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Oase Bi^«
ESQUISSES DE ZOOLOGIE.
13
*jase
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ESQUISSES ZOOLOGIQUES
SUR LA
COTE DE GlI^E
^
PAR
C. J. TEMMINCK,
MEMBRE CORRESPONDANT DE I,'I^.STITDT DE FRANCE.
I^ fiJnrtic, lf5 ittammifcrre.
LEIDEN ,
Chez E. J. BRILL
1833.
AVANT-PROPOS.
Ayant fourni, conjointement avec M. M. de
Haan et Schlegel , un apperçu synoptique d'u-
ne partie de la Faune du Japon, et fait con-
naître d'une manière spéciale quelques mam-
mifères , un grand nombre d'oiseaux^ de pois-
sons et de crustacées originaires des îles de
cet Empire , ainsi qu'après avoir publié mon
Coup-d'oeil général sur les possessions néer-
landaises dans l'înde archipélagique , ouvrage
dans lequel l'histoire naturelle des grandes îles
de la Malaisie n'a pu être traité qu'en forn^e
d'apperçu fort secondaire : nous aventurons
maintenant la publication de quelques détails
nouveaux ou peu connus, sur une partie de la
Faune des contrées tropicales de l'Afrique oc-
cidentale , circonscrite dans le rayon des facto-
reries que le Gouvernement néerlardais possède
sur la côte de Guiné.
VI
Le Musée des Pays-Bas a obtenu les objets
acconipag:nés des observations qui en font par-
tie^ et qui serviront de matériaux à ces esquis-
ses , par les soins de l'un des employés de notre
établissement; dont la persévérance et le dé-
vouement ne peuvent guère être surpassés par
ceux d'aucun autre naturaliste voyageur.
M. Pel, jeune encore, débuta dans sa car-
rière par un goût décidé pour les travaux rela-
tifs à la Zoologie, et une prédilection particu-
lière pour rétude des animaux vertébrés. S'é-
tant voué pendant quelques années a cette étu-
de pratique , l'occasion lui fut oiferte de visi-
ter et d'explorer une partie du littoral occiden-
tal de l'Afrique, dans le rayon des factoreries
de l'État à la côte de Guiné , afin d'y collecter,
pour le nnisée, le grand nombre d'animaux re-
marquables, sur lesquels on n'était parvenu
jusqu'alors à obtenir que quelques indices va-
gues , ou des indications très-superficielles. En
effet, après BosMAN,quifut chargé en 1688, d'ex-
plorer ces contrées, et qui a publié en 1703,
quelques notices sur un fort petit nombre d'a-
nimaux de la Fantie, aucun autre ne s'est oc-
cupé depuis ce temps de l'étude des êtres remar-
quables , qui vivent sur cette terre classique
pour l'histoire naturelle.
Avec ce goût persévérant pour la science.
— vu —
M. Pel a su mettre à profit les connaissances
acquises dans l'art! ^^ ^^ taxidermie ; à ces quali-
tés, indispensables pour le naturaliste voyag^eur,
il joitit un coup d'oeil excercé , et la connais-
sance exacte des lacunes à remplir ainsi que
des besoins à satisfaire dans notre établissement
national, où il fit ses premières études. Ce qui
fait surtout honneur à la droiture du carac-
tère de notre voyageur , c'est que, par un dé-
vouement bien louable et un désintéressement
fort rare adjourd-liui , il ait consacré une par-
tie de son temps à rassembler des collections
pour le musée, en faisant abnégation complète
d'intérêt persomiel et pécuniaire.
Admis depuis quelques années dans le cadre
des fonctionnaires de l'État à la côte de Gui-
né, M. Pel, au lieu de se livrer (comme le font
tous les employés des factoreries néerlandaises
établis sur cette côte) à un commerce toléré
par le Gouvernement , notre naturaliste a
meiux aimé sacrifier des revenus pécuniaires
qu'il aurait pu se créer par le commerce ^ au
désir ^ sans cesse présent à sa mémoire, de té-
moigner sa reconnaissance à l'établissement qui
l'avait accueilli et protégé dès le début de sa
carrière.
Je remplis un devoir bien cher à mon coeur,
en rendant hommage au mérite et au désinlé-
— VIII —
resscmenl de mon ami. il près «ne absence de
plusieurs années il est venu passer quelques
mois au sein de sa famille , et vient de retour-
ner au poste qu'il occu[)e en Afrique ; il s y
rend de nouveau dans Fintention d'étendre ses
pérég:rinations , et de les mettre à profit pour
agrandir le domaine de nos connaissances sur
les contrées de l'Afrique centrale , si éminem-
ment intéressantes à étudier, et encore peu ou
point explorées aujourd'hui.
11 aurait sans doute été^dans l'intérêt de la
science de mettre à profit le temps du séjour
de M. Pel en Europe, pour rédiger et prépa-
rer pour la publication, les résultats de ses
recherches dans ces contrées, afnsi que les ob-
servations faites sur les animaux qui y vivent,
et qu'à ces documents sur le pays des Aschan-
tes , dont il visita Coumassie la capitale, l'on eut
joint un atlas de planches, comprenant aussi
les genres nouveaux, ainsi que les espèces les
plus remarquables d'animaux qui habitent ces
contrées. Çuelque intéressante qu'aurait été
une entreprise de cette nature , les frais qu'elle
nécessiterait, ne sauraient être couverts sans
des secours pécuniaires, fournis par le Gouver-
nement: mais, celui-ci, responsable de l'emploi
des deniers nationnaux , ne peut autoriser des
dépenses qu'une stricte économie ne saurait lé-
gitimer; hors donc, des plans de cette nature,
quelque désirables qu'ils soyent pour les scien-
ces , ne peuvent , pour le moment , être pris en
considération sérieuse, et nous n'en faisons men-
tion que sous forme de voeu lég^itime , à réali-
ser plus tard en des temps plus favorables pour
les finances de l'Etat.
Ajoutons aussi le voeu non moins ardent, de
voir rétablir dans ses attributions , sous quelque
forme org^anique que ce soit , et sous telle di-
rection ou dénomination que l'on jugera conve-
nable, la commission supprimée des naturalis-
tes explorateurs, dans nos possessions de l'Inde
archipélagique. Cette commission scientifique
n'a point fait défaut à sa destination ; elle
n'a non plus manqué à ses devoirs. Sans vou-
loir énumérer ici les services qu'elle a rendu à
des sciences , en quelque sorte secondaires ^ , ie
dernier des membres encore en vie ^ , vient de
î) Voir , Vcrhandelingen over de Natuurlijke Gcsc/iiedenis der
Nedcrlandsche Overzeesche Bezittingen. Cet ouvrage en in folio,
comprend , partie historique et ethnographique accompagnées
de vues , de plans et de cartes , un volume ; Zoologie, un vo-
lume avec atlas de planches. Botaniques, un volume et planches.
Par les membres de la commission scientifique , dissoute main-
tenant !
') Le champ des morts à Java, à Sumatra, à Amhoinc et
a Tiinor a vu s'ouvrir des tombeaux pour dix de ces natura-
publier une partie, et continue la publication
de son précieux travail sur la constitution phy-
sique de File de Java , dont le complément
sera la grande carte topograpliique de cette île.
Ces travaux remarquables, dus à M. le Dr.
JujNGHUHN , lui promettent une place marquan-
te parmi les savants de notre époque. Feu le
Dr. ScnwA^ER a doté le gouvernement de l'In-
de, de la découverte précieuse de dépots houil-
liers dans les parties Sud-Ouest de Bornéo :
dans les manuscrits nombreux du défont , ain-
si que dans ceux de feu le Dr. Forsten, Ton
a recueilli des documents tres-intéressants rela-
tifs à l'ethnologie et à la topographie de Bor-
néo et des parties INord de Célébes
Convenons, qu'un excédent de vmgé millions
en bénéfice annuel^ que l'ïnde compte à la Mère-
Patrie , peut légitimement faire admettre la dé-
pense minime de quarante mille floHns pour
une commission, chargée d'explorer scientifi-
quement et matériellement les riches et fertiles
possessions tropicales , que nos ayeux négligè-
rent de faire étudier pendant plus de deux
siècles et demi , et dont les immenses richesses
listes, dans la fleur de l'âge. — Les pierres sépulcrales qui
couvrent les restes mortels de mes jeunes amis , nous conser-
vent les souvenirs de leurs travaux, et elles, servent à con-
stater leur dévouement ainsi que le zèle persévèrent dont ils
étaient animés.
— XI —
du sol, pour peu qu'elles soient mieux connues,
pourront être rendues tributaires au commerce
et à l'industrie du mondée
A défaut d'écrits périodiques pour l'histoire
naturelle, qui manquent complètement dans ce
pays, il est un autre moyen de satisfaire au be-
soin qu'éprouve en ce moment le musée des
Pays-Bas pour faire apprécier au monde savant
les richesses qui s'ytrouvent déposées , plus par-
ticulièrement celles delà côte de Guiné, obte-
nues par les soins du naturaliste , jadis attaché
à cet établissement.
JNous croyons rendre service à la science,
en publiant les résultats les plus remarquables
de ces découvertes sous forme de Prodrome ,
pouvant servir de base à un travail scientifique
pins général, et qui comprendra pour-îors, sous
le titre de Faune de l^ Afrique, les matériaux
nombreux publiés dans les relations des voya-
ges de découvertes , ainsi que ceux compris dans
la présente notice , surtout dans les grands ou-
vrages de zoologie , qui font connaître un nom-
1) Pour les détails sur cette matière importante, voir, mon
Coup-d'oeil général sur les possessions néerlandaises dans l'Inde
arcJiipclagiqiie: aux articles qui font connaître les productions
du sol ainsi que les aperçus sur l'histoire naturelle ; spéciale-
ment pages 82*, 94, 224,422 et 465 du second volume, ainsi
que pages 504 et 409 du troisième volume.
— XII —
bre déjà Irès-consîdérable d'animaux des difie-
renles contrées explorées de cette vaste partie
du monde. — Ces esquisses pouiront tenir lieu
de jalons, placés sur la route scientifiqne, con-
duisant à la connaissance plus parfaite de l'A-
frique.
Nous n'avons pour le présent aucun autre
but, que de fournir quelques indications suc-
cinctes sur les animaux rassemblés par notre
voyageur. Cliez le plus g:rand nombre de ceux-
ci , les notions relatives aux moeurs laisseront
nécessaiiement des lacunes à remplir ; on pou-
vait s'attendre à un tel résultat ;, vu que plu-
sieurs mammifères et oiseaux ay.^nt été captu-
rés par des chasseurs îndig^ènes , M. Pel n'a pu
recueillir de ses nègres salariés^ aucune obser-
vation scientifique de quelque importance , et
qu'effectivement il n'a été que le préparateur
et le conservateur des dépouilles de ces ani-
maux. Remarquons en-outre^ qu^un bon nombre
des mammifères propres à l'Afrique, sont des
espèces dont le genre de vie est nocturne ; de
jour elles peuvent se soustraire aux poursuites
des animaux carnassiers ainsi qu'aux perquisi-
tions de l'observateur , en se cachant dans leurs
retraites souterraines ; ou bien elles se dérobent
à la vue dans l'épaisseur des troncs- des arbres
vermoulus ; ce qui fait que leur capture est due,
— XTIÎ —
le plus souvent , h des cas fortuits. Le plus
grand nombre des oiseaux africains se retire
de jour sous l'ombre protectrice des vastes fo-
rêts vierges , accessibles aux indigènes , qui seuls
connaissent les sentiers tortueux ^ frayés par
eux au coutelas ^ dans ces masses de végétaux
qui se croisent dans tous les sens.
11 n'est dès-lors guère présumable que le na-
turaliste puisse trouver le moyen d'étudier ces
êtres dans leur manière de vivre et de se nour-
rir. Toutefois , grâces à son zèle et à sa persé-
vérance , M. Pel est parvenu à réunir plusieurs
observations fort intéressantes, sur les moeurs
et les habitudes de quelques espèces remarqua-
bles ou nouvelles pour la science: nous publi-
ons ces notices d'après les renseignements qu'il
vient de nous communiquer à cette fin.
JXous commençons par fournir l'énumération
de toutes les espèces de mammifères et d'oiseaux,
recueillies par M. Pel dans ses excursions, et
qu'il a expédié successivement au musée; dans
ce nombre plusieurs sont connues , décrites, ou
illustrées par de bonnes figures; nous ne ferons
point mention spéciale de celles ci , que pour
autant qu'il sera nécessaire de relever des er-
reurs, ou bien lorsque nous aurons des ren-
seignements nouveaux à communiquer sur leur
— XIV —
compte. Les espèces qu^après examen attentif,
nous présumons être inédites, seront compa-
rées au besoin à celles déjà connues. Les ré-
présentants des genres qui nous semblent nou-
veaux porteront Findication de leurs caractères
distinctifs.
Mon intention est de faire paraître cet écrit
en deux parties ou livraisons ; la première com-
prendra les mammifères , la seconde les oiseaux ;
ni Fune ni Fautrc ne sera accompagnée de plan-
ches; toutefois, ayant le projet de publier un
troisième volume des Monographies de Mam-
Tnalogie , dont deux voient le jour depuis quel-
que temps j je destine la partie de cet écrit,
comprenant les mammifères de la Guiné, à for-
mer la première livraison de ce troisième volu-
me, et à laquelle, pour lors, un nombre in-
déterminé de planches seront jointes. Ces es-
quisses sur les mammifères de la Guiné me
serviront aussi à faire connaître quelques espè-
ces nouvelles deHoifsseûtes, de Carnassiers et
d* écureuils de Fïnde, qui n'ont point encore
été publiés dans les catalogues méthodiques
qui me sont connus.
CATALOGUE
DES ESPÈCES DE
MAMMIFÈRES
DE LA COTE DE GUINÉ QUE LE MUSÉE
DES PAYS-BAS
A REÇU PAR LES SOINS DE M. H. S. PeL , RESIDENT DU
GOUVERNEMENT ET DÉLÉGUÉ DU MUSEE.
Troglodytes niger , dans le
jeune âge.
COLOBUS URSINUS,
» FULIGINOSUS.
» VERUS.
CeRCOPITHECUS DIANA,
» PETAURISTA.
» ALBOGULARIS.
» CAMBELLI.
» LUNULATUS.
OCTOLICNUS PeLI.
Perodicticus POTTO.
Pteropus stramineus.
Pachisoma whitei.
Phillorhina vittata.
» CYCLOPS.
» FULIGINOSA.
» CAFRA.
RniNOLOPHUS ALCYONE.
Megaderma frons.
Taphosous peli.
Felis celidogaster.
Viverra civetta.
» gennett01des.
Herpestes loempo.
» pluto.
» BADIUS.
Crossarchus obscurus.
Paradoxurus binotatus.
Xerus congicus.
sciurus caniceps.
» EBI.
» maculatus,
» leucostigma.
» punctatus.
» musculinus.
— XV ï —
Anomalurus peli.
» FRASERI.
» LANIGER.
MVOXUS COUPEI.
Mus VITTATUS.
» BARBARUS.
» TRIVIRGATUS.
i> SIKAPUSI.
» ERYTHROLEUCOS.
— » MUSCULOIDES.
» RUFINUS.
CrICETOMYS GAMBIENSIS.
Majnis LONGICAUDATUS.
» tricuspis.
Hyrax sylvestris.
Tragelaphus scriptus.
Calotragus spiwger.
Cephalophus pluto.
» OGILBYI.
» dorsalis.
» rufilatus.
» maxwelli,
Bos brachyceros.
TROGLODITE GORILLE et CHIMPANSÉ.
TROGLODYTES GORILLA et NIGER.
Quoique inscrivant collectivement ces deux noms dans
un même article , nous n'avons point l'intention d'insis-
ter sur la réunion de ceux-ci comme formant une seule
et même espèce; le premier représentant l'état parfait
ou l'adulte, le second le jeune-âge. Convenons toutefois,
que le doute qu'on a émis jusqu'ici sur l'existence de
deux grands singes anthropomorphes africains, et l'éloig-
nement manifesté par plusieurs naturalistes (dont j'ai
partagé l'opinion) d'admettre dans le rayon de la zone
tropicale de cette partie du monde deux espèces dis-
tinctes de ces grands animaux, se trouvait être pour le
moins fort spécieux, et qu'il paraissait même évident ^
envisagé sous le point de vue des rapports et de l'ana-
logie qu'on observe entre le type africain TroglodUe
chimpansé , et VOrang-Oelan de Bornéo.
La certitude de l'existence de deux de ces grandes
espèces de quadrumanes dans le rayon tropical de l'Afri-
que, est fondée maintenant sur des faits incontestables,
ainsi que sur des documents du plus grand intérêt; les
uns et les autres ont été fournis par M. le Prof. Owen
sur des crânes de ces animaux ^ et ils viennent d'obtenir,
fort récemment, une confirmation évidente par M. le
Professeur Isidore Geoffroy , sur des sujets à l'état a-
dulte, conservés à l'esprit de vin 2. Ces données ne lais-
sent plus aucun doute sur ce fait, d'une haute portée
scientifique.
Nous tâcherons de réunir dans le présent article tout
ce qui a été dit relativement à ces deux espèces , en in-
diquant sommairement les données nouvelles , qui vien-
nent en quelque sorte rendre la vie et l'être à des ani-
maux, connus déjà longtemps avant les premiers âges de
notre ère; mais sur lesquels des siècles se sont écoulés
avant d'avoir été portés de nouveau à la connaissance et
soumis à rinvestisration des naturalistes.
'5^
Le plus grand de ces deux quadrumanes auquel le nom
de Troglodytes gorilla vient d'échoir en partage , paraît
être le même animal que celui signalé sous cette epi-
thète par le navigateur cartaginois Hannon, Pline eu a
fait mention sous le nom de gorgone. Nous arrivâmes,
dit Hannon, «dans le golfe appelé la corne du Sud 3;
«dans le fond de ce golfe était une île semblable à la
1) Transact. Zool. Soc. v. 3. p. 281. pi. 61. 62 et 63.
2) Comptes rendus de V Académie des Sciences du 19 Janvier 1852.
Revue Zoologiq^ie 1852. p. 37. et Revue id. année 1853. n". 2 et 3.
Les objets du plus grand intérêt pour la science , viennent d'être ac-
quis au Musée de Paris par les soins de M. Gautier la Bouiaie; du
Commandant de la frégate l'Eldorado , H. Penaud ; ainsi que par M.
Franquet, Chirurgien de la marine française.
^) Le Golfe de Guiné probablement.
— 3 —
«première, qui avait un lac, et dans ce lac était une
«autre île remplie d'hommes sauvages'. En beaucoup
«plus grand nombre étaient les femmes velues, que nos
«interprètes appelaient gorillas. Nous les poursuivîmes;
»raais nous ne pûmes prendre les hommes, tous nous
«échappaient par leur grande agilité. Nous ne primes
«que trois femmes qui, mordant et déchirant ceux qui
«les emmenaient, ne voulurent pas les suivre: on fut
«forcé de les tuer. Nous les échorchames et portâmes
«leurs peaux à Carthage, car nous ne navigames pas
«plus en avant" ^.
Les peaux de ces Gorilles furent en effet transportées
à Carthage, et déposées par Hannon dans le temple de
Junon-Astarte , et le rapport atteste qu'il fut consa-
cré et scellé dans le temple de Saturne, où, lors de la
prise de la ville (146 avant J. C.) , les romains trouvè-
rent les dépouilles de Gorgones suspendues dans le tem-
ple de Junon. Pline qui avance ce fait, dit, que Han-
NON pénétra dans les îles Gorgades habitées par les Gor-
gones. Ce qui m'a fait dire dans l'introduction de la
troisième partie du Manuel d'Ornithologie, pag. xxxviii ;
parlant de l'origine des collections d'histoire naturelle. . . .
»Le carthaginois Hannon, consacra ainsi dans le temple
«de Junon une peau de gorgone, qu'on peut soupçonner
«être la dépouille de quelque grand singe d'Afrique, pro-
«bablement le Cynocephalus hamadryas." • — Les faits ré-
*) C'était probablement le delta à l'embouchure d'un grand fleuve.
-) Traduction de M. Bureau de i,.\. Malle, citée par M. Aucafitaine,
dans la Revue Zoolojjique , 1853.
1*
cemmenl mentionnés dans la revue, servent à constater
que ces peaux de Gorgones, suspendues à la voùtc du
temple de Junon, étaient les dépouilles des Gorilles fe-
melles, consacrées par Hannon lors de son retour de
la célèbre expédition nautique des Carthaginois, vers les
côtes occidentales de l'Afrique.
Il paraît que les peuples nègres de l'intérieur , débitè-
rent aux navigateurs du siècle dernier des contes exagé-
rés, trop empreints de merveilleux pour qu'on ait pu se
permettre d'ajouter foi à leur témoignage, et que sur ces
assertions dépourvues de toute espèce de preuves à l'ap-
pui, les naturalistes n'ont pu se permettre d'établir ces
espèces sur de simples données, empreintes d'une origine
aussi fabuleuse. Les nègres qui habitent aujourd'hui
la côte de Guiné n'ayant conservé de ce grand singe
qu'une idée confuse (attendu que l'espèce ne se mon-
tre plus vers les parties du littoral), leurs traditions en
fournissent encore quelques indices; car elles signalent
un animal du nom de Sammanlam, qui atteindrait la
hauteur de sept pieds, et qui serait plus fort et plus
grand que l'homme. Ce Sammanlam est pour ces peu-
ples un être fantastique, un esprit, dont les apparitions
nocturnes ont souvent lieu sur le bord des rivières , où
il se rend de temps en temps pour pécher; il utiliserait
ks longs poils bruns dont son crâne est revêtu, en guise
de nasse ou d'appât, pour se rendre maître du poisson,
dont ces peuples prétendent qu'il se nonrrit. M. Pel
qui m'a communiqué ce fait , m'assure en même temps
que parmi les nègres , dans le rayon de nos factoreries
de la côte de Guiné, n'existe plus aucun souvenir de
l'existence du grand animal , dont leurs traditions font
mention; toutefois, il paraît indubitable que les carac-
tères et tous les faits de moeurs, attribués à leur Sam-
mantam , conviennent bien plus au Gorille , qu'ils n'ont
rapport au Chimpansé.
Il paraît que du temps de Bosman, en 1705, les deux
espèces se voyaient de temps en temps comme objets de
curiosité à la factorerie néerlandaise de la Mina. 11 dit
que le peuple les nomme Smillen (forgerons); qu'ils
parviennent à une taille surprenante; j'en vis moi-même
un qui avait cinq pieds de liant, et de bien peu moins
grand que l'homme. Ils sont méchants et très-forts ; un
marchand m'a conté , que dans le voisinage du fort de
Wimba, le pays est occupé par un très-grand nombre
de ces singes, qui sont de force à attaquer l'homme, ce
dont on citait des exemples '. Le même auteur dit en
parlant de la seconde espèce, que ces singes sont laids de
iigure , qu'ils ressemblent aux premiers , mais que , à
eux quatre , ils sont à peine aussi gros que l'un des
premiers 2. Ce que l'on trouve de mieux dans cette
sorte de singe , c'est qu'on peut leur apprendre , à peu-
près tout ce que l'on veut ^.
Peut on raisonnablement blâmer les naturalistes moder-
nes de n'avoir admis qu'une seule et même espèce, d'après
ces renseignements, fournis par Bosman.
^) Cette partie du récit de Bosman a rapport au Gorille.
"-) Ici il est évidemment question du très-jeune Chimpansé.
^) Bosman, beschrijoing van Guiné , dernière édition 1737. pag. 34.
— 6 —
Le passage, dans Gauthier Schouten, où il fait men-
lioii (le singes qu'il dit être presque de la même figure
et de la même grandeur que les hommes, mais qu'ils ont
le dos et les reins couverts de poils ^ ; a été appliqué
erronément au Gorille; ce cinge vu par Schouten , était
un Orang-Oetan de Bornéo. La citation de Bontius pag.
85 , doit également être portée dans la synonimie de
rOrang de Bornéo. Il en est de même de V Oran-Outan
du Capitaine Beakmans, travel. 1718; quant au singe de
Grosse, voyage aux Indes Orientales 1738, c'était un
Gibbon (Hylobates entelloides).
Déduction faite des indications de Buffon sus mention-
nées, empruntées aux auteurs du commencement du dix-
liuitiême siècle, toutes les autres qui se trouvent citées
par lui dans l'article du Pongo et du Jocko , doivent
être classées soit avec le Gorille , soit sous la rubrique
du Chimpansé. Toutefois , il sera difficile de ne point
commettre quelque méprise dans cette classification des
données , fournies sur ces deux espèces , dont le plus sou-
vent les jeunes seulement ont été observés ; vu que ,
depuis Buffon jusqu'à nos jours, l'on n'a eu aucune idée
de l'existence bien constatée, de deux espèces de grands
singes anthropomorphes, dans les parties Ouest de l'Afrique.
Nous devons probablement, dit M. Aucapitaine 2 , voir
dans le Gorille la seconde espèce de singe citée et non
décrite par Tyson s. Nous avons encore un autre docu-
^) Schouten voy, Amsterd. 1707.
2) Revue Zool. 1853. n». 2. p. 53.
^) T]ie aimt. of a 2^llS^"-> Lond. 1699.
ment cité par Buffon, c'est la lettre d'un médecin fran-
çais résidant en Guiné , qui écrivit au savant Peirese,
dont BuFFOxN donne le passage suivant.
» Il y a en Guiné des singes vénérables par leurs longs
» poils touffus et leur barbe velue; leur allure est lente,
»et ils paraissent avoir plus d'esprit que les autres; ils
«sont très-grands et on les nomme Barris; ils se distin-
nguent surtout par le jugement; lorsqu'on leur met lui
«vêtement ils marchent incontinent sur les pieds de der-
»rière; ils jouent avec habileté de la flûte, de la lyre
»et autres instruments". A part l'exagération , ce Barris
ne peut être que le Gorille.
BuFFON cite encore Nierenberg * , Dappert description de
l'Afrique pag. 249 , et la relation de Battell de son Pongo,
Il assure, «qu'il est dans toutes ses proportions sembla-
))ble â l'homme, seulement qu'il est plus grand; grand
» dit-il, comme un géant; qu'il à la face comme l'homme,
«les yeux enfoncés, de longs cheveux aux côtés de la
«tête, le visage nu et sans poil, aussi bien que les oreil-
»les et les mains; le corps légèrement velu, et qu'il ne
«diffère de l'homme à l'extérieur que par les jambes,
«parce-qu'il n'a que peu ou point de mollets;' que cepen-
«dant il marche toujours debout; qu'il dort sur les ar-
«bres et se construit une hutte, un abri contre le soleil
«et la pluie; qu'il vit de fruits et ne mange point de
«chair; qu'il ne peut parler, quoiqu'il ait plus d'enten-
» dément que les autres animaux; que quand les nègres
*) NiERE\E. : I/ist. nat. percg. lib. 9. Cap. 44 et 45. Voir aussi PcR-
i;hass. Ilist. des vorj. \. 3. p. 295.
~ 8 —
«font du feu dans les bois, ces singes viennent s'assoir
i> autour et se chauffer; mais qu'ils n'ont pas assez d'es^
»prit pour entretenir le feu en y mettant du bois; qu'ils
»vont de compagnie et tuent quelquefois des nègres dans
»des lieux écartés; qu'ils attaquent même l'éléphant, le
«frappent à coups de bâton et le chassent de leurs bois;
«qu'on ne peut prendre ces Pongos vivant, par ce qu'ils
«sont si forts que dix hommes ne suffiraient pas pour
«en dompter un seul; l'on ne peut donc qu'attraper les
«petits tous jeunes; que la mère les porte marchant de-
«bout et qu'ils se tiennent attachés à son corps avec les
«mains et les genous. Il dit comme très-remarquable,
«qu'il y à deux espèces de ces singes très- ressemblant à
»l'homme, le Pongo qui est aussi grand et plus gros
«que l'homme, et l'Enjocko qui est beaucoup plus petit."
Ce qui prouve que Battell avait connaissance de deux
espèces, et les distinguait nettement. C'est aussi sur ce
récit que Buffon a établi les indications de son Pongo et
de son Jocko, ou le Gorille et le Chimpansé ; adoptés par
nos naturalistes , seulement depuis peu de temps , vu le
manque, jusqu'à cette époque, de preuves à l'appui ainsi
que de pièces convainquantes, qui servent maintenant à
constater ce fait.
Les premières indications certaines, accompagnées de
documents qui ne laissent subsister aucun doute sur
l'existence du grand quadrumane signalé par les narra-
tions des anciens, ont élé fournies, en 1847, par le
missionaire Savage ^ , qui fît part de ses recherches sur
') Notice of Troglodytes goiilla a new spccies oi" Oraug of Gabooii river
— 9 —
ce primate voisin de l'homme, dans le travail que nous
venons de citer, et qui est accompagné de quatre bonnes
planches, représentant la crânalogie complète du Gorilla.
Ce mémoire est suivi d'un tableau comparatif de la gran-
deur des crânes des Simia satyrus, Troglodytes niger,
Troglodytes gorilla et de l'homme.
Un mémoire du plus grand intérêt pour la science os-
téologique du Gorille et du Chimpansé , a été publié par
M- le Prof. Ow^EN ^. Cette recherche savante du célèbre
Professeur anglais est illustrée par six planches, d'une
exécution parfaite; elles fournissent, de grandeur natu-
relle, l'image fidelle des différences ostéologiques des crâ-
nes du Gorille et du Chimpansé.
Viennent en dernière analyse les renseignements nou-
veaux, obtenus sur ce grand singe anthropomorphe, par
M. le Professeur Isidore Geoffroy Saint-Hilaire , annon-
cés d'abord dans l'extrait des comptes rendus des séan-
ces de l'Académie des Sciences de Paris, du 19 Janvier
1852 , et dans lequel il fait part de l'arrivée d'un indi-
vidu adulte du Troglodyte Gorille, offert au musée de
Paris par M. Pennaud, commandant de la frégate V Eldo-
rado, ainsi qu'un crâne et un squelette , obtenus , en 1849
de M. Gautier la Boulaye , et qui ont servi de matériaux
à l'illustre savant que nous venons de nommer, pour
établir ses études sur les primates, dans son cours de
Zoologie de 1833, tenu au musée de Paris: études, dont
hy Thomas Savage, et voir Journ. of JVat. Hist., Boston 1847. vol. 5.
p. 419.
^) Transac. Lin, Soc, vol. 3. p. 381 particuliùrcmcnt p. 418 et
suivantes.
— 10 —
M. II. AucAPiTAiNE s'esl chargé de Iburnir l'analyse, clans
la Bévue Zoologique n°. 2 et 3 de Tannée courante, et
dont nous empruntons les données les plus remarqua-
bles , dans les notices que nous publions sur ces deux
singes.
La hauteur du Gorille dépasse cinq pieds; sa taille est
donc la moyenne de l'homme ; mais ses autres propor-
tions sont colossales ; la largeur de ses épaules et le peu
de longueur de ses membres inférieurs en font un animal
disproportionné, tandis qu'un autre caractère qui lui est
particulier, lui donne un air féroce : c'est une longue
touffe, ou plutôt crinière de poils, le long de la suture
sagittale, qui rencontre postérieurement une crête trans-
versale semblable, un peu moins élevée, laquelle entourre
le derrière de la tête en s'étendant d'une oreille à l'autre.
Le Gorille peut à son gré hérisser ou faire mouvoir celte
crinière, et, quand il est furieux il contracte les poils,
en abaissant sa crête et relevant sa chevelure.
Le museau est long et proéminent ; quelques poils gris
épars entourent le menton ; oreille et face nue , d'un
brun foncé. La lèvre inférieure est très-mobile , pen-
dante sur le menton quand l'animal est irrité. Son cou
est épais ; la poitrine et les épaules atleingnent prés du
double de la taille de celle de l'homme , et tout à fait
double de celle du Troglodyte chimpansé; l'avant bras un
peu court ; le bras et surtout les mains , très-longs ; les
pouces sont beaucoup plus gros que les doigts, compara-
tivement courts, pourvus partout d'ongles plats. Abdo-
men très-large , proéminent et couvert d'un pelage plus
lin que celui du dos. Les membres postérieurs sont i)lus
— 11 —
pelits que chez l'homme, mais d'un volume double. La
marche n'est pas franche ; car il s'avance le haut du
corps en avant et les bras avancés. Cette espèce n'a ni
queue ni callosités ; le coccyx est terminé par une pe-
tite touffe de poils. M. Savage fait aussi mention de la
marche et de la manière dont le Gorille fléchit les doigts,
mais ceci peut dépendre plus ou moins de la conforma-
tion des individus. Nous renvoyons pour les détails in-
téressants, mais nombreux sur l'anatomie, au mémoire
du Professeur Owen.
Les renseignements sur les moeurs et les habitudes de
cet animal , ont été communiqués à M. Savage par les
naturels. C'est, dit-il, dans le pays accidenté, arrosé
par le fleuve Gaboon , depuis son embouchure jusqu'à
cinquante ou soixante milles dans l'intérieur des terres ,
pays appelé Mpongwra , qu'habite le Gorille, que sa fé-
rocité , redoutée des naturels , a sans doute empêché de
connaître plus-tot. Le nom de Ponge employé par Buf-
FON , est très-probablement originaire de l'idiomen de ce
pays ; les naturels du Gadoon lui donnent le nom à'Enge-
ena, et les Portugais qui y sont établis, le nomment El
Salvago. Cet animal vit en troupes, parmi lesquelles,
en général, il n'y aurait qu'un petit nombre de mâles
pour un plus grand nombre de femelles; ce fait, dit
M. Bureau de la Malle , confirme parfaitement le récit de
Hannon dont il est fait mention ci dessus. Tous les
voyageurs s'accordent à attribuer une force redoutable
à ce quadrumane , M. le Chirurgien Gautier dit , qu'on
n'a pu })rendrc vivant un seul Gorille mâle adulte , car
__ 12 —
il est plus fort à lui seul que dix nègres. Son cri de
bataille est un son terrible, Keh-ah , prolongé, lugu-
bre, et perçant. M.Savage dit, que leurs habitudes
agressives , jointes à l'aspect féroce que leur donne leur
crête velue et leur chevelure hérissée, font considérer
parmi les nègres, comme un acte de grand courage,
d'avoir abattu un de ces animaux. Quant aux éléphants
assommés à coups de massues et aux femmes enlevées
par ces animaux, ce sont des contes, que M. Savage
nie complètement. Les canines, dit le Professeur Owen,
sont si grandes et ses mâchoires si puissantes, que les
blessures qu'elles font, sont très-dangereuses; mais sa
principale force est, comme chez V Orang-oetan , dans
la vigoureuse étrinte de ces longues mains, avec lesquel-
les il étrangle rapidement son ennemi ; aussi s'il n'est
pas tué sur-le-champ, les nègres prennent-ils immédia-
tement la fuite. La femelle a des dents canines plus
petites que celles du mâle ; pendant que celui-ci engage
le combat avec les nègres elle se cache avec son jeune.
Ces primates ont la singulière habitude de se construire
une sorte , non pas d'habitation , mais de nid , composé
de ramées et de bâtons pour y passer la nuit. La ma-
jorité des indigènes considère le Gorille comme un homme ,
ce qui ne les empêche pas d'en faire un met que la
rareté ne fait que plus rechercher. Ces animaux font
leur nourriture habituelle de la pulpe acide d'une espèce
i{^ Amonum , la tige du Sacoarum officinarum , le fruit de
VElais guinensis, ou palmier à huile, des Carica papaya,
Musa sapienlum, et plusieurs autres plantes.
Il paraît (|ue la vraie patrie du Gorille est la basse
-- 13 -
Gainé , à partir tle réciiiateur ; et que le Chimpansê vit.
plus au nord dans la haute Guiné, peut-être jusque dans
la Sénégambie. Ces quadrumanes ont leur habitat étendu
jusqu'au centre de l'Afrique; mais il paraît qu'ils ne
dépassent point cette limite centrale , vu que les voya-
geurs qui ont pu pénétrer du littoral Est dans l'intérieur,
par les côtes de Mossambique et de Zanzibar , ne font
aucune mention de singes anthropomorphes , dans ces
contrées.
Il me paraît probable que les changements opérés par
l'âge chez cet animal , ont fait supposer, par les natu-
rels, la possibilité de l'existence de plusieurs espèces
différentes. Il est à craindre que ces idées chimériques,
autant que les noms divers , donnés à ce quadrumane ,
ne fassent croire à la réalité de celte supposition , et
qu'elle n'aboutisse, en fin de compte, à la formation
d'espèces purement nominales, absolument comme il s'est
fait que les mêmes causes ont servis à fournir des résul-
tats semblables , dans la création de plusieurs espèces ,
chez le type anthropomorphe asiatique de rOrang-oetan
de Bornéo, qui est, et demeure la seule espèce, répen-
due dans cette île de l'Archipel de la Malaisie i. Je
^) Si en effet il est avère que les indigènes de l'Afrique centrale,
distinguent ce singe par des noms différents qu'ils donnent à cet ani-
njal , selon l'âge ou la taille des individus , cette habitude serait pour
lors exactement conforme à celle des Daiaks de Bornéo, qui ont aussi
plusieurs noms pour désigner leur grand singe. Orang-hoetan est son
nom dans les parties méridionales ,• plus vers le nord on le nomme
Orang-Kuheio ; puis ils désignent le vieux mâle par le mot Salampang ^
les femelles par celui de Bnekoe , et ils nomment les jeunes Pendekk.
— 14 —
partage au reste complètement l'opinion de M. Auca-
piTAiNE, qui est d'avis que, jusqu'à plus amples détails,
l'on doit regarder comme prématurée la seconde espèce
de Gorille annoncée par quelque naturalistes. J'ajoute
même que non-obstant les données écrites, les traditions
des naturels, et les faits de moeurs observés, l'on peut
affirmer que le Gorille pas plus que le Chimpansé, n'est
aujourd'hui quMmparfailement indiqué et décrit: bien
que leur existence soit clairement démontrée d'après les
objets acquis à Londres et à Paris; mais ces documents
quelque précieux qu'ils soyent pour l'anatomie et surtout
Au reste, je n'ai jamais ajouté foi, et nonobstant l'oppinion con-
traire, je ne crois point encore à l'existence de plusieurs espèces d^Orang-
oetans dans l'île de Bornéo. L'existence spécifiquement distincte d'un
autre grand Orang-Octan, peut se trouver réalisée dans le singe anthro-
pomorphe, de la partie Kord-Est de l'île de Sumatra; mais, cet animal
est trop imparfaitement indiqué pour qu'on puisse juger des différena
ces ou reconnaître l'identité.
Mes observations, sur un grand nombre de dépouilles de VOrang-
Oetan de Bornéo , me portent à admettre comme hypothèse spécieuse ;
que les excroissances de matière adipeuse aux joues, placées sur la région
des arcades zygomatiques dans les mâles , sont en connexion directe avec
l'époque de la puberté. Le mâle adulte en est pourvu ; l'état semi-
adulte en porte les indices ; la femelle , quelque soit son âge , de même
que les jeunes n'en montrent aucune trace. L'on trouve aussi des mâ-
les à l'état d'adulte , même des individus très-vieux , chez lesquels ces
protubérances adipeuses sont plus ou moins développées. De tous ces
faits bien constatés , l'on se voit porté à conclure , que ces excroissan-
ces ne se montrent chez les mâles qu'à l'âge de puberté , et qu'elles
sont plus ou moins apparentes , en rapport avec l'époque éloignée ou
rapprochée du rut. Puis , qu'on peut les assimiler aux crêtes , barbil-
lons et carroncules dont les mâles , dans quelques genres d'oiseaux sont
pourvus ; car , ce sont aussi des substances adipeuses , qui prennent un
développement plus ou moins considérable vers l'époque, ou dans la
saison des amours.
Je borne à dessein ces remarques à l'exposé sommaire des faits ,
ainsi qu'à l'indication succincte des conséquences probables. Je ne
résous pas la question , je la pose.
— 15 —
pour l'osléologie de l'espèce, la Zoologie n'y a pu trouver
aucune part, attendu que nous n'avons point encore, à
ce que je sache, obtenu dans aucun des musées connus,
les dépouilles parfaites de sujets à l'état adulte, et que
par consequant , nous ne pouvons pas fournir , pour le
moment, de description positive du pelage ou de la livrée
'propre à ces espèces, dans les périodes les plus mar-
quantes de leur vie , ni savoir quelles sont les différences
qui peuvent exister chez elles selon le sexe des indi-
vidus.
Le Chimpansé (Troglodytes n i g e r) , ou la seconde
espèce de singe anthropomorphe de l'Afrique , doit avoir
habité primitivement une grande partie du littoral de la
Guiné etd'Angole; toutefois, il est certain que les progrès
de la civilisation et l'établissement des Européens dans ces
contrées , l'ont refoulé dans les parties de l'intérieur
où , selon les renseignements fournis par les nègres , on
le rencontre, de temps en temps dans les grandes masses
des forêts qui bordent les rivières. Les nègres assurent
qu'on le trouve plus rapproché de la côte dans les districts
au nord de nos établissements , tels que le Grand-Bassam
et le Jack- Jack; contrées, desquelles ont été apportées à
Elmina les individus dans le jeune-âge qui se trouvent
au Musée des Pays-Bas ; M. Pel qui à passé plus de douze
ans dans nos factoreries de la côte , n'a point encore eu
occasion de voir l'adulte de cette espèce. Les nègres de
la côte donnent , dans leur idiome , le nom d'Arappie au
jeune; ils désignent l'adulte par un autre nom, qui ne
— 16 —
nous est point connu. De la Brosse assure qu'à la cote
d'Angole, les naturels lui donnent le nom de Quimpesé,
dont ont a fait Chimpansé, dénomination généralement
adoptée aujourd'hui.
L'on doit au Docteur Tyson ^ l'anatomie exacte d'un
jeune, tout au plus âgé d'un an, Trails en fournit aussi
des détails dans les mémoires de la société Wernérienne,*
vol. Z. pag. 1. Ce sont particulièrement aux travaux du
célèbre Professeur Owen , que la science est redevable de
tous les détails ostéologiques, que cet anatomiste anglais
a publié dans le vol. 1. pag. 544 des Transactions de la
Société Zoologique: détails qui reposent sur l'examen du
squelette d'un individu parfaitement adulte , envoyé de
Sierra-Leone à M. Walker, Chirurgien anglais, chez qui
M. OvvEN trouva ce précieux sujet, dont il s'est servi
pour établir les premières indications sur la charpente
osseuse de ce Singe '^.
Nos connaissances en fait des caractères Zoologiques
sur cette espèce , ne sont guère plus riches en détails
que celles qu'on a pu rassembler sur le Gorille; elles se
bornent à ce qu'on a pu étudier sur les dépouilles de jeu-
nes individus, à peine âgés d'un ou de deux ans. A part
le squelette de l'adulte , que le hasard fit trouver par M.
OwEN dans une collection appartenant à un particulier
de Londres, l'on ne possédait, il y à peu de temps seu-
1) Aiiatomy of a pygmie , 2 edit. pag. 84.
-) Voyez. Transact. oftheZool. Soc. vol. 1. pi. 48 et 50; l'adulte et
le jeiinc, et pi. 51 et 53," ci'âne de l'advlte.
— 17 -
lement, aucune connaissance conslalôe par des preuves à
l'appui, (le l'existence positive de cette espèce; bien plus,
il nous manque môme des indications précises sur ce
premier représentant du singe le plus voisin de l'homme
sous le rapport de l'ensemble de son organisation; l'on
ne connaît point tous les faits de moeurs, non plus que
les détails sur la nature du pelage et des couleurs de la
robe dans les deux sexes. Pour les détails d'anatomie et
d'ostéologic du Chimpnnsé , nous renvoyons aux écrits
précieux , riches en faits , publiés sur ces parties , sur-
tout au mémoire du savant OwE^f, qui ne laisse rien à
désirer. Nous faisons grâce au lecteur de la monotonne
et arride nomenclature, qu'on trouve réunie dans les
catalogues méthodiques. La synonimie du Chimpansc ,
me paraîsant exacte dans l'ouvrage de Wagner Sghreber,
Supplément, l'on peut y avoir recours au besoin i. Il
nous reste à enregistrer ici la figure passable, publiée
par Lesso.n , Illustrations de Zoologie pi. 32 sous l'épi-
Ibète de Chimpansé à coccix hlanc "^,^1x1^1 que la descrip-
tion prise sur un jeune individu, portant en hauteur 26
pouces C lignes.
Les mâchoires sont renflées, saillantes, munies de
dents de môme forme que celles de l'homme, et recou-
vertes par des lèvres minces, très-fendues, à commissure
linéaire. Le nez est rentre, comme perforé par des na-
') Toutefois excepté le Pongo de Buffon, et la planche I des Singes
d'ÂUDEBERT , qu'on doit classer comme jeune du Gorille.
2) Le blanc-jaunâtre de la toufTe de poils au coccix existe dans tou-
tes les périodes de l'âge chez le CliimiKinso ; le petit dès sa naissance
en porte le stigmate.
2
— 18 —
rines tres-oiivcrles , ovalaircs, isolées par une mince
cloison. Les yeux sont oblongs, séparés par un inter-
valle plane , garnis de cils , surmontés d'arcades arron-
dies , à peine proéminentes. Le front est légèrement
bombé, puis déclive. Le menton est convexe, souvent
légèrement barbu et couvert de poils rares et blancs.
Toute la face est nue , ayant quelques poils sur les pom-
mettes qui sont peu saillantes; des poils épais couvrent
les joues. La tête est arrondie , couverte de poils peu
touffus, puis longs sur l'occiput et courts sur le sommet
de la tête. Les oreilles sont larges , hautes , médiocre-
ment déjettées en arrière, à conque rebordée, à pavillon
dessiné comme chez l'homme. Les bras sont alongés ,
à faisceaux musculaires assez robustes, couverts de poils
dirigés de haut en bas sur les bras et de bas en haut
sur l'avant-bras ; la main est longue , à doigts nus , à
pomme épaisse, à pouce court et étroit; tous les ongles
sont aplatis, blanchâtres. Les fesses sont sans aucune
callosité , les jambes courtes épaisses ; les pieds ont le
pouce opposable , un peu plus prononcés qu'aux mains ;
ils sont dénudés, calleux sur le bord externe.
Le pelage est entièrement rude, flexueux , peu serré,
excepté sur le dos, les épaules et la face extérieure des
membres; ils sont beaucoup plur rares sur le thorax, le
ventre et en dedans des membres. Le pelage est noir
profond partout, excepté le pourtour de l'anus, qui est
plus où moins largement bordé de poils, blanc-jaunâtre,
plus ou moins longs.
Les jeunes individus d'un ou de deux ans , hauts de 2
■pieds, que le musée des Pays-Bas à obtenu par M. Pel,
— 19 —
ressemblent (le tout point à cette description ; plus ils
sont jeunes moins ils sont couverts de poils sur les dif-
férentes parties du corps et des membres.
Deux de ces individus ont été apportés vivants à EN
mina par les nègres de l'intérieur; ils ont été capturés
dans les districts au nord de nos établissements de la
côte, dans le Jack-Jack et le grand Bassani.
Dans la famille des singes à longue queue grêle et non
prenante qui comprend les espèces de l'ancien continent,
divisées méthodiquement en Semnopilhèques de l'Asie et
de ses Archipels, et en Colobe et Guenons, toutes de
^Afrique, il est nécessaire de constater que le sexe et
l'âge produisent des différences plus ou moins remarqua-
bles dans la nature et dans les couleurs de leur pelage,
comme dans le développement des poils accessoires , tels
que touffes terminales à la queue , développement des fa-
voris aux joues , et longueur relative des poils sur diffé-
rentes parties du corps ; les jeunes , dans la première pé-
riode de leur vie , ressemblent même si peu aux parents
que le plus grand nombre des indications chez les au-
teurs anciens , même parmi ceux plus récents , indui-
sent en erreur par le nombre multiplié des espèces qu'ils
forment d'une seule, selon l'âge premier, l'état adulte
ou semi-adulte et le développement parfait dans l'extrême
vieillesse. Ceux qui ont publiés des portraits de singes,
ayant le plus souvent omis de constater l'âge des indi-
vidus, soit par l'examen des dents ou bien par celui des
sutures du crâne, il en est résulté des difTicullés pour
— 20 —
déterminer quelques espèces , ou bien pour réunir entre
elles des indications de celles qui sont purement nomi-
nales ; mais, les auteurs sont fort excusables des erreurs
que nous venons de signaler; car, en eflet, comment peut-on
soupçonner le moindre rapport entre la livrée d'un noir
parfait que porte le Semnopithèque Maure adulte , et celle
du jeune animal, qui est d'un roux vif; entre le Coîobe
Guereza tout noir , orné d'un camail de poils blancs , fort
longs, et son petit revêtu d'un pelage cotonneux, tota-
lement blanc; entre le iVa«^î<e parfaitement développé, et
son petit, dont l'on a fait une espèce, tandis que l'ani-
mal à l'état de semi-adulte a subi le même sort. L'on
peut consulter aussi, la partie Zoologique de l'ouvrage
sur nos possessions dans l'Inde , planches 11 etl2i, pour
se convaincre de la disparité remarquable qui existe en-
tre les jeunes et les adultes des espèces de Semnopithe-
eus Ruhicundus , Chrysomelas , Cristatus et Mitraius , de
l'Archipel malais.
Plusieurs guenons, dans le jeune Age, diffèrent aussi
notablement, parle pelage, de celui qui est propre à l'a-
dulte ; tandis que de cet état au développement parfait
de la vieillesse, on remarque encore quelques différen-
ces, à la vérité sans influence directe sur la détermi-
nation exacte de l'espèce.
') Vcrhandelingen over de Nutmirlijke gcschicdcnis dcr Nedcrlund'
sche Overzeesche Bezittingen , Zoologie.
— 21
GOLOBE OURSIN. COLOBUS URSINUS.
Les espèces de Colobes qui habitent les cotes de Giiinc
et d'Angole ressemblent par leurs formes sveltes , leur lon-
gue queue grêle , ainsi que par les moeurs et les habitu-
des , aux espèces nombreuses de Semnopithèques de l'Inde
et de ses Archipels. Ils vivent en petites familles ou
par paires; abandonnent fort rarement les lieux les plus
touflus et les moins accessibles des grandes forêts , et se
tiennent de jour habituellement vers la cime des plus
hauts arbres. Leur nourriture consiste principalement
en fruits et en feuilles , mais aussi en gros insectes; quel-
quefois les petits oiseaux deviennent leur proie. Ils fran-
chissent par des sauts réitérés des espaces considérables ,
et parcourent ainsi les arbres de la forêt sans descendre
â terre.
BosMAN parle de cette espèce dans sa description de
Guiné , page 55 ; il la désigne sous le nom de Baardmau-
netje (petit homme barbu). Il dit que ces animaux sont
extraordinairement beaux ; ils parviennent à la hauteur de
deux pieds; leur pelage est plus long qu'un doigt de la
main et d'un noir de jais , avec une barbe blanche , assez
longue. On fabrique de leur peau les bonnets pour les
Ticlics que les nègres payent jusqu'à 4 rijksdaaldcrs , 22
francs environ.
L'Effoe, nom sous lequel ce Colobe est connu des
nègres de la côte , habile en grand nombre les forêts de
— 22 —
l'in teneur, iwais on se le procure difTicilcmeut en raison
(le son exlrcmc défiance, de sa vie solilaire et de son
séjour habituel à la cime des arbres les plus loulfus. Les
nègres de l'intérieur se servent de la peau du corps pour
en faire des sacs et en couvrir les batteries de leurs fu-
sils ; ces peaux privées de la tête , des membres et de la
queue, nous viennent quelquefois ainsi mutilées par la
voie du commerce ; dans cet état elles paraissent avoir
servies au texte de quelques courtes notices; car, nous
présumons que le Fullhotlom monkey de Pennant , repose
sur des indices vagues, ainsi que sur une figure inexac-
te , tracée à tout hasard sur des souvenirs incorrects.
Il paraît que jusqu'ici on a seulement eu connaissance
des peaux mutilées de cette espèce, et que le premier in-
dividu adulte, en état parfait, à été observé par le voya*
geur Fraser; car, l'indication d'OciLBY de son Colobiis
ursinus, repose sur une partie de la dépouille d'un sujet
adulte, manquant de tête et de pieds; puis, Semnopithe-
eus vellcrosus de Geoffroy, à été établi sur une dépouille
également mutilée et absolument semblable à celles qu'on
obtient ici par le commerce ; peaux , dont les nègres font
usage aux fins que nous venons d'indiquer.
Le Colohe oursin n'ayant point encore été décrit sur des
dépouilles parfaites , les indications succinctes des deux
sexes et de l'âge moyen ne seront point jugées superflues.
Le mâle adulte ou vieux atout le corps , les par-
ties postérieures de la tète et les quatre membres d'un
noir parfait et lustré ; sur le dos, les flancs et les limbes
— 23 —
ces poils sont longs de 5 à 7 et jusqu'à 8 pouces, selon
le sexe ou l'âge des individus ; ces poils noirs couvrent
le dos et les lianes en forme de camail ou de mantille ,
absolument à l'instar de ceux d'un blanc pur dont le
Colobe guereza d'Abyssinie est révétu ^ Une grande ta-
che grise occupe la partie supérieure des cuisses et elle
s'étend jusqu'à la base de la queue; la queue est d'un
blanc pur , terminée par une houppe de poils plus longs ;
la face nue est noire; les côtés de la tête, la gorge et le
menton sont garnis de poils longs et d'un blanc parfait,
ceux du menton forment barbe.
Longueur totale du bout du nez à l'extrémité de la
queue 4 pieds 8 pouces , dont la queue prend 2 pieds 8
à 9 pouces ; longueur des poils du camail 8 pouces ; sou-
vent plus chez les vieux ; 4 pouces ou moins pour les fe-
melles et dans l'âge moyen ; 3 pouces seulement au pre-
mier âge, revêtu de la livrée de l'adulte.
La femelle a les poils qui tombent le long des flancs
beaucoup plus courts que ceux du mâle, mais elle lui res-
semble du reste complètement.
Les jeunes passés l'âge d'un an, ressemblent aux
vieux pour la distribution des couleurs de pelage : celui-ci
^) En faisant mention de ce singe propre à l'Abyssinie , nous saî-
sisons l'occasion de faire connaître la livrée que porte le jeune de l'an-
née , de cette belle espèce. Le pelage a cette période est d'un blanc
terne , sur toutes les parties du corps et des membres ; ce n'est qu'a-
près avoir revêtu sa seconde livré© , ou à l'âge d'un ou de deux ans ,
que son pelage prend la couleur propre à l'état adulte ; toutefois , sans
être pourvu à cet âge du camail blanc . ni du gros flocon au bout de-
là queue.
24
est parlout jdus court et moins lustré. Le jeune dans
la première période de l'âge ne nous est pas connu.
CoLOBus iiRsiNus, F r a S e r. Zool. iyp. pl.l.
Figure parfaile de l'adulte.
Patrie. Plusieurs individus des deux sexes, le sque-
lette et des jeunes nous sont successivement parvenus ;
ils ont été pris dans les forêts de l'intérieur, près Da-
Locrom.
COLOBE FULIGINEUX. COLOBUS
FULIGÏNOSUS.
C'est sous ce nom que M. Ogilby a donné en un cou-
ple de lignes ^ , l'indication de cette espèce , parfaitement
caractérisée par ce peu de mots ; longtemps avant lui ,
KuHL en avait fourni une indication exacte , sous le nom
de Colobus Temminc/à^ , sur un sujet très vieux, acquis
par moi à Londres lors de la vente du cabinet de Bul-
loclv , et qui se trouve maintenant dans nos galeries , où
se voit aussi le crâne du même sujet. Quelques natu-
ralistes ajoutent encore à ces synonymes l'indication très-
succincte de PeniNandt^, de son Bay monkey , mais les
couleurs du pelage que l'auteur anglais signale en peu
de mots, ne sauraient légitimer celte réunion; surtout
î) Procecd. of the Zoolog. Soc. 1835, pag. 97.
^\ Bcitr'dgc zur Zoologie , 1820. p. 7.
''') Colohis /crriigino3us Geoff, Pcim. Quad. p. 313.
— 25 —
depuis que nous avons reçu d'Elmine i»lusieurs peaux,
à la vérité plus ou moins mutilées, mais exactement sem-
blables par leur pelage , â l'individu décrit par Kuhl ;
au-reste , l'individu parfait quoique non adulte , obtenu
récemment de la cote de Guiné par notre voyageur Pel,
vient de lever tous les doutes sur l'identité parfaite, com-
me sur l'origine et la patrie de notre Colobe. Nous en
donnons le signalement sur les peaux mutilées , ainsi que
d'après les deux sujets parfaits de notre musée.
Les auteurs qui ont créé les espèces nominales se rap-
portant toutes à la nôtre, n'ont point pris notice de l'âge
des individus ; le pelage de ceux-ci variant plus ou moins,
selon l'époque de la vie.
Pelage, de longueur moyenne sur toutes les parties du
corps; très-lustré sur le dos dans l'adulte, terne chez les
jeunes. De longs poils divergents autour du front.
L'adulte, dans les deux sexes, a le cinus frontal
garni de longs poils noirs ; le sommet de la tête est d'un
roux-noirâtre ; la nuque , le dos, les épaules et les flancs
sont d'un noir plus ou moins intense et lustré ; cette cou-
leur passe , par derai-tcintes , en un gris-noiràtre , princi-
palement à la partie postérieure du dos , aux cuisses et a
la base de la queue ; le gris-noirâtre des flancs passe
aussi par teintes, en un roux ardent qui couvre la partie
inférieure des côtés du corps , et celte couleur vive cou-
vre également les joues , le menton , la face extérieure
des membres , les mains et la queue , à partir de quel-
que distance de sa base ; celle-ci n'est point terminée
par im flocon; la face iiilerne des membres est d'un
— 26 -
roux clair ; la poitrine el le ventre sont d'un roux blan-
châtre.
Longueur totale 4 pieds 7 pouces, dont la queue prend
5 pieds 1 pouce, sur un très vieux maie. Les sujets de
taille moyenne n'ont que 5 pieds de longueur totale. Un
jeune, problablement âgé de plus d'un an , a en longueur
totale 2 pieds, dont la queue prend 13 pouces.
Un jeune qui n'a pas atteint l'âge de deux ans, aies
poils du cinus frontal assez longs ; son pelage est terne
et plus ou moins laineux. Le sommet de la tcte est
hrun noirâtre ; toutes les parties du dos qui sont d'un
noir brillant et lustré dans l'adulte, portent une teinte
noire-grisâtre, qui devient plus grise vers le croupion et
aux flancs; les joues et les membres sont d'un roux ter-
ne ; la face intérieure de ces membres , ainsi que tout le
ventre, sont d'un blanc pur; la queue est d'un brunnoi-
râtre. La livrée dans le premier âge , ne m'est pas
connue.
CoLOBUS FERRUGiNEUS Wagu. S c h r c b. Suppl. p. .508.
— CoLODUs Pemvanti du même auteur , est établi sur des
peaux manquant les quatre pieds, une partie du ventre
et le bout de la queue ; elles sont exactement semblables
aux dépouilles qui nous arrivent en assez grand nombre
de la côte par le commerce; ce sont des sujets à l'âge
moyen.
Patrie. Ce Colobe habite les vastes forêts de l'inté-
rieur des parties occidentales de l'Afrique, le musée pos-
sède aussi une très-vieille femelle, tuée à Sierra-Leone.
— 27 —
COLOBE TYPE. COLOBUS VERUS.
Sous ce nom , bien mal choisi , M. van Beneden a dé-
crit la troisième espèce de Colobe qui habite , ainsi que
les deux premiers, les contrées occidentales de l'Afrique.
M. Pel, quoique ayant séjourné près de dix ans à la
côte de Guiné, n'a eu qu'une seule fois l'occasion de se
procurer ce singe pendant le séjour de deux années, qu'il
fit à Dabocrom : un de ces nègres envoyé dans les vastes
forêts de voisinage , le mit à môme de nous envoyer la
dépouille de l'espèce; c'est une femelle d'âge moyen;
l'individu décrit par M. van Beneden paraît être plus jeu-
ne, ce qui fait que l'état adulte n'est point encore connu.
Van Beneden , Ballet, de l'Acad. de Brux. vol. 5 , p. 347,
avec pi. — CoLOBiJs olivaceus Wagn. Schreb. Suppl.
p. 309. — CoLOBUs VERUS Pel Bydrag. Nat. Art. Mag.
avec une figure parfaite.
A juger d'après le crâne, il paraît que cette espèce
est moins grande que la précédente. Il paraît aussi que
le pelage du sommet de la tôle est disposé de manière à
s'élever en crête coronale , partant du cinus frontal jusqu'à
l'occiput ; l'individu que nous possédons a ce caractère
bien marqué ; je l'indique ici avec doute et pour être vé-
rifié sur des sujets adultes et vieux , lorsque ceux-ci se-
ront connus.
Le sommet de la tôle, les joues, la nuque, le dos et la
— 28 —
base de la queue sont couverts de poils de longueur ino»
yenne , d'un brun roux à pointe noire; cette teinte brune
passe par nuances en un gris-terne , dont les parties ex-
térieures des membres , les mains et la queue sont cou*
verts ; l'extrémité de cette dernière partie est un peu
plus foncée ; la partie inférieure des joues , les côtés du
cou , la face intérieure des membres et tout le dessous
du corps sont couverts d'un pelage clair-semé et d'un
blanc cendré ; la face noire est entourée de quelques poils
longs et noirs.
Longueur totale 2 pieds 6 pouces , dont 17^ pouces pour
celle de la queue.
L'individu du musée de Paris ainsi que celui de Lei-
de , les seuls sur lesquels repose la description de cette
nouvelle espèce, ne sont point encore parvenus à l'état
parfait , quoiqu'ils soient peu éloignés de l'état adulte.
Patrie. Notre individu à été tué dans les forêts
qui couvent le pays, non loin du village nègre Dabo-
crom, dans le pays des Fautes.
Les Guenons (C e r c op i t b èc u s) comptent plusieurs
espèces dans les contrées littorales de l'Afrique occiden-
tale ; les côtes de Guiné , de la Senégambie et d'Angolc
sont les plus riches en représentants de ce genre.
Les espèces qui s'y trouvent soit à demeure ou acci-
dentellement , habitent les forêts dans le voisinage des
rivières , où elles vivent réunies en grandes troupes ; agi-
les et remuantes, mais le plus souvent farouches, d'ap-
— 29 —
proche difficile et se jcllant dans l'épaisseur du bois ou
du feuillage, à la moindre indice du danger; surtout les
vieux qui sont d'une méfiance extrême.
GUENON DIANE. CERCOPITHECUS DIANA.
Celte espèce , la plus richement décorée par les belles
couleurs de son pelage et par sa longue barbe blanche
au menton, est trop bien connue, décrite et figurée pour
en faire plus ample mention. Les peaux plates , assez sou-
vent mutilées de la tête , des membres et de la queue ,
arrivent en Europe par le commerce et sont utilisées à
divers usages; les nègres les employent également pour
couvrir les bateries de leurs fusils et à plusieurs autres fins.
Les vieux mâles portent en longueur totale 4 pieds 1
ou 2 pouces, dont la queue prend 2 pieds 5 ou 6 pou-
ces ; les poils de la barbe sont longs de 3 à 4 pouces.
Les jeunes de l'année , dont la longueur totale ne
dépasse pas 20 pouces, sur lesquels la queue prend 12
pouces , ont déjà à cet âge les poils blancs de la barbe
faiblement prolongés , tandis que la bande frontale est in-
diquée. Tout le pelage est cotonneux et terne ; celui
du dos noir, unicolore et mat, sans aucun indice du
marron vif et lustre à l'épine , même sans annclures aux
autres poils du dos ; celui des membres d'un noir grisâ-
tre; la queue fauve, à sa base et son extrémité noirâ-
tre ; parties inférieures d'un blanc jaunâtre tern.
30
Le Roloway de Buffon est une Diane à l'âge d'un ou
de deux ans.
Pairie. Habite les grandes forêts de l'intérieur, mais
se montre rarement dans le voisinage de la côte. Les
sujets obtenus au musée , par M. Pel , sont tous de Dabo-
crom , aux confins du pays des Aschantes.
GUENON HOCHEUR. CERCOPITHECUS
mCTITANS.
Décrite et figurée dans plusieurs ouvrages ; déjà con-
nue de Marcgrave et très-exactement figurée par F. Cu-
viER sur un sujet adulte. Elle est du petit nombre des
espèces qui n'ont point encore été obtenues de notre
voyageur; mais que le musée possède depuis longtemps,
d'un envoi d'objets recueillis dans le pays des Aschantes.
Il est probable que cette Guenon vit fort loin dans l'in-
térieur et qu'elle se montre rarement à la côte.
GUENON BLANC-NEZ. CERCOPITHECUS
PETAURISTA.
Sous l'épithète de Blanc-nez se trouvent indiqués
dans le plus grand nombre des écrits, de jeunes indivi-
dus , tandis que ceux à l'état adulte et les vieux , por-
tent le nom de Guenon ascagne. C'est l'une des espèces
— 31 —
les plus communes à la côte ; on la trouve fréquemment
par bandes le long des bords de la rivière Doulry. Les
vieux sont très méfiants et se laissent rarement appro-
clier d'assez près pour les tuer.
Les dimensions de très-vieux sujets sont de 3 pieds 4
pouces; dont la queue prend 2 pieds dans le mâle. La
femelle mesure seulement 5 pieds, sur lesquels la queue
prend 1 pied 8 pouces.
GUENON MOUSTAC. CERCOCEPHALUS CEP H US.
Cette espèce , quoiqu'on disent les auteurs , ne vit point
à la côte de Guiné; elle babite plus vers le nord, à la
côte de Sierra-Leone , d'où les deux sujets du musée des
Pays-Bas sont aussi originaires.
Wagner dans Schreder Siipp. est le seul auteur qui
donne la description du pelage parfait de l'adulte.
Cergopithecus erythrotis , figuré par Fraser , Zool. typ.
pi. 4, n'a non plus été trouvé par M. Pel ; cette espèce,
quoique assez voisine par ses formes de la Guenon mous-
tac , en diffère néanmoins essentiellement ; elle consti-
tue une espèce distincte qui babite vers le sud, dans l'île
de Fernando-po,
— . 32 —
GUENON A GORGE BLANCHE. CERCOPITHECUS
ALDOGULARIS.
Le colonel Sykes et le professeur Owen ont fait con-
naître , en 1850, cette espèce rare dans les collections
et peu connue des naturalistes ; mais on n'a pu s'assu-
rer jusqu'ici de la demeure certaine de l'espèce; les uns
indiquent Madagascar, les autres Zanzibar comme lieu
de provenance. Les sujets envoyés récemment par M. Pel,
servent à constater que cette Guenon habite les côtes
occidentales de l'Afrique , et ils peuvent servir aussi à
nous assurer de la parfaite identité spécifique du C. Al-
bogularis , décrit par le colonel Sykes et du C. Monoides,
décrit par le professeur Geoffroy , sur un individu vivant
au jardin des plantes; mais dont l'habilal n'était point
connu.
Celte espèce ressemble par la nature du pelage, par
la taille et par les formes, au Ccrcopilhecus chimango de
la côte orientale d'Afrique ; espèce découverte dans la
Caffrcrie par M. Wahlberg, et décrite par le professeur
SuNDEVALL *, mais ces deux Guenons diffèrent essentielle-
ment par les couleurs du pelage ; celui du présent arti-
cle, ayant le dos annelé de roux et de noir, tandis que
le Chimango est rayé de gris et de noir.
Le mâle, très-vieux, a en longueur totale 5 pieds 8
ou 9 pouces , dont la queue prend 4 ou 5 pouces.
CERCoriTHEcus ALBOGULARis S v Iv C S , F r a SG r Zool. tijp.
— 33 —
pi. 2 , figure peu soignée. — Cergopithecus monoides ^
Geoff. Archiv. du Mus. pag. 588, pi. 31, figure très-
exacte.
Patrie. Plusieurs individus ont été reçu au musée;
deux de ceux-ci sont de M. Pel et viennent de la rivière
Boutry ; un autre provient des factoreries anglaises de
la côte de Guiné.
GUENON DE CAMBEL. CERGOPITHECUS
CAMBELLI.
Le premier qui ait fait mention de cette espèce , en-
core peu connue, est le voyageur anglais Fraser; il eu
donne une fort bonne figure accompagnée d'indications ,
auxquelles nous ajoutons les détails nécessaires, pour qu'on
ne confonde point cette Guenon avec le Cercopithecus Mona
des méthodes.
Fraser dit que la Cambelli ne diffère de la Mona que
par le grand espace blanc à l'origine de la queue ; nous
ajoutons à ce caractère unique , ceux non moins caracté-
risliques des dimensions , à âge égal plus fortes chez la
première ; la queue est proportionnellement beaucoup plus
longue que dans la seconde ; la plus grande partie du dos
et tout le train de derrière sont d'un noir parfait ; les
poils des abajoues ou les favoris, sont plus touffus; ils
sont gris annelés de noir, à bout terminal jaunâtre; tan-
dis que chez la Mona ces favoris ont moins d'ampleur
— 34 -
et que la couleur du pelage est jaunâtre à pointe noire;
les poils du front sont blanchâtres chez celle-ci et rous-
sâlres dans la Camhell; elle a toute la queue d'un noir par-
fait; la Mone a la grande moitié terminale de ce mem-
bre d'une teinte g''ise, entremêlée de poils noirs ; celle-ci
nous vient de la Sénégambie et la Camhell de la Guiné.
Longueur totale 5 pieds 5 ou 6 pouces, sur laquelle la
queue prend 2 pieds 1 ou 2 pouces.
Cercopitmecus Cambelli Wa terh. proc. Zool. Soc. 1838 ,
pag. 61. — Fraser Zool. typ. pi. 5 , ligure exacte, faite
sur un individu qui n'était pas encore complètement dé-
veloppé et dont le pelage n'avait point acquis tout son
lustre.
Les individus à l'état de semi-adulte, dont la longueur
totale porte 2 pieds 9 à 10 pouces, sur laquelle la queue
prend 17 à 18 pouces, ont le pelage de la tête, du cou
et du dos , annelé de roux et de noir , sur un fond gris-
cendré, tandis que les flancs sont colorés plus distincte-
ment par cette dernière teinte; la partie postérieure du
dos , la base et la plus grande partie de la queue, ainsi que
la face extérieure des pieds postérieurs sont d'un noir
terne , légèrement grisâtre , cette dernière teinte étant
plus ou moins apparente vers l'extrémité des poils; mi-
lieu de la queue d'un cendré roussâtre entremêlé de
poils noirs; les favoris sont peu touffus, d'un cendré
clair à bout terminal roussâtre ; tout le reste du pelage
est comme chez les vieux.
Les jeunes de l'année, ne portant que 17 pouces 6
lignes en longueur totale, sur laquelle 11 pouces pour la
— 35 —
queue, ont tout le dos, à partir de l'occiput à la base
de la queue, d'un roux foncé, à pointe des poils noire;
la première moitié de la queue d'un roux très- clair,
l'autre noire; les quatre membres extérieurement gris-
cendré à pointe des poils roussâtre ; sommet de la tête ,
gris roussâtre , mêlé à claire-voie de poils noirs ; front
roussâtre clair. La face nue dans l'adulte , est d'un bleu-
noirâtre et les lèvres sont couleur de chair ; chez les
jeunes, elle est totalement de cette dernière teinte.
Patrie. Le musée des Pays-Bas en a reçu plusieurs
individus des deux sexes et dans tous les âges ; ils ont
été tués sur les bords de la rivière Boutry , côte de Guiné.
GUENON DIADEME. CERCOPITHECUS.
LEUCAMPYX.
Je fais ici mention de cette belle espèce de l'Afrique
occidentale , quoiqu'elle ne nous soit point parvenue par
les soins du voyageur, dont nous publions les travaux. Les
deux individus, mâle et femelle à l'état parfait d'adul-
te, ont été obtenus au musée de la côte d'Angole; c'est
aussi de cette contrée que le musée de la Société Zoolo-
gique de Londres a reçu l'individu indiqué par une cour-
te diagnose de M. Gray , et qu'il nomme Cerc. pluton ;
il en donne, dans l'édition illustrée des Proceedings , une
ligure parfaite. F. Cuvier en a fourni une figure moins
correcte, sous le nom de Diane femelle. Ces guenons
— 3G —
portaient depuis bien des années, dans notre musée, le
nom de dilophos , sous lequel M. Ogilby en a fait mention
dans la ménagerie des singes , pag. 345. Nous en don-
nons ici la description plus complète.
Tête, cou, partie du dos correspondante à l'omoplate;
cuisses, face interne et externe des membres, les mains,
le ventre et la queue d'un noir parfait ; le dos , â partir
de l'omoplate jusqu'à la base de la queue, ainsi que les
flancs, sont couverts de longs poils régulièrement annelés
de gris cendré et de noir, couvrant ces parties d'un am-
ple camail ; les favoris des joues , touffus et annelés de
blanchâtre et de noir; menton d'un blanc pur; une large
bande blanche surmonte le cinus frontal du mâle; la fe-
melle a cette bande d'un gris-cendré; face noire, mais
les paupières claires.
Taille de la guenon Diane , mais plus voisine des Man"
gabeys par les paupières colorées d'une teinte livide.
Longueur de l'adulte 3 pieds 3 à 4 pouces , sur laquelle
la queue prend 1 pied 9 lignes.
Cercopithecus LEUCAMPYX Fisch. Syn.Mam. — Cerco-
piTHEGUs PLUTO Gray Proc. Zuol. Soc. 1848. p. 66. —
GiiEiNON DIADÈME F. C u V. Mamm. avec une bonne Dgure. —
Cercopithecus DILOPHOS Ogilby Monkeys , pag. 543. —
Cercopithecus diadematus. Voy. Geoff. dans Bérang.
Yoy. pag. 51.
Patrie. Habite la côte d'Angole.
~ 37 -
GUENON LUNULEE. CERCOPITHECUS
LUNULATUS.
Espèce distincte dans le groupe des Mangabeys , qu'il
ne faut point confondre avec le Mangabey de Hassel-
quist, à peu-près unicolore, qui habite l'Ethiopie orien-
tale, ni avec le Mangabey à collier blanc et calotte rou-
geâtre , qui vient de l'Ethiopie occidentale.
Pelage long, soyeux et peu fourni; une grande tache
de poils fauves à l'occiput. Sommet et parties posté-
rieures de la tête d'un gris noirâtre, à l'occiput une
grande tache de longs poils d'un fauve roussâtre ; toutes
les autres parties supérieures d'un gris de souris ou fau-
ve grisâtre , sans autres dessins qu'une bande noire sur
l'épine dorsale ; celle-ci s'étend à partir de la nuque et
aboutit à l'origine de la queue; partie supérieure de la
queue , noire ; l'inférieure blanche ; parties supérieures
du corps et face intérieure des membres , couverts de
poils clair-semés et d'un blanc terne. Les doigts sont
couleur de chair; la face est de couleur livide à teinte
orange; les lèvres et l'arrête du nez sont brunes; les
paupières ont une teinte rose livide. Les adultes et les
vieux.
Lesjeunes ont, dès le premier âge , la tache occipi-
tale bien dessinée; elle est alors d'une teinte légèrement
roussâtre ; il n'en est pas de même de la bande sur l'é-
pine dorsale , qui n'est point ou bien faiblement tracée ;
— 38 -
tout le pelage tles parties supérieures du corps, des mem-
l)res et de la queue est d'une teinte roussâlre claire.
Longueur de l'adulte 3 pieds 5 ou 4 pouces , sur la-
quelle la queue prend 1 pied 7 pouces, mesure prise
sur plusieurs sujets adultes ; mais à système dentaire
point encore totalement développé,
Patr le. Habite les forets qui bordent la rivière Bou-
Iry , côte de Guiné.
Le genre Papio , ou les singes Cynocéphales, paraît
avoir aussi un représentant sur les côtes occidentales
de l'Afrique , comme il en a dans les parties méridiona-
les , dans les espèces du Papio sphinx et porcarius , ainsi
que par les Papio Tholh , Hamadryas et Cynocephalus des
parties orientales et du nord de ce continent; du moins,
M. Pel nous a communiqué avoir vu à Acra un singe
cynocéphale , dont il négligea de prendre la description
et que depuis il n'a pu se procurer , quoique les rensei-
gnements obtenus par les nègres, soyent venu confirmer
l'existence probable d'un animal de ce genre, à la côte
de Guiné.
Ce n'est qu'avec doute que je hasarde de signaler,
comme un habitant de cette partie de l'Afrique , une es-
pèce décidément, nouvelle qui depuis 1820, fait partie
de nos collections et dont l'origine certaine ne m'est
point connue ; mais que je sais avoir été apporté dans
ce pays, par un vaisseau qui avait fait échelle dans les
possessions anglaises , danoises et hollandaises de la côte
occidentale.
— 39 —
Il me paraît intéressant de fournir ici la description
de ce singe nouveau, dont l'habitat n'est point déter-
miné , mais qui sans nul doute , est d'Afrique ; je le dé-
signe provisoirement sous le nom de :
CYNOCÉPHALE ROUGE. PAPIO RUBESCENS.
Pelage long , garni de poils soyeux plus longs que ceux-
là : la queue terminée en pinceau ; des poils soyeux et
longs couvrent les doigts et dépassent les ongles des mem-
bres postérieurs.
Le museau n'est pas aussi proéminent que dans les
autres papions; la face est d'un gris blafard et le pour-
tour des yeux d'une teinte livide. De longs poils garni-
sent le cinus frontal. Un brun rougeâtre couvre le som-
met de la tête ainsi que l'espace entre les yeux et les
oreilles ; mais la région des abajoues est blanchâtre ;
tout le pelage des parties supérieures du corps , les flancs ,
les bras et les cuisses ont une teinte rousse rougeâtre;
les poils soyeux , longs de 4 a 5 pouces qui couvrent ces
parties , sont annelés de larges bandes rousses claires et
brunes ; le pelage des avant-bras et du bas de la jambe,
des mains et de la queue est court et d'une teinte rousse
plus décidée; les doigts des quatre mains sont garnis, à
claire-voie , de longs poils d'un cendré blanchâtre , et
ceux-ci dépassent de quelques lignes les ongles des ex-
trémités postérieures : la queue est terminée par une pe-
tite touffe de poils ; les parties inférieures du corps ,
ainsi que la face intérieure des membres , ont le pelage
clair-semé , d'un gris blanchâtre.
— 40 —
Voici les dimensions prises sur un individu femelle,
somi-adulle , dont les canines ne sont développés que
jusqu'au niveau des incisives.
Dislance du bout du museau à l'origine de la queue
17 pouces 6 lignes; de la queue 14 pouces 6 lignes; du
bout du museau à l'occiput 5 pouces 6 lignes.
Patrie. Habile l'Afrique occidentale , mais on ignore
quelle partie de celle grande étendue des côtes.
GALLAGO D'ALLEN. OTOLICNUS ALLENL
Jusqu'à ces derniers temps , l'on n'a trouvé dans les
parties occidentales de l'Afrique, dont nous nous occupons,
que l'espèce de Galago, indiqué sous le nom de Otolicnus
senegalensis , qu'AoANSON découvrit au Sénégal , et dont
ScHREBER a fait son Lemiir galago , espèce que Smith ren-
contra depuis dans la Caffrerie occidentale , et à laquelle
il donna le nom à' Otolicnus moholi , sans se douter, qu'il
imposait un nom nouveau à une espèce connue depuis
longtemps. Notre musée a obtenu un de ces sujets pris
par Smith en Caffrerie ; il m'a servi à constater l'iden-
tité parfaite de son animal avec celui de la Sénégambie ,
ainsi qu'avec celui d'Egypte et du Sennaar : tous sont
pourvus de quatre incisives supérieures, et non pas de
deux, comme ce nombre se trouve indiqué dans les
systèmes.
Depuis ce temps, l'on a trouvé dans la partie occiden-
- 41 -
laie arrosée par la Gambie, une autre espèce indiquée
Irès-succinctement dans les proceedings sous le nom Olo-
licnus Alleni, et récemment une troisième, décrit dans
l'article suivant.
Oclolicnus Alleni est environ d'un quart plus grand
dans toute les dimensions que Senegalensis , la queue est
touffue, depuis la base jusqu'à la pointe; le pelage est
très-cotonneux et les teintes en sont sombres. Le nom-
bre des dents est absolument le môme que dans Senega-
lensis , c'est à dire 4 incisives par paires à la mâchoire
supérieure et 6 déclives et minces à l'inférieure.
Le pelage long , cotonneux et feutré est , pour les par-
ties supérieures du corps, d'un brun légèrement nuancé
de roussâtre, l'extrême pointe seulement des poils étant
de cette dernière teinte; les parties supérieures des qua-
tre membres sont plus rousses , en ce qu'une plus gran-
de étendue de l'extrémité des poils porte cette teinte cou-
leur de rouille. La tête, la face et la nuque sont noires
à bout des poils grisâtre. Toutes les parties inférieures
du corps , ainsi que la face interne des membres , sont
d'un blanc-grisâtre. La queue , pourvue dans toute sa
longueur de poils longs et touffus , est noire. Les très-
grandes oreilles sont nues et de même que la partie nue
du museau noires.
Longueur totale 18 pouces, sur laquelle la queue prend
11 pouces ; distance du bord antérieur des yeux à la pointe
du nez 8 et demi lignes; hauteur des oreilles 1 pouce
5 lignes.
Otolicnus Alleni, Waterh. Proceed. Zool. Soc. —
Otolicnus GARNETTi , g i 1 b. Procced. Zool. Soc. 1838. —
— 42 —
Galago ALLENi , Scliintz, Synop. Mamm. Vol. I. p. 111.
sp. 3.
Patrie. Habite l'Afrique occidentale. Waterhouse
donne comme lieu de provenance l'île de Fernando-po.
L'individu du musée des Pays-Bas est une vieille fe-
melle , portant indication de Cape-Coast.
GALAGO DE PEL. OCTOLICNUS PEU.
J'ai été longtemps indécis sur le choix du nom , pour
désigner cette espèce avant de l'introduire ,, comme nou-
velle, dans le cadre méthodique des animaux. Un jeune
individu de l'année, sans aucune détermination de patrie
que notre musée possède depuis bien des années , m'a-
vait toujours paru représenter l'animal indiqué, fort su-
perficiellement , par M. Fischer de Moscou , sous le nom
de Galago de Demidoff'^. Toutefois, cette espèce adoptée
sous ce nom dans les catalogues méthodiques, n'a j'a-
mais été vue depuis par aucun naturaliste; ce fut aussi
sans parvenir à quelque donnée concluante que je fis
*) L'auteur cité en donne la note suivante. — Elle a la grosseur
d'une souris , des oreilles nues , et une longue queue très-touffue.
Son poil est roussâtre , son dessous grisâtre et le cou noirâtre. Des
poils très-longs en forme de moustache couvrent les coins de la bou-
che, les joues et le coin de l'oeil. Voir Fischer, 3Iémoires de la so-
ciété des naturalistes de Vunivcrsitè impériale de Moscou , Vol. 1.
pag. 24 , année 1806 et pi.
— 43 -
(les recherches, pour tacher de découvrir dans les col-
lections le type , sur lequel le naturaliste russe avait
établi sa diagnose , lorsque par les soins de notre voya-
geur M. Pel , nous sont parvenus deux très-jeunes in-
dividus, absolument semblables à celui que le musée pos-
sédait , ainsi qu'un troisième sujet dans l'âge de semi-
adulte , et récemment un vieux mâle et une vieille femelle
de cette espèce. Dès lors , certain de l'habitat de notre
animal, le doute m'est resté relativement à l'espèce;
mais , en comparant mes trois jeunes individus , qui
sont en effet de la taille d'une souris, à la courte notice
publiée par M. Fischer, de son Galago de Demidoff' , qu'il
dit être de cette taille et originaire du Sénégal , je n'ai
pu trouver sur aucun de nos sujets , des poils très-longs
en forme de moustache , couvrant les coins de la bouche ,
les joues et le coin de l'oeil , ainsi que le marque l'au-
teur russe ; par contre , il ne fait point mention dans sa
description, d'une bande blanche sur le nez, caractère
prononcé et remarquable dans tous les âges sur les in-
dividus de notre espèce ; ces deux indices , dont l'un po-
sitif et l'autre négatif, me portent à donner à notre ani-
mal, comme espèce encore inédite, le nom du jeune na-
turaliste qui vient de la découvrir.
Le pelage de ce Galago est cotonneux, frisé et bien
fourni ; ses oreilles sont grandes et noires ; une petite
raye blanche est placée sur l'arrête du nez; la queue est
longue , très-velue.
■Sommet de la tête, nuque, dos et face extérieure des
membres d'un brun roussâtre terne, ayant la base des
poils d'un gris-noirâlre mat; une petite bandelette blan-
— 44 —
che est étendue sur le nez, à partir des naseaux jus-
qu'au niveau des sourcils; la partie inférieure du cou,
le ventre , les flancs et la face intérieure des membres
sont d'un roux clair, nuancé sur la poitrine d'une légè-
re teinte orange qui domine aussi au-dessous des oreil-
les, en une bande longitudinale; la queue, plus longue
que le corps et la tête, est couverte de poils soyeux,
longs et bien fournis , d'un brun foncé à pointe argen-
tine ; oreilles grandes et nues ; l'ongle du doigt indicateur
postérieur relevé en éperon.
Longueur 15 pouces 3 lignes, sur laquelle la queue
prend 7 pouces. Mesure prise sur un mâle et une femel-
le , adultes.
Un autre individu semi-adulte , de sexe féminin , a le
dessus du corps et la tête d'une teinte plus roussâtre
que le précédent ; la base de la queue est colorée aussi
de la même teinte; les poils de cette queue sont plus
courts et non lustrés à la pointe.
Longueur totale 7 pouces 6 lignes. Les jeunes de l'an-
née, de la taille d'une souris, sont longs seulement de
6 pouces 2 ou 3 lignes.
Tout leur pelage supérieur , celui des membres et toute
la queue sont d'un roux ardent ; les poils de cette der^
nière partie sont de longueur égale à ceux du dos ; les
parties inférieures ainsi que la face intérieure des mem-
bres d'un blanc roussâtre; la bande blanche sur le nez
n'est que très-faiblement tracée, mais distincte.
La manière de vivre de cette espèce est complètement
— 45 —
nocturne; de jour elle ne se montre point, se tenant alors
blottie et enroulée sur elle-même dans les trous des ar-
bres forestiers. M. Pel ne trouva dans l'estomac que
des débris d'insectes. C'est dans les forêts non loin de
Dabocrom , ou village nègre de Dabo , qu'il en fit la cap-
ture.
LE POTTO DE BOSMAN. PERODICTICUS POTTO.
Il est peut-être utile de rappeler à la mémoire , qu'en
donnant aux singes d'Afrique qui manquent de pouce au
pieds de devant, le nom de Colobus , c'est afin de les di-
stinguer de ceux classés dans le genre Semnopithecus de
l'Inde, munis d'un pouce distinct; il est aussi nécessaire,
pour peu qu'on veuille se montrer conséquent , de don-
ner à l'espèce qui nous occupe ici , un nom générique qui
puisse servir à l'isoler des espèces comprises dans le genre
Slenops , avec lesquels il conviendrait de le réunir mé-
thodiquement, s'il ne présentait point d'anomalie dans
l'extrême brièveté du doigt indicateur des pieds de de-
vant , ainsi que de quelques vertèbres déplus à la queue,
seuls caractères par lesquels notre quadrumane s'éloi-
gne des vrais Stenops de l'Inde.
Car, d'ailleurs, la présence d'un pouce aux mains, son
absence totale, ou bien l'état rudimentaire de ce mem-
bre ne peuvent influer sur les moeurs , les habitudes, ni
le genre de vie de ces animaux ; personne ne nous con-
testera ces faits ; mais c'est tout simplement un moyen
— 46 —
artificiel qui , employé zoologiquement , est fort convena-
ble comme sous-genre , et lorsqu'on veut qualifier pai- un
substantif, une coupe secondaire dans un groupe bien
déterminé. Hors donc que Ton isole le Polto de Bos-
man sous le nom de Perodicticus , ou bien qu'on en
forme une section sous celui de Stenops , il n'en appar-
tiendra pas moins à cette dernière coupe , composée d'es-
pèces ayant le même genre de vie, des habitudes identi-
ques , une même formule dentaire et des formes annalo-
gues ^
LePotto, cet animal remarquable, dont parle Bosman et
qu'il indique superficiellement dans la relation de la côte
de Guiné, ouvrage que cet employé du Gouvernement
néerlandais a publié en 1703, est demeuré inconnu aux
naturalistes pendant plus d'un siècle. Gmelin , il est vrai,
en a fait mention sous le nom de Lemur potto , dans la
13° édition du Systemanaturae de Linné , publiée en 1788,
et il le classa à tout hasard dans cette coupe générique ,
guidé seulement par les indices superficiels puisés à la
source indiquée. En 1851, la Société Zoologique de
Londres obtint le premier individu parvenu en Europe
depuis la mention que Bosman en avait fourni. Cet indi-
vidu , quoique très-jeune , à peine parvenu à la moitié
du développement parfait, put, non obstant, servir à
constater l'existence d'un animal , au sujet duquel plu-
*) Ce n'est pas la preiuière fois que je fais part de cette idée ;
elle se trouve déjà adoptée dans mon Tableau méthodique des mammi-
fères, voir page xvi , genre Stenops, 1827.
— 47 —
sieurs naturalistes commençaient à émettre le doute , et
qu'on croyait fabuleux i. Ce ne fut qu'en 1833, que
notre musée obtint un jeune individu, à peu-près de
même âge que celui reçu à Londres ; le même dont
M. le Professeur van der Hoeven a fait mention et dont
il donne une figure ='. En 1848 nous parvint, par les
soins de M. Pel, un mâle adulte conservé à l'esprit de
vin , dont 31. van der Hoeven obtint également la commu-
nication , et sur lequel il établit son mémoire cité dans
nos synonymes. En 1850 M. Pel nous adressa le troi-
sième individu , une très-vieille femelle , ainsi que le
squelette de cet animal remarquable. Ces matériaux me
servent à établir définitivement les caractères zoologi-
ques qui font le sujet du présent article ; l'ostéologie et
la partie anatomique se trouvent suffisamment indiquées
dans le travail de M. van der Hoeven. La Société Zoolo-
gique d'Amsterdam vient de publier dans ses actes, un
portrait colorié et de grandeur naturelle, du bel indi-
vidu femelle, déposé dans notre musée. Ces matériaux
réunis ne laisseront plus guère à désirer relativement à
la connaissance exacte d'un être aussi curieux que l'est
le PoTTo de Bosman.
Pelage cotonneux , abondant , serré , de longueur mo-
yenne et frisé vers la pointe des poils.
Le mâle adulte a le pelage de la tête , des joues ,
1) Voyez, Proceed. Zool. Soc. 1831, pag. 109.
-) Voir, Bijdragen van de Lemur , Tijdschri/t voor Natuurkuude eu
Physiologie, Vol. II,
— 48 —
de la nuque , du dos , des membres poslérieurs ainsi que
la queue , d'un roussâtre elair ; sur toutes les parties du
dos cette couleur est nuancée de teintes plus foncées
d'un brun roussâtre vif; mais la fine pointe des poils est
plus claire et comme lustrée. La face extérieure de l'hu-
mérus est d'un roux vif ; la partie supérieure de l'avant
bras est d'une nuance moins foncée, tandis qu'à sa par-
tie inférieure la pointe des poils est lustrée. Le dessous
du corps et la face intérieure des membres ont un pe-
lage moins abondant quoique frisé , et toutes ces parties
sont d'un blanc roussâtre. La queue est terminée en
forme du pinceau , et cette pointe est noire. Les oreil-
les trés-arrondies et dépassant peu le pelage , sont nues ;
quelques poils courts et clair-semés en garnissent le bord
supérieur.
La femelle adulte se distingue par les teintes bru-
nes, dont le pelage est nuancé, tandis que la livrée du
mâle porte différentes teintes rousses. La base des poils
est d'un cendré foncé, puis d'un brun clair; ils passent au
brun noirâtre, et leur fine pointe est d'un brun argentin
ou lustré ; cette teinte argentine est plus évidente sur la
partie inférieure de l'avant bras, ainsi qu'aux mains,
vu qu'une plus grande étendue de l'extrémité est ainsi
colorée; toutes les parties inférieures qui chez le mâle
sont nuancées de roussâtre , portent nne teinte blanchâ-
tre terne chez la femelle.
La taille des individus à l'état adulte , dépasse celle
des deux espèces de Stcnops de l'Inde. — Le plus grand
de nos sujets porte en longueur totale 15 pouces 7 lig-
nes , sur laquelle la (jueue prend 5 pouces 6 lignes. Hau-
— 49 —
tèur de l'oreille 7 lignes ; distance du bord antérieur des
yeux à la pointe du nez 7 a 8 lignes.
Un jeune individu, à l'état de semi-adulte, me-
surant seulement en longueur totale 9 pouces, dont la
queue prend 2 pouces 5 lignes, est couvert d'une livrée
plus touffue et plus longue que ne l'est celle des vieux ;
ce qui lui donne une apparence plus ébourifée ou frisée.
L'individu que nous avons sous les yeux étant du sexe
féminin, son pelage porte déjà des teintes cendrées, tan-
dis qu'un fragment de peau d'un sujet mâle de même
âge , offre des teintes généralement rousses ; mais la diffé-
rence entre les jeunes et l'adulte se remarque principa-
lement, en ce que chez les premiers, tout le pelage à
partir du cou jusqu'à l'extrémité des membres et de la
queue, est pourvu de longues pointes d'un blanc lustré.
Il est présumable que les bouts de ces poils disparais-
sent en s'usant , vu que le pelage de l'adulte est plus
court et que seulement la fine pointe des poils est lu-
strée.
Lemur potto Gmel. Linn. Syst. Nal. — Nycticebus potto
Geoff. Ann. Mus. Vol. 19. p. 665. — Galago guineensis
Des m. Mamm. p. 104, n''127. - Perodigticus Geoffroyi
Benn. Proceed. Zool. Soc. 1851, p. 109. — Perodigticus
potto Wagn. Schreb. Sdug. supp. p. 288. — Luiaard
potto Bosman , Beschrijv. van Guinea , p. 31. tab. fîg. 4.
Lemuridae et PRosiMii vau der Hoeven Tijdschr. voor
Nat. Gescli. en Physiol. Vol. 11. pag. pi. un jeune in-
dividu. — • OvER DE Potto van Bosman id. Verhand. van
het Instit. Vol. 4 , avec deux planches , Anat. et Osléol. —
- 50 —
Stenops potto Pel, Bijdr. tôt de dierkunde , pi. Le
mâle grandeur naturelle.
Patrie. M. Pel a obtenu les sujets que nous venons
de décrire , de la Fantie , dans les forêts voisines , de
Dabocrom , côte de Guiné.
Un individu adulte , vivant , tenu captif pendant quel-
ques mois par notre voyageur , l'a mis à même d'obser-
ver, qu'en l'état de repos il s'enroule, en portant la tête
sur la poitrine et passant autour de la nuque les quatre
jambes, en les croisant les unes sur les autres; il passe
ainsi, sans bouger, la plus grande partie du jour; ce n'est
que vers le déclin du soleil qu'il paraît abandonner l'état
de torpeur et qu'il dégourdit les membres en les éten-
dant alternativement ; mais , lorsque la nuit est venue ,
il se met en mouvement, sans discontinuer un seul in-
stant de se remuer dans tous les sens ; dès-lors ses mou-
vements loin d'être lents et difficiles , comme le dit Bos-
MAN , sont plutôt incessants , mais réfléchis et précis , et
sous ce rapport Bosman a été mal inspiré en l'associant
par rapport à ces allures lentes, aux tardigrades.
On le nourrisait durant sa captivité de fruits , princi-
palement de ceux du Bannanier et du Papayer; il paraît
aussi que les fruils forment sa nourriture habituelle à
l'état de liberté. Son naturel et ses habitudes le portent
à choisir pour demeure , pendant le jour , les lieux les
plus solitaires de la forêt ; il se dérobe alors à toutes les
poursuites en se cachant dans les cavités des gros arbres
séculaires, qui, le plus souvent, ne tombent que sous la
hache du temps; il s'en suit que sa rencontre de jour
— 51 —
dépend de circonstances extraordinaires, tandis que sa
capture pendant la nuit est accompagnée de maintes dif-
ficultés. Il n'est dès-lors point étonnant qu'il soit rare et
peu connu, même dans les contrées où il paraît se trou-
ver réuni en grand nombre. Du reste l'expérience en
fait foi ; vu que, non obstant les promesses de récom-
penses faites par M. Pel à ses nègres, il ne put obte-
nir que deux individus pendant le séjour assez long
qu'il fît dans l'intérieur ; encore ces captures ne furent-
elles dues qu'a des circonstances fortuites.
Les chéiroptères frugivores paraissent être
moins nombreux en Afrique qu'ils le sont dans l'Inde
continentale ; tandis que leurs troupes voraces se trou-
vent encore bien plus multipliées en nombre comme en
espèces dans les îles de l'Archipel malais , contrée du
globe qu'on peut citer , à juste-titre , comme séjour de
prédilection de ces animaux destructeurs des fruits. Cette
grande abondance d'espèces de chéiroptères frugivores
réunies dans cette partie tropicale de l'Asie, s'y trouve
en raison de la diversité remarquable, ainsi que de la
quantité d'arbres fruitiers, composant les vastes masses
de forêts qui couvrent la majeure partie de ces îles ver-
doyantes , toutes couvertes de nombreuses espèces de fi-
guiers (ficus) , dont les fruits succulents servent de nour-
riture principale aux Roussettes.
En comparant ces moyens d'existence eî ces resources
alimentaires que peuvent offrir aux chéiroptères les voû-
tes sombres mais riches en arbres fruitiers de l'Archipel,
— 52 —
au nombre bien plus limité de ces arbres qui croissent
dans les plaines boisées de l'Afrique , où la végétation
forestière restreinte, ne se montre vigoureuse et gran-
diose que dans le voisinage des fleuves et des amas d'eau;
on peut dès-lors attribuer à ces disparités locales , la cause
du manque de grandes espèces de roussettes en Afrique ;
comme aussi l'existence en bien petit nombre , de celles
de taille intermédiaire. Le grande île de Madagascar,
couverte d'imenses forêts , mais dont la Faune nous est à
peu-près inconnue , se trouve être la première terre dé-
pendante du continent Africain, où se voient des rousset-
tes d'une dimension , approchant de celle des espèces de
l'Archipel, parmi lesquelles on en trouve plusieurs de
fort grande taille , portant une envergure de trois et de
quatre pieds.
En effet , comparativement au grand nombre d'espèces
de Roussettes et de Pachysomes de l'Inde et de ces Archi-
pels, que nous avons pu énumérer successivement dans
nos mémoires , publiés sous le titre de Monographies de
mammalogie ^ , il ne s'en trouve jusqu'ici qu'un nombre
bien minime qui habitent le continent africain, ainsi que
les îles disséminées le long de la vaste étendue de ses
côtes. Trois habitent les parties méiidionales ; le nord
ne nous en fournit que deux , et la longue filière des co-
tes orientales et occidentales, de fait encore peu explo-
rées par les naturalistes , n'en comptent pas au-de-là de
quatre bien déterminées. Des deux espèces qui ont été
1) Monographies de mammalogie , Vol. 1, pag. 157 et Vol. 2. pag.
09 et 359.
— 53 —
trouvées à la côte de Guiiié , la primière , Pteropiis slra-
mineus, nous était déjà connue par des sujets originaires
du Sennar ainsi que du Sénégal; la seconde, Pachysoma
Whileî, paraît être toute aussi répandue quoique moins
connue; on la trouve depuis la Guiné jusqu'au Congo, ainsi
qu'à la côte orientale, peut-être encore plus vers le
midi, dans la Cafïrerie ; cette dernière a été décrite et
figurée par M. Benjset, sur un sujet unique, de sexe mas-
culin K Nous avons obtenu ces espèces en individus des
deux sexes ainsi que dans le jeune-âge, ce qui nous met
à même de compléter les indications fournies sur leur
compte dans les Monographies de mammalogie. Pour
ce qui concerne les deux autres espèces de la côte occi-
dentale , indiquées par M. Ogilby , voir Proceedings , et
dont nous fimes textuellement mention dans les Mono-
graphies, sous les noms de Pteropus gambianus et macrocc-
phaliis , nous ne les connaissons encore jusqu'ici que par
les susdites indications de notre savant ami , sous le nom
duquel elles se trouvent de nouveau inscrites dans ces
esquisses. Toutefois, en consultant de nouveau l'article
des Proceedings où il est fait mention , par M. Ogilby , du
système [dentaire des deux Pteropus indiqués , nous leur
trouvons le même nombre et la même forme de dents
molaires , absolument semblable à ce que nous avons exa-
miné dans Pteropus Whitei ; et concluons d'après ces
*) Les individus que notre musée vient de recevoir de la Guine',
ainsi qu'une vieille femelle capturée par le zélé voyageur suédois
M. Wahlberg , dans la Caffrerie me mettent à même de constater que
le Whitei n'est pas un Pteropus , mais qu'il doit être classé dans le
genre Pachysoma ; voir notre article Pachysoma Whitei.
— 54 —
donnés , que les deux espèces mentionnées sont de vrais
Fachysomes ; ce qui nous les fait classer ici dans cette
coupe.
ROUSSETTE PAILLEE. PTEROPUS
STRAMINEUS.
Plusieurs individus conservés à l'esprit de vin , reçus
de la Guiné, nous mettent à même d'ajouter encore
quelques détails zoologiques propres à cette espèce , dé-
crite dans les Monographies vol. 2pag. 84, sur des sujets
originaires du Sénégal et du Sennar.
La membrane alaire des flancs prend son attache au
corps , à petite distance de l'épine dorsale , ce qui fait
que le dos n'est couvert de poils, qu'en un ruban large
d'un pouce environ. La queue est très-courte, terminée
par un tubercule. Tout le pelage est lisse , très-court
et rare.
Le mâle a la région des côtés et du devant du cou
ornés d'un demi collier , jaune-doré à pinceaux de poils
onctueux un peu plus longs, et qui sont divergents d'un
centre commun; ces touffes de poils, plus ou moins dis-
tinctes et longues selon l'âge des individus , ont une
teinte jaunâtre; chez de très-vieux individus elles sont
d'un jaune-rougeâtre. En dessus , le pelage est d'un
jaunâtre terne ou d'un blanchâtre terne, à pointe des
poils brune ou cendrée; milieu du dos ainsi que la croupe
— 55 —
d'une teinte brune, circonscrite de chaque côté par une
petite bande de poils jaunâtres placée sur la ligne de jonc-
tion de l'aîle avec le corps.
La femelle et les jeunes des deux sexes man-
quent de tout vestiges de touffes ou de longs poils diver-
gents aux côtés de la poitrine. Les jeunes ont partout
des teintes plus cendrées et les nuances jaunâtres sont
plus pâles.
Nous avons indiqué les dimensions pour les sujets de
tres-forte taille , à 8 pouces en longueur totale ; enver-
gure 2 pieds 6 pouces ; antibrachium 4 pouces 5 lignes ;
ceux-là sont du Sennar. Les sujets du Sénégal ont gé-
néralement des dimensions moins fortes , et ceux de Gui-
né sont encore moins grands que ces derniers. Longueur
totale 7 pouces ; envergure 2 pieds ; antibrachium 3 pou-
ces 1 1 lignes. Le tout à période égale de l'âge ; car les
jeunes n'ont pas plus d'un pied , huit à dix pouces d'en-
vergure.
Les acquisitions importantes faites par le musée des
Pays-Bas, en espèces nouvelles de roussettes des îles de
l'Archipel, de l'Asie et de l'Australie, et dont plusieurs
ont été découvertes par notre infortuné compatriote
FoRSTEN , me mettent à même de fournir un supplément
remarquable à la monographie du genre Pteropus.
Attendu que nous n'avons à inscrire dans ce travail ,
qu'une espèce déjà décrite , et qu'elle est la seule connue
jusqu'ici parmi les vraies roussettes, qui soit propre aux
côtes occidentales de l'Afrique , je crois pouvoir me liât-
— 56 —
ter que les naturalistes me sauront gré de leur fournir
ici les descriptions des espèces nouvelles de Roussettes
de l'Archipel malais. En les intercalant dans ces pages,
je m'écarte en quelque sorte du plan de n'admettre dans
ce travail, que les espèces de mammifères qui habitent
une partie de la côte occidentale de l'Afrique ; toutefois
ces compléments aux deux mémoires sur les chéiroptères
Irugivores précités , ne me paraissent point déplacés ici.
Les espèces se trouvant classées par ordre de grandeur ,
l'on pourra les intercaler à leurs places respectives dans
le dernier de nos mémoires ou onzième monographie,
vol. 2. pag. 49 à 112 ; travail auquel je n'ai du reste rien
à ajouter.
Je ne fais point mention du système dentaire de ces
espèces nouvelles , vu que dans toutes , l'état normal
n'offre aucune exception.
ROUSSETTE PLUTON. PTEROPUS PLUTON.
Elle n'est guère moins grande et à membranes du vol
moins amples , que VEdulis ou Roussette kalang de Java.
Pelage des parties inférieures assez long et touffu, à
poils rudes , un peu frisés ou contournés à leur bout ;
lisses , droits et plus rares ou clair-seraés aux parties
supérieures du corps , quoique la région du coccyx soit
garnie de poils un peu frisés.
La presque totalité du pelage d'un noir parfait, par-
— 57 —
semé en dessus de quelques poils fauves et rares. Sur
la nuque une grande tache d'un brun-roussàtre foncé ,
et qui n'est point encadrée par une bande nuchale; tout
le reste des parties supérieures , d'un noir parfait et lus-
tré. Toutes les membranes sont nues et noires , en
dessous elles sont couvertes , à claire-voie , de poils noirs ,
disposés seulement le long des flancs , ainsi que sur
l'humérus et une partie de l'antibrachium ; membrane
interfémorale large et développée, portant au coccyx 14
lignes en largeur. Oreilles longues , pointues et noires.
Envergure 4 pieds 7 pouces; antihrachium 8 pouces;
tibia 4 pouces : sur de très-vieux individus des deux
sexes. Le jeune et l'état intermédiaire ne me sont poiu
connus.
Patrie. Les îles de Bali et de Lombok.
ROUSSETTE A LUNETTES. PTEROPUS
CONSPICILLATUS.
M. GouLD vient de faire connaître cette belle espèce,
trouvée par M. Mac Gillivray dans les parties orientales
de l'Australie. Elle se trouve désignée en ces termes :
Sa taille et ses formes sont les mêmes que chez le
P. poliocephalus ; mais la tête est plus grande ; le système
dentaire est plus fort et plus massif. Des taches dispo-
sées en forme de lunettes servent aussi de caractère dis-
tinctief , facile à vérifier.
Sommet de la tête noir, parsemé de quelques poils
— 58 -
f oux ; un roux brunâtre entoure les paupières , il produit
l'effet d'une paire de lunettes affublant l'organe de la
vue; la bande roussâtre est prolongée sur les côtés de la
face et vient aboutir aux lèvres. Sur la nuque se trouve
dessiné un large croissant d'un roux foncé; cette teinte
couvre également les côtés du cou et elle forme un collier
interrompu sur la poitrine. Toutes les autres parties du
corps ont des teintes noires ; mais elles sont variées sur
le dos par des poils grisâtres, clair-semés, et à la poi-
trine ainsi que sur les autres parties inférieures, par
des poils roux.
Les dimensions ne sont point indiquées.
Pteropus gonspicillatus Gould. Proc. of Zool. Soc.
1849, pag. 109. — Id. Mamm. of Austra , avec une
planche.
Patrie. L'île Fitsroy, non loin de la côte orientale
de l'Australie.
ROUSSETTE ALECTON. PTEROPUS ALECTON.
Nous avons quelques nouvelles données zoologiques à
fournir sur cette espèce, décrite dans les Monographies,
Vol. 2 , page 75 , où elle se trouve fondée sur la connais-
sance d'un seul individu, originaire de l'île Célèbes; le
musée en a obtenu plusieurs autres depuis cette publica-
— 59 —
tiou. C'est par erreur que cette espèce est iiouimé P. ater-
RiMUS dans le Coup- d'oeil sur les possessions néerlandaises
dans l'Inde archipèlagique , Vol. 1. p. 333.
L'Alecton à l'état adulte, est à peu-près d'un tiers moins
grande que la Funèbre ; ses oreilles sont proportionellement
moins longues et le museau est plus court. La mem-
brane interfémorale chez cette dernière est plus large
que la distance entre le Lord postérieur des yeux et la
pointe du nez , et cette membrane entoure toute la ré-
gion de coccyx; dans l'Alecton elle est remarquablement
plus courte que ne l'est cette distance ; puis cette mem-
brane se trouve interrompue et n'entoure point la sus-
dite région. Les dimensions en longueur totale et celles
de l'antibrachium servent aussi à les distinguer ; les ailes
de VAlecton ne sont pas aussi longues ; elles offrent moins
de largeur ; tout le système cutané est d'un noir par-
fait, tandis que la. Funèbre de même que VEdule ou Kalong,
ont les ailes larges et la couleur des membranes est brune.
La nuque est d'un brun bai terne , quelquefois brun-
noirâtre et le petit mantelet est séparé du noir profond
du dos, par une bande noirâtre et lustrée.
Les dimensions de nos sujets les plus forts sont : lon-
gueur totale 8 pouces 6 lignes; longueur de la tête 2
pouces 7 lignes ; distance du bord antérieur des yeux à
la pointe du nez 1 pouce ; hauteur des oreilles 10 lignes ;
envergure 3 pieds 1 ou 2 pouces, antibrachium 3 pouces
6 lignes.
Patrie. Cette espèce ne vit point à Java; on la trou-
— 60 —
ve en grand nombre dans une petite île fort peu distan-
te nommée Bawean , et depuis là jusqu'à Célèbes , d'où
plusieurs individus ont été obtenus. Les individus de
Célèbes ont été envoyés au musée par M. Forsten ; ceux
de Bawean sont dûs à M. Diard.
ROUSSETTE LEUCOPTERE. PTEROPUS
LEUCOPTERUS.
J'ai parcouru tous les systèmes, proceedings, bulletins
et annales à la recherche d'une indication ou de l'insig-
nifante diagnose, afin de ra'assurer si l'espèce du pré-
sent article est décrite ou seulement indiquée , ne fusse
que par quelques mots. Mes recherches ayant été vai-
nes , je me décide , quoique toujours avec quelque dou-
te à la présenter comme nouvelle. Le seul individu
que j'ai pu examiner, à été acquis d'un marchand
d'histoire naturelle qui m'a assuré l'avoir obtenu des îles
Philippines.
Cette grande espèce, facile à reconnaître du premier
coup-d'oeil de toutes ses congénères , par les teintes clai-
res du pelage et par le peu d'épaisseur des membranes
du vol , terminées par un grand espace blanc à peu-près
diaphane, peut être définie ainsi :
Le pelage gris- cendré de toutes les parties du corps
suffit de moyen pour la distinguer des autres roussettes.
Cette teinte cendrée dominante est seulement un peu
plus claire sur la nuque et aux épaules.
-^ 61 ~
Patrie, incertaine, l'on présume l'une des îles Phi-
lippines.
ROUSSETTE HYPOMELANE. PTEROPUS
HYPOMELANUS.
Taille et formes du P. pallidus * ; mais l'attache des
membranes au corps , la nature du pelage , ainsi que la
distribution des couleurs offrent plus de ressemblance
avec P. Edwardsii ^.
Face , joues et occiput d'un gris-blanchâtre , mais non
pas général , vu que des poils noirs , à la vérité très-clair-
semés en rompent l'uniformité ; menton noir ou d'un
brun-foncé ; nuque , côté de cou et haut de la poitrine
d'un roux-foncé et vif, moins intense chez quelques in-
dividus qui ont ce pelage roux-ardent, entermélé de poils
bruns. Le thorax et tout le ventre d'un roux jaunâtre;
cette teinte est comme encadrée par du brun noirâtre qui
s'étend , à partir des aisselles , en un large ruban , cou-
vrant les flancs et entourant la région du coccyx. Le
pelage du dos très-lisse et celui de la croupe frisé est
partout couvert de poils noirs et gris, entremêlés irré-
gulièrement. Le système cutané est noir ; seulement un
étroit ruban , caché par le pelage , entoure le coccyx.
Les adultes dans les deux sexes.
^) Monogr. de mamm. Vol. 1. pag. 105 , et Vol. 2, pag. 77.
'^) Ibld. Vol. 2, pag. 61.
— 62 —
Parmi plusieurs individus adultes s'en trouve un de la
même localité , dont la région thorachique et abdomina-
le , ne sont point encadrées par une bande foncée ; toutes
les parties inférieures étant couvertes de poils roux-jau-
nâtrcR et bruns , entremêlés irrégulièrement ; tout le dos
l'est également de poils bruns et jaunâtres. L'on voit en
ceci la preuve renouvellée des différences, que présen-
tent les couleurs du pelage chez les espèces de chéi-
roptères frugivores.
Longueur totale de 7 à 8 pouces ; envergure 2 pieds
6 à 7 pouces ; antibrachium 4 pouces 2 lignes.
Patrie. L'île de Ternate, d'où M. Forsten en a en-
voyé plusieurs individus ; elle y dévaste les vergers et ne
se nourrit que de fruits.
ROUSSETTE DOGUIN. PTEROPUS MOLOSSINUS.
Cette espèce remarquable et dont le musée ne possède
que l'individu qui nous sert à tracer ces lignes , diffère
essentiellement du plus grand nombre de celles décrites
nians nos deux monographies sur le genre Pteropus. Elle
est caractérisée d'une manière toute particulière ; par
sa petite tête courte et son museau obtus , par des
oreilles fort étroites et courtes , se montrant à peine d'un
couple de lignes, d'entre l'épaisse fourrure dont la tête
ainsi que les autres parties du corps sont pourvues. Elle
est encore remarquable par la présence de touffes onctu-
— 63 ~
euses aux côtes du cou, et dont les poils vont en diver-
gent d'un centre commun : puis les membres postérieurs
de cette roussette sont complètement nus, et la mem-
brane interfémorale n'est que rudimentaire ; celle-ci en-
toure le coccyx en un ruban fort étroit , caché par le
pelage abondant de cette partie au corps.
Le pelage de cette roussette ressemble, par son abon-
dance , à celui dont P. dasymallus et P. pselap/ion sont
pourvus ; il est serré , cotonneux et frisé ; indépendam-
ment de ce feutre, d'autres poils soyeux et longs, repar-
tis à claire-voie , couvrent toutes les parties du corps.
Le museau est garni de poils ras; l'antibrachium en
dessous de même que toute la région tibiale , sont totale-
ment privés de poils. Les touffes qui prennent naissan-
ce des glandes onctueuses des côtés du cou, ont des
poils longs et rudes , d'un brun-clair. Le museau, le
chanfrein et le menton sont aussi d'un brun clair; le
feutre du dessous du corps est d'un brun-noirâtre uni-
forme , mais les poils soyeux très-clair- semés , sont d'un
jaunâtre lustré; la tête et le cou portent des teintes un
peu plus foncées que le sont celles du ventre; le dos
est d'un brun plus clair, nuancé de jaunâtre, vu que
les poils soyeux de celte partie y sont plus abondam-
ment repartis qu'aux parties inférieures du corps. Les
petites oreilles, en forme de feuille de saule, ne mon-
trent que leur pointe au-dessus du pelage ; elles sont
nues et noires ; tout le système membraneux est de cette
teinte.
— 64 -
Longueur totale prise du sommet du crâne au coccyx
3 pouces 2 ou 3 lignes; longueur de la tête 1 pouce 5
lignes ; distance du bord antérieur des yeux à la pointe
du nez 6 lignes; envergure 22 pouces ; antibrachiura 3
pouces 3 lignes.
La patrie de cette espèce n'est point connue; nous
n'avons vu que l'individu mâle de notre musée; mais
les inductions qu'on peut tirer de l'abondance ainsi que
de la nature cotonneuse et feutrée du pelage , font con-
jecturer que cette roussette n'habite point les contrées
tropicales, patrie du plus grand nombre des espèces de
ce genre ; mais qu'elle vit dans une des îles de l'Asie
septentrionale , où habitent aussi les P. Dasy malins et
P. Pselaphon , munies comme notre Molossinus , d'un pe-
lage abondant et feutré.
Le genre Pachysoma , qu'à l'exemple du professeur
Geoffroy de St. Hilaire , nous avons établi dans la famille
de chéiroptères frugivores ^ , s'y trouve admis , principa-
lement en raison de la différence dans le système den-
taire, comparé à celui du genre Pleropus. On saft que
les pachysomes manquent d'arrière molaire à toutes
les mâchoires et que les roussettes en sont pourvues , ce
qui fait que dans le genre Pleropus on compte 32 dents
persistantes , et dans Pachysoma seulement 28 ; indé-
pendamment de ce caractère zoologique , ils ont le
1) Monographie de mammalogie , Vol. 1. pag. 157.
— 65 —
pouce engagé jusqu'à moitié de sa longueur, dans la
membrane policaire. Leur régime alimentaire, ainsi que
la manière de vivre, offrent aussi quelques différences.
Les Pachysomes ne font point consister uniquement leur
nourriture en fruits ; ils y joignent aussi celle des in-
sectes ; ils ne volent jamais que pendant le crépuscule du
jour ou du soir; au lieu de se suspendre aux branches
des arbres à l'ombre du feuillage , ils choissent pour re-
traite pendant la clarté du jour , les trous des arbres
vermoulus, ou bien les fentes des roches et les souter-
rains pour s'y cacher. Plusieurs espèces de ce groupe
vivent dans les îles de l'Archipel indien , et nous les
avons mentionnées dans les mémoires précités. Quant
aux Pachysomes qu'on trouve en Afrique , ils ont été
classés jusqu'à présent parmi les vraies Roussettes; de
ce nombre sont ceux indiqués sous les noms de Pleropus
Wliitei , lahiatus , gamhianus et macrocephalus > , qu'on
retrouve ici dans le groupe Pachysoma , dont ils portent
les caractères.
PACHYSOME DE WHITE. PACHYSOMA WHITEI.
Pteropus Whilei a été établi par M. Bennet , sur un
mâle adulte en peau sèche j remis à la Société Zoologi-
que de Londres par M. Rendall ; l'individu a fourni à
*) Voyez Proceed. Zool. Soc. 183 5. pag. 100, et Monographies de
fnammalogie , Vol. 2 , pag. 83.
— C6 -
M. Bennet quelque doute relativement au système den-
taire ainsi qu'a la position naturelle des ailes ; celui qu'il
a décrit se trouvant dans un état de dissécation, qui ne
lui permettait pas d'établir son jugement d'une manière
exacte: dès-lors il a pu être indécis sur la position
naturelle de cet organe du vol. Pour ce qui concerne
les dents , il renvoie à des observations à faire sur cette
espèce , lorsque l'occasion se présentera de l'étudier sur
le vivant ou sur des individus conservés à l'esprit de
vin.
Notre voyageur Pel vient de nous mettre à même
de remplir les lacunes signalées par le naturaliste an-
glais, et d'y ajouter comme complément la connaissance
de la femelle et du jeune âge de cette espèce.
De l'examen des dents ainsi que par les autres indices
zoologiques, en rapport avec les moeurs et le genre de
nourriture de cette espèce, il resuite que les caractères
génériques ne diffèrent point de ceux des Pachysomes de
l'Inde ; ceux-ci ont le museau plus obtus que ne l'est
celui de l'espèce dont nous nous occupons ; mais cette
iorme plus alongée des deux mâchoires, dépend unique-
ment de la manière dont les dents , quoique en nombre
parfaitement égal, s'y trouvent néanmoins différemment
distribuées; en effet ces dents sont contigues même ser-
rées les unes à côté des autres chez les Pachysomes de
l'Inde ; tandis que ceux de l'Afrique les ont plus ou moins
à l'aise, selon que ces espèces ont le museau plus ou
moins long.
Le pelage de cette espèce est serré et laineux quoique
assez court et lisse ; la teinte générale en est d'un brun
- 67 -
pâle à nuance roussâtre ; celte couleur règne sur toutes
les parties supérieures; mais elle est un peu plus claire sur
la croupe. A la base des oreilles se trouvent deux taches
d'un blanc pur, l'une au bord antérieur, l'autre à sa par-
tie postérieure. Tout le dessous du corps , le milieu du
ventre excepté, est d'une teinte moins foncée que le dos,
et nuancée de gris ; la partie médiane du ventre est d'un
blanc terne. De chaque côté de la poitrine se trouve une
ample touffe de poils blancs , longs et naissant d'un cen-
tre commun , et ils s'écartent en pannache. Le système
cutané est d'un brun-noiràtre. Le mâle vieux.
La femelle a les parties supérieures de la tête et
du corps d'un roux terne nuancé de teintes plus claires;
ce roux est teint de brun sur la partie poilue de l'anti-
brachium. Deux taches blanches marquent la région auri-
culaire, l'une à la face antérieure , l'autre à la partie pos-
térieure de la conque. Le dessous du corps est d'un gris •
roussâtre ; le milieu de l'abdomen est blanchâtre ; cette
nuance se voit aussi sur le devant du cou, ainsi qu'aux
côtes du thorax, là, où le mâle porte les touffes blan-
ches. Les membranes sont de couleur feuille-morte.
Longueur totale 6 pouces 4 ou 3 lignes; celle de la
tête 2 pouces 3 lignes ; distance du bord antérieur des
yeux à la pointe du nez 1 pouce 1 ou 2 lignes ; enver-
gure 18 pouces 1 ; antibrachium 5 pouces.
*) La description du naturaliste anglais fait mention de 12 pou-
ces ; il y a évidemment erreur dans cette indication . puisque les di-
mensions dans la figure donnent effectivement les 18 pouces que
nous signalons.
5*
- 68 -
Les jeunes mâles de 15 à 15 pouces d'envergure, n'ont
à cet âge aucun indice de touffes humérales ; la région
ou elles doivent se former est couverte de poils blancs ,
un peu plus longs que ne le sont les autres poils du
corps , mais couchés et non pas réunis en touffe ; le mi-
lieu du ventre est blanc et les autres parties inférieures
sont d'un cendré-brun. Les parties supérieures du corps
ont , pour la tête et le cou , une teinte cendrée claire ,
et pour le reste d'un brun-cendré , toujours en des tein-
tes ternes. Les taches blanches au devant et derrière les
oreilles paraissent dès le premier-âge ; elles peuvent ser-
vir de marque caractéristique pour cette espèce.
Pteropus WmiEi Benn. Transa, Zool. Soc, Vol. 2,
pag. 51 , pi. 6, — Temm. Monograph. de marnm. , Vol. 2 ,
pag. 560.
Patrie. Diflérentes parties de la côte occidentale de
l'Afrique.
PACHYSOME LABIAIRE. PACHYSOMA LABIATA,
Lorsque je fis connaître cette espèce remarquable * ,
son système dentaire ne m'était connu que par l'examen
des incisives; les deux dépouilles à ma disposition man-
quaient de tout vestige de molaires ; depuis , ayant eu
l'occasion de voir la forme et le nombre des dents , il ne
*) Sous le nom de Pteropus labiatus, Monograph. do Mamm. Vol. 2 ,
pag. 83 , pi. 39.
— 69 —
me reste plus de doute sur son identité spécifique avec
les pachysoraes à molaires au nombre de 5 à la mâchoire
supérieure et de 5 à l'inférieure, nombre normal dans
l'état adulte; mais, qui chez les jeunes est augmenté
par une fausse molaire de plus à la mâchoire supérieure.
Cette espèce , facile à reconnaître du premier coup-
d'oeil, est caractérisée par un prolongement assez étendu
de la livre supérieure ; ainsi que par deux longues touf-
fes de poils blancs à la poitrine. Nous omettons ici les
indications plus détaillées de forme et de coloration du
pelage , qu'on trouve dans la description publiée dans les
Monographies citées. Nous ne faisons mention de ce
cheiroptère de l'Afrique orientale (Abyssinie) , que pour
rectifier l'erreur de classification qui vient d'être signalée.
PACHYSOME GAMBIEN. PACHYSOMA
GAMBIANUS.
Cette espèce et la suivante , classées jusqu'ici ainsi
que la précédente , dans le genre Pteropus , doivent en
être distraites , pour se trouver réunies dans le groupe
Pachijsoma. Celle-ci et son congénère dont nous ferons
mention, habitent la côte occidentale, et selon toute pro-
babilité se trouvent aussi à la Guiné; toutefois nous ne
les avons pas reçues de celte contrée , et nous ne pou-
vons en fournir le signalement , que sur le témoignage
récommanddble du naturaliste anglais, Ogilby. 11 résulte
- 70 -
de l'examen des dents que leur nombre correspond à
celui des autres espèces de pachysomes.
Le P. garabien à le pelage fin et cotonneux, à-peu-près
partout d'une teinte cendrée roussâtre , seulement plus
pâle sur les cotés du cou et au ventre. Les ailes sont
amples et nues; mais les cuisses et l'antibrachium sont
poilus et d'un brun^clair. La membrane interfémorale
rudimentaire n'entoure point le coccyx ; elle garnit seu-
lement les pieds d'un ruban large, à peu-près de six lig-
nes , couvert en dessus de poils. Les oreilles sont pe-
tites , nues, droites et de forme elleptique; les yeux en
sont plus rapprochés et par là plus distants de la pointe
du nez.
Longueur totale 6 pouces 9 lignes , dont la tête prend
1 pouce 9 lignes; envergure 1 pied 8 pouces; mesure
anglaise.
Pteropus gambianus Ogilb. Proceed. Zool. Soc. July
1855, pag. 150.
Patrie. M. Rendall a trouvé cette espèce sur les
bords de la Gambie.
PACHYSOME A GROSSE TETE. PACHYSOMA
MACROCEPHAIA.
La couleur, les formes et l'ensemble sont au total
semblables â l'espèce précédente, mais celle-ci est re-
marquable par la grandeur de la tête et par la couleur
des membranes du vol, qui sont d'un brun-noir, très-
- 71 —
prononcé. Les canines et la tête sont plus grandes, el
le rudiment de membrane tenant lieu d'interfémorale est
plus étroit.
Longueur totale 6 pouces dont la tête prend 2 pou-
ces ; envergure 1 pied 5 pouces.
Pteropus macrocephalus Ogilb. Proceed. ZooL Soc.
loco cit.
Patrie. La même localité que le précédente.
Les espèces de Rhinolopliidées qu'on à trouvées jusqu'ici
en Afrique, pouvant toutes prendre rang dans l'une ou
dans l'autre des deux sections, que j'ai adopté dans ce
groupe des Chéiroptères insectivores , voir Monographies
de mammaloyie , Vol. 2 , pag. 1; nous n'aurons qu'à rap-
peler à la mémoire les caractères sur lesquels reposent
les deux divisions, ou bien si l'on veut les deux
genres dont ce groupe est formé.
La première section est composée des espèces dont la
grande feuille nasale est simple, transversale et plus ou
moins arrondie ; ils n'ont point de lobe ou d'oreillon mo-
bile ; ce sont le Phyllorrhines. La seconde section com-
prend les espèces à feuille nasale compliquée ; celle pos-
térieure élevée en fer-de-lance ayant un socle naissant
au centre de fer-à-cheval ; ils ont un lobe mobile à la
base de l'oreille; ce sont les Rhinolophes. Le système
dentaire est le môme dans les deux sections.
TL —
Première Section.
PHYLLORRHINE A BANDE. PHYLLORRIIINA
VITTATA.
Cette grande et belle espèce nous est parvenue dans
le dernier envoi, adressé par M. Pel de la côte de Guiné;
jugeant qu'elle était encore inédite, le nom de Phyllorr-
hine polphèine lui fut donné. Vers cette même époque
nous arriva la visite de 31. Peters de Berlin, revenu de-
puis quelque temps en Europe, d'un voyage de décou-
verte vers les côtes orientales de l'Afrique. Le désir de
comparer ses acquisitions faites dans les possessions por-
tugaises de Zanziber et de Mossambique , aux matériaux
recueillis par M. Pel , à la côte occidentale de cette vaste
partie du monde , le conduisait à Leiden , dans le but
d'étudier les productions de ces deux côtes , opposées ,
à peu-près à distance égale de l'équateur, l'une au nord
l'autre au midi ; tandis qu'elles sont distantes par l'é-
tendue considérable de toute la largeur de ce continent,
dont une grande partie est probablement envahie par de
vastes déserts.
Au nombre des observations intéressantes auxquelles
cette comparaison donna lieu, M. Peters me fit voir,
que le grand Rhinolopbidé, dont il est fait mention dans
le présent article , se trouve être semblable à celui cap-
turé par lui à la côte de Mossambique. Je constatai en
effet d'après la ligure que me remit M. Peters , l'iden-
- 73 —
tilc j)aifaite de forme de ces deux individus , quoique
obtenus à une dislance aussi considérable. Toutefois, je
ne suis pas aussi certain de leur ressemblance parfaite
sous le rapport des couleurs du pelage.
Ce cheiroptère , découvert à peu-près en même temps
par M. Peters â la côte orientale et par M. Pel à la côte
occidentale , est une espèce qui porte tous les carac-
tères , tant ostéologiques que zoologiques de ce genre ;
par les formes des appendices membraneux du nez , il
ne diffère point de ses congénères, classés dans notre
première section des Rhinolophes, décrits dans les Mono-
graphies de maramalogie , et pour lesquelles nous adop-
tons le nom de Phyllorrhine.
C'est l'espèce la plus grande connue aujourd'hui, non
seulement dans ce genre, mais aussi dans toute la fa-
mille de Chéiroptères insectivores. Un large syphon en
bourse , poilu intérieurement , s'ouvre sur le front ; c'est
dans cette poche , observée dans le mâle , que se forme
la matière odorante.
Le pelage fin et soyeux ne revêt que les différentes
parties du corps, laissant â nu les pieds ainsi que tout
le système du derme , qui est très-développé. La queue
est longue , adhérente au derme et libre sur le tiers de
son étendue.
Le sommet de la tête et la face sont d'un gris-terre-
d'ombre ; au front du mâle s'ouvre une poche marquée
par un liséré nu, garni de poils contournés; les parois
internes en sont poilus ; au devant de ce syphon s'élève
la grande membrane transversale , terminée en dôme ,
- 74 —
un bourelet nu donne attache à la grande membrane
en fer-à-cheval , dans laquelle s'ouvrent les narines , tan-
dis que deux plis latéraux du derme s'étendent sur les
lèvres dans la direction du fer-à-cheval. Les oreilles
sont longues, pointues, elleptiques et nues. Le pelage
de la nuque est légèrement frisé; les poils de cette es-
pèce de collier sont bruns à leur base et terminés de
brun-jaunâtre. Les épaules, ainsi que toutes les parties
du milieu du dos et de la croupe , sont d'un brun
uniforme; cette teinte est bordée, à partir de l'humérus
jusqu'au fémur, d'une large bande de poils d'un gris-
jaunâtre. Aux parties inférieures, le pelage est cendré
et prend une teinte blanchâtre le long des flancs ; les
épaules sont blanches ; sur cette teinte claire est peint
une large bande longitudinale ou chevron, d'un brun vif.
Tout le système cutané est d'un brun-noirâtre. Le mâle
très-vieux.
Longueur du bout du museau à la pointe de la queue
6 pouces; tête 1 pouce 7 lignes; hauteur des oreilles 8
lignes; queue 1 pouce; envergure de 22 à 25 pouces;
antibrachium 3 pouces 9 ou 10 lignes.
Le crâne présente une élévation remarquable de la crête
coronale , très-mince et formant un quart de cercle ; les
arcades zygomatiques sont fortes et larges. Les dents
sont en même nombre que chez tous les autres rhinolo-
phes ; deux très-petites incisives écartées existent dans
le cartilage mobile , puis quatre trilobées à la mâchoire
inférieure ; la trés-pelite fausse molaire supérieure est
poussée en dehors de la rangée , par le développement du
talon des canines.
- 75 —
Phyllorrhina viTTATA P G 1 6 1' S , Voyoges de découv. en
Afrique , avec une planche du mâle adulte.
La vieille femelle, inédite , est un peu moins gran-
de que le mâle ; son envergure diffère seulement d'un
pouce , et loules les autres dimensions sont en propor-
tion de celle-là. Elle est remarquablement disparate de
l'autre sexe, par le manque d'orifice ou de syphon au
front, seulement indiqué par un repli de la peau, ainsi
que par la coloration différente de son pelage: du brun
en teintes variées domine dans le mâle, le roux-ardent
en nuances plus claires, colore la livrée de la femelle.
Un roux ardent couvre les parties supérieures ; la ban-
de qui s'étend de l'humérus au fémur est un peu plus
claire; la tête et les joues sont d'un roux très-clair; la
gorge et la poitrine sont d'un roux un peu plus foncé et
la région des épaules est claire ; sur cette teinte est peint,
en roux-marron, la bande ou le chevron longitudinal;
tout le reste des parties inférieures est d'un roux de
rouille. Le système cutané est brun.
Patrie. M. Pel a trouvé les deux individus dont
nous venons de fau-e mention , dans les fortifications du
château à Elmina, côtes de Guiné. Nous ignorons dans
quelle localité M. Peters a trouvé l'individu mâle , qu'il
a rapporte de Mossambique.
PHYLLOURHINE CYCLOPE. PHYLLORRHINA
CrCLOPS.
Cette espèce parait habiter de préférence les rivts
— 76 —
boissées des eaux ; elle vole , pendant le crépuscule , à la
lisière des forêts voisines des rivières. Elle est facile à
distinguer Je ses congénères, par son pelage cotonneux,
frisé et comme ébourifé partout. Le mâle , un peu en
arrière de la feuille compliquée du nez , est muni d'un
large sypbon , qui s'ouvre sur le front; la femelle porte
simplement le stigmate d'une ouverture, sans qu'il con-
duise à une bourse. La membrane interfémorale est dé-
coupée en demi cercle , et la courte queue qui s'y trouve
engagée, n'a que sa pointe libre. Les oreilles sont lon-
gues , pointues et sans oreillon mobile.
Tout le pelage supérieur et inférieur est d'une même
nuance , et il n'existe sous ce rapport aucune différence ,
qui puisse servir de moyen pour distinguer les sexes.
Le pelage supérieur est brun-noirâtre, mais le bout
frisé de tous les poils est jaunâtre; en dessous il est brun-
bistre , à bout des poils également jaunâtre. La feuille
transversale qui prend naissance entre le pelage touffu
du front, s'élève en deux lobes, séparés par une écban-
crure, de laquelle sort une petite feuille très- étroite ; sur
le bourrelet s'élève une autre petite feuille, à laquelle vient
aboutir le large derme du fer-à-cheval , accompagné en
dessous d'une seconde membrane. L'ouverture au front
du mâle est entourée par le pelage laineux et enbourifé;
la poche est également tapissée de poils onctueux. La
moitié de l'antibrachium est couvert par le pelage.
Longueur du bout du museau à la pointe de la queue
5 pouces 6 lignes; hauteur des oreilles 1 pouce; queue
6 lignes; envergure 12 pouces 6 a 9 lignes ; antibrachium
1 pouce 6 lignes.
- 77 -
Patrie. L'on trouve cette espèce sur la rivière Bou-
try , côte de Guiné.
PHYLLORRHINE FULIGINEUX. PIIYLLORRHINA
FULIGINOSA.
L'espèce nouvelle décrite ici sur un sujet unique , de
sexe féminin, de toutes celles qui me sont connues est
la moins affublée de membranes ou de feuilles nasales ;
les oreilles sont grandes et larges, et leur bord antérieur
interne est garni de poils. La membrane interfémorale
est ample et longue; la queue s'y trouve engagée tota-
lement. Tout le système cutané est nu.
Parties supérieures du pelage d'un roux de rouille vif,
mais la base de tous les poils est peinte de roux-doré ;
la tête , le devant du cou , toutes les parties inférieures
ainsi que le ruban latéral , le long des flancs , sont d'un
roux-doré vif. Pour toute membrane l'on voit seule-
ment une feuille transversale, peu apparente, d'où se dé-
tacbe le petit fer-à-cbeval en liséré, qui est un peu plus
large vers le muffle , et qu'accompagnent deux petits
plis , à peine visibles. La base postérieure , ainsi que le
bord antérieur interne des grandes oreilles , sont cou-
verts de poils. Les membranes sont nues et noires.
Longueur 5 pouces 4 lignes ; dont la queue prend 1
pouce 3 lignes; envergure 11 pouces 6 lignes; antibra-
cbium 2 pouces.
— 78 —
Sur la vue d'un seul individu /eme//e ; ce qui fait qu'on
ne peut indiquer , s'il y a ou non différence de coloration
du pelage dans les sexes, ni s'il est certain que le mâle
soit pourvu d'un syphon.
Patrie. La côte de Guiné.
PHYLLORRHINE CAFFRE. PHYLLORRHINA
CAFFRA.
Sous ce nom nous à été envoyé , par M. le professeur
SuNDEVALL de Stoliliolm , la petite espèce de rhinolophe
qui fait le sujet du présent article ; cet individu ainsi
que plusieurs autres , provenaient de la grande collection
d'objets d'histoire naturelle, rassemblée dans le pays des
Caffres , par les soins du naturaliste suédois Wahlberg.
Nous reçûmes, à peu-prés en même temps au musée,
un individu capturé au Congo , et vers la même époque
nous en parvint un grand nombre de la côte de Guiné ,
faisant partie des collections de M. Pel. La comparaison
minutieuse de ces individus, de contrées différentes, ne
m'a pas offert la plus légère disparité à signaler. Je
laisse, quoique à regret, à ce petit vespertilionide, trè
abondant le long du littoral occidental , le nom , sans
contredit très-improprement appliqué , selon lequel on se-
rait porté a lui donner comme patrie exclusive, la côte
Sud-Est de ce continent. L'on voit par ce fait se re-
produire l'inconvénient en nomenclature , dans le choix
vicieux d'un nom, emprunté d'une contrée; dénomina-
- 79 -
lion dont les naturalistes ont toujours été si prodigues,
et que je me suis permis de blâmer si souvent. Il nous
paraît nonobstant inexplicable comment il se fait qu'une
espèce aussi minime de taille, ait pu se répandre dans
des contrées éloignées , séparées par des déserts , dont
l'étendue semble opposer une barrière infranchissable à
leurs moyens de locomotion.
Ce petit Rhinolophidé, un peu plus grand que le Ves'
pertilio pipistrelhis d'Europe , porte tous les caractères des
espèces comprises dans cette section ; la feuille transver-
sale est petite et peu saillante d'entre le pelage, qui en
cache la base ; le fer-à-cheval n'offre qu'un pli du derme ,
entouré par le pelage abondant des joues et des mâchoi-
res. Derrière la feuille transversale se trouve , dans le
mâle seulement , un petit syphon ne conduisant point à
une bourse ou poche. Les oreilles ont la conque très-
développée en largeur , quoiqu'elles soyent peu hautes ,
mais elles sont étendues d'une part sur le front , de l'au-
tre vers les joues. La queue est aussi longue que l'in-
terfémorale.
Pelage long , fin et soyeux , bicolore aux parties su-
périeures, unicolore en dessous. Les poils du dessus du
corps et de la tête sont blanchâtres à leur base, et l'au-
tre moitié est d'une teinte brun-marron ; toutes les par-
ties inférieures sont grises. Les oreilles sont très-poi-
lues à leur base et un lobe également poilu extérieure-
ment tient lieu de tragus. Membranes d'un brun-noi-
râtre. Les dents sont comme dans les autres rhinolo-
phes.
— 80 —
Je n'ai pu trouver chez les sexes aucune autre dif-
férence que dans le manque du syphon chez la femelle.
Longueur totale jusqu'au bout de la queue 2 pouces
8 lignes ; la queue à peu-près 1 pouce ; envergure 9 pou-
ces 3 lignes; antibrachium 1 pouce 7 lignes.
Patrie. L'on vient de faire la remarque que cette
espèce est très répandue à la Giiiné et commune à la
côte Sud-Est.
Seconde Section.
RHINOLOPHE ALCYONE. RHINOLOPHUS
ALCrONE.
C'est la seule espèce de cette section qui ne soit par^
venue de la partie littorale de l'Afrique , dont nous nous
occupons. Elle est munie d'une folicule en fer- de-lance,
large à sa base, mais peu haute et munie de deux ran-
gées de petites caritées; un socle repose sur le bourrelet
et est entouré du large fer-à-cheval bordé d'un petit plis
du derme. Les oreilles sont grandes et hautes, terminées
par un oreillon mobile.
Nous n'avons pu observer qu'une femelle ; il est dès-lors
incertain s'il faut attribuer l'existence d'un syphon, dans
le mâle.
Le pelage de la femelle est pour toutes les parties su-
— 81 —
périeures , d'un rouge-vif couleur de briques cuites ; en
dessous d'une teinte plus claire, couleur de rouille. Les
oreilles n'ont que la base poilue; leur pointe est recour-
bée en dehors ; celles-ci , de même que toutes les autres
parties du derme sont noires.
Longueur jusqu'au bout de la queue 3 pouces; la queue
seule 9 lignes; envergure 11 pouces; antibrachium 1
pouce 9 lignes.
Patrie. La rivière Boutry à la Guiné.
L'espèce du genre Megaderma qui habite la Guiné,
est la même qu'on trouve plus au nord dans toute la
Sénégambie, et au midi jusques au Congo: c'est celle
bien connue décrite et figurée sous le nom de
MEGADERME FEUILLE. MEGADERMA FRONS.
Daubenton en fît mention le premier, sur un sujet
rapporté du Sénégal par Adâjvson ; Geoffroy père le clas-
sa en tête de sa monographie des Mégadermes ^
Depuis l'époque de cette publication , aucune autre es-
pèce nouvelle n'est venu enrichir ce petit genre , composé
primitivement de M^frons d'Afrique, de M. lyra de l'Inde
continentale, puis de deux autres, sous M. spasma et
trifoliiim, dont l'une forme double emploi de l'espèce
commune à Java , à Célèbe et Ternate ; ce que nous pou-
*) 3Iémoires du Mus. d'Hist. Nat. Vol. 15. pag. 187.
— 82 ~
vons donner comme Irès-positif, ayant o])lenu conslam»
ment et en niasse , la même espèce de toutes ces îles,
il/, spasma, comme le plus ancien de ces noms , devra être
conservé à la troisième espèce de l'Inde arcliipélagique.
Il en est des Mégadermes comme des Nyctères ; l'une
et l'autre de ces coupes ne comptent qu'un très-petit
nombre d'espèces; tandis que les Phylostomes, tous d'A-
mérique, sont dans cette partie du monde les réprésen-
tants des deux genres précités qui vivent dans l'ancien
continent.
La grande famille des chéiroptères insectivores, dont
le genre Taphozous fait partie , compte aussi une espèce
nouvelle et remarquable sur les côtes occidentales de
l'Afrique : elle est la plus grande de ce groupe et se
rapproche le plus par l'ensemble de son organisation, du
type asiatique, connu sous le nom de Taphozous sacco-
laimus ; comme celui-ci, elle a le menton entouré d'une
poche, formée par un repli du derme et de laquelle suinte
la matière fétide qui répand une odeur si pénétrante, en
trahissant au loin les demeures où se retirent ces ani-
maux. L'espèce étant inédite , nous lui donnons le nom
de notre voyageur.
TAPHIEN DE PEL. TAPHOZOUS PEU.
Pelage peu abondant , très-court et lustré ; couvrant
seulement le corps et la tête, et laissant complètement
— 83 —
à nu toutes les parties postérieures, de même que tout
le système cutané.
Le pelage du corps , du cou et de la tête est en des-
sus d'un marron vif et lustré, en dessous d'une teinte
un peu plus claire et terne. Sous le menton qui est à
nu, s'ouvre une poche, dans les replis de laquelle s'o-
père la sécrétion de la matière onctueuse. La face n'est
couverte que de quelques poils rares et noirs. Les oreil-
les sont grandes; à leur base se forme un prolongement
du derme , dirigé sur les joues ; le tragus est grand , en
fer-de-liache. La queue assez longue, perce la mem-
brane interfémorale vers le milieu de son étendue ; tou-
tes les autres parties du derme sont nues et noires. Les
dents sont ëil tout semblables et en même nombre que
dans les autres Taphiens; les quatre incisives inférieu-
res sont trilobées.
Longueur de la pointe du museau au bout de l'inter-
fémorale 6 pouces ; de la queue 1 pouce 4 lignes , dont
6 lignes de libre; envergure 19 à 20 pouces; anlibra-
chium 5 pouces 1 ou 2 lignes.
Patrie. Cette espèce nouvelle a été tuée sur la ri-
vière de Boutry , côte de Guiné.
Le genre Dysopus ou des Molosses , n'a point encore
fourni de représentant dans cette partie du littoral de
l'Afrique, et \q^ Vespertilions proprement-dits, si répan-
dus dans toutes les régions du globe , mais surtout très-
nombreux en espèces distinctes dans les contrées inter-
— 84 —
tropicales, ne nous ont non plus oflerls jusqu'ici une
seule , originaire des côtes occidentales ; tandis que vers
la pointe méridionale et dans l'Est, on en compte plu-
sieurs appartenant à ces deux groupes ; quelques-unes sont
décrites et figurées dans la Zoologie d'Afrique de M. Smith.
Maintenant nous allons nous occuper des animaux car-
nassiers, trouvés par M. Pel, dans les contrées occi-
dentales comprises entre les deux degrés au dessous de
l'équateur, et étendus jusqu'aux confins orientaux du
pays des Aschantes.
L'ordre des Carnassiers nous offre â peu-près partout ,
du nord au midi de l'Afrique centrale , une série de
genres , composée d'espèces en aussi grand nombre que
l'Inde et ses Archipels en peuvent énumérer. Nous bor-
nant à indiquer celles comprises dans le rayon géogra-
phique très-limité du littoral , dont nous donnons ici
une partie de la Faune , nous aurons à enregistrer les
genres ci-après désignés, savoir: Les Chais qui comptent
deux espèces ; une Hyène ; les Civettes deux ; les Crossav'
ques une; les Mangoustes quatre, et un Paradoxure. Ce
nombre est encore remarquable dans une contrée pres-
que partout couverte de forêts et de broussailles , où les
grands carnassiei's ne sauraient trouver à satisfaire à
leurs besoins , et parmi lesquelles habitent plusieurs es-
pèces de singes, aux allures pétulantes et agiles, se dé-
robant facilement aux poursuites de leurs ennemis ; puis,
un grand nombre de rongeurs, auxquels les arbres de
— 85 -
haute futaye , offrent une retraite assurée ; c'est aussi a
l'abri de ces fourrés impénétrables des grands bois, que
vivent en très-petites bandes , même le plus souvent par
couple, les espèces d'Antilopes de petite taille, jusqu'à
celles infiniment petites, qui sont les pygmées des herbi-
vores. Tous les habitants de ces vastes forêts sont une
proie dédaignée par les grands carnassiers et recher-
chée seulement par les petites espèces de cet ordre;
aussi, dans ces contrées dont nous venons de tracer
les limites, ne s'élèvent point de vastes plateaux couverts
de pâturages; des valées étendues et profondes, sillon-
nées de larges cours d'eau, dont les bords se couvrent
d'une végétation puissante , ne s'y trouvent non plus ;
les grandes plaines, où l'abondance des pluies périodi-
ques renouvelle la fertilité , manquent également.
Cette constitution physique et locale du pays tient
éloignée de ses limites, les bandes nombreuses en espè-
ces et innombrables en individus des Antilopes ; géné-
ralement tous les herbivores se réunissant en grands
troupeaux , de même que les grandes espèces de Pachy-
dermes, toutes ces puissantes bandes nomades sont re-
léguées dans les vastes solitudes de l'intérieur.
Il est conséquemment fort naturel, que les parties des
côtes occidentales, dont nous nous occupons, se trouvent
à l'abri des rapines qu'exercent ailleurs les grands car-
nassiers, ainsi que ceux de moindre taille, dont l'in-
stinct les porte à se réunir plusieurs pour satisfaire en
commun aux besoins, sans cesse renaissants, de leur
appétit sanguinaire.
— 86 —
Quant aux carnassiers insectivores , quoique nous so-
yons d'avis qu'il s'en trouve à la Guiné , leur existence
dans cette contrée n'est toutefois point encore clairement
démontrée; car, jusqu'à présent M. Pel ne nous a four-
ni aucun animal de cette tribu dans les envois adressés
à notre musée ; aussi n'en fait-il point mention dans ses
notes.
Deux espèces de la tribu des carnivores viennent d'être
indiquées , comme se trouvant habituellement , quoique
en petit nombre, à la Guiné. L'un, Felis Jeopardus , si
commun dans toute l'Afrique , ne l'est effectivement ici
que dsms le pays des Aschantes , quoiqu'il exerce aussi,
de temps en temps, ses déprédations le long des côtes,
où les nègres le désignent sous le nom de Jahin ; l'au-
tre, beaucoup plus petite, est
FELIS A VENTRE TACHETÉ. FELIS
CELIDOGASTER.
Espèce de chat-tigre, dont j'ai donné la description
dans la monographie comprenant tous les Felis connus à
cetle époque ^ Le chat, acquis à Londres, lors de la
vente du cabinet de Bullock , s'y trouvait sans indica-
tion de patrie ; j'en fis mention en laissant son origine
indéterminée. Les renseignements obtenus par M. Pel
et l'envoi qu'il nous fit d'une peau , me donnèrent les
éclaircissements nécessaires à ce sujet. Voici la descrip-
tion de l'individu reçu de Guiné ; elle ne diffère point
de celle faite sur le sujet déjà indiqué.
^) Mo)iogra.phies de mammalogie , Vol. 1. pag. 73.
— 87 —
Taille, du renard d'Europe; face large, obtuse, queue
un peu plus courte que la moitié de la longueur du
corps et de la tête; oreilles médiocres ; moustaches noires ,
à pointe blanche; toutes les parties inférieures couvertes
de grandes taches foncées et rondes.
Le pelage est court , lisse et lustré ; tout le fond de la
robe est d'un gris légèrement teint de rougeâtre, mar-
qué de taches pleines d'un brun-vif, couleur chocolat;
les taches pleines disposées le long de l'épine dorsale,
sont de forme un peu oblongue ; les autres sont rondes ;
de petites taches brunes sont disposées sur les joues elles
lèvres , dont le fond est blanchâtre ; six ou sept rangées
de bandes brunes, demi-circulaires, couvrent le fond
grisâtre de la poitrine. Toutes les parties inférieures du
corps et la face intérieure des quatre membres sont d'un
blanc pur, symétriquement tachetées de grandes plaques
rondes, d'un brun-chocolat; deux bandes de cette couleur
couvrent la face intérieure des pieds de devant ; elles for-
ment quatre bandes semblables sur les pieds postérieurs ;
la queue est d'un brun-bai , annelée de brun plus clair ,
et terminée de brun-noirâtre. La face extérieure des
oreilles est noire ; les ongles sont blancs.
Longueur 3 pieds 4 pouces , dont la queue prend 14
pouces ; distance du bord antérieur des yeux à la pointe
du nez 1 pouce 6 lignes; hauteur au garot 12 pouces
6 lignes.
Felis celidogaster Temm. Monograph. de mammal.
Vol. 1, pag. 140. — Felis calybeata Gr if f., Anim. Kingd.
Vol. 2, pi. ;9eM exacte, — Wagner, Schreb. Saûget. suppl.
Vol. 2 , pag. 508.
— 88 —
Patrie. La cote de Giiiné , où on la voit rôder de
temps en temps; mais elle est plus abondante dans le
pays des Ascliantes.
Une troisième espèce de chat-tigre, Felis servalina
Ogilby, est indiquée dans les Proceedings année 1859,
pag. 94 , sur une peau mutilée , venant de Sierra-Leona.
Cette espèce reposant uniquement sur des données super-
ficielles, il n'en sera fait aucune autre mention ici.
L'Hyène tachetée, Hyaena crocuta, connue des nègres
de la côte sous le nom de Patakoe, est très-commune
partout où le littoral est en plaine ; elle s'y construit des
tanières dans lesquelles elle se relire de jour. C'est ab-
solument la même espèce que celle propre à toute l'A-
frique centrale et méridionale ; sa manière de vivre est
aussi exactement la même que partout où elle étend ses
déprédations nocturnes.
VIVERRIN CIVETTE. VIVERRA CIVETTA.
Les dépouilles des Civettes reçues de la Guiné , sont
femarquables par la taille ; mais je n'ai pu découvrir au-
cune autre différence entre ces individus et ceux qui pro-
viennent des autres parties de l'Afrique; les dimensions
plus fortes des sujets mentionnés sont dues probable-
89 —
ment à leur âge plus avancé; car, en effet, le crâne et
les dents trahisent leur vieillesse extrême. Les nègres de
la côte lui donnent le nom de Kankans.
VIVERRIN RERBE OU GENETTOIDE. VIVEMA
GENETTOIDES,
Le Berbé de Bosman*, est indubitablement une va-
riété ou race constante de la Genetle du midi de l'Euro-
pe et de l'Afrique , qu'on doit toutefois se résoudre à ad-
mettre comme espèce distincte, pour ne pas retomber
dans les mêmes errements , accrédités du temps de Buf-
FON, qui après avoir établi quelques espèces types, le
plus souvent basées sur celles d'origine européenne, fai-
sait pulluler les descendants de ces espèces primordiales
sur toute la surface du globe ; de façon , à rendre à peu-
près nulle toute disparité spécifique d'ailleurs très lacile
à constater. L'on se permettait alors d'attribuer à l'in-
fluence des climats et des contrées, non seulement les
moyens d'altérer plus ou moins les teintes du pelage dans
les mammifères et du plumage chez les oiseaux ; mais ,
l'on soumettait aussi à l'influence de ces agents , des ca-
ractères différentiels d'une plus haute portée; tels que
les couleurs de la livrée , les dimensions du corps et des
membres, voire même les diflérentes formes sous les-
quelles se présentent les parties principales, dont les
f) Voyez BosMAN , Voi/, Guiné , pag. 31 , fig. 5.
— 90 —
iiuliccs disparates nous servent aujourd'hui de base, pour
établir les coupes arlifîciellcs des genres , ainsi que de
moyen pour distinguer les espèces.
L'on ne peut disconvenir des rapports nombreux qui
existent dans l'ensemble des formes et dans la distribu-
tion totale de la coloration du pelage, entre les Gcnetles
du midi de l'Europe et de l'Afrique méridionale, com-
parées à notre Genettoide de la côte occidentale d'Afri-
que; mais par contre, eu égard à la nature différente
du pelage , à la distribution invariable des taches et
des teintes de cette livrée, ainsi qu'au nombre des an-
neaux à la queue, on se verra porté à admettre la Genel-
toide, comme formant une espèce distincte, quoique très-
rapprochée de la viverra Genetta des catalogues méthodi-
ques. Quelques détails comparatifs nous serviront à faire
aprécier ces différences, bien mieux que ne pourraient
les rendre une discription , fut- elle même minutieuse.
Des individus de la Genette du midi de l'Europe, com-
parés à ceux des parties Sud de l'Afrique , ne m'ont of-
ferts aucune différence notable, ni dans les formes tota-
les, ni dans la nature du pelage, pas môme dissemblance
de quelque valeur dans les teintes de leur livrée. Mais,
en comparant ces mômes individus Sud-africains et eu-
ropéens, à ceux qui nous sont venus des parties centra-
les de l'Afrique , situées sous l'Equateur ; nous trouvons
constamment les mêmes dissemblances entre ces espèces
des contrées tropicales , et celles originaires des zones
plus tempérées des deux hémisphères.
C'est d'après les résultats acquis par ces comparai-
— 91 —
sons, que nous donnons à l'espùcc de l'Afrique centrale
le nom de Genettoide , comme première indice] de ces
rapports entre les deux espèces.
Les Geneltes des contrées méridionales de l'Europe et
de l'Afrique, ont une livrée composée de poils laineux
et de poils soyeux; par la nature de ces derniers, elle
est longue et bien fournie de feutre. La robe de la Genet-
toide manque de poils laineux, et les poils soyeux n'ont
de feutre qu'a leur base seulement; ces poils soyeux
sont à peu-près de moitié moins longs que ceux de la
Genette , ce qui rend sa fourrure plus courte et donne
plus de lustre à son pelage; mais, ces livrées si essen-
tiellement disparates de leur nature, se ressemblent d'ail-
leurs assez exactement; elles sont peintes absolument de
la même manière par des taches et des bandes , gran-
des et petites , distribuées toutes en même nombre , de
la même couleur, et reparties sur les parties correspon-
dantes du corps et des membres ; de façon que le si-
gnalement minutieux conviendrait à peu-près à l'une
comme à l'autre espèce.
Les caractères différentiels indiqués jusqu'ici, pourraient
fort bien se trouver en rapport avec la double livrée
ou le changement périodique du pelage. Si en effet , il
^n était ainsi , la Genettoide ne serait qu'une Genette
en habit d'été ; toutefois , cette supposition ne peut
être admise , en raison des différences plus essentielles
qui existent entre ces deux espèces; car les oreilles
de la Genettoide sont plus petites , étant moins larges
et moins longues que celles de la Genette, La queue ,
— 92 -
qui n'est point touffue, est beaucoup plus longue (a
peu-prés de trois pouces), que celle de la Genette, chez
laquelle ce membre est pourvu de poils longs et touf-
fus, régulièrement annelés jusqu'au bout, de bandes
égales, noires et blanches ; tandis que dans la Genetloidc ,
les poils sont à peu-près de moitié moins longs; les an-
nelures sont irrégulières, celles noires , étant plus larges
que les blanches , et le dernier tiers vers le bout de la
queue , se trouvant être noir , avec des demis anneaux
bruns , en-dessous seulement. Au total, la couleur du
fond, tant du corps que des membres dans la Genelle ,
est généralement d'une teinte blanche grisâtre , tandis
que la fourrure de la GeneUoide est d'un gris-jaunâtre.
Le signalement comparatif que nous venons de four-
nir , servira mieux pour distinguer ces espèces , que ne
pourrait le faire une description plus minutieuse de leur
livrée. J'ai trouvé ces caractères dans toutes les pério-
des de l'âge, et les ai même observé sur des individus
très-jeunes, de 9 et 11 pouces en longueur totale.
Il est inutile d'indiquer ici les différences de forme et
de coloration entre notre espèce nouvelle et Yiverra se-
negalensis et felina: la première se trouve dans la Séné-
gambie et la Nubie , l'autre vers le Sud , dans le pays
des Cafres. Ces trois espèces sont très- faciles à distin-
guer entre-elles.
Les dimensions de la GeneUoide , prises sur des sujets
très-vieux, sont: longueur totale 52 à 55 pouces, sur
laquelle la queue compte pour 15 pouces 6 lignes; dis-
— 93 —
lance du bord antérieur des yeux à la pointe du nez 1
pouce 5 lignes ; hauteur des oreilles 1 pouce 5 lignes.
Patrie. Ce carnassier est indiqué par Bosman, sous
le nom de Berbé , ou buveur de vin , vu qu'il est friand
du suc du palmier. C'est probablement Genetta poensis
de Waterh. Proc. 1838, p. S9 ^ On la trouve assez
communément sur toute la côte de Guiné. Nos individus
sont de Rio-boutry et de la Mina.
MANGOUSTE LOUMPO. HERPESTES LOEMPO.
Cette grande mangouste, dont la taille et les dimen-
sions sont les mêmes que dans Herpcsles leitcunis et albi-
caiidus , porte , parmi les nègres de Guiné , le nom de
Loempo (mangeur d'hommes) , dont Bosman , dans sa
relation de la côte, a fait Arompo. Les indigènes, dit-il,
lui donnent ce nom de mangeur d'homme , par ceque de
nuit il rôde dans le voisinage des sépulcres, et que s'il
parvient à déterrer un cadavre ou bien qu'il en trouve
un dans les bois, il en fait sa pâture.
Quant aux formes du crâne, des dents , des pieds et du
nombre de leurs doigts, ainsi que des autres parties du
corps , elles sont absolument semblables à celles des gran-
des espèces de ce genre; toutefois, le Loempo ressemble
') La Genetta pardina de G." Cuvier, Mammifères^ forrae-t'elle une
espèce distincte ?
- 94 —
plus parliculièremcnt, par la forme de sa queue, à l'espèce
propre à la Nubie et à la Cafrerie , décrite dans les sys-
tèmes sous les noms de Leiicunis et Albicaudus ; sa queue
se trouvant très-amplement poilue depuis la hase jusqu'à
la moitié est pointue à son extrémité ; sous ce rapport,
c'est une répétition des caractères du petit sous-groupe
Ichneiimia , formé par M. Isidore Geoffroy * , mais avec un
système dentaire noi'mal.
La livrée est comme chez toutes les grandes Mangous-
tes composée d'un pelage feutré, compacte et long, gar-
ni, mais à claire-voie, de poils soyeux hien plus longs
que ceux-là. Le pelage cotonneux ou feutré est de cou-
leur ocre très-clair, ayant la pointe des poils lustrée:
tous les longs poils soyeux sont d'un noir parfait et lui-
sant , ce qui forme une bigarrure irrégulière , jaunâtre
et noire sur les parties du corps , du cou et de la tête,
le noir dominant principalement sur le dos et la nuque.
La base de la queue est variée comme le corps ; \ë reste
de cette queue touffue est, jusqu'au bout, pourvu de
longs poils noirs, lustrés, mais dont la hase seulement
est colorée d'ocre clair. Les quatre jambes sont d'un
noir parfait.
Les individus , dont les poils soyeux noirs n'ont pas
atteint toute leur longueur, laissent apercevoir , dans leurs
interstices , la pointe ocracée des poils laineux , ce qui
fait qu'ils paraissent avoir des annelures ocracées, remar-
quables sourtout le long du dos et à la base de la queue.
') Magasin de zoologie , 1839.
— 95 —
Je présume que cette anomalie dans la couleur du pela-
ge est due à la saison, soit d'été ou bien d'hiver; elle
peut dépendre aussi de l'âge ; quoique tofts nos individus
soient adultes , quelques-uns offrant les indices de vieil-
lesse extrême , par les fortes crêtes occipitales , ainsi que
par leurs dents usées.
Les jeunes de l'année non plus que ceux à l'âge
moyen , ne me sont pas connus.
Longueur totale des vieux, de 33 à 34 pouces, sur
lesquels la queue, jusqu'au bout du flocon terminal, prend
15 pouces; distance du bord des yeux à la pointe du nez
1 pouce 6 lignes. Longueur des poils soyeux sur le dos
1 pouce 6 lignes ; ceux de la base de la queue ont 3 pouces.
L'Arompo de B o s m a n , Beschrijv. van Guiné , pag. 35,
fig. 8.
Patrie. Cette espèce ne se montre que de nuit; de
jour elle paraît se retirer dans les creux des grands ar-
bres ; on la trouve sur toute la côte de Guiné.
MANGOUSTE PLUTON. HERP ESTES PLUTO.
Elle est moindre , dans toutes ses dimensions , que la
précédente; mais la tête et le museau sont plus longs.
Sa queue est plus courte et elle n'est couverte que de
poils aussi longs que ceux du corps. Toutes les par-
lies du corps, les membres ainsi que la queue sont
d'un noir intense et lustré; il le paraît d'autant plus, vu
que les poils lain'îux sont aussi d'une teinte sombre ou
— 96 -
brun-foncé ; celle dernière revêt aussi le menlon et la
gorge ; on voit sur le noir des joues quelques maculatu-
res très-fines et jaunâtres ; tout le reste du pelage est
d'un noir parfait. Les vieux.
Les individus qu'on peut supposer être revêtus du pe-
lage d'été, ou bien ceux d'un âge intermédiaire, ont
tout le corps marqueté de mouchetures trés-fînes et
claires , produites par de petites annelures disposées sur
les poils soyeux. Les jeunes à l'état de semi-adulte ont,
indépendamment de ces annelures , le bout des poils so-
yeux marqué de couleur ocre-clair.
Des jeunes, dont la longueur totale n'est que de 7 pou-
x;es , conséquemment âgés de quelques jours seulement ,
sont partout d'un brun-noirâtre , finement piqueté de brun
plus clair; à cet âge le pelage cotonneux est déjà dépas-
sé par les poils soyeux , qui ont une teinte brune plus
foncée. .
Longueur totale des vieux de 27 à 28 pouces, sur
laquelle la queue prend 11 pouces; distance du bord an-
térieur des yeux à la pointe du nez 1 pouce 7 lignes.^
Patrie. Les vieux ont été pris à Dabocrom , aux
confins du pays des Fantes ; les jeunes près de la riviè-
re Boutry. Cette espèce nouvelle ne se montre aussi que
de nuit.
- 97 —
MANGOUSTE DE SMITH. HERPESTES SMITHI.
En procédant par ordre de grandeur dans la classifi-
cation méthodique des espèces , celle-ci prend rang après
le Pluton de l'article précédent. Notre ^langouste de
Smith m'est parvenue dans une collection d'objets ac-
quis à Londres, portant pour lieu d'origine Cape-Coast,
factorerie anglaise à la côte de Guiné; au dessous de l'éti-
quette portant le nom de cette localité , se trouvait mar-
qué au crayon le nom de Smith, ce qui me fit présumer
que l'espèce avait été décrite par ce savant naturaliste
anglais , dans ses Illustrations de zoologie d'Afrique ; ne
l'y trouvant point, et ayant parcouru en recherches vai-
nes tous les catalogues méthodiques, proceedings, revues
zoologiques, je découvris enfin , qu'un Herpestes Smithi,
avait été signalé par M. GRAY,dans le London magazine.
Vol. 10, pag. 578; où, en effet se trouvent les quelques
mots , traduits dans la note ci-jointe *.
Cette espèce est bien caractérisée par le noir parfait
des quatre extrémités, ainsi que par le grand bout ter-
minal de la queue avec son pinceau , qui sont de cette
1) Herpestes Smithii Gray: moucheté de couleur ybwcee , noir, blanc
et gris. Face, cou et pieds variés de roussâtie ; puis encor, pieds
et bout de la queue noirs. — Je m'abstiendrai de toute remarque
sur cette diagnose scientifique ! La priorité de date lui revient de
droit.
— 98 —
couleur. Des nuances d'un rouge de brique sont repar-
ties sur différentes parties du pelage.
Celle livrée est longue et touffue; le feutre, ou pelage
cotonneux est blanchâtre sur toutes les parties du corps.
Les longs poils soyeux se trouvent annelés de blanchâtre
et de noir, tandis que leur pointe est rougeâtre; cette
teinte domine particulièrement aux épaules , à la nuque ,
puis s'étend sur les poils du cou et sur les tarses ; la
tête est plus également teinte de rouge , vu que les ma-
culatures noires et ocracées sont très-petites et fines.
Le menton, la gorge, la poitrine et la partie médiane
du ventre sont d'un roux de rouille. L'extrémité des
quatre membres et celle de la queue sont d'un noir par-
fait. Le sujet du musée est une vieille femelle.
Longueur totale 2 pieds 2 pouces et jusqu'au bout du
ffocon de la queue 27 pouces , sur laquelle ce membre
prend 13 pouces, y compris le flocon terminal; distance
du bord antérieur des yeux à la pointe du nez 1 pouce
1 ligne. Hauteur au train de devant 5 pouces 7 lignes.
Longueur de la partie noire de la queue et du flocon 3
pouces 3 lignes.
Patrie. Il est probable qu'elle habile la côte de Guiné.
MANGOUSTE KOUKEBOU. HERPESTES BÀDIUS.
Le seul moyen de bien définir une espèce, puis de
consigner les caractères invariables qui doivent servir de
— 99 —
moyen pour la distinguer de ses congénères , c'est d'en
soumettre à l'examen comparatif, des individus de sexe
et d'âge divers, originaires des différentes localités où
on la trouve , et tués à des époques différentes de l'an-
née. C'est sous ces conditions seulement , qu'on peut se
former une idée juste de la disparité entre des espèces
dont l'analogie paraît évidente , et qu'on parvient à re-
connaître l'identité spécifique dans les individus , entre
lesquels la différence est spécieuse.
Ces moyens , il faut en convenir , se trouvent fort
rarement réunis sous les yeux du zoologiste ; le hasard ,
toutefois, me les à offerts dans l'espèce qui fait le sujet
de cet article ; ils vont me servir pour réunir quelques
doubles emplois d'espèces , dans lesquelles je crois re-
connaître celle dont nous nous occupons. Car, ce ne
sont en effet que différents états du pelage, colorés se-
lon l'époque de l'année , et qu'on peut généraliser sous
le nom de pelage de saison , absolument comme Muslela
crminea en fournit l'exemple le plus remarquable en
Europe.
Si les moyens se présentaient toujours aux naturalis-
tes de réunir sous leurs yeux le nombre strictement
nécessaire d'individus de chaque animal, afin de les com-
parer entre-eux, combien, pour lors, serait considérable
le chiffre des espèces , en double et triple emploi , qu'on
parviendrait à rayer de nos catalogues méthodiques , si
indigestes sous tant de rapports. — Prenant pour mo-
delle le genre Herpesles , dont nous nous occupons ici ,
l'on peut se demander, s'il ne serait pas convenable de
— 100 -
rtîunir //. pharaonis el cafra ^ , sous leur double pelage
(le saison, en une même espèce? //. ruber et major ne
diffèrent point; H. leucurus et albicaudus sont tout au
plus des variétés locales , du nord et du midi de l'A-
frique ; leurs divers états de pelage sont sujets à varier
au point que je n'en vis jamais trois individus exacte-
ment semblables. II. galera et pulverulenlus , Alilax van-
sire, peut-être H. urinalrix et palndinosits , paraissent
être très-voisines comme variétés locales ou de saison.
Herpesles penicillalus et Cymclis Stedmanni diffèrent seu-
lement par leur pelage de saison; et, pour en revenir
à l'espèce . dont nous faisons le sujet du présent article ,
H. badius, punclatus et Cynictis melanura ne sont, à mon
avis, que des citations des différentes livrées de notre
Mangouste koukebou , connue sous ce nom par Bosman ,
depuis environ un siècle et demi.
Au reste , les naturalistes qui ont introduits dans les
systèmes ces citations en double emploi , me paraissent
fort excusables de les avoir produites ; à leur place
j'en eusse peut-être fait autant , et sous ce rapport je
confesse mes erreurs, commises à peu-près de la même
manière. Il n'en est pas moins vrai que des erreurs de
ce genre , où l'empressement de publier porte le natura-
liste à négliger l'étude comparative , font plus tard le
tourment de ceux qui s'occupent du travail raonograpbi-
que d'un genre d'animaux. Car, ce mode de publica-
^) Herpestcs Widdringtoni trouvée en Andalousie, voyez Annul. und
Mag. Nat. Ilist. Vol. 9 , pa,<j. 49 ; est-ce une espèce ou bien une va-
riété locale ?
— 101 —
lion, est le seul possible aujourd'hui, pour arriver à la
connaissance exacte des espèces.
Les difficultés sont nombreuses et les erreurs presque
inévitables dans quelques genres de mammifères , chez
lesquels la livrée est sujette à des changements remar-
quables des teintes, même des couleurs du pelage, non
seulement dans les différentes époques de l'âge , mais
aussi dans les saisons de l'année , peut-être encore sous
influence des climats. Ces changements paraissent avoir
lieu par l'effet de l'usure du bout des poils laineux ,
combiné avec la chute d'une partie des poils soyeux ,
dont le pelage laineux est plus où moins garni , ou qu'il
recouvre , soit totalement ou bien en partie seulement ;
ils peuvent avoir également pour cause l'action con-
stante que les tissus lymphatiques exercent sur la colo-
ration du pelage, et dépendre de l'abondance ou bien de
la disette en produits alimentaires, auxquelles les espè-
ces sont peut-être assujetties périodiquement , et sur
lesquelles la température et les saisons exercent leurs
influences, d'une manière à nous inconnue.
Le genre Mustela avec les sous-genres voisins four-
nissent des exemples nombreux d'espèces, qui entrent
dans la catégorie des mammifères à pelage très-varia-
ble ; non seulement pour la coloration de leur robe,
mais aussi par la nature de ce pelage, qui varie au point
adonner une valeur numérique différente, entre les four-
rures d'été et celles d'hiver de certaines espèces ; quali-
tés que le commerce des pelleteries sait apprécier et
qu'il exploite à son profit, h^'s, Mangoustes , avec les sous
genres voisins, qui sont, sous plusieurs rapports, les re-
— 102 —
préseiilants des Muslelles dans les climats chauds , sont
soumises aussi , à un haut degré , à ces changements
périodiques de leur livrée; toutefois, sans que les dé-
pouilles aient pour le commerce la valeur réelle ou de
mode , qui fait qu'on recherche celles des carnassiers de
l'Asie , de l'Europe et de l'Amérique septentrionales.
L'espèce qui nous occupe est, parmi celles propres à
l'Afrique , l'une des mieux choisies pour faire apprécier
ces changements dans les couleurs du pelage, ainsi qu'à
en faciliter la recherche dans les autres espèces ; il en
est de celle-ci comme de VHermine et de la Zibeline
d'Europe , chez lesquelles cette différence dans la couleur
du pelage est le mieux prononcée.
Je me trouve avoir sous les yeux sept individus (tous
à l'état adulte) de notre Mangouste koukehou ; dans ce
nomhre , deux seulement sont exactement semblables par
les couleurs de leur robe, et comme fait remarquable,
l'un de ces sujets à été tué dans le pays des Cafres ama-
zoulous , partie Sud de l'Afrique orientale ; l'autre , à la
côte occidentale de Guiné ; le troisième , sans provenance
certaine , a vécu quelque temps dans la ménagerie du
jardin zoologique à Amsterdam ; lorsqu'on en fit l'acqui-
sition , il se trouvait revêtu du pelage tel que le décrit
M. Gray ï , sous le nom de Herpestes punctatus ; il est mort
quelques mois plus tard, portant la livrée sous laquelle
M. Smith =^ décrit et donne la figure de son Herpestes badins.
1) Procccdings , Zool. Soc. 1849, pag 11.
^) Illustrations, Zool. of Sontli-Africmamm. pi. 4.
— 103 —
Les quatre autres individus adultes olfrent beaucoup
de disparités entre- eux par les couleurs du pelage;
tous sont de la côte de Guiné. La crainte de paraître
minutieux m'aurait fait omettre de dire, que des deux
jeunes individus , âgés de quelques jours seulement et
parfaitement semblables entre-eux , l'un est du pays des
Cafres , l'autre de Guiné.
Nous trouvons dans cette identité spécifique une preu-
ve nouvelle , qu'on suppose à tort et que plusieurs na-
turalistes partagent l'opinion erronée , qu'en règle gé-
nérale, la même espèce ne saurait habiter simultané-
ment des contrées très-distantes; surtout, lorsque les
communications entre les deux pays sont entravées, soit
par la vaste superficie des plaines désertes , soit par des
chaînes montueuses couronnées de plateaux étendus, ou
bien que des fleuves d'une largeur considérable semblent
opposer des barrières infranchissables à la migration
des animaux , qui n'ont point l'espace des airs pour do-
maine de locomotion. Parlant de ce principe, des na-
turalistes qui manquent de moyens comparatifs , et qui
mettent trop d'empressement à publier leurs travaux,
commettent des erreurs qu'on ne parvient à reconnaître,
qu'à la suite de comparaisons et de recherches assidues ,
le plus souvent accompagnées de beaucoup de perte de
temps.
11 nous semble que le grand nombre des écrits pério-
diques , s'empressant à publier ces premières impressions,
nées d'un travail plus larges sur les poils de la queue ,
et l'uniformité de teinte règne même jusqu'au pinceau ter-
minal, rayé de la même manière.
Longueur totale 19 pouces 6 lignes, sur laquelle la
queue prend 9 pouces 6 lignes. Longueur du crâne 1
pouce 7 lignes; distance du bord antérieur de l'oreille
au museau 1 pouce 4 lignes; du bord antérieur des yeux
au museau 8 lignes.
Patrie, Inconnue.
L'examen analytique des espèces nouvelles de man-
goustes, observées par M. Peters dans les contrées
orientales de l'Afrique, termine notre aperçu sur ce
groupe. L'ouvrage qui les comprend porte le titre indi-
— 115 -
que dans la note ci-jointe i. L'histoire des mammifè-
res de cette contrée est la seule partie du voyage qui
voit le jour : c'est un travail remarquable et conscien-
cieux , dans lequel les détails anatomiques et zoologiques
des animaux découverts et observés par M. Peters, sont
décrits de la manière la plus parfaite.
Des quatre espèces de mangoustes nouvellement dé-
crites par M. Peters , deux , sous le nom de Bdeogale ,
forment un sous-genre remarquable en ce que tous les
pieds sont munis de quatre doigts seulement ; elles dif-
fèrent sous ce rapport des Herpestes , dont le nombre des
doigts est de cinq partout ; tandis que les Cynictis , au-
tre sous-genre connu dans ce groupe , ont les pieds de
devant munis de cinq doigts et ceux de derrière de qua-
tre. Le système dentaire est le même dans toutes ces
espèces. M. Peters désigne ces petits carnassiers sous
les noms de Bdeogale crassigaudata et puisa, voyez plan-
ches 27 et 28 de l'ouvrage précité.
Par la nature du pelage ainsi que par les couleurs de
leur robe , ces deux espèces ressemblent à celles munies
de cinq doigts, que nous venons de décrire sous les
noms Herpestes loempo et pluton.
Dans le dit ouvrage se trouvent encore décrits et figu-
rés , pi. 25 et 26, deux mangoustes à cinq doigts: Her-
pestes UNDULATUS ct Herpestes ornatus. La première est
nouvelle, quoique voisine par les formes et par l'ensem-
^) Naturwissenschaftliche Reise nach Mossambique auf Befehl seiaer
Majestat des Konigs Friedrich Wilhelm IV. Zoologie , ^A\t. I, Sâuj'e-
thiere mit 46 Tafeln.
8*
- UG -
l)le (les couleurs du pelage avec notre Herpesles micro-
cephahis , elle en diffère nonobstant par les proportions
relatives des parties correspondantes, surtout de la tête ;
elle est aussi moins grande, et le pelage , rayé à peu-près
de la même manière, porte, toute-fois, des teintes dif-
férentes , même dans celles du feutre dont le corps est
couvert.
La seconde , Herpestes ornatus , figurée pi. 26 , n'est
point nouvelle ; c'est la livrée de saison sous laquelle se
montre Herpestes miitgigella de Ruppell K Parmi les in-
dividus de cette espèce que possède notre musée, s'en
trouve un, exactement semblable à celui figuré parM. Pe-
TERS ; un autre individu , revêtu en partie du pelage
uniformément brun-noirâtre , tel que Ruppell décrit la
Mangouste mutgigella, et en partie semblable à la Man-
gouste ornée de la planche 26 précitée, m'a servi à
constater le changement de livrée que je viens de signa-
ler. Nos deux individus sont de l'Abyssinie ; ayant
été acquis très-récemment, M. Peters n'en a pu pren-
dre connaissance lors du séjour qu'il fit à Leiden. Com-
me synonyme du mutgigella dans ce pelage de saison ,
doit encore être cité Herpestes ochraceus de Gray , Ann.
and Mag. Nat. Hist. Vol. 4 , série 2 , pag. 376 ; il est
aussi d'Abyssinie.
Les Crossarques ou mangoustes à groin , ont été dis-
1) Neue Wirbelt. Jhyss. pag. 29. pi. 9. fig. 1.
— 117 -
traits par F. Cuvier du grand genre Viverra de Linné;
ils forment aujourd'hui un sous-genre composé de deux
espèces , l'une de l'Afrique , l'autre de l'Inde continentale.
Ces espèces à muffle proéminent sont totalement planti-
grades , comme le Suricate (Rhyzaena) , dont ils ont aussi
la formule dentaire.
L'espèce propre à l'Afrique ne vit point à la côte de
l'Est, mais elle est commune à celle de l'Ouest; M. Pel
nous en a envoyé de Guiné, et le musée en a reçu des
individus tués à Siera-Leona.
CROSSARQUE OBSCUR. CROSSARCHUS
OBSCURUS.
Aevisa est le nom que cette espèce porte parmi les
nègres de la côte occidentale; on la dit fort répandue
vers le nord comme au midi. Cet animal se creuse des
terriers très-profonds, à plusieurs issues; il s'empare
aussi deséminences élevées par les termites, en s'y con-
struisant des galeries et des issues; son muffle proémi-
nent et ses pieds fouisseurs , munis d'ongles longs et cro-
chus, lui sont d'un grand secours pour creuser sous terre.
Il chasse plus habituellement de jour que de nuit, et on
le voit souvent escalader les arbres. Il se nourrit de
petits mammifères et d'insectes; lorsque ces proies lui
manquent, il peut vivre également de fruits; en captivité
l'on peut le nourrir de bananes ; mais on ne s'en soucie
guère, vu l'odeur qu'il exhale par la sécrétion puante
de la poche anale.
Tout le pelage est d'un brun-foncé, assez uniforme;
— 118 —
les poils sont durs, un peu relevés et courts; la lête et
la gorge sont garnies de poils très-courts, d'un brun-cen-
dré clair; le dessous du corps est d'une teinte plus claire
que le dos. Les individus non adultes se distinguent
des vieux , en ce que la pointe des poils bruns du corps
et de la queue est terminée de couleur ocre*claire.
Longueur totale de l'adulte 24 pouces 6 lignes à 26
pouces, sur laquelle la queue compte pour 9 à 10 pou-
ces ; distance du bord antérieur des yeux à la pointe du
nez 1 pouce 6 lignes.
Crossarchus obscurus. Cuv. Règne. Anim. pag. 158. —
Martin, Proceed. Zool. Soc. 1854, p. 113, Anatomie. —
Wagner, Schreb. Sàugeth. Supp. p. 229. — Schinz.
Syst. Verz. Sdug. , Vol. 1 , p. 379. — Le mangue, F. Cuv.
Mamm. livr. 47.
Patrie. Les côtes occidentales de l'Afrique centrale.
Le genre Paradoxurus repose aujourd'hui sur un tra-
vail, comprenant les espèces qui peuvent être classées
avec certitude dans ce groupe des carnassiers semi-fru-
givores; j'en ai publié en 1853 la monographie, dans le
2e vol, des Menogr. de mammalogie , p. 512. M. Wagner,
dont le supplément à l'ouvrage de Schreber a paru en
1840, semble n'avoir eu aucune connaissance de ce tra-
vail, vu que son genre des paradoxures se trouve encore
encombré des citations nombreuses en double emploi ,
toutes empruntées aux indications fournies de temps en
temps par les auteurs; ce qui fait, qu'on y trouve 15
— 119 —
espèces décrites et 7 autres indiquées comme douteu-
ses. M. ScuiNz, qui publia son système en 1844, n'a-
dopte que les sept espèces bien constatées, décrites dans
ma monographie précitée , plus quatre autres , sur l'ex-
istence desquelles le doute avait été émis dans leur
signalement.
Le paradoxure trouvé par M. Pel à la côte de Guiné
est au nombre de ceux précédemment connus ; il se
trouve indiqué sous le nom de hinotatus dans les cata-
logues méthodiques. Il a pour synonyme reconnu et
adopté par M. Gray , l'indication de Paradoxurus Hamil-
TONi , Gray, Proceed.^. 67, et Hardw. Illuslr. Ind.
Zool. avec une figure exacte , c'est mon Paradoxurus bino-
TATus , Monogr. de mamm. Vol. 2 , p. 356 , et les figures
du crâne, pi. 65, fig. 7, 8 et 9. L'on est prié de recti-
fier dans l'indication de patrie , que l'espèce se trouve à
la côte de Guiné et non pas dans l'Inde, côte de Coro-
mandel.
Pour la description du pelage de cette espèce , nous
renvoyons à celle , fournie dans la monographie précitée.
Depuis la publication de mon mémoire sur le genre
paradoxure. Vol. 2 des monographies, le musée des Pays-
Bas à obtenu une espèce nouvelle de Bornéo , due aux
recherches récentes, faites dans cette île par M. ScHWA^'ER :
nous en donnons la description succincte, afin de porter
ce genre au niveau des renseignements les plus récents.
Les acquisitions dans ce groupe portent le chillVe des es-
— 120 —
pèces, bien déterminées au nombre de celles inscrites
ci-dessous et rangées par ordre de grandeur.
Les espèces marquées d'un Ç^) sont représentées , dans
notre musée , par des sujets à l'état adulte.
(*) Paradoxurus LEucoMYSTAx. Sumatra et Bornéo.
» Ogilbyi. Fraser, Zool. typ. pi.
(*) » LARVATus. (Grayi, Nipalensis et Laniger)
Himalaya et Tbibet.
(*) » TYPicus. Bengale.
(*) » MUSANGA. (Grossi et Pallasii Hard. pi.).
Java, Timor, Bornéo, Sumatra et Ma-
lacca,
(*) » pREHENsiLis. Hard. pi. (variété constante
du précédent). Java.
» LEucopus. Inde.
[") » BONDAR. (Pennanti, Hard. pi.). Népaul.
(*) » BiNOTATus. Guiné.
(*) » TRiviRGATus. Java et Sumatra.
» pmLippENSis. Luçon.
(*) » STiGMATicus. Boméo.
PARADOXURE PEINT. PARADOXURUS
STIGMATICUS.
Cette espèce inédite, repose sur la vue d'un individu
unique , très-vieux et de sexe masculin ; il est de la taille
du P. trivirgaiiis , auquel il ressemble par les formes.
— 121 —
La livrée de ce sujet paraît être celle d'été, le pelage
étant court et lisse.
Tout le pelage de la nuque , des parties supérieures du
corps , des flancs , des quatre membres et de la queue
sont d'un brun roux, couvert d'un lustre argentin, en
ce que les poils soyeux de toutes ces parties sont ter-
minés de blanc-jaunâtre. La tête porte une teinte brune
noirâtre à bout des poils d'un fauve lustré. Une bande
longitudinale , d'un blanc pur , est étendue depuis le
front jusqu'à l'origine du muffle et couvre l'arrête du nez.
Les oreilles sont nues intérieurement et poilues à leur
face extérieure à la base seulement. L'extrémité des
pieds ainsi que le bout de la queue sont de couleur cho-
colat.
Longueur totale 3 pieds , sur laquelle la queue prend
19 pouces; distance du bord antérieur des yeux à la
pointe du nez 1 pouce 5 lignes.
Patrie. Trouvé par M. Sghwaner, sur le fleuve Doe-
son , dans les parties méridionales de l'île de Bornéo.
L'ordre des rongeurs {glires ou rodcnlia) est composé
d'animaux répandus dans tous les climats et dans presque
toutes les contrées du globe, même jusque sous les gla-
ces du pôle. Dans cette grande famille des mammifères
se rencontrent les espèces , dont l'organisation leur don-
ne la faculté de se soustraire , par la torpeur , soit à la
rigueur des frimats , soit aux privations qu'entraîne le
manque périodique des fruits ou des végétaux dont elles
— 122 —
se nourissent. Par sa position comme par la nature de
son climat, l'Afrique n'étant point exposée aux variations
subites ou périodiques d'un froid rigoureux , il était ra-
tionnel de supposer qu'on n'y trouve aucune espèce , douée
de la faculté si remarquable, de tomber dans un état
d'engourdissement complet; toutefois, le Loir (myoxus),
qui vit dans les régions de l'Equateur, est soumis à la
torpeur périodique, absolument de la même manière que
cet état à lieu chez les espèces de l'Europe, de l'Asie et
de l'Amérique septentrionale.
Quoique l'Afrique équatoriale ne soit pas fort riche
en genres et en espèces de rongeurs , on en compte tou-
tefois plusieurs, très-remarquables , dont l'habitat parait
avoir pour limites les contrées tropicales de ce vaste
continent; tels sont les genres Anomahirus, Aulacodus ,
Saccostomys et Cricelomys. Le genre des écureuils [sciu-
rus) , s'y montre en espèces très-nombreuses ; ces con-
trées , de même que celles de l'Océan archipélagique et
de l'Amérique du Sud, sont d'une richesse remarquable
en espèces de cette famille. Il n'en est point ainsi des
petits genres fort nombreux de rongeurs , dont les de-
meures souterraines dérobent leur présence aux recher-
ches durant la clarté du jour, et qui ne quittent leurs
conduits obscurs, qu'afin de satisfaire aux besoins de
leur existence. Animaux nocturnes , toujours difficiles à
trouver, même dans les contrées où les espèces douées de
ce genre de vie sont très-abondantes.
Jusqu'ici l'Afrique tropicale , plus spécialement la Gui-
né et la côte d'Angole, n'en ont offerts qu'un petit nom-
— 123 —
bre; il est loiilefois probable qu'on eu trouvera plusieurs
autres , dont la découverte sera vraisemblablement due à
des cas fortuits, comme le sont presque toutes les cap-
tures des espèces de rongeurs subterranéens.
Nous venons de dire , que le genre Sciurus compte une
série nombreuse de représentants en Afrique. Les es-
pèces qui me sont connues comme habitants du littoral
de l'Ouest, se montent au chiffre de 14, bien constatées;
parmi lesquelles il s'en trouvent deux, qui paraissent
s'éloigner des écureuils proprement dits par leurs habi-
tudes subterranéennes. Nous en avons sous les yeux
une série d'individus, tués à différentes époques de l'an-
née ainsi que dans les divers états de l'âge, ce qui nous
met à même de constater , que la double variété du pe-
lage, propre au plus grand nombre de ces rongeurs, et
dont les modifications opèrent des changements périodi-
ques, très-remarquables, dans les couleurs de la robe de
ces animaux qui vivent en Asie et dans ses archipels,
ainsi qu'en Amérique , ne produit point des variations
de cette importance sur le pelage des écureuils de l'Afri-
que et de l'Europe: leur livrée à une plus forte tendance
à la fixité ; elle se renouvelle en effet périodiquement ,
mais sans apporter des modifications très-marquantes
dans les couleurs du pelage des deux saisons, et elle
se reproduit, à quelques faibles nuances près, sous les
mêmes conditions de la nature des poils ainsi que des
couleurs de la robe. L'âge n'y apporte point non plus
de différence notable , car les jeunes en quittant leur
premier pelage , revêtent , dès la seconde mue , celui
— 124 -
propre à l'état adulte ; pour lors ils ne diffèrent de leurs
parents que par la taille seulement. Le pelage des écu-
reuils de l'Afrique est formé , pour la plus grande partie,
de poils soyeux longs et couverts de lustre ; le feutre ne
s'étend point au delà de leur base ; quelques espèces de
ces rongeurs , les Xerus , manquent complètement de
feutre ou de pelage cotonneux ; ils n'ont que des poils
soyeux rudes et repartis à claire-voie sur la peau , to-
talement nue dans les interstices de ces poils *.
Nous remarquons encore, qu'en Afrique, les écureuils
paraissent avoir un habitat très-circonscrit , leur demeure
dans certaines limites dépend sans doute de la constitu-
tion physique de ces contrées, qui ne sont point couver-
tes d'une continuité de forêts ; mais où celles-ci se trou-
vent entrecoupées de plaines et de déserts.
Les espèces exactement déterminées, trouvées sur les
côtes occidentales de l'Afrique , sont :
(*) Xerus erythropus. Sénégambie et Egypte.
(*) » coA'GiGus. Guiné et Congo.
(*) SciuRus cAiNicEPS. Guiué.
(*) » EBii. Guiné.
i^) » ERiTHROGENYS. Femaudo-po.
(*) » MACULATUS. Guiué.
i^) » PYRRHOPUS. Gambie.
(*) » LEUCOSTIGMA. Guiué.
1) Ces espèces sont : Sciurus Setosus , — Erythropus ou Lucouni'
brinus , — Congicus , — Rutilus Cretchm ou BracJiyotus Vj\\t emh. ,
Flamvittis Peter s et Getulus. Nous les réunissons dans un petit
groupe , en adoptant le nom de Xerus , proposé par EHBEJUfERG.
— 125 —
(*) SciuRus RUFOBRACHiATUs. Gambie.
Ç^) » ANNULATus. Sénégaiiibie.
(*) » puNGTATus. Guiné.
(*) » GAMBiANus. Gambie.
(*) » poENsis. Fernarido-po.
(*) » MuscuLiNUS. Guiné.
Nous donnons à la fin de ces mémoires et comme ap-
pendice , quelques espèces d'Ecureuils et de Taguans nou-
veaux, que le musée des Pays-Bas à obtenu des natura-
listes voyageurs dans l'Inde archipélagique.
XERUS DU CONGO. XERUS CONGICUS.
Celte espèce, obtenue par M. Pel en plusieurs exem-
plaires des deux sexes, comme aussi en individus d'âge
divers , nous paraît nouvelle pour la science. Après
avoir parcouru, en recherches vaines, tous les catalogues
méthodiques, nous présumons que Kuhl en a fait men-
tion sur un jeune qu'il vit à Londres, dans le musée
britannique , ce qui nous fait adopter , quoique à regret ,
le nom d'une contrée. L'espèce est sans-doute peu con-
nue et point encore répandue dans les collections. Elle
prend rang parmi les écureuils terrestres et fouisseurs,
dont le genre de vie les porte à se creuser des demeures
souterraines entre les racines des grands arbres. Leur
robe est dépourvue de feutre et formée seulement de poils
soyeux , longs et rudes.
— 126 -
CeXerus ressemble plus à son congénère, S.erylhropus
qu'au S. setosus, puisque les orifices des oreilles ont un
lobe distinct , même assez proéminent. Les poils rudes
et longs du dos et de la base de la queue, ainsi que
ceux plus courts de la tête et de la nuque , ont une ap-
parence brune-noirâtre , tous étant annelés de ces deux
teintes et terminés de brun-roux. Sur les flancs une
bande blancbe , au dessous de laquelle le pelage est noi-
râtre ; les poils de cette partie , de même que ceux des
côtes du cou , étant noirs , terminés de roux et de blanc.
Les cuisses portent des annelures rousses et noires. La
queue a des bandes assez larges, blanches et noires, à
base roussâtre , ayant du blanc à la pointe. Les parties
inférieures , poilues à claire-voie , sont blanches.
Longueur totale 17 à 18, un seul 19 pouces; sur ce,
la queue compte 8 pouces , ou 6 lignes en plus , suivant
l'âge des individus. Des jeunes de 12 , de 10 et de 8
pouces en longueur totale, portent le même pelage que
l'adulte dans les deux sexes.
Patrie. Elle est commune sur une grande étendue
de la côte, partout où les forêts touchent aux champs
cultivés. Elle vit de millet et autres graines, est très-
farouche et se retire de jour dans les réduits souterrains
aux pieds des arbres , ou bien parmi les buissons.
127 —
ECUREUIL A TETE GRISE. SCIURUS
CANICEPS.
Dans le groupe des écureuils proprements-dits, qu'on
trouve dans les parties du littoral de l'Ouest, celle-ci est
la plus grande; elle est à peu-près de la taille des espè-
ces de l'Inde et de l'Archipel malais. La queue est très-
longue et distique; les oreilles sont arrondies; les parties
inférieures, mal couvertes de poils, sont à peu-près nues.
Les joues et toutes les parties du dessus de la tête
paraissent colorées d'une teinte grisâtre , les poils étant
d'un noirâtre annelé de blanc, et cette dernière couleur
en occupant le bout. La nuque , les parties supérieures et
latérales du corps et des membres, ainsi que la base
arrondie de la queue sont couverts de poils soyeux, an-
nelés de roux-vif et de noir ; ce pelage moucheté est sé-
paré de celui du ventre par une bande blanche, tracée
sur les flancs entre les pieds , où elle vient aboutir ;
derrière les oreilles une tache rousse. Toutes les parties
inférieures et la face intérieure des membres sont garnies ,
à claire-voie , de poils blancs.
La partie distique de la queue est large, formée de
poils soyeux très-longs , annelés en dessus de larges ban-
des noires et d'autres plus étroites , d'un gris-blanc ;
en dessous elle est annelée de larges bandes rousses et
de noires de moitié plus étroites; ces poils sont tous
terminés de blanc pur.
~ 128 —
Telle est la livrée parfaite de l'une des saisons de
l'année; celle constante dans la saison opposée de ces
climats, nous ofire un pelage plus long, mieux garni
de feutre ; tous les poils du corps , des membres et de la
base de la queue sont noirs, à très-fines annelures d'un
roussâtre clair, et cette teinte colore une grande portion
de leur pointe, ce qui fait que cette livrée paraît être
plus rousse que noire ; la première de ces teintes domine
seule sur les quatre membres. Le sommet de la tête
et les joues conservent la même nuance cendrée noirâtre ,
indiquée pour la livrée de l'autre saison ; le ventre est
aussi garni de la même manière de poils rares et courts ;
la bande latérale des flancs, de blanche qu'elle était dans
l'autre livrée , est d'un gris mêlé de quelques poils bruns.
La queue demeure annelée en dessous de bandes noires,
fort larges , lesquelles alternent avec des bandes grises ,
plus étroites de moitié; en dessous elle est annelée dia-
gonalement de fines bandes noires et grises, de largeur
égale.
Dans cette livrée il se pourrait que ce soit Sgiurus
Stangeri , Waterb. Proc. année 1842, et Fraser Zool.
typ. pi. 25; mais la description trop succincte et la fi-
gure peu soignée , ne peuvent nous servir de guide.
Longueur totale jusqu'au bout du flocon terminal de
la queue, de 24 à 23 pouces, dont 12 à 13 pouces pour
la longueur de la queue.
Patrie. M. Pel a trouvé cette espèce dans les gran-
des forêts vers les confins du pays des Fautes ; elle ne se
montre point dans le voisinage des côtes. Le musée a
reçu plusieurs individus dans les deux livrées de saison.
129
ECUREUIL EBIEN. SCIURUS EBII.
Moins grand qiîe le précédent; queue distique jusqu'à
la base ; oreilles en demi cercle.
Tête , joues , oreilles ainsi que les quatre membres
d'un roux de rouille ardent ; nuque , dos et flancs très-
finement pointillés de jaune et de noir ; le dessous du
corps et la partie intérieure des membres d'un roussâtre
clair. La première moitié du dessous de la queue est
annelée de bandes de largeur égale , noires et blanches ,
vers leur bout se trouve une bande noire fort large et
leur pointe est blanche ; la pointe terminale de cette
queue est rousse, une bande noire entoure cette couleur
et le bout de tous les poils est blanc.
Longueur totale de 21 à 22 pouces; dont tl à 12 pour
celle de la queue.
Patrie. Vit dans les grandes forêts de la Guiné , et
se trouve dans les mêmes localités que l'espèce précé-
dente, mais parait être moins abondante dans les parties
boisées de Dabocrom. Le musée a obtenu deux indivi-
dus tués dans le mois de Juin; la livrée que porte
l'espèce dans une autre période de l'année ne nous est
point connue.
130
ECUREUIL A JOUES ROUSSES. SCIURUS
ERYTIIROGENYS.
Le roux ardent dont les joues sont colorées, ainsi que
la blancheur pure des parties inférieures et de la face in-
térieure des membres, permettent la distinction facile de
cet écureuil parmi le nombre de ses congénères.
Le pelage est court et soyeux. Les parties supérieures
paraissent d'un noirâtre brun , les poils se trouvant co-
lorés à leur base de noir bleuâtre , et une large bande
terminale, d'un roux-jaunâtre, en occupant la pointe.
Sur ce pelage se voit une petite bande longitudinale
d'une teinte claire, partant des épaules et aboutissant aux
flancs. Les pieds sont annelés de noir et de blanc-jau-
nâtre. La queue n'est pas fort longue ni trèspoilue;
en dessus les poils sont noirs terminés de blanc, puis
roux à leur base; en dessous la queue est d'un roux ar-
dent , et vers le bout des poils elle est noire.
Longueur totale de 14 à 15 pouces, sur laquelle la
queue porte 6 pouces 6 lignes.
SciuRus ERYTUROGENYS, Watcrh. Proceed. Zool. Soc.
1842, pag. 129. — Fraser Zool. typ. pL 25.
Patrie. L'île de Fernando-po.
ÉCUREUIL MOUCHETÉ. SCIURUS MACULATUS.
Dans un des premiers envois de M. Pel , le musée en a
j — 131 —
reçu plusieurs sujets de sexe et d'âge différents , revê-
tus d'une même livrée et qui ont été tués dans une
même époque de l'année , probablement celle du rut ;
leur pelage est approchant en tout point semblable par
la nature des poils comme pour les couleurs de ceux ci.
Quelques autres individue tués dans la saison opposée ,
diffèrent plus ou moins par le pelage. La queue de cette
espèce est fort longue, distique dans la saison du rut,
arrondie durant le reste de l'année.
Vue à distance on la prendrait pour une espèce à li-
vrée complètement noire, parce que la majeure partie
du pelage est en effet de cette teinte; mais vue de près,
ce pelage est couvert partout de petits points couleur
ocre, l'extrémité de tous les poils en étant peinte; lors-
qu'on relève ces poils , leur base feutrée est d'un noir-
bleuâtre , puis ils ont une teinte jaunâtre-terne , suivie
d'une seconde bande noire intense et lustrée, la pointe
extrême est ocre : la tête , le corps , les membres et la
base de la queue portent cette marqueterie. La queue
est annelée partout de bandes noires, qui alternent avec
des stries très-fines et grises ; du rouge châtain couvre
la partie postérieure et intérieure des pieds de devant ,
ainsi que l'abdomen et la partie intérieure des pieds de
derrière. Le ventre est d'un noir-cendré et la poitrine
ainsi que la gorge sont annelées de roussâtre et de noir.
La tête est grande et de forme ovoïde ; les incisives sont
grandes , lisses et de couleur châtain.
Dans la saison plus ou moins éloignée de celle du rut,
le pelage est plus abondamment garni de feutre, sans
0*
— 132 —
que celui-ci offre des teintes disparates. La pointe seu-
lement des poils soyeux est couverte d'un grand espace
roux-jaunàlre , ce qui fait que la livrée paraît moins
noire , attendu que ce bout terminal roussâtre cache en
partie la couleur noire du fond. La queue est de forme
arrondie.
Longueur totale des vieux, de 20 à 21 pouces, dont
la queue prend 11 à 12 pouces. Nous avons des jeunes
de 14 à 15 pouces; leur pelage ne diffère de ceux à
l'état adulte que par des teintes moins vives, mais il
est moucheté partout de la même manière.
Patrie. La Guiné, sur les bords des rivières couverts
de forêts.
ÉCUREUIL AUX PIEDS ROUX. SCIUMS
PYRRIIOPUS.
F. CuviER a fait connaître l'écureuil de cet article ; il
le décrit sur l'individu vivant , parvenu à l'état adulte ,
offert à la ménagerie de Paris par M. F. Prévost qui
l'avait reçu de M. Mortemart. Cet individu adulte, fait
partie aujour d'hui du musée de Paris ; le musée des
Pays-Bas possède aussi un sujet de cette espèce, prove-
nant de la même localité que celui de Paris; mais dont
la taille est moins forte, n'étant parvenu qu'à l'état de
semi-adulte. La description de F. Cuvier, prise sur l'a-
dulte, est comme suit.
— 133 —
Toutes les parties supérieures du corps , depuis la
nuque jusqu'à la queue, ont une teinte verdâtre qui ré-
sulte de poils annelés de noir et de jaune ; ces poils
sont noirs depuis la base, sans annelures qu'à leur pointe
où ils en ont d'un jaune-verdâtre ; celte teinte devient
un peu plus claire sur les flancs, et une bande blanche
étroite , composée de poils uniformément blancs , naît à
l'épaule et se prolonge en s'aff'aiblissant jusqu'au dessus
des membres postérieurs. La queue à sa base en dessus
est de la couleur du dos; elle est d'un gris foncé dans
tout le reste de sa longueur, les anneaux jaunes des poils
étant devenus blancs, et ces anneaux ont dans tous les
poils de la queue ainsi que les anneaux noirs, une bien
plus grande largeur que dans les poils du dos. La tête
à l'exception de la mâchoire inférieure , la moitié des
bras, les avant-bras, les mains, les cuisses, les jambes et
les pieds en dessus, sont d'un fauve vif et brillant. Tou-
tes les parties inférieures ainsi que la face interne des
membres sont blanches avec une légère teinte rousse.
Longueur totale 16 pouces sur la quelle la queue compte
pour 7 pouces.
SciuRus PYRRHOPUS F. Cuv. Manitii. V. 4. liv. 66. —
Wagn. Schreb. Supp. Mann. p. 215, sp. S9.
Patrie. L'île de Fernando-po, côte de Guiné.
ECUREUIL A LOBE BLANC. SCIURUS
LEUCOSriGMA.
Sur dix individus de celte espèce nouvelle , trouvés
— 134 —
dans des localités différentes de la Guiné, savoir sur la
rivière Boutry et dans les forêts de l'intérieur, aucun
ne diffère remarquablement par les couleurs du pelage ;
tous sont à l'état d'adulte parfait ; aussi ont-ils été
tués à peu-près dans la même saison de l'année. Mai
et Juin , ce qui fait qu'on ne saurait dire positivement
que les couleurs de leur pelage , dont la description se
trouve notée ici , soit invariablement la même dans tou-
tes les saisons de l'année, ni quelle différence cette livrée
peut offrir dans le jeune-âge.
Sommet de la tête, parties supérieures du corps et de
la queue noirs , à bout terminal des poils d'une teinte
cendrée roussâtre , ou Isabelle foncé ; tous ceux du des-
sus de la queue noirs à long bout terminal d'un blanc
pur. Une petite bande couleur isabelle part de l'omo-
plate et aboutit à la cuisse. Le museau, les joues, les
côtés du cou , les flancs, les pieds et la face extérieure des
membres sont d'un brun terne , couleur chocolat. Toutes
les parties inférieures sont d'un blanc parfait. La queue ,
un peu distique, est d'une teinte roussâtre depuis l'ori-
gine jusqu'à la moitié de la longueur des poils , puis
elle est noire, le bout terminal de tous les poils est
blanc. La partie extérieure du lobe des oreilles est d'un
blanc pur, un petit liséré brun en marque le contour.
J'avais écrit ces lignes lorsque me parvinrent trois
fiutres individus, tués par M. Pel, en Février et Mars;
ils diffèrent , par les teintes de leur pelage , des dix men-
tionnés ci dessus; ils arrivent juste à temps pour complé-
ter les indications relatives à cette espèce.
Le pelage de ces trois individus est plus abondamment
— 135 —
garni de poils laineux et les soyeux sont plus longs que
dans ceux tués en été. Quoique la couleur du fond de
la robe n'ait éprouvé aucune altération, toutefois, le
bout terminal des poils soyeux a pris une autre teinte
que celle propre aux individus tués en Juin et Juillet ,
ce qui fait qu'ils varient d'une manière remarquable les
uns des autres , principalement par les teintes différen-
tes du bout des poils ; ce dont résulte une coloration plus
ou moins disparate dans la livrée des deux saisons de
l'année.
Ceux-ci diffèrent des précédents, en ce que la teinte
isabelle du bout des poils est remplacée pas une couleur
jaune-clair. La petite bande latérale des flancs, de cou-
leur isabelle qu'elle était , est devenue d'un roux-clair.
Les parties latérales du corps et des membres , indi-
quées ci-dessus comme peintes de brun terne , le sont d'un
roux ardent et lustré. Les parties inférieures du corps,
la queue ainsi que le lobe extérieur des oreilles, portent
exactement les mêmes teintes que celles indiquées dans
la description de l'autre livrée de saison.
Longueur totale des individus de la plus forte taille
14 pouces, sur laquelle 6 pouces 8 â 9 lignes pour la
queue.
Patrie. La Guiné, sur les bords de la rivière Boutry
et dans les forêts de la côte jusqu'aux confins du pays des
Aschantes.
— 136
ECUREUIL A BRAS ROUGES. SCIURUS
RUBROBRACHIATUS.
Sans prétendre attacher quelque importance systéma-
lique à la forme de la queue dans le genre Sciurus , nous
eu faisons usage pour grouper ensemble un petit nom-
bre de ces rongeurs , chez lesquels ce membre se pré-
sente sous cette forme plus ou moins arrondie, dans tou-
tes les saisons de l'année, et sans qu'on puisse trouver
d'indice , que les poils de la queue s'écartent latérale-
ment vers l'époque du rut, et qu'ils forment pour lors une
queue plus ou moins applatie, qu'on est convenu de
nommer distique.
L'espèce décrite ici, ainsi que celles dont il sera fait
mention , ont en effet la queue plus ou moins de forme
arrondie; nos individus acquis à Londres portent ce ca-
ractère , indiqué aussi par M. Waterhouse dans la diagnose
de cet écureuil, et réproduit dans la figure de Fraser;
des individus capturés par ce naturaliste font partie du
niusée des Pays-Bas; ceux-ci, de même que les dépouil-
les dont les naturalistes anglais font mention , parais-
sent avoir été tués dans l'époque la plus éloignée du temps
du rut; vu que leur livrée est garnie de poils feutrés,
longs et d'apparence terne.
La tête est courte, à peu-près arrondie; les incisives sont
grêles et d'un brun ombre ; les supérieures ont une fai-
ble rainure , par laquelle on peut distinguer cet écureuil
de tous ses congénères.
— 137 —
Le roux clair et le noir parlait sont distribués d'une
manière uniforme , ils forment des annelures de largeur
égale sur la tète, sur tout le corps et ses membres , ainsi
que sur la partie basale de la queue ; l'abondance du feu-
tre fait que cette livrée paraît terne , quoique les poils
soyeux se trouvent être lustrés. Le menton, la gorge, la
poitrine et la partie médiane du ventre sont d'un jaunâtre
terne, mais sur les flancs cette couleur est nuancée de
cendré ; la partie intérieure des quatre membres est
peinte de roux-rougeâtre , et cette couleur sert de mar-
que distinctive à l'espèce. La queue, à partir de quel-
que distance de la base , est annelée de bandes noires
et roussâtres.
Longueur totale jusqu'au bout du flocon de la queue
22 pouces, sur laquelle celle-ci prend 15 pouces. Les
dimensions dans les Proceedings sont celles des individus
à l'état de semi-adulte.
SciuRUS RUBROBRAGUiATus W a t c r h. Proc. Zool. Soc.
1842 , p. 128. — Fraser Zool. typ. pi. M,Jigure exacte.
Patrie. M. Fraser a trouvé cette espèce dans l'île
de Fernando-po, côte de Guiné.
ÉCUREUIL A QUEUE ANNELÉE. SCIURUS
ANNULATUS.
L'espèce décrite ici n'est pas nouvelle ; connue depuis
bien des années, elle a été indiquée en 1820 par Des-
MAREST , sous Ic uom porté en tête de notre article ; le
~ 138 —
lieu (le provenance n'ayant pu être déterminé , il en est
résulté que l'espèce n'a point été admise dans les catalo-
gues méthodiques; toutefois, celui publié par M. Scniiviz,
cite Vannulatus de Desmarest , en le classant avec doute ,
parmi les espèces des deux Amériques; Wagner Sciire-
BER supplément, le rapproche de Sciurus Lewini du Mis-
souri; son habitat, bien déterminé aujourd'hui , est la côte
occidentale de l'Afrique. Il fait partie d'un petit groupe,
auquel, indépendamment des espèces citées ici, viennent
se réunir Sciurus muUicolor de Ruppell , trouvé en Abys-
sinie et Sciurus cepapi de Smith , du pays des Cafres.
Cet écureuil a le pelage d'un gris-verdâtre clair, pro-
venant de ce que les poils sont gris à la base et termi-
nés de jaune-roussâtre ; tous sont annelés , à partir de
la base, d'une large bande jaunâtre, suivie d'une noire
plus étroite, que termine une bande jaune roussâtre.
Menton, devant du cou, poitrine, ventre, et pattes d'un
blanc assez pur ; oreilles ovales , noires au bout et inté-
rieurement; queue très-longue, ronde, annelée en tra-
vers de noir et de blanc.
Longueur totale de 17 à 20 pouces, sur laquelle on
compte de 10^ à 11 pouces pour la queue.
Sciurus ANNULATus, Des m. Tab.meth. des Mamm. ,i^[xg.
558 , sp. S46.
Patrie. La Sénégambie, très-commun au Sénégal.
ÉCUREUIL POINTILLÉ. SCIURUS PUNCTATUS.
A juger d'après huit individus, tués à des époques
— 139 —
flifférenles , quoique assez rapprochées, de l'année, l'on
pourrait présumer que l'espèce conserve la coloration de
sa livrée dans toutes les saisons; si un neuvième indivi-
du, tué à une date plus éloignée d'un mois environ des
huit autres, ne nous avait lourni la preuve d'une dou-
hle livrée, à la vérité peu disparate de l'autre, mais
qui produit cette différence du pelage, dans les deux
saisons opposées de l'année , probablement par l'usure ou
le dépérissement du bout des poils.
Sur quatre de ces individus , l'on ne voit entre-eux au-
cune différence de coloration. Le corps, la tête, les
membres et la base de la queue sont d'un noir parfait,
pointillé , sur toutes ces parties , de petites taches d'un
roux clair ; ces mouchetures proviennent de ce que cha-
que poil est annelé de deux petites bandes noires et de
deux autres rousses, la dernière terminale, produit les
petites taches disséminées à peu-près sur toutes les par-
ties. La face est d'un roux clair et les moustaches y
prennent naissance. Tout le dessous du corps, du cou,
ainsi que la face interne des membres sont d'un blanc
paraissant terni , vu que la base des poils est d'un teinte
foncée. La base de la queue est colorée comme le dos,
le reste est annelé de bandes noires, assez larges, et par
d'autres plus étroites, d'un roux clair; leur bout terminal
est blanc ; la pointe extrême de la queue est roussàtre.
Un individu , revêtu de ce pelage sur la majeure par-
tie du corps , nous a offert aux joues et sur les côtés du
cou les indices du changement de la livrée. Les parties
mdiquées sont annelées, à dislance égale, de petites stries
— 140 -
noires et blanches, la strie terminale de cette cou-
leur produit des mouchetures plus claires , sur ce fond
toujours noir de la robe , qui est pour lors régulièrement
annelée de noir et de blanc.
Longueur totale des vieux 14 pouces ou 6 lignes en
plus , dont la queue prend 9 pouces.
Patrie. L'espèce est commune dans toutes les forêls
de la Guiné, mais elle semble choisir de préférence cel-
les du bord des rivières.
ECUREUIL DE GAMBIE. SCIURUS GAMBIANUS.
Encore un de ces noms de lieu, de district ou de
rivière, dont les naturalistes anglais sont si prodigues dans
les épithètes, qu'ils donnent aux animaux, notés par eux
dans les Proceedings , voir année 1855 , p. 103 ; où l'espèce
est indiquée en ces termes.
Cet animal appartient au groupe des écureuils à oreil-
les arrondies, non touffues, et qui ont une queue cylin-
drique, couverte de poils courts, non distiques.
La partie supérieure du corps et la base de la queue ,
sont d'une couleur brune uniforme de souris, avec une
légère teinte de jaune rougeâtre , partout pointillée
de gris , vu que les poils sont annelés de noir et de
blanc jaunâtre. La queue est longue , couverte de poils
courts , ayant à sa base la même couleur uniforme du
dos; mais annelée ou rayée depuis là jusqu'au bout de
bandes nombreuses noires et d'un gris-brun clair, exac-
— 141 —
tement , est-il dit , comme est marqué le dos de la Ry'
zena et de Herpestes fasciatus. Toute la longueur du
corps est de 9^ pouces et la queue de même.
Il est difficile d'émettre une opinion sur cette espèce,
qui parait être voisine de la précédente ; mais elle est
plus grande et différente par les teintes du pelage. Son
nom indique qu'on la trouve sur la rivière de Gambie:
est-ce à la source où bien vers l'embouchure de ce fleuve
qu'il faut la chercher ?
ÉCUREUIL POENSIS. SCIURUS POENSIS.
Sans doute nommé ainsi par abréviation de Fernando-
po, nom d'une petite île non loin de la côte de Guiné ,
sur laquelle une factorerie anglaise est établie? L'espèce
est indiquée par le Dr. Smith, dans l'un ou l'autre écrit
périodique , à nous inconnu ; le nom seulement a été cité
dans les Proceeding s de 1855, à l'article du Sciwms gam-
hianus , où il est dit , que ce Poensis diffère du Gambia-
niis par sa petite taille , ses couleurs disparates et sa queue
non annelée ; dès lors j'ai cru que ce pouvait être la
même espèce, que celle obtenue en plusieurs individus de
la Guiné ; espèce que nous décrivons maintenant ci-dessous,
au risque de fournir double emploi d'un nom nouveau
dans un genre , qui en comprend déjà un chiffre si remar-
quable: de plus heureux que nous dans la recherche du
Poensis , pourront trancher la question d'identité ou de
différence spécifique.
— 142
ÉCUREUIL SOURISSE AU. SCIURVS MVSCVLIISUS.
Dans le premier pelage de saison , les poils cotonneux
ou le feùlre étant plus abondant que dans l'autre pelage,
il en résulte quelque différence , à la vérité peu remar-
quable dans les deux livrées de cet écureuil. Toutes
les parties du corps, de même que laqUeue, sont d'une
teinte grise-noirâtre uniforme , quoique très-finement poin-
tillée de roux. La queue est longue, arrondie, unicolore,
mais pourvue de poils longs ; le ventre est teinté légère-
ment de roussâtre clair.
Le feutre qui domine dans l'une des saisons est d'un
noir bleuâtre, les poils soyeux plus rares, sont finement
annelés de roux et terminés de noir.
Le feutre moins fourni dans une autre période de l'an-
née, est caché par les poils soyeux plus abondants; ceux-
ci sont couverts de lustre et finement annelés de roux ;
leur pointe extrême est d'un roux vif; ce qui fait que
ces petits points sont mieux marqués.
Longueur totale 11 pouces 6 ou 8 lignes, sur laquelle
6 pouces 6 ou 7 lignes pour la queue.
Le pelage des jeunes de l'année , dont la longueur to-
tale ne dépasse pas 6 pouces, est partout de couleur de
souris , sans aucune moucheture.
Patrie. Répandu dans toutes les localitées boisées
de la Guiné.
143 —
Le genre Pteromys peut-être subdivisé convenablement
en trois sections ou sous-genres; savoir, les Anomalures,
les Taguans et les Polatouches. L'Afrique nourrit dans
ses contrées équatoriales les trois espèces distinctes du
premier de ces groupes; espèces remarquables, connues
depuis peu et qui ont longtemps échappé aux recher-
ches faites dans les contrées qu'elles habitent. Celle de
taille intermédiaire a été introduite dans le système par
le naturaliste anglais Waterhouse, sous le nom Ano-
malurus Fraserii, type de ce sous-genre , et que le na-
turaliste Fraser a rapporté de l'expédition sur le fleuve
Niger. L'autre, plus forte de taille, approchant de celle
des grands Taguans de l'Inde , a été trouvée par notre
voyageur Pel , dans le pays des Fantes ; plusieurs indi-
vidus ainsi que des. squelettes ont été envoyés par lui à
notre musée. La troisième ou la plus petite de ce groupe
nouveau , n'a point encore été introduite dans les cata-
logues de nomenclature. A l'exemple de M. Water-
house, qui donna à l'espèce type le nom du naturaliste
anglais, aux recherches duquel la connaissance en a été
due ; je me suis empressé à faire hommage de notre
acquisition nouvelle à M. Pel , qui en fît la capture dans
ses pérégrinations à la Guiné , et pour que nul autre ne
nous ravit cette découverte récente, seulement en lui im-
posant un autre nom, l'espèce à été publiée immédiate-
ment sous celui A' Anomalurus Pelii, dans la monographie
du genre Pteromys; travail que M. M. Sghlegel et Muller
publiaient à cette époque, dans une des livraisons de
— 144 —
l'ouvrage sur la Zoologie de nos possessions dans l'Inde'.
Le genre Anomahirus a été fondé par M. Waterhouse,
sur des caractères osteologiques plus ou moins disparates
de ceux reconnus aux Pleromys. Leur crâne est plus
long quoique formé sur un modelle semblable ; les dents
en nombre égal ont aussi la même forme. Les Anoma-
lurus manquent de tout vestige d'arcade post-orbitale ;
l'orifice anteorbital est grand et de forme ovalaire , l'ar-
cade zygomatique est aussi plus grêle que dans les Ple^
romys. La colonne vertébrale compte 10 vertèbres dor-
sales et 15 côtes , tandis que chez les Pleromys il n'y à
que 7 dorsales et 12 côtes; ces derniers ont 4 vertèbres
lombaires et les Anomahirus en ont 5 ; ceux-ci ont à la
queue 32 vertèbres, tandis que les Pleromys n'en ont que
26 seulement. Le tendon servant de soutien à la grande
membrane des flancs, trouve attache , dans \q^ Pleromys,
aux os métacarpiens; dans les Anomahirus, ce tendon est
uni au coude et prend attache à l'apohyse de l'olécrane.
Les caractères zoologiques présentent aussi des diffé-
rences , au moyen desquelles il est facile de reconnaître les
espèces de ces deux groupes de rongeurs , munis d'un pa-
rachute. Le caractère le plus saillant se voit dans les
écailles cornées, nues et rugueuses, au nombre de 14
à 16, dont le dessous de la queue est garni, à partir
de la base jusqu'à peu-près la moitié de sa longueur;
ces écailles alternent entre-elles et sont superposées les
') VerhandcHngen ovcr de JVat. Gesch. der Nederl. Bczitt. pag. 108.
•
— 145 —
unes sur les autres comme des tuiles ; leur extrémité
saillante est en forme d'arête pointue, tournée en dehors,
afin qu'elle puissej fournir à l'animal un soutien dans
l'ascension du tronc des arbres qu'il veut escalader. Une
autre forme disparate de celle propre à tous les Pteromys,
existe dans le point d'attache da fort tendon, servant de
support à la grande membrane des flancs; ce tendon,
au lieu d'aboutir aux os métacarpiens, est fixé â l'apo-
physe olécrane , ce qui fait que les Anomalurus ont tout
l'avant-bras et la main libres , tandis que les Pleromys
n'ont de libre que l'extrémité de ce membre ; dans tout
le reste des formes extérieures, l'on ne voit aucune dif-
férence organique entre les espèces de ces deux grou-
pes , si ce n'est dans la forme des oreilles , courtes et
arrondies chez les Pteromys , longues et ovoïdes chez les
Anomalurus.
Les moeurs et la manière de se nourrir, des uns et
des autres , sont à peu-près les mômes. Les Anomalu-
rus sont seulement doués de moyens plus puissants de
support du corps , surtout lorsqu'ils veulent monter au
tronc perpendiculaire des arbres , dont les couronnes por-
tent les fruits qui leur servent de nourriture : dans cet
acte d'ascension , la partie écailleuse et rugueuse de la
queue leur sert de point d'appui, ainsi que de moyen
plus prompt pour s'élever, par des bonds et des sauts,
sur l'écorce des arbres , contre laquelle ils se cramponnent
au moyen de leurs pieds; pour lors ils agissent absolu-
ment à la manière des pics, aidés à cette fin de leur
queue à pennes raides et élastiques. Leur chute du faîte
d'un arbre qu'ils veulent abandonner pour en escalader
10
— 146 —
un autre, a lieu exaclemcnt de la même manière que le
font les Pleromys; les uns et les autres étendent à cette
fin leurs membranes de support , ils parviennent ainsi ,
soutenus et à l'aide de ce parachute, a atteindre le point
voulu du pied de l'arbre voisin qui doit leur servir à en
escalader le sommet. Leurs demeures habituelles sont
les grandes forêts, à la lisière desquelles ils se rendent
vers l'entrée du crépuscule: de jour, ils se retirent à l'a-
bri des voûtes sombres, où ils se cachent dans les trous
vermoulus des grands arbres. On les voit le plus habi-
tuellement par paires, rarement plusieurs réunis. Ils
se nourrissent de fruits.
ANOMALURE DE PEL. ANOMALURUS PELIL
Pelage long , lisse , bien fourni , très-doux et manquant
de poils soyeux , dont est composée la queue seulement ;
moustaches très-longues. Livrée noire et blanche.
Toutes les parties supérieures du corps , la majeure
partie des membranes, les membres en dessus, la tête
et le devant du cou d'un noir profond et couvert de
lustre. Le chanfrein , une touffe derrière l'oreille , le
bord extérieur de la membrane des flancs , celui plus
étendu de la membrane caudale et la base de la queue
d'un blanc parfait. Tous les poils soyeux de la queue
sont d'un blanc teint légèrement de roussâtre; ils sont
rudes, longs, particulièrement ceux vers le bout qui est
terminé par un pinceau de poils très-longs.
- 147 —
Les oreilles sont longues , nues , mais poilues à leur
base extérieure , d'où naissent les touffes blanches. Le
dessous du corps est couvert d'un pelage abondant , de
couleur grise , à extrémité des poils noirâtre. Les mem-
bres en dessous , ainsi que les membranes n'ont que des
poils rares et blanchâtres. L'iris des yeux est brun.
Les sexes n'offrent pas la plus légère différence dans les
teintes du pelage ; celui que porte le jeune âge ne nous
est point connu.
Longueur de l'adulte de forte taille à peu-près 3 pieds ,
sur lesquels la queue jusqu'au bout du pinceau , prend
20 pouces. Distance du bord antérieur des yeux à la
pointe du nez 1 pouce 2 lignes. Hauteur des oreilles 18
lignes.
Patrie. M. Pel a trouvé cette espèce remarquable
pendant le séjour qu'il fit à Dabocrom , dans les contrées
boisées du pays des Fautes et vers les confins de celui
des Aschantes.
ANOMÂLURE DE FRASER. ANOMALURUS
FRASERII.
D'un quart moins grand, dans toutes ses dimensions,
que le précédent ; la queue plus courte que le corps. Nature
du pelage et formes comme ce dernier ; des poils soyeux
raîdes couvrent une partie de la membrane des flancs.
Pelage de toutes les parties supérieures du corps , des
10*
— 148 -
membres, de la tête, de la première moitié de la queue
et des membranes d'une ternie noirâtre, nuancée de fau-
ve, les poils étant noirs depuis leur base et terminés de
fauve-roussâtre ; cette dernière couleur domine sur l'é-
paule , où elle forme , de chaque côté , une grande tache
produite par l'étendue plus considérable de la teinte
fauve à la pointe de ces poils. A la partie basale de
l'oreille se trouve une toufle de poils, d'un noir parfait;
ce noir profond couvre aussi les joues et entoure les or-
bites des yeux, mais chez les vieux individus seulement:
ceux-ci ont le bout des poils du dos d'un roux plus
foncé que les jeunes. Les poils qui garnissent la membra-
ne des flancs vers le tendon de soutien , sont rudes et d'un
noir parfait. La queue , depuis la moitié de sa longueur
jusqu'au bout, est garnie de longs poils rudes et noirs.
La gorge est d'un gris-noirâtre. Le dessous du corps
est blanchâtre jusqu'à l'âge de semi-adulte , et plus ou
moins roussâtre chez les vieux. Les deux sexes ont le
même pelage. Les oreilles nues ainsi que le museau sont
couleur de chair.
Longueur totale de l'adulte de très-forte taille 24
pouces, sur laquelle la queue compte 10 pouces; dis-
tance du bord antérieur des yeux à la pointe du nez
1 pouce; hauteur des oreilles 13 lignes.
Anomalurus Fraserii. Waterh. Proc. Zool. Soc, 1842,
p. 124. — Fraser, Zool. typ , pi. 22. — Pteromys Der-
BiANUs. Gray , Ann. and. Mag. Nat. Hisf. 1842, p. 262. —
Pteromys squamicaudus. s c h i n t z , Syst. Verz. Mamm. ,
p. 58, sp. 20.
Patrie. Trouvé par M. Pel dans les mêmes localités
— 149 —
habilées per l'espèce précédente, mais elle y est bien
plus rare que son congénère. M. Fraser a rapporté de
l'île Fernando-po les individus du musée britannique , et
le musée des Pays-Bas en possède aussi de la même lo-
calité.
ANOMALURE LAINEUX. ANOMALURUS
LANIGER.
Nous établissons cette espèce sur l'examen d'une seu-
le dépouille, obtenue sans désignation précise, dans l'un
des envois adressés par M. Pel au musée des Pays-Bas ,
il nous marque l'avoir obtenue d'occasion ; quoique mal
préparée elle est d'ailleurs en bon état de conservation ;
le lieu de provenance n'est pas connu ; toutefois , l'on
peut présumer qu'elle vient de l'une ou de l'autre facto-
rerie de la côte , plutôt que de l'intérieur , vu que les
peaux préparées par les nègres indigènes sont toujours
mutilées et sans aucun os , tandis que dans celle-ci le
crâne et quelques os des membres sont demeurés in-
tacts.
Cet anomalure nouveau , moins grand que le précé-
dent, lui ressemble par les formes ; mais la nature du
pelage ainsi que les couleurs offrent des disparates re-
marquables. L'indication succincte suffira pour s'en
convaincre.
Pelage court, touiïu , ébouriffé , laineux et crépu partout,
— 150 —
hormis à la queue, couverte de poils soyeux, courts et
rares; celle-ci est terminée par des soies un peu plus
touffues et plus longues. La membrane qui unit la queue
aux membres postérieurs garnie, sur le bord, de poils
soyeux , disposés à claire-voie et la dépassant.
Couleurs des parties supérieures du corps, des mem-
branes et des membres d'un gris terne, paraissant com-
me saupoudré de blanchâtre, tous les poils étant gris
depuis leur base et terminés de blanc terne ; cette teinte
grise-cendrée prend un ton roussâtre-clair le long de l'é-
pine dorsale et sur la nuque , tandis que des teintes plus
blanches se voient aux côtés du cou et à la région de
l'omoplate. Sur ce pelage cotonneux se trouvent repar-
tis quelques poils soyeux , disséminés à claire-voie ; ceux-
ci sont plus rapprochés et forment bordure de la mem-
brane qui unit la base de la queue aux membres posté-
rieurs. La gorge et la poitrine sont d'un roux de rouil-
le , et le reste des parties inférieures du corps d'un blanc
roussâtre. La partie libre de la queue est couverte de
poils bruns, rares et courts; le bout terminal en porte de
plus longs, noirâtres et formant un pinceau court.
L'individu du musée des Pays-Bas est le seul observé
jusqu'ici, il paraît n'avoir point atteint son développe-
ment parfait, il se trouve à l'état de semi-adulte.
Longueur totale 16 pouces, sur laquelle 7 pouces pour
la queue ; hauteur des oreilles 9 lignes.
Patrie. La contrée où habite cette espèce nouvelle
n'est pas exactement connue , on peut cependant lui
— 151 —
donner, en toute sécurité, la côte occidentale comme lieu
de provenance.
LOIRE DE COUPÉ. MYOXUS COUPEI.
Je n'ai pas été à même d'examiner le nombre néces-
saire d'individus du Loire murin du cap Sud, non plus
que d'un autre à gorge rousse , pour m'assurer de l'i'
dentité spécifique , qu'on présume avoir lieu entre les
indications du Myoxus erythrohronchus de Smith * , et
Myoxus murinus de DeSxMarest ^. Quelques naturalistes
croient que ces indications doivent être réunies. M. Smuts
du Cap concidère le murinus comme le jeune de l'ery-
throbronchus ; je ne saurais toutefois, affirmer ni le pour
ni le contre; il ne m'est non plus clairement démontré
que ce sont deux livrées de saison de la môme espèce,
et que ces deux livrées auraient pu donner lieu au dou-
ble emploi de nom. L'opinion émise par M. Smuts me pa-
raît spécieuse ; toutefois , dans le doute sur l'identité ou
la disparité de fait , il paraît convenable de laisser provi-
soirement subsister les deux noms, admis aujourd'hui dans
les catalogues systématiques.
Il paraît que le genre Graphiurus , formé parF. Cuvier,
et dans lequel deux espèces se trouvent énumérées, est
une de ces coupes artificielles, comme il s'en trouve
*) Smith , Zool. Journ. 4 , pag.
2) Mammal. pag. 542.
438.
— 152 —
plusieurs dans les systèmes, créées par le génie de l'in-
novation et que le compilateur admet sans examen préa-
lable ; ce n'est qu'un démembrement arbitraire du genre
Myoxus , établi sur la forme des dents moins fortes, usées
et plus lisses de couronne que celles du Lérot muscar-
din. M. Ogilby et les autres naturalistes anglais n'ad-
mettent non plus le genre Graphiurus.
Notre Coupei de la côte occidentale de l'Afrique , res-
semble par la taille et par la structure totale à son con-
génère Sud-africain; mais il s'en éloigne par la forme
des oreilles, qui sont plus petites, à lobe moins baut,
surtout moins large, de forme ovoïde, un peu droit et
sans replis ; il a aussi toutes les parties supérieures de la
tête , du corps , ainsi que la queue en totalité , d'un gris-
clair uniforme', un peu rembruni le long de l'épine dor-
sale ; les joues, à partir du bord inférieur des yeux, le
menton et toutes les parties inférieures sont d'un blanc
pur. Les poils de la queue sont graduellement plus longs
à partir de la base vers la pointe , où ils diminuent de
nouveau en longueur jusqu'au bout; tous ces poils ont
une couleur grise uniforme , absolument de la même
teinte que le dos. Les jeunes. L'adulte ne nous est
point connu.
Longueur totale 7 pouces, sur laquelle 3 pouces 6
lignes pour la queue ; hauteur des oreilles 4 lignes ; lar-
geur 5 lignes.
Myoxus COUPEI. F. Cuvier ,Mamm, Vol. 2, pi. fujure
— Î53 —
exacte du jeune. — Isid. Geoff. Dicl. class. Vol. 9,
pag. 484. — Wagn. Schreb. Sàug. Suppl. Vol. 3,
pag. 275.
Patrie. La Sénégambie et la Guiné.
Quoique le genre 3hs, tel qu'il a été établi par le
premier fondateur du système de la nature, ait été di-
visé et subdivisé depuis ce temps en un très-grand nom-
bre de genres et de sous-genres ; que les découvertes im-
portantes d'espèces inconnues à Linné , ignorées même
de ses premiers disciples , soient venu augmenter de
plus du double et bien près du triple , le cbiflre des pe-
tits rongeurs qu'on réunissait jadis en un seul grand
groupe; le genre 31us , tel qu'il est réduit aujourd'hui
en des limites mieux circonscrites , n'en demeure pas
moins une des coupes méthodiques de la famille des ron-
geurs, encore fort nombreuse en espèces distinctes; ce
chiffre augmenterait considérablement par une moisson
abondante d'espèces inédites, si les voyageurs qui exploi-
tent des contrées encore imparfaitement connues , sous le
rapport de leurs productions en histoire naturelle, vou-
laient se donner la peine de prendre plus de soin et de
diriger mieux leurs travaux, pour l'acquisition des petits
animaux dont la vie est nocturne ; ceux-ci , cachés pen-
dant la clarté du jour dans leurs conduits souterrains,
échappent toujours à leur investigation ; aussi n'est ce ,
le plus souvent , que grâce au hasard qu'on est parvenu
à faire leur capture. Les procédés à employer pour se
rendre maître d'un grand nombre de petits carnassiers
— J54 —
insectivores fouisseurs , ainsi que des petits rongeurs sub-
terranéens sont cependant bien faciles , l'application en
a été recommandée souvent.
Ils consistent à faire choix de quelques grands vases
en terre cuite, dont l'ouverture soit bien large, d'un pied
ou plus en circonférence ; l'intérieur en doit être vernis ;
la profondeur pourra satisfaire au but, lorsqu'ils pourront
contenir trois ou quatre pouces d'eau , laissant un ou deux
pouces entre l'eau et le bord du vase. Lorsqu'on se sera
assuré de la présence des petits mammifères nocturnes,
soit dans les champs ensemencés , dans les bois ou bien
dans les sentiers, l'on enfouira ces vases de manière à
ce que leur bord soit à niveau du terrain , ou mieux de
quelques lignes au-dessous de ce niveau. Les petits mam-
mifères courant çà et là, tombent dans ces vases, s'y
noyent , ou bien ne peuvent s'en échapper, vu le poli de
leur bord.
En faisant usage de ce procédé , ou bien en disposant
convenablement des lacets de crin , l'on ne ferait plus
dépendre d'occasions purement fortuites , les moyens de
se procurer les petits mammifères dont l'existence, le
plus souvent, n'est même pas soupçonnée, tandis que
la chance probable de les étudier se présentera plus fré-
quemment.
Les petits mammifères insectivores de la Guiné ne
sont point encore parvenus à notre connaissance ; ceux
du Damara , contrée située plus au Sud sur cette même
côte occidentale de l'Afrique, ont fait l'objet principal des
recherches du capitaine Alexander. Les espèces nouvel-
~ 155 —
les de ces contrées ont été indiquées par M. Ogilby ,
voir Proceedings of the Zoological Society , année 1838,
pag. 5 , où on les trouve décrites sous les noms de Ma-
crocelides Alexanderi , M. melanotis et Chrysochloris da-
marensis: parmi les petits rongeurs rapportés par le même
capitaine anglais , se trouvent cités Bathyergus damaren-
sis et Myoxus elegans.
Notre voyageur à la côte de Guiné , nous en a adressé
quelques uns de cette famille , à la vérité en bien petit
nombre , mais parmi lesquels il ne s'en trouvent que
deux connus et décrits ; les cinq autres n'ont point
encore été mentionnés; ils servent de preuve renou-
vellée que partout , dans quelque contrée du globe que
ce soit , les naturalistes peuvent compter de faire des
captures intéressantes d'espèces inédites de rongeurs sub-
terranéens; parmi lesquelles nous trouverons indubita-
blement des formes nouvelles à faire connaître. Les cinq
espèces que nous allons décrire , appartiennent toutes au
genre Mus. Indépendamment de celles-ci, on trouve en-
core généralement répandu, sur toute la côte de Guiné,
Mus raltus , Mus decumanus et Mus musculus d'Europe,
dont la livrée ainsi que le genre de vie sont demeurés
les mêmes que dans les contrées, d'où elles tirent leur
origine.
RAT A DOS RAYÉ. MUS VITTATUS.
Le plus grand nombre des naturalistes, ceux même
qui ont décrit et publié des figures de cette espèce , lui
ont toujours donné le nom de Muspiimilio de Sparman,
— 156 —
sans qu'ils se soient doutés des différences remarquables
entre ces deux espèces. Elles sont en effet marquées ,
l'une et l'autre, de quatre bandes dorsales, on les trouve
dans la même partie méridionale le l'Afrique , mais du
reste, elles sont essentiellement distinctes. Le Dr. Wagner
a fait le premier cette remarque , et les caractères qu'il
indique pour reconnaître ces deux espèces sont très-exacts.
En effet , le pumilio se distingue du villatus par sa
taille moins forte; par sa queue plus courte que le corps,
totalement nue; les quatre bandes du dos naissent d'une
grande tache noire , couvrant la nuque ; l'orbite des yeux
est entouré d'un espace plus clair que le reste du pela-
ge , et le museau l'est de même. Ce Mus pumilio est
plus rare au Cap de Bonne Espérance que l'espèce dis-
tincte dont nous allons donner le signalement.
Le rat à dos rayé ou Mus villatus, est bien plus ré-
pandu au Cap que son congénère dont il à emprunté le
nom ; on le trouve partout dans la colonie et dans le pays
des Cafres ; M. Pel vient de l'envoyer de la Guiné , où il
est très-commun et ne diffère point de ceux qui nous
viennent des autres contrées plus méridionales.
Le pelage des parties supérieures du corps est géné-
ralement d'un fauve-grisâtre, nuancé irrégulièrement en
teintes claires ou brunes. Quatre bandes parallèles cou-
vrent le dos, à partir des omoplates jusqu'à la base de
la queue; ces bandes sont d'un noirâtre mêlé de teintes
roussâtres, l'entre-deux de ces bandes est grisâtre. Les
oreilles , de grandeur moyenne, sont rondes , couvertes in-
térieurement de petits poils roux, et leur bord antérieur
»^ 157 -
esl marqué d'une tache noire. La queue est plus lon-
gue que le corps, elle dépasse le bord antérieur des
oreilles ; elle est couverte de petites écailles , médiocre-
ment poilues et noires en-dessus, plus abondamment gar-
nie en-dessous de poils bruns , puis terminée par un
mince pinceau noir. — Les jeunes ont des teintes plus
claires, mais leur robe est peinte de la même manière
que celle des vieux.
Longueur totale, prise sur des individus très-vieux,
9 pouces , sur laquelle 4 pouces 5 lignes pour la queue ;
hauteur des oreilles un peu plus de 6 lignes.
Mus viTTATUS. W a g n. S c h r e b. Sdiig. Suppl. , p. 435.
— Mus PUMiLio. Brants, JJuizen, p. 105. — Smuts,
JJamm. , p. 30. — Smith, llluslr. Zoolog. of Souih-
Afric, pi. 46 , fig. 1. — Rat a dos rayé F. C uv. , Mamm.
planche , figure exacte.
Patrie. Depuis le Cap jusques sous l'Equateur.
RAT BARBARESQUE. MUS BARBARUS.
De la taille du précédent, auquel il ressemble aussi
au total par ses formes, si ce n'est que celui-ci a les
doigts des pieds de devant très-courts ; de prime abord
l'on ne découvre que trois doigts , vu que les latéraux
n'existent qu'à l'état rudimentaire; ajoutez encore que les
oreilles sont moins larges et par là de forme ovoïde.
- 158 —
Pelage des parties supérieures jusqu'au delà des
flancs, d'un brun noirâtre, passant au roux-mordoré à
la croupe et aux cuisses. Cette livrée est peinte d'une
large bande dorsale , noire et lustrée , partant de l'occi-
put et terminée en pointe à la base de la queue ; six pe-
tites bandes parallèles à celle du dos , couvrent les flancs
de chaque côté, en passant sur les cuisses; ces bandes
sont iormées par une série des petites taches jaunâ-
tres , faisant l'efl'et d'une robe couverte de maculatures.
Les oreilles seraient totalement glabres, si leur bord in-
terne supérieur n'était point couvert de poils très-courts
et roux. La queue , aussi longue que le corps , est cou-
verte de petites écailles , dans les interstices desquelles
naissent des poils courts et rudes. La gorge, les parties
médianes du cou et du ventre , ainsi que la face interne
des membres sont d'un blanc pur. Les moustaches sont
courtes et brunes.
Longueur totale 8 pouces 2 ou 5 lignes , sur laquelle
pour la queue 5 pouces 6 ou 8 lignes ; hauteur des oreil-
les 6 lignes.
Mus BARBARUS. Linn. Syst. Impart. 2 add. — Schreb.
Wagn, Suppl. Vol. 5 , pag. 453. — Brants, Muizen ,
p. 120. — Benn. Gard, and menagr., p. 29. — Wagn.
Reizen in Alger. Vol. 5 , p. 55 , tab. 1. — Rat de barbarie,
Desmar. Mamm. , pag. 504, sp. 485.
Patrie. Cette espèce à robe peinte avec recherche,
vit dans les broussailles non loin des champs en culture;
on la voit le plus souvent par couple , mais rarement de
— 159 -
jour ; à la Giiiné , elle ne vit que dans les districts éloig-
nés de la côte.
RAT TRIBANDE. MUS TRIVIRGATUS,
De la taille du précédent , mais la queue plus courte,
totalement glabre , à peine aussi longue que le corps , et
à oreilles petites et courtes.
Le pelage est court, lisse, lustré et couleur de souris
à teinte brune-roussâtre ; sur celte robe se trouvent trois
bandes noires, de longueur inégale; celle du centre prend
origine au sommet de la tête entre les yeux , passe sur
la nuque , puis devenant plus large , suit la direction de la
colonne vertébrale en se terminant en pointe vers la base
de la queue ; la petite bande des deux côtés naît derrière
l'omoplate et aboutit à la croupe. Les oreilles sont pe-
tites , de forme ovoïde , couvertes intérieurement de poils
d'un roux-ardent et ayant une petite touffe de cette cou-
leur à leur base antérieure. La queue est nue et lisse.
Le dessous du cou et du corps , de même que la face
interne des membres sont d'un blanc légèrement teint de
roussâtre. Les ongles de tous les pieds sont blancs, et
les moustaches brunes.
Les dimensions précises des sujets, dans leur dévelop-
pement parfait, nous manquent; mais à juger de ceux
reçus à l'état de semi-adulte , ces dimensions ne peuvent
dépasser celles de l'espèce précédente.
Patrie. La côte de Guiné , dans les environs de Da-
bocrom.
— 160 -
RAT SIKAPUSI. MUS SIKAPUSL
Cette autre espèce nouvelle, est d'un bon tiers plus
forte que la souris d'Europe; elle en a les formes, moins
celle de la queue , qui est beaucoup moins longue , at-
teignant à peine la partie postérieure de l'omoplate.
Les couleurs du pelage des parties supérieures du
corps et de la tête , diffèrent aussi fort peu , par leurs
teintes uniformes, de celles de la souris commune; ce
sont des nuances plus ou moins foncées de noir cendré
ou de gris noirâtre , mêlé de roussâtre ; mais ces teintes
sombres colorent la moitié seulement du pelage; en le
relevant l'on s'apperçoit que leur partie basale est d'un
roux clair; cette couleur couvre aussi toutes les parties
inférieures du corps jusqu'à l'anus. Les pieds sont
bruns, munis d'ongles blancs. Les oreilles sont courtes,
nues et arrondies. La queue est nue , couverte jusqu'au
bout d'anneaux parfaits ; elle est noire en-dessus et grise
en-dessous. Les moustaches sont courtes et noires.
Longueur totale 7 pouces, dont à déduire pour la
queue 5 pouces ; hauteur des oreilles 15 lignes.
Patrie. La même localité que l'espèce précédente.
SOURIS ROUSSE-BLANCHE. MUS ERYTHRO-
LEUCUS.
Commune dans les champs , cette souris semble se
— IGl —
plaire à la Guiné , comme notre Mus syivalicus d'Europe
dans les plaines cultivées , donnant la préférence à cel-
les ensemencées de millet ; elle a aussi les mêmes moeurs
et ses formes ne diffèrent point , mais il y a disparité
marquée dans la couleur du pelage.
Les parties supérieures du corps et de la tête sont
d'un rougeâtre clair , paraissant terni ; en relevant les
poils de Jces parties , leur base est d'un beau gris clair ;
les joues, les cotés du cou, les flancs et les cuisses ont
des teintes cendrées rougeâtres; toutes les parties infé-
rieures sont blanches. Les oreilles sont arrondies , nues
et d'un brun clair. La queue, aussi longue que le corps
et la tête, est couverte d'écaillés blanches, garnies de
poils ras. Les pieds et leurs ongles sont d'un blanc pur.
Longueur totale 7 pouces 5 ou 4 lignes, sur laquelle
5 pouces 7 lignes pour la queue; hauteur des oreilles à
peu-près 6 lignes.
Patrie. Dans toutes les parties cultivées de la Guiné.
SOURIS SOURISSEAU. MUS MUSCULOIDES,
Ce pygraée dans la famille des rongeurs , par l'exiguité
de ses formes, ressemble sous plusieurs rapports à une
autre espèce infiniment petite, découverte récemment
dans le pays des Cafres , inscrite sous le nom de Mus
minuloides de Smitu. Notre musée ayant obtenu du
11
— ]G2 -^
voyageur Wahlberg un individu de celte petite souris
de la côte orientale de l'Afrique , nous sommes à môme
d'établir , par la comparaison , les diagnoses caractéristi-
ques de ces deux espèces.
La dimension totale de l'une et de l'autre espèce est
approchant la même ; minutoides ne porte que 3 pouces
7 lignes, et notre miisculoides a seulement 2 lignes en
plus. Le premier a les oreilles grandes , larges et hautes
de 4 lignes; le second les a petites, arrondies et hautes
de lignes; l'un a le tarse long de 4| lignes, l'autre
de o| lignes. Le premier a la queue couverte à claire-
voie de poils courts et rudes ; le second a une queue to-
talement nue. En relevant les poils des parties supé-
rieures de l'un , leur base est couleur de plomb , à la
quelle succède une annelure couleur ocre et leur pointe
est noire; chez l'autre, la base des poils est aussi cou-
leur de plomb, mais l'autre moitié jusqu'à la pointe, est
d'un brun-noirâtre. Ce sont là les différences les plus
marquantes dans la comparaison en détail ; il n'est guère
possible d'en indiquer d'aussi tranchées dans l'ensemble ,
ni dans la distribution des couleurs du pelage.
Il résulte de la coloration des poils dans minutoides ,
que tout le dos ainsi qu'une partie des flancs , sont teints
de noir ou de noir mêlé de roux ; cette dernière couleur
devient dominante sur les flancs , aux joues et sur les
parties extérieures des membres, où elle forme démar-
cation nette et tranchée , avec le blanc parfait de toutes
les parties inférieures. Les pieds sont gris et les ongles
blancs.
— 103 —
Par la même cause des leintes moins compliquées de
chaque poil , il s'en suit que musculoidcs a des cou-
leurs plus pâles et plus ternes. Toutes les parties su-
périeures sont d'un brun foncé, qui prend une nuance
roussâtre sur les flancs et les membres antérieurs, sans
revêtir les cuisses ; la démarcation tranchée du roux des
flancs et du blanc pur des parties inférieures est la même
dans les deux espèces. Les pieds et leurs ongles sont
d'un blanc parfait. Tels sont les résultats de l'examen
comparatif, sur un sujet seulement, de chacune de ces
espèces.
Je ne connais point , du moins pour l'avoir vu en na-
ture, une autre petite espèce décrite par Wagner sous
le nom de Mus modestus ; on lui donne en longueur totale
3 pouces 5 lignes , des oreilles hau es de 5^ lignes et les
tarses ont 7 lignes.
Patrie. Notre musculoides est de la côte de Guiné.
RAT ROUSSARD. MUS RUFINUS.
Cette espèce nouvelle appartient à la section des rats ,
dont notre Mus decumanus forme le type; sous certains
rapports elle ressemble à ce rat d'Europe, même jusqu'à
provoquer l'idée que ce pourrait être une variété de climat
de notre espèce commune , si toutefois, nous n'avions
point la preuve certaine que notre rat desman , trans-
porté par les navires européens à la Guiné , ainsi que
dans plusieurs autres contrées du globe , continuait à
- 164 —
pulluler sous ces climats divers en conservant partout le
caractère primitif de son espèce ; la conviction nous en
est fournie encore , par la comparaison de ce rat nou-
veau de la Guiné , aux individus du decumanus , obtenus
de cette partie de l'Afrique.
Les différences notables entre cette espèce inédite et le
rat desman, se trouvent dans la forme plus allongée du
crâne ; la queue est plus grêle , quoique aussi longue , et
les oreilles sont bien plus grandes en bauteur, surtout
en largeur; le pelage est mieux fourni et les poils sont
rudes et plus longs.
La tête, les joues, la nuque, les côtés du cou, les pieds
de devant, le dos jusqu'à la croupe, les flancs et la
partie antérieure des cuisses , sont d'un roux terne , en-
tremêlé irrégulièrement de noirâtre, vu que chaque poil,
depuis la base , est d'une teinte foncée avec la pointe rous-
sâtre. La croupe , la base de la queue et la partie pos-
térieure des cuisses sont d'une teinte rousse-rougeâtre. Le
ventre et la gorge paraissent être gris , parce que le pe-
lage peu abondant, dont ces parties sont couvertes, est
foncé à la base et blanchâtre à la pointe. La queue est
noire en dessus et blanchâtre en dessous.
Nous ne pouvons déterminer les dimensions de cette
espèce à l'état du développement parfait , nos deux in-
dividus ne l'ayant point encore atteint ; ils sont à l'état
de semi-adulte; ils présentent les dimensions en longueur
totale savoir, 11 pouces, sur laquelle 3 pouces pour la
queue; hauteur des oreilles 9 lignes, leur largeur 7 lig-
nes ; hauteur du tarse 9 lignes.
Patrie. Elle infeste les demeures dans toutes les
— 165 —
parties de la Guiné ; sa manière de vivre est la môme
que celle du Mus decumanus.
Parmi les rongeurs qui nuisent^ aux ]>ecoltes, et dont
les dévastations sont un des grands fléaux pour l'agri-
culture dans les contrées , où cette industrie commence à
prendre quelque développement , on peut citer deux en-
nemis redoutables aux progrès des cultures , dans les
contrées tropicales de l'Afrique dont nous nous occupons :
Cricetomys gambianiis et Aulacodus Swinderianus.
Le premier, décrit en 1840, à peu-prés en même
temps , par M. 31. Waterhous et Ruppell; le second, dont
j'ai fourni l'indication , en 1827 , sur un jeune indivi-
du, et que Bennet a fait connaître en 1831 , à l'état de
développement parfait. Ces deux grandes espèces, mu-
nies de poches ou d'abajoues , forment chacune le type
d'un genre distinct dans la famille des rongeurs. L'une
et l'autre paraissent avoir échappées longtemps à la con-
naissance des naturalistes, aussi leurs dépouilles sont
elles rares dans les collections zoologiques. Des indivi-
dus des deux sexes , parfaitement adultes, viennent d'être
obtenus au musée par les soins de M. Pel. Ici nous fe-
rons mention des caractères ostéologiques, du moins de
ceux du crâne et des dents de ces deux types , pour n'a-
voir qu'à décrire les formes et la couleur de leur pelage
dans leurs articles respectifs.
Le crâne du Cricetomys est remarquable par sa lon-
gueur, aucun des autres types de la famille des rongeurs
ne lui est comparable sous ce rapport ; elle provient de
— 166 —
rallongement des os du nez. Le trou entre-orbital est
très grand et a une forme plus ou moins triangulaire.
Les arcades zygomatiques sont moins développées et
plus droites que dans les rats; les caisses auditives ont
aussi un moindre volume. Les dents sont, â quelques
faibles modifications près, de la môme forme que dans
les rats , leur nombre est égal. Les pieds et les doigts
sont comme dans les rats, mais les doigts latéraux,
de chaque côté , posent à terre et sont un peu moins
longs seulement que les trois doigts du milieu , qui
se trouvent être presque égaux. Le caractère le plus
remarquable dans ce type, c'est l'existence d'un dou-
ble appareil mammaire , dont j'ai été à même de vérifier
la présence sur deux très-vieilles femelles; l'une d'elles
nous est parvenu en peau , conservée à l'esprit de vin ;
l'individu était évidemment dans l'époque de l'allaitement,
vu que les boutons des mamelles se trouvaient dans un
état de développement extraordinaire. Il résulte de l'exa-
men de ces individus, qu'indépendamment des quatre
mamelles ventrales il s'en trouvent encore quatre autres
à la poitrine , entre les jambes de devant ; il est probable
que ce double appareil sert à l'allaitement , tous les
boutons de notre individu étant également développés.
D'une part , le Criceiomys est voisin des Cricetus , en
ce que , comme ceux-ci , il est muni de poches labiaires,
d'autre part, par le crâne, moins sa longueur dispro-
portionnée, ainsi que par les dents et leur nombre, il
ne diffère point des vrais 3Iiis, tandis que le système
d'allaitement combiné avec sa grande taille, servent à l'i-
golcr parfaitement de tous les autres rongeurs.
— 167
Le genre Aidacodus est une coupe dans cette famille,
établie par moi , pour y classer ce rongeur de forme anor-
me , qu'à l'époque où parut cette définition systématique,
je n'ai pu mentionner que sur un individu fort jeune ;
depuis ce temps , le naturaliste anglais Bennet c'est vu
à même de compléter mes indications sur des individus
dans leur développement parfait.
Aidacodus a le crâne solide et fort. La crête occipi-
tale est très-haute , de même que l'inlerpariétale , ces
crêtes sont tranchantes ; les frontaux sont séparés par
une rainure prolongée jusqu'entre les os du nez, for-
més en deux tubes accolés. L'ouverture entre-orbitale
est très-grande, de forme ovoïde. Les arcades zygoma-
liques sont de longueur et de force remarquables, par
contre les orbites sont petites et les caisses auditives peu
développées. Le nombre des molaires est de quatre aux
deux mâchoires ; leurs couronnes émaillées sont carrées
et il s'y forment des plis transversalement. Les incisi-
ves supérieures sont puissantes, en forme de demi-cer-
cle ; seulement la moitié intérieure de leur émail est si-
lonnée de trois rainures profondes , les inférieures ont la
même largeur, mais elles sont lisses. La plus forte lon-
gueur de la tête est de 3 pouces 6 lignes ; sa largeur
aux arcades est de 2 pouces 4 lignes.
Pour les autres détails du crâne ainsi que relative-
ment à ceux du squelette dans le premier âge, l'on peut
consulter Monogr. de Mamm. Vol. 1 , p. 243 , et la pi. 2i5.
— 168 —
CRICETOMYS GAMBIEN. CRICETOMYS
GAMBIENSIS.
Les catalogues méthodiques ayant adopté ce nom , em-
prunté d'une rivière ^ , il nous sert à désigner l'espèce
remarquable, jusqu'ici la seule connue dans cette coupe
méthodique; en 1840, 31. Waterhous en donna le pre-
mier la notice dans une séance de la société zoologique
de Londres ; presque en même temps , M. Ruppell en
faisait graver le portrait sur un individu obtenu de Sierra-
Leona , déposé dans le musée de Francfort ; il lui don-
na le nom de Mus golialh. M. Pel vient de nous envoyer
quelques individus, sous le nom de Boetie, qu'il porte à
la Guiné, et sous lequel on le trouve indiqué dans Bos-
MAN ; par conséquent priorité de nom d'un siècle et demi
environ , que toutefois , nous ne revendiquons point.
A voir le Cricetomys de prime abord , on le prendrait
pour un rat de forme gigantesque , tant il ressemble à ces
espèces de rongeurs par les formes totales , ainsi que par
quelques détails de son organisation extérieure; cepen-
dant , quelques formes moins apparentes lui ont valu à
juste titre d'être distrait des rats, pour former un type
distinct dans la grande famille des rongeurs ; nous venons
de mentionner ces caractères, dont le plus remarquable,
') Il n'est pas dit, si c'est de la source ou de reniLouchuic de
cette rivière que provient l'individu ; comme lieu de provenance , ces
localités peuvent cependant offrir une grande distance.
— IGO —
sans doiile, est celui du double appareil mammaire,
qu'il serait intéressant de mieux constater par des re-
cherches à faire sur des individus en fonction d'allaite-
ment.
Le Cricelomysdi le pelage court, lisse, absolument com-
me les rats , un peu lustré et dépourvu de feutre. Sa
queue est comme celle des rats, longue et nue; ses
oreilles sont droites, plus hautes que larges et totalement
nues. Le sommet de la tête, la nuque, le milieu du
dos et la base de la queue sont d'un brun-noirâtre , cou-
vert de lustre; cette teinte sombre devient graduellement
plus claire sur les flancs et sur les côtés de la tête; la
partie inférieure des flancs , les cuisses et les jambes
sont d'un brun-clair; la partie inférieure des pieds, les
doigts, la face intérieure des membres, toutes les par-
lies inférieures ainsi qu'une grande partie du bout de la
queue , sont d'un blanc pur. La région des moustaches
est nue et celles-ci sont noires. Les sexes ne diflerent
point par les couleurs du pelage. Les jeunes ont des
poils courts et fort rares sur la face extérieure des oreil-
les et de la queue.
Longueur totale des individus à l'état du développe-
ment parfait, 2 pieds 2 pouces, sur laquelle 14 pouces
pour la queue; hauteur des oreilles 1 pouce 2 lignes;
longueur de la tête 5 pouces.
CiucETOSiYS GAiMBiANUs.'gW a t c r h. Proc. Zool. Soc. 1840 ,
p. 1. — Wagn. Schreb, Sàufj. Suppl. p. 545. — Mus
— 170 —
GOLIATH, liuppell, Muse. Senckcnb. 3. p. 114, pi. 9 et
10. — BoETiE, dans B os m an.
Patrie. Une grande partie de la côte occidentale;
commun à la Guiné, où ils se montrent souvent dans les
habitations, même jusque dans les forts; ils l'ont de
grands dégâts dans les magasins et dévastent les champs
de mais.
AULACODE SWINDERIEN. AULACODUS
SWINDERIANUS.
Ce rongeur de la taille du chat sauvage , a toutes les
parties du corps revêtues de poils soyeux , rudes , dépri-
més et rainures , élastiques et à pointe piquante. La
longueur de la queue ne dépasse pas celle de la moitié
du corps. Les oreilles sont courtes , presque rondes , dé-
passant à peine le pelage. Les ongles sont longs, lar-
ges, bombés en dessus, évasés en dessous.
Tous les poils portent des annelures noires et rousses ,
qui alternent, il s'en suit que les couleurs de la robe
offrent un mélange de ces deux teintes; mais la base
des poils ainsi que leur face interne sont d'une teinte
blanchâtre. Le ventre est couvert de poils blanchâtres an-
nelés de brun ; ceux du museau, de la partie inférieure
des joues, de la gorge et de l'abdomen sont d'un blanc
pur. Les moustaches sont en partie brunes et blanches.
En dessus la queue est noire cl roussâtre en dessous.
- 171 —
Longueur totale de 26 à 28 pouces, sur laquelle 7
pouces 7 à 10 lignes pour la queue; distance du bord
antérieur des yeux à la pointe du nez 2 pouces ; hauteur
des oreilles 10 lignes,
AuLACoDus swiNDERiANus. Tcmm. Monogr. de Mamm.
Vol. 1, p. 243, pi. 23 , le jeune. — Benn. Proc. Zool.
Soc. 1850, p. 111. — Wagn. Schreb. Sdug. Suppl.
pag. 528. — Waterh. Mamm. Rodent. Vol. 1 , pag. 536,
pi. 16.
Patrie. Une grande partie de l'Afrique centrale et
littorale, depuis le pays des Cafres jusqu'à la côte de
3Iossambique, les côtes de Guiné etd'Angole. Ils y por-
tent le nom de cochon de terre , rat de terre et rat
des bois. Les dévastations qu'ils font dans les champs de
maïs sont immenses.
Nous avons encore à citer deux rongeurs , au sujet
desquels il ne m'est parvenu pour toute notice , que la
certitude de leur existence à la côte de Guiné; l'un, du
genre Hystrix ou Porcépic , est probablement Hyslrix cris-
talus , l'espèce commune en Europe et qu'on trouve aussi
dans les parties septentrionales et méridionales de l'A-
frique ; l'autre est du genre Lepus; mais cette espèce de
Lièvre de la Guiné , se trouve seulement inscrit pour mé-
moire dans les notices de M. Pel ; il y est dit, qu'à Apam
et à Acra , il a vu un Lièvre , de la taille de notre Lapin
d'Europe , à oreilles très-longues. Le musée , n'ayant
obtenu aucune dépouille de ces deux rongeurs comme
— 172 —
moyen de comparaison propre à constater l'espèce, nous
en sommes réduits , pour le présent , à signaler leur pré-
sence sans autre détermination spécilique.
Parmi les Â/anis , genre de l'ordre Edenlala , ou des
mammifères dépourvus de dents incisives , se trouvent à
la Guiné trois espèces peu communes dans leur pays
natal, et fort rares dans nos collections zoologiques; deux
sont du nombre des animaux récemment inscrits dans
nos catalogues de nomenclature ; ce n'est que depuis les
recherches faites en Afrique , il y a quelques années , que
la certitude a été acquise , qu'une de ces espèces, décrite
par M. Smuts 1 sous le nom de Manis Temmincki, dif-
fère essentiellement de Manis laticaudata ou Pangolin de
BuFFON, du continent de l'Inde, avec laquelle on l'avait
confondue par erreur, dans les synonymes du Pentada-
clyla de Linné. Que l'autre , Manis iricuspis , d'abord
prise pour le jeune-âge d'une autre espèce Africaine , a
été citée comme identique du Pangolin à longue queue
ou Phatagin de Buffon, mais depuis ^reconnue comme
formant un espèce distincte , citée par M. M. Rafinesque
et SuNDEVALL. Ellcs sc trouvcut inscrites maintenant ,
l'une et l'autre, sous les noms indiqués dans les traités
zoologiques les plus récents.
Les individus de ces deux espèces, lorsqu'ils sont par-
venus à l'état parfait d'adulte , deviennent de plus en
Mammulcgia ccqicnsis . pag. 64.
— 173 —
plus rares dans la partie du liltoral de l'Afrique , là ,
surtout, où la civilisation et l'agriculture font des pro-
grès rapides parmi les indigènes. Ces animaux à allures
lentes et de moeurs inoffensives , se dérobent difficile-
ment aux poursuites des habitants , qui en font une
grande destruction, soit pour se nourrir de leur chair,
soit pour les dépouilles qu'ils employent à divers usages.
Il paraît que la première de ces espèces se creuse des
tanières , ou bien elle se cache dans les monticules éle-
vés par les légions de termites , vrais fléaux de ces con-
trées, et parmi lesquelles ce Manis fait une grande des-
truction. La seconde vit toujours sur les arbres , où
les fourmis forment aussi sa pâture; elle parvient à se
dérober à la poursuite de ses ennemis en se retirant,
de jour , dans les trous des arbres vermoulus. Le Pha-
tagin ou Pangolin à longue queue, le même que Manis
longicaudala de Shaw , se trouve aussi à la côte occiden-
tale ; notre musée possède trois individus de forte taille,
l'un rapporté du Sénégal , l'autre de la côte de Sierra-
Leona, le troisième de la Guiné.
MANIS DE TEMMINCK. MANIS TEMMINCKL
Elle est parfaitement caractérisée et facile à distinguer
de ses congénères , par sa petite tète , par la largeur
considérable du corps, par celle de la queue, d'une venue
à peu-près et de la même largeur que le corps ; cette
queue conserve sa forme dilatée jusqu'au bout , où elle
est arrondie , on dirait munie tronquée.
— 174 —
Les écailles ^ de la tête ont une forme ovalaire ; celles
des parties supérieures du corps sont très-grandes, épais-
ses , marquées de rainures à leur base , mais lisses vers
le bout; la grandeur de ces écailles en diminue le nombre
total, comparativement aux espèces qui en ont de moins
grandes, ou dont les dimensions des écailles sont fort
petites. Comme nombre comparatif l'on peut admettre ,
que dans cette espèce on en compte seulement 20, de
la tête au bout de la queue , tandis que dans Manis la-
iicaudata de l'Inde, l'on peut porter leur nombre à 30,
ou à ce chiffre approximativement pour la môme distan-
ce. Les écailles latérales de la queue sont très-fortes et
proéminentes , leur pointe est un peu contournée en-de-
hors ; la partie inférieure de cette queue a des écailles
moins grandes de moitié que celles de dessus ; toutes
sont d'une teinte brune- verdâtre, puis jaunâtre à leur bord.
Les parties inférieures sont nues; la peau est d'un brun-
jaunâtre. Les pieds sort courts, revêtus d'écaillés jus-
qu'aux ongles; les deux du milieu aux pieds de devant
sont les plus forts, très-courbés et évasés en dessous.
Longueur totale du squelette, 29 pouces Clignes, dont
la queue prend 14 pouces. Des deux sujets montés du
musée, l'un porte en longueur totale 52 pouces, dont
15 pour la queue; l'autre 23 pouces, dont 12 pour la
') Il est nécessaire qu'on soit prévenu , que le nombre des écailles
par bande transversale , non plus que par série longitudinale , ne peu-
vent prendre ran^ parmi les caractères essentiels , propre à distinguer
les espèces. Le chiffre au total , où bien le dénombrement par série
des écailles, varie individuellement et selon l'âge, dans toutes les es-
pèces connues.
— i/i> —
queue. Les écailles du dos sont longues de 5 pouces
6 à 8 lignes et leur largeur est de 2 pouces 1 ou 2 lig-
nes. La largeur de la queue à la base est de 9 pouces
6 lignes; à petite distance du bout elle porte 5 pouces;,
mesure prise en suivant la courbure de ce membre.
Manis TEMMmcKi. S mut s, Mamm. Capens. , p, .54. — -
Benn. Proc. Zool. Soc. 1854. pag. 81. — Sund. Acad.
Handb. 1842. pag. 260. tab. 4. fig. 2-9. — Wagner,
Scbreb. Sàuget. Suppl. pag. 224.
Patrie. Il paraît que celle espèce était fort répan-
due anciennement dans plusieurs parties de l'Afrique ,
aujourd'hui , partout où on la trouve encore, elle est ra-
re, surtout le long des côtes fort peuplées, moins à
l'intérieur, vu qu'elle y est plus à l'abri des poursuites;
elle habite depuis le pays des Cafres jusque sous l'Equa-
teur.
MANIS PHATAGIN. JJANIS LONGICAUDATA.
Les Manis à longue queue , dont on connaît aujourd'hui
deux espèces, ont les forêts pour demeure habituelle; là
elles peuvent se soustraire facilement aux poursuites, sous
cette ombre protectrice, soit en se cachant de jour dans
les gîtes que leur offrent les troncs des vieux arbres, ou
bien à l'enfourchure des grosses branches , où elles se
roulent en boule. Sur les arbres comme à terre, leur
allure lente , mais assidue , est sans cesse à la quête
des termites , qu'elles poursuivent jusque dans les trous
— 17G —
vermoulus , les sondant au moyen de leur langue exten-
sible. Ces Manis , mieux organisés que les autres espèces
pour monter aux troncs des arbres , sont munis d'une
longue queue , dans laquelle elles trouvent leur point d'ap-
pui; leurs pieds de devant, dépourvus d'écaillés, à peu-
près jusqu'à l'épaule , permet à ces membres plus de li-
berté de mouvement, aussi s'en servent-ils pour escala-
der les troncs.
Indépendamment de sa taille et de sa longue queue,
cette espèce est caractérisée par la grandeur , l'épaisseur
et la nature solide des écailles ; elles sont de forme ob-
longue , ovoïde et lisse au bout , ce bout est d'un jaune-
Gcre , leur partie basale est noire , couverte de rainures
rapprochées et n'allant point jusqu'au bout. Les pieds
de devant , à partir de l'épaule , sont couverts de poils
rudes et noirs ; le ventre en est aussi garni , mais à
claire-voie.
Longueur totale, prise sur le plus grand des trois in-
dividus du musée, 3 pieds 5 pouces, sur laquelle pour
la queue 22 pouces 6 lignes. Écailles à l'épine dorsale,
longues de deux pouces ou 2 pouces 5 lignes; leur lar-
geur est de 1 pouce 3 lignes.
Manis longicaudata. Shaw, Gen. Zool. Vol. 1. p. 183.
pi. 55. — Sun de V. Acad. Handl. 1842. pag. 231. —
Wagner, Scbreb. Sâug. Suppl. p. 213. — Pholidotus
LONGicAUDATUS. Briss. Règii. anim. p. 31. — Manis tetra-
DACTYLA. Linn. Scbreb. tab. 70. — Manis macroura et
AFRicANA. Erxl. et Des m. — Piiatagin. Buff. Vol. 10.
— 177
pag. 180. pi. 35. — Pangolin a longue queue , Cuv. Règn.
Anim. pag. 233.
Patrie. Le littoral de l'Afrique occidentale entre les
tropiques ; assez commun à la Guiné.
MANIS TRIDENTE. MANIS TEICUSPIS.
Les écailles , dont la tête et le corps sont revêtus , pré-
sentent des formes et une texture três-disparates de celles
de l'espèce précédente. Elles sont minces , flexibles et
élastiques; leur forme est longue, droite, peu large et le
bout est terminé par trois pointes, dont celle du centre
est la plus longue ; celles de la queue sont plus larges et
plus courtes toutes à extrémité tridentée. Les écailles
sont rainurées jusqu'au bout; elles ont une teinte brune
très-claire. Les pieds de devant, à partir du coude, n'ont
point d'écaillés : la peau est nue , parsemée de quelques
poils noirs. Toutes les parties inférieures soni couvertes
de poils rudes et blancs.
Longueur indiquée par M. Fraser , en totalité 50 pou-
ces dont IS pour la queue. Le plus grand des individus
de notre musée a 24 pouces , sur laquelle pour la queue
15 pouces. La longueur des écailles du dos est de 1 pou-
ce 2 ou 5 lignes , et leur largeur de 7 lignes.
Manis tricuspis. Rafin. Ann. des Scienc. Nat. Vol. 7.
pag. 213. — Sundev. , Acad. Handl. 1842. pag. 252. —
Wagn. Schreb. , Sâuget. SuppL p. 217. — Jeune pha-
TAGiN Daub. Buff. , Vol. 15. pag. 194. — Manis multi-
12
— 178 -
SGUSTATA. Gray, Proc. ZooL Soc. 1845. pag. 22. — Fra-
ser, Zool. tijp. pi. 28.
Patrie. La côle de Guiné et l'île Fernando-po.
Il paraît que dans l'ordre des Pachydermes , l'Éléphant,
le Rhinocéros et l'Hippopotame, ne peuvent plus être ad-
mis comme habitants des parties tropicales du littoral de
l'Afrique. Ces grands mammifères, en bute à des pour-
suites incessantes, se trouvent aujourd'hui refoulés, de
plus en plus , vers les contrées de l'intérieur où l'usage
des armes à feu n'a point encore remplacé les moyens
de destruction , inventés par les aborigènes pour se ren-
dre maître de ces grands animaux; l'on ne cite plus de
nos jours d'exemple de l'apparition d'un éléphant dans le
rayon des factoreries eiu^opéennes de ces côtes; l'ivoire
qui y est apporté par les caravanes de l'intérieur, ne
forme plus un article de commerce aussi important et lu-
cratif, qu'ill'était encore au siècle dernier; aussi les de-
mandes de dents d'éléphant pour compte européen , dé-
passent remarquablement, dans toutes les factoreries,
les moyens de faire face à cette branche importante de
trafic.
Les genres Phascochaeres , Sus et Htjrax , sont parmi
les Pachydermes les représentants de cet ordre à la
Guiné ; les deux premiers , Phascochaeres Aeliani et Sus
larvatus , peuvent même prendre rang au nombre des
espèces rares, toujours peu nombreuses partout le long
de la côle.
— 179 —
PHASCOCHAÉRE D'AELÏAN. PHASCOCHAERES
AELIANL
Cette espèce , connue depuis un petit nombre d'années ,
difTère essentiellement de celle type du genre, décrite
par Pallas sous le nom Ethiopiens ; au défaut des caractè-
res ostéologiques servant à constater la disparité , les for-
mes extérieures de ces deux espèces suffiraient, à elles
seules, pour les déterminer exactement. La différence
principale entre Phascochaeres Ethiopiens et Aeliani est
que le premier n'a point d'incisives supérieures et qua-
tre très-petites à la mâchoire inférieure , qui tombent dans
un âge avancé; le second a deux fortes incisives à la
mâchoire supérieure , et six persistantes à l'inférieure.
Cette espèce est à peu-près nue sur toutes les parties
du corps; la peau briine , de couleur de terre, est par-
semée de quelques soies rares. Entre les oreilles naît
une crinière de soies très-longues et touffues , qui revêt
la nuque ainsi qu'une partie de l'épine dorsale; les soies,
dont elle est composée sont brunes, réunies en petits fais-
ceaux de trois à six crins, sortant d'un centre commun.
Le bord de la mâchoire inférieure est ombragé par une
barbe de crins blancs , contournés et relevés. Deux pe-
tites verrues s'élèvent sur la face , l'une au dessous de
l'oeil, l'autre sur la joue. La queue est droite, nue,
terminée par une touffe de crins. Les défences à la
mâchoire supérieure sont longues et fortement courbées ;
les inférieures sont plus droites.
t2
— 180 —
Longueur du bout du museau à la hase de la queue.
4 pieds 4 à 6 pouces; de la queue 1 pied 5 à 6 pou-
ces ; hauteur aux épaules 2 pieds 2 pouces.
Sus AELiANi. Wagn. Schreb. Vol. 6. pag. 483. pi.
526 A. — Kretschm. Atl. Rupp; Vo\j. pi. 25 et 26. —
Ph. Harvia. Ehrenb. Sijmh. Phijs. pi. 20. — Schintz,
Saugelh. Vol. 2. pag. 534.
Patrie. Il paraît que cette espèce est répandue, en
nombre plus ou moins considérable, depuis le Nord de
l'Afrique jusque sous l'Equateur ; tandis que le Ph. Ae-
tliiopicus vit depuis les colonies du Cap jusqu'au tropi-
que. Elle a été trouvée par Ruppell dans le Kordofau ,
mais en plus grand nombre dans les parties orientales de
l'Abyssinie; à la Guiné on ne la rencontre qu'en petites
troupes dans les forêst; elle est de difficile approche, ce
qui fait qu'on la voit rarement.
SANGLIER MASQUE. SUS LARVATUS.
L'espèce de Sanglier de la Guiné est du nombre des
animaux qu'on ne saurait déterminer rigoureusement.
Les premiers européens établis dans les contrées tropi-
cales de l'Asie et de l'Afrique, n'ont vus dans toutes
ks espèces , trouvées dans ces climats divers , que le seul
type , à eux connu , du sanglier européen ; en effet , nous
voyons Rosman partager la même opinion , ce qui fait
que , jusqu'ici , l'on a toujours cru à l'existence de no-
— 181 —
tre Sus scrofa d'Europe, non seulement en Afrique, mais
à peu-près partout dans l'Asie orientale , au Japon, aux
Philippines, dans les îles de l'Archipel asiatique , jusqu'à
la Nouvelle-Guiné. Nous avons déjà fourni ailleurs la
preuve , que dans toutes ces contrées , les espèces du
genre Sus qui s'y trouvent , sont bien différentes de no-
ire sanglier sauvage d'Europe. Pour ce qui est de l'es-
pèce des parties occidentales de l'Afrique, plus particu-
lièrement de celle de la Guiné , nous ne pouvons, pour
le moment, en rien dire avec quelque certitude , n'ayant
pu jusqu'ici examiner la dépouille d'un Sus de celte con-
trée. M. Pël nous marque dans ses notes , qu'à juger
par la vue d'une peau mutilée, il croit reconnaître dans
le sanglier des forêts de la Guiné , la même espèce que
celle du Cap et des côtes orientales , connue sous le nom
de Sus larvalus. Dans tous les cas, dit-il, l'espèce est
rare dans les forêts de la côte, et les nègres ne la tuent
que de temps en temps. — Ce n'est conséquemment
qu'avec doute , que le nom de Sus larvatm peut être
appliqué à cet habitant de la partie de l'Afrique, dont
nous nous occupons ; espèce qu'il nous tarde d'être mis
à même d'examiner en nature , et sur laquelle M. Pel
est invité à faire des recherches suivies.
Le genre Hyrax est composé, jusqu'ici , de trois espè-
ces distinctes ; ce sont Hyrax syriacus , Hyrax capensis
et Hyrax arhoreus ; la première du Nord et les deux au-
tres des parties Sud de l'Afrique. Le naturaliste prus-
sien Ehrenberg , en enumère encore trois autres, sous
— 182 —
les noms de ruficeps , dongolensis et habessinieus : celles-
ci purement nominales , doivent être réunies , les deux
premières comme pelage de saison du wdii Damati Israël,
tandis que la troisième ne diffère point du Daman du
Cap. Notre voyageur Pel vient d'ajouter une quatrième
espèce à celles précédemment connues; elle nous à été
envoyée sous le nom de Hyrax arhoreus , mais elle est es-
sentiellement différente.
Quoique cette espèce nouvelle présente par ses for-
mes extérieures tous les caractères reconnus à ce genre
d'animaux, que même, sa manière de vivre, ainsi que
toutes ses habitudes soyent exactement les mêmes que
dans Hyrax arhoreus du Cap ; quelques formes organiques
marquantes lui sont particulières; celles-ci pourraient
même servir à isoler notre espèce comme représentant
d'un genre nouveau , si , en effet , la science pouvait y
gagner quelque chose, en augmentant l'échaffaudage mé-
thodique d'un nom générique de plus. Nous nous bor-
nons à placer ce Daman nouveau , comme espèce voisine
du Daman des arbres, auquel nous allons le comparer.
DAMAN DES FORÊTS. HYRAX SYLVESTRIS.
Le crâne de ce Daman à l'état parfait d'adulte, com-
paré au crâne d'un Hyrax arhoreus du Cap , de même
âge et égal de taille , offre ces différences, que celui
de Hyrax sylveslris est plus court, tandis qu'il pré-
sente plus de largeur aux arcades; le nombre des mo-
laires aux deux mâchoires est de six dans Sylveslris ;
dans Arhoreus, ainsi que chez les autres espèces , l'état
— 183 —
normal est de sept partout. La mémo disparité se re-
trouve aussi ches les jeunes, lorsqu'ils sont munis de
leurs dents de lait: Si/lveslris dans cet état, a trois
molaires seulement , tandis que dans Arboreus l'on en
trouve quatre. Les pieds , dans Sylvestris , sont plus
robustes, les doigts plus longs et plus gros que chez
Arboreus ; celui-ci a le doigt externe des pieds de devant
rudimentaire; ce doigt est distinct et plus long dans Syl-
vestris.
A ces caractères s'en joignent quelques autres, pure-
ment zoologiques ; Hyrax sylvestris a le museau , le men-
ton et la région qui entoure les yeux, nus; ces parties
sont couvertes de poils dans Hyrax arboreus. Le premier
a la partie intérieure des oreilles parfaitement nue ; chez
îe second les oreilles sont totalement poilues , même gar-
nies de longues touffes blanches. La longue touffe de
poils blancs qui recouvre la nudité glanduleuse du dos ,
et qui est propre aux deux espèces , forme une bande
étroite dans Arboreus ; chez Sylvestris elle est plus éten-
due ; les poils très-longs sont de deux couleurs , et la
nudité glanduleuse occupe une espace plus considérable.
Pelage rude , long , mais peu garni de feutre. Les poils
soyeux sont d'un brun noirâtre à leur base, et de là
jusqu'à la pointe ils sont noirs, annelés de roux-foncé
la face extérieure du lobe des oreilles est abondamment
garni de poils de la même couleur , mais la face inté-
rieure est complètement nue. Vers la région des vertè-
bres lombaires existe une grande tache , dont les poils
très-longs sont d'un blanc pur à la pointe, et noir à la
base; ils couvrent une partie de la croupe ; un large cer-
— 184 —
cle autour de l'orbite des yeux, tout le museau et le
menton manquent de poils , si ce n'est les longues mous-
taches noires dont les lèvres sont garnies; des crins longs
et noirs naissent au dessus des yeux. La gorge est
brune-noirâtre; le reste des parties inférieures du corps
est d'un brun-clair. Quelques longues soies noires se
trouvent reparties , cà et là , sur ce pelage d'une teinte
très-sombre.
Les jeunes de l'année ont le même pelage que dans
l'adulte; il est seulement moins foncé, à teinte grisâtre;
la tache du dos est plus petite , entourée de poils noirs ;
ceux-ci couvrent aussi toute l'épine dorsale ainsi que le
sommet de la tête.
Longuewr totale 15 pouces ; du bord antérieur des yeux
à la pointe du nez 1 pouce 7 lignes ; de toute la tête 4
pouces 6 lignes; longueur de la plante des pieds de de-
vant , depuis le talon au bout de l'ongle du plus grand
des doigts, 1 pouce 10 lignes; des pieds postérieurs,
2 pouces 5 lignes. Les dimensions de la plante nue des
pieds, prises sur un Hijrax arhoreus de la même taille,
donnent pour les pieds de devant, 1 pouce 7 lignes;
pour les postérieures , 2 pouces 4 lignes.
Eiwia est le nom nègre de ce Daman ; les indigènes le
désignent ainsi par immitation du cri assidu et per-
çant, dont, pendant la nuit, retentissent les forêts; il le
répète incessamment , surtout lorsqu'il escalade le trono
des arbres chargés des fruits dont il se nourrit, et qu'il
va chercher jusqu'au faîte ; aussi ne le trouve t'on que
dans les grandes forêts. De jour il s'abrite dans les trous
_ 185 -
vermoulus des arbres les plus gros ; ceux-ci servent de
demeure à sa progéniture; il ne sort de cette cachette
qu'à la chute du jour ; au clair de lune , les sons aigus
qu'il répète sans cesse, décèlent sa présence, et le tra-
hissent aux chasseurs.
Patrie. Cette espèce est fort abondante, depuis la
côte jusque dans le pays des Aschantes ; on la trouve
partout où le pays est couvert de forêts.
Le genre Antilope , tel qu'il a été établi par les natu-
ralistes du siècle dernier , ne satisfait plus de nos jours
aux besoins de la science ; il ne se trouve plus en har-
monie avec les autres coupes méthodiques dans la classe
des mammifères ; car, sous ce nom sont venus se grou-
per successivement une multitude d'espèces nouvelles ,
montant en total approximatif au chiffre de 90 , distinc-
tes et bien déterminées , parmi lesquelles il s'en trou-
vent plusieurs qu'on ne peut, sans inconvénient, réunir
en masse dans un même cadre générique. Convaincus
par ce fait et sentant la nécessité de soumettre ce
grand genre à une révision méthodique , plusieurs na-
turalistes se mirent en devoir de proposer des classifica-
tions nouvelles , basées sur des coupes plus ou moins ri-
goureusement applicables aux espèces qu'ils réunissent
dans ces divisions artificielles; celles-ci fondées sur des
caractères empruntés à des formes ostéologiques très-va-
riables selon les espèces, comme selon la nature des
contrées qu'elles habitent , ont été prises de la forme
des larmiers, des pores inguinaux, d'un mufle nu ou
— 186 —
couvert de poil , selon le nombre des mamelles , même
sur la présence ou l'absence de brosses au genou. Ces
formes plus ou moins modifiées , à peu-près dans chaque
espèce , ou manquant totalement dans quelques-unes,
ayant été employées comme caractères essentiels de divi-
sion pour les groupes , ont du , nécessairement , conduire
insensiblement à un luxe de genres, de sous-genres et
de sections, conséquence inévitable des détails très-mi-
nutieux , sur lesquels on a voulu les fonder. Des carac-
tères essentiels empruntés de ces formes, sont en effet
propres à être appliqués avec succès aux espèces entre-
elles , mais l'on ne saurait les adopter strictement, dans
la coupe générique de plusieurs espèces réunies dans un
tout générique. En somme , le naturaliste n'est guère
plus satisfait de cette classification morcelée, hérissée de
noms, qu'il ne l'était de la réunion des Antilopes en
masse, sous une seule dénomination générique. Toute-
fois, ce ne sont point des naturalistes de second ordre
qui ont pris part à ce travail de révision ; nommer Geof-
froy , Smith , de Blainville , Ogilby , Sundevall et Gray ,
c'est citer les hommes les plus éminents, sommitées ré-
connues dans l'étude des sciences naturelles. Il paraît
que ces naturalistes ont eu le tort d'attacher une im-
portance trop grande, même prépondérante , souvent
exclusive, à l'emploi d'un caractère unique, pour eux
essentiel , sur lequel ils essaièrent d'établir l'échaffaudage
méthodique de leurs groupes nouveaux. Les coupes, quoi-
que multipliées de manière à ne comprendre dans cha-
que cadre, qu'un nombre très-borné d'espèces, souvent
— 187 —
deux ou trois , ou bien une seulement ^ , renferment
non obslant des espèces , que l'observateur de la nature
est surpris de voir réunies dans une même coupe généri-
que , et que celui qui s'occupe de la classification d'une
collection , se refuse d'admettre à cette place indiquée
lorsqu'il veut repartir les espèces, et faire ainsi l'appli-
cation de la méthode à l'arrangement de la série natu-
relle des êtres. — Ces coupes trop nombreuses, offrent
aussi l'inconvénient de surcharger la mémoire fort inu-
tilement, d'une série de noms vuide de sens, d'hérisser
la classification de difficultées et de doutes sur la place
que l'espèce doit occuper; puis de multiplier indéfini-
ment les coupes dans une famille, lorsque celle-ci s'en-
richit par là découverte d'espèces encore indéterminées.
Après m'être mis au courant de toutes les vues nou-
velles, publiées sur la classification des Antilopidèes , je
n'ai pu adopter complètement et sans réserve aucune des
méthodes proposées par mes devanciers. Pour le métho-
diste elles peuvent offrir des principes et des indications
fort recommandables , qu'on peut apprécier dans un li-
vre, mais que le naturaliste, appelé à comparer la mé-
thode avec la nature, ne trouve pas toujours en har-
monie avec ce grand ensemble de la création.
Le musée des Pays-Bas m'a offert dans sa riche col-
lection d'antilopes, que je suis parvenu à réunir dans
nos galeries , le moyen de comparer en nature , à peu de
^) A force d'établir des divisions et des subdivisions , l'on en est
venu aujourd'hui à n'admettre qu'une seule espèce dans la coupe mé-
thodique Antilope , c'est le Pallah d'Afrique , A. melampus à laquelle
cette faveur est échue en partage.
- 188 -
lacunes près, le plus grand nombre des espèces connues,
décrites ou figurées ; j'ai vu réunis sous mes yeux , le
plus souvent les deux sexes , ainsi que les états difïérents
produits de l'âge, ou dans les époques de la mue. Sans
m'arrèter à aucune classification faite a priori , et basée
sur tel ou tel caractère principal , j'ai groupé les espè-
ces selon l'effet du coup-d'oeil comparatif sur l'ensemble
des formes; et je vais soumettre ici au jugement des natu-
ralistes la classification, qui me paraît la plus naturelle
à suivre. Le tableau ou l'exposé succinct que j'en donne
dans cet écrit, n'est qu'une analyse du travail systhèma-
lique, réservé pour une autre publication ^ ; c'est un es-
sai, un prodrome que j'offre à la sanction des naturalistes.
Les Antilopidées peuvent se diviser en deux grandes
familles. Celles dont les femelles manquent de cornes,
et celles chez lesquelles celles-ci portent des cornes plus
grêles ou moins fortes que dans les mâles; plus rare-
ment une touffe de poils , sans cornes. Dans la série
naturelle des mammifères, ces quadrupèdes doivent pren-
dre rang après le genre des Cerfs {Cervus) , et les der-
nières sousdivisions forment le passage aux genres des
Boucs {Capra) et des Boeufs {Bos). Parlant de ce sys-
tème les espèces se présentent comme suit.
') Dans le troisième volume de mes Monographies de Mammalogie.
189
Preynière famille^.
Femelles manquant de cornes.
LES DICRANOCÉRES. GENUS DICRANOCERUS.
(*) Antilope furcifer. [Palmata), Auct.
LES KEMAS. GENUS KEMAS.
(*) Antilope hodgsoni. (Chiru, Less.).
LES SAÏGAS. GENUS SAÏGA.
(*) Antilope saïga. {S. tatarica).
LES NYLGHAU. GENUS PORTAX.
(*) Antilope tragocamelus. {Picta),leNilghaut de Buffon.
') Toutes les espèces marquées entête par un (*), existent dans les-
galeries de notre musée. Le plus grand nombre s'y trouve représenté
par les deux sexes et le jeune, trois par le crâne et les cornes seu-
lement.
190
LES TRAGÉLAPHES. GENUS TRAGELAPHUS.
(') Antilope strepsiceros.
(*) » EURYCEROS. [Trommô , des Mandingues).
» ANGASII.
{^) » SYLVATIGA.
(*) » SGRIPTA. {Gtiib , de Buffon).
(*) » DECULA.
Pour mémoire comme espèce douteuse , établie sur l'exa-
men d'un fragment de dépouille , sans tête ni pieds , in-
diquée sous les noms de Doria et de Zébra. Lorsqu'elle
sera mieux connue l'on pourra la classer dans l'une ou
l'autre de nos genres, La manie de faire des espèces
doit être bien entraînante, pour en établir, même sur des
lambeaux de dépouille d'un animal, qu'on doute encore
que se soit effectivement une Antilope.
LES ANTILOPES. GENUS ANTILOPE.
['*') Antilope gutturosa.
(') » PIGTICAUDATA. {Pro-copra , Hodg.).
(*) » KOB. {Adenota aequïloen).
(*) » CERVIGAPRA. [Adenola bezoartica).
(*) » MELAMPus. {Le Pallah).
— 191 -
LES ÉLEOTRAGUES. GENUS ELEOTRAGUS,
Antilope ellypsiprimna. (Water-bok).
» DEPASSA. [Sing-sing , B e n n e t).
» ISABELLINA. [Afzelius) ^.
» ARUNDiNACEA. [Ekotragus , Lie h t.) \
» REDUNCA. [Oiireby , Cuv.).
» BOHOR. (Ruppell).
Le KoBus LECHE de G r a y ne m'est point connu , je
le classe ici pour mémoire.
LES CALOTRAGES. GENUS CALOTRAGUS.
(') Antilope capreolus. (Lanata, Desm.).
(*) » quadricornis. [Choiika, Sund.).
» subquadricornutus . (E 1 1 i 1) .
(*) » hastata. (Peter s. Mossamh,).
(*) » oureby, {Scoparia,h\Q,\\X.)
(*) » MONTANA,
(*) » sALTATRix, C. d. B. Esp. [Oreotragus).
(') » SALTATRixoiDEs. ( Abyssinic , R u p p e 1 1) 2.
M C'est, le Riet-bok des colons du Cap. de B, E,
2) C'est , le Roode-rhcbok ou Kleinc rietbok des colons , A, Lalandei.
5) Diffère autant et plus de l'espèce du cap Sud , que Bubalis py-
garga diffère de Biilalis albifrons.
— 192 —
(") Antilope tragulus. [Sleen-bok).
(*) » RUFESCENS. (Vlakte Sleen-bok en Bleek-hok).
(*) » MELANOTis. [Grijs-bok).
(*) » SALTiANA. (Jlemprichi).
(*) » MOSGiiATUs. (Genus Nesolragus) !
(*) » spiiviGER. (Genus Nanotragus) !
Seconde famille.
Femelles munies de cornes, ou de touffes.
LES AIGOCÈRES. GENUS AIGOCEROS.
{^) Antilope nigra. [Harris),
(*) » EQUINA.
(*) » LEUcoPHAEAi. {Blaauiv-boh).
LES OAEAS. GENUS OREAS.
(*) Antilope canna. [Oreas , Auct.).
» DERBYIANA.
(*) » ORYX. (Gems-bok).
» BEISA.
(*) » LEUCORYx. (Algazella).
(*) » DEPRESsicoRNis. {Plalyceros).
') Le mâle adulte du muse'e est l'individu type de la description
fournie par Pallas, Nous avons le squelette d'un mâle très-vieux.
— 193 —
LES GAZELLES. GENUS GAZELLA.
(*) Antilope addax. (Nasomaculata , Blaiii.
n
n
n
n
n
n
n
n
n
RUFicoLLis. [Dama , L i c h t.) .
HAMATA. [Aftjtilopes, Seulement Ic crâne)
SOMxMERINGI.
MOHRR. (Dama, Pall.).
SUBGUTUROSA.
EUCHORE. {Proiik-hok) .
LEUcoTis. (Lie 11 t. Peter s.) ^.
LEPTocEROs. (Mus. Par. Cuv.).
BENAETTi. {Chikara, Inde).
HAZENNA. {Jaquemonl , Voyage).
DORCAS. [Isabella , Gr3i y).
ARABICA 3. {Dorcas, ou Vera, Gray).
KEVELLA. [Corinna , Sénégal).
*) Hamilton Smith a donné une figure très-exacte des cornes et du
crâne dans l'article Antilope mytilopes , qui est l^ Addax.
2) M. SciiLEGEL a TU Cette espèce inédite dans les galeries du musée
de Berlin. Il m'en a donné les indications suivantes. Les cornes for-
tement courbées en dehors et contournées en dedans vers leur pointe
couvertes de 26 anneaux. Taille de PEucUore , mais à pelage plus
long ,• partout d'un beau brun rougeâtre ; oreilles , gorge et côté de la
tête blancs ; toutes les parties inférieures , la face interne des pieds et
le devant des tarses d'un blanc pur. Cornes d'un brun jaunâtre.
^) Voyez aussi Cineraceiis ou le Kevcl-gris de F. Cpvier.
15
— 194 —
LES CEPHALOPHES. GENUS CEPHALOPIWS,
Antilope silvicultrix.
(*) » MERGENS. [Grimmia! Gray).
» CORON ATA. (Gray).
» ALTiFRONS. (Pc t er S , Mossaiiibique),
» CAMBELLiAE. [Quid F Gray).
(*) » ocuLARis. (Peter S, Mossambique)o
(*) » MADOQUA. (Abyssin., Rupp.).
(*) » PLUTON. [Niger, Gray.).
(*) » NATALENSIS.
(*) » OGILBYI.
(*) » DORSALIS.
(*) » RUFiLATUs. [Grimm , Cuv. , Jeune).
(*) » MAXWELLi, [Guevi , Cuv.).
(*) » PYGMEA. (Monticola! Gray)^
» MELANORRHOEUS.
» PUNCTULATUS.
L^on ne saurait classer ici ni ailleurs les espèces nommées
Cephalophus Whitfieldi et quadriscopa de M. M. Gray et
Smith, fondées, comme elles le sont, sur des indications suc-
cinctes et vagues , et poiiant sur l'examen déjeunes individus.
LES CAPRICORNES. GENUS CAPRICORNIS.
(*) Antilope bubalina, [A. Thar, Hodgs.).
(*) » SUMATRANA.
1) C'est , le Blamw-lokje ou Noemetje des coIotis du Ck>j>,
— 195 —
(') Antilope gohal. {Bouc du Népal, Ciiv.).
(*) » AMERicANA. [Mazamo).
(*) » CRISPA.
LES CHAMOIS. GENUS RVPICAPRA,
Ç) Antilope rupicapra. (Alpina).
(*) » PYRENAICA.
LES BUBALES. GENUS BUBALIS.
(*) Antilope bubalis. [Mûuritanica).
C^) » CAAMA. {Harleheest).
[*) » lichtensteini ^. (P e ter s , Berlin)*
(*) » SENEGALENSIS. [Kohu , Erxl.).
C) » lunata. (Bastard-hartebeest).
(*) » PYGARGA. (Bonte-hok).
(*) » albifrons, (Bles-bok).
LES GNUS. GENUS CATOBLEPAS.
(*) Antilope gnu. [Wilde-beest).
(*) » GORGON. {Blauw wilde-beest).
') Espèce nouvelle , indiquée sous ce nom par M. Peters. Elle est
voisine des B. Mauritanica et Caama , mais les cornes sont beaucoup
plus larges et différemment contournées que dans ces espèces. Cou-
leur généralement d'un brun-maron luisant, flancs d'un brun-jaunâtre.
Extrémité du museau , lèvres et partie antérieure des pieds noirs. Le
grand flocon noir de la queue s'étend jusqu'au tarse. Voyez Peters
Voy.Mossamb. Vol. 1. p. 190. pi. 44.
15*
— 196 —
Dans ce tableau des Anlilopidées se trouvent plusieurs
espèces indiquées dans les écrits des naturalistes sur les
données fournies par les voyageurs , et qu'on énumère
comme habitants de la côte occidentale de l'Afrique tro-
picale; plusieurs des grandes espèces sont notées comme
provenant de ces contrées ; mais nous savons positive-
ment qu'elles ne vivent point jusque vers le bord litto-
ral, couvert, fort avant dans l'intérieur, d'un ruban de
vastes forêts , sous l'ombrage desquelles les grandes an-
tilopes ne vont point chercher asile; celles-ci vivent reti-
rées dans l'intérieur sur les grands plateaux montueux,
ou bien dans les plaines très-étendues, dont ces parties
de l'Afrique centrale sont couvertes ; les dépouilles de
ces animaux arrivent seulement de temps en temps ,
comme objets de commerce aux factoreries européennes
de la côte , et c'est seulement par cette voie que le ha-
sard nous en fournit la connaissance. Nous ne pouvons
dès-lors comprendre ces espèces dans le cadre de cet
écrit sur la côte de Guiné , et nous bornons nos indica-
tions aux espèces reçues par les soins de notre voyageur,
ou bien qui ont été observées par les naturalistes an-
glais dans les parties de la côte occidentale , prises pour
limites dans ce travail. Ces renseignements porteront
sur deux espèces de taille moyenne ; les autres indica-
tions se bornent aux petites espèces qui vivent dans les
forêts du littoral, dont le plus grand nombre fait partie
du sous-genre Cephalophiis , et parmi lesquelles il s'en
trouvent dont la découverte est fort récente.
197 —
TRAGELAPHE GUIB. TRAGELAPIIUS SCRIPTUS.
L'une des espèces les mieux connues et des plus ré-
pandues dans les collections , quoique son habitat soit
borné aux limites équatoriales, qu'elle ne dépasse point
dans ses migrations ; on la voit rarement quitter les plai-
nes , et son apparition à la lisière des vastes forêts dont
les côtes sont bordées, n'est nullement fréquente.
Cornes longues, droites, un peu comprimées, à deux
arêtes , tordues en spirale sur leur axe , avec l'extrémité
ronde et pointue sans anneaux. Un petit mulle. Point
de larmiers. Oreilles très-grandes. Point de brosses aux
poignets.
Pelage généralement fauve ouroussâtre, plus ou moins
foncé , marqué de taches et de lignes blanches nombreu-
ses. Tête fauve; couleur du front et une ligne sur le
chanfrein noirâtre; oreilles brunes en dehors; une petite
tache blanche en avant de l'oeil et près du chanfrein , une
autre sous l'oeil, puis une troisième plus bassa encore;
bout de la lèvre supérieure et dessous de la mâchoire
blancs ; cou fauve , sans taches , plus clair en dessous
qu'en dessus. Une ligne dorsale, en continuation de cri-
nière , tout le long de l'épine ; elle est formée de poils
raides, longs et noirs , entremêlés de poils blancs. Queue
fauve en dessus, blanche en dessous, noire au bout.
Flancs , épaules et cuisses marqués de sept à neuf ban-
des blanches, transversales, partant de la ligne dorsale,
traversées longitudinalement par une bande blanche , por-
— 193 —
tant obliquement du haut de l'épaule au pli de la cuisse
et croisant les lignes transversales ; quelques taches
hlanches, plus ou moins nombreuses, sont reparties sur
les cuisses. Le ventre est plus ou moins noirâtre ; cette
teinte est étendue aux cuisses, qui sont plus ou moins
foncées selon l'âge des individus. Le mâle vieux.
La femelle manqué de cornes et de longs poils noirs
et blancs le long de l'épine dorsale ; cette espèce de cri-
nière n'est bien développé que chez le mâle âgé de qua-
tre ans.
Les jeunes de l'année , ceux reçus du Sénégal comme
ceux obtenus de la Guiné , portent les mêmes marques
distinctives des adultes ; chez les mâles la crinière dor-
sale est indiquée par des poils plus longs , blancs et noirs ;
une petite touffe de poils contournés marque la place que
les cornes doivent occuper ; le ventre est roussâtre et
sans aucun indice de teinte noirâtre. Les sujets du Sé-
négal ont en général des teintes d'un roux plus terne
et plus pâle que ceux de la Guiné.
Longueur totale , mesurée depuis le bout du museau
jusqu'à l'anus, 4 pieds 6 à 8 pouces; hauteur du train
de devant 2 pieds 6 pouces; du train de derrière 2 pieds
8 pouces ; longueur des oreilles 5 pouces. La hauteur
des cornes chez les vieux mâles est de 9 pouces ; celles
des mâles âgés de 4 ans ou plus jeunes, n'est que de 5
à 6 pouces.
Tragelaphus scripta. Hamilton. — Gray, Knows.
Mcnaij. pag. 28. — Antilope scripta. Pall, MiscelL Zool.
— 199 —
1. pag. 8. — Schinz, Sdtiget. Vol. 2. p. 428. — Wagu.
Schreb, Sduget. Suppl. Vol. 4. pag. 442. — Le guib.
Biiff. Vol. 12. p. 305 et 327, pi. 40 et 41 fera. — Cuv.
Mamm. Vol. 4. femelle. Vol. 6, mâle vieux, parfait. —
Harness ANTILOPE. Peniî. Sijn. p. 27. — Schreb. Sduget.
pi. 21Î8. mâle jeune.
Patrie. La Sénégarabie, le pays des Aschantes et
la Gambie, où elle vit en grandes troupes. Il n'est nul-
lement prouvé qu'on l'ait aussi tué dans l'Afrique méri-
dionale; sa demeure habituelle est l'Afrique centrale.
ANTILOPE KOB. ANTILOPE KOB.
Une espèce peu connue et fort rare dans les collec-
tions; elle à été admise dans les systèmes sur l'indica-
tion fournie par Buffon sur la Petite vache brune d'ADAN-
soN, qui en a rapporté un crâne muni de cornes, trouvé
par lui au Sénégal , et dont Buffon donne une bonne figure
pi. 34. fig. 1 , sous le nom de Koh; nom emprunté aux
nègres mandingues. Sur ces données a reposé jusqu'ici
l'animal , dont nous donnons une description plus détail-
lée. Ce nom de Kob a été donné depuis Buffon à quel-
ques autres espèces distinctes ; mais nous devons à M. Gray
les premières indications exactes, et à M. Fraser, la fi-
gure coloriée de cette belle et rare espèce, que nous
allons décrire sur le mâle adulte, obtenu récemment au
musée.
— 200 —
Taille approchant de celle du Cervus dama : formes
massives; queue de médiocre longueur; terminée en un
pinceau de poils assez longs. Des larmiers peu étendus
et un petit mufle nu. Pelage grossier , abondant , de
Jongueur moyenne et Lien fourni; les poils du dos, à
partir des os du basin jusqu'à l'omoplate, contournés en
avant.
Pelage des parties supérieures du corps , des cuisses ,
de la partie extérieure des pieds , du cou et de la tête
d'une même teinte couleur de rouille ou roussâtre vif,
qui devient moins intense vers la région ventrale et la
région des yeux ; celle-ci est blanche ainsi que la base et
la partie interne des oreilles ; les lèvres , le menton , la
poitrine, le ventre, la partie intérieure des cuisses, ainsi
que celle des pieds de devant sont d'un blanc pur ; la
face extérieure des oreilles est d'un roux-clair et leur
pointe est terminée par un croissant noir. La partie
supérieure de la queue est d'un roux-clair; en dessous
et au flocon terminal elle est d'un blanc pur. Les pieds
de devant sont marqués dans toute leur longueur , et
ceux de derrière depuis la moitié du tibia seulement ,
par une large raie noire qui couvre les genous ; elle vient
aboutir au large bracelet blanc dont les sabots sont en-
tourés. Les cornes s'étendent obliquement en arrière et
•en dehors; puis elles sont courbées en dedans et se re-
courbent en haut à la pointe; les anneaux sont obliques,
larges sur le devant, où leurs interstices sont marqués
de stries longitudinales; ces anneaux au nombre de 14
à 16, sont peu apparents sur les cotés; par derrière il
n'en reste que des vestiges en rainures.
— 201 —
La femelle manque de cornes ; son pelage ne diffère
point de celui du mâle; elle a plus de blanc aux joues.
Longueur totale de l'anus au museau 5 pieds 8 pou-
ces; distance du bord antérieur des yeux à la pointe du
nez 8 pouces ; longueur de la queue 8 pouces et du flo-
con terminal 2 pouces et demi; hauteur des cornes 11
pouces 6 lignes; oreilles 5 pouces 6 lignes; hauteur du
Irain de devant 2 pieds 8 pouces ; du train de derrière
2 pieds 6 pouces.
La petite vache brune du Sénégal. A dan s. Buff. Hist.
■ Nat. Vol. 12. pi. 54. fig. 1. le crâne. — Antilope kob.
Erxl. — Wagn. Schreb. Sdiigeth. Vol. 4. p. 455. —
Desra. J!/amm. Es p. 700. — Ogilby. ProceecL Zool. Soc.
1856. — Fraser, Zool. typ. pi. 20; bonne figure du
mâle à l'état parfait. — Antilope adenota. H. Smith.
Anim. Kingd. pi. — Adenota kob. Gray, Glean. Knowsl.
pLl4etlS.
Patrie. Les bords de la Gambie et du Sénégal, à
plus de cinquante lieues dans l'intérieur de l'Afrique
tropicale.
CALOTRAGE EPINEUX. CALOTRAGUS
SPINIGER.
L'on ne saurait admettre pour exacte et certaine ,
aucune des citations établies dans les systèmes comme
— 202 —
synonyme de la très-petile espèce d'anlilopidéc que Bos«
MAN, en 1705, indique dans son livre sur la Guiné et
qu'il désigne dans le texte sous le nom de Très-petit cerf.
»Ce sont", dit-il, » des animaux très-jolis , portant de pe-
«tites cornes noires, dont les pieds passablement longs
«sont si extraordinairement minces, qu'ils ne dépassent
«pas en grosseur le tuyau d'une pipe; l'on en fait des
» cures pipes, et je vous en envoyé un échantillon monté
»en or" ^
C'est là textuellement tout ce qui en a été dit à cette
époque; non obstant l'insignifiance du récit, les compi-
lateurs s'en sont emparés pour inscrire une espèce de
plus , dans leurs tables méthodiques ; les uns en la clas-
sant dans le genre Moschus ou Tragulus , les autres dans
le genre Cervus.
Seba, ce collecteur infatiguable de toutee sortes d'ob-
jets dans les trois règnes de la nature ^ , aurait été â
même de fournir des renseignements plus certains sur cet
animal dont Bosman fait un cerf; il dit dans son Thésau-
rus, qu'il en possède trois individus, le plus grand, peut-
être un jeune Moschus , ou Lien un foetus d'Antilope ou
de Cerf, se trouvait être de sexe féminin, et non muni
1) Voyez Seba, Vol. 1, pi, 43. &s.aetb. et Botfon, Sijst. Vol. 12.
pi. 45. fig. 5 et 6.
2) Seba rassemblait sans choix ni ordre systématique , toutes sortes
d'objets curieux ; parmi les mammifères , les monstres et les foetus
étaient les plus nombreux : toute sa collection , conservée à l'esprit de
\in dans des bocaux de verre , était , après sa mort , en grande partie
détériorée.
— 203 —
(le cornes ; les deux autres étaient probablement de très-
jeunes individus de notre espèce ^ Le manque de cor-
nes dans le plus grand des individus figurés par Seba,
Vol. 1. pi. 45. fig. 1, le porta sans doute à en faire la
femelle d'un Cerf, qu'il nomme Cerva parva.
L'on voit par ces détails , le degré de confiance qu'on
doit accorder aux indications fournies par les auteurs an-
ciens des premiers temps du ISieme siècle, et à quel ti-
tre l'on peut les citer dans la synonymie des espèces
qu'on publie aujourd'hui.
Les recherches faites par le professeur Suindevall de
Stockholm , dans les collections de Suède , ont conduit
à des résultats semblables à ceux que j'ai pu faire dans
nos collections anciennes et dans les écrits hollandais.
Le Cervus guinensis du musée royal d'ADOLPiiE Frédéric ,
pag. 52, ainsi que Capra perpusilla du même ouvrage,
reposent sur des individus détériorés et décolorés , pla-
cés depuis un siècle dans la collection royale, où ils sont
conservés à l'esprit de vin dans des bocaux. M. Sunde-
VALL présume que ce sont des jeunes de Moschus Java-
niciis.
Il nous reste à faire mention de citations plus mo-
dernes, qu'on prétend classer dans la série des synony-
mies de notre petite antilopidée. D'abord les descriptions
*) Il y a pîussieurs années , (cinquante ans à peu-près) , que je fis
l'acquisition de quelques bocaux , provenant des débris des collections
de Seba; dans ce nombre se trouvait un très-jeune individu de notre
Spiniger ; il était totalement décoloré et à peine reconnaisable. Ce sujet
qu'on a monté, se trouve dans nos galeries. C.est peut-être l'individu
type du Cervus perpusillus ou bien de Cervus pergracilis de Seba.
— 208 —
des Chevrotai ns de Buffo.n , Vol. 12 , pag. 51o ; elles sont
prises de jeunes individus de deux ou trois espèces diffé-
rentes de petites antilopes du Sénégal et du Cap, ainsi
que d'un Moschus de l'Inde ; toutes ces données reposent
sur un amalgame des descriptions superficielles de Bos-
MAN , de KoLBE , de Démarchais , de Knox et de l'abbé
Prévôt. Pour ce qui est de l'indication de son Chevro-
tain de Guiné, Buffon , Vol. 12. p. 541, cet article com-
mence par la description d'un très-jeune individu de no-
ire Spiniger , semblable à ceux que Seba a fait figurer,
pi. 43. fig. 2 et 3 ; puis , Buffon décrit comme l'adulte
de son Chevrotain de Guiné, ni plus ni moins que le Mo-
schus Javanicus, dont il a fait figurer la tête pi. 45.
fig. 1 ; tandis que cette même planche nous montre dans
la figure 2, la corne d'un Blaauwhokje (Ant. pygmea)
du Cap.
Pour en finir avec cette planche 45 , nous y trouvons
représenté, très-exactement, sous les numéros 5 et 4,
le pied de devant et de derrière de notre Spiniger adul-
te; n° 7 et 8 représentent ces mêmes parties dans le jeu-
ne de l'année, tandis que n" 5 et 6 font voir la manière
usitée du temps de Bosman , de garnir en or la partie in-
férieure des pieds de ce petit animal, pour s'en servir
en guise de bourre et de cure-pipe ; des ustensiles sembla-
bles sont figurés par Seba, pi. 43 , a et b. Le texte,
dans Buffon ne fait point mention de ces débris de dé-
pouilles ni de ces ustensiles.
Vient en dernière analyse , l'indication superficielle de
Pennaist , de son Royal a.ntilope, Penn. Quad. Vol. 1,
~ 205 —
pag. 82 , que le slérile compilaleur Erxleben a inlro-
tluit dans le système sous le nom Antilope reçjia , p. 278.
Ce sont quelques lignes compilées sur le texte insigni-
fiant de BosMAN , combinées avec des données incorrectes
sur le Guevi , ou Antilope Maxwelli. Toutefois, le na-
turaliste un peu au courant de son étude, ne peut pas
s'y méprendre; car l'indication des cornes , donnée par
Pennant, suffit pour éloigner le doute; Antilope Maxwelli di
en eflet des cornes noires , longues de deux pouces en-
viron , et telles que PeNxNant les décrit ; tandis que les
mâles de mon Antilope spitiiger , même ceux de taille
très-forte , ont des cornes fluettes , brunes , ne dépassant
point le maximum de treize lignes ; leur longueur ordi-
naire ne dépasse guère neuf lignes. Le reste est un
amalgame insignifiant des deux espèces citées. Toute-
fois M. Gray, dans sa revue des Anlilopidées, Glean.
Knows. hall., pag. 12, paraît se contenter de ce récit
incorrecte et superficiel de son compatriote , car il lui
attribue la priorité de nom , sous la rubrique de son JSa-
nolrarjus regiiis.
Desmarest, dans sa Mammalofjic , pag. 428, fait men-
tion de ce petit ruminant , auquel il donne le nom de
Moschus pygmaeus ; en disant que toutes ses formes sont
celles du cerf, il va même jusqu'à mettre en doute son
origine africaine , car dit-il , Buffon nous apprend très-
positivement , que l'espèce qu'il décrit vient de l'Inde.
Nous venons de parcourir analytiquement et en remon-
tant à leur origine, toutes les indications que les auteurs
de systèmes et les compilateurs continuent d'inscrire com-
me synonymes de notre espèce ; tâcbe difficile et ingra-
— 206 —
te, qu'il serait nonobstant fort utile d'entrependre sur
toutes les espèces inscrites d'ancienne date, dans nos
catalogues méthodiques. Par ce moyen l'on parviendrait
à écarter une foule de citations incorrectes d'espèces
imaginaires, surtout de noms d'auteurs obscurs, n'ayant
d'autre mérite que d'avoir compilé leurs devanciers, et
qui , sans avoir jamais rien vu ni observé par eux mêmes ,
n'ont de titre scientifique à faire valoir que par l'épithète
latine , mise en tête des descriptions d'hommes érainents
dans les sciences naturelles et d'observateurs consciencieux
de la nature , qui ont pu négliger de publier leurs travaux ,
sous le patronnage d'une dénomination de racine grecque
ou latine. Le temps voué à des recherches de cette na-
ture serait dans doute employé plus utilement pour la
science , que celui qu'on prodigue aujourd'hui à la re-
cherche stérile du nom le plus ancien, sous lequel telle
ou telle espèce se trouve notée dans des catalogues de
nomenclature , relégués depuis longtemps dans l'oubli.
Il y a plus, en adoptant sans examen préalable le
nom le plus ancien , l'on court la chance de perpétuer
l'erreur, autant que l'on peut risquer de prêter matière
au ridicule. La preuve de ce que nous avançons ici,
n'est pas fort éloignée de l'objet qui nous occupe ; car ,
en admettant les épithètes de Pygmea et de Rex , les
erreurs de Buffon , de Brisson et de Pennant se trouvent
sanctionnées et perpétuées. Dans les noms de Pusilla
ou de Perpiisilla f l'on aboutit au risible, en trouvant
une espèce établie sur la partie inférieure de la jambe
de devant, d'un très-jeune animal; parcelle de pied que
I
- 207 —
BosMAN fit garnir en or, et qu'il envoya, dans cet état,
en cadeau à un membre de la Compagnie des Indes hol-
landaises : définitivement sur un cure-pipe.
Pour en revenir à l'espèce dont nous nous occupons ,
il est Lon de constater, qu'en 1824, notre musée obtint
de la factorerie néerlandaise à la côte de Guiné , les
premiers individus parfaits du Spiniger ; l'espèce était re-
présentée par deux mâles à l'état adulte et par le sque-
lette de la femelle. Dès-lors je fis part > , qu'une très-
petite espèce d'Antilope avait été indiquée par Linné
sous le nom de Moschus pygmaeus, et que cette citation
devait être rayée comme espèce du genre Moschus. De-
puis ce temps M. Sundevall trouva dans les collections
de Stockholm un très-jeune maie, conservé dans la li-
queur , portant des cornes très-courtes , cachées par les
poils du crâne. Il se peut , il est même probable que
ce même individu a servi à Linné , pour décrire son
Moschus pygmaeus ; l'existence des cornes n'avu^a point
été observée par lui , vu qu'elles se trouvent cachées dans
le sujet susmentionné. Plus tard , lorsque notre voyageur
M. Pel est parti pour la cote de Guiné , je lui recom-
mandai spécialement de faire des recherches pour arri-
ver à la connaissance plus exacte de cette espèce ; c'est
après un séjour de dix ans à la côte, que M. Pel par-
vint à s'en procurer successivement trois individus, un
vieux mâle, une femelle et un jeune, trouvés par lui
vers les confins du pays des Aschantes. Sur ces maté-
*) Monographies de Mammalogie ,\o\. 1. pag. xxx du tableau métho-
dùjve, Je négligeai alors de donner une diagnose de mon Spinigera.
— 208 —
riaux reposent les descriptions que nous donnons main-
lenanl.
Pelage assez long , bien fourni , serré , lisse et lustl-é ;
de deux couleurs, blanc à la base et d'un roux foncé lé-
gèrement annelé de brun à la pointe. Toutes les parties
supérieures du corps, le baut des cuisses et les lianes
d'un roux annelé de brun ; partie inférieure des cuisses
et partie moyenne des flancs, d'un roux clair nuancé de
blancbàtre ; cette teinte est produite par le blanc pur de
la base des poils, dont la pointe seulement est rousse;
les pieds , la croupe , la poitrine , le devant du cou et les
joues sont d'un roux pur; le menton, toute la gorge, le
devant de la poitrine , le ventre et l'abdomen d'un blanc
pur. L'on voit du blanc pur sur le devant des cuisses
et à la partie intérieure des jambes de devant, comme
aussi vers la région des sabots. Tout le sommet de
la tête, la nuque ainsi que les oreilles ont une teinte
noirâtre ; ces dernières portent une petite tacbe blanche
à leur base extérieure; en dedans elles sont nues et bor-
dées par un liséré blanc. La queue est courte, terminée
en pinceau , rousse en dessus et blanche en dessous. Les
cornes naissent derrière l'orbite ; elles fuient en arrière ,
sont minces, droites, lisses, brunes, à pointes acérées,
et noires : ces cornes ressemblent exactement aux épines
d'accacia. Le mâle très-vieux.
La femelle ne porte point de cornes; son pelage est
d'une teinte moins foncée , généralement plus roussâtre
que dans le mâle.
Les jeunes de l'année sont à peu-près partout d'un
ij
i
mi
— 209 —
nuance rousse uniforme ; ils manquent les teintes inter-
médiaires des adultes. A cet âge leur longueur totale
est de 7 à 8 pouces.
Les dimensions de l'adulte sont: longueur totale de
16 pouces ou 6 lignes de plus ; distance du hord anté-
rieur de l'orbite des yeux à la pointe du museau 2 pou-
ces 6 lignes; hauteur au train de devant 9 pouces 6
lignes; celui de derrière 10 pouces 6 lignes. Oreilles 1
pouce 5 lignes. Cornes 1 pouce 1 ligne , souvent 9 lignes
seulement.
Antilope spiNiGERA. Wagn. S chr eh. , Sàugeih. Vol. 4.
pag. 457. — S cil i n z. , Syn, A/amm. Vol. 2. pag. 421. —
Neotragus pygmea. Smith. Griff., Animal. Kingd. Vol. 4.
pag. 270, en partie seulement. — Nanotragus spiniger.
Sundev., Pecora , Acad. Handl. 1845. p. 508. — Nano-
tragus regius. Gray, Glean. Knows. hall. p. 12.
Patrie. Les forêts de la côte de Guiné ; ils aban-
donnent rarement les fourrés les plus épais, vivent par
paire ou bien isolément. Leur agilité est remarquable ,
ils partent de leur retraite au moindre bruit, et ils
s'élancent au loin par des bonds et des sauts , à des dis-
lances comme à des hauteurs considérables.
CALOTRAGE MUSQUÉ. CALOTRAGUS
MOSCHATUS.
Cette autre espèce d'antilopidée, découverte depuis peu
de temps par le voyageur prussien von Duben , nous offre
— 210 ->
des formes et des caractères exactement semblables à
ceux du petit ruminant qui fait le sujet de l'article pré-
cédent ; toutefois sous des dimensions totales d'un cin-
quième plus fortes.
Par l'exiguité de ses formes , ainsi que par les carac-
tères les mieux apparents de son organisation elle paraît
tenir , parmi les anlilopidées de la côte orientale de
l'Afrique, le même rang que notre Spiniger occupe le
long de la côte occidentale; tandis que l'Antilope prjg-
maea ou le Blaauw-hokje du Cap Sud S offre le modelle
de ces nains des ruminants dans les contrées méridio-
nales , et que V Antilope Saltiana ou Hemprichi * les re-
présente dans les parties septentrionales de ce vaste con-
tinent.
Nous avons de prime abord à constater, que M. von
DuBEN a donné à sa découverte récente pour nom gé-
nérique , l'épithète de Nesolragus , litéralement traduit
île-bouc , ou un animal essentiellement insulaire ; appa-
remment vu que l'ayant découvert dans une île dépendan-
te du littoral de Zanzibar, il présumait son habitat très-
limité; mais depuis que M. Peters, voyageur prussien,
a retrouvé fort récemment , cette même espèce sur le
continent africain , à Mossambique et dans l'intérieur
^) Cette espèce est la plus grande, pour la taille, parmi les quatre
mentionnés. On la trouve rangée par Sundevall avec les Sylvicapra.
Gra-Y la distingue sous le nom de Cephalophus monticola ; nom em-
prunté à Thunberg , dans un article où il confond le Guevi de la côte
de Guiné avec le Blaauw-bokje du Cap ; mieux vaudrait le nom de Coe-
riilea de Smith ; mais pourquoi ne pas lui laisser celui de Pygmaea ?
nom sous lequel l'espèce est connue partout.
2) H. Smith, Sundevall et Gray en font le seul représentant du
genre Neotragris.
— 211 —
jusqu'à Tele, ce nom de Nesotragus devient un contre-
sens. Toutefois M. Sundevall a adopté ce nom de gen-
re dans la revue qu'il donne des ruminants ^ , et M. Gray
le reproduit aussi dans l'énumération systématique des
espèces d'antilopidées qui accompagne les figures publiées
dans les Gleanings from Knowsly hall.
Quoique respectant la manière de voir de mes devan-
ciers et de mes collègues, ils me permettront de n'être
pas complètement de leur avis sur ce point, et de ne
voir dans l'animal découvert récemment par M. Duben,
qu'une espèce modelée exactement sur l'organisation ex-
térieure de notre espèce décrite ci-dessus; je conviens,
qu'il y a une différence, fort légère, dans la forme et
dans l'étendue des fosses lacrymales des crânes de ces
deux espèces; mais cette différence est du domaine de
l'anatomie comparée; en zoologie, on ne peut point l'ad-
mettre comme caractère générique essentiel ; or une
forme qui ne se trouve pas indiquée dans l'organisation
des parties extérieures des animaux , ne saurait être pri-
se en considération dans la diagnose générique: en l'in-
troduisant en zoologie, du moins comme caractère essen-
tiel , cette science devra s'interdire désormais toute clas-
sification, qui n'aura point l'anatomie pour base; elle
ne pourra plus devancer dans sa marche, essentiellement
ralentie , les investigations moins fréquentes réservées
aux anatomistes, auxquels la zoologie a servi , jusqu'ici.
*) Methodiek oversigt af idislade djuren , Linnés pecora , in Kon.
Vet. Akad. handl. 1845, p. 265.
14*
— 212 —
Je guide et de flambeau dans leurs reclierclies.
Après avoir réuni en un même genre ces deux espè-
ces voisines, munies de caractères d'une identité par-
faite, et en les classant dans un même groupe avec les
autres Calolrages , tels que nous venons de les indiquer
dans le tableau des antilopidées , passons maintenant à
la description de la petite espèce qui fait le sujet de cet
article. Elle est représentée dans nos galeries du musée
par une femelle parfaitement adulte , obtenue des collec-
tions, fruits du voyage de M. Peters à Mossambique et à
Madagascar: une paire se trouve dans le musée de Ber-
lin et une autre dans celui de Stokholm.
Nature du pelage absolument la même que dans l'es-
pèce précédente ; il est bicolore , mais cendré à la base et
roux-clair à la pointe. Couleurs du dos , des cuisses, delà
partie supérieure des flancs , de la nuque et du sommet
de la tête, d'un roux-bai vif, faiblement nuancé de brun
à la fine pointe des poils ; partie inférieure des flancs ,
joues, côtés du cou et les pieds d'un isabelle clair; gorge,
poitrine, ligne médiane du ventre et partie inférieure
tlu haut des quatre membres, d'un blanc pur. La queue,
de longueur médiocre , est couverte de poils longs , puis
terminée par une large touff'e de ces mêmes poils : elle est
brune-noiràtre en dessus et blanche en dessous. Sur le
chanfrein existe une bande noirâtre qui ne dépasse point
le bord antérieur des yeux. Les oreilles sont grandes,
rondes, mais de forme ovoïde vers le bout; elles sont
couvertes extérieurement de poils ras, d'un brun-noirâtre,
et leur base interne est bordée de blanc. Les cornes ,
ï
— 213 —
tlonl je ne saurais préciser la forme , n'ayant qu'une
lemelic sous les yeux, sont, suivant M. Sundevall , cou-
chées en arrière, d'une venue avec le chanfrein, pre-
nant leur origine du bord postérieur de l'orbite, anne-
lées, à pointe longue et lisse.
Dimensions de notre femelle adulte. Longueur du bout
du museau à l'anus 19 pouces; queue à peu-près 5 pou-
ces, et les poils du flocon terminal 1 pouce 5 lignes;
hauteur du train de devant 11 pouces 8 lignes; de celui
de derrière 12 pouces 7 lignes.
Nesotragus MoscHATUs. vou Dubcn, Velensc. Akadem.
ofvers. 1846. pag. 221. — Sundevall, Kon. Vet.
Akad.Hand. 1845. pag. 522. — Gray, Glean. Knoivs.
hall, pag. 8.
Patrie. Les côtes orientales de l'Afrique, Zanzibar
et Mossambique. L'espèce a été admise dans cet écrit ,
en raison de son affinité spécitique avec le Spiniger de
la côte de Guiné.
Les Cephalophus ont été distraits récemment , et dans
un but scientifique parfaitement bien vu , du grand
genre Antilope. Hamilton Smith et Gray les ont réunis
sous le nom indiqué; Ogilby et Sundevall les classent
dans le genre Srjlvkapra.
Les espèces que nous comprenons dans le sous-genre
Céphalophe, ont les forêts et les buissons pour demeu-
re habituelle; ils ne vivent point en grandes troupes.
— 214 —
mais par paire ou isolément , sous l'ombrage des forêts
qu'ils abandonnent rarement. On les distingue des es-
pèces des autres groupes , en ce que les cornes prennent
naissance à l'occiput; elles sont arrondies, à peu-près
droites, pointues et d'une venue avec le chanfrein; ces
cornes sont très-courtes, obtuses, ou remplacées par des
touffes de poils chez les femelles; elles sortent de l'enve-
loppe cutanée au centre d'une ample touffe de poils longs
et rudes, et dont la place est indiquée, dès le jeune-âge,
par une agglomération de poils. Au dessous de l'or-
bite des yeux se trouve une ligne oblique ou bande glan-
dulaire, qui recouvre les larmiers, dont les fosses sont
profondes. Ils ont un muffle rugueux, des oreilles mé-
diocre et arrondies, et leurs pieds ne sont point munis
(le brosses.
CÉPHALOPHE PLUTON. CEPHALOPHUS
PLUTO.
Cette espèce n'était pas connue à l'époque, fort récen-
te, où nous parvinrent les premiers individus expédiés
par M. Pel au musée des Pays-Bas. Je m'empressai d'en
faire parvenir un individu à 31. Gray à Londres et un
?iutre au professeur Sunoevall à Stokholm; ils leur furent
«nvoyés sous le nom provisoire à' Antilope nigra : rubri-
que employée par M. Gray dans ses Gleanings de Knows-
ley hall. Cependant , réflexion faite , ce nom me parut
trop vague , et comme on l'avait déjà appliqué à deux
autres espèces de la famille des Antilopidées, il me sem-
ble plus convenable de donner à ce ruminant nouveau,
— 215 —
une dénominalion plus caraclérislique , moins sujelle à
produire quelque méprise. Ce qui me fait solliciter de
remplacer cette épithète par celle mise en tête de notre
article.
Une partie de la robe de notre pluton est couverte
d'un pelage long, unicolore, peu fourni, môme rare;
l'autre partie est trés-rase et à claire-voie. Les touffes des
poils raides de l'occiput sont à peu-près de la longueur
des cornes ; celles-ci se trouvent cachées dans les toufles ,
chez les femelles.
Depuis les omoplates à l'anus ainsi que sur les cuis-
ses , le pelage est long , peu abondant , d'un noir parfait
et lustré; sur les flancs, au ventre et à la poitrine, il
est moins long et d'un noir-cendré ; la partie abdomi-
nale et celle intérieure des cuisses sont nues; les pieds
sont noirs ou noirâtres, sans autre dessin; les hanches,
le cou , la nuque et les joues sont couverts de poils courts,
très-rares, d'un gris-noirâtre; les poils raides du chan-
frein sont noirs; ils déviennent plus longs sur la tête et
très-longs à l'origine des cornes , surtout vers l'occiput;
leur couleur est d'un roux-ardent. Les oreilles de forme
arrondie par le bout , sont à peu-près nues ; les poils qui
les recouvrent à leur partie extérieure sont noirs et
roux ; ceux de leur partie intérieure sont blancs et
clair-semés. La queue , de longueur moyenne , est noire
en dessus, blanche à la pointe et en dessous. Les cor-
nes droites sont rugueuses à leur base , pointues et
lisses. Le mâle vieux.
La femelle porte des cornes courtes , obtuses , cachées
— 21G —
dans la grande touffe de poils de l'occiput. Son pelage
est à peu-près coloré comme celui du mâle; toutefois le
noir est moins parfait, et toutes les teintes sont lavées de
çendré-noiràtre.
Les jeunes ont des teintes plus ternes que celles de
la femelle; la grande touffe du milieu de laquelle les
cornes doivent s'élever, est composée en partie de poils
contournés, d'un roussâtre terne, et de poils noirs raides.
Longueur des individus de forte taille, de l'anus à
la pointe du nez, 2 pieds 8 à 9 pouces; de la queue 6
pouces 6 lignes, et de son ample flocon terminal 1 pouce
7 lignes ; distance du bord antérieur des yeux à la
pointe du nez 4 pouces 4 lignes. Hauteur au train de
devant 18 pouces 6 à 7 lignes; à celui de derrière 19
pouces 8 lignes ; longueur des cornes 3 pouces 6 à 7 lignes.
Nous avons des mâles à l'état adulte de 29 pouces et de
27 pouces, dont les cornes ont 3 pouces. Les cornes
des femelles n'ont guère plus d'un pouce.
Cephalophus NIGER. Graï , Gleau. Knows. hall ,
p.. 50 , pi. 8.
Patrie. Habite une grande étendue de la côte de
4juiné ; très-commun dans les forêts voisines des facto-
reries néerlandaises , surtout vers les confins du pays
des Aschanles , près Chama et Dabocrom.
lû
— 217
CÊPHALOPHE OGILBY. CEPHALOPHUS OGILBYL
Les trois espèces de ces ruminants, dont nous tâche-
rons de faire apprécier les caractères au moyen desquels
Ton pourra les distinguer, offrent entre-elles plusieurs
traits de ressemblance, tant par la couleur de leur robe
que par la distribution de ces couleurs; toutefois, on
les reconnaît les unes des autres à la bande dorsale
noire, plus ou moins étendue sur les parties du corps,
ou bien d'un noir plus ou moins profond ; à la largeur
■de cette bande ; aux teintes d'un roux plus ou moins vif,
ainsi qu'à quelques autres marques distinctives.
La nature et la longueur du pelage sur les différentes
parties du corps , sont absolument les mêmes dans VOgilby
que chez le Pluton; il est long aux parties postérieures;
très-ras et à claire-voie sur les antérieures. Les flancs
sont d'un roux pâle et grisâtre, vu que l'origine des poils
porte cette dernière teinte; croupe, partie postérieure
des cuisses , et base de la queue d'un roux plus vif; une
large bande, d'un noir parfait et lustré, couvre l'épine
dorsale et s'étend depuis les bords postérieurs des omo-
plates jusque vers la croupe, où elle aboutit en formant
pointe; ventre, devant des cuisses et face intérieure des
pieds de devant blancs ; les sabots des quatre mem bres
(entourés d'une large bande blanche ou blanchâtre, ceux
de devant marqués jusqu'au dessus du genou par une
raie brune , et ceux de derrière jusqu'à mi-jambe seu-
— 218 —
lemeut. Le cou, le menton et les joues garnis de poils
ras, clair-semés et d'un roussâtre terne; le chanfrein et
le front couverts de poils longs , noirs et roux ; les touffes
de l'occiput longues et d'un roux vif. Cornes noires,
massives , courtes et rugueuses à leur base. Le vieux mâle.
La femelle a des cornes moins longues et obtuses, tou-
tefois dépassant les touffes. Elle a des teintes plus pâles
que le mâle , mais la bande dorsale est comme chez
celui-ci, d'un noir parfait et lustré.
Le jeune-âge ne m'est point connu.
Longueur des vieux: de l'anus à la pointe du nez 2
pieds 7 pouces; queue 4 pouces 7 lignes, et du petit
pinceau terminal 1 pouce 2 lignes; distance du bord an-
térieur des yeux à la pointes du nez 4 pouce 6 lignes ;
hauteur du train de devant 17 pouces 2 lignes, du train
de derrière 18 pouces.
Cephalophus Ogilbyi. Gray, Ann. and mag. nat. hist.
1842. — Fraser, Zool.typ. mauvaise figure, mal colo-
riée. — Gray, Glean. Knows. hall. p. 10. — Antilope
Ogilbyi, W a ter h. Proc. Zool. Soc. v. 6. p. 60, — Wagn.
Schreb. Sdiig. Suppl. v. 4 pag. 446.
Patrie. On la dit très-commune dans l'ile de Fer-
nando-po. Elle est bien plus rare sur le continent ; on
la trouve isolément dans les forêts voisines du pays des
Aschantes.
CÉPHALOPHE DORSAL. CEPHALOPHUS DORSALIS,
Plus basse sur jambes et moins grande que les deux \i
— 219 —
précédentes; pelage de la même longueur sur toutes les
parties du corps. Cornes pointues dans les deux sexes ,
fluettes et lisses; faiblement rugueuses à la base. La
bande médiane du dos étendue , sans interruption , du
chanfrein à la pointe de la queue.
Pelage de toutes les parties du corps long, rude et
peu al)ondant. Les touffes au milieu desquelles naissent
les cornes, petites, courtes et droites. Une bande noire,
d'un noir parfait et lustré, prend origine au chanfrein,
s'étend sur le front entre les cornes , se dirige le long de
la nuque sur les épaules, où elle augmente en largeur,
parcourt ainsi toute l'épine dorsale , devient même un
peu plus large sur la croupe et est prolongée en bande
étroite jusqu'au bout de la queue. Tout le reste du pe-
lage du corps, de la partie supérieure des cuisses, des
jambes de devant, de la poitrine et des côtés du cou
sont d'un beau roux, très-ardent et lustré. De larges
bandes surcillaires rousses, occupent les côtés du chan-
frein ; elles sont prolongées jusqu'aux touffes , dont les
poils raides sont roux et noirs. Les lèvres, une partie
de la conque interne des oreilles, la gorge, la face inté-
rieure du haut des quatre membres et l'abdomen ont des
poils blancs, clair-semés. La partie médiane du ventre
■est brune. Les pieds sont d'un brun-pourpré , sans aucune
marque ni autre dessin. La queue grêle est terminée
en un pinceau effilé et pointu ; elle est noire en dessus ,
blanche à la pointe et en dessous. Les cornes sont droi-
tes , noires, lisses, légèrement rugueuses à la base et
sortant de petites touffes de poils raides. Le vieux mâle.
— 220 —
La vieille femelle ne diffère presque point du mâle par
les couleurs du pelage; ses cornes quoique assez longues,
sont grêles et pointues.
La livrée du jeune-âge de cette belle espèce ne m'est
pas encore connue. Il paraît que l'individu décrit par
M. Gray est un jeune mâle ; s'il en est ainsi , les jeunes
diffèrent pour-lors bien peu de l'adulte.
Longueur : de l'anus à la pointe du museau 2 pieds 1 à
5 pouces ; queue 5 pouces et du pinceau terminal 1 pouce
6 lignes; distance du bord antérieur des yeux à la
pointe du museau 5 pouces 4 lignes; hauteur au train
de devant 15 pouces 6 lignes; à celui de derrière 16
pouces 3 lignes ; hauteur des cornes du mâle 5 pouces
2 lignes ; de la femelle à peu-près 2 pouces.
Le crâne dans cette espèce est proportionnellement plus
large que chez les autres Céphalophes ; il est aussi moins
long et le chanfrein est plus arrondi.
Cephalophus dorsalis. Gray, Ann. and Mag. Nat. HisL
1846. Id. Glean. Knows. halL p. 10. pi. 7. fig. 2. bonne
figure d'un jeune mâle.
Patrie. Les forêts de l'Aschantie et de Sierra-Leona ;
l'espèce est fort rare dans les forêts du littoral, où elle
ne se montre guère que de nuit.
221 —
GEPHALOPHE ROUSSARD. CEPIIALOPHUS
RUFILATUS.
Constamment plus petite et plus grêle de formes , cette
autre espèce ressemble beaucoup à la précédente par les
couleurs de la robe et par la distribution de celles-ci ;
ils est néanmoins facile de la distinguer dans les états
différents du sexe et de l'âge; d'abord, à la couleur delà
bande dorsale , puis à la forme du flocon terminal de la
queue. La bande dorsale , dans les deux espèces précé-
dentes , est d'un noir de jais; chez celle-ci cette bande
est d'un brun-grisâtre légèrement pourpré. Les deux
premières ont la queue terminée en pinceau ; le Roiis-
sard a la bout de la queue en houppe ou en touffe.
Pelage abondant, serré et raide sur toutes les parties
du corps. La bande dorsale prend naissance à la nuque,
puis passe sur les épaules ; vers l'épine du dos elle devient
plus large et couvre toute la croupe, ainsi que la base
de la queue; cette bande est d'un gris-noirâtre ayant
une légère teinte pourprée. Les flancs, les cuisses et le
haut des jambes sont d'un roux nuancé de brun; le
cou , les joues ainsi que les larges sourcils sont roux ; le
chanfrein , le front , l'occiput et sa longue touffe de
poils raides , sont noirs ; les quatre membres , à partir
de leur insertion au corps jusqu'aux sabots , sont d'un
gris-pourpré foncé et sans aucun dessin; le bord des lè-
vres, la gorge et la partie interne des membres sont cou-
— 222 —
verls de poils rares et blancs; cette dernière teinte cou-
vre la conque intérieure des oreilles ; elles sont noires ex-
térieurement. La queue est noirâtre en dessus; le large
flocon dont elle est terminée est aussi de cette teinte ;
sa base en dessous est rousse. Les cornes sont en cône
long, faiblement annelées à leur base, un peu recourbées
en avant à la pointe. Le mâle adulte.
La femelle a les couleurs de la robe d'une teinte plus
pâle, mais leur distribution est la même que cbez le
mâle ; les cornes sont obtuses et cachées par la grande
toufie de poils noirs, de laquelle elles naissent.
Les jeunes de l'année , ou ceux un peu plus âgés, ont
les couleurs du pelage distribuées de la même manière
que chez les sujets à l'état adulte , mais elles ont des
teintes plus claires. La bande dorsale a le même par-
cours , mais les poils sont d'un gris-pourpre clair; cette
nuance domine aussi sur toute l'étendue des quatre mem-
bres. Le flocon de la queue est coloré de même, et le
bout des poils est blanc ; le chanfrein et la touffe de poils
de l'occiput sont plus foncés ; les teintes rousses de tou-
tes les autres parties du corps sont beaucoup plus claires,
d'un roux jaunâtre ^
^) Attendu que cet individu nous vient de Sénégal , et que Rtifila-
tus adulte est de Guiné , il se pourrait que ce jeune forme une espèce
distincte. F. CirviER en donne une figure d'une ressemblance parfaite
avec notre individu, mais sous le nom vicieux de Grimmc, F. CimER,
Vol. 2 pi. Car la Grimmia de Pallas diffère essentiellement de la Grimme
de BiTFFON et de F. Cuvier. Si l'on parvient à constater la difiërence entre
ces jeunes sujets à teintes pâles et le Rvjilatus que nous venons de
décrire , l'on pourrait donner à l'espèce notée ici , le nom de Cephalo-
vJiiis pallidus.
— 223 —
Longueur de l'adulte, de l'anus au museau 22 ou 25
pouces ; de la queue 5 pouces et de son flocon terminal
1 pouce 6 lignes; distance du bord antérieur des yeux
à la pointe du nez 2 pouces 10 lignes; hauteur au train
de devant 12 pouces 6 lignes; à celui de derrière, à peu-
près 14 pouces; hauteur des cornes chez le mâle 2 pou-
ces ; de la femelle 6 à 7 lignes.
Cephalophus rufilatus. Gray, Ann. and Mag. Naf.
Hist. 1846. — Id. Glean. Knows. hall. p. 10, pi. 2. jeune
mâle, bonnes Jigur es. — Antilope Grimmia, H. Smith,
Griff. Anim. King. v. 5. Vol. 266. — La Grimme dont
BuFFON a fait figurer le crâne et une partie de la tête
avec les cornes, ne doit point trouver place parmi les
synonymes de Rufilatus; l'on doit les citer comme jeune-
âge du Guevi du Sénégal et de la Guiné.
Patrie. Très-rare le long de la côte de Guiné; plus
commun dans les forêts de Sierra Leona. L'un de nos
sujets est de Dabocrom , Aschantie.
CEPHALOPHE GUEVI. CEPHALOPHUS MAXWELL!,
Les noms de Guevi et de Grimme sont des épithètes
dont les naturalistes ont été prodigues depuis nombre
d'années, et qu'ils ont donné à plusieurs espèces de pe-
tites antilopidées qui leur sont tombés sous la main ,
surtout , lorsque celles-ci étaient nouvelles pour eux.
— 224 —
De la confusion des noms l'on en est venu à la confusion
des espèces , de manière que les naturalistes ne savent
plus, à laquelle ces noms reviennent de droit, et sous
lesquels il sera convenable de les porter dans un catalogue
méthodique , sérieux ; mieux vaudrait sans doute , les
vouer à l'oubli, en ne les citant plus, surtout pour ce
qui concerne le second de ces noms , étant né de la
confusion d'espèces distinctes, classées sous l'indication
d'une patrie supposée, mais inexacte. Pour que l'on
puisse s'en former une idée , il sera nécessaire de re-
monter à la source de ces erreurs; ce que nous ferons
le plus succinctement possible dans la notice qui suit.
Le docteur Grimm, d'origine allemande, médecin au
service de la Compagnie des Indes hollandaises, à son
retour du Cap de Bonne Espérance, où il avait exercé
son art , rapporta de cette contrée la description d'une
Antilope femelle , sans cornes ^ , qu'il publia d'une ma-
nière tres-superficielle , en l'accompagnant d'une figure
pas trop mauvaise pour le temps où elle parut dans les
*) Si , comme l'indique la figure publiée par Grijim , cette femelle
manque de cornes , remplacées par un long toupet de poils , elle pourrait
appartenir à une espèce encore inconnue de nos jours aux naturalistes,
ou Lien méconnue par eux , que les colons et les chasseurs africains
nomment Kuif-duiker ; celle-ci habite vers la limite nord de la colonie :
son toupet de poils longs et raides couvre l'occiput, et la femelle ne
porterait aucun indice de cornes ; tandis que la femelle du Duiker-hok,
connue des boers des environs du Cap , porte de très-petites cornes ,
courtes et obtuses , cachées dans une petite touffe de poils. Ce Diii-
ker-hok est Antilope mcrgens àe nos catalogues méthodiques. Hors donc,
à laquelle de ces deux espèces doit-on rapporter la femelle dont parle
le docteur Grimm ? Si en effet c'est un Kuif-duiker , tous les nomen-
clateurs modernes sont en défaut , car leur Grivimia repose sur un
Diiiker'bok des environs du Cap.
— 225 -
premières années du 18me siècle; woiv Ephémérides des
curieux de la nature, année 4, p. 134, fîg. 15. Les natu-
ralistes de la fin du siècle dernier s'empressèrent d'ins-
crire cet animal sous le nom de Capra sijlveslris afri-
cana , épithète déjà bien longue, mais à laquelle Raye,
Sijn. Avim. p. 80 ajoute encore le nom de Grimmii ;
Brisson en fait son Chevrotain d'Afrique [Tragulus afri-
canus) , tout en le confondant avec une espèce du Séné-
gal. BuFFON en décrivant la grimme femelle, lui associe
comme mâle une espèce , qu'il tenait d'AoANSON , qui est
le Guevi, Antilope Maxwelli du Sénégal. — Notre ani-
mal toujours inconnu aux naturalistes, prit rang comme
espèce et parut dans la lOme édition de Lin.né, sous le
nom de Capra Grimmia. Jusqu'à cette époque l'on
n'avait aucune diagnose spécifique , qui put servir à re-
connaître cette Grimmia des autres antilopes ; les seuls
caractères empruntés au toupet du crâne, ainsi que ceux
pris des larmiers, décrits très-longuement par Grimm,
servirent d'indice spécifique dans cette édition de Linné ^
Pallas aussi prit part à cette confusion ; il l'augmenta même
par un incident nouveau. Le séjour qu'il fit en Hollande,
lui fournit l'occasion de voir dans la ménagerie du prince
d'Orange, l'antilope que Vosmaer, directeur du cabinet
d'histoire naturelle du Stadhouder, présumait lui être
parvenu de la côte de Guiné , et qu'il se proposait de pu-
blier sous le nom de Petit houe damoiseau ^. Pallas, pré-
*) Il y est dit: Grimmia Capra /ascicula tophoso , ca vitale infraocti-
los ; phrase qui convient à toutes les espèces connues dans le groupe
des Cephalophus , tel qu'il est composé aujourd'hui.
^) Voyez Vosmaer , Descript. du cab. du Prince d'Orange , p. 3. pi.
cnl. fleure parfaite , très-bien coloriée.
- 226 -
siimant que ce pouvait être un individu de la même
espèce que celle vue par Grimm , au Cap de B. Esp. , crût
bien faire en donnant le nom de Grimmia à cette anti-
lope de VosMAER ^ Dès-lors, l'on se mit en devoir de
retrouver la Grimm, non pas au Cap, mais dans les para-
ges de l'Afrique occidentale , ce qui fut la cause des er-
reurs commises depuis ce temps par les naturalistes mo-
dernes , auxquels l'on vit donner le nom de Grimmia à
des espèces, n'ayant aucune ressemblance, ni avec l'ani-
mal indiqué par le Dr. Grimm , ni avec celui décrit par
VosMAER. C'est qu'alors l'on ignorait encore, que les dif-
férentes et nombreuses espèces d'Antilopes d'Afrique ,
ont leur habitai borné en des limites géographiques fort
circonscrites, qu'elles ne dépassent point ou bien très-ra-
rement, soit vers le Nord, soit vers le Sud.
11 est de fait que Terreur commise par Pallas, avait eu
lieu sur l'indication fautive de Vosmaer, qui présumait, que
son Antilope lui avait été envoyée directement de la
côte de Guiné, tandis qu'effectivement elle venait du Cap
Sud 2. C'était tout simplement un Duiker-bok du Cap ,
mais non pas un vrai Mer gens, tel qu'on le trouve décrit
par les naturalistes modernes: c'était une de ces varié-
tés du Mergens , à pelage pâle ou cendré-jaunâtre , à la-
quelle quelques naturalistes donnent le nom d'Antilope
^) Miscell. Zool. anim. pag. 12. pi. 1.
2) Les vaisseaux de la Compagnie des Indes , à leur retour du Sud
de l'Afrique , abordaient ordinairement la rade foraine de St. George
de la Mina , factorerie principale de cette Compagnie à la côte de Guiné.
Au reste , du temps de Vosmaer , l'on se souciait bien peu dobtenir des
renseignements exacts sur l'origine et la patrie certaine des animaux.
— 227 —
Burchelli , qu'on trouve au Cap et dans le pays de Na-
tal , d'où nous avons reçu au musée des individus par-
faitement identiques avec le Bouc damoiseau , décrit par
VOSMAER.
On le voit , par cette course au clocher à la pour-
chasse du nom le plus ancien , donné à une espèce ,
l'étude de la nature pas plus que la classiflcation sys-
tématique ne saurait en tirer quelque profit ; leurs pro-
grès en sont même retardés et ralentis. Il arrive le plus
souvent que ces épithètes, auxquelles l'on prétend accor-
der la priorité , n'ont de titre réel et scientifique à faire
valoir, que la date sous laquelle le nom grec ou latin
(toute autre langue étant proscrite) se trouve puhlié dans
un catalogue où l'on cherche le plus souvent en vain ,
une diagnose tant soit peu caractéristique , qui puisse
servir à la connaissance seulement superficielle de l'es-
pèce que le nom indique. Nous trouvons, toutefois , plu-
sieurs naturalistes prévenus en faveur de cette recher-
che stérile à tant d'égards , et qui préfèrent ces noms
anciens par leur date, recouvrant de leur autorité et
sous le drapeau d'une épithète grecque ou latine , des in-
dications incomplètes , stériles , quelquefois mensongères ,
souvent donnant prise à l'erreur, à ceux plus récents,
il est vrai , mais qui peuvent faire valoir en leur faveur
l'étude sérieuse, jointe aux détails nécessaires , et qui sou-
vent, au défaut de renseignements plus complets dans
le texte descriptif, y ont suppléé, en illustrant leurs
puhlications par les figures des animaux , dont ils établis-
sent ainsi la connaissance parfaite et l'image fidelle. Ce
— 228 —
que nous redoutons dans cette course inconsidérée, pous-
sée à rextrème par quelques naturalistes , c'est qu'elle
n'aboutisse à sanctionner et à perpétuer les erreurs com-
mises sous ces noms, et qu'elle ne tende à susciter des
embarras nouveaux dans l'étude de la nature. Elle aug-
mentera indubitablement les travaux accessoires de cette
étude, et la rendra difficile, si non impossible pour le
naturaliste, privé des moyens de consulter les grandes
bibliothèques.
Je pourrais citer à l'appui de cette opinion , indépen-
damment des exemples que les antilopidées, ici décrites,
viennent de nous fournir, plusieurs autres exemples
empruntés à toutes les classes du Règne animal; nous
en donnons un seul comme type dans la classe des oi-
seaux , sous la note ci-jointe ^ L'on me pardonnera cette
') Du temps que le Gouvernement néerlandais semblait prendre
quelque intérêt à l'exploration scientifique et matérielle de ses belles
et fertiles possessions d'outre-mer , et que la commission des natura-
listes voyageurs , chargée de ce soin , existait encore dans l'Archipel
malais, feu le Dr. Forsten, membre de cette commission atijourd'hui
supprimée, fit parvenir au musée parmi un grand nombre d'objets
nouveaux , un oiseau gallinacée remarquable , portant chez les indigè-
nes de la baie de Gorontalo (île de Célèbes) , le nom de maleo , dé-
rivé de la langue portugaise et qui signifie marteau ou martelet , vu
que cet oiseau a l'occiput muni d'une forte protubérance osseuse , im-
mitant en quelque sorte la tète d'un marteau. Comme ce gallinacée
nouveau offre dans l'ensemble de son organisation des formes toutes
particulières, je lui donnai pour nom de genre et d'espèce ceux de
Megacephalon inaleo. M. Gkay , qui vit cette belle espèce et qui en
obtint un individu pour le musée britannique , en a publié depuis un
j)ortrait , dans son Gênera of hirds , pi. 123; mais, avant d'adopter ce
nom de vialeo , il se mit en quête à la recherche d'un nom , qui
pouraît être plus ancien que celui donné récemment par moi. M. GraT
crût , fort heureusement pour la science , mettre la main sur une priorité .'
11 trouva que , dans la Zoologie de V Astrolabe ,*p. 23 , pi. 25 , se voit
décrit et figuré un jeune , un poussin du inaleo , que M. M. Quoy
— 229 —
«ligression en faveur du but de ces remarques , que je
crois utiles pour la science.
Le premier des noms, ci-dessus indiqués, est celui
qui définitivement est demeuré à l'espèce du présent ar-
ticle. En effet , l'on voit que l'épithète de Guevi a été
donnée par quelques naturalistes au Blnauw-hokje ou noe-
mefje {Antilope pygmea) , du Cap Sud , par d'autres il a
été attribué à notre Antilope Maxivelli. Thunberg, n'a-
yant eu connaissance exacte que de la petite espèce , le
Blaaim-bokje du Cap , et depuis son retour à Slokbolm ,
ayant vu le Guevi du Sénégal, crût erronément que ce
et Gauhard , qui n'avaient aucune connaissance de l'animal à l'état
adulte, avaient jD?î* eironèment pour le jeune-âge de mon 3Iegapodius
rubripes de mes planches coloriées 411. Dès-lors, par droit Ag priorité
inscrite le nom de rubripes prévalut sur celui de tnaleo ; auquel
toutefois , l'on ne pouvait disputer raisonnablement son orip-ine anti-
que , comme prenant date de l'occupation de l'île de Célèbes par le
Portugal, ce qui eut lieu , si je ne me trompe, l'an de grâce 1540;
mais ce nom ne se trouvait point buriné sur une planche , ni inscrit
en langue latine , dans un livre. Toutefois M. Gray se crût sans
doute dispensé de lire le texte de M. M. Quoy et Gaimard , à l'article de
leur Mégapode à pieds rotiges ; il y eut puisé des renseignements sur
ce jeune individu , qu'eux réunissent à une espèce différente de genre
qui habite une toute autre partie de l'Archipel , et qui est effective-
ment mon Megapoditis rubripes de ma planche 411 précitée. Il faut
convenir et il est incontestable , que jamais nom ancien ou moder-
ne , ne pouvait être plus mal choisi que celui de rubripes pour dé-
signer le Megaceplialon nialeo , attendu que les pieds de cet oiseau sont
d'un cendré noirâtre. Il est vrai , que pour ne pas faire remarquer
l'incohérence du nom avec la figure, pi. 123 du Gênera (en admet-
tant que celle-ci eut été reproduite selon la nature, avec des pieds
noirs), le dessinateur s'est tiré d'affaire, en imaginant de colorer en
rouge les pieds , le cou . et la tète ; sans doute pour faire concorder
le portrait de ce Megacephalon rubripes, sic, avec le nom systémati-
que adopté comme ayant droit de priorité par sa date supposée. Au
reste , ce nom eut il même été d'une priorité reconnue , il n'en se-
rait pas moins inadmissible pour désigner l'espèce mentionnée.
— 230 —
pouvait ctrc la même espèce; ce qui lui fit confondre ces
deux animaux, for distincts, en un même article, sous le nom
à' Antilope monticola, épithète que M. Gray veut donner à
V Antilope pygmaea , parceque sa date, quoique couvrant une
erreur, est plus ancienne que celle de pygmaea, sous la-
quelle, nonobstant tous les naturalistes , lui seul excepté ,
reconnaissent le Blaauw-bokje du Cap. F. Cuvier décrit
et donne une figure exacte delà femelle de notre Guevi,
vol. 2 pi. , mais il lui impose le nom latin de pygmaea , le
confondant de la sorte avec le Guevi du Cap, qui est le
Blaauw-bokje. L'on connaît les erreurs de Brisson et de
BuFFON relativement à l'emploi fautif de ce nom de
Guevi.
Je n'entame point à l'exemple de quelques uns de mes
collègues , de discussion sérieuse sur la date de l'année,
du mois ou du jour de la priorité d'inscription ou de
publication du nom latin , donné à notre Guevi ; ils sont
trois en nombre , Phylantomba , Maxwelli et Frederici ;
le second de ces noms étant admis par M. Gray, nous
sommes sur qu'il est le plus ancien.
Nous passons de cette recherche sur la nomenclature
systématique , à la description de cette espèce ; elle est
parvenue au musée en plusieurs exemplaires des deux
sexes et dans tous les âges; ils ont été envoyés de la Guiné
par M.Pel; il nous marque, qu'elle y est fort répandue
le long de la côte.
Pelage de toutes les parties supérieures du corps , de
celles de la queue, du cou et de la tête, d'une teinte
brune plus ou moins grisâtre; la nuance en est toujours
\\\\ peu plus foncée sur le sommet de la tête, ainsi que
— 231 —
^ers les loiilTes de poils qui recouvrent la base des cor-
nes. Le brun de la tête est bordé d'une large bande,
parlant de la base des cornes et se dirigeant en forme
de sourcil au dessus des paupières. La couleur brune ou
teinte-suie du dos devient plus claire , selon qu'elle se
rapproche des parties abdominales ; celles-ci , la face in-
térieure des membres, la poitrine, le devant du cou
ainsi que la gorge sont d'un blanc pur. Les pieds sont
d'un brun-grisâtre; ils ont, pour marque distinctive , une
grande tache de teinte plus pâle ou blanchâtre , placée
des deux côtés , un peu au dessus des sabots. Les poils
de la longue queue sont en dessus d'un brun noir, en
dessous blancs. Les oreilles portent de larges bordures
blanches le long de leur contour interne. Les cornes ont
une forme conique, larges dès leur base, munies d'an-
nelures profondes jusque vers la pointe, légèrement re-
courbées en avant et lisses. Le vieux mâle.
La femelle ressemble au mâle par la couleur et les
teintes du pelage ; elle n'en diffère que par de très-peti-
tes cornes, souvent obtuses, ou comme perdues, et ca-
chées dans les touffes, d'où elles prennent naissance.
Les jeunes de l'année ont en général un pelage plus
foncé que les adultes ; quelques parties de leur robe ont
les poils terminés de roussâtre. Les jeunes, à l'état de
semi-adulte, surtout les femelles, ne portent que de fai-
bles indices de cornes, ou bien elles en manquent encore
à cet âge ; les touffes de poils sont alors plus distinctes
et plus longues.
Je me flatte que cette description servira à la cou-
— 232 —
naissance exacte de l'espèce, el que celle-ci ne pourra
plus être confondue avec le Guevi du Cap , noire Cepha-
lophus pygmaea.
Longueur de l'anus à la pointe du museau 20 pouces
2 à 6 lignes; distance du Lord antérieur des yeux au
nez 2 pouces 10 lignes; queue 5 pouces. Hauteur au
train de devant 12 pouces 6 lignes; du train de derrière
15 pouces 6 lignes. Cornes chez le mâle 1 pouce 8 à 10
lignes; largeur à la base 7 à 8 lignes.
Antilope maxwelli. H. Smith , Griff. , Anim. Kingd.
Vol. 4 , p. 26. — Gray, Glean. Knowsl. hall. p. 11. —
Antilope FREDERici. Lsiurl. Dict. Univ.d'IIist.Nat.^.6'2,o, —
Wagn. Schreb. Sdugeth. Suppl. Vol. 4. pag. 454. —
Antilope PHYLANTOMBA. Smith, Synop. 3Iamm. pag. 424.
sp. 58. — Ogilby, Zool.proc. 1856. p. 121. — Antilope
pygmaea. F. Cuvier, 3Iamm. Vol. 5 pi., figure exacte
de la vieille femelle.
Patrie. La Guiné, le Sénégal et la Gambie, par-
tout où les côtes sont couvertes de forêts. On les voit
rarement plus de deux ou trois réunis.
Après être entré dans tous les détails nécessaires à la
connaissance exacte des espèces , que le musée des Pays-
Bas a reçu successivement des différentes parties de la
côte occidentale, nous lâcherons de compléter ces indica-
tions par quelques renseignements sur les autres espè-
ces , qu'on énumère encore dans le groupe des Cephalo-
phcs , el «lui habilenl les côtes de celle partie tropicale
— 233 —
de l'Afrique. — L'occasion nous ayant manquée jusqu'ici
(le voir ces espèces en nature, puis de les comparer à celles
qui nous sont connues , il sera nécessaire d'avoir recours
aux descriptions plus ou moins succinctes de mes colla-
ioraleurs , auxquelles je m'en réfère complètement.
CÉPHALOPHE DES BUISSONS. CEPHALOPIWS
SYLVICULTRIX.
Tête ovale, à museau fin; cornes pointues, luisantes^
tout-à-fait dans la direction du front , très-droites, assez
finement ridées en travers dans une hauteur de six
lignes depuis leur base, ensuite couvertes d'inégalités et
de petits enfoncements dans une étendue d'un pouce en-
viron , et lisses dans le restant, n'étant pas parallèles
entre-elles, mais s'écartant l'une de l'autre vers la pointe.
Oreilles situées très-près des cornes , à peu-près aussi
longues qu'elles , arrondies vers l'extrémité , garnies de
cils épais. Queue pendante,, touffue. Jambes fines, point
de brosses aux poignets : deux mammelles seulement.
Pelage généralement composé de poils assez doux , cou-
chés et luisants, ayant pour couleur dominante le brun
foncé, devenant plus pâle sur les flancs et le cou , mêlé
de gris sur les cuisses et à l'anus, presque jaunâtre vers
la gorge et le gosier, d'un jaune isabelle sur une bande
s'é tendant le long de l'épine et qui s'élargit beaucoup
sur la région des lombes , où les poils ont la longueur
de deux pouces. Poils de la tête très-courts ; partie an-
térieure des joues , côté du museau et menton d'un blanc
jaunâtre sale; chanfrein et front d'un brun-clair; ce der-
— 234 —
nier étant surmonté d'une touffe de poils raides, longs
d'un pouce et demi, qui couvre la base des cornes; face
externe des oreilles, de couleur brune et l'interne grisâ-
tre. Queue noirâtre. Jambes couvertes de poils courts et
d'un brun châtain. Le mâle. La femelle n'est pas connue.
Il paraît que ni le mâle adulte ni la femelle n'existent
dans aucun des musées qui me sont connus.
Longueur totale de l'anus à la pointe du museau 5
pieds ; de la queue avec la touffe 6 pouces. Hauteur au
train de devant un peu moins de 3 pieds; train de der-
rière 3 pieds 2 pouces; hauteur des cornes 14 pouces.
Un jeune mâle du musée britannique, porte en longueur
totales pieds 5 pouces; sa hauteur est de 18 pouces.
Antilope sylvigultrix. Afselius, Act. Nov. Upsal.
Vol. 7. pag. 265. — Desm. Mamm. pag. 462. — Laur.
Dict. Univ.d'Hist. Nat. Vol. 1. p. 624. — Wagn. Schreb.
Sàugeth. Vol. 4. pag. 446. — Schintz, Spi. Mamm.
p. 41S. — Gray , Glean. Knowsl. hall. p. 10. pi. 8. fîg. 1.
sous le nom de punctulatus. — Busch antilope. Smith,
Griff. Anim.Kingd. p. 228 et planche.
Patrie. Les montagnes de Sierra-Léona et les ré-
gions septentrionales des fleuves Pongas et Guia ; habite les
plaines couvertes de buissons dans les pays montueux.
Elle ne sort des broussailles pour se rendre aux pâtura-
ges , que vers l'aurore. Ayant les jambes courtes propor-
tionellement à la longueur de son corps , elle ne saurait
courir avec la vélocité des autres espèces.
— 235 —
CEPHALOPHE COURONNE. ŒPHALOPHUS
CORONATLS.
M. Gray a fait mention de cette espèce dans un ou-
vrage que nous ne possédons pas , Ann. and Mag. Nat.
Ilist. 10, 1842 et 1846 , ce qui nous fait donner ici la
traduction de la diagnose, contenue dans ses Gleanings
from the ménagerie and aviary at Knowsley hall.
Le Céphalophe couronné a le pelage d'un brun-jaunâ-
tre pâle; le milieu du dos, ainsi que la partie antérieure
des pieds de devant variés de poils clair-semés, noirs;
sommet de la tête de couleur bay intense ; touffe d'un
brun-noirâtre; les pieds et une bande sur le chanfrein
noirâtre; face interne des oreilles, menton, devant du
cou , poitrine , ventre et face intérieure des pieds blan-
cliâtres. Cornes courtes , coniques ; les oreilles pointues ,
à peu-près moitié de la longueur de la tête.
Un mâle à l'état de semi-adulte et deux jeunes femelles
font partie du musée britannique.
Cephalophus coronatus. Gray, Glean. Knows. hall, p. 9.
pi. 6 , le mâle jeune.
Patrie. Les côtes de l'Afrique occidentale; le fleuve
Gambie et l'ile Macarthy.
— 236 —
GEPHALOPHE CROUPE-NOIRE. CEPIIALOPHUS
MELANORIIAEUS.
Nous devons la connaissance de cette espèce à l'autçur
précité , qui en donne l'indication conçue en ces termes.
Pelage d'un gris-brun, gorge et flancs plus pâles;
croupe et partie supérieure de la queue d'un noir par-
fait; menton, poitrine, abdomen, face antérieure et pos-
térieure des cuisses, ainsi que le dessous de la queue
d'un blanc pur; une bande étroite et blanche au dessus
des yeux; pieds de la couleur du dos; pelage doux, d'un
gris pâle entremêlé de poils raides et noirs. L'on dis-
lingue facilement notre espèce de ses congénères, par la
teinte noire de la croupe.
Cephalophus melanorhaeus. g r a y, Glean. Knowsl. hall,
p. 11. pi. 10. — Cephalophus philantomba. Gray, Caial.
Mamm. Brit, Mus. pag. 163.
Patrie, L'île de Fernando-po; côte occidentale de
l'Afrique.
GEPHALOPHE POINTILLE. CEPHALOPHUS
PUNCTULATUS.
Pelage peint de trois couleurs, gris à la base, brun
sur le reste de sa longueur et terminé par des anneaux
- 237 —
jaunâtres. En dessus d'un brun fuligineux foncé , flancs
et pieds plus pâles ; une bande étroite brune passe au
dessus des yeux en forme de sourcil; face interne des
oreilles d'un brun pâle; menton, gorge, poitrine , ventre,
devant des cuisses et dessous de la queue d'un blanc
pur ; le dessus brun.
Cephalophus puncttulatus. Gray, Ann. and Mag. Nat.
HisL 1846. — Id. Glean Knowsl. hall. p. 11. pi. 11. fig. 1,
paraît être un jeune individu , sans détermination de sexe.
Patrie. La Sierra-Léone, côte occidentale d'Afrique.
Dans cette courte notice se trouve résumé tout ce que
nous savons sur cette espèce nouvelle , représentée dans
les galeries du musée britannique par un jeune indivi-
du, oIFert par le colonel Sabiine. La notice donnée par
M. Gray de son Cephalophus whitfieldi , Glean. knowsl.
hall., pag. 12, repose aussi uniquement sur un très-
jeune sujet, figuré grandeur naturelle planche 11, fig. 2.
La diagnose inserrée dans le dit ouvrage , le signale com-
me suit.
Pelage d'un cendré-jaunâtre; la partie antérieure des
limbes et la partie postérieure du dos plus foncées ; oreilles
et sommet de la tête d'un brun-jaunâtre ; une bande au
dessus des yeux; joues, devant du cou, ventre, face
intérieure des limbes, ainsi qu'un anneau couvrant les
sabots, d'un cendré-blanchâtre. Les poils sont d'un gris-
cendré , terminés de brun sur le dos , avec leur pointe
extrême jaunâtre.
Cette espèce est plus pâle et plus jaunâtre que la
— 238 —
précédente. Le jeune sujet du musée britannique a été
trouvé sur les bords de la Gambie. Dans ces deux der-
nières espèces il nous manque encore la connaissance de
l'état adulte de l'un et de l'autre sexe.
Le genre Bos ou des Boeufs est représenté dans cette
partie tropicale de l'Afrique par une espèce de buffle,
moins grande d'un quart à peu-près que le buffle du Cap
Sud, connu sous le nom de Bos ca fer. Ce sont des es-
pèces très-voisines, à tel point même que l'oeil peu
exercé à saisir les rapports et les caractères différen-
tiels que présentent si souvent des animaux du même
genre, pourrait bien se trouver en défaut; vu que, sur-
tout de prime abord , l'on peut se méprendre au point
de ne voir dans le Bos hrachyceros de la côte occidentale
de l'Afrique, qu'une de ces races plus petites et rabou-
gries du Bos cafer , des parties Sud de ce continent. Tou-
tefois, la comparaison plus exacte entre les crânes mu-
nis de cornes, et provenant les uns et les autres de mâ-
les très-vieux , sert à éloigner toute idée en faveur de
rapports d'identité spécifique ; mais elle tend aussi à
rendre très-évidente l'unité générique de ces espèces ,
que nous n'avons point encore été à même de confron-
ter entre elles sur des individus parfaits, soit sous le
rapport de leur charpente osseuse complète, soit sous ce-
lui de leurs dépouilles montées; attendu que M. Pel ne
nous a fait parvenir jusqu'ici de la Guiné , que deux
têtes de mâles à l'état adulte; elles servent, toutefois, à
établir celte comparaison sur des bases solides. M. Pel
~~ 239 -
s'est chargé lui-même de cette tâche dans un mémoire,
offert à la Société Royale Nalura Arlis Ma istra ; travail
que nous réproduisons d'après le texte hollandais , publié
par ce voyageur plein de zèle et de soins assidus pour
notre établissement zoologique, qu'il ne cesse d'enrichir
par des envois d'objets de ces contrées , encore peu ex-
plorées sous le rapport de leurs produits dans le domaine
des sciences naturelles.
BUFFLE BRACHYCÈRE. BOS BRACHYCEROS.
Ce Buffle ressemble sous plusieurs rapports à celui du
Cap, mais il n'atteint point la taille de ce dernier. Son
crâne osseux présente des différences remarquables et
constantes. Le devant du mufle est beaucoup plus étroit;
les os du nez sont plus bombés; les orbites des yeux
ont leurs bords moins proéminents; le front n'est pas à
beaucoup près aussi bombé que dans le buffle du Cap,
tandis que l'occiput est plus proéminent. Les cornes
présentent des disparitées non moins remarquables; elles
sont en général moins fortes, plus planes en dessus et
courbées d'une toute autre manière. Vues en dessus
elles sont en croissant , et ressemblent par leur courbe
à celles du buflle ordinaire. Vues de côté, l'on remar-
que , que dès leur base la courbure est moins inclinée
en dessous, que dans le buffle du Cap, qu'ensuite elles
remontent un peu, et que leur pointe lisse et arrondie
est faiblement courbée en dedans et retournée en arrière.
La chasse du Buffle est entourée de dangers aussi nom-
— 240 —
breux que celle du Léopard. On ne les trouve point en
grand nombre à la côte; cependant ils se montrent de
temps en temps dans les environs de Boutry et de Cha-
ma, en troupes de douze ou de quatorze individus. Ils
fréquentent rarement les fourrés épais et sombres des
forêts , que lorsque la troupe cbange de pâturage ; ces
animaux liantent ordinairement les lieux découverts , où
croissent de hautes herbes entre-coupées de buissons.
Les nègres prennent beaucoup de précautions à cette
chasse, quoiqu'elle ait le plus souvent lieu par un seul
individu, armé de son fusil; s'il parvient à tuer un buf-
fle , son premier soin est de se soustraire aux regards du
reste de la troupe , soit en se cachant dans les buissons,
soit en escaladant un arbre. Il arrive souvent , qu'un
chasseur se voit réduit à la nécessité de demeurer jus-
qu'à la nuit dans ces retraites, vu les soins assidus des
buffles à ne pas s'éloigner de l'arbre , sur lequel leur en-
nemi s'est soustrait à leur fureur ; leur colère les porte
à des charges contre l'arbre ; ils labourent le sol de leurs
cornes et enlèvent des mottes de terre dansl'air ; souvent
ils s'en prennent à leurs compagnons ou bien ils assou-
vissent leur rage sur le buffle térassé. Les dangers auxquels
l'homme est en but dans cette chasse sont cause, que les
nègres tuent rarement des buffles ; l'européen bien moins
agile que le nègre, craint de s'y livrer, ce qui fait qu'on
parvient rarement à s'en procurer un individu K
J{o\]Liîs,Dicl.Univ. , Vol. 2. pag, 767, donne quelques
*) Comparez à cette notice , ce qui est dit relativement à la chasse
du Bosca/er, dans le voyage du naturaliste Delegorgce, Vol. 2. p. 262.
Voyage duns l'Afrique Avstrale.
- 241 —
détails sur une femelle de celte espèce, observée par lui
dans la ménagerie du jardin des plantes à Paris ; le
squelette de ce même individu se trouve aujourd'hui
dans les galeries d'anatomie comparée. Le sujet rap-
porté d'Abyssinie par M. Ruppell, et qui a été déposé
par ce voyageur dans les galeries du musée de Franc-
fort , est sans doute un Bos hrachyceros , car l'individu
découvert dans le Soedan par Clapperton et Denham, était
de cette espèce.
M. Whitfield, lors de son retour de la Gambie, en
1846, en a rapporté un individu vivant, qui est mort
dans la traversée, et dont le squelette existe maintenant
dans le musée britannique; c'était une femelle. M. Wmi-
FiELD dit , que le vieux mâle à de longues touffes de poils
aux pieds de devant.
Bos BRACHVGERUS. Gray, Ann. Nat. Ilist. Vol. 2,pag.
284. pi. 15. — Id. Glean. Knows. hall. p. 46. — Pel,
Bijdrage tôt de dierh. livr. 5 , avec deux figures très-ex-
actes de la tête d'un vieux mâle. — Bos bubalis Clapp ;
Voy. — Bos CAFER var. Sundev.
Patrie. Il paraît qu'elle babite toute la côte occiden-
tale du Sénégal à la Gambie; elle se trouve aussi répan-
due vers les parties orientales dans le Soedan et l'Abys-
sin ie.
16
APPENDICE ZOOLOf.IQUE
SUR LE GENRE SCIURUS.
J'ai dil page 125 de ces esquisses, que plusieurs écu-
reuils nouveaux trouvés dans l'Archipel malais ainsi qu'à
Malacca , ont été déposés par nos voyageurs dans le mu-
sée des Pays-Bas ; ces espèces viennent augmenter le
chifl're des rongeurs connus dans le genre Sciurus. Nous
allons les indiquer succinctement , en partie comme sup-
plément du travail de M. S. Muller sur les écureuils de
l'Inde archipélagique ^ et en partie comme découvertes
faites dans la Péninsule de Malacca.
ÉCUREUIL DE RAFFLES. SCIURUS RAFFLESI.
Les naturalistes néerlandais qui ont publiés les ren-
seignements les plus récents sur les mammifères trouvés
par eux dans les parties méridionales de Bornéo qu'ils
ont parcourues, semblent avoir cru reconnaître dans l'es-
pèce très-commune d'écureuil , qui vit dans cette con-
^) Voir Verliandelingen over de Natiivrl. Geschied. der Nederl.
Overs. Bezittingen , Zool. pag. 88.
— 2^3 —
Irée, la même que celle propre à la presqu'île de Malac-
ca , désignée dans les systèmes sous le nom de Sciurus
Rafflesi , tandis que l'écureuil trouvé par eux à Bornéo
diffère spécifiquement de son congénère de la Péninsule
de l'Inde et de Sumatra. C'est une erreur, à laquelle
nous mêmes étions sur le point d'ajouter notre sanction ,
en confondant , à leur exemple , les deux espèces distinc-
tes sous une même rubrique. Nous l'eussions fait comme
eux , si le hasard ne nous eût offert dans la collection
recueillie plus tard par le Dr. Sghwaner, dans les parties
du littoral Sud de Tile mentionnée , ce même écureuil ,
mais sous une livrée différente, et tué dans une autre sai-
son de l'année que les sujets rapportés antérieurement
par M. MuLLER de Bornéo. Un assez grand nombre d'in-
dividus, fruits des deux expéditions faites à deux épo-
ques différentes de l'année, m'ont servi de preuve cer-
taine de la disparité entre ces deux espèces citées ; les-
quelles, d'ailleurs, se ressemblent plus ou moins par
les formes du corps et des membres ^ : nous indiquons
dans le présent article les différences principales dans les
couleurs du pelage des deux espèces, telles qu'on les ob-
tient lorsqu'elles se trouvent revêtues de leur livrée de
noces ou à l'époque du rut; puis, nous fournirons dans
l'article suivant, la description des deux livrées, sous les-
quelles se montre l'écureuil de Bornéo , auquel le nom
de Sciurus redimilns a été donné dans les catalogues mé-
thodiques.
1) Wagner, Suppl. pag. 195 , s'en rapportant aux données fournies
])ar McLLER, Verhandcl, pag. 56 , a confondu coiunie lui ces deux es-
pèces d'écureuils.
16*
— 244 —
Sciurus Rafjlesi de Malacca et son congénère Sciurus re-
dimilus de Bornéo, se ressemblent exactement dans toutes
les proportions du corps et des membres , si ce n'est que
la première a la queue moins longue ; mais ces deux écu-
reuils dilFèrent plus spécialement par la coloration con-
stamment disparate des teintes de leur pelage.
Dans la livrée parfaite, qui doit être celle de l'époque du
rut , notre Rafflesi est élégamment peint de blanc très-
pur , à partir de la pointe du nez jusqu'aux talons des
jambes postérieures ; cette bande d'un blanc parfait est
étendue sur les joues et prolongée sur le haut des mem-
bres antérieurs; elle devient plus large tout le long des
flancs, se dirrige sur les cuisses et de là jusqu'aux ta-
lons. Les longs poils soyeux de la queue sont jusqu'à
leur extrémité d'un noir rougeâtre , et le flocon terminal
est rougeâtre foncé.
Le pelage de la même saison dans Redimiius , n'a de
blanc pur qu'à la pointe du nez , et seulement la bande
peu large des flancs porte celte teinte pure. Les longs
poils soyeux de la queue sont jusqu'à mi-partie noirs, et
tous sont terminés de blanc jaunâtre.
Sciurus rafflesi a été décrit exactement par Vigors
et Horsfield, Zool. Journ. Vol. 4. p. 115 , et pi. 4 une
bonne figure. Voyez aussi Schintz, Synops. Mam^n.
sp. 58. — Comme figure parfaite Tab. 9 des Mémoires
de la Soc. des Scienc. Nat. de Neuchatel. — D e s m a-
rest, Mamm. , pag. 653, en fait mention sous le nom
de Sciurus Prevosli.
Patrie. Malacca et Sumatra. ,
— 2*^5 —
ECUREUIL A FRAISE. SCIURUS REDIMJTVS.
Un individu dans l'âge semi-adulte , conservé depuis
nombre d'années dans la liqueur spiritueuse , à pelage
plus ou moins décoloré par l'action de l'alcohol et manquant
d'indication de patrie , a servi de type à la description
et à la figure fournies par M. van der Boon Mesch dans
les Annales de V Institut des Pays-Bas de 1829, Vol. 2,
pag. 243. L'espèce ayant été adoptée dans les catalo-
gues méthodiques sous le nom porté en tête du présent
article, nous en faisons usage dans les indications plus
spéciales sur cet écureuil : il nous est mieux connu main-
tenant sur des individus parfaits, des deux sexes, tués
à différentes époques de l'année et révêtus de leur pelage
variable des deux saisons. Ces objets ont été acquis au
musée par les voyageurs naturalistes qui ont visités les
parties Sud de l'île de Bornéo.
M. MuLLER a cru voir dans notre Redimilus une simple
variété de climat du Rafflesi de Sumatra et de 3îalacca ,
et il le décrit sous ce dernier nom dans la zoologie de
son voyage. Nous venons de faire la remarque dans l'ar-
ticle précédent, que ce rapprochement est erroné , atten--
du que notre Redimilus , sous sa double livrée de sai-
son , diffère constamment de l'espèce avec laquelle M. Mul-
LER le réunit. Son écureuil de Bornéo , capturé dans la
saison du rut , a le pelage coloré comme suit.
Sommet de la tête , joues , nuque , toutes les parties
— 24G —
du liauL du dos et la base de la queue à sa partie su-
périeure , d'un noir profond; parties latérales du dos, et
les cuisses avec les talons y compris , d'un gris-jaunâtre
pointillé de gris-brun ou de roussâtre; parties supérieu-
res des pieds de devant, gorge, poitrine, ventre, abdo-
men, face antérieure de tous les pieds d'un rougeâtre
ardent et vif; chez quelques individus l'extrémité de ces
membres ont aussi cette couleur ; région des moustaches,
ainsi que la bande étendue le long des flancs, depuis
les membres antérieurs aux postérieurs, sont d'un blanc
pur ; au dessous de cette bande peu large , s'en trouve
une plus étroite et noire; les poils touffus de la queue
sont noirs et terminés de blanc jaunâtre. — C'est alors
SciURUs RAFFLEsi Mullcr et Schlegel, Ver/iand. ZooL
pag. 85. — En partie Sgiurus Prevosti , Wagner, Suppl.
pag. 195. — Son redimitus est un individu à l'âge de
semi-adulte.
La livrée propre à cette espèce dans la saison opposée
à celle du rut , n'a point encore été indiquée ; nous la
signalons sur une multitude d'individus , parmi lesquels
il s'en trouve un dans le passage de l'une à l'autre li-
vrée.
Dans le pelage parfait, le noir pur couvre seulement
une partie de la tête , à partir du museau jusqu'au de là
des yeux; tout le reste du crâne, les joues, la nuque,
toutes les parties du corps jusqu'aux flancs, le haut des
jambes et de la base de la queue sont couverts de poils
d'un cendré noirâtre, qui est annclé de petites bandes
d'un cendré jaunâtre , et qui ressemble plus ou moins
— 247 —
au pelage pelit-gris des fourreurs ; deux bandes , de lar-
geur égale à peu-près, la supérieure blanche et celle de
dessous noire sont étendues sur les flancs , d'une jambe
à l'autre; toutes les parties inférieures qui sont d'un
rouge ardent dans le pelage de la saison du rut , sont
d'un rougeàtre plus terne; les quatre extrémités sont
d'un noir plein et les poils moins longs de la queue sont
noirs totalement.
Longueur totale 20 pouces, sur laquelle 11 pouces
pour celle de la queue.
Les jeunes de l'année sont revêtus à peu-près des mê-
mes teintes, que celles que nous a offert le pelage qui
vient d'être indiqué. — A cet âge il serait possible qu'on
les confondit avec l'adulte du Sciiirus villalus , qui vit
aussi à Bornéo ; toutefois , il est facile de les reconnaî-
tre; d'abord à la plus grande longueur de la queue dans
le jeune Redimitus, puis aux parties totalement noires
de la tête , et , en ce que les pieds et la queue sont
aussi de cette couleur. Dans Vitlatus la bande noire des
flancs est beaucoup plus large que chez le jeune-âge du
Redimitus ; puis toute la tête , les quatre extrémités et
la majeure partie de la queue sont de la même couleur
que le dos.
Patrie. Très-répandu dans quelques parties méridio-
nales de l'ile de Bornéo.
— 248 —
ÉCUREUIL ÉRYTIIPtOMÉLANE. SCIURUS
EBYTIIROMELAS.
Il ust heureux que nous ayons pu recevoir cel écu-
reuil nouveau dans son pelage des noces ou à l'époque
du rut , en même temps que nous sont parvenus , de la
même contrée, des individus tués dans la saison opposée
de l'année ; obtenus séparément et capturés dans des lo-
calités différentes, nous aurions pu hésiter à les réunir
sous une rubrique, tant est remarquable la différence
que ces deux livrées présentent.
Dans celle de la saison du rut , la queue est pourvue
de poils longs , plus ou moins distiques. Seulement deux
couleurs principales revêtent le pelage; un noir très-pro-
fond et comme enduit de vernis couvre toute la tête,
les parties du corps jusqu'à mi-côte, le haut des quatre
membres et la queue ; toutes les parties du dessous du
corps , la face intérieure des jambes , une partie des flancs,
et les extrémités des pieds sont d'un rouge foncé, très-vif;
les moustaches prennent naissance au centre d'une petite
tache grise.
Le pelage parfait dans la saison opposée à celle du
rut, est peint avec plus de recherche et les teintes en
sont plus variées. La queue a des poils moins longs et
sa forme est arrondie. Le pelage du sommet de la tête,
les parties supérieures du cou et du corps jusqu'aux
flancs , de la lace extérieure des membres et de la to-
— 249 -
lalité de la queue, soiit annelés de Landes noires, qui
alternent avec d'autres plus petites et moins larges de
moitié, et qui sont d'un roux-foncé; la région des yeux
et des moustaches ainsi que les joues portent une teinte
rouge-claire; le menton, la gorge, les parties inférieures
du corps et celles intérieures des membres sont d'un
roux foncé, mais terne ; les extrémités des jambes sont
noires; sur les flancs à mi-côte, et d'une jambe à l'au-
tre, se voient deux bandes; la supérieure, assez étroite,
est peinte d'ocre-grisâtre , l'inférieure très-large est d'un
noir profond^: ces bandes disparaissent vers le temps
du rut; la supérieure vient se fondre dans le noir plein
du dos, et l'inférieure prend la teinte rouge intense des
autres parties du dessous du corps ; les anneaux d'un
roux foncé aux parties supérieures disparaissent par le
frottement et l'usure du bout des poils.
L'on conçoit que les individus dans le passage de l'une
à l'autre de ces livrées , offrent des variétés intermédiai-
res, qui ont plus ou moins de ressemblance avec cel-
les de l'élât parfait, dans les deux saisons opposées de
l'année.
Longueur totale de 17, 18 à 19 pouces, sur laquelle
la queue prend 10 ou 9| pouces.
Patrie. Les parties septentrionales de Célèbes, Go-
rontalo et Kema.
~ 250 —
ÉCUREUIL CANNELLE. SCIURUS CINNA-
MOMEUS.
Le musée ne possédant que trois sujets , de pelage plus
ou moins différent les uns des autres , et manquant d'in-
dication précise sur l'époque de l'année dans laquelle ils
ont été obtenus , nous ne saurions dire avec certitude,
laquelle de ces livi-ées doit être prise comme livrée des
noces; nous présumons que le pelage décrit ci-dessous
est celui que porte l'espèce à l'époque du rut ; les deux
autres sont probablement des livrées de passage ou in-
termédiaires , entre celles des deux saisons opposées.
Le pelage de toutes les parties du corps et des mem-
bres est coloré de différentes teintes rousse-rougeâtres ,
plus ou moins vives. La tête, la nuque, la partie su-
périeure du dos et plus des deux tiers de la queue sont
d'un rouge-cannelle très-foncé et couvert de lustre; le
bout terminal de la queue est d'un rouge plus clair ; les
joues , les côtés du cou et du corps , ainsi que la face
extérieure des pieds sont roux de rouille ; le devant du
cou et la face intérieure des membres sont d'un roux
clair; le ventre et l'abdomen portent une Teinte rougeâtre
plus décidée.
Un autre individu diffère de celui que nous venons de
signaler , en ce que les poils lustrés du dos , de la tête et
de la queue portent toujours la même couleur indiquée
ci-dessus, mais ils sont tous terminés de noir luisant,
i
— 251 -
les joues , les côtés du cou et du corps ainsi que les
membres sont d'un gris trés-foncé, mais le bout des
poils est d'un roux clair ; le ventre et l'abdomen sont
d'un rougeâtre mat ; les pieds ont une teinte noirâtre.
Le pelage du troisième individu ressemble plus à ce-
lui du premier qu'à la livrée du second; c'est absolu-
ment une robe de passage de l'un à l'autre pelage.
Longueur totale des trois individus à l'état adulte, 16
pouces, dont 7 pouces 9 lignes pour la queue.
Patrie. La Péninsule deMalacca, dans les environs
de Camboge. *•
ECUREUIL BIMAGULE. SCIURUS BIMACULATUS.
Je ne connais qu'une seule des livrées propre à cette
espèce nouvelle, dont un seul individu, celui déposé dans
nos galeries a servi à ces recherches ; l'époque de l'année
dans laquelle cet individu a été capturé n'est non plus
venu à ma connaissance.
L'espèce sera facile à reconnaître, dans toutes les sai-
sons et dans tous les âges, à la double maculature du
bout de la queue ; ces deux taches terminales du pein-
ceau , dont l'une d'un noir profond et l'autre d'un blanc
pur, ne sont pas de nature à subir quelque altération
de couleur , vu que ces poils longs et soyeux portent une
même teinte, depuis leur base jusqu'à la pointe ; les
oreilles sont plus hautes que larges et terminées par une
petite touffe de poils.
— 252 —
Les parties supérieures de la lôte , du cou , tout le
dos et la queue jusque vers la pointe , portent un pelage
soyeux , régulièrement annelé de cendré et de noir ; ces
deux teintes forment de petites bandes transversales sur
la queue , qui porte une grande tache noire et dont le flo-
con terminal est blanc ; les côtés du cou , le haut des
jambes et les flancs sont d'un roux de rouille ; toutes les
parties inférieures sont d'un gris blanchâtre.
Longueur 15 pouces, sur laquelle la queue prend 8
pouces.
Patrie. La Péninsule de Malacca.
Nous mentionnons encore ici et pour mémoire seule-
ment, les trois autres espèces d'écureuils qui ont été en-
voyés au musée des Pays-Bas par feu le Dr. Forsten , et
qu'il a découvert dans les parties Nord de Célèbes.
Ces espèces sont indiquées par de courtes diagnoses,
dans le travail de M. Muller sur les écureuils de l'ar-
chipel malais ; voir , Verhandelingen over Neclerlandsch
Indien , Zoologie , p. 86 , sp. 5 , 9 et 1 1 , où on les trouve
sous les noms de Sgiurus rubriventer, leugomus et mu-
RINUS.
TAMIAS A OREILLES BLANCHES. TAMIAS
LEUCOTIS.
Le caractère le plus saillant auquel, de prime-abord,
l'on peut reconnaître celle petite espèce, se voit dans
— 253 —
la manière dont est peinte le lobe exlériciir des oreilles;
ce bord est garni de poils assez longs , ils sont noirs de-
pufs la base et d'un blanc pur à la pointe , ce qui forme
une petite touffe blanche , surmontant, de quelques lignes,
le bord de cet organe.
Indépendamment du caractère saillant qui vient d'être
mentionné, le pelage de ce petit Tamias est encore re-
marquable par les bandes dorsales ; celles du milieu le
long de la colone vertébrale est d'un noir plein ; elle est
bordée de chaque côté par une bande grise, puis s'en
trouve une brune , et la bande rapprochée des flancs est
d'un jaune-blanchâtre ; celle-ci est étendue à partir de
la pointe du nez, passe sur les joues et les flancs, et
vient aboutir au coccyx en suivant la même direction
que les autres bandes ; le sommet de la tête , les flancs
et les quatre membres sont d'un gris plus ou moins varié
de roussâtre ; toutes les parties inférieures sont d'un blanc
légèrement roussâtre. La queue arrondie porte des poils
de longueur moyenne; ils sont roux à leur base, puis noirs,
et terminés de roux-jaunâtre.
Telle est la livrée d'un individu tué en Mai; unaulre
individu capturé en Décembre, ressemble au précédent
par les touffes surmontant les oreilles , ainsi que par la
coloration des poils de la queue et des membres ; mais il
diflère par la teinte des bandes ainsi que des parties in-
férieures du corps; la bande qui passe sur l'épine dor-
sale demeure toujours noire; celle qui suit sa direction
de chaque côté est d'un jaune-roussâtre ; puis une plus
large qui est brune, suivie de celle extérieure de chaque
côté , dont la direction de même que la teinte sont ab-
op;4
II
solument semblables à la bande dans l'individu dont nous "
venons de fournir le signalement; le dessous du cou el
du corps sont d'un roux rougeâtre clair.
L'on ne peut attribuer cette différence dans les tein-
tes du pelage de ces deux individus, pas plus au sexe
qu'à l'âge ; tous les deux sont mâle et dans l'état adulte;
il faut donc admettre cette différence dans la catégorie
des changements dus à l'influence des saisons ou des
deux moussons qui régnent dans ces climats.
Longueur totale 8 pouces 5 ou 3 lignes, sur laquelle
5 pouces 6 ou 8 lignes pour la queue.
Patrie. La Péninsule de Malacca.
INDICATIOIV
DES MATIÈRES CONTENUES DANS CES ESQUISSES.
Troglod\tus gorill.v. . . , Pag. 1.
» NIGEK » 15.
COLOBUS UBSINCS «21.
» FULiGiaosus » 24.
» VERUS » 27.
CeRCOPITHECIUS DIANA » 29.
» NICTITANS. . . . )' 30
» ÏETAUXISTA. . . » 30.
» CEPH0S » 31.
» ERITHROTIS. . . » 31.
» ALBOGULARIS. . . » 33.
» CAMBELLI. ...» 33.
» LEUCAIHPIX. . . » 35.
» LUNUtATUS. . . . » 37.
Papio rubescens » 39.
octolicnds alleni » 40.
» PELI » 42.
Pekolicticus potto » 45.
Les Chéiroptères frugivores. » 51.
Pteropus stramineus » 54.
Les Chéiroptères de l'Iiule. . » 5 5,
Pteropus pluto » 56.
» conspicillatcs. ...» 57.
» ALECTOR » 58.
» LEtrCOPTERUS » 60.
» iivpomelakus » 61.
» moiossimjs » 62.
Paciiï-soma wiiitei » 65.
» labiata » 68.
» gambiana » 69.
» macrocepiiala. . . » 70.
PmLLORRirmA vittata » 72.
» CYCLOPS » 75.
» FULUGINOSA. . . » 77.
PlULLORRUINA CAFRA Pag. 78.
RlllNOIOPllUS ALCYONE » 80.
Megaberma frons » 81.
TaPHOSOUS PELI » 82.
Genre Dysopes » 83.
Ordre des Carnassiers. . . » 84.
Felis leopardus » 86.
» celidogaster » 86.
» servalina » 88.
HyAENA CROCUTA » 88.
VlVERR.\ CIYETTA )) 88.
» gexettoides. ...» 89.
Herpestes loempo » 93.
» PLUïO » 95.
» SMITHI » 97.
» BADIUS » 98.
» PKVCTATISSIMUS. . . » 108.
» PARVULUS » 110.
» GAMBIANUS » 1 1 1 .
» FIMBRIATUS » 112.
» MIGROCEPHALUS. . . » 113.
Mangoustes de la côte oc-
cidentale » 114.
Crossarchus obscurls » 117.
Paradoxhrcs binotatus. . . . » 119.
Tableau des Paradoxures. . » 120.
PaRABOXURCS STIGMATICeS. . . » 120.
Ordre des rongeurs et Ta-
bleau des Ecureuils de
la Guiné » 131.
Xerus erythropus » 134.
» congicus » 135.
sciurus caniceps » 127.
» EBI » 139,
250
SCIURUS ERYTIIROGENYS. . . Pag. loO.
» MA.G0LATUS » 130.
» PYRRHOPUS » 132.
» lEUGOSTIGÏÏA » 133.
» RUFIBRACHIATUS. . . . » 13 G.
» ANNULATUS » 137.
» PXffiCTATUS » 138.
» GAMBIAWUS » 140.
» POENSIS )) 141.
» MUSCULOUS » 142.
Sur le genre Pteromys. . . » 143.
Anojialurus peli » 146.
» FRASERI » 147.
» LANIGER » 149.
Myoxus coupei «151.
Sur le genre Mus » 153.
Mus VITTATUS » 155.
» BARBARUS » 157.
» TRIVIRGATUS » 1 5 9 .
» SIKAPCSI » 160.
» EKYTHOLEUCOS )J 160.
» MUSCULOIBES » 1 6 1 .
» RUFINUS » 163.
Genres Cricetomys et Aula-
codus » 165.
Cricetomys gambiessis. . . . » 108.
aulacodus swindekianus. . . » 170.
Manis temmincki » 173.
» longicauuatus » 175.
» tricuspis » 177.
Phascochaerus aeliam. . . Pag
.179.
Sus LARVAinS »
180.
Hyrax
3YLVESTRIS »
182.
Sur la famille des Antilopes
et le tableau synoptique. »
185.
TRAGEL.iPHUS SCRIPTA ))
197.
Antilope kob »
199.
Calotragus spiniger »
201.
»
5I0SCHATUS. . . . »
209.
Cephalophcs pluto »
214.
»
OGILBYI.' .... »
217.
»
DORSALIS »
221.
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RUFILATUS. . . . »
223.
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MAX^VELLI. . . . »
225.
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SILYICULTRIX. . . »
238.
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CORONATUS. . . . »
235.
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MELANORRHOEUS. . »
236.
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PUNCTULATUS. . . »
236.
BOS BRACIIYCEROS »
239.
Appenc
ice sur le genre Sci-
242.
SciURUS
RAFFLESI »
242.
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REBIMITUS »
245.
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ERITIIROMELAS. . . . »
248.
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CINIVAMOMEUS »
250.
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BIMACULATUS »
251.
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RUBRIVEINTER »
252.
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LEUGOMUS »
252.
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252.
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252.
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