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ESSAI DE GRAMMAIRE
PATOIS LYONNAIS
ESSAI
DE
GRAMMAIRE
DU
PATOIS LYONNAIS
J.-M. VILLEFRANCHE
BOURG
IMPRIMERIE J.-M. VILLEFRANCHE
l89l
JUL 2 8 1967
Bourg, imprimerie Villefr anche. — 605-90-01.
PRÉFACE
Il TUE Saône, sillonnée de tant de l)a-
j (j? teaux avant les chemins de fer «[ni
maintenant , des deux côtés de son
cours, l'emprisonnent et l'étouffenl; nos pauvres
collines, si riches de leurs vignobles avant le
phylloxéra; nos pauvres carrières de Couzon, de
Saint-Cyr, de Saint-Fortunat, si animées, elles
aussi, avant la concurrence des pierres du Dau-
phiné et du Bugey; tout cet ensemble dont j'ai
connu la vive gaieté et que je retrouve presque
morne, a beau se décolorer, s'apauvrir, se dépeu-
pler : c'est le pays natal, c'est-Ã -dire, pour moi,
le plus beau pays du monde.
1
VI ESSAI DE GRAMMAIRE
Plus j'en ai vu d'autres, plus j'ai trouvé quil
n'y a que celui-là .
J'y reviens toujours, comme le lièvre traqué,
épuisé par ses courses; j'y voudrais mourir au
gite.
Et ce qui me le rend plus cher encore, c'est
qu'il semble vieillir avec moi.
Le soleil, l'air, l'abondance des eaux sont
toujours les mêmes; mais comme le reste a
changé !
J'aperçois les jeunes gens sourire : n'insistons
pas.
Peut-être vivrai-je encore assez pour revoir
nos coteaux couverts de pampres; peut-être —
c'est moins probable — quelque nouvelle révo-
lution industrielle ranimera la batellerie, les car-
rières et l'industrie du tissage des soies — autre
source de richesse qui se tarit également et que,
bien à tort, j'allais oublier. Il est des choses qui
meurent ot i-essuscitent.
Mais il en est qui ne vivent qu'une fois.
Je demande à photographier in extremis une
de ces choses qui vont mourir, et mourir pour
toujours.
PREFACE VII
La semaine dernière, par un j forte gelée, je gra-
vissais la montée cleTEcoran, à Coozon-sur-Saône.
Je m'étonnais de n'y plus entendre les cris de
joie des écoliers et écolières affairés à . e couler {^);
je regrettais presque de n'avoir plus à me garer
des g as (caravanes de traîneaux) lancées à toute
volée sur la pente glissante.
Les voisins adultes, auxquels je fis part de ma
surprise, se félicitèrent unanimement de ce qui
m'inspirait des regrets incompris.
Ilsnese souvenaient donc pas d'avoir été jeunes?
Les enfants, de leur côté, paraissaient trou-
ver la neige froide, la glace dure et les croques
ou bosses au fronl douloureuses; est-ce que nous
nous doutions de cela, à leur âge, en l'an de
grâce 1810 ou environ?
^Lais ce qui me frappa le plus, le voici :
En arrivant au haut de VEcoran, devant la
croix datée de 16i0 et enchâssée depuis peu dans
le mur, je m'arrêtai à contempler un groupe de
marmots, nos successeurs ou plutôt nos continua-
teurs dans le tapage que nous faisions jadis, mes
contemporains et moi, à cette même place.
Comme nous-mêmes, il y a près de cinquante
ans, ces marmots jouaient, riaient, s'appelaient,
se tiraient, se poussaient, se culbutaient ; rien de
• A Bourg on dit se Titartiner, ou plutôt on le disait, car la chose
tombe en désuétude, là aussi, comme le mot.
VIII ESSAI DE GRAMMAIRE
changé, sauf sur un point : tout se disait, entre
eux, en l)on français de l'école.
Pas un mot de patois !
Notre vieux patois, le seul et unique idiome
qui me fût familier jusqu'à l'âge de dix ans, le
seul encore aujourd'hui que ma mémoire garde
sans aucun effort, tandis qu'elle a tant de mal Ã
retrouver et à ne pas embrouiller l'une dans l'au-
tre les huit ou dix langues dont je l'ai péniblement
encombrée depuis, notre pauvre patois va donc
s'éteindre et disparaître?
Enfant j'entendais parler patois, et presque
uniquement patois, de tous les côtés autour de
Lyon : à Cuire et à Caluire, à Bron et à Sathonay,
à iMiribel et à Neuville, à Anse et à Trévoux, Ã
Villefranche et à Montmerle, et jusques dans
Vaise et dans la Croix-Rousse, non encore englo-
bées par la grande ville.
Homme mûr, j'ai vu, dans toutes ces localités, le
franrai.s entrer en partage avec le patois, ensuite le
dominer peu à peu et l'éconduire dédaigneusement,
comme on fait d'un importun, d'un paysan demi-sau-
vage, ou d'un parent mal éduqué qui ne vous fait
])as honneur. J'ai vu mourir la dernière personne
de Couzon qui ne connût paségalement les deux
idiomes et qui ne s'exprimât qu'en patois '.
< C'était ma voisine Anne B. (ou en patois la Nanné),
la fille de celle dont j'ai chanté la romanesque aventure
sous le nom de Rose, dans la ballade de Petit- Pierre.
PREFACE IX
Mes enfants peut-être, et certainement mes
petits-enfants survivront à la dernière qui aura
parlé autre chose que le français.
Avant cinquante ans, le patois aura vécu.
Sera-ce un bien ? Sera-ce un mal ?
Tout dépend du point de vue auquel on se place
pour examiner.
Ce sera un bien, en ce sens que la jeunesse
n'aura pas, comme nous jadis, en arrivant à l'école,
à s'initiera une deuxième langue et à se dépouiller
d'une foule de locutions hérétiques, selon Monsieur
l'Instituteur; on ne fera plus rire Monsieur le Curé
en lui disant moitié l'un, moitié l'autre, ou plutôt
ni Tun ni l'autre, ainsi qu'il m'arriva à moi-
même : « Achetez-vous pas sur la cadette, tra-
duction littérale de Achètô-veu pô su la cacléta
(ne vous asseyez pas sur la dalle). De notre temps,
il fallait, avant toute culture intellectuelle, dé-
blayer et défoncer le terrain et, en quelque sorte,
arracher un arbre pour en planter un autre. Ce
travail préparatoire ne sera plus nécessaire pour
nos enfants.
Ce sera un bien encore en ce sens que le villa-
geois qui ne possède qu'une instruction rudimen-
taire ou nulle, se fera entendre partout, même Ã
X ESSAI DE GRAMMAIRE
l^aris lorsqu'il s'éloignera de son pays, pour être
soldat ou pour faire son tour de France.
L'unilé de langue a ses avantages ; qui ose-
rait le contester ?
Mais la variété avait aussi les siens. Quand le
soldat libéré ou le compagnon revenant de son tour
de F'rance, en apercevant son clocher, entendait
une langue qui n'était pleinement la sienne que
là , il sentait que là aussi, et point ailleurs, il se
trouvait pleinement chez lui ; il trouvait à son
pays un charme qui lui rendait étrangers tous
les autres, et le cosmopolitisme vagabond, qui
est une des plaies du jour, le séduisait beaucoup
moins aisément. Or, dans son village, il conservait
ses anciennes moeurs.
Si l'unité coïncide avec la diminution de l'amour
de la patrie, si elle se fait dans l'amollissement
des habitudes et l'abaissement des caractères,
alors je regrette la variété.
Certes, je ne prétends nullement que l'irréligion,
la basse envie qui nous ronge, le luxe, l'ava-
chissement soient venus du français, pas plus que
le phylloxéra et l'apauvrissement, la dépopulation
des campagnes ne sont venus des chemins de fer
et de l'électricité.
PRÉFACE XI
Cependant, sans tomber clans l'exagération, il
y a quelque chose à dire.
Lesjoui-naux ne se liraient pas tant et les politi-
queurs venus des villes trouveraient moins d'au-
diteurs dans nos campag-nes si le patois y ré^-nait
comme autrefois. Or, les journaux, comme du
reste les chemins de fer, sont pour la démoralisa-
tion un puissant véhicule. Les cabarets n'en ont
(jue de mauvais, les plus mauvais étant ceux qui
allument le mieux les convoitises, parlent sans
cesse de droits, jamais de devoirs, et font mii'oiier
le plus d'utopies aux yeux des ignoi-ants. Entre
deux vins un bon journal ne serait pas à sa place.
C'est donc avec le français, et un peu par lui,
que nos populations rurales, jadis croyantes, sim-
ples, austères et vii-iles, sont devenues incrédules,
irrespectueuses, envieuses, et aussi mobiles, aussi
ingouvernables que les masses ouvrières des villes.
Les petits-fils des soldats de Napoléon 1" ne
savent plus marcher, ni vivre de peu, ni s'en-
thousiasmer, ni obéir.
La perte du patois n'est pas la seule cause de
notre décadence : il serait hors de propos de re-
chercher les autres ici ; mais elle en est une.
En tous cas, elle est la marque principale et le
couronnement de cotte œuvre de mort.
Où est le temps où j'ai vu faire charivari sous
les fenêtres d'une jeune tille parce qu'elle avait
commis une faute ? le temps où l'on n'osait pas se
Xn ESSAI DE GRAMMAIRE
(lire de tel village, parce que ce village avait été
floshonnré, plusieurs années auparavant, par un
assassinat ? le temps où Ton faisait une fois le
matin, une fois le soir, la route de Couzon Ã
Lyon, sans compter plusieurs heures de marche
dans Lyon, tout cela à pied et sans fatigue? le
temps où tout le monde était debout à l'aurore,
en été, et voyait, des vignes ou des carrières, le
soleil se lever à l'horizon de la Bresse ? le temps
où mariniers et tailleurs de pierres suivaient en
masse les processions des Rogations, Ã quatre
heures du matin? le temps où les ouvriers, en se
rendant à leur travail, faisaient leur prière à ge-
noux sur les degrés du perron de l'église, pen-
dant le carême, lorsque l'église n'était pas encore
ouverte ' ?
Où est-il, enfin, le temps où les hommes s'en-
dimanchaient en vestes courtes, sans pans inutiles
qui battent sur les mollets, les femmes en jupes de
futaine inusables et en bonnets de tulle, et tous en
sabots, ou au plus en galoches?
Aujourd'hui, essayez donc de distinguer à sa
toilette, le dimanche, une jetme ouvrière d'une ri-
che bourgeoise ! Je vous en défie.
Les chemins de fer et les journaux ont com-
mencé l'uniformité; l'obligation scolaire et le laï-
cisme l'achèvent rapidement.
' VA parmi eux, mon grand-père paternel : cet honora-
ble souvenir mérite d'être conservé à mes enfants.
PREFACE XIII
Plus de paysans bientôt, ni de paysannes; plus
de chrétiens r.i de chrétiennes; partout des ci-
tadins, hélas! el pas des académiciens, mais des
voyous.
Plus d'ig-norants, ou du moins ayant conscience
de leur ig-norancc ; tous bacheliers ou se croyant
tels; tous jalousant les riches et se défiant des cu-
rés; tous méprisant la g-lèbe comme trop basse, le
marteau comme trop lourd, la pioche comme trop
salissante; tous aspirent à s'asseoir sur des ronds
de cuir; tous fonctionnaires ou apprentis fonc-
tionnaires; tous des messieurs, tous des mécon-
tents, tous des déclassés.
Et tous des propres à rien.
On appelle cela la République, le progrès répu-
blicain. Ah ! oui, républicains, nous le sommes
par nos vices... je m'arrête, mon intention étant
de ne pas l'aire de politique.
Mais je neveux pas rentrer dans le domaine pu-
rement philolog-ique sans avoir résumé mes idées
sur la question morale.
Deux axiomes vont les préciser :
l" axiome : Toute population qui change de
langue change de nationalité. Voyez quelle pres-
sion exerce la Prusse en Alsace-Lorraine, en
Pologne et dans le Sleswig pour extirper de ces
provinces hétérogènes l'usage du français, du po-
lonais et du danois; alors que nous tolérions en
Alsace, nous Français, après deux cents ans d'oc-
XIV ESSAI DE GRAMMAIRE
cupation, qu'on enseignât en allemand — j'en ai
été témoin, de mes propres oreilles, en 1855 ! —
L'Alsace, la Pologne, le Sleswig seront allemands
dès qu'ils parlcrou'. allciiuind, mais pas avant.
2" axiome : Toute population qui change de na-
tionalité change de mœurs, usages et physionomie
générale; ou du moins le premier changement faci-
lite étrangement le second.
La diftusion du français dans nos campagnes a
donc soudé plus étroitement entre eux les divers
tronçons de la patrie française. Bientôt le Breton
égaré en Provence aura cessé de s'y trouver
étranger ; la patrie s'élargit ; elle déborde des li-
mites du village et de celle de la province jus-
qu'aux frontières de la nation; elle n'a plus pour
emblème et pour centre de ralliement le clocher
immobile, visible seulement de quelques lieues à la
ronde, mais le drapeau partout présent, partout
le même, du nord au midi et de l'est à l'ouest du
territoire national.
C'est un bien, un progrès incontestable.
Mais les coïncidences ont voulu que la grande
unification française se fit en une période de
décadence; voilà le malheur.
L'unification n'est nullement la cause de la
décadence, mais elle la hâte, elle la préci-
pite. Sans le naufrage du patois, le naufrage des
mœurs anciennes eût été moins prompt et moijis
complet.
PREFACE XV
Ne me sera-t-il pas permis de constater ce nau-
frage et de le déplorer, à ce point de vue seule-
ment ?
La France agonise; J'envie l'heureux aveugle-
ment de ceux qui ne s'en doutent pas, ou l'insou-
ciance de ceux qui n'en ont cure.
Elle exhale, il est vrai, ses dernières plaintes en
bon français, en langage très grammatical, et le
dos tourné à la Croix ; il est des gens pour qui ce
double résultat est une consolation suffisante.
Moi, J'en suis navré.
Les barbares peuvent venir, comme au temps
du plein épanouissement de la puissance impériale
à Rome. L'Etat, le Dieu-Etat absorbe tout; le
vieil esprit de liberté, d'activité individuelle et
personnelle ont abdiqué dans ses mains ; la po-
pulation se raréfie; les campagnes se dépeuplent;
le culte des idées a fait place au culte des intérêts;
personne n'est disposé à se sacrifier pour personne,
ni à se révolter contre aucune tyrannie. Pour tout
résumer en deux mots, l'esprit de sacrifice a dis-
paru devant l'esprit de Jouissance. Pa.Me?7i ef ci)-
censes.
Quant à cette magnifique uniformité qui charme
XVI ESSAI DE GRAMMAIRE
tant nos législateurs actuels, le monde en a déjÃ
admiré un exemple dans l'incomparable civilisation
(jue je viens de rappeler : la civilisation la mieux
administrée, la mieux pourvue de bureaucratie, de
moyens de communication et de richesses de tous
genres, la civilisation la moins contredite et la
plus unifiée qui fût jamais ; la civilisation ro-
maine.
Demandez à Thistoire comment elle a fini, cette
merveille des temps anciens.
C'est une loi de l'histoire, aussi bien qu'une loi
de la nature. L'uniformité universelle appelle l'uni-
verselle servitude. Le nivellement qui efface les
aspérités supprime aussi les résistances. Sur la
pente parfaitement unie, rien n'arrête ni ne dé-
tourne l'avalanche.
Quoi qu'il en soit, il y aura peut-être intérêt, pour
une douzaine de philologues, patriotes attardés
comme moi, et dans cinquante ans, pour une
demi-douzaine do savants — je ne me fais pas
illusion sur le nombre — à fixer quelques traits de
cette vieille compagne de nos aïeux, leur nourrice
intellectuelle durant des siècles, avant qu'elle ne
tombe au o-oufi're de l'oubli.
PRÉFACE XVII
De là m'est venue Ticlée de cet essai de gram-
maire patoise.
Ne serait-il pas intéressant de posséder aujour-
d'hui, en latin, un ouvrag-e analogue sur le lan-
gage celtique dépossédé jadis par le latin plus ou
moins rudimentaire qui est devenu ce patois —
notre patois — que l'heureux idiome parisien va
déposséder à son tour?
Enfant du pays, né d'une famille qui, d'après
des documents authentiques, parla patois six cents
ans au moins ', et qui, dispersée depuis peu aux
quatre vents du ciel, n'exista longtemps qu'Ã
Couzon (où bientôt on la cherchera vainement), j'ai
assumé cette tâche.
A la remplir de mon mieux, je vais mettre de la
joie, une sorte de gratitude et un filial orgueil.
Je m'identifie avec mon sujet. Que les langues
et les familles illustres étalent leurs quartiers de
noblesse ; nous nous glorifierons, nous autres, de
l'antiquité de notre roture.
Six cents ans (peut-être dix ou douze) passés
obscurément à n'exprimer que des sentiments hon-
nêtes et des; idées pratiques, un peu terre à terre,
excepté dans le domaine religieux ; six cents ans
à exercer toujours dans le même coin de terrain,
deux ou trois métiers toujours les mêmes : tail-
leur de pierres, vigneron et parfois batelier, en
' Depuis le temps de saint Louis.
XVIII ESSAI DE GRAMMAIRE
alternant de père en fils, n'est-ce pas une no-
blesse aussi, et respectable en son genre?
Une grammaire patoise ! s'écriera plus d'un de
ceux qui savent le patois et qui, depuis leur ten-
dre enfance, font de la littérature paysanne comme
M. Jourdain faisait de la prose, sans le savoir
— une grammaire patoise ? Mais existe-t-il donc
des règles pour le patois? Y peut -on démêler des
conjugaisons, des déclinaisons, une syntaxe?
Oui, certainement, et il suffira à mes rares
lecteurs d'un moment de réflexion pour s'en con-
vaincre.
J'ose môme compter qu'ils m'accorderont ce mo-
ment; ils sont tous capables de réfléchir, attendu
que, vu leur rareté môme, ils sont une élite.
Lorsqu'ils se déplacent de village à village ,
quelque chose vient-il à . changer, soit dans la
forme, soit dans la prononciation des mots qu'ils
entendent : Ã l'instant l'oreille attentive se dresse ;
elle est choquée, ce qui prouve qu'une des lois de
la langue natale vient d'être violée. Donc ces lois
existent.
Seulement elles varient plus ou moins d'une com-
mune à une autre, car chaque centre de popula-
PRÉFACE XIX
tion possède, on peut le dire, son dialecte parti-
culier.
C'est comme dans la Grèce antique, où l'on en
comptait par dizaines, doués chacun de sa mé-
lodie propre, et presque tous possédant une collec-
tion plus ou moins riche de poètes, d'orateurs et
d'écrivains.
L'idiome d'Athènes finit par englober et par
éteindre les autres, comme fait chez nous l'idiôme
de Paris; mais chacun avait sa granmiaire.
Homère parlait patois pour Démosthènes et
pour Platon, qui ne l'en admiraient pas moins,
mais qui se seraient gardés de l'in-iiter dans les
formes qu'il donne aux conjugaisons et décli-
naisons.
Si Coijzon eût eu la chance de posséder un Roi
et un Parlement entre ses brotteaux et ses carriè-
res, la langue couzonnaise se serait imposée, tout
comme une autre, au royaume qui eut dépendu de
ce Roi, et aux justiciables plus ou moins lointains
pour lesquels ce Parlement eût rendu des arrêts.
Peut-être serait-elle en train, au moment où j'écris,
d'expulser de Paris le français, que les académi-
ciens, en ce cas, n'hésiteraient point à qualifier de
jargon barbare, autrement dit de patois.
Et quels seraient-ils, ces académiciens?
Vous l'avez deviné : ils ne siégeraient pas au
bout du pont du Louvre, mais à Rochon ou en
Molletsin.
XX ESSAI DE GRAMMAIRE
L'académie de Molletan ! voilà une idée qui eût
bien fait rire notre maître d'école d'avant les Frè-
res, ce bon monsieur Gilet qui se bouchait les
oreilles et était tenté de nous exorciser lorsque
nous lui répondions en patois!
Mais croyez-vous que les lettres et les arts
eussent perdu beaucoup à la prédominence de la
dite académie sur celle du Louvre?
Moi, j'en doute, et ce doute ne constitue pas le
moins du monde un paradoxe. Le couzonnais tient
le milieu entre le français et l'italien. Avec ses
syllabes longues et brèves bien accentuées et ses
désinences sonores en e et en a, il est plus musical
que le français.
J'en prends à témoin deux chansonniers, deux
grands poètes que la naissance ou l'amitié ont fixés
tour à tour à Couzon.
Pierre Dupont et Gustave Nadaud n'ont-ils
jamais regretté de ne pouvoir chanter en patois?
Quant à moi, infirme, j'avoue l'avoir regretté
plus d'une fois.
Je crois même que je l'aurais fait, tant j'aimais
mon village, si je n'eusse été sûr, absolument sûr,
de ne pas trouver d'écho.
J.-M. VILLEFRANCHE.
Bourg-en-Bresse, janvier 18S7.
PRÉFACE XXr
P. S. — En rédigeant la grammaire couzon-
naise, je donne par là même — sauf quelques
variantes — celle de toute la région lyonnaise,
dans un rayon de dix à cinquante lieues selon la
direction.
J'ai éprouvé, en efiet, qu'avec mon patois on
se fait comprendre dans tout l'ancien Lyonnais,
dans l'Ouest du Dauphiné, dans la Dombes, la
Bresse, l'Est du département de Saône-et-Loire
et tout le long de la Saône, jusqu'à Gray et
Beaune.
Toutefois les différences et les difficultés aug-
mentent en proportion de l'éloignement du cen-
tre de comparaison.
OE GRAMMAIR
PATOIS LYONNAIS
CHAPITRE PREMIER
Orthographe, Prononciation, Accentuation
N'ÉTANT gêné par aucun précédent, puisque
je suis — ou crois être — le premier légis-
lateur de notre patois, je devrais peut-être
écrire les mots simplement comme ils se pronon-
cent : le tin (le temps!, on tsin ^un chien).
C'est ce que je ferai, en général; il se pré-
2 ESSAI DE GRAMMAIRE
sentera cependant des cas où, par égard pour
l'étymologie, je conserverai des lettres qui, comme
en français, ne se prononcent pas : bentout, peut-
être (prononcez bintou) ; ah! leu grand cagneu !
(le d ne se prononce pas) ; ah ! le grand paresseux !
Les voyelles a e i o u ont le même son qu'en
français.
La diphtongue en se prononce ain, ou in : Ben
seur (bien sûr) ; comme bain en français.
L'e final se prononce tantôt é ou è, on volé (un
volet), on bâtsè (un bachat), on bôté (un bât); tantôt
eu, car il n'y a pas, Ã proprement parler, d'e muet
en patois. Là où l'on en trouvera, comme fin de
mot, on est prié de se rappeler qu'il faut prononcer
eu : Dz'ôme in orne indegne, (j'aime un homme indi-
gne), prononcez : Dzômeu in omeu indegneu, en
ayant soin de peu appuyer sur ces finales, et beau-
coup sur la syllabe qui les précède.
L'o final, si fréquent en patois, soit dans les
substantifs dérivés du latin : lebartô (liberté), soit
dans les infinitifs : avezô (regarder), volô (voler),
omô (aimer), tsantô (chanter) et dans les participes
passés de ces mêmes verbes, n'a pas non plus de
son identique dans la prononciation française. Mais
on le retrouve exactement en italien et en espa-
gnol, à la troisième personne du singulier du
passé défini : l'uccello volô e trovo dà mangiare
(ital.), Vâjeau a volo e trovo a mindzi (pat.), l'oi-
seau vola et trouva à manger (fr.), la mitad sobrô
(esp.), la moitié resta. — Voyez aussi l'o final de
DU PATOIS LYONNAIS 3
dio, si différent de ceux de otro et de regno dans
le vieux proverbe espagnol :
A Castilla y Aragon
Otro regno diô Colomb.
L'o pénultième de l'imparfait de la première
conjugaison patoise a également le même son.
Ainsi dans cette phrase italienne l'asina, di Balaam
parla, la syllabe là représente exactement le même
son que dans le patois : i iné parlové (il me parlait),
i neiL parlôvon (ils nous parlaient).
Je prie mes quatre lecteurs d'en prendre note,
car un jour viendra où Ton n'aura plus aucune
idée, en France, de ce son si fréquent dans notre
patois.
On saura encore comment les diverses langues
écrites, issues du latin, ont rendu, par des formes
toujours les mêmes, les finales des substantifs
latins en tas. Les Italiens les ont changées en ta :
libertà , vanità , carità ; les Anglais en tv : variety,
stupidity, humanity ; les Espagnols en tad ou dad :
verdad, trinidad, libortad; les Français en té :
vérité, humilité, rapidité, cherlé, charité; j'omets,
pour abréger, les Roumains et les Portugais, les
Provençaux et les Wallons.
Mais il n'y aura peut-être que mes lecteurs Ã
savoir comment nos aïeux lyonnais prononçaient
ces mêmes finales : lebartô, vanetô, véretô \
Les diphtongues aï, eï, oï se prononcent comme
' En Bresse on dit : lebreto, vanelo, vereto.
4 ESSAI DE GRAMMAIRE
en français dans Sinaï, Séméï; ex. : troï (presser
la vendange), véï (veiller), caraï (lancer), patroï
(faire de la boue). On pourrait écrire également
veilli, troilli, carailli, patroilli, comme fille, famille;
cependant je préfère la première de ces deux
orthographes, car les mots ci-dessus n'ont aucune-
ment, en patois, le son de / mouillé.
R initiale d'un mot, ou placée entre une voyelle
et une consonne, se prononce comme en français :
Rendre (rendre), arpenté (arpenter) *.
Mais entre deux voyelles, généralement, il se
prononce presque comme un z, mais un z tout
particulier, qui se forme comme une aspiration, en
avançant la langue entre les dents, et qui ressem-
ble étonnamment au son du a (delta) ou du e
(thêta) grec :
M»;vfy xst$£, @sx... Aôïjvri,
On le reproduirait encore par le th doux des
Anglais : that is the question ; wealthy ; birtliday.
Ce dernier étant le plus familier à des oreilles
françaises, c'est ce th qu'il faudra se rappeler
toutes les fois que la lettre r, en patois, se ren-
contrera entre deux voyelles : Pore, more ou Péré,
méré (l'un et l'autre se disent : père, mère), ura
(heure), teri (tirer); prononcez les r comme th en
anglais dans father, mother, rather, et en appuyant
de même sur l'avant-dernière syllabe de chaque
mot ^.
1 Prononcez rindré ou raindré, arpintô, et non randré, arpanto.
^ Cette nuance de prononciation n"existe pas en Bresse.
DU PATOIS LYONNAIS 5
Quand Ir, entre deux voyelles, devra conserver
le son français, le son dur, j'emploierai deux ?• :
arrindzi (arranger) borret (bure^..
Tlne diffioult â– > i^rave, c'est de figurer le ^ ou i
mouillé des adjectifs démonstratifs patois : chique,
cheuque, cinque celui-ci, ceux-ci, cela — je ne
m'occupe ici que de la dernière syllabe de ces
mots, j arriverai tout à Theure à la première — .
Le son de ce que n'existe pas en français. Mon
savant compère et ami, M. Denis Girod, maître ès-
patois du pays de Bresse ', écrit tie, cintie. C'est
parfait, Ã la condition de savoir que tie doit se
prononcer vivement, s'escamoter pour ainsi dire,
et toute la voix porter sur l'e muet final. Mais peut-
on le deviner si l'on n'a que ses yeux pour guides ?
Il est à craindre qu'on n'appuie sur Vi comme en
français, et que l'on ne dise cinthie ou sentie; alors
ce n'est plus cela ^.
Je préfère donc écrire cinque et chique en aver-
tissant, une fois pour toutes, qu'il faut mouiller ce
que ou ce qui, comme en français quille, queue,
conquis, requête, et non le prononcer sec et dur
comme cacao, conque.
C'est du reste la même règle qu'en français :
> Et beaucoup plus digne d'un diplôme que moi, car il a observé
plus longtemps et pratiqué plus assidûment; M. Girod. en effet, a
été instituteur près de trente ans, à Saint-Denis, près Bourg, alors
(jue le savant abbé Gorini y était curé.
- Je constate toutefois que Torthographe de M. Girod se rappro-
che de celle de Brossard de Montanay, auteur des Noëls Bressans,
et de Tivan, qui écrivait en patois, vers 1675. Dans Tivan, je lis
çantie.
6 ESSAI DE GRAMMAIRE
qu se mouille devant un e ou un i, et sonne sec
devant a, o, u : qui, quel, qualité, quotité ; seule-
ment, en patois qui et que se mouillent un peu plus
et ressemblent à ti et te.
Notons encore la prononciation du Dz, équiva-
lente à celle du Z grec : Dzé vôleu mendzi (je
veux manger) E^rirsi o Zs^-^ '.
Et celle du ch qui se retrouve également dans le
X doux des Grecs : AxrXXfiu?, Achille, et dans le ch
doux des Allemands.
J'ai quelquefois entendu citer comme échantillon
de patois dur et barbare : Betô don cha chô a chi
chu (mettez donc cette clé à ce clou). Mais les Alle-
mands ne prononcent-ils pas de même : Ich habe
eine eiche, Franckreich ist ein reiches Land, Es ist
nicht sicher?
Le ch patois est donc l'équivalent du ch doux des
Allemands.
Et certes il est loin de produire des cacophonies
comme leur ch dur : Ach ! es ist noch nicht nacht.
Arrivons à l'accentuation.
Presque nulle en français, où tout se prononce
d'un ton uniforme, elle est aussi marquée, en patois,
qu'en italien ou en espagnol, en grec ou en latin,
en portugais ou en grec moderne, en roumain ou
en provençal, en anglais ou en allemand.
Ire RÈGLE. — L'accent, dans les mots terminés
' M. Girod a l'habitude d'écrire zje pour représenter la même arti-
culation : Zje vu minzgie (je veux manger). Il écrit aussi l'articu-
lation dure par sch, on schin : on schevau (un chien, un cheval).
DU PATOIS LYONNAIS 7
par un e, porte sur ravant-dernière syllabe (autre-
raent dit la pénultième), qui se prononce moitié
plus lentement que la dernière : La darrire tsareta.
dé pire ' (!a dernière charette de pierres).
Il en est de même pour les pénultièmes précé-
dant les syllabes finales an, on^ in, des verbes Ã
tous les temps, excepté à l'infinitif, au participe
passé et à la deuxième personne du pluriel de
l'indicatif présent : Dz'ôme, t'ômé, il orne, dz'ômon,
il ômon (j'aime, tu aimes, etc.); exceptez aussi le
futur simple et le conditionnel à toutes leurs per-
sonnes.
2* RÈGLE. — L'accent porte sur la finale : 1° dans
les infinitifs et les participes passés : cutsi (coucher),
cutchà (couché) volo, ivoler, ou volé) ; 2«> dans les
deuxièmes personnes du pluriel de l'indicatif pré-
sent : voz o?n(j, vo voli (vous aimez, vous voulez);
30 au futur simple et au conditionnel, dans toutes
leurs personnes : dz'oméri, t'oméré, etc. (j'aimerai,
tu aimeras, etc.), dzé vedrain, té vedrô, i vedre, etc.
(je voudrais, tu voudrais, il voudrait) ; 4» dans la
plupart des noms propres : Cozon (Couzon), Trévu
(Trévoux), Môcon (Mà con), Tsôlon (Chalon), Sorman
(Saint-Fîomain) , Rotsetailla. (Rochetaillée) , Chiru,
(Fleurieu), Satlionâ (Sathonay), San-Dédi - (Saint-
Didier), San-Dzarman iSaint-Germain), Déni (Denis),
Leuï (Louis), Modélon, Gothon, Parnon, Françon,
• En patois bressan ; La derrire scharéta dé piarré ; il y a donc
des différences légères dans le corps des mots, mais l'accentuation
et, comme on le verra plus loin, les règles générales de la gram-
maire sont identiques.
2 En bressan Senedié.
8 ESSAI DE GRAMMAIRE
Sezon (abréviations de Madeleine, Marguerite, Pier-
rette, Françoise, Suzanne). Cependant l'accent est
sur la pénultième dans Pierre, Pierréta., Luize, Dzôna
(Pierre, Pierrette, Louise, Jeanne) ; dans Nuvèle
(Neuville), Caluiré (Caluire), Caire (Cuire), San-
Cijreu (Saint-Cyr) ^ Vâsa (Vaise), la Crui-Rossa (la
Croix-Rousse) , Vela.fra.ntse (Villefranche) , et en
général dans tous les mots géographiques ou patro-
nymiques terminés par un a ou par un e (ou eu]
muet.
Cette succession ou cette alternative de brèves
et de longues, jointe aux déclinaisons féminines,
aux imparfaits en oua, oui, etc., sur lesquels la
cadence de l'antépénultième est si marquée, donne
à certaines phrases françaises une ressemblance
frappante avec l'italien. Exemple :
La Dzôna é la Rosa, due belle fille, passôvon en
barca a coutô de la tsapèla nouva ; tsoquena porto vé
due marguerite u sein e ina colomba su lé spallé.
Teuté due dedjan : Teuta la via i neu saran fedèle !
Traduisez en italien :
La Giovanna e la Rosa, due belle ragazzé, passa-
vano in barca accanto alla capella nuova ; ciascuna
porlava due mergherité al sen ed una colomba sullé
spallé. Tutté due dicevano : Tutta la vita ci saranno
fedeli. (J'ai mis l'accent aigu sur les e muets italiens
pour mieux montrer la ressemblance; celle-ci sera
encore plus frappante, si comme cela se pratique
eu poésie, on supprime l'o final de passavano, dice-
vano, saranno.)
•"' En bressan Sairi'Cyrou.
DU PATOIS LYONNAIS 9
Puis voyez combien sont faciles, en patois, les
ïambes (alternative d'une longue et d'une brève),
qui sont Tessence de la versification allemande !
Exemple :
Pé leu brotchau que dja brondaïé
Vin, Nanné, entendre leu cent;
Y sawté, i tsôrtsé, i se baraïe
Pé adzenci son pete ni.
Yét entrcmi lé hiauté brajitsé
Que leu tsantou va c/emorô ;
I sa que IVigue en avalantse
Va bentout couavi teut leu prô.
Dans ces vers j'ai souligné toutes les longues.
Voici maintenant la traduction :
a Par le brotteau qui déjà verdoie, viens, Anne,
entendre le pinson ; il saute, il cherche , il se
démène pour agencer son petit nid. C'est au milieu
des hautes branches que le chanteur va demeurer;
il sait que l'eau en avalanche va bientôt balayer
tout le pré. »
Le mètre de la poésie italienne serait également
facile à transférer dans le patois ; mais à quoi bon?
CHAPITRE II
Article
DEVANT un mot commençant par une con-
sonne, l'article masculin est le (prononcez
leu); il ne change pas au pluriel. Exemple :
le tsa, le tsin (le chat, le chien, ou les chats, les
chiens) '.
Si le mot commence par une voyelle, l'article
masculin est /' au singulier, leuz au pluriel :
Vôneu, leuz ôneu il "âne, les ânes) ; l'ami, leuz amis.
L'article féminin est — comme en italien — la ou
V au singulier, lé ou léz au pluriel : la féna, lé féné
(la femme, les femmesi; l'ôma, léz ômé (l'âme, les
âmes); Vetchella, léz etchellé (l'échelle, les échelles).
On met, comme en grec et en italien, l'article
déviant les noms propres : leu José Velafrantse
(Joseph Villefranchei ; la Luise Décrand (Louise
Décrand) ; la Toinon de la Luise (sous entendu fille,
c'est-à -dire : Antoinette, la fille de Louise ; voilà du
1 En Bresse, on dit : lou au lieu de leu, soit au singulier, soit au
pluriel : lou tsin, lou cdïon.
12 ESSAI DE GRAMMAIRE
pur athénien !) ; /a, Yaudena, se marié avoua rAndri
(Claudine se marie avec André) ^
L'article composé des se rend par du ou duz et
au ou aux par u .' Le tsemin duz ôneu (le chemin
des ânes) ; fôtazi u caïon (jette-le au cochon) ; u
passons (aux poissons); uz âjau (aux oiseaux).
Mais ces articles composés n'existent que pour
le masculin.
Au féminin pluriel tous les articles se décom-
posent ; des se rend par dé lé, et aux par a lé : parla
mé dé léz etâlé (parlez-moi des étoiles) ; dz'écriveu a
lé fille (j'écris aux filles).
* En Bresse, l'article ne se met pas devant les noms propres
masculins, mais seulement devant les féminins : Ye Flebar que dan-
sche avoué la Liauda : C'est Philibert qui danse avec Claudine.
$-S-S-S-S-S-S'^S'^S'^É'^à -É-à /và -â^
CHAPITRE III
Nom ou Substantif
IL y a deux genres seulement, et deux nombres,
comme en latin, en italien et en espagnol,
l'e RÈGLE.— Tout nom masculin est invariable
dans les deux nombres. Exemple : On tsa, dou tsa *
(un chat, deux chats); on moncfiu, dou monchu (un
monsieur, deux messieurs) ; mon garçon , meu
garçon (mon garçon, mes garçons); notron râ,
netreu râ (notre roi, nos rois).
Les noms masculins ont, du reste, comme en
français, toutes les terminaisons imaginables : on
ju, dé ju (un œil, des yeux) ; on grani, des grani (un
grenier, des greniers) ; on solo, dé sold (un soulier,
des souliers) ; l'oradzeu, leuz oradzeu, etc.
Les pluriels en aux ne font jamais al au singu-
lier : on tsevau, dé tsevau (un cheval, des chevaux).
2« RÈGLE. — Tout nom féminin se termine au sin-
gulier par a ou par e muet : ina fille, ina rosa, la
pira de la périre (la pierre de la carrière : pronon-
• En Bresse on dit on se.
14 ESSAI DE GRAMMAIRE
cez les r comme le th anglais, ainsi qu'il a été expli-
qué au chapitre h'].
On change au pluriel cet a ou cet e muet en e
fermé (comme en italien) : Due fille, due rosé; lé
pire dé lé periré *.
3e RÈGLE, — Si, par une rare exception, le nom
féminin singulier se termine autrement qu'en a
ou en e muet, il reste le même au pluriel, comme
s'il était masculin : la né, lé né (la nuit, les nuits) ;
ina groussa nui, due groussé nui (une grosse noix,
deux grosses noix) ; ma. mâson, mé mâson ; ta râson,
té râson ; la porssechon, lé porssechon (la proces-
sion, les processions); la seur, lé seur ^ ; etc.
Notez cependant que ua (œuf) au singulier, fait
ué au pluriel, quoique masculin, on grouz ua, dou
grouz ué.
Les substantifs sont de même genre en patois
qu'en français.
Exceptions : les noms suivants, masculins en
français, sont féminins en patois : la sa (le sel), la
sd5/a (le sable); ma segôla (un cigare), la soin, en
bressan lasenou [le sommeil), ina livra (un lièvre),
ina djomaine lun dimanche), ina sarpen (un ser-
pent), ina parvèla (un épervier), ina mensondz (un
mensonge), la frâ (le froid), la carinma (le carême).
' En Bresse, le pluriel féminin a pour terminaison un e muet ou
presque muet, et non Vé ouvert de l'italien et du patois de Couzon.
Ainsi les Bressans disent : Na fena, dé féne (une femme, des
femmes), na feïe, dé feïe (une fille, des lilles).
- Frère et sœur diffèrent suivant qu'ils expriment des liens de
parenté ou des liens religieux. Dans le premier cas, c'est frôre et
suer ; dans le second, fréré et seur. Exemple ; Ma suer va Ã
l'écoula vô lé seur (ma sœur va à l'école chez les sœurs).
DU PATOIS LYONNAIS 15
Les suivants sont masculins en patois et fémi-
nins en français : on vipéré (une vipère), on noviau
(une nouvelle), qaé bon noviaa neuz appourté ti?
(quelle bonne nouvelle nous apporte-t-il) * ? chi
grau bore (cette grosse bure), il a aviu on bon idé
(il a eu une bonne idée).
NOMS DE NOMBRE
Comme en latin, les noms de nombre sont indé-
clinables, Ã l'exception de un et deux.
Un, lorsqu'il précède le substantif, se dit on au
masculin, ina ou simplement aa au féminin ; mais
s'il remplace le substantif sous-entendu, on le rend
par yon au masculin et yéna au féminin. Exemple :
On caïon, ina caya (un porc, une truie). Voli-veu
ina treffa ? — Xea, dz'en ai djà yéna (voulez-vous
une pomme de terre ? — Non, j'en ai déjà une.)
Note. — En Bresse, on n'emploie jamais ina,
mais uniquement na; ainsi Tonne dit jamais ina
fena.
Deux se rend au masculin par dou ou douz si le
mot suivant commence par une voyelle, et due ou
duéz au féminin. Doit; effan gardôvon due fayé
(deux enfants gardaient deux brebis).
3 trà indéclinable 8 OUèt indéclin. 13 trézé indéclinab.
4 quatreu — 9 nu — 14 quatorze —
5 cin — 10 di — 15 quinze —
6 si — 11 onze — 16 sézé —
7 se — 12 dozé — 17 dix-set —
* Cependant en Bresse on dit na. nouvala.
16 ESSAI DE GRAMMAIRE
18 diz-ouet indéci. 40 qiiarania indéci. 80 octanta intiéci.
19 diz-nu — 50 cinquanta — QOnonanta^ —
20 vin — 60 soissanta — 100 cent —
30 trenta — 70 septanta — 1000 mêle —
Tous prennent le z euphonique devant un mot
commençant par une voyelle : irézé z ami (treize
amis) ; ouéz effants (huit enfants) ; quatre z ôffeci
(quatre z-officiers, comme dans la chanson de Marl-
borough); onpôrepu norri dozéz effan, é dozéz effan
no poïon pô norri on pore ! (Un père peut nourrir
douze enfants, et douze enfants ne peuvent nourrir
un père !)
Tous ces noms de nombre exprimant une idée au
pluriel et le son z étant en français la marque du
pluriel, une de mes plus grandes difficultés, en
apprenant le français, a été de me déshabituer de
ce z euphonique patois, et de cesser de dire quatre^
z-offeci.
* Remarquez ces septante, octante et nonante, beaucoup plus logi-
ques et plus simples que les soixante-dix, les quatre-vingts et les
quatre-vingt-dix du français. Pourquoi, en effet, ne pas achever la
série en ante, après 30, 40 et 50 ';* Pourquoi surtout cette compli-
cation de soixante et dix qui renferme deux idées, là où l'on n'en
cherche qu'une ? et quatre-vingt-dix qui en renferme trois ? Si l'on
disait de même trente et dix pour 40, quarante et dix pour 50, trois
vingt pour soixante et ti'ois vingt et dix pour 70, cela paraîtrait
absurde. Quatre-vingts et quatre-vingt-dix ne sont pas plus raison-
nables ; mais on y est habitué.
^^^A.
h'rW-^i^
'yjTi^
CHAPITRE IV
L'Adjectif
LES adjectifs au masculin ont toutes les dési-
nences possibles et sont invariables : le plu-
riel pour eux ne se distinguant pas du sin-
gulier.
Exception : teu (tout), fait au pluriel tui (tous). E
y é teu feni, i son tui môr ! (C'est tout fini, ils sont
tous morts !)
Au féminin, les adjectifs comme les noms se ter-
minent en a ou en e muet au singulier, et en é au
pluriel. Exemples :
Adai (perdu ou perdus, fini ou finis), adulte (per-
due), adaité (perdues).
Barfoïn ou barfoillu (barbouillé, sale), barfoïllusa
(plur. uséj.
Bôgreu, bôgra, bogré '.
' Adjectif ou exclamation intraduisible en français, où le mot
équivalent n'a pas droit de cité. — Cha bogra-qui se rendrait par
cette coquine-là , ou cette friponne-là . Dogreul te té motsé -po du
ôdeu ! (En vérité, tu ne te mouches yas du cuude !) Bagreu es--
donc plus civilisé en patois qu'en français.
18 ESSAI DE GRAMMAIRE
Bon (bon OU bons), bonna (bonne), bonne (bonnes) ^
Brioudi (polisson) , brioudire , brioudiré , en
Bresse, briodl ^.
Brôveu (brave ou braves), brôva (brave), bravé
(braves) '.
Cajoan (lâche), n'a pas de féminin '•.
Cinquiémeu (cinquième).
Concheu, a, é (gonflé), de concha (gonfle).
Barri (dernier ou derniers), darrire (dernière),
darriré (dernières) ■'.
Bijeumeu (dixième), ma, rné.
Drôleii (drôle et drôles) , drôla (drôle) , drôle
(drôles) '\
Essui (sec, secs), essuite (sèche), essuité (sèches) ".
Fotu (perdu ou perdus, fini ou finis), fotua (per-
due), fotué (perdues) ^.
* On dit aussi bena et bené.
2 Tire son origine des gens de Brioude (Haute-Loire), qui tra-
vaillaient jadis par centaines dans les carrières et, étrangers chez
nom, ïi'y apportaient oa n'y conservaient pas, généralement, les
bonnes moeurs de leurs pays.
3 On remarquera que ces mots n'ont pas le même sens qu'en
français. Drôleu, à Couzon et dans tout le massif du Mont-d'Or,
signifie joli : Que drôla féna ! (Quelle jolie femme!) En Bresse et en
Dauphiné, c'est par brôve que se rend la même idée : Que brôva
feméla! (Quelle belle femme!)
Autre observation : femèla est plutôt un adjectif qu'un substantif
et signifie femme sans aucune intention malveillante.
* Ce mot doit venir de chapon; il a formé le verbe caponô
(caponner) reculer.
^ Ne pas perdre de vue la prononciation de \'r entre deux voyelles,
comme le th anglais doux; elle a été expliquée déjà , mais on ne
saurait trop y revenir.
^ D'où Montessuy (Montsec).
" Adui et Fotu ont le même sens, qu'on rendrait assez bien par
le fran^jais foutu, foutue, si ce mot n'était considéré comme grossier.
DU PATOIS LYONNAIS ]9
Fou (fou, fous), fnlcL (folle), fôlé (folles).
Garseni, ire, iré (hardi comme un garçon), ne
s'emploie guère qu'au féminin.
Garudi (mal soigneux, débraillé), garudire, garu-
dire *.
Grô (gras), grôssa (grasse), grosse (grasses).
Grou (gros), groussa (grosse), groussé (grosses).
Hiau, hiauta (haut, haute), féminin pluriel hiauté.
Malin (méchant, méchants), malena (méchante),
malené (méchantes) ^.
Mauve (mauvais^ môvéze (mauvaise) , mnvézé
(mauvaises).
Mou (mûr et murs), moura (mure), mouré (mures).
Nâ (noir et noirs), nnre (noire), naré (noires).
Premi (premier et premiers), premire (première),
premiré (premières) \
Prion (profond et profonds', prionda (profonde),
priondé (profondes).
Quatriémeu (quatrième).
Rion (rond, ronds), rionda (ronde), riondé (rondes).
Rognu (taquin, de méchante humeur), usa, usé.
Rou (roux), rossa (rousse), rossé i rousses) '*.
Sadzeu (sage, sages), sadze (sage au féminin),
sadzé (sages au féminin pi ir.).
1 De garude, vieille galoche que traînent les pieds des mendiants.
- Encore un mot qui n'a pas le même sens en patois qu'en français.
•' Voir la note 5 de la page précédente.
* D'où Croix-Rousse ; la croix qui a donné son nom à ce vaste
faubourg était rousse, en pierre de Couzon, sur un côté de la grand -
place dont le nom change si souvent.
J'ai salué cette croix cent fois dans mon enfance. Elle a été enle-
vée en 1881 ou 82. L'étymologie qu'elle rappelait lui donnait pour-
tant une valeur historique.
20 ESSAI DE GRAMMAIRE
Sa,rvadzeu (sauvage), sarvadze, sarvadzé
Segon (second), segonda, segondé.
Sijeumeu (sixième). '
Tebeu, téba, tébé (plein, rassasié, cogné comme
dans un tube).
Teu (tout et, par exception, tui (tous), teuta,[touie),
teuté (toutes).
Trâjeumeu (troisième).
Varnedzeu (froid), varnedze, varnedzé '.
Varro (gâté, en parlant des fruits), varrôta, var-
rôté.
Vert (vert et verts], varda (verte), vardé (vertes).
Vintièmeu, centièmeu, millièmeii, ma, me, etc.
Via (vieux), vieille (vieille), vieille (vieilles).
Etc., etc.
J'ai cité de préférence les adjectifs qui ont une
physionomie nettement extra-française ; la plupart
des autres ne se distinguent de leurs correspon-
dants français que par des nuances légères : sôleu,
sôla (sâlc), fûbleu, fâbla (faible] ; rapedeu, da
(rapide) ; etc. ; pluriel féminin soie, fable, rapedé.
La similitude entre les deux idiomes est par-
ticulièrement accentuée dans les adjectifs termi-
nés au singulier par un e muet, qui, en patois, se
prononce eu.
Certains qualificatifs , participes plutôt qu'adjec-
tifs , ayant une forme féminine au masculin, n'ont
qu'une désinence au singulier, quoique cette
désinence ne soit pas en e muet. Exemple : Ennoija
* Se dit des terrains insuffisamment ensoleillés ; n'existe pas en
français.
DU PATOIS LYONNAIS 2\
(du verbe ennoi), il et ennoya lil est ennuyé) ;
emha.rra.cha. (embarrassé) ; el et embarracha (elle est
embarrassée) ; atrapô : allé fu grou atrapo quand
elle se vi sarrù défou (elle fut bien attrapée quand
elle se vit fermée dehors).
Mais au pluriel, ils ont quelquefois, rarement,
un féminin : Qu'élé serian don ennoyé, se... (qu'elles
seraient donc ennuyées, si...).
Argotô (hardi, espiègle^ ensorbéya (entêté, inin-
telligent), cngnorro (imbécile^ quoique purs adjec-
tifs, restent invariables comme la plupart des ad-
jectifs-participes : Tira fille et in'argotà ; vez été
don ensorbéya, que vo né voU pô comprendre ? —
Ah ! leu pourreu engnorçô !
Je rangerai parmi les adjectifs coquon (quel-
qu'uni, inusité au féminin; tsôquon, tsoquena icha-
cun, chacune;; et dzin dé, (aucun de, point de) ; in-
déclinable : que tsoquon travaïé (que chacun tra-
vaille); i n'a dzin déz effan (il na point d'enfants) ;
e gn'en a dzin (il n'y en a point ; el ayan tsoquena
on davanti dé soi celles avaient chacune un tablier
de soie).
VjAy vj^ ^lÂu ijiÂt^ ^j^ ijijt^ >ji^ vj^ ^j^ t^^
CHAPITRE V
Le Pronom
1" PRONOMS PERSONNELS
IL faut distinguer s'ils sont sujets ou complé-
ments directs, ou compléments indirects d'un
verbe, ou compléments d'un adverbe.
Premier cas. — Sujets d'un verbe, je s'exprime
par zé ou dzé ; tu par té; il par i ou il, selon que le
mot suivant commence par une voyelle ou par une
consonne : / vu me féré pou (il veut me faire peur) ;
i vôlon neu féré pou (ils veulent nous faire peur) ;
il a feni (il a fini) ; il an feni (ils ont fini).
Elle se rend au singulier par el ou èla, au pluriel
par el ou élé, toujours selon que le mot suivant
commence par une voyelle ou par une consonne :
El è seuletta (elle est seule), élé sera contenta (elle
sera contente) , él attendon (elles attendent), élé
veindran (elles viendront). Elle, sujet du verbe,
mais placé après lui, dans la forme interrogative,
se rend aussi par ïe. Exemple : Que vu-t-ïe ou
que vu-t'èla ? (que veut-elle ?)
24 ESSAI DE riRAMMAIRE
Nous se rend par dzé, quelquefois par neu, vous
par veu.
Deuxième cas. — Employés comme compléments
direct d'un verbe, les pronoms personnels sont me,
té, se, la, neu, veu, leu, lé. Exemple : Attendi mé
don (attendez-moi donc), dze té crieu (je t'appelle),
dze la vaïeu (je la vois), i se pazaïe (il s'ôte ses
puces) , él se pegné (elle se peigne) , avezo-neu
(regardez-nous), vtcha vtré polaïé , préni-lé (voilÃ
vos poules, prenez-les), vtcha vtreu lapin, empârto-
leu (voilà vos lapins, emportez-les), chèta-té (assieds-
toi), chetô~veu (asseyez-vous).
Troisième cas. — Compléments indirects d'un
verbe, lui, dans le sens do à lui, à elle, se rend par
li ou Hz, et leur, dans le sens de à eux, à elles, par
lu ou luz : Dze li pai^lôve (je lui parlais), vo luz-y
derâ (vous leur direz), te luz-y obaïéré (tu leur obéi-
ras). Les autres pronoms personnels gardent la
même forme que dans le deuxième cas.
Quatrième cas. — Employés comme complément
d'un adverbe, les pronoms personnels sont ma, ta,
sa (prononcez l'a très ouvert), lui, èla, neu ou neu-
zôtreu, veu (rarement r)02o^reu^ èleu (masculin), èlé
(féminin). Exemples : Porla don pé ma (parle donc
pour moil, i ou él ne sondzé qu'a sa (il ou elle ne
pense qu'à soi), il étchan davan 7ieu (ils étaient
devant nous), dzé modi avoua èleu (je partis avec
eux), avoua èlé (avec elles).
Le dans le sens de ceci, cela, se rend par i ou y.
Exemples : Dz'i vâleu, dzé n'i voleu po (je le veux,
DU PATOIS LYONNAIS 25
je ne le veux pas), el ni fara plu (elle ne le fera
plus), i vâ-te voré ? (le vois-tu maintenant ?) *.
2" PRONOMS POSSESSIFS
SINGULIER
Mon, ton, son : comme en français : mon pani
(mon panier), ton couaveu (ton balai), son davanti
(son tablier).
Ma, ta, sa, lu (leur) : ma faqua (ma poche), lu
polaï (leur poule i, lu effan (leur enfant).
PLURIEL MASCULIN
Meu, teu, luz ou meuz, teuz, luz : meu garçons
(mes garçons I, teuz effan (tes enfants), lu cologné
(leurs quenouilles), luz ami (leurs amis).
PLURIEL FÉMININ
Me, té, se ou mez, tez, sez : mé robe (mes robes),
tez anïé (tes béquilles), séz amïés 'ses amies).
SINGULIER
Netron, vetron, lu (au masculin) : netron rà (notre
roi).
Netra, vetra, lu (au féminin) : vetra repebleca
(votre république), lu pachence (leur patience).
PLURIEL
Netreu, vetreu, lu (au masculin! : netreu caïon
(nos p«rcs), netreuz anchen (nos ancêtres).
' Cette locution patoise est une de celles dont, enfants, nous avions
le plus de peine à nous défaire.
26 ESSAI DE GRAMMAIRE
Netré, vetré, lu (au féminin) : netréz alagnés (nos
noisettes).
3» PRONOMS DEMONSTRATIFS
Chi (raasc. sing.), cha (fém. sing.), chi (masc.
pluriel), ché (fém. pluriel) signifient ce, cette, ces.
Je rappelle à nouveau que ces ch se prononcent
comme le ch allemand dans eiche, reich., licht.
Exemple : Chi sauzeu (ce saule), cha colu (cette
couleur), ché colu (ces couleurs).
Pour celui-ci, celle-ci, ceux-ci, celles-ci et celui-
ci, celle-ci, ceux-ci, ceux-là , de même qu'on y
ajoute, en français, ci ou là à celui, celle, etc. ; de
môme, en patois, on ajoute que à chi, cha, etc., et
l'on dit : chique, chaque, cheuque, chèque. (Voir Ã
la page 5 la prononciation de ce que). Chi ronsse-
gnou tsanté miu que cJiique (ce rossignol chante
mieux que celui-là ); dze n'omeu pô ché cheur, /jai"
me chèque (je n'aime pas ces fleurs, donnez-moi
celles-ci).
On dit aussi sti, slia : passa de sti là (passe de ce
côté).
Ceci, cela, ça se rend par cenque : Voll-veu
cenque ? (voulez- vous ça ?) — Le pronom dans le
sens de ceci, cela, par i ou ij : ouâ, clz'i voleu (oui,
je le veux); neu, dz'n'i voleu pô (non, je ne le veux
pas).
Ce ou //, dans le même sens, se rend par è ou aij.
Èy é provo (c'est prouvé), è?/ e sartin (il est certain) ;
e gnè pô vrâ (il n'est pas vrai ou ce n'est pas vrai) ;
DU PATOIS LYONNAIS 27
e y é fotu, gnen a que se dzeinnon pô (c'est décidé,
il y en a qui ne se gênent pas); ey étché à péna
dzeur (c'était à peine jour). Je citerai encore ces
deux vers proverbe :
E gna pô bordzoi de Lyon
Que n'ayé sa vegne à Cozon.
En signifiant de cela est toujours précédé d'un
n ou d'un ; ; Baille me n'en ou baillé me zen (donne
m'en) '.
4» PRONOMS ADJECTIFS POSSESSIFS
MASCULIN SINGULIER ET PLURIEL
Le mainneu ile mien ou les miens), le tainnen (le
tien), le seinneu (le sien). — (Prononcez comme
dans les mots français main, teint, sein.)
FÉMININ SINGULIER
La meinna (la mienne), la teinna (la tienne), la
seinna (la sienne). — Même observation que ci-
dessus.)
FÉMININ PLURIEL
Le meinné (les miennes), lé teinnè (les tiennes),
lé seinné (les siennes). — (Même observation que
ci-dessus.)
MASCULIN SINGULIER ET PLURIEL
Le neti^eu (le nôtre ou les nôtres), le vetreu (le
vôtre ou les vôtres), le lu (le leur ou les leurs).
' Encore une locution qui nous a valu plus d'un sarcasme de
l'instituteur, avec accompagnement de pensum.
28 ESSAI DE GRAMMAIRE
FÉMININ SINGULIER
La netra (la nôtre), la vetra. (la vôtre); la lu (la
leur).
FÉMININ PLURIEL
Le netré (les nôtres), lé vetré (les vôtres), lé lu
(les leurs).
Suivis du 2 euphonique quand il y a lieu. Exem-
ple : Vetreuz effan né valon pô mé que leii netreu,
è y è lui dé polisson (vos enfants ne valent pas plus
que les nôtres; ce sont tous des polissons); vetré
saptené son mé grande que lé lu (vos sapines sont
plus grandes que les leurs) \
PRONOMS INDÉFINIS
On se rend, comme en latin, par le pluriel de il
(sous-entendu les gens, les hommes). — Notez en
effet que ce mot, en français, est une corruption de
homines.
Exemple : I djon que Napoléon n'è pâ môr (on
dit que Napoléon n'est pas mort) ^. Din cha mâson, i
fan teu leu dzeur la repebleca : dans cette maison
on fait tout le jour la république (on y vit dans
l'anarchie et la paresse, on s'y cogne ferme) '.
1 Bateau en sapin qu'on charge de pierres pour Lyon.
^ Que de fois j'ai entendu répéter cette phrase par les vieux du
premier Empire !
' Je prie mes quatre futurs lecteurs de l'an de grâce 2.500 de
vouloir bien m'en croire sur parole quand je leur affirme que cette
locution proverbiale n"est pas de mon invention, mais qu'elle est
familière à nos paysans, même à ceux qui se disent républicains.
DU PATOIS LYONNAIS 29
Dépi c/ia repebleca, l ne volon dzin mé dé bon Dju.
E y é vrâ, mé il an le phylloxerra é beind'ôtreu
z-agremen. (Depuis cette république, on ne veut
plus de bon Dieu. C'est vrai, mais on a le phyl-
loxéra et beaucoup d'autres agréments).
^<^
•^^ w~^ w^ w^ ^^ ^^ •^>'^>^ ♦ aQ^i^
CHAPITRE VI
Le Verbe
LE verbe patois a ses personnes, ses temps et
ses conjugaisons, comme le verbe français.
Ne nous arrêtons pas aux définitions géné-
rales; bornons-nous à conjuguer et commençons
par les auxiliaires Etre et Avoir.
AVOIR
Indicatif présent II ou el aye (bressan, il ave).
Dz'â Dz'ayan — nous avin).
T'ô Vosayo — vous avô).
Il ou el a. Il ayan — il avin).
Dz'an (ou nos an). ^ . . ,^ •
w •/ r. -^ \ Passe défini
Vos avi (en Bresse, vous ete). „ , . j . •
^ ' ' Dz ussi ou dz avi.
Il ou ell' an. „.
T ussi.
Ilu.
Imparfait ' ^^^ ^^^^^^
Dz'ayain (bressan, dz'ave). Vos uté.
T'ayo — t'ave). Il âveron.
* J'écris inditïéremment aïan ou ayan, alo ou ayo ; mais il faut
prononcer aï, presque comme paille, canaille.
32 ESSAI DE GRAMMAIRE
laissé ind(''.fini
Dza avu'i (bressan, avu)
T'o aviu —
Il a aviu —
Dzan aviu —
Vos avi aviu —
Il an aviu —
Passé antérieur
(Peu usité.)
Plus que jiSirfâit
Dz'ayain aviu.
T'ayo aviu.
Il ayé aviu.
Dz'ayan aviu.
Vos ayo aviu.
Il ayau aviu.
Futur simple
Dz'avri (bress., dz'are).
T'aré '.
Il arâ.
Dzaran.
Vosari.
Il aran.
Futur antérieur
Dzavri aviù.
Taré aviù.
Il arâ aviù.
Dzaran aviu.
Vos ari aviù.
Il aran aviù.
Conditionnel j^résent
Dz'arain '.
T'aro (ou t'ario).
Il are.
Dz'arian.
Vos aro (ou vos ario).
Il arian â– ^.
Conditionnel passé
Dz'arian aviù.
T'aro aviu.
Il are aviu.
Dzarian aviu.
Vos ario aviu.
Il arian aviu.
Impératif
2" pers. sing. Aïe.
Id. plur. Aï.
l'e pers. plur. Ayain.
Subjonctif présent
Que dz'ayeu.
Que t'ayé.
Qu'il ayé.
Que dz'ayan.
Que vos ay.
Qu'il ayan.
' Se rappeler la prononciation
doux des Anglais).
- ici deux personnes semblables,
de cet r entre deux voyelles [th
la 1" et la 3^ du pluriel.
DU PATOIS LYONNAIS
Imparfait du subjonctif Que t'eusse aviu
Que dz'avesseu.
Que t'avessé.
Qu'il avessé.
Que dzavessan.
Qu'il avessan.
33
Qu'il eusse aviu.
Que dz'uchan aviu.
Que vos usseté aviu.
Qu'il uchan aviu.
Parfait du subjonctif
Que dz'aîeu aviu.
Que t'ayé avieu.
Qu'il ayé aviu.
Que dz'ayan aviu.
Que vos ay aviu.
Qu'il ayan aviu.
Infinitif présent
A va.
Infinitif passé
A va aviu.
Participe présent
Ayan.
Subjonctif plus que parfait Participe passé
Que dz'eusse aviu. Aviu (bressan avu).
ÊTRE
Indicatif présent
Dzé si.
T'é.
Il ou el é.
Dzé son (bressan, nos sin).
Vos été.
I son.
Imparfait
Dzétchain (bressan, dz'éra).
T'étcho — t'ére).
II ouel étché — il ère).
Dzétchan — nous erain).
"Vos étcho (bressan, vous éro)
Ilouelétchan — il érin).
Passé défini
Dzé fe (ou fu).
Téfu.
Ifu.
Dzé feron.
"Vos fêté.
I feron.
Passé
Dza éto.
indéfini
34
ESSAI DE GRAMMAIRE
T'o éto.
11 a éto.
Dzan éto.
Vos avi éto.
Il an éto.
Passé antérieur
Dzusseu éto.
T'eusse éto.
II eusse éto.
Dzuchan éto.
Vos ucho éto.
Il uchan éto.
Plus que parfait
Dzaïain éto.
T'ayo éto.
Il ayé éto.
Dz'yan éto.
Vos ayo éto.
Il ayan éto.
Futur simple
Dzé sari ^ (bressan, dzésere)
Té saré.
I sarà .
Dzé saran.
Vo sarà .
I saran.
Futur antérieur
Dz'avri éto.
T'aré ' éto.
Il ara ' éto.
Nos aran éto.
Vos ari éto.
Il aran ' éto.
Conditionnel préseyit
Dzé sérain ^ .
Té sério.
I sére.
Dzé sérian.
Vo sério.
I sérian.
Conditionnel passé
Dzé sérain éto -.
Té sério éto.
I séré éto.
Dzé sérian éto.
Vo sério éto.
I sérian éto.
Impératif
Sa (bressan, saïa).
Sayan.
Saï (bressan, saïo) -^
Qu'i sayan.
* R entre deux voyelles, toujours prononciation du th doux des
Anglais.
^ On dit aussi avec avaï : dz'arian éto. t'ario éto, etc.
^ Prononcez comme Sinaï.
DU PATOIS LYONNAIS
Subjonctif présent Que té saie éto.
35
Que dzé saîeu (ou saycu)
Que tésayé.
Qu'i sayé.
Que dzé saïan.
Que vo saï.
Qu'i saian.
Imparfait
Que dzé fesseu '.
Que té fessé.
Qui fessé.
Que dzé fessan.
Que vo fesso.
Qu'i fessan.
Parfait
Que dzé saîeu éto.
Qu'i saie éto.
Que dzé sayan éto.
Que vos sai éto.
Qu'i saian éto.
Plus que parfait
Que dzé fesseu éto.
Que té fessé éto.
Qu'i fessé éto.
Que dzé fessan éto.
Que vo fesso éto.
Qu'i fessan éto.
Infinitif
Etre, avâ éto.
Participe
Etchan, étô.
Il nest pas facile de grouper les verbes patois,
car parmi eux les irrégularités et les exceptions sont
nombreuses. Je les partage en cinq conjugaisons,
après avoir beaucoup réfléchi, comparé, combiné.
Plût au ciel qu'il me fut possible d'ajouter : « D'au-
tres grammairiens feront mieux ! »
' L'accent est sur la première syllabe dans fesseu, fessé; le son
fe est absolument muet quoique prolongé.
36
ESSAI DE GRAMMAIRE
PREMIÈRE CONJUGAISON
fille a I infinitif, le participe passé et la deuxième
personne de l'impératif en d ', l'imparfait en ôveu
(bressan oua), le futur en éri et le conditionn el en
érain.
Indicatif présent
Dz'ômeron.
Dz'ômeu.
Vos ômeté.
Tome.
Il ômeron.
Il ou el ômé.
Dz'ômon (ou nos ômon).
Passé indéfini
Vos ômo *.
Dzâ omo.
I ou el ômon.
T'ô omo.
Imparfait
Dz'omoveu.
T'omôvé.
Il ou el omôvé.
Il a omo.
Dzan omo.
Vos avi omo.
Il an omo.
Nos ou dz'omôvon.
Vos omôvi.
Il omôvan.
Passé défini
Passé antérieur
Dzusseu omo.
T'eusse omo.
Il eusse omo.
Dz'omi.
Dz'uchan omo.
T'omi.
Vos ucho omo.
Il omi.
II uchan omo.
' L'accent, à la deuxième personne du pluriel de l'indicatif présent,
porte vivement sur la dernière syllabe ; de même à toutes les per-
sonnes du futur et du conditionnel ; cette dernière syllabe repré-
senterait en musique un temps ilouble des autres. Partout ailleurs
l'accent porte sur l'avant-dernière syllabe; ainsi dans dz'omoveu, mô
est aussi long à lui tout seul, que dzo et veu ensemble. C'est comme
en italien.
DU PATOIS LYONNAIS
Plus que parfait T'ai-io omo.
37
Dzaîan (ou nos aiani omo.
T'aie omo.
Il aie omo.
Nos ayan omo.
Vos aio omo.
Il aïan omo-
Futur simple
Dz'ôméri.
T'ôméré.
Il ôméra.
Nos ou dzoméran.
Vos ôméra.
Il ôméran.
Futur antérieur
Dz'ari omo.
T'aré omo.
Il ara omo.
Nos ou dzaran omo.
Vos arâ omo.
Il aran omo.
Conditionnel présent
Dz'omérain.
T'omério.
Il ômére.
Dz'ômerain.
Vus ôinerio.
Il ùmérain.
CondUionnpl p;i.<sé
Dzarain omo.
Il arc omo.
Nos ou dzarian omo.
Vos ario omo.
Il arian omo.
Impératif
Oma.
Omo.
Qu'il ômc.
Qu'il oman.
Subjonctif présent
Que dz'ômeu.
Que t'ômé.
Qu'il ômé.
Que dz'oman.
Que vos ômo.
Qu'il oman.
Imparfait
Que dz'ômasseu.
Que t'omassé.
Qu'il ornasse.
Quedz'omachan(ouomassan)
Que vos omassi.
Qu'il omassan.
Parfait du subjonctif
Que dz'aieu omo.
Que t'aïé omo.
Qu'il aïé omo.
Que dz'aïan omo.
Que vos aîo omo.
Qu'il aïan omo.
38 ESSAI DE GRAMMAIRE
FHus que parf. du subjonct. Que vos avesso (ou que vos
Qucdz'avesseu(ouquédz'us- usso) omo.
sou) omo. Q^^^ avessan (ou qu'il ussan)
Que t'avessé (ou que t'eusse) on^o.
omo. Infinitif
Qu'il avessé (ou qu'il ussé) Qmo, ava omo.
omo.
Que dz'avessan (ou qu'il Participe
ussan) omo. Oman, omo.
Ainsi se conjuguent tous les verbes en ô (et,
comme les verbes français en er, ce sont les plus
nombreux). Du reste, les deux conjugaisons corres-
pondent l'une à l'autre. Exemple : Senô (sonner),
copd (couper), betô (mettre), tsantô (chanter), débrego
(bressan, devord (déchirer), pussd (pousser), ahonto
(diminuer, en parlant du prix d'une marchandise),
plemô (plumer), raconta (raconter), arrevo (arriver),
mode (partir) ', bucho (brûler), essarta (piocher),
a.sseuô (nourrir, gaver un enfant), bolegô (tourmen-
ter) ; (bressan , boulimjd) , rabato (dégringoler) ,
tsaplô (frapper), etc.
Observations. — Il y a plusieurs de ces verbes
qui, à l'indicatif présent, n'ont pas la même pénul-
tième (avant-dernière syllabe) qu'à l'infinitif, sauf
cependant à la deuxième personne du pluriel où
cette pénultième reparaît ainsi que l'accent sur la
finale. Exemple : Amasso, fait à l'indicatif présent
' Ce verbe se conjugue avec l'auxiliaire être, comme partir en
franîjais, dz'etdmin modo, j'étais parti ou partie ; cependant les
Bressans disent dz'aiià modo.
DU PATOIS LYONNAIS 39
dz'amôsseu, t'amôssé, il amassé, nos amâsson, vos
amassa, il amôsson. — Vold (voler) : dzé vôuleu, té
vôulé, i vôulé, dzé vôulon, vo volô, i voulon. —
Dzélo igeler) : dzé dzileu, té dzilé, etc. — Avezô Ire-
garder) : dz'avizeii, Cavizé, il avizé, dz'avizon, vos
avezô, il avizon. — Colô (couler, glisser) : dzé couleu,
té coulé, i coulé, dzé coulon, vo colô, i coulon. —
Bramo (crier, pleurer) : dzé brômeu, té brômé, etc.
— Amolà (aiguiser), dz'amouleu, t'amoulé, etc. —
Avala : dz'avoleu, t'avolé, etc. — Sarrô (fermer) -.dzé
sôrreu, té serré, etc. — Razo (raser) : dzé rà zeu, té
rôzé. — Abozo (écrouler) : dz'abouzeu, t'abouzé. —
Paré et apparo (attendre pour éviter, écarter), dz'a-
pà reu, t'appôré, etc.
DEUXIEME CONJUGAISON
La deuxième conjugaison a rinfinitif en i, le par-
ticipe passé en a et, à la deuxième personne de
rimpératif, le singulier en e et le pluriel en i ; pour
tout le reste elle est semblable à la première.
Indicatif présent
Té priové.
Dzé prieu.
I priové.
Té prié.
Dzé priovon.
I prié.
Vo priovo.
Nos ou dzé prion.
I priovon.
Vos prio.
I prion.
Passé défini
Imparfait
Dzé prïi.
Té prïi.
Dzé prioveu.
I prïi.
40
ESSAI DE GRAMMAIRE
Dzé prieron.
Vo priete.
I prieron.
Passé indéfini
Dzâ pria.
T'o pria.
Etc.
Passé antérieur
Dz'eusseu pria.
Plus que parfait
Dz'aïain pria.
T'aïo pria.
Etc.
Futur simple
Dzé priéri
Té prière.
I priera.
Dzé prieran.
Vos priera.
I prierai! .
Futur antérieur
Dz'ari pria.
Taré pria.
Etc.
Conditionnel présent
Dzé pricrain.
Té priério.
I prière.
Dzé prierain.
Vo priério.
I prierain.
Condidionnel passé
Dz'arain pria.
T'ario pria.
Etc.
Impératif
Sing. 2" personne. Prie.
Plur. id. Prii.
Qu'i prié.
Qu'i prian.
Subjonctif présent
Que dzé prieu.
Que té prié.
Qu'i prié.
Que dzé prian.
Que vo prii.
Qu'i prïian.
Subjonctif imparfait
Que dzé priasseu.
Que té priasse.
Qu'i priasse.
Que dzé priassan.
Que vo priassi.
Qu 'i priassan.
Parfait du Hubjonctif
Que dz'aïcu pria.
Etc.
DU PATOIS LYONNAIS 41
Plus que parf. du subjonctif Participe présent
Que dz'usseu pria. Prian.
Que tusse pria. ^
Participe passé
Infinitif Pria.
Prii, avâ pria.
Ainsi se conjugent tous les verbes en i qui ont cet
i précédé d'une voyelle ou d'une r douce (à pronon-
cer comme le tli anglais'. Exemple : Veri (virer,
tourner), participe passé veria; essaî (essayer), p. p.
essaya; haraï (tourner et retourner), p. p. f)araïa,-
tréhii (flageoler sur ses jambes), p. p. trehïa; caraï
(lancer), p. p. caraïa; envii (envoyer), p. p. envia;
dzoî (jouer), p. p. d:oia; secoï (secouer), p. p. secoïa;
teri (tirer), p. p. teria; plus un certain nombre
d'autres verbes en i : pétsi (pêcher), participe passé
pétcha; empétsi (empêcher), p. p. empêtcha; annonci
(annoncer!, p. p. annnncha ; prétsi ou prédzi (prê-
cher), p. p. prédja ; tsortsi (chercher), p. p. tsortcha;
embrassi (embrasser), p. p. embracha; avanci (avan-
cer), p. p. avancha; ceri (cirer), p. p. ceria, etc.
Observations. — Veri fait à Tindicatif présent dre
vireu, té viré, i viré, etc., et ceri : dzé cireu, etc.
TROISIEME CONJUGAISON
Elle comprend des verbes en i et en re et se dis-
tingue des deux premières par le présent de lïndi-
catif en âtseu, l'imparfait en âtchan, le passé défini
ESSAI DE TiRAMMAIRE
en cî<si,le futur en âtri et le conditionnel en airain;
(pour toutes ces désinences Taccent est sur la pénul-
tième).
Le participe passé a dos désinences variées.
Indicatif présent
Dzé fcnaïtzcu (je finis).
Té fenâ.
Il ou elé fenâ.
Nos ou dzé fenâtson.
Vos fenâtsi.
I ou elle fenâtson.
hnpar t'ait
Dzé fenâtchan.
Té fenâtchô.
I fenâtché.
Dzé fenâtchan.
Vo fenâtchô.
I fenâtchan.
Passé défini
Dzé fenâtsi.
Te fenâtsi.
I fenâtsi.
Dzé fenâtseron.
Vo fenâtseté.
I fenâtseron.
Passé indéfini
Dzâ feni.
T'o feni.
II a feni.
Etc.
Plus que parfait
Dzaïain feni.
T'aïo feni.
Etc.
Futur simple
Dzé fenâtri.
Té fenâtré.
I fenâtra.
Dzé fenâtran.
Vo fenâtrô.
I fenâtran.
Futur antérieur
Dzari feni.
T'aré feni.
Etc.
Conditionnel présent
Dzé fenâtrain.
Té fenâtrio.
I fenâtre.
Dzé fenâtrain.
Vo fenâtrio.
I fenâtrain.
Conditionnel passé
Dzarain feni.
T'aro feni.
Etc.
DU PATOIS LYONNAIS
43
Impératif
Fenâ.
Qu'i fenâtsé.
Fenâtsi.
Qu'i fenâtchan.
Subjonctif présent
Que dzé fenâtseu.
Que té fenâtsé.
Qui fenâtsé.
Que dzé fenâtchan.
Que vo fenâtsi.
Qui fenâtchan.
Subjonctif imparfait
Que dzé fenâtsesseu.
Que té fenâtsessé.
Qu"i fenâtsessé.
Que dzé fenâtsechan.
Que vo fenâtsecho.
Qu'i fenâtsechan.
Parfait du subjonctif
Que dz'aïeu feni.
Que t'aie feni.
Etc.
Plus que j^arf. du subjonctif
Que dz'avesseu feni (ou que
dz'eusseu feni).
Etc.
Infinitif
Feni, avâ feni.
Participe
Fenâtchan.
Feni.
Ainsi se conjuguent counâtre (connaître), meri
(mourir'i, participe passé ïiiôr, mourta^; péri (périr),
cuï (cueillir), p. p. cuï; blantsi (blanchir), parâtré
(paraître), p. p. paru; gari (guérir), p. p. gari; veti
(vêtir), p. p. vêtu; crâtre (croître), p. p. cratsu;
réussi (réussir), p. p. réussi; mezi (moisir), p. p. mezi;
charvi (servir), p. p. charvi; avorri (renier, rejeter
un enfant), p. p. avorri.
1 Les temps composés de meri se conjuguent avec l'auxiliaire être :
dzé si mdr, ou mourla. (je suis mort ou morte), etc.; au féminin plu-
riel mourté : elle son mourté, conformément aux règles du participe.
ESSAI DE GRAMMAIRE
QUATRIÈiME CONJUGAISON
Elle comprend des verbes en i ou en re qui se
distin2:uent par leur présent de l'indicatif en egneu,
leur imparfait en egnan, leur futur et leur condi-
tionnel en aindri et indrà et leur participe présent
en egnant (accent sur la dernière syllabe à l'impar-
fait, au futur et au conditionnel).
Participes généralement en u. — Passé défini
également variable.
Indicatif présent
Dzé vegneu (je viens).
Té vein.
I ou elle vein.
Neu ou dzo vegnon.
Vo véni.
I ou elé vegnon.
Imparfait
Dzé vegnain.
Té vegno.
I vegnc.
Dzé vegnan.
Vo vegno.
I vegnan.
Passé défini
Dzé vinci.
Té vinci.
I vinci.
Dzé vinceron.
Vo vinceté.
I vinceron.
Passé indéfini '
Dzé si venu.
Té venu.
II é venu.
Etc.
Plus que parfait *
Dzétchain venu.
T'étcho venu.
Etc.
Futur simple
Dzé vindri (ou vaindri).
Té vindré.
I vindra.
Dzé vindran.
' Veni, pour ses temps composés, prend l'auxiliaire être ; c'est une
exception.
DU PATOIS LYONNAIS
45
Vo vindro.
I vindran.
Futur antérieur
Dzé seri venu.
Té saré venu.
Etc.
Conditionnel présent
Dzé vindrain.
Té vindrio.
I vindre.
Dzé vindrain.
Vo vindrio.
I vindrain.
Conditionnel passé
Dzé serain venu.
Té sario venu.
Etc.
Impératif
Vin
Qu'i vegné.
Véni.
Qu'i vegnân.
Subjonctif présent
Que dzé vegneu.
Que te vegné.
Qu'i vegné.
Que dzé vegnan.
Que vo vegni.
Qu'i vegnan.
Imparfait
Que dzé vegnasseu (ou que
dzé vinsseu).
Que té vegnatsé.
Qu'i vegnatsé.
Que dzé vegnatzan.
Que vo vegnatzi.
Qu'i vegnatsan.
Parfait
Que dzé saieu venu
Que té saié venu.
Etc.
Plus que parfait
Que dzé fesseu venu.
Que té fessé venu
Etc.
Infinitif
Véni, être venu.
Participe
Vegnan, venu.
Ainsi se conjuguent aijartém (appartenir), parti-
cipe p. aparténu; manténi (maintenir), p. p. man-
ténu; refëni (retenir), p. p. reténu; prindré (prendre),
46
ESSAI DE GRAMMAIRE
p. p. prd (et ses dérivés comprendre, apprendre) ;
craindre (craindre), p. p. crain; dzoindré (joindre),
p. p. dzoin.
Note. — Pour simplifier, je rattache à cette qua-
trième conjugaison un certain nombre de verbes
en re ou en i qui ne font à l'indicatif présent ni
à tseu, ni egneu, mais qui ont leur futur en aindri et
leur conditionnel en aindrain :
Indicatif présent
Passé indéfini
Dzé rendeu.
Dzà rendu.
Té ren (ou rin).
T'o rendu.
I ren.
Etc.
Dzé rendon.
Vo rendi.
Futur simple
I rendon.
Dzé rendri.
Imparfait
Té rendre.
I rendra.
Dzé rendjain.
Dzé rendrain.
Té rendjo.
Vos rendra
I rendjé.
I rendran.
Dzé rendjan.
Vo rendjo.
Conditionnel présent
I rendjan.
Dzé rendrain.
Passé défini
Té rendrio.
I rendre.
Dzé rendi.
Dzé rendrain.
Té rendi.
Vo rendrio.
I rendi.
I rendrain.
Dzé renderon.
Vo rendeté.
Subjonctif présent
I renderon.
Que dzé rendeu.
DU PATOIS LYONNAIS 47
Que té rende. Infinitif
^*^- Rendre, avâ rendu.
Subjonctif imparfait Participe
Que dzé rendesseu. Rendjan, rendu.
Ainsi se conjuguentchorii (sortir), indicatif présent
dzé chorteu, té chor, i chor, dzé chorton, p. p. chorti ;
entendre, prononcez intindré (entendre), p. p. en-
tendu; dz'entendeu,Venten, il enten ; fouire (courir),
dzé fouieu, té foui, i foui, p. p. foui ; couâré (cuire),
dzé couaïeu, té couâ, p. p. couâ ; derrontré (défricher),
p. p. dérontu : dzé derronteu, té dérron, i dérron.
CINQUIEME CONJUGAISON
Elle comprend les verbes dont Tinfinitif est en a.
Tous sont plus ou moins irréguliers. Nous avons
déjà conjugué auà (avoir). Esquissons rapidement :
SA VA (savoir, presque semblable à avâ) .
Indicatif présent -p^i gj^jQ
Dzé sa. I saïé.
Té sô. Dzé saïan.
I sa. Vo saïo.
Dzé san. I saïan.
Vo savi. p^gg^i indéfini
^ ^^^- Dzâ su (ou saviu).
Imparfait T o su.
Dzé saïain. Etc.
5
Dzé sari.
Té saré.
I sarà .
Dzé saran
Vo sat-o.
I saran.
ESSAI DE GRAMMAIRE
l'uiuv Aim])lo Subjonctif présent
Que dzé satseu.
Que le satsé.
Qu'i satsé.
Que dzé satsan (ou sachanl
Que vo saisi.
Qu'i satsan (ou sachan).
Conditionnel prr.-ient Que dz'aïeu su.
Dzc saraiu.
Te sariû.
I sare.
Dzé sarain.
Vo sario.
I sarain.
Impératif
Satse.
Qu'i satsé.
Satsi.
Qui satchan.
Que dz'eusseu su.
Infinitif
Savâ, a va su.
Participe présent
Salchan.
Participe passé
Su ou saviu.
VA (voir)
Indicatif présent
Dzé vaïeu.
Té va.
I va.
Dzé vaïon.
Vo vaï (bressan, vou vate). Vo véjo
I vaion. I véjan
Imparfait
Dzévéjain (bress., nou vezin)
Té véjo.
I véjé.
Dzé véjain.
DU PATOIS LYONNAIS
Passé défini I varre.
Dzé vi (l)ressan, dzé véji).
49
Tô vi.
I vi.
DzL' veron.
Vo veté.
I veron.
Passé indéfini
Dzâ viu.
Tu viu.
Futur simple
Dzc varri ' (bress.,dzé vere)
Té varré.
I varrà .
No varran.
Vo varro.
I varran.
Conditionnel présent
Dzé varrain *. Vaïan.
Té varrio. Viu.
Etc.
Plus que par l'ait
Dz'arain viu.
Elc.
Impératif
Va.
Qu'i vaié.
Vayen.
Vai
Qu'i vaïan.
Subjonct if présent
Que dzé vaïeu.
Que té vaié.
Etc.
Infinitif
Va, avâ viu.
Participe
PEVA (pouvoir)
Indicatif présent Vo poi (ou povii.
Dzé poïeu (bres.,dzépouvou|.^ poïon.
Té pu.
I pu.
Dzé poïon. Dzé poiain (bres., dzé pouvin)
Imparfait
' Deux rr, pour exprimer un son dur, et non le th anglais.
50
Té poïù.
I poïé.
Dzé poïan.
Vo poïo.
I poïan.
Passé indéfini
Dzâ pu (ou povu)
T'o pu.
Etc.
Futur simple
Dzé porri.
Té poiré.
I porra.
Etc.
ESSAI DE GRAMMAIRE
Conditionnel
Dzé porrain.
Té porrô.
Etc.
(Pas d'impératif)
Subjonctif présent
Que dzé poïeu.
Que té poïé.
Etc.
Infinitif
Pevâ, avâ pu.
Participe
Poïan, pu (ou povu).
VOLA (vouloir)
Indicatif présent I voïé '.
Dzé vôleu (bressan, dzé vu). E^^-
Té vu.
I vu.
Dzé vôlon.
Vo voli.
I vôlon.
Imparfait
Dzé voïain.
Té voïo.
Futur
Dzé vodri (ou vedri)
Té vodré.
Etc.
Conditionnel présent
Dzé vodrain (ou vedrain).
Té vedro.
' En bressan, dzé veliva, té velive, etc., presque l'italien io voleva,
etc.
DU PATOIS LYONNAIS
51
I vedre.
r-Jtc.
Que té volé.
Qu'i vôIé.
Etc.
Plus que parfait
Dzaiain volu. Infinitif
Etc. Vola, avâ volu.
Subjonctif présent Participe
Que dzé vôleu. Volan, volu.
RECEVA (recevoir)
Indicatif présent.
Dzé reçaïveu.
Té reçâ.
I reçâ.
Dzé reçâvon.
Vo recévi.
I reçâvon.
Imparfait
Dzé recéviain.
Vô recévio.
Etc.
Futur simple
Dzé recévri.
Té recévré.
I recevra.
Etc.
Conditionnel présent
Dzé recévrain.
Etc.
Impératif
Reça, récevi.
Qu'i reçaivé, qu'i reçâvan.
Subjonctif présent
Que dzé reçâveu.
Que té reçâvé.
Etc.
Infinitif
Recevâ, avâ reçu.
Participe
Recevian, reçu (ou rechu).
52
ESSAI DE GRAMMAIRE
FALA (falloir unipersonnel)
Indicatif présent
Conditionnel
E faudre.
Subjonctif présent
Qu'è fayé (ou faïé).
Participe passé
Falu.
Efô.
Imparfait
E faïé.
Passé indéfini
E y a falu.
Futur simple
E faudra.
Je rattache encore à cette cinquième conjugaison
l'impersonnel plèvre (pleuvoir), è plo (il pleut), è
plovié (il pleuvait), èplorra (il pleuvra), è y a plovu
ou ploviu (il a plu), qu'è plà vé (qu'il pleuve), qu'è
ayë ploviu (qu'il ait plu).
Et les très irréguliers verbes alô (aller) et féré
(faire) .
ALO (aller)
Indicatif présent
Dzé voui (bressan, dzé va).
Té vé — té vo).
I va — i vo).
Imparfait
Dz'allôveu.
T'alôvé.
Etc.
Dzé van
Vos allô.
I van.
nouz alain).
Passé défini
Dz'ali.
DU PATOIS LYONNAIS
53
Tali.
Qu'il aie.
Etc.
Alin (Allons).
Passé indéfini
Alo (Allez).
Qu'il alan.
Dzé si allô.
Futur simple
Dz'éri(bress. , dz'iré).
Teri.
Subjonctif
Que dz'aleu.
Que t'aie.
Il érà .
Que dz'alesseu.
Dz'éran.
Que t'alessé.
Vos éro.
Que dzé saïeu alo.
Il éran.
Etc.
Conditionnel
Que dzé fessu aio.
Dz'érain.
Etc.
T'ério.
Il ère.
Infinitif
Etc.
Alo^ être alo.
Impératif
Participe
Va.
Alan, alo.
FÉRÉ (faire^
Indicatif présent
Dzé fan ^.
Dzé foui (bressan, dzé fé).
Vo fêté.
Téfé.
I fan.
Ifa.
1 Fan et van, fon et von sont plus naturels, selon moi, que faisons
et allons. Ils me rappellent ce dialogue raconté, je crois, par le
marquis de Ségur. C'était dans la campagne de Russie : « Où est-
ce que nous von ? lui deman lait un soldat natif des bords de la
Saône. — Je ne sais, répondit le marquis, mais je trouve que nous
fon beaucoup de chemin !
54
ESSAI DE
GRAMMAIRE
Imparfait
Conditionnel
Dzé féjain (bress , dzé fazé).
. Dzé farain.
Té féjo.
Té fario.
I féjé.
I fare.
Dzé féjan.
Etc.
Vo féjo.
I féjan.
Impératif
Passé
défini
Fé ou fa.
Qu'i fasse.
Dzé fi.
Té fi.
Fêté.
Qu'i fassan.
I fe.
Dzé feron.
Vo fcté.
I feron.
Subjo7iclif
Que dzé fasseu.
Que té fasse.
Que dzé fesseu.
Passé indéfini
Etc.
Dzà fa (bress.,
, dza fé).
Que dz'aïeu fa.
T'o fa.
Etc.
Futur
siiinple
Infinitif
Dzé fari.
Féré, avâ fa.
Té faré.
I fara.
Etc.
Participe
Féjan (faisant).
Fa (fait) (bressan fé).
OBSERVATIONS GENERALES
SUR LES VERBES
1° Les première et troisième personnes du pluriel
sont les mêmes dans tous les temps.
DU PATOIS LYONNAIS 55
2° Dans beaucoup de villages au lieu de dzé on
dit re ; zé si ije suis), z'omeu (j'aime), et au pluriel
neu ou neuz : neu fan, neuz omon (nous faisons,
nous aimons .
3° L'accent est sur la dernière syllabe à la 2* per-
sonne du pluriel de l'indicatif, aux deux premières
de l'impératif, à toutes les personnes du futur et du
conditionnel simples, à Tinfînitif et aux participes
présent et passé.
Partout ailleurs l'accent est sur la pénultième, ou
avant-dernière syllabe.
4« Ne pas oublier que les r des futur et condition-
nel de la l'^et delà 2* conjugaison, étant entre deux
voyelles, se prononcent comme le th doux des
Anglais; mais ceux de la 3* et 4'' conjugaison ont
bien le son de Vr français.
*^^ ^*y» ^^^ -^^ »^^ '^^ »y^ -^^ *^^ ^*^ »y*^ -^^ ^9^ ^*y» «^^ '^^ ^^"v ^ft«
CHAPITRE VII
Participe
LE participe présent est invariable, comme en
français.
Le participe passé, pour les genres et les
nombres, suit les règles de l'adjectif, car il est un
véritable adjectif, quoique dérivé d'un verbe. Exem-
ple : mâr, inourta., mourté imort ou morts, morte,
mortes'; feni, fegna, fegné (flni ou finis, finie, finies);
chorti, chortua ou clinrta, chortué ou chôrté (sorti
et sortis, sortie, sorties) ; venu, vénua, venue (venu
et venus, venue, venues). Netra bia è fegna (notre
lessive est finie) ; netron râpi è feni (notre piquette
est finie), etc.; (en bressan ou dit netra bevanda est
assuite).
Exemple encore ces vers qui ont été exacts jus-
qu'à l'établissement des chemins de fer :
Teuta la vêla de Lyon
E chôrta dé netré périré ;
Leuz entreprenou dé mâson
Arian viteu feni dé rii-e
Son lé sapené dé Cozon.
Mais tous les participes passés de la première
58 ESSAI DE GRAMMAIRE
conjugaison et beaucoup de la seconde ^ sont inva-
riables. Exemple : Mon garçon est enromâ, ma, féna
est enromo, mé fille son enromô, dzé son tui prâ.
— Le femèle lé miu liahillà ne son pô toudjeur lé
mé estemo. — Il è teit veria,, el e tenta veria (il
est tout tourné, elle est toute tournée, ce qui veut
(lire résolu : il ou elle est d'une seule pièce).
' Notamment, les participes en ïa formés des verbes en ïi.
mm^^^^^^^
CHAPITRE VIII
Adverbe
LA terminaison adverbiale ment du français est
remplacée par men (prononcez main) ; jmssô-
blamen, passablement ; tarreblamen, terrible-
ment; so/ame/z, salement; c/uimen (prononcez comme
le ch allemand dans eiche), seulement (en bressan,
lamen); étrandzemen, rapedamen,râsenôblamen, etc.
Prequk ou perquà , pourquoi ? Corné ? comment ?
Corné va-t-è ? comment cela va-t-il ?
On ? ou ? D'on ? d'où ? On allo-veu ? d'on veni-veu ?
où allez- vous ? d'où venez- vous ?
Prou, assez (en bressan prôj; mé, plus : N'en avï
va prou ? n^en voli veu me ?
Me, pour exprimer plus du tout, s'ajoute à dzin,
aucun; ou à ren (rien, prononcez rein) : E gnen aie
dzin mé, il n'y en avait plus du tout ; vô n'i vaï ren
mé, vous n'y voyez plus rien *.
* Je laisse à plus savant que moi le soin d'expliquer cet énigme :
Comment se fait-il que mé, mai, mai, signifiant plus se trouve
dans presque toutes les langues filles du latin, alors qu'il ne se trouve
60 ESSAI DE GRAMMAIRE
On ? OÙ ? (bressan uvù qui rappelle l'italien dove?)
Vldià ibressan t;e/i.vji, voilà ; ique ou itie, ici.
Voici quelques adverbes tout à fait particuliers au
patois : Dcrrieu, quelquefois aussi desendé, de suite :
derrieu i se fotsé, tout du suite il se fâche. Manereu,
coraplètement, en plein : i vo copè la pay^ola mane-
ueu, il vous coupe net la parole; fyroit, beaucoup : il
étché groa ennoya, il était bien ennuyé.
Arrimé est intraduisible; il signifie tantôt par
hasard, tantôt comme à l'ordinaire : il etché arrimé
harfoïa, il était barbouillé au visage comme il l'est
habituellement. En bressan, habituellement se rend
par d'aurè.
Oui ou udzordai, aujourd'hui (en bressan, sti oui,
ce jour d'hui). Ui ou oui est le mot racine, en fran-
çais comme en patois. Espagnol, lioy, ahoy.
Voré, vorindrà ,drâ uore, maintenant, juste en ce
moment-ci.
Là -haut, se rend par lô-mou; là -bas, par là -ver.
Là signifie côté : dé chi là ou dé sti là , de ce côté;
il è delà , il est là , c'est-à -dire pas ici. Mais pourquoi
mou (mûr), pour le côté haut et ver (vert), pour le
côté bas ? Peut-être parce qu'en haut mûrissent les
raisins, et en bas verdoient les prés. Sômou, ici en
pas dans la langue mère ? Exemple le proverbe des haljitants de
Bucharest sur leur petite rivière la Dombovitza :
Dombovista apa dulce .
Tchi ne bea non mai se duce.
C'est presque l'italien :
Aqua dolce, chi ne beve non mai se duce.
Et du latin du v siècle, mais avec plus au lieu de mai.
Aqua dulcis, qui de ed bibit non ampUus se ducit.
Français : Eau douce; (jui eu boit no s'en arrache plus.
DU PATOIS LYONNAIS 61
haut; sôver, ici en bas; pretchaver, par là -bas. En
Bresse on dit laliovan, pour là -bas.
Djame, jamais; miù, mieux; ïau é farmeu, haut
et ferme ; Ã l'azor, au hasard ; Ã noviau, de nouveau.
Bentout, peut-être, et non bientôt len bressan,
bientôt se rend par (Vasteu).
Dé fou, clihors, dehors. .1 l'assouta, à l'abri.
Le patois ne redouble pas, comme le français, la
négation et je l'en félicite. Le français dit ne pas ; le
patois se contente de pa, comme le latin de non,
l'allemand de nicht, etc. C'est plus bref, plus vif et
aussi clair ; par conséquent c'est plus logique. Ainsi
quand Racine, usant d'une licence poétique, dit
dans Estlier : « Suis-je pas votre frère ? » Ou Lafon-
taine dans la fable du Lièvre et de la Tortue :
« Avais-je pas raison? » Cela ne vaut-il pas mieux
que « Ne suis-je pas votre frère? » et « N'avais-je
pas raison ? »
Patois : Va clérinclzi pô, ne vous dérangez pas.
Dzé vôleu pô, je ne veux pas.
CHAPITRE IX
Préposition, Conjonction, Interjection
PRÉPOSITIONS
CELLES qui diffèrent du français sont : pê on
]}?'é, pour; avoua, avec; entré ou entremi,
entre; sa, chsso, sous, dessous; su, dessu,
sur, dessus; contra, contre; r.>, chez (en bressan,
vé) ; 7nontéré-te va ma? monteras-tu chez moi?
vingrô, malgré ; sen, sans (prononcez sein) ; sen dota,
sans doute.
Tan que, jusques : Nos éran tant qu'à Lyon.
CONJONCTIONS
Celles qui diffèrent du français sont se : 8ë va
voli, vo pool, si vous voulez, vous pouvez ; qup, que :
VoU-vô que dzé vo dieu ina mensondze ? voulez-
vous que je vous dise un mensonge ?
6
64 ESSAI DE GRAMMAIRE
l'an ^^u'à , quant à : Tan qu'à avâ pou de lui...,
dze l'attendeu , quant à avoir peur de lui... , je
l'attends.
Pi (en bressan, pite), ^luis, et. La L'iauda pi se
valse, Claudine et ses vaches.
Pér ainsi (bressan, dinse), ainsi donc.
INTERJECTIONS
Les interjections particulières au patois sont :
Poura lassa ! pauvre diable, pauvre malheureu.x !
(en bressan, on dit simplement lôssalj
Mano ! je te plains, ou je le, les, vous plains.
Malapesta! Malacardil Borreu! Malpeste! en
vérité ? Borreu, i se son po fota dé là , certes, ils ne
se sont pas moqué de toi ' !
Ma fon neu, m'narga voua ! ma foijnon! sur mon
âme, oui.
Dju marci, grâce à Dieu.
Quand on parle d'un défunt, on ajoute, comme
une parenthèse, après son nom : l)}u loa repousé!
Dju aie sen orna, Dieu le repose! Dieu ait son âme!
Mon pour omeu (leu bon Dju leu repousé), mé re-
conimandové loudzeur, quant i vivié... Mais ce
pieux usage de nos aïeux commence à se perdre.
Nous avons découvert, parait-il, que nous n'avons
1 Borreu et folu sont des mots; proscrits en français par quiconque
se respecte ; en patois, ils ciioquenl moins ; on peut dire qu'ils n'ont
pas droit de cité, mais simplement droit de village.
DU PATOIS LYONNAIS 65
pas d'âme et qu'il n'est pas certain qu'il existe un
Dieu...
Pour finir, je rangerai parmi les interjections des
mots dans lesquels se condense une phrase entière :
Méci, grammaci, merci, grand merci; hondzeur,
honsd, bonjour, bonsoir; adja, adjo, adjadjô, adieu ;
à ta revn)jance ou n revâ, au revoir.
imm
'^'t^liHH^^I^I''f^l^'f'f^i^^^
CHAPITRE X
Syntaxe
J'ai ^léjà noté, à propos des pronoms, des adjec-
tifs, etc., les règles qui s'écartent du français
et qui nous valaient, à l'école, tant de mau-
vaises notes. Exemples :
Dz'i saïeu (j'y sais, pour je le sais).
Dze ni â po viu Qg n'y ai pas vu, pour je ne l'ai
pas vuK
Dze n'en vâleu (je n'en veux, pour j'en veux).
Baï me zen (donne moi-z-en, pour donne m'en).
E y aïe clé quâ n'en rire (il y avait de quoi n'en
rire, pour en rire).
E gnen a dzein mé (il ny en a plus mais, pour
il n'y en a plus).
Dzé si grou fôtcha (je suis gros fâché, pour bien
fâché).
Dzéri tan qu'à Môcon (j'irai tant qu'à Mâcon,
pour jusqu'à Mâcon.
Exception à la règle d'accord du verbe avec son
sujet : Ei yé iou E yé) signifiant c'est, reste tou-
68 ESSAI DE GRAMMAIRE
jours au singulier quand môme le sujet est au plu-
riel. E II 6 lé: algiié qiCon enirainno chi saazea. Ce
sont les eaux qui ont entraîné ce saule. Je citerai
encore ce proverbe ancien :
Ah! que t'é bien gauno, que t'é drùla, Sezon !
Avoua lé Sarmngnôlé é lé Chirudé môda
Sén craindre la comparason ;
Ey é lé bôïé de Cozon.
Que su la Sôna fan la niôda.
Ah ! que tu es bien nippée, que tu es jolie, Suzon !
Avec colles de Saint-Romain et de Fleurieu pars
Sans craindre la comparaison :
Ce sont les filles de Couzon
Qui font la mode sur la Saône
Ce qui aurait pu être vrai si la Saône n'eût pas
dépassé CoUonges d'un côté et Curis de l'autre.
Mais que sont devenues les modes villageoises ?
Les fameuses coiffes montées de Couzon et le clia-
peau à clLetninée des Bressanes et des Mâconnaises
ont disparu avec le patois, même un peu avant lui.
On que lé son, lé nédzé de Van passa? Où sont les
neiges d"antan ?
Encore une différence qui me parait en faveur du
patois : la règle des participes passés.
Le participe passé s'accorde avec son sujet toutes
les fois qu'il est joint à l'auxiliaire être; quand il
est joint à l'auxiliaire avoir, il reste invariable,
comme le participe présent.
Dïà feni m'n ouvra*; Vouvra r/ue dz'â fen'i; men
' Ouvra, ouvrage est féminin.
DU PATOIS LYONNAIS 69
ouura è fegna; n'tréz ouvré son fegné; ten ouvra dzé
l'a feni.
Qui nous délivrera, en français, des exceptions et
des sous-exceptions dans lesquelles les grammai-
riens eux-mêmes finissent par se perdre ?
r^r^r^r^^r^^r^r^^r^^r^^t^ ^ ^
CHAPITRE XI
M
Origines du Patois Lyonnais
ES quatre lecteurs, quatre, n'est-ce pas
trop dire ? les trois quarts de mon effectif
de départ doivent m'avoir faussé compa-
gnie depuis longtemps déjà , sur cette aride route,
et qui sait si j e ne reste pas seul avec mon jargon ?. . .
Mon dernier lecteur, dis-je, car je dois m'en sup-
poser au moins un pour que le dialogue soit possi-
ble, mon dernier, unique et très patient lecteur
va être récompensé de sa persévérance.
J'arrive au chapitre le plus intéressant — ou le
moins dénué d'intérêt, de tout cet ouvrage.
D'où vient notre patois, et comment s'est-il
formé ?
Il vient surtout du latin ; c'est évident pour qui
compare le nombre immense de mots latins qui lui
sont communs avec le français, et il ressemble beau-
coup à l'italien et au provençal, ses compagnons
d'origine ; exemple, les conjugaisons, particulière-
ment les imparfaits de la première.
Exemple encore les féminins pluriels. Je crois
72 ESSAI DE GRAMMAIRE
avoir déjà fait les rapprochements suivants: patois,
pnJa rosa, et au pluriel pôle rosé; latin, italien et
roumain palllda rosa au singulier, pallidé rosé au
pluriel, dans les trois langues; les latins écrivaient
pallicLv rosœ, mais la prononciation est identique.
Toutefois, plus que l'italien et le provençal, et au
moins autant que l'espagnol, le portugais et le rou-
main, le patois me parait avoir mêlé à son latin
beaucoup d'éléments étrangers, très probablement
celtiques.
Par malheur je ne connais pas le celtique et n'en
ai aucune idée.
Je laisserai donc à plus savant que moi le soin
d'approfondir la question et, modestement, je me
bornerai à relever ici les mots purement patois, et
non français, en les distribuant en trois catégories :
1" ceux qui viennent du latin; -l" ceux qui se rappro-
chent davantage de l'italien; 3° ceux dont j'ignore
l'étymologie.
MOTS PATOIS D'ORIGINE LATINE
Il s'agit. Je le répète, de mots qui n'existent pas
en français ou qui n'y pi'ésentent pas une marque
d'origine aussi frappante; j'aurais trop à faire si je
m'occupais des autres.
Les pronoms démonstratifs diique, chaque et sti
vienniMit évidemment des pronoms démonstratifs
latin hic, hœc ' et Iste; et radvei'be que, ici de hic.
Ique è vetra corena, hic est vestra corona.
' Oljservez raspiration maniuée par Vh initale de hic, asjiiration
<jue reproduit le ch de chique si on le prononce bien.
DU PATOIS LYONNAIS 73
De même il, èla. viennent de ille, illa.
De même encore, en bressan, l'imparfait du verbe
être dzeri, fera, Irtin, eram, eras.
Aiguë ou egue, pluriel ôonc, eau, vient do a^/iia,
a^ lia? (italien aryua, espagnol aryua, roumain apa.etc.)
^i^yitecZi, conduit pourl'eau. évier, de aqueeductus.
Aranda ou eranda, hirondelle; de hirundo : Léz
arandé son arrevo, les hirondelles sont arrivées.
Avia, pluriel avié; abeille, de apis '.
Bénô, substantif masculin, béna, substantif fémi-
nin, me paraissent avoir une origine identique Ã
celle de fena : On bénô est inapeteta béna. un beneau
est une petite benne. Lamartine dit bairjyioire en
décrivant les vendanges du Maçonnais; c'est en
efïet dans les vendanges que ces récipients portatifs
sont le plus usités. En I.'evermont on dit bannoire.
Cabra, cliôvre, de capra; on dit aussi on cabri,
nn chevreau : Vtcha due cabré, tsoquena avoua son
cabri, voilà deux chèvres, chacune avec son che-
vreau .
Cadetta ou cadéta, dalle. Ce substantif qu'il ne
faut pas confondre avec l'adjectif français cadet,
cadette , vient-il de cadere ? C'est probable : les
chutes des enfants les plus remarquées des mères,
' Le h, le v el même le p se cimfon'lent souvent ; ainsi caballo, cabal-
lero (espagnol), cheval, chevalier; saper (latin), saveur, etc., etc.
Les Gascons el les Basques font sans cesse cette confusion. De
là le proverbe épi.^ramniatique : « Le Basque boit tout ce qu'il voit. »
De là aussi une autre locution populaire absurde : « Parler français
comme une vache espagnole », locution, qui, à l'origine, avait
un sens des plus raisonnables : « Parler français comme un Basque
espagnol »,
7i ESSAI DE GUAMMAIHE
sont celles qu'ils font sur les dalles, parce que ce
sont celles qui font le plus mal.
Carne, chair, viande, de caro, carnis.
Défou, dehors, en bressan défeur, foris en latin,
fuori en italien : Dzé oui vo betô défou, je vais vous
mettre dehors.
Là , singulier masculin, coté, de lalus \
Merainna, l'après-dînée, de meridiana.
Monda et remondô, nettoyer ; se disent, le pre-
mier en parlant dos noix, du blé ; le second en par-
lant du velours que le canut ébarbe en le fabriquant ;
de mundns, mundare.
Onché, oncle, de la hnale d'avunculas petit grand-
père.
Pare, singulier féminin, en bressan la para, en
espagnol la pared, en roumain pérel, etc.; de paries,
mur.
Pédze, singulier féminin, poix, de pix.
On peroii, singulier masculin, une branche à fruit,
de parère.
Pertse, pêche, substantif féminin ; persaï, pêcher ;
masculin, de persica.
Onpôt, inapoto, ina pochon, pot, potée, potion,
de potus, boisson.
Queri, chercher, de quœrere.
Radze, pluriel radzé; racine, racines, de radix,
radich.
Rcmuna, aumône, peut-être do reraunerare, ré-
compenser; plus probablement munus, don.
' Chlian i|ui a le même sen.s, doit venir de flanc : Cheto-veu à clilian
de mA ou a couto de mi. Ne pas perdre de vue la prononciation de
c/i comme dans l'allemand Maidchen, Grelchen.
DU PATOIS LYONNAIS 75
Riu, ruisseau ; espagnol, rio, de rivus. Su la barma
du riu, sur la berge du ruisseau.
Sarraï, serrurier, singulier masculin; saraï, ser-
rure.
Sèla, chaise ; de sella, abréviation de scabellum,
escabeau, en bressan, clialla : N'an dzein de selé, b
fôdra neu chéto à 5d,nous n'avons point de chaises,
il faudra nous asseoir à bas (par terre) '.
Serra, scie, exactement le mot latin; aciitse lamina
serrse, dit Virgile ; ^a lama de la serra égueja, la
lame — ou tranchant — de la scie aiguisée, aiguë.
Serva ou sarua, substantif féminin, réservoir où
Teau se conserve, de servare.
Sa, loge à porcs ; de sus, porc.
Tena, cuve, pluriel tené, cuves, doit venir d'un
mot de la basse latinité (Je n'ai malheureusement
pas le Glossaire de Ducaiige, ni aucun autre sous la
main). Italien, tiiia. Delà ténaï, cellier, appartement
où l'on tient les cuves ; Combén de tené dé chi
ténaï ? combien de cuves dans ce caveau ?
Traïvea ou trdveu, substantif masculin, rencontre
de trois chemins, en latin trivium, de très vise. I
danson su leu travea, on danse sur le , le mot
n'existe pas en français, car son analogue carrefour
signifie la croisée de quatre chemins ^.
Trambutsi, tomber au loin en faisant la culbute ;
* Locution plus explicable que celle des Anglais qui, même quand
on a une chaise, disent sit do\<-n, asseyez-vous en bas ; comme si
on pouvait s'asseoir en haut !
• A propos de très et d'étymologie, Trévoux doit venir de très
vMse, à cause des trois contours de la Saône sous cette ville.
76 ESSAI DE GRAMMAIRE
bressan, IranihccJie : du latin /ra/i.s et d'un autre mot
dont loT-igine m'est inconnue.
Tronscnà , retentir au loin, du latin ultra sonare
ou trans sonare.
Tsampaï, paître, do campus.
Tsâré, tomber, de cadcro '.
Ula, marmite, en patois bressan nia, vient ilu
latin olla, qui a le même sens.
On varcll, un verger, de viridis.
Vendaïmi ou vendâmi, vendanger ; la vendâme,
lé venddmé, la vendange, les vendanges; leu vendâ-
mou, le ou les vendangeurs ; toat cela vient de vin-
demiare, vendanger; d'où la première République
française avait tiré vendémiaire '-.
Veri, tourner, quelquefois en bas français virer,
de vertere : 0-te assé veria? as-tu assez tourné ?
' J'ai souvent enteû^lu reprocher à notre patois la dureté du par-
ticipe passé de ce verbe : Ichou, tchouU, ta suer è tchouta su la
cacléta, ta sÅ“ur est tombée sur la dalle. Comparez-le, je vous prie, Ã
cet extrait de patois bas-normand : Qu'ai' a qu'a crie? — Al' a qu'ai
a tchu ! (Qu'a-t-cUe, qu'elle crie ? — Elle a qu'elle est tombée.) En
patois lyonnais : Qu'a V ie qu'elé crié ? — El a qu'él é tchouta.
- L'avouerai-je ? malgré son origine, je regrette ce mot et ses con-
génères brumaire, frimaire; thermidor, messidor, fructidor; germi-
nal, floréal, prairiaF; nivôse, ventôse, pluviôse. C'était exact, mélo-
dieux et c'assé par saisons, dont chacune avait sa rime; c'était donc
préférable à janvier (mois de Janus), février (mois des fièvres), mars
(mois de Mar-s), souvenirs païens qui ne nous disent plus rien; pré-
férable surtout à septembre, octobre, novembre, décembre, mots qui
signifient 1", 8% 9° et 10" mois de l'année et qui marquent en réalité
les 9°, 10", W et 12" mois. Puis, quelle idée .saugrenue de placer un
mois de vingt-huit jours (lévrier) entre deux de trente et un ! — La
première République avait corrigé ces erreurs; ce qui ne veut pas
dire que je regrette le reste de son calendrier, la décade par exemple,
ni tant d'autres folies souvent criminelles.
DU PATOIS LYONNAIS 77
Ina L-ou/'/a, une vrille ? corne de la vigne, de vol-
vere.
En patois lyonnais les noms de la semaine, éga-
lement latins d'origine , sont tournés comme en
provençal, au rebours du français ; di ou de, latin
dies commence le mot au lieu de le terminer.
Delon, lundi ; lunœ dies, jour de la Lune.
Demor, mardi ; Martis dies, jour de Mars.
Demacreu, mercredi ; Mercurii dies, jour de Mer-
cure.
Dedju, jeudi ; Jovis dies, jour de Jupiter.
Devendreu, vendredi ; Veneris dies, jour de Vé-
nus.
Desandea, samedi; Saturni dies, jour de Saturne.
Djomainne, dimanche ; prononcez main comme
en français main, ("e mot conserve mieux que le
français dimanche la trace de son origine latine :
dies dominica, jour du Seigneur.
Faut-il terminer par un verbe de mauvaise odeur y
Cacô; cherchez dans le latin cacare, je n'écrirai pas
ici Téquivalent français.
MOTS SE RAPPROCHANT DE L'ITALIEN
J'ai donné déjcà , au chapitre premier accentua-
tion) un échantillon des similitudes du patois lyon-
nais et de l'italien :
Tsapèla, chapelle, pluriel en e, comme en italien.
Spala ou espala, épaule — —
Barca, barque — —
78 ESSAI DE GRAMMAIRE
\'oici queKjLics autres rapprochements :
Bequd (prononcez b'kdj; bocquo, baiser ; imboqun,
nourrir un oiseau ou un enfant en lui mettant la
nourriture dans la bouche, de bocca, bouche.
Borlà ^ moquer, italien, burlare : I se borlâve de
nui; italien, si burlava d'i me.
Borron, âne; à rapprocher d'Aliboron et de l'es-
pagnol burro.
Campan-na , cloche, italien campana. (Saint
Paulin, qui passe pour avoir inventé les cloches,
était évoque de Noie en Campanie.)
Corti, substantif masculin, de Titalien cortile,
signifie cour : Le jjo^aïe son dén leu corti, las poules
sont dans la cour. Origine : Corte '.
Ciitron, substantif masculin; outre, substantif
féminin; coussin, oreiller, de l'italien coltro.
Echappeu, échappa, adjectif qualificatif, sauvé;
de escapare, échapper : I va niiu, mé i n'ë po oncoré
écliappeu, il va mieux, mais il n'est pas encore hors
d'affaire.
Forma, Fromadze, fromage, de forniaggio.
Gôla, substantif féminin, une gueule, un trou ; de
l'italien gnla, qui lui-môme vient du latin r/u/a. On
emploie aussi en patois le diminutif golet ou golè,
masculin, accent sur la dernière syllabe. En vieux
français, un goulet, d'où la Goulette, devant Tunis,
' Je ne serais point étcjmié cjue l'origino première eût été corte,
cour, dans le sens d'entourage des rois, et que l'on ait appelé ainsi
d'abord la réunion de serviteurs et de flatteurs, d'exploiteurs atten-
dant le maître {jour le saluer, ensuite le lieu de cette réun on, c'est-
à -dire les abords de l'entrée du palais.
DU PATOIS LYONNAIS 79
le Goulet devant le port de Brest.) Il a pardu sa
piretta dén chi golè, il a perdu sa bille dans ce trou.
Graffeno, égratigner, de sgrafflare.
Grollô, secouer; italien, crollare : grollo on porni
pé féré tsaré les porné ; secouer un prunier pour
faire tomber les prunes.
L'utclia, r/uds, la porte; d'ascire, sortir.
Mariadzeu, mariage, de maritaggio.
Mensondze, substantif féminin, mensonge ; ina
mensondze^dé groiissé mensondze; italien, u?7a men-
zogna, etc.
Môla, meule ; italien, nv)la.
Moula, verbe actif ou neutre, lâcher, mollir; ita-
lien, mollire, du latin mollis.
Pindzon, pigeon, de piccione.
Secoï, secouer, de scuutere; d'où encore secolou,
panier à salade et scossa^ secousse, mot absolument
identique en italien et en patois.
Travaï, travailler, de travagliare (espagnol, tra-
bagar; portugais, travaUiar ; provençal, trehaillaj.
Tsa ou ça, chat; italien, gatto.
Tsemin, chemin, de camino.
Tsémenô, cheminée.
Tsevau, cheval, de cavallo. De ce mot on a fait
encore se cavale, se mettre à cheval : / sétché
cavalô su ina meraille.
Tsusa, chose ; bressan, tseuza, fsouza; italien, cosa.
Tsortsi, chercher, de cercare.
80 ESSAI DE GRAMMAIRE
MOTS ÉTIÎANGERS AU LATIN ET A LTTALIEN
C'est ici que l'auteur s'embarrasse.
Nombreux sont les mots patois qui ne viennent
(lu latin ni dirertemcnt, ni par l'intermédiaire de
litalien.
D'où viennent-ils donc ?
Un certain nond)re du français, directement,
('omment les déterminer y Les deux idiomes étant
d"une égale antiquité, comment démêler ce qui est
entré dans le français par la porte du patois, et ce
qui est entré dans le patois par la porte du français?
Ma prédilection pour le pauvre déshérité dont je
suis l'insuffisant avocat ne m'aveugle pas au point
de me faire croire que la quantité des mots intro-
duits dans le français par le patois puisse égaler
celle des mots introduits par le patois dans le fran-
çais. Le vieux français possédait un domaine terri-
torial intérieur beaucoup plus vaste; il avait des
relations extérieures beaucoup plus étendues; enfin,
il a été cultivé beaucoup plus tôt, ou pour mieux
dire il a été seul cultivé, son humble concurrent
restant à l'état de lande inculte et sauvage.
La réponse à faire se perd donc dans la nuit des
temps. Ne nous attardons pas à la chercher.
Bornons-nous à noter que plusieurs mots patois
nous arrivent de l'allemand:
Brandevin, eau-de-vie. de brandwein (vin brûlé).
Bretsa, broche, de \>rechen, briser.
Caffor, hanneton, cafard ; de kœffer.
DU PATOIS LYONNAIS 81
Dzdrdin, jardin, garten; anglais, f^arden ; italien,
giardino ; roumain, gredina : les autres langues con-
servent la racine latine que nous gardons nous-
mêmes dans horticulture; piémontais, Vort, hortus.
Grefa, griffe, de greifen, saisir; d'où en français
griffon, griffer.
Rôtreu, reitre, soldat mal équipé, de reiter, cava-
lier, qui lui-même vient de reiten, monter à cheval;
anglais, rider, to ride.
Rossa, rosse, vieille bourrique, de ros.s, en alle-
mand cheval de bataille; d'où Rossinante. — On
voit que nos aïeux avaient en piètre estime la cava-
lerie allemande, et Timmortel Cervantes parait
avoir pensé comme eux sur ce point.
Trinqua, trinquer, de trinkea, boire; l'usage de
trinquer en buvant serait donc d'origine tudesque.
Parmi les mots patois, plus rares encore, qui
viennent de l'anglais je ne noterai que :
Kani, canif, de knife, petit couteau.
Et peut-être gamin, de gaming, jouant, participe
présent de to game.
Parmi ceux qui viennent de l'espagnol :
Matafan, galette, matefaim, de matar, tuer, et de
fan, faim (ce verbe matar se retrouve dans beau-
coup de mots très connus : Matamore ou matamo-
ros, tueur de Maures ; matador, et aux échecs, échec
au roi et mat^\
Patroïe, boue, eipatroï, être boueux, de patrulla,
patrouille ou garde ambulante qui piétinait dans la
boue.
82 ESSAI DE GRAMMAIRE
Et sara/a, savate, ce qui rappelle le mauvais état
fréquent des zapatos, souliers des anciens soldats
espagnols (prononcez savatosj.
Parmi les mois originaires iprobabienient) du
provençal, je citerai :
Pata, chiffon, de j^ata, lambeau.
Patoi, patois, de pati, pays natal.
Tsassi, chasser, de cassa?-.
Tsanie, chenille, de canilla.
(Voir au chapitre suivant l'observation sur le C
initial des mots racines.)
Enfin parmi ceux venus du grec :
Tsénêieu, chanvre, de Kawaffs (prononcez kanna-
vis); provençal caneve.
Tsaretô, charité, de Xxfn^ Xa^frov.
Othé, athée, a — (Jsor, sans Dieu, etc.
Je m'arrête et pour cause. Là où il n'est ni latin,
ni français, ni italien, ni allemand, ni anglais, ni
espagnol, notre idiome doit être antérieur à toutes
ces langues; il doit être celtique.
Mais le celtique m'échappe complètement.
Que dire de nos origines indiennes ? Rien non
plus.
Le sanscrit, cet immense et antique réservoir,
est la source première et commune de toutes nos
langues gréco-latines; il est donc aussi, par suite,
une des grandes sources du patois ; mais cette
DU PATOIS LYONNAIS 83
source lointaine n'a coulé jusqu'à nous que par le
canal du latin et du français.
Rien non plus, et pour le môme motif, de nos
mots d'origine hébraïque (par exemple alpliahet).
Ces mots-là , c'est évidemment par le 1 itin ou par
le franr-ais qu'ils sont arrivés jusqu'au patois.
Abrégeons : pour la catégorie beaucoup trop lon-
gue des mots dont j'ignore l'origine, je me bornerai
à renvoyer mon lecteur au petit vocabulaire final
qui sera le couronnement de sa patience.
'^^'
,^^,
M
CHAPITRE XII
Formation du patois lyonnais
ES observations , si incomplètes qu'elles
soient, permettent de formuler quelques
règles assez générales.
1" ^1 initial ou dans le corps des mots, en passant
du latin dans le patois, se change ordinairement en
au, eu, d (avec un son très ouvert). Exemple : Anima,
âme est devenu ôma; asinus, âne, ôneu; lardus, lard,
lard; malum, ma!, mr); sal, sel, so; nasus, nez, nô ;
pars, part, loôrt; pallidus, pâle, p/ileu ; masculus,
mâle, môleu; grassus, gras, grâ: Mafisco, Mâcon,
Môcon, etc., etc.
Exceptions : brachium, bras, a fait J)rè ; lac, lait,
lé; cardans, chardon, tsardon, etc.
Alt, alb, ald, aln, ah, se sont transformés de
même en ô, ou au, aussi bien dans le français que
dans le patois. Exemple : aller, autre, ôtreu; saltare,
sauter, sauta (ou sr3td); alnus, aulne, auneu ' ; sal-
vare,SRUver, sauva; calvus, chauve, ^saitreu ; malva,
' En patois, pour aulne on emploie généralement verne ou varneu.
80 ESSAI DE GRAMMAIRE
mcauvc, mouci; altus, haut, Jiiaut; alla spina, aubé-
pine, cpcna blantse; calidas, chaud, tsâ^, etc. —
Exceptions : Alpes, alvonbis, conservent al en fran-
çais, et altnre, autel, se dit en patois outù.
Are finale de verbe latin ou italien à l'infinitif est
devenu en français er et en patois o (toujours avec
l'accent très prononcé et un son très ouvert). Exem-
ple : amare, aimer, ômô ; separare, séparer, séparé >*
lavare, laver, lavô; gridare (ital.), crier, crio; fabri-
care, fabriquer, fabreco; illuminare, allumer, aliéna;
seminare, semer, séno'^, etc., etc.
Il y a pourtant de ces verbes en are qui font l'in-
finitif patois en i : travarjUare (ital.l, travailler, ira-
rai'; balneare 'ital., bagnare], baigner, bagni ; spo-
liare, dépouiller, dépoï; signare, marquer, segni ^:
conciliare, concilier, concelii, etc., etc.
A, désinence latine des substantifs ou adjectifs
féminins, a été rejeté partout par le français qui a
changé cet a en e muet.
Le patois tantôt a imité le français : ina fille, filia,
d'égue, aqua; ina lordze forise, une large fourche ;
tantôt a imité l'italien et conservé l'a : ina bona
féna, bona femina; inascossa tarrebla, une secousse
* On est étonné que calidus en latin (caldo en italien, cald en rou-
main) signifiant chaud, hait en allemand et cold en italien signifient
l'roid. La racine de ces derniers mots est évidemment tudesque.
* De se7ninare et d' illuminare comme de femina, femme, féna, le
français a rejeté Vn et gardé Vm; le patois a fait l'inverse : il a rejeté
Vm et gardé Vn.
Voilà au moins des mots dont on ne dira pas qu'ils ont passé par
le français pour arriver du latin au patois.
' Ser/ni signifie exactement épier; siuner se rend par sitio.
DU PATOIS LYONNAIS 87
terrible; la terra è préchusa u palsan, terra pretiosa
est paganis * ; groussa fota, grosse faute, etc., etc.
Mais au pluriel patois ces mots originairement en
a ont conservé, comme en italien, la terminaison
latine en é, lors même que leur singulier est en e
muet : groussé fêté, grosses fautes; lordzéspallé, lar-
ges épaules ; scossé effraïanté, secousses effrayantes.
2" B, jj, V et quelquefois g se confondent à tel
point que, dans les diverses langues issues du latin,
on voit ces lettres prises indifféremment l'une pour
l'autre.
C'est ainsi que, dans notre patois, l'imparfait
amabam, amabas, amabat est devenu dz'omôveu,
t'omâvé, il omôvé, etc. (italien, amava; espagnol,
amaba, etc.). Autres exemples : habere, avoir, avâ
(esp., ^a6er: italien, avère); sapere, savoir, savâ (esp,,
saber ; ital., saperej ; sapiens sage, sadzeu (ital.,
savio) ; vasco, gascon (esp., vasco) ; piauper, pauvre,
pouvreu (ital., povero ; esp., pohrej: sapo, savon
(ital., sapone ; roumain, sapoun): apis, abeille, avia;
crepare, crever, creva: râpa, rave, roua; gubernare,
gouverner, govamd, etc.. etc.
Le grec, frère du vieux latin puisque l'un et l'autre
sont nés du sanscrit, n'a même pas la lettre 1' et la
remplace par T ou par B. Il écrit A^e?.^ Dabid); et
prononce David : BxpCxpos (Barbaros) et prononce
Varvai'os; trxvpo? et prononce Stavros.
(Voir aussi la note au bas la page 73.)
' Ce mot jiaganus signifie païen aussi bien que paysan; il rappelle
que le village fut le dernier refuge de l'idolâtrie romaine. Rome et les
villes de quelque importance étaient chrétiennes depuis longtemps
quand saint Benoît renversa, dans les Apennins, les dernières idoles,
88 ESSAI DE GRAMMAIRE
3" C initial des mots latins ou autres est devenu
ts en patois et ch en français. Exemples : de canis,
le premier a fait on tsin, le second un chien ; de
carilas, tsurotô, charité; do capillus, on tséveu, un
cheveu; de caballus (caballo en esp.), on isevau, un
cheval ; de cercare (ital. qui se prononce tchercarej;
tsortsi, chercher; de cantare, fsantô, chanter; de
cadere, tsare, choir; de calor, tsalu, chaleur; de
carbo, tsarbon, charhon ; de carduus, on tsardon,
un chardon; de camino (ital.), on tsemin^ ina tse-
meno, un chemin, une cheminée ; de cosa (ital.) ; ina
tsusa, une chose ; de Cay^olus, Charles, Tsôrlé ;
de Cabillonum, Châlon, Tsôlon ; etc., etc. — Excep-
tions : corona, corena ; cauda, queue, cona, etc.
En Bresse, au lieu de /s, on dit ç, en avançant la
langue entre les dents : ou eemin, na çemeno.
4° Cl ou fl initial s'est changé dans notre patois en
ch (prononciation du ch allemand dans ich erreiche).
Exemple : clavis est devenu ma c/iô,une clé; clari-
tas,ina chartô, une clarté ; c/auus, on cliu, un clou ';
claudere (ou clavus),cJmtr(\ clouer; flos, ina cheur,
une fleur; Fleury (nom propre]. Chéri; Fleurieu
(nom propre), Chirii; flanc, chan, etc., etc.
En Bresse, au lieu du ch c'est une /mouillée équi-
valant au rjli des Italiens dans figlio, figlia, moglie,
et à 1'/ redoublée des Espagnols dans Uano, llave,
lleno. Exemple : on lieu, un clou, na lieida, une
flûte -; la Liaudena, Claudine, etc., etc.
' Ne pas confondre avec on Ichu, un chou.
2 Nous avons déjà noté qu'en Bresse on ne dil jamais ina mais na.
DU PATOIS LYONNAIS 89
5° D quelquefois devient Dj : Deus, Dieu, Dju;
Dies Dominica, dimanche, djornsà nne; jam, déjà ,
dedja; mais il y a de nombreuses exceptions. — En
Bresse et en Dombes, Dieu se rend ou se rendait
par Di '.
6" Er est devenu assez fréquemment a en patois :
convertere, convertir, convarti; termmus, terme,
tarmeu; nervosus, nerveux, narvu ; Bernardus,
Barnovd, etc.
Ere, finale de verbe latin de la troisième conju-
gaison ^e bref), devient généralement i)'é en patois :
Légère, lire, lire; ducere et ses nombreux dérivés
produire, conduire, induire, produire, conduire,
induire; struere et ses dérivés construire, détruire,
construire, détruire ; currere, courir, fouiré (si tant
est que fouiré ait avec currere un autre rapport que
celui de la signification) ; dicere , dire , dire ou
deré, etc. Nombreuses sont les exceptions.
Si la finale ère appartient à la deuxième conjugai-
son latine (e long), elle se change tantôt en i : tenere,
tenir, teni ; tantôt en â : debere, devoir, devâ. Il y a
également des exceptions.
7" J, g on z se sont, en patois, changés en dz.
Exemple : Gigas a fait on dzaïan, un géant ; judex,
on dzedzeu, un juge; Dies jovis, jeudi, dedzu ; jeju-
nare, jeûner, dzouno; gelu, gelée, dzélo; zelus, zèle,
1 L'expression Mon Di se rencontre cent fois dans l'Enrôlement
de Tivan, comédie bressane, écrite vers 1675, par Brossard de Mon-
tarnay, conseiller au présidial de Bourg, publiée en 1783, et réim-
primée avec annotations en 1870, par Philibert Le Duc. J'aurai Ã
citer cet ouvrage plus d'une fois encore.
90 ESSAI DE GRAMMAIRE
dzèleu: glarduio (ital.), dzardin, jurdln] formacjfjio
\\ta\.\, fro)iuid:cu, fromage; maritaggio (ital.), ma-
riage, mariadzeu ; javenis, jeune, dzouneu ; etc.
8" Ire, finale de verbe laiin devient i en patois.
Finire, finir, feni; venire, venir, veni ; dormire,
dormir, dremi; periro, périr, péri; aperire, ouvrir,
ouvri ou ovri, etc.
Je ne connais pas d'exception à cette règle.
9° S initial devient quelquefois ch. Exemple : Ser-
vire, servir, cliarvi ; sortir, chorti; mais les excep-
tions sont nombreuses.
Une règle plus absolue est celle qui transforme en
chon les finales sio et tio dont le français a fait sion
et tion. Exemple : Passio, pâchon, passion ; lectio,
lechon, leçon; missio, medion, mission; devotio,
dévoclion, dévotion; olectio, elecchon, élection, etc.
10° Se, s.p et st, en patois comme en français, se
sont changés en esc, esp, est, ou simplement en e,
après retranchement de Vs. Exemples : Scribere a
fait escriré ou écrire, écrire; schola, écoula, école;
sciurrus, esc[uerio\i, écureuil, etc. — Spiritus, esprit;
spatium, espaça, espace; spica, espi, épi; sponsa,
esposa, épouse; sperare, csperd, espérer. — Sfoma-
chus, està ma, estomac; slaJiuhun. éfrnhla, étable;
statio, estachon, station. — Et parmi les dérivés de
l'italien straniero, estrandzi, étranger; spada, espé,
4pée ; spala, espala, épaule, etc.
1 1° L\ que les Latins comme les Italiens, les Espa-
gnols et les Portugais d'aujourd'huii prononçaient
DU PATOIS LYONNAIS 91
OU, est généralement resté oit en français, mais est
devenu eu en patois (comme on le prononce en an-
glais . Exemple : Turris, tour, leur: tussire, tous-
ser, Cession teussi : duplex, double, deubleu;surdus,
sourd, seur; furnus, four, feur ou fueur; lupus,
loup, leu, etc.
Exceptions : tabus, tube, tebeu; legula, tuile,
tiela, etc.
12° Observation générale importante. — Les
syllabes brèves qui formaient la terminaison des
mots latins s'entendaient à peine, tant on appuyait
sur la voyelle ou syllabe longue qui les précédait ;
aussi le patois, comme le français, a-t-il supprimé la
plupart de ces terminaisons. Il a négligé le re de
flni)-e et d'ama?'e et de tous les verbes du même
type; ainsi encore il a fait de brachium, bras, brè;
de corvus, corbeau, crô; de campus, champ, tsan;
de corpus, corps, cor; de tempus, temps, tin; de
malum, mal, mô ; de latus, côté, lô; depratum, pré,
prô; d'amarus, amer, amôr; de fœnum, foin, fin;
de famés, faim, fan; de casus, cas, câ, etc. Les
finales re, lum, tus, pus, tum ont complètement
disparu, aM moins en patois, car en français il reste
des /, des t. des s qui, ne se prononçant pas, char-
gent et compliquent l'orthographe sans autre avan-
tage que de rappeler Fétymologie latine '.
• On agite en ce moment un projet de simplification de l'ortho-
graphe fran'^aise. J avoue en être partisan.
Quelle chinoiserie d'écrire j'épèle avec un p et une l et j'appelle
avec deux p et deux l ; j'achète avec un t et je jette avec deux ! —
Imbécile n'a qu'une l bien que dérivé d'imbécillis qui en a deux ;
92 ESSAI DE GRAMMAIRE
13" Aujourd'hui, un nombre considérable de mots
patois ne se distinguent de leurs correspondants
français que par leurs terminaisons. Sortis ensem-
ble d'une source commune, car il n'y a pas de raison
pour donner à l'une des deux langues la priorité sur
l'autre, leur physionomie est presque identique.
Il est évident toutefois que, à partir de leur for-
mation, l'influence réciproque des deux langues ne
saurait être comparée. La langue lyonnaise n'a
presque rien prêté à celle de la capitale, et celle-ci
lui a donné ou imposé beaucoup. La seconde était
respectée et fixée ; la première, déconsidérée et
marchant à l'aventure, gravitait vers l'autre et s'en
rapprochait autant qu'elle le pouvait, si bien qu'elles
auraient fini par se confondre dans quelques siècles,
si la grande dame, par ses écoles obligatoires, ses
régiments et ses chemins de fer, n'eût abrégé la vie
de la pauvre vagabonde.
Voici donc, sur la différence des terminaisons en
patois et en français, quelques observations à ajou-
pourquoi n'écinrait-oii pas de même tranquile, vile, en réservant les
deux II pour les mots qui se prononcent comme mouiller, famille,
fdle, pillage ?
« L'écriture doit conserver les traces de létymologie » tel est le
grand argument de ceux qui ne veulent rien changer.
Soit ; mais il faudrait au moins, d'après ce principe, faire dispa-
raître les complications de lettres qui, préci.sément, jurent avec
l'étymologie. Roma, Rome, n'a qu'une m en français comme en
latin; somma, summa, en a deux; c'e-.t logique. Mais pourquoi en
mettre deux à homme qui vient d'homo ; à pomme, de pomum ; Ã
comme, de l'ital. co?ne ?
L'espagnol et l'italien s'écrivent à peu près comme ils se pro-
noncent ; qui sait les parler, sait les écrire. Chez nous, au contraire,
que de temps ou perd à apprendre l'art d'écrire sa langue maternelle !
DU PATOIS LYONNAIS 93
ter à celles que j'ai faites plus haut sur les finales
des verbes et sur celles des substantifs ou adjectifs
féminins qui font a en latin.
Les terminaisons en an, in et on sont communes
au latin et au français. Quand elles existent dans un
idiome, on les retrouve dans Fautre. Exemple : On
Ijâsson, un poisson; on peson, un pilon; dé tsarbon,
du charbon; meuz effan, mes enfants; le dauan, le
devant; dé vin, du vin; vin râsin, vingt raisins-
Exceptez cependant les mots français en ien qui
font in; on tsin, un chien. Proxerhe : An de fin,
an de ren; année de foin, année de rien.
Les désinences françaises en ier sont toutes en i
en patois : Dé papi, du papier; fameli, familier; dé
femi, du fumier ; on farmi, un fermier ; on parti, un
portier; dé gravi, du gravier; on pomi, un pommier;
darri, dernier.
Celles en ère ou aire sont en ire si le mot est fémi-
nin : ina farmire, une fermière; ina périre, ime
carrière ; darrire, dernière ; premire, première; etc.
Cependant pierre fait pira et terre terra (bressan,
tarra] ; père, mère, affaire font péré, méré,
afféré, etc. '
Mais si le mot est masculin, ère devient éreu : le
tenéreu, le tonnerre ; le Calvéreu, le Calvaire ; on
mistéreu, un mystère; on verreu, un verre, etc.
Ce qui finit en eu, eux, euse, euses, en français,
finit en u, usa, usé, en patois : Graciu, graciusa,
gracieux, euse; gloriu, usa, glorieux, euse; que ché
' Nos anciens disaient pore, more, afforé.
94 ESSAI DE GRAMMAIRE
fillé son don orguiusé! que ces filles sont donc
orgueilleuses ! — Et parmi les mots qui ne sont pas
(les adjectifs : Moncliu, moiisi nir; dé ju, des yeux;
dé lechu, du lessieu.
Ce qui finit en ai en français, finit généralement
en â; (a très ouvert) en patois : On râ, un roi; la sa,
la soif; on sa, un soir ; dé pâ, des pois ; nâ, noir.
Mais les exceptions sont nombreuses. Ainsi parois,
loi, voix, sont identiques à Couzon et à Paris; on
}>ou à Couzon est un bois à Paris ; ina crui, une
croix ; ina nui, une noix.
Les verbes français en oir sont tous en a en fran-
çais : recevoir, recévâ; avoir, avâ; voir, va ; vouloir,
vola, pouvoir, jwvâ.
Tmx»r^^
CHAPITRE XIII
Petit Vocabulaire
DES MOTS PATOIS DISSEMBLABLES DU FRANÇAIS
LA justice et la reconnaissance m'imposent de
commencer ce chapitre par des remercie-
ments. Je n'y ai pas travaillé seul, à ce petit
vocabulaire; si incomplet qu'il soit, nous nous
sommes mis a quatre pour le faire.
Que dis-je à quatre ? nous nous sommes mis à six
et à huit.
Pour rédiger la grammaire, j'ai dû rester seul et
ne codifier que Tidiôme de Couzon et des villages
voisins ; si j'avais consulté en Bresse et en Beaujo-
lais jamais je ne fusse arrivé à formuler des règles :
elles eussent été ensevelies sous le nombre des ex-
ceptions.
Il n'en était pas de même pour le vocabulaire.
Je remercierai donc en premier lieu mon vieil
ami et compatriote M. Remond Isaac, propriétaire
à Couzon et à Marlieux, qui non seulement a colla-
boré à la rédaction, mais encore a bien voulu m'of-
8
9G ESSAI DE (^.ItAMMAlUE
l'iir (k' conti'iljucr pour moitié aux IVais (Timpres-
sion de la présente Grammaire, laquelle eût manqué,
sans cela, au bonheur de mes contemporains ;
ensuite M. Denis Girod, déjà nommé (pa£?e 5) ; mon
collaborateur âu Journal de VAin, M. Mariou ; Té-
minent ai^ronome M. Berthelon, maire à Chaneins ;
M. labbé Fray, ancien aumônier de l'Ecole normale
d'instituteurs de Bourg; ma plus jeune sœur, M"'*
Gorel et ses filles qui sont peut-être ou seront les
dernières patoisantes de (Jouzon ; M. l'abbé Vial,
vicaire à Marboz, etc.
Je prie ensuite mes courageux lecteurs de ne pas
chercher ici tous les mots qui entrent ordinairement
dans un dictionnaire. Je n ai accueilli dans le mien
que ce qui s'écarte notablement du fran(;ais ; autre-
ment il aurait fallu porter à 700 ou 800 pages un
volume qui, dans ses proportions actuelles, en a
déjà 150 de trop.
Donc toute expression qui manquera ici devra être
présumée se confondre, à quelques nuances près,
avec l'expression française ayant le même sens.
J'ouvre au hasard un dictionnaire de l'Académie.
Je tombe sur la lettre /. Il faudrait, pour être com-
plet, faire défder à la queue-leu-leu, en les habillant
à la paysanne, la moitié ou tout au moins le tiers
des 500 mots que j'y trouve :
Laljorin, laborieux; laboradseu,\3ihoura,ge; hiboro,
labourer; lacé, lacet; /oheu, lâche; lôtsi, lâcher; la,
lac ; bnlreu, là dre ; laï([ueu, la'ique ; laicetô, laïcité;
lé, lait; lâdeii, laid, etc., etc.
DU PATOIS LYONNAIS 97
Mais à quoi bon? Ces mots sont du mauvais fran-
çais, du français corrompu, plutôt que du patois, et
si ce dernier n'avait rien de plus original, jamais
nul n aurait songé à lui reconnaître une personna-
lité et à l'honorer d'une grammaire et d'un vocabu-
laire.
Je ne mentionnerai donc que les termes dont la
physionomie s'écarte notablement de leurs synony-
mes français.
Encore si je les pouvais inscrire tous!
Mais il en est beaucoup que ma mémoire et celle
de mes bienveillants collaborateurs a laissé échap-
per, ou qu'elle ne retrouvera que trop tard, après
l'impression du livre; beaucoup aussi que nous ne
connaissons plus, quoiqu'ils fussent familiers à nos
pères. Le patois s'est francisé depuis soixante ans ;
il n'a cessi de graviter, avec une accélération crois"
santé, vers le gouffre qui le devait engloutir.
Enfin, je réclame l'indulgence des patoisants qui
ne reconnaîtraient pas absolument tous les mots de
mon petit vocabulaire. Je l'ai observé déjà : tel mot
change parfois d'un village à un autre, ou d'une
génération à la génération suivante, c'est le mal-
heur de tout idiome non fixé par des modèles, de
flotter ainsi. Exemple : on dit presena pour per-
sonne, à Couzon, et parsena ou parsuna à Saint-
Cyr et à Collonges, villages limitrophes. Autre
exemple : Defoii, dehors, pour dihor, et tjetà pour
mettre sont tellement tombés en désuétude qu'un
jour que ma grand'mère disait à un groupe de galo-
98 ESSAI DE GRAMMAinE
pins qui jouait avec moi : Dzé oui vo betù dé fou, je
vais vous mettre dehors; l'un d'eux, ne la compre-
nant pas, lui répondit irrespectueusement : Défou?
to dé fou ? Vo nos appela to dé fou ; é si. on vos appé-
lôvé fôla ?
Abadô, verbe actif, débonder, lâcher : 7/ an abadô
le lavou ! On a lâché la bonde du lavoir. Egalem.ent
faire sortir le bétail de Tétable : Abadà lé vatsé, faites
sortir les vaches.
Abardzi, en patois francisé aberger, v. a., mettre
à l'abri; de là , le Grand-Abergement, Petit-Aber-
gemcnt, en Bugey; Abergement-Clémenciat , en
Dombes, etc., noms de villages.
Abarmô, v. a., faire une berge. (V. Barma.)
Abero, V. a., abreuver le bétail.
Abiinô, V. a., endommager.
Ablndzi, v. a., cribler de pierres, lapider : Abladzi
on noï pé avâ lé nui ; ablazi quoquion dé sottise.
Abocco, V. a., a/)oueo, donner la becquée. (V. Im-
bocco.)
AJjotsi (S'), V. n., se pencher ou tomber en avant
(Ã botse, abouche; ital. a bocca). A botson, adv., sur
le devant : Cutsi à botson, coucher sur le ventre. —
S aboucher existe aussi en français, mais n'a pas du
tout le même sens.
Abouidzi (S'J ou s'abouiji, v. pronominal, s'amu-
ser, perdre son temps. — Employé aussi comme
verbe actif.
DU PATOIS LYONNAIS 99
Abowjé, V. a. [V. Emboï.J
Abozô, V. a. et neutre, écrouler, s'écrouler : Paia-
tras ! la cabourna abozi! — Vo voli don abozo ma
mâso7i ? iV. page 39.)
Acheta, V. a., asseoir; ne pas confondre avec
ass^o ou ats3to, acheter. — Achétou, s. m., trépied
pour une cuve; à Villeneuve, Guéreins, Montmerle
on dit étassa ; autour de Bourg, esseppa.
Acheuta, s. f., fin de la pluie; acheuté, v. n., en
Bresse, cesser de pleuvoir.
Acqueto et acuià , v. a., écouter, de Tital. ascoltare.
Aculi, v. a., jeter; ne se dit qu'en Bresse.
Adé, adv., tout récemment.
Aduiré, verbe neutre, détruire : Mon cabot est
aduit. En Dombes (Saint-Trivier-s.-Moignans), ame-
ner, du latin adducere : aduiré clé triolé pé lé vatsé.
Affand,Y. a., gagner; d'où, en Dombes, affanura,
s. f., paiement en blé des moissonneurs et batteurs
sur le produit du battage.
Affétie, V. a., balayer, ne se dit qu'autour de
Bourg et en Bugey; Ã Couzon en Beaujolais, et Ã
Trévoux, couavi.
Affolé, V. a., blesser, meurtrir.
Afforro, v. a., garnir un râtelier de fourrage.
Affreco fS'J, v. n., se réjouir.
Agasi, adj., se dit du pain non levé.
Aggrepô, v. a., saisir vivement.
Agonisi,Y. a., accabler: El m'a agonija dé sottise.
Agorrô, v. a., tromper : Ah ! dzé mé si ben agorro !
A Saint-Trivier-s.-Moignans, s'ingorro, qui signifie
aussi manger avec excès.
100 ESSAI DE GRAMMAIRE
Agolù, V. a., égoutter; agotchau, substantif mas-
culin, pelle creuse employée pour jeter Teau hors
des bateaux. A Trévoux, agotiau.
Aigrà , s. m., degré d'escalier.
Aiguë, s. f., eau ; aiguedi, s. m., éviter. (V. p 73.)
A Verjon, lavia.
Aigud, V. a., accommoder, arranger (probable-
ment iVaigue). Ina sauça bien éguo. — Aigua té
corné té vedré, arrange-toi comme tu voudras. — De
là , déséguo, v, a., déranger, qui s'applique surtout
aux foulures et luxations de membres.
AUleton ou agleton, du latin agglutinare, subst.
masc, fruit de la bardane; on dit aussi: .4rropa-
man, parce qu'il s'attache aux mains.
Aimeu, s. m., esprit. {V, Emeu). Bressan, aimou.
Aiseu ou aisou, s. f., satisfaction, plaisir : D'aisou
netreu mâton chautôvon (chanson bressane de la
Liaudinna). Aiseu, aisou, adj., satisfait.
Aitre, s. m., hangar formé par l'avant-toit du
bâtiment de ferme, du latin atrium. Le hangar
isolé se dit diapetet ; il est habituellement couvert
en paille,
Ajau, s. m., oiseau. En Bresse, uisé; à Saint-Tri-
vier-sur-Moignans, uisaii.
Alagne, s. f., noisette; alagni, s. m., noisetier.
AU, s. m., traîneau.
Aloyoji, s. m., ansérine blanche (chenopodium
album), plante.
Amadzi ou amage, v. a., tremper la lessive; en
patois francisé, emmaizer.
DU PATOIS LYONNAIS 101
Amandre, s. f.. amande; en Dombes, carpe de
trois mois.
Ambassaï, v. a., faire tomber, se dit surtout en
parlant de la pierre dans les carrières.
Ambossou, s. m., entonnoir; bressan, ambouc'iô ;
en Dombes, imbodio.
Ambreu, s. m., osier ; en Dressa, villon.
Ameilli, mettre en meule ; de meïe, meule de blé.
Amolandi, s. m., rémouleur.
Arnold, V. a., aiguiser : Amolo ina Qoïa, aiguiser
une serpe. \\. p. 39. i E fau veri ou amolo, proverbe
pour dire qu'il ne faut pas rester oisif.
Amouello, v. a., entasser; de mouet, tas.
Anchèla, s. f., cigale.
Andi, s. m., chenet surmonté d'un côté d'un
porte-pelle rond où l'on suspend aussi les instru-
ments de travail et où les vieillards aimaient Ã
poser leur écuelle : Ah ! que fa don bon mindzi
sa sopa su l'andi, à chan ibressan, en chlianjdii foâ !
Ania ou anilla, s. f., plus usité au pluriel anillé,
béquilles.
Apintzi, v. n., tà ter, examiner minutieusement :
Comincedon; è y é ben prô apintclia!
Apparu, v. a., présenter, tondre à quelque chose;
n'a pas d'équivalent en français : Apparu vetron
devanfi, d:e roui veu caraï dé pomé : Tendez votre
tablier, je vais vous jeter des pommes; du latin ad
parare. (V. p. 39 et, pour la prononciation, p. 3.)
Appla'i, V. a., mettre à l'ouvrage ; bressan, appléïé,
se dit spécialement de la mise des boeufs sous le
joug : Va don appléïe.
102 ESSAI DE GRAMMAIRE
Appli , s. m. pluriel, les gros instruments de
rairricuUure : charrues, tombereaux, etc.
Appondré, v. a., ajouter (du latin ad ponere; j'ai
oublié ce mot à la page 73) ; apponceu, appendice,
rallonge cà une table ; appondré signifie aussi attein-
dre.
Aranda, s. f., hirondelle (v. p. 73.) ; en Bresse
on dit aussi aujreta. Pour la prononciation, v. p. 3.
Arbépin, s. m., aubépine; ce mot désigne l'arbre,
non la fleur.
Archebaa, s. m., du latin scabellum; se dit surtout
du banc vers la cheminée.
Ardeille, s. f., argile.
Argalesse (prononcez anjal'ce), v. Regalece.
Argotà , adjectif dont le féminin est identique au
masculin; espiègle, hardi. (V. p. 21.)
Armandie, s. f., gormandrée, plante médicinale.
Arrapo, coller, s'attacher; en bressan, aglieto : La
pôta arropé à la man. De là le substantif arrnpa-
man.
Arreirou, s. m., charrue, du lat. aratrum.
Arri7né, adverbe, aussi, également. (V. p. GO.)
Arson, s. m., sorte de peigne recourbé à angle
droit et placé sur la faulx, pour coucher le blé Ã
mesure qu on le coupe. — Claie semi-cylindrique
dont on couvre les berceaux d'enfants.
Arvou, s. m., trouble ronde à long manche, em-
ployée pour la pêche dans les étangs de Bresse.
Asseu, s. m. (V. Sô.)
Assouta C\ V), adv., Ã Tabri de la pluie; Ã Cha-
neins, Montmerle, Saint-Trivier, etc., à Vaccué.
DU PATOIS LYONNAIS 103
Assuire, v. a., finir,
Atar7'o, V. a., presser contre terre.
Atson, s. m., petite hache.
Aura, s. f., vent, air; du latin aura; bressan,
eura ; Ã Villeneuve, ura, vent et orage.
Avaï, V, a., arracher; bressan, aveillé : Aveillé lou
chevenou, arracher le chanvre.
Avezô, V. a., regarder en face, a.d visum. [W. p. 39.)
Avia, s. f., abeille; en Bresse, avuilla. (V. p. 73.)
Avinto, V. a., attraper un objet placé haut, le dé-
crocher.
Avorri, v. a., renier, abandonner; se dit d'un père
ou d'une mère pour un enfant : L'ajau a avorria
son ni.
Avouïea, s. m., avouïe, aveugle; de a ou ab (pro-
noncez auy, marquant privation et du latin oculus,
œil (sans œilj ; bressan, avelio, avuliou.
Ayan, s, m., bressan, glian, gland.
o
Bagnon, singulier masculin, baquet; de bagni,
baigner.
Baï, verbe actif, donner ; bressan, baille ; en vieux
français bailler.
Bahindran, s. m., manteau ; de l'italien pa/an-
dra?io ; le vieux mot français balandras se trouve
dans Lafontaine, fable de Phébus et Borée.
Baloffa, s. f., balle du blé; matelas fait avec cette
balle.
101 ESSAI DE GRAMMAIRE
liantsé, s. f., planches servant à faire le pisé;
Bantsia, \o\ume de pisé compris entre deux bantsé.
Baracjuin, s. m., alphabet des enfants (de bara-
go'm ?} On disait aussi autrefois la Crui dé Dju, la
Croix de Dieu, parce que ce petit livre commençait
par une croix.
Barbélein-na, s. f., verveine commune, plante
officinale.
Barchelon ou barheJon, s. m., sarcloir. A Feil-
lens iAin), bessélon.
Bardana, s. f., punaise; Ã Montrevel, penou.
Bardo, barda, adj., bariolé blanc et roux : iVa
vatse barda.
Bnrfoïu, fém. barfoïasa, barbouillé qui a le visage
malpropre ; d'où barfoï, barbouiller, v. a., et deba^Yoï,
v. a., débarbouiller. Dans les cantons de Trévoux
et de Saint-Tri vier-sur-Moignans on dit bardeillo.
Barma, s. f., berge : Su la barma du riu, sur la
berge du ruisseau.
Barracan, s. m., grosse fourche pour retourner le
foin.
Barradré, v. n., s'agiter, remuer.
Barrarpion ou bérécjnon, s. m., fossé de séparation
ou pour Técoulement des eaux. A Saint-Trivicr-
sur-Moignans, bordure en herbes d'une terre ou
d'un fossé.
Barrai, verbe neutre, remuer ; se baraï, se ti'é-
mousser.
Barro, s. m., tombereau (Ã Reyrieux).
Basatv, v. n., haleter, respirer précipitamment;
se dit des chiens fatigués ou qui ont trop chaud.
DU PATOIS LYONNAIS 105
Bassoï, V. II., faire clapoter l'eau; d'où bassôïe,
s. f., boue. V. Patrôïe. Leuz effan ômon tui à bassoï ;
en Bresse et en Dombes, gassoille.
Bataï, V. a., batailler et aussi baptiser; participe
passé bataïa.
Batchasse ou bâchasse, en Dombes canal intérieur
du thou.
Batillon, s. f., battoir de laveuse: en Bresse,
peletta : Elé lavÔDon la bia é féjan mé dé hri avoua
lu lingue qu'avoua lu batillon^ elles lavaient la
lessive et faisaient plus de bruit avec leurs langues
qu'avec leurs battoirs. — Egalement morceau de
bols pour entraver les vaches, parce qu'il leur bat
aux jambes.
Bai/or, s. m., civière.
Bedeau, s. m., un imbécile, sens tout différent
de celui du français, bedeau.
Bega, s. f., perche.
Begouti, adj., qui se sert de la main gauche.
Belatd, v. a., soupirer, désirer ^bêler doucement,
de bbldj. L'an belatovan d'aise dans le Noël de Bourg
qui commence par ces vers :
.Voté, Noté é venu,
Xo far an la beurdi faille.
Belin, s. m., cabri; belina, petite chèvre; terme
d'amitié qu'on adresse aux enfants.
Bêlo, V. a., bêler, pleurer crier.
Bénau, s. m. ; béna, s. f., benne. (V. p. 73.) Benno,
s. f., le contenu d'une benne.
Benon, s. m. , corbeille pour mettre le pain en pâte.
100 ESSAI DE GRAMMAIRE
Bentou, adverbe, peut-être (et non bientôt, excepté
pourtant à Chà tillonles-Dombes et à Saint-Trivier-
sur-Moignans) ; à Trévoux, bentoubin.
Bequâ (prononcez h'coj, v. a., baiser, s. f., bec-
quée. (V. p. 78.)
Berou, s. m., voiture à deux roues; fém,, berouta,
petite voiture.
Beta, s. f., petite charrue; bétutsi, labourer avec
la heta. (A Villeneuve (Ain), Guéreins, Trévoux, etc.)
Betcha, betia ou bâcha, s. f., becquée.
Betô (prononcez b'to), v. a., mettre ; vieux français
bouter; dans VEnrâlement de Tivan, scène pre-
mière : butré,
Betsé (prononcez b'tsâ), en patois francisé bichet,
ancienne mesure pour le blé; c'était la quantité
nécessaire pour ensemencer na betséro.
Betséro (prononcez b'tséroj, en patois francisé
bicherée, ancienne mesure agraire de dimensions
très variables; en l.yonnais et à Trévoux, 12 ares
87 centiares ; en Dombes et en Bresse (Villars,
Montluel, Meximieux), 10 ares 55. En Bresse ^Bourg,
Chalamont, Montre vel, Pont-de-Veyle, Châtillon-
sur-Chalaronne, etc.) on comptait par coupées :
6 ares 59. La coupée de Belleville-sur-Saône faisait
7 ares 25; celle de Thoissey, 7 ares 91; celle de
Saint-Julien (Jurai, 6; celle du Maçonnais et du
Charolais, 3 ares 95; celle de TrefTort (Ain), 7 ares
69, et celle de Pont-de-Vaux, 9 ares GI, etc. Ailleurs
on comptait par jo/u'/ia/t.v, iiiesavcs, ouvrées, seijti-
ves. V. les CouJ II mes et Usages des étangs de Dombes
et de Bresse, par M. Truchelut.
DU PATOIS LYONNAIS 107
Bétsi, V. a., mordre, mordiller en parlant du pois-
son qu'on pêche à la ligne : Ek ben, meuz ami,
bétsé-t-è? Eh bien, mes amis, ça mord-t-il ? — En
patois francisé, ça biche-t-il ?
Bétsi, V. a., bêcher; à Trévoux, hiarço; à Gué-
reins et à Bourg, berço; dans le canton de Montrevel,
fousséro.
Bevanda. (V. Ropi.)
Bi, s. m., ruisseau; d'où l'on a fait bief, mot
employé dans le même sens.
Bia ou buya, s, f., lessive. Bio, v. a., lessiver.
Biau, bella, adj., signifie haut, grand. Un homme
de haute taille est biau: un joli homme est broveu.
Bigaou bigue, s. f., pioche pour la vigne.
Bio, s. m., bouleau.
Biou ou billou, féminin biouda , vendangeur,
geuse : Quand dzétchain pete, en iSkO, leu biou go-
gnovon dé yen a dou fran pé dzeur, é, quand i por-
tovon la béna su lêz epalé, tra fran : lé bioudé étcJian
paya quinze sou, leuz effan dé cin à di sou.
Biqueu, s. m., on appelait ainsi à Couzon tout
ouvrier étranger au pays ; fém. biquâre et non
biqua, s. f. qui signifie chevrette, biquette, ou qui
a le sens de pina.
Bise, s. f. ,vent du nord. — Le vent du midi se nomme
simplement leu vè ou lea ven; celui de l'Est la tra-
versa du matin; celui de l'Ouest la traversa du sa.
Biseu, bisa, adj., gris, grise.
Blintséï, v. a., défoncer un terrain.
Bloda, s. f., blouse, veste du dimanche : Na bloda
nouva, une veste neuve.
108 ESSAI DE GRAMMAIRE
B/o/', V, a., en Brosse; bluï, teiller le chanvre.
Bi.ondouno, s. m., mélange de blé et de seigle.
Blossor ou blossard, s. m., renouée persicaire
(polygonuin persicariaj, plante très commune dans
les fossés et terres humides.
Blouschété ou blesette, s. f. pluriel, ciseaux. Blous-
chelo, V. a., couper avec des ciseaux. — A Couzon,
Anse, Villefranche, Trévoux, dé cejau.
Boaïnno (prononcez boïa.in-no), v. n., se dit de
fils inégalement enroulés sur une bobine, une tou-
pie, un fuseau, et dont les tours chevauchent et
débordent.
Baba, s. f., moue, grimace. T'o biau féré la linba,
Vâbaieré; tu as beau faire la moue, tu obéiras.
Boccon, s. m., poison; ernbocconà , v. a., empoi-
sonner : Il ernbocconé, il sent bien mauvais.
Bofaron, s. m., petit crapaud noir des mares.
Boïa, s. f., jeune fille; se trouve dans VEnrâle-
ment de Tivan et dans la chanson la Cozenasa, mais
ne s'emploie plus à Couzon, que dans un sens épi-
grammatique : Jeune beauté prétentieuse. — En
Bresse, boille.
Boigni ou boigne, v. a., remuer; usité en Bresse :
I né pu po se boigne, il ne peut pas se remuer. — A
Couzon, budzi.
Baisse, boasse ou boicha, s. f., fagot d'herbes.
Boleguô, v. a., remuer fortement : Dze n'étchain
teu boleguô, j'en étais tout ému. — En Bresse,
bolingo, remuer, taquiner.
Bordèla, s. f., bressan, bourdeille, hanneton.
DU PATOIS LYONNAIS lt9
Bordon, s. m., cage portative à claire voie pour
la volaille. En Bresse, boidon ou boëdon.
Borgnon (A), adv., Ã l'aveuglette.
Borla, s. f. (V. Crâca ou Croqua.)
Borlô, V. n., moquer. (V. p. 78.) Ce verbe signifie
aussi pleurer à haute voix, se lamenter, beugler. —
En Bugey, boaeulà .
Bornu, adj., creux, creuse.
Borron ou borrii, s. m., âne. (V. p. 78.) — Paquet
de paille destiné à lier le blé.
Borra, s. f., buse.
Borré, s. m., bure : Leu caban de netveuz anchen
étclian dé soledeu borrè, les blouses de nos aieux
étaient de solide bure. — A la tsandala leu borrè
semblé dé tâla.
Borreu, borra, adj., borreu, interjection. (V. p. 17
et 64.)
Borriau, s. m., bourreau ; d'où borriaudù ou bor-
riadà , v. a., bourreler, tourmenter.
Borset, s. m. (V. Fardzena.)
Bossoir, s. m., le seuil d'une porte.
Botasse, en patois francisé boutasse, s. f., réser-
voir, généralement dans un jardin et pour Tarro-
sage.
Botchorda, s. f., fauvette; désigne aussi un mar-
teau à plusieurs pointes pour aplanir la surface des
pierres de taille.
Botchu ou batchu, s. m., bateau réservoir pour
conserver le poisson vivant.
Bâté, s. m., diminutif de bâ, bât ; bourrelet qu'on
MO ESSAI DE GRAMMAIRE
se met sur le cou ou sur les épaules pour porter des
fardeaux.
Bouireu, s. m., beurre; borri, s. m., vase de terre
où l'on met la crème avant de faire le beurre ; bor-
rire, baratte ; bouiro ou boro, s. f., petit lait issu du
beurre,
Bourrainna. (prononcez bourrain-nà ) , s. f., gros
nuage annonçant la pluie.
Bozon, s. m., diminutif de merda, mot qu'il serait
superflu de définir. — A-caca,-bozon, locution adver-
biale : sur pied, les jarrets plies. On dit plus élé-
gamment à croupeton. —A Montrevel, bouzon s'ap-
plique à tout ce qui est petit et dédaigné.
Bramd, v. n., crier, pleurer : Brama bien, ë porche,
pleure bien, ça purge.
Brandevin, s. m., eau-de-vie, de l'allemand bran-
dewin; ne se dit qu'en Bresse et en Beaujolais. —
Dans le canton de Saint-Trivier-sur-Moignans on
dit eau-de-vie, et brandeveni, s. m., désigne le brû-
leur de gêne et non l'eau-de-vie. Y a dé brandeveni
que fan dé bien meillo eau-de-vie que leuz ôtreu.
Branlire, s. f., balançoire; berceau suspendu.
Branla, v. n., flâner. En Bresse, balancer, mou-
voir.
Brâza, s. f., miette, petite quantité, un peu; en
Bresse, bréza.
Brazo, s. f., averse.
Brecola, s. f., chose sans importance. Brecolà , v.
n., courir la prétentaine, vagabonder; faire un tra-
vail insignifiant, pour s'occuper; troquer un objet
contre un autre ; en patois francisé bricoler.
DU PATOIS LYONNAIS 111
Breca, s. m., primevère dans les cantons de Tré-
voux et de Saint-Trivier. (V. Coquemèla.)
Breda ou brida, s. f., ruban de bonnet; en Bresse
les jeunes (illes portent des brides rouges; après le
mariage, elles les prennent blanches et leur donnent
le nom de cornettes.
Bredin, hredena, adj. qualif., niais, un peu idiot,
usité surtout dans Saône-et-Loire.
Bregellie, s. m., tablier de cuir.
Brelat, s. m., râteau de bois sans dents pour écra-
ser les mottes de terre. Brelato, v. a., ameublir la
terre à Taide d'un brelat.
Brelo, V. a,, remuer, bouger.
Brené, s. m.,gTapin,
Brequa, s. f., tranche plate de pain pour faire
une tartine,
Breshon, s. m., cruche. (V. Dlta.J
Bretaï, v. n., bégayer; bressan, bretayé.
Brétà , V. n. et actif, tourner, faire tourner.
Bretsi, v. n., heurter, broncher.
Bretselon, s. m., traçoir, instrument de jardinage.
(A Guéreins, béquella.)
Brevi, s. m., barre de bois servant à porter les
bennes.
Brindevelo, v. n., perdre son temps, lanterner
(Guéreins, Believille-sur-Saône).
Brloudi, adj. quai., polisson, tapageur. (V. p. 18.)
Brô, s. m., bourgeon; d'où Brotchan s. m.,brot-
teau, bois de sauL' dans les lies; brondjau et bronda,
s. m., branche; brondaii/e, s. f., jeune pousse, quel-
112 ESSAI DE GRAMMAIRE
quefois broussaille. Tous ces mots, croù vient aussi
le français brouter, paraissent dériver du celtique.
Broncô, v. a., heurter.
Brotson, s. m., brindille; brotseno,y. a., ramasser
des brindilles, glaner.
Brouia ou brouille, en Bresse, plantes qui tapis-
sent la surface des étangs et dont le bétail est très
avide : In étan brouïa vau clou prô; i norri vatsé é
passon. Les herbes qui portent le nom général de
brouille sont la festuca fluitans, le fenouil d'eau ou
ciguë aquatique , jjhallandrium aquaticum, et la
renoncule blanche, ranunculus aquatilis.
Broveu, brova ou braveu, brava, adj. quai., beau,
belle. (V. p. 18, note 2 : Oh! la brova femelal oh!
la belle femme !)
Broze, s. f., averse, Ã Montmerle, Chaneins, Saint-
Trivier, Belleville, etc.; Ã Bourg, na batrasse.
Bucho, V. a., brûler les soies ou les plumes d un
animal, bucho on caïon. (Voir, pour la prononcia-
tion, p. 6.) En Bresse on dit buglio.
Buge, s. f., bauge; de 5os, bœuf.
Bugne ou begne, s. f.; plur., begné, beignet.
Buza ou buja, écurie des bœufs et des vaches;
celle des chevaux s'appelle écurie; celle des porcs
sa ou seu, de sus, porc. — Buza, à Trévoux, fiente
de vache ou de bœuf; jBdza à Saint-Trivier-sur-
Moignans.
DU PATOIS LYONNAIS 113
Caban, singulier masculin, blouse, roulière.
Cabourna, s. f., maisonnette de pierres sèches.
S'è plô su la montagne, on n'é po fotcha d'ara na
cabourna pé se forro à Vassouta. — A Montmerle, Ã
Chaneins, Ã Saint-Triviar, cadola.
Cabouta, s. f., sabot, en Bresse; près de Montre-
vel, sabout. On dit aussi Cabeux.
Cabra, s. f., chèvre; cabri, singulier masculin,
chevreau. (V. p. 73.)
Cabrou, s. m., ëcrevisse. En bressan, cambrou.
Cacô, V. a. (V. p. 77.)
Cadala, s. f., remise couverte en paille.
Cadetln, s. f., dalle. [Y. p. 73.)
Caffa, s. f., poche, en Bresse; à Couzon et à Pon-
cin en Bas-Bugey, on dit l'inverse, facca.
Cafi, adj. quai., garni, plein : Leu tseniin étchan
cafi dé fraizé.
Caillât, s. m., lait caillé.
Caïon, s. m., porc; caïa, s. f., truie; que grou
caïon! — Caïoni, s. m., le berger chargé des porcs.
Cajau, s. m., vessie; bressan, coalia, s. f.
Calamor, s. m., en Bombes, brochet de moyenne
grandeur.
Caletre, s. f., maillet de bois; caletsl, marteler le
chanvre.
Caleto, V. a. (V. ColoJ
Calo, V. a., glisser en dessous, mettre à labri;
114 ESSAI DE GRAMMAIRE
étymologie cô^a, cale, abri; d'où LaCalle en Algérie
et probablement Calais. — Par extension, celui qui
est à Tabri du besoin : Y et in omeu bien calo, c'est
un homme riche.
Calâta. s. f., soufflet, giffle. — Calotto, v. a., souf-
fleter.
Camion^ s. m., fromage blanc délayé.
Campana, s. f., cloche. (V. p. 78.) Prononcez cam-
pan-na. — On dit aussi chiotze ou gliousse.
Cancouarneu, s. m., hanneton.
Canô, V. n., faiblir, se dérober lâchement; con-
traction de caponù ; en patois francisé, caner.
Canquemella, s. f., espèce de champignon véné-
neux.
Canu, s. m.; fém., canusa ; tisseur, tisseuse ; peut-
être de canna, cannetla, bobine creuse à l'intérieur
autour de laquelle s'enroule la soie.
Capoîi, adjectif, lâche; capono, v. n., faiblir. (V.
p. 18.)
Caquelion, s. m., petit tonneau.
Car aï, v. a., jeter, lancer : Car aïe mé dé bou pé la
fenètra, jette-moi du bois par la fenêtre. En Bresse,
carte ou catto : Cate mé dé beu pe la fenétra. — En
Dombes, carreyer, transporter dans un char.
Carcan, s. m., vieux cheval, rosse.
Carcassi, v. n., tousser constamment ; Ã Bourg,
carcavalo.
Çarcheu, s. m., cercle.
Cavmintran, s. m., carnaval; étymologie, carême
entrant. Cheu que fan leu carmintran né fan pô tui
la carainma.
DU PATOIS LYONNAIS H5
Carne, s. f., viande. (V. p. 74.)
Carra, s. m., en Bresse, garçon déjà fort, com-
mençant à travailler.
Carron, s. m., carreau de brique; carreno, v. a.,
carreler; caronnire, s. f., fabrique de carreaux et
de tuiles. — Carreau de vitre se dit carriau.
Câsi (se), v. n., se taire; bressan, .se caje. Caje-té,
tais-toi. Dans Tlvan, act i" : Coiso-vo, taisez- vous.
Casse, s. f., poêle; cassera, s. f., casserolle.
Casson, s. m., plate-bande : On casson dépoueur.
Catié, V. a. (V. Dêgatie.)
Cato. (V. Caraï.)
Caton, s. m., agglomération restée sèche dans de
la farine insuffisamment délayée.
Cah^ouiUe, s. f., en Bresse, pomme de terre.
CafroHi?/«, plante de pommes de terre; catrouU-
lire, terre ensemencée en pommes de terre.
Catson, s. m., noyau ; à Trévoux, sarniou ; dans le
canton de Saint-Trivicr-sur-Moignans, sournion.
Cavala, s. f., cavale est le seul mot usité pour
jument. — Se cavalô, v. refl., se hisser à cheval sur
un mur, sur une branche d'arbre ; lé vatzé se cava-
lovon, c'est-Ã -dire se hissaient les unes sur les
autres de leurs jambes de devant; étyraologie cabal-
lus, cheval, dans la basse latinité.
Cavet, s. m., caue^a, s. f.; oa appelle ainsi en
Bresse les habitants du Revermont, et en Dombes
les vignerons du Lyonnais.
Cejau, s. m. plur., ciseaux; en Bresse, blockettes.
Cempôta, s. f., un baril de cent pots, environ cent
litres ; en Bresse, na feilletta.
116 ESSAI DE GRAMMAIRE
Ceni, s. m., pinson.
Cevire, s. f., civière; à Couzon, bay or.— Ceveria,
brouettée.
Cevolé, s. f., usité seulement au pluriel, ciboule.
Cezampa, s. f., bise.
Chado ou .sac/o, s. m., en Bresse, cheptel.
Chaio, V. a., sarcler. (V. Saillo.)
Cfiala, s. f., en Bresse, chaise; Ã Couzon, sella.
Chamarra, s. f., en Dombes, purée épaisse de
courge, de pommes de terre, etc.
Chénévou,chevenou, s. m., chanvre. (V. Tsénéveu.)
Chereta, s. f., sereta, scie, usité seulement en
Bresse; Ã Ars, Villeneuve, etc., sarta, qu'il ne faut
pas confondre avec tsacréta, charrette.
Chefi, chetite, adj., autour de Bourg, hargneux,
querelleur, avare; ailleurs chétif, misérable, mal
portant.
CJieuma ou Sâma, s. f., ânesse.
Chi,c}ui, ché, pronom démonstratif, ce, cette, ces.
(V. p. 26 et, pour la prononciation, p. 6.)
Chiapon ou cliapon, s. m., sabot d'un porc.
Chiavalire, s. f., Ã Bourg, prechereta, vrille en
patois francisé, percerette.
Chintre, s. f., chemin ou simplement espace non
cultivé à travers les terres ou eiitre les cultures et
la haie ; chintrii, garder les vaches dans les chintres.
Cliioppa, e. f. (prononcez comme le ch allemand
dans reichlidi)^ jambe; en Dombes, choppa. — D'où
en français chopper, heurter du pied et achoppement.
Chique, chaque, pron. démonst., celui-ci, celle-ci.
(V. p. 6, 26, 72.)
DU PATOIS LYONNAIS 117
Choua, s. f., grosse corde à lier sur une voiture
le foin, le bois, la paille, etc.
Coiré, V. a., cuire. (V. p. 47. ]
Coiti (séj, V. n., se hâter. Dans Tivaji, scène v,
Né va coitiépo tan, ne vous hâtez pas tant.
Coiti, s. m., fourreau dans lequel les faucheurs
tiennent leur meule à aiguiser.
Coleu, s. m., passoire pour le lait.
Cola, V. a. et neutre, couler, glisser : Se cola su
la yatse. (V, p. 39.) En Bresse, se caléto. (V. Gû.)
Cologne, quenouille, s. f., lé cologné pôsson de
môda, les quenouilles passent de mode.
Comagnin (AJ, adv., sur l'épaule : Porto in effan
à comagnin.
Comolieta, s. f., instrument en fer à deux crochets
pour porter les marmites ; on dit aussi sarvinta.
Concheu, coucha, adj., gonflé, ée; conchà , v. a.,
gonfler (italien, goufiare).
Cougneu, cougna, adj., paresseux, pauvre, misé-
rable ; à Bourg, obséquieux, chien couchant.
Conlio, prononcez con-ijô, v. a., lapider, cribler
de pierres ; même sens qu'ahladzi. A chi que conlié
(ou plutôt con-yé), se la pira H tsé su leu nô, è y est
ben fa.
Conzière, s. m., amas de neige à Reyrieux ; con-
cire à Bourg; du lat. congeries.
Copo ou coupée, s. f. (V. Betséro.)
Copon, s. m., assiette creuse; se dit en Bugey (Ã
Hauteville] ; de coupe.
Coquo, V. a., baiser.
Corati, adj., coureur, inconstant; cochon non
118 ESSAI DE GRAMMAIRE
destiné à Tengraissement; en patois francisé, cou-
rat le i-.
Corato, V. n. et actif, vagabonder, poursuivre,
parcourir,
Corgnolon, s. m., ou corgnoula, s. f. ; en bressan,
la, corgneula. l'œsophage.
Corla, s. f., courge, gourde; bressan, c?'erfa,- d'où
les verbes corlo, corlassi, boire à pleine gourde.
Cord, s. f., poumon.
Carré. (V. Queri.J
Cortau, s. m., petit doigt du pied (court, cour-
taud); en Bresse on dit lou guinguin.
Corti^ s. m., cour, (V. p. 78.) ; en Bresse, lou curtil
désigne le jardin.
Cotreta, s. f., garniture de lit d'enfant, (V, Cutron.)
Cotreu ou coaatreii, s. m., soc de charrue, matelas
de plumes.
Cottârla, s. f., longueur de bras d'un fil ; probable-
ment de cottair, s. m., réunion de femmes qui cou-
sent.,, et causent sur la porte de l'une d'elles. La
cottaria exprime ce qu'on peut user de fil dans une
séance de cotfair. Etymologie : Cudré en plin air,
coudre en plein air.
Cottevè, s. m., nuque ; à Anse, Trévoux, Ars, etc.,
cottion.
Cou, s. m., fois. En Bresse, ce; ainsi dans VEnrô-
lement de Tivan, poëme bressan de Brossard de
Montanay (1675), on lit :
.4 de co qu'on n'y va rin que ledie é lo ciar.
Coua, s. f., queue; bressan, coua, d'où covatô,
DU PATOIS LYONNAIS 119
remuer la queue. Ainsi dans VEnrôlement de Tivan,
scène ii : La balenna. venivo covatan.
Couâcha, s. f., couvée; en Bresse, na couacha de
pezins, une couvée de poussins. — Couâché ou coua-
chi, faire couver.
Couaveii, s. m., balai; en Bresse, ran. De couaveu
on a fait le verbe coaavi que les Bressans rempla-
cent par affetie. Ainsi à Couzon on dit : Prin leu
couaveu é va couavi; en Bresse : Prin Ion ran é va
affétie. — En Bugey on dit également on couava,
quoique le verbe soit affatio.
Coucou, ou cocu, s. m., et coc[uemella, s. f. , pri-
mevère. La vra coquemella n'a ciuHna cheur pé
pécou; u printen seu drâleu motset canari sépan-
don su l'arba que comencé a vardaï, uteur de Lyon
é su lé barmé dé Sôna; mé en Dombé, passa Velor,
on n'en trouvé dzin mé. La véritable coquemelle
n'a qu'une fleur par pédoncule; au printemps, ses
jolies touffes jaune canari s'étalent dans l'herbe qui
commence à reverdir, autour de Lyon et sur les
rives de la Saône; mais en Dombes. passé Villars,
on n'en trouve plus.
Couercheu, s. m., couvercle.
Couerta ou couarta, s. f., couverture.
Cové, s. m., chauffe-pieds.
Cozi, adv., quasi, presque.
Cramailla. (V. Ecramailla. )
Crâpa, s. f., crèche.
Crappa,s. f., grappe du raisin après le pressage ;
gène, marc.
Crassu, crassusa ou cressusa, adj., ladre, crasseux.
120 ESSAI DE GRAMMAIRE
Crâzuer, s. m., lampe, en bressan, cruijeu, craju,
crozé.
Creneco. (V. Crinsi.)
Crêpé, s. f. plur., pissenlit.
Creteu, s. m., vipère; ne se dit guères qu'en
Bresse ; à Couzon on dit (m vi^jéré, s. masc.
Crie, s. m., berceau; bressan, cre; anglais, crad-
die; en Bugey, on bri.
CrinM, V. a., brûler une étoffe, roussir. E sin leu
crinsi. cela sent le roussi ; en Bresse on dirait è sin
lou creneco.
Cria, Y. a., appeler.
Crô, s. m., corbeau. (V. Groilla.)
Crocon, s. m. (V. Brequa..)
Croqua, s. f., bosse, blessure. Il é tchou su lé
cadété é s'é fa na groassa croqua u fron ; on dit
aussi horla.
Crosa, en patois francisé, crase, s. f., fond d'une
faille, partie basse d'un terrain en pente.
Crossi, V. a., bercer ; à Trévoux, crossou, berceau.
(V. Crié.)
Croujoeton (A), adv., baissé, replié sur ses jarrets.
CruA, s. f., croix ; crni ou corena de saint Barnod;
(Ã Bourg, de saint Barnabe), arc-en-ciel.
Cruire, s. f., coquille de noix, de noisette.
Curiu ou queriu, adj., désireux.
Cuire, s. f . ; cutron, s. m., coussin: en Bresse,
C'ieutre, prononcez queutre.
Cutson, s. m., tas, amas.
Czena, czeni. (V. Quezena.)
DU PATOIS LYONNAIS 121
I>
Dainche, adv., en Bresse, ainsi.
Dar ou dâ, singulier masculin, faulx ; en Bugey,
fauci ou fîaci : à Montmerle et à Saint-Trivier-sur-
Moignans, na docille.
Darbon, s. m., taupe ; darbonire, galerie de taupe,
taupinée.
Darda, v. n., se sauver en dressant la queue et
les oreilles avec effroi; se dit des vaches : lé vatsé
dardon, leu tavan lez an pequo.
Barri, adverbe, derrière.
Darri, darrire, adjectif, dernier, ière. (V. p. 18.)
Dasteu, adv., bientôt; dans Tivan, scène iv, d'as-
sitou.
Bavant, prép., devant.
Bavanti, s. m., tablier à bavette; en Bresse, on
déventi : en Dombes, à Reyrieux. on branla-li-de-
vant; à Guéreins, on fedo.
Bavogné, s. f., prune.
Bavreti, adv., en Bresse, habituellement.
Bé ou din, prép., dans. Bedè, adv., dedans.
Bébarfoï. (V. Barfoïu.)
Béblondo,y. a., ôter les branches d'un arbre ou
les feuilles d'une branche.
Bébrego, v. a., déchirer; à Bourg, dévoro ou dé-
vouro ; Ã Marboz, brijo ; en Bugey (Haute ville) de-
gando. Dans Tiuan, scène x, debr-yd : Vo médébryo
tota !
122 ESSAI DE GRAMMAIRE
DécapeilU, v. a., démêler le fumier pour Tépar-
piller.
Décati, s. m., démêloir. — A Trévoux, décategni,
décotina; en Bressu, décategna, v. a,, peigner avec
un grand peigne. — On dit aussi décati, démêler la
laine d'un matelas.
Deciza, s. f., descente, du latin descendere; ne
s'emploie qu'en parlant des bateaux : Féré na déciza,
faire une tournée sur la rivière.
Défou et dihôr, adv., dehors. (V. p. 74 et 98.)
Déjingogno.Y. a., disloquer, désarticuler,
Dégabagnô, v, a., dénigrer; hresssn^dégargagne.
Dégatii,Y. a., chatouiller. Dans Tivan,on trouve,
scène iv : / son prou gatilleu, chez uti, ils sont fort
chatouilleux, ces outils.
Dégobii, v. a., vomir; en Bresse, degabo.
Delà , adv., là -bas.
Delon, demor, demacreii, etc., s. m., noms des
des jours de la semaine. (V. p. 77.)
Dépecolo. [V. Pécou.)
Dépeilli, v. a., défeuiller l'épi du mais.
Deplaï, bressan, dépleïe, v. a. , dételer les bœufs;
l'inverse d'applaï.
Déquegna, adj. des deux genres, dénourri, un
gourmand, un s.vbarite.
Derrapo, v. a., détacher, arracher, Finverse d'a)'-
rapo.
Derato, v. a., dégourdir; môme mot, adj. des deux
genres : Fouiré comon dérato, com'ina dérato, cou-
rir comme un fou, une folle.
Dérontré, v. a., défricher. (V. p. 47.) En Bresse,
DU PATOIS LYONNAIS 123
on dérontay, terre fraîchement défrichée ; à Ville-
neuve, Ars, etc., déviarro ; à Reyrieux, devierri.
Derrieu, adv., de suite. 'V. p. 60.)
Désandé, adv., tout de suite.
Désémo ou désaimo, v. a., épouvanter (étymolo.
gie : dé exprimant sortir de et aimeu.)
Despeto ou dispato. v. a., gronder, injurier.
Déssempii, v. a., mettre en désordre, en loques;
se dit des vêtements : Il è teu dessempïa.
Dessodô, V. a., surprendre, prendre à l'improviste;
bressan, dessouda ou desaimd.
Détréi, v. a., sevrer.
Détrô^ s. f., grande hache, cognée.
Deutô, V. a., enlever, ôter ; le contraire de beto.
Dévalo, s. f., descente ; devalo, v. n., descendre ;
à rapprocher du v. français avaler ; seulement
Tétymologie de ce v. ad Dallem est plus judicieuse
que celle du v. patois de valle.
Déveri, v. a., le contraire de veri; voir ce mot.
Devougré, v. a., en Bresse, égrener le maïs.
Dezé, s. m., pointe d'un aiguillon.
Dita, s. f., cruche dans laquelle on porte à boire
dansbs champs; en Bresse, on bresson, s. m.
Djomainne (prononcez djomain-ne), s. m., diman-
che ; bressan diomainne; du latin dies dommica,
jour du Seigneur.
Doïa ou doie, s. f., en Bugey, source, avec et y
compris le bassin qu'elle forme avant de s'écouler.
Douré (séj, s'affliger; de l'italien duolersi. Dans
Tivan, scène i'* : Voili-vô, :é mé don dé laboura la
terra.
124 ESSAI DE GRAMMAIRE
Douva, s. f., berge, et aussi tas de terre.
Dreuzi, dreutselli, s. m., juchoir; Ã Thoissey,
deutio.
Drôleu, drôla, adj. quai., joli, e. (V, p. 18.)
Duella, s. f., ridelles du cuvier; bressan, duallâ.
Duer, s. m., deuil. Féré leu duer, porter le deuil.
Dzalsi, s. f., boue qui s'attache au bas des vête-
ments : Liva don ta rôba, té pren la dzala!
Dzardin, s. m., jardin. (V. p. 81.)
Dzarlô ; à Trévoux, Ars, etc., dzarleu, s. m., seau
en bois.
Dzé, pron. pers., je ou nous. (V. p. 23 et suiv.)
Dzero, v. a., jurer et plus souvent blasphémer.
(V. Sacraë.J
Dzerla, s. f., cuvier; bressan, bereou braijo, s. m.
Quart on fa la bia, on la trempé dé na dzerla ; en
Bugey (Hauteville) saoudzeu.
Dzin dé, point de, aucun. (V, p. 21.)
Dzingo, v. n., remuer, gigoter; d'où gigue, danse
anglaise ?
E
Echali, s. m., passage étroit et élevé dans une
haie.
Echappeu, échappa (prononcez comme le ch alle-
mand dans reicJdicJi), adj., sauvé. (V. p. G et 78.)
Echiappo, v. a. (prononcez comme le ch allemand
dans reichlichj, fendre, mettre en éclats; à Ver-
DU PATOIS LYONNAIS 125
jon, elliapo ; même sens à peu près qu'étélo. — Ne
pas confondre avec etsapo, échapper.
Ecossou, s. m., fléau abattre le blé; en Bresse
écochea, de l'ital. scjLotere; d'où écore ou équeure,
battre au fléau. Scossa, s. f., secousse. (V. p. 79.)
Ecramailla, v. a., écraser. Dans un vieux Noël
bressan, le diable s'approche de la crèche pour voir
l'Enfant Jésus :
San José dé sa varlopa
Li foti na bardoilla
Qu'el en avé, la salopa (la sale bête)
Lou groin toi écramailla.
Egrou, s. m., héron.
Eja, adj., aisé ; moléja^ malaisé ; même désinence
au fém. qu'au masc.
Eloicli, V. n. unipersonnel, faire des éclairs : Ey
éloidé, èy eloidové; en Bresse, élédo ; ce mot manque
en français.
Embeuto, s. f., une forte poignée, ce qu'on peut
tenir avec les deux mains.
Emboï, V. a., embarrasser, gêner, faire perdre du
temps : I neuz embôié! A Ars et aux environs,
abouyé.
Embordi, v. a., éparpiller le fumier.
Emeu, s. m., esprit, adresse; sans doute du
latin anima. Voici un proverbe dont j'ignore l'ori-
gine : Se té no dzin d'émeu, va-t-in n'en queri Ã
Trévu, si tu manques d'esprit, vas en chercher Ã
Trévoux.
Enboio, encoblo, engnorso, ensorbéïa. (V. Incoblo,
ingnorso, etc.)
126 ESSAI DE GRAMMAIRE
Eiiçaplà , V. a., battre une faiilx pour l'aiiruiser;
de tsaplô ou çaplo.
Encorrl (^SV, se sauver, en vieux français s'en
courir, dans Lafontaine, le Savetier.
S'en courut chez celui qu'il ne réveillait plus.
Endourcé, s. f. pluriel, les à -dos par côté d'une
voiture ; ceux placés en arrière s'appellent adea ;
ceux en avant etiebta.
Engolura, en patois francisé engouluro, s. f. En
Bugey,diminutifde gorge, défilé, avec chemin creux.
Engreleu ouingreleu, s. m., houx ; bressan, egrelô.
Entei)eno, adj., enrhumé du cerveau.
Epanto, v. a., étonner, épouvanter; d'où peut-
être le mot néo-français épater. Espagnol, espantar;
ainsi dans Yriarte (fable : VEcureuil et le Cheval) :
Sènor mio,
D'ese brio
Ligereza y destreza.
No me espanto,
Que otro tanto
Suelo hacer y acaso mas.
Epanto s'emploie aussi comme adjectif, épou-
vanté, ée.
Epargoutô, v. a., en Bresse, arracher avec une
pioche les pieds de maïs.
Eparmô, v. a., épargner, de l'ital. risparmiare.
Etaugi a aussi le même sens.
Eparron, s. m., épara; s. m., bâton avec lequel
on serre les cordes d'une charrée de foin.
DU PATOIS LYONNAIS 127
Epeilli, V. n., écloro en parlant des oiseaux et
aussi des fleurs : Leu blo son épeilla.
Equevillé, s. m., toujours au pluriel, balayures.
Essarta, v, a., piocher ; en Bresse, courço.
Essego, v. a., tirera qui jouera le premier; l'équi-
valent manque en français.
Essubli ou essublo, v. a., oublier.
Essui, essuite, adj., sec. (V. p. 18.1
Etachetta, s. f., petit clou à large tète dont on
garnit le dessous des sabots.
Etampa,s. f., étai, étançon; etampà , v. a., soute-
nir, étayer.
Etarni, v. a., faire la litière dans une étable, du
latin sier^zere, étendre ;de la paille).
Etchoula, s. f., tuile; à Trévoux, Thoissey, etc.,
étioles; à Montrevel, tiella, etc.
Etelle, s. f., fragment de bois. D'où étélù; v. a.,
mettre du bois en ételles, le fendre.
EteiL ou itou, adv., aussi. — Proverbe : L'aimeu
est ina londze pachince , leu mariadzeu eteu , le
génie est une longue patience, le mariage aussi.
Etre. (V. Aitre.J
Etreubla, s. f., terre après la moisson, jachère. —
Etreublon, s. m., partie de la tige du blé, orge, etc.,
qui reste après la moisson.
Etrobleu, s, m., écurie.
Etsandré;k Trévoux, Villeneuve, etc., échlndre,
V. a., réchauffer.
Etsapli, s. m. enclume ; de tsaplo.
Evarvelo, v. a., mettre en mouvement : Evarvélo
leu ver.
10
128 ESSAI DE GRAMMAIRE
Evinto (S'), SG détériorer au contact de l'air :
Vtcha na boteuille mo boutdia, élé va s''évinto.
Evoladzeu, s. m., en Dombes, période pendant
laquelle les étangs sont en eau; l'autre période se
nomme Vassec.
F
Fd, s. f., foi : Il é teut à la bena fà , il est tout sans
façon, ou tout simple.
Fan, s. f., faim.
Faqua, s. f., poche; en Beaujolais et en Bresse,
cafa; Meximieux, caféta; italien, tasca.
Fardzena, Ã Bourg farda, s. f.; Ã Anse, Ars,
Villeneuve, etc., borset, s. m., besace, pannetière.
Farenô, v. n., achever de mûrir (en parlant des
fruits); farenire, bahut pour la farine; cachette où
Ton place des fruits pour les faire mûrir.
Faron, mèche, s. f. : Leva le faron du crazuer,
relever la mèche de la lampe ; à Villefranche, motse.
Farrato, v. a., ferrer le chanvre.
Farrou, s. f., verrou; du latin ferriun.
Fati, s. m., gésier, en parlant de la volaille;
bressan pati. A Ars, Montmerle, Belleville, fatire,
poche, de tablier ou d'habit.
Fauta ou fôta, s. f., quelquefois faute, plus sou-
vent besoin : Ant-i po fôta dé ma? n'a-t-on pas
besoin do moi ?
Faya, s. f., brebis. — Fajya signifie aussi une
DU PATOIS LYONNAIS 129
faille, large fente ou crevasse d'un terrain ; Ã Mont-
revel, petit tas de fumier.
Fececoua, s. f., forficule ou perce-oreilles; du lat.
fissa cauda, queue fourchue ; en Beaujolais, fortse-
coua.
Fedo, s. m., tablier. (V. Davanti.) Fedélo, s. f.,
charge d'herbes contenue dans un tablier.
Fedzeu, s. m., foie; bressan, /"e y ou; en Beaujolais,
feyeu.
Felet ou felaton, en patois francisé filet, filaton,
s. m.; en Dombes, petit brochet de la grosseur d'un
doigt.
Femétsi (on dit aussi pessigni), v. n., pleuvoir fai-
blement. A Chaneins, i femessé pour il bruine ; Ã
Sainte-Euphémie, i femassé; ailleurs é brouillasse.
Femi, s. m., fumier; — femero, s. f., purin; — femd,
V. a, ou V. n., fumer; — femire, s. f., fumée. (Ce
dernier mot est peut-être le seul en ire qui ne fasse
pas ère en français, comme font ovrire, ouvrière ;
hardzire, bergère; ledzire, légère, etc. V. p. 93.)
Féna, s. f., femme; le mot patois et le mot fran-
çais viennent l'un et l'autre du latin femina; le
premier a gardé Vn et laissé Tm; le second a gardé
Vm et laissé Vn. (V. la note 2, au bas de la p. 86.)
Feur ou fueur, s. m., four; d'où fornaï, bressan
fornaïé, cuire au four. — Fournacha, feu en plein
air pour brûler les mauvaises herbes. — Fayeu, s.
m., feu de la Saint-Jean. Celui du jour des Rois
s'appelle Bodire, et celui du premier dimanche de
carême Fauilla.
Feur-a-tchau, s. m., four à chaux; beaucoup
130 ESSAI DE GRAMMAIRE
plus employé comme adjectif : dépensier, noceur,
qui brûle son argent et sa santé comme un four
brûle la pierre,
Fiadzoula, s. f., haricot; allem. f isole; bressan
fafieula ; en Beaujolais, fiaclziile, et en Dombes,
fiadzula; du latin pJiaseolus. (Ce mot aurait dû figu-
rer dans la page 73; je l'ai oublié, ainsi que beaucoup
d'autres.) — Le français flageolet aurait-il la même
étymologie latine, ou ne serait-il que le résultat de
la définition drolatique du haricot : « musique du
pauvre ? » Je laisse à d'autres le soin de creuser
ce problème délicat.
F larda, ou fiorda, s. f., toupie : N'a fiorda bien
lancha dremé en veran, bésondé, pi trebié é s'es-
begné : Une toupie bien lancée dort en tournant,
ronfle, puis trébuche et s'échappe.
Fillôtreu, s. m,; fillotra, s. f., gendre, bru (autre
fils, autre fille).
Fin ou fain, s. f., fin; d'où feni, v. a., finir; en
Dombes on prononce fan; fain, s. m., foin, d'où
faënno, faire les foins; en Beaujolais, fan et fenarié.
Fintoiima, s. f., fantôme, mannequin posé dans
les champs pour effrayer les oiseaux,
Fivéza, s. f., fougère ; bressan, fiœuze.
Flô, s, m., nœud; Beaujolais, floc — F loquet, s.
m., nœud de rubans.
Flotta, s. f., petit écheveau.
Foliéta, s. f., petit pot à anse pour mettre du vin.
— Feliéta, futaille d'un hectolitre et quelques litres.
Foua (prononcez foâ), de l'italien fuoco, s. m.,
feu. — La foi, s. f., se dit la fa.
DU PATOIS LYONNAIS 131
Forma, s. f., fromage.
Fonneron, s, m., grosse hirondelle noire des mers
qui, en compagnie des mouettes et par des étés
très chauds, s'avance jusque dans la vallée de la
Saône, à Tépoque des moissons. Mon collaborateur
et ami M. Berthelon, qui a connu Joseph Autran,
me rappelle que le formeron est l'alcyon chanté par
le poëte marseillais :
Lorsque le souITle de l'orage
Sur les blancs contours de la plage
Roule la vague en tourbillons,
J'aime à venir sur cette rive
Ecouter votre voix plaintive.
Alcyons, tristes alcyons.
Du bord de ces grèves, couvertes
De sable humide et d'algues vertes.
Longtemps je vous poursuis de l'œil :
Hirondelles de la tourmente,
Qui, sur la mer sombre et fumante,
"Voltigez d'écueil en écueil.
Dans leurs nids d'algues et d'écume
Reposent, frêles et sans plumes,
Les tendres fruits de votre amour;
Et quand l'onde au loin vous repousse,
Ils usent leur voix faible et douce
A réclamer votre retour.
Mais, comme aux derniers jours d'automne,
Les feuilles que l'arbre abandonne
132 ESSAI DE GRAMMAIRE
S'en vont roulant sur les sillons,
Tels au souffle du vent qui passe
Vous disparaissez dans l'espace.
Alcyons, tristes alcyons!
Foron, s. m,, frangipane.
Forro, v. a., mettre : On Vé-te forro? où t'es-tu
mis? En Bresse, fourra. — Ford, avec r prononcé
comme le th anglais (v. p. 4), v. a., forer, percer.
(V. un exemple au mot Grou.)
Fosserà ou foussero, v. a., bêcher; à Chaneins,
barso.
Fotu, fotua, adj. (V. p. 18.) — En Dombes, foutu.
Fouire, v. n., courir. (V. p. 47.) — Fouire apré,
poursuivre; Ã Chaneins, cori.
Fourjo ou fourzô,Y. n., grandir, se fortifier : Leu
2Jopon frouze bien, lanorreceè brôva,; en Bresse,
froze; on dit aussi pro/iio.
Fran, adv., précisément, absolument : Fran à la
cerna, tout à fait à la cime.
Fregon, s. m., bûche; fregono, y. a., tisonner;
Bresse, fregouno.
Fréjo ou fréso, s. f., mélange de pain et de lait
caillé.
Frejoula, s. f., thym; en Beaujolais, frezolet; en
Provence, frigoula, qui a donné son nom à l'ab-
baye de Frigolet (dont j'ai chanté le siège héroi-
comique).
Frema, s. f., frime, faux semblant ; du latin forma;
en patois francisé frime.
Fremïi, Dombes fremié, v. n., éprouver une
DU PATOIS LYONNAIS 133
démangeaison comme celle que causerait une inva-
sion de fourmis : Teu leu côrmé fremié.
FrepsL, s. f., franges de bœufs; n'est guère em-
ployé qu'au pluriel frepé.
Frequétà ou friquéta, s. f. et adj., coquette.
Freson, s. m., copeaux fins de menuisier ; boucle
de cheveux ; d'où fresi, v. a., friser.
Fricot, s. m., plat de viande; s'il n'y entre pas
de viande on dit pedance.
Fromaille^ s. f., dragée; en Dombes centrale, fre-
meille.
Fromodi ou fromodjé, v. a., nettoyer une écurie-
Frouille, s. f., fraude; frouilli, v. a., frauder;
frouillon, s. m., fraudeur. Tous ces mots ont droit
de cité à Lyon, Villefranche, Bourg, dans le langage
populaire.
G
Gabélau, s. m., escabeau, du latin scabellum
(oublié à la page 75),
Gaboï, V. a., pétrir, écraser. D'où gabôïe, s. f.,
boue; bressan, gabouille.
Gadrouba, s. f., armoire à deux portes (sans doute
de garde-robe I. — L'armoire à une porte s'appelle
armée.
Gaicher, v. a., en Dombes, gâche; en Bresse,
patauger dans l'eau ou dans la boue.
Galavor, adj., voyou, fainéant, propre à rien; en
Beaujolais, galvoudi.
134 ESSAI DE GRAMMAIRE
Gandouze, s. f., ce qu'on extrait des lieux d'ai-
sance; d'où gandouzi, s. m., manœuvre qui s'oc-
cupe de ces matières, et gandouzà ,Y.a., les transpor-
ter, les répandre sur les prés ou ailleurs. — A Feil-
lens, Manziat, etc., ma.rga.ne.
Ganepeu, ganepa, adj., sale, sans soin : Ah! ga-
nepa, avisa don corné te Vaigué ! étymologie gâcher
et nippe.
Garcenire, adj. ou subst. fém., fille qui est tou-
jours avec les garçons, ou qui a des manières trop
masculines. De Là probablement gorça, diminutit
pour la longueur du mot, mais augmentatif pour le
sens. (V. p. 19.)
Gargofô, V. a.,boire souvent; d'oi^i g ar g ot a, cahon-
lot, auberge borgne, et gargotl, ire, en patois fran-
cisé gargotier, ière,
Garro, s. m., gros bâton, trique, d'où le français a
fait garotter. — Il a pour diminutif garratson ou
garratchon : Té vu pô obaï ? gora le garratson !
Garuda, s. f., grosse guêtre, savate; d'où l'ad-
jectif ryararri, garudire, traineur de savate, malpro-
pre. (V. p. 19.) — En Bresse, gareiida.
Gaubeu, gauba, adj., gauche. (V. Begouti.J
Gaudé, s. f., pluriel, gaudes, bouillie de farine de
mais; du latin gaudium, joie, plur. gaudia, parce
que les gaudes sont la joie des Bressans (je donne
cette étymologie pour ce qu'elle vaut; on la trou-
vera probablement plus ingénieuse que vraisembla-
ble). — En Bresse, po; en Piémont, jjolenta.
Gaunà , v. pronominal, habiller, ajuster : Que Vé
don ma gauno !
DU PATOIS LYONNAIS 135
Gicha, zichà ou dzichà , s. f., jet de seringue.
Gicho, zicho ou dzicho, v. n., jaillir avec force; en
patois francisé, gicler; dans le sens actif, lancer
avec force. — Dé gicha. ou dé dzicha (à Marboz dé
zeffa), adv., comme un jet de seringue, horizonta-
lement. (V. la lettre 0.)
Gnafreu, gnafron, s. m., savetier. — Sur la scène
populaire lyonnaise, Gnafron personnifié est le
camarade habituel de Guignol.
Godèla, s. f., blé à épi carré.
Gognan, gognanda, adj. quai., paresseux; dans
Tivan, se. x, gonin, niais, encore usité dans ce sens
en Beaujolais.
Goifon, s. m., goujon.
Gôla, s. f., gueule. (V. p. lS.) — Golet, s. m., trou.
— Gueula, V. n., pousser les hauts cris.
Gôpian, s. m., employé d'octroi, rat de cave. —
Ce mot vient probablement du grand nombre de
ces employés originaires de Gap ou des Hautes-
Alpes.
Gor, s. m., goufre dans une rivière, l'endroit où
Teau est profonde et dormante : Méfia-té du gôr, té
vé enfonço !
Gorça. ou garce, s. f., femme de mauvaise vie ; ce
mot est réputé malhonnête et grossier ainsi que son
synonyme puta.
Gorna. ou grema,s. f., grain de raisin. — Dégonio,
V. a., faire tomber les grains.
Gog, s. m., couperet pour couper et hacher la
viande, les herbes, etc.; goya, goyôrda, s. f., serpe,
serpette : A'a goyorda est ina groussa goya. — En
136 ESSAI DE GRAMMAIRE
Bresse, le goy sert à couper les branches des arbres :
Emouto na tronshe avoué on goy.
Grabd, s. m., balouffe, ce qui reste du blé quand
on l'a vanné ; en Bresse on dit vaïeula et aussi
grapi; à Chaneins et Genouilleux, balu. — Grabotô,
V. a., fouiller dans le grabo; d'où grabotou, s. m,,
instrument à remuer les cendres.
Grabolet, s. m., crapaud.
Grafe, s. m., en Bresse, gaufre (mot masculin en
patois, féminin en français) ; en Dombes, gafrd.
Grafeno, v. a., égratigner; Beaujolais, graffegné;
de l'ital. sgraffîare.
Gramotô, v. n., grommeler, parler sans desserrer
les dents; bressan, remeld, marmouto.
Grand, granda, adj. quai., grand, de. S'emploie
aussi comme substantif en sous-entendant pore,
more et signifie grand-père, grand'mère. Mon viu
gran et ma vieille granta, qu'ayan viu la Revolu-
chon, se ségnovon quan il entindjan le nom dé
Robespierre.
Grani, s. m., grenier; du lat. granarium. — Grand
ou greno, v. n., grainer. — Dégrand, v. a., égrener.
— A Chaneins, greni; axiome agricole cité par
M. Berthelon : Leu grenï à blo du cultivateur son
dé sez etroblé.
Grappa, s. f., fourche à feu (Montre vel, Saint-
Martin-le-Châtel). Phrase dans cet idiome : Leu viô
axjan dé grappe crusé que leuz y sarvian dé souliet,
les anciens avaient des grappes creuses (tubulaires)
qui leur servaient de soufflets.
Grasemolô, gratamiolo et gratamiono, v. a.,
DU PATOIS LYONNAIS 137
glaner, mais en parlant de la vigne ; en bressan,
gramouto. De là le subst. grasemolou, chercheur
de raisins oubliés. — En Beaujolais, grasemotô; en
Bresse et en Bugey, grumatd.
Gratamionô, s. m. et verbe ; dans le canton de
Trévoux, goûter de quatre heures.
Grattacu^ s. m., fruit de l'églantier; en patois
francisé, grattecul ; également pélélou.
Greffolu, usa, adj., raboteux, euse.
Grefo, Y. a., étriller, de grefa, s. f., étrille; une
légère nuance distingue ces mots des suivants :
gréfô, greffer, et grifo, griffer.
Grefondo, s. f., averse (Montmerle, Chaneins, etc.).
Greléta, s. f., en Bresse et Dombes, petit sceau Ã
traire les vaches; à Couzon, on trésou.
Gre^ô, V. n., trembler; même racine que grollo ;
de là aussi en français greloter.
Grenérau, s. m,, corruption de dzénérau, général;
s'emploie dans un sens ironique et signifie pauvre
diable, infime personnage; en Beaujolais, grelu.
Gretô, V. a., bercer. (V. Grossi.)
Greva ou grivo, v. a., peiner : Y me grevé, cela
me fait du chagrin. (Tivan, se. iv.) En anglais, it
grieves me.
Grôba, s. f., bûche de bois; en bressan, grouba.
Grobon, s. m., beignet. (V. Bugne.) — En Dombes,
ce mot a également le sens de grôba.
Groille, s. f., corbeau : V'tcha leu frâ, le gj^oillé
arrevon.
Grolla, s. f., vieille chaussure ; d'où traîna-grolla,
traîneur de savates.
138 ESSAI DE GRAMMAIRE
Grolld, V. a., secouer. (V. p. 79.)
Gromelo ou gromèle, s. m., chiendent.
Grou, adv., très, beaucoup. (V. p. 60.) — Proverbe :
Grou fort est l'oineu pachen;
Corné dejan leuz anchen :
Leu riu trouvé sa rota
A fource de la tsortsi;
L'aiguë que tsé gola à gota
Foré le mé dur rotsi.
Groud, V. a,, couver.
Gueille, s. f., boue; gueuilla, adj., boueux,
Gueuto, s. m. ou verbe, dîner; s'emploie surtout
en Bresse.
Guignol, adj., farceur; pris substantivement ce
mot personnifie le Polichinelle lyonnais. L'adjectif
guignolant signifie désagréable, sciant, insupporta-
ble.
Guillon ou guelion, s. m., petite cheville en bois
pour boucher un trou fait dans un tonneau avec
une percerette.
Guinguelion, s. m., appendice qui pend aux chè-
vres sous le menton; gland de bonnet de nuit. —
Guinguelienô, v. n., s'agiter, en parlant d'un gland.
Gû, s. m., train ou caravane de glisseurs sur la
glace : Leu drôleu gu que dzé féjan dépi la Crui de
l'Ecoran tan qu'u Trâveu de Cozon! Décou dz'échan
quinze tsaréti insin. Dé t?,oqué là dé sa tsoréta, tso-
quion prenié lé tsambé dé chi que leu suivie. Netré
suer ou bin d'otré fille po pouarusé, se chétovon su
netreu dzénou; é gora dé davan ! le gu passové com
on tené7'eu; à moins que teu trambutsessé u biau
DU PATOIS LYONNAIS 139
mâtin dé la décentà . Alor chique rije, chaque bor-
love, tui pioillovon é se ramassovonupreviteu,elleu
é lu tsay^eté, périmètre po bronco pé chieuqué ai^evo-
von, co la colire ne clésemplové pô. E on remontové
vô la Crui, en se secoïant dé la néclze, é on refejé leu
rju. Ah ! qu'è fa bon être dzouneu !
Les jolies caravanes que nous faisions depuis la
Croix de l'Ecoran jusqu'au Trêve de Couzon! Des
fois nous étions quinze charretiers ensemble. De
chaque côté de son traîneau chacun prenait les
jambes de celui qui le suivait. Nos soeurs ou d'au-
tres filles pas peureuses s'asseyaient sur nos genoux;
et gare de devant ! le train passait comme un ton-
nerre, à moins que tout ne culbutât au beau milieu
de la descente. Alors celui-ci riait, celle-là pleurait,
tous criaient et se ramassaient au plus vite, eux et
leurs traîneaux, pour n'être pas tamponnés par ceux
qui arrivaient, car la glissoire ne désemplissait pas.
Et on remontait vers la Croix, en se secouant de la
neige, et Ion reformait le train. Ah ! qu'il fait bon
être jeune!
Guintsi, v. a., regarder à la dérobée, épier;
guintse, s. f., regard timide ou furtif (anglais,
glancej. — En Bresse et Dombes, guéto ou guétié,
regarder. Phrase dans l'idiome de Chaneins : Qu'Ã
te a me guétié qu'min cin ? — On tsan avisé ban
n'évêque. Qu'as-tu à me regarder ainsi ? — Un chien
regarde bien un évèque.
140 ESSAI DE GRAMMAIRE
H
Harba, dé csirbon, s. f., hellébore vert, plante
employée pour broutsi les vaches, pour leur mettre
un séton.
Hardi ! exclamation, allons ! courage !
Harmetera, en patois francisé hermiture, s. f,,
terrain devenu vague. — Dombes, vaqua; Beaujo-
lais, vacible.
Hepa, s. f., huppe.
Hever, s. m., hiver. — Dans la Dombes, le long de
la Saône, hevar. — La phrase suivante est de Cha-
neins : N' hevar se é pedrd inresse leu paysan, un
hiver sec et poudreux enrichit le paysan.
Hiaut, hiauta, adj. quai., haut, haute,
Hommeu, homme, mari : El a jiardu sen omeu.
Hutin ou hautain, s. m., ceps de vignes alignés
dans une terre : Na terra hutenô, une terre ayant
des alignements de vignes. — A Chaneins , de
z'hanetan : Leu phylloxéra ne fapo grou mouz hane-
tan bén espaço, le phylloxéra ne fait pas grand mal
aux ceps très espacés.
/ ou Y, pron. pers. indéfini. (V. p. 23 et 28.) — En
Beaujolais, pron. pers. de sens neutre qui se rend
à Couzon par è (allem. es, angl. it, français popu-
laire ça). Exemples : Il pleut, Couzon è plô, Ville-
DU PATOIS LYONNAIS 141
franche-sur-Saône i plô, Quincieux, Chazay ô plô.
lieu, subst., huile; mot fém. en français, masc.
en patois.
Imboccd, V. a., nourrir. (V. p. 78.) Se dit surtout
de la volaille qu'on force à manger * .
Imbottô, V. n., enfoncer dans la boue ou la terre
humide : Possa en au du tsemin, è y imbôtté trô
dé l'en-ho, passe en haut du chemin, on enfonce
trop dans le bas.
Incoblà , V. a., entraver; s'incoblà , v. n., trébu-
cher.
Incrotto, V. a., enfouir, mettre dans un creux.
Indremou, s. m., endormeur, enjôleur (Chaneins,
indremo). — Indremi, adj., endormi, mou.
Ingnorsô, adj. quai, des deux genres, niais, un
peu fou.
Ingreleu, s. m., houx.
Ingrindzi, v. a., éparpiller, élargir : En chortan
lapatta dé son dâ blécha, il a ingrindja son mo, en
ôtant la bande de son doigt blessé, il a élargi son
mal; peut-être d'agrandir?
Inmangono, v, a,, emmancher.
Innebleu, adj., obscur; du latin in nebulâ. (Oublié
à la p. 74.)
Insin, adv., ensemble; Beaujolais, inso/i; ital.,
insieme.
Insorbéya ou ensorbéija, adj. quai, (même termi-
naison au masc. qu'au fém. et au sing, qu'au plur.);
entêté, qui ne comprend pas.
* Prononcez in-bocco, in-botto, in-coblo, etc., jusqu'à in-loï.
142 ESSAI DE GRAMMAIRE
hitoï, V. a., introduire, enfermer un objet dans
un meuble, du latin intus; bressan, étoïé.
Ique, adv., ici. (V. p. 60, 72, et pour la prononcia-
tion p. 5.) — En Beaujolais, iqui; Dombes, itié.
Itou, éteu, adv,, aussi.
Jù, s. m., œil, yeux ; en Bressan, zhu : Leujn du
maitré fan pussà lé salade, les yeux du maître font
pousser les salades. — Il a dedja quatreu ju, il a
déjà quatre yeux (il porte déjà lunettes).
Lain-na, s. f., alêne.
Lardô, s. f., coups de poings, raclée.
Larmouize ou larmize, petit lézard gris.
Lâssi, V. a., laisser; ne pas confondre avec lotsi,
lâcher. — Pour lécher on dit lechiô.
Lâtcha, s. f., petit-lait issu du fromage.
Le, adv., loin; pe^'' le, là -bas, par là -bas; Beaujo-
lais, là , pre-lk.
Legni ou lugni, s. m., du latin lignum; en Bresse
et en Bugey,le tas de bois empilé sous le tectum ou
avant-toit appelé té; en Dombes, luni et llni. (Encore
des mots latins oubliés p. 74.)
Lentebardano (Se) (V. Réfléchi.), marcher pares-
seusement; s'avilir, s'aplatir comme une punaise.
(V. bardane.)
DU PATOIS LYONNAIS 143
Lia, s. f., une demi-journée de travail faite avec
des bœufs.
Liafro, s. f., soufflet.
Liapoto, V. n., lapper, en parlant diin chien.
Lié, lior. (V, Ye, Yor.)
Liéno, V. a., glaner.
Liéta, s. f., tiroir; en Beaujolais, laïetta.
Linchu, s. m., drap do lit; bressan, lançu : Né faut,
ôpo clé blaudé é de lançu ? (Tivan, se. m.)
Livra, s. f., lièvre; également livre, demi-kilo.
Lô, s. m., côté. (V. p. 74 et 91.1
Lôdi, s. m., couverture de lit piquée.
Lomou, lover, adv., là -haut, là -bas. (V. p. 60.)
Ldna, en patois francisà © lôsne, s. f., bras de
rivière qui reste à sec aux basses eaux.
Lordena. s. f., mésange : Sin lé lordené, lé tsanié
mindzerian teulé lé recorté.
Lossa! interjection. (V. p. 64.)
.^t
Ma, pron. pers., moi. — Ma, s. m., mois. — Ma
ou mai, s. m., mois de mai. — Petit arbre fraîche-
ment coupé, orné de rubans, que les enfants pro-
mènent de porte en porte, le 1" mai, en chantant
la venue du printemps. Singulier était le refrain
traditionnel, moitié patois, moitié français; je l'ai
chanté, moi aussi, comme les camarades — parmi
lesquels mon collaborateur et ami M. Rémond
11
144 ESSAI DE GRAMMAIRE
aillé — je l'ai chanté sans le comprendre, et j'avoue
qu'aujourd'hui je ne le comprends pas davantage :
Tsanta viva! véni va,
Vtcha leu dzouli ma dé ma;
Saint Pierre qui prie;
Saint Pierre, priez pour moi.
Pour la Vierge Marie!
Mais ce que nous comprenions bien, c'étaient les
sous et les œufs que les ménagères nous donnaient ;
les unes (nos mères ou nos tantes), pour nous encou-
rager, les autres pour se débarrasser de notre tapa-
geuse présence; c'était surtout la colossale omelette
qui terminait la bruyante promenade du ma.
Ma ou mas, s. m., hameau.
Magna, mingnat ou maigna, s. m., jeune garçon,
mais seulement en parlant des domestiques.
Maître, s. m., maître : Allô à maître, aller en
service (chez un maître). Buto-le à maître. (Tivan,
se. m.) — Leu maître, adj., le plus fort. Un voya-
geur à un berger : Dis-moi, petit, quel est le maître
de ces cochons (un Dombiste bien appris n'aurait
pas manqué d'ajouter : en parlant par respect).
Réponse du berger, dans le dialecte de Chaneins :
y lo grou nâ, y sô que bat tui louz otreu u basset,
c'est le gros noir, c'est lui qui bat tous les autres au
bachat.
Malin, malena, adj. quai., méchant. (V. p. 19.1
Mami, s. m., contraction de men'ami, mon ami;
ce mot répond aussi à garçon ou citoyen dans un
sens ironique : N'en vtcha yon drôleu dé mami, en
voilà un drôle de citoyen !
DU PATOIS LYONNAIS 145
Mangueu, s. m., manche d'un instrument ; mantse,
s. f., manche dhabit.
Maneveu, adv., complètement. (V. p. 60.)
Marain ou inérin, s. m., débris de démolition.
Marre, adj., calcaire.
Marcorô (Se), y. réfl., se faire du mauvais sang, se
donnerpeur: Oh! ilébeii tvanqucleu, isémarcourépô!
Margot, s. f., pie.
Marletse, s. f., morue.
Marli, s. m., marguiller; on dit aussi maniï.
Marlou ou raarlan, s. m., perruquier.
Mâson, s. f., maison. En Bresse, dans un sens
plus restreint, chambre principale, où se trouve la
grande table. La pièce où se trouvent le poêle et
les lits s'appelle diambra.
Marva, s. f., mauve.
Malafan, s. m., crêpe; on dit aussi quelquefois
en français matefaim. iV. p. 81.)
Mâtin, s. m., milieu : U biau mâtin dé la revire,
au beau milieu de la rivière. En Bresse, moëtan.
à Tarare, Saint-Symphorien-le-Chà teau, l'Ai-bresle,
mitan. En Beaujolais, moitin. — Matin, avec a bref
et sans accent, matin.
Maton, s. m., marc, résidu d'une pressée d'huile.
Maîya,s.f.,meule de blé. — Mayor, s. m.,gerbier.
Mazua, s. f., fourmi : On ni dé mazué, un nid de
fourmis. — En Beaujolais, na môzeuï; en Bresse,
na frémi.
Mé, adv., plus. (V. p. 59.) Probablement de l'alle-
mand mehr. — Conjonction, mais. — Dans le pays
de Gex, pron. pers., moi.
146 ESSAI DE GRAMMAIRE
Mé, s. f., pétrin, en Bresse.
Mécli, s. m., néflier; média, s. f., nèfle ; Chaneins,
mépli.
Mognôta, s. f., salade qu'on appelle en Beaujolais
et en Bresse levretta; Ã Lyon, doucette, levrette
ou blanchette, et à Paris, mâche.
Mé)né ou mamô, v. a., usité en Bresse, embrasser.
Menétro, y. a., présenter, servir ; du lat. minis-
trare. Menétro-vea le deinno? Servez-vous le dîner?
Meniso, v. a,, couper en menus morceaux.
Mérainna ou mérenda, s. f., i'après-dinée (pro-
noncez merain-na).
Merando, v. n., troisième repas en été; on dit
aussi fére laméranda. (Pour la prononciation, v. p. 4.)
Mevi, V, n., mourir. (Pour la prononciation, v. p. 4.)
Mesi, V. n., moisir.
Miand^miaounô, enDombes,mia?TO,v.n., miauler.
Midzeur, s. m., midi. — Miné, s. f., minuit.
Million, s. m., petite pierre; en Dombes, plâtras,
débris de vieux mur.
Minon, s. m., fleur du noisetier, chaton. — Ce mot
également personnifie le chat ; en français, Minet.
Su leu brondjau tsante on ronsegnolet.
Minon dessô miaoune : m ami, tsantrnnequeu.
Dévala don vô ma, vin, fait que dze té bequeu;
Te m'o tan fa plasi pé teu drûleu coplet !
L'ajau se lassi tsaré, é Minon din se patte
L'aggrepi désandé, li copi leu sifflet.
Méfîo veu dé qui vo flatté '.
* Ceci est la traduction libre d'une des fables enfantines du Fabu-
liste Chrétien :
Minet dit au serin : Descends de ton perchoir.
Descends que je t'embrasse, ô le plus beaux des êtres !
Dans les griffes du chat l'oiseau se laisse choir;
Minet lui tord le cou. — Les flatteurs sont des traîtres.
DU PATOIS LYONNAIS 147
Mô, S. m. iprononcé ouvert et très grave), mot;
prononcé aigu ma, il est tantôt substantif masc,
tantôt adv. : mal. — Deré dé rao à quoquion, insul-
ter quelqu'un, répond exactement au latin maie
clicere, d'où en français maudire; — s. f., pétrin (o
bref) .
Modo, V. n., partir; seul usité dans ce sens, il y a
seulement vingt ans.
Mol-effa, adj., étonné, mot indéclinable qui ne
s'emploie qu'avec une négation : Dze né si pô mol
effa qu'i m'aijé dévend. Je ne suis pas surpris qu'il
m'ait deviné.
Moléjà , adj. (V. Eja.)
Moleu ou mouleu, s. f., ancienne mesure de bois
à brûler; environ 2 stères 1/4. — Môleu, adj., mâle.
Molire, s. f., coussin de paille que l'on met devant
la tête des bœufs attelés.
Molon, s. m., mie : El né mendzé que dé molon,
dzin dé croula.
Molor, en pato's francisé molard, s. m., bosselure
de terrain, moins qu'un monticule. Ce mot s'emploie
aussi comme adjectif : On prô en hiautu s appelé
prô molor.
Mondeu, s. m., quelquefois monde, mais plus
souvent gens, et alors on met au pluriel le verbe
dont il est sujet : Ponrre'i mondeu ! pauvres gens !
Len }nondoH. son l>in malin, les gens sont bien
méchants.
Monda, V. a., nettoyer. iV. p. 74.)
Moniau ou mogniau, s. m., moineau.
Morain-na, s. f., ver2:e.
148 ESSAI DE GRAMMAIRE
Mordzon. s. m., gland d'un bonnet, queue.
Môre^ s. f., mère. (V. p. 4.) Aujourd'hui on dit
méré.
Mornicha ou morvèla, s. f., écoulement du nez.
Morniftô, s. f., soufflet donné du revers de la
main.
Moii-a, s. f., museau d'un animal.
Mandela, s. f., macreuse, gibier noir très commun
sur les étangs des Domb^'S.
Motsè, s. m., touffe, bout de branche : On grou
motsè dé cerise.
Mou, mola, adj., mou, molle. — Mou, moura,, adj.,
mûr, mûre. Bresse, Moœu, Moœura.
Mouet, s. m., tas, amas; Beaujolais, mouar. (V.
Ciitson.)
Moulasse, s. f., plaque de fonte, formant le fond
de Tâtre; on dit aussi bretagne.
Moula, V. a., lâcher; du lat. mollis : Tin bon la
courda, moula po ! Tiens bien la corde, ne la lâche
pas! (V. p. 79.)
Mourla, s. f., instrument de musique des plus
primitifs, formé d'un petit cadre métallique au
centre duquel est adaptée une languette ter-
minée par un crochet, qu'on se met entre les
lèvres et qu'on fait vibrer. — En Bresse, na
gronda.
Mourna, s. f., mirliton. — En Bombes, bour-
donnement confus de ces essaims d'insectes
presque invisibles qu'on entend l'été, dans les
champs , surtout aux approches du crépuscule.
— En Bresse, bout ferré d'un bâton, fer plat et
DU PATOIS LYONNAIS 149
soudé dont on entoure un manche pour le con-
solider.
IV
Na ou ina, adj. numéral, un, une. (V. p. 15.)
Nâ, nâre, adj., noir, noire.
Nâsi, en bressan naise, y. a., rouir le chanvre,
probablement de naï, v. a., noyer.
Neii (prononcez ninj, pron. pers., en, signifiant
de lui, d'elle, d'eux, de ceci, de cela, de là : Bailli
me n'en, donnez m'en ; italien, date me ne.
Nerta, s. f., myrthe.
Neu, adv., non.
Neurin, s. m., petit porc; du latin, nutrire, nour-
rir; fort usité en Bresse et en Dombes.
Niaco, s. f., coup de dent; v. a., mordre,
Nion, pron. adj., aucun, personne.
Nomple, adv., aussi : ma nomple, moi aussi;
ta nomple, toi aussi.
Non, s. m., nom; avan-non ou prenon, s. m.,
prénom. Ces mots, trop français, ne figure-
raient point ici , s'ils ne me fournissaient
l'occasion de quelques souvenirs aiiecdotiques
locaux.
Corné lé mode tsa}i,dzon ! Qitan dz'étchahi pete, la
mâtcha dé le féné port'lvon dé non que fen;itchn.n
en on : La Sezon iSuzannei, la Françon (Françoise),
la Nanon (Annej,?a Dzoneton (Jeannette), la Parnon
150 ESSAI DE GRAMMAIRE
(Pierrette ou Pernette), la Marion (Marie), la. Moclé-
lon (Madeleine) , la Nison (Denise) , la Fancho7i
(Françoise ou Fanchette), la Margoton ou Goton
(Marguerite), etc.
Je crois pouvoir mo dispenser de traduire cette
phrase en français, mais je traduirai la suivante :
Tai cheuz on parâtson voré grossi , rede-
queleu; eh bln non, i n'y étclian po, vo poï me
nen craré; é quan, Ir. djornainné, la Goton ou
hén la Françon passnvon avoua lu ju pétillan
sô lu coiffé blantsé, é lu taille rohesta é prema sô
leu motseu rodzeu et soleu davanti gôrdze de
'pindzon , dze vo fo mon billet que nion né
sondzové à se borlo d'èlé. Ey étché èlé pretou que
neuz en féjan dé teuté lé façon.
Tous ces on paraisseiit maintenant grossiers,
ridicules. Eh bien non, ils ne l'étaient pas, vous
pouvez m'en croire ; et quand les dimanches, la
Goton ou la Françon passaient avec leurs yeux
pétillant sous leur coiffe blanche, et leur taille
robuste et svelte sous leur mouchoir rouge et sous
leur tablier gorge de pigeon, je vous donne ma
parole que nul ne songeait à se moquer d'elles.
C'étaient elles plutôt qui nous en faisaient de toutes
les façons. (V. Sôbrequé.J
iVai, s. f., noix.
o
0, pron. pers, s'emploie à Quincieux, Anse, Chazay
DU PATOIS LYONNAIS 151
pour il, qui se rend à Couzon par è, et à Villefranche-
sur-Saône par i. fau, il faut, au lieu de è fâu ou i
fau. Phrase entendue à Quincieux : Avezo va s'o
plô d'à inqusL, o s'o plô dé zicha, regardez s'il pleut
(le haut en bas ou s'il pleut par travers.
Oca ou hôca, s. f., hotte.
Ogné, s. f., coups de billes qui, entre enfants, se
donnent sur les doigts à celui qui a perdu la partie.
Oilla ou euille, s. f., en Bresse : 1° aiguille ; 2° le
fil engage dans une aiguille, aiguillée; 3° aiguillon.
— Oillon, signifie aussi aiguillon, avec cette diffé-
rence que Voillon n'a pas à sa base la petite houlette
en fer qu'on appelle on dezé.
Ola, s. f., marmite, du latin olla; Dombes, oèla;
Bugey, oula.
Omerele, s. f.. en Dombes, camomille puante,
plante parasite presque indestructible dans les
champs de blé.
On et onque, adv., où ? — D'on et d'onque, adv.,
d'où? (V. p. 59.) — On via quero (curé) dejé : Quan
dzé vaïeu dé men eïze (église), lé djomainné, u lieu
duz anchen davanti d'iîidjéna (tabliers d'indienne)
et du bonne dé tulle blan, tan dé robe dé soie é dé
tsapiau chéri ;fleuris) dé teuté lé colu, dzé mé déman-
deu : On don que son leu pouvreu? Mai quan, la
messe fenia, dzé coateu Voffranda, dze mé déman-
deu : On don q\ié son leu retseu ?
OnchéjS. m., oncle. (V. p. 74.)
Oneu, s. m., à ne; d'où ônô, la charge d'un cane,
une ânée de vin. Dans Tivan, scène m : On onéron,
152 ESSAI DE GRAMMAIRE
une petite ânée. — A Bourg, Vono servait aussi pour
le blé et équivalait à 3 hectolitres.
Orva, s. f., étincelle.
Ou, s. m., os : Y él in liurlabarlu, i baïé l'ou h
tsevau é Vaveinna u Isin; c'est un étourdi, il donne
Tos au cheval et l'avoine au chien; en Beaujolais,
our.
Oua, adv., oui. (V. voua.)
Oui (prononcez î)oîuj, adv., aujourd'hui. (V. p. 60.)
Oulevetta, s. f., oeillette; d'ouleva, olive.
Outà , s. m., autel : Leu prètré clâ vivre de l'outo é
le sordô dé son sôbreu.
Ouvô, Y. a., pondre. — Ouvire, s. f., panier où les
poules pondent.
Ouvra, s. f., ouvrage ; Beaujolais, uvra.
Ovri, s. m.; ovrire, s. f., ouvrier, ouvrière. — Ne
pas confondre avec ouvri, v. a., ouvrir; cependant
en Dombes, pour ouvrir on dit uvri.
Oyasse, s. f., pie; Dombes, ouyesse.
Pâchau ou péchou, s. m., échalas de vigne.
Paclo, s. m., pois loup on lupin.
Pai ou pa, s. m., chevelure (du latin pilus. V.
Prin). — Pâ signifie également poids et pois.
Paléfa, s. f., petite pelle ; la grosso se dit pnln.
Pallou, s. m., en Dombes chintre, généralement
plus large que la chintre de Bresse.
Palosson, s. m., échelon (à Guéreins).
DU PATOIS LYONNAIS 153
Pana, s. f., guenille, torchon — Pana, adj., réduit
à la misère. — Panossa, adj. quai., lâche. — Panô,
s. f., soufflet, raclée, forte correction. — Panô, v.a.,
essuyer : Pano la trobla (du latin payinusj.
Panel, s. m., en Bresse, maïs. — Panouillon, s.
m., épi de maïs. — Panouille, s. m., le même épi,
mais dégarni de ses grains. — Panesset,s. m., paille
du maïs. — A Couzon et en Beaujolais, panaidlle,
s. f., panais sauvage , plante qui , cultivée, est de-
venue la paslonade blanche.
Paqué, s. m., paquet; les médisants sont qualifiés
de rappourta-paqué ou fésou dé paqué.
Parca, s. f., cuscute, plante parasite redoutable
dans les champs de trèfle. — A Montmerle et Mont-
ceaux, dé rouessé.
Pitre, s. f., poire. — Pûrl, s. m., poirier. — Paria,
confiture de poires. (Pour la prononciation, v. p. 4.)
Pare a bon Dju, s. f., poire à bon Dieu, fruit de
l'aubépine .
Pare, s. m., mur, ou para, s. f. (V. 74 et, pour la
prononciation, p. 4.)
Parfon, s. m., pieu pour faire une clôture; se dit
en Bugey.
Parô, V. a., prévenir, éviter, faire dévier : Paro
on mauve cou.
Parou, s. m., branche à fruit. (V. p. 74.1
Parvéla, s. f., épervier, oiseau de proie; épervier,
engin de pèche, se dit éparvi.
Passenada, s. f., carotte; en Beaujolais et en
Bombes, paslonade.
Pata, chiffon ; en patois francisé, patte ; pati, chif-
154 ESSAI DE GRAMMAIRE
fonnier; pntlre, chiffonnière. (V. p. 80. — Pâte se
(lit pnta et patte patta.]
Pâté, patéta, adj., lent, traînard.
Pairegot , s. m., besogne, occupation et aussi
commérage. — Patregotô, v. a., brasser, remuer;
faire des cancans.
Patroïe, s. f., boue. —Patroï, v. n. : Com'è patroïé
sti voui ! quelle boue il fait aujourd'hui! (V. p. 81.)
— Les Bressans disent gueuille.
Patta, s. f., tussillage, pas d'âne.
Pebleu, s. m., peuplier. — Pepleu, s. m., peuple.
Ces deux mots sont identiques en latin, si ce n'est
que populus, peuplier, est féminin, et popuîws, peu-
ple, masculin. Epigramme :
Dzé vo derain se pepleu vin dé pebleu
Ou ben se pebleu vin dé pepleu
Se dzé saïain, du dou, lequol é nié mobeleu '.
Pécou ou jjicou, S. m., pédoncule ou pédicelle,
queue qui porte un fruit ou une fleur: On j)écou clé
cerise; — pied du panais ou mais,— Dépecolo,x. a.,
ôter les pécou.
Pedance ou. pedancho, tout ce qui se mange avec
le pain ; s'apedanci. — Bourg , s'apedanche ( v.
Refl.) se rationner en fait do pitance et se rattraper
sur le pain.
Pedja, s. f., pitié; bressan, pedia.
Peillé, s. m., bavette ou tablier d'enfant; en Beau-
' Dans i;es trois vers la rime est féminine, l'accent portant sur l'e
muet lie ravant-dernière syllalie.
DU PATOIS LYONNAIS 155
Jolais, 2^il^é. — Peilleré, s. m., tablier de peau en
usage en Bresse.
Pela, s. f., sauvageon à greffer.
Pelosse, s. f., prunelle, prune des haies; d'où
pelossi, s. m., prunelier.
Pèlo, s. m., omelette; a vieilli; pourtant se dit
encore en Bugey.
Pénecha, s. f., petit millet sauvage.
Penon, s. m. (V. Bardana.)
Pequa (dé) ou dépiqua, ad v., verticalement, à pic.
Péraje, s. f., paresse; perajii, usa, paresseux
euse : Y est on péraju, i tsortse d'ouvra é prié Dju
dé n'en dzin trovà . — En Beaujolais, perazou, ousa.
Péri (Se), se suicider.
Périra. (V. Pira.J
Persaï, s. m., pêcher ; pertse, s. f., pèche. (V.p.74.)
Petafenô.Y. a., gaspiller, abîmer : I petafène seu
ijor. Probablement du français faire petite fin. Dans
Tivan, scène m, on trouve : To bétré à putafin,
tout saccager.
Pétassi, V. a., raccommoder (une étoffe); Bas-
Beaujolais, petéché; Haut-Beaujolais, remindo;
Bresse, remando.
Petregni, v. a,, pétrir à fond : 0-te assé petregna
la terra, la pôta ?
Pétsérie ou pêcherie, s. f., en Bombes, fossé inté-
rieur d'un étang, où le poisson se réfugie et se
laisse forcément prendre quand on fait écouler les
eaux.
Petu, s. m., putois.
Pétui, s. m., cerisier sauvage, bois de Sainte-
156 ESSAI DE GRAMMAIRE
Lucie, ce qu'on appelle en botanique cerasus Mafia-
leh : E gnk dé pétui que de leu tarrain marre (calcai-
res) ; vô n'en trovériopô y on de lé Dombé.
Peu, s. f., planche.
Pevâ, subst. et v. a., pouvoir. (V. p. 49.)
Pezi, V. a., piler.
Pi, conjonction. (V. p. 64.)
Piarda, s. f., pioche qui a d'un côté une pointe et
de l'autre un tranchant ; usité surtout en Bugey
(Hauteville) ; en Dombes, pecorda.
Piastre ou piostre, s. f., usité surtout au pluriel.
Ainsi dans la vieille chansonnette naïve et à peine
rimée :
Di mé, Djaneta, | ^
Vu te té vi.ario, \
Lariretta?
— Neu, neu, mon pore
Ma môre vôlont pu,
Lariretta.
bis
— Pre quâ ton pore,
Ta môre vôlon po,
Lariretta?
— / djon que Piarre
Sa po fossero,
Lariretta.
— Ma! sa teu féré,
Applaï, déplaï,
Lariretta,
bis
bis
bis
1 Les couplets se bissent, mais non le mot Larirette qui ne se dit
qu'à la première fois.
DU PATOIS LYONNAIS 157
! bis
Piolsi lé terré,
Essarto, saï,
Lariretta.
Edz'à dé piastre
Plein onpete sa,
Lariretta,
— Se t'o dé piastre,
Piarre, me vetcha
Lariretta.
bis
bis
Pié, s. m., lange pour un enfant; ne pas confon-
dre avec pie, pied.
Piéceta, s. f., sarcloir, — Piécetô (V. sarcler.)
Pigea, s. m., potage au riz ou au millet.
Pindré, v. a., peindre ou pendre. — Pendold, v.
n., rester suspendu. — Bresse, innguille; Bugey,
pinguilli.
Pindzon, s. m., pigeon; en Beaujolais, pondzon;
de l'ifcal., piccione.
Pi(3ï ou piolli, V. n., parler en criant; pioïord,
adj., criard, qui a le verbe haut.
PiotsEL, s. m., pic- vert.
Pipa, s. f., pipe; d'où j^Wo, v. a., fumer dans une
pipe ; ce verbe a aussi le sens d'exhaler, proférer :
I n'a. po pipo leu m(3, il n'a pas dit un seul mot.
Pira, s. f., pierre. — En Bresse, piarra; — d'où
peraijon, s. m., carrier. — Perire, s. f., carrière. —
Piretta, s. f., bille de pierre avec laquelle jouent les
enfants. — A Lyon et en Bugey on dit une gobille;
à Bourg, lia helina; à Gex, on mâpi; à Chaumont
(Haute-Marne), ime chique, etc., etc. (Pour la pro-
nonciation, V. p. 4.)
158 ESSAI DE GRAMMAIRE
Piu, S. m., pou; Ã Montmerle, BoUeville, etc., ^^io.
Plan, adv., doucement : Teit plan plan, tout dou-
cement; de rital., piano, pian piano.
Plemassi, v. a., plumer, peler ; Dombes, plemeché.
Plemotseu, s. m., plante dont on fait des balayet-
tes fagrostis spica venti).
Pléve, s. f., pluie. — En Bresse, plouze; Beaujo-
lais, plâve. — Plôvré, v. n. unipersonnel, pleuvoir:
E p/d, il pleut; è plovié, il pleuvait; è 2'>lovra, il
pleuvra; e y a ploviu, il a plu.
Pion, s. m., soc de Varrairou ou du raya. (V. ces
mots ; en anglais, plough.)
Pô, s.m.,gaudes, usité en Bresse; à Couzon et en
Beaujolais on dit trecaïa, farine de blé de Turquie.
Pô. polo, pochon. (V. p. 74.)
Pochon ou potchon, s. m., cuiller à pot; le même
mot, féminin, signifie potion quand on appuie sur
la dernière syllabe et passion quand l'accent porte
sur la première.
Pognon, s. m. — Pogne, s. f., galette.
Pointa ou pointe, s. f., pointe; signifie aussi
dentelle : Netvé gran, quan el se féjan brové, porto-
von dé coiffé monté de pointé dé Valenchena, nos
grands'mères, quand elles se faisaient belles, por-
taient des coiffes montées de dentelles de Valen-
ciennes.
Polaille, s. f., poule; du latin, pullus.
Pontson ou ponction, s. m., tonneau, pièce de vin.
Pore, s. m., père. (V. p. 4.1
Pornâ, s. f., prune; porni, s. m., prunier; por-
gnau, pruneau.
DU PATOIS LYONNAIS 159
Porri, s. m., en Bresse, fromage fort, sans doute
du verbe porrl, pourrir; part., également porri.
Porta, s. m., portail; portèla, s. f., petite porte
adjacente au porto.
Portsenesse, s. f., renouée des oiseaux, plante fort
commune, bonne contre la dyssenterie.
Poson, s. m., mouche de la viande.
Possa, ou posse, s. f., pis, mamelle; d'où x)ossi,
V. a., teter : Tai leuz effan se posson leu dâ. En
Bresse on dit na poiche ou on carti.
Posseret, s. m., en Bresse, moineau.
Pôteu, adv., non pas, absolument pas; abrévia-
tion de pô du teu, pas du tout.
Pou, s. f., peur. En Dombes, po. Voici, dans
l'idiome de Chaneins, une drôlerie enfantine qui
fait les délices des fillettes de six ans : Za po. — Dé
qua ? — Du là . — Vo-te vio ? — Oh ! neu. — Courue !
Courne! — J'ai peur. — De quoi? — Du loup. — L'as-
tu vu? — Oh ! non. — Corne ! Corne ! — A Couzon,
po signifie pas, adv., et pas, s. m.
Poua, s. f., dent de râteau, de trident, etc. —
Ponà , V. a., mettre des dents à un râteau ; plus sou-
vent tailler la vigne. — En Beaujolais, sarpo.
Poueur, s. m., poireau ; Beaujolais pear. — Peur
de lô, poireau de loup (à Chaneins) ; c est la jolie
plante bulbeuse à fleur bleue pyramidale, si com-
mune dans les guérets : Muscari a toupet.
Pouiyan, fém, — Pouiyanta, adj. quai., douillet,
plaignard.
Poupou, s. f., huppe, par imitation du cri de cet
oiseau; on dit aussi heppa.
12
160 ESSAI DE GRAMMAIRE
Pouvreu, pouvra, adj., pauvre, indigent. Quand
on l'emploie comme épithète de tendresse ou com-
misération, on retranche le v. Pourra féna! Pourreu
garçon !
Pragnire, s, m., repos après dîner : Féré pragnire.
En Beaujolais, prenire.
Pre, s. m., en Bresse, morceau de bois où s'ac-
croche la corde dont on se sert pour tirer la charrue;
cette corde elle-même se nomme on bracon. Le pre
s'adapte au joug par l'imb/â, qui est en cuir ou en
corde, ou par on courclé en osier.
Pria, adj. masc; prema, au fém., svelte, à fine
taille. Dans la chanson de la Liaudeinna (dialecte
de Bourg) :
Al è prema su lez anshé.
L'a loupa ben trenato.
Elle est svelte sur les hanches, elle a la cheve-
lure bien tressée.
Prinpané, s. m., millet. (Etymologie pr in pané,
fin panais.) — A Chaneins, meilhar.
Priond, prionda, adj., profond, de.
Pron, pronta, adj., prêt, prête (et non vif, rapide
comme en français).
Prou ou prd, adv., assez. (V. p. 59.)
Prouilla, s. f., trouvaille, bonne station de quel-
que chose.
Prouva, s. f., preuve; creux destiné à recevoir
un cep qui en remplacera un autre manquant.
Pussa, s. f., poussière; d'où pussaï,v. n., faire de
la poussière. Bressan, pochai; Beaujolais, poussaïe.
— Pussaïu, usa, adj., poudreux, euse.
DU PATOIS LYONNAIS 161
Puza, s. f., puce. — Puzaï, v. a., chercher les
puces : Leu tsin se puzaîé.
Q
Quegnon, s. m. (V. Brequa..)
Quemoillon, s. f., crémaillère. — En Bresse, que-
moillou.
Quetegna, s. f., confiture (en Dombes).
Queuté, s. f., visite : Dz'étchan en queuté vo
netron querà ou euro, nous étions en visite chez
notre curé.
Quetchau, s. m., couteau. En Bresse, quêté :
Quêté a clou mangueu, couteau à deux manches,
plène.
Queri, v. a., quérir, chercher : Dzé voui té queri
avoua on garatson ! du latin, quœrere. (V. p. 74 et,
pour la prononciation, p. 4.)
Quezena ou cuzena, s. f., cuisine. — Quezeni ou
cuzeni, s. m., tablier à poches pour faire la cuisine.
— Quezenô, v. a., cuisiner. — Quezena signifie
aussi cousine.
Quinnô, v. n., pousser des cris aigus (prononcez
qui-nno) : Leu caïon quinnon.
Quinson, s. m., pinson.
Râ-bâ (prononcez très ouvert), s. m., gâteau des
rois (roi boit).
162 ESSAI DE GRAMMAIRE
Raderê, s, m., racloir ; du latin radere. — Beaujo-
lais, on rote.
Rado, s. f., averse. — Dombes, hordecJm; Bresse,
ragassa ; Pays de Gex, onda.
Radze. s. f., racine. (V. p. 74.) — Signifie égale-
ment rage.
RsLgono^Y. n., murmurer.
RarnellsL, s. f., lame ; mauvais couteau.
Rainé, s. m., balai (Saint-Didier-sur-Chalaronne).
— Ramèché, v. a., balayer.
Ran, s. m., balai. — Bugey, remasse. (V. Couaveu.)
Rana, ranetta, s, f., grenouille, grenouillette. —
Bressan, renouille; encore un mot oublié à la p. 74.
RajDelion, s. m., grimpeur. — Rapelionà , v. n.,
grimper.
Rat pétéré, s. m., roitelet.
Rata voladze, s. f., chauve-souris. — En Bresse,
rata volesse.
Rato, V. a., faire la chasse aux rats : Leu tsa
ratové se bien quH né vejan dzin mé dé ra.
Ravatà ou rabatô, v. n., tomber.
Ravi, s. m., silos, parce qu'on ensile surtout des
raves.
Ravon, s. m., ravenelle, et aussi moutarde (sinapis
arvensis). — Bugey, ravoné.
Rayé, s. m., charrue à deux oreilles; les oreilles
s'appellent leu guintson.
Rebrotsi, v. a., redoubler. — En Dombes, semer
deux ans de suite un étang en assec ; Bresse, redobld;
à Marlieux, repequà ; Bugey, replia.
Recannô, v. n., braire; d'où le français ricaner,
rire avec fracas et en montrant les dents.
DU PATOIS LYONNAIS 163
Recordô (Se), v. n., se rappeler; du latin, recor-
dari; étymologie, se remettre dans le cœur. Bros-
sard de Montanay dit dans son petit poëme de
Marguerite, imprimé par Philibert Le Duc à la
suite du Tivan iBourg, 1870i : E né pô la mâtia dé
cen qu'on se recourdé.
Redou, s. m., adoucissement de la température :
V'tcha leu redou, adju lé coliré ! voilà la fonte des
neiges, adieu les glissoires ! — Bugey, redè.
Regalece, s. f., réglisse.
Regnuli, s, m., toile d'araignée; fil de la Vierge.
Regouello, v. a., raccommoder grossièrement (un
outil).
Regolo, s. f., flambée de bois. — Bugey, falia;
Bresse, évolia; en Forez, râli.
Regret, s. m., honte : Té fé regret, tu fais honte Ã
voir.
Relodzeu, subst., horloge; mot masc. en patois et
fém. en français.
Rèlo, V. a., vagir, pleurer.
Remando, v. a., raccommoder. — Beaujolais, Bu-
gey et Dombes, remindo.
Remelà , v. a., grogner. — On remelu, s. m., un
grognon.
Remiadzeu, s. m., pèlerinage : Mé seperstechu que
reledju, çartin païsan son for pè leu remiadzeu. Il
applaïon lé djomain-né, u lieu d'allo uz officheu dé
lu parâtse; mé i se crârain pardu s'i manquovon dé
vesetô tui leuz an saint Denis pé lu polaillé, parce
queyé leu saint des nids; saint Paul, à la fêta dé sa
convarchon, afin que luz effan saijan presarvo dé lé
164 ESSAI DE GRAMMAIRE
convarchon, parce que convulsion et conversion, in
patois, son leu mémeu mô : convarchon; Notre-
Dame des Couches, Ã Jasseron, parce qu'i lison
couches, etc.
Remuna, s. f., aumône. (V. p. 74.)
Renabou, s. m., ononide ou arrête-bœuf, plante
épineuse dont les racines tenaces arrêtent la char-
rue. — Montrevel, rizebeu; Dombes et Beaujolais,
rétabu ; Bugey, rirebu.
Reprin, s. m., son de farine; Bugey et Beaujolais.
Retcha, s. f., tartine. — Dombes, rutia; patois
francisé rôtie. Chanson du patois de Lancié : Bour^
reu, bourreu, bourreu bat ; dz'en retegneu na rutia,
beurre, beurre, beurre je bats; j'en retiens une
tartine.
Retinton, s. f., retour et complément d'une fête
huit jours après : Féré la vogua tan qu'a retinton,
faire la vogue huit jours de suite. — A Couzon on
dit ^a revola.
Retsagni, v. a., rebuter quelqu'un. — Retsagna,
s. f., grimace.
Retsau, s. m., dommage causé dans les champs
par les racines et l'ombre des haies.
Revandreu, s. m., patience frisée (rumex crispus).
Revèta, s. f., lierre terrestre, dont on fait des in-
fusions excellentes dans les cas de refroidissement.
Revola, s. f., Dombes, revolon; Bresse et Beaujo-
lais, revoula; petite fête qui termine, à la ferme,
chacun des grands travaux : fenaison, moisson,
vendanges. Pour ces dernières on dit, à Ceyzériat,
la Grand' Margot.
DU PATOIS LYOXNAIS 165
Revondré, v. a., enfouir. Phrase de Clianeins :
I pe avanta,dzo dé féré mendié na. copa. dé triolé
rodzeu ou nâ u rotéli que dé la i^evondré ; i rendon
dé là , dé vianda é pi dé bon femi, il est plus avanta-
geux de faire manger une coupe de trèfle rouge ou
noir au râtelier que de l'enfouir; ils (les trèfles)
rendent du lait, de la viande et de bon fumier.
(M. Berthelon.)
Riéta, s. f., sentier entre deux haies (Montrevel,
Curtafond, Saint-Martin-le-Châtel). Ruéta, en Dora-
bes. — Ces mots désignent aussi Tespace compris
entre un lit et un mur.
Rifolô, V. n., rire comme un fou. — Rifolon, s. m.,
celui qui rit à tort et à travers.
Rin ou ren, subst. masc, rien ; adv., pas, ne pas :
El n'è rin sarvadze, elle n'est pas sauvage du tout.
Riouta, s. f., brin d'osier pour lier. — Beaujolais
et Bresse rieuta. — Riouto, v. a., lier des fagots,
Rippa ou Rippe, s. f., pâturage boisé. Il n'y a
presque pas de commune en Bresse qui n'ait un
hameau appelé les Rippes.
Rita, s. f., filasse de chanvre très fine.
Riu, s. m., ruisseau, du latin rivus.
U meriau d'on riu, teuta drôla é seuléta
S'avesové na bardzéréta.
Arreve on grou caïon que sauté de la fan,
Petregné, viré é se secoïé
E troblé lègue tan quu fan.
E y é feni; de ché gaboïé
La bardzire né se va plu.
Ton cœur, ma poura fille, é corné chi riu;
Gorda leu, que jamé le vicheu n'y bassoïé!
166 ESSAI DE GRAMMAIRE
Traduction littérale. -— Dans le miroir d'un ruis-
seau, toute jolie et seule se regardait une petite
bergère. Arrive un gros cochon qui saute dans la
fontaine, piétine, tourne et se secoue, et trouble
l'eau jusqu'au fond; c'est fini; dans cette boue la
bergère ne se voit plus. Ton cœur, ma pauvre fille,
est comme ce ruisseau ; garde-le, que jamais le vice
n'y patauge ! — En Bugey, ruisseau se dit nan.
Rocà , V. a., heurter (comme bronco); en patois
francisé roquer et roqua.de.
Rogne., s. f., querelle. — Rognu, usa, adj., taquin,
de méchante humeur, grincheux. — En Bresse,
mauchadou.
Romd, V. a., remuer, déplacer : se romo, démé-
nager.
Ronsegnou, s. m., rossignol : Leu phylloxéra a
sauvo pér on tin netreu darri ronsennou, en consar-
van leu darri pourreu pete hou dé netré montagne.
A quoqué tsuza maleur est bon. — En Dombes on
dit rousselion et rousselionô, chanter comme un
rossignol.
Ropesson, s. m,, échelle à montant unique et
central, débordé à droite et à gauche par les éche-
lons : Leu repesson chert a culli leu frui su leu
grands arbreu.
Ropi, s. m., piquette. — En Bresse, bevanda.
Ropia, s. m., lierre. — A Couzon, foïé d'ila (feuille
d'ile).
Rosa, s. f., fossé de séparation ou d'irrigation;
borne.
Rossa ou rôsse, s. f., rosse. (V. p. 80.)
DU PATOIS LYONNAIS 167
Rota, s. f., route. — ,1 rota, sous entendu tsamba,
adv., à c!ociie-pied à jambe rompue : ital., rotta
gamba).
Ruelle, s. f . , renoncule jaune qui infeste les
guère ts.
Rula, s. f., lange, serviette.
Rapt. s. m., torrent dans les montagnes; du latin,
ruplus, terrain rompu par le passage des eaux.
Sa (accent grave), s. m., soir; s. f., soif; pron.
pers., soi, lui; v. a., l'* pers. du présent de Imdic.
du verbe savoir. — Sa (a aigu), s. m., sac : El H a
baïa soyi sa, elle la refusé pour son prétendant;
V. a., 3* pers. prés, de l'indic. du verbe savoir.
Sabato, v. a., secouer, en parlant d'une voiture
mal suspendue ou du vont qui souffle violemment
(vient de sabbat ?)
Saboulà , V. a., rouer de coups : Se té brontsé, té
séré saboulà , si tu bronches, tu seras secoué. —
Beaujolais, sabolo.
Sacrai, v. a., blasphémer, à cause du mot sacré
qui revient sans cesse dans les blasphèmes. — On
dit aussi dans le même sons rlzero, jurer.
Sadeu, adj. ifém. sada), savoureux, du latin sapi-
dus; c'est lo contraire (.Vinsepedeu, insipide.
Saï, V. a., faucher. — Dombes, seyé; Beaujolais,
sayé. -^ Sayou, s. m., faucheur. Ne pas confondre
168 ESSAI DE GRAMMAIRE
avec assaï, assaillir; essai", essayer; mots français
habillés à la paysanne.
Sainva, s. f., anse de marmite.
Saléta, s. f., oseille; se dit à Couzon, en Beau-
jolais et en Bugey (Hauteville) ; bressan, zezuble.
Sampéï, V. a., secouer, mettre en poussière,
Sampéïeri, s. f., chose méprisable, saleté : E y é
teu dé sampéïeri.
Sapena, s. f., grand bateau. — A Dompierre-sur-
Chalaronne, cuve à lessive; étymologie sapin.
Sarpen, s. f., serpent. C'est le terme général;
mais vipère se dit creteu et orvet invieu.
Sarpolé, s. m., thym. — Bugey, puffè.
Sarraï, s. m., serrurier. — Sarraïe, s. f., serrure.
Sarrà , v. a., fermer (et non serrer comme en
français). Sarrô la pourta, fermer la porte. (V. p. 39.)
On dit aussi en Bresse, froumo.
Sarron, s. m., sciure de bois.
Sarta, s. f., scie. — Sartô, v. a., scier. — Bressan,
sereta et serato.
Sartailli, v. a., en Bresse, couper maladroitement.
— A Couzon, Villefranche et Trévoux, tsarcutà , de
charcutier.
Sarva, en patois francisé serve, s. f., réservoir
où s'abreuve le bétail. (V. p. 75.)
Sarvadzeu, fém., sarvadze, adj., sauvage. — Sar-
vadzi ou insarvadzi, v. a., effaroucher, rendre
sauvage.
Sauzeu, s. m., saule. — Sauzire, Bresse sauzeVa,
s. f., saulée.
DU PATOIS LYONNAIS 169
Savata, s. f., savate. — Savato, v, a., traîner
comme une savate, (V. p. 80.)
Se, conjonction, si; comme en italien.
Sebleu, s. m., sifflet. Bugey, seblié. — Sebld, v. a.,
siffler (latin, sibilare).
Secoï, V. a., secouer. — Secoïou, s. m., panier Ã
salade. (V. p. 79.)
Segneula ou signeula, s. f., manivelle pour tour-
ner. — Segneulô, v. a., tourner par une manivelle.
Segni, v. a., guetter. — Segneu, s. m., signe. —
Se segni (v. refl); faire le signe de la croix; en
patois francisé se signer. — Ne pas confondre avec
segni, soigner, et sagni, saigner,
Seille, s. f., seau; on dit aussi siau, s. m.
Sella, s. f., bressan, salla ou challa, chaise. (V.
p. 75.) — Sellon, s. m., escabeau.
Semardô, v. a., labourer avant l'hiver; l'inverse,
semer après Thiver, se dit beno.
Semondre, v. a., avertir, inviter. Dans Tivan,
scène x : Dësande Déni l'alla semondre à bâré.
Senepon, s. m., séneçon. — Bugey, harba d'oneu.
Senô, V. a., semer \ — Haut-Bugey, vagni.
Sentré, v. a., sentir. — Sentenô, v. a., renifler Ã
petits coups pour mieux sentir.
Sequa, s. f., seringue : On fa dé sequé avoua dé
soï (sureau) e dé zteppé (étoupes). — Secô, v. n.,
jaillir ; la fon secové, la fontaine jaillissait.
(i) A la note 2, page 86, j';u noté des mots qui ayant un m et un
71 en latin, ont rejeté Vm et gardé Vn en patois et fait l'inverse en
français. Exemple: latin, femina, seminare, germinare, illuminare ;
patois, féna, sénô, dzarnà , aliéna ; français, femme, germer, allumer.
170 ESSAI DE GRAMMAIRE
Séquâ, préposition : un peu de, très peu de (avec
une nuance de dédain) : I neu sarvi séquâ fladzoulé,
que nadzovon de le,\i bi^u,, il nous servit quelques
haricots qui nageaient dans le bouillon. — Proba-
blement abréviation de je ne sais quoi.
Sera, s. m., résidu de la fabrication du fromage
bleu.
Serend, s. f., après-midi; v. a., faire le repas de
quatre heures. — En Bugey, goutalo.
Serra, s. f., scie. (V. p. 75.) — Bugey, reisse.
Sessegné, adv., fort employé dans la conversation,
comme liaison ou transition, mais sans signification
précise. L'équivalent serait : Or donc, voilà que, il
arriva que.
Seulet, seiiléta, adj., seul, seule.
Seue7o ou tsévélô, s. f., haie : El a viu na sarpen
de la sévélo. — Bresse, na veina ; Bugey, na ciza.
Singreu, s. m., cahot. — Singrolo, v. a. — Bugey
et Beaujolais, segroto, secouer, cahoter.
Singuegnon, s. m., troène.
Sinà , V. a., signer.
So, s. f., sel. — Beaujolais, .sar,
Sô, s. f., loge à porcs; du latin, sus, porc. — A
Marboz, Verjon, chou. — Seu ou asseu, s. m.,
baquet où l'on sert à manger aux porcs.
S'îbrequé, s. m. ou sarmiore, s. f., surnom :
Netreuz anchen se coiinatchan miu entf èleu pé lu
sobrequé que pé lu vrâ nom; tsoqaon âgé leu sein-
neu : Dou sou., Plein dépuzé, Contrasse-béte, Barba-
blantse, Joli-cœur, leu Camor, leu Mami, leu Coque,
leu Grélô, Cossa-bretèla, leu Hiau-câ, leu Va-plan,
DU PATOIS LYONNAIS 171
Pequa-pomé, Païe-en-cul, leu Russe, leu Pruchen,
leu Cosaque, Marengo, Saragosse, e/c, etc. Dzâ
connu tui cheuque, à Cozon, é dzé serain ben em-
barracha pé deré com'i s'appélovon u justeu. — Nos
anciens se connaissaient mieux entre eux par leurs
surnoms que par leurs noms véritables. Chacun
avait le sien : Deux-sous, Plein-de-puces, Contrarie-
bêtes, Barbe-blanche, Joli-cœur, le Camard, l'En-
fant-gâté, le Coquet, le Grêlé, Casse-bretelles, le
Haut-col, Va-doucement, Pique-prunes, Paille-en-
cul, le Russe, le Prussien, le Cosaque, Marengo,
Saragosse, etc., etc. J'ai connu tous ceux-là , Ã
Couzon, et je serais bien empêché pour dire com-
ment ils s'appelaient au juste.
Mon gran Djan-Toinneu Barthet, pore dé ma
more, étché surnomo Patapan, à i^âson d'on pete
tambeur qu'il ayé à set ou houét an, é son j)ore Noïé
Barthet, que dz'â connu, Prét-à -bâré. Mon grand-
père Jean-Antoine Berthet, père de ma mère, était
surnommé Patapan, à cause d'un petit tambour
qu'il avait à sept ou huit ans, et son père Noël
Berthet, que j'ai connu, Prêt-à -boire. (V. le mot
non, p. 149.)
Socan, soquena, adj., maladroit.
Socha, s. f., charrue à un seul versant. — Beau-
jolais, sotcha.
Socheu, s. m., souffle. — Soché, s. m., soufflet. —
Socho,Y. a., souffler. (Pour la prononciation, v.p.6.)
Soin, s. f., sommeil : La soin li é tchouta dessu
com' on pion, i s'est adremi su la trobla. (J'ai oublié
plus haut, dans ce vocabulaire, les verbes dremi^
172 ESSAI DE GRAMMAIRE
dormir, et adremi, endormir). Voici une berceuse
qui se chantait à Couzon :
Y é dez uré é dé demi,
Leu popon vu po dremi.
Soin, soin, vin dé la bise;
Soin, soin, vin dé l'eïse,
Dé l'éïse et du chiotsi
Pé prendre netron mami!
Leu petet homeu de Saint-Just
Vindra li sarro leu ju.
Soin, soin, etc.
Soitia., s. f. (à Marboz, choitia), sécheresse; du
latin sitiô.
Solo, s. m., soulier. — Marboz, c/iou/a; Bugey,
solar.
Solo, V. n., qui s'emploie en Beaujolais et en
Bresse à l'imparfait et traduit absolument le latin
solere, avoir coutume : I solive féré, solebat facere.
— Ce mot se trouve aussi dans l'épitaphe de Lafon-
taine, faite par lui-même :
Deux parts il fit dont il soûlait passer
L'une à dormir et l'autre à ne rien faire.
Solou, s. m., soleil ; en Bresse, Seleu :
Petet étala à guintse fena,
E /au pô suivre leu Solou
Qu'effacé teu com'on jalou ;
Té pu dé loin suivre la Lena,
Mé môda seuletta pretou.
Petite étoile au fin regard, il ne faut pas suivre le
DU PATOIS LYONNAIS 173
Soleil qui tout efface comme un jaloux. Tu peux de
loin suivre la Lune; mais plutôt va toute seule.
Soleilli^ sécher au soleil. —Bressan, soreille : Va
don té fère soreille, t'é teu trapenô.
Sôma, s. f., ânesse.
Sti-voui, adv., aujourd'hui. V. oui.
Sordo, s. m., soldat. — En Bresse et Beaujolais,
sôdar; Bugey, seudar.
Spala, s. f., épaule. (V. p. 77.)
Suer, s. f., sœur. (V. la note 2 de la p. 14.) —
S. m., aire à battre le blé. — Beaujolais et Bresse,
souer dans les deux sens.
Suéta, s. f., chouette. — Bugey, cliopa.
Surze ou surde, s. f., suie. — Beaujolais, suije.
X
Tabagnon, s. m., baquet à faire égoutter les fro-
mages.
Tantriola, s. f., caprice, lubie.
Tarabot, tarabota, adj., turbulent.
Tarré, s. m., terreau.
Tarquéta, s. f., targette.
Tarteya, cocréte ou rhinanthe : plante abondante
dans les mauvais prés.
Tatsi^Y. a., tacher; part, passé, tatcha. J'avoue
que c'est un peu dur : V'tcha ma nappa tatcha, voilÃ
ma nappe tachée. A Bourg on dit moins rudement :
V'tia ma nappa tashia. Je me console toutefois de
la rudesse de mon idiome natal en me rappelant le
174 ESSAI DE GRAMMAIRE
ch dur des Allemands : Ach ! es ist noch nicht naclit !
— Ne pas confondre avec teutsi, toucher, ni avec
tâtsi, tâcher,
Tavaillon, s. m., éclisses, écailles de sapin imitant
l'ardoise et servant à couvrir les toits ; usité surtout
en Bugey.
Tauan, s. m., taon.
Tchou, tchouta, part, passé du verbe tsâre, choir,
tomber. Bresse, chu, chuta.
Tchoula, s. f., tuile. Dombes, tiola..
Tebô, V. a., bourrer comme en un tube : Te t'è
bien tebn, te ii'o plu fan. De là tebeu, adj. quai.
Teirela, s. f., courtillière, du latin Terere, broyer.
En Brosse on supprime le Tet Ton dit Airéta.
Tcna, s. f,, cuve. — Dauphiné, tina. — Tenaï, s. m.
— Beaujolais, teneri. (V. p. 75.)
Tepa, s. f. — En Bresse, friche : Na tarra en tepe.
— A Couzon et en Beaujolais, Vireu. — Même éty-
mologie que steppe, en Russie ?
Tepin, s. m., et tepena, s. f., pot, soupière ; on dit :
Seur com on viu tepin, sourd comme un vieux pot.
A Lyon existe encore la rue du Tupin rompu.
Tereta, s. f., tiroir, du latin trahere, tirer. (V. Lieta.)
Tesson, s. m., blaireau ; teissonire, gîte à blaireau.
Teu, teuta, adj., tout, toute; plur., tui, teuté. (V.
p. 17.)
Teut-euré, adv., tout-à -l'heure.
Thon, s. m. — En Dombes, assemblage de bois
établi dans la partie la plus basse d'un étang et au
moyen duquel on lâche ou on retient les eaux.
Tôrdréj v. a., tordre. — Beaujolais, tourdré. —
DU PATOIS LYONNAIS 175
Egalement, s. m., grive; provençal fourdré, du latin
turdus.
Torgnoula ou torgneula^ s. f., souflet, coup de
poing.
Tornéï, v, a., tourner (du bois) : Mâtin! y est ina.
fie bien tornéîa ! certes ! c'est une fille bien faite !
Tôti, adv., assez ; de satis ? — s. m. (Chaneins,
tôtre), viorne,
Totra, s. f., ou teiwta, tourte, tartre.
Tourti, s. m., planche suspendue sur laquelle on
conserve le pain.
Tracassin, s. m. — En Bresse et en Beaujolais,
charivari.
Traclia^ s. f. — Beaujolais, trachia, barre de bois
servant à serrer les cordes d^une charge de paille,
de bois, etc. ; d"où le v. a., entraclid. — En Bresse,
Epâra, Eparon.
Tracné, s. m., tarare.
Trailla, s. f., loquet en bois.
Trambutsi, v. n., culbuter. (V. p. 75.)
Tran-nesse, s. f., plante à racine traçante (agrostis
stolonigera) . Bressan, train-nasse.
Trapeno, adj. des deux genres, mouillé, trempé
Jusqu'aux os.
Trapi, v. a., écraser du pied.
Trâveii, s. m., place formée par la rencontre de
trois chemins. (V. p. 75.)
Travon, s. m., poutre, solive.
Trayan, s. m., trident. (V. Trin.J
Trebii ou trebilli, trébucher, tourbillonner. —
13
176 ESSAI DE GRAMMAIRE
Bressan, trubellie. Ainsi dans VEnrôlement de Ti-
van : Lous euré trubillon, les vents tourbillonnent,
Trecaïa, s. f, (V. Gaudes et Pô). — En Bresse,
trequeïa. désigne le sarrazin ou blé noir,
Treffa, s, f,, pomme de terre. — En Bresse on dit
catrouille; en Bugey, tartefîe, très semblable Ã
l'allemand kartoffel,
Treffou, s. f., résidu d'une pressée d'huile; même
sens que maton.
Trii, V. a,, choisir.
Trin, s, m,, fourche d'écurie à trois dents; de
très ou trinus.
Trena, s. f,, tresse. — Trenatô, v. a,, tresser.
Trésou, s, m. Beaujolais, traseret. (V. Greléta.J
Triolet, s. m., trèfle.
Troï, V. a., presser la vendange ; d'où le subst,
trieu ou trié, pressoir (prononcez Vi très long) ; troïa,
s, f., pressée, vin de troïa, vin de pressée,
Tronfa, s. f., trompette en lanières d'écorce de
saule roulées en spirale : Leu bardzi, u printen,
s'amuson a féré dé tronfé de leu brotchau.
Tronseno, v, n, (V. p, 76,)
Tsaille, s. f., brou de noix. — A Ars, Ville-
neuve, etc., tseille.
Tsa/ô, s. f. — Beaujolais, tsolo. Bresse, chalo,
trace : Feré la tsalô de la nèdze.
Tsampaï, v. n., paître, du latin campus, d'où le
mot cliampéage.
Tsana, s. f., robinet. Dans la chanson de l'ivro-
gnesse, réimprimée par Philibert Le Duc :
DU PATOIS LYONNAIS 177
Se dzé venieu a meri,
M'entérerâ à la cuva,
Leu du pie contre la para,
La téta su la tsana,
Oua, oua, mafon oua, m'nargua oua.
La téta sô la tsana.
Si je viens à mourir.
M'enterrerez à la cave,
Les deux pieds contre le mur,
La tête sous le robinet.
Oua, etc.
Tsanïe ou tsanille, s. f., chenille. Chaneins, che-
naille.
Tsansèla, s. f., cercueil, bière. — Bressan, bire.
Tsaplô, V. a., frapper, hacher, d'oîi etsapli, s. m.,
enclume ; tsapiore, planche à hacher.
Tsapèla, s. f., chapelle. (V. p. 77.)
Tsapelor, s. m., remise couverte en paille.
Tsapotô, v.a., frapper, cogner, heurter.
Tsapon, s. m., bouture de vigne. — Tsaponire,
s. f., alignement de ceps, en patois francisé chapon,
chaponnière.
Tsarbon, s. m., charbon ; tsarbenaille, s. f., braise
de boulanger.
Tsarboto ou intsarboto, v. a., embrouiller, enche-
vêtrer; se dit surtout du fil.
Tsardenârou, s. m., chardonneret. — Bressan,
shardoneré; de tsardon, chardon.
Tsarfo, v. a., chauffer ; de tsô, chaud, et fâre, faire.
— En Bresse, charfo.
178 ESSAI DE GRAMMAIRE
Tsare, v. n., tomber. — Beaujolais, tséré ; part, p.,
tchou, chouta.
Tsari, s. m., couverture épaisse qu'on met sur la
cuve à lessive. — En Bressan, liuri.
Tsarpené, s. f. plur., charmille; d'où à Lyon le
faubourg des Charpennes.
Tsarrire, s. f., chemin (charrière), passage d'un
char.
Tsato, s. m.; en Bresse, shado, cheptel, bétail.
Tsavon, s. m., bout. — Bresse, shavon : Allô tan
qu'a tsavon, aller jusqu'au bout.
Tsena, s. f., chienne; fleurs du vin, petit cham-
pignon qui surnage au fond des tonneaux presque
vides; ne s'emploie qu'au pluriel ; Beaujolais, tsané.
Tsénéveu, s. m., chanvre, du grec, kannahis (pro-
noncez kannavis), usité aussi en Bugey ; en Bresse,
on dit leu tsévénou, et en Beaujolais, tsévéneu. —
Tsenavro, fragment de tige de chanvre, allumette.
Tsenu, tsenusa, adj., joli, jolie. Chenu a le même
sens chez les vieux canuts lyonnais, mais non Ã
Paris où il signifie chauve, chef-nu.
Tsèra, s. m., murjet, amas de pierres.
Tsevelire, s. f., lacet, attache plate; en patois
francisé, chevelière.
Tsi, prép., chez; synonyme de vo.
Tsin de foua, s. m., chenet, chien de feu.
Tsà pu (A); en Bresse : A cho peu, peu à peu,
Tsôneu, s. m., chêne.
Tsoquon, adj., chacun. (V. p, 21.)
Tsussi, V. a., chausser : Eh ! môda don, mô tsucha,
trainna gvolla, garudi ! eh! va donc, mal chaussé,
DU PATOIS LYONNAIS 179
traîne - savate , porteur de chaussure éculée ! —
Tsussi signifie aussi cogner, comprimer : La môda
se perd, à Cozon, d'enlevo * dé tchévré pé féré dé
fromadzeu, com^éteu dé tsutsi là foïe dé vigne de on
poui^ ou de on vacheau, avoua d'égue é dé sô, pé lé
norri /'erer.L usage se perd, à Couzon, d'élever des
chèvres pour faire du fromage, comme aussi de
comprimer la feuille de vigne dans un puits - ou
dans une cuve avec de l'eau et du sel pour les nour-
rir l'hiver.
U
[7, adv., ou : U don bin, ou bien.
Ua, s. m., œuf; pluriel, ué.
Ula, s. f. (V. Ola.)
Uvô, adv., où? avec interrogation.
Uye, s. f., aiguille. — En Beaujolais et en Bresse,
oye, oya.
Uzouno, V. n,, hennir.
\r
Va, s. f,, fois; nne autre fois, in'otra va; espa-
gnol, otra vez. Se té m'agourré na va, y é ta fauta ;
• Remarquez enlévo et non élévo pour élever.
- On dirait mieux un silos.
180 ESSAI DE GRAMMAIRE
se due va, e y é la meinna, si tu me trompes mie
fois, c'est ta faute ; si deux fois, c'est la mienne.
Va, Y. a., voir, part, pas., vin; s'emploie aussi
comme particule complétive et sans aucun sens
précis, surtout dans les phrases impératives : Avezo
va s'è plô oncore, regardez s'il pleut encore : Baille
mévâmontsapiau, donne-moi mon chapeau.
Vard, varda, adj., vert, verte. — Vardi, s. m.,
verger. — Vardaï, v. n., verdoyer,
Vardzeta, s. f., brosse. — Vardzetô, v. a., brosser.
Vâreu, s. m. verre ; depuis quelque temps on dit
de préférence verreu, mais n'oublions pas le vieux
proverbe aimé : Vouadi son vareu, en cozenareu ;
c'est-Ã -dire jusqu'au fond.
Varnedzeu, adj. (V. p. 20.)
Varrô, varrôta, adj. gâté (V. p. 20.) — Beaujolais,
varro, varrosa.
Vartsire, s. f., terre fertile et bien cultivée, habi-
tuellement voisine de la ferme ; en patois francisé,
verchère.
Varvèla, s. f., liseron (convolvulus). — Beaujolais,
via, viata, avec l'accent prononcé sur Vi.
Velati, s. m., habitant des villes. Vovri velati né
sondzé pô u lendéman, leu païsan i sondzé trô ; leu
velati baïé é ptafené, leu païsan a toudzeur pou que
la terra li manqué. — L'ouvrier des villes ne songe
pas au lendemain, le paysan y songe trop ; le cita-
din donne et gaspille, le paysan a toujours peur que
la terre lui manque.
Vêla ou vêla, s. f., génisse. — Vélo, v. a., mettre
bas, en parlant des vaches. — Viau, s. m., veau.
DU PATOIS LYONNAIS 181
Vendâmi, v. a., vendanger. V. p. 76.)
Venou, s. m., bâton, trique.
Ven, V. a., tourner. (V. p. 41, 76 et, pour la pro-
nonciation, p. 4.)
Verne ou varneu, s. f,, aulne. — Varna, s, f.,
vernage, vernée, lieux plantés d'aulnes.
Venna ou venne, s. f., haie.
Veurdze, s. m., petit saule blanc, espèce d'osier.
Veveu, veva, subst., veuf, veuve. — Beaujolais,
vâveu, vâva.
Vézon, s. m., ver de mouche; se dit aussi des
enfants capricieux : Té fé don arrimé ton vézon, tu
fais donc encore ton mauvais sujet?
Villon, s. m., osier. — Villonà , v. n., faire des
corbeilles, faire des riens, perdre son temps.
Viole, s. m., sentier; étymol. trace violette à tra-
vers la verdure des prés, ou simplement le mot
latin via.
Violo ou violéta, s. f., violette. Je n'ai admis ce
mot, trop semblable au français, que pour pouvoir
glisser après lui une traduction de la célèbre petite
fable de Bérenger (pas le chansonnier) :
Drôla mé sinz ôdu, na va la coquemèla
Contra la violéta en baquet se cogni.
Eté preni séz auré é sintché bon comèla :
Avoua leu broveu mondé on né pu que gogni.
Belle, mais sans odeur, une fois la primevère
contre la violette en bouquet fut pressée ; elle prit
182 ESSAI DE GRAMMAIRE
son parfum et sentit bon comme elle : avec les gens
de bien on ne peut que gagner \
Vireu, s. m., friches. — En Bresse, tepa ; Dombes,
viarreu, d'où deviaro, v. a., défricher.
Vo ou vor, prép., chez, synonyme de tsi. On dit
vo devant un mot commençant par une consonne,
et vor devant une voyelle : Mon pore dejé : E'ij et u
Pruchen que dzê souateu la Repebleca ! Si l'ayan vor
èleu, i neu lasserian tranqueleu vo neu ; mon père
disait: C'est aux Prussiens que je souhaite la Répu-
blique ! S'ils l'avaient chez eux ; ils nous laisseraient
tranquilles chez nous. — Beaujolais, vé. (V. Tsi.J En
Bugey, vé et ver.
Vagua, s. f.; ce qu'on appelle en Bretagne pardon,
en Provence roméradji, en Artois ducassa, en Flan-
dre kermesse, en Languedoc assemblée, à Paris fête
patronale ou baladoire ; patois francisé vogue.
Vola, Y. a., vouloir. (V. p. 50.)
Volô, Y. a. et V. n., voler, dans les deux sens qu'a
ce mot en Irançais.
Napoléon premi dejé na va à Mouchu Vintendan
Vollan, qu'étévé on begistreu : Voz avi on vilain
nom, i fa sondzi à volo. — Sire, répondi Vollan,
mon nom. à duéz 1. — Eh ! repeqni l'Empereu, avoua
duéz ailé, on n''in voulé que miu !
• Dans le quatrain de Bérenger, les personnag.'S ne sont pas la
primevère et la violette, mais peu importe :
La Renoncule un jour dans un bouquet
Avec l'Œillet se trouva réunie;
Elle eut le lendemain le parfum de l'Å’illet :
On ne peut que gagner en bonne compagnie.
DU PATOIS LYONNAIS 183
Napoléon P"" disait un jour à M. l'intendant
Voilant, qui était bugiste; Vous avez un vilain nom,
il fait songer à voler. Sire, répondit Voilant, mon
nom à deux l. — Eh ! répliqua l'Empereur, avec
deux l on n'en vole que mieux !
Voré, vorindrâ, adv., aujourd'hui; teut-orendrâ,
tout maintenant. — A Marboz, voure, vourèclra.. (V.
p. 60 et, pour la prononciation, p. 4.)
Vota, s. f., nœud ; du latin volvere (supin volutum),
ou de Titalien volta ; baïvôta, faire le nœud d'amarre
d'un bateau.
Voua, adv., oui : On farceur passan pé Cozon
avoua on camaradeu H dessi : « Dzé voui té féré va
dé fené que dzapon corné dé tsin : » E i crii à yéna
que lavové sa bia de leu riu : « EVè bien ique la rota
dé Lyon ? » — Voua, voua, voua, repondi la laoousa.
E ntreu camaradeu dé rire. Effectivement le oui
patois, quand on le répète, ressemble à un aboie-
ment.
Vouâdi ou voyenci, v. a., vider, verser. — Signi-
fiant verser à boire, le mot a vieilli, on dit aujour-
d'hui varso. — Bressan, voyandi.
Vouardi, v. a., ouvrir: mot vieilli; on dit au-
jourd'hui : ouvri. — Bresse, uvri.
Vouert, vouerta, adj., ouvert, te ; distinct du part,
passé ouvri : Y ayé na fenetra vuerta, dza ouvri
Votra.
Voui, adv., aujourdliui. (V. Oui.)
Vouivra, s. f., charrue à roues. Chimère, monstre
imaginaire qui a sa légende en Bresse.
Vourla, s. f., corne de la vigne. (V. p. 75.)
184 ESSAI DE GRAMMAIRE
Vourleu, s. m., saule marceau, dont les chatons
sont la première récolte des abeilles, au sortir de
l'hiver.
Vreté, s. m., le bas du fuseau à filer; du latin,
vertere, tourner.
Yabô, s. m., flaque d'eau.
Yantze ou yintze, s. f., clématite, vigne vierge. —
Dombes et Beaujolais, viantse.
Yatse, s. f., glace.
Yon, yéna, un, une. (V. p. 15.)
Yor, s. m., liard, le quart d'un sou avant le sys-
tème décimal.
Avan leu sistémeu décemô, on fran s'appélové na
livra. En desso dé la livra è y aijé leu sou, devesd
en quatreu yor. Pér on sou é demi, que féjé si yor,
on déjé si blan. En déssu dé la livra, on contové per
écu_ in écu féjé trâ livré; epé lui d'or, que féjé vingt
livré dépi la Revolechon. Per ainsi, cent écu segne-
fiovon trâ cen fran ou trâ cen livré, é cen lui d'or
dou mêle fran dépi la premire Répebleca, é clou mêle
quatreu cen en monaïa dé Lui XVI, Lui XV, etc.
Pris dans un sens indéterminé, yor signifie « de
l'argent » : Baï mé dé yor, donnez-moi de l'argent.
Leu Djan cogné on biau malin
Vu leu mère son và sin.
DU PATOIS LYONNAIS 185
Méré, ète-KO lévo? — Ei dépen : pre quâ féré?
Pé mé préto dé y or. — Dzé dremeu, fit le 7néré '.
En Beaujolais on dit yar.
K
Zabelon, s. m., houblon.
Zanti, s. m., gentilhomme; tombé en désuétude,
mais se trouve en plusieurs passages de VEnrôle-
ment de Tivan (1675).
Zanzeula, s. f., gros saucisson, andouille.
Yé, s. m., lit.
Zézublé. (V. Saléta.J
Zessi, adj,, épuisé, rendu de fatigue.
Zimperouille, s. f., sorbe.
Zocco, V. a., attifer.
• Traduction d'un petit conte qu'on trouvera dans mes Fables,
Contes et Ballades :
Thomas frappe un beau matin
Chez Jean-Pierre, son voisin.
— Jean-Pierre, es-tu levé? — C'est selon : Pour quoi faire?
— Pour me prêter cent sous. — Je dors, répond Jean-Pierre.
CHAPITRE XIV
Spécimens de Patois
A supposer que, après l'extinction de notre
patois, quelque original de mon espèce ait
ridée de reconstituer ce défunt et de se
rendre un compte tout-Ã -fait exact de ce qu'il fut
vivant, une grammaire et un vocabulaire n'y suffi-
raient point. Voilà pourquoi, chemin faisant, j'ai
semé çà et là tant de petits fragments de prose et
même de vers patois
Ces exercices me paraissent absolument néces-
saires ; je vais les compléter.
§ 1. LE PATER ET UAVE
EN PATOIS LYONNAIS
Netron Péré qu'é u cher, que vetron non saie
sanctefîà , que vetron royaumeu arrevé, que vetra
volonté se fasse su terra coyn u cher ; bailli-neu
voui netron pan dé tui leu dzeur, é neu betô pô in
tintachon, mé délevro-neu du mô. Ainsi sayé-t-è !
Salu à veu, Marié, pleinna dé groce ; le Seigneur
188 ESSAI DE GRAMMAIllE
est avoua veu ; voz été bénia entremi teuté lé féné, é
béni est le fri de vetron vintreu, Djésu ;
Santa Marié, méré dé Djji, prii per neu poureu
pétcheurvoré é de Vura de netra môr. Ainsi sayé-t-è !
§ 2. PROVERBES LOCAUX
Sans respect humain j'ai tenu à commencer ce
chapitre par les prières que nos bons aïeux, s'ils le
pouvaient lire, aimeraient à y trouver. Ils durent Ã
ces prières certaines vertus qui firent leur bonheur
et que le progrès des sciences physiques ne suffit
pas à remplacer : la charité, la sobriété, la modestie,
en un mot Tesprit de famille et l'esprit de sacrifice ;
toutes choses qui sont filles de la foi.
Je devrais donner ensuite la place d'honneur à la
chanson La Cozenare, qui est un chef-d'oeuvre du
genre ; mais c'est justement mon admiration pour
elle qui me la fera réserver pour la fin, comme le
bouquet de mon petit feu d'artifice.
Voici, en attendant, quelques pièces moins bril-
lantes et plus courtes, mais qui ont également leur
prix, ce sont des proverbes ou deton, que j'ai colli-
gés avec soin dès mon enfance, bien avant de pré-
voir qu'ils pourraient trouver un jour leur emploi.
Ces proverbes m'aideront, en outre, Ã conserver ici
la physionomie morale de nos villages au temps du
patois, conservation plus désirable, à mes yeux,
que celle du patois lui-même.
D'abord trois ou quatre proverbes moraux qui
DU PATOIS LYONNAIS 189
sont OU pourraient être de tous pays, mais que je
tiens dé mon gran è dé ma gran :
Caban bien secoïa né gordé dzin de pussa.
Veste bien secouée ne garde point de poussière. (')
Quan leu Bon Dju crée in onou,
A coûta i séné on tsardon,
Quand le Bon Dieu crée un ânon,
A côté il sème un chardon (-).
Voli-vo vo bien porto ? N'ai po leu tin d' être maladeu.
Voulez-vous vous bien porter ? N'ayez pas le temps
d'être malade.
Polaille dé Brassa à dinô
Né vau po pan nâ affanô.
Volaille de Bresse à diné
Ne vaut pas pain noir gagné.
Pan su trobla na dzin dé maitré.
Pain sur table n'a point de maître.
Quan 071 é trézé a trobla, é y a dandzi que n'en me-
7'âtsé yon de l'an; mé quan on é quatôzé, le dandzi é pre
gran.
Quand on est treize à table, il y a danger qu'il en meure
un dans l'an ; mais quand on est quatorze, le danger est
plus grand.
Quan tsi leu mondeu i t'offron on vareu de vin, ac-
(^) Ma grand'mère me disait cela, en guise de consolation, après
toute correction par moi méritée et par elle octroyée libéralement, sans
lésiner jamais sur la quantité.
(^) Maxime courageuse et confiante qui, chez nous, n'était pas
seulement spéculative. Mon père a eu 17 enfants et son frère aîné
15 ; moi, dégénéré, seulement 14.
190 ESSAI DE GRAMMAIRE
cepta toudjew; s il offron de bon cœur te luzufé plâsi ;
si pé frema te leu penâ.
Quand chez les gens on t'offre un verre de vin, accepte
toujours. S'ils l'offrent de bon cœur, tu leur fais plaisir ;
s'ils offrent par frime (par grimace), tu les punis.
Lé féné u cottair travaillon oncoré me dé la linga que
dé luye ; el abïon luz effan, me été désabïon leu passan.
Les femmes, au cottair (^), travaillent encore plus de la
langue que de l'aiguille ; elles habillent leurs enfants,
mais déshabillent les passants.
On garçon d'ardzen vau na fille d'ôr.
Un garçon d'argent vaut une fille d'or.
(Ce qui n'est pas à riionneur de la réputation des
garçons.)
Appela na féna gorça, el vos en vedra trenta dzeur ;
appelû-la lède, el vos en vedra toudjeur.
Appelez une femme catin, elle vous en voudra durant
trente jours; appelez-la laide, elle vous en voudra tou-
jours.
Les proverbes suivants ont un caractère local ca-
ractéristique, exclusif de tout autre pays :
Cozon é leu paradi dé lé féné, leu porgatoireu duz
oineu, r enfer du tsevau.
Couzon est le paradis des femmes, le purgatoire des
hommes, l'enfer des chevaux.
Polaîlle dé Brasse, ôîa dé Domba, vin de Dôdzolais,
pùti de Cozon.
(') Réunion de femmes travaillant devant la porte de l'une d'elles.
DU PATOIS LYONNAIS 191
Poule de Bresse, oie de Dombes, vin de Beaujolais,
tarte de Couzon.
Pôleu com' on Dombislreu ('), j)iolsou (-) com' on
Drassan, meinnadzi com' on Sarmagnôt (^), feur-à -tsau
com' on Nuvelordi^}, piollord com' on Cozenareu.
A Lyon tui leu malin
Colondzè, Ra'iu, San-Marlin,
Avoua leu blan que coulé
Fan dé blan que roulé.
A Lyon chaque matin
Collonges, Rillieux, Saint-Martin
Avec le blanc qui coule ("â– )
Font du blanc qui roule ("),
Crai po que leuz effan
A Lyon n'an jamé fan.
Ne croyez pas que les enfants
A Lyon n'ont jamais faim.
Mont-Cindreu, Mont-Thou, Mont-Vardon,
Trà dzaïan que n'en fan que yon,
Se hiausson à l'envia, pé va dé loin Lyon.
Mont-Cindre, Mont-Thou, Mont-Verdun.
Trois géants qui n'en font qu'un.
Se haussent à l'envi pour voir de loin Lyon.
Vouadi son vâreu
En Cozenareu.
(') A Couzon en dit Dombistreu, Bugislreu, pour Dombiste,
Bugiste.
(2) Travailleur.
(3) Habitant de Saint-Romain.
(1) Habitant de Neuville-sur-Saône.
(5) Le lait.
(8) De l'argent.
14
192 ESSAI DE GRAMMAIRE
Vider son verre
En Couzonnais (*).
Nadzi com' on canor
Ou com' on Fontanor.
Nager comme un canard
Ou comme un habitant de Fontaines.
Dé Velafrantse à Anse
La pre bêla lia dé France.
De Villefranche à Anse
La plus belle lieue de France.
Toudzeu en guerra corné dé bandi
Ou corné leu garçon dé San Lauren
Avoua leu Feillandi.
Toujours en guerre comme des bandits
Ou comme les garçons de Saint- Laurent
Avec ceux de Feillens.
Caïon que quinon, magna que hutson : teu clé
bressan.
Cochons qui crient, valets de ferme qui hûchent :
tous des Bressans r).
Pasebla la Sùna tracaïé
E pour té batchau teu leu ten ;
Leu Rùneu foui,pioïé, balaie
E né fa ren {^).
Paisible la Saône travaille
Et porte bateaux tout le temps ;
Le Rhône court, crie, bataille
Et ne fait rien.
(') Le vider à fond.
(-) Les huchements des jeunes gens en Bresse sont en effet aussi
aigus et aussi harmonieux que ceux des porcs.
(•*) Prononcez rin, tin.
DU PATOIS LYONNAIS 1&3
Les proverbes suivants sont des allégories trans-
parentes et pas toujours charitables :
Xuvelé, anchèla,
On ô-te fa ton ni?
Su l'arba. novèla
On gu' è fa bon dremi.
Neuville, cigale.
Où as-tu fait ton nid ?
Sur l'herbe nouvelle
Où il fait bon dormir.
Léz avié dé Sorman,
Dé Curi, dé San Dzarman
Gordon lu butin pé déman.
Les abeilles de Saint-Romain,
De Curis, de Saint-Germain,
Gardent leurs provisions pour demain.
A la Croirossa, de dé quarti qu'y a, se on vu hâre
na chopina dé vrâ vin avoxik in hommea hoyinéteu,
fait y porto leu vin é y ménô Vomeu. — A la Croix-
Rousse, clans des quartiers qu'il y a (dans certains
quartiers) si l'on veut boire une chopine de vrai vin
avec un honnête homme, il faut y porter le vin et y
mener l'homme.
Se Vn'o dzin d'aimeu, va-t'en n'enquéri à Trévu :
Si tu nas pas d'esprit, va en chercher à Trévoux.
Ce proverbe est-il un épigramme, ou la simple
constatation de la haute estime de nos aïeux pour
les Trévoltiens ? Mvstère.
l'Jl i:SSAI DE CUAMMAIUK
J'en vais transcrire un auquel je ne comprends
absolument rien ; mais je tiens à vider mon sac :
Sarmagnot
Cu dé piau,
Y a dé quâ n'en rire,
Ton cu se dévire,
Habitant de Saint-Romain,
Cul de peau,
Il y a de quoi rire,
Ton cul se décroche (???)
On devine seulement, par ce dit-on exclusivement
couzonnais , qu'une jalousie traditionnelle existe
entre Couzon et Saint-Romain ; c'est pour cela que
Saint-Romain, appelé autrefois Saint-Romain-de-
Couzon, a tenu depuis peu à secouer une apparence
de vassalité et à s'intiluler officiellement Saint-
Romain-au-Mont-d'Or.
Les proverbes suivants ne sont pas plus clairs.
Ils sont nés de circonstances aujourd'hui oubliées.
Les hommes et les incidents ont disparu, les mots
auxquels ils donnèrent lieu sont restés, mais comme
des énigmes.
Hardi, Déni! Traduction non du sens littéral,
mais de l'intention qu'on a lorsqu'on prononce ces
mots : Allons, courage!
DU PATOIS LYONNAIS 195
Pourreu Grou-Yaudeu. — Pauvre Gros-Claude!
— Pauvre niais !
y é t-ena Catin (abbréviation de Catherine), c'est
une femme de mauvaise vie.
Ah ! leu brov' omeu !
Il a grou d'aimeu ;
Oua, pé leu bè
Dé sa Babè.
Ah ! le brave homme,
Il a beaucoup d'esprit ;
Oui, par le bec (la bouche)
De sa Babet (sa femme).
// é corné Dosse-Crévo :
I né sa ni se cutsi ni se lévo ???
Passa pé Vaza, passer par Vaise, se sauver, dis-
paraître [').
î^- 3. ÉTYMOLOGIES GÉOGRAPHIQUES
D'on vein le nom de Cozo ? Dé aqua sonans (égue
senanta), corné Coize dé leu hiô lyonnais ? Dé
l'ila de Côs en Grèce ?...
Y raconton que, pé faire plâsi uz Italien, l'em-
péreu Caligula ayé fâ détruire teuté lé vigne dé
la Gaula. L'empéreu Frobus, qu'omové le sedzeur
(*) Cette locution, fort connue à Lyon, a dû prendre naissance Ã
Couzon ou dans quelque autre localité d"où il soit nécessaire de
passer par Vaise pour aller se perdre dans la grande ville. Si elle
était née à Lyon même, et si la fuite qu'elle exprime avait eu Lyon
pour point de départ, on dirait passer par Saint-Clair ou par les
Brotteaux, afin de gagner de là ou la Suisse ou la Savoie.
19G ESSAI DE GRAMiMAfliE
dé Viiniacum (Vimi , udzordai Nuvelé-su-Sônâ)
parsqué dé lover l'aspè du Mon d'ôr li rapélôve
son paï, la Panonié, parméite de replanta la vegne
e fi véni dé l'ila de Cos lé prémiré cépé, que feron
planté à Cozon.
D'où vient le nom de Couzon ? D'aqua sonnas (eau
sonnante), comme Coize dans le haut Lyonnais ? De
l'ile de Cos en Grèce ?...
On raconte que, pour faire plaisir aux Italiens, l'em-
pereur Caligula avait fait détruire toutes les vignes
de la Gaule. L'empereur Probus, qui aimait le séjour
de Vimiacum (Vimy, aujourd'hui Neuville-s-Saône)
parce que de là l'aspect du Mont-d'Or lui rappelait
son pays, la Pannouie, permit de replanter la vigne
et fit venir de l'île de Cos les premiers ceps, qui
furent plantés à Couzon.
Lyon vein probôblamén de lucus C^mu sacrô) e
dé dununi (collena), ma celtequeu que se retrouvé
dén dené (la sohla que bordé la mer), de Dun^
kerké (éïse de la dena) e de quantetô dé nom pro-
preu.
Lyon vient probablement de lucus (bois sacré) et
de dunum (colline), mot celtique qui se retrouve
dans dunes (le sable qui borde la mer), dans Dun-
kerque (église de la dune) et dans quantité de noms
propres.
Le Mon-Vardon, on rpCi fan ma fortalezza, su
leu pre hiau poin du Moii-d'Or, sognefiédé mémcu :
collena varda.
Le Mont- Verdun, où l'on fait une forteresse, sur
UV PATOIS LYONNAIS 197
le plus haut point du Mont-d'Or, signifie de même :
colline verte.
L'Ecoran, quarti de Cozon, dà véni cVogue co-
ranta.
L'Ecoran, quartier de Couzon, doit venir d'eau
courante.
Collondzé évedamén dé colles longi (collines lon-
gues). — Sulifjna, de super ligna, su leu bou.
Collonges évidemment de colles longi (collines
longues^ — Sulignat, de super ligna, sur les bois.
I poïon lire de Marliii, lieu d'une mare, en fran-
çais, e de Malafretô, mala fréta, mauve mare, mau-
vézezaigué, en latin.
On peut lire dans Marlieux lieu d'une mare en
français, et dans Malafretaz mala fréta, mauvais
marais, mauvaises eaux, en latin.
Rotsetailla, Monmerleu^ Opremont s'esplequon
éteu sen pein-na.
RochetaiUée, Montm3rlj, Apremont s'expliquent
aussi sans peine.
Forvireu vin dé Forum Veri, martcha dé Vérus,
ou Forum Veneris, marcha dé Véyius. Dze n'adméteu
pô Forum vêtus, viu martcha. parce que Forvireu
fena pé reu, neu pé teu.
Fourvière vient de Forum Vert, marché de Vérus,
ou Forum Veneris, uiarché de Vénus. Je n'admets
pas Forum vêtus, vieux marchi, parce que Fourvière
finit par re, non par te.
Lou traz Ambériu, l'on en Dombé, Votreu en
198 ESSAI DE GRAMMAIRE
Budzâ, leu trajeiuneu de leucaiitond'AnsefRhôneu),
Ambrona, Ambutri, Arnbléon, S07i teu ce que resté
d'on pepleu gauloi (leuz Ambarreu) qu'oquepové,
avan leu Romain, lé due vévé de la. Sôna, à la bise de
Lyon, teu justeu leu paï don dz'étudieu ique la
linga.
Les trois Ambérieu, l'un en Dombes, l'autre en
Bugey, le troisième dans le canton d'Anse (Rhône),
Ambronay, Ambutrix, Ambléon sont tout ce qui
reste d'un peuple gaulois (Ambarri, les Ambarres)
qui occupait, avant les Romains, les deux rives de
la Saône au nord de Lyon; tout juste le pays dont
j'étudie ici la langue.
Quantetô dé non dé paï feron d'abdr dé non
d''omeu. Pér insi, du tin du Romain, en soz-en-
tendant prcBdium ou domus, Arbegni é Arbigni
voian deré habetachon d''Albinus, Curi é Cuire
habetachon dé Curius, Courte é Corté habetachon
dé Curtius, Caluiré dé Calvirius, Marci dé Martius,
Montana de Montanus, Lintii de Lentulus, Quin-
chu dé Quintius, Mexemiu é Messemi dé Maximus,
Savegnu dé Savinius, Dzuliéno dé Julianus, ChaS'
sin dé Cassius, Pollionâ d'Apollonius, etc.
Quantité de noms de pays furent d'abord des noms
d'hommes. Ainsi, du temps des Romains, en sous-
entendant prœdium ou domus, Albigny et Arbigny,
voulaient dire habitation d'Albinus, Curis et Cuire
habitation de Curius, Courtes et Cortet habitation
de Curtius, Caluire de Calvirius, Marcy de Martius,
Montanay de Montanus, Lentilly de Lentulus, Quin-
cieux de Quintius, Meximieux et Messimy de Maxi-
DU PATOIS LYONNAIS 199
mus, Savigneux de Savinius, Juliénas de Julianus,
Chassieux de Cassius, Pollionay d'Apollonius, etc.
Leu Burgondeu, qui confonclon en patôi avoua
lea Sarrasin, aïan beto à la téta de tsoqué veladzeu
on représentan du roi. Leu non dé chi representan,
qu'ayé quosi toudzeur ina forma latena, è demoro de
la plupor, avoua la tarminâson eu de leu Budzâ é lé
Dombé, a de la Brasse. Exempleu : Pollieu, Pollia;
Cézérieu, Cézéria; Mizérieu, Mezéria; Birieu, Vi-
rieu, Viriat, etc.
Les Burgondes, qu'on confond en patois avec les
Sarrasins, avaient mis à la tête de chaque village
un représentant du roi. Le nom de ce représentant,
qui avait généralement une forme latine, est resté
dans la plupart, avec la terminaison eu dans le
Bugey et les Dombes, a dans la Bresse. Exemple :
Pollieu, Polliat; Ceyzérieu, Ceyzériat; Mizérieu,
Mézériat; Birieu, Virieu, Viriat, etc.
Insi oncoré la Guïotireétché, de leu commencement
la mâson de Guïot ; la Mulatire, chaque dé Mulô ;
la Farlatire, chaque dé Ferlât ; la Giraudire, dé
Girô ; la Pelonire, dé Pelon; etc.
Ainsi encore la Guillotière était, dans l'origine, la
maison de Guillot; la Mulatière, celle de Mulat; la
Ferlatière, celle de Ferlât; la Giraudière, de Gi-
raud ; la Pelonnière, de Pelon, etc.
D''otré appellachon chorton d'accedin locaux :
la Tessonnire, endrâ du tesson, la Louvatire,
du lou ; etc.
D'autres appellations sortent d'accidents locaux :
200 ESSAI DE GHAMMAIRli:
la Teyssonière, lieu des blaireaux ; la Louvatière,
des loups; etc.
La Vinadzire (vinum agerel, endra que fa devin;
lé Tsarpené, endrâ planta dé tsarpené.
La Vinagère (vinum agerej, lieu qui fait du vin;
les Charpennes, lieu planté de charmilles.
Leu Brotchau^ carti dé Lyon (dé brâ, en fran-
çais bourgeon, d'on rpCil an fa brouta), itché ina
mélo d'ilé planta dé sauzeu é dé pebleu f).
Les Brotteaux, quartier de Lyon (de bro, en fran-
çais bourgeon, doù Ion a fait brouter) était un
fouillis d'îles plantées de saules et de peupliers.
La Cï'oi-Rossa, atreu carti dé Lyon, vin d'ina
crui en pira rossa dé Cozon qu'étché drâte su la
gran place é qu'a éta enlèvo en 1882 ou 83.
La Croix-Rousse, autre quartier de Lyon, vient
d'une croix en pierre rousse deCouzon qui était de-
bout sur la grande place et qui a été enlevée en
1882 ou 83.
Leu Demeu^à Cozon, étché leu non du viu tsôtchau
(') Lés ôtré va è y ayé qiiatreu brotchô à Cozon : le Drolcliô dé
Cozon qu'étché le mé u mi-dzeur é totsà vé cosi à Vendra on qu'il
an fa leu pon en 1838, leu brotchau à Talon, leu brotchau Rontou e
leu brotchau d'Arbegny. Il an cosi Lui élo uni à la terra farma pe
leu marrain aporto dé lé périré, é pé leu trauau du baradzeu établi
su Sôna, en 1850 ou 51.,
Autrefois il y avait quatre brotteaux à Couzon : le brottcau de
Couzon qui était le plus au midi et touchait presque à l'endroit où
l'ou a fait le pont en 1838, le brotteau à Talon, le brolteau Rontou
et le brotteau d'Albigny. Ils ont f>resque tous été unis à la terre
ferme par les débris apportés des carrières, et par les travaux du
barrage établi sur la Saône, en 1856 ou 57.
DU PATOIS LYONNAIS 201
démoli en 1856 pë féré place à Véïze nouva. E
n'en resté quon pan dé meraïe. E y étché ique qu'il
alovon paï lez imposeckon (la Dema) u tsapitre dé
San-Djan de Lyon. Chà dema étché cVon bénô dé
vendâme , neu po su di , mé su vint-sèt. Elle
féjé quatreu per cen.
Le Dime, à Couzon, était le nom du vieux château
démoli en 1856 pour faire place à l'église neuve. Il
n'en reste qu'un pan de mur. C'était là qu'on
allait payer les impositions ja Dimeiau chapitre de
Saint-Jean de Lyon. Cette dime était d'une benne de
vendange, non pas sur dix, mais sur vingt-sept (').
Elle faisait quatre pour cent (-).
Mon-Dzuli e Cezéria rappèlon sinon leu sedzeur,
du moin leu nom de Dzuleu é d'on Cêsor.
Mon-July et Ceyzériat rappellent sinon le séjour,
du moins le nom de Jules et d"un César.
Lez otré va leu cementireu de Loyasse, à Lyon,
étché on hou qu'il apélôvon hou dé l'oyasse.
Autrefois le cimetière de Lovasse, à Lyon,
était un bois qu'on appelait bois de la pie.
San-Dédi-su-Chalarona préni leu non d'on
évêque de Viana que i fu massacro per ordre dé
la reinna Frédégonda.
Saint- Didier- sur -Chalaronne prit le nom d'un
(*) Comme aujourd'hui encore au Canada, une gerbe sur vingt-sept.
Sur ce fonds étaient entretenus le culte, les écoles, les [lauvrcs et
toutes les dépenses communales.
(2) Sa suppression fit acclamer la Révolution. Aujourd'hui comme
oa accepterait de n'avoir que quatre pour cent à payer! Et puis le
service militaire ? Nos aïeux n'étaient jamais soldats malgré eux.
202 ESSAI DE GRAMMAIRE
évêque de Vienne qui y fut massacré par ordre de
la reine Frédégonde.
Leu veladzeu sen nomhreu que pourton dé non
dé sain son on témoicjnadzeu dé la dedoclton dé
nHreuz anchen : San Dzarma,n , san Déni , san
Lui, etc., etc.
Les villages sans nombre qui portent des noms
de saints sont un témoignage de la dévotion de
nos ancêtres : Saint Germain, saint Denis, saint
Louis, etc., etc.
Refété pé Monségneu Camille dé Villeroy, artse-
vêqueu dé Lyon é frore du maréchal, Vimi preni,
pé reconnâssantse , leu non dé Nuvelé-VArtsevê-
queu. Oui, él n'in vu dzin mé, él i prin
péron sôleu sôbreqiié; elle dévre retorno à son
viu non dé Vimi.
Rebâtie par Monseigneur Camille de Villeroy, ar-
chevêque de Lyon et frère du maréchal, Vimy prit,
par reconnaissance, le nom de Neuville-l'Archevê-
que. Aujourd'hui, elle n'en veut plus, elle le prend
pour un vilain surnom ; elle devrait retourner à son
vieux nom de Vimy.
E y é pé na râson semblôbla que Nuvelé-les-
Damé, oablian leu sovéni que la distinguon dé
tan d'otré Nuvelé sin istoire, né im plu élré
que Nuvelé-su-Renon. Elle crâ qu'cinque li baïéra
mé dé renom? Pfêtré ben ; a manqueu dé la tsuza
él ara leu mô.
C'est pour un motif semblable que Xeuville-les-
Dames, oubliant les souvenirs qui la distinguent de
DU PATOIS LYONNAIS 203
tant d'autres Neuville sans histoire, ne veut plus être
queNeuville-s-Renom. Elle croit que cela luidonnera
plus de renom ? Peut-être bien; à défaut de la chose
elle aura le mot.
Tsotillon-lé-Dombé né vu po mé être que Tso-
tillon'SU-la-Tsalarona. Portan lé Bombé son mé
connue que la Tsalarona, é Voneur é pre gran
d'étré la fortalezza d'ena province que d'en pete
riu.
Châtillon-les-Dombes ne veut plus être que Châ-
tillon-s-Chalaronne. Pourtant les Dombes sont plus
connues que la Chalaronne, et l'honneur est plus
grand d'être la forteresse d'une province que d'un
petit ruisseau.
Velafrantse vin dé lé frantcizé que leu sireu de
Beauju li ayan baïa; de leu nombreu se tro-
vové, pé leuz abetan, leu drâ dé battre lu féné (?}.
Villef ranche vient des franchises que les sires de
Beaujeu lui avaient données; dans le nombre se trou-
vaient, pour les habitants, le droit de battre leurs
femmes [?).
Trévu (latin Trevoltium) s'esplequé pé lé trâ
voté que la Sôna fa en passan devan.
Trévoux (latin Trevoltium s'explique par les trois
contours que la Saône fait en passant devant.
204 ESSAI DE GRAMMAIRE
Leu senou d'Arbegni
SOVÉNI DE 1793
Ey fe na tarrebla dzorno pé Lyon que chaque
du nu ottobré 1193. Assied ja pé Vanné dé la Con-
venchon, cha vêla ayé batailla dou ma teuta seu-
léta, neu pé la Royauté, mé pé la Repebleca légal,
contra la Montagne qu'ayé betô dihor la loi leu
Girondin é tui leu modéra, é que govarnové pé la
tarra.
La défensa n'étché pre possebla. Pér empétsi
leu Muscadin C^on qu'i baiovon uz assédjaj dé
recruto clé sordo de leu vâzenadzeu, la Convenchon
ayé fa na rochâ C) dé tui leu dzouneuz omeu dé diZ'
ouet à vingt-cinq an, é pé cassa teu lien entrenii
leu Lionnai é leu Forrezien que volian luz y baï
la man, él ayé copo pé leu mâtin leu départemcn
dé Rhône-et-Loire ; él n'en ayé fa dou : leu Rôneu,
d'ina por, la Loire dé Vôtra.
Nion secor se poyé don espéro dé dihor. Leu
sordo dé la Convenchon (i leuz appélovon leu Blu),
Ion ten C) repusso, ayan feni per emporta dé fource
leuz avan-pôsteu dé CAiiré, su leu platchau dé bize^
e cheu du po7i clé la Melatire, on que se môrion leu
Roneu é la Sôna. Pé combien, il annonçovon, leu
ouet ottobré, ciuon trétreu ayé levro la piourta dé
San-Chior.
(') Levée, exactement rafle. Pour la prononciation, v. p. 6.
(^) Prononcez Ion-tin, déHnsa, Convinchon, rindré, intremi, in,
bin, rin, etc.
DU PATOIS LYONNAIS 205
Le sonneur d'Albigny
EPISODE DE 1793
Ce fut une terrible journée pour Lyon que celle
du 9 octobre 1793, Assiégée par larmée de la Con-
vention, cette ville avait lutté deux mois toute
seule, non pour la Royauté, mais pour la Républi-
que légale, contre la Montagne qui avait mis hors la
loi les Girondins et tous les modérés, et qui gouver-
nait par la terreur.
La défense n'était plus possible. Pour empêcher
les Muscadins (nom qu'on donnait aux assiégés) de
recruter des soldats dans le voisinage, la Convention
avait fait une levée de tous les jeunes gens de dix-
huit à vingt-cinq ans, et pour rompre tous liens entre
les Lyonnais et les Foréziens qui voulaient leur
donner la main, elle avait coupé par le milieu le
département de Rliône-et-Loire; elle en avait fait
deux : le Rhône d'une part, la Loire de l'autre.
Aucun secours ne se pouvait donc espérer du
dehors. Les soldats de la Convention (on les appe-
lait les Bleus), longtemps repoussés, avaient fini
par emporter de force les avant-postes de Cuire
sur le plateau du Nord, et ceux du pont de la
Mulatière au confluent du Rhône et de la Saône.
Pour comble, on annonçait, le 8 octobre, qu'un
traître avait livré la porte de Saint-Clair.
206 ESSAI DE GRAMMAIRE
Leuz assédja, pretou que dé se rendre, décederon
dé s'ouvri on passadzeu pé Vâsa, vo leu Forrè é
l'Auvergne. I pensôvon que dé chi lô, i trovérian
d'otreuz ami dé l'ordre é dé la lebarto, en orme
com''èleu. Miu informa, na centain-na é demi dé
cavali ne voléron pô passa pé Vâsa. I moderon à la
mi-né, remontoron é suiveron la rêva goba dé Sôna,
toudzeur fouyon, é toudzeur se batan. Arrevô Ã
Nuvelé, lu nombre aijé ben démenïa dé mâtcha,
é i n'arian po povu passo, sH n'ayan aviu Vidé
d'amassô leu cosque é leu mantchau du Blu qu^il
ayan tuo, é dé s^en crevi. Leu posteu dé Nuvelé
leu jjreni pé dé Convenchonel é leu lassi felo su la
Brasse. I n^étchanpre mé que cinquanta à soissanta;
mé d'ique i s'esbegneron sen péna en Budzâ é en
Suisse, on que le comte dé Précy, généré en chef,
leu rattrapi pre tor.
Leu grou du Muscadin s'etchan baïa reyidi-veu
u chu dé la Chiora, à cin uré du matin. Teu d'ina
va, à set uré, i feron na faussa attaqua su leu
tsotchau dé la Dutsire, qu'étché u pevâ du Blu, é
feleron en ben ordre su Rotsecardon é San-Cireu.
Leu comteu dé Viriu, comandan en segon, étché Ã
la téta. Leuz on modovon a pié, leuz otreu a tsevau.
I train-nôvon quatreu canon.
DU PATOIS LYONNAIS 207
Les assiégés, plutôt que de se rendre, décidèrent
de s'ouvrir un passage par Vaise vers le Forez et
l'Auvergne. Ils pensaient que, de ce côté, ils trouve-
raient d'autres amis de Tordre et de la liberté,
en armes comme eux. Mieux informés, cent cin-
quante cavaliers environ ne voulurent pas passer
par Vaise^'). Ils partirent à minuit, remontèrent par
Serin et suivirent la rive gauche de la Saône, tou-
jours courant et toujours combattant. Arrivés Ã
Neuville, leur nombre avait bien diminué de moitié,
et ils n'auraient pas réussi à passer, s'ils n'avaient
eu l'idée de ramasser les casques et les manteaux
des Bleus qu'ils avaient tués et de s'en couvrir. Le
poste de Neuville les prit pour des Conventionnels
et les laissa liler sur la Bresse. Ils n'étaient plus
que cinquante à soixante; mais, de là , ils s'échappè-
rent sans peine en Bugey et en Suisse, oii le comte
de Précy, général en chef, les rejoignit plus tard.
Le gros des Muscadins s'était donné rendez-vous
au parc de la Claire n, Ã cinq heures du matin.
Tout d'un coup, Ã sept heures, ils firent une fausse
attaque sur le château de la Duchère, qui était au
pouvoir des Bleus, et prirent en bon ordre la route
de Rochecardon et de Saint-Cyr. Le comte de
Virieu, commandant en second, était à leur tête.
Les uns allaient à pied , les autres à cheval . Ils
traînaient quatre canons.
(') Passa pé Xasa, passer par Vaise signilie à Lym se perdre,
disparaître. On pourrait supposer que celte locution proverbiale
vient de Tévènement que je raconte ; il n'en est rien, car on la
trouve dans la chanson La. Couzonnaise, bien antérieure à 1793.
(-J A rendrait où se trouve aujourd'hui la gare de Vaise.
15
208 ESSAI DE GRAMMAIRE
Leu Blu, avarti pé dé traih^é, leuz ayan dévancJta.
I leuz attendjan, mécho a dé païsan qu'ayan dé
fesi, catclia uteur dé la place dnz Ormeu. Ique
feron tuô monchu de Viriu é la raâtcha duz offeci.
La retréta devinssi na dérota. Leu sordo abandene-
ron lu canon. Sét ou oué cen démoreron insin, pas-
seron pé Lemoné é moderoii séférésarno éprendre,
dou ou trà dzeur apré, à Sorman dé Popé. Leuz
otreu se desparseron pé teuta la masse du Mo7i-d'Or,
copd dé periré, dé vegné é dé boit, que dômenon lé
trd pointé du Mon-Cindreu, du Mo7i-Tou é du Mon-
Va7xlon.
I tsortsovon a se catsi, ou don bin a redécendré cIq
lé valo dé la Sâna é dé VAzerga, mé dedja lu arrevÃ
étché segnalô parteu ; parteu leu Djacobin ayan cor-
porto la novèla que leu Muscadin arrevôvon pë teu
sacadzi, pé teu beto afoua é a san, é su tenté lé rêvé,
pé teuta la montagne, dé Dardii à San-Dzarman é
dé Nuvelé à Lentii é à Lozana, leu tracassin criové
leu mondeu à se défendre é a fouiré su a cheu bre-
gan dé Muscadin.
Du pa'isan la prepor se breleron po. E gn'en avi
portan que profeteron dé Vocajon pé féré cen ciué
luz i semblôvé on bon cou. Il attendjan leu Musca-
din dé lé cabourné, ou darri lé sévélo, terôvon déssu
corné su dé livré ou dé lou, pi leu dévalezôvon ; cor
leu fouyor aijan tai emporto avoua èleu cinque ciu'il
DU PATOIS LYONNAIS 209
Les Bleus, avertis par des traîtres, les avaient
devancés. Ils les attendaient, mêlés à des paysans
qui avaient des fusils cachés, autour de la place des
Ormes. Là , furent tués M. de Virieu et la moitié des
officiers. La retraite devint une déroute. Les soldats
abandonnèrent les canons ; sept ou huit cents de-
meurèrent réunis, passèrent par Limonest et allè-
rent se faire cerner et prendre deux ou trois jours
après, à Saint-Romain des-Popeys. Les autres se
dispersèrent partout le massif du Mont-d'Or, coupé
de carrières et de vignes, et que dominent les trois
pointes du Mont-Cindrc, du Mont-Thon et du Mont-
Verdun.
Ils cherchaient à se cacher, ou bien à redes-
cendre dans les vallées de la Saône et de l'Azergue ;
mais déjà leur arrivée était signalée partout. Partout
les Jacobins avaient colporté la nouvelle que les
Muscadins arrivaient pour tout saccager, tout mettre
à feu et à sang, et sur toutes les rives, par toute la
montagne, de Dardilly à Saint-Germain et de Neu-
ville à Lentilly et à Losanne, le tocsin appelait les
populations à se défendre et à courir sus à ces
brigands de Muscadins.
La plupart des paysans ne bougèrent pas. Il y en
eut cependant qui profitèrent de 1 "occasion pour faire
ce qui leur semblait un bon coup. Ils attendaient
les Muscadins dans les cabornes (<), ou derrière les
haies, tiraient dessus comme sur des lièvres ou des
loups, puis les dévalisaient ; car les fugitifs avaient
(,*) Maisonnettes en pierre sèche, ou plutôt refuges, inhabités la nuit.
210 ESSAI DE GRAMMAIRE
a'jan dé me préchu, é dé loin i leu véjan s'arrêta,
sayé pé reprendre socheu^ sayé pé catsi lu trésor
qui né poyan po mé porta.
Mé d'na fortena fe ainsi fêté, à la i)ointe d'ina
fortse ou d'on fesi dé tsasse. L'impenetô étché asserô
dé davan. I fêjan va du dd, Ion tin apré , de leu
veladzeu, dieu que n'en ayan profito, é i remarque-
ron que nienna dé ché fortené n'ayé porta beneur Ã
cheu que léz ayan fêté ou don bén que n'en éreteron.
Fô teu deré : è gyi'en avi éteu que baieron asileu,
u risqueu dé lu via, a plujeur dé cheu pourreu
mondeu portsatcha. Etan dzouneu, dze n'en a connu
ion que, du dépi, s'étché fixo à Cozon.
Le peteta jjarrâtse d'Arbegny (i dejan po oncoré
commenaj, su la rêva drâte dé Sôna, entremi Cozon
é Curi, étché corné lez otré, teuta sin-déssu-déssâ.
Leu tracassin senové, lé fené grelovon dé pou, mé
leuz abetan n'en étchan po moin oquepo, quosi tui,
à la vendâme. Vouvra pressové, la sâzon ayan éto
tardeva sti an ; leu tin etché chior e dedja frâ; fayé
se dêpétsi.
Eparpïa pé lé collené, biou é bioudé copôvon leu
razin, eniplôvon leu bénau é leuportôvon de lé tené ;
mé on entendjé po de lé troppé leu rireu é leu pétor
d'aiseu d'ordenéreu ; lé fillé s amusovon po a sor-
DU PATOIS LYONNAIS 2H
tous emporté avec eux ce qu'ils avaient de plus pré-
cieux, et de loin on les voyait s'arrêter soit pour
reprendre haleine, soit pour cacher les trésors qu'ils
ne pouvaient plus porter.
Plus d'une fortune fut ainsi faite, Ã la pointe
d'une fourche ou d'un fusil de chasse. L'impunité
était certaine d'avance. On montrait du doigt, long-
temps après, dans les villages, ceux qui en avaient
profité et l'on remarquait que pas une seule de ces
fortunes n'avait porté bonheur à ceux qui l'avaient
faite, ou à ceux qui en héritèrent.
Il faut tout dire. Il y en eut aussi qui donnèrent
asile, au péril de leur vie, à plusieurs de ces mal-
heureux pourchassés. Etant jeune, j'en ai connu un
qui s'était, depuis lors, fixé à Couzon.
La petite paroisse d'Albigny (on ne disait pas
encore commune), sur la rive droite de la Saône,
entre Couzon et Curis, était, comme les autres,
sens-dessus-dessous. Le tocsin sonnait, les femmes
tremblaient de peur, mais les habitants n'en étaient
pas moins occupés, presque tous, aux vendanges.
L'ouvrage pressait, la saison ayant été tardive cette
année ; le temps était clair et déjà froid, il fallait se
dépêcher.
Eparpillés par les collines, vendangeurs et ven-
dangeuses coupaient les raisins, remplissaient les
benôts et les portaient dans les cuves ; mais on n'en-
tendait pas dans les groupes les rires et les cris de
joie habituels ; les filles ne s'amusaient pas à sur-
212 ESSAI DE GRAMMAIRE
prendre Icu (jarron pé le\i débarfoï avoua dé razin,
ni Ion garçon à pnrsuivré lé fille tan que sô leuz
arbrcu ; teu budzové en selencheu, corné déz ombré.
Leii so/oit començové a rebéssi ; i totsové quosi la
cerna du Mon-Vardon, quan dez effan quépïovon
u cou dé fesi su la montagne, se forreron à bèlo :
« N'en vt'cha ! I vegnon ique ! »
De vrâ l véjan dou cavali que dévalovon pé leu bou.
D'otreu, pre loin, luz i fouijan apré.
U pié dé la penta rade dé la montagne, entremi
leu bou é lé vegné, leu dou fouyor sauterou à bo dé
lu tsevau é leuz abaderon. Lé pourré bêté, que n'en
poijan pre mé, se cutseron so dez arbreu, et elleu
contèniiron, toudzeur fowjan, u traver du violé édé
lé sévélo. Arrevo en face du vendâmou, i se rende-
ron à cheu à qui i né poyan po étsapo.
— « Broveu mondcu, aï pedja dé neu ! Dzé son dé
Lionnai qu'an volu défendre vetra lebartô é la nctra;
dze n'an fa dé mo a presena, netron crimon é de
n'ava po èto leu pre fôr. Sarvd neu, u non du cher,
dze vo récompenser an, e pi leu bon Dju voz i rendra ! »
L3it vendâniou, s'il agan pu leu sauvo sen: être
aparru, leuz arian ccrtainnamin fa felo de quoqué
cova ou grani. Ma lou lilu començôoon à devalo pé
leu violé; la2)ouy açové tui leucoradzeu. Leu païsan
DU PATOIS LYONNAIS ^13
prendre les garçons pour les barbouiller de raisin,
ni les garçons à poursuivre les lilles jusques sous
les arbres ; tout remuait en silence, comme des
ombres.
Le soleil commençait à baisser ; il touchait
presque la cime du Mont-Verdun, quand deux
enfants qui guettaient les coups de fusils sur la
montagne se mirent à crier : « En voilà ! Ils vien-
nent ici. »
De fait, on voyait deux cavaliers qui descendaient
précipitamment par le bois. D'autres, plus loin, les
poursuivaient.
Au pied de la pente raide de la montagne, entre
les bois et les vignes, les deux fuyards sautèrent Ã
bas de leurs chevaux et les abandonnèrent. Les
pauvres bêtes, qui n'en pouvaient plus, se couchè-
rent cà l'ombre. Quant cà eux, ils continuèrent tou-
jours courant, au travers des sentiers et des haies.
Arrivés en face des vendangeurs, ils se rendirent
à ceux auxquels ils ne pouvaient échapper.
« Braves gens, a^'ez pitié de nous ! nous sommes
des Lyonnais qui ont voulu défendre votre liberté
et la nôtre ; nous n'avons jamais fait de mal à per-
sonne, nous n'avons d'autre crime que de n'avoir
pas été les plus forts. Sauvez-nous, au nom du ciel!
nous vous récompenserons, et puis le bon Dieu
vous le rendra ! )>
Les vendangeurs, slls avaient pu les sauver sans
être aperçus, les auraient certainement fait entrer
dans quelque cave ou grenier. Mais les Bleus com-
mençaient à dévaler par les sentiers ; la peur glaçait
214 ESSAI DE GRAMMAIRE
feron mena dé né po ent'endré é tsoquon s'arrapové
à s'n ouvra, corné si n'ayé vin rpié cinqiie.
— « Bravo mondeu, catsi ncu^ torii, ique de clii 6e-
nau ! covrl mé dé râsin ! »
Yon duz etrandzi, en parlan de la sorta, s'alondzi
u fon d'on bénau.
Leii vindâmou leu lasseron féré; è n'y eu que na
féna que vinssl H voyenci na pleinna séïlle de
râsin dessu, mé jio assé pé leu covri ; é dé leu ten
quel alové n'in corré in'' otra, arreveron leu sordo
que larderon u cœur avoua lu sobreu leu pourréu
Muscadin. I né pussi qu''on cri. Son san fu mécho
avoua leu vin. Dz''a entendu raconta cinque à in
omeu que y aye viu, ma que dz'y raconteu à mon
leur.
L'otreu fouyor s'et'clié po arréto. Il ayé desindu
comé leu vo tan qu'u pié dé la vieille éïse cVArbe-
gny, on que leu tarrain mé prion leu catsôvé u ju
du porsuivan. Cli' eïse avoua son chiotsi, drâ su la
darrire collena, semblon gardo lé due rêvé dé la
Sôna e guetô u loin teu ce que possé. On Va rernpla-
cha du dépi pé na nouva, pre 5o, me sin la démoli ;
i n'en an fa in' écoula.
Leu Lionai preni à man goba, remonti la collena,
du coûta dé bise, e s'enfeli pé leuz aigrô du ckiotsi.
DU PATOIS LYONNAIS 215
tous les courages. Les paysans firent mine de ne
pas entendre et chacun s'attachait à son ouvrage
comme s'il n'eût vu que cela.
— Braves gens, cachez-nous, tenez, là , dans cette
baignoire !
Un des étrangers en parlant de la sorte, s'allongea
au fond d'une benne.
Les vendangeurs le laissèrent faire. Il n'y eut
qu'une femme qui vint vider sur lui un plein seau
de raisins, mais pas assez pour le couvrir; et pen-
dant qu'elle en allait chercher un autre, arrivèrent
les soldats qui lardèrent au cœur, avec leurs sabres,
le malheureux Muscadin. Il ne poussa qu'un seul
cri. Son sang se mêla avec le vin. J'ai entendu
raconter cela par un homme qui l'avait vu, moi qui
le raconte à mon tour.
L'autre fugitif ne s'était pas arrêté. Il avait filé
comme Je vent jusqu'au pied de la vieille église
d'AIbigny, où le sol s'abaissant le dérobait aux
regards des poursuivants. Cette église avec son
clocher, debout sur la dernière colline, semble
garder les deux rives de la Saône et surveiller au
loin tout ce qui passe. On l'a remplacée depuis par
une neuve, mais sans la démolir; on en a fait une
école {*\.
Le Lyonnais prit à gauche, remonta la colline du
côté du nord et enfila les escaliers du clocher.
(•) On fait remonter à Gondebaud, roi des Burgondes et oncle de
sainte Clotilde, qui y aurait l'ait sa résidence, le premier éditice bâti
sur cet emplacement ; c'est même de là qu'aurait été promulguée la
loi Gombette : mais il parait plus probable que ce fût à Ambérieux-
en-Dombes.
216 ESSAI DE GRAMMAIRE
Leu chiotsi grondové corné s'il aïé contenu tui leu
tenéreu du Mon-d'Or on dzeur d'oradzeu. Leu senou,
in' orneu oncoré teu dzouneu, étché on mami que
n'ayé i^o frâ u ju ; on fran luron, gâ é vouer, on
vrâ tepeu dé païsan dé netra montagne.
Applaïa dé tui seu membreu à la consegna qu'il
ayan baïa, dé veladzeu en veladzeu, pé teuté lez
éïzé duz enveron, i trimbalové sa courda, i grolové
sa chôtse coiii'on dérrato.
Leu Lionnai montové teu dé la douce, grelan é
hasatan, quand i vi que leu senou Vayé aperçu é
leu guintsové, épanto :
— Vo brelo pô, qui H crii, moulo pô la courda,
seno toudzeu ! Se vo voz arrêta, dzé si pardu.
Leu manii déveni dé quâ è n'en verové; i contenii
a seîio corné se dé ren n'étché, teut en demandan :
— Qu'été-veu ? Que voli-veu ?
— On pourreu velati, que tsortsé onqué se catsi.
— Beten que dze voz à po viu, dessi leu senou;
catsi veu darri chi travon.
E i li vert lez épallé, toudzeur senan.
Voré la né tsâjé; l'ombra de la teur s'étendjé tan
qu\i delà de Sôna; pi cl se confondi avoua lé sauzaïé
du brotchau, é lé 7'atavoladzé cominceron à derrapô
e à prindré lu envola. Leu senou séverivô l'eslrandzi
é li démandi se on senové encore uz otreu chiotsi.
DU PATOIS LYONNAIS 21 7
Le clocher grondait comme s'il eût contenu tous
les tonnerres du Mont-d'Or un jour d'orage. Le
sonneur, encore tout jeune, était un gaillard qui
n'avait pas froid aux yeux; un franc luron, gai,
ouvert, un vrai type de paysan de notre montagne.
Appliqué de tous ses membres à la consigne
qu'on avait donnée, de village en village, par toutes
les églises des environs, il faisait sauter sa corde
et secouait sa cloche comme un forcené.
Le Lyonnais montait tout doucement, essouflé,
haletant ; et lorsqu'il vit que le sonneur l'avait
aperçu et le regardait, ahuri :
— Ne vous troublez pas, lui cria-t-il,ne lâchez
pas votre corde, sonnez toujours ! Si vous vous
arrêtez, je suis perdu.
Le marguiller devina de quoi il s'agissait; il con-
tinua à sonner comme si de rien n'était, tout en
demandant :
— Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ?
— Un pauvre habitant de la ville, qui cherche un
refuge.
— Mettons que je ne vous ai pas vu, dit le son-
neur; cachez-vous derrière cette poutre.
Et il lui tourna le dos, sonnant toujours.
Maintenant la nuit tombait ; l'ombre de la tour
s'étendait jusqu'au-delà de la Saône; puis elle se
confondit avec les saulées des brotteaux, et les
chauves-souris commencèrent à se détacher et Ã
prendre leur envolée. Le marguiller se tourna vers
l'étranger et lui demanda si Ton sonnait encore aux
autres clochers.
218 ESSAI DE GRAMMAIRE
— Neii, ren mé de Niivelé, ren de Cozon, ren dé
dzin d'endra, que leu velati li dessi u heu d'on
raomen.
— Fô don mé câsi, ma éteu, repequi leu mariii,
moulan peteVà pete sa courda; mé que van-dze féré
dé veu, pourreu muscadin ?
— Gardo-mé ique^ prix leu fouyor.
— Impossebleu : corné vô norri sin qu'on y satsé ?
E pi on vindra ben seur feré dé parquesechon tan
que de ma leur ; on en fa parteu ; dzé mé pardrian
sin vosarvo... Savi vo nadzi ?
Et i li montrové la Sôna, du coûta dé la traversa
du matin.
— Oua, dzé nadzeu com'on gone de San-Chior ;
dz'â travarso leu Rôneu mé dé cen coup.
— E bin?... fi leu manii, avoua leu gesteu dé
pequô na téta.
— Porrain pô, dzé péseu trô.
— Corné ? Vo 71 été portan po se gro...
— Si, avezo mé faqué : élé soji se pleinné que dzé
colérain à pion.
— Plein-né dé quà ?
— Dé lui d'or.
Leu païsan échati dé rire : Ah ! v'tcha in imbouil-
leu que mé fare grou plasi, à ma; y é po lu poi du
yor que ni'entrainnéra jamé u fon dé la revire!
Tsajjolor, men ami, se té vu té naï, té f) trovô
notreu moyen moin cossu; chique népô à ta porto.
DU PATOIS LYONNAIS 219
— Non, plus rien de Neuville, rien de Couzon,
d'aucun endroit, répondit, au bout d'un moment, le
citadin.
— Il faut donc me taire, moi aussi, répliqua le
sonneur lâchant peu à peu sa corde ; mais qu'allons-
nous faire de vous, pauvre muscadin ?
— Gardez-moi ici, supplia le fugitif.
— Impossible : comment vous nourrir sans qu'on
le sache? Et puis on viendra sûrement faire des
perquisitions jusques dans ma tour; on en fait par-
tout. Je me perdrais sans vous sauver... Savez-vous
nager ?
— Oui, je nage comme un gone de Saint-Clair;
j'ai traversé le Rhône plus de cent fois.
— Eh bien ?... fit le marguiller avec le geste de
piquer une tête.
— Je ne pourrais pas, je pèse trop...
— Comment ? Vous n'êtes pourtant pas tellement
énorme...
— Si, regardez mes poches : elles sont si pleines
que je coulerais à pic.
— Pleines de quoi ?
— De louis d'or.
Le paysan éclata de rire : Ah! voilà un genre
d'empêchement qui me ferait joliment plaisir, Ã
moi ! Ce n'est pas le poids de l'argent qui m'entraî-
nera jamais au fond de la rivière ! Chapolard, mon
ami, si tu veux, te noyer, il te faudra trouver un
moyen moins cossu; celui-ci n'est pas à ta portée.
220 ESSAI DE GRAMMAIRE
Leu Muscadin, qu'ayé po envia dé rire, atleadjé,
impachin, qu'il ussé feni. Leu risou se repréni enfin
é, corné hontu dHna tôla bordé dé gâto en x^Tesince
d'in oîneu qu''ayé se pu dé râson dé feré corné lui, i
dessi :
— Savi vo ce qu'e fô féré? Yé hen simpleu : quan
on é trô tsardja, on se détsôrdzé.
— Me détsardzi ?... Eyon ?
— On que vo vedra. Téni, v'tcha justeu ina gola
de chi travon; du lô innebleu opposo à la fenétra,
teu contra la rneraille. On porre y chutro na peu
per dessu...
Leu Lionai aveze on momen leu senou à la chiarto
dé la lena, pé déveno s'on poïé se fio à lui; mé y
ayé po à trii ; i se decedi à vouadi se faqué.
Il ayé dou mel é quoqué pièce d'or, dé vingt-
quatreu livré tsoquena,à la marca de Luis quinze et
Luis sézé. I n''en gardi que quoqué zene, recali de
on sa, apré lez avâ conto, leu nombreu rion dé dou
mêle é intoï leu sa de la gola, en dezan u senou :
— Se veuz été in ojiéteu omeu, se veuz avi la crainte
dé Dju, dé Dju que neu guété, veuz y fara va. Dzé
veu fieu teu. ce que dzé possédeu.
— Bien, repequi leu païsan, deman dzé tsapleri
ique dessus on bon cou démartchau, é dzé tsutséri se
bien la peu que leu ra èlleu nnémeu né séran po dé
mâtcha de netron secre... Me, a parpu, faudra-t-è
voz y gardo tant qu'u dzudzemen darri ? Dze né
demanderain po miu, mé leu Père Etarnè mé
DU PATOIS LYONNAIS 221
Le Muscadin, qui n'avait pas envie de rire, atten-
dait avec impatience qu'il eut fini. Le rieur se
ressaisit enfin et, comme honteux d'un tel excès de
gaieté en présence d'un homme qui avait si peu de
raisons de l'imiter, il dit :
— Savez-vous ce qu'il faut faire ? C'est bien
simple : quand on est trop chargé, on se décharge.
— Me décharger?... Où ?
— Où vous voudrez. Tenez, voici juste un large
trou dans cette poutre, ici, du côté sombre opposé
à la fenêtre, tout contre le mur. On pourrait clouer
une planche dessus...
Le Lyonnais regarda un moment le sonneur à la
clarté de la lune pour deviner si l'on pouvait se fier
à lui ; mais il n'y avait pas à choisir. Il se détermina
à vider ses poches.
Il avait deux mille et quelques pièces d'or, de
vingt-quatre livres chacune, à l'eflfîgie de Louis XV
et de Louis XVI. Il n'en garda que quelques-unes,
remit dans un sac, après les avoir comptées, le
nombre rond do deux mille et introduisit le sac
dans le trou, en disant au sonneur :
— Si vous êtes un honnête homme, si vous avez
la crainte de Dieu, de Dieu qui nous regarde, vous
le montrerez. Je vous confie tout ce que possède.
— Bien, répondit le paysan; demain, je cognerai
là -dessus un bon coup de marteau et je clouerai si
bien la planche que les rats eux-mêmes ne seront
pas de moitié dans notre secret... Mais, à propos,
faudra-t-il vous garder cela jusqu'au jugement der-
nier ? Je ne demanderais pas mieux ; mais le Père
222 ESSAI DE GRAMMAIRE
relèvera. p'Vetré dé facchon pretou que dze né
v'drin.
— Voz omo à rire, obsarve leu Lionnai ; cinque
n'é po na marca dé mauvése conschince, u contrè-
reu. Enfin, à la gorda dé Dju !... Acqueto mé bien,
senou d'Arbegni... Ah! Dz'oubliôveu : corné veu
nomma veu ?
— Tsapolor, pé vo charvi.
— E ben, cetoyen Tsapolor, preni bien nota du
dzeur on que dzé son oui, 9 ottobré 1793. Bai mé diz
an pé reveni. Se, de diz an, dze n'a po réclama leu sa,
il é vetreu avoua teuce qu^il intôié.
— Intiîidu. Voré, profita dé la né. Vtcha on mor-
chau dé pan, y é teu ce que dzé poïeu vo bai. Felo
leu Ion dé chà sévelô tan qu'à lo lôna ; él n'a dzin
d'aiguë pé leu momen; voz arrevéra de in ila, vo
tindra coriseil sô on sauzeu, pi quan vo sera bien
seur d'etré sole, vo travarserà leu grou brë dé Sôna,
é derrieu vo sera en Brasse. Teu trapenô, na bena
môrtse vo sara po dé trô pé vo soreilli. A lé premiré
orvé du solou clé déman vo povi être dedja à l'otreu
beu dé la Domba; dou dzeu oncoré, vo saré en
Suisse. Adju, é que v'tron b'n andzeu vo gôrclé !
Leu douz omeu se sarreron la man, é Tsapolor,
don leu cœur trebïové, suivi du ju tan qui joovi leu
pourreu Muscadin ; i leu pardi à la fin u traver du
brotchau.
DU PATOIS LYONNAIS 223
Eternel me relèvera peut-être de faction plus tôt
que je ne désirerais,
— Vous aimez à rire, observa le Lyonnais ; ceci
n'est pas une marque de mauvaise conscience, au
contraire. Enfin, Ã la garde de Dieu!... Ecoutez-
moi bien, sonneur d'Albigny... Ah! J'oubliais :
comment vous nomme-t-on ?
— Chapolard, pour vous servir.
— Eh bien, citoyen Chapolard, prenez bien note
du jour où nous sommes aujourd'hui, 9 octobre
1793. Donnez-moi dix ans pour revenir. Si, dans
dix ans, je n'ai pas réclamé le sac, il est à vous
avec tout ce qu'il contient.
— Entendu. iSIaintenant profitez de la nuit. Voici
un morceau de pain ; c'est tout ce que je puis vous
offrir. Filez le long de cette haie jusqu'tà la lône ;
elle n'a pas d'eau pour le moment. Vous arriverez
dans une île, vous tiendrez cons3il sous un saule;
puis, lorsque vous serez bien sûr d'être seul, vous
traverserez le gros bras de la Saône et, de suite,
TOUS serez en Bresse. Tout mouillé, une bonne
marche ne vous sera pas de trop pour vous sécher.
Aux premiers rayons du soleil de demain vous
pourrez être déjcà de l'autre côté de la Dombes ;
deux jours encore, vous serez en Suisse. Adieu, et
que votre bon ange vous garde !
Les deux hommes se serrèrent la main et Chapo-
lard, dont le cœur battait fort, suivit des yeux tant
qu'il put le pauvre Muscadin. A la fin, il le perdit
au travers des brotteaux.
IG
22'l ESSAI DE GIIAMMAIIIE
Sel ail se pusseron. La Rcpebleca declnssl nioin
sarvadze, jji, com'on tseuua ryu'a prnu rua, el sr
lassi domto pé Bonaparte. Leuz emegro commence-
ron à reveni u paï.
Dé due chiâtsé, leu Dianii d'Arb<''(jn'i n'en ayé dzin
mé que yèïia, la pre peteta ; la pre çirandoi, chaque
su hiiiuôUa il ayé tan seno leu tracassin, ayé étd
caraïa à bo du chiotsl; transformo on canon, elle
tenôvé contra leuz Auti'ecJien.
E oncoré, dé cha péteta chôtse, e Ji'aye po Ion ten
quil etché autoreja à se charvi pé annonci ùtrà tsuza
que leu décadi, ou don bin leu foua.
On sa, teu seule dé sa leur, i fenâtclié dé tinto trâ
cou, pi trâ cou, pi oncoré trâ cou, é son cœur tret/iové
d'aiseu cVà vâ pji seno TAndzélu, annoncheu dé la fin
du gran oradzeu qu'aijé couavia se redamèn leu
cher dé n'ira France.
Teu d'ena va, in se reveran, i se trovi vo à nô
avoua in estrandzi que, d'ina voua boleguô, H dé-
mandi :
— Mé reconnatsi-veu ?
— Ma fâ, repondi-t-i, pet-étré oua, pet'étre neu..,
— Comé? Vo vo soveni po du sa du ottoljré 03 ?
— Oua é )ieu, repequi Tsapolor que tsortsové Ã
gogni dé tin.
E H étché ben venu teu dé suite in jjensô que
ch'omeu poïé être leu Muscadin fouïord à Voccajon
DU PATOIS LYONNAIS 225
Sept ans se passèrent. La République devint
moins sauvage, puis, comme un cheval las de ruer,
elle se laissa dompter par Bonaparte. Les émigrés
commencèrent à rentrer au pays.
De deux cloches, le marguillier d'Albigny n'en
avait plus qu'une, la plus petite; la plus grande,
celle sur laquelle il avait tant sonné le tocsin, avait
été jetée à bas du clocher; transformée en canon,
elle tonnait contre les Autrichiens.
Et encore, de cette petite cloche, il n'y avait pas
longtemps qu'il était autorisé à se servir pour
annoncer autre chose que le décadi ou bien quelque
incendie.
Un soir, tout seul dans sa tour, il finissait de
tinter trois coups, ensuite trois coups, puis encore
trois coups, et son cœur frémissait d'aise davoir
pu sonner VAiigolua, annonce de la lin du grand
orage qui avait balayé si rudement le ciel de notre
France.
Soudain, en se retournant, il se trouva en face
d'un étranger qui, d'une voix émue, lui demanda :
— Me reconnaissez-vous?
— Ma foi, répondit-il, peut-être oui, peut-être
non...
— Comment! Vous ne vous souvenez pas de la
soirée du 9 octobre 9:5 ?
— Oui et non, répliqua Chapolard qui cherchait Ã
gagner du temps.
Il lui était bien venu tout de suite en pensée que
cet homme pouvait être le Muscadin fugitif à Tocca-
226 ESSAI DE GRAMMAIRE
du quà leu sa téta ayé se sovin battu la campagne, e
fa, dzeur é né, fouvce supposechon é tsotchau en
Espagne : Revindra-t-i ?... Revlndra-t-i pô ?... I
m'' a dzln baïa dé novèle, i da être môr...
Ouâ, mé avan dé meri, i poïé ava lâcha fouiré
son secré; in otren que lui poïé se présenta à sa
place. E pi sa mémeu i Vaïé viu qii'on momen, à la
chiarto innehla d'uia demi-né. I se méfiové don é
s^étché promettu dé se téni en garda. V'tcJia prequâ
i né voïé po chortré dé sa réponse guéreu compro-
juettante : « PTétré oua, p'Vétré neu ».
— Ma <:/:e vo reconnatseu ben,insestové Vestrandzi,
voz été leu manii d'Arbegni, vos été leu cetoïen Tsa-
polor.
— Pardena, leu biau mistereu! teu leu mondeu i
sa que dzé si Tsapolor; mé qu'et-è qu'éprouvé?
— E prouvé... éprouvé que dzâ été in inocen !
Vestrandzi se cogni leu fron avoua lé due man,
comé désespéro.
— Ah ! dz aïan trô bélamen révo ! Gn'a dzin mé
dé bena fà su terra. Cetoïen Tsapolor , nianii d'Ar-
})cgni, vo rn'avi volo meu yor !
— Que yor ?
— Leu trésor que dze veu confii leu sa du nu
ottobré, y a sét an.
— Sévo m^avi confia on trésor, trovo-leu! repequi
Tsapolor sén se brelô.
DU PATOIS LYONNAIS 227
sien duquel sa tète avait si souvent battu la cam-
pagne, et fait, nuit et jour, force suppositions et
châteaux en Espagne : Reviendra-t-il?... Ne revien-
dra-t-il pas?... Il ne ma jamais donné de nouvelles,
il doit être mort...
Oui, mais avant de mourir, il pouvait avoir laissé
échapper son secret ; un autre que lui pouvait se
présenter à sa place. En outre, lui-même, il ne
l'avait vu qu'un moment à la clarté douteuse d'une
demi-nuit. Il se défiait donc et s'était promis de se
tenir en garde; voilà pourquoi il ne voulait pas
sortir de sa réponse fort peu compromettante :
« Peut-être oui, peut-être non ».
— Moi je vous reconnais bien, insistait l'étran-
ger, vous êtes le marguillier d'Albigny, vous êtes le
citoyen Chapolard.
— Parbleu, le beau mystère ! tout le monde le
sait que je suis Chapolard ; mais qu'est-ce que cela
prouve ?
— Cela prouve... cela prouve que jai été un
imbécile !...
L'étranger se frappa le front avec ses deux mains,
comme désespéré.
— Ah ! j'avais fait un trop beau rêve, il n'y a plus
de bonne foi sur terre. Citoyen Chapolard, marguil-
lier d'Albigny, vous m'avez volé mon argent.
— Quel argent ?
— Le trésor que je vous confiai le soir du 9 octo-
bre, il y a sept ans.
— Si vous m'avez confié un trésor, trouvez-le,
reprit Chapolard sans s'émouvoir.
228 ESSAI DE GRAMMAIRE
Veslrandzi vert uteur dé lui avoua l'attencJion
d'on rnôr que tsortsére sa téta pé i^evéni à la via. Il
avezove, se béssové, se reverové. A la parfin^ s'arré-
tan davan on travon, du coûta opposa à na fenétra :
— Ey et ique, ique que dzintoï mcu dou mel lui
d'or.
— Se vo leuz avi intoïa irpie, jwononci Tsapolor
toudzeur pâsebleu, il i sononcoré.
I preni son grou quetchau dé vegnâron, i n'en
forri la pointa so na peu, fi sauta on chu, dou chu, e
arratsi leu resteu avoua la man :
— Avezo, éVè cinque !
Veslrandzi, a sti cou, retenié son sochieu, pi i
recominci à basatà oncor mé qu'avan, mé ey étché
d'aizeu.
Leu sa étché bin ique, ausse grou, ausse leur que
quand il Vy ayé intoïa. I lo preni, leu saupési, fi
seno leu contenu é, se carayaii de leu bré dé Tsapo-
lor :
— Marci, brov' omeu ! marci, mon Dju, mé v'tcha
sauva !
I s'approtsi dé la fenètra é conti rapedamen ciuo-
que centainné dé pièce rossé. Impossebleu dé n'en
dotô : teut y étché. Alôr reportan à noviau su leu
senou seu ju que rayà von :
— Broveu e fedéleu païsan, dze mé sovegneu que
vo n'etcho po cossu, et dzé sa que la mesére a éto
granda per ique; vo n'avi don po eto tenta dé poisi
de leu sa?... Gn'ayé dzin dé témoin...
DU PATOIS LYONNAIS 229
L'étranger tourna autour de lui avec l'attention
d'un mort qui chercherait sa tète pour revenir à Ja
vie. Il regardait, se baissait, se retournait. A la fin,
«'arrêtant devant une poutre, du côté opposé à une
fenêtre :
— C'est ici; ici que j'enfermai mes deux mille
louis d'or.
— Si vous les avez enfermés ici, prononça Cha-
polard toujours paisible, ils y sont encore.
Il prit son gros couteau de vigneron, en glissa la
pointe sous une planche, fit sauter un clou, deux-
clous, et arracha le reste avec la main :
— Regardez, est-ce cela?
L'étranger, pour le coup, retint sa respiration,
puis il recommença à haleter plus encore qu'avant,
mais c'était de joie.
Le Sac était bien là , aussi gros, aussi lourd que
lorsqu'il l'y avait mis. Il le prit. le soupesa, fit
sonner le contenu et, se jetant dans les bras de
Chapolard :
— Merci, brave homme! Merci, mon Dieu, me
voilà sauvé !
Il s'approcha de la fenêtre et compta rapidement
quelques centaines de pièces jaunes. Impossible
d'en douter, tout y était. Alors, reportant de nou-
veau sur le sonneur ses yeux qui rayonnaient :
— Brave et fidèle paysan, je me souviens que
vous n'étiez point riche, et je sais que la misère a
été grande par ici. Vous n'avez donc pas été tenté
de puiser dans le sac?... Il ny avait point de
témoin...
230 ESSAI DE GRAMMAIRE
— Y aye lea boa Dju, dessi Tsapolor in montran
leu cher avoua leu dâ. E tan qu'à la tontachon, él
m'a po manquo ; elle venié teuté lé né s'acheto su leu
cutron dé mon y et é, leu dzeur, comben dé va el s'em-
buscôvé, pé m'attendré, de lé vegné onqué dzé su(5veu
é pein-nôveu pé leuz ôtreu ! Tel que vo mé vaï, dze si
pouvreu com' on ra dé mon chiotsi. Mé y a dé tzusé
qu'oublion po cheu que lez an apprâ d'enfance. Ma
pourra more (leu bon Dju la repousé 1) me fejé répéta
tui leu sa avan dé m'ejidremi : « Neu lâssi po tsâre
dé la tentachon ! » E vo, revéni vo pano comé ma ?
— Vo n'y avi suramen fjo obliu, dzé modi avoua
na cenieinna dé lui d'or m faqua; teut a fondu.
Ah ! dz' m'en si viu quatreu lover en Suisse é en
Autriche; mé teuté netré mesére son fenié. Neu
v'tclia refseu voré, Von é l'otreu, cô dzé van partadzi.
— Pariadzi, avoi ma l...seschiayni Tsapolor pe'iant
dé grau ju.
— Partadzi. M'avi vo donc supposa moin onéteu
que veu?
— Mé, înonchu, vo mé dévi ren!
— Vo poïo teu prendre; dzé vo dâveu mel lui que
dzé retrouveu é que dzé gordeu; dzé voleu que vo
n'aï autan que ma.
E fu leu leur dé Tsapolor dé se caraï dé leu bré
du Liomiai.
Il emportéron tsoquon vingt-quatreu mel livré Co7i
né contové pô oncorépé franc). Leu Lionnai remonti
DU PATOIS LYONNAIS 231
— Il y avait le bon Dieu, dit Chapolard en mon-
trant le ciel avec le doigt, et quant à la tentation,
elle ne m'a pas manqué, elle venait toutes les nuits
s asseoir sur le traversin de mon lit, et le jour, que
de fois elle s'embusquait pour m'attendre dans les
vignes où je suais et peinais pour autrui ! Tel que
vous me voyez, je suis pauvre comme un rat de
mon clocher. Mais il y a des choses que n'oublient
pas ceux qui les ont apprises d'enfance ; ma pauvre
mère (le bon Dieu la repose!) me faisait répéter
tous les soirs avant de m'endormir : « Ne nous
laissez pas succomber à la tentation ! » Et vous,
revenez-vous pané comme moi ?
— Vous ne l'avez certainement pas oublié, je
partis avec une centaine de louis d'or en poche;
tout a fondu. Ah ! je m'en suis vu quatre là -bas en
Suisse et en Autriche ; mais toutes nos misères
sont finies, nous voilà riches maintenant l'un et
l'autre, car nous allons partager.
— Partager, avec moi!... s'exclama Chapolard
écarquiUant les yeux.
— Partager. M'avez-vous donc supposé moins
honnête que vous?
— Mais, Monsieur, vous ne me devez rien,
— "Vous pouviez tout prendre ; je vous dois mille
louis que je retrouve et que je garde; je veux que
vous en ayez autant que moi.
Ce fut au tour de Chapolard de se jeter dans les
bras du Lyonnais.
Ils emportèrent chacun vingt-quatre mille livres
(on ne comptait pas encore par franc) , Le Lyonnais
232 ESSAI DE GRAMMAIRE
son commercheu. Lez afféré étchan facelé de na vêla
que renâtché dé se ruiné; i redévinssi retseu, oncor
mé retseu qu' avaii.
Tant qu'a Tsapolor, i se trovi retseu éteu dé son
veladzeu d'Arbegni, on qu'on roulé po su Vor. Il
atseti na mâzon, quoqué betséré dé vegné, on dzardin,
dé pro, dévinssi on demi bordzoi, é povi dzoï en pé,
consedéro é estemo, d'ina fortena que, si l'ayé otté-
nua otramen, l'are caffi dé remôr.
Dze mé sovegneu dé Vavk veseto avoua mon arri-
gran, qu'étché dé seuz ami. Tsapolor etché alor viu^
ben viu, é ma ben pete ; é mogro la destance que no
separové, cinque mé fa podzouneu... Quan i passové,
playa in dou, appoïa su son bâton, avoua se quelôté
corté, son tsapiau à claqua é sa coua dé cheveu blan
que chortchan dé darri son tsapiau, tsoquon leu
saluové contHn omeu dé bien, Voneur dé netron paï.
Soven dz'a raconto sen istoire à meuz éffan.
Ma dze metchain promi dé la raconto oncoré na
va, la plema à la man, avan dé m'en alo à mon leur.
J -M. ViLLEFRANGHE.
DU PATOIS LYONNAIS 233
remonta son commerce. Les affaires étaient faciles
dans une ville qui renaissait de ses ruines.
Quant à Chapolard, il se trouva riche aussi dans
son village d'Alblgny où l'on ne roule pas sur l'or.
Il acheta une maison, quelques bicherées de vigne,
un jardin, des prés, devint un demi-bourgeois et
put jouir en paix, considéré et estimé, d'une fortune
qui, s'il l'avait obtenue autrement, l'aurait bourrelé
de remords.
Je me souviens de lavoir visité avec mon arrière-
grand-père, qui était de ses amis. Chapolard était
alors vieux, bien vieux, et moi bien petit et, malgré
l'énorme distance qu'il y avait entre nous, cela ne
me fait pas jeune... Quand il passait, plié en deux,
appuyé sur sa canne, avec sa culotte courte, son
chapeau à claque et sa queue de cheveux blancs
qui sortait de derrière son chapeau , chacun le
saluait comme un homme de bien, l'honneur de
notre pays.
Souvent j'ai raconté son histoire à mes enfants.
Mais je m'étais promis de la raconter encore une
fois, la plume à la main, avant de m'en aller à mon
tour.
J.-M. ViLLEFRANCHE.
23 i ESSAI DE GRAMMAIRE
La Gozenâre
Auteur inconnu; date 1750 environ (<)
PREMI COPLÉ
Bévin on cou, bévinz-in dou,
Ejamé trà neuz an fa pou.
On cou n'arrouzé (") qu'ina brâza.
Pé bin bâre à la Cozenâse,
Ei fô repequo, mon patron.
Se té so pô bâre à repétechon : )
Mon pouf ami, passa pé Vâsa / )
bis-
(') Contrairement à l'opinion de M. Nizier du Puitspelu qui, dans
la Revue du Lyonnais de février 1890, fait remonter la Cozenà re Ã
une quarantaine d'années, je crois, cette chanson plus que cente-
naire. Quand j'avais dix ans, en 1840, les vieillards seuls la chan-
taient, et personne ne se rappelait avoir connu ceux qui y sont
nommés : Noïé Ratadon et sa Dzanéton. L'expression même de boïé,
pour lille, celles de nion, pour aucun, de suidé, pour suivre, de
vouadi, pour verser, et celles de prendre on ca, de malacardi, etc.,
étaient depuis longtemps tombées en désuétude. — M. du Puitspelu
a eu la loyauté de le reconnaître dans le n° de novembre 1890 de la
même Revue, où il a réimprimé la Cozenà re avec les corrections que
je lui avais indiquées.
Mon vieil ami et camarade M. Maurice Rivoire, aujourd'hui mar-
chand grainier à Lyon, pense que la chanson n'a pas été composée
tout d'un bloc, mais que des auteurs différents y ont successivement
ajouté des couplets. C'est là une opinion qui peut se soutenir, mais
non se vérifier aujourd'hui.
(2) Inutile de faire remarquer que, dans arrouzé, é est atone. Il
joue le rôle de l'e muet en français, et s'élide devant les voyelles,
comme au vers suivant dans bâf pour baré (bibere).
DU PATOIS LYONNAIS -235
Buvons un coup, buvons-en deux,
Et jamais trois ne nous ont fait peur.
Un coup n'arrose qu'un tant soit peu.
Pour boire à la Couzonnaise,
Il faut recommencer, mon patron.
Si tu ne sais pas boire à répétition.
Mon pauvre ami, passe par Vaise (') !
DEUJÉMfiU (-) COPLÉ
Dzùmeu (-) leu vin quand il è bon,
Dzômeu le fille sin façon;
Dz'â toud^eur ômo lé fumèle;
Mé n'ômeu pô ché sùlé belle,
Que vu crion du coin du ju.
Dépi leu dzeur quélé m'an tan mordu,
Dze n'ouseu pô in'aprotsi d'éle.
J'aime le vin quand il est bon ;
J'aime les filles sans façon;
J'ai toujours aimé les femmes;
Mais je n'aime pas ces sales belles,
Qui vous font signe de l'oeil.
Depuis le jour qu'elles m'ont tant mordu,
Je n'ose plus m'approcher d'elles.
TR.A.JEUMEU COPLÉ
Dzan bin quûqué bôïé à Cozon,
Que nan pô môvéze façon,
Mé lé bogré son défecilé,
Surteu quand lé van su léz îles ,
(') Voir la note au ijas Je la page l'Jô.
(-) Cet eu final, naturellement est aussi atone. C'est une variante
de ie muet français.
236 ESSAI DE GRAMMAIRE
Luz i /au dé pete monchu,
Ei y é prequà on ne lé morié plu
Et qu'à Sorman Coton défilé.
Nous avons bien quelques filles à Couzon,
Qui n'ont pas mauvaise façon,
Mais les friponnes sont difTiciles,
Surtout quand elles vont sur les îles;
Il leur faut de petits messieurs.
C'est pourquoi on ne les marie plus
Et que Couzon file sur Saint-Romain (').
QUATRIÉMEU GOPLÉ
Cozon, Sorman, on dteur vindra
Que teu pé la man se lindra;
Dzé son dja lui quezin, quezené.
Tsoquon /a bin pèto se mené C);
Nion né tiré sa pudra in l'air.
Rin qu'à Cozon y é-t-on vrà pur dé mer,
Eiy a bin dja trâ vin sapenè.
Couzon, Saint-Romain, un jour viendra
Que tout par la main se tiendra ;
Nous sommes déjà tous cousins, cousines.
Chacun fait bien bruire ses mines;
Aucun ne tire sa poudre en l'air.
Rien qu'Ã Couzon, c'est un vrai port de mer ;
Il y a bien déjà soixante sapines.
(') Pour y trouver femmes.
(*) Ce vers et le suivant sont une preuve ile l'antiquité de la chan-
son. Il y a beau temps que Saint-Romain a cessé de faire « peter »
ses mines, et renoncé, sous ce rapport, à toute rivalité avec Couzon.
Les anciens du pavs ne se souviennent pas d'avoir jamais vu les
carrières de Saint-Romain dans un autre état qu'aujourd'hui, c'est-
à -dire silencieuses, abandonnées.
DU PATOIS LYONNAIS 237
CINQUIÉMEU COPLÉ
Bévin on cou, malacardi!
Dé pou dé prindré la pipi;
Leu gozi comincé à mé couâré;
[.eu vin tiria è fô leu bà ré.
Dzùmeu quand i mé djon : « Poillu,
Fotu gorman, bogreu de cossa-piu,
Tin-tében, bogreu, té vé tsâre! »
Buvons un coup; maucorbleu !
De peur de prendre la pépie.
Le gosier commence à me cuire ;
Le vin tiré, il faut le boire.
J'aime quand on me dit : « Pouilleux,
Fichu gourmand, b de tueur de poux,
Tiens-toi bien, b...., tu vas tomber! »
SIJEUMEU COPLÉ
Parlo mé dé la Dzonéton,
La boïe à Noïé Ratadon ;
Ei y é dé Cozon qu'el é chôrta ;
On n'a jamé viu Sarmagnôta
Se drôla ni se dégadja;
Y é-t-on plà si dé li va prindre on ca ('),
E pouâ dé li va bailli vota (°).
(1) Saisir la corde de la sapine qui aborde, puis faire un nœud
pour la fixer au rivage; ce qui s'explique très bien si Noïé Ratadon
est supposé sapinicr, et Dzonéton, sa fille ou sa servante. Je le
répète, nous sommes réduits aux conjectures.
(-) '"a, ainsi que l'explique très bien M. Rivoire, est cAble, devenu
Cc16; puis cab, puis ca. Cette cliute de la post-tonique et des deux
238 . ESSAI DE GRAMMAIRE
Parlez-moi de la Jeanneton,
La fille à Noël Ratadon ;
C'est de Couzon qu'elle est sortie;
Jamais on n'a vu fille de Saint-Romain
Si jolie ni si dégagée.
C'est un plaisir de lui voir saisir un câble,
Puis de lui voir faire le nœud d'amarrage.
* SÉTIÈMEU COPLÉ
Ei fau la va dé on cotiair,
Du pié, dé la man et du bé,
Com elle sa vu féré rire !
Ei y édé sa gran qu'élé tiré.
El a vrâ d'aime.u corné trà .
Sin li parlo, rin qu'in guignant Icu dâ,
La bôgra sa dé quà que viré.
Il faut la voir dans une assemblée,
Du pied, de la main et du bec,
Comme elle sait vous faire rire !
C'est de sa grand'mère qu'elle tient.
Vrai, elle a de l'esprit comme trois.
Sans lui parler, rien qu'en lui faisant signe du doigt,
La friponne sait de quoi il retourne.
consonnes qui la précèdent est des plus singulières en phonétique.
Baï ou halhi vota, c'est, en patois, ce qu'à Lyon les mariniers appel-
lent fi donner vote », c'est-à -dire replier le bout d'un câble qu'on
attache fortement à l'ai le d'une petite corde nommée bataft (voy.
Diclionn. étymol. du Patois lyonnais, au mot vola). A Couzon, et
peut-être ailleurs, le sens est dérivé à celui de faire le nœud d'amar-
rage. Vota e«t le latin voila. La fdle à Noël Ratadon était donc une
rude gaillarde, qui amarrait les sapines de son père de i'açon à l'aire
l'admiration du poète. (Note de M. du Puispelu.)
DU PATOIS LYONNAIS 239
, HUÉTIEUMEU COPLÉ
Né suidé pô leu grand tsemin
Que teii leu monde va e vin :
Tan dé pié y fan dé patrôille !
Vau miu éveto labassùllle
E prendre on pelé violet.
Èi y est iquë que leu rossignolet
Va se catsi quand i gazôille.
Ne suivez pas le grand chemin
Où tout le monde va et vient :
Tant de pieds font trop de boue !
Mieux vaut éviter la bourbe
Et prendre un petit sentier.
C'est là que le rossignolet
Va se cacher quand il gazouille.
NUVIEUMEU COPLÉ
Malacardi, vouâdi don plein,
Vos-y à di, dzùmeu leu vin,
Leu bon vin, lé peteté tusse.
Baré a pete cou è délasse.
On y refa à son plazi ;
Dé bâré on cou quand on a leu lâzi,
Qu'è fa dé bien pér on qu'à passé f
Maucorbleu, versez donc plein !
Je vous l'ai dit, j'aime le vin,
Le bon vin, les petites tasses.
Boire à petits coups, ça délasse.
On y revient à son plaisir;
De boire un coup, quand on a le loisir,
Que ça fait de bien où ça passe !
17
240 ESSAI DE GRAMMAIRE
DIJEUMEU COPLÉ
Vo moquo po du païsan,
Surteu quand il an lu caban,
I fan honneur à la parrôtse.
Dze né train-non pu lui carrôlse ('),
Mé dzan bin lui dé tomber iau ;
Ei gna que quoquè pourreu grenériau
Que né trainnon que la golôtse.
Ne vous moquez pas des paysans;
Surtout quand ils ont leur caban;
Ils font honneur à la paroisse.
Nous ne traînons pas tous carrosse,
Mais nous avons presque tous des tombereaux.
II n'y a que quelques pauvres diables
Qui ne traînent que la galoche.
Cj Je mets deux r à carrotze et à parrotze, pour montrer qu'on
prononue comme en français, et [lour distinguer cette r de celle de
lonbériau, yreneriô, rire, pire, perirè, viré, etc., qui se prononce,
je l'ai dit, comme le th anglais doux.
On voit que r latine est représentée à Couzon par deux articula-
tions : 1° r douce; 2° j- prononcée à la française. La loi qui régit le
phénomène est facile à déterminer. R se prononce comme r française,
quand elle est médiale, devant o (et sans doute uj : carrotze, par-
rotze; o" quand r est couverte par une consonne, quelle que soit la
voyelle qui suive : bogré, aprotsi, padré, bogra, prindré, drola, Ira,
pudre; 4° quand elle est entravée : mordu, Sorman, parla; 5° quand
elle est finale : mer, coltair, toudzeur, oneur, par; 6° quand elle est
initiale : rayon, rin, refa, roussegnolè.
R se prononce douce, quand elle est médiale, devant e, i : rire,
pire, dére, coiiaré, tsaré, naré, viré, rire, tiré, tomberiô, grenereriô,
morié. '
Pourreu, pauvre, semble faire une exception, mais elle n'e^t
qu'apparente. Pourreu représente pa.up(e)rum [pour paujieremj, où
r est couverte.
Je n'ai pas d'exemple de r médiale devant A tonique, mais il est
probable qu'elle se prononce dure. (Note de M. du Puitspelu.)
DU PATOIS LYONNAIS 241
ONJEUMEU COPLÉ
Y é din on mot corné clin cin,
Dze né son po déz innocin ;
Dzé fan dé yord de netré pire.
Grou monchu, vô poï nin rire,
N'tré pire fan vtré mà son.
Dzé poïon deré avoà quoqué râsun,
Que Lyon chort dé n'tré jiériré.
C'est en un mot comme dans cent.
Nous ne sommes pas des innocents;
Nous faisons de l'argent de nos pierres.
Gros messieurs, vous pouvez en rire.
Nos pierres font vos maisons.
Nous pouvons dire, avec quelque raison,
Que Lyon sort de nos carrières.
DEUJEU.MliU É DARRI COPLÉ
Malacardi, y é prou tsantô,
Ei neu fô bâre à la santô
Dé n'tré blonde, dé n'tré nâré.
Se quoqué cou leu vin fa tsà ré,
I neu fa sovin téni drâ.
Entré dou vin, dz'si content cominé trâ;
Vouà di toudzeu, lé Cozenà ré !
Maucorbleu ! c'est assez chanté ;
II nous faut boire à la santé
De nos blondes, de nos brunes.
Si quelquefois le vin fait tomber,
Il nous fait souvent tenir droit.
Entre deux vins je suis content comme trois.
Versez toujours, les Couzonnaises !
(Auteur inconnu).
•?^i^^^^^>^^^^^&^
CHAPITRE XV
Voici mainlenant quelques spécimens du patois
du nord de Lyon, autres que le dialecte de Couzon
et de son voisinage immédiat.
Il eiît été facile de les multiplier, mais je n'ai
pas voulu sortir des départements du Rhône et de
l'Ain, car, à mesure qu'on s'éloigne, les dissemblan-
ces sont plus accusées.
Je remercie, au nom de mes quatre lecteurs, mes
collaborateurs bienveillants pour ce dernier cha-
pitre.
Je les remercie surtout en mon propre nom.
Ils auront contribué à alléger ma déconvenue
probable, en la partageant.
Ils ont eu le courage d'écrire pour n'être pas lus,
pour être seulement consultés, dans cent ans d'ici,
par des yeux à lunettes.
Encoi-e une fois merci !
244 ESSAI DE GRAMMAIRE
*
La Monnire é la gran Dama ^
(Patoi dé Vîllé-Morgon , Biauju , Bellavela.)
Na dama bien retse on dzeur din sa tsambra,
Reçu na monnire e cela-qui cru va
S'uvri leu péradi : Oh! di la bona féna,
Oh ! qu'y é don biau la tsambra de la dama!
Oh! lé dentelle du ridjau,
Leu glace, lou tapi, qu'y é don biau, qu'y é don biau!
Pé feni d'étonno la monnire,
La dama uvri son coffré précheu
E fi miroito sô son ju
E ruissela à la lemire
Our, saphir é rubi, perlé é diaman.
La paysana en u dez èlordissemen,
Et la dama risove. Mé neutra vesetousa,
Que tsoque objé noviau rendove pe queriousa,
S'tavija de savà alour
Comben de ten la dama ave pu mètre
Per amasso lui celou tresour.
— Comben ? mé né se po ; cent ans, dou cent p't-étre,
Pasque teu cin me van de moz anchen.
— E cin coute-t-i tcliar? — Oh ! de pri fabuleu !
Téni, y'mil écu cla peteta piarra
— E cin vo rappourte comben ?
— Mé ren du teu, ma bena féna, ren ;
Tui louz eoar, bien u contréreu,
Cin me coule on pu d'intretan.
' Prononcer mon-nire, et in les linales en en, bien, selamen, rien,
comljen, etc.
DU PATOIS LYONNAIS 245
La Meunière et la grande Dame
(Dialecte du Beaujolais, Villié-Morgon, Beaujeu, Belleville.)
Une dame foi-t riche un jour, en son boudoir,
Reçut une meunière, et celle-ci crut voir
S'ouvrir le paradis : Oh ! dit la bonne femme,
Oh ! que c'est beau le boudoir de madame !
Oh ! les dentelles du rideau,
Les glaces, les tapis, que c'est beau! que c'est beau !
Pour achever d'étonner la meunière,
La châtelaine ouvrit ses écrins précieux
Et fit miroiter sous ses yeux
Et ruisseler à la lumière
Or, saphirs et rubis, perles et diamants.
La villageoise en eut des éblouissements ;
Et la dame riait. Mais notre visiteuse.
Que chaque objet nouveau rendait plus curieuse.
S'avisa de savoir alors
Combien de temps la dame avait pu mettre
Pour amasser tous ces trésors.
— Combien? Mais je ne sais: cent ans, deux cents peut-être.
Car presque tout cela me vient de mes aïeux.
— Et ça coûte-t-il cher ? — Oh ! des prix fabuleux !
Tenez, c'est mille écus cette petite pierre
— Et ça vous rapporte combien"?
— Mais rien du tout, ma bonne femme, rien ;
Tous les hivers, bien au contraire,
Cela coûte un peu d'entretien.
246 ESSAI DE GRAMMAIRE
— Té, y'droulnu, fi remnrco celi ignoririia monnire,
Dz'en é aussi de piar, dz'en é due selamen ;
El ne son po se bêle,
Mé el mé rapourton dzouïamen.
— Ah! di la dama, è quemin don qu'el son ?
— Quemen qu'el son ? i-epondi l'atra avoua n'ar malon,
Y'ie due piar de mon melon.
(Fabuliste chrétien) J.-M. Villefranche.
DU PATOIS LYONNAIS 247
— Tiens, c'est drôle, observa la naïve meunière,
J'ai (les pierres aussi, j'en ai deux seulement;
Elles ne sont pas aussi belles
Mais me rapportent joliment.
— Ah ! dit la châtelaine, et comment donc sont elles?
— Ce sont, répondit l'autre avec un air malin.
Les deux pierres de mon moulin.
(Fabuliste chrétien) J.-M. Villefranche.
248 ESSAI DE GRAMMAIRE
Borgnaquin la grenoilli
(Patoi du Bouais-d'Oin.)
Van passo, le dzeur de la fèri de la Toussaint, y
avox>e su la plaissi du Bouais on saltimbanque que
faisove tôt espëci de leurs pe gogné quoque sous.
De tui sou leur, celi qu''amusove le me étove celi
de la grenoilli ; i consistove à se bito le due dzambe
cruèjés utor du co et à se promeno din cela posichon.
Le Dzean Borgnaquin, on farceur de la montagni,
s'éte bien prometu en voyant ceti leur d'essayé le
lindeman à fére comme le saltimbanque, et quand
Vu bien viu comme y faisove, y reveni var sai, riant
tôt sole de la bonna forci que Vallove fére à sou
vais'in.
Le lindeman, sin rin dire, y monti din sa chambra
et quittant tui sou vélemins, exceptau sa dsemisi,
y se biti to dar à fére la grenoilli. Y ne fut po sin
peina que l'arrivi à se bito in posichon, mais quand
y volu se promeno, y ne su plus fére. Quand l'ut
essayé on bon cor d'ùr, se dzambe l'y firon inau et
y volu se rebitto su se couaissi, mé seye que lou
mouvemint ayan sarrau se dzambe, seye encore c[uy
se fut mau plèché, y ne povi pô y arrivo : l'eu bicju
se débattre, y dû, malgré se, continuié à fére la
grenoilli.
Quand vint midi, la vieilli Catherine ne vèyant pô
DU PATOIS LYONNAIS 249
Bourgnaquin la Grenouille
(Dialecte du Bois -d'Oing t.)
L'an passé, le jour de la foire de la Toussaint, il
y avait sur la place du Bois, un saltimbanque qui
faisait toute sorte de tours pour gagner quelques
sous. De tous ses tours le plus amusant était celui
de la grenouille, qui consistait à se mettre les deux
jambes croisées autour du cou et à se promener
dans cette position.
Jean Bourgnaquin, un farceur de la montagne,
s'était bien promis en voyant ce tour de chercher le
lendemain à faire comme le saltimbanque. Et quand
il eut bien vu comme il s y prenait, il revint chez
lui, riant tout seul de la bonne farce qu'il allait
faire à ses voisins.
Le lendemain, sans rien dire, il monta dans sa
chambre et quittant tous ses vêtements, excepté sa
chemise, il se mit aussitôt à faire la grenouille. Ce
ne fut pas sans peine qu'il arriva à se mettre en
position; et quand il voulut se promener, il ne sut
plus comment faire. Après un quart d'heure d'essai,
les jambes lui firent mal et il voulut se remettre
sur ses cuisses; mais soit que les mouvements
eussent serré les jambes, soit encore qu'il s'y fût
mal pris, il ne put pas y arriver, il eut beau se
débattre, il dut malgré lui continuer à faire la
grenouille.
Quand vint midi, la vieille Catherine ne voyant
250 ESSAI DE GRAMMAIRE
son maître, monti per asau din sa dsambra pe vai si
l'y étove. Intindant sa bonna que montove, le Bor-
gnaquin se metti à se débattre et à hiirlo comme on
lu, et quand la Catherini uvri la pourta et apparsu
cela groussa bèti que criove et se débatove, le fit on
signe de crui et dégringolant lou degré pu mourta
qu'in via, Valli ve lou vaisin pe H dire que le diablo
etove ve Borgnaquin et qu'y fallove absulamin le
touo ou le foutre pe la fenétri.
Lou vaisin essayiron ben de savai à quai la béti
ressemblove, mé la vieilli Catherini étove tellamin
suffoquo que le nin povi po mé dire.
Vèyant sin, y s'armiron de triandine et de fortse
et vinron sarnau la maison pe touo la béti. Quand
y fallu monto, parsuna ne volu passau le premi et
louz hurlemin du Borgnaquiii étovon si fours qui
trimblovent lui din lu quelotte. Pu hardi que louz
êtres, le Camille que n'élevé po mariau, preni son
fusi et sa triandina et monti lou degrés, bien décide
à vaire à quai on diablo ressemblove.
Arrive à la suma de lou degrés, le Caynille vi la
pourta voirta et su la dessinta de lié, tota detchirié,
na greussabéti cjuavovéla téta intre le ceuaisse, que
gregneve, que budsove et que faisove mina de Vy
sutau dessus. Y nin fallu pe mé pe H fére pu et
quand l'intindi la béti li criau en sutant : Camille,
dze te tenue ! Y pessi en grand cri et roulan pe lou
degré, y s^abatti din la cor in disan : La béti..., lau
mu..., la téta intre le ceuaisse..., m'appeleve Ca-
DU PATOIS LYONNAIS 251
pas son maître, monta en courant dans sa chambre
pour voir s'il y était. Entendant sa bonne monter,
Bourgnaquin se mit à se débattre et à * hurler comme
un loup et quand Catherine ouvrit la porte et aper-
çut cette grosse bête qui criait et se débattait, elle
fit un signe de croix et, dégringolant les marches de
lescalier plus morte qu'en vie, elle alla chez le
voisin lui dire que le diable était chez Bourgnaquin
et qu'il fallait absolument le tuer ou le jeter par la
fenêtre.
Les voisins essayèrent bien de savoir à quoi res-
semblait la bête, mais la vieille Catherine était
tellement émue qu'elle n'en pouvait plus parler.
Voyant cela, ils s'armèrent de tridents et de
fourches et vinrent cerner la maison pour tuer la
bête. Quand il fallut monter, personne ne voulut
passer le prem'ier et les hurlements de Bourgnaquin
étaient si forts que tous tremblaient dans leurs
culottes. Plus hardi que les autres, le nommé
Camille, qui était célibataire, prit son fusil et sa
triandine et gravit les escaliers bien décidé à voir Ã
quoi un diable ressemblait.
Arrivé au sommet de l'escalier, Camille vit la
porte ouverte, et sur la descente de lit toute déchi-
rée une grosse bête qui avait la tête entre les: jambes
qui grognait, qui mugissait et faisait mine de lui
sauter dessus. Il n'en fallut pas davantage pour
lui faire peur et quand il entendit la bête lui crier
en sautant : Camille, je te tiens! Il poussa un grand
cri et, roulant par les escaliers, s'abattit dans la cour
en disant : La bête..,, là -haut..., la tête entre les
252 ESSAI DE GRAMMAIRE
mille..., volove 7n'attrapau..., allau caire lou gen-
darme...
Po pu tou dit, po pu tout fait, et na demie hura
plus tor, le brigadier et sou quatrez Ii07nme arrivo-
ven avouais lu revolvar et le maire de la commune.
Le maire voli ben essayé de fere parlau le Camille
et la Catherine, mais l'étovon tui dou si effrayés
qu'y ne poviron rin me dire. Si y avove quoquiun
d'imbarraché,y étove bin monchu le maire, et comme
y ne volove point privau souz administrau de sou
sarvice, y ne volu po se risquau et se contenti de
dire eu brigadier : « Brigadier, le pays a les yeux
sur vous ! une circonstance exceptionnelle se présente
pour vous couvrir de gloire! Profitez-en et faites
votre devoir ! »
Prenant douz homme avouai sai, le brigadier
monte résolumin lou degrés et arrivau in nou,
Vinspecti d'abour lou lieu. Y comminci à fromau la
pourta afin de bien povai, sin crnnti, examinau Ã
qui l'avove à fére. L'u biou regardau et consultau
souz hommes, y n'arrivi po à reconnaître la béti ; y
vi bin que Vavove la forma cVuna grenoilli, mais
comme y n'in avove jamé viu qu'avian dou brai, de
barba et la piou blantsi (y jjrenove la tsemisi pe la
plou), y se pinsi qu'y étove pet'étre bin quociue
mouvé génie. L'allove tirié quand le Borgnaquin se
mettit à adzitau lou brai et à pusso de grands cris
in disant : « Brigadier, ne tirez pas, ou je suis un
homme mort ! »
Le brigadier, ne satsant plus que pinso de tôt issin
et se demandant serieusamin que béti savove parlo
DU PATOIS LYONNAIS 253
cuisses.., m'appelait Camille.., voulait m'attraper..,
allez chercher les gendarmes...
Sitôt fait, sitôt dit, et une demi-heure plus tard,
le brigadier et ses quatre hommes arrivaient avec
le revolver et le maire de la commune.
Le maire essaya bien de faire parler Camille et
Catherine, mais tous deux étaient si effrayés qu'ils
ne purent rien dire. S"il y avait quelqu'un d'embar-
rassé, c'était bien monsieur le maire, et comme il
ne voulait point priver ses administrés de ses
services, il ne voulut pas se risquer et se contenta de
dire au brigadier : « Brigadier, le pays a les yeux
sur vous! une circonstance exceptionnelle se pré-
sente pour vous couvrir de gloire ! Prolitez-en et
faites votre devoir ! »
Prenant deux hommes avec lui , le brigadier
monta résolument l'escalier et, arrivé au sommet, il
inspecta d'abord les lieux. Il commença par fermer
la porte afin de pouvoir sans crainte examiner à qui
il avait aft'aire. Il eut beau regarder et consulter ses
hommes, il n'arriva pas à reconnaître la bête; il
vit bien qu'elle avait la forme d'une grenouille,
mais comme il n'en avait jamais vu qui eussent
deux bras, de la barbe et la peau blanche (il prenait
la chemise pour de la peau), il pensa que ce pouvait
bien être quelque mauvais génie. 11 allait tirer,
quand Bourgnaquin se mita agiter les bras et Ã
pousser de grands cris en disant : « Brigadier, ne
tirez pas, ou je suis un homme mort. »
Le brigadier ne sachant plus que penser de tout
cela et se demandant sérieusement quelle bête
254 ESSAI DE GRAMMAIRE
français, se decidi tôt d'an cou à la prindre in via
pe povai la vindre. Uvran donc la pourta y se pre-
cipiti su Bovgnaquin et Vy prenan le couaissi Vap~
peli sou douz hommes pe l'aidiè à le garrotau : lou
dou sordau ne veniron po, pe ceta bona raison qu\j
s'étian souvau dès qu\jz avian vu le brigadier
attrapau la béti. Y ne firon, du reste, po besoin et le
brigadier ut bin vite connu à qui Vavove à fére. Le
Borgnaquin l'y raconti comme Vavove fait et comme
y s''étove laiché prindre, et quand Vuront bien risu
tui dou, y s'intindiron pe continuié la forci. Comme
y avove din la cor pré de trais cents joârsune qu^at-
tindovon le résultat, le brigadier descendi pe dire u
maire que la béti étove praisi et qu'on povove monto
la vaira, que l'étove bien curiusi et po ordinéri.
Parsuna ne se fit priau et le Camille et la Cathe-
rine in téti, tui lou vaisin montiron lou degré. Le
brigadier lou fi tui intrau din la tsambra et fromi
la pourta dari sai, disan qu'y ne fallove po que la
béti sin aille. Le Borgnaquin, que parsuna ne
reconnu, faisove tôt espéci de grimace et quand y
pussove souz hurlemin, le vieilli fenne se signovo7i.
Tôt d' on cou,u moment où tui faisovon leureflexchon
et que la Catherine faisove le poin a la béti, le Bor-
gnaquin suti dou viatdze et se trovi su se dzambe.
Y fit tellamin pu à tui selon qui étian din la dsambra,
que teu dégringoli pe lou degrés et la fenétri, et
DU PATOIS LYONNAIS 255
savait parler français, se décida tout à coup à la
prendre vivante pour la pouvoir vendre. Ouvrant
donc la porte, il se précipita sur Bourgnaquin et lui
prenant les cuisses, appela ses deux hommes pour
l'aider à le garrotter. Les deux soldats ne vinrent
pas, pour cette bonne raison qu'ils s'étaient sauvés
dès qu'ils avaient vu le brigadier saisir la bête. Ils
ne firent du reste pas besoin, et le brigadier eut
bien vite reconnu à qui il avait affaire. Le Bourgna-
quin lui raconta comment il avait fait et comme il
s'était laissé prendre ; et quand ils eurent bien ri
tous deux, ils s'entendirent pour continuer la farce.
Comme il y avait dans la cour près de trois cents
personnes attendant le résultat, le brigadier des-
cendit pour dire au maire que la bête était prise,
qu'on pouvait monter la voir, quelle était très
curieuse et pas commune.
Personne ne se fit prier, et Camille et Catherine
en tète, tous les voisins gravirent l'escalier. Le
brigadier les fit entrer dans la chambre et ferma
la porte derrière lui, disant qu'il ne fallait pas que
la bête s'en allât. Bourgnaquin, que personne ne
reconnut, faisait toute sorte de grimaces et quand il
poussait ses hurlements, les vieilles femmes se
signaient. Tout à coup, au moment où chacun faisait
ses réflexions et que Catherine faisait le poing à la
bête, Bourgnaquin sauta deux fois, et se trouva sur
ses jambes. Il fit tellement peur à tous ceux qui
étaient dans la chambre que tous dégringolèrent
18
256 ESSAI DE GRAMMAIRE
quand y volu se fére reconnaître, ij n'y avové plus
parsuna. que le brigadier.
Quoque semane plus tor, le Borgnaquin donni
on grand dinau et u dessart fit la grenoilli; mais ce
fut le dari cou et y ne voulut jamé y depi retornau
à la faira du Bouais.
C. Sylvestre,
DU PATOIS LYONNAIS 257
par les escaliers et la fenêtre, et quand il voulut se
faire reconnaître il n'y avait plus personne que le
brigadier.
Quelques semaines plus tard, Bourgnaquin donna
un grand diner et au dessert fit la grenouille ; mais
ce fut pour la dernière fois et ne voulut jamais
depuis retourner à la foire du Bois.
C. Sylvestre.
258 ESSAI DE GRAMMAIRE
Liaudeu e pi leu vole de Beurzoa
Patoi dornbistrou._.
Liaudeu été on rebesteuet bon volédin nagroussa
place. L'été asse heureux qu'on pe l'être, quand on
et enéteu et qu'on se pourte bien. Son maitre l'ômôve
grou; é dise a tui chiou quie voliant V'intindre :
Liaudeu é leu rneliu volé que :a jamé aviu.
Or teu dariremin, din leu rnâ de septembre, on
zeur que féjeon biou seulo, vétia qu'on recheumon-
chu vinssi demeuro clin on chôtiou teu pré de l'in-
drà de Liaudeu: chi rnonchu ave avoua sa de che-
voux, de vouatere, de laquais, enfon teu Véciuepazeu
d'on grand seigneur.
On parlôve grou de sintie clin leu velazeu. Leu
zouneu magna ne se contintôve po d'aveso lou zouliz
abelliemins du volé de chambra, son chapiou,
qu'ave on galon d'our, son habit vert, et pi lou trâ
rangs de beutons cpie breliovant su son nestimar,
seu seulas vamis avoua de boucle d'aci. Lieudeu
dese : que d'ifferance intre mon sourt et pi chiou de
Babglas (l'iéte leu nom du vêlé de chambra^. Son
vesazou grou, fleuri, pourte la marqua du bonheur
et du contintement, tindis c^ue ma
Chi meut fut suivi d'un grous soupir de regré et
d'invia: Liaudeu que laborôve teu pré du chemon,
là ssi chère son ulia. Pi l'avesove se queloute teutes
pionnes de buse , sou sabouts que peseian bin
DU PATOIS LYONNAIS 259
Claude et les domestiques de Bourgeois
(Dialecte des Bombes.)
Claude est un robuste et bon valet dans une place
importante. Il est aussi heureux qu'on puisse l'être,
quand on est honnête et qu'on se porte bien. Son
maître l'aimait beaucoup ; il disait à qui voulait
l'entendre : Claude est le meilleur valet que j'aie
jamais vu.
Or, tout dernièrement, au mois de septembre, un
jour de beau soleil, voilà qu'un riche monsieur vint
demeurer dans un château voisin du lieu où Claude
habitait. Ce monsieur avait chevaux, voitures,
laquais, enfin tout l'équipage d'un grand seigneur.
On parlait beaucoup de cela au village. Les jeunes
gens ne se lassaient point de regarder les beaux
vêtements du valet de chambre : son chapeau orné
d'un galon d'or, son habit vert et puis les trois rangs
de boutons qui brillaient sur son estomac, ses sou-
liers vernis avec des boucles d'acier. Claude disait :
Quelle différence entre mon sort et celui de Babylas
(c'était le nom du valet de chambre) ! Son visage
plein, fleuri, est l'indice du bonheur et de la satis-
faction, tandis que moi
Ce mot fut suivi d'une gros soupir de regret et
d'envie. Claude qui labourait tout près du chemin,
laissa tomber son aiguillon ; puis il regardait ses
pantalons tachés de fumier, ses sabots qui pesaient
2G0 ESSAI DE r.RAMMAIRE
30 livres. Quand é rintr'i à la farma pe soupo, e
s'avesi u merinu qu'été su leu vassali ; é se treuvi bin
se lèdeu avoua sa plou nà re, brulo pe leu seulô, son
grand jjâs, sa grand vilenna barba, que se dessi in
H mémeu que ressemblôve a n'ourseu lieu deBabyla.
En fejant se reflexions, y se metti à la trôbla. La
rnaitressa ave fa leu seujjo comme d'avreti : na bonna
seupa de treffes, de pan cnsi pu de blo, on grou
mordiou de fromazeu du, et jji de rôpit tant qu'on
ave sa. Liaudeu ne minzi vin ceti sa; Valli se cuchi
comme sin, beurru, in colère.
Leu lindeman comme é laborôve u même indra
que la vieille, é vi passo Babyla que se pi'omenôve
bien peupreu, freja comm'ifau. Liaudeu U levi son
chapiou.
Babyla que save parlau patois, H dessi :
— Bonzeur, mon garçon, bonzeur, yet on redeu
meti que te fé ytie.
— Oh ! oua, monchu Babyla, veus avi râson, ye
redeu de grabeutô la tarra comme sin don beu de
Vanno à Vautreu, quéque timps que fasse.
— Et oua, men ami, mé te né po fauchia cVy fére.
— Que veuliveu que ze fasseu ? et faut bin vivre.
— Oua, mé y a plujeur manière de vivre. Te
peurrios bin fére comme ma. Te te meteré pete a
pete u queurant de le service, te devendré cVabourd
asse habileu c[ue ma.
— Se yéte possibleu, veus in remarcherons don
bin, monchu Babyla. Se veus peuvio me treuvô na
place, ze seron don ben contint.
DU PATOIS LYONNAIS 261
50 livres. Lorsqu'il rentra à la ferme pour souper,
il se regarda au miroir qui était sur le vaisselier :
il se trouva bien si laid, avec sa peau noire, brûlée
par le soleil, ses grands cheveux, sa longue et
vilaine barbe, qu'il se dit en lui-même qu'il ressem-
blait plutôt à un ours qu'à Babylas.
Tout en réfléchissant, il se mit à table. La mai-
tresse de la maison avait fait le souper habituel :
bonne soupe aux pommes de terre, pain presque pur
de froment, respectable morceau de fromage sec,
piquette à discrétion. Claude ne mangea rien ce
soir-là ; il alla se coucher, bourru, en colère.
Le lendemain, labourant au même endroit que la
veille, il vit passer Babylas, qui se promenait, bien
vêtu, frisé de la belle façon. Claude lui leva son
chapeau.
Babylas qui sayait parler patois, lui dit :
— Bonjour, mon garçon, bonjour; c'est un rude
métier que tu fais-là .
— Oh! oui, monsieur Babylas, vous avez raison,
c'est dur de gratter la terre comme cela, d'un bout
de l'année à l'autre, quelque temps qu'il fasse.
— Eh oui, mon ami, mais tu n'es pas fâché de le
faire.
— Que voulez-vous que je fasse ? il faut bien vivre.
— Oui, mais il y a plusieurs manières de vivre.
Tu pourrais bien faire comme moi. Tu te mettrais
peu à peu au courant du service, tu deviendrais
bientôt aussi habile que moi.
— Si cela était possible, je vous en remercierais
bien, monsieur Babylas. Si vous pouviez me trouver
une place, je serais bien content.
262 ESSAI DE GRAMMAIRE
— Rin de pc âja. Vctla leii garçon de mon maître
que va se monto in menazeu ; li faudra on volé de
chambra, ze vis te presintô, ze sis lin seur qu'on ne
te refesera pô.
— Me que donc que fare a fére ?
— Oh ! mon Dieu, ren que de bien simpleu. Suivre
ton maître partent yeu que Vira, prindre soin de
son lonzeu, montô su sa vouatera quand Vira se
preumeno, receva leu mondeu que vaudra leu va.
Vetia a pe prés teut ce que Varé a fére.
~ E me simble que gne pô meléja ; e pi combin
donc que ze gogneré ?
— Taré onpe Mou gazeu que din na ferma, sin
compto le petetez étronnes qu'on te fera de timps in
timps, bien de bon à minzi à ton repos, de vianda,
de von toarzou, teut pion de plâsi que te n'a ]arné Ã
la campagne. '
— Ye pro, Babijla, ye pro, dessi Liaudeu in se
frettant le mans, j'accepteu de grand cœur. Mé pe
veu remarchi du sarvisseu, ze veuleu veu paye na
tossa vé Quiévroti deman après vêpres.
— Z'acceteu de bare ta tosse avouaplaisi. A deman.
Lou dou novibuz amis s'étiant séparo ciuand leu
volé de cliambra revonsi su sous pos. Deman, decit-i
à Liaudeu, deman ne peuveujoo.Mon maître va être
maladeu, za remarqua sin su son vesazeu azeurdi.
Deman ne peurre pos quetto leu chôtiou.
— E bin, sera l'autra dieumonne.
DU PATOIS LYONNAIS 263
— Rien de plus facile. Voilà le fils de mon maître
qui va entrer en ménage: il lui faudra un valet de
chambre, je vais te présenter, je suis certain qu'on
ne te refuseras pas.
— Mais qu aurai-je à faire ?
— Oh ! mon Dieu, rien que de bien simple. Suivre
ton maître partout où il ira, prendre soin de son
linge, monter sur sa voiture quand il ira se prome-
ner, recevoir le monde qui viendra le voir. Voilà Ã
peu près tout ce que tu auras à faire.
— Il me semble que cela n'est pas difficile; et
puis, combien donc que je gagnerai?
— Tu auras un plus beau gage que dans une
ferme sans compter les petites étrennes qu'on te
donneras de temps en temps; beaucoup de bons
morceaux à manger à tes repas, de la viande, du
vin toujours, beaucoup de plaisirs enfin que tu n'as
jamais à la campagne.
— Assez, Babylas, assez, dit Claude en se frottant
les mains, j'accepte de grand cœur. Mais pour vous
remercier du service, je veux vous payer une tasse
chez Chevrier, demain après les vêpres.
— J'accepte de boire la tasse avec plaisir. A
demain.
Les deux nouveaux amis s'étaient séparés, lors-
que le valet de chambre revint sur ses pas. Demain,
dit-il à Claude, demain je ne peux pas. Mon maître
va être malade, j'ai remarqué cela sur son visage
aujourd'hui. Demain je ne pourrai pas quitter le
château.
— Eh ! bien se sera l'autre dimanche.
264 ESSAI DE GRAMMAIRE
— Ne peurre po 7ionplus, y ara on repos u châtiou.
Ne peurre pas seurti.
— Remetins à Vautra dieumonne.
— Ze si dezoulo, mé neus allin recevâ teut ploii
de mondeu que venion passa le vacances vé nous ; et
faudra rinzi, nettayi, cerl, freto, placi teut en eur-
dreu.
Quand Vintindit sin, Liaudeu fajè de grands jus,
é ne save j:)0s mé qu'in dere : é joressi sa pipa din sa
fatire, et pi velove l'allemo.
— Que fête y lie, se metti à crio Babyla ? mon
maître ne vu pos qu'on feme.
— E ne vu j^os qu'on feme ! z'omou partant rjrou
femô, ma.
Liaudeu se grattove lez oreilles : l'été teut réfléchi.
A la fon y dece : Ze vayeu bin que veu n'êtes pos
asse heureux que je cresivê. Z'omeu encoure min
mon meti de travailla de terra que leu veutreu. En
dejant chou meuts, Liaudeu relevi la têta : Acliu,
monchu Babyla, deci ti u volé de chambra in li
tindan la man, dete ji garçon de vetron maître c^u'i
chourche n'autreu que ma pe leu sarvi ; vetron
galon d'our e pi vetronz abeillemint son tout a fa
zoulis, zin convenieu pro, mé y a cpioque chusa ciue
pe biou oncore, ye la libarto.
Pi, e se remetti gaiment à laboro. L'été pie contint :
sou sabouts étiant moins lourds. In rintrant, é se
mettit à trobla, avoua on plasi que n'ave jamais
aviu.
Sa soupa de chu se trouvo vra bomia , pi son
pan, pi le trcffes. Après que l'eut bien mingia, pi biu
DU PATOIS LYONNAIS 'ÃŽ65
— Je ne pourrai pas non plus, il y aura un repas
au château. Je ne pourrai pas sortir.
— lîemettons encore au dimanche suivant.
— Je suis désolé, mais nous allons recevoir beau-
coup do monde pour passer les vacances avec nous ;
il faudra ranger, nettoyer, cirer, frotter, mettre
tout en ordre.
En entendant cela, Claude ouvrait de grands
yeux et ne savait qu'en dire ; il prit sa pipe dans sa
poche et se mit en devoir de lallumer.
— Que fais-tu là ? s'écria Babylas. Mon maître ne
veux pas qu'on fume.
— Il ne veut pas qu'on fume; j'aime pourtant
bien fumer, moi.
Claude se grattait l'oreille : il était tout interdit.
A la fin, il dit : Je vois que vous n'êtes pas si heu-
reux que je le croyais. J'aime encore mieux mon
métier de travailleur de la terre que le vôtre. Ce
disant, Claude releva la tête : Adieu, monsieur
Babylas, dit-il au valet de chambre en lui tendant
la main; dites au fils de votre maître de chercher
un autre que moi pour le servir ; votre galon d'or et
vos vêtements sont tout à fait jolis, j'en conviens
assez, mais il y a quelque chose de plus beau
encore, c'est la liberté.
Puis il se remit gaiement à labourer. Il était plus
content : ses sabots étaient moins lourds. En ren-
trant, il se mit à table avec un plaisir qu'il n'avait
jamais éprouvé.
Sa soupe au chou fut trouvée excellente,
de même son pain et ses pommes de terre.
266 ESSAI DE GRAMMAIRE
on coup de ropi u pou qu'été su la trobla, é fit sa
prière, pi ialli se cuchi, leu pe heureux de leuz
liommeus, et s'indremit in chantant de la chanson
bien connue
Il n'est clans celte vie,
Qu'un bien digne d'envie :
La liberté I
D.-J. GiROD.
DU PATOIS LYONNAIS 267
Après avoir bien mangé, et bu un coup de piquette
dont il y avait un pot sur table, il fit sa prière et
alla se coucher, se trouvant le plus heureux des
hommes et sendormlt en fredonnant la chanson
bien connue :
Il n'est dans cette vie
Qu'un bien digne d'envie.
La Liberté.
D.-J. GiROD.
268 ESSAI DE GRAMMAIRE
On conteu de la veilla
(Patoi de San- Treci- su - Mognan.J
A due ou trâ porté de fesil d'itié, noz in la farma
du père Moisson, qu'on vâre de la plaice y on no sin
sin uvrl la fenétra si fèse zor. Lo père Moisson est
on vio brav^ homeu que tosse à la soixantanna ; y
n'a que dou garçons que ne sont guèreu solideu. Y
fan tui louz an na groussa maladie. Ze lou suppouzeu
à tabla et à dezounô bien tranhéquilami?!.
Ta don co , na demi doézana de cocan , sortu
on ne sa d'yon, uvron la pourta, la refrounion,
s'acheton sin façon inflan d'yô , intènon na rnece,
mettont la forceta u pla, et ne se refezon rin. Lo
pérc Moisson et lou garçon du père Moisson lou
lèssoîi fére passe quHl anpô, et neserion pô de fource
à lou carèyè à la pourta. Netrou six cocan revenion
à Vora du denô, à l'ora du sopô, et ne se zahénon
pô mé que lo promi cô. Lou Moisson, que ne son pô
retseu, et que n'intindon pô se sarô l'estoma, pe r^in-
grécher de rnondeu de rin, qui ne cognâhèsson ni
d'Eve ni d\Adam, se dion to bô : — Y bon per'on
cô, y bon perron zor, mè si sin deve continuô, no ne
minzerian pieu à netra fan, noz indererian et no
finirian pe noz in nallo de fâhèblesse ; faisin on
signeu é gendarme, pi u gorde, et que nien sëyepleu
question.
DU PATOIS LYONNAIS 269
Une parabobe rurale à la veillée
(Dialecte du canton de Saint-Trivier-sur-Mouinans.)
A deux ou trois portées de fusil d'ici, nous avons
la ferme du père Molichon, qu'on verrait de la place
où nous sommes et sans ouvrir la fenêtre, s'il
faisait jour. Le père Molichon est un vieux brave
homme qui touche à la soixantaine; il n'a que deux
garçons qui ne sont guère solides, et font tous les
ans quelque grosse maladie. Je les suppose à table
et à déjeûner tranquillement.
Sur ces entrefaites, une demi-douzaine de coquins,
venant on ne sait d'où, ouvrent la porte, la refer-
ment, s'asseyent sans façon à côté d'eux, entament
une miche, mettent la fourchette au plat et ne se
refusent rien. Le père Molichon et les garçons du
père Molichon les laissent faire parce qu'ils ont
peur, et ne seraient pas de force pour les jeter à la
porte. Nos six coquins reviennent à l'heure du
dîner, à Theure du souper, et ne se gênent pas plus
que la première fois. Les Molichon qui ne sont pas
riches et qui n'entendent point se serrer l'estomac
pour engraisser des gens de rien, qu'ils ne connais-
sent ni d'Eve ni d'Adam, se disent tout bas : — Bon
pour une fois, bon pour un jour, mais si ça devait
continuer, nous ne mangerions plus à notre appétit,
nous pâtirions et finirions par nous en aller de
faiblesse ; faisons un signe aux gendarmes et au
garde-champêtre, et qu'il n'en soit plus question.
270 ESSAI DE GRAMMAIRE
E ban, netre récolte sont, sin minti, din la situa-
chon des Moisson. Pindin qiCelles vivont du feni'i
que noz an intarô par yelles et pô pe d'ôtres, y a de
meli, de million dez harbé de mauve renom que se
faufilon à travè le bonne, se norâésson à la méma
écuella et meton lou rnorchô à debleu. Si no parm's-
sin cela canaillerie, si no ne vin po u secor de netre
7'ecolte, si no ne lincin po à la porsuite de le movéze
z'harbe lou sarclio que so7it, on dèrire fan, lou jan-
darme et lou gorde champêtre de le bonne plinte,
lez harbe de rin affameron le plinte utile, prindran
le dessu, lez attofferan et useran la torra in mémeu
tin.
(Teria de le Illane rurales, sapitreu trô.)
Pierre Berthelon.
DU PATOIS LYONNAIS 271
Eh bien, nos récoltes sont, sans mentir, dans la
situation des Molichon. Pendant qu'elles vivent du
fumier que nous avons enterré pour elles et pas
pour d'autres, il y a des milliers, des millions
d'herbes de mauvais renom qui se faufilent parmi
les bonnes, se nourrissent à la même écuelle et
mettent les morceaux en double. Si nous tolérons
cette piraterie, si nous n'allons pas au secours de
nos récoltes, si nous ne lançons pas à la poursuite
des herbes parasites les sarcleurs qui sont, en
définitive, les gendarmes et les gardes-champêtres
du règne végétal, les herbes de rien afi'ameront les
plantes utiles, prendront le dessus, les étoufferont
et useront en même temps le terrain.
(Glanes rurales, chapitre 3.)
Pierre Berthelox.
19
272 ESSAI DE GRAMMAIRE
Dictons agricoles
(Mémeu patoi.)
Pefamélioro Vagricultera. (Ton pays, pe la revo-
luchâno, pe la trinsformô, n'y a besouan que de na
sola suza, y produire énormémin de foradzeu ; lo
foradzeu y t'a la fâ de vianda et de pan.
Lo pru fa lo femi et lo femi lo tsan.
Ferne ton prô lui louz an ; y sont la plantse de
salut de VagiHcultera.
Lo minqueu de foradzeu, y la maladie mortêlla
des dômaineus.
Quind la grandze est voade u renoviau, la famena
est su le béte.
Vu-té na recela contre lo minqueu de foradzeu ?
Mete ton fan so clio, à l'avré du gospeliazeu et du
couladzeu, depi la San-Dzaii (2k juin) jeusquà la
San-ète-Flore (2'i novembre), depi illo rintrô à la
grandze, jeusqu il l'approtseu de le zélées. Esparcette,
luizorna, pesete et triolé no, paterazeu, rôve et grou
blô lou rimpleceran avintaézozamin, donin in abon-
dance de là , de vianda et de femi.
La premire condichon de la sintô des animaux, y
de lou bien norri.
Louz animaux très bien norri ne fan pô slamain
lo travail et la vianda, mé oncore lo bon femi, cho-
tié le bonnes tares, et le bonnes tares fan le bonnes
récoltes.
DU PATOIS LYONNAIS 273
Préceptes agronomicpies
(Même dialecte.)
Pour améliorer l'agriculture d'un pays, pour la
révolutionner, pour la transfoi'mer, il n'est besoin
que d'une seule chose, y produire beaucoup de
fourrages, car c'est produire à coup sûr de la viande
et du pain.
Le pré fait le fumier et le fumier le champ.
Fume tes prés tous les ans, car ils sont la planche
de salut de l'agriculture.
La pénurie fourragère est la phthisie des domai-
nes.
Si la grange est vide au renouveau, la famine est
sur les bêtes.
Veux-tu une recette contre la disette fourragère?
Mets tes foins sous clef, Ã labri du gaspillage et
du coulage, depuis la Saint-Jean r24 juin) jusqu'Ã la
Sainte-Flore (-24 novembre), depuis leur rentrée au
fenil jusqu'au seuil des gelées. Sainfoins et luzernes,
vesces et trèffes violets, pâturages, raves et mais
les suppléeront avantageusement , donnant en
grande abondance du lait, de la viande et du fumier.
Le premier jtrécepte de l'hygiène des animaux,
c'est de les bien nourrir.
Les animaux très bien nourris ne font pas seule-
ment le travail et la viande, mais encore le bon
fumier, celui-ci les bonnes terres et les bonnes
terres font les grosses récoltes.
274 ESSAI DE GRAMMAIRE
Lo femi ! y lo san de la farma, y faut qu'il y cir-
cule parteu quemin lo san din lo cour humain.
— Maître Vallin, donno-me don lo secré de la
recela que vo za inressi? — Sin ne sèrapô Ion : Zâ
teno grinda diligence, bonna surveillance, peteta
depinsa, fourta espérantse et mépris de Vignorantse.
Ome té touz éfants, segne ton tsan.
(Teria de le lUane rurale, sapitreu trâ.)
DU PATOIS LYONNAIS -275
Le fumier c'est le sang de la. ferme ; il y doit
circuler partout, comme le sang dans le corps
humain.
— Maître Vaillant, donnez-nous donc le secret de
la recette qui vous a enrichi ? — Çà ne sera pas
long : J'ai tenu grande diligence, bonne surveil-
lance, petite dépense, forte espérance et mépris
de l'ignorance.
Aimes-tu tes enfants, soigne tes champs.
(Extrait des Glanes rurales, chapitre 3.
276 ESSAI DE GRAMMAIRE
Na famelie de grumeu
(Patoi de Faille.)
Na famelie de grumeu, yé la famelie Zoulevé, de
Faillie, ai Braïsse. Lnu -'iv'iroa de vouere, Gaston,
seutin brovamni la rôinitéchan de son graid; al a pe
recouenienlrc len vins on goa se grai, se ben de
natara, quai li fasiai liamai chouaitre, y demenie
son paï, se espèce, so7i gou, sa douero, avoua tout ce
que appartin u vin. Mai é ne fo po se étonnai, car
dai la famelie, dn chian de son porou, se san teuzou
treuvo leu maliheu grumeu de vin con na mémou
po treuvo depl Pan-de-Vo, et Mocan, tan ca Lian.
En le sargcat en zour de goûtai lou vin de na tenta,
li demandai ce qui paice de la boyito de çu vin. lan
la gouto du bout de la lingua, Vautrou na faique de
lou portai u bout du no. Lou premi a dé que l'ave
on gou de far; Vautrou, lou seguian, que l'ave on
gou de coui. Lou métrou seutin ciue sa ténia ère
nette, que san vin ne cantenié rai qu'âge pu li bélié
lou gou de coui ou de far, leu deux groumais, de lu
chian seutenio lu deré. Avoua lou tai, lou vin a éto
vaidu, é ai nétayai la ténia an a treuvo na liau
étaicha avoua an corzan de coui.
La quemenia de Falliè al é biai fiera de san gru-
meu, que fa que biai souvai leu zouezious du tribu-
nal de commarçou de Mocan ai recour à sa.
BÉVY.
DU PATOIS LYONNAIS 277
Une famille de dégustateurs
(Dialecte de Feillens et du canton de Bâfié-le-Cnatel.)
Une famille de dégustateurs, c'est la famille Jol-
livet, de Feillens, en Bresse. Le chef actuel, Gaston,
soutient dignement la réputation de ses aïeux. Il a,
pour reconnaître les vins, un instinct si grand, si
naturel qu'en lui en faisant seulement flairer, il
détermine son pays, son espèce, son goût, sa durée,
avec toutes les circonstances qui appartiennent au
vin. Mais il ne faut pas s'en étonner, car, dans sa
famille, du côté de son père, se sont trouvés les
plus parfaits dégustateurs de vin qu'on ait connus
depuis longtemps depuis Pont-de-Vaux et MÃ con
jusqu'à Lyon. On les chargea un jour de goûter le
vin d'une cuve en leur demandant ce qu'ils pensaient
de la bonté de ce vin. L'un le toucha du bout de la
langue, l'autre ne fît que le porter à son nez; le
premier dit qu'il avait un goût de fer et le second
qu'il avait un goût de cuir. Le maître soutint que
sa cuve était nette, que son vin ne contenait rien
qui eut pu lui donner le goût de cuir ou de fer. Les
deux dégustateurs, de leur côté, soutenaient leur
opinion. Avec le temps, le vin fut vendu et, en
nettoyant la cuve, on trouva au fond une petite clef
attachée avec un cordon de cuir,
La commune de Feillens est justement fière de
son dégustateur aux lumières duquel le tribunal de
commerce de Mà con a recours très souvent.
BÉVY.
278 ESSAI DE GRAMMAIRE
La renouille que vu che foze ass greucha
que lou boue
(Mêmou patoi.)
Na renouille vi on boue
Que lui sinibla de feurte taille.
Lia que n'eze po greucha in tout qucniin on joué
Inviosa le s'éti7i. che coyiglie, che trourninto
Pe attrapa la betta angreucho :
In di : Me guéti bin, masezo,
Teu pro? di me va; ni sizou poncouze? —
Non. — M'y vettia don ? — Non. — M'y vêla ! —
Vous nin appreucho poin. La chetiva imbessila
Che conlia tin que lin creva.
H. Merlin.
DU PATOIS LYONNAIS 279
La grenouille qni veut se faire aussi grosse
que le bœuf
Une grenouille vit un bœuf
Qui lui sembla de belle taille.
Elle qui n'était pas grosse en tout comme un œuf,
Envieuse, s'étend, et s'enOe, et se travaille
Pour égaler l'animal en grosseur :
Disant : Regardez bien, ma sœur;
Est-ce assez ? dites-moi ; n'y suis-je point encore? —
Nenni. — M'y voici donc ? — Point du tout. — M'y voilà !
Vous n'en approchez pas. La chétive pécore
S'enfla si bien qu'elle creva.
La Fontaine.
3>«=;-5
280 ESSAI DE GRAMMAIRE
Lou Ghinzou fachio de grimache
(Patoi de San-Martin-lou-Shôté. ) (')
Onchinzou trafeut dinla rnagnière défaire legrimache,
Derri leu boussus écliourdive le queute quemin zo.
Dequilliounove deri leu boito,
Pi leu tezou la lingua predain zo;
U pi che n'ave ion que lenatove, vitau neutron guignol
Venive lou guétie avoué de zu devria,
Avoué on pie de no. —
Faine va, deze to, coquion que ze ne contrefacha! —
Chie va, li desse on shin, honeu a ton mezetuu!
Mais, mon peuvrou Guignol, devin de te viuto.
Fa me don va coquion que te vellie resimblo.
H. Merlin.
(!) Saiut-Martin-le-Cliâtel.
DU PATOIS LYONNAIS 281
Le Singe faiseur de grimaces
Certain singe, très fort dans l'art de la grimace.
Derrière les bossus haussait le dos comme eux.
Boitait derrière les boiteux,
Puis leur tirait la langue en face ;
Et si quL'K{u'un louchait, vite notre Paillasse
Venait le regarder avec des yeux tournés
Accompagnés d'un pied de nez. —
Montrez-moi, disait-il ([uelqu'un que je n'imite ! —
C'est vrai, lui dit un chien, honneur à ton mérite !
Mais, mon pauvre Paillasse, avant de t'en vanter,
Montre-moi donc quelqu'un qui te veuille imiter?
(Le Fabuliste chrétien.) J.-M. Villefranche.
282 ESSAI DE GRAMMAIRE
La Gigala pi la Frémi
(Mêmou Pâtoi.)
La cigala après aua chinto
Tout lou bon té,
Che trouva ne rien aua
Quin la fra fe venia :
Po lamain on pete mouché
De meuche don bin de pete var.
L'ala creio famena
Vélou frémi son vèzin,
Lou praye de li prêta
Queque grons pe vivre
Tinqu'a n'otra saison.
Je vous payete, li dése-t-ellie,
Devin leu ma d'eu, confianche de betta,
Intezé pi la chouma.
La frémi ne po prétiose,
Vetia son moindre défaut.
Teuque vous fazo pindin lou tin chaud?
Desse-t-ellie à cel'imprintioza. —
Zor et né à tui ce que venivon
Je chintova,n6 vous déplaize. —
Vous chintovo ? J'in si bien aijou.
A bin, dincho vouzindra.
H. Merlin.
DU PATOIS LYONNAIS 283
La Cigale et la Fourmi
La cigale, ayant chanté
Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue :
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu'Ã la saison nouvelle.
Je vous payerai, lui dit-elle,
Avant l'oùt, foi d'animal,
Intérêt et principal.
La fourmi n'est pas prêteuse :
C'est là son moindre défaut.
Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse. —
Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise. —
"Vous chantiez ! j'en suis fort aise.
Eh bien ! dansez maintenant.
La Fontaine.
284 ESSAI DE GRAMMAIRE
Misère et Peuvreto sont touzjour de ceti mondou
(Patoi dé Mourevé.)
On zjour, notre Seigneu kpi saint Piarrou alliron
se premeno u Greffe, on hravou velazgeou su la
routa de Mourevé que vous couniates tui. I l'éran
habellia simplament, sans leurioseto, ornent de mon-
dou que ne tenion po à cato de podra eu zu deu
peuvrou labouri. Schemin fasan, l'onou que leu
pourtove tui deux predi ion de seu far. U moument
qui s'en aprecirent, i Véran pré de la feurzge de
Fleba Mozui, on marschau du Greffe que tout lou
mondou appelove Misère, prequai n'ére po reschou.
I l'ave avoui lui son pete scldu bardou qu^on nou-
move Peuvreto.
Notre Seigneu demandi u marschau si velive ferro
sen onou.
— ce Intro, et cheto-vous, deci Fleba, zje va vous
srevi tout de suite. »
Notre Seigneu et saint Piarrou se chetiron pen-
dant que Misère ferove l'onou.
— « Combin t'en que zje vous davou? » demandi
lou Seigrieu quant l'onou fut ferro. »
— « Ren », répondi lou marschau que crase ava Ã
fore à pie peuvrou que li.
Lou Seigneu que sa tout ave lu Vidée de Misère.
DU PATOIS LYONNAIS 285
Misère et Pauvreté sont toujours de ce monde
(Dialecte de Montrevel.)
Un jour, Notre Seigneur et saint Pierre allèrent
se promener aux Greflfets, un joli village sur la
route de Montrevel que vous connaissez tous. Ils
étaient habillés simplement, sans vanité, comme
(les gens qui ne tiennent pas à jeter de la poudre
aux yeux des pauvres laboureurs. Chemin faisant,
l'âne qui les portait perdit un de ses fers. Au moment
où ils s'en aperçurent, ils étaient près de la forge de
Philibert jNIazuir, un maréchal des Greffets que tout
le monde appelait Misèr.% parce qu'il n'était pas
riche. Il avait avec lui son petit chien gris qu'on
appelait Pauvreté.
Notre Seigneur demanda au maréchal s'il voulait
ferrer son âne,
— « Entrez, et asseyez-vous, dit Philibert, je
vais vous servir tout de suite. »
Notre Seigneur et saint Pierre s'assirent pendant
que Misère ferrait l'âne.
— « Combien est-ce que je vous dois? » demanda
Notre Seigneur quand l'âne fut ferré.
— « Rien, » répondit le maréchal qui croyait avoir
affaire à plus pauvre que lui.
Notre Seigneur, qui sait tout, avait lu l'idée de
Misère.
286 ESSAI DE GRAMMAIRE
— « Prequa vous zôtes che bon, se genti, zje vous
premaschou de faire ira demandes. »
— « Boni » di Misère, et i se meti à réfléchi Ã
ce qui demandere.
— « I va choisi lou paradis » , pensove saiiit Piarrou.
— « D'abeurd, repri Misère, zje désirou c[ue tui
ceu ciue vindron se cheto dans mon fauteuil que
t'itïe (*) nepuissonpo se relevo sans mapremession. »
— « Accourdo », di notre Seigneu.
— « En second lieu...
— « Choisis lou ciel », dit saint Piarrou, à hiota
voix et en teran lou marschau pe la mansche de sa
valisa.
— a Laisso-me », fit Misère, que n'amove joo à être
déranzgea ciuand teu cpii réfléchive, « en second
lieu... zjevedra que ceu que ropelieron u chonzjon
de mon nouyi ne puissan i)o descendre sans ma
premession. »
— « Accourdo », dit lou Seigneu.
— « En troisiémou lieu... »
— « Choisis don lou ciel ! », crëy saint Piarrou
en se foschan.
— a En troisiémou lieu, repri Misère, sans l'ékeuto,
zja itie na peteta boursa en cui, zje vu que tout ce
qui entrera dedans n'en ijwisse seurti sans ma pre-
mession. »
— « Accourdo encouere », di lou Seigneu.
(') Sur la prononciation de ilie, cintie, v. page 5.
DU PATOIS LYONNAIS 287
— « Parce que vous êtes si bon, si gentil, je vous
permets de faire trois demandes. »
— « Bon ! » dit Misère, et il se mit à réfléchir Ã
ce qu'il demanderait.
— « Il va choisir le paradis », pensait saint Pierre.
— « D'abord, reprit Misère, je désire que tous
ceux qui viendront s'asseoir dans mon fauteuil qui
est ici ne puissent pas se relever sans ma permis-
sion »
— '< Accordé », dit Notre Seigneur.
— « En second lieu.... »
— a Choisis le ciel », dit saint Pierre, à haute
voix et en tirant le maréchal par la manche de sa
blouse.
— « Laissez-moi », dit Misère, qui n'aimait pas Ã
être dérangé quand il réfléchissait, « en second
lieu.., je désire que ceux qui grimperont au sommet
de mon noyer ne puissent pas descendre sans ma
permission, »
— « Accordé », dit le Seigneur.
— « En troisième lieu... »
— « Choisis donc le ciel ! » , cria saint Pierre en se
fâchant.
— « En troisième lieu, reprit Misère sans l'écou-
ter, j'ai ici une petite bourse en cuir, je veux que
tout ce qui entrera dedans n'en puisse sortir sans
ma permission. »
— « Accordé encore », dit le Seigneur.
'20
28S ESSAI DE GRAMMAIRE
Et, en flesan hnnzjou à Misère , i parti avoui
saint Piarrou que n'ére po content de Misère.
Quéque ma, après, la saison ère mauvaise. Fleba
Mozui devinci encouere pie peuvrou que davreti,
et adon on li are J)ailla lou iiion de Misère si ne Vave
Zjia po avio. Il ave employa chon deri moussé de
far et cato à Peuvreto, son pete schin bardou, sa
derrire creutade pan. Fleba laissiravato sonmarté,
se clieti à sclievau- su scn odienou, à pi, i réfléchive :
i se rappelove lou temps qui Vave de liars, i regret-
tove de n'en ava po on peu demando , pleleu que
d'ava fait leu tr a souhaits... Pendan qui Vère cmen-
cin predu dans che rêverie, vetia qu'on scliaplc à la
peurta.
— « Intro », creïa-t-i sans se derlnzrje.
0)1 levi loaleque; pi n'hoiiniou,pete, tout buirou,
tout na u sdiavon da noz, boussu, tourdu, intri vé
Fleba Mozui.
— « Misère, vous êtes tristou. »
— <t Craïou bin. On lou sere bin à moins. Uautfan
zféra reschou ; ceti oui, zje si peuvrou. »
— « N\i-t-eu que santie que vos ennoye? Clieu
riialheu n'epo sans rernedou. Zje peuvou vous rendre
arlie reschou (pie la }nar è preïonda.
— « Che vous puiso faire santie, vous sero lou
})re)ui <Jr zJi')iirnnu_x.
— « Zj<' pcnrou j)r<), rné à na condition que vetia :
pniis diz ans rous un' baillero vi'ulre n'arma.
DU PATOIS LYONNAIS
Et en disant bonjour à Misère, il partit avec saint
Pierre, qui n'était pas content de Misère.
Quelques mois après, la saison était mauvaise.
Philibert Mazuir devint encore plus pauvre que
d'habitude et alors on lui aurait donné le nom de
Misère s'il ne l'avait déjà eu. Il avait employé son
dernier morceau de fer et jeté à Pauvreté, son petit
chien gris, sa dernière croûte de pain. Philibert
laissa tomber son marteau, s'assit à cheval sui- son
enclume, et puis il réliéçhissait : il se rappelait le
temps où il avait de l'argent, il regrettait de n'en
avoir pas un peu demandé, plutôt que d'avoir fait
les trois souhaits... Pendant qu'il était comme cela
perdu dans ses rêveries, voilà qu'on frappe à la
porte.
— « Entrez », cria-t-il sans se déranger.
On leva le loquet; puis un homme petit, marron,
tout noir au bout du nez, bossu, tordu, entra chez
Philibert Mazuir.
— « Misère, vous êtes triste. »
— « Je crois bien. On le serait bien à moins. L'an
dernier j'étais riche; aujourd'hui, je suis pauvre. »
— « N'y a-t-il que cela qui vous ennuie ? Ce mal-
heur n'est pas sans remède. Je puis vous rendre
aussi riche que la mer est profonde.
— « Si vous pouviez faire cela, vous seriez le pre-
mier des hommes.
— « Je puis assez, mais à une condition que voici :
Dans dix ans, vous me donnerez votre âme.
290 ESSAI DE GRAMMAIRE
— « Que foteu fore ?
— « Segni dieu pavschemin avoué veutron saiiQ. »
— « Z^e vu hin. » FA i bailli on grand co de poing
su sen enlienou, fi seurti on peu de sang et segni.
Lou pete vieux prit lou parschemin et s'en alli en
bélan d'aisou.
Fleba Mozui ave d'arzgent attant cpCil en velive.
Tui leu matin i remplive se cafés. I manzgeove, i
beuve lou zjoupi la né; i schantove du matin u cha,
du cha u matin, et tui leu zjou cment santie. Tout
lou mondou l'estimove dimpi qu'il ère reschou.
Mais son beneu ne puise po deure. On en sa pro
la raison. Lou diablou vinci lou queri u bout de d'iz
ans.
— « Chelo-vous on moument dans mon grand
fauteuil », deci lou marschau à Lucifer. Vous dates
être fatego. A pi vous manzgero bin on pete moussé
de lar; en mémou temps, vous baillere à bare na
bnutaille de bon vin de raisin de Corinthe c^ue zja
fait l'autrou zjou. »
Lou diaJjlou se clieti en étendan sa schamba boî-
teusa, en gremelan.
Pendant dieu temps. Misère alli prendre dans sa
fojirzge na bagueta de far et i rentri en sublan Vair
de Marlborough s'en va t'en guerre.
— « Devant que de malnzge de lar, decit-i d'où
ton mouquieu, nous zin a causo d'autres petetez
affaires. »
DU PATOIS LYONNAIS 291
— « Que faut-il faire ?
— " Signer ce parchemin avec votre sang.
— « Je veux bien. » Et il donna un grand coup de
poing sur son enclume, fit sortir un peu de sang et
signa. Le petit vieux prit le parchemin et s'en alla
en pleurant de joie.
Philibert Mazuir avait de l'argent autant qu'il en
voulait. Tous les matins, il remplissait ses poches.
Il mangeait, il buvait le jour et la nuit; il chantait
du matin au soir, du soir au matin, et tous les
jours c'était de même. Tout le monde l'estimait
depuis qu'il était riche.
Mais son bonheur ne pouvait pas durer. On en
sait assez la raison. Le diable vint le chercher au
bout de dix ans.
— « Asseyez-vous un moment dans mon grand
fauteuil », dit le maréchal à Lucifer. Vous devez
être fatigué. Et puis vous mangerez bien un petit
morceau de lard; en même temps, je vous donnerai
à boire une bouteille de vin de raisins de Corinthe
que j'ai fait l'autre jour.
Le diable s'assit en étendant sa jambe boiteuse et
en grognant.
Pendant ce temps, Misère alla prendre dans sa
forge une baguette de fer et il rentra en sifHant l'air
de Marlborongh s'en va. t'en fiuerre.
— « Avant que de manger du lard, dit-il dun ton
moqueur, nous avons à causer d'autres affaires. "
"292 ESSAI DE rTRA\fMAIRE
Et i se meti à schaplo che radou le keute de
Lucifer que cheutie en devinci bleu et bardou.
Lou peuvrou diablou çirinrovede le dents, i velive
se charuo, mais i ne puise po, i l'ère cment liouvo u
fauteuil.
— « Délivro-me ! » creïove-t-i. Lou marschau scJia-
plove touzjou.
— « Délivra -me, zje vou baillere encoure diz
ans ! n
— « Ali hinl E vetia na tjeuna pareula. Mais
vous me baillero encouere pendant diz ans allant
de liards que lou prcmi co. *
— « Zje vous en premaschou », s'écreï lou vieux
boiteux.
— « E tout ce qu'é faut. Parti vitou, vieux dreu-
lou », doci Misère.
Lou diablou s'envouli en se fretan le keutes.
La via de Misère redevinci on grand éclat de rire :
le fêtes succédovan à le fêtes, le boutailles a le
t)ontailles, le schansons à le schansons. Mais lossa !
dix ans sont dasseteu passo qaanteu qu'on ade beneu.
On zjou qui H pensove lou moins, Fleba Mozui,
vi enlro vé H non pie lou vieux diablou soûle, mais
tout plein de greux magnats de diablous, que pourto-
van su zo téta na heurna de bouquin, à pi, é leu
pendive seu leu talo7is na balla couva decaion.
— « Me zamis, deci Misère, en se retenian de la
DU PATOIS LYONNAIS 2'.)3
Et il se mit à frapper si fort les côtes de Lucifer
que celui-ci en devint bleu et gris.
Le pauvre diable grinçait des dents; il voulait se
sauver, mais il ne pouvait pas, il était comme cloué
au fauteuil.
— « Délivrez-moi », criait-il. Le maréchal frap-
pait toujours.
— « Délivrez-moi, je vous donnerai encore dix
ans! »
— « Ah ! bien, voilà une bonne parole. Mais vous
me donnerez encore autant d'argent que la première
fois.
— « Je vous le promets », s'écria le vieux boiteux.
— « C'est tout ce qu'il faut. Partez vite, vieux
drôle », dit Misère.
Le diable s'envola en se frottant les côtes.
La vie de Misère redevint un grand éclat de rire :
les fêtes succédaient aux fêtes, les bouteilles aux
bouteilles, les chansons aux chansons. Mais, hélas !
dix ans sont bientôt passés quand on a du bonheur.
Un jour qu'il y pensait le moins, Philibert Mazuir
vit entrer chez lui non pas le vi.enx diable seul,
mais tout plein de gros mairpiafs de diables qui
portaient sur leur tête une corne de bouc, et puis, il
leur pendait sur les talons une belle queue de
cochon.
— « Mes amis, dit Misère, en se retenant tic la
294 ESSAI DE GRAMMAIRE
po qu'il ave, nous sin u temps de le nui, et na beuna
nui et on moussé qu^on ne counia po en enfar. Pen-
dant que zje va prendre n'autra keulota, avoai na
valiza neuva, che vous velivo 7nonto u choiizjon de
mon nouyi,nevouszgêno2)o. »
Leu diablou ne seu flron jjo dere deux co. En
moins de na meneta, il éran tui monto su lou
nouyi du père Mozui.
Misère intri dans sa feurzge, allemi son foua
amourto depi vingt ans, scharfi à blanc la bagueta
de far qu'ave servi à roche lou vieux diablou, et,
armo de cheu fregon, i fregouni che bin ces nouvés
diablous qui se rnctiron à créio cment de damnos :
— « Ouais!!! ouais !!! que vous nous faites maux !
Arrêto!... Arrêto, Misère! »
Mais Misère ne s''arrêtl que quand on II premi
de lou laiche vivre de nouvê pendant dix ans, et de
U baille allant de liards quedavreti.
Asseteu que lou marschia fu conclu, leu diablous
se sarviron en boitant de le douves piattes.
Misère passi gaîment ces nouvé dix ans que s''en-
vouliren cment on biau rêve.
Cheu co, tout clie que l'enfar ave de diablous va-
lides vincit lou r[ueri.
DU PATOIS LYONNAIS 295
peur qu'il avait, nous sommes au temps des noix,
et une bonne noix est un morceau qu'on ne connaît
pas en enfer. Pendant que je vais prendre un autre
pantalon avec une blouse neuve, si vous vouliez
monter au sommet de mon noyer, ne vous gênez
pas. y>
Les diables ne se le firent pas dire deux fois. En
moins d'une minute, ils étaient montés sur le noyer
du père Mazuir,
Misère entra dans sa forge, alluma son feu éteint
depuis vingt ans. chauffa à blanc la baguette de fer
qui avait servi à rosser le vieux diable, et. armé
de ce bâton, il bà tonna si bien ces nouveaux diables,
qu'ils se mirent à crier comme des damnés :
— Ouais!!! ouais!!! que vous me faites mal!
Arrêtez !... Arrêtez, Misère! »
Mais Misère ne s'arrêta que lorsqu'on lui promit
de le laisser vivre de nouveau pendant dix ans, et
de lui donner autant d'argent que d'habitude. Aus-
sitôt que le marché fut conclu, les diables se sauvè-
rent en boitant des deux pattes.
Misère passa gaiement ces nouveaux dix ans qui
s'envolèrent comme un beau rêve.
Cette fois, tout ce que l'enfer avait de diables
valides vint le chercher.
296 ESSAI DE GRAMMAntE
Lucifer li-mémou ère ta la fêta de l'armée.
Quand loa iiiarscJiau vi clie l'infernala banda, i
ne poai^si p » se défendre d\wa po; mais i se renieti
en pensa)it que la leurioseto é loa vice qiCa predn
loii démon.
— « Zje me si laicJia assurie, decit-i à Lucifer,
que s'avançove en fronçan leu .^ouîxils, que vous
pouuo, se lève voutron bon plaisi, vous rendre che
pete, chepete, que ma boursa (pie vetia vous tindre
facilement, vous, à pi touta veutra balla sociéfo. Se
ière va, é sere bin cmeudon pe moudo on peu loin ;
zje vous porterai on treii de schendn; mais éïe pet-
étrc on contou bleu qu'on m'a fait. »
Lucifer se mefiove bin on jieu de Flelia, mais i ne
puise peu déveno sa rusa; de nautrou liant, i 1ère
bin fier de montro qui puise faire l'iinpossUilou.
En na meneta, vetia meu diablou ciue che melon
tui clans la boursa, que Misère se dépaschi à froumo.
— « Vous êtes en mon pouva, vilains diablous
cournus, é vouz en cuira ». se meti a dore Misère
en couran à che nenlienou.
Vetia qui pri son çjreu marte, à pi d'on tirai
vigoureux, i schaplove à grands cos su Icu ni;il-
heureux diablous. Y furon de binteu ache plats (pie
de pièces de quatrou .sens. Y possovan de creiemod
a faire tremJilo ta tarra.
— « Creïo, Jiurlo, éïe tout cment se vous schantovo.
— « Predon !!! Predon !!!...
— « Point de predon ! deci lou marscliau. Zje
DU PATOIS LYONNAIS 297
Lucifer lui-même était à la tête de larmée.
Quand le maréchal vit cette infernale bande, il ne
put se défendre d'avoir peur; mais il se remit en
pensant que la vanité est le vice qui a perdu le
démon.
— « Je me suis laissé assurer, dit-il à Lucifer qui
s'avançait en fronçant les sourcils, que vous pouviez,
si c'était votre bon plaisir, vous rendre si petit, si
petit, que ma bourse que voilà vous tiendrait facile-
ment, vous et toute votre belle société. Si c'était
vrai, ce serait bien commode pour aller un peu plus
loin ; je vous porterai un bout d ' chemin ; mais c'est
peut-être un conte bleu qu'on ma fait. »
Lucifer se méfiait bien un peu de Philibert, mais
il ne pouvait pas deviner sa ruse; d'un autre côté,
il était bien lier de montrer qu'il pouvait faire
l'impossible.
En une minute, voilà mes diables qui se mettent
tous dans la bourse que Misère se dépêcha à fermer.
— « Vous êtes en mon pouvoir, vilains diables
cornus ; il vous en cuira, » se mit à dire Misère en
courant à son enclume.
Voilà qu'il prit son gros marteau, et puis, d'un
bras vigoureux , frappa à grands coups sur les
malheureux diables. Ils furent bientôt aussi plats
que des pièces de quatre sous. Ils poussaient des
cris à faire trembler la terre.
— « Criez, hurlez, c'est tout comme si vous
chantiez.
— « Pardon !!! pardon !!!
— a Point de pardon, dit le maréchal. Je vous
208 ESSAI DE TtRAMMAIRE
vous lenloli. zje vous gsLvdou. De clie la faron, zje
vous empasdicre de faire de mau à meu sembla-
blou. »
Apre qu'il en de santie^ i meti /a houssa dans sa
caffa.
Lou lendeman , é se possi su la tarra le pie
étranzges scheuses. Ion des zamis de Misère H rendi
dix écus qui H ave voulo u jeu ; lou cabareti vendive
de vin fait avoué de raisins ; la Meïon livrove son
lait à Bour sans beto d'êdïe dedans ; leu vole ne
manzgeovan po iné jo çiazgeoiis devant la Saint-
Martin ; le dimanclie , on allove à l'élièse au lieu
(Vallo u cabaret. Mais cment schoque médaille sl son
revers, leu cabaratis faron ruino, il alliron lui
challio de panes; le fenes n'e'ran j^o mé babeliardes,
2:>o mé... Enfin, nion ne comprenive rin à che l'épi-
démie de vertu.
Lou comte de Mourvé que gouvernove la Brasse,
parti de chon bio schoté de Challes, à pi se meti Ã
se premeno pretout pe trouvo V explication de tout
sant'ie. Vetia qu'il arrevi u Greffe devnnt la feurzge
de Fleba Mozui.
Cment i l'entendi on grand bri, i scnfroumi de
ce qu'éiére.
— « Que che poche-teu it'ie ? » decit-i u marschau.
DU PATOIS LYONNAIS 299
tiens, je vous garde. De cette façon, je vous empê-
cherai de faire du mal à mes semblables. )^
Après qu'il eut dit cela, il mit la bourse dans sa
poche.
Le lendemain, il se passa sur la terre les plus
étranges choses. Un des amis de Misère lui rendit
di.\ écus qu'il lui avait volés au jeu; le cabaretier
vendait du vin fait avec des raisins; la Marion
livrait son lait à Bourg sans mettre de leau dedans;
les valets ne mangeaient plus leurs gages avant la
Saint-Martin; les dimanches, on allait à l'église au
lieu d'aller au cabaret. Mais comme chaque médaille
a son revers, les cabaretiers furent ruinés; ils allè-
rent sarcler du mais; les femmes n'étaient plus
bal)illardes, plus... Enfin, personne ne comprenait
rien à cette épidémie de vertu.
Le comte de Montrevel,qui gouvernait la Bresse,
partit de son beau château de Challes, et se mit Ã
se promener partout pour trouver l'explication de
tout cela. Voilà qu'ij arriva aux Grefïets devant la
forge de Philibert Mazuir.
Comme il entendit un grand bruit, il s'informa
de ce que c'était.
— « Que se passe-t-il ici? » dit-il au maréchal.
300 ESSAI DE GRAMMAIRE
Misère II fi va sa bnnssa pleinna de diablous ri
raconti tout u comte de Mourué. Cheutie ii'eu ren
de pie pressa que de betn lea diablous defeur, apré
qu'il uront premi à Misère encouere dix ans de
beneu.
Leu vices revinsiron cment l'harba dans leu blo
clans le zannécs de jolouzje. Leu servetieus furon
ivrougnes^ leu vendieurs trompovan dans lefare, la
Meïon baptisove son lait... cment davreti.
Lou marschau vécu de nouvê cment on prince,
et Peuvreto cment on shin de prince. Mais on se
loche de tout, mémou du beneu. Misère veli yyieuri.
Se sentant on jjeu malaclou, il appelit lou nieliou
médecin de la contrée, que l'eu de benteu expédia
dans l'autrou mondou.
Quand lou marschau fut meurt, il allif tranquil-
lament frappa à la peurta du paradis. Mais saint
Piarrou ne veli po lou recheva. « Vieux entéto, vous
jiuiso i-hoLsi lou ciel, vous ne m'êtes po ékeuto, vous
n' entrera po, é ma que zje vous zeu de'iou. »
Misère alli u purgatoirou. k Vous n''étes point de
j)etes péchés su la conscience, U dit-on, dcu;})d qui
fut arrevo à la peurta. E n'a point déplace it'ie prc
vous. »
— <i E ne me reste pie que l'enfar, dece Misère, en
DU PATOIS LYONNAIS 301
Misère lui fit voir sa bourse pleine de diables et
raconta tout au comte de Montrevel. Celui-ci n'eut
rien de plus pressé que de mettre les diables dehors,
après qu'ils eurent promis à Misère encore dix ans
de bonheur.
Les vices revinrent comme Therbe dans les blés
dans les années de pluie. Les serviteurs furent
ivrognes, les vendeurs trompaient dans les foires,
la Marion baptisait son lait... comme d'habitude.
Le maréchal vécut de nouveau comme un prince,
et Pauvreté comme un chien de prince. Mais on se
lasse de tout, même du bonheur. Misère voulut
mourir. Se sentant un peu malade, il appela le
meilleur médecin de la contrée qui l'eut d'abord
expédié dans l'autre monde.
Quand le maréchal fut mort, il alla tranquillement
frapper à la porte du paradis. Mais saint Pierre ne
voulut pas le recevoir. « Vieil entêté, vous pouviez
choisir le ciel, vous ne m'avez pas écouté, vous
n'entrerez pas, c'est moi qui vous le dis. »
Misère alla au Purgatoire. — « Vous n'avez point
de petits péchés sur la conscience, lui dit-on avant
qu'il fut arrivé à la porte. Il n'y a point de place ici
pour vous. »
— '( Il ne me reste plus que l'enfer, dit Misère en
302 ESSAI DE GRAMMAIRE
se désoidanf !!! » Arrevo devant la peurta de f^atan,
i teri la souneta, et on jDeuvrou diablou, maigrou
cment on cent de lieux, que reynpl'we le Jonctions
de porti, voirdi on pete goule qu'ère ta la peurta,
guette du coin du zu et recouniu lou terriblou
marscJiau du Greffe que l'ave che reclament scha-
jjIo et aplati. Y se cati à la renvarsa, en creïan à ses
camarades de ne po touscJie à la pein^fa, qu'é iërc
Misère qu'ave souno. Nion n'eusove bozge, et lou
peuvrou marschs.u, âpre ai;a attendu longtemps, fu
eublezja de s'en retourno su la tarra.
E vetia prequa Misère et Peuvreto son touzjour
de ceti mondou.
D.-J. GiROD.
DU PATOIS LYONNAIS 303
se désolant!!! » Arrivé devant la porte de Satan, il
tira la sonnette, et un pauvre diable, maigre comme
un cent de clous, qui remplissait les fonctions de
portier, ouvrit un petit trou qui était à la porte,
regarda du coin de l'œil et reconnut le terrible
maréchal des Greffets qui l'avait si rudement frappé
et aplati. Il tomba à la renverse, en criant à ses
camarades de ne pas toucher à la porte, que c'était
Misère qui avait sonné. Personne n'osait bouger et
le pauvre maréchal, après avoir attendu longtemps,
fut obligé de s'en retourner sur la terre.
Et voilà pourquoi Misère et Pauvreté sont tou-
jours de ce monde.
D.-J. GiROD.
21
304 ESSAI DE GRAMMAIRE
La Renouille que vut se faire asse greussa
que lou Boe
(Paloi de. Marbeu.J (')
Na renouille (v)iut on boe
Que II sèblovede hunna. taille.
Lia, que n'ère po greussa è(n) tout he-r)imè onjùe,
Zeloja, s'étè, se con-llié apis se travaille
Pe-r égalé l'anima è(n) greusseu.
Le di-s-e : Gatioz bin, masereu,
Teu -pro? detes-me va; n'y sis-je po d'ass'teut ? —
Binnan! — M'yvtia dan? — Din po teut. — M'yv'tia! —
Vou n'en appourchoz pos. La peuvra bête
Se conlli se bin que le crevi.
E y en a biè é sti mondou que n'on pos mè& d'èmou.
Lou bourgea vut bôti hemmè les grès seigneus...
(Lou pjagean vu faire u monsu)... R...
{Fable de La Fontaine, liv. I, fable m.)
Pour le texte français, voir plus haut p. 279.
(') Marboz. — S se prononce ch : asse greussa, prononcez ac/ic
greucha. — R unique, z, j et ge, comme le th anglais : ère zeloja^
prononcez à l'anglaise éthe thélotha.
DU PATOIS LYONNAIS 305
La Monniére é la Dama
(Paloi d'Arbon, quenton d'Oyonnô.) (•)
Na dama ben rece on zheur din sa sambra,
Fiecheu na monniére, e sta cru vère
S'uvri lo paradi. Oh ! deze la bena fèna,
Oh! qu'eiil iè bà la la sambra dé madama!
Oh ! lé dentelé du riau,
Lé gliacé, leu tapi, qu'ezé bé ! qu'ezé bé !
Pe feni d'étonna la monniére,
La shateleinna uvri se boèté précieuse
E fe brelié so seu je
E refléta à la lemière
Eur, perlé é diamin.
La paysana en fe cbleuvia,
E la dama rièvé. Mê neutra vesetèza.
Que çaqué cheuze novala rendiéva mé curièza,
Volièvé cogni
Combén dé tén la dama avè pu métré
Per amassa tô steu trezeur. —
Comben? Mé ne se pa; cint an, do cint p'tétr
Qua to cin mé vin dé meuz anchen. —
E cin queuté-t'eu cer 7 — Oh ! dé pri fô !
Teni, ez'è mil écu sta peteta pierra. —
E cin veu rappeurté... comben? —
Rin du teu, ma bena féna, ren;
(') Arbent, canton d'Oyonnax.
306 ESSAI DE GRAMMAIRE DU PATOIS LYONNAIS
To leuz ecer, ben u contréreu,
Cin queuté na. ml d'iritrelin. —
Tin, ez'é dreulo, eubserva la ruja monniére,
Z'hé dé pierre éto, z'gen ai dové lamen;
Lié ne son pa se bravé,
Mai nié rapportou bravamen. —
Ah ! deze la shateleine, é comén sont èlé don? —
Ere, deze Vatra avoué n'air malin,
Lé dové pierre dé mon melin.
{Fabuliste chrétien, liv. V, fable vi.)
Pour le texte français, voir plus haut p. 244.
Le patois du Haut-Bugey, quoique la région où il se
parle soit plus éloignée, se rapproche de celui de Lyon
beaucoup plus que le patois de Bresse.
CHAPITRE XVI
Supplément au Vocabulaire
( QUI n'en restera pas moins incomplet
Aizeu, s, m. plur., ustensiles, vaisselle : Lauô leuz
aizeu, laver la vaisselle.
Ampa, s. f., framboise.
Appequô, Y. a., attraper au vol.
Arobleu, adj., avare.
Bibiau, s. m., débris, fragment brisé. Elé bromiui
la yatse avoua son couaveu e la beti en bibiau. Elle
heurta la glace avec son balai et la mit en pièces.
Batafi, s. m., cordelette.
Bathiora, s. f., herse.
Bid, s. m., bouleau.
Boèmeu, boèma, adj., câlin, beau parleur; patois
francisé boime.
308 ESSAI DE GRAMMAIRE
Bofsana, s. f., bouton sur les lèvres, de botse,
bouche.
Braye, s. f., culotte; du latin bracca, qui avait
valu à la Gaule transalpine, chez les Romains, le
nom de GalUa braccata. — Delà aussi débraya, adj.,
débraillé.
Casson, s. m., carré de jardin : On casson clé pas-
senadé, dé treffé.
Conlio, V. a. A Couzon, jeter, signifie en Bresse
gonfler.
Cramaï, v. a., écraser.
Cretena, s. f., rideau de lit; d'où en français cour-
tine?
Dagne, s. f., tige de chanvre sèche.
Embouilleu, s. m., empêchement; d'oià emboï,
empêché.
Frandolo, coraï avoua na franda.
Hutsi, V. n., crier, pousser des cris inarticulés et
sauvages. (V. p. 192.) — En Bresse, hu-che,
Levré, levréta, adj., léger, leste : Il a la man
levréta, il donne aisément un soufflet.
Lassa ! interjection, hélas !
Mensérou, s. m., convive. — En Bresse, tous ceux
qui s'asseyent à la table; de mensa, table.
Naiseu, adj., au fém. naise, abbréviation d;' in-
aizeu, content, joyeux.
Pelliandru, homme débraillé.
Peillota, s. f., pelure. — Beaujolais, per^ose.
Pïi^ V. a., briller en parlant des yeux : I pïové dé
gran ju.
Pioillord. Pioilll, crier, piailler.
DU PATOIS LVONiNAIS 309
Possé dé va, s. f., cœdum, plante qui croit sur les
murs.
Raisse, s. f., raie.
S'avii, se mettre en route (ad viam).
Tocà , de l'ital. toccare, toucher, frapper. — En
français on en fait toqué eL toquade.
Valisa^ s. f . ; blouse en Bresse: Ã Couzon, ca-
ban ; dans la Loire, biauda.
TABLE
Préface v
Chapitres
I'^''. — Orthographe, Prononciation, Accentuation. 1
IL — Article H
III. — Nom ou Substantif 13
IV. — L'Adjectif 17
V. — Le Pronom Î3
VI. — Le Verbe 31
VIL — Participe 57
VIII. — Adverbe 59
IX. — Préposition, Conjonction, Interjection. ... 63
X . — Syntaxe 67
XI. — Origine du Patois lyonnais 71
XII. — Formation du Patois lyonnais 85
XIII. — Petit Vocabulaire 95
XIV. — Spécimens de Patois lyonnais 187
XV. — Autres Patois 243
XVI . — Supplément au Vocabulaire 307
-' \
\
yçr\V^
PC
298it
Villefranche, Jacques Melchior r S
Essai de gramiDaire du -'
patois Lyonnais A^Jf^
PLEASE DO NOT REMOVE
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UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY
^.