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Full text of "Essai de grammaire du patois Lyonnais"

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ESSAI DE GRAMMAIRE 



PATOIS LYONNAIS 



ESSAI 



DE 



GRAMMAIRE 



DU 



PATOIS LYONNAIS 



J.-M. VILLEFRANCHE 




BOURG 
IMPRIMERIE J.-M. VILLEFRANCHE 

l89l 




JUL 2 8 1967 




Bourg, imprimerie Villefr anche. — 605-90-01. 




PRÉFACE 




Il TUE Saône, sillonnée de tant de l)a- 
j (j? teaux avant les chemins de fer «[ni 
maintenant , des deux côtés de son 
cours, l'emprisonnent et l'étouffenl; nos pauvres 
collines, si riches de leurs vignobles avant le 
phylloxéra; nos pauvres carrières de Couzon, de 
Saint-Cyr, de Saint-Fortunat, si animées, elles 
aussi, avant la concurrence des pierres du Dau- 
phiné et du Bugey; tout cet ensemble dont j'ai 
connu la vive gaieté et que je retrouve presque 
morne, a beau se décolorer, s'apauvrir, se dépeu- 
pler : c'est le pays natal, c'est-à-dire, pour moi, 
le plus beau pays du monde. 

1 



VI ESSAI DE GRAMMAIRE 

Plus j'en ai vu d'autres, plus j'ai trouvé quil 
n'y a que celui-là. 

J'y reviens toujours, comme le lièvre traqué, 
épuisé par ses courses; j'y voudrais mourir au 
gite. 

Et ce qui me le rend plus cher encore, c'est 
qu'il semble vieillir avec moi. 

Le soleil, l'air, l'abondance des eaux sont 
toujours les mêmes; mais comme le reste a 
changé ! 

J'aperçois les jeunes gens sourire : n'insistons 
pas. 

Peut-être vivrai-je encore assez pour revoir 
nos coteaux couverts de pampres; peut-être — 
c'est moins probable — quelque nouvelle révo- 
lution industrielle ranimera la batellerie, les car- 
rières et l'industrie du tissage des soies — autre 
source de richesse qui se tarit également et que, 
bien à tort, j'allais oublier. Il est des choses qui 
meurent ot i-essuscitent. 

Mais il en est qui ne vivent qu'une fois. 
Je demande à photographier in extremis une 
de ces choses qui vont mourir, et mourir pour 
toujours. 



PREFACE VII 

La semaine dernière, par un j forte gelée, je gra- 
vissais la montée cleTEcoran, à Coozon-sur-Saône. 

Je m'étonnais de n'y plus entendre les cris de 
joie des écoliers et écolières affairés à . e couler {^); 
je regrettais presque de n'avoir plus à me garer 
des g as (caravanes de traîneaux) lancées à toute 
volée sur la pente glissante. 

Les voisins adultes, auxquels je fis part de ma 
surprise, se félicitèrent unanimement de ce qui 
m'inspirait des regrets incompris. 

Ilsnese souvenaient donc pas d'avoir été jeunes? 

Les enfants, de leur côté, paraissaient trou- 
ver la neige froide, la glace dure et les croques 
ou bosses au fronl douloureuses; est-ce que nous 
nous doutions de cela, à leur âge, en l'an de 
grâce 1810 ou environ? 

^Lais ce qui me frappa le plus, le voici : 

En arrivant au haut de VEcoran, devant la 
croix datée de 16i0 et enchâssée depuis peu dans 
le mur, je m'arrêtai à contempler un groupe de 
marmots, nos successeurs ou plutôt nos continua- 
teurs dans le tapage que nous faisions jadis, mes 
contemporains et moi, à cette même place. 

Comme nous-mêmes, il y a près de cinquante 
ans, ces marmots jouaient, riaient, s'appelaient, 
se tiraient, se poussaient, se culbutaient ; rien de 



• A Bourg on dit se Titartiner, ou plutôt on le disait, car la chose 
tombe en désuétude, là aussi, comme le mot. 



VIII ESSAI DE GRAMMAIRE 

changé, sauf sur un point : tout se disait, entre 
eux, en l)on français de l'école. 

Pas un mot de patois ! 

Notre vieux patois, le seul et unique idiome 
qui me fût familier jusqu'à l'âge de dix ans, le 
seul encore aujourd'hui que ma mémoire garde 
sans aucun effort, tandis qu'elle a tant de mal à 
retrouver et à ne pas embrouiller l'une dans l'au- 
tre les huit ou dix langues dont je l'ai péniblement 
encombrée depuis, notre pauvre patois va donc 
s'éteindre et disparaître? 

Enfant j'entendais parler patois, et presque 
uniquement patois, de tous les côtés autour de 
Lyon : à Cuire et à Caluire, à Bron et à Sathonay, 
à iMiribel et à Neuville, à Anse et à Trévoux, à 
Villefranche et à Montmerle, et jusques dans 
Vaise et dans la Croix-Rousse, non encore englo- 
bées par la grande ville. 

Homme mûr, j'ai vu, dans toutes ces localités, le 
franrai.s entrer en partage avec le patois, ensuite le 
dominer peu à peu et l'éconduire dédaigneusement, 
comme on fait d'un importun, d'un paysan demi-sau- 
vage, ou d'un parent mal éduqué qui ne vous fait 
])as honneur. J'ai vu mourir la dernière personne 
de Couzon qui ne connût paségalement les deux 
idiomes et qui ne s'exprimât qu'en patois '. 

< C'était ma voisine Anne B. (ou en patois la Nanné), 
la fille de celle dont j'ai chanté la romanesque aventure 
sous le nom de Rose, dans la ballade de Petit- Pierre. 



PREFACE IX 



Mes enfants peut-être, et certainement mes 
petits-enfants survivront à la dernière qui aura 
parlé autre chose que le français. 

Avant cinquante ans, le patois aura vécu. 



Sera-ce un bien ? Sera-ce un mal ? 

Tout dépend du point de vue auquel on se place 
pour examiner. 

Ce sera un bien, en ce sens que la jeunesse 
n'aura pas, comme nous jadis, en arrivant à l'école, 
à s'initiera une deuxième langue et à se dépouiller 
d'une foule de locutions hérétiques, selon Monsieur 
l'Instituteur; on ne fera plus rire Monsieur le Curé 
en lui disant moitié l'un, moitié l'autre, ou plutôt 
ni Tun ni l'autre, ainsi qu'il m'arriva à moi- 
même : « Achetez-vous pas sur la cadette, tra- 
duction littérale de Achètô-veu pô su la cacléta 
(ne vous asseyez pas sur la dalle). De notre temps, 
il fallait, avant toute culture intellectuelle, dé- 
blayer et défoncer le terrain et, en quelque sorte, 
arracher un arbre pour en planter un autre. Ce 
travail préparatoire ne sera plus nécessaire pour 
nos enfants. 

Ce sera un bien encore en ce sens que le villa- 
geois qui ne possède qu'une instruction rudimen- 
taire ou nulle, se fera entendre partout, même à 



X ESSAI DE GRAMMAIRE 

l^aris lorsqu'il s'éloignera de son pays, pour être 
soldat ou pour faire son tour de France. 

L'unilé de langue a ses avantages ; qui ose- 
rait le contester ? 

Mais la variété avait aussi les siens. Quand le 
soldat libéré ou le compagnon revenant de son tour 
de F'rance, en apercevant son clocher, entendait 
une langue qui n'était pleinement la sienne que 
là, il sentait que là aussi, et point ailleurs, il se 
trouvait pleinement chez lui ; il trouvait à son 
pays un charme qui lui rendait étrangers tous 
les autres, et le cosmopolitisme vagabond, qui 
est une des plaies du jour, le séduisait beaucoup 
moins aisément. Or, dans son village, il conservait 
ses anciennes moeurs. 

Si l'unité coïncide avec la diminution de l'amour 
de la patrie, si elle se fait dans l'amollissement 
des habitudes et l'abaissement des caractères, 
alors je regrette la variété. 



Certes, je ne prétends nullement que l'irréligion, 
la basse envie qui nous ronge, le luxe, l'ava- 
chissement soient venus du français, pas plus que 
le phylloxéra et l'apauvrissement, la dépopulation 
des campagnes ne sont venus des chemins de fer 
et de l'électricité. 



PRÉFACE XI 

Cependant, sans tomber clans l'exagération, il 
y a quelque chose à dire. 

Lesjoui-naux ne se liraient pas tant et les politi- 
queurs venus des villes trouveraient moins d'au- 
diteurs dans nos campag-nes si le patois y ré^-nait 
comme autrefois. Or, les journaux, comme du 
reste les chemins de fer, sont pour la démoralisa- 
tion un puissant véhicule. Les cabarets n'en ont 
(jue de mauvais, les plus mauvais étant ceux qui 
allument le mieux les convoitises, parlent sans 
cesse de droits, jamais de devoirs, et font mii'oiier 
le plus d'utopies aux yeux des ignoi-ants. Entre 
deux vins un bon journal ne serait pas à sa place. 

C'est donc avec le français, et un peu par lui, 
que nos populations rurales, jadis croyantes, sim- 
ples, austères et vii-iles, sont devenues incrédules, 
irrespectueuses, envieuses, et aussi mobiles, aussi 
ingouvernables que les masses ouvrières des villes. 

Les petits-fils des soldats de Napoléon 1" ne 
savent plus marcher, ni vivre de peu, ni s'en- 
thousiasmer, ni obéir. 

La perte du patois n'est pas la seule cause de 
notre décadence : il serait hors de propos de re- 
chercher les autres ici ; mais elle en est une. 

En tous cas, elle est la marque principale et le 
couronnement de cotte œuvre de mort. 

Où est le temps où j'ai vu faire charivari sous 
les fenêtres d'une jeune tille parce qu'elle avait 
commis une faute ? le temps où l'on n'osait pas se 



Xn ESSAI DE GRAMMAIRE 

(lire de tel village, parce que ce village avait été 
floshonnré, plusieurs années auparavant, par un 
assassinat ? le temps où Ton faisait une fois le 
matin, une fois le soir, la route de Couzon à 
Lyon, sans compter plusieurs heures de marche 
dans Lyon, tout cela à pied et sans fatigue? le 
temps où tout le monde était debout à l'aurore, 
en été, et voyait, des vignes ou des carrières, le 
soleil se lever à l'horizon de la Bresse ? le temps 
où mariniers et tailleurs de pierres suivaient en 
masse les processions des Rogations, à quatre 
heures du matin? le temps où les ouvriers, en se 
rendant à leur travail, faisaient leur prière à ge- 
noux sur les degrés du perron de l'église, pen- 
dant le carême, lorsque l'église n'était pas encore 
ouverte ' ? 

Où est-il, enfin, le temps où les hommes s'en- 
dimanchaient en vestes courtes, sans pans inutiles 
qui battent sur les mollets, les femmes en jupes de 
futaine inusables et en bonnets de tulle, et tous en 
sabots, ou au plus en galoches? 

Aujourd'hui, essayez donc de distinguer à sa 
toilette, le dimanche, une jetme ouvrière d'une ri- 
che bourgeoise ! Je vous en défie. 

Les chemins de fer et les journaux ont com- 
mencé l'uniformité; l'obligation scolaire et le laï- 
cisme l'achèvent rapidement. 



' VA parmi eux, mon grand-père paternel : cet honora- 
ble souvenir mérite d'être conservé à mes enfants. 



PREFACE XIII 

Plus de paysans bientôt, ni de paysannes; plus 
de chrétiens r.i de chrétiennes; partout des ci- 
tadins, hélas! el pas des académiciens, mais des 
voyous. 

Plus d'ig-norants, ou du moins ayant conscience 
de leur ig-norancc ; tous bacheliers ou se croyant 
tels; tous jalousant les riches et se défiant des cu- 
rés; tous méprisant la g-lèbe comme trop basse, le 
marteau comme trop lourd, la pioche comme trop 
salissante; tous aspirent à s'asseoir sur des ronds 
de cuir; tous fonctionnaires ou apprentis fonc- 
tionnaires; tous des messieurs, tous des mécon- 
tents, tous des déclassés. 

Et tous des propres à rien. 

On appelle cela la République, le progrès répu- 
blicain. Ah ! oui, républicains, nous le sommes 
par nos vices... je m'arrête, mon intention étant 
de ne pas l'aire de politique. 

Mais je neveux pas rentrer dans le domaine pu- 
rement philolog-ique sans avoir résumé mes idées 
sur la question morale. 

Deux axiomes vont les préciser : 

l" axiome : Toute population qui change de 
langue change de nationalité. Voyez quelle pres- 
sion exerce la Prusse en Alsace-Lorraine, en 
Pologne et dans le Sleswig pour extirper de ces 
provinces hétérogènes l'usage du français, du po- 
lonais et du danois; alors que nous tolérions en 
Alsace, nous Français, après deux cents ans d'oc- 



XIV ESSAI DE GRAMMAIRE 

cupation, qu'on enseignât en allemand — j'en ai 
été témoin, de mes propres oreilles, en 1855 ! — 
L'Alsace, la Pologne, le Sleswig seront allemands 
dès qu'ils parlcrou'. allciiuind, mais pas avant. 

2" axiome : Toute population qui change de na- 
tionalité change de mœurs, usages et physionomie 
générale; ou du moins le premier changement faci- 
lite étrangement le second. 

La diftusion du français dans nos campagnes a 
donc soudé plus étroitement entre eux les divers 
tronçons de la patrie française. Bientôt le Breton 
égaré en Provence aura cessé de s'y trouver 
étranger ; la patrie s'élargit ; elle déborde des li- 
mites du village et de celle de la province jus- 
qu'aux frontières de la nation; elle n'a plus pour 
emblème et pour centre de ralliement le clocher 
immobile, visible seulement de quelques lieues à la 
ronde, mais le drapeau partout présent, partout 
le même, du nord au midi et de l'est à l'ouest du 
territoire national. 

C'est un bien, un progrès incontestable. 

Mais les coïncidences ont voulu que la grande 
unification française se fit en une période de 
décadence; voilà le malheur. 

L'unification n'est nullement la cause de la 
décadence, mais elle la hâte, elle la préci- 
pite. Sans le naufrage du patois, le naufrage des 
mœurs anciennes eût été moins prompt et moijis 
complet. 



PREFACE XV 

Ne me sera-t-il pas permis de constater ce nau- 
frage et de le déplorer, à ce point de vue seule- 
ment ? 



La France agonise; J'envie l'heureux aveugle- 
ment de ceux qui ne s'en doutent pas, ou l'insou- 
ciance de ceux qui n'en ont cure. 

Elle exhale, il est vrai, ses dernières plaintes en 
bon français, en langage très grammatical, et le 
dos tourné à la Croix ; il est des gens pour qui ce 
double résultat est une consolation suffisante. 
Moi, J'en suis navré. 

Les barbares peuvent venir, comme au temps 
du plein épanouissement de la puissance impériale 
à Rome. L'Etat, le Dieu-Etat absorbe tout; le 
vieil esprit de liberté, d'activité individuelle et 
personnelle ont abdiqué dans ses mains ; la po- 
pulation se raréfie; les campagnes se dépeuplent; 
le culte des idées a fait place au culte des intérêts; 
personne n'est disposé à se sacrifier pour personne, 
ni à se révolter contre aucune tyrannie. Pour tout 
résumer en deux mots, l'esprit de sacrifice a dis- 
paru devant l'esprit de Jouissance. Pa.Me?7i ef ci)- 
censes. 

Quant à cette magnifique uniformité qui charme 



XVI ESSAI DE GRAMMAIRE 

tant nos législateurs actuels, le monde en a déjà 
admiré un exemple dans l'incomparable civilisation 
(jue je viens de rappeler : la civilisation la mieux 
administrée, la mieux pourvue de bureaucratie, de 
moyens de communication et de richesses de tous 
genres, la civilisation la moins contredite et la 
plus unifiée qui fût jamais ; la civilisation ro- 
maine. 

Demandez à Thistoire comment elle a fini, cette 
merveille des temps anciens. 

C'est une loi de l'histoire, aussi bien qu'une loi 
de la nature. L'uniformité universelle appelle l'uni- 
verselle servitude. Le nivellement qui efface les 
aspérités supprime aussi les résistances. Sur la 
pente parfaitement unie, rien n'arrête ni ne dé- 
tourne l'avalanche. 



Quoi qu'il en soit, il y aura peut-être intérêt, pour 
une douzaine de philologues, patriotes attardés 
comme moi, et dans cinquante ans, pour une 
demi-douzaine do savants — je ne me fais pas 
illusion sur le nombre — à fixer quelques traits de 
cette vieille compagne de nos aïeux, leur nourrice 
intellectuelle durant des siècles, avant qu'elle ne 
tombe au o-oufi're de l'oubli. 



PRÉFACE XVII 

De là m'est venue Ticlée de cet essai de gram- 
maire patoise. 

Ne serait-il pas intéressant de posséder aujour- 
d'hui, en latin, un ouvrag-e analogue sur le lan- 
gage celtique dépossédé jadis par le latin plus ou 
moins rudimentaire qui est devenu ce patois — 
notre patois — que l'heureux idiome parisien va 
déposséder à son tour? 

Enfant du pays, né d'une famille qui, d'après 
des documents authentiques, parla patois six cents 
ans au moins ', et qui, dispersée depuis peu aux 
quatre vents du ciel, n'exista longtemps qu'à 
Couzon (où bientôt on la cherchera vainement), j'ai 
assumé cette tâche. 

A la remplir de mon mieux, je vais mettre de la 
joie, une sorte de gratitude et un filial orgueil. 

Je m'identifie avec mon sujet. Que les langues 
et les familles illustres étalent leurs quartiers de 
noblesse ; nous nous glorifierons, nous autres, de 
l'antiquité de notre roture. 

Six cents ans (peut-être dix ou douze) passés 
obscurément à n'exprimer que des sentiments hon- 
nêtes et des; idées pratiques, un peu terre à terre, 
excepté dans le domaine religieux ; six cents ans 
à exercer toujours dans le même coin de terrain, 
deux ou trois métiers toujours les mêmes : tail- 
leur de pierres, vigneron et parfois batelier, en 

' Depuis le temps de saint Louis. 



XVIII ESSAI DE GRAMMAIRE 

alternant de père en fils, n'est-ce pas une no- 
blesse aussi, et respectable en son genre? 



Une grammaire patoise ! s'écriera plus d'un de 
ceux qui savent le patois et qui, depuis leur ten- 
dre enfance, font de la littérature paysanne comme 
M. Jourdain faisait de la prose, sans le savoir 
— une grammaire patoise ? Mais existe-t-il donc 
des règles pour le patois? Y peut -on démêler des 
conjugaisons, des déclinaisons, une syntaxe? 

Oui, certainement, et il suffira à mes rares 
lecteurs d'un moment de réflexion pour s'en con- 
vaincre. 

J'ose môme compter qu'ils m'accorderont ce mo- 
ment; ils sont tous capables de réfléchir, attendu 
que, vu leur rareté môme, ils sont une élite. 

Lorsqu'ils se déplacent de village à village , 
quelque chose vient-il à. changer, soit dans la 
forme, soit dans la prononciation des mots qu'ils 
entendent : à l'instant l'oreille attentive se dresse ; 
elle est choquée, ce qui prouve qu'une des lois de 
la langue natale vient d'être violée. Donc ces lois 
existent. 

Seulement elles varient plus ou moins d'une com- 
mune à une autre, car chaque centre de popula- 



PRÉFACE XIX 

tion possède, on peut le dire, son dialecte parti- 
culier. 

C'est comme dans la Grèce antique, où l'on en 
comptait par dizaines, doués chacun de sa mé- 
lodie propre, et presque tous possédant une collec- 
tion plus ou moins riche de poètes, d'orateurs et 
d'écrivains. 

L'idiome d'Athènes finit par englober et par 
éteindre les autres, comme fait chez nous l'idiôme 
de Paris; mais chacun avait sa granmiaire. 

Homère parlait patois pour Démosthènes et 
pour Platon, qui ne l'en admiraient pas moins, 
mais qui se seraient gardés de l'in-iiter dans les 
formes qu'il donne aux conjugaisons et décli- 
naisons. 

Si Coijzon eût eu la chance de posséder un Roi 
et un Parlement entre ses brotteaux et ses carriè- 
res, la langue couzonnaise se serait imposée, tout 
comme une autre, au royaume qui eut dépendu de 
ce Roi, et aux justiciables plus ou moins lointains 
pour lesquels ce Parlement eût rendu des arrêts. 
Peut-être serait-elle en train, au moment où j'écris, 
d'expulser de Paris le français, que les académi- 
ciens, en ce cas, n'hésiteraient point à qualifier de 
jargon barbare, autrement dit de patois. 

Et quels seraient-ils, ces académiciens? 

Vous l'avez deviné : ils ne siégeraient pas au 
bout du pont du Louvre, mais à Rochon ou en 
Molletsin. 



XX ESSAI DE GRAMMAIRE 

L'académie de Molletan ! voilà une idée qui eût 
bien fait rire notre maître d'école d'avant les Frè- 
res, ce bon monsieur Gilet qui se bouchait les 
oreilles et était tenté de nous exorciser lorsque 
nous lui répondions en patois! 

Mais croyez-vous que les lettres et les arts 
eussent perdu beaucoup à la prédominence de la 
dite académie sur celle du Louvre? 

Moi, j'en doute, et ce doute ne constitue pas le 
moins du monde un paradoxe. Le couzonnais tient 
le milieu entre le français et l'italien. Avec ses 
syllabes longues et brèves bien accentuées et ses 
désinences sonores en e et en a, il est plus musical 
que le français. 

J'en prends à témoin deux chansonniers, deux 
grands poètes que la naissance ou l'amitié ont fixés 
tour à tour à Couzon. 

Pierre Dupont et Gustave Nadaud n'ont-ils 
jamais regretté de ne pouvoir chanter en patois? 

Quant à moi, infirme, j'avoue l'avoir regretté 
plus d'une fois. 

Je crois même que je l'aurais fait, tant j'aimais 
mon village, si je n'eusse été sûr, absolument sûr, 
de ne pas trouver d'écho. 

J.-M. VILLEFRANCHE. 

Bourg-en-Bresse, janvier 18S7. 



PRÉFACE XXr 

P. S. — En rédigeant la grammaire couzon- 
naise, je donne par là même — sauf quelques 
variantes — celle de toute la région lyonnaise, 
dans un rayon de dix à cinquante lieues selon la 
direction. 

J'ai éprouvé, en efiet, qu'avec mon patois on 
se fait comprendre dans tout l'ancien Lyonnais, 
dans l'Ouest du Dauphiné, dans la Dombes, la 
Bresse, l'Est du département de Saône-et-Loire 
et tout le long de la Saône, jusqu'à Gray et 
Beaune. 

Toutefois les différences et les difficultés aug- 
mentent en proportion de l'éloignement du cen- 
tre de comparaison. 




OE GRAMMAIR 



PATOIS LYONNAIS 



CHAPITRE PREMIER 



Orthographe, Prononciation, Accentuation 



N'ÉTANT gêné par aucun précédent, puisque 
je suis — ou crois être — le premier légis- 
lateur de notre patois, je devrais peut-être 
écrire les mots simplement comme ils se pronon- 
cent : le tin (le temps!, on tsin ^un chien). 
C'est ce que je ferai, en général; il se pré- 



2 ESSAI DE GRAMMAIRE 

sentera cependant des cas où, par égard pour 
l'étymologie, je conserverai des lettres qui, comme 
en français, ne se prononcent pas : bentout, peut- 
être (prononcez bintou) ; ah! leu grand cagneu ! 
(le d ne se prononce pas) ; ah ! le grand paresseux ! 

Les voyelles a e i o u ont le même son qu'en 
français. 

La diphtongue en se prononce ain, ou in : Ben 
seur (bien sûr) ; comme bain en français. 

L'e final se prononce tantôt é ou è, on volé (un 
volet), on bâtsè (un bachat), on bôté (un bât); tantôt 
eu, car il n'y a pas, à proprement parler, d'e muet 
en patois. Là où l'on en trouvera, comme fin de 
mot, on est prié de se rappeler qu'il faut prononcer 
eu : Dz'ôme in orne indegne, (j'aime un homme indi- 
gne), prononcez : Dzômeu in omeu indegneu, en 
ayant soin de peu appuyer sur ces finales, et beau- 
coup sur la syllabe qui les précède. 

L'o final, si fréquent en patois, soit dans les 
substantifs dérivés du latin : lebartô (liberté), soit 
dans les infinitifs : avezô (regarder), volô (voler), 
omô (aimer), tsantô (chanter) et dans les participes 
passés de ces mêmes verbes, n'a pas non plus de 
son identique dans la prononciation française. Mais 
on le retrouve exactement en italien et en espa- 
gnol, à la troisième personne du singulier du 
passé défini : l'uccello volô e trovo dà mangiare 
(ital.), Vâjeau a volo e trovo a mindzi (pat.), l'oi- 
seau vola et trouva à manger (fr.), la mitad sobrô 
(esp.), la moitié resta. — Voyez aussi l'o final de 



DU PATOIS LYONNAIS 3 

dio, si différent de ceux de otro et de regno dans 
le vieux proverbe espagnol : 

A Castilla y Aragon 
Otro regno diô Colomb. 

L'o pénultième de l'imparfait de la première 
conjugaison patoise a également le même son. 
Ainsi dans cette phrase italienne l'asina, di Balaam 
parla, la syllabe là représente exactement le même 
son que dans le patois : i iné parlové (il me parlait), 
i neiL parlôvon (ils nous parlaient). 

Je prie mes quatre lecteurs d'en prendre note, 
car un jour viendra où Ton n'aura plus aucune 
idée, en France, de ce son si fréquent dans notre 
patois. 

On saura encore comment les diverses langues 
écrites, issues du latin, ont rendu, par des formes 
toujours les mêmes, les finales des substantifs 
latins en tas. Les Italiens les ont changées en ta : 
libertà, vanità, carità ; les Anglais en tv : variety, 
stupidity, humanity ; les Espagnols en tad ou dad : 
verdad, trinidad, libortad; les Français en té : 
vérité, humilité, rapidité, cherlé, charité; j'omets, 
pour abréger, les Roumains et les Portugais, les 
Provençaux et les Wallons. 

Mais il n'y aura peut-être que mes lecteurs à 
savoir comment nos aïeux lyonnais prononçaient 
ces mêmes finales : lebartô, vanetô, véretô \ 

Les diphtongues aï, eï, oï se prononcent comme 

' En Bresse on dit : lebreto, vanelo, vereto. 



4 ESSAI DE GRAMMAIRE 

en français dans Sinaï, Séméï; ex. : troï (presser 
la vendange), véï (veiller), caraï (lancer), patroï 
(faire de la boue). On pourrait écrire également 
veilli, troilli, carailli, patroilli, comme fille, famille; 
cependant je préfère la première de ces deux 
orthographes, car les mots ci-dessus n'ont aucune- 
ment, en patois, le son de / mouillé. 

R initiale d'un mot, ou placée entre une voyelle 
et une consonne, se prononce comme en français : 
Rendre (rendre), arpenté (arpenter) *. 

Mais entre deux voyelles, généralement, il se 
prononce presque comme un z, mais un z tout 
particulier, qui se forme comme une aspiration, en 
avançant la langue entre les dents, et qui ressem- 
ble étonnamment au son du a (delta) ou du e 
(thêta) grec : 

M»;vfy xst$£, @sx... Aôïjvri, 

On le reproduirait encore par le th doux des 
Anglais : that is the question ; wealthy ; birtliday. 

Ce dernier étant le plus familier à des oreilles 
françaises, c'est ce th qu'il faudra se rappeler 
toutes les fois que la lettre r, en patois, se ren- 
contrera entre deux voyelles : Pore, more ou Péré, 
méré (l'un et l'autre se disent : père, mère), ura 
(heure), teri (tirer); prononcez les r comme th en 
anglais dans father, mother, rather, et en appuyant 
de même sur l'avant-dernière syllabe de chaque 
mot ^. 

1 Prononcez rindré ou raindré, arpintô, et non randré, arpanto. 
^ Cette nuance de prononciation n"existe pas en Bresse. 



DU PATOIS LYONNAIS 5 

Quand Ir, entre deux voyelles, devra conserver 
le son français, le son dur, j'emploierai deux ?• : 
arrindzi (arranger) borret (bure^.. 

Tlne diffioult â– > i^rave, c'est de figurer le ^ ou i 
mouillé des adjectifs démonstratifs patois : chique, 
cheuque, cinque celui-ci, ceux-ci, cela — je ne 
m'occupe ici que de la dernière syllabe de ces 
mots, j arriverai tout à Theure à la première — . 
Le son de ce que n'existe pas en français. Mon 
savant compère et ami, M. Denis Girod, maître ès- 
patois du pays de Bresse ', écrit tie, cintie. C'est 
parfait, à la condition de savoir que tie doit se 
prononcer vivement, s'escamoter pour ainsi dire, 
et toute la voix porter sur l'e muet final. Mais peut- 
on le deviner si l'on n'a que ses yeux pour guides ? 
Il est à craindre qu'on n'appuie sur Vi comme en 
français, et que l'on ne dise cinthie ou sentie; alors 
ce n'est plus cela ^. 

Je préfère donc écrire cinque et chique en aver- 
tissant, une fois pour toutes, qu'il faut mouiller ce 
que ou ce qui, comme en français quille, queue, 
conquis, requête, et non le prononcer sec et dur 
comme cacao, conque. 

C'est du reste la même règle qu'en français : 



> Et beaucoup plus digne d'un diplôme que moi, car il a observé 
plus longtemps et pratiqué plus assidûment; M. Girod. en effet, a 
été instituteur près de trente ans, à Saint-Denis, près Bourg, alors 
(jue le savant abbé Gorini y était curé. 

- Je constate toutefois que Torthographe de M. Girod se rappro- 
che de celle de Brossard de Montanay, auteur des Noëls Bressans, 
et de Tivan, qui écrivait en patois, vers 1675. Dans Tivan, je lis 
çantie. 



6 ESSAI DE GRAMMAIRE 

qu se mouille devant un e ou un i, et sonne sec 
devant a, o, u : qui, quel, qualité, quotité ; seule- 
ment, en patois qui et que se mouillent un peu plus 
et ressemblent à ti et te. 

Notons encore la prononciation du Dz, équiva- 
lente à celle du Z grec : Dzé vôleu mendzi (je 
veux manger) E^rirsi o Zs^-^ '. 

Et celle du ch qui se retrouve également dans le 
X doux des Grecs : AxrXXfiu?, Achille, et dans le ch 
doux des Allemands. 

J'ai quelquefois entendu citer comme échantillon 
de patois dur et barbare : Betô don cha chô a chi 
chu (mettez donc cette clé à ce clou). Mais les Alle- 
mands ne prononcent-ils pas de même : Ich habe 
eine eiche, Franckreich ist ein reiches Land, Es ist 
nicht sicher? 

Le ch patois est donc l'équivalent du ch doux des 
Allemands. 

Et certes il est loin de produire des cacophonies 
comme leur ch dur : Ach ! es ist noch nicht nacht. 

Arrivons à l'accentuation. 

Presque nulle en français, où tout se prononce 
d'un ton uniforme, elle est aussi marquée, en patois, 
qu'en italien ou en espagnol, en grec ou en latin, 
en portugais ou en grec moderne, en roumain ou 
en provençal, en anglais ou en allemand. 

Ire RÈGLE. — L'accent, dans les mots terminés 

' M. Girod a l'habitude d'écrire zje pour représenter la même arti- 
culation : Zje vu minzgie (je veux manger). Il écrit aussi l'articu- 
lation dure par sch, on schin : on schevau (un chien, un cheval). 



DU PATOIS LYONNAIS 7 

par un e, porte sur ravant-dernière syllabe (autre- 
raent dit la pénultième), qui se prononce moitié 
plus lentement que la dernière : La darrire tsareta. 
dé pire ' (!a dernière charette de pierres). 

Il en est de même pour les pénultièmes précé- 
dant les syllabes finales an, on^ in, des verbes à 
tous les temps, excepté à l'infinitif, au participe 
passé et à la deuxième personne du pluriel de 
l'indicatif présent : Dz'ôme, t'ômé, il orne, dz'ômon, 
il ômon (j'aime, tu aimes, etc.); exceptez aussi le 
futur simple et le conditionnel à toutes leurs per- 
sonnes. 

2* RÈGLE. — L'accent porte sur la finale : 1° dans 
les infinitifs et les participes passés : cutsi (coucher), 
cutchà (couché) volo, ivoler, ou volé) ; 2«> dans les 
deuxièmes personnes du pluriel de l'indicatif pré- 
sent : voz o?n(j, vo voli (vous aimez, vous voulez); 
30 au futur simple et au conditionnel, dans toutes 
leurs personnes : dz'oméri, t'oméré, etc. (j'aimerai, 
tu aimeras, etc.), dzé vedrain, té vedrô, i vedre, etc. 
(je voudrais, tu voudrais, il voudrait) ; 4» dans la 
plupart des noms propres : Cozon (Couzon), Trévu 
(Trévoux), Môcon (Màcon), Tsôlon (Chalon), Sorman 
(Saint-Fîomain) , Rotsetailla. (Rochetaillée) , Chiru, 
(Fleurieu), Satlionâ (Sathonay), San-Dédi - (Saint- 
Didier), San-Dzarman iSaint-Germain), Déni (Denis), 
Leuï (Louis), Modélon, Gothon, Parnon, Françon, 

• En patois bressan ; La derrire scharéta dé piarré ; il y a donc 
des différences légères dans le corps des mots, mais l'accentuation 
et, comme on le verra plus loin, les règles générales de la gram- 
maire sont identiques. 

2 En bressan Senedié. 



8 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Sezon (abréviations de Madeleine, Marguerite, Pier- 
rette, Françoise, Suzanne). Cependant l'accent est 
sur la pénultième dans Pierre, Pierréta., Luize, Dzôna 
(Pierre, Pierrette, Louise, Jeanne) ; dans Nuvèle 
(Neuville), Caluiré (Caluire), Caire (Cuire), San- 
Cijreu (Saint-Cyr) ^ Vâsa (Vaise), la Crui-Rossa (la 
Croix-Rousse) , Vela.fra.ntse (Villefranche) , et en 
général dans tous les mots géographiques ou patro- 
nymiques terminés par un a ou par un e (ou eu] 
muet. 

Cette succession ou cette alternative de brèves 
et de longues, jointe aux déclinaisons féminines, 
aux imparfaits en oua, oui, etc., sur lesquels la 
cadence de l'antépénultième est si marquée, donne 
à certaines phrases françaises une ressemblance 
frappante avec l'italien. Exemple : 

La Dzôna é la Rosa, due belle fille, passôvon en 
barca a coutô de la tsapèla nouva ; tsoquena porto vé 
due marguerite u sein e ina colomba su lé spallé. 
Teuté due dedjan : Teuta la via i neu saran fedèle ! 

Traduisez en italien : 

La Giovanna e la Rosa, due belle ragazzé, passa- 
vano in barca accanto alla capella nuova ; ciascuna 
porlava due mergherité al sen ed una colomba sullé 
spallé. Tutté due dicevano : Tutta la vita ci saranno 
fedeli. (J'ai mis l'accent aigu sur les e muets italiens 
pour mieux montrer la ressemblance; celle-ci sera 
encore plus frappante, si comme cela se pratique 
eu poésie, on supprime l'o final de passavano, dice- 
vano, saranno.) 

•"' En bressan Sairi'Cyrou. 



DU PATOIS LYONNAIS 9 

Puis voyez combien sont faciles, en patois, les 
ïambes (alternative d'une longue et d'une brève), 
qui sont Tessence de la versification allemande ! 
Exemple : 

Pé leu brotchau que dja brondaïé 
Vin, Nanné, entendre leu cent; 
Y sawté, i tsôrtsé, i se baraïe 
Pé adzenci son pete ni. 
Yét entrcmi lé hiauté brajitsé 
Que leu tsantou va c/emorô ; 
I sa que IVigue en avalantse 
Va bentout couavi teut leu prô. 

Dans ces vers j'ai souligné toutes les longues. 
Voici maintenant la traduction : 

a Par le brotteau qui déjà verdoie, viens, Anne, 
entendre le pinson ; il saute, il cherche , il se 
démène pour agencer son petit nid. C'est au milieu 
des hautes branches que le chanteur va demeurer; 
il sait que l'eau en avalanche va bientôt balayer 
tout le pré. » 

Le mètre de la poésie italienne serait également 
facile à transférer dans le patois ; mais à quoi bon? 






CHAPITRE II 



Article 

DEVANT un mot commençant par une con- 
sonne, l'article masculin est le (prononcez 
leu); il ne change pas au pluriel. Exemple : 
le tsa, le tsin (le chat, le chien, ou les chats, les 
chiens) '. 

Si le mot commence par une voyelle, l'article 
masculin est /' au singulier, leuz au pluriel : 
Vôneu, leuz ôneu il "âne, les ânes) ; l'ami, leuz amis. 

L'article féminin est — comme en italien — la ou 
V au singulier, lé ou léz au pluriel : la féna, lé féné 
(la femme, les femmesi; l'ôma, léz ômé (l'âme, les 
âmes); Vetchella, léz etchellé (l'échelle, les échelles). 

On met, comme en grec et en italien, l'article 
déviant les noms propres : leu José Velafrantse 
(Joseph Villefranchei ; la Luise Décrand (Louise 
Décrand) ; la Toinon de la Luise (sous entendu fille, 
c'est-à-dire : Antoinette, la fille de Louise ; voilà du 

1 En Bresse, on dit : lou au lieu de leu, soit au singulier, soit au 
pluriel : lou tsin, lou cdïon. 



12 ESSAI DE GRAMMAIRE 

pur athénien !) ; /a, Yaudena, se marié avoua rAndri 
(Claudine se marie avec André) ^ 

L'article composé des se rend par du ou duz et 
au ou aux par u .' Le tsemin duz ôneu (le chemin 
des ânes) ; fôtazi u caïon (jette-le au cochon) ; u 
passons (aux poissons); uz âjau (aux oiseaux). 

Mais ces articles composés n'existent que pour 
le masculin. 

Au féminin pluriel tous les articles se décom- 
posent ; des se rend par dé lé, et aux par a lé : parla 
mé dé léz etâlé (parlez-moi des étoiles) ; dz'écriveu a 
lé fille (j'écris aux filles). 

* En Bresse, l'article ne se met pas devant les noms propres 
masculins, mais seulement devant les féminins : Ye Flebar que dan- 
sche avoué la Liauda : C'est Philibert qui danse avec Claudine. 



$-S-S-S-S-S-S'^S'^S'^É'^à-É-à/và-â^ 



CHAPITRE III 



Nom ou Substantif 

IL y a deux genres seulement, et deux nombres, 
comme en latin, en italien et en espagnol, 
l'e RÈGLE.— Tout nom masculin est invariable 
dans les deux nombres. Exemple : On tsa, dou tsa * 
(un chat, deux chats); on moncfiu, dou monchu (un 
monsieur, deux messieurs) ; mon garçon , meu 
garçon (mon garçon, mes garçons); notron râ, 
netreu râ (notre roi, nos rois). 

Les noms masculins ont, du reste, comme en 
français, toutes les terminaisons imaginables : on 
ju, dé ju (un œil, des yeux) ; on grani, des grani (un 
grenier, des greniers) ; on solo, dé sold (un soulier, 
des souliers) ; l'oradzeu, leuz oradzeu, etc. 

Les pluriels en aux ne font jamais al au singu- 
lier : on tsevau, dé tsevau (un cheval, des chevaux). 

2« RÈGLE. — Tout nom féminin se termine au sin- 
gulier par a ou par e muet : ina fille, ina rosa, la 
pira de la périre (la pierre de la carrière : pronon- 

• En Bresse on dit on se. 



14 ESSAI DE GRAMMAIRE 

cez les r comme le th anglais, ainsi qu'il a été expli- 
qué au chapitre h']. 

On change au pluriel cet a ou cet e muet en e 
fermé (comme en italien) : Due fille, due rosé; lé 
pire dé lé periré *. 

3e RÈGLE, — Si, par une rare exception, le nom 
féminin singulier se termine autrement qu'en a 
ou en e muet, il reste le même au pluriel, comme 
s'il était masculin : la né, lé né (la nuit, les nuits) ; 
ina groussa nui, due groussé nui (une grosse noix, 
deux grosses noix) ; ma. mâson, mé mâson ; ta râson, 
té râson ; la porssechon, lé porssechon (la proces- 
sion, les processions); la seur, lé seur ^ ; etc. 

Notez cependant que ua (œuf) au singulier, fait 
ué au pluriel, quoique masculin, on grouz ua, dou 
grouz ué. 

Les substantifs sont de même genre en patois 
qu'en français. 

Exceptions : les noms suivants, masculins en 
français, sont féminins en patois : la sa (le sel), la 
sd5/a (le sable); ma segôla (un cigare), la soin, en 
bressan lasenou [le sommeil), ina livra (un lièvre), 
ina djomaine lun dimanche), ina sarpen (un ser- 
pent), ina parvèla (un épervier), ina mensondz (un 
mensonge), la frâ (le froid), la carinma (le carême). 

' En Bresse, le pluriel féminin a pour terminaison un e muet ou 
presque muet, et non Vé ouvert de l'italien et du patois de Couzon. 
Ainsi les Bressans disent : Na fena, dé féne (une femme, des 
femmes), na feïe, dé feïe (une fille, des lilles). 

- Frère et sœur diffèrent suivant qu'ils expriment des liens de 
parenté ou des liens religieux. Dans le premier cas, c'est frôre et 
suer ; dans le second, fréré et seur. Exemple ; Ma suer va à 
l'écoula vô lé seur (ma sœur va à l'école chez les sœurs). 



DU PATOIS LYONNAIS 15 

Les suivants sont masculins en patois et fémi- 
nins en français : on vipéré (une vipère), on noviau 
(une nouvelle), qaé bon noviaa neuz appourté ti? 
(quelle bonne nouvelle nous apporte-t-il) * ? chi 
grau bore (cette grosse bure), il a aviu on bon idé 
(il a eu une bonne idée). 

NOMS DE NOMBRE 

Comme en latin, les noms de nombre sont indé- 
clinables, à l'exception de un et deux. 

Un, lorsqu'il précède le substantif, se dit on au 
masculin, ina ou simplement aa au féminin ; mais 
s'il remplace le substantif sous-entendu, on le rend 
par yon au masculin et yéna au féminin. Exemple : 
On caïon, ina caya (un porc, une truie). Voli-veu 
ina treffa ? — Xea, dz'en ai djà yéna (voulez-vous 
une pomme de terre ? — Non, j'en ai déjà une.) 

Note. — En Bresse, on n'emploie jamais ina, 
mais uniquement na; ainsi Tonne dit jamais ina 
fena. 

Deux se rend au masculin par dou ou douz si le 
mot suivant commence par une voyelle, et due ou 
duéz au féminin. Doit; effan gardôvon due fayé 
(deux enfants gardaient deux brebis). 

3 trà indéclinable 8 OUèt indéclin. 13 trézé indéclinab. 

4 quatreu — 9 nu — 14 quatorze — 

5 cin — 10 di — 15 quinze — 

6 si — 11 onze — 16 sézé — 

7 se — 12 dozé — 17 dix-set — 

* Cependant en Bresse on dit na. nouvala. 



16 ESSAI DE GRAMMAIRE 

18 diz-ouet indéci. 40 qiiarania indéci. 80 octanta intiéci. 

19 diz-nu — 50 cinquanta — QOnonanta^ — 

20 vin — 60 soissanta — 100 cent — 
30 trenta — 70 septanta — 1000 mêle — 

Tous prennent le z euphonique devant un mot 
commençant par une voyelle : irézé z ami (treize 
amis) ; ouéz effants (huit enfants) ; quatre z ôffeci 
(quatre z-officiers, comme dans la chanson de Marl- 
borough); onpôrepu norri dozéz effan, é dozéz effan 
no poïon pô norri on pore ! (Un père peut nourrir 
douze enfants, et douze enfants ne peuvent nourrir 
un père !) 

Tous ces noms de nombre exprimant une idée au 
pluriel et le son z étant en français la marque du 
pluriel, une de mes plus grandes difficultés, en 
apprenant le français, a été de me déshabituer de 
ce z euphonique patois, et de cesser de dire quatre^ 
z-offeci. 

* Remarquez ces septante, octante et nonante, beaucoup plus logi- 
ques et plus simples que les soixante-dix, les quatre-vingts et les 
quatre-vingt-dix du français. Pourquoi, en effet, ne pas achever la 
série en ante, après 30, 40 et 50 ';* Pourquoi surtout cette compli- 
cation de soixante et dix qui renferme deux idées, là où l'on n'en 
cherche qu'une ? et quatre-vingt-dix qui en renferme trois ? Si l'on 
disait de même trente et dix pour 40, quarante et dix pour 50, trois 
vingt pour soixante et ti'ois vingt et dix pour 70, cela paraîtrait 
absurde. Quatre-vingts et quatre-vingt-dix ne sont pas plus raison- 
nables ; mais on y est habitué. 



^^^A. 



h'rW-^i^ 



'yjTi^ 



CHAPITRE IV 



L'Adjectif 

LES adjectifs au masculin ont toutes les dési- 
nences possibles et sont invariables : le plu- 
riel pour eux ne se distinguant pas du sin- 
gulier. 

Exception : teu (tout), fait au pluriel tui (tous). E 
y é teu feni, i son tui môr ! (C'est tout fini, ils sont 
tous morts !) 

Au féminin, les adjectifs comme les noms se ter- 
minent en a ou en e muet au singulier, et en é au 
pluriel. Exemples : 

Adai (perdu ou perdus, fini ou finis), adulte (per- 
due), adaité (perdues). 

Barfoïn ou barfoillu (barbouillé, sale), barfoïllusa 
(plur. uséj. 

Bôgreu, bôgra, bogré '. 

' Adjectif ou exclamation intraduisible en français, où le mot 

équivalent n'a pas droit de cité. — Cha bogra-qui se rendrait par 

cette coquine-là, ou cette friponne-là . Dogreul te té motsé -po du 

ôdeu ! (En vérité, tu ne te mouches yas du cuude !) Bagreu es-- 

donc plus civilisé en patois qu'en français. 



18 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Bon (bon OU bons), bonna (bonne), bonne (bonnes) ^ 

Brioudi (polisson) , brioudire , brioudiré , en 
Bresse, briodl ^. 

Brôveu (brave ou braves), brôva (brave), bravé 
(braves) '. 

Cajoan (lâche), n'a pas de féminin '•. 

Cinquiémeu (cinquième). 

Concheu, a, é (gonflé), de concha (gonfle). 

Barri (dernier ou derniers), darrire (dernière), 
darriré (dernières) ■'. 

Bijeumeu (dixième), ma, rné. 

Drôleii (drôle et drôles) , drôla (drôle) , drôle 
(drôles) '\ 

Essui (sec, secs), essuite (sèche), essuité (sèches) ". 

Fotu (perdu ou perdus, fini ou finis), fotua (per- 
due), fotué (perdues) ^. 

* On dit aussi bena et bené. 

2 Tire son origine des gens de Brioude (Haute-Loire), qui tra- 
vaillaient jadis par centaines dans les carrières et, étrangers chez 
nom, ïi'y apportaient oa n'y conservaient pas, généralement, les 
bonnes moeurs de leurs pays. 

3 On remarquera que ces mots n'ont pas le même sens qu'en 
français. Drôleu, à Couzon et dans tout le massif du Mont-d'Or, 
signifie joli : Que drôla féna ! (Quelle jolie femme!) En Bresse et en 
Dauphiné, c'est par brôve que se rend la même idée : Que brôva 
feméla! (Quelle belle femme!) 

Autre observation : femèla est plutôt un adjectif qu'un substantif 
et signifie femme sans aucune intention malveillante. 

* Ce mot doit venir de chapon; il a formé le verbe caponô 
(caponner) reculer. 

^ Ne pas perdre de vue la prononciation de \'r entre deux voyelles, 
comme le th anglais doux; elle a été expliquée déjà, mais on ne 
saurait trop y revenir. 

^ D'où Montessuy (Montsec). 

" Adui et Fotu ont le même sens, qu'on rendrait assez bien par 
le fran^jais foutu, foutue, si ce mot n'était considéré comme grossier. 



DU PATOIS LYONNAIS ]9 

Fou (fou, fous), fnlcL (folle), fôlé (folles). 

Garseni, ire, iré (hardi comme un garçon), ne 
s'emploie guère qu'au féminin. 

Garudi (mal soigneux, débraillé), garudire, garu- 
dire *. 

Grô (gras), grôssa (grasse), grosse (grasses). 

Grou (gros), groussa (grosse), groussé (grosses). 

Hiau, hiauta (haut, haute), féminin pluriel hiauté. 

Malin (méchant, méchants), malena (méchante), 
malené (méchantes) ^. 

Mauve (mauvais^ môvéze (mauvaise) , mnvézé 
(mauvaises). 

Mou (mûr et murs), moura (mure), mouré (mures). 

Nâ (noir et noirs), nnre (noire), naré (noires). 

Premi (premier et premiers), premire (première), 
premiré (premières) \ 

Prion (profond et profonds', prionda (profonde), 
priondé (profondes). 

Quatriémeu (quatrième). 

Rion (rond, ronds), rionda (ronde), riondé (rondes). 

Rognu (taquin, de méchante humeur), usa, usé. 

Rou (roux), rossa (rousse), rossé i rousses) '*. 

Sadzeu (sage, sages), sadze (sage au féminin), 
sadzé (sages au féminin pi ir.). 

1 De garude, vieille galoche que traînent les pieds des mendiants. 

- Encore un mot qui n'a pas le même sens en patois qu'en français. 

•' Voir la note 5 de la page précédente. 

* D'où Croix-Rousse ; la croix qui a donné son nom à ce vaste 
faubourg était rousse, en pierre de Couzon, sur un côté de la grand - 
place dont le nom change si souvent. 

J'ai salué cette croix cent fois dans mon enfance. Elle a été enle- 
vée en 1881 ou 82. L'étymologie qu'elle rappelait lui donnait pour- 
tant une valeur historique. 



20 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Sa,rvadzeu (sauvage), sarvadze, sarvadzé 

Segon (second), segonda, segondé. 

Sijeumeu (sixième). ' 

Tebeu, téba, tébé (plein, rassasié, cogné comme 
dans un tube). 

Teu (tout et, par exception, tui (tous), teuta,[touie), 
teuté (toutes). 

Trâjeumeu (troisième). 

Varnedzeu (froid), varnedze, varnedzé '. 

Varro (gâté, en parlant des fruits), varrôta, var- 
rôté. 

Vert (vert et verts], varda (verte), vardé (vertes). 

Vintièmeu, centièmeu, millièmeii, ma, me, etc. 

Via (vieux), vieille (vieille), vieille (vieilles). 

Etc., etc. 

J'ai cité de préférence les adjectifs qui ont une 
physionomie nettement extra-française ; la plupart 
des autres ne se distinguent de leurs correspon- 
dants français que par des nuances légères : sôleu, 
sôla (sâlc), fûbleu, fâbla (faible] ; rapedeu, da 
(rapide) ; etc. ; pluriel féminin soie, fable, rapedé. 
La similitude entre les deux idiomes est par- 
ticulièrement accentuée dans les adjectifs termi- 
nés au singulier par un e muet, qui, en patois, se 
prononce eu. 

Certains qualificatifs , participes plutôt qu'adjec- 
tifs , ayant une forme féminine au masculin, n'ont 
qu'une désinence au singulier, quoique cette 
désinence ne soit pas en e muet. Exemple : Ennoija 

* Se dit des terrains insuffisamment ensoleillés ; n'existe pas en 
français. 



DU PATOIS LYONNAIS 2\ 

(du verbe ennoi), il et ennoya lil est ennuyé) ; 
emha.rra.cha. (embarrassé) ; el et embarracha (elle est 
embarrassée) ; atrapô : allé fu grou atrapo quand 
elle se vi sarrù défou (elle fut bien attrapée quand 
elle se vit fermée dehors). 

Mais au pluriel, ils ont quelquefois, rarement, 
un féminin : Qu'élé serian don ennoyé, se... (qu'elles 
seraient donc ennuyées, si...). 

Argotô (hardi, espiègle^ ensorbéya (entêté, inin- 
telligent), cngnorro (imbécile^ quoique purs adjec- 
tifs, restent invariables comme la plupart des ad- 
jectifs-participes : Tira fille et in'argotà; vez été 
don ensorbéya, que vo né voU pô comprendre ? — 
Ah ! leu pourreu engnorçô ! 

Je rangerai parmi les adjectifs coquon (quel- 
qu'uni, inusité au féminin; tsôquon, tsoquena icha- 
cun, chacune;; et dzin dé, (aucun de, point de) ; in- 
déclinable : que tsoquon travaïé (que chacun tra- 
vaille); i n'a dzin déz effan (il na point d'enfants) ; 
e gn'en a dzin (il n'y en a point ; el ayan tsoquena 
on davanti dé soi celles avaient chacune un tablier 
de soie). 






VjAy vj^ ^lÂu ijiÂt^ ^j^ ijijt^ >ji^ vj^ ^j^ t^^ 



CHAPITRE V 



Le Pronom 

1" PRONOMS PERSONNELS 

IL faut distinguer s'ils sont sujets ou complé- 
ments directs, ou compléments indirects d'un 
verbe, ou compléments d'un adverbe. 

Premier cas. — Sujets d'un verbe, je s'exprime 
par zé ou dzé ; tu par té; il par i ou il, selon que le 
mot suivant commence par une voyelle ou par une 
consonne : / vu me féré pou (il veut me faire peur) ; 
i vôlon neu féré pou (ils veulent nous faire peur) ; 
il a feni (il a fini) ; il an feni (ils ont fini). 

Elle se rend au singulier par el ou èla, au pluriel 
par el ou élé, toujours selon que le mot suivant 
commence par une voyelle ou par une consonne : 
El è seuletta (elle est seule), élé sera contenta (elle 
sera contente) , él attendon (elles attendent), élé 
veindran (elles viendront). Elle, sujet du verbe, 
mais placé après lui, dans la forme interrogative, 
se rend aussi par ïe. Exemple : Que vu-t-ïe ou 
que vu-t'èla ? (que veut-elle ?) 



24 ESSAI DE riRAMMAIRE 

Nous se rend par dzé, quelquefois par neu, vous 
par veu. 

Deuxième cas. — Employés comme compléments 
direct d'un verbe, les pronoms personnels sont me, 
té, se, la, neu, veu, leu, lé. Exemple : Attendi mé 
don (attendez-moi donc), dze té crieu (je t'appelle), 
dze la vaïeu (je la vois), i se pazaïe (il s'ôte ses 
puces) , él se pegné (elle se peigne) , avezo-neu 
(regardez-nous), vtcha vtré polaïé , préni-lé (voilà 
vos poules, prenez-les), vtcha vtreu lapin, empârto- 
leu (voilà vos lapins, emportez-les), chèta-té (assieds- 
toi), chetô~veu (asseyez-vous). 

Troisième cas. — Compléments indirects d'un 
verbe, lui, dans le sens do à lui, à elle, se rend par 
li ou Hz, et leur, dans le sens de à eux, à elles, par 
lu ou luz : Dze li pai^lôve (je lui parlais), vo luz-y 
derâ (vous leur direz), te luz-y obaïéré (tu leur obéi- 
ras). Les autres pronoms personnels gardent la 
même forme que dans le deuxième cas. 

Quatrième cas. — Employés comme complément 
d'un adverbe, les pronoms personnels sont ma, ta, 
sa (prononcez l'a très ouvert), lui, èla, neu ou neu- 
zôtreu, veu (rarement r)02o^reu^ èleu (masculin), èlé 
(féminin). Exemples : Porla don pé ma (parle donc 
pour moil, i ou él ne sondzé qu'a sa (il ou elle ne 
pense qu'à soi), il étchan davan 7ieu (ils étaient 
devant nous), dzé modi avoua èleu (je partis avec 
eux), avoua èlé (avec elles). 

Le dans le sens de ceci, cela, se rend par i ou y. 
Exemples : Dz'i vâleu, dzé n'i voleu po (je le veux, 



DU PATOIS LYONNAIS 25 

je ne le veux pas), el ni fara plu (elle ne le fera 
plus), i vâ-te voré ? (le vois-tu maintenant ?) *. 



2" PRONOMS POSSESSIFS 

SINGULIER 

Mon, ton, son : comme en français : mon pani 
(mon panier), ton couaveu (ton balai), son davanti 
(son tablier). 

Ma, ta, sa, lu (leur) : ma faqua (ma poche), lu 
polaï (leur poule i, lu effan (leur enfant). 

PLURIEL MASCULIN 

Meu, teu, luz ou meuz, teuz, luz : meu garçons 
(mes garçons I, teuz effan (tes enfants), lu cologné 
(leurs quenouilles), luz ami (leurs amis). 

PLURIEL FÉMININ 

Me, té, se ou mez, tez, sez : mé robe (mes robes), 
tez anïé (tes béquilles), séz amïés 'ses amies). 

SINGULIER 

Netron, vetron, lu (au masculin) : netron rà (notre 
roi). 

Netra, vetra, lu (au féminin) : vetra repebleca 
(votre république), lu pachence (leur patience). 

PLURIEL 

Netreu, vetreu, lu (au masculin! : netreu caïon 
(nos p«rcs), netreuz anchen (nos ancêtres). 



' Cette locution patoise est une de celles dont, enfants, nous avions 
le plus de peine à nous défaire. 



26 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Netré, vetré, lu (au féminin) : netréz alagnés (nos 
noisettes). 



3» PRONOMS DEMONSTRATIFS 

Chi (raasc. sing.), cha (fém. sing.), chi (masc. 
pluriel), ché (fém. pluriel) signifient ce, cette, ces. 
Je rappelle à nouveau que ces ch se prononcent 
comme le ch allemand dans eiche, reich., licht. 
Exemple : Chi sauzeu (ce saule), cha colu (cette 
couleur), ché colu (ces couleurs). 

Pour celui-ci, celle-ci, ceux-ci, celles-ci et celui- 
ci, celle-ci, ceux-ci, ceux-là, de même qu'on y 
ajoute, en français, ci ou là à celui, celle, etc. ; de 
môme, en patois, on ajoute que à chi, cha, etc., et 
l'on dit : chique, chaque, cheuque, chèque. (Voir à 
la page 5 la prononciation de ce que). Chi ronsse- 
gnou tsanté miu que cJiique (ce rossignol chante 
mieux que celui-là); dze n'omeu pô ché cheur, /jai" 
me chèque (je n'aime pas ces fleurs, donnez-moi 
celles-ci). 

On dit aussi sti, slia : passa de sti là (passe de ce 
côté). 

Ceci, cela, ça se rend par cenque : Voll-veu 
cenque ? (voulez- vous ça ?) — Le pronom dans le 
sens de ceci, cela, par i ou ij : ouâ, clz'i voleu (oui, 
je le veux); neu, dz'n'i voleu pô (non, je ne le veux 
pas). 

Ce ou //, dans le même sens, se rend par è ou aij. 
Èy é provo (c'est prouvé), è?/ e sartin (il est certain) ; 
e gnè pô vrâ (il n'est pas vrai ou ce n'est pas vrai) ; 



DU PATOIS LYONNAIS 27 

e y é fotu, gnen a que se dzeinnon pô (c'est décidé, 
il y en a qui ne se gênent pas); ey étché à péna 
dzeur (c'était à peine jour). Je citerai encore ces 
deux vers proverbe : 

E gna pô bordzoi de Lyon 
Que n'ayé sa vegne à Cozon. 

En signifiant de cela est toujours précédé d'un 
n ou d'un ; ; Baille me n'en ou baillé me zen (donne 
m'en) '. 

4» PRONOMS ADJECTIFS POSSESSIFS 

MASCULIN SINGULIER ET PLURIEL 

Le mainneu ile mien ou les miens), le tainnen (le 
tien), le seinneu (le sien). — (Prononcez comme 
dans les mots français main, teint, sein.) 

FÉMININ SINGULIER 

La meinna (la mienne), la teinna (la tienne), la 
seinna (la sienne). — Même observation que ci- 
dessus.) 

FÉMININ PLURIEL 

Le meinné (les miennes), lé teinnè (les tiennes), 
lé seinné (les siennes). — (Même observation que 
ci-dessus.) 

MASCULIN SINGULIER ET PLURIEL 

Le neti^eu (le nôtre ou les nôtres), le vetreu (le 
vôtre ou les vôtres), le lu (le leur ou les leurs). 

' Encore une locution qui nous a valu plus d'un sarcasme de 
l'instituteur, avec accompagnement de pensum. 



28 ESSAI DE GRAMMAIRE 

FÉMININ SINGULIER 

La netra (la nôtre), la vetra. (la vôtre); la lu (la 
leur). 

FÉMININ PLURIEL 

Le netré (les nôtres), lé vetré (les vôtres), lé lu 
(les leurs). 

Suivis du 2 euphonique quand il y a lieu. Exem- 
ple : Vetreuz effan né valon pô mé que leii netreu, 
è y è lui dé polisson (vos enfants ne valent pas plus 
que les nôtres; ce sont tous des polissons); vetré 
saptené son mé grande que lé lu (vos sapines sont 
plus grandes que les leurs) \ 

PRONOMS INDÉFINIS 

On se rend, comme en latin, par le pluriel de il 
(sous-entendu les gens, les hommes). — Notez en 
effet que ce mot, en français, est une corruption de 
homines. 

Exemple : I djon que Napoléon n'è pâ môr (on 
dit que Napoléon n'est pas mort) ^. Din cha mâson, i 
fan teu leu dzeur la repebleca : dans cette maison 
on fait tout le jour la république (on y vit dans 
l'anarchie et la paresse, on s'y cogne ferme) '. 



1 Bateau en sapin qu'on charge de pierres pour Lyon. 

^ Que de fois j'ai entendu répéter cette phrase par les vieux du 
premier Empire ! 

' Je prie mes quatre futurs lecteurs de l'an de grâce 2.500 de 
vouloir bien m'en croire sur parole quand je leur affirme que cette 
locution proverbiale n"est pas de mon invention, mais qu'elle est 
familière à nos paysans, même à ceux qui se disent républicains. 



DU PATOIS LYONNAIS 29 

Dépi c/ia repebleca, l ne volon dzin mé dé bon Dju. 
E y é vrâ, mé il an le phylloxerra é beind'ôtreu 
z-agremen. (Depuis cette république, on ne veut 
plus de bon Dieu. C'est vrai, mais on a le phyl- 
loxéra et beaucoup d'autres agréments). 



^<^ 



•^^ w~^ w^ w^ ^^ ^^ •^>'^>^ ♦ aQ^i^ 



CHAPITRE VI 



Le Verbe 

LE verbe patois a ses personnes, ses temps et 
ses conjugaisons, comme le verbe français. 
Ne nous arrêtons pas aux définitions géné- 
rales; bornons-nous à conjuguer et commençons 
par les auxiliaires Etre et Avoir. 

AVOIR 

Indicatif présent II ou el aye (bressan, il ave). 

Dz'â Dz'ayan — nous avin). 

T'ô Vosayo — vous avô). 

Il ou el a. Il ayan — il avin). 

Dz'an (ou nos an). ^ . . ,^ • 

w •/ r. -^ \ Passe défini 

Vos avi (en Bresse, vous ete). „ , . j . • 
^ ' ' Dz ussi ou dz avi. 

Il ou ell' an. „. 

T ussi. 

Ilu. 

Imparfait ' ^^^ ^^^^^^ 

Dz'ayain (bressan, dz'ave). Vos uté. 
T'ayo — t'ave). Il âveron. 

* J'écris inditïéremment aïan ou ayan, alo ou ayo ; mais il faut 
prononcer aï, presque comme paille, canaille. 



32 ESSAI DE GRAMMAIRE 

laissé ind(''.fini 



Dza avu'i (bressan, avu) 
T'o aviu — 

Il a aviu — 

Dzan aviu — 

Vos avi aviu — 

Il an aviu — 

Passé antérieur 
(Peu usité.) 

Plus que jiSirfâit 
Dz'ayain aviu. 
T'ayo aviu. 
Il ayé aviu. 
Dz'ayan aviu. 
Vos ayo aviu. 
Il ayau aviu. 

Futur simple 
Dz'avri (bress., dz'are). 
T'aré '. 
Il arâ. 
Dzaran. 
Vosari. 
Il aran. 

Futur antérieur 
Dzavri aviù. 
Taré aviù. 
Il arâ aviù. 



Dzaran aviu. 
Vos ari aviù. 
Il aran aviù. 

Conditionnel j^résent 

Dz'arain '. 

T'aro (ou t'ario). 

Il are. 

Dz'arian. 

Vos aro (ou vos ario). 

Il arian â– ^. 

Conditionnel passé 
Dz'arian aviù. 
T'aro aviu. 
Il are aviu. 
Dzarian aviu. 
Vos ario aviu. 
Il arian aviu. 

Impératif 
2" pers. sing. Aïe. 
Id. plur. Aï. 
l'e pers. plur. Ayain. 

Subjonctif présent 
Que dz'ayeu. 
Que t'ayé. 
Qu'il ayé. 
Que dz'ayan. 
Que vos ay. 
Qu'il ayan. 



' Se rappeler la prononciation 
doux des Anglais). 
- ici deux personnes semblables, 



de cet r entre deux voyelles [th 
la 1" et la 3^ du pluriel. 



DU PATOIS LYONNAIS 

Imparfait du subjonctif Que t'eusse aviu 
Que dz'avesseu. 
Que t'avessé. 
Qu'il avessé. 
Que dzavessan. 
Qu'il avessan. 



33 



Qu'il eusse aviu. 
Que dz'uchan aviu. 
Que vos usseté aviu. 
Qu'il uchan aviu. 



Parfait du subjonctif 
Que dz'aîeu aviu. 
Que t'ayé avieu. 
Qu'il ayé aviu. 
Que dz'ayan aviu. 
Que vos ay aviu. 
Qu'il ayan aviu. 



Infinitif présent 



A va. 



Infinitif passé 
A va aviu. 



Participe présent 



Ayan. 



Subjonctif plus que parfait Participe passé 

Que dz'eusse aviu. Aviu (bressan avu). 



ÊTRE 



Indicatif présent 
Dzé si. 
T'é. 

Il ou el é. 

Dzé son (bressan, nos sin). 
Vos été. 

I son. 

Imparfait 
Dzétchain (bressan, dz'éra). 
T'étcho — t'ére). 

II ouel étché — il ère). 
Dzétchan — nous erain). 



"Vos étcho (bressan, vous éro) 
Ilouelétchan — il érin). 

Passé défini 

Dzé fe (ou fu). 

Téfu. 

Ifu. 

Dzé feron. 

"Vos fêté. 

I feron. 



Passé 
Dza éto. 



indéfini 



34 



ESSAI DE GRAMMAIRE 



T'o éto. 
11 a éto. 
Dzan éto. 
Vos avi éto. 
Il an éto. 

Passé antérieur 

Dzusseu éto. 
T'eusse éto. 
II eusse éto. 
Dzuchan éto. 
Vos ucho éto. 
Il uchan éto. 

Plus que parfait 

Dzaïain éto. 
T'ayo éto. 
Il ayé éto. 
Dz'yan éto. 
Vos ayo éto. 
Il ayan éto. 

Futur simple 

Dzé sari ^ (bressan, dzésere) 

Té saré. 

I sarà. 

Dzé saran. 

Vo sarà. 

I saran. 



Futur antérieur 

Dz'avri éto. 
T'aré ' éto. 
Il ara ' éto. 
Nos aran éto. 
Vos ari éto. 
Il aran ' éto. 

Conditionnel préseyit 
Dzé sérain ^ . 
Té sério. 
I sére. 
Dzé sérian. 
Vo sério. 
I sérian. 

Conditionnel passé 
Dzé sérain éto -. 
Té sério éto. 
I séré éto. 
Dzé sérian éto. 
Vo sério éto. 
I sérian éto. 

Impératif 
Sa (bressan, saïa). 
Sayan. 

Saï (bressan, saïo) -^ 
Qu'i sayan. 



* R entre deux voyelles, toujours prononciation du th doux des 
Anglais. 

^ On dit aussi avec avaï : dz'arian éto. t'ario éto, etc. 
^ Prononcez comme Sinaï. 



DU PATOIS LYONNAIS 

Subjonctif présent Que té saie éto. 



35 



Que dzé saîeu (ou saycu) 

Que tésayé. 

Qu'i sayé. 

Que dzé saïan. 

Que vo saï. 

Qu'i saian. 

Imparfait 
Que dzé fesseu '. 
Que té fessé. 
Qui fessé. 
Que dzé fessan. 
Que vo fesso. 
Qu'i fessan. 

Parfait 
Que dzé saîeu éto. 



Qu'i saie éto. 
Que dzé sayan éto. 
Que vos sai éto. 
Qu'i saian éto. 

Plus que parfait 
Que dzé fesseu éto. 
Que té fessé éto. 
Qu'i fessé éto. 
Que dzé fessan éto. 
Que vo fesso éto. 
Qu'i fessan éto. 

Infinitif 
Etre, avâ éto. 

Participe 
Etchan, étô. 



Il nest pas facile de grouper les verbes patois, 
car parmi eux les irrégularités et les exceptions sont 
nombreuses. Je les partage en cinq conjugaisons, 
après avoir beaucoup réfléchi, comparé, combiné. 
Plût au ciel qu'il me fut possible d'ajouter : « D'au- 
tres grammairiens feront mieux ! » 



' L'accent est sur la première syllabe dans fesseu, fessé; le son 
fe est absolument muet quoique prolongé. 



36 



ESSAI DE GRAMMAIRE 



PREMIÈRE CONJUGAISON 

fille a I infinitif, le participe passé et la deuxième 
personne de l'impératif en d ', l'imparfait en ôveu 
(bressan oua), le futur en éri et le conditionn el en 
érain. 



Indicatif présent 


Dz'ômeron. 


Dz'ômeu. 


Vos ômeté. 


Tome. 


Il ômeron. 


Il ou el ômé. 

Dz'ômon (ou nos ômon). 


Passé indéfini 


Vos ômo *. 


Dzâ omo. 


I ou el ômon. 


T'ô omo. 


Imparfait 

Dz'omoveu. 

T'omôvé. 

Il ou el omôvé. 


Il a omo. 
Dzan omo. 
Vos avi omo. 
Il an omo. 


Nos ou dz'omôvon. 
Vos omôvi. 
Il omôvan. 

Passé défini 


Passé antérieur 

Dzusseu omo. 
T'eusse omo. 
Il eusse omo. 


Dz'omi. 


Dz'uchan omo. 


T'omi. 


Vos ucho omo. 


Il omi. 


II uchan omo. 



' L'accent, à la deuxième personne du pluriel de l'indicatif présent, 
porte vivement sur la dernière syllabe ; de même à toutes les per- 
sonnes du futur et du conditionnel ; cette dernière syllabe repré- 
senterait en musique un temps ilouble des autres. Partout ailleurs 
l'accent porte sur l'avant-dernière syllabe; ainsi dans dz'omoveu, mô 
est aussi long à lui tout seul, que dzo et veu ensemble. C'est comme 
en italien. 



DU PATOIS LYONNAIS 

Plus que parfait T'ai-io omo. 



37 



Dzaîan (ou nos aiani omo. 

T'aie omo. 

Il aie omo. 

Nos ayan omo. 

Vos aio omo. 

Il aïan omo- 

Futur simple 
Dz'ôméri. 
T'ôméré. 
Il ôméra. 

Nos ou dzoméran. 
Vos ôméra. 
Il ôméran. 

Futur antérieur 
Dz'ari omo. 
T'aré omo. 
Il ara omo. 
Nos ou dzaran omo. 
Vos arâ omo. 
Il aran omo. 

Conditionnel présent 
Dz'omérain. 
T'omério. 
Il ômére. 
Dz'ômerain. 
Vus ôinerio. 
Il ùmérain. 

CondUionnpl p;i.<sé 
Dzarain omo. 



Il arc omo. 

Nos ou dzarian omo. 

Vos ario omo. 

Il arian omo. 

Impératif 
Oma. 
Omo. 
Qu'il ômc. 
Qu'il oman. 

Subjonctif présent 
Que dz'ômeu. 
Que t'ômé. 
Qu'il ômé. 
Que dz'oman. 
Que vos ômo. 
Qu'il oman. 

Imparfait 
Que dz'ômasseu. 
Que t'omassé. 
Qu'il ornasse. 

Quedz'omachan(ouomassan) 
Que vos omassi. 
Qu'il omassan. 

Parfait du subjonctif 
Que dz'aieu omo. 
Que t'aïé omo. 
Qu'il aïé omo. 
Que dz'aïan omo. 
Que vos aîo omo. 
Qu'il aïan omo. 



38 ESSAI DE GRAMMAIRE 

FHus que parf. du subjonct. Que vos avesso (ou que vos 
Qucdz'avesseu(ouquédz'us- usso) omo. 

sou) omo. Q^^^ avessan (ou qu'il ussan) 

Que t'avessé (ou que t'eusse) on^o. 

omo. Infinitif 

Qu'il avessé (ou qu'il ussé) Qmo, ava omo. 

omo. 
Que dz'avessan (ou qu'il Participe 

ussan) omo. Oman, omo. 

Ainsi se conjuguent tous les verbes en ô (et, 
comme les verbes français en er, ce sont les plus 
nombreux). Du reste, les deux conjugaisons corres- 
pondent l'une à l'autre. Exemple : Senô (sonner), 
copd (couper), betô (mettre), tsantô (chanter), débrego 
(bressan, devord (déchirer), pussd (pousser), ahonto 
(diminuer, en parlant du prix d'une marchandise), 
plemô (plumer), raconta (raconter), arrevo (arriver), 
mode (partir) ', bucho (brûler), essarta (piocher), 
a.sseuô (nourrir, gaver un enfant), bolegô (tourmen- 
ter) ; (bressan , boulimjd) , rabato (dégringoler) , 
tsaplô (frapper), etc. 

Observations. — Il y a plusieurs de ces verbes 
qui, à l'indicatif présent, n'ont pas la même pénul- 
tième (avant-dernière syllabe) qu'à l'infinitif, sauf 
cependant à la deuxième personne du pluriel où 
cette pénultième reparaît ainsi que l'accent sur la 
finale. Exemple : Amasso, fait à l'indicatif présent 

' Ce verbe se conjugue avec l'auxiliaire être, comme partir en 
franîjais, dz'etdmin modo, j'étais parti ou partie ; cependant les 
Bressans disent dz'aiià modo. 



DU PATOIS LYONNAIS 39 

dz'amôsseu, t'amôssé, il amassé, nos amâsson, vos 
amassa, il amôsson. — Vold (voler) : dzé vôuleu, té 
vôulé, i vôulé, dzé vôulon, vo volô, i voulon. — 
Dzélo igeler) : dzé dzileu, té dzilé, etc. — Avezô Ire- 
garder) : dz'avizeii, Cavizé, il avizé, dz'avizon, vos 
avezô, il avizon. — Colô (couler, glisser) : dzé couleu, 
té coulé, i coulé, dzé coulon, vo colô, i coulon. — 
Bramo (crier, pleurer) : dzé brômeu, té brômé, etc. 
— Amolà (aiguiser), dz'amouleu, t'amoulé, etc. — 
Avala : dz'avoleu, t'avolé, etc. — Sarrô (fermer) -.dzé 
sôrreu, té serré, etc. — Razo (raser) : dzé ràzeu, té 
rôzé. — Abozo (écrouler) : dz'abouzeu, t'abouzé. — 
Paré et apparo (attendre pour éviter, écarter), dz'a- 
pàreu, t'appôré, etc. 



DEUXIEME CONJUGAISON 

La deuxième conjugaison a rinfinitif en i, le par- 
ticipe passé en a et, à la deuxième personne de 
rimpératif, le singulier en e et le pluriel en i ; pour 
tout le reste elle est semblable à la première. 



Indicatif présent 


Té priové. 


Dzé prieu. 


I priové. 


Té prié. 


Dzé priovon. 


I prié. 


Vo priovo. 


Nos ou dzé prion. 


I priovon. 


Vos prio. 
I prion. 


Passé défini 


Imparfait 


Dzé prïi. 
Té prïi. 


Dzé prioveu. 


I prïi. 



40 



ESSAI DE GRAMMAIRE 



Dzé prieron. 
Vo priete. 
I prieron. 

Passé indéfini 

Dzâ pria. 
T'o pria. 
Etc. 

Passé antérieur 
Dz'eusseu pria. 

Plus que parfait 
Dz'aïain pria. 
T'aïo pria. 
Etc. 



Futur simple 



Dzé priéri 
Té prière. 
I priera. 
Dzé prieran. 
Vos priera. 
I prierai! . 

Futur antérieur 
Dz'ari pria. 
Taré pria. 
Etc. 

Conditionnel présent 

Dzé pricrain. 
Té priério. 
I prière. 



Dzé prierain. 
Vo priério. 
I prierain. 

Condidionnel passé 

Dz'arain pria. 
T'ario pria. 
Etc. 

Impératif 
Sing. 2" personne. Prie. 
Plur. id. Prii. 

Qu'i prié. 
Qu'i prian. 

Subjonctif présent 
Que dzé prieu. 
Que té prié. 
Qu'i prié. 
Que dzé prian. 
Que vo prii. 
Qu'i prïian. 

Subjonctif imparfait 

Que dzé priasseu. 
Que té priasse. 
Qu'i priasse. 
Que dzé priassan. 
Que vo priassi. 
Qu 'i priassan. 

Parfait du Hubjonctif 
Que dz'aïcu pria. 
Etc. 



DU PATOIS LYONNAIS 41 

Plus que parf. du subjonctif Participe présent 
Que dz'usseu pria. Prian. 

Que tusse pria. ^ 

Participe passé 

Infinitif Pria. 

Prii, avâ pria. 

Ainsi se conjugent tous les verbes en i qui ont cet 
i précédé d'une voyelle ou d'une r douce (à pronon- 
cer comme le tli anglais'. Exemple : Veri (virer, 
tourner), participe passé veria; essaî (essayer), p. p. 
essaya; haraï (tourner et retourner), p. p. f)araïa,- 
tréhii (flageoler sur ses jambes), p. p. trehïa; caraï 
(lancer), p. p. caraïa; envii (envoyer), p. p. envia; 
dzoî (jouer), p. p. d:oia; secoï (secouer), p. p. secoïa; 
teri (tirer), p. p. teria; plus un certain nombre 
d'autres verbes en i : pétsi (pêcher), participe passé 
pétcha; empétsi (empêcher), p. p. empêtcha; annonci 
(annoncer!, p. p. annnncha ; prétsi ou prédzi (prê- 
cher), p. p. prédja ; tsortsi (chercher), p. p. tsortcha; 
embrassi (embrasser), p. p. embracha; avanci (avan- 
cer), p. p. avancha; ceri (cirer), p. p. ceria, etc. 

Observations. — Veri fait à Tindicatif présent dre 
vireu, té viré, i viré, etc., et ceri : dzé cireu, etc. 



TROISIEME CONJUGAISON 

Elle comprend des verbes en i et en re et se dis- 
tingue des deux premières par le présent de lïndi- 
catif en âtseu, l'imparfait en âtchan, le passé défini 



ESSAI DE TiRAMMAIRE 



en cî<si,le futur en âtri et le conditionnel en airain; 
(pour toutes ces désinences Taccent est sur la pénul- 
tième). 
Le participe passé a dos désinences variées. 



Indicatif présent 

Dzé fcnaïtzcu (je finis). 

Té fenâ. 

Il ou elé fenâ. 

Nos ou dzé fenâtson. 

Vos fenâtsi. 

I ou elle fenâtson. 

hnpar t'ait 
Dzé fenâtchan. 
Té fenâtchô. 
I fenâtché. 
Dzé fenâtchan. 
Vo fenâtchô. 
I fenâtchan. 

Passé défini 

Dzé fenâtsi. 
Te fenâtsi. 
I fenâtsi. 
Dzé fenâtseron. 
Vo fenâtseté. 

I fenâtseron. 

Passé indéfini 
Dzâ feni. 
T'o feni. 

II a feni. 
Etc. 



Plus que parfait 

Dzaïain feni. 
T'aïo feni. 
Etc. 

Futur simple 
Dzé fenâtri. 
Té fenâtré. 
I fenâtra. 
Dzé fenâtran. 
Vo fenâtrô. 
I fenâtran. 

Futur antérieur 
Dzari feni. 
T'aré feni. 
Etc. 

Conditionnel présent 
Dzé fenâtrain. 
Té fenâtrio. 
I fenâtre. 
Dzé fenâtrain. 
Vo fenâtrio. 
I fenâtrain. 

Conditionnel passé 
Dzarain feni. 
T'aro feni. 
Etc. 



DU PATOIS LYONNAIS 



43 



Impératif 
Fenâ. 

Qu'i fenâtsé. 
Fenâtsi. 
Qu'i fenâtchan. 

Subjonctif présent 
Que dzé fenâtseu. 
Que té fenâtsé. 
Qui fenâtsé. 
Que dzé fenâtchan. 
Que vo fenâtsi. 
Qui fenâtchan. 

Subjonctif imparfait 

Que dzé fenâtsesseu. 
Que té fenâtsessé. 
Qu"i fenâtsessé. 
Que dzé fenâtsechan. 



Que vo fenâtsecho. 
Qu'i fenâtsechan. 

Parfait du subjonctif 
Que dz'aïeu feni. 
Que t'aie feni. 
Etc. 

Plus que j^arf. du subjonctif 

Que dz'avesseu feni (ou que 

dz'eusseu feni). 
Etc. 

Infinitif 
Feni, avâ feni. 



Participe 



Fenâtchan. 
Feni. 



Ainsi se conjuguent counâtre (connaître), meri 
(mourir'i, participe passé ïiiôr, mourta^; péri (périr), 
cuï (cueillir), p. p. cuï; blantsi (blanchir), parâtré 
(paraître), p. p. paru; gari (guérir), p. p. gari; veti 
(vêtir), p. p. vêtu; crâtre (croître), p. p. cratsu; 
réussi (réussir), p. p. réussi; mezi (moisir), p. p. mezi; 
charvi (servir), p. p. charvi; avorri (renier, rejeter 
un enfant), p. p. avorri. 

1 Les temps composés de meri se conjuguent avec l'auxiliaire être : 
dzé si mdr, ou mourla. (je suis mort ou morte), etc.; au féminin plu- 
riel mourté : elle son mourté, conformément aux règles du participe. 



ESSAI DE GRAMMAIRE 



QUATRIÈiME CONJUGAISON 

Elle comprend des verbes en i ou en re qui se 
distin2:uent par leur présent de l'indicatif en egneu, 
leur imparfait en egnan, leur futur et leur condi- 
tionnel en aindri et indrà et leur participe présent 
en egnant (accent sur la dernière syllabe à l'impar- 
fait, au futur et au conditionnel). 

Participes généralement en u. — Passé défini 
également variable. 

Indicatif présent 

Dzé vegneu (je viens). 

Té vein. 

I ou elle vein. 

Neu ou dzo vegnon. 

Vo véni. 

I ou elé vegnon. 

Imparfait 
Dzé vegnain. 
Té vegno. 
I vegnc. 
Dzé vegnan. 
Vo vegno. 
I vegnan. 

Passé défini 
Dzé vinci. 
Té vinci. 
I vinci. 



Dzé vinceron. 
Vo vinceté. 

I vinceron. 

Passé indéfini ' 
Dzé si venu. 
Té venu. 

II é venu. 
Etc. 

Plus que parfait * 

Dzétchain venu. 
T'étcho venu. 
Etc. 

Futur simple 
Dzé vindri (ou vaindri). 
Té vindré. 
I vindra. 
Dzé vindran. 



' Veni, pour ses temps composés, prend l'auxiliaire être ; c'est une 
exception. 



DU PATOIS LYONNAIS 



45 



Vo vindro. 
I vindran. 

Futur antérieur 

Dzé seri venu. 
Té saré venu. 
Etc. 

Conditionnel présent 

Dzé vindrain. 
Té vindrio. 
I vindre. 
Dzé vindrain. 
Vo vindrio. 
I vindrain. 

Conditionnel passé 
Dzé serain venu. 
Té sario venu. 
Etc. 

Impératif 

Vin 

Qu'i vegné. 

Véni. 

Qu'i vegnân. 

Subjonctif présent 
Que dzé vegneu. 



Que te vegné. 
Qu'i vegné. 
Que dzé vegnan. 
Que vo vegni. 
Qu'i vegnan. 

Imparfait 

Que dzé vegnasseu (ou que 

dzé vinsseu). 
Que té vegnatsé. 
Qu'i vegnatsé. 
Que dzé vegnatzan. 
Que vo vegnatzi. 
Qu'i vegnatsan. 

Parfait 

Que dzé saieu venu 
Que té saié venu. 
Etc. 

Plus que parfait 

Que dzé fesseu venu. 
Que té fessé venu 
Etc. 

Infinitif 
Véni, être venu. 

Participe 
Vegnan, venu. 



Ainsi se conjuguent aijartém (appartenir), parti- 
cipe p. aparténu; manténi (maintenir), p. p. man- 
ténu; refëni (retenir), p. p. reténu; prindré (prendre), 



46 



ESSAI DE GRAMMAIRE 



p. p. prd (et ses dérivés comprendre, apprendre) ; 
craindre (craindre), p. p. crain; dzoindré (joindre), 
p. p. dzoin. 

Note. — Pour simplifier, je rattache à cette qua- 
trième conjugaison un certain nombre de verbes 
en re ou en i qui ne font à l'indicatif présent ni 
àtseu, ni egneu, mais qui ont leur futur en aindri et 
leur conditionnel en aindrain : 



Indicatif présent 


Passé indéfini 


Dzé rendeu. 


Dzà rendu. 


Té ren (ou rin). 


T'o rendu. 


I ren. 


Etc. 


Dzé rendon. 
Vo rendi. 


Futur simple 


I rendon. 


Dzé rendri. 


Imparfait 


Té rendre. 
I rendra. 


Dzé rendjain. 


Dzé rendrain. 


Té rendjo. 


Vos rendra 


I rendjé. 


I rendran. 


Dzé rendjan. 
Vo rendjo. 


Conditionnel présent 


I rendjan. 


Dzé rendrain. 


Passé défini 


Té rendrio. 
I rendre. 


Dzé rendi. 


Dzé rendrain. 


Té rendi. 


Vo rendrio. 


I rendi. 


I rendrain. 


Dzé renderon. 
Vo rendeté. 


Subjonctif présent 


I renderon. 


Que dzé rendeu. 



DU PATOIS LYONNAIS 47 

Que té rende. Infinitif 

^*^- Rendre, avâ rendu. 

Subjonctif imparfait Participe 

Que dzé rendesseu. Rendjan, rendu. 

Ainsi se conjuguentchorii (sortir), indicatif présent 
dzé chorteu, té chor, i chor, dzé chorton, p. p. chorti ; 
entendre, prononcez intindré (entendre), p. p. en- 
tendu; dz'entendeu,Venten, il enten ; fouire (courir), 
dzé fouieu, té foui, i foui, p. p. foui ; couâré (cuire), 
dzé couaïeu, té couâ, p. p. couâ ; derrontré (défricher), 
p. p. dérontu : dzé derronteu, té dérron, i dérron. 



CINQUIEME CONJUGAISON 

Elle comprend les verbes dont Tinfinitif est en a. 
Tous sont plus ou moins irréguliers. Nous avons 
déjà conjugué auà (avoir). Esquissons rapidement : 

SA VA (savoir, presque semblable à avâ) . 
Indicatif présent -p^i gj^jQ 

Dzé sa. I saïé. 

Té sô. Dzé saïan. 

I sa. Vo saïo. 

Dzé san. I saïan. 
Vo savi. p^gg^i indéfini 

^ ^^^- Dzâ su (ou saviu). 

Imparfait T o su. 

Dzé saïain. Etc. 

5 



Dzé sari. 
Té saré. 
I sarà. 
Dzé saran 
Vo sat-o. 
I saran. 



ESSAI DE GRAMMAIRE 

l'uiuv Aim])lo Subjonctif présent 

Que dzé satseu. 



Que le satsé. 

Qu'i satsé. 

Que dzé satsan (ou sachanl 

Que vo saisi. 

Qu'i satsan (ou sachan). 



Conditionnel prr.-ient Que dz'aïeu su. 



Dzc saraiu. 
Te sariû. 
I sare. 
Dzé sarain. 
Vo sario. 
I sarain. 

Impératif 
Satse. 
Qu'i satsé. 
Satsi. 
Qui satchan. 



Que dz'eusseu su. 

Infinitif 
Savâ, a va su. 

Participe présent 
Salchan. 

Participe passé 
Su ou saviu. 



VA (voir) 



Indicatif présent 

Dzé vaïeu. 

Té va. 

I va. 

Dzé vaïon. 

Vo vaï (bressan, vou vate). Vo véjo 

I vaion. I véjan 



Imparfait 

Dzévéjain (bress., nou vezin) 
Té véjo. 
I véjé. 
Dzé véjain. 



DU PATOIS LYONNAIS 

Passé défini I varre. 

Dzé vi (l)ressan, dzé véji). 



49 



Tô vi. 
I vi. 

DzL' veron. 
Vo veté. 
I veron. 



Passé indéfini 
Dzâ viu. 
Tu viu. 

Futur simple 

Dzc varri ' (bress.,dzé vere) 

Té varré. 

I varrà. 

No varran. 

Vo varro. 

I varran. 

Conditionnel présent 

Dzé varrain *. Vaïan. 

Té varrio. Viu. 



Etc. 

Plus que par l'ait 
Dz'arain viu. 
Elc. 

Impératif 
Va. 

Qu'i vaié. 
Vayen. 
Vai 
Qu'i vaïan. 

Subjonct if présent 
Que dzé vaïeu. 
Que té vaié. 
Etc. 

Infinitif 
Va, avâ viu. 



Participe 



PEVA (pouvoir) 

Indicatif présent Vo poi (ou povii. 

Dzé poïeu (bres.,dzépouvou|.^ poïon. 
Té pu. 
I pu. 
Dzé poïon. Dzé poiain (bres., dzé pouvin) 



Imparfait 



' Deux rr, pour exprimer un son dur, et non le th anglais. 



50 

Té poïù. 
I poïé. 
Dzé poïan. 
Vo poïo. 
I poïan. 

Passé indéfini 

Dzâ pu (ou povu) 

T'o pu. 

Etc. 

Futur simple 
Dzé porri. 
Té poiré. 
I porra. 
Etc. 



ESSAI DE GRAMMAIRE 

Conditionnel 



Dzé porrain. 
Té porrô. 
Etc. 

(Pas d'impératif) 

Subjonctif présent 

Que dzé poïeu. 
Que té poïé. 
Etc. 

Infinitif 
Pevâ, avâ pu. 

Participe 
Poïan, pu (ou povu). 



VOLA (vouloir) 

Indicatif présent I voïé '. 

Dzé vôleu (bressan, dzé vu). E^^- 

Té vu. 

I vu. 

Dzé vôlon. 

Vo voli. 

I vôlon. 



Imparfait 
Dzé voïain. 
Té voïo. 



Futur 



Dzé vodri (ou vedri) 

Té vodré. 

Etc. 



Conditionnel présent 
Dzé vodrain (ou vedrain). 
Té vedro. 



' En bressan, dzé veliva, té velive, etc., presque l'italien io voleva, 



etc. 



DU PATOIS LYONNAIS 



51 



I vedre. 
r-Jtc. 



Que té volé. 
Qu'i vôIé. 
Etc. 



Plus que parfait 

Dzaiain volu. Infinitif 

Etc. Vola, avâ volu. 

Subjonctif présent Participe 

Que dzé vôleu. Volan, volu. 



RECEVA (recevoir) 



Indicatif présent. 

Dzé reçaïveu. 
Té reçâ. 
I reçâ. 

Dzé reçâvon. 
Vo recévi. 
I reçâvon. 

Imparfait 
Dzé recéviain. 
Vô recévio. 
Etc. 

Futur simple 

Dzé recévri. 
Té recévré. 
I recevra. 
Etc. 



Conditionnel présent 

Dzé recévrain. 
Etc. 

Impératif 

Reça, récevi. 

Qu'i reçaivé, qu'i reçâvan. 

Subjonctif présent 
Que dzé reçâveu. 
Que té reçâvé. 
Etc. 

Infinitif 

Recevâ, avâ reçu. 

Participe 
Recevian, reçu (ou rechu). 



52 



ESSAI DE GRAMMAIRE 



FALA (falloir unipersonnel) 
Indicatif présent 



Conditionnel 
E faudre. 

Subjonctif présent 
Qu'è fayé (ou faïé). 

Participe passé 
Falu. 



Efô. 

Imparfait 
E faïé. 

Passé indéfini 
E y a falu. 

Futur simple 
E faudra. 



Je rattache encore à cette cinquième conjugaison 
l'impersonnel plèvre (pleuvoir), è plo (il pleut), è 
plovié (il pleuvait), èplorra (il pleuvra), è y a plovu 
ou ploviu (il a plu), qu'è plàvé (qu'il pleuve), qu'è 
ayë ploviu (qu'il ait plu). 

Et les très irréguliers verbes alô (aller) et féré 
(faire) . 



ALO (aller) 



Indicatif présent 

Dzé voui (bressan, dzé va). 
Té vé — té vo). 

I va — i vo). 



Imparfait 

Dz'allôveu. 

T'alôvé. 

Etc. 



Dzé van 
Vos allô. 
I van. 



nouz alain). 



Passé défini 



Dz'ali. 



DU PATOIS LYONNAIS 



53 



Tali. 


Qu'il aie. 


Etc. 


Alin (Allons). 


Passé indéfini 


Alo (Allez). 
Qu'il alan. 


Dzé si allô. 

Futur simple 
Dz'éri(bress. , dz'iré). 
Teri. 


Subjonctif 
Que dz'aleu. 
Que t'aie. 


Il érà. 


Que dz'alesseu. 


Dz'éran. 


Que t'alessé. 


Vos éro. 


Que dzé saïeu alo. 


Il éran. 


Etc. 


Conditionnel 


Que dzé fessu aio. 


Dz'érain. 


Etc. 


T'ério. 
Il ère. 


Infinitif 


Etc. 


Alo^ être alo. 


Impératif 


Participe 


Va. 


Alan, alo. 


FÉRÉ (faire^ 


Indicatif présent 


Dzé fan ^. 


Dzé foui (bressan, dzé fé). 


Vo fêté. 


Téfé. 


I fan. 


Ifa. 





1 Fan et van, fon et von sont plus naturels, selon moi, que faisons 
et allons. Ils me rappellent ce dialogue raconté, je crois, par le 
marquis de Ségur. C'était dans la campagne de Russie : « Où est- 
ce que nous von ? lui deman lait un soldat natif des bords de la 
Saône. — Je ne sais, répondit le marquis, mais je trouve que nous 
fon beaucoup de chemin ! 



54 


ESSAI DE 


GRAMMAIRE 


Imparfait 


Conditionnel 


Dzé féjain (bress , dzé fazé). 


. Dzé farain. 


Té féjo. 




Té fario. 


I féjé. 




I fare. 


Dzé féjan. 




Etc. 


Vo féjo. 
I féjan. 




Impératif 


Passé 


défini 


Fé ou fa. 
Qu'i fasse. 


Dzé fi. 
Té fi. 




Fêté. 

Qu'i fassan. 


I fe. 

Dzé feron. 
Vo fcté. 
I feron. 




Subjo7iclif 

Que dzé fasseu. 
Que té fasse. 

Que dzé fesseu. 


Passé indéfini 


Etc. 


Dzà fa (bress., 


, dza fé). 


Que dz'aïeu fa. 


T'o fa. 




Etc. 


Futur 


siiinple 


Infinitif 


Dzé fari. 




Féré, avâ fa. 


Té faré. 
I fara. 
Etc. 




Participe 
Féjan (faisant). 
Fa (fait) (bressan fé). 



OBSERVATIONS GENERALES 

SUR LES VERBES 

1° Les première et troisième personnes du pluriel 
sont les mêmes dans tous les temps. 



DU PATOIS LYONNAIS 55 

2° Dans beaucoup de villages au lieu de dzé on 
dit re ; zé si ije suis), z'omeu (j'aime), et au pluriel 
neu ou neuz : neu fan, neuz omon (nous faisons, 
nous aimons . 

3° L'accent est sur la dernière syllabe à la 2* per- 
sonne du pluriel de l'indicatif, aux deux premières 
de l'impératif, à toutes les personnes du futur et du 
conditionnel simples, à Tinfînitif et aux participes 
présent et passé. 

Partout ailleurs l'accent est sur la pénultième, ou 
avant-dernière syllabe. 

4« Ne pas oublier que les r des futur et condition- 
nel de la l'^et delà 2* conjugaison, étant entre deux 
voyelles, se prononcent comme le th doux des 
Anglais; mais ceux de la 3* et 4'' conjugaison ont 
bien le son de Vr français. 




*^^ ^*y» ^^^ -^^ »^^ '^^ »y^ -^^ *^^ ^*^ »y*^ -^^ ^9^ ^*y» «^^ '^^ ^^"v ^ft« 



CHAPITRE VII 



Participe 

LE participe présent est invariable, comme en 
français. 
Le participe passé, pour les genres et les 
nombres, suit les règles de l'adjectif, car il est un 
véritable adjectif, quoique dérivé d'un verbe. Exem- 
ple : mâr, inourta., mourté imort ou morts, morte, 
mortes'; feni, fegna, fegné (flni ou finis, finie, finies); 
chorti, chortua ou clinrta, chortué ou chôrté (sorti 
et sortis, sortie, sorties) ; venu, vénua, venue (venu 
et venus, venue, venues). Netra bia è fegna (notre 
lessive est finie) ; netron râpi è feni (notre piquette 
est finie), etc.; (en bressan ou dit netra bevanda est 
assuite). 

Exemple encore ces vers qui ont été exacts jus- 
qu'à l'établissement des chemins de fer : 

Teuta la vêla de Lyon 
E chôrta dé netré périré ; 
Leuz entreprenou dé mâson 
Arian viteu feni dé rii-e 
Son lé sapené dé Cozon. 

Mais tous les participes passés de la première 



58 ESSAI DE GRAMMAIRE 

conjugaison et beaucoup de la seconde ^ sont inva- 
riables. Exemple : Mon garçon est enromâ, ma, féna 
est enromo, mé fille son enromô, dzé son tui prâ. 
— Le femèle lé miu liahillà ne son pô toudjeur lé 
mé estemo. — Il è teit veria,, el e tenta veria (il 
est tout tourné, elle est toute tournée, ce qui veut 
(lire résolu : il ou elle est d'une seule pièce). 

' Notamment, les participes en ïa formés des verbes en ïi. 




mm^^^^^^^ 



CHAPITRE VIII 



Adverbe 

LA terminaison adverbiale ment du français est 
remplacée par men (prononcez main) ; jmssô- 
blamen, passablement ; tarreblamen, terrible- 
ment; so/ame/z, salement; c/uimen (prononcez comme 
le ch allemand dans eiche), seulement (en bressan, 
lamen); étrandzemen, rapedamen,râsenôblamen, etc. 

Prequk ou perquà, pourquoi ? Corné ? comment ? 
Corné va-t-è ? comment cela va-t-il ? 

On ? ou ? D'on ? d'où ? On allo-veu ? d'on veni-veu ? 
où allez- vous ? d'où venez- vous ? 

Prou, assez (en bressan prôj; mé, plus : N'en avï 
va prou ? n^en voli veu me ? 

Me, pour exprimer plus du tout, s'ajoute à dzin, 
aucun; ou à ren (rien, prononcez rein) : E gnen aie 
dzin mé, il n'y en avait plus du tout ; vô n'i vaï ren 
mé, vous n'y voyez plus rien *. 

* Je laisse à plus savant que moi le soin d'expliquer cet énigme : 

Comment se fait-il que mé, mai, mai, signifiant plus se trouve 

dans presque toutes les langues filles du latin, alors qu'il ne se trouve 



60 ESSAI DE GRAMMAIRE 

On ? OÙ ? (bressan uvù qui rappelle l'italien dove?) 
Vldià ibressan t;e/i.vji, voilà; ique ou itie, ici. 

Voici quelques adverbes tout à fait particuliers au 
patois : Dcrrieu, quelquefois aussi desendé, de suite : 
derrieu i se fotsé, tout du suite il se fâche. Manereu, 
coraplètement, en plein : i vo copè la pay^ola mane- 
ueu, il vous coupe net la parole; fyroit, beaucoup : il 
étché groa ennoya, il était bien ennuyé. 

Arrimé est intraduisible; il signifie tantôt par 
hasard, tantôt comme à l'ordinaire : il etché arrimé 
harfoïa, il était barbouillé au visage comme il l'est 
habituellement. En bressan, habituellement se rend 
par d'aurè. 

Oui ou udzordai, aujourd'hui (en bressan, sti oui, 
ce jour d'hui). Ui ou oui est le mot racine, en fran- 
çais comme en patois. Espagnol, lioy, ahoy. 

Voré, vorindrà,drâ uore, maintenant, juste en ce 
moment-ci. 

Là-haut, se rend par lô-mou; là-bas, par là-ver. 
Là signifie côté : dé chi là ou dé sti là, de ce côté; 
il è delà, il est là, c'est-à-dire pas ici. Mais pourquoi 
mou (mûr), pour le côté haut et ver (vert), pour le 
côté bas ? Peut-être parce qu'en haut mûrissent les 
raisins, et en bas verdoient les prés. Sômou, ici en 

pas dans la langue mère ? Exemple le proverbe des haljitants de 
Bucharest sur leur petite rivière la Dombovitza : 

Dombovista apa dulce . 

Tchi ne bea non mai se duce. 

C'est presque l'italien : 

Aqua dolce, chi ne beve non mai se duce. 

Et du latin du v siècle, mais avec plus au lieu de mai. 

Aqua dulcis, qui de ed bibit non ampUus se ducit. 

Français : Eau douce; (jui eu boit no s'en arrache plus. 



DU PATOIS LYONNAIS 61 

haut; sôver, ici en bas; pretchaver, par là-bas. En 
Bresse on dit laliovan, pour là-bas. 

Djame, jamais; miù, mieux; ïau é farmeu, haut 
et ferme ; à l'azor, au hasard ; à noviau, de nouveau. 

Bentout, peut-être, et non bientôt len bressan, 
bientôt se rend par (Vasteu). 

Dé fou, clihors, dehors. .1 l'assouta, à l'abri. 

Le patois ne redouble pas, comme le français, la 
négation et je l'en félicite. Le français dit ne pas ; le 
patois se contente de pa, comme le latin de non, 
l'allemand de nicht, etc. C'est plus bref, plus vif et 
aussi clair ; par conséquent c'est plus logique. Ainsi 
quand Racine, usant d'une licence poétique, dit 
dans Estlier : « Suis-je pas votre frère ? » Ou Lafon- 
taine dans la fable du Lièvre et de la Tortue : 
« Avais-je pas raison? » Cela ne vaut-il pas mieux 
que « Ne suis-je pas votre frère? » et « N'avais-je 
pas raison ? » 

Patois : Va clérinclzi pô, ne vous dérangez pas. 
Dzé vôleu pô, je ne veux pas. 




CHAPITRE IX 



Préposition, Conjonction, Interjection 

PRÉPOSITIONS 

CELLES qui diffèrent du français sont : pê on 
]}?'é, pour; avoua, avec; entré ou entremi, 
entre; sa, chsso, sous, dessous; su, dessu, 
sur, dessus; contra, contre; r.>, chez (en bressan, 
vé) ; 7nontéré-te va ma? monteras-tu chez moi? 
vingrô, malgré ; sen, sans (prononcez sein) ; sen dota, 
sans doute. 

Tan que, jusques : Nos éran tant qu'à Lyon. 



CONJONCTIONS 

Celles qui diffèrent du français sont se : 8ë va 
voli, vo pool, si vous voulez, vous pouvez ; qup, que : 
VoU-vô que dzé vo dieu ina mensondze ? voulez- 
vous que je vous dise un mensonge ? 

6 



64 ESSAI DE GRAMMAIRE 

l'an ^^u'à, quant à : Tan qu'à avâ pou de lui..., 
dze l'attendeu , quant à avoir peur de lui... , je 
l'attends. 

Pi (en bressan, pite), ^luis, et. La L'iauda pi se 
valse, Claudine et ses vaches. 

Pér ainsi (bressan, dinse), ainsi donc. 



INTERJECTIONS 

Les interjections particulières au patois sont : 
Poura lassa ! pauvre diable, pauvre malheureu.x ! 
(en bressan, on dit simplement lôssalj 

Mano ! je te plains, ou je le, les, vous plains. 

Malapesta! Malacardil Borreu! Malpeste! en 
vérité ? Borreu, i se son po fota dé là, certes, ils ne 
se sont pas moqué de toi ' ! 

Ma fon neu, m'narga voua ! ma foijnon! sur mon 
âme, oui. 

Dju marci, grâce à Dieu. 

Quand on parle d'un défunt, on ajoute, comme 
une parenthèse, après son nom : l)}u loa repousé! 
Dju aie sen orna, Dieu le repose! Dieu ait son âme! 
Mon pour omeu (leu bon Dju leu repousé), mé re- 
conimandové loudzeur, quant i vivié... Mais ce 
pieux usage de nos aïeux commence à se perdre. 
Nous avons découvert, parait-il, que nous n'avons 

1 Borreu et folu sont des mots; proscrits en français par quiconque 
se respecte ; en patois, ils ciioquenl moins ; on peut dire qu'ils n'ont 
pas droit de cité, mais simplement droit de village. 



DU PATOIS LYONNAIS 65 

pas d'âme et qu'il n'est pas certain qu'il existe un 
Dieu... 

Pour finir, je rangerai parmi les interjections des 
mots dans lesquels se condense une phrase entière : 
Méci, grammaci, merci, grand merci; hondzeur, 
honsd, bonjour, bonsoir; adja, adjo, adjadjô, adieu ; 
à ta revn)jance ou n revâ, au revoir. 



imm 



'^'t^liHH^^I^I''f^l^'f'f^i^^^ 



CHAPITRE X 



Syntaxe 

J'ai ^léjà noté, à propos des pronoms, des adjec- 
tifs, etc., les règles qui s'écartent du français 
et qui nous valaient, à l'école, tant de mau- 
vaises notes. Exemples : 

Dz'i saïeu (j'y sais, pour je le sais). 

Dze ni â po viu Qg n'y ai pas vu, pour je ne l'ai 
pas vuK 

Dze n'en vâleu (je n'en veux, pour j'en veux). 

Baï me zen (donne moi-z-en, pour donne m'en). 

E y aïe clé quâ n'en rire (il y avait de quoi n'en 
rire, pour en rire). 

E gnen a dzein mé (il ny en a plus mais, pour 
il n'y en a plus). 

Dzé si grou fôtcha (je suis gros fâché, pour bien 
fâché). 

Dzéri tan qu'à Môcon (j'irai tant qu'à Mâcon, 
pour jusqu'à Mâcon. 

Exception à la règle d'accord du verbe avec son 
sujet : Ei yé iou E yé) signifiant c'est, reste tou- 



68 ESSAI DE GRAMMAIRE 

jours au singulier quand môme le sujet est au plu- 
riel. E II 6 lé: algiié qiCon enirainno chi saazea. Ce 
sont les eaux qui ont entraîné ce saule. Je citerai 
encore ce proverbe ancien : 

Ah! que t'é bien gauno, que t'é drùla, Sezon ! 
Avoua lé Sarmngnôlé é lé Chirudé môda 

Sén craindre la comparason ; 

Ey é lé bôïé de Cozon. 

Que su la Sôna fan la niôda. 

Ah ! que tu es bien nippée, que tu es jolie, Suzon ! 
Avec colles de Saint-Romain et de Fleurieu pars 

Sans craindre la comparaison : 

Ce sont les filles de Couzon 

Qui font la mode sur la Saône 

Ce qui aurait pu être vrai si la Saône n'eût pas 
dépassé CoUonges d'un côté et Curis de l'autre. 

Mais que sont devenues les modes villageoises ? 
Les fameuses coiffes montées de Couzon et le clia- 
peau à clLetninée des Bressanes et des Mâconnaises 
ont disparu avec le patois, même un peu avant lui. 
On que lé son, lé nédzé de Van passa? Où sont les 
neiges d"antan ? 

Encore une différence qui me parait en faveur du 
patois : la règle des participes passés. 

Le participe passé s'accorde avec son sujet toutes 
les fois qu'il est joint à l'auxiliaire être; quand il 
est joint à l'auxiliaire avoir, il reste invariable, 
comme le participe présent. 

Dïà feni m'n ouvra*; Vouvra r/ue dz'â fen'i; men 

' Ouvra, ouvrage est féminin. 



DU PATOIS LYONNAIS 69 

ouura è fegna; n'tréz ouvré son fegné; ten ouvra dzé 
l'a feni. 

Qui nous délivrera, en français, des exceptions et 
des sous-exceptions dans lesquelles les grammai- 
riens eux-mêmes finissent par se perdre ? 






r^r^r^r^^r^^r^r^^r^^r^^t^ ^ ^ 



CHAPITRE XI 



M 



Origines du Patois Lyonnais 

ES quatre lecteurs, quatre, n'est-ce pas 
trop dire ? les trois quarts de mon effectif 
de départ doivent m'avoir faussé compa- 
gnie depuis longtemps déjà, sur cette aride route, 
et qui sait si j e ne reste pas seul avec mon jargon ?. . . 
Mon dernier lecteur, dis-je, car je dois m'en sup- 
poser au moins un pour que le dialogue soit possi- 
ble, mon dernier, unique et très patient lecteur 
va être récompensé de sa persévérance. 

J'arrive au chapitre le plus intéressant — ou le 
moins dénué d'intérêt, de tout cet ouvrage. 

D'où vient notre patois, et comment s'est-il 
formé ? 

Il vient surtout du latin ; c'est évident pour qui 
compare le nombre immense de mots latins qui lui 
sont communs avec le français, et il ressemble beau- 
coup à l'italien et au provençal, ses compagnons 
d'origine ; exemple, les conjugaisons, particulière- 
ment les imparfaits de la première. 

Exemple encore les féminins pluriels. Je crois 



72 ESSAI DE GRAMMAIRE 

avoir déjà fait les rapprochements suivants: patois, 
pnJa rosa, et au pluriel pôle rosé; latin, italien et 
roumain palllda rosa au singulier, pallidé rosé au 
pluriel, dans les trois langues; les latins écrivaient 
pallicLv rosœ, mais la prononciation est identique. 

Toutefois, plus que l'italien et le provençal, et au 
moins autant que l'espagnol, le portugais et le rou- 
main, le patois me parait avoir mêlé à son latin 
beaucoup d'éléments étrangers, très probablement 
celtiques. 

Par malheur je ne connais pas le celtique et n'en 
ai aucune idée. 

Je laisserai donc à plus savant que moi le soin 
d'approfondir la question et, modestement, je me 
bornerai à relever ici les mots purement patois, et 
non français, en les distribuant en trois catégories : 
1" ceux qui viennent du latin; -l" ceux qui se rappro- 
chent davantage de l'italien; 3° ceux dont j'ignore 
l'étymologie. 



MOTS PATOIS D'ORIGINE LATINE 

Il s'agit. Je le répète, de mots qui n'existent pas 
en français ou qui n'y pi'ésentent pas une marque 
d'origine aussi frappante; j'aurais trop à faire si je 
m'occupais des autres. 

Les pronoms démonstratifs diique, chaque et sti 
vienniMit évidemment des pronoms démonstratifs 
latin hic, hœc ' et Iste; et radvei'be que, ici de hic. 
Ique è vetra corena, hic est vestra corona. 

' Oljservez raspiration maniuée par Vh initale de hic, asjiiration 
<jue reproduit le ch de chique si on le prononce bien. 



DU PATOIS LYONNAIS 73 

De même il, èla. viennent de ille, illa. 

De même encore, en bressan, l'imparfait du verbe 
être dzeri, fera, Irtin, eram, eras. 

Aiguë ou egue, pluriel ôonc, eau, vient do a^/iia, 
a^ lia? (italien aryua, espagnol aryua, roumain apa.etc.) 

^i^yitecZi, conduit pourl'eau. évier, de aqueeductus. 

Aranda ou eranda, hirondelle; de hirundo : Léz 
arandé son arrevo, les hirondelles sont arrivées. 

Avia, pluriel avié; abeille, de apis '. 

Bénô, substantif masculin, béna, substantif fémi- 
nin, me paraissent avoir une origine identique à 
celle de fena : On bénô est inapeteta béna. un beneau 
est une petite benne. Lamartine dit bairjyioire en 
décrivant les vendanges du Maçonnais; c'est en 
efïet dans les vendanges que ces récipients portatifs 
sont le plus usités. En I.'evermont on dit bannoire. 

Cabra, cliôvre, de capra; on dit aussi on cabri, 
nn chevreau : Vtcha due cabré, tsoquena avoua son 
cabri, voilà deux chèvres, chacune avec son che- 
vreau . 

Cadetta ou cadéta, dalle. Ce substantif qu'il ne 
faut pas confondre avec l'adjectif français cadet, 
cadette , vient-il de cadere ? C'est probable : les 
chutes des enfants les plus remarquées des mères, 



' Le h, le v el même le p se cimfon'lent souvent ; ainsi caballo, cabal- 
lero (espagnol), cheval, chevalier; saper (latin), saveur, etc., etc. 

Les Gascons el les Basques font sans cesse cette confusion. De 
là le proverbe épi.^ramniatique : « Le Basque boit tout ce qu'il voit. » 
De là aussi une autre locution populaire absurde : « Parler français 
comme une vache espagnole », locution, qui, à l'origine, avait 
un sens des plus raisonnables : « Parler français comme un Basque 
espagnol », 



7i ESSAI DE GUAMMAIHE 

sont celles qu'ils font sur les dalles, parce que ce 
sont celles qui font le plus mal. 

Carne, chair, viande, de caro, carnis. 

Défou, dehors, en bressan défeur, foris en latin, 
fuori en italien : Dzé oui vo betô défou, je vais vous 
mettre dehors. 

Là, singulier masculin, coté, de lalus \ 

Merainna, l'après-dînée, de meridiana. 

Monda et remondô, nettoyer ; se disent, le pre- 
mier en parlant dos noix, du blé ; le second en par- 
lant du velours que le canut ébarbe en le fabriquant ; 
de mundns, mundare. 

Onché, oncle, de la hnale d'avunculas petit grand- 
père. 

Pare, singulier féminin, en bressan la para, en 
espagnol la pared, en roumain pérel, etc.; de paries, 
mur. 

Pédze, singulier féminin, poix, de pix. 

On peroii, singulier masculin, une branche à fruit, 
de parère. 

Pertse, pêche, substantif féminin ; persaï, pêcher ; 
masculin, de persica. 

Onpôt, inapoto, ina pochon, pot, potée, potion, 
de potus, boisson. 

Queri, chercher, de quœrere. 

Radze, pluriel radzé; racine, racines, de radix, 
radich. 

Rcmuna, aumône, peut-être do reraunerare, ré- 
compenser; plus probablement munus, don. 



' Chlian i|ui a le même sen.s, doit venir de flanc : Cheto-veu à clilian 
de mA ou a couto de mi. Ne pas perdre de vue la prononciation de 
c/i comme dans l'allemand Maidchen, Grelchen. 



DU PATOIS LYONNAIS 75 

Riu, ruisseau ; espagnol, rio, de rivus. Su la barma 
du riu, sur la berge du ruisseau. 

Sarraï, serrurier, singulier masculin; saraï, ser- 
rure. 

Sèla, chaise ; de sella, abréviation de scabellum, 
escabeau, en bressan, clialla : N'an dzein de selé, b 
fôdra neu chéto à 5d,nous n'avons point de chaises, 
il faudra nous asseoir à bas (par terre) '. 

Serra, scie, exactement le mot latin; aciitse lamina 
serrse, dit Virgile ; ^a lama de la serra égueja, la 
lame — ou tranchant — de la scie aiguisée, aiguë. 

Serva ou sarua, substantif féminin, réservoir où 
Teau se conserve, de servare. 

Sa, loge à porcs ; de sus, porc. 

Tena, cuve, pluriel tené, cuves, doit venir d'un 
mot de la basse latinité (Je n'ai malheureusement 
pas le Glossaire de Ducaiige, ni aucun autre sous la 
main). Italien, tiiia. Delà ténaï, cellier, appartement 
où l'on tient les cuves ; Combén de tené dé chi 
ténaï ? combien de cuves dans ce caveau ? 

Traïvea ou trdveu, substantif masculin, rencontre 
de trois chemins, en latin trivium, de très vise. I 

danson su leu travea, on danse sur le , le mot 

n'existe pas en français, car son analogue carrefour 
signifie la croisée de quatre chemins ^. 

Trambutsi, tomber au loin en faisant la culbute ; 

* Locution plus explicable que celle des Anglais qui, même quand 
on a une chaise, disent sit do\<-n, asseyez-vous en bas ; comme si 
on pouvait s'asseoir en haut ! 

• A propos de très et d'étymologie, Trévoux doit venir de très 
vMse, à cause des trois contours de la Saône sous cette ville. 



76 ESSAI DE GRAMMAIRE 

bressan, IranihccJie : du latin /ra/i.s et d'un autre mot 
dont loT-igine m'est inconnue. 

Tronscnà, retentir au loin, du latin ultra sonare 
ou trans sonare. 

Tsampaï, paître, do campus. 

Tsâré, tomber, de cadcro '. 

Ula, marmite, en patois bressan nia, vient ilu 
latin olla, qui a le même sens. 

On varcll, un verger, de viridis. 

Vendaïmi ou vendâmi, vendanger ; la vendâme, 
lé venddmé, la vendange, les vendanges; leu vendâ- 
mou, le ou les vendangeurs ; toat cela vient de vin- 
demiare, vendanger; d'où la première République 
française avait tiré vendémiaire '-. 

Veri, tourner, quelquefois en bas français virer, 
de vertere : 0-te assé veria? as-tu assez tourné ? 



' J'ai souvent enteû^lu reprocher à notre patois la dureté du par- 
ticipe passé de ce verbe : Ichou, tchouU, ta suer è tchouta su la 
cacléta, ta sœur est tombée sur la dalle. Comparez-le, je vous prie, à 
cet extrait de patois bas-normand : Qu'ai' a qu'a crie? — Al' a qu'ai 
a tchu ! (Qu'a-t-cUe, qu'elle crie ? — Elle a qu'elle est tombée.) En 
patois lyonnais : Qu'a V ie qu'elé crié ? — El a qu'él é tchouta. 

- L'avouerai-je ? malgré son origine, je regrette ce mot et ses con- 
génères brumaire, frimaire; thermidor, messidor, fructidor; germi- 
nal, floréal, prairiaF; nivôse, ventôse, pluviôse. C'était exact, mélo- 
dieux et c'assé par saisons, dont chacune avait sa rime; c'était donc 
préférable à janvier (mois de Janus), février (mois des fièvres), mars 
(mois de Mar-s), souvenirs païens qui ne nous disent plus rien; pré- 
férable surtout à septembre, octobre, novembre, décembre, mots qui 
signifient 1", 8% 9° et 10" mois de l'année et qui marquent en réalité 
les 9°, 10", W et 12" mois. Puis, quelle idée .saugrenue de placer un 
mois de vingt-huit jours (lévrier) entre deux de trente et un ! — La 
première République avait corrigé ces erreurs; ce qui ne veut pas 
dire que je regrette le reste de son calendrier, la décade par exemple, 
ni tant d'autres folies souvent criminelles. 



DU PATOIS LYONNAIS 77 

Ina L-ou/'/a, une vrille ? corne de la vigne, de vol- 
vere. 

En patois lyonnais les noms de la semaine, éga- 
lement latins d'origine , sont tournés comme en 
provençal, au rebours du français ; di ou de, latin 
dies commence le mot au lieu de le terminer. 

Delon, lundi ; lunœ dies, jour de la Lune. 

Demor, mardi ; Martis dies, jour de Mars. 

Demacreu, mercredi ; Mercurii dies, jour de Mer- 
cure. 

Dedju, jeudi ; Jovis dies, jour de Jupiter. 

Devendreu, vendredi ; Veneris dies, jour de Vé- 
nus. 

Desandea, samedi; Saturni dies, jour de Saturne. 

Djomainne, dimanche ; prononcez main comme 
en français main, ("e mot conserve mieux que le 
français dimanche la trace de son origine latine : 
dies dominica, jour du Seigneur. 

Faut-il terminer par un verbe de mauvaise odeur y 
Cacô; cherchez dans le latin cacare, je n'écrirai pas 
ici Téquivalent français. 



MOTS SE RAPPROCHANT DE L'ITALIEN 

J'ai donné déjcà, au chapitre premier accentua- 
tion) un échantillon des similitudes du patois lyon- 
nais et de l'italien : 

Tsapèla, chapelle, pluriel en e, comme en italien. 

Spala ou espala, épaule — — 

Barca, barque — — 



78 ESSAI DE GRAMMAIRE 

\'oici queKjLics autres rapprochements : 

Bequd (prononcez b'kdj; bocquo, baiser ; imboqun, 
nourrir un oiseau ou un enfant en lui mettant la 
nourriture dans la bouche, de bocca, bouche. 

Borlà^ moquer, italien, burlare : I se borlâve de 
nui; italien, si burlava d'i me. 

Borron, âne; à rapprocher d'Aliboron et de l'es- 
pagnol burro. 

Campan-na , cloche, italien campana. (Saint 
Paulin, qui passe pour avoir inventé les cloches, 
était évoque de Noie en Campanie.) 

Corti, substantif masculin, de Titalien cortile, 
signifie cour : Le jjo^aïe son dén leu corti, las poules 
sont dans la cour. Origine : Corte '. 

Ciitron, substantif masculin; outre, substantif 
féminin; coussin, oreiller, de l'italien coltro. 

Echappeu, échappa, adjectif qualificatif, sauvé; 
de escapare, échapper : I va niiu, mé i n'ë po oncoré 
écliappeu, il va mieux, mais il n'est pas encore hors 
d'affaire. 

Forma, Fromadze, fromage, de forniaggio. 

Gôla, substantif féminin, une gueule, un trou ; de 
l'italien gnla, qui lui-môme vient du latin r/u/a. On 
emploie aussi en patois le diminutif golet ou golè, 
masculin, accent sur la dernière syllabe. En vieux 
français, un goulet, d'où la Goulette, devant Tunis, 



' Je ne serais point étcjmié cjue l'origino première eût été corte, 
cour, dans le sens d'entourage des rois, et que l'on ait appelé ainsi 
d'abord la réunion de serviteurs et de flatteurs, d'exploiteurs atten- 
dant le maître {jour le saluer, ensuite le lieu de cette réun on, c'est- 
à-dire les abords de l'entrée du palais. 



DU PATOIS LYONNAIS 79 

le Goulet devant le port de Brest.) Il a pardu sa 
piretta dén chi golè, il a perdu sa bille dans ce trou. 

Graffeno, égratigner, de sgrafflare. 

Grollô, secouer; italien, crollare : grollo on porni 
pé féré tsaré les porné ; secouer un prunier pour 
faire tomber les prunes. 

L'utclia, r/uds, la porte; d'ascire, sortir. 

Mariadzeu, mariage, de maritaggio. 

Mensondze, substantif féminin, mensonge ; ina 
mensondze^dé groiissé mensondze; italien, u?7a men- 
zogna, etc. 

Môla, meule ; italien, nv)la. 

Moula, verbe actif ou neutre, lâcher, mollir; ita- 
lien, mollire, du latin mollis. 

Pindzon, pigeon, de piccione. 

Secoï, secouer, de scuutere; d'où encore secolou, 
panier à salade et scossa^ secousse, mot absolument 
identique en italien et en patois. 

Travaï, travailler, de travagliare (espagnol, tra- 
bagar; portugais, travaUiar ; provençal, trehaillaj. 

Tsa ou ça, chat; italien, gatto. 

Tsemin, chemin, de camino. 

Tsémenô, cheminée. 

Tsevau, cheval, de cavallo. De ce mot on a fait 
encore se cavale, se mettre à cheval : / sétché 
cavalô su ina meraille. 

Tsusa, chose ; bressan, tseuza, fsouza; italien, cosa. 

Tsortsi, chercher, de cercare. 



80 ESSAI DE GRAMMAIRE 

MOTS ÉTIÎANGERS AU LATIN ET A LTTALIEN 

C'est ici que l'auteur s'embarrasse. 

Nombreux sont les mots patois qui ne viennent 
(lu latin ni dirertemcnt, ni par l'intermédiaire de 
litalien. 

D'où viennent-ils donc ? 

Un certain nond)re du français, directement, 
('omment les déterminer y Les deux idiomes étant 
d"une égale antiquité, comment démêler ce qui est 
entré dans le français par la porte du patois, et ce 
qui est entré dans le patois par la porte du français? 

Ma prédilection pour le pauvre déshérité dont je 
suis l'insuffisant avocat ne m'aveugle pas au point 
de me faire croire que la quantité des mots intro- 
duits dans le français par le patois puisse égaler 
celle des mots introduits par le patois dans le fran- 
çais. Le vieux français possédait un domaine terri- 
torial intérieur beaucoup plus vaste; il avait des 
relations extérieures beaucoup plus étendues; enfin, 
il a été cultivé beaucoup plus tôt, ou pour mieux 
dire il a été seul cultivé, son humble concurrent 
restant à l'état de lande inculte et sauvage. 

La réponse à faire se perd donc dans la nuit des 
temps. Ne nous attardons pas à la chercher. 

Bornons-nous à noter que plusieurs mots patois 
nous arrivent de l'allemand: 

Brandevin, eau-de-vie. de brandwein (vin brûlé). 

Bretsa, broche, de \>rechen, briser. 

Caffor, hanneton, cafard ; de kœffer. 



DU PATOIS LYONNAIS 81 

Dzdrdin, jardin, garten; anglais, f^arden ; italien, 
giardino ; roumain, gredina : les autres langues con- 
servent la racine latine que nous gardons nous- 
mêmes dans horticulture; piémontais, Vort, hortus. 

Grefa, griffe, de greifen, saisir; d'où en français 
griffon, griffer. 

Rôtreu, reitre, soldat mal équipé, de reiter, cava- 
lier, qui lui-même vient de reiten, monter à cheval; 
anglais, rider, to ride. 

Rossa, rosse, vieille bourrique, de ros.s, en alle- 
mand cheval de bataille; d'où Rossinante. — On 
voit que nos aïeux avaient en piètre estime la cava- 
lerie allemande, et Timmortel Cervantes parait 
avoir pensé comme eux sur ce point. 

Trinqua, trinquer, de trinkea, boire; l'usage de 
trinquer en buvant serait donc d'origine tudesque. 

Parmi les mots patois, plus rares encore, qui 
viennent de l'anglais je ne noterai que : 

Kani, canif, de knife, petit couteau. 

Et peut-être gamin, de gaming, jouant, participe 
présent de to game. 

Parmi ceux qui viennent de l'espagnol : 
Matafan, galette, matefaim, de matar, tuer, et de 
fan, faim (ce verbe matar se retrouve dans beau- 
coup de mots très connus : Matamore ou matamo- 
ros, tueur de Maures ; matador, et aux échecs, échec 
au roi et mat^\ 

Patroïe, boue, eipatroï, être boueux, de patrulla, 
patrouille ou garde ambulante qui piétinait dans la 
boue. 



82 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Et sara/a, savate, ce qui rappelle le mauvais état 
fréquent des zapatos, souliers des anciens soldats 
espagnols (prononcez savatosj. 

Parmi les mois originaires iprobabienient) du 
provençal, je citerai : 

Pata, chiffon, de j^ata, lambeau. 

Patoi, patois, de pati, pays natal. 

Tsassi, chasser, de cassa?-. 

Tsanie, chenille, de canilla. 

(Voir au chapitre suivant l'observation sur le C 
initial des mots racines.) 

Enfin parmi ceux venus du grec : 
Tsénêieu, chanvre, de Kawaffs (prononcez kanna- 
vis); provençal caneve. 
Tsaretô, charité, de Xxfn^ Xa^frov. 
Othé, athée, a — (Jsor, sans Dieu, etc. 

Je m'arrête et pour cause. Là où il n'est ni latin, 
ni français, ni italien, ni allemand, ni anglais, ni 
espagnol, notre idiome doit être antérieur à toutes 
ces langues; il doit être celtique. 

Mais le celtique m'échappe complètement. 

Que dire de nos origines indiennes ? Rien non 
plus. 

Le sanscrit, cet immense et antique réservoir, 
est la source première et commune de toutes nos 
langues gréco-latines; il est donc aussi, par suite, 
une des grandes sources du patois ; mais cette 



DU PATOIS LYONNAIS 83 

source lointaine n'a coulé jusqu'à nous que par le 
canal du latin et du français. 

Rien non plus, et pour le môme motif, de nos 
mots d'origine hébraïque (par exemple alpliahet). 
Ces mots-là, c'est évidemment par le 1 itin ou par 
le franr-ais qu'ils sont arrivés jusqu'au patois. 

Abrégeons : pour la catégorie beaucoup trop lon- 
gue des mots dont j'ignore l'origine, je me bornerai 
à renvoyer mon lecteur au petit vocabulaire final 
qui sera le couronnement de sa patience. 



'^^' 
,^^, 



M 



CHAPITRE XII 



Formation du patois lyonnais 

ES observations , si incomplètes qu'elles 
soient, permettent de formuler quelques 
règles assez générales. 

1" ^1 initial ou dans le corps des mots, en passant 
du latin dans le patois, se change ordinairement en 
au, eu, d (avec un son très ouvert). Exemple : Anima, 
âme est devenu ôma; asinus, âne, ôneu; lardus, lard, 
lard; malum, ma!, mr); sal, sel, so; nasus, nez, nô ; 
pars, part, loôrt; pallidus, pâle, p/ileu ; masculus, 
mâle, môleu; grassus, gras, grâ: Mafisco, Mâcon, 
Môcon, etc., etc. 

Exceptions : brachium, bras, a fait J)rè ; lac, lait, 
lé; cardans, chardon, tsardon, etc. 

Alt, alb, ald, aln, ah, se sont transformés de 
même en ô, ou au, aussi bien dans le français que 
dans le patois. Exemple : aller, autre, ôtreu; saltare, 
sauter, sauta (ou sr3td); alnus, aulne, auneu ' ; sal- 
vare,SRUver, sauva; calvus, chauve, ^saitreu ; malva, 

' En patois, pour aulne on emploie généralement verne ou varneu. 



80 ESSAI DE GRAMMAIRE 

mcauvc, mouci; altus, haut, Jiiaut; alla spina, aubé- 
pine, cpcna blantse; calidas, chaud, tsâ^, etc. — 
Exceptions : Alpes, alvonbis, conservent al en fran- 
çais, et altnre, autel, se dit en patois outù. 

Are finale de verbe latin ou italien à l'infinitif est 
devenu en français er et en patois o (toujours avec 
l'accent très prononcé et un son très ouvert). Exem- 
ple : amare, aimer, ômô ; separare, séparer, séparé >* 
lavare, laver, lavô; gridare (ital.), crier, crio; fabri- 
care, fabriquer, fabreco; illuminare, allumer, aliéna; 
seminare, semer, séno'^, etc., etc. 

Il y a pourtant de ces verbes en are qui font l'in- 
finitif patois en i : travarjUare (ital.l, travailler, ira- 
rai'; balneare 'ital., bagnare], baigner, bagni ; spo- 
liare, dépouiller, dépoï; signare, marquer, segni ^: 
conciliare, concilier, concelii, etc., etc. 

A, désinence latine des substantifs ou adjectifs 
féminins, a été rejeté partout par le français qui a 
changé cet a en e muet. 

Le patois tantôt a imité le français : ina fille, filia, 
d'égue, aqua; ina lordze forise, une large fourche ; 
tantôt a imité l'italien et conservé l'a : ina bona 
féna, bona femina; inascossa tarrebla, une secousse 

* On est étonné que calidus en latin (caldo en italien, cald en rou- 
main) signifiant chaud, hait en allemand et cold en italien signifient 
l'roid. La racine de ces derniers mots est évidemment tudesque. 

* De se7ninare et d' illuminare comme de femina, femme, féna, le 
français a rejeté Vn et gardé Vm; le patois a fait l'inverse : il a rejeté 
Vm et gardé Vn. 

Voilà au moins des mots dont on ne dira pas qu'ils ont passé par 
le français pour arriver du latin au patois. 
' Ser/ni signifie exactement épier; siuner se rend par sitio. 



DU PATOIS LYONNAIS 87 

terrible; la terra è préchusa u palsan, terra pretiosa 
est paganis * ; groussa fota, grosse faute, etc., etc. 

Mais au pluriel patois ces mots originairement en 
a ont conservé, comme en italien, la terminaison 
latine en é, lors même que leur singulier est en e 
muet : groussé fêté, grosses fautes; lordzéspallé, lar- 
ges épaules ; scossé effraïanté, secousses effrayantes. 

2" B, jj, V et quelquefois g se confondent à tel 
point que, dans les diverses langues issues du latin, 
on voit ces lettres prises indifféremment l'une pour 
l'autre. 

C'est ainsi que, dans notre patois, l'imparfait 
amabam, amabas, amabat est devenu dz'omôveu, 
t'omâvé, il omôvé, etc. (italien, amava; espagnol, 
amaba, etc.). Autres exemples : habere, avoir, avâ 
(esp., ^a6er: italien, avère); sapere, savoir, savâ (esp,, 
saber ; ital., saperej ; sapiens sage, sadzeu (ital., 
savio) ; vasco, gascon (esp., vasco) ; piauper, pauvre, 
pouvreu (ital., povero ; esp., pohrej: sapo, savon 
(ital., sapone ; roumain, sapoun): apis, abeille, avia; 
crepare, crever, creva: râpa, rave, roua; gubernare, 
gouverner, govamd, etc.. etc. 

Le grec, frère du vieux latin puisque l'un et l'autre 
sont nés du sanscrit, n'a même pas la lettre 1' et la 
remplace par T ou par B. Il écrit A^e?.^ Dabid); et 
prononce David : BxpCxpos (Barbaros) et prononce 
Varvai'os; trxvpo? et prononce Stavros. 

(Voir aussi la note au bas la page 73.) 

' Ce mot jiaganus signifie païen aussi bien que paysan; il rappelle 
que le village fut le dernier refuge de l'idolâtrie romaine. Rome et les 
villes de quelque importance étaient chrétiennes depuis longtemps 
quand saint Benoît renversa, dans les Apennins, les dernières idoles, 



88 ESSAI DE GRAMMAIRE 

3" C initial des mots latins ou autres est devenu 
ts en patois et ch en français. Exemples : de canis, 
le premier a fait on tsin, le second un chien ; de 
carilas, tsurotô, charité; do capillus, on tséveu, un 
cheveu; de caballus (caballo en esp.), on isevau, un 
cheval ; de cercare (ital. qui se prononce tchercarej; 
tsortsi, chercher; de cantare, fsantô, chanter; de 
cadere, tsare, choir; de calor, tsalu, chaleur; de 
carbo, tsarbon, charhon ; de carduus, on tsardon, 
un chardon; de camino (ital.), on tsemin^ ina tse- 
meno, un chemin, une cheminée ; de cosa (ital.) ; ina 
tsusa, une chose ; de Cay^olus, Charles, Tsôrlé ; 
de Cabillonum, Châlon, Tsôlon ; etc., etc. — Excep- 
tions : corona, corena ; cauda, queue, cona, etc. 

En Bresse, au lieu de /s, on dit ç, en avançant la 
langue entre les dents : ou eemin, na çemeno. 

4° Cl ou fl initial s'est changé dans notre patois en 
ch (prononciation du ch allemand dans ich erreiche). 
Exemple : clavis est devenu ma c/iô,une clé; clari- 
tas,ina chartô, une clarté ; c/auus, on cliu, un clou '; 
claudere (ou clavus),cJmtr(\ clouer; flos, ina cheur, 
une fleur; Fleury (nom propre]. Chéri; Fleurieu 
(nom propre), Chirii; flanc, chan, etc., etc. 

En Bresse, au lieu du ch c'est une /mouillée équi- 
valant au rjli des Italiens dans figlio, figlia, moglie, 
et à 1'/ redoublée des Espagnols dans Uano, llave, 
lleno. Exemple : on lieu, un clou, na lieida, une 
flûte -; la Liaudena, Claudine, etc., etc. 



' Ne pas confondre avec on Ichu, un chou. 

2 Nous avons déjà noté qu'en Bresse on ne dil jamais ina mais na. 



DU PATOIS LYONNAIS 89 

5° D quelquefois devient Dj : Deus, Dieu, Dju; 
Dies Dominica, dimanche, djornsànne; jam, déjà, 
dedja; mais il y a de nombreuses exceptions. — En 
Bresse et en Dombes, Dieu se rend ou se rendait 
par Di '. 

6" Er est devenu assez fréquemment a en patois : 
convertere, convertir, convarti; termmus, terme, 
tarmeu; nervosus, nerveux, narvu ; Bernardus, 
Barnovd, etc. 

Ere, finale de verbe latin de la troisième conju- 
gaison ^e bref), devient généralement i)'é en patois : 
Légère, lire, lire; ducere et ses nombreux dérivés 
produire, conduire, induire, produire, conduire, 
induire; struere et ses dérivés construire, détruire, 
construire, détruire ; currere, courir, fouiré (si tant 
est que fouiré ait avec currere un autre rapport que 
celui de la signification) ; dicere , dire , dire ou 
deré, etc. Nombreuses sont les exceptions. 

Si la finale ère appartient à la deuxième conjugai- 
son latine (e long), elle se change tantôt en i : tenere, 
tenir, teni ; tantôt en â : debere, devoir, devâ. Il y a 
également des exceptions. 

7" J, g on z se sont, en patois, changés en dz. 
Exemple : Gigas a fait on dzaïan, un géant ; judex, 
on dzedzeu, un juge; Dies jovis, jeudi, dedzu ; jeju- 
nare, jeûner, dzouno; gelu, gelée, dzélo; zelus, zèle, 

1 L'expression Mon Di se rencontre cent fois dans l'Enrôlement 
de Tivan, comédie bressane, écrite vers 1675, par Brossard de Mon- 
tarnay, conseiller au présidial de Bourg, publiée en 1783, et réim- 
primée avec annotations en 1870, par Philibert Le Duc. J'aurai à 
citer cet ouvrage plus d'une fois encore. 



90 ESSAI DE GRAMMAIRE 

dzèleu: glarduio (ital.), dzardin, jurdln] formacjfjio 
\\ta\.\, fro)iuid:cu, fromage; maritaggio (ital.), ma- 
riage, mariadzeu ; javenis, jeune, dzouneu ; etc. 

8" Ire, finale de verbe laiin devient i en patois. 
Finire, finir, feni; venire, venir, veni ; dormire, 
dormir, dremi; periro, périr, péri; aperire, ouvrir, 
ouvri ou ovri, etc. 

Je ne connais pas d'exception à cette règle. 

9° S initial devient quelquefois ch. Exemple : Ser- 
vire, servir, cliarvi ; sortir, chorti; mais les excep- 
tions sont nombreuses. 

Une règle plus absolue est celle qui transforme en 
chon les finales sio et tio dont le français a fait sion 
et tion. Exemple : Passio, pâchon, passion ; lectio, 
lechon, leçon; missio, medion, mission; devotio, 
dévoclion, dévotion; olectio, elecchon, élection, etc. 

10° Se, s.p et st, en patois comme en français, se 
sont changés en esc, esp, est, ou simplement en e, 
après retranchement de Vs. Exemples : Scribere a 
fait escriré ou écrire, écrire; schola, écoula, école; 
sciurrus, esc[uerio\i, écureuil, etc. — Spiritus, esprit; 
spatium, espaça, espace; spica, espi, épi; sponsa, 
esposa, épouse; sperare, csperd, espérer. — Sfoma- 
chus, estàma, estomac; slaJiuhun. éfrnhla, étable; 
statio, estachon, station. — Et parmi les dérivés de 
l'italien straniero, estrandzi, étranger; spada, espé, 
4pée ; spala, espala, épaule, etc. 

1 1° L\ que les Latins comme les Italiens, les Espa- 
gnols et les Portugais d'aujourd'huii prononçaient 



DU PATOIS LYONNAIS 91 

OU, est généralement resté oit en français, mais est 
devenu eu en patois (comme on le prononce en an- 
glais . Exemple : Turris, tour, leur: tussire, tous- 
ser, Cession teussi : duplex, double, deubleu;surdus, 
sourd, seur; furnus, four, feur ou fueur; lupus, 
loup, leu, etc. 

Exceptions : tabus, tube, tebeu; legula, tuile, 
tiela, etc. 

12° Observation générale importante. — Les 
syllabes brèves qui formaient la terminaison des 
mots latins s'entendaient à peine, tant on appuyait 
sur la voyelle ou syllabe longue qui les précédait ; 
aussi le patois, comme le français, a-t-il supprimé la 
plupart de ces terminaisons. Il a négligé le re de 
flni)-e et d'ama?'e et de tous les verbes du même 
type; ainsi encore il a fait de brachium, bras, brè; 
de corvus, corbeau, crô; de campus, champ, tsan; 
de corpus, corps, cor; de tempus, temps, tin; de 
malum, mal, mô ; de latus, côté, lô; depratum, pré, 
prô; d'amarus, amer, amôr; de fœnum, foin, fin; 
de famés, faim, fan; de casus, cas, câ, etc. Les 
finales re, lum, tus, pus, tum ont complètement 
disparu, aM moins en patois, car en français il reste 
des /, des t. des s qui, ne se prononçant pas, char- 
gent et compliquent l'orthographe sans autre avan- 
tage que de rappeler Fétymologie latine '. 

• On agite en ce moment un projet de simplification de l'ortho- 
graphe fran'^aise. J avoue en être partisan. 

Quelle chinoiserie d'écrire j'épèle avec un p et une l et j'appelle 
avec deux p et deux l ; j'achète avec un t et je jette avec deux ! — 
Imbécile n'a qu'une l bien que dérivé d'imbécillis qui en a deux ; 



92 ESSAI DE GRAMMAIRE 

13" Aujourd'hui, un nombre considérable de mots 
patois ne se distinguent de leurs correspondants 
français que par leurs terminaisons. Sortis ensem- 
ble d'une source commune, car il n'y a pas de raison 
pour donner à l'une des deux langues la priorité sur 
l'autre, leur physionomie est presque identique. 

Il est évident toutefois que, à partir de leur for- 
mation, l'influence réciproque des deux langues ne 
saurait être comparée. La langue lyonnaise n'a 
presque rien prêté à celle de la capitale, et celle-ci 
lui a donné ou imposé beaucoup. La seconde était 
respectée et fixée ; la première, déconsidérée et 
marchant à l'aventure, gravitait vers l'autre et s'en 
rapprochait autant qu'elle le pouvait, si bien qu'elles 
auraient fini par se confondre dans quelques siècles, 
si la grande dame, par ses écoles obligatoires, ses 
régiments et ses chemins de fer, n'eût abrégé la vie 
de la pauvre vagabonde. 

Voici donc, sur la différence des terminaisons en 
patois et en français, quelques observations à ajou- 



pourquoi n'écinrait-oii pas de même tranquile, vile, en réservant les 
deux II pour les mots qui se prononcent comme mouiller, famille, 
fdle, pillage ? 

« L'écriture doit conserver les traces de létymologie » tel est le 
grand argument de ceux qui ne veulent rien changer. 

Soit ; mais il faudrait au moins, d'après ce principe, faire dispa- 
raître les complications de lettres qui, préci.sément, jurent avec 
l'étymologie. Roma, Rome, n'a qu'une m en français comme en 
latin; somma, summa, en a deux; c'e-.t logique. Mais pourquoi en 
mettre deux à homme qui vient d'homo ; à pomme, de pomum ; à 
comme, de l'ital. co?ne ? 

L'espagnol et l'italien s'écrivent à peu près comme ils se pro- 
noncent ; qui sait les parler, sait les écrire. Chez nous, au contraire, 
que de temps ou perd à apprendre l'art d'écrire sa langue maternelle ! 



DU PATOIS LYONNAIS 93 

ter à celles que j'ai faites plus haut sur les finales 
des verbes et sur celles des substantifs ou adjectifs 
féminins qui font a en latin. 

Les terminaisons en an, in et on sont communes 
au latin et au français. Quand elles existent dans un 
idiome, on les retrouve dans Fautre. Exemple : On 
Ijâsson, un poisson; on peson, un pilon; dé tsarbon, 
du charbon; meuz effan, mes enfants; le dauan, le 
devant; dé vin, du vin; vin râsin, vingt raisins- 
Exceptez cependant les mots français en ien qui 
font in; on tsin, un chien. Proxerhe : An de fin, 
an de ren; année de foin, année de rien. 

Les désinences françaises en ier sont toutes en i 
en patois : Dé papi, du papier; fameli, familier; dé 
femi, du fumier ; on farmi, un fermier ; on parti, un 
portier; dé gravi, du gravier; on pomi, un pommier; 
darri, dernier. 

Celles en ère ou aire sont en ire si le mot est fémi- 
nin : ina farmire, une fermière; ina périre, ime 
carrière ; darrire, dernière ; premire, première; etc. 
Cependant pierre fait pira et terre terra (bressan, 
tarra] ; père, mère, affaire font péré, méré, 
afféré, etc. ' 

Mais si le mot est masculin, ère devient éreu : le 
tenéreu, le tonnerre ; le Calvéreu, le Calvaire ; on 
mistéreu, un mystère; on verreu, un verre, etc. 

Ce qui finit en eu, eux, euse, euses, en français, 
finit en u, usa, usé, en patois : Graciu, graciusa, 
gracieux, euse; gloriu, usa, glorieux, euse; que ché 

' Nos anciens disaient pore, more, afforé. 



94 ESSAI DE GRAMMAIRE 

fillé son don orguiusé! que ces filles sont donc 
orgueilleuses ! — Et parmi les mots qui ne sont pas 
(les adjectifs : Moncliu, moiisi nir; dé ju, des yeux; 
dé lechu, du lessieu. 

Ce qui finit en ai en français, finit généralement 
en â; (a très ouvert) en patois : On râ, un roi; la sa, 
la soif; on sa, un soir ; dé pâ, des pois ; nâ, noir. 

Mais les exceptions sont nombreuses. Ainsi parois, 
loi, voix, sont identiques à Couzon et à Paris; on 
}>ou à Couzon est un bois à Paris ; ina crui, une 
croix ; ina nui, une noix. 

Les verbes français en oir sont tous en a en fran- 
çais : recevoir, recévâ; avoir, avâ; voir, va ; vouloir, 
vola, pouvoir, jwvâ. 



Tmx»r^^ 






CHAPITRE XIII 



Petit Vocabulaire 

DES MOTS PATOIS DISSEMBLABLES DU FRANÇAIS 

LA justice et la reconnaissance m'imposent de 
commencer ce chapitre par des remercie- 
ments. Je n'y ai pas travaillé seul, à ce petit 
vocabulaire; si incomplet qu'il soit, nous nous 
sommes mis a quatre pour le faire. 

Que dis-je à quatre ? nous nous sommes mis à six 
et à huit. 

Pour rédiger la grammaire, j'ai dû rester seul et 
ne codifier que Tidiôme de Couzon et des villages 
voisins ; si j'avais consulté en Bresse et en Beaujo- 
lais jamais je ne fusse arrivé à formuler des règles : 
elles eussent été ensevelies sous le nombre des ex- 
ceptions. 
Il n'en était pas de même pour le vocabulaire. 
Je remercierai donc en premier lieu mon vieil 
ami et compatriote M. Remond Isaac, propriétaire 
à Couzon et à Marlieux, qui non seulement a colla- 
boré à la rédaction, mais encore a bien voulu m'of- 

8 



9G ESSAI DE (^.ItAMMAlUE 

l'iir (k' conti'iljucr pour moitié aux IVais (Timpres- 
sion de la présente Grammaire, laquelle eût manqué, 
sans cela, au bonheur de mes contemporains ; 
ensuite M. Denis Girod, déjà nommé (pa£?e 5) ; mon 
collaborateur âu Journal de VAin, M. Mariou ; Té- 
minent ai^ronome M. Berthelon, maire à Chaneins ; 
M. labbé Fray, ancien aumônier de l'Ecole normale 
d'instituteurs de Bourg; ma plus jeune sœur, M"'* 
Gorel et ses filles qui sont peut-être ou seront les 
dernières patoisantes de (Jouzon ; M. l'abbé Vial, 
vicaire à Marboz, etc. 

Je prie ensuite mes courageux lecteurs de ne pas 
chercher ici tous les mots qui entrent ordinairement 
dans un dictionnaire. Je n ai accueilli dans le mien 
que ce qui s'écarte notablement du fran(;ais ; autre- 
ment il aurait fallu porter à 700 ou 800 pages un 
volume qui, dans ses proportions actuelles, en a 
déjà 150 de trop. 

Donc toute expression qui manquera ici devra être 
présumée se confondre, à quelques nuances près, 
avec l'expression française ayant le même sens. 

J'ouvre au hasard un dictionnaire de l'Académie. 
Je tombe sur la lettre /. Il faudrait, pour être com- 
plet, faire défder à la queue-leu-leu, en les habillant 
à la paysanne, la moitié ou tout au moins le tiers 
des 500 mots que j'y trouve : 

Laljorin, laborieux; laboradseu,\3ihoura,ge; hiboro, 
labourer; lacé, lacet; /oheu, lâche; lôtsi, lâcher; la, 
lac ; bnlreu, làdre ; laï([ueu, la'ique ; laicetô, laïcité; 
lé, lait; lâdeii, laid, etc., etc. 



DU PATOIS LYONNAIS 97 

Mais à quoi bon? Ces mots sont du mauvais fran- 
çais, du français corrompu, plutôt que du patois, et 
si ce dernier n'avait rien de plus original, jamais 
nul n aurait songé à lui reconnaître une personna- 
lité et à l'honorer d'une grammaire et d'un vocabu- 
laire. 

Je ne mentionnerai donc que les termes dont la 
physionomie s'écarte notablement de leurs synony- 
mes français. 

Encore si je les pouvais inscrire tous! 

Mais il en est beaucoup que ma mémoire et celle 
de mes bienveillants collaborateurs a laissé échap- 
per, ou qu'elle ne retrouvera que trop tard, après 
l'impression du livre; beaucoup aussi que nous ne 
connaissons plus, quoiqu'ils fussent familiers à nos 
pères. Le patois s'est francisé depuis soixante ans ; 
il n'a cessi de graviter, avec une accélération crois" 
santé, vers le gouffre qui le devait engloutir. 

Enfin, je réclame l'indulgence des patoisants qui 
ne reconnaîtraient pas absolument tous les mots de 
mon petit vocabulaire. Je l'ai observé déjà : tel mot 
change parfois d'un village à un autre, ou d'une 
génération à la génération suivante, c'est le mal- 
heur de tout idiome non fixé par des modèles, de 
flotter ainsi. Exemple : on dit presena pour per- 
sonne, à Couzon, et parsena ou parsuna à Saint- 
Cyr et à Collonges, villages limitrophes. Autre 
exemple : Defoii, dehors, pour dihor, et tjetà pour 
mettre sont tellement tombés en désuétude qu'un 
jour que ma grand'mère disait à un groupe de galo- 



98 ESSAI DE GRAMMAinE 

pins qui jouait avec moi : Dzé oui vo betù dé fou, je 
vais vous mettre dehors; l'un d'eux, ne la compre- 
nant pas, lui répondit irrespectueusement : Défou? 
to dé fou ? Vo nos appela to dé fou ; é si. on vos appé- 
lôvé fôla ? 



Abadô, verbe actif, débonder, lâcher : 7/ an abadô 
le lavou ! On a lâché la bonde du lavoir. Egalem.ent 
faire sortir le bétail de Tétable : Abadà lé vatsé, faites 
sortir les vaches. 

Abardzi, en patois francisé aberger, v. a., mettre 
à l'abri; de là, le Grand-Abergement, Petit-Aber- 
gemcnt, en Bugey; Abergement-Clémenciat , en 
Dombes, etc., noms de villages. 
Abarmô, v. a., faire une berge. (V. Barma.) 
Abero, V. a., abreuver le bétail. 
Abiinô, V. a., endommager. 
Ablndzi, v. a., cribler de pierres, lapider : Abladzi 
on noï pé avâ lé nui ; ablazi quoquion dé sottise. 

Abocco, V. a., a/)oueo, donner la becquée. (V. Im- 
bocco.) 

AJjotsi (S'), V. n., se pencher ou tomber en avant 
(à botse, abouche; ital. a bocca). A botson, adv., sur 
le devant : Cutsi à botson, coucher sur le ventre. — 
S aboucher existe aussi en français, mais n'a pas du 
tout le même sens. 

Abouidzi (S'J ou s'abouiji, v. pronominal, s'amu- 
ser, perdre son temps. — Employé aussi comme 
verbe actif. 



DU PATOIS LYONNAIS 99 

Abowjé, V. a. [V. Emboï.J 

Abozô, V. a. et neutre, écrouler, s'écrouler : Paia- 
tras ! la cabourna abozi! — Vo voli don abozo ma 
mâso7i ? iV. page 39.) 

Acheta, V. a., asseoir; ne pas confondre avec 
ass^o ou ats3to, acheter. — Achétou, s. m., trépied 
pour une cuve; à Villeneuve, Guéreins, Montmerle 
on dit étassa ; autour de Bourg, esseppa. 

Acheuta, s. f., fin de la pluie; acheuté, v. n., en 
Bresse, cesser de pleuvoir. 

Acqueto et acuià, v. a., écouter, de Tital. ascoltare. 

Aculi, v. a., jeter; ne se dit qu'en Bresse. 

Adé, adv., tout récemment. 

Aduiré, verbe neutre, détruire : Mon cabot est 
aduit. En Dombes (Saint-Trivier-s.-Moignans), ame- 
ner, du latin adducere : aduiré clé triolé pé lé vatsé. 

Affand,Y. a., gagner; d'où, en Dombes, affanura, 
s. f., paiement en blé des moissonneurs et batteurs 
sur le produit du battage. 

Affétie, V. a., balayer, ne se dit qu'autour de 
Bourg et en Bugey; à Couzon en Beaujolais, et à 
Trévoux, couavi. 

Affolé, V. a., blesser, meurtrir. 

Afforro, v. a., garnir un râtelier de fourrage. 

Affreco fS'J, v. n., se réjouir. 

Agasi, adj., se dit du pain non levé. 

Aggrepô, v. a., saisir vivement. 

Agonisi,Y. a., accabler: El m'a agonija dé sottise. 

Agorrô, v. a., tromper : Ah ! dzé mé si ben agorro ! 
A Saint-Trivier-s.-Moignans, s'ingorro, qui signifie 
aussi manger avec excès. 



100 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Agolù, V. a., égoutter; agotchau, substantif mas- 
culin, pelle creuse employée pour jeter Teau hors 
des bateaux. A Trévoux, agotiau. 

Aigrà, s. m., degré d'escalier. 

Aiguë, s. f., eau ; aiguedi, s. m., éviter. (V. p 73.) 
A Verjon, lavia. 

Aigud, V. a., accommoder, arranger (probable- 
ment iVaigue). Ina sauça bien éguo. — Aigua té 
corné té vedré, arrange-toi comme tu voudras. — De 
là, déséguo, v, a., déranger, qui s'applique surtout 
aux foulures et luxations de membres. 

AUleton ou agleton, du latin agglutinare, subst. 
masc, fruit de la bardane; on dit aussi: .4rropa- 
man, parce qu'il s'attache aux mains. 

Aimeu, s. m., esprit. {V, Emeu). Bressan, aimou. 

Aiseu ou aisou, s. f., satisfaction, plaisir : D'aisou 
netreu mâton chautôvon (chanson bressane de la 
Liaudinna). Aiseu, aisou, adj., satisfait. 

Aitre, s. m., hangar formé par l'avant-toit du 
bâtiment de ferme, du latin atrium. Le hangar 
isolé se dit diapetet ; il est habituellement couvert 
en paille, 

Ajau, s. m., oiseau. En Bresse, uisé; à Saint-Tri- 
vier-sur-Moignans, uisaii. 

Alagne, s. f., noisette; alagni, s. m., noisetier. 

AU, s. m., traîneau. 

Aloyoji, s. m., ansérine blanche (chenopodium 
album), plante. 

Amadzi ou amage, v. a., tremper la lessive; en 
patois francisé, emmaizer. 



DU PATOIS LYONNAIS 101 

Amandre, s. f.. amande; en Dombes, carpe de 
trois mois. 

Ambassaï, v. a., faire tomber, se dit surtout en 
parlant de la pierre dans les carrières. 

Ambossou, s. m., entonnoir; bressan, ambouc'iô ; 
en Dombes, imbodio. 

Ambreu, s. m., osier ; en Dressa, villon. 

Ameilli, mettre en meule ; de meïe, meule de blé. 

Amolandi, s. m., rémouleur. 

Arnold, V. a., aiguiser : Amolo ina Qoïa, aiguiser 
une serpe. \\. p. 39. i E fau veri ou amolo, proverbe 
pour dire qu'il ne faut pas rester oisif. 

Amouello, v. a., entasser; de mouet, tas. 

Anchèla, s. f., cigale. 

Andi, s. m., chenet surmonté d'un côté d'un 
porte-pelle rond où l'on suspend aussi les instru- 
ments de travail et où les vieillards aimaient à 
poser leur écuelle : Ah ! que fa don bon mindzi 
sa sopa su l'andi, à chan ibressan, en chlianjdii foâ ! 

Ania ou anilla, s. f., plus usité au pluriel anillé, 
béquilles. 

Apintzi, v. n., tàter, examiner minutieusement : 
Comincedon; è y é ben prô apintclia! 

Apparu, v. a., présenter, tondre à quelque chose; 
n'a pas d'équivalent en français : Apparu vetron 
devanfi, d:e roui veu caraï dé pomé : Tendez votre 
tablier, je vais vous jeter des pommes; du latin ad 
parare. (V. p. 39 et, pour la prononciation, p. 3.) 

Appla'i, V. a., mettre à l'ouvrage ; bressan, appléïé, 
se dit spécialement de la mise des boeufs sous le 
joug : Va don appléïe. 



102 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Appli , s. m. pluriel, les gros instruments de 
rairricuUure : charrues, tombereaux, etc. 

Appondré, v. a., ajouter (du latin ad ponere; j'ai 
oublié ce mot à la page 73) ; apponceu, appendice, 
rallonge cà une table ; appondré signifie aussi attein- 
dre. 

Aranda, s. f., hirondelle (v. p. 73.) ; en Bresse 
on dit aussi aujreta. Pour la prononciation, v. p. 3. 

Arbépin, s. m., aubépine; ce mot désigne l'arbre, 
non la fleur. 

Archebaa, s. m., du latin scabellum; se dit surtout 
du banc vers la cheminée. 

Ardeille, s. f., argile. 

Argalesse (prononcez anjal'ce), v. Regalece. 

Argotà, adjectif dont le féminin est identique au 
masculin; espiègle, hardi. (V. p. 21.) 

Armandie, s. f., gormandrée, plante médicinale. 

Arrapo, coller, s'attacher; en bressan, aglieto : La 
pôta arropé à la man. De là le substantif arrnpa- 
man. 

Arreirou, s. m., charrue, du lat. aratrum. 

Arri7né, adverbe, aussi, également. (V. p. GO.) 

Arson, s. m., sorte de peigne recourbé à angle 
droit et placé sur la faulx, pour coucher le blé à 
mesure qu on le coupe. — Claie semi-cylindrique 
dont on couvre les berceaux d'enfants. 

Arvou, s. m., trouble ronde à long manche, em- 
ployée pour la pêche dans les étangs de Bresse. 

Asseu, s. m. (V. Sô.) 

Assouta C\ V), adv., à Tabri de la pluie; à Cha- 
neins, Montmerle, Saint-Trivier, etc., à Vaccué. 



DU PATOIS LYONNAIS 103 

Assuire, v. a., finir, 

Atar7'o, V. a., presser contre terre. 

Atson, s. m., petite hache. 

Aura, s. f., vent, air; du latin aura; bressan, 
eura ; à Villeneuve, ura, vent et orage. 

Avaï, V, a., arracher; bressan, aveillé : Aveillé lou 
chevenou, arracher le chanvre. 

Avezô, V. a., regarder en face, a.d visum. [W. p. 39.) 

Avia, s. f., abeille; en Bresse, avuilla. (V. p. 73.) 

Avinto, V. a., attraper un objet placé haut, le dé- 
crocher. 

Avorri, v. a., renier, abandonner; se dit d'un père 
ou d'une mère pour un enfant : L'ajau a avorria 
son ni. 

Avouïea, s. m., avouïe, aveugle; de a ou ab (pro- 
noncez auy, marquant privation et du latin oculus, 
œil (sans œilj ; bressan, avelio, avuliou. 

Ayan, s, m., bressan, glian, gland. 



o 



Bagnon, singulier masculin, baquet; de bagni, 
baigner. 

Baï, verbe actif, donner ; bressan, baille ; en vieux 
français bailler. 

Bahindran, s. m., manteau ; de l'italien pa/an- 
dra?io ; le vieux mot français balandras se trouve 
dans Lafontaine, fable de Phébus et Borée. 

Baloffa, s. f., balle du blé; matelas fait avec cette 
balle. 



101 ESSAI DE GRAMMAIRE 

liantsé, s. f., planches servant à faire le pisé; 
Bantsia, \o\ume de pisé compris entre deux bantsé. 

Baracjuin, s. m., alphabet des enfants (de bara- 
go'm ?} On disait aussi autrefois la Crui dé Dju, la 
Croix de Dieu, parce que ce petit livre commençait 
par une croix. 

Barbélein-na, s. f., verveine commune, plante 
officinale. 

Barchelon ou barheJon, s. m., sarcloir. A Feil- 
lens iAin), bessélon. 

Bardana, s. f., punaise; à Montrevel, penou. 

Bardo, barda, adj., bariolé blanc et roux : iVa 
vatse barda. 

Bnrfoïu, fém. barfoïasa, barbouillé qui a le visage 
malpropre ; d'où barfoï, barbouiller, v. a., et deba^Yoï, 
v. a., débarbouiller. Dans les cantons de Trévoux 
et de Saint-Tri vier-sur-Moignans on dit bardeillo. 

Barma, s. f., berge : Su la barma du riu, sur la 
berge du ruisseau. 

Barracan, s. m., grosse fourche pour retourner le 
foin. 

Barradré, v. n., s'agiter, remuer. 

Barrarpion ou bérécjnon, s. m., fossé de séparation 
ou pour Técoulement des eaux. A Saint-Trivicr- 
sur-Moignans, bordure en herbes d'une terre ou 
d'un fossé. 

Barrai, verbe neutre, remuer ; se baraï, se ti'é- 
mousser. 

Barro, s. m., tombereau (à Reyrieux). 

Basatv, v. n., haleter, respirer précipitamment; 
se dit des chiens fatigués ou qui ont trop chaud. 



DU PATOIS LYONNAIS 105 

Bassoï, V. II., faire clapoter l'eau; d'où bassôïe, 
s. f., boue. V. Patrôïe. Leuz effan ômon tui à bassoï ; 
en Bresse et en Dombes, gassoille. 

Bataï, V. a., batailler et aussi baptiser; participe 
passé bataïa. 

Batchasse ou bâchasse, en Dombes canal intérieur 
du thou. 

Batillon, s. f., battoir de laveuse: en Bresse, 
peletta : Elé lavÔDon la bia é féjan mé dé hri avoua 
lu lingue qu'avoua lu batillon^ elles lavaient la 
lessive et faisaient plus de bruit avec leurs langues 
qu'avec leurs battoirs. — Egalement morceau de 
bols pour entraver les vaches, parce qu'il leur bat 
aux jambes. 

Bai/or, s. m., civière. 

Bedeau, s. m., un imbécile, sens tout différent 
de celui du français, bedeau. 

Bega, s. f., perche. 

Begouti, adj., qui se sert de la main gauche. 

Belatd, v. a., soupirer, désirer ^bêler doucement, 
de bbldj. L'an belatovan d'aise dans le Noël de Bourg 
qui commence par ces vers : 

.Voté, Noté é venu, 

Xo far an la beurdi faille. 

Belin, s. m., cabri; belina, petite chèvre; terme 
d'amitié qu'on adresse aux enfants. 

Bêlo, V. a., bêler, pleurer crier. 

Bénau, s. m. ; béna, s. f., benne. (V. p. 73.) Benno, 
s. f., le contenu d'une benne. 

Benon, s. m. , corbeille pour mettre le pain en pâte. 



100 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Bentou, adverbe, peut-être (et non bientôt, excepté 
pourtant à Chàtillonles-Dombes et à Saint-Trivier- 
sur-Moignans) ; à Trévoux, bentoubin. 

Bequâ (prononcez h'coj, v. a., baiser, s. f., bec- 
quée. (V. p. 78.) 

Berou, s. m., voiture à deux roues; fém,, berouta, 
petite voiture. 

Beta, s. f., petite charrue; bétutsi, labourer avec 
la heta. (A Villeneuve (Ain), Guéreins, Trévoux, etc.) 

Betcha, betia ou bâcha, s. f., becquée. 

Betô (prononcez b'to), v. a., mettre ; vieux français 
bouter; dans VEnrâlement de Tivan, scène pre- 
mière : butré, 

Betsé (prononcez b'tsâ), en patois francisé bichet, 
ancienne mesure pour le blé; c'était la quantité 
nécessaire pour ensemencer na betséro. 

Betséro (prononcez b'tséroj, en patois francisé 
bicherée, ancienne mesure agraire de dimensions 
très variables; en l.yonnais et à Trévoux, 12 ares 
87 centiares ; en Dombes et en Bresse (Villars, 
Montluel, Meximieux), 10 ares 55. En Bresse ^Bourg, 
Chalamont, Montre vel, Pont-de-Veyle, Châtillon- 
sur-Chalaronne, etc.) on comptait par coupées : 

6 ares 59. La coupée de Belleville-sur-Saône faisait 

7 ares 25; celle de Thoissey, 7 ares 91; celle de 
Saint-Julien (Jurai, 6; celle du Maçonnais et du 
Charolais, 3 ares 95; celle de TrefTort (Ain), 7 ares 
69, et celle de Pont-de-Vaux, 9 ares GI, etc. Ailleurs 
on comptait par jo/u'/ia/t.v, iiiesavcs, ouvrées, seijti- 
ves. V. les CouJ II mes et Usages des étangs de Dombes 
et de Bresse, par M. Truchelut. 



DU PATOIS LYONNAIS 107 

Bétsi, V. a., mordre, mordiller en parlant du pois- 
son qu'on pêche à la ligne : Ek ben, meuz ami, 
bétsé-t-è? Eh bien, mes amis, ça mord-t-il ? — En 
patois francisé, ça biche-t-il ? 

Bétsi, V. a., bêcher; à Trévoux, hiarço; à Gué- 
reins et à Bourg, berço; dans le canton de Montrevel, 
fousséro. 

Bevanda. (V. Ropi.) 

Bi, s. m., ruisseau; d'où l'on a fait bief, mot 
employé dans le même sens. 

Bia ou buya, s, f., lessive. Bio, v. a., lessiver. 

Biau, bella, adj., signifie haut, grand. Un homme 
de haute taille est biau: un joli homme est broveu. 

Bigaou bigue, s. f., pioche pour la vigne. 

Bio, s. m., bouleau. 

Biou ou billou, féminin biouda , vendangeur, 
geuse : Quand dzétchain pete, en iSkO, leu biou go- 
gnovon dé yen a dou fran pé dzeur, é, quand i por- 
tovon la béna su lêz epalé, tra fran : lé bioudé étcJian 
paya quinze sou, leuz effan dé cin à di sou. 

Biqueu, s. m., on appelait ainsi à Couzon tout 
ouvrier étranger au pays ; fém. biquâre et non 
biqua, s. f. qui signifie chevrette, biquette, ou qui 
a le sens de pina. 

Bise, s. f. ,vent du nord. — Le vent du midi se nomme 
simplement leu vè ou lea ven; celui de l'Est la tra- 
versa du matin; celui de l'Ouest la traversa du sa. 

Biseu, bisa, adj., gris, grise. 

Blintséï, v. a., défoncer un terrain. 

Bloda, s. f., blouse, veste du dimanche : Na bloda 
nouva, une veste neuve. 



108 ESSAI DE GRAMMAIRE 

B/o/', V, a., en Brosse; bluï, teiller le chanvre. 

Bi.ondouno, s. m., mélange de blé et de seigle. 

Blossor ou blossard, s. m., renouée persicaire 
(polygonuin persicariaj, plante très commune dans 
les fossés et terres humides. 

Blouschété ou blesette, s. f. pluriel, ciseaux. Blous- 
chelo, V. a., couper avec des ciseaux. — A Couzon, 
Anse, Villefranche, Trévoux, dé cejau. 

Boaïnno (prononcez boïa.in-no), v. n., se dit de 
fils inégalement enroulés sur une bobine, une tou- 
pie, un fuseau, et dont les tours chevauchent et 
débordent. 

Baba, s. f., moue, grimace. T'o biau féré la linba, 
Vâbaieré; tu as beau faire la moue, tu obéiras. 

Boccon, s. m., poison; ernbocconà, v. a., empoi- 
sonner : Il ernbocconé, il sent bien mauvais. 

Bofaron, s. m., petit crapaud noir des mares. 

Boïa, s. f., jeune fille; se trouve dans VEnrâle- 
ment de Tivan et dans la chanson la Cozenasa, mais 
ne s'emploie plus à Couzon, que dans un sens épi- 
grammatique : Jeune beauté prétentieuse. — En 
Bresse, boille. 

Boigni ou boigne, v. a., remuer; usité en Bresse : 
I né pu po se boigne, il ne peut pas se remuer. — A 
Couzon, budzi. 

Baisse, boasse ou boicha, s. f., fagot d'herbes. 

Boleguô, v. a., remuer fortement : Dze n'étchain 
teu boleguô, j'en étais tout ému. — En Bresse, 
bolingo, remuer, taquiner. 

Bordèla, s. f., bressan, bourdeille, hanneton. 



DU PATOIS LYONNAIS lt9 

Bordon, s. m., cage portative à claire voie pour 
la volaille. En Bresse, boidon ou boëdon. 

Borgnon (A), adv., à l'aveuglette. 

Borla, s. f. (V. Crâca ou Croqua.) 

Borlô, V. n., moquer. (V. p. 78.) Ce verbe signifie 
aussi pleurer à haute voix, se lamenter, beugler. — 
En Bugey, boaeulà. 

Bornu, adj., creux, creuse. 

Borron ou borrii, s. m., âne. (V. p. 78.) — Paquet 
de paille destiné à lier le blé. 

Borra, s. f., buse. 

Borré, s. m., bure : Leu caban de netveuz anchen 
étclian dé soledeu borrè, les blouses de nos aieux 
étaient de solide bure. — A la tsandala leu borrè 
semblé dé tâla. 

Borreu, borra, adj., borreu, interjection. (V. p. 17 
et 64.) 

Borriau, s. m., bourreau ; d'où borriaudù ou bor- 
riadà, v. a., bourreler, tourmenter. 

Borset, s. m. (V. Fardzena.) 

Bossoir, s. m., le seuil d'une porte. 

Botasse, en patois francisé boutasse, s. f., réser- 
voir, généralement dans un jardin et pour Tarro- 
sage. 

Botchorda, s. f., fauvette; désigne aussi un mar- 
teau à plusieurs pointes pour aplanir la surface des 
pierres de taille. 

Botchu ou batchu, s. m., bateau réservoir pour 
conserver le poisson vivant. 

Bâté, s. m., diminutif de bâ, bât ; bourrelet qu'on 



MO ESSAI DE GRAMMAIRE 

se met sur le cou ou sur les épaules pour porter des 
fardeaux. 

Bouireu, s. m., beurre; borri, s. m., vase de terre 
où l'on met la crème avant de faire le beurre ; bor- 
rire, baratte ; bouiro ou boro, s. f., petit lait issu du 
beurre, 

Bourrainna. (prononcez bourrain-nà) , s. f., gros 
nuage annonçant la pluie. 

Bozon, s. m., diminutif de merda, mot qu'il serait 
superflu de définir. — A-caca,-bozon, locution adver- 
biale : sur pied, les jarrets plies. On dit plus élé- 
gamment à croupeton. —A Montrevel, bouzon s'ap- 
plique à tout ce qui est petit et dédaigné. 

Bramd, v. n., crier, pleurer : Brama bien, ë porche, 
pleure bien, ça purge. 

Brandevin, s. m., eau-de-vie, de l'allemand bran- 
dewin; ne se dit qu'en Bresse et en Beaujolais. — 
Dans le canton de Saint-Trivier-sur-Moignans on 
dit eau-de-vie, et brandeveni, s. m., désigne le brû- 
leur de gêne et non l'eau-de-vie. Y a dé brandeveni 
que fan dé bien meillo eau-de-vie que leuz ôtreu. 

Branlire, s. f., balançoire; berceau suspendu. 

Branla, v. n., flâner. En Bresse, balancer, mou- 
voir. 

Brâza, s. f., miette, petite quantité, un peu; en 
Bresse, bréza. 

Brazo, s. f., averse. 

Brecola, s. f., chose sans importance. Brecolà, v. 
n., courir la prétentaine, vagabonder; faire un tra- 
vail insignifiant, pour s'occuper; troquer un objet 
contre un autre ; en patois francisé bricoler. 



DU PATOIS LYONNAIS 111 

Breca, s. m., primevère dans les cantons de Tré- 
voux et de Saint-Trivier. (V. Coquemèla.) 

Breda ou brida, s. f., ruban de bonnet; en Bresse 
les jeunes (illes portent des brides rouges; après le 
mariage, elles les prennent blanches et leur donnent 
le nom de cornettes. 

Bredin, hredena, adj. qualif., niais, un peu idiot, 
usité surtout dans Saône-et-Loire. 

Bregellie, s. m., tablier de cuir. 

Brelat, s. m., râteau de bois sans dents pour écra- 
ser les mottes de terre. Brelato, v. a., ameublir la 
terre à Taide d'un brelat. 

Brelo, V. a,, remuer, bouger. 

Brené, s. m.,gTapin, 

Brequa, s. f., tranche plate de pain pour faire 
une tartine, 

Breshon, s. m., cruche. (V. Dlta.J 

Bretaï, v. n., bégayer; bressan, bretayé. 

Brétà, V. n. et actif, tourner, faire tourner. 

Bretsi, v. n., heurter, broncher. 

Bretselon, s. m., traçoir, instrument de jardinage. 
(A Guéreins, béquella.) 

Brevi, s. m., barre de bois servant à porter les 
bennes. 

Brindevelo, v. n., perdre son temps, lanterner 
(Guéreins, Believille-sur-Saône). 

Brloudi, adj. quai., polisson, tapageur. (V. p. 18.) 

Brô, s. m., bourgeon; d'où Brotchan s. m.,brot- 
teau, bois de sauL' dans les lies; brondjau et bronda, 
s. m., branche; brondaii/e, s. f., jeune pousse, quel- 



112 ESSAI DE GRAMMAIRE 

quefois broussaille. Tous ces mots, croù vient aussi 
le français brouter, paraissent dériver du celtique. 
Broncô, v. a., heurter. 

Brotson, s. m., brindille; brotseno,y. a., ramasser 
des brindilles, glaner. 

Brouia ou brouille, en Bresse, plantes qui tapis- 
sent la surface des étangs et dont le bétail est très 
avide : In étan brouïa vau clou prô; i norri vatsé é 
passon. Les herbes qui portent le nom général de 
brouille sont la festuca fluitans, le fenouil d'eau ou 
ciguë aquatique , jjhallandrium aquaticum, et la 
renoncule blanche, ranunculus aquatilis. 

Broveu, brova ou braveu, brava, adj. quai., beau, 
belle. (V. p. 18, note 2 : Oh! la brova femelal oh! 
la belle femme !) 

Broze, s. f., averse, à Montmerle, Chaneins, Saint- 
Trivier, Belleville, etc.; à Bourg, na batrasse. 

Bucho, V. a., brûler les soies ou les plumes d un 
animal, bucho on caïon. (Voir, pour la prononcia- 
tion, p. 6.) En Bresse on dit buglio. 
Buge, s. f., bauge; de 5os, bœuf. 
Bugne ou begne, s. f.; plur., begné, beignet. 
Buza ou buja, écurie des bœufs et des vaches; 
celle des chevaux s'appelle écurie; celle des porcs 
sa ou seu, de sus, porc. — Buza, à Trévoux, fiente 
de vache ou de bœuf; jBdza à Saint-Trivier-sur- 
Moignans. 



DU PATOIS LYONNAIS 113 



Caban, singulier masculin, blouse, roulière. 

Cabourna, s. f., maisonnette de pierres sèches. 
S'è plô su la montagne, on n'é po fotcha d'ara na 
cabourna pé se forro à Vassouta. — A Montmerle, à 
Chaneins, à Saint-Triviar, cadola. 

Cabouta, s. f., sabot, en Bresse; près de Montre- 
vel, sabout. On dit aussi Cabeux. 

Cabra, s. f., chèvre; cabri, singulier masculin, 
chevreau. (V. p. 73.) 

Cabrou, s. m., ëcrevisse. En bressan, cambrou. 

Cacô, V. a. (V. p. 77.) 

Cadala, s. f., remise couverte en paille. 

Cadetln, s. f., dalle. [Y. p. 73.) 

Caffa, s. f., poche, en Bresse; à Couzon et à Pon- 
cin en Bas-Bugey, on dit l'inverse, facca. 

Cafi, adj. quai., garni, plein : Leu tseniin étchan 
cafi dé fraizé. 

Caillât, s. m., lait caillé. 

Caïon, s. m., porc; caïa, s. f., truie; que grou 
caïon! — Caïoni, s. m., le berger chargé des porcs. 

Cajau, s. m., vessie; bressan, coalia, s. f. 

Calamor, s. m., en Bombes, brochet de moyenne 
grandeur. 

Caletre, s. f., maillet de bois; caletsl, marteler le 
chanvre. 

Caleto, V. a. (V. ColoJ 

Calo, V. a., glisser en dessous, mettre à labri; 



114 ESSAI DE GRAMMAIRE 

étymologie cô^a, cale, abri; d'où LaCalle en Algérie 
et probablement Calais. — Par extension, celui qui 
est à Tabri du besoin : Y et in omeu bien calo, c'est 
un homme riche. 

Calâta. s. f., soufflet, giffle. — Calotto, v. a., souf- 
fleter. 

Camion^ s. m., fromage blanc délayé. 

Campana, s. f., cloche. (V. p. 78.) Prononcez cam- 
pan-na. — On dit aussi chiotze ou gliousse. 

Cancouarneu, s. m., hanneton. 

Canô, V. n., faiblir, se dérober lâchement; con- 
traction de caponù ; en patois francisé, caner. 

Canquemella, s. f., espèce de champignon véné- 
neux. 

Canu, s. m.; fém., canusa ; tisseur, tisseuse ; peut- 
être de canna, cannetla, bobine creuse à l'intérieur 
autour de laquelle s'enroule la soie. 

Capoîi, adjectif, lâche; capono, v. n., faiblir. (V. 
p. 18.) 

Caquelion, s. m., petit tonneau. 

Car aï, v. a., jeter, lancer : Car aïe mé dé bou pé la 
fenètra, jette-moi du bois par la fenêtre. En Bresse, 
carte ou catto : Cate mé dé beu pe la fenétra. — En 
Dombes, carreyer, transporter dans un char. 

Carcan, s. m., vieux cheval, rosse. 

Carcassi, v. n., tousser constamment ; à Bourg, 
carcavalo. 

Çarcheu, s. m., cercle. 

Cavmintran, s. m., carnaval; étymologie, carême 
entrant. Cheu que fan leu carmintran né fan pô tui 
la carainma. 



DU PATOIS LYONNAIS H5 

Carne, s. f., viande. (V. p. 74.) 

Carra, s. m., en Bresse, garçon déjà fort, com- 
mençant à travailler. 

Carron, s. m., carreau de brique; carreno, v. a., 
carreler; caronnire, s. f., fabrique de carreaux et 
de tuiles. — Carreau de vitre se dit carriau. 

Câsi (se), v. n., se taire; bressan, .se caje. Caje-té, 
tais-toi. Dans Tlvan, act i" : Coiso-vo, taisez- vous. 

Casse, s. f., poêle; cassera, s. f., casserolle. 

Casson, s. m., plate-bande : On casson dépoueur. 

Catié, V. a. (V. Dêgatie.) 

Cato. (V. Caraï.) 

Caton, s. m., agglomération restée sèche dans de 
la farine insuffisamment délayée. 

Cah^ouiUe, s. f., en Bresse, pomme de terre. 

CafroHi?/«, plante de pommes de terre; catrouU- 
lire, terre ensemencée en pommes de terre. 

Catson, s. m., noyau ; à Trévoux, sarniou ; dans le 
canton de Saint-Trivicr-sur-Moignans, sournion. 

Cavala, s. f., cavale est le seul mot usité pour 
jument. — Se cavalô, v. refl., se hisser à cheval sur 
un mur, sur une branche d'arbre ; lé vatzé se cava- 
lovon, c'est-à-dire se hissaient les unes sur les 
autres de leurs jambes de devant; étyraologie cabal- 
lus, cheval, dans la basse latinité. 

Cavet, s. m., caue^a, s. f.; oa appelle ainsi en 
Bresse les habitants du Revermont, et en Dombes 
les vignerons du Lyonnais. 

Cejau, s. m. plur., ciseaux; en Bresse, blockettes. 

Cempôta, s. f., un baril de cent pots, environ cent 
litres ; en Bresse, na feilletta. 



116 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Ceni, s. m., pinson. 

Cevire, s. f., civière; à Couzon, bay or.— Ceveria, 
brouettée. 

Cevolé, s. f., usité seulement au pluriel, ciboule. 

Cezampa, s. f., bise. 

Chado ou .sac/o, s. m., en Bresse, cheptel. 

Chaio, V. a., sarcler. (V. Saillo.) 

Cfiala, s. f., en Bresse, chaise; à Couzon, sella. 

Chamarra, s. f., en Dombes, purée épaisse de 
courge, de pommes de terre, etc. 

Chénévou,chevenou, s. m., chanvre. (V. Tsénéveu.) 

Chereta, s. f., sereta, scie, usité seulement en 
Bresse; à Ars, Villeneuve, etc., sarta, qu'il ne faut 
pas confondre avec tsacréta, charrette. 

Chefi, chetite, adj., autour de Bourg, hargneux, 
querelleur, avare; ailleurs chétif, misérable, mal 
portant. 

CJieuma ou Sâma, s. f., ânesse. 

Chi,c}ui, ché, pronom démonstratif, ce, cette, ces. 
(V. p. 26 et, pour la prononciation, p. 6.) 

Chiapon ou cliapon, s. m., sabot d'un porc. 

Chiavalire, s. f., à Bourg, prechereta, vrille en 
patois francisé, percerette. 

Chintre, s. f., chemin ou simplement espace non 
cultivé à travers les terres ou eiitre les cultures et 
la haie ; chintrii, garder les vaches dans les chintres. 

Cliioppa, e. f. (prononcez comme le ch allemand 
dans reichlidi)^ jambe; en Dombes, choppa. — D'où 
en français chopper, heurter du pied et achoppement. 

Chique, chaque, pron. démonst., celui-ci, celle-ci. 
(V. p. 6, 26, 72.) 



DU PATOIS LYONNAIS 117 

Choua, s. f., grosse corde à lier sur une voiture 
le foin, le bois, la paille, etc. 

Coiré, V. a., cuire. (V. p. 47. ] 

Coiti (séj, V. n., se hâter. Dans Tivaji, scène v, 
Né va coitiépo tan, ne vous hâtez pas tant. 

Coiti, s. m., fourreau dans lequel les faucheurs 
tiennent leur meule à aiguiser. 

Coleu, s. m., passoire pour le lait. 

Cola, V. a. et neutre, couler, glisser : Se cola su 
la yatse. (V, p. 39.) En Bresse, se caléto. (V. Gû.) 

Cologne, quenouille, s. f., lé cologné pôsson de 
môda, les quenouilles passent de mode. 

Comagnin (AJ, adv., sur l'épaule : Porto in effan 
à comagnin. 

Comolieta, s. f., instrument en fer à deux crochets 
pour porter les marmites ; on dit aussi sarvinta. 

Concheu, coucha, adj., gonflé, ée; conchà, v. a., 
gonfler (italien, goufiare). 

Cougneu, cougna, adj., paresseux, pauvre, misé- 
rable ; à Bourg, obséquieux, chien couchant. 

Conlio, prononcez con-ijô, v. a., lapider, cribler 
de pierres ; même sens qu'ahladzi. A chi que conlié 
(ou plutôt con-yé), se la pira H tsé su leu nô, è y est 
ben fa. 

Conzière, s. m., amas de neige à Reyrieux ; con- 
cire à Bourg; du lat. congeries. 

Copo ou coupée, s. f. (V. Betséro.) 

Copon, s. m., assiette creuse; se dit en Bugey (à 
Hauteville] ; de coupe. 

Coquo, V. a., baiser. 

Corati, adj., coureur, inconstant; cochon non 



118 ESSAI DE GRAMMAIRE 

destiné à Tengraissement; en patois francisé, cou- 
rat le i-. 

Corato, V. n. et actif, vagabonder, poursuivre, 
parcourir, 

Corgnolon, s. m., ou corgnoula, s. f. ; en bressan, 
la, corgneula. l'œsophage. 

Corla, s. f., courge, gourde; bressan, c?'erfa,- d'où 
les verbes corlo, corlassi, boire à pleine gourde. 

Cord, s. f., poumon. 

Carré. (V. Queri.J 

Cortau, s. m., petit doigt du pied (court, cour- 
taud); en Bresse on dit lou guinguin. 

Corti^ s. m., cour, (V. p. 78.) ; en Bresse, lou curtil 
désigne le jardin. 

Cotreta, s. f., garniture de lit d'enfant, (V, Cutron.) 

Cotreu ou coaatreii, s. m., soc de charrue, matelas 
de plumes. 

Cottârla, s. f., longueur de bras d'un fil ; probable- 
ment de cottair, s. m., réunion de femmes qui cou- 
sent.,, et causent sur la porte de l'une d'elles. La 
cottaria exprime ce qu'on peut user de fil dans une 
séance de cotfair. Etymologie : Cudré en plin air, 
coudre en plein air. 

Cottevè, s. m., nuque ; à Anse, Trévoux, Ars, etc., 
cottion. 

Cou, s. m., fois. En Bresse, ce; ainsi dans VEnrô- 
lement de Tivan, poëme bressan de Brossard de 
Montanay (1675), on lit : 

.4 de co qu'on n'y va rin que ledie é lo ciar. 
Coua, s. f., queue; bressan, coua, d'où covatô, 



DU PATOIS LYONNAIS 119 

remuer la queue. Ainsi dans VEnrôlement de Tivan, 
scène ii : La balenna. venivo covatan. 

Couâcha, s. f., couvée; en Bresse, na couacha de 
pezins, une couvée de poussins. — Couâché ou coua- 
chi, faire couver. 

Couaveii, s. m., balai; en Bresse, ran. De couaveu 
on a fait le verbe coaavi que les Bressans rempla- 
cent par affetie. Ainsi à Couzon on dit : Prin leu 
couaveu é va couavi; en Bresse : Prin Ion ran é va 
affétie. — En Bugey on dit également on couava, 
quoique le verbe soit affatio. 

Coucou, ou cocu, s. m., et coc[uemella, s. f. , pri- 
mevère. La vra coquemella n'a ciuHna cheur pé 
pécou; u printen seu drâleu motset canari sépan- 
don su l'arba que comencé a vardaï, uteur de Lyon 
é su lé barmé dé Sôna; mé en Dombé, passa Velor, 
on n'en trouvé dzin mé. La véritable coquemelle 
n'a qu'une fleur par pédoncule; au printemps, ses 
jolies touffes jaune canari s'étalent dans l'herbe qui 
commence à reverdir, autour de Lyon et sur les 
rives de la Saône; mais en Dombes. passé Villars, 
on n'en trouve plus. 

Couercheu, s. m., couvercle. 

Couerta ou couarta, s. f., couverture. 

Cové, s. m., chauffe-pieds. 

Cozi, adv., quasi, presque. 

Cramailla. (V. Ecramailla. ) 

Crâpa, s. f., crèche. 

Crappa,s. f., grappe du raisin après le pressage ; 
gène, marc. 

Crassu, crassusa ou cressusa, adj., ladre, crasseux. 



120 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Crâzuer, s. m., lampe, en bressan, cruijeu, craju, 
crozé. 

Creneco. (V. Crinsi.) 

Crêpé, s. f. plur., pissenlit. 

Creteu, s. m., vipère; ne se dit guères qu'en 
Bresse ; à Couzon on dit (m vi^jéré, s. masc. 

Crie, s. m., berceau; bressan, cre; anglais, crad- 
die; en Bugey, on bri. 

CrinM, V. a., brûler une étoffe, roussir. E sin leu 
crinsi. cela sent le roussi ; en Bresse on dirait è sin 
lou creneco. 

Cria, Y. a., appeler. 

Crô, s. m., corbeau. (V. Groilla.) 

Crocon, s. m. (V. Brequa..) 

Croqua, s. f., bosse, blessure. Il é tchou su lé 
cadété é s'é fa na groassa croqua u fron ; on dit 
aussi horla. 

Crosa, en patois francisé, crase, s. f., fond d'une 
faille, partie basse d'un terrain en pente. 

Crossi, V. a., bercer ; à Trévoux, crossou, berceau. 
(V. Crié.) 

Croujoeton (A), adv., baissé, replié sur ses jarrets. 

CruA, s. f., croix ; crni ou corena de saint Barnod; 
(à Bourg, de saint Barnabe), arc-en-ciel. 

Cruire, s. f., coquille de noix, de noisette. 

Curiu ou queriu, adj., désireux. 

Cuire, s. f . ; cutron, s. m., coussin: en Bresse, 
C'ieutre, prononcez queutre. 

Cutson, s. m., tas, amas. 

Czena, czeni. (V. Quezena.) 



DU PATOIS LYONNAIS 121 



I> 



Dainche, adv., en Bresse, ainsi. 

Dar ou dâ, singulier masculin, faulx ; en Bugey, 
fauci ou fîaci : à Montmerle et à Saint-Trivier-sur- 
Moignans, na docille. 

Darbon, s. m., taupe ; darbonire, galerie de taupe, 
taupinée. 

Darda, v. n., se sauver en dressant la queue et 
les oreilles avec effroi; se dit des vaches : lé vatsé 
dardon, leu tavan lez an pequo. 

Barri, adverbe, derrière. 

Darri, darrire, adjectif, dernier, ière. (V. p. 18.) 

Dasteu, adv., bientôt; dans Tivan, scène iv, d'as- 
sitou. 

Bavant, prép., devant. 

Bavanti, s. m., tablier à bavette; en Bresse, on 
déventi : en Dombes, à Reyrieux. on branla-li-de- 
vant; à Guéreins, on fedo. 

Bavogné, s. f., prune. 

Bavreti, adv., en Bresse, habituellement. 

Bé ou din, prép., dans. Bedè, adv., dedans. 

Bébarfoï. (V. Barfoïu.) 

Béblondo,y. a., ôter les branches d'un arbre ou 
les feuilles d'une branche. 

Bébrego, v. a., déchirer; à Bourg, dévoro ou dé- 
vouro ; à Marboz, brijo ; en Bugey (Haute ville) de- 
gando. Dans Tiuan, scène x, debr-yd : Vo médébryo 
tota ! 



122 ESSAI DE GRAMMAIRE 

DécapeilU, v. a., démêler le fumier pour Tépar- 
piller. 

Décati, s. m., démêloir. — A Trévoux, décategni, 
décotina; en Bressu, décategna, v. a,, peigner avec 
un grand peigne. — On dit aussi décati, démêler la 
laine d'un matelas. 

Deciza, s. f., descente, du latin descendere; ne 
s'emploie qu'en parlant des bateaux : Féré na déciza, 
faire une tournée sur la rivière. 

Défou et dihôr, adv., dehors. (V. p. 74 et 98.) 

Déjingogno.Y. a., disloquer, désarticuler, 

Dégabagnô, v, a., dénigrer; hresssn^dégargagne. 

Dégatii,Y. a., chatouiller. Dans Tivan,on trouve, 
scène iv : / son prou gatilleu, chez uti, ils sont fort 
chatouilleux, ces outils. 

Dégobii, v. a., vomir; en Bresse, degabo. 

Delà, adv., là-bas. 

Delon, demor, demacreii, etc., s. m., noms des 
des jours de la semaine. (V. p. 77.) 

Dépecolo. [V. Pécou.) 

Dépeilli, v. a., défeuiller l'épi du mais. 

Deplaï, bressan, dépleïe, v. a. , dételer les bœufs; 
l'inverse d'applaï. 

Déquegna, adj. des deux genres, dénourri, un 
gourmand, un s.vbarite. 

Derrapo, v. a., détacher, arracher, Finverse d'a)'- 
rapo. 

Derato, v. a., dégourdir; môme mot, adj. des deux 
genres : Fouiré comon dérato, com'ina dérato, cou- 
rir comme un fou, une folle. 

Dérontré, v. a., défricher. (V. p. 47.) En Bresse, 



DU PATOIS LYONNAIS 123 

on dérontay, terre fraîchement défrichée ; à Ville- 
neuve, Ars, etc., déviarro ; à Reyrieux, devierri. 

Derrieu, adv., de suite. 'V. p. 60.) 

Désandé, adv., tout de suite. 

Désémo ou désaimo, v. a., épouvanter (étymolo. 
gie : dé exprimant sortir de et aimeu.) 

Despeto ou dispato. v. a., gronder, injurier. 

Déssempii, v. a., mettre en désordre, en loques; 
se dit des vêtements : Il è teu dessempïa. 

Dessodô, V. a., surprendre, prendre à l'improviste; 
bressan, dessouda ou desaimd. 

Détréi, v. a., sevrer. 

Détrô^ s. f., grande hache, cognée. 

Deutô, V. a., enlever, ôter ; le contraire de beto. 

Dévalo, s. f., descente ; devalo, v. n., descendre ; 
à rapprocher du v. français avaler ; seulement 
Tétymologie de ce v. ad Dallem est plus judicieuse 
que celle du v. patois de valle. 

Déveri, v. a., le contraire de veri; voir ce mot. 

Devougré, v. a., en Bresse, égrener le maïs. 

Dezé, s. m., pointe d'un aiguillon. 

Dita, s. f., cruche dans laquelle on porte à boire 
dansbs champs; en Bresse, on bresson, s. m. 

Djomainne (prononcez djomain-ne), s. m., diman- 
che ; bressan diomainne; du latin dies dommica, 
jour du Seigneur. 

Doïa ou doie, s. f., en Bugey, source, avec et y 
compris le bassin qu'elle forme avant de s'écouler. 

Douré (séj, s'affliger; de l'italien duolersi. Dans 
Tivan, scène i'* : Voili-vô, :é mé don dé laboura la 
terra. 



124 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Douva, s. f., berge, et aussi tas de terre. 

Dreuzi, dreutselli, s. m., juchoir; à Thoissey, 
deutio. 

Drôleu, drôla, adj. quai., joli, e. (V, p. 18.) 

Duella, s. f., ridelles du cuvier; bressan, duallâ. 

Duer, s. m., deuil. Féré leu duer, porter le deuil. 

Dzalsi, s. f., boue qui s'attache au bas des vête- 
ments : Liva don ta rôba, té pren la dzala! 

Dzardin, s. m., jardin. (V. p. 81.) 

Dzarlô ; à Trévoux, Ars, etc., dzarleu, s. m., seau 
en bois. 

Dzé, pron. pers., je ou nous. (V. p. 23 et suiv.) 

Dzero, v. a., jurer et plus souvent blasphémer. 
(V. Sacraë.J 

Dzerla, s. f., cuvier; bressan, bereou braijo, s. m. 
Quart on fa la bia, on la trempé dé na dzerla ; en 
Bugey (Hauteville) saoudzeu. 

Dzin dé, point de, aucun. (V, p. 21.) 

Dzingo, v. n., remuer, gigoter; d'où gigue, danse 
anglaise ? 



E 



Echali, s. m., passage étroit et élevé dans une 
haie. 

Echappeu, échappa (prononcez comme le ch alle- 
mand dans reicJdicJi), adj., sauvé. (V. p. G et 78.) 

Echiappo, v. a. (prononcez comme le ch allemand 
dans reichlichj, fendre, mettre en éclats; à Ver- 



DU PATOIS LYONNAIS 125 

jon, elliapo ; même sens à peu près qu'étélo. — Ne 
pas confondre avec etsapo, échapper. 

Ecossou, s. m., fléau abattre le blé; en Bresse 
écochea, de l'ital. scjLotere; d'où écore ou équeure, 
battre au fléau. Scossa, s. f., secousse. (V. p. 79.) 

Ecramailla, v. a., écraser. Dans un vieux Noël 
bressan, le diable s'approche de la crèche pour voir 
l'Enfant Jésus : 

San José dé sa varlopa 

Li foti na bardoilla 

Qu'el en avé, la salopa (la sale bête) 

Lou groin toi écramailla. 

Egrou, s. m., héron. 

Eja, adj., aisé ; moléja^ malaisé ; même désinence 
au fém. qu'au masc. 

Eloicli, V. n. unipersonnel, faire des éclairs : Ey 
éloidé, èy eloidové; en Bresse, élédo ; ce mot manque 
en français. 

Embeuto, s. f., une forte poignée, ce qu'on peut 
tenir avec les deux mains. 

Emboï, V. a., embarrasser, gêner, faire perdre du 
temps : I neuz embôié! A Ars et aux environs, 
abouyé. 

Embordi, v. a., éparpiller le fumier. 

Emeu, s. m., esprit, adresse; sans doute du 
latin anima. Voici un proverbe dont j'ignore l'ori- 
gine : Se té no dzin d'émeu, va-t-in n'en queri à 
Trévu, si tu manques d'esprit, vas en chercher à 
Trévoux. 

Enboio, encoblo, engnorso, ensorbéïa. (V. Incoblo, 
ingnorso, etc.) 



126 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Eiiçaplà, V. a., battre une faiilx pour l'aiiruiser; 
de tsaplô ou çaplo. 

Encorrl (^SV, se sauver, en vieux français s'en 
courir, dans Lafontaine, le Savetier. 

S'en courut chez celui qu'il ne réveillait plus. 

Endourcé, s. f. pluriel, les à-dos par côté d'une 
voiture ; ceux placés en arrière s'appellent adea ; 
ceux en avant etiebta. 

Engolura, en patois francisé engouluro, s. f. En 
Bugey,diminutifde gorge, défilé, avec chemin creux. 

Engreleu ouingreleu, s. m., houx ; bressan, egrelô. 

Entei)eno, adj., enrhumé du cerveau. 

Epanto, v. a., étonner, épouvanter; d'où peut- 
être le mot néo-français épater. Espagnol, espantar; 
ainsi dans Yriarte (fable : VEcureuil et le Cheval) : 

Sènor mio, 

D'ese brio 

Ligereza y destreza. 

No me espanto, 

Que otro tanto 

Suelo hacer y acaso mas. 

Epanto s'emploie aussi comme adjectif, épou- 
vanté, ée. 

Epargoutô, v. a., en Bresse, arracher avec une 
pioche les pieds de maïs. 

Eparmô, v. a., épargner, de l'ital. risparmiare. 
Etaugi a aussi le même sens. 

Eparron, s. m., épara; s. m., bâton avec lequel 
on serre les cordes d'une charrée de foin. 



DU PATOIS LYONNAIS 127 

Epeilli, V. n., écloro en parlant des oiseaux et 
aussi des fleurs : Leu blo son épeilla. 

Equevillé, s. m., toujours au pluriel, balayures. 

Essarta, v, a., piocher ; en Bresse, courço. 

Essego, v. a., tirera qui jouera le premier; l'équi- 
valent manque en français. 

Essubli ou essublo, v. a., oublier. 

Essui, essuite, adj., sec. (V. p. 18.1 

Etachetta, s. f., petit clou à large tète dont on 
garnit le dessous des sabots. 

Etampa,s. f., étai, étançon; etampà, v. a., soute- 
nir, étayer. 

Etarni, v. a., faire la litière dans une étable, du 
latin sier^zere, étendre ;de la paille). 

Etchoula, s. f., tuile; à Trévoux, Thoissey, etc., 
étioles; à Montrevel, tiella, etc. 

Etelle, s. f., fragment de bois. D'où étélù; v. a., 
mettre du bois en ételles, le fendre. 

EteiL ou itou, adv., aussi. — Proverbe : L'aimeu 
est ina londze pachince , leu mariadzeu eteu , le 
génie est une longue patience, le mariage aussi. 

Etre. (V. Aitre.J 

Etreubla, s. f., terre après la moisson, jachère. — 
Etreublon, s. m., partie de la tige du blé, orge, etc., 
qui reste après la moisson. 

Etrobleu, s, m., écurie. 

Etsandré;k Trévoux, Villeneuve, etc., échlndre, 
V. a., réchauffer. 

Etsapli, s. m. enclume ; de tsaplo. 

Evarvelo, v. a., mettre en mouvement : Evarvélo 
leu ver. 

10 



128 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Evinto (S'), SG détériorer au contact de l'air : 
Vtcha na boteuille mo boutdia, élé va s''évinto. 

Evoladzeu, s. m., en Dombes, période pendant 
laquelle les étangs sont en eau; l'autre période se 
nomme Vassec. 



F 



Fd, s. f., foi : Il é teut à la bena fà, il est tout sans 
façon, ou tout simple. 

Fan, s. f., faim. 

Faqua, s. f., poche; en Beaujolais et en Bresse, 
cafa; Meximieux, caféta; italien, tasca. 

Fardzena, à Bourg farda, s. f.; à Anse, Ars, 
Villeneuve, etc., borset, s. m., besace, pannetière. 

Farenô, v. n., achever de mûrir (en parlant des 
fruits); farenire, bahut pour la farine; cachette où 
Ton place des fruits pour les faire mûrir. 

Faron, mèche, s. f. : Leva le faron du crazuer, 
relever la mèche de la lampe ; à Villefranche, motse. 

Farrato, v. a., ferrer le chanvre. 

Farrou, s. f., verrou; du latin ferriun. 

Fati, s. m., gésier, en parlant de la volaille; 
bressan pati. A Ars, Montmerle, Belleville, fatire, 
poche, de tablier ou d'habit. 

Fauta ou fôta, s. f., quelquefois faute, plus sou- 
vent besoin : Ant-i po fôta dé ma? n'a-t-on pas 
besoin do moi ? 

Faya, s. f., brebis. — Fajya signifie aussi une 



DU PATOIS LYONNAIS 129 

faille, large fente ou crevasse d'un terrain ; à Mont- 
revel, petit tas de fumier. 

Fececoua, s. f., forficule ou perce-oreilles; du lat. 
fissa cauda, queue fourchue ; en Beaujolais, fortse- 
coua. 

Fedo, s. m., tablier. (V. Davanti.) Fedélo, s. f., 
charge d'herbes contenue dans un tablier. 

Fedzeu, s. m., foie; bressan, /"e y ou; en Beaujolais, 
feyeu. 

Felet ou felaton, en patois francisé filet, filaton, 
s. m.; en Dombes, petit brochet de la grosseur d'un 
doigt. 

Femétsi (on dit aussi pessigni), v. n., pleuvoir fai- 
blement. A Chaneins, i femessé pour il bruine ; à 
Sainte-Euphémie, i femassé; ailleurs é brouillasse. 

Femi, s. m., fumier; — femero, s. f., purin; — femd, 
V. a, ou V. n., fumer; — femire, s. f., fumée. (Ce 
dernier mot est peut-être le seul en ire qui ne fasse 
pas ère en français, comme font ovrire, ouvrière ; 
hardzire, bergère; ledzire, légère, etc. V. p. 93.) 

Féna, s. f., femme; le mot patois et le mot fran- 
çais viennent l'un et l'autre du latin femina; le 
premier a gardé Vn et laissé Tm; le second a gardé 
Vm et laissé Vn. (V. la note 2, au bas de la p. 86.) 

Feur ou fueur, s. m., four; d'où fornaï, bressan 
fornaïé, cuire au four. — Fournacha, feu en plein 
air pour brûler les mauvaises herbes. — Fayeu, s. 
m., feu de la Saint-Jean. Celui du jour des Rois 
s'appelle Bodire, et celui du premier dimanche de 
carême Fauilla. 

Feur-a-tchau, s. m., four à chaux; beaucoup 



130 ESSAI DE GRAMMAIRE 

plus employé comme adjectif : dépensier, noceur, 
qui brûle son argent et sa santé comme un four 
brûle la pierre, 

Fiadzoula, s. f., haricot; allem. f isole; bressan 
fafieula ; en Beaujolais, fiaclziile, et en Dombes, 
fiadzula; du latin pJiaseolus. (Ce mot aurait dû figu- 
rer dans la page 73; je l'ai oublié, ainsi que beaucoup 
d'autres.) — Le français flageolet aurait-il la même 
étymologie latine, ou ne serait-il que le résultat de 
la définition drolatique du haricot : « musique du 
pauvre ? » Je laisse à d'autres le soin de creuser 
ce problème délicat. 

F larda, ou fiorda, s. f., toupie : N'a fiorda bien 
lancha dremé en veran, bésondé, pi trebié é s'es- 
begné : Une toupie bien lancée dort en tournant, 
ronfle, puis trébuche et s'échappe. 

Fillôtreu, s. m,; fillotra, s. f., gendre, bru (autre 
fils, autre fille). 

Fin ou fain, s. f., fin; d'où feni, v. a., finir; en 
Dombes on prononce fan; fain, s. m., foin, d'où 
faënno, faire les foins; en Beaujolais, fan et fenarié. 

Fintoiima, s. f., fantôme, mannequin posé dans 
les champs pour effrayer les oiseaux, 

Fivéza, s. f., fougère ; bressan, fiœuze. 

Flô, s, m., nœud; Beaujolais, floc — F loquet, s. 
m., nœud de rubans. 

Flotta, s. f., petit écheveau. 

Foliéta, s. f., petit pot à anse pour mettre du vin. 
— Feliéta, futaille d'un hectolitre et quelques litres. 

Foua (prononcez foâ), de l'italien fuoco, s. m., 
feu. — La foi, s. f., se dit la fa. 



DU PATOIS LYONNAIS 131 

Forma, s. f., fromage. 

Fonneron, s, m., grosse hirondelle noire des mers 
qui, en compagnie des mouettes et par des étés 
très chauds, s'avance jusque dans la vallée de la 
Saône, à Tépoque des moissons. Mon collaborateur 
et ami M. Berthelon, qui a connu Joseph Autran, 
me rappelle que le formeron est l'alcyon chanté par 
le poëte marseillais : 

Lorsque le souITle de l'orage 
Sur les blancs contours de la plage 
Roule la vague en tourbillons, 
J'aime à venir sur cette rive 
Ecouter votre voix plaintive. 
Alcyons, tristes alcyons. 

Du bord de ces grèves, couvertes 
De sable humide et d'algues vertes. 
Longtemps je vous poursuis de l'œil : 
Hirondelles de la tourmente, 
Qui, sur la mer sombre et fumante, 
"Voltigez d'écueil en écueil. 



Dans leurs nids d'algues et d'écume 
Reposent, frêles et sans plumes, 
Les tendres fruits de votre amour; 
Et quand l'onde au loin vous repousse, 
Ils usent leur voix faible et douce 
A réclamer votre retour. 

Mais, comme aux derniers jours d'automne, 
Les feuilles que l'arbre abandonne 



132 ESSAI DE GRAMMAIRE 

S'en vont roulant sur les sillons, 
Tels au souffle du vent qui passe 
Vous disparaissez dans l'espace. 
Alcyons, tristes alcyons! 



Foron, s. m,, frangipane. 

Forro, v. a., mettre : On Vé-te forro? où t'es-tu 
mis? En Bresse, fourra. — Ford, avec r prononcé 
comme le th anglais (v. p. 4), v. a., forer, percer. 
(V. un exemple au mot Grou.) 

Fosserà ou foussero, v. a., bêcher; à Chaneins, 
barso. 

Fotu, fotua, adj. (V. p. 18.) — En Dombes, foutu. 

Fouire, v. n., courir. (V. p. 47.) — Fouire apré, 
poursuivre; à Chaneins, cori. 

Fourjo ou fourzô,Y. n., grandir, se fortifier : Leu 
2Jopon frouze bien, lanorreceè brôva,; en Bresse, 
froze; on dit aussi pro/iio. 

Fran, adv., précisément, absolument : Fran à la 
cerna, tout à fait à la cime. 

Fregon, s. m., bûche; fregono, y. a., tisonner; 
Bresse, fregouno. 

Fréjo ou fréso, s. f., mélange de pain et de lait 
caillé. 

Frejoula, s. f., thym; en Beaujolais, frezolet; en 
Provence, frigoula, qui a donné son nom à l'ab- 
baye de Frigolet (dont j'ai chanté le siège héroi- 
comique). 

Frema, s. f., frime, faux semblant ; du latin forma; 
en patois francisé frime. 

Fremïi, Dombes fremié, v. n., éprouver une 



DU PATOIS LYONNAIS 133 

démangeaison comme celle que causerait une inva- 
sion de fourmis : Teu leu côrmé fremié. 

FrepsL, s. f., franges de bœufs; n'est guère em- 
ployé qu'au pluriel frepé. 

Frequétà ou friquéta, s. f. et adj., coquette. 

Freson, s. m., copeaux fins de menuisier ; boucle 
de cheveux ; d'où fresi, v. a., friser. 

Fricot, s. m., plat de viande; s'il n'y entre pas 
de viande on dit pedance. 

Fromaille^ s. f., dragée; en Dombes centrale, fre- 
meille. 

Fromodi ou fromodjé, v. a., nettoyer une écurie- 

Frouille, s. f., fraude; frouilli, v. a., frauder; 
frouillon, s. m., fraudeur. Tous ces mots ont droit 
de cité à Lyon, Villefranche, Bourg, dans le langage 
populaire. 



G 



Gabélau, s. m., escabeau, du latin scabellum 
(oublié à la page 75), 

Gaboï, V. a., pétrir, écraser. D'où gabôïe, s. f., 
boue; bressan, gabouille. 

Gadrouba, s. f., armoire à deux portes (sans doute 
de garde-robe I. — L'armoire à une porte s'appelle 
armée. 

Gaicher, v. a., en Dombes, gâche; en Bresse, 
patauger dans l'eau ou dans la boue. 

Galavor, adj., voyou, fainéant, propre à rien; en 
Beaujolais, galvoudi. 



134 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Gandouze, s. f., ce qu'on extrait des lieux d'ai- 
sance; d'où gandouzi, s. m., manœuvre qui s'oc- 
cupe de ces matières, et gandouzà,Y.a., les transpor- 
ter, les répandre sur les prés ou ailleurs. — A Feil- 
lens, Manziat, etc., ma.rga.ne. 

Ganepeu, ganepa, adj., sale, sans soin : Ah! ga- 
nepa, avisa don corné te Vaigué ! étymologie gâcher 
et nippe. 

Garcenire, adj. ou subst. fém., fille qui est tou- 
jours avec les garçons, ou qui a des manières trop 
masculines. De Là probablement gorça, diminutit 
pour la longueur du mot, mais augmentatif pour le 
sens. (V. p. 19.) 

Gargofô, V. a.,boire souvent; d'oi^i g ar g ot a, cahon- 
lot, auberge borgne, et gargotl, ire, en patois fran- 
cisé gargotier, ière, 

Garro, s. m., gros bâton, trique, d'où le français a 
fait garotter. — Il a pour diminutif garratson ou 
garratchon : Té vu pô obaï ? gora le garratson ! 

Garuda, s. f., grosse guêtre, savate; d'où l'ad- 
jectif ryararri, garudire, traineur de savate, malpro- 
pre. (V. p. 19.) — En Bresse, gareiida. 
Gaubeu, gauba, adj., gauche. (V. Begouti.J 
Gaudé, s. f., pluriel, gaudes, bouillie de farine de 
mais; du latin gaudium, joie, plur. gaudia, parce 
que les gaudes sont la joie des Bressans (je donne 
cette étymologie pour ce qu'elle vaut; on la trou- 
vera probablement plus ingénieuse que vraisembla- 
ble). — En Bresse, po; en Piémont, jjolenta. 

Gaunà, v. pronominal, habiller, ajuster : Que Vé 
don ma gauno ! 



DU PATOIS LYONNAIS 135 

Gicha, zichà ou dzichà, s. f., jet de seringue. 
Gicho, zicho ou dzicho, v. n., jaillir avec force; en 
patois francisé, gicler; dans le sens actif, lancer 
avec force. — Dé gicha. ou dé dzicha (à Marboz dé 
zeffa), adv., comme un jet de seringue, horizonta- 
lement. (V. la lettre 0.) 

Gnafreu, gnafron, s. m., savetier. — Sur la scène 
populaire lyonnaise, Gnafron personnifié est le 
camarade habituel de Guignol. 

Godèla, s. f., blé à épi carré. 

Gognan, gognanda, adj. quai., paresseux; dans 
Tivan, se. x, gonin, niais, encore usité dans ce sens 
en Beaujolais. 

Goifon, s. m., goujon. 

Gôla, s. f., gueule. (V. p. lS.) — Golet, s. m., trou. 
— Gueula, V. n., pousser les hauts cris. 

Gôpian, s. m., employé d'octroi, rat de cave. — 
Ce mot vient probablement du grand nombre de 
ces employés originaires de Gap ou des Hautes- 
Alpes. 

Gor, s. m., goufre dans une rivière, l'endroit où 
Teau est profonde et dormante : Méfia-té du gôr, té 
vé enfonço ! 

Gorça. ou garce, s. f., femme de mauvaise vie ; ce 
mot est réputé malhonnête et grossier ainsi que son 
synonyme puta. 

Gorna. ou grema,s. f., grain de raisin. — Dégonio, 
V. a., faire tomber les grains. 

Gog, s. m., couperet pour couper et hacher la 
viande, les herbes, etc.; goya, goyôrda, s. f., serpe, 
serpette : A'a goyorda est ina groussa goya. — En 



136 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Bresse, le goy sert à couper les branches des arbres : 
Emouto na tronshe avoué on goy. 

Grabd, s. m., balouffe, ce qui reste du blé quand 
on l'a vanné ; en Bresse on dit vaïeula et aussi 
grapi; à Chaneins et Genouilleux, balu. — Grabotô, 
V. a., fouiller dans le grabo; d'où grabotou, s. m,, 
instrument à remuer les cendres. 

Grabolet, s. m., crapaud. 

Grafe, s. m., en Bresse, gaufre (mot masculin en 
patois, féminin en français) ; en Dombes, gafrd. 

Grafeno, v. a., égratigner; Beaujolais, graffegné; 
de l'ital. sgraffîare. 

Gramotô, v. n., grommeler, parler sans desserrer 
les dents; bressan, remeld, marmouto. 

Grand, granda, adj. quai., grand, de. S'emploie 
aussi comme substantif en sous-entendant pore, 
more et signifie grand-père, grand'mère. Mon viu 
gran et ma vieille granta, qu'ayan viu la Revolu- 
chon, se ségnovon quan il entindjan le nom dé 
Robespierre. 

Grani, s. m., grenier; du lat. granarium. — Grand 
ou greno, v. n., grainer. — Dégrand, v. a., égrener. 
— A Chaneins, greni; axiome agricole cité par 
M. Berthelon : Leu grenï à blo du cultivateur son 
dé sez etroblé. 

Grappa, s. f., fourche à feu (Montre vel, Saint- 
Martin-le-Châtel). Phrase dans cet idiome : Leu viô 
axjan dé grappe crusé que leuz y sarvian dé souliet, 
les anciens avaient des grappes creuses (tubulaires) 
qui leur servaient de soufflets. 

Grasemolô, gratamiolo et gratamiono, v. a., 



DU PATOIS LYONNAIS 137 

glaner, mais en parlant de la vigne ; en bressan, 
gramouto. De là le subst. grasemolou, chercheur 
de raisins oubliés. — En Beaujolais, grasemotô; en 
Bresse et en Bugey, grumatd. 

Gratamionô, s. m. et verbe ; dans le canton de 
Trévoux, goûter de quatre heures. 

Grattacu^ s. m., fruit de l'églantier; en patois 
francisé, grattecul ; également pélélou. 

Greffolu, usa, adj., raboteux, euse. 

Grefo, Y. a., étriller, de grefa, s. f., étrille; une 
légère nuance distingue ces mots des suivants : 
gréfô, greffer, et grifo, griffer. 

Grefondo, s. f., averse (Montmerle, Chaneins, etc.). 

Greléta, s. f., en Bresse et Dombes, petit sceau à 
traire les vaches; à Couzon, on trésou. 

Gre^ô, V. n., trembler; même racine que grollo ; 
de là aussi en français greloter. 

Grenérau, s. m,, corruption de dzénérau, général; 
s'emploie dans un sens ironique et signifie pauvre 
diable, infime personnage; en Beaujolais, grelu. 

Gretô, V. a., bercer. (V. Grossi.) 

Greva ou grivo, v. a., peiner : Y me grevé, cela 
me fait du chagrin. (Tivan, se. iv.) En anglais, it 
grieves me. 

Grôba, s. f., bûche de bois; en bressan, grouba. 

Grobon, s. m., beignet. (V. Bugne.) — En Dombes, 
ce mot a également le sens de grôba. 

Groille, s. f., corbeau : V'tcha leu frâ, le gj^oillé 
arrevon. 

Grolla, s. f., vieille chaussure ; d'où traîna-grolla, 
traîneur de savates. 



138 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Grolld, V. a., secouer. (V. p. 79.) 

Gromelo ou gromèle, s. m., chiendent. 

Grou, adv., très, beaucoup. (V. p. 60.) — Proverbe : 

Grou fort est l'oineu pachen; 
Corné dejan leuz anchen : 
Leu riu trouvé sa rota 
A fource de la tsortsi; 
L'aiguë que tsé gola à gota 
Foré le mé dur rotsi. 

Groud, V. a,, couver. 

Gueille, s. f., boue; gueuilla, adj., boueux, 

Gueuto, s. m. ou verbe, dîner; s'emploie surtout 
en Bresse. 

Guignol, adj., farceur; pris substantivement ce 
mot personnifie le Polichinelle lyonnais. L'adjectif 
guignolant signifie désagréable, sciant, insupporta- 
ble. 

Guillon ou guelion, s. m., petite cheville en bois 
pour boucher un trou fait dans un tonneau avec 
une percerette. 

Guinguelion, s. m., appendice qui pend aux chè- 
vres sous le menton; gland de bonnet de nuit. — 
Guinguelienô, v. n., s'agiter, en parlant d'un gland. 

Gû, s. m., train ou caravane de glisseurs sur la 
glace : Leu drôleu gu que dzé féjan dépi la Crui de 
l'Ecoran tan qu'u Trâveu de Cozon! Décou dz'échan 
quinze tsaréti insin. Dé t?,oqué là dé sa tsoréta, tso- 
quion prenié lé tsambé dé chi que leu suivie. Netré 
suer ou bin d'otré fille po pouarusé, se chétovon su 
netreu dzénou; é gora dé davan ! le gu passové com 
on tené7'eu; à moins que teu trambutsessé u biau 



DU PATOIS LYONNAIS 139 

mâtin dé la décentà. Alor chique rije, chaque bor- 
love, tui pioillovon é se ramassovonupreviteu,elleu 
é lu tsay^eté, périmètre po bronco pé chieuqué ai^evo- 
von, co la colire ne clésemplové pô. E on remontové 
vô la Crui, en se secoïant dé la néclze, é on refejé leu 
rju. Ah ! qu'è fa bon être dzouneu ! 

Les jolies caravanes que nous faisions depuis la 
Croix de l'Ecoran jusqu'au Trêve de Couzon! Des 
fois nous étions quinze charretiers ensemble. De 
chaque côté de son traîneau chacun prenait les 
jambes de celui qui le suivait. Nos soeurs ou d'au- 
tres filles pas peureuses s'asseyaient sur nos genoux; 
et gare de devant ! le train passait comme un ton- 
nerre, à moins que tout ne culbutât au beau milieu 
de la descente. Alors celui-ci riait, celle-là pleurait, 
tous criaient et se ramassaient au plus vite, eux et 
leurs traîneaux, pour n'être pas tamponnés par ceux 
qui arrivaient, car la glissoire ne désemplissait pas. 
Et on remontait vers la Croix, en se secouant de la 
neige, et Ion reformait le train. Ah ! qu'il fait bon 
être jeune! 

Guintsi, v. a., regarder à la dérobée, épier; 
guintse, s. f., regard timide ou furtif (anglais, 
glancej. — En Bresse et Dombes, guéto ou guétié, 
regarder. Phrase dans l'idiome de Chaneins : Qu'à 
te a me guétié qu'min cin ? — On tsan avisé ban 
n'évêque. Qu'as-tu à me regarder ainsi ? — Un chien 
regarde bien un évèque. 



140 ESSAI DE GRAMMAIRE 



H 



Harba, dé csirbon, s. f., hellébore vert, plante 
employée pour broutsi les vaches, pour leur mettre 
un séton. 

Hardi ! exclamation, allons ! courage ! 

Harmetera, en patois francisé hermiture, s. f,, 
terrain devenu vague. — Dombes, vaqua; Beaujo- 
lais, vacible. 

Hepa, s. f., huppe. 

Hever, s. m., hiver. — Dans la Dombes, le long de 
la Saône, hevar. — La phrase suivante est de Cha- 
neins : N' hevar se é pedrd inresse leu paysan, un 
hiver sec et poudreux enrichit le paysan. 

Hiaut, hiauta, adj. quai., haut, haute, 

Hommeu, homme, mari : El a jiardu sen omeu. 

Hutin ou hautain, s. m., ceps de vignes alignés 
dans une terre : Na terra hutenô, une terre ayant 
des alignements de vignes. — A Chaneins , de 
z'hanetan : Leu phylloxéra ne fapo grou mouz hane- 
tan bén espaço, le phylloxéra ne fait pas grand mal 
aux ceps très espacés. 



/ ou Y, pron. pers. indéfini. (V. p. 23 et 28.) — En 
Beaujolais, pron. pers. de sens neutre qui se rend 
à Couzon par è (allem. es, angl. it, français popu- 
laire ça). Exemples : Il pleut, Couzon è plô, Ville- 



DU PATOIS LYONNAIS 141 

franche-sur-Saône i plô, Quincieux, Chazay ô plô. 

lieu, subst., huile; mot fém. en français, masc. 
en patois. 

Imboccd, V. a., nourrir. (V. p. 78.) Se dit surtout 
de la volaille qu'on force à manger * . 

Imbottô, V. n., enfoncer dans la boue ou la terre 
humide : Possa en au du tsemin, è y imbôtté trô 
dé l'en-ho, passe en haut du chemin, on enfonce 
trop dans le bas. 

Incoblà, V. a., entraver; s'incoblà, v. n., trébu- 
cher. 

Incrotto, V. a., enfouir, mettre dans un creux. 

Indremou, s. m., endormeur, enjôleur (Chaneins, 
indremo). — Indremi, adj., endormi, mou. 

Ingnorsô, adj. quai, des deux genres, niais, un 
peu fou. 

Ingreleu, s. m., houx. 

Ingrindzi, v. a., éparpiller, élargir : En chortan 
lapatta dé son dâ blécha, il a ingrindja son mo, en 
ôtant la bande de son doigt blessé, il a élargi son 
mal; peut-être d'agrandir? 

Inmangono, v, a,, emmancher. 

Innebleu, adj., obscur; du latin in nebulâ. (Oublié 
à la p. 74.) 

Insin, adv., ensemble; Beaujolais, inso/i; ital., 
insieme. 

Insorbéya ou ensorbéija, adj. quai, (même termi- 
naison au masc. qu'au fém. et au sing, qu'au plur.); 
entêté, qui ne comprend pas. 

* Prononcez in-bocco, in-botto, in-coblo, etc., jusqu'à in-loï. 



142 ESSAI DE GRAMMAIRE 

hitoï, V. a., introduire, enfermer un objet dans 
un meuble, du latin intus; bressan, étoïé. 

Ique, adv., ici. (V. p. 60, 72, et pour la prononcia- 
tion p. 5.) — En Beaujolais, iqui; Dombes, itié. 

Itou, éteu, adv,, aussi. 



Jù, s. m., œil, yeux ; en Bressan, zhu : Leujn du 
maitré fan pussà lé salade, les yeux du maître font 
pousser les salades. — Il a dedja quatreu ju, il a 
déjà quatre yeux (il porte déjà lunettes). 



Lain-na, s. f., alêne. 

Lardô, s. f., coups de poings, raclée. 

Larmouize ou larmize, petit lézard gris. 

Lâssi, V. a., laisser; ne pas confondre avec lotsi, 
lâcher. — Pour lécher on dit lechiô. 

Lâtcha, s. f., petit-lait issu du fromage. 

Le, adv., loin; pe^'' le, là-bas, par là-bas; Beaujo- 
lais, là, pre-lk. 

Legni ou lugni, s. m., du latin lignum; en Bresse 
et en Bugey,le tas de bois empilé sous le tectum ou 
avant-toit appelé té; en Dombes, luni et llni. (Encore 
des mots latins oubliés p. 74.) 

Lentebardano (Se) (V. Réfléchi.), marcher pares- 
seusement; s'avilir, s'aplatir comme une punaise. 
(V. bardane.) 



DU PATOIS LYONNAIS 143 

Lia, s. f., une demi-journée de travail faite avec 
des bœufs. 

Liafro, s. f., soufflet. 

Liapoto, V. n., lapper, en parlant diin chien. 

Lié, lior. (V, Ye, Yor.) 

Liéno, V. a., glaner. 

Liéta, s. f., tiroir; en Beaujolais, laïetta. 

Linchu, s. m., drap do lit; bressan, lançu : Né faut, 
ôpo clé blaudé é de lançu ? (Tivan, se. m.) 

Livra, s. f., lièvre; également livre, demi-kilo. 

Lô, s. m., côté. (V. p. 74 et 91.1 

Lôdi, s. m., couverture de lit piquée. 

Lomou, lover, adv., là-haut, là-bas. (V. p. 60.) 

Ldna, en patois francisé lôsne, s. f., bras de 
rivière qui reste à sec aux basses eaux. 

Lordena. s. f., mésange : Sin lé lordené, lé tsanié 
mindzerian teulé lé recorté. 

Lossa! interjection. (V. p. 64.) 



.^t 



Ma, pron. pers., moi. — Ma, s. m., mois. — Ma 
ou mai, s. m., mois de mai. — Petit arbre fraîche- 
ment coupé, orné de rubans, que les enfants pro- 
mènent de porte en porte, le 1" mai, en chantant 
la venue du printemps. Singulier était le refrain 
traditionnel, moitié patois, moitié français; je l'ai 
chanté, moi aussi, comme les camarades — parmi 
lesquels mon collaborateur et ami M. Rémond 

11 



144 ESSAI DE GRAMMAIRE 

aillé — je l'ai chanté sans le comprendre, et j'avoue 
qu'aujourd'hui je ne le comprends pas davantage : 

Tsanta viva! véni va, 
Vtcha leu dzouli ma dé ma; 
Saint Pierre qui prie; 
Saint Pierre, priez pour moi. 
Pour la Vierge Marie! 

Mais ce que nous comprenions bien, c'étaient les 
sous et les œufs que les ménagères nous donnaient ; 
les unes (nos mères ou nos tantes), pour nous encou- 
rager, les autres pour se débarrasser de notre tapa- 
geuse présence; c'était surtout la colossale omelette 
qui terminait la bruyante promenade du ma. 
Ma ou mas, s. m., hameau. 

Magna, mingnat ou maigna, s. m., jeune garçon, 
mais seulement en parlant des domestiques. 

Maître, s. m., maître : Allô à maître, aller en 
service (chez un maître). Buto-le à maître. (Tivan, 
se. m.) — Leu maître, adj., le plus fort. Un voya- 
geur à un berger : Dis-moi, petit, quel est le maître 
de ces cochons (un Dombiste bien appris n'aurait 
pas manqué d'ajouter : en parlant par respect). 
Réponse du berger, dans le dialecte de Chaneins : 
y lo grou nâ, y sô que bat tui louz otreu u basset, 
c'est le gros noir, c'est lui qui bat tous les autres au 
bachat. 
Malin, malena, adj. quai., méchant. (V. p. 19.1 
Mami, s. m., contraction de men'ami, mon ami; 
ce mot répond aussi à garçon ou citoyen dans un 
sens ironique : N'en vtcha yon drôleu dé mami, en 
voilà un drôle de citoyen ! 



DU PATOIS LYONNAIS 145 

Mangueu, s. m., manche d'un instrument ; mantse, 
s. f., manche dhabit. 

Maneveu, adv., complètement. (V. p. 60.) 

Marain ou inérin, s. m., débris de démolition. 

Marre, adj., calcaire. 

Marcorô (Se), y. réfl., se faire du mauvais sang, se 
donnerpeur: Oh! ilébeii tvanqucleu, isémarcourépô! 

Margot, s. f., pie. 

Marletse, s. f., morue. 

Marli, s. m., marguiller; on dit aussi maniï. 

Marlou ou raarlan, s. m., perruquier. 

Mâson, s. f., maison. En Bresse, dans un sens 
plus restreint, chambre principale, où se trouve la 
grande table. La pièce où se trouvent le poêle et 
les lits s'appelle diambra. 

Marva, s. f., mauve. 

Malafan, s. m., crêpe; on dit aussi quelquefois 
en français matefaim. iV. p. 81.) 

Mâtin, s. m., milieu : U biau mâtin dé la revire, 
au beau milieu de la rivière. En Bresse, moëtan. 
à Tarare, Saint-Symphorien-le-Chàteau, l'Ai-bresle, 
mitan. En Beaujolais, moitin. — Matin, avec a bref 
et sans accent, matin. 

Maton, s. m., marc, résidu d'une pressée d'huile. 

Maîya,s.f.,meule de blé. — Mayor, s. m.,gerbier. 

Mazua, s. f., fourmi : On ni dé mazué, un nid de 
fourmis. — En Beaujolais, na môzeuï; en Bresse, 
na frémi. 

Mé, adv., plus. (V. p. 59.) Probablement de l'alle- 
mand mehr. — Conjonction, mais. — Dans le pays 
de Gex, pron. pers., moi. 



146 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Mé, s. f., pétrin, en Bresse. 

Mécli, s. m., néflier; média, s. f., nèfle ; Chaneins, 
mépli. 

Mognôta, s. f., salade qu'on appelle en Beaujolais 
et en Bresse levretta; à Lyon, doucette, levrette 
ou blanchette, et à Paris, mâche. 

Mé)né ou mamô, v. a., usité en Bresse, embrasser. 

Menétro, y. a., présenter, servir ; du lat. minis- 
trare. Menétro-vea le deinno? Servez-vous le dîner? 

Meniso, v. a,, couper en menus morceaux. 

Mérainna ou mérenda, s. f., i'après-dinée (pro- 
noncez merain-na). 

Merando, v. n., troisième repas en été; on dit 
aussi fére laméranda. (Pour la prononciation, v. p. 4.) 

Mevi, V, n., mourir. (Pour la prononciation, v. p. 4.) 

Mesi, V. n., moisir. 
Miand^miaounô, enDombes,mia?TO,v.n., miauler. 

Midzeur, s. m., midi. — Miné, s. f., minuit. 
Million, s. m., petite pierre; en Dombes, plâtras, 
débris de vieux mur. 

Minon, s. m., fleur du noisetier, chaton. — Ce mot 
également personnifie le chat ; en français, Minet. 

Su leu brondjau tsante on ronsegnolet. 
Minon dessô miaoune : m ami, tsantrnnequeu. 
Dévala don vô ma, vin, fait que dze té bequeu; 
Te m'o tan fa plasi pé teu drûleu coplet ! 
L'ajau se lassi tsaré, é Minon din se patte 
L'aggrepi désandé, li copi leu sifflet. 
Méfîo veu dé qui vo flatté '. 

* Ceci est la traduction libre d'une des fables enfantines du Fabu- 
liste Chrétien : 

Minet dit au serin : Descends de ton perchoir. 
Descends que je t'embrasse, ô le plus beaux des êtres ! 
Dans les griffes du chat l'oiseau se laisse choir; 
Minet lui tord le cou. — Les flatteurs sont des traîtres. 



DU PATOIS LYONNAIS 147 

Mô, S. m. iprononcé ouvert et très grave), mot; 
prononcé aigu ma, il est tantôt substantif masc, 
tantôt adv. : mal. — Deré dé rao à quoquion, insul- 
ter quelqu'un, répond exactement au latin maie 
clicere, d'où en français maudire; — s. f., pétrin (o 
bref) . 

Modo, V. n., partir; seul usité dans ce sens, il y a 
seulement vingt ans. 

Mol-effa, adj., étonné, mot indéclinable qui ne 
s'emploie qu'avec une négation : Dze né si pô mol 
effa qu'i m'aijé dévend. Je ne suis pas surpris qu'il 
m'ait deviné. 
Moléjà, adj. (V. Eja.) 

Moleu ou mouleu, s. f., ancienne mesure de bois 
à brûler; environ 2 stères 1/4. — Môleu, adj., mâle. 
Molire, s. f., coussin de paille que l'on met devant 
la tête des bœufs attelés. 

Molon, s. m., mie : El né mendzé que dé molon, 
dzin dé croula. 

Molor, en pato's francisé molard, s. m., bosselure 
de terrain, moins qu'un monticule. Ce mot s'emploie 
aussi comme adjectif : On prô en hiautu s appelé 
prô molor. 

Mondeu, s. m., quelquefois monde, mais plus 
souvent gens, et alors on met au pluriel le verbe 
dont il est sujet : Ponrre'i mondeu ! pauvres gens ! 
Len }nondoH. son l>in malin, les gens sont bien 
méchants. 
Monda, V. a., nettoyer. iV. p. 74.) 
Moniau ou mogniau, s. m., moineau. 
Morain-na, s. f., ver2:e. 



148 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Mordzon. s. m., gland d'un bonnet, queue. 

Môre^ s. f., mère. (V. p. 4.) Aujourd'hui on dit 
méré. 

Mornicha ou morvèla, s. f., écoulement du nez. 

Morniftô, s. f., soufflet donné du revers de la 
main. 

Moii-a, s. f., museau d'un animal. 

Mandela, s. f., macreuse, gibier noir très commun 
sur les étangs des Domb^'S. 

Motsè, s. m., touffe, bout de branche : On grou 
motsè dé cerise. 

Mou, mola, adj., mou, molle. — Mou, moura,, adj., 
mûr, mûre. Bresse, Moœu, Moœura. 

Mouet, s. m., tas, amas; Beaujolais, mouar. (V. 
Ciitson.) 

Moulasse, s. f., plaque de fonte, formant le fond 
de Tâtre; on dit aussi bretagne. 

Moula, V. a., lâcher; du lat. mollis : Tin bon la 
courda, moula po ! Tiens bien la corde, ne la lâche 
pas! (V. p. 79.) 

Mourla, s. f., instrument de musique des plus 
primitifs, formé d'un petit cadre métallique au 
centre duquel est adaptée une languette ter- 
minée par un crochet, qu'on se met entre les 
lèvres et qu'on fait vibrer. — En Bresse, na 
gronda. 

Mourna, s. f., mirliton. — En Bombes, bour- 
donnement confus de ces essaims d'insectes 
presque invisibles qu'on entend l'été, dans les 
champs , surtout aux approches du crépuscule. 
— En Bresse, bout ferré d'un bâton, fer plat et 



DU PATOIS LYONNAIS 149 

soudé dont on entoure un manche pour le con- 
solider. 



IV 



Na ou ina, adj. numéral, un, une. (V. p. 15.) 

Nâ, nâre, adj., noir, noire. 

Nâsi, en bressan naise, y. a., rouir le chanvre, 
probablement de naï, v. a., noyer. 

Neii (prononcez ninj, pron. pers., en, signifiant 
de lui, d'elle, d'eux, de ceci, de cela, de là : Bailli 
me n'en, donnez m'en ; italien, date me ne. 

Nerta, s. f., myrthe. 

Neu, adv., non. 

Neurin, s. m., petit porc; du latin, nutrire, nour- 
rir; fort usité en Bresse et en Dombes. 

Niaco, s. f., coup de dent; v. a., mordre, 

Nion, pron. adj., aucun, personne. 

Nomple, adv., aussi : ma nomple, moi aussi; 
ta nomple, toi aussi. 

Non, s. m., nom; avan-non ou prenon, s. m., 
prénom. Ces mots, trop français, ne figure- 
raient point ici , s'ils ne me fournissaient 
l'occasion de quelques souvenirs aiiecdotiques 
locaux. 

Corné lé mode tsa}i,dzon ! Qitan dz'étchahi pete, la 
mâtcha dé le féné port'lvon dé non que fen;itchn.n 
en on : La Sezon iSuzannei, la Françon (Françoise), 
la Nanon (Annej,?a Dzoneton (Jeannette), la Parnon 



150 ESSAI DE GRAMMAIRE 

(Pierrette ou Pernette), la Marion (Marie), la. Moclé- 
lon (Madeleine) , la Nison (Denise) , la Fancho7i 
(Françoise ou Fanchette), la Margoton ou Goton 
(Marguerite), etc. 

Je crois pouvoir mo dispenser de traduire cette 
phrase en français, mais je traduirai la suivante : 

Tai cheuz on parâtson voré grossi , rede- 
queleu; eh bln non, i n'y étclian po, vo poï me 
nen craré; é quan, Ir. djornainné, la Goton ou 
hén la Françon passnvon avoua lu ju pétillan 
sô lu coiffé blantsé, é lu taille rohesta é prema sô 
leu motseu rodzeu et soleu davanti gôrdze de 
'pindzon , dze vo fo mon billet que nion né 
sondzové à se borlo d'èlé. Ey étché èlé pretou que 
neuz en féjan dé teuté lé façon. 

Tous ces on paraisseiit maintenant grossiers, 
ridicules. Eh bien non, ils ne l'étaient pas, vous 
pouvez m'en croire ; et quand les dimanches, la 
Goton ou la Françon passaient avec leurs yeux 
pétillant sous leur coiffe blanche, et leur taille 
robuste et svelte sous leur mouchoir rouge et sous 
leur tablier gorge de pigeon, je vous donne ma 
parole que nul ne songeait à se moquer d'elles. 
C'étaient elles plutôt qui nous en faisaient de toutes 
les façons. (V. Sôbrequé.J 

iVai, s. f., noix. 



o 



0, pron. pers, s'emploie à Quincieux, Anse, Chazay 



DU PATOIS LYONNAIS 151 

pour il, qui se rend à Couzon par è, et à Villefranche- 
sur-Saône par i. fau, il faut, au lieu de è fâu ou i 
fau. Phrase entendue à Quincieux : Avezo va s'o 
plô d'à inqusL, o s'o plô dé zicha, regardez s'il pleut 
(le haut en bas ou s'il pleut par travers. 

Oca ou hôca, s. f., hotte. 

Ogné, s. f., coups de billes qui, entre enfants, se 
donnent sur les doigts à celui qui a perdu la partie. 

Oilla ou euille, s. f., en Bresse : 1° aiguille ; 2° le 
fil engage dans une aiguille, aiguillée; 3° aiguillon. 
— Oillon, signifie aussi aiguillon, avec cette diffé- 
rence que Voillon n'a pas à sa base la petite houlette 
en fer qu'on appelle on dezé. 

Ola, s. f., marmite, du latin olla; Dombes, oèla; 
Bugey, oula. 

Omerele, s. f.. en Dombes, camomille puante, 
plante parasite presque indestructible dans les 
champs de blé. 

On et onque, adv., où ? — D'on et d'onque, adv., 
d'où? (V. p. 59.) — On via quero (curé) dejé : Quan 
dzé vaïeu dé men eïze (église), lé djomainné, u lieu 
duz anchen davanti d'iîidjéna (tabliers d'indienne) 
et du bonne dé tulle blan, tan dé robe dé soie é dé 
tsapiau chéri ;fleuris) dé teuté lé colu, dzé mé déman- 
deu : On don que son leu pouvreu? Mai quan, la 
messe fenia, dzé coateu Voffranda, dze mé déman- 
deu : On don q\ié son leu retseu ? 

OnchéjS. m., oncle. (V. p. 74.) 

Oneu, s. m., àne; d'où ônô, la charge d'un cane, 
une ânée de vin. Dans Tivan, scène m : On onéron, 



152 ESSAI DE GRAMMAIRE 

une petite ânée. — A Bourg, Vono servait aussi pour 
le blé et équivalait à 3 hectolitres. 

Orva, s. f., étincelle. 

Ou, s. m., os : Y él in liurlabarlu, i baïé l'ou h 
tsevau é Vaveinna u Isin; c'est un étourdi, il donne 
Tos au cheval et l'avoine au chien; en Beaujolais, 
our. 

Oua, adv., oui. (V. voua.) 

Oui (prononcez î)oîuj, adv., aujourd'hui. (V. p. 60.) 

Oulevetta, s. f., oeillette; d'ouleva, olive. 

Outà, s. m., autel : Leu prètré clâ vivre de l'outo é 
le sordô dé son sôbreu. 

Ouvô, Y. a., pondre. — Ouvire, s. f., panier où les 
poules pondent. 

Ouvra, s. f., ouvrage ; Beaujolais, uvra. 

Ovri, s. m.; ovrire, s. f., ouvrier, ouvrière. — Ne 
pas confondre avec ouvri, v. a., ouvrir; cependant 
en Dombes, pour ouvrir on dit uvri. 

Oyasse, s. f., pie; Dombes, ouyesse. 



Pâchau ou péchou, s. m., échalas de vigne. 

Paclo, s. m., pois loup on lupin. 

Pai ou pa, s. m., chevelure (du latin pilus. V. 
Prin). — Pâ signifie également poids et pois. 

Paléfa, s. f., petite pelle ; la grosso se dit pnln. 

Pallou, s. m., en Dombes chintre, généralement 
plus large que la chintre de Bresse. 

Palosson, s. m., échelon (à Guéreins). 



DU PATOIS LYONNAIS 153 

Pana, s. f., guenille, torchon — Pana, adj., réduit 
à la misère. — Panossa, adj. quai., lâche. — Panô, 
s. f., soufflet, raclée, forte correction. — Panô, v.a., 
essuyer : Pano la trobla (du latin payinusj. 

Panel, s. m., en Bresse, maïs. — Panouillon, s. 
m., épi de maïs. — Panouille, s. m., le même épi, 
mais dégarni de ses grains. — Panesset,s. m., paille 
du maïs. — A Couzon et en Beaujolais, panaidlle, 
s. f., panais sauvage , plante qui , cultivée, est de- 
venue la paslonade blanche. 

Paqué, s. m., paquet; les médisants sont qualifiés 
de rappourta-paqué ou fésou dé paqué. 

Parca, s. f., cuscute, plante parasite redoutable 
dans les champs de trèfle. — A Montmerle et Mont- 
ceaux, dé rouessé. 

Pitre, s. f., poire. — Pûrl, s. m., poirier. — Paria, 
confiture de poires. (Pour la prononciation, v. p. 4.) 

Pare a bon Dju, s. f., poire à bon Dieu, fruit de 
l'aubépine . 

Pare, s. m., mur, ou para, s. f. (V. 74 et, pour la 
prononciation, p. 4.) 

Parfon, s. m., pieu pour faire une clôture; se dit 
en Bugey. 

Parô, V. a., prévenir, éviter, faire dévier : Paro 
on mauve cou. 

Parou, s. m., branche à fruit. (V. p. 74.1 

Parvéla, s. f., épervier, oiseau de proie; épervier, 
engin de pèche, se dit éparvi. 

Passenada, s. f., carotte; en Beaujolais et en 
Bombes, paslonade. 

Pata, chiffon ; en patois francisé, patte ; pati, chif- 



154 ESSAI DE GRAMMAIRE 

fonnier; pntlre, chiffonnière. (V. p. 80. — Pâte se 
(lit pnta et patte patta.] 

Pâté, patéta, adj., lent, traînard. 

Pairegot , s. m., besogne, occupation et aussi 
commérage. — Patregotô, v. a., brasser, remuer; 
faire des cancans. 

Patroïe, s. f., boue. —Patroï, v. n. : Com'è patroïé 
sti voui ! quelle boue il fait aujourd'hui! (V. p. 81.) 
— Les Bressans disent gueuille. 

Patta, s. f., tussillage, pas d'âne. 

Pebleu, s. m., peuplier. — Pepleu, s. m., peuple. 
Ces deux mots sont identiques en latin, si ce n'est 
que populus, peuplier, est féminin, et popuîws, peu- 
ple, masculin. Epigramme : 

Dzé vo derain se pepleu vin dé pebleu 
Ou ben se pebleu vin dé pepleu 
Se dzé saïain, du dou, lequol é nié mobeleu '. 

Pécou ou jjicou, S. m., pédoncule ou pédicelle, 
queue qui porte un fruit ou une fleur: On j)écou clé 
cerise; — pied du panais ou mais,— Dépecolo,x. a., 
ôter les pécou. 

Pedance ou. pedancho, tout ce qui se mange avec 
le pain ; s'apedanci. — Bourg , s'apedanche ( v. 
Refl.) se rationner en fait do pitance et se rattraper 
sur le pain. 

Pedja, s. f., pitié; bressan, pedia. 

Peillé, s. m., bavette ou tablier d'enfant; en Beau- 



' Dans i;es trois vers la rime est féminine, l'accent portant sur l'e 
muet lie ravant-dernière syllalie. 



DU PATOIS LYONNAIS 155 

Jolais, 2^il^é. — Peilleré, s. m., tablier de peau en 
usage en Bresse. 

Pela, s. f., sauvageon à greffer. 

Pelosse, s. f., prunelle, prune des haies; d'où 
pelossi, s. m., prunelier. 

Pèlo, s. m., omelette; a vieilli; pourtant se dit 
encore en Bugey. 

Pénecha, s. f., petit millet sauvage. 

Penon, s. m. (V. Bardana.) 

Pequa (dé) ou dépiqua, ad v., verticalement, à pic. 

Péraje, s. f., paresse; perajii, usa, paresseux 
euse : Y est on péraju, i tsortse d'ouvra é prié Dju 
dé n'en dzin trovà. — En Beaujolais, perazou, ousa. 

Péri (Se), se suicider. 

Périra. (V. Pira.J 

Persaï, s. m., pêcher ; pertse, s. f., pèche. (V.p.74.) 

Petafenô.Y. a., gaspiller, abîmer : I petafène seu 
ijor. Probablement du français faire petite fin. Dans 
Tivan, scène m, on trouve : To bétré à putafin, 
tout saccager. 

Pétassi, V. a., raccommoder (une étoffe); Bas- 
Beaujolais, petéché; Haut-Beaujolais, remindo; 
Bresse, remando. 

Petregni, v. a,, pétrir à fond : 0-te assé petregna 
la terra, la pôta ? 

Pétsérie ou pêcherie, s. f., en Bombes, fossé inté- 
rieur d'un étang, où le poisson se réfugie et se 
laisse forcément prendre quand on fait écouler les 
eaux. 

Petu, s. m., putois. 

Pétui, s. m., cerisier sauvage, bois de Sainte- 



156 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Lucie, ce qu'on appelle en botanique cerasus Mafia- 
leh : E gnk dé pétui que de leu tarrain marre (calcai- 
res) ; vô n'en trovériopô y on de lé Dombé. 

Peu, s. f., planche. 

Pevâ, subst. et v. a., pouvoir. (V. p. 49.) 

Pezi, V. a., piler. 

Pi, conjonction. (V. p. 64.) 

Piarda, s. f., pioche qui a d'un côté une pointe et 
de l'autre un tranchant ; usité surtout en Bugey 
(Hauteville) ; en Dombes, pecorda. 

Piastre ou piostre, s. f., usité surtout au pluriel. 
Ainsi dans la vieille chansonnette naïve et à peine 
rimée : 

Di mé, Djaneta, | ^ 

Vu te té vi.ario, \ 

Lariretta? 
— Neu, neu, mon pore 
Ma môre vôlont pu, 

Lariretta. 



bis 



— Pre quâ ton pore, 
Ta môre vôlon po, 

Lariretta? 

— / djon que Piarre 
Sa po fossero, 

Lariretta. 

— Ma! sa teu féré, 
Applaï, déplaï, 

Lariretta, 



bis 



bis 



bis 



1 Les couplets se bissent, mais non le mot Larirette qui ne se dit 
qu'à la première fois. 



DU PATOIS LYONNAIS 157 

! bis 



Piolsi lé terré, 
Essarto, saï, 
Lariretta. 



Edz'à dé piastre 
Plein onpete sa, 

Lariretta, 
— Se t'o dé piastre, 
Piarre, me vetcha 

Lariretta. 



bis 



bis 



Pié, s. m., lange pour un enfant; ne pas confon- 
dre avec pie, pied. 

Piéceta, s. f., sarcloir, — Piécetô (V. sarcler.) 

Pigea, s. m., potage au riz ou au millet. 

Pindré, v. a., peindre ou pendre. — Pendold, v. 
n., rester suspendu. — Bresse, innguille; Bugey, 
pinguilli. 

Pindzon, s. m., pigeon; en Beaujolais, pondzon; 
de l'ifcal., piccione. 

Pi(3ï ou piolli, V. n., parler en criant; pioïord, 
adj., criard, qui a le verbe haut. 

PiotsEL, s. m., pic- vert. 

Pipa, s. f., pipe; d'où j^Wo, v. a., fumer dans une 
pipe ; ce verbe a aussi le sens d'exhaler, proférer : 
I n'a. po pipo leu m(3, il n'a pas dit un seul mot. 

Pira, s. f., pierre. — En Bresse, piarra; — d'où 
peraijon, s. m., carrier. — Perire, s. f., carrière. — 
Piretta, s. f., bille de pierre avec laquelle jouent les 
enfants. — A Lyon et en Bugey on dit une gobille; 
à Bourg, lia helina; à Gex, on mâpi; à Chaumont 
(Haute-Marne), ime chique, etc., etc. (Pour la pro- 
nonciation, V. p. 4.) 



158 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Piu, S. m., pou; à Montmerle, BoUeville, etc., ^^io. 

Plan, adv., doucement : Teit plan plan, tout dou- 
cement; de rital., piano, pian piano. 

Plemassi, v. a., plumer, peler ; Dombes, plemeché. 

Plemotseu, s. m., plante dont on fait des balayet- 
tes fagrostis spica venti). 

Pléve, s. f., pluie. — En Bresse, plouze; Beaujo- 
lais, plâve. — Plôvré, v. n. unipersonnel, pleuvoir: 
E p/d, il pleut; è plovié, il pleuvait; è 2'>lovra, il 
pleuvra; e y a ploviu, il a plu. 

Pion, s. m., soc de Varrairou ou du raya. (V. ces 
mots ; en anglais, plough.) 

Pô, s.m.,gaudes, usité en Bresse; àCouzon et en 
Beaujolais on dit trecaïa, farine de blé de Turquie. 

Pô. polo, pochon. (V. p. 74.) 

Pochon ou potchon, s. m., cuiller à pot; le même 
mot, féminin, signifie potion quand on appuie sur 
la dernière syllabe et passion quand l'accent porte 
sur la première. 

Pognon, s. m. — Pogne, s. f., galette. 

Pointa ou pointe, s. f., pointe; signifie aussi 
dentelle : Netvé gran, quan el se féjan brové, porto- 
von dé coiffé monté de pointé dé Valenchena, nos 
grands'mères, quand elles se faisaient belles, por- 
taient des coiffes montées de dentelles de Valen- 
ciennes. 

Polaille, s. f., poule; du latin, pullus. 

Pontson ou ponction, s. m., tonneau, pièce de vin. 

Pore, s. m., père. (V. p. 4.1 

Pornâ, s. f., prune; porni, s. m., prunier; por- 
gnau, pruneau. 



DU PATOIS LYONNAIS 159 

Porri, s. m., en Bresse, fromage fort, sans doute 
du verbe porrl, pourrir; part., également porri. 

Porta, s. m., portail; portèla, s. f., petite porte 
adjacente au porto. 

Portsenesse, s. f., renouée des oiseaux, plante fort 
commune, bonne contre la dyssenterie. 

Poson, s. m., mouche de la viande. 

Possa, ou posse, s. f., pis, mamelle; d'où x)ossi, 
V. a., teter : Tai leuz effan se posson leu dâ. En 
Bresse on dit na poiche ou on carti. 

Posseret, s. m., en Bresse, moineau. 

Pôteu, adv., non pas, absolument pas; abrévia- 
tion de pô du teu, pas du tout. 

Pou, s. f., peur. En Dombes, po. Voici, dans 
l'idiome de Chaneins, une drôlerie enfantine qui 
fait les délices des fillettes de six ans : Za po. — Dé 
qua ? — Du là. — Vo-te vio ? — Oh ! neu. — Courue ! 
Courne! — J'ai peur. — De quoi? — Du loup. — L'as- 
tu vu? — Oh ! non. — Corne ! Corne ! — A Couzon, 
po signifie pas, adv., et pas, s. m. 

Poua, s. f., dent de râteau, de trident, etc. — 
Ponà, V. a., mettre des dents à un râteau ; plus sou- 
vent tailler la vigne. — En Beaujolais, sarpo. 

Poueur, s. m., poireau ; Beaujolais pear. — Peur 
de lô, poireau de loup (à Chaneins) ; c est la jolie 
plante bulbeuse à fleur bleue pyramidale, si com- 
mune dans les guérets : Muscari a toupet. 

Pouiyan, fém, — Pouiyanta, adj. quai., douillet, 
plaignard. 

Poupou, s. f., huppe, par imitation du cri de cet 
oiseau; on dit aussi heppa. 

12 



160 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Pouvreu, pouvra, adj., pauvre, indigent. Quand 
on l'emploie comme épithète de tendresse ou com- 
misération, on retranche le v. Pourra féna! Pourreu 
garçon ! 

Pragnire, s, m., repos après dîner : Féré pragnire. 
En Beaujolais, prenire. 

Pre, s. m., en Bresse, morceau de bois où s'ac- 
croche la corde dont on se sert pour tirer la charrue; 
cette corde elle-même se nomme on bracon. Le pre 
s'adapte au joug par l'imb/â, qui est en cuir ou en 
corde, ou par on courclé en osier. 

Pria, adj. masc; prema, au fém., svelte, à fine 
taille. Dans la chanson de la Liaudeinna (dialecte 
de Bourg) : 

Al è prema su lez anshé. 
L'a loupa ben trenato. 

Elle est svelte sur les hanches, elle a la cheve- 
lure bien tressée. 

Prinpané, s. m., millet. (Etymologie pr in pané, 
fin panais.) — A Chaneins, meilhar. 

Priond, prionda, adj., profond, de. 

Pron, pronta, adj., prêt, prête (et non vif, rapide 
comme en français). 

Prou ou prd, adv., assez. (V. p. 59.) 

Prouilla, s. f., trouvaille, bonne station de quel- 
que chose. 

Prouva, s. f., preuve; creux destiné à recevoir 
un cep qui en remplacera un autre manquant. 

Pussa, s. f., poussière; d'où pussaï,v. n., faire de 
la poussière. Bressan, pochai; Beaujolais, poussaïe. 
— Pussaïu, usa, adj., poudreux, euse. 



DU PATOIS LYONNAIS 161 

Puza, s. f., puce. — Puzaï, v. a., chercher les 
puces : Leu tsin se puzaîé. 



Q 



Quegnon, s. m. (V. Brequa..) 

Quemoillon, s. f., crémaillère. — En Bresse, que- 
moillou. 

Quetegna, s. f., confiture (en Dombes). 

Queuté, s. f., visite : Dz'étchan en queuté vo 
netron querà ou euro, nous étions en visite chez 
notre curé. 

Quetchau, s. m., couteau. En Bresse, quêté : 
Quêté a clou mangueu, couteau à deux manches, 
plène. 

Queri, v. a., quérir, chercher : Dzé voui té queri 
avoua on garatson ! du latin, quœrere. (V. p. 74 et, 
pour la prononciation, p. 4.) 

Quezena ou cuzena, s. f., cuisine. — Quezeni ou 
cuzeni, s. m., tablier à poches pour faire la cuisine. 
— Quezenô, v. a., cuisiner. — Quezena signifie 
aussi cousine. 

Quinnô, v. n., pousser des cris aigus (prononcez 
qui-nno) : Leu caïon quinnon. 

Quinson, s. m., pinson. 



Râ-bâ (prononcez très ouvert), s. m., gâteau des 
rois (roi boit). 



162 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Raderê, s, m., racloir ; du latin radere. — Beaujo- 
lais, on rote. 

Rado, s. f., averse. — Dombes, hordecJm; Bresse, 
ragassa ; Pays de Gex, onda. 

Radze. s. f., racine. (V. p. 74.) — Signifie égale- 
ment rage. 

RsLgono^Y. n., murmurer. 

RarnellsL, s. f., lame ; mauvais couteau. 

Rainé, s. m., balai (Saint-Didier-sur-Chalaronne). 
— Ramèché, v. a., balayer. 

Ran, s. m., balai. — Bugey, remasse. (V. Couaveu.) 

Rana, ranetta, s, f., grenouille, grenouillette. — 
Bressan, renouille; encore un mot oublié à la p. 74. 

RajDelion, s. m., grimpeur. — Rapelionà, v. n., 
grimper. 

Rat pétéré, s. m., roitelet. 

Rata voladze, s. f., chauve-souris. — En Bresse, 
rata volesse. 

Rato, V. a., faire la chasse aux rats : Leu tsa 
ratové se bien quH né vejan dzin mé dé ra. 

Ravatà ou rabatô, v. n., tomber. 

Ravi, s. m., silos, parce qu'on ensile surtout des 
raves. 

Ravon, s. m., ravenelle, et aussi moutarde (sinapis 
arvensis). — Bugey, ravoné. 

Rayé, s. m., charrue à deux oreilles; les oreilles 
s'appellent leu guintson. 

Rebrotsi, v. a., redoubler. — En Dombes, semer 
deux ans de suite un étang en assec ; Bresse, redobld; 
à Marlieux, repequà; Bugey, replia. 

Recannô, v. n., braire; d'où le français ricaner, 
rire avec fracas et en montrant les dents. 



DU PATOIS LYONNAIS 163 

Recordô (Se), v. n., se rappeler; du latin, recor- 
dari; étymologie, se remettre dans le cœur. Bros- 
sard de Montanay dit dans son petit poëme de 
Marguerite, imprimé par Philibert Le Duc à la 
suite du Tivan iBourg, 1870i : E né pô la mâtia dé 
cen qu'on se recourdé. 

Redou, s. m., adoucissement de la température : 
V'tcha leu redou, adju lé coliré ! voilà la fonte des 
neiges, adieu les glissoires ! — Bugey, redè. 

Regalece, s. f., réglisse. 

Regnuli, s, m., toile d'araignée; fil de la Vierge. 

Regouello, v. a., raccommoder grossièrement (un 
outil). 

Regolo, s. f., flambée de bois. — Bugey, falia; 
Bresse, évolia; en Forez, râli. 

Regret, s. m., honte : Té fé regret, tu fais honte à 
voir. 

Relodzeu, subst., horloge; mot masc. en patois et 
fém. en français. 

Rèlo, V. a., vagir, pleurer. 

Remando, v. a., raccommoder. — Beaujolais, Bu- 
gey et Dombes, remindo. 

Remelà, v. a., grogner. — On remelu, s. m., un 
grognon. 

Remiadzeu, s. m., pèlerinage : Mé seperstechu que 
reledju, çartin païsan son for pè leu remiadzeu. Il 
applaïon lé djomain-né, u lieu d'allo uz officheu dé 
lu parâtse; mé i se crârain pardu s'i manquovon dé 
vesetô tui leuz an saint Denis pé lu polaillé, parce 
queyé leu saint des nids; saint Paul, à la fêta dé sa 
convarchon, afin que luz effan saijan presarvo dé lé 



164 ESSAI DE GRAMMAIRE 

convarchon, parce que convulsion et conversion, in 
patois, son leu mémeu mô : convarchon; Notre- 
Dame des Couches, à Jasseron, parce qu'i lison 
couches, etc. 

Remuna, s. f., aumône. (V. p. 74.) 

Renabou, s. m., ononide ou arrête-bœuf, plante 
épineuse dont les racines tenaces arrêtent la char- 
rue. — Montrevel, rizebeu; Dombes et Beaujolais, 
rétabu ; Bugey, rirebu. 

Reprin, s. m., son de farine; Bugey et Beaujolais. 

Retcha, s. f., tartine. — Dombes, rutia; patois 
francisé rôtie. Chanson du patois de Lancié : Bour^ 
reu, bourreu, bourreu bat ; dz'en retegneu na rutia, 
beurre, beurre, beurre je bats; j'en retiens une 
tartine. 

Retinton, s. f., retour et complément d'une fête 
huit jours après : Féré la vogua tan qu'a retinton, 
faire la vogue huit jours de suite. — A Couzon on 
dit ^a revola. 

Retsagni, v. a., rebuter quelqu'un. — Retsagna, 
s. f., grimace. 

Retsau, s. m., dommage causé dans les champs 
par les racines et l'ombre des haies. 

Revandreu, s. m., patience frisée (rumex crispus). 

Revèta, s. f., lierre terrestre, dont on fait des in- 
fusions excellentes dans les cas de refroidissement. 
Revola, s. f., Dombes, revolon; Bresse et Beaujo- 
lais, revoula; petite fête qui termine, à la ferme, 
chacun des grands travaux : fenaison, moisson, 
vendanges. Pour ces dernières on dit, à Ceyzériat, 
la Grand' Margot. 



DU PATOIS LYOXNAIS 165 

Revondré, v. a., enfouir. Phrase de Clianeins : 
I pe avanta,dzo dé féré mendié na. copa. dé triolé 
rodzeu ou nâ u rotéli que dé la i^evondré ; i rendon 
dé là, dé vianda é pi dé bon femi, il est plus avanta- 
geux de faire manger une coupe de trèfle rouge ou 
noir au râtelier que de l'enfouir; ils (les trèfles) 
rendent du lait, de la viande et de bon fumier. 
(M. Berthelon.) 

Riéta, s. f., sentier entre deux haies (Montrevel, 
Curtafond, Saint-Martin-le-Châtel). Ruéta, en Dora- 
bes. — Ces mots désignent aussi Tespace compris 
entre un lit et un mur. 

Rifolô, V. n., rire comme un fou. — Rifolon, s. m., 
celui qui rit à tort et à travers. 

Rin ou ren, subst. masc, rien ; adv., pas, ne pas : 
El n'è rin sarvadze, elle n'est pas sauvage du tout. 

Riouta, s. f., brin d'osier pour lier. — Beaujolais 
et Bresse rieuta. — Riouto, v. a., lier des fagots, 

Rippa ou Rippe, s. f., pâturage boisé. Il n'y a 
presque pas de commune en Bresse qui n'ait un 
hameau appelé les Rippes. 

Rita, s. f., filasse de chanvre très fine. 

Riu, s. m., ruisseau, du latin rivus. 

U meriau d'on riu, teuta drôla é seuléta 

S'avesové na bardzéréta. 
Arreve on grou caïon que sauté de la fan, 

Petregné, viré é se secoïé 

E troblé lègue tan quu fan. 

E y é feni; de ché gaboïé 

La bardzire né se va plu. 
Ton cœur, ma poura fille, é corné chi riu; 
Gorda leu, que jamé le vicheu n'y bassoïé! 



166 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Traduction littérale. -— Dans le miroir d'un ruis- 
seau, toute jolie et seule se regardait une petite 
bergère. Arrive un gros cochon qui saute dans la 
fontaine, piétine, tourne et se secoue, et trouble 
l'eau jusqu'au fond; c'est fini; dans cette boue la 
bergère ne se voit plus. Ton cœur, ma pauvre fille, 
est comme ce ruisseau ; garde-le, que jamais le vice 
n'y patauge ! — En Bugey, ruisseau se dit nan. 

Rocà, V. a., heurter (comme bronco); en patois 
francisé roquer et roqua.de. 

Rogne., s. f., querelle. — Rognu, usa, adj., taquin, 
de méchante humeur, grincheux. — En Bresse, 
mauchadou. 

Romd, V. a., remuer, déplacer : se romo, démé- 
nager. 

Ronsegnou, s. m., rossignol : Leu phylloxéra a 
sauvo pér on tin netreu darri ronsennou, en consar- 
van leu darri pourreu pete hou dé netré montagne. 
A quoqué tsuza maleur est bon. — En Dombes on 
dit rousselion et rousselionô, chanter comme un 
rossignol. 

Ropesson, s. m,, échelle à montant unique et 
central, débordé à droite et à gauche par les éche- 
lons : Leu repesson chert a culli leu frui su leu 
grands arbreu. 

Ropi, s. m., piquette. — En Bresse, bevanda. 

Ropia, s. m., lierre. — A Couzon, foïé d'ila (feuille 
d'ile). 

Rosa, s. f., fossé de séparation ou d'irrigation; 
borne. 

Rossa ou rôsse, s. f., rosse. (V. p. 80.) 



DU PATOIS LYONNAIS 167 

Rota, s. f., route. — ,1 rota, sous entendu tsamba, 
adv., à c!ociie-pied à jambe rompue : ital., rotta 
gamba). 

Ruelle, s. f . , renoncule jaune qui infeste les 
guère ts. 

Rula, s. f., lange, serviette. 

Rapt. s. m., torrent dans les montagnes; du latin, 
ruplus, terrain rompu par le passage des eaux. 



Sa (accent grave), s. m., soir; s. f., soif; pron. 
pers., soi, lui; v. a., l'* pers. du présent de Imdic. 
du verbe savoir. — Sa (a aigu), s. m., sac : El H a 
baïa soyi sa, elle la refusé pour son prétendant; 
V. a., 3* pers. prés, de l'indic. du verbe savoir. 

Sabato, v. a., secouer, en parlant d'une voiture 
mal suspendue ou du vont qui souffle violemment 
(vient de sabbat ?) 

Saboulà, V. a., rouer de coups : Se té brontsé, té 
séré saboulà, si tu bronches, tu seras secoué. — 
Beaujolais, sabolo. 

Sacrai, v. a., blasphémer, à cause du mot sacré 
qui revient sans cesse dans les blasphèmes. — On 
dit aussi dans le même sons rlzero, jurer. 

Sadeu, adj. ifém. sada), savoureux, du latin sapi- 
dus; c'est lo contraire (.Vinsepedeu, insipide. 

Saï, V. a., faucher. — Dombes, seyé; Beaujolais, 
sayé. -^ Sayou, s. m., faucheur. Ne pas confondre 



168 ESSAI DE GRAMMAIRE 

avec assaï, assaillir; essai", essayer; mots français 
habillés à la paysanne. 

Sainva, s. f., anse de marmite. 

Saléta, s. f., oseille; se dit à Couzon, en Beau- 
jolais et en Bugey (Hauteville) ; bressan, zezuble. 

Sampéï, V. a., secouer, mettre en poussière, 

Sampéïeri, s. f., chose méprisable, saleté : E y é 
teu dé sampéïeri. 

Sapena, s. f., grand bateau. — A Dompierre-sur- 
Chalaronne, cuve à lessive; étymologie sapin. 

Sarpen, s. f., serpent. C'est le terme général; 
mais vipère se dit creteu et orvet invieu. 

Sarpolé, s. m., thym. — Bugey, puffè. 

Sarraï, s. m., serrurier. — Sarraïe, s. f., serrure. 

Sarrà, v. a., fermer (et non serrer comme en 
français). Sarrô la pourta, fermer la porte. (V. p. 39.) 
On dit aussi en Bresse, froumo. 

Sarron, s. m., sciure de bois. 

Sarta, s. f., scie. — Sartô, v. a., scier. — Bressan, 
sereta et serato. 

Sartailli, v. a., en Bresse, couper maladroitement. 
— A Couzon, Villefranche et Trévoux, tsarcutà, de 
charcutier. 

Sarva, en patois francisé serve, s. f., réservoir 
où s'abreuve le bétail. (V. p. 75.) 

Sarvadzeu, fém., sarvadze, adj., sauvage. — Sar- 
vadzi ou insarvadzi, v. a., effaroucher, rendre 
sauvage. 

Sauzeu, s. m., saule. — Sauzire, Bresse sauzeVa, 
s. f., saulée. 



DU PATOIS LYONNAIS 169 

Savata, s. f., savate. — Savato, v, a., traîner 
comme une savate, (V. p. 80.) 

Se, conjonction, si; comme en italien. 

Sebleu, s. m., sifflet. Bugey, seblié. — Sebld, v. a., 
siffler (latin, sibilare). 

Secoï, V. a., secouer. — Secoïou, s. m., panier à 
salade. (V. p. 79.) 

Segneula ou signeula, s. f., manivelle pour tour- 
ner. — Segneulô, v. a., tourner par une manivelle. 

Segni, v. a., guetter. — Segneu, s. m., signe. — 
Se segni (v. refl); faire le signe de la croix; en 
patois francisé se signer. — Ne pas confondre avec 
segni, soigner, et sagni, saigner, 

Seille, s. f., seau; on dit aussi siau, s. m. 

Sella, s. f., bressan, salla ou challa, chaise. (V. 
p. 75.) — Sellon, s. m., escabeau. 

Semardô, v. a., labourer avant l'hiver; l'inverse, 
semer après Thiver, se dit beno. 

Semondre, v. a., avertir, inviter. Dans Tivan, 
scène x : Dësande Déni l'alla semondre à bâré. 

Senepon, s. m., séneçon. — Bugey, harba d'oneu. 

Senô, V. a., semer \ — Haut-Bugey, vagni. 

Sentré, v. a., sentir. — Sentenô, v. a., renifler à 
petits coups pour mieux sentir. 

Sequa, s. f., seringue : On fa dé sequé avoua dé 
soï (sureau) e dé zteppé (étoupes). — Secô, v. n., 
jaillir ; la fon secové, la fontaine jaillissait. 



(i) A la note 2, page 86, j';u noté des mots qui ayant un m et un 
71 en latin, ont rejeté Vm et gardé Vn en patois et fait l'inverse en 
français. Exemple: latin, femina, seminare, germinare, illuminare ; 
patois, féna, sénô, dzarnà, aliéna ; français, femme, germer, allumer. 



170 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Séquâ, préposition : un peu de, très peu de (avec 
une nuance de dédain) : I neu sarvi séquâ fladzoulé, 
que nadzovon de le,\i bi^u,, il nous servit quelques 
haricots qui nageaient dans le bouillon. — Proba- 
blement abréviation de je ne sais quoi. 

Sera, s. m., résidu de la fabrication du fromage 
bleu. 

Serend, s. f., après-midi; v. a., faire le repas de 
quatre heures. — En Bugey, goutalo. 

Serra, s. f., scie. (V. p. 75.) — Bugey, reisse. 

Sessegné, adv., fort employé dans la conversation, 
comme liaison ou transition, mais sans signification 
précise. L'équivalent serait : Or donc, voilà que, il 
arriva que. 

Seulet, seiiléta, adj., seul, seule. 

Seue7o ou tsévélô, s. f., haie : El a viu na sarpen 
de la sévélo. — Bresse, na veina ; Bugey, na ciza. 

Singreu, s. m., cahot. — Singrolo, v. a. — Bugey 
et Beaujolais, segroto, secouer, cahoter. 

Singuegnon, s. m., troène. 

Sinà, V. a., signer. 

So, s. f., sel. — Beaujolais, .sar, 

Sô, s. f., loge à porcs; du latin, sus, porc. — A 
Marboz, Verjon, chou. — Seu ou asseu, s. m., 
baquet où l'on sert à manger aux porcs. 

S'îbrequé, s. m. ou sarmiore, s. f., surnom : 
Netreuz anchen se coiinatchan miu entf èleu pé lu 
sobrequé que pé lu vrâ nom; tsoqaon âgé leu sein- 
neu : Dou sou., Plein dépuzé, Contrasse-béte, Barba- 
blantse, Joli-cœur, leu Camor, leu Mami, leu Coque, 
leu Grélô, Cossa-bretèla, leu Hiau-câ, leu Va-plan, 



DU PATOIS LYONNAIS 171 

Pequa-pomé, Païe-en-cul, leu Russe, leu Pruchen, 
leu Cosaque, Marengo, Saragosse, e/c, etc. Dzâ 
connu tui cheuque, à Cozon, é dzé serain ben em- 
barracha pé deré com'i s'appélovon u justeu. — Nos 
anciens se connaissaient mieux entre eux par leurs 
surnoms que par leurs noms véritables. Chacun 
avait le sien : Deux-sous, Plein-de-puces, Contrarie- 
bêtes, Barbe-blanche, Joli-cœur, le Camard, l'En- 
fant-gâté, le Coquet, le Grêlé, Casse-bretelles, le 
Haut-col, Va-doucement, Pique-prunes, Paille-en- 
cul, le Russe, le Prussien, le Cosaque, Marengo, 
Saragosse, etc., etc. J'ai connu tous ceux-là, à 
Couzon, et je serais bien empêché pour dire com- 
ment ils s'appelaient au juste. 

Mon gran Djan-Toinneu Barthet, pore dé ma 
more, étché surnomo Patapan, à i^âson d'on pete 
tambeur qu'il ayé à set ou houét an, é son j)ore Noïé 
Barthet, que dz'â connu, Prét-à-bâré. Mon grand- 
père Jean-Antoine Berthet, père de ma mère, était 
surnommé Patapan, à cause d'un petit tambour 
qu'il avait à sept ou huit ans, et son père Noël 
Berthet, que j'ai connu, Prêt-à-boire. (V. le mot 
non, p. 149.) 

Socan, soquena, adj., maladroit. 

Socha, s. f., charrue à un seul versant. — Beau- 
jolais, sotcha. 

Socheu, s. m., souffle. — Soché, s. m., soufflet. — 
Socho,Y. a., souffler. (Pour la prononciation, v.p.6.) 

Soin, s. f., sommeil : La soin li é tchouta dessu 
com' on pion, i s'est adremi su la trobla. (J'ai oublié 
plus haut, dans ce vocabulaire, les verbes dremi^ 



172 ESSAI DE GRAMMAIRE 

dormir, et adremi, endormir). Voici une berceuse 
qui se chantait à Couzon : 

Y é dez uré é dé demi, 
Leu popon vu po dremi. 
Soin, soin, vin dé la bise; 
Soin, soin, vin dé l'eïse, 
Dé l'éïse et du chiotsi 
Pé prendre netron mami! 

Leu petet homeu de Saint-Just 
Vindra li sarro leu ju. 
Soin, soin, etc. 

Soitia., s. f. (à Marboz, choitia), sécheresse; du 
latin sitiô. 

Solo, s. m., soulier. — Marboz, c/iou/a; Bugey, 
solar. 

Solo, V. n., qui s'emploie en Beaujolais et en 
Bresse à l'imparfait et traduit absolument le latin 
solere, avoir coutume : I solive féré, solebat facere. 
— Ce mot se trouve aussi dans l'épitaphe de Lafon- 
taine, faite par lui-même : 

Deux parts il fit dont il soûlait passer 
L'une à dormir et l'autre à ne rien faire. 

Solou, s. m., soleil ; en Bresse, Seleu : 

Petet étala à guintse fena, 
E /au pô suivre leu Solou 
Qu'effacé teu com'on jalou ; 
Té pu dé loin suivre la Lena, 
Mé môda seuletta pretou. 

Petite étoile au fin regard, il ne faut pas suivre le 



DU PATOIS LYONNAIS 173 

Soleil qui tout efface comme un jaloux. Tu peux de 
loin suivre la Lune; mais plutôt va toute seule. 

Soleilli^ sécher au soleil. —Bressan, soreille : Va 
don té fère soreille, t'é teu trapenô. 

Sôma, s. f., ânesse. 

Sti-voui, adv., aujourd'hui. V. oui. 

Sordo, s. m., soldat. — En Bresse et Beaujolais, 
sôdar; Bugey, seudar. 

Spala, s. f., épaule. (V. p. 77.) 

Suer, s. f., sœur. (V. la note 2 de la p. 14.) — 
S. m., aire à battre le blé. — Beaujolais et Bresse, 
souer dans les deux sens. 

Suéta, s. f., chouette. — Bugey, cliopa. 

Surze ou surde, s. f., suie. — Beaujolais, suije. 



X 



Tabagnon, s. m., baquet à faire égoutter les fro- 
mages. 

Tantriola, s. f., caprice, lubie. 

Tarabot, tarabota, adj., turbulent. 

Tarré, s. m., terreau. 

Tarquéta, s. f., targette. 

Tarteya, cocréte ou rhinanthe : plante abondante 
dans les mauvais prés. 

Tatsi^Y. a., tacher; part, passé, tatcha. J'avoue 
que c'est un peu dur : V'tcha ma nappa tatcha, voilà 
ma nappe tachée. A Bourg on dit moins rudement : 
V'tia ma nappa tashia. Je me console toutefois de 
la rudesse de mon idiome natal en me rappelant le 



174 ESSAI DE GRAMMAIRE 

ch dur des Allemands : Ach ! es ist noch nicht naclit ! 

— Ne pas confondre avec teutsi, toucher, ni avec 
tâtsi, tâcher, 

Tavaillon, s. m., éclisses, écailles de sapin imitant 
l'ardoise et servant à couvrir les toits ; usité surtout 
en Bugey. 

Tauan, s. m., taon. 

Tchou, tchouta, part, passé du verbe tsâre, choir, 
tomber. Bresse, chu, chuta. 

Tchoula, s. f., tuile. Dombes, tiola.. 

Tebô, V. a., bourrer comme en un tube : Te t'è 
bien tebn, te ii'o plu fan. De là tebeu, adj. quai. 

Teirela, s. f., courtillière, du latin Terere, broyer. 
En Brosse on supprime le Tet Ton dit Airéta. 

Tcna, s. f,, cuve. — Dauphiné, tina. — Tenaï, s. m. 

— Beaujolais, teneri. (V. p. 75.) 

Tepa, s. f. — En Bresse, friche : Na tarra en tepe. 

— A Couzon et en Beaujolais, Vireu. — Même éty- 
mologie que steppe, en Russie ? 

Tepin, s. m., et tepena, s. f., pot, soupière ; on dit : 
Seur com on viu tepin, sourd comme un vieux pot. 
A Lyon existe encore la rue du Tupin rompu. 

Tereta, s. f., tiroir, du latin trahere, tirer. (V. Lieta.) 

Tesson, s. m., blaireau ; teissonire, gîte à blaireau. 

Teu, teuta, adj., tout, toute; plur., tui, teuté. (V. 
p. 17.) 

Teut-euré, adv., tout-à-l'heure. 

Thon, s. m. — En Dombes, assemblage de bois 
établi dans la partie la plus basse d'un étang et au 
moyen duquel on lâche ou on retient les eaux. 

Tôrdréj v. a., tordre. — Beaujolais, tourdré. — 



DU PATOIS LYONNAIS 175 

Egalement, s. m., grive; provençal fourdré, du latin 
turdus. 

Torgnoula ou torgneula^ s. f., souflet, coup de 
poing. 

Tornéï, v, a., tourner (du bois) : Mâtin! y est ina. 
fie bien tornéîa ! certes ! c'est une fille bien faite ! 

Tôti, adv., assez ; de satis ? — s. m. (Chaneins, 
tôtre), viorne, 

Totra, s. f., ou teiwta, tourte, tartre. 

Tourti, s. m., planche suspendue sur laquelle on 
conserve le pain. 

Tracassin, s. m. — En Bresse et en Beaujolais, 
charivari. 

Traclia^ s. f. — Beaujolais, trachia, barre de bois 
servant à serrer les cordes d^une charge de paille, 
de bois, etc. ; d"où le v. a., entraclid. — En Bresse, 
Epâra, Eparon. 

Tracné, s. m., tarare. 

Trailla, s. f., loquet en bois. 

Trambutsi, v. n., culbuter. (V. p. 75.) 

Tran-nesse, s. f., plante à racine traçante (agrostis 
stolonigera) . Bressan, train-nasse. 

Trapeno, adj. des deux genres, mouillé, trempé 
Jusqu'aux os. 

Trapi, v. a., écraser du pied. 

Trâveii, s. m., place formée par la rencontre de 
trois chemins. (V. p. 75.) 

Travon, s. m., poutre, solive. 

Trayan, s. m., trident. (V. Trin.J 

Trebii ou trebilli, trébucher, tourbillonner. — 

13 



176 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Bressan, trubellie. Ainsi dans VEnrôlement de Ti- 
van : Lous euré trubillon, les vents tourbillonnent, 

Trecaïa, s. f, (V. Gaudes et Pô). — En Bresse, 
trequeïa. désigne le sarrazin ou blé noir, 

Treffa, s, f,, pomme de terre. — En Bresse on dit 
catrouille; en Bugey, tartefîe, très semblable à 
l'allemand kartoffel, 

Treffou, s. f., résidu d'une pressée d'huile; même 
sens que maton. 

Trii, V. a,, choisir. 

Trin, s, m,, fourche d'écurie à trois dents; de 
très ou trinus. 

Trena, s. f,, tresse. — Trenatô, v. a,, tresser. 

Trésou, s, m. Beaujolais, traseret. (V. Greléta.J 

Triolet, s. m., trèfle. 

Troï, V. a., presser la vendange ; d'où le subst, 
trieu ou trié, pressoir (prononcez Vi très long) ; troïa, 
s, f., pressée, vin de troïa, vin de pressée, 

Tronfa, s. f., trompette en lanières d'écorce de 
saule roulées en spirale : Leu bardzi, u printen, 
s'amuson a féré dé tronfé de leu brotchau. 

Tronseno, v, n, (V. p, 76,) 

Tsaille, s. f., brou de noix. — A Ars, Ville- 
neuve, etc., tseille. 

Tsa/ô, s. f. — Beaujolais, tsolo. Bresse, chalo, 
trace : Feré la tsalô de la nèdze. 

Tsampaï, v. n., paître, du latin campus, d'où le 
mot cliampéage. 

Tsana, s. f., robinet. Dans la chanson de l'ivro- 
gnesse, réimprimée par Philibert Le Duc : 



DU PATOIS LYONNAIS 177 

Se dzé venieu a meri, 
M'entérerâ à la cuva, 
Leu du pie contre la para, 
La téta su la tsana, 

Oua, oua, mafon oua, m'nargua oua. 
La téta sô la tsana. 

Si je viens à mourir. 
M'enterrerez à la cave, 
Les deux pieds contre le mur, 
La tête sous le robinet. 

Oua, etc. 

Tsanïe ou tsanille, s. f., chenille. Chaneins, che- 
naille. 

Tsansèla, s. f., cercueil, bière. — Bressan, bire. 

Tsaplô, V. a., frapper, hacher, d'oîi etsapli, s. m., 
enclume ; tsapiore, planche à hacher. 

Tsapèla, s. f., chapelle. (V. p. 77.) 

Tsapelor, s. m., remise couverte en paille. 

Tsapotô, v.a., frapper, cogner, heurter. 

Tsapon, s. m., bouture de vigne. — Tsaponire, 
s. f., alignement de ceps, en patois francisé chapon, 
chaponnière. 

Tsarbon, s. m., charbon ; tsarbenaille, s. f., braise 
de boulanger. 

Tsarboto ou intsarboto, v. a., embrouiller, enche- 
vêtrer; se dit surtout du fil. 

Tsardenârou, s. m., chardonneret. — Bressan, 
shardoneré; de tsardon, chardon. 

Tsarfo, v. a., chauffer ; de tsô, chaud, et fâre, faire. 
— En Bresse, charfo. 



178 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Tsare, v. n., tomber. — Beaujolais, tséré ; part, p., 
tchou, chouta. 

Tsari, s. m., couverture épaisse qu'on met sur la 
cuve à lessive. — En Bressan, liuri. 

Tsarpené, s. f. plur., charmille; d'où à Lyon le 
faubourg des Charpennes. 

Tsarrire, s. f., chemin (charrière), passage d'un 
char. 

Tsato, s. m.; en Bresse, shado, cheptel, bétail. 

Tsavon, s. m., bout. — Bresse, shavon : Allô tan 
qu'a tsavon, aller jusqu'au bout. 

Tsena, s. f., chienne; fleurs du vin, petit cham- 
pignon qui surnage au fond des tonneaux presque 
vides; ne s'emploie qu'au pluriel ; Beaujolais, tsané. 

Tsénéveu, s. m., chanvre, du grec, kannahis (pro- 
noncez kannavis), usité aussi en Bugey ; en Bresse, 
on dit leu tsévénou, et en Beaujolais, tsévéneu. — 
Tsenavro, fragment de tige de chanvre, allumette. 

Tsenu, tsenusa, adj., joli, jolie. Chenu a le même 
sens chez les vieux canuts lyonnais, mais non à 
Paris où il signifie chauve, chef-nu. 

Tsèra, s. m., murjet, amas de pierres. 

Tsevelire, s. f., lacet, attache plate; en patois 
francisé, chevelière. 

Tsi, prép., chez; synonyme de vo. 

Tsin de foua, s. m., chenet, chien de feu. 

Tsà pu (A); en Bresse : A cho peu, peu à peu, 

Tsôneu, s. m., chêne. 

Tsoquon, adj., chacun. (V. p, 21.) 

Tsussi, V. a., chausser : Eh ! môda don, mô tsucha, 
trainna gvolla, garudi ! eh! va donc, mal chaussé, 



DU PATOIS LYONNAIS 179 

traîne - savate , porteur de chaussure éculée ! — 
Tsussi signifie aussi cogner, comprimer : La môda 
se perd, à Cozon, d'enlevo * dé tchévré pé féré dé 
fromadzeu, com^éteu dé tsutsi là foïe dé vigne de on 
poui^ ou de on vacheau, avoua d'égue é dé sô, pé lé 
norri /'erer.L usage se perd, à Couzon, d'élever des 
chèvres pour faire du fromage, comme aussi de 
comprimer la feuille de vigne dans un puits - ou 
dans une cuve avec de l'eau et du sel pour les nour- 
rir l'hiver. 



U 



[7, adv., ou : U don bin, ou bien. 
Ua, s. m., œuf; pluriel, ué. 
Ula, s. f. (V. Ola.) 
Uvô, adv., où? avec interrogation. 
Uye, s. f., aiguille. — En Beaujolais et en Bresse, 
oye, oya. 
Uzouno, V. n,, hennir. 



\r 



Va, s. f,, fois; nne autre fois, in'otra va; espa- 
gnol, otra vez. Se té m'agourré na va, y é ta fauta ; 



• Remarquez enlévo et non élévo pour élever. 
- On dirait mieux un silos. 



180 ESSAI DE GRAMMAIRE 

se due va, e y é la meinna, si tu me trompes mie 
fois, c'est ta faute ; si deux fois, c'est la mienne. 

Va, Y. a., voir, part, pas., vin; s'emploie aussi 
comme particule complétive et sans aucun sens 
précis, surtout dans les phrases impératives : Avezo 
va s'è plô oncore, regardez s'il pleut encore : Baille 
mévâmontsapiau, donne-moi mon chapeau. 

Vard, varda, adj., vert, verte. — Vardi, s. m., 
verger. — Vardaï, v. n., verdoyer, 

Vardzeta, s. f., brosse. — Vardzetô, v. a., brosser. 

Vâreu, s. m. verre ; depuis quelque temps on dit 
de préférence verreu, mais n'oublions pas le vieux 
proverbe aimé : Vouadi son vareu, en cozenareu ; 
c'est-à-dire jusqu'au fond. 

Varnedzeu, adj. (V. p. 20.) 

Varrô, varrôta, adj. gâté (V. p. 20.) — Beaujolais, 
varro, varrosa. 

Vartsire, s. f., terre fertile et bien cultivée, habi- 
tuellement voisine de la ferme ; en patois francisé, 
verchère. 

Varvèla, s. f., liseron (convolvulus). — Beaujolais, 
via, viata, avec l'accent prononcé sur Vi. 

Velati, s. m., habitant des villes. Vovri velati né 
sondzé pô u lendéman, leu païsan i sondzé trô ; leu 
velati baïé é ptafené, leu païsan a toudzeur pou que 
la terra li manqué. — L'ouvrier des villes ne songe 
pas au lendemain, le paysan y songe trop ; le cita- 
din donne et gaspille, le paysan a toujours peur que 
la terre lui manque. 

Vêla ou vêla, s. f., génisse. — Vélo, v. a., mettre 
bas, en parlant des vaches. — Viau, s. m., veau. 



DU PATOIS LYONNAIS 181 

Vendâmi, v. a., vendanger. V. p. 76.) 

Venou, s. m., bâton, trique. 

Ven, V. a., tourner. (V. p. 41, 76 et, pour la pro- 
nonciation, p. 4.) 

Verne ou varneu, s. f,, aulne. — Varna, s, f., 
vernage, vernée, lieux plantés d'aulnes. 

Venna ou venne, s. f., haie. 

Veurdze, s. m., petit saule blanc, espèce d'osier. 

Veveu, veva, subst., veuf, veuve. — Beaujolais, 
vâveu, vâva. 

Vézon, s. m., ver de mouche; se dit aussi des 
enfants capricieux : Té fé don arrimé ton vézon, tu 
fais donc encore ton mauvais sujet? 

Villon, s. m., osier. — Villonà, v. n., faire des 
corbeilles, faire des riens, perdre son temps. 

Viole, s. m., sentier; étymol. trace violette à tra- 
vers la verdure des prés, ou simplement le mot 
latin via. 

Violo ou violéta, s. f., violette. Je n'ai admis ce 
mot, trop semblable au français, que pour pouvoir 
glisser après lui une traduction de la célèbre petite 
fable de Bérenger (pas le chansonnier) : 

Drôla mé sinz ôdu, na va la coquemèla 
Contra la violéta en baquet se cogni. 
Eté preni séz auré é sintché bon comèla : 
Avoua leu broveu mondé on né pu que gogni. 

Belle, mais sans odeur, une fois la primevère 
contre la violette en bouquet fut pressée ; elle prit 



182 ESSAI DE GRAMMAIRE 

son parfum et sentit bon comme elle : avec les gens 
de bien on ne peut que gagner \ 

Vireu, s. m., friches. — En Bresse, tepa ; Dombes, 
viarreu, d'où deviaro, v. a., défricher. 

Vo ou vor, prép., chez, synonyme de tsi. On dit 
vo devant un mot commençant par une consonne, 
et vor devant une voyelle : Mon pore dejé : E'ij et u 
Pruchen que dzê souateu la Repebleca ! Si l'ayan vor 
èleu, i neu lasserian tranqueleu vo neu ; mon père 
disait: C'est aux Prussiens que je souhaite la Répu- 
blique ! S'ils l'avaient chez eux ; ils nous laisseraient 
tranquilles chez nous. — Beaujolais, vé. (V. Tsi.J En 
Bugey, vé et ver. 

Vagua, s. f.; ce qu'on appelle en Bretagne pardon, 
en Provence roméradji, en Artois ducassa, en Flan- 
dre kermesse, en Languedoc assemblée, à Paris fête 
patronale ou baladoire ; patois francisé vogue. 

Vola, Y. a., vouloir. (V. p. 50.) 

Volô, Y. a. et V. n., voler, dans les deux sens qu'a 
ce mot en Irançais. 

Napoléon premi dejé na va à Mouchu Vintendan 
Vollan, qu'étévé on begistreu : Voz avi on vilain 
nom, i fa sondzi à volo. — Sire, répondi Vollan, 
mon nom. à duéz 1. — Eh ! repeqni l'Empereu, avoua 
duéz ailé, on n''in voulé que miu ! 

• Dans le quatrain de Bérenger, les personnag.'S ne sont pas la 
primevère et la violette, mais peu importe : 

La Renoncule un jour dans un bouquet 

Avec l'Œillet se trouva réunie; 
Elle eut le lendemain le parfum de l'Å’illet : 
On ne peut que gagner en bonne compagnie. 



DU PATOIS LYONNAIS 183 

Napoléon P"" disait un jour à M. l'intendant 
Voilant, qui était bugiste; Vous avez un vilain nom, 
il fait songer à voler. Sire, répondit Voilant, mon 
nom à deux l. — Eh ! répliqua l'Empereur, avec 
deux l on n'en vole que mieux ! 

Voré, vorindrâ, adv., aujourd'hui; teut-orendrâ, 
tout maintenant. — A Marboz, voure, vourèclra.. (V. 
p. 60 et, pour la prononciation, p. 4.) 

Vota, s. f., nœud ; du latin volvere (supin volutum), 
ou de Titalien volta ; baïvôta, faire le nœud d'amarre 
d'un bateau. 

Voua, adv., oui : On farceur passan pé Cozon 
avoua on camaradeu H dessi : « Dzé voui té féré va 
dé fené que dzapon corné dé tsin : » E i crii à yéna 
que lavové sa bia de leu riu : « EVè bien ique la rota 
dé Lyon ? » — Voua, voua, voua, repondi la laoousa. 
E ntreu camaradeu dé rire. Effectivement le oui 
patois, quand on le répète, ressemble à un aboie- 
ment. 

Vouâdi ou voyenci, v. a., vider, verser. — Signi- 
fiant verser à boire, le mot a vieilli, on dit aujour- 
d'hui varso. — Bressan, voyandi. 

Vouardi, v. a., ouvrir: mot vieilli; on dit au- 
jourd'hui : ouvri. — Bresse, uvri. 

Vouert, vouerta, adj., ouvert, te ; distinct du part, 
passé ouvri : Y ayé na fenetra vuerta, dza ouvri 
Votra. 

Voui, adv., aujourdliui. (V. Oui.) 

Vouivra, s. f., charrue à roues. Chimère, monstre 
imaginaire qui a sa légende en Bresse. 

Vourla, s. f., corne de la vigne. (V. p. 75.) 



184 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Vourleu, s. m., saule marceau, dont les chatons 
sont la première récolte des abeilles, au sortir de 
l'hiver. 

Vreté, s. m., le bas du fuseau à filer; du latin, 
vertere, tourner. 



Yabô, s. m., flaque d'eau. 

Yantze ou yintze, s. f., clématite, vigne vierge. — 
Dombes et Beaujolais, viantse. 

Yatse, s. f., glace. 

Yon, yéna, un, une. (V. p. 15.) 

Yor, s. m., liard, le quart d'un sou avant le sys- 
tème décimal. 

Avan leu sistémeu décemô, on fran s'appélové na 
livra. En desso dé la livra è y aijé leu sou, devesd 
en quatreu yor. Pér on sou é demi, que féjé si yor, 
on déjé si blan. En déssu dé la livra, on contové per 
écu_ in écu féjé trâ livré; epé lui d'or, que féjé vingt 
livré dépi la Revolechon. Per ainsi, cent écu segne- 
fiovon trâ cen fran ou trâ cen livré, é cen lui d'or 
dou mêle fran dépi la premire Répebleca, é clou mêle 
quatreu cen en monaïa dé Lui XVI, Lui XV, etc. 
Pris dans un sens indéterminé, yor signifie « de 
l'argent » : Baï mé dé yor, donnez-moi de l'argent. 

Leu Djan cogné on biau malin 
Vu leu mère son vàsin. 



DU PATOIS LYONNAIS 185 

Méré, ète-KO lévo? — Ei dépen : pre quâ féré? 
Pé mé préto dé y or. — Dzé dremeu, fit le 7néré '. 

En Beaujolais on dit yar. 



K 



Zabelon, s. m., houblon. 

Zanti, s. m., gentilhomme; tombé en désuétude, 
mais se trouve en plusieurs passages de VEnrôle- 
ment de Tivan (1675). 

Zanzeula, s. f., gros saucisson, andouille. 

Yé, s. m., lit. 

Zézublé. (V. Saléta.J 

Zessi, adj,, épuisé, rendu de fatigue. 

Zimperouille, s. f., sorbe. 

Zocco, V. a., attifer. 



• Traduction d'un petit conte qu'on trouvera dans mes Fables, 
Contes et Ballades : 

Thomas frappe un beau matin 
Chez Jean-Pierre, son voisin. 

— Jean-Pierre, es-tu levé? — C'est selon : Pour quoi faire? 

— Pour me prêter cent sous. — Je dors, répond Jean-Pierre. 



CHAPITRE XIV 



Spécimens de Patois 

A supposer que, après l'extinction de notre 
patois, quelque original de mon espèce ait 
ridée de reconstituer ce défunt et de se 
rendre un compte tout-à-fait exact de ce qu'il fut 
vivant, une grammaire et un vocabulaire n'y suffi- 
raient point. Voilà pourquoi, chemin faisant, j'ai 
semé çà et là tant de petits fragments de prose et 
même de vers patois 

Ces exercices me paraissent absolument néces- 
saires ; je vais les compléter. 

§ 1. LE PATER ET UAVE 

EN PATOIS LYONNAIS 

Netron Péré qu'é u cher, que vetron non saie 
sanctefîà, que vetron royaumeu arrevé, que vetra 
volonté se fasse su terra coyn u cher ; bailli-neu 
voui netron pan dé tui leu dzeur, é neu betô pô in 
tintachon, mé délevro-neu du mô. Ainsi sayé-t-è ! 
Salu à veu, Marié, pleinna dé groce ; le Seigneur 



188 ESSAI DE GRAMMAIllE 

est avoua veu ; voz été bénia entremi teuté lé féné, é 
béni est le fri de vetron vintreu, Djésu ; 

Santa Marié, méré dé Djji, prii per neu poureu 
pétcheurvoré é de Vura de netra môr. Ainsi sayé-t-è ! 

§ 2. PROVERBES LOCAUX 

Sans respect humain j'ai tenu à commencer ce 
chapitre par les prières que nos bons aïeux, s'ils le 
pouvaient lire, aimeraient à y trouver. Ils durent à 
ces prières certaines vertus qui firent leur bonheur 
et que le progrès des sciences physiques ne suffit 
pas à remplacer : la charité, la sobriété, la modestie, 
en un mot Tesprit de famille et l'esprit de sacrifice ; 
toutes choses qui sont filles de la foi. 

Je devrais donner ensuite la place d'honneur à la 
chanson La Cozenare, qui est un chef-d'oeuvre du 
genre ; mais c'est justement mon admiration pour 
elle qui me la fera réserver pour la fin, comme le 
bouquet de mon petit feu d'artifice. 

Voici, en attendant, quelques pièces moins bril- 
lantes et plus courtes, mais qui ont également leur 
prix, ce sont des proverbes ou deton, que j'ai colli- 
gés avec soin dès mon enfance, bien avant de pré- 
voir qu'ils pourraient trouver un jour leur emploi. 
Ces proverbes m'aideront, en outre, à conserver ici 
la physionomie morale de nos villages au temps du 
patois, conservation plus désirable, à mes yeux, 
que celle du patois lui-même. 

D'abord trois ou quatre proverbes moraux qui 



DU PATOIS LYONNAIS 189 

sont OU pourraient être de tous pays, mais que je 
tiens dé mon gran è dé ma gran : 

Caban bien secoïa né gordé dzin de pussa. 
Veste bien secouée ne garde point de poussière. (') 

Quan leu Bon Dju crée in onou, 
A coûta i séné on tsardon, 
Quand le Bon Dieu crée un ânon, 
A côté il sème un chardon (-). 

Voli-vo vo bien porto ? N'ai po leu tin d' être maladeu. 
Voulez-vous vous bien porter ? N'ayez pas le temps 
d'être malade. 

Polaille dé Brassa à dinô 
Né vau po pan nâ affanô. 
Volaille de Bresse à diné 
Ne vaut pas pain noir gagné. 

Pan su trobla na dzin dé maitré. 
Pain sur table n'a point de maître. 

Quan 071 é trézé a trobla, é y a dandzi que n'en me- 
7'âtsé yon de l'an; mé quan on é quatôzé, le dandzi é pre 
gran. 

Quand on est treize à table, il y a danger qu'il en meure 
un dans l'an ; mais quand on est quatorze, le danger est 
plus grand. 

Quan tsi leu mondeu i t'offron on vareu de vin, ac- 



(^) Ma grand'mère me disait cela, en guise de consolation, après 
toute correction par moi méritée et par elle octroyée libéralement, sans 
lésiner jamais sur la quantité. 

(^) Maxime courageuse et confiante qui, chez nous, n'était pas 
seulement spéculative. Mon père a eu 17 enfants et son frère aîné 
15 ; moi, dégénéré, seulement 14. 



190 ESSAI DE GRAMMAIRE 

cepta toudjew; s il offron de bon cœur te luzufé plâsi ; 
si pé frema te leu penâ. 

Quand chez les gens on t'offre un verre de vin, accepte 
toujours. S'ils l'offrent de bon cœur, tu leur fais plaisir ; 
s'ils offrent par frime (par grimace), tu les punis. 

Lé féné u cottair travaillon oncoré me dé la linga que 
dé luye ; el abïon luz effan, me été désabïon leu passan. 

Les femmes, au cottair (^), travaillent encore plus de la 
langue que de l'aiguille ; elles habillent leurs enfants, 
mais déshabillent les passants. 

On garçon d'ardzen vau na fille d'ôr. 
Un garçon d'argent vaut une fille d'or. 
(Ce qui n'est pas à riionneur de la réputation des 
garçons.) 

Appela na féna gorça, el vos en vedra trenta dzeur ; 
appelû-la lède, el vos en vedra toudjeur. 

Appelez une femme catin, elle vous en voudra durant 
trente jours; appelez-la laide, elle vous en voudra tou- 
jours. 



Les proverbes suivants ont un caractère local ca- 
ractéristique, exclusif de tout autre pays : 

Cozon é leu paradi dé lé féné, leu porgatoireu duz 
oineu, r enfer du tsevau. 

Couzon est le paradis des femmes, le purgatoire des 
hommes, l'enfer des chevaux. 

Polaîlle dé Brasse, ôîa dé Domba, vin de Dôdzolais, 
pùti de Cozon. 



(') Réunion de femmes travaillant devant la porte de l'une d'elles. 



DU PATOIS LYONNAIS 191 

Poule de Bresse, oie de Dombes, vin de Beaujolais, 
tarte de Couzon. 

Pôleu com' on Dombislreu ('), j)iolsou (-) com' on 
Drassan, meinnadzi com' on Sarmagnôt (^), feur-à-tsau 
com' on Nuvelordi^}, piollord com' on Cozenareu. 

A Lyon tui leu malin 
Colondzè, Ra'iu, San-Marlin, 
Avoua leu blan que coulé 
Fan dé blan que roulé. 
A Lyon chaque matin 
Collonges, Rillieux, Saint-Martin 
Avec le blanc qui coule ("â– ) 
Font du blanc qui roule ("), 

Crai po que leuz effan 
A Lyon n'an jamé fan. 
Ne croyez pas que les enfants 
A Lyon n'ont jamais faim. 

Mont-Cindreu, Mont-Thou, Mont-Vardon, 

Trà dzaïan que n'en fan que yon, 
Se hiausson à l'envia, pé va dé loin Lyon. 

Mont-Cindre, Mont-Thou, Mont-Verdun. 
Trois géants qui n'en font qu'un. 
Se haussent à l'envi pour voir de loin Lyon. 

Vouadi son vâreu 
En Cozenareu. 

(') A Couzon en dit Dombistreu, Bugislreu, pour Dombiste, 
Bugiste. 

(2) Travailleur. 

(3) Habitant de Saint-Romain. 

(1) Habitant de Neuville-sur-Saône. 
(5) Le lait. 
(8) De l'argent. 

14 



192 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Vider son verre 
En Couzonnais (*). 

Nadzi com' on canor 
Ou com' on Fontanor. 
Nager comme un canard 
Ou comme un habitant de Fontaines. 

Dé Velafrantse à Anse 
La pre bêla lia dé France. 
De Villefranche à Anse 
La plus belle lieue de France. 

Toudzeu en guerra corné dé bandi 
Ou corné leu garçon dé San Lauren 

Avoua leu Feillandi. 
Toujours en guerre comme des bandits 
Ou comme les garçons de Saint- Laurent 

Avec ceux de Feillens. 

Caïon que quinon, magna que hutson : teu clé 
bressan. 

Cochons qui crient, valets de ferme qui hûchent : 
tous des Bressans r). 

Pasebla la Sùna tracaïé 

E pour té batchau teu leu ten ; 

Leu Rùneu foui,pioïé, balaie 

E né fa ren {^). 
Paisible la Saône travaille 
Et porte bateaux tout le temps ; 
Le Rhône court, crie, bataille 

Et ne fait rien. 

(') Le vider à fond. 

(-) Les huchements des jeunes gens en Bresse sont en effet aussi 
aigus et aussi harmonieux que ceux des porcs. 
(•*) Prononcez rin, tin. 



DU PATOIS LYONNAIS 1&3 



Les proverbes suivants sont des allégories trans- 
parentes et pas toujours charitables : 

Xuvelé, anchèla, 
On ô-te fa ton ni? 
Su l'arba. novèla 
On gu' è fa bon dremi. 

Neuville, cigale. 
Où as-tu fait ton nid ? 
Sur l'herbe nouvelle 
Où il fait bon dormir. 

Léz avié dé Sorman, 

Dé Curi, dé San Dzarman 
Gordon lu butin pé déman. 

Les abeilles de Saint-Romain, 

De Curis, de Saint-Germain, 
Gardent leurs provisions pour demain. 

A la Croirossa, de dé quarti qu'y a, se on vu hâre 
na chopina dé vrâ vin avoxik in hommea hoyinéteu, 
fait y porto leu vin é y ménô Vomeu. — A la Croix- 
Rousse, clans des quartiers qu'il y a (dans certains 
quartiers) si l'on veut boire une chopine de vrai vin 
avec un honnête homme, il faut y porter le vin et y 
mener l'homme. 

Se Vn'o dzin d'aimeu, va-t'en n'enquéri à Trévu : 
Si tu nas pas d'esprit, va en chercher à Trévoux. 
Ce proverbe est-il un épigramme, ou la simple 
constatation de la haute estime de nos aïeux pour 
les Trévoltiens ? Mvstère. 



l'Jl i:SSAI DE CUAMMAIUK 



J'en vais transcrire un auquel je ne comprends 
absolument rien ; mais je tiens à vider mon sac : 

Sarmagnot 
Cu dé piau, 
Y a dé quâ n'en rire, 
Ton cu se dévire, 
Habitant de Saint-Romain, 
Cul de peau, 
Il y a de quoi rire, 
Ton cul se décroche (???) 

On devine seulement, par ce dit-on exclusivement 
couzonnais , qu'une jalousie traditionnelle existe 
entre Couzon et Saint-Romain ; c'est pour cela que 
Saint-Romain, appelé autrefois Saint-Romain-de- 
Couzon, a tenu depuis peu à secouer une apparence 
de vassalité et à s'intiluler officiellement Saint- 
Romain-au-Mont-d'Or. 



Les proverbes suivants ne sont pas plus clairs. 
Ils sont nés de circonstances aujourd'hui oubliées. 
Les hommes et les incidents ont disparu, les mots 
auxquels ils donnèrent lieu sont restés, mais comme 
des énigmes. 

Hardi, Déni! Traduction non du sens littéral, 
mais de l'intention qu'on a lorsqu'on prononce ces 
mots : Allons, courage! 



DU PATOIS LYONNAIS 195 

Pourreu Grou-Yaudeu. — Pauvre Gros-Claude! 
— Pauvre niais ! 

y é t-ena Catin (abbréviation de Catherine), c'est 
une femme de mauvaise vie. 

Ah ! leu brov' omeu ! 

Il a grou d'aimeu ; 

Oua, pé leu bè 

Dé sa Babè. 
Ah ! le brave homme, 
Il a beaucoup d'esprit ; 
Oui, par le bec (la bouche) 
De sa Babet (sa femme). 

// é corné Dosse-Crévo : 
I né sa ni se cutsi ni se lévo ??? 

Passa pé Vaza, passer par Vaise, se sauver, dis- 
paraître ['). 

î^- 3. ÉTYMOLOGIES GÉOGRAPHIQUES 

D'on vein le nom de Cozo ? Dé aqua sonans (égue 
senanta), corné Coize dé leu hiô lyonnais ? Dé 
l'ila de Côs en Grèce ?... 

Y raconton que, pé faire plâsi uz Italien, l'em- 
péreu Caligula ayé fâ détruire teuté lé vigne dé 
la Gaula. L'empéreu Frobus, qu'omové le sedzeur 

(*) Cette locution, fort connue à Lyon, a dû prendre naissance à 
Couzon ou dans quelque autre localité d"où il soit nécessaire de 
passer par Vaise pour aller se perdre dans la grande ville. Si elle 
était née à Lyon même, et si la fuite qu'elle exprime avait eu Lyon 
pour point de départ, on dirait passer par Saint-Clair ou par les 
Brotteaux, afin de gagner de là ou la Suisse ou la Savoie. 



19G ESSAI DE GRAMiMAfliE 

dé Viiniacum (Vimi , udzordai Nuvelé-su-Sônâ) 
parsqué dé lover l'aspè du Mon d'ôr li rapélôve 
son paï, la Panonié, parméite de replanta la vegne 
e fi véni dé l'ila de Cos lé prémiré cépé, que feron 
planté à Cozon. 

D'où vient le nom de Couzon ? D'aqua sonnas (eau 
sonnante), comme Coize dans le haut Lyonnais ? De 
l'ile de Cos en Grèce ?... 

On raconte que, pour faire plaisir aux Italiens, l'em- 
pereur Caligula avait fait détruire toutes les vignes 
de la Gaule. L'empereur Probus, qui aimait le séjour 
de Vimiacum (Vimy, aujourd'hui Neuville-s-Saône) 
parce que de là l'aspect du Mont-d'Or lui rappelait 
son pays, la Pannouie, permit de replanter la vigne 
et fit venir de l'île de Cos les premiers ceps, qui 
furent plantés à Couzon. 

Lyon vein probôblamén de lucus C^mu sacrô) e 
dé dununi (collena), ma celtequeu que se retrouvé 
dén dené (la sohla que bordé la mer), de Dun^ 
kerké (éïse de la dena) e de quantetô dé nom pro- 
preu. 

Lyon vient probablement de lucus (bois sacré) et 
de dunum (colline), mot celtique qui se retrouve 
dans dunes (le sable qui borde la mer), dans Dun- 
kerque (église de la dune) et dans quantité de noms 
propres. 

Le Mon-Vardon, on rpCi fan ma fortalezza, su 
leu pre hiau poin du Moii-d'Or, sognefiédé mémcu : 
collena varda. 

Le Mont- Verdun, où l'on fait une forteresse, sur 



UV PATOIS LYONNAIS 197 

le plus haut point du Mont-d'Or, signifie de même : 
colline verte. 

L'Ecoran, quarti de Cozon, dà véni cVogue co- 
ranta. 

L'Ecoran, quartier de Couzon, doit venir d'eau 
courante. 

Collondzé évedamén dé colles longi (collines lon- 
gues). — Sulifjna, de super ligna, su leu bou. 

Collonges évidemment de colles longi (collines 
longues^ — Sulignat, de super ligna, sur les bois. 

I poïon lire de Marliii, lieu d'une mare, en fran- 
çais, e de Malafretô, mala fréta, mauve mare, mau- 
vézezaigué, en latin. 

On peut lire dans Marlieux lieu d'une mare en 
français, et dans Malafretaz mala fréta, mauvais 
marais, mauvaises eaux, en latin. 

Rotsetailla, Monmerleu^ Opremont s'esplequon 
éteu sen pein-na. 

RochetaiUée, Montm3rlj, Apremont s'expliquent 
aussi sans peine. 

Forvireu vin dé Forum Veri, martcha dé Vérus, 
ou Forum Veneris, marcha dé Véyius. Dze n'adméteu 
pô Forum vêtus, viu martcha. parce que Forvireu 
fena pé reu, neu pé teu. 

Fourvière vient de Forum Vert, marché de Vérus, 
ou Forum Veneris, uiarché de Vénus. Je n'admets 
pas Forum vêtus, vieux marchi, parce que Fourvière 
finit par re, non par te. 

Lou traz Ambériu, l'on en Dombé, Votreu en 



198 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Budzâ, leu trajeiuneu de leucaiitond'AnsefRhôneu), 
Ambrona, Ambutri, Arnbléon, S07i teu ce que resté 
d'on pepleu gauloi (leuz Ambarreu) qu'oquepové, 
avan leu Romain, lé due vévé de la. Sôna, à la bise de 
Lyon, teu justeu leu paï don dz'étudieu ique la 
linga. 

Les trois Ambérieu, l'un en Dombes, l'autre en 
Bugey, le troisième dans le canton d'Anse (Rhône), 
Ambronay, Ambutrix, Ambléon sont tout ce qui 
reste d'un peuple gaulois (Ambarri, les Ambarres) 
qui occupait, avant les Romains, les deux rives de 
la Saône au nord de Lyon; tout juste le pays dont 
j'étudie ici la langue. 

Quantetô dé non dé paï feron d'abdr dé non 
d''omeu. Pér insi, du tin du Romain, en soz-en- 
tendant prcBdium ou domus, Arbegni é Arbigni 
voian deré habetachon d''Albinus, Curi é Cuire 
habetachon dé Curius, Courte é Corté habetachon 
dé Curtius, Caluiré dé Calvirius, Marci dé Martius, 
Montana de Montanus, Lintii de Lentulus, Quin- 
chu dé Quintius, Mexemiu é Messemi dé Maximus, 
Savegnu dé Savinius, Dzuliéno dé Julianus, ChaS' 
sin dé Cassius, Pollionâ d'Apollonius, etc. 

Quantité de noms de pays furent d'abord des noms 
d'hommes. Ainsi, du temps des Romains, en sous- 
entendant prœdium ou domus, Albigny et Arbigny, 
voulaient dire habitation d'Albinus, Curis et Cuire 
habitation de Curius, Courtes et Cortet habitation 
de Curtius, Caluire de Calvirius, Marcy de Martius, 
Montanay de Montanus, Lentilly de Lentulus, Quin- 
cieux de Quintius, Meximieux et Messimy de Maxi- 



DU PATOIS LYONNAIS 199 

mus, Savigneux de Savinius, Juliénas de Julianus, 
Chassieux de Cassius, Pollionay d'Apollonius, etc. 

Leu Burgondeu, qui confonclon en patôi avoua 
lea Sarrasin, aïan beto à la téta de tsoqué veladzeu 
on représentan du roi. Leu non dé chi representan, 
qu'ayé quosi toudzeur ina forma latena, è demoro de 
la plupor, avoua la tarminâson eu de leu Budzâ é lé 
Dombé, a de la Brasse. Exempleu : Pollieu, Pollia; 
Cézérieu, Cézéria; Mizérieu, Mezéria; Birieu, Vi- 
rieu, Viriat, etc. 

Les Burgondes, qu'on confond en patois avec les 
Sarrasins, avaient mis à la tête de chaque village 
un représentant du roi. Le nom de ce représentant, 
qui avait généralement une forme latine, est resté 
dans la plupart, avec la terminaison eu dans le 
Bugey et les Dombes, a dans la Bresse. Exemple : 
Pollieu, Polliat; Ceyzérieu, Ceyzériat; Mizérieu, 
Mézériat; Birieu, Virieu, Viriat, etc. 

Insi oncoré la Guïotireétché, de leu commencement 
la mâson de Guïot ; la Mulatire, chaque dé Mulô ; 
la Farlatire, chaque dé Ferlât ; la Giraudire, dé 
Girô ; la Pelonire, dé Pelon; etc. 

Ainsi encore la Guillotière était, dans l'origine, la 
maison de Guillot; la Mulatière, celle de Mulat; la 
Ferlatière, celle de Ferlât; la Giraudière, de Gi- 
raud ; la Pelonnière, de Pelon, etc. 

D''otré appellachon chorton d'accedin locaux : 
la Tessonnire, endrâ du tesson, la Louvatire, 
du lou ; etc. 

D'autres appellations sortent d'accidents locaux : 



200 ESSAI DE GHAMMAIRli: 

la Teyssonière, lieu des blaireaux ; la Louvatière, 
des loups; etc. 

La Vinadzire (vinum agerel, endra que fa devin; 
lé Tsarpené, endrâ planta dé tsarpené. 

La Vinagère (vinum agerej, lieu qui fait du vin; 
les Charpennes, lieu planté de charmilles. 

Leu Brotchau^ carti dé Lyon (dé brâ, en fran- 
çais bourgeon, d'on rpCil an fa brouta), itché ina 
mélo d'ilé planta dé sauzeu é dé pebleu f). 

Les Brotteaux, quartier de Lyon (de bro, en fran- 
çais bourgeon, doù Ion a fait brouter) était un 
fouillis d'îles plantées de saules et de peupliers. 

La Cï'oi-Rossa, atreu carti dé Lyon, vin d'ina 
crui en pira rossa dé Cozon qu'étché drâte su la 
gran place é qu'a éta enlèvo en 1882 ou 83. 

La Croix-Rousse, autre quartier de Lyon, vient 
d'une croix en pierre rousse deCouzon qui était de- 
bout sur la grande place et qui a été enlevée en 
1882 ou 83. 

Leu Demeu^àCozon, étché leu non du viu tsôtchau 



(') Lés ôtré va è y ayé qiiatreu brotchô à Cozon : le Drolcliô dé 
Cozon qu'étché le mé u mi-dzeur é totsàvé cosi à Vendra on qu'il 
an fa leu pon en 1838, leu brotchau à Talon, leu brotchau Rontou e 
leu brotchau d'Arbegny. Il an cosi Lui élo uni à la terra farma pe 
leu marrain aporto dé lé périré, é pé leu trauau du baradzeu établi 
su Sôna, en 1850 ou 51., 

Autrefois il y avait quatre brotteaux à Couzon : le brottcau de 
Couzon qui était le plus au midi et touchait presque à l'endroit où 
l'ou a fait le pont en 1838, le brotteau à Talon, le brolteau Rontou 
et le brotteau d'Albigny. Ils ont f>resque tous été unis à la terre 
ferme par les débris apportés des carrières, et par les travaux du 
barrage établi sur la Saône, en 1856 ou 57. 



DU PATOIS LYONNAIS 201 

démoli en 1856 pë féré place à Véïze nouva. E 
n'en resté quon pan dé meraïe. E y étché ique qu'il 
alovon paï lez imposeckon (la Dema) u tsapitre dé 
San-Djan de Lyon. Chà dema étché cVon bénô dé 
vendâme , neu po su di , mé su vint-sèt. Elle 
féjé quatreu per cen. 

Le Dime, à Couzon, était le nom du vieux château 
démoli en 1856 pour faire place à l'église neuve. Il 
n'en reste qu'un pan de mur. C'était là qu'on 
allait payer les impositions ja Dimeiau chapitre de 
Saint-Jean de Lyon. Cette dime était d'une benne de 
vendange, non pas sur dix, mais sur vingt-sept ('). 
Elle faisait quatre pour cent (-). 

Mon-Dzuli e Cezéria rappèlon sinon leu sedzeur, 
du moin leu nom de Dzuleu é d'on Cêsor. 

Mon-July et Ceyzériat rappellent sinon le séjour, 
du moins le nom de Jules et d"un César. 

Lez otré va leu cementireu de Loyasse, à Lyon, 
étché on hou qu'il apélôvon hou dé l'oyasse. 

Autrefois le cimetière de Lovasse, à Lyon, 
était un bois qu'on appelait bois de la pie. 

San-Dédi-su-Chalarona préni leu non d'on 
évêque de Viana que i fu massacro per ordre dé 
la reinna Frédégonda. 

Saint- Didier- sur -Chalaronne prit le nom d'un 

(*) Comme aujourd'hui encore au Canada, une gerbe sur vingt-sept. 
Sur ce fonds étaient entretenus le culte, les écoles, les [lauvrcs et 
toutes les dépenses communales. 

(2) Sa suppression fit acclamer la Révolution. Aujourd'hui comme 
oa accepterait de n'avoir que quatre pour cent à payer! Et puis le 
service militaire ? Nos aïeux n'étaient jamais soldats malgré eux. 



202 ESSAI DE GRAMMAIRE 

évêque de Vienne qui y fut massacré par ordre de 
la reine Frédégonde. 

Leu veladzeu sen nomhreu que pourton dé non 
dé sain son on témoicjnadzeu dé la dedoclton dé 
nHreuz anchen : San Dzarma,n , san Déni , san 
Lui, etc., etc. 

Les villages sans nombre qui portent des noms 
de saints sont un témoignage de la dévotion de 
nos ancêtres : Saint Germain, saint Denis, saint 
Louis, etc., etc. 

Refété pé Monségneu Camille dé Villeroy, artse- 
vêqueu dé Lyon é frore du maréchal, Vimi preni, 
pé reconnâssantse , leu non dé Nuvelé-VArtsevê- 
queu. Oui, él n'in vu dzin mé, él i prin 
péron sôleu sôbreqiié; elle dévre retorno à son 
viu non dé Vimi. 

Rebâtie par Monseigneur Camille de Villeroy, ar- 
chevêque de Lyon et frère du maréchal, Vimy prit, 
par reconnaissance, le nom de Neuville-l'Archevê- 
que. Aujourd'hui, elle n'en veut plus, elle le prend 
pour un vilain surnom ; elle devrait retourner à son 
vieux nom de Vimy. 

E y é pé na râson semblôbla que Nuvelé-les- 
Damé, oablian leu sovéni que la distinguon dé 
tan d'otré Nuvelé sin istoire, né im plu élré 
que Nuvelé-su-Renon. Elle crâ qu'cinque li baïéra 
mé dé renom? Pfêtré ben ; a manqueu dé la tsuza 
él ara leu mô. 

C'est pour un motif semblable que Xeuville-les- 
Dames, oubliant les souvenirs qui la distinguent de 



DU PATOIS LYONNAIS 203 

tant d'autres Neuville sans histoire, ne veut plus être 
queNeuville-s-Renom. Elle croit que cela luidonnera 
plus de renom ? Peut-être bien; à défaut de la chose 
elle aura le mot. 

Tsotillon-lé-Dombé né vu po mé être que Tso- 
tillon'SU-la-Tsalarona. Portan lé Bombé son mé 
connue que la Tsalarona, é Voneur é pre gran 
d'étré la fortalezza d'ena province que d'en pete 
riu. 

Châtillon-les-Dombes ne veut plus être que Châ- 
tillon-s-Chalaronne. Pourtant les Dombes sont plus 
connues que la Chalaronne, et l'honneur est plus 
grand d'être la forteresse d'une province que d'un 
petit ruisseau. 

Velafrantse vin dé lé frantcizé que leu sireu de 
Beauju li ayan baïa; de leu nombreu se tro- 
vové, pé leuz abetan, leu drâ dé battre lu féné (?}. 

Villef ranche vient des franchises que les sires de 
Beaujeu lui avaient données; dans le nombre se trou- 
vaient, pour les habitants, le droit de battre leurs 
femmes [?). 

Trévu (latin Trevoltium) s'esplequé pé lé trâ 
voté que la Sôna fa en passan devan. 

Trévoux (latin Trevoltium s'explique par les trois 
contours que la Saône fait en passant devant. 



204 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Leu senou d'Arbegni 

SOVÉNI DE 1793 

Ey fe na tarrebla dzorno pé Lyon que chaque 
du nu ottobré 1193. Assied ja pé Vanné dé la Con- 
venchon, cha vêla ayé batailla dou ma teuta seu- 
léta, neu pé la Royauté, mé pé la Repebleca légal, 
contra la Montagne qu'ayé betô dihor la loi leu 
Girondin é tui leu modéra, é que govarnové pé la 
tarra. 

La défensa n'étché pre possebla. Pér empétsi 
leu Muscadin C^on qu'i baiovon uz assédjaj dé 
recruto clé sordo de leu vâzenadzeu, la Convenchon 
ayé fa na rochâ C) dé tui leu dzouneuz omeu dé diZ' 
ouet à vingt-cinq an, é pé cassa teu lien entrenii 
leu Lionnai é leu Forrezien que volian luz y baï 
la man, él ayé copo pé leu mâtin leu départemcn 
dé Rhône-et-Loire ; él n'en ayé fa dou : leu Rôneu, 
d'ina por, la Loire dé Vôtra. 

Nion secor se poyé don espéro dé dihor. Leu 
sordo dé la Convenchon (i leuz appélovon leu Blu), 
Ion ten C) repusso, ayan feni per emporta dé fource 
leuz avan-pôsteu dé CAiiré, su leu platchau dé bize^ 
e cheu du po7i clé la Melatire, on que se môrion leu 
Roneu é la Sôna. Pé combien, il annonçovon, leu 
ouet ottobré, ciuon trétreu ayé levro la piourta dé 
San-Chior. 

(') Levée, exactement rafle. Pour la prononciation, v. p. 6. 
(^) Prononcez Ion-tin, déHnsa, Convinchon, rindré, intremi, in, 
bin, rin, etc. 



DU PATOIS LYONNAIS 205 

Le sonneur d'Albigny 

EPISODE DE 1793 

Ce fut une terrible journée pour Lyon que celle 
du 9 octobre 1793, Assiégée par larmée de la Con- 
vention, cette ville avait lutté deux mois toute 
seule, non pour la Royauté, mais pour la Républi- 
que légale, contre la Montagne qui avait mis hors la 
loi les Girondins et tous les modérés, et qui gouver- 
nait par la terreur. 

La défense n'était plus possible. Pour empêcher 
les Muscadins (nom qu'on donnait aux assiégés) de 
recruter des soldats dans le voisinage, la Convention 
avait fait une levée de tous les jeunes gens de dix- 
huit à vingt-cinq ans, et pour rompre tous liens entre 
les Lyonnais et les Foréziens qui voulaient leur 
donner la main, elle avait coupé par le milieu le 
département de Rliône-et-Loire; elle en avait fait 
deux : le Rhône d'une part, la Loire de l'autre. 

Aucun secours ne se pouvait donc espérer du 
dehors. Les soldats de la Convention (on les appe- 
lait les Bleus), longtemps repoussés, avaient fini 
par emporter de force les avant-postes de Cuire 
sur le plateau du Nord, et ceux du pont de la 
Mulatière au confluent du Rhône et de la Saône. 
Pour comble, on annonçait, le 8 octobre, qu'un 
traître avait livré la porte de Saint-Clair. 



206 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Leuz assédja, pretou que dé se rendre, décederon 
dé s'ouvri on passadzeu pé Vâsa, vo leu Forrè é 
l'Auvergne. I pensôvon que dé chi lô, i trovérian 
d'otreuz ami dé l'ordre é dé la lebarto, en orme 
com''èleu. Miu informa, na centain-na é demi dé 
cavali ne voléron pô passa pé Vâsa. I moderon à la 
mi-né, remontoron é suiveron la rêva goba dé Sôna, 
toudzeur fouyon, é toudzeur se batan. Arrevô à 
Nuvelé, lu nombre aijé ben démenïa dé mâtcha, 
é i n'arian po povu passo, sH n'ayan aviu Vidé 
d'amassô leu cosque é leu mantchau du Blu qu^il 
ayan tuo, é dé s^en crevi. Leu posteu dé Nuvelé 
leu jjreni pé dé Convenchonel é leu lassi felo su la 
Brasse. I n^étchanpre mé que cinquanta à soissanta; 
mé d'ique i s'esbegneron sen péna en Budzâ é en 
Suisse, on que le comte dé Précy, généré en chef, 
leu rattrapi pre tor. 

Leu grou du Muscadin s'etchan baïa reyidi-veu 
u chu dé la Chiora, à cin uré du matin. Teu d'ina 
va, à set uré, i feron na faussa attaqua su leu 
tsotchau dé la Dutsire, qu'étché u pevâ du Blu, é 
feleron en ben ordre su Rotsecardon é San-Cireu. 
Leu comteu dé Viriu, comandan en segon, étché à 
la téta. Leuz on modovon a pié, leuz otreu a tsevau. 
I train-nôvon quatreu canon. 



DU PATOIS LYONNAIS 207 

Les assiégés, plutôt que de se rendre, décidèrent 
de s'ouvrir un passage par Vaise vers le Forez et 
l'Auvergne. Ils pensaient que, de ce côté, ils trouve- 
raient d'autres amis de Tordre et de la liberté, 
en armes comme eux. Mieux informés, cent cin- 
quante cavaliers environ ne voulurent pas passer 
par Vaise^'). Ils partirent à minuit, remontèrent par 
Serin et suivirent la rive gauche de la Saône, tou- 
jours courant et toujours combattant. Arrivés à 
Neuville, leur nombre avait bien diminué de moitié, 
et ils n'auraient pas réussi à passer, s'ils n'avaient 
eu l'idée de ramasser les casques et les manteaux 
des Bleus qu'ils avaient tués et de s'en couvrir. Le 
poste de Neuville les prit pour des Conventionnels 
et les laissa liler sur la Bresse. Ils n'étaient plus 
que cinquante à soixante; mais, de là, ils s'échappè- 
rent sans peine en Bugey et en Suisse, oii le comte 
de Précy, général en chef, les rejoignit plus tard. 

Le gros des Muscadins s'était donné rendez-vous 
au parc de la Claire n, à cinq heures du matin. 
Tout d'un coup, à sept heures, ils firent une fausse 
attaque sur le château de la Duchère, qui était au 
pouvoir des Bleus, et prirent en bon ordre la route 
de Rochecardon et de Saint-Cyr. Le comte de 
Virieu, commandant en second, était à leur tête. 
Les uns allaient à pied , les autres à cheval . Ils 
traînaient quatre canons. 

(') Passa pé Xasa, passer par Vaise signilie à Lym se perdre, 
disparaître. On pourrait supposer que celte locution proverbiale 
vient de Tévènement que je raconte ; il n'en est rien, car on la 
trouve dans la chanson La. Couzonnaise, bien antérieure à 1793. 

(-J A rendrait où se trouve aujourd'hui la gare de Vaise. 

15 



208 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Leu Blu, avarti pé dé traih^é, leuz ayan dévancJta. 
I leuz attendjan, mécho a dé païsan qu'ayan dé 
fesi, catclia uteur dé la place dnz Ormeu. Ique 
feron tuô monchu de Viriu é la raâtcha duz offeci. 
La retréta devinssi na dérota. Leu sordo abandene- 
ron lu canon. Sét ou oué cen démoreron insin, pas- 
seron pé Lemoné é moderoii séférésarno éprendre, 
dou ou trà dzeur apré, à Sorman dé Popé. Leuz 
otreu se desparseron pé teuta la masse du Mo7i-d'Or, 
copd dé periré, dé vegné é dé boit, que dômenon lé 
trd pointé du Mon-Cindreu, du Mo7i-Tou é du Mon- 
Va7xlon. 

I tsortsovon a se catsi, ou don bin a redécendré cIq 
lé valo dé la Sâna é dé VAzerga, mé dedja lu arrevà 
étché segnalô parteu ; parteu leu Djacobin ayan cor- 
porto la novèla que leu Muscadin arrevôvon pë teu 
sacadzi, pé teu beto afoua é a san, é su tenté lé rêvé, 
pé teuta la montagne, dé Dardii à San-Dzarman é 
dé Nuvelé à Lentii é à Lozana, leu tracassin criové 
leu mondeu à se défendre é a fouiré su a cheu bre- 
gan dé Muscadin. 

Du pa'isan la prepor se breleron po. E gn'en avi 
portan que profeteron dé Vocajon pé féré cen ciué 
luz i semblôvé on bon cou. Il attendjan leu Musca- 
din dé lé cabourné, ou darri lé sévélo, terôvon déssu 
corné su dé livré ou dé lou, pi leu dévalezôvon ; cor 
leu fouyor aijan tai emporto avoua èleu cinque ciu'il 



DU PATOIS LYONNAIS 209 

Les Bleus, avertis par des traîtres, les avaient 
devancés. Ils les attendaient, mêlés à des paysans 
qui avaient des fusils cachés, autour de la place des 
Ormes. Là, furent tués M. de Virieu et la moitié des 
officiers. La retraite devint une déroute. Les soldats 
abandonnèrent les canons ; sept ou huit cents de- 
meurèrent réunis, passèrent par Limonest et allè- 
rent se faire cerner et prendre deux ou trois jours 
après, à Saint-Romain des-Popeys. Les autres se 
dispersèrent partout le massif du Mont-d'Or, coupé 
de carrières et de vignes, et que dominent les trois 
pointes du Mont-Cindrc, du Mont-Thon et du Mont- 
Verdun. 

Ils cherchaient à se cacher, ou bien à redes- 
cendre dans les vallées de la Saône et de l'Azergue ; 
mais déjà leur arrivée était signalée partout. Partout 
les Jacobins avaient colporté la nouvelle que les 
Muscadins arrivaient pour tout saccager, tout mettre 
à feu et à sang, et sur toutes les rives, par toute la 
montagne, de Dardilly à Saint-Germain et de Neu- 
ville à Lentilly et à Losanne, le tocsin appelait les 
populations à se défendre et à courir sus à ces 
brigands de Muscadins. 

La plupart des paysans ne bougèrent pas. Il y en 
eut cependant qui profitèrent de 1 "occasion pour faire 
ce qui leur semblait un bon coup. Ils attendaient 
les Muscadins dans les cabornes (<), ou derrière les 
haies, tiraient dessus comme sur des lièvres ou des 
loups, puis les dévalisaient ; car les fugitifs avaient 



(,*) Maisonnettes en pierre sèche, ou plutôt refuges, inhabités la nuit. 



210 ESSAI DE GRAMMAIRE 

a'jan dé me préchu, é dé loin i leu véjan s'arrêta, 
sayé pé reprendre socheu^ sayé pé catsi lu trésor 
qui né poyan po mé porta. 

Mé d'na fortena fe ainsi fêté, à la i)ointe d'ina 
fortse ou d'on fesi dé tsasse. L'impenetô étché asserô 
dé davan. I fêjan va du dd, Ion tin apré , de leu 
veladzeu, dieu que n'en ayan profito, é i remarque- 
ron que nienna dé ché fortené n'ayé porta beneur à 
cheu que léz ayan fêté ou don bén que n'en éreteron. 

Fô teu deré : è gyi'en avi éteu que baieron asileu, 
u risqueu dé lu via, a plujeur dé cheu pourreu 
mondeu portsatcha. Etan dzouneu, dze n'en a connu 
ion que, du dépi, s'étché fixo à Cozon. 



Le peteta jjarrâtse d'Arbegny (i dejan po oncoré 
commenaj, su la rêva drâte dé Sôna, entremi Cozon 
é Curi, étché corné lez otré, teuta sin-déssu-déssâ. 
Leu tracassin senové, lé fené grelovon dé pou, mé 
leuz abetan n'en étchan po moin oquepo, quosi tui, 
à la vendâme. Vouvra pressové, la sâzon ayan éto 
tardeva sti an ; leu tin etché chior e dedja frâ; fayé 
se dêpétsi. 

Eparpïa pé lé collené, biou é bioudé copôvon leu 
razin, eniplôvon leu bénau é leuportôvon de lé tené ; 
mé on entendjé po de lé troppé leu rireu é leu pétor 
d'aiseu d'ordenéreu ; lé fillé s amusovon po a sor- 



DU PATOIS LYONNAIS 2H 

tous emporté avec eux ce qu'ils avaient de plus pré- 
cieux, et de loin on les voyait s'arrêter soit pour 
reprendre haleine, soit pour cacher les trésors qu'ils 
ne pouvaient plus porter. 

Plus d'une fortune fut ainsi faite, à la pointe 
d'une fourche ou d'un fusil de chasse. L'impunité 
était certaine d'avance. On montrait du doigt, long- 
temps après, dans les villages, ceux qui en avaient 
profité et l'on remarquait que pas une seule de ces 
fortunes n'avait porté bonheur à ceux qui l'avaient 
faite, ou à ceux qui en héritèrent. 

Il faut tout dire. Il y en eut aussi qui donnèrent 
asile, au péril de leur vie, à plusieurs de ces mal- 
heureux pourchassés. Etant jeune, j'en ai connu un 
qui s'était, depuis lors, fixé à Couzon. 



La petite paroisse d'Albigny (on ne disait pas 
encore commune), sur la rive droite de la Saône, 
entre Couzon et Curis, était, comme les autres, 
sens-dessus-dessous. Le tocsin sonnait, les femmes 
tremblaient de peur, mais les habitants n'en étaient 
pas moins occupés, presque tous, aux vendanges. 
L'ouvrage pressait, la saison ayant été tardive cette 
année ; le temps était clair et déjà froid, il fallait se 
dépêcher. 

Eparpillés par les collines, vendangeurs et ven- 
dangeuses coupaient les raisins, remplissaient les 
benôts et les portaient dans les cuves ; mais on n'en- 
tendait pas dans les groupes les rires et les cris de 
joie habituels ; les filles ne s'amusaient pas à sur- 



212 ESSAI DE GRAMMAIRE 

prendre Icu (jarron pé le\i débarfoï avoua dé razin, 
ni Ion garçon à pnrsuivré lé fille tan que sô leuz 
arbrcu ; teu budzové en selencheu, corné déz ombré. 

Leii so/oit començové a rebéssi ; i totsové quosi la 
cerna du Mon-Vardon, quan dez effan quépïovon 
u cou dé fesi su la montagne, se forreron à bèlo : 
« N'en vt'cha ! I vegnon ique ! » 

De vrâ l véjan dou cavali que dévalovon pé leu bou. 
D'otreu, pre loin, luz i fouijan apré. 

U pié dé la penta rade dé la montagne, entremi 
leu bou é lé vegné, leu dou fouyor sauterou à bo dé 
lu tsevau é leuz abaderon. Lé pourré bêté, que n'en 
poijan pre mé, se cutseron so dez arbreu, et elleu 
contèniiron, toudzeur fowjan, u traver du violé édé 
lé sévélo. Arrevo en face du vendâmou, i se rende- 
ron à cheu à qui i né poyan po étsapo. 

— « Broveu mondcu, aï pedja dé neu ! Dzé son dé 
Lionnai qu'an volu défendre vetra lebartô é la nctra; 
dze n'an fa dé mo a presena, netron crimon é de 
n'ava po èto leu pre fôr. Sarvd neu, u non du cher, 
dze vo récompenser an, e pi leu bon Dju voz i rendra ! » 



L3it vendâniou, s'il agan pu leu sauvo sen: être 
aparru, leuz arian ccrtainnamin fa felo de quoqué 
cova ou grani. Ma lou lilu començôoon à devalo pé 
leu violé; la2)ouy açové tui leucoradzeu. Leu païsan 



DU PATOIS LYONNAIS ^13 

prendre les garçons pour les barbouiller de raisin, 
ni les garçons à poursuivre les lilles jusques sous 
les arbres ; tout remuait en silence, comme des 
ombres. 

Le soleil commençait à baisser ; il touchait 
presque la cime du Mont-Verdun, quand deux 
enfants qui guettaient les coups de fusils sur la 
montagne se mirent à crier : « En voilà ! Ils vien- 
nent ici. » 

De fait, on voyait deux cavaliers qui descendaient 
précipitamment par le bois. D'autres, plus loin, les 
poursuivaient. 

Au pied de la pente raide de la montagne, entre 
les bois et les vignes, les deux fuyards sautèrent à 
bas de leurs chevaux et les abandonnèrent. Les 
pauvres bêtes, qui n'en pouvaient plus, se couchè- 
rent cà l'ombre. Quant cà eux, ils continuèrent tou- 
jours courant, au travers des sentiers et des haies. 
Arrivés en face des vendangeurs, ils se rendirent 
à ceux auxquels ils ne pouvaient échapper. 

« Braves gens, a^'ez pitié de nous ! nous sommes 
des Lyonnais qui ont voulu défendre votre liberté 
et la nôtre ; nous n'avons jamais fait de mal à per- 
sonne, nous n'avons d'autre crime que de n'avoir 
pas été les plus forts. Sauvez-nous, au nom du ciel! 
nous vous récompenserons, et puis le bon Dieu 
vous le rendra ! )> 

Les vendangeurs, slls avaient pu les sauver sans 
être aperçus, les auraient certainement fait entrer 
dans quelque cave ou grenier. Mais les Bleus com- 
mençaient à dévaler par les sentiers ; la peur glaçait 



214 ESSAI DE GRAMMAIRE 

feron mena dé né po ent'endré é tsoquon s'arrapové 
à s'n ouvra, corné si n'ayé vin rpié cinqiie. 

— « Bravo mondeu, catsi ncu^ torii, ique de clii 6e- 
nau ! covrl mé dé râsin ! » 

Yon duz etrandzi, en parlan de la sorta, s'alondzi 
u fon d'on bénau. 

Leii vindâmou leu lasseron féré; è n'y eu que na 
féna que vinssl H voyenci na pleinna séïlle de 
râsin dessu, mé jio assé pé leu covri ; é dé leu ten 
quel alové n'in corré in'' otra, arreveron leu sordo 
que larderon u cœur avoua lu sobreu leu pourréu 
Muscadin. I né pussi qu''on cri. Son san fu mécho 
avoua leu vin. Dz''a entendu raconta cinque à in 
omeu que y aye viu, ma que dz'y raconteu à mon 
leur. 

L'otreu fouyor s'et'clié po arréto. Il ayé desindu 
comé leu vo tan qu'u pié dé la vieille éïse cVArbe- 
gny, on que leu tarrain mé prion leu catsôvé u ju 
du porsuivan. Cli' eïse avoua son chiotsi, drâ su la 
darrire collena, semblon gardo lé due rêvé dé la 
Sôna e guetô u loin teu ce que possé. On Va rernpla- 
cha du dépi pé na nouva, pre 5o, me sin la démoli ; 
i n'en an fa in' écoula. 

Leu Lionai preni à man goba, remonti la collena, 
du coûta dé bise, e s'enfeli pé leuz aigrô du ckiotsi. 



DU PATOIS LYONNAIS 215 

tous les courages. Les paysans firent mine de ne 
pas entendre et chacun s'attachait à son ouvrage 
comme s'il n'eût vu que cela. 

— Braves gens, cachez-nous, tenez, là, dans cette 
baignoire ! 

Un des étrangers en parlant de la sorte, s'allongea 
au fond d'une benne. 

Les vendangeurs le laissèrent faire. Il n'y eut 
qu'une femme qui vint vider sur lui un plein seau 
de raisins, mais pas assez pour le couvrir; et pen- 
dant qu'elle en allait chercher un autre, arrivèrent 
les soldats qui lardèrent au cœur, avec leurs sabres, 
le malheureux Muscadin. Il ne poussa qu'un seul 
cri. Son sang se mêla avec le vin. J'ai entendu 
raconter cela par un homme qui l'avait vu, moi qui 
le raconte à mon tour. 

L'autre fugitif ne s'était pas arrêté. Il avait filé 
comme Je vent jusqu'au pied de la vieille église 
d'AIbigny, où le sol s'abaissant le dérobait aux 
regards des poursuivants. Cette église avec son 
clocher, debout sur la dernière colline, semble 
garder les deux rives de la Saône et surveiller au 
loin tout ce qui passe. On l'a remplacée depuis par 
une neuve, mais sans la démolir; on en a fait une 
école {*\. 

Le Lyonnais prit à gauche, remonta la colline du 
côté du nord et enfila les escaliers du clocher. 

(•) On fait remonter à Gondebaud, roi des Burgondes et oncle de 
sainte Clotilde, qui y aurait l'ait sa résidence, le premier éditice bâti 
sur cet emplacement ; c'est même de là qu'aurait été promulguée la 
loi Gombette : mais il parait plus probable que ce fût à Ambérieux- 
en-Dombes. 



216 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Leu chiotsi grondové corné s'il aïé contenu tui leu 
tenéreu du Mon-d'Or on dzeur d'oradzeu. Leu senou, 
in' orneu oncoré teu dzouneu, étché on mami que 
n'ayé i^o frâ u ju ; on fran luron, gâ é vouer, on 
vrâ tepeu dé païsan dé netra montagne. 

Applaïa dé tui seu membreu à la consegna qu'il 
ayan baïa, dé veladzeu en veladzeu, pé teuté lez 
éïzé duz enveron, i trimbalové sa courda, i grolové 
sa chôtse coiii'on dérrato. 

Leu Lionnai montové teu dé la douce, grelan é 
hasatan, quand i vi que leu senou Vayé aperçu é 
leu guintsové, épanto : 

— Vo brelo pô, qui H crii, moulo pô la courda, 
seno toudzeu ! Se vo voz arrêta, dzé si pardu. 

Leu manii déveni dé quâ è n'en verové; i contenii 
a seîio corné se dé ren n'étché, teut en demandan : 

— Qu'été-veu ? Que voli-veu ? 

— On pourreu velati, que tsortsé onqué se catsi. 

— Beten que dze voz à po viu, dessi leu senou; 
catsi veu darri chi travon. 

E i li vert lez épallé, toudzeur senan. 

Voré la né tsâjé; l'ombra de la teur s'étendjé tan 
qu\i delà de Sôna; pi cl se confondi avoua lé sauzaïé 
du brotchau, é lé 7'atavoladzé cominceron à derrapô 
e àprindré lu envola. Leu senou séverivô l'eslrandzi 
é li démandi se on senové encore uz otreu chiotsi. 



DU PATOIS LYONNAIS 21 7 

Le clocher grondait comme s'il eût contenu tous 
les tonnerres du Mont-d'Or un jour d'orage. Le 
sonneur, encore tout jeune, était un gaillard qui 
n'avait pas froid aux yeux; un franc luron, gai, 
ouvert, un vrai type de paysan de notre montagne. 

Appliqué de tous ses membres à la consigne 
qu'on avait donnée, de village en village, par toutes 
les églises des environs, il faisait sauter sa corde 
et secouait sa cloche comme un forcené. 

Le Lyonnais montait tout doucement, essouflé, 
haletant ; et lorsqu'il vit que le sonneur l'avait 
aperçu et le regardait, ahuri : 

— Ne vous troublez pas, lui cria-t-il,ne lâchez 
pas votre corde, sonnez toujours ! Si vous vous 
arrêtez, je suis perdu. 

Le marguiller devina de quoi il s'agissait; il con- 
tinua à sonner comme si de rien n'était, tout en 
demandant : 

— Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? 

— Un pauvre habitant de la ville, qui cherche un 
refuge. 

— Mettons que je ne vous ai pas vu, dit le son- 
neur; cachez-vous derrière cette poutre. 

Et il lui tourna le dos, sonnant toujours. 

Maintenant la nuit tombait ; l'ombre de la tour 
s'étendait jusqu'au-delà de la Saône; puis elle se 
confondit avec les saulées des brotteaux, et les 
chauves-souris commencèrent à se détacher et à 
prendre leur envolée. Le marguiller se tourna vers 
l'étranger et lui demanda si Ton sonnait encore aux 
autres clochers. 



218 ESSAI DE GRAMMAIRE 

— Neii, ren mé de Niivelé, ren de Cozon, ren dé 
dzin d'endra, que leu velati li dessi u heu d'on 
raomen. 

— Fô don mé câsi, ma éteu, repequi leu mariii, 
moulan peteVà pete sa courda; mé que van-dze féré 
dé veu, pourreu muscadin ? 

— Gardo-mé ique^ prix leu fouyor. 

— Impossebleu : corné vô norri sin qu'on y satsé ? 
E pi on vindra ben seur feré dé parquesechon tan 
que de ma leur ; on en fa parteu ; dzé mé pardrian 
sin vosarvo... Savi vo nadzi ? 

Et i li montrové la Sôna, du coûta dé la traversa 
du matin. 

— Oua, dzé nadzeu com'on gone de San-Chior ; 
dz'â travarso leu Rôneu mé dé cen coup. 

— E bin?... fi leu manii, avoua leu gesteu dé 
pequô na téta. 

— Porrain pô, dzé péseu trô. 

— Corné ? Vo 71 été portan po se gro... 

— Si, avezo mé faqué : élé soji se pleinné que dzé 
colérain à pion. 

— Plein-né dé quà? 

— Dé lui d'or. 

Leu païsan échati dé rire : Ah ! v'tcha in imbouil- 
leu que mé fare grou plasi, à ma; y é po lu poi du 
yor que ni'entrainnéra jamé u fon dé la revire! 
Tsajjolor, men ami, se té vu té naï, té f) trovô 
notreu moyen moin cossu; chique népô à ta porto. 



DU PATOIS LYONNAIS 219 

— Non, plus rien de Neuville, rien de Couzon, 
d'aucun endroit, répondit, au bout d'un moment, le 
citadin. 

— Il faut donc me taire, moi aussi, répliqua le 
sonneur lâchant peu à peu sa corde ; mais qu'allons- 
nous faire de vous, pauvre muscadin ? 

— Gardez-moi ici, supplia le fugitif. 

— Impossible : comment vous nourrir sans qu'on 
le sache? Et puis on viendra sûrement faire des 
perquisitions jusques dans ma tour; on en fait par- 
tout. Je me perdrais sans vous sauver... Savez-vous 
nager ? 



— Oui, je nage comme un gone de Saint-Clair; 
j'ai traversé le Rhône plus de cent fois. 

— Eh bien ?... fit le marguiller avec le geste de 
piquer une tête. 

— Je ne pourrais pas, je pèse trop... 

— Comment ? Vous n'êtes pourtant pas tellement 
énorme... 

— Si, regardez mes poches : elles sont si pleines 
que je coulerais à pic. 

— Pleines de quoi ? 

— De louis d'or. 

Le paysan éclata de rire : Ah! voilà un genre 
d'empêchement qui me ferait joliment plaisir, à 
moi ! Ce n'est pas le poids de l'argent qui m'entraî- 
nera jamais au fond de la rivière ! Chapolard, mon 
ami, si tu veux, te noyer, il te faudra trouver un 
moyen moins cossu; celui-ci n'est pas à ta portée. 



220 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Leu Muscadin, qu'ayé po envia dé rire, atleadjé, 
impachin, qu'il ussé feni. Leu risou se repréni enfin 
é, corné hontu dHna tôla bordé dé gâto en x^Tesince 
d'in oîneu qu''ayé se pu dé râson dé feré corné lui, i 
dessi : 

— Savi vo ce qu'e fô féré? Yé hen simpleu : quan 
on é trô tsardja, on se détsôrdzé. 

— Me détsardzi ?... Eyon ? 

— On que vo vedra. Téni, v'tcha justeu ina gola 
de chi travon; du lô innebleu opposo à la fenétra, 
teu contra la rneraille. On porre y chutro na peu 
per dessu... 

Leu Lionai aveze on momen leu senou à la chiarto 
dé la lena, pé déveno s'on poïé se fio à lui; mé y 
ayé po à trii ; i se decedi à vouadi se faqué. 

Il ayé dou mel é quoqué pièce d'or, dé vingt- 
quatreu livré tsoquena,à la marca de Luis quinze et 
Luis sézé. I n''en gardi que quoqué zene, recali de 
on sa, apré lez avâ conto, leu nombreu rion dé dou 
mêle é intoï leu sa de la gola, en dezan u senou : 

— Se veuz été in ojiéteu omeu, se veuz avi la crainte 
dé Dju, dé Dju que neu guété, veuz y fara va. Dzé 
veu fieu teu. ce que dzé possédeu. 

— Bien, repequi leu païsan, deman dzé tsapleri 
ique dessus on bon cou démartchau, é dzé tsutséri se 
bien la peu que leu ra èlleu nnémeu né séran po dé 
mâtcha de netron secre... Me, a parpu, faudra-t-è 
voz y gardo tant qu'u dzudzemen darri ? Dze né 
demanderain po miu, mé leu Père Etarnè mé 



DU PATOIS LYONNAIS 221 

Le Muscadin, qui n'avait pas envie de rire, atten- 
dait avec impatience qu'il eut fini. Le rieur se 
ressaisit enfin et, comme honteux d'un tel excès de 
gaieté en présence d'un homme qui avait si peu de 
raisons de l'imiter, il dit : 

— Savez-vous ce qu'il faut faire ? C'est bien 
simple : quand on est trop chargé, on se décharge. 

— Me décharger?... Où ? 

— Où vous voudrez. Tenez, voici juste un large 
trou dans cette poutre, ici, du côté sombre opposé 
à la fenêtre, tout contre le mur. On pourrait clouer 
une planche dessus... 

Le Lyonnais regarda un moment le sonneur à la 
clarté de la lune pour deviner si l'on pouvait se fier 
à lui ; mais il n'y avait pas à choisir. Il se détermina 
à vider ses poches. 

Il avait deux mille et quelques pièces d'or, de 
vingt-quatre livres chacune, à l'eflfîgie de Louis XV 
et de Louis XVI. Il n'en garda que quelques-unes, 
remit dans un sac, après les avoir comptées, le 
nombre rond do deux mille et introduisit le sac 
dans le trou, en disant au sonneur : 

— Si vous êtes un honnête homme, si vous avez 
la crainte de Dieu, de Dieu qui nous regarde, vous 
le montrerez. Je vous confie tout ce que possède. 

— Bien, répondit le paysan; demain, je cognerai 
là-dessus un bon coup de marteau et je clouerai si 
bien la planche que les rats eux-mêmes ne seront 
pas de moitié dans notre secret... Mais, à propos, 
faudra-t-il vous garder cela jusqu'au jugement der- 
nier ? Je ne demanderais pas mieux ; mais le Père 



222 ESSAI DE GRAMMAIRE 

relèvera. p'Vetré dé facchon pretou que dze né 
v'drin. 

— Voz omo à rire, obsarve leu Lionnai ; cinque 
n'é po na marca dé mauvése conschince, u contrè- 
reu. Enfin, à la gorda dé Dju !... Acqueto mé bien, 
senou d'Arbegni... Ah! Dz'oubliôveu : corné veu 
nomma veu ? 

— Tsapolor, pé vo charvi. 

— E ben, cetoyen Tsapolor, preni bien nota du 
dzeur on que dzé son oui, 9 ottobré 1793. Bai mé diz 
an pé reveni. Se, de diz an, dze n'a po réclama leu sa, 
il é vetreu avoua teuce qu^il intôié. 

— Intiîidu. Voré, profita dé la né. Vtcha on mor- 
chau dé pan, y é teu ce que dzé poïeu vo bai. Felo 
leu Ion dé chà sévelô tan qu'à lo lôna ; él n'a dzin 
d'aiguë pé leu momen; voz arrevéra de in ila, vo 
tindra coriseil sô on sauzeu, pi quan vo sera bien 
seur d'etré sole, vo travarserà leu grou brë dé Sôna, 
é derrieu vo sera en Brasse. Teu trapenô, na bena 
môrtse vo sara po dé trô pé vo soreilli. A lé premiré 
orvé du solou clé déman vo povi être dedja à l'otreu 
beu dé la Domba; dou dzeu oncoré, vo saré en 
Suisse. Adju, é que v'tron b'n andzeu vo gôrclé ! 



Leu douz omeu se sarreron la man, é Tsapolor, 
don leu cœur trebïové, suivi du ju tan qui joovi leu 
pourreu Muscadin ; i leu pardi à la fin u traver du 
brotchau. 



DU PATOIS LYONNAIS 223 

Eternel me relèvera peut-être de faction plus tôt 
que je ne désirerais, 

— Vous aimez à rire, observa le Lyonnais ; ceci 
n'est pas une marque de mauvaise conscience, au 
contraire. Enfin, à la garde de Dieu!... Ecoutez- 
moi bien, sonneur d'Albigny... Ah! J'oubliais : 
comment vous nomme-t-on ? 

— Chapolard, pour vous servir. 

— Eh bien, citoyen Chapolard, prenez bien note 
du jour où nous sommes aujourd'hui, 9 octobre 
1793. Donnez-moi dix ans pour revenir. Si, dans 
dix ans, je n'ai pas réclamé le sac, il est à vous 
avec tout ce qu'il contient. 

— Entendu. iSIaintenant profitez de la nuit. Voici 
un morceau de pain ; c'est tout ce que je puis vous 
offrir. Filez le long de cette haie jusqu'tà la lône ; 
elle n'a pas d'eau pour le moment. Vous arriverez 
dans une île, vous tiendrez cons3il sous un saule; 
puis, lorsque vous serez bien sûr d'être seul, vous 
traverserez le gros bras de la Saône et, de suite, 
TOUS serez en Bresse. Tout mouillé, une bonne 
marche ne vous sera pas de trop pour vous sécher. 
Aux premiers rayons du soleil de demain vous 
pourrez être déjcà de l'autre côté de la Dombes ; 
deux jours encore, vous serez en Suisse. Adieu, et 
que votre bon ange vous garde ! 

Les deux hommes se serrèrent la main et Chapo- 
lard, dont le cœur battait fort, suivit des yeux tant 
qu'il put le pauvre Muscadin. A la fin, il le perdit 
au travers des brotteaux. 



IG 



22'l ESSAI DE GIIAMMAIIIE 

Sel ail se pusseron. La Rcpebleca declnssl nioin 
sarvadze, jji, com'on tseuua ryu'a prnu rua, el sr 
lassi domto pé Bonaparte. Leuz emegro commence- 
ron à reveni u paï. 

Dé due chiâtsé, leu Dianii d'Arb<''(jn'i n'en ayé dzin 
mé que yèïia, la pre peteta ; la pre çirandoi, chaque 
su hiiiuôUa il ayé tan seno leu tracassin, ayé étd 
caraïa à bo du chiotsl; transformo on canon, elle 
tenôvé contra leuz Auti'ecJien. 

E oncoré, dé cha péteta chôtse, e Ji'aye po Ion ten 
quil etché autoreja à se charvi pé annonci ùtrà tsuza 
que leu décadi, ou don bin leu foua. 

On sa, teu seule dé sa leur, i fenâtclié dé tinto trâ 
cou, pi trâ cou, pi oncoré trâ cou, é son cœur tret/iové 
d'aiseu cVàvâ pji seno TAndzélu, annoncheu dé la fin 
du gran oradzeu qu'aijé couavia se redamèn leu 
cher dé n'ira France. 

Teu d'ena va, in se reveran, i se trovi vo à nô 
avoua in estrandzi que, d'ina voua boleguô, H dé- 
mandi : 

— Mé reconnatsi-veu ? 

— Ma fâ, repondi-t-i, pet-étré oua, pet'étre neu.., 

— Comé? Vo vo soveni po du sa du ottoljré 03 ? 

— Oua é )ieu, repequi Tsapolor que tsortsové à 
gogni dé tin. 

E H étché ben venu teu dé suite in jjensô que 
ch'omeu poïé être leu Muscadin fouïord à Voccajon 



DU PATOIS LYONNAIS 225 

Sept ans se passèrent. La République devint 
moins sauvage, puis, comme un cheval las de ruer, 
elle se laissa dompter par Bonaparte. Les émigrés 
commencèrent à rentrer au pays. 

De deux cloches, le marguillier d'Albigny n'en 
avait plus qu'une, la plus petite; la plus grande, 
celle sur laquelle il avait tant sonné le tocsin, avait 
été jetée à bas du clocher; transformée en canon, 
elle tonnait contre les Autrichiens. 

Et encore, de cette petite cloche, il n'y avait pas 
longtemps qu'il était autorisé à se servir pour 
annoncer autre chose que le décadi ou bien quelque 
incendie. 

Un soir, tout seul dans sa tour, il finissait de 
tinter trois coups, ensuite trois coups, puis encore 
trois coups, et son cœur frémissait d'aise davoir 
pu sonner VAiigolua, annonce de la lin du grand 
orage qui avait balayé si rudement le ciel de notre 
France. 

Soudain, en se retournant, il se trouva en face 
d'un étranger qui, d'une voix émue, lui demanda : 

— Me reconnaissez-vous? 

— Ma foi, répondit-il, peut-être oui, peut-être 
non... 

— Comment! Vous ne vous souvenez pas de la 
soirée du 9 octobre 9:5 ? 

— Oui et non, répliqua Chapolard qui cherchait à 
gagner du temps. 

Il lui était bien venu tout de suite en pensée que 
cet homme pouvait être le Muscadin fugitif à Tocca- 



226 ESSAI DE GRAMMAIRE 

du quàleu sa téta ayé se sovin battu la campagne, e 
fa, dzeur é né, fouvce supposechon é tsotchau en 
Espagne : Revindra-t-i ?... Revlndra-t-i pô ?... I 
m'' a dzln baïa dé novèle, i da être môr... 

Ouâ, mé avan dé meri, i poïé ava lâcha fouiré 
son secré; in otren que lui poïé se présenta à sa 
place. E pi sa mémeu i Vaïé viu qii'on momen, à la 
chiarto innehla d'uia demi-né. I se méfiové don é 
s^étché promettu dé se téni en garda. V'tcJia prequâ 
i né voïé po chortré dé sa réponse guéreu compro- 
juettante : « PTétré oua, p'Vétré neu ». 

— Ma <:/:e vo reconnatseu ben,insestové Vestrandzi, 
voz été leu manii d'Arbegni, vos été leu cetoïen Tsa- 
polor. 

— Pardena, leu biau mistereu! teu leu mondeu i 
sa que dzé si Tsapolor; mé qu'et-è qu'éprouvé? 

— E prouvé... éprouvé que dzâ été in inocen ! 

Vestrandzi se cogni leu fron avoua lé due man, 
comé désespéro. 

— Ah ! dz aïan trô bélamen révo ! Gn'a dzin mé 
dé bena fà su terra. Cetoïen Tsapolor , nianii d'Ar- 
})cgni, vo rn'avi volo meu yor ! 

— Que yor ? 

— Leu trésor que dze veu confii leu sa du nu 
ottobré, y a sét an. 

— Sévo m^avi confia on trésor, trovo-leu! repequi 
Tsapolor sén se brelô. 



DU PATOIS LYONNAIS 227 

sien duquel sa tète avait si souvent battu la cam- 
pagne, et fait, nuit et jour, force suppositions et 
châteaux en Espagne : Reviendra-t-il?... Ne revien- 
dra-t-il pas?... Il ne ma jamais donné de nouvelles, 
il doit être mort... 

Oui, mais avant de mourir, il pouvait avoir laissé 
échapper son secret ; un autre que lui pouvait se 
présenter à sa place. En outre, lui-même, il ne 
l'avait vu qu'un moment à la clarté douteuse d'une 
demi-nuit. Il se défiait donc et s'était promis de se 
tenir en garde; voilà pourquoi il ne voulait pas 
sortir de sa réponse fort peu compromettante : 
« Peut-être oui, peut-être non ». 

— Moi je vous reconnais bien, insistait l'étran- 
ger, vous êtes le marguillier d'Albigny, vous êtes le 
citoyen Chapolard. 

— Parbleu, le beau mystère ! tout le monde le 
sait que je suis Chapolard ; mais qu'est-ce que cela 
prouve ? 

— Cela prouve... cela prouve que jai été un 
imbécile !... 

L'étranger se frappa le front avec ses deux mains, 
comme désespéré. 

— Ah ! j'avais fait un trop beau rêve, il n'y a plus 
de bonne foi sur terre. Citoyen Chapolard, marguil- 
lier d'Albigny, vous m'avez volé mon argent. 

— Quel argent ? 

— Le trésor que je vous confiai le soir du 9 octo- 
bre, il y a sept ans. 

— Si vous m'avez confié un trésor, trouvez-le, 
reprit Chapolard sans s'émouvoir. 



228 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Veslrandzi vert uteur dé lui avoua l'attencJion 
d'on rnôr que tsortsére sa téta pé i^evéni à la via. Il 
avezove, se béssové, se reverové. A la parfin^ s'arré- 
tan davan on travon, du coûta opposa à na fenétra : 

— Ey et ique, ique que dzintoï mcu dou mel lui 
d'or. 

— Se vo leuz avi intoïa irpie, jwononci Tsapolor 
toudzeur pâsebleu, il i sononcoré. 

I preni son grou quetchau dé vegnâron, i n'en 
forri la pointa so na peu, fi sauta on chu, dou chu, e 
arratsi leu resteu avoua la man : 

— Avezo, éVè cinque ! 

Veslrandzi, a sti cou, retenié son sochieu, pi i 
recominci à basatà oncor mé qu'avan, mé ey étché 
d'aizeu. 

Leu sa étché bin ique, ausse grou, ausse leur que 
quand il Vy ayé intoïa. I lo preni, leu saupési, fi 
seno leu contenu é, se carayaii de leu bré dé Tsapo- 
lor : 

— Marci, brov' omeu ! marci, mon Dju, mé v'tcha 
sauva ! 

I s'approtsi dé la fenètra é conti rapedamen ciuo- 
que centainné dé pièce rossé. Impossebleu dé n'en 
dotô : teut y étché. Alôr reportan à noviau su leu 
senou seu ju que rayàvon : 

— Broveu e fedéleu païsan, dze mé sovegneu que 
vo n'etcho po cossu, et dzé sa que la mesére a éto 
granda per ique; vo n'avi don po eto tenta dé poisi 
de leu sa?... Gn'ayé dzin dé témoin... 



DU PATOIS LYONNAIS 229 

L'étranger tourna autour de lui avec l'attention 
d'un mort qui chercherait sa tète pour revenir à Ja 
vie. Il regardait, se baissait, se retournait. A la fin, 
«'arrêtant devant une poutre, du côté opposé à une 
fenêtre : 

— C'est ici; ici que j'enfermai mes deux mille 
louis d'or. 

— Si vous les avez enfermés ici, prononça Cha- 
polard toujours paisible, ils y sont encore. 

Il prit son gros couteau de vigneron, en glissa la 
pointe sous une planche, fit sauter un clou, deux- 
clous, et arracha le reste avec la main : 

— Regardez, est-ce cela? 

L'étranger, pour le coup, retint sa respiration, 
puis il recommença à haleter plus encore qu'avant, 
mais c'était de joie. 

Le Sac était bien là, aussi gros, aussi lourd que 
lorsqu'il l'y avait mis. Il le prit. le soupesa, fit 
sonner le contenu et, se jetant dans les bras de 
Chapolard : 

— Merci, brave homme! Merci, mon Dieu, me 
voilà sauvé ! 

Il s'approcha de la fenêtre et compta rapidement 
quelques centaines de pièces jaunes. Impossible 
d'en douter, tout y était. Alors, reportant de nou- 
veau sur le sonneur ses yeux qui rayonnaient : 

— Brave et fidèle paysan, je me souviens que 
vous n'étiez point riche, et je sais que la misère a 
été grande par ici. Vous n'avez donc pas été tenté 
de puiser dans le sac?... Il ny avait point de 
témoin... 



230 ESSAI DE GRAMMAIRE 

— Y aye lea boa Dju, dessi Tsapolor in montran 
leu cher avoua leu dâ. E tan qu'à la tontachon, él 
m'a po manquo ; elle venié teuté lé né s'acheto su leu 
cutron dé mon y et é, leu dzeur, comben dé va el s'em- 
buscôvé, pé m'attendré, de lé vegné onqué dzé su(5veu 
é pein-nôveu pé leuz ôtreu ! Tel que vo mé vaï, dze si 
pouvreu com' on ra dé mon chiotsi. Mé y a dé tzusé 
qu'oublion po cheu que lez an apprâ d'enfance. Ma 
pourra more (leu bon Dju la repousé 1) me fejé répéta 
tui leu sa avan dé m'ejidremi : « Neu lâssi po tsâre 
dé la tentachon ! » E vo, revéni vo pano comé ma ? 



— Vo n'y avi suramen fjo obliu, dzé modi avoua 
na cenieinna dé lui d'or m faqua; teut a fondu. 
Ah ! dz' m'en si viu quatreu lover en Suisse é en 
Autriche; mé teuté netré mesére son fenié. Neu 
v'tclia refseu voré, Von é l'otreu, cô dzé van partadzi. 

— Pariadzi, avoi ma l...seschiayni Tsapolor pe'iant 
dé grau ju. 

— Partadzi. M'avi vo donc supposa moin onéteu 
que veu? 

— Mé, înonchu, vo mé dévi ren! 

— Vo poïo teu prendre; dzé vo dâveu mel lui que 
dzé retrouveu é que dzé gordeu; dzé voleu que vo 
n'aï autan que ma. 

E fu leu leur dé Tsapolor dé se caraï dé leu bré 
du Liomiai. 

Il emportéron tsoquon vingt-quatreu mel livré Co7i 
né contové pô oncorépé franc). Leu Lionnai remonti 



DU PATOIS LYONNAIS 231 

— Il y avait le bon Dieu, dit Chapolard en mon- 
trant le ciel avec le doigt, et quant à la tentation, 
elle ne m'a pas manqué, elle venait toutes les nuits 
s asseoir sur le traversin de mon lit, et le jour, que 
de fois elle s'embusquait pour m'attendre dans les 
vignes où je suais et peinais pour autrui ! Tel que 
vous me voyez, je suis pauvre comme un rat de 
mon clocher. Mais il y a des choses que n'oublient 
pas ceux qui les ont apprises d'enfance ; ma pauvre 
mère (le bon Dieu la repose!) me faisait répéter 
tous les soirs avant de m'endormir : « Ne nous 
laissez pas succomber à la tentation ! » Et vous, 
revenez-vous pané comme moi ? 

— Vous ne l'avez certainement pas oublié, je 
partis avec une centaine de louis d'or en poche; 
tout a fondu. Ah ! je m'en suis vu quatre là-bas en 
Suisse et en Autriche ; mais toutes nos misères 
sont finies, nous voilà riches maintenant l'un et 
l'autre, car nous allons partager. 

— Partager, avec moi!... s'exclama Chapolard 
écarquiUant les yeux. 

— Partager. M'avez-vous donc supposé moins 
honnête que vous? 

— Mais, Monsieur, vous ne me devez rien, 

— "Vous pouviez tout prendre ; je vous dois mille 
louis que je retrouve et que je garde; je veux que 
vous en ayez autant que moi. 

Ce fut au tour de Chapolard de se jeter dans les 
bras du Lyonnais. 

Ils emportèrent chacun vingt-quatre mille livres 
(on ne comptait pas encore par franc) , Le Lyonnais 



232 ESSAI DE GRAMMAIRE 

son commercheu. Lez afféré étchan facelé de na vêla 
que renâtché dé se ruiné; i redévinssi retseu, oncor 
mé retseu qu' avaii. 

Tant qu'a Tsapolor, i se trovi retseu éteu dé son 
veladzeu d'Arbegni, on qu'on roulé po su Vor. Il 
atseti na mâzon, quoqué betséré dé vegné, on dzardin, 
dé pro, dévinssi on demi bordzoi, é povi dzoï en pé, 
consedéro é estemo, d'ina fortena que, si l'ayé otté- 
nua otramen, l'are caffi dé remôr. 

Dze mé sovegneu dé Vavk veseto avoua mon arri- 
gran, qu'étché dé seuz ami. Tsapolor etché alor viu^ 
ben viu, é ma ben pete ; é mogro la destance que no 
separové, cinque mé fa podzouneu... Quan i passové, 
playa in dou, appoïa su son bâton, avoua se quelôté 
corté, son tsapiau à claqua é sa coua dé cheveu blan 
que chortchan dé darri son tsapiau, tsoquon leu 
saluové contHn omeu dé bien, Voneur dé netron paï. 



Soven dz'a raconto sen istoire à meuz éffan. 
Ma dze metchain promi dé la raconto oncoré na 
va, la plema à la man, avan dé m'en alo à mon leur. 

J -M. ViLLEFRANGHE. 



DU PATOIS LYONNAIS 233 

remonta son commerce. Les affaires étaient faciles 
dans une ville qui renaissait de ses ruines. 

Quant à Chapolard, il se trouva riche aussi dans 
son village d'Alblgny où l'on ne roule pas sur l'or. 
Il acheta une maison, quelques bicherées de vigne, 
un jardin, des prés, devint un demi-bourgeois et 
put jouir en paix, considéré et estimé, d'une fortune 
qui, s'il l'avait obtenue autrement, l'aurait bourrelé 
de remords. 

Je me souviens de lavoir visité avec mon arrière- 
grand-père, qui était de ses amis. Chapolard était 
alors vieux, bien vieux, et moi bien petit et, malgré 
l'énorme distance qu'il y avait entre nous, cela ne 
me fait pas jeune... Quand il passait, plié en deux, 
appuyé sur sa canne, avec sa culotte courte, son 
chapeau à claque et sa queue de cheveux blancs 
qui sortait de derrière son chapeau , chacun le 
saluait comme un homme de bien, l'honneur de 
notre pays. 

Souvent j'ai raconté son histoire à mes enfants. 

Mais je m'étais promis de la raconter encore une 
fois, la plume à la main, avant de m'en aller à mon 
tour. 

J.-M. ViLLEFRANCHE. 



23 i ESSAI DE GRAMMAIRE 

La Gozenâre 

Auteur inconnu; date 1750 environ (<) 

PREMI COPLÉ 

Bévin on cou, bévinz-in dou, 
Ejamé trà neuz an fa pou. 
On cou n'arrouzé (") qu'ina brâza. 
Pé bin bâre à la Cozenâse, 
Ei fô repequo, mon patron. 
Se té so pô bâre à repétechon : ) 
Mon pouf ami, passa pé Vâsa / ) 



bis- 



(') Contrairement à l'opinion de M. Nizier du Puitspelu qui, dans 
la Revue du Lyonnais de février 1890, fait remonter la Cozenàre à 
une quarantaine d'années, je crois, cette chanson plus que cente- 
naire. Quand j'avais dix ans, en 1840, les vieillards seuls la chan- 
taient, et personne ne se rappelait avoir connu ceux qui y sont 
nommés : Noïé Ratadon et sa Dzanéton. L'expression même de boïé, 
pour lille, celles de nion, pour aucun, de suidé, pour suivre, de 
vouadi, pour verser, et celles de prendre on ca, de malacardi, etc., 
étaient depuis longtemps tombées en désuétude. — M. du Puitspelu 
a eu la loyauté de le reconnaître dans le n° de novembre 1890 de la 
même Revue, où il a réimprimé la Cozenàre avec les corrections que 
je lui avais indiquées. 

Mon vieil ami et camarade M. Maurice Rivoire, aujourd'hui mar- 
chand grainier à Lyon, pense que la chanson n'a pas été composée 
tout d'un bloc, mais que des auteurs différents y ont successivement 
ajouté des couplets. C'est là une opinion qui peut se soutenir, mais 
non se vérifier aujourd'hui. 

(2) Inutile de faire remarquer que, dans arrouzé, é est atone. Il 
joue le rôle de l'e muet en français, et s'élide devant les voyelles, 
comme au vers suivant dans bâf pour baré (bibere). 



DU PATOIS LYONNAIS -235 

Buvons un coup, buvons-en deux, 
Et jamais trois ne nous ont fait peur. 
Un coup n'arrose qu'un tant soit peu. 

Pour boire à la Couzonnaise, 
Il faut recommencer, mon patron. 
Si tu ne sais pas boire à répétition. 

Mon pauvre ami, passe par Vaise (') ! 

DEUJÉMfiU (-) COPLÉ 

Dzùmeu (-) leu vin quand il è bon, 
Dzômeu le fille sin façon; 
Dz'â toud^eur ômo lé fumèle; 
Mé n'ômeu pô ché sùlé belle, 
Que vu crion du coin du ju. 
Dépi leu dzeur quélé m'an tan mordu, 
Dze n'ouseu pô in'aprotsi d'éle. 

J'aime le vin quand il est bon ; 
J'aime les filles sans façon; 
J'ai toujours aimé les femmes; 
Mais je n'aime pas ces sales belles, 
Qui vous font signe de l'oeil. 
Depuis le jour qu'elles m'ont tant mordu, 
Je n'ose plus m'approcher d'elles. 

TR.A.JEUMEU COPLÉ 

Dzan bin quûqué bôïé à Cozon, 
Que nan pô môvéze façon, 
Mé lé bogré son défecilé, 
Surteu quand lé van su léz îles , 



(') Voir la note au ijas Je la page l'Jô. 

(-) Cet eu final, naturellement est aussi atone. C'est une variante 
de ie muet français. 



236 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Luz i /au dé pete monchu, 
Ei y é prequà on ne lé morié plu 
Et qu'à Sorman Coton défilé. 

Nous avons bien quelques filles à Couzon, 
Qui n'ont pas mauvaise façon, 
Mais les friponnes sont difTiciles, 
Surtout quand elles vont sur les îles; 
Il leur faut de petits messieurs. 
C'est pourquoi on ne les marie plus 

Et que Couzon file sur Saint-Romain ('). 

QUATRIÉMEU GOPLÉ 

Cozon, Sorman, on dteur vindra 
Que teu pé la man se lindra; 
Dzé son dja lui quezin, quezené. 
Tsoquon /a bin pèto se mené C); 
Nion né tiré sa pudra in l'air. 
Rin qu'à Cozon y é-t-on vrà pur dé mer, 
Eiy a bin dja trâ vin sapenè. 

Couzon, Saint-Romain, un jour viendra 
Que tout par la main se tiendra ; 

Nous sommes déjà tous cousins, cousines. 
Chacun fait bien bruire ses mines; 
Aucun ne tire sa poudre en l'air. 

Rien qu'à Couzon, c'est un vrai port de mer ; 

Il y a bien déjà soixante sapines. 

(') Pour y trouver femmes. 

(*) Ce vers et le suivant sont une preuve ile l'antiquité de la chan- 
son. Il y a beau temps que Saint-Romain a cessé de faire « peter » 
ses mines, et renoncé, sous ce rapport, à toute rivalité avec Couzon. 
Les anciens du pavs ne se souviennent pas d'avoir jamais vu les 
carrières de Saint-Romain dans un autre état qu'aujourd'hui, c'est- 
à-dire silencieuses, abandonnées. 



DU PATOIS LYONNAIS 237 

CINQUIÉMEU COPLÉ 

Bévin on cou, malacardi! 
Dé pou dé prindré la pipi; 
Leu gozi comincé à mé couâré; 
[.eu vin tiria è fô leu bàré. 
Dzùmeu quand i mé djon : « Poillu, 
Fotu gorman, bogreu de cossa-piu, 
Tin-tében, bogreu, té vé tsâre! » 

Buvons un coup; maucorbleu ! 
De peur de prendre la pépie. 
Le gosier commence à me cuire ; 
Le vin tiré, il faut le boire. 
J'aime quand on me dit : « Pouilleux, 

Fichu gourmand, b de tueur de poux, 

Tiens-toi bien, b...., tu vas tomber! » 

SIJEUMEU COPLÉ 

Parlo mé dé la Dzonéton, 
La boïe à Noïé Ratadon ; 
Ei y é dé Cozon qu'el é chôrta ; 
On n'a jamé viu Sarmagnôta 
Se drôla ni se dégadja; 
Y é-t-on plàsi dé li va prindre on ca ('), 
E pouâ dé li va bailli vota (°). 



(1) Saisir la corde de la sapine qui aborde, puis faire un nœud 
pour la fixer au rivage; ce qui s'explique très bien si Noïé Ratadon 
est supposé sapinicr, et Dzonéton, sa fille ou sa servante. Je le 
répète, nous sommes réduits aux conjectures. 

(-) '"a, ainsi que l'explique très bien M. Rivoire, est cAble, devenu 
Cc16; puis cab, puis ca. Cette cliute de la post-tonique et des deux 



238 . ESSAI DE GRAMMAIRE 

Parlez-moi de la Jeanneton, 

La fille à Noël Ratadon ; 

C'est de Couzon qu'elle est sortie; 
Jamais on n'a vu fille de Saint-Romain 

Si jolie ni si dégagée. 
C'est un plaisir de lui voir saisir un câble, 
Puis de lui voir faire le nœud d'amarrage. 

* SÉTIÈMEU COPLÉ 

Ei fau la va dé on cotiair, 

Du pié, dé la man et du bé, 

Com elle sa vu féré rire ! 
Ei y édé sa gran qu'élé tiré. 

El a vrâ d'aime.u corné trà. 
Sin li parlo, rin qu'in guignant Icu dâ, 

La bôgra sa dé quà que viré. 

Il faut la voir dans une assemblée, 
Du pied, de la main et du bec, 
Comme elle sait vous faire rire ! 
C'est de sa grand'mère qu'elle tient. 
Vrai, elle a de l'esprit comme trois. 
Sans lui parler, rien qu'en lui faisant signe du doigt, 
La friponne sait de quoi il retourne. 



consonnes qui la précèdent est des plus singulières en phonétique. 
Baï ou halhi vota, c'est, en patois, ce qu'à Lyon les mariniers appel- 
lent fi donner vote », c'est-à-dire replier le bout d'un câble qu'on 
attache fortement à l'ai le d'une petite corde nommée bataft (voy. 
Diclionn. étymol. du Patois lyonnais, au mot vola). A Couzon, et 
peut-être ailleurs, le sens est dérivé à celui de faire le nœud d'amar- 
rage. Vota e«t le latin voila. La fdle à Noël Ratadon était donc une 
rude gaillarde, qui amarrait les sapines de son père de i'açon à l'aire 
l'admiration du poète. (Note de M. du Puispelu.) 



DU PATOIS LYONNAIS 239 

, HUÉTIEUMEU COPLÉ 

Né suidé pô leu grand tsemin 
Que teii leu monde va e vin : 
Tan dé pié y fan dé patrôille ! 
Vau miu éveto labassùllle 
E prendre on pelé violet. 
Èi y est iquë que leu rossignolet 
Va se catsi quand i gazôille. 

Ne suivez pas le grand chemin 
Où tout le monde va et vient : 
Tant de pieds font trop de boue ! 

Mieux vaut éviter la bourbe 

Et prendre un petit sentier. 
C'est là que le rossignolet 
Va se cacher quand il gazouille. 

NUVIEUMEU COPLÉ 

Malacardi, vouâdi don plein, 
Vos-y à di, dzùmeu leu vin, 
Leu bon vin, lé peteté tusse. 
Baré a pete cou è délasse. 
On y refa à son plazi ; 
Dé bâré on cou quand on a leu lâzi, 
Qu'è fa dé bien pér on qu'à passé f 

Maucorbleu, versez donc plein ! 
Je vous l'ai dit, j'aime le vin, 
Le bon vin, les petites tasses. 
Boire à petits coups, ça délasse. 
On y revient à son plaisir; 
De boire un coup, quand on a le loisir, 
Que ça fait de bien où ça passe ! 

17 



240 ESSAI DE GRAMMAIRE 

DIJEUMEU COPLÉ 

Vo moquo po du païsan, 
Surteu quand il an lu caban, 

I fan honneur à la parrôtse. 

Dze né train-non pu lui carrôlse ('), 
Mé dzan bin lui dé tomber iau ; 
Ei gna que quoquè pourreu grenériau 
Que né trainnon que la golôtse. 

Ne vous moquez pas des paysans; 
Surtout quand ils ont leur caban; 
Ils font honneur à la paroisse. 
Nous ne traînons pas tous carrosse, 
Mais nous avons presque tous des tombereaux. 

II n'y a que quelques pauvres diables 
Qui ne traînent que la galoche. 

Cj Je mets deux r à carrotze et à parrotze, pour montrer qu'on 
prononue comme en français, et [lour distinguer cette r de celle de 
lonbériau, yreneriô, rire, pire, perirè, viré, etc., qui se prononce, 
je l'ai dit, comme le th anglais doux. 

On voit que r latine est représentée à Couzon par deux articula- 
tions : 1° r douce; 2° j- prononcée à la française. La loi qui régit le 
phénomène est facile à déterminer. R se prononce comme r française, 
quand elle est médiale, devant o (et sans doute uj : carrotze, par- 
rotze; o" quand r est couverte par une consonne, quelle que soit la 
voyelle qui suive : bogré, aprotsi, padré, bogra, prindré, drola, Ira, 
pudre; 4° quand elle est entravée : mordu, Sorman, parla; 5° quand 
elle est finale : mer, coltair, toudzeur, oneur, par; 6° quand elle est 
initiale : rayon, rin, refa, roussegnolè. 

R se prononce douce, quand elle est médiale, devant e, i : rire, 
pire, dére, coiiaré, tsaré, naré, viré, rire, tiré, tomberiô, grenereriô, 
morié. ' 

Pourreu, pauvre, semble faire une exception, mais elle n'e^t 
qu'apparente. Pourreu représente pa.up(e)rum [pour paujieremj, où 
r est couverte. 

Je n'ai pas d'exemple de r médiale devant A tonique, mais il est 
probable qu'elle se prononce dure. (Note de M. du Puitspelu.) 



DU PATOIS LYONNAIS 241 

ONJEUMEU COPLÉ 

Y é din on mot corné clin cin, 

Dze né son po déz innocin ; 

Dzé fan dé yord de netré pire. 

Grou monchu, vô poï nin rire, 

N'tré pire fan vtré màson. 
Dzé poïon deré avoà quoqué râsun, 

Que Lyon chort dé n'tré jiériré. 

C'est en un mot comme dans cent. 

Nous ne sommes pas des innocents; 
Nous faisons de l'argent de nos pierres. 

Gros messieurs, vous pouvez en rire. 
Nos pierres font vos maisons. 
Nous pouvons dire, avec quelque raison, 

Que Lyon sort de nos carrières. 

DEUJEU.MliU É DARRI COPLÉ 

Malacardi, y é prou tsantô, 
Ei neu fô bâre à la santô 
Dé n'tré blonde, dé n'tré nâré. 
Se quoqué cou leu vin fa tsàré, 

I neu fa sovin téni drâ. 

Entré dou vin, dz'si content cominé trâ; 
Vouàdi toudzeu, lé Cozenàré ! 
Maucorbleu ! c'est assez chanté ; 

II nous faut boire à la santé 
De nos blondes, de nos brunes. 

Si quelquefois le vin fait tomber, 

Il nous fait souvent tenir droit. 
Entre deux vins je suis content comme trois. 

Versez toujours, les Couzonnaises ! 

(Auteur inconnu). 



•?^i^^^^^>^^^^^&^ 





CHAPITRE XV 



Voici mainlenant quelques spécimens du patois 
du nord de Lyon, autres que le dialecte de Couzon 
et de son voisinage immédiat. 

Il eiît été facile de les multiplier, mais je n'ai 
pas voulu sortir des départements du Rhône et de 
l'Ain, car, à mesure qu'on s'éloigne, les dissemblan- 
ces sont plus accusées. 

Je remercie, au nom de mes quatre lecteurs, mes 
collaborateurs bienveillants pour ce dernier cha- 
pitre. 

Je les remercie surtout en mon propre nom. 

Ils auront contribué à alléger ma déconvenue 
probable, en la partageant. 

Ils ont eu le courage d'écrire pour n'être pas lus, 
pour être seulement consultés, dans cent ans d'ici, 
par des yeux à lunettes. 

Encoi-e une fois merci ! 



244 ESSAI DE GRAMMAIRE 

* 

La Monnire é la gran Dama ^ 

(Patoi dé Vîllé-Morgon , Biauju , Bellavela.) 

Na dama bien retse on dzeur din sa tsambra, 
Reçu na monnire e cela-qui cru va 
S'uvri leu péradi : Oh! di la bona féna, 
Oh ! qu'y é don biau la tsambra de la dama! 

Oh! lé dentelle du ridjau, 
Leu glace, lou tapi, qu'y é don biau, qu'y é don biau! 
Pé feni d'étonno la monnire, 
La dama uvri son coffré précheu 

E fi miroito sô son ju 

E ruissela à la lemire 
Our, saphir é rubi, perlé é diaman. 
La paysana en u dez èlordissemen, 
Et la dama risove. Mé neutra vesetousa, 
Que tsoque objé noviau rendove pe queriousa, 

S'tavija de savà alour 
Comben de ten la dama ave pu mètre 

Per amasso lui celou tresour. 

— Comben ? mé né se po ; cent ans, dou cent p't-étre, 
Pasque teu cin me van de moz anchen. 

— E cin coute-t-i tcliar? — Oh ! de pri fabuleu ! 
Téni, y'mil écu cla peteta piarra 

— E cin vo rappourte comben ? 

— Mé ren du teu, ma bena féna, ren ; 
Tui louz eoar, bien u contréreu, 
Cin me coule on pu d'intretan. 



' Prononcer mon-nire, et in les linales en en, bien, selamen, rien, 
comljen, etc. 



DU PATOIS LYONNAIS 245 

La Meunière et la grande Dame 

(Dialecte du Beaujolais, Villié-Morgon, Beaujeu, Belleville.) 

Une dame foi-t riche un jour, en son boudoir, 
Reçut une meunière, et celle-ci crut voir 
S'ouvrir le paradis : Oh ! dit la bonne femme, 
Oh ! que c'est beau le boudoir de madame ! 

Oh ! les dentelles du rideau, 
Les glaces, les tapis, que c'est beau! que c'est beau ! 

Pour achever d'étonner la meunière, 
La châtelaine ouvrit ses écrins précieux 

Et fit miroiter sous ses yeux 

Et ruisseler à la lumière 
Or, saphirs et rubis, perles et diamants. 
La villageoise en eut des éblouissements ; 
Et la dame riait. Mais notre visiteuse. 
Que chaque objet nouveau rendait plus curieuse. 

S'avisa de savoir alors 
Combien de temps la dame avait pu mettre 

Pour amasser tous ces trésors. 

— Combien? Mais je ne sais: cent ans, deux cents peut-être. 
Car presque tout cela me vient de mes aïeux. 

— Et ça coûte-t-il cher ? — Oh ! des prix fabuleux ! 
Tenez, c'est mille écus cette petite pierre 

— Et ça vous rapporte combien"? 

— Mais rien du tout, ma bonne femme, rien ; 
Tous les hivers, bien au contraire, 
Cela coûte un peu d'entretien. 



246 ESSAI DE GRAMMAIRE 

— Té, y'droulnu, fi remnrco celi ignoririia monnire, 
Dz'en é aussi de piar, dz'en é due selamen ; 

El ne son po se bêle, 

Mé el mé rapourton dzouïamen. 

— Ah! di la dama, è quemin don qu'el son ? 

— Quemen qu'el son ? i-epondi l'atra avoua n'ar malon, 

Y'ie due piar de mon melon. 

(Fabuliste chrétien) J.-M. Villefranche. 



DU PATOIS LYONNAIS 247 

— Tiens, c'est drôle, observa la naïve meunière, 
J'ai (les pierres aussi, j'en ai deux seulement; 

Elles ne sont pas aussi belles 
Mais me rapportent joliment. 

— Ah ! dit la châtelaine, et comment donc sont elles? 

— Ce sont, répondit l'autre avec un air malin. 

Les deux pierres de mon moulin. 

(Fabuliste chrétien) J.-M. Villefranche. 



248 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Borgnaquin la grenoilli 

(Patoi du Bouais-d'Oin.) 

Van passo, le dzeur de la fèri de la Toussaint, y 
avox>e su la plaissi du Bouais on saltimbanque que 
faisove tôt espëci de leurs pe gogné quoque sous. 
De tui sou leur, celi qu''amusove le me étove celi 
de la grenoilli ; i consistove à se bito le due dzambe 
cruèjés utor du co et à se promeno din cela posichon. 

Le Dzean Borgnaquin, on farceur de la montagni, 
s'éte bien prometu en voyant ceti leur d'essayé le 
lindeman à fére comme le saltimbanque, et quand 
Vu bien viu comme y faisove, y reveni var sai, riant 
tôt sole de la bonna forci que Vallove fére à sou 
vais'in. 

Le lindeman, sin rin dire, y monti din sa chambra 
et quittant tui sou vélemins, exceptau sa dsemisi, 
y se biti to dar à fére la grenoilli. Y ne fut po sin 
peina que l'arrivi à se bito in posichon, mais quand 
y volu se promeno, y ne su plus fére. Quand l'ut 
essayé on bon cor d'ùr, se dzambe l'y firon inau et 
y volu se rebitto su se couaissi, mé seye que lou 
mouvemint ayan sarrau se dzambe, seye encore c[uy 
se fut mau plèché, y ne povi pô y arrivo : l'eu bicju 
se débattre, y dû, malgré se, continuié à fére la 
grenoilli. 

Quand vint midi, la vieilli Catherine ne vèyant pô 



DU PATOIS LYONNAIS 249 

Bourgnaquin la Grenouille 

(Dialecte du Bois -d'Oing t.) 

L'an passé, le jour de la foire de la Toussaint, il 
y avait sur la place du Bois, un saltimbanque qui 
faisait toute sorte de tours pour gagner quelques 
sous. De tous ses tours le plus amusant était celui 
de la grenouille, qui consistait à se mettre les deux 
jambes croisées autour du cou et à se promener 
dans cette position. 

Jean Bourgnaquin, un farceur de la montagne, 
s'était bien promis en voyant ce tour de chercher le 
lendemain à faire comme le saltimbanque. Et quand 
il eut bien vu comme il s y prenait, il revint chez 
lui, riant tout seul de la bonne farce qu'il allait 
faire à ses voisins. 

Le lendemain, sans rien dire, il monta dans sa 
chambre et quittant tous ses vêtements, excepté sa 
chemise, il se mit aussitôt à faire la grenouille. Ce 
ne fut pas sans peine qu'il arriva à se mettre en 
position; et quand il voulut se promener, il ne sut 
plus comment faire. Après un quart d'heure d'essai, 
les jambes lui firent mal et il voulut se remettre 
sur ses cuisses; mais soit que les mouvements 
eussent serré les jambes, soit encore qu'il s'y fût 
mal pris, il ne put pas y arriver, il eut beau se 
débattre, il dut malgré lui continuer à faire la 
grenouille. 

Quand vint midi, la vieille Catherine ne voyant 



250 ESSAI DE GRAMMAIRE 

son maître, monti per asau din sa dsambra pe vai si 
l'y étove. Intindant sa bonna que montove, le Bor- 
gnaquin se metti à se débattre et à hiirlo comme on 
lu, et quand la Catherini uvri la pourta et apparsu 
cela groussa bèti que criove et se débatove, le fit on 
signe de crui et dégringolant lou degré pu mourta 
qu'in via, Valli ve lou vaisin pe H dire que le diablo 
etove ve Borgnaquin et qu'y fallove absulamin le 
touo ou le foutre pe la fenétri. 

Lou vaisin essayiron ben de savai à quai la béti 
ressemblove, mé la vieilli Catherini étove tellamin 
suffoquo que le nin povi po mé dire. 

Vèyant sin, y s'armiron de triandine et de fortse 
et vinron sarnau la maison pe touo la béti. Quand 
y fallu monto, parsuna ne volu passau le premi et 
louz hurlemin du Borgnaquiii étovon si fours qui 
trimblovent lui din lu quelotte. Pu hardi que louz 
êtres, le Camille que n'élevé po mariau, preni son 
fusi et sa triandina et monti lou degrés, bien décide 
à vaire à quai on diablo ressemblove. 

Arrive à la suma de lou degrés, le Caynille vi la 
pourta voirta et su la dessinta de lié, tota detchirié, 
na greussabéti cjuavovéla téta intre le ceuaisse, que 
gregneve, que budsove et que faisove mina de Vy 
sutau dessus. Y nin fallu pe mé pe H fére pu et 
quand l'intindi la béti li criau en sutant : Camille, 
dze te tenue ! Y pessi en grand cri et roulan pe lou 
degré, y s^abatti din la cor in disan : La béti..., lau 
mu..., la téta intre le ceuaisse..., m'appeleve Ca- 



DU PATOIS LYONNAIS 251 

pas son maître, monta en courant dans sa chambre 
pour voir s'il y était. Entendant sa bonne monter, 
Bourgnaquin se mit à se débattre et à* hurler comme 
un loup et quand Catherine ouvrit la porte et aper- 
çut cette grosse bête qui criait et se débattait, elle 
fit un signe de croix et, dégringolant les marches de 
lescalier plus morte qu'en vie, elle alla chez le 
voisin lui dire que le diable était chez Bourgnaquin 
et qu'il fallait absolument le tuer ou le jeter par la 
fenêtre. 

Les voisins essayèrent bien de savoir à quoi res- 
semblait la bête, mais la vieille Catherine était 
tellement émue qu'elle n'en pouvait plus parler. 

Voyant cela, ils s'armèrent de tridents et de 
fourches et vinrent cerner la maison pour tuer la 
bête. Quand il fallut monter, personne ne voulut 
passer le prem'ier et les hurlements de Bourgnaquin 
étaient si forts que tous tremblaient dans leurs 
culottes. Plus hardi que les autres, le nommé 
Camille, qui était célibataire, prit son fusil et sa 
triandine et gravit les escaliers bien décidé à voir à 
quoi un diable ressemblait. 

Arrivé au sommet de l'escalier, Camille vit la 
porte ouverte, et sur la descente de lit toute déchi- 
rée une grosse bête qui avait la tête entre les: jambes 
qui grognait, qui mugissait et faisait mine de lui 
sauter dessus. Il n'en fallut pas davantage pour 
lui faire peur et quand il entendit la bête lui crier 
en sautant : Camille, je te tiens! Il poussa un grand 
cri et, roulant par les escaliers, s'abattit dans la cour 
en disant : La bête..,, là-haut..., la tête entre les 



252 ESSAI DE GRAMMAIRE 

mille..., volove 7n'attrapau..., allau caire lou gen- 
darme... 

Po pu tou dit, po pu tout fait, et na demie hura 
plus tor, le brigadier et sou quatrez Ii07nme arrivo- 
ven avouais lu revolvar et le maire de la commune. 

Le maire voli ben essayé de fere parlau le Camille 
et la Catherine, mais l'étovon tui dou si effrayés 
qu'y ne poviron rin me dire. Si y avove quoquiun 
d'imbarraché,y étove bin monchu le maire, et comme 
y ne volove point privau souz administrau de sou 
sarvice, y ne volu po se risquau et se contenti de 
dire eu brigadier : « Brigadier, le pays a les yeux 
sur vous ! une circonstance exceptionnelle se présente 
pour vous couvrir de gloire! Profitez-en et faites 
votre devoir ! » 

Prenant douz homme avouai sai, le brigadier 
monte résolumin lou degrés et arrivau in nou, 
Vinspecti d'abour lou lieu. Y comminci à fromau la 
pourta afin de bien povai, sin crnnti, examinau à 
qui l'avove à fére. L'u biou regardau et consultau 
souz hommes, y n'arrivi po à reconnaître la béti ; y 
vi bin que Vavove la forma cVuna grenoilli, mais 
comme y n'in avove jamé viu qu'avian dou brai, de 
barba et la piou blantsi (y jjrenove la tsemisi pe la 
plou), y se pinsi qu'y étove pet'étre bin quociue 
mouvé génie. L'allove tirié quand le Borgnaquin se 
mettit à adzitau lou brai et à pusso de grands cris 
in disant : « Brigadier, ne tirez pas, ou je suis un 
homme mort ! » 

Le brigadier, ne satsant plus que pinso de tôt issin 
et se demandant serieusamin que béti savove parlo 



DU PATOIS LYONNAIS 253 

cuisses.., m'appelait Camille.., voulait m'attraper.., 
allez chercher les gendarmes... 

Sitôt fait, sitôt dit, et une demi-heure plus tard, 
le brigadier et ses quatre hommes arrivaient avec 
le revolver et le maire de la commune. 

Le maire essaya bien de faire parler Camille et 
Catherine, mais tous deux étaient si effrayés qu'ils 
ne purent rien dire. S"il y avait quelqu'un d'embar- 
rassé, c'était bien monsieur le maire, et comme il 
ne voulait point priver ses administrés de ses 
services, il ne voulut pas se risquer et se contenta de 
dire au brigadier : « Brigadier, le pays a les yeux 
sur vous! une circonstance exceptionnelle se pré- 
sente pour vous couvrir de gloire ! Prolitez-en et 
faites votre devoir ! » 

Prenant deux hommes avec lui , le brigadier 
monta résolument l'escalier et, arrivé au sommet, il 
inspecta d'abord les lieux. Il commença par fermer 
la porte afin de pouvoir sans crainte examiner à qui 
il avait aft'aire. Il eut beau regarder et consulter ses 
hommes, il n'arriva pas à reconnaître la bête; il 
vit bien qu'elle avait la forme d'une grenouille, 
mais comme il n'en avait jamais vu qui eussent 
deux bras, de la barbe et la peau blanche (il prenait 
la chemise pour de la peau), il pensa que ce pouvait 
bien être quelque mauvais génie. 11 allait tirer, 
quand Bourgnaquin se mita agiter les bras et à 
pousser de grands cris en disant : « Brigadier, ne 
tirez pas, ou je suis un homme mort. » 

Le brigadier ne sachant plus que penser de tout 
cela et se demandant sérieusement quelle bête 



254 ESSAI DE GRAMMAIRE 

français, se decidi tôt d'an cou à la prindre in via 
pe povai la vindre. Uvran donc la pourta y se pre- 
cipiti su Bovgnaquin et Vy prenan le couaissi Vap~ 
peli sou douz hommes pe l'aidiè à le garrotau : lou 
dou sordau ne veniron po, pe ceta bona raison qu\j 
s'étian souvau dès qu\jz avian vu le brigadier 
attrapau la béti. Y ne firon, du reste, po besoin et le 
brigadier ut bin vite connu à qui Vavove à fére. Le 
Borgnaquin l'y raconti comme Vavove fait et comme 
y s''étove laiché prindre, et quand Vuront bien risu 
tui dou, y s'intindiron pe continuié la forci. Comme 
y avove din la cor pré de trais cents joârsune qu^at- 
tindovon le résultat, le brigadier descendi pe dire u 
maire que la béti étove praisi et qu'on povove monto 
la vaira, que l'étove bien curiusi et po ordinéri. 



Parsuna ne se fit priau et le Camille et la Cathe- 
rine in téti, tui lou vaisin montiron lou degré. Le 
brigadier lou fi tui intrau din la tsambra et fromi 
la pourta dari sai, disan qu'y ne fallove po que la 
béti sin aille. Le Borgnaquin, que parsuna ne 
reconnu, faisove tôt espéci de grimace et quand y 
pussove souz hurlemin, le vieilli fenne se signovo7i. 
Tôt d' on cou,u moment où tui faisovon leureflexchon 
et que la Catherine faisove le poin a la béti, le Bor- 
gnaquin suti dou viatdze et se trovi su se dzambe. 
Y fit tellamin pu à tui selon qui étian din la dsambra, 
que teu dégringoli pe lou degrés et la fenétri, et 



DU PATOIS LYONNAIS 255 

savait parler français, se décida tout à coup à la 
prendre vivante pour la pouvoir vendre. Ouvrant 
donc la porte, il se précipita sur Bourgnaquin et lui 
prenant les cuisses, appela ses deux hommes pour 
l'aider à le garrotter. Les deux soldats ne vinrent 
pas, pour cette bonne raison qu'ils s'étaient sauvés 
dès qu'ils avaient vu le brigadier saisir la bête. Ils 
ne firent du reste pas besoin, et le brigadier eut 
bien vite reconnu à qui il avait affaire. Le Bourgna- 
quin lui raconta comment il avait fait et comme il 
s'était laissé prendre ; et quand ils eurent bien ri 
tous deux, ils s'entendirent pour continuer la farce. 
Comme il y avait dans la cour près de trois cents 
personnes attendant le résultat, le brigadier des- 
cendit pour dire au maire que la bête était prise, 
qu'on pouvait monter la voir, quelle était très 
curieuse et pas commune. 

Personne ne se fit prier, et Camille et Catherine 
en tète, tous les voisins gravirent l'escalier. Le 
brigadier les fit entrer dans la chambre et ferma 
la porte derrière lui, disant qu'il ne fallait pas que 
la bête s'en allât. Bourgnaquin, que personne ne 
reconnut, faisait toute sorte de grimaces et quand il 
poussait ses hurlements, les vieilles femmes se 
signaient. Tout à coup, au moment où chacun faisait 
ses réflexions et que Catherine faisait le poing à la 
bête, Bourgnaquin sauta deux fois, et se trouva sur 
ses jambes. Il fit tellement peur à tous ceux qui 
étaient dans la chambre que tous dégringolèrent 



18 



256 ESSAI DE GRAMMAIRE 

quand y volu se fére reconnaître, ij n'y avové plus 
parsuna. que le brigadier. 

Quoque semane plus tor, le Borgnaquin donni 
on grand dinau et u dessart fit la grenoilli; mais ce 
fut le dari cou et y ne voulut jamé y depi retornau 
à la faira du Bouais. 

C. Sylvestre, 



DU PATOIS LYONNAIS 257 

par les escaliers et la fenêtre, et quand il voulut se 
faire reconnaître il n'y avait plus personne que le 
brigadier. 

Quelques semaines plus tard, Bourgnaquin donna 
un grand diner et au dessert fit la grenouille ; mais 
ce fut pour la dernière fois et ne voulut jamais 
depuis retourner à la foire du Bois. 

C. Sylvestre. 



258 ESSAI DE GRAMMAIRE 



Liaudeu e pi leu vole de Beurzoa 

Patoi dornbistrou._. 

Liaudeu été on rebesteuet bon volédin nagroussa 
place. L'été asse heureux qu'on pe l'être, quand on 
et enéteu et qu'on se pourte bien. Son maitre l'ômôve 
grou; é dise a tui chiou quie voliant V'intindre : 
Liaudeu é leu rneliu volé que :a jamé aviu. 

Or teu dariremin, din leu rnâ de septembre, on 
zeur que féjeon biou seulo, vétia qu'on recheumon- 
chu vinssi demeuro clin on chôtiou teu pré de l'in- 
drà de Liaudeu: chi rnonchu ave avoua sa de che- 
voux, de vouatere, de laquais, enfon teu Véciuepazeu 
d'on grand seigneur. 

On parlôve grou de sintie clin leu velazeu. Leu 
zouneu magna ne se contintôve po d'aveso lou zouliz 
abelliemins du volé de chambra, son chapiou, 
qu'ave on galon d'our, son habit vert, et pi lou trâ 
rangs de beutons cpie breliovant su son nestimar, 
seu seulas vamis avoua de boucle d'aci. Lieudeu 
dese : que d'ifferance intre mon sourt et pi chiou de 
Babglas (l'iéte leu nom du vêlé de chambra^. Son 
vesazou grou, fleuri, pourte la marqua du bonheur 
et du contintement, tindis c^ue ma 

Chi meut fut suivi d'un grous soupir de regré et 
d'invia: Liaudeu que laborôve teu pré du chemon, 
làssi chère son ulia. Pi l'avesove se queloute teutes 
pionnes de buse , sou sabouts que peseian bin 



DU PATOIS LYONNAIS 259 



Claude et les domestiques de Bourgeois 

(Dialecte des Bombes.) 

Claude est un robuste et bon valet dans une place 
importante. Il est aussi heureux qu'on puisse l'être, 
quand on est honnête et qu'on se porte bien. Son 
maître l'aimait beaucoup ; il disait à qui voulait 
l'entendre : Claude est le meilleur valet que j'aie 
jamais vu. 

Or, tout dernièrement, au mois de septembre, un 
jour de beau soleil, voilà qu'un riche monsieur vint 
demeurer dans un château voisin du lieu où Claude 
habitait. Ce monsieur avait chevaux, voitures, 
laquais, enfin tout l'équipage d'un grand seigneur. 

On parlait beaucoup de cela au village. Les jeunes 
gens ne se lassaient point de regarder les beaux 
vêtements du valet de chambre : son chapeau orné 
d'un galon d'or, son habit vert et puis les trois rangs 
de boutons qui brillaient sur son estomac, ses sou- 
liers vernis avec des boucles d'acier. Claude disait : 
Quelle différence entre mon sort et celui de Babylas 
(c'était le nom du valet de chambre) ! Son visage 
plein, fleuri, est l'indice du bonheur et de la satis- 
faction, tandis que moi 

Ce mot fut suivi d'une gros soupir de regret et 
d'envie. Claude qui labourait tout près du chemin, 
laissa tomber son aiguillon ; puis il regardait ses 
pantalons tachés de fumier, ses sabots qui pesaient 



2G0 ESSAI DE r.RAMMAIRE 

30 livres. Quand é rintr'i à la farma pe soupo, e 
s'avesi u merinu qu'été su leu vassali ; é se treuvi bin 
se lèdeu avoua sa plou nàre, brulo pe leu seulô, son 
grand jjâs, sa grand vilenna barba, que se dessi in 
H mémeu que ressemblôve a n'ourseu lieu deBabyla. 

En fejant se reflexions, y se metti à la trôbla. La 
rnaitressa ave fa leu seujjo comme d'avreti : na bonna 
seupa de treffes, de pan cnsi pu de blo, on grou 
mordiou de fromazeu du, et jji de rôpit tant qu'on 
ave sa. Liaudeu ne minzi vin ceti sa; Valli se cuchi 
comme sin, beurru, in colère. 

Leu lindeman comme é laborôve u même indra 
que la vieille, é vi passo Babyla que se pi'omenôve 
bien peupreu, freja comm'ifau. Liaudeu U levi son 
chapiou. 

Babyla que save parlau patois, H dessi : 

— Bonzeur, mon garçon, bonzeur, yet on redeu 
meti que te fé ytie. 

— Oh ! oua, monchu Babyla, veus avi râson, ye 
redeu de grabeutô la tarra comme sin don beu de 
Vanno à Vautreu, quéque timps que fasse. 

— Et oua, men ami, mé te né po fauchia cVy fére. 

— Que veuliveu que ze fasseu ? et faut bin vivre. 

— Oua, mé y a plujeur manière de vivre. Te 
peurrios bin fére comme ma. Te te meteré pete a 
pete u queurant de le service, te devendré cVabourd 
asse habileu c[ue ma. 

— Se yéte possibleu, veus in remarcherons don 
bin, monchu Babyla. Se veus peuvio me treuvô na 
place, ze seron don ben contint. 



DU PATOIS LYONNAIS 261 

50 livres. Lorsqu'il rentra à la ferme pour souper, 
il se regarda au miroir qui était sur le vaisselier : 
il se trouva bien si laid, avec sa peau noire, brûlée 
par le soleil, ses grands cheveux, sa longue et 
vilaine barbe, qu'il se dit en lui-même qu'il ressem- 
blait plutôt à un ours qu'à Babylas. 

Tout en réfléchissant, il se mit à table. La mai- 
tresse de la maison avait fait le souper habituel : 
bonne soupe aux pommes de terre, pain presque pur 
de froment, respectable morceau de fromage sec, 
piquette à discrétion. Claude ne mangea rien ce 
soir-là; il alla se coucher, bourru, en colère. 

Le lendemain, labourant au même endroit que la 
veille, il vit passer Babylas, qui se promenait, bien 
vêtu, frisé de la belle façon. Claude lui leva son 
chapeau. 

Babylas qui sayait parler patois, lui dit : 

— Bonjour, mon garçon, bonjour; c'est un rude 
métier que tu fais-là. 

— Oh! oui, monsieur Babylas, vous avez raison, 
c'est dur de gratter la terre comme cela, d'un bout 
de l'année à l'autre, quelque temps qu'il fasse. 

— Eh oui, mon ami, mais tu n'es pas fâché de le 
faire. 

— Que voulez-vous que je fasse ? il faut bien vivre. 

— Oui, mais il y a plusieurs manières de vivre. 
Tu pourrais bien faire comme moi. Tu te mettrais 
peu à peu au courant du service, tu deviendrais 
bientôt aussi habile que moi. 

— Si cela était possible, je vous en remercierais 
bien, monsieur Babylas. Si vous pouviez me trouver 
une place, je serais bien content. 



262 ESSAI DE GRAMMAIRE 

— Rin de pc âja. Vctla leii garçon de mon maître 
que va se monto in menazeu ; li faudra on volé de 
chambra, ze vis te presintô, ze sis lin seur qu'on ne 
te refesera pô. 

— Me que donc que fare a fére ? 

— Oh ! mon Dieu, ren que de bien simpleu. Suivre 
ton maître partent yeu que Vira, prindre soin de 
son lonzeu, montô su sa vouatera quand Vira se 
preumeno, receva leu mondeu que vaudra leu va. 
Vetia a pe prés teut ce que Varé a fére. 

~ E me simble que gne pô meléja ; e pi combin 
donc que ze gogneré ? 

— Taré onpe Mou gazeu que din na ferma, sin 
compto le petetez étronnes qu'on te fera de timps in 
timps, bien de bon à minzi à ton repos, de vianda, 
de von toarzou, teut pion de plâsi que te n'a ]arné à 
la campagne. ' 

— Ye pro, Babijla, ye pro, dessi Liaudeu in se 
frettant le mans, j'accepteu de grand cœur. Mé pe 
veu remarchi du sarvisseu, ze veuleu veu paye na 
tossa vé Quiévroti deman après vêpres. 

— Z'acceteu de bare ta tosse avouaplaisi. A deman. 

Lou dou novibuz amis s'étiant séparo ciuand leu 
volé de cliambra revonsi su sous pos. Deman, decit-i 
à Liaudeu, deman ne peuveujoo.Mon maître va être 
maladeu, za remarqua sin su son vesazeu azeurdi. 
Deman ne peurre pos quetto leu chôtiou. 

— E bin, sera l'autra dieumonne. 



DU PATOIS LYONNAIS 263 

— Rien de plus facile. Voilà le fils de mon maître 
qui va entrer en ménage: il lui faudra un valet de 
chambre, je vais te présenter, je suis certain qu'on 
ne te refuseras pas. 

— Mais qu aurai-je à faire ? 

— Oh ! mon Dieu, rien que de bien simple. Suivre 
ton maître partout où il ira, prendre soin de son 
linge, monter sur sa voiture quand il ira se prome- 
ner, recevoir le monde qui viendra le voir. Voilà à 
peu près tout ce que tu auras à faire. 

— Il me semble que cela n'est pas difficile; et 
puis, combien donc que je gagnerai? 

— Tu auras un plus beau gage que dans une 
ferme sans compter les petites étrennes qu'on te 
donneras de temps en temps; beaucoup de bons 
morceaux à manger à tes repas, de la viande, du 
vin toujours, beaucoup de plaisirs enfin que tu n'as 
jamais à la campagne. 

— Assez, Babylas, assez, dit Claude en se frottant 
les mains, j'accepte de grand cœur. Mais pour vous 
remercier du service, je veux vous payer une tasse 
chez Chevrier, demain après les vêpres. 

— J'accepte de boire la tasse avec plaisir. A 
demain. 

Les deux nouveaux amis s'étaient séparés, lors- 
que le valet de chambre revint sur ses pas. Demain, 
dit-il à Claude, demain je ne peux pas. Mon maître 
va être malade, j'ai remarqué cela sur son visage 
aujourd'hui. Demain je ne pourrai pas quitter le 
château. 

— Eh ! bien se sera l'autre dimanche. 



264 ESSAI DE GRAMMAIRE 

— Ne peurre po 7ionplus, y ara on repos u châtiou. 
Ne peurre pas seurti. 

— Remetins à Vautra dieumonne. 

— Ze si dezoulo, mé neus allin recevâ teut ploii 
de mondeu que venion passa le vacances vé nous ; et 
faudra rinzi, nettayi, cerl, freto, placi teut en eur- 
dreu. 

Quand Vintindit sin, Liaudeu fajè de grands jus, 
é ne save j:)0s mé qu'in dere : é joressi sa pipa din sa 
fatire, et pi velove l'allemo. 

— Que fête y lie, se metti à crio Babyla ? mon 
maître ne vu pos qu'on feme. 

— E ne vu j^os qu'on feme ! z'omou partant rjrou 
femô, ma. 

Liaudeu se grattove lez oreilles : l'été teut réfléchi. 
A la fon y dece : Ze vayeu bin que veu n'êtes pos 
asse heureux que je cresivê. Z'omeu encoure min 
mon meti de travailla de terra que leu veutreu. En 
dejant chou meuts, Liaudeu relevi la têta : Acliu, 
monchu Babyla, deci ti u volé de chambra in li 
tindan la man, dete ji garçon de vetron maître c^u'i 
chourche n'autreu que ma pe leu sarvi ; vetron 
galon d'our e pi vetronz abeillemint son tout a fa 
zoulis, zin convenieu pro, mé y a cpioque chusa ciue 
pe biou oncore, ye la libarto. 

Pi, e se remetti gaiment à laboro. L'été pie contint : 
sou sabouts étiant moins lourds. In rintrant, é se 
mettit à trobla, avoua on plasi que n'ave jamais 
aviu. 

Sa soupa de chu se trouvo vra bomia , pi son 
pan, pi le trcffes. Après que l'eut bien mingia, pi biu 



DU PATOIS LYONNAIS 'ÃŽ65 

— Je ne pourrai pas non plus, il y aura un repas 
au château. Je ne pourrai pas sortir. 

— lîemettons encore au dimanche suivant. 

— Je suis désolé, mais nous allons recevoir beau- 
coup do monde pour passer les vacances avec nous ; 
il faudra ranger, nettoyer, cirer, frotter, mettre 
tout en ordre. 

En entendant cela, Claude ouvrait de grands 
yeux et ne savait qu'en dire ; il prit sa pipe dans sa 
poche et se mit en devoir de lallumer. 

— Que fais-tu là ? s'écria Babylas. Mon maître ne 
veux pas qu'on fume. 

— Il ne veut pas qu'on fume; j'aime pourtant 
bien fumer, moi. 

Claude se grattait l'oreille : il était tout interdit. 
A la fin, il dit : Je vois que vous n'êtes pas si heu- 
reux que je le croyais. J'aime encore mieux mon 
métier de travailleur de la terre que le vôtre. Ce 
disant, Claude releva la tête : Adieu, monsieur 
Babylas, dit-il au valet de chambre en lui tendant 
la main; dites au fils de votre maître de chercher 
un autre que moi pour le servir ; votre galon d'or et 
vos vêtements sont tout à fait jolis, j'en conviens 
assez, mais il y a quelque chose de plus beau 
encore, c'est la liberté. 

Puis il se remit gaiement à labourer. Il était plus 
content : ses sabots étaient moins lourds. En ren- 
trant, il se mit à table avec un plaisir qu'il n'avait 
jamais éprouvé. 

Sa soupe au chou fut trouvée excellente, 
de même son pain et ses pommes de terre. 



266 ESSAI DE GRAMMAIRE 

on coup de ropi u pou qu'été su la trobla, é fit sa 
prière, pi ialli se cuchi, leu pe heureux de leuz 
liommeus, et s'indremit in chantant de la chanson 
bien connue 



Il n'est clans celte vie, 
Qu'un bien digne d'envie : 
La liberté I 



D.-J. GiROD. 



DU PATOIS LYONNAIS 267 

Après avoir bien mangé, et bu un coup de piquette 
dont il y avait un pot sur table, il fit sa prière et 
alla se coucher, se trouvant le plus heureux des 
hommes et sendormlt en fredonnant la chanson 
bien connue : 

Il n'est dans cette vie 
Qu'un bien digne d'envie. 
La Liberté. 



D.-J. GiROD. 



268 ESSAI DE GRAMMAIRE 



On conteu de la veilla 

(Patoi de San- Treci- su - Mognan.J 

A due ou trâ porté de fesil d'itié, noz in la farma 
du père Moisson, qu'on vâre de la plaice y on no sin 
sin uvrl la fenétra si fèse zor. Lo père Moisson est 
on vio brav^ homeu que tosse à la soixantanna ; y 
n'a que dou garçons que ne sont guèreu solideu. Y 
fan tui louz an na groussa maladie. Ze lou suppouzeu 
à tabla et à dezounô bien tranhéquilami?!. 

Ta don co , na demi doézana de cocan , sortu 
on ne sa d'yon, uvron la pourta, la refrounion, 
s'acheton sin façon inflan d'yô , intènon na rnece, 
mettont la forceta u pla, et ne se refezon rin. Lo 
pérc Moisson et lou garçon du père Moisson lou 
lèssoîi fére passe quHl anpô, et neserion pô de fource 
à lou carèyè à la pourta. Netrou six cocan revenion 
à Vora du denô, à l'ora du sopô, et ne se zahénon 
pô mé que lo promi cô. Lou Moisson, que ne son pô 
retseu, et que n'intindon pô se sarô l'estoma, pe r^in- 
grécher de rnondeu de rin, qui ne cognâhèsson ni 
d'Eve ni d\Adam, se dion to bô : — Y bon per'on 
cô, y bon perron zor, mè si sin deve continuô, no ne 
minzerian pieu à netra fan, noz indererian et no 
finirian pe noz in nallo de fâhèblesse ; faisin on 
signeu é gendarme, pi u gorde, et que nien sëyepleu 
question. 



DU PATOIS LYONNAIS 269 



Une parabobe rurale à la veillée 

(Dialecte du canton de Saint-Trivier-sur-Mouinans.) 

A deux ou trois portées de fusil d'ici, nous avons 
la ferme du père Molichon, qu'on verrait de la place 
où nous sommes et sans ouvrir la fenêtre, s'il 
faisait jour. Le père Molichon est un vieux brave 
homme qui touche à la soixantaine; il n'a que deux 
garçons qui ne sont guère solides, et font tous les 
ans quelque grosse maladie. Je les suppose à table 
et à déjeûner tranquillement. 

Sur ces entrefaites, une demi-douzaine de coquins, 
venant on ne sait d'où, ouvrent la porte, la refer- 
ment, s'asseyent sans façon à côté d'eux, entament 
une miche, mettent la fourchette au plat et ne se 
refusent rien. Le père Molichon et les garçons du 
père Molichon les laissent faire parce qu'ils ont 
peur, et ne seraient pas de force pour les jeter à la 
porte. Nos six coquins reviennent à l'heure du 
dîner, à Theure du souper, et ne se gênent pas plus 
que la première fois. Les Molichon qui ne sont pas 
riches et qui n'entendent point se serrer l'estomac 
pour engraisser des gens de rien, qu'ils ne connais- 
sent ni d'Eve ni d'Adam, se disent tout bas : — Bon 
pour une fois, bon pour un jour, mais si ça devait 
continuer, nous ne mangerions plus à notre appétit, 
nous pâtirions et finirions par nous en aller de 
faiblesse ; faisons un signe aux gendarmes et au 
garde-champêtre, et qu'il n'en soit plus question. 



270 ESSAI DE GRAMMAIRE 

E ban, netre récolte sont, sin minti, din la situa- 
chon des Moisson. Pindin qiCelles vivont du feni'i 
que noz an intarô par yelles et pô pe d'ôtres, y a de 
meli, de million dez harbé de mauve renom que se 
faufilon à travè le bonne, se norâésson à la méma 
écuella et meton lou rnorchô à debleu. Si no parm's- 
sin cela canaillerie, si no ne vin po u secor de netre 
7'ecolte, si no ne lincin po à la porsuite de le movéze 
z'harbe lou sarclio que so7it, on dèrire fan, lou jan- 
darme et lou gorde champêtre de le bonne plinte, 
lez harbe de rin affameron le plinte utile, prindran 
le dessu, lez attofferan et useran la torra in mémeu 
tin. 

(Teria de le Illane rurales, sapitreu trô.) 



Pierre Berthelon. 



DU PATOIS LYONNAIS 271 

Eh bien, nos récoltes sont, sans mentir, dans la 
situation des Molichon. Pendant qu'elles vivent du 
fumier que nous avons enterré pour elles et pas 
pour d'autres, il y a des milliers, des millions 
d'herbes de mauvais renom qui se faufilent parmi 
les bonnes, se nourrissent à la même écuelle et 
mettent les morceaux en double. Si nous tolérons 
cette piraterie, si nous n'allons pas au secours de 
nos récoltes, si nous ne lançons pas à la poursuite 
des herbes parasites les sarcleurs qui sont, en 
définitive, les gendarmes et les gardes-champêtres 
du règne végétal, les herbes de rien afi'ameront les 
plantes utiles, prendront le dessus, les étoufferont 
et useront en même temps le terrain. 

(Glanes rurales, chapitre 3.) 



Pierre Berthelox. 



19 



272 ESSAI DE GRAMMAIRE 



Dictons agricoles 

(Mémeu patoi.) 

Pefamélioro Vagricultera. (Ton pays, pe la revo- 
luchâno, pe la trinsformô, n'y a besouan que de na 
sola suza, y produire énormémin de foradzeu ; lo 
foradzeu y t'a la fâ de vianda et de pan. 

Lo pru fa lo femi et lo femi lo tsan. 

Ferne ton prô lui louz an ; y sont la plantse de 
salut de VagiHcultera. 

Lo minqueu de foradzeu, y la maladie mortêlla 
des dômaineus. 

Quind la grandze est voade u renoviau, la famena 
est su le béte. 

Vu-té na recela contre lo minqueu de foradzeu ? 
Mete ton fan so clio, à l'avré du gospeliazeu et du 
couladzeu, depi la San-Dzaii (2k juin) jeusquà la 
San-ète-Flore (2'i novembre), depi illo rintrô à la 
grandze, jeusqu il l'approtseu de le zélées. Esparcette, 
luizorna, pesete et triolé no, paterazeu, rôve et grou 
blô lou rimpleceran avintaézozamin, donin in abon- 
dance de là, de vianda et de femi. 

La premire condichon de la sintô des animaux, y 
de lou bien norri. 

Louz animaux très bien norri ne fan pô slamain 
lo travail et la vianda, mé oncore lo bon femi, cho- 
tié le bonnes tares, et le bonnes tares fan le bonnes 
récoltes. 



DU PATOIS LYONNAIS 273 



Préceptes agronomicpies 

(Même dialecte.) 

Pour améliorer l'agriculture d'un pays, pour la 
révolutionner, pour la transfoi'mer, il n'est besoin 
que d'une seule chose, y produire beaucoup de 
fourrages, car c'est produire à coup sûr de la viande 
et du pain. 

Le pré fait le fumier et le fumier le champ. 

Fume tes prés tous les ans, car ils sont la planche 
de salut de l'agriculture. 

La pénurie fourragère est la phthisie des domai- 
nes. 

Si la grange est vide au renouveau, la famine est 
sur les bêtes. 

Veux-tu une recette contre la disette fourragère? 
Mets tes foins sous clef, à labri du gaspillage et 
du coulage, depuis la Saint-Jean r24 juin) jusqu'à la 
Sainte-Flore (-24 novembre), depuis leur rentrée au 
fenil jusqu'au seuil des gelées. Sainfoins et luzernes, 
vesces et trèffes violets, pâturages, raves et mais 
les suppléeront avantageusement , donnant en 
grande abondance du lait, de la viande et du fumier. 

Le premier jtrécepte de l'hygiène des animaux, 
c'est de les bien nourrir. 

Les animaux très bien nourris ne font pas seule- 
ment le travail et la viande, mais encore le bon 
fumier, celui-ci les bonnes terres et les bonnes 
terres font les grosses récoltes. 



274 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Lo femi ! y lo san de la farma, y faut qu'il y cir- 
cule parteu quemin lo san din lo cour humain. 

— Maître Vallin, donno-me don lo secré de la 
recela que vo za inressi? — Sin ne sèrapô Ion : Zâ 
teno grinda diligence, bonna surveillance, peteta 
depinsa, fourta espérantse et mépris de Vignorantse. 

Ome té touz éfants, segne ton tsan. 



(Teria de le lUane rurale, sapitreu trâ.) 



DU PATOIS LYONNAIS -275 

Le fumier c'est le sang de la. ferme ; il y doit 
circuler partout, comme le sang dans le corps 
humain. 

— Maître Vaillant, donnez-nous donc le secret de 
la recette qui vous a enrichi ? — Çà ne sera pas 
long : J'ai tenu grande diligence, bonne surveil- 
lance, petite dépense, forte espérance et mépris 
de l'ignorance. 

Aimes-tu tes enfants, soigne tes champs. 



(Extrait des Glanes rurales, chapitre 3. 



276 ESSAI DE GRAMMAIRE 



Na famelie de grumeu 

(Patoi de Faille.) 

Na famelie de grumeu, yé la famelie Zoulevé, de 
Faillie, ai Braïsse. Lnu -'iv'iroa de vouere, Gaston, 
seutin brovamni la rôinitéchan de son graid; al a pe 
recouenienlrc len vins on goa se grai, se ben de 
natara, quai li fasiai liamai chouaitre, y demenie 
son paï, se espèce, so7i gou, sa douero, avoua tout ce 
que appartin u vin. Mai é ne fo po se étonnai, car 
dai la famelie, dn chian de son porou, se san teuzou 
treuvo leu maliheu grumeu de vin con na mémou 
po treuvo depl Pan-de-Vo, et Mocan, tan ca Lian. 
En le sargcat en zour de goûtai lou vin de na tenta, 
li demandai ce qui paice de la boyito de çu vin. lan 
la gouto du bout de la lingua, Vautrou na faique de 
lou portai u bout du no. Lou premi a dé que l'ave 
on gou de far; Vautrou, lou seguian, que l'ave on 
gou de coui. Lou métrou seutin ciue sa ténia ère 
nette, que san vin ne cantenié rai qu'âge pu li bélié 
lou gou de coui ou de far, leu deux groumais, de lu 
chian seutenio lu deré. Avoua lou tai, lou vin a éto 
vaidu, é ai nétayai la ténia an a treuvo na liau 
étaicha avoua an corzan de coui. 



La quemenia de Falliè al é biai fiera de san gru- 
meu, que fa que biai souvai leu zouezious du tribu- 
nal de commarçou de Mocan ai recour à sa. 

BÉVY. 



DU PATOIS LYONNAIS 277 

Une famille de dégustateurs 

(Dialecte de Feillens et du canton de Bâfié-le-Cnatel.) 

Une famille de dégustateurs, c'est la famille Jol- 
livet, de Feillens, en Bresse. Le chef actuel, Gaston, 
soutient dignement la réputation de ses aïeux. Il a, 
pour reconnaître les vins, un instinct si grand, si 
naturel qu'en lui en faisant seulement flairer, il 
détermine son pays, son espèce, son goût, sa durée, 
avec toutes les circonstances qui appartiennent au 
vin. Mais il ne faut pas s'en étonner, car, dans sa 
famille, du côté de son père, se sont trouvés les 
plus parfaits dégustateurs de vin qu'on ait connus 
depuis longtemps depuis Pont-de-Vaux et Màcon 
jusqu'à Lyon. On les chargea un jour de goûter le 
vin d'une cuve en leur demandant ce qu'ils pensaient 
de la bonté de ce vin. L'un le toucha du bout de la 
langue, l'autre ne fît que le porter à son nez; le 
premier dit qu'il avait un goût de fer et le second 
qu'il avait un goût de cuir. Le maître soutint que 
sa cuve était nette, que son vin ne contenait rien 
qui eut pu lui donner le goût de cuir ou de fer. Les 
deux dégustateurs, de leur côté, soutenaient leur 
opinion. Avec le temps, le vin fut vendu et, en 
nettoyant la cuve, on trouva au fond une petite clef 
attachée avec un cordon de cuir, 

La commune de Feillens est justement fière de 
son dégustateur aux lumières duquel le tribunal de 
commerce de Màcon a recours très souvent. 

BÉVY. 



278 ESSAI DE GRAMMAIRE 



La renouille que vu che foze ass greucha 
que lou boue 

(Mêmou patoi.) 



Na renouille vi on boue 

Que lui sinibla de feurte taille. 
Lia que n'eze po greucha in tout qucniin on joué 
Inviosa le s'éti7i. che coyiglie, che trourninto 
Pe attrapa la betta angreucho : 

In di : Me guéti bin, masezo, 
Teu pro? di me va; ni sizou poncouze? — 
Non. — M'y vettia don ? — Non. — M'y vêla ! — 
Vous nin appreucho poin. La chetiva imbessila 

Che conlia tin que lin creva. 

H. Merlin. 



DU PATOIS LYONNAIS 279 



La grenouille qni veut se faire aussi grosse 
que le bœuf 



Une grenouille vit un bœuf 

Qui lui sembla de belle taille. 
Elle qui n'était pas grosse en tout comme un œuf, 
Envieuse, s'étend, et s'enOe, et se travaille 
Pour égaler l'animal en grosseur : 

Disant : Regardez bien, ma sœur; 
Est-ce assez ? dites-moi ; n'y suis-je point encore? — 
Nenni. — M'y voici donc ? — Point du tout. — M'y voilà ! 
Vous n'en approchez pas. La chétive pécore 

S'enfla si bien qu'elle creva. 

La Fontaine. 



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280 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Lou Ghinzou fachio de grimache 

(Patoi de San-Martin-lou-Shôté. ) (') 



Onchinzou trafeut dinla rnagnière défaire legrimache, 
Derri leu boussus écliourdive le queute quemin zo. 

Dequilliounove deri leu boito, 

Pi leu tezou la lingua predain zo; 
U pi che n'ave ion que lenatove, vitau neutron guignol 
Venive lou guétie avoué de zu devria, 

Avoué on pie de no. — 
Faine va, deze to, coquion que ze ne contrefacha! — 
Chie va, li desse on shin, honeu a ton mezetuu! 
Mais, mon peuvrou Guignol, devin de te viuto. 
Fa me don va coquion que te vellie resimblo. 



H. Merlin. 



(!) Saiut-Martin-le-Cliâtel. 



DU PATOIS LYONNAIS 281 



Le Singe faiseur de grimaces 



Certain singe, très fort dans l'art de la grimace. 
Derrière les bossus haussait le dos comme eux. 

Boitait derrière les boiteux, 

Puis leur tirait la langue en face ; 
Et si quL'K{u'un louchait, vite notre Paillasse 
Venait le regarder avec des yeux tournés 

Accompagnés d'un pied de nez. — 
Montrez-moi, disait-il ([uelqu'un que je n'imite ! — 
C'est vrai, lui dit un chien, honneur à ton mérite ! 
Mais, mon pauvre Paillasse, avant de t'en vanter, 
Montre-moi donc quelqu'un qui te veuille imiter? 



(Le Fabuliste chrétien.) J.-M. Villefranche. 



282 ESSAI DE GRAMMAIRE 



La Gigala pi la Frémi 

(Mêmou Pâtoi.) 



La cigala après aua chinto 

Tout lou bon té, 
Che trouva ne rien aua 
Quin la fra fe venia : 
Po lamain on pete mouché 
De meuche don bin de pete var. 
L'ala creio famena 
Vélou frémi son vèzin, 
Lou praye de li prêta 
Queque grons pe vivre 
Tinqu'a n'otra saison. 
Je vous payete, li dése-t-ellie, 
Devin leu ma d'eu, confianche de betta, 
Intezé pi la chouma. 
La frémi ne po prétiose, 
Vetia son moindre défaut. 
Teuque vous fazo pindin lou tin chaud? 
Desse-t-ellie à cel'imprintioza. — 
Zor et né à tui ce que venivon 
Je chintova,n6 vous déplaize. — 
Vous chintovo ? J'in si bien aijou. 
A bin, dincho vouzindra. 

H. Merlin. 



DU PATOIS LYONNAIS 283 



La Cigale et la Fourmi 



La cigale, ayant chanté 

Tout l'été, 
Se trouva fort dépourvue 
Quand la bise fut venue : 
Pas un seul petit morceau 
De mouche ou de vermisseau. 
Elle alla crier famine 
Chez la fourmi sa voisine, 
La priant de lui prêter 
Quelque grain pour subsister 
Jusqu'à la saison nouvelle. 
Je vous payerai, lui dit-elle, 
Avant l'oùt, foi d'animal, 
Intérêt et principal. 
La fourmi n'est pas prêteuse : 
C'est là son moindre défaut. 
Que faisiez-vous au temps chaud ? 
Dit-elle à cette emprunteuse. — 
Nuit et jour à tout venant 
Je chantais, ne vous déplaise. — 
"Vous chantiez ! j'en suis fort aise. 
Eh bien ! dansez maintenant. 

La Fontaine. 



284 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Misère et Peuvreto sont touzjour de ceti mondou 

(Patoi dé Mourevé.) 



On zjour, notre Seigneu kpi saint Piarrou alliron 
se premeno u Greffe, on hravou velazgeou su la 
routa de Mourevé que vous couniates tui. I l'éran 
habellia simplament, sans leurioseto, ornent de mon- 
dou que ne tenion po à cato de podra eu zu deu 
peuvrou labouri. Schemin fasan, l'onou que leu 
pourtove tui deux predi ion de seu far. U moument 
qui s'en aprecirent, i Véran pré de la feurzge de 
Fleba Mozui, on marschau du Greffe que tout lou 
mondou appelove Misère, prequai n'ére po reschou. 
I l'ave avoui lui son pete scldu bardou qu^on nou- 
move Peuvreto. 

Notre Seigneu demandi u marschau si velive ferro 
sen onou. 

— ce Intro, et cheto-vous, deci Fleba, zje va vous 
srevi tout de suite. » 

Notre Seigneu et saint Piarrou se chetiron pen- 
dant que Misère ferove l'onou. 

— « Combin t'en que zje vous davou? » demandi 
lou Seigrieu quant l'onou fut ferro. » 

— « Ren », répondi lou marschau que crase ava à 
fore à pie peuvrou que li. 

Lou Seigneu que sa tout ave lu Vidée de Misère. 



DU PATOIS LYONNAIS 285 

Misère et Pauvreté sont toujours de ce monde 

(Dialecte de Montrevel.) 

Un jour, Notre Seigneur et saint Pierre allèrent 
se promener aux Greflfets, un joli village sur la 
route de Montrevel que vous connaissez tous. Ils 
étaient habillés simplement, sans vanité, comme 
(les gens qui ne tiennent pas à jeter de la poudre 
aux yeux des pauvres laboureurs. Chemin faisant, 
l'âne qui les portait perdit un de ses fers. Au moment 
où ils s'en aperçurent, ils étaient près de la forge de 
Philibert jNIazuir, un maréchal des Greffets que tout 
le monde appelait Misèr.% parce qu'il n'était pas 
riche. Il avait avec lui son petit chien gris qu'on 
appelait Pauvreté. 

Notre Seigneur demanda au maréchal s'il voulait 
ferrer son âne, 

— « Entrez, et asseyez-vous, dit Philibert, je 
vais vous servir tout de suite. » 

Notre Seigneur et saint Pierre s'assirent pendant 
que Misère ferrait l'âne. 

— « Combien est-ce que je vous dois? » demanda 
Notre Seigneur quand l'âne fut ferré. 

— « Rien, » répondit le maréchal qui croyait avoir 
affaire à plus pauvre que lui. 

Notre Seigneur, qui sait tout, avait lu l'idée de 
Misère. 



286 ESSAI DE GRAMMAIRE 

— « Prequa vous zôtes che bon, se genti, zje vous 
premaschou de faire ira demandes. » 

— « Boni » di Misère, et i se meti à réfléchi à 
ce qui demandere. 

— « I va choisi lou paradis » , pensove saiiit Piarrou. 

— « D'abeurd, repri Misère, zje désirou c[ue tui 
ceu ciue vindron se cheto dans mon fauteuil que 
t'itïe (*) nepuissonpo se relevo sans mapremession. » 

— « Accourdo », di notre Seigneu. 

— « En second lieu... 

— « Choisis lou ciel », dit saint Piarrou, à hiota 
voix et en teran lou marschau pe la mansche de sa 
valisa. 

— a Laisso-me », fit Misère, que n'amove joo à être 
déranzgea ciuand teu cpii réfléchive, « en second 
lieu... zjevedra que ceu que ropelieron u chonzjon 
de mon nouyi ne puissan i)o descendre sans ma 
premession. » 

— « Accourdo », dit lou Seigneu. 

— « En troisiémou lieu... » 

— « Choisis don lou ciel ! », crëy saint Piarrou 
en se foschan. 

— a En troisiémou lieu, repri Misère, sans l'ékeuto, 
zja itie na peteta boursa en cui, zje vu que tout ce 
qui entrera dedans n'en ijwisse seurti sans ma pre- 
mession. » 

— « Accourdo encouere », di lou Seigneu. 



(') Sur la prononciation de ilie, cintie, v. page 5. 



DU PATOIS LYONNAIS 287 

— « Parce que vous êtes si bon, si gentil, je vous 
permets de faire trois demandes. » 

— « Bon ! » dit Misère, et il se mit à réfléchir à 
ce qu'il demanderait. 

— « Il va choisir le paradis », pensait saint Pierre. 

— « D'abord, reprit Misère, je désire que tous 
ceux qui viendront s'asseoir dans mon fauteuil qui 
est ici ne puissent pas se relever sans ma permis- 
sion » 

— '< Accordé », dit Notre Seigneur. 

— « En second lieu.... » 

— a Choisis le ciel », dit saint Pierre, à haute 
voix et en tirant le maréchal par la manche de sa 
blouse. 

— « Laissez-moi », dit Misère, qui n'aimait pas à 
être dérangé quand il réfléchissait, « en second 
lieu.., je désire que ceux qui grimperont au sommet 
de mon noyer ne puissent pas descendre sans ma 
permission, » 

— « Accordé », dit le Seigneur. 

— « En troisième lieu... » 

— « Choisis donc le ciel ! » , cria saint Pierre en se 
fâchant. 

— « En troisième lieu, reprit Misère sans l'écou- 
ter, j'ai ici une petite bourse en cuir, je veux que 
tout ce qui entrera dedans n'en puisse sortir sans 
ma permission. » 

— « Accordé encore », dit le Seigneur. 



'20 



28S ESSAI DE GRAMMAIRE 

Et, en flesan hnnzjou à Misère , i parti avoui 
saint Piarrou que n'ére po content de Misère. 



Quéque ma, après, la saison ère mauvaise. Fleba 
Mozui devinci encouere pie peuvrou que davreti, 
et adon on li are J)ailla lou iiion de Misère si ne Vave 
Zjia po avio. Il ave employa chon deri moussé de 
far et cato à Peuvreto, son pete schin bardou, sa 
derrire creutade pan. Fleba laissiravato sonmarté, 
se clieti à sclievau- su scn odienou, à pi, i réfléchive : 
i se rappelove lou temps qui Vave de liars, i regret- 
tove de n'en ava po on peu demando , pleleu que 
d'ava fait leu tr a souhaits... Pendan qui Vère cmen- 
cin predu dans che rêverie, vetia qu'on scliaplc à la 
peurta. 

— « Intro », creïa-t-i sans se derlnzrje. 

0)1 levi loaleque; pi n'hoiiniou,pete, tout buirou, 
tout na u sdiavon da noz, boussu, tourdu, intri vé 
Fleba Mozui. 

— « Misère, vous êtes tristou. » 

— <t Craïou bin. On lou sere bin àmoins. Uautfan 
zféra reschou ; ceti oui, zje si peuvrou. » 

— « N\i-t-eu que santie que vos ennoye? Clieu 
riialheu n'epo sans rernedou. Zje peuvou vous rendre 
arlie reschou (pie la }nar è preïonda. 

— « Che vous puiso faire santie, vous sero lou 
})re)ui <Jr zJi')iirnnu_x. 

— « Zj<' pcnrou j)r<), rné à na condition que vetia : 
pniis diz ans rous un' baillero vi'ulre n'arma. 



DU PATOIS LYONNAIS 



Et en disant bonjour à Misère, il partit avec saint 
Pierre, qui n'était pas content de Misère. 



Quelques mois après, la saison était mauvaise. 
Philibert Mazuir devint encore plus pauvre que 
d'habitude et alors on lui aurait donné le nom de 
Misère s'il ne l'avait déjà eu. Il avait employé son 
dernier morceau de fer et jeté à Pauvreté, son petit 
chien gris, sa dernière croûte de pain. Philibert 
laissa tomber son marteau, s'assit à cheval sui- son 
enclume, et puis il réliéçhissait : il se rappelait le 
temps où il avait de l'argent, il regrettait de n'en 
avoir pas un peu demandé, plutôt que d'avoir fait 
les trois souhaits... Pendant qu'il était comme cela 
perdu dans ses rêveries, voilà qu'on frappe à la 
porte. 

— « Entrez », cria-t-il sans se déranger. 

On leva le loquet; puis un homme petit, marron, 
tout noir au bout du nez, bossu, tordu, entra chez 
Philibert Mazuir. 

— « Misère, vous êtes triste. » 

— « Je crois bien. On le serait bien à moins. L'an 
dernier j'étais riche; aujourd'hui, je suis pauvre. » 

— « N'y a-t-il que cela qui vous ennuie ? Ce mal- 
heur n'est pas sans remède. Je puis vous rendre 
aussi riche que la mer est profonde. 

— « Si vous pouviez faire cela, vous seriez le pre- 
mier des hommes. 

— « Je puis assez, mais à une condition que voici : 
Dans dix ans, vous me donnerez votre âme. 



290 ESSAI DE GRAMMAIRE 

— « Que foteu fore ? 

— « Segni dieu pavschemin avoué veutron saiiQ. » 

— « Z^e vu hin. » FA i bailli on grand co de poing 
su sen enlienou, fi seurti on peu de sang et segni. 
Lou pete vieux prit lou parschemin et s'en alli en 
bélan d'aisou. 

Fleba Mozui ave d'arzgent attant cpCil en velive. 
Tui leu matin i remplive se cafés. I manzgeove, i 
beuve lou zjoupi la né; i schantove du matin u cha, 
du cha u matin, et tui leu zjou cment santie. Tout 
lou mondou l'estimove dimpi qu'il ère reschou. 

Mais son beneu ne puise po deure. On en sa pro 
la raison. Lou diablou vinci lou queri u bout de d'iz 
ans. 

— « Chelo-vous on moument dans mon grand 
fauteuil », deci lou marschau à Lucifer. Vous dates 
être fatego. A pi vous manzgero bin on pete moussé 
de lar; en mémou temps, vous baillere à bare na 
bnutaille de bon vin de raisin de Corinthe c^ue zja 
fait l'autrou zjou. » 



Lou diaJjlou se clieti en étendan sa schamba boî- 
teusa, en gremelan. 

Pendant dieu temps. Misère alli prendre dans sa 
fojirzge na bagueta de far et i rentri en sublan Vair 
de Marlborough s'en va t'en guerre. 

— « Devant que de malnzge de lar, decit-i d'où 
ton mouquieu, nous zin a causo d'autres petetez 
affaires. » 



DU PATOIS LYONNAIS 291 

— « Que faut-il faire ? 

— " Signer ce parchemin avec votre sang. 

— « Je veux bien. » Et il donna un grand coup de 
poing sur son enclume, fit sortir un peu de sang et 
signa. Le petit vieux prit le parchemin et s'en alla 
en pleurant de joie. 

Philibert Mazuir avait de l'argent autant qu'il en 
voulait. Tous les matins, il remplissait ses poches. 
Il mangeait, il buvait le jour et la nuit; il chantait 
du matin au soir, du soir au matin, et tous les 
jours c'était de même. Tout le monde l'estimait 
depuis qu'il était riche. 

Mais son bonheur ne pouvait pas durer. On en 
sait assez la raison. Le diable vint le chercher au 
bout de dix ans. 

— « Asseyez-vous un moment dans mon grand 
fauteuil », dit le maréchal à Lucifer. Vous devez 
être fatigué. Et puis vous mangerez bien un petit 
morceau de lard; en même temps, je vous donnerai 
à boire une bouteille de vin de raisins de Corinthe 
que j'ai fait l'autre jour. 



Le diable s'assit en étendant sa jambe boiteuse et 
en grognant. 

Pendant ce temps, Misère alla prendre dans sa 
forge une baguette de fer et il rentra en sifHant l'air 
de Marlborongh s'en va. t'en fiuerre. 

— « Avant que de manger du lard, dit-il dun ton 
moqueur, nous avons à causer d'autres affaires. " 



"292 ESSAI DE rTRA\fMAIRE 

Et i se meti à schaplo che radou le keute de 
Lucifer que cheutie en devinci bleu et bardou. 

Lou peuvrou diablou çirinrovede le dents, i velive 
se charuo, mais i ne puise po, i l'ère cment liouvo u 
fauteuil. 

— « Délivro-me ! » creïove-t-i. Lou marschau scJia- 
plove touzjou. 

— « Délivra -me, zje vou baillere encoure diz 
ans ! n 

— « Ali hinl E vetia na tjeuna pareula. Mais 
vous me baillero encouere pendant diz ans allant 
de liards que lou prcmi co. * 

— « Zje vous en premaschou », s'écreï lou vieux 
boiteux. 

— « E tout ce qu'é faut. Parti vitou, vieux dreu- 
lou », doci Misère. 

Lou diablou s'envouli en se fretan le keutes. 



La via de Misère redevinci on grand éclat de rire : 
le fêtes succédovan à le fêtes, le boutailles a le 
t)ontailles, le schansons à le schansons. Mais lossa ! 
dix ans sont dasseteu passo qaanteu qu'on ade beneu. 

On zjou qui H pensove lou moins, Fleba Mozui, 
vi enlro vé H non pie lou vieux diablou soûle, mais 
tout plein de greux magnats de diablous, que pourto- 
van su zo téta na heurna de bouquin, à pi, é leu 
pendive seu leu talo7is na balla couva decaion. 

— « Me zamis, deci Misère, en se retenian de la 



DU PATOIS LYONNAIS 2'.)3 

Et il se mit à frapper si fort les côtes de Lucifer 
que celui-ci en devint bleu et gris. 

Le pauvre diable grinçait des dents; il voulait se 
sauver, mais il ne pouvait pas, il était comme cloué 
au fauteuil. 

— « Délivrez-moi », criait-il. Le maréchal frap- 
pait toujours. 

— « Délivrez-moi, je vous donnerai encore dix 
ans! » 

— « Ah ! bien, voilà une bonne parole. Mais vous 
me donnerez encore autant d'argent que la première 
fois. 

— « Je vous le promets », s'écria le vieux boiteux. 

— « C'est tout ce qu'il faut. Partez vite, vieux 
drôle », dit Misère. 

Le diable s'envola en se frottant les côtes. 



La vie de Misère redevint un grand éclat de rire : 
les fêtes succédaient aux fêtes, les bouteilles aux 
bouteilles, les chansons aux chansons. Mais, hélas ! 
dix ans sont bientôt passés quand on a du bonheur. 

Un jour qu'il y pensait le moins, Philibert Mazuir 
vit entrer chez lui non pas le vi.enx diable seul, 
mais tout plein de gros mairpiafs de diables qui 
portaient sur leur tête une corne de bouc, et puis, il 
leur pendait sur les talons une belle queue de 
cochon. 

— « Mes amis, dit Misère, en se retenant tic la 



294 ESSAI DE GRAMMAIRE 

po qu'il ave, nous sin u temps de le nui, et na beuna 
nui et on moussé qu^on ne counia po en enfar. Pen- 
dant que zje va prendre n'autra keulota, avoai na 
valiza neuva, che vous velivo 7nonto u choiizjon de 
mon nouyi,nevouszgêno2)o. » 

Leu diablou ne seu flron jjo dere deux co. En 
moins de na meneta, il éran tui monto su lou 
nouyi du père Mozui. 



Misère intri dans sa feurzge, allemi son foua 
amourto depi vingt ans, scharfi à blanc la bagueta 
de far qu'ave servi à roche lou vieux diablou, et, 
armo de cheu fregon, i fregouni che bin ces nouvés 
diablous qui se rnctiron à créio cment de damnos : 

— « Ouais!!! ouais !!! que vous nous faites maux ! 
Arrêto!... Arrêto, Misère! » 

Mais Misère ne s''arrêtl que quand on II premi 
de lou laiche vivre de nouvê pendant dix ans, et de 
U baille allant de liards quedavreti. 

Asseteu que lou marschia fu conclu, leu diablous 
se sarviron en boitant de le douves piattes. 



Misère passi gaîment ces nouvé dix ans que s''en- 
vouliren cment on biau rêve. 

Cheu co, tout clie que l'enfar ave de diablous va- 
lides vincit lou r[ueri. 



DU PATOIS LYONNAIS 295 

peur qu'il avait, nous sommes au temps des noix, 
et une bonne noix est un morceau qu'on ne connaît 
pas en enfer. Pendant que je vais prendre un autre 
pantalon avec une blouse neuve, si vous vouliez 
monter au sommet de mon noyer, ne vous gênez 
pas. y> 

Les diables ne se le firent pas dire deux fois. En 
moins d'une minute, ils étaient montés sur le noyer 
du père Mazuir, 



Misère entra dans sa forge, alluma son feu éteint 
depuis vingt ans. chauffa à blanc la baguette de fer 
qui avait servi à rosser le vieux diable, et. armé 
de ce bâton, il bàtonna si bien ces nouveaux diables, 
qu'ils se mirent à crier comme des damnés : 

— Ouais!!! ouais!!! que vous me faites mal! 
Arrêtez !... Arrêtez, Misère! » 

Mais Misère ne s'arrêta que lorsqu'on lui promit 
de le laisser vivre de nouveau pendant dix ans, et 
de lui donner autant d'argent que d'habitude. Aus- 
sitôt que le marché fut conclu, les diables se sauvè- 
rent en boitant des deux pattes. 



Misère passa gaiement ces nouveaux dix ans qui 
s'envolèrent comme un beau rêve. 

Cette fois, tout ce que l'enfer avait de diables 
valides vint le chercher. 



296 ESSAI DE GRAMMAntE 

Lucifer li-mémou ère ta la fêta de l'armée. 

Quand loa iiiarscJiau vi clie l'infernala banda, i 
ne poai^si p » se défendre d\wa po; mais i se renieti 
en pensa)it que la leurioseto é loa vice qiCa predn 
loii démon. 

— « Zje me si laicJia assurie, decit-i à Lucifer, 
que s'avançove en fronçan leu .^ouîxils, que vous 
pouuo, se lève voutron bon plaisi, vous rendre che 
pete, chepete, que ma boursa (pie vetia vous tindre 
facilement, vous, à pi touta veutra balla sociéfo. Se 
ière va, é sere bin cmeudon pe moudo on peu loin ; 
zje vous porterai on treii de schendn; mais éïe pet- 
étrc on contou bleu qu'on m'a fait. » 

Lucifer se mefiove bin on jieu de Flelia, mais i ne 
puise peu déveno sa rusa; de nautrou liant, i 1ère 
bin fier de montro qui puise faire l'iinpossUilou. 

En na meneta, vetia meu diablou ciue che melon 
tui clans la boursa, que Misère se dépaschi à froumo. 

— « Vous êtes en mon pouva, vilains diablous 
cournus, é vouz en cuira ». se meti a dore Misère 
en couran à che nenlienou. 

Vetia qui pri son çjreu marte, à pi d'on tirai 
vigoureux, i schaplove à grands cos su Icu ni;il- 
heureux diablous. Y furon de binteu ache plats (pie 
de pièces de quatrou .sens. Y possovan de creiemod 
a faire tremJilo ta tarra. 

— « Creïo, Jiurlo, éïe tout cment se vous schantovo. 

— « Predon !!! Predon !!!... 

— « Point de predon ! deci lou marscliau. Zje 



DU PATOIS LYONNAIS 297 

Lucifer lui-même était à la tête de larmée. 

Quand le maréchal vit cette infernale bande, il ne 
put se défendre d'avoir peur; mais il se remit en 
pensant que la vanité est le vice qui a perdu le 
démon. 

— « Je me suis laissé assurer, dit-il à Lucifer qui 
s'avançait en fronçant les sourcils, que vous pouviez, 
si c'était votre bon plaisir, vous rendre si petit, si 
petit, que ma bourse que voilà vous tiendrait facile- 
ment, vous et toute votre belle société. Si c'était 
vrai, ce serait bien commode pour aller un peu plus 
loin ; je vous porterai un bout d ' chemin ; mais c'est 
peut-être un conte bleu qu'on ma fait. » 

Lucifer se méfiait bien un peu de Philibert, mais 
il ne pouvait pas deviner sa ruse; d'un autre côté, 
il était bien lier de montrer qu'il pouvait faire 
l'impossible. 

En une minute, voilà mes diables qui se mettent 
tous dans la bourse que Misère se dépêcha à fermer. 

— « Vous êtes en mon pouvoir, vilains diables 
cornus ; il vous en cuira, » se mit à dire Misère en 
courant à son enclume. 

Voilà qu'il prit son gros marteau, et puis, d'un 
bras vigoureux , frappa à grands coups sur les 
malheureux diables. Ils furent bientôt aussi plats 
que des pièces de quatre sous. Ils poussaient des 
cris à faire trembler la terre. 

— « Criez, hurlez, c'est tout comme si vous 
chantiez. 

— « Pardon !!! pardon !!! 

— a Point de pardon, dit le maréchal. Je vous 



208 ESSAI DE TtRAMMAIRE 

vous lenloli. zje vous gsLvdou. De clie la faron, zje 
vous empasdicre de faire de mau à meu sembla- 
blou. » 

Apre qu'il en de santie^ i meti /a houssa dans sa 
caffa. 



Lou lendeman , é se possi su la tarra le pie 
étranzges scheuses. Ion des zamis de Misère H rendi 
dix écus qui H ave voulo u jeu ; lou cabareti vendive 
de vin fait avoué de raisins ; la Meïon livrove son 
lait à Bour sans beto d'êdïe dedans ; leu vole ne 
manzgeovan po iné jo çiazgeoiis devant la Saint- 
Martin ; le dimanclie , on allove à l'élièse au lieu 
(Vallo u cabaret. Mais cment schoque médaille sl son 
revers, leu cabaratis faron ruino, il alliron lui 
challio de panes; le fenes n'e'ran j^o mé babeliardes, 
2:>o mé... Enfin, nion ne comprenive rin à che l'épi- 
démie de vertu. 



Lou comte de Mourvé que gouvernove la Brasse, 
parti de chon bio schoté de Challes, à pi se meti à 
se premeno pretout pe trouvo V explication de tout 
sant'ie. Vetia qu'il arrevi u Greffe devnnt la feurzge 
de Fleba Mozui. 

Cment i l'entendi on grand bri, i scnfroumi de 
ce qu'éiére. 

— « Que che poche-teu it'ie ? » decit-i u marschau. 



DU PATOIS LYONNAIS 299 

tiens, je vous garde. De cette façon, je vous empê- 
cherai de faire du mal à mes semblables. )^ 

Après qu'il eut dit cela, il mit la bourse dans sa 
poche. 



Le lendemain, il se passa sur la terre les plus 
étranges choses. Un des amis de Misère lui rendit 
di.\ écus qu'il lui avait volés au jeu; le cabaretier 
vendait du vin fait avec des raisins; la Marion 
livrait son lait à Bourg sans mettre de leau dedans; 
les valets ne mangeaient plus leurs gages avant la 
Saint-Martin; les dimanches, on allait à l'église au 
lieu d'aller au cabaret. Mais comme chaque médaille 
a son revers, les cabaretiers furent ruinés; ils allè- 
rent sarcler du mais; les femmes n'étaient plus 
bal)illardes, plus... Enfin, personne ne comprenait 
rien à cette épidémie de vertu. 



Le comte de Montrevel,qui gouvernait la Bresse, 
partit de son beau château de Challes, et se mit à 
se promener partout pour trouver l'explication de 
tout cela. Voilà qu'ij arriva aux Grefïets devant la 
forge de Philibert Mazuir. 

Comme il entendit un grand bruit, il s'informa 
de ce que c'était. 

— « Que se passe-t-il ici? » dit-il au maréchal. 



300 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Misère II fi va sa bnnssa pleinna de diablous ri 
raconti tout u comte de Mourué. Cheutie ii'eu ren 
de pie pressa que de betn lea diablous defeur, apré 
qu'il uront premi à Misère encouere dix ans de 
beneu. 



Leu vices revinsiron cment l'harba dans leu blo 
clans le zannécs de jolouzje. Leu servetieus furon 
ivrougnes^ leu vendieurs trompovan dans lefare, la 
Meïon baptisove son lait... cment davreti. 



Lou marschau vécu de nouvê cment on prince, 
et Peuvreto cment on shin de prince. Mais on se 
loche de tout, mémou du beneu. Misère veli yyieuri. 
Se sentant on jjeu malaclou, il appelit lou nieliou 
médecin de la contrée, que l'eu de benteu expédia 
dans l'autrou mondou. 

Quand lou marschau fut meurt, il allif tranquil- 
lament frappa à la peurta du paradis. Mais saint 
Piarrou ne veli po lou recheva. « Vieux entéto, vous 
jiuiso i-hoLsi lou ciel, vous ne m'êtes po ékeuto, vous 
n' entrera po, é ma que zje vous zeu de'iou. » 

Misère alli u purgatoirou. k Vous n''étes point de 
j)etes péchés su la conscience, U dit-on, dcu;})d qui 
fut arrevo à la peurta. E n'a point déplace it'ie prc 
vous. » 

— <i E ne me reste pie que l'enfar, dece Misère, en 



DU PATOIS LYONNAIS 301 

Misère lui fit voir sa bourse pleine de diables et 
raconta tout au comte de Montrevel. Celui-ci n'eut 
rien de plus pressé que de mettre les diables dehors, 
après qu'ils eurent promis à Misère encore dix ans 
de bonheur. 



Les vices revinrent comme Therbe dans les blés 
dans les années de pluie. Les serviteurs furent 
ivrognes, les vendeurs trompaient dans les foires, 
la Marion baptisait son lait... comme d'habitude. 



Le maréchal vécut de nouveau comme un prince, 
et Pauvreté comme un chien de prince. Mais on se 
lasse de tout, même du bonheur. Misère voulut 
mourir. Se sentant un peu malade, il appela le 
meilleur médecin de la contrée qui l'eut d'abord 
expédié dans l'autre monde. 

Quand le maréchal fut mort, il alla tranquillement 
frapper à la porte du paradis. Mais saint Pierre ne 
voulut pas le recevoir. « Vieil entêté, vous pouviez 
choisir le ciel, vous ne m'avez pas écouté, vous 
n'entrerez pas, c'est moi qui vous le dis. » 

Misère alla au Purgatoire. — « Vous n'avez point 
de petits péchés sur la conscience, lui dit-on avant 
qu'il fut arrivé à la porte. Il n'y a point de place ici 
pour vous. » 

— '( Il ne me reste plus que l'enfer, dit Misère en 



302 ESSAI DE GRAMMAIRE 

se désoidanf !!! » Arrevo devant la peurta de f^atan, 
i teri la souneta, et on jDeuvrou diablou, maigrou 
cment on cent de lieux, que reynpl'we le Jonctions 
de porti, voirdi on pete goule qu'ère ta la peurta, 
guette du coin du zu et recouniu lou terriblou 
marscJiau du Greffe que l'ave che reclament scha- 
jjIo et aplati. Y se cati à la renvarsa, en creïan à ses 
camarades de ne po touscJie à la pein^fa, qu'é iërc 
Misère qu'ave souno. Nion n'eusove bozge, et lou 
peuvrou marschs.u, âpre ai;a attendu longtemps, fu 
eublezja de s'en retourno su la tarra. 

E vetia prequa Misère et Peuvreto son touzjour 
de ceti mondou. 



D.-J. GiROD. 



DU PATOIS LYONNAIS 303 

se désolant!!! » Arrivé devant la porte de Satan, il 
tira la sonnette, et un pauvre diable, maigre comme 
un cent de clous, qui remplissait les fonctions de 
portier, ouvrit un petit trou qui était à la porte, 
regarda du coin de l'œil et reconnut le terrible 
maréchal des Greffets qui l'avait si rudement frappé 
et aplati. Il tomba à la renverse, en criant à ses 
camarades de ne pas toucher à la porte, que c'était 
Misère qui avait sonné. Personne n'osait bouger et 
le pauvre maréchal, après avoir attendu longtemps, 
fut obligé de s'en retourner sur la terre. 

Et voilà pourquoi Misère et Pauvreté sont tou- 
jours de ce monde. 



D.-J. GiROD. 



21 



304 ESSAI DE GRAMMAIRE 



La Renouille que vut se faire asse greussa 
que lou Boe 

(Paloi de. Marbeu.J (') 



Na renouille (v)iut on boe 

Que II sèblovede hunna. taille. 
Lia, que n'ère po greussa è(n) tout he-r)imè onjùe, 
Zeloja, s'étè, se con-llié apis se travaille 
Pe-r égalé l'anima è(n) greusseu. 

Le di-s-e : Gatioz bin, masereu, 
Teu -pro? detes-me va; n'y sis-je po d'ass'teut ? — 
Binnan! — M'yvtia dan? — Din po teut. — M'yv'tia! — 
Vou n'en appourchoz pos. La peuvra bête 

Se conlli se bin que le crevi. 

E y en a biè é sti mondou que n'on pos mè& d'èmou. 
Lou bourgea vut bôti hemmè les grès seigneus... 
(Lou pjagean vu faire u monsu)... R... 

{Fable de La Fontaine, liv. I, fable m.) 

Pour le texte français, voir plus haut p. 279. 

(') Marboz. — S se prononce ch : asse greussa, prononcez ac/ic 
greucha. — R unique, z, j et ge, comme le th anglais : ère zeloja^ 
prononcez à l'anglaise éthe thélotha. 



DU PATOIS LYONNAIS 305 

La Monniére é la Dama 

(Paloi d'Arbon, quenton d'Oyonnô.) (•) 



Na dama ben rece on zheur din sa sambra, 
Fiecheu na monniére, e sta cru vère 
S'uvri lo paradi. Oh ! deze la bena fèna, 
Oh! qu'eiil iè bàla la sambra dé madama! 

Oh ! lé dentelé du riau, 
Lé gliacé, leu tapi, qu'ezé bé ! qu'ezé bé ! 

Pe feni d'étonna la monniére, 
La shateleinna uvri se boèté précieuse 

E fe brelié so seu je 

E refléta à la lemière 

Eur, perlé é diamin. 
La paysana en fe cbleuvia, 
E la dama rièvé. Mê neutra vesetèza. 
Que çaqué cheuze novala rendiéva mé curièza, 

Volièvé cogni 
Combén dé tén la dama avè pu métré 

Per amassa tô steu trezeur. — 
Comben? Mé ne se pa; cint an, do cint p'tétr 
Qua to cin mé vin dé meuz anchen. — 
E cin queuté-t'eu cer 7 — Oh ! dé pri fô ! 
Teni, ez'è mil écu sta peteta pierra. — 

E cin veu rappeurté... comben? — 

Rin du teu, ma bena féna, ren; 

(') Arbent, canton d'Oyonnax. 



306 ESSAI DE GRAMMAIRE DU PATOIS LYONNAIS 

To leuz ecer, ben u contréreu, 

Cin queuté na. ml d'iritrelin. — 
Tin, ez'é dreulo, eubserva la ruja monniére, 
Z'hé dé pierre éto, z'gen ai dové lamen; 

Lié ne son pa se bravé, 

Mai nié rapportou bravamen. — 
Ah ! deze la shateleine, é comén sont èlé don? — 
Ere, deze Vatra avoué n'air malin, 

Lé dové pierre dé mon melin. 

{Fabuliste chrétien, liv. V, fable vi.) 
Pour le texte français, voir plus haut p. 244. 



Le patois du Haut-Bugey, quoique la région où il se 
parle soit plus éloignée, se rapproche de celui de Lyon 
beaucoup plus que le patois de Bresse. 



CHAPITRE XVI 



Supplément au Vocabulaire 

( QUI n'en restera pas moins incomplet 



Aizeu, s, m. plur., ustensiles, vaisselle : Lauô leuz 
aizeu, laver la vaisselle. 

Ampa, s. f., framboise. 

Appequô, Y. a., attraper au vol. 

Arobleu, adj., avare. 

Bibiau, s. m., débris, fragment brisé. Elé bromiui 
la yatse avoua son couaveu e la beti en bibiau. Elle 
heurta la glace avec son balai et la mit en pièces. 

Batafi, s. m., cordelette. 

Bathiora, s. f., herse. 

Bid, s. m., bouleau. 

Boèmeu, boèma, adj., câlin, beau parleur; patois 
francisé boime. 



308 ESSAI DE GRAMMAIRE 

Bofsana, s. f., bouton sur les lèvres, de botse, 
bouche. 

Braye, s. f., culotte; du latin bracca, qui avait 
valu à la Gaule transalpine, chez les Romains, le 
nom de GalUa braccata. — Delà aussi débraya, adj., 
débraillé. 

Casson, s. m., carré de jardin : On casson clé pas- 
senadé, dé treffé. 

Conlio, V. a. A Couzon, jeter, signifie en Bresse 
gonfler. 

Cramaï, v. a., écraser. 

Cretena, s. f., rideau de lit; d'où en français cour- 
tine? 

Dagne, s. f., tige de chanvre sèche. 

Embouilleu, s. m., empêchement; d'oià emboï, 
empêché. 

Frandolo, coraï avoua na franda. 

Hutsi, V. n., crier, pousser des cris inarticulés et 
sauvages. (V. p. 192.) — En Bresse, hu-che, 

Levré, levréta, adj., léger, leste : Il a la man 
levréta, il donne aisément un soufflet. 

Lassa ! interjection, hélas ! 

Mensérou, s. m., convive. — En Bresse, tous ceux 
qui s'asseyent à la table; de mensa, table. 

Naiseu, adj., au fém. naise, abbréviation d;' in- 
aizeu, content, joyeux. 

Pelliandru, homme débraillé. 

Peillota, s. f., pelure. — Beaujolais, per^ose. 

Pïi^ V. a., briller en parlant des yeux : I pïové dé 
gran ju. 

Pioillord. Pioilll, crier, piailler. 



DU PATOIS LVONiNAIS 309 

Possé dé va, s. f., cœdum, plante qui croit sur les 
murs. 

Raisse, s. f., raie. 

S'avii, se mettre en route (ad viam). 

Tocà, de l'ital. toccare, toucher, frapper. — En 
français on en fait toqué eL toquade. 

Valisa^ s. f . ; blouse en Bresse: à Couzon, ca- 
ban ; dans la Loire, biauda. 







TABLE 



Préface v 

Chapitres 

I'^''. — Orthographe, Prononciation, Accentuation. 1 

IL — Article H 

III. — Nom ou Substantif 13 

IV. — L'Adjectif 17 

V. — Le Pronom Î3 

VI. — Le Verbe 31 

VIL — Participe 57 

VIII. — Adverbe 59 

IX. — Préposition, Conjonction, Interjection. ... 63 

X . — Syntaxe 67 

XI. — Origine du Patois lyonnais 71 

XII. — Formation du Patois lyonnais 85 

XIII. — Petit Vocabulaire 95 

XIV. — Spécimens de Patois lyonnais 187 

XV. — Autres Patois 243 

XVI . — Supplément au Vocabulaire 307 







-' \ 



\ 



yçr\V^ 



PC 
298it 



Villefranche, Jacques Melchior r S 

Essai de gramiDaire du -' 

patois Lyonnais A^Jf^ 



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^.