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Full text of "Essai sur les comtes de Paris : au profit de l'oeuvre des Mères de Famille"

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ESSAI 



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AllUï. DE VATON 









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LES COMTES DE PARIS 



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llllp. DF.DOUARI) PROUX KT C', 
Rue Neuve-des-Boii'ï-l'lufans , 3. 



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«^<? €œu^l■'t€ c/ed t^ym?êied ae /am/Ûe. 



paria- 



A LA LIBRAIRIE DE VATON, 

Û6 , RUE DU Bac. 

Chez mesdames Chassevent et Abel , passage Sajist-Roch , 40, 
et a. amiouapd , quai yoltaiîie , 21. 



1841 






sitmiF'j JJ2 j>ji:ii:i^^ 



Monseigneur, 

Cest avec Vagrémenl de voire auguste mère que je vous 
dédie mon Essai sur les Comtes de Paris. 

Voire nom, en couvrant ce livre de votre protection, lui atti- 
rera infailliblement cette confiance que V anonyme repousse , et 
consacrera sa propagation, dont le fruit matériel est destiné à 
venir au secours de iCEuvre des Mères de faiidlle. 

Ainsi, dès votre berceau , vous serez , Monseigneur, associé 
aux bienfaiteurs de Vhumanité ; la pauvre mère bénira et fera 
bénir à toujours, par son jeune enfant , Loui A-Philippe- 
Albert d'Orléans^ comte de Paris. 

Prince, la bénédiction du pauvre a toujours porté bonheur : 
et vous aussi vous serez Marceliiis, tl Marcellls eris. 



Je suis avec un profond respect, 
Monseigneur, 
[>c votre Altesse Royale , 
Le 1res humble et très obéissant serviteur. 



Digitized by the Internet Archive 

in 2010 with funding from 

University of Ottawa 



http://www.archive.org/details/essaisurlescomteOOdupr 



I^lSSAl 



SUR 





S Di PIRIS. 



PREMIERE SÉRIE. 



^m^ ^<^m%èmM. 



Sommaire, 

Différences qui existent entre les comtes de nos jours elles comtes 
de la féodalité. — Motifs qui peuvent nous porter à nous occu- 
per des anciens comtes, et en particulier des comtes de Paris. 
— Coup d'oeil sur l'organisation administrative et municipale 
des Gaules, à l'époque de l'invasion. 



Il existe des différences profondes entre un comte 
de nos jours et les comtes de la féodalité, hauts et 
puissans seigneurs, qui savaient faire respecter leur 
domination de leurs serfs et de leurs vassaux, et 
souventmême la rendaient redoutable au suzerain. 
Leur château, assis d'ordinaire sur le penchant de 
quelque montagne escarpée, sillonnée de ravins et 
de précipices, indiquait assez que là résidait le mal- 



— (S 



trcdu village féodal, dont les humbles chaumières, 
élevées de distance en distance, couvraient au loin 
la campagne. A ces tourelles crénelées qui flan- 
quaient le château, à ces larges fossés, à ces ponts- 
levis qui en défendaient l'approche, à l'aspect ter- 
rible des mâchicoulis, des parapets, des chemins 
de ronde, des armures reluisantes des hommes qui 
faisaient le guet, on reconnaissait sans peine le 
théâtre de la guerre et la place forte derrière la- 
quelle se retranchait la féodalité. 

Rien ne désigne aujourd'hui au passant la de- 
meure d'un comte; les citadelles du moyen-âge 
(car il faut bien donner ce nom aux manoirs féo- 
daux) se sont changées en fraîches et riantes mai- 
sons de campagne où tout respire le luxe , l'élé- 
gance, la sécurité. 

Le château était le besoin d'une époque de vio- 
lence et de force ; je n'imagine pas en effet que les 
seigneurs s'y renfermassent pour leur plaisir : la 
villa, avec sa légèreté et sa coquetterie, convient à 
un siècle où régnent le droit et la civilisation. 

Le comte de la féodalité avait sous lui des serfs , 
des colons, des vassaux; il se modelait sur les rois 
pour le service de sa maison , et sa petite cour re- 
présentait l'organisation du palais impérial; il avait 
un référendaire , un sénéchal , des fauconniers , 
des échansons, des chambellans , des varlets , des 
ccuyers, etc. Il vivait ainsi magnifiquement, occu- 
pant ses loisirs à la chasse , aux tournois , à la 
guerre. Le comte do nos jours n'a plus rien de cette 



vie sociale, toute irrégulière, toute excej3tionnelle. 

L'un, dans son fief, était souverain ; hors de là, 
dans ses courses aventureuses, il conservait encore 
tous les droits , tous les honneurs de la naissance 
et de la noblesse ; l'autre n'a plus qu'un titre sans 
pouvoir et sans privilèges. 

Ces positions sont radicalement distinctes, mais 
ce n'est pas à dire pour cela qu'il nous faille rom- 
pre entièrement avec le passé ; plus la société ac- 
tuelle est loin du moyen-âge, plus il nous importe, 
pour apprécier les bienfaits de la civilisation mo- 
derne, de nous faire une idée nette et exacte de 
l'ancienne situation de la France; or, c'est atteindre 
en partie ce but que d'étudier dans sa formation et 
ses développemens un fief en particulier. Bien 
connaître les lois générales qui ont présidé à sa 
constitution, c'est expliquer presque l'introduction 
du système féodal, car l'origine et l'agrandissement 
de toutes les seigneuries présentent des caractères 
communs ; et l'on ne peut, du reste, faire leur his- 
toire sans toucher à l'organisation et à l'état du 
pays à cette époque. 

Un intérêt tout particulier se rattachera, ce nous 
semble, au sujet que nous traitons. Les Comtes 
de Paris, sous la seconde race, ne furent pas seu- 
lement de grands seigneurs féodaux , ils devinrent 
plus d'une fois les libérateurs de leur patrie. Leur 
influence n'a pas été locale, circonscrite; pendant 
plus d'un siècle, de 8(56 à 987, ils ont joué le prin- 
cipal rôle dans notre histoire ; placés à côté de no.^ 



— 10 — 
rois, ils se sont tails plus grands qu'eux. Dans la 
longue durée de notre monarchie , trois familles 
seulement ont pu réaliser à leur profit ce haut de- 
gré de puissance, celle des Guise, sous la dynastie 
des Valois-Orléans; celle des Pépin d'Héristal , 
sous la race Mérovingienne; et celle de Robert-le- 
Fort, sous les descendans de Gharlemagne : ces 
deux dernières seules ont fini par absorber la 
royauté. 

Enfin , puisque le titre de Comte de Paris vient 
de renaître en faveur du rejeton d'une auguste fa- 
mille , c'est peut-être faire une œuvre utile, une 
œuvre agréable au public parisien , que de lui ap- 
prendre ce qu'était anciennement le fief de sa ca- 
pitale, ce qu'étaient ses possesseurs. Aujourd'iiui 
le titre, il est vrai , n'est plus qu'honorifique ; mais, 
telle est d'ordinaire l'exigence des hommes, que 
bien que la puissance ne soit plus la même , ils 
demandent beaucoup aux héritiers d'un grand 
nom ; il y a une espèce de solidarité entre tous ceux 
qui portent le même titre. Noblesse oblige , disait 
un vieux proverbe ; et telle est encore la pensée 
qui se retrouve dans le présent de cette épée que 
la ville de Pans a fait au jeune prince; la vertu mi- 
litaire a toujours été l'apanage et la gloire de ses 
comtes. Je commence par l'origine et la constitu- 
tion du comté. 

Lorsque les Germains eurent pris possession des 
Gaules, ils trouvèrent, répandu sur toute la sur- 
face du territoire, un système d'administration ad- 



— 11 — 

mirable dans son ensemble el puissant par son 
unité. L'empire dOccident avait été divisé en deux 
grandes préfectures, les Gaules et l'Italie. La pré- 
fecture des Gaules se subdivisait en trois diocèses 
qui comprenaient dix-sept provinces. A la tête de 
la préfecture, se trouvait un préfet du prétoire rési- 
dant à Trêves; à la tête de chaque diocèse un vi- 
caire ou vice-préfet; à la tête de chaque province 
un consulaire ou un président. Bien plus, chaque 
cité avait un agent du gouvernement , préfet ou 
comte chargé de veiller aux intérêts du pouvoir qui 
le déléguait, et de présider dans certains cas à l'ad- 
ministration de la justice. Tous ces fonctionnaires, 
ainsi échelonnés, formaient une hiérarchie dont le 
sommet était à Rome dans la personne de l'empe- 
reur. Placé là comme au centre, il pouvait, par sa 
seule volonté, faire mouvoir sans secousse tous les 
ressorts de ce vaste système. 

Dans chaque municipe se trouvait une autorité 
locale, indépendante en général du pouvoir admi- 
nistratif : je veux parler de la curie, composée des 
plus riches propriétaires. Elle gouvernait réelle- 
ment le municipe au moyen : 1° de ses duumvirs, 
dont les fonctions étaient analogues à celles des 
consuls romains; 2" de ses principaux, qui for- 
maient le conseil actif et permanent de la cité ; 
8" de son curateur et de son défenseur de la cité. 
Tels étaient en effet les principaux magistrats mu- 
nicipaux. 

Les Barbares ne touchèrent point à l'organisa- 



— hi — 

tion romaine ; des documens nombreux l'allés len(, 
et les auteurs sont unanimes sur ce point. 

Le roi se substitua au préfet du prétoire ci à 
l'empereur; les chefs gennains, sous le titre de 
ducs, de comtes, etc. , prirent la place des consu- 
laires, des présidens, des préfets, etc. Quant à la 
ville de Paris, la conquête dut nécessairement mo- 
dilier sa position ; son rôle n'avait pas été très bril- 
lant sous les Romains; sa forteresse ou chef-lieu, 
Lutèce, n'avait été d'abord ni colonie ni métropole 
de province , et ce ne fut que vers la fin du qua- 
trième siècle que sa condition politique s'améliora 
et qu'elle devint municipe. Après l'invasion, Paris 
formait le centre d'un nouvel État , le siège d'un 
monarque; à raison de ces faits, son importance 
était tout autre. La cité conserva sa conslitution 
municipale ; mais par la présence du pouvoir sou- 
verain l'action gouvernementale se fit sentir avec 
bien plus de force ; les agens du gouvernement de- 
vinrent plus nombreux et acquirent aussi plus de 
considération. Tel était le cours nécessaire des 
choses ; nous n'en citerons qu'un exemple , qui a 
trait à noire sujet. Nous avons déjà dit un mot, en 
passant, de ces délégués de l'empereur qui avaient 
mission, dans chaque municipe, de veiller aux in- 
térêts du gouvernement; leurs fonctions étaient 
semblables à celles des préfets delà ville de Rome ; 
cependant, dans la plupart des localités qu'ils gou- 
vernaient, ils étaient appelés i)lutôl comtes que 
préfets. Ce dernier tilre paraissait réservé comm<' 



— lô — 
plus honorifique aux préfets de Rome et de Con- 
stantinople. 

Aussi sous les rois francs, les chefs germains qui 
furent mis à la tête des villes, prirent le nom de 
comtes; mais la cité de Paris eut, à l'instar de Rome 
et de Constantinople, son préfet de la ville. Ce titre 
subsista jusque sous le règne de Clovis II, où la di- 
gnité de comte devint si considérable, que Erchi- 
noald ou Erchembaud, préfet de Paris en 665, se 
fit appeler comte de Paris. C'est là l'origine du 
comté; à vrai dire, elle remonte au berceau de no- 
tre monarchie, car tout démontre l'identité des 
comtes de Paris avec les préfets de la ville. Il suffit, 
pour s'en convaincre, de jeter les yeux sur le ta- 
bleau suivant où les fonctions des comtes , telles 
qu 'elles résultent des ordonnances et des capitu- 
laires de nos rois, sont mises en regard avec les 
attributions du préfet décrites dansloi Notitia imperii 
Occident. 



TRÉFETS DE LA VILLE. 

Le préfet delà ville connaît de 
Ions les crimes qui se coinmellenl 
dans l'enceinte de Rome et dans 
la circonf<3renee du 100'"' mille. 



11 est charg«3 de faire réparer 
les mursctles bâtimens, de veil- 
ler à l'entretien des édi lices pu- 
blics, des aqueducs, des rou- 
tes, etc.. 

Les arts s'exercent sous son au- 
torité et sous sa proteclion. 

Le préfet de la ville veille au 
«epos public, il a des postes di- 
stribués en divers endroits poiu" 



COMTES. 

Cbarlemagne, dans un capilu- 
laire de 812, veut que les cente- 
uiers ne connaissent point des 
causes où il s'agit de la peiie de 
la vie ou de la liberté (c'est î» 
dire des crimes), il en réserve la 
connaissance aux comte:. 

Le comte doit faire entretenir 
et réparer lesbatimens, lesgrands 
chemins, les ponts, les places 
publiques , etc. 

C'est au comte ;\ maintenir et 
à protéger le commerce et les 
aris. 

Il doit faire régner la paix et la 
han([uillité. cl veiller ù ce que 
la (itsripline soit si Oi<n observée 



— 14 



le niaiiili<ni do l'oiclro. (î'osi à lui 
qu'apparfioiit la polico des spec- 
lacles, dos marchés, etc.. 



Jl a sous sa protectiou les pu- 
pilles , les esclaves maltraités par 
leurs maîtres. 



en toutes choses , que les médians 
se corrigent. Chacun , dans ce 
but, doit lui prêter main-forte, 
il peut, au besoin, requérir les 
gens du roi. 

Le comte est tenu de protéger 
les pauvres, les veuves, les or- 
phelins , toutes les personnes que 
leur faiblesse pourrait exposer à 
l'injure. 



L'identité est frappante, mais le tableau relatif aux 
comtes n'est pas complet ; nous avons à dessein 
laissé de côté :l° les droits de déclarer la guerre, de 
battre monnaie, de faire des lois, etc., droits qu'ils 
n'acquirent que plus tard ; 2° le droit qu'ils avaient 
de percevoir les revenus, de lever l'impôt à leur 
profit dans leur gouvernement. Ce dernier droit est, 
dès le début de la monarchie, la grande ligne de 
démarcation qui sépare les magistratures germai- 
nes de celles de Rome. Ces dernières n'étaient 
composées que d'un élément, Vofficium, la charge; 
et ceux qui en étaient investis n'étaient que des 
fonctionnaires recevant un salaire fixe. Les magis- 
tratures des Germains comprenaient deuxélémens, 
Vofficitim proprement dit, et le beneflcium, récom- 
pense que les Barbares accordaient à leurs compa- 
gnons. C'est en vertu de ce dernier élément que 
les ducs, comtes ou barons pouvaient percevoir les 
revenus de leurs villes ou de leurs provinces; car 
on n'ignore pas qu'il existait primitivement deux 
espèces de fiefs : 1" les concessions de terres, de 
domaines en toute propriété ; 2° les concessions de 
charges, de dignités, avec les droits de justice et de 
finance, qui devinrent la véritable source de la féo- 



— lo — 

dalité. Les deux élémens que nous avons analysés 
plus haut ne se retrouvent que dans cette seconde 
espèce de fiefs ; et c'est pour ne pas avoir attenti- 
vement examiné leur nature et leurs effets que des 
publicistes d'un grand nom , entre autres Montes- 
quieu , ont soutenu que d'abord les fiefs furent ré- 
vocables à volonté, qu'ensuite les rois les assurèrent 
pour un an, et après les donnèrent pour la vie. 

L'élément romain, Vofficium, était révocable de sa 
nature et avait ses causes particulières de révoca- 
tion, soit dans la volonté de l'empereur, soit dans 
l'incapacité du fonctionnaire ; l'élément germain , 
le beneficlum, dérivant des liens personnels qui 
attachaient le compagnon au chef, était nécessai- 
rement à vie et ne pouvait tomber en commise , 
pour me servir d'une expression féodale, que dans 
les cas où cette personnalité, dans les relations , 
venait à se détruire; ce qui avait lieu, par exem- 
ple, lorsque le bénéficiaire refusait le service mili- 
taire. 

Mais ces deux élémens se confondirent tout d'a- 
bord; le mot beneficium, converti plus tard en celui 
de feodum ou feudum , devint seul en usage pour ex- 
primer les charges dont les ducs ou comtes étaient 
investis. Dans cette fusion l'idée germaine prévalut: 
il s'ensuivit que des dignités qui, par les fonc- 
tions qu'elles entraînaient, auraient dû être révo- 
cables, furent cependant viagères. Telle est la con- 
séquence qui résulte de la véritable notion sur la 
})ersonnalité des biens entre les chefs et leurs com- 



— 16 — 
pagnons , et sur les récompenses que ceux-ci pou- 
vaient recevoir. «Le serment le plus sacré des com- 
pagnons, dit Tacite, est de défendre leur chel", de 
le garantir, de rapporter même leurs belles actions 
à sa gloire. « 

Les chefs combattent pour la victoire. Les com- 
pagnons pour leur chef... En échange, celui-ci leur 
donne leur cheval de bataille , et celte francisque 
si terrible et si meurtrière. Pour leur tenir lieu de 
solde, il leur fait servir de grands repas dont la 
chère est grossière et cependant dispendieuse. La 
guerre et le pillage fournissent à ses libéralités. 
C'était donc des récompenses mobilières. 

Après l'invasion , le chef leur distribua des ter- 
res fertiles, de riches domaines, des dignités avec 
de grands revenus ; le principe des récompenses 
est le même, l'objet seul en est changé. Le chef 
germain ne devait pas exclure de son cortège le 
guerrier mutilé dans les combats , ni lui retirer ses 
bienfaits; il lui était beau sans doute d'avoir à sa 
suite un glorieux débris de la victoire ; les rois bar- 
bares ne durent pas ôter le bénéfice à leurs leudes 
devenus incapables de remplir les fonctions qui y 
étaient attachées, par une cause qui n'entraînait 
point la déchéance du fief. On nommait alors un 
délégué chargé d'administrer à la place du duc ou 
du comte incapable , et le bénéfice continuait de 
résider sur la tête de ce dernier. Pour nous borner 
à notre sujet, on ne voit, en effet, dans une assez 
longue série des comtes de Paris, aucun exemple 



de destitution. Soanalchide etGaîrefroy, ou Gérard, 
portent les armes contre Charles-Martel ; l'histoire 
ne nous dit pas que ce maire tout puissant du pa- 
lais les ait dépouillés de leur bénéfice. 

Ces prémisses posées, il nous est facile d'en dé- 
duire la nature du comté de Paris. C'était un fief de 
dignité, viager dans son origine et qui le fut pendant 
la plus longue durée de son existence; il rentrait 
aussi dans la classe de ces fiefs qu'on appela plus 
lard, dans la langue féodale, fiefs liges ou de corps, 
par opposition aux fiefs simples. Ceux-ci n'entraî- 
naient qu'une relation purement réelle : c'était plu- 
tôt la chose que la personne qui se trouvait liée ; 
ceux-là renfermaient un double lien, dont l'un 
réel, l'autre personnel; c'est de ce dernier que 
découlent les obligations de service et de défense 
du seigneur. 

La nature du fief de Paris nous conduit à la con- 
naissance du rang qu'occupaient les comtes dans 
la société gallo-fran(jue et de leurs rapports avec 
nos monarques. Dans l'Etat, ils étaient de grands 
dignitaires , n'ayant au dessus d'eux que les comtes 
et les ducs des provinces; dans l'armée (car ils de- 
vaient le service miliiaire), ils étaient naturelle- 
ment les chefs ries hiimmes qu'ils levaient dans 
leur comté , sauf toutefois leur subordination au 
duc ou généralissime. Par rapport au monarque ils 
rentraient dans la classe des leudes , des antrits- 
lions, c'est à dire de ces hommes qui, se trouvant 
sous la garde du roi , in truste dominica , obtenaient 



— IS — 

par là certains privilèges. Mais ces privilèges n'ai 
raiblissaienl en rien, pour les tendes, leurs liens de 
dépendance el de subordination à l'égard du sou- 
verain. 

Dans leurs rapports avec la cité, les comtes de 
Paris se présentent comme administrateurs el ju- 
ges; disons mieux, comme hauts justiciers. Leur 
pouvoir administratif, sans qu'on puisse en assi- 
gner l'étendue , était limité nécessairement par 
les fonctions de la curie, institution des munici- 
pes romains, qui ne disparut jamais entièrement, 
et dont les attributions , chose assez remarquable, 
étaient remplies à Paris par le collège des Naates. 

Leur juridiction se trouvait restreinte par la ju- 
ridiction temporelle qu'exerçaient les èvèques dans 
les causes pécuniaires et séculières qui intéres- 
saient les clercs et écoliers, causes qui se déci- 
daient , d'après Brodeau , suivant les iiz et coustumes 
de l'escêché. Il y avait même plus; leur bénéfice 
était morcelé par la puissance de l'évêque, qui pos- 
sédait le tiers du comté, et cela au même titre que 
les comtes de Paris, qui avaient les deux autres tiers. 
Le siège de la juridiction épiscopale était au Fort- 
l'Évêque. 

En fait, cet état de choses ne subsista que jus- 
qu'à Robert-le-Fort ; en droit, il se perpétua jusqu'à 
Hugues-le-Grand ; cependant, dans l'inleivalle de 
celle première période du comté de Paris, plusieurs 
seigneurs avaient acquis , dans leurs provinces, une 
véritable indépendance. Eudes, duc de Toulouse, 



— 19 — 

avait réduit sous son autorité presque toute l'Aqui- 
taine; la Provence échappait à la couronne, et les 
Gascons secouaient le joug de la France. 

Il n'est donc pas sans intérêt de rechercher les 
causes qui retardèrent le développement de la 
puissance des comtes et leur acheminement à la 
royauté. 

Et d'abord , leur voisinage même du trône ne les 
plaçait pas dans des conditions favorables; l'in- 
fluence du roi dominait nécessairement la leur : le 
peuple s'attache d'ordinaire à ceux qui contribuent 
à son bonheur. Or, tous les bienfaits paraissaient 
découler du trône , dont le comte n'était qu'un 
grand dignitaire. En outre , malgré son rang dans 
l'armée, le comte de Paris n'était point réellement 
le chef militaire des guerriers qu'il convoquait ; 
dans l'origine, c'était le roi; plus tard, ce furent 
les maires du palais. Et, la suprématie militaire, 
est une des conditions de tout pouvoir qui s'agran- 
dit. 

Il en était autrement dans les provinces éloignées; 
l'influence des comtes et des ducs était bien plus 
immédiate, bien plus sentie. On perdait d'autant 
plus facilement de vue le souverain, que tout ten- 
dait à devenir local. En effet, les deux grandes 
sources de communications parmi les hommes 
étaient taries, le commerce et les idées; le com- 
merce n'existait plus; les idées, elles se rétrécis- 
saient chaque jour. La sphère et les vues de l'indi- 
vidu se bornaient à la province , à la commune. 



— -2() — 

D'ailleurs dans ce pôle-mêle dos nations sur le ter- 
ritoire des Gaules, il y avait une fluctuation perpé- 
luelle, un mouvement continu d'atta(]ues et de ré- 
sistances : à l'est et au nord, les Germains ; au sud, 
les Visigoths; à l'ouest, les peuples des Armoriques. 
Or, d'une part la difliculté des routes, que les bar- 
bares avaient rompues; la lenteur de la circulation 
des nouvelles et la difficulté des communications; 
et de l'autre, la non-permanence des armées : tous 
ces inconvéniens ne permettaient pas au roi de por- 
ter d'assez prompts secours ; de sorte que les comtes 
éloignés, pour mieux prémunir leurs provinces con- 
tre l'invasion, devenaient nécessairement les cliefs 
militaires de leurs guerriers. Ce fut un fait d'une 
haute portée; ils s'attachèrent par là le peuple, qui 
recevait d'eux et la justiceet la protection. De là dé- 
rivent deux conséquences : l'une, que les provinces 
éloignées durent être les premières à se iéodali- 
ser, et c'est en effet ce que prouve l'histoire (en rè- 
gle générale, la féodalité partit de la circonférence 
pour aboutir au centre; comme aussi, en seiis in- 
verse, la royauté gagna du centre à la circonférence 
lorsqu'elle entreprit de dissoudre le régime féo- 
dal) ; l'autre, que la féodalité, dans son origine, fut 
le plus souvent protectrice ; peu de pouvoirs, en 
effet, débutent par la violence et l'oppression : De- 
n\s à Syracuse, Gélon à Agrigonte, avaient été les 
bienfaiteurs de leur patrie avant d'en devenir les 
tyrans. Le régime féodal, à l'époque de ses plus 
grands débordemens, avait pris depuis long-temps 



— 21 — 

possession du sol. Au reste, pour nous résunier, 
disons que le défaut d'influence immédiate, el la 
séparation de la suprématie militaire d'avec le pou- 
voir judiciaire, s'opposèrent, entre autres causes 
efficaces, à l'élévation des comtes de Paris. 

Il faut compter, parmi ces causes, leur incapacité 
personnelle, qui joua un assez grand rôle. Pendant 
cette longue série d'années qui s'écoulèrent du ber- 
ceau de la monarchie àRobert-le-Fort, aucun d'eux 
n'apparut avec celle supériorité de lalens , cette 
fécondité de ressources et d'intrigues , cette re- 
muante ambition , qui fondent le succès d'un usur- 
pateur; car, s'il est vrai que les circonstances font les 
grands liommes , il faut bien reconnaître que les 
grands hommes savent susciter les circonstances. 
Nous devons tenir comple aussi de la possession via- 
gère du fief. Lne puissance n'est stable qu'autant 
qu'elle se base sur l'hérédité : l'usurpation est peu 
redoutable lorsqu'elle doit périr avec l'usurpateur. 

Lne cause qui contribua plus activement à main- 
tenir les comtes dans un élat stationnaire, ce fut la 
puissance des maires du palais. Ils se présentent 
dans l'histoire comme les usufruitiers de l'autorité 
royale; tout à la fois guerriers habiles et politiques 
dangereux, ils aspirent, dès leur naissance, à s'éle- 
ver au dessus du monarque. Leur domination in- 
quiète el jalouse n'aurait pas souffert un pouvoir 
rival à côté d'eux; les comles de Paris durent alors 
s'effacer, à moins de se sentir le courage de com- 
mencer une lutte incessante et terrible, et ce cou- 



-t^ 



rage leur manqua. L'on sail en eflet quels hommes 
furent ces maires du palais. 

A leur tête, est le farouche Ebroin, cet adversaire 
infatigable de l'aristocratie territoriale , lequel cher- 
chait à prendre possession du sol ; ce ministre intri- 
gant qui ne reculait pas devant la perfidie ou le 
crime pour atteindre son but. 

Il est suivi de cette famille des Pépin, où les talens 
et l'ambition paraissaient héréditaires , laquelle, 
après avoir envahi la Neustrie , finit par s'asseoir 
sur le trône de France. Sous de tels hommes l'u- 
surpation n'était pas possible; elle ne le fut pas da- 
vantage sous les deux premiers rois de la race car- 
lovingienne. 

Quoique Pépin eût envahi le trône , et qu'à rai- 
son de ce fait il dût ménager les seigneurs , cepen- 
dant il est douteux qu'il fût réellement trailable , 
car il s'était promptement afTermi dans sa puis- 
sance, et avait effacé les anciens souvenirs en don- 
nant à sa royauté un caractère religieux. 

Quant à Charlemagne, la terreur de son nom , 
la grandeur de son mérite personnel, l'esprit d'u- 
nité et de force qu'il imprimait à sa puissance , ne 
permettaient pas au seigneur le plus remuant d'é- 
lever la tète. La société gallo-franque qui, jusqu'à 
lui, avait tendu d'une manière irrésistible à sa dis- 
solution , sembla ressusciter un instant et revenir 
à l'unité. La main habile et ferme de ce prince savait 
faire mouvoircette vaste organisation administrative' 
et municipale (lontl'enjpereur de Rome rï'avait pas 



— 23 — 
laissé le secret aux rois barbares. Sous lui le pouvoir 
central acquit beaucoup d'action et d'énergie; et le 
pouvoir local dut diminuer proportionnellement. 
Mais Charlemagne mourut, et le mouvement gal- 
vanique, si je puis parler de la sorte, qu'il avait im- 
primé à la société vieillie, ce mouvement cessa. La 
féodalité reparut plus active et plus puissante; car 
dans la longue paix intérieure dont Charlemagne 
avait fait jouir l'empire, elle avait eu le temps de 
prendre racine dans le sol; les ducs, les comtes 
avaient fait passer sans secousse , sans qu'il y eût 
de prétentions rivales, leurs bénéfices sur la tête de 
leurs enfans; et l'idée de succession, de pouvoir 
héréditaire dans une famille , se présentait aux 
peuples comme un état normal. Dès le règne de 
Louis-le-Débonnaire, la dissolution de l'empire fut 
effrayante; on peut en juger par les guerres conti- 
nuelles de ses enfans, qui s'arrachaient les pro- 
vinces. Sous Charles -le -Chauve , le mal ne lit 
qu'empirer; Pépin II, en Aquitaine, et Noménoé, en 
Bretagne, avaient pris le titre de roi ; du temps de 
Louis-le Gros, nous trouvons sept royaumes consti- 
tués. L'autorité royale, dans l'opinion du peuple, et 
surtout des grands vassaux, diminuait de jour en 
jour; les guerres locales recommençaient, et avec 
elles l'instabilité des territoires , l'incertitude des 
existences : tout était remis en question comme sous 
la première conquête; c'était le moment de fon- 
der: les seigneurs en prolitèrcnl. Les Normands, 
par leurs ravages et par les embarras qu'ils suscité- 



— -24 — 

renl à nos rois, favorisèrent encore ce développe- 
ment de la féodalité, et ils devinrent l'une des pre- 
mières causes de la puissance des comtes de Paris. 

Pour quelques heureux succès qu'il avait obtenus 
sur les pirates, Robert-le-Fortfut comblé de riches- 
ses et de titres ; il devint comte d'Anjou , marquis 
de France, et, peu de temps après, duc des Fran- 
çais. Son frère, IIugues-l'Abbé , comte de Paris, 
héritier de sa fortune sur les Normands , suc- 
céda à sa puissance; elle était trop étendue pour 
qu'elle n'engloutît pas une royauté chancelante et 
avilie. Aussi, sous Eudes et Robert, leur indépen- 
dance et leur ambition ouvrirent aux comtes de Pa- 
ris un chemin vers le trône. Cependant, pour cons- 
tater les changenjens survenus dans le fief, nous 
le prendrons tel que le fit Hugues-le-Grand. Ce fut 
sous lui que la fortune des comtes atteignit son 
maximum d'élévation , et que le nouveau caractère 
de leur position dans l'Etat devint plus radical et 
mieux tranché. 

Nous avons vu que le fief primitif de la capitale 
n'était qu'un fief de dignité, viager de sa nature ; 
et qu'à la fin de la seconde race ces caractères 
avaient disparu. Les comtes de Paris s'étaient ren- 
dus de véritables souverains , sans néanmoins en 
prendre le titre ; ils en exerçaient les droits , 
non pas seulement dans l'intérieur de leurs fiefs, 
comme le firent plus tard les seigneurs de la 
féodalité, mais encore de fait, dans leurs rela- 
tions extérieures. De même qu'ils battaient mon- 



— 25 — 
noie , ils déclaraient la guerre et contractaient 
des alliances. Ouvrez l'histoire, vous verrez Ro- 
bert , Hugues-le-Grand s'allier, non pas à des vas- 
sauxremuans, dontla souveraineté pouvaitêtre mise 
en question , mais avec des empereurs de Germa- 
nie. Par l'hérédité du fief, la personnalité des liens 
entre le vassal et le suzerain s'était affaiblie, et ce 
serment de foi et hommage , qui avait pour but de 
le perpétuer, ne remplaçait pas cette ancienne 
investiture que les rois francs conféraient à leurs 
leudes. Par contrecoup , les obligations qu'entraî- 
nait l'allégeance se relâchèrent; une fois le carac- 
tère de personnalité afî'aibli dans les bénéfices, 
le devoir du service militaire, le devoir de défen- 
dre le chef ne fut plus qu'un vain mot. Dans les 
forêts de la Germanie , aux premiers temps de la 
conquête, l'état des mœurs et l'opinion publique 
avaient assez de force pour (ju'un bénéficiaire 
n'essayât pas de décliner les obligations que lui 
imposait la personnalité de son bénéfice; après, 
au contraire, que la féodalité eût été constituée, 
les services personnels ne furent rendus qu'autant 
(|ue le suzerain conservait assez de puissance pour 
les exiger de son vassal. C'est ce qui arriva pour les 
comtes de Paris. Comme ils devinrent plus puis- 
sans que les rois , nous voyons Hugues-le-Grand 
prêter à son gré main-forte à nos monarques , ou 
les laisser guerroyer avec leurs vassaux, pen- 
dant que lui restait tranquille dans ses domaines. 
Or, c'était là un»* position de fait et non pas de 



— "20 — 
droit, car tout lien personnel n'était pas rompu. 

Mais cette position de fait l'emporta, et l'on vit 
peu à peu se clianger la nature des rapports qui 
existaient entre le souverain et les comtes de Paris; 
ils n'avaient été long-temps que des leudes, dont 
toute la grandeur et la fortune consistaient dans 
la protection du roi; à la fin de la seconde race, de 
protégés ils étaient devenus protecteurs : c'étaient 
nos monarques qui se trouvaient vraiment sous 
leur garde, in truste. Dans l'armée, ils avaient pris le 
premier rang ; il n'y avait plus de maires de pa- 
lais pour commander les troupes, et depuis Cliar- 
les-le- Chauve, les descendans de Gharlemagne 
leur avaient définitivement abandonné la conduite 
de leurs soldats. 

Ce nouveau rôle modifia nécessairement leurs 
relations avec la cité : d'administrateurs, de juges, 
ils devinrent, avant tout, des chefs militaires. 
C'est, en effet, à cette époque que nous voyons 
apparaître des vlcecotnites ou vicomtes , sur les- 
({uels ils se déchargèrent des soins de l'administra- 
tion et de l'exercice de la justice. Le premier que 
l'histoire mentionne est Grimold, en 900 ; nous 
connaissons encore quelques uns d'entre eux , 
comme ïeudon , dans les années 9*2(5 et 927, et 
Burchard, comte de Mehm, en 981. 

Quant à leur juridiction , ses limites dans l'in- 
lerieur de Paris ne changèrent pas; les évoques 
«'ontinuèrcnt d'exercer leur autorité, car nulle 
pari il n'est lait mention (jue liugues-le-Grand , 



— 27 — 
quelque indépendant qu'il t^t et des rois et du 
clergé , eût porté atteinte aux privilèges do l'E- 
glise ; et pour son fds , Hugues Capet, son pen- 
chant bien connu à favoriser le clergé ne permet 
pas même de supposer qu'il ait voulu restreindre 
la puissance de l'évêque. Mais , à l'extérieur, leur 
juridiction eut un ressort bien plus étendu. Il 
n'est pas facile d'en assigner les bornes ; je crois 
que le guide le plus sûr en cette matière serait la 
carte de la vicomte de Paris, telle que l'ont établie 
nos anciens auteurs coutumiers. Perrière donne 
pour bornes à cette vicomte, au nord la Picardie, à 
l'est la Champagne, au sud l'Orléanais, et à l'ouest 
la Normandie. L'agrandissement des comtes et 
leur nouvelle position à l'égard des monarques 
devaient amener la ruine de la royauté, et l'ame- 
nèrent en effet. C'est cette révolution qu'il nous 
reste à expliquer. 

Nous avons vu successivement disparaître toutes 
les causes qui , durant la période mérovingienne 
et pendant la première partie de la seconde race , 
avaient opposé des barrières à l'ambition des 
comtes. L'hérédité s'établit dans le fief: Hugues- 
le-Grand la ravit à la faiblesse de nos rois; le 
comté de Paris doit se perpétuer dans sa famille , 
jusqu'à ce que, par défaut d'hoirs maies, il fasse, 
réversion àla couronne. Les maires du palais finis- 
sent avec l'élévation des Pépin au trône. Celte fa- 
mille donne deux grands rois à la France , Pepin- 
le-Bref et Charlemagnc. Celui-ci surtout, par son 



— 28 — 
autorité absolue et la centralisation du pouvoir 
souverain, força la féodalité à rester stationnaire, 
et rendit un instant l'esprit d'unité à la vieille so- 
ciété gallo-franque , qui tendait de toutes parts 
à se dissoudre. Mais son ouvrage périt avec lui; 
l'esprit humain n'était pas prêt pour une consti- 
tution large et complexe. Il était plus facile d'or- 
ganiser un petit Klat ; le fractionnement de la 
société se prêtait donc aux idées et à la force in- 
tellectuelle de cette époque : aussi rien ne put 
l'empêcher. 11 était d'ailleurs favorisé par la di- 
versité des races qui se croisaient sur le terri- 
toire de la Gaule, et qui devaient tendre, d'une 
manière irrésistible, à se grouper selon leur na- 
ture. Une main puissante seule aurait pu main- 
tenir à l'état d'agrégation ces élémens hétéro- 
gènes, ces races diverses, qu'une répulsion secrète 
portait à s'isoler; il aurait fallu une force armée 
considérable ; et l'on sait, d'une part, quels furent 
les descendans de Charlemagne, et de l'autre, ainsi 
que les succès des Normands l'attestent, à quel point 
la France était pauvre en guerriers. Comme tous les 
seigneurs, les comtes de Paris tirèrent profit de cette 
dissolution nécessaire de l'empire. Mais l'incapa- 
cité des descendans de Charlemagne dans l'art de la 
guerre, servit encore mieux leursvues ambitieuses. 
Placés auprès du trône, ils succédèrent naturel- 
lement à ce pouvoir militaire des rois, et en même 
temps à l'influence que donnent les armes. Ce fut 
là un coup funeste [)orté à la royauté ; cl (|uoiqu'elle 



— 29 — 

eût cessé depuis long- temps d'être purement mili- 
taire, cependant Pépée était le plus sûr moyen 
d'imposer à des seigneurs turbulens et guerriers. 
Aussi, dès ce moment, les comtes de Paris n'eurent 
pas de peine à faire confirmer leurs usurpations 
et à arracher sans cesse de nouvelles concessions à 
la faiblesse de nos monarques. Maîtres , comme 
ducs de France, de tout le pays qui s'étendait entre 
la Seine et la Meuse, et, sous le titre de ducsdeNeus- 
trie, possesseurs du territoire compris entre la Seine 
et la Loire, jusques aux frontières de la Normandie 
et de la Bretagne, ils prétendaient en outre au duché 
de Bourgogne ; ils avaient ainsi sous eux une foule 
nombreuse de vassaux, qui redoutaient bien plus 
leur puissance qu'ils ne s'inquiétaient de la su- 
zeraineté du roi. Ils relevaient en effet immédiate- 
ment des comtes, qui eux-mêmes reconnaissaient 
en droit l'autorité du monarque , mais qui la fou- 
laient aux pieds, sans scrupule et sans crainte, 
lorsqu'il s'agissait de leurs intérêts. Les comtes 
avaient une armée pour se faire obéir; les rois, ne 
possédant plus de fiefs en propre à la fin du x* siè- 
cle, étaient à la merci de leurs vassaux, qui, selon 
leursvues et leur ambition, prenaient cause pour le 
souverain, ou demeuraient oisifs dans leurs terres. 
Dans de telles circonstances, la royauté était au 
fond plus nominale que réelle ; elle ne pouvait vivre 
à de semblables conditions, et elle ne vécut pas ; 
elle s'éteignit et se déplaça sans secousse. Pour qui- 
conque médite sur l'histoire de ces temps, l'avène- 



— -■)(» — 

inenl de Hugues Clapet lui paraît bien plutôt une 
succession au trône qu'une révolution, tant lu 
lamille de Uobert-le-Fort trouva de facilité à s'em- 
parer de la couronne. Deux faits expliquent, du 
reste, clairement son élévation. Le premier est que 
Hugues Gapet n'acquit aucun accroissement réel do 
puissance; son titre seul fut changé : il était comte 
de Paris et duc des Français, il s'intitula roi de 
France ; et le royaume ne se composa en eft'et que 
des provinces qu'il gouvernait et comme duc et 
comme comte. 

Le second est que les seigneurs avaient intérêt 
à créer un monarque de leur choix. Ne perdons 
pas de vue que lex^ siècle fut une époque de disso- 
lution de l'empire, 'par suite d'usurj)alion ; par rap- 
port aux descendans de Charlemagne, les grands 
seigneurs se trouvaient dans la position d'un 
homme qui s'est emparé du champ de son voisin , 
et qui, chaque jour, peut craindre la revendica- 
tion. Au contraire, comme l'a dit un célèbre pu- 
bUcisle de nos jours (1), Hugues, le comte de Paris, 
n'était point dans la situation des successeurs de 
Charlemagne ; ses ancêtres n'avaient point été rois, 
empereurs, souverains de tout le territoire ; les grands 
possesseurs de fiefs n'avaient pas été ses officiers ou 
ses bénéficiers; il était l'un d'cntr eux , sorti de leurs 
rangs, jusque là leur égal ; ce titre de roi qu'il s'ap- 
propriait pouvait leur déplaire , mais non leur porter 

(1) (iuiz)!. Hhloire de la civilisaliou en Fraucc., 



sérieusement ombrage. Ce qui portail ombrage dans 
la royauté cartovingienne, c'étaient ses souvenirs, son 
passé. Hugues Capet ri avait point de souvenirs, point 
dépassé. C'était un roi parvenu, en harmonie at^ec une 
société renouvelée. 

Aussi l'avènement de Hugues Capet fut-il une 
véritable transaction. La clause tacite, du côté des 
seigneurs, fut celle-ci : Toute usurpation faite Jus- 
(juà ce jour est confirmée. La royauté naissante sti- 
pula : i° Que chaque seigneur lui prêterait foi et 
hommage ; 2° Qu'à défaut d'hoirs mâles, les fiefs re- 
tourneraient à la couronne. 

Peut-être aussi , du reste , l'élévation des Capet 
fut-elle favorisée par le mouvement de l'opinion na- 
tionale. 

On peut considérei', jusqu'à un certain point, la 
fortune et la grandeur des Pépin comme une se- 
conde invasion de la Germanie. Ce fut après la ba- 
taille de Testri, et à la tête d'une armée victo- 
rieuse, que Pépin se fit nommer maire de Neuslrie 
ctde Bourgogne: il s'imposa donc à la société gallo- 
franque. Il faut bien le reconnaître, il y avait, 
sous le rapport desmœurs, de la langue, des usages, 
un intervalle immense entre l'Austrasie et la 
Neustrie. Les Francs-Neustriens s'étaient promple- 
ment incorporés avec les Gallo-Romains ; ils étaient 
avec ceux-ci dans le même état moral et politique; 
au contraire les Francs-Austrasiens avaient conservé 
presqu'inlacte leur ancienne barbarie, ils étaient 
beaucoup plus Germains. On conçoit, dès lors, la 



— TA 



lendnnce de la société galio-franqiie à servir l'am- 
bition des princes dont l'origine était nationale. 

Le plus grand obstacle que les descendans de 
Robert-le-Fort rencontrèrent, ce fut le principe de 
la légitimité. Nous le trouvons sous la première dy- 
nastie, mais avec moins d'ascendant moral; il était 
né de la royauté religieuse nationale , ou si l'on 
veut de ces croyances populaires qui attribuaient 
à certaines familles issues des anciens héros , des 
demi-dieux barbares , une prééminence hérédi- 
taire. Il se perpétua sous la race carlovingienne , 
mais alors il changea de base et s'appuya sur une 
idée purement chrétienne : celle qui faisait du mo- 
narque un représentant de la divinité. Cet ancien 
caractère protégea long-temps les descendants de 
Charlemagne etsurvécut à leur faiblesse, et même 
à leur ruine. Je n'en veux d'autre preuve que le pas- 
sage tiré de la Chronique de Saint-Bertin : Ainsi in 
couronne de France échappa à la race de Charles-le- 
Grand y mais elle lui revint dans la suite de la façon 
que voici: Charles de Lorraine, qui mourut en prison 
[à Orléans, en 992) , eut deux fils, Louis et Charles, 
et deux fdles, Hermengarde et Gerberge. La première 
épousa le comte de Namur. De sa descendance naquit 
Baudoin, comte de Hainaut, qui eut pour femme Mar- 
guerite , sœur de Philippe , comte de Flandre ; leur 
fille Elisabeth épousa Philippe II, roi des Français, 
qui en eut pour /ils Louis , son successeur dans le 
royaume, duquel sont descendus depuis tous les rois 
des Français. Ainsi il est constant que, dans la per- 



— 55 — 
sonne de ce Louis , tt du côté de sa mère , le royaume 
revint à la race de Chariema^ne. Et c'était trois siè- 
cles après la chute de la dynastie carlovingienne 
que les esprits subissaient encore l'influence de ce 
principe de la légitimité. Hugues lui-même parut 
respecter le préjugé , et douter de son droit à la 
couronne, s'il faut en croire un chroniqueur, qui 
nous rapporte que Hugues posséda neuf ans le 
royaume, sans pouvoir toutefois porter te diadème. 
Et cependant il employa le moyen le plus efficace 
pour ruiner la légitimité dans sa base : ce fut de s'al- 
lier avec le clergé. Ce principe était le résultat du 
christianisme et surtout l'œuvre de l'Eglise, qui en 
avait accrédité et propagé la croyance. Ce qu'elle 
avait fait pour Pépin et ses descendans , elle pouvait 
le faire pour la dynastie capétienne; Hugues le sentit 
et s'appliqua à gagner le clergé, pour qu'il déplaçât 
la légitimité, en la transportant dans sa famille. 

Quoi qu'il en soit, Hugues Gapet prit la cou- 
ronne en 987, et réalisa pour toujours cette fusion 
nécessaire delà puissance des comtes de Paris avec 
la royauté. Le comté ne s'éteignit pas cependant; 
le fief n'était réversible à la couronne qu'à défaut 
d'héritiers mâles; mais les comtes de Paris n'eurent 
plus à jouer ce rôle imj)ortant qu'ils s'étaient attri- 
bué sous la seconde race. Le pouvoir militaire leur 
fut ôté , et ils rentrèrent dans leurs attributions 
primitives, c'est à dire dans l'administration do 
ia cité et l'exercice de la juslice : ils échappent 
dès lors aux regards de l'historien. Au reste , tout 



— 54 — 

poric à croire qu'ils avaient élé clkoisis parmi 
les princrs mêmes de la famille royale. Odon , le 
dernier comle dont il soit fait mention, était parent 
du roi; il mourut sans enfans sous le règne de 
Henri ï" , en 10S2, et l'inféodation de la capitale 
finit avec lui. Quoique depuis Hugues Capet les 
comtes de Paris n'eussent plus la puissance de leurs 
prédécesseurs , et qu'ils fussent redevenus magis- 
trats , néanmoins ils ne laissèrent pas de déléguer 
leurs fonctions à des vicomtes. Nous rencontrons , 
avec celle qualité, Adalelme, en 987, et Falco, en 
4032. Après l'extinction du comté, Falco, le der- 
nier vicomte , fut maintenu dans son titre et dans 
sa charge; mais à sa mort il fut remplacé par un 
prévôt. Telles furent les vicissitudes du comlé de 
Paris. 11 avait succédé à la préfecture romaine lors- 
que la féodalité s'implantait sur le territoire des 
Gaules ; il redevint prevdfé ou préfecture, dès que la 
royauté commença sa lutte contre le régime féodal. 
Depuis Odon, jamais prince ou seigneur n'avait 
pris la qualité de comte de Paris; après huit siècles 
d'intervalle (806 ans), le titre vient de renaîlre en 
faveur du rejelon d'une auguste famille. Nous n'a- 
vons point à examiner ce que peut être , de nos 
jours, le comlé de Paris ; il n'y a plus rien de féodal 
dans noire constitution politique , et les lilres 
n'entraînent ni droit ni privilège. 



DEIJXJKMK SlvRTE. 



s^^ <Q<mmî^2 wm ^^mijn^* 



Sommairei 



Origine du comté de Paris , sa nature. — Étendue de sa juridic- 
tion. — Les comtes de Paris, par leur position, durent devenir 
une puissance rivale de la royauté. — Causes qui s'opposè- 
rent à leur élévation. —Ces causes disparaissent à la fin de la 
seconde race , qu'il s'opère un changement dans la position des 
comtes de Paris; étendue de leur puissance. — La royauté ne 
pouvant exister à côté d'eux, ils deviennent rois. — Comment fut 
amenée cette fusion de la puissance des comtes avec la royauté. 
— Extinction du fief. 



Le premier seigneur que nous voyons Figurer ^^(^5 
dans l'histoire avec le titre de comte de Paris, fui 
Erchinoald ou Erchembaud , fils du prudent Ega , 
maire du palais, l'un des plus nobles princes de 
Neustrie, sage en paroi le et en responce et droicturier 
€71 justice. Erchinoald remplaça son père dans ses 
éminentes fonctions. Son nom n'est point resté fa- 
meux parmi les maires du palais; le farouche 



Ebi oin avec sa sombre renommée , la famille des 
Pépin avec les souvenirs brillans qui se rattachent 
à leur mémoire, ont fait oublier tous les maires 
leurs prédécesseurs. D'ailleurs il n'nvait aucune de 
ces qualités éclatantes qui souvent font la fortune 
d'un nom, sans faire pour cela le bonheur du peu- 
ple; il se distinguait, comme son père, par sa sa- 
gesse, sa prudence, son amour pour la justice. Il 
ne fut point étranger à l'art de la guerre , et plus 
d'une fois il fit sentir sa valeur à ces indomptables 
pirates qui descendaient des bords de la Baltique 
pour infester nos côtes. 

Dans une de ses expéditions, le sort des combats 
livra dans ses mains une jeune fdle y laquelle on di- 
sait estre de royale lignée; car la captive était belle 
et noble , et en elle les qualités de l'âme rehaus- 
saient la beauté du corps. Erchinoald ne resta 
point insensible à ses attraits, et parmi les escla- 
ves nombreuses qui composaient sa maison, il sut 
distinguer la royale fille. Bientôt Bauldour ( c'é- 
tait son nom) quitta ses modestes vêtemens et 
s'assit à la table de son seigneur. Le maire du pa- 
lais se plaisait à la servir de ses propres mains; il 
aurait voulu lui faire oublier par les honneurs dont 
il la comblait, et les rives toujours chères de la Saxe, 
sa patrie, et les outrages de l'aveugle fortune. Un 
autre motif le poussait sans doute aussi à cet excès 
de galanterie: il aspirait à la main de la Saxonne ; 
mais il était engagé dans les liens d'un premier ma- 
riage, et la vertueuse Bauldour aurait rejeté des 



— 37 — 
feux lllégilimos. La mort vint détruire cet obstacle; 
el, sur la tombe à peine fermée de sa première 
femme, Erchinoald rêva un nouvel hyménée. Il 
redoubla d'instances auprès de sa captive ; il l'en- 
toura de luxe, de richesses, d'honneurs; enfin il 
osa lui avouer son amour. A cet aveu , Bauldour, 
qui sentait dans ses veines couler un sang royal, fut 
effrayée ; et trop fière pour s'alher à quiconque n'é- 
tait pas roi, elle se cacha pour éviter les poursuites 
de son seigneur. 

Cependant Clovis II avait entendu parler de la 
naissance et d^s vertus de l'esclave d'Erchinoald; 
il désira la voir, et sa beauté fit sur lui une pro- 
fonde impression. Les sympathies du monarque 
prirent peu à peu le caractère de la passion, et 
Bauldour, débarrassée de la main d'un sujet, de- 
vint reine de France. C'est elle que nous connais- 
sons sous le nom de Bathilde; unie à un prince 
indolent, elle porta tout à la fois et la couronne de 
reine et le sceptre du monarque, jusqu'au moment 
où, fatiguée des grandeurs delà terre, elle alla dans 
Tabbaye de Chelles calmer son sang ambitieux. 

Erchinoald, trompé dans ses espérances, se con- 
sola en contractant un mariage plus analogue à son 
rang. 

Il signala sa libérable envers l'Eglise par des do- 
nations importantes, et expia sans doute large- 
ment la parcimonie de son père Ega, qui, dit un 
de nos chroniqueurs , était droicturier en justice , 
mais trop avaricieux. En effet , il fit don à la fois 



— 38 — 
d'une de ses maisons, siluée à l'endroit où s'élève 
aujourd'hui riIotel-Dieu; de la terre de Creleil et 
de sa chapelle, qui devint plus tard l'église de Saint- 
Christophe , détruite en 17^7 pour faire place à la 
maison des Enfans-Trouvés. 

Ces riches présens indiquent assez l'opulence 
d'un puissant seigneur qui peut, sans s'appauvrir, 
détacher plusieurs terres de ses vastes domaines ; 
mais l'histoire ne nous apprend pas s'il laissa des 
héritiers de sa fortune et de son nom. Un fait est 
certain, c'est que l'autorité de maire du palais 
passa sur la tète du terrihle Ebroïn. Sous le génie 
despotique de ce ministre, les comtes de Paris s'ef- 
facent à peu près de nos annales, ou, s'ils y figu- 
rent encore, leur nom est sans gloire , leur vie est 
obscure , leur puissance languit sans force et sans 
énergie. Ainsi Soanalchide et Gaïrefroy n'auraient 
pas même laissé de traces de leur passage , si les 
prétentions injustes d'un de leurs successeurs ne les 
eussent entraînés devant le tribunal du roi Pépin. 
719 II paraît que pendant les troubles qui agitèrent 
une partie de la régence de Charles-Martel, lorsque 
Hainfroy , soutenu par Eudon d'Aquitaine , voulait 
disputer le pouvoir à l'héritier des Pépin , les deux 
comtes que nous venons de nommer prirent cause 
contre Charles. Les religieux de Saint-Denis, peu 
contens d'un prince qui distribuait à ses soldats les 
biens de l'Eglise, prêtèrent main forte à ses enne- 
mis. Comme ils ne pouvaient les aider de leur 
5ang , ils les secoururent de leur argent, etpermi- 



— 59 — 
lent à Soanalchido, et plus Uud à GaïrelVoY, do le- 
ver quatre deniers par tête sur les marchands qui 
affluaient à la foire de Saint-Denis. 

Gérard, leur successeur, sans s'inquiéter des 
causes qui avaient donné naissance à cet impôt, 
non seulement voulut continuer à percevoir la taxe, 
mais encore il l'augmenta d'un denier sur les mar- 
chands qui n'étaient pas de condition libre. Cet 
empiétement ne fut pas vu de bon œil par les reli- 
gieux ; la foire de Saint-Denis cessa d'attirer un vaste 
concours, parce que l'excès des droits en écartait 
les marchands; le trésor de l'abbaye ne s'emplis- 
sait plus; les moines crièrent, et Fulrad , l'un des 
plus fermes abbés de ce monastère , porta leurs 
plaintes jusqu'au trône de Pépin. Gérard essaya en 
vain de légitimer ses prétentions : il succomba, et 
une charte, émanée du roi, consacra la franchise 
de la foire de Saint-Denis. Plus tard il ctlaça le sou- 
venir de ses tentatives d'usurpation sur les bierjs 
du clergé, en figurant comme donateur dans l'acte 
de fondation du monastère de Prum. 

Nous avons hâte de passer sur ces comtes obscurs 
dont le nom ne rappelle rien de grand ni do 
glorieux pour notre patrie, rien d'utile à ses inté- 
rêts. Ltienne lui-même , quoique investi de sa puis- 
sance par un prince dont le contact agrandissait 
tout, Ltienne n'échappe pas à cet oubli de l'his- 
toire. 

iNous savons (jue Charlemagne le nomma , avec 80:2 
Fardulfus , abbé de Saint -Denis, missiia doniinicaHy 



pour inspecter l'exercice de la justice dans les ter- 
ritoires de Paris, de Melun, de Provins, de Char- 
tres, d'Étampes et d'autres lieux. Il figure dans un 
capitulaire de l'empereur, où il est dit : « Ces capi- 
» Iules furent signifiés au comte Etienne pour qu*il 
')tes fît publier dans la cité de Paris et dans une as- 
» semblée publique (rtiallo publico), et lire en pré- 
«sence des éclievins ( coram scablneisj, — L'assem- 
))blée déclara qu'elle voulait toujours observer ces 
«capitules, et tous les échevins, les évêques, les 
» abbés , les comtes, les signèrent de leur propre 
«main. » 

En sa , Etienne paraît conjointement avec 
Amaltrude, son épouse, dans une donation de 
biens à l'église cathédrale de Paris, alors appelée 
Sainte-Marie et Saint-Étienne. — Il fut Tun des 
douze comtes qui signèrent, en qualité de témoins, 
le testament du grand empereur. 

Les missi dominici étaient de véritables inspec- 
teurs généraux que Charlemagne envoyait dans le» 
provinces pour contrôler l'administration des ducs 
et des comtes , et faire parvenir jusqu'au trône les 
plaintes des sujets. C'était un des ressorts les plus 
importans du pouvoir centra!, 

Bigon, Biegon ou Pecopin mérite encore moins de 
fixer notre attention; il ne parait dans l'histoire 
que pour donner sa main à Alpaïde , fille de Louis- 
le-Débonnaire. Au reste , il ne jouit pas long-temps 
de sa fortune et de la faveur royale. Sa mort arriva 
en 816. 



— 41 — 

Girard 11 est le premier comte que nous rencon- 
trons après lui. On ignore s'il fut son successeur 
immédiat; mais il est certain qu'en 837 il était à 
la tête du comté de Paris. Nous en avons pour 
preuve la prestation du serment qu'il fit avec Hil- 857 
duin, abbé de Saint-Denis, à Charles-le Chauve , 
lorsque le père de ce dernier, Louis-le-Débonnaire, 
après l'assemblée d'Aix-la-Chapelle, lui eut concédé 
la plus grande partie de la France. Girard oublia, 
du reste , bientôt son serment; car, en 8^0, nous le 
trouvons dans le parti de Lothaire , qui était l'en- 
nemi de Charles. Pour servir les intérêts de son 
nouveau souverain , qui lui avait confié la garde de 
la Seine , il n'hésita point à détruire tous les gués, à 
submerger toutes les barques et à démolir tous les 
ponts qui se trouvaient sur celte rivière. L'histoire 
ne nous apprend plus rien à son sujet. 

Conrad, comte de Paris, après la mort de Louis- 
le-Bègue , avait épousé Adélaïde , princesse que 
Charles-le-Chauve avait eue de Richilde , d'abord 
sa concubine, et plus lard élevée aux honneurs du 
mariage légitime. Il prêta l'oreille aux suggestions 879 
de Gozlin, abbé de Saint-Germain-des-Prés, qui 
l'entraîna à former une cabale pour déférer la cou- 
ronne de France à Louis, roi de Germanie, au 
préjudice des enfans de Louis-le-Bègue. Le comte 
et l'abbé eurent assez d'influence pour faire goûter 
leur projet à une assemblée d'évêques, d'abbés et 
d'hommes puissans; elle roi de Germanie , accep- 
tant volontiers une offre qui souriait à son ambi- 



— 42 — 
lion , avait déjà passé le lUiiii pour occuper le Iroue 
de Cliarleiiiagne. 

Mais d'autres seigneurs, instruits des manœuvres 
de l'abbé Gozlin et de Conrad , députèrent auprès 
de Louis pour lui offrir une portion de l'empire 
plus voisine de ses États et par conséquent plus fa- 
cile à réduire sous sa domination. Cet abandon le 
détermina à reprendre le chemin de son royaume , 
et il ne resta à l'abbé et au comte que la honte de 
leur tentative. 

Désormais notre tâche va s'agrandir, les comtes 
de Paris sortent de l'obscurité et s'emparent du 
principal rôle dans notre histoire, jusqu'à ce qu'ils 
fondent la troisième dynastie de France. A leur 
nom se rattachent de glorieux souvenirs pour no- 
tre patrie; et sa grandeur militaire, son salut 
môme , deviennent leur ouvrage. 

Tandis que les fils de Louis-le-Débonnaire se dis- 
putaient les débris de son empire, les hommes du 
Nord, qui plus d'une fois avaient effrayé le génie 
de Cliarlemagne, s'apprêtaient à quitter la mer des 
Suèves et les vastes solitudes où le féroce Odin avait 
établi son culte de sang. Deux passions font battre 
le cœur de ces terribles guerriers : l'une l'amour, et 
l'autre la gloire des combats. La guerre est pour eux 
le chemin du FaUialla et la concjuête de la beauté. La 
vierge Scandinave ne s'endort pas sur le sein du lâ- 
che; Odin n'a promis les joies de son élysée qu'au 
guerrier couvert du sang ennemi. La fortune de 
l'homme du Nord , c'est sa bar^fue , c'est son éj)ée ; 



— ^ô — 
sa richesse , c'est le butin partout où il le trouve ; lu 
source de son bonheur éternel, c'est la blessure , 
c'est la mort sur le champ de bataille. Ici bas même 
leScalde consacrera ses vers à chanter sa valeur. 

C'est avec ces idées que les Normands descen- 
dent sur la terre de notre patrie. L'enthousiasme 
de l'amour et de la gloire agrandit leur courage , le 
fanatisme leur souffle ses énergiques inspirations. 
Aussi l'épouvante et la désolation se répandent sur 
leur passage ; on suit leur marche victorieuse guidé 
par les débris des chaumières, à la lueur des incen- 
dies ; Rouen devient la proie des flammes; [Nantes est ^^^ 
prise; Bordeaux éprouve leur fureur; les abbayes 
de Saint-Pierre, de Saint-Paul, de Saint-Germain- 
des-Prés, se changent en ruines ; Paris les voit avec 
terreur menacer ses remparts. 

L'épée de Charlemagne était alors remise aux 
mains de Charles-le-Chauve, prince faible qui ne 
parut jamais avoir du génie que pour s'emparer 
de l'héritage de ses frères et de ses neveux. Mais 
auprès du Irône était un homme d'un sang géné- 
reux, grand de courage et d'héroïsme, c'était Ro- 
bert. L'empereur lui confie la défense de la pairie, 
et Robert s'en va conquérir sur les champs de ba- 
taille le titre de Fort, en même temps qu'il préserve snii 
son pays du pillage et de la mort. Il poursuit les 
Normands dans toutes les provinces où ils ont 
porté leurs ravages, jusqu'à ce que, sur les bords de 
la Loire, à Briesartc, il lombe dans une sanglante 
mêlée. 



— u — 

Une obscurité assez profonde règne sur son ori- 
gine : chaque généalogiste dresse sa table d'après 
ses vues; mais il est certain que sa naissance est 
pleine d'illustration , et qu'il fut la véritable sou- 
che de ces Comtes de Paris qui héritèrent du trône 
de Charlemagne. Il ne faut point le comprendre 
parmi les comtes de Paris ; il était duc des Fran- 
çais, et on l'aurait vu, sans aucun doute, à la tète du 
comté, si, dans le moment de sa fortune, le fief de 
sa capitale n'eût été occupé par un autre seigneur. 

Hugues, son frère, qui lui survécut, hérita de sa 
puissance et réunit le comté de Paris au duché de 
France. Les deux fils de Robert-le-Fort étaient 
alors encore en bas âge : c'étaient Eudes et Robert, 
qui,plustard,arrivèrentrun et l'autre à la couronne. 
Hugues continua la lutte qu'avait commencée son 
père contre les hommes du Nord; mais tous ses ef- 
forts devaient être inutiles. De même qu'ils avaient 
créé la fortune de Robert-le-Fort, les Normands 
devaient faire la gloire de Eudes, son fils, et le met- 
tre en quelque sorte sur le chemin de la royauté. 
Telle est la pensée que résume cette noble devise 
gravée sur la médaille du roi Eudes : Cœsis Norma- 
niis et Lutetia obsidione tiberata. 

Les hommes du Nord, en effet, malgré les dé- 
faites que leur avaient fait essuyer Hugues et Ro- 
bert-le-Fort, ne cessaient point leurs incursions. 
En vain nos faibles monarques leur jetaient de 
l'or à poignées , l'instinct d'une vie sociale plus 
forte et moins aventureuse les poussait; et comme 



— 45 - 
ces tribus de la Germanie qui, quatre siècles aupa- 
ravant, avaient pris possession de l'empire romain, 
ils essayaient de trouver place sur une terre que 
devait bientôt féconder la civilisation. D'ailleurs , 
l'exemple de leurs frères les tentait. Godefroy et 
les siens avaient, sous Cliarles-le-Chauve, fixé leur 
existence nomade dans le Cotentin, et Lothaire 
avait cédé une partie de l'Anjou au vaillant Hérold. 
Cette fois, ils s'avançaient sous les ordres de Sige- 
froy, le plus terrible, peut-être, mais non le plus 
heureux des rois de la mer; il commandait aux 
chefs de puissantes tribus, et sept cents barques 
portaient ses quarante mille guerriers. 

Déjà ils ont franchi les flots de la Manche; la 885 
Seine leur ouvre un passage jusque dans le cœur du 
royaume ; et avant qu'on ait pu leur opposer la 
moindre résistance , ils sont aux portes de Paris. 
Sigefroy demande insolemment la permission de 
traverser la ville , en promettant d'être inofFensif. 
Mais Gozlin, qui gouvernait alors l'Eglise, se garde 
bien de croire h sa parole : père de son peuple 
pendant la paix, il veut être un de ses libérateurs 
dans les périls de la guerre. Il repousse donc avec 
fermeté les prétentions du barbare. Outré de colère, 
etvainde sesforces, celui-ci répond : « Si j'étais assez 
lâche pour me retirer, ma tête alors aurait mérité 
l'honneur du glaive et puis la dent du chien. Si, ce- 
pendant, tu ne cèdes à mes prières, mes forts, au le- 
ver du jour, t'enverront des traits empoisonnés, à son 



— if) — 

coucher le fléau de Id j'aminv, et Us rcrommr7icero)ii 
Ions les ans. » 

Ainsi, dans sa pensée, comme autrefois Brennus 
sur les débris de Rome, Sigefroy s'écriait déjà : 
« Malheur aux vaincus ! » Mais la France ne devait 
pas être rachetée au poids de Ter, elle avait aussi 
son Camille : Eudes veillait pour elle. 

Au lever du jour, Paris voit avec effroi se déployer 
dans la plaine les troupes nombreuses des Nor- 
mands. La foule éperdue se précipite dans les tem- 
ples; les guerriers prennent place sur les remparts; 
il se fait un silence profond et lugubre ; mais, au 
dehors, des cris tumultueux et confus se font en- 
dre ; des armes et des boucliers s'entrechoquent ; 
les Normands vont commencer l'attaque. A Tcxtré- 
mité de l'île de la Cité étaient construits deux 
ponts en bois, les seuls par lesquels on pût péné- 
trer dans l'île; deux tours aussi construites en bois 
servaient à en défendre le passage. 

C'est là que les Barbares dirigent tous leurs ef- 
forts ; car ils ne peuvent pénétrer dans la ville sans 
s'être rendus maîtres des ponts. Mais Eudes avait 
confié la défense de ce poste important à l'élite de 
ses soldats et de ses chefs. Là combattait son frère 
Robert, là combattaient Ragnacaire et le favori de 
Mars, le redoutable E/Ae. Celui-ci avait quitté le froc 
du moine pour revêtir la cuirasse des combats; ses 
flèches, s'il faut en croire l'historien de ces guerres, 
allaient chercher au loin les Normands, et d'un 
seul trait il pouvait percer jusqu'à sept ennemis à la 



— 47 — 

lois ; puis, en riant, il ordonnait à leurs compa- 
gnons de les porter dans les cuisines. Là on voyait 
aussi le ponlife du Christ, Gozlin,armé de la croix. 
Il réveillait l'espérance dans le cœur des soldats, et 
appelait le ciel au secours de sa patrie ; quelquefois, 
saisissant l'épée, il précipitait au bas des retranclie- 
mens un ennemi trop audacieux. 

Pour Eudes, il était partout ; chef et soldat tout 
ensemble, il semblait multiplier ses bras et sa pen- 
sée; c'était lui qui accablait les assiégeans d'une grêle 
de pierres et de flots d'huile bouillante; et lorsqu'ils 
se débattaient dans d'horribles angoisses, le Fran- 
çais, spirituel et railleur, même au plus fort du 
danger, s'écriait : « Allez rafraîchir votre chevelure 
dans la Seine : ses eaux vous la répareront et vous 
la rendront plus lisse. 

Consternés de leurs pertes, les Normands veu~ 
lent se retirer dans leurs tentes; ils s'éloignaient 
lentement des tours, lorsque tout à coup d'aflVeu- 
ses imprécations retentissent : cp sont leurs fem- 
mes échevelées qui s'avancent à leur rencontre 
et les forcent à recommencer le combat. La lutte 
devient plus sanglante; des pans de ces tours s'é- 
croulent et laissent à découvert leurs redoutables 
défenseurs. Mais le courage croît avec le })éril ; 
chaque soldat se change en héros : l'ennemi cède 
encore une fois et se retire. 

A l'endroit qu'occupe aujourd'hui le faubourg 
Saint-Cermain s'élevaient, à cette époque, de vasies 
et épaisses forêts; c'élait à leui' proxiniilé que les 



Barbares avaient établi leur camp. Sigefroy, avant 
de recommencer l'attaque, fait abattre les plus 
beaux arbres pour servir à la construction des 
machines. Ensuite ses soldats forment, à sa voix, 
une tortue de leurs boucliers, qu'ils ont recouverts 
de la dépouille de taureaux. Sous ce toit impéné- 
trable, ils bravent une incessante projection de 
pierres et des flots d'huile bouillante. En vain 
chaque trait de l'infatigable Eudes frappe à mort 
un ennemi; en vain les soldats assiégés, et à leur 
tête Ermanfred , Erilang, et le bel Ervée, que les 
Normands, à la majesté de sa stature, prenaient pour 
un roi, font dans leurs rangs de terribles ravages; 
malgré leurs pertes, ceux-ci s'avancent au pied des 
murs. Des taureaux, des fascines, des arbres en- 
tiers roulent dans les fossés; on égorge les captifs, 
et leurs cadavres comblent les retranchemens. En 
même temps les ennemis font mouvoir d'énormes 
machines et menacent d'achever l'écroulement 
des tours. Eudes, toujours calme au milieu du 
danger, fait saillir et fixe solidement de longues [)0u- 
tres armées de dents de fer, contre lesquelles vien- 
nentse briser les forteresses mobiles des Normands. 
La fureur alors vient au secours de leur génie impuis- 
sant; ils chargent de fascines trois de leurs barques, 
et lorsque la flamme s'élève en tourbillons, ils les 
lancent sur le courant du fleuve pour en incen- 
dier les tours. Toute la ville est émue de terreur à 
ce spectacle: les femmes, les vieillards courent 
aux temples; enlevées du sanctuaire, les reliques 



— iS) — 

(les saints , sont promenées solennellement dans 
Paris pour cpi'ils protègent la ville par leur pré- 
sence; les boucliers des ennemis s'entrechoquent 
en signe de triomphe ; Eudes et les siens veillent 
attentifs sur les remparts. Mais le danger et l'amour 
de la patrie inspirent une grande résolution à trois 
hommes généreux : au péril de leur vie, ils se pré- 
cipitent dans le fleuve pour détourner l'incendie ; 
le ciel a béni leur courage, car ils viennent à bout 
de remonter, mais couverts de sang et noircis de 
fumée; contemplant bientôt avec joie , au milieu 
de leurs frères, les barques enflammées qui s'abî- 
ment dans la Seine. 

Vaincus, les Barbares, pour le plus grand nom- 
bre, vont porter leur honte et leurs ravages vers 
des régions plus occidentales de la France, dans 
les pays que féconde la Loire. Eudes envoya bien 
au secours des provinces dévastées, mais la résis- 
tance y fut moins vive qu'à Paris ; et le Normand, 
couvert de butin , fatigué de carnage , put à la fin 
songera revoir la mer des Suèves. Cependant, avant 
de quitter pour toujours le littoral de la France, 
Sigefroy ramena ses soldats autour de Paris: peut- 
être espérait-il surprendre la ville , se flatlait-il 
d'obtenir le passage. Quoi qu'il en soit, il demande 
une entrevue à Eudes, qui y consent. Mais à 
peine commençait-elle , que les perfides compa- 
gnons du roi barbare, soit par son ordre, soit de 
leur propre mouvement , tentent d'envelopper le 
comte et de l'enh aîner dans leur camp. Eudes s'en 



— 50 — 
aperçoit; appuyé sur sa javeline, d'un saut ii fran- 
chit le fossé, et, se retournant contre ses lâches 
adversaires, tel qu'un lion surpris, il les repousse 
jusqu'à ce que ses compagnons viennent à son se- 
cours. Frappé de tant de valeur, Sigefroy s'écrie : 
Abandonnons La place , notre devoir n est pas de res- 
ter ici , mais de nous retire^-. En effet, peu de jours 
après il reprit le chemin de sa patrie. 

Cependant Paris restait toujours pressé par les 
Barbares; car peu de chefs avaient voulu suivre 
leur roi : au dehors la guerre, au dedans la mala- 
die engendrée par la putréfaction des cadavres et 
la disette. Dans ces extrémités, Eudes confie la 
garde de la ville au vaillant abbé Eble, et va chercher 
des secours en Germanie. Après une absence de 
quelques jours, il reparaît sur la montagne de 
Mars (aujourd'hui Montmartre), à la tête de quel- 
ques délachemens que lui avait donnés l'empereur 
Charles-le-Gros, L'espérance renaît à son approche 
dans le cœur des Parisiens; malheureusement ii ne 
peut dérober sa marche à ses vigilans ennemis, qui 
prennent à la hâte leurs armes, traversent le fleuve, 
et viennent s'opposer à son passage. Ce fut là pour 
Eudes la cause d'un nouveau triomphe; il se fraie 
une route le fer à la main, pendant que Eble et 
les siens s'avancent à sa rencontre et lui ouvrent les 
portes de la ville. 
ssf; Moins actif, l'empereur Charles arrivait de son 
côté, conduisant une armée nombreuse. Il eût pu 
écraser les Normands; il préféra leur accorder un 



— 51 — 
passage et leur promettre 700 livres. La mort vint 
l'enlever à l'indignation , au mépris des Français. 
Sur ces entrefaites, les Barbares, après être des- 
cendus en Bourgogne, sillonnaient de nouveau la 
Seine et menaçaient Paris. Mais Eudes, que la 
reconnaissance publique avait élevé au trône 
de France, remplit l'attente de son peuple, en 
rentrant sur le champ de bataille et achevant de 
disperser les débris des Normands. Ln fait d'armes 
signalé illustra les derniers combats qu'il eut 
à leur livrer. Une bande de dix mille Normands 
s'avançait sur Paris ; Eudes, qui en est informé, 
prend avec lui mille compagnons seulement et tra- 
verse la plaine. Lorsqu'il est au pied de la montr.- 
gne du Faucon , ii croit entendre dans le lointain 
un bruit semblable à un cliquetis d'armes. Restez 
ici, dit-il à ses soldats, et quand vous enteyidrez les sons 
du cor, vous marcherez, L'épée à la main, il gravit 
le rocher ; Eudes ne s'était pas trompé, c'étaient 
les ennemis; il sonne du cor, ses compagnons pré- 
cipitent leur course et tombent presqu'à l'impro- 
viste sur les Normands. Ceux-ci en vain se défen- 
dent avec courage ; les Français, animés par leur 
roi , remportent la victoire. 

Au reste , ce ne fut pas aux Barbares seulement 
qu'il fit éprouver sa valeur et la supériorité de son 
génie militaire, les seigneurs eux-mêmes ne lardè- 
rent pas à voir qu'ils s'étaient donné un maître. 
Le vaillant Adhémar, le premier, ressentit les elle Is 
de sa vengeance. Los liens du sang l'unissaiml ù 



— ;;2 — 
Endos; plus d'une fois il avait signalé son courage 
pendant le siège; fier de ses services, il vil d'un œil 
jaloux le roi confier à Robert, son frère, la garde 
(le Poiliers. L'envie lui met les arraes à la main ; 
une fois même il surprend pendant la nuit les trou- 
pes de son prince. Au tumulte qui règne dans le 
camp, aux cris des blessés et des mourans, Eudes 
est bientôt sur pied et se hâte vers le lieu du désor- 
dre. Juger le danger et en indiquer le remède, 
donner des ordres, ranimer le soldat par sa parole 
et par son exemple, ce fut l'affaire d'un instant. 
Remise de son effroi , son armée résiste et finit par 
mettre en fuite celle du comte Adhémar. L'Aqui- 
taine, que ce dernier gouvernait, fut soumise; le 
roi, poussant sa marche victorieuse, et s'engageant 
dans les montagnes de l'Auvergne, en chasse le 
comte Guillaume, que l'exemple d'Adhémar avait 
entraîné. 
893 Fort de tant do victoires, Eudes espérait enfin 
pouvoir gouverner en paix, lorsqu'il apprit que les 
seigneurs, et entre autres Herbert, comte de Ver- 
mandois , venaient de faire sacrer à Rheims le 
jeune Charles, plus tard surnommé le Simple, fils 
posthume de Louis-le-Bogue. Eudes reprit les ar- 
mes , mais sa présence seule suffit pour mettre en 
fuite ce rival, qui, fugitif, alla réclamer l'appui du 
roi de Lorraine. Zuentibold, indigne fils du grand 
Arnolphe, lui offrit son épée qui ne servit à rien, 
car il savait mieux fuir que combattre. La mort 
vint délivrer Charles de son redoutable compéli- 



— DO — 

leur. Dt's liisloiiens rapporlenl cju'Eudes, à Sii 
dernière heure, en proie à de vaines terreurs de 
conscience, recommanda de rendre la couronne 
aux descendans de Charlemagne. Celait terminer 8î>>> 
par un acte de faiblesse une vie toute pleine de cou- 
rage et d'héroïsme : tant il est vrai que les hommes 
les plus éminens se rattachent toujours par quelque 
point à la misère de notre liumanité; il est rare 
surtout qu'ils échappent à l'influence des préjugés 
de leur siècle. Eudes, en présence du tombeau , 
leur rendit un dernier hommage. 

Mais Robert, qui n'élait point élt-ndu sur sou lit 
de mort , pensait autrement ; peu satisfait de son 
titre de comte de Paris, il enviait le poids du sceptre 
tju'avait porté son frère. Comme Eudes , hi gloire 
des combats le signalait à la nation; car sur le 
champ de bataille, sur la brèche, partout il avait 
montré un haut courage et lait preuve de grands 
talens militaires. Depuis l'avènement de Charles-lc- 
Simple au trône, les Normands n'eurent pas d*^ 
plus redoutable ennemi. 

La patrie, (jui comptait sur sou épéu , Ncnait de 
mettre entre ses maiîis le soin de sa déiense , car 
d'autres Barbares avaient récemment déserté les fo- 
rêts du iNord. A leur tète marchaient Gerlon et 
Raoul ou Rollon, le plus heureux des rois de la mer. -'H 
Abandonnant l'Angleterre, après l'avoir ravagée , 
ils étaient venus se replier sur la Fiance et s'avan- 
«;aient vers Paris. Dans une seule rencontre, Robert 
leur tua <,vpi mille hommes, et il ail lit j)ouisui\ie 



— 5-4 — 

ses succès, lorsqu'il apprit que Ctiarles-le -Simple, 
fatigué d'une lutte sans cesse renaissante, sollicitait 
la paix. D'ailleurs le temps était venu pour les 
hommes du Nord de prendre enfin position sur la 
terre de France ; et Rollon, par sa conversion à la 
foi du Christ, et par son mariage avec la fille du 
roi, cimenta l'union dès lors indissoluble des deux 
peuples. Robert servit de parrain au chef barbare, 
dont le nom fut depuis et pendant long-temps, 
dans la Normandie, comme une invocation à la jus- 
tice même, Gerlon se fixa dans le comté de Blois. 

Jusque là Robert avait étouffé son ambition se- 
crète : le danger de la patrie l'avait emporté sur son 
intérêt personnel. Mais lorsque Charles, débarrassé 
(les Normands, se fut abandonné à de lâches com- 
plaisances pour son favori Haganon ; lorsque ce- 
lui-ci eut accumulé sur sa tête les dignités et les 
honneurs, le comte de Paris, blessé dans son or- 
i^ueii , frémit d'indignation. Les seigneurs entrent 
dans ses vues; Gislabert, duc de Lorraine, enve- 
nime les esprits; mais Hugues-le-Grand est dé- 
pouillé de l'abbaye de Chellcs en faveur d'Haga- 
non : c'est le signal de la révolte ; Robert lève le 
masque, et en appelle à son épée de la justice de 
sa cause. 

L'imbécile monarque, content s'il peut sauver 
son favori, abandonne la capitale, et, sur les pas 
d'Haganon , va chercher un asile chez Herbert, 
comte de Vcrmandois. 

Pendant ce temps, Ruberl fait piller les trésors 



DO 

<lu favori et les distribue à ses soldats. Sa valeur , 
ses nobles qualités lui captivent les cœurs, que le 
roi s'aliénait par son caractère étroit et son favori- 
tisme injuste; il reçoit à Rouen, des mains de l'ar- 
chevêque Ervé, la couronne de France. Trois jours 
après, le prélat mourut, et les préjugés du temps 
attachèrent à sa mort l'idée d'une punition divine. 

Mais à l'abri de ces terreurs vulgaires, le comte 
de Paris, sacré roi, continuait à soutenir son scep- 
tre par son épée ; tandis que Charles, à force de 
bassesses, mendiait le secours de l'empereur Henri- 
rOiseleur. Robert sut déjouer ses manœuvres. 

Réduit à ses seules forces , Charles se hâte d'as- 
sembler ses troupes afin de surprendre son rival. 
La renommée plus agile le devance ; le comte se 
met à la tête d'une poignée d'hommes et vient éta- 
blir son camp vers la rivière d'Oise. Trop de pré- 
somption cependant lui devint funeste. Echauffé 
par tant d'outrages , le prince sent un instant dans 
ses veines l'ardeur du sang de Charlemagne. Il 
passe sans bruit la rivière, à l'heure où les compa- 
gnons de Robert se livraient dans leurs tentes à un 
modeste festin. Les sentinelles tombent sous ses 
coups; en un clin d'œil le camp est envahi : Ta- 
larme se répand, les coupes sont renversées; les uns 
se retranchent derrière les tables, d'autres s*arment 
de leurs boucliers. Mais Robert est à cheval, il ra- 
nime les siens, et bientôt les troupes du roi faiblis- 
sent. Des historiens ont avancé qu'en ce moment 
(Uiarles, apercevant son rival, piqua dioit à lui, rt 



— 5(j — 

cl un lieureux coujj de lance lui perça le cœur. 
•^25 C'eût été là sa plus belle fortune; mais peut-être ce 
fait d'armes appartient-il plus au roman qu'à 
l'histoire. Quoi qu'il en soit, la mort de Robert ne 
procura point la victoire à Charles. Robert laissait 
à son armée un homme de ressource et de génie : 
c'était son propre fds, Hugues-le-Grand, qui, 
ralliant les troupes abattues de son père, vint à bout 
de repousser l'ennemi et de se rendre maître du 
champ de bataille. 

Désormais il va occuper l'histoire presque à lui 
seul. Le trône était vacant; s'il n'eût été qu'un 
prince ordinaire, il y fût monté, malgré les seigneurs 
qui redoutaient sa supériorité. Toutefois, pour ne 
pas blesser son orgueil, ils feignirent de remettre 
l'élection d'un roi à l'aimable et spirituelle sœur de 
Hugues. Contrainte de choisir entre son frère et 
son époux, Raoul de Bourgogne, Emine répondit: 
J'aime mieux baiser les genoux à mon mari quà mon 
frère, [Baiser les genoux, dans la langue féodale 
signifie faire hommage. ) 

Raoul de Bourgogne prit donc la couronne; mais 
(îlle était environnée d'écueils. et bientôt il eut à la 
défendre contre les attaques de Charles, appuyé 
sur les forces de la Germanie. Hugues prit en main 
la cause de son beau-frère et la fit triompher. 

Cependant Raoul fut obligé d'entrer en guerre 
contre ses vassaux eux-mêmes ; car, tandis que 
(4harles expiait dans les tours du château de Pé- 
ronne son excès de confiance dans l'hospilalité du 



— 01 — 
comte de Vcrmandois, celui-ci , aiiibilieux et inlri- 
gant, levait l'étendard de la révolte contre son nou- 
veau suzerain. Guillaume, duc d'Aquitaine, de son 
coté en faisait autant. Pour le comte de Paris, tran- 
(juille spectateur de ces débals, il laissait à Raoul 
tout le poids de la guerre ; il avait bien pu lui prêter 
son appui contre le fils de Louis-le-Bègue , mais ii 
était trop ardent champion de la noblesse pour le 
servir contre les seigneurs. C'était un moyen , il est 
vrai, d'affermir lui-même sa puissance , quoiqu'en 
même temps il favorisât le développement de cette 
féodalité qui devait coûter tant de peine à ses 
nombreux successeurs. 

Toutefois , lorsqu'il vit qu'Herbert , réduit aux 
abois, menaçait de tirer Charles de prison pour le 
mettre en présence de Raoul, interposant son au- 
torité entre le suzerain et le remuant vassal, il 
força ce dernier à souscrire à la paix. Charles resta 
dans sa prison, où la mort seule put briser ses chaî- 
nes. Six ans après, Raoul mourut. C'était la seconde ' " 
lois que la couronne venait s'offrir à Hugues : il la 
refusa encore. On s'est étonné de ce double relus ; 
mais, comme le remarque M. de Sismondi, le comte 
de Paris semble avoir considère le pouvoir d'un sei- 
gneur kérédi taire dans ses fie fs , comme beaucoup plus 
satisfaisant pour C ambition que la prérogative d'un 
roi électif sur des vassaux inquiets et indépendans. Il 
avait déjà considérablement étcridu f héritage de sa. 
famille; il comptatt C étendre encore', mais il voulait 
donner à toutes ses usurpations la sanction de Caa~ 



— 58 — 

torilé royale , et il jugeait (fu elles sciaient bien plus 
respectées par les autres vassaux ou par les souverains 
qui viendraient ensuite , s'il mettait^ entre eux et lui, 
le nom d*un roi légitime, celui d'un roi dont il serait 
le maître, que s'il s'exposait à voir contester en même 
temps et l'acquisition qu'il avait faite, et son propre ti- 
tre à la couronne. Tous les grands du midi des Gaules 
et de l'Aquitaine avaient, dans Us dernières guerres 
civiles , prétendu vouloir demeurer fidèles au sang 
de C harlemagne, Hugues compta qu'il les gouverne- 
rait au nom du dernier descendant de cet empereur. 

En Angleterre, retiré dans la cour du roi Athels- 
lan, vivait le dernier rejeton de la race carlovin- 
gienne. C'étaitLouis, surnommé d'Outre-mer, que 
samèreOdgive, princesse courageuse, avait emporté 
à travers les flots , après la captivité de Charles-le- 
Simple. Hugues déj)ute Auségise, archevêque de 
Reims, vers le jeune roi; et lui-même, au milieu 
de la foule nombreuse et brillante des seigneurs, il 
va le recevoir sur la grève de Boulogne. Louis, re- 
connaissant, fait don au fds du comte, le célèbre 
Hugues Capel, d'une partie du duché de Bourgogne. 
Mais la bonne harmonie dura peu. Le monarque 
s'aperçut bientôt qu'il était en tutelle; assez fier et 
assez courageux pour oser secouer ses chaînes, il ôtc 
1)50 à Hugues-le-Grand l'intendance générale des affai- 
res. En même temps il le frappe dans ses amis; fait 
abattre les forteresses qu'Herbert avait élevées à 
Laon, et menace de raser toutes celles du rovaume. 
Hugues n'était pas liunnne à courber la tôle ; il sr 



— d9 — 
ligue avec Herbert, achèle l'alliance d'Ollion-le- 
Grand , empereur de Germanie, en épousant sa 
sœur Hawinde, et appelle sous ses drapeaux le duc 
de Normandie. La guerre éclate de toutes parts ; 
l'empereur entre en France ; Hugues , secondé 
d'Herbert, va mettre le siège devant Laon, où Louis 
n'échappe au danger d'une surprise que par la 
perle de ses plus vaillans chevaliers. Fugitif dans 
son propre royaume , le malheureux monar- 
que, trop faible contre un sujet , va chercher un 
asile dans la ville de Vienne et invoque à son se- 
cours les foudres de l'Eglise. Le pape s'empresse 
d'intervenir et menace le comte; mais celui-ci ne 
se hâtait guère d'obéir, lorsqu'Othon , gagné par 
Louis, cherche à l'épouvanter à son tour. L'empe- 
reur parlait à la tète d'une puissante armée; Hu- 
gues trouva ce langage plus persuasif que celui de 
Rome et consentit à la paix. 

Tant que la bonne harmonie dura, le roi put ré- 
primer les prétentions de ses insolens vassaux. 
Ainsi les fih d'Herbert, héritiers de l'ambition de 
leur père, étant prêts à l'imiter, le comte rabat- 
tit leur orgueil ; il reçut en récompense le reste 
du duché de Bourgogne , et le titre de duc des 
Français, agra7idissement , dit Mézerai, qui renversa 
depuis la postérité du roi, mais qui, pour lors , ac 
commodait ses affaires. 

La guerre de Normandie vint jeter de nouvelles l)4ô 
semences de discorde. Après la mort de Guiliaumo- 
Longue-Épée, Louis, qui portait des regards do 



— GO — 

convoitise sur celle province, avait attiré à sa cour 
le jeune Richard, sous prétexte de lui servir de tu- 
leur. Il ne sut pas assez dissimuler son intrigue; un 
jour même, sans grande cause, couleur ii'occasio?i, 
le prlnt à menacer et à injurier ; lui dit que s'il ne se 
rluislioit et gouvcrnoit autrement, il lui ferait et Cos- 
leroit de tout honneur. 

Ces paroles menaçantes eflVayèrent Osmond , 
chevalier et compagnon fidèle du jeune prince ; il 
lui recommanda de feindre une maladie; et pen- 
dant que le roi faisait festc solennelle, et que les gardes 
s'en alloient en La salle ^ l'un çà, l'autre /à, pour voir 
la feste y le chevalier print l'enfant, le lia dans un fais- 
ceau d^ herbe verte , et sous un manteau le porta hors 
jusqu'à Coucy en- V allais. 

Bernard-Ie-Danois , qui était le seigneur de ce 
lieu , prend Richard sous sa protection, et tâche 
d'intéresser Hugues à la cause de l'orphelin. Le 
comte promet son appui ; mais le roi se haie de 
lui proposer en récompense de ses services , les 
seigneuries d'Evreux cl de Bayeux ; i'ambilion 
lui fait oublier sa parole. La guerre commence , 
ot la fortune suit les }>as de Hugues. Trop faibles, 
les Normands ont recours à la ruse : ils feignent 
(le se soumeltre au roi , qui , l'cçu dans Rouen 
avec magnificence , ordonne au comle de sus- 
pendre ses ravages. Frustré dans son esj)oir, l'am- 
bitieux Hugues rentre à Paris, en jurant dans son 
cœur de courroucer le roi. Il y élait à peine arri\é 
!i4o que Bernard, voulant mellre fin à l'inlrigue dont 



— 61 — 

Louis était le jouot, va trouver Hugues, et, se pre- 
nant tout d'abord à rire, lui dit : « Or ça, seigneur, 
avez-vous corKjuété Normandie ? Comment va ta he- 
songne ? Foiidriez-vous point aider à Richard ? r> Et 
lors ledit Hué répondit : « Le roi en a fait dépendre 
du mien, et m'a travaillé et failli de promesse, mais, 
si je trouve opportunité. Je m^en vengeray. » L'occa- 
sion ne larda pas à seconder ses vœux. 

Bernard avait appelé au secours des Normands 
liarald ou Aigrold , roi de Danemarck; et pour ti- 
rer vengeance de Louis , il avait conçu le dessoin 
de le faire prisonnier; mais, effrayé lui-même de la 
hardiesse de son projet, il charge de l'exécution le 
monarque danois, et demande l'adhésion de Hu- 
gues, qui consent à tout. Aigrold ravage nos pro- 
vinces pour attirer contre lui toutes les forces du 
roi. Louis pari en effet de Laon à la têle de ses 
Iroupes. Au bruit de son arrivée, Aigrold simule 
quelque crainte et sollicite une entrevue. Fier d'un 
hommage qu'il croit rendu à sa supériorité, Louis 
l'accorde sans peine; mais pendant que les deux 
princes s'abouchent, les Normands cherchont, 
à dessein, querelle aux Français; les armes sont 
tirées, les seigneurs de la suite du roi succombent, 
et lui-même , cherchant son salut dans la fuite , est 
arrêté, puis conduit, par Bernard, prisonnier 
à Rouen. 

A cette nouvelle, la reine Gcrbcrge remplit I'Fai- 
rope de ses plaintes; elh; implore le secours do 
l'emporour Henri; olle conjure Hugues de délivrer 



— (r2 — 
son ôpoux. Le comlc; iiUervi(3nl en ellel, tlùli- 
vre le roi ; et lui, qui avait trempé dans cette in- 
trigue, est ainsi assez heureux pour devoir s'attri- 
buer sans conteste le nom de libérateur de son 
prince. Sa protection coula à Louis le château de 
Laon. 

La bonne harmonie se trouvait donc rétablie en- 
core une fois entre le souverain et son vassal ; mais 
les craintes du roi devaient promptement la dis- 
soudre. Hugues avait fiancé sa fille bmine au jeune 
Richard, duc de Normandie. Louis fut effarouché 
de cette alliance; voulant la briser, il appela le 
secours d'Arnould de Flandre, qui redoutait le 
voisinage des Normands, et Othon, empereur d'Al- 
lemagne , qui rêvait déjà les dépouilles promises 
de la Lorraine. Hugues, dès lors poussé à la ré- 
volte, prend les armes, balles troupes d'Othon et 
le renvoie mûrir ses rêves dans son empire. Après 
cette défaite, Louis, qui n'était pas de force à lutter 
seul, rentra en bonne intelligence avec son vassal. 
Cette fois la paix fui de longue durée. Le roi mou- 
rut. 

Malgré ses rivalités constantes avec le comte , 
Louis, à sa dernière heure, lui recommanda son fils 
Lothaire. Hugues, qui n'avait point cédé à la puis- 
sance des armes, touché de tant de confiance, ac- 
cepta la tutelle du jeune prince. Sous ses auspices, 
Lothaire prit possession du trône et reçut la cou- 
ronne, à Reims, au milieu des seigneurs assemblés. 

Un dernier exploit illustra la vie de Hugues : 



- 65 — 
Guillaume, Tête-d'Etoupes , comte de Poitiers, re- 
fusait de se reconnaître son vassal, à l'occasion du 
duché d'Aquitaine, que le comte de Paris avait 
reçu du jeune roi Lolhaire lorsque celui-ci monta 
sur le trône. 9iS5 

En peu de jours Hugues eut levé des troupes 
et vint camper devant Poitiers. Le ciel parut pren- 
dre la défense de Guillaume : une tempête affreuse 
s'éleva ; la pluie tombait par torrents ; des éclairs 
redoublés déchiraient les nuages; la foudre fendit 
même le pavillon de Hugues, dont les soldats, épou- 
vantés, s'enfuirentde leurs tentes. Dans ce désordre, 
l'Aquitain se livre à l'attaque; mais le comte par- 
vient à rassurer ses troupes, et Guillaume laisse 
le champ de bataille jonché des cadavres des siens: 
ce qui mit un terme aux combats ; ici finit la lon- 
gue carrière de Hugues. Il avait vu s'éteindre deux 
règnes entiers : ceux de Raoul et de Louis-d'Outre- 
mer ; il avait hâté l'agonie de la puissance de Ghar- 
les-le-Simple , et, sur la fin de ses jours, il gérait 050 
la tutelle et soutenait le trône de Lothaire. 

Arrêtons-nous un instant. L'histoire des comtes 
de Paris nous présente une série d'hommes qu'on 
peut appeler grands, comparativement à l'époque 
où ils vivaient et aux monarques pusillanimes dont 
ils démembraient pièce à pièce la royauté. On di- 
rait qu'il en est de la destinée de certaines familles 
comme il en a été de la destinée de tous les peu- 
ples jusqu'à nos jours. Des profondeurs de la Bar- 
barie ils so sont élevés pas à pas à un degré plus 



— G4 — 
ou mollis liîuil lie civilisation , el puis , comme si 
celle marclie avait usé leur vie et leur puissante 
organisation, après être restés quelque temps sta- 
tionnaires, ils ont redescendu l'échelle sociale 
pour aller se retremper dans la Barbarie, qui est 
l'enfance des nations. 

La famille des Pépin, sous la première race, 
une fois sortie de l'obscurité par le mérite per- 
sonnel de son chef, s'élève rapidement à ses hautes 
destinées. Mais là son rôle finit; elle avait donné 
à la France des maires du palais d'une rare verlu 
militaire et d'une habileté incontestable ; par un 
dernier effort, elle produisit Charlemagne , qui 
emporta avec lui dans la tombe le génie et la gran- 
deur de sa race. 

Robert commence la fortune des comtes de Pa- 
ris ; il est le plus brave et le plus heureux des 
guerriers de son temps. C'était par les armes que sa 
famille devait arriver au trône , et l'art de la guerre 
se retrouve en action chez tous ses descendans jus- 
qu'à ce qu'ils aient atteint leur but. C'est sur le 
champ de bataille que Eudes et Robert conquièrent 
leur gloire et leur titre de roi; c'est les armes à la 
main que Hugues-le-Grand fonde sa puissance et 
qu'il la soutient. Il est sans contredit le plus grand 
des comtes de Paris : brave , actif, ambitieux , en- 
treprenant, il avait toutes les qualités nécessaires 
pour faire un usurpateur. Il mène en quelque 
sorte à son terme la destinée de sa famille ; cl puis 
on voit la race de Roborl-lc-Forl sensiblement dé- 



— 6o — 
cliner. Assise sur le trône da France , sous le nom 
de dynastie capétienne, les premiers rois qu'elle 
donne à la France ne remplissent pas i'allenle 
qu'avaient fait concevoir les comtes de Paris. Les 
historiens modernes ont criliqué avec amerlume 
l'indolence et la faiblesse des premiers capétiens. 
Leurs reproches sont en géîiéral fondés ; il n'est 
pas vrai, cependant, que ces rois aient manqué 
tout-à-fait d'énergie et de résolution. Lisez leur 
histoire , vous les verrez Intervenir sans cesse soit à 
main armée , soit par des négociations dans les af- 
faires du comté de Bourgogne , du comté d'Anjou , 
du comté du Maine , du dacké d' Aquitaine , du du- 
ché de Normandie ; en un mot , dans les affaires de 
tous leurs voisins et mêma des seigneuries fort éloi- 
gnées d'eux. 

D'ailleurs, les cii constances étaient changées ; il 
ne faut pas perdre de vue le caractère de l'élévation 
de Hugues Capet au trône; elle fut, nous l'avons dit, 
ime transaction avec les seigneurs, et dès lors il ne 
pouvait affecter l'indépendance et ressaisir la toute- 
puissance de Charlemagne. Quoi qu'il en soit, il 
est vrai de dire qu'il n'avait ni la hauîeur ni le 
génie de son père. Hugues Capet parvint à son 
but en flattant le clergé et la noblesse. Hugues-le- 
Grand marchait à Texécution de ses desseins en 
bravant les résistances partout où il les rencon- 
trait. Il renouvela l'étonnant spectacle que nous 
présente la fin de la première race : un roi sm- le 
trône, et, plus puissant que lui, un sujet qui l'écrase : 

3 



— f>0 — 

l'Élnt marchant ainsi avec une double tête, jusquà ce 
que la plus forte fasse sécher L'autre. 

Hugues-le- Grand laissa quatre (ils : Othon et 
Henri, qui successivement occupèrent le duclié de 
Bourgogne; Odon ou Eudes, qui s'engagea dans 
les ordres sacrés, et Hugues , surnommé Capet ; 
celui-ci n'était encore âgé que de dix ans à la 
mort de son père. On dit que Hugues-le-Grand , 
redoutant pour son fds les dangeis de la mino- 
rité en présence d'une rovauté rivale, le recom- 
manda à Richard , duc de Normandie. Cette pro- 
tection lui fut inutile; Hugues Capet resta paisible 
possesseur de ses fiefs , et l'indolent T.othaire le 
laissa grandir à l'aise jusqu'à ce que le comte de 
965 Paris fût en âge de pouvoir agir et qu'il pût 
rompre sérieusement avec lui : ce qui ne man- 
qua pas d'arriver en etfet. La puissance de Hu- 
gues fit ombréjge à Lothaire, et plus d'une fois 
l'empereur Othon-le-Grand intervint pour les ré- 
concilier. Rien cependant n'annonçait, dans le 
comte de Paris, ni cette supériorité, ni cette ambi- 
tion qui distinguent un usurpateur. Ses premières 
années s'écoulèrent dans l'ombre , et il ne figura 
comme un personnage important sur la scène po- 
litique , que dans l'année 978 , à l'occasion de la 
guerre qu'Olhon H, fils d'Othon-le-Grand, avait 
déclarée à la France. Un jour qu'Othon H, sans 
défiance, se trouvait dans son palais d'Aix-la- 
Chapelle, Lothaire, qui redoutait ses vues ambi- 
tieuses et qui crut le moment favorable, vint l'at- 



— 67 — 

laquer à l'improviste. L'empereur était à table, dî- 
nant tranquillement avec sa femme lorsqu'il faillit 
être surpris. Il envoya aussitôt un héraut annoncer 
au roi de France que le 1^' octobre prochain il 
irait le visiter dans ses Etats. 

Olhon tint parole ; et le 4" octobre , après avoir 
ravagé les diocèses de Reims, de Laon , etc., il ar- 
riva sans résistance jusque sur les hauteurs de 
Monlmartre; alors il envoya dire à Hugues Capet 
qu'il allait faire chanter un Aiieluia , par tant de 
clercSy qu'il le pourrait bien ouïr. Bientôt, en effet, 
C Aiieluia commença; les cris tumultueux des sol- 
dats et le bruit des armes se mêlèrent aux chants 
des prêtres, et tout Paris put entendre retentir : 
Aiieluia te martyr um candidatus laudat exercitus 
Domine. Au reste, toutes ces grandes menaces 
de guerre ne furent que de la fumée; il y eut 
beaucoup de bravades et peu de sang versé ; un an 
plus tard, la paix fut conclue, et Lothaire céda, 980 
sans aucun motif, la Lorraine à l'empereur. Cette 
concession et d'autres qu'il fit tout aussi mal à pro- 
pos, attirèrent sur sa tête le mépris général. 11 
mourut en 986 et fui enterré à Reims. A sa mort, 
l'ambition de Hugues Capet parut devenir plus ac- 
tive , mais son intrigue pour arriver au trône nous 
échappe: il avait le talent de s'avancer dans l'om- 
bre. Une agitation violente se manifeste de toutes 
parts ; deux partis divisent la France : d'un côté , la 
reine Emma, femme de Lothaire, avec son fils, 
Louis V, dit le Fainéant ; de l'autre, Hugues Capet et 



— b'8 — 

quelques seigneurs remuans. Des mouvemens mi- 
lilaires eurent lieu dans les diocèses de Caen, de 
Reims, etc. ; ce furent surtout les soldais de la reine 
qui , conduits par les comtes Olhon et Hériberl , dé- 
ployèrent une grande activité; mais toutes leurs 
opérations n'aboutirent qu'à faire tomber au pou- 
voir du parti ennemi Emma avec Adalbert, évêque 
de Laon , son favori ; Charles de Lorraine l'en- 
ferma dans ses prisons. Dès ce moment la grande 
affaire, comme l'appelait Gerbert, secrétaire d'A- 
dalbert, archevêque de Reims , précipita son dé- 
noûment. Louis V mourut le 21 mai 987, sans 
avoir eu le temps de rien entreprendre. Cepen- 
dant Hugues Capet s'était rapproché d'Othon , 
l'empereur de Germanie ; il avait pour lui le clergé 
et quelques seigneurs puissans. Ce fut en vain que 
Charles de Lorraine essaya de faire valoir ses pré- 
tentions et de réclamer l'appui des grands du 
royaume. Pendant qu'il intriguait , Hugues Capet 
s'était fait saluer roi , à Noyon, par son armée , et 
l'archevêque de Reims lui avait conféré l'onction 
987 royale le 3 juillet 987. Sa vie désormais ne nous 
appartient plus; il fut le dernier comte de Paris qui 
jeta quelque éclat. Après lui, nous trouvons Odon , 
mais nous n'avons rien de particuher à dire sur son 
sujet; les documens manquent pour l'histoire géné- 
rale , et à plus forte raison pour l'histoire d'un sim- 
ple seigneur. Nous savons seulement qu'en 1032 
il mourut sans laisser d'enfans et qu'alors s'éteignit 
le tilre de comte de Paris. 



— GO — 
Mais , par une inspiration d'autant plus augusle 
qu'elle est toute due à un sentiment de gratitude 
pour la ville de Paris , le chef de la dynastie cons- 
titutionnelle vient, après un intervalle de plusieurs 
siècles, renouveler ce titre en faveur du premier- 
né de l'héritier présomptif du trône. 



TROISIEMK SERIE. 



4jbiâ ^^ï£è'^^ m^^ c^4iu^a^, 



.*k>nimaire, 

'Naissance lie Louis -IMiilippe- Albert d'Orléaus. — Le Roi, sou 
grand-père , lui confère , iuunédiatenient après qu'il est né, le 
titre de Comte de Paris. — Renaissance de ce titre. — Scène de 
famille. — L'acte de naissance est r<5digé. —Le maréchal comte 
Gérard et le maréchal comt« Lobeau y assistent connue témoins. 

— L'archevêque de Paris , monseigneur de Quélen , se rend auv 
Tuileries pour ondoyer l'enfant royal nouveau-né. — La ville de 
Paris vote des réjouissances publiques en l'honneur de ces événe 
mens.— Le Roi fait distribuer d'abondans secouj's. — Discours de 
M. le comte de Rambuteau, préfet de la Seine.— Réponse du Roi. 
— Laps de temps qui s'écoule entre la naissance, l'ondoyement et 
les cérémonies du baptêm«. — Lettre du ministre des cultes aux 
tîvêques du royaume, à l'occasion de la fête du Roi et du bap- 
tême de son petit-fils. — Lettre de monseigneur l'archevêque dt^ 
Paris à tons les curés de son diocèse , sur le même sujet. — Fête 
du Roi. — Article du Moniteur. — Grande réception à la cour à 
l'occasion de la fête du Roi et du baptême du comte de Paris. — 
Réception de monseigneur l'archevêque de Paris et de son clergé. 

— Discours de monseigneur l'archevêque. — Réponse du Roi. — 
Grâces accordées par le Roi. — Notice sur les baptêmes des fils et 
des petits-fils des Rois. — Son Altesse Royale madame la du- 
chesse d'Orléans, avec son fils, le comte de Paris, visite la sa'le 
d'asile-modèle de la capitale. — Extrait du Moniteur Parisien 
sur cette royale et intéressante visite. — Baptême du comte de 
Paris. — Le préfet de la Seine remet au comte de Paris l'épee 
qui lui est offerte par la ville de Paris. — Banquet royal. - Con- 
cert du Louvre. —Conclusion, 

C'est le vendredi 2^ août 1838 , qu'est né , au 
château des Tuileries , Louis-Philippe-Albert d'Or- 
l<éans , à qui le roi , son grand -j)ère , a conféré im- 



— 72 — 

médialcmcnt le lilre de comte de Paris. Dès dix 
lieures du malin, tous les membres de la la- 
millo royale , madame la grande duchesse de Mec- 
klembourg, son altesse royale monseigneur le duc 
de Wurtemberg , étaient réunis au pavillon Mar- 
san. En même temps le roi avait fait avertir, par le 
général baron Athalin , de se rendre au château, 
M. Mole, président du conseil des ministres et ses col- 
lègues; M. le baron Pasquier, chancelier de France; 
M. le duc Decazes , grand référendaire ; M. Cauchy, 
garde des archives de la chambre des pairs; MM. les 
maréchaux comtes Lobeau et Gérard. Lorsque le 
moment de la délivrance approcha, tous ces hauts 
fonctionnaires furent introduits dans la chambre 
de la princesse pour constater la naissance de l'en- 
fant; il vint au monde à deux heures cinquante 
minutes de l'après-midi. A la vue du nouveau- 
né , M. Mole, dans un élan spontané de Tâme , 
s*écria : Nous avons un prince , et il s'empressa de 
porter celte heureuse nouvelle aux personnes qui 
se trouvaient réunies dans le pavillon Marsan. 
Elle fut accueillie par des cris de : Fivc te Roi ! 
Là se trouvaient MM. Dupin , président de la 
chanibre des députés; le comte Portalis, premier 
[)résident de la cour de cassation; le comte Si- 
méon , premier président de la cour des comp- 
tes; le baron Séguier, premier président de la cour 
royale de Paris ; le lieutenant-général comte Pa- 
jol , eonimandanl la première division militaire; 
le comte (!<• liand)uteau et M, Delosserl , [)rélV'ts; le 



— /o — 

général Jacqueniinol , chef de l'élal-major général 
(le la garde nationale ; et les dames et les ofliciers de 
!a maison du roi, de la reine et des princes. 

Dans la cour du château stationnait une foule 
nomhreuse, qui manifestait vivement sa satisfac- 
tion, tandis que le canon des Invalides, par ses 
cent une détonnations, annonçait à tout Paris la 
naissance du prince. 

Cependant il se passait dans la chamhre à cou- 
cher de la princesse une scène toute d'attendris- 
sement, toute de famille. Le prince royal , près du 
lit de son épouse, laissait éclater son contente- 
ment; la reine versait des larmes de joie ; et le roi, 
profondément ému en songeant à ce nouveau gage 
de la perpétuité de sa dynastie, tenait sa belle- 
lille serrée dans ses bras. 

L'acte de naissance fut rédigé sur-le-champ par 
M. le baron Pasquier, chancelier de France, 
président de la chambre des pairs, remplis- 
sant, en celte occasion, d'après l'ordonnance du 
23 mars 1816, les fonctions d'officier de l'état 
civil. Il était assisté de M. le duc Decazes , grand 
référendaire de la chambre des pairs, cl de 
M. Cauchy, garde dos archives de celte cham- 
bre. 

!\L le maréchal comte Gérard et M. le maré- 
chal comte Lobeau étaient témoins ; la famille 
royale elle corps des minisires figuraient en qua- 
lité d'assistans. L'acte de naissance porto donc les 
signatures suivantes : 



— 74 — 

Louis-Pliilippe ; 

iVIarie-Amélie ; 

Ferdinand-Philippe d'Orléans ; 

Auguste, grande duchesse douairière de iVkc- 
klembourg ; 

Henri-Eugène-Pliilippe d'Orléans ; 

Anloine-Marie-Philippe d'Orléans ; 

Clémentine d'Orléans ; 

Eugène-Adélaïde-Louise d'Orléans ; 

Alexandre, duc de Wurtemberg ; 

Mole; 

Barthe ; 

Bernard; 

Rosamel ; 

Montalivet; 

N. Martin (duiNord) ; 

Salvandy ; 

J. Lacave-Laplagrie ; 

Maréchal comte Gérard ; 

Lobeau ; 

Pasquier; 

Duc Decazes ; 

Cauchy. 

Sur la demande du roi , l'archevêque de Paris , 
monseigneur de Quélen, se rendit avec empresse- 
ment aux Tuileries pour ondoyer l'enfanl. La cé- 
rémonie se passa dans la chapelle du palais; c'é- 
tait la reine elle-même qui tenait son petit-fils. 

La ville de Paris vola des réjouissances publi- 
ques en l'honneur de cet heureux événement, et 



-• 75 — 
la famille royale ne voulant point laisser de cœurs 
tristes au milieu de sa joie , signala sa bienfaisance 
par des largesses considérables. Le roi fit distribuer 
des secours aux pauvres des douze arrondissemens 
de Paris, aux pauvres de Compiègne, de Fontaine 
bleau, à ceux d'Amboise, de Vernon, etc. ; la du- 
chesse d'Orléans voulut qu'on délivrât à tous les 
enfans nés dans la capitale le même jour que Son 
Altesse royale, un livret de caisse d'épargne avec 
mise de 100 francs. Un jour peut-être ces enfans, 
sans autre dot que celle qu'ils tiendront de la muni- 
ficence d'une mère, béniront la naissance de son 
(ils ! 

Dans les provinces, l'allégresse publique ne se 
manifestait pas moins vive qu'à Paris, et, de tous 
les coins de la France, le roi recevait des félicita- 
tions. Il serait trop long d'énumérer ici tous ces 
témoignages de sympathies ; ils dédommagent bien 
la dynastie constitutionnelle des attaques sourdes 
et des clameurs des partis : c'est la meilleure preuve 
qu'elle remplit la haute mission qui lui a été confiée. 

Je passerai également sous silence les discours 
qu'adressèrent au roi, en cette occasion, les grands 
corps de l'Etat; mais je me plais à répéter les no- 
bles paroles du corps municipal de Paris, lors- 
qu'ayant à sa tête le comte de Rambuteau , préfet 
de la Seine, il vint féliciter le roi, sanctionner le 
titre de comte de Paris qu'il avait donné à son pe- 
tit fils, et déposer une épée sur le berceau du jeune 
prince : 



76 



« Sire , 

»Le corps municipal de Paris est profondément 
touché et reconnaissant du sentiment quia inspiré 
à Votre Majesté le cboix de ce titre de comte de 
Paris, qu'elle a voulu donner au premier rejeton 
de l'alné de ses fils. A ce titre se rattachent des 
souvenirs augustes pour celte cité; il est de bon 
augure pour l'avenir du prince qui le portera et 
un lien de plus entre lui et nous. 

«Aussitôt que la nouvelle a été connue à l'Hôtel- 
de-Ville, le conseil municipal s'est assemblé; il a 
volé des réjouissances publiques et le don d'une 
épée au comte de Paris. Cette épée , dans la pen- 
sée du corps municipal, ne doit point rappeler 
celle de Charlemagne ou celle de Napoléon ; à l'es 
prit de conquête a succédé l'esprit d'ordre et de li- 
berté que votre règne fait aimer et estimer. Per- 
mettez-nous de le dire, Sire, c'est une épée sembla- 
ble à celle de Louis-Philippe que nous apportons 
à son jielit-fils , c'est à dire l'épée (jui no sort du 
fourreau que pour la défense du territoire ; 1 épée 
du prince qui sait à la fois se faire respecter de 
l'Europe et consolider en France le règne de la 
liberté sous les lois. » 

Le roi a répondu : 

« Je suis bien touché des sentimens que mo 
>> témoigne la ville do Paris dans colle circouslance 



))et dont vous êlos le cligne organe. Il m'esl doux 
j) de pouvoir présenter à la ville de Paris le premier 
«rejeton de mes enfans en ligne directe, le fds aînô 
>)de celui qui est appelé après moi à répondre au 
>) vœu national et à en assurer l'accomplissement. Je 
«jouis de voir se consolider de plus en plus le choix 
» de 1830, et la France préservée des dangers insé- 
«parables de toute vacance du trône, par cette se- 
»rie d'héritiers que m'accorde la Providence et qui 
» garantit à la fois la transmission du trône, et la 
» durée de ce repos et de cette sécurité si nécessaires 
» au bonheur de la nation. Pour moi personnelle- 
» ment, j'éprouve une satisfaction toute particulière 
» à faire porter à mon petit-fils le titre de comte do 
» Paris. Enfant de Paris comme moi, il jouira de l'a- 
u vantage de pouvoir porter un titre qui le rattache h 
«notre ville natale, h la population au milieu de la- 
» quelle j'ai été élevé comme il le sera, titre qui ma- 
wnifeste à tous l'afTection que je porte à la ville de 
«Paris, et combien j'apprécie les efforts généreux 
«qu'elle a faits dans tous les temps pour défendre 
» les libertés publiques. C'est le patriotisme dont 
)>elle a donné tant de preuves à la France, c'est le 
» dévoûment qu^elle a montré dans les circonstances 
»les plus difficiles, c'est enfin le courageux appui 
«que j'ai trouvé en elle, qui a fortifié la confiance 
vdans la stabilité de ma race en la fondant sur la 
)) défense et le maintien de nos institutions. 

« Je vous remercie du don que vous m'annonce/ 
»pour mon petit-fils ; j'espère que les paroles dont 



— 7S — 

))Vous l'accompagnez seront gravées dans sa mé- 
» moire, que celle épée sera dans ses mains la ga- 
« ranlie de la paix, et que toujours prêt à l'employer 
» pour préserver notre honneur national de toute 
» atteinte, et notre territoire de toute invasion , ce- 
» pendant elle ne sortira jamais du fourreau qu'à 
«bonnes enseignes, et que, si elle en sort, ce sera 
«toujours pour hâter le terme des maux de la 
«guerre, et pour faire jouir la France de la plus 
«douce et de la plus belle des conquêtes, la con- 
» quête de la paix. » 

De vifs applaudissemens avaient accompagné ces 
paroles, lorsque tout-à-coup la Reine, inspirée par 
un sentiment plein de délicatesse et de bienveil- 
lance , vint présenter elle-même à l'assemblée son 
petit-fds, et doubler la joie et l'effusion de cette 
solennelle audience. 

Plus de deux ans se sont écoulés depuis la nais- 
sance du comte de Paris, jusqu'au moment où 
l'on devait suppléer les cérémonies usitées dans l'é- 
glise catholique pour les enfans qui ont été déjà on- 
doyés ; mais pendant ce laps de temps , l'espérance 
et l'intérêt qui s'attachent à ce rejeton d'une auguste 
famille , ne se sont point démentis. On a suivi avec 
une sorte de mélange d'inquiétude et de joie toutes 
les phases de cette jeune vie; on a plus d'une fois 
béni le ciel d'avoir préservé de tout péril les jours 
de cet enfant si paré de grâces et si riche d'avenir. Le 
Roi, qui connaît tout l'attachement que la France 
laitière, et la ville de Paris en particulier, porte à 



— TU — 
son jeune comte, a voulu, pour rendre la cérémo- 
nie du baptême de son petit-fils plus nationale et 
plus solennelle , la faire célébrer le lendemain 
même de sa propre fête. 



r.etlre de monsieur le ministre de la justice et 
des cultes à NN. SS. les évêques , à l'occasion de 
la fête du lloi et du baptême du comte de Paris : 

« Monseigneur, 

» Le Roi a voulu que le jour de sa fête fût aussi 
celui du baptême de son petit-fils, le Comte dk 
Paris; la religion doit prêter son concours à cette 
double solennité nationale. Le gouvernenoient 
compte sur l'empressement dont MM. les Arche- 
vêques et Évêques lui donnent chaque année des 
preuves, et il s'en remet à vous , Monseigneur, du 
soin d'appeler, par les prières de l'Eglise, les béné- 
dictions du ciel, et sur le roi que la Providence a 
toujours si visiblement protégé, et sur le j)rincedonl 
la naissance fut im gage nouveau de la stabilité du 
li'ône et de la perpétuité de nos institutions. 

» Les autorités civiles et militaires s'entendront 
avec vous sur les dispositions que vous prendrez à 
ce sujet. J'écris à MM. les Préfets pour leur en don- 
ner avis. 



— 80 — 

» Jiî vous prie, MonseigntMir, de vouloii hicMi 
transmoUie , sans délai, niix curés et desservans 
de voire diocèse, les inslruclions nécessaires, afin 
qu'ils puissent se concerter à temps avec les auto- 
rités locales. 

>» Agréez, etc. 

» Le G arde-des- Sceaux , ministre secré- 
taire d'état de la Justice et des cultes , 

') N. Martin (du Nord). » 



LETTRE DE MONSEIGNEUR L ARCHEVÊQl E DE PARIS 

A TOUS LES CljntS DE SON DIOCftSE, 

Sur le même sujet. 

« Paris, le 20 avril i8/tl. 

» Monsieur le Curé , 

1) L'église prie pour les princes, afin qu'ils ré- 
gnent pour le bonheur des peuples. C4etle grâce, 
nous la solliciterons avec plus d'empressement 
cette année , où le Roi a voulu consacrer le lende- 
main de sa fête par une solennité bien chère à son 
cœur. Le 2 mai, les cérémonies du baptême seront 
suppléées à Son Altesse Royale le comte de Paris. 
Nous prierons le Seigneur de bénir cet auguste en- 
fant; nous le prierons de bénir le monarque, de 
le proléger, de lui envoyer le secours du ciel, de 
le dêfendi'e, de le soutenir dans tous ses desseins 



— 81 — 

pour la paix t;t pour la prospérité de la France : 
tels sont les vœux que nous ferons monter vers 
Dieu , en chantanl le caniique du roi-prophète 
consacré à les exprimer. 

» En conséquence, le samedi 1^"^ mai, on chan- 
tera dans toutes les églises paroissiales du diocèse la 
messe des apôtres saint Philippe et saint Jacques, 
du rit solennel mineur. 

» On ajoutera à la messe les oraisons pour le Roi 
et sa famille. [Missal. Paris» inter Oratlonvs ad di- 
versa, n" 15.) 

» A l'issue de la messe , on chantera le psaume 
Exaudiat, le verset Fiat manus tua, et l'oraison 
(^lœsumus omnipotens Deus, 

» Vous vous entendrez avec qui de droit pour 
l'heure de la cérémonie, et vous y convoquerez les 
autorités qui ont coutume d'être invitées en pareille 
circonstance. 

» Recevez, Monsieur le Curé, l'assurance de mon 
sincère attachement. 

» -f Denis , Archevêque de Paris, » 



PRÉFECTURE DU DÉPARTEMEiNT DE LA SEINE. 
FÊTE DU ROI, 

1*"^ Mai 1841. 

Héceptions du corps municipal. — Le !•" mai , ù 
midi , le corps municipal de la ville de Paris, avant 



— 82 — 

à sa lèle le préfet du département de la Seine et lo 
préfet de police, se rendra en cortège au palais des 
Tuileries, où il aura l'honneur d'être admis à pré- 
senter ses hommages au Roi. 

Distribution aux Indi^ens. — Le même jour, il sera 
fait dans les douze arrondissemens municipaux de 
la ville de Paris, par les soins de MM. les maires 
et de MM. les membres des bureaux de charité , 
une distribution de secours en nature aux ménages 
pauvres. Cette distribution s'opérera sur des bons 
qui auront été d'avance délivrés par MM. les maires. 

De neuf à dix heures du soir, dans les Champs- 
Elysées, à la barrière de l'Etoile et à la barrière 
du Trône, feux d'artillerie à étoiles et feux de 
Bengale. 

Réjouissances publiques les l*' e< 2 mai. 

Depuis deux heures jusqu'à minuit, il y aura des 
jeux et des divertissemens publics sur les divers 
points ci-après désignés, savoir : 

Champs-Elysées , grand carré. — Deux théâtres 
sur lesquels seront représentées des pantomimes 
militaires et nationales; quatre orchestres de danse, 
un grand màt de cocagne garni de prix. 

Le grand carré et la grande avenue des Champs- 
Elysées, la place de la barrière du Trône et le jar- 
din des Tuileries seront illuminés, ainsi que tous 
les édifices publics de la ville de Paris. 

Le 2 mai. Baptême du comte de Paris. 
A onze heures, la cérémonie du baptême de 



— 83 — 

Son Altesse Royale Monseigneur le comte de Paris 
sera célébrée dans l'église métropolitaine de Notre- 
Dame. 

Jardin des Tuileries. — A sept heures et demie 
du soir, concert devant le pavillon de l'Horloge. 

Feux cCartifice, — A huit heures et demie du 
soir, il sera tiré simultanément deux feux d'artifice: 
le premier sur le quai d'Orçay; le second à la bar- 
rière du Trône. 

Fait à Paris , le 26 avril. 

Signé Comte «iî R\mbuti:au. 



On lit dans le Moniteur: 

« Les trois cardinaux français, M. le prince de 
Cro5 , archevêque de Rouen , i\J. de Donald , arche- 
vêque de Lyon, et M. de Latour-d'Auvergne-Lau- 
raguais, évêque d'Arras , assisteront au baptême 
de Son Altesse Royale le comte de Paris. 

Monseigneur l'archevêque de Paris présidera à 
la cérémonie. Il sera assisté par les évêques suf- 
fragans de la métropole. 

Le Roi , à l'occasion de sa fête, recevra : 

Le 30 avril, à onze heures et demie du matin, 
M. l'archevêque de Paris et son clergé; 

A huit heures du soir, les dames du corps diplo- 
matique; 

A huit heures et demie, le conseil d'Efat; 



— 84 — 

Le 1" mai, à onze heures du malin , MM. les 
aides-de-camp et officiers d'ordonnance du Roi el 
des princes; 

A onze heures et demie, MM. les ministres el 
MM. les maréchaux de France ; 

A midi, les grandes dépulalions de la Chambre 
des pairs et de la Chambre des députés; les dépu- 
tés; les députations de la Cour de cassation et de 
la Cour des comptes; le conseil royal de l'inslruc- 
lion publique; la députation de la Cour royale; 
l'Institut; le corps municipal et les autres corps 
constitués; M. le préfet de Seine-et-Oise et MM. les 
maires de Versailles et autres du département; 
MM. les officiers-généraux et supérieurs qui ne 
font point partie de la garnison, ainsi que MM. les 
fonctionnaires civils et militaires et autres; 

Le même jour, à deux heures et demie, MM. les 
officiers des gardes nationales de Versailles et au- 
tres du déparlement de Seine-et-Oise ; MM. les offi- 
ciers de l'état-major général des gardes nationales 
du département de la Seine ; MM. les ofTiciers des 
légions de la banlieue et de Paris; MM. les ofTiciers 
composant l'état-major des invalides; MM. les gé- 
néraux et les élats-majors de la place , ainsi que 
MM. les officiers des différens corps de la garnison 
de Paris, et MM. les officiers de la garnison de 
Versailles. 

A quatre heures, Sa Majesté recevra le corps di- 
plomatique. 

Le !i mai, à huit heures el demie du soir, il y 



— m — 

aura réception des dames. Les hommes seront ad- 
mis. 

Dispositions locales. — Le 30 avril , les voitures 
de M. l'archevêque et du clergé, des dames du 
corps diplomatique et du conseil d'Etat s'arrête- 
ront au pavillon de l'Horloge^ 

Le 1" mai, les voilures des ministres et des ma- 
réchaux s'arrêteront au pavillon de Flore. 

Tous les corps et dépulations, reçus de midi à 
deux heures et demie, entreront par le pavillon de 
l'Horloge et le grand escalier. 

MM. les officiers des états-majors et des légions, 
ainsi que ceux des gardes nationales de Seine-et- 
Oise, et des garnisons de Paris et de Versailles, 
arriveront par la porte du Musée, et se réuniront 
dans la grande galerie du Louvre, où ils pourront 
entrer dès onze heures du matin. 

Toutes les personnes admises le U mai, à huit 
heures et demie du soir, entreront par le pavillon 
de riJorloge. 



GRANDE RECEPTION 

A l'occasion de la Fête du Roi et du Baptême du comte de 

Paris. 

Vendredi 30 avril, à onze heures et demie du 
matin, le roi, à l'occasion de sa fête et du haptême 
du comte de Paris, son petit-Jils, a reçu, dans la 
salle du Trône, M. l'archevêque de Paris, acconi- 



— 8t) — 
pagné de son clergé diocésain. Le prélat a pailé 
au roi en ces termes : 

« Sire , 

»Le désir le plus ardent du roi est de voir le 
clergé de cette capitale marcher dans une voie de 
conciliation et de charité. Cette voie, si conforme 
à la nature de nos pacifiques fonctions, nous l'a- 
vons suivie, Sire, et Dieu a daigné la hénir. 

«Nous la suivrons avec plus de zèle encore, s'il 
est possible , afin d'attirer de nouvelles et plus 
abondantes bénédictions sur notre ministère. Nous 
sommes heureux de donner au roi cette assurance. 
Nous le prions de l'agréer avec bonté, persuadé 
que nous ne pouvons lui souhaiter une meilleure 
fête, ni lui exprimer des senlimens plus chers à 
son cœur. » 



GRACES ACCORDÉES PAR LE ROI 
A l'occasion de sa Fête et du Baptême du comte de Paris. 

Le roi, à l'occasion de sa fête et du baptême de 
Son Altesse Royale le comte de Paris, sur le rap- 
port de M. le garde-des-sceaux, ministre de la jus- 
tice, a étendu sa clémence sur 187 individus con- 
tlamnés par les tribunaux ordinaires. 

Ils ont obtenu, savoir : 

156, remise du reste de leur peine; 



-- 87 — 

28, des commutations ou des réductions; 
3, remise de la peine accessoire de l'exposition. 

Conformément aux intentions de Sa Majesté, les 
grâces qu'elle a daigné accorder recevront partout 
leur exécution le i" mai. 

Le roi, sur la proposition de M. le maréchal duc 
de Dalmatie , président du conseil et ministre de la 
guerre , a aussi étendu sa clémence sur 520 mili- 
taires condamnés à diverses peines par les conseils 
de guerre. 

Ils ont obtenu , savoir : 

356, remise du reste de leur peine; 

157, des réductions; 

5, remise de la peine accessoire de l'incapacité 

de servir dans l'armée ; 
2, remise de la peine accessoire de l'incapa- 
cité d'occuper aucun grade dans l'armée. 

Par décision du 30 avril, le roi a daigné faire re- 
mise du reste de trois années d'emprisonnement 
prononcées le 31 janvier 18^0, contre le nommé 
Quarré (Alexandre), pour attentat. 

S. M. a également fait remise de la peine de cinq 
années d'emprisonnement prononcées le 31 janvier 
i8/i0, contre le nommé Longuet (Jules), pour at- 
tentat à la sûreté de l'Etat. 



NOTICE 

SUR LES BAPTÊMES DES FILS ET DES PETITS-FILS DES ROIS. 

L'ancienne monarchie attachait, avec raison, hi 



— 88 — 
j)luîî liaulo importance à la naissance des princes 
(j.iji se trouvaient, en ligne directe» appelés au 
trône. Les principes de la royaulé, que fortifiaient 
encore les senliniens religieux, plaçaient dans leur 
i)erceau , attendaient de leur baptême, le repos., 
l'avenir, le salut de l'Étal. Saint Louis, (|uand il 
eciivait à ses amis, lettres privées, signait quelque- 
lois Louis de Poissy. Il aimait cette petite ville; il y 
nvait été baptisé, et souvent disait : Avant royauté^ 
baptême. L'un est plus grand honneur que l'autre. 

Ceci était vrai , surtout du temps de saint Louis. 
Et nous vo)c>ns tous ses successeurs mettre b» 
même prix aux cérémonies dont l'Eglise accom- 
pagne la naissance des princes. Sous Cbarles V, 
le mot est remarquable, on chrélienna son fils,(|ui 
tut depuis Cbarles VI, avecgraiide pompe et grande 
largesse. Le roi fit faire une donnée de buit deniers 
à cbacunc personne qui voulut y avoir part. 

Souvent on ondoyait l'enfanl , et les solennités 
pieuses, les réjouissances, avaient lieu plus tard. Le 
fils aîné de François 1*"% né le dernier février 15 17, 
ne fut baptisé que le 25 avril 1518, et porta le nom 
d'Orléans. Le ckrétiennemcnt se fit au cbâteau 
d'Amboise, « est néantmoiiis que ie baptême eut 
« lieu de nuit, il y faisoil aussi clair que de joui 
>) pour le grand nombre de luminoires qui s'y 
» trouva. » 

En plusieurs baptêmes de princes fils ou petitb 
fils de François 1", le Pape et les Guises furent 
compères, ce qui leur arrivait souvent. Mais les so- 



— 811 — 
lennilcs les plus magnifiques eureiil lieu au l)ap 
lênic du lils aîné d'Henri l\ , le Dauphin, depuis 
Louis XIII, qui, né en 1601, ne reçut le })remier 
sacreiuenl que le 1^ septembre 1606, à Fontaine- 
bleau, avec deux de ses sœurs. « La chambre de 
» monseigneur le Dauphin était tapissée de la tapis- 
') série de Coriolanus. Dans la même chambre y 
« avait deux tables avec deux dais lorl parés au 
«dessus et tapis de même, l'une pour mettre les 
» honneurs des enl'ans, et l'autre pour mettre ceux 
!)des compères; et il faut entendre que les hon~ 
tueurs des compères s'appellent le bassin, i'ai- 
»guièreetla serviette; ceux de l'enfant sont K' 
» cierge, le crémeau et la salière ; que si l'enfant est 
»))lus grand que les compères, ses honneurs soiil 
•iles premiers sur la table la mieux parée et sont 
» portés par |)lus grands princes, et aussi au con 
- tiaire si les compères sont plus grands. » 

De vous dire ce qu'on vit figurer dans cette céré- 
monie de princes, de princesses, de chevaliers des 
ordres, de grands dignitaires, de seigneurs, de pa- 
ges , d'archers de la garde et de Suisses, serait 
chose impossible. On avait apporté, de la chapelle 
du bois de Vincennes à Fontainebleau, les fonts 
baptismaux qui servent aux cnfans de France, à 
savoir : une cuvette faite comme un gr;»nd bassin 
à l'antique; car elle a été fal)riquée en \\m huit 
ctnl nonanlc-scpt. « En cette journée le temps fut 
>)forl clair et serein; mais les cappes, les tocques, 
=) les boutons et les c|iées (hs })rinces tl seigneurs, 



— 90 — 
>) couvertes de pierreries, éclaloient plus que ne 
» iaisoil le jour. La garde seule de l'épée du duc 
»d*Epernon valoit plus de trente mille écus ; mais 
» surtout paroissoit la robe de la reine, étoffée de 
» trente-deux mille perles et de trois mille diamans. 

«Le lendemain fut donné le plaisir de la bague. 
» Aussi le duc de Sully ayant fait faire un château 
v artificiel lAein de fuzées, boettes et autres artifices 
» à feu , le fit assiéger, battre et prendre par des sa- 
» tyres et sauvages... » L'attaque d'un fort défendu 
par des canons et pris par des satyres , paraîtrait 
aujourd'hui fort étrange. 

Louis XIV fut ondoyé , à sa naissance, par M. Sé- 
guier, son premier aumônier, long-lemps avant les 
cérémonies sacramentelles. Nous ne raconterons 
pas tout ce qu'il y eut de vin répandu , de saucis- 
sons et de jambons distribués, de harangues faites, 
de poudre brûlée , de Te Deum chantés en France, 
dans les quinze jours qui suivirent le 5 septembre 
1038. Les présens suivirent de près les vers latins , 
les bombances, les feux d'artifices, et parmi les 
présens on distingua fort les langes bénis, envoyés 
par le pape Lrbain Vllï. Le détail des objets com- 
pris dans ce cadeau sacré occupe trois pages d'un 
procès-verbal in-folio. Le baptême n'eut lieu qu'au 
mois d'avril 16/i3. Le dauphin parut beau comme un 
unge. Je vous laisse à penser l'ordre pompeux de la 
cérémonie et tout le soin qu'on prit d'y régler tou 
tes choses, alin de prévenir, autant que faire se 
pouvait, les débats pour la préséance. 



— 91 — 

Que l'éliquelte cl sa dignité puérile entourassent 
des formes les plus minutieuses le baptême de 
Louis XIV , on le conçoit. Où le cérémonial eut-il 
plus naturellement de grandeur et d'éclat qu'à Ver- 
sailles et sous son règne ? Mais qu'un soldat , un 
conquérant, un grand homme élevé par son génie , 
par sa fortune au trône des rois, ait pu croire qu'au 
milieu d'une cour improvisée , sa volonté rendrait 
à l'étiquette une majesté que soutenaient à peine, 
avant lui , huit siècles de royauté ; c'est ce qu'on 
aura toujours peine à comprendre. Cependant elle 
prodigue , à la naissance du roi de Rome , ses for- 
malités les plus vaines. 

Le roi de Rome, né le 20 mars, est porté dans 
ses appartemens par la gouvernante des enfans de 
France, suivi du colonel-général de la garde de ser- 
vice. Le soir même on l'ondoie, et, pour aller à la 
chapelle , un maréchal de France porte la queue de 
son manteau. Tous les corps de l'État, s'inclinant 
devant son berceau , haranguent gravement le nou- 
veau-né , et madame la gouvernante leur répond 
aussi sérieusement en son nom. On place dans ses 
langes le grand cordon de la Couronne-de-Fer, le 
grand cordon de la Légion-d'Honneur. Le sénat 
donne une pension de dix mille francs au premier 
page qui lui apprend la naissance ; le second page 
reçoit une pension pareille du corps municipal pour 
la même mission. Les pages ont fort grandi depuis 
et sont toujours de fort bonne santé ; mais les deux 
pensions s'arrêtèrent tout court en 181^. 



^ \)± — 

Le jour du baplôine à Molie-Danie , nous voyons 
re[)arallre les honneurs de l'cnfaut , les honneurs des 
parrains el marraines, avec l'imitation la plus fidèle 
de tout ce qui s'était fait autrefois. Le procès-verbal 
ofliciel n'oublie pas une voiture du cortège, pas un 
chambellan , pas un page , pas un des huissiers du 
palais. 

Le corps municipal, de son côté, pourvut à de 
magnifiques réjouissances. Toute la cour se rendit 
à l'Hôtel-de-Ville. Plus de deux mille personnes 
reçurent des invitations; mais la ville donnerait-elle 
un dîner, donnerait-elle un souper, et dans quel 
ordre, au repas du jour ou de la nuit, seraient 
rangés les sièges? Sur ces graves questions il existe 
une lettre curieuse d'un maître des cérémonies : 

« Monsieur le préfet, 

» Il n'y aura pas de soupei, parce que l'empe- 
w reur ne soupe pas. Ln dîner : deux fauteuils, l'un 
') pour l'empereur, l'autre pour l'impératrice ; un 
» tabouret pour madame mère ; pour les têtes cou- 
» ronnées, des chaises, comme pour les princes et 
') princesses de la famille. 

))Le baron de Saint-***. » 

On dîna donc à la ville. Dans la salle ou plutôt 
dans le jardin élevé sur la cour intérieure , le Tibre 
tt la Seine confondaient leurs eaux. Rome el Paris 
faisaient une alliance clernelle. Le banquet impérial 
fut som])Uicux; mais nul n'y fut invité, comme on 



— 95 -- 
pense bien, et les préfets moins que (raulres. Nous 
dirions même ce que faisaient les premiers magis- 
trats, debout, derrière l'empereur, quand tout le 
monde avait pris place. L'étiquette le voulait ainsi. 
Voilà des soins bien dignes du vainqueur d'Auster- 
lilz et de Marengo ! 

Ce retour à des usages surannés qui n'avaient 
plus la consécration de l'IiabiUide , blessaient les 
mœurs et les idées du temps. Le nom de l'empe- 
reur, son génie, celte foule de grands capitaines 
qui l'entouraient, tant de victoires qui semblaient 
se tenir debout à ses côtés , le dispensaient du soin 
de cbercher un éclat factice dans un cérémonial 
étroit, gênant pour lui , ridicule aux yeux des uns, 
humiliant pour d'autres. Mais qui donc eût osé s'en 
plaindre , en rire ou s'y soustraire? Quelques bro- 
cards malins, encore dits à huis-clos, vengèrent 
seuls la raison de cette inconcevable alliance entre 
les puérilités de Versailles, les grandeurs de l'em- 
pire et le bon sens de la nation. Les plus fiers tri- 
buns de 92, de 93, s'étaient courbés bien vite de- 
vant un pouvoir dont ils partageaient les honneurs, 
mais dont ils redoutaient surtout la main pesante 
et l'énergique volonté. 



9.i — 



« Monsieur, 

» Vous avez rappelé , à l'occasion du baptême 
de IM. le comte de Paris, les cérémonies de cette 
nature les plus importantes qui aient eu lieu pen- 
dant le cours de notre histoire. Le souvenir de ces 
cérémonies ne s'est pas seulement conservé dans 
les livres, nous en possédons encordes principaux 
monumens; il existe dans l'église de Poissy une 
partie des fonts en pierre qui servirent au baptême 
de saint Louis ; et cette cuve subsisterait toute en- 
tière, sans l'usage qui s'est conservé parmi les ha- 
bitans d'en employer les raclures au traitement 
de diverses maladies ; c'est à peine si la surveil- 
lance de la fabrique a pu empêcher cette masse de 
pierre de disparaître toute entière sous cette pieuse 
mutilation. 

» Le vase qui a servi au baptême de Louis XII , 
et qu'on gardait autrefois dans la chapelle royale 
de Vincennes, a été placé depuis 1850 dans le Mu- 
sée royal , au centre de la Satie des bijoux ; ce mo- 
nument, qui est de cuivre damasquiné en argent, 
porte une inscription arabe contenant le nom de 
l'artiste, Mohammed, /Us de Zin-Eddin, Contraire- 
ment aux prescriptions de la loi musulmane, on 
voit sur le vase un grand nombre de figures : mais 
l'exemple n'en est pas unique. Mon docte confrère, 



— 05 — 
M. Reynaud, a fait connaître, dans ses monumens 
ara))es du musée Blacas, un vase de table, exécutt'^ 
à Mossouf, en Mésopotamie, l'an 1232 de notre 
ère, sur lequel on voit des chasses, des combats et 
d'autres scènes de la vie des riches musulmans. 
J'ai acheté à Florence, en 18IJ8, pour le C4abinct 
des Médailles, une coupe du même genre, et qui 
porte le nom de Malek-el-Aschrai, sultan d'Egypte, 
dans les dernières années du treizième siècle. 
Le nom traditionnel de Baptistère de Saint-Louis, 
que porte le vase de Vincennes, semblerait autori- 
ser l'opinion suivant laquelle saint Louis l'aurait 
rapporté lui-même de l'Orient. Millin, qui l'a pu- 
blié dans le tome II de ses Antiquités Nationales , 
rapporte l'autre opinion , qui fixe à l'année 897 
l'exécution de cet ouvrage chez les Sarrasins; mais 
il n'indique pas la source à laquelle il a puisé cette 
tradition, certainement erronée. J'en dis autant 
d'une troisième opinion, qui ferait remonter la fa- 
brication de ce vase jusqu'au baptême de Philippe- 
Auguste , en Ji66. Tout ce qu'on peut dire de 
certain, c'est que le monument est du treizième 
siècle, et de fabrique orientale. 

» Enfin je puis citer les anciens fonts baptismaux 
de la paroisse royale de Saint-Paul, qu'un heureux 
hasard m'a fait découvrir, il y a deux ans, dans une 
église de village aux environs de Paris. L'église de 
Saint-Poul ayant été rebâtie au commencement du 
quinzième siècle, les fonts, déplacés et probable- 
ment abandonnés à cette occasion , ftu'enl recueil- 



— i)G — 
lis par un individu du nom de Perdria', qui les (il 
transporter à Médan, dont il était soigneur. C'esl 
ce que témoigne une gracieuse inscription , en 
belles lettres gothiques liées, qu'on voyait naguère 
au dessus de celte cuve antique, d'une forme d'ail- 
leurs très simple et presque dépourvue d'orne- 
mens. On ne lira pas, j'en suis certain, sans quel- 
que plaisir, cette inscription, qui n'est pas une des 
moins élégantes de l'anthologie lapidaire de la 
France : 



A ces fons lurent une fois (jadis) 

Baptisez plusers ducs et rois. 

Princes, contes, barons, prélatz , 

Et autres gens de tous étalz ; 

Et, afin que ce on cognoisse , 

Ils servoient en la paroisse 

lloyal de Saint-Pol de Paris, 

Où les rois se tenoient jadis. 

Entre autre y fut notablement 

Baptisé honnorrablement 

Ce sage roiCharles-le--Q»int ( le cinquième j 

Et son filz qui après lui vint , 

Charles le large bien aimé , 

VI'"*' de ce nom clamé (appelé). 

Or, furent les dessusditz tons 

Fait apporter, je vous respons. 

En ce lieu ici de Médan , 

Par le seigneur du lieu, en Tan 

Qu'on (\is'à\{ jubile r en glose; 

Son âme en paradis repose ! 

Henry Perdrier fut son nom : 

Dieu lui sache gré de ce don ! 



— 97 — 

Icelni seigneur commença, 

Depuis ung pou de temps en ça, 

A rédiffier celle église , 

Qui en povre estai esioit mise, 

Tellement que , comme j'entendz , 

ïl y avoit près de cent ans 

Qu'on n'y avoit messe chante , 

Tant estoitle lieu mal hanté! 'dé<;eri) 

Or a il si bien procuré, 

Qu'il y a ce présent curé 

El grant foison paroissiens : 

Dieu lui multiplie ses biens, 

Et nous doint faire ici prières 

Pour Perdriers et Perdrières : 

Qu'en paradis, où n"a soucy. 

Puissent aler , et nous aussi! 

.) Sur le bruit de celte découverte qui s'était ré- 
pandu aux environs, M. l'évêque de Versailles, 
voulant faire restaurer l'inscription, la fit enlever 
de l'église de Médan. Si, comme je l'espère, on l'a 
aujourd'hui remise à sa place, j'invite les curieux 
à profiter de ce beau printemps que nous avons 
pour entieprendre le pèlerinage de Médan. Après 
avoir payé en passant leur tribut d'admiration à la 
jolie église de Poissy, malheureusement défigurée 
par les restaurations modernes, ils poursuivront 
leur marche à travers les ombrages de Mignaux et 
de Vilaines, et trouveront l'église de Médan, rebâtie 
dans la première moitié du dix-septième siècle et 
remarquable par la régularité de son architecture : 
ils la trouveront, dis-je, au milieu des cerisiers el 
des pommiers en fleurs , abrilée pai une haiile et 

7 



— 98 — 
verdoyante colline, au pied d'un cUàleau de la 
même époque , et séparée seulement de la Seine 
par une belle prairie. 

') Nous n'avons pas de détails sur le baptême du 
sage roi C/iaries-le-Qidnt, du roi ami de Du Gues- 
clin, ce réparateur des désastres de la France; 
mais la suite des Chroniques de Saint-Denis, écrites 
sous les yeux de ce prince , par son cliancelier 
Pierre d'Orgemont, raconte, à la date du 6 décem- 
bre lf'^68, la cérémonie du baptême du jeune dau- 
phin, qui fut depuis Charles VI. 

» Dès le jour de devant furent faites lices de mair- 
rien (barrières en bois) en la rue, devant ladite 
église et aussi dedans environ les fons, pour mieux 
garder qu'il n'y eut trop de presse de gens... et 
ainsi issèrent de l'hôtel du roi de Saint-Pol, par la 
porte qui est au plus près de la dite église... devant 
ledit enfant et deux cents varlets qui portaient deux 
cents torches... «On voyait ensuite l'élite de la no- 
blesse française et du clergé, au milieu de laquelle 
paraissait « la royne Jehanne d'Iivreux , ly^'i portait 
ledit enfant sur ses liras. » [Grandes Chroniques, p. 
1572 de l'éd. in-f" donnée par M. P. Paris. ) 

« Agrée/., elc. 

» i\\\. Ll•;^on]\IANT. » 



— V)9 — 

Nous ignorons encore par quelles fêtes sera con- 
sacré le nouveau baptême. On dit que le comte de 
Paris doit visiter l'asile Cochin ; que dix enfans de 
chacun des asiles y seront réunis à ceux de l'éta- 
blissement, et qu'une fête s'y trouvera préparée 
pour eux; on dit même que toute la petite popula- 
tion des asiles recevra des boîtes de dragées. Celte 
visite d'un prince enfant, faite aux plus pauvres en- 
fans de la ville , laisserait dans ces jeunes cœurs des 
souvenirs bienveillans et durables : jamais l'esprit, 
la grâce et la bonté n'auraient eu d'inspirations 
plus heureuses! On dit encore , qu'outre les diver- 
tissemens du 1" mai, qui seront prolongés le 2, 
l'artillerie doit tirer un feu d'artillerie d'un effet 
nouveau sur la plate-forme de l'arc de triomphe. 

Nous ne saurions répondre que ces bruits soient 
exacts ; mais, nous en sommes certains d'avance , 
rien , dans les solennités ou les réjouissances du 
baptême , ne sentira la gêne de l'étiquette ; rien 
n'aura lieu que ce qu'exigent le caractère touchant 
de la cérémonie religieuse , la dignité de la ville et 
la grandeur réelle de la royale famille à laquelle le 
jeune prince appartient. Il est beau de porter le 
nom de comte de Paris, lorsque, de race en race, 
on descend de celui qui le premier repoussa l'inva- 
sion loin des murs de l'antique ci lé ! 



— 100 — 

Son Altesse Royale , Madame la duchesse d'Orléans, avec 
son fils , le comte de Paris , visite la salle d'asile modèle 
de la Capitale. 

Aujourd'hui, à deux heures, son altesse royale 
madame k duchesse d'Orléans, accompagnée de 
Monseigneur ie comte de Paris, a visité la salle d'a- 
sile de la rue Saint-Hippolyte, n° 15. 

Reçue à son arrivée par M. le préfet de la Seine, 
M. Ciochin, membre du conseil municipal, et les 
dames directrices et inspectrices, l'auguste prin- 
cesse a répondu avec la grâce la plus touchante 
aux différens discours qui lui ont été adressés. 

Son Altesse Royale a ensuite visité les salles d'é- 
tude, dans lesquelles se trouvaient réunis un grand 
nombre d'enfans , s'arrêtanl souvent pour leur 
adresser soit des paroles bienveillantes, soit des ca- 
resses. Il serait difficile de peindre la joie et l'émo- 
tion de tous les assistans : cette visite était une vé- 
ritable fête de famille. 



Voici comment un journal, le Moniteur Parisien, raconte 
cette royale et intéressante visite. 

« Hier vendredi , une fête pleine d'à-propos, a 
réuni, sous un auguste patronage , les enfans pau- 
vres de la capitale. 

«Dès midi, un grand nombre de voitures se di- 
rigeaient de toulcs paris vers le quartier Saint-Mar- 



— toi — 
cel, et (ians ces voitures on s'étonnait do voir une 
foule de petits enfans frais et joyeux sous leurs vê- 
temens modestes. C'étaient les représentans de 
toutes les salles d'as^iles de Paris, dont chacune en- 
voyait huit ou dix de ses jeunes élèves à la grande 
salle modèle de la rue Saint-Hippolyte. 

» A deux heures, la réunion était complète ; près 
de sept cents enfans des deux sexes se trouvaient 
dans le vaste préau. Tout à coup, des cris de joie se 
firent entendre. Madame la duchesse d'Orléans et 
son fils le comte de Paris venaient d'entrer au mi- 
lieu de cette intéressante assemblée. 

»M. le comte de Rambuteau , préfet de la Seine, 
M, Cochin, fondateur de l'asile-modèle , ont reçu 
Son Altesse Royale , ([ui était accompagnée' do ma- 
dame la grande-duchesse de Mecklembourg , sa 
mère, de M. le duc de Coigny, chevalier d'honneur, 
de madame la maréchale de Lobau , l'une des da- 
mes patronesses des salles d'asile, et de M. Asse- 
line, secrétaire des commanderoens. 

»La plus jeune fille, âgée de deux ans et demi, 
présenta un bouquet à la princesse, et le plus petit 
garçon remit entre ses mains des couplets qui fu- 
rent chantés par toutes ces voix (jue leur fraîcheur 
faisait paraître harmonieuses. 

«Après quelques exercices, qui furent exécutés 
avec une grande précision, toutes les députations, 
distinguées chacune par un drapeau que portait un 
jeune enfant, déiilèrent devant le comte de Paris; 
puis cette foule impatient*' fui rendue à la liberté 



— 102 — 
et chaque entant pril sa part d'un goûter qui avait 
été préparé par ordre de la princesse. 

«Avant de quitter l'établissement. Son Altesse 
Rovale adressa des félicitations aux dames fonda- 
trices , sur les heureux résultats de leur pieuse as- 
sociation , et laissa à madame Millet une somme 
de 2,000 francs , pour faire habiller les enfans les 
plus pauvres. 

«Toute la population du quartier s'était em- 
pressée aux abords de la maison d'asile, et des ac- 
clamations unanimes saluèrent le départ de la 
princesse et du jeune comte de Paris. » 

C'était un grave et touchant spectacle de voir la 
sollicitude toute maternelle de l'auguste princesse 
envers toutes ces écoles où l'enfant du pauvre va 
chercher l'instruction qui doit moraliser toute son 
existence, et qui semblent une des créations les 
plus naturelles de l'esprit de 1830. 

Après une allocution toute chrétienne et toute 
paternelle de M. Rendu , président de la commis- 
sion supérieure des salles d'asile , madame Che- 
vreau-Lemercier , déléguée générale des salles 
d'asile du royaume , a lu un discours dont nous 
extrayons les passages suivans : 

« Votre présence au milieu des enfans du pauvre, 
et au milieu de leurs protectrices , est le témoi- 
gnage le plus vif de l'intérêt que vous portez aux 
salles d'asile. Permettez-nous de remercier Votre 
Altesse Royale du puissant patronage que vous dai- 
gnez nous faire espérer en cçnsacrant le souvenir 



— lOô — 

<lu baplènie de monseigneur le comte de Paris par 
cette tèle de famille 

» Faire prospérer les asiles , c'est préparer pour 
l'avenir la pratique de toutes les qualités et de tou- 
tes les vertus modestes qu'on enseigne à aimer 
dans ces élablissemens 

))i\lais , Madame, nos petits enfans ne sont pas 
seulement préparés par nous à mettre en œuvre 
les vertus essentielles de la vie ; ils les font ai- 
mer déjà au foyer domestique : soumis eux-mê- 
mes à des règles particulières, ils portent des idées 
d'ordre dans la famille ; ils en deviennent comme 
les petits missionnaires par leurs exemples et sou- 
vent par leurs édifiantes causeries. C'est l'enfant 
qui, au retour de l'asile , exhale dans la maison ce 
parfum qui rend la vertu si aimable et si facile. De 
quelle bouche plus pure, d'ailleurs, la vertu pour- 
rait-elle sortir, que de la bouche d'un enfant? Il 
entre dans la vie, il reçoit de douces impressions, 
qu'il conserve comme un feu sacré ; il les répand 
autour de lui ; rien de sa part ne saurait blesser ; 
son père et sa mère admirent tout ce qu'il dit et en 
font leur ])rofil, sans qu'ils songent à se deman- 
der pourquoi ils deviennent meilleurs ! 

«Merci donc, merci mille lois à Votre Altesse 
Royale : sa visite sera une date précieuse pour les 
enfans que sous avez bien voulu encourager pur 



— 104 — 

vus paroles ; el elle restera pour nous la plus douce 
récompense de nos efforts et de nos travaux. » 

Toutes les salles d'asile de Paris étaient repré- 
sentées chacune par une députation d'enfans. Ma- 
dame Millet, inspectrice spéciale du département 
de la Seine, s'est empressée de donner à madame 
la duchesse d'Orléans tous les renseignemens dési- 
rables, soit sur les maîtresses , soit sur les divers 
établissemens eux-mêmes. La séance s'est termi- 
née par une pièce de vers composée en l'honneur 
de monseigneur le comte de Paris , par madame 
Jules Mallet. Celte pièce, d'une poésie douce et 
gracieuse, a été lue par M. Cochin, fondateur de 
l'asile modèle. 

Sur la demande de madame la duchesse d'Or- 
léans, toutes les dames de la commission supé- 
rieure, et les dames déléguées pour l'inspection 
des asiles de Paris, avaient été convoquées par M. 
le préfet de la Seine, qui a fait lui-même les hon- 
neurs de cette touchante cérémonie. 

Elle a été couronnée par une distribution de bon- 
bons faite à tous les enfans [)ar les soins de ma- 
dame la duchesse d'Orléans. 



Dt SON ALTESSE ROYALE LE COMTE DE PARIS 



DISPOSITIONS PRÉLIMINAIRES. 

Les cérémonies du baptême de son altesse royale 
le comte de Paris se sont faites le 2 mai, le lende- 
main de la fête du roi, à Notre-Dame, avec une 
magnificence extraordinaire. 

Le drapeau tricolore flottait dès la veille sur les 
tours de Notre-Dame. 

(1) Pendant la cérémonie du baplénie, à Notre-Dame, la 
curiosité était excitée par le vase remarquable qui avait été 
apporté pour servir de fonts balismaux dans cette grande so- 
lennité; plusieurs versions extraordinaires circulaient sur l'o- 
) igine de cet antique et précieux travail. Nous avons sous les 
yeux un document qui fixe la date et Torigine de ces fonts 
baptismaux. Nous l'avons trouvé dans VHistoire du palais de 
Fontainebleau , par M. Vatoul, lorsqu'il raconte la cérémonie 
du 14 septembre 1606, où Henri IV lit baptiser ses trois en- 
fans dans celle résidence royale. — «Les fonts qui servent 
pour le baptême de nos rois, dit l'auteur d'après une vieille 
chronique , avaient été apportes de la sainte chapelle du châ- 
leau du bois de Vincennes, où ils étaient curieusement gar- 
dés; c'était un grand bassin de cuivre , couvert de plaques 
d'argent , avec de petites tigures artistement travaillées ; le 
tout fort antique , ayant clé fait l'an huit cent nonante-sepl . 
a la fin du règne d'Eudes , fils de Robert-le-Forl , comte de 
Paris! 



— 100 — 

L'église avail élé décorée avec beaucoup de 
pompe. 

Au devant de la porte principale s'élevait, dans 
le style d'architecture de la métropole, une haute 
marquise en forme de tente, décorée avec des tro- 
phées formés de drapeaux; c'est là que l'archevê- 
que de Paris, accompagné des cardinaux, des ar- 
chevêques et évêques, des chanoines du chapitre 
royal do Saint-Denis, entouré de ses archidiacres, 
de son chapitre et de tous les curés de Paris, est 
venu recevoir leurs majestés le Roi et la Reine, et 
tout le corps de princes et de princesses conduisant 
le comte de Paris. 

Dans l'intérieur tous les piliers de la nef étaient 
enveloppés dans toute leur longueur d'une riche 
et majestueuse draperie en velours cramoisi, à bor- 
dure d'or. Au dessus, à la hauteur des tribunes, 
étaient rangés des trophées de drapeaux rappelant 
la garde nationale et l'armée ; outre les trophées de 
drapeaux, au dessus de chaque pilier apparaissait 
un écusson de laurier doré, aux chiffres et aux ar- 
moiries du comte de Paris ; puis au pied de chaque 
trophée de drapeaux, était un autre écusson repré- 
sentant deux anges supportant la couronne de 
comte. Au dessous des orgues, des drapeaux réunis 
formaient une rosace gigantesque. Les tribunes 
étaient aussi décorées d'une élégante tenture rouge 
cramoisi. Au devant du chœur, au milieu do la 
grande croix, s'élevait un grand autel à la romaine 
pour la cérémonie. A droite et à gauche de cet au- 



— 107 — 
tel, en avant des portes latérales, comprenant l'es- 
pace réservé entre le chœur et la grande nef, des 
tribunes avaient été construites, et c'est là que sont 
venus prendre place les ministres, les maréchaux, 
les membres de la chambre des pairs, la cour de 
cassation, la cour des comptes, la cour royale, le 
conseil d'État, le conseil général, le conseil muni- 
cipal. 

Ln dais de velours cramoisi et or, avec des pana- 
ches blancs aux quatre coins, se terminant en dôme, 
surmonté d'une couronne royale, était appendu à 
l'avant de la grande croix où avait été dressé l'au- 
tel à la romaine pour la cérémonie. 

Au dessous du dais, des fauteuils et des prie- 
dieu avaient été disposés pour la famille royale. 

Le chœur avait été aussi pompeusement décoré, 
tout autour, dans le style des décorations de la nef. 
Devant les pilastres de chaque tribune et sur les en- 
tre-colonnemens des archivoltes qui dominent le 
maître-autel, descendait également une magnifique 
draperie de velours doré , relevée en rideaux par 
d'énormes torsades en or. Sur toutes ces décora- 
tions venait se refléter la lumière de cinquante 
lustres et d'autant de candélabres d'or avec giran- 
doles garnies de bougies, s'élendant sur deux rangs, 
depuis la porte principale d'entrée jusqu'au mai- 
Ire-autel. 



— 108 — 

COKTÉGt: ET AIUUVÉK DU ROI A LA MÉTROPOLE. 

A neuf heures du matin , les tribunes étaient 
remplies; à dix heures, l'église était pleine: les 
cardinaux, les archevêques, les évoques, les mi- 
nistres, les maréchaux, les pairs, les députés , le 
(!orps diplomatique, les divers corps étaient arri- 
vés sucessivement. 

A onze heures, une salve d'artillerie a annoncé 
le départ du roi et de la famille royale du châ- 
teau des Tuileries. A onze heures et quelques 
minutes, les tambours qui battaient aux champs , 
la musique, les fanfares, disaient que le roi 
était à la porte de Notre-Dame. MOiNSEIGNEUR 
L'ARCHEVÊQUE DE PARIS (J) . accompagné par 
leurs éminences le prince de Croi, cardinal archevê- 
que de Rouen, monseigneur de Latour-d'Auvergne, 
cardinal évêque d'Arras, monseigneur de Ronald, 
cardinal archevêque de Lyon , assisté des évoques 
suffragans, nosseigneurs les évêques de Versailles , 
d'Orléans, de Meaux et de Reauvais (2) , que pré- 

(1) Le roi fivail envoyé la veille du baptême à monseigneur 
rarciievêque de Paris, une croix et un anneau pastoral en 
hrilians. 

M. le duc d'Orléans avait ollert, le malin même de la céré- 
monie, à ce prélat, une rnilre du plus grand prix. 

(2) Messeigncurslcs évè(iues de Blois et de Cand)rai avaient 
pri(> (ju'on les excusât auprès du roi, de n'ètie pas venus se 
joindre dans les cérémonies du baplèmc de Son Altesse Royale 
le comte de Paris, aux prélats sullragans de la mciropole. Ils 



— 109 — 
cédaient le patriarche d'Antioche, évè [ue do Jéru- 
salem , rarchevèqiie de Calcédoine, les anciens 
évêques de Dijon el de Beauvais , l'évêquo de Ma- 
roc, aumônier de sa majesté la Reine, l'évêquo 
nommé d'Evreux , les chanoines du chapitre roval 
de Saint-Denis, et entouré de ses archidiacres, de 
son chapitre et de tous les curés de Paris, était allé 
recevoir au portail Sa Majesté, et lui adressait lo 
discours suivant : 

« Sire, 

«Jésus-Christ , par le premier de ses sacremens , 
î) imprime le même caractère au descendant des 
»rois et au fds du citoyen le plus obscur. 

» Après leur avoir révélé par sa doctrine les droits 
)) et les devoirs qui leur sont communs, il prépare 
«par sa grâce celui qui est né dans la condition la 
» plus humble à la chérir comme plus heureuse ; il 
«prépare le prince à remplir avec bonté et avec jus- 
^)tice ses hautes mais difficiles destinées. 

«Cette double disposition est le lien le plus du- 

disaient que leur grand âge et leurs infirmités avoient pu 
seuls les empêcher de donner à Sa Majesté, en cette occasion 
touchante et solennelle, cette expression de leur profond res- 
pect et de leur entier dévoùment. 

Monseigneur Tevéque de Chartres, dans une loure toute 
pleine de nobles et touchantes expressions de dévoùment 
pour le roi . s'était déjà excusé lui-même de ne pouvoir se 
réunir à son métropolitain dans cette grave circonstance, à 
eause de grandes fatigues qui le retenaient souflranl après 
plusieurs confirmations qu'il venait de donner. 



— 11(1 — 

» 1 ahlo outre les peuples et les rois; elle est le gage 
» le plus sûr de leur mutuelle sécurité. Voilà pour- 
» quoi. Sire, les saints engagemens que va prendre, 
y par la bouche de Votre Majesté , un nouveau re- 
» jeton de la race de saint Louis , appellent au 
«pied des autels de cette antique basilique le roi , 
))la famille royale , les grands corps de l'État , d'il- 
» lustres pontifes et le clergé de la capitale. 

» L'archevêque de Paris est heureux d'implorer, 
))sur votre auguste petit-fils, les bénédictions du 
» ciel et d'unir ses supplications et ses vœux à ceux 
» de cette imposante assemblée. » 

Le roi a répondu : 

« En venant au pied des autels contracter pour 
))mon petit-fils les saints engagemens qui accom- 
«pagnent le baptême, je ne puis former de meil- 
))leur vœu pour son avenir que celui de lui voir 
» prendre pour guides les sentimensque vous venez 
» de m'exprimer, et que je partage du fond de mon 
wcœur. Il m'est bien doux de voir que vous enten- 
» diez d'une manière aussi conforme à la mienne 
))les devoirs que la religion impose à tous les chré- 
» liens dans les diverses positions où la Providence 
» les a placés. Je m'unis à vos prières pour appeler 
»sur mon petit-fils, sur ma famille et sur moi les 
» bénédictions du Ciel, ele les invoque pour le bon- 
» heur de la France, et pour obtenir de Dieu la con- 
«tinuation de cette protection tutélaire dont nous 
» avons déjà tant reçu de marques. » 



Après avoir répondu à inonseigneurlarchevêque, 
SA MAJESTÉ ayant refusé le dais qui avait élé 
préparé , le clergé a repris processionnellement le 
chemin de l'autel , et le cortège du roi a suivi , Ira- 
versant la nef au bruit des tambours et d'une mar- 
che brillante exécutée par l'orgue. 

Le roi, entouré de la famille royale , s'est avancé 
en saluant les différens corps de l'Llat, vers la 
place réservée, en face de l'autel à la roinaine. 

Le roi avait à sa droite le roi des Belges , le duc 
d'Orléans, le prince de Joinville , le duc de Mont- 
pensier et le duc Alexandre de Wurtemberg. 

Sa Majesté avait à sa gauche la reine , la reine 
des Belges, la duchesse d'Orléans, la duchesse de 
Nemours, la princesse Clémentine, madame Adé- 
laïde et madame la grande duchesse de Mecklem- 
bourg. 

Les corps constitués étaient également placés 
dans la croix de l'église. 

A la droite du roi étaient les ministres , la cham- 
bre des pairs , le conseil d'État et le corps diplo- 
matique. 

A la gauche de Sa Majesté, MM. les maréchaux 
de France et les amiraux, la chambre des députés , 
M. le préfet de la Seine à la tête du corps munici- 
pal, et M. le préfet de police. 

Au côté droit de la nef, étaient : la cour de cas- 
sation, la cour royale, le tribunal de première in- 
stance, le tribunal et la chambre de commerce, 
les juges de paix , les avocats [)rès les cours , le con- 



— Ihi — 

sisloire, M. le maréchal GcVard , coiniiiaiulanl de 
la garde nationale de la Seine , avec MM. les colo- 
nels et une dépulalion des officiers de la garde na- 
tionale de Paris et de la banlieue. 

Au côté gauche de la nef étaient : la cour des 
comptes, le conseil royal de l'instruction publique, 
l'Institut de France, le corps royal des ponts ot 
chaussées et des mines , MM. les généraux Pajol et 
Dariulle, avec une députation des ofhciers de la 
première division militaire et de la garnison de 
Paris. 

L'autel était environné, sur la gauche, du côté de 
i'hvangile, par les trois cardinaux: monseigneur 
le prince de Groî, archevêque de Uouen , moiisoi- 
gneur de Latour-d'Auvergne , évoque d'Arras . ot 
monseigneur de Bonald » archevêque de Lyon , 
ainsi que par tous les évêques suffragans du siège 
de Paris et M. lévêque nommé d'Lvreux. 

Derrière les évêques se trouvaient les chanoines 
du chapitre de Saint-Denis; 

A la droite de l'autel, du côté de l'épîlre, étaient 
tous les curés de Paris. 

Dans les deux jubés^ les chanoines honoraires de 
Paris, et entourant l'autel par en bas, les chanoi- 
nes titulaires de Paris revêtus de chapes d'or. 

Outre les évêques suffragans, un grand nombre 
d'évêques assistaient à la cérémonie. On remar- 
quait parmi eux monseigneur le patriarche d'An- 
tioche, avec un costume levantin d'une grande 
splendeur, l'archevêque de Calcédoine, l'ancien 



— iir> — 
èvêqiie de Dijon et l'ancien évêque de Beauvais, 
et, près de la faniille royale, monseigneur l'évê- 
qiie de Maroc, aumônier de la reine. 

Dans des tribunes réservées, décorées avec ma- 
gnificence, étaient les infans d'Espagne , les dames 
du corps diplomatique , les femmes des ministres 
et des hauts fonctionnaires. 

Dans les tribunes hautes , était une grande af- 
fluence de personnes invitées. 

Au fond de l'abscisse se trouvait l'orchestre com- 
posé de deux cent cinquante musiciens, et dirigé 
par M. Habeneck. 

La famille royale ayant pris place, monseigneur 
l'archevêque de Paris a entonné le Feni Creator, 
suivi du psaume Qaemadmodum exécuté alterna- 
tivement en faux-bourdon et jiar l'orgue. 

Alors a eu lieu la cérémonie du baptême. Les 
fonts baptismaux étaient placés au milieu de la 
croix , entre l'autel et la famille royale. 

LE ROI A ÉTÉ LE PARRAIN. 

LA REINE A ÉTÉ LA MARRAINE. 

Immédiatement après le baptême et |)endant la 
célébration de la messe , dite par monseigneur l'ar- 
chevêque , assisté de ses archidiacres et de deux 
chanoines, l'orchestre a exécuté un Credo, un 
Sanctus , un Bencdictus et un Domine salvum fac rc- 
gem, composés, pour cette solennité, par M. Elwart, 
ancien pensionnaire de Rom*^. Un style large et ra- 
pide, des mélodies suaves et toujours soutenues par 
une harmonie sévère , caractérisent ces dilTérens 

8 



— 114 — 
morceaux. On a remarqué V Introït el le Credo, dont 
lerhythme varié et le dessin grandiose ont frappé 
l'attention des connaisseurs. Le Domine salvum est 
conçu d'une manière entièrement neuve. 

Après la messe, monseigneur l'archevêque a en- 
tonné le Te Deutn, et l'orchestre a exécuté avec sa 
supériorité ordinaire cette magnifique composition 
du célèbre Lesueur. 

Après le Te Deujti l'acte de baptême du comte 
de Paris a été signé par 

Le roi , la reine ; 

Le roi des Belges , la reine des Belges ; 

Le prince royal, duc d'Orléans; 

La princesse royale , duchesse d'Orléans ; 

Le duc de Wurtemberg ; 

Le prince de Joinville ; 

Le duc de Montpensier; 

La duchesse de Nemours ; 

La princesse Clémentine ; 

Madame Adélaïde , sœur du roi; 

La grande duchesse de Meklembourg ; 

Son éminence le prince de Croï, cardinal-ar- 
chevêque de Rouen ; 

Son éminence monseigneur de la Tour d'Auver- 
gne , cardinal-évèque d'Arras ; 

Son éminence monseigneur de Bonald , cardi- 
nal-archevêque de Lyon ; 

Le patriarche d'Anlioche, évêque de Jérusalem; 

L'archevêque de Calcédoine; 

L'évêque de Versailles; 



— Il;) — 

L'évêque de Meaux ; 

L'évêque d'Orléans ; 

L'ancien évêque de Dijon ; 

L'évêque de Maroc, aumônier de S. M. la reine; 

L'évêque nommé d'Evreux. 

Monseigneur l'archevêque , les cardinaux , les 
évêques suffragans et tout le clergé, ont ensuite re- 
conduit Sa Majesté processionnellement jusqu'au 
portail. 

MM. les ministres, M. le chancelier de France, 
M. le président de la Chambre des Députés, MM. les 
vice-présidens des deux Chambres, MM. les maré- 
chaux , etc. , ont également signé l'acte de bap- 
tême après le départ de Sa Majesté. 

Le roi et la famille royale sont rentrés au palais 
des Tuileries à une heure. Une salve d'artillerie a 
annoncé le retour de Leurs Majestés. 

Cette cérémonie a eu un caractère grave et solen- 
nel. Grâce aux heureuses dispositions qui avaient 
été prises, aucun incident n'a interrompu le re^ 
cueillement de la brillante assemblée qui se pres- 
sait dans l'immense enceinte de la vieille basilique. 

Partout, sur le passage du roi , les acclamations 
les plus vives ont salué Leurs Majestés et la famille 
royale. Les cris de vive le comte de Parts ! se mê- 
laient à ceux de vire le Boi\ rive la Reinel vive le 
duc d'Orléans ! 



— un — 

Le l*Rf:FET (le In Seine remet au COMTR DE PARIS l'épée qui 
lui rsl offerle par la ville de Paris. 

Après la cérémonie du baplême de Son Allesso 
monseigneur le comte de Paris, le corps municipal 
est venu aux Tuileries pour présenter au royal en- 
fant l'épée qui lui est offerte par la ville de Paris. 

Le roi l'a reçu dans la salle du Trône, ayant au- 
près de lui la reine et toute la famille royale. Ma- 
dame la duchesse d'Orléans tenait le jeune prince 
par la main ; les ministres assistaient à cette récep- 
tion. 

M. le comte de Rambuteau , préfet de la Seine , 
a adressé au roi le discours suivant ; 

« Sire , 

«Hier, nous apportions au Roi les hommages lie 
la cité ; aujourd hui, nous venons exprimer au père 
de Fannlle nos félicitations et les sentimens de joie 
d'une population fidèle et dévouée. 

» La cérémonie à laquelle nous assistions, il y a 
peu d'inslans, a laissé dans nos cœurs une impres- 
sion profonde. Quel grand spectacle dans la basili- 
que ! Ce Roi, ce chef de dynastie, quia sanvé son 
pays de tant de maux, et qui lui a fait tant de bien ; 
cette belle famille, où toutes les vertus sont ensei- 
gnées et Iransmises par l'exemple; ce prince , sur 
le front duquel la valeur rayonne autour d'ime sa- 
gesse précoce; cetle jeune mère, dont le regard 



— 117 — 
lioblf, péiit'Uiuilet gracieux, révèle la deslinee poui 
laquelle la Providence a voulu la douer; ce royal 
Eiilanl, inclinant sa jeune tète sous la grâce céleste ; 
Sire, tout cela était saint , touchant et beau ! 
» Voilà l'Enfant qui sera le Roi de nos ent'ans 1 
') Celte ville, dont Votre Majesté a voulu qu'il 
portât le nom, désire qu'il conserve un souvenir 
du bonheur causé par sa naissance et par le choix 
de ce nom. Elle lui ofTre cette épée , Sire; c'est la 
cité qui la lui donne pour le service du pays ! 
Quand l'âge sera venu |)ourlui de la ceindre, il ne 
manquera pas d'exemples pour l'usage qu'il en de- 
vra faire. Il peut remonter haut dans sa race, mais 
il n'aura pas à chercher loin ses modèles. 11 lui sera 
facile d'être juste et fort. Heureux Enfant dont la 
carrière aura été aplanie par tant de sagesse, et 
qui trouvera si près do lui de puissans et nobles 



enseiirnemens ! 



» Sire , daignez permettre au comte de Paris d'ac- 
cepter l'épée de la ville de Paris; et que ce souve- 
nir soit à jamais un gage d'union entre le prince 
et la cité. '> 

(Ce discours a été suivi des cris de f^ive le Roi!) 

Le Roi a répondu : 

'Je suis profondément ému des sentimens que 
» vous m'exprimez en termes si touchans au nom 
» de la ville de Paris ; cette grande cité , ma ville na- 
wtale, sait combien il m'est doux de lui témoigner 
» en toute occasion l'alVection que je lui porte et 
» combien je suis heureux d'obtenir ou plutôt de 



— 118 — 
«conserver celle de ses habilaiis. Je vois avec une 
«fjrande satisfaction ma lainille s'identiliei avec la 
' population parisienne ; je reçois pour mon petil- 
"fîls l'épée que lui présente le corps municipal au 
') nom de la ville de Paris. Fasse le ciel qu'il ne soit 
» pas appelé à en taire usage; mais si jamais il doit 
) la tirer du fourreau , ce ne sera qu'à bonne en- 
» seigne et pour défendre l'honneur de la France et 
«l'indépendance nationale. Mais j'ai lieu d'espérer, 
» et c'est à quoi je travaille , que le règne de mon 
.) pclit-fils ne sera pas troublé par la guerre, et qu'il 
') recueillera une gloire plus douce, celle d'assurer 
» le repos et la prospérité de la Fiance. » 

Le Roi, prenant son petit-fils par la main , l'a 
présenté au corps municipal et lui a dit : « Donne 
-) la main au préfet, en signe que lu la donnes à 
» toute la ville de Paris. » 

(Des cris de vive le Bol ! ont éclaté avec force 
|)armi les membres du corps municipal.) 

Cette épée magnifique, remarquable par le tra- 
vail de la ciselure et le bon goût des ornemcns, a 
été admirée par Leurs Majestés et par toute la fa- 
mille royale. 

L'épée du comte de Paris est d'une longueur 
moyenne, très simple à la première vue, malgré la 
beauté des ornemens, et très portative, quoiqu'elle 
soit une arme de grand luxe et de grand prix. Elle 
est toute en acier ciselé, poignée, lame et fourreau. 
Les ornemens sont en or et en pierres précieuses. 

La poignée est surmontée d'une couronne royale, 



— iiy — 

soulenue par quatre génies. Sa base est aj)puyée 
à deux figurines assises sur la coquille, et entre les- 
quelles on voit un lion couché. Chaque côté de la 
poignée est rempli par une figure en pied , l'une 
représente la Force, l'autre la Sagesse. 

Autour de la garde, et s'appuyant à la base de la 
poignée, on voit un serpent d'or enroulé. Au mi- 
lieu, les couleurs nationales figurées par un dia- 
mant, un rubis et un saphir; au dessus le coq gau- 
lois, fièrement perché sur l'anneau tricolore; le 
reste de la garde s'arrondit en une chimère élé- 
gamment adossée à la couronne. 

Sur la coquille , entre la poignée et la lame, on 
a représenté le comte de Paris endormi dans son 
berceau, lequel est figuré par le vaisseau emblé- 
matique de la ville de Paris , sous la garde de la 
Ville et de la Fortune, avec celte inscription : Dieu 
le conduira ! 

Sur le côté droit de la lame on lit : Au comte de 
Paris, sa ville natale, 2/4 «ou^ 1838. Plus loin, sur un 
médaillon d'or, le lion de la guerre, déchaîné, s'é- 
lance dans l'espace. Une suite de figurines ciselées 
représente un char attelé, des hommes qui com- 
battent, des blessés qu'on transporte, des femmes 
éperdues qui s'enfuient, des prières au pied des 
autels de la paix. 

Urbs dédit patrice prosit ; telle est l'inscription 
gravée sur le côté gauche de la lame, qui se termine 
en pointe flamboyante. 

Le Fourreau porte, dans sa partie supérieure , \(- 



— Î-2U — 

cliillVe du coiiile de Paris, composé de trois leUre&, 
L. P. A. (Louis-Pliilippe-Albert ) , el à son extré- 
mité une tête sur un fond d'émail damasquiné. Le 
crochet du fourreau est formé par un génie qui 
tient un bouclier sur lequel est écrit le mot Patrie. 
A droite et à gauclie, dans toute la longueur de ses 
deux faces, sont ciselés des attributs guerriers et 
pacifiques, des génies couronnés, des inslrumens 
d'agriculture, des casques, des épées, une palette, 
un compas, le chêne el l'olivier , des gerbes de blé 
et les fruits de la vigne, Tous ces attributs sont sur- 
montés par deux génies en pied : l'Abondance el 
la Victoire. 

Dans les intentions du conseil municipal, voici 
quel est le sens allégorique des différentes parties 
de l'épée donnée au comte de Paris : la garde si- 
gnifie la prudence; la lame est vouée à la guerre; 
le fourreau porte les emblèmes de la victoire et de 
la paix. 

La boîte qui renferme ce chef-d'œuvre de l'art 
est elle-même un beau travail. Elle est en peau de 
chagrin, semée de clous d'or, avec le chiffre, en or, 
(lu comte de Paris, et la couronne royale sur Té- 
cusson et sur la clé. 



— 1-21 — 

BANQUET ROYAL 

Le soir du baplème, un grund dîner a élé donné 
par le Roi. 

Une immense table régnait dans toute la lon- 
gueur de la galerie Louis-Philippe. Sa Majesté y a 
pris place, ayant à sa droite la reine des Belges et 
à sa gauche la duchesse d'Orléans. Le roi des Bel- 
ges était à la droite de la Reine, et M. le cardinal 
évêque d'Arras était à sa gauche (1); M. le chance- 
lier était à côté de la reine des Belges, et M. le pré- 
sident de la Chambre des Députés auprès de la du- 
chesse d'Orléans ; M. le président du conseil était 
à la droite dé madame Adélaïde (2). 

Dans la salle des Maréchaux , une autre table en 
fer à cheval était présidée par M. le duc d'Or- 
léans (3), ayant à sa droite le ministre des affaires 

(1) Son ëininence le cardinal archevêque de Rouen, prince 
<le Croï, est parti aussitôt après les cérémonies du baptême du 
comte de Paris , pour reprendre le cours de ses confirmations, 
(ju'il n'a pas cru pouvoir interrompre plus long-temps, et 
auxquelles il s était arraché pour venir, en toute hâte, répon- 
dre à Tinvitaiion du roi, et donner à Sa Majesté, dans cette 
solennelle occasion , un ténioign:ige de son entier dévoù- 
ment. 

(2) Les cardinaux de Latour-d'Auvergnc et de Bonald , 
monseigneur rarchevêque de Paris et monseigneur l'évêque 
nommé d'Evreux étaient à la table du loi. 

(5) Monseigneur le prince royal a remisa monseigneur rar- 
chevêque 10,000 francs poui- être distribués aux parcns des 
rnlans pauvres qui seront présentés sur les fonts baptismaux, 
dimanche et lundi , dans les dirtéienles paroisses de Paris. 



1^«2 

olrangèros, el le comte de Uainbuleau à sa gauche ; 
par M. le duc de Moiilpensier et M. le duc Alexan- 
dre de Wurtemberg. 

Dans le salon de la Paix, le prince de Joinville 
présidait une troisième table , ayant à ses côtés 
M. l'amiral Duperré et M. le maréchal Valée. 

Les trois tables formaient une réunion de 850' 
couverts. 

Les bureaux des deux chambres, les ministres, 
les maréchaux, les colonels el les lieutenans-colo- 
nels de la garde nationale et de l'armée, M. le ma- 
réchal Gérard, M. le lieutenant-général Jacque- 
minot et leur état-major, les maires et les adjoints 
de la ville de Paris, tous les membres du conseil 
municipal, le préfet de la Seine el le préfet de po- 
lice , l'état-major de la garde municipale , etc. , 
avaient été invités à ce banquet, fjui a duré jusqu'à 
sept heures. 

A huit heures, le Roi a paru au balcon de la 
salle des maréchaux, entouré de la famille royale. 
Sa Majesté a été saluée par une foule immense qui 
se pressait sous les fenêtres du palais. Le jardin 
était magnifiquement illuminé. Le plus beau temps 
favorisait la fête. 

A neuf heures, un beau feu d'artifice a été tiré 
à la fois sur le quai d'Orsay et sur le pont de la 
Concorde ; lorsque le Roi s'est montré à la fenêtre 
du premier étage donnant sur le quai, afin de don- 
ner le signal du feu, de vives acclamations ont ac- 
cueilli sa présence. 



— J23 — 

La fêle a continué toute la soirée dans les 
(Champs-Elysées , sur la place de la barrière du 
Trône et le long des boulevarts, et s'est prolongée 
jusque dans la nuit, sans qu'aucun accident, sans 
(ju'aucun désordre soit venu troubler cette grande 
et magnifique solennité. 



CONCERT DU LOUVKE. 

Soirée du 6 mai 18-41. 

Le grand concert annoncé dans le programme 
des têtes du baptême a été exécuté ce soir, dans ht 
grande galerie du Louvre consacrée à l'exposition 
des ouvrages des artistes vivans. 

C'est une idée qui a pu être très justement con- 
troversée que celle de placer un orchestre de qua- 
tre cents musiciens à l'extrémité d'une longue 
galerie , de manière que les auditeurs placés au 
premier rang pouvaient courir le risque d'être 
étourdis par le bruit , tandis que les derniers venus 
auraient été à trois ou quatre cents niètres de dis- 
lance. Mais ce qui répond à ces critiques, c'est que 
le concert du Louvre a parfaitement réussi. Le soin 
qu'on avait eu d'élever l'orchestre sur un amphi- 
théâtre de quarante gradins , la puissance des 
moyens dont il disposait, l'éclat des voix et la lorce 
des chœurs, le choix habilement concerté des mor- 
ceaux qui devaient être exécutés ou chantés, tout, 
en un mot, a concouru à ce succès ; et si on ne peut 



— 144 — 
pas dire, inènie après celle épreuve, que la galerie 
(in [.ouvre soit une salle de conceii irréprochable, 
on n'en rendra pas moins juslice à la pensée qui a 
présidé à la fêle. C/élait une pensée toute favorable 
aux arts, mais où seulement les intérêts de la pein- 
ture ont dû être plus consultés que ceux de la mu- 
sique. 

Disons donc que la fête du 6 mai a été, dans l'in- 
tention même qui l'a conçue, la fête de la peinture, 
et, tout en rendant hommage à la musique qui 
avait là des compositeurs et des artistes d'un grand 
talent pour la représenter avec honneur, tout en 
lui rendant celte justice, laissons-la sur le second 
plan. Elle n'était pas l'héroïne de la fête ; elle n'é- 
tait qu'une invitée dans le palais de la peinture : on 
l'y a reçue en étrangère de distinction, mais non 
})as en reine. Ce n'était j)as ptiur elle seule que 
])rillaient, sous celle voûte étincelanle, des milliers 
de bougies, comme des étoiles dans un ciel d'été. 
Ce n'était pas pour elle seule que le velours et la 
soie ruisselaient sur les gradins, et que les lambris 
éclataient d'or. Non, tout cet éclat , tout ce luxe, 
toute cette pompe royale, n'étaient pas exclusive- 
menl pour la musique; celle foule n'était pas venue 
seulement pour entendre, mais pour voir. El vrai- 
ment on ne se lassait pas de voir et d'admirer ; car 
le spectacle était magnifique. 

Imaginez, en ellel , un espace de cinq cents mè- 
tres de long sur quinze de large, s étendant sans 
interruption depuis le grand salon carré jusqu'à 



— 1^5 — 

la porte qui sert do communication avec les Tuile- 
ries ; sous les voûtes de celte immense galerie , deux 
longues rangées de lustres, au nombre de plus do 
deux cents, supportant quinze cents lampes et j)lus 
de quatre mille bougies ; le long des murs, d'un 
côté, toule l'exposition de 18^1 ; de l'autre, l(\s 
grandes et immortelles écoles, devancières et ri- 
vales de la nôtre; et tous ces tableaux, jeunes 
ou vieux , inondés de lumière , éclatant d'bar- 
monie, et renvoyant à cette atmosplière radieuse, 
par le prestige de la couleur ou l'or étince- 
lant des cadres , une partie de l'éclat qu'ils en ont 
reçu ; — au milieu, une multilude brillante , tous 
les costumes de l'Europe, tous les uniformes de 
notre armée, les broderies des diplomates et des 
politiques, les plus belles parures, les atours les 
plus élégans, les plus riches toilettes, les plus no- 
bles et les plus beaux visages , et toute cette foule 
s'écoulant sans obstacle et sans confusion entre 
deux rangées de banquettes où plus de liuit cents 
dames sont assises ; — au fond, l'immense orches- 
tre adossé au grand salon, et du haut de cet amphi- 
théâtre où sont établis trois cents musiciens instru- 
mentistes et cent chanteurs, une harmonie macfni- 
fique qui semble couler à pleins bords dans cette 
vaste galerie , qui se répand à grande distance et 
qui domine au loin la foule et le bruit : — tel est 
Taspect général de la fête. Mais, je le répète, ce ne 
sont pas les nmsiciens qui en sont les héros; ce ne 
sont pas les grands seigneurs de la diplomatie, de 



— 12(> — 
la j)()lilique ou ilt> la finance ; co ne soûl pas mémo 
les femmes ; elles auront leur lour et sauront pr':»n- 
dre leur revanche : les héros de la fêle, ce sont les 
peintres. C'est pour les honorer que le roi a réuni 
ce grand monde , suspendu ces lustres étincelans, 
semé de lumière cet immense espace, et déchaîné 
ce monslre aux cent voix qui semble, du haut de 
ce trône d'harmonie , proclamer la gloire de la 
peinture. 

J'aime, quant à moi, les expositions de nuit, 
mais à une condition, c'est qu'il y fera plus clair 
que le jour. Je ne suis donc pas de l'avis d'un plai- 
sant qui , consulté sur l'effet de celte illumination , 
dit qu'il aimait beaucoup à voir ainsi les tableaux 
modernes. 

— Pourquoi cela? lui demanda quelqu'un. 

— Parce que je les vois moins. 

— Je trouve, au contraire, que les tableaux ga- 
gnent à être vus de cette façon. 

C'est un procédé anglais que le roi a transporté 
en France , et qui ne peut en effet, tant il est dis- 
pendieux, être employé avec succès que par un roi 
ou un lord anglais. Les Anglais se servent de ré- 
flecteurs immenses qui , placés devant chaque ta- 
bleau, et laissant le milieu de la salle ou de la ga- 
lerie d'exposition dans l'obscurité, produisent un 
effet double de celui qu'on peut atteindre en distri- 
buant la lumière avec plus d'égalité dans un grand 
espace. Mais imagine-t-on une fêle éclairée par des 
réflecteurs? Le roi , mieux inspiré , a voulu que l'ex- 



— 127 — 

position do 1841 eût sa fête de nuit , et l'éclairage a 
été combiné de manière à faire valoir tous les ta- 
bleaux , depuis les pins grandes toiles jusqu'aux 
plus humbles miniatures, et cela sans transformer 
le Musée en un casse-cou. Le jour de l'inaugura- 
tion du Musée de Versailles , au moment où la 
nombreuse assemblée qui avait été invitée au spec- 
tacle sortit de la salle , qui était éblouissante de 
lumière , elle trouva toutes les grandes galeries il- 
luminées. C'était un premier essai; il réussit moins 
que celui qui vient d'être tenté. Aujourd'hui les ta- 
bleaux du Louvre brillaient dans une lumière plus 
éclatante et mieux distribuée. On eût dit une expo- 
sition toute nouvelle , lantles rayons scintillans de 
ces mille bougies jouaient avec bonheur sur toutes 
ces toiles ranimées et rajeunies ; tant , sur ces pein- 
tures, les yeux brillaient, tant les bouches par- 
laient, tant les cœurs palpitaient de joie, d'espé- 
rance, de crainte, d'anxiété, au milieu de toutes 
ces scènes si diverses de l'histoire et de la vie pri- 
vée; tant cette grande douleur du Supplicié de 1*1 n- 
quisition était poignante à côté dvî cette douce et 
royale sérénité d'une jeune princesse ; tant la lu- 
mière pénétrait vive et radieuse au sein de C Assem- 
blée des Notables, qui semblaient assister là moins 
au conseil qu'à la fête; en un mot, tant il y avait 
d'air, de fraîcheur, de poésie , de verdure , de tran- 
quilles émotions dans tous ces paysages qui éta- 
laient, à côté des pagrs d'histoire, la richesse de 
leurs campagnes, lu beauté do leurs ombrages et 



— lis — 

la vnriél(' do leurs j3erspeclivos. h) parle des bons 
lableaux. Quant aux mauvais , la fêle n'était pas 
pour eux ; mais ils avaient leur part de la lumière 
tout comme les bons , et la lumière leur prêtait gé- 
néreusement son prestige; et les yeux des specta- 
teurs se portaient sur eux , étonnés de s'y arrêter. 
Le concert du 6 mai était un jour de gloire pour la 
bonne peinture et d'amnistie pour la mauvaise ! 

Je voudrais nommer tous les peintres qui ont 
obtenu, dans cette soirée, une des plus douces ré- 
compenses qui puissent être ambitionnées par des 
artistes dignes de ce nom, l'attention curieuse et 
passionnée d'un public clioisi : Eugène de Lacroix, 
Amaury Duval, Aligny , Ciorot , Granet, Gudin , 
LeuUier, Renoux ,Wickemberg, Decaisne, Bouton, 
Marilbat , Biard , Calanie , Rémond, Gailait, Lepoi- 
tevin , Henri SchefTer, Bellangé, Jadin , Paul Fian- 
drin, mademoiselle Lafond, Marzoccbi; mais com- 
bien j'en passe 1 presque tous étaient là. Aucun des 
invités n'avait voulu manquer à l'appel. C'était la 
fête de l'art , et un roi en faisait les bonneurs ! 

Sa Majesté est entrée dans la galerie du Louvre 
à huit heures précises. La reine , le roi et la reine 
des Belges, iVL le duc et madame la duchesse d'Or- 
léans, madame la duchesse de Nemours, madame 
la princesse Adélaïde , madame la princesse Clé- 
mentine , M. le [)rince de Joinville , M. le duc de 
Monlpensier, M. le duc Alexandre de Wurtemberg 
et Leurs Altesses Royales les infans et les infantes 
d'Espagne , accompagnaient Sa Majesté. 



— 129 — 

La foule, qui remplissait déjà les dernières tra- 
vées de la grande galerie , s'est respectueusement 
ouverte sur le passage du roi. Cette foule se compo- 
sait de l'élite de Paris : maréchaux, ministres, 
pairs , députés , magistrats , savans , hommes de 
lettres , artistes , négocians , les chefs de l'armée et 
de la garde nationale , l'administration , les muni- 
cipalités; tous étaient en costume, hormis les dépu- 
tés qui portaient le frac noir. Les ambassadeurs . 
les ministres plénipotentiaires et les dames appar- 
tenant au corps diplomatique, avaient une place ré- 
servée à droite et à gauche en avant de l'orchestre. 
Les sièges destinés à Leurs Majestés et à la famille 
royale faisaient face à l'amphithéâtre adossé au sa- 
lon carré. Derrière Leurs Majestés étaient assises les 
femmes des maréchaux , celles des ministres , les 
dames de la reine et des princesses; sur les ban- 
quettes à la suite , jusqu'à la seconde travée , dans 
un espace de près de deux cents mètres, toutes les 
dames invitées. 

Le Roi s'étant assis, le concert a commencé. En 
voici le programme : 

PREMIÈRE PARTIE. 

1" Ouvorlure de la Gazza Ladra, de Rossini. 

2° Fragmens de la Création du Monde ^ oratorio de Haydn. 
(Les solos chantés par mesdames Dorus-Gras , Rossi , Nau, 
Thillon, Dobré, Heinefetler, Laty, Elliau; MM. Diiprez , Pon- 
chard, Dupont, M;\ssol, Marié, Levasseur, Baroilliet, Dérivis 
et Alizard. ) 1" Dieu lira du néant. ^'^ Surprise d'un pouvoir 
si grand. 3" Grand Dieu ! sur toi sont tous les yeux. i° Bril- 

9 



— 150 — 

Utnl de grâce el de beaulé fclianté par M. Diipro/ ). > La Terre 
el le Ciel. 

SECONDE PARTIE. 

5" Onv(Miure (Vlplngênic en Aiilide , de Gluck, 
A" Sc<"'nc et chœurs {Vlphigênie en Tauride , de Gluck. (Le 
solo chanté par M. Massol. ) 
5" Fragmens d'une symphonie de Haydn. 
r>" Chœur iVAimide {Jamais dans ces beaux lieux), de Gluck. 
7" Ouverlure du Jeune Henri., <le Méhul. 
8" Fragmens de V oratorio de Judas Machabée, de Haendel. 

Dans rinlervalle des deux parties. Leurs Majestés 
se sont levées el ont entrelerui les dames. 

Après le concert, qui a fini à dix heures et demie, 
le Roi et la Famille royale se sont retirés par la ga- 
lerie de bois , le Salon-Carré, la galerie d'Apollon, 
et sont sortis du Louvre par la porte d'Henri IV, 
où leurs voitures les attendaient. Au moment où le 
Roi a quille la salle du concert, de vives acclama- 
tions se sont fait entendre et ont long-temps re- 
tenti sous l'immense voûte. 

La fête a continué jusqu'à minuit, sans qu'un seul 
accident ait troublé, au dedans ou au dehors, l'or- 
dre qui n'a pas cessé de régner dans cette immense 
réunion, où tout avait été royalement concerté 
pour assurer une magnifique réception aux repré- 
scntans de la grande ville, pour honorer les arts 
qui font sa gloire, et pour joindre un souvenir du- 
rable à tous ceux de la religieuse el nationale céré- 
monie qui a donné rinvesliture chrétienne au se- 
cond héritier de la dynastie ! 



loi — 



CONCLLSION. 



Ainsi, comme on le voit d'après le compte reniiii 
des iétes et des cérémonies qui ont accompagné 
la naissance et le baptême du comte de Paris, de 
toutes parts l'espérance et les vœux de la nation 
se donnent rendez-vous au berceau de cet auguste 
Enfant. Lorsque, l'âge venu, il pourra apprécier 
le caractère et les hautes destinées de ce peuple 
dont il doit un jour devenir le chef, il puisera 
dans ces témoignages de sympathies, dans ces 
espérances qu'il a éveillées, ces nobles élans de 
l'âme qui font deviner les grandes choses, ce dé- 
voûment et cet amour pour la patrie qui sont l'apa- 
nage de sa famille. 

Nos prévisions, nos souhaits trouveront de l'écho, 
nous n'en douions pas, sur celte terre généreuse 
de France où les vertus sociales ont toujours fleuri, 
où, de quelque bouche qu'ils fussent sortis, les vœux 
pour la gloire et la prospérité de la nalioîi , pour 
la grandeur personnelle de son chef, ont toujours 
rencontré de la sympathie. A quelque parti d'ail- 
leurs que l'on appartienne, je ne crois pas que les 
haines politiques ne viennent pas expirer aux bords 
d'un berceau, et qu'il soit un cœur assez peu fran- 
çais pour appeler des malédictions sur la tète d'un 
enfant. 

Qu'il croisse donc co jeune comte de Paris et 
qu'il soit lier à jamais de ce litre ! Paris, qui mar- 



— 15-2 — 

che à la tête de la civilisation, et seconde la ten- 
dance des peuples vers un meilleur avenir; Pa- 
ris, nouvelle Athènes, où les arts ont leur culte 
et le génie des autels ; nouvelle Rome , toute parée 
de l'éclat de ses triomphes et de sa gloire. Qu'il 
s'enorgueillisse aussi de son épée : elle est no- 
ble, elle sera glorieuse; elle rappellera, au besoin, 
celle que les Eudes et les Robert trempèrent plus 
d'une fois dans le sang des Normands. Si jamais 
l'ennemi de la France ! !... Paris, alors, verrait ce 
que sait faire l'épée de ses anciens comtes. 



TABLE DES MATIÈRES. 



Dédicace. 5 

PREMIÈRE SÉRIE. 

Sommaire. 

Différences qui existent entre les comtes de nos jours et les 
comtes de la féodalité. — Motifs qui peuvent nous porter 
à nous occuper des anciens comtes, et en particulier 
des comtes de Paris. — Coup d'œil sur l'organisation 
administrative et municipale des Gaules, à l'époque de 
l'invasion. 7 

DEUXIEME SÉRIE. 

Sommaire. 

Origine du comté de Paris , sa nature. — Étendue de sa ju- 
ridiction. — Les comtes de Paris, par leur position, du- 
rent devenir une puissance rivale de la royauté. — 
Causes qui s'opposèrent à leur élévation. —Ces causes 
disparaissent à la fln de la seconde race , qu'il s'opère 
un changement dans la position des comtes de Paris ; 
étendue de leur puissance. — La royauté ne pouvant 
exister à côté d'eux, ils deviennent rois. —Comment fut 
amenée cette fusion de la puissance des comtes avec la 
royauté. — Extinction du flef. 35 

TROISIÈME SÉRIE. 

Sommaire. 

iXaissance dr Louis -Philippe- Albert d'Orléans. —Lu Roi, 
son grand-père , lui confère , immédia tcmenl après qu'il 



— loi — 

t'hl uv , le litre de Comte de Paris. — Keiiaissanct' de vc 
titre. — Scène de famille. —L'acte de naissance est ré- 
digé. — Le maréchal comte Gérard et le maréchal comte 
Lobeau y assistent comme témoins. — L'archevêque d(! 
Paris , monseigneur de Quélen , se rend aux Tuileries 
pour ondoyer l'Enfant royal nou\eau-né. — La ville de 
Paris vote des réjouissances publiques en l'honneur de 
ces événemens. — Le Roi fait distribuer d'abondans se- 
cours. — Discours de M. le comte de Rambuteau , préfet 
de la Seine. —Réponse du Roi. —Laps de temps qui s'é- 
coule entre la naissance, l'ondoyement elles cérémonies 
du baptême. — Lettre du ministre des cultes aux évèques 
du royaume, à l'occasion de la fête du Roi et du bap- 
tême de son petit-fils. —Lettre de monseigneur l'arche- 
vêque de Paris à tous les curés de son diocèse , sur le 
même sujet. — Fête du Roi. — Article du }Tonitcur. — 
Grande réception à la cour à l'occasion de la fête du 
Roi et du baptême du comte de Paris. — Réception de 
monseigneur l'archevêque de Paris et de son clergé. — 
Discours de monseigneur l'archevêque. —Réponse du 
Roi. — Grâces accordées par le Roi. — Notice siu" les bap- 
têmes des fils et des petits-fils des Rois. —Son Altesse 
Royale madame la duchesse d'Orléans, avec son fils, 
le comte de Paris, visite la salle d'asile-modèle de la ca- 
pitale. — Extrait du Moniteur Parisien sur cette royale et 
intéressante visite. — Baptême du comte de Paris. — Le 
préfet de la Seine remet au comte de Paris l'épée qui 
lui est offerte par la ville de Paris. — Banquet royal. — 
Concert du Louvre. 71 

(Conclusion. 131 



CATALOGUE 

Des principaux livres et recueils d'actes imprimes qui ont servi h 
composer cet Essai sur les Comtes de Paris. 



Les cinq volumes des Écrivains de France, de Diichêne. 

[m Diplomatique et son supplément. 

L\4rl de vérifier les dates. 

Les Annales des Francs, du père Lecointe. 

Thesoi-umanecdolorum, de dom Martène. 

Colleclio amplissima, du même. 

Histoire de Paris, de Corrozet, de dom du Breul,des RR. PP. 

dom Lobineau et Felibien , et autres, comme Piganiolet, 

l'abbé Lebœuf. 
Gallia chrisliana , ancien, 
Nolilia galliarum, d'Hadrien de Valois. 
Les Tables chronologiques des ordonnances, par Blanchard. 



J'omets, dans ce catalogue, quelques livres de mélange et 
de mémoires qu'il a été également besoin de lire pour recti- 
fier et des dates et des sentimens. 

J'omets aussi plusieurs livres géographiques et quelques 
journaux, comme le Moniteur universel, le Journal des Dé- 
bats, etc. 



Ou fti4^fftM^ anteui* 



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F.SS 



m vitm ^ mmlm m mu 



SAISÎT »E]¥T^ In^fin'i^ Wgr AFFRi: 



oali'îogm^hisloiiquo ekchronolcgicfjie des doyens de i'e- 

atliopolitaiiie de Paris, des abbés réguliers et commcndn- 

tîtrs, ahbcsses-, prieurs et .«upérîours généraux des abbaye^; ou 

ongri gâtions dos archi-di;. • aîrcs-généraux, *upérlenrs 



^3i^ imùxa 



i ï»rj)FfT nf- i.'(^:!)vnr df.s pR^.TnF.s ï^fiumf.*^ 



riir«irHi 



UVK-l»Bà-BONS-CNFANS, S, 



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