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Full text of "Essai d'ung glossaire des patois de Lyonnais, Forez et Beaujolais"

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ESSAI 

D'UN OLOSSAIRE DES PATOIS 

DE 

LYONNAIS, FOREZ ET BEAUJOLAIS. 



Lyon. — Impr. d'Aimé VmGTp slf^, rue Belle-Cordièie, 14. 



ESSAI 



D i;x 



GLOSSAIRE DES PATOIS 



DE 



LYONNAIS, FOREZ ET BEAUJOLAIS 



PAU 



.y,-B. i'N'OFJRIO 




LYON 

Rue Bois?ac . 9. 



(oa^/ 



g. t-^» 



1864 



PC 

3iÛé 




INTRODUCTION (f) 



Un écrivain qui a su donner aux études philologiques 
raltrait qu'il répandait sur tous ses ouvrages, Cli. Nodier, 
en 1829, faisait un pressant appel à des travaux assez 
dédaignés jusqu'à lui. c< Il est bien démontré mainte- 
« nant, disait-il, que de bons glossaires des patois 
« provinciaux seraient un excellent acheminement à 
« l'histoire définitive des richesses de notre langue, et 
« il faudrait être tout-à-fait étranger aux vrais besoins 
« de la littérature, pourne pas apprécier l'utilité d'un 
« tel travail (2). » 

(1) Cette Introduction , lue dans la séance de l'Acadcmie impériale des 
sciences, belles-lettres et arts de Lyon, du 22 janvier 1861, et imprimée la 
même année avec un spécimen du Glossaire, est réimprimée ici, sauf quel- 
ques corrections et modifications de peu d'importance. Toutefois, les indi- 
cations bibliographiques qui la terminaient en ont été supprimées et font 
lobjel d'un travail spécial beaucoup plus développé. 

(2) Mélanges ti7^cs d'une ijetite bibliothèque, parCh, Nodier. Paris, 1829, 
p. 160, 



Cet appel, souvent répélé, a été entendu au nord comme 
au midi de notre France. La Provence, le Languedoc, la 
Gascogne, et avec elles le Berry, la Normandie, la Pi- 
cardie, la Champagne et la Bourgogne (1) se sont mis 
à faire l'inventaire des restes de leurs anciens langages. 
Les précédents travaux, parmi lesquels il en était d'excel- 
lents, ont été complétés ; de nouveaux sont venus s'y 
joindre, et il est aujourd'hui dans noire pays peu de lo- 
calités qui n'aient vu un de leurs enfants se consacrer à 
l'étude de ces débris vénérables des mœurs et de la vie 
provinciales. 

Les premières publications du Dictionnaire historique 
de la langue française^ par l'Académie, ont donné à ces 
travaux une nouvelle impulsion. 

La langue française s'est formée au centre politique et 
administratif du pays. Mais chaque province lui a apporté 
son contingent comme elle l'apporte à la population de 
la capitale. L'histoire de la langue française ne peut pas 
s'arrêter à la connaissance du dialecte de l'Ile-de-France 



(1) Dictionnaire 'provençal-français ^ par S.-J. Honiiorat. Digne, 1846, 
in-4'>. — Dictionnaire languedocien-français , par l'abbé De Sauvages , 
2^ édition, 1785, — édil. augmentée par M. d'Hombres-Firmas, 1820, in-8. 
— Glossaire du centre de la France , par le comte Jaubcrt. Paris, 1856, 
2 vol. in-8. — Dictionnaire du patois normand, par MM. Edclcst et Alf. Du- 
méril. Caen, 1849, in-8. — Glossaire du patois normand, par Louis Dubois, 
augmenté et public par Julien Travers. Caen, 1856, in-8. — Glossaire du 
patois picard ancien et moderne, par l'abbé Corblet. Paris, 1851, in-8. — 
Recherches sur l'histoire du langage et des patois de la Champagne , par 
Prosper Tarbé. Reims, 1851, in-8. — Histoire de l'idiome bourgiiignon, par 
Mignard. Dijon, 1856. — Diction, étymologique de la langue wallonne, par 
M. Ch. Grandgagnage. Liège, 2 vol. in-8, etc. 



VII 



ou de la Picardie; elle doit remonter jusqu'à la source 
de tous les ruisseaux qui ont formé ce grand fleuve du 
beau langage de la France. Si les glossaires provinciaux 
n'apportent pas, de chaque coin du pays^ leur modeste 
tribut au Dictionnaire historique de la langue française^ 
bien des origines resteront ignorées^, de fausses classi- 
fications de temps ou de lieux pourront être tenues 
pour vraies, des faits généraux garderont un caractère 
spécial qui ne leur appartient pas. Réunir de tous 
côtés les matériaux indispensables à l'édification de ce 
grand œuvre, c'est la part que peuvent y ambitionner 
les académies de province, et tous les hommes qui ont 
étudié les formes du langage spécial au pays où ils ont 
passé leur vie. 

Cette étude, j'ai voulu la tenter pour le territoire de 
notre ancienne province de Lyonnais, Forez et Beau- 
jolais. On pourrait croire que de tels travaux sont ingrats, 
mais, comme tout ce qui lient au domaine enchanté des 
belles-lettres, je puis assurer qu'ils sont pleins de charme 
pour celui qui s'y dévoue. Il y a quelques années encore, 
on les aurait regardés comme futiles, mais ils ont au- 
jourd'hui pour eux de grandes autorités et de grands 
exemples. Je veux pourtant, et c'est là le but de cette 
introduction, dire à quel point de vue m'est apparue 
l'utilité de l'étude des dialectes provinciaux. J'essaierai 
ensuite de caractériser les patois de nos provinces, et . 
d'indiquer la place qu'ils doivent occuper dans le tableau, 
des anciens idiomes de la France ► 



vm 



L'unité politique de la France est un fait comparati- 
vement très-récent dans son histoire. Un territoire aussi 
vaste ne pouvait pas avoir une langue unique, tant 
qu'il n'était pas occupé par un Etat un dans son admi- 
nistration, dans ses mœurs, dans cet ensemble d'idées 
et d'actions qui constitue la vie sociale. 

L'unité de langage n'a jamais existé sur le sol de la 
France ; elle n'y est pas encore accomplie. 

Quand les Romains mirent le pied en Gaule, ils y 
trouvèrent des peuples divers. César en compte trois, 
^es Belges, les Aquitains, ceux qu'il appelle du double 
nom de Celtes et deGaulois. Ils différaienlentre eux, dit-il, 
par les lois, par les coutumes, par le langage (1). Que 
cette division de la Gaule en trois parties soit exacte 
ou défectueuse, qu'il faille l'étendre ou la resserrer, 
que les langues parlées par ces peuples fussent de même 
famille ou très-éloignées l'une de l'autre, cela importe 
peu à ce qu'il s'agit d'établir en ce nioment. Il sufiit de 
retenir qu'au témoignage de César, comme de tous ceux 
qui ont étudié la Gaule avant l'arrivée des Romains, elle 
contenait plusieurs peuples parlant des langues sensi- 
blement différentes. 

(1) Hi omnes lingua, instilulis, legibus , inter se diffcrunt. Caesar. De 
hcllo Gallico , lib. I. 



I\ 



Les Romains conquirent successivement toutes les 
parues du pays et y firent adopter le latin. 

Pour arriver à ce résultat, ils n'avaient pas eu besoin 
d'employer la contrainte. On vit alors se réaliser sur le 
sol de la Gaule la belle loi historique que Fauriel a pro- 
clamée (l). Si le peuple conquérant a une civilisation 
plus développée que le peuple soumis, il lui impose 
bientôt, même sans violence^, ses coutumes, son organi- 
sation, son état social, et en môme temps la langue qui 
est Texpression de cette civilisation. Le contraire ne se 
voit que lorsque le conquérant est encore barbare par 
rapport au vaincu : c'est celui-ci alors qui fait prendre 
à son vainqueur et ses coutumes et ses arts et sa langue. 
Les Romains qui, au sortir de leur barbarie, avaient 
trouvé dans la Grèce vaincue une civilisation exquise, 
qui ne purent jamais faire parler le latin sur le sol hellé- 
nique, et qui eux-mêmes voulurent parler le grec (2), 
les Romains étaient arrivés dans la Gaule avec un état 
social supérieur à celui de nos pères. Les Gaulois avaient 
adopté cette nouvelle civilisation et le langage qui l'ex- 
primait. 

On peut dire avec quelque certitude que, vers la fin 
de l'empire romain, dans toute la Gaule, une grande 
partie de la population parlait assez bien le latin, pour se 
faire comprendre dans celte langue. 

(1) Danie el les origines de la langue italienne, par Fauriel. 1854, t. I, 
p. 26. Voyez aussi son Histoire de la poésie provençale. 

(2) Grsecia cnpla fcrum viclorcm ccpit et ailes 



Iiitulit agrcsti Latio. 



Hon\(E, cpit. 1 du liv. Il, v. 1j6. 



Mais sur cette vaste étendue de territoire, les anciens 
langages avaient-ils absolument cessé de se faire en- 
tendre ? D'autre part , tous ceux qui parlaient le latin le 
parlaient-ils de même ? 

Les peuples d'origine et de langues diverses que les 
Romains avaient trouvés en Gaule reçurent le latin 
successivement. Chacun d'eux le reçut avec les habi- 
tudes de la langue qu'il parlait au moment de la con- 
quête. 

Or, un homme, que les circonstances forcent à se 
servir d'une langue nouvelle, n'oublie pas tout-à-coup 
celle qu'il a parlée dans son jeune âge : il la parle encore 
avec bonheur quand il retrouve les compagnons de son 
enfance. Puis à la langue nouvelle il imprime l'accent 
spécial de sa langue maternelle. Un Espagnol qui 
apprend le français ne le parle pas comme un Anglais 
ou comme un Allemand. A ces hommes qui ont des 
habitudes de langage diverses, il faut des efforts persé- 
vérants et une bien longue pratique pour que leur fran- 
çais ressemble à celui des indigènes. En France même, 
le français est parlé d'une manière notablement différente 
par le peuple des provinces. 

De ce que le latin ne fut adopté que lentement et 
successivement sur les divers points de notre territoire, 
il résulta donc d'abord que les anciennes langues ne 
furent pas absolument détruites; elles subsistèrent à des 
degrés différents. Une multitude de faits rapportés par 
les historiens ne laisse à cet égard aucun doute. Il suffit 
d'ailleurs, pour s'en convaincre, d'observer l'extrême 



XI 



difficulté avec laquelle les idiomes se perdent lorsqu'ils 
sont parlés par un peuple nombreux sur un territoire de 
quelque étendue. La langue des Celles, celle des Aqui- 
tains et le grec de Marseille étaient certainement parlés 
dans plusieurs parties de la Gaule, concurremment avec 
le latin, même lorqu'il était à son apogée dans notre 
pays. 

Il est certain de plus qu'à côtédu latin littéraire etoffi- 
ciel parlé par les Romains d'origine et par toute la classe 
polie qui se façonnait à la civilisation importée d'Italie, 
il s'était formé un latin, ou mieux plusieurs latins popu- 
laires, parlés par les classes moins lettrées. Chaque pro- 
vince avait mêlé au latin quelque reste de son ancien 
langage. Chacune surtout prononçait le latin à sa façon, 
avec les habitudes de son dialecte antérieur. De là autant 
de latins vulgaires que de provinces. 

Lorsque l'empire romain succomba aux secousses 
répétées des invasions barbares, le latin littéraire ne 
tarda pas à s'effacer en Gaule, comme s'effaçait l'orga- 
nisation romaine. 11 subsista bien comme langue de 
l'Eglise, qui parlait latin dans une grande partie de 
l'Europe. Il eut encore une longue existence officielle 
dans les actes de l'administration. Mais ce latin lui-même 
se corrompait et s'éloignait de plus en plus de l'ancienne 
langue littéraire. D'ailleurs, ce n'était plus le langage 
parlé. En même temps que le territoire se morcelait, les 
idiomes locaux surgissaient à la surface. Le latin de 
Rome eut bientôt pour successeur, sur chaque point de 
notre pays, un de ces latins incorrects, un de ces latins 



Xll 



prononcés à la gauloise, qui étaient nés à ses côtés et 
qui survivaient à sa chute. 

Les conquérants germains ajoutèrent un nouvel élé- 
ment à cette confusion. Ils étaient eux plus barbares 
que les vaincus : ils ne leur donnaient pas leur langage, 
ils prenaient celui des pays où ils s'établissaient; mais 
ils le parlaient et surtout ils le prononçaient à leur 
manière. Ils y mêlaient des expressions de leur langue 
et ils y mettaient leur accent. 

Les nouveaux idiomes qui se formèrent dans ce mé- 
lange des vainqueurs et des vaincus s'éloignèrent encore 
plus que leurs devanciers du latin littéraire, sans perdre 
absolument le type primitif. On peut en dire, comme de 
ceux qui leur ont succédé sur notre sol, à part un très- 
petit nombre d'exceptions, que leur substance est du 
latin, parlé d'abord par des Gaulois, puis par des Gallo- 
Romains et des Germains vivant ensemble. 

L'époque qui succéda aux invasions barbares ne pou- 
vait pas réaliser l'unité de langage inconnue jusqu'alors. 
Lorsque l'usage de la langue latin'-, disparaissait ainsi 
de notre pays, pour faire place aux idiomes qu'on a 
appelés romans et néolatins^ la diversité ancienne des 
populations de la Gaule s'était compliquée par l'établis- 
sement des nouveaux conquérants fort différents aussi 
entre eux. Sous les rois mérovingiens, les morcellements 
successifs du territoire ne purent que rendre toujours 
plus profonde la division du langage. 

Les dialectes leutoniques tentèrent même alors, mais 
sans succès, de s'établir dans le Nord et dans l'Est. 



XMI 



Parlés à la cour et dans les armées, sous les derniers 
Mérovingiens et les premiers Carlovingiens, ils ne furent 
jamais adoptés par les anciens habitants, et ne tardèrent 
pas à disparaître devant les langages qu'ils avaient trouvés 
établis avant eux sur le sol de la Gaule. 

Les efforts de Charlemagne pour constituer un grand 
Etat échouèrent sous ses successeurs. La féodalité vint 
prendre la place du vaste empire qu'avait rêvé le génie 
du grand monarque germain. 

La féodalité fut la consécration et l'organisation de 
ces nombreuses divisions du territoire que la force des 
choses avait produites. Dans les temps féodaux, l'unité 
avait été placée aux sommets de la société. La tendance 
constante du moyen âge fut de réaliser cette unité dans 
les dogmes, dans les croyances, dans l'ordre tout entier 
de la spiritualité. Au contraire, dans l'ordre des choses 
matérielles, la féodalité consacrait, favorisait même les 
divisions. Les grands fiefs se partageaient en provinces; 
les provinces se subdivisaient en territoires de moindre 
étendue. La commune se formait à côté du château avec 
son organisation spéciale ; les quartiers d'une même 
ville se groupaient sous des bannières diverses. Les gens 
d'une même profession formaient des corporations. Des 
associations de toute espèce vivaient dans l'Etat avec des 
règles et une vie propres. 

A de telles divisions dans l'ordre social devaient 
répondre d'infinies divisions dans le langage. 

Une grande ligne de démarcation existait entre le nord 
et le midi de la France. Au midi, les populations avaient 



XIV 



gardé une vive empreinte de la civilisation romaine. Au 
nord;, cette empreinte n'avait jamais été aussi profonde; 
elle s'était altérée sous une action plus énergique des 
conquérants germains. Cette grande division du terri- 
toire a pour corollaire une première division dans le 
langage, division qu4 peut être signalée dès la chute de 
l'empire romain, et qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours. 
Le roman du midi et le roman du nord, en d'autres 
termes la langue d'oc et la langue d'où , ont eu au 
moyen âge une vie distincte, manifestée pour chacune 
d'elles par une littérature riche, variée, intéressante, 
la poésie des troubadours et celle des trouvères. 

Tl ne faut pas s'y tromper toutefois. Ces dénomina- 
tions de langue d'oc et de langue d'ot/, ainsi que toutes 
celles qui ont été employées pour distinguer le langage 
du nord et celui du midi de la France, ne désignent pas 
deux langues constituées et parlées de même sur une 
grande étendue de territoire. Elles représentent deux 
groupes contenant chacun un grand nombre de dialectes 
et sous-dialectes très différents entre eux par les détails. 
Il est bien vrai que chacun de ces groupes a , dans tous 
les dialectes qui le composent, des caractères généraux 
qui le séparent de l'autre. Dans l'un et l'autre groupe, 
cela est vrai encore, il y avait tous les éléments et même 
les tendances d'une langue nationale que les événements 
politiques ont faite pour l'un d'eux, sans en permettre 
l'accomplissement pour l'autre. Mais ce n'étaient là que 
les parties encore peu cohérentes d'un tout qui n'était 
pas réalisé. Il n'y avait pas une langue d'oc sur une rive 



XV 



de la Loire et une langue d'oil sur l'autre, pour le lan- 
gage courant et usuel. 

Le langage usuel différait de province à province, de 
ville à ville, de village à village, souvent même d'un 
quartier d'une ville à l'autre. 

C'est là un premier état des idiomes provinciaux parlés 
encore aujourd'hui en France. Il n'y avait point alors de 
français officiel. Le latin, un latin dégénéré, mais affectant 
de suivre les formes de la langue de Rome , était encore 
la langue de l'Église, des tribunaux et de plusieurs parties 
de l'administration. Au dessous, il y avait les langues 
vulgaires, seules parlées par la grande majorité de la 
nation. Quelques-unes avaient un commencement de 
littérature et un état grammatical assez perfectionné. 

Cependant l'unité tendait à s'accomplir dans l'État ; 
l'unité du langage la suivait pas à pas. On sait combien 
la marche de l'une et de l'autre a été lente. 

Au XVP siècle, la langue française est faite. C'est la 
langue de Paris et de la Cour. Éclose dans un pays de 
langue d'oil, elle a pris aux dialectes de cette région ses 
principaux éléments ; mais toute la nation y a coopéré 
dans des proportions diverses. Dès ce moment il y a un 
français littéraire dans lequel écrivent, au midi comme au 
nord , tous ceux qui veulent être entendus du pays tout 
entier. D'autre part, des édits de nos rois, dont la série 
commence à 1490 pour finir seulement en 1629, pros- 
crivent l'usage du latin dans les actes publics. Il y a un 
français officiel. 

Dès lors, ces variétés qui diffèrent du hofi français^ 



\V1 



tons ces langages si divers, répandus sur la surface du 
royaume, ne sont pas détruits, mais ils ne peuvent plus 
prétendre à devenir la langue de la France. Il sont réduits 
au rang secondaire de dialectes provinciaux. 

C'est dans ce dernier état qu'on leur a donné un peu 
dédai2:neusement le nom de patois. 

Trois cents ans d'existence à côté du français officiel , 
à côté du français littéraire tel que l'ont fait les grands 
écrivains des siècles derniers, attestent la vitalité des dia- 
lectes populaires et particulièrement de ceux de notre pays. 
Les révolutions politiques et les triomphes des lettres 
françaises ont passé sur les patois sans les anéantir. 

En l'an II de la République, l'abbé Grégoire prononçait 
à la Convention, en style du temps, un long réquisitoire 
dans lequel ces charmants langages de nos pères étaient 
voués à l'abomination sous le nom d' idiomes féodaux. 
Plusieurs passages de son rapport sont bons à citer pour 
les faits qu'i's constatent. 

« II n'y a qu'environ quinze départements de Tintérieur 
a où la langue française soit exclusivement parlée. Encore 
« y éprouve~t-elle des altérations sensibles, soit dans la 
« prononciation, soit par l'emploi de termes impropres et 
« surannés... Nous n'avons plus de provinces et nous 
« avons encore environ trente patois qui en rappellent les 
ce noms... 

« Plusieurs de ces dialectes à la vérité sont générique- 
« ment les mêmes ; ils ont un fond de physionomie 
« ressemblante, et seulement quelques traits métis telle- 
« ment nuancés que des villages voisins, que les divers 



XVII 



« faubourgs d'une même commune , telle que Salins et 
« Commune-affranchie {Lyon) offrent des variantes. . . 

« On peut assurer sans exagération qu'au moins six 
« millions de Français, surtout dans les campagnes , 
« ignorent la langue nationale ; qu'un nombre égal est à 
« peu près incapable de soutenir une conversation suivie ; 
« qu'en dernier résultat^, le nombre de ceux qui la parlent 
« purement n'excède pas trois millions, et probablement 
« le nombre de ceux qui l'écrivent correctement est 
« encore moindre. 

« Ainsi avec trente patois diff'érents, nous sommes en- 
« corepourle langage à la Tour de Babel, tandis que pour 
'( la liberté nous formons l'avant-garde des nations (1 ) . » 

Arrivé aux voies et aux moyens pour exterminer les pa- 
tois^ l'abbéGrégoire est beaucoup moins précis. Ses propo- 
sitions se bornent à faire enseigner le français aux habitants 
de nos campagnes et à révolutionner notre langue, pour lui 
donner le caractère qui convient à la langue de la liberté. 

Les patois ont résisté à cette furieuse attaque et à toutes 
celles qu'on a depuis dirigées contre eux . Ils ont même trou- 
vé d'ardents défenseurs. On se rappelle quelle verte et spiri- 
tuelle semonce s'attira, en 1835, de la part de Ch. Nodier 
le Comité d'arrondissement de Cahors, qui avait lancé sur 
les patois, en un langage adminîstrativement littéraire, les 
considérants redoublés d'une délibération solennelle (2). 

(1) Rapport par Grégoire sur la nécessité et les moyens d'anéantir les 
patois , et d'universaliser l'usage de la langue française. Séance de la 
Convention du 16 prairial an II, — Moniteur du 18 prairial, n» 258. 

(2) Comment les patois furent détruits en France, art, de Ch. Nodier au 
Bulletin du Bibliophile de 1835, t. I, n» 14. 



XVIII 



Aujourd'hui encore ils vivent. Malgré la diffusion du 
français, malgré la naultiplicité des écoles^ malgré la 
rapidité des communications, les idiomes provinciaux 
n'ont pas cédé le territoire tout entier à leur brillant 
rival devenu leur maitre. On les parle aux portes de nos 
grandes villes; il est des villes où tout le monde les parle. 
Il est encore en France quelques hommes qui entendent 
à peine le français ; et il en est un certain nombre qui ne 
le parlent pas du tout, ce Les langues meurent à leur jour, » 
a dit Ch. Nodier : les décrets du pouvoir et les anathè- 
mes académiques n'y peuvent rien. 

Pendant ces trois siècles, non seulement les patois ont 
vécu dans le langage du peuple, mais il ont eu une 
littérature, littérature modeste, littérature secondaire, et 
qui n'est pas toutefois sans intérêt. 

Bornées dans leur action à la province où elles nais- 
saient , ces productions devaient rester en dehors du 
mouvement littéraire ou scientifique de la nation : leur 
objet est nécessairement très-limité. La poésie y est 
pourtant représentée dans toutes ses grandes divisions. 

Des cantiques , des noëls , des complaintes ou des 
chansons satiriques sur les événements locaux , voilà 
la part de la Muse lyrique. La comédie devait trouver 
dans les patois un langage bien approprié à ses railleries ; 
elle forme une des richesses de la littérature provinciale. 
On y voit aussi en bon nombre et en bonne qualité de 
petits poèmes sur les travaux de la campagne , sur les 
fêtes publiques, sur les catastrophes locales, telles que les 
inondations, les soulèvements populaires, les invasions des 



XI\ 



étrangers sur nos frontières. Il faut joindre à tout cela 
plusieurs traductions des classiques latins et français, et 
tout le menu bagage des madrigaux, des épigrammes, des 
apologues et des petits contes. 

Les auteurs de ces productions appartiennent à peu près 
tous à la même classe. On y compte quelques artisans 
lettrés ; mais ce sont pour la plupart des bourgeois de 
province, des ecclésiastiques, des magistrats, des avocats, 
des médecins qui , voués au bon français par position , 
s'en dédommageaient entre amis^ en faisant un peu de 
littérature dans leur langage de tous les jours. 

Ces œuvres, trop souvent médiocres ou sans valeur au 
point de vue purement littéraire, ne sont pourtant pas 
toutes , même sous ce rapport , à dédaigner. 

Les Noëls bourguignons deLaMonnoye ont seuls une 
sorte de célébrité, à laquelle, en dehors de la Bourgogne, 
on s'en rapporte sans les lire. Mais les patois ont encore 
bien d'autres petits chefs-d'œuvre dans lesquels à la verve 
et à la bonne raillerie s'adjoignent souvent la grâce sé- 
rieuse et la sensibilité. 

De nos jours les Muses patoises ont pris un nouvel essor. 
La critique parisienne a laissé tomber sur elles un regard. 
Jasmin a fait entendre par toute la France la langue de sa 
Gascogne chérie ; il l'a mise au service de la charité et du 
peuple, dont il dit les misères avec un sentiment profond 
et les accents d'un vrai poète. Le poème de Mireio a 
donné à la Provence son épopée, en réunissant dans un 
cadre harmonieux la peinture de ses travaux, de ses 
habitants, de sa terre et de son ciel, avec le récit de ses 



XX 



ti'adiiions religieuses et des époques héroïques de son 
histoire. 

L'étude|des patois serait donc intéressante même pour 
la littérature. Mais c'est surtout pour l'archéologie et 
l'histoire nationale qu'elle a son importance. 

Je ne parle pas seulement des secours qu'elle peut 
donner pour l'intelligence des monuments écrits du 
moyen âge. L'abbé Grégoire lui-même lui reconnaissait 
cette utilité. Ma pensée est plus générale. 

c( Une langue, c'est la forme apparente et visible de 
^( l'esprit d'un peuple, » dit la préface du Dictionnaire 
de l'Académie française (i). 

Celle parole d'un grand écrivain, le style est riwmme 
même, vraie des individus, est vraie aussi des peuples et 
des siècles. 

De tous les caractères des nationalités il en est peu 
d'aussi significatifs que la langue. De plus, chaque épo- 
que d'une même nation a son style, sa langue appro- 
priée à son état de civilisation. Il ne serait pas difficile 
de faire pour notre pays la démonstration de cette vé- 
rité. La langue vive, aggressive, railleuse duXVI^ siècle 
n'esl-eile pas la langue propre des jours de la Réforme ? 
La langue correcte, à la fois claire et ferme du XVir, ne 
caraclérise-t-elle pas l'époque de lapogéede la monar- 
chie française telle que les siècles l'avaient constituée? 
Cette langue n'est déjà plus la nôtre; les écrivains du 
grand siècle ne peuvent plus se lire sans un commentaire : 

(1) Edition de 1835, p. 18. 



XXI 



et que de points de comparaison, hélas! entre la langue 
de nos journaux, de nos romans, de nos pièces de 
théâtre, et l'état que nous ont fait nos discordes? 

Sans pousser ces rapprochemenis jusqu'à des détails 
qui les feraient entrer dans le domaine de l'imagination, 
on peut dire que l'étude des progrès de la langue d'un 
peuple suit pas à pas celle des progrès de son état social, 
que leurs phases diverses s'éclairent mutuellement et 
que la recherche des antiquités de la langue est une 
branche importante de l'archéologie nationale. 

De bons esprits ont fait comprendre dans toute l'Eu- 
rope cette importance. Depuis qu'en France les anti- 
quités du pays disputent à Rome et à la Grèce la place 
qu'elles tenaient jadis dans les études archéologiques, le 
vieux langage de nos pères a appelé l'attention de ceux 
qui vont encore demander au passé les enseignements 
de l'avenir. On a voulu savoir comment on parlait en 
France, même en deçà de Montaigne et d'Amyot. On 
s'est demandé par quelles révolutions successives la 
terre sur laquelle avait résonné la langue des Druides, 
puis la langue de ( icéron et de Virgile, était arrivée à 
entendre celle de Racine et de Bossuet. 

Or, dans cette longue histoire, les patois ont leur 
place. Ils sont le seul reste vivant de ces anciens lan- 
gages des provinces qui ont pris part à la formation de 
la langue française. Destinés à s'éteindre ou à se trans- 
former encore sous l'action puissante de l'unité nationale, 
ils seront bientôt réduits à l'état de ces vieilles médailles 
effacées, devenues muettes sur les événements dont elles 



xxn 



étaient destinées à perpétuer le souvenir. Il faut se hâter 
de les interroger pendant qu'ils peuvent encore nous 
révéler quelques uns des secrets de noire histoire. 



II. 



C'est à l'état de patois que je me suis proposé d'é- 
tudier les dialectes de Lyonnais, Forez etBeaujolais, c'est- 
à-dire, à cette époque commençant vers le XVP siècle, 
où la langue française formée, et adoptée comme langue 
générale du royaume, relègue tous les autres dialectes 
du pays en un rang secondaire. 

L'étude spéciale des dialectes de notre province dans 
les temps antérieurs, avec de grandes difficultés^ ne 
nous donnerait pas les résultats que nous cherchons. 

En effet, c'est vers le milieu du XVF siècle seulement 
que commence dans toute la France, et particulièrement 
dans nos pays, cette littérature provinciale dont le but 
avoué est de se faire une petite place en dehors de la 
poésie et de l'éloquence française. 

Les temps antérieurs offrent de rares monuments des 
dialectes de notre province. On en trouve des iraces 
dans les chartes des communes, dans les actes des admi- 
nistrations municipales, dans quelques actes privés. 
Ceux même qui sont rédigés en latin laissent échapper 
quelques lueurs sur le langage parlé. Il est enfin de vieux 
chants, de vieux noëls que nous trouvons sous une forme 



XXIII 



comparativement moderne et qui ont la saveur d'une plus 
vénérable antiquité. Mais ce sont là de si minces débris 
qu'il n'est pas possible d'en faire Tobjet d'une étude 
spéciale 

Ils peuvent fournir des matériaux aux travaux qui em- 
brassent les grandes divisions du langage de la France. 
Mais l'observation la plus assidue ne peut les constituer 
en un tout qui ait un caractère suffisant de certitude. 

Ils offrent d'ailleurs un danger qui exige dans leur exa- 
men une attention spéciale. Les écrivains de ces temps 
anciens, loin de s'attacher, comme on l'a fait plus tard en 
écrivant en patois, à la forme provinciale, ne retenaient 
de cette forme que ce qui était absolument nécessaire 
pour être intelligibles; ils tendaient presque toujours à 
se rapprocher d'un type plus général que celui de la pro- 
vince. Plus anciens que les patois, ils nous en disent sou- 
vent moins sur nos antiquités, car ils s'efforçaient de se dé" 
guiser à la française ou à la provençale, tandis que leurs 
successeurs ont affecté de garder les allures du village. 

La nécessité comme la prudence prescrivent donc de 
commencer, par les patois proprement dits, les recherches 
sur les idiomes d'une localité restreinte, sauf à les éten- 
dre ensuite en remontant aux monuments plus anciens (1). 

(1) C'est ainsi qu'ont procédé les beaux travaux poursuivis depuis la fin 
du siècle dernier sur les antiquités de notre langue. Commencés par l'étude 
du français au xvi^ siècle, ils ont remonté successivement jusqu'aux jours 
où on le voit se dégager du latin mêlé aux autres langages de la Gaule. ~ 
V. les articles publiés dans divers recueils par 31. Littré et réunis sous îe 
titre à' Histoire de la lamjue frmrçaise. Paris, 1863, 2 vol. in-8, et les pre- 
mières livraisons de son Dictionnaire de la langue française. 



XXIV 



11 est à peine besoin de dire, au commencement de 
cette étude, que même en ce dernier état dans lequel 
nous nous proposons de les examiner, les patois ont 
gardé assez de caractères de leur vie antérieure pour 
qu'il soit possible de les classer dans ces grandes divi- 
sions du langage de la France que le moyen âge avait 
constatées. 

A laquelle de ces divisions appartiennent les dialectes 
de Lyonnais, Forez et Beaujolais? Faut-il les ranger dans 
les variétés de la langue d'oc ou de la langue d'oil? dans 
la famille des idiomes du midi ou du nord? C'est la pre- 
mière question qui se présente à nos recherches. 

Dans un excellent travail sur la Géographie de la langue 
française publié vers 1831 (i), M. Coquebert-Montbret 
a posé cette question, mais il a déclaré manquer de 
renseignements suffisants pour la résoudre. 

M. Mignard, dans son Histoire de ridiome bourgui- 
gnon (2), rattache le dialecte lyonnais à cet idiome, au- 
quel il semble attribuer un caractère distinct et de la 
langue d'oc et de la langue d'oil. 

M. de Baecker, Grammaire comparée des langues de la 
France (3) , range tous nos dialectes parmi ceux du midi. 

Ce qui a été dit de plus sage et de plus précis sur ce 
point se lit dans le Dictionnaire languedocien publié au 

(1) Dans les Mémoires de la Société royale des antiquaires de France et 
dans les Mélanges sur les langues, dialectes et patois. Paris, 1831, in-8. 

(2) Dijon, 1856, in-8. 

(3) Paris, 1860, in-8. 



XXV 



siècle dernier par l'abbé De Sauvages (1). Il faut transcrire 
ici ce passage trop peu remarqué, résumé lucide des 
observations les plus fines et les mieux dirigées qui aient 
élé faites sur les patois de la France. 

« On peut rapporter tous les idiomes des différentes 
« provinces du royaume, le basque et le bas-brelon 
« exceptés, à deux langues principales, le François et le 
« gascon (2), qui sont également langues vulgaires et 
ce langues du peuple, l'une dans les provinces du nord, 
« l'autre dans les provinces méridionales. 

« Les différents idiomes gascons, on peut en dire 
« autant des patois ou idiomes françois^ ont chacun 
« entre eux non seulement un même fond, et pour ainsi 
« dire une même consanguinité de langage, mais un 
« accent et un ton de prononciation qui font d'abord 
« reconnaître ce qu'on appelle un Gascon , de quelque 
a province qu'il soit en deçà de la Loire, et le distinguer 
« de ce que nous appelons un franchiman , ou un habi- 
« tant des provinces françoises qui sont au-delà. 

« Il est aisé d'assigner à peu près les limites des deux 
« pays : ils aboutissent à une espèce de zone ou bande 
« qui se dirige de l'est à l'ouest de la France, et qui 
« passe par le Dauphiné^ le Lyonnois, l'Auvergne, le 
« Limousin, le Périgord et la Saintonge. 

« C'est à cette bande limitrophe ou frontière pour ainsi 

(1) Dictionnaire languedocien-français, édit. de 1775, t. I, v^ fran- 
chiman. 

(2) C'est sous cette dénomination que l'auteur désigne tous les dialectes 
de la langue doc. 



XXVI 



« dire du gascon et du françois que ces deux langues 
« viennent se confondre ; et il résulte de leur mélange 
« dans le langage du peuple un jargon informe et dur 
« à l'oreille qui n'a rien de bien décidé ni pour le fran- 
« çois ni pour le gascon. On ne peut les distinguer qu'en 
« s'écartant de la bande, et allant vers le Nord ou vers 
« le Midi ; ils paraissent alors se démêler peu à peu ; car 
« le passage de l'une à l'autre langue n'est point brusque, 
« il se fait par des nuances qu'un voyageur attentif peut 
« apercevoir. » 

L'auteur explique ensuite qu'un voyageur, qui va de 
Paris à Antibes ou à Perpignan, voit le français s'altérer 
de plus en plus, à mesure qu'il s'éloigne de la capitale : 
c'est pourtant encore du français. La limite des deux lan- 
gues passée, le ton change, le français disparaît; le gascon 
se développe, il devient insensiblement plus pur, jusqu'à 
ce qu'il s'altère de nouveau par nuances sous d'autres 
influences en approchant des frontières du royaume. 

« Mais, ajoute l'abbé De Sauvages, si au lieu de tra- 
« verser dans ce sens le royaume, on va du levant au 
« couchant, en côtoyant pour ainsi dire les limites des 
« deux langues, on trouvera que les nuances du gascon 
« vont par des bandes parallèles à ces limites : en sorte 
« que le bas peuple ou les habitants d'une même bande 
« qui traversent en ce sens le royaume parlent à peu 
« près le même langage ou sont du même dialecte 
« et s'entendent mieux entre eux qu'avec ceux de 
« la bande voisine , mais plus éloignée de la fron- 
« tière ; la division par bandes dont nous parlons 



XXVII 



« étant fondée pour ainsi dire dans la nature... 

« On observera en même temps que ce que nous avons 
« dit à ce sujet n'est pas vérifié dans une assez grand 
« détail pour être pris à la rigueur et pour qu'il n'y ait 
« des exceptions à faire. » 

Ces explications, dans l'exposé desquelles la bonne foi 
du savant apparaît égale à sa perspicacité , attribuent 
aux patois de notre province un caractère dont avec un 
peu d'observation on reconnaît bientôt la justesse. 

C'est à la zone intermédiaire des deux langues que nos 
patois appartiennent. Leur élude a l'intérêt particulière 
toutes les transitions. Deux langues viennent s'y fusion- 
ner avec leurs formes, avec leurs allures propres. On peut 
les y étudier toutes deux dans les transformations qu'elles 
opèrent Tune sur l'autre. 

Ce caractère des dialectes de notre province leur est 
commun avec ceux de la Savoie, de la Bresse et du 
Bugey et d'une partie du Dauphiné. 

Toutefois , dans ces bandes qui vont du levant au 
couchant , en côtoyant pour ainsi dire les limites des deux 
langues, il est difficile qu'il existe entre elles deux un 
équilibre absolu. L'une d'elles est certainement domi- 
nante. Est-ce la langue du midi ou celle du nord qui 
l'emporte dans nos patois ? 

Une comparaison attentive de leurs éléments nous a 
convaincu que leurs principales attaches sont du côté 
des dialectes du midi. Ils en ont les formes distinctives. 
Aux mots qu'ils ont empruntés de la langue du nord ils 



XXVIII 

ont donné les terminaisons méridionales. Plus on remonte 
dans leur passé , plus cette parenté avec le midi est 
manifeste. 

L'histoire du Lyonnais, Forez et Beaujolais suffirait à 
expliquer ce caractère de notre langage populaire. Dans 
toutes les divisions du territoire de la France , Lyon a 
entraîné dans sa condition politique une partie des pro- 
vinces du midi ou s'est rattaché à la leur. 

Ce caractère méridional de nos dialectes avait frappé 
Racine, au XVIF siècle. On lit dans une lettre qu'il écri- 
vait d'Uzèsà La Fontaine en 1661. 

c( J'avais commencé de Lyon à ne plus guère entendre 
c( le langage du pays et à n'être plus intelligible moi- 
« même. Ce malheur s'accrut à Valence, et Dieu voulut 
« qu'ayant demandé à une servante un pot de chambre, 

« elle mit un réchaud sous mon lit Mais c'est encore 

« bien pis en ce pays ; je vous jure que j'ai autant besoin 
« d'interprète qu'un Moscovite en aurait besoin dans 
« Paris. Néanmoins je comuience à m'apercevoir que 
« c'est un l^jiagage mêlé d'espagnol et d'italien, et comme 
« j'entends assez bien ces deux langues, j'y ai quelque- 
ce fois recours pour entendre les autres et pour me faire 
« entendre. Mais il arrive souvent que je perds toutes 
a mes mesures (1). » 

C'est là une observation précieuse, et par celui qui l'a 
faite, et par la justesse de tous ses dét.ails. Racine, né à 
la Ferté-Milon, élevé àBeauvaisetàParis, n'avait jamais 
entendu résonner que les accents des pays de langue d'oil. 

(1) Lettres de Racine. Prem. lettre à La Fontaine. 



XXIX 

Jusqu'à Lyon, il avait compris le langage des parties de 
la France qu'il traversait. A Lyon, d'autres accents frap- 
pent son oreille ; il commence à ne plus comprendre et 
à n'être plus intelligible. Cette discordance de langage 
s'aggrave à mesure qu'il s'avance en pays de langue d'oc ; 
et il a bientôt reconnu que cette langue harmonieuse, fille 
du latin comme le français du nord, s'est beaucoup moins 
éloignée de son origine et qu'elle en a gardé des traits 
presque aussi ressemblants que ceux de ses deux sœurs, 
la langue italienne et l'espagnole (1). 

De nos jours cette limite, où la langue du midi devient 
tout à fait reconnaissable dans le langage du peuple, 
s'est reculée sous l'action toujours plus énergique du 
français. Il faut aller jusqu'à Valence pour la trouver. 
Il y a cependant encore à cet égard une grande diffé- 
rence entre le peuple des villes et celui des campagnes. 
Ua Picard ou un Normand qui parlerait dans nos villages 
le patois de son pays y serait certainement inintelligibile. 
Un Languedocien et un Provençal y seraient mieux 
compris. 

Cette parenté ne peut devenir manifeste que par la 
comparaison du vocabulaire, et par celle du système 
grammatical des deux familles. Notre glossaire donnera 
en partie ces preuves : nous essaierons de les compléter 
par des indications sur les formes grammaticales de nos 
patois. 

(1) Faciès non omnibus una, 

Nec diversataraen, qualem decct esse sororum. 

Ovide. 



XXX 



Deux remarques, l'une relative aux mots, l'autre à 
la grammaire, suffiront ici à expliquer notre pensée. 

Nos patois donnent à leurs mots les terminaisons so- 
nores des dialectes du Midi. C'est en a et en o que leurs 
noms et leurs verbes se terminent; ils évitent la termi- 
naison en e muet caractéristique des dialectes du nord 
de la France. 

En second lieu, la conjugaison y est toute provençale. 
Elle a , comme dans tous les dialectes de la langue d'oc, 
les désinences de la conjugaison italienne, formée direc- 
tement sur la latine, et bien plus rapprochée que la fran- 
çaise de leur source commune. 

Nous ne pouvons, pour ces raisons, adopter l'opinion 
d'un savant linguiste de nos jours qui a classé nos dia- 
lectes dans les variétés de l'idiome bourguignon. C'est à 
la langue d'oil qu'appartient ce dernier idiome. Gustave 
Fallot (1) et M. Leroux de Lincy (2) ont établi cette pro- 
position d'une manière incontestable. Or, M. Mignard a 
constaté lui-même (3) dans le patois lyonnais et dans 
ses adhérents la trace profonde de l'influence méridio- 
nale. La différence des formes générales des mots et 
de la conjugaison de nos dialectes, comparées à celles 
des dialectes bourguignons proprement dits , n'a point 
échappé à son observation, mais il ne leur a pas attri- 



(1) Recherches sur les formes grammaticales de la langue française et de 
ses dialectes au XIII^ siècle, par Gustave Fallot. 1839, p. 14, 19, etc. 

(2) Les quatre livres des rois, traduits en français du xii« siècle, publics 
par M. Le Roux de Lincy. Introduction, p. lix et suiv . 

(3) Histoire de l'idiome bourguignon, p. 212. 



XXXI 



bué une importance décisive. A nos yeux elles éloignent 
notablement nos patois de ceux de la Bourgogne pour 
les porter vers les provinces du Midi. 

Nous ne pouvons pas nous ranger non plus à une autre 
opinion qui confond une partie de nos dialectes avec ceux 
de l'Auvergne (1). Bien qu'une grande analogie existe 
entre le langage du Forez et celui des parties de l'Auver- 
gne qui Tavoisinent , nous pensons qu'il y a là encore 
une différence notable, et que la forme des dialectes mé- 
ridionaux très-marquée dans l'auvergnat l'est à un degré 
moindre dans le patois de nos pays. 

Transition entre le langage des provinces du nord et du 
midi, mais avec un penchant décidé vers ces dernières, tel 
est le caractère que nous avons reconnu à nos dialectes et 
que le glossaire rendra, nous le croyons, très-saisissable. 

En cherchant la solution de cette seconde question , 
nous en avons touché une troisième plus facile, mais éga- 
lement intéressante. 

L'ancienne province de Lyonnais, Forez et Beaujolais 
a-t-elle un patois unique ? Ou, pour aller plus vite à la 
solution, les langages de cette ancienne province ont-ils 
entre eux assez de ressemblance pour qu'on les range 
dans une même classe et qu'on en puisse faire sans 
confusion l'objet d'une même étude ? 

A cette question posée sous cette double face , il faut 
d'abord faire la réponse qui convient à tous les patois. 

(1) Grammaire com'parée des idiomes de la France, par Louis deBaccker, 
p. 52. 



XXXII 

Les dialectes de notre province présentent des variétés 
tellement nombreuses qu on ne peut les signaler, les énu- 
mérer même, sans se perdre dans les minuties. 

Le patois du Lyonnais n'est pas le même que celui 
du Forez. Celui de Rive-de-Gier, lyonnais encore, diffère 
de celui de Saint-Ghamond , qui est déjà forésien ; celui 
de Saint-Ghamond n'est pas parlé à Sainl-Elienne, et 
celui de cette dernière ville sonne étrangement aux 
oreilles des habitants de Montbrison ou de Roanne. 

On sait combien jadis étaient marquées ces différences 
que l'usage du français diminue et rend moins sensibles 
chaque jour. Elles se notaient dans le langage même des 
villes. Les variantes qu'offraient les patois des faubourgs 
de Lyon, à la fin du siècle dernier, sont indiquées dans 
le rapport à la Gonvention que nous avons cité. Plusieurs 
professions même affectaient un langage particulier. Gelui 
de nos canuts avait un cachet spécial qui le distinguait du 
langage de la ville. On remarque en outre dans un opus- 
cule de la fin du XVir siècle, le Lyon en vers burlesques^ 
que les gens de certaines corporations, et notamment les 
bouchers, y parlent un patois différent de celui des au- 
tres personnages (1). 

De nos jours, ces différences existent encore et à l'infini 
dans nos campagnes. A un peu de distance des villes, il 

(1) Je tiens d'un homme très-compctent qu'il y avait jadis à Belley 
quatre prononciations différentes du son g^ j, appartenant à quatre quar- 
tiers de cette petite ville et assez marquées pour en distinguer les habi- 
tants. On sait qu'à Naples le langage populaire des divers quartiers de la 
ville et des faubourgs diflère notablement. 



XXXIII 



serait difficile de trouver deux villages dont les habitants 
ne se signalent pas entre eux à quelque variété dans le 
langage. 

C'est surtout dans la prononciation que ces ditYérences 
sont frappantes. Elles sont si nombreuses, si variées 
qu'elles déroutent toutes les observations. 

Certaines localités adoucissent les voyelles graves et 
aiguës, et évitent toutes les consonnes fortes. Pour elles 
Va y l'o, l'e se change en ai, en ou, en eu : Vi se subs- 
titue ou s'ajoute aux autres voyelles pour les rendre plus 
douces ; le cl se change en dz, \e t et le ch en ts : les na- 
sales disparaissent pour laisser sonner la voyelle et la con- 
sonne dont elles sont composées. On dit dans ces patois 
maudzit, pour maudit, tsamïn pour chemin. 

A côté de ces villages, d'autres affectent les voyelles 
graves ou aiguës , ne joignent les consonnes ensemble 
que pour en augmenter la force et prononcent les nasales 
encore plus sourdement qu'en français. Le d, le t, le ch 
y ont le même son qu'en français ou se changent en c/j, 
tch : le djardiîi, le tchamin. D'autres aspirent plusieurs 
consonnes, ou leur donnent un son guttural assez dur. 

Ces variations se mêlent et se croisent tellement qu'il 
est impossible de les grouper en les expliquant par la 
nature du sol ou des occupations des habitants. Deux 
villages de montagne comme deux villages de plaine 
offrent entre eux ces différences (1). 

(1) On rencontre souvent dans notre province des villages assez distants 
l'un de l'autre qui parlent un langage presque identique, tandis que les 
villages intermédiaires ont un dialecte assez différent. Ce qui est remar- 



XXXIV 



L'histoire particulière de cliacune de nos communes, si 
elle était possible, donnerait peut-être en partie la raison 
de cette variété. La présence d'une colonie romaine di- 
rait peut-être pourquoi la prononciation de ce village a 
tant de ressemblance avec celle de certains dialectes 
populaires de l'Italie (4) L'établissement d'un corps de 
Visigoths, de Burgondes ou de Francs a peut-être donné 
au langage de ce bourg l'apparence du latin prononcé 
par un Allemand. Enfin, ce village reculé qui n'a jamais 
vu s'établir dans ses chaumières ni Romain civilisé, ni 
Germain barbare, nous montre peut-être ce que nos vieux 
ancêtres les Celtes avaient fait du latin, quand ils s'étaient 
résignés à le substituer à la langue des druides. Bien des 
causes analogues peuvent encore avoir influé en sens 
divers sur le langage. 

En l'état de nos connaissances sur les détails de notre 



quable et semble se rapporter aux origines de"nos populations rurales, c'est 
que dans les querelles dont les foircs^et les fêtes publiques sont l'occasion, 
les villages qui ont le même langage font cause commune et trouvent réunis 
pour les combattre ceux dont le langage est différent. 

(1) Dans quelcjucs-uns de nos villages on zézaie comme à Bergame ct^à 
Venise. 

L'analogie du patois lyonnais avec le dialecte milanais a été signalée 
par M. l'abbé Aimé Guillon de Mauléon, un des conservateurs de la biblio- 
thèque Mazarinc, qui, né et élevé dans notre province, avait séjoiirné douze 
ans en Milanais. Il a écrit à ce sujet une dissertation intitulée : De la Fra- 
ternité consanguine du peuple originairement lyonnais avec la nation vrai- 
ment milanaise, insérée dans les Archives historiques du Rhône, t. VIII. 
(1828) p. 277, et t. IX, p. 179, 253. M. l'abbé Guillon tire de ccUe ana- 
logie des conséquences évidemment exagérées, mais il noie un grand nom- 
bre de rappro chôment s très-curieux. 



XXXV 



histoire provinciale, il faut se borner à constater ces 
variations. Il est inopossiblede les expliquer et même de 
les classer avec quelque certitude. 

Elles ne sont pas, nous l'avons dit, une condition par- 
ticulière aux dialectes de notre province. L'infinie va- 
riété du langage est un fait que toute la terre proclame. 
Pour les patois de la France, elle est une conséquence 
directe de leur histoire. 

Toutefois, en Lyonnais, Forez et Beaujolais, ces varia- 
tions ne sont pas tellement caractéristiques qu'on puisse 
y voir plusieurs dialectes essentiellement distincts et 
qu'on ne puisse les réunir dans une même étude. 

L'ancien lyonnais a les terminaisons du provençal. 
Celles du stéphanois des Chapelon se rapprochent plus 
de l'auvergnat et du languedocien. Nous aurons soin de 
noter ces variantes dans le glossaire : nous en donnerons 
des exemples sous le même mot toutes les fois qu'il nous 
sera possible de le faire. Mais dès à présent, nous nous 
croyons autorisé à dire que tous ces sous-dialectes ont 
un caractère commun, qu'ils se rattachent tous à la zone 
intermédiaire entre la langue d'oil et la langue d'oc, et 
qu'ils penchent tous vers celte dernière. 

Parmi les dialectes voisins, il en est même quelques- 
uns qui ont avec les nôtres des analogies très- marquées 
et dont on aurait pu sans confusion rendre l'étude com- 
mune avec celle que nous essayons. Nous avons eu 
la pensée de le faire, notamment pour les dialectes 
de Bresse et de Bugey et pour celui du Maçonnais. 
Mais nous n'avons pas cédé à cette velléité , d'une 



XXXVI 



part, parce que l'étude des textes aurait pris par 
cette adjonction une extension Irop grande; d'autre 
part, parce que ces dialectes ont déjà été l'objet de tra- 
vaux trop bien commencés pour qu'un nouveau venu y 
fasse invasion (1). 

Ces préliminaires devraient être complétés par une 
appréciation des ouvrages écrits dans nos dialectes de 
Lyonnais, Forez et Beaujolais. Mais la littérature patoise, 
quand littérature il y a^ se prête peu à une analyse. Une 
nomenclature bibliographique suffit le plus souvent à ses 
modestes produits. Je donnerai ailleurs celle de notre 
province. 

Au moment de publier ces recherches, que je dédie à 
mon pays natal et où je m'efforce de croire qu'il peut y 
avoir quelque utilité pour mes concitoyens, je voulais 
demandei' grâce pour toutes les erreurs que contient 
infailliblement un travail de cette nature. Mais j"ai vu 
que tous ceux qui avant moi se sont jetés au travers de 
ces landes de la lexicologie ont cru nécessaire de fléchir 
la sévérité du lecteur en avouant leur impuissance à 
faire une œuvre irréprochable. L'éloquent auteur de 
la Préface du Dictionnaire de l'Académie française (2) 

(1) Les Noëls bressayis, traduits et annotés par Philibert'Le Due, Bourg 
en Bresse, 1845. 

Les Nocls bourguignons, suivis des Noëls maçonnais, du P. Lhuillier. 
traduits par Fertiault. Paris, 1858. 

(2) Edition de 1835, p. \xxii. 



XXWII 



répète, après Johnson, qu'il est impossible qu'un ouvrage 
semblable ne renferme pas « quelques fauies graves et 
«quelques choquantes méprises donl il serait aisé de rire.» 
Ducange lui-même, en tête de son Glossarhim mediœ et 
inp.mœlatinitatis^ a son erratorum confessio (1), et il en 
dit ingénument toutes les causes. Il m'a semblé qu'il y 
aurait encore de la vanité à placer ma petite modestie à 
côté de celle de ces savants et glorieux travailleurs. Je 
prie seulement ceux qui jetteront les yeux sur cet essai, 
de me tenir compte de l'amour de mon pays qui me l'a 
faitentreprendre et des loisirs que j'y ai consacrés. 

(1) Vcniam facile mihi a benigno lectore inipetrandnm persiiadco , cuin 
scriptis ipse meis tantum abest ut induJgeara , quin me primum illoriim 
ac forte severiorem cœteris ceusorem exhibcam. — Préface, § lxxv. 



BIBLIOGRAPHIE 

DES PATOIS DE LYONNAIS, FOREZ ET BEAUJOLAIS. 



LYONNAIS. 



XlIIe SIECLE. 



I. 



On cite souvent, comme un des plus anciens textes du 
langage lyonnais, une pièce de vers intitulée : Cy comance 
de Plore chante , qui se trouve manuscrite à la Biblio- 
thèque de la ville de Lyon (ms. n** 984, olim 649), et à Pa- 
ris , à la Bibliothèque de TArsenal (ms. Bl. françaises , 
n" 283, au f^351, v.). M. Monin, professeur au Collège de 
Lyon , qui Ta publiée sous ce titre : La Pleure chante , 
prose morale et religieuse, en roman du xiii^ siècle, Lyon, 
Gab. Rossary, 1834, in-8", 16 pp., pense qu'elle appartient 
à la seconde moitié du xiii^ siècle, qu'elle a été composée 
à Lyon, et qu'elle est écrite dans le dialecte qu'on parlait 
en cette ville au moyen âge. 

Il suffit d'y jeter les yeux pour reconnaître qu'elle ap- 
partient à la langue d'oïl. En voici les deux premières 
strophes : 

De celui aut Scignor qui en la crois fu mi? 
Qui les portes d'enfer brisa por ses amis, 



XXXIX 



Soient cil bcnoit, t-t on honc (in piis. 

Qui un po entendront clou bien que j'jii api'is. 

Moût vaut mieuz plourc chante que ne fait (hante plorc, 
Cil qui s'envoise c chante et en pechié demoro 
Plorora en enfer : ja n'ert qui le secore 
Entre les sathanas qui sont plus noir que more. 

M. Monin reconnaît bien que ce n'est pas là le langage 
du midi de la France, mais il croit y trouver le langage 
lyonnais. « L'orthographe, dit-il, est presque entièrement 
^ conforme à la prononciation des habitants des campa- 
« gnes voisines de Lyon. C'est encore la langue d'oïl ou 
« langue romane du nord ; mais, aux voyelles ordinaire- 
« ment plus sonores que le roman parisien, picard ou nor- 
« mand, on reconnaît le voisinage et l'influence de la lan- 
« gue toute méridionale des troubadours provençaux. Ce 
« poème est incontestablement écrit en roman de la Basse- 
« Bourgogne, c'est-à-dire dans le dialecte qu'on parlait à 
^ Lyon au moyen âge " 

Que cette pièce soit écrite en dialecte bourguignon , 
nous le pensons comme M. Monin. On n'y trouve ni les 
formes particulières aux Normands, ni les consonnes ché- 
ries du Picard. Mais que le bourguignon, qui est un dia- 
lecte de la langue d'oïl, ait été le langage parlé à Lyon au 
moyen âge, c'est ce que nous ne saurions croire. 

Les textes lyonnais officiels du xiv^ siècle, que nous al- 
lons citer, sont tout autrement voisins du provençal. Or, 
on ne peut admettre que Lyon, après avoir parlé le lan- 
gage du nord, se soit retourné du côté de la Provence. 
C'est un mouvement en sens inverse et toujours dirigé vers 
la capitale du royaume qui a eu lieu constamment à Lyon, 
comme dans la France entière. 



XL 

Rien ne prouve d'ailleurs que la Pleure chante ait été 
composée à Lyon ou par un Lyonnais. 

IL 

Il faut aussi ranger parmi les textes de langue d'oïl un 
Compromis en date du 22 janvier 1269, entre les Chapitres 
de Saint- Jean et de Saint-Just, dhme part, et les citoyens 
de Lyon, de l'autre, par lequel ils soumettent leurs diffé- 
rends au cardinal légat Raoul ou Rodolphe de Chevriers 
et au roi de France, saint Louis. 

Ce texte, rapporté par M. Breghot du Lut dans ses 
Nouveaux Mélanges, p. 261, est la traduction en vulgaire 
d'un acte écrit en latin, qui se trouve à la suite de V His- 
toire consulaire de Lyon, du P. Ménétrier, dans le Tracta- 
lus de bellis et induciis quœ fuerunt inter Canonicos S. Joan- 
'lis Lugduni et Canonicos S. Justi , ex unâ parte, et cives 
lugdunenses, ex altéra, extrait de la Bibliothèque de l'ab- 
baye d'Ainay, par Claude de Bellièvre. 

Il commence ainsi : 

Nos frère Yves por la grâce de Deu obbes de Cluny, et nos 
Jiihanz de Crenes, chevaliers le roy de France, et nos Henrys de 
Gandouviller, cbevaliers, baylliz de Borges, a toz cez qui ver- 
ront ces présentes letres sahiz an nostre Seignour, nos vos façons 
a savoir, . . . 

Bien qu'on remarque dans cet acte plusieurs formes de la 
langue d'oc (avant tote oure, avant toute affaire; porsegre, 
poursuivre, etc.), il est manifeste que l'écrivain a voulu se 
servir de la langue d'oïl. La traduction est probablement 
l'œuvre d'un Lyonnais ; mais elle était faite pour être 
mise sous les yeux d'arbitres qui parlaient le langage 



XLI 



du nord. Elle porte ainsi, mais dans des proportions très- 
diverses , la double empreinte de celui qui Ta écrite et 
de ceux qui devaient la lire. 



XI Ve SIECLE. 



I 



Les procès-verbaux de l'élection des consuls et échevins 
de Lyon, appelés s^/^f//c«^9, étaient rédigés, au xiv® siècle, 
en langue vulgaire. 

Un fragment de celui de 1352 a été publié dans les Do- 
cuments pour servir à r histoire de Lyon, tirés des archives 
de la ville, par M. Godemard, p. 44, 46, et dans les A'otes 
et documents pour servir à V histoire de Lyon, par M. PÉ- 
RiCAUD aine, année 1352. On connaît aussi des fragments 
de celui de 1355. 

Ces pièces sont curieuses, au point de vue du langage. 
Elles présentent un mélange de langue d'oc et de langue 
d'oïl où la première domine avec quelques formes spé- 
ciales à notre province. Il est évident cependant que le 
rédacteur ne veut pas parler le langage lyonnais propre- 
ment dit, et qu'il cherche à se conformer à un type plus 
général, le roman du midi. Une publication soignée de 
quelques-uns de ces textes serait un service notable rendu 
à l'histoire de notre province et à l'histoire de la langue 
française. 

II. 

Un texte beaucoup plus lyonnais est celui que l'on 
trouve au commencement du registre manuscrit des Sta- 



XLII 

tuts et ordonnances de ta Confrérie de la Sainte -Trinité, éta- 
blie dans l'église de Saint-Nizier, de Lyon. 

Ce registre, commencé la vigile de la Trinité 1422, et 
terminé le 29 mai 1792 , contient les statuts primitifs 
et les actes successifs de la Confrérie. Le tout est en 
français ; mais les statuts sont extraits d'une rédaction 
plus ancienne en latin, et ils sont précédés de l'acte de 
fondation de la Société (6 décembre 1300) en vulgaire, 
avec les noms de tous les premiers confrères. 

Voici ce texte. Le langage, bien que rapproché de ce- 
lui de la Provence, en est notablement différent, et s'é- 
loigne encore plus de la langue d'oïl. 

El nom de la Seincti Trinita de Deii del Paro et del Fil et del 
Saint Esperit l'an deicelui Nostre Seignour m. et ccc. et vi el 
meis de décembre furont escrit en cest présent paper li confraro 
de la frari de la Trinita de Lyon, li quai ant achata del lor ar- 
gent la mayson de la dita frari et paia de toi, li quaus maisons 
est asisa à Lion en rua nova. Et les letres de l'achat de la maison 
sont en l'archi de la frari, de la quai gardont la cla li correr, el 
doivont gardar chasque ant avoi lo paper la cla de l'archi li cor- 
rer novel de la frari. Et est ordena per los conseillours et per lo 
comunal de la frari que icil confraro escrit et noma en cest paper 
séant tosjors mais confraro a lor via, et après eus lo heir univer- 
sal se volont icil heir estre de la frari, cesto est a saveir per paier 
lor débitai par ant. Quar lor davanter ant fait la mession de la 
maison isi come desus est escrit et li non deus confraros sont 
tal en segant premerinient icil qui l'achèteront. Peros Dandart , 
Rolet Casart, Peronet Clemenz, Bertholomeu Symontous, Johan 
Ferrant, maistres Peros del moleyn, case, vi l'achèteront per los 
autros confraros. — Item Johant de Rigneu. [Suivent les noms des 
autres confrères au nombre de 504.) 

Le registre, précieux à plus d'un titre, de la Confrérie 



XLIII 



de la Trinité a fait partie de la Bibliothèque de M. Coste, 
dans le catalogue de laquelle il a le numéro 3056. Il est 
aujourd'hui à la Bibliothèque de la ville. 



m. 



Un texte également intéressant, qui appartient au 
XIV® siècle et dont l'ensemble est très-lyonnais, est le ta- 
rif de la leyde de l'Archevêque et du Chapitre de Lyon. 

En voici quelques fragments : 

Cesto est 11 leida Monseignior l'arcevesque et del chapitre de 
Lian et les apertinences de ladita segniori... 

Item deit li maysei de la parochi de Sant Pol de la Toutsanz 
tan que a la Sant Martin les lengues de bot et de les vaches al 
det seigniours. 

Item deit chaque revandaret de Lian etranget ou priva que 
revent fruyti u fromajot ac hues ac polali rn d. forts. . . . 

Item deit chacuna caissi de mirey ou de vcyros ou per terra 
ou pcr esga chacuna caissi de mirey n d. forts. . . . 

Item chacons chares de Lian et tuit li autri revendiour que 
vendront huelo a mesura a lampi ne a dimey lampi ne a carteron 
chacun deit i lampi de oilo et se deit levar lo primer vendres de 
careyma. 

La Bibliothèque de la ville, collection Coste (n^ 2193 du 
Catal.), a de ce titre une copie défectueuse. Le rouleau 
original doit être aux archives. 



IV. 



Il existe au Musée lapidaire de Lyon , n° xvii , une in- 
scription du xiv^ siècle trouvée dans le mur de terrasse d'un 



XLIV 

clos de la rue Masson, au-dessus du Jardin-des-Plantes, in- 
scription qui a été reproduite en entier dans la Notice des 
antiquités et des tableaux du Musée de Lyon, par Artaud, 
1808, p. 57, et dans la Description lapidaire du Musée de 
Lyon, par le D^ Comarmoxd, p. 102. 

Elle offre, comme les citations précédentes, un ensemble 
appartenant à la langue d'oc, mais avec des formes spé- 
ciales très-Yoisines de celles qui sont encore employées 
dans nos campagnes. 

En voici le texte et la traduction : 

L'an MCCCLii fit Micheles Pancsus(4) citiens de Lian édifier cela 
chapella Foutar et lo crucifis plo (2) remeio de s'arma, Matheu 
Acliert, Marietan si mulier, et Guillermetan leur fili, mulier say 
en areres dudit Micheles, liquax mare et filli mûrirent el tems 
de la mortalita l'an mcccxlviiij liquax Micheles a constitui el 
hordena que una messa perpétuai que li ditla Marietta ordeniet 
en son testamen , que el et li sin la dita messa el dit houtar in 
chascun jour perpetualment fesant celebrar. Nostres Sires per sa 
raisericordi les armes de ellos et de tos autres feax trapassas 
mettat en bon repos. Amen. Item lo xvn jour de decembro l'an 
MCCCLV fut sacras li dis hotars et beneis li dis crucifis. 

(L'an i3o2 fit Michel Pancsus, citoyen de Lyon, édifier cette 
chapelle, l'autel et le crucifix, pour le soulagement de son âme, 
de celle de Matthieu Achert , de Mariette sa femme, et de Guiller- 

(1) M. Comarmond a écrit Pacsus, mais la pierre paraît avoir porté sur 
Vn le signe abréviatif-qui donneraitbien Pancsus, comme l'a écrit Arlaud. 
On trouve d'ailleurs dans les actes des Archives le nom d'un Michel 
Pancsus, saulnier, nommé en 1352 et 1358, maître juré de sa profession, 
et qui paraît être le personnage indiqué dans l'inscription. On trouve aussi 
ce nom dans plusieurs syndicats. 

(2) Plo est pour prr lo : le p porte le signe abréviatif -. 



XLV 

mette leur fille, ci-devant femme dudit 31ichel; lesquelles mère 
et fille moururent au temps de h mortalité (1) , l'an 1348 : lequel 
Michel a constitué et ordonné qu'une messe perpétuelle que la 
dite Mariette avait ordonnée en son testament, lui et les siens 
la feraient célébrer audit autel chaque jour perpétuellement. 
Que Notre Seigneur par sa miséricorde leurs âmes et celles de 
tous les autres fidèles trépassés mette en bon repos. Amen. 
Item le 17« jour de décembre l'an 1355 fut consacré ledit autel 
et béni ledit crucifix.) 



XV« SIECLE. 

Nous n'avons à citer aucun texte patois du xv^ siècle ; 
mais on ne peut s'occuper de ce sujet sans rappeler la 
phrase que tous les historiens de Bayard mettent dans la 
bouche des dames de Lyon, au tournoi où le jeune héros 
fit ses premières armes. 

f'ey vo cestou malotru , disaient-elles, qiCa mieux fa 
que tos los autros. 

C'est le LOYAL SERVITEUR , Histoire du gentil seigneur de 
Baijarl , cli. 8, qui, le premier, a attribué aux dames de 
Lyon cette naïve exclamation ; et c'est encore du bon pa- 
tois lyonnais d'aujourd'hui. 

Le tournoi dont il s'agit dura pendant plusieurs jours et 
eut pour théâtre les rues de la Grenette , Juiverie et de 
Saint-Jean. M. Alfred de Terrebasse lui a donné pour 
date le mois de juillet 149L Bayard avait alors dix- 
huit ans. 



(1) La grande peste du xit^ siècle : 1348 est l'année de la peste de Flo- 
rence par la description de laquelle commence le Décaméron. 



XLVI 



XVI« SIECLE. 



I. 



Recueil faict au vray de la chevauchée de l'asne, faicte 
en la ville de Lyon, et commencée le 1 jour du moys de sep- 
tembre 1566, avec tout l'ordre tenu en icelle. — A Lyon, 
par Guillaume Testefort, petit ïw-A^, 37 pp. 

Récit en prose et en vers d'une fête populaire dont le 
sujet était la représentation des maris battus par leurs 
femmes, et dont Rubys, Hist. de Lyon, an 1566, a parlé 
de la manière suivante:» Les jours suivants furent faictes 
" plusieurs resjouissances en la ville, et entr'autres une 
.' charavary ou clievaucliée de l'asne contre les maris qui 
" s'estoyent laissés battre à leurs femmes, qui fut chose 
" fort plaisante à voir et fut de l'invention d'un nommé 
« Jean Perron, imprimeur et l'un des gardes du maître 
« des ports, homme fort facétieux et propre pour telles 
« inventions. » 

Ces sortes de divertissements étaient très- fréquents 
à Lyon au moyen âge. Primitivement on promenait les 
patients eux-mêmes, puis on se contenta de les repré- 
senter en les nommant. Nous voyons par la pièce dont 
il s'agit ici qu'au xvi^ siècle l'autorité défendait qu'on 
nommât personne; mais on avait soin de désigner et de 
figurer les patients de façon à ce que le public ne s'y 
trompât pas, 

La chevauchée de 1566 paraît avoir été célébrée avec 
une srrande solennité. Elle eut lieu le dernier dimanche 
d'octobre, et fut précédée de trois criées ou proclamations 
faites les dimanches précédents. Les imprimeurs, sous le 



XLVII 

nom du seigneur de la Coquille et ses supposts, y jouaient 
un des rôles les plus importants , et débitaient l'explica- 
tion des diverses scènes représentées. Cette explication 
est en vers patois, et comme une autre explication en 
français des mêmes scènes se trouve dans le récit en prose, 
on a ainsi une traduction contemporaine du langage lyon- 
nais. La pièce est du reste fort amusante, fort bien faite, 
et le patois est du plus pur. 

Cette pièce a été réimprimée, en 1828, dans les ar- 
chives historiques et statistiques du Rhône, t. IX, p. 336 et 
405, puis tirée à part en 1829, par les soins de MM. Bre- 
ghot du Lut , Grattet Duplessis et Péricaud aîné, qui y 
ont joint une notice et un glossaire. 

On a encore le récit d'une autre chevauchée du xvi^ siè- 
cle dont voici le titre : 

Recueil de la chevauchée faicle en la ville de Lyon le 1 7 
de novembre 1578, avec tout l'ordre tenu en icelle. — A 
Lyon, par les trois supposts (Guillaume Testefort), petit 
in-4o de 30 pp. dont les 6 dernières contiennent une chan- 
son nouvelle, sorte de complainte sur les maris battus. 

Cette pièce, bien moins jolie que la précédente, est en 
français, mais avec un assez grand nombre d'expressions 
locales, et elle peut être utilement consultée pour l'étude 
de notre dialecte. 

Elle a été reproduite sans la chanson en 1826 dans la 
Collection des pièces relatives à l'Histoire de France , de 
MM. Leber , Salgues et Cohen, t. IX, p. 147, et, en 1829, 
dans les archives historiques du Rhône, t. X, p. 398, avec 
notes par les mêmes éditeurs que celle de 1566. Elle a 
aussi été tirée à part 



XLVIII 

Enfin, ces deux chevauchées et la chanson ont été réu- 
nies en 1862 dans un élégant volume intitulé : 

Recueil des chevauchées de l'asne faites à Lyon en 1566 
et 1578, augmenté d'une complainte inédite du temps sur 
les maris battus par leurs femmes; précédé d'un avant- 
propos sur les fêtes populaires en France (par M. P. AUut). 
— Lyon, Scheuring, 1862, pet. in-S^ avec fig. 



IL 



Un des textes les plus connus du patois lyonnais est une 
chanson qui se trouve dans le Formulaire fort récréatif de 
tous contracts, donations... et autres actes qui sont faicts et 
passez pardevant notaires et témoins. Faict par Bredin le 
Cocu, notaire royal et contreroolleur des basses marches au 
royaume d'Utopie. Lyon, Benoit Rigaud, 1594, 1603, 1610 
et 1618, pet. in-12, et Jean Huguetan, 1627, même for- 
mat. 

Tout le monde sait, depuis l'ingénieuse découverte de 
M. Péricaud aine, que sous le pseudonyme de Bredin le 
Cocu s'est caché le notaire Benoist Du Troncy, qui joua 
à Lyon un rôle assez important au temps de la Ligue, et 
qui a publié un grand nombre d'ouvrages de caractères 
fort divers. 

Le Formulaire fort récréatif a été réimprimé en 1831 par 
Techener dans ses Joyeusetés, facéties, etc., et en 1846, 
avec des notes de M. Breghot du Lut, dans la Collection 
des Bibliophiles lyonnais. 

La chanson patoise se trouve dans le Formulaire, au 
chapitre de la fente en forme de constitution de rente et ab- 
beneuis, passée par Joachim le Joyeulx, cscuyer sieur de la 



XLIX 

Tirelire, parroisse de Sainct-^nclitel en Lyomwis à Denis 
Gargotle, surnommé le Chantre. 
Elle commence ainsi : 

Qui voul ouy una chanson 
Qu'est tuta de mesonge ? 
S'il y a mot de vereta 
Je voglio qu'on me tonde. 

C'est une sorte de coq-à-l'àne qu'un paysan de Saint- 
Andéol doit chanter chaque année à son seigneur à titre 
de redevance féodale : 

A Dy donc, mon bon seigneur, 
Jusqu'à l'atra fêta, 
Que je vous revendray vair, 
Ainsi que je dey faire. 

Il est à remarquer que cette chanson n'est pas en rimes, 
mais en assonnances, ce qui indique une antiquité beau 
coup plus éloignée que le xvi® siècle. 

Elle a été réimprimée à part dans le vol. de la Collection 
des Bibliophiles lyonnais, intitulé : Recueil des chansons^ 
noèls et ballades lyonnais. 



XVIIe SIECLE. 



I. 



Entrée magnifique de Bacchus avec Dimanche Grasse, sa 
lemme, faicte en la ville de Lyon le 14 febvrier 1627. — 
Pet. in-4° de 31 pp., sans date et sans nom de ville, d'im- 
primeur, ni de libraire. 



Cette pièce, dont on ne connaît que deux exemplaires, 
a été réimprimée en 1838 à Lyon avec vignettes, chez 
Boitel, éditeur de cette réimpression, 47 pp. in-8^. 

C'est la description en vers d'une grande mascarade 
qui se fit à Lyon le Dimanclie gras, 14 février 1627, et 
dans laquelle on peut voir une sorte de parodie des entrées 
solennelles qui se faisaient à l'arrivée des grands person- 
nages. L'auteur, dont l'anonyme n'a pu être découvert 
par les érudits les plus versés dans notre histoire locale, 
y fait débiter aux personnages de cette fête grotesque des 
vers beaucoup trop carnavalesques. Le P. Menestrier, 
dans ses notes inédites sur Y Histoire de Lyon^ dit que cette 
mascarade fut scandaleuse, et qu'on attribua à ses impiétés 
la peste cruelle dont la ville fut affligée l'année suivante. 

On y trouve un couplet de 10 vers en patois lyonnais, 
sous cette rubrique : le Mont de Parnasse représenté par 
neuf lavandières au lieu des neuf Muses. Comme tout l'en- 
semble de la pièce, il est très-libre. 

Les notes curieuses qui accompagnent le texte dans la 
réimpression de 1838, ainsi que la notice signée : Un ar- 
rière petit-neveu du docteur Matanasias, sont de M. Claude 
Breghot du Lut. 

La note placée sous le couplet des neuf lavandières est 
une excellente appréciation de nos patois. Elle contient 
une chanson patoise de 1740 , attribuée à Pierre L aurez, 
qu'on trouvera citée plus loin. 

IL 

La Bernarda buyandiri, tragi-comedia. — Lyon, Henri 
Perrin, 1658, pet. in-8'^. 

Comédie en cinq actes ou scènes d'inégale longueur. 



LI 

La dédicace, signée du nom de l'imprimeur H. Perrin, 
est adressée à Jean Grollier, sieur de Bellecize. L'auteur 
est resté inconnu. 

Les personnages sont très-nombreux , et la plupart y 
parlent patois. 

Une réimpression du 2^ acte a été donnée en 1840 avec 
notice et notes par M. Gustave Brunet, sur l'exemplaire 
de la Bibliothèque du roi, qui est peut-être unique. Cette 
réimpression partielle a pour titre : 

La Ber)iarda buyandiri, Iragi-comedia. Paris, Techener, 
1840,23 pp. in-80. 



III. 



La ville de Lyon, en vers burlesques, par le sieur P. B. 
— (pe édition), 1683, Lyon, in-8^ 

Cet opuscule sans valeur littéraire, mais des plus inté- 
ressants pour l'étude de notre dialecte, a été attribué à 
Pierre Bouillon, réveille-matin de la ville et concierge de 
la chapelle Saint-Roch. C'est une revue facétieuse des 
quartiers et des corps de métiers de Lyon. Elle est divisée 
en deux journées qui ont une pagination distincte. La pre- 
mière contient la harangue des merciers, le débat des frui- 
tières, V inventaire de la loge , la chicane des plaideurs, 
l'éloquence des bateliers, etc. ; la seconde, la harangue des 
poissonnières , l'éloquence des batelières , etc. Le poème, 
si l'on peut appeler ainsi une série de vers qui n'ont 
rien de poétique, est en français ; mais plusieurs corps 
de métiers y parlent patois, et quelques-uns, notamment 
les bouchers, y ont un langage tout spécial. 

Il y a eu, au xviii^ siècle, deux éditions de ce livret 



LU 



corrigées el augmentées ^8iY Fauteur, 1728, chez Nie. Bar- 
ret, pet. in-lE, et 1750, chez Y® Barret, même format. Il 
a encore été réimprimé en 1846 dans le vol. de la Col- 
leclion des Bibliophiles lyonnais, qui a pour titre : Facéties 
lyonnaises, 

XVIIIe SIÈCL. 

Au xviiP siècle, à Lyon, la plupart des artisans parlent 
encore le patois. La bourgeoisie ne le parle plus, mais elle 
le comprend, et elle s'en sert encore quelquefois soit dans 
les divertissements du carnaval, soit lorsqu'elle veut dé- 
guiser une satire sous une forme populaire. 

On ne trouve plus d'actes ni de livres patois ; mais c'est 
l'époque des noëls et des chansons satiriques. 



L 



Les noèls publiés au xviii^ siècle sont nombreux. La 
plupart paraissent plus anciens ; mais on ne les trouve 
que dans les recueils de ce temps, et ils y ont certainement 
été plus ou moins rajeunis. 

Nous citerons particulièrement : 

P Le noël : 

Lo polel ne (ai que chanta : 
Qu'étai don cela novioln ? 

dans les JSoëls nouveaux sur la naissance de notre Ré- 
dempteur, Lyon, Revol, 1730. — Dans les Archives histor. 
du Rhône, t. XIII, p. 251. — Et dans le Recueil des chan- 
sons, noëls, etc. de la Collection des Bibliophiles lyonnais. 



LUI 

2'' Le noëlde 1741: 

Mcigna , veni a tropa 
A cela bella fcla. 

C'est une revue doucement satirique de tous les ordres 
religieux et de toutes les autorités ecclésiastiques et ci- 
viles de Ljon. Quelques couplets sont très-jolis. 

Il en existe à la Bibliothèque de la ville plusieurs copies 
manuscrites provenant de la Bibliothèque Coste. Elles 
offrent des variantes et un nombre différent de couplets, 
le sort de ces poésies populaires étant de se modifier et de 
se développer à mesure qu'elles circulent. 

Il a été imprimé dans le Recueil des chansons, noëls, etc. 
de la CoUeclion des Bibliophiles lyonnais. 

3^ Le Dialogue en patois lionnois entre Guillot et son com- 
père Fleuri : 

Te vequia donc, compare. 

dans la Fleur des noëls nouveaux, 1751 , — et dans la Fleur 
des noëls nouveaux sur la naissance de N, S. J,-C, Lyon, 
.Juttet, 1752. 

4*^ Le Dialogue entre l'Ange, Clsaheau et Gros-Pierre. 

Prêtez roreille, etc. 

dans la Fleur des noëls nouveaux^ 1751. 
5® Le noël : 

Maty, réveillez vous, Maly; 
Metti la testa a la fcnetra. 

dans le Recueil de noëls nouveaux sur la naissance de 
N. S. J.'C. Lyon, Juttet, 1752. 

6^ Le noël mêlé de français et de patois entre le Pas- 
teur, l'Ange et la Pierrette : 

Vin don, Grou Jean, ii porta un pan. 



LIV 

dans la Fleur des noëls nouveaux sur la naissance de 
N. S. J.'C. Lyon, Juttet, 1752. 

7° Le noèl patois ou dialogue entre Gros-Pierre et son 
voisin : 

On l'in vai tu, Grou Piro, 
Je te vodrin parla. 

dans le Recueil de noëls nouveaux. Lyon, 1755. 
8** Le noël en patois lionnois : 

Di may, Claudot, n'entcn tu pas 
D'où vin qui fan tant de fracas ? 

très-joli. — Dans la. Fleur des noëls nouveaux, s. 1. et s. d 
9° Le noël ancien : 

Qu'etai don cela novela 
Que dit mailre Jean Capon ? 

dans le même livret — et dans le Recueil des chansons, 
noëls, etc. de la Collection des Bibliophiles lyonnais. 



II. 



On a aussi un assez grand nombre de chansons patoises 
de ce temps. Les plus connues sont dues à Pierre Laurez. 
chirurgien, l'auteur du Supplément aux Lyonnois dignes 
de mémoire (V. le Glossaire, au mot bugne), et à Antoine 
Revéronj, mort le 22 septembre 1824, directeur de la 
Condition des soies, à Lyon. 

Nous pouvons indiquer : 

P La chanson de Pierre Laurez, au sujet de l'ordon- 
nance rendue le 26 juillet 1740 par M. André Perrichon, 
procureur duroi, faisant fonctions de lieutenant de police, 
laquelle défendait, à peine de 150 fr. d'amende, de se bai- 



LV 

gner nu, soit dans le Rhône, soit dans la Saône, dans l'in- 
térieur de la ville : 

Ah ! que fera chaud ojordi I 
Que fera bon après midi 
Se jela la teta prcmire 
De dessus l'arcada du ponl ! 

Elle se trouve dans les notes de la réimpression de 1838 
de Y Entrée magnifique de Bacchiis, et dans le Recueil de 
chansons, noèls, etc. de la Collection des Bibliophiles lyon- 
nais. Elle est fort libre. 

2^ La chanson des talFetatiers lors de leur révolte, en 
1744, sous M. Claret de la Tourette , prévôt des mar- 
chands, à l'occasion des machines inventées par Vaucan- 
son, pour diminuer la main d 'œuvre : 

As tu ren vu passa per iqui 
Lo posu de papi ? 

Elle a été imprimée en 1744 à Lyon, chez Aimé Delaroche ; 
reproduite dans un opuscule de M. G., ^intitulé : Faucan- 
son à Lyon, 1844, in-8^, et dans le Recueil des chansons^ 
noëls, etc. de la Collection des Bibliophiles lyonnais. 

3° Un vaudeville chanté en 1744, à la Comédie de Lyon, 
à l'occasion de la convalescence du Roy. Il contient neuf 
couplets patois assez insignifiants, chantés par des arti- 
sans lyonnais de diverses professions : lo savetti^ loporie- 
falol, una buandire, lo bolongi, etc. 

La Bibliothèque de la ville en a un exemplaire prove- 
nant delà Bibliothèque Coste (n^ 12434 du Catal.). 

4^ Une chanson attribuée à Revérony, faite à l'occasion 
du mariage du comte d'Artois avec M'^^ Marie-Thérèse de 
Savoie, et du passage de cette princesse à Lyon en 1773 : 

Qu'elai donc celi vacarme 



LVI 

Que met le irondc en coucii ? 

dans le Becueil des chansons, noëls, etc., delà Collection 
des Bibliophiles lyonnais. 

5° La chanson de Reyérony sur l'ascension en ballon 
de Pilastre du Rosier, à Lyon, le 19 janvier 1784, l'une 
des premières ascensions aérostatiques : 

Qu'etai donc cela merveilla 
Que raconte Revarchun ? 

Elle parait avoir été imprimée à cette époque, mais je n'en 
ai point vu d'exemplaire . Elle a depuis été insérée par 
Cochard dans l'almanach qu'il a publié sous le titre de 
\ Homme de la Roche, calendrier historique sur Lyon, pour 
1828, Lyon, Pézieux, in-12, p. 84. Elle a encore été réim- 
primée en placard et chantée dans les rues de Lyon vers 
1830, mais avec des changements notables. 

Elle est très-jolie, et les vieux Lyonnais n'ont pas ou- 
blié le couplet suivant : 

Notra Dama de Forvire , 
A qui y s'ctiau vaya, 
Lou sorti de la rivire 
Ont' y se sarian naya. 
Ma par puni ce grenoille 
Que volian monta u ciu , 
Lou fichi din la patroille 
Du coûta de Vcnissiii. 

6*^ Une chanson de Révérons" sur la fête de la Confédé- 
ration, célébrée à Lyon le 14 juillet 1790. Elle est inti- 
tulée : Chanson nouvelle sur la Basiille : 

Qu'elai donc cela gran fêta 
Que nos avons din Lyon? 
Disavc la mare Teta 
U compare Mathevon. 



LVM 

dans les Tablettes chronolog. pour servir à l'Histoire de 
Lyon, par M. Péricaud aine, Annuaire de 1833. 

1^ Une chanson de ^^evérony qui paraît avoir été com- 
posée quelque temps après le 9 thermidor : 

L'univcr et la patria 
Vcni tos par ccota 
Lo récit lochant et trisio 
Qu'a Lyon est arriva. 

à la Bibliothèque de la ville, dans une feuille ayant pour 
titre : Chansons patriotiques. (N*' 12481 du Catal. Coste.) 
Elle se trouve aussi dans le Siège de Lyon, poème histo- 
rico didactique, par L.-M. Perenon. Lyon, Guyoi , 1825, 
p. 71. 



m. 



C'est aussi au xviii® siècle qu'on voit apparaître pour 
la première fois le dialecte canuts langage tout spécial, 
distinct du patois de nos campagnes et du dialecte commun 
de la ville, non-seulement par l'emploi des termes propres à 
la profession de nos ouvriers en soie, mais encore par des 
expressions, par des tournures et par une prononciation 
particulières. Il y aurait dans la recherche de l'origine de 
ce langage et dans son appréciation la matière d'un tra- 
vail spécial que nous espérons faire un jour. 

Il faut toutefois dès à présent noter ce fait , qu'avant 
le temps dont nous nous occupons il n'y a pas de traces du 
langage canut. Le Lyon en vers burlesques, dont l'auteur 
parait s'être préoccupé des langages spéciaux, n'introduit 
pas d'ouvriers en soie, et les noëls, qui les mettent assez 
souvent en scène, leur font parler le patois de la ville. Il 



LVMI 

y avait aussi sur leur profession une chanson de ce 
temps : 

Ecota gran et petit 

La chanson du taffetati. 

qui était en patois. 

Nous ne connaissons même d'autre publication du siècle 
dernier en langage canut que deux placards intitulés : 

Déclaration d'amour d'un ouvrier en soie à une sadnaire^ 
et Réponse de la salinaire à l'ouvrier en soie, pet. in-4°. 

Ces deux pièces datées de 1795, et toutes deux fort 
grossières, sont à la Bibliothèque de la ville et provien- 
nent de la Bibliothèque Coste. (N° 12402 du Catal.) 

Il doit en avoir été publié à cette époque quelques 
autres du même genre. 

XIX^ SIÈCLE. 

Au XIX® siècle, non-seulement personne ne parle plus 
le patois à Lyon, mais on ne l'y comprend plus. Aussi n'y 
publie-t-on rien dans ce langage. C'est le dialecte canut 
qu'on emploie quand on veut donner à une publication une 
couleur tout à fait populaire. 

En compensation, les campagnes, un peu plus lettrées 
que par le passé, s'élèvent au-dessus de la chanson et du 
noél. Il s'y publie des opuscules en vers de quelque 
étendue. 

C'est à ces deux catégories qu'appartiennent les œuvres 
que nous allons indiquer. 



LIX 



I. 



Le dialecte canut a produit certainement ses chefs- 
d'œuvre dans les Lettres à mon cousin Greppo, 

Les premières, publiées en 1849, lorsque Lyon avait un 
député de ce nom à la Constituante, eurent un très-grand 
succès qu'elles méritaient par leur verve de bon aloi, par 
la rondeur et la finesse de leur raillerie, et par l'honnêteté 
des sentiments exprimés sous cette forme populaire. Elles 
sont aujourd'hui introuvables. D'autres également spiri- 
tuelles furent publiées plus tard. 

L'anonyme sous lequel l'auteur s'était caché a été au- 
jourd'hui révélé par les Catalogues des ventes, où l'on s'est 
disputé les Lettres à mon cousin Greppo. Elles sont de 
M. PÉROUSE, Jean-Joseph-Barthélemy, ancien avocat au 
barreau de Lyon. 

En voici la liste : 

P® Lettre, datée de la Croix-Rousse, 18 avril 1849, pu- 
bliée dans VEcho des Electeurs du 20 avril, signée J. P. 

2^ Lettre, datée de la Croix-Rousse, février 1849, pu- 
bliée dans l'Echo des Electeurs du 23 avril, signée J. P. 

3^ Lettre, datée de la Croix-Rousse, 21 avril 1849, pu- 
bliée dans l'Echo des Electeurs du 27 avril, signée Jacqui- 
net Parlefranc. 

A^ Lettre, datée de la Croix-Rousse, 30 avril 1849, pu- 
bliée dans VEcho des Electeurs du 4 mai, signée Jacquinet 
Parlefranc. 

5^ Lettre, datée du 5 février 1850, publiée dans le Cour- 
rier de Lyon du 17 décembre 1851, signée : pour copie con^ 
forme, Pérouse. 



LX 

6* Lettre, datée du 10 décembre 1851, publiée dans le 
Courrier de Lyon du 20 décembre 1851 , signée : pour copie 
conforme, Pérouse. 

7. Epître à mon cousin Greppo. Les petites Sœurs des 
pauvres à Lyon. La Croix-Rousse, 14 avril 1853, signée 
J. P. — Lyon, Mougin-Rusand, 1853, in-8°. 

8. Epître à mon cousin Greppo, sur l'inauguration du 
clocher de Fourvières, signée J. P. — La Croix-Rousse. 
15 décembre 1853. — Lyon, Perrin, 1851, in-8°. 

M. Pérouse a encore publié dans le même langage : 

Les embellissements de Lyon, pochade rimée par un vieux 
canut. — Lyon, Perrin, 1858, in-12, 20 pp. 

Les embellissements de Lyon, suite et fin de la pochade 
rimée, par un vieux canut. — Lyon, Perrin, 1858, in-12, 
22 pp. 

Le succès des productions de M. Pérouse avait donné, 
dans ces dernières années, ouverture à un véritable dé- 
luge de poésies canuses. Il en est plusieurs qui ne méri- 
tent aucune mention ; le stvle n'y a aucun caractère , si 
ce n'est d'être tout à fait insipide. Mais il faut excepter 
de ce jugement les deux publications suivantes : 

1** Fisite à C Exposition des Amis des arts en 1860, par 
M. Tatagolel et le père Claqueposse. — Lyon, Vingtrinier, 
1860, in-8«. — Très-jolie pièce. 

2° Les canettes de Jérôme Roquet dit Tempias , ouvrier 
taffetaquié, — Lyon, Méra, 1862, in-12. 

Ce volume est le recueil de plusieurs pièces canuses, en 
vers et en prose, de M. Blanc, Louis-Etienne, ancien 
huissier, né à Lyon en 1777, et mort à Collonges, près 
Lyon, le 20 novembre 1854. 



LXI 

L'éditeur, M. Et. Blanc, paraît s'excuser dans la pré- 
face de n'avoir pas compris, dans ce Recueil des œuvres 
de son père, d'autres pièces appartenant au genre qu'il 
appelle risqué, remarquables, dit-il, par une verve et une 
finesse d'observation dépensées à pleines mains. Il semble, 
puisque la préface employait des précautions oratoires , 
qu'elles eussent pu être d'une tout autre nature, plusieurs 
des pièces publiées pouvant déjà tenir un assez bon rang 
dans le genre risqué, La plupart du reste sont amusantes 
et bien faites. 

Enfin, pour achever cet inventaire du genre canut, il 
faudrait pouvoir parler avec quelques détails : 

P Du théâtre Guignol : mais c'est encore là un trop 
grand sujet pour qu'on le traite épisodiquement. 

2^ Des histoires de canut que racontait, au commence- 
ment de ce siècle, un homme qui a égayé toute une géné- 
ration lyonnaise. Tapissier le matin, musicien le soir, ne 
s'enrichissant ni dans l'une ni dans l'autre de ces profes- 
sions. Verdelet était, il y a quarante ans, appelé dans 
toutes les réunions dansantes de la bourgeoisie, pour }' 
jouer du violon et surtout pour faire, dans les intermèdes 
de la danse, avec son imperturbable sang froid et un ac- 
cent inimitable, un de ces récits auxquels les fronts les 
plus soucieux ne résistent pas. Plusieurs de ses contes : 
la Carriole va partir, le Sabre de garde national de mon 
père^ le Binet et le bain, etc., ont eu une grande célébrité, 
et après les avoir entendus vingt fois, on voulait les en- 
tendre encore. On peut les retrouver aujourd'hui dans 
quelques mémoires, rajeunis et amplifiés parla verve 
des artistes lyonnais, qui ont toujours professé pour ce 
genre un véritable culte. Mais comment fixer par l'écriture 



Lxn 

ce qui ne vit réellement que par l'accent et la physionomie 
du conteur ? On ne peut que souhaiter à ces chefs-d'œuvre 
de vivre longtemps encore de la vie légendaire, transmis 
d'âge en âge par des adeptes fervents qui, tout en don- 
nant cours à leur imagination , tiendront à honneur de 
respecter les grandes traditions du maître. 



II, 



Les œuvres de nos campagnes ne sont pas bien nom- 
breuses. Nous pouvons citer : 

P Hymna à la Concorda oux fifros de Mornant , en 
patois, suivie d'une notice historique^ etc., sur la ville de 
Mornant, par E. C. Condamin fils. — Lyon , Boursy fils, 
1846, 

Epître de 22 pp. en vers alexandrins, assez jolie. 

2^ La Republiqua, chanson dédia oux agricuteux , 15 mars 
18i8, signée : on paysan. — Placard in-4''. — A la Biblio- 
thèque de la ville, collection Coste (n° 17340 du Catal.) 

Nous devrions peut-être, et telle a été un instant notre 
intention, ranger dans les textes du patois lyonnais les 
poésies de Roquille, de Rive-de-Gier. 

En effet, bien que rattachée au Forez , la vallée du 
Gier, ou pays de Jarez, appartenait au Lyonnais par les 
rapports les plus significatifs. Elle est située dans le 
bassin du Rhône. Rive-de-Gier était jadis paroisse de 
l'archi-prêtré de Mornant. Son langage est presque iden- 
tique à celui des communes du Lyonnais qui l'avoisinent, 
tandis qu'il diffère beaucoup de celui de St-Etienne et de 
celui de la plaine de la ' oire. 

Mais Roquille s'étant lui-même qualifié de poète foré- 



LXIII 

zien, nous n'avons pas cru pouvoir l'enlever au Forez, et 
nous avons renvoyé à une autre division de ce travail Tin- 
dication de ses poésies. 



APPENDICE. 



Avec ces textes du patois lyonnais, une notice bibliogra- 
phique doit indiquer les ouvrages dans lesquels il est traité 
de nos dialectes, pour les caractériser, pour en conserver 
la tradition, même pour les proscrire. 



I. 



C'est dans cette dernière catégorie qu'il faut placer 
l'ouvrage publié par l'instituteur Molard, dans le but de 
réformer toutes les fautes qui se commettent à Lyon 
contre le beau langage. Molard a poursuivi dans son livre 
des choses très-distinctes et qui ne méritaient pas au même 
degré ses proscriptions. Il s'est attaqué 1** à des altéra- 
tions, à des prononciations fautives des mots français, 
ou à des tours de phrase défectueux condamnés par la 
grammaire ; et en cela il avait toute raison ; 2° à des dé- 
bris de notre ancien langage, parfaitement réguliers dans 
leur forme originelle , et qu'il ne fallait pas proscrire 
comme des insurgés contre le français auquel ils n'ap- 
partiennent pas ; 3° enfin, à des termes spéciaux dési- 
gnant des choses exclusivement en usage dans notre pro- 
vince, termes qui ne peuvent pas être remplacés par les 
noms parisiens d'objets peut-être analogues, mais cepen- 



LXIV 

daut différents. Bien que l'auteur se soit ainsi placé à un 
point de vue essentiellement faux, son ouvrage est plein 
de faits curieux et d'observations intéressantes pour notre 
vieux langage . 

Etienne Molard, né à Lyon, mais d'origine genevoise, 
a enseigné pendant longtemps dans notre ville la langue 
française et la langue latine. Il j est mort le 6 mars 1825, 
à l'âge de 65 ans. 

Son livre a eu au moins cinq éditions dont voici l'indi- 
cation : 

1. Lyonnoisismes. ou Recueil d' expressions vicieuses em- 
ployées m t^me quelquefois par nos meilleurs écrivains, aux- 
quelles on a joint celles que la raison ou l'usage a consacrées, 
par Et. Molard, instituteur. — Lyon, chez l'auteur, 
1792, in-8°, 59 pp., avec un supp. de la l*"^ partie, 4 pp., 
et un supp. de la 2®, 8 pp. 

2. Dictionnaire du mauvais koigage, ou Recueil des ex- 
pressions et des phrases vicieuses usitées en France, et no- 
tamment à Lyon, par Et. Molard, instituteur. — Lyon, 
Ant. Beaumont, 1797, in-S"", 126 pp. 

3. Dictionnaire grammatical du mauvais langage, ou Re- 
cueil des expressions et des phrases vicieuses usitées en 
France, et notamment à Lyon, par Et. Molard, institu- 
teur. — Lyon, chez l'auteur et chez CF. Barret, an XII 
(1803), in-12, 214 pp. (Il y a à la fin un Précis desrègles de 
la prosodie française.) 

4. Le mauvais langage corrigé, ou Recueil par ordre al- 
phabétique d'expressions ou de phrases vicieuses usitées e)i 
France, et notamment à Lyon, par Et. Molard, institu- 
teur; 4® édition, revue, corrigée eî augmentée de plus de 



lAV 

400 articles nouveaux, — Lyon, Y vernault ; Paris, Bru- 
not Labbe, 1810, in-12, 284 pp. et 5 pp. d'addition. 

5. La 5®, Lyon, 1813, in-S*', a le même titre que celle de 
1797. 

Celle de 1810 a donné naissance à deux opuscules 
sur le même sujet : 

M. G. M. Déplace, instituteur comme M. Molard, pu- 
blia des Observations grammaticales sur quelques articles 
du Dictionnaire du mauvais langage. — Lyon, Ballanclie, 
1810, in-12 de yiii-95 pages — qui furent combattues dans 
une brochure attribuée à M. le docteur Sainte-Marie, 
ayant pour titre : Deux petits mots sur les observations 
grammaticales de M. Déplace , relatives au Dictionnaire 
du mauvais langage. Lyon, Yvernault , 1810, in-8° de 
24 pp. 



IL 



Un travail , bien plus recommandable au fond et à la 
forme, est celui que M. Breghot du Lut a inséré par 
fragments dans ses Mélanges biographiques et littéraires 
pour servir à V Histoire de Lyon, et qu'il a intitulé d'abord : 
Quelques additions et corrections pour le Dictionnaire du 
mauvais langage corrigé de M. Molard; puis, avec plus de 
vérité : Remarques de grammaire et d élymologie. 

Ces fragments, trop peu nombreux, se trouvent dans le 
1" vol. des Mélanges p. 222 et 266, et dans les Nouveaux 
mélanges, p. 60, 129 et 257. Ils offrent un modèle de glos- 
saire de nos dialectes, auquel nous avons fait nos efforts 
pour nous conformer. 



LXVI 



III. 



Les Notices sur diverses communes du département 
(lu Rhône, publiées par N.-F. Cochard, contiennent aussi 
d'assez nombreux documents sur nos patois. Nous cite- 
rons particulièrement les deux suivantes : 

Notice historique el stalislique du canton de Saint-Sym- 
p/wrien-le-Cfidleau. Lyon, Barret , 1827, in-8<*, 216 p. 
(Publiée auparavant dans les Archives histor. du Rhône). 
— Elle a , p. 14 , la Parabole de l'Enfant prodigue en patois 
de ce canton, et Tindication de divers mots. 

Notice statistique sur la ville el le canton de Condrieu. 
(Publiée dans VAlmanach de Lyon de 1813, puis tirée à 
part. Ballanclie, in-8°,110p.) — Elle indique plusieurs 
mots du patois de ce canton et a p. 104 une traduction 
de la Parabole de C Enfant prodigue. 

On peut encore consulter pour le langage et spéciale- 
ment pour les noms de lieux les Notices de cet écrivain 
sur Sainte-Colombe -lès- fienne (Almanach de 1813); — sur 
Saint- Romain- en- Galles (s. d.); — sur Saint- Cyr-le-Rhône, 
ou Saint Cyr-lès-Sainle-Colombe (Almanach de 1824); — 
sur T^oire (Id.) ; — sur Les Hayes (Almanach de 1825) ; — 
sur Longes et Trêves (id.) ; — sur lupin-Semons (id.) 



IV. 

Parmi les autres ouvrages qui peuvent présenter de 
l'intérêt pour Tétude de nos dialectes, nous citerons en- 
core : 

1. Le Chasse-ennuy, ou Vhonneste entretien des bonnes 



LXVII 

coinpff fîmes, par Louis Garon. — La première édition est 
de Lyon , t. 1 , 1628 ; t. II, 1631 , Claude Larjot , ui-V^. 
II y a une édition de Paris, Cl. Griset , IG33, in-l-J. 

Louis Garon était Genevois , mais il a passé la plus 
grande partie de sa vie à Lyon. Son livre est un recueil 
d'anecdotes et de bons mots qui n'a ni plus ni moins de 
valeur que tous les livres de ce genre. Mais il contient 
beaucoup de détails sur Lyon et les Lyonnais, et plu- 
sieurs citations de mots et de phrases du langage de ce 
pays. 

2, De la fralernilé consanguine du peuple originairement 
lyonnais avec la nalion vraimenl milanaise ^ par M. l'abbé 
Aimé Guillon de Mauléon , un des conservateurs de la 
bibliothèque Mazarine. {Archives hislor. du Rhône^ t. VIII 
(1828), p. 277 et t. IX, p. 179, 255.) 

Nous avons déjà indiqué et apprécié ce travail dans 
l'Introduction, p. xxxiv, en note. 

3. Album du Lyonnais , villes^ bourgs, etc., du départe- 
ment du Rhône, publié sous la direction de L. Boitel. Lyon, 
Boitel, 1843, 1844, in-4«. 

Il contient quelques fragments de chansons patoises. 



BEAUJOLAIS 



Je ne puis citer pour le Beaujolais que bien peu de 
textes. 

1 .. Une chanson en patois de Régny a été imprimée ou 
plutôt lithographiée à Roanne, avec dessins, vers 1840. 
Elle est intitulée : 

La Ligue de Régny, grrrande complainti ein trrrante do 
couplé, ainvanlo et tsanlo pe lou Nonni Fâcher, avi ac- 
compagnemain de tambour. 

Elle a pour sujet un procès correctionnel pour délit de 
chasse, et est l'œuvre d'un avocat au barreau de Lyon , 
aujourd'hui député au Corps Législatif. Elle est fort jolie, 
et il n"y manque aucun des 32 couplets promis par le 
titre. 

2. Une traduction de la Parabole de i Enfant prodigue 
en patois de Beaujeu a été donnée dans le t. XIII, année 
1830, des Archv'es historiques du Rhône, p. 167. 

3. Le Glossaire de Ducange contient en outre un assez 
grand nombre de citations d'actes et de titres en basse 
latinité ou en vulgaire appartenant au Beaujolais. Nous 
en avons rapporté plusieurs dans ce volume. 



FOREZ. 



XIII*^ SIECLE. 

La Charte de Saint-Bonnel-le-Châleau du xiii^ siècle , 
qui a été publiée par M. AuG. Bernard dans son Histoire 
du Forez, t. I , p. 220, devrait être citée comme le plus 
ancien texte connu en dialecte du Forez , si l'on pouvait 
penser que cet acte public reproduit bien le langage alors 
parlé dans la province. Mais, ainsi que je l'ai fait obser- 
ver dans l'Introduction, les actes de cette nature n'étaient 
presque jamais rédigés dans un langage proprement pro- 
vincial. Leur rédacteur cherchait toujours à se rappro- 
cher d'un type plus général, la langue d'oc ou la langue 
d'oïl, suivant la partie de la France à laquelle apparte- 
naient ceux pour qui il écrivait. 

La charte de Saint-Bonnet est beaucoup plus languedo- 
cienne que ne l'est aucun des dialectes actuellement par- 
lés en Forez. Or, si ces dialectes eussent eu au xiii® siècle 
un caractère aussi tranché, on ne comprend pas comment 
ils seraient arrivés au caractère tout spécial qu'ils ont 
encore à ce jour. 

Bien qu'on ne puisse y voir un type du patois forésien, 
la charte de Saint-Bonnet est intéressante à étudier pour 
les noms d'objets ou d'instruments particuliers à la pro- 
vince. 



LXX 



XVIl^ SIECLE. 

Au xYii^ siècle appartient le Ballet en langage forésien 
de trois bergers et bergères se gaussant des amoureux qui 
nomment leurs maistresses leur doux souvenir, leur belle 
pensée, leur lis, leur rose, etc. — s. 1. n. d., pet. in-8®. 

C'est une parodie spirituelle, mais très crue, des pas- 
torales que l'imitation du Pastor fido et de VAminta avait 
mises à la mode en France. 

M. Gustave Brunet en a donné une réimpression. 
Paris, Aubry, 1855, in-8^ 

On attribue le Ballet forésien, mais sans de bien bonnes 
raisons, à Marcellin Allard, auteur de la Gazzette fran- 
çoise, sorte de satire allégorique de la ville de Saint- 
Etienne et de ses habitants, dont la seule édition connue 
porte sur le titre Paris, Chevalier, 1605. Malgré cette 
indication, je crois qu'Allard publiait son livre par frag- 
ments, ce que semble d'ailleurs dire ce nom de gazzette. 
J'en ai vu un chapitre publié à part, portant en frontis- 
pice, La déroute des soldats de l'Heurton, avec les considé- 
rations sur les evenemens de la paix et de la guerre. Paris, 
Chevalier, 1615, pet. in-8^. 

La Gazzette françoise , bien qu'écrite en français, con- 
tient un certain nombre de dictons et proverbes patois. 



IL 



C'est aussi au xvii® siècle qu'il faut placer les trois 
Chapelox, Jacques, Antoine et Jean, bien que l'aïeul et le 
père appartiennent par leur naissance et par une partie 



LXXI 

de leur vie au xvi^ Il est probable que les œuvres de 
Jacques et d'Antoine n'ont jamais été publiées de leur 
vivant , et s'il en a été autrement de quebjues poésies de 
Jean , telles que les Noues patois, et VEnIral solennella, 
ces petits livrets sont aujourd'hui introuvables. 

La première édition, dans laquelle les trois poètes aient 
été réunis, a pour titre : 

1. Collection complète des œuvres de messire Jean Cha- 
pelon, prêtre sociétaire de Saint- Etienne, avec l'abrégé 
historique de sa vie , recueillies et publiées par M. E. C. 
(Chauve), prêtre. Saint-Etienne, Devers, 1779, in-S^. 

Bien que ce titre ne le dise pas, les œuvres de Jacques 
et d'Antoine sont jointes, dans cette édition, aux œuvres 
de Jean. 

Il en a paru deux autres éditions dans ce siècle. 

2. OEuvres complètes de Jean Chapelon, recueillies par 
M E. 6\, augmentées des œuvres de MM. Antoine et Jac- 
ques Chapelon. Saint-Etienne, chez Jourjon. Imprimerie 
de Mistral, à Lyon, 1820, in-8°. 

Reproduction exacte de celle de 1779. 

9^ OEuvres complètes de Jean Chapelon, augmentées de 
celles de Antoine et de Jacques Chapelon, de fragments de 
poésies de G. Boijron et d'une notice de Saint-Etienne. 

Saint-Etienne, 1837, in-S*". 

Les trois Chapelon sont de tous les écrivains de notre 
province les plus connus et les plus étudiés. Ils méritent 
leur célébrité. L'un d'eux , Antoine, était un vrai poète, 
qui, à la beauté de la forme du vers et à la justesse de 
l'expression, joignait une vigueur de coloris parfois vrai- 
ment admirable. 



LXXII 



Les Portraits d'auteurs forésicns , par Gui de la Grye 
(^René de Chantelauze) , ont sur les trois Chapelon une 
bonne notice qui contient quelques fragments inédits du 
dernier. 



XVIII« SIECLE. 



Le xviii^ siècle a : 



L 



Les Noëls de l'abbé Thiollière, 1746. Réimprimés en 
1838, Constantin, libraire à St-Etienne. 



IL 



Une chanson en patois de Montbrison, faite au commen- 
cement de la Révolution, sur la garde nationale, par Vial, 
de Chandieu. Elle est intitulée : Chanson sur la brenache 
de Montbrison, appelée les Ferts à cause de la couleur de 
l\ini forme, par un habitant de Chandieu. 

hlle a été imprimée par M. Auguste Bernard, dans son 
Histoire du Forez, 1835, t. IL p. 14. 



m. 



Un petit poème sur les suites des événements du 9 ther- 
midor à St-Etienne, attribué à l'abbé Baudin. 

Il n'a pas été publié, mais il en existe plusieurs copies 
manuscrites dans les cabinets des curieux. 



r.XMii 



X1X« SIECLE. 

Le Forez a été très-riche pendant ce siècle en produc- 
tions patoises. 



I. 



En 1837, M. Descreux, secrétaire de la mairie de Saint- 
Etienne, a publié : Fragments des poésies patoises de 
M^ Boyron , graveur, suivis d'une biographie stcpJianoise 
et d'une notice historique sur la ville de Saint-Etienne. 
Saint-Etienne, Sauret, 1837. 

Ces fragments de Boyron ont aussi été réunis à l'édi- 
tion des Chapelon, de 1837. (V. ci-dessus.) 

Boyron vivait à la fin du siècle dernier. 

II. 

Deux Recueils de chansons en patois de Saint-Etienne 
ont été publiés par M. P. Philippon, intitulés : Nouvelles 
Chansouns patoises , de P. P., 1842 ; — et Chansouns et 
brands de Baboclii , par P. Philippon. San Tziève, 
Théolier aine, 1853. 

La plupart de ces chansons, particulièrement celles du 
second recueil, sont charmantes. 

m. 

Un Stéphanois, Fr. Linossier, qui a pris quelquefois le 
pseudonyme de Patasson, a composé et fait jouer à Saint- 
Etienne plusieurs pièces de théâtre en patois. Une seule a 
été imprimée ; elle a pour titre ; Rémou et Baroueni^ ou lou 



LXXIV 

Peintre et lou Fargeœu, pièce dialoguée en vers , mêlée de 
couplets en patois stèphanois , par F. Linossier, peintre 
en décors à Saint-Etienne, 1851, in-8°. 

Linossier a aussi publié plusieurs chansons dialoguées 
en patois gaga, notamment Moussue Progrès^ ou le Cau- 
chemar d' une vieille lavandière du quartier des Gauds. 1861, 
8 pp. in-8° ; — et Un Boucher au grand festival, 1862, 7 pp. 
in-8«. 



IV. 



Il a encore été publié à St-Etienne, dans ces dernières 
années, un assez grand nombre de chansons patoises que 
nous n'avons pu retrouver toutes. 

Nous citerons seulement : 1° une chanson sur Digonnet, 
le petit dieu des Béguins, 1849; — 2^ une complainte sur 
la Cavalcade de 1861, par 5a6oc/it (Philippon). 

Plusieurs morceaux de prose patoise ont aussi été insé- 
rés dans les journaux de la localité. 



V. 



Saint-Etienne n'a pas été seule en Forez à faire sa cour 
à la muse patoise. 

En 1837, à Saint-Chamond, se publiait un petit poème 
intitulé : Mariage de Jean et Tuainon, poèmoue en patois 
de San-Chamoue, par J. A. Sayel. — A Saint-Chamond, 
chez l'auteur. — Saint-Etienne, impr. de Pichon. 



LWV 



VI. 

Rive-de-Gier a eu aussi son poète , et il lui a conquis 
dans ce genre un rang tout à fait à part. Guillaume Ro- 
QUiLLE (1) avait un talent véritable. S'il n'eût conduit trop 
souvent sa muse au cabaret, et s'il ne l'eût égarée parfois 
dans les sentiers de la politique violente, sa renommée se 
fût certainement étendue au-delà des limites de la pro- 
vince. Ses vers sont pleins de verve et de bonne humeur, 
et le patois y prend un tour vraiment poétique. Plusieurs 
de ses poèmes sont de petits chefs-d'œuvre comiques. En 
voici la liste exacte : 

1. Ballon d'essai (Cun jeune poêle forézien, on Recueil de 
quelques pièces de vers en patois du Forez, par Guillaume 
RoQUiLLE, de Rive-de-Gier. — A Rive-de-Gier , chez 
Magissol, libraire, et chez l'auteur. — S. D. (183...), in- 
12,57 pp. 

Ce volume comprend sept pièces patoises et une chan- 
son en français. La première pièce, intitulée : Situation 
de vel ^'ur-de-Gi, qui dépeint les changements apportés 
dans la condition des habitants de Rive-de-Gier par l'éta- 
blissement du chemin de fer de Lyon, est de beaucoup la 
meilleure. Il y a aussi dans le Tuteur une peinture très- 
saisissante des exactions d'un prêteur à la petite semaine. 
Le surplus du Ballon d'essai est faible et grossier. 

2. Breijou et so disciplo, poèmo burlesquo, in sie chants et 
in varspatuais, par Guillaumo Roquilli. — Vait Var-de- 

(1) C'est par erreur que le Catalogue de la Bibiolhèqiie Coste a consi- 
dcrc ce nom comme un pseudonyme cl nommé Targe l'auteur du Ballon 
d'essai, de Brcyou, etc. 



LXXVI 

Gi, chez P. Guilleri, cofetsi. — Vait Givors, chez Duforni, 
1836, in-12, 84 pp. 

Récit fait, dans un déplorable esprit politique, de Té- 
meute qui ensanglanta Lyon en 1834. Ce poème valut à 
Roquille une poursuite correctionnelle. 

3. Lo Deputo manquo, poèmo ein patuais de vait Far-de- 

Gi, par Guillaume Roquille. — A Rive-de-Gier, chez 
Point, cafetier, et chez l'auteur. 1838, in-8®, 27 pp. 

Episode des luttes électorales du temps, décrit avec un 
entrain et un bonheur d'expression irrésistibles. 11 y 
a surtout un repas d'électeurs campagnards dont le ta- 
bleau est d'une effrayante, mais bien divertissante vérité. 
Le Deputo manquo est la meilleure pièce de Roquille. 

4. Lo Pereyoux (les mineurs), poème burlesque en patois 
de Rive-de-Gier^ par Guillaume Roquille. — A Rive-de- 
Gier, chez l'auteur, ferblantier. 1840, in-8'', 24 pp. 

Récit fort amusant d'une de ces grèves d'ouvriers mi- 
neurs, qui étaient si fréquentes de 1830 à 1848 dans les 
mines du département de la Loire, qui finissaient quelque- 
fois tragiquement, mais dont les personnages n'avaient 
certainement rien de tragique. 

5. Les Fictimes et le dévouement , par Guillaume 
Roquille Rive-de-Gier, chez l'auteur, ferblantier, et 
Lyon, Perrin (1840) , in-8\ 

Cette pièce, que nous citons pour ne rien omettre des 
œuvres de Roquille, est en français. Elle a pour sujet une 
catastrophe produite dans une mine de charbon par une 
explosion du feu grisou, qui donna la mort à 32 ouvriers. 
Il est à peine besoin de dire que les vers français de Ro- 
quille sont loin de valoir ses vers patois, et que sa verve 



LXXVll 

nest à l'aise que lorsqu'elle peut parler sa langue de tous 
les jours. 

6" La Ménagerie ou le grand combat d'animaux , poème • 
burlesque et allégorique , par Guillaume Roquille. Lyon , 
Nourtier, 1843, in-S^, 23 pp., avec une fig. 

Pièce qui, sous des noms supposés, dépeint des person- 
nages vivant alors à Rive-de-Gier : elle est aujourd'hui 
fort obscure et d'un intérêt médiocre. 

7. Les Ganduaises , poésies paloises , par Guillaume 
Roquille. Lyon, Nigon, 1856, in-8^. 

Trois pièces, dont l'une : Toi va bien^ est très-jolie. 

8. Poésies paloises et françaises , par Guillaume Ro- 
quille. Lyon, Nigon, 1857, in-8®. 

Volume qui contient, sous pagination séparée, lo Dépulo 
manquo, lo Pereijoux, les f ictimes, la Ménagerie, les Gan- 
duaises, plus une assez bonne pièce, la Gorlanchia, sorte 
de revue des quartiers de Rive-de-Gier, et des Poésies di- 
verses médiocres. 

9. Discours en vers patois , prononcé dans une grande 
assemblée présidée par M. Petin , maire de Bive-de-Gier 
(à l'une des réunions d'une société de secours mutuels), 
par Guillaume Roquille. Lyon, Perrin , 1858, in-8°, 
10 pp. 

Une des bonnes pièces de Roquille. 

10. Rive de-Gier, poème familier (en français), par Guil- 
laume Roquille, ouvrier ferblantier, suivi de : lo Procès 
pardzu,poèmo enpatuais de vais f ar-de-Gi. Lyon, Perrin, 
1859, gr. in-8^ 84 pp. 

C'est la dernière publication de Roquille, qui est mort à 
Rive-de-Gier, le l^"- février 1860. 11 avait été pendant plu- 



LXXVIII 

sieurs années absent de son pays natal, où il était re- 
venu infirme et misérable. Il avait été recueilli par MM. 
Jackson, qui l'avaient placé comme concierge dans leur 
usine d'Assailly. 



VII, 



Enfin, une petite commune des bords du Rhône, Lupé, 
a fait publier récemment, au profit de la restauration de 
son église, un Recueil de poésies en français et patois de 
Lupé, en For ez^i^SùY Jean- Ant. Teyssier, vigneron et maire 
de la commune. — Saint-Etienne, veuve Théolier, 1863, 
in-80, 32 pp. 



APPENDICE» 



I. 



En 1857, M. F. Linossier a commencé la publication 
d'un Dictionnaire forésien , sous ce titre : Dictionnaire 
gaga français , ou Dictionnaire du vrai patois stéphanois 
ancien et moderne, par Linossier (Patasson) , peintre déco- 
rateur. — Vienne, imprimerie de Timon, 1857, gr. in-8. 

Il n'en a été publié que quelques livraisons. 



IL 



Dictionnaire du patois forésien, par L. Pierre Gras. 
Lyon, Aug. Brun, 1863, 270 p., in-8. 



LXXIX 

L'Introduction annonce que l'auteur a pris principale- 
ment pour objet de son travail le patois de la plaine du 
Forez. 

Outre le Dictionnaire et un essai grammatical, ce vo- 
lume contient plusieurs petits contes , chansons et pièces 
de poésie en patois du Forez. 



AVERTISSEMENT. 



La méthode suivie dans cet Essai se fera assez connaître par 
sa seule lecture. 

Je crois devoir cependant indiquer sommairement les règles 
auxquelles je me suis soumis. 

1. Je n'ai pas eu la prétention de donner le vocabulaire com- 
plet des mots employés par le peuple de notre province. 

Le langage populaire des villes et des campagnes est composé 
d'éléments très-multiples. On y trouve d'abord le français défi- 
guré ou par la prononciation ancienne du pays, ou par des habi- 
tudes d'incorrection naturelles aux classes illettrées. Il va sans 
dire que que j'ai dû éloigner de ce travail tous les mots que le 
Dictionnaire de l'Académie regarde comme appartenant à l'usage 
actuel de la langue française, lors même qu'une'^prononciation 
locale leur a donné une forme un peu différente. 

On trouve en second lieu, dans le langage populaire, des mots 
appartenant à l'argot proprement dit, c'est-à-dire à un langage 
de convention, usité principalement parmi les Vagabonds, dans 
les classes les plus irrégulières de la société et ^destiné à n'être 
compris que par des adeptes. Ces mots ont dû être absolument 
négligés. 

Nous avons aussi omis les mots appartenant au langage spécial 
que certaines professions et certaines industries parlent dans 
toute la France. C'est là une sorte de supplément régulier à la 
langue officielle ; ce n'est point du patois. 

Même dans le patois proprement!dit , j'ai dû me borner. Tous 
les mots que j'ai catalogués, sauf un très-petit ^nombre], sont ex- 
traits des textes qui ont passé sous mes yeux, et j'ai accompagné 
chaque mot d'une citation. 



LXXXf 

Si j'ai ajouté (jueiqucs mots recueillis par moi dans la bouche 
des gens du peuple ou qui m'ont été fournis, je ne l'ai fait que 
par exception et avec réserve. Les prononciations locales altèrent 
tellement pour l'oreille la forme des mots que les hommes les 
j)lus exercés sont exposés aux erreurs les plus étranges s'ils se 
fient à une simple audition. Il faut avoir entendu les mots souvent 
et dans plusieurs bouches , ou les avoir vus matériidisés par l'é- 
criture , pour les étudier avec quelque sécurité. Ayant eu moins 
pour oîijet de faire un Dictionnaire que de montrer par un en- 
semble de mots la famille et les affinités de nos idiomes , j'ai dû 
étudier seulement les mots dont j'ai pu affirmer l'existence dans 
nos provinces par des exemples ou des témoignages certains. 

2. Lorsque j'ai mis sous un mot plusieurs citations, j'ai eu 
pour but d'en faire connaître les différents sens, les différentes 
formes, l'emploi à des époques et dans des localités diverses. 

3. J'ai toujours conservé, même lorsque je l'ai crue défectueuse, 
l'orthographe des textes que j'ai cités. Je dirai, dans les notions 
grammaticales, mon opinion sur l'orthographe régulière de nos 
patois. 

4. J'ai indiqué, toutes les fois que j'ai pu le faire, les mots 
correspondants dans les patois des provinces voisines, notamment 
dans ceux de Dauphiné , de Bresse et de Bugey, de Savoie, de 
Bourgogne et de Provence. 

0. J'ai indiqué les mots correspondants dans les anciens dia- 
lectes de la langue d'oc et dans l'ancien français , quelquefois 
aussi dans les autres langues néo-latines. 

6. Je n'ai jamais voulu donner une étymologie proprement 
dite. Dans un glossaire de dialecte provincial , c'est une entre- 
prise particulièrement dangereuse et une prétention excessive. 
Mais j'ai indiqué la parenté latine, même la parenté grecque, cel- 
tique ou germanique quand elle m'a parue bien établie. 

7. J'ai volontairement omis les noms de lieux et les noms 
d'hommes. C'est là un travail tout différent du Glossaire commun : 
j'espère le faire plus tard. 



»>f*i<->r*- 



J'ai cru inutile de citer sur chaque mot les Dictionnaires d'an- 
ciens langages ou de langages populaires où j'ai puise des ana- 
logues. A dcfnut d'indication conlrnire, les mots languedociens 
sont exlrails du Diclionnaire Imifjiicdocien de rabbc De Sau- 
vages, les mots provençaux du Diclionnaire provençil d'IIon- 
norat , les mots romans du Lexitjue roman de Baynoiiard , les 
mots appartenant à l'ancien français du Clossairc de la langue 
romane de Roquefort. 

Malgré l'inexactitude de ces dénominations le plus souvent 
usitées, j'ai placé sous l'indication de roman les mots appar- 
tenant à l'ancienne langue d'oc, et sous celle d'ancien fran- 
çais, ceux appartenant soit à la langue d'oïl, soit au français an- 
térieur au xvii^ siècle. 

La lettre l. désigne les mots cités d'après des textes lyonnais, 
la lettre F. les mots cités d'après des textes forésiens. 



Les dimensions déjà trop fortes de ce volume n'ont pas [«ermis 
d'y insérer les notions grammaticales. Elles seront l'objet d'une 
publication spéciale. 



ESSAI 



D c:i 



GLOSSAIRR DES PATOIS 



DE LYOxXNAIS, FOREZ ET BEAUJOLAIS. 



ABADA. F. aclj. Libertin, qui n'a aucune règle, écervelé. 

Car j'ai fal pis qu'un abuda. 

Jac. CuAPELON, Conlrilion d'un féncant, p. 269. 

Ab.\d.\ (a l'), a la bada. F. et l. adv. Librement, sans règle, 
a l'abandon. 

El qucioz agniraaux sont toujours à la bada. 

RoQuiLLi, La Ménagerie, p. 12. 

— P. dauphinois. 

Abada lo Iropc : Donner la clc des champs aux troupeaux. 

Cu.vMPOLLiox-Fic.EAC, Piccherch. sur les palais, p. 165 

Quand lui coirmaiidari d'abada notre boi. 
U s'en va plu joycu qu'un U7cl qui s'abade. 
Si jamais je te Irovo endormia à l'abada. 

Pastor. de Jayiin, acte III, se. i ; acte V, se. m ; acte I, se i. 

1 



\ 



— p. bressan. 

A Noyé San marçando 
Et fau s'abado. 

(A Noël , sans marchander, — Il faut s'élancer librement). 

Noëls bressans, cdit. Le Duc, p. 11. 

Ahada est un compose' du roman badar, Ouvrir; et 
par extension, Lâcher, mettre en liberté; être oisif; 
bailler. 

Le catalan badar et l'italien badare ont encore ces ! 
différents sens. Italien : slare a bada ; Lanterner, at- 
tendre, ne rien faire. 

La préposition à a d'abord été construite avec badar 
et bada, puis a été incorporée dans le mot lui-même, 
comme il est arrivé en françois pour Abandon, Alarme, 
Alerte, primitivement, A bandon, A l'arme, A l'erte. 

Il y a, du reste, un grand air de famille entre notre 
mot et le français Abandon. On dit en français, a l'aban- 
don, comme en patois, à Cabada, On dit aussi en fran- 
çais, C'est un abandonné , pour un homme perdu de 
libertinage et de débauche. — V. Dict. de VAcad. franc. 
1835 et Dict. hislor. de la langue franc, v° abandon, 
abandonner. 



ABERA. L. V. a. Abreuver. 



I 



Et yct d'excellent vin nouviau 
Pcr abera notion isiau. 

(C'est d'excellent vin nouveau — Pour abreuver notre oiseau). 

Lyon en vers burlesques, 2" journ., p. 10. 

— P. dauphinois. 

J'en preno per témoin lo Cié qui tout abbere. 

Pastor. de Janin, acte IV, se. iv. 

Provençal : abeourar et abeurar. 

En zounzounant la caiitadisso 



3 

Don vici Valabiegan abeuravon 11 mlou. 

(En fredonnant la chanson, — Du vieux de Valabrègtic ils abreu- 
vaient les niulels). ilirclo, ch. i. 

Roinnn et catalan: abeurar ; espagnol, abrcvar; 
italien, abbcverare. 

L'ancien français disait, Abeurer, abeuvrer, abuvrer. 
[DicL liisL de ta langue [ranç. et Gloss. de Roquefort). 

Abero. F. s. m. Abreuvoir; auget pour un oiseau. 

Un abcro d usai. 
( Un augct d'oiseau ). 

CuAPELON, Tcstam. de DeUcmine, p. 178. 

Abiorageou. F. S. m. Breuvage; potion médicale. 

O n'y a chassi que de vio chin, 
"S' abiorageou que de vin vio. 

(11 n'y a chasse que de vieux chien — Et breuvage que de vin vieux). 

Ballet forésien. 

Parque tant de sagnie et tant de lavamens, 
D'abioragcou et d'enfecimens? 

(Pourquoi tant de saignées et de lavements, — De breuvages el 

d'infections ? ) 

CuAPELON, Cliniis., p. 161. 

'Rom^n : abeiiratge', provençal, abeouragi; WàWen, 
bcveraggio. 

Aven begu l'aigre abeurage. 
(Nous avons bu le breuvage amer). 

Mireio, ch, x. 

Basse latin. : abeuraghun, potus quivis. (Ducange). 
ABIATA. L. et f. v. a. Adoucir, amadouer, apprivoiser. 

Ey creiant bion de Vabiata 
Avouai lio vin de counliabanda. 

(Ils croyaient bien de l'amadouer — Avec leur vin de contiebando 

Chans. de Boyron, p. 26 



I 



Rien n'acoragc tant qu'in bravo prolongi : 

s*abiale avoue quin. 

RoQUiLLE, Discours, 1858, p. 3. 

Languedocien: abiacla, amiacla; provençal, amiadar. 

ABOUCHER. L. V. a. Faire tomber, renverser; et pins spé- 
cialement, Faire tomber sur la bouche, sur la face. 

Aboucher (s'), l. s'abouciiie , abociier. f. t\ n. Tomber 
sur la face, tomber; se pencher en avant; se coucher 
sur la face. 

Molard, Le mauvais langage corrige ^ 1810, cite abou- 
cher et s aboucher com.me a^opartenant au langage po- 
pulaire de Lyon. 

On dit aussi, pour exprimer le même fait: tomber à « 

bouchon, se coucher à bouchon, I 

La nuit je me roule dans mon lit tantôt à grabotton, tantôt à 

bouchon sans pouvoir quasi dcurmi. 

Les Candies^ p. 231. 

Le Dictionnaire gaga-français de Linossier cite s'a- 
bouchie comme usité a Saint-Etienne, ^bocher est 
employé avec le sens intransitif, dans Roquille : 

Riforl cin se levant ahoclie su lo no. 
(Rifort en se levant tombe sur le nez), 

Lo Depulo manqua, p. 26. 

— P. dauphinois. 

On trouve dans la Pastorale de Janin, acte II, se. m, 
sabochie, et acte V, se. ni, je lombi à bouchon. 

— Langued. et provenç. : aboucar, abouchon. 

Touli suslou bardât s'a6ottco?i en quilant. 
(Tous sur les dalles se prosternent en crianl). 

Blireio, eh. xn. 

Espagnol : abocar ; italien, abbocare. 



i 



Ce mot, dont le radical parait être bouche, buccay était 
employé en ancien français. 

Le roy loul cspcrJu sur son arçon s'abouche. 

Gér.vud de Rocssillon. 

Le Dlct. hist. de la langue franc, en cite plusieurs 
exemples tirés de XAslrèe. — V. aussi Roquefort , 
v° abuchcr. 

On disait, en anc. franc, et en roman, dans le même 
sens, Adenler et mettre adeni, pour Renverser, coucher 
sur les dents ; et cette expression , qui a une grande 
analogie avec aboucher, s'est conservée dans plusieurs 
patois. Y. Raynouard, v° adcns ; Ducange, v° indcn- 
iare, et le Vocab. du Haut-Maine. 

Aboucher n'est plus usité aujourd'hui en français que 
dans le sens de Faire trouver plusieurs personnes 
dans un môme lieu. Cependant le Diction, de VAcad., 
1835, conserve encore l'expression suivante : Deux 
tubes abouchés l'un h l'autre , pour Appliqués l'un à 
l'autre. 

A la même famille paraît appartenir : 

Abozo , ABousER, ABOuzER. L. V, a, Rcnvcrscr, abattre; 
et V, n. Tomber, se coucher sur la face. 

yabozio sus lo coup et me cruro pano. 

(Je tombai sur le coup et je me crus perdu). 

RoQuiLLE, Ballon (Tcssai^ p. 7. 

Lo pou qu'o l'aye bu juint a qucla chalou 
Lo forci d'abozo par ronfo comm'in lou 

(Le peu qu'il avait bu, joint à celle chaleur, — Le força de se 
coucher pour ronfler comme un loup). IJ. iJ., p. 17. 

Vous vous abouzè comme la baraque d'un marronic que les 
galopins on attache z'a un carrosse que passe. 

Les Canettes, p. 220. 



6 

Le Glossaire de Ducange, v*" abosatio et aboso, dit 
qu'abouser est employé par les paysans de la Bombes 
pour Abaltre, renverser. Il cite des Lettres remiss, de 
l/i41 , où on lit: « Lesquelz gens de guerre avoient 
abousé ou rompu et comblé ung puis. » 

Une ancienne prière bressane , citée dans l'édit. des 
Noëls bressans de M. Philib. Le Duc, p. 56, dit : 

Tui ce que saron la rayson 
Posscron : lous autiou chôron , 
Creyron, ahonscron trcy co. 

(Tous ceux qui sauront la raison— Passeront ; les autres tomberont, 
— Crieront, s'affaisseront trois fois). 

Langued. : abaousa, abaouzout 

Ai pou que ma pauro cabano 

S' abouso7me . 

Noël de L. RouMiEL'x. Nimes, 1859. 

Provenç. : S'esbousoiinar, abousonat. — Roman : 
abauzar. 

Roquefort cite aussi en ancien français abouser , 
abouster, qu'il fait venir sans aucune vraisemblance 
é'advaslare. 

ACHABL F.v. a. Perdre, éloigner, égarer, dissiper. 

Vou eyt achabi son argent 
(C'est perdre son argent). 

Cbapelox, Chans., p. 154. 

— P. limousin. 

Quand auguet lout choba 
(Quand il eut tout dépense). 

Parab. de l'Enfant prodigue en dial. limousin dans les Mal. sur les 
patois, 1831. 

Faut que nous choban 

Notre feyzan. 

Poésies de Foicaud. 



7 

Provenç. : chnbir; perdre, égarer. 

En provençal , cJmb'ir et ac/iabir signifient aussi 
Contenir, placer, établir, établir en mariage. Ce double 
sens du même mot se retrouve dans plusieurs dialectes. 

Le radical cVachabir el de cJiabir paraît, en elVet, être 
le môme que celui qui a formé en roman cabal, c/tabal, 
captai; en français, cheptel et capital; dans la basse 
latinité, chabiscare, coUocare, chabentia , collocatio ; 
cabhnentum ^ facultates, bona; en français, chevance, 
chevir. Voir le Gloss. de Ducange h C3S mots. 

Ce radical est le roman cab, cap, têle, du latin capiu. 
Toutefois, Raynouard qui fait dériver acabar, achever, 
de c«6, lire chabir, cabtr, contenir, du latin capere , 
prendre ; mais ce n'est peut-être point la une diflérence 
d'étymologie, les deux mots appartenant a la même fa- 
mille. 

On comprend, au reste, par quelle liaison d'idées du 
sens Établir, placer, accomplir, on a pu passer succes- 
sivement aux significations Eloigner, égarer, achever. 
En portugais, accabar signifie, comme en roman. Ac- 
complir, rendre parfait, achever; et acabarse signifie 
S'anéantir, expirer. On dit en France de quelqu'un qui 
s'est établi , qu'il A fait une lin. 

Voy. Ch.wi. 

ACLA. F. s. /. Bûche, morceau de bois; éclat de bois. 

La paurassi déjà me sechc comme un acla. 

(La peur déjà me rend sec comme un raorccan de hois). 

Clians. de PuiLiprox, 1853, p. 65. 

Le Gloss.de Ducange, qui cite « asclare, rescindere; 
gaUicè, refendre ; ascla, assula, id quod cadit de ligno 
cùm dolatur », ajoute que les paysans de la Bombes ap- 



I 

pellent ascle tout fragment ou débris d'un objet quel- 
conque. 

Langued. : ascla; fendre, fendu; au figuré, un ascla^ 
une tête fêlée ; un asclairc^ un fendcur de bois. (De 
Sauvages). 

Provenç. : ascla; bùclie, gros morceau de bois. 

Cadun naisse la tcsto nsclado, 
Sian tous fouols naluralamcnt. 

(Chacun naît avec la Ic'c fèlcc,— Nous sommes tous fous par nature) 
Cl. Brueys, Jardin deys Miisus prouensalos, t. II, p. 37. 

Roman : ascla, éclat de bois ; asclar, fendre. 
Catalan : ascla. 



I 

s' 

I 

t 



i 



ACOTA. F. V. a. Soutenir, appuyer, étayer. 

Sa porc marc tache a Vacota. 

(Sa pauvre mère lâche de le soutenir). 

Cn.vPELOx, Noël VI, p. 91. 

Langued. et prov. : acoular, coiUar, acotar. 

Comme un grand et vici baile pastrc 
Qu'entre li fau et li pinaslrc 
Coûta me soun bastoun countcmple soun vacicu. A 

(Comme un grand vieux chef de bergers, — Qui, entre les hêtres et les 
pins sauvages, — Appuyé sur son bâton, contemple son troupeau;. 

Mireio, eh. m. 

Ane. franc. : acaiiter, accoster» 

Et se accosloioit à un chcsne et nous fesoit seoir cntour li. 

JOINVILLE, p. 13. 

Il a son analogue dans la plupart des patois et dans 
toutes les lan?:ues néo-latines. 



■O" 



ADDURRE, Adziure. l. et f. v, a. Conduire, amener, ap- 
porter. 



9 

Adhttcs li la plus bclla roba quou aycze dins la mczn. (Citoo 
profc;lcstolam primam, cl imliiilc Cliim). 

Parab. de l'Enfanl [irodiyuc en patois doCondiicii, 

pai' COCIIARD. 

Adiules un viau grau c lu3 lo. (Adducilc vilulum saginatum et 
occidilc). IJ. 

BIoii garçcns en pension dins loulc lo cbarroirc 
Wadasonl quanquc liaids quand cy ino vcnont vcyrc. 

(Mes garçons en pension dans loutos les rues — M'apportent quclqtics 
liards... ) Jac. Ciiapelo.n, Educ. dos effunls, p. 268. 

Vous veyri lou plus bay si oz adude una fenna. 

(Vous verrez plus beau que cela si vous amenez une femme). 

CuAPELON, à M. de Saiul-Pricst, p. 107. 
L'un adiU son chapay tout garni de peyleure. 

(L'un apporte son chapeau tout garni de fourrures). 

Id., Enlréc solcnn., p. 119. 

Jct'invoquou anjourdheu, Musi de Chnpeloun, 
Addu me en dévalant lou pinçai d'Apolioun. 

(... Apporte-moi en descendant le pinceau...) 

Poëinc SU}' le 9 thermidor. 
vet Jean Parlarin qnadzu qualro menos. 

(C'est Jean Partarin qui amène quatre gaillards). 

RoQuiLLE, Lo Dcpulo maixquo, p. 23. 
Adzute, adzute ncin, adzutc de financi. 

(Apportez, apportez-en, apportez do l'argent). 

Id., Discours, p. 7. 

- P. dauphinois. 

Adieu, n'eisibla pas de m'ad?<re un fromagco. 

(Adieu, n'oublie pas de m'appoi ter un fromage). 

Paslor. de Janiiiy act. IV. se. i:i. 

On voit par les exemples ci-dessus que, dans nos 
patois, addurre a le double sens de Amener, conduire 
et apporter. 



Honnorat, qui le cite comme appartenant a l'ancien 
langage provençal, dit que dans certaines localités il 
signifie exclusivement amener, et dans d'autres exclu- 
sivement apporter, tellement que les habitants de la 
montagne et ceux de la p'aine rient les uns des autres, 
quand ils l'entendent employer dans le sens qui ne leur 
est pas familier. 

Dans l'un comme dans l'autre sens, il paraît avoir pour 
origine le latin adducere. 

Roman : aduire, adure. 

Langued.: adur. (De Sauvages). Co vos aduran e las 
synagogas (cum indacent vos in synagogas). — Ane. es- 
pagnol, aducir. — Italien, adurre. 

Ane. franc. 

Quand ils sont a mal faire, aduil etavoié. 

Testam. de Jean de 3Ieusg. 

L'anc. Iranç. avait le radical duire, du latin ducere, 
dont Montaigne et La Fontaine se sont encore servis, 
qui avait fait adaire, et qui a la'.ssé les composés Induire, 
réduire, conduire. — Voir Gexin, Récréai. philoL, t. I, 
p. 326. 

ADIO couMAND, Adio coummexd. F. A Dieu je vous recom- 
mande. 

C'est par cet adieu que Chapelon termine son Avis 
aux enfants de Saint-Etienne, p. 76, et sa première 
épître a M. de Saint-Priest, p. 108. 

C'était jadis, dans notre province, le salut ordinaire 
de deux personnes qui se quittaient. 

C'est Va Diousias, a Dieu soyez, des Languedociens. 

^i Dieu vo queman a été employé par La Monnoye 
dans ses Noëls bourguignons. — V. le Glossaire des 
Noëls. 



11 

j^dieu command éi^'ii usité aussi en aiic. français. 

Ma chcrc dame, à Dieu vous commans, jusqucs an revenir. 

FuoissAUT, Chroniques, pari. I, ch. 168 

ADONC, ADON, ADOL'N. F. ct L. (idv. Alors. 

De tous lous jeux d'aJonc j'era Icu bai parmey. 
(De tous les jeux d'alors j'étais le beau premier). 

Jac. CiiAPELON, Educ. dus c/fants, p. 265 

Lou négociant d'adonc ère à la bonna fey. 
(Les négociants d'alors élaiciil à la bonne foi). 

CuAPELON, La Misera, p. 19t. 

Adonc fut jour et le cayon chante t. 
(Alors le jour parut ct le cochon chanta). 

(Ce vers, par lequel se teiniiine la Gazette française 
de Marcellin Allard, est une soiHe de pai^odie de la for- 
mule : « Alors il fit jour el le coq chanta », qui termi- 
nait jadis les contes de fée ou de sorcière, parce que 
dans les récits du moyen âge sur le sabbat, l'assemblée, 
présidée par le démon, flnit toujours subitement au pre- 
mier chant du coq. L'abbé De Sauvages, v°^rt/, cite cette 
foi^mule en languedocien : Lou gai canlé, e foug/ie jow\ 
comme la conclusion de toutes les sornettes. C'est aussi, 
dit-il, ce qu'on ajoute par plaisanterie après un récit 
qu'on entend , pour témoigner qu'on le croit fabuleux. 

La pièce dauphinoise de Laurent de Briançon, le Ban- 
quel de le faye, finit de même: 

Adonque et fut jour et lo polet chantit). 

Adonc, alors, est encore employé aujourd'hui en pa- 
tois forésien avec des divei^sités d'orthographe. 

Lous bons de l'assemblea adoiin se redresseront, 
Et par puni lou crimou a la fin se montreront. 

(Les bons de l'assemblée à la fin se relevèrent, — Et pour, etc.) 

Poëme sur le 9 thermidor . 



12 

Il esl écrit adon dans Roquille : La Ménagerie, p. 6, 
11, lG,ctZc5 Gandaalscs, p. 3, 8. 

Aidon, en patois bourguignon. V. le Glossaire des 
Noëls de la Monnoye et celui du f ircjillc viral. 

Adonc, usité en roman et en ancien français, appar- 
tenait aux dialectes du nord comme à ceux du midi. 

Dos ndoncx en Iny. 

(Des alors en \\). 

Livre de Sj'drac cite par R.VTNOUAnu. 

Mangeant le pourc peuple selon la couslume à'adonc. 

Mo.NSTUELET, t. I, fos 72, 92. 

Il n'est resté que dans les patois. 

Quand May l'aura monslra sa fin, 

Adoii gardo ou cauvo Ion vin. 

La Bugado prouensalo. 

Raynouard le fait dériver du latin ad lune. 
Dune et donc en roman et en ancien français ont le 
même sens que adonc. 

AFAN, AFEN. F. s. m. Peine, fatigue, travail, douleur. 

J'ai pena de trouva mon pcn, 
Et je crcvou de mal ofen. 
(J'ai peine à trouver mon ])ain, — Et je crève de souffrance). 

Jac. Cu.vpELox, Conlr'dion^ p. 270. 

Afan était usité en roman dans le même sens. Il se 
retrouve sous des formes peu différentes dans presque 
toutes les langues néo-latines : afawj, catalan ; affanno, 
italien, etc.; et dans les patois de langue d'oc. 

Alian, cnhan, anc. franc., a la même signiflcation. 

Car il a souffert grand ahan 
Tant comme il a clé au monde. 
La Vie du mauvais iiche, Anc. Thràl. Franc., l. III, p. 280. 

El dedans un coffret qui s'ouvre avec cnhan 
Je trouve des tisons de feu de la Saint- Jean. 

Recmzr, Sat. XI, V. 195. 



13 

Le Diction, de l'Académie, 1835, cite encore alian, 
peine de corps, comme populaire et ne s'emplcyant plus 
que dans celle phrase, suer cUalian, 

M. Raynouard donne a ce mot une origine arahe. 
Affana, afano. F. et l. r. a. et n. Travailler, se faliguer 
en travaillant; gagner par son travail. 

Bcrc souvent scn se tant o(fana. 
(Boii'c souvent sans lanl s'c.xlcnucr). 

Ant. Cu.vpsLON, Bobruîiy p. 252. 

Toute voutrc scurvantes 
Que n'ant rcn que lours puns par affana lour3 renies. 

(Toutes vos servantes — Qui n'ont rien que leurs poings pour gagner 

leurs rentes). 

Cn.vpELON, AviSj p. 209. 

Lou pon que s'affanne 
N'a jamais de grougniou. 

(Le pain que l'on gagne — N'a jamais de morceaux trop durs). 

PuiLippON, Chansons, 1853, p. 23. 

L'un armo d'in tranche, l'autro d'ina goycla, 
Qu'is tof.hant û\ifano l'argcint d'ina foyeta. 

(L'un armé d'un Irancliet, l'aulrc d'une serpette, — Qu'ils tâchent 
de gagner l'argent d'une feuillette de vin). 

RoQiMLLE, La Gorlanchia, p. 40. 

Jfanar, roman (Raynouard), se retrouve dans tous 
les dialecles du midi de la France et sous des formes 
diverses dans les autres langues neo-lalines. 
— P. dauphinois. 

Scn couri plu après ce qu'on affane, 

Paslcr. de Janin, acte III, se. n. 

Le Gloss. de Ducangc donne « affanare, manibus 
operari, et ahanare, agrum colère, laboi^are. » 

Affancr, alianei\ étaient aussi usités en anc. finançais. 
Le Diction, de l'Académie, 1835, cite encore ahaner. 



i4 

Avoir bien de la peine, comme populaire et rarement 
employé. 

Affanelr. l. s, m. Ouvrier, journalier. 

Ménage, Diction. éUjmoL, dit que les Lyonnais dési- 
gnent par ce mot les journaliers employés aux travaux 
de la campagne. 

On trouve au Gloss. de Ducange des citations de piè- 
ces relatives à nos pays où il est employé. 

Comme pour les provisions de la feste et noces de Alips de Beau- 
jevi... cust l'cquis Lorcns de Contcrcs affanour, que il pour com- 
pétent salaire voulist mener desdites provisions. — Lelt. de 1389. 

Guischait TrafToy, gaignent et affaneiw de bras S'en alla en 

ung champ. — 1460. 

Enfin Molard, Le mauvais langage corrigé, 1810, cite 
affaneur comme employé a Lyon dans le sens de Jour- 
nalier, homme de peine, portefaix. 

y^faineur, afanoiis, ahanier, sont cités dans le Glos- 
saire de Roquefort. On les retrouve dans plusieurs patois 
de langue d'oc et de langue d'oil. 

Dans le Livre de Job, édité par M. Leroux de Lincy, 
le passage de la Genèse, ch. xxv, v. 27: 

Esau vir gna^nis venayidi et homo aghicola, 

est traduit ainsi, p. 473 : 

Esau devint hom sages de veneir et hom alianeres. 

Affanageou. F. s. m. Gain d'un ouvrier; biens, avoir. 

Joueir de bon courageou, 
Lou pen de lours effants et tout lour affanageou. 
(Jouer sans s'en tourmenter - Le pain de leurs enfants et tout leur 
avoir). Cuapelon, La Misera, p. 194. 

Limons.: afanage, gain, produit du travail. (Honnorat). 
Affunagium, merces operariis débita. (Gloss. de Du- 
cange). 



t 



15 

Affanires. l. et f. s. f. Le salaire qu'on donne en nature 
à un aiïaneur. V. Dicl. de Jurisp. et des Arrêts^ par 
Prost de Iloyer et Revcl, Usages de Bresse. 

AFFALIEN. p. adj. Affaibli, exténue, malade. 

Aussi bien si la fret fat nn tour de cuzina, 
Lou porou affalien vanl nous viria l'ccliina. 

(Aussi bien si le froid vient faire un tour de cuisine, — Les pauvres 

malades vont nous tourner le dos). 

CuAPELON, Orczon funehra, p. 185. 

Langued.: afallouccd ; affaibli, exténué. 

Provenc.: affalit; terne, pâle. 

Ane. franc.: affaillicr. — Le Gloss. de Ducange, v" 
fallere , le dérive de Faillir et cite le texte suivant tiré 
de Lett. remiss, de 1424: 

Auquel suppliant nos ennemis ont fait souslenir et porter plu- 
sieurs griefs, oppressions et peines corporelles, tant de famine que 
comme autrement , dont il fut mal dispose et en offuillia si fort. 

AGACIN. L. s. m. Cor aux pieds. 

Un jour ayant rendu ma pièce au magasin, 

Je m'arrête aux Terreaux souffrant d'un agacin. 

Visite à l'exposition, 1860, p. 1. 

La marna qu'af un agacin dargnic les reins arrive en gambillant. 

Les Canettes, p. 51. 

Langued. et Provenc. : agacin, agassi. A un agacin 
sur Cesquina; il a un agacin sur l'échiné, il est bossu ; 
Dicton provençal. 

Agacin est cité dans le Gloss. de Pioquefort, mais 
rien n'y indique qu'il appartienne aux dialectes du nord 
comme a ceux du midi. 

Cité par Molard, Le mauvais langage corrigé, 1810, 
comme appartenant au vieux langage et au langage du 
peuple de Lyon. 



16 

Cité aussi comme populaire par plusieurs dictionnaires 
français. 

AGOURUA. F. GoiRRER. l. v. a. Tromper, frauder. 

Par que donc douiia vous a comprendre. 

Que je vouay m'agourra et me rompre lou couoy. 

Aut. Cqapelon, p. 235. 

Par ne pas m'arjoura, 

Jy me mariarai pas. 

BoYnD>', Chansons, p. 16. 

Molard et M. Breghot du Lut, JIcL, t. II, p. 139, 
donnent gourer et aguurcr comme du langage lyonnais. 

Langued. et limousin. : agoura, (^-oKra; tromper. ^De 
Sauvages et Honnorat.) 

Ane. franc.: gourrer. On le dit encore, mais en 
dehors du Die t. de TAcadémie. 

AGREVOU. F. à\ m. Houx : Ilex aquifolium. 

Appouy sus un bâton 

D'agrevou. 

CnArELON, XoëlVIIl. p. 97. 

— P. dauphinois. 

A'tgrevo, houx. — ChampoUion-Figeac. (Toid*. re- 
cherch., p. 166). 

Langued.: agrcvou. ^Da Sauvages et Honnorat, 
\° ogarrus ). 

Espagnol: agrcfoUo. — Italien : agrifoUo. 

Ane. franc. : aigrcfeuillc; grcfcuillc; le houx, ainsi 
nommé des piquants dont ses feuilles sont hérissées : 
acjuilùluun, agri[û[iiun. ^Roquelort). 

AGRLME. L. s. f. Larme. 

Ce que li fit tombo les agrimes dous vos. 

Parab. de l'Euf. piodig. en patois de Condricu, 

par CocQAaD. 



I 



17 

Langued. et Provenc. : lagremo. lagnnno, grumo, 
lagrima. 

Lou vici Ramoun cmc sa fcmo. 
Touli tlous gounflc de lagremo. 

(Le vieux Ramon et sa femme, — Tous deux gonfles de larmes). 

ilireio, cb. iv. 

Ane. franc. : lacrimc, lacrimée. 

Ce dérivé du latin lacnjma se retrouve avec une forme 
analogue dans toutes les langues néo-laiines et dans la 
plupart des patois. 

— P. savoyard. 

llclas I Monscignou. per ma fey, 
La grouma m'en venave à l'ouei. 
(... La larme m'en venait à l'œil). 

Farsa de Touannou dou trou. 

AIGUË, AiGUY. L. .\iGu.\, EYGUA. F. S. f. Eau, ruisseau, rivière. 

Le Duchat, sur un passnge de Rabelais, I, 2^1, où l'on 
lit, du vin aigué, pour du vin mêlé d'eau, dit que aiguë 
est usité dans une partie de laXascogne et a Lyon, où 
les bateliers disent :[Beau rousseau, voulez-vous passer 
Vaigue, pour dire, la rivière. 

Rubys, p. 366, rapporte qu'en l'année 153i, dans 
le Lyonnais, « les processions blanches furent si fré- 
quentes que l'on ne voyait soir et matin que ces pauvres 
gens de village, qui alloient criants en leur gavot : 
Sanclcf Maria, d'aigug, d'ainug, d'aiguy! w 

Parque mette tu à'aigua o vin. 

CiiAPELOX, Chansons, p. 156. 

Daigna de la Font-Fort. 

Id., Testam.. p. 80, 

(La Font- Fort est le nom populaire de la source mi- 
nérale de Saint-Galmier). 



18 

Vou crc bien fota à'aigua si ey lous ant pas ncyi. 
(C'était bien faute d'eau s'ils ne les ont pas noyés). 

Poëme sur le 9 thermidor. 

A c'est pas étonnant si lou Feron (le Furens) n'a plus d'aiguë 
pour faire la buye, puisqu'on la mclle dans le vin. 

LiNOssiER, Moussue Progrès, p. 6. 

Le Ballet forésien écrit cygiia. 

Guillot, touta Veygua de Lcyri 
Me farit pas autra que neyri. 

(Guillot, toute l'eau de la Loire — Ne me ferait pas autre que noire). 

C'est aussi par un e que ce mot est écrit dans les 
pièces de Rive-de-Gier et Saint-Chamond. 

La puyantsou, Vega, lo fouc volajo, 
Rien dinslo poué n'ébrande son corajo. 

(L'infection , l'inondation , le feu grisou. — Rien dans la mine 
n'ébranle son courage). Roquille, LoPereyott, p. 4. 

Gni fan sintre dez egue. 
(On lui fait sentir des eaux). 

Savel, Mariage de Jean, p. 5. 

— P. dauphinois. 

La bon' eyga toujours se trove vers la soursa. 

Pastor. de Janin, acte III, se. n. 

Dins toute le meison de pcrtoul Vaigua entrave. 

Grenoblo malherou. 

Aigua vient-il du latin aqua, ou d'une autre langue 
de même famille que le latin? Vient-il notamment du 
celtique aig ou cijg? Ce qui est certain, c'est qu'il se 
retrouve avec de légères variantes dans toutes les lan- 
gues néo-latines. L'italien lui-même, qui a acqua, em- 
ployait aussi jadis aigua, _ 

Appronda virtule com' aigua spungia. ~ 

(Que votre cœur saisisse la vertu comme l'éponge prend l'eau) . 

GuiTTON d'Ap.Ezzo. 



19 

y^igue était aussi usité en ancien français. 

Il li doit donner à manger et à boire suffisamnicnt , au moins 

pain et aiguë. 

Assises de Jéi^usalem, cit. parle Gloss. de Ducangc. 

Il est resté dans presque tous les patois de langue 
d'oc et de langue d'oil. Il a laissé en français les noms 
de ville, Aigues-Mortes, Aigue-Perse, Aigue-Belle, etc., 
et on le reconnaît encore dans les mots. Aiguière^ ai- 
guade, aiguayer, etc. 

AIME, ÂYMO, EMO. L. Emou, eimou, eymou. F. S. m. Esprit, in- 
telligence, bon sens, discernement. 

Il a mais d'aime que n'est grand. 
(Il a plus d'esprit qu'il n'est grand). 

Chanson lyonnaise du XYIII^ s., Coll. des Diblioph. lyonnais, p. 70- 

Retiens met cet adajo 
Qu'est plein à'aymo et suitout qu'est ami de la paix. 

(Retiens-moi cet adage — Qui est plein de sens, et surtout, etc.) 

Hymna à la Concorda, p. 22. 

Le P. Menestrier écrit emo dans le passage suivant 
où il donne son opinion sur l'étyn^ologie du mot: 

« On dit en })rovcrl)e, à Lyon : Tu uns gin (Z'emo, vas en cherc/n 
à Trévoux, pour dire tu n'as point d'esprit : parce qu'on y vend en 
deux manières les denrées, au poids, ou à l'estime, ce que l'on dit à 
Paris, à la main; et à Lyon, à re»io,en vulgaire et langage du peuple. 
Or la monnaie de Trévoux se marquait autrefois à I'm, à cause de la 
maison de Bourbon-Montpensier à qui était cette souveraineté, et 
comme on y faisait quantité de liards marqués de cette sorte qui 
avaient cours à Lyon, de là vint le proverbe qui est une vraie énigme, 
parce qu'il est entendu de peu de gens. )) 

La Philos, des images ènigmat.^ p. 45. 

On lit aussi emo dans Roquille. 

Or donc, si queles geins ant Vemo de compreindre 



20 

Que ce qu'o bolic in jour l'autro jour o pot prcindre. 

(Or donc, si ces gens onl le bon sens de comprendre — Que ce qu'on 
donne un jour on peut un autre jour le prendre). 

Discoiu^s, 1858, p. 9. 

Les auteurs forésiens écrivent toujours ce mot par e, 
ci, cy. 

Et te jurou par mon batemou 
Tout de bon scn et de bon emou. 

Ballet forésien. 

A que sert ou de tant s'ccourpela 

Par avez d'emou et d'argent de tous la ? 

(A quoi sert de tant s'échiner — Pour avoir de la science et de l'ar- 
gent de tous côlcs). Ant. Cqapelon, Dobrun, p. 251. 

Uciinou et la raison ne sant plus oîi lougicr. 

( Ne savent plus oii loger). 

CnAPELON, La Misera, p. 190. 

Quante neutron Scignou fezit la part de Veymou, 
Voun'y aguit, par ma fey, que lèveront lou dcymou. 
Par met, gros pcreyzou, je ne foûaî que glana ; 
Aussi rcj/»iou que j'ai me b&illc pas dina. 

(Quand notre Seigneur fit le parlagc de l'esprit, — Il y en eut, par 
ma foi, qui levèrent la dîme. — Pour moi, gros paresseux, je ne fis 
que glaner; — Aussi l'esprit que j'ai ne me donne pas à dincr). 

Id., Thèse, p. 228. 

Imagina in hommou, par z'o dire tout net, 

Sagcou, pouli, plein d'eymou. 

Poëme sur le 9 thermidor. 

— P. dauphinois: aijmo, bon sens: Champollion-Figeac, 
Nouv. rccherch., p. 55. 

— P. bressan : cmo, ISocls bressans, édit. Le Duc, p. 17, 
63, elc. 

— Langued : imé, bon sens, discernement, etc. Fa qicon 
dîme; faire quelque chose d'idée, ou sans modèle. (De 
Sauvages). 



21 

Honnorat cite esmoy cime et cymc, dans le même sens, 
comme limousin, languedocien et provençal. 
On trouve fréquemment csme en ancien français. 

Après souper qu'on perd souvent son esvie. 

J. BoucHET, Ep. 34. 

Voir le Gloss. de Roquefort, aux mots eme^ cyme, 
cysmc)\ acsmc)\ aesmance. 

Le Lexique de Raynouard et le Gloss. de Ducange, 
aux mots csmcrare, esmerum, ne le donnent qu'avec le 
sens d'Estimation. 

Ce mot a fort exercé les linguistes. M. Cbampollion- 
Figeac, sous Tinfluence des préoccupations philologiques 
qui étaient alors dominantes en France, attribue aymo 
au celtique, sans autre explication. La plupart, comme 
le P. Menestrier, dans le passage ci-dessus cité, y voient 
une abréviation de l'ancien français aesmer, syncope du 
\aiin œstimarc ; d'autres un dérivé de aniinus et d'anima, 
ancmo et anme en ancien français. 

Je serais porté a croire, avec Roquefort, qu'il y a là 
deux mots originellement différents, confondus ensuite 
en un seul : 

Aime, esprit, intelligence (il n'a point d'aime), venant 
dîanimus, anima ; 

Et csme, estimation (acheter h l'esme), venant d'oss- 
timarc. 

Nous aurions dans ce cas un exemple de ces mots 
que le Diclionn. histor. de la lang. franc., p. ix, appelle 
des mots mixtes, apportés à la langue par la jonction 
d'un double courant. 

AMAT. F. 5. f. Pétrin, huche à pétrir la farine et qui sert 
aussi de coffre aux paysans. 



22 

Sa grilli, son charbon, son amat, sasaleiri. 

Chapelon, Testam. de Bellemine, p. 181. 

— P. dauphinois. 

D'où je seu plus boudra que la pata en Vamat. 

Paslor. de Janin, acte IV, se. m. 

Langued.: mach. mak. — Provenç.: maslra. 

Catalan : mait; — roman : mag; — italien et basse 
latinité : madla; — grec : fAxyiç et ^axmp. 

Ane. franc., 3îée, met, meij t. (Koqne^ovt et Ducange, 
v** Madia). 

Mon nez s'eslevoitet croissoit comme la paste dedans la met. 

Rabelais, liv. I, ch. xl. 

Mée est encore usité avec quelques diversités d'or- 
thographe en Bresse et en Bugey, en Bourgogne, en 
Picardie, dans le Haut-Maine, etc. 

ANCHl, iNCHi, ANCHE. L. ct F. S. f. CanncUe, robinet. 

Un anchi de tounai. 

Chapelon, Testam. de Bellemine, p. 180. 

Molard cite anche comme une expression vicieuse 
employée a Lyon pour désigner un tuyau de bois qu'on 
met aux cuves et aux tonneaux afin d'en tirer du vin ; 
il f^iut dire, ajoute- t-il, Cannelle ou caneUe, Tirer du vin 
par la caneUe. 

On ô'dinclti dans les campagnes du Lyonnais. 

Le Gloss. de Roquefort donne enche comme la meil- 
leure orthographe de ce mot en anc. français : il le 
traduit par Canal, conduit, gouttière, et le dérive du 
grec eyj(scc, verser. 

Le Diction, de l'Académie cite encore anche , petit 
conduit par lequel la farine coule dans la huche du 
moulin; anche , bec du basson, du hautbois et de la 



23 

clarinette ; anche d'orgue, demi-tuyau de cuivre qui se 
met dans les tuyaux d'orgue. 

ANEILLE. F. ANiLLE.L. s. /. Espèce de béquille. 

Mais lou dcsliii fatal que ne Tarnave pas 

Ly mcUct douay z'aneille^ una sous chaque bras : 

Aneille précieuse, o sutin respcclablou 

Quant pourtal un guerrier, si fi'^r, si rcdoutablou. 

Jac. CiiAPELON, Testam. de Tourran lou raccord, p. 276. 

Molard, 1810, et M. Breghot du Lut., 3IéL, t. I, 
p. 267, citent anille comme du langage lyonnais. 
M. Breghot du Lut le fait venir û^milis, Ce qui appartient 
h une vieille femme. 

Cité aussi par le Gloss. de Roquefort et par plusieurs 
Dict. franc, comme de l'ancien langage. 

— P. bressan. 

E dancheron, lou malassin, 
Sans anille, 
Sans béquille, 

Noëls bressans, édit. Le Duc, p. 22. 

ANOT. — V. ANUY. 

ANQUILIN, ENQuiLiN. L. adj. et suh. m. Habitant, locataire, 
voisin, ami. 

Vo ne rn'aii po solomcn dono in motru chouro par me dcvarti 
aval mous ajiquilins. 

(Mot à mot : Vous ne m'avez pas seulement donné un méchant 
chevreau pour me divertir avec mes amis). 

Parab. de l'Enfant prodigue, trad. en patois de Condrieu 

par CocHARD. 

Enquelin dans les 3IéL de M. Breghot du Lut, t. I, 
p. 270. 

C'est une altération deinquiUuy venu du iSii'm inqui- 



24 

linu.^, dont le sens primitif est Habitant, locataire, et, 
par extension, Voisin, ami, familier. 

Anima est ixqlilina carnis. 
Teutl'llien, De 7'csu7^/\ carnis, cap. 46. 

« Laquelle maison appartient à M. Guyot, le revendeur de vieux 
drapeaux, où habite aussi comme inquilin maislrc Arthus le Cornu, 
huyssicr et sergent à verge au Chastclcl de Cliambcry. » 

Foi^mulaire fort récréalif de tous contrats, cdit. Tcchencr, p. 64. 

— P. dauphinois. 

Celou porou quartie sont bcn si matraita 

Que tous lous inquelins songcon do lou quitta. 

Grcnoblo malhérou. 

Lous inqucliyis déjà sont monta chez lour maîtres. 

Grenohlo inonda. 

Dans le langage populaire de Genève, inquilin est 
employé au sens de Locataire , et au sens d'Étranger, 
suivant Topffer, Le Presbytère , xliii et lu. 

ANUY. L. ANOT. F. adv. Ce soir, cette nuit. 

Il a parfois un sens monis restreint et signifie simple- 
ment Aujourd'hui. 

Si anuy to galan te povon veny vcy. 

Je loz assomerai à grands cou de pavey- 

(Si ce soir tes galants te viennent voir, — Je les assommerai à grands 

coups de pave). 

La Dei^narda huijandiri, p. 11 . 

Anot de vcz lou sey. 

(Aujourd'hui, vers le soir). 

Cii.vPELON, Noël I, p. 77. 

Ce mot paraît avoir une double origine : 1*' un com- 
posé du latin nox ou du français nuil; 2° un composé 
de l'ancien français hu]), hui, ui, aujourd'hui. 

Le double sens qui dénote cette double origine se re- 
marque dans l'ancien français et dans plusieurs patois, 



25 

notamment dans les expressions langued. et provenç.: 
jdnucch, ancch, ancu^ aneit, and. (De Sauvages et 
Honnorat). 

Il faut même reconnaître que le sens de Aujourd'hui 
est beaucoup plus fréquent que l'autre en ancien fran- 
çais. 

Tu mourras, il est tout certain, 
Et ne sçais ennvyt ou demain. 
MoralUé de cliarilc. Ane. Tlicàt. Franc., t. III. p. 354. 

« Colin Raoulliaus, oncle de Barigot, lui dit : Beau neveu, va- 
t-en, tu es bien taillic de faire cnnuit une grant folie. » 

Lelt. remiss., 1390. Gloss. Ducange. 

— P. dauphinois. 

La grand' eygruisassi 
Que lo sanglard a fat a votron frare anot. 
(La grande déchirure que le sanglier a fait à voire frère aujourd'hui). 

Pastor. de Janin, acte II, se. n. 

— P. du Velay. 

N'ay rien mandja (Vancmj, donna m'en pan de soupa. 
(Je n'ai rien mange d'aujourd'hui, donnez moi un peu de soupe). 

M. Lambert, comédie d'Ant. Clet, duPuy. 

C'est encore un exemple de deux mots différents qui 
se sont confondus dans le langage du peuple en y per- 
dant Tun et l'autre un peu de leur précision. 

APIA, APio. F. V. a. Atteindre, saisir, gagner. 

l'allave de not apia quauquc jalena 
Qu'au vcnit peu mingie entre lu et sa fena. 

(Il allait de nuit marauder quelque poule — Qu'il venait ensuite 

manger avec sa femme). 

Jac. Chapeloj, Educat. dos effants, p. 268. 

vct par la fralargnito 
Que w'apiarons l'ctargnito. 

(C'est par la fraternité — Que nous gagnerons l'éternité). 

RoQuiLLE, La Gorlanchia, p. 38. 



26 

Apiolo paradzi. (riagncrle paradis). 

Id., Ballon d'essai, p. 39. 

— P. maçonnais. 

Y c vay qu'i l'iissian maiissacray, 
Mai i ne puron Vapiai. 

(11 est vrai qu'ils rcusscnt massacre, — 3Iais ils ne purent l'atteindre). 

Koëls maçonnais, p. 62. 

Provençal : apiar, approcher. 

^pia paraît avoir pour origine un ancien mot latin, 
apere, dont le sens était Joindre, lier. Je lis au Glos- 
saire de Ducange, \^ apex : « Apex est pileum subtile 
« quo sacerdotes gentiles utebantur, appellatus ab 
« apiendo, id est a ligando. Isidor. lib IX. Orig. cap. 
« 30. — Festus vei^o ; Apex, qui est sacerdotum insi- 
« gne, dictus est ab eo quod comprehendere antiqui 
« vinculo apere dicebant, undè aptus qm convenienter 
« alicui junctus est> » 

Apere a laissé en latin apisci et adipisci. 
APINCHIE. F. APiNciiER. L. V. tt. Epicr, guetter, attendre. 

Y parmenant lous yo 
Par appincliic de loin si cy veraiil lour vassio. 

(Elles promènent leurs yeux — Pour épier de loin si elles verront leur 

amoureux). 

Ant. Chapelon, Caractcrou de le filles, p. 236. 

sarre les dénis quand o crache, 
fat ([uappincliie ses moustaches 
El sous galoun de courpoura. 

(Il serre les dents quand il crache, — Il ne fait que lorgner ses mous- 
taches. — Et ses galons de caporal). 

C/ians. de Philippox, 1842, p. 23. 

Enfin a po compto su cou long pcrsonnajo. 
Don lo noz gigantesque efface lo visajo, 



I 



27 

Paivu qu'a l'y promcle on bout de quoquc jours 
Ina décoration qu'ai apinche toujours. 

(Enfin il peut compter sur ce long personnage — Dont le nez — 

Pourvu qu'il lui promette... — Une décoration..) 

RoQLiLLE, Lo Uepulo manquo, p. 11. 

V. aussi Molard, 1810. 

Langued. et prov : cspinchar, Regarder, guigner. 

Roman : cspiiiclar, cspingar. 

Italien : espiefjcjiare. 

V. plus loin piNcuiE. 

APLECHÏ. F. V. a. Approvisionner, fournir. 

Le saque bien garnia, bien aplechi en fenes. 

(Les poches bien garnies, bien approvisionnés en femmes). 

Jac. CnvPELox, Testam. de Tow^ran, p. 275. 

L'abbé Baudin, dans son Poème sur le 9 thermidor, 
dit ironiquement d'un individu qui avait été maire à 
Saint-Etienne : 

Durant dizivct mey que n'on fimou aplechi. 
(Pendjut dix-huit mois que nous en fûmes affublés). 

Langued. et limousin : aplecha, oplecha. Ajuster, 
façonner, former. (De Sauvages et Honnorat). 

Le Gloss. de Roquefort cite aplejcr, applegier, qu'il 
fait dériver de pleige, gage, et qu'il traduit par Cau- 
tionner, dans le passage suivant de Joinvilie : 

Il m'apleja en la ville ce qu'il me failli pour veslir et pour moi 
atourner. 

Le Gloss. de Ducange donne aussi aplegiare, plegium 
seu vadem dare. 

APPONDRE. L. et F. t\ a. Atteindre, joindre, ajouter. 

Qn?»nd même qu'on pourrait appondre à cette somme. 

Epîl. à mon cousiti Greppo. Peliles sœurs des pauvres, p. 12. 



28 

La rue Impériale, 
Qui de la Comédie et sans un seul détour. 
Vient nppondrc tout droit au coin de BcUccour. 

Embelliss. de Lyon, p. 15. 

Tu dzis pro, Phalibart ; mais vcnont le faclzurcs. 

Si t'os pos de que appondre, i te n'ein faut de dzures. 

(Tu dis prou, Philibert; mais viennent les factures, — Si lu n'as pas 
de quoi joindre, de quoi payer, on t'en fait de dures). 

TiOQuiLLE, Les Ganduaises, p. 34. 

Langued.: apoundrc : — Provençal : appoundre. 
Roman : aponher, apondre. 

Il a certainement pour origine le latin apponcrc, et 
a des analogues dans les langues néo -latines: apporre 
en italien, aponer en anc. espagnol. Roquefort cite en 
ce sens apponei\ anc. fr. 

Le contraire d'apondrc , en patois , est dépondre, 
V. ce mot. 

Aponse. l. 5. /. Pièce qu'on meta une robe ou à un meuble 
pour l'agrandir. Cité avec cette interprétation par Mo- 
lard, 1810. 

Le G!oss. de Ducange donne : aponsam [accise ; im- 
miiicre ligna: Metti^e ou appuyer des poutres sur un 
mur voisin; et il cite cette locution dans une charte 
de Thoissey en Dombes de 1449. 

ARAIRE, ARORE. L. et F. 5. m. Charrue. ' 

Des la pointe do jour et memoue avant l'aurore, 
Il attalon lou bao par traina louz urorc. 

(Ils atlclent les bœufs pour...) 

Sayel Mai\ de Jean, p. 19. 

Ce mot désigne dans notre province la plus simple 
comme la plus ancienne des charrues. — V. le Dict. de 



29 

Nicol et M. Breghot du Lut, t. I, p. 267. — Les char- 
rues nouvelles y ont des noms spéciaux. 

Il est évidemment formé du lalin arare, labourer; 
aralrum, charrue. 

Il était usité en roman et en anc. franc. 

Sungar picqucscs bœufs cl d'un luisant araire 
Retrace les sillons de son champ liibulairc. 

DcB.vRT.vs, La Semaine. 

Il a son analogue dans toutes les langues néo-latines 
et dans tous les patois du midi de la France. 

— P. dauphinois. 

Tantou l'on la vcyct comc una isla flolanîa, 
Garnia d'abro frulicr, à'araro, de charriots. 

(Tantôt on la voyait (l'Isère) comme une île flottante, — Couverte 
d'arbres fruitiers, de charrues, de chariots qu'elle entraînait). 

Grenoblo malliérou, p. 17. 

— Langued. : 

Ncgus mctcnts la sua ma cl aî^aire c esgardaus atras no es covi- 
nable dcl règne de Deu. 

(Quiconque ayant mis la main à la charrue regarde derrière lui 
n'est point propre au royaume de Dîcu), 

Dict. de De Sauvages. 

— Provenç.: 

Que li sagairc c labourairc 
Quiton li daio et lîs araire. 

(Que les faucheurs et les laboureurs — Quittent les faulx et les 
charrues). Mireio, eh. ix. 

ARCHA. F. S. /. Coffre. 

Se jaivie, sou zusiaux, se z arche, son buffet. 
(Ses cages, ses oiseaux, ses coffres, son buffet). 

CnAP£LO>i, Testam. de Bellemine, p. 181. 



30 

C'est le mot latin arca conservé avec son véritable 
sens. 

Il l'avait en roman (Raynouard) et en anc. français 
(Roquefort et Ducange). 

Que la dicha comraunauta aia archa communa. 
(Que ladite communauté ait caisse commune). 

Charte de Grealo7i, rapp. par Raynguard. 

Mieux vault gaige en ajxhe 
Que pleige en place. 

Proverbes français, Leroux de Lincy, t. II, p. 63. 

11 l'a encore en languedocien, en provençal, en es- 
pagnol, en portugais et en italien. 

- P. dauphinois. 

Lapora doleirousa u lumen du cruzieu, 
Pateave son archi. 

(La pau^Te mallicurcuse, à la lumière de sa lampe, — Brassait son 

coffre). 

Le Banquet de le faye, p. 13. 

On appelait a Saint-Etienne, les air lies ^ de grands 
coffi^es en bois a demi entendes sur la rive di^oite du 
Furens, au Pré de la Foii^e (place Royale), et recevant 
l'eau de la rivière par des ouvertures garnies deginlles. 
Depuis le XVP siècle, ces coffi^es servaient de réservoirs 
pour le poisson. Les portes, placées à la paitie supé- 
rieure, servaient aussi de lit de camp la nuit et de salle 
de jeu le jour aux vagabonds et aux gamins de la ville. 
— V. le Dict. fjaga de Linossier. 

C'est en ce sens que Philippon a dit dans une de ses 
chansons, 1853, p. 25 : 

Tous lous rolos ne sount pas sur les arches. 
(Tous les rouleurs ne sont pas...) 



31 

ARCHIPOT. F. s. m. Etuvée, hochepot, viande hachée et 
cuite dans un pot. 

Et son pclit lupin jiar faire d'ai^c/npot. 

CuAPELON, Testam. deBellcminc, p. 181. 

Langucd. et provenç. : arcfupot. 

Te boutarai en arcliipot. 

(Je te mellrai en chair à pâle). 

De Sauvages, Dicton huiguedocien. 

On dit aussi dans quelques provinces hachcpol, ce 
qui est peut-être la véritable forme étymologique de ce 
mot. 

ARPA, ORPA. F. s. f. Griffe, serre. 

Faut faire un effort 
Par pouairc s'empachicr de Varpa de la mort. 

( Pour pouvoir échapper aux griffes de la mort). 

Chapelon, La Misei^a, p. 199. 

Ly voué faire sicnlzi Vo7'pa de la Goton. 

(Je vais lui faire sentir...) 

RoQuiLLE, Les Ganduaises, p. 17. 

— P. bugiste. 

Libéra nos de Varpa 

De celtoz usuri. 

ISoël du, Bugey, édit. Le Duc, p. 120. 

— P. dauphinois. 

Et i^arda ma maison de Yluirpa du larron. 

Pastor. de Janin, acte IV, se. iv. 

Langued.: arpo. — Provenç.: harpa. 
Roman : arpa. 
Ane. franc.: harpe, griffe. 

De Sauvages le fait dériver du latin arripio; Hon- 
norat du grec ApTra^ 

Le Diction. del'Acad. , 1835, a conservé comme fami- 



32 
lier harper, Prendre et serrer fortement avec les mains. 
Arpion. F. et L. s. m. Ongle, griffe. 

Et de so cinq z arpiojis ly brcynnt la corgniolc 
Œt de SCS cinq griffes lui broyant la gorge) . 

RoQuiLLE, Les Ganduaises, p. 8. 

Arpi, harpie, l. s. /. Perche armée d'un crochet dont se 
servent principalement les bateliers des environs de 
Lyon; croc. — V. Molard, Mauvais langage. 

— P. dauphinois. 

Avci croc et arpi. 

Lo Datifcl de la Gisen, p. 44. 

Armati securibus et harpîs. — Vita de Ottonis, cit. 
au Gloss. de Ducange, v'' arpagare. 

ARQUETA, HARQUETA. F. V. a. Parer, ajuster. 

Aussi bien nrquctats que de princes du sang. 
Habillit propramen et Ircs-bicn harquela. 

Cn.vrELON, Entrée solcnn., p 129, 131. 

Langued. : arquelar. arkela. 
Le Gioss. de Roquefort donne, comme anc. français, 
arquoi, Ajustement, parure de femme. 

ARRANGA. f. v. a. Traîner, arracher. 

Et fodra don toujours que lo dzablo l"iml)anche 
Ou bus de vct Cozon ontc Piarrc Varranchc. 

(11 faudra donc toujours que le diable te conduise — Au bois de Couzon 

où Pierre t'entraîne). 

RoQUJLLE, Ballon d'essai, p. 29. 

Langued. et proven. : arrancar. On le trouve en 
catalan, en espagnol et en portugais. 

Il est aussi roman. Raynouard le fait dériver du ro- 
man rcnc, rang, hgne; et Honnorat du latin eradicare. 
radix. 



33 

Le GIoss. de Ducange « a arrancare, evcUere: Qui- 
cumque furabilur vel arrancabit aliquam arborem. 
Statut ir.assil. » 

ARRAPA. F. ARRAPER. L. V. Cl. SaisîT, prendre, attraper. 
Arrapa (s'), s'arraper. V. pronom. S'attacher h. 

L'amour l'at arrapê , cet enfant. 

Les Canettes, p. 221. 

La chamizy arrapat o quio. 

Ballet forésien, p. 10. 

Se l'y arrapet lou na et lou coupet tout net. 

(Il s'y prit le nez et le coupa tout net). 

CnAPELON, Entrée sol.^ p. 120. 

A n'eut pot termine qu'in nommo Moucheron 
L'arj'ape brusquamcnt et lo mené de rond. 

RoQLiLLi , Les Ganduaises, p. 38. 

Molard cite Arraper et s'arraper comn^e du langage 
populaire de Lyon. Il le fait venir du latin arripere. 
— P. dauphinois. 

Je scavo micu que vo où se faut arrapa. 

Pastor. de Janin, acte III, se. i.. 

Provençal : 

Pcr pousquc ben tenir tout ce qu'an arrapats 

DiouLocFET, cpître, p. 13. 

Langued. : arapa ; catalan et espagnol : arrapar ; 
italien : arrapare. 

Roman : arrapar. 

Roquefort et Ducange citent Araperet arraper, anc. 
français, et arrapare usité dans la basse latinité. « Ja- 
quemetus insequtus fuit ipsum Johannem et eum arra- 
pavit. Indic. 1370. — De chaulde colle ou meslée le 
suppliant ampa ledit PieiTe au col. Lilt. remiss. 1^56. » 

3 



34 
ARTA BALARTA (a l'). f. Au hasard, a l'aventure. 

Ere un horaou d'esprit qu'entendit l)ien la carta 
Et que n'a jamais ren fat a larla balaria. 

(C'était un homme d'esprit...) 

Cu.vPELON, Enlisée sol., p. 122, 

Il faut e'crire a rarta, hararla. 

Oïl trouve daus le Diction, du patois du bas Limousin 
par Bei^ouie : 

Ariobal , o bel ariohal , expression adverb., Au ha- 
sard, a l'aventure, inconsidérément. 

ARTYO. F. ARTEiL. L. S. m. Orteil, le gros doigt de pied; 
doigt de pied . en généi^al. 

Endc la scima do chavyo 
Tan qu'a le z ongle doz artrjo. 

(Depuis la pointe des cheveux — Jusqu'aux ongles des doigts de pied). 

Ballet forcsien. 

Jrlès, dans Roquille , La 3Ié)iagerie , p. 13, et La 
Gorlanchla, p. 27. 

M. Bi^eghot du Lut cite un passage de Paradin, 
Mém. do. lliul. de Lyon, où on lit, La pointe du gros 
arlcil. Il fait observer, après Ch. Nodier, que arlcil, 
employé par le peuple de Lyon, est foraié dii^ectement . 
sur le latin ariicuUis et beaucoup plus étyn.ologique 
que oricîl , qui en est une aliération. 

Aiieil se disait, d'ailleurs, en anç. français. Il est 
resté avec cette foi^me dans les patois du midi de la 
France et dans la plupart des langues néo-latines. 

— P. dauphinois. ^ 

Arlcu, dans le Banquet de la faye, p. 18. 

— P. savovard. 

Pcr avey dy que valei mio 



35 

Es (i7'tay que to notroii dou. 

(Poui avoir dit qu'il — Le roi de France — Valail mieux dans son 

orteil que noire duc tout enlioi). 

Far sa de Touaimou dou trou. 

ASSADA. F. V. a. Goûter, essayer. 

n'y a chassi que de \ jo cliin, 
N'abiorajou que d:; vin vio, 
Que à'assada on n'ame mio. 

(Il n'y a chasse que de vieux cliicn, — Ni breuvage que de vin vieux, 
— Que de goûter on n'aime mieux). Ballet forésien. 

J'assadou 
Lou vin un po fort , 
Trcy vey mio qu'un maladou. 

(Je goûte le vin un peu fort, — Trois fois mieux qu'un malade). 

Cn.vPELON, Chans., p. 159 
Dzit ais : Tout nous tonte ; 
Mais po nous counlonte ; 
Par mio-z-ossada, 
Vous faul-z-'alTana. 

(Il dit ; Tout nous tente; — Mais peu nous contente ; — Pour 
mieux le savourer, — Il faut le gagner), 

Chans. de Philippon, 1853, p. 15. 

Je regarde asscida comme un dérivé du roman 
assalja)\ assaiar, Éprouver, essayer. Jssageai\ pro- 
vençal ; assaijar, catalan ; assagfiare, italien. 

Le Glossaire de Ducange, qui donne, comme em- 
ployés en basse latinité, assagharc; tentare, expcriri; 
et assaia , examen, probatio, cite le texte suivant, où 
l'on retrouve précisément le sens de nos citations pa- 
toises : 

Major et baliivi in tcmptationc seu assaia hujusmodi panis et 
eervisiaî négligentes. 

(Le maire et les baillis négligents dans la vérification du pain et 
de la bière). 



36 
ASSUPA , AssiPER. F. V. a. Heurter, choquer. 

Vn lozou m'assupet , je bouquio la chanc3'ri. 
(Une pierre me heurta, je baisai le pavé de la rue). 

CuAPELON, Picqnêle, p. 205. 

Quand o crct bien marchie, vou cyt adoiic qu'au s'assupe. 
(Quand il croit bien marcher, c'est alors qu'il se heurle). 

Id , T/icse, p. 226. 

Langued. : supa, assiipa; provenç. ; assapai\ assipar. 

Ane. franc. : luoupcr. 

Ducange. v° assopire , lui donne originellement le 
sens de Suspendre, retenir, arrêter, et, par extension, 
celui de Choquer : 

Ledit Jehan qui porloit ledit faiz... en alant à son hoslel... il 
se assopa à aucune chose en la rue et chut en un fangaz. 

Lelir. rem., 1383, citées par Ducange. 

ASSURE. F. V. a. Achever, terminer. 

Tranta jouaïnous cadets que s'eriant assemblât. 
Sur la fin do charna, assuh^onl lou plat. 

(Trente jeunes cadets qui s'étaient assemblés, — Sur la fin du car- 
naval , achevèrent le plat). 

Chapelon, Entrée sol., p. 140. 

Nous commençons ben l'an, sat-on qui l'assura ? 

{.... Sait-on qui le finira ?) 

Id., Misera de Sant-Eliève, p. 202. 

Son corps ey tant assut de lion et de vieillessa. 
(Son corps est tant usé par le temps et la vieillesse). 

Id., Requête, p. 206. 
l'aït coumonci, o pouit po as.^ure. 
(Il avait commencé, il ne put pas finir). 

Poème sur le 9 thermidor. 
Voué tzun vin que pot sola 

Que de se maria ; 
Avant voulou assure a foun 
Ma piquelta de garçoun. 



a? 

(C'est un vin qui peut enivrer, — Que le mariage; — Auparavant 
je veux linir à fond — 3Ia piquette de garçon). 

C/tans. de Pimi-ippon, 1853, p. 3. 

— P. bressan. 

Quin l'eut bin assui, la famena se bêle din lou pays que l'ère. 

(Quand il eut tout dépensé, il survint une grande famine dans le 
pays oîi il clail). 

Paiab. de l'Enfant prodig., trad. en pat. bressan par M. Sip.and. 

Honnorat, dans son Diction, provenç., cite assouirc, 
Achever, qu'il fait venir du latin adsopirc, Assouvir, et 
qu'il dit peu usité. 

Notre mot a probablement la môme origine que Tan- 
cien français, Assouvir, assovir, qui signifiait Achever, 
conclure, accomplir : absolverc. 

A l'aide de Dieu, le livre est assouvi en deux parties. 

JoiNVILLE, cdit. CAPrERONMEn, p. 1. 

Le Gloss. de Roquefort cite aussi un passage de 
Villehardouin, où ces mots : ne emi, ne assum, signi- 
fieraient, Ni a demi , ni complètement. 

ASTURA. L. adv. A présent, à cette heure. 

J'ai toujours ayeu (eu) soin du bien, 
Et aslura gc n'arai ren (aurai rien). 

Lyon en vers burlesques, part. 1, p. 18. 

Cette abréviation, qui n'a pas passé dans le langage 
de l'Académie, était usitée en ancien fi^ançais. 

Moy asteure et moy lantost sommes bien deux. 

Montaigne, Essais, liv. III, ch. ix. 

Elle est restée dans un gi^and nombi^e de patois. 
— P. dauphinois : 

Le caffé parisien qu'est astheura à la moda. 

Blanc la Goutte, Epit. sur les réjouissances, etc., p. 16. 



38 
— P. normand : 

Or astcure chy qii'oz a vaincu Mcgcre. 

(Or à présent celui qui a vaincu Mcgcre. 

David, La Musc normande^ p. 77. 

V. aussi le Vocabul. du Haut-Maine, v° AsÈeure. 

ATOU, ATO, iiASTE. L. et F. 5. 111. Broclie h faire rôtir les 
viandes. 

Qua tu nou vau qna virio Vatou, 
Et en un carou de culïin 
Garda de nimalou tupin. 

( Car tu n'es bon qu'à tourner la broche — Et dans un coin du foyer 

Garder le pot de brûler). 

Ballet forcsien. 

Un âtou vio inquo qu'o set de bois. 

(Une broche vieille, encore qu'elle soit en bois). 

Anl. CuAPELON, Inveiitoirou, p, 246. 

Son tavet frappa d'un tranchu, 

Ne sery ty pas bcn fachu 

Et puy d'un grand alo de fer ? 

;Si on t'avait fiappc d'un tranchoir, — Ne serais-tu pas bien fâché, 
— Et puis d'une grande broche en fcr^? 

L'ordre tenu eii la chevauchée faicte à Lyon, 1566. 

(Ces vers du programme débité par les supposts du 
seigneur de la Coquille sont expliqués par le passage 
suivant du récit en prose: 

« Et au dernier d'icelle compî»gnie y avoit un homme monté sur 
un asne et une femme apics luy q'ii porloit un tranchoir de boys 
d'une main et en l'autre wn grand Iiasle de fer rcpiésentant ccluy 
qui avoit ainsi esté battu de sa femme, au lieu et distroict de la 
juridiction dudit chevalier de Sainct-Rumain. » ) 

L'historiette suivante, rapportée par Louys Garon 
dans son recueil d'anecdotes, intitulé Le C/iasse-ennuy, 



} 



39 

prouve qu'on employait encore le mot haste^ a Lyon, au 
xvii^ siècle. 

« Bernardin de Pisloyc, demeurant à Lyon, à la mnison du sieur 
Bonuize, banquier, avoil ony dire qu'une broche cstoil meilleur fran- 
çois qu'un Iiaste. Quelques jours après, un paquet de Icllrcs tomba 
entre ses mains, qui s'adressoil à Paris, sur lecpicl esloit écrit : à 
Vhasie, à l'haslc. Bernardin pensant que ces lellros fussent envoyées 
à riiosioUeric de Vliaste, prit sa jilumc, et efTaçant à l'/iasle, il écri- 
vit : à la broche, à la broche. » 

Le Chasse-Enmiy, 1633, 1. 1, cent, v., p. 436. 

^lou, haste, ont été formés du h[\n hasla. 
Langued., provenç. et catalan : asle. 
Roman . ast. 
Ane. franc.: hasto. 

ATRUT. F. adj. Heureux, fortuné. 

Rcn pru gourryc nou se pot veyre 
Ren pru alriit, ny pru bérou, 
Alizon, que d'cslre amourou. 

(Rien de plus beau ne se i>eut voir, — Rien de plus fortuné, ni de plus 

heureux, — Alizon, que d'être amoureux.) 

Ballet forésien. 

Roman : astruc, heureux. — Ancien catalan : astruch. 
— Ane. espagnol etanc. portugais : astroso. On le fait 
dériver du latin aslrosus. 

Alrul est le radical de hcnalru, bienheureux, et de 
malru, molru, malheureux. V. ces mots. 

AVARRI. F. V. a. Rejeter, repousser, perdre. 

Pruto lez cygje par marvelly 
S'en tournaran en lour suerzelly, 



E lou bo avariran l'crba. 

(Plutôt les ruisseaux, par miracle, — Retourneront vers leur source. 
— El les bœufs rejetteront l'herbe.) Ballet forésien. 



40 

Crevant de m'effrayi avoué voulro discours, 
Et me faire avarri mon calant par lonjours. 

RoQuiLLE, Ballon d'essai, p. 30. 

■ P. dauphinois. 

Lo bcn s'est avali, et lo ma et venu. 

Lo Datifel de la gisen^ p. 36. 

Langued. et provenç.: avari, avali, abali; perdre, 
dissiper. 

Avalisco , abalisco est un juron languedocien qui 
équivaut a : Que le diable t'emporte. Si vous êtes de 
l'autre, avalisco Satanas, dit Panurge dans Rabelais. 

(Chapelon a aussi employé ce terme dans le Noël x, 
p. 101. 

Yo n'en saray quitte pcr m'entournaz 
Et vous dire avalisquo. 

(J'en serai quitte pour m'en retourner — Et vous dire, allez au 

diable). 

Mais le pâtre auquel le poète donne la parole dans ce 
Noël ne parle pas le patois forésien. Chapelon a sans 
doute voulu mettre en scène un berger du Vivarais, du 
Velay ou l'un de ces pâtres du Midi qui louent pour le 
pâturage les montagnes du Centre et de l'Est delà France. 
L'éditeur de 1779 des Chapelon n'a pas compris cet ava- 
lisquo : il le traduit en note par Vaventure, ce qui rend 
le passage cité tout a fait inintelligible.) 

Un autre mot des dialectes de langue d'oc qui a les 
mêmes formes : avari, avali, abali, a un sens directe- 
ment contraire à celui que nous venons d'indiquer. H 
signifie Conserver, garder, élever. On le dérive du latin 
alcre, tandis qu'on donne aval avaler, pour origine a 
notre mot. 



41 
AVEILLE. F. s. /. Abeille. 

Lous fifres, Ions ohois bclavont les ourcillcs 
Comme qui Ic-z-orit près d'un cssciii d avcilles. 

(Les fifres, les hautbois mcllaient les oicilles de chacun — Dans l'élat 
de celles d'un homme qui les aurait pics — ) 

CiiAi'ELON, Entrée sol., p. 136. 

La substitution du v au b est fréquente dans tous 
les dialectes du midi; mais avcille était usité même en 
anc. français. On y disait aussi avclle. 

Comme aveilles chassent les frcsions d'entour leurs rouschcs. 

Rabelais, Gargantua, eh" xl. 

Qu'est-ce qui presse si fort ces avettes d'accroistre leur miel ? 

S. François de Sales, Traité de rainour de Dieu, xu, 2. 

V. riiistoii^e du mot abeille dans le Diction, histor. 
delà lang. franc. ^ p. 125. 

— P. dauphinois, avilie : Lo Banquet de le faye, p. 19. 

— P. bugiste, avouille. Fables du P, Froment, p. 5. 

AVERA. F. V. a. Otev, enlever, faire perdre. 

Par nous averâ la vargouni , 
Chaque joue nous porte soun cot : 
Onqu'un sans rougi chacun pot 
Au grand soulé gratà sa rougni. 

(Pour nous faire perdre toute honte, — Chaque jour nous porte son 

coup. — Aujourd'hui sans rougir chacun peut ) 

Chans. de Pijilippon, 1853, p 35. 

Langued. : avéra, aveire, ave, ar<?f/r«; Aveindre 
ou tirer une cliose d'un endroit hors de portée. Avéras 
aquel libre; aveignez-moi ce livre. (De Sauvages). 

Provenç. : averar, même sens. 

Le Diction, de l'Académie, 1835, donne aveindre 



42 

comme familier, ^veignez-moi ce livre de dessus cette 
tablette. 

L'argent fait notre question ; 



Et vous n'avez pas la main preste 
A m'en avindre promplcmcnt. 

SoMAiZE, Le Procès des précieuses^ cdit. Livct, p. 80. 

AVIT. F. s. m. Etau. 

Car quand je veyou mon avit. 

M'cyt cvire que je dccorou 

Mon avit semble d'cmpoueson 
Et me fat fure la meison. 

(Car quand je vois mon élau , — Il me semble que je prends mal au 

cœur... — Mon etau me parait du poison — Et me fait fuir la 

maison ). 

Jac. Cn.\PEL0N, Contrition d'un fé néant, p. 270. 

Au laisset rulir son avit. 

(11 laissait rouiller son etau). 

Ant. Chapelo.n, Epitophe de Dobrun, p. 255. 

^vis , eu provençal , est synonyaie de vis ; et la vis a 
donné son nom a l'élau dont elle est une des pièces prin- 
cipales. 



B 



BABAU. F. s. 771. Fantôme, lutin, ogre, être imaginaire dont 
on fait peur aux enfants. 

nia mare grand me fnzit entendre 
Do tion que j'cra tant petit, 
Que Ion babaa me viiidiit prendre 
Quand je n'orin pas prou mingit. 

(Ma grond'mère me faisait entendre, — Lorsque j'clais petit, — Que 
l'ogre viendrait me prendre — Quand je n'aurais pas assez mange). 

Ch.vpelon, Chansons, p. 160. 

Languedoc: babaou; — Prov.: 6a6aif; — Portugais: 
babao; — Italien : // baa. 

On trouve au Gloss. de Ducange babosus, baburrus, 
stullus, ineptus, qui paraissent appartenir au même 
radical. 

Bâbarâlxhy. F. s. f. paraît avoir un sens analogue dans le 
passage suivant du Ballet forcsicn : 

La babarauc/nj cl iou drot 
Que farit de tous Iou Juchie 
Le zalène zcvaracliie. 

(Le fantôme et l'épouvantail — Qui ferait de tous les perchoirs — 
Fuir les poules effrayées). 

Prov.: babaraciioun, babarouchoun , baboin ; baba- 
rauJa, domino. 

Langued.: babaraoudo, domino, habit de masque. 



44 
BACHAT. L. et f. s. m. Auge, bassin de fontaine, abreuvoir. 

Mon buyc, mon^bachat, ma gcrla. 

Ballet forcsien. 

Cochard, dans les Mélanges de M. Bregbot du Lut, 
t. Il, p. 257, dit que « on l'emploie a Lyon dans le 
sens d'Auge, vase ou bassin en pierre, destiné a rece- 
voir les eaux d'une fontaine ou d'une pompe. Paradin 
s'en est servi dans ses Mémoires sur nûsloire de 
Lyon, p. 433. Inscrip. ant, à l'occasion d'un tombeau 
creux dont on a formé le bassin de la fontaine de Saint- 
Rambert. Geste pierre, dit-il, sert de hachai ou auge 
et réceptacle de l'eau d'une fontaine d'un village, près 
l'église, auprès de l'abbaye de TIle-Barbe. » 

Langued. et prov.: hachas. 

Roquefort cite aussi hachas. 

Baguasse, l. et f. s. /. Même sens que hachai, dont il est 
parfois un augmentatif. 

On la verra niarchi, faire milla grimace, 
S'asscta, decoucra, vomi dans la bâchasse. 

(On la verra maichcr, faire mille grimaces, — S'asseoir, se trouver 

mal, vomir..) 

Savel , Mariage de Jean, p. 54. 

Paradin l'a aussi em\)\oyé. Inscript, antiq. , p. 4-21. 
« C^est une arche ou hachasse de pierre creuse (comme 
on l'appelle a Lyon) qui est une belle sépuPure , hors 
des murailles de la ville près l'hospilal Saint-Laurent- 
des-Vignes , laquelle sert a présent a recevoir Peau 
d'une belle fontaine. » — Voir les 31clang. de M. Bre- 
gbot du Lut, t. 1, p. 222, et t. Il, p. 25S. 

On trouve hachasse dans les Noëls maçonnais du 
P. Lhuillier, mais avec un sens un peu diOérent. L'Ex- 



45 

plication des mots dans l'édit. s. d. le traduit par 
Coffre a paitrir. 
Froveiiç- : bachassoun^ auge, baquet. 

Le Gloss. de Ducange a bachassiiim, aquarium, aqua3 
receptaculum, et le cite dans un titre dauphinois de 
1502 : 

« Abfcas de Leoncello et frater Rallie, ejus procu- 
rator, alte se jactando dixerant quod lacèrent alla abre- 
veragia et bachassia pro potu et abevratione ipsorum 
animalium in dictis pascuis. » 

Bâcha et ses analogues ne viennent-ils pas du latin 
vas , vasculum par la transmutation si fréquente du 
V. en b? 

BACHASSOLA. f. s. f. Grand vase, le plus souvent en bois 
de hêtre, d'une seule pièce et de forme arrondie, qui 
sert aux grosses préparations du ménage. 

Couma sarit de po, de bachassole. 
(Comme seraient des pots, des — ) 

Ant. CuAPELON, Bohrun, p. 248 

Vou m'eyt cyvi déjà que vcyou le pistolcs 
Que se vanl palcycr a pienes bacliassoles. 

(Il me semble déjà que je vois les pistoleS; — Qui se vont remuer à 

pleines....) 

CoAPELON, Requête, p. 214. 

Bacholata, basse latin. , et bachole , anc. franc. , 
cités par le Gloss. de Ducange, paraissent désigner un 
ustensile de même espèce. 

BACHU. L. s. m. Bateau a garder le poisson ; coffre percé 
qu'on lient dans l'eau et qui sert au même usage. 

Nous sommes devant les bachus : 
Nous allons rire tant et plus, 



46 

Nous entendrons cent scandales, 
Les poissonnières de la halle : 
Mon cher ami, nous y voici. 

Lyon en vers burlesques^ 2^ part., p. 26. 

Cité par Molard, 1810. 

ITonnorat donne comme appartenant au dial. du bas 
Limousin bac/ioun, Caqueté où les poissonnières tiennent 
des carpes. Il dérive tous les mots de cette famille du 
celtique bag ou bak, bateau, barque. Ne peut-on pas 
penser plutôt que bachu se rattache, comme b.\ciia, 
BEGUE , etc. , au latin Vas, vasculum ? 

BACON. L. et F. s. m. Lard, viande de porc salée. 

Nous prenons de tout en payamen 
Un bon plat de bacon salamen. 

(Nous prenons de tout en payement j — Un bon morceau de cochon 

seulement). 

Chapelon, Mi de Mai, p. 149. 

Pillic lou zues. le poule et lou bacoun. 

(Piller les œufs. . . .) 

Chans. de Boyron, p. 13. 

Migi quoque lard rancie et seupa de bacon 

Que haibouoUe toujours dan zin grand chauderon. 

Savel. Mariage de Jean, p. 13. 

Le Duchat sur Rabelais, 1. 15, dit qu3 6«co?i, en 
Lyonnais, en Daupliiné, en Poitou et en Lorraine , si- 
gnifie du lard ; en x^ngleterre, de même qu'en Provence, 
c'est im porc salé ; et il cite un vers d'une chanson 
messine dont le sens dit que chair de pourceau, c'est 
du bacon. 

— P. bressan. 

Ka can cU' an mania lo bacon et lo lar, 

Qui ne san pie que fere, et n'an ne sey ne fan. 



47 

Y se faran cncor arria de niatafan. 

(Car lorsqu'ils ont gâlc le cochoM cl le lard, — Qu'ils ne savent plus 

que faire et n'ont ni soif ni faim, — Us se feront encore apporter des 

matefains). 

Lou (jucr.icn dou pouro kbory. 

— P. dauphinois. 

U son plu gra que lo baccon 
Que pcndole din lour lavcrna. 

La vieille Lavandière^ p. 71. 

Langued» et provenç. : bacon, bacoiin. 
Roman : bacon. 

Bacon élait fort usité en anc. français. Il est cite' par 
Roquefort et par le Glos^^. de Ducange qui, aux mots 
baco, bacco^ bac/io, porte : « Ex gallico et anglico bacon, 
qua voce promiscue donantur porcus saginatus, ustu- 
latus et salitus, et petaso aut perna. » 

Une des grandes compagnies qui, au XIV^ siècle, 
après les guerres des Anglais, ravageaient nos contrées, 
portait le nom de mange-bacon. 

On retrouve bacon en catalan , en portugais ; et il 
signiilc encore aujourd'liui, en anglais, Lard et jambon. 

Sa présence simultanée dans des dialectes très-divers 
appuie l'opinion qui lui donne une origine plus ancienne 
qu3 le latin. 

BADA, A LA BADA. — V. ABADA. 

BAGNOX. L. s. m. Vase de bois ou de métal qui sert aux 
usages du ménage, ainsi qu'aux récoltes. 

J'ai trouve ])ien joli, malgré celte morale, 
L'homm2 qui tait son vin au fin fond de la salle. 
L'avez-vous remarque campe dans son bagnon? 

Visite à l'exposition, p. 11. 



AS 

M. Breghot du Lut, 3Iél., t. II, p. 6, dit que le ba- 
ijnon est une espèce de bcnot (V. plus loin bena) dans 
lequel on lave du linge et on prend des bains de pied. 
Cette dernière circonstance lui fait penser qu'il vient 
du latin balneum. 11 peut, en effet, s'y rattacher par le 
roman 6fl^>mr, mouiller, tremper, et bagno, bain, avec 
lesquels il a une analogie manifeste. 

On trouve au Glossaire de Ducange bagmim pro 
Balneum. 

BAILLI, BAILY, BAILLIE, BALLY. L. Ct F. V. tt, DOUnCr. 

Et «'on l'avct frappa a plein 

Atou un cguiry dôtain 

Et t'en bailly su b cerveau. 

La Chevauchée de l'âne, 1566. 

Le récit en prose porte : 

« Un charriot où estoit une femme qui battoit son 
mary lui baillant d'une esguyère d'étain sur la teste. » 

Si es fo halbj huit sous à une lavandiri 
Elle l'appclcron sourciri. 

(S'il faut donner huit sous à une lavandière, — Elles l'appelleront 

sorcière). 

La Dernarda buijandbn. 

Paurc, baillis me la paurt dou bien que dé me revegni. 

(Père, donnez-moi la part de bien (jui doit me revenir). 

Parab. de l'Enfant prodig. on pat. de Sainl-Symphorien- 

le-Chàtoau, par Cocuaud. 

A forci de piato me vequa de retour 
Dcins cou bravo pays que m'a balij lo jour. 

(A force de trotter, me voilà de retour — Dans ce brave pays ) 

RoQiiLLE, La Goiianchia, p. 3. 

Ou ne baillave pas d'épines par de roses. 

(Il ne donnait pas....) 

Chapelox, Entrée, p. 122. 



49 

Ji te baîiou ma fiUi, mai a ena condiliouii 
Kc lou public va balie soun aproubalioun. 

(Je te donne ma fille, mais ) 

LiNOssiER, Remou et Daroueni, p. 20. 

Le futur fait régulièrement baillirai , baillarai, et 
quelquefois par syncope baraij. 

Par met je bailla7^cz tous lou vers de ma tcta. 

Chapelon, Requête, p 215. 

Je l'y baray cent cou de poin, de^pi. 

(Je lui donnerai cent coups de poing, de pied). 

La Bernarda buyandiri. 

On trouve aussi le conditionnel barin et borin, je 
donnerais. 

l'amarit quand e vo borit rien. 
(On l'aimerait quand même il ne vous donnerait rien). 

RotjciLLE, Les Ganduuises, p. 22. 

Ce verbe existe sous des formes un peu diverses 
dans presque tous les patois de France. 

P. bressan. 

Qt;atre u cin degordi 
Se haliron per lo gron 
De la poce e du çaudron. 

^o'éls bressans, cdit. Le Duc, p. 6. 

Vo vo barc vo n»cmo 
A c'Ji gran Ray de ray. 

Id., id., p. 63. 

Langued. : baila ; provenç, : bailar^ bailhar. 

Le roman bailar et l'anc. français bailler, bailler 
avaient un sens beaucoup plus étendu. Ils signifiaient 
a la fois, Prendre, porter, donner, atteindre, adminis- 
trer, gouverner. C'est avec ce sens mulli])le qu'on 

4 



50 

trouve au Gloss. de Ducange bailia, bayliay halia et 
ba'dlagium. 

Bailli élmi synonyme de Gouverneur, administrateur, 
et Ton appelle encore baile dans le midi de la France, 
le berger en chef d'un grand troupeau. 

Au surplus bailler, dans le sens ds Donner, a été 
employé par tous les auteurs français antérieurs au 
XVI F siècle. On le lit plusieurs fois dans Malherbe. 

Esprits mal avises qui blàincz un échange 

Où se rrcnd et se baille un ange pour un ange. 

Liv. III, Stances. 

Molière Ta mis souvent dans la bouche de ses paysans; 
mais il l'emploie aussi dans le langage ordinaire. 

Tudicu, l'ami ! sans vous rien dire, 
Comme vous baillez des soulïlets ! 

Ampldlryon, acte I, se. u. 

Le Diction, de l'Acad., 1835, l'a conservé comme 
terme de pratique : bailler à ferme, bailler par contrat; 
et comme usité familièrement dans les locutions : P ous 
m'en baillez dano belle, vous me la baillez belle. 

BAMBANER, bambaxo. l. v. n. — Se bambaner. v.pron. — 
Se promener sans bu% flâner; perdre son temps. 

Et je me bambanais tout le long du bitume. 

Visite à l'Exposition^ p. 1. 

De pères de familles 
Que sourant cduco lous garçons et lous filles, 
Que los layssirant pns harnbano par les rucls, 
En los abandonnant a lou guise solcts, 

(. . . .qui sauront élever les garçons et les filles, — Qui ne les laisse- 
ront pas flâner dans les rues ) 

Hym7ia  la Concorda, p. 32. 

me falit bambano tôt lo jour. 

RoQciLLE, Lo Pereyoux, p. 5. 



I 



51 

Enfin j'apcrcevio (juatro dcguenilys 

Tous qualro bambanant de vios fusis roulis. 

Id., DrcTjoti, p. 71. 

(Il a ici le sens peu usité de Brandir avec négligence). 
B.vMB.vNE. L. s. r.i. Homme lent, indolent. 

On ne dira pas que jo suis bamhoclicur, 
Que l'on me rcconnait partout pour un bambune. 

Déclaration d'un canut. 

Il est cité par Molard. 

Le grec Cx,uCxrj/:e , balbutier, bégayer, présente 
beaucoup d'analogie avec notre mot qu'il a peut-être 
produit, ainsi que l'italien bambino , et le français 
bambin, 

BARDOIRE. L, s. f. Hanneton. 

Tout le monde n'ont pas un permis pour la gloire 
Et celui qu'a fait l'aigle a crée la bnrdoire. 

Les Einbell. de Lyon (suite), p. 5. 

Il a été recueilli par Molard, 1803 ; et par Roquefort 
qui n'indique pas le dialecte dans lequel il Ta trouvé. 

Ce iiom du hanneton ne lui vient-il pas de ce que ses 
ailes lui forment une sorte d'armure, ou de barde ^ sui- 
vant l'expression de Tanc. français ? 

BARFOLLI, BARFouiLLER. L. V. 11. Barbotcr, bavarder. 

A l'hora d'inqucu vodriant su ma conduilsi 
Darfolli choque jour et n'in rcglo la suilsi. 

(A l'heure d'aujourd'hui ils voudraienJ sur ma conduite — Bavarder 
chaque jour et en régler la suite). 

RoQLiLLE, D'dlon d'essai, p. 26. 

Barfoliou, barfouillon. L. adj. Bavard. 

Onte est t'é donc, cou vio rumairo, 
A gorgi de paramolairo, 



52 

(À)u harf'olioux, que lalanj^ucur .'' 

Onic est l'c ilonc, cou giund blagueur? 

(Où csl-il (loue ) 

lloyriM r., Les (hinduaises, p. 20. 

IVvurol.I.IADA , MAIU'OLLIAUI. S. /. lÎAIU'OlllLLAUK. .S*. TH. L. BH- 

Serra lo i()l)im"l de la j^i'aixl barfolliada. 

(Fenur le; liihinel de ton grand l)avarila;;e). 

lïijmne à la Concorda, p. 21. 

No vos occnpos plus do cola uuxpiari, 

Kl liotos de eoulo lola barf'olliari. 

Id., p. 3.5. 

Molard, 1803, a r(dev(; hm-fonillnr, barfouUlon et 
barfonillayo (\u\[ traduil par UarboLcr.. Uarbotour, et 
Uarbola^o. 

IJAlUri'lL, iiAniTMAii. L. et F. .S', m. Blutoir ou blutcau; ta- 
mis, insti'uuKMil (l(^sliiH'^ h sd[)ar(U' la lariiio du son. 

Dans uiit^ Oi'don. do la municipaîitô de F.yon du com- 
nuMici^MUMit du Wl" sioclo i)oiiant roglemout de la 
boulangerie, citée par M. lîi'O^iiot du l.ut , MrL, t. I , 
p. 30:^ ou lit (jue la niiclie « sera de line Heur de bon 
IVouient il main ih^ bonlanj^cr i)assé au plus lin et priu 
harilcau, (Mivii'on la liiiree pai-tio d'uncî asnee » et (pje 
le pain laiiii s(M'a (ait av(îe U; l'i^ste de l'asuiie « passé 
avec It; it'prin l'tîsU; de lalicle niicbe et dudiet lin et 
piin harilcdu, au dtiuxième harilcau aijpelé bastard. » 
V. les inruK^s Môl , t. 1, p. 2{i7. 

— r. dauphinois. 

Il) cnr iiiaiitel 
Kogie, perlu/olu eonian un baritcl. 

(Un manteau court, Ivyer, [>oi'cé connue un tamis.) 

Le Uanquct de le /ai/c, p. 20. 



53 

Languod. (M provoiic- : barutal, hnrulrl , banUoau, 
balutcou. 

Doux citations fournios par le lexique de Raynouani 
mondvnt re mot également usité en langue doc et 
en langue d'oil. 

Somblnns os a bnnitrl, 
Rclcn lo lach cl lai5sa 1 bon. 

(. . .11 totionl le laid et laisse lo bon). 

Vn Troub anon. 

Ils rossomblont lo burctcl 

Qui giolo la blancbo farine 

Fors do lui, cl rotionl lo bron. 

Fabl. et coûtes anc. 

Basse latin. : « baruloUiDn, cribrum quo excernitur 
fiUMna. » (Gloss. Ducangc). 

Rauitf.ll.v. k. V. a, Hluler, tamiser, passer. 

En bnrilcllan Ion tion. 

(En passant lo temps). 

Ballet forésien. 

Roman : barulelar. 

Basse latin. : « barutellare; barutello sou cribro ta- 
iMuam excernet^e. » (Gloss. DucangeV 

— r. bressan. 

De f.»rona bavtelo 

(Do la farine tamisée). 

yoels bressans, édit. Lo Duo. p. 7. 

r^AmTri.nw. v. s. f. BUuoiiT, colVre à bluter. 

El de soure n'ompliron 
La bavitelery. 

[Va nous remplirons dos reslo"; »ioti< < nlTro.> 

liai ht forêsien. 



54 

— P. dauphinois. 

Tout à l'cntour de si ne laissit etagciri, 
Armciro, cabinet, archi, barileleiri. 

Le Banquet de le faye, p. 13. 

Langued. : banitcleiro ; une blutoire , grand coffre 
qui renferme le bluteau. 

BARRAL. L. BARRÂT. F. s. m. Mesure des liquides; vase 
en bois de cette mesure. 

Saîqu'un barrai parluza vez lou quio. 

(Ccrlain barrai troue au fond). 

Aiit. CuAPELON, Invcntoirou^ p. 248. 

La contenance du barrai variait dans chaque pro- 
vince. 

Cochard, dans les 3Iél. de M. Breghot du Lut, t. II, 
p. 258, dit que le barrai en Lyonnais était de 40 a 50 
pintes. 

Le Gloss. de Ducange, v° barallus vini, dit : 

« Bellijoci baralis vini valet semiasinatam ; asinata 
autem octo quartas seu 96 potos, » 

On lit dans une pièce imprimée h la suite de XWst, 
de Lyon, du P. Menestrier, p. 13 : « Item Petrus Fabri 
de S. Cirico posuit in domo Johannis de Rhodano XIV 
asinatas de vino puro et unum harallmn. w 

En Dauphiné, où Ton s'en sert encore, le barrai 
équivaut a 50 litres. 

Suivant De Sauvages, en Languedoc le haraou chan- 
geait d'une ville a l'autre. Il en était de même en Pro- 
vence du barrai suivant Ilonnorat. 

Barrlal en roman , barrai en catalan. 

Ce mot, dont le radical est sans doute le même que 



65 

celui de Baril et de barrique, a été employé par Ron- 
sard. 

Douze moutons, un bœuf de grand corsage, 
Gras, bien charnu, et six barraux de vin. 

BARREULA. f. barouler. l. v. n. Rouler, dégringoler. 

Les cscayers de bois client mouilles et pleins de bassouille ; 
elle glisse et baroule jusqu'au qualricme. 

Les Canettes, p. 223. 

Ne voudrlt ou pas mio porta leur eliandnloy 

De peu de bavrcula lou long doz echaloy. 

(No vaudrait-il pas mieux porter leur chandelier — De peur de 

dégringoler dans l'escalier ? ) 

Chapelon, Ucquête, p. 214. 

Et cependant l'argent barrcule vcz chiez vous. 

(. . . l'argent roule chez vous). 

Id., Bouquet, p. 229. 

Lou malhcu que me sio s'c proumc de m'assure ; 
Aussitôt (|u'un secoue me vint de quoquou la, 
On se bcttant davaut lou couquin lou fat fure, 
L'oncoble avouai lou pie et lou fat bareula. 

(Le malheur qui me suit s'est promis de m'achever; — Aussitôt 

qu'un secours me vient de quelque côté, — En se mettant devant 

le coquin le fait fuir, — Lui donne un croc-en-jambe et le fait 

dégringoler). 

Chans. de Philippon, 1853, p. 68. 

Me n'allant bareula par la chareri. 

(M'en allant rouler par la rue). 

Remuu et Baroueni, p. 9. 

— P. dauphinois. 

Veiqui donque eoman 
U vo fon barrieula lo poio courlizan. 

La Vieutenanci du couy^tizan, p. 26. 

.îe ferai bay^ula tout per louz eschalie. 

Pastor. de Janin, act. Il, se. i. 



56 

Langued. : barrula. 

Proveuç. : barroular, barrullar. 

BARUEYI. L. et f. v. a. Charrier, traîner; brasser, mêler, 
brouiller. 

Que lo vaillant B.... riri de son couto, 
Liu que barreye tant par zou ^c^suscito. 

(Que le vaillant B — rirait de son côte, — Lui qui brasse, qui in- 
trigue tant pour les ressusciter). 

RoQciLLE, Dreijou, p. 13. 

L'una barreye dos cfans. 

(L'une traîne deux enfants). 

Chans. de Phu.ippon,^1842, p. 22. 

Ji bareyou avouai mous efans. 

(Je roule avec mes enfants). 

Id., 1853, p. 9. 

Langued. : barcjha. 

Barreyâjo. l. et f. 5. m. Action de brasser, de brouiller, 
de traîner; tripolage. 

J'ai vu la fin de lot cou barrcyajo, 
Que survcgné choque jour on mcnajo. 

RoQuiLLi, Les Ganduaises, p. 21. 

Dieu qne de barreyajos 
A çu pouro guichet ! ly a fat quoques voynjos ! 

Hyiiina a la Concorda, p. 37. 

Barreary. F. S. f. Objets sans valeur; mélange de divers 
menus objets. 

Vou ly ori quauqua barreary. 

(Il y aurait bien quelques menus objets). 

Ant. Chapelox, Invent., p. 248. 

Langued. : barejhadis, baregeadis. 

Romim : baralh , barrei ; trouble, bruit, dispute; 



57 

barreiar, baralhar ; confondre, troubler, disputer, at- 
taquer. 

Catalan : baralla ; barallar, barrjar ; — anc. espaj^. : 
barajar ; — portugais : baralha, baralhar ; — italien : 
baraja. 

Anc. franc. : barroyer. 

Et pour ce souvent on y trouve avantage a fort barroyer la ma- 
tière — si rien n'y peut cire 6arroj/e , peut encore le défendeur 

demander gai and. 

Sonvne rurale. Ee LAUP.iÈr.E. 

Je crois que barcyi a beaucoup d'analogie avec 
varey: bruit, tapage, eaibarras. — V. ce mot. 

BATILLON. L. s. m. Battoir, instrument avec lequel les 
blanchisseuses frappent le linge. 

Si ella ne te pigne a cou de balillon. 

La Dernarda buyandhi, p. 8. 

Laissons là cette lavandière ; 
Car leur langue va sans raison 
Plus vite que leur balillon. 

Lyon en vers burlesques, 2^ journ., p. 25. 

Tout de même la langue est un bon batillo.n ! dit 
Guignol dans une des pièces les plus célèbres de son 
répertoire. 

Molard, Le mauvais Langage, 1803, cite: Balillon, 
instrument de bois pour frapper le linge quand on le 
lave; diies, Baltoir. Il cite aussi : Balillonner, se servir 
du balillon en lavant le linge, et il ajoute qu'il faut dire 
au lieu de Batillonner, assanger le linge : mais, dit-il, 
cette expression est peu connue. — Il est certain que 
si on l'employait h Lyon, on ne serait absolument com- 
pris de personne. 



58 

BÉATILLES. l. s. f. Débris, abattis de volailles ou d'autres 
animaux. — Il signifie aussi en patois tous menus objets 
de peu de valeur. Chapelon dit des ajustements qui 
composent la toilette d'une jeune fille coquette : 

Si je sains lous noms (l"i;iuclcs bealilles. 

(Si je savais le nom de tous ces riens). 

La Misera, p. 196. 

Jean de La Yalh que va din le famille 
Apprendre a la meynat cent gentc bcalille. 

(Jean de La Valla qui va dans les familles — Apprendre aux petits 

cnfanls cent gentilles amusclles.) 

Id., Testament, p. 182. 

Bcalillias a le même sens en provençal. 

Le Diction, de FAcad., 1835, n'a conservé hèalillcs 
que dans le sens de Menues choses délicates que Ton 
met dans les pâtés, dans les ragoûts, etc. Mais il avait 
en anc. û^anç. le sens beaucoup plus général que nous 
trouvons dans les textes patois. 

Daraoisclles pour paroistrc tienlillcs 
Portent cnnuyt de si justes coquilles 
Qu'il semble avis qu'elles soient descoiffces, 
Et par dessus ont belles héalilles 
Couvertes d'or el de pierres subtiles. 

Les Pardons de S. Trotet. 

Le Gloss. de Ducange donne aussi un sens plus 
étendu au latin hcalillœ : « Ornamenia vilioris quidem 
matériau, vel pretii, sed magni laboris et artis eximiœ : 
vox ducta a Gallico hoalillcs, Trunculi, cupedia, quse 
metapliorice ad mullas res alias transferri solet. » — Le 
texte suivant qu'il cite appartient au Bugey : « Locula- 
mentum intérim novum nppai^alur quod Bclliccnscs rcli- 
giosae Visitationis tam diligenter aptai^ant totque bealil- 



59 

lis... ornarnnt, ut de eo dici potuerit, Materiam supe- 
rabat opus. » 

BKCIIE, BF.sciiE. L. s, f. Petit bateau qui e'iait encore en 
usage a Lyon au commencement de ce siècle pour 
traverser la Saône ou y faire de pelits trajets : il était 
le plus souvent conduit par une femme. 

Nous serons ossis à noire aise 
En bcche comme en une chaise. 

Lyon en vo's burlesques, 2^ journ., p. 24. 

Plus de degrés moussus, plus de hèc/ie à Jacquot. 

Les Embell. de Lyon, p. 7. 

M. Breghot du Lut, McL, t. I, p. 2673 en rapporte 
les deux exemples suivants : 

« Au milieu de la rivière de Saône couverte de pelits 
bateaux qu'ils appellent hesches. » 

Du Tronc Y, Discours du grand iriompho, p. 17. 

« Auquel lieu se trouva grande multitude de gon- 
doles et hesches chargées de diverses pièces d'ar- 
tillerie. » 

Paradin, p. 371. 

Molard l'a aussi recueilli, et dans sa préoccupation 
de corriger le langage lyonnais, il ordonne, au nom de 
la grammaire, de remplacer bcche par balclct. Or, ba- 
telet, qui est un terme générique, ne peut pas remplacer 
bêche qui est le nom local d'une espèce particulière de 
batelet. H en est ainsi de la plupart des corrections que 
des grammairiens trop zélés veulent faire aux langages 
spéciaux. 

V. nos observations sur bachu. 

BENA, BENNE. L. et F. s. f. Grand vase de bois employé par- 



60 

Liculièremeiit h recueillir la vendange. La benne était 
aussi h Lyon la mesure du charbon. 

Que sicr tou de se trazcyrie ? 
Von m'c que cliarchie de veyie, 
E se rcvondre din la bena 
De calamilat et de pena. 

(A quoi sert de se tourmenter ? — Ce n'est que chercher du souci, 
— et se plonger dans un vase. — De calamités cl de peines.) 

Ballet forésien. 

Una fena 
Qu'ait lou vcntrou plein aussi gro qu'una beyia. 

CuAPELON, Requête, p. 203. 

« 3Iaître Pati, Lyonnois, a vécu au commencement de ce siècle. 
Quoiqu'il n'ait jamais passé par les charges , il a rendu de grands 
services à sa patrie, dans un cmjdoi qu'il a exercé avec dignité et 
assez long temps. Il travaillait plu> la nuit que le jour... Il distri- 
buoit ses gens dans plusieurs quartiers : c'est là qu'armés de deux 
fortes barres de bois et d'un vaisseau appelé benne, ils porloicnt 
dans la rivière, sans bruit et sans scandale, l'extrait des meilleurs 
repas de nos citoyens. » 

{Supplément aux Lyonnais dignes de mémoire. — V. sur cet ou- 
vrage la note au mot bugne). 

On va te banqueter aux Brottcaux, aux Charpennes; 
A ta santé, cousin, qu'on videra de bennes. 

2^ Lettre à mon cousin Greppo, 1849. 

Benot, bennot, benou. l. et f. s. m. Vase de même espèce 
et plus petit que la benne. 

M. Breghot du Lut, 3/c/., t. Il, p. 60, a donné une 
explication excellente du sens lyonnais de ces deux 
mots : « Le bennot, dit-il, est beaucoup moins grand 
que la benne et s'emploie comme elle pour la vendange. 
Les cueilleux, c'cst-a-dire, ceux qui sont chargés de 
cueillir le raisin, vident d'autres vases de bois plus pe- 
tits, plus minces et plus légers, et qu'on appelle seitles, 



61 

dans les beiiots que les portcux ou porteurs vont vider 
k leur tour dans les bennes. » 

Molard a aussi cite benne et benot. 

On lit dans Rubys, Ilisi. véril, de Lijon, 1604, p. 402 : 
« Portant le bcnol par les manilles. » 

Cliapelon a employé benou, Test., p. 182. 

— P. bressan. 

Maria, sancti mare, 
Rogamus, andi nos : 
Fay tan que Di lo pare 
Amplissc lo bcnos. 
Noël de Vaux, dans les Noëls bressans, édit. Le Duc, p. 119. 

Honnorat donne bena et benoun, d'après Beronie. 
comme désignant en bas limousin une petite cuve de bois 
ou de paille. 

On trouve aussi dans Roquefort benne et bcnneau avec 
notre sens et quelques acceptions analogues. 

Benna et banna sont cités au Gloss. de Ducange avec 
des acceptions diverses. Deux textes latins du Lyonnais 
de 1206 et de 1493, qui y sont rapportés, donnent le 
sens ci-dessus. 

Benna est un des vingt-cinq ou trente mots authenti- 
quement celtiques qui nous ont été transmis par les 
auteurs latins. Suivant Festus, il désignait genus quod- 
dcun vehiculL II est fort probable qu'il a désigné aussi 
par extension les vases qui servent a transporter les 
récoltes, et que nos campagnes donnent encore a ces 
ustensiles le nom qu'elles leur donnaient il y a deux mille 
ans, avant la conquête romaine. 

Suivant M. Ch. Nizard (Curios. de l'étymol. franc., 
p. 115), il y a encore en Bourgogne un genre de véhicule 



62 

servant au transport du charbon de bois qui a le nom de 
benne ou banna. 

BENATRU. F. acJj. Bienheureux. 

C'est un composé dealrut, et le contraire de matru, 
molru, malheureux. — Y. ces mots. 

Au va lant picïe Dio |)ai' le henalrue zamcs 
Que sous Libéra me arrelaranl lour larmes. 

(Il va laiit prier Dieu pour les bonnes âmes {les âmes du purgatoire)^ 
— Que ses libéra me feront cesser leurs larmes.) 

CuAPELON, Requête, p. 207. 

J'ai vez chie met un ne sai que de bai 
Qu'cyt un écrit do benalru Grabiai. 

(J'ai chez moi quelque chose de beau, — Qui est un écrit du bon 

Gabriel.) 

Id., p. 223. 

Dans ce passage, comme dans un autre du même au- 
teur (Entrée solennelle, p. 118), benalru semble s'ap- 
pliquer a un homme simple, une sorte de fou a la folie 
douce, un innocent, comme dit encore le peuple de nos 
provinces. 

— P. dauphinois : banalru. 

Roman : benastruc. 

E coni lo benastruc cors santo 
Li fou aparegut enant. 

(Et comme le bienheureux corps saint — Lui fut apparu devant.) 

Vie de saint Honorât, citée par RAY.\ou\nD, 

BENTO. F. BETou. L. aclv. Bientôt. Il a souvent le sens de 
Peut-ctre. 

Dento d'ici à Paris vous n'y a pas douey pareilles. 
(Peut-être d'ici à Paris il n'y en a pas deux pareilles.) 

Ant. Chapelon, Caracterou de le filles, p. 235. 



63 

Y l'criant bien vcct vingt et bento davantagcou. 

(ils étaient bien huit vingts (ccnl soixante), cl peut-être davantage.) 

CuAPELON, Entrée solcnn.., p. 133. 

D'autrou que sont bento souri i de vcz les fargcs 
Acheton tous lou jours quanquo nouvelle chaigc. 

(D'autres qui sont pcul-clre sortis des forges — AcLclenl tous les jours 

quelque nouvelle charge.) 

Id., La Misera, p. 195. 

Bclou, dans Roquille. 

Son honimo m'ab:itzu; 
A m'ari betuu tuo, si n'etsins po si dura. 

La Gorlanchia, p. 27. 

De iTiême en languedocien et en provençal, Bcnleou, 
belcou, qui signifient originairemenl Bientôt, ont très- 
sou-vent le sens de Peut-être. Il en est encore de même 
de bcliau en patois dauphinois. — V. Mento. 

BETO, BETTO, BETTA. L, et F. V. a. Mettre, 

E se betli en condicion chi in païsan de queloi païs. 

(Il se mit au service d'un des haliilanls du pays.) 

Parab. de l'Eufant prodigue, trad. en patois de Condiieu 

par Cocn.vRD. 
Bctaiix gli una baga ou de. 
(Mettez-lui une bague au doigt.) 

Id. en patois de St Sy.Tiphorien-lc-Chàtcau. 

Alours i s'en allit et se bcllit u sarvecc d'oun des habitaents 

du paï. 

Id. en patois de Beaujeu. 

Ne betta pos ios daygts entre l'obro et la ( orci. 

(Ne mettez pas les doigts entre l'arbre et l'ccorce.) 

Hyinna à la Concorda, p. 22, 

In deputo s'y nomme, cl plusieurs concurrents 
Ignorent que je voué vacbelo su lo rangs. 

RoQLiLLE, Lo Deputo manquo, p. 9 



64 

Se ton gioin hcyre coevetat 
Et quauquc po myo aprctat, 
A lou bouqua gy bclrin pcna. 

(Si ton groin clail nctloyc, — E\ un peu mieux arrangé, — A le baiser 

je prendrai? peine.) 

Ballet forésien. 

Lou parapalapan que couront le charcyre 

Say betnnt tout en jouai jusqu'à le rtvcndcyre. 

(Les tambours qui parcourent les rues, — Meltent ici en joie tout le 
monde jusqu'aux revendeuses.) Chapelon, Entrée, p. 120. 

De lou dous las 

Par li empêcha de cheyre, 

I ly ant beta 

Dous braves soudas. 

(Des deux cèles, — Pour lui empêcher de tomber, — Ils lui ont mis, 

— deux braves soldats.) 

Clianson en patois de Montbrison. 

Le futur beiarai tait quelquefois par contraction 6e- 
trai. 

Te bctiarey sur mon bilan. 
(Je te mettrai sur mon bilan.) 

Chans. de Boyron, p. 18. 

J'ons vu darrerimuint qucloz êtres mandzits 
Que ne 6c^^ra)^< jamais lo noz cin paradzi. 

( Qui ne mettront jamais tenez en paradis.) 

RoQciLLE, Lo Députa manqua, p. 6. 

On a VU plus haut le conditionnel bclrin. 

Tous les patois de France et toutes les langues néo- 
latines ont ce mot sous des formes un peu différentes. 

- P. bressan : bulo^ bcto, belre. 

Pcr afalie l'outo et per pano le chire 
Ze si se ben drecha coman a buta cuire. 

(Pour arranger la maison et pour essuyer les chaises, — Je suis aussi 
bien dressée que pour mettre cuire.) Margueta. p. 4. 



65 

Ccl'anfan 
Que vcnie bcfrc an délivrance 
Le bonc zan. 

^'ocls bi'essans, cdit. Le Duc, p. 22. 

— P. savoyard : bouta. 

Notron Don m'a fait ici bouta.. 

(Notre duc m'a fait meltic ici.) 

Farsa de Touannou dou trou. 

— P. bourguignon : bôlrc. 

Vos airein priai vote Pcirc 
De bôtrc fin ai nos traivau. 

(Vous auriez prie volrc père, — De mettre fm à nos peines.) 

Nocis d'Aimé Piron, p. 83. 

Le languedocien et le provençal disent bouta, boutar ; 
l'italien, bullar; le catalan, l'espagnol et le portugais, 
botar. 

Le roman disait botar et boutar; V:\nc. français, buter. 

E |iurquci as bulcd en vcic dcl talun mes sacrefises? (Quare calce 
abjccislis viclimam nicam ?) 

Les 4 livrât des liais, en français du XII<^ s., liv. I, p. 9. 

On a dit ensuite bouler, qui a été employé par tous 
les auteurs français antérieurs au XVIP siècle. Molière 
s'en est encore servi, mais seulement en faisant parler 
des villageois. — V. le Médecin malgré lui, act. I, 
se. v et VI, — act. II, se. n. 

Dans le langage de la conversation, boutez dessus si- 
gnifiait Mettez dessus, meti^ez votre chapeau sur votive 
tète, couvrez-vous. 

Bouler est encore cité dans le Dict. de l'Acad. 1835 
comme usité dans le bas langage, en terme de marine, 
et dans ses composés boute-en-lrain, boute-jeu, boule- 
selle. 

5 



66 

Débouler^ qui est resté en usage dans la pratique du 
palais, y est synonyme de Démettre ; et on appelle re- 
boulcur dans nos campagnes un empirique qui Remet 
les membres cassés. 

BICHE. F. s. f. Espèce de pot. 
Bichon, f. s. m. Autre espèce de pot plus petit que la biche. 

Un vio bichon. 

Ant. Chapelon, lavent., p. 248. 

Vingt biches ou bichons sen conla lou poulets. 
Chapelon, Testam., p. 181. 

Le bichon est k St-Etienne un pot a une anse dans 
lequel les gens du peuple font cuire leur soupe et la 
mangent. Jadis tous les ouvriers déjeunaient d'un bi- 
chon de soupe, et ce repas du matin se prenait dans la 
rue, sur la porte de la boutique ou de l'allée, en faisant 
la conversation avec les voisins qui se traitaient de la 
même façon. 

Langued.: biche, petit broc. 

Ane. franc.: biche, bichic, pichié, Petit broc degrés. 

Le Gloss. de Ducange ciie : « Bicarium, vas, calix, 
cyathus, vel mensura potoria : Italis bicchioro... Hinc 
bichier, pichier. » Et il le rapporte au grec Çr/.oç, vase 
k anse. 

V. Peciiie. 

BICHET. L. et f. s. m. Mesure pour les grains. 

Voicy un homme qui lui demanda combien valait le bichet duj 
froment. Le ChassC'Eiinuy de Louys Garon, t. î, p. 439. 

Si ci l'ogmentont lou blat de cinq so par bichet. 

(S'ils augmentent le blé de cinq sous par bichet.) 

CuAPELON, La Misera, p. 197. 



07 

Ane. franc.: bicliol, bicliet, mesure de grains. 

Le Dict. de l'Acad. 1835 a conservé le nom de cette 
mesure qui était employée en Bour^-ogne et dans la plu- 
part des provinces de TEst. Il évalue la contenance du 
bicliet en blé froment a 22 livres, mais il eût dû dési- 
gner la province dont il évalue ainsi le bicbet. Comme 
toutes les anciennes mesures, celle-ci différait de pro- 
vince a province. Suivant le Gloss. de Ducange, le bi- 
cbet Ivonnais était de 60 livres; celui de Dombes était 
moindre ; il était au contraire plus grand dans d'autres 
locabtés. 

BicHERÉE. L. s. f. Mesure agraire. Elle est encore en Lyon- 
nais la mesure la plus usitée pour l'évaluation de la con- 
tenance d'un terrain. Elle y répond a 12 ares 90 cen- 
tiares. 

Dans l'ancienne législation, la bicberée représentait, 
suivant les uns, la contenance de terrain que peut ense- 
mencer un bicliet de grains, et, suivant d'autres, celle 
qui peut rendre un bichct de grains. 

C'était la, on le comprend, un mode d'évaluation très- 
incertain et très-variable. Le Gloss. de Ducange explique 
a ce propos, v° bichcrala, qu'en Dombes l'étendue delà 
bicberée différait suivant la nature du grain destiné a 
Tensemencer ; elle variait de 2,000 a 4,000 pas, et elle 
était supérieure a la bicberée lyonnaise (176i pas), bien 
que le bicbet de Lyon fût plus grand que celui de la 
Dombes. 

BISQUA. F. BISQUER. L. V. u. Pcstcr, avoir du dépit, être fâché. 

Gnagncau si vigorc, la flou de le percrcs, 
Eisque comm'iu pendza de coudre le charrcrcs. 

(Gagneau si vigoureux, la fleur des mineurs, — Pesle comme un 
pendu de courir les rues.) Roqcille, Lo Percyou,^». 17. 



C8 

Miox vaut rire que bisqua. 

(Mieux vaut rire qu'èlre fâche.) 

Clians. de Piiilippon, 1853, p. 52. 

Provenç. biscar. Suivant les ëtymologistes proven- 
çaux, biscar, c'est prendre la chèvre, la bisca, s'empor- 
ter ou s'impatienter comme cet animal. 

V. sur cette expression, Prendre la chèvre, Genin, 
Récréai. philoL, t. I, p. 272. 

Bisquer n'est pas au Dict. de l'Académie, mais il est 
donné comme populaire par plusieurs autres dictionn. 
français. 

BLET. L. et F.adj. Mou, flasque, tendre. 

Mon vcnlrou est blet et sarablc una panoussa. 

(Mou ventre est flasque et ressemble à une guenille.) 

Ant. CuAPELON, Dobrim, p. 240. 

Y sont trc honre a trabla et melton lour ponsctta 
Plus ronde qu'un pcru, je ne dio pas si ble'.ta. 

(Ils restent trois heures à table et mcltcnl leur petite panse, — Plus 
ronde, mais je ne dis pas si molle, qu'une poire.) 

Cii.vPEtoN, La Carcyma, p. 190. 

On le trouve aussi dans le Ballcl (orésien. 

Jusqu'à la paillassi do lict, 

Quan 1 e se couchont tout est blet; 

Ron de dzu ne lio fat de dolle. 

(Jusqu'à la paillasse du lit, — Quand elles se couchent tout est tendre; 
rien de dur ne les meurtrit.) 

Chans. de Philippo.n : Ah! que le dame ant do bounheu! 1853, p. 42. 

Je su pro bien tnly par faire a pid coble, 

Mais sio faut battre un sic, j'ai lo j;irre trop blé. 

(Je suis assez bien taille pour sauter sur une jambe, — Mais s'il faut 
battre un six, j'ai le jarret trop mou.) 

RoQuiLLE, La Gorlanchia, p. 5. 



G9 

Il est cité dans Molard, qui regrette que ce mot man- 
que a la langue française. 

Langued. et provenç.: blet, bloda on blcla. 

Bousso blclo, bourse vide; locution languedocienne. 
(De Sauvages). 

La lerro hleto et silcncioiiso 
Plan plan dcvans la rilio au soulcu se duibie. 

(La terre friable, en silence, — Devant le soc au soleil s'cntr'ouvrait.) 

Blircio, c!i. vu. 

Blet me paraît être une forme du roman blcsi, blasi ; 
amolli, usé, fané, affaibli. — V. Raynouard, v° blczir. 

Il était employé en anc. français (Roquefort). Le Dict. 
de TAcad. 1835 n'en a conservé que le féminin bielle et 
ne l'applique qu'a certains fruits. 

BLOGI. F. 5. /. Boue. 

J'era lou ca[)itaine et toujours lou parmey 
Par hahilielc gens ou de blogi ou de ncy. 

(J'étais le capilaine et toujours le premier (des polissons de la ville), 
— Pour habiller les passants de boue ou de neige.) 

Jac. Cn.vrELOf, Educat. dos effants, p. 266. 

La blogi m'cre entrât finament jusqu'o zio. 

(La boue m'était entrée absolument jusqu'aux yeux.) 

CuAPELON, licqucta, p. 205. 

Par nous lava de la blogi do crimou, 
Toutvotron sang, moun Dio, suiïira-t-ai? 
(Pour nous laver de la souillure du erime, — Tout votre sang, mon 

Dieu, suffira-l-il ?) 

PiuLippoN, 1833, p. 26. 

A se rique le pi, s'étend tent de son Ion, 

Par malheur dans la blaoge, ontou gnia de sabouoUic. 

(Il se heurte le pied, s'étend tout de son long — Malheureusement 
dans la boue, où il y a un bourbier.) 

Savel, Mariage de Jean, p. 51. 



70 

Brauda, bmoudo, langued. , paraît appartenir au 
môme radical. 

On trouve au Gloss. de Ducange, v° blcsta, l'anc. 
franc, bloche, auquel il donne le sens de Glèbe, motte 
de terre. 

Emdlogi. F. V. a. Couvrir de boue. 

Aussi ne que le dzable, emhlogi de partout, 
An gni vc que le dent et lou dou blan do zieux. 

(Aussi noir que le diable, couvert de boue tout entier, — On ne lui 
voit que les dents et le blanc des deux yeux.) 

Savel, Mar. de Jean, p. 51. 

BOILLA, BOGLi. L. S. f. Jeune fille. 

Nouira bogli, notre fille, en patois de Condrieu, sui- 
vant Cochard. (Notice sur Condrieu, p. 104.) 

On le trouve dans la chanson de Revérony sur le 
ballon de Montgolfier. 

Pouai apercevant le boille 
Que l'ayant ravieolau. 

(Puis apercevant les jeunes filles — Qui l'avaient ravigoté.) 

— P. bressan. — Un Noël bressan de M. Philibert Le Duc, 
imprimé à Bourg en 1852, a pour titre La Botla aveulia, 
la Jeui:e fille aveugle. Il est imité d'un Noël provençal, 
de Roumanille, la CJialo avuglo. 

— P. maçonnais : boiglla, boilla. 

Le z anfan dedan de carosse 
Chantian de Nue en latain ; 
Le garson e le boigle ausain, 
Tieu de bone grocc. 

(Les enfants dans des carosses — Chantaient des Nocls en latin, — 
Les garçons et les filles ensemble, — Tous de bonne grâce.) 

Noëls maçonnais. 



71 

- P. savoyard : boni lia. 

Y zia de bouille en ccta vclla, 
Mai de trcy. 

(Il y a des jeunes lillcs en celle ville, — Plus de trois.) 

Joyeuse farce d'un curia. 

Bolhi, dauphinois, paraît avoir le même sens dans 
la Paslor. do Janin, act. V. se. ni. 

Je ne trouve dans les autres patois aucun analogue 
h ce mot, dont le radical ne m'est pas connu et dont 
l'usage paraît limité aux provinces qui avoisinent le 
Lyonnais. 

BOLLIE. L. et f. s. /. Entrailles, boyaux. 

Ma courat, me bollie, mon fcjou, 

(Ma corce, mes entrailles, mon foie.) 

Ballet forcsien. 

Le bollie do poulats, do dindons, do levrauts, 
Erianl par la plupart d'agrcablous mourciaux. 

Chapelon, La Misera^ p. 201. 

Mcno 

Que par l'argint de pot arrachirio le bollie 
D'in pouro malhcrou. 

(Gaillards... — Qui pour la valeur d'une bouteille arracheriez les 
entrailles — D'un pauvre malheureux.) 

RoQLJLLE, Ballon d'essai, Tp. 18. 

Ane. franc.: boel, boele, bucle. 

Defors sun cors voit gésir la bucle. 

(Hors de son corps il voit gir les entrailles.) 

Chanson de Roland, ch. m, v. 809. 

Basse latin.: « Boelli, intestina; bodellus, botulus, 
intestinum. llalis , buclcllo ; armoricis , bouzell. Galli 
dicimus , boyau; olim Boel et bouele. » (Gloss. Du- 
cange.) 



72 
Ebollie, eboullie. l. et f. v. a. Eventrer, crever, écraser. 

N'avons de chansons nouvelles 
Que vous fariant cbouillie. 

(Nous avons des chansons nouvelles ~ Qui vous feraient crever de 
liie.) CiiAPELON, Mi de Mai, p. 149. 

Jy n'y cbuVioii Ion npz. 
(Je lui en écrase le nez.) 

LiNOssiER, Moussue Progrès, p, 4. 
Je m'cbollio de rire in veyaiit sa figura. 
(Je me crevai de rire en voyant sa figure.) 

RoQuiLLE, Ballon d'essai, p. 8. 

— P. bressan. 

El quand l'an devret ebollie. 
(Et quand il en devrait crever.) 

Noëls bressans, éd. Le Duc, p. 14. 

— P. dauphinois. 

Et lo petit patron s'en rit tant qu'il eibolhe, 

Paslor. de Janin, prol. 

— P. limousin : cboullia. (Dict. de Beronie.) 

Ane. franc: cbocler, cshoclcr^ ehouailler (Roquefort 
et Gloss. Ducange, v° boclli). 

Et maint destrier mort et esboelc. 

Roman de Garin. 

BONIGEXS, DoxEGEiN. L. Ce mot, qui littéralement signifie 
Bonnes gens, esl aussi employé comme exclamation pour 
exprimer la pilié, la compassion, la douleur. 

Son pauie lo vit, bonigens, et a n'en senliit compassion. 

(Son père l'aperçut et en fut tcuché de compassion.) 

Parab. de l'Enfant prodigue, en j\atois de St-Symphoricn- 

le-Chàlcau, par Cocuard. 
Mais cou qu'etsé maçon, 
A. la chu, bonegein, de dessus le z elsoules. 

(Mais celui qui était maçon, — Il est tombé, hélas! de dessus...) 

RoQuiLLE, La Gorlanchia, p. 32. 



73 

— P. saintongcois. 

Lan (laric, clan Luclmt in patirc vieux pahon 
Avait, boungrii, nioriil de raque. 

(L'an dernier, à Luliac, un pauvre vieux paon — Etait, hclas ! mort 

de langueur.) 

Fables de Bit.caio des Marets. 

L'abbc de Sauvages (iiit observer tr(''S-juslcment que 
celle exclaiTiJlion équivaut au pccliairc des Languedo- 
ciens. « Les [)aysans de l'Augoumois et du Poitou, dit-il, 
disent, au lieu de pcduiirc, bonnes gens. « tli! vrai- 
ment, monsieur, j'avons bien du mal, bonnes gens! (\unno. 
j'avons payé les charges, je n'avons plus rien, bonnes 
gens! » Le icrme pccliaire répond au vieux français le 
Pauvret, la pauvrette, qui sont les mômes que les pove- 
rino, poverclo, poverello, des Italiens. » Clct. langued., 
\° pccliairc. 

BORLI. BoRLio, BoRLiou. l. et f. adj. Aveugle, dans sa signi- 
fication primitive; borgne, aujourd'hui. 

Il a le sens d'aveugle dans le passage suivant de 
Chapelon. 

N'allons tous à la mort, nouiroun hora s'approche, 
La borli ey sen marci. 

(Nous allons tous à la moit, notre heure s'approche; — Aveugle 

qu'elle est, clic n'a point de merci.) 

Avx8^ p. 20S. 

Borllou a encore le sens d'aveugle dans les Chansons 
de Philippon, 1853, p. 30. Gl. 

Il signifie borgne dans le passage suivant deFiOquille. 

Cou que juge a lenant lo bnrlio, los bossus. 
(Celui qi:i juge à la fois les bor. nés, Icsbossiis.) 

La G 07' l au c /an, p. 27. 

Borni, dans l'ancienne langue d'oc, signifiait, comme 



74 

le font observer De Sauvages et ITonnorat, Prive de la 
vue. L'expression ancienne, borgne d\ui œil, n'était 
donc pas dans le langage populaire un pléonasme ridi- 
cule; elle signifiail, celui qui n'y voit pas d'un œil. 

Les anciens poètes pro\ençaux appelaient Cupidon lou 
piclio horni, le petit aveugle. 

— r. dauphinois. 

La chanson du horliou. 

Je sccu horliou de mou don zicux. 

Poésies de Menil Grand. 

^o?7/io, aveugle, danslaPasfor. deJanin, act.V,sc.iii. 
Eborlie. F. V, «, Aveugler. 

Couni'o be vct su mer dins un bai jour d'itio, 
Lou soulc cy si cla qu'ol eborlie louz yo. 

(Comme on voit sur la mer dans un beau jour d'été, — Le soleil est 

si brillant qu'il aveugle les yeux.) 

Poëme sur le 9 thermidor. 

V. Ebarliaude. 
BORLO, BEURLo.L. et F. V. îi. Beugler, crier. 

J'uro mon gr.ind gosi, tant que poyins borlo. 

(J'ouvris mon grand gosier, pour crier tant que je pouvais.) 

RoQuiLLE, Breyou, p. 70. 

Et j'ai vu l'autro jour lo père Ravachoux 

Que borlove a sept francs la dozcna de choux. 

RoQLiLLE, Les Ganduaises, p. 30. 

Dans cctu dari tiamps quoquau gens a mania 
Ant beurlo de parlot qu'o faut d'cconotnia. 

(Dans CCS derniers tenips, quelques gens à manie — Ont cric partout 
qu'il faut de l'économie). H>jmna à la Concorda, p. 2. 

Vou jape avouais lou chin, vou bcurle avouais lou Lo. 

(11 jappe avec les chiens, il beugle avec les bœiifs.) 

Chans. de Philippo, 1853, p. 74. 



75 

BOULÏCA. F. BouLiGUER. L. V. a. Remuer, agiter; et v. n. 
S'agiter, se démener. 

A ce point parvenu, fallait bien que je sache 
Ce qu'on pouvait avoir bouligué dans Perrachc. 

EinbelUss. de Ltjon, p. 12. 

Tout bouUquave drolamont. 
(Tout se remuait drôlement.) 

Chans. de Pdilippon, 1853, p. 30. 

Ardi, mcynet, buulica xcyre, 
Preney courogoou, tout va bien. 

(Hardi ! enfants, démenez-vous, — Prenez courage, tout va bien.) 
Un boucher au grand festival, Chans. de Liuossier, p. 4. 

— P. dauphinois. 

Dimenchi quan fut jour chacun se bolicave. 

Blanc la Goutte, Epitre sur les Réjouiss., p. 4. 

On trouve aussi bolica avec le sens neutre dans la 
Fieille Lavandière de Grenoble et dans la Paslor. de 
Janin, acte III, se. ii. 

Langued. etprovenç.: boulega, boulegear^ avec les 
deux sens. 

Roman : bolegar, bolleguar. 

Catalan : bolejar, 

BRAMA. L. et f. v. n. Crier, gémir. 

J'entendou brama ma conscicnci, 
Que dit: Faut faire penitcnci. 

Jac. CnAPELON, Contrition d'un fénéant, p. 269. 

Je vouai brama couma un palairc. 

( Comme un marchand de chiffons.) 

CnAPELON, Requête, p. 216. 

Au bramara jusqu'à la fin : 
Vive la joie et lou bon vin. 

Chans. de Philippon, 1853, p. 17. 



70 

Portant j'ai sic zefans que br'amout la misera. 

RoQiiLLE, Ballon d'essai, p. 6. 

— P. dauphinois. 

U la fcrict 
Si dru et si ciplet que la pora n'avict 
Lo Icizi de brama, 

(Il h frappait — Si fort et si dru que la malheureuse n'avait pas — 
Le loi^ir de crier.) Lo Banquet de le faye, p. 12. 

— P. savoyard, 

Y se fcclia en grnnd eolcre 
E brammavc com' on pâli, 
En appelant lo sou arclii. 

(Il se mit en grande colère — Et ciiait comme un marchaud de chif- 
fons — En appelant tous ses archers.) 

Farsa de Touannou dou trou. 

Langued. et provenç.: brama, hramar. 
Il est aussi catalan, espagnol et portugais. 
Roman : hramar. 
Bramer était usité en ancien français. 

Quand il brasmoit demandant à boyre. 

Uabel.\is, Gargantua, liv. I, ch. 7. 

Il désigne encore en français le cri des cerfs. Dict. 
dcl'Acad. 1835. 

Le nom de bramafan, Crie la faiin, désigne fréquem- 
ment en Lyonnais, en Daupliiné et dans le midi de la 
France, un lieu stérile eu sauvage. 

Lou vallon de Castcau-Rous, bramo fnm. 

La Bufjadu proucnsalo. 

BRAME. L. s. (. Vache qui n'a pas encore fait de veau ; vache 
stérile. 

En 1670 il était perçu (au marche de St-Symj^horien-le-Cliâteau) 

deux liards par chaque bœuf, vache, taureau, génisse ou brame, et 

mouton. 

CocHARD, Kolice sur St-Symphorien-le-Château, p. 111 



77 
— P. bourguignon. 

El cmcunc une vache 6raime 
Qui ne fczoo iaissca ni craime. 

VirfjUle virai, ch. vi. 

V. aussi le Gloss. des Noëls de La Monnoye, v*" hraimc. 

C'est une conLracLion de l'anc. franc, brchaignc, sté- 
rile, qu'on trouve encore cité comme populaire dans le 
Dict. de l'Acad. 1835. 

V. aussi Roquefort, v'' brainie et braine; et le Gloss. 
de Ducange, v" brana. 

BREN, DRON. F. s. m. Son; partie la plus grossière du grain. 

Una coupa de bt^en. 

(Une mesure de son.) 

Cn.vPELox, Testam., p. 178. 

De pailli et de fcin, de farcna et de bi^on, 
Vouera plein vai chie se, cl peu a n'ait ron. 

(De paille et de foin, de farine et de son, — Celait plein chez lui , et 

puis il n'avait rien.) 

Po'émc sur le 9 thermidor . 

Le passage suivant de Pline, qui donne le nom celti- 
que d'une espèce de grain pariicu'.ière h la Gaule, a paru 
a plusieurs auteurs fournir le type primitil de notre 
mot : 

« Galliœ quoque suum genus farris dedere : quod/illi 
braccm (quelques éditions portent brancc) vocant, apud 
nos sandalam, nitidissimi grani. » — Lib. XVllI, 7, XI, 
édit. Brotier. 

Bien que Pline désigne dans ce passage une espèce 
de grain, et non point une partie du grain, on peut y 
trouver pour l'origine celtique de brcn un appui suffi- 
sant. Le bas breton de nos jours appelle le son brcn; le 
gallois l'appelle brann. 



78 
Brcn a le sens de Son en langued. et en provençal. 

Dcstrcch aou brcn et largan a la farino. 
(Avare du son et prodigue de la farine.) 

Prov. langued., De Saivages et IIoxxorat. 

En roman : 

Comaaqucl que purga la pura farina dcl brcn. 

Citât, donnée par Rayxouard. 

En une. espagnol. 

En anc. franc.: hren et bran 

Faisoit de l'asnc pour avoir du hren. 

Rabelais, liv. I, ch. ii. 

Tout m'estoit bon bran et fa:inc. 

La farce du munyer. 

Bran signifiait encore en anc. français toute espèce 
d'ordure. Bien qu'au premier abord il semble naturel de 
ne voir là qu'une extension du sens primitif de bren, 
Son, je serais porté h croire qu'il s'agit d'un mot d'o- 
rigine différente. 

BRESA, BREYSA, BREZA. L. et F. S. f. Débris, morceau, brin, 
miette, bribe. 

Vo lu pa ta compagnonna 
La genta Alizon si galcysa, 
Vcny Gambada una brezal 

(Ne veux-tu pas avec ton amie, — La gentille Alizon si joyeuse, -— 
Venir sauter un brin ?) Ballet forésien. 

Un rond de tabla ente migcou me breyse. 

( Où je mange mes miettes). 

Anl. CuAPELOx, Dobrun, p. 246. 

Tau que vous a prou balit, 
Eyra quarre en pora figura 
Le breyse de ce qu'au l'ait. 

(Tel qui vous a donne beaucoup — Ira chercher en pauvre tournure 
— Les restes de ce qu'il avait.) Chapelo.n, Requête, p. 215. 



79 

Demanda ce qu'cy souay, quand j'amou quauqua breijsa. 
[Demandez ce que je suis quand j'aime quelque peu.) 

Id. à M. de St-Piiest, p. 105. 
A l'enlendre parla tzi se plus blanc que pinlrou, 
Je te creyou pourtant una bresa rougcatrou. 

(A t'entcndre parler, lu es plus blanc que plâtre, — Je te rrois pour- 
tant un peu rouge.) Clians. de Piulippon, 1853, p. 73. 
Et je crcyo, menos, m'y cognutrc ina brcsa. 
(Et je crois, amis, m'y connaître un peu.) 

RoQuiLT.E, La Ménagerie, p. 22. 

— P. dauphinois. 

Mémo lour chamisi 
Ne saviet de lour fat solamen una bi-lsi. 

Lo Batifel de la Gisen, 

Brison, brezon. l. et F, s. m. MeiTie sens. 

Vo vede bien quou fallic faire in tricot par nos galo in pitu brison. 

(Mot à mot : Vous voyez bien qu'il fallait faire un repas pour nous re- 
jouir un peu.) 

Parab. de l'Enfant prodigue en patois de Condiieu, 

par CocHARD. 

N'ai pas vingt sao vaillan par m'acheta dei livre, 
Par m'ainstruiic in brezon. 

Savel, Mar. de Jean, p. 6. 

Brique, l. s. f. Même sens. 

On dit dans nos pi^ovinces Casser en mille briques, 
pour Casser en plusieurs morceaux, et celte expression 
a été relevée par Molai^d, ISIO. 

— P. bressan. 

Que manze de b) eque de pan 
Et de lece de fromazo. 

Noëls bressans, cd. Le Duc, p. 23. 

Toutes ces formes du môme mot se retrouvent en 
languedocien : 

Brico^ hrizo (De Sauvages). 



80 

Te chnplaraï en milo brisos. 

(Je le mcllrai en mille morceaux). 

Ale\n£l, tiaJuclion d'Atiacrêon. 

En provençal : 

BriCy brisa, hrcsa 'Jlonnorat); brisoun, brizo. 

Eli br'izo 
Lou pan croustons doja se friso 
Sculo la dent que l'cufrcniso. 

Mireio , ch. vu. 

Que vegue 
Voslis iue dous, et que ie bcguc 
La vida cnca 'n brisoun ! 

(Que je voie — Vos doux yeux, et que j'y boive la vie encore un peu.) 

Id., ch. VI, 

Roman : briza, briga. 

Italien : briccio, bricciola. 

Bricia panis ; mica, frustum (Gloss. Ducange). 

Le Gloss. de Roquefort donne aussi brique ; mais, â 
défaut de toute citation, on ne peut connaître si l'auteur 
l'a l'ecueilli dans les dialectes du Nord ou dans ceux du 
Midi. 

L'allemand brcchcn, Rompre, casser, présente beau- 
coup d'analogie avec les mots de cette famille a laquelle 
le français brèche parait aussi appartenir. 

BROGIE, BRouciE. F. etL.f. n. Refléchir, penser, imaginer, 
projeter. 

l'a souffrit la mort et ia passion ; 

Par iquen sou je brorjeou el je me pensou 

Qu'o l'oril bien raclicla railla mondou. 

(Il a souffert la mort el la passion; — P;ir cola seul j'imagine et je 
pense — Qu'il aurait bien rachclc mille mondes). 

Ant. CnAPELON, Bobi'un^ p. 244. 



81 

Au se tire à l'ccart cl broujet una brcysa. 

(Il se met à l'écart et réllocliil un pou). 

(liivpni.oN, lîeqncta, p. 204. 

N'ai quasi ron dmirmi, je ne fouai que brougie, 
Par llui lou uiariagcou .!c nia Jeannc-.M.irio. 

(Je n'ai pros(]uc pas dormi ; je ne fais ([uc songer — Vouv linii' !o ma- 
riage (le ma Jeanne-Marie.) 

ficniOH cl Daroucni, j). I. 

Que broje- Inl — Brojoti que vou ave lo. 

(Que rumines-lu? — Je pense que vous avez tort). 

Ici , p. 3. 

A que m'a-t-ou servi de brouc/ie miîla ruses ? 

(A quoi m'a-t-il servi d'imaginer mille ruses?) 

Chans. de I'hilippon, 1853, p. 67. 

Mais degnoz me parmeltrc avant de vo régi 
D'exccuto lo plan que veno de brorji. 

RoQuiLLE, Dreyou, p. 61. 

— P. dauphinois. 

Per vou zou fjre cour, comarc, j'y brogiavo 
U len de nolron pare. 

Lo balifel de la gisen, p. 31. 

Je ne sçavo qu'en dire, y al prou a brngie. 

Pastur. de Junin, acte II, se. u. 

BUCLA, BLCCLO, BIGLER. L. et F. V. (t. BiLilcp, griUcr. 

Les gens sont etouna couma pi ou de m:)rm:iilli 
N'anl pas l'eu leur recour a(pi;iuque tieu de pailli 
Et bucla par un soi ou par un beau malin 
Tout iquelou voulo (pic lour IjuI [)icndre fin. 

(Les gens sont clonnés de ce que la canaille — N'a pas eu recours à 
queUpie clin de paille — Et n'a pas grillé un soir ou un beau malin 
— Tous ces voleurs qui font mourir les pauvres gens.) 

Chapelon, La Rlisern^ p. 200. 

El pot on suposa quoucjuous bous sonlzimonts 



82 

Chic lous gueux, lous |)illords qiranl 6ja7a lous couvonls.'' 

(Et j>put-oii supposer quelques l)ons sentiments — Chez les gueux 
les pillards qi.i oui brûlé les couvents?) 

Chans. de Piiilippon, 1853, p. 76. 

L;i dauio Phi.L;( nie 

Qu un goguan volict biicclu. 

(Iphigénie — Qu'un imbécile voulait brûler.) 

Chans. de Reveko.nï. 

Faut les delapidé, lour depondie le cou, 

Ou les buclc, cl puis jclc z'au vent leurs cendres. 

Les Canettes, p. 38. 

Bucler un cochon, c'est-a-dire, en brûler le poil avec 
de la paille. — Molarcl, Le mauvais tangage lyonnais. 
1803. 

Lou fazoun bucla coumma ein cayon. 

(Nous le faisons griller comme un cochon.) 

LiNOssiEu, Moussue Progrès. 

BLGNE, BUGME. L. et f. s. /. Espèce de gâteau frit a l'huile. 

Dans ce même temps parut en celte ville une excellente fille qu'on 
ap[)clail la Jeanne. Elle était élaldie dans la rue Paradis. Elle y avait 
une manufacluic de bagnes à la livre qui fil tomber toutes les autres. 
Elles étoicnl si bonnes et le débit en éloil si considérable qu'après 
vingt années de tiavail clic plaça vingt mille cens (ji.'ellc perdit dans 
une banqueroute. Elle en mourut de douleur. 

Sujypléni. aux Lyonnais diqnes de mémoire. 

(Le Supplénienl aux Lyonnais clignes de mémoire est 
de Pierre Laurès, chirurgien de Lyon. C'est une satire 
fort spirituelle des Lyonnais dignes de mémoire, de 
l'abbé Pernetti. Laui^ès y lait, avec un grand sérieux et 
en un style ridiculement grave, la biographie imaginaire 
de pei^sonnages de la plus basse condition.) 

Un jour de mardi gras nous avions évilé le père et le compagnon 

à mangé de malefins trames <le bugnes. 

Les Canettes, p. 223. 



83 

Son cliapcîiu iiauia pou diiia luartia de buynes. 

(Son chapeau n'aura pas peur d'une averse de bugnes.) 

Ilijinna à la Concorda^ p. 41. 
Vou ne \eï( 
Que taties, (jue pâlies, que hiifiuies, que cotiquces. 

Chai'elo>, Entrée sulenn^ j) 142. 

(letle espèce de gâteau se mangeait Iraditioiinellemenl 
h Lyon le premier dimanche de carême, qui de la avait 
pris le nom de dimanche des bagnes. 

Bugne s'emploie aussi comme injure. On dit d"un im- 
bécile ou d'un homme sans caractère qu'il est une 
bugne. 

BURLET, BEURLET. F. S. iR. Bâton. 

Lu gros burlet per alla cnvouyagcou. 

Aut. Cu.vPEi.oN, Bubrun, p. 246. 

Beurlel dans la préf. des Chans. de Boyron, p. 8. 

— P. dauphinois : burlet) bâton terré, bcîton pour se battre. 
Champol.-Figeac, Vocab., p. 169. 

Langued.: berlo, burlo ; sbuch'e, morceau de souche. 

Basse latin.: « Borla, pastorale pedum; gallicè, hou- 
lette. Lin. remiss., 1386. De quodam magno baculo, 
dicto communiter borla ad usum pastorum destinato... 
ipsum percussit. » Gloss. Ducange. 

BUYAT, BUYA. L. F. s. /. Buée, lessive. 

Un bai manli tout fin blanc de buyat, 
N'cy que lou rats Tant un po parluzal. 

(Une belle nappe toute blanche de lessive, — Si ce n'est que les rats 
l'ont un peu trouée.) 

Ant. Cn.vpELON, Inventoirou de Bobruu, p. 246. 

Quand t'arais fat ta buija. 

RoyuiLLE, La Gorlanc/iia, p. 31. 



84 

— P. maçonnais. 

Pre la buye un grand bcri. 

(Pour la lessive un grand envier). 

ISucls inàconnais, p. 46. 

— P. bressan : huya. 

Langued. et provenç.: bugado, hugada. 

On retrouve ses analogues dans presque tous les pa- 
tois et dans les langues néo~latines. Bucalo en italien, 
etc. 

On trouve même hiigal en bas breton ; mais il est im- 
possible de dire s'il y est un reste des dialectes celti- 
ques, ou s'il y a été importé depuis la conquête ro- 
maine. 

Buée, anc. franc., a été retenu parle Dict. de l'Acad. 
1835 comme appartenant au vieux langage. 11 était très- 
usité au XV^ et au XVl^ siècle, ainsi que le verbe 
buci\ 

La pluye nous a huez et lavez. 

ViLLO.\, Ballade pour luy et ses compaignons. 

Entendîmes un brùil strident et divers, comme si fussent femmes 
lavant la haie. Rabel.us, Paulafjruely v. 31. 

BuYÂ>DiRi, BUANDEVRi. L. ct F. S. /. Blancbisseusc, femme 
qui fait la lessive; lavandière. 

Quand jevio Jaboulay avouai sa nienageiry, 
Qu'ait may de varon qu'un grouiu de buandeiry. 

(Quand je vis Jahoulay avec sa ménagère, — Qui avait plus de ver- 
rues qu'un gioin de lavandière). 

Cu.vPELON, Entrée solenn., j>. 141. 

La Bernarda bugandiri, Bernarde la blancbisseuse, 
est le titre d'une comédie lyonnaise du XVIF siècle, dans 
laquelle plusieurs personnages parlent patois et que nous 
avons souvent citée. 



85 

Molard, 1803, a rapporté huyandière comme lyon- 
nais, au sens de Femme qui lave la lessive, et le Dict. 
de l'Académie, 1835, a retenu huandière comme se 
disant dans quelques grands établissements indus- 
triels. 



CaBELOT, cablot. l. s. m. Petit tabouret. 

L'un lève un cabelot, l'autre attrape une cruche. 

Visite à VExposition. 1860, p. 10. 

Celait leur tour comme doyens de la vieillesse 
D'occupé cette fois le cablol de sagesse. 

Les Ca7ieties, p. 25. 

Chombcs de cabolol, poui^ Jambes tordues, mal faites, 
dans Roquille, la Gorlanchla, p. 13. 

GABIR, contenir. —V. CHAVI. 

CACABOSON (Êli^e a, se tenir a), l. Être accroupi, se tenir 
acci^oupi. 

Si vo voya lieu chini, 
Qui lieu sert de cabane : 
Y z y sont lot en un cuchon, 
Et n'y van qu'à cacabuson. 

(Si vous voyez leur chenil — Qui leur sert de cabane ; — Ils y sont 
tous en tas — Et n'y entrent qu'en se biissant à terre). 

Noël lyonnais de 1741. 

Je me raelli a cncaboson su mon coussin. 

Les Canettes, p. 221. 

C'est la même position que Roquille expiime par à 
cacasson^ dans le Depalo manquo, p. 24. 

Le convoi de golius, seins faire de façons, 
Ou mitan dou chamïn accule à cacassoji. 

(Le convoi de goulus, sans faire de façons, — S'assied par tcrie au 
milieu du chemin. ) 



K7 



Y fant jamais très pos seins chère à cacassnn. 

(Ils ne font pas trois pas sans lombcr sur leur derrière). 

Id., Les Ganduaises, \:i. 17. 

Villon a dit à cr appelons dans la ballade de la Belle 
Heaulmière. 

Ainsi le beau temps regretons 
Entro nous pauvres vieilles soltes, 
Assises bas à croppctons. 
Tout en ung tas comme pelottes. 

Et Ton trouve encore cette expression dans le patois 
bressan. 

Y ave na se gran pressa 
Que le fclie de Graton, 
Pendant qu'on dise la messa, 
Faron lot' à crepoton. 

Noëls bf^cssans , éd. Le Duc, p. 87. 

CAFAROTTA. f. s. /. Trou, caverne; tanière. 

Souriez tous de voutre cafarotte. 

(Sortez tous de vos trous.) 

CiiAPELON, Mi de Moi, p. 148. 

— P. auvergnat. 

Près da que liot est uno grotto, 
Neiro commo uno caffarolto. 

(Près de ce lieu est une grotte — Noire comme une tanière.) 

La Henriade travestie, ch i, p. 11. 

- — P. langued. : cafaroto. 

Roman : cavarota (Raynouard). — Las volps an lurs 
cavarolas. (Les renards ont leurs tanières.) 

Roquefort cite en anc franc. , avec le même sens, 
caferole, el Honnorat cajarote. 

V. ci-dessous Cavord. 



88 

GAFFI. L. et F. adj. Piempli; épais. 

Il sert particulièrement a qualifier le pain mal pétri , 
mat et sans trous. — V. Molard, 1803. 

Stîznnne rcsic là loiit comme une slatnc, 
Le cœur caffi d'ennuis, immobile, abaUue. 

Les Ca)ielles, p. 20. 

N'av()n>-nous pas par nous dzislrairc 
Nolroun musée tout cafi d'escargots. 

Clians. de Philippon, 1842, p. 4. 

Boucliers et boulangers peuvent faire l'oiïrandc 
Qui de pains trop caffis, qui de (bbiis de viande, 
Epit. à mon cousin Greppo. Petites Sœurs des pauvres, p. 12. 

Provenç. : caffïr, cafir ; remplir, gorger. — Se caf- 
fîr; se gorger d'aliments. 

GAISI , se taire. — V. QUESIR. 

GALADE. L. s. f. Pavé, rue pavée; parvis d'une église. 

« Monsieur de Saulx se pourmenoit sur la calade 

de Saint-Jean avec sa garde. » 

Rlbys, Ilist. de Lyon, p. 400. 

Les habitants de Ville franche-su r-Saône appellent 
encore la calade, le parvis de leur principale église, et 
la rua sur laquelle elle est située ; et comme cette rue 
est pour eux un lieu habituel de promenade, ils en ont 
pris le surnom de Caladois. 

Une note manuscrite, attribuée par M. Breghot du 
Lut au P. Menestricr et placée sur le passage précité 
de Rubys, regarde les italiens qui ont habité Lyon comme 
y ayant apporté le nom de calade ; une descente s'ap- 
pelant en Italie una calaia, et calare, signifiant baisser, 
descendre. 



89 

Langued. : calaclo; le pavé des rues. (De Sauvages). 

— Provenç. : calada; pavé, terrain, rue. (Honnorat). 

Le Gloss. de Ducange cite caladla via, calala, et 
callala. Il leur attribue le sens de calcea , chaussée ; 
via slrala quœ iii dcclivilalQui vergit, nostris, callale; 
et ambulacnun, promenade. Il les rapproche aussi de 
l'italien calala. 

Le français Calera plusieurs sens qui ont été conser- 
vés par le Diction, de l'Acad. de 1835. Il signifie Des- 
cendre, abaisser et mettre de niveau. N'est-ce pas dans 
ce dernier sens qu'il a produit calade? 11 faut toutefois 
se rappeler que les anciens pavaient surtout les rues 
ou les chemins disposés en pente, ce qu'observent en- 
core de nos jours les Italiens. 

CAMBIN F. s. m. Partie de plaisir, repas, goguette; bom- 
bance. 

Ma gaiipa que retrat de sa reina grand mare 
Ame in«juo mio que met lou cainbins, le coumare. 

(Ma gaupc (jui lient de son arricrc-grand'mcre, — Aime encore 
mieux que mci les repas, les commères.) 

Jac. Chapelon, Education, p. 208. 

Dans les Transes de Bobrun, d'Ant. Chapelon, les 
gens qui viennent pour enterrer celui qu'ils croient 
mort, disent en parlant du bon repas qu'ils vont faire : 

Lou malheur ey qu'o mert pas prou de gent, 
Qu'c(piai cambin n'arrive pas souvent. 

; Le malheur est qu'il ne meurt pas assez de gens ; — Que cette 

bomhance n'arrive pas souvent.) 

p. 242. 

Semont trop contentes, 

Dins noutron cambin , 

Quand l'y tenons de vin. 



90 

(Nous sommes trop contentes, — Dans nos goguettes, — Quand 

nous y avoMS du vin.) 

Chapelon , Chanson, p. 171. 

CAMPANA. F. s. f. Cloche. 

Je farez mai de brut, si quaucun m'o demande. 
Que si ai l'ayant souna la campana de Blande 

(Je ferai plus de bruit, si quelqu'un me le demande, — Que si on 
avait sonné la cloche de Mende.) 

Chapelon, A M. de St-Priesf, p. 107. 

Notra chabarafana 
Elsblia vai Ion coin. 
Sans tambour ni campana. 
Nous rassemble de loin. 

(Notre jeu de l'arc, — Etabli vers le coin, — Sans tambour ni 
cloche, — Nous rassemble de loin.) 

Chans. de Boyron, p. 7. 

Langued. et provenç. : campanos campana. 

Roman : campana. 

Campana; catalan, espagnol et italien. — Cam- 
painha; portugais . 

Ane. franc. : campane ; cloche; campanello, cam- 
penelle; sonnette, petite cloche. 

Comme son père avoit emporte les campanes de Notre-Dame. 

Rabelais, liv. II. ch. vu. 

Si tost comme les campeneUes sonnoicnt, i's aloient là. 

Conlin. do Guill. de Tyr. 

Basse latin. : < campana, campanum ; tintinnabulum 
sereum quo occidentales Lalini utuntur ad populum in 
Ecclesiam convocandum. » (Gloss. de Ducange.) 

Cajnpanc a laissé en français plusieurs mots dans le 
langage des arls et des sciences, notamment dans celui 
de l'architecture, campanile . sorte de clocher ou de 
petite tour ouverte ; — et dans celui de la botanique 



91 

campanule, famille de fleurs auxquelles on donne vul- 
gairement le nom de clochettes. 

Campana. F. V. a. Sonner une cloche, pubHer quelque 
chose. 

Je n'orin pas besoin qu'Etienno courrateysc, 

Qu'au l'aille campana. 

(Je n'aurais pas besoin qu'Etienne se mette en marche ; — Qu'il 

aille le publier.) 

Chapelox, a m. de St-Priest, p. 107. 

Campanaire. F. S. m. Sonneur de cloche. 

Campanalre jurât de vez la grand ygleizy. 

(Sonneur juré de la Grande église. — Nom de la plus ancienne 

êc/lise paroissiale de Sl-Elienne } 

Chapelon, Testament, p. 177. 

Campanariiis ; custos campanarii , qui campanas 
pulsare solet. (Gloss. Ducange.) 

CANASTEI. L. s. m. Petit panier; en patois de Condrieu, 
suivant Cochard, Notice sur Condrieu, p. 104. 

Langued. et provenç. : canasta, canaslel. 

Canastra, catalan; cancstro, itaUen ; canasta, espa- 
gnol ; canaslra, canislrel, portugais. 

Ane. franc. : canesirel, corbeille. 

Basse latin.: canastellus , canestella , canestra. — 
Gloss. Ducange. 

Ce mot nous est venu du grec j^ava^rpov, ou direc- 
tement, ou par le latin canistrum. 

CANCARINETTE, f. s. f. Instrument de musique pasto- 
rale; cliquettes. 

Sus voutre cayicarineltc 
Fiiide entendre par lou bois. 

Chapelon, Noël V/Ii. p. 96, 

Cancarineias, en dial. gascon. (Honnorat.) 



92 
C\NCORNO. L. et F. v. n. Bavarder, radoter, gronder. 

Mcnos, me vcqua mais ; vccjua lo vio garçon 
Que vient vos cancorno de vars de sa façon. 

(Enfants, me voilà encore ; voilà le vieux garçon — Qui vient vous 

débiter des vers de sa façon.) 

RoQuiLLE, Discours. 1858, p. 3. 

faut qu'o nein fignese, o vet pro cancorno. 

(Il faut en finir, c'est assez bavardé.) 

Id., id., p. 10. 

Sa fena cancorne, 
Taune, rounfle et morne. 

(Sa femme gronde, — Bourdonne, ronfle et grommelle.) 

PniLiPPON, Chansons, 1853, p. 15. 

Cancorna. l. et f. s f. Gi^oiideuse, radoteuse. 

J'aïn ma mare grand, una vieilli cancorna. 

(J'avais ma grand'mcre, une...) 

Jac. Cdapelon, Educ, dos effants, p. 264. 

Que rafïolove qui ? voz cte ina cancorna. 

(Que radotez-vous ici ? vous êtes. . .} 

RoQuiLLE, Ballon d'essai, p. 30. 

Avisos donc portant ina tella cancoima, 

Que toujours prcye Dieu, que fat tant la bigorna. 

Hymna à la Concorda, p. 37. 

CAPITO. L. V. a. et v. n. Rencontrer. 

Ah ! qu'o va bien, dzite, j'ai capito la souchi. 

(Ah ! que cela va bien, dit-il, j'ai trouvé la racine.) 

RoQuiLi.E, Lo Pereyou, p. 13. 

Eintr'autro capitzo cou certain borgniquié 
Qu'a dous motrus garrots que battent lo briquié. 

(Entre autres, je rencontrai ce certain borgne, — Qui a deux méchants 

garrots qui battent le briquet.) 

RoQuiLLE, La Gorlanchia, p. 13. 



93 

O s'y capite alor la familli Miclion. 

(Il s'y rencontre alors..,) 

Id., id., p. 20, 

Provenç.: capilar ; Commencer une affaire, rencon- 
trer fopluilement. A bon capital, il a bien rencontré. 
(Honnorat.) 

On trouve au Gloss. de Ducange, le mot capilare, 
qui dans plusieurs textes a le sens de Aboutir, coiifiner : 
Duce acrce qua3 capiUDit super easdem. Il a un sens en- 
core plus rapproché de notre capito dans ce passage des 
Sermons de Barletla : 111a die non potes malè capilare ; 
Ce jour-la tu ne peux pas mal rencontrer; il ne peut pas 
l'arriver mal. 

Ils dérivent évidemment du latin caput. 

CARAMENTRANT, caramolntrant, carameintran, l. et f. s. 
m. Carême entrant, les derniers jours du carnaval, le 
mardi-gras. 

Porou caramentrant tournet prendre courageou. 

(Ce pauvre mardi-gras reprit courage.) 

Chapelon, Entrée, p. 140. 

Avouais caramountranl vint bon la mascarade. 

(Avec mardi-gras la mascarade vient à propos.) 

Chansons de Pliilippon, 1853, p. 73. 

Caramcinlran est employé par Roquille, les Gan- 
duaiscs, p. 5. 

Ce mot signifie aussi un masque, une personne dé- 
guisée. V. le Gloss. des Noëls de La Monnoye, v° cai- 
remcnlran. 

A Saint-Etienne, il désigne encore de grands feux de 
ciiarbon qu'on lait dans les rues le jour du mardi-gras. 



94 

Dansie autour d'un caramantran. 

(Danser aiiloui" d'un feu de carnaval.) 

Chapelox, Avis aux effans de Sanl-Eliève. 

Caramenlrant esl usité sous des formes un peu di- 
verses dans toute la France. Le Lexique de Raynouard 
en donne trois exemples anciens. On le trouve en lan- 
guedocien, en provençal, dans les patois de langue d'oil 
et en ancien français. 

On le trouve auGloss. de Ducange, v° cœramentrant, 
caramenlran, carementrannus, carmeniran et quacb'a- 
gesima inlrans. 

On disait aussi dans le même sens carême prenant. 
« Parlant du mardi-gras, autrement dict quaresme pre- 
nant, ou quaresm entrant. » H. Estienne^ apologie pour 
Hérodote, 

Le Dictionnaire de l'Académie a conservé cette der- 
nière expression qui a été employée par Molière, le 
Bourgeois-Genlilhoinme , acte V, se. vn, dans le sens de 
personnage déguisé; mais il n'a pas reproduit carême 
entrant. 

Quareme entrant le veil se trouve dans un compro- 
mis du XlIP siècle entre le chapitre de Saint-Jean de 
Lyon, et celui de Saint-Just, rapporté par M. Breghot 
du Lut, Mél., {. II, p. 265. On appelait ainsi le diman- 
che de la Quadragésime, carnis prioiamrctus, jour au- 
quel avait commencé le carême jusqu'au IX^ siècle: 
c'est alors seulement qu'on y avait ajouté les quatre 
jours qui précèdent ce dimanche, afin de compléter les 
quarante jours de jeûne. 

M. ChampoUion-Figeac, dans ses Nouv. Recherch. 
sur les patois, p. 155, a cru devoir aller demander au 



95 

celtique l'étymologie de caramenlran^ bien que ce mot 
composé par nos pères n'eût besoin d'aucune savante 
explication. Mais M. Cliampollion-Figeac publiait ce livre 
au temps où l'Académie celtique était dans toute sa fer- 
veur et où son zèle pour la glorification des anciennes 
langues de la Gaule lui en faisait trouver les débris un 
peu partout. 

GARCAVELA, quarquavela. l. v. n. Faire du bruit, du tapage; 
babiller, crier. 

Eyet assé quarquavela ; 
Depcchon-nou, eyet tôt un. 

(C'est assez babillé ; — Dépcchons-nous, c'est la même chose.) 

La Chevauchée de l'Ane, 1566. 

— P. dauphinois. 

Elle porton mey d'altiffct 

Su la testa que lo buffet 

D'un marchant de chose nouvelle; 

Car tout sur elle carcavelle. 

La vieille lavandière de Grenoble, p. 59. 

Leur carcavelamen nie fat decreytina. 

(Leurs criailleries me font devenir crétin.) 

Pastur. de Janin, acle IV, se. i. 

Le radical de ce mot est le roman carcavel, grelot, 
encore usité en languedocien et en provençal. Catalan : 
cascavell; espagnol : cascabel ; portugais : cascavel. 

Basse latin : « casccwellas, cascaviellus ; campanula, 
nota; Gallis, grelot; provincialibus, cascavau, » Gloss. 
Ducange. 

Carcavela en languedocien signifie Agiter comme un 
grelot, Tourmenter. 



96 

Carcabeau. l. s. m. On appelait ainsi a Lyon le relevé 
périodique et officiel du prix du blé qui se disait le sa- 
medi de chaque semaine, h la Grenetle, par un des 
échevins. — V. M. Bregliot du Lut, iVêL, L I, p. 2G8 
et 30(^. — Ce nom venait sans doute du bruit qui se fait 
dans tous les marchés a la criée, ou de ce que le prix 
du blé était d'abord proclamé, crié officiellement avant 
d'être affiché. 

Dans la comédie dauphinoise de Soigne Pcire elscigne 
Joan, p. 9, carcabeau a le sens de Tourment, préoc- 
cupation, tintouin. 

Et non durmiray, si me reste 
Aquest carcabeau diii la teste, 

CARPAN. L. S. m. Coup, soufflet. 

Si lo rcgalo d'in carpan^ 

Ly foue passo lo goût dou pan. 

RoQuiLLE, Les Ganduaises, p. 20. 

Langued.: carpans, des coups. Carpande Fenizo, un 
soufflet. Carpar, battre, étriller, robser. De Sauvages 
et Honnorat le font venir du grec -/.x^-ito^^ poignet, 
carpe, jointure du bras et de la main. 

CARRE, QUARRE, QuoRE. L. cARou. F. Quarré, toute chose car- 
rée, angle, coin, carrefour, foyer. 

Le capitaine... les mypnrtit en deux bandes dont l'une passa par 
le carre de l'cspiccrie tendant à Saiut-Nizicr, l'autre par rue Longue, 
à costé dudit Sainl-Nizior. 

La Prinse de Lyon pur les fidelles, 1562. 

Après une fanlosme jiortce par quatre dans un linceul, jettce par 
tons les quarres, lieux et places de ladicte ville. 

La Chevauchée de 1578. 



97 

Dans une Délii3ération consulaire de Lyon du 23 sep- 
tembre 1488, relative aux funérailles de l'archevêque 
Charles de Bourbon, on lit que les quatre qnarrcs du 
drap de veloux sur lequel sera placé le corps seront 
portés par quatre des plus « grants digiiitez de fégii^e 
d3 Lyon. » — ^ V. Notice de M. Péricaud sur Ch. de 
Bourbon, p. 47. 

Cliociin pesiblainint s'est lojuiiit clins son quoro. 

{Chacun paisiblement s'est retiré dans son foyer.) 

RoQuiLLE, Breyou, p 65. 

Asset o carou do cuirin. 

(Assis au coin du foyer.) 

Ballet forésien, 

Jaiou de fret o carou do fouier. 

(Je gèle de froid au coin du foyer.) 

Aîit. CuAPELON, BubriiH, p. 239. 

Un gro vio 
L'envor:.c et lou ri^olte 
Dins un carou de lensio. 

(Un gros vieux — L'enveloppe et le réchauffe — Dans un carré de 
linge.) Chapelon, Noël II, p. 80. 

Lou preyant a sa mort de lou pas deieyssie 
El d'oblenii' par sel un petit carou au cie. 

(Les priant à sa mort de ne pas le délaisser, — El d'obtenir pour lui 

un petit coin au ciel.) 

Chapelon, Testam. de Bellemine, p. 178. 

Vou l'y orat de musicions de tous Ions carous et cantons de l'uni- 
vers. 

(Il y aura des musiciens de tous les coins et...) 

LiNossiEft, Un Bouclier, p. 2. 

— P. dauphinois: carro; coin. 

Gnal carro ni canlon que sur la veiperna 

j\e set plein de le gen qui sont (jue trop dt? resta. 

Pastor. de Janin, acte llf, se. u. 

7 



98 

— P. bourguignon : quarre; coin. 

Ai fai trnmhlai le i\\\\\c quarre 
Et le niitan clo runiviir. 

Nuëls de La Monnnyï'. JSoël /Tel le Glossaire. 

Langued.: cairou; provenç.: carreau. 

Basse latin.: « Coronnus; angulus ; Gall. Coin, encoi- 
gnure; alias, coron, couron el quoron. » (Gloss. de 
Ducange.) 

CARRE, Chercher. — V. QUARRE. 

CAVâR. —V. VAR. 

CATZA. F. s. m. Espèce de fromage. 

La via n'e qu'un calza de misera. 

Chans. de Philippon, 18J3, p. 32. 

L'auteur a ajoute en noie : Calza; Mauvais fromage, 
sec et pénible à avaler. 

Suivant le Diction, provençal d'Honnorat, cachai, ca- 
c/icoii, cacheti, cachela, désignent, dans différenies con- 
trées de la Provence, une espèce de fromage que l'on 
réduit en pât.e et auquel on ajoute du vinaigre et quelques 
épices. 

Il faut aussi rapporter a notre mot les termes de basse 
latin, casala, caseala, cadala, casciala et casialum que 
le Gloss. de Ducange interprète par Formaticum, fromage, 
et par Placenioe species ex caseo. 

Calza a trop d'analogie de sens et de forme avec le 
latin caseiis pour ne pas en être réputé un dérivé. 

CAVORD. L. s. m. Trou, caverne, refuge, repaire, ca- 
chette. 



99 

Et sattous lo cavurds de la fina boisson. 

(H sait tous les trous où S(> cache la fine boisson.) 

RoQuiLLE, Ballon d'essai, p. 8. 

So dzigno eompagnons lo segoiit sins relord 
Par allô dous fusis decuri lo cuvord. 

(Ses dignes compagnons le suivent sans retard — Pour aller découvrir 

la cachelle des iusils.) 

Id., Dreijou. p, 16. 

Menos, vos saides lous que cou cavord illustre 
Onte lo deputos sicjont dzurant in luslro. 

(Ami?, vous savez tous que eet illustre trou, — Où les députés siègent 

pendant un lustre.) 

Id., Lo Deputo manquo, p. 6. 

Ane. provenç.: cavarota, grotte, cavei^ne; langued.: 
cahorno. tanière, repaire de bêtes. RoqutTort cite dans 
le même sens cavaras, sans dire a quel dialecte il l'a 
pris. 

Basse latin.: a Cabeiiuim, cavernum; caverne. » 
(GIoss. de Ducange.) 
V. ci-dessus Cafarota. 

CAYON, cAiON, c.w'ouN. L. et f. s. m. Porc, cochon. 

Celos vios el celos moutons 
Sont aussi gras que de cayons. 

Lyon en vers burlesques, 2^ journ., p. 22. 

Le Noël lyonnais de 1741 dit au couplet où il met en 
scène les A.itonins : 

Saint Anioino lieu patron 
Lieux engraisse de cayoa. 
(...,. Leur engraisse...) 
Que de malheroux onviyount 
L'aviore et lou sort dos cayouns. 

(Que de malheureux envient — L'avoir et le sort des cochons.) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 37. 



100 
- p. bressan. 

Quand vo m'aré guelio dans ena bcurdilaille 
Fore çailo !a cass'c Irosso le polaille, 
Vo vo pansere biii, ^o diniamio j)ardon, 
Que zc n'ai po lorzo apreslo u cayon. 

(Lorsque vous m'aurez vue dans un jour de bouibanee, — Faire 
cbaiiiTer la poêle el trousser les volailles, — Vous penserez bien, 
je vous demande pardon, — Que je n'ai pas toujours fait la cuisine 
au coclioii.) Mu)'(juela, p. ô. 

• P. (Jaupliiiiois. 

Que de gran vcrgogni 
En la soûl du cayun vito saici caduc. 

(Que de honte — 11 aille vite se cacher dans la log»; du cochon,) 

Lo Banquet de le faye^ p. 19. 

• P. du Yelay. 

Jau veze, moun ami, ([ue tu li as })as pensa, 
De garda tous cayons lou long de Panassa... 
Lou pouors diouriont toudjours dcinoura din l'assou. 

^Je vois, mon ami, (jue tu n'y as pas pensé; — Avoir girdé tes co- 
chons le long de Panassa!... — Les ])orcs de\ raient toujours de- 
meurer dans leur loge.) 

M. Lambert, comédie d'Ant. Clet, du Puy. 

Ce mot paraît limité à la zone intermadiaii^e. Je le 
trouve dans les dialectes de la France centrale et dans 
ceux de la Suisse française ; il s'e/Tace au Midi et au 
Nord. Le Diction. d'Honnorat cite caioun comme em- 
ployé en Provence, mais seulement dans quelques loca- 
lités voisines du Daupliiiié. Le Dictionn. langued. de 
Des Sauvages donne aussi caliou; mais je ne l'ai retrouvé 
dans aucune des ti^aduct'ons de la Parabole de lEnfant 
prodigue qui ont été publiées officiellement. 

Caija, ccujum, en basse latinité, signifie Maison, cliaix. 
— V. Gloss. de Ducange. — Je crois que la est l'origine 



101 

de notre mot. Le cayon, c'est le porc de la maison, 
porcus domeslicus, par opi)osition au seng ar, sanglier, 
qui est le porc sauvage, porcus siugalaris, porc sanglier, 
comme disaient nos pères. 

GEBRELA. sebrola, soubrela. f. v. a.. Ebranler, secouer , 
et llgur. Mettre en train. 

y Tant bien cebrela lour so. 

(Ils l'ont bien secoue autant qu'ils ont pn). 

Chapelon, Chansons^ p. 164. 

On dit cebrela un arbi'e, quand on le secoue pour en 
faire tomber les fruits. 

Ne ron dire, Z;ibcaii, ([uand vou passe pas d'houra 
Sans que i'appieliensioun nie sebrole lou coura ? 

(Ne rien dire, Isabcau, quand il ne se passe pas d'heure — Sans que 

la crainte ne m'ébranle le cœur?) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 70. 

Se tu vcu, par uou soubrela, 
Quauque chanson debagoula. 

(Si tu veux, pour nous mettre en train, — Nous dégoiser quelque 

chanson.) 

Ballet forésicn. 

CHA UN, ciiA DEUX, etc. l. adj. a cba un, a cha deux, etc. l. 
adv. Un a un, deux a deux. 

Cha peu, a cha peu, l. adv. Peu a peu. 

Lou nomeran-nous à cha un ? 

(Les nommerons-nous un à un?) 

La Cltevauchée de 1566. 

A cha peu on pourra diminuer l'impôt. 

4*' Lelire à mon cousin Greppo 

Qu'es-tu donc devenu, commerçant de Lyon, 
Toi que t'avais i;agné lu réputation 
D'élever à cfta sou la solide fortune ? 

l.es Embelliss. de Lyon, 1858, p. 18. 



102 

Voué lo prcindrc à cfios yon. 

(Je vais les prendre un à un.) 

RoQiMLLE, Les Ganduaises, p. 5. 

A que siais d'être ambilioux 

Quand lout prond fui n cita domageou? 

(A quoi sorl d'être ambitieux — Quand (out prend fin petit à petit. — 
Mol à mot: Dommage à dommage.) 

Cliaiis. de Philippo.n, 1853. p. 36. 

— P. dauphinois. 

Inco que Ihi lonz at racla a chu millié. 

(Bien qu'elle (la peste) les ait raclés par milliers.) 

Pastor. de Jaiiin, act. HT. se. ii. 

— Pi^ovençal. 

Comm' un viel bastiment a cha pane si degruno. 

(Comme un vieux bâtiment peu à peu se détruit.) 

La Bellaudière. 

Pamcns, quand dins la fousco eilaiin veguciian 
Cirao a cha cimo dispareisse 
Lou dous pais. 

(Néanmoins, quand dans la brume éloignée nous vîmes — Cime à cime 
disparaître — Le doux pays !) 

Mweio^ ch. xi. 

— Ane. français. 

Si vis les sains de paradis, 
Cha V, cha VI, cha IX, cha X, 

AUans et venans. 

L'advneacie N -Dame. 

Molard, 1810, cite ces locutions et les explique de la 
façon suivante: « ^^ chas un, a chas deux, pour dire 
Uu à un, deux a la fois. Autretois on disait cha-^ deux, 
chas trois , ou ce qui tombe deux h deux, ti^ois a trois. 
Mais jamais on n'a dit à chus trois, expression d'éco- 
lier. » 



103 

Je crois que choir n'enlre pour rien dans la formation 
de cha un, clia deux, cha pou, etc. Ces expressions 
équivalent h cliaque un, cIukjuc deux. cJiafjue pou, ou 
comme on écrivait au XIIF siècle, cJiascun, chnsc dou^'. 
— V. Rechercli. sur la lang. franc., de Gust. Fallot, 
p. 257. 

On écrivait aussi chaun. « Manaem fistse asise e sun 

iaillage sur tuz les riches hume de Israël, cinquante 

sicles d'argent sur chaun pur duner al rei de Syrie. 

(... Ut daret régi Assyriorum quinquaginta argenti per 

singulos.) » 

Los 4 livres des Piois, Ijv. lY, liv. xv. 

CIIALx4MELA, charamellâ. l. v. n. Jouer du chalumeau; et, 
par extension, jouer d'un instrument; chanter. 

Mais c'est trop chniawcla. 
Sans niangy, ne sans bcyrc. 

Chanson en patois lyonnais dans le Formulnire fort 
récréatif de tous contracts. 

Nous noz en van, car nouz an sey ; 
Eyet assé charamella. 

(Nous nous en allons, car nous avons soif; — (Test assez chante.) 

La Chevauchée de 1566. 

— P. dauphinois. 

Lo rossignon donne d'aubade, 

Car sen sommcUié not ni jour, 

U charamelle de l'amour. 

Pastor. de Jnnin, prolog. 

Langued,: chaUnni)io, chalumeau, musette, calamela, 
jouer du chalumeau. 

Provenç.: charamel, chalumeau; charamelar, jouer 
d'un instrument. 



104 

Romnii : caramela, caramel, r*'^/^???^/; chnlumeau. — 
Caramclar, caUanelay; jOuer du chalumeau; chanter, 
couler. 

Ane. catalan et anr. espagnol : caramela, caramelar; 
— Portugais : charamella, 

L'ilalicn a cennamella que Dante a employé : 

iVc gia con si divcrsa cennamella 

Cavalier vidi movcr ne j)Ccloni. 

In fer no, c. 22. 

et ciaramolla qui, suivant Redi, est le nom vulgaire d^un 
instrument de musique usité en plusieurs lieux de la 
Toscane, notamment chez les Aretins. 

L'anc. français avait chalemnler. Il est rapporté par 
Roquefort, et le Gloss. de Ducange, aux mois calamcUa, 
calamelliis, calamiaula, calamaulis, cite les vers sui- 
vants extraits d'un poème sur les Miracles de la Sainte- 
Vierge. 

Toudiz aloit chalemelant 

La douceur de ses chalcmcaux, 

C'est au latin calamiis que se rapportent manifeste- 
ment tous les dérivés néo-latins que nous avons rap- 
pelés. 

GHANA, CHÂNÉE. L. et f. s. f. Canal, conduite d'eau, tuyau 
de gouttière. 

Chana ou chanée, conduite des eaux dans une gout- 
tière ; dites Clieneau. Molard, 1810. 

Il existait a Lyon, avant la Révolution, dans la rue, 

aujourd'hui le quai Bourg-neuf, une chapelle appelée .9/- 

Marlia de la Chana; S. Marlinus de CanalL La Chana 

était aussi le nom du quartier voisin de cette chapelle. 



Nous somnios doviint ht C/iann , 
Où beaucoup de i^cns il y a. 

Lyon en vers burlesques, 2^ part., p. 20. 

Chana est aussi usité a St-Elionne. Pliilippon Ta em- 
ployé au sens de Gouttière daus la chanson la Jouencssa, 
1842, \). 5. 

Suivant Cochard, Description de Lyon, 1817, p 215, 
chana y\endv3i\i de Chêne, les tuyaux de conduite d'eau 
étant faits jadis avec le bois de cet arbre. 

De Sauvages, \^ canaoïi, pense aussi que le français 
Cheneau vient du nom de Chêne, dont le bois est em- 
ployé dans le Nord aux tuyaux de gouttière. ' 

Mais notre chana, comme le chanaou provençal, 
chanal, limousin, me paraît simplement une dérivation 
du latin canalis. 

C'est Topinion de Roquefort, v° chanal, chanel; con- 
duit, canal, gouttière; et du Gloss. de Ducange, v^ 
chancia, alveus, canalis; nostris, chane et chanel. Le 
même Gloss., v° chenalis cite encore comme employé 
dans l3 même sens en ancien français, achcuiaii et 
achenau. 

CHANCAY. F. s. m. Cercueil. 

Vingt so par son chançay, couma que qu'au seyezo. 
Bien ou mal ajusta, ma qu'o lou cuerseleizc. 

(Vingt sous pour son cercueil, de (|ncl([ue façon qu'il soit, — Bien 

ou mal ajuste, pourvu qu'il le couvre.) 

Jac. CiiAPELON, Testam. p. 274. 

Par mon chançay me gens laziant la pachi ; 
Ne foulit pas qu'o nian(]uesse une tachi. 

(Pour mon cercueil ma famille faisait le marché; — Ils recommandaient 

qu'il n'y manquât pas un clou ) 

Ant. Chapelon, Bobrun, p. 261. 



106 

Je pognrdc chança]j co'Tme une altération de chancel, 
cliaiircau, qui, en langue d'oc et en langue d'oil, signi- 
fiait Barrière, grilh, treillis. Les cercueils jadis n'étaient 
pas faits de planches pleines, mais de barres de bois 
formant une claire-voie. 

Le Gloss. de Ducange, v° canccllus, canccUl sopul- 
crornni, donne plusieurs citations dans lesquelles ces 
mets lui paraissent iiiditiuer les barreaux et les grilles 
dont étaient souvent entourés les tombeaux. Je crois 
qu'ils ont aussi désigné le tombeau lui-même, et ce 
poui'rait être par une extension naturelle de ce premier 
sens qu'ils se seraient encore appliqués au cercueil. 

ClIANIN, L aclj. Mauvais, aigre, hargneux; littéralement, 
de chien. 

Cité parM.Breghot du Lui, Mél, T. II, p. 133, et par 
Molard, 1810. 

Un air clianin ; Un vent froid et aigre ; — un carac- 
tère chania, un caractère de chien. 

La rue du Bourg clianin a Lyon est appelée dans les 
titres latins, / ia a borgo canino. 

Vous autres, fermez donc la liquerno, i vient z un air chanin que 

iy gèle le colivet. 

Les Canettes, p. 224. 

CHANTA. F. s. m. Service d'église pour un défunt. 

Un chania de dix francs, autant de sounari. 

Jac. Chapelon, Tosfaincnt, p. 274. 

Mh voii a fallu biama plus loil ([u'una cigala, 
Et diie trcy chania par de gens de la viala. 

;Mais il a fallu crier plus forl qu'une cigale, — Et dire trois services 

|)0ui les gens de ia ville.) 

Chapelon, Bouquet, p. 230. 



107 

Langued. : cantar; Une absoute, un service pour 
les morts. C'est en ce sens qu'on trouve ce terme dans 
les vieux registres des notaires des Cévennes : Duo se- 
lidi pro uno cnnlnre ; deux sous pour une absoute (De 
Sauvages). 

Provenç. : cantar, c/ianlar, cantal. 

Basse iatin. : « Cantaro, canlalc, caulariolum ; An- 
niversarinni pro defunctis, missa pro defuncto cele- 
branda. Ex necrolog. Ecclesice Dinensis : Eodem die 

obiit Dom. Nicolaus Episcopus ideo dicta die ficn- 

dum esl can'aro Qvo anima sua.. . Eliamnum Provin- 
ciales canlal vocant missam quce cantatur die obitus 
quotannis récurrente. » (Gloss. Ducange.) 

CHAPITELLA. f. s. f. Chaumière, hangar. 

Yon n'y a dins sa chapitella 
Qu'un po de pailly et de fein. 

(Il n'y a dans le hangar qui le couvre — qu'un peu de paille et 

de foin.) 

Chapelon, Noël YIII, p. 97. 

En patois dauphinois, chapit est aussi une sorte de 
hangar ou d'abri gi^ossier. 

Dessout lo chapit qu'on louz aviet presta. 

Blanc la Goutte. Epitre sur les réjouissatices, p. 20. 

— P. bugisle : çapetai, 

Arrta vay, res'arda luire 
Cho popon so clio çapctai. 

(Arrêtez voiic, rcgaidez luire — cet enfant sous f-e toit.) 

A'oe/ de St-Uambert, cdit. Le Duc, p. 127. 

Antrin, veci la grangi 

Ma! anc/iupilela. 

(Entrons, voici la grange — mal couverte.) 

Noël de Vaux, Id., p. 120. 



108 

Lnngi.ed. : capifelo. Hutte ou barraque fie vip;ne. 

Ane. franc : cliapitel, cliapiteau. Roquefort le dérive 
de capilcUnm et de capul. 

Le Gloss. de Ducange cite chnpiiollum, Receptacu- 
lum curruum, aratrorum et aliorum qua3 pertinent ad 
agriculturani instrunienlorum , — et cfiappa , Gai!. 
chape et cJiarùL idem quod cliapitellum. 11 rapporte des 
chartes du Lyonnais et de la Dombes oii ces mots sont 
employés. 

CHAPOTO : cnAPOUTA ; chapoter. l. et f. v. a. Frapper, 
bâcher, briser, tailler. 

Voudria von par %'niitrc z ourcille 
Que quauqu'un Tcssianl cltajioula? 

(Voudrirz-vous, au prix de vos oreilles, — Que quelqu'un l'eût 
brisée.) Il s'agit d'une pieiie qui devait servir de piédestal àunccioix 
de St-Etiennc. 

Chapelon, p. 217. 
Troussant sa basane, 
Voué la neri au dé, 
Qu'au chapote en ré. 

( c'est la bouteille à la main qu'il frappe en roi.) 

Chans. de Philipon, 1853, p. 15. 

])aré que quoqu'un tant chapoto lo mo'ifle ; 

(Il parait que quehju'un t'a travaillé le niuflc.) 

RoQuiLLE, Les Ganduaises , p. 4. 

T'os c/iapoto de coups à n'en crovo les vitres. 

Hijmiia à la Co)icorda, p. 22. 

Il est aussi cite par Molard. 

Le prmiié leohevin porta z une santé 

A ce brave guarrier (ju'a si bien chapote 

Ces gueux de piqueurs d'once et aussi leurs complices. 

Les Canettes, p. 43. 



109 

— P. bressan. 

Et de cron lou mieux c/tapoto. 

(El des figures les mieux laillces.) 

ISoëls bressans, p. -0. 

Langued. et Provenç. : chapoula. 

Roquefort cite chapoteren aiic. franc, et le rapporte 
a capalare qui a en basse latin, un sens analogue. 
V. Chapuis. 

CHAPPLA, CHAPLA. L. et f. v. a. Hacher, briser, frapper. 

Je leur voudriii brisi lou cor, 

Lo chappla coumc de z lierbette, 

E lo faire brûla coumc de z alumcne. 

La Bernarda buyandiri. 

Par un courrié bicnlôt elle reçut l'avis 

Qu'il avait déjà bien poqué les ennemis 

Et en a\ait c/iaplc mai de deux cents portées. 

Les dmeltes, p. 23. 

On appelle encore planche ou ais à chapler^ une 
planche sur laquelle on hache les légumes et les 
viandes. 

La Ropubli(|ua mené un tas de barbouillons 

Que voudriant tout chapla par avé Ions haillons. 

Clians. de Philippon, 1853, p. 74. 

Lou panne qu'outre dans lallea 
Lou chaplou on chiai de saucissoun. 

(Le i^remicr qui entre dans l'allce — Je le hàclie en chair de 
saucisson.) Linossiep., Moussue Progrès, p. 7. 

— P. dauphinois. 

U n'o^c pas chapla, me faut qu'il gratuzcize 
De la pointa du dci, de pou qu'u ne mcneize 
Un petit trot de brut. 

(U n'ose pas frapper, mais il faut qu'il gratte à la porte — Du 
bout du doigt, de peur de faire — Un jieu trop de bruit.) 

La Vieutehanci du courtizati, p. 23. 



110 

— p. bressan. 

Noyé çaplove se mai). 

(Noël frappail dans ses mains.) 

Noëls bi^essans, p. 2 

— P. maçonnais. 

La pou chaplieure c la dclrau. 

-Voe/s du parrain Bliaise, p. 46. 

(L'explication des mots difficiles traduit : Lais pour 
hacher la viande et la cognée.) 

— P. bourguignon. 

Ose tu, qu'ai fi, ai mai barbe 
ChapeUti menu comme l'Iiarbe 
Le pu gcnti de mé gaçi.n. 

Virgille virai, ch. ii, p. 41. 

Langued. : chapla, hacher; — chapladis, débris de 

choses brisées; — chaple, carnage (De Sauvages). Ces 
deux derniers mots se trouvent aussi au Lexique ro- 
man de Raynouard. 

Provenç. : chaplar, hacher, couper ; chaplaire, ha- 
choir, tailloir. ^Honuorat.) 

E-coutas me, que iou vous parle, 

Je criJé lournamai, aprîis me chaplares. 

(Ecoutez-m^i, que je vous parle, — Leur cria-t-il encore ; après 

vous me hàeherez.) 

Mireio, eli. xi. 

On trouve fréquemment en anc. franc. . chaple, copie, 
chapUs, etc, Combat, bataille, 'jarnage, blessure; cha- 
ployer, chapler, ckapouler, combattre, donner des 
coups d'épée. 

Grande fut la bataille et longuement dura, 

El le chapple horrible. 

Le Combat des Trente. 



m 

Roquefort et le Gloss. de Ducange rapportent ces 
mots aux termes de la basse latinité capulare, capel- 
lare et capiliare, analogies qui me paraissent fort dis- 
cutables. 

Le Diction, de TAcad., 1835, donne encore chapeler, 
en ajoutant qu'il n'est guère usité que dans cette 
phrase : chapelcr du pain, ôter le dessus de la croûte 
du pain ; et chapelures, croûte de pain râpée ou pulvé- 
risée. 

V. Chauplà et Chapuis. 
CHAPUIS. L. s. m. Charpentier. 

Martin de Bugan et Aijuayra Davenay. chapuis. 

Proces-verb. de l'élect. des coîisuls de Lyon, de 1352. 

— P. dauphinois. 

Messieurs les Cosses de Komans ont balic à Jehan Lambert, à Jehan 
Roux, chappuys do Romans., pour fère les echafaux et là phite-forme. 

Cumpos. du mystère des trois Dams. 

Provenç.: chapuis. 

Limousin : chapugear; charpenter. — Langued.: ca- 
puzar, id. (De Sauvages et Honnorat.) 

Roman : chapuis, capuzar. 

Ane. franc.: chappuser, chapuiser. 

Le Gloss. de Ducange, v° chapuisius, chapusius, dit 
que chapuis était jadis fort usité en France et qu'il l'est 
encore dans plusieu'^s locaUtés de la Bresse, licite aussi 
chapuisare, 

CHARABARAT. Le marché des chevaux, a Lyon, s'est long- 
temps appelé marché de charabaral. 11 avait le mêma 
nom dans quelques locahtés voisines. 



11^2 

Peut-être, et pourquoi [>as, (ju'eu plein churabmat 
Sur un àiie de bronze un jmn on te verra 

Epilrr à mon cousin Greppo. 

Les ëtymologistes se sont fort exercés sur celte dé- 
noiniiuUioii. Les uns y ont trouvé c/iair à barai, chair 
a tromperie, à cause de la réputation suspecte des ma- 
quignons. Ménage en lait un composé du latin cariini, 
cher, et du français baral, tromperie. M. Breghot du 
Lui a rapporté ces diverses opinions dans ses Méi, t. I, 
p. 268. 

Charaharal n'est -il pas tout simplement une variante 
de charivari? et ce nom n a-l-il pas été donné aux 
marchés de chevaux, a cause du tapage qui s'y fait? 

On trouve parni les formes diverses de Charivari ci- 
tées dans les Lexiques provinciaux c/mrarrt/-/;i, caribari, 
etc. Parmi les statufs synodaux de l'Eglise de Lyon de 
1566, il en est un rendu contre les tapages et les mo- 
queries de toute espèce dont on poursuivait les gens 
qui se mariaient en secondes noces; Charivari y est ex- 
primé en latin par charavaria. Ruhys, Ilisl. Je Lyon, 
année 1566, dit c/iaravanj : « Une c/iaravary ou che- 
vauchée de l'asne contre les marys qui s'estoyent laissés 
batti^e à leurs femmes. » Et le patois de nos jours dit 
encore c/iaraiari. V. Roqu'ille, /.a Gorlanc/iia, p. 11. 
V. aussi le Gloss. de Ducange, v'' chalvaricum et cha- 
ravaria. 

Chapelon a employé charabaral en parlant des mar- 
chands qui pi^êtent leur argent a gros intérêts. 

Lou diablou s'ey meilat de lour cliaraburat 
El u'cmpacharit pas qu'ey ne fas^iaul barat. 

La Mistra, p. 192. 



M3 

11 paraît avoir dans ce passage le sens de Trafic, tri- 
potage, maquignonnage, qui ne s'éloigne pas trop de 
celui de Charivaii et qui peut se rapporter aussi a l'usage 
d'appeler ainsi le marché aux chevaux. 

CHARNA. F. s, m. Carnaval. 

Mon Dio ! que lou chary\a me eause'de regret. 

Chapelon, La Careyma, ][>. 186. 

Roman : canial. 

Qui non pot de carnal, si lava de caresma. 
(Qui ne le peut en carnaval, se lave en carême ) 

RaY.no CAP. D. 

Carnal est encore languedocien, catalan, espagnol et 
portugais. L'Italien dit carnale. 

Ane. franc. : charnage. 

L'on ne se réjouissait en ieelle non plus en charnage qu'en carême, 

Larivey, La Constance, acte I, se. i. 

Le Diction, de l'Acad., 1835, a reproduit charnage 
comme populaire. Il n'est pas employé par le peuple de 
nos provinces. 

Basse latin. « Carnale, carnatum ; Tempus quo car- 
nes hcet comedere ; Gall. Chat^nage. » (Gloss. de Du- 
cange.) 

CHARPENNE. l. s. m. Charnue, charmille. 

M. Breghot du Lut, MèL, t. H, p. 65, et Molard, 
1803. 

Un village de la commune de Villeurbanne, près de 
Lyon et autrefois en Dauphiné, s'appelle Les Charpen- 
nes. 

Basse latin. : « Charmen, charmenus, carpinus, a 
Gall. charme. Nostri vicissim, a lat. Carpinus. charpe 

8 



J14 

dixerunt. Litt. Remiss., anii. 14-8J : Les supplians 
sioient de leur bois, c'est assavoir des charpes^ autre 
meut appelez charmes. » (Gloss. Ducange.) 

Italien, carpino ; espagnol, carpe ; portugais, car- 
pino. 

GHARRIRI, cHÂRRiÈRE, CHARRERi. L. et F. S, f. Voie charre- 
tière, rue. 

L'on n'enlcndra que tey brama per la charriri. 

(L'on n'entendra que toi crier dans la rue.) 

La Bernarda buyandiri. 

De Sainte-Croix dans Saint-Etienne, 

L'on ne sort point à la charriei^e. 

Lyon en vers burlesques, p. 21. 

(C'est-à-dire : On va de Téglise Ste-Croixdans celle de 
St-Etienne sans être obligé de passer par la rue. — Les 
trois églises de Ste-Croix, St-Etienne et St-Jean étaient 
réunies par des communications intérieures.) 

Et pos plutout reindzu, lochant la soveintriri, 
3Ion gredin loz accule ou mé de la charreri. 

(Et pas plutôt arrivé, lâchant la souventrière, — Mon gredin les ac 

cule au milieu de la rue.) 

RoQUu.LE, Lo deputo manquo, p. 23. 

Par lou chastiau et par le vialle, 

Par le meyson, par le charreyri^ 

Ballet for ésien. 

Je vous direy dou moût de la charreyri nova. 

("dapelon. Entrée ^ p. 130. 

Lou boun sons, quetous joue, couratte les charreres. 

(Le bon sens ces jours-là court les rues. 

Chans. de Philippon, 1853, p. 65. 

L'analogue de ce mot existe dans presque tous le! 
patois de langue d'oc et de langue d'oil, et dans les 
langues néo-latines. 



115 
Çarire en p. bressan. 

I bruissc par le çarire 

Com'on fouet de careti. 

Noëls bressans^ p. 34. 

Charreiri en p. dauphinois. 

Jamei ne poisse l-el ala per la charreiri 

S'en s'eitordre lo pie. 

Lo Banquet de le faye, p. 19. 

Charreire Qi charrière en p. bourguignon. Mignard, 
Hist. de l'idiome bourg., p. 32. 

Carrier en langued. 

Carrier a et charrieira en provenç. 

Carrierra en roman. 

Charrière et carrièi'e en anc. franc. 

Les sentiers doivent avoir cinq pieds de large, les carrières dix 

pieds. 

MoNTEiL, Hist. des Franc.., épit. 42, xiv^ s. 

Carreria en basse latin. : « Carreria; via, sed illa 
propriè per quam carrus transire potest. » (Gloss. Du- 
cange.) 

Carrer, catalan ; — carrera, espagnol ; — carreira, 
portugais ; — carrier a, italien. 

GHAUCHIE, cHoucHER. l. et f. v. a. Presser, fouler. 

La chava tourta que de not 

Chauche le gen tan qu'elly pot. 

Ballet forésien. 

Les gens se chauchont tant qu'o se pot pas virie. 

(Les gens se pressent tant qu'on ne peut pas se tourner.) 

Chapelon, Entrée, p. 123. 

OuMolion tôt se lihouche et chocun se débat. 

RoQUiLLE, La Ménagerie, p. 13. 

— P. dauphinois. 

Leyen coma d'anchois lo monde era chouchat. 

Blanc la Goutte, Epitre sur les Réjouiss., p. 20. 



116 

Langueil. et provenç. : chaoucha, caouca, chauc/iar, 
eau car. 

Te caiicarai courae uno garbo. 

(Je to foulerai comme une gerbe. ^ 

Mireio , ch. v. 

Ane. Iranç. : Chancher, fouler avec force; caucher, 
ranger, tasser. 

Ceos a cui cm donrat en los sains mesure bone et plaine et 

ohnuchieie c\ sorussajit. 

Sermons de saint Bernard. 

Catalan et portugais , calcar ; italien et latin, cal- 
car e. 

Le Glossaire de Ducange cite calcar e d'où en anc. 
franc. Caucher, pro In struemordinare, aggerere, vulgo 
Ranger, tasser. 

Notre moichaussée, en anc. franc, cauchie. est delà 
même famille. 

Il en est de même de cauchemar qui, dans quelques 
provinces, a pour synonyme chance vieille, enlangued. 
chaoucho viclio. — V. De Sauvages, Honnorat, et plu- 
sieurs Diction, français. 

CHAUPLA, CHOPLA. F. V. a. Fouler aux pieds. 

Y sarant de chacun avisa de travers, 

Et foula sous lous pieds coume qui chople un ver. 

Chapelon. La Misera, p. 199. 

Quand ji ponsc a le paure fille, 
Dont chacun chople le guenille. 

Chans. de Philippon, 1853, p. 31. 

Que dziable as tu chopla par te rendre si trlstou .'* 

(Sur quoi diable as-tu marché pour te rendre si triste ?) 

Id.. id., p. 73. 



117 

Nous laissons pas cfiuupler. 

LiNossiER, Mvussiu- Profircs. p. 7. 

Langued. : chaovpi, chaiipir, fouler aux pieds. (De 
Sauvages et Honnorat.) 

Le Lexique de Raynouard traduit chaupir par 
Prendre. 

C'est un mot diftérent de ckappla avec lequel il a été 
quelquefois confondu. Honnorat et Raynouard le rap- 
prochent du latin capere; on pourrait, avec plus de 
vraisemblance, le rapporter a calpestare. 

V. CHAPPLA et CHAPUIS. 

GHAUSSIRT, cHÂRCHiRi. l. s. f. Tannerie, dans le patois de 
St-Symphorien-le- Château, suivant Cochard , Notice 
historique et statistique sitr ce canton. 

Il ajoute : « Cette dénomination lui vient de la chaux 
dont on fait usage pour l'apprêt des cuirs. On appelait 
ces sortes d'ateliers chaudières, k Clermont en Auver- 
gne, en 1473. » 

Honnorat cite en provençal chauchiera, cauquiera, 
tannerie : il les dérive de caucar. fouler, ou de calx, 
chaux. On disait aussi suivant lui caussinière. 

Chaussièrc, tannerie, se trouve aussi au Diction, 
des expressions vicieuses des Hautes-Alpes, 1810. 

Chauchie, presser, fouler — V. ce mot - me parait 
être le véritable radical de Chaussière, tannerie. 

Toutefois, suivant Roquefort et le Gloss. de Du- 
cange, ce mot aurait aussi désigné dans quelques pro- 
vinces un foui' a chaux, et en ce sens il viendrait très- 
probablement de calcaria et de calx. 



118 

CHAVJ, CABiR. L. V. a. Contenir, placer, établir; et v. ;/. 
Etre contenu. 

Ein commeinçant, inonos, noutra poura grauoly 
Arit Iota chavi deins ina motrua boly. 
Eh bein s'y conlsiuuye a coflo jusqu'au bout. 
In jour no vous la vere aussi groussa (ju'in bou. 

(En commençanl, amis, notre pauvre grenouille — Aurait tenu toute 

entière dans une méehanle tirelire ; — Eh bien ! si elle continue à 

s'enfler jusqu'au bout. ^ Un jour nous la verrons aussi grosse quun 

bœuf.) 

RogciLLE, Discours. 1858. p. 6. 

Dans une pièce lyonnaise intitulée Les très-humbles 
reinontrances de l'Eglise collégiale de Sainl-Just, citée 
par M. Péricaud dans ses Notes et documents pour ser- 
vir a l'hist. de Lyon sous Louis XIV, -2°^^ partie, p. 19, 
on lit : 

Les lièvres et les loups des bois 
Viennent s'y cabir et repaistre. 

— P. dauphinois. 

Laui^ent de Briançon dit d'un ivrogne : 

U s'ere de defour ouilla en la maneiri 
Qu'u ne poyet chavi en touta la charreri. 

(il s'était au dehors remi)li de telle manière — Que la rue tout entière 

ne sutlîsait pas à le contenir.) 

Lo Banquet de le faye, p. 11. 

Provençal: chabir; contenir, placer, établir en ma- 
riage. 

Mireio dit à ses parents qui veulent la marier, ch. iv : 

Que voulès lieu de vous tant juino me cliabi ? 

Roman : caber ; — catalan : cabrer ; — espagnol et 
portugais : caber ; — italien : capere ; — latin : capere. 

V. ACHABI. 



11!) 

(^HEVILLIÈRE, chevelikre. l. s. f. Kuban de til. 

Cité par M. Breghol du Lut. Mélanges. ï. 1, p. 269, 
et par Molard, 183. 

Item pour douze aulnes de chevelicres de fil baillées pour es- 
trennes aux servantes dudict sieur Jacob. 

Form. fort récréatif de tous contracts. 
Ed. Techcner, p. 123. 

Langued. et Provetic. Cabilhet, cabilié, cahilieiro. 
Chevillé re est cité au Diclionn. des expressions 
vicieuses des Hautes- Alpes, 1810. 

On Irouve aussi chevelière et chevillère au Gloss. de 
Roquefort avec le sens de Ruban de fil et de Cordon. 

CHEVRE, CHERE, CHAYRE. L. et F. V. )i. Choir, tomber. 

A lou veyrc marchie vou diria qu'ey vant cheyre. 

(A les voir marcher, on dirait qu'ils vont tomber). 
Ch.\pelon, La Careyma, p. 188. 

Ou biau mitant de le varchère, 
La Margolon se laisse c/ière. 

RoQciLLE. Les Ganduaises. p. 8. 

Le Dictionn. de l'Acad. dit que choir ne s'emploie 
plus guère qu'a l'infinitif et au participe chu. Il a con- 
servé dans nos patois beaucoup d'autres formes, dont 
plusieurs étaient jadis usitées en français. 

Ainsi on dit : chai, cha, tu tombes. • 

Tu chai dans un bourbier prion jusqu'à lez oureillc. 

Ânl. Chapelon, Caracterou de le fille, p. 234 

Te çha couma deins ina trappa. 

RoQLiLLE, Les Ganduaises. p. 14. 

Chatf il tombe. 

La grêla ne c/tat pas toujours au memou cndrct. 

Chapelon. a m. de St-Priest, p. 103. 



120 

El son fi'oinagc chet à terre. 

Farce de Pathelin. 

Chayons, nous tombons ; chaïont, chayont, ils tom- 
bent. 

Et qou que me plaira, si no chayons d'accord. 
(Et celui qui me plaira....) 

RoQuiLLE, Ballon d'essai, p. 35. 
Louz ovriers, magrë lou, sai chaïont pial à piat. 
(Les ouvriers, malgré eux, ici tombent un à un). 

Chapelon, La Misei^a, p. 198. 

Chayé, il tombait ; chayanl, ils tombaient. 

Et lo grou vin de vait z Ampoué, 
Que chayé comma deins in poué. 

(Et le gros vin du côté d'Ampuis, qui tombait comme dans un 
puits.) 

RoQUiLLE, Les Ganduaises, p. 16. 

Lou porou z innocent, son veyre iqiiai partu, 
Ly choyant tous dedin. 

(Les pauvres innocents qui ne voyaient pas ce trou, y tombaient tous 
dedans). 

Puènie sur le 9 thermidor. 

Chaïl, il tomba ; chairont, ils tombèrent. 

Quand Lucifer chaït do cie. 

Chans. de Boyron, p. 26. 

Lous uns chair ont din lou désert. 

Idem. 

Cherrez, je tomberai ; chairant, ils tomberont. 

Jamais je ne cherrez aux fialards de le fcno. 
(Jamais je ne tomberai dans les filets des femmes.) 

Ant. Chapelo\, Caracterou de le fille, p. 238. 
Ensi comme les besognes chairant. 

Proces-verhal de Véleclion des consuls de • 
Lyon de 1352. 



121 

Apoïes toy à celte croix, car en la tenant tu ne cherras point. 

Sermon de Gersojj, sur la Passion. 

Chayesa, l'^pers., sing., impaif. du subj. 

De qu'un cota que ji chayesa. 

(De quelque côté que je tombe). 

Chans. de Philippon, 1853, p. 61. 

Ces formes trouvent des analogues dans la plupart 
des patois des provinces voisines. Plusieurs existent 
encore en français dans le composé échoir. 

CHIRAT. L. et f. s. m. Amas de grosses pierres qu'on 
trouve souvent dans les montagnes de la France cen- 
trale, et notamment dans la chaîne de Pilât. 

Cité par Molard, 1803 : « Chiral de pierres ; dites : 
amas. » 

La commune de Chirassimonl, arrondissement de 
Roanne, paraît avoir tiré son nom de ce mot. Le sol y 
présente ces amas de pierres et de cailloux qu'on ap- 
pelle c/iî'mf dans nos pays, et la ti^adition porte que le 
village aurait d'abord été construit sur le cret l'Eguil- 
loy, qui s'est ensuite écroulé. 

Roquefort cite chiral et chiron, monceau de pierres 
qu'on a rassemblées en défrichant une terre. 

C'est aussi le sens que le Gloss. de Ducange donne a 
Chiral, chierral et chiron, et il attiibue ces mots spé- 
cialement au langage de nos provinces, V° chiral : 
« In pago Lugdunensiet locis vicinis, chiral est acer- 
vus Itipidum in agris prsesertim recens cultis collecto- 
rum. — Chierral : Acervus lapidum in agro Lugdu- 
nensi. Chart., ann. 1454. Juxta vineam dicti confi- 
tentis, quodam chierral intermedio. — Chiron, eadem 



122 

notioiie in Litt. remiss., 1459. — Jehan Loys estant en 
ung chiron de pierres, desquelles il prenait et mettait 
en son saing. » 

Dans l'industrie des extracteurs et des tailleurs de 
pierres, mettre des pierres en chirat^ se dit communé- 
ment pour Disposer des pierres en amas, en mon- 
ceau. 

Je lis aussi dans le Foyage en Sicile de Brydone : 
« Cheire^ en sicilien schiarra^ désigne la surface d'une 
coulée de lave qui s'est refroidie sur des pentes peu in- 
clinées, de manière a se couvrir de blocs plus ou moins 
gros. » 

CIROU. F. s. m. Cierge. 

Je vio par mon martirou 
Entra chiez met iquai que vend lou cirou. 

(Je vis pour mon martyre — Entrer chez moi celui qui vend les 

cierges.) 

Ant. Chapelon, Fin de Bobrun, p. 241. 

Si madama pouji; dins quauquc raey faire betta un cirou vez Sant 
Lionar. 

(Si madame pouvait dans quelques mois faire mettre un cierge à Saint 
Léonard.) 

Chapelon, a m. de St-Priest. p. 112. 

(L'éditeur des œuvres de Chapelon, 1779, explique 
sur ce passage qu'il y avait dans l'éghse principale de 
Saint-Elienne une image de saint Léonard, devant la- 
quelle les femmes en travail d'enfants faisaient mettre 
un cierge, afin d'obtenir d'être promptement délivrées.) 

— P. bressan. 

Fay aluma lo cira... 
Mon cii'o ei amorta. 



123 

(Fais allumer le cierge... — Mon cierge est éteint.) 

Noël de Vaux. — Noëls 6ressa?is, éd. Le Duc, 
p. 118 et 120. 

Provenç.: c^Ve, cirel, ciri. 

A l'entour de l'enfant 
Un après l'autre s'avançavon, 
E'ra'un cire que se passabon, 
Un après l'autre la signavon, 

(Autour de l'enfant, — L'un après l'autre ils s'avançaient, — Et avec 
un cierge qu'ils se passaient, — L'un après l'autre ils lui faisaient 
le signe de la croix.) 

Mireio, ch. xii. 

Roman : ciri, ciry. 

La benedictio del cb'y pascal. 

Ane. franc., c/re (Gloss. de Ducange). Là sunt alumë 
li grant cii-e (Chron. des Ducs de JSormandie) ; et chi- 
ron; Torche, flambeau de cii^e (Roquefort). — « Mes- 
sieurs des trois Toutes allèrent a l'offrande avec des 
grands chirons de quatre livres et demie. » 

Catalan: ciri; — espagnol et portugais: cirio ; — 
— italien : cero; — latin : rereus. 

CLÉDAR, cLLNDOR. L. s. m. Claire-voie, claie. 

Cité par Molard^ 1803: « Clèdar, ouverture d'un 
jardin ; dites, claire-voie. » 

Il est encore usité dans nos campagnes. 

Langued. et ancien provenç,: cledat, balustre; cledo, 
porte à barreaux, claire-voie d'une porte de vigne, claie 
d'un parc à brebis; cleda, fermer ou entourer de claies. 

Limousin : cledo^ cledou (Dict. de Beronie). 

Roman : cleda; claie, palissade. 



124 

Ane. franc, et basse latin.: « Cleda, craie?,; Gall. 
claie; item, clathrus, Gall. grille; Massiliensibus clede. 
Capitul. S. Victoris Massil. 1313. Loco portarum cledœ 
fiant. — Alias clede et clide. Litt. remiss. 1466 : Le 
suppliant portoit une clede ou claie qu'il avoit faite. — 
Alise ann. 1470. La claye ou clide du champ de Myl. » 
Gloss. de Ducange. 

Le grec /.Xvi(5'os, du radical yiksicc, Fermer, signifie 
Clôture, haie, et paraît donner Tëtymologie la plus cer- 
tahie de noire mot. 

CLIN, cLEu. F. 5. m. Botte, faisceau. 

« 67m de paille; dites botte », Molard, 1803. 

Faut que de semblable canalli 
Crcveise sur un rleti de palli. 

Jac. Chapelon, Contrition cV un fénéanl^ p. 269. 

^'cii, neu, plutôt meii dessus un cleu de palli. 

Chans. de Phiuppon, 1853, p. 67. 

Langued et limousin : clé ; — provenç.: clui, clucch, 
(De Sauvages, Beronie et Honnorat.) 

CLUSSL F. s. /. Poule couveuse, mère-poule. 

lis ant appella chissi 
Ma pora sieu Fleuriat ; 
Il y faut injustici, 
Car y n'a jamais couat. 

(tlles ont appelé couveuse — Ma pauvre sœur Fleurie ; — Elles lui 
font injustice, — Car elle n'a jamais couvé.) 

Chapelon, Chanson^ p. 171. 

— P. dauphinois : clussi, poule couveuse. — Cham- 
pollion-Figeac, p. 171. 

Langued.: cloucho^ cloum. 



125 

Provenç.: clussa. 

S'intindin din l'orro tubeio 
Vouslastreja la graio et la clusso clussi. 

fOn entendait dans l'horrible brume, — Voleter la 'corneille et la 

poule glousser.) 

Mireio, eh. vi. 

Roman : cloquiar^ glousser. 

Catalan et espagnol : cloqueiar. 

Ane. franc.: clouque; poule qui glousse; classer, 
glousser comme la poule; imiter son cri, du latin glo- 
cire. 

COMPANAJOU. coMPANAGEOu, coMPANAJo. F. ct L. S. m. Pi- 
tance ; tout ce qu'on mange avec le pain. 

Gy n'en farin mon companajou, 
Me bonne vespre, mou bon jour. 

(J'en ferais mon régal, — Mes bonnes soirées, mes beaux jours.; 

Ballet forésien. 

Peu faut de pen, de vin, de companageou. 

(Puis il faut du pain, du vin et quelque chose avec.) 

Chapelon, Requête^ p. 220. 

Lo vin ne manque pos, le fenes de menajo 
Volent plus barreyi fauta de companajo. 

RoQuiLLE, Les Ganduaises, p. 29. 

Langued. : companajhe. Une ancienne traduction 
languedocienne de l'Evangile, citée par De Sauvages, 
rend le Numquid pulmentarium habetis, de saint Jean, 
XXI, 5, par Jvès companajhès'^ C'est le Pulraentum 
ou rObsonium des Latins. 

Provenç. : coumpanagi. 

Roman : companatge. 

On le trouve aussi en catalan. 



La basse latinité avait companagium, companalicum, 
que le Gloss. de Ducange traduit par : Quidquid cibi 
praeter panem et potum sumitur, id est, Gibus qui cum 
pane in escam datur. Le même Gloss. cite un auteur 
italien qui attribue aussi cette expression aux Lom- 
bards : Companaùco dicono, cioe, Ogni cosa da man- 
giare, toltone il pane. 

Tous les auteurs qui se sont occupés de notre mot 
sous ses diverses formes y voient un composé des deux 
mots latins cum pane. Ce pourrait être encore plus 
simplement un dérivé du roman compan/iar, Accom- 
pagner ; Ce qui accompagne le pain et la boisson. 

CONSURE. F. s. f. Voiture qui, dans les montagnes du 
Forez et de l'Auvergne, sert a transporter les pièces 
de bois. 

CoNsuRÉE. F. s. f. La quantité de bois que transporte or- 
dinairement une consure. 

COPPON, COUPON. L. s. m. Vase en forme de large coupe, 
dont on se servait, a Lyon, principalement, pour faire 
la salade ; saladier. 

Et s'on t'avet bailla d'un coppon 

Dessus la testa, si perfon 

Qu'on fusse quasy endormy, 

Qu'en dire tu, mon bel amy ? 

La Chevauchée de l'âtie, 1566. 

Le récit en prose explique ainsi ce passage : « Et 
après ladicte compagnie estoient conduits deux cliar- 
riots où il y avoit deux femmes qui battoyent leurs ma- 
rys, l'une avec grands coups d'un couppon de boys 
sur la tête, luy arrachant la barbe, et l'autre ruant 
force cailloux a son dict marv- » 



1 27 

V. le Glossaire de la réimpression des Chevauchées 
de 1828, et Molard, 1803. Y' coupon. 

Coppon, copon, coupon, était aussi le nom d'une 
mesure lyonnaise pour les grains. 

Mais la valeur exacte de cette mesure est aujourd'hui 
assez incertaine. Suivant Cochard, dans les iVoî^t;. mél. 
de M. Breghot du Lut, deux coupons faisaient une 
coupe, et quatre coupons un bichel. Suivant le Glos- 
saire des Chevauchées, le coupon contenait le seizième 
d'un bichet. 

LeGloss.de Ducange, v^ copponus, cupa, copus, 
parle du coupon ou copon comme employé a Beaujeu, a 
Mâcon, a Bourg-en-Bresse, et pour chacune de ces 
villes, il donne a cette mesure une valeur différente. 

CoL'ppoNiER, copoNiER. L. S. M. Sortc dc portcfaix juré, fai- 
sant partie d'une corporation instituée jadis a Lyon, 
dont Cochard, Nouv. mél. de M. Breghot du Lut, t. II, 
page 259, expUque ainsi l'étabhssement et les fonc- 
tions : 

« Le Chapitre de Saint-Jean avait anciennement un 
roi du cloistre, ayant sous ses ordres douze hommes 
appelés du copon ou les coponiers. C'étaient des porte- 
faix qui jouissaient du privilège exclusif de porter le blé, 
le vin, le foin, la paille, etc., depuis le port de la Saône 
jusqu'aux greniers des chanoines. Us étaient assujétis 
à un tarif. Ils faisaient le guet la veille de Saint-Jean et 
dans les temps de pardon..,. Cette corporation cessa 
d'exister a l'époque où le Chapitre mit a ferme ses 
dîmes. » 

Je crains les archers et sergents, 
Car l'on m'a dit certainement 



128 

Qu'ils sont presque tous coupponie- . 

Lyon en vera burlesques, p. 27. 

CORA. L. S. m. Un gros chêne, dans le patois de Saint- 
Symphorien-le-Château, suivant Cochard. Notice sur 
ce canton, p. 14. 

Roman., coral, chêne. 

Le Gloss. de Ducange cite en basse latin. : Quorra, 
cor et corallus, et en anc. franc. : Coure. Il les fait dé- 
river de quercHs. Toutefois quorra paraît désigner une 
espèce particuUère de chêne. Une charte de 1276, citée 
par Ducange, porte : Pro ardendo et affoando in omni 
génère nemoris quercu, quorra et fago exceptis. 

CORGNIOLA, coRNioLE. l. s. /. Gosier, gorge. 

E de so cinq z arpions ly brcyant la corgniola. 

(Et de ses cinq griffes lui broyant la gorge). 

RoQuiLLE, Les GanduaiseSj p. 8. 

I n'en peut plus deurmi ni le jour ni la nuit ; 
Sa corgnole n'en sèche et le fège li cuit. 

Les Canettes, p. 9. 

Nous avons recueilli le dialogue suivant dans un des 
chefs-d'œuvre du Théâtre-Guignol ' 

« Le père Pierre- Jean. — Comment ! Guignol, tu dis que 
M. le marquis de Saint-Rémy est ruiné I son père lui a laissé 
quatre cent mille francs ! 

« Guignol. — Oui ; mais son père lui a laissé aussi une cor- 
niole, et il a tout avalé, n 

Corniole est aussi cité par Molard, 1803. 
— P. dauphinois. 

Par iquen eli aviel un banquet aseima 
Si gro, si merveillou, j'ozo hen aferma 



129 

Que solameu lou gniot, lou crozet, le laviole 
N'eussion pas poi ciiavi en millianta corniole. 

(Pour cela il y avait un banquet préparé — si gros, si merveil- 
leux que j'ose l'affinncr, — seulement les gniots, les crozets, les 
ravioles (mets dau|)hinois préparés avec de la pâte) n'auraient pas 

pu tenir en dix miilc gosiers.) 

Lo Banquet de le faye, p. 5. 

P. Liaiousiii : Couraiolo. (Dictioiin. de Berenie). 
P. Gascon : Courniolo. 

El me sab tant de bon dil gourjie quan s'engolo, 
Quio desirerio ove cent brasso de courniolo. 

(J'éprouve tant de plaisir quand il — le vin — s'engouffre dans 
ma gorge, — Que je voudrais avoir cent brasses de gosier). 

RoussET DE Sarlat, IHspute de Bacchus. 

EcoRGNOLO. L. V. Cl. Etrangler, prendre à la gorge. 

De partot lo sang jicle et la pelïuchi vole ; 
Le peplo combattant s'eveintre et s'ecorgnole. 

(De partout le sang jaillit et le poil vole : — le peuple combat- 
tant s'éventre et s'étrangle.) 

RoQuiLLEj La Ménagerie^ p. 21. 

COSSIO, COSSE. F. et l. s, m. Consul. — On donnait ce nom 
dans le Midi de la France aux officiers municipaux, 
même dans de petits villages. 

« Pour raison de quoy et les curez et les cosses et aultres prin- 
cipaux babitans de villages. » 
Formulaire fort réo catif de tous contracts, édit. Techener, p. 10. 

« Item désirant ledict testateur rcconnoistre l'bonnéteté des con- 
suls de la paroisse de Millery en laquelle il se rccueult quelquefois 

et à communes années de bien bon vin. » 

Id., id., p. 183. 

Chapelon dit des Eclievins de St-Etienne : 

L'ordre que s'ey donnât dins tous lou penounajou 
Fat veyie qu'o n'ey pas de cossio de vialageou. 

9 



■130 

(L'ordre qui a élc donné dans tous les quartiers, — Fait voir que 
ce ne sont pas des consuls de village.) 

Entrée sulenn., p. 121. 

— P. dauphinois. 

A ceu petit crapaud, a ccleu marjolct 

Que vou fare lo cossio. 

Lo Banquet de le faye. p. 18. 

— P. du Yelay : couosse. 

A la li sci counten d'eslrc couosse del Pcuy. 

(A la fin je suis content d'être consul du Puy.) 

M. Lambeut, Comi'd. d'Ant. Clet, du Puy. 

Langued. et anc. provenç. : ronsou^ ronsc, cossol, 
cossouL 

Roman : consol, cossol. 
COTIVET. L. s. m. Nuque, chignon. 

A force d'argarder les œuvres du préfet. 
Je me suis démanché, je crois, le cotivet. 

Un canut du Gourguillon. 1858, p. 11. 

J'ai souvent entendu dire a Guignol : « Il fait aujour- 
d'hui un air chanin qui lïie bisaye le cotivet ; » c'est-à- 
dire, Il fait un vent aigre qui me souffle dans la nuque. 

II est cité par Molard. 

Provenç. : coutouit, coutet, coutouiet ; le chignon 
du cou, le creux qui se trouve immédiatement au-des- 
sus de la nuque. 

L'origine de ce ir.ot que la Provence peut avoir donné 
à nos patois paraît ôti^e dans le grec zort's, occiput. 

Il a aussi de l'analogie avec l'italien cutigagna, et 
l'espagnol cogote^ qui ont le même sens. 

Aslolfo intanto per la cuticayna 
Va dalla nuca fin sopra le ciglia, 



I3i 

Cercando in frelta se'l crinc fatale 

Conoscer puô ch'Onll lienc immoilalc. 

AuiosTo, Orl. fur,, XV, 85. 

COUA. F. V. a. Couver. 

Il ant appclla clussi 
Ma pora sieu Fleuria ; 
Il y fant injustici 
Car y n'a jamais couat. 

(Elles ont appelé couveuse, — Ma pauvre sœur Fleurie : — Elles lui 

font injustice, — Car elle n'a jamais couvé.) 

Chapelon, Chans., p. 171. 

— P. bourguignon : couée, grand nombre d'enfants. — 
Mignard, p. 40. 

On dit aussi dans l'Orléanais pour Avoir beaucoup 
d'enfants, Avoir une couée d'enfants. 

Langued. et limousin : coua, couver (De Sauvages 
et Beronie) ; provençal, couar, même sens. Honnorat 
dit qu'on l'emploie aussi pour signifier qu'une femme 
est enceinte. 

Roman : coar, couver. — Catalan : covar. — Italien : 
covare. Il vient certainement du latin cubaine. 

COUEVOU, couEvvou, couevo, couaive. f. et l. s. m. Balai. 

Ein jour de lour frary, je n'en vio un au Treyvou 

Que bourrave un mousquet avouay l'alla d'un coueyvou. 

(Un jour de leur réunion, j'en vis un au Trêves, — Qui bourrait un 

mousquet avec l'aile d'un balai.) 

Chapelon, Entrée sol., p. 119. 

Ein viœu couevou de bié. 

(Un vieux balai de jonc.) 

Remou et Bcwouetii, p. 8. 

In couevo se vcind bien. 

(Un balai se vend assez cher.) 

RoQCiLLE, Lci> Gmiduaises, p, 34. 



132 

In vieux couaive sans poil dedans un coin caché. 

Savel, Mariage de Jean, p. 5. 

CouEVETA. L. S. /. Petit balai, balayette. 

Si t'ayos rencontre cou marchand de couevetes 
Que le vendzé sié sous, quinze sous le vargelcs. 

RoguiLLE, Les Ganduaises, p. 35. 

CoLEvi, coLAivi, coïvi. L. et F. V. Cl. Balayer, nettoyer. 

La meyson n'est jamais ni propra, ni couevia. 

Ant. Chapelon, Caracterou, de le fille, p. :237. 

Menos, vo saides tous que cou cavord illustio 
Onte los deputos siéjont dzurant in lustro, 
Est couevi seins délai quand vient l'expiration 
De cou tarmo tixo par tota la nation. 

(Amis, vous savez tous que celte illustre assemblée, — Où les dépu- 
tés siègent pendant un lustre, — Est balayée sans délai quand 
vient l'expiration — De ce terme fixé par la nation entière.) 

RoQciLLE, Lo Deputo manqua, p. 6. 

Din appetze de goinfre a couaive tout le reste. 

(D'un appétit de goinfre il balaye tout le reste.) 

Savel. MatHage de Jean^ p. 14. 

Faut coii-i noutres ruets. 

(11 faut balayer nos rues.) 

Hymna à la Concorda, p. 40. 

CoLEVETA, coEVETA. L. et F. t'. «. Même sens. 

Si ton SToin hevre coevetai, 
Et quauque po myo arrêtât. 

(Si ton groin était nettoyé — Et quelque peu mieux arrange) . 

Ballet forésien. 

Coueveta lour zaux. 

(Nettoyer leurs chausses.) 

Chapelo, Testam., p. 180. 



133 

Chapelon écrit aussi quoeyveta : 

Quoeyveta ton chapay. 

(Brosse ton chapeau.) 

Noël, I, p. 78. 

— P. dauphinois. 

Pcr chara Icz eycuelles et coivie la nieyson. 

(Pour nettoyer les écuelles et balayer la maison.) 

Pastor. de Janiii, acte II, se. i. 

Qui decey, qui deley selon l'ordre coivave. 

Blanc la Goutte, Naissance du dauphin. 

Payé ledit jour à Estienne Devaux, pour un coyve pour coijver 
la plate forme - 

Compos. du Mystère des trois Doms, à Romans. 

Languedoc. : esroubo, balai ; escouba, balayer. — 
Provenç. : escouba, escoubar. — Roman : escoba, es- 
cobar. — Espagnol: escoba, escobar. — Italien: scopa, 
scopare. — Latin : scopœ, scopare. 

Ane. franc. : choiœer, balayer; — écoiive, escouve, 
balai. 

V ècouvillon des boulangers et des canonniers est 
une sorte de balai qui a emprunté son nom h notice an- 
cien langage. 

V. au Gloss. de Ducange, cscobare, verrere, scopis 
purgare. 

V. plus loin ECUEVILLES. 

COUEYTI, coEYTi, couEYTCHi. F. S. /. Hâtc, empressement. 

Je vonz assurou que vou at ctat fat a la cnueyti, et vo\i«5 savey 
que la bosougny d'iqiicla façon ne fat gairou d'hounou à son maître. 

(Je vons assure que cola a ctc fait à la hâte, et vous savez...) 

Chapllox, a m. de Si Priest^ p. 113. 



134 

Bicnlo se veït on coueyti de s'onture. 

(Bicnlôt il se vit en presse de prendre la fuite.) 

Poème sur le 9 thermidor. 

Quand cina pœura fena cyt on coueytchi par son dina. 

(Quand une pauvre femme est pressée pour son dîner.) 

LiN'OssiER, Moussue Progrès., p. 4. 

— P. dauphinois. 

Vo devez farc donq ceu mariagco à la coila. 

Pastor. de Janin, act. IV, se. iv. 

— P. bressan. 

An grau coitia live ena pou. 

(En grande hàle il lève une planche.) 

A'oè7s bressans, édit. Le Duc, p. 149. 

— P. bourguignon. 

De patir le van aivein couitte. 

(De partir les venls avaient hâle.) 

Vhgille virai, ch. i. 

Langued. et provenç.: couiia, coila. 

Roman : coila^ cuila. 

Ane. français : couelo, rouile. 

COUETIE (se). COLEYTIE (se), COLETZIE (se), QUOYTIE (Se). F. 

V. pron. Se hâter. 

Voutron pare vous brame ; 
Couetiez-yous, bonnes âme. 

(Votre père vous appelle, — Hâtez-vous, bonnes âmes.] 

CuAPELO.N, Mi de Mai, p. 151. 

Si falli se leva trenla vez de la not 

Par un col de martai que se coueytari trot. 

(S'il fallait se lever trente fois dans la nuit — Pour lui coup de mar- 
teau qui se presserait trop.) 

Cii.vPELON, Avis, p. 210. 

Couetzoe-vous, couetzie-vous. lou tsonip passe trop vilou. 

Chans. de Philippon, 1853, p. 77. 



135 

Il est écrit quoijlîc clans le Ballet jorésien. 

Quoylij (e, testa de douret. 

— P. dauphinois. 

Ne vo coita pas tant, monsieii, gnat rcn que presse. 

Pastu7\ de Janiii, acle I, se. ii. 

— P. bressan. 

Faray vo lorzo la cagne ? 

Ne vo livarai vo pas? 

Coitia-yo, zaïi de la Cliagne, 

Et de la Truchire avoa. 

Noëls bressans, éd. Le Duc, p. 30. 

Ce de Tebau e Zan Curace 

Ne furon po le pie coayteu. 

Id., p. 69. 

Languecl. et ancien provenç.: acoitar ; — gascon: 
acouitar (De Sauvages et Honnorat.) 

Ane. français : se coUer,se coijter. (Roquefort etGloss. 
de Ducange.) 

Barbazan dérive coller de per enter e, et Roquefort de 
coexcitare. Il y a peu de vraisemblance a l'une et à l'au- 
tre de ces deux étymologies. La Monnoye, dans le Gloss. 
de ses Noëls bourguignons^ au mot coiiite, le fait venir 
de cuire, ce qui ne vaut pas mieux. 

COUFFIN, cuFFiN. F. s. in. Coin du feu, réduit, recoin. 

Qua tu nou vau qua virie Tatou, 
Et en un carou de ouf fin 
Garda de ruina lou tupin. 

(Car tu n'es bon qu'à tourner la broche, — Et en un coin du foyer. 

— Garder que le pot ne brûle.) 

Ballet forésien. 

Trey bargères 

Dins mon couffin 

Me sont venue tionla par bèie de mon \ui. 



(Trois bergères — Dans mon réduit — Sont venues me tenter pour 

boire do mon vin.) 

Chapei.on, Chans., p. 175. 

Langued.: cou fin', coin, recoin. 

Limousin : coufin ; le coin de la cheminée, îe coin du 
feu. (Dict. de Beronie.) 

M. Mary Lafon, Tableau de la langue du midi de la 
France, p. 66, fait dériver ce mot du grec y.v^cev, au- 
quel il donne le sens de Angle, intérieur de la cheminée, 
et qui signifie aussi Cintre, voûte, tout objet recourbé. 

COURTÏL, jardin. — V. Curtil. 

CRALÎE. F. V. n. Tousser, faille des efforts pour tousser et 
cracher. 

Gnillot Raffin 
Asset o carou do ciilTin 
Cralyc a s'cscarmamela. 

(Guillot Raiïin, — Assis au coin du feu, — Tousse à s'arracher le, 

entrailles.) 

Ballet forésien. 

Touta la not je ne louai que cvalier. 

Ant. Chm'Ei.on, Bobrun, p. 235. 

Je trouve au Gloss. de Ducange : C":"eticare, crocitare; 
grailler a la manière des corneilles ; et dans Roquefort : 
grailler ; croasser, crier. 

Gralha désigne, en effet, en roman et dans les dia- 
lectes actuels du Midi, une espèce de petite corneille 
que le Dict. de l'Acad. appelle groUe. 

CRECI, CRESsi, cRLissY. L. V. H, Cricr, bruire , craquer. 

Lo j^rous Barlholomy que la molanle pique, 
Jure, peslc, marronne cl fat creci se deiiils. 

RoQuiLLE, AvO Pereyou, p. 15. 



137 

Mais j'cintcindo qiioqii'un qiio fant a^eci la porta. 

RoQiiLLE, Les Ganduaises, p. 4, 

L'entend partot cressy sos chotieaux mo lainpos. 

(Elle (la Discorde) entend partout craquer ses cliâteaux mal clampés.) 

Hymna à la Concorda, p. 27. 

C7'ui.sfty, dans la Bcrnarda Baijandh'i. 

— P. Dauphinois. 

Tout plen de maiivoillenci, an cruçan do le dcn. 

Lo Banquet de le faye, p. u. 

— Provenç. : Cruch\ crussir. 

Tronpeu que meno sou gaidaire 
Crucis. a tems o tard, dins la gorgo don loup. 

iTroupeau qui mène son gardien, tôt ou tard, craque dans la gueule 
du loup). Mireio, ch. VII. 

— Langued. : Croussi. 

Je trouve aussi au Dictionn, des express, vicieuses 
des Hautes-Alpes : « Croussir ou creziner ne sont 
point français et sont employés quelquefois pour Cro- 
quer et craquer. » 

Roman : Criieb\ cruissir, croissir. 
Ane. franc. : Croissir, crucir. 

L'a si féru par mi li dos 

Ke tôt li fet croissir les os. Roman de Rou. 

Espagnol et catalan : Cruxir. 

Basse latin. : « Cruscire, crepitare ; gall. : Craquer... 
Nostris alias, croissir et croistre... Unde croiz, crepi- 
tus... Escrois, fragor, horrendus sonitus, vulgo, Fra- 
cas... Escroissement , pro Grincement, stridor, » — 
Gloss, Ducange. 

On peut aussi le rapprocher du latin crocire, croas- 
ser ; de l'anc. franc, rroiisser, chant de la poule, et 
groiisscr, gronder, qui ont peut-être le même radical. 



138 
CRENCY, cRONci. F. s. /. Croyance, foi. 

Quand j'aguio fat les acte Je ma a'cncy. 

(Quand j'eus fait les actes de ma foi.) 

Ant. CuAPELON, Bobnin, p. 245. 

Or couma bon chrelicn cl homou de consciency, 
Au l'a fat sur son corps lou signou de sa crency. 

( Il a fait sur son corps le signe de sa croyance, le signe de 

la croix), 

CuAPELON, TcsUtm.^ p. 177. 

Peu que \'ou nous faut tous siorc la mesma crency. 

(Puisqu'il nous faut suivre tous la morne croyance.) 

Id. Thèse, p. 227). 

Vouere tout ension parmcy cl défendu 
De faire solamont lou signou de sa cronci. 

(Il était tout à la fois permis et défendu de faire seulement ) 

Poëinc sur le 9 lliermidur. 

Creansa, credensa, crezensa, ont en roman ce sens 
de Croyance. (Ravnouard), 

Créance l'avait aussi en ancien (rançais. 

Se vculx bonne vie ensuivre, 
Apprens au premier la créance 
Avecques toy, et espérance, 

Moralité des enfants de mainlenanl. 
Ane. Théàlre-Franc., t. III, p. 74, 

Le Dictionn. de l'Acad., 1835, le mentionne comme 
vieux : « Créance se dit quelquefois pour ci^oyance re- 
ligieuse : la pureté de sa créance. Ce sens vieillit. » 

Au reste, Créance a encore, mais dans une accep- 
tion plus générale, le sens de croyance, quand on dit : 
(-ela ne mérite aucune créance ; ne donnez aucune 
créance a ce qu il dit. 



139 
Crency, cronci. F. s. f. Crédit. 

D'un liard ou doux, y vous fariant pas crency. 

Anl. Cdapelon, Bobrun. p. 242. 

Tout ce que li c dcu per avez trop fat crency. 

Chapelon, Testani., p. 182. 

Iquclou que vendiant livriant pas rou à cronci. 

(Ceux qui vendaient ne livraient rien à crédit). 

Poëuie SU7' le 9 thermidor. 

Credeitsa, crezensa, en roman (Raynouard) ; crean- 
lia, crehanlia^ en basse latin. (Gloss. de Ducange), si- 
gnifiaient aussi Crédit. 

Créance avait également en anc. franc, ce sens spé- 
cial qu'il a perdu, tandis qu'il a gardé le sens plus gé- 
néral de Dette active, action en paiement. 

On trouve fréquemment en anc. franc, croire et ac- 
croire, pour donner a crédit. 

Or, Sire, les voulez-vous croire, 
Jusques à jà quand vous viendrez ? 
Non pas croire, mais les prendrez 
A mon huys, en or ou monnoye. 



Je yrai j mais il faïct mal d'accroire, 

Le scavez-vous bien, à l'eslraîne. 

Farce de Vatlielin. 

Dans le langage du commerce, on appelle ducroire, 
ital. : del credere, le droit supplémentaire de commis- 
sion que prend le commissionnaii^e qui répond de son 
commettant acheteur. 

CREPI, cREiPi. r. 8. f. Crèche. 

Mal que m'a metla ma meison 
A n'y leissio que lou travon, 



(hic n'oy vomi que par ma fauta. 
Et que me tint la creipi haula ! 

(Mal (la paresse) qui m'a mis ma maison — A n'y laisser que le plan- 
cher. — Qui n'est venu que par ma faute — Et qui me tient la 
crèche haute, — Qui me fait pâlir de la faim.) 

.Tac. CiiMT.LO.N, CnnlrUion d'un fénéant, p. 272. 

Au fat pida din lou fon d'una crépi. 

(Il fait pitié dans le fond d'une crèche). 

Chapelon, Noëls, p. 91. 

- P. Dauphinois. 

... Fat comme lo chin. qui jamai fen ne toche, 
Et garde que lo bo de sa creipi n'aprocho, 

(Il fait comme le chien, qui ne touche jamais le foin, — et empêche 
le bœuf de s'approcher de sa crèche). 

Lo Batifel de la gisen, p. 43. 

Laiigued. : gripio, cjrcpio, grapi 
Provenç. : grupi, grepia. 

Se vou boutar au raui^ des gros chivaus, et pou pas venir a la 
(jruppi. 

(Il veut se mettre au rang des gros chevaux, et il ne peut pas atteindre 
à la crèche). 

La Buf/ado prouensalo. 

Roman : crepcha, crcpia, crnpa. 
Italien : greppia. 

On ti^ouve en anc. franc, frepc, grepe rapportés 

par Roquefort, el crehe rapporté par le Gloss. de Du- 

cange, V Craccia, avec la citation suivante extraite 
d'une vie manuscrite de J.-C. : 

Aies, dist-il, cm Bclleant, 
Illueques trouvères l'enlant 
Jouslo lo mur on \ine crebe. 



1 41 
CRET. F. s. m. Berceau. 

Le nurice saraii sen er^et. 

(Les nourrices seront sans berceau.) 

Ballet forésien. 

Sus un troussun de lein, au bay mey de l'ourdura, 
Onte aul'ey sen cret. 

(Sur un las de foin, au milieu de l'ordure, — Où il est sans berceau.) 

Chapelon, Noël IX, p. 99. 

Y sant parla latin dret qu ey sorlont do C7'et. 

(Ils savent parler latin dès qu'ils sortent du berceau.) 

Id., Thèse, p. 228. 

— P. bressan. 

Hela ! le n'e pa se rece 
D'avay on cruet per l'efan. 

(Hélas! elle n'est pas si riche — Qu'elle puisse avoir un berceau pour 

l'enfant.) 

Noëls bressans, édit. Le Duc, p. 29. 

— P. dauphinois : 

Creil ; berceau d'un enfant en très-bas âge. — Cham- 
pollion-Figeac, p. 171. 

Roman: Croille; berceau (Raynouard). 

On trouve en anc. français creil, claie, craticula (Ro- 
quefort), et je pense que c'est la le sens général et pri- 
mitif de notre mot. Dans nos campagnes, une petite 
claie d'osier disposée de la façon la plus simple fait tout 
le berceau des enfants nouveau-nés. 

GREU. F. s. m. Noyau. 

Un plein sachon de creu. 

(Un plein sac de noyaux.) 

Chapelon, Testament, p. 118. 



442 

Un râpai d'ourtoulan fat d'un ci'eu dccircisi. 

(Un rappel, un appeau, d'ortolan fait d'un noyau de cerise.) 

Id., id., p. 179. 

• P. bourguignon : creuse; coquille. — Mignard, p. 42. 

Langued.: crouvel, coque de noix; — provenç.: cru- 
veu, cniveou, croaveou, même sens. 

Large comme un cruveu de noses. 

(Large comme une coque de noix.) 

Mireio, ch. vu. 

Creu est aussi a Si-Etienne le nom d'un jeu d'enfants. 

Vou vaut bien mio chanta de Nouais que de jouie au guillon, au 



creu, etc. 



Chapelon, Avis aux effunls, p. 75. 



CREZ, CRÉ. L. et F. S. m. Montagne, sommité. 

Adio la viala, adio tous lous faubour, 
Adiolous crès que sai sont à l'entour; 



Lou cre: de Roch, Sainti Barba, Gueleta. 

Ant. Chapelon, Bobrun, p. 253. 

Dou crô de vait Pilô lo destin t'examine. 

(Du sommet de Pilât le destin t'examine.) 

RoQuiLLE, Lo Pereyoux, p. 11. 

Le sommet de Pilât est nommé dans la carte du dé- 
pôt de la gueiTC le crest de la perdrix. Plusieurs som- 
mets, dans les provinces voisines, portent aussi ce nom 
le crez avec ou sans une auti^e dénomination plus spé- 
ciale. 

L'origine de crez est sans doute la même que celle 
du roman cresta et du français crêle, qui ont eu des 
formes diverses et ont donné plusieurs dérivés en langue 
d'oc et en lansrue d'oil. 



143 
CROUSSA. F. V. a. Remuer, agiter, bercer. 

Una nurissi avoi son imrisson, 

En lou croussant que chante una chanson. 

Ant. Chapelon, Bobrun, p. 245. 

Je vois le même sens dans le vers suivant de Savel, 
où il est question d'un enfant nouveau-né. 

• Riche et noble trésor, sitôt qu'a criora, 

Tzeri la magnivellc Acreiissin, creussan, ba. 

Savel, Mar. de Jean, p. 34. 

Roman et provenç.: crossar ; secouer, remuer. 

Croussa a une grande analogie avec l'anc. français 
croler, crosler, crousler ; Ebranler, remuer, qui a peut- 
être la même origine. 

GRUZIO, CRizio, cRizioEU, F. s. m. Espèce de lampe qu'on 
suspend par un ci^ochet, encore en usage dans nos 
campagnes. 

Comm'un cruzio partuzat. 

(Comme une lampe percée.) 

Ballet forésien. 

fallit en plein jour alluma lou crizio. 

Chapelon, Requête, p. 203. 

Ein criziœu. 

liemou et Baroueni, p. 9. 

— P. maçonnais. 

Un croisiou et un covre feu. 

Noëls du parrain Bliaise, p. 47. 

(L'Explication des mots difficiles traduit croiziou 
par Lampe plate ouverte au-dessus.) 

— P. bressan. 

San Zosé pri se lunette... 
Va corcé des allumette 
Per atuigi son croigi. 

Noël de St-Remy, édit. Le Duc, p. 35 



144 

— P. daupliinois. 

Quand je devrin gala mou cliandclon, mou cicrgeo, 
E dcdin mon cruzieu lout mon bon hulo viergco. 

Pastor. de Janin, acl. IV. se. m. 

Roman : cruol. 

Ane. cnlalan : cresol ; — anc. ital.: crisol; — ital. 
mod.: crogiuolo et crmivolo ; — laiin : crucibulam. 

Anc. français : cruisel, croissel, croissol, croisieu et 
croisuel (^Gloss. Ducange). 

On trouve aussi en anc. français et en provenç. crasset 
pour le nom d'une lampe. Mais ce doit être un autre 
mot désignant un autre ustensile de môme nature. Le 
nom de celui-ci paraît venir de crassa, Graisse, en basse 
latinité, })arce qu'on y brûle de la graisse et d'autres 
corps gras, tandis que le nom de cruzioy crucibuium, 
et de ses analogues vient de la forme de cette lampe 
disposée en croix. 

CUCHOX, cucHOLN, QuicHo.N. L. ct F. S. m. Tas, amas. 

Les gros ont donc ouvert une souscription 
Que facilitera la denr.o!ition 
Et de l'Observatoire et des cuchons de pierres 
Que de tous les côtés deshonorent Fotirvières. 

Epitre à mon cousin Creppu. Foui viercs. 1853, p. 10. 

L'n cuc/ion d'etranjis dont je ne say los chiffros 

Disiant daririmen... 

Hymna à la Concorda, p. 25. 

Son cœur est devoro par de cruels remords 

A l'aspect effrayant d'in cuchon de corps morts. 

HoQLiLLE, Breyou; p. 69. 

Mais par sa crouey voution cher fils uniquou 
^fous a donna un quichon de raeritou. 

Ant. Chapelo.n, liobrnn. p. 244. 



145 

Salut, fameux quichoun de picircs. 
VHôtel-de-Vnie de St-Etienne, Chans. de Piiilippon, 1842. 

In grœu cuchoun de geons que teniant de farasse a la mœu. 

LiNOssiER, Un boucher, p. 6. 

Provenç.: ciicha; tas, monceau; — cuchoun, dimin. 
de CMc/m; petit tas; — cuchounas ; gros tas. 

Roquefort a cuche^ cuchon, quechol ; tas de foin, 
meule de paille. 

Le Gloss. de Ducange a cuchon, en basse lat. cucho. 
Il l'attribue particulièrement a la Bresse et a la Dombes, 
et donne des citations de titres qui se rapportent a ces 
provinces. 

CURET. L. s. m. Vidangeur. 

« Cette troupe étoit des mieux disciplinées; il leur donnoit le mot 

du guet ; et quand on les appcloit : Ciu^ets, quelle heure est-il ? ils 

répondoient : M ....» 

Laurès, Suppîêm. aux Lyonnais dignes de mémoire. 
— V. sur cet ouvrage la note au mot bugne. 

CURTILj couRTiL. L. et f. s. m. Jardin, 

Ce mot se lit très-souvent dans les anciens actes de 
la province. 

— P. bressan. 

Quand Dieu fit l'om'a l'an premi, 

I lo beti dans son curti. 

Noëls bressans, éd. Le Duc, p. 108. 

— P. maçonnais. 

Una fenna dan son curti. 

Noëls maçonnais, p. 56. 

Curlil et courlil sont aussi employés en Savoie. C'est 
ainsi qu'on appelle, a Chamouni, ce petit plan de gazon 
qui est situé au milieu du glacier de Talefre, et qui est 
si connu des touristes sous le nom du Jardin. 

10 



1 if) 

Langued.: rourtiof. 

Ciuiil et courlit se retrouvent très-souvent en anc. 
français. Ils sont cités par Roquefort, par Guérarci, Pré- 
face (lu carlalairc de scùnl Père de C/ulrlres, p. 14, et 
rappelés par le GIoss. de Ducange, v" corlis, curiis, 
corlile, nirlile, curUculi, etc. 

.l'ctois ailce quciir des choiilx 
En notre courtil pour disncr. 

Farce des femmes qui font refondre leurs mai'is. 
Anc. Tliéât. -Franc., t. I, p. G7. 

Toutefois moy et mon jardin 
Nous différons en une chose ; 
Je me vneil abreuver de vin, 
Et d'eau notre courtil s'arrozc. 

Vau de Vire d'Olivier Basselin. 

La Courlille de Paiis a pris son nona a la mêiTie source. 
Jardin et courtil, malgré leurs différences actuelles, 
ont cependant une même origine. On les fait remonter 
au grec ^^opros, par le latin, horlus, devenu en basse 
latinité chors, chorlis, d'où, avec notre courtil, l'allemand 
garten, l'italien ^mrc/mo, enfin le français jar<i«H, qu'un 
Allemand prononce chartin, et un enfant zardin. — 
V. M. Thommerel, Rec/i. sur la fusion du franco- 
normand et de l'anglo-saxon, p. 27. 

(Ces i^approcbementsque je crois très-exacts, nonobs- 
tant leur étrangeté apparente, rappellent l'étymologie 
non moins certaine du français jour, dérivant du latin 
dies par diurnus, et l'italien giorno.) 

Scaliger faisait venir de curtis le finançais cour, dans 
le sens de Cour du roi, cour du parlement. « Il appert 
des actes qui se faiso^ent en latin et en françois, il y a 
500 ans, que nos François, qui entendent mal leur langue, 



i47 

ont cessé d'écrire la court du parlement et escrivent 
tous cour, parce que, disent-ils, il vient de curia. Mais 
que ne l'appellent -ils curie, et les courtisans curiens, 
ou curisans? Quand on parle de la cour du roi, il vient 
de curtis, itali cor le, in curli noslra. Les parlements 
estoient partout où estoit le roy, et l'on dressoit un en- 
clos qui s'appeloit curtis, et le roy escrivoit de curti 
nostrâ. » 

Scaligerana sec, p. 281. 



o 



DAILLE, DAiLLi. F. el l. s. /. Faux. 

De z abilc manaore a la daille, o latzo, 
Venon par dcpoueilli la plana et le couclo. 

(D'habiles manœuvres à la faux et au râteau — Viennent pour dé- 
pouiller la plaine et le coteau.) 

Savel , Mariage de Jean ^ p. 18. 

Il est employé dans tout le Lyonnais. 
— P. dauphinois. 

mort que j'ai chusi. . . 
Vin seyé de ta dailli 
Lo fi prin de mou jour. 

(0 mort que j'ai choisie... — Viens trancher de ta faux — Le fil menu 

de mes jours.) 

Pastor. de Janiti, acte II, se. dern. 

Langued. et provenç.: dalio , dalhf dallia, daya, 
daio. 

Que II segaira e laboureire 
Quiton li daio e lis araire. 

[Que les faucheurs cl laboureurs — Quittent les faux et les charrues.) 

Mireio^ ch. ix. 

Dail et daille sont cités dans le Dict. des expr. vi- 
cieuses des Hautes-Alpes. 

Roman : dalh, dayll. 

Catalan et espagnol : dalle. 



140 
Ane. français : dail, daiUe. 

« La mort, six jours après, le rencontrant sanscoingncc, avecques 
son daî7 l'eust faulchéet cerclé de ce monde. » 

Rabelais, liv. IV, Nouv. prol. 

Basse latin.: « Dalha^ clallis ; Faix, Gall. Faux; pro- 
prièest Falcis pars ferrea. Nostris alias, dail^ daille, dart, 
undè daliare et dalliare ; Falcare, Gall. Faucher; et 
dalliatoî\ Falcator, vulgo Faucheur. » Gloss. Ducange. 

DARBON. F. s. m. Taupe. 

Si la grêla gaie lou blas, 

Si lou darhoyi rainge lou pras. 

(Si la grêle gâte les blés, — Si la taupe mange les prés.) 

Chapelon, a mm. les ralleurs.) p. 218. 

— P. dauphinois. 

Maugra tou souz efforts lo liquido eleraen 
Intri coma dar&on din souz apartamen, 
Soulevant sou planchie de mémo que de liegeo. 

(Malgré tous ses efforts, le liquide élément — Entra à la façon des 
taupes dans ses appartements, — Soulevant son plancher comme 
du liège.) 

Grenohlo malhérou. 
Ore que faut passa 
U paï du darhon, coume lou trépassa. 

(Maintenant qu'il faut passer — Au pays des taupes, comme les tré- 
passés.) 

Pastor. de Janin, se. dern. 

Provençal : darhoun. 

M. Champollion-Figeac, ISouv. rcch. sur les patois ^ 
attribue ce mot au celtique, mais sans donner les raisons 
de son opinion. 



DECIO, DEssio, L. V. a. Décimer, et par exteasioii, Baltre, 
lasser, fatiguer. 

Lo canons sont braquos par decio lo coquins. 

(Les canons sont braques pour décimer, pour accabler les co(juins.) 

RoQuiLLE, Urcyou, p. 27. 

Cartouche et l'ardent Moustafat, 

Et l'einragi Tarquin sont dessios tolafat. 

(... Abattus, défaits, harassés.) 

RoyuiLLE, La Ménuyerie^ p. 21. 

pori se decio par conlo les louanges 

De tant des armounis, douxpouros los bons anges. 

(On pourrait se fatiguer à conter les louanges — De tant de gens 
charitables, les bons anges des pauvres.) 

Hynina à la Concorda, p. 38. 

C'est un composé du proveiiç. dez, dix; latin decem» 
C'est, par conséquent, un mot difféi^ent de dessio, dé- 
saltéi^er (v. plus bas), qui vient de sei, soif; latin silis. 
Je crois cependant qu'ils se sont quelquefois confondus. 

DECORO, DEcouRÂ. L. et f. v. n. Avoir mal au cœur; se trou- 
ver mal. 

Car quand je veyou mon avit, 
M'eyt cvirc que je decorou. 

(Car lorsque je vois mon étau, — Il me semble que je prends mal au 

cœur.) 

Jac. CuAPELON, Contrilion d'un fénèant, p. 270. 

De vio rcnou et decourat, 
Joynou, juyou et recourat. 

(De vieux grondeurs, sans force et sans courage, — Deviennent par 
l'amour, jeunes, joyeux et pleins d'ardeur.) 

Ballet forésien , 

On la varra marchi, faire niilla grimace, 
S'asscta, dccouera, vomi dans la hachasse. 

S.WEL, Mariage de Jean, p. 34. 



y a (juc decoro de vere sur lo port 

Mcl de cent crochetors qo simblc que sont morts. 

(Il y a de quoi se trouver mal de voir sur le porl — Plus de cent cro- 
chcteurs qu'on dirait morts.) 

RoQuiLLE, Ballon d'essai, p. 6. 

Descourar^ langued.; descorar, provenç.; descorar 
et dezacorar, roman, ont le même sens. Ils ont aussi le 
sens actif de Décourager, attrister, dégoûter. — V. de 
Sauvages, Honnorat et Raynouard. 

Decoureyson. F. s, m. Mal de cœur, évanouissement. 

Sen la decoureyson que vous l'a enleva. 

Chapelon, Thèse, p. 225. 

Prov.: descor. 

— P. dauphinois: deicour ; dégoût. 

Dans un éloge de la i^aillerie, au Balifel de la gisen, 
Laurent de Briançon dit que celui qu'on raille 

Se chatiel de sa fauta, et petit à petit 
Pren deicour de mau fare et de ben appétit. 

(Se corrige de sa faute, et petit à petit — Prend le découragement de 
mal faire et le désir du bien.) 

Lo Dattfel de la (jisen, p. 58. 

DEGUCHIE. F. V. a. Déshonorer, railler, rendre méprisable. 

Si vou gougie tant se po la teta, vou m'alla decuchia. 

(Si vous branlez tant soit peu la tète, on signe de désapprobation, 
— Vous allez me perdre de répatation.) 

Chapelo.n, a m. de St-Priest, p. 113. 

Au pis alla, si vou me faut payer, 
Souay rcsoulu de vous tous decuclàer. 
]\ous jouarons au jeu de pique-nique, 
Et vous veyri un bai panégyrique. 



452 

(Au pis-aller, s'il me faut payer, — Je suis résolu à vous accabler tous 

de railleries. — Nous jouerons au jeu de pique-nique, — Et vous 

verrez un beau panégyrique.) 

CiiAi'ELON, Requête, p 223. 

Com'cy sayant funa de la cava o granie, 
Ne pas laissic in carou et lou tous dccuchie. 

[Comme ils savaient fureter de la cave au grenier, — Ne pas laisser 
un coin sans y chercher et les tous bafouer.) 

Puëme sur le 9 thermidor . 

Langued.: dcscuscar; Défigurer, et par extension, 
Dé.slionorer. De Sauvages y voit un composé de cuscar, 
qui signifie Parer, orner, soigner. 

Le Dict. provençal d'Honnorat fait deux mois diffé- 
rents de descuchar, descujar, descudar; Dédaigner, et 
de descuscar', Défigurer. 

Le Lexique roman de Raynouard voit, au contraire, 
\lans descuidar et dcscuchar deux formes diverses du 
ynême mot et les rapporte à cuidar. Penser, du latin 
cogitare. 

Arlus, ja no t'azirar 
Qui t'iaidis ni i'descucha. 

(Artus, ne t'irrite jamais — De qui que ce soit qui l'injurie ni te dé- 
daigne.) Cit. de Ray.nouard. 

DEDELA, DESDELA. L. adv. De l'autre côté, là-bas* 

Ah ! qu'est i donc tout ce tapage 
Que j'ai entendu dédelà ? 

Les Canettes, p. 51. 

« Desdelà ^ chercher desdc là l'eau. Cette expression 
lyonnaise est tout a fait vicieuse; il faut dire, Chercher 
de f autre côté, par delafeau, ou simplemeni dePa Teau. » 
— Molard, 1803. 



iS3 

Provenç. et langued.: de dclai^ dedela; au-delà, par 
delà. Liv'ai pagat au dedclai ; je le lui ai payé au plus 
haut. — De deçai, de dessai; en deçà. 

L'anc. français disait aussi dédelà et dèdeçà. 

Que Clovis ail par dedeça 
Envoie dons orc ou.pieça. 

Miracle de Clovis. Théât. frane. du moyen- âge, 
p. 625. 

Je vous donnay avis en partie de ce qui se passait dcdeçà. 

Les plaisantes épliémérides. — Var. hist. 
par FouRNiEu, t. IV, p. 247. 

L'espagnol dit desde aqui, desde alli. 

DEFOUR, Dehors. — V. Fouu. 

DEJAMANIE, dejarmagn.\ (se), v. pron. Se démener, se dé- 
battre. 

A que ni'a-t-ou sarvi de brougie milla ruses? 

De me dejamanie a me faire poussa 

Par tous mous bouns amis, mous parons et les buses? 

(A quoi m'a-t-il servi d'inventer mille ruses? — De me démener à 
me faire pousser — Par tous mes bons amis, mes parents cl les 
buses ?) 

Chahs, de Philippon, 1853, p. 67. 

Mais d'onte sort pouro pitsit Blondain ? 
Ina seclion de pioupioux l'accompagne, 
Qu'a te donc fat ? oh ! qu'a se dejarmagne! 

(Mais d'où sort j)auvre petit Blondin? — Une seclion de fantassins 
l'accompagne ; — Qu'a-t-ii donc fait? Comme il se débat!) 

RoQuiLi.E, Lo Pereyou, p. 20. 

Je me dejartiiagnais ; mais forcé de me battre, 
Je m'ai viré de rond, leste comme un leinzard. 

RoQuiLLE, Les Gunduaises, [>. 12. 



154 

Je trouve au Dict. de De Sauvages et a celui d'Hoii- 
iiorat les expressions laiigued. dezamana] Désaccoutu- 
mer, se désaccoutumer; et amana^ amanda; Ramener, 
rassembler , serrer, empoigner. Je pense que c'est la 
l'origine de notre mot. 

DEGOEMA, DEGOLEMA. F.v. n. Vomir. 

Vey te coudre darrye la louery, 
Qua aulramon gy n'ey que po 
De degoema. 

(Va le cacher derrière la toile ; — Car sinon je n'ai qu'une peur, — 
— C'est de vomir.) 

Ballet forèsien. 

Y farit deyoueina. 

Aut. Chapelon, Caraterou de le Filles, p. 237. 

Et devé son ma propre à faire degoueima. 

(Et parfois elles sont malpropres à faire vomir.) 

Savel, Mo?', de Jean, p. 35. 

DENNA, DANA. F. S. f. Dame. 

Dialogou entre Soigne Grabiay et Denna Jaquclina. 

(Dialogue entre sieur Gabriel et dame Jacqueline.) 

Chapelon, Noël IV, p. 84. 

Dana Fouillousa, dans les Poésies de Boyron, p. 11. 

C'est la qualification qu'on donnait jadis, dans le midi 
de la France, aux bourgeoises et aux femmes du peuple 
d'un certain âge auxquelles on voulait témoigner de la 
' déférence. 

— P. dauphinois. 

Dans la Faslorale de Janin^ acte IV, se. m, Janin dit 
a la sorcière : 

Dana, qui devina ce que ^c dit el fal. 



155 

— P. bressan. 

Lous onio vieu c le dune 
Ne pussiron po mode. 

(Les hommes vieux et les vieilles femmes — Ne purent pas y aller.) 

Nocls bi'cssans , éd. Le Due, p. 86. 

C'est un abrégé du latin domina ; ital. donna. L'a- 
bréviation était allée dans le midi de la France jusqu'à 
dire Na. Le traducteur du Nouv. Test, vaudois traduit 
ainsi saint Luc : Intrec Maria e la maiso de Zacarias e 
saludeciV« Elisabet. (Intravit Maria in domum Zachariae 
et salutavil Elisabeth.) 1. 40. — V. aussi le Gloss. de 
Ducange, v'* en, ena, na. 

DENOUYE. F. V. n. Railler, se moquer. 

Vous met paye 

De quauque faribole. 

Par vous denoiiye. 

(Vous me payez — De quelque faribole, — Pour vous moquer.) 

Chapelon, Noël IV, p. 86. 

Roman : desnol ; injure, moquerie (Raynouard.j 

Le Recueil des lois espagnoles, dit le Fiiero juzgo, a 
un titre sur les injures et moqueries : De los desnuelos 
y de las palabras ydiosas. 

DEPIAT. F. DEPio. L. adj. Dépouillé, déguenillé, sans res- 
sourceSj gueux. 

Et que si o faut d'argent je souai pas si depiat 
Que n'en douneyza ben par dire n'en vequiat. 

(El s'il faut de l'argent, je ne suis pas si gueux — Que je n'en donne 

tout de même pour dire : en voilà.) 

Chapelon, Requête, p. 215. 

Jean qu'etzé tôt depio. 

(Jean qui était tout déguenillé.) 

RoguiLLE, l*ués. div., p. 11. 



lof) 

Ane. franc.: depier^ despicr ; Diviser, séparer, dé- 
membrer. — V. Roquefort. 

V. PlA. 

DEPONDRE. L. et f. v. a. Détacher, défaire, déchirer, dé- 
coudre. H a quelquefois aussi le sens pronominal, Se 
détacher, se défaire. 

Comment faire àprcsenl pour contenté le monde? 
Si qucrqu'un y russit, que le cou me deponde. 

Les Canettes, p. 3. 

De tous los los déjà depond la villi corda 
Dont j'aytions encoblo par la laidi discorda. 

(De tous les côtés déjà se détache la vieille corde — Dont nous étions 
liés par l'affreuse discorde.) 

Hymna à la Concorda, p. 27. 

Je chanto loz exploits dous vainqueurs de la Franci, 
Qu'ant si bien neteyi le vitres, la faienci, 
Depondzu loz inchans; et dins bien pou de tsoms 
Fat pluro lou canus et rire lo maçons. 

RoQuiLLE, BreyoUf p. 7. 

J'ayins plutout besuin de depondre ina croula. 

(... De casser une croûte.) 

RoQuiLLE, La Gorlanchia, p. 13. 

Que sij'aïn quauquou so d'écondu, 
>'e sarin pas piassouta, dépendu. 

(Si j'avais quelque argent caché, — Je ne serais pas rapetassé, dégue- 
nillé.) 

Ant. Cu.vPLLON, Uobvun, p. 243. 

Le participe deponduj employé substantivement, si- 
gnilie souvent un homme en guenilles, un mendiant. 

Mous habits sont si vios qu'ey semblou un depondu. 

Chapelon, liequèle, p. 207. 



457 

— P. dauphinois. 

Que la prcmeiri fei qu'u la voudra fcri, 
Lo puin li depondei. 

(Que la première fois qu'il la voudra frapper, — Il se dcmelte le poi- 
gnet.) 

Lo Banquet de le faye, \). 19. 

Depondre est le contraire de appondre. — V. ce mot. 
DESONDRO, DEzoNDRA. L. et f. v. a. Défigurer, déshonorer. 

Sou quatrou capouraux, lou mousquet sus l'epala, 
Ne dezondravoni pas lou restou de laviala. 

(Ses quatre caporaux, le mousquet sur l'épaule, — Ne faisaient pas 

deshonneur au reste de la ville.) 

Ch.\pelon, Entrée^ p. 126. 

Vo los varis jamais desowrf?'o noulrcs noces, 
En corrant dens la net suivis de quoques roces. 

(Vous ne les verrez jamais déshonorer nos noces, — En courant dans 

la nuit, suivis de quelques rosses.) 

Hymna à la Concorda, p. 29. 

Desondrer est cité par Molard, 1803. 

— P. dauphmois : 

Lo bel agencimen nou recure de chose 
Que nou desondrarion, s'elez eron deiclose. 

(Le bel agencement (la toilette) couvre sur nous des choses — Qui 
nous défigureraient, si elles étaient à découvert.) 

Lo Batifel de la gisen, p. 47. 

Langued. etprovenç.t dizoundra, desoundrar. 
Roman : desondrar, desonrar^ desonorar. 
C'est un dérivé du latin honor. 

DESSIA, DEssio. L. et F. v. a, Désaltérer, rassasier. 

N'en volou bere et m'en olier... 
Volou m'en dessia. 



158 

(Jp veux en l)oirc et m'en remplir, ^ Je veux m'en rassasier.) 

CuAPELON, Chans., p. 154. 

Je bisquo de ne rin poiièrc bère ; 

Poj'O po me dessio in corrant le chairère. 

(Je peste de ne pouvoir pas boire ; — Je ne peux pas me désaltérer 

en courant les rues ) 

RoQUiLLE, Ballon d'essai^ p. 5. 

— P. dauphinois. 

Tou celou qu'avion scy a pleizi se desiavon. 

(Tous ceux qui avaient soif se désaltéraient à leur gré.) 

Blanc la Goutte, Epit. sur les rcjouiss., p. 21. 

C'est un composé de sei, soif; latin sitis, Decio, qu'on 
écrit aussi parfois dessio, est un autre mot qui a un 
autre sens et une autre étymologie. — V. ci-dessus. 

DETRIA. F. V. a. Séparer, détourner, sevrer, distinguer, 
différer. 

Que lou vin se chier, 

Po m'importe, 
N'en volou bere et m'en olier, 
De queu endret qu'o sorte ; 

Poyou pas m'en detria, 

Volou m'en dcssia. 

(Que le vin soit cher, — Peu m'importe, — Je veux en boire et m'en 
remplir, — De quelque endroit qu'il sorte; — Je ne puis m'en se- 
vrer, — Je veux m'en rassasier.) 

CuAPELON , Chanson , Yi. 154. 

De la gaita que n'i aide a viore 
Jamais ron ne lou detriara. 

(De la gaîté qui lui aide à vivre, — Jamais rion ne le privera.) 

Chans. de Philippon, 1859, p. 17. 

Provenç. et langued.: deslriar ; Séparer, distinguer, 
discerner; deslrigar; Détourner, empêcher, débarras- 
ser. 



4r)9 

Destriava pas bcn. 

(Je ne ilistingiiais pas bien.) 

Mireio^ ch. m. 

Roman : delriar, deshiar, dcstrigar ; Retarder, dé- 
tourner. 

Ane. franc. 

Venez tous dcus sans détry (sans délai) 
Parler à Lucifer mon maître. 

La vie du niauvais riche, Ane. Théât. franc., 
t. III, p. 282. 

Basse latin.: « Detricarr ; morari, remorari... Occi- 
tan! deslriga, pro Divertir, délourner, dicunt. » Gloss. 
de Ducange. — On trouve au même Gloss. ce texte 
d'anc. français : u Et se il advenoit que aucuns de ceaux 
qui venent par devant les esche vins fussent delriez et 
prolongiez outre le terme convenu. » 

DEVAI. Vers, chez. —V. VÉ. 
DEVEY. Parfois. — V. VÉ. 
DEYLOUYE. f. v, a. Disloquer. 

Empachie lou par iquai cot de se deylouye lou couai. 

(Empêchez-les pour cette fois de se disloquer le cou.) 

Chapelo:^, Epitre à M. de St-PiHest, p. 113. 

Ane. franc.: desloier, desloer, deslouer. — V. Roque- 
fort et le Gloss. de Ducange, où l'on trouve cette cita- 
tion : « Icelui suppliant feri ledit Jehan d'un baston sur 
une de ses mains et lui desloa le pouce d'icelle main. » 

Deloquo. Même sens. 

Quand devrins trenta ves me deloquo l'épala. 

RoQuiLLE, La Ménagerie, p. 5. 



160 

Deloquo a beaucoup plus d'analogie que deylouye avec 
le laiigued. delouca, deloiigar, deiiouga (De Sauvages); 
avec le provenç. deiiugar (Honnorat), et avec le roman 
desloguar, deslocar (Raynouard). 

11 est a observer que, dans un grand nombre de dia- 
lectes, le même mot signifie Déloger et Disloquer. Il est 
bien manifeste aussi que ces deux mots français ont 
e'galement leur origine dans le substantif locus et la 
préposition de ; qu'ils ont dès lors la même signification 
générale avec une application différente. 

DILUN. L. et F. s. m. Lundi. 

La Jcanna Mournand 
Dilun passa tempctave. 

CiiAPELON, Ghanso7is, p. 172, 

— P. dauphinois. 

Deu lo dilhun jxisqvi'n dissando. 

(Du lundi jusqu'au samedi.) 

La vieille Lavandière, p. 7ft. 

— P. bugiste. 

Dou delon a la diomaine. 
Shaque zorson pan amaine. 

(Du lundi au dimanche — Chaque jour amène son pain.) 

Fables du P. Froment, p. 74. 

Nos patois comme le français ont conservé le nom 
romain des jours de la semaine, a l'exception de celui 
du samedi et du dimanche : Luaae dies, Martis dies, Mer- 
curii dies, Jovis dies, Veneris dies. Mais au lieu de pla- 
cerle(/i, abréviation de dies, après l'appellation spéciale 
de chaque jour, ils le placent avant: dilun, lundi; di- 
mar, dzimor, mardi; dimecre, dzimecro, mercredi ; e//- 
joou, digeo, jeudi; divendre^ vendredi. 



161 
DiMAR, DziMOR. Mardi. 

Et l'ami Bertlioumiaux dzimor fut obligi 
De vendre un chadrillon par trovo que migi. 

RoQuiLLE, Les Ganduaises, p. 36. 

DiMECRE, DJiMECROu, DziMECROu. Mercredi. 

Dl'imecrou^ à bord de not, n'erian o café Barge. 

(Mercredi, à la nuit tombante, nous étions au café Berger.) 

LiNOssiER, Vu Boucher au festival, p. 1. 

Mais dzimecro Iro sur, par frais de procedzura, 
Le gins de vet Lyon n'in vaut vère ina dzura. 

(Mercredi sûrement, pour frais de procédure, — Les gens de Lyon 
vont en voir de dures.) 

RoQuiLLE, Breyou, p. 25. 

DiGEO. Jeudi. 

Chie Turlurette bailloun ïn bal digeo. 

(Chez Turlurette on donne un bal jeudi.) 

Chans. de Bovron, p. 14. 

Les noms romans des jours de la semaine indiqués 
au Lexique de Raynouard, v° dia, sont a peu près les 
mêmes que nos noms patois : diluns; dimarlz, dimars ; 
dimecreSf dimercres ; dijous ; dicenres, divendres. 

Les noms provençaux modernes sont encore moins 
différents des nôtres: dilun, dimars, dimecrcs, dijoous, 
divendres. 

L'italien, comme le français, a laissé le di a la fin : 
lunedi, marledl, mercoledi^ etc. 

L'espagnol l'a supprimé entièrement : lunés, mariés, 
miercolés, etc. 

Nos patois le suppriment aussi parfois. Pour dilun^ 

lundi, ils disent encore lun. — V. ce mot. 

11 



102 

DIMEINGI, DioMEiGi. L. et f. s. m. Dimanche. Il est quelque- 
fois teminiii. 

Par lous récréations, les dimeinges, les fêtes, 
D'harmonieux soles sortont de lous musettes. 

Hymna à la Concorda, p. 29. 

Diomeigi et fêta, 
Vous le veide passa. 

(Dimanche et fêtes, — Vous les voyez passer.) 

Chapelon, Chanson^ p. 162. 

Les formes de ce mot sont très-variées dans nos pa- 
tois. Outre les deux que nous venons de citer, nous 
avons rencontré : 

Diomengi dans la Préface des Cham. de Boyron, 
p. 7. 

Diomanchi : 

Pas troupelas, 

Je Ion vio diomanchi. 

Tretous passa. 

Chans. de Vial, de Montbrison. 

Djomengi : 

Et le djomeinje, couma el'aie na voua d'enfai, 
Au chantave a l'iglezi elai vai Poulcgnai. 

(Et les dimanches, comme il avait une voix d'enfer, — Il chantait à 
l'église à Polignais.) 

Reniou et Baroueni, p. 18. 

Dzomeji : 

Vouere dedzins sa boutiqua 
Una dzomèji malin. 

Chans. de Phimppon, 1853, p. 59. 

Dzimeingi : 

Dzimeingi su lo quai bien enlremè doux ponts. 

RouL'iLLE, Les Ganduaises, p. 32. 



i 



463 
Dzemange : 

Remarca la dzemange, 

Save], Mariage de Jeati, p. 28. 

Ce mot qui a certainement pour origine le lalin dies 
clomini, ou dominica dies, a également des formes très- 
variées en provençal. V. Honnoral, v° dimenche; — en 
roman, V. Raynouard, v° dimenge, — et en anc. franc. , 
V, Roquefort et le Gloss. de Ducange, v° diemance, 
dimence, diemoine, etc. 

— P. Bugiste. Diomaine. 

Dou delon a la diomaine. 

Fables du P. Froment, p. 74. 

DISSANDO, DzissANDO, dzessande. l. et f. s. m. Samedi. 

A dzissando, menos ; profitons de qou jour. 

(Enfants, à samedi ; profitons de ce jour.) 

RoQuiLLE, Breyou, p. 24. 

Renvoïon le premesse a dzessande que vient. 

(Renvoyons les promesses à samedi prochain.) 

Savel, Mariage de Jean, p. 24. 

Le nom de Samedi, ainsi que celui du Dimanche, n'a 
pas été emprunté, comme l'ont été ceux des autres 
jours de la sem.aine, a l'antiquité païenne. C'est le 
christianisme qui Ta donné aux dialectes néo-latins. C'est 
de diessabbati, que viennent Samedi, dlssando, et, 

Leprovenç. dissala, disato, dissande ; — lelangued., 
dissabte ; — le roman, dissapte. 

Le dauphinois, dissandre. 

Fo qu'i saiezon prestou dissandre lou plu tar. 

(Il faut qu'ils soient prêts samedi au plus tard.) 

Bleze lou Savati, se. 2. 



I6i 

(Le vers correspondant du Groulie bel ('.s/m/, comédie 
marseillaise» dont Blezc loii Savali est une traduction, 
porte : 

Foou que sicgue tout lest per Ion pu lard dissalo.) 

Le catalan, (Ussaplc\ — l'espagnol, sahado; — le 
portugais, sahbado ; — l'italien, sabbalo. 

On dit aussi dans nos patois pour samedi, sandoueX 
samdo. V. ces mots. 

DONTE, où, d'où. — V. Onte. 

DORSE, L. s. f. Cosse de pois, de glands. 

A l'aret volut cmplurc son ventro avouai le dorses que los 
cayons migioviant. 

(11 eut clé bien aise de remplir son vcnlre des cosses que les pour- 
ceaux mangeaient.) 

Parab. de l'Enfant prodigue, trad. en patois de St-Sym- 
pborien-le-Chàleau, par Cocdard. 

« Dorse : Une dorse d'ail; dites : une Gousse d'ail, v 
Molard, 1803. 

Je trouve avec le même sens, daûsse, dans la tra- 
duction de la parab. de l'Enfant prodigue en patois du 
Vigan, — el douosso ddLïis celle en patois de Castellane. 
— Mélang. sur les langues et patois, 1837, p. 520 et 
526. 

Langued. et provenç., doousso, dossa. 
DOTE, DOTTE, s. /. F. Douleur, meurtrissure. 

Finalement soi lout farci de dote. 

(Enfin je suis lout farci de douleurs.) 

Anl. CiiAPELON, BobriDi, p. 2.^9. 



Jus(iu'a la paillassi do lict, 

Quand e se couchount tout est blcl j 

Ron de dzu ne lio fat de dattes. 

(Jusqu'à la paillasse du lit, — Quand elles se couchent tout est ten- 
dre ; — Rien de dur ne les meurtrit.) 

Chans. de Philippon : Ha que le Dames ont do 
bonheii, 1853, p. 42. 

Ane. franc. 

Ensi chevaucliierent tote nuit et lendemain a granl dote et a 
gi'ant paine, tant que il vindrent à la cité de Rodestoc 

VlLLEHAP.DOLIN, 197. 

DRESSIRE. L. S. f. Chemin de piéton abrégé, chemin qui 
va tout droit, qui redresse le gi\ind chemin. 

Copa donc, s'y a moyen; 
Gagnons la dresstre. 

Noël lyonnais de 1741. 

— P. dauphinois. 

La porta et reviria vers lo solei levan, 
Et touta envertouilla d'ora per lo devan, 
Et d'un boisson si fort que qui n'et feiturieri 
Jamais u grau jamais ne trove la dresseiri. 

(La porte est tournée vers le soleil levant ; — Et toute verrouillée sur 
le devant d'un lierre, — Et d'un buisson si épais que qui n'est pas 
sorcier, — Jamais au grand jamais ne peut trouver le chemin.) 

Lo Banquet de le faije, p. ^. 

Langued. : Dressieiro ; sentier, chemin de traverse. 
Roman: Dresseur a, dr^ssitrci) chemin. 
Catalan : Dressera. 

DRUGE. L. et F. s. f. Abondance, provision. 

c( Druge. Se plaindre de druge, c'est-a-dire Se plain- 
di^e de ce que la mariée est ti^op belle ; dites Se plaindi^e 
mal a pi^opos ou sans raison. Le mot druge vient peut- 



166 

être du mot dru qui signifie épais ou gai, d'où l'on a 
formé le verbe dniger, qui n'est pas françois. » Molard, 
1803. 

Druge a le sens de Provision, dans Savel. Mar. de 
Jean, p. 32. 

On le trouve en anc. franc. : 

Moull a souris povre secours 
El met a grand péril sa drur/e 
Qui n'a qu'un perluys a rciuge. 

Roman de la Rose. 

(Ce passage n'a point été compris par les commenta- 
teurs ônBoman dclaRosc. LeGloss. de Tédit. Langlet- 
Dufresnoy, et d'après lui, l'abbé Tuet, Matinées seno- 
noises, p. 329, portent que f/n<^e y signifie 7na«7resse 
ou souris ; ce qui est tout-a-fait inintelligible. Le Gloss. 
de Ducange lui donne le sens de fuga, recessus, fuite, 
retraite ; sens qui n'est autorisé par aucun autre 
exemple. Enfin Roquefort lui donne le sens de va- 
carme, qu'il appuie de la citation suivante de Guill. 
Guiart : 

Sarrazins comme chiens glatissent, 
Leurs grands cris, leur horrible druge, 
Semble le meschief du déluge. 

Mais quoiqu'il y ait la, en effet, quelque vraisem- 
blance au sens de Vacarme, je n'en connais pas d'autre 
exemple, et, leur horrible druge peut signifier aussi leur 
horrible multitude. Le sens du mot dans nos patois 
n'offre d'ailleurs aucune incertitude, et il se retrouve 
dans plusieurs auti^es dialectes provinciaux.) 

Drlgi, drugier. l. et f. v, n. Faire bombance, vivre dans 
Taisance. 



167 

A comenciront dont à se regalan cl a driigit. 

(Ils commencèrent donc à faire festin.) 

Parab. de l'Enf. prodig. en patois de St-Sympho 
rien-le-Château, par Cocdard. 

Lestou comma una marionela, 
Surtout quand j'ai beu ma foulieta, 
Je souai toujours prêt à drugier. 

Jac. Chapeloj, Contrition d'un fênèant^ p. 271 . 

Tout lou reste do jour noutrou porto d'epea 
Ne firont que drugier et faire la lipea. 

Chapelon, Entrée solenn , p. 139. 

Ji coummoncoG a broucrie 
Que de poulitziqua, chanta, bère, drugie. 
N'amène jamais ron parcundzie notra soiipa, 

(Je commence à songer — Que de politiquer, chanter, boire, faire 
bombance, — N'amène jamais lien pour assaisonner notre soupe.) 

Chans. dePniLippoN, 1853, p. 73. 

- P. dauphinois. 

Veici un terrible sabbat ; 
N'et gin a mon avi pcr fare 
De la pore gen lez afare ; 
Mei ben per drugeyé tandi 
Qu'u l'afanont lou Paradi. 

La Vieille Lavandière, p. 55. 

Le Vocabul. du Haut-Maine cite driigir, qu'il traduit 
par Devenir dru, grand, fort, bien portant. 



s: 



EBARLIAUDE, eybarliaude. f. s. f. Eblouissement. Il 
s'emploie souvent au pluriel. 

Qui \ oiidril avisa lou souley de trop près prcudrit lez eybai- 
liaudcs. 

(Qui voudrait conlempler le soleil de trop près prendrait un eblouis- 
sement.) CiiAPELON, Ejyit. à M. de St-Piiest, p. 112. 

Et quand l'un l'y veut clar, l'autrou a lez ehavUaudes. 

(Quand l'un y voit clair, l'autre a un eblouissement.) 

Id., Thcsc, p. 226. 

Provenç. : ebrelioudar ; éblouir. 

Le dialecte génois présente un analogue très-rap- 
proclié de notice mot : 

Abharliujiiœ da qucsta nœuva luxe. 

(Ebloui de cette nouvelle lumière.) 

Cilarra Zencize, p. 218. 

Ebaiiiaude a probablement le même radical que le 
français berlue que anciennement on écrivait aussi 
bar lue. 

Dea pourtant se j'ay la bar lue. 

Le Testum. de Pat/telin. 

On peut aussi le rapprocher de borlio , aveugle, el 
eborlie, aveugler. V. ces mots. 

EBOLLIE, éventrjr. — V. bollie. 

EBORLIE. —V. BORLiou. 



1 01) 
ECHARA, EscriAiiA. F. V. a. Nettoyer, laver. 

J'ai, Dio marcy, ccliara ma conscicncy. 

(J'ai, Dieu merci, nettoyé ma conscience.) 

Ant. Chapelon, Lous Adiu de Dobruu, p. '252. 

Lou matin chacun aguit lou soin 
De se faire la barba et s'ec/iara lou grouin. 

Chàpelon, Entiée, p. 124. 

Le Ballet forésien écrit eschara. 
— • P. dauphinois : chara. 

Yqui le faye von lour faci miraillé, 

Yqui chaîna lour groin, iqui se galrouillc, 

Et iqui se farda. Le Banquet de le faye, p. 5. 

Per c/iara lez eycuellc et coivic la meyson. 

^Pour laver les écuelles et balayer la maison.) 

Pns(07\ de Janm, acte 11, se. i. 

EGHARNIE. f. v. a. Contrefaire, imiter en se moquant ; 
railler, bafouer. 

Si qnauqu'autrou s'ere meylal de m'echat'nie , je l'y orin leyssit 
carta blanchy ; mais couma leingun n'at eu tant de temerilat que 
met, je me souai veu lou maître do champ de batailly. 

(Si quelque autre s'était mêlé de me conlrefaire, je lui aurais laissé 
carte blanche ; mais comme personne, etc.) 

CnAPELON, Epit. à M. de St-Priest, p. 113. 

D'aotrou avouai de mirlilouns echarniavant oyquellou qu'ayant 
• de fifres. 

(D'autres, avec des mirlitons, contrefaisaient ceux qui avaient des 
fifres.) LiNOssiER, Un Bouclier au festival, p. 6. 

Langued : escarni. 

Roman : escarnir, esqucrnir. 

Ane. franc. : cscharner, cscarmi\ cschcrmir. 

Eschermir est quant l'on gabe home seulement de boiche. 

V. Gloss. de Roquefort. 



170 

As tu vcu ccst mervcilliis champiun ki ci vient; il vient pur nus 
alturior cl eschuniir. 

( Nuin \idislis virum hune qui asccndil ? ad cxprobrandum enim Israël 

ascondit.) 

Les quatre livres des Bois, liv. I, ch. xvii, 25. 

Basse latin.: « Carina, carinare, carinator.., Carinare, 
escharnir on moquer; cacliinnarri; Chariner; escarnir... 
carinator illusor.,. bine Carina pro Convicio... eschars^ 
nostris alias pro Dérision, moquerie, irrisio. » Gloss. 
de Ducange. 

Catalan : escarnir. — Espagnol et portugais : escar- 
necer. — Italien : schernire. 

Le Vocabulaire du Haut-Maine cite aussi echarnir; 
Berner, railler, agacer; et l'auteur ajoute : « On dit en- 
core de quelqu'un qui raille d'une manière trop mor- 
dante, qu'il enlève la pièce, et en ce cas on veut dire, 
la cbair ; ce doit être la vraie origine ù^écharnir. » 

Cette étymologie n'est pas sans vraisemblance; mais 
l'italien schernire y résiste absolument, ainsi qu'au 
rapprochement fait par le Gloss. de Ducange entre 
echarnir et le latin cachinnari. L'étymologie tirée de 
l'ancien haut allemand skërn , Moquerie , paraît bien 
préférable. 

ECLOT. L. et F. s. ni. Sabot. 

Ma s'enfoyrc comma un Icvrie , 
Tant qu'a Poilou de son darryc, 
Qu'o garodon et qu'oz eclot. 
Que n'an souven ni po ni trol. 

(Mais elle se salit comme un lévrier — Jusqu'au bord de son der- 
rière, — Jusqu'aux bas et aux «abois, — Qui souvent en ont ni 

peu, ni trop.) 

Ballet forésien. 



171 

Vous fezy bai veyrc 
Pcta lour z eclot. 

(Il faisait beau voir — Peter leurs sabols.) 

Chapelon, Noël III, p. 83. 

Une chanson de Philippon , 1853, p. 18, dit des 
richesses : 

Mais vou n'a, mais n'on faut laissie ; 
Et per se n'alla sans trislcssa, 
U eclot vaux miox que l'escarpin. 

(Plus on en a , plus il en faut quitter à la mort ; — Et pour s'en 
aller sans tristesse, — Le sabot vaut mieux que l'escarpin.) 

Avoué mo grous eclos volo choupio son hommo. 

(Avec mes gros sabols je veux frapper son mari.) 

RoQuiLLE, La Gorlanchia, p. 29. 

- P. dauphinois. — Eiclop ; sabot. — ChampoUion- 

Figeac, p. 175. 

- P. du Rouergue. 

Del cric crac de.* esclops la plaço retentis. 

Peyrot, Géorgiques patoises, p. 28. 

Langued. : esclo. — Provenç. : esclop. 
Ane. franc. : esclos, esclop, esclots ; sabots. (Roque- 
fort). 

Si vos cbartiers et nautonniers amenants pour la provision de 
vos maisons certain nombre de tonneaulx, pippcs et bufïars de 
vin de Grave, d'Orléans. . . les avoient buffctez et beus a dcmy, le 
resie emplissant d'eaue, comme font les Limousins à bels esclots... 
comment en osteriez vous l'eaue entièrement ? 

Rabelais, liv. III, ch. xlix. 

Basse latin.: « Esclava, esclavus: Calceus Hgnarius, 
quôd esclavorum seu servorum calceamentum esset, 
vel quôd confectus est ex eschchio (ëchsse), seu hgno 
sectiU ; sic dictus GalHcè, Sabot; ahas esclop... Lilt. 



17-> 

remiss. 1457. Giraul Germer se party du village de 
Fagiole et s'en tira avec ses esclops ou solliers de bois 
chausses. » Gloss. de Ducange. 

Ménage fait venir esclol du latin soccus ; mais il me 
semble qu'il y a bien loin de l'un à l'autre, et l'on ne 
voit guère le chemin. 

EGONDRE, Evco.NDRE, escondre. F. V. a. Cacher. 

Vcy Vecondre danié la toucry. 

(Va te cacher derrière la toile.) 

Ballet forésien. 

Mais la traitra que fa la pata de vcloux 
Eyeond adretimcnt se griffes par dessous. 

(Mais la traîtresse qui fait la patte de velours — Cache adroitemeut ses 
griffes par dessous. 

Ant. Chapelon, Curaclcrou de le filles^ p. 235. 

Vou liait de merilou que sout tellamen escoadul qu'o uc s'cu 
parle qu'après la mort.) 

(11 y a des mérites (jui sont...) 

Chapelon, Epit. à M. de Sl-Priesl, p. 111. 

Quand Ion souley s'cycond, vou n'ey pas par toujoiu'. 

(Quand le soleil se cache, ce n'est pas pour toujours.) 

Id., id., p. 116. 

Vou ci vrai que la vartu ne sat plus où s'econdre. 

(Il est vrai que la vertu ne sait plus où se cacher.) 

Id., La Misera^ p. 190. 

Fais coumma vou n'ia tant, ho'ichi te le z oureillcs, 
Ne vc ron, ne dzit ron, ecound dcsous te peilles 
Tout ce que Ion malheu pot te faire biongie. 

Fuis comme il y en a tant, bouche-loi les oreilles, - Ne vols ricji, 
uc dis rien, cache dessous tes guenilles — Tout ce que le malheur 
peut te faire rêver.) 

Chans. de I'mLippo.'<, 1853, p. 70. 



173 

— P. dauphinois : eicondre. 

Tu le tievria alla eicondre ilc verçoiini. 

Lo Banquet de le faye, p. 14. 

Langued. et provenç.: escoundre. 
Roman : escondre. 

Le Gloss. de Ducange, au mot absconsa.che enanc. 
franc, escousser et escondre, avec le sens de Cacher. 

Catalan : escondir. — Espagnol et portugais: escoun- 
der. — Italien: ascondere. — Latin: condere et abs- 
conderc. 

ECORGNOLO. —V. corgniola. 

ECOURE. L. et f. v. a. Battre, secouer, frapper. 

Un jour je lou mourdio, y se mette a m'ecoure, 
Y me fouetoit son sô. 

(Un jour je les mordis; elle se mil à me battre ; — Elle me fouclta 

tant qu'elle put.) 

Jac. Chapelon, Et/((c. dus vffcuds, p. 264. 

11 a le même sens dans Roquille, La Ménagerie, p. 22, 
et Les Ganduaises, p. 34. 

— P. bressan. 

Lou mouyin de bin dinno, 

Quand lo blo 
N'cl ecou ne mayssono. 

(Le moyen de bien dîner — Quand le blé — N'est battu ni moissonné.) 

Noëls bressans, éd. Le Duc, p. 49 

Langued.: escondre, escouire. 
Roman : escolir. 

Italien : scuolere. — Latin : exculere. 
Ane. franc.: escourre-, Secouer, déployer. « Doibt le 
fourrier battre et escourre le lict et mettre h point la 



174 

chambre. » Olivier delà Marche, cité par Gust. FaUot, 
p. 538. 

Basse latin.. « Excussare ; Fréquenter excutere.... 
Escouir et escoiirre, nostris. Litt. remiss., 1450. Le 
suppUant commence a hocher ou escourre les poires. 
Mirac. ms. B. M. V. 

Quand on fait son mantel escourre, 
Ne s'en va pas toute la pourre. 

Unde esquoux pi'o Excussus. » Gloss. Ducange. V. au 
même Gloss. excotcre hladum. 

ECOURPELA (s'), ecorpela (s'), f. v. pron. Se fatiguer, s'é- 
reinter. 

A que sert ou de tant s'ecourpela , 
Per avez d'emou et d'argent de tous la? 

(A quoi sert de tant se fatiguer — Pour avoir de l'esprit et de l'argent 

de tous côtés?) 

Ant. Cbapelon, Bobrun, p. 251. 

Ji vcyins lous onibitioux 
S' ecorpela par être heroux. 

Chans. de Philipon, 1853, p. 31. 

Langued.: escorpi ; sec, maigre, décharné. (De Sau- 
vages). 

Le radical de ce mot paraît être le latin corpus. 

ECUEVILLES, equeyilles, equivilles. l. s. /. Balayures. 

M. Breghot du Lut, qui cite, Mél.^ t. 1, p. 270, ce 
mot fort usité a Lyon, dit qu'on le trouve dans un de 
nos actes consulaires daté du 24 novembre 1590. Il est 
aussi cité par Molard, 1803. 

Baliayé, ( royé nous, lo<; cqucvillcs de ce'e chambre. 

f.es Canettes, p. 190. 



175 

que de biaux manlscaux par lo tos de guenilles ! 
Que de richos bijoux parmc le z equevilles ! 

(0 que de beaux manteaux dans les tas de guenilles : — Que de riches 

bijoux parmi les balayures ! ) 

RoQuiLLE, Breyou, p. 47. 

— P. bourguignon. 

Aipré que note povre ville 

Fu mise dans les equeville. 

Virgille virai, liv. m. 

V. aussi le Gloss. desNoëls de La Monnoye. 
Langued.: cscoubillos ; — provenç.: escoubilhar. 
Roman : escohilha. 

Espagnol: escobillia; — italien, scoviglic. 
Ane. franc.: escouvilles^ esquevilles. 

Basse latin.: « EscohiUiœ; Sordes quœvis, purga- 
menta; Gall. ordures, balayures. — Scobilhœ ; Sordes, 
purgamenta. Provinc.: escoubilles. In statutis massilien- 
tibus ms. De fimo, vel terra, vel scobillis projiciendis 
in certis locis extra Massiliam. » Gloss. Ducange. 

La Monnoye et quelques autres étymologistes font 
venir emievilles du latin quisquiliœ, dont le sens, suivant 
Ducange, est Frumentorum purgamenta, et paleseereen- 
tatge. C'est avec beaucoup plus de raison que M. Bre- 
ghot du Lut et Molard le rapprochent de l'italien scovi- 
glie. Toutefois il a des rapports au moins aussi évi- 
dents avec les autres équivalents néo-latins que nous 
avons cités, et il est manifeste que par l'un ou par l'autre 
il remonte au latin scopa, balai. 

V. ci-dessus Colevou. 

EGRAFINER, graffigner. l. v. a. Egratigner. 

Très-usilés dans notre langage populaire. Molard, 



i76 

1803, cite egrapner et le définit rAction d'entamer la 
peau légèrement avec les ongles. 

C'est cncor un gonne que mord et graffine pas mal. 

Les Canettes, p. 202. 

— P. bourguignon. 

Si dan lo varve 

Leu de Tro allcin de Mignarve 

Tan seulement eçirnifcignai 

Le chevau que vos ai gonai. 

Virgille virai, ch. ii, p. 16. 

Langued. et provenç.: graoufigna, graoupigna ; graj- 
fignar, esgralfig.iar. 

Iloui! houi! plouravo, \\\q grafignonl 
Ai ! me grafujnon et m'espignon. 

(Oh ! pleurait-elle, ils m'égratignent ! — Ah ! ils m'égratignent et me 

piquent.) 

Mireio, eh. ii. 

Le Vocabul. du Haut-Maine a egrafigner et graffigner. 
On trouve en roman grafinar, esgra/înar. — V. Ray- 
nouard. 

Et en anc. français egrafigner, esgraffiner, graphiner. 

Ne te fie a mule qui rit, 
N'a femme qui de l'œil fait signe, 
Car l'une des pieds te ferit. 
L'autre des ongles i'esgr affine. 

Larivey, Les Tromperies., act. I, se. ni. 

Eusthenes lequel un des geans avait egrafignê quelque peu au visage. 

Rabelais, Pantagruel, liv. I, eh. xxx. 

Il (Gargantua) leur mordoit les aureilles ; ils (les chiens) lui gra- 

phinoient le nez. 

Id., Gargantua, liv. l, eh. u. 

Italien : graf faire, sgraffare. 

Basse latin.: « Sgrafignare; unguibus discerpere ; 
gall. KgratiLMier. » Gloss Ducange. 



477 
Egrafinure, graffignure, grafignura. l. s. f. Egratignure. 

Par faire remarque la motrua grafignura 
Et lo coup de solor qu'ai a su la figura. 

(Pour faire remarquer la petite egratignure — Et le coup de soulier 

qu'il a sur la figure.) 

RoQoiLLE, Les Ga7iduaises, p. 5. 

— P. bourguignon. 

Sans seulement faire en painture 
Au Gregeo ene egraifignure. 

Virgule Virai, ch. ii. 

Langued.; graoupignado ; — prov.: graffignudura^ 
esgraffignadura. 

Italien : graffi attira. 

On trouve l'anc. franc, agrafmeure cité au Gloss. 
Ducange, v° giifare. 

Roquefort et Honnorat font dériver les mots de cette 
famille du latin graphium, Stylet a écrire, et par lui du 
grec ^paçro, Graver, écrire. C'est une étymologie assez 
vraisemblable. Borel a rapporté graphigner a l'hébreu 
garaph. 

EIGUA, EGA. L. et F. V. a. Arranger, disposer, égaliser. 

Lou major que courit par zo tout bien eigua. 

(Le major qui courait pour tout bien meltre en ordre.) 

Chapelon, Entrée soL., p. 136. 

He bon vouere iquellou que fasiant iquai ma, 
Et qu'ompachiont louz autrou de zo voulé ega. 

(Hé bien ! c'étaient ceux-là qui faisaient le mal, — Et qui empêchaient 

les autres de le réparer.) 

Pohne sur le 9 thermidor. 

Je vouai chie grand Lionard faire ega moun battant. 

(Je vais chez le grand Léonard faire arranger mon battant.) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 72. 

12 



478 

Toi s'egue por lo mio. 

(Tout s'arrange pour le mieux.} 

RoQiJLLE, Lo Deputo manquo, p. 19. 

— P. bugisle. 

Fay alluma lo ciro ; 
No vequia bin ega. 

(Fais allumer le cierge, — Nous voilà bien alignés.) 

Noël de Vaux. — Dans les Noëls bressans, 
édit. Le Doc, p. 118. 

Provenc: eigar, egar. 

Roman : eguar. 

Honnorat le fait dériver du grec spyxa:, Travailler. 
Je crois qu'on peut le rapporter plus sûrement au latin 
œquare, Egaliser, aplanir, mettre en ordre. 

EIME. — V. AIME. 

EIRA, EYRÂ, ERA. F. V. Œ. Ouvrir. 

J'eirava bien mous zio et me z ourcille ; 
Ni je ne vio, ni n'entendio lengun . 

(J'ouvrais bien mes yeux et mes oreilles j — Je ne vis ni n'entendis 

personne.) 

Ant. Chapelon, Bohrun, p. 245. 

l'ait inventa de battiau a soupapa, 

Que s'eyriant, se sarriant quasi comm'una trappa. 

(II avait inventé des bateaux à soupape, — Qui s'ouvraient, se fer- 
maient à peu près comme une trappe.) 

Potme sur le 9 thermidor. 

Erant de grands yox, sans batoun. 
Dzins la via j'allava à tatoun. 

(Ouvrant de grands yeux, sans bâton, — Dans la rue j'allais à tâtons.) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 30. 

Eirar est- il une contraction du provençal aerar. Aé- 
rer, ouvrir a l'air? ou plutôt du latin aperire? 



i79 
EMBLOGI. — V. BLOGi. 
EMBUNY. F. 6\ m. Nombril. 

Mon petit venlrou, moun enibuny. 

Ballet forésien. 

Langued.; emhounil, embounigou. — Provenç.: em- 
hourigou^ embounit, ambonil. 

Roman : ambonilh, embelic. 

Espagnol : ombllgo. — Portugais : embigo, — Italien: 
ombilico. 

Latin: umbilicus, 

Embung est-il simplement une altération ù'umbilicus? 
Est-il un mot différent composé du langued. embe , 
Avec, ou du latin ambo, Deux, joint au latin iinus, Un; 
unire, Unir? Je suis porté a croire que le radical de 
notre mot est, en effet, umbilicus. mais que l'idée de 
l'union de la mère avec l'enfant est entrée dans sa forme 
actuelle. On sait, en effet, qu'une des tendances du 
peuple dans son langage est d'altérer les mois dont il 
ne comprend plus le rapport avec la chose exprimée, 
et] de leur donner une forme qui lui présente un sens 
tel quel. C'est un procédé qu'il applique fréquemment 
aux noms d'hommes et de heux. Dans sa bouche la rue 
Tramassac devient la rue Trois massacres, et Mathu^ 
salem, Mathieu salé. 

EMO. — V. AIME. 

EMPARA. F. V. a. Protéger, défendre, garanlir. 

Lous orphelins que ren n'empare 
Sont toujours remplis de défauts. 

(Les orphelins que personne ne défend — Sont toujours accusés de 
mille défauts.) Chvpelon, Chansons, p. 174. 



180 

— P. bugiste. 

Tcy, pran cela gran branclii, 
Per lo ven ampara. 

(Toi, prends cette grande branche — Pour détourner le vent.) 

Noël de Vaux, éd. Le Duc, p. 118. 

Roman : emparar, amparar (Raynouard). 11 est aussi 
cité par De Sauvages et par Hounorat comme employé 
dans l'ancien langage vulgaire du Languedoc et de la 
Provence. 

Catalan, espagnol et portugais : amparar. 

Rasse latin.: « Amparare. emparare ; Tueri, prote- 
gere. — Amparanlia^ amparalio ; Tutela, protectio. — 
Emparamentum, Munitio, propugnaculum; nostris, em- 
parement, a verbo emparer et emperer, Munire. » Gloss. 
Ducange. 

EN, ENTE. F. adv. de lieu. Où. 

Mon Dio, veiquiat en m'ant lougi 
Iquelou que m'ant menagi. 

(Mon Dieu, voilà où m'ont logé — Ceux qui m'ont ménagé.) 

Jac. Chapelox, Contrition d'un fénéant^ p. 270. 

Qu'ey devenu lou tion ente un simplou surgent 
Vous ori fat trembla un régiment de gent. 

(Qu'est devenu le temps où un simple sergent — Aurait fait trembler 

un régiment de gens.) 

ChapeloNj Testam. de Bellemine, p. 275. 

Un rond de tabla ente migeou me breyze. 

(Un rond de table dans lequel je mange mes bribes.) 

Ant. Chapelon, Bohrun, p. 246. 

L'etiala que vous parey 
Vous mène iqui ente au ley. 

(L'étoile qui vous apparaît — Vous amène ici où il est.) 

Chapelo>, Noël vm, p. 96. 



f 



i81 

En, enz, eut, paraît avoir été la forme la plus usitée 
en langue d'oil pour signifier ow (v. Gust.-Fallot. p. 363), 
tandis qu'on disait onte, ounte, en langue d'oc. — V. ce 
mot. — Cependant on trouve aussi ente dans le Diction, 
provençal d'Honnorat. 

ENDECHI. F. adj. Vicié, entaché, taré. 

Nou te direy pru endechit 

De sou que gy t'ey reprouchit. 

(Je ne tè signalerai plus comme entaché — De ce que t'ai reproché.) 

Ballet forésien. 

— P. dauphinois, clechi ; Faute, défaut. 

Pcr afin que celeu qui louz autro moquave 
Apprisse en s'eibatan iquen que mérita ve 
D'être fut ou prisia ; et lo foal orgoiliou 
Cognusisse sa dechi et se fisse meillou. 

(Afin que celui qui raillait les aulres — Apprît, en s'ébattant, ce 
qui mérite — D'être évité, ou d'être prisé, et afin que le fo 1 
orgueilleux — Connût son vice et devînt meilleur.) 

Lo Batifel de la Gisen, p. 58. 

Langued. : endec ; Tare, vice, défaut. — Endeca; 
Estropier, écloper, nouer ; maléfier. 

Limousin: endechat; Blessé. (Honnorat). 

Iliv.j-. . . 

Roman: decha ; deçà, endecs; Tare , défaut. — 
Endechat ; Taré , vicieux. 

Catalan : enlecal. 

Ancien français : ente cher , endechier , éntechier; 
Salir, tacher. (Roquefort). 

Les Espagnols et les Portugais ont un genre de 
poésie auquel ils donnent ce nom ù'Endechas : c'est 
une sorte de complainte ou de chant funèbre. 



182 
ENFENXl. F. V. (i. Infecter. 

Au lieu ({u'oujuai malheur, si malheur vou s'apclle, 
Say nous a cvfenci d'un régiment de pelle. 

(Au lieu que ce mallieur, si maliicur ou doit l'appeler, — Nous 
a infectés ici d'un régiment de filles débauchées.) 

CiiAPELON, La Miser'n, p. 194. 

Langued. et Provenç. : enferi, enfecir. 
Basse latin. : « Inficiaius\ Infectus , corruptus. » 
Gloss. Ducange. 

Enfecimen. F. s. m. Infection; chose qui infecte. 

Parque tant de sagnic et tant de lavameus, 
D'abiorageou et à'enfccimens ? 

(Pourquoi tant de saignées et de lavements, — De breuvages et de 

choses puantes ? ) 

Cbapelo.n, Chansons, p. 161. 

EXQUELIN. — V. ANQUILLIN. 

ENGRAUNIE. p. v. a. Egratigner. 

Mon pare la tapet ; y ly saute au chavio , 
Y Vengraunie a la viali et s'en sauve defo. 

(Mon père la frappa ; elle lui saute aux cheveux, — L'égratignc au 
visage et s'enfuit hors de la maison.) 

Jac. Chapelon, Educ. dos effans, p. 264. 

— P. dauphinois. 

Coman voz y alla ! Eito comme celey 
Que me faut enyrounic ? 

(Comme vous y allez ? Est-ce comme cela — Qu'il faut m'égra- 
tigner?) Pastor. de Janin, acte I, se. i. 

— P. limousin : engraugnar, engrougna, cités pai^ Hon- 

norat et par Beronie. 

On trouve aussi engraumo en patois languedocien , 
dialecte de Sarlat, dans les Poésies de P. Rousset. 



183 

ENTREiMA (s') f. eimrumo (s'), l. v. pron. Rentrer chez 
soi, se loger. 

J'ai veu lou plus biaux jours que veyrez de l'itio 
De belitre jurât, de vilain raontraquio, 
Avouai de bulle au dey, joueir de bon courageou 
Lou pcn de lours effans et tout lour afifanageou ; 
Et ne pas s'eiitremu que tout ne fût mingit ! 

(J'ai vu dans les plus beaux jours que je verrai de l'été — des bé- 
litres jurés, de vilains déguenillés, — Avec des boules aux doigts 
jouer de bon courage — Le pain de leurs enfants et tout leur 
bien, — Et ne pas rentrer chez eux que loul ne fût mangé.) 

CuÀPELON-, La Misera, p. 194. 

Et dre vait Sant-Estève arrivant promptameint, 
Madama s'eiyitrumi deins son appavtameint. 

(Et droit à Saint-Etienne arrivant proraptement, — Madame rentra 

dans son appartement.) 

RoQuiLLE, Lo Deputo manqico, p. 21. 

Sept prevegnis, tous sept dou mémo bord, 
Deins la preson vaut s'eintrumo d'abord. 

(Sept prévenus, tous sept du même bord, — Dans la prison vont 
se loger d'abord.) Id., Lo Pereyou», p. 21. 

En Dauphiné , on dit entrema la récolte , pour la 
rentrer, la mettre en ordre dans les greniers. 

Langued. et Provenç. : estremar ; Enfermer, mettre 
à l'abri. 

Eslremaz-vous ; Rentrez, gagnez le logis, (De Sau- 
vages). 

Lou pastre Alari 
Esireme soun vaseu. 

(Le pâtre Alard remit son vase sous sa veste.) 

Mireio^ ch. iv. 

Roman : estremar. 

Catalan et espagnol : extremar ; portugais, estremar ; 
italien, stremare. 



I 



i 



184 
EPECIER. F. V. a. Dépecer, mettre en pièces. 

Tous noulroiis reys de parcgians 
N'oirt rai veu de &emblabla piera. 
Parquet voudria-vous Vepecicr ? 

(Tous nos arrière-grands-pères — N'ont jamais veu une semblable 
pierre. — Pourquoi voudrioz-vous la mettre en pièces ? ) 

CiiAPELON, Requête, p. 216. 

Langued. : espcssa ; provenç. , espeça7\ 

Roman : espessnr. 

Italien : spezzare. 

Ane. français: especcr. <.(• Pecia,pelia] Fragmentum, 
frustum, membrum ; nostris Pièce... Hinc especer et 
specier apud poetas nostrates pro In pecias seu frusla 
comminuere, frangere. » Gloss. Ducange. 

ERENA , ENREiNA. F. V. a. Ereinter. ^ 

Gy i'erenarey d'acoulade. | 

(Je t'éreinterai d'accolades.) 

Ballet forésien. 

Loti jour d'oparavant il aïant tant souna 
Que lou porou Minguet n'ere tout enreina. 

Chapelon, Entrée, p. 138. 



Langued. : arena ; provenç., desrenar-, limousin, 
arenar. (Honnorat). 

Ane. franc. : errener , Rompre , casser les reins. 
(Gloss. de Roquefort et Diction, de Boiste). 

Errener et ses analogues précités des dialectes mé- 
ridionaux étaient i3eaucoup mieux formés sur le radical 
latin que le français ereinter . dans lequel l'introduction 
du l est une altération sans motifs. 



i 



185 

ESCOFFIER. L. s. m. Marchand de cuirs, tanneur, mé- 
gissier. 

On le trouve dans le procès-verbal de l'élection des 
Consuls de Lyon de 1352. 

Le Gloss. de Roquefort le donne comme usité en 
anc. français. 

Le Gloss. de Ducange a escofferius^ Qui vendit coria; 
Gallicè, Tanneur ; apud Sabaudos, Escoffier. 11 en cite 
des exemples dans une charte de Thoissey de 1404 , 
et dans une charte de Chalamont de 1397. Il ajoute 
qu'a Ambronay une place sur laquelle habitent plu- 
sieurs marchands de cuirs et de peaux s'appelle encore 
place de YEscofraie. 

ESMINE , HEMiNE. L. et F. s. /. Mesure de grains et de li- 
quides, suivant d'anciens titres. Je crois que ce mot 
a désigné aussi, dans nos provinces, une mesure de 
superficie; mais je ne l'ai trouvé avec ce sens dans 
aucun titre. 

Langued. et provenç. : emino^ emina, eminal; me- 
sure de capacité pour les grains, les fruits, les Uquides. 

Roman: emina, mina\ mesure de capacité et de 
superficie. 

Anc. franc. : eminal, eynine, mine ; mesure de terre, 
de grains et de liquides. (Roquefort). 

Anc. espagnol : emina; latin : ynina. 

Le Gloss. de Ducange v"' hemina, emina, mina, en 
rappelant les nombreuses dissertations qui ont été pu- 
bliées sur la valeur de l'Emine, fait observer avec beau- 
coup de justesse que cette valeur différait grandement 



186 

dans les provinces de la France. Il indique que Thé- 
mine de vin aux environs de Beaujeu était égale a une 
demi-ânée, et que l'ânée valait huit quartes ; qu'en 
Dauphiné l'hémine de vin était égale au setier. 

Suivant Honnorat, Vonina en Provence valait la moi- 
tié du setier et se composait de 8 carterées ou bois- 
seaux. Suivant De Sauvages, en Languedoc Veminal 
valait ia moitié du setier, et ïemino ^ huitième partie 
de la saumée, se divisait en huit boisseaux. 

ESPERA. F. s. f. Attendre ; affût , guet. 

Et vouei un rudou ma que de vivre a Vespe7'a. 

(Et c'est un rude mal que de vivre d'attente.) 

Chapelon, La Misera, [). 200. 

Et lou plus souvent vou s'entorne a Vespera. 

(Et le plus souvent on s'en retourne chercher de nouveau.) 

Id., Mi de Moi, p. 149. 

Langued. et provenç. : espéra; espéra. — Ana a 
Xespero ; aller à l'affût. Lou ca es a Vespero ; le chat 
est aux aguets. (De Sauvages). 

Roman ; espéra. 

Dans tout le midi de la France , esperar, et dans 
l'ouest, espérer, sont synonymes d'Attendre avec im- 
patience- — V. De Sauvages, Honnorat et le Vocabul. 
du Haut-Maine. 

Espérer était fort usité en ce sens en anc. français, 
et on le trouve encore au XVH^ siècle. 

Pour moi lout le premier je veux faire gambade, 
Car j'espère aujourd'liui don Juan d'Alvarade. — 
Espérez, espérez cet agréable époux. 
Moi y espère la mort moins cruelle que vous. 

ScARRON, Jodelet, acte il, se. v. 



187 

Le Gloss. de Roquefort , v° espérer, cite deux pas- 
sages de Joinville dans lesquels Ducange a interprété 
ce mot par Craindre , appréhender. Je ne crois pas 
qu'Espérer ait jamais eu ce sens. Il signifie Attendre 
dans les passages cités, et notamment dans celui-ci : 

yespcroie beaucoup plus la mort que la vie, car j'avois 
l'apoustume en la gorge. — Joinville, Hist. de S, Louis. 

Roquefort ajoute, v° en espieral, que dans le midi de 
la France espieral signifie parfois le Crépuscule , c'est- 
à-dire, l'instant où l'on va se mettre a l'affût. N'est-il 
pas possible que dans ce dernier sens le substantif 
vesper ait contribué avec le verbe sperare a l'étymo- 
logie de notre mot? 

ESkSOUBLA, essoblâ, esseubla. f. esseblâ, essiblo. l. v. a. 
Oublier. 

Wessoublava jamais de faire mon devey. 

(Je n'oubliais jamais de faire mon devoir.) 

Jac. Chapelon, Educ. dos effans, p. 265. 

Vous n'essoublari pas de bien faire étreiller 
Quatrou cents galapians qui arretont loir gibier. 

(Vous n'oublierez pas de bien faire étriller..,) 

Chapelon, A M. de St-Priest, p. 106. 

Peusson quand lou soulé a chassi lou nuageou , 
Le carme que revint fat essouhla l'ourageou. 

(Ensuite quand le soleil a chassé les nuages, — Le calme qui revient 
fait oublier l'orage.) Poëme sur le 9 thermidor. 

Aul essoble qu'aul a grandzit ; 
Et par essouhla la viellessa. 
Au bramara jusqu'à la fin : 
Vive la joie et lou bon vin ! 

(Il oublie qu'il a grandi , ~ Et pour oublier la vieillesse, — Il 
chantera jusqu'à la fin : — Vive...) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 17. 



188 

Ki etchi la malherousa ke t'a fa ekai grouin ? 
E t'a pas essoubla lou ua. 

(Qui est la malheureuse qui t'a fait ce grouin ? ~ Elle ne t'a pas 

oublié le nez.) 

Bemou et Baroueni, p. 7. 

Ne devou pas 
Esseubla de le dire 
De regardla .... 

(je ne dois pas — Oublier de le dire — De regarder. . .) 

Chans. de Montbrison. 

Mais, pardon si vo plait; deins quela circostanci, 
3'essiblovo doux mois qu'anl assez d'eiraportanci. 

RoQUiLLE, La Gorlanchia^ p. 40. 

Reliens met cel' adajo 
Qu'est plein d'aymo et surlout qu'est l'ami de la paix, 
De la tranquililo ; ne Vessebla jamais. 

(Retiens-moi cet adage, — Qui est plein de sens, et surtout qui csl 
ami de la paix, — De la tranquillité; ne l'oublié jamais.) 

Hymne à la Concorde, p. 22. 

P. dauphinois : eisubla, eisibla. 

Et quand de cen passion u sarit accabla 
Sitôt qu'u l'et en train, u les at eisuhla. 

(Et quand de cent tourments, le joueur serait accablé, — Silôt 
qu'il est en train, de jouer ., il les a oubliés.) 

Lo Bddfèl de la Giseti, p. 53. 

Adieu , rC eisibla pas de m'adure un fromageo. — 
.Veisiblarai plutôt de bere a mon dina." 

Paslor. de Janin, acle IV, se. m. 

P. bressan. 

Mai n'essubla pas la froce 
De monsu Zan Guillermin. 

(Mais n'oubliez pas la froche , espèce de sui-plis, — De M. Jean 
Guillermin.) 

Noël de Jasseros : Koëls bressans, édil. Le Duc, p. 30. 



I 



489 
— P. du Rouergue. 

Et n'essoublidès pas qu'avès un jonine efan 
Qu'a besoin de cultiou trc? ou quatre copsl'an. 

Peyrot, Les quatre Saisons, p. 120. 

Le Diction. d'Honnorat donne en provençal eissou- 
bliar, eichouhliar qu'il attribue spécialement au dialecte 
marseillais, et il y voit une simple variante d'oiibiiclar, 
Oublier. Je doute fort de la justesse de ce rapproche- 
ment auquel la plupart des formes que nous avons 
recueillies ne se prêtent pas. Je croirais volontiers 
qu'essoubla et ses analogues se rapportent h sabla, 
sibla, dont le sens direct est Siffler, souffler, et le 
sens figuré Dissiper, faire disparaître. 

ESSOURLIE. F. EssoRLi. l. v. a. Assourdir, abasourdir, 
étourdir. 

Que sau jou mai ? j'ai prou d'autre veyie 
Que laissou equi par ne pas m'esso^^rlie. 

(Que sais-je plus ? j'ai assez d'î^utres objets, — Que je néglige pour 
ne pas me casser la tête.) 

Ant. Chapelon, Inventoirou de Bohrun, p. 247. 

Lou tambour, lous obois vant tous nous essourlie. 
(Le tambour et les hautbois vont tous nous assourdir.) 

Chapelon, Noël V, p. 123. 

Musa, quiesi ton bet, te m'essorlie, j'ai suin. 

(Muse, tais ton bec, tu me romps la tête, j'ai sommeil.) 

RoQiiiLLE, Breyou, p. 20. 

Langued. . eissourda ; provejaç, : eissourdir. 

ETA, EiTA. F. ETC. L. V. n. Estcr, demeurer, reposer, 
être; subsister. 

Ce verbe, dont il ne faut pas confondre l'infmitit avec 



i90 

les formes patoises du participe passé du verbe Être, 
été, est un dérivé du latin stare. 

Laissie m'eita. me faidc gin de frais. 

(Laissez-moi en paix , ne me faites point de frais.) 

Chapelon, Requête, p. 221. 

Leyssie meta voutra marea , 
Que jamais je n'en vea. 

(Laissez-moi là votre marée, — Que jamais je n'en voie.) 

Id., Chanson, p. 153. 

Ne creyo pos mo faire, et n'ai pos mérite 
D'être ainsi garreyi ; monsu, laissi me eto. 

(Je ne crois pas mal faire, et je n'ai pas mérité — D'être ainsi mal- 
traité ; monsieur, laissez-moi en paix.) 

RoQuiLLE, Les Ganduaises, p. 39. 

■ P. dauphinois. 

Vo lui faites vergogni, alla vo promena, 

Leissie Veyta. 

Pastor. de Janin, acte V, se. in. 

- P. savoyard. 

On laisse eita nostra vertu. 

Fanfares et Courvées abbadesques. 

Langued. et provenç. : estar. 

You vou counouiei pas, ancin laissa m'esta. 
(Je ne vous connais pas, ainsi laissez-moi tranquille.) 

Lou Groulie bel esprit, acte II, se. x. 

Roman : eslar. 

Catalan , espagnol et portugais : eslar ; Italien , 
stare. 

Prima i migliori e lascia stare i rei. 

Le français esicr n'est plus employé que dans le 
langage du palais, ester en jugement \ mais il était d'un 
emploi plus général en anc. français. La locution lais- 
ser ester est citée par Roquefort et dans la partie fran- 



191 

çaise du Gloss. de Ducange. On la trouve fréquemment 
dans les anciens auteurs. 

Je vous prie, laissez-moi ester, car la tête me rompt. 

Les quinze Joyes de mariage, p. 47. 

ETAVANI. F. V. a. Suffoquer, e'tourdir, faire pâmer, faire 
évanouir. 

Voutre fortes reysons m'en tout etavany. 

(Vos fortes raisons m'ont tout étourdi.) 

Chapelon, Thèse, p. 224. 

Langued. et provenç. : estabani, estavanir. 

Estavany se trouve dans le Diction, du patois du 
Rouergue , qui accompagne les Quatre Saisons de 
Peyrot. 

ETOGI, ETAUGi. L. et F. V, a. Epargner, réserver, écono- 
miser 

Dans le Lyon en vers burlesques^ V^ journée, p. 29, 
une batelière dit aux gens qu'elle engage a monter dans 
sa barque pour passer de la Croix du Sablait , quartier 
Saint-Georges, k l'Arsenal : 

Vo gateri un sou de solards 
Per volai etogi deu liards. 

(C'est-à-dire, si vous faites le tour par le pont de Bellecour, vous 
gâterez vos souliers pour un sou, en voulant épargner deux liards.) 

E te Guillot avoy Bidault, 
Wetogie pas lou soubresault. 

(Et toi Guillot, avec Bidault, — N'épargnez pas les gambades.) 

Ballet forésien. 

Car sa fenna ni set n'ayant ren etogit. 

(Car sa femme ni lui n'avaient rien économisé.) 

Chapelon, Oraison funeh.,^. 163. 



192 

Traita me en couquin. 
Si î'etaugeou un sou mot de mon meillour latin. 

(Traitez-moi en coquin, — Si j'épargne un seul mot de mon meil- 
leur latin.) Id., Bouquet, y. 230. 

Chacun mingeave de poulat; 
l^i'etojavant pas la pitanci. 

LiNOssiER, Moussue Prfigfçs, p. 5. 

— P. maçonnais. 

Mon Di, i ne s'etojo7i guaire , 
An venian de se loin to tray. 

(Mon Dieu, ils ne s'épargnent guère, les Rois mayes^ — En venant de 

si loin tous les trois.) 

Noëls maçonnais, p. 23. 

— P. bressan. 

Ena garda roba 
De noyi per etoyé 
Lo buro qu'on y peurtera. 

(Une armoire — De noyer pour enfermer — Le beurre qu'on y 

portera.) 

Noël de Bourg, édit. Le Duc, p. 21. 

Langued. : esluchar; serrer, enfermer. 
Provenç. : esluiar^ eslugear, estoiar. 
Roman : estuiar. 

Aysso es aqueil be quç Dicus estuia a ssos araix. 

(C'est là le bien que Dieu réserve à ceux qui l'aiment.) 

Citât, du Lex. de Raynouard. 

Catalan : estogar. 

L'anc. français estider, esluyer, estoier, signifiait k 
la fois Enfermer et Épargner, économiser. Il est cité 
avec ce double sens dans le Gloss. de Ducange, v** es- 
tugium et v*" salvare. On trouve notamment k ce der- 
nier mot l'extrait suivant d'un sei^mon manuscrit sur 
le miracle des Noces de Cana : 



I 



493 

« Autre gent metent en avant lor bon vin et lo meil- 
lor... et tu as fait le contraire, car tu as esloié le meil- 
lorjuzca ores. » (Tu autem servasti bonum vinum usque 
adhuc. — S. Jean, ch. ii, v. 10). 

Estuié a encore été employé par les auteurs français 
du XVI« et du XVII« siècle. 

Je ne suis pas un Dieu pour me changer en pluye, 
Dessous un cygne blanc mes flames je n'eshiye. 

Ronsard, Sonnet 57. 

Portrait qu'au fond de l'or si chèrement j'eatuie. 

Poés. de Bertai't. 

Notre substantif é^m appartient au même radical. 

ETROUSSA. F. V. a. Déchirer, rompre, estropier, tordre, 
plier. 

Lou quartier vint dcsert, lengun lai vo passa, 
Ni de not, ni de jour, crainti de s'etroussa. 

(Le quartier devient désert ; personne n'y veut passer, — Ni de nuit, 

ni de jour, de peur de s'estropier.) 

Chapelon, Sieqiiêtie, p. 204. 

Provenç.: troussar, trossar ; Rompre, tordre, replier. 

Mai quau ansin brando Us euse ? 
Ai ! soun troussa coume de feusc. 

(Mais qui ébranle ainsi les yeuses? — Aie! elles sont tordues comme 
des fougères.) Mireio , ch. vi. 

Roman • trosar, casser; mettre en tros, en morceaux. 

On trouve dans le petit Dictionn. to.ul,ousain de Dou- 
jat qui accompagne les œuvres de Goudouli, et d'après 
lui dans le Dict. de De Sauvages et celui d'Honnorat, 
eslrom, trinca çresiroMS, eueslrous, Trancher tout net, 
entièrement. 

Ane. franc,: etrusser; Tronquer, mutiler, couper, 
abattre (Roquefort). 

13 



On dit en français Trousser un poulet^ un levraut, 
ce qui veut dire, leur briser et tordre les membres de 
façon h les rapprocher du corps. Le Diction, de l'Acad. 
1835, qui rapporte cette expression, y voit une variante 
de Trousser, relever, replier. Je crois qu'il se trompe 
sur l'origine du mot et sur son véritable sens étymolo- 
gique, qui doit être rapporté au roman tros, Morceau, 
fragment, débris. 

C'est dans le même ordre d'idées que certaines ma- 
ladies violentes et mortelles, telles que la colique de 
miserere et le choléra, étaient jadis appelées dans le 
style familier uii trousse-galant, c'est-a-dire un Mal qui 
brise l'homme le plus robuste. 

Basse latin.: « Trossalus ; Divisus, intercisus, inter- 
ruptus. — Slrusare ; Collidere, iUidere, conterere; Gall. 
Froisser. Chron. Bergom. 1406. Qui currendo cum una 
equa cecidit et se strusavit contra unam arborem. Haud 
scio an in Gallicum eslrusscr, eadem, ni fallor, notione. » 
Gloss. Ducange. 

EULY, ELiLLi. F. s. f. Aiguille. 

Veuly ue marche plus. 

(L'aiguille ne marche plus.) 

Chapelon, Avis par /aire un relogeou, p. 209. 

Seis euilles. 

(Six aiguilles.) Id., Testament, p. 182. 

— P. dauphinois.: eiUion; Aiguillon. 

QuiUa mcy queu meli , crey me, repren Veulion. ^^ 

(Quitle-moi ce métier, crois-moi, reprends l'aiguillon.) 

Dialogo de dou 'paysan de ley Granges. 

Eulij est une abréviation du roman agullia, Aiguille 
dont le radical paraît être le latin acus; Pointe, dard. 
Ane. franc.: esiville ; Aiguille (Roquefort). 





195 

EVARACHIE. f. v. a. Eparpiller, mettre en désordre. 

La babarauchi el loii drot * 

Que farit de tous Ion juchie 
Le zalène z evarachie. 

(Le fantôme et l'épouvantail — Qui ferait de tous les juchoirs — Fuir 

les poules en désordre.) 

Ballet forésten. 

Iquelous biaux chavios et Jour genta coueffura 
Qu'ey sont evaracMs el couma ey fant jartura î 

(Ces beaux cheveux et leur jolie coiffure, — Comme ils sonts en dé- 
sordre et comme ils tombent défaits et sans grâce ! ) 

Ânt. Chapelon, Caracterou de le fille, p. 237. 

EYGUA, eau. — V. aigua. 



FACINEY. F. s. m. Sorcier, enchanteur. 

Si belta reu din lou paney, 
Je m'en voi, couma un fc^ciney, 
Derouba voutre poule. 

(Si vous ne mettez rien dans notre papier, — Je m'en vais, cofi^me un 
sorcier, dérober vos poules.; 

Chapelon, Mi de Moi, p. 151 . 

Langued.: fachigné. 

Roman : fachurier, fachiliera 

Ane. catalan : fatillera. — Portugais : feiliceira. 

Ane. franc.: fachignier.facinier, fachil; Sorcier, en- 
chanteur. — Fachiiier, enfaxciner , Enchanter, char- 
mer, ensorceler. 

Basse latinité : « Faccinerius : Fascinator, prœstigia- 
tor, aUas nostris facinier. Litt. remiss. 1456. Estoit 
commune renommée ou païs qu'icellui Jehan estoit sor- 
cier et /ac/mer. » Gioss. Ducange. — V. au même Gloss. 
fachinerarius et fascinai' e. 

FARBELA. l. et f. s. f. Frange, falbala, et ironiquement, 
Guenille. 

Au n'aït jamais qu'un habit, 
Sa chamisi ère de farbelles. 

(11 n'avait jamais qu'un habit, — Sa chemise était de franges, de gue- 
nilles.) 

Ant. Chapelon, Dobruti, p. 255. 



197 

Drct qu'au s'ere pardu quauquc matrua farbela, 
Jacques prenit dou so par n'en savez nouvela. 

(Dès qu'il s'était perdu quelque méchante guenille, — Jacques de- 
mandait deux sous pour en savoir nouvelle, pour la crier.) 

Chapelon, Orozon funebra, p. 183. 

Quand ji ponsou a les paures filles 
Dount chacun chople les guenilles, 
Tout on vontant sans se gêna 
Les farbelles dzun leva na. 

(Quand je pense aux pauvres filles — Dont chacun foule aux pieds les 
guenilles, — Tout en vantant sans se gêner — Les falbalas de quel- 
que lève-nez.) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 37. 

S'a dzit que moz efîants trenassont \afarbella. 
(S'il dit que mes enfants traînent la guenille.) 

RoQuiLLE, Les Ganduaises, p. 17. 

La campagni sera purgia de celles pelles 

Que depessont los nids, bettont tôt en farbelles. 

(La campagne sera purgée de ces vagabonds — Qui défont les nids et 

mettent tout en pièces.) 

kymna à la Concorda, p, 33. 

Farbelolsà. l. s. f. Femme en guenilles, vagabonde. 

Due farbetouses dou Mol ion. 

RoQUiLLE, Les Gatiduaises, p. 13. 

FARETTA. f. s. f. Provision, bombance. 

Faire ses f ar elles ; Faire ses provisions, faire bom- 
bance, faire ses affaires. 

Do tionquej'era amant, fs(zin bieh me farcîtes: 

;Dù temps que j'étais amoureux, je m'en donnais à cœur joie.) 

Chapelon, Chanson^ p. 158. 
Sans trompettes. 
Ni sans tamboues, 
A la sordzina ji founis mes fàréttes. 

Chans. de Philippon, 1842, p. 11. 



198 

Faire ses farcUes est aussi au BadrI forèsicn. 

Provenç.: farrel; Fagot, botte, quantité. Faire soun 
f arrêt; Faire ses orges, son profit; remplir ses bottes. 
(Honnoral). 

FARGINA. F. s. f. Sac, besace. 

Sins moblo, sins effets, gropos par la lamina, 
liou demorc plus qu'a prindrc ina fargina. 

''Sans meubles, sans effets, en proie à la faim, — Il ne leur reste plus 
qu'à prendre une besace pour mendier.) 

RoQuiLLE, Breyou. p, 58. 

— P. dauphinois. 

Pru debraillia qu'una vieilli farrjina. 

La batifel de la gisen, p. 47. 

Ne vient-il pas du latin sarcina? 
FARNEYRI. f. s. f. Besace, havresac, panier. 

Bargie et Bargeyre 
Courriant iou galot, 
Avouay lour farneyre 
Chargis de chiorot. 

(Bergers et bergères — Couraient au galop — Avec leur sac — - Char- 
gé de chevreaux.) 

Chapelos, Noël III, p. 83. 

Jamais jour fut mio désirât 
Que démo lo jour qu'o saral, 
Do bargierel bargère, 
Par mingie lour farneyre. 

(Jamais jour ne fut plus désire — Que le jour qu'il sera demain,— 

Des bergers et des bergères — Pour manger le contenu de leur 

havresac.) 

Id., Mi de moi, p. 150. 

Ce qu'ey pouyant rouba ey n'on fasiant farneyri. 

(Ce qu'ils pouvaient voler, ils en faisaient besace.) 

Poème sur le 9 thermidor. 



J99 

Farineiro ou farneiro, farinicra, fanieira, désignent 
en langued. et en provenç. une Boîte ou un coffre à 
mettre de la farine. 

Dans nos patois, fameyri désigne spécialement ce 
petit sac que les bergers portent aux ch.imps et dans 
lequel ils placent les"aliments de la journée. C'est hpera 
pastoratis que portait David lorsqu'il était berger, et dans 
laquelle il plaça la pierre qui frappa Goliath. 

FENA, FENNA, L. et F. s. f. Femme. 

Vique donqiie le z amourette, 
Vique le fene et le fillette. 

(Vive donc les amourettes, — Vive...) 

Ballet foré sien. 

\ Jamais je ne cheyrez aux fialars de le fene. 

'Jamais je ne tomberai dans les filets des femmes.) 

Ant. Chapelon, Caracterou de le fille., p. 238. 

Pin, pan, 
Un boun vivant 
Biave la pena, lou sort et sa fena. 

Chans. de Philippon, 1853, p. 14. 

Si vou eria pas ena fena., 
Vou baliarin ein peta que n'on vœudri la pena. 

(Si vous n'étiez pas une femme, — Je vous donnerais un soufflet qui 

en vaudrait la peine.) 

LiNossiER, Reinou et Barouejii, p. 18. 

Vimoun outra B;irbadaiga avouai sa fenna. 

id.. Un Bouche?', p. 2. 

Efans, fenes, vieliords, prolétaire, rintsi. 

^Enfants, femmes, vieillards, prolétaires, rentiers.) 

RoQL'JLLE, Breyou, p. 68. 

— P. bugiste. 

De Poncin les fennes, dil-on. 
Comment les fennes de Couson , 



"200 

Sonl inHicnes, acariâtres. 
Les unes vis à vis les atres. 

Fables du P. Fkoment, p. 21. 

— P. dauphinois. 

Egnat point de fia ii Pater de le f'ene. 

(Il n'y a |)oint de fiai au Paler des femmes ; il )ic faut point se fitr 
aux femmes.) 

Pastov. de Janin, aCl. V. se. i. 

— P. savoyard. 

Quand j'aiin bin per fortuna 
Alanl de lenguc qu'una fenu. 

Prologue par un messager savoyard. 

En réduisant a deux les trois syllabes du latin femina^ 
le français a gardé Vm et nos patois l'n. Le roman in- 
termédiaire disait jemena et femna. 9 

Langued. et provenç.: fenno, femo, femou; femna^ 
fena, fenna. 

On trouve au Gloss. de Ducange fenna, extrait d'une 
Charte d'un Cartulaire de Mâcon vers 1100, et dans la 
partie française fenne, cité d'après un texte de la Chro- 
nique des Ducs de Normandie. f| 



FERAIN, FAïuiN, FARiN. L. adj. On appelle à Lyon pam /erain 
le pain de seconde qualité, inférieur au pain blanc et 
supérieur au pain bis. 

On disait jadis pain farain et farin. 

M. Breghotdu Lut, MèL, t. I, p. 299, cite deux pla- 
cards de la municipahté lyonnaise du commencement du 
XVie siècle, dans lesquels on lit que le pain farin sera 
de cinq et de dix deiiiers tournois. 

11 rappelle aussi une Ordonn. municip. de 1539 citée 
par Paradin, Mèm. de ihist, de L\j,on,A\\. 111, cli. 26, 
portant que le? boulangers ae feraient plus que deux! 



I 

i 



201 

sortes de pain, la miche et le pain farain ou bourgeois ; 
que la miche serait « de fine fleur de bon froment à 
« main de boulanger, passé au plus On et prin barileau, 
« environ la tierce partie d'une asnée «, et que le pain 
farin serait fait avec le reste « de l'asnée passé avec le 
« reprin resté de ladicte miche et dudict fin et prin 
« bariteau, au deuxiesme bariteau appelé bastard. » 

M. Breghot, Loc. cit., estime que cette expression 
pain ferain vient de panis farreus, far , Froment, radi- 
cal de farina; ou de panis forensis, Pain forain, de mar- 
ché. Je crois qu'il se trompe. Ferrenc, ferrant, feran, 
en langue romane signifie Gris, couleur de fer; Peijra 
en color ferrenca, Pierre de couleur de fer; Un belpa- 
lafre feran. Va beau palefroi gris. — V. Raynouard, v" 
ferrenc, farrant, amblar. — Or, le nom des autres es- 
pèces de pain, pain blanc, pain bis, etc., indique assez 
que ferain , faràin est ici encore la désignation d'une 
couleur. 

FEUILLETTE, l. s, f. Petit tonneau dont la contenance est 
de la moitié d'une bareille, soit de 105 litres environ. 
On la regardait autrefois comme équivalant à un demi- 
muid, ou a 144 pintes de Paris. 

Cité par M. Breghot du Lut, MéL, t. il, p. 136. 
— P. bourguignon. 

« Fillotte est un demi-muid de vin. On dit vulgaire- 
« ment a Dijon fillette ; le bon usage est p^irr feuillette. » 
La Monnoye, Gloss. des ISoëls. 

Provenç.: « Fulhcta, Feuillette, ancienne mesure 
« pour le vin, qui équivalait à un demi-muid ou 14-4 
« pintes de Paris. » Honnorat. 

Il ne faut pas confondre la feuillette encore connue 



202 

et usitée dans nos pays avec une autre mesure des 
liquides d'une contenance beaucoup moindre appelée 
folieUa, et quelquefois aussi feuillcllc, qui esl aujour- 
d'hui hors d'usage, et dont le nom même ne vil plus 
que dans les souvenirs de quelques vieillards. 

V. FOLIETTA. 

FEYA. L. et F. s. f. Brebis. 

Gcntilomou de pa icnguet, 
Que do sa lancy furiousa 
Tuarït une feya focrousa. 

(Gentilhomme de pas grand chose, — Qui , de sa lance furieuse, 

— Tuerait une brebis foireuse.) 

Ballet forésien. 

Lou gros Sant Juan par dressier son epeya 
M'a approumé dou rogcarons de feya. 

(Le gros Suint-Jean , pour redresser son épée, — M'a promis deux 
rougerets, espèce de fromage., de brebis.) 

Ant. Chapelon, Bobrun, p. 247. 

El vous sarias en jouai si oz entendia biala 
Lous cfans do moutons et de le pore feyn, 
Qu'eyrant par le mesons sarvir de fricasseye. 

(Et vous seriez en joie si vous entendiez bêler — Les pctils des 

moutons et dos pauvres brebi«, — Qui iraient dans les maisons 

pour être mis en fricassée.) 

Chapelon, La Careyma., p. 189. 

Comma quand trenta loups poursuivent ina feya. 

RoQLiLLE, Breyou, p. 81. 

— P. bugiste. 

Criste, fay que le feye 
Ne possin avorta. 

Noël de Vaux^ édil. Le Duc, p. 1 19. 

— P. dauphinois. 

Grenoblo, bona racynageyri, 



203 

N'a pas besoin d'una bergcyri 
Par garda se feyc du lou. 

Pastor. de Janiii, acte l, ic. dcin. 

— P. maçonnais. 

Lé faye, ne lé cabri, 

De lou ne serian pliu pris, 

Noëls màcuntKtis^ p. 42. 

— Langued. et provenç. : fedo, fcdn, fea. 

Perd lou mouceu/bdo que bramo. 

(Brebis qui bêle perd sa dentée.) 

Mireio, eh. ii. 

Roman : fea, feda. (Raynouard). 

Basse latin. : feda, fêla, fœta.^Y. le Gloss. Ducange 
à ces mots. 

M. Raynouard a fait observer que Fœta dans ce sens 
a été employé par Virgile. Ecloga I : 

Non insucta graves tentabunt pabula fœtas. 

FILIAT. F. FiLiATRE, FiLLATRE. L. S. m. Bcau-fils ; fils d'une 
première femme ou d'un premier mari , privignus ; 
gendre, gêner. 

vo que S(»n p.liat de son bein hereteysc, 
Mouyennant de paye a sous autîou mcynat 
La souma et la pension ci-dessus denoumat 

(11 veut que son gendre hérite de son bien, — A h condition de 

payer à ses autres enfants — La somme et la pension ci-dessus 

indiquées.) 

Jac. Chapelon, Testament, p. 174. 

Père Baroueni, vous pouri vous vanta 
D'avé ein filia que sara pa on rctâ. 

(Père Baroueni, vous pourrez vous vanter — D'avoir un gendre qui 

ne sera pas eu retard.) 

Remuu et Baroueni, p. 5. 



204 
FiLiAT. F. S. /. Belle-fille, privigna; bru. 

Tous mous parens, ma filiat et ma fcna. 

(Tous mes parents, ma hixi et ma femme.) 

Ant. Chapelon, Bobrun^ p. 240. 

Langued. : filia', gendre; bru; — fîliaslre ^ beau- 
fils. 

Roman : pilastre , filhaslre ; beau- fils. 
Catalan : fillaslre ; espagnol , /njastro ; italien , /î- 
gliastro. 

Roquefort donne en anc. franc, filatre , filliaslre dans 
le sens de Gendre et dans celui de Bru. 

Pasquiej', Rechcrch. de la France^ vin, 50, explique 
slîhsi ce mot : « Nos ancêtres... usèrent du mol paras- 
« Ire comme de marastre pour descouvrir celuy que 
« nostre mère avoit espousé en secondes noces , et 
« semblablement de fillaslre pour nommer le fils de 
« nostre mary ou femiiïe qui estoit issu d'autre ma- 



« nage. » 



En rappelant ce passage de Pasquier, dans lequel 
fillaslre a le sens de beau- fils, privignus , M, Breghot 
du Lut, Mélanges, l. 11, p. 137, dit que le mot est 
lyonnais et qu'il signifie gendre suivant Ménage , et 
beau-fils suivant Spon. Nos citations, d'autre part, ne 
donnent a filiat que le sens de gendre. Mais on sait 
que ces deux sortes d'alliances sont très souvent ap- 
pelées dans les langues modernes de la même déno- 
minaftion. Beau-fils s'applique à toutes deux en fran- 
çais, et il en a été de même de filiastre et de ses ana- 
logues dans les dialectes des provinces. 

Le Gloss. de Ducange a filiaster, privignus, et filias- 
1er, gêner , sur lequel il cite filiastre comme lyonnais 



205 

avec le texte suivant de Lett. remiss, de 1419 : « Jehan 
du Crot fiUaslre ou gendre du suppliant. » 

Il a aussi filiaster, pro Filio sororis, elfiliastra, Pri- 
vigna. 

FIOLAI. F. s. m. Sifflet, flageolet. 

Y l'ayant quauque liard avouai que m'acheteron 
Pompillons et tambours et chantres et fioliaux. 

(Ils avaient quelque argent avec lequel ils m'achetèrent. . .) 

Jac. Chapelo», Educ. dos effans, p. 265. 

Un fiolai de Saint-Liaudou. 

(Un sifflet de Saint-Claude.) 

Chapelon, Testament, p. 179. 

Langued. : fioulei; flageolet, sifflet. 
FroLA. F. V. n. Siffler, jouer du flageolet. 

Mon estoiimac fiole couma un rachat. 

(Mon estomac siffle comme un oiseau de proie.) 

Ant. Chapelon, Bohrun, p. 240. 

Douey viaule, 
Un petit tambourin et un garçon que fiole. 

(Dçi^x vieUe^, un petit; tambourin , et un jeune garçon qui joue du 

flageolet.) 

Chapelon, Entrée solen., p.H7. 

Fiola signifie aussi Boire, et particulièrement Boire 
avec excès, s'enivrer. Ce n'e^t a mon sçns que le même 
mol pris dans une acception figurée, l'individu qui boit 
a la bouteille faisant un geste semblable ^ celui d'un 
homme qui joue d'un instrument k vent. C'est ainsi 
qu'on dit encore Flûter et Siffler un verre de vin. \\ 
serait possible aussi que fioler, Boire, vînt de fiole , 
phiala; et peut-être même est-ce la ressemblance 
des deux mots qui a donné naissance a cette méta- 
phore populaire. 



•206 

Y fiolavout tant durant toute la fcta 

Qu'o n'y ait lou dou tier qui proniant ma de tcta. 

(Ils buvaient tant pendant toute la fête , — Qu'il y on avait les deux 

tiers qui prenaient mal à la tète.) 

CuAPELON, Entrée, p. 120. 

— P. bressan. 

On fara bali 
A Zan de la Cova 
La clio du celi 
Per fore fioulo dans l'etoblo 
A la santo de Loyi. 

(On fera donner — A Jean de la Cave — la clé du cellier — Pour 
faire boire dans l'élable — A la santé de Louis.) 

Noël de Bourg ^ édit. Le Duc, p. 15. 

Langued. : ^ow/ar ; provenç., fîoular, fiolar; avec 
les deux sens. 

FioLLATo. L. V. n. Boire : boire avec excès. 

L'ami Blondain que fîoulate cosi 
Avoué son bet mène met de ramajo 
Que lous jacots de tout lo voisinage. 

(L'ami Blondain qui boit ainsi — Avec son bec fait plus de ramage 

— Que les perroquets de tout le voisinage.) 

RoQuiLLE, Lo Pereyoux^ p. 22. 

FiAULO, FiAULA. L. adj. Ivrc. 

Ein vo veyant toutes due par trop fiaules, 
In grand blagueur, in contou de babioles, 
N'a profito parvo faire einragi. 

(En vous voyant toutes deux par trop ivres, — Un grand blagueur, 
un conteur de babioles, — En a profité pour vous faire enrager.) 

RoQuiLLE, Les GanduaiseSf p. 19. 

FIORE. F. s. f. Fièvre. 

Parlons de neutre fiore 
Que sai mcttont le gens plus lestou que le liore. 

^Parlons de nos fièvres, — Qui ici rondent les gens plus lestes, plus 
maigres, que les lièvres.) Chapelon, La Misera, p. 201. 



207 

Ron que de n'y ponsa vou me bette les flores. 

(Rien que d'y penser cela me donne la fièvre.) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 75. 

FioRou. F. aclj. Fiévreux. 

Vou veït tous lou jour prêtres ou capucins 
Confessa de fiorou mai de quarante cinq. 

(On voyait tous les jours prêtres ou capucins — Confesser des fié- 
vreux plus de quarante-cinq.) 

Chapelon, La Misera, p. 202. 

Beaucoup de mots qui ont en patois cette terminaison 
ore ont leur correspondant français terminé en vre : 
fiore^ fièvre ; sm^e, suivre; liora, lièvre; viore, vivre. 

Pour ces mêmes mots, le roman avait employé la 
forme oure^ fevoure y sieoure , etc., dont le patois a 
conservé seulement Vo, et le français Tm, qu'il a changé 
en V consonne. 

FIOREY. F. Nom propre de mois : Février. 

Lou vettiemou fiorey, jour de noutra fareypi. 

(Le huit février, jour de notre réjouissancr, Ventrée solennelle de 
M. etMad. de St-Priest à Samt-EHenne.) 

Chapelon, p. 124 et 110. 

FLA. L. et F. S. m. Souffle, haleine, exhalaison, odeur. 

Le moindre fia d'un cannequier, la vortigcation d'une arthe vien- 
nent l'éteindre. Les Canettes, p. 229. 

De corps taras, viox, ladrous, repoussaus. 
De lios défauts on se fasant une arma, 
Targniessount tout de lios fias medzisants. 

(Des corps tarés, vieux, ladres, repoussants, — De leur? défauts eu 
se faisant une arme, — Ternissent tout de leur souffle médisant.) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 26. 

Elle est noire cette chiai (cette viande) ! c'est vœutrou fia qui la 
rend noire. Linossier, Moussue Progrès, p. 5. 



208 

— P. dauphinois. 

Lo (la d'una cisscla ou citoma purri. 

(L'odeur d'une aissclle ou d'un estomac pourri.) 

Lo Badfel de la gisen^ p. 47. 

Latin : flatus. 

Provenç.: aflat ; Faveur, caresses, soins, du latin af- 
flalus. 

Gent de Prouvcnço, ieu vous demande vosle afflut. 
(Peuple de Provence, je vous demande votre faveur.) 

Armana prouvençau^ 1860, p. 32. 

FLAMETA. f. v. n. Flamber, jeter des flammes. 

Coum'un éclair 

01 'o l'œu que flamele. 

(Comme un éclair — Il a l'œil qui jette des flammes.) 

Chans. de Montbrison, par Vial. 

Lo carrosse est lanci, 
Lo pavé n'en flamete et fat quino l'essi. 

(Lo carrosse est lancé, — Le pavé en flambe et fait crier l'essieu.] 

RoQUiLLE, Lo Deputo manquo , p. 15. 

Langued.: ftamejha, — Provenç.: ftamegear. 

Roman : flameiar. 

Catalan et portugais : flamejar. — Espagnol : flamear. 
— Italien : fiammeggiare. 

Notre patois flamela^i une forme de diminutif qui lui 
donne un caractère différent de ses analogues cités ci- 
dessus et qui en fait une expression comique. 

FOLIETTA, FOLLIETA, FOLLLETA, FEUILLETTE. L. et F. S. f. MC- 

sure des \iquides qui p.^raît avoir été le quart de ^ pinte 
de Languedoc, ou l'équivalent de la chopine de Paris. 

Lestnu couma una marioneta, 
Surtout quand j'ai beu ma f'oulieto,. 

Jac CuAPELO.N, Contrition d'un fénéant, p. 271 . 



209 

La tanta Tivclta 

Me dizit toujours 

De quitta l'amour, » 

Par bere quauqua foulletta. 

CuAPELON, Chansoti, p. 256. 

Un pot de cinq fouliettes. 

Id,, Testament, p. 178. 

Ait belta surmaizi sus foulietta. 

(Elle avait mis semaise sur folietle, c'esl-à-dire : Elle avait bu outre 
mesure.) 

Id., Chanson, p. 157. 

Mon escogriffe avole ina fotjeta. 

RoQuiD.E, Lo Pereyou, p. 20. 

La Chevauchée de 1578 a écrit feuiUette. 

L'hostessc print une feuillette 
Et en battit bien son mary. 

Cochai^d, dans un article inséré aux Archives du Rhône 
et aux Mél. de M. Breghot du Lut, t. II, p. 260, rap- 
porte sur ce mot une assez joUe historiette : 

« Les religieuses de Saint-Pierre (de Lyon) n'étaient point cloî- 
trées, et elles vendaient elles-mêmes dans le couvent le vin de 
leurs domaines, soit aux buveurs qui se présentaient, soit à pot 
renversé. Une enquête qui fut faite vers la fin du XIV<î siècle, à 
raison du droit exclusif que les archevêques voulaient s'arroger 
de vendre leur vin pendant le mois d'août, porte que les reli- 
gieuses de Saint-Pierre avaient constamment joui du privilège de 
débiter le leur en tout temps; qu'un bouchon était, à cet effet, 
placé au-dessus de la porte de leur monastère, et que les buveurs 
étaient servis parles religieuses elles-mêmes ou parleurs servantes . 
Plusieurs témoins ajoutent que le fermier du ban d'août de l'ar- 
chevêque s'étant un jour présenté au eouvent pour s'emparer des 
mesures, les religieuses s'attroupèrent, prirent ces mesures et les 
montrant au fermier par forme de menace, lui dirent : Te los avez 
celles follettes. Le fermier épouvanté quitta la partie. )> 

La capacité de la folietle lyonnaise, comme celle de la 

14 



210 

plupart (les anciennes mesures provinciales, est aujour- 
d'hui fort difficile a préciser. 

Charles Estienne, dans son abrégé du Traité de La- 
zare Baïf, intitulé De f'asculis ou De re vascularia^ dit: 
« Lugdunenses^//e/«/?i appellant quasi Fideliam qua3 du- 
« plicem pintam continet. » 

Le Gloss. de la Chevauchée de 1578, M. Breghot du 
Lut,iWe/., t. II, p. 136, et Boquefort, Dicl. ètymol. de 
la langue franc., \° feuilleUe, donnent aussi a cette 
mesure la contenance d'une double pinte ; mais ils ne 
disent })as s'il s'agit de la pinte de Paris ou de la pinte 
du midi de la France. 

Suivant le Gloss. de Ducange, lolietla « apud Lug- 
« dunenses est tantùm média pars pintae, vulgo Cho- 
« pine. » Mais il ne dit pas non plus de quelle pinte il 
veut parler. 

Le Dictionn. d3 l'abbé De Sauvages s'explique plus 
clairement sur la (oulieto languedocienne, dont il est 
probable que notre folietla se rapp":'ochait fort. Suivant 
lui la foulielo est « la quatrième partie d'une pinte ; elle 
« répond a cet égard au demi-setier, qui est également 
« la quatrième partie delà pinte de Paris; mais celle-ci 
c( ne pèse qu'une livre, et la chopine une livre : au heu 
« que notre pinte pesant environ quatre livres, la fou- 
« lieto, qui en est le quart, répondra, relativement au 
« poids, à la chopine de Paris. Il semble donc qu'on 
« pourrait choisir entre les mots chopine et demi-setier 
« pour rendre noire foulieto. » 

C'est aussi l'appréciation du Dictionn. provençal d'A- 
vril et de celui d'Honnorat, qui comparent la foulieto 
du Midi au demi-setier pesant 12 onces, poids de table, 
et équivalant a 3/5 du litre. 



21i 

L'italien foglietta est traduit dans les Dictionnaires 
par Chopine . 

On le fait dériver du latin fîala ou phiala. 

Il faut se garder de confondre la folietla avec la 
fetdllelle, mesure de capacité beaucoup plus grande, 
qui, dans nos pays, a la valeur d'une demi-bareille, soit 
de 105 litres environ. Cette confusion avait déjà ses 
dangers au siècle dernier, si l'on en croit l'anecdote sui- 
vante rapportée par Cocbard dans l'article précité. 

« Un peu avant la Révolution, le seigneur d'un village de laDom- 
bes avait change la redevance d'une foliette de vin que lui devaient 
SCS vassaux, en une feillette, en substituant dans le livre terrier ei 
à 0. La falsification fut découverte ; il y eut procès, mais le sei- 
gneur échappa par une transaction à la peine qu'il avait méritée. » 

V. ci-dessus Feuillette. 
FONTANA. F. s. f. Estomac. 

Ey coumençont déjà a pleindre lour fontane, 
Y prenant ma de cœur, ne faut que rejeta ! 

(Elles commencent déjà à plaindre leur stomae ; — Elles prennent 
mal de cœur et ne font que vomir.) 

Ant. Ch.vpelon, Caract. de le filles, p. 237. 

Lou bon vin vio 
Echauffe la fontana. 

(Le bon vin vieux — échauffe l'estomac.) 

Chapelon, C/iO/K<t. , p. 156. 

Que siert-ou de jeûna lou long de la «émana. 
Ma que de s'epuisie lou ventrou et la fontana ? 

(A quoi sert déjeuner le long de la semaine, — Sinon à s'épuiser le 
ventre et l'estomac ? ) . Id., La Careyma, p. 188. 

Vou gagne pas son pon, 
Vou épuise sa fontana. 

(On ne gagne pas son pain. — On épuise son estomac.) 

Remou et Baroueni. p. 6. 



212 

Fontana, dans ce sens d'Estomac, s'employait encore 
communément en Lyonnais il y a trente ans ; on ne l'y 
entend presque plus aujourd'hui. 

Il est aussi usité dans le dialecte de la Haute-Loire. 

FOSSA(se), faussa (se), f. y. pron. Se fausser; c'est-k- 
dire, Se dérober, se dispenser, manquer à son devoir, 
à sa parole. 

Et vous veyri, scn me fossa, 
Couma gy le voy trenoussa. 

(Et vous verrez, sans que j'y manque , — Comme je vais les tré- 
mousser.) 

Ballet forèsien. 

De tous lou maneillie pas un ne se fossave. 

(De tous les sonneurs aucun ne manquait à son devoir.) 

Chapeloî^, Entrée sol., p. 138. 

A sept heures vou faut soupa, 
Vou eyt a que ne me faiissou pas. 

(A sept heures il faut souper, — C'est à quoi je ne manque pas.) 

Id., Chanson, \,. 171. 

Foulit lou veyre adoun quand o lou commandave . 
Couma tou yère en odre et lingun se fossave. 

(Il fallait les voir alors quand il les commandait , — Comme tout 
était en ordre et personne ne manquait à son devoir.) 

Poème sur le 9 thermidor. 

C'est dans le même sens qu'on dit en français fausser- 
compagnie et fausser sa parole. 

FOUR. L. adv. Hors, dehors. 

S'on t'avet my dever lo sey 
Four de la maison en chemisy. 

(Si on t'avait mis vers le soir — Hors de la maison en chemise.) 

La Chevauchée de Vàne, 156G. 



213 

— ' P. dauphinois. 

Cellou sont four de jugimen 
Que n'en ont quoque pcnsamen. 

(Ceux là sont hors de jugement, sans juyement , — Qui n'en ont 
quelque souci.) Ln vieille Lavandière de Grenoble^ p, 58. 

Langued. : [oro, Hors ; et abréviat. , Va dehors, va- 
fen. (De Sauvages). 

» A tel galand on doit vrayement dire foro coutelas, c'est-à-dire, 

o toy qui es aussy mal idoine à faire l'amour et baler comnie l'autre 

estoit à porter un coutelas, foro, id est, va-t'en d'icy, car en cela 

tu as aussy bonne grâce que le poutage sainct Bernard duquel le 

diable tire la gresse. » 

Les joyeuses Recherches de la langue tolosaine. 

Roman : fors, foras, fora. 

Catalan : fora; espagnol anc, foras ; espagnol mod., 
[lieras^ fiiera; portugais, fora; italien, foras, fuera] 
fuore^ fuori. 

Defour , DEFo, DEFOEu. L. et F. adv . Dehors, hors. 

Te fere sorty ben et beau 

Jusque defour de la maison. 

La Chevauchée dé l'âne, 1566. 

Vos veïs lo defour : tôt et novo, tôt brille ; 
Et portant Tant déssos la chamise en guenille. 

(Vous voyez le dehors, tout est nouveau, etc.) 

Hymn. à la Concorda, p. 28. 

Ein déclinant son nom lo consely de cour 
Oute a Guichor l'einvé de lo passo defour. 

(En déclinant son nom, le conseiller — fait passera Guichard l'envie 

qu'il avait eue de le mettre à la porte.) 

RoQUiLLE, Lo Deputo manquo, p. 14. 

Et peu n'erons, selon que vou cy d'usageou, 
Chanta defo chacun noutra chanson. 

(Puis nous irons, comme il est d'usage, — Chanter dehors chacun 
notre chanson.) Ant. Chapelon, Bobrun, p. 242. 



214 

Vn ange lou passct defo 

Do paradis terrestre. 

CnAPELON, Noël VII, l^. 92. 

Ey r eriant appoui par lou rey d'Anglelerra 
(Jue nous fazit dedin couma dcfo la gucrra. 

Poème sur le 9 thermidor. 

Sus icon sorlchimoun defœus. 

(Sur cela nous sortîmes.) 

LiNOSsiER, Un Boucher, p. 6. 

— P. bressan. 

Y von ataquo la France 

Per defour et per dcdan. 

Chans. du Duc de Savoie. 

— P. dauphinois. 

Si de vespro u l'entend sizina quoque mouchi, 
U saute enragia, nu, defour de sa couchi. 

(Si le soir il entend bourdonner une mouche, — Comme un enragé, 

il saute nu, hors de son lit.) 

Lo Banquet de le faye, p. 10. 

— P. bourguignon. 

Lucifar at ebasodi ; 
Il a de feur dou Pairidi 
Lou treite. 

(Lucifer est abasourdi ; — Il est dehors du paradis, — Le traître.) 

Noëls d'Aimé Piron, p. 55. 

Langued. : deforo; provenç., defora, defouera. 

Roman : de for s ^ defora. 

Catalan : defora ; espagnol , de fuera ; italien , di 
fuora. 

Ane. franc.: defors, deforz; Hors, dehors; Autrefois, 
de dehors. — Fo7\s ; Dehors, excepté. 

Defora sun cors veit gésir la buele. 

(Hors de son corps il voit gir ses entrailles.) 

Chans. de Rolland, édit. Genin, ch. m. v. 809. 



215 

On ne trouve plus au Diction, de l'Acad. que fors 
dans le sens de Excepté, hormis, a la réserve de : Ils 
sonl tous morts fors deux ou trois ; et il est cité comme 
vieux. 

Le Gloss. de Ducange cite deforis, deforas qui sont 
un dérivé et une altération du latin foras. Deforis a été 
employé dans la Vulgate : 

Et inclusit eum Dominus deforis. 

Genèse, vu, 16. 

FREICHARET, frechurou. f. s. m. Le freicharet était une 
très-petite mesure des liquides. — Par extension, on a 
désigné figurément sous ce nom toute chose et per- 
sonne de peu de valeur, un homme très-petit, un 
homme de rien. 

Vous ne trouvaria pas lou moindrou freicharet 
Que ne prenne lou soin de pavir davant set. 

(Vous ne trouveriez pas le moindre malotru — Qui ne prenne le 

soin de paver devant soi.] 

CuAPELON, Requête, p. 205. 

Par baillie din lou zio de quoque frechurou. 

(Pour donner dans l'œil à quelque malotru.) 

Id., La Misera, p. 196. 

Celte expression est aussi usitée en Dauphiné. 

FRICOT. L. et F. s. m. Mets, pitance, bonne chère, régal, 
repas . 

De la quoua do bardot 
Y n'ant fat una socissi, 
Qu'a sarvi de fricot 
A toula la juslici. 

(De la queue du mulet — Ils ont tait une saucisse — Qui a servi de 

régal — A toute la justice.) 

Anl. CuAPELON, Chans., p. 260. 



216 

Vo vcdc bien quou faille faire in fricot par nos galo. 

(Vous voyez bien qu'il fallait faire un festin pour nous réjouir.) 

Parab. de l'Enfant prodigue en patois de Condrieu, 
par Cochard. — Notice sur Condrieu, p, 107. 

Mais Cofliaux lo goliu ne peinse qu'où fricot ; 
A se decidara sitou qu'a sera cot. 

(Mais Cofliaux le goulu ne pense qu'à la bonne chère, — Il se déri- 
dera quand le dîner sera cuit.) 

RoQuii.LE, Lo Deputo manqua^ p. 11. 

Loz habitans déviant forgni la soupa, 
Lo pan, lo vin. fricot et logimcint. 
(Les habitants devaient fournir la soupe.. ."; 

RoQciLLE, Lo Pereyoux, p. 5. 

— P. limousin. 

A quelo superbo feto 
Lou pnco ne manque pas. 

(À cette superbe fcte — La bonne chère ne manque pas.) 2 

Trad. du Rat de ville et du Rat des champs, par Folt.aod. 

Langued. et provenç.: frico, fricot, freicot. 

Fricot n'est pas au Dictionn. de l'Académie; mais on 
le trouve dans plusieurs autres dictionnaires français. 

FRIQUETA. L. adj. Pris quelquefois substantivement. — 
Gracieuse, élégante, coquette, mijaurée. 

Et puis celé friquette, le fan le délicate. 

(Et puis ces mijaurées, elles font les délicates.) 

La Bernarda hxiyandiri, p. 13. 

Langued.: Iricaou, fricous, fricaoudet; Gentil, éveillé. 
On fricous musel, un Minois finand. (De Sauvages.) 

Provenç . : frirjueto . 

Sa femo es friqueto e poulido. 

(Sa femme est gentille et jolie.) 

Mamel, Armanaprouvençau, 1861, p. 33. 



217 

Limousin : fricaow, Friand, agréable (Beronie). 
Ane. franc.: frique, friquet, frisque, frisquet; Menu, 
léger, mignon, galant (Roquefort). 

FîHsques, mignons, bruyans enfans. 

CoQuiLLART, Di'oits iiouvcaulx. 

Le gentil et joly duc Wincelins de Boesme, duc de Luxembourg 
et de Brabant ([ui en son temps noble, [risque, sage, amoureux et 
armeret avoit este. Froissart. 

Frique , fric , signifiaient primitivement Nouveau , 
jeune. V. le Lexique de Raynouard, v** fric, et le Gloss. 
Ducange, v° frischus. 

— P. dauphinois : fricandela ; Jeune fille vive et légère. 

Beau Die que fat bon vei una gai fricandela 

Repita, sautillié com'una sautarela ! 

Lo Batifel de la gisen\ p. 45. 

Le Dictionn. français de Boiste a dans un sens analo- 
gue friquenelle, qu'il interprète Jeune femmfe parée au- 
dessus de son état. 

PROCHE, FLOCHI. L. et f. s. f. Sorte de surplis que portaient 
autrefois les ecclésiastiques du diocèse de Lyon et de 
quelques diocèses voisins. 

L'abbé du Temple, l'un des abbez de Malgouvert et sa suitte ; icc- 
luy reveslu d'une robbe longue noire et dessus icelle une froche 
falote d'un fille da lin à pescher poissons. 

L'ordre tenu en la Chevauchée faictc à Lyon, 1566. 

Monsieur lou cura vint qu'ait viti sa flochi. 

Chapelon, Entrée soletin., p. 138. 

(La note de l'éditeur de 1779 dit son surplis.) 

Dans les Voyages liturgiques que Le Brun des Ma- 
rettes a publiés sous le pseudonyme du S'" de Moléon, 
on lit, p. /»-7 : 

« Les chanoines de St-Jean de Lyon, ont sur leur soutane un 



218 

surplis ou soupelis, ainsi qu'on prononçoit autrefois, qui a de longues 
manches closes comme presque tous les clers les portoient autrefois, 
et les chanoines de Lyon l'appellent un froc. En hyver ils en portent 
un sans manches ou à manches étroites comme celles d'une aube, et 
ils l'appellent un frochouy diminutif de fj'oc. n 

— P. bressan et bugiste. 

Mai n'essubla pas la froce 
De^monsu Zan Guillermin. 

(Mais n'oubliez pas la froche — De M. Jean Guillermin.) 

Noël de Jasseron. — Noëls bi^essans, éd. Le Duc, p. 80. 

Alin ver la parochi 
Sona notron cura ; 
S'i n'a vêtu sa frochi, 
S'an pouriet rancura. 

(Allons vers la paroisse — Appeler notre curé j — S'il n'a pas pris 
sa froche, — Il pourrait s'en repentir.) 

Noël de Vaux. — Id.. p. 118. 

Le Gloss. de Ducange a : « Froc/iia, Species frocci 
« Caiionicorum lugduneDsium », et il cite le passage 
suivant de Tacte de réception de Jean, duc de Berry, 
comme chanoine de Lyon, vers l'an 1393 : « Dux venit 
« cum frochia et aumucia ad modum canonicorum dic- 
« tae ecclesiae. o 



FROUiMAlLLE. f. s. /. Fiançailles, pi^omesse de mariage. 

Din quauque jours d'ici contou faire fi'oumaille . 

(Dans quelques jours je compte me fiancer.) 

Ant. Chapelo-n, Caraclerou de le filles, p. 233. 

J'atteudou lou paron par faire counussanci 
E pa faire froumallie tout e pretou d'avanci. 

(.J'attends les parents pour faire connaissance — Et pour faire les 
fiançailles tout est préparé d'avance.) 



Reitwu et Baroueni, p. 3. 



Roman : fermalhas. 



219 

L'anc. franc, feimailles et les termes de l)asse lati- 
nité fcrmalia, formalia, fromalia , signifiaient aussi 
Fiançailles, promesse de mariage. « Comme par plu- 
« sieurs fois il eust été parole de faire le mariage, com- 
« bien que fiensailles ne fermailles n'eussent pas esté 
« sur ce faites. » LUI. remiss., 1363. Mais on trouve 
aussi fermaille avec le sens plus général de Promesse, 
gageure, enjeu. 

« Quand ils orent beu, firent une fermaille de com- 
« mun accord que le premier qui diroit Oyl paieroit 
« Tescot. » Lin, remiss., 1375. 

V. Gloss. Ducange, v° fermalia. 



o 



GALA (se), F. GALO (se), l. v. pron. S'amuser, se divertir; 
faire gala. 

Qua se ben tu t'aine gala, 

Gy vou amou ben de l'autrou là. 

(Car si bien tu aimes à t'amuser, — Je l'aime bien d'un autre côte.) 

Ballet forésien. 

Je me souai bien gala dempeu quatrou ou cinq jours. 

(Je me suis bien amusé depuis quatre ou cinq jours.) 

Ant. Chapelon, Caracterou de le filles, p. 233. 

Quand vou se gale un jour, vou s'en sint tout un mey. 

(Quand on s'amuse un jour, on s'en ressent pendant un mois.) 

CnAPELOiN, Entrée, p. 115. 

Ey se gulayant pas incoure a lou jugie. 

(Us ne s'amusaient pas même à les juger.) 

Poème sur le 9 thermidor. 
Que voulez-vous ? 
Chacun se gale à son goût. 

Chans. de Puilippon, 1842, p. 21. 

J'elsins dins lo dessein de ne plus me galo 
A faire cou mets! bon am'ecarvelo. 

(J'étais dans le dessein de ne plus m'amuser — A faire ce métier 

bon à me faire perdre la cervelle.) 

RoQuiLLE, Lo Deputo manqua, p. 5. 

Faisons bon fricot, et galons no bien. 

Parab. de l'Enfant prodigue, trad. en patois de Condricn 

par CocHARD. 



221 

— P. bugiste. 

Car Chalande s'aprochon, 

E no fau bin gala. 

Noël de Vaux, édit. Le Duc, p. 117. 

Le Diction, de l'Acad. de 1855 n'a conservé se ^a/er 
que dans l'acception très-restreinte de se graller. Mais 
il était , ainsi que galer et galler, très-usité en anc. 
franc, dans le sens général de Se réjouir, dan$çr, se 
(Jiverlir; faire un festin. 

II y aura beu et galle 

Chez moy ains que vous en aillez. 

La Farce de Patelin. 

Si advient que trois ou quatre de ses commères s'esbaltent en la 
maison de l'une d'elles pour gnller et parler de leurs choses. 

Les XV Joies de Mariage, vui. 

Basse latin. : « Gai are : Indulgere genio, dare se 
jucunditati. Ital. Far gala ; nostris galer et mener gale. » 
Gloss. Ducange. 

Borel le dérive du grec ys\ixcc. Roquefort pré- 
sente comme étymologies possibles le latin gallus, le 
latin vacillare ; le grec yslocœ ; le bas breton gall. 

Galorou. F. s. 11(1. Amusement , divertisseixient ; bon 
temps. 

Je n'ai jamais ren eu que lou galorou en téta. 

Jac. Ghapelou, Educ. dos effans, p. 266. 

La moda a bien chiingit ; vou n'ey plus de galorou. 

(La mode a bien changé ; il n'y a plus de divertissements.) 

RoQuiLLE, Entrée, p. 116. 

Lous vers miox que jamais vaut faire toun galorou. 

Chans. de Philippon, 1853, p. 74. 

GAMACHES. f. s, /. Espèces de guêtres.. 

A veire lour chapiaux et leur vieille gamaches, 



222 
Vou esse dit qu'ey veniant de detachie le vaches. 

(A voir leurs chapeaux et leurs vieilles chaussures , — On eût dit 

qu'ils venaient de délier les vaches.) 

Chapelon, Entrée, p. 141. 

Langued. : garamacJws, Espèce de bas de toile en 
usage avant l'invention des bas au métier. De Sauvages 
ajoute qu'on les appelle aussi tricousos, et en français 
gamaches ou Irique/iouses. 

Ane. franc. ; « gamaches ; Guêtres de toile ou de 
laine qus l'on mettait sur les bas pour se garantir de 
la boue et du froid ; sorte de cbaussure; espèce de 
bottine à l'usage des cavaliers. » (Roquefort), 

Basse latin.: « gamacha ; Pedulis (cbausson) lanei 
species quae etiam superiorem pedis partem legit; vulgo 
gamache. » Gloss. de Ducange. Il ajoute que dans le 
pays d'Auxerre , gamache est une sorte de vêtement 
grossier a l'usage des gens de la campagne. 

On peut observer généralement que lorsqu'il s'agit 
de vêtements, de meubles, de mets et d'autres choses 
d'un usage journalier, le même mot change souvent de 
signification en passant d'une province a une autre et 
y désigne des objets assez différents. 

GANDOLA. F. s, /. Burette à m.ettre le lait; tasse ordinai- 
rement en bois dont on se sert pour boire. 

D'ecuelle, de cjandole. 

Ant. Chapelon, Bobrun, p. 248. 

Y tcnit si bien sa parola, 

Qu'ey m'empliit una granda gandola ; 

Qu'en depeu je n'en volou rai, 

Que de grande gandole, ou bien d'ecûellai. 

(Il tint si bien sa parole, — Qu'il remplit (de vin) une grande gan- 
dole ; — Depuis je n'en veux plus — Que par grandes gandoles 
ou par écuelles.) Chapelon, Chanson, p. 160. 



i 



I 



223 

— P. dauphinois. 

Chie la Gueyna a qui una gandola raza 

Vin micu qu'un bel habit de cadit ou de raza, 

Pastor. de Janin, act. 111, se. n. 

Langued. et provenç. : gandolo, gandola. 
Gandoulée. F. s. f. Le contenu d'une gandole. 

Du temps que je me faisais une gandoulée de soupe , j'entendis 

lambuler à ma porte. 

LmossiER, Moussue Progrès, p. 7. 

GANDUERl , GANDoiRi. l. et f. v, a. Tromper, abuser; 
railler, amuser. 

L'amour me gandoire 

Et lou vin aussi. 

Ant. Chapelon, Chanson, p. 258. 

S'o vet par gandueri quoquis marchands de fruitsi, 
Je te repondo ben qu'a n'en sera de suitsi. 

(S'il s'agit de tromper quelque marchand de fruits, — Je te réponds 
bien qu'il sera tout de suite de la partie.) 

RoQuiLLE, Les Ganduaises, p. 6. 

Roiïian : ganda; Tromperie, feintes. (Raynouard). 

On disait en langue d'oil , gandie. V. le Gloss. de 
Ducange, partie franc. 

Ganduaises, gandoises. l. s. /. Sornettes, fainboles, trom- 
peries. 

Un recueil de diverses pièces de Roquille est intitulé 
Les Ganduaises . 

On parlait du beau temps, on disait de gandoises, 
Pendant que je lichais ma tisane aux framboises. 

Remerc. d'un canut du Gourguillon, p. 4. 

Langued. : gandouezos. — Provenç. : gandoisas. 



224 

GAPIAN, GOPiAN. L. et F. s. m. Sobriquet injurieux par lequel 
on désigne, dans le midi delà France, les employés des 
douanes, des contributions indirectes et des octrois. 

Vœutroun gran pare cre gapian ? 
(Votre grand-père était...) 

Rcmou et Baroueni., p. 18. 

Et jusqu'à de f/opians a mctsa dcclioussis. 

(Et jusqu'à des employés presque sans chaussure.) 

RoQUiLLE, Lo deputo manquo, p. 8- 

Parcepleurs, receveurs, trcsoris el gopians. 

Hymna à la Concorda^ p. 34. 

Gapian est dans M. Breghot du Lut, Mèl,, t. I, p. 271 , 
et dans Les Canelles, p. 211. 

On s'est fort exercé sur l'étymologie de ce sobriquet. 
On le fait dériver sans aucune vraisemblance du latin 
capiam, Je prendrai. 

M. Breghot du Lut cite, sans l'approuver, une autre 
opinion suivant laquelle les emplois de cette nature au- 
raient d'abord été remplis k Lyon par des gens de Gap, 
aucun Lyonnais n'ayant voulu s'en charger- Pour que 
cette étymologie fût acceptable, il faudrait que le mot 
soit usité a Lyon seulement, tandis qu'il est en usage 
dans tout le Midi , ou bien qu'il eût passé de Lyon 
dans les provinces voisines, ce qui n'est pas du tout 
prouvé. 

Je ne crois pas non plus, malgré une certaine analo- 
gie de sens, que gapian vienne de gabellerius, ital. ga- 
belliere, anc, franc, guablier. La forme des deux mots 
a trop de différence pour qu'on puisse, a défaut d'autres 
indications, les faire avec quelque certitude dériver l'un 
de l'autre. 



225 

En Provence et en Languedoc, on dit gabian, et c'est 
identiquement le nom d'une mouette, gavia en latin, 
très-commune sur les côtes de la Méditerranée où les 
douaniers maritimes exercent leur surveillance. Ne se- 
rait-ce point cette comparaison qui aurait, dans Tespril 
du peuple, donné naissance au sobriquet? Il pourrait 
aussi venir de gabia, Cage, a cause de la guérite dans 
laquelle les douaniers font sentinelle. 

GARAUDES. f. s. f. Guêtres de toile autrefois a l'usage des 
gens de la campagne et qui faisaient office de bas. 

Bailli met me garaude. 

(Donne-moi mes...) 

Chapelon, Noël II, p. 79. 

Son bonnet et se vieilles garaudes 
Que quand vou fat souley beltont les ebarliaudes. 

(... Qui lorsque le soleil luit éblouissent tous les yeux.) 

Id., Testam., p. 178. 

Garodon. F. S. m. Même sens. 

Ma s'enfoyre eouma un levrie, 
Tant qu'a l'orlou de son darrye, 
Qu'o garodon et qu'o z celot 
Que n'an souvcn ni po ni trot. 

(. . . Jusqu'aux bas et aux sabots — Qui souvent en ont ni peu ni trop.) 

Ballet forésien. 

— P. dauphinois. 

On lou vcyet en troupa courri pe la charreri, 
Lous in \q ba eo garoda, lous otrou san chapet. 

(On les voyait en troupe courir par les rues, — Les uns stcc leurs 
bas tout défaits, les autres sans chapeau.) 

Dialogue de deux paysans des Granges. 

— P. maçonnais. 

Et de garode ben a poain, 

15 



226 

Avu lé jarlirc. 

(Et des garaudes bien à point — Avec les jarretières.) 

Noëls maçonnais y p. 45. 

— P. bressan. 

Leu causs'eran pre la sayson, 
Fait a leu moi.dc ; 
EU'cran, san comparayson, 
Coman de le garoude. 

Noëls de Pont-de-Vaux, éd. Le Duc, p. 100. 

« Garodes, varodes ; Sorte de guêtres de toile, sans 
« boutons et sans sous-pieds, a Tusage des vignerons. » 
Vocabul. de la langue rustique du Jura, par M. Monnier. 
— Met. sur les langues etpalois, 1831, p. 155. 

Gar, (jftrr, en bas breton, signifie Jambe. C'est, selon 
toute apparence, un radical celtique, lequel a donné 
notre mot, ainsi que l'anc. franc, gareau^ garel, gareu^ 
Boiteux, homme qui a les jambes torses. 

GERE. F. V. n. Se coucher, dormir. 

Dio gardcma lou garson 

Que Icysson la viat et lou gère^ 

Par dancye avoy le bergère. 

(Dieu garde de mal les garçons — Qui laissent le manger et le dormir 
— Pour danser avec les bergères.) Ballet for ésien. 

Peu vai lu j'erai me gère. 

(Puis vers lui j'irai me coucher.) 

BoYRON, Conte., p. 12. , 

Langued.: jhaire , jaire . S'anajhaire; S'aller coucher 
(De Sauvages). m 

Entre aveire soupat, avant de s'ana jaire, * 

Su lou serre vcsi lou majorai prcn l'aire. 

(Après avoir soupe, avant de s'aller coucher, — Sur le sommet voisin 
le majorai prend l'air.) Peyrot, Géorg. patoises, p. 74. 



227 

Provenç.: jaire, jayre. 

Lmm.'.jacere. La basse latinité disait aussi gisare. V. 
Gloss. Ducange. 

L'ancien français disait gi7\ geliir, gésir, giser, verbe 
dont il est resté au Dict. de l'Acad. la troisième per- 
sonne du présent de l'indic. gît et quelques autres dési- 
nences. 

Gesina. F. s. f. Maladie, état d'une personne couchée ; spé- 
cialement, Etat d'une femme en couches. 

Au prend un si grand rca de cœur 
Qu'au se meUe en gesina. 

(Il prend un si grand mal de cœur — Qu'il se met au liL) 

Chapelon, Chanson, p. 169. 

Langued.: Jhasslno, jliazan ; Femme en couches. 
Roman : JassiUias, jacillas ; Couches. — Jassina; 
Gesine. 

Gesine était usité en anc. franc. Marot l'a employé 
pour désigner l'Etat d'une femme en couches. 

Elle a ce qu'il fault avoir ; 

Mais je la voudrais bien voir 

En gesine. 

Etrennes. 

Le Dictionn. de l'Acad. de 1835 l'a conservé comme 
vieux. 

Basse latin.: a Gesina, jassina; Puerperium; Gallis 
alias gesine, ab antiquo verbo gcsii-, Jacere... Quo etiam 
nomine appellabatur convivium quod in sua purifica- 
tione puerpera exhibebat. » Gloss. Ducange. 

Une pièce dauphinoise de Laurent de Briançon qui a 
quelque célébrité est intitulée Lo Batifel de la gisen^ le 
Caquet de l'accouchée. 



228 
GERLA. L. et f. s. /. Cuvier h lessive. 

>Ion buye, mon bâchai, ma gerla. 

Ballet forésien , 

« Gerle ; Grand vase de bois pour la lessive ; dites : 
Cuvier. » MolardlSlO. 

Langued.: Jherlio ; Un seau (De Sauvages.) 

Comme la plupart des mots qui désignent un meuble, 
celui-ci change de signification en passant d'une pro- 
vince à une autre. Suivant Honnorat, gerla signifie un 
Seau a queue, en Languedoc; une Cuve en bois, a la 
Motte du Caire ; une Jarre, a Arles. 

Dins una vicllha gei^la avion toutci Ici noum 

Dei morts qu'avian passa la barca de Caroun. 

Coye. 

« Gerle ; une Cuve, et dans un autre sens une Jarre, 
grand vase de terre. » Dicl. des express, vicieuses des 
Raules- Alpes. 

Basse latin.: « Gerla; Lagena, vas vinarium; item 
Corbis species; ilal. gerla eâ notione. » Gloss. Ducange, 
On trouve encore dans ce Gloss., avec le même sens, 
gella, gillo, gcrula et zerla, 

GICLO, jicLO. L* V. n. Jaillir; et v. a. Faire jaillir, lancer. 

A va faire ou moyen d'in procedô noviau 
Jiclo l'ega de mauve et lo bulion de viau. 

(Il va faire au moyen d'un procédé nouveau — Jaillir l'eau de mauve 

et le bouillon de veau.) 

RoQCiLLE, La Ménagerie, p. 17. 

De partot lo sang jicle et la peliuchi vole. 

(De partout le sang jaillit et le poil vole.) 

Id., id., p. 21. 

Que les femmes reygliant absulanien lour lingues, 



229 

Que vos (jidiont de mois , comma de vrays seringues. 

(Que les femmes désormais règlent absolument leurs langues, — 

Qui vous lancenl des mots comme ) 

Hymna à la Concorda, p. 35. 

« Gicler; Lancer un fluide; mot dont on se sert dans 
le Lyonnais et dans plusieurs autres provinces et qui 
est formé, par onomatopée, comme \ejaculari ou ja- 
culare du latin, d'où nous avons tiré Ejaculatoire, Jail- 
lir, etc. » Bregliot du Lui,, 3Iél., t. II, p. 139. 

V. aussi Molard, 1803. 

De ses yeux n'en giclait une Sône de larmes. 

Les Canettes, p. 20. 

Provenç. : giscla. 

Li rai escounjura giselon dins lou cristau. 

(Les rayons conjurés jaillissent dans le cristal.) 

Mireio, ch. u. 

Le Diction, de De Sauvages donne en langued. 
jhiscla , Jeter, lancer, d'où le composé rejhiscla, Re- 
jaillir. Il donne Siussi jhiscla, Glapir; et jhiscla ou jhis- 
classa, Sangler a coups de gaule, houspiller. 

Le Lexique de Raynouard a gisclament , Eclat , re- 
tentissement ; giscle, Pousse, branche, et sisclar, Ga- 
zouiller. 

Dans le sens de Crier, glapir, nos patois ne disent 
pas gicler, mais sicler. 

Patois du haut Maine. « Giler, v, a. et n. Jaillir en 
filet, seringuer. Le sang lui gilait de la veine. — 
Id., jiler. » Vocab. du H. Maine. 

GILETA. F. s. f. Girouette. 

Noutrous affaire vant, par ne pas vous fachie, 



230 

Couma vaî la (]ilrta au dessus do clouchic. 

(Nos affaires vont, pour parler sans vous fâcher, — Comme va la 

girouette au dessus du clocher.) 

Chapelon, Avis aux échevins, p. 210. 

GIN, rien. — V. jin. 

GISCXOU. F. s. m. Espèce de serpent. 

Un bâton qu'ey curit de la pay d'un vio gisclou. 

(Un bâton qui est couvert de la peau d'un vieux gicle.) 

Chapf.lon, Testament, p. 179. 

Provenç. « Gisclard; norn qu'on donne indistincte- 
ment dans plusieurs pays aux gros serpents qui sif- 
flent quand on les appi^oche. » (Honnorat.) 

Ce nom leur vient sans doute du langued. giscla , 
Glapir; ou de giclo, gicla, Lancer, faire jaillir; parce 
que, suivant une opinion populaire, ils se défendent 
en lançant aux yeux de celui qui les attaque une liqueur 
vénéneuse. — V. ci-dessus giclo. 

GNA , GNiATO. Nichée. — V. nia. 

GNIOLA. Nuée. — V. niola. 

GOBO , GOBA. L. adj. Engourdi, crispé, estropié, difforme. 

Avey ma man goba et rouneuza. ^ 

(Avec ma main difforme et rogneuse.) 

La Bernarda Buxjandiri, p. 16. 

A la dernière scène de la Pastorale de Janin, dans 
rénumération des sobriquets donnés aux habitants des 
environs de Grenoble, on trouve les 6^0620 de Sainl- 
Nazeiro. 

Provenç. : « gobi; Gourd, engourdi par le froid, en 
parlant des mains. Ai leis mans gobias ou gobis ; J'ai 
l'onglée, j'ai les mains gourdes. » (Honnorat). 



231 

Langued. : gaoubi, gaoubic ; Tortu, de travers, dé 
jeté. — Gaoubia ; se déjeter. On le dit du bois qui se 
tourmente pour avoir été mis en œuvre avant d'être 
bien sec. (De Sauvages). 

GOGNA, GOGNi. L. et f. s. f. Joue, visage, trogne; groin. 

Sa gogni de travars, son noz comm' in rodzi. 

(Son groin de travers, son nez comme un radis.) 

RoQuiLLE, La Gorlanchia^ p. 29. 

Y tordont bien le gogne en migcant lou rutsi. 

(Ils tordent bien le groin en mangeant le rôti.) 

Savel, Mariuge de Jean, p. 55. 

Provenç. : gaugna. 

Langued. : gaougnos , les Ouïes des poissons. — 
Gaoïigno, au figuré, le Visage, la trogne. ^ la gaou- 
gno fresco ; Il a le teint frais et vermeil. (De Sauvages). 

Roman : Gaunlia; Ouie de poisson ; amygdale. 

Ce mot a de l'analogie avec le latin gêna, Joue, qui 
était usilé en roman et l'est encore en italien. Je n'ose- 
rais pourtant pas affirmer qu'il en dérive directement. 

Gogne me paraît être le radical des deux mots sui- 
vants. 

GoGNAND. L. adj, , employé quelquefois substantivement. 
Imbécile , décontenancé, qui a mauvaise grâce. Un 
grand gognand; un grand décontenancé. 

La dama Phigenie 
Qu'un gognan voiict bucclo. 

(Madame Iphigénie — Qu'nn imbécile voulait brûler.) 

Chans. de Reterony. 

Alioz, tos de gognands. (Allez, tas de...) 

RoQuiLLE, Lo Pereyoux, p. 18. 



232 
GoGNANDiSE. L. S. (. BêtiSG , raillerie. 

Mais en rcflcchissani, ce sont dos yoçfnandises. 

Visite à l'Exposition, p. 15. 

Ces deux mots sont très-usités dans le langage canut. 
GONE, GONNE. L. s. m. Enflint, fils; gamin ; garçon. 

Ça fait regret de voir jusqu'à de simples gonnes, 

Le brùle-gueule aux dents eomuic de grands personnes. 

Embell. de Lyon, 2« part., p. 19. 

Si mon gone du moins pouvait on faire autant. 

(Si mon garçon, mon fils ) 

Hevierc. à l'auteur des Embell. de Lyon, p. 4, 

— P. dauphinois : gond. 

Ceu gonet m'cit avi la migcavc dilz ieii. 

(Ce garçon, j'en suis sûr, la mangeait des yeux.) 

Dialoguo de le quatro comare. 

On serait bien tenté de le faire venir du grec yovosj 
Fils, enfant, avec lequel il est presque identique par la 
forme et par la signification. 

Je crois pourtant qu'il faut le rapporter au roman 
gona , Robe; gonne^ gonelle , en anc. franc. ; gunna, 
guna , gonela, en basse latin. ; qui est resté sous la 
forme de gonela , gounella dans les patois du midi de 
la France. Les petits enfants portent la robe, et gou- 
nelou , en limousin, indique particulièrement celle des 
enfants. C'est, suivant plusieurs élymologistes, un mot 
d'origine celtique. 11 désignait dans la Gaule un long vête- 
ment de peau. Gown, signifie encore Robe, en anglais. 

GORLANCHI. l. v. n. Flâner, vagabonder; polissonner. 

Adzo la vielly rueta 
Onte lez autre vé j'allove gnrlancld. 

(Adieu la vieille ruelle — Où autrefois j'allais polissonner.) 

KoQLiLLE, Ballon a' essai, p. 9. 



233 

T'einvilo donc a ne plus le galo, 
A gorlanchL coirato le charières. 

(Je l'engage donc à ne plus l'amuser, — A ne plus flâner, courir les 
rues.) Id., La, G(wdiuiisc4, p. 19. 

Gorlanchi me paraît un composé de gourla, ijroula^ 
Savate, vieux soulier; Traîner la savate. — V. grole. 

GoRLANCHiÂ. GORLANCHARi. L. S. f. Flânerie, vagabondage. 

Un des poèmes de Roquille a pour titre : La Gorlan- 
cliia; la flânerie. 11 tinit par ce vers : 

Voué prcindre ina bouchia, 
Et j'arai tarmino ma longa gorlunchia. 

(Je vais manger une bouchée — El j'aurai terminé...") 

p. 36. 

Pour la gurlancliari su voutron gênerai. 

(Pour le vagabondage, je suis votre général.) 

Id., Ballon d'essai, p. 27. 

Gorlanchi. l. adj. Vagabond, flâneur. 

Gorlanches de l'indrè onte ma vieilli more 
Me fît vcre lo jour. 

(Vagabonds du pays où ma vieille mère — M'a fait voir le jour.) 

Id., Ballon d'essai, p. 25. 

GOUGIE. F. V, a. Ebranler, remuer. 

Un rond de tabla ente migeou me breyse ; 
Lou goiujie pas crainli qu'o renverscyse. 

(Un rond de table sur lequel je mange mes rogatons, — Ne l'ébran- 
lez pas, de peur qu'il ne se renverse.) 

Ant. CuAPELON, Inventoirou, p. 246. 

Si vous gougie tant se po la teta , vous m'alla decuchie et tout 
lou mondou gougearat la teta couma vous. 

(Si vous branlez tant soit peu la tête, vous allez me perdre de ré- 
putation, et tout le monde branlera la tète comme vous.) 

Chapelon, Epit. à M. de St-Priest, p. 113. 



234 

Limousin : « gondza, v. n. Se dit d'une chose qui 
ne lient pas ferme dans l'endroit où elle est enfoncée. 
Goudza clin lou manlse ; Branler au manche. » Dict. 
de Béronie. 

GODR, GOURD. L. et f. s. m. Trou rempU d'eau, gouffre 
dans une rivière. On le dit particulièrement d'un lieu 
disposé dans une rivière pour y attirer et prendre les 
poissons. 

Alor pechira deins cou gour a son aiso. 

(Alors il péchera dans ce Irou à son aise.) 

RoQuiLLE, Discours, p. 6. 

Il est très-fréquent dans notre province comme dé- 
signation de lieu : Le gour cVoifer, chute du Furens, 
près de Saint-Etienne. — Le grand gour de Moum 
( Roquille , La Gorlanc/iia) — Le gourd à Bertaud 
(Cochard, JSolice sur Loire). 

— P. dauphinois. 

L'esperit n'ayant pni l'honeta ocupation 
Qu'u i'avict a clicrchic lou pleisi de natura. 
S'est aussito laucia a hi nialaventura 
Din lo gour de maufat. 

(L'esprit n'ayant plus l'honnête occupation ~ Qu il avait en cher- 
chant les plaisirs naturels, — S'est aussitôt lance à la malavcuture 

— Dans le gouffre des méchantes actions.) 

Lo Bndfel do la gisen^ p. 37. 

Languedoc : gour, gourp gourgo — Limousin : gour. 

— P. du Rouergue. 

Al bord d'un pichot gourp jettares la ligiietto. 

Peyrot, Gcory. j)o<oisc», p. 79. 

Provenç. : gourg, gour. 

Eu gros gours s'y pren lou gros pey.) 

(Dans les gros trous on prend les gros poissons.) 

La Buy ado prouensalo. 



235 

Roman: gorc. — Gorc es loc preon dins fluvi ; 
Gour est lieu profond dans un fleuve. (Raynouard). 

Catalan ; gorg. — Italien : gorgo. 

La plupart des Dictionn. le font dériver du latin 
gurges. 

Basse latin. « gordiis, Gurges, locus in fluvio coarc- 
tatus piscium capiendorum causa : gors, gorl et guort. » 
Gloss. Ducange. 

Le Diction, de l'Acad., 1835, a retenu gorcl dans le 
sens de Pêcherie, lieu disposé pour la pêche. C'est une 
acception restreinte de cet ancien mot qui est resté 
dans nos patois avec son sens beaucoup plus général. 

GOURD. L. ndj. Engourdi , perclus par le froid ; lourd , 
inepte. 

On trouve cet adjectif fréquemment appliqué comme 
sobriquet a des personnages lyonnais. 

Vers 1555, la veuve de Jean Cléberg se maria en 
troisièmes noces a noble Claude Vincent, dit le Gourt. 

Sur ce mot, M. Breghot du Lut , dans sa Notice de 
l'Homme de la Roche, Archiv. histor. du Rhône, t. V, 
p. 297, et Mél. , t. I , p. 23i , a la note suivante : 
« Lisez gourd. Ce mot, qui remonte a la plus haute an- 
tiquité , puisqu'il vient de l'ancien espagnol gurdus 
((^miUiWen, Instit. oi^at., I, 5), signifiait Roidi , perclus, 
rendu immobile par le froid. Il n'est plus usité. Engour- 
dir, engourdissement, dégourdir, etc., lui ont survécu. 
Ce sont des rejetons qui conservent leur vigueur, quoi- 
que la racine ait péri. » 

Le passage de Quintilien rappelé par M. Rreghot du 
Lut porte : « gardos quos pro slolidis accipit vulgus ex 



236 

Hispania duxisse originem audivi. » Il prouve, quelle 
que soit l'origine première du mot , que le peuple h 
Rome disait gurdiis dans le sens de Sot, épais, inepte. 

Le langued. dit gourd , dans le sens de Gras, bien 
nourri, et dans le sens de Engourdi. L'espagnol et le 
portugais disent gordo seulement dans le premier sens. 

En bas breton , gourd signifie Rude , inflexible ; et 
gour est un vieux mot à peu près inusité aujourd'hui, 
qui signifiait Homme, personne. Si pareille expression 
se retrouvait dans la langue de l'ancienne Espagne, on 
aurait la une explication du fait indiqué par Quintilien. 
Le peuple romain se serait servi dans un sens injurieux 
d'un mot qu'il entendait fréquemment sortir de la bou- 
che des Espagnols. C'est un procédé que les peuples 
ne s'épargnent guère les uns aux autres. C'est ainsi 
qu'en France le peuple appelle les Anglais Goddam, les 
Allemands MeinJierr, etc., etc. 

Le Diction, de l'Acad., 1835, a conservé gourd, 
mais seulement au sens de Perclus par le froid , et 
comme usité dans cette locution : Avoir les mains 
gourdes. Il est certain que le mol avait autrefois en 
français et a conservé encore dans nos patois une 
signification beaucoup plus étendue. 

GOURRER, tromper. —V. agourra. 

GOURRINA. F. V. n. Rôder, vagabonder, aller en quête. 

Vous savez que vou ey una misera, 
Quand o va gouri'ina chiez le gens. 

(Vous savez que c'est une misère — Quand on va quêter chez autrui.) 

Chapelon, Mi de Moi., p. 149. 

Langued.: gourina, gourrinar ; Errer, battre le pavé. 



237 
Provenç . : gourrineja . 

Per camina dins l'oumbro et per gouriHneja. 

(Pour cheminer dans l'ombic et pour vagabonder.) 

Mireio, eh, v. 

GouRRiN. F. aclj. employé substant. Pauvre diable, vaga- 
bond. 

Vou n'y a rai de goun'in, tant guurrin seya-t-ai, 
Que ne prête sa men, si o n'a rai de mêlai. 

(Il n'y a point de pauvre diable, si pauvre soit- il, — Qui ne prête 
pour cela son bras, s'il n'a point de meta!, point d'argent.) 

CnAPELON, Requête, p. 214. 

Basse latin.: « Gorrinare; Decipere, surripere; undè 
gorrinus; Subductor., raptor fraudulentus; Gall. Escroc. 
LilL remiss., an 1395. Dicens quod ipse non erat vis- 
pilio gorrinus, nec consueverat aliquem gorrinare vel 
decipere. » Gloss. Ducange. 

GOYETA, GOYARDE. L. S. f. Petite serpe de vigneron. 

L'un armo d'in tranche, l'aulro d'ina goyela. 

RoQUiLLE, La Gorlanchia, p. 40. 

Goxjarde est cité par M. Bregliot du Lut, MèL, t. II, 
p. 66. 

— P. maçonnais. 

AvQ de sarpe et de goyete. 

Noëls maçonnais, p. 57. 

Ane. franc.: goiart, goie, gouet, goy; Serpe, petite 
laux, petite bêche (Roquefort). 

J'empoignay d'allégresse un goy dedans la main. 

Ronsard, Eglog. 

Basse latin.: » Goia; Falcis species; Gall. Serpe, alias 
goie, goe, goy, goye. Lilt. remiss. 1456. Le suppliant 
feri un coup d'un goy, autrement appelé Vougesse.... 



238 

Hinc diminutivum gouet. Gouyer, eodem sensu. Goyar- 
dus, noslris goyarl\ Falcis species. LiU. remiss 1405. 
Un goyari que le suppliant avoit accoustumé de porter 
quand il aloit dehors abattre ou couper les buissons et 
hayes. Guoya; Falcis species; Gall. Serpe; alias ^ote. » 
Gloss. Ducange. 

V. aussi le Gloss. des Noëls de La Monnoye, v^ gouiso, 
Serpette. 

GRAFFIGNER. V. Egrafiner. 

GROLE, CROULA. L. et f. s. f. Vieux soulier, savate. 

Doucy vieille groule et dou malru soula, 
Vou l'y a doux ans que lou fio carrela. 

(Deux vieilles savates et deux mauvais souliers, — H y a deux ans 

que je les ai fait ressemeler.) 

Ant. Chapelon, hiventoirou, p. 248. 

Mcynats, faudra passa la grnula. 
(Enfants, il faudra faire courir la savate.) 

Ant. Cn\PEL0N, Bobrun, p. 241. 

[Passa fa groula désigne un jeu qui consiste à faire 
courir un soulier parmi les joueurs placés en rond, 
tandis que l'un d'eux cherche a deviner quel est celui 
qui le détient. L'éditeur de Chapelon de 1779 raconte 
qu'à St-Elienne les gens qui passaient la nuit auprès 
d'un mort se divertissaient de cette façon.) 

Quand soune avouai lous ans l'houra de la resonn, 
Von n'y veut guerou mais qu'au tojié de sa maisoun ; 
Vou ame soun chïn, soun chat, soun canarit, ses rp'oules 

(Quand sonne avec les ans l'heure de la raison, — On ne voit guère 

plus loin que le toil de sa maison ; — On aime son chien, son chat, 

son canari, ses pantouflci<;.) 

Chansons de Pliilipi^on, 1853, p. 74. 

« Groles, dites Mauvais souliers. » Molard, 1803. 



239 
Langued. et provenç.: groulo, groula. 

Touto sabalo ven yruulo. 

(Tout soulier devient grole.) 

La Biigado prouensalo. 

(Les mots sabalo et savalo ont pendant longtemps 
désigné, dans ie midi de la France, ce qui s'appelle au- 
jourd'hui un Soulier, et n'ont pris qu'assez lard l'accep- 
tion méprisante qu'ils ont de notre temps : on disait alors 
groulo pour Mauvais soulier.) 

Ane. iv2inç.: gr ouïes, grolles ; Savates, pantoufles. 
(Roquefort) - 

Basse latin.: « Grolerius, Veteramentarius, sutor; 
Gall. Savetier; Provinc. et Occit. groulier. » Gloss. 
Ducange. 

Lou groulie bel esprit ; le Savetier bel esprit, par Pe- 
labon, est une des comédies en dialecte marseillais les 
plus connues : elle est de la fin du siècle dernier. 

Grollon. l. s. m. Grosse savate. 

Car des souliers tout neufs, me semble, valent plus 
Que tous les vieux grollons qu'on vend au Pipelus. 

Visite à l'Exposition, p. 3^ 

GoL'RLA. L. S. /". Comme grola; Savate, vieux soulier. 

Alor l'einfortsuno plus jauno qu'ina eourla 
Degniche de son coin, ein trcnassant la gourla. 

(Alors l'infortuné, plus jaune qu'une rourge, — Sort de son coin en 

traînant la savate.) 

RoQUiLLE, Lo deputo manquo, p. 27. 

GouRLEYi. L. V. a. Frapper d'un coup de savate. 

Par in horamo parc s'être vu gourleyi l 

(Par un homme pareil s'être vu frappé d'un coup de savate ! ) 

RoQuiLLE, Les Ganduaises, p. 8. 



240 



GUINOCHI, GuiGNocHL L. et F. s. f. Détente d'une arme à 
feu; pièce de fer qui fait partir le chien quand on la 
presse. 

Vou lai s'en trouvet un qu'en touchant la guinochi 
Soufflet en mcmou tion dedin lou bassinet; 
Se l'y arrapct lou na et lou coupet luut net. 

(Il yen eut un qui, en touchant la détente, — Souffla en même temps 
dans le bassinet ; il s'y prit le nez et se lo coupa net.) 

Ch\pelon, Entrée solcnn., p. 119. 

Et préparant l'eindex par tsiri la guujnoehi. 

[E[ préparant l'index pour tirer la détente.) 

RoQuiLLE, Lo Pereyoux^ p. 16. 

Provenç.: guignocha. — Honnorat le fait dériver de 
guigner, Remuer. 

Le Gloss. de Ducange donne une autre étymologie : 
« Ginochium, geniculum; Gall. Genou. Ital. Ginoccbio. 
Hinc forte guignoche, Baculum recurvum vocabant nos- 
tri, cujus forma sic describitur in Lin. remiss. ^ an 1456 : 
Ung baston de houx fourché et reployé par le bout, vul- 
gairement appelé guignoche, que le suppliant avoit fait 
pour soy esbaitre a getter des pierres ou motes de terre 
au loing. » 

Quelle que soitl'éiymologie premièi^e du mot, on peut 
conclure du passage cité que la Guignoche de nos fusils 
qui, elle aussi, lance des projectiles, a reçu son nom 
par analogie avec le bâton recourbé employé jadis à 
lancer des pierres. 



H 



HARQUETA. — V. arqueta. 

HASTE. — V. ATou. 

HAUSTAU, F. s. m. Maison, domicile; logis, hôtel. 

Chacun son dezordre 
Lou scgiiit pas à pas jusqu'à dins son haustau, 
Autramen vcz chic set, a parla couma au faut. 

(Chacun sans désordre — Les suivit pas à pas jusque dans leur mai- 
son, — Autrement, jusque chez eux, pour parler comme il faut.) 

Chapelon, Entrée solenn., p. 137. 

— P. bressan. 

Pre me ze garderc l'ouzo, 
Car ze ne pou pie guer' alo. 

(Pour moi, je garderai la maison, — Car je ne puis plus guère aller.) 

Noëls bressans, éd. Le Duc, p. 110. 

— P. bourguignon. 

Et peu Voustau se remboito, 

To comme si de ran n'éto. 

Virgille virai, ch. vi. 

Langued. : ouslaou. ostal, oustau. 

Cad'un es meste en soun oustau. 

(Chacun est maître en sa m^iison.) 

D'AsTROs. Lnu Trimfe de la lengouo gascouu. 

Provenç. : houstau. 

Voulen plus tourna dins noslis oustau, 
Que noun de TAnglès vcgucn la desbrando. 

(Nous ne voulons plus retourner dans nos maisons — Avant que de 
l'Anglais nous n'avions vu la déroule.) Mireio, ch. i. 

16 



•242 

Roman : hoslal, ostau. 

Ane. catalan et espagnol : hosial. — Italien : ostcllo. 

C'est notre français liôlel. Il vient du latin stare, sta- 
tio. De Sauvages cite un titre latin où slare a exacte- 
ment le sens de haustau : « Hoc factum in villa S. 
J]gidii in slare Comitis Bermundi. » — V. aussi Gloss. 
Ducange, v° stare^ eslare; Domus ; et v° hoslilia ; Do- 
mu s, mansio. 

Ane. franc. : hosteil. 

HEURS. L. s. m. ? 

Coehard, dans sa Notice sur le canton de Saint- 
Symphorien-le-Château , p. 193, et à l'art, concernant 
le village de Meys, a le passage suivant : 

« Les jardins étaient hors des murs du village ; aussi 
appelle-t-on encore le chemin qui passe au bas de l'en- 
ceinte sous les heurs, par corruption du mot latin hor- 
lus , jardin. » 

Je doute fort de cette explication du mot heurs, parce 
que je ne trouve cette forme employée pour Jardin 
dans aucun patois des provinces voisines. On ùii huert, 
en Dauphiné; horl , houeri en Provence et ourlé en 
languedocien, etc. Couriil et curlil sont les formes les 
plus usitées dans nos pays. ^ 

On appelait hourds dans la construction des châ- ■ 
teaux au moyen âge des pièces de charpente que rem- 
placèrent, plus tard, les mâchicoulis en pierre. Ne 
Sv3raient-ce pas la les heurs de Meys ? 



lAORE, Maintenant. — V. ore. 

INGHI. — V. ANCHI. 

INQUEU, ENQUEu, oNQu'uN. L. et F. adv. Aujourd'hui, main- 
tenant. 

Tu te sint mal, tu ne viorez plus gairou, 
Vou faut enqueu faire Ion inventoirou. 

(Tu te sens mal, tu ne vivras plus guère ; — Il faut aujourd'hui faire 

ton inventaire.) 

Ant. Chapelon, Bobrun, p. 245. 

Tau que se tint dret 
Pot inqueu ou demô faire lou tracoulet. 

(Tel qui se tient droit, — Peut aujourd'hui ou demain faire la cul- 
bute.) CuAPELON, La Misera, p. 203. 

Car à l'heure d'inquieu fo pa se rapporta 
A la faussa apparence, en vêlant la hiota. 

(Car à l'heure d'aujourd'hui, maintenant, il ne faut pas se rapporter 
— A la fausse apparence, en voyant la beauté.) 

Savel, Mai\ de Jean, p. 27. 

Si l'an passo par me voz eûtes d'eindulgcnci, 
Inqueu j'oso compto su la mem' obligeanci. 

ROQUILLE, Discoiu's, p. 3. 

Énqueu chanta l'accord que fat lo vray bonheur, 
Pardonna noblamen ou passo son erreur. 

(Chante aujourd'hui l'accord....) 

Hymna à la Concorda, p. 22. 



^44 

On dit maintenant a Saint-Etienne oncjuun , mais 
c'est une prononciation tout a Hiit dégénérée. 

Si ji souais pas quoquc vcya dzins lou gouvcrnamonl d'onyu'wn. 
(Si je ne suis pas quelque chose dans le gouvernement d'aujour- 
d'hui.) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 62. 

Tou lou mondou fasi bombanci , 
Onqu'un sai faut creva de fon. 

(Tout le monde faisait bombance; — Aujourd'hui ici il faut crever 

de faim.) 

LiNOSsiER, Moussue Progrès, p. 5. 

■ P. dauphinois. 

Me bevon, me comare, 
Et laisson per enqueu cctou menuez afare.) 

(Mais buvons, mes coraèrcs — Et laissons pour aujourd'hui ces me- 
nues affaires.) 

' Lo Banquet de le faye, p. 7. 

Inqueu n'est autre qu'une forme locale de l'anc. 
français ancui, encui, ancué, dont le sens véritable est 
Aujourd'hui , dans ces jours : eu répondant dans nos 
patois k l'anc. français hui. 

Le fene a la journa d'eu 

Amon l'uzelery. 

Ballet forêsien. 

Roquefort , trompé par la syllabe anc à laquelle il 
donne le sens de Avant, a traduit anciii par Avant ce 
jour; puis v'^ encui, il a substitué a cette traduction 
celle de, Avant la fin de ce jour, qui n'est pas plus 
exacte. 

V. Ducange, au Gloss. franc, v*' ancui, enqui, enquoi, 
encui. — Gust. Fallot , p. 492, — et Lexiq. de Ray- 
nouard, v^ anc. \ 

On disait aussi en roman de langue d'oc anca nuech; 



I 



245 

en roman de langue d'oyl ctiquenuil; Ce soir, cette nuit; 
dans plusieurs patois, Encanol, 

— P. dauphinois. 

Eyct prou devisa, venez voz asseta ; 
Voz avri encanol Icisi de jacqucla. 

(C'est assez deviser, venez vous asseoir; — Vous aurez ce soir loisir 

de babiller.) 

Pastor. de Janin, acte V, se. ni. 
V. ANUY. 

INTRAFICHI , EiNTRAFicHi (s'). L. V. pron. S'enchevêtrer, 
s'embarrasser. 

Musa, beta d'in lo qou détail inutsilo ; 
N'essorly pos le gins que reposent tranquilo, 
In volant t'cxprimo sur lo ton réfléchi : 
Porla nayivament et sins Vintrafichi. 

(Muse, mets de côté ce détail inutile; — N'assourdis pas les gens 
qui reposent tranquilles, — En voulant t'exprimer sur le ton ré- 
fléchi : — Parle naïvement et sans t'embarrasser.) 

RoQuiLLE, Breyou^ p. 9. 

A forci d'allongi quela dzura semonci, 
L'orateur s'eintraf.che et sa vouix devient ronci. 

(A force d'allonger cette dure semonce, — L'orateur s'embarrasse 

et sa voix devient rauc^ue.) 

Id., La Ménagerie^ p. 16. 

Se dins s'etsant intrafichi. 

(Ses dents s'étaient enchevêtrées.) 

Id., Ballon d'essai^ 36. 

Langued. : entrafegar. — Limousin : entrafîgar. — 
Embarrasser, intriguer, enchevêtrer. 

lORE, Maintenant. — V. ore. 



JAIVl. F. GÈvE. L. S. /. Cage. 

La jajt't d'un uzai qu'a ben prou de cousins. 

(La cage d'un oiseau qui a beaucoup de cousins, d'un coucou ) 

CuAPELON, Teslmn., p. 179. 

Aucuns buydons, geves ou cages a tenir poulailles. 

Paradin, Hist. de Lyon, p. 191. 

— P. dauphinois : gcivi. 

Et comme un passerai eicapa de la geivi. 

(Et comme un passereau échappé de sa cage.) 

Lo Bafifel de la gisen, p. 31. 

Langued. et provenç.: gabi, gabio, gabia, 

Vau may islar ousseou de boucsc qu'onsscou de gabi. 

(Il vaut mieux élre oiseau de bois qu'oiseau de cage.) 

La Bagado iprouensalo. 

Roman : gabia. 

Catalan : gabia. — italien : gabbia. 

Basse latin.: gabia, gaia^ jaia. V. Gloss. Ducange. 

Ane. franc.: gaiote, jajeole, jaiole. 

JALENA, ZALENA. F. s. f. Poule. 

l'allave de not apia quauquc jalena 
Qu'au venit peu mingie entre lu et sa fena. 

(Il allait de nuit marauder quelque poule — Qu'il venait ensuite 



manger avec sa femme.) 



Jac. Chapelon, Edite, dos e (fans, p. 268. 



247 

Adude dins noulron paney 
De zicux ou de jalène. 

(Amenez dans notre panier — Des œufs ou des poules.) 

CuAPELON, Mi de moi, [). 152. 

La Labarauchy et lou drot 
Que farit de tous lou juchie 
Le zcilène zevarachie. 

(Le fantôme et l'épouvanlail — Qui ferait de tous les juclioirs — Fuir 
les poules en désordre.) Ballet forésien. 

— P. dauphinois : gialina. 

Vou zcussia veu eiplet rcmena le babine, 
Eicarterié chapon, eicropiona gialine. 

Lo Batifel de la gisen, p. 29. 

Langued. et proveiiç.: galino, gallina. 

Va bcn mau dedins un housiau, 
Quand la galino fa lou gau. 

(Une maison va bien mal — Quand la poule fait le coq.) 

La Bugado pi'ouensalo. 

Roman : gal'ma. 

Catalan, espagnol et italien : gallina. — Portugais : 
gallinha. — Latin : gallina. 
Ane. français : geline, gheline. 

Je vous avois pieçà bien dit, de par tous les diables, que vous 

fissiez fermer nostre poullier, où la martre a mangé trois de nos 

mères gelines couveresses. 

Les XV joies de mariage. 

Geline a été conservé comme vieux par le Dictionn. 
de l'Acad. 1835. 

Jalenev. ¥. s, m. Poulailler. 

Si eyl'atU quauquc jalcna 
Au jalcney . 

(S'ils ont quelqtie poule — Au poulailler.) 

Chapelon, JSoel F, p. 87. 



248 

Ane. iranç.: gelinier. « Le suppliant monta en un 
gelinier où il y avoit deux gelines, lesquelles il tua. » 
Lcll. rcnùss.^ 1399. — V. Gloss. Ducange, v° gallma- 
riiim. 

JAMBEROTTE. l. Sauler, marcher a la jamberoUe, c'est 
Sauter, marcher sur une seule jambe, à pied coupé, 
comme on dit dans d'autres provinces. 

Celte locution est citée par Molard, 1803. 

JambcroUe est une forme francisée de l'italien gamba 
roHn , Jambe rompue , jambe cassée. Son origine est 
absolument semblable à celle du français banqueroute, 
en italien banca rolta, 

JANGOLLIE, JANGouiLLiE . L. et f. v. n. Bavarder, 
parler a tort et k travers ; railler. 

Je vio que bien de gcn se firont grand pleysir 
De vous entendre tous jangoiiiller a lisir. 

(Je vis que bien des gens eurent grand plaisir — A vous entendre tous 

babiller à votre aise.) 

Chapelon, Thèse, p. 226. 

La viala et lous chamins erianl pleins d'etrangier 
Que s'en tourneront tous sens ozâ jangouillier. 

(La ville et les chemins étaient pleins d'étrangers — Qui s'en retour- 
nèrent tous sans oser se moquer.) 

Id., Entrée solenn., p. 137. 

Dans sa Notice sur Condrieu, p. 104, Cochard cite 
jangolllo comme appartenant au patois de cette ville. E 
jangollie; il ne sait ce qu'il dit. 

Langued. : jangoufar, jangiicillar. — Ane. provenç. : 
janglar. 

Roman : jangueUiar; Médire. 



249 

An.c. franc.: jangler, jengler, gengler ; Mentir, jaser, 
railler. 

Quant nous avons longucnicnl ja>jfj(/c et parle avec les aultres. 

L'IntcrneUe consolai ion, III, eh. xx. 

Basse latin.: « Jangularia\ Garrulitas, nugae, a veteri 
gallico jcingle, undè jangler, Garrire, vulgô Jaser, ca- 
queter. Lill. remiss., 1389. Comme iceux se feussent 
prins a parler et jangler ensemble de guerres, imposi- 
tions et gabelles. — /ofH/«n; Jocari a Joculus pro Jo- 
cus. Nostris alias gengler. LUI. remiss., 1410. Lequel 
Grimaut dist a icellui Vincent : Pourquoy ne s'en vien- 
nent Jehannin et Collinet, et que puent-ils tant gengler 
après nous? » — Gloss. Ducange. 

JARTOU. F. jARDou. L. adj. Bancroche, qui a les jambes 
torses. 



Lou pru groulut, lou pru javtou. 
(Le plus difforme, le plus bancroche.) 

Bossua, torsa, guerly, bigueyzy, 
Jartouza, goucilrouza, puneyzy. 



Ballet forésien. 



Id. 



A dzizié que to trez cfans 
Etsant jardoux et degotans. 

(Il disait que tes trois enfants — Etaient bancroches et dégoûtants. \ 

RoQuiLLE. Les Gayiduaises, p. 16. 

C'est la forme patoise de l'ancien français jarrelé, 
Qui a les jarrets coupés, mot qui a été conservé par le 
Diction, de l'Acad., 1835, mais avec un sens resti^eint: 
(( Jarrelé; il se dit de toul quadrupède qui a les jambes 
de deriière tournées en dedans et si peu ouvertes que 
les deux jari^ets se touchent presque en marchant. Je 
ne veux point de ce mulel^ il est jarrelé. » 



250 

Basse lalin.t a Esgarrare ; Popliles incidere; nostris 
esgarlcr, csjarrcr, esgerrcler et csjarreler. Joiiiville, 
Fie de sainL Louis, édit. imp.roy., p. 69. «Monseigneur 
Raoul de Wanon avoit esté csjarrclé a la grand bataille. » 
Gloss. Ducange. V. aussi v'' sgarrelare et sgarlatare. 

Jartlra, jartsura, jartzura. F. s. /. Etat d'un objet qui est 
brisé, défiguré, tordu. 

Iquelous biaux chavios cl lour genta eoueffura 
Qu'ey sont cvarachis et couma ey fant jar/wa. 

(Ces beaux cheveux et leur jolie coiffure, — Comme ils sont en dé- 
sordre et tout défaits.) 

Ant. Chapelon, Caracterou de le filles, p. 237. 

Soun chapais fit tant jarlsura 
Qu'au n'osail plus s'on sarvi. 

(Son chapeau fut si défiguré — Qu'il n'osa plus s'en servir.) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 60. 

Faide un miraclou ou dous par ma candzidatzura 
Par que moun moundou et me ne fasianl plus jartzura. 

(Faites un miracle ou deux pour ma candidature, — Afin que mon 
monde et moi ne marchions plus à l'inverse l'un de l'autre.) 

Id., id., p. 66. 

JASERON. L. S. m. Chaîne de cou a mailles et en or que 
portaient jadis presque toutes les femmes de nos cam- 
pagnes. C'était leur bijou de fondation, et le nombre 
des rangs de la chaîne indiquait la richesse ou le luxe 
de la maison. 

M. Breghot, qui cite ce mot, Méi, t. Il, p. 66, dit 
qu'on le trouve dans plusieurs décrets, instructions et 
ordonnances relatifs à la garantie des matières d'or et 
d'argent. 

On disait en anc. français jasera?i. Le mot avait d'à- 



251 

bord servi a désigner les cottes de maille des hommes 
de guerre : 

L'oshevg jazerenc; (le haubert jaseran.) 

Chanson de Roland, ch. m, v. 210. 

Il devint ensuite, par imitation, le nom d'un bijou qui 
avait une disposition analogue. 

Juno m'a donné charge en passant que je luy apporte quelque 

dorure, quelque jaso^an, ou quelque ceincture à la nouvelle façon, 

s'il y en a point là-bas. 

Bonav. Des Periers, Cymbalum mundi, dialogue I. 

C'est cequiestti^èsbien expliqué parLaMonnoyedans 
le Gloss. de ses Noëls au mot gorgciri' : « Les gorgères 
« des femmes avoient emprunté leur nom des gorgèi^es 
« des gens de guerre, lesquelles faisoient partie de l'ar- 
« mure, et c'est ce que depuis on a nommé Hausse-cou. 
(( Il en est de même desjaserans, ou colliers tissus les 
« uns à maille d'or, les autres a maille d'argent, à la ma- 
« nièi^e des jaserans de guerre, ainsi nommés parce que 
« c'étoient des cottes tissues a mailles d'acier, en espa- 
ce gnol azero, d'où le mol jazci^an ainsi éci^t ancienne- 
ce ment a été foiiiié. Ces colliers ou jaserans étoient plus 
ce ou moins ornés suivant la qualité des personnes. » 

Langued. ijhazeran; Collier de femme, bracelet. 

Roman : jaseran ; Cotte de mailles. 

Espagnol : jacerino. — Italien ; ghiazzerino.. 

V. aussi Gloss. Ducange, y^ jazeran. 

JICLO. — V. GICLO. 

JIN, GIN. L. et F. conj. Point, ne pas, rien. — Et aclj. reL, 
Personne, aucun. 

A n'iquel empoueison vou n'ya ^m de reniçciou. 

(A ce poison il n'y a point de remède.) 

Ant. Chapelon, Caracterou de le filles, p. 2S4. 



252 

Vou n'y a 91» de si bcUa. 

(Il n'y en a point d'aussi belle.) 

CuAPELON, Noël I, p. 77. 

Vou se îy e trouvât de gens que ne gatont gin de bericlou. 

(Il s'y est trouvé des gens qui n'usent point de lunettes.) 

Id., Epit. à M. de St-Priest, p. 112. 

La mort ne fazant gin de giaci, 
A cha po tout changeai de placi. 

(La mort ne faisant point de giàce, — Peu à peu tout changea de 

place.) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 32. 

Ou gni faut san retar treuva de numéraire ; 

An'a/i?i dans sa borsa, ou gni an faut enqirunta. • 

(Il lui faut sans retard trouver du numéraire; — Il n'en a point 
dans sa bourse, il lui faut en emprunter.) 

Savel, Matiage de Jean, p. 33. 

Y n'ant j'm fat de raô par être ainsi pugnis. 

(Ils n'ont point fait de mal pour être ainsi punis.) 

RoQuiLLE, Breyou. p. 25. 

N'esporgnons jin ; ovet l'odre do re. 

(N'épargnons personne j c'est l'ordre du roi.) 

Id., id., p. 81. 

Enfin a tout lo jue vos qu'aides loz atouts ; 
Quejm ne pont riquo, vo que lo riquo tous. 

(tlnfin à tous les jeux vous qui avez les atouts, — Vous qu'aucuns 
ne peuvent bàttr«i et qui les battez tous.) 

Id., Discours, 1858. p. 9. 

P. dauphinois : gin. 

Vcicy un terriblo sahat ; 
N'est gin a mon avis per fare 
De le pore gen louz afarc. 

(. . . .Ce n'est pas, à mon avis, pour faire — Des pauvres gens les 

affaires.) 

La Vieille Lavandière, p. 55. 



253 

Ne vaut gin la pena de vou tan dcmcna. 

(Ce n'est pas la peine de tant vous démener.) 

Dial. de le quatro comare. 

Langued. : Jhes. — /m, dans Aubanel de Nîmes. 
Provenç : gen, gis, ges. 
Roman : gens, ges. 

Ella s fen sorda, geiis a lui non atend. 
(Elle se feint sourde, point à lui ne fait attention.) 

Citation duLex. de Raynouard. 

Catalan : gens. 

Suivant Honnoi^at, qui a suivi en cela l'opinion d'au- 
tres étymologistes , « ges fut d'abord dit pour gens , 
« Gens; puis, a l'imitation du minime gentium des 
« Latins, on l'employa dans le sens de Point, en lejoi- 
« gnant a une particule négative : Nullement, aucu- 
« nement. » 

Je ne puis me persuader que noire j'm, gin, ait la 
moindre parenté avec le latin gens et le minime gen- 
tium. Je n'y vois qu'une prononciation locale de l'an- 
cien français nient, Rien (italien, nienle) pour lequel on 
disait aussi giens. 

Lf reis Yram vint veer sa terre et ces chastels , mais nient ne li 
pleurent. 

(Egressus est Hiram de Tyro ut videret oppida quae dedcrat ci 
Salomon et non placucrunt ci.) 

Les IV Livides des Rois, liv. ïll, ch. ix, p. 269. 

Puis avint que la rivière sechad , kar giens de pluie ne vint en 
terre. (Post dies aulem siccatus esl, torrens, non enim plucrat super 
terram.) Id., liv. III, ch. xvn, p. 310. 

Mis sires ne volt giens prendre Naaman. (Mon maître n'a rien 
voulu recevoir de Naaman. — Pepercit Dominus meus Naaman Syro 
isti ut non acciperet ab eo quœ altulit.) 

Id.. liv. IV, ch. V, p. 364. 



K 



KARE, Chercher. — V. quarre. 



LA. F. Lo. L. s. m. Côté. 

Fezon tou dou a qui myo myo, 
Te de ton la et me do myo. 

(Faisons Ions deux à qui mieux mieux, — Toi de ton côté et moi du 

mien.) 

Ballet forcsien. 

Iquen ey ma fey lou vrai la, 

Par s'alla faïre pendoula. 

(Ceci est, ma foi, le vrai côté, le vrai iHoyen, — Pour aller se faire 

pendre.) 

Jac. Chavelon, Contrition d'un fhiéant, p. 272. 

J'ai mon chalietquc ne tint que d'un la. 

(J'ai mon bois de lit qui ne tient que d'un côlé.) 

Ant. Chapelo.n, Invent., p. 245. 
L'a emmena 
Do la de Tarantaisy. 

(Il l'a emmenée — Du côté de Tarantaise.) 

CHAPELO^( , Chansoti , p. 165. 

Vcyouns tout do boun la. 

(Voyons tout du bon côté.) 

Chansons de Pbilippon, 1842, p. 19. 



« 



i: 



255 

Cependant ou ne faut vi ri de quoquc là. 

(Cependant il nous faut nous retourner de quelque côte.) 

Savel, Mai', de Jean, p. 3. 

Marchant d'inpo lygi, lo cosquo suz in lo. 

(Marchant d'un pas léger, le casque sur un côté, sur l'oreille.) 

RoQUiLLE, Ballon d'essai, p. 14. 

De tous los los dija depond la villi corda 
Dont j'aytions encoblos par la laidi discorda. 

(De tous les côtés déjà se défait la vieille corde — Dont nous étions 
liés par la laide discorde.) Hymna à la Concorda, p. 27. 

Roman : lalz, Côté. 

Ane. catalan : lai. — Espagnol et portugais : lado. — 
Italien : lalo. — Latin : lalus. 

Ane. franc.: lé, lez. Il est substantif, Côté: 

Le pauvre homme sans dire mol 
S'enfuyra en un autre lé. 

Les droits nouvenulx sur les femmes. Ane. poés. fran- 
çaises, t. II, p. 125. 

et adverbe, A côté de, auprès de. C'est en ce sens qu'il 
est employé dans les noms de lieu, Plessis lez Tours. 
Filleneuve lez Avignon. 

V. Gust. Fallot, Becherch.^p. 546. V. aussi le Gloss. 
Ducange, v'' lalus et leda. 

Nos paysans, pour désigner un individu frappé d'une 
paralysie partieLe, disent énergiquement qu'il est mort 
d'in lo, mort d'un côté. 

LAINGAINA, lingàina. f. s. f. Bande d'étoffe. 

A veire sur lour front lainguina sur lingàina, 

Vou ei si bien arrangi qu'o semble una quinquaina. 

(A voir sur leur front bandelette sur bandelette, — Tout est si bien 
arrangé qu'il semble que ce soit une quintaine.) 

Chapelon, La Misera, p. 196. 



256 

Provençal : lingueina. 

Ce mot peut venir de Hngua, Langue, qui est souvent 
synonyme de Bande, par exemple, une Langue de terre; 
ou de l'ancien français linge, lingre; Menu, mince, dé- 
licat, d'où Ungeanè, Qui est rendu mince et léger. (Gloss. 
de Roquefort.) 

LAMOU. F. LOMO. L. adv. Là haut. 

Lou bon Dio après la maladi 

Nous menara lamou dedin son paradi. 

(Le bon Dieu, après la maladie, — Nous mènera là haut dans son 

paradis.) 

Chapelon, La Misera^ p. 202. 

J'ai lamou su ma cheminea 
Lou gran saprou de Patassoun. 

(J'ai là haut sur ma cheminée — Le grand sabre de Patasson.) 

LiNOssiER, Moussue Progrès, p. 7. 

T'csse sur de monlo par qui lo7no din nau. 

(Tu es sûr de monter ainsi là haut, en paradis.) 

RoQuiLLE, Ballon d'essai, p. 14. 

— P. dauphinois : la mon. 

La mon u près de Venci en tirant vers Chatroussa. 

(Là haut auprès de Vcnce, en allant vers Chartreuse.) 

Lo Banquet de le faye, p. 1. 

Langued. et provenç,: ailamoun, eilamount. 

Lamou et lomo sont des composés altérés du roman 
amon, En haut; littéralement, A la montagne. On disait 
en anc. français amont, pour le contraire de aval et 
pour signifier le Côté d'où la rivièi^e vient. Le Dict. de 
l'Acad. 1835 l'a rapporté, mais en expliquant qu'il n'est 
plus usité que dans le langage des gens de rivière. 



237 

LA RM USA, LARMLZA. F. LARMISE, LÂRMLYSE. L. S. f. Lézard gHS 

des murailles. 

L'un pren un mousqueton et. l'autre un'arqucbusa 

Par tua do parpallons ou ])cn quauque lai^musa. 

Chapelon, Entrée solen.^ p. 119. 

Gras couma una larmuza. 

CnAPELON, La Gareyma^ p. 187. 

M. Bregliot duLut^ qui cite larmise, larmu\jse,MéL, 
t. I, p. 226, Ta trouvé dans une traduction, imprimée à 
Lyon au XVP siècle, d'un ouvrage italien d'Isabelle 
Sforza, intitulé De la vraye tranquillilé cl esprit : 

Ne te dculx, père, d'avoir perdu cesyculxqui te estoient communs 
avec les mouches et les larmuyses et avec les sourys. 

Larmise et larmuse sont cités dans le Dict. des ex- 
pressions vicieuses des Hautes-Alpes. 

Provenç.: larmusa. Honnorat y voit une abréviation 
de logramusa, qui a le même sens dans plusieurs dia- 
lectes du midi de la France, et qui ne sei\ait lui-même 
qu'une transformation de lagart mura, Lézard des murs. 

Catalan: llagarl, — Espagnol et portugais : lagarto. 
— Latin ; lacer ta. 

LEEN. F. LEANs. L. adv. Lk dedans. 

Y diont qu'eyl'ey léen, 
Dedins un chiratey. 

(Ils disent qu'elle est là dedans, — Dans une masure.) 

Chapelon, Noël /, p. 78. 

Et même jusqu'à leurs enfans, 

Tous éloient bien reçus léans. 

Noël sur la maladie contagieuse de 1581. 

— P. dauphinois : leyen. 

Leyen coma d'anchois lo mondo eire chouchat. 

(Là dedans on était presse comme des anchois.) 

Blanc la Goutte, Ejnlre sur les réjouissances, p. 20. 

17 



258 
— V. bressan : léeni. 

La Matia se coitave 
De risola leem 
Peyrc, chatagn'c rave 
Au Di de Betlcem. 

(La Malhia se pressait — De rissoler à l'intériet/r — Poires, châlaignes 
et raves — Pour le Dieu de Bethléem.) 

Noël de Vaux. — Noëls bressans, éd. Le Dulc, p. 121. 

fJans ëlaitenanc. français le contraire de céans^ et 
tous deux étaient composes de la même manière : lai 
ans, l dedans; çal ans^ Ici dedans. On disait aussi 
léenz, laiens, laïans. 

Léans a encore été donné par Boiste ; mais il n'est 
plus au Dictionn. de l'Acad. de 1835. 

LENGUN, LEINGUN, LINGUN, LEIGUN, LEGUN. F. aclj . AuCUH, ttVeC 

ou sans négation, Personne, nul. 

Lengun n'enfreprondra ce que n'entreprendrons. 

(Personne n'entreprendra ce que nous entreprendrons.) 

Chapelon, Entrée solehn., p. 117. 

Leingun n'at eu tant de temeritat que met. 

Chapelon, A M. de St-Priest, p. 113. 

Vouei vrai que la vartu ne sat plus ou s'econdre ; 
Tou lou moudou la fut, le7igun l'y vot repondre. 

(11 est vrai que la vertu ne sait plus où se cacher; — Tout le monde 
la fuit, personne ne veut lui repondre.) 

Id., La Misera, p. 190. 

Par malheur vou n'y ait lingun par lou défondre. 

(Par malheur il n'y avait personne pour les défendre.) 

Poëme sur le 9 thermidor. 

Legun ne me ci et plus, leguti n'a po de met. 

(Personne ne me croit plus, personne n'a peur de moi.) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 65. 



259 

Mais qui choplc lefjun pot bien viore on ropo. 

(Mais qui ne loulc personne jieut bien vivre en icpos.) 

Id., id., p. 75. 
Sans onportchuna leigun. 
(Sans importuner personne.) 

LiNossiER, Moussue Progrès, p. 3. 

Cette forme est particulière au dialecte forésien. Le 
lyonnais disait nigun ; plusieurs dialectes voisins disent 
nengun, negun; d'autres dcgun. — Y. ci-dessous Nigon. 

LENCIO, LENSio. F. Linge de lin, drap délit. 

Par de lencio n'ai jamais eu de troupe; 
N'ay trey piassit que sont je crey d'etoupe. 

(Pour des draps, je n'en ai jamais eu beaucoup ; — J'en ai trois dé- 
chirés qui sont, je crois, en éloupe.) 

Ant. Chapelon, Bobrun, p. 245. 

Un gro vio 

L'envorpe et lou rigotte 

Dins un carou de lensio. 

(Un gros vieux — L'enveloppe et le réchauffe — dans un morceau 
de linge. ) Chapelon, Noël II, p. 80. 

— P. dauphinois : leincieu^ Icnceu. 

Lous uns de lor leincieu fazian po^a^^e tçj^le. 

(Les uns avec leurs, draps faisaient poser des lentes.) 

Blanc la Goutte, Epit. sur les rejouissances, p. 4. 

Linceul, anc. franc, lincea et /mstte/ était jadis usité 
dans le même sens général. C'est depuis le XVI1« siècle 
quHl signifie exclusivement le Drap dans lequel on en- 
sevelit un mort. 

Langued. : lensoou. — Provenç. : linsoou. 

Aco dit, sauto leu de soun blanc lincoiilet. 

(Cela dit, elle saute légère de son petit drap blanc.) 

Mireio, eh. \ui. 



260 

Roman : l in sol. 

Catalan : llcnsol. — Portugais : lançol. — Italien : 
lenzuolo. — Latin : linteolum. 

Basse latin. : « lenziolus^ lenzolus, lenzomim ; Lin- 
teum lecti. Gall. Linceul. » Gloss. Ducange. V. aussi 
v*^ lensia^ lencius, 

LENTIBARDANER. v. n. se lentibardaner. v. pron. l. 
Lanterner, flâner; perdre son temps a des riens. 

Puisque le magasin ne peut rien nous donner, 
Eh ben, profitons-en pour lentibardaner. 

Les Embell. de Lyon, p. 4. 

Lenticaner. V. n. se lenticaner. v. pron. sont comme les 
précédents fort employés dans le langage canut et avec 
le même sens. 

Le Diction, de l'Acad. a lantiponner qui, ainsi que 
lanterner, a beaucoup d'analogie avec eux. 

LINGAINA. — V. LAINGAINA. 
LINGUN. — LENGUN. 

LIORA. F. LOiRA. L. s. f. Lièvre. 

Qnand ey m'ayant nouma, courin couma una liora. 

(Quand ils m'avaient nommé, je courais comme un lièvre.) 

Jac. CiiAPELON, Educ. dos effans, p. 265. 

Parlons de neutre iiore 
Que sai mettent le gens plus lestons que le Iiore. 

(Parlons de nos fièvres — Qui ici rendent les gens plus lestes que 

des lièvres.) 

Chapelon, La Misera, p. 201. 

Voué ce que rond les geons porous couma de liorcs. 

(C'est ce qui rend les gens peureux comme des lièvres.) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 75. 



I 



261 

Cochard, dans sa Notice sur Condrieu, p. 104, donne 
Ina loir a ^ un Lièvre, comme usité dans le patois de 
cette ville. 

V. notre observation sur le mot fiora. 

LlUN, Lundi. — V. lun. 

LO , Côté. — V. LA. 

LOMO , La-haut. — V. lamou. 

LONE. L. s. f. Petit bras de rivière qui pénètre dans les 
terres et dont l'eau est à peu près stagnante. 

Cité par M. Breghot du Lut, Mélang., t. II, p. 67. 

La lune du Rhône au bois de la ïête-d'Or était jadis 
connue de tous les Lyonnais et très-fréquenlée par les 
baigneurs pendant l'été. Celte dénomination s'applique 
aux bras du Rhône dans toute l'étendue de son cours. 

Langued. • lona, lieu où l'eau est profonde et tran 
quille; Lagune, mare, flaque. (Honnorat). 

Roman : lona; même sens. (Lex. de Raynouard). 

Ane. Iranç. : laune. 

On trouve au Gloss. de Ducange launa, extrait d'un 
titre de Bourg-St-Andéol, — lona, extrait d'un Carlulaire 
de Saint-Victor de Marseille, — et launeslellus, qui pa- 
raît être un diminutif, extrait d'un titre se rapportant 
cl Sechilienne, près Vizille en Dauphiné. 

Lona, launa, est une forme abrégée du latin lacuna. 
Fosse, Mare, qui a donné aussi notre français lagune, 

LUN, LiuN. L. et F. s. m. Lundi. 

Cy gcy lo rey do Palenguns 

Que tous sous jours eriont de luns. 

(Ci gît le roi des vauriens, — Dont tous les jours étaiont des lundis. ( 

Ant. Chapelon, Bobrun, p. 255. 



•262 

(Chapelon veut parler de l'usage où est un trop grand 
nombre d'ouvriers de célébrer le lundi , en ne travail- 
lant pas et en faisant la débauche. Ce chômage du 
lundi est souvent observé avec beaucoup plus de fidé- 
lité que le repos réguher et ordonné du dimanche.) 

Veiquia dont ey venu l'origina do lun. 

(Voilà d'où est venue l'origine du lundi.) 

Chapelox, a m. de Saint-Priesl, p. 116. 

Bartaud plus sageou 
Chante avouais courageou, 
Au soun de l'onclun , 
Quand vou n'c pas lim. 

(Bertaud, plus sage, — Chante avec courage, — Au son de l'enclume, 
— Les autres jours que le lundi.; 

Chans. de Philippon, 1853, p. 14. 

Et lo Hun revenu, l'un repique sos boux, 
Los autres lous métis. 

(Et le lundi revenu, l'un repique ses bœufs, — Les autres leurs 

métiers.) 

Hyrana à la Concorda, p, 29. 

Lun est pour ditun (\. ce mot), lunœ dies. On peut, 
à ce propos, appliquer a nos pays les remarques que 
l'abbé De Sauvages , dans son Diction, languedocien , 
v° lus, fait sur les dénominations des jours de la se- 
maine. 

« Lus en vieux langage : ancien nom du second 
« jour de la semaine, appelé depuis ditus. Les jours 
« suivans s'appeloient de même aussi simplement 
« mar, mecré,jlioou, venrè salé et merghè. » 

On trouve aussi lus, mars, mercres^ au Lexique ro- 
man de Raynouard. 



]fl 



MA QUE. L. et f. conj. Pourvu que, a condition que; ex- 
cepté; sinon; lilléralemenl, Mais que. 

J.e procès- verbal de l'élection des consuls tt échevins de Lyon 
du 13 décembre 1352 leur donne pouvoir d'établir des impôts, 
« mes que il seit del conseil et de la volunta de la majeure partia 
« des meslres des mesliers » ( pourvu que ce soit de l'avis et de la 
volonté de la majorité des maîtres des métiers.) 

Notes pour servi?' à Vhist. de Lyon, par M. Péricaud. 

Lou galopin qu'a to]- fajt fno, que biau ten. 

(Le galopin qui a tout fait excepté le bien.) 

Parab. de l'Enfant prodigue en patois de Condrieu, 

par CocHARD. 

Quand la misera vous talonne, 
Vou ne trouve lengun que donne, 
Ma que lou gros mots de couquin, 
Et de maraud et de faquin. 

(Quand la misère vous talonne, — On ne trouve personne qui donne, 
— Autre chose que les gros mots de coquin, — El de. . .) 

Jac. (HAPELOf, Contrilion d'un fénéant, p. 2^9. 

Dins un trablai j'ai maître Aliboron, 
De tous métiers se diont nia que do bon. 

(Dans un tableau j'ai maître Aliboron, — Propre à tous métiers, 

dit-on, excepté aux bons.) 

Ant. Chapelon, Bobrun, p. 246. 

Que sierl-ou de jeûna lou long de la scmana. 
Ma que de s'epuisic lou ventrou et la fontana ? 

(A quoi sert de jeûner tout le long de la semaine, -- Sinon à s'é- 
puiser le ventre et l'estomac ? ) 

Chapelon, La Careyma, p. 181. 



96i 

Cet le locution mais que était fort usitée en français 
jusqu'au commencement du XVîF siècle où elle fut 
proscrite par rAcadémie dans ses > »bservatioiis sur 

Vau gelas. 

Je te dooray ce que je t'ay promis, j'accompliray mes paroles. 
mai* que to demeures et pcrseTères jusques à la fin loyal en mon 

amour. 

L'Intemelle Omsolaliimj lir. II. :h. :::. 

Uq homme sage sert bien en une telle compagnie . s qu'on le 

TeaîUe croire. 

CoÊÊiimes, Ut. I. eh. ui. 



I-U •^' 1 M C iJ L 



!-■-■■■ 



.paignie e?t plus 



Mais que les biles i.c 
plaisante que celle des hommes. 

Xomv. de la Reine de Natmrrej. Ncuv. XV. 

On la trouYe dans tous les patois. 

— P. bressan. 

Et pi de son bon Tin Tin, 
Que z'è soTente fay bîn. 
Et bayrc, s'il pUi: a Di, 
Ifai gm'i m*an x^ï.:: b li. 

(Et puis de son bon Tin Tiens. — (Jue j'ai bn : ^ ; ent, — Et que 
je boirai, s'il plait àDien. r r j qu'il Teoi.ie m ; ner.) 

>".:.i bressams, -....:. L- D^.;. p. 6. 

— P. dauphinois. 

De ccl:i ne me cban, ma fue tn seje miosa. 

Teu m'importe cela, ponrm qne tn sois à moi.) 

Pastor. de /nnjn. act. T. se. ». 

— P. bourguignon. 

Ma que tu me veuille gadai 
Lai promesse qne tn m'e hî. 



Virgilie l'uta*. ch. u. 



— P. provençal. 

Tant qae vourras amie, 



265 
Met que b bonsso non toqneç. 

(Ami tant que lu voudras, — Pourvu que to se touches pas à la 

bourse.j 

Lm Bmfodo prav-enMÀo. 

Le Lexique de Raynouard et le Glossaire de Roque- 
fort en donnent plusieurs exemples. 

MAI , MET, MAY, MAIS, MAFT. L. et F. adv. Plus, davantage, 
encore, mieux. 

Un po nuti d'iqnela vaimina, 
Sai metlrit bientôt la famina ; 
Si t'y ame mai, prend ton parti 
Tout dret vez lou Mississipi. 

(Un peu plus de celle vcnnine — Mettrait bientôt ici la famine : — 

Si tu l'aimes mieux dirige-toi de suite — Tout dix>ît vers le Mis- 

sissipi.) 

Jac. Chapelo?;, Contrition d'un fênèmmi. p. 272. 

Chapelon termine la jolie dédicace de ses Noéls pa- 
tois ^ux effaiis de Sani-Eliève par c^s mots : 

Quand voutrou parent veyrant que vou alla a la Hiessa. au cate- 
eime, a l'ecola, que vou appreney bien a leyrc et a preye Dio, y 
vous amarant bien ; et may met. (. . .Et moi aussi.) 

Lou tion m"a mai dura de vous avez pas veu 
Que si j'aîn resta trey jours sens avez ba. 

Le temps ma plus dure. . . .} 

Id., Â M. de St-Prie^t. p. 104. 

L'ombition étoffe 
Mais dzun philosophe 
Que se dzit counton 
Dzim œoaçais de pon. 

X'ambition étouffe — Plus d'un philosophe — Qui se dit content — 

D'un morceau de pain.) 

Chaos, de Phiufpo>. Ië33. p. 14. 

Les mois ne leur duriont pas aws de deniî-heare. 

Les Cnnettes, p. 17. 



266 

O y a met de tro me que n'ai po bu botoilli. 

(Il y a plus do trois mois que je n'ai pas bu l.outeillc.) 

RoQLiLLE, Ballon d'essai^ p. 7. 

L'ami Blondain que fioulate cosi 
Avouai son bet mené mait de ramajo 
Que lou jacots de tout lo visinajo. 

(L'apji Blondain qui boil de cetlc façon — Avec son bec fait plus de 
ramage — Que les perroquets de tout le voisinage.) 

Id,, Lo Pereyoux, p. 22. 

Menos, me vequia mais ; vequia lo vio garçon 
Que vient vo cancorno de vars de sa façon. 

(Amis, me voilà encore ; voilà le vieux garçon — Qui vient vous dé- 
biter des vers de sa façon.) Id., Discours^ p. 3. 

faut exagero trenta vey mais qu'o gnia. 

(11 faut exagérer trente fois plus qu'il n'y en a.) 

Uymna à la Concorda, p. 37. 

Le Gloss. de Ducange relate mais dans ce sens 
comme d'un usage courant en Lyonnais : « mais, pro 
Plus, davantage , etiamnunc dicunt Lugdunenses. » Il 
aurait pu ajouter que la plupart des patois Tout égale- 
ment» 

- P. bressan. 

Bon Di , vo li av' apray 
Son devay ; 
Mai l'an vuli mai savay. 

(Mon Dieu, vous leur aviez appris — Leur devoir ; — Mais ils ont 
voulu en savoir davantage.) 



Noëls bî'essans, p. 46. 



P. bugiste 



o' 



Ten me lli acordara, ?«p i fara per ne. 
Me nos li cassarens la teta. 

(Plus il nous accordera, plus il fera pour nous ; — Plus nous lui 

casserons la tétc.) 

Fables du P. Froment, p. 14. 



Langued. et provenç. : mai. (De Sauvages et Hon- 
iiorat). 

Mais était aussi irès-usité avec cette signification 
en roman (Raynouard) et en anc. français. 

Repaire a lun lit et se l'uni t'apele mais, respund. 

(Retourne à Ion lit et si l'on t'appelle encore, réponds. — Vadc et 
dormi, et si deinceps vocavcritte, diccs.) 

Les quatre livres des Bois, liv. I, ch. m. 

Il ne me fist villenie, mais que le j)crc qui me engendra. 

(Il ne m'a pas plus fait de mal que le père qui m'a engendre.) 

Le Livre du Cheval, de la Tour, édit. Jannet, p. 56. 
k 

Le Diction, de l'Acad., 1835, l'a conserve comme 
familier, et seulement dans les locutions où il se joint 
au verbe Pouvoir par une négation ou une interroga- 
tion : // n en peut mais. 

On le fait dériver du latin magis , et Scaliger a ob- 
servé que, comme on dit en français : // nen peut 
mais, on disait en latin : Non potesl magis. — V. Sca- 
ligerana sec, p. 436. 

M AIN A. V. MEINAT. 

MANELIER, manillier. l. et f. s. m. Sonneur; sacristain. 

Lour manelie beyrant si eyl ant bien Iravaly. 

(Les sonneurs boiront s'ils ont bien travaillé.) 

Jac. Chapelon, Testament, p. 275. 
Tous nolron manelier 
Vant passa (a not ou clouchier. 

(Tous nos sonneurs — Vont passer la nuit au clocher.) 

(Chatelon, Noël V, p. 90. 

— P. dauphinois : maniglié. 

Et ja lo nuiniglié 

Avian carillona vepre a Sainct-André. 

Lo Batifel de la giseh, p. 52. 



268 

Manelier, dans nos patois, signifiait d'abord exclu- 
sivement Sonneur, et différait de margmllier , nom par 
lequel on désignait les Sacristains et les autres indi- 
vidus chargés de la garde des églises. 

En niemou lion je vio lous margmlUer 
Qu'ctiant scgus de lous lous manelier. 

(En même lemps je vis les marguilliers — Qui étaient suivis de lous 

les Sonneurs.) 

Ant. Chapelon, Bobrun, p. 241. 

Mais les deux mots se sont confondus, par suite pro- 
bablement d'une confusion fréquente des deux fonc- 
tions dans les paroisses de campagne; et l'on trouve, 
fréquemment les expressions de manelier^ marrelier^ 
et margmllier, employés pour désigner tantôt les Son- 
neurs, tantôt les Sacristains et autres gardiens de l'é- 
glise, tantôt les Fabriciens. J'ai trouvé même, dans plu- 
sieurs actes du Beaujolais , marguilliers et maniliers 
expressément indiqués comme synonymes. 

ManilUer me paraît avoir le sens de Sacristain dans 
le passage suivant de Rabelais, liv. IV, ch. v: 

« Durant la messe seiche d'Homenaz trois manilliers de l'ccclise, 
çhascun tenant un grand bassin en main, se promenoicnt parmy 
le peuple. » 

et dans le compte de la dépense faite a Tenterrement 
de Jacques Moyron , de Lyon, 1656, rapporté par 
Pernetty dans les Lyonnais dignes de mémoire, t. II, 
p. 51 : 

« Aux manilliers de Saint-Paul pour louage de plusieurs bancs 
et chaises pour ceux qui ont assisté au service. » 

Le Gloss. de Ducange, v^^ Maniglerius, manillier ; — 
matricularius, maneglier, marglier ; — marrelarius , 
marlier ; — marcaclarius, marclier^ mareglier, mar- 



269 

guillier, donne h (ous ces mots le sens de OEdituus, 
custos et conservator œdis sacrse. 

Malgré les indications de plusieurs étymologistes, 
notre manelicr ne me paraît pas se rapporter a matri- 
cularius qui a tout au plus produit marguillicr. Dans 
son sens primitif de Sonneur, il se rattache au latin ma- 
nus, Main; et au roman mancblar, maniblar; Manier, 
mouvoir, agiter. — V. ci-dessous manille, 

MANILLE, MANELY, MANELLl, MANEILLl. L. Ct F. S. /. AnSC d'un 

panier et d'un vase. 

La manely d'un sey. 

(L'anse d'un seau.) 

Chapelon, Testam., p. 178. 

Vou fodri bore a toun poutel 
Sans broussoun ni maneilles. 

(Il faudrait boire à ton pot — Sans bec et sans anses.) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 9. 

Ein tchupin sans manelli. 

(Un pot sans anses). 

Remou et Baroueni, p. 9. 

Manille est cité par M. Bregliot du Lut, Mél., t. II, 
p. 61 et 67 ! il l'a noté dans un passage de Rubys , 
Hist. de Lyon, p. 402. « Portant le benot par les ma- 
nilles. » 

Langued. et provenç. : manillo, manelha. 

Maneille est cité dans le Diction, des Expressions 
vicieuses des Hautes -Alpes. 

Manille est rapporté par plusieurs Dictionnaires 
comme appartenant au langage spécial de certaines 
professions; mais il n'est pas au Diction, de l'Aca- 
démie. 

C'est certainement un dérivé du latin manus. 



270 

On dit aussi a Lyon, dans le même sens, manef/e, qui 
est moins spécial au midi de la France que manille, 
mais qui n'est pas non plus dans la langue officielle. 

MANGANA. l. s. f. Canaille, vaurien, gueux. 

J'ai vu l'ofTroux moment, quoique fina mangana, 
Que ma via ne teigne que par un fi de lana. 

(J'ai vu l'affreux moment, quoique rusée canaille, — Où ma vie ne 

tenait qu'à un fil de laine.) 

RoQuiLLE, Breyou. p. 70. 

Provenç. : mangano ; Trahison. 
Langued. : magagno ;Yïce, défaut. 
Roman : magagnar; Blesser, infecter. 
Italien: magagna; Ruse, tromperie, vice; — maga- 
gnare^ Tromper. 

Basse latin. : « manganus, mango... Seductor... Ca- 
pitul. Caroli magni : ut isLi mangones et cogciones qui 
sine lege omni vagabundi vadunt. Ejusmodi sunt quos 
gueux vocamus. » Gloss. Ducange. 

On le fait dériver de l'allemand mengen ; Mêler, mé- 
langer, brouiller. 

MARCIA. — V. MERciA. 

MARE NU. F. Tout nu, absolument nu. 

Bon Dio que say êtes venu 

A ce qu'ey diont tout mai^e tiu. 

(Bon Dieu, qui êtes venu ici-bas, — A ce qu'on dit, dépouillé de 
tout.) 

CiiAPELON, Noël VII, p. 93. 

Un proucès m'a runa, je souai tout mat^e im. 

(Un procès m'a ruiné, je suis à nu.) 

;Id.. Rfquête, .p. 206. 



I 



271 

Mare nu se trouve en patois dauphinois dans le 
Balifel de la gisen, p. 50. 

On explique ordinairement cette expression en don- 
dant à inare le sens du latin maler, c'est-a-dire, Nu 
comme en sortant du sein de sa mère , le nudo nato 
des Italiens. Mais le sens véritable de mare nu n'est-il 
pas plutôt merè niulus, purement nu ? 

Mer en roman, mer, merra en provençal et en cata- 
lan, mero on italien, en espagnol et en portugais ont 
le sens du latin merus, Pur. C'est aussi l'interprétation 
que le Diction, de l'Académie donne au français mère, 
dans les deux locutions mère goutte, le premier vin qui 
sort de la cuve, et fnère laine, la plus fine laine. 

11 faut cependant observer que dans ces dernières 
locutions, mère, qu'on trouve écrit aussi maire, est 
rapporté par plusieurs étymologistes au latin major. 
Il a évidemment cette dernière origine dans l'expres- 
sion maire aage, Majorité, aînesse; — et dans ce pas- 
sage cité par le Gloss. de Ducange : « Comme ce soit 
« mère péché, mère pénitence lui soit donnée, » tra- 
duction de l'extrait suivant des Statuts de l'église de 
Tours : « Cum majus constat esse peccatum, major 
ei injungatur psenitentia. » Dans tous les cas, ce 
n'est pas à major que notre mare nu peut se rap- 
porter. 

MARPALLI. L. et f. v, a. Gâter, souiller; figur. Mépriser, 
honnir. 

A pena coumoncia, sa veya se marpaille. 

(A peine commencé , son ouvrage se gâte). 

Chans. de Philippo^j, 1853, p. 70. 



272 

In marpaillant l'odrc que m'est doniio. 

(En méprisant l'ordre qui m'est donne). 

RoguiLLE, Ballon d'essai, p. 40. 

Chaque gredin du lieu d'une dent venimeuse 

Vient mordre à la famille, et plus ou moins crûment 

De la société ina7'paille un fondement. 

Embell. de Lyon, II, p. 7. 

Les saigneurs de la fabrique 
Nous nmrpaillont puis trop fort. 

Les Caneltes, p. 107. 

MARRAIN, MÂRAiN , M.\Ri.N. L. S. m. Débris de mur, dé- 
combres. 

Un maçon, nommé Didier, en travaillant à la Chamarrerie, fut 
accablé sous les ruines d'une muraille où il demeura plus de deux 
heures et demie, avant qu'on eût pu enlever environ cinquante char- 
retées de marrain, sous lesquelles il fut retrouvé sain et sauf, à 
cause d'un vœu qu'il dit avoir fait à la Croix. Sur sa demande, le 
Chapitre lui permit de faire dire une grand'messe à la Tribune et 
de sonner la grosse cloche. 

Le P. Ménétrier, cité dans les Notes et Documents sur Lyon 
de M. Péricaud, année 1511. 

Plus luin al aparcioul doze bouches d'airain 
Que faut d'ina meson in cuchon de marain. 

(Plus loin il aperçoit douze canons — Qui font d'une maison un tas 

de décombres.) 

RoQCiLLE, Breyou, p. 59. 

Marain est rapporté par Molard, 1810, et par M. Bre- 
ghot du Lut, MéL, t. II, p. 140, qui l'écrit marin. 

Roquefort cite marrian, marrein^ marrien, qu'il tra- 
duit par « tous matéiiaux propres a bâtir, et spéciale- 
ment bois de construction. » Il les rattache au latin 
7naleriamen, 

Le Gloss. de Ducange, v° marrianum , cite aussi 



273 

marrien^ tnerrien, marrîan, marren , et leur donne le 
sens de Materia lignea œdibus œdificandis idonea, qui 
est celui du français merrain. Mais il ajoute qu'ils 
signifient aussi « Quodvis[materiamen \ undè vocabuli 
origo. )) 

Ces explications me font croire que, dans ses formes 
diverses, notre marrain, qui n'a jamais le sens de Bois 
de construction, s'est quelquefois confondu, soit avec 
le français merrain , soit avec le patois maière , qui 
ont cette signification. — V. ci -dessous maière, 

MAYÈRE. 

MATAFAN , matafon, matefain, matefin. l. s. m. Gâteau de 
blé noir ou de froment cuit dans la poêle. On l'appelle 
crêpe à Paris. 

Et puis de grandes tables 
Pleines de matefins, de roi-bois, de grobons. 

Les Canettes, p. 15. 

Quelii vio jardou que fat de matafons. 

(Ce vieux bancroche qui fait des matefains.) 

RoQuiLLE, Les Ganduaises, p. 32. 

11 est employé comme injure, et sans doute comme 
synonyme de Paysan, manant, dans le passage suivant 
du Lyon en vers burlesques^ part. I, p. 20. 

Mais, monsieur, n'est-il pas raison 
Que vous m'ajugcz une pension, 
Pour nourrir la mère et l'enfant. 
Aux dépens de ce matufan ? 

Malte faim est cité par Molard, et se trouve aussi 
dans le Gloss. de Roquefort. 

— P. bressan. 

Avoui cinq u si matafan 

18 



274 

De farena de pur fioman. 

Noël de Polliat, édit. des Nools bressans de Le Duc, 

p. 52. 

Languedoc: matofan. — Provenç. : malafan. De 
Sauvages et Hoiinorat lui donnent le sens général de 
Tout mets destiné à apaiser une grosse faim. 

La signification directe du mot est, en effet , Qui 
mate, qui tue la faim. 

C'est celle que lui attribue le Gloss. de Ducange, 
d'après J.-B. Bruyerin Champier qui l'a cité dans son 
traité De re cibaria, comme appartenant au Lyonnais : 
« Scribit Joannes Bruxerinus Campegius, lib. VI, De 
« re cibaria, cap. ix, p. 421, Lugdunenses quoddam 
« panis genus in sartagine confectum maUajanos, seu 
a malejcdm, vocare, quasi famis domitores ac victores, 
« qui messorjbus fossoribusque suavissimè mandun- 
« tur. » 

MATROULIE, matrollie. f. v. a. Mâcher; manger. 

Vou faut pesa lou pen, de po de trop mingie , 
Et ren dourmir de not, fauta de matroulie. 

(II faut peser le pain, de peur de trop manger, — Et ne pas dormir 
la nuit, faute d'avoir joué des mâchoires.) 

Chapelon, La Careyma, p. i87. 

Vou ne dort que fort po, vou ne matrollie guerou. 

[Quand on est vieux, on ne dort que fort peu, on ne mange guère.) 

Id., Avis, p. 208. 

Langued. : maslulia, maslulhar ; Mâcher lentement 
et mollement. 

MATRU. F. MOTRU. L. ad]. Malotru, chétif, mauvais, mé- 
chant. 

Je n'ai que do regret au lion 



275 

De tant de matrue tcnlalion. 

(C'est pour moi une cause de pcrpcluels regrets que le temps — 
De tant de mauvaises tentations.) 

Jac. CiiAPELON, Contrition d'un féncant, p. 269. 

Mais je fio iquai cot dins una matrua luna. 

(Mais je fis ce coup dans une mauvaise lune.) 

Aiit. Chapelon, Ca7'act. de le filles, p. 234, 

Y nous creyont mat) us, vou n'ey qu'en apparencî, 
Sant-Etiève ey le gens lou meillour delà Franei ; 
Vou n^ a ren de si franc, ni de si amitou. 

(Ils nous croient méchants , ce n'est qu'en apparence : — Saint- 
Etienne est le peuple le meilleur de la France;— Il n'y a rien de 

si franc, ni de si amical.) 

Chapelon, La Misera, p. 193. 

Voua bon trop matrua façoun 
De demeura viox garçoun. 

(Cela a bien trop mauvaise façon — De demeurer vieux garçon.) 

Chans. de Philippon, 1833, p. 1. 

Et vo poucde compte qu'ina motrua bambocbi 
Pora voz atliri tota noutra pairochi. 

(Et vous pouvez compter qu'un malotru repas — Pourra vous gagner 

toute noire paroisse.) 

RoQuiLLE, Lo Deputo manquo, p. 14. 

Vo ne m'aï po solomen dono in niotru chouro. 

(Vous ne m'avez pas seulement donne un méchant chevreau.) 

Parab. de l'Enfant prodigue en patois de Condricu, 

par CocHARD. 

Langued. : malestruc. 

Roman : malaslnic. 

Les étymologistes font dériver le français malotru, 
les uns de maie astrosus, Mal favorisé par les astres; 
les autres de malè slructiis, malè a^lructus. Mal bâti ; 
et encore de mMlè mstniclus, Mal dressé, malîippris. 
Genin, Récréât, pfdlolog., t. 11, p. 82, fait observer, 



276 

h cet égard, que darif^raric. français, malostru, malheu- 
reux, et malestru, Mal bâti, sont deux mots différents 
par la forme et par le sens. 

Quant a notre matru, molru, il est certainement un 
composé de àlrul (V. ce mot), forme moderne du roman 
astruc, heureux. Mais sa forme et sa signification pri- 
mitives se sont confondues avec celles du malostru et 
du maleslru français. 

MAUTRAIRE. f. v. n. Vivre mal, au physique et au moral; 
Vivre dans la peine et le tourment : malè trahere. 

Se voyant sus sa fin, ne pouvant plus drugie, 
Pressa d'un flux de sang que lou fat delougie, 
N'ayant plus que l'esprit que coumenec a mautraire^ 
Au vo davant sa mort régla tous sous affaire. 

(Se voyant sur sa fin, ne pouvant plus faire bombance, — Pressé 
d'un flux de sang qui le fait déloger, — N'ayant plus que l'esprit 
qui commence lui-même à aller mal , — Il veut avant sa mort ré- 
gler toutes ses affaires.) 

Chapelon, Testamsntj p. 177. 

Par te délivra do boulet 
Que te farit mautraire. 

(Pour te délivrer du boulet — Qui le ferait mener une triste vie.) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 10. 

Maulraire^ maoutraire ont aussi ce sens dans les 
dialectes du midi de la France. Ils signifient, en outre, 
Mal augurer, craindre pour quelqu'un. — Es pas de 
mautraire; 11 n'est pas a plaindre, il ne risque rien, 
il ne faut pas être en peine de lui. 

Ane. français : mautraire ^ mallrère ; Vivre mal. — 
V. Roquefort. 

C'est un composé de traire. — V. ce mot. 

w\ 



277 

MAYERE, MÂYERi. L. et f. s. m. Poutre, travon ; bois de 
construction. 

Vou ne lai veut ni planchie, ni mayere. 

(On ne voit là ni planches, ni poutres.) 

Chapelon, Noël VI, p. 91. 

A tous notrous paurous viox, 
Qui lio fat leva lous yox 
Aussi hiaut que la mayerit 

Una neri, 

Una granda neri. 

(A tous nos pauvres vieux, — Qu'est-ce qui fait lever les yeux — 

Aussi haut que la poutre du plafond ? — Une bouteille , une 

grande bouteille.) 

Chans. dePfliLippoN, 1842, p. 6. 

Des actes du XYP et du XVIP siècle , concernant 
les communes d'Oullins et de Sainte-Foy, constituent 
a divers habitants un droit de bois et mayère, c'est-a- 
dire, Bois de chauffage et bois de construction, sur les 
brotteaux du Rhône. 

M. ChampoUion-Figeac donne en patois dauphinois 
maieri qu'il traduit, Longue perche. 

Honnorat donne en provençal matera qu'il traduit , 
Bois propre ou destiné aux instruments aratoires. 

Basse latin. : « maeria\ materia qusevis hgnea sivt 
gedificationi sive foco accommoda. Pactum inter Joan. 
Dalph. et Petrum Barrai ann. 1315. Quod ipsi possint 
cindere in nemoribus trabes , postes et ahas maerias 
facere deportare pro chalfagiis et œdificiis suis. « Gloss. 
Ducange. On y lit encore, v° maijeria : « Dombensibus 
mayère diciter ramus saUcis excisus. » 

Notre mot a beaucoup d'analogie avec le français 
merrain, Bois de construction qui a en en anc. Iran- 



278 

çais des formes très-rapprochées demaijère. — V. ci- 
dessus MARRAIN. 



I 






>Œ, MEY. L. et F. 5. m. Milieu. 

Et pos plu lont reindzu, lochant la sovcintreri. 
Mon gredcin los accule ou mé de la charreri. 

(Et pas plutôt arrivé, lâchant la sous ventrière, — Mon grcdin les 
renverse au milieu de la rue.) 

RonciLLE, Lo Depiito manqua, p. 25- 

Sus un troussun de fein au bay mey de l'ourdura. 

(Sur un las de foin au beou milieu de l'ordure.) 

Chapelon, Noël VI, p. 99. 

Riouns de l'opulanci 
Que crève de dégoût, 
Au mé de Taboundanci, 
Quand nous manquons de tout. 

Chans. de Philippon, 1853, p. 24. 

Laiigued. : mié ^ miel, miechy meg, — Provenç. : 
mieg. 

Ane. franc. : mei, my. 

Car le commencement , 
Le Hjy, la fin de tout mon parlement. 

Le Testament d'un amoureux. 
Ane. poés. franc., t. IV, p. 194. 

My est le radical de parmi, dont le sens est Par le 
milieu. 

Le dos par my me fend. (Il me fend le dos par le milieu.) 

Miracle de Clovis. Théât. franc, du moyen âge, p. 646. 

Marsille vient par mi une vallée. 

(Marsille vient à travers une vallée.) 

Chanson de Roland, eh. lu, v. 12. 
Edit. de Geniu, p. 124. 



279 

On disait aussi dans le même sens emmi, en mi. 

Comme les mères perles vivent enimi la mer. 

Introd. à la vie dévote. Préface. 
V. MITAN, et MEJOUR. 

MEINAT, MEYNAT, MEY.NA. F. S. m. Rëunîon d'enfants, de 
jeunes gens; les jeunes gens, la jeunesse. 

La meynat de mon tion eriant pleins de galorou. 

(Les enfants de mon temps étaient toujours disposés à s'amuser.) 

Jac. Chapelox, Educ. dos effans, p. 264. 

Cliapelon , dans la jolie Dédicace de ses Noëls patois 
aux effans de Sanl-Eiieve^ les interpelle sous cette de'- 
nomination, pelila meynat; et dans l'Entrée solennelle 
de M. de StPriest, il décrit, sous le titre de Devartis- 
samen de la meynat^ la compagnie de petits garçons 
qui parcourut la ville pendant la fête. 

Durand tout iquai tion saiqu'une matrua racy, 

Autramen sio voulez de petita meinat, 

Firont un drolou tour fort bien imaginât. 

p. 141. 

Oz estes estima 
Tant par le vielles gens couma par la meyna. 

(Vous êtes estimé — Aussi bien par les vieilles gens que par la 
jeunesse.) Id., A M. de St-Priest, p. 106. 

C'est le même mot que Fane, français mesgnie, mai- 
gnle, magnie, maisnie, maignée, maisnée, etc. , dont 
le sens est exactement celui du latin familia , c'est-à- 
dire, l'ensemble des gens, enfants et domestiques com- 
posant une famille, une maison, il signifie aussi Race, 
lignée. 

Partissez mis par vos lignages et par les maignées. 

(State coraœ Domino per tribus vestras et per familias.) 

Les IV livres des Rois, liv. I, c. 10. 



280 

Ta femme, les enfants, tes servans, ta maignîe 
Ne donneraient pour toy une pomme pourrie. 
Débat du corps et de l'âme. Ane. thcât. franc., t. III. p. 327. 

Cette race ou megnie d'Archambaut ; 
Plus il y a en a, moins elle vaut. 

La Comédie des Proverbes, act. II, se. ji. 

Nous desprirons nostre Seignour 
Qu'il nous donne du pain au four : 
Sy nourrirons nostre mesgnyc. 

Chanson normande. — OEuvrcs d'Olivier Basselin. 

V. Roquefort, v'^ magnie, etc., etleGloss. Ducange, 
v'5 maagneija, maisnada^ etc. 

Langued. : Mainado. — Provenc. : mainada, met- 
nada. 

Roman: maynada, mainada.. 

Espagnol : Masnada. — Italien: mesnada, et mas- 
nada dans Dante. Inferno^ xv, h.\. 

Ce mot, qui a son analogue dans la plupart des pa- 
tois et qui a produit en français mesnil , manoir, etc., 
paraît se rattacher a un radical commun à toutes les 
langues indo-européennes : man, sanscrit, Demeu- 
rer, habiter: manere, latin: fjisvsDf, grec: mann, bas 
breton. 

Maina, meynat, mena. F. MENo. L. S. M. Enfant; garçon; 
jeune homme, jeune gaillard. 

vo que son filiat de son bein herotcyse, 
Mouyenant de paye a sous autrou tneynal 
La souma et la pension ci-dessus dcnoumat. 

(Il veut que son gendre hérite de son bien , — A la condition de 

payer à ses autres enfants — La somme et la pension ci-dessus 

indiquées.) 

.lac. Chapelon, Testament, p. 274. 



i 



281 

Venez, meynat, venez treitou, 
Venez veyre noutron Seignou. 

(Venez, enfants, venez tous , — Venez voir notre Seigneur.) 

Chapelon, Noël VII, p. 92, 

Dis donc, Thomas, 
Sas tu que vé la villo 
L'y a de menas 
Que ne badinoun pas. 

(Dis donc, Thomas, — Sais-tu qu'à la ville — Il y a des gaillards — 

Qui....) 

Chans. de Vial, de Montbrison. 

Le meno que commande a de que vo payi. 

(Le gaillard qui commande a de quoi vous payer.) 

RoQciLLE, Lo Deputo manqua, p, 24. 

Au commencement d'un discours il signifie Amis, 
compagnons, enfants: c'est le Quirites, le oty^psç 
ûidY]Vx[o[ de l'orateur patois. 

Menas, me vequia mais ; vequia lo vio garçon 
Que vient vo cancorno de vars de sa façon. 

(Amis, me voilà de nouveau j voilà le vieux garçon ) 

RoQuiLLE, Discours, p. 3. 

Menas, par viore heroux sur terra , 
Babochi a trouva lou mouyon. 

(Amis, pour vivre heureux sur terre — Babochi a trouvé le moyen.) 

Chansons de Philippon, 1853, p. 17. 

Je trouve cette expression dans un passage de l'ex- 
cellente notice de Cochard sur le village de Loire. 
[Alman. de Lyon, 1824.) L'auteur y rappelle un an- 
cien usage dont il est intéressant de conserverie sou- 
venir : 

« Au retour de la cérémonie funèbre (d'un enterre- 
ment) on traite les parents qui y ont paru ; mais toutes 
les viandes qu'on sert sont bouillies en signe de tris- 



tesse. J'ai assisté, il y a plus de trente ans, a l'un de ces 
repas funèbres sur la hauteur de Loire, près d'Eclialas. 
Les conviés en rentrant se mirent a genoux auprès du lit 
qu'avait occupé le mort, et, après une courte prière, man- 
gèrent la soupe dans un profond silence et un grand 
recueillement. Cela fait, le matador de la compagnie se 
lève et , après avoir ordonné de remplir les verres, il 
leur adresse cette singulière invitation : Maina, e no 
faut heire a la sauta du pouro défunt. A l'instant, les 
verres sont vidés et la joie vient faire trêve a la tris- 
tesse. Avant de se séparer, ils se mirent de nouveau a 
genoux et récitèrent a haute voix le De profundis. » 

(Ces repas donnés dans la maison du défunt après 
un enterrement étaient jadis d'un usage assez général 
dans les pays catholiques, ainsi que la coutume d'y 
prier pour le mort et de n'y point servir de viandes 
rôties. — V. Traité des Cloches, de Thiers, p. 257.) 

Notre mot a son analogue dans la plupart des patois 
de notre voisinage. 

— P. bressan : meygna. 

Veni, meyrjna, veni , molette, 
Vcni adoré c'ii gran ray. 

(Venez, jeunes garçons, venez, jeunes filles, — Venez adorer ce 
grand roi.) Noëls bressans, p. 57. 

« Rustici Dombenses etiam nunc famulos suos mei- 
gnats \0C2ini. » — Gloss. Ducange, v'^ maynerius, mai- 
gnerius. 

— P. dauphinois: meina, meinau, mena. 

Et se Dûtron Seignou per sa bona amitanci 
No tramet de meina, 

[Et si notre Seigneur par sa bonne amitié — Nous transmet des en- 
fants.) Lo Batifel de la giseUf p. 34. 



283 

Lou ineinaii d'ujourdhcu son tou do dcccvablo. 

(Les garçons d'aujourd'hui sont tous des trompeurs.) 

Dialogua de le qiiah'O comare. 

— P. savoyard : meygna. 

Honou, meygna, Di vo garday, 
Que je sai joyou de vo vay. 

(Salut, amis, Dieu vous garde, — Que je suis joyeux de vous voir ) 

Favsa de Touannou dou Trou. 

Ane. Langued. et provenç. : meina, meinal. (De Sau- 
vages et Honiiorat.) 

MEISELIER. L. s. m. Boucher. 

Je trouve ce mot dans le Procès-verbal de l'élection 
des consuls de Lyon de 1352. 

Mazeiier en langued. ; mazeller, en roman, ont le 
même sens. 

Italien : macellaio. 

Ane. franc. : maselier, macelier, maiselier^ mache- 
clier. — V. Roquefort et le Gloss. Ducange, V macel- 
lariiis., 

MEJOUR, MEYjouR, MEixjouR, MEJouo. L. et F. S. m. Midi. 

De vez sey, ou de vez matin, 
Ou a me jour, 

(Le soir, ou le matin, ou à midi.) 

Jac. Chapelon, Contrition d'un fénéant, p. 271. 

Conrdrey de bon matin, a mey jour, sus lou tard. 

(Je courrai de bon matin, à midi, sur le tard.) 

Chapelox, a m. de St-Priest, p. 107. 

Ji m'invitou a djinà, ji vindré a mejouo. 

(Je m'invite à diner, je viendrai à midi.) 

Remou et Baroueni, p. 5. 



284 

A l'hcura de mejour, heura bien dezirabla, 
Venon, formon le ecrclie a l'cntour de la tabla. 

Savel, 9fÊÊ'iuge de Jean, p. 5. 

Entr' onz' hiorc et meinjour, seins qdi^rien lo détraque, 
Choque Pereyoux preind et so cliquo et so claque. 

(Entre onze heures et midi....) 



RoQuiLî.E, Lo Pereyoux, p. 22. 

— P. dauphinois. 

Meijour ère sona, et déjà d'Alison 
Fcrmiolave de gen la cour et la meison. 

(Minuit avait sonné, et déjà d'Alison — La cour et la maison four- 
millaient de gens.) 

Lo Batifel de la gisen^ p. 28. 

Provençal : mie jour, met jour. 

Roman; micg jorn, miey jorn. On disait aussi en 
roman média, meiclia, mieg dia. (Raynouard). 

Ane. catalan : mil jorn. — Italien : mezzo giorno. | 

Meynot, menot. F. s. f. Minuit. f 

Vez la meynot n'orons lou regalageou. 

(A minuit nous aurons le repas.) 

Ant. Chapelon, Bobrun, p. 242. 

Menot allave souna. 

(Minuit allait sonner.) 

Chans. de Boyron, p. 12. 

Jamais j'aïn tant veu de gcons par le chareyre à la meynot. ^ 

(Jamais je n'avais vu tant de gens dans les rues à minuit.) 

LiNOSsiER, Un Bouche?' au graiid festival, p. 6. 

1 

On trouve mèe nul en anc. franc, dans une chanson 
du XIII^ siècle, recueillie par M. Leroux de Liucy. 
Clianls histor., t. I, p. 213. 

MENO. — V. MEINAT. 



285 
MENTO, MouNTAu, MOUNTO, MOUTOEU. F. arfî;. Pcut-être, pro- 
bablement. 

l'annoncet ma ciisa en mon seltiemou, 
Et que mento j'crin jusqu'au noviemou. 
(Il annonça ma crise au sepUcmc jour, — Et que peut-être j'irais 

jusqu'au neuvième.) 

Ant. CiiAPELON, Bobrun, p. 241. 

Mountau qu'o vint dos cies 
Par chassie de sur terra 
Lous proucès, lous hussies, 
Les dettes, la misera. 

(Peut-être qu'il vient des eieux, —Pour chasser de la terre....) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 12. 
Souais capablou de tout avant d'être capo ; 
J'essa}'erai mounto quoquous toues de Bosco. 
(Je suis capable de tout pour éviter d'être capot ; — J'essaierai pro- 
bablement quelques tours de Bosco). 

Id., id-, p. 66. 

Ke t'é kela boutelli ? voué moutœu de piquetta ? 

Voyoun si ji me trompou. 

(Qu'est-ce que cette bouteille ? c'est peut-être de la piquette ? — 

Voyons si je me trompe.) 

Reniou et Barouem, p. 6. 

Je ne connais dans les patois voisins aucun analogue 
k ce mot dont je ne m'explique pas l'origine. Je remar- 
que seulement que mento ressemble beaucoup a bento, 
(V, ce mot) qui a le même sens. 

MENUSE. F. s. f. plur. Morceaux, débris. 

Emplide neutron paney ; 
Bette l'y tant de mennse 
Que nous en lichion lou dey. 
(Emplissez notre panier ;— Mettez-y tant de petites friandises, — 

Que nous nous en léchions les doigts.) 

Chapelon, Mi de mot, p. 150. 



286 

Provenç. : menusas ; Fressures , menuailles, débris 
(Je viande. 

31enuise en anc. français signifie De petits poissons, 
et toute espèce de petites choses. Menuiserie a la même 
origine. 

Basse latin.: « Menusia\ Parvus et minutus piscis. — 
Minulia, orum ; MinutcB merces, res vilioris pretii. » 
Gloss. Ducange. 

MERCI A, MARciÂ. L. s. f. Averse. 

Coebard donne mercia comme usité a Condrieu : Fi- 
quia una mercia; Voila une averse. j\olice sur Con- 
drieu , p. 104. 

A son aiso lisant dans les niets les insignes, 
Son chapiau n'ara pou d'ina marcia de bugnes. 

(L'étranger à son aise lisant dans nos rues les enseignes, — Son cha- 
peau ne redoutera pas une averse de bugnes.) 

Hymna à la Concorda, p, 41. 

Ce mot vient-il du latin mergere , immergere , im- 
mers io ? 

MET, Plus. — V. Mai. 
MITAN. L. s. m. Milieu. 

Chocun jite in coup-d'œil su son chor éclatant 
Qu'avi ronde Teindre, pu s'arrête ou milan. 

(Chacun jette un coup-d'œil sur son char éclatant — Qui fait le tour 
du village, puis s'arrête au milieu.) 

RoQuiLLE, La deputo manquo, p. 17. 

Aussi bien deins le jour qu'où mitan de la no. 

(Aussi bien dans le jour qu'au milieu de la nuit.) 

Id,, Discours^ 1859, p. 4. 

— P. bressan : moilan, miojian, 

Adjm nos ave predu, 



287 

An s'anflan dan la siancc, 

U moitan 
Du paradi de playsance. 

Noels bressans, p. 45. 

El'e dedan na vili eloblo 

U mayton d'cn'on'et d'on boux. 

(Il est dans une vile ëtable — Au milieu d'un âne et d'un bœuf.) 

Id., p. 58. 

— P. bugiste. 

Dou melen de la montagne 

De Shanfi'omi, 
Tôt a cop y vcyont veni 

L'ennemi. 

(Du milieu de la montagne — De Champfromicr, — Tout à coup ils 

voient venir — L'ennemi.) 

Fables du P. Froment, p. 62. 

Provenç.: milan. 

Le Glossaire de Roquefort donne milan, Milieu, 
comme en usage dans le langage de la Franche-Comté, 
de la Picardie et du Perche. Il cite un acte de 1576 re- 
latif à la rue Froidmantel, a Paris, où il est parlé de 
« deux corps de logis, une cour au milan. » 

Le Glossaire des A'oèis de La Monnoye donne aussi 
milan, Milieu. 

On trouve au Gloss. de Ducange, v'' milarius , La 
milan, pour La moitié, et milanier, dans le sens de 
Métayer. Y. Mé, Miheu. 

MODO, MODER. L. MOLDA. F. w. ». Partir, s'en aller* 

Xmodiit et a s'en vegni trovau son paure. 
(Il partit et s'en vint trouver son père.) 

Parab. de l'Enfant prodigue, trad. en patois de St-Sym- 
phorien-le-Châleau, par Cochard. 

Et de cou pos a mode prevegni 



288 

Lo directeurs de choque compagni 

Dou biau projet, dou brillant stratagemo. 

(Et de ce pas il va prévenir — Les directeurs de chaque compagnie...) 

RoQuiLLE, Lo Pereyoux, p. 7. 

Ma vouex mode comm'ina franda, 
Ein prononçant cou fameux nom. 

(Ma voix s'clance comme une fronde — En prononçant...) 

Id., La Gorlanchiu, p. 38. 

Pas min vou faut, avant que de mouda^ 
Que dizou adio an iquetou bas raoudou. 

(Néanmoins il faut, avant de partir, — Que je dise adieu à ce bas 

monde.) 

Ant. CiiAPELON, Bobrun, p. 153. 

Et l'ordre do major pourtave qu'a meyjour 
Vou falli tous moudar et siore lou tambour. 

(Et l'ordre du major portait qu'à midi — Il fallait tous se mettre en 

route et suivre le tambour.) 

Chapelon, Entrée solenn., p. 125. 

Legun portant moudave sans ron dère. 

(Personne pourtant ne s'en allait sans dire quelque chose.) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 30. 

Les mariniers de la Saône disent encore aujourd'hui : 
J'ai fait une mode, deux modes, pour exprimer qu'ils 
ont fait une ou deux fois sur la rivière tel trajet déter- 
miné. 

Les crocheteurs qui remontent les bateaux dans la 
traversée de Lyon forment une compagnie qui porte le 
nom de Compagnie des Modères. 

Ces dénominations se rapportent manifestement à | 
moder. 

■ P. bressan. 

Dret que l'outo de l'Ecu 



289 

Viu qu'on modov' à la lena. 

(Dès que l'hôte de l'Ecu — Vit qu'on partait au clair de lune.) 

Noëls bressans, cdit. Le Duc, p. 5. 

• P. bugiste. 

Des rais, des empereurs qu'amavant les corbetles, 
Ou Uiar de la vreta, sont modas sans trompettes. 

Fables du P. Fp.oment, p. 61. 

-P. maçonnais. 

Modain don vite ansan. 

Noëls mâconiiaiSf p. 16. 

- P. dauphinois : moda, mouda. 

Car depi lou moman que patron Jean iet mouda, 
Je crerin sur ma foie d'être ansourcela. 

Bleze lo Savati, p. 22. 

(Dans le Groulie bel espiit, pièce provençale dont 
Bleze le Savati est une traduc-tion dauphinoise presque 
httérale, il y a ce passage : 

Car despuy lou moumen que Tribor est parti...) 

L'abbé Tuet, Matinées senonaises, p. 165, parlant de 
l'expression picarde Je suis hodé, la dérive sans hésita- 
tion du grec o^o^, Chemin. Ch. Nodier, Examen des 
Dictionnaires, enchérit encore sur cette hardiesse en 
donnant la même étymologie a notre moder. Il se trompe 
au surplus, sur la forme même de ce mot, lorsqu'il 
avance qu'en quelques parties de la Savoie on dit Oder, 
Partir, et je mode. Je m'en vais. En Savoie, pas plus 
qu'en Lyonnais on ne dit je m ode, tu fodes, il s'ode; 
mais je mode, tu modes, il mode. Je ne crois pas que 
0^09 soit pour rien dans notre mot, et j'y suis d'au- 
tant moins porté que je ne trouve pas mouda dans les 
dialectes du midi de la France, sur lesquels le grec 
a eu une nifluence marquée. 

19 



290 

AIODURA. F. à\ f. Mouture ; la Part de farine que prélève le 
meunier pour son salaire. 

Ne prenez pas douei moudure en un sac. 

(Se prenez pas deux moulures en un sac.) 

Cbapelon, Requête, p. 221. 

Provenç.: moomhira. 

Roman : mollura, moldura. 

Catalan : mollura. — Portugais : moedura. 

Basse latin.: « Modura. Tabular. Cartusiae Bellilarici. 
Dédit quatuor biclietos modurœ super molendina. » Glos. 
Ducange. 

MOLO, MOULER. L. V. a. et n. Lâcher, abandonner, céder. 

A révère, Zobet ! molo ma viely rossi, 

Avoué sou chavio gris, son coué tors et sa bossi. 

(A revoir, Isabeau ! Je quitte ma vieille rosse, — Avec ses cheveux gris, 

son cou tors el sa bosse.) 

RoQuiLLE, La Gorlanchia^ p. 29. 

A me parli si franc, si net, qu'o me semblove 
Vère sortzi dou cœur choque mot qu'a molove. 

(11 me parla si franchement, si nettement, qu'il me semblait — Voir 
sortir de son cœur chaque mot qu'il prononçait, qu'il lâchait.) 

Id., id., p. 20. 

M. Breghot du Lut, MéL, t. L p. 228, cite mouler, 
auquel il donne le sens de S'affaiblir, mollir, et qui a 
aussi celui de Quitter, abandonner. 

— P. dauphinois. 

Enfin pe centz endreit lo Drac s'eyt écoula ; 
Semble que l'Isera ne voudril pas molu; 
Cependant maugra ley et de déjjit hontousa, 
Eilli s'en va grondant din sa couchi bourbousa. 

Grenoblo mal/urou, p. 12. 



291 
Provençal. 

Siouesla vouastré flou, et dcspui moun enfanço, 
Voqs ay moula ei pé moun ancro d'cspcranço. 

(J'ai été votre fils, et depuis mon enfance — J'ai jeté à vos pieds mon 
ancre d'espérance.) Lou groulie bel esprit, acte II, se. ii. 

De Sauvages et Honnorat citent en languedocien le 
substantif ??îo/o, mola, Relâche, rabais; et celte locu- 
tion F a molo, 11 y a eu baisse, cela a baissé de prix, le 
prix a cédé. 

Le sens de mouller dans ce vers de la Reconnue de 
Belleau : 

Je vous en feray bien mouller. 

Acte III, se. II. — Ane. Théâtre-Français, 

t. IV, p. 380. 

paraît être celui de notre mot. 
MOTRU. — V. Matru. 
MOUNTAU— V. 3IENT0. 
MOURINA. F. s. f. Pourritui^e, crasse, maladie. 

Un curi pied, una matrua poussery, 
Et mon chavet qu'cy fat de sarpelicry, 
Que sont si pleins de mourina et de fun, 
Que pesariant dou quintaux plutôt qu'un. 

(Un couvre-pied, une mauvaise paillasse, — Et mon chevet qui est fait 
d'une serpillière, — Qui sont si pleins de pourriture et de fumier 
— Qu'ils pèseraient deux quintaux plutôt qu'un.) 

Ant. Chapelon, Bobrun, p. 345. 

Vou eyt iqui qu'o trouvet de gen de bouna mina. 
Par être tous sourtis do fond de la mourina ; 
Vou s'entend do soudar, non pas doz officiers. 

(C'est ici qu'il trouva des gens de bonne mine — Pour être tous sor- 
tis du fond de la crasse; — Cela s'entend des soldats, non pas des 
officiers.) Chapelon, Entrée solenn., p. 138. 



292 

La mouriiia se vcrit. 
(La crasse se verrait.) 

Chans. de Piiilippon, 1853, p. 21. 

Ane. franc.: murine, morine, 

Jo i loverai un altel a nostrc Seignur, si eslanchcrai a tant la mu- 
7Hne et l'ocision. 

(J'y élèverai un autel à Notre-Seigneur ; j'appaiserai ainsi la conta- 
gion et la mort.) 

Les 4 livres des Rois, lib. II, ch. xxxiv, p. 219. 

(Le traducteur du XII^ siècle a combiné ici, comme 
dans plusieurs autres passages, le texte du Livre 11 
des Rois, qui porte ul cesset inlerfeclio, avec le texte 
correspondant des Paralipomèncs, liv. I, ch. xvi, v. 22, 
dans lequel on lit ul cesset plaga a populo.) 

MoRiNou, MORiNousA. L. aclj. Crasseux, noir, malade. 

In certain Pereyoux 
Que vegni me trovo lo gruin tôt morinou, 

(Un certain mineur — Qui vint me trouver le groin tout crasseux.) 

RoQuiLLE, Ballon d'essai, p. 5. 

A dzit, pu secouyant sa teta flametousa, 
Sa borba crcmilla, sa faci morinousa. 

(Moloch dit ; puis secouant sa tète enflammée, — Sa barbe à demi 

brûlée, sa face noirâtre.) 

RoQuiLLE, Lo Pereyoux, p. 10. 

Ancien franc. 

Les noires brebis dolereuses, 
Lasses, chetives, morineuses. 

Roman de la Rose . 



NT 



NAIDIU. L. interj. Certes. 

Dans le Lyon en vers burlesques^ chaque fois qu'un 
boucher parle, il commence son discours par cette ex- 
clamation. 

NaidiUf etai de la façon 
Qu'on habille lo viau, masson ? 

(. . . .Est-ce de cette façon — Qu'on habille les veaux, maçon ? ) 

Ifepart., p. 26. 

Naidiu, venant de Sainte-Fay, 

Je te juro en bonna fay 

Sur ma cavala avoi deux viaux, 

Je me rompi tou lo musiau. 

Id., p. 32. 

C'est, suivant toute apparence, une abréviation d'une 
exclamation fort usitée en anc. français sous des formes 
diverses, m'aist Dieu, quem^aisl Dieu, etc., et dont le 
sens est Que Dieu m'aide. 

Ainsi m'aid' Dieu. 

Villon, Grand Testament, xvi. 

Maidieux , il t'en doit souvenir. 

Moralité de charité. — Anc. théàt. franc., 

t. III, p. 389. 

On la rencontre presque a chaque page dans la Farce 
de Patelin sous ces formes m'aist Dieu, se m'aist Dieu, 
ainsi m'aist Dieu, 



294 

Le lnnp:uedocien et le provençal ont mai Dion ( De 
Sauvages) et tnai Di qulloniiorat tait venir sans néces- 
site du gvec'ux ^ix, Par Jupiter. 

NAKE. F. adj. Mauvais plaisant, sot, fou. 

Messieurs de Saint-Chamon 
Faide plus de fanfares ; 
Vous faidc ren de bon, 
Vous êtes tous de nœ^es. 

piessicurs de Saint-Chamond , — Ne faites plus de fanfares ; — 
Vous ne faites rien de bon ; — Vous éles tous de mauvais plai- 
sants.) Ant. CnAPELON, Chanson, p. 260. 

Vou l'y a de nare , 

Faites d'una façon, 
Que maugra pare et mare 
Segont tous lou garçon. 

(Il y a des folles — Faites de telle façon— Que malgré père et mère, 
— Elles suivent tous les garçons.) 

Chapelon, Chanson, p. 162. 

Philippon a employé la même expression, lespaiires 
nares, les pauvres folles, dans sa chanson Lous Cou- 
mis, 1853, p. 21. 

Limousin : nalre, Plaisant, facétieux : faire lou na~ 
Ire, Faire le plaisant. 

Basse latin. : « Narire; Nares fricare ; subsannare... 
Nariller, ou mouquer... Wmo, \}V2d{QVQdi nare \ Irrisio, 
ludibrium ; Qi j aire des nares; Deridere , ludificari.... 
Litt. remiss. 1420. Lequel Jehan dist au suppliant. 
Que vous faites de nares et de fredaines pour le port 
que vous prenez... de vostre neveu. » Gloss. Du- 
cange. 

Est-ce l'allemand narr. Fou, qui a donné ce mot à 
notre patois? 



295 

Ne vient-il pas plutôt, comme l'indique le passage 
cité de Ducange, de narra qui en roman et dans les 
dialectes du Midi signifie Nez, narine ? Bien que ce soit 
la l'étymologie la plus probable, on peut toutefois s'é- 
tonner de ce que le nom du nez qui, dans le langage 
populaire, est l'organe indicatif de la prévoyance el de 
la finesse, ait donné naissance \\ un adjectif qui qua- 
lifie la sottise et l'indiscrétion. ISarus en basse lali- 
nité signifie sciens, periius; (Gloss. Ducange) et en 
languedocien narul , signifie encore Rusé , subtil , 
adroit. 

NAYER UN TONNEAU. V. a, En Beaujolais, c'est Boucher les 
fentes d'un tonneau avec du chiffon ou de Tétoupe. 

On le trouve dans Joinville , par les commentateurs 
desquels il n'a pas été compris : 

Puis reclost l'en la porte (de la nef) et l'en boucha si bien, aussi 
comme l'en naye un tonncl. 

(Puis il ferma la porte du vaisseau et la boucha complètement, 
comme l'on naye un tonneau.) 

Hist. de S. Louis, édit. Didot, 1859, p. 40. 

Je dois ce mot et l'interprétation ci-dessus du pas- 
sage de Joinville à notre savant et regrettable compa- 
triote M. D'Aigueperse. 

NAZILLY. L. V. a. Regarder quelqu'un curieusement; re- 
garder quelqu'un sous le nez, ou en mettant le nez sur 
son visage. 

Si me vin guerou nazilly, 

Je ly baray cent cou de poin, de pi, de testa. 

(S'il me vient regarder sous le nez, — Je lui donnerai cent coups 

de poing, de pied, de tète.) 

La Bernarda buyandiri, p. 17. 



296 

Langued. : nazilia ; Aller a la découverte ; nazi- 
Haire , nasilhaire ; Curieux, impertinent. 

V. NARE. 

NIA, GNA* L. et F. s, /. Nichée. 

Venez, venez vais met, paura nia de raclorous. 

(Venez, venez vers moi, pauvre nichée de râcleurs.) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 65. 

Keuna 7iia etou ekon? 

(Quelle nichée est cela?) 

Remou et Baroueni, p. 18. 

Lou diablou zai lez effronla, 
Et lo niary que ne san pas domta 
La passion de semblable levrire, 
Et jctta cela gtia touta dcn la revire. 

(Le diable emporte les effrontées — Et les maris qui ne savent pas 
dompter — Les passions de semblables coureuses — Et jeter toute 
cette nichée dans la rivière.) La Bernarda buyandiri, p. 14. 

— P. dauphinois. 

Una nya de parole. 

Lo Batifel de la Gisen, p. 29. 

Provenç.: niaii; maya. 

Roman: niu^ nieu, nis. 

Ane. franc.: nyée. — V. Gloss. Ducange, x^'nidalis. 
« Lilt, remiss. 1428. Jehan Blanchet estoi monté en un 
arbre pour avoir une nyée d'estourneaux estans audit 
arbre. » 

Gmato. l. s. f. Même sens. 

Et déjà lo carrosse avoué rapidzito 

Luin de vait Saint-Etsève emporte la gnialo. 

(Et déjà le carrosse avec rapidité — Loin de St-Elicnnc emporte la 
nichée.) Roqlille, Lo Deputo manqua, p. 13. 

— P. limousin : niado. 



297 

NIGON. L. adj. Aucun, personne, nul. 

E ne fau plu nigon flata : 

Dizon lou ceu que nou sçavon. ^ 

(II ne faut plus flatter personne, — Disons tout ce que nous savons.) 

La Chevauchée de l'Ane, 1566. 

— P. dauphinois : nengun. 

Le pore gen ont tant de charge , 
Que si nostron Rey ne décharge 
Cetteu paï de tant d'impo, 
Nengun ne sarat en repo. 

La vieille Lavandière, p. 72. 

— P. bressan : nion. 

Nion de vo n'a-t-i vu lous anzo, 
Que quincarnovan brovaman ? 

(Personne de vous n'a-t-il vu les anges— Qui chantaient gentiment ?) 

Noëls bressans, p. 149. 

Langued.! nengun, negun, degun. 

Roman : negiis, degus, nesus, nous. 

Ane. franc.: ^lesun, nezun, ncsung, neuns, nuns. 

Qui sert commun, il sert nesun. 

Encyclopédie des proverbes, par Hilaire-le-Gai, 

p. 187. 

Ane. catalan : nesu, degu. — Catalan mod.: ningu. — 
Espagnol: ninguno. —Portugais: iiehum, ninguem.— 
Italien : nesuno , niuno. — Latin : ne uniis. 

En Forez on dit lengun, legun. V. ce mot. 
NIO, NYO, NioBEN. F. adv. Encorc, même, aussi. 

Nioben cchandirit le gen 
Qu'arian la mort entre le den. 

(Il échaufferait même les gens —Qui auraient la mort entre les dents.) 

Ballet foré sien. 



298 

Tjm que la scgia 
Se donne par cinq so de rcgia, 
A't/o par se liard lou carlcron. 

(Jusqu'à ce que le seigle — Se donne pour cinq sous de règle, — 

Même pour six liards le quarteron.) 

Id.. 

N'aïn pas ?iio dix mcy que counissin ma mare. 

(Je n'avais pas seulement dix mois que ) 

Jac. CiiAPELON, Educ. dos effans, p. 264. 

Vet so lou pol de vin et, sio lour plait, tanto 

Y lou vendrant 7iio ben plus chicr de quauque so. 

(Huit sous le pot de vin, et, si cela leur plaît, bientôt — Ils le ven- 
dront encore plus cher de quelques sous.) 

Chapelon, La Misera, p. 198, 

Qui n'a pas nio par se, pot legun soulagie. 

(Qui n'a pas même pour soi ne peut soulager personne.) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 70. 

Langued.: neiis. 

Roman : neis, neys^ neus^ negueis. 

Ane. franc.: neis, neiz, nis. 

A David treslut dunad sa spée, sun arch, neis sun baldred li bail- 
lad. — (Dédit David reliqua veslimenta sua, usque ad gladium et 

usquc ad balteura.) 

Les 4 livres des Rois, lib. I, cap. 18. 

Le Saint ama tant vérité que neis aux Sarrazins ne voult-il pas 
mentir. 

JOINVILLE. 

Honnorat fait dériver ce mot du latin in ipso ; mais 
on ne voit guère comment s'est opérée cette dérivation. 
L'étym-ologie, proposée par le Gloss. de Ducange, du 
latin necne, est beaucoup plus vraisemblable. 

NIOLLA. F. GNioLÀ. L, .S-. f. Nuage, nuée. 

Su lou cot par le niolles 



299 

La luna fut cachia. 

(A cet instant par les nuages — La lune fut cachée.) 

Chanson de Philippon, 1853, p. 56. 

In clacajo de rnons fat redondo le gnioles. 

(Un ballement de main fait retentir les nues.) 

RoQuiLLE, La Ménagerie, p. 7. 

Déjà l'ardent Petou ne ve plus qu'ina gniola ; 
Déjà sa leinga sort. 

(Déjà l'ardent Petou, à qui Von serre la gorge, ne voit plus qu'un 
nuage ; — Déjà sa langue sort.) 

RoQuiLLE, Les Ganduaises, p. 8. 

Laiigued.: nioiil, nivoiU, niboiU. — Proveiiç.: nioula, 
nioul, niol, niou. 

Roman : niola, niol, niul, 
NOTROUN FO. — V. Tronfo. 



o 



OLIER. F. ouîLLER. L. V. tt. Remplir. 

N'en volou bcre et m'en olier. 

(Je veux en boire et m'en remplir jusqu'au gosier.) 

CnAPELON, Chanson, p. 154. 

Ouiller, Remplir, cité par Molard, 1803. 
— P. dauphinois : ouilla, 

U s'ere de defour ouilla en la maneiri 
Qu'il ne poyet chavi en touta la charreiri. 

(Il s'était hors de chez lui rempli de telle façon — Que la rue n'é- 
tait pas assez large pour le contenir.) 

Lo Banquet de le faye, p. 11. 

OUar, en provençal, signifie Huiler, oindre d'huile. 
Mais il a aussi la signification de notre mot. Oliar , 
ouiller un tonneau, c'est le Remplir jusqu'au sommet, 
achever de le remplir lorsqu'il y reste un vide : et plai- 
samment on le dit d'une personne qui a bu du vin au- 
tant qu'elle peut en porter et en contenir. 

Ces significations diverses appartiennent h un seul 
e( même mot. Dans le midi de la France, quand les vases 
contenant certains liquides sont a peu près remplis, on 
ajoute au-dessus un peu d'huile pour empêcher l'éva- 
poration. 

Roman et catalan : oliar. — Espagnol el portugais : 
olear. 



301 

Le Gloss. de Roquefort a « eullage ^ Remplissage, 
action de remplir une chose qui ne l'est pas, du verbe 
eullier, Remplir jusqu'au bondon d'un tonneau. » 

Le Gloss. de Ducange, v° implagium^ cite un texte 
de 1322 où aeullier, eullier ont ce sens : « Quand les 
deux tonneaux sont dévalez de la nef dedenz les char- 
rettes et illec aemplis et aeulliez par le marchant, que 
il ne les sont depuis tenus a emplir ne eullier en meson 
ne en celUer. » 

ONT, ONTE, ouNTE. L. ct F. adv. Où. — D'oNT ; D'où. 

Lay ont ils voudrant. 

(Là où ils voudront.) 
Procès-veibal de l'élection des consuls de Lyon, 1352. 

vct dens çu cliamïn onte tcndont lo pos 
De celles joines gens. 

(C'est dans ce chemin que tendent les pas — De ces jeunes gens.) 

Hymna à la Concorda^ p. 27. 

Ah ! j'afficho de luais et vo n'ein rides tous : 
Eh bein voz alloz vere onte sont loz atous. 

Ah ! j'affiche des lois, et vous en riez tous : — Eh bien, vous allez 
voir de quel côté sont les atous, qui est le plus fort.) 

RoQL'iLLE, Lo Pe7'eyoux, p. 15. 

Mais d'onte dzablo sort quela boneta blanchi ? 

(Mais d'où diable sort ce bonnet blanc ? ) 

Id., Lo députa manquo, p. 23 

Un ange lou passet defo 

Du paradis terrestre , 

Onte ey voudriant bien être. 

(Un ange les mit dehors — Du paradis terrestre — Où ils voudraient 
bien être encore.) Chapelon, Noël VI, p. 92. 

Un jour de lour frary je n'en vio un au treyvou 

Que bourrave un mousquet avouay l'alla d'un coueyvou : 



302 

Vou ere ciqui lou plezir de lou veirc cmpachi 
De la tourna sourti d'onte au l'aït fichi. 

(Un jour de leur réunion , j'en vis un au carrefour — Qui bourrait 
un mousquet avec l'aile d'un balai : — Celait un plaisir de le 
voir fort empêché — Pour la faire sortir d'où il l'avait plantée.) 

Id., Entrée soleim., p. 19. 

Ma lou maitre d'on hio que marque lou moumont 
Ounte de coumoncie et fini lou tourmont. 

(Mais le maître d'en haut qui marque le moment — Oîi doit com- 
mencer et finir la peine.) 

Poëme sui' le 9 thermidor^ p. 9. 

La via n'è qu'una mascarada 
Onte chacun fat sa parada. 

(La vie n'est qu'une mascarade — Oîi chacun fait sa parade.) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 37. 

Avisa seulamont d'onte ji sortou. 

(Regarde seulement d'où je sors.) 

Id., p. 61. 

• P. dauphinois. 

Fer mi je savo bien onte lo bât me blesse. 

Dialog. de le quatre comare. 

Langued. et provenç. : ounte, ont, vount, mounte. 

Roman : ont, on. 

Dont, cl'ond était aussi usité en anc. français. 

Mon amy dont viens tu a ceste heure ? 

Reponds moy d'ond es tu ? 

Rabelais, liv. II, ch, vi. 

On demandait un jour d'ont ceste couslume avoit pris son com- | , 

menccment. 

ÂMYOT, Traduc. de Plutarque. 

Catalan : on. — Anc. espagnol ; portugais , italien : 
oncle. — Espagnol moderne : de onde. D'où. — Portu- 
gais, italien : donde, D'où. 



T 






303 

Latin : imdè, 

V. ci-dessus ente. 

ORA. F. s. /. Air, vent. 

Lou pey, lous orgeous et l'avena. 

En metta mon corps , 

Si conflou d'ora. . . 

(Les pois, l'orge et l'avoine — Ont rendu mon corps - Si gonflé de 

vent...) 

Chapelon, Chanson, p. 153. 

— P. dauphinois. 

Si jamais filli fut en pena, j'u seu ore; 
Car je seu eybranda, com'un boei de lez 07'e. 

(Si jamais fille fut en peine, j'y suis maintenant ; — Car je suis 
agitée comme un bois batlu par le vent.) 

Pastor. de Janin, act. II, se. i. 

Pertan ne te marquera , 
Si de mi te n'a eu uneora ven ni ora. 

(Aussi ne te tourmente pas, — Si de moi tu n'as eu encore vent ni 

souffle.) 

La Vieutenanci du coiirtizan, p. 27. 

Il existe en Dauphiné un lieu exposé à tous les vents 
qui a pour nom La Croix de toutes ores, 

— P. bressan. 

Mai l'aura que lo soflove 
Per mai de tranta golet, 
Tant de co qu'i se bechove 
Fasé cère son bonnet. 

(Mais l'air qui soufflait sur lui — Par plus de trente trous, — Chaque 
fois qu'il se baissait, — Faisait choir son bonnet.) 

Noëls bressans, édit. Le Duc, p. 35. 

Cette orthographe, aw^a, est préférable a celle qu'ont 
employée les écrivains de notre province, car c'est évi- 
demment au latin aura que se rattache noire mot. 



304 

Laiigued. et proveiiç. : aura, aoura , auro. 

De souleu en souleu et à.'auro en auro voi 
Un plan païs immense. 

(De soleil en soleil et de vent en vent, c'est-à-dire, du levant au 
^ couchant et du nord au midi, — Elle voit une plaine immense.) 

MirciOy ch. x 

Le latin aura était resté identiquement en roman ; 
et il est aussi conservé en catalan , en espagnol , en 
portugais et en italien. 

Aure était usité en anc. français. Le Gloss. de Du- 
cange, partie française, en donne un exemple tiré de la 
Cin^onique des Ducs de Normandie ; et le poète For- 
cadel a dit : 

Je ne me pais de Vaure populaire. 

ORE, ORES, lORE, lAORE. L. et F. ttdv. A présent, main- 
tenant, tantôt, aujourd'hui. 

Cetuy an qui ores commence. 

Procès-verb. de l'élect. des consuls de Lyon, 1352. 

Grabiclla, voe ore lou jour 
Que vou fau tratcye l'amour. 

(Gabrielle , c'est maintenant le jour — Qu'il faut faire l'amour.) 

Ballet forésien. 

Je vous en sorez grat ore et a l'avenir. 

(Je vous en saurai gré maintenant et à l'avenir.) 

Chapelon, Requête, p. 207. 

Par se para quoque emouais, 
Maria qu3U faut de travouais 1 
Jore n'ai qu'a me gala. 

(Pour se préparer du tourment, — Marié, combien ne faut-il pas 
de travail ! — Maintenant je n'ai qu'à me réjouir.) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 5. 



305 

Eh ben par ainconduitze iaore n'a plus de !)ien. 

(Eh bien I par inconduitc aujourd'hui elle n'a plus de bien.) 

Savel, Mar. de Jean. p. 36. 

— P. dauphinois. 

Si jamais filli fut en pena, j*u seu ore. 

(Si jamais fille fut en peine, j'y suis maintenant.) 

Past07\ de Janin, acte II, se. i. 

Corne lo changimen qui ore nouz aprochc 
A la cîma du cie, et oi^e nou deiroche 
Jusqu'ufin fond d'enfer. 

(Comme le changement qui tantôt nous élève — Jusqu'au ciel, et 
tantôt nous précipite — Jusqu'au fin fond de l'enfer.) 

Lo batifel de la gisen, p. 53. 

— P. savoyard. 

V^o me prendria per quaque cler, 
U per quaque mavai sudar, 
De me vi ore tan bragar. 

(Vous me prendriez pour quelque clerc, — Ou pour quelque mau- 
vais soudard, — En me voyant aujourd'hui si faraud.) 

Farsa de Touannou don trou, p. 5. 

Provenç. : or a, or as. 

Roman : aora, adoras. 

Ces formes et les suivantes indiquent assez que notre 
mot vient du latin hora ; hac horâ, ou plutôt ad horam. 

Ane. espagnol : agora. — Espagnol mod. : ahora. — 
Portugais : agora. — Italien : a ora, ad ora. 

L'anc. français disait : ore, or, ores. 11 est resté dans 
les composés, désormais, qu'on écrivait jadis des ores 
mais, et dorénavant , qu'on écrivait d'ores en avant et 
des ores en avant. 

Mais ore te pri ; porte od mei mun pecchié. (Sed nunc porta, 

quseso, peccatum meum.) 

Les IV livres des Rois, liv. I, ch. xv. 

20 



306 

Des ore cumcncct l'ocisium des altrcs. 

(Alor-s commença la mise à mori des aulres.) 

Chans. de Roland, ch.v. 

Retire toy, je ne veux plus 
Estrc d'ores le sociable 
Avec toy. 

Jacques Jacques, Le Démon travesty, p. 327. 

.\insi nous le créons cslrc des oi^e'mais. 

Miracle de Clovis. Théàt. franc, du moyen âge, 

p. 665. 

Receif l'enfant que serve Deu des ore en avant. 

(Reçois l'enfant pour servir Dieu dorénavant.) 

Les IV livres des Rois, liv. I, ch. i. 

On trouve dans les litiges latins du moyen âge Doré- 
navant exprimé par de ista hora m antea. 

Tout ore, toutoeure, toltherou. f. totoure. l. adv. Tout 
à l'heui^e, Tout de suite, a l'instant. 

Faides m'un remedou tout ore 

(Donnez-moi un remède tout de suite.) 

Jac. Chapelon, Contrition d'un fênéant, 

p. 271. 

Vou l'y a long tion que me runou en proumesscs, 
Et si j'aï» tout ce que j'ai proumey, 
Vou payarin tout ore par ma fcy. 

(Il y a longtemps que je me ruine en promesses, — Et si j'avais tout 
ce que j'ai promis, — Je vous paierais, par ma foi, tout de suite.) 

Chapelon, Requête, p. 221. 

Ji vouai me parmcna, bcta lou djina couaire. 
Toutœure, en revenan, parlaroun miœu d'affaire. 

(Je vais me promener, faites cuire le dincr, — Plus tard, quand je 
reviendrai, nous parlerons mieux d'affaires.) 

Remou et Baroueni, p. 9. 

Ha dzet, porou gaguet, n'allons vere loulherou 



307 

Loii rc prendre de ganls par salua lou porou. 

(Dis donc, pauvre gai;a, nous allons sans doute voir tout à l'heure — 
Les rois prendre des gants pour saluer les pauvres.) 

Chans. de Piiilippon, 1853, p. 75. 

Corajo, moz amis, corgniflons, fons ripailli, 
Et ioloure n'erons sur lo champ de batailli. 

(Courage, mes amis, mangeons, faisons ripaille, — Ensuite nous irons 

sur le champ de bataille.) 

RoQciLLE, Lo Depiito manqua, p. 25. 

— P. dauphinois. 

Je ne foey que sorti de la couchi tout ore. 

(Je sors du lit à l'instant.) 

Paslor. de Janin, acte II, se. ii. 

— P. bressan. 

No l'iran vay totore, 
Su on pou de fan, 

(Nous irons le voir dans un instant — Sur un peu de foin.) 

ISoêls bressans, édit. Le Duc, p. 53. 

ORPA. — V. Arpa. 

ORPAY. F. s. m. Oripeau, cuivre doré. 

Una cointuri d'or plus bella que d'orpay. 

(Une ceinture d'or plus belle que du cuivre doré.) 

Chapelon, Entrée sol., p. 125. 

Le sens propre et primitif à'oripeau, conservé par le 
Dictionn. de l'Acad. franc. 1835, est celui de Lame de 
cuivre très-mince, polie et brillante qui de loin a l'éclat 
de l'or. Figurément et par extension, il a désigné en- 
suite tout objet brillant qui a peu de valeur. 

C'est dans le sens primitif que doivent être entendus 
le provençal aurpel, auripel, aiiripeou ; le roman aur- 
pel; le bas latin auripeUum; Tanc. calalan oripell; 



308 

l'espagnol orope/; le portugais oMroy;e// ; l'italien oi^- 
pello. 

L'Académie de la Crusca le dérive d'oro , Or, et de 
pelle, Peau; c'est-a-dire Superficie d'or. 

OUILLER , Remplir. — V. Olier. 

OULA, ouLLÂ. F. s. f. Pot de terre, marmite. 

Una petita ouUa 
Qu'ey lou racillour dou meublou par la goula. 

(Une petite marmite — Qui est le meilleur des meubles pour le gosier.) 

Ant. Chapelon, Bobrun, p. 246. 

Saint- Bonnel-les-Oules, village du Forez, doit son 
nom à l'industrie de la poterie en terre qui occupait 
jadis ses habitants. 

Cochard donne la même éiymologie au nom du village 
d'Oullins, près Lyon. — Foyage à Oullins, p. 6. 

— P. dauphinois: ola, oula. 

Puisqu'u n'a pas de que fare bien bulhi Vola. 

(Puisqu'il n'a pas de quoi faire bien bouillir la marmite.} 

Pastor. de Janin, acte III, se. i. 

U l'eycumon lou plat et le servente Voulu. 

(Ils écument les plats, et les servantes la marmite.) 

Id., acte V, se. lu. 

— P. maçonnais. 

Deu chodire, une ouïe e un gri. 

(Deux chaudières, une marmite et un gril.) 

JSoëls maçonnais, p. 46. 

— P. bressan : eule. 

Quête Veule e lo quemoelio, 
Bai*ta, se t'y voui aie. 

(Quitte la marmite et la crémaillère, — Bertaud, si tu veux y aller.) 

^oëh bressans, édit. Le Dlc, p. 84. 



309 
Langued. et provenç.: oulo, oula. 

Cadun sçau que bouille dins son oulo. 

(Chacun sait ce qui bout dans so marmite.) 

La Biujado prouensalo . 

Roman : ola. 

Catalan et espagnol : olla. — Portugais : olha. — 
Italien et latin : olla. 
Ancien français : oie, olle, ouïe. 

Le curé s'en va acheter force courées de veau et de mouton et les 
mit toutes cuire dans une grande oulle. 

Bonav. Des Péricrs, Nouv. 36. 

Oulle est resté dans plusieurs dialectes de la langue 
d'oil. On le trouve dans le Vocabul. du Haut-Maine. 

Le Dict. de l'Acad. ne l'a pas conservé, mais il donne 
ollaire, qui se dit d'une pieiTe tendre et facile a tailler, 
propre à faire des pots : Pierre ollaire. 

OUNTE, Où. — V. Ont. 

DURA, OUVRE. L OEURA, ÂORA. F. S. f, Ouvragc, travail. 

L'oura vet Var de Gi va tota de travar. 

(L'ouvrage à Rive-de-Gier va tout de travers.) 

RoQUiLLE, Ballun d'essai, p. 5. 

Si j'étais que de toi, j'écrirais en satire; 
L'ouvre ne manque pas, et ton vers franc et net 
A chacun dirait prou son article et son fait. 

Emhell. de Lyon, 2^ part., p. 4. 

Par quand l'œitra vindra, j'apretou mon metzie. 

(J'apprête mon métier pour le jour où l'ouvrage viendra.) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 72. 

Incouêre ne rien dzère, ou san que gnia plus d'aoro. 

(Encore il ne faut rien dire, ou sans quoi il n'y a plus d'ouvrage.) 

Savel, Mariage de Jean, p. 4. 



310 

Il signifie aussi Biens, propriété, affaires; c'esl-k-dire 
le Prix du travail, ce qu'on a acquis par son travail. 

A migit tota son oura en ribotta et en gliberlinageol. 

(Il mangea tout son bien en excès et en débauches.) 

Parab. de l'Enf. prodig. en patois de St-Sympho- 
rien-le -Château, par Cochard. 

— P. dauphinois. — Champollion-Figeac cite oura 
dans le sens de Ouvrage, chose. Ora est employé avec 
le même sens dans le Balifel de la gisen, p. 50. Enfin 
oure, plur., signifie Objets de toilette, Affaires en lan- 
gage populaire , dans la Pastor. de Janin , acte II , 
se. III : 

Veiqui perque le fille amon io chaiigirnen, 
Et comme per porta toujours de belle z ovre, 
Y cherchou lou Monsieu, incora qu'i son poure, 

(Voilà pourquoi les filles aiment le changement, — Et comment, pour 
porter toujours de belles affaires, — Elles veulent épouser un mon- 
sieur, bien qu'elles soient pauvres.) 

Langued. et provenç.: obro, obra. 

Roman : o6ra. 

Catalan, espagnol, portugais : obra. — Italien : ovra, 
opéra. 

L'ancien français disait ouren, Ouvrier; ourer, ovrer, 
Travailler; ovre, Ouvrage, œuvre. — V. Roquefort et 
Gloss. Ducange. 



PACHl, PACHE, L. et F. s. f. Convention, pacte, marché. 

Un bon homme de village n'ayant qu'un fils, le fist étudier à Lyon 
et se peina de lout son pouvoir à le bien entretenir... Il eut volonté 
d'entrer chez un notaire pour apprendre son eslat. Le bon père y 
acquiesce, convient de son apprentissage avec son maistre moyen- 
nant une somme d'argent. Les paches faites, le bonhomme n'ou- 
blioit pas de visiter son fils... 

Le Chasse-enmty, par Loys Garon, t. 1, p. 358. 

Il se peut faire qu'aujourd'hui, 
Je ferai pache avecque lui. 

Lxjon en vers burlesques, part. 2^, p. 7. 

Il est cité par Molard, 1803. 

De liou couto la Gourla ni le Flaches 
N'ont jamais fat d'assez mauvaises paches, 
Par usurpo la siou dou malheroux. 

(De Meur côté la Gourle, ni les Flaches, nowis d'exploitations de 
mines du bassin de Rive-de-Gîer, — N'ont jamais fait de mauvais 
marchés — Pour exploiter la sueur des malheureux.) 

RoQuiLLE, Lo Pereyoux, p. 5. 

Par mon chançay me gens faziant la pachi. 

(Pour ma bière mes gens faisaient le marché.) 

Ant. Chapelon, Bobrun, p. 241. 

Lou fin bai parmcy cot que n'aguimou nouvella 
Que la pachi ère faity avouai madamisella. 

(Dès que nous eûmes la nouvelle — Que la convention, te contrat 
de mariage, était faite avec madi-moiselle.) 

Chapelo.n, Entrée, p. 121. 



312 

— P. dauphinois. 

Ne me parla pa donq de farc cela pachi ; 
J'amai'in mey avey perdu ma meillou vachi. 

(Ne me parlez donc pas de faire ce contrat, — J'aimerais mieux 
avoir perdu ma meilleure vache.) 

Pastov. de Janm, act. III, se. i. 

Langued. et provenç. : pacho, pacha, 

Pcr jouien ou per or, de sa raubo d'ounour 
Quau fara pache. 

(Pour joyaux ou pour or, de sa robe d'honneur, — Celle qui fera 

marché.) 

Mireio, ch. m. 

Roman : pacha. 

Ane. franc. — Roquefort cite pac, pache, pacl. — 
Pache est masculin dans l'exemple suivant : 

Liziart un temps qui passa fist un pache, que où cas que... toute 
sa terre de Forest et Beaujolois seroil à moi. 

Roman de Gérard de Nevers. 

Le Glossaire de Ducange, qui ciie le latin pacttun, 
cite aussi en basse latin, pachtus, Tributum quod ex 
pacto exigitur ; et il le fait venir de l'allemand pacht. 
L'aspiration que contient notre mot pache donnerait 
en effet a croire que l'allemand pacht a contribué avec 
le latin pactum a sa formation, a moins que l'aspiration 
n'existât déjà dans un analogue celtique inconnu. 

PAISSE AU. L. PEYSSAY. F. S. m. Echalas, pieu, piquet. 

Depuis que ledit SerpoUct a cessé de cuire les pains desdits habi- 
tans, il s'est fait un dégât dans toutes les hayes de ce lieu et l'on 
n'a laissé aucuns paisseaux dans les vignes. 

Sentence de la châtellenic d'Anse du 18 nov. 1666. 

Paisseau est cité par Molard, 1810, et par Cochard 



313 

dans sa Notice sur la commune de Tupins-Semons. 

Y dressent un chalay, 
Avouai quatre ou cinq po planta sur un peyssai. 

(Ils bâtissent un château, — Avec quatre ou cinq pots plantes sur 
un échalas.) 

— P. dauphinois. — Champollion-Figeac , I\'ouv. rech. 
sur les patois^ p. 56, cite peyssel , Echalas , et le fait , 
sans dire comment, venir du celtique. 

— P. bourguignon. 

Vos y forre de bonne etelle, 
Force paissea, force javelle. 

Langued. : paissel , peissel ; Echalas. — Passela , 
Echalasser. 

Roman : paisselh, paysel, paysso; Pieu, échalas. 

Ane. franc. : « paisseau^ paissel ; Echalas ; paisse- 
ler, Echalasser. » Gloss. de Roquefort. 

Le Gloss. de Ducange , v" peissellus, paissellare, 
paxillare donne plusieurs exemples de peyssel, de peys- 
seller, et de leurs correspondants en basse latinité. 
Le suivant est extrait d'une Charte de 1283 relative a 
Jasseron en Bresse. « Concedentes in dictis nemoribus 
« plénum usum videlicet pro domibus , grangiis... 
« peissellis et vimine ari ligandum palUcias. » 

PALENGUN, PALEiNGCN. F. s. m. Vaurien, paresseux, va- 
gabond. 

Cy gît lou rey do palenguns 

Que tous sous jours eriant de luns. 

(Ci gît le roi des vauriens, — Pour lequel tous les jours étaient des 
lundis, des jou7's de repos.) Ant. Chapelon, Bobrun, p. 255. 

La mala mort, iqucla palenr/nna,, 

Va m'enleva ma viat et ma fourtuna. 

Id., p. 249. 



314 

Vou n'erc gin de gueux, et si o n' crc ([u'aucun 
Au Tore montra au de coiiima un vrai palciurjun. 

(Il n'y avait point de gueux, et si on en voyait quelqu'un, — Il était 
montre au doigt, comme un véritable vaurien.) 

Ch\pelon, La MiseiHi, p. 191. 

Equelou paUnguns de me ne faut que rire. 

(Ces vauriens ne font que rire de moi.) 

Chans. de Philipon, 1853, p. 64. 

C'est un composé de pas et de lengun , Aucun. 
(V. ce mot). Un vaurien, c'est un homme qui n'en est 
pas un , un pas rien , comme dit encore le peuple de 
nos provinces. 

C'est k la même formation qu'il faut rapporter cette 
expression du Ballet (oi'ésien : 

Gcntilomou dopa len(/uel. 
(Gentilhomme de pas grand chose.) 

En Dauphiné, où Aucun s'exprime par negwi, on dit 
pour Vaurien, punegun : 

Témoin ceu panegun que demore a man dreita 
Qu'at amusia dous ans ma cosina Beneita. 

Témoin ce vaurien qui demeure à main droite, — Qui , pendant 
deux ans, a amusé de promesses ma cousii\e Benoîte.) 

Dial. de le quatro comare, p. 20. 

PANA, F. S. /. Linge, torchon, chiffon. 

J'alllio d'abord changie de lingeou, de soutana, 
Et frotlio tout mon sô me viailles d'una pana. 

(J'allai d'abord changer de linge, de soutane, — Et je frottai tout mon 

soûl mes joues d'un chiffon.) 

Chapelon, Requête, p. 205. 

Il vient, selon toute apparence, du latin panmis, qui 
signifie Etoffe, linge, chiffon, drap. 
On trouve dans toutes les langues néo-latines panno, 



315 

panna, qui signifient diverses espèces d'étoffes ou de 
draps. En anc. franc, pane, suivant Roquefort, a le sens 
de Peau, cuir, étoffe; ei panne, paines,pesnes,piennes, 
désignent une espèce de Velours grossier fait avec de 
la laine. 

Pana, panna, pano. l. et f. v. a. Essuyer, torcher. 

Car lo savon de quay y seret savonna 
Ne s'en iret pas per panna. 

(Car le savon duquel il sera savonné — Ne s'en ira pas pour être 

essuyé.) 

La Bernarda bayandiri^ p. 17. 

A lu parmc, quand oTorat la foueyri 
De lou pana avoi sa roba neyrï. 

(A lui, au médecin, permis... — De le torcher avec sa robe noire.) 

Ant. Chapelon, Bobrun, p. 241. 

— P. bressan. 

Per afatie l'outo e per pono le chire 

Ze si se bin drecha, coraan a buto cuire. 

(Pour balayer la maison et pour essuyer les chaises, — Je suis aussi 

bien dressée qu'à mettre cuire au four.) 

Margueta, p. 4. 

— P. dauphinois. 

Veiqui perque de mon mouchou 
Je me pano souvent le vialhe. 

(Voilà pourquoi de mon mouchoir — Je m'essuie souvent les joues.) 

La vieille lavandière, p. 57. 

Provençal : panar. 

Paner en ancien francs is a le même sens. On 
trouve au Gloss. de Ducange, v® pannuleiiim, la cita- 
tion suivante d'une vie de Saints MS. : « Corne ele la 
« trouvast ointe, ele de bambais la pana o grant reve- 
« rence. » 



316 

Paner est resté dans la langue populaire avec le sens 
de Mettre a sec, ruiner, détruire, enlever : pana, pano 
a aussi en patois ces significations figurées. 

Lo goce sont pano quand la dziniinj'approcho. 

(Les gousfets sont à sec quand le dimanche approche.) 

RoQCiLLE, Ballon d'essai, p. 5. 

J'abozio sur lo coup et me cruro pano. 

(Je tombai sur le coup et je me crus perdu.) 

Id., id., p. 7. 

— P. bourguignon. 

Lo jor eto venu deijai 

Que je devo etrepamiai. 

Virgilte vii'ai, ch. ii. 

Pana. s. f, signifie figurément Rossée, volée dans 
l'exemple suivant : 

Ne me pren pas per una besty, 

Je te pourrin donna una pana hien faity. 

La Bernarda buyajidiri, p. 8. 

Le peuple dit de même en français : Je te torcherai 
proprement, pour Je te rosserai. 

Panaman. l. s. m. Essuiemain, torchon. — Il est employé 
comme injure dans les deux exemples suivants : 

Car te n'es rien qu'un panaman. 

La Bernarda buyandiri, p. 15. 

Marmiton, mechan panaman. 

Lyon envers burlesques., 2« journ., p. 28. 

— P. maçonnais. 

De lanssiou cin ou si dozainc, 
Avu autan de paunemain. 

(Cinq ou six douzaines de draps, — Avec autant d*essuiemains.) 

IS'oëls màconjiais, p. 44. 



317 
PANOUSSA, PANNossE. L. et f. s. /. Guenille, chiffon. 

Mon vcntrou ey blet et samble una panoussa. 

(Mon ventre est mou et ressemble à un chiffon.) 

Ant. Chapelon, Bobrun, p. 240. 

Sept panoussc grise. 

Chapelon, Testant., p. 178. 

Provenç.: panoucha; Chiffon, vieux hnge. — Pa- 
nouchon ; Paquet de hnge sale. Un recueil de proverbes 
provençaux publié au XVJl^ siècle a pour titre : La bu- 
gado prouensalo, vounie cadun l'y a panoiichon ; La 
lessive provençale où chacun a un paquet. 

Pannosse, employé figurément, désigne a Lyon une 
Personne molle, lâche, sans vigueur. 

Il est cité par M. Breghot du Lut, MéL, l. 1, p. 273. 

— P. bugisle. 

Combin en France e ia de rlés panoces 
A qîioui pareille chous' est arreva. 

Fables du P. Froment, p. 19. 

PARTARET. f. s. m. Grand couteau de boucher, couperet. 

Un partaret. 

Chapelon, Testament, p. 181. 

Iquela guilloutina qu'a causa tant d'emouay, 
Ere in fin partai^et que coupave lou couay. 

Poème sur le 9 thermidor. 

— P. bugiste : — parteret. 

— P. dauphinois. — Parlon ; Couteau de boucher. Cham- 
poUion-Figeac. 

Partret, paltret; Couperet, dans le Vocabulaire du 
Haut-Maine. 

Il se rapporte, ainsi que l'anc. franc, partir, Diviser, 
au \2iimpariiri. 



318 

PARTKYUI (a), parteri \^\). f. ado. Tour h tour, à lour de 
rôle, séparément. 

Sourions d'iquai quartier et changeons de charreyri, 
Aussi bien vou zo faut dire tout a 'parleyri. 

(Sortons de ce quartier et changeons de rue ; — Aussi bien il faut 

parler de chaque chose à son lour.) 

Chapei.on, Entrée, p. 133. 

Tous aparteri ant fat des effoo, 
Jusqu'œu pistoiin qu'a juïin solo. 

(Tous ont fait des efforts tour à tour, — Jusqu'au piston qui a joué 
un solo.) LiNOssiER, Un boucher, p. 6. 

FARTU. F. PARTSu. L. S. m. Trou, pertuis, 

Vou m'ey toujours évy de veyre un porou rat 
Que va de soxvpartu sous la patta do chat. 

(Il me semble toujours voir un pauvre rat — Qui de son trou va 
tomber sous la patte du chat.) 

Ant. Chapelon, Caraeierou de le filles, p. 236. 

La pay touta faiti a partu. 

(La peau toute couverte de trous.) 

Chapelon, Entrée solenn., p. 117. 

Lo pouro moribond dzisié d'un ton pidoux : 
Deins lo mémo pa^'^sw revondez no tous doux. 

(Le pauvre moribond disait d'un ton piteux : - Jetez-nous tous deux 
dans la même fosse.) Roquille, La Ménagerie, p. 12. 

Peindant près de très jours o me fut impossible 
De bouchi cou partsu que j'ai desso lo no. 

(Pendant près de trois jours il me fut impossible — De boucher ce 
trou que j'ai sous le nez, de manger.) 

RoQL'iLLE, Les Ganduaises, p. 36. 

— P. dauphinois : pertu. 

Elli at en chaque jouta un pertu quand ihe rit. 

(Elle a dans chaque joue un trou quand elle rit.) 

Pastor. de Janin, act. I. se. i. 



319 

Langued. perlus. — Provenç : pardis, pcrius, par- 
lids. 

Roman : perlus. 

Italien: pertuso, pertugio. 

Outre perluis qui a été conservé par le Dictionn. de 
l'Acad. 1835, comme encore usité dans quelques locu- 
tions spéciales, Tanc. français disait parluys, parluis, 
perlruis. 

C'est au participe pertusus^ du verbe l^iin pertundo, 
qu'il faut rapporter toutes ces formes. 

Partuza. F. t;. a. Trouer, percer. 

Un bay manty tout fin blanc de buyal, 
N'ey que ious rats Tant un po parhizat. 

(Une belle nappe toute blanche de lessive, — Si ce n'est que les rats 

l'ont un peu trouée.) 

Ant. Chapelon, Bobtnm, p. 246. 

Comm'un cruzio partuzat. 

(Comme une lampe qui a un trou.) 

Ballet forésien. 

— P. dauphinois. 

Marcheï-t-el a la pleivi aver un cur mantel, 
Legie, pertuzola coman un baritel. 

(Qu'il marche à la pluie avec un manteau court, — Léger, percé comme 

un blutoir.) 

Lo banquet de le faye, p. 20. 

Roman : iperlusar. 

Italien : perlugiare. 

Ane. franc.: parluiser, pertuiser. 

Basse latinité : perlusare. (Gloss. de Ducange). 

PASSERAI. F. s. m. Moineau, passereau. 

\J\\ merlou, un passerai, une alieula, un quinson, 



320 

En sourtanl de se men sayant bien lour liçon. 

(Un merle, un moineau, une aloucllc, un pinson, — En sortant de 
SCS mains savaient bien leur leçon.) 

Chapelon, Orezon funehra, p. 184. 

— P. dauphinois. 

Coine un passo^at eicapa de la geivi. 

(Comme un moineau échappé de la cage.) 

Lo Batifel de la Gxsen, p. 3t. 

Langued. et provenç.: passerai, ^asserart . 
Roman : passerai, passera, passer. 
Ane. franc.: passe, passer, passeron. 

Pinsons, pivers, passes ci passct^ons. 

Cl. Marot, Élégies, t. 1, p. 328. 

On lit au Gloss. de Ducange, y"" passa : « Eiiamnum 
« Andegavenses passerem paisse et passe vocant. » 

On dit en Berry passe, prase ou prasse ; en Touraine 
praisse. 

Italien: passera, passere. — Espagnol: pajarro. — 
Latin : passer. 

PASTOUNADA. f. pastonnade. l. s. f. C'est le légume qui à 
Paris s'appelle Racine jaune. 

Iquet'an par malheur vou n*ei rai de salade; 
L'hiver n'a ren leissi que quauque pastounade. 

(Cette année, par malheur, il n'y a point de salades; — L'hiver n'a rien 
laissé que quelques racines jaunes.) 

Chapelox, La Careyma, p. 188. 

Les yeux éteints, jaunes comme une pastonnade. 

Les Canettes, p. 12. 

Je crois qu'il se rapporte au latin paslinaca, pasli- 
nago, qui désigne le Panais. 



321 

La plupart des dialectes néo-latins ont un analogue 
qui désigne toujours un légume de la même lamille. 
Langued.: pctstenargo. 
Roman : pastenaga, pastenegla. 
Catalan : pastanaga. — Portugais et italien : paslinaca. 
Ane. franc.: pastenade, pastanade; Panais, carotte. 

PATERI. F. s. /. Pétrin, huche a pétrir le pain. 

J'ai ena garderoba, ein dressœu, einapa<e?n. 

(J'ai une garderobe, un dressoir, un pétrin.) 

Remou et Baroueni. p. 8. 

Langued. et provenç. : paslieiro, pastieira. 

Catalan : pasiera. 

Basse latin. : « pasteria , Mactra in qua pasta seu 
« massa farinse subigitur ; GaU. Pailrin. Sed et Pistri- 
« num, sen locus ubi est mactra. Litt. rem. ann. 1375. 
« item unam archam, item unam pasleriam. » Gloss. 
Ducange. 

PATET, PATETA. L. et F. adj. Lambin, tatillon, minutieux, 
niais. 

Aussi moi je soutiens qu'avec tous leurs effets, 
Ils se croient malins et ne sont que patets ! 

Visite à VExpos., 1860, p. 9. 

Dans son Noël IX , Chapelon, parlant de la faute de 
nos premiers pères, dit qu'Adam a succombé pour avoir 
écouté les discours d'une sotte : 

Par acouta 

Lou discours d'una pateta. 

Langued. et provenç. : paie; patet, ta ; Lambin. — 
Patetarie, Lambinerie. — Patetejlia; Lambiner. 

Coumo fan millo ealegnaires, 

21 



322 

Que non cntondon lous afl'aircs, 
Que son palets et vcrgougnous. 

Cl. Brueys, Jardin deys viusos prouensalos, t. II, p. ni. 

On trouve aussi palet, et paletcrie au Diction, des 
expressions vicieuses des hautes Alpes. 

PATA , PATTA, PATTE» L. ct F. S. f. Cliiffou, vicux lingc. 

Dans rannoire on a ben de ci devant chemises, 
De pâtes en paquet qu'au rebut l'on a mises. 

Epit. à mon cousin Greppo. Petites Sœurs des pauvres, p. 11. 

Y voz an donc vindzu comma que vind de pâte. 

(Ils vous ont donc vendue comme on vend des chiffons.) 

RoQuiLLE, Ballon d'essai, p 35. 

Blet coum' una patta. 

(Mou comme un chiffon.) 

Ballet forésien. 

Patte est rapporté comme une expression lyonnaise 
par Molard, 1803, et par M. Breghot du Lut, MéL, t. I, 
p. 228. Ils citent patte à briquet , le Linge brûlé''qu'on 
disposait dans une boîte pour recevoir et conserver 
les étincelles obtenues par le briquet; patte mouillée, 
Individu sans force et sans énergie. 

— P. dauphinois. 

U l'at de forci autant qu'una pata molhat. ^ 

(11 a autant de force qu'un chiffon mouillé.) 

Pnstor. de Janin, acte III, se. m. 

Payé ledit jour pour vu livres |)a<e«. 

Compos. du mystère des Trois Doms à Bomans, 

par GiRAUD, p. 58. 

— P. bressan. 

L'anzo, per fore veni, 
Uce lou berzi, 



323 

Que de vay lo bon Di dan le patte 
Demouron tôt ecomi. 

(L'ange, pour les faire venir, — Appelle les bergers — Qui, de voir 
le bon Dieu dans les chiffons, — Demeurent tout ébahis. 

Noël de Boury.^ cdit. Le Duc, p. 11. 

Provenç. : pata, Chiffon. 

Pala ^ patle , signifie aussi Bourse, magot, argent 
caché, parce que les pauvres gens plient assez souveut 
leur argent dans un morceau de vieux linge. — Faire sa 
patte ; Faire sa bourse, mettre de l'argent de côté. 

De plus saiqu'unou liards qu'aul'a din una pata. 

(De plus, certain argent qn'il a dans un chiffon.) 

Chapelon, Testament, p. 181. 

Je ne t'ai pas parla d'iquele que hnt pata. 

(Je ne l'ai pas parlé de celles qui se font une bourse.) 

Ant. Chapelon, Garacterou de le filles, p. 238. 

Vequanoutro forbans qu'ant fat chocun liou pata. 

(Voilà nos forbans qui ont fait chacun leur lot.) 

RoQuiLLE, Ballon d'essai, p. 22. 

En Languedoc, pelhot, Vieux chiffon, est de même 
pris dans le sens de Magot, trésor caché. — V. De 
Sauvages et Honnorat. 

Patairo, pat aire. l. et F. s. m. Marchand de chiffons. 

Je vouai brama couma un pataire. 

(Je vais crier comme un marchand de chiffons.) 

Chapelon, Requête, p. 216. 

Lo coumarço va bien , surtout par lo patairo. 

(Le commerce va bien, surtout pour le marchand de chiffons. ) 

RoQUiLLE, Les Ganduaises, p 31. 

Marchands et savatis, bolongjs et paiairos. 

Hymna à la Coticorda, p. 37. 



324 
PECHIE. F. s. m. Cruche, vase pour les liquides, pot. 

J'ay si grand cocyti de pissic 

Que voi belta mou zo couma un pec/iie. 

(Je suis si pressé.... — Que je vais faire un pot de mes chausses.) 

CuAPELON, Chanson, p. 156. 

Proveiiç. : pechier, pechié. 

Courre vite au tounelié, 
De veni que ren l'empêche : 
Jeu vau prendre lou pechic. 

Coules de l'abbé Vigne, 1806, p. 16. 

— P. de Sarlat : pichie. 

Lou nas din lou pichie coumo lou porc al bac. 

(Le nez dans le pot, comme le porc dans son baquet.) 

RoL'SSET, Dispute de Bacchus. 

Dans quelques provinces, c'est une mesure des li- 
quides un peu au-dessus du litre. 

Roman : pechier, pichier. 

Ane. franc. \ pechier, pichier. — Basse latin. :piche- 
rus. « Ficherus, mensura liquidorum : Nostris Pechier 
« et Fichier.... Litt. rem. 1397 : Comme le suppliant 
« eust gaigné dudit Dominique un pot ou un pichier 
« de vin. — Lilt. rem. 1389 : Lui dit que s'il beuvoit 
« plus . il lui donneroit et ferroit du pechier ou pot. » 
Gloss. Ducange. V. aussi picarium, pigarium et bica- 
rium. 

L'italien hicchiero paraît se rapporter au même ra- 
dical. 

V. BICHE , BICHON. 

PECOU, picoL. L. et F. s. m. Queue ou pédicule d'un fruit; 



325 

pied d'un banc , d'une chaise , d'une table ; colonne 
d'un lit. 

Douei selle a trci pecou, dou bens. 

(Deux chaises à trois pieds , deux bancs.) 

Chapelon, Testament, p. 182. 

Molard, 1803, cite picou de cerise. 

Langued. et provenç. : pecoul, pecou \ Eslaca un 
efan aou pecou daou lie ; Attacher un enfant a la co- 
lonne du ht. De Sauvages et Honnorat. 

la d'espino au pecou di roso alangourido 

Le C. DE Beaufort, Armana prouençau, 1861, p. 54, 

Ane. franc. : « pecoil, vecol, pecou^ pecoiil; Manche 
de balai, quenouille, pied de fauteuil, colonne de lit, 
support d'un escabel ; queue de fruit , pied , bout , 
extrémité; de pes, pedis, peliolus. » Gloss. de Roque- 
fort. 

Basse latin. : « pecollus; Columella, fulcrum lecti , 
vel sellae; nostris Pied, quenouille de lit... Hinc picouil 
de faux f Falcis manubrium appellatum. » Gloss. Du- 
cange. 

PELLI, PEiLLi. L. et F. s. f. Guenille, haillon, chiffon. 

J'aillo vez lou Gambey, lai trouvio mia filli, 
Qu'ère ben couma met, que treinave la pelli ; 
Lou curât nous mariet tout par l'amour de Dio. 

(J'allai vers le Gambey, là je trouvai une fille — Qui était bien 
comme moi , qui traînait la guenille ; — Le curé nous maria 
pour l'amour de Dieu.) 

Jac. Chapelon, Edwc. doseffants, p. 267. 

Eu asseton me bettio sus mepeille. 

(Je me mis sur mon séant dans mes guenilles.) 

Ant. Chapelon, Bobrun, p. 245. 



326 

Et lous bons sonlzimonts se veyount sous les peilles. 

(Et les bons scnliments se trouvent sous les haillons.) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 65. 

— P. dauphinois: pclhoi ; Morceau, pièce. 

Pamoin si no prcnon quoque cerf bien calhot, 
Quocun de mous ami en aurai un pelhot. 

Pastor. de Janin, acte I, se. ii. 

Langued. : pellia ; Haillon : peliot , pel/iol ; Vieux 
chiffon. 

Roman : peille, pellia; Guenille, Unge, haillon. Ray- 
nouai'd le lait dériver du latin spolia» 

Ane. franc. : peille, peillot; Morceau, chiffon, haillon; 
peillier. Chiffonnier. Roquefort le fait dériver du latin 
pannulus. Le Gloss. de Ducange le rapporte a pecia^ 
Pièce, '^débris, basse latin. , mot sous lequel il place la 
cilation suivante : « Litt. remiss. 1450 : Le supphant 
« scisailla lesditles piècesde monnoye... etleseurplus 
« desdiltes scisailles il avoit mises en quinze petites 
« peilles de papier. » 

Cette expression est encore employée dans l'indus- 
trie de la papeterie. On y nomme peille, les Chiffons 
qu'on emploie a la fabrication du papier, et peillier le 
Chiffonnier duquel on les achète. 

C'est h peille qu'il faut rapporter toutes les expres- 
sions qui suivent. 

Pella. l. et F. s. f. Littéralement, Guenille; au figuré, 
Homme ou femme déguenillé, débauché, fainéant, mé- 
chant. 

Eiquai malheur, si malheur vou s'appelle, 
Say nous a cnfenci d'un régiment de pelle;... 



327 

Y l'an bai se soiinie de n'en sarra qu'aucuna. 

(Ce malheur, si on ne doit pas l'appeler autrement , — Nous a in- 
festés d'un régiment de filles débauchées... — Ils ont beau prendre 
soin d'en mettre en prison quelques-unes.) 

Chapelon, La Misera, p. 194. 

Me dzizont que de te ne faré qu'ina pella. 

(Ils me disent que de toi je ne ferai qu'une coureuse.) 

RoQuiLLE, Ballon d'essai, p. 30. 

Enfin j'apercevio qualro deguenilys, 
Tous quatro banbanant de vios fusis roulys : 
Je cognussio d'abord lo patero Farbela, 
Et furo bien supré de vere quelapefa. 

(Enfin j'aperçus quatre déguenillés, — Tous quatre brandissant de 
vieux fusils rouilles :— Je reconnus d'abord le chiffonnier Farbela. 
— Et je fus bien surpris de voir ce vagabond.) 

Id., Breyou, p. 71. 

Ant. Chapelon a dit de la mort : 

Peu qu'a lengun la pella ne pardonne. 

(Puis qu'à personne la coquine ne pardonne.) 

Bohrun, p. 254. 

Pelât, pelata. l. et f. Il s'emploie aussi soit au masculin, 
soit au féminin pour désigner Un homme ou une femme 
en guenilles; un coquin, un vaurien, un vagabond. 

Lou pelats eriant jugeou, 
Et l'inouçont n'ait que Dio par son refugeou. 

(Les coquins étaient juges ; — Et l'innocent n'avait que Dieu pour 

son refuge.) 

Poëme sur le 9 thermidor. 

Lio tant de pela din lou chami, fo pa se bita a la nui. 

(Il y a tant de brigands dans les chemins ; il ne faut pas être en route 
pendant la nuit.)j 

Dialog. de paysans des montagnes du Forez. — Slatist. 

du dép. de la Loire. 



328 

Mio vaut ceont ves meri que de vivre on pclat, 

(Mieux vaut cent fois mourir que de vivre en vaurien.) 

Chans, de Phiuppon, 1853, p. 68. 

Plus lord, dzité, je serai directeur ; 
Et no varrons si de telles pelâtes 
M'appcllaront regrolou de savates. 

RoQUiLLE , Lo Pereyoux^ p. 8. 

On trouve au Gloss. de Roquefort pelaille ; Canaille, 
menu peuple. 

Pelai , pelata , pourrait se rapporter au roman paij 
et pcly; Poil. Pelai signifierait alors dans son sens 
primitif Pelé ; et il est fort possible que cette idée se 
soit mêlée h celle de Déguenillé dans l'esprit du peuple 
qui a fait le mot. 

PELOSSE, PELOCE. L. PIALOLSSA. F. S, f. Pruncllc j fruit du 
prunelier, arbuste qu'on place dans les haies. 

Pelosse est cité avec ce sens par Molard , 1803, et 
par M. Breghot du Lut, MéL, t. I, p. 273. 

Si n'ant pos de raisins, que mijant de peloces. 

(S'ils n'ont pas de raisins, qu'ils mangent. . .) 

RoQiiLLE, Les Ganduaises^ p. 37. 

Y mingeont de pialousse ou ben de fruiti verda. 

(Elles mangent des pelasses, ou bien des fruits verts. 

Ant. Chapelon, Caracterou de le filles, p. 237. 

Sau pas qu'una foulit 
Lou mondou ait 
De faire de vin de pialousse. 

(Je ne sais pas quelle folie — Ont les gens — De faire d>i vin de. . . .) 

Chapelon, Chanson , }^. 154. 

E migeont pialousse 
Tanne, herba sala. 

Chansons de Philippon, 1842, p. 54. 



329 

Roquefort cite en anc. français pelossc, plosse, Es- 
pèce de prune sauvage, et pelossiei\ Arbre qui porte 
cette prune. 

Belocier paraît avoir le même sens dans une citation 
du Gioss. de Ducange, v° balosius, belosius : « belocier 
« verô est arboris species, Prunus scilicet in Litt. re- 
« miss. 1363... Ledyt Symon ne sceust où ne quelle 
« part fuir que en un jardin... où il le prindrent sur 
« un belocier où il estoit pour soy mucier. » Toutefois 
dans notre province le pelossicr n'est pas un arbre sur 
lequel un homme puisse monter et se tenir caché. 

PENNONAGE. l. penounajou. f. s. m. Brigade, compagnie, 
ayant son pennon ou bannière. C'est le nom qu'on 
donnait a Lyon aux compagnies de la miUce bour- 
geoise. 

Chacun des quartiers de Lyon , 35 jusqu'en 17^t6 et 
28 seulement depuis, ayant sa compagnie et sa ban- 
nière, pennonage signifiait aussi Quartier. 

« Un croquant qui n'avoit pas encore este desgnaisé dans Lyon 
apporta au Change une grosse liasse d'esparges (asperges) , comme 
elles estoient encore nouvelles. La garde qui estoit du pennonage 
du Piastre n'estant pas encore levée, il y eust un des caporals, 
nommé le sieur Astruc... » 

Le Chasse-ennuy, de Louys Garon, cent. III, 

t. I, p. 293. 

L'ordre que s'ey donnât dins tous lou penounajou. 

(L'ordre qui a été donné dans tous les quartiers.) 

Chapelon, Entrée solenn., p. 121. 

Dans un des Noëls de Bourg, édit. Le Duc . p. 17, 
pe7ion a aussi le sens de Quartier. 

Lo penon de Bormayé 



330 

Pcr s'egameyé 

Ira vay l'Eiifan c la Comore. 

A Lyoa les capitaines des compagnies de la milice 
bourgeoise s'appeloient capitaines pennons, 

« Caussarara, tailleur d'habits assez cognu dans Lyon pour 
estrc natuiellemenl estropie du cerveau et tenir de la lune, fut 
un jour appelle par le capitaine Quinard , penon de la Grand rue 
de l'Hospital, pour luy tailler une paire de bas de chausses. » 

Le Chasse-ennuy, de Loys Gabon, cent. III, 

t. 1, p. 293. 

PERERY, PEREYRi. L. et r. s. f. Carrière de pierres. — 
C'est le premier nom qu'ont reçu dans nos patois les 
mines de houille du bassin de la Loire et du Rhône, et 
elles l'ont conservé , bien qu'il leur convienne fort peu. 
La houille est encore nommée par le peuple Charbon de 
pierre. 

Vou ne pru lou tion passât, 
Au lé gaiou cassât : 
Y que venu de nouvey 
La trat en la pei'cry. 

[Le temps passé n'est plus, — Il est cassé aux gages : — Le nouveau 
qui est venu — L'a jeté au fond de la carrière.) 

Ballet forésien. 

Eyl' ayant cru veyre 
L'ctiala a grand quoua 
Darey le pereyres. 

(Ils avaient cni voir — L'étoile à grande queue — Derrière les car- 
rières.) 

Chapelon, Noël III, p. 82. 

Y va grasilly vait tôt es le pereres. 

OElle va grésiller, ramasser du charbon menu, dans toutes les mines.) 

RoQTJiLLE, La Gorlanchia^ p. 28. 



331 

Perero. F. s. m. Ouvrier carrier, ouvrier des mines de 
charbon. 

Si ji dzisins seulamont dons moûts a lou prrei'os do Chamboun, 
e me portai iant on triomphou. 

(Si je disais seulement deux mots aux mineurs du Chambon, ils 
me porteraient en triomphe.) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 62. 

Pereyou. l. s. m. Même signification. 

Dou fond d'in eu de sat le decroteur Breyou 
Présente in gruin plu né que cou d'un pereyou. 

(Du fond d'un cul de sac le decroteur Breyou — Montre un groin 
plus noir que celui d'un mineur.) 

RoQL'JLLE, Breyou, p. 61. 

Le poème Lo Pereyoux, du même auteur, a pour 
sujet une grève d'ouvriers des mines de houille de 
Rive-de-Gier. 

Langued. et provenç. : peiriero, peiriera. 

me perdreu dins li peiriero. 

(Ou je me perdrais dans les carrières.) 

Mireio, ch. ii. 

Roman : peiriera, peirrera. 

Catalan et espagnol : pedrera. — Portugais : pe- 
dreira, — Italien : petrieira. 

L'anc. français avait perrière ; Carrière : perreur et 
perrier, Ouvrier carrier. — Voy. Gloss. Ducange , 
yis pcrreria, pelraria, pcrrealor où est rapporte'e cette 
citation : « Litt. rem. 1469 : Jaban Mebart perreur.,.. 
« se partit de la ville de Nevers avec son père et 
« Georges Gauvignon perreurs... pour aller besoin- 
« gner en une perrière. » 



332 

PERROROU , PEREROLx. L. s, m. Chaudronnier, étameur 
de casseroles. 

Perrorous, savatsis, raenestres, decrotcurs. 

(Chaudronniers, savetiers, ménétriers, décrotteurs.) 

RoQUiLLE, Breyou^ p. 11. 

Molard, 1803, écrit pereroux. 

Peirol , peiroou, en languedocien, en provençal et 
dans plusieurs autres dialectes néo-latins désignent un 
Chaudron de cuivre. 

Les chaudronniers ambulants de l'Auvergne, du Li- 
mousin et de la Catalogne qui jadis parcouraient nos 
rues s'annonçaient par le cri suivant : Peiroou roui a 
brasar, casserola a estamar ; Chaudron rompu à sou- 
der, casserole a étamer. Ce sont certainement les pre- 
mières syllabes de ce cri traditionnel qui leur ont valu 
le nom sous lequel le peuple les connaît. 

Un quai de Lyon , qui était jadis une rue, s'appelle 
encore quai de la Pèrollerie^ sans doute parce qu'on y 
trouvait les marchands depairol, ou marchands /)fl/ro- 
liers. — V. Raynouard, v*" pairol^ et le Gloss. de Du- 
cange, y" peirol^ peirola, 

PERU. L. et F. s. m. Poire. 

Y sont trey houre a Irabla et metton lonr penselta 
Plus ronda qu*un peru. 

(Ils restent trois heures à table, et mettent leur petite panse — Plus 

ronde qu'une poire.) 

Chapelon, La Car ey ma, p. 190. 

Vou sete pas marfoundju par maroda mou peru. 

(Vous ne vous êtes pas morfondu à marauder mes poires.) 

Remou et Baroueni, p. 4. 

Le bon peru buré, l'exeellenta reneta. 

Savel, Mar. de Jean, p. 19. 



333 

— P. dauphinois. 

Plus belle qu'un perut purri. 

La vieille Lavandière, p. 60. 

L'anc. français disait perler , perié pour Poirier. 
V. Roquefort et le Gloss. Ducange, v^ pererius. 

PÉTÈ. F. s. m. Pilon. 

Un pété. 

Chapelon, Testam., p. 178. 

Langued. : pestel , pesteiL 

Ane. franc.: peslail ^ pestel; Pieu, piquet, pilon. 

Ytcn donne drogheries el médecines servant au mestier d'npo- 

ticaire, son mortier de kœuvre et le pestel de fer. 

Testam. de 1439, cité par Roquefort. 

Basse latin. : « pestillum^ pro Pistillum ; Instrumen- 
« tum quo aliquid teritur, comminuitur; peslello Italis, 
« pestle Anglis... Accipitur etiam pro Palo ligneo.... 
« pestoil , pestait^ eodem sensu. — Pestare ; Italis 
« Subigere, comminuere , tundere... nostris pesteler 
« eadem acceptione... Litt. rem. 1414: Lequel vale- 
« ton commença a soy jouer et a broyer du pestel qu'il 
« tenoit, lors icellui Pierre lui dist que s'il ne se ces- 
« soit que il lui pesteleroit sa tête... Hinc petailler 
« et peteller pro Cssdere , vexare. » Gloss. Ducange. 
V. aussi petîilum, 

PEU. F. adv. Puis, ensuite. 

Souvent y me bâtit, peu me fazit queysie, 
M'appellave poupon, peu me fazit dansie. 

(Souvent elle me battait, puis elle me faisait taire ; — Elle m'appe- 
lait poupon, puis elle me faisait danser.) 

Jac. Chapelon, Educ. dos effans, p. 264. 



334 

Peti tous lou dcmourant marchavont a petit pas. 

'Ensuite tous les autres marchaient à petit pas.) 

Chapelon, Entrée solenn., p. 125. 

Si leur paquet fut fat, vouere in po par vingie 

Dou de leur camarade . . . 

Peu que le jeunes gens voliant sova lour pai. 

(Si leur paquet fut fait, ce fut un peu pour venger — Deux de leurs 

camarades. . . — Puis parce que les jeunes gens voulaient sauver 

leur peau.) 

Poème sur le 9 thermidor. 

Roman ; Pois, puois, pueis, pos, pus. 

Peu sen, pelssen, peuson, pelsson. f. pussin. l. adv. En- 
suite, puis, après cela. 

Mon pare quauque vey dizit : Te vouai jou carre ? 
Et peu sen au venit rire au na de ma mare. 

(Mon père quelquefois disait : Vais-je te chercher ? — Et puis il ve- 
nait rire au nez de ma mère.) 

Jac. Chapelon, Educ. dos effans, p. 266. 

Au peçon, au bezouar, Dio sat couma vou allave, 
Peusen a chaton rat, peu a la mitatu. 

(Au peçon , au bezouard , jeux d'enfant à Saint-Etienne, — Dieu 

sait comme cela marchait, puis ensuite. . .) 

Id., p. 265. 

Peu sen après o prend son escritoirou 

Ant. Chapelon, Bobrun, p. 240. 

Peu sen après je vio que la charreyri Freidy 
Couraencet a fiala. 

(Ensuite je vis que la rue Froide — Commença à filer.) 

Chapelon, Entrée solen., p. 132. 

Ey sequestriant mesouns, argeont, papie et mcublou 
Elpeusson ey disiant, vouey par lou porou peuplou. 

(Ils séquestraient maisons, argent, papiers et meubles ; — Puis ils 
disaient, c'est pour le pauvTC peuple.) 

Pnëme sur In 9 thermidor . 



335 

Incoura n'orin jou pas céda de siota, si lou Panassal ne s'cre 
mêla, peuson lou 3Ioun Do, Beaubrun, Ions Gambès. 

(Encore n'aurais-jc pas cédé de suite, si le Panassat ne s'en élait 
mêlé, puis le 3iont-d'Or, Beaubrun, les Gambeys, quartiers de 
Saint-Etienne.) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 62. 

Et pussin je varré d'après voutrou langageo 
Se de quelu consc je dcvo faire usajo. 

(Et je verrai ensuite, d'après votre langage, — Si je dois faire usage 
de ce conseil.) 

RoQLiLLE, Ballon d'essai^ p, 31. 

— P, dauphinois : peusse, pœisse. 

Lou cie lour et eitret 
De pleivi en sa saison, et peusse lour en verse 
Quand u ne devrit pas. 

(Le ciel leur est avare de pluie en sa saison , puis il leur en verse 

— Quand il ne devrait pas.) 

Lo Batifel de la yisen, p. 35. 

Et pœisse l'on s'endort su lo chant duz izeyu. 

(Puis l'on s'endort au chant des oiseaux.) 

Pastor. de Janin, act. I, se. i. 

-- P. bourguignon : poçan. 

Un chécun plicure, un chécun grogne, 

Poçan que mon peire diso 

Qu'el eto tam de quittai Tro, 

Virgille virai, ch. m. 

Langued. : pidssas. Degus puissas no viro (Neminem 
amplius viderunt). Cit. de De Sauvages. 

Roman : puissansj poissas, pueyssas. 

Dempeu, dompen, deypeu, qui, joints a Que, signi- 
fient Depuis que et Puisque, appartiennent a la même 
formation. 

PEYSSAY. — V PAissEAu. 



336 

PIA , piAT. F. S. m. Morceau, débris, fragment; chiffon, 
guenille; lange, drapeau d'enfant. 

Entiii je vio tout lou mondou en bcsougny 
A qui orit un piat de ma cliarougny. 

(Entin je vis loul le monde en besogne — A qui aurait un morceau 

de ma charogne.) 

Ant. Chapelon, Bobi^un, p. 242. 

Sa mare bien empachiat 
L'envorpe dins un piat. 

(Sa mère bien empêchée, — L'enveloppe dans un drapeau.) 

Chapelon, Noël VIII, p. 96. 

Vou s'ai veu de famille 
Que portavont de piat et de matrue guenille, 
Que sont charmarrat d'or sur lours habillamcns. 

(On a vu des familles — Qui portaient des chiffons et de méchantes 
guenilles, — Qui aujourd'hui sont chamarrées d'or sur leurs ha- 
billements.) 

Id., La Misera, p. 195. 

Et nous vous payarons lou reste piai à piat. 

(El nous vous payerons le reste morceau à morceau.) 

Id., p. 192. 

Ore voueyl a saver qui s'emporte lou pia, 
Qui se supplantara, qui trahira son frère. 

(Aujourd'hui c'est à qui s'emportera le morceau, — A qui se sup- 
plantera et trahira son frère.) Id., p. 195. 

' L'un par dous liards, lous autrou par un pia. 

(L'un pour deux liards, les autres pour un chiffon.) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 25. 

De tout ce que convint chacun n'en vo son pia. 

(De tout ce qui convient chacun en veut son morceau.) 

Id., p. 75. 

— P. bressan. 

May, zc barré, pre lo canzi, 



337 
Loujjjé que ma gran man me fi. 

(Moi , je donnerai, pour le changer,- Les drapeaux que ma grand*- 

mère m'a faits.) 

Noëls bi^essans, éd. Le Duc, p. 111. 

— P. bugiste. 

On di qu'i samblié 'n anze, 

A que'l e si biau, 

Fai to de noviau ; 

E qu'i n'a ne piay, ne lanze. 

(On (lit qu'il semble un ange, — Et qu'il est si beau, — Fait tout de 
nouveau, — Et qu'il n'a ni drapeaux ni langes.) 

Noël de Nantua, id., p. 116. 

— P. dauphinois. 

Aparelhon de pia, fasson de paillassieu ; 
Notra filli et promeisia a ceu bravo monsieu. 

(Préparons des drapeaux, faisons des langes ; — Notre fille est pro- 
mise à ce brave monsieur.) 

Pastor. de Janin, act. III, se. i. 

Quand le pot du meillou coutariet un florin, 
Per en bere a mon sou je me deichossirin, 
J'engagirin mon pia, mon fouda et ma cota ! 

Id., act. III, se. 11. 

PiAci, piAssi. F. V. a. Raccommoder, rapiécer. 

Par de lencio n'ai jamais eu de troupe ; 
N'ai trey piassit que sont je crey d'etoupe. 

(Pour des draps de lit je n'en ai jamais eu beaucoup ; — J'en ai trois 
rapiécés qui sont, je crois, d'etoupe.) 

Ant. Chapelon, Bobrun, p. 245. 

Item donne a l'Eloy trois petits hauts coulets 
Que sont un po piassis, ma que sont rigoulcts. 

Chapelon, Testament, p. 178. 

Me piaci, me lava, je ne sai kema vivre. 

(Pour me raccommoder, blanchir mon linge , je] ne sais comment 
m'arranger.) Savel, Mar. de Jean, p. 26. 

2a 



338 
PiASSoi'TA. F. a(fj. Déguenillô, rapiécé. 

Que si j'aïn quauquou sou d'ecoudu, 
Ne sa ri 11 pas pia^soutu, d( pondu. 

(Si j'avais quelques sous rais de côté, — Je ne serais pas tout la- 

piécé et en guenilles.) 

Ant. CuAPELON, Bobrtm, p. 243. 

C'est aussi k pia qu'il faut rapporter depiat , Dé- 
pouillé, déguenillé. — V. ci-dessus. 

Pia est-il un abrégé du roman pelha, Chiffon que 
nous avons rappelé ci-dessus au mot pelli ? 

Gustave Fallot, Rechcrch. sur les formes grammnl. 
de la langue Iranç. , p.^'l^ô, cite piax dans un texte 
bourguignon du XllF siècle : Desoz ses piax de marie ; 
et il le rapporte a pel , Peau. Mais piax, dans ce texte, 
ne signifie-t-il pas simplement Morceau, bande? ou 
n'est-ce pas plutôt un mot tout à fait ditîerent du 
nôtre ? 

Chapelon a dit de même d'une fourrure , Thèse , 
p. 228: 

Et «en être echevin au pourlara lou pia 
Sur son epala gauchi, autant que ly plaira. 

Je pense que notre pia doit être rapporté à peya, 
fia, formes abrégées en basse latinité de pecia , Mor- 
ceau , fragment. On les trouve au Gloss. de Ducange 
avec les indications suivantes : 

« Peya, Modus agri , idem quod pecia. Charta an. 
« 131 4. Item en Allevard quandam peciam nemoris 
« quod vocatur peya de Cheyfer... Terrearium Bellijoc. 
« an. 1529: Super duabus septimis partibus medietatis 
« indivisaB unius peyœ nemoris forestse de Trades. — 
« Pia pro peya, Charta an. 1256. Item fenateriam in 



I 



i 



339 

« piœ nemoris de Merderel incertis et positis. — 
« Piechia eodem sensu. » 

Les divisions d'une pièce de terre en Bresse s'appel- 
lent pies. Elles s'appelaient de même en Lyonnais, et 
le nom de la montée des Epie?> , à Lyon , a cette ori- 
gine. 

PL\LA. F. s. f. Etal, ëtançon ; soutien. 

Vou veut par lous emplois qu'aul' a dins noutra viala, 
Que sio manque un moment, adio la meillou piala. 

(On voit par les emplois qu'il a dans notre ville — Que s'il manque 
un moment, adieu le meilleur soutien.) 

Chapelon, Thèse, p. 225. 

Langued. et provenç. : pialou, pialoun. 
Basse latin. : « Pilla, pillum; Pila , columna; per- 
lica, contus. » Gloss. Ducange. 

PICARLAT. L. s. m. Cotret; morceau de menu bois k 
brûler. 

Il est cité par Molard, 1803. 

Je te ferai pour çà, 
A coup de picarla , 
Dansé la carmagnole. 

Les Canettes, p. 50. 

Le Marchand de picarlats est le titre d'une des plus 
jolies pièces du théâtre Guignol. 

PICARONIO. F. PIQUA ROGNON. L. S. m. Sorte de bâton 
pointu. 

Un bai picayonio. 

Chapelon, Testament, p. 179. 

Avant de preindrc ton bôlon, 
Lui dzit la groussa Margoton, 
Volo ma bogi de farena .... 



340 

faut crachi voure, ou sinon 
T'arracho Ion ^iqua-rognon. 

(Avant de prendre ton bâton, — Lui dit la grosse Margoton , — Je 
veux ma mesure de farine... — Il faut cracher tout de suite, — 
Sinon je t'arrache ton gourdin.) 

RoQuiLLE, La Gorlanc/da, p. 25. 

Le jeu de picaronio est cité pai^ Jac. Chapelon dans 
VEducal. dos effans de Sant Etiève, p. 84, parmi ceux 
auxquels s'ébattaient ses petits compatriotes. 

Quand fio un po plus fort je jouava à la chiora, 
Au jeu de batalanou et de picaronio. 

C'est sans doute le même jeu que celui auquel Rabe- 
lais, liv. I, ch. XXII, dans l'énumération des jeux de 
Gargantua, donne le nom de picqiiarome. 

Suivant Le Duchat , ce serait une sorte de cheval 
fondu dans lequel le cavalier pique pour aller à Rome. 

M. Ch. Nisard, Curios. de l'étymotogie franc., p. 98, 
en fait une description qui paraît beaucoup plus exacte. 
Suivant lui, il se joue avec un bâton que chaque joueur 
plante en terre dans un trou appelé Pot. Chaque joueur 
cherche k renverser le bâton de ses adversaires ; le 
bâton renversé est ensuite jeté au loin. Pendant que 
son propriétaire va le chercher, on enlève le plus qu'on 
peut de la terre du pot de celui-ci , et il est ensuite 
obligé de la porter a une certaine distance. • 

Il résulte dans tous les cas des citations ci-dessus 
que le jeu de picaronio se joue avec un bâton, et cela 
est encore prouvé par un texte que rapporte le Gloss. 
Ducange, v^ pica : ce jeu y est appelé pique rommier. 
« Litt. remiss. 1379. Comme plusieurs enfans s'esba- 
« toient de bastons, un petit pointuz à l'un des bouts, 
« au jeu que aucuns appellent piquerommier. » 



341 
PIDA* F. piDi. L. S. f. Pitié. 

Le gen vous fant pida par toute le charreyre ; 
A lou veyre marchie vous diria qu'ey vaut cheyrc. 

(Les gens vous font pitié dans toutes les rues ; — A les voir marcher 

on dirait qu'ils vont tomber.) 

Chapelon, LaCareyma^ p. 188. 

A tout otrou qu'a se vou orit fat jtida. 

(A tout autre qu'à lui cela aurait fait pitié.) 

Poème sur le 9 thermidor. 

Ys ariant donc jpidi de celos pouros onos 

Que diont lo nom de Dieu par avi des airs cronos. 

(Ils auraient donc pitié de ces pauvres ânes — Qui jurent le nom de 
Dieu pour se donner des airs crânes.) 

Hyrana à la Concorda, p. 26. 

Roman : piclal, pitat, pietat. 
PiDA. F. V. a. Prendre en pitié , plaindre. 

Je dirin ben mon mal, ma lengun ne me pide, 

(. . . . Mais personne ne m3 plaint.) 

Chapelon, La Careyma, p. 189. 

Tous diziant, voué bien fat, et lingun lou piderount. 

(Tous disaient, c'est bien fait, ot personne n'eut pitié d'eux.) 

Poème sur le 9 thermidor. 

PILLIOT, piLioTTÂ. L. et F. S. Petit poulet, petite poule, 
poussin. 

seimble depillios aleintour de lour mère. 

(On dirait des poussins autour de leur mère.) 

RoQuiLLEj La Gorlanchia, p. 21. 

Li coupé la teste comme à un pilliot. 

Les Canettes, p. 152. 

Douna de zieux et de lard , 
Afin que feina ni renard 



342 

Dessus voutre piliotte 
Ne betlant plus le plotle. 

(.Donnez des œufs et du lard, — Atin que fouine ni renard — Dessus 
vos poulettes — Ne mettent plus la griffe.) 

Chapelon, Mi de moi, p. 155. 

PiNGHIE. F. V. a. Lorgner, guigner, guetter. 

Et vou sarrit mourgas tant dos hounetes gens 
De lou venir pinchie et lou rire à le dents. 

(Et ce serait narguer tant d'honnêtes gens — Que de les venir re- 
garder sous le nez, et de rire à leur barbe.) 

Chapelon, Thèse, p. 227. 

Langued. : pinchou; Action de lorgner, d'épier. 

V. APINCHIE. 

PITROGNER. L. V, a. Manier grossièrement, gâter, écraser. 

Il pompe dans le jus des raisins qnWpitrogne. 

Visite à l'exposition, 1860, p. It. 

Pilrogner est cité parMolard, 1803, et par M. Bre- 
ghot du Lut, Mél., t. II, p. 141 , qui le rapporte avec 
raison au même radical que le français Pétrir. 

Pitrassar, langued., a un sens presque identique. 

Roquille a employé pUrogni, s. /., pour Ordure, boue. 

Lorrain l'evrogni 
Qu'a chut mait de dzit vès lo noz deins la pit7^ogni. 

(Lorrain l'ivrogne — Qui est tombe plus de dix fois le nez dans 

l'ordure.) 

Lo Pereyoux, p. 15. 

PLAMUZA. L. S. f. Soufflet, coup. 

Avey ma man goba et ronncuza 

Je ly voulou donna una tella plamuza. 

(Avec ma main difforme et galeuse, — Je veux lui donner un tel 

soufflet.) 

La Bernât da Buyandiri, p. 17. 



343 

On trouve au Gloss. de Roquefort et au Diction, de 
Boiste : flamusc ou blamuse ; Coup, soufflet, tape 
avec la main. 

On disait aussi en anc. français, dans le même sens, 
palmée , dont notre mot n'est sans doute qu'une va- 
riante. 

Basse latin. : a palma, pnlmata, Alapa palmis inflicta, 
« nosins pabiiée. Lit. remiss. an. 1368. Iceliui Jacques 
« donna une palmée audict Michault sans plus faire. » 
Gloss. Ducange. 

PLAN. L. PLON. F. adv. Lentement, doucement, simplement ; 
a voix basse. 

Mé, je voué tôt plan plan faire in tour de varreri. 

(Moi, je vais tout doucement faire un tour dans le quartier des ver- 
reries.) 

RoQuiLLE, La Gorlanchia, p. 32. 

Eiquen se dit tout ploii de po de trop brama. 

(Cela se dit tout bas de peur de trop crier.) 

Chapelon, Entrée sulen., p. 131. 

Langued. et provenç. ; p/o, plan; ana pi mi ; Aller 
doucement; parla plan ; Parler bas. (De Sauvages). 

Vé, faut que plati aco se mène. 

(Vois, il faut que doucement cela se mène.) 

MireiOj eh. iv. 

Roman : plan, pla ; Uniment , simplement , égale- 
ment. 

Basse latin.: nplanè;Leniè, pedetentim; li^lispiano. 
Acta S. Franciscœ : « Et iter facit per stylum ipsius 
Dei , plané incedit , sed citô jungit. » Gloss. Du- 
cange. 



344 

PLOT, PLO. F. et L. s. m. Escabeau ; billot. 

On le trouve dans Cbapelon , Tostam. de Bellemine, 
p. 181, et dans Bemou et Baroueni, p. 9. 
Il est aussi très-usité en Lyonnais. 
Provençal : plot. 

PLATTE, PLATÂ. L. s. f. Bateau k laver. C'est une sorte de 
bateau plat disposé et agencé pour les femmes qui la- 
vent le linge , ou pour le service de certaines indus- 
tries. 

Il est cité par Molard, 1803. 

Ou mitan dou café laisso quela pelata 

Que bavardove autant qu'in avocat de plata. 

(Au milieu du café je laisse ce vaurien — Qui bavardait comme un 
avocat de platte, c'est-à-dire, comme une huandière.) 

RoQUiLLE, La Gorlanc/iia, p. 25. 

Plusieurs textes rapportés par le Gloss. deDucange 
indiquent une espèce de bateau usité a Pise , appelé 
plata, platta. 

PLOTTA. F. s. f. Griffe, patte. 

Ny pie, ni plotta. 

(Ni pied , ni patte.) 

Ballet forésien. 

Douna nous de zieux et de lard 
Afin que feina ni renard 
Dessus voutre piliotte 
Ne bettant plus le plotte. 

(Donnez-nous des œufs et du lard, — Afin que fouine ni renard, — 
Dessus vos petites poules, — Ne mettent plus la griffe.) 

Chapelon, Mi de moi, p. 15t. 

— P. dauphinois. 

Ur eron si gaillard 



345 

Que le plote duz our ne le don du senglar 
Ne lour fasien cijar. 

(Us étaient si gaillards — Que les giiffcs des ours ni les dents de 
sangliers — Ne leur faisaient peur.) 

Lo Batifel de la gisen, p. 32. 

PONTIFICAT, poNTSiFicAT. L. Etre dans son pontificat est 
une locution populaire de nos provinces qui signifie 
Etre dans la plénitude de sa force, de sa santé, de sa 
beauté. On dit d'un vieillard qu'il est encore dans tout 
son pontificat pour exprimer qu'il a toute sa vigueur 
et ses facultés. 

In ours ein bon pontsificat. 

(Un ours vigoureux.) 

RoQuiLLE, La Ménagerie, p. 12. 

Le Dict. provençal d'Honnorat cite « Estre sus soun 
pontificat ; Etre sur son trente-un, en grande toilette. » 

Lou souleu, couronna de flarao , 
A mesuro que mounlo a soun ponleficat 

(A mesure que le soleil couronné de feux — monte à sa plus grande 
hauteur.) Mireio^ ch. vni. 

On le trouve aussi en anc. français. 

Considère, je t'en supplie, 
La belle rose espanouie, 
Lorsqu'elle est avec son éclat 
En son plus grand pontificat. 

Jacques Jacques, d'Embrun. 
L'Amy sans fard. 

Par la charbieu je iray monter 
Par dessus et tenir estatz, 
Droictemcnt en pontificatz , 
Comme l'un des sens de nature. 

Farce des cinq sens. — Anc. théâtre franc., 

t. III, p. 310. 



346 

Ils marchent droit en pontificat . 

Eutrapel, cdit. l';23, t. I. p. 127. 

Croyant que je verrois madame raccoiichée en son pontipcot. 

Caquets de l'accouchée, édit. Jannet, p. 215 

Moult sages honis cstoit (Louis duc d'Anjou) et avisiez en tous 

faiz , prompt en parolle belle et bien ordonnée, hault et pontifical 

en maintien. 

Christine de Pisan. 

POTET. L. pouTET. F. S. m. Petit pot. 

Nous raangimes de pain de radisse , de petits potets de soupe do 

pape qu'était douce comme de mêlasse. 

Les Canettes, p. 149. 

Molard le cite comme spécialement employé a Lyon 
pour désigner un Petit vase où l'on met la nourriture 
des oiseaux. 

Par veyre la fin 

De trcy pontets de vin. 

(Pour voir la fin — De trois petits pots de vin.) 

Chapelon, Chanson, p. 181. 

Vïn n'avan don, porou goytrou, 
Groin de poutet, gro soulatrou. 

(Avance donc, pauvre goitreux, — Groin de. . .) 

Ballet forésien. 

Vou fodrit berc a toun poutet, 
San broussoun ni maneilles. 

(Il faudrait désormais boire au pot — Sans bec ni anses.) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 9. 

Basse latin. : « potelliis , diminut. a Potus... potel, 
pro Mensura vinaria. » Gloss. Ducange. 

POTRINGLER. l. v. a. Médicamenter avec excès. Se po- 
TRiNGUER. V. proii. Uscr avec excès de médicaments, 
s'en administrer sans motifs. 



347 

Il est cité par M. Breghot du Lut, Mél., t. Il, p, 142. 

Provenç.: poutringarso,pou(ingarse; Se droguer, se 
me'dicamenter. — Poutringar, Abreuver, droguer, mal 
arranger. — Poulringa, subsi., Mauvais ragoût, mé- 
lange, médicament. — Pov.lringous; Cacochyme, ma- 
lade. 

Pouiinga, t\, est aussi au Diction, limousin de Be- 
ronie. 

Honuorat donne pour radical a cette série de mots le 
grec 7ri>Tryy: , Bouteille destinée a contenir des médica- 
ments. Je crois qu'il est plus simple et plus conforme 
aux vraisemblances de les rapporter soil au français 
pot^ soit au provençal pontet, — V. ci-dessus potet. 

POULAILLY, poLÂiLLi, POLALY. L. S. 111. Volaillc, poule. 

Le nourray certaina poulailly. 

(Elle nourrit certaine volaille.) 

La Bernarda buyandiH. p. 10. 

Plus conteint qu'in renord que croque ina polailli. 

(Plus content qu'un renard qui croque une poule.) 

RoQciLLE, Lo Deputo manqua, p. 15. 

Oué, puisque la Zobet a colsi la polaly 
De la brovo Lenon. 

^Oui , puisque la Zobct, Isabelle, a lait cuire la volaille — De la 

brave Lenon, Hélène.) 

La Gorlanchia, p. 28. 

Un cent pots flanquo d'ina^o/aj7/i. 

(Une demi-bareille devin, un hectolitre environ , flanquée d'une 

volaille.) 

Hymna à la Concorda, p. 30. 

— P. Dauphinois. 

Nostra filhi et promeisia a cou bravo monsieu. 



348 

Elhc porto déjà la baga de fromaillc. 

Et nos faudra biento seina nostrc polaillc. 

^Notre fille est promise à ce beau monsieur -, — Elle porte déjà la 
bague de fiançailles, — Et il faudra bientôt saigner nos volailles.) 

Pastoi'. de Janin, act. III, se. i. 

Lou gojat vrai canalhe 
Ont nibla toute le polalhe. 
Qu'est causa qu'un œu coust un sou. 

La vieille Lavandière, p. 57. 

— P. maçonnais. 

Le coq e tote le polaille. 

Noëls tnàconnais, p. 55. 

Provenç. : « poulalha ; Nom collectif qui désigne tous 
les oiseaux de basse-cour, la volaille. » Honnorat. 

Basse latin. : poullaUiia; Pulli, volatile pecus. Gloss. 
Ducange. 

Poulaille était usité en anc. français. 

Ho ! ho ! poulailles, faites vous vos nids tant hault. 

Rabelais. 

La Fontaine s'en est encoi^e servi : 

Le rustre en paix chez soi 
Vous fait argent de tout, convertit en raonnoie 
Ses chapons, sa poulaille; il en a même au croc. 

Le Fermier, le Chien et le Renard. Liv. XI, fab. m. 

On ne le trouve plus au Diction, de l'Acad., 1835; 
mais on y trouve : Poulailler^ Abri construit pour les 
poules. — Poulailler^ Celui qui fait métier de vendre de 
la volaille. — Poulailler, Petite messagerie conduite 
par les coquetiers ou marchands d'œufs; cest un pou- 
lailler ; C'est une mauvaise voiture. 

PouLAiLLERiE. L. S. /. Licu OÙ l'ou vcud la volaillc. C'est 



l 



349 

le nom d'une rue de Lyon, dans laquelle les marchands 
de volaille logeaient et tenaient leur marché. 

Visitons la Poulaillerie . 

Lyon en vers burl. 2ejourn.,p. 11. 

Basse latin. : « pouUaleria; Forum uhi poulaUia , 
seu puUi et volatilia venduntur. » Gloss. Ducange. 

Poulailler, l. v. n. — Avoir la chair de poule. 

Ah ! ce soupçon affreux 
Fait poulailler mon corps, bourasser mes cheveux. 

Les Canettes^ p. 32. 

PREJAT. L. s. m. Suivant Cochard, Notice sur Condrieu^ 
p. 104, ce mot signifie Cordonnier dans le langage de 
Condrieu. 

Je n'en ai trouvé aucun exemple, et je n'ai pu m'ex- 
phquer son origine. Il pourrait toutefois se rapporter 
a la Poix dont se servent les cordonnier, mais IV serait 
alors de trop dans le mot. 

PRIN, PRiM, PRIMA. L. el F. «f/j. Miiicc, menu, fin. 

Quand elle sont a tabla, le fan le pnwe bouche, 
Vous le prcndria par de sainte Nitouche. 

(Quand elles sont à table, elles font les fines bouches ; — Vous les 
prendriez pour des Sainte Nitouche.) 

La Bernarda buyandiri, p. 14. 

M. Breghot du Lut , Mél.^ t. 1, p. 301 et suiv. , cite 
plusieurs actes de la municipalité de Lyon, relatifs à la 
boulangerie, où il est parlé de Fine fleur de bon froment 
passée an plus fin et prl\ bariteau. 

Quand l'orely s'endort, que le noz devient prin, 
Vo pouedes dzire alor, Je pencho vait ma fin. 

(Quand l'oreille s'endort, que le nez s'amincit. . .) 

RoQciLLE, La Gorlunc/iia^ p. 33. 



3S0 

Salut, jîrand fUo prin. hommo donl lo savoir 
Don tré quorts et dzimc siirposse lo pouvoir. 

(Salut, grand file menu, grand efflanqué , homme dont le savoir — 
Surpasse le pouvoir aux trois quarts et demi.) 

Id., Lo Pereyoïix, p. 11. 

Si cy prend son fuzet, creide m'en bouna fcy, 
Y Cale un po plus prin que l'epaissou d'un dey. 

(Si elle prend son fuseau, croyez-moi en bonne foi, — Elle ne file 
guère plus menu que l'épaisseur du doigt.) 

Chapelon, Requête, p. 206. 

Un grand jontchi garçoun , chavieux fi isi , le jambes primea , 
mais bien bouna façon. 

LiNOSsiER, Un Boucher au festival, p. 3. 

P. bressan. 

L'e tota prinma su les hincé. 
(Elle est toute mince sur les hanches.) 

Chanson de la Liaudinna. 

Ze si prema do cour, mais u chavon de l'an 
Sarai laman pro fourta per fore de grou pan. 

(Je suis mince de corps, mais au bout de l'an, — Je serai même 

assez forte pour faire le gros pain.) 

Març/ueta, p. 6. 

P. dauphinois. 

mort que j'ai chusi. . . 
Vin seyé de ta dailly 
Lo fi prin de mou jour. 

(0 mort que j'ai choisie, — Viens trancher de ta faux — Le fil léger 

de mes jours.) 

Pastor. de Janin, acte II, se. dern. 

Bella coman lo jour, prima coman cordela. 

(Belle comme le jour, mince comme un cordeau.) 

Lo Banquet de le faye. p. 4. 

Ma qu'y fasson la prima bouehi. 



351 

Com' una vray saincta Nitouchi. 

(Pourvu qu'elles fassent la fine bouche, — Comme. . . .) 

La vieille Lavandière^ p. 61. 

Langued. et provenç.: prin, prhn, prem; Fin, mince. 
— Aprima; Amincir. 

Mireio eme sa man primetu 
Eissugue de soun front li degout aboundous. 

(Mireille de sa main légère — Essuie de son front les gouttes abon- 
dantes.) 

Mireio, ch. x. 

Roman : prhn. 

Catalan : ptim. — Espagnol : primo. 

Il était usité en anc. français. V. Roquefort et le 
Diction, du vieux Langage, de Lacombe. 

Plusieurs étymologistes le font dériver du latin pri- 
mus ou de premere. M. Fauriel, Hist. de la poésie pro- 
venç., t. I, p. 200, lui donne avec plus de motifs une 
origine celtique. Il le classe parmi les mots qu'on re- 
trouve avec le même sens et presque sans variantes 
de son dans le gallois et dans la partie originale et pri- 
mitive du breton. 

PRION. F. adj. et adv. Profond; Profondément. 

Tu chai dins un bourbier ption jusqu'à le z oureille. 

(Tu tombes dans un bourbier profondément jusqu'aux oreilles.) 

Ant. Chapelon, Caracterou de le filles, 

p. 234. 

Roman : prion, prioun, préon, preion. Gorc es loc 
pî^eon dins fleuvi; Gour est lieu profond dans un fleuve. 
(Raynouard). 

Anc. catalan : pregon. — Latin : profundus. 



352 

PROU, PRo, PROT. L. et F. adv. Assez, beaucoup. 

Queson non, eyet prou prescha. 

(Taisons-nous, c'est assez prêché.) 

La Chevauchée de l'âne, 1566. 

Von dites prou, mais vou ne faite ren. 

(Vous dites assez, mais vous ne faites rien.) 

La Bernarda buyatidiri, p. 16. 

Ma fei t'aime pro ben lo jus 
De notron bon pare Bacchus. 

Lyon en vers burlesques, 2^ journ., p. 28. 

On me l'avait prou dit, mais je n'y croyais pas. 

Embell, de Lyon, ip. 12. 

Le bonheur et la paix viendrant prot parla suiti. 

Hymna à la Concorda, p. 25. 

Lo geins d'inqueu n'ant pos lo zio pro troublo. 

(Les gens d'aujourd'hui n'ont pas les yeux assez troubles.) 

RoQuiLLE, Lo Pereyoux, p. 21. 

Seyvy donque, belle Alizon, 
Vou y a prou que nous devison. 

(Viens donc, belle Alizon. — Il y a assez de temps que nous devi- 
sons.) Ballet forésien. 

Vou n'y a prou qu'an mingi lour pen blanc lou parmey. 

(Il y a assez de gens qui ont mangé leur pain blanc le premier.) 

Chapelon, Epît. à M. de St-Priest, p. 116. 

Vais, vou n'y a prou sans tet de sinipious par la villa. 

(Va, il y en a assez sans toi de niais par la ville.) 

Chans. de Phu.ippon. 1853, p. 69. 

— P. bressan ; pro, preu. 

Oncor ne faisant i po preu 
Par apaisi c'ii bon seigneu. 

(Encore ne faisaient-ils pas assez, — Pour apaiser ce bon seigneur.) 

iYûè7« bressans , p. 72. 



353 

Nos iran jiro ansin, mais que vindre te fore ? 
Te ne vay ran. 

(Nous irons bien assez toutes deux; mais que viendras-tu faire? — 
Tu n'y vois rien.) La Bolia aveugla, p. 6. 

— P. bugiste : praii. 

Le renard sara bien habele, 
Si ne m'en laïche prau per avaï on caïon. 

Fables du P. Froment, p, 44. 

— P. dauphinois. 

Lou bourjoi, lou marchan qui pou, qui pro doniron. 

Grenoblo malherou. 

— P, savoyard. 

j'ai endura prow de panna. 

Farsa de Touamiou dou Trou. 

Langued. et provenç. : pron, proun. 
Catalan : prou. — Italien : pro. 
A côté de l'adverbe prou, prcu^ l'anc. français avait 
aussi prou et preu, subst., qui signifiait Profit. 

En l'onor ou Deus l'at mis ne quieret son propre prout, ne l'onor 
del seule, mais ke lo plaisir de Deu et la salveteit des ainzmes. 

Serm. de S. Bernard^ édit. Leroux de Lincy, p. 569. 

Prou^ adv., est resté dans les locutions familières, 
Peu ou prou; ni peu, ni prou ; et il a été conservé, au 
moins pour ces locutions, par le Diction, de l'Acad., 
1835, grâce sans doute a La Fontaine qui a dit : 

L'un jura foi de roi, l'autre foi de hibou, 
Qu'ils ne se goberoient leurs petits peu ni prou. 

L'Aigle et le Hibou, liv. V, fab. 18. 

Je fais observer que presque dans toutes les langues 
le mot qui signifie Assez arrive comme notre prou, par 
une figure de langage, a signifier aussi Beaucoup. Il en 
est ainsi notamment de l'italien assai. 

23 



354 

PUGNATO. L. a. Toucher avec la main, donner une poignet 
de main. 

Oussitout Jean Robaiii dcvolc de son chor, 
Et va tochi la mon a relceleur Guichor : 
A zou piKjnate tôt loz efans et la fena. 

(Aussitôt Jean Robain descend de son char, — Et va toucher la main 
à rélecteur Guichard : - 11 leur distribue à tous des poignées de 
main, aux enfants et à la femme.) 

RoguiLLE, Lo Deputo manquo, p. 14. 

Su neutron chamïn loz anciens camarada... 
Venonl de tous lo los me pugnato la mon. 

Id., La GoiH(mc/na, p. 4. 

PUTAFIN. F. S. /. Mauvaise fin, malheur, catastrophe. 

Et peu tant travaillie vou n'ey que putafin. 

(Et puis tant travailler ce n'est que malheur.) 

Jac. Chapelon, Educ. dos cffans. p. 268. 

Car lou métier de sac à vin 
Mène toujours à putafin. 

Id., Confrilion d'un fénhint, p. 270. 

Mais j'esperou ({u'un jour Dio ly betterat fin, 
Et qu'iquelou pillards farant tous putafin. 

(Mais j'espère qu'un jour Dieu y mettra lin, — Et que ces pillards 

finiront tous mal.) 

Poëme sur le 9 thermidor. 

— P. dauphinois ; petafîn. 

Vostrez amour faron comme mi petafîn. 

Pastor. de Janin, act. III. se. m. 

— P. bourguignon : peute/în. Voy. Gloss. des Noëls de 
la Monnoye, v^ peiile. 

Langued. : pulofi; Dégât, dissipation, corruption. 

L'anc. français disait aussi piitc/l et pulefin — Voy. 
le Trésor des Bec/ierches^ de Jiorel. Il vient de put, adj. 



I 



355 

qui, en roman et en français, signifiait Laid, mauvais, 
méchant. 

De pute rachine, pu^e hierbe. 

Le roman de Cleomadcs, cité par le Gloss. de 

Ducange. 

PUTAFINA. F. PETAFINER, PITAFLNO. L. V. Cl. DétruirC, gâter, 

briser. 

You n'y a po qu'ayant eu comme lu la ponsea 
De tout carravirie, de tout putafîna. 

(Il y en a peu qui aient eu autant que lui la pensée — De tout bou- 
leverser, de tout détruire.) 

Poème sur le 9 thermidor. 

E marpaillount la via , putafinoimt lou pon, 

L'un parce qu'aul' é trop so, l'autrou parce qu'aul' a fou. 

(Ils souillent la viande, et gâtent le pain, — L'un parce qu'il est 
trop soûl, l'autre parce qu'il a faim.) 

Chans. de Philippo.n, 1853, p. 77. 

D'un vrai talent ainsi petafiner le don, 

Au lieu de travailler dans le beau, dans le bon ; 

C'est triste ! 

Emhell. de Lyon, 2^ part., p. 8. 

Que de cris, que de pleurs, que de marchands ruinos ! 
Et per comble de maux de corps pitafinos ! 

RoQuiLLE, Breyou, p, 47. 



9 



QUARQLÀVELA. — V. Carcavela. 

QUARRE, CARRE, CARE, KARE. L. et F. V. a. Chercher, de- 
mander. 

On le trouve e'crit de toutes les manières ci-dessus, 
mais son origine certaine étant le latin quœrere^ quarre 
est la meilleure orthographe. 

Ey criave toujours : Couquin, te vouai-jou carre ? 

(Elle criait toujours : Coquin, faut-il aller te chercher?) 

Jac. Chapelon, Educ. dos effans, p. 264. 

Venez nous quarre, 

Et bctla nous en paradis. 

(Venez-nous chercher — Et mettez-nous en paradis.) 

Chapelon, Chanson, p. 175. 

Fit quarre vait Paris des odrc et de pouvé, 
Par tourmonta de gens que fasiant lour devè. 

(Il fit demander à Paris des ordres et des pouvoirs — Pour tour- 
menter des gens qui faisaient leur devoir.) 

Poëme sur le 9 iherm. 

D'oii sortai ekai, et ki que l'a eta kare ? 

(D'où sort-il celui-là, et qui est-ce qui l'est aile chercher ? 

Remou et Baroueni, p. 6. 

J'ai dévalé care ein mouceau de mouton pour mettre œu found 
dœu tchupin. 

(Je suis descendue chercher un morceau de mouton pour mettre 

au fond de la marmite.) 

LiNOssiER, Moussue Progrès, p. 4. 



8 



357 

Quand ma Zabcaii me viendra carc. 

(Quand mon Isabcau viendra me chercher.) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 29. 

Langued. et provenç. : qiiere, querrer. 

Roman : querer , quérir ^ querre. 

Ane. franc. : querre, quérir. Cette dernière forme a 
été conservée par le Diction, de l'Acad., 1835, comme 
vieillie et usitée seulement dans quelques locutions. 
Elle se retrouve dans les composés Requérir, conqué- 
rir, etc. 

Toutes les langues néolatines ont un dérivé du latin 
quœrere plus ou moins rapproché de notre mot. Querer 
en espagnol et en portugais est d'un emploi très-fréquent 
et a des acceptions fort étendues. Il signifie notamment 
par une alliance d'idées très -naturelle Vouloir, désirer, 
aimer. 

Quérir a eu aussi ce dernier sens en français. On lit 
dans Ylnlernelle Consolation, liv. I, ch. xi: 

Mais ceux qui vrayement quièrent Jesu Christ, c'est-à-dire tant 
seulement pour l'amour de luy et non pas pour quelque profiBt 
singulier ou consolation qui leur en viengne à leur personne singu- 
lière, cculx le quièrent en Iribulacion et en angoisse de cœur aussy 
bien qu'ils feroyent en souveraine douceur ou consolacion, et le 
beneyssent et remercient. 

Le passage correspondant de Vlmitaiion dit : 

Qui autem Jesum propter Jesum et non propter suam propriam 
aliquam consolationem diligunt, ipsum in omni tribulatione et an- 
gustia cordis, sicut in summa consolatione benedicunt. 

QUARRE, Carré.— V. carre. 
QUAVAR. — V. VAR. 



358 



QUESIR , QUIESIR, QUAISER, QUEZIE , QUEYSIE , CAISI. L. et F. 

V. n. Se taire. 

Queson nou, cyet prou prescha. 

(Taisons-nous, c'est assez prêché.) 

La Chevauchée de l'Ane, 1566. 

Souvent y me bâtit, peu me fazit queysie. 

(Souvent elle me battait, puis elle me faisait taire.) 

Jac. Chapelon, Educ. dos effans, p. 264. 

La mer se quaize ben après una tempêta ; 

Après lous jours ovriers, vou vint lous jours de fêta. 

(La mer s'apaise bien après une tempête ; — Après les jours de la- 
beur, viennent les jours de fête.) 

Chapelon, a m. de Saint-Priest, p. 103. 

Inquo se faut queisie pire que des hontoux. 

(Encore faut-il se taire comme des coupables.) 

Id, Orezon funebra. 

Musa, quiesi ton bel, te m'essorlic, j'ai suin. 

(Muse, tais ton bec, tu m'assourdis, j'ai sommeil.) 

RoQuiLLE, Breyou, p* 20. 

Caisi tet, paurou philosophe. 

(Tais-loi, pauvre philosophe.) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 39. 

— P. dauphinois. 

Bramave com' un our par le tare queisie. 

(Elle criait comme un ours pour les faire taire.) 

Lo Banquet de le fayc, p. 17. 

— P. bugiste. ^ 

Quaije-le, betie. 
(Tais-toi, imbécile.) 

Fables du P. Fromem, p. 53. 

— P. bourguignon : cousi. — Le conticucre omnes de 



359 

l'Enéide est ainsi traduit dans le firgille virai: 

Aidon le gran et le peti 
Messire chaicun se cousi. 

Je pense que notre quèsir n'est autre que le lalin 
lacère avec la prononciation mouillée du l : en roman 
et en anc. français laiser, taizer, tazer; en langued. 
et en provenç. : taisar, teissé. 

On peut aussi le dériver du latin quiescere. C'est 
même k ce dernier que je rapporterais l'anc. français 
coiser^ accoiser qui a de l'analogie avec notre mot. 

QUICHON. — V. cucHON. 

QUINO. L. V. n. Crier aigrement. 

Ein avant! mais bon Dzo, lo carosse est lanci, 
Lo pave n'ein flamelc et fat quino l'essi. 

(En avant ! mais, bon Dieu, le carrosse est lancé, — Le pavé en jette 

des flammes et fait crier l'essieu.) 

Hymna à la Concorda, p, 22. 

QuiNORD, QULNARD. L. aclj . Qui cric aigrement. 

Accorda ton violon qu'a de sons trop quinords. 
(Accorde ton violon qui a des sons trop aigres.) 

QuiNCHER. L. V. n. Il a le même sens que quiner. Il est 
cité par Molard, 1803. 

On peut rapprocher de ces mots : 

Le langued. quincar, kinca ; Murmurer, crier, ré- 
sister : Waouzavo pas kinca; Il n'osait pas murmurer; 

Le limousin , quinquina ; Rendre un son, sonner : 
Fa quinquina Vordzen clin lo polso ; faire sonner l'ar- 
gent dans la poche ; 

Et le roman quilar, quillar; Piailler, babiller, mur- 
murer ; — quil, quill ; Gazouillement, piaillement, mur- 
mure. 



360 
QUINSON. L. et F. s. m. Pinson. 

Un merlou, un passerai . una alieuta, un quinson, 
En souriant de se men sayant bien lour liçon. 

(Un merle, un moineau, une alouelle, un pinson, — En sortant de 
ses mains savaient bien leur leçon.) 

Chapelon, Orezon funebra, p. 184. 

Content kem' in quinsojï, bagnessant tout ennui. 

(Coulent comme un pinson, bannissant tout ennui.) 

Savel, Mariage de Jea7i, p. 26. 

Quand ina vè par an vos aris su la trobla, 
De grives, de quinso7\s. de brovo begafîs. 

(Quand une fois par an vous aurez sur votre table — Des grives, 
des pinsons, de bons bec-figues.) 

RoQLiLLE, Les Ganduaises, p. 38. 

— P. dauphinois. 

Iqui lou rossignou, lou linot, lou scnit, 
Lou quinçon, lou tarin vont arraizie lour nit. 

Lo Banquet de le faye. p. 5. 

Langued. et provenç. : quinsoun, clunsoun, kinsou, 
QUOEYVETA, Balayer. —V. couevou. 
QUORE, Coin, foyer. — Y. carre. 
QUOYTIE (se) ; Se presser. ^ Y. coleyti. 



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RABATA. F. V. n. Faire du bruit, se disputer, bavarder. 

J'ai entendu 

De gen que rahatavont 

Comma de pardu. 

(J'ai entendu — Des gens qui faisaient du tapage — Comme des 

damnés.) 

Chapelon, Noël II, p. 77. 

Langued.: rabastcgear, rabaslejha; Ravauder, tra- 
casser, troubler. 

Roman : rabasta ; Querelle. 

Italien : arrabbattare ; Remuer. 

Ane. franc,: rabaler, rabbatcr; Faire dubruil, luti- 
ner. 

Lesquels supplians oyrent rabaler par la maison en telle manière 
qu'il sembloit que la foudre et tempête y feussent. 

Titre de 1482 cité par le Gloss. de Ducange. 

Rabat, en anc. franc., signifiait Lutin, esprit, reve- 
nant. Suivant Ménage, on donnait aussi ce nom au bruit 
qui se fait dans quelques églises, k la fin de l'office des 
Ténèbres, pendant les derniers jours de la semaine 
sainte. 

Le Gloss. de Ducange rapporte rabat aux langues 
Scandinaves, où rabes signifie Démon. On l'a aussi dé* 
rivé du sanscrit ravas, Son, bruit, formé du verbe rav. 



362 

Jaillir, résonner. — V. Curios. de l'étymol. franc., par 
M. Ch. Nisard, p. 275. 

V. TARRÂBAT. 

RACHAT. F. S. m. Oiseau de proie, milan, e'pervier. 

3Ion estoumac fiole counia un radiât. 
(Mon estomac siffle comme un milan.) 

Ant. Chapelon, Bohrun. p. 340. 

RACHI, RocHi. L. et f. s. /, Gale, rogne, teigne des enfants. 

Tu scy tout plein de rachi. 

(Tu es tout...) 

Chapelon, Chaiison, p. 155. 

E les furant couma la rachi. 
(Ils les fuiront comme la gale.) 

Chans. de Philippon, 1842, p. 21. 

Mais toz efans, groussa marochi, 
Ant la plena teta de rochi. 

RoQciLLE. Les Gatiduaises, p. 16. 

Rachou, rochou. l. et f. adj. Galeux, qui a la teigne. 

Au diantre et lou rachoux que sai nous l'amèneront. 

(Qu'il aille au diable avec les galeux qui nous l'amenèrent ici ) 

Chapelox, La Misera, p. 199. 

S'o dzit que moz efants ant la teta rochousa. 
(S'il dit que mes enfants ont la tète teigneuse.) 

Roquille, Les Gaiiduaises, p. 17. 

Langued. et provenç.: rasca, rasco\ Teigne: Rascas, 
rascous; Teigneux. 

Parmi les jeux de la procession de la Fête-Dieu, a Aix, 
dont la tradition attribue l'institution au roi René, il en 
est un qui a pour titre les rascasselos, les Petits radieux, 
et qui rappelle, dit-on, les lépreux de l'Evangile. 

Roman : rasca, raycha; Teigne. — Rascas, Teigneux. 

Ane. italien : raschia. 



363 

Ane. franc.: radie; Gale, teigne, rogne. — Radiais, 
rachat; Gïûeux, teigneux* Ce mot a laissé en français 
rachitisme et rachitique. 

RADÏCE. L. RADjîssi, F. s. f. Brioche. 

Radice est cité par Molard, 1803, et par Cochard dans 
sa Notice sur la commune de Longes et Trêves : Alman. 
de Lyon de 1825. 

Le pain d'amonition semblera de radisse, et le bivaque un lit d'ai- 

gledon ou de bourre de soie. 

Les Canettes, p. 168. 

Le tir à la radice était un des jeux jadis usités dans 
les vogues des environs de Lyon et de St-Etienne. C'est 
à ce divertissement que fait allusion la chanson de Lî- 
nossier, On boucher au grand festival. 

Les aotres veys, quand couriant la radjissi, 
Lous musicions n'eriant jamais d'aco. 

(Autrefois, quand on courait la brioche, — Les musiciens n'élaient 
jamais d'accord.) 

RAFATAILLE. l. refardâly. f. s. f. Réunion de menus ob- 
jets sans valeur. 

Quauque mourciau de courou, de farraly, 
Et ne saut quant de matrua refardâly. 

(Quelques morceaux de cuir, de ferraille — Et je ne sais combien de 

méchantes guenilles.) 

Ant. Chapelon, Inventoirou, p. 247. 

Vouci vrai qu'ol'y a parmé pro d'autra refardali. 
(Il est vrai qu'il y a encore assez d'autres méchantes denrées.) 

Chapelon, La Careyma, p. 188. 

A Lyon, on dit rafataille. 
Langued. et provenç.: rafatalio, rafatalha. 
On trouve aussi rafataille au Dict. des expressions 
vicieuses des Hautes-Alpes. 



364 
RAFET. F. s. m. Râle, enrouement, toux opiniâtre. 

Avouai saiqu'una toux qu'excite lou rafet, 
Que me vat amaigri couma un harein sourct. 

(Avec certaine toux qui me fait râler, — Qui me va faire maigrir 
comme un hareng saur.) Chapelon, La Careyma, p. 189. 

Y Ta prou d'autrou ma, sen troubla son repo ; 
Un rafet de trente ans tourmente pas tant po. 

(Elle a assez d'autres maux, sans troubler encore son repos ; — Une 

toux de trente années ne tourmente pas peu.) 

Chapelon, Requête, p. 206. 

R.\FETA. L. et F. V. n. Râler. 

Ma musa herousamont dans sa peta malici 
Ame miox rafeta, sans machie d'aigalici, 
Que de s'epourmona par dzire a qui qu'au set. 
Un tau, piuatct miox, ou reprond toun bonnet. 

(Ma muse heureusement, dans sa petite malice, — Aime mieux s'en- 
rouer, sans mâcher de la réglisse, — Que de s'époumoner à dire 
à qui que ce soit : — Un tel, peigne-toi mieux, ou reprends ton 
bonnet.) Chans. de Philippo.n, 1853, p. 74. 

Cepeindant Sarsinio vè Petou que rafete. 

(Cependant Sarsinio voit Petou qui râle.) 

RoQuiLLE, Les Ga7iduaises, p. 8. 

Langued.: raufel, raoufel, roufel; Raie des mourants. 
— Raufelegear . raoufeiejhà ; Râler. — Raufelous ^ 
raoufelous ; Quia le râle. 

La raoufelouso toux ; dans les Géorgiques patoises de 
Peyrot, p. 94. 

RAFOULA. F. R.\FFOLLER, ROFFOLo. L. V. u. Radoter, répéter 
les mêmes choses, parler longuement, gi^onder, grom- 
meler. 

Parque tant rafoula. quand vouey prou rafoula ? 

(Pourquoi tant bavarder, quand on a assez bavardé déjà?) 

Chapelon, Thèse, p. 227. 



365 

Baffouler e?>i cité par Molard, 1803, avec cette inter- 
prétation, Gronder, se fâcher. 

Que roffolo vo qui? voz eta ina cancorna. 

(Que grommelez-vous ici ? Vous êtes une radoteuse.) 

RoQuiLLE, Ballon O'essai, p. 30. 

Rafol.\. F. RAFFOLA. L. Balivemes, bavardage, gronderie, 
long discours. 

Direi jou en una paroUa 
Qu'o ère conta una rafolla ? 

(Dirai-je en un mot — Que c'est conter des balivernes?) 

Ballet forésien. 

Chapelon l'emploie dans ces jolis vers où il parle de 
sa vieille mère : 

Ren l'y a manqua, tant que j'ai eu de quet, 
Jusqu'à la mort que l'y a fat son paquet. 
J'era charma d'entendre se rafoles. 

(Rien ne lui a manqué tant que j'ai eu de quoi, — Jusqu^à ce que 
la mort lui ait fait son paquet. — J'étais charmé d'entendre ses 
gronderies.) Cbapelon, Bequêfe, p. 220. 

Si jamais ji devenou ré, 
De po que mon tronou degrole, 
Voué dzins la cava que j'eré 
A me geons counta de raffoles. 

(Si jamais je deviens roi, — De peur que mon trône ne dégringole, 

— C'est dans ma cave que j'irai — A mes sujets conter des 

balivernes.) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 29. 

La via n'e qu'una rafola. 

(La vie n'est qu'une illusion.) 

Id., id., p. 52, 

Pu sesissant brusquameint la parola, 

Lo magistrat commeince una rofolo^ 

Que dzit cent vcs lo mot coalition. 

RoQUiLLE. Lo Pereyoux, p. 22. 



366 

3Iais dzi donc : fais tzii plus de rofoles paluaises? 

(Mais dis donc : ne fais-tu plus de balivernes en patois?) 

Id., La Gorlancliia, p. 3. 

Provenç.: refouleri^ Inconvénient, suites fâcheuses, 
choses incommodes qui gênent, qui pressent. 

S'entreprcniou de ramassar 
Las peços d'aqueou rcfoideri. 

C. Brue-ïs, Jardin deys viusos pi'ouensalos, 

t. II, p. 36. 

Rafolloux, rafoulolsa. F. aclj. Gi^ondeur, radoteur. 

Alla, gros rafouloiuc, avouai voutre grimace. 

Ant. Chapelon, Caracterou de le filles, p. 234. 

Rafoulousa est au Ballet forésien. 
RAMAT. F. s. m. Balai. 

Un ramat. 

Jac. Chapelon, Testament, p. 182. 

Provenç.: ramas ; Bàhi ûe rame'e, de bruyère ou de 
genêt (Honnorat). 

Basse latin. : « rama; Ramorum seu ramalium col- 
lée tio, fascis ; nostris raime et reime. » Gloss. de 
Ducange. 

Ane. franc.: ramon; Assemblage de branches, balai; 
d'où ramoner. — Les Picards s'en servaient encore au 
siècle dernier, suivant l'abbé Tuet, Platinées senonoises, 
p. 63, qui cite ce proverbe : 

Du neuf ramon la femme nettoyé sa maison, et du vieil bat son 
baron. 

RAMPAL. L. s, m. Rameau, buis. 

Il est surtout usité en Lyonnais dans les noms de 
lieux. Il y désigne un sol couvert d'arbustes et principa- 
lement de buis. 



367 

Il existe aussi dans plusieurs de nos villages un ha- 
meau ou un (carrefour appelé la Croix des rampaux. 
C'est le lieu où l'on va en procession bénir les rameaux, 
le dimanche de ce nom. 

Dans l'église des Dominicains de Lyon, sur la tombe 
de Jacques de Bourbon, mort en 1362 a la suite de la 
bataille qu'il avait livrée, près de Briguais, aux bandes 
des Tard-venus, on lisait: 

Cygist Jacques de Bourbon, comte de la Marche, qui mourut à 
Lion de la bataille de Brignès, qui fut l'an mil trois cent soixante- 
deux, le mercredi devant les rampos. 

c'est-a-dire le mercredi avant le dimanche des Rameaux. 

En languedocien et en provençal, 7'ampal, ranipau, 
rampauy a le sens général de Rameau, arbuste, laurier. 
^co vai coumo rampan a bacon; Cela va comme le lau- 
rier a un jambon. (De Sauvages) 

Il en est de même en patois dauphinois. V. Champol- 
lion-Figeac, et /a Fieuienanci du courtizan, p. 21. 

En anc. français on trouve aussi rampas et rampos 
pour désigner Pâques fleuries ou le dimanche des Ra- 
meaux. — V. Roquefort et le Gloss. de Ducange, v"" ra- 
mus, 

RAMPELLO. L. V. a. eln. Refuser, grogner, résister. 

Je ne vos ai jamais rampello quand vo m'aides commando quoque 
rin. 

(Je n'ai jamais murmuré contre vous quand vous m'avez commandé 
quelque chose.) 

Parab. de l'Enfnnt prodigue en patois de Condrieu. 

par CocHARD. 

Langued. etprovenç.: rampela^rampelar ; Rappeler, 
et par extension. Gronder, murmurer. 

Il a beaucoup d'analogie avec Tanc. franc, ramponner, 



368 
rmnpodner , ramprosner ; en proveriç. rampougnar. 

Fcncnna iço li turna a repruce, et acoustumécment l'en atar- 
joul, e amcrement rampodnout. 

Les IV Livres des Rois^ liv. I, ch. i. 

RAPAI, RAPAY, RAPio. F. S. m. AppGau, instrument pour appe- 
ler les oiseaux. 

Un rapay de cally. 

(Un appeau de caille.) 

C'JAPELON, Testament, p. 179. 

Un rapay d'ourtoulan fat d'un creu de circisi. 

(Un appeau d'ortolan fait d'un noyau de cerise.) 

Id., id., id. 

Pran garda d'être izio ; 
Que quela biota seie in amorce, in rapio ; 
Sou filé son tendzu, t'essc dans son cordage, 
Fai vite un pa de mai, te serai dans sa cage. 

(Prends garde d'être oiseau ; — Prend? garde que cette beauté soit 
une amorce, un appeau ; — Ses filets sont tendus, tu es dans son 
cordage ; — Fais vite un pas de plus, tu seras dans sa cage.) 

Savel, Mariage de Jean, p. 27. 

Langued. : rapellairc, — Provenç.: rampeou. 
Ane. franc. :ra/^e«i*.V. Roquefort et le Gloss. Ducange, 
v" rapellalio^ rapellum. 

RATAVOLAGI, rate volage, l. et f. s. f. Chauve-souris. 
Rate volage est cité par Molard, 1803. 

Lorrain plus fin qu'ina rata volagi, 

RoQuiLLE, Lo Pereyoux, p. 19. 

In de sous amis aït in proucès que l'aït fat veni set couma ina rata 
voulayi. 

(Un de ses amis avait un procès qui l'avait fait devenir sec comme 

une chauve-souris.) 

Piéfacc dcsClians. de Boyron, p. 8. 



369 

Ratapenne. On dit aussi dans notre province rata- 
penne, c'est -a-dire Rat qui a des ailes, pennœ. 

— P. dauphinois. 

J'en cognusso una douzena 

Qu'ont lez aie de ratapena... 

U volont voila su l'eicuma, 

Mais lour z aie n'ont point de pluma. 

La vieille Lavandière, p. 67. 

Langued. etprovenç.: ralopenado, ralapenada. 

Roman : t^atapennada. 

Catalan : rata pinyada. 

Ane. franc.: ratepenade, i^atepennade , 

Fouines, ratepenadei, museraignes. 

Rabelais, liv. III, oh. 12. 

RECOTO. L. V. a. Retirer, cacher, mettre a l'abri. 

Chacun s'est recoto dedins so domicilo. 

(Chacun s'est retiré dans son domicile.) 

RoQuiLLE, Breyou, p. 71 . 

Recoto dens un coin los ys tout cffaros. 

(Retiré dans un coin, les yeux tout effarés.) 

Hymna à la Concorda, p. 27. 

Limousin. : recota; Conserver avec soin, choyer. — 
fiecotalias ; Restes d'un repas que l'on conserve, 
que l'on met de côté. 

Langued. et provenc. : recata, recatar , recaioniar ; 
Ramasser, soigner, enfermer. — Recatous, Soigneux.— 
Recatalhas, Restes d'un repas. 

On peut aussi le rapprocher de rescos, rescot, qui, 
en langued. et en provenç., signifie Cache, retire. 
Catalan et espagnol : recatar; Ramasser, soigner. 
Ane. franc. : receler, recoller; Cacher, receler; — 

24 



370 

recoy, reçoit; Retraite, cacliette, secret. — En recoy; 
en cacliette. 

REGLANA, l. et f. v. a. Glaner, grappiller, marauder. 

Prcyant et requérant messieurs lous officie 
De ne ren rc(jlana sur ce qu'au pot leissie. 

(Priant et requérant messieurs les officiers, — De ne rien grappiller 
sur ce qu'il peut laisser.) Chapelon, Teslam., p. 180. 

La compagni do boussu Jean Michie 
Yqueta not dcvount pas se couchie ; 
Y devount alla reglana vai Janou, 
Ou marauda, a dire entre nous, 
Chossi, lestou couma de vrais minous. 

(La compagnie du bossu Jean Michel — Cette nuit ne doit pas se 
coucher ; — Ils doivent aller grappiller en Janon, — Ou marau- 
der, pour le dire entre nous, — Chausses et lestes comme de 
vrais chats.) Chans. de Boyron, p. 13. 

Lou poïî qu3 s'affanne 
N'a jamais de grougniou ; 
L'ovrie que lou reglanne 
Lou mise avouai l'i^nou. 

( Le pain qui se gagne — N'a jamais de morceaux trop durs : — 
L'ouvrier qui le glane — Le mange avec un oignon ) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 23. 

Y n'ariant cosi ren ou fond de liou tsireta, 
Qu'i la reglancriant jusqu'à son darré sou. 

(Us n'auraient quasi rien au fond do leur tiroir, — Qu'ils y glane- 
raient jusqu'au dernier sou.) RoQuiLLE, Dbcours, p. 8. 

Langued. et provenç. : reglana. 
Regliano. l. s. m. Grappilleur. 

Souva ta, lydzojo, regliano àc peloces, 
Vais te faire nomrao gênerai de le roces. 

(Sauve-loi, lui dis-je, grappilleur de ;jf/o«sps, — Va te faire nommer 
génc'-ral des rosses.) Roquille, Ureyou, p. 71. 



371 



REGLO. L. V. a. Régler, avec le sens de Corriger, mettre a 
la règle. 

Dans une pièce du Ballon d'essai, de Roqnille, p. 30, 
une mère dit a sa fille : 

faut changi de via, aulramint, Jonnelon, 

Je m'in voué te i^eglo à grands coups de bolon. 

(Il faut changer de vie ; autrement, Jcanneton, — Je vais te mettre 
au pas à grands coups de bâton.) 

— P. bugiste. 

Va reglia ri a femella 
Rebella. 

(Va corriger cette femme — Rebelle. 

Fables du P. Froment, p. 24. 

Ce sens de Régler a été donné dans le moyen âge 
au latin regulare : 

Et quia erat malhematieus, ab omn'i altaris ministerio deposilus, 
in potestate abbatis est ad regulandum et coirigcndiim datus. — 
Synodus Beneventana, au Gloss. Ducange. 

REGRET (Faire), l. et f. Expression qui s'emploie dans le 
sens de Faire éprouver du chagrin ; inspirer de la pitié ; 
inspirer du dégoût, de la répugnance. 

Son pore l'appercevit e li fit regret. 

(Son père l'aperçut et en fut touché de compassion.) 

CocHARD, Parab. de l'Enfant prodigue en patois de 

Condricu. 

Cette expression est citée par M. Breghot du Lut, 
Mél., t. I, p. 274, et par Molard, 1803; mais ils n'en 
indiquent pas toute l'extension. 

Ça fait regret de voir jusqu'à de simples gones, 
Le brùle-gueule aux dents, comme de grands personnes. 

Embell. de Lyon, 2«^ pari., p. 19. 



On ne voit plus de gens qui vivent de maraude ; 
Ces gens-là font regret ; de cœur je les haïs. 

4^ lettre à ntnn cousin Greppo. 

me fît tant regre qu'invar de l'autro lo, 
J'abozio su lo coup. 

(Cela me causa un tel dégoût qu'à la renverse de l'autre côté. — 
Je tombai sur le coup.] Roquille, Ballon d'essai, p. T. 

Y font regre de verc, elzeucoue, paore et maigre. 

(Ils font pitié à voir, étiques, pauvres et maigres .) 

Savel, Mar. de Jean, p. 4. 
Au s'ey betat 
Dins un pitouyable état. . . 
Que fary grand regrel , 
Lousit bien a l'etrct. 
Transi de fen et de fret. 

(Il s'est mis dans un pitoyable état — Qui ferait grande compas- 
sion, — Logé bien à l'étroit. — Transi do faim et de froid.' 

Chapelos, Noël IX, p. 99. 

Je signale encore Texpression /^ ivre de regret, Vwve 
de privations, de souffrance^ dans les Chans. de Philip- 
pon, 1853, p. 9. 

Te fodri viore de regret 
Et faire penitonci. 

REGROLOU, REGORLOL ; regrolairo. l. s. m. Savetier, rac- 
commodeur de vieux souliers. 

Cochard, Notice surCondineu, p. 104, cite regrolou 
comme particulier au patois de cette ville. Mais il est 
usité dans tout le Lyonnais où grole désigne un vieux 
soulier, une savate. V. groula. 

E no varrons si de telles pelâtes 
M'appellarant regrolou de savates. 

(Et nous verrons si de tels déguenillés — M'appelleront racommo- 
deur de vieux souliers.) Roquiue. Lo Percyoïur. p. 8. 



i 

1 



373 

Champenois se dcguise cin vio paramolairo, 
Normand ein colporteur, Clermont cin regrolairo. 

(Champenois se déguise en vieil aiguiseur, — Normand en. . . .) 

Id., p. 14. 

Regroler. l. V. n. Raccommoder de vieux souliers; faire 
le métier de regroleur. 

J'aimerais beaucoup mieux être un bon savetier, 
Regroler tout le jour, sans me fouler la rate, 
El pouvoir dépenser l'argent d'une savate. 

RoQuiLLE, La Gorlanchia, p. 10. 

REMISSILLl. L. et f. v. a. Rider, froncer, plisser, tordre; 
donner le frisson. 

Oh ! Gobelain, que te vais marronne ! 
Oh ! que te vais remissîlli lo no ! 

(. . . .Oh ! que tu vas tordre le nez ! ) 

RoQuiLLE, Lo Pei'eyoux, p. 6. 

Peccata, dou public illustro mandatairo, . . . 

Voyant que son confrore eprove in tel affront, 

Se crueze lo douz bras, remissille lo front. 

Id., La Ménagerie, p. 18. 

Ton gruin remissilli. 

Id., Ballon d'essai, p. 14. 

Ne vous parlerai pos de le poumes renetes ; 
A piau remissilia, que sont tant si pou bletes. 

(Je ne vous parlerai pas des pommes de reinette — A la peau ridée, 
qui sont un peu trop mûres.) Id., Les Ganduaises, p. 32. 

Vou me fazit tout remissilie. 

(Cela me donnait le frisson.) 

LiNossiER, U7i Boucher au grand festival, p. 5. 

RENA, RENo. L. et f. v. n. Gronder, grogner, se plaindre. 

Lengun ne rené plus, n'avons banni le larme. 

(Personne ne gronde plus, nous avons banni les larmes.) 

Chapelon, Entrée solenn., p. 121. 



374 

Et l'ours ein même tsoms rené ein levant la pâte. 

(Et l'ours en même temps grogne en levant la patte.) 

RoQuiLLE, La Ménagerie^ p. 21 

— P. dauphinois. 

Comare, vo scavez que Dieu noz a donna 
Una filli que fat ce qu'on vou, sen rena. 

Pasto7\ de Janin^ acte III, se, u. 

Langued. et provenç. : rena, renar. 
Roman : rainm\ rcnar ; de raina, Dispute. 
Espagnol : renir^ Gronder, quereller. 

Renou. l. et F. adj. Grondeur, disgracieux, bourru. 

Lou maucoussien, lou simplarat 
N'en devenon tou affarat. . . . 
De vie renou et decourat, 
Joynou, juyou et recourat. 

(Les méchants, les niais — Deviennent, far l'amour, tout alè- 

grcs ; — De vieux grondeuis et sans courage, en deviennent 

jeunes, joyeux et vaillants.) 

Ballet forcsien. 

Y m'an dzit que cou renou 
Zu ayé v^u de bouna groci. 

(Ils m'ont dit que ce vilain sire — Avait vu cela de bonne grâce.) 

RoQiîiLLE, La Gorlanchia, p. 19. 

— P. dauphinois. 

Et pui ne faudriet pas que mon renou de parc 
Me commandisse ren. 

(Et puis il ne faudrait pas que mon grondeur de père — Me com- 
mandât rien.) 

Pastor. de Janin, act. I, se. i. 

Provençal : 

Eme soun er un pau renosi. 

(Avec son air un peu bourru.) 

Mireio, ch. i. 



375 

Reno. l. s. f. Grognement. 

Dans La Ménagerie , p. 12 , Roquille dit d'un ours 
qui va expirer : 

Tandzo qu'in magistrat d'in ar tôt constarno 
Allove reculy sa darreri reno. 

(Tandis qu'un magistrat d'un air tout consterné — Allait recueillir 
son dernier grognement.) 

RETRAIRE. l. et f. v. a. Retirer. 

C'est un composé de traire. V. ce mot. 

Employé au sens intransitif, relraire de signifie Res- 
sembler a quelqu'un de qui on descend, tenir de sa race 
une inclination. 

Mon pare que retrat de mon rei pare grand. 

(Mon père qui ressemble à mon arrière grand-père.) 
Magaupe que retrat de sa reina grand mare. 

(Ma gaupe qui ressemble à son arrière grand'mère.) 

Jac. Chapelon, Educ. dos effans, p. 268. 

Retraire avait aussi ce sens en anç. franc. V. le Gloss, 
Ducange, partie française. 
Retrat. f. partie, de retrâire, employé adj., a le sens de 
Difforme, estropié, malotru. 

Vou ne veyri que de retrats 
Que vous restarant sus lous bras. 

(Vous ne verrez que des malotrus, — Qui vous resteront sur les 
bras.) Chapelon, Chanson, p. 163. 

Maigrou, reiras, dzins Ho galera, 
On traînant lio faix de misera, 
Que de malheroux onviyount 
L'aviore et lou sort dos cayouns. 

^Maigres, contrefaits, dans leur galère, — En traînant leur faix de 
misère, — Que de malheureux envient — L'avoir et le sort des 
porcs.) Chans. de Philippon, 1853, p. 37. 



376 

REVIOUKE. L. s. m. Le regain des prés, le refoin. 

Il est cité par Cochard dans sa Notice sur Condrieu, 
p. 104. 

On dit en patois du Dauphiné remure, 

Langued. et provenç.: revioure, revieure, 

Coume un ruscle subit su*n i-evieiu^e maien. 

(Comme une ondée subite sur un regain de mai.) 

Mircio, eh. i 

Il vient du \erbe revioure, Revivre, parce qu'il dési- 
gne une seconde pousse de l'herbe. — V. au Lexique ro- 
man de Raynouard, reviure, Ressusciter. 

Le Gloss. de Ducange indique diverses formes de ce 
mot dans les dialectes de langue d'oc et de langue d'oil: 
« Reviore, vox arvernica; Fenum autumnale, vulgô Re- 
« gain.... Litt. rem. ann. l/tOS. Leurs prez qui estoient 
« en foins de regain que on dit reviore et pasturages, 
« selon le langage du pays (d'Auvergne). . . . Revivre dans 
« la coutume du Nivernais; revière dans d'autres cou- 
« tûmes; revoin en basse Normandie. » 

Jacques Jacques, d'Embrun, a employé revivre dans 
son français : 

Je sais que vous employcriés 
Comme on dit et foin et revivre. 

Le démon travesty, p. 146. 

et on le trouve dans le Gloss. de Roquefort. 

REVIRl, Retourner. —V. vfrœ. 

REVONDRE. l. et f. v. a. Couvrir, enterrer, rouler dans 
quelque chose. 

Vou n'é que chaichic de voyie, 



377 

E se revondre din la bcna 
De calamitat cl de pena. 

^Cc n'est que chercher des soucis — Et s'ensevelir dans la cuve — 

De calamité et de peine.) 

Ballet foré sien. 

Invar lot de son long revondzu de patroUi. 
(A la renverse tout de son long renversé dans l'ordure.) 

RoQuiLLE, Ballon d'essai^ p. 7. 

Vo sedc sins blago qo vet due brove gin, 
Quoiqui ne seyant po revondzu din l'argin. 

(Vous savez, sans mentir, que ce sont de braves gens, — Quoiqu'ils 

ne soient pas roulés dans l'argent.) 

Id., p. 25. 

Lo pouro moribond dzisic d'un ton pidoux: 
Deins lo mémo partsu. revondez no tous doux. 

(Le pauvre moribond disait d'un ton piteux : — Dans le même trou 

enterrez-nous tous deux.) 

Id., La Ménagerie, p. 12. 

Voure voué vo parlo d'in brovo citoyen 
Revondzu de tolents. 

(Maintenant je vais vous parler d'un brave citoyen — Couvert de 

talents.) 

Id., Poésies, p. 10. 

C'est une variante du roman revolvre, dérivé du latin 
revolvere. V, le Lexique de Raynouard. 

REY. REi. m. REiNÂ. f. F. adj. employé adv. Arrière. Il n'est 
usité que dans les mots composés suivants : 7'ei pare 
grand , Arriève grand-père; reina grand mare ^ Arrière 
grand' mère. 

C'est une contraction du roman reh-e, reyre^ Arrière, 
dérivé du latin rétro. 

Mon pare que retrat de mon rei pare grand. 
(Mon père qui ressemble à mon arrière grand-père.) 



378 

Magaupa que relrat de sa 7'eina grand mare. 

fMa gaupe qui tient de son arrière grand'mère.) 

Jac. Chapelo:*, Educ. dos effans, p. 268. 

Je gageou que dempeu milla ans 
Tous noutrons reys de pare grands 
N'ont rai veu de semblabla piera. 

(Je gage que depuis mille ans — Tous nos arrière-grands-pères — 
N'ont point vu de pierre semblable.) 

Chapelon, Requête, p. 216. 

Limousin : m belet ; Bisaïeul, arrière-grand-père; rei 
petit fd; Arrière-petit-fils. 

Langued. et provenç.: reire grand, reiravis ; Bisaïeul. 

RIO. F. s. m. Ruisseau. 

Le gens sai sont plus durs qu'eiquelou gro caillo 
Que servont en marchant par sota quauque rio. 

(Les gens ici sont plus durs que ces grosses pierres — Qui servent 
on marchant à sauter quelque ruisseau.) 

Chapelon, La Misera, p. 200. 

Ce dérivé du latin rivus se trouve sous des formes 
peu différentes dans toutes les langues et les dialectes 
néo-latins. 

Langued. et provenç.: riou, rmu, Wa/, rlos , riu , 
rec, ris. 

Roman : riu. 

Catalan : riu. — Espagnol et portugais : rio. — Italien : 
rio^ rivo. 

Ruisseau, missel est un diminutif de l'anc. franc, rieu, 
ru, ruy. 

Le rit de la fonteinne couroit parmi le courtil. 

JOINVILLE. 

V. aussi le Gloss de Ducange, v" riule. 



379 
RIQUA. F. RiQLo. L. V. a. Heurter, frapper, batire. 

Un chavouai la riquel et vou la fit tomba. 
(Un cheval la heurta et la fit tomber.) 

Chapelon, Requête, p. 205. 

Séries tu bein conteint que 7iqua le murailli? 

(Serais-tu bien content que je batte les murailles?) 

RoQL'iLLE, Ln Gorhmchia, p. 13. 

Enfin a tous lo jué vo qu'aides loz atouts, 
Que jin ne pont riquo, vo que lo riquo tous. 

(Enfin à tous les jeux vous qui avez les atouts, — Vous que per- 
sonne ne peut battre et qui les battez tous.) 

Id., Discours, p. 9. 

A se rique le pi, s'étend teut de son Ion. 

(Il se heurte le pied, s'étend tout de son long.) 

Savel, Mariuge de Jean, p. 51. 

ROGEARON, rojaron. f. s. m. Rougerci, Espèce de petit 
fromage. 

Lou gro Sant-Juan par dressier son epeya 
M'a approumé dou rogearons de feya. 

(Le gros Saint-Jean, pour redresser son cpée, — M'a promis deux 
rougerets de brebis.) Ant. Chapelon, Invent., p. 247. 

De leur blanche liqueur sa dan teute saison 
Ne faire de bon bure et de bon rojaron. 

(De leur blanche liqueur elle sait dans toute saison — Faire de bon 

beurre et de bons rougerets.) 

Savel, Mariage de Jean, p. 19. 

RUMA. F. V. a. Brûler, rôtir, rissoler. 

Qua tu nou vau qu'a virie Tatou 
Et en un carou de cuffîn 
Garda de ruma lou tupin. 
(Car tu n'es bon qu'à tourner la broche — Et dans un coin du foyer. 
— A veiller à ce que le pot ne hrûle pas.) 

Ballet forésien. 



380 

Langued.: ruma, rima, riimaga. 
Provenç.: rimar^ rumayar. 
Roman : rimar; Rissoler, gercer. 
Ane. franc.: rimer. 



li 



SABOULÏAT, sABouiLLA, sabouollie. F. s. m. Ornière, trou 
rempli de boue^ de fange. 

Vouey ey plein de sabouliats onte un porou chavouay 
Se fichari dedins finamcnt jusqu'au couay. 

(Ce lieu est plein de trous fangeux dans lesquels un pauvre cheval 
— Se jetterait finement jusqu'au cou.) 

Chapelon, Requête, p. 204. 

Et si lou sahouilla onte moun moundou me sauçarit n'i fazit 
rien, ma figua zo lessarin ala. 

(Et si le trou où mes amis me tremperaient n'y faisait rien , ma 

foi je m'en soucierais peu.) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 63. 

A se rique le pi, s'étend tout de son Ion, 

Par malheur dins la blaoge, onte ou guia de sabouollie, 

Et do pi jusc'au front lo futur s'embarbouoUie. 

(Il se heurte le pied, s'étend tout de son long, — Par malheur dans 
la boue, où il y a des ornières, — Et depuis le pied jusqu'au front 
le futur s'embarbouille.) Savel, Mar. de Jean, p. 51. 

Saboula. F. V. a. Sabouler, rouler dans l'ot^dure. 

Le Diction, de l'Acad., 1835, a retenu sabouler, au 
sens matériel de Tourmenter, houspiller, et au sens 
figuré de Réprimander, tancer. Son sens primitif et 
étymologique est celui que nous venons d'indiquer. 

Faut ou. . . . 

Alla se saboula dans un bia de crapula ? 

(Faut-il. . . . aller se rouler daus un ruisseau de crapule ?) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 76. 



382 
Sabollée. l. s. f. 

M. Breghol du Lut , 3îêla)iges, t. Il, p. 143, a retenu 
ce mot auquel il donne avec raison le sens de Correc- 
tion, réprimande, mais dont le sens primitif se rapporte 
h l'action de Jeter ou de rouler quelqu'un dans la boue, 
dans l'ordure, de le battre, de le maltraiter, etc. 

L'origine de sabouliat, et de ses dérivés, paraît être 
le latin sabulo, sabuUivi', Sable, gravier. 

SACREYE, SACRÂYi. l. et f. v. n. Jurer, blasphémer. 

U prometton u petit 

De ne jamais plus sacrayi. 

(Ils promettent à l'enfant Jésus — De ne jamais plus jurer.) 

Noël lyonnois de 1740. 

On n'einleind de partot que plaindre ou sacreyi. 

RoQuiLLE, La Mc7iage)ie, p. 13. 

Chanta milla chansons, plenc de vilenie, 
Et ne parla de Dio que par Ion sacreye. 

(Chanter mille chansons pleines de vilenies, — Et ne parler de Dieu 
que pour le blasphémer.) Chapelon. La Misera, p. 194. 

Langued. et provenç. : sacrejha, sacrcgenr. — De 
Sauvages le traduit ainsi : « Ne parler que par Sacre, 
comme les soldats et les charretiers qui sacrent tout 
indifféremment, et pour lesquels cependant il n'y a rien 
de sacré. » 

Sacrer est au Diction, de l'Acad., 1835, comme fa- 
miUer. 

SAïQU'UN, SEQu'uN. F. sEQuiNo. L. ttdj. Quclquc, certahi. 

Quand tout a cot saiquuna giossa troula 
Dizit : Mcynat, fondra pnssa la groula. 

^Quand tout à coup certaine grosse citrouille — Dit : Enfants, il 

faudra passer \:\ savale.) 

Ant. Chapelon, Bobvuti, p. 241. 



383 

Yr an prey saiquun train que touta la Sorbouna 
Ne detournari pas. 

(Ils ont pris certain train que toute lu Sorbonnc — Ne dérangerait 

pas.) 

Chapelon, LaMuera^ p. 192. 

Vou se y a sequ'unou couquins 
Que sount pis que lou Sarrasins. 

(Il y a ici quelques coquins ■ — Qui sont pis que les Sarrasins.) 
* Chans. de Boyron, p. 25. 

Depu scaulno z ans , par in ordre sauvajo, 
Lo peplo de Lyon n'in pot plus faire usajo. 

(Depuis quelques années, par un ordre sauvage, — Le peuple de 

Lyon n'en peut plus faire usage.) 

RoQL'iLLE, Breyou, p. 14. 

Le bruit corrie déjà dcins seqidno villajo 
Que noutro deputos déviant pleyi bagajo. 

(Le bruit courait déjà dans quelques villages — Que nos députés 

devaient plier bagage.) 

Id., Lo Deputo manqua, ]). 7. 

On pourrait croire que ce mot tout a fait particulier 
à nos patois est une forme altérée de l'adjectif indéfini 
chacun. Mais il me paraît plus exact de n'y voir qu'une 
abréviation de ne sai quun; Je ne sais lequel. Cette 
origine se rapproche plus du sens actuel de saiquhm, 
sequino.ei la négation se montre encore dans plusieurs 
exemples. 

J'ai un ne saiqu'en ma fontana. 

(J'ai un je ne sais quoi dans mon estomac.) 

Chapelon , Chanson, \^. 160. 

Sau pas qu'una foulit 
Lou mondou ait. 

(Je ne sais pas quelle folie — Le monde avait.) 

Id., Chanson, p. 154. 



384 

Peu qu'aujourd'heu la fanlezi m*a prey 
Do dire une sai quel que vous rendra surprey. 

(Puisque aujourd'hui la fantaisie m'a pris — De dire je ne sais quoi 
qui vous surprendra.) Id., Requête, p. 211. 

N'en vio que pourtaïant ne sai qu'une baneyre, 
Ount' ol' y ait d'écrits, n'ey pas ron de prieyre. 

(J'en vis qui portaient je ne sais quelles bannières. — Où il y avait 
quelque chose d*écrit, et ce n'étaient pas des prières.) 

Pohne sur le 9 thermidor . 
JS'e sai quun grand 
Quevai, que vin, que range 
Tretous lou rangs. 

(Un certain grand — Qui va, qui vient, qui arrange — Tous les rangs.) 
Chans. sur la garde nation, en patois de Montbrison. 

On trouve aussi en dauphinois non scti quint. 

Non sai quiyite gen at beta leur istoiri, 
En de bêle chanson. 

(Je ne sais combien de peuples ont mis leur histoire — En de belles 
chansons.) Lo Batifel de lagisen. p. 51. 

Le provençal a quenounsai , mot d'une formation 
tout a fait analogue a ne sai quun, et qui signifie, Je 
ne sais quel, Je ne sais quoi, Je ne sais combien. 

SAMPELLI. L. et f. v. a. Houspiller, traîner, mettre en 
guenilles. 

Vou m'eyt evi déjà qu'un lutin te sampeille. 

''Il me semble déjà qu'un lutin te houspille.) 

Ant. Chapelon, Caraclerou de le filles, p. 234. 

Après nous avey sejnpelit, 
Et nous avey tons depoulit, 
Couma de porou miserablou. 

(Après nous avoir tiraillés en tous sens — Et nous avoir tous dé- 
pouillés — Comme de pauvres misérables.) 

CiiAPELON. ïloqnt'le, p. 215. 



385 

^ Jamais Jean n'aït veut ina tabla pareille ; 

Déjà kerain gouelar tzère, avali et sempeille. 

(Jamais Jean n'avait vu une table pareille; — Déjà comme un glou- 
ton il tire, avale et déchire.) 

Savel, Mar. de Jean, p. 14. 

Quand queles due margots m'uront pro sempely. 

(Quand ces deux margots m'eurent assez houspillé.) 

RoQUiLLE, Les Ganduaises, p. 17. 

— P. dauphinois. 

Tous louz izeyu en lour ramageo, 
De dou à dou et bec à bec, 
S'accordon micu que lou rebec, 
En se sempillaii lo plumageo. 

Pastor. de Ja7iin, prologue. 

Provenç. : sampalhar , sambilhar , escampilhar ; 
Disperser, éparpiller. 

Sampille. l. s. m. Porteur de guenilles, vagabond, vau- 
rien. 

Y a-t-il du bon sens de se mettre en guenilles, 
Et de se tarauder comme de vrais sempilles ? 

Visite à V Expos., 1860, p. 11. 

Sempeillari F. S. f. Guenilles, 'out objet sans valeur. 

Onqu'un fœut couodre les chareyres 
Paraciietla de sampeillari. 

(Aujourd'hui il faut courir toutes les rues — Pour acheter des co- 
chonneries.) LiNOssiER, Moussue P7'ogrès, p. 4. 

SAN DEVANT DERRIÈRE, l. Expression adverbiale dont 
le sens est De travers, en désordre. 

Craindre ne faut a faire frès, 
Pour punir un si grand meffaict, 
Autrement le monde est deffaict, 
Et yra san devant derrière. 

La Chevauchée de /'à>ie, 1566. 

25 



386 

L'orlhogrpphe primitive el la seule rationnelle de 
cette locution est c'en devant derrière, c'est-a-dii^e Ce 
qui est devant ira derrière, et réciproquement. 

C'est ainsi qu'on écrivait encore au XVIF siècle ei 
même au XVUI' la locution analogue que l'Académie 
écrit aujourd'hui sens dessus dessous. 

Tout va c'en dessus dcssoubz. 

Comédie de Larivey. La Constance, acte I, se. i. 

Et mon pouvoir cogneu dans tous les coins du monde 
Met cen dessus dessous le ciel, la terre et l'onde. 

Poésies de Piacan, édit. Couslelier. 1724. t. Il, p. 62. 

L'orthographe sens dessus dessous n"a aucune expli- 
cation raisonnable ; celle qu'en donne Molard est a peu 
près inintelligible, tandis que l'orthographe des anciens 
auteurs ofïre un sens et trouve de nombreuses analogies 
dans l'ancien langage, On disait en efïet avec la même 
signification ce que dessus dessous. 

Que Pari? soit renversé ce que dessus dessous. 

Coméd. de Larivey. La Vefve, acio ÏII, se. iv. 

et ce dessoubz dessus : 

Je mangerai et blé et grange. 
Et les raisins tous en vcijus, 
Tout voyre ce dessoubz dessus. 

Farce de folle bobance. Ane. Théât. franc., 

t. II, p. 272. 

Le Diction, histor. de la langue franc., p. 111, a une 
citation qui prouve également l'exactitude de l'ancienne 
orthographe. 

Dame Fortune tourne chen desous deseure plus tost que moelins 

à vent. 

Li ilireoirs dou monde. 

V. plus loin SKN Mi>'o. 



387 
SANDOU, SAMDo. L. et f. s. m. Samedi. 

Je lessarin passa careima, qualrou tion, 

Vijaly, vendrou, saiidouen me donnant bon tion. 

(Je laisserais passer carême, quatre-temps, — Vigiles, vendredi, 
samedi en me donnant bon temps.) 

Chapelos, La Careyma. p. 189. 

L'autro samdo ou guichet ys Tant gardo duets bores. 

(L'autre samedi au guichet on l'a gardé deux heures.) 

Hyruna à la Concorda^^^. 37. 

Provenç. : sande, samde, sandre. 
Langued. : sate , saple. C'est rancienne forme ro- 
mane , qui est une altération de sabbalum. 

V. DISSANDO et DILUN. 

SAQUA, s.\ccA. L. et f. s. f. Poche, bourse. 

Portou me dents et mou zio dins me saque. 

(Je porte mes dents et mes yeux dans mes poches.) 

Ant. Chapelon, Bobruu, p. 239. 

Au diantre voutra charita, 
Que tant vous lai ete ententa 
Par nous revirie noutre saque. 

(Au diantre votre charité. — Que vous êtes si occupés — A nous 
retourner nos poches.) 

Chapelox. a mm. lou ratteurs de la charita. p. 215. 

De tous lous las par omplire sa saqua, 
Pot ou rounie ? 

(De tous les côtés pour remplir sa bourse. — Peut-il rogner?) 

Chans. dePaiLippON, 1853. p. 34. 

Iquai grand que joyc de la guimbarda elai vai lœu Menimes... fasi 
dansie soun mouchœu de sacca on bramant : Brav 1 bravl 
(Ce grand qui joue de la guimbarde du côté des Minimes... faisait 
danser son mouchoir de poche en criant : Bravo 1 bravo ! 

LixossiER. Un boucher, p. 4. 



388 

paré que Piarrot ayé la saqua grossa. 

(Il paraît que Pierrot avait la bourse grosse.) 

RoQL'iLLE, La Goiianc/titi, p. 24. 

— P. bugiste : (aqua. 

D'e oncor dcdin ma faqua 
On bon galofro de pan. 

(J'ai encore dans ma poche — Un bon morceau de pain.) 

Noëls de Seyssel, édit. Le Duc, p. 132. 

Le Gloss. de Ducange constate que le latin saccus a 
eu aussi en basse latin, ce sens de Bourse, crumena, 
marsupium. 

SAQUO, SAQUA. L. et F. V. a. Jeter, pousser, enfermer, mettre 
dedans. 

Je me saquou a travers de tous lou mousquetairou, 
M'avançou jusqu'au cœur. 

(Je me pousse au travers de tous les mousquetaires, — Je m'avance 

jusqu'au cœur.) 

Chapelon, E7it7'ée solenn.f p. 23. 

Mais 8aquo7ïs no deins quoqui trou, 
Guillaumo, si te voux me crere, 
N'ons pro corrato le charrère. 

(Mais mettons-nous à l'abri dans quelque trou, — Guillaume, si lu 
veux m'en croire, — Nous avons assez couru les rues.) 

RoQLiLLE, La Gorlanchia, p. 12. 

Ou procureur du roi faut porto se culotte ; 

Et subi quoques vays lo bravo jugimen 

Que vos iaque en prayson un may lot simplamen. 

(Au procureur du roi il faut porter ses culottes, — Et subir quel- 
quefois un bon jugement — Qui vous met en prison un mois tout 

simplement.) 

Hymna à la Concorda, p. 32. 

— P. maçonnais. 

Y le saquian contre la tarrc 



389 

Pre le brisi qucman de varre. 

(Ils les jetaient contre la terre — Pour les briser comme du verre.) 

Noëls inâcotinais, p. 59. 

Langued. etprovenç.: saca, sacar. 

En aiic. franc, sacher, sachier, sacier^ sacquer, signi- 
fie au contraire Tirer, extraire, arracher. Sacar ^ en es- 
pagnol et en portugais, a la même signification. On ne 
la trouve pas dans le saqna de nos dialectes el de ceux 
du midi de la France. 

Le Gloss. de Ducange, v^ saccare, a remarqué cette 
différence absolue de sens entre deux mots qui ont une 
si complète ressemblance de forme. 

SEBROLA. —V. CEBRELA. 

SEIGNE. F. s. m. Sieur. C'est la qualification que l'on donnait 
jadis dans notre province et dans le midi de la France 
aux bourgeois et aux hommes du peuple auxquels on 
voulait témoigner de la déférence. 

Le Noël IV de Chapelon a pour titre : Dialogou entre 
seigne Grabiay et denna Jaquelina (.., entre sieur Gabriel 
et dame Jacqueline.) 

Une scène entre deux paysans dauphinois, jouée dans 
une fête a Montélimart en 1576, est intitulée : Comédie 
de seigne Peyre (Pierre) et seigne Joan. 

Langued. et provenç.: segne, seigner, seiner, 

Soun touti preste coume aqueli, 
Vosti blad prouvençau, moun se<;ne? fai subran 
Un di jouven. 

(Sont-ils tout prêts comme ceux-là, — Vos blés de Provence, aïeul? 
dit soudain — Un des jeunes.) Mireio, ch. vu. 

Lou segne grand. 

(Le vénérable aïeul.) 

Id., id. 



390 

Comme Seigneur, seignc vient du latin -se^Hor, origine 
de plusieurs dénominations romanes qui toutes expri- 
ment un témoignage de respect donné a un homme plus 
âgé ou d'un rang supérieur. 

Roman : senher, soigner, seignor, scinor, etc. 

Catalan: sonijor. — Espagnol: senor. — Portugais: 
senhor — Italien : segnore, signore. 

SElGNEll. F. V. a. Béuiren faisant le signe delà croix; jeter 
de l'eau bénite sur. 

Que mous cffaus vcniant avouai tendrcssa. 
Quand j'orez fat au raondou mous adio 
Par me seigiier et me sarra lous zio. 

(Que mes enfants viennent avec tendresse — Quand j'aurai fait au 

monde mes adieux. — Pour me jeter de l'eau bénite et me fermer 

les yeux.) 

Ant. Chapelon. Dobrun. p. 244. 

Langued. et provenç.: iegna, segnar. 

Roman : seignar, sen/iar. Raynouard en cite plusieurs 
exemples. 

Seigner. segnei\ signer étaient aussi fort usités en ce 
sens en anc. français. 

Puis commanda qu'on le segnast du sisine de la sainte croix. 

Gestes de Louis-le-Dèbonnaire, Recueil des hist' 
de la France, t. VI, p. 169. 

Tout ensi corne eies vcnoient, 
La doulce Virge saluoient, 
Et disoient: Ave, Marie... 
Et la dame les bienveignoit, 
De sa dcstrc main les seirjnoxt. 

La Court de paradis- 

Le Dictionn. de l'Académie n'a conservé que l'expres- 
sion se signer. Faire le signe de la Croix, et il ajoute que 
ce sens est familier. 



I 



391 

Basse latin.: « Slgnarc, Signum crucis digitis ac manu 
effingere, Gregorius dial. : Tune fratres cœperunt ei di- 
cere.. signum tibi sanctae crucis imprime. Respoudit 
ille, dicens : Volo me signare, sed non possum. » 

SEULE. L. s. (. Tase de bois employé dans nos campagnes 
pour la vendange et pour divers usages du ménage. 

Cité par M. Breghot du Lut, 31éi, t. 11, p. 60 et 68, 
et par Molard, 1803, qui le donne comme synonyme de 
Baquet ou petit cuvier. 

Langued. et provenç.: selio, selha. 

Roman: seiUa. selha; Seau, baquet. — Portugais: 
selha. 

On le fait venir du latin siiella et siiula. 

Seille était employé en anc. français. 

Marie alloit pour puiser de l'eau tenant une veille. 

H. EsTiExxE, Apologie pour Hérodote. 

Basse latin.: « Selha; Siiula.. . Cupa minor. Gall. Seau, 
baquet; alias seille. Litt. rem. 1366. Ung vessel a mettre 
eaue, appelle seille. » Gloss. Ducange. 

SELLA. L. et f. s. (. Chaise, petit siège. 

Douey selle a trei pecou, dou ben. 

(Deux chaises à trois pieds, deux bancs. 

ChapeloNj Testam., p. 181. 

— P. bressan : sala. 

Le n'a po laman ena sala. 
Par s'on peu cheto. 

Elle n'a pas seulement une chaise — Pour un peu s'asseoir.) 

XoëU bressans, p. 53. 

— Provençal: sella ; Siège de bois. 

Selle était fort usité en anc. franc. Dans les Blasons 



392 

domestiques de Gilles Corrozet V. Jnc. poés. franc., 
Jannet. t. VI, p. 245). il désigne un petit siège moindre 
que la Chaire ou Chaise qui est une sorte de siège d'hon- 
neur. 

Chambre garnie d'un buffect 
Et d'aultre mcnage parfaict 
Comme de lict, de banc, de Lable. 
De ooffre et chaise prouflitable 
De placet. de selle et scabelle. 

Il a été conservé par le Dict. de l'Acad. 1835, mais 
comme vieux et dun usage rare. C'est en ce sens au 
reste qu'il est encore employé dans le proverbe : De- 
meurer entre ^e\i\ selles, le cul a terre. 

Sella est au Gloss. de Ducange dans le sens de scrt?n- 
nuin; et Festus en avait déjà donné l'explication sui- 
vante : « Sella appellantur sedilia in quibus non plures, 
singulus, possint sedere. » 

SEMAISI, sEMAisE. L. souRMAisi, suRMAizi. F. Mcsure dcs 11- 
quides. 

A Lyon cette mesure équivalait à quatre chopines. 
Dans le Lyon en vers burlesques, part. 1, p. 17, l'un 
des interlocuteurs demande à un hôteUer : 

Coml)ien vendez-vous la semaise 
De cet excellent hypocrat. 
Propre à enyvrer les rais? 
— L'hôte répond : — 
Semaise, c'est quatre chopines. 

Usitou que dona Genaisi 
Xe trove ren den sa semaisiy 
Le diablou son per la maison. 

''Aussitôt que dame Gcrvaisc — >'e trouve plus rien dans sa senuitse. 

— Les diables sont dans la maison.) 

La Bei^narda buyandiiH, p. 9. 



.^93 

Peu pas faire l'accord ma charmanta ey bien aisi 
D'entra dins la maison avouai pot ou sourmaisi. 

;Puis, pour se réconcilier, ma charmante est bien aise — D'entrer 
dans la maison avec pot ou semaise.) 

Jac. Ch.vpelgn, Educ. doseffants. p. 267. 

Aït betta surviaizi sus foulictta. 

(Elle avait mis semaise sur follette, c'est-à-dire, elle avait beau- 
coup bu.) 

Chapelo.n, Chanson, p. 157. 

Ane. fv^nç^is : simaise , symaise. 

Simaises, polz. casses, bassines. 

Farce de Colin. — Ane. Théât. franc, 
t. I, p. 245. 

Qui luy tordroit un peu le nez. 
De vin rendroit une symaiste. 

Sermon joyeux, id., t. II, p. 8. 

Basse latin. : « Symaisia, simasia ; Mensura vinaria, 
vulgô simaise, sex mensuras conlinens, seu oclo sex- 
tarios Parisienses. » Gloss. Ducange. 

SEMENA. F. V. a. Semer, ensemencer. 

Quand un grand dépondu, homou de matrua mina, 
Sai venit par malheur semena la famina. 

(Quand un grand déguenillé, homme de mauvaise mine, — Ici vint 
par malheur semer la famine.) 

Chapelox, La Misera, p. 198. 

Langued. el provenç. : semena, semenar. 
Roman et anc. catalan: semenar y semnar. 

Qui petit semena, petit met. 

''Qui peu sème, peu moissonne.) 

Traduct. romane de Bède. 

Italien et latin : seminare. 



394 

SEN MINO , s'en mien. l. adj. Ce qui est a moi , mon 
bien, ma fortune. 

Toi srn tnino c voutrot. 

(Tout ce que j'ai est à vous.) 

Parab. de l'Enf. piodig. en patois de St-Sympho- 
rien-le-Chàtcau, par Cocuap.d. 

L'orthographe primitive et rationnelle est cen mien, 
c'est-k-dire, Tout ce qui est dans le mien, dans mon 
bien. 

V. ci-dessus san devant derrière. 

SENGLAR. F. s. m. Sanglier. 

Una dent de senylar. 

(Une dent de sanglier.) 

Chapelon, Testam., p. 179. 

— P. dauphinois. 

Ul' eron si gaillar 
Que le plotte duz our, ne le dent d'i senylar 
Ne lour fasien eijar. 

(Us étaient si gaillards — Que les griffes des ours , ni les dents du 
sanglier, — Ne les faisaient fuir.") 

Lo Badfel de la Gisen, p. 32. 

Provenç. : singlar, cenglar. 
Roman : singlar, cynglar. 
Italien : cinghiale. 

Senglar et sanglier répondent au nom latin, Porcus 
singularis, qu'on donnait a cet animal au moyen âge. 
Porcus sinyularis était dit par opposition a porcus do- 
mesticuSj le cochon. Il s'explique par cette seule oppo- 
sition, et aussi par les habitudes sauvages du sanglier, 
dont certaines espèces s'appellent , en termes de 
chasse, un solitaire. 



300 

Le Glossaire Ducange dit : « Singularis dictus aper, 
« Graecis fAovio?, quod delectetur solitudine, vel quod 
« solus et singularis primis duobus annis vagetur, nos- 
« tris sanglier... Eodem sensu Porcus singularis, Fera 
« singularis , singlare , senglaris porcus , sengiarius, 
« senglerius. » On disait aussi en anc. franc, sengler, 
et porc sengler. 

Quelques étymologistes ont fait dériver Sanglier de 
l'allemand zenken , qui a des dents courbes. Pour que 
cette étymologie eût quelque vraisemblance, il faudrait 
que zenken fût le nom du sanglier dans les langues 
teutoniques. Or, il n'en est rien. Le sanglier a en alle- 
mand un nom tout à fait analogue k celui qu'il porte 
dans nos dialectes. Il se nomme wclcher sclmein , 
Porc sauvage. 

SEVILO, SEVELÉE. L. s. f. Haic. 

Sevelèe est cité par Molard, 1810. 
Sevilo est employé dans nos campagnes. 

SEYPL F. s. f. Oignon. 

Un carteiron d'hareins, la meylia d'una seypi 
Fant ben autant de bein que lou bois d'una creipi. 

(Un quart de hareng, la moitié d'un oignon, — Font à peu près au- 
tant de bien que le bois d'une crèche.) 

Chapelon, La Careyma, p. 187. 

Basse latin. : « Sepia, Ceba; Gall. Oignon, vel con- 
« dimentum ex cepis. — Feria secunda quadragesimse, 
« pitanciam de castaneis vel de sepiis impiperatis. 
K Consuet. Solemniac. » Gloss. Ducange. 

Langued. et provenç. : cebo, ceba. 

Roman : ceba. 



396 

Catalan : ceba, — Espagnol : cebolla. — Portugais : 
cebola. — Italien : cipolla. 

Ane. franc. : cive. 

Et aussi vert cum un cive. 

Roman de la Rose. 

SICOTTI. L. S. m. Tapage, bruit aigu. 

Jamais je n'avais vu semblable sicotti. 

Visite à V Expos., 1860, p. 2. 

Je suis bien tenté de le faire venir du latin cicula , 
Flûte, chalumeau; cicuticen; Qui canit cicula seu ca- 
lamo. 

Est mihi disparibus septem compacta cicutis 
Fistula, Damaetas dono mitii quam dédit olim. 

Virgile, Egl. 2. 

Alta cicuticines liquerunt Maenala Panes. 

Sidoine Apollinaire. 

SIGROLA , siGROLER. L. V. a. Ebranler, mettre en branle, 
agiter. 

Et de Combalybarl la monto rabotousa 
Conduit , en sigrolant, la horda cabalousa 
Deins le propriétais de Barno lo richord. 

(Et de Combe Lybard la montée raboteuse — Conduit, en l'agitant 

en tout sens, la compagnie des cabaleurs — Dans les propriétés de 

Bernard le richard.) 

RoQuiLLE, Lo Deputo ynanquo, p. 18. 

Dans une des pièces les plus connues de son réper- 
toire, Guignol dit à son maître : 

Il y a plus de vingt mendiants qui ont sùjroU la sonnette ce 
matin. 

SIMOUSA, siMoussA. F. s. /. Lisière, bordure, frange, morceau 
d'étoffe, guenille. 

Genty Colin que j'amou myo 



397 

Que le z etialle de mou zio ; 

Mio que. . . 

La rafoulouza se simonse, 

(Gentil Colin que j'aime mieux — Que les prunelles de mes yeux ; 
— Mieux que la vieille grondeuse n'aime ses guenilles.) 

Ballet forcsien. 

Doueis aunes de siinousses. 

(Deux aunes de lisières.) 

Chapelon, Testament, p. 179. 

Shnoussa est aussi dauphinois. On le trouve dans le 
Batifel de la Gisen, p. 42. 

Langued. etprovenç.: shnoiisso, cimoiissa. 

Uno murayo desmoulido 
S'aranj' em'un paou de mourtié, 
Mais quand s'agis de la frimousso 
La cirarias coumo un souyé. 
N'en farias pas qu'uno simousso. 

(Une muraille démolie — Se relève avec un peu de mortier, — Mais 
quand il s'agit de la figure, — Vous la cireriez comme un soulier, 
— Vous n'en feriez jamais qu'une guenille.; 

Roumieux de Nimes : Trad. d'une fable 
de La Fontaine. 

Roman: simossa, simoyssa; Frange. 

Catalan ; simolsa. 

Basse latin.: « Cimossa; Summitas, extremitas cujusve 
rei... Cimussa; Margo panni. » Gloss. Ducange. Au 
même mot paraît encore se rapporter simosa, que 
ce Glossaire traduit par Vestis species, et la citation 
qu'il fait d'un Inventaire de 1449 : Item duae simosœ de 
céda blanca. 

SIOURE. L. siORE. F. V. a. Suivre; et v. n. Aller, marcher. 

Figurez vo, menos, que lo vieux n'est pas betsi. 



:^98 

Et quand al a parlo fodri s'mm'e se Iiiais. 

(Fiiîurcz-vous, amis, que le vieux n'est pas bête, — Et quand il a 

parlé, il faudra suivre ses ordres.) 

RoguiLLE, Breyou^ p. 9. 

Counussou ton talent, ti amarie mai glana, 
Ou ben siore le vogue a La Tour, & Viala. 

(Je connais ton penchant, tu aimerais mieux marauder — Ou bien 
courir les vogues à la Tour, à Villars.) 

Jac. Chapelon, Educ. dos effans^ p. 266. 

Y vouliant toujours viorc 
Ma la mort lou fat store. 

(Ils voulaient vivre toujours, — Mais la mort les fait marcher.) 

CnvPELON, Noël VU, p. 93. 

.\ travers coumma a dret, tout vaut siore sa teta. 

(A travers comme à droit tout veut suivre sa tête.) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 71. 

Cette lorme de l'infinitif s/owre, siore (voyez la remar- 
que faite au mot fiora) appartient, ainsi que celle de 
plusieurs autres temps, — ex. Présent sio, il suit; futur 
siorè, je suivrai; condit., siœuri, il suivrait, etc., — aux 
dialectes de la langue d'oil, dans lesquels on trouve k 
l'infinitif suv\ sivre, sievir, etc. Mais nos patois ont 
aussi emprunté plusieurs temps de ce verbe à la forme 
seguir qui, beaucoup plus rapprochée du latin sequi, 
était employée dans le roman de la langue d'oc, comme 
elle l'est encore en provençal, en catalan, en espagnol, 
en portugais et en italien. 

Nous citerons notamment : 

Segou, je suis. — V pers. du prés, indic. 

Par met serjou la traci 
Que mon parc m'a fat. 

(Pour moi je suis la trace — Que mon père m'a faite.) 

Jac. Chapelon, Educ. dos effuns, p. 263. 



399 
Seguin, je suivais. — 1^"^ pers. de l'imparf. indic. 

Par mon malheur sei/uin de compagni 
Que m'ant Icissi lou gousset dégarni. 

(Pour mon malheur je suivais des compagnies — Qui m'ont laisse le 

gousset dégarni.) 

Ant. Ch.vi'Elon, Bobrun, p. 243. 

Segant, SuivaiU. — Partie, présent. 

La charreiri Freidv 
Coumencet a fiala, seyant lous officié. 

(La rue Froide — Commença à défiler, suivant les officiers.) 

Chapelon, Ejiti'ée solen., p. 132. 

Le patois savoyard a la môme fonne du participe 
pi^ésenl. 

Et si y a bon pre d'on an 
Que je lou vay per to segan. 
Comme on chin va segan son melrc. 

(Et ainsi il y a bien près d'un an — Que je vais les suivant parloul. 
— Comme un chien va suivant son mailrc.) 

Farsa de Touannou dou trou. 

Segu, Suivi. — Partie, passé. 

Tout iquen fut segut d'una bella dechargi. 
(Tout cela fut suivi d'une belle décharge.) 

Chapelon, Entrt'-e solenn., p. 177. 

Lou fuyordsant segu lo chaniïn qu'e lieu trace. 

(Les fuyards ont suis i le chemin qu'il leur trace.) 

RoQUiLLE, Breyou, p. 52. 

A l'impératif, le lyonnais dit sioude, qui est de la 
langue d'oil. 

Dous valeroux Lyonnais sioude le noble trace. 

(Des valeureux Lyonnais suivez les nobles traces.) 

RoQt'n.LE, Breyou, p. 66. 



400 

Leforésien dit segueide, qui est de la langue d'oc. 

Segueide mon avis. 

(Suivez mon avis.) 

Chapelom, Avis, p. 2U8. 

SOMA, soME. L. S. /. Anesse. Au fig. Femme stupide ou igno- 
rante. 

La pesta say la «o?/ia, et que me l'a basta. 

(Peste soit de l'ânesse, et qui me l'a bâtée.) 

La Bernarda buyanditi, p. 1:2. 

Some est cité par Molard, 1803. 
— P. dauphinois : sauma. 

Je veyo que Janin, lo motet de Guillaumo, 
Et pro richo per Icy, car ul'a quatro saume, 
Quatro peirc de vache et Irei peire de bou. 

(Je vois que Janin, le fils de Guillaume, — Est assez riche pour elle, 
car il a quatre âuesses, quatre paires...) 

Pastor. de Janin^ acte III, se. i. 

Langued. etprovenç.: sauma, saouma. 

Roman et catalan : sauma. 

Sauma, en basse latin. , désigne toute espèce de bête 
de somme : « sauma idem quod sagma; nostris saume : 
« Jumentum ipsum sarcinale ; Provincialibus maxime 
« asinus. » (il fallait direasina.) Gloss. Ducange. 

SONO. L. souNA. F. V. a. Outre le sens de Sonner que ce verbe 
a en français, il signifie encore en patois Appeler et 
nommer. 

E soni to de suiti yon dou volets, 

(Il appela tout de suile un des valets.) 

Parah. de l'Enfant prodigue, trad. en patois de Saint- 
Symphorien-lc-Châleau, par Cochard. 



40i 

Je ne soi plus digno d'être sono votron garçon. 

(Je ne suis plus digne d'êlre appelé votre fils.) 

Id., id. 

Le Piastre entend bien la manière 
Comment il se faut gouverner ; 
Parquoy n'est plus besoin sonne)' 
Le capitaine et sa séquelle. 

La Chevauchée, 1566. 

Par sarvir de témoin, au sonnet lou vizin. 

(Pour servir de témoins, il appela les voisins.) 

Jac. Chapelon, Educ. dos efjants, 
p. 267. 

Ore toutei changi, si o n'a ren que dina, 
Vou ne trove lengun que vou vene souna. 

(Maintenant tout est cbangé, si on n'a rien à diner, — On ne trouve 
personne qui vienne vous inviter.) 

Id., La Misera, p. 191. 

La lista on mo et le lunette o na, 

Par voutron non je vous vouai tous souna. 

(La liste en main et les lunettes au nez, — Par votre nom je vais tous 

vous appeler,) 

Chans. de Boyron, p. 13. 

■ P. dauphinois. 

No n'alavon jamey en chan sen no sonna. 

(Nous n'allions jamais en champ sans nous appeler.) 

Pastor. de Janin, act. IV, se. m. 

Il est convenu chez les paysans des Cévennes, dit 
De Sauvages , Dict. langued. , v° souna , qu'on doit 
dire apela pour les animaux et sonna pour les per- 
sonnes : ils disent en conséquence, apelo lou chi et sono 
lou p astre. 

Sonar en roman (V. Lexiq. de Raynouard), sonner <en 

26 



402 

anc. franc., avaient ic sens d'Appeler, proclamer, célé- 
brer. 

Li Sires de maje>teil sona, et li voix dcl Poire fut oye : Cist est 
dist-il, mes chiers fils en cuy est mes plaisirs. 

Serm. de S. Bernard. — Ed. Leroux de Lincy, 

p. 552. 
Homère premier sonna 
Et les rats elles grenouilles. 

Dr Bellay. 

SOUBRELA. — V. cebrela. 

SOURA. F. V. rt. Epargner, économiser, garder; eiv. n. 
Rester, être de reste. 

N'ai jamais fat d'habits par met ni par ma fena ; 
Vou lou faudrit soura, iquen n'est que de pena. 

(Je n'ai jamais fait d'habits pour moi ni pour ma femme ; — Il fau- 
drait les épargner, ce n'est que de la peine.) 

Jac. Chapelo I, Educ. dos effans, p. 267. 

Aul' orit pouei soura par alla jusqu'à Roma. 

(Il aurait pu économiser de quoi aller jusqu'à Rome.) 

Chapelon, Oro.zon funehra^ p. 184. 

Ji dzirins a quelous qu'ant pouc dzin lio jeunessa 
Soura quoque arhilloun : Soulagie la vieillessa ! 

(Je dirais à ceux qui ont pu dans leur jeunesse — Mettre de côté 
quelques liards : Soulagez la vieillesse ! ) 

Chans. de Philipon, 1853, p. 71. 

Gy demandou pa racillou pon 
En si po de viat que me soure. 

(Je ne demande pas meilleur pain — Pour le peu de vie qui me 

reste.) 

Ballet forésien. 

SouRE. F. S", f. pL Restes, épargnes, économies. 

Conrajou donque, vacio , 
Nouz aroii chacun lou sio, 



403 

Et de soure n'cmpliron 
La baritelery. 

(Courage donc, garçons, — Nous aurons chacun notre lot ; — Et 

des restes nous remplirons — Notre coffre.) 

Ballet forêsien. 

Désirant qu'après s«;l, si o ly reste de soure. 
Chacun n'ayezc un piat, afin que lengun ploure. 

(Désirant qu'après lui, s'il lui reste quelques épargnes, — Chacun en 
ait un morceau, afin que personne ne pleure.) 

Chapelon, Testament, p. 177. 

— P. dauphinois. 

Soure, Restes. — Soura', Restei% épargner. Cliam- 
pollion-Figeac, p. 194. 

Celle du Breu ont trop de soure, 
Car e gnat pas una que ploure 
De vci lo bla a siei florin. 

(Celles du Breuil ont trop d'économies, • — Car il n'y en a pas une qui 

pleure — Devoir le blé à six florins.) 

La Vieille Lavandihe, p. 65. 

Langued. et pi^ovenç. : soiibra, soubrar; Garder, 
ménager, réserver. — Soubra, soubrar; Etre de i^esle. 
— Soubros, soubras; Restes, ce qui est de ti^op. 

Roman : sobrar. 

Catalan, espagnol et portugais : sobrar ; sobras. — 
Italien : soprare. — Latin : super are. 

Soubrar a fait sourar par le changement du 6 en u , 
puis par la suppression du v. 

Je trouve au Formulaire fort récréatif de tous 
conlracts , souvrer qui a le sens de Etre nanti, avoir 
en abondance , et dont la forme ti^ansitoire explique 
clairement l'origine de notre mot : 

Et quant aux aultres églises et convents de ladictc ville, d'au- 
tant que pour la grâce de Dieu, ils sont assez souvrez et bien rem- 
plis, il ne leur faict aucuns laigs. 



T 



ABUTA, TANBUTA. L. Cl F. V. u. Frapper; battre. 

Vou m'eyt eyvi qu'eyl' entre vez chiez met, 
Et qu'ey tabule à mon porou chavet. 

(Je crois qu'elle, la mort.^ entre chez moi, — Et qu'elle frappe à 

mon pauvre chevet.) 

Ant. Chapelon, Bobrun^ p. 249. 

Le geons se mettiant en colcra et tanbulavant dœu pic, en bra- 
mant : Bisse ! bisse ! 

(Les gens se mettaient en colère et frappaient des pieds en 

criant : Bis ! bis ! ) 

LixossiER, Un Boucher au festival^ p. 4. 

Menos, vos êtes de ganaches 
De vegni seins sujè vo tabuto lo corp. 

(Enfants, vous êtes des ganaches — De venir vous battre sans sujet.) 

RoQUiLLE, La Ménagei'ie, p. 14. 

— P. du Velay. 

N'ai pas besoin d'escorte 
Per grippa lous couquis que tabustoun las portes. 

M. Lambert, comédie d'Ant. Clet, du Puy. 

Roman : iabustar, labussar. 
Ane. franc. : labusler, tabutler. 

Coquins , si vous me tabustez icy, je vous couperai la teste à 

t retous. 

Rabelais, liv. II, ch , xviii. 

Et le froid désespoir à nos portes tabutte. 

De Bartas. 



405 

Basse latin: « Tabussarc,.. Strepitum facere, cre- 
bris ictibus aliquid perculiendo ; iiostris alias /«6ms- 
ter... Hiric tabuterlà tabust, Rixa, jurgium. » 

TACHI. F. s. f. Clou à grosse tête, caboche, clou de 
soulier. 

Un écritay que brande a una tachi. 

(Une écritoire qui est suspendue à un clou.) 

Ant. Chapelon, Invenioirou, p. 248. 

— P. dauphinois: tachi; Tache, clou. Champollion- 
Figeac. 

Langued. et provenç. : tacha, tacho. 

Si bon soulier garni de tacho. 

Mireio, eh. vu. 

Basse latin. : « Tachctus ; Clavi species. Hisp. ta- 
chon. » Gloss. Ducange. 

TAILLANDS. f. s. m. Grands ciseaux. 

Sa pera de taillands. 

(Sa paire de grands ciseaux.) 

Chapelon, Testament du clocheteur Bellemine, 

p. 179. 

De coutiaux, de taillands. 

Id., Requête, p. 206. 

Langued. : taliam, talhants; Grands ciseaux de tail- 
leur. 

Basse latin. : « Talliare, taillare; Secare, caedere; 
Gall. Tailler... Hinc, taillans pro Ciseaux, Forfices... 
Lit. rem. 1415 : Le supphant cousturier du lieu de 
Meset getta k sa femme les taillans desquels il avoit 
accoustumé a copper draps , appelez en français Ci- 
seaux. » 



406 
TANTEOl'AM. f. adv. Tout a coup, tout de suite. 

Quand j'ai don liards lanlcquuut y defialont. 

(Quaiul j'ai deux liards, ils détilent tout de suite.) 

Cbapelon, liequête. p. 219. 

Langued. et provenç : (aulequant, lanieqan. 

On disait en anc. français dans le même sens tant ci 
quant, dont le contraire était tant no quant, c'est-a- 
dire, Nullement, point du tout. — V. Gust. Fallot, Re- 
clierch. sur la lang. jr., p. 393. 

ÏAhRABAT. F. s. m. Tarabat , sorte de crécelle dont on 
se servait dans les monastères pour appeler les reli- 
gieux a l'office. — Par extension. Bruit, tapage, que- 
relle. 

Ne volou pas 

Lou charchier de nicroches, 

>'i de tarrahats. 

'Je ne veux pas — Leur chfrcher des diflicultés, — Ni des querelles.} 

Ch.vpelox, Chanson, p. 176. 

Aussi dret que j'ai seu qu'oz aya passa Roanna. 
J'ai t-eu un tarrabat au fond de raafonlana. 

(Aussi dès que j'ai su que vous aviez dépassé Roanne, — J'ai senti 
un remue-ménage dans mon estomac.^ 

Id.. .4 }]. de St-P}^iest, p. 104. 

Provenç. : tarabast. — Langued. : tarabasteri, 

T.\R.\B.\TE , T.\R.\BATRE. L. S. m. 0\\ doune aussi dans nos 
provinces la qualification de tarabate ou tarabatre a 
un enfant remuant et tapageur. — Molard, 1803, et 
M. Bregliot du Lut, MéL. \. 11, p. 14i. 

V. RAB.M.\. 

TAUNA, t6>a. l. et f. s. /. Nom commun dans nos cam- 
pagnes a toutes les espèces de grosses mouches, guêpes, 



407 

taons, qui bourdonnent et tourmentent les animaux de 
leurs piqûres. 

Mais vou me fallit veyre en jouant à la pauma ; 
Je la fazi vouia plus vitou qu'una tauna. 

(Mais il fallait me voir jouer à la paume ; — Je la faisais voler plus 

vite qu'une guêpe.) 

Jac. Chapelon. Educ. dos effaus. p. 265. 

Le pierre autour de set bruyant couma una tau7ia. 

(Les pierres autour de lui bourdonnaient comme une guêpe.) 

Chapelon, Orezon funeb., p. 184. 

Plus Icsto qu'in chevreuil, plus violent qu'ina tôna. 

(Plus leste qu'un chevreuil, plus violent qu'une guêpe.") 

RoQuiLLE, Breyou, p. 70. 

■ P. dauphinois : tavan. 

Le mouche et lou tavan lou devon bcn piqua. 

Pastor. de Jawin, acte III, se. ii. 

Provenç. : tavan. 

Roman : tavan. 

Ane. franc. : tavan, talion. 

Le suyvant par des mouches, 
Hanetons et tavans les chasse de leurs couches. 

De Bartas. 

II s'en faut desloumer . comme les abeilles se destournent de 
l'amas des talions et freslons. 

S. François de Sale?, Introd. à la vie dévote, 

3^ part., ch. xxiv. 

Catalan : tava, taba. — Espagnol : /a/jfl/îo. — Portu- 
gais : tabao. — Italien : tafano, tavano. 

Basse latin. : « Tabanus; Animal modicum, armenlis 
aculeo permolestum; idem œstrus, asylum vulgo dici- 
tur. » Gloss. Ducange. 



408 



TENANT (a), l. Expression adverh. Sans interruption, tout 
à la fois, en même lemps, h la file. 

De la mon dou sapeurs l'enorma barricada 
Dégringole a tenant. 

(De la main des sapeurs l'énorme barricade, — Dégringole tout 

entière.) 

RoQuiLLE, Breyou, p. 67. 

Martain din pos lygi marquove la mesura, 
Et dou pont de Feluin arpcntove a tenant 
Lo pavé dou Molion et cou de Gravenand. 

(Martin d'un pas léger marquait la mesure, — Et du pont de Feloin 
arpentait sans s'arrêter — Le pavé du Molion et celui du Gra- 
venand.) 

Id., La Ménagerie p 11. 

— P. dauphinois. 

Si a tenen je volin suivre, 
J'en trovarin de ceu metie 
Plus digno d'elre cocatie 
Que de porta un escritœiro. 

(Si je voulais continuer, — J'en trouverais de ce métier — De plus 
dignes d'être coquetiers, — Que de porter une écritoire.) 

La vieille Lavandière, p. 69. 

Lou meina d'aujourdheu sont de vrai affi ontou ; 
Prené lou attenen, vo lou trovari tou 
Féru d'un mémo coin. 

(Les garçons d'aujourd'hui sont de vrais effrontés ; — Prenez-les 

les uns après les autres, vous les trouverez tous — Frappés au 

même coin.) 

Pastor. de Janin, acte I, se. i. 

Roman : a un lenen ; Entièrement. 

Sieu sabia qu'a un tenen 
Fos tola Espanha mia. 

(Si je savais que l'Espagne — Fût tout entière à moi.) 

B. DE Ventauolr, cilé par Raynouard, v® tener. 



409 

Le Diction, provenç. d'Honnorat cite: lenenl, lenen, 
tout d\in tenant; Sans interruption. — yé un tenen; 
Sur le cliamp. — Cascus a un tenen; Chacun à 
la file. 

Le Diction, de l'Acad. a conservé l'express, adv. 
Tout en un tenant^ tout d'un tenant^ avec le sens de 
Sans interruption, d'une même continuité; mais comme 
n'étant employée qu'en parlant des héritages. Elle était 
autrefois d'un usage beaucoup plus étendu. 

Quand les premiers s'en aloient, les seconds succédoienl tout 

d'un tenant. 

Amyot, Plutarque^ Morales, t. 1, p. 45. 

TIRANCHIE, TziRÂNCHiE. L. et f. v. a. Tirer en tous sens, 
traîner ; tourmenter. 

M'eyt evi que tiranchou 
Un gigot de mouton. 

(Il me semble que je tire avec les dents — Un gigot de mouton.) 

Chapelon, Chanson, p. 153. 

L'orpa de l'eimbition lo tsiranchi si fort 
Que par pouere soflo fallyt faire in effort. 

(La griffe de l'ambition le tourmenta si fort, — Qu'il lui fallut faire 

effort pour respirer.) 

RoQuiLLE, Lo Pereyoux, p. 9. 

C'est un mot de même formation que le roman ti- 
rassar, resté en languedocien et en provenç, , et que 
l'aric. franc, tirasser. 

Le tirassa et le traina plus de six sellions loin. 

Contes d'Eutrapel. 

Un procès qui me tir ace. 

Ronsard. 

V. aussi TIRIGOSSER. 



410 

TIRIGOSSER. L. V. a. Tirer en tout sens, traîner, hous- 
piller. 

Voulez-vous donc livrer men'ame au désespoir, 
Et la (irigosser du malin jusqu'au soir. 

Déclar. d'un canut. 

— P. dauphinois. 

En la tirigossan^ lassa! per lou chaveu. 

(En la traînant, hélas! par les cheveux.) 

Lo Banquet de le faye, p. 8. 

Provenç. el langued. : lerigoussar, lirgoussar, tri- 
goussar ; Secouer, houspiller, battre. 

V. TIRANCHIE. 
TONA. — V. TAUNA. 

TOUT ORE. — V. ORE. 

TOURNA , TORNA. F. V. n. S'en retourner, revenir. 

Quand do combat 
Y toxrnarant vira. 

(Quand du combat — Ils reviendront.) 

Chans. en patois de Montbrison, parViAL. 

Tornoz traci lo pont. 

(iiepassez le pont.) 

RoQuiLLE, La Gorlaiichia, p. 34. 

Langued. : tourna. — Tourna vous en; Retournez- 
vous-en. (De Sauvages.) 

Provenç. : toimiar, lornar. 

Roman : lornar. 

Ane. franc. : (orner. — V. Raynouard et le Gloss. 
Ducange, partie franc. 



4ii 

Catalan, espagnol et portugais: tornar. — Italien: 
tornare. 

C'est le latin tornare étendu a une signification nou- 
velle que n'a pas prise le français Tourner. 

TRAFORO. L. V. a. Traverser, passer; transpercer. 

Par la darreri vé voué traforo la planchi. 

(Pour la dernière fois je vais passer la planche, passer de Vautre coté 

de la rivière.) 

RoQuiLLE , Ballon d'essai, p. 9. 

In prononçant qou mot ina mortella bala 
Avoué rapidsito ly trafore l'cpala. 

(Comme il prononçait ce mot, une balle mortelle — Tout d'un coup 

lui traverse l'épaule.) 

Id., Breyou, p. 81. 

— P. dauphinois. 

G'y corri, trafori, passi par la sarralli. 

(J'y courus, je traversai, je passai par la serrure.) 

La Banquet de lefaye, p. 8. 

Provenç. : traforar, trafurar. 

Roman : irasforar, iransforar. — On trouve aussi en 
anc. franc, irefforcr, Percer, faire un trou. (Roquefort.) 

Italien : Iraforare. 

Le latin forare, Trouer, percer, a donné tous ces 
composés. 

C'est probablemeut dans une racine celtique analo- 
gue, si ce n'est dans le mot latin lui-même , qu'il faut 
chercher le sens de ces dénominations de /wre, furel, 
fur an si fréquentes dans nos provinces pour désigner 
un torrent et une vallée étroite. 

L'italien a dans le même sens forrâ, Valle lunga e 
stretta, posta fra poggi che la difendono dal sole. 



412 

TRAIRE. F. V. a. Traîner, tirer, emmener, conduire. 

Par lou doux pic y m'oril trat dcfo. 

(Par les deux pieds elle m'aurait lire dehors.) 

Ant. Chapelon, Bobnin, p. 242. 

Vous me fistes l'hounoux de me traire une œillada. 

(^'^ous me fîtes l'honneur de m'envoyer une œillade.) 

Chapelon, A M. de St-Priest, p. 104. 

Faisons ly son entrât 

Peu que l'amour say l'a trat. 

(Faisons uue fête à son entrée, — Puisque l'amour l'a conduit ici.) 

Id., Noël IX, p. 98. 

Notroun cura prêche que sur la terra 
Dzio nous a trat seulamont parpatzi. 

(Notre curé prêche que sur la terre — Dieu nous a mis seulement 

pour souffrir.) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 32. 

- P. dauphinois. 

Je crey qui se treirat lous douz eyu de ploura. 

(Je crois qu'elle perdra les deux yeux à force de pleurer.) 

Pastor. de Janin, act. IV, se. i. 

Langued. et provenç. : traire. — Roman: traire. 

Traire n'est plus guère usité en français que pour 
signifier l'action de Tirer le lait de certains animaux ; 
mais on disait en anc. franc, avec les mêmes signifi- 
cations que dans nos patois traire, treireei trère. 

Lors se trahirent ensemble Abner e si cumpaignum. (Congregati 

sunt fîlii Benjamin ad Abner.) 

Les IV livres des Rois, liv. II, ch. a. 

Il s'est en si haut leu mis, 
Par cschiver ses anemis, 
C'on ni puet trère, ne lancier. 

Miracle de Théophile. Théàt. franc, du moyen âge, 

p. 140. 



413 

Il en est resté en français les composés Soustraire, 
distraire, abstraire, etc. 

Catalan : traurer. — Espagnol : iraer. — Ane. iial. : 
traire. — Ital. mod. : Irarre, — Latin : Irahere. 

Traire ses peines est fort usité dans nos patois pour 
Souffrir, mener une vie malheureuse, gémir. 

Lou lendemo vint un chifon de fene 
Que se bruyant coume qui trut se pêne, 

(Le lendemain vint une troupe de femmes — Qui lai<iaicnt du bruit 

comme qui gémit.) 

Ant. Chapelon, Bobrun, p. 242. 

Do marchands et bourgeois le filles et le fene 

Eriant deins le preysouns que trayant prou lour pêne. 

(Des marchands et bouigeois les filles et les femmes — Etaient dans 
les prisons où elles souffraient beaucoup.) 

Pohne sur le 9 thermidor. 

On le disait aussi en anc. franc. « Traire peine pro 
Pati, vulgo Souffrir, inBestiar. ms. 

Espira un nouvel Adam 

Qui pour nous trait peine et ahan. » 

Gloss. Ducange, v° irahere. 

V. MAUTRAIRE Ct RETRAIRE. 

TRALURE. F. TRALiuRE. L. V. n. Luire, briller ; luire au 
travers. 

Comma un bassin de barbié 
Que tralut davan et darrié. 

(Comme un bassin de barbier — Qui brille devant et derrière.) 

Ballet foré sien. 

Vous trouvary, Monsieur, milla défaut dins iciueUa description... 
mais ne faide pas sio plait semblant de lou veyre tralure. 

(Vous trouverez , Monsieur, mille défauts dans cette descrip- 



414 

lion... mais ne faites pas, s'il vous plaît, semblant de les voir 

briller.) 

Chapei.on, a m de St-Priest, p. 113. 

l'aïl lua lou crizio, 
Par ne ron faire ti^alure. 

(Il avait éteint la lampe — Pour que rien ne brillât.) 

Chans. de Boyron, p. 12. 

Par ni vère trahire un po dz'hiimanita. 

(Pour y voir briller un peu d'humanité.) 

Chans. de Pbilippon, 1853, p. 71. 

A pena lo sole fignecié de traliure. 

(A peine le soleil avait-il cessé de luire.) 

RoQuiLLE, Ballon d essai, p. 19. 

— P. dauphinois. 

El' y vo tralut 
Coman la bêla eteila, ou coman lo culut. 

(Elle y brille — Comme la belle étoile, ou comme le ver luisanl.) 

Lo Banquet de le faye, p. 7. 

Langued. : Ireluzi. — Provenç. : lrelusb\ [reluire. 

L'anc. français a treluire , iresluire que Roquefort 
traduit d'une manière trop restreinte par Entrevoir, ne 
voir qu'a demi. 

Catalan : iraslluir. — Espagnol : traslucir. — Por- 
tugais : traslusir. — Italien : Iralucere. 

TRENA. F. s. /. Tresse, chaîne. 

Una ^re/m d'ignon. 

(Une chaîne d'oignons.) 

Chapelon, Testament, p. 179. 

Langued. et provenç. : trena, ireno. 
Roman : trena. 

Catalan : ircna. — Espacjnol : tréma. — Portugais : 
Iranca. 



415 

— P. bressan ' ironalo. Tresser. 

L'a lou pie mignon, les mans blince, 
Lou pe torzou bin (reuato. 

(Elle a le pied mignon, les mains blanches, — Les cbcvenx toujours 
bien tresses^) Chanson bressane. 

TRETOU , TREiTou , TREYTOu , TARTou. L. et F. adj . ituléf. 
Tout, chacun; et au plur., Tous. 

Comma gy n'en fa tretou jujou. 

(Comme j'en fais chacun juge.) 

Ballet forésien. 

Veney, meynat, veney treitou. 
Venez veyre Noutron Seignou. 

(Venez, enfants, venez tous, ~ Venez voir Notre Seigneur.) 

Chapelon, Noël VII, p. 92. 

N'erions treytous 

Dins la darreyri misera. 

(Nous étions tous — Dans la dernière misère.) 

Id., Noël IX, p. 98. 

Par troupelas 

Je lou vio dimanchi 

Tretous passa. 

(Par troupes — Je les vis dimanche — Tous passer.) 

Chans. en patois de Montbrison, de Vial. 

Que farin jou seyon quand i7'etou m'abandonne. 

(Que ferai-je céans quand chacun m'abandonne.; 

Chans. de Philippon, 1853, p. 66. 
On entend chanter fa sol la 
Par de célestes musiciens, 
Qui s'accordent tretous très bien. 

Lyon en vers burlesques, V part., p. 22. 

faut nos convarti tartous joynos et vieux. 

(Il faut nous convertir tous jeunes et vieux.) 

Hyrnna à la Concorda, p. 40. 



416 

— P. bressan : ire lui, t art ou. 

D'u veni vo don tretiii. 
Meus amis. 

(D'où venez-vous donc tous, — Mes amis.) 

Noëls bi'essans. éd. LEDrc:,p. 43. 

Betin tartou la man à l'ouvra. 

(Mettons tous la main à l'œuvre.) 

ISoël de S. Bénigne, id., p. 57, 

— P. bugiste. 

No priyeran chu biau petit anfan, 
Et la Viergi que lo porte en son flan, 
Que no doney 
Bone chaland' a tretui. 

(Nous prierons ce beau petit enfant — Et la Vierge qui le porte en 
son flanc, — Qu'il nous donne — Bonnes fêtes de Noël à tous.) 

iVoèi de Belley, id., p. 130. 

Langued. : trestut. — Pi^ovenç. : traitots , iresliul , 
tresiut, tretous. 

Kom^n : trastot ; sing. — Trastut , (rastiat, treslotz, 
irasluich; plur. — Trastota. trastotas; fém. 
L'anc. franc, disait trostout, trestos, tertout. 

Qu'ils viennent hardiment trestouts et s'assemblent pour disncr 
de luy. Montaigne, Essais, liv. I, ch. xxx. 

G. Fallût dil que cette forme est une sorte de super- 
latif: trestous; Tous absolument, sans exception. 

TREYVE , TREvou. l. tre^tou. f. s. m. Carrefour où se 
réunissent plusieurs chemins. — Trivhim, latin. 

Premièrement a été planté une borne de pierre au t?^eiou de la 
Maladière. 

Traite du XVI^ siècle entre l'abbé d'Ainay et Guill. de Lissieu , 
rapp. par M. Péricacd dans sa Notice sur Pierre de Savoie, ar- 
chet . de Lyon. 



417 

Plusieurs carrefours portent encore ce nom dans 
notre province : le ircyve de la Croix-Perier, le ireyve 
de la Croix des Rampaux, etc. La place de la Trinité, au 
pied de la montée du Gourguillon, a Lyon, s'est appe- 
lée jadis le Irexjve du Gourguillon. 

Un jour de lour frary, je n'en vio un au treyvou 

Que bourrave un mousquet avouay l'alla dun couej^oii. 

(Un jour de leur réunion, j'en ^âs un au treyve — Qui bourrait un 
mousquet avec l'aile d'un balai.) 

Chapelon, Entrée solen.^ p. 119. 

— P. bugiste. 

Passons par cctuy treyvo ; 
la bon' echela ! 

(Passons par ce carrefour ; — Oh ! la bonne montée.) 

Noël de Vaux,, édit. Le Duc. p. 118. 

— P. dauphinois : trîavo. Champollion-Figeac. 

Langued. : trêve, trivies, tribe. 

Basse latin, et anc. franc. : « Trehium, Trivium , ab 
\i2X\Q.o Trehhio... Treyve, eadem notione. Litt. remis. 
1447. Et ainsi s'en alerent ensemble jusques au ireyve 
ou carrefour, estant entre la ci^oix et Téglise de Béli- 
gny. Truy, eodem sensu. » Gloss. Ducange. 

TPtEZL F. V. a. Avaler, manger; mâcher. 

La marluchi ei fuza et put de trenta pas 
Quand vou n'en vo trezi, se faut bouchie lou na. 

(La mei luche est pourrie et pue de trente pas ; — Quand on en veut 

manger, il faut se boucher le nez.) 

Chapelox, LaCareyma, p. 188. 

Douna m'en po de pan, ne poyou plus piola ; 
Nous n'avons rai tata de touta la semana ; 
Ce que n'avons irezi charge pas la fontana. 

(Donnez-moi un peu de pain , je ne peux plus piauler ; — Nous 

27 



418 

n'eu avons pas talé de toute la semaine : — Ce que nous avons 

mangé ne charge pas l'estomac.) 

Id., La Misera, p. 200. 

Trezi la grana ; 

Voué la tzisana 

Que fat tout essoubla, 

Lou chagrin, le pena et lou ma. 

(Ecraser la graine, — C'est la tisane — Qui fait tout oublier, — Le 

chagrin . . . ) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 27. 

(L'auteur traduit en note : Trezi ; Presser un fruit 
avec plaisir entre la langue et le palais.) 

Ane. provenç. : irais'ir. Avaler. (Honnorat). 

De Sauvages cite trahi avec le sens de Mâcher, cou- 
per avec les dents ; et les exemples qu'il rapporte 
prouvent qu'il s'agit du même mot. 

Roman : tragir. 

Hom que aura tragit os o espina. 

(Homme qui aura avalé os ou épine. _) 

Livre de Sydrac, cité par Uaynouard. 

Un fragment de la Cliron. des ducs de Normandie, 
rapporté dans la part, franc, du Gloss. de Ducange, 
nous montre tresir dans les dialectes du nord de la 
France. 

Si amer morscl et si aigre 
Li quid encor faire tresir, 
Dunt lart sera au repentir. 

TRONFO. F. .S. m. Fontaine. 

De qui lou na mourvou dcgotte 
Toute le z oure fiala a fiala, 
Couma lou tronfo de la viala. 

(De qui le nez morveux dégoutte — Continucllenjcnl lilet à lilet,— 
Comme la fontaine de la ville.) Ballet forhien. 



419 

Me foulit ren qucd'aigua do tronfo. 

Il ne me fallait rien que de l'eau de la fontaine. 

Ant. CiiAPELON, Bobrun^ p. 240. 

Je neparlarei pas del'aigua do tronfo. 

Sei petits pleins poulets ly vaillant dou bon so. 

(Je ne parlerai pas de l'eau de la fontaine, — Six petits pots pleins 
lui valaient deux bons sous.) 

Chapelon, Orezon funebra^ p. 184. 

Jusques dans ces derniers temps, on appelait k Saint- 
Etienne noulron fo et noulroun fœu^ la Fontaine qui 
existait sur le pré de la foire, place Royale. C'était une 
dénomination fort peu intelligible dans la forme altérée 
que lui avait donnée l'usage. Sa véritable origine était 
nou ironfo, et son sens, la Fontaine nouvelle , la fon- 
taine neuve. 

Y m'en ordouna la tisanna 
Ou bcn l'aigua de noutron fo. 

(Us m'ont ordonne la tisane — Ou bien l'eau de la fontaine neuve.) 

Chapelon, Chanson, p. 160. 

J'allave carre d'aigna vai notroim fo. 

J'allais chercher de l'eau à la fontaine neuve.) 

Chans. de Boyron, p. 10. 

El' anl sara l'aigua de noutron fo 

Et fant la soupa avouais de boun vin vio. 

(Ils ont fermé l'eau de la fontaine neuve — El font de la soupe avec 
du bon vin vieux.) Chans. de Philippo.n, 1853, p. 79. 

El' ant déplanta notroun fœu. 

(Ils ont déplanté la fontaine neuve.) 

LiNOSSiER , Moussue Progrès^ p. 3. 

TUPIN, TsiPiN. L. TUPiN, TZEUPi>:, TCHDPiN. F. S. m. Pût en 
terre, marmite. 

Qua lu nou vau qua virie Tatou, 



420 

l'A en un caiou do cufl'iii 
Garda de ruma lou tupin. 

(Car lu n'es bon qu'à tourner la broche — Et dans un coin du 

foyer — A garder le pot de brûler.) 

Ballet forhien. 

Vou ne veït que pots, que payles, que lupins. 

(On ne voyait que pots, que poêles, que marmites.) 

Chapelon, Entrée solenn., p. 142. 

J'ai dévalé cârc ein mouceau de mouton, pouo mette œu fond 
du tc/iupin. 

(Je suis descendue chercher un morceau de mouton pour mettre 

au fond du pot.) 

LiNOSsiER, AfoMssue P?'ogfrèa, p. 4. 

La couera d'in moton fa sevon se n'officie, 
Couaitze dans le tzeupin, san façon, san z'epicie. 

(La queue d'un mouton fait souvent son office, — Cuite dans le 

pot, sans façon, sans épices.) 

Savel, Mar. de Jean., p. 5. 

Rcprind ton vio graba, ton buffé de sapin, 
Et ton ancien dressou, ta trobla, ton tsipin. 

(Reprends ton vieux grabat, ton buffet de sapin, — Et ton ancien 
dressoir, ta table, ta marmite.) 

Une rue de Lyon porte encore le nom de rue Tupin. 
Une commune du département du Rhône s'appelle aussi 
Tupins , et Cochard doime pour origine de ce nom 
l'existence d'une poterie dans cette localité. 

- P. bressan : tepin. 

La Mayria Cula e son gaçon... 

Li portiron de Icu façon 

Ou plein tepin de bena sauça. 

(La Marie Cula et son garçon... — Lui portèrent de leur façon — 
Un plein pot de bonne sauce.) 

Noëls bressans, cdit. Le Duc, p, 70. 



^21 
• P. maçonnais : tepain. 

De tepain et de choderon. 

Noëls maçonnais, p. 46. 

Langued. et provenç. : toiipi, toupin. 

De taie vido, taie fin; de boiienno terro, bouon toupin. 

(De telle vie, telle fin ; de bonne terre, bon tupin.) 

La Bugado prouensalo. 

Roman et catalan : lopi. 
Ane. franc. : tupin, tuppin. 

Elle en mangea seize muids, deux bussars et six lupins. 

Rabelais, Gargantua, eh. iv. 

Basse latin. : « Tupina ; OUa terrea , vas terreum ; 
Gall. Pot de terrs, alias, tupin et tuppin ; unde tuppi- 
nier, eorum artifex vel mercator, et Tupinarium, ejus- 
modi vasorum congeries. » Gloss. Ducange. 



u 



URDl. F, s. m. Ustensile, meuble. 

Tou lous urdis que servent o menageou. 

(Tous les ustensiles qui servent au ménage.) 

Ant. Chapelon, Jnventoirou de Bobrun., p. 246. 

Un Inventaire en patois d'Annonay, cité dans les 
Annales d'Annonay par M. Louis Chomel . manuscrit 
du XVIIl'^ siècle, et reproduit dans \q?> Mémoires histo- 
riques sur Annonay et le haut Fivarais, par M. Poncer 
jeune, 1835, t. I, p. 38, a pour titre : 

Eventère de moy urdy et de las veyas de la maison. 

Basse latin. : « Urdilia, urdillia pro Utensilia, ve 
usibilia. » Gloss. Ducange. 



VAR. F. s. m. Rive, côté. 

On ne le trouve que dans certains noms de localité : 
Fa?^ (le Gi , Rive de Gier ; 

Et dans cette locution : En quavar, en cavar ; De 

quelque côté que. 

Eti quavar qu'au seye cura, 
Par son parouchin o m'orat. 

(De quelque côté qu'il soit curé, — Il m'aura pour son paroissien.) 

Ballet forcsien. 

En cavar que n'aillions trouvarons des amis. 

(De quelque côté que nous allions, nous trouverons des amis.) 

Chapelon, Requête^ p. 21 3. 

Il ne faut pas confondre cette locution avec le mot 
CAVORD rapporté ci-dessus. 

VARCHERI , vERCHEYRi ; verchère, verchière. l. et f. s. m. 
Terre cultivée, terre joignant la maison d'habitation ; 
verger. — Dot d'une fille, patrimoine. 

L'étymologie de ce mot, dans son sens primitif de 
Terre cultivée, est assez incertaine. Suivant quelques- 
uns il serait une variante de berqueria, Bergeiie, en basse 
latinité; suivant d'autres, une forme ancienne du fran- 
çais Verger. Cette dernière opinion se rapproche plus du 
sens que Verchère a généralement dans nos provinces: 
je ne la crois pourtant pas sûre, et je serais porté à 



424 

chercher dans les langues anciennes de la Gaule l'ori- 
gine d'un mot usité sur une grande partie du territoire 
français, et dont le sens primitif assez vague semble 
indiquer la longue existence. 

Le Gloss. de Ducange hésite entre les deux étymo- 
logies rappelées ci-dessus : au mot berbix, il indique 
berqiieria, et au mot vercheria , il les donne toutes 
deux. On y lit la citation de plusieurs textes de notre 
province : 

« Vercheria ssepe usurpatur pro quivis modo agri , 
eoque prgesertim qui aiendis ferveatus idoneus est... 
Charta hbertat. S. Germani in Foresio ann. 1229. Volu- 
mus quod qui habent vineas, hortos, vel vercherias 
inh^a terminos inferius expressos... Terrag. Belhjo- 
cense (Beaujeu) : Super quadam una vercheria conti- 
nente semen dimidise cupatse vel circa, sita in dicta 
parochia, loco dicto en la rerchière Baudier. Occurrit 
prseterea in actis capitul. Eccl. Lugd. ann. 1345. 
V. in Maceriis Insulse Barbarae. 

« Lugdunensibus Dumbensibus aliisque vicinis viri- 
darium seu agrum domi adjacentem sonat, vulgô ver- 
chière. Charta ann. 1412. Item Jehanne femme de 
Jehan Furcheron tient une autre terre ou verchière 
contiguë a ladite terre. » 

Un quartier de Rive-de-Gier s'appelle encore les 
f erchères. 

Cependant me falie traforo le Vai'c hères ', 

Ly vio toi pleins de geins que corrianl le charrères. 

(Cependant il me fallut traverser les Verchèics, — J'y vis beaucoup 
de gens qui couraient les rues ) 

RoQuiLLE, La Gorlanc/iia, p. 13. 



425 

C'est par extension que verchére a désigné dans nos 
campagnes le Champ qu'on donne en dot à une fille , 
puis toute espèce de Dot, et en général tout Patri- 
moine. 

E s'en alli codre dien in pais bien loin, onte al a migi tola sa 
\)ar chéri. 

'Il s'en alla courir dans un pays fort éloigné, où il dissipa tout 

son bien.) 

Parab. de l'Enfant prodigue en patois de Condricu, 

par COCHARD. 

Si ey ne s'accorde pas en bonna menageyri, 
Y ne pot qu'empourta l'ogment et sa varclœijri. 

(Si elle ne s'accorde pas en bonne ménagère, — Elle ne pourra 
emporter que l'augment et sa dot.) 

Jac. Chapelon, Testam. de Tourran, 

p. 274. 

Quoiqu'e seze sans un pia , 
La Marie e recherchia ; 
Voue qu'el' ora par varcheri , 
Una néri, 
Una granda néri. 

(Quoiqu'elle n'ait pas une guenille, — La Marie est recherchée en 

mariage ; — C'est qu'elle aura pour dot — Une bouteille de vin, 

— Une grande bouteille.) 

Chansons de Philippon, 1853, p. 7. 

— P. dauphinois. 

Mais vo ne voudria pas una poura bergeyri, 
Veyant que je n'ai pas per vo prou de vercheyri. 

(Mais vous ne voudriez pas épouser une pauvre bergère, — Voyant 
que je n'ai pas pour vous assez de dot.) 

Ptistor, de Janin, acte II, se. ii. 

Langued. et provenç. : verquieira, verchiero, 

La commaire Tonneto dis, 
Qu'auren aquest'an bonno fieiro ; 



426 

Que crey d'y gagna la verquieiro 
D'une fillo qu'a mandat. 

(La commère Toineltc dit — Que nous aurons cette année une 

bonne foire ; — Qu'elle espère y gagner la dot — D'une fille 

qu'elle a mariée.) 

Michel , L'Embarras de la foire de Beaucaire. 

Roman : verquieira, verchielra. 
Ane. franc. : verchière. 

A cause de la verchière ou dot dont la dite comtesse ou aultre 

pourroil faire poursuite. 

Titre de 1404, cité par Raynouard. 

Basse latin. : « />rc/jmr^, Allobrogibus Dos, fundus 
in dotem feminis concessus; Arverni superiores eadem 
notione valcheire, inferiores rhaucère dicunt... Bouche, 
Hist. Prov., monet nomine î;e?T/*e/'/œ Provincialibus si- 
gnificari Dotem mulieris. Unde colligitur eodem sensu 
acceptam fuisse in pluribus provinciis... P'erchière eo- 
dem sensu in Charta acquis. Comit. Valent, et Diens. 
ann. 1404... Hinc vercayrar pro dolare , in Gloss. 
Prov. Lat. ms. » 

VARÉ , vAREY, vARRAi. L. ct F. S. m. Bruit , tapage; embar- 
ras, trouble. 

Ah ! qu'est i donc tout ce tapage 

Que j'ai entendu dedclà ?. . . 

Faut pas faire ce varrai là. 

Les Canettes., p. 51 . 

Vo saides lo tormeint que je me sus donnô ; 
Vo saides lo varé qu'o m'a faliu menô. 

(Vous savez le tourment que je me suis donné, — Vous savez 

l'embarras qu'il m'a fallu mener.) 

RoQUiLLE, La Ménagerie, p. 15. 

Jamais o s'etsé fat in seimblahlo varé. 

(Jamais il ne s'était fait un semblable tapage.) 

Id., id., p. 21. 



427 

J'ay t'oui ne say quet 
Que feyzi grand varey. 

(J'ai entendu je ne sais quoi - Qui faisait grand tapage.) 

Chapelon, Noël I, p. 77. 
Sas tzu que vou me lasse 
De te vere brougie sur tout ce que se passe, 
De te mina la teta et prondrc mais d'emouais, 
A mena toun varé qu'a charchie de tra\ouais? 

(Sais-tu que cela me lasse, — De le voir t'inquictcr de tout ce qui 
se passe, — Te miner la tète, et prendre plus de souci à faire les 
embarras qu'à chercher du travail ?) 

Chans. de Puilippon, 1853, p. 69. 

Langued. et provenç. : varal, varai, varalh, varalio. 

A grand varai d'arpioun et d'alo. 

(Se démenant des griffes et des ailes.) 

Mireio^ ch. ii. 

Dis escalic de bois, sens mena de varai,, 
Davalo d'escoudoun. 

(Par l'escalier de bois, sans faire de bruit, — Elle descend en ca- 
chelte.) Id., ch. vni. 

Roman : harralh, barrei ; Trouble, bruit, querelle. 

V. BARREYI. 

VAS. L. et F. s. m. Tombeau, sépulcre. 

Davant la grand iglcizi au vo sa sepultura 
Dedins un vas qu'au l'a vis a vis de la cura. 

(Devant la grande église il veut sa sépulture, — Dans un lombeau 

qu'il a vis à vis de la cure.) 

Jac. CuAPELON, Testament, p. 274. 

J'ai lu dans plusieurs actes de se'pulture de Rive-de- 
Gier, de Saint-Chamond et de diverses paroisses du 
Beaujolais au siècle dernier la mention suivante : 

Inhumé dans l'église paroissiale de... et dans leva* de sa famille, 
dans le vas de ses ancélres — 



428 
Roman : vas. 

AU vases d'Aliscamps. 
Aqui se fey l'acamps. 

(Aux tombeaux d'Aliscamps, les Eliscaynps d'Arles, — Là se fit 
l'assemblée.) Vie de S. Honorât. 

Un capilulaire rapporté })arBaluze, t. 1, col. 293, et 
t. II, col. 1049, emploie vasa avec la même signifi- 
cation. 

Le Gloss. de Roquefort donne h vas, anc. franc , le 
sens de Chapelle, église, temple, cloître. Carpentier 
(V. Gloss. Ducange, y'^vasso) lui avait donné le même 
sens en indiquant une localité voisine de Clermont, ap- 
pelée le Fas-Sl-Ariem, et une autre, près de Saint- 
Marcellin en Daupliiné, appelée le Champ-du-Fas , où 
était une église dédiée a saint Marcellin et où Expilly 
dit qu'on se rendait en procession pour obtenir la pluie. 
Mais je crois que Carpentier s'est trompé. Ce n'est pas 
l'église élevée sur le tombeau du saint, mais le tom- 
beau lui-même , qui avait donné à ces localités le nom 
qu'elles portaient. 

Au surplus, le Gloss. de Ducange interprète aussi 
vas par « Sepulchrum subterraneum cameratum, sarco- 
phagus ex lapide vel marmore , quomodo Arverni et 
Lemovices etiaainunc vases dicunt. » 

On serait disposé a. regarder cette expression comme 
une extension du sens ordinaire du latin vas , Vase» 
vaisseau. Toutefois, Fauriel, Hisl. de la poésie proven- 
çale, t. I , p. 200, lui attribue une origine celtique. Il 
classe vas, Tombeau, parmi les mots qu'on i^etrouve 
avec le même sens et presque sans variantes de son 
dans le gallois et dans la partie originale et primitive du 
breton. 



429 

VA8SI0, vAcio. F. s. m. Vassal. Ce nom, auquel le langage 
du siècle dernier f. attaché le sens d'une subordination 
humiliante et odieuse, n'était pas pris aussi tragique- 
ment par nos pères. Avec son sens politique, il signi- 
fiait encore Soldat, guerrier, et par extension, Homme 
dans la force de l'âge , jeune homme, garçon, jeune 
galant. 

V parmenont lous yo 

Par appinchie de loin si cy verant lour voss/o. 

(Elles promènent leurs yeux — Pour guetter de loin si elles verront 

leur amoureux.) 

Ant. Chapelon, Caractcrou do h filles, p. 236. 

Courage donque, vacio, 
Nous aron chacun lou sio. 

(Courage donc, garçons, — Nous aurons chacun notre tour.) 

Ballet furésien. 

Aussi gai qu'un vassio quand au vint de fiancer. 

(Aussi gai qu'un jeune garçon qui vient de fiancer.) 

Chapelon, Entrée sol., p. 127. 

Le lingeyre vindrant 

Que ma fin vous rigoutarant ; 

Y vous vaut betta lestou 
Couma un vassio. 

(Les lingères viendront — Qui , ma foi , vous attifferont • — Elles 
vont vous rendre leste — Comme un jeune gaillard.) 

Id., Noël V, p. 90. 

Fassal , vassau avait aussi en roman le sens de 
Guerrier, homme déterminé et fort, et vassalalge, vas- 
selatge , celui de Courage , exploit , action d'éclat. 
(Raynouard). 

Basse latin.: « l asscdlus , Miles. Ut porro vasselage 
pro Animi magnitudine usurparunt nostri, ita et vas- 
saus Viros fortes appehabant. 



430 

Quant Jacob vint li sencscaus 
Qui mull estoit preus et vassaus. 

Hiiic vassaument, pro Fortiter, ut virum fortem decet. » 
Gloss. Ducange, v'' vassallus et vassiis. 

VÉ, vEz, VET, vAiT. L. et F. pré)) OS. Vers, chez, k. 

A s'afroumit vé in habitant. 

(Il se mit en service chez un habitant.) 

Parab. de l'Enfant prodigue en pat. de Saint-Symphorien- 

le-Château, par Cocuard. 

In jour ein bevanl pot vait Pierre Maneri. 

(Un jour en buvant pot chez Pierre Maneri.) 

RoQUiLLE, Les Ganduaises , p. 3. 

Dans le sens de Chez il se joint a chie dont il forme 
le complément : Fez chie met^ Chez moi; vez chie se; 
Chez soi, chez lui. 

Combien y at o de volets ve chi nots ! 

(Combien y a-t-il de serviteurs chez nous, dans la maison de moii'perc!) 
Parab. de l'Enfant prodigue en pat. de Saint-Symphoricn- 

le-Chàteau, par Cochard. 

Vait chie ine lo cura de régla se promène, 

Et choque ve qu'a vient, yon de mais qu'ai cinmene. 

(Chez moi le curé se promène régulièrement, — Et chaque fois qu'il 

vient, il emmène un mort de plus.) 

RoguiLLE, La Gorlanchia, p. 32. 

Vai ehisse le tra vouai ne sera pas de tâche. 

(Chez elle le travail ne sera pas régulier.) 

Savel, Mar. de Jean, p. 54. 

Chacun sen dezordre 
Lou seguit pas à pas jusqu'à dins son haustau, 
Autrameut vcz chie set, a parla couma au fau. 

(Chacun sans désordre — Le suivit pas à pas jusque dans sa demeure, 
— Autrement chez lui, pour parler comme il faut.) 

Chapelon, Entrée solen., p. 137. 



434 

Joint à un nom de ville, il a le sens de la préposi- 
tion à. 

Seguiront liou chamïn jusqu'à ve^ Var-de-Gi. 

(Ils suivirent leur chemin jusqu'à Rive-dc-Gier.) 

RoQuiLLE, Ballon d'essai, p. 24. 

Te sa que ve San-Chamoue 
Ou gnia guère que te que j'etzimoue et que j'amoue. 

(Tu sais qu'à Saint-Chamond — 11 n'y a guère que toi que j'estime 

et que j'aime.) 

Savel, Mar. de Jean, p. 14. 

Lous effans de vez Sant-Etiève. 

(Les enfants de Saint-Etienne.) 

Chapelon. 

Dis donc, Thomas, 
Sais tu que ve la ville 

L'y a-de menas 
Que ne badinoun pas. 

(Dis-donc, Thomas, — Sais-tu qu'à la ville — Il y a des gaillards — 
Qui ne plaisantent pas.) 

Chans. en pat. de Montbrison sur la garde nationale, 

par ViAL. 

On trouve les mêmes locutions dans les patois voi- 
sins. 

— P. dauphinois. 

E ne volo point vcy de monsieu ver chie no. 

(Et je ne veux point voir de monsieur chez nous, dans ma maison.) 

Pastor. de Janin, acte III, se. i. 

— P. savoyard. 

Et si a bin le armoirie 
De cella de ver chie no. 

(Il y a bien les armoiries — Semblables à celles de chez nous, de 

7iolrepays.j 

Farsa de Touannou dou Trou. 



4:v2 



— P. bugiste. 



D'on venie vo ? 

No venian de var chi no. 

Noël de Belley^ cdil. Le Duc, p. 129. 

— P. bourguignon. 

Ve che no j'ai tojor vu parre 
Mignarve po le mo de garre. 

(Chez nous j'ai toujours vu prendre — Minerve pour le mot de 

guerre.) 

VirgiUe virai, eh. il. 

Devai. On dit aussi (levai, dans le même sens : 

Touta sa paronteia e venua devai malchin. 

(Toute sa parenté est venue ce matin.) 

Remou et Baroueni, p. 20. 

Ji me souvontaré tant que ji viœurc 

Dœu vin que n'avon beu kai memou devaissé. 

(Je me souviendrai tant que je vivrai — Du vin que nous avons bu 

ce même soir. 

Id., p. 8. 

— P. bourguignon. 

Qu'a ce qu'on dit devè che vo ? 

(Qu'est-ce qu'on dit chez vous ?) 

VirgiUe virai, ch. n. 

Je lis dans le Vocabulaire du Haut-Maine, p. 174 : 
« Devers : Etre devers quelqu'un , c'est Demeurer sur 
les terres ou dans la maison de cette personne. » 

VÉ, VEY. L. et F. s. f. Fois, alternative. 

En tal roanieri et quanles veis comme leur semblera bon. 

(De telle manière et autant de fois qu'il leur semblera bon.) 

Procès-verbal de l'élection des consuls de Lyon en 1352 , 
Notes pour servir à Vliist. de Lyon^de M. Pêricaud aine , 



433 

Trenta vès plus bulianl que lo jus de la cuva. 

(Trente fois plus bouillant que le jus de la cuve.) 

RoQi'iLLE, Lo Pereyoux, |>. 12. 

Ey se trouvet prey 
Par una bonna vey. 

(Il se trouva pris — Par une bonne fois.) 

Chapelon, Noël IX, p. 98. 

Si toujoue Caramontrant 
A fat maria tant de filles, 
Voué que toutes sount gentilles 
Una vé qu'é sount au brand. 

(Si toujours Carnaval a fait niarici'tant de filles, — C'est que toutes 
sont gentilles — Une fois qu'elles sont à la danse.) 

Chans. de Puilippon, 1853, p. 49. 

C'est un mot usité sous des formes un peu diffé- 
rentes dans tous les patois néo latins. 

- P. savoyard. 

Depoi que ne sy ay ita. 
On a ja trei vai maissonoa. 

(Depuis que je ne suis venu ici, — On a déjà moissonné trois fois. ) 

Farsa de Touannou dou Trou. 

Provenç. et langued. : vêts, ves, fes, vech. 
Roman : vetz. 

Catalan et portugais : vez, — Italien et latin : vice. 
Ancien franc. : fiede, feiz, feie, feez. 

Tierce fiede Deu Samuel apela , et tierce feiz à Hély Samuel re- 
turna. 

(Pour la troisième fois Dieu appela Samuel, et pour la troisième 
fois Samuel alla vers Héli.) 

Les IV livres des Rois, liv. I, ch. m. 

V. aussi G. Fallot, Recherc. sur la lang. Ii^ançaise, 
p. 152 et 541. 

28 



434 

A LA VK. Express, adverb. A la fois, en même temps. 

Tct s'clancc a la vé. 

(Tout s'élance à la fois.) 

RoQuiLLE, Breyou, p. 26. 

AuTREVEi. adv. Autrefois. 

Aatrevei lous ouvriers tenant des ourdinairou 
Onte on fczit souvent chiera de commissairou. 

(Autrefois les ouvriers tenaient des ordinaires — Oîi l'on faisait 
souvent chère de commissaires.) 

Chapelon, La Misera, p. 191. 

Ji souais d'ami avouai l'ami de tous loz amis dos plus forts répu- 
blicains de les autres veys. 

Chans. de Philippon, 1853, p. 62. 

Adzo la vielly meta 
Onte lez autres vé j'allove gorlanchi. 

(.\dieu la vieille ruelle — Où j'allais autrefois polissonner.) 

RoQuiLLE, Ballon d'essai, p. 9. 

Devey, devays. adv. Parfois, des fois. 

M'habillave devey avouai una farbella. 

(Elle m'habillait parfois avec une guenille.) 

Jac. Chapelon, Educ. dos effans, 
p. 264. 

Chossis tous los cancans et cellos coups de groin 
Qu'est la sorça dont vient de vays de coups de poing. 

(Chassez tous les cancans et ces coups de bec — Qui sont la source 
d'où sortent parfois les coups de poing.) 

Hymna à la Concorda, p. 28. 

Quant de vey. Combien de fois. 

Et quant de vey ai jou demoura de goûta ! 

(Et combien de fois suis-je resté sans dîner ! ) 

Jac. Chapelon, Educ. doseffani, 
p. 265. 



433 

Ey leveriant quela Ichala, la rabeysseriant quant de verjs et de 
veys et chaqua vetj voucrc de plus bai on plus bai. 

(Ils levèrent cette toile, ils Ja'^baissèrent combien de fois et de fois, 
et chaque fois c'était de plus beau en plus beau.) 

LiNOSsiER, Un Boucher au festival, p. 3. 

Roman : 

Ai quantes vetz plor 1' dia ! 

(Hélas! combien de fois je pleure le jour !) 

Citât. deRaynouard. 

QuAUQUEVEY, QuoQUEvÉ. ttdv. Quelqucfois. 

La pluma quauque vey s'accorde avouai l'épéa. 

(La plume quelquefois s'accorde avec l'épée.) 

Chapelon, Entrée solenn., p. 125. 

Un ami qui qiioque vès 
Me baille de bouns counsés. 
Un joue venit me chanta : 
Vou faut te maria. 

(Un ami qui quelquefois — Me donne de bons conseils, — Un jour 
vint me chanter : — Il faut te marier.) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 1. 

vaut mieux m'eintorno ; 
Je porins quoqui ve recioure ma pino, 

(Il vaut mieux m'en retourner, — Je pourrais peut-être recevoir 
ma peignée.) Roquille, La Gorlanckia, p. 32. 

— P. savoyard. 

Ere quaque vey bin batonna. 

(Etre parfois bien bâtonné.) 

Farsa de Touannou dou Trou. 

VEGT, VET. L. et F, adj. num. Huit. 

Denipcu sept ou vet ans. 

(Depuis sept ou huit ans.) 

Chapelon, ha Misera, p. 197. 



436 

Yl" crinnl bien vccl vingt cl benlo davanlagcou. 

(Ils étaient bien huit vingt, c. a. d. cent soUante, et peut-être da- 
vantage.) 

Id., Entrée solen., p. 133. 

De çont vet citouycns o portavc una lista. 

(De cent huit citoyens il portait une liste.) 

Poëme SU1' le 9 t/ierm. 

Fe/ jambe bien bitorse et quatre graossc bouosse. 

(Huit jambes bien tordues et quatre grosses bosses.) 

Savel, Mar. de Jean, p. 51. 

Combien y a to de rangs a pou près ? Vet oti non ? 

(Combien y a-t-il de rangs à peu près ? huit ou neuf?) 

RoQCiLLE, Ballon d'essai, p. 48. 

Provenç. : Fuech, huech. 

Roman : Ueit. 

C'est le laiin octo prononcé avec une aspiration. 

Vettiemou. l. et f. adj. num. Huitième. 

Loii vettiemou ÇioTcy , jour de noutra fareypi. 

(Le huit février, jour de notre fête.) 

Chapelon, Entrée solen., p. 124. 

Provenç. : vuechieme, huchieme. 

Basse latin. : « Pehenum; Octava pars; Gall. Hui- 
tième , a vulgari vech, pro Huit, Octo. Charta massi- 
liensis ann. 1522: Solvere lenerduv vehenum , sive 
Octavam partem averium et animalium. » Gloss. Du- 
cange. 

VEXDRO. L. VENDRou. F. S. vi. Vendredi. 

Tes los vendros et los atros jours. 

Procès-verbal de l'élection des consuls de Lyon 

de 1352. 

Je leissarin passa careima, quatrou tion, 



437 

Vijaly, vendrou , sandou, en me donnant bon tien. 

(Je laisserais passer carême, quatre-temps , — Vigiles, vendredi . 
samedi, en me donnant bon temps.) 

Chapelo.n, Lu Cdveyma, p. 189. 

Larigued. et provenç. : vendres, vendre. 
Roman : vendre, venre. 
Espagnol : viernès. 

V. DILUN. 

VEIA, VEYÀ. F. S. /. Chose, objet; affaire, ouvrage; embar- 
ras, tracas. 

Que sier tou de se trazeyrie? 
Vou né que charchie de veyie, 
Et se revondre din la bena 
De calamitat et de pcna. 

(A quoi sert de se tourmenter ? — Ce n'est que chercher des soucis 
— Et se rouler dans une benne — De calamités et de peines.) 

Ballet forésien. 

Que sau jou mai ? j'ai prou d'autre veyie. 
Que laissou equi par ne pas m'essourlie. 

(Que sais-je encore? j'ai assez d'autres objets — Que j'omets ici 
pour ne pas m'embarrasser.) 

Ant. Chapelon, Inventoirou de Bobrun, 

p. 249. 

La meyson n'ey jamais ni propra, ni couevia : 
Faut que l'hommou a la fin fazeize la veya. 

(La maison n'est jamais ni propre, ni balayée ; — Il faut que le mari 
finisse par faire l'ouvrage.) 

Id., Caracterou de le filles, 
p. 237. 

Tout ère propramen en habits, en livrées, .... 

En plumets, en galons, en lingeou, en biaux boudrie, 

En charmants ceinturons, et niilla autra ve'ic. 

Chapelon, Entrée soleu., p. 127. 



438 

Lou maître chirurgien lay son pas scn veya ; 

Vou n'y a toujours quaucun que demore estroupia. 

(Les maîtres chirurgiens ne sont pas là sans ouvrage . . . . ) 

Id., p. 119. 

Djite doun, l'ami, demanda vous koka veya ? 

(Dites donc, l'ami, demandez-vous quelque chose?} 

Remou et Caroueni, p. 4. 

N'on vequia un que sa faire sa veya. 

(En voilà un qui sait faire son ouvrage.) 

Id., p. 5. 

De z efans kc van coumoncie, 
Zo save couma me, lîo fao tan de veie. 

(Des enfants qui vont commencer, qui vont se mettre en ménage ! — 
Vous le savez comme moi, il faut tant d'objets.) 

Id., p. 15. 

Jean trove Luise a soun goût, 
Memou sans roba de seya ; 
Voué vray qu'e n'a pas grand veya. 
Mais soun Jean zo zora tout. 

( . . . . Il est viai qu'elle n'a pas grand chose en dot . . . . ) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 50. 

Comma va lou courageou, et comma va la veya ? 
— La sanda marche prou, mais tochou pas la seya. 

(Comment va le courage, et comment va l'ouvrage ? — La santé 
marche assez bien, mais je ne touche pas la soie.) 

Id , p. 72. 

L'état ne vao plus rien ; 
Vouait à dou liards le pot, par fabrica la veia. 

L'état ne vaut plus rien ; — C'est à deux liards le pot pour fabri- 
quer l'ouvrage.) Savel, Mar. de Jean, p. 3. 

Un Inventaire en patois d'Annonay qui paraît du 
XVIIl^ siècle et qui est reproduit dans les Mémoires 
historiques sur Annonay , par M. A. Poncer jeune , 



439 

1835, t. I, p. 38, a pour titre : Evenlère de moy vrcly 
et de las veyas de la maison. 

Je ne trouve pas d'analogue dans les autres dialectes 
des provinces voisines. En anc. français je ne trouve 
que veie, Vie, du latin vita , et veie, Voie, chemin, du 
latin via. C'est h ce dernier mot que je suis disposé à 
rapporter notre patois veia. Veie, via a pu , en pre- 
nant une signification plus étendue, devenir synonyme 
d'Entreprise , ouvrage , affaire , et enfin de Chose , 
objet. Je vois déjà ce commencement d'extension dans 
plusieurs textes d'anc. français, et notamment dans ce 
passage de la Traduction des IF livres des rois : 

Deus mis pères me tint en sa possessiura, cume sun fiz, al cu- 

mencement de ses veies et de ses ovres. 

Liv. I, p. 4. 

VEZON. L. et F. s. m. Ver de terre. 

Voueyt un pouezon 
Que put de loin couma un vezon. 

(C'est un poison — Qui pue de loin comme un ver de terre.) 

Chapelonj Chanson, p. 153. 

11 est aussi usité en Lyonnais. 
VI ALI; plur. vialle, viaille. f. s. f. Visage , joue. 

Mon pare la tapet, il y saute au chavio, 
Y l'engraunie a la viali, et s'ensauve defô. 

(Mon père la frappa; elle lui saute aux cheveux, — L'égratignc au 

visage et s'enfuit dehors.) 

Jac. Chapelon, Educ. dos effans, 

p. 264. 

Blonda couma un fil d'or, le douey vialles vermeilles. 

(Blonde comme un fil d'or, les deux joues vermeilles.) 

Ant. Chapelon, Caract. de le filles^ 

p. 235. 



440 

Le viailles de le bargereltcs 
Semblent la rosa do jardin. 

'Xes joues des petites bergères. . .) 

Chapelox, Chanson, p. 1"0. 

Je fretlio tout mon so me viailles d'una pana. 

(Je frottai de toutes mes forces mes joues avec un linge.) 

Id,, Requetu, p. 205. 

— P. dauphinois. 

Veiqui perque de mon mouchou 
Je me pano souvent le viathe. 

(Voilà pourquoi de mon mouchoir— Je m'essuie souvent les joues.) 

La vieille Lavandière, p. 57. 

Ane. français : viaire, viarie ; Face, visage. 

Cumc ço oïd Helyes de sun afublail cuverid sun viarie. (Quod 
cum audisset Helyas operuit Miltum suum pallio.) 

Les IV livres des Rois, liv. III. ch. xix, p. 321. 

Basse latin. : <.^ Fiarium. >'ostri viaire et vièrc, pro 
Visage, Vultus dixerunt. Litt. remiss. ann. 1.401. Icellui 
Toustain regarda par plusieurs fois ledit Maillot et lui 
fut advis qu'il ressembloit bien de viaire a icellui Caron, 
son cousin. » Gloss. Ducange. 

VIORE, vioLRE, vioEURE. L. et F. V. il. Vivre. 

Viore ceux et meri miserablou. 

(Vivre gueux et mourir misérable.) 

Ant. Chapelon, Bobrun, p. 251. 

Vouey tion de viore en pai. 

(11 est temps de vivre en paix.) 

Chapelon, Requeta, p. 213. 

Te fodri viore de regret 
Et faire penilonci. 

(Il le faudrait vivre de privations — Et faire pénitence.) 

Chans. de Philippo.n. 1853, p. 9. 



441 

Et vou fa mechon viœure kan voua rai de z ecus. 

(Et il fait mauvais vivre quand on n'a point d'argen!.) 

Remou et Baroueni. p. 6. 

Langued. et provenç. : vioure. 

Roman : viure, vieure. 

Catalan : viurer. 

Italien et latin : vivere. — V. l'observation faite au 

mot FIORA. 

La forme irrëgulière qui a donné en français le pré- 
térit je vécus , l'imparfait du subjonctif que je vécussr, 
et le participe vécu, a donné beaucoup d'autres dési- 
nences en patois. Ainsi je trouve : 

Pico ; ind. prés. , je vis. 

Et choque jour je vico satisfat, 

Quand in ouvri travaille et fat bombanci. 

(Et chaque jour je vis satisfait, — Quand un ouvrier travaille et fait 

bombance.) 

RoQuiLLE, ho Pereyoux, p. 6. 

Fiquons ; nous vivons. 

Dempeu set ou vet mcy nous viquons tous enbaiti. 

Depuis sept ou huit mois nous vivons tous comme des bêtes.) 

Chapelon, Avis, p. 2t0. 

Viquede; vous vivez. 

Mais par vous que viquede autramen. 

(Mais pour vous qui vivez autrement.) 

Id., Mi de moi, p. 149. 

/^iquont , viquount ; ils vivent. 

Tous lou loups que viquount sus lou morts. 

Ant. Chapelon. Bob7'un, p. 249. 

Quand vou n'on vé que menount ina mechanta viat. . 
Que n'ant gin de conscionci, viquount son religion. 

Pvëme sur le 9 thermidor. 



M 2 
fiquin; imparf. Je vivais ; viquiant ; ils vivaient. 

Si je viquin avouai mou milla francs, 
J'orin de quet me gala qiiaiiqvious ans. 

(Si je vivais avec mes m.ille francs , — J'aurais de quoi mcuei 
joyeuse vie pendant quelques années.) 

Ânt. Chapelon, Bobrufi, p. 249. 

Y viquiant de lour rente. 

(Ils vivaient de leurs rentes.) 

Chapelon, Noël VII. p. 93. 

fi que, impérat. Vive. 

Vique donque le z amourette, 
Vique le fene et le tillettc... 
Vique qu'autramen iiou pot viorc. 

Ballet forésien. 

Ficant ; part. prés. Vivant. 

Los fifros sont i'(canf5, témoins noutra musiqua. 

Hymna à la Concorda, p. 24. 

riore est aussi employé substantivement; le Vivre, 
la vie. 

Tant de mauvaises lingues et tant de gens de eampagni qu'ant adu 
lou cher viore. 

(Tant de mauvaises langues et tant de gens de campagne qui ont 

amené la cherté de la vie.) 

Chans. de Boyron, Pref.. p. 9. 

VÎOULET. L. S. m. Petit chemin, sentier. 

T'os dit de veritais, je ne t'en blomo pos, 
Mais dcns celos vioxdets faut reteni son pos. 

(Tu as dit des vérités, je ne t'en blâme pas: — Mais dan^ ces sen- 
tiers étroits il faut aller doucement.) 

Hymna à la Concorda, p. 22. 

— P. dauphinois. 

Per un violet ou gnat piera ni crotta. 



443 

E me fau retourna du coutié de ma crotta. 

rPar un petit chemin où il n'y a ni pierre ni crotte — Il me faut re- 
tourner du côté de ma grotte.) 

Pastor. de Janiu, prol, 

Ane. fraiiç.: violet; Petit chemin, sentier, petite voie 
Roquefort). 

Basse latin.: « fiola; Angustior cailis, semita; voyette. 
— /^ïo/ms; Angustior cailis, semita, quasi minorvia; vulgô, 
violi Sentier. — P'iolelum, violetu.^, diminut. a violus, 
eodem intellectu... Terrarium Bellijocense ; Juxta viole- 
tum tendens ab ecclesia Sancti-Mamerti ad mansum de 
la Cortablize. » Gloss. Ducange. On y trouve en outre, 
aux mots sus-indiquës , plusieurs exemples tirés de 
titres relatifs à la Bombes et au Dauphiné. 

VIRIE, viRi, viRo, VIRA. L. ct F. V. tt. ct u. H. Tounicr, se re- ■ 
tourner, revenir. 

Tu nou vau qu'a virie Tatou. 

(Tu n'es bon qu'à tourner la broche.) 

Ballet forésxen. 

Je me virio do là de la muralli. 

(Je me tournai du côté de la muraille.) 

Ant. Chapelon, Bobrun, p. 241. 

Le gens se chauchont tant qu'o se pot pas virie. 

;Lcs gens se foulent tant qu'on ne peut pas se tourner.) 

Chapelox, Entrée solenn.^ p. 123. 

In echaley virant. 

(Un escalier tournant,; 

LiNossiER, r?} boucher^ p. 4. 

Quand do combat 
Y tournarant vira. 

(Quand ils reviendront du combat.) 

Cbans. en patois de Montbrison. 



444 

Cependant ou ne faut viri de quoque la. 

(Cependant il nous faut nous retourner de quelque côlé.) 

Savel, Mar. de Jean, p. 3. 

Tôt vire dou bon lô par l'arrondzissimeint. 

(Tout tourne du bon côté pour l'arrondissement.) 

' RoQuiLLE, Lo Députa manquo. p. 25. 

Lesquelz cinq moulins quand ils seront rendus viransci moulans. 
Formulav^e fort récréatif de tous contracts. 

— P. bressan : verié, veré. 

On avé quosi prau pinne 
De verié, de se torno. 

(On avait presque peine à. . .) 

Noëls bressans, édit. Le Duc, p. 32. 

Ze si bena l'evar per veré lo rôti. 

(Je suis bonne l'hiver à tourner le rôti.) 

Margueta, p. 3. 

— P. bugiste. 

Pouais se vriant vé le bon Die. 

Fables du P. Froment, p. 69. 

— P. dauphinois : viri. 

Je viro comme un sou qu'on jette a croi ou pile. 

Pastor. de Jatiin, acte IV, se. i. 

— P. bourguignon. 

Si to vire ansin contre no. 

Virgille virai, eh. I. 

Langued. etprovenç.: vira, hira. 

Roman : virar^ girar, ) 

Catalan : girar. — Espagnol et portugais : virar. — 
Italien : girare. — Latin : gijrare. 

Ane. franc.: virer, que le Dict. de l'Académie a con- 
servé comme familier et qui se retrouve dans divers 
composés, par exemple dans virebrequin. 



445 

Basse latin.: « Firare; Virer, nostris idem soriat quod 
Girare. Vertere deorsum, sursum... et Abigere, nunc 
Chasser. Litt. remiss. 1452. Jehan Brosse dist a la femme 
du suppliant qu'il iroit bien virer icelles vaches de son 
pré. » Gloss. Ducange. 

ViRiA, viRiÂT. L. et F. s. f. Tour, détour. 

Par faire una viria lamou ou vez l'enfer. 

(Pour aller faire un tour auCiei ou en enfer.) 

Chapelon, La Misera, p. 202. 

Il signifie aussi un Coup qui fait tourner quelqu'un, 
qui le renverse. 

N'as-tu rien pou d'una vb'iat 
Qui te tombeise a la renversi? 

(N'as-tu pas peur. . .?) 

La Bernarda buyandiri, p. 11. 

ViRou. L. S. m. Tourneur, celui qui fait tourner. 

Darrerrimeint in virou de mancfes 
Ou coin dou pont relevant se frisetes, 
Fesié ciri le bottes de Monchand, 
A cou certain que biganche en marchant. 

(Dernièrement un tourneur de manivelles, — Au coin du pont rele- 
vant ses cheveux frisés, — Faisait cirer les bottes de Monchand — 
A cet individu qui boîte en marchant.) 

RoQuiLLE, Lo Pereyoux, p. 5. 

Keviri, revirie. L. et f. v, a. et v. n. Retourner, revenir. 

Par nous i^evirie noutre saques. 

(Pour nous retourner nos poches.) 

Chapelon, Requête, p. 215. 

Dons malheroux fuyords la cohorta tsimida 
Contre loz assaliants ose reviri brida. 

RoQuiLLE, Breyou, p. 43. 

Langued. etprovenç.: revira. 



446 

Roman : rovirar, regirar. 

Ane. franc.: revirer, conservé par le Dict. de l'Acad. 
comme familier. 

VIRONDA, viRONDo, AvmONDo. L. et f. v. a. Environner, par- 
courir ; et V. n., Faire un tour, se promener. 

Durant quatrou ou cinq jours vou lou feizi bai veyre 
Sus lou son dos obois, vironda le charreyre. 

(Durant quatre ou cinq jours il faisait beau les voir — Au son des 

hautbois parcourir les rues.) 

Chapelon, Entrée solenn. p. 141, 

Quand j'arai r «rondo jusqu'à la grand charreri. 

(Quand j'aurai fait un tour jusqu'à la grand'rue.) 

RoQciLLE, La Gorlanchia, p. 5. 

Chocun jite in coup d'oeil su son chor éclatant, 
Quavironde Teindre, pu s'arrête ou mitant. 

(Cbacun jette un coup-d'œil sur son char éclatant — Qui fait le tour 

du village et s'arrête au milieu.) 

Id., Lo deputo manquo, p. 17. 

ViRONDo, viRONDÂis. L. S, f. Tour, promenadc. 

Voure je porins bin jusqu'à vait la barreri 
Faire ina virondo. 

(Maintenant je pourrais bien jusqu'à la barrière — Faire un tour.) 

RoQUiLLE, La Gorla7ichia, p. 6. 
Champenois. . . 

Magré se virondais outour dou Grand Tarré 
N'adzu rien de noviau. 

(Champenois. . . — Malgré ses promenades autour du Grand Terrier, 

— N'apporte rien de nouveau.; 

Id., LoPereyoux,^. 15. 

Roman et provenç.: vironar. 

Ane. franc.: vironner, avironner. Le Gloss. de Du- 
cange, v'^ avirunalus et virare, cite les textes suivants : 
« Par grant ardour et par grant estude ele (sainte Paule) 



447 

« avironnoil toz les lieus de Jésus -Christ, lie des 

« Saints, ms. de Saint- Victor. — Icelui Maillon toujours 

« oouroit et suivoit de près le suppliant. . . et vironnèrenl 

« tout autour d'une maison. Litt. remiss. ann. 1465. » 

VOGUA, VOGUE. L. et f. s. /. Fête populaire, el spécialemenl 
la fête patronale d'un village. 

Bien qu'ey nous reprouchiant que nous seyons le vogue. 

(Bien qu'ils nous reprochent de suivre les vogues.) ' 

Chapelon, Entrée solenn., p. 117. 

JEu marchi, a la vogua, a la feri. 

(Au marché, à la vogue, à la foire.) 

Rcmou et Baroueni, p. 4.' 

Fogue est aussi très-usité en Lyonnais et a été donné 
par M. Breghot du Lut, Met., t. I, p. 229. 

En Languedoc et en Limousin, la fête patronale s'ap- 
pelle voto, vola, vol, parce qu'elle est le plus souvent 
l'occasion d'un vœu ou d'un pèlerinage des villages voi- 
sins. C'est la Fétymologie la plus probable de notre mot. 
Elle a été adoptée par M. Breghot du Lut. 

Fogue et vœu sont regardés comme synonymes par 
le Dict. des expressions vicieuses des hautes Alpes, où 
je lis : « Fogue ou vœu ne peuvent se dire pour Fête 
communale ; dites : Fête locale ou patronale. » 

A Fribourg, en Suisse, on appelle les fêtes de village 
une dédicace. 

VOIR. L. adv. Véritablement. Il est employé le plus sou- 
vent comme explétif et pour adoucir les formules qui 
paraîtraient trop impérieuses. 

Compare voir un peu. . . 

Première lettre à mon cousin Greppo. 



448 

Explique nous donc voir. . . 

Les Canettes, p. 37. 

Le peuple de Lyon dit fréquemment Ecoutez voir, 
donnez-moi voir ce couteau , arrive voir ici , voyons 
voir comment va celle a/faire, etc. 

Sur quoi Molard, 1803, a dit pédantesquement i^Foir: 
voyons voir. Ce pléonasme est absurde ; le premier de 
ces deux mots suffit. » 

M. Bregliot du Lut, 3IéL, t. Il, p. 145, a remarqué 
avec beaucoup plus de sagesse que, dans toutes ces 
locutions , Foir n'est autre que l'ancienne particule 
française voire, tirée du latin verum, qui a été conser- 
vée par le Diction, de l'Acad. comme encore usitée 
dans quelques phrases du langage familier. 

Foir, voire, voirrc, voirs était d'un usage fréquent 
en anc. français. Substantif, il signifiait Vérité; adjectif, 
il avait le sens de Vrai, sûr, certain ; et adverbe, il était 
employé pour Oui, vraiment, certainement. — V. Ro- 
quefort et la partie française du GIoss. de Ducange. 

VOULOU. F. s. m. Faucille de moissonneur. 

Si n'ere rai d'ilio, lou porou meyssounie 
Quiltariant lour voulou par changie de mcylie. 

(S'il n'y avait point d'été, les pauvres moissonneurs — Quitteraient 
leur faucille et changeraient de métier.) 

Chapelon, a m. de St-Priest, p. 116. 

— P. bugiste. 

Fay que volmi et serpa 
Se possin afifana. 

(Fais que faucille et serpe — Se puissent louer, c'est-à-dire, Fats 
que les moissonneurs puissent trouver de V ouvrage.) 

Noël de Vaux, Le Duc, p. 119. 



449 

Langued. et provenç. : voulan, oulamé. 

Es drech coumo un oiilamê. 

(Il est droit comme une faucille, c est-à-dire, il est tortu.) 

La Bugado frouensalo. 

Y nieissounic digo de traire 
Li voulame, 

(Aux moissonneurs dis de jeter — Les faucilles.) 

Mircio, ch. ix. 

Le Gloss. de Roquefort a volahie, volant, voulant, 
voulain et voulge; Serpe, faucille. 

Basse latinité : « P'olana ; Gall. volaine, volant, vou- 
lant; Falcis species, vulgô, Serpe , idem quod Goia... 
Litt. remiss. 1452 : Qu'elle venist faire ce qu'il faisoit, 
qui esloit esguiser une serpe appelée vo/ame... Tenant 
en sa main un voulant autrement dit Goyart... Follain 
ou petite serpe in aliis Litt. 1453... Fo liant in aliis 
1476... In aliis ejusd. anni : Une serpe emmanchée, 
appelée in commun langaige volant. » 

Comme tous les mots de cette espèce, volant désigne, 
dans les diverses provinces où le mot est employé, des 
instruments réellement assez différenls en la forme , 
mais servant a un même usage. 

VouLEN. F. s. m. Foulen a-t-il le même sens de Serpe 
ou faucille dans le passage suivant d'Ant. Chapelon ? 

Je legou à tous tant huissier que surgen 

Dix mille cot de barre ou de voulen. 

Bobrun, p. 250. 

On trouve au Gloss. de Ducange un texte où volant 
est pris pour Bâton ferré. « Litt. remiss. 1441. Loys 
Bonneau ayant un baston ferré , appelé volant. » Et c'> 
pourrait bien être un coup de bâton plutôt qu'un coup 
de serpe que Bobrun destine k ses légataires. 

29 



450 
VOURK. L. adv. A présent, maintenant. 

Slais voure o vot rinsi, i pont plus liii doniio. 

(Mais à présent c^ost riiioo, ils ne peuvent plus rien donner ) 

UoQUiLLE, Ballon d'essai, p. 6. 

Néanmoins lo carosse approche dou rivajo 

Et rien n'a jusqu'à voure cintravo son passajo. 

Id., Lo deputo manquo, p. 16 

— P. bi^essan : vorandra, vonrhidra. 

Ye vorandra lo zor qu'ena Vierze anfanlovc 
On polict Ray. 

(C'est aujourd'hui le jour on une V^ierge — A mis au monde un 
petit Roi.) ha Bolin aveugla., p. 5. 

— P. bugiste : voré. 

Ah ? m'y vclia donc tore. 

Fables du P. Froment, p. 89. 

Poure n'est autre qu'une prononciation aspirée de 
ORE, Maintenant. Y. ce mot. 

VOUYANCIER , voy.\ncie. l. et f. v. a. Vider, metti^e à 
vide, évacuer. 

J'ai veu venir lou gabclier 
Que lou vant venir jogier, 
Que me lou vaut vouyancier. 

(J'ai vu venir les agents de la gabelle — Qui vont venir le jauger, 
mon tonyieau, — Qui vont me le mettre à vide.) 

Chapelon, Chanson, p. 158. 

On attendant le bai tzoms, 
Dzins l'hivai de Izons on tzons, 
Voxiyançouns vez la fouyeri 
Una ncri. 

(En attendant le beau temps, — Dans l'hiver, de temps en temps, 
— Mettons à sec, au coin du feu, — Une bouteille.) 

Chans. de PHii.irPON, 1842, p. 15. 



451 

Vo que saidcs si bien voyanci le roquillcs 

(Vous qui savez si bien vider les petits verres.) 

RoQLii.i-E, Discours, 1858, p. 7. 

— P. dauphinois : voyanta. 

U pensarat plustout a l'amour qu'a la cliassi, 
Et mi a voyanta ce qu'et dcdin ma biassi. 

(Il pensera plutôt à l'amour qu'à la chasse; — Moi, je penserai à 
vider ce qu'il y a dans ma besace.) 

Pastor. de Janvi^ act. I, se. n. 

Roman et provenç. : vouyar^ voiar^ voimisar. 

De caval faire voiansa. 

(Vider les arçons.) 

Citât, de Raynoiiard. 

Latin : vacuare. 
VouYANT. F. adj. Vide. 

Que de gueux la semana 
Travaillount on riant. 
Quand lio paura bazanna 
Cache un vontrou vouyant. 

(Que de gueux la semains — Travaillent en riant — Quand leur 
pauvre basane cache un ventre vide.) 

Chans. de Philippon, 1853, p. 23. 



VTEIRI, YTERi. s. f. Bière, cercueil. 

Quand je veïns de gens que ne croyant pas cheyre 
Et qu'criant din sey jours couchits sur lez yteire. 

(Quand je voyais des gens qui ne pensaient pas succomber, — El 
qui étaient en six jours couchés dans un cercueil. 

Chapelon, La Misera, p. 201. 

Je crois que le sens est le même dtms cette expres- 
sion du Ballet forésien : 

Tan que sur Vyteri. 

Ce mot me paraît une altération de Ulheria, usité' en 
basse latin., et que je trouve ainsi expliqué au Gloss. 
de Ducange : « Litheria; Feretrum quo defuncli cada- 
ver effertur... Form. ms. Recipientes corpus sive ca- 
daver dicti defuncti ipsum in quadam litheria fustea ad 
domum dicti domini vicarii cum furore maximo depor- 
laverunt. » Leclica, lect.eria^ leteira, litera paraissent 
avoir eu aussi en basse latin, ce sens spécial de Cer- 
cueil avec le sens plus général de litière, 

11 en est de même de litera, eu espagnol , liteira en 
portugais, et llitera en catalan. 

On a vu ci-dessus par plusieurs exemples que pour 
certains mots le peuple est arrivé a joindre l'article au 
substantif, de manière a ne former qu'un seul tout, de- 
vant lequel il a fallu mettre un nouvel article. C'est ainsi 



453 

qu'en français on dit le lendemain après avoir dit plus 
exactement lendemain: le loriot, le lierre^ après loriot, 
lierre, etc. C'est ainsi qu'en patois on dit Vamat, le 
Coffre, pour /a mat, eison amat, au lieu de sa mat qui 
est le mot primitif. A l'inverse on a parfois enlevé k 
certains mots leur première syllabe qui avait l'appa- 
rence de l'article, et on en a fait réellement l'article du 
nouveau mot ainsi mutilé. Nos patois disent lagrima, 
la larme, lez agrime^ les larmes , au lieu de la lagrima, ' 
le lagrime, du latin lacryma. Ils disent lo relogeou 
au lieu de Ihorlogcou, Thorloge, du lalin horologium; 
ils disent lyteri , lez yieire; au lieu de la litheri , le 
lithere. 



z 



ZALKNA , Poule. — V. Jalena. 

ZAUX, zo. F. s. ni. plur. Chausses; le vêtement des hom- 
mes qui couvre la partie inférieure du corps. On dis- 
tinguait jadis le Haut-de-chausses, vêtement de la cein- 
ture au genou, et le Bas de chausses que nous appe- 
lons aujourd'hui les Bas. 

Tous de gens magnanimou, illustrous, imporlans, 
Qu'ayant toujours lour zau dcbriguats et puants. 

( qui avaient toujours leurs chausses en desordre et 

puantes.) 

Jac. Chapelon, Testamen de Tourran lou 

raccord, p. 275. 

Avouai de zau, de bas detiala, 
Sarvin de bouffon a la viala. 

(Avec des chausses, des bas de toile, — Je servais de bouffon à I» 

ville.) 

Id., Contrition d'un fénéant, p. 268. 

Yquele que sont maître et que portont lou zaux. 

(Celles, les femmes, qui sont le maître dans leur ménage et qui por- 
tent les chausses.) 

Ant. Chapelon, Caracterou de le fille, 

p. 238. 

Soi relassi, si je volou pissie, 

Pissou en mou zo, lou plus loin sus mou pic. 

Id., Bobrun, p. 240, 



455 

J'ai si grand cocyti de pissie 

Que voi bctta mou zo couma un pechic. 

(Je suis si presse de — Que je vais faire un pot de mes 

chausses.) 

Chatelon , Chanson , \>. 156. 

C'est une abréviation du roman causos qui a le même 
sens. 



ERRATA, 



p. 9, lig. 1 : mczn. citoo , lisez mczoïi. cilô. 
P. 101, lig. 2 : seng ar, lisez senglar. 
P. 102, lig. 14 : pane, lisez pauc. 
P. 104, lign. 14 ; calaminula, lisez calamaula. 
P. 110, lig. 8 : lais, lisez l'ais. 
P. 112, lig. 17 : 1566, lisez 1466. 
P. 206, lig. 29 : Fiore, lisez Fiora. 

P. 289, lig. 17 : il y a ce passage, lisez il y a à ce passage, 
P. 359, lig. 17 : Hymna à la Concorda^ p. 22, lisez Hoquille, lo Deputo 

7nanquo, p. 15. 
Id. , au-dessous de la lig. 20, ajoutez Hymna à la Concorda, p. 22. 
P. 386, lig. 13 : après Molard. ajoutez sur l'autorité de Ménage. 
P. 404, lig. 1 : abuta, lisez tabuta. 
P. 422, lig. Il : vc , lisez vel. 



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Onofrio, Jean Baptiste 

Essai d»im glossaire des 
patois de Lyonnais 



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