 74-e. Aussi, dans le Sud, il est fréquent
de faire accorder a gente (un collectif)^ avec un verbe à la
1*^^ personne du pluriel : a gente vamos (littérairement, on dit
aujourd'hui a gente vae; dans la langue ancienne, on peut
trouver a gente vâo).
IV. — Remarque sur le Lexique
80. Ce n'est pas seulement la grammaire proprement dite
qui donne un caractère dialectal aux parlers des provinces,
mais aussi le lexique. Il y a beaucoup de vocables qui sont
usités dans certains endroits, et peu usités ou inconnus
dans d'autres, par exemple anta dans l'Alemtejo, oixa dans la
Beira, caçurro dans l'Estrémadure, orreta en Tras-os-Montes,
agra dans le Minho, moledro dans l'Algarve. Mais on com-
prend que je ne puisse pas développer ici ce sujet.
V. — Résumé des caractères dialectologiques
81. Pour la commodité du lecteur, je lui présente un
rapide résumé des principaux caractères de nos dialectes
continentaux, d'après ce que je viens de dire.
1) Dialecte « interâmnense » :
82. V did']ecti{ interâmnense est de formation érudite :
i^^ (II, i) Dialecte iiilermnnense : J^ 82
« Interani7iense lie o nome latino que se da a provincia de .Entre-
Douro-e-Minho, e se dériva do inter amnes, ou entre rios » ^ ,
Madureira l'emploie dans Y Orthographia ^ par exemple, à la
p. 34 et 89 de la 2® édition; en 1803, Nascimento Silveira a
publié le Pombeiro interamnense. — Le dialecte « interamnense»
est parlé dans les « districtos » de Vianna, Braga et Porto, et
il s'étend au moins, pour quelques-uns de ses phénomènes,
jusqu'aux « concelhos » de Sinfâes et Rèsende dans le
(( districto » de Viseu. Dans toutes ces régions, outre le
h <> V, phénomène commun à d'autres régions, on trouve
'OU < 1. -one (S45-C), sauf peut-être dans quelques endroits
de l'extrême Nord, la 2® personne pi. en -ides (§ 74-e), et
la dénasalisation de -ô et de -ê (§ § 50-/* et ol-f). On divise
le Minho en Alto- et Baixo-; l'adjectif qui correspond à l'en-
semble de ces régions est minhoto, très usité. Le langage du
Minho (c( districtos » de Viana, de Braga et une partie de celui
de Porto) possède en commun ces phénomènes : -w- atone
(§ 51-b), -f- atone (§ 50-d), ou (§ 56-e): Dans le sous-dialecte
aliO'ininJioto y on trouve la terminaison archaïque -^(§§ 44-n),
qui établit une transition entre le portugais et le galicien,
la distinction entre f et s (59-e), et dans certains cas é et 6
pour ê et o. Dans le baixo-minhoto, on entend couramment âur^
éur, iur (§ 59-d), uô, iê {%% 45-& et 44-&); le langage de Porto
avec un f et :^ pour s et/, et celui de la Borda d'Agoa (Povoa,
Villa-do-Conde) avec quelques particularités phonétiques, par
exemple ch pour x^ appartiennent à ce sous-dialecte. On
peut appeler sous-dialecto baixo-duriense - le langage du
Baixo-Douro, auquel se rattache celui de Rèsende et Sinfâes
1 Dom Francisco Xavier de Meneses, Henriqueiday Lisbonne 1741, note 573.
-L'adjectif duriense, dérivé de Durius, ancien nom du Douro, a été employé
au moins depuis le xviii" siècle : Carmelo, Orthografia, 1767, p. 422, parle des
apovos TransduHenses i> ; en 1823, on a publié à Porto la Borboleta Duriense.
(Il, i) Dialectes « trasmontmio y) et a heirào » : ^§ 83, 84 l^iO
(vid. ci-dessus); il se continue dans le dialecte trasmontano, à
Amarante et à Mesâo-Frio : les caractères principaux du
baixo-duriense sont : -o- ouvert (S 5l-d) et -n- {^^ Vi-m et 50-r).
2) Dialecte « trasmontano »
83. A l'expression populaire trasjnontano correspond la forme
littéraire transmontano . Dans le sous-dialecte raiano (Nord),
on trouve la terminaison archaïque -à (§.49-e), -àrja (î^ 48-aj,
des prétérits forts en -o, houbo, quijo, tebo (ce qui établit une
transition à l'espagnol), des prétérits en -este^ -iste (§ 74-&), et
certaines formes archaïques, comme frol « flor », si « sim », la
diphtongue du (qui le rapproche du minhoto)^ le remplacement
de V par &, comme en mirandais et en espagnol, les noms à
deux formes, hô — nôa, abù — abùa. Dans le sous-dialecte
alto-duriense^ il y a o^our ou (§ 56-^) et ê pour eu (§ 56-b), et,
au moins dans une partie de la région appelée Alto-Douro. il y a
'à' pour-<?-(§S 44-m et 50-d); sur les bords du Douro, on entend
des formes du type meinos {1% 44-k). Dans une grande partie de
la province (Ouest etc.), on établit une différence phonétique
entre % — ç et/ — s, et partout ch existe à côté d'.r.
3) Dialecte « beirào ».
84. La province de la Beira comprenait, dans l'ancienne
géographie portugaise, les territoires qui constituent aujour-
d'hui la Beira-Alta, la Beira-Baixa et les « districtos »
d'Aveiro et de Coïmbre (Beira Occidentale ou Maritime). Elle
aie titre de principauté. Les ethniques qui lui correspondent
sont beirào et beirense; le second est purement littéraire. Dans
le sous-dialecte baiw-beirào , il y a : o et ô (ou ou) pour
ou (§ 56-e), il pour u (§ 47); é pour à {^ 43-a); ê pour eu
' Sur le nom duriense. voir la note 2 de? la page précéilcnfe.
150 (II, i) Dialecte tnévidioiial : § 85
(S 5G-b); la forme traduer (^ 75-n). Valto-beirào présente dans
les. « concellios » do Rèscnde et Sinfàes des phénomènes de
transition à Y interamneme (î:; 82) ; dans certains endroits de
son domaine, on trouve -//- et -f- atones, dans d'autres -ô-
et -ê-^ et dans d'autres on. Dans le beirào occidental, il y a -S-
et -î- atones (^ 50-d). Dans toute la province, on confond b
avec r, mais on distin{::uo eh A\x\ Dans quelques localités
de la lîeira-lîaixa et Alla, on remplace ç — % par s — -J; dans
d'autres, on dislingue ces sons Tun de l'autre. Le parler
des montagnes du « concellio » de Satào constitue une
variété du beirào, à cause de sa richesse en diphtongues. Le
beirào fait la transition entre les parlers du Nord et ceux
du Sud. Pour l'étude de ce dialecte au moyen âge, on pos-
sède quelques Foros intéressants publiés dans les Portu-
(jaliac monumenta historica (Leges et consuetudines) : celui de
Castello-Rodrigo, p. 849 suiv. ; et celui de Castello-Melhor,
p. 897 suiv. Cf. ce que l'éditeur dit à ce sujet, à la p. 7^j2.
4) Dialecte méridional.
85. J'appelle ainsi l'ensemble des parlers des trois pro-
vinces du Sud du Mondego. L'ethnique de l'Estrémadure est
estremenhOy peu usité; celui de l'Alemtejo est alemtejanOj très
usité; celui de Tancien royaume de l'Algarve est nlgarvio,
aussi très usilé. Le langage de cotte grande contrée a on
commun : e — x- pour 6* — /] la distinction de ?' — bel de eh — x,
sauf dans de rares circonstances; la répugnance à l'égard
des diphtongues, l'adverbe im en proclise. Dans l'Estré-
madure, il y a -/- atone et -ù- {^'^ 50-d et Sl-d); dans
lo.Baixo-Alemtejo ol dans l'Algarve w'-, -(h {ib,, ib.); l'Alto-
A!emt(*jo présent*» o (S 56-e) et û (S 47); Vu existe aussi
dans une partie do l'Algarve, surtout en Barlavento. Lis-
(II, i) Parler de Barrancos : § 85 151
bonne, par le caractère mélangé de sa population, et parce
qu'elle est la ville la plus civilise du pays, et le centre
le plus actif de notre production littéraire, scientifique et
artistique, peut à peine servir de base à des études dialec-
tologiques, surtout en ce qui concerne le lexique. — Au sous-
dialecte aïemtejano se rattache le portugais parlé à Olivença
(Espagne), où Ton dit, de même que dans TAlemtejo : tênho,
vêjOy stô ou esta, mais où, à côté de plusieurs vocables espa-
gnols, il y a des phénomènes caractéristiques de Tandalous,
comme fiyo = filho, môyo — molho (y pour port, lit = esp. II).
Note sur le parler de Barrancos.
Bakrancos (§6-a) est un « concelho » de TAlemtejo, enclavé
dans TEstrémadure espagnole. Ses habitants ont un parle^*
spécial. Je possède encore à ce sujet peu de renseignements.
Voici un résumé de ce que j'en ai pu obtenir ^ — Ce parler
possède le / espagnol dans des mots dans lesquels il y a^' en
portugais; le cli a le son d'.r, comme dans TAlemtejo; on
trouve -//o, ex. safurdào a étable à cochons »; -s et s devant une
consonne sont remplacés par une aspiration, de même qu'en
andalous et dans V hispajiO'estremeno, ex. bulica — busca; ei et ou
se simplifient en ê et ri, ce qui en partie est commun à l'espa-
gnol; -/tombe, ex. M«7h//,6y/ - sdA^olibà---. olival,p^m =peral'-;
/ devant une consonne se change en r dans sarto = salto, ce
qui est un caractère de T andalous et de V hispano-estrejneno, où
Ton lTOu\e sir(iuero — esp.jilguero, arcarde = e?,p. alcalde, car-
dera ---■- esp. Caldera^ er esp. el\ -r tombe, ex. guardâ^ alque
' Une partie de ce que je vais dire se fonde sur ce que j'ai entendu de la
bouche d'un Bairanqueiro; l'autre partie a pour base une liste nis. de mots qu'on
m'a fournie.
- Je trouve ces mots ainsi écrits. Je ne sais pas si, à la finale, il y a une légère
aspiration. Kn andalous : jeuerd = j^eneral (dans le Folklore andalus, 1882-1883,
p. 132V
J52 (II, i) Parler de Barrancos : 5^ 85
= alquér(e) — alqueire, açuca — açucar, samià = semear,
mulhé — mulher^ (là — dor * ; -::i se change en -r devant d- dans la
locution emher d'ir— em vezde ir (cf. § 59-e); le v se confond
avec ft, comme en Espagnol, ex. /«&«, binho^ olibâ— olivaL
aconcliabâ; on dit 7nenza — mesa, comme dans le reste du Sud.
Dans les voyelles, je ne trouve rien de spécial, si ce n'est -i
pour -e atone, ex. cobi — couve, azéti ~ azeite (cf. î^ 50-e); il
semble que les voyelles se prononcent comme en portugais,
par ex. -0 a la valeur de -u. Dans les verbes : parfait en-i à la
I^conj. (sii 74-a), ex. labi — lavei, 7naH ~ matei; le parfait de
andar est andubi <> esp. anduve; celui de vir est vinheste
(§ 75-r) ; celui de saber est supimos, auquel correspond le plus-
que-parfait supéms (cf. esp. supiinos et supieras); le participe
de tej' est tenido, comme en espagnol (mais l'imparfait tinhay
comme en port.); on dit tinha morto « morréra » (cf. esp. habia
muevto). Le pronom portugais « nos y> se traduit par nosntroa
(c.-à-d. miwtrus ou niizotrux) : ^ esp. nmotros. Dans la
syntaxe : se morria « morria » ; cf. esp. morirse. Dans le
lexique, il y a beaucoup de mots qui se trouvent aussi en
espagnol, comme : vliascan'illio — esp. chQ.scQ.TrillOy pinc lui
esp. pinchar, 7iido, calhejéra —- esp. callejera, enyatussà -
esp. engatusar, sacà — esp. sacar, perâ == esp. peral, rubio^
campana, papa (au sens de « pomme de terre », esp. papa et
patata)^ Pépi = esp. Pepe, polho - esp. polio etc. ; des mots qui
sont féminins en espagnol (mais masculins en portugais)
conservent le même genre à Barrancos, ex. a sa — esp. la sal,
port. (( sal », a mé = esp. la miel, port, ce mel » ; on voit
1 .l'ai trouvé ces mois ainsi écrits; je ne sais pas si, comme dans l'andalous et
dans Vhispano-estremehOy il y a une faible aspiration finale. Dans le Folklore
betico-estremcho, 1883-l«8l. on cito ces vocables : andd, queré, deci^ colô{p. 36), ou
l'accent circunllexe dénoie Taspiralion; dans \e Folklore andaluz, ci-dessus cité,
j(^ trouve : comensd-\- h {p. 132), mais labraô = esp. labrador, «efto, wmjV, pedi^
arrecogé (p. 133), béni, tocd (p. 13'i) etc.
(II, i) Distribution des phénomènes dialectaux : ^ 86 Jô.'i
que, malgré la forme locale que ces mots ont prise, le genre
s'est maintenu. Il me serait facile d'augmenter encore cette
liste. A ce qu'il semble, d'après ce (jui précède, le fond de la
langue de Darrancos est le portugais de l'Alemtejo, avec un fort
mélange d'éléments grammaticaux et lexicologiques espa-
gnols (andalous), dû au voisinage do l'Espagne; je ne possède
pas encore de matériaux en assez grand nombre, pour expri-
mer à ce sujet une opinion fondée. Les Barranqueiros s'adon-
nent à l'agriculture et à la contrebande; je crois que leur
vocabulaire contient quelques éléments ciganos. Ils ont une
telle conscience de leur quasi indépendance géographique
et linguistique, que, quand on demande à un habitant de
Barrancos s'il est portugais ou espagnol, il répond : — Sa
Burranquêro! (ce sou Barranqueiro » ; Vo s'est changé en u
sous l'influence de la consonne labiale voisine) *.
86. La distribution que je viens de faire de nos dialectes,
fondée sur la géographie, se heurte à quelques difficultés
(cf. § 7-A), parce que des phénomènes que l'on présente
comme caractéristiques du parler d'une région, peuvent aussi
appartenir à d'autres (par ex. ou appartient en même temps à
Entre-Douro-e-Minho et à la Beira-Alta). .La seule classi-
fication rigoureuse serait celle où l'on considérerait non
I'ensemble des phénomènes, mais chacun séparément. Nous
aurions, par ex. :
éf pour a dans certains endroits de la Beira-Baixa
et de l'Alto-Alemtejo;
ù dans certains endroits des mêmes pro-
vinces et de TAlgarve;
1 On observe partout des laits semblables. Par ex., les habitants de Torlosa, dans
le N.-E. de l'Espagne, disent qu'ils ne sont ni Catalans, ni Aragonais, ni Valencien?.
— Alors, qu'est-ce que vous êtes ?
— Som Tortosins.
154 (II, i) Distribution des phénomènes dialectologiques : § 80
ô pour OU dans le Sud-Est de Tras-os-Montes, sur
plusieurs points de la Beira, et dans tout
le Sud, sauf dans les régions de o ;
MÔetié dansleMinho;
ou en Entre-Douro-e-Minlio;
çz à côté de s-f, . sur les frontières du Nord et dans plu-
sieurs endroits de la Beira;
b:v dans tout le Nord, dans le Centre, et dans
quelques points isolés du Sud;
ch-,r dans le Nord et dans le Centre;
parf. en -i) ( dans une partie de la Beira et dans le
àlai^conj. ) ' ( Sud;
Et ainsi successivement. On verrait en même temps, et d'un
coup d'oeil, que les phénomènes dialectologiques sont nom-
breux. Toutefois, la classification géographique, si elle n'est
pas absolument parfaite, est du moins commode, et elle
correspond aussi, à certains égards, à la réalité. —
L'accent musical, qui varie d'une localité à une autre, est un
caractère dialectologique important, quoiqu'il ne puisse
être apprécié dans un travail comme celui-ci^
^ A titre de curiosité, je cite une observation de l'arclievôque Genaculo (écri-
vain du'xviii" siècle), que j'ai trouvée à la p. 4 du «caderno» 18 de ses mss., à la
Bibliothèque d'Evora. Il dit que les derniers accents d'une phrase prononcée par
un habitant de Beja «nào sào desapraziveis, pois sào dados em mi, fa, sol — wi,
re, soin. — Les habitants du Nord, quand ils entendent parler ceux du Sud, Lis-
bonne comprise, imaginent que ceux-ci chantent.
CHAPITRE II
Dialectes insulaires
87. Sous cette désignation, je comprends les parlers de nos
archipels des Açores et de Madère, qui ont été découverts
par les Portugais au xv® siècle, et qui étaient alors déserts.
J'appelle ces parlers respectivement ^form/io et madeirense (en
français : açoréen et madérien ou madèrois). Pour la bibliogra-
phie, voir ^S 17 et 28. — Tout compte fait, il semble qu'il n'y
ait pas de grandes différences entre V açoréen et le madérien.
I. Dialecte açoréen
88. Les caractères de Taçoréen ont été surtout étudiés par
M. Gonçalves Viaiina (d'après le langage de Ponta-Delgada) et
par moi (d'après le langage des Arrifes) : voir Rev, Lusit.y I,
238, et II, 290. Aux Açores, on a û (8 47, ou û français, =u
port.; ô ■--. ou fi^ oG-e) ; a ouvert et tonique labialisé, oa,
dans consa etc, ; n - port, o dans fJiir — flor, amur — amor; un
/ gingival ou palatal; à : : port, -ào dans mô «mâo » ; il y a
é = : port, n, ex. tercéro terceiro, dans les prétérits, la diph-
tongue portugaise -iu se réduit normalement à -i ; le pluriel
des noms terminés par -/ est on -é'N, e\. axiiles, sing. azul (cf.
§ 70-a). — M. Langa publié dans la lier. Lusit, une note sur
le parler de la colonie açoréenne de New-Bedford (§ G-J); il y
150 (II, II) Dialecte madèrien : ^ 89
signale quelques anglicismes qui sont entrés dans le Portu-
gais, par ex. cliulipe « dormindo » (sleep), bins (c feijôes » (bean),
II. Dialecte madèrien
89. Dans le langage de Madère, je trouve aussi îi dans la
bouche des habitants de Machico et Porto-Monis ; m à Porto-
Monis, ex. coasa; u -- port, ô à Porto-Monis et Ponta da Cruz,
ex. bum — bom, flur — flor; à côté de j^dco = pouco, à Ponta
da Cruz, je trouve^pé'ssSî^rt et Lisfôwa. A Machico, je trouve ei
dans re'x^ ceia, ribeira^ diphtongue que je n'ai pas trouvée aux
Arrifes (Açores). Dans toute Tîle de Madère, il y a un i
spécial que M. Gonçalves Vianna * compare à Vy polonais, et
que je note par ï, ex. 7iavïo (presque navéio), rïo; il y a aussi
un lit spécial, qui donne l'impression que des mots qui, en
portugais, contiennent une /, comme grilo (grillo) ont le son de
Ih (grilho), et que des mots qui, en portugais, contiennent un
Ihy comme filko, ont le son de / (filo). Ces derniers phéno-
mènes, je ne les ai pas encore observés dans les Açores.
90. Les parlers insulaires, comparés à ceux du continent,
se dénoncent (surtout celui des Açores) comme originaires du
Sud de Portugal.
^. Essai de phonétique, p. 6 (dans la Rômania, t. XU).
CHAPITRE 111
Dialectes d'outremer
91. Je nomme ainsi, comme je Tai dit au J^Ji 6-g suiv. et 7,
le portugais qui date de l'époque de notre expansion colo-
niale et qui se parle dans nos colonies actuelles, dans celles
qui nous ont appartenu et qui ne nous appartiennent plus, et
encore dans d'autres régions où s'est fait sentir notre influence
et notre action.
Quand des peuples parlant des langues diverses se trouvent
en présence les uns des autres, une lutte morale se produit
entre eu\, parce que c'est le langage qui diflerencie le plus les
hommes. Cela est arrivé entre les Portugais et les peuples
des régions dont je viens de parler. Notre grammairien
du xvi*" siècle, Fernâo d'Oliveira, a noté parfaitement ce
phénomène :
« Vemos em Africa, Guiiié, Brasil e India naô amarc miiytos os Por-
tugueses q antrelles naçem, so polla diferença da lingua : e os de la
nacidos quere bem a os seus Portugueses e chamanlhes seus, porq falâo
assi como elles » i.
Deux faits résultèrent de cette lutte : les Portugais ont été
obligés d'apprendre quelquefois les langues indigènes'', et les
* Gram. de linguagem port, y 2" éd., p. IG.
2 Nos missionnaires et nos religieux s'intéressaient spécialement à l'étude des
langues indigènes au point de vue catholique, et ils ont composé beaucoup
158 (II, m) Dialecte brésilien : §§ 92-100
indigènes d'apprendre la langue du Portugal. Le second fait
est le seul qui m'intéresse pour le moment, parce qu'il en est
résulté (voir § 6-k) la formation des dialectes créoles^ et d'autres
variétés du portugais; entre les uns et les autres, on peut
admettre des degrés*. Au S 6-k, note 1, j'ai parlé des éléments
portugais introduits dans les langues étrangères, et des
éléments étrangers introduits dans notre langue.
Dans les sections qui vont suivre, je ne m'occuperai pas
des parlers de toutes les régions que j'ai mentionnés au
§ 6, mais seulement de ceux dont j'ai pu obtenir des textes
ou des notices grammaticales.
I. Dialecle brésilien
92. Le Brésil a été découvert par nous en 1500, et il a
appartenu au Portugal jusqu'à 1822, année où il s'est déclaré
indépendant. Dans la population brésilienne entrent des élé-
ments de trois origines principales : un élément indigène ; un
élément blanc, surtout portugais ; .un élément nègre, origi-
naire des possessions portugaises d'Afrique, et apporté au
Brésil comme esclave. Mais le Portugais proprement dit et le
Nègre de la côte
« nâo sâo Brasileiros, e sim estrangeiros. O genuino é o descendente
d'estas très origens » ^.
de livres dans ces langues (des grammaires, des dictionnaires, des caté-
chismes). Cf. Gannecatim, Dicc, da ling. bunda, Lisbonne 1804, p. I; Faria e Sousa,
Imperio da China, p. 153-154. Outre les œuvres destinées directement ou indi-
rectement à la propagation de la foi, il y en a d'autres, faites avec des intentions
scientifiques ou de simple curiosité. Il serait intéressant de rédiger, par groupes
de langues dans ces conditions, des catalogues semblables à celui qu'a confec-
tionné Gunha Ilivara, sous le titre de Bibliotheca concani, et qu'il a publié en tête
de l'édition qu'il a faite de la Grammatica concani du P. Thomas Estevâo, Nova
Goa 1857, p. cvx.
1 Sur des caractères créoles dans le brésilien, voir § 95; et dans le portugais de
Goa, voir § 108-A.
- Silvio Romero, Estudos de poesia popular, 1888, p. 8.
(II, III) Dialecte brésilien : ^^ 92-100 159
93. La langue nationale du Brésil est le portugais, qui,
transporté dans un milieu si différent de celui de son origine,
y a éprouvé beaucoup de modifications. Les écrivains brési-
liens ont beaucoup discuté, au point de vue patriotique, si le
portugais du Brésil est ou non un dialecte*. Si j'appelle dia-
lecte, par exemple, le portugais de Tras-os-Montes, à plus
forte raison je dois donner ce nom au portugais du Brésil, ou
brésilien. En prenant pour base, soit les faits que la biblio-
graphie (§§ 18 et 29-a) m'a fournis, soit ceux que j'ai recueillis
moi-même de la bouche de quelques Brésiliens, j'indique
dans les §§ suivants les principaux caractères de ce dialecte.
94. Phonologie. Ve et Va atones médiaux ne se prononcent
pas e (i) et u comme en portugais, mais ils se prononcent
ê et ô : sénhôra, péqiiéno, côbmste, sôpraste ; on prononce de
même Pàrâ^ càsdr etc. Celte prononciation dénonce immé-
diatement à une oreille portugaise le parler du Brésil. La
phrase di la « de là » sert chez nous à caractériser les Brési-
liens (cf. § 8). La diphtongue ou se prononce d, par ex. : jmco,
andô; on dit caxa ou caixa; on ajoute un i à la syllabe finale de
certains mots terminés par -ê: fei ~ *fê -- fez, trei - *trê - - très,
francei^ *francê : francês ; la diphtongue qui dans notre
orthographe s'écrit -em^ les Brésiliens la prononcent -éi,
ex. bêi (( bem ». L'-r tombe : flô -^ fior, miiyé — mulher, ardè
= arder, buta botar ; je trouve aussi dans des textes popu-
laires : mê — mel, fè - fel, qui ont passé probablement d'abord
par les formes *me)\ *fer, Vr tombant après ; en effet, dans la
région du fleuve des Amazones, 1'-/ se change en -r, ex. animar
~ animal, marvado ■—- malvado. J'ai entendu un habitant de
1 Voir les éléments de celte question, par ex., dans Silvio Romero, loc. cit., p. 310
suiv.; Pires Ferreira, Notas sobre a lingoa portuguesa, p. 41 suiv.; lialisla Caetano,
Rascunhos de grammat. port., p. 5.
1()0 (II, m) Dialecte brésilien : S§ 9:.>-100
San-Paulo prononcer V-s comme dans le sud du Portugal,
c.-à-d. Xy ex. tir,T -- très, doix — dois. L7 mouillée {-Ih-) se
change on // (i), ex. inuife - mulher. Phénomènes isolés : passo
— passaro, ansm (cf. anc. osp. ansi) = assim, gintém = vintem,
swlid --- senhora. — La prononciation brésilienne, comparée
ù la nôtre, a quelque chose de traînant. .
95. Morphologie. Il y a une tendance à supprimer dans cer-
taines circonstances T-.v du pluriel des noms : as casa, casas
grande^ ce qui est un caractère des dialectes créoles, comme
M. Adolfo Coelho Ta déjà remarqué dans son travail (I, 30).
La conjonction portugaise .s^^ a dans le brésilien la forme si,
et, comme je Tai déjà dit au § 94, la préposition de a la forme
di. Le gérondif et d'autres classes de mots qui ne prennent
pas habituellement chez nous la forme du diminutif, la
prennent au Brésil, ex. dormiridinho .
96. Syntaxe. Un phénomène remarquable est celui de l'in-
version des pronoms, ex. : « Supponde que um português
apodera-se de todos os idiotismos », au lieu de se apodera. Le
pronom sujet s'emploie au lieu d'accusatif : chamar elles
a chamâ-los » ou « chamâ-los a elles ». La préposition em
s'emploie pour para et a avec des verbes de mouvement :
<( levei-o na casa », au lieu de « levei-o j^m casa ».
97. Lexique. Notre lexique a été très altéré. Les mots pri-
mitifs ont reçu quelquefois des significations nouvelles, par
e\. faceira « mulher casquilha », bahado « folhos », capoeira
<( mato raro »\ D'un autre côté, beaucoup de mots indigènes
(du tupi-yuarani) et africains y ont été introduits'-.
* silvio Uomero, Estudos de poesia pop., p. 317.
2 CI". Silvio Roniero, loc. cit., p. Il ii., o 313 suiv. ; Vorissimo, Vida amazonica,
p. '2'i suiv.; Pires Ferreira. Notas sohre a linif. port., p. 47.
(II, m) Dialecte hré^iUen : ^^ 92-100 101
98. Sous-dialectes. Le Brésil, à cause de son extension et
de la variété des races qui le peuplent, nous offre des diffé-
rences dialectales. Je ne puis cependant fournir ù ce sujet
beaucoup de renseignements. Le parler de la région des Ama-
zones, par exemple, présente quelques particularités (voir
§ 94), de même que celui du Para, où Ton dit canûa « canoa »,
avec le changement dVJen u, comme aux Açores (§ 88). Du Rio
Grande do Sul, Pereira Coruja dit :
« ha alguns vocabulos e phrases que nâo tem équivalentes ncm no
uso commum, ncm nos diccionarios da lingoa »^
Silvio Uomero, Estudos de poes, pop., p. 339, note aussi
quelques différences lexicologiques, selon les localités. Dans
la Noticia do Brasil (xvi'' siècle) contenue dans la Collecçào de
noticias para a hisioria e (jeog raphia das naçôes ultramarinas, t. HT,
Lisbonne 1825, on dit que les Tupinambas :
« para dizerem Francisco dizem Pancisco, para dizerem Lourenço
dizem Rorenço [remarquer déjà ô — ou, selon le §94], para dizerem
Rodrigo dizem Rorigo » ;
faits réellement peu caractéristiques. José Feliciano de
Castilho, dans Y Orthographia porluguesa, Rio de Janeiro 1860,
dit d'une manière générale :
« [portugais] do Rio de Janeiro diversiûca do do interior de San-
Paulo; este, do do Cearâ ou das Alagoas ».
Aux philologues brésiliens, il appartient d'étudier ce
sujet.
99. Les différences que j'ai notées aux §§ 94-95 ne sont
pas de toutes les régions, ni de toutes les classes sociales.
1 Voir le Yocahulario quo j'ai cité au § 29-a.
11
162 (II, m) Indo-portugais : § 101
Je pense que les personnes instruites ne disent par exemple,
ni trei, ni inuyé^ mais elles disent môlliâr, pêquéno, di lây si,
et elles font les modifications syntaxiques notées au § 96.
Ces modifications et l'emploi de si et de di la, on les trouve
aussi dans la langue écrite, qui, en général, n'offre rien
d'autre à noter, si ce n'est le vocabulaire.
100. Parmi les éléments blancs de l'ethnologie brésilienne,
il y en a d'autres que le portugais. Ainsi, on trouve beaucoup
d'éléments hollandais au Pernambouc, et 'beaucoup d'élé-
ments allemands et italiens dans le Sud. Déjà dans la Revista
Lusitanaj VI, 189, j'ai publié la traduction d'un article de
Sellin, sur les (c portugaisismes » introduits dans l'allemand
parlé par les colons originaires d'Allemagne, par ex. : Ran-
schen, pi. du port, ranclio^ Riemen « remo », Passascher « pas-
sageiro ». — Du portugais parlé par les Nègres Créoles du
Brésil, j'ai donné des spécimens dans mon Dialecto hmsileiro^
p. 27 (qui peuvent être rapprochés de ceux que j'ai cités au
§ 18), par ex. : Abri zôio eu esse gente, — No face eu zére susso.
II. Indo-portugais,
101. Par l'expression à' indo-portugais^ on comprend géné-
ralement le portugais parlé autant dans l'Inde propre, qu'à
Ceylan. Ici, je ne m'occupe que du portugais de l'Inde
propre; le dialecte de Ceylan sera étudié à part.
La découverte de la route maritime des Indes a été réali-
sée par Vasco de Gama en 1498; notre première forteresse
indienne a été Cochiri, fond e en 1503. L'Etat de l'Inde s'est
constitué en 1505; mais nous y avons fait des conquêtes
encore au xviif siècle.
(II, m) Dialecte créole de Diu : ^^ 102-103 103
L'Inde Portugaise se compose, à Theure actuelle, des
territoires suivants : Goa, Damao et Diu. Jadis les pos-
sessions portugaises étaient beaucoup plus vastes; de
Tancienne splendeur, il ne nous reste que peu : ce que je
s
viens d'indiquer; le patronat de V Orient, c est-à-dire le droit
métropolitain que le patriarche des Indes et archevêque de
Goa exerce dans les diocèses de Goa, Damao, Gochin et
Meliapor (les derniers tout à fait étrangers, les deux
premiers seulement en partie portugais); et, enfin, l'emploi
plus ou moins répandu de notre langue en dehors des ter-
ritoires qui appartiennent aujourd'hui au Portugal.
Quelques-uns des parlers dont je vais m'occuper consti-
tuent proprement des dialectes créoles; les autres, non.
Pour la bibliographie, voir §S 18 et 29-c.
1) Dialecte créole de Diu.
102. Pour l'étude du créole de notre ville de Diu, je me sers
d'un article publié par le Dr. II. Schuchardt dans ses Kreolisclie
Studien, III, Vienne 1883. Au sujet des textes donnés par
M. Schuchardt, M. J. Quadros dit dans son livre : Diii^ Nova
Goa 1899, p. 98, qu'ils
« estào locutivamente perfeitos, em harmonia com o dialecto de Diu
ha vinte annos atras » ;
d'où Ton peut conclure que le parler actuel est un peu
différent de celui représenté dans ces textes. — Population
de Diu (chrétiens et indigènes) : 12.758 habitants\ Outre
le portugais, on parle à Diu le goujerati (et Tarabe). Nous y
avons des écoles de portugais et de goujerati.
103. Les principaux caractères de ce dialecte, tels que
1 J. Quadros, Diu, Nova Goa 1800, p. 92.
164 (II, m) Dialecte créole, de Damào : § 104
M. Schucliardt les a exposés, sont ceux qui suivent. Près des
labiales, le v tombe parfois : as vos ; mais dans vor
— hora, un v a été ajouté (cf. catal. vora .; 1. ora^ pr. vo = o);
on constate une tendance à supprimer la voyelle finale, après
une consonne simple, ou un groupe, par e\. coiy = corpo,
conir — contra, comme dans les langues néo-hindoues; -Ih-
tombe, ex. imbrui ~ embrulho (cf. S 94), -nh- tombe aussi, ex.
quiào --- quinhao. Le pluriel est indiqué par la répétition du
nom, ex. cào-cào (cf. le « macaista»). On a des temps péri-
phrastiques, comme dans d'autres parlers créoles : eu ta vai
(( je vais )^, eu jâ conieu « j'ai mangé », eu liadvai a j'irai ». En
fait de syntaxe, M. Schuchardt cite des exemples ou le su-
jet suit le verbe, et où le régime le précède. En ce qui con-
cerne le lexique, il est évident qu'il doit avoir éprouvé l'in-
fluence du goujerati. — Ce dialecte, dit M. Dalgado, est
« fallado com tanta rapidez e com entoaçâo tâo peculiar, que se torna
quasi um arcano aos estranhos pouco praticos »* .
Selon M. Pereira Nunes, il n'y a que peu d'indigènes qui
parlent le portugais à Diu-.
2) Dialecte créole de Damâo.
104. La population du « districto » de Damâo (fr. Daman) est
de 64. 248 habitants (1 887), d'après les Noticias e documentas para
a historia de Damào d'A. F. Moniz, Bastorà 1900, p. 215-216.
Dans ce livre, il y a un chapitre intitulé Amostras do dialecto
dafnanense (ip . 25 V268), qui se compose de chansons et de la
traduction dune fable d'Esope. Ce n'est que celle-ci qui est
en vrai créole: les chansons sont les unes en portugais pur.
' IHaleclo indo-pnrtuguès de Ceylào, Lisbonne lîlOO, p. XXVII.
- Relatorio de Diu, Nova Goa 1898, p. 15.
(•T. m) J)ialeclf> crènlp fh, Damao : §§ \iV\-\iVi-\\ 165
les autres en demi-créole (cf. jj 123). Je me sers du texte de
* la fable pour l'analyse qui va suivre.
104-A. Dans la phonologie je signale : Tapocope des
voyelles atones, de même qu'à Diu (§ J03) : velh, bazruc
a bazaruco » (sorte de monnaie), histor -- historia ; lapocope
d' -/• : cordâ^ launtâ=: levantar, turcê — torcer; Tapocope de
certaines syllabes : eontân = contando, (leméii — gemendo ^ ;
la simplification des diphtongues eu^ ou^ comme dans le Sud
du Portugal : mê-nôt — meia-noite, chè ^ cheio. Dans la
morphologie : les formes suivantes pour le féminin et le
pluriel : um cliistds histor^ doi mullier^ doi cread; pronoms :
mim et su (comme possessifs), ôt-- outro, -a, aquely ess'nosSy'
tud = todos; verbes : eu tem eontân « je compte », ta fazén
(( il fait », tinh fazén a il faisait », tinh cantan « il chantait »,
tinli fallân « il disait » , ja fallou « il a dit », jd respondeu a il a
répondu y),jâ fez a il a fait », Jios fazê « nous ferons » ; Tauxi-
liaire est donc tem « tem », a esta », (c é », « ha », et tinh
« tinha », « estava », « era », « havia » ; particules : qui lai
« como » (cf. § 110), pu (( para », num « nâo ». Dans la
syntaxe : l'ellipse du verbe dans cette phrase : « ess noss don
munt rabjent « esta nossa dona é muito rabujenta ».
104-B. Un de mes amis qui a habité Damao, m'écrit que
les chrétiens indigènes se piquent de parler portugais,
plutôt que le goujerati.
1 Par Tinterniédiainj de contamU gemend. Je ne trouve pas ces formes dans le
texte que j'analyse, mais j'y trouve arrependendy avec -d: cf. dans le dialecte nor-
teiro, le mot comprand (§ 106).
106 (II, m) Dialecte « norleiro » : §§ 105-106
3. Dialecte « norteiro ».
105. On appelle norteiro ou portugais des Norteiros le parler
des habitants du Nord de la côle occidentale de Tlnde, en
territoire anglais : c'est-à-dire Bombay, avec Mahïn, Baçaïn,
Chaoul, Bandora, 1 île de Salsete, etc. Ce dialecte présente
quelques variétés. — Voir : Marques Pereira dans la revue
Ta-Ssi-Yang-Kiio, I (1899-1900), 64-65; et Sebastiâo Dalgado,
Dialecto indo-portugués de Ceylao, 1900, p. 91 et 99; M. Dalgado
a mis à ma disposition quelques textes mss. modernes, et une
étude grammaticale qu'il avait commencée.
106. Voici les principaux phénomènes grammaticaux,
d'après Tétude de M. Dalgado ci-dessus citée. Suppression
des voyelles postoniques, soit après consonne, soit après
voyelle : navi = navio, ru= rua, filh = fîlho, pobr = pobre,
palaç = palaçio (cf. les parlers de Diu et de Damâo : §§ 103 et
104-A); quelquefois la suppression de V-r des infinitifs :
c'orrfa = acordar ; et de r-.s : elot= elFoutros; réduction des
diphtongues ei et ou à é et d, comme à Damâo (§ 104-A); -/-
devient -//i-, ex. allii (cf. madérien, au S 89); c devient ch dans
rieli = rico (peut-être sous Tinfluence de l'anglais rich); dans
//il y a une assimilation de la linguale à la palatale : alhof —
aljofre. En ce qui concerne la morphologie : le pluriel, ou est
formé avec -s, ex. oficials, ou avec réduplication, comme à
Diu, etc., ex. fi-fi ^ (^ filhos » ; le pluriel ne s'indique pas,
quand le nom est accompagné d'un accessoire pluriel ou
d'un indéfini, par ex. : dos camis ce duas camisas », quant serv
(c quantos servos » (cf. le brésilien, au § 95), ou encore, quand
la pluralité se reconnaît de soi-même, par ex. sapai no pé:
pronoms les plus remarquables : usot — vos outres, elot -
eiroutros, ôs =r. vos (cf. § 103, Diu) qui s'emploie en même
(II, ni) Portugais de Goa : §§ 107-108-A 107
temps au pluriel et au singulier, mim « meu », « minha », su
« seu », « sua »; les temps des verbes sont périphrastiques :
présent ta co7npm, ta comprây ta comprand; parfait ja ou ji
€077iprou J(l ou ji comprd; imparfait tinli comprd, tinh comprand;
futur positif ha ou had comprd; futur négatif nlia ou nhad
comprd. Dans la syntaxe, je noterai que l'article défini est peu
usité : cf. tant er fom d'aqiiell rapa%~ tanta era a fome etc.
Le lexique se ressent de Tinfluence des langues indigènes.
— M. Joaquim José dos Santos, qui a habité Damâo,
m'informe qu'à Mahïn Supérieur une femme Fa salué de
cette façon : Bô td, sô pd rujd (— boa tarde, sr. padre vigario),
et une autre : Pddri, tem bom? (— padre, esta bom?).
A) Portugais de Goa.
r
107. Goa est notre principale possession dans TEtat de
rinde. Sa population est de 494.836 habitants. Pour écrire le
paragraphe qui va suivre, je prends pour base le travail de
M. Sebastiao Dalgado, cité au J^ 29-c, les observations que
j'ai faites moi-même dans la prononciation de plusieurs
Indiens, des lettres et des journaux (i^ 18). La langue
générale des indigènes est le concani; ils apprennent
cependant le portugais, qui est Tidiome naturel des « descen-
dentes »^ et en même temps Tidiome officiel. Une autre
langue indigène (littéraire) est le maratha, qui est très proche
parent du concani. Sur les luttes entre le portugais et les
langues indigènes, voir Cunha Rivara, Ensaio historico da
lingoa concani, Nova Goa 1857, p. xux-ccxxxvi (préface de la
Grammaire du P. Estevâo). La résistance indigène a été trop
1 On appelle « descendentes », les descendants des anciens l^ortugais.
1()8 (H, m) PovlugaU de Goa : $Ji^ J 07- LOS- A
grande pour qu'un dialecte créole pût se former; toutefois,
le portugais de Goa présente certaines particularités dia-
lectales, pour ne pas parler du lexique, fortement imprégné
d'éléments hindous.
108. Observations phonétiques : la voyelle atone finale
tombe, ex. dinheir^ minh filh (cf. ^ 103, Diu); il y a une
tendance à fermer les voyelles atones ouvertes, par
ex. sumente — somente, âhjiim == âlgum, exceçôes —■ excepçoes,
contràçôeSj suaçao, M quanta tempo, a yrimeira vista = a pri-
meira v. ; -e atone se prononce -i, ex. fonti, comme dans le Sud
du Portugal; entre une voyelle atone et une voyelle tonique,
un i se développe, qui supprime Thiatus, ex. U7n terre — um R,
goiênse = goense, piiieta —. poeta, sa i elles — s6 elles ; il y a une
tendance à nasaliser V-i et V-u toniques, par ex. concnnim --
concani, bambûm — bambù^; à 'em correspond -ê (S 44-n),
ex. bé, tambê (avec ê nasal), ce qui est un phénomène
archaïque; Tadverbe muilo se prononce miiito^ comme dans
le portugais archaïque (§77-a); dans céar, lêoa, IV ne s'est
pas changé en i (en port. mod. ciar, lion); on dit -ej-, -elh-^
sans diphtongue, par ex. igrèjà, téllia, comme dans le Sud du
Portugal (§ 44-g,i), et de même caxa = caixa; la diphtongue
tantôt se réduit à e\ tantôt se maintient, avec un i atténué,
comme dans le Sud du Portugal (j:; i>6-g), par ex. axéte, fVito\ la
diphtongue ou se réduit ù 6 (^ o6-e), ex. ôtro, pôco: l'adverbe
7iào en proclise se prononce nà (^ ll-s.) ; il y a le son archaïque
ch (§ 60-a) ; r- ei-rr- se prononcent faiblement, presque avec
la valeur d'-r-, comme à Macao; v se prononce comme le
1 La tendance à nasaliser V-i tonique est très généralisée {Cochimj SamoHm) :
cf. II. Schucliardt dans la /eits. f. rom. PhiL, XIII, 509, et Yuie éc Burnell
Glossarijf p. XVII. Môme dans les parlers du Portugal, ce phénomène a une
certaine extension.
(ir, m) Portur/ais de Goa : ^^ J()7-108-A i()9
IV anglais, et par conséquent on confond presque vôo et ôvo: il
y a une tendance à la destruction des groupes consonantiques
de la langue littéraire, par ex. sustituir, ustaclo (e ôstaclo).
dianôstico — diognostico, asirimjente — adstringente; dans
estranheiro - (i%ivdAïg(i\vo , il y a une assimilation de (j {—})
à la nasale précédente. Dans la morphologie : au lieu de
dire a fraquito », on dit um pouco fmco^ en remplaçant le
suffixe diminutif des adjectifs par um pouco; parmi les jf^ro-
nomina reverentiae on compte baba « menino » et bai aussi
(( menino », mots venus du concani ; le futur du subjonctif
de ver est analogique, d'après celui des verbes réguliers :
eu ver « eu vir »; dans si tu queres — se tu queres, on a ,si,
comme au Brésil (i^ 95), ce qui est plutôt un phéno-
mène phonétique. Dans la syntaxe : incertitude dans la
place des pronoms personnels me, se etc., comme dans le
brésilien (i5 96), ex. : « foi a carta que tu escreveste-mr^ »,
(( onde a cobiça dos poderosos pôe-.sï^ de pé » ; quelquefois
on échange o avec Ihe, ex. vendo-lhe -- vendo-o; omission
fréquente de Tarticle, comme dans le dialecte ce norteiro »
(5^ 106), ex. : « pequenos como estâo » - os pequenos, etc.:
le régime précède le verbe, ev. chave-iire — Wtq a chave, de
même qu'à Diu (î:; 103), ce qui peut être dû à une influence
indigène; on emploie fréquemment le prétérit indéfini au
lieu du défini, ex. ce se nào tens recebido aquella carta »
= se nâo recebeste, etc., trait qu'on note en général chez
tous les étrangers qui parlent le portugais; je trouve dans
une lettre queiras mandar-me, avec la S"* personne du sub-
jonctif exerçant les fonctions de Timpératif ; emploi de no au
lieu de ao dans sobe no coqueiro, comme dans le brésilien (J^ 96j.
Selon M. Dalgado, le mot concani /ù, placé après le verbe,
revient, dans le langage de la conversation, au sens du por-
tugais (( diz », (( dizem », « diz-se », français « on dit »,
170 (II. m) Pfn'hff/ais de Oon : §§ 1()7-108-A.
par ex. : elle morreu lu « elle moreu, dizem »*. Curieuses formes
hypocoristiques : Filû « Filoména », Fanehique « Francisco »,
Manu c( Manoel », Batû « Balthasar », Polû « PoUux »; quand
on emploie deux noms juxtaposés, le premier perd fréquem-
ment la partie finale, comme Anton-Caetano, « Antonio
Caetano «, Ped-Paiilo « Pedro Paulo ».
108-A. Après la rédaction des §§ qui précèdent, j'ai lu dans
VlUnstrnçào Goana (périodique littéraire), Margâo 1864, fas-
cicule P% un roman où Tauteur met quelques phrases en
aportuguès mascavado », c.-à-d. embrouillé (baragouiné),
dans la bouche d'une femme Rosa, par ex. : adé^ mê fie; como
tem lice' August? uce ta qiiixand de mund; de màiam ced; cand'eu
ta vai par ujré:::: nid ■ olliar; nid tiid port; senhô =senhora:
iou esprd. On \ trouve quelques caractères créoles, comme
ta* queixand, ta vai (cf. § lO^i-A). L'auteur du roman dit que la
femme qui parle ainsi est une «plebea la das terras de
Salscte »" (p. Vi), et il ajoute :
« Quanto ao portiigucz mascavado que fallava a scnhora Rosa, apesar
de tanta lida com fidalj^os et fidalgas : parece-me que mesmo essas fal-
lavam ontâo nada melhor a lingua, apesar da lida com europcus e
europeas. certo he que o portuguez que la cUas fallavam, precisava de
ser traduzido por outro portuguez, pelos maridos, para, ainda assim,
ser difiicllmentc entendido dos verdadeiros senlioros da lingua : salvas
as excopcOes. D'ontâo a lioje vai algunia coisa apurado; mas ainda o
ell'oiitro^ mai-DeuSy e outras phrases pcculiares nào estào abolidas de
todo »^.
1 Kn hindoiistani, ht sisçnilio « en vôrité », « môme », « précisément ». Voir
Platls, A dictionary of Urdù, classical Hindi and English, Londres 1884, p. 1243 (Je
dois ce renseignement à M. Julien Vinson.)
'^ Saisete de Gua, non pas l'île de iSalsete, (jui se trouve beaucoup plus au Nord,
dans le territoire anglais.
'^ Loc. cit., p. 44.
(II, m) Dialectes de Mangalor et de Canaywr : ^^ 109-110 171
5) Dialecte créole de Mangalor.
109. En territoire anglais. Ce créole fait l'objet du n** VI
des Kreolische Studien de M. II. Schuchardt, Vienne 1884.
Voici quelques-uns de ses phénomènes : chute des voyelles
atones finales, comme à Goa et à Diu (>i 108), e\. vint, noit;
formation du pluriel par réduplication, comme dans d'autres
créoles, e\. tud cnauç-crianç; emploi de uo, na au lieu du
simple « em » ; présent formé avec to, tu, ex. to vniy tu corné;
parfait positif formé avec jV/, et néj^atif avec niinca; futur
formé avec /« (et loffo); et l'usage du génitif anglais en ',s,
ex. mesa's riba « em riba (cima) da inesa », todos casa s (jente
ce toda a gente da casa », — ce qui constitue le caractère
le plus saillant du parler de Mangalor.
6) Dialecte créole de Cananor.
HO. En territoire anglais. Dans les licitraffc x//r Kcuutniss
des kreoL Homanisch, VI (voir Z.s. /'. rom. Phi!., XIII, 52)^-52^1),
M. Schuchardt publie un très petit texte rédigé dans ce
dialecte, d'où il ressort qu'on dit à Cananor satiudc - saude,
que le prétérit se forme avec ja, comme dans d'autres
dialectes créoles, ex. ijcn ja sahc, que dans la formation du
présent, te signifie «esta», ex. vos qucici te «como estaes »
{quelei Q.ovY('^)onA h quilaia - à^ que laie « dcî que maneira»
dans le diah^cte de Macao, et à quilai de Damâo, î; 104-A),
que lyos di signifie «bons dias», vos signifie «vosso», mas
bom^ mais bom, signifie «mellior»,<4 (|ue dans eu (jrand sen^
timent te, le régime précède le verbe (cf. ?; 108). — Ce dialecte
est parlé par ^{50 personnes; à côté de lui vil l'anglais et le
malayàla (langue dravidienne).
1 72 riL m) Dia^erfes de Mahr et de Cnehin .^^\\\-\Vl
1) Dialecte créole de Mahé.
111. En territoire français. Dans le même article où
M. Schuchardt publie le texte de Gananor (s^ 1 10), il en publie
aussi quelques-uns rédigés dans le dialecte créole de Mahé,
parmi lesquels cependant il n'y en a qu'un qui soit pur. De
ces textes, il résulte qu'on dit à Mahé : quilai < > quilei de
Cananor (s^ 110), tefripy avec apocope de l'o, comme dans
le norteiro {% 106), qu'on emploie le génitif en ^s (S 109) :
mesa's riva^ Lui's casa {(hcolSO. de Lui» = fr. Louis); et que
dans les verbes le présent peut s'exprimer avec te^ ex. te fa^e^
le parfait avec ja^ ex. ja lava y le futur avec /o, ex. lo vai. Il
semble qu'il y a dans ce dialecte plusieurs éléments français,
ce qui est naturel.
8) Dialecte créole de Cochin
112. En territoire anglais. Je recours encore à M. Schu-
chardt pour rédiger ce paragraphe. En effet, il a consacré le
n** II de ses Kreolische Studien, Vienne 1883, au dialecte de
Cochin. — De même qu'à Mahé et à Cananor (§5^ 111 et 1 10),
on dit à Cochin quilai, par ex. : quilai tem saude? exemple qui
nous montre en même temps une des manières de former le
présent; le prétérit se forme avec^Vi, le futur positif avec lo,
le futur négatif avec nada, comme dans d'autres parlers
créoles; 7ia correspond à ccem» (S 109); dans les pronoms, la
forme la plus usitée est le féminin, comme à Macao et à Ceylan :
fiua amujo, minlia mandamentos, sua bom obms; on voit dans ces
derniers exemples comment on accorde les noms; le pluriel,
du moins, se forme sans -s, quand il est accompagné d'un
adjectif de pluralité, ex. dez carimjucjo^ dans d'autres cir-
constances, le pluriel se marque par la répétition du nom,
(II, m) Portugais de la côte de Coromandel : ^^ 113-114 173
e\. stnihor-senhor (jj lOÎ)); on emploie su au lieu de ((de»,
comme à Ceylan (S 118). Il existe une grande ressemblance
entre le parler portugais de Cochin et celui de Ceylan. A
Cochin, notre dialecte peut presque être considéré comme
éteint, parce qu'il est parlé par un petit nombre de familles.
9) Portugais de la côte de Coromandel.
113. Dans les Beitr'àye zur Kentuiss des hveoL Romanisch, n** V,
publiés dans la Zeitschr. f. roman, PliiloL, XIII, ^i90 suiv.,
M. Schuchardt fournit de nombreux renseignements, surtout
historico-littéraires, au sujet de Tinlluence des Portugais sur
la côte de Coromandel, d'après la publication qui s'intitule
Der kônifiL Dduisclieu MissUmarini aus Ost-Indien Berichte,
Britter Theil, Halle [1729- 1 1735, et d'après d'autres sources.
Cf. aussi A. Marre, Notice sur la lancine portugaise dans Vlnde
Française et en Malaisie (extr. des Annales de 1/ Extrême-Orient).
On ne parle plus guère le portugais à Meliapor et Madrasta;
mais il est encore la langue des chrétiens de Cuddalor,
Pondichéry, Tranquebar et Karikal.
1 14. De certaines phrases que cite M. Schuchardt, on peut
apprécier le caractère créole du portugais parlé dans ces ré-
gions : vôç pad tén bom? ce seu pae esta bom?»; berig fdôm corne
(littér. harriga fome corner) (( quero chômer», mim zâ ta vai, où
zà est au lieu de jà, — Los missionnaires protestants de
Tranquebar ont produit une littérature portugaise d'une cer-
taine importance : M. Schuchardt fournit à ce propos d'inté-
ressantes notices à la page ^j96 suiv. ; mais cette littérature
n'est pas du créole, elle prétend être rédigée en pur por-
tugais. De mon côté, je connais un Manual ou brève instructçào
(sic) que serve por nso d'as crianças que aprendem 1er e começam
174 (II, lii) Dialecte créole de Ceylan : §§ 115-1 i8-A
;v::Yzr nas escholas portiKjuexas que safi cm India Oriental, e espe-
ciahnente *na costa dos Malabares que se chama Cormandel,
1713, où, à la page V*, on lit ce quatrain :
Por tuo Fil ho iinico
Te, Deos, graças darei,
que pelo te bendito sou,
'na Luz de dia andarei...
qui donne une idée de cette espèce de langage ^ Je connais
aussi une Grammatica PorUujuesa para usa das escholaspoHuguesas
de Traufjambar, imprimée à Tranquebar en 1725. — M. Julien
Vinson a eu Tobligeance de me communiquer cette chanson
populaire de Karikal (18()0), à titre de texte portugais-
créole :
Djam})lon miâ or ni
Djamblon! Djambloii!
Djamblon mià doci ni
Djamblon! Djamblon î
dont voici la traduction française : « Jamblon si cher, ma
mie, jamblon^ jamblon ! Jamblon si doux, ma mie, jamblon^ jam-
blon! » 2.
III. Dialecte créole de Ceylan
115. Par son importance littéraire, je considère ce dialecte
séparément. — Les conquêtes portugaises à Ceylan datent de
i .]'ai vu ce Mauiial ciicz M. le Capitaine Giiiliierme L'erreira, à Lisbonne. On lit
sur cette œuvre dans le (ilossanj nf Anglo-Indian coUoquial uords de Yu\e & Burnell,
Londres 1880, p. xxxix : « It is a Protestant wori;, no douht of tlie first Danish
missionaries of tlie S. P. G. It contains a prayer A oraçdo por a lUustnssima Corn-
panhia da India Oriental ».
- Jamblon est le nom tamoul d'un fruil, — une sorte de limon. J'avoue que j'ai
une certaine difficulté à interpréter la chanson : dans le premier vers, or, traduit
par « cher », corres])ondrait-il à ôr' (§ 108) = ôro = port, ouro, qui, comme métal
précieux, aurait pris le sens de « cher »? A't serait-il pour (mt')/*i(««)? Dans le
troisième vers, doci est bien le port. doce\ mais mid, je ne le comprends pas, à
moins que ce ne soit le port, {cojmo ou (cojma, en fr. « comme ».
(II, m) Dialecte orale de Ce//lan : ^^ 115-118-A 175
1503, mais ce ne fut que dans le dernier quart du xvi® siècle
que notre souveraineté s'est établie dans presque toute l'île :
« in which time many of the natives became Ghristians, and learned
the Portugueze longue » * .
Vers le milieu du xvii® siècle, les Hollandais y sont arrivés ;
parlant de notre idiome, Robert Knox, auteur du xvii® siècle,
dit:
« which to this day is much spokon in that land; for even the king
himself understands and speaks it excellently well » ^.
Vers la fin du xviii*' siècle, les iVnglais se sont emparés de
nie, et Ceylan est encore en leur possession. Malgré la diver-
sité des dominateurs, et l'opposition formelle des Hollandais -K
le portugais s'y est plus ou moins maintenu jusqu'à présent.
— Aucun de nos dialectes créoles ne possède une aussi abon-
dante littérature que celui de Ceylan ; cette littérature est
cependant essentiellement religieuse. On a également écrit
sur le dialecte de Ceylan plusieurs travaux, les uns destinés
à l'étude pratique (des grammaires et des dictionnaires), les
autres scientifiques. Voir sur ce sujet les S^§ 18-b et 29-rf. —
En 1900, j'ai trouvé à Paris, à l'Exposition universelle, deux
1 Knox, Ail historical relation of the isîand of Ccylon, Londres 1817, chap. xiii.
*^ An historical relation, loc. cit.
3 Dans The history of Ceylon de Philaletlies (pseudonyme), Londres 1817, on lit
ce curieux passage, à la p: 228 :
Chap. XXXVI : .1 régulation of the Dutch for the diffusion of their language in
Ceylon :
« The Dutch had not long obtained possession of the island before they made
some wholesome régulations, lor tlie purpose of difîusing their own language and
eradicating thaï of the Portugueze. Willi this view, il was ordered thaï evcry
planter or proprietor in the island should cause llie hair of ail his niale slaves,
who could not speak the Dutch language, to be eut olf close to their heads ; and
that ail tliose slaves \vho could tpeak the language should be sulFered, by wayof
distinction, to wear long hair. Il was al the same time ordained, that ail those
persons, who did not carry thèse régulations inlo etfect within six weeks afler the
date of the same, should be amerced in a fine of three reals, with the exception
of those owners, whose slaves already uuderstood the language, which it was the
object of the government to dilïuse.... ».
170 (II, m) Dialecte créole de Ceylan : §S 115-:118-A
indigènes de Colombo, qui connaissaient le portugais de
Ceylan. J'ai causé avec eux, et l'un d'eux m'a fourni beaucoup
de matériaux intéressants ; cet individu, qui était très intel-
ligent, avait appris le portugais avec ses parents, qui le
parlaient entre eux. Comme je ne puis étudier ici en détail
le dialecte de Ceylan, mais que je désire uniquement
esquisser un tableau de sa grammaire, je me borne aux
observations que j'ai faites d'après ma consultation orale,
et je ne me servirai pas, pour le moment, des travaux de
MM. Dalgado et Teza (S 29-rf).
116. Phonolo(;ip:. — J'ai entendu des vovelles nasales bien
distinctes. L'-o se prononce -// comme en portugais, ex. cavalo.
Vs finale se prononce généralement comme à l'initiale, c.-à-d.
avec la valeur de l'.s = ç de Lisbonne (mais -s devant s- est
absorbée dans celle-ci) : Deuç, coçta^ costa, dôç — dois, cinoç
--■ sinos ; cependant, j'ai entendu dans certains cas -z. Entre
voyelles, -s- se prononce -;:-, comme en portugais. Les sons
qui sont représentés en portugais par rr (;•-) et -r- (-r) sont
réduits à une seule ;•, qui est un peu plus faible que notre
r portugaise vibrante (rr, r-). Les consonnes -rf-, -ft-, -//-
entre voyelles ne sont pas fricatives, mais elles se pronon-
cent comme en portugais aux syllabes initiales. Les voyelles
nasales, ou devant une consonne nasale, sont tantôt fermées,
tantôt un peu ouvertes : prna, sônho, criànça, 11 y a une cer-
taine tendance à doubler une consonne sourde intervocalique,
par ex. dans {'apatto, iicca « aquelle », surtout -p-, par ex. dans
chnppé (( chapeu » ; quand cela arrive, la première consonne
est implosive, et la seconde est explosive. J'ai entendu le son
X (^ 35) dans piedra - pedra, vabu'ça - cabeça, t^çta ■-- testa.
L'-^^ atone se prononce -i, comme dans le Sud du Portugal et à
Goa (§ 108). La diphtongue ou a été réduite à ô, et la diphtongue
(II, m) Dialecte créole de Ceylan : §§ 115-118-A 177
ei à ^, par ex. : pôcOy cadêra. Notre consonne j tantôt se pro-
nonce j (§ 38 : le son du j anglais), comme à Macao etc., par
ex. jffl, tantôt est représentée par i, par ex. dans ôi = hoje. La
palatale -/A- est représentée : par y oui dans oyâ = olhar,
foya (c.-à-d. fo-ya) = folha ; par j, dans mujei* = mulher, fijo
= filho ; par -i, dans la terminaison -elho^ -elha, par ex. dans
brimei = vermelho, orei = orelha. La palatale x est représentée
par ç dans baço = baixo. A la diphtongue -ào correspond -S,
par ex. dans sabày que mon informateur écrivait sabâng, avec
Torthographe anglaise, quoiqu'il prononçât sabà. Dans savôde
=^ saude, un -v s'est développé (cf. vor au § 103, sagude au
§ HO); un rj aussi s'est développé (§ 38) dans tê rj orta^ comme
dans le N. du Portugal (§ 42). J'ai entendu 17 gutturalisée por-
tugaise, par ex. dans sol. Le mot woç = voz se prononce avec
le w anglais (cf. § 108). L'-r tombe, par ex. dans ficà = fîcar,
117. Morphologie. — Je signalerai dans les genres : grài
festa = grande festa, bonito orta « jardim bonito » (littér. bonita
orta), ermà macho — ermà fxmi. Formation du pluriel : cachôrro
— cachôrroç; um cavalo — muito cavâloç, doç chappé = dois cha-
peus, très animaly istigatoç têbranco = estes gatos sâo brancos.
Pronoms : eu^ éli, âla (et éla), étroç « elles » (= elV ôtros?)^ noçy
boç (( tu », (( vos », mia{mia) <r meu », « minha », nossa
(( nosso », bossa « teu », « vosso », êli su « seu » (« d'elle »),
isti ce este », « estes », âca ou âcca (cf. § 121) « aquelle », qui.
Noms de nombres : um, ûrja (mais um casa, um omi, umjenti^),
dôÇy trêCy cartOy séz^ sxti, ôito, novi^ dxz (avec -;&), onù, dôzi, trêù,
catorzi^ quinziy dh séziy diz sete^ dizoito, diz novi^ vinti, vinta ûrjtty
,...trintaj carœntay cincoxntay sezxntay setxntay ôitxntay nbvxntay
umçxntay um mil. Article défini :d (qui est peu usité). Verbes :
1 II semble qu'on ne dit ûija qu'à la pause.
12
478 (II, m) Dialec/e créole de Ceylan : §§ 115-118-A
présent avec te*, ex. eu ta mtiâ, bôç ta amâ^ eli, éla ta amâ, nôç
iaamà^ boç ta amâ^ étros ta amâ; parfait avec jâj ex. eu^ bôç,
eliy etc., jâamâ; futnravec /o'^, ex. eu lô cazâ « eu casarei »;
la forme //signifie « esta », m sao » etc., ex. qicilai têvossa saude
fsur quUai, cf. § 110). Particules : impa « de » (au sens du lat.
« ail » et « ex »), par « para », «u « de ï> ''\ ciim « com », de
« dentro », se ce sem », riba « em cima » (littér. « em riba »),
mûito, nu, nnco « nunca ».
118. Syntaxe. — Le phénomène le plus notable que j'ai
observé, soit dans le langage de mon principal cicérone,
soit dans celui d'un de ses compagnons, est le suivant :
que les prépositions suivent le régime, comme dans les
langues dravidiennes : noç tudoç par té muito amor « elle tem
muita amizade a todos nos » ; isti âlber têacca àlber su mezmo
grandura a esta arvore tem o mesmo tamanho d'aquella
arvore », aqui impa par ald « d'aqui para alli » (dans la seconde
partie de celte phrase la préposition cependant précède le
régime), eu doz ara parja dormi « eu^ dormi duas horas », c.-à-d.
<( por duas horas », eu jâ vi isti terra par « yyva para esta
terra »•
118-A. J'ai recueilli encore d'autres matériaux. — On voit
que mon informateur connaissait très bien le dialecte por-
tugais-créole de Ceylan, quoique, à ce qu'il m'a dit, il ne s'en
servît pas dans la famille; il parlait aussi le cinghalais
ou élou^ langue indigène, l'anglais, et fort peu de français.
1 l\ se prononce ta. Du port. {£]td.
2 Du port, lo go). Cf. § 109.
3 ComniH à Cocliin (§ ir2). Cf. aussi Schuchardt, Kreol. Stud,, VI, 25. Ce su pro-
vient de sua (pronom poss^^ssif). — Dans le dial. créole port, de Java : suwa == sua,
Schuchai dt, Kreol. Stud.y IX, ^17.
(IL m) Dialecte « macaisia^ : §§ 119-123 170
lY. Dialecte de Macaoou a macaista »>.
119. Les Portugais ae sont établis à Macao (dans la Chine^)
en 1557; nous possédons aussi pi:ès de Macao quelques
petites lies., comme Taipa et £oloane. La popalation de
Macao en 1896 était de 78.627 habitants, dont 3,898 Portu-
gais, 74.568 Chinois et 161 étrangers. — Pour la biblio-
graphie du dialecte, voir les §§ 18-iC et 29-é?, Presque tout ce
que je vais dire a pour base les observations que j'ai faites
moi-même dans le langage d'un indigène de Macao*
120. Phonologie. LV ^st Duvert : àbrir^ Abril. lia
diphtongue ou se prononce ô dans ôtro, rôcOj et ô dans rôpa^ u
dans cusa = cousa. La diphtongueisi^est représentée par ê dans
candiêro. Le dissyllabe -ea {-eia) est représenté par -da^ dans
candia = candêa (candeia), La paljatale -/A- se prononce -ii-^
ex. vêla. L'-^se prononce -i, qx. grandi. La palatale j {ge^ gi) se
prononce j comme à Geylan (§ ri6),,ex. jarrfim, mais, elle est
représentée par z dans hoze ^ hoje, grem ^ igreja. A la
fricative sonore j correspond cb, comme dans le N. du Portu-*^
gai, par ex. chave. Urr (r^) se prononce comme -r-.: caw^,
carro, guera = guerra (cf. i:i 116 rCeylan);!'-?/' tombe dans le^
infinitifs, ex. falâ, queré. Le -v- tombe dans chua = chuva
(contact de labiales), h's {z) se prononce à la syllabe finale
comme à la syllabe initiale ; mç « nosso j,nop ludo ano^
todos ^, luç^ luz, paç -== paz. A la diphtongue -âo correspond
à^ : coraçàf chà (cf. § 116 : Geylan.).
121. Morphologie. On ne distingue pas le masculin. du
féminin. Dans la liaison avec l'adjectif, Tadjectif garde tou-
jours la forme du masculin ; isolhBr :dd)rjado.j ^âssûa gueiidû.ihQ
180 (II, m) Dialecte « macaista » : §§ 119-123
pluriel se forme par réduplication : porco-porco y festa-festa. Noms
de nombre : wm, ûrja^ doç, tréÇy catrOy cineOy séÇy,séti^ ôtOy noviy
déÇy onzey doze^ trez-ey catoi^zCy quinzey dhassés, dizassétey dizôtOy di-
zanovôy vinte etc. Il semble qu'il n'y ait pas d'article défini ;
l'article indéfini est iirjay masc. etfém. Pronoms ilôt7v ce elles »
(:= elFoutro), acûrja « aquella » (— ac-ur|a, comme aquelle^
c.-à-d. aq{u)'eUe;cL dca à Ceylan, ^ 117; il est possible que
Tadv. acâ ait exercé ici une influence : voir aussi Schuchardt,
KreoL Stud.^ IX, 222); sua masc, et fém. ; ininhameiSC. et fém. ;
vôsso masc. et fém. ; qui. Verbes : présent 2)6de « posso »,
eu téi (( tenho -i^yeu ta bo, eu ta comêy eu passa; parfait eujà vesti;
futur eu logo gastâ; cf. encore iêu nadi medo ce nâo tenho medo »,
phrases où en outre on voit ieu pour eu.
122. Siâ7'a signifie une dame un peu âgée; nhônha une dame
[ i:^ (se)nho(ra)] plus jeune. Le pluriel de nhônha est nhônha-
nhônha et, par dissimilation, nhônhônha. Noms hypoco-
ristiques : Ghêncha — Florencia, Quim-quim — Joaquim, Je je =^
José, Nina-chai -- Guilhermina {châi en chinois ce enfant ») :
cf. §67. — Laia-laia genti signifie gens de diverses qualités.
îiu meçtê tomâ vé signifie « nâo é mister voltar ». Minha sua
signifie « de mim », où sua possède la même valeur que su à
Geylan (S 118), et suit aussi le complément.
123. A côté du « macaista » proprement dit, ou dialecte
créole de Macao , on emploie un langage à prétentions
littéraires, qui rappelle plus ou moins le portugais usuel;
il y a en outre un portugais parlé par les Chinois*. Le
<L macaista » de la seconde catégorie correspond au ce demi-
créole » ou (( créole-mixte » de M. Schuchardt^, et c'est
♦ Cf. Mîirques Pereira, dans la revue Ti-Ssi'YaiKj'Kuo, I, Ô5.
•-• Heitràge, V, dans la /dtschrift f. rom. PhiloL, XIIJ, 470-481.
(II, m) MalayO'poriugais : §§ 124-128 181
cette variété qui sans doute apparaît le plus souvent dans
les textes. Le portugais des CM/iois correspond au portugais des
iV^{/r^s (§§ 18 et 100).
V. Malayo-portugais
124. Par malayo-portugais, j'entends le dialecte créole
portugais de Java, en territoire hollandais, et ceux de Malacca
et Singapour, en territoire anglais; ce sont les seuls dont je
connais des textes. — Pour la bibliographie, voir§§ 18-c et
29-^.
1) Dialecte créole de Java.
125. Sous le titre Veber das Malaioportugiesische von Batavia
und TugUy M. Schuchardt a publié en 1891 un important
mémoire qui forme le n® IX de ses Kreolische Studim,
M. Schuchardt a découvert des documents de l'ancien portu-
gais de Batavia, dont trois remontent au xvii*' siècle, les autres
appartenant au xvm^ : ce sont un vocabulaire, un dialogue,
un recueil de poésies et des phrases isolées. Les poésies
(xvn^ siècle) sont encore inédites; il me les a montrées chez
lui, à Graz, en 1900. Il nous donne dans le mémoire ci-
dessus cité des spécimens des autres documents, auxquels il
ajoute de nombreux textes modernes de Tugu. — Notre
influence à Java date déjà des commencements du xvii® siècle,
mais elle n'était que commerciale et religieuse. Il y avait
beaucoup de rapports entre les chrétiens de Java et ceux do
la côte de Coromandel (§ 113).
126. Dans le portugais de Java nous trouvons, couuno
dans d'autres créoles, des phénomènes qui provienncMit
192 (II, m) Dialecte créole de Java : §§ 125-126
pi^obablement dU' langage' d6 la métropole, et d'autres phé-
nomènes d'un caractère différent. Parmi les phénomènes de
la première espèce, on y observe é» = ei (diaU é), ex. drete
- drêlo = direito, pretner — premêro = primeiro, denire
(denere) = dinhêro < dinheiro, manire (manere) ~ manêra
^ maneira, — à côté de feito, Janeiro, etc. ; o = ou (dial. o),
ex. ôtre = ôtro = outre, poque = pôco = pouco=, dodes =
dodo (doida) = doudo, elotres = elloutros. Parmi les phé-
nomènes de la seconde espèce : sinhores Hollandeses non teUi
dodss «os Srs. HoUandeseS' nao sâo doudos »; non save drete
« nâo sei bem»; eu tem fome agora; ja da (parfait); lo mande
(futur); quilei manire « de que maneira». Le pluriel s'exprime
par la réduplication, ex. senhor-senhor. Un fait qui est
spécial aux créoles de cette région est Tinfluence du malais ;
M. Schuchardt l'a étudiée avec beaucoup de détails, en ce
qui concerne tant le lexique, que la grammaire : il va jusqu'à
affirmer que le créole de Tugu offre un des exemples les plus
remarquables de Sprachmischung K
2) Dialectes créoles de Malacca et de Singapomr.
127. La ville de Malacca a été prise par Affonso d'Albu-
querque en 1511. Sa de Meneses a chanté ce haut fait dans
son poème Malaca conquistada. Notre domaine à Malacca a
cessé vers le milieu du xvn* siècle, époque où elte est de-
venue possession hollandaise; aujourd'hui elle appartient,
comme je Tai déjà dit, aux Anglais. De l'influence portugaise
à Malacca*, il ne reste guère que la langue. L'ethnique d^
Malacca en portugais est «malaqueiro». — Ce que je vai^
1 Loc. ciUt p* 23 k
-H semble que les éléments portugais de Malacca proviennent surtout de
Macao.
(II, lii) Dialectes de Malacca et de Singapour : §§ 127-128 iHU
dire a pour base larticle de Prostes, cité au Ji 29-e. — Vr
tombe : fazi^j mulhé, lugâ; on Ait ben, à ce qu'il semble, sans
diphtongue, comme dans l'ancien portugais; on dit fêto,
avec e" — ei (§ 126). Verbes : ta vai « eu vou )),.jrt vai a eu fui »,
logo vai «eu irei », comme généralement dans les autres dia-
lectes créoles. La négation s'exprime avec nm%ea, ex. nunpa
bom (( nâo é bom », nunca sabe « nâo sabe », comme à Java etc.
•On confond le singulier et \% pluriel,, le masculin et le
féminin, et les personnes du discours : ineu mulhe\ minha
chapeu. Ellipse : eu portugués <c eu sou português, nunca bom
«nâo é bom». Phrases isolées : fazê ben fêto «fazer bem»,
nunca falâ que sabe « nâo dizer o que é » . — Gf. aussi Adolpho
Coelho, Os dialectes romanicos etc., II, 16-17; l'article qu'il y
cite I/archipel malaisien a été reproduit dans la Revue des Deux-
Mondes, 1869 (vol. V de cette année), p. 679, t. 184.
128. A Singapour, il y a une colonie qui se considère
comme descendante des Portugais de Malacca, et qui parle
aussi un dialecte créole : cf. Boletim da Soc. de Géogr, de Lis-
boa, 1882, p. 697 (article de Prostes), et Illustraçào Goana,
Margâo 1886, p. 10. — M. Adolfo Coelho, dans son travail
sur les dialectes créoles, III, 14, publie plusieurs textes et
observations grammaticales sur le portugais de Singapour;
ce sontles seuls documents que je connaisse de ce dialecte. La
palatale //^ est remplacée par /, comme dans le «macaisla»
(§ 120); c/i conserve son ancienne valeur de tx. Il y a d'autres
phénomènes qui sont analogues à ceux du portugais de
Malacca. Un phénomène intéressant, que M. Coelho signale,
sans cependant y insister, est l'emploi de sua ou su, au sens
de de, comme à Ceylan et à Macao (§ 118 et 122), ex. minha
pat sua livro « livro de meu pai » •
184 (II, m) Portugais de Timor : § 129
VI. Portugais de Timor
129. Selon les renseignements que m'a donné M. le Lieu-
tenant-Colonel Rafaël das Dores (§ 29-e), qui a été à Timor
quatre fois, et qui y a habité la première fois pendant trois
ans, il n'y a pas à Timor un dialecte créole portugais pro-
prement dit. Je transcris d'une de ses lettres le passage sui-
vant, que je suppose intéressant :
« Algumas raparigas, vindas do interior para criadas, e servindo em
casa de pcssoas de Macau résidentes em Timor, aprendem palavras do
crioulo macaista, mas tanto estas raparigas, como as proprias pessoas de
Macau, com o tempo chegam a fallar o português como nos, o que eu
observei, e mesmo se nota em Macau nas senhoras que regressam de
Timor ».
Certaines phrases caractéristiques du parler de Timor, telles
que Nai F. fô recado, fô hom dia^ fô boa noite, sont dans les
conditions ci-dessus indiquées : nai en «teto», une des
langues indigènes de Timor, signifie «seigneur»; fô signifie
«donner»; les autres mots sont portugais.
VII. Dialecte créole de l'archipel du Cap Vert.
130. L'archipel du Cap Vert, dans l'Afrique occidentale, a
été découvert par les Portugais au xv® siècle. Sa colonisation
a commencé en 1562 avec des populations originaires de
l'Alemtejo et do TAlgarve, auxquelles se sont ajoutées des
populations originaires de la Guinée'. — H y a plusieurs
' Voir Ernesto de Vasconcellos, As colonias portuguesas, Lisbonne 189Ç, p. 29. —
M. Marques de Barros est d'avis que l'île de S. Tiago, qui fait partie de cet
arcliipel, aurait été déjà habitée par les Jalofos avant l'arrivée des Portugais :
voir Revisla Lusitana, V, 283,
(II, m) Dialecte créole du Cap Vert : SS 130-132 18.5
études publiées sur le dialecte ou les dialectes créoles du
Cap-Vert; je possède moi-même beaucoup de matériaux
inédits. Pour la bibliographie, voir les S§ 18-a et 29-f. — Je
suis forcé d'abréger ici le plus possible.
131. A -/&- correspond tantôt j, ex. mejor ^ melhor, tantôt
i, ex. vei = velho ; il arrive aussi que -Ih- tombe quelquefois,
ex. jnuêr — mulher; cli se prononce toujours tx; du moins à
S. Tiago, ch remplace x dans bacho— baixo etc. (cf. § 82);
s final, médiale (= ss), et devant une sourde, se prononce f ,
ex. treç = très, boçta = bosta; il y a un rf gingival; fc se
confond parfois avec v; -r tombe parfois, ex. chegâ, mais -r-
peut rester sous la forme -?t, ex. orr = ouro (S. Nicolas); à peut
devenir é, ex. perte =: parte, comme dans certaines régions du
Portugal '(§ 43-a); Tancien portugais -om se maintient, de
même que -em (-ej^ ex. craçom — coraçom (arch.), aiguë —
alguem; on dit vim « vinho » (cf. Schuchardt, Beitr'àge, IV,
dans la Zs, fur rom, Ph,, XIII, 470, n. 7); -o peut devenir -e,
ex. mute = muito; les diphtongues ei et ou sont devenues (^, rf,
ex. Z^te — leite, pôco = ^onco ; de même mê {en proclise) —
meu. Les noms et les pronoms sont généralement uniformes.
Pluriel : uns home, tante mnjêr (inuéi% où la pluralité est
indiquée par uns et tante : cependant on trouve parfois des
désinences plurielles. Les pronoms présentent des formes
intéressantes : ^m^, ç, im, um ce eu » = mim, ami, bo, bu, aél,
anôSy besôte = vos outres; di mê « meu », nhâ ce minha » et
« meu »; bô et de bossa ce vosso; es = esse; quel. Dans les
verbes : ta cantâ est le présent et le futur; cantâ est le prétérit;
il y a des curieuses formes de l'imparfait en -ba dans des
1 Tel que je l'ai entendu prononcer à un indigène de St-Nicolas, ce pronom est
réduit à une simple résonance nasale, ex. 'm ta bai, qu'on peut aussi figurer par
un tilde ('^tâ bai) ou par j\
18() (II, in) Dialecte créole de la Guinée : §§ J 33-135
verbes de la II* et de la IIP conjug., ex. comêba a comia»,
d'après Tanalogie de la P* conjugaison {-a-ba = -a-va^^.
Particules : ca « nâo » (qui semble venir de nuncA)^ oMa —
arc. alôj alàl « ei-lo » (c.-à-d. oui on alà elle), aiebo «eis-te »
(c.-à-d. alli vos). Exemples de phrases : im ta ba la^ si nhô erê,
nia^ si nhô ca cré, im ca ta ba a vou là, se o Sr. quer, mas,
se &r. nâo quer, nâo vou ».
132. Comme les îles qui forment Tarchipel sont nom-
breuses, le dialecte présente quelques variétés.
VIII. Dialecte créole de la Guinée.
133. La Guinée a été découverte par nous au xv« siècle. La
Guinée Portugaise se compose d'une partie continentale, et
d'une partie insulaire. Les races indigènes y sont très nom^
breuses ; les principales sont les Mandingues, les Foulas
et les Biafadas, qui parlent des langues spéciales. L'au-
teur qui a étudié avec plus de détails le ce guinèense », ou
dialecte créok-portugais d^la Guinée, est M. le Chanoine
Marques de Barros, que j'ai cité aux §§ 18-a et 29-f.
134. 11 existe beaucoup de ressemblances entre le dialecte de
la Guinée et celui de l'archipel du Cap Vert. On trouve dans la
Guinée l'arch. -om dans corçôm = coraçom (mod. « coraçâo»),
carb6m = carvom (mod. <c carvâo »); le j port., quand il se
conserve, devient j, ex. jâ. Ce même son représente aussi
-//i-, ex. fija = filha; dans gréça = igreja, hça — loja, quiço ~
^Cf. Estudos dephilol. mirandesa, I, 3S6, note, où j'ai cité des exemples semblables
en aragunais. Ce piiénomène se trouve aussi en asturien, et dans Tespagool de
TAmérique : voir R. J. Cuervo, Bulletin Hispanique^ lil, 50.
(Il, m) Dialecte ci^éole de la Ghiinée : § 135 187
queîjo, le son j est représenté par ç. — Vs a toujours la
valeur de f , même à la finale ou devant une sourde, ex.
U^rêç = très, céçta = cesta. A ei et ou port, correspondent
(K 6y ex. Iije7v, pôco. Noms de nombre : nha doç balé « meus
dois balaios » ; pluriel formé avec un préfixe africain et une
désînence portugaise dans ba-quissas « coisa« », ou seulement
avec un préfixe africain, ex. bor-johê « os curioso» » (johê^
olho vê). Formes pronominales : 'w, ami « ou », bô « tu », i,
e (( elle ». Verbes : présent et futur bô ta cantâ « tu cantas »,
ff tu cantarâs » ; ^véseni ênaba busca^o « elle procura-te » (où
le présent se forme avec na, dont Torigine est obscure,
quoique M. le Chanoine Barros la suppose mandingue :
voir Rev. Lusit,^ V, 274); prêt 'm corné jâ, ja-m corné; im-
parf. en -ba (§ 131), ex. comeba. Particules : ca « nâo »
(§ 131), pa « para ». Phrases : ^7n na ba entergâ Sanjom se doç
libre de capa sulade^ que é pistâ-m' ano passado na Bimbayâ pa-ni'
ié flf vou entregar (— entregarei) a S. Joâo os sens dois livros
de capa azul (littér. a%ulada)y que me emprestou o anno pa-s-
sado em Bambaya para eu 1er ».
135. A cause de Textension de la Guinée, le « guinèense »
présente aussi quelques sous-dialectes : à Bissao, par
exemple, on dit otro — oulro, pos « pâes D^jente, missade —
amizade; et à Cacheo ûtur, pomes^ a paes », guinte^, mistade^.
— Sur. l'influence du vocabulaire indigène, voir Marcellino
de Barros dans la Rev. Lusit.j V, 298 suiv., où il cite,
par exemple : dangu « répondre », du mandingue dangû;
jifrafo ce revenant », du feloup djipurpur.
^ L'm s'est dégagée de la voyelle nasale labiale, comme à Geylan dans lumâra
« iua » (proprement ifiior), dans le port, uma < arc. wa, dans l'a alemtejano »
jumar < arc.;(e);Mar.
'^ A Cap Verl, on dit pareillement guerUe.
3 Dans le port. pop. on trouve de même amistade < > esp. amistad.
188 (II, m) Dialectes du golfe de Guinée : §§ 136-140
IX. Dialectes créoles du golfe de Guinée,
136. Actuellement, nous ne possédons dans le golfe de
Guinée que les îles de San-Thomé et du Principe [Prince]*.
Autrefois nous y avions les îles d'Anno-Bom et de Fernando-
Pô, que nous avons cédées à TEspagne. Toutes ces îles ont
été découvertes par les Portugais au xv° siècle. Exception
faite de Fernando-Pô (ou Fernâo-do-Po), elles étaient
désertes. Leur colonisation s'est opérée avec des blancs,
originaires du Portugal, et avec des indigènes de la côte de la
Mine, et d'autres contrées africaines '^. — Pour la biblio-
graphie, voir §§ 18-a et 29-f, où j'ai renvoyé à laB^v. Lusit.^
V, 5-6. J'ai recueilli moi-même beaucoup de matériaux sur
Saint-Thomé. — Les faits que je vais exposer, appartiennent
aux dialectes créoles de San-Thomé, Principe et Anno-Bom.
Sur les rapports qu'ils ont entre eux, cf. Schuchardt, Beitràgc\
IV, dans la Zts. f. r. PML, XIII, 472-474.
1) Dialecte créole de l'île de San-Thomé.
137. Dans la constitution ethnogénique de l'île de San-
Thomé, il y a des éléments européens, entre autres des des-
cendants des Juifs de Portugal et d'Espagne, des peuplades
nègres de la côte, et des mulâtres ; aujourd'hui, il y a là aussi
quelques ouvriers chinois. Les Angolares, qui descendent des
naufragés d'un navire venu d'Angola en 1520, s'y sont fixés à
l'état sauvage, et ils forment un groupe spécial, avec une
^ La forteresse de S. Joào Bàtista d'Ajudâ (côte de la Mine, — Dahomey), où
l'on parle le portugais (§ 6-h), appartient administrativement à cette province;
je ne possède pas de renseignements sur le portugais de cette région.
- Voir Almada Negreiros, Uist. chronolog. da ilha de S, Thomé, Lisbonne 1895,
p. 5'* suiv.
(III, II) Dialecte de l'Ile de S. Thomé : §§ 137-138 189
organisation et une langue à eux : cette langue semble être
Tambundo, avec des éléments du dialecte créole de San-
Thomé, ce qu'on voit, par exemple, dans des noms de nombre :
ûa (créole), dôsso (id.)ftéxi (créole tlexïjy ciiâna (ambundo wawa),
tano (amb. itâno), samûno (amb.), samhoàri (amb.), xincoenta
(créole) etc. ^ . ,
138. Phénomènes notables du créole de San-Thomé. La place
deTaccent est un peu incertaine: on%é -- onze, nôve. L'rse pro-
nonce parfois /, ex. Umo = arc. ivmom; -r reçoit un i d'appui,
ex. frori — arc. fror « flor », et elle tombe dans cuié — colhér;
-//i- devient // (semi-voyelle) dans fôija -- folha etc. ; dans jelo
dinheiro, c.-à-d. dinhèrOy nou^ avons / pour r, et la syncope
de -nh- (cf. // : ///), d'où *dieIo :^ *dyelo ; jelo (cf. it. giorno
diurnu-). A j correspond j, comme dans Tarchipel du Cap
Vert et ailleurs. La diphtongue ei devient c^ dans plwnelo
— - primeiro -; di + voyelle devient j (par intermédiaire de "dy) :
j(\ — dia, jeJo^ ci-dessus cité ; quelquefois j devient ;:, ex. %â
— ja, à côté de ja. Dans sum = senlior (pour *senhum) et dans
ciijâm = cozinha (pour *cuz4nham)^ nous avons une nasalisa-
tion progressive : a peut devenir e, e\. quinte = quintal,
comme dans le dialecte du Cap-Vert (jj 131). Le pluriel se
forme parfois avec Tadjonction de monchi - : muito au sin-
gulier, ex. piclie monchi « muitos peixes », et de même dosso
viuâla — duas mulliores. Formes pronominales : 'm, ami « eu »,
bô « tu », e, 3'' pers. ; mUy mim « meu », se « esse ». La conju-
gaison présente beaucoup de particularités, dont je ne cite
que celles-ci : prés, ami cà fia ou 'm fia « eu fallo », ami scdbé
* Cf. Almadîi Negreiros, loc. cit., p. 297.
- Ce furent des mots comme plumelo, lato = ralo, lulo = raro etc., qui ont donné
l'un des types de la linfioa de preto (§ 18). Cf. § 142. — Quand IV existe dans le
dialecte de San-Tliumé, elle est faible (= r port, dans cr«), même à l'initiale :
ramOj re « rei » (et non pas rramo, irei, comme en port.).
190 (ir, m) Dialecte de Vile du Principe : S 139
flaii « vejo uma flor » ; parfait, ajni fia %â Qd) ou 'm flà %â « eu
fallei» ; fut. 'm gâ M fia « eu fallarei », Particules : ni liba « em
cima »ypéto « perto ». Exemples d'ordre inverse imuala înonchi
« muitas louilieres », càz^co se ca prêto muto <( este casaco é
muito preto », sÛ7no -- sum + tno « meu senhor » ; ce qui arrive
aussi dans la langue indigène de la Lunda^
2) Dialecte créole de Tîle du Principe [Princej.
139. Dans Tethnogénie de Tile, il y a des éléments blancs,
des mulâtres et des nègres de la côte. Ce que je vais dire, je
l'ai extrait de l'article de M. Schuchardt: Zum J^egerportu-
giesischen der llha do Principe (n** IV des Beitràge^ dans la Zs.
f. rom. Phil,^ XIII, 463 suiv.). — Au port, a correspond,
dans certains cas, é, ex. pué « pae », mué « mâe », où, sous
l'influence des labiales, s'est développée la diphtongue ué:
nous avons ici châ = tia, phénomène parallèle h jâ = dia,
de San-Thomé (§ 138), c.-à-d. ti > ch :: di > j ; -inlio devient
"im, comme dans l'archipel du Cap- Vert (§ 131); j est devenu
z dans ùnela = port. pop. jinela; -r tombe dans vende etc.;
irmà est devenu rirnà^ par intermédiaire de "irima; au -ont de
San-Thomé correspond ici -a, ex. poçà = povoçâo {poçom à
San-Thomé) ; -Ih- tombe, ex. uriâ = orelha ; ei et ou sont de-
venus é et ô; su provient de senhor^ comme à San-Thomé.
Noms de nombre : bo did « bons dias ». Pronoms : im « eu »,
issê « este », isselâ « aquelle », ine « meu », qui se place après
le nom (§ 138), ex. caci mé « minha casa ». Verbes : imsâ ki
febé « estou com febre »; qui nova mino té « como esta teu
1 Carvalho, Methodo ftrdiico da lingoa da f;Unda, p. 31. — A propos de Tespagnol
parlé en Amérique, M. R.-J. Guervo foit une observation sur riiiiluence de la
langue indigônc : a Se que en Arequipa se ape^a à los vocalivos el posesivo que-
chua : viday (vda mîa), liditay (vidila niia), dolorlay (ml dolor) » : voir Bulktifi
hispanique, 111, 54. 11 y a donc coïncidence eulre les phénomènes de l'espagaol
d'Amérique et ceux du portugais d'Alrique.
(II, m) « Fd d'Amhû » : $ 140^ 191
fiiho ». Dans la dernière phrase, nous voyons qui nova = que
novas « como », employé dans le même^ens que ^witoiadans
l'Extrême-Orient (§ 110.)
3) J)ialecte créole d'Anno-Bom ou « fa d'Amhù ».
140. Pour la bibliographie, voir Ji§ 18-a et 29-f. Le dialecte
s'appelle fà d'Ambû, c.-à-d. fa[la) {?) d'Anno-Bôm. Us (ç) devant
i se change en ch : Chiol = Siiihor (Senhor), princhip = princi-
pio, chirm* = sirvir (servir). L'r initiale est représentée par l
dans : li ■= rir, limetji (limeji) — remedio ; -rr- devient aussi
i, ex. tela = terra, mulé= morrer ; l'r finale ou tombe, ex. fnatd
= malar, ou se change en /, ex. Chiol ■=^ Senhor, ou reçoit un --e
d'appui, ex. miere = mulher; la syllabe -or est représentée par
olu dans criadolu = criador, mlvadolu — Salvador; dans les
groupes, l'r tombe, ex. iaix = très, detu — d(i)reito, ou elle se
change en /, ex. cumpli = cumprir. La diphtongue ei est deve-
nue e^ ex. tercelu = terceiro ; la diphtongue ow est devenue o,
ex. otûlu 1= outro. Les nasales finales disparaissent, ex. tenm
= attençâo. Les noms ne possèdent qu'un seul genre. En ce
qui concerne le pluriel, le P. Vila dit: « Cuando los substan-*
Uvos estàn en plural, se repiten las primeras silabas del adje-
tivo » {Gramdtioa^ p. 27), ex. : tnina yabi « menino bom »,
fmmina gagabi « meninos bons ». Pronoms : ami « eu », achi
et vo « tu », ele^ 7to, vutul « vos outros », ineny « elles », mu
« meu », « minha », tô ou di vo, d'ele^ di no^ di namesseix^ «. de
vos » (litt. (( de vossemecês). Le pronom possessif s'ajoute au
nom : pe mu « meu pae » (Cf. § 138). Verbes : m'sa « eu sou »,
achi sa « tu es », ele sa y no sa, etc. ; onta m' sa « fui » ; mHé « eu
teio », onta mlé ^< eu li », m' gué lé « lerei ». Particules :
issalà « la », péto « perto », ojai « hoje », tujia (litt. ce todos
os dias ») « sempre ». L'adverbe ana « aonde » présente le
même phénomène que le ane de Tras-os-Montes (§ 77-a).
\S)2 (II, m) Portugais des côtes de V Afrique : §§ 141-142
X. Portugais des côtes de V Afrique.
141. Outre les territoires ci-dessus mentionnés, le Por-
tugal possède en Afrique les provinces d'Angola et de
Mozambique, l'une dans la côte occidentale et l'autre dans
la côte orientale, — et celles-ci sont ses principales colonies.
Cependant, aucun dialecte créole ne s'est développé dans ces
provinces. Quoique le portugais qui s'y parle, à côté de
nombreuses langues indigènes, présente plusieurs particula-
rités, elles sont différentes de celles qui caractérisent les
parlers créoles. Ce que je connais du portugais de Mozam-
bique n'est pas suffisant pour que je lui consacre un para-
graphe; les renseignements que j'ai pu obtenir sur Angola
ne sont pas non plus très abondants.
142. J'ai noté ces phénomènes dans la prononciation d'un
individu de San-Paulo-de-Loanda, qui avait habité longtemps
à Mossamédès : ô pour ou, ê pour ei^ devant une consonne et
à la fin de la phrase, par ex. : pôc, andô, Janêro, andêy mais
viêia, cêiUy phénomènes qui s'accordent avec ceux que l'on
observe dans le Sud du Portugal ; l'archaïque -ê dans te, bê;
'S après une nasale se prononce -j, ex. pàij = pâes, melôj
(peut-être -dij) = melôes, cas où dans le portugais usuel on
trouve i (pâes ~ pais, melôes — melôis). Le même individu
disait eu fui na praça^ «eu fui a praça», comme dans le
brésilien (§ 96). Dans les articles de journaux locaux,
on observe une certaine hésitation pour la place des pro-
noms, comme dans le brésilien (§ 96) et dans le portugais de
Goa {% 108j. — Les Nègres ont toujours une grande difficulté
à articuler notre r : ainsi, il n'est pas rare d'entendre les
indigènes d'Angola prononcer ^/^/ — era, mlâlo = claro, fola
(II, m) Portugais des côtes de V Afrique : §§ 141-142 193
= fora; en lundais «o / confunde-se com ;* brando, ex. lulua
--— rurùa»! : ce réflexe des parlers indigène, nous Tavons déjà
observé dans les créoles {% 138)'-. — En ce qui concerne le
lexique, il est évident qu'il dut y avoir plusieurs concessions
des deux côtés, et en effet il y en a eu; le portugais du con-
tinent lui-même contient des vocables d'origine africaine.
Sur les vocables portugais entrés dans le quimbundo, le
Dr. Saturnino de Sousa dit :
« Nâo é raro ouvir-se fallar nbundu (quimbundo) percebendo-so iio
discurso muitos adverbios e preposiçOes portuguesas : e é certo que os
naturaes do pais adoptaram todos os termos portugueses que oxprimeni
objectos que Ihes eram extranhos antes de se relacionarem com os de
Portugal. Assim, tendo os Ngolenses (Angolenses) o termo 2^^<^^^ ps^^^
exprimir a ideià de faca, instrumento de que se serviam, adoptaram o
termo garf o para exprimir este instrumento, que sô mais tarde conhe-
■ceram, e, adoptando-o, sujeitaram-lhe a pronunciaçào e a Ibrmaçào do
plural aos preceitos do seu proprio idioma, e dizem no singular ngâlùfu
e no plural jingà lufu > ^ .
Dans l'intérêt de la glottologie générale, j'indique ici quel-
ques-unes des lois auxquelles obéissent les vocables por-
tugais introduits dans le quimbundo : c- quelquefois est
devenu h, ex. hûla ~ cal, huma — cama, héja - - queijo, mais
quelquefois il reste, ex. cala — cada; au port, -ùo correspond
'â dans atidâ — entao (pop. antao), hesd — bençâo, feijâ = fei-
jâo (cf. § 140); b", r/-, f/-, y- se nasalisent, ce qu'on indique
dans récriture en plaçant un m ou n devant ces consonnes,
ex. inbasd ~ bastâo, udô = dom, ïujâcu -- gago, njamhia — ja-
nella; r peut devenir /, ex. rima = limâo. Parfois, des
1 H. de Garvalho, Methodo d(i liugua da Lunda^ p. 10.
- Ce furent des phénomènes linguistiques de ce genre qui amenèrent un certain
collaborateur de VAlmanach de Lcmbranças à dire, en parlant des peuples qui
habitent les forêts d'Angola : «das cartas que Ihes dirigeni, ou elles mesmos
escrevem em portuguôs, portugués d'elles^ fazem uni livro » ; oh. cit. (pour l'année
1885), p. 250. L'auteur de Tarticie le date de la Barra do Quanza.
3Apud Gordeiro da Matta, Ensuio de diccionario kimbundo-português, 1803, p. XI.
13
104 (II, m) Portugais des côtes de V Afrique : §§ 141-142
phénomènes très curieux ont lieu. Comme dans les idiomes
bantous, le singulier se distingue du pluriel au moyen
de préfixes, et en quimbundo au préfixe n- au singulier
correspond ma- au pluriel : il arrive que dans le mot
muchado ((hache», qui, selon les lois phonétiques, est devenu
maœâlUy les Nègres voient un pluriel formé ù l'aide du pré-
"flxewuï-, et ils lui donnent un singulier ri-d'àlu. Des faits de
cette catégorie, quoiqu'ils soient curieux, n'ont cependant
rien d'extraordinaire^
ï Cf. mes Esludos de philol. mt>., I, ^i06.
CHAPITRE IV
Portugais des Juifs
143. Nous avons vu au § 6-f que le portugais n'est plus parlé
ni par les Juifs de Hollande, ni par ceux d'Allemagne, mais
que ces Juifs conservent encore, exceptionnellement, quelques
expressions de notre langue. J'en donnerai ici des exemples.
144. A Amsterdam, où il y a une colonie d'environ 5000
Juifs d'origine portugaise et espagnole, on dit dans certains
actes de la synagogue : Bôç noiteç! Boaç entrada do Sabado !
Boaç feçtaç melhôradaç ! Boaç entrada de jejum! Morrer Iiavemos!
Saude perfeita! Un Israélite âgé de 70 ans m'a dit que ses
bisaïeuls parlaient encore le portugais; de son côté, il le
savait aussi, mais il l'avait appris d'un oncle, en continuant
à le pratiquer par la lecture. Les phénomènes les plus
saillants que j'ai observés dans la phonétique de cet individu
furent les suivants : valeur de g et de r hollandais donnée à
nos g et r; -s prononcé -ç; -iiiha portugais prononcé -îrja
{rj = ng germanique) dans rahja = rainha, gdlîrja = gallinha ;
notre Ih prononcé llh. Les noms de famille portugais (§ 6-f),
sont parfois défigurés dans la prononciation : Tecsera e Teic-
seira = Teixeira (à cause de Torlhographe), Ossôrio = Osorio,
Lôpeç — Lopez, Mdloç = Matos, Jacop ~ Jacob. Dans la litté-
196 (II. m) Portugais des Juifs : §§ 143-145
rature portugaise des Juifs, on trouve quelques particularités
grammaticales, mais je ne puis pas m'étendre sur ce sujet.
145. A Hambourg, on emploie aussi dans certains actes
religieux des formules portugaises : Boa semana ! Que tenha
melhomdas (estas ! Que Deus o escreva em livro de vidas ! A une
femme enceinte on dît : Que faça boa panda, e que vêja de seu
filho recemnascido muito (jôsto ! Le livre des prières est appelé
Rexabuch, mot formé du portugais, reza ((prière», et de
l'allemand, Buch ((livre», conjoints selon les lois de la com-
position germanique. Certains comestibles reçoivent des
désignations portugaises, comme bolo ou volo (ex. « Geben Sie
mir einen bolo »). La synagogue s'appelle ésnoga, comme en
ancien portugais*. M. Cassuto, dont j'ai parlé au § 6-f, pro-
nonçait éi notre diphthongue ex, par exemple dans -éirOy -éitOy
et il prononçait V -s comme dans le Nord du Portugal; il n'y
avait que Vr h laquelle il donnât un son germanique. M. Cas-
suto m'a dit qu'au temps de sa jeunesse, les Juifs de Ham-
bourg prononçaient baltizar « batizar », comme dans le portu-
gais populaire. Mots portugais encore usités dans les funé-
railles : tumba, mortalha^ entremêlés de mots allemands. Dans
les cimetières, on lit sur les pierres tombales : Sepultura
do B. A. (((Bem Aventurado »).... C'est une langue qui est en
train de disparaître, mais qui ne veut pas tout à fait mourir!
— La colonie hébraïco-portugaise de Hambourg n'est pas
nombreuse.
1 Esnoga provient de synagoga par iritermédaire de ces formes : synagoga
> *senugoga > *snagoga (cf. pop. smana < semana) > *snaoga (dissirail.) > snoga
(cf. nior < maor) = csnoga. Cf. l'anc. esp. sinoga < sina(g)oga.
CHAPITRE V
Codialectes portugais
146. II y aurait beaucoup à dire sur les co-dialectès por-
tugais (§ 7); sur Tun d'eux, le mirandais, j'ai écrit récemment
deux volumes, et sur le galicien il existe toute une biblio-
thèque. Ici, je dois me borner à présenter quelques observa-
tions très succinctes.
I. Galicien
147. Pour la bibliographie, voir §§ 20 et 31. — Le galicien
médiéval différait très peu du portugais; il y a même des cas
où il est difficile ou impossible, par le seul moyen de la
graphie, d'établir des distinctions entre ces idiomes. — Le
galicien traite les voyelles latines comme le portugais, et
non pas comme l'espagnol : E, 0, par exemple, restent^,©,
au lieu de se diphtonguer en ie, ue, comme dans l'espagnol ;
T-L- est traitée de la même façon dans le galicien et dans le
portugais, c'est-à-dire qu'elle tombe, tandis que l'espagnol
la conserve, par ex. galicien et portugais archaïque (encore
populaire dans le trasmontano) soa^ esp. sola < 1. sola; le
groupe CL- est devenu ch- en galleco-portugais, tandis qu'en
espagnol il est devenu //-, par ex. dans clamare > gai. -port.
chamar^ esp. llamar. Il y a cependant des circonstances où le
108 (II, v) Galicien : §§ l^w-lAH
galicien, du moins aujourcrhui, se distingue du portugais : en
regard du portugais j et -,s- (— z), le galicien offre a? et -s-
(=: -SS-), ex. gai. xd < > port. yV/, gai. causa {^ coussa) < :^
port, cousa ou coisn; ces différences sont fondamentales. Il n'y
a pas on galicien certaines diphtongues portugaises,
par ex. ao, oes, ex. gai. man et mao (mau) < > port, jmo
< 1. manu-; gai. visions -visiôs < > i^ort.visdes : 1. visiones.
Alors que le port, dit àféiào, creias, le Galicien dit aféan, créas.
Dans la morphologie, le galicien a, par exemple, H au nomi-
natif, où le portugais a ///; il a che où le portugais a /^; au
pronom portugais elle correspond le galicien il (à côté de W,
qui est aussi port. pop. et arch.); au parfait, la V pers.
sing. se termine par -che^ tandis qu'en portugais elle se ter-
mine par -ste; il y a en galicien des prétérits forts en -o,
qui, en portugais littéraire, se terminent paré?, par ex. houbo
— houve < 1. ha huit; à la particule se correspond en
galicien ,ve. Dans la syntaxe, il n'y a pas de différences
considérables, mais il y en a de très grandes dans le lexique.
148. Le galicien ne se parle pas d'une manière uniforme
dans toute son aire géographique : au Nord, on àiieU este ^ uns;
au Sud, on dit il, iste, us. Dans le Bierzo ou Vierzo, et dans
certaines contrées de Léon et des Asturies, le galicien se
rattache à Tasturiano-léonais. Voir sur ces sujets mes
Estudos de philohHjia mirandesa, II, 57-62.
II. Riodonorais (ou rlonorais),
149. Ce codialecte est parlé à Riodonor (ou Rionor), petit
village du (^ concelho » de Bragance (Tras-os-Montes), sur la
frontière. — Pour la bibliographie, voir § 31. — Il possède
des caractères qui le rapprochent du portugais et du galicien,
(II, v) Riodonorais : §§ 149-150 ItH)
par opposition à l'espagnol, et au contraire il en possède
d'autres qui le rapprochent de l'espagnol et du mirandais.
150. On y trouve des nasales, comme en portugais; Cï,
PL-, CL- y sont traités comme en portugais et en galicien :
petto < 1. pectu-, ché < l. plena, chahe < 1. clave- (en espa- .
gnol il y a respectivement -^fe-, //-, II-) ; au pori. corres-
pond .r, comme en galicien : xmjo < > jugo; et à -S- corres-
pond -SS-. ex. queisso=^ 1. caseu-; k-lli- port, correspond -j/-,
comme dans Tasturiano-léonais, ex. umia < 1. oric'la; -d-
secondaire tombe dans la terminaison -ATV, ex. binau < *îw-
nado < 1. venatu, phénomène qui se trouve aussi dansl'espa-
gnol familier et populaire; -L- reste comme en espagnol et en
mirandais, ex. solo < sôlu-, et tombe au contraire en galicien
et en portugais ; -N- est traitée de différentes façons : luna <
1. Xnwdi^tronar < > 1. tonare, maa< 1. manu-, m < l.rana-,
pà < 1, pane-, chàrjueiro < 1. planariu- ^ vallon », cli£ <
1. plenu-, ché < plena; E, ont éprouvé le môme sort qu'en
mirandais : dîeç < dece(m), puosto < 1. positu-. — Dans la
morphologie, je noterai : sing. -/, plur, -les, ex. animal —
animaleSy sing. -o, \A\w.-ones^ ex. fraxo — fraxones «haricots»;
Tarticle masculin est a/ au singulier (cf. esp. el)^ et os {= us)^
comme en port., au plur. ; pronoms ijou^ miUy tàu^ sùu^ al
(comme accusatif, ex. : trago-al a je l'apporte »); verbes
fônu < > fuerunt, prêt, en -^/, -este, -ôrti (ex. labéi^ labéstej
labôrû), -des h la 2® personne plur. dans les proparoxytons
(ex. séiades, lahâbades). — Particules : astâ (cf. hisp. hasta)
«jusque», ende «y» < 1. inde, guôi < 1. hodie. — Le
lexique contient beaucoup de particularités.
'i
200 (II, v) Guadramilais : §§ 151-152
III. Guadramilais.
151. Le guadramilais est parlé h Guadramil, petit village
qui appartient aussi au « concelho » de Bragança, sur la fron-
tière. — Pour la bibliographie, voir Ji 31. — Ce codialecte
est dans les mêmes conditions que le riodonorais (§ 149) à
l'égard de l'espagnol et du portugais; entre le riodonorais et
le guadramilais, il y a pareillement des ressemblances et
des différences.
- 152. Il possède des nasales, comme en portugais; CT
donne if, ex. fruito; PL- donne ch^ ex. chaneira «vallée » <
l.planaria; h. j port, correspond .r, comme en galicien,
ex. xuiç < > juh] à -s- port, correspond -ss-, aussi comme en
galicien, ex. cassa < 1. casa-, port. casa\ à -Ih- correspond
-</- (ou -iy), ex. abeija ou abeiya < l.apic'la-; -L- reste,
ex., selombra < *solombra < su(b)(il)la-umbra-; E, de-
viennent fg, wo, ex. semîente^ bûçsso. Jusqu'ici nous trouvons
une concordance entre le guadramilais et le rionorais; il y a
cependant des différences dans la façon de traiter le -d-
secondaire, qui reste en guadramilais ex. benado, et dans la
façon de traiter T-N-, qui reste aussi toujours, par ex. rana,
cheno, cadena < 1. catena, exception faite des terminaisons
-ANE, -ONE etc., où, par Teffet de la chute de T-E, la con-
sonne est tombée, après avoir nasalisé la voyelle précédente,
par ex. melo < 1. melone. Dans la morphologie : sing.-/,
plur. -/^s, ex. animal — animales] sing. -o. plur. -ones^ ex. melô
— melones; Tarticle masc. est 6u (qui s'explique par o-, lequel,
étant atone et initial, s'est changé en ow-, phénomène qui a
un parallèle en mirandais : voir Est. de phil. mir., I, § 78);
pronoms you, min, ton, s'ôu, lo (à l'accusatif : dei4o « je l'ai
donné »); prétérits en -ei, -este, -ônê (et -ônu) : labei.
(II, v) 'Mirandais : §§ 153-154 201
labeste, labôné, fonîi; quelques particules semblables à celles
du riodonorais.
IV. Mirandais [et sendinais).
153. Parlé dans la Terra-de-Miranda (Tras-os-Montes). —
Pour la bibliographie, voir §§ 20 et 31. — Comme j'ai étudié
avec beaucoup de détails ce codialecte dans ma Graminatica
mirandesa^, j'y renvoie le lecteur. Cf. aussi Estudos de phiL mir.
II, 51, où j'ai signalé les diflérences et les ressemblances les
plus générales entre le mirandais et le portugais.
154. Dans la phonétique, je noterai : E > îe, > ûo (o), 0-
atone > ou-, E- atone > ^i-,V devient généralement ft, -N-
reste (exception faite des terminaisons -ANE, -ENE, -ONE etc.
qui deviennent -a, -ë, -ou etc.), L- devient //i-, -L- reste,
CL- devient ch-, -NN- devient -w/i-, -LL- devient -//i-, -MN-
devient -nh. Exs. : tiçrra, buono (bgno), àucafïàû, eiternOy binOy
ranUj pà, bîê, melôû, Ihuna, salii% cheno, anho^ cabalho, sonho.
— Morphologie. Le pluriel dépend naturellement des lois
phonétiques : frôles de fwl, fines de fi; dans les pronoms,
il y a des formes intéressantes, semblables aux formes rio-
donoraises et guadramilaises (§§ 150 et 152) ; l'article défini
masc. est/, au plur. ls\ l'article féminin est Za, las\ la con-
jugaison présente beaucoup de particularités, telles (\\xe-este,
'ôru au parfait faible, -o à la 3*^ pers. sing. du parfait fort;
dans la classe des particules : alantre, apûis^ de presto, antoces,
anque [àiqiie) . — Dans la syntaxe elle-même, on trouve des
faits saillants, comme » chubir nel caballw. — Le lexique est
très important.
1 Elle forme la II" Partie des Estudos de philologia mirandesa (vol. I, p. 267 suiv.).
202 (IL V Sendi?2ais : § 155
155. A coté du mirandais, on parle le sendinais (dans le
bourg de Sendim), qui peut être considéré ou comme son
sous-dialccte, ou comme un codialecte portugais. Voici
l'indication des différences les plus remarquables qui existent
entre le sendinais et le mirandais : L-, qui devient Ih- en
mirandais, reste (mi sendinais (comme en portugais); -ao cor-
respondau mir. du-; E, deviennent i, ii; V et I deviennent
ù (o) et î (e). Cf. Estudos dephil. mir., II, 34 et 337.
TROISIÈME PARTIE
CONSIDÉRATIONS
SUR LES
DIALECTES PORTUGAIS
La langue populaire obéit à des lois. — Importance de notre
dialectologie au point de vue de la glottologie générale,
romane et portugaise, et de Tethnologie. — Conditions de
l'existence de nos dialectes. — Leur degré de vitalité.
156. De l'étude faite dans laP" et la IP Partie de ce travail,
il ressort que la langue populaire offre un grand nombre de
particularités et de problèmes, et que, dans son dévelop-
pement, elle obéit à des lois.
Les anciens grammairiens, et encore aujourd'hui la plu-
part des personnes, considèrent le parler du peuple comme un
jargon dépendant du caprice individuel, quoiqu'il n'y ait rien
de plus faux que cette idée. Sans doute, je ne demande pas
que les personnes instruites parlent et écrivent le langage du
vulgaire. Chaque chose a sa place. Quand je soutiens que la
langue populaire ne mérite aucun discrédit, je veux dire par
là que tous les phénomènes qu'on y observe sont du même
ordre que ceux de toutes les autres langues; et il ne peut pas
en être autrement, car l'esprit humain est un. Le. peuple du
Minho a autant de motifs pour prononcer razôu ou rezôu^ que
les lettrés pour prononcer 7*aisao : dans ces deux mots, les
terminaisons -ou et -ào proviennent de la terminaison
archaïque -om, qui à son tour provient du latin -ONE; la
différence consiste en ceci, que -om a subi deux évolutions.
Ceux qui se moquent du langage plébéien oublient que la
langue portugaise a été, comme toutes les langues, formée
parle peuple!
20G (III) Importance de la dialectologie : §§ 157-160
157. Quel que soit le point de vue auquel nous consi-
dérons la dialectologie, elle a une grande importance.
En premier lieu, elle sert à la glottologie générale,
parce que, comme les dialectes ont un développement plus
libre et plus spontané que la langue des lettrés, qui est en
partie très soumise à la tradition littéraire, et dans le
lexique, dans le style, et même dans la syntaxe, aux goûts et
aux caprices des écrivains en renom, on y peut plus faci-
lement surprendre Faction des forces vives du langage.
Les parlers créoles d'Afrique nous montrent, par exemple,
dans leur ba du prétérit imparfait de l'indicatif (§§ 131 et 134),
un phénomène d'analogie qui a une' grande extension ;•
dans le même cas est le prétérit en -i de la P^ conjugaison
(§ 74-a) qui s'est produit par imitation de ceux de la !!• et
IIP conjugaisons. Des idiomes frontières, comme le miran-
dais, le riodonorais et leguadramilais, nés entre Tespagnolet
le portugais, indiquent comment des langues d'une même
famille peuvent se constituer dans des territoires conti-
gus, soit en se croisant mutuellement, soit en s'éloi-
gnant les unes des autres, mais en maintenant dans tous
les cas une physionomie commune, qui les subordonne
au même principe général de classification. Le barran-
queiro, ou parler de Barrancos (§ 85), rapprochant constam-
ment le portugais de Tespagnol, montre comment deux
langues différentes, quoique d'une même famille, sont sus-
ceptibles de se pénétrer et de se mélanger en partie, parce
qu'il possède dans sa grammaire des phénomènes qui sont
caractéristiques de la grammaire espagnole, et qui ne pou-
vaient pas s'être produits spontanément sur place. A ce
propos, les dialectes créoles sont particulièrement inté-
ressants, parce que, comme ils se sont développés au
contact de langues absolument étrangères, ils en ont reçu de
(III) Importance de la dialectologie : §§ 157-160 207
nombreux vocables, et parfois quelques caractères spéciaux,
comme cela semble être le cas dans le dialecte de Ceylan, où
les prépositions sont devenues de véritables pospositions (§ 118),
dans le dialecte de la Guinée, où le pluriel se forme au
moyen de préfixes (§ 134), et dans le dialecte de San-Thomé,
où les pronoms suivent les noms auxquels ils se rapportent
(§ 138); remarquons encore ce qui arrive dans le dialecte de
Mangalor, où existe Vs du génitif anglais (§ 109); sur le
malayo-portugais, voir le § 126. Ainsi, les dialectes créoles
nous aident à comprendre de quelle façon s'implante une
langue, quand elle est portée loin de son berceau, et comment
tantôt elle présente un développement particulier, tantôt elle
s'adapte aux conditions du milieu. Par l'étude des dialectes
créoles, nous pouvons aussi éclaircir quelques questions
historiques, celle-ci, par exemple : comme Va tonique por-
tugais est représenté par é dans certains dialectes créoles
de l'Afrique (§§ 131, 138 et 139), et comme ce phénomène
constitue un caractère dialectal du portugais du Nord de
l'Alemtejo et du Sud de la Be'ira-Beixa, dans la même longi-
tude (43-a), on pourra admettre que la population de ces
régions a exercé une certaine influence dans la colonisation
des points de l'Afrique où le phénomène se manifeste, et
incidemment, que cette particularité phonétique du por-
tugais remontera au moins à l'époque de la colonisation
(xvi® siècle). Autre exemple : comme à la diphtongue portu-
gaise ou correspond ô dans quelques parlers du continent
(§ 56-e), et que ce même o existe dans presque tous nos dia-
lectes d'outremer, il semble que cette réduction s'était déjà
opérée chez nous au xvi^ siècle, et peut-être même avant.
Nous surprenons ainsi en même temps les rapports qui
existent entre les dialectes créoles et ceux du continent.
« • <<
208 (III) Importance de la dialectologie : §§ 157-160
158. Si de la glotlologie générale nous passons à la glotto-
logie romane, personne ne révoquera en doute combien inté-
ressant est d'observer quel degré de différentiation a éprouvé
le latin à Textrémité occidentale de la Romania, dans la
bouche d'un petit peuple, qui, non content de le parler en
Europe, Ta porté et propagé depuis les rocs du Promunturium
Sacrum, jusqu'aux rivages des Amazones, et jusqu'à Timor,
dans l'archipel asiatique :
« A lingoa de tam nobre gente e terra, como he Portugal, viverâ
contente e folgarà de se cstender polio mundo »,
a dit judicieusement au xvi^ siècle notre grammairien Fernâo
d'Oliveira'. L'aire de la Romania, grâce aux Portugais, a
donc pris une très importante extension.
Sur le continent, Tétude de nos dialectes nous montre que,
de même que le provençal se rattache en quelque sorte à'
Tespagnol par l'intermédiaire du gascon et du catalan, de
même l'espagnol se rattache au portugais par l'intermédiaire
des parlers frontières de Tras-os-Montes. Ces points de con-
tact entre le Portugal et l'Espagne, qui n'avaient pas été
encore bien déterminés, l'ont été récemment.
En descendant à l'examen des détails, nous trouvons que
les dialectes portugais enrichissent la glottologie romane.
Personne, à première vue, ne croirait, par exemple, que les
voyelles latines ont éprouvé une diphtongaison aussi variée
que celle que nous avons notée aux v^g 44-46 (quoiqu'elle soit
parfois récente et restreinte à des zones peu étendues), ni que la
conjugaison offre autant de variétés que celles qui ont été
indiquées aux §§ 74-76. En ce qui concerne la lexicologie, le
vocabulaire provincial portugais présente constamment des
nouveautés : le mot faluppa, restitué depuis pende temps
^Gramm. de lingougem port., 2" éd., p. 4.
," •; ••• -'-
• . . *
(III) Importance de la dialectologie : §îi 157-160 209
au trésor de la latinité, est continué par le portugais fopa^
qui vit dans le langage de la Beira; à côté de Tancien français
velre, du latin vellus, -eris, on doit placer le mirandais
beldre\ l'italien dialectal lamhreccia, du lat. imbriculu-,
a comme forme parallèle notre mot du Minho breilho (pro-
prement d'im-bric*lu-); enfin, — pour ne pas allonger
cette liste, — je ne citerai plus que le mot cotio, du Minho,
qui renvoie au lat. quottidio ou cottidio, qui corres-
pond à quottidie, la seule forme que cite Kôrting dans
son Lat.-rom. Wb.y 2® édit.
159. Dans le domaine spécial de la philologie portugaise,
Tétude des dialectes facilite celle de la langue générale,
La question orthographique de Vs et du f , sons aujourd'hui
confondus dans le parler commun, se simplifie par l'observa-
tion de ce qui arrive dans les parlers du Nord et du Centre, où
la distinction primitive existe encore (§ 59-e) : ainsi sossêgo^
que Ton écrit incorrectement avec c, s'y prononce avec ss, ce
qui est d'accord avec Tétymologie. Beaucoup d'expressions,
qu'on supposait mortes, parce qu'elles ne sont plus usitées
dans la littérature, continuent à vivre dans le langage popu-
laire : par exemple, le mot tamalavez « peu », « un peu », qui,
à ce qu'il semble, a cessé d'exister dans la littérature après
le xvii'' siècle, se continue dans l'Alemtejo, où je l'ai trouvé
tout récemment; le mot fontella, diminutif de /ôwte, qui sem-
blait s'être pétrifié dans l'onomastique, existe en Tras-os-
Montes; moledo, qui semblait aussi n'exister que comme nom
de lieu, s'emploie dans l'Algarve sous les formes moledro et
meledro « amas de pierres ».
L'onomastique, dont l'étude est pleine d'obscurités,
s'illumine très souvent, comme nous l'avons vu, par
l'examen des dialectes. Ainsi : Cadaval^ Cadaveira et des
j -» j j
210 (III) Importance de la dialectologie : §§ 157-160
formes semblables, s'expliquent par le galicien câdavo « palo
de lojo chamuscado », « hierba »; Caçurràes s^explique par la
forme caçurro, de l'Estrémadure, « monticule inculte au
milieu d'un champ labouré ».
En outre, le langage populaire supplée au manque de
documents anciens, ou les confirme quand ils existent, en
fournissant à chaque instant des formes qui justifient les
déductions étymologiques : entre le latin re-secare elle
portugais littéraire ms{/ar est la forme méridionale resgar;
entre bon a- et boa est la forme vulgaire boa, aussi très fré-
quente dans les anciens textes; entre plu via- et chuva sont les
formes populaires chuiva et chuvia; entre *venut < > venit
et veto sont les formes du Minho et de la Beira vêo et veo
(beo), aussi attestées par .les textes. L'énumération des faits
de cette nature serait infinie.
Des mots qui ont été bannis par Tinfluence littéraire con-
tinuent à vivre chez le peuple, par exemple Santo-Tisso; au-
jourd'hui on écrit et on prononce dans la langue commune
Santo-Thyrso, mais on trDuve dans les documents anciens
aussi Santo Tisso. Le présent éclaircitle passé, et vice-versa.
L'analyse des habitudes phonétiques du peuple donne Tex-
plication do plusieurs phénomènes de la langue cultivée :
quand on observe que le peuple du Minho prononce vi nhaqiii
au lieu de vim aqui (§ 42), on comprend comment les formes
qui, dans l'ancienne langue, se terminaient par -zo, -ïfl, se
terminent aujourd'hui par -inho, -inha, comme : arch. vio, mod.
vinho; arc. tiia, tia, mod. tinha. Je ne finirais jamais, si j'avais
la prétention de citer tous les points de contact existant entre
la grammaire populaire et la grammaire littéraire.
L'étude des dialectes est aussi nécessaire pour mieux com-
prendre les documents médiévaux, quand ils contiennent des
mots locaux. Chez les anciens auteurs eux-mêmes, nous
•• •-
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(III) Conditions de l'existence des dialectes : S 161 211
trouvons parfois le langage populaire, comme dans Gil
Vicente, Sa de Miranda et d'autres (§ 13). Sans la connais-
sance des dialectes, on ne les interpréterait pas bien.
160. L'importance de la dialectologie portugaise peut
encore être appréciée sous d'autres aspects. De même que la
flore, la faune, le climat caractérisent physiquement une
région, de même les dialectes, aussi bien que les cou-
tumes, le type anatomique, les aptitudes esthétiques, intel-
lectuelles et morales, les tendances morbides, caractérisent
dans une certaine manière les populations qui s'en servent.
Ainsi la dialectologie sert à l'anthropologie et à l'ethnologie.
161. Puisque je viens déparier d'ethnologie, il convien-
drait de connaître les conditions de Texislence de nos dia-
lectes.
Comme dans d'autres pays, les dialectes continentaux
doivent correspondre aux variétés ethniques, géographiques,
sociales du pays ; mais nous ne savons pas encore dans quelle
mesure. A peu près entre les rivières du Tamega et du Corgo,
on parle une sorte de langage; au delà du Tua, on en parle
une autre; le Douro sépare approximativement le dialecte
heïrao du dialecte intemmuense;\e Mondego sépare les parlers
du Centre des parlers du Midi; dans la Terra-de-Miranda,
où il V a une certaine unité de coutumes, vit l'idiome mirmi-
w
dais ; le riodonomis et le cjuadramilais occupent de très petites
aires géographiques; le (jalicien est confiné dans la Galice,
au-delà du Minho ; Va se propage dans une zone géographique
bien délimitée (S 47); le ch existe dans le Nord et dans le
Centre, et a été remplacé par j:; dans le Sud; la distinction
entre s et ç se maintient surtout sur les frontières du Minho,
de Tras-os-Montes et de la Beira ; le parler du bas peuple de
212 (III) Degré de vitalité des dialectes : § 162
Lisbonne est plus cultivé que celui de n'importe quelle autre
localité.
Les dialectes vivent les uns a côté des autres, dans un
, certain contact. On ne passe pas brusquement du Nord au
Sud, ni de la Beira à TEntre-Douro-e-Minho : il y a toujours
, des zones do transition ; on peut même quelquefois dire
à priori si certains phénomènes phonétiques existent ou non
dans une région déterminée. Si le mirandais rattache le sys-
tème portugais au système espagnol (158), et le riodonorais
et le guadramilais rattachent le mirandais au galicien, le tras-
montano rattache les codialectes de la frontière au reste du
portugais, Y alto-minhoto est un lien entre la Galice et le Nord
du Portugal, et dans le portugais proprement dit le heirào
rattache le Nord au Sud (g 84).
Sur révolution du portugais insulaire, d'outremer et des
Juifs, j'ai déjà fait quelques observations rapides aux §§ 7-B
90, C-k, 9l,9:iet i57.
162. Après avoir parlé de l'importance de notre dialec-
tologie, et des conditions générales des dialectes et des co-
dialectes portugais, il sera utile de dire quelques mots sur
leur degré de vitalité.
Le galicien disparaîtra tôt ou tard, repoussé par l'espagnol,
à moins que les conditions politiques de la Galicie ne chan-
gent. Le mirandais a perdu du terrain, depuis le moyen âge
jusqu'à présent, et il sera un jour supplanté par le portugais,
Au riodonorais et au yuadramilais arrivera la même chose, et
encore plus tôt, parce qu'ils occupent de tout petits terri-
toires. Si ces idiomes ont résisté jusqu'aujourd'hui, c'est à
cause de certaines conditions sociales de l'ancien temps. La
civilisation maintenant envahit tout : les communications
entre les peuples sont plus faciles ; des écoles se créent; des
(III) Degré de vitalité des dialectes : § 162 213
journaux et des livres se répandent. Les dialectes continentaux
et ceitx des îles adjacentes^ comme ils ne diffèrent pas beau-
coup du langage littéraire, continueront peut-être à vivre, en se
modifiant insensiblement. Les parlers réoles sontdes idiomes
provisoires, ou, pour mieux dire, passagers, destinés à être
remplacés soit par les langues indigènes, soit par celles des
nations européennes qui dominent dans les aires où ils exis-
tent : on commence à voir cela, par exemple, dans le dialecte
de Ceylan.
Il est donc urgent de recueillir et d'étudier les matériaux
dialectologiques, avant que les dialectes ne cessent tout à fait
d'être parlés. Les principaux et les plus remarquables ne
tarderont pas à mourir, et ne nous seront bientôt plus connus
que par quelques débris. De même que la musique, quand
elle finit, ne laisse dans Toreille qu'une faible résonance, de
même ces dialectes, et tous ceux qui se trouvent dans des
circonstances analogues, légueront seulement aux langues
de Tavenir quelques vocables de plus en plus rares, qui trans-
mettront aux générations futures un vague souvenir de leur
origine. C'est ainsi que dans l'archipel malais, il y a beaucoup
de nos mots semés au milieu des langues locales ; et les Juifs
de Hollande et d'Allemagne, qui parlent respectivement
le hollandais et l'allemand, emploient encore, mélangés à
l'hébreu et au germanique, des noms et des phrases qui pro-
viennent de la langue du Portugal.
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TABLE DES MATIERES
Préface.
PKEMIERE PAHTrE
Histoire générale des dialectes portugais
Chap. 1. — Délimitation du sujet :
A. Portugais populaire et portugais littéraire 9
B. Géographie de la langue portugaise 15
C. Classification des dialectes portugais 28
Définition de dialectologie portugaise. . . 34
Chap. II. — Bibliographie dialectologique :
A. Textes populaires :
Dialectes continentaux 36
Dialectes insulaires 48
Dialectes d'outremer 49
Portugais des Juifs 55
Codialectes portuguais 55
B. Notices et études sur les dialectes :
Dialectes continentaux 56
Dialectes insulaires 70
Dialectes d'outremer 71
Portugais des Juifs 74
Codialectes portugais 74
218 TABLE DES MATIÈRES
DEUXIEME PARTIE
Grammaire sommaire des dialectes portugais
Observation préliminaire 79
CiiAP. I. — Dialectes continentaux :
I. Phonologie :•
a) Classement, description et notation des sons 81
b) Liaison des sons entre eux :
1 . Syllabes et accents 86
2. Phonétique syntaxique 86
c) Etude spéciale des altérations de chaque son et de chaque groupe
de sons :
1. Voyelles toniques qui ne sont pas en hiatus 88
2. Voyelles toniques en hiatus 96
3. Voyelles atones qui ne sont pas en hiatus 98
4. Voyelles atones en hiatus 104
5. Diphtongues toniques et atones 104
6. Semi-voyelles 111
7. Consonnes simples 111
8. Groupes de consonnes 118
9. Phénomènes phonétiques généraux 120
II. Morphologie :
1. Noms 124
2. Noms de nombre 126
3. Pronoms (et articles] 128
4. Verbes 131
5. Particules 142
6. Formation des mots 144
III. Syntaxe 145
IV. Remarque sur le lexique 147
V. Résumé des caractères dialectologiques :
1) Dialecte « interamnense » 147
2) Dialecte « Irasmontano > 149
3) Dialecte « beirSo » 149
4) Dialecte méridional 150
Note sur le parler de Barrancos 151
Distribution des phénomènes dialectaux 153
TABLE DES MATIÈRES ' 219
Ghap. II. — Dialectes insulaires :
I. Açoréen . 155
II. Madérien 156
Chap. III. — Dialectes d'outremer :
I. Dialecte brésilien 158
II. Indo- portugais :
1. Dialecte créole de Diu 163
2. Dialecte créole de Damâo [DamanJ 164
3. Dialecte norteiro 166
4. Portugais de Goa 167
5. Dialecte créole de Mangalor 171
6. Dialecte créole de Gananor 171
7. Dialecte créole de Mahé 172
8. Dialecte créole de Gochin 172
9. Portugais de la côte de Goromandel 173
III. Dialecte créole de Geylan 174
IV. Dialecte de Macao ou macaista 179
V. Malayo-portugais :
1. Dialecte créole de Java 181
2. Dialectes créoles de Malacca et de Singapour 182
VI. Portugais de Timor 184
VII. Dialecte créole de l'archipel du Gap Vert 184
VIII. Dialecte créole de la Guinée ou guinèense 186
IX. Dialectes créoles du golfe de Guinée :
1. Dialecte créole de de Tîle de San-Thomé 188
2. Dialecte créole de l'île du Principe [Prince} 190
3. Dialecte créole d'Anno-Bom ou fâ d'Ambû 191
X. Portugais des côtes de l'Afrique 192
Ghap. IV. — Portugais des Juifs :
Amsterdam 195
Hambourg 196
Ghap. V. — Codialectes portugais :
I. Galicien 197
II. Riodonorais 198
III. Guadramildis 200
IV. Mirandais (et sendinais) 201