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Full text of "Essai sur les formes des pluriels arabes"

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Derenbourg, Hartwig 

Essai sm- les formes des 
pluriels arabes 



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ESSAI 



SUR 



LES FORMES DES PLURIELS ARABES 



PAR M. HARTWIG DEREÎNBOURG. 




PARIS. 



IMPRIMERIE IMPERIALE, 



M DCGC LXVII. 



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ESSAI 



LES FORMES DES PLURIELS ARABES. 



EXTRAIT iN" 10 DP: L'ANNEE 1807 

DU JOURNAL ASIATIQUE. 



J>E Vr.M) A l'Alil.S, 
\ ].\ i.iiu\4ii\rr. 1'"RA^(.K, l'.ii, Ric.hklif.i' , (17, 






ESSAI 



SUR 



LES FORMES DES PLURIELS ARABES, 



PAR M. HARTWIG DERENBOURG. 




PARIS. 



IMPRIMERIE IMPERIALE. 



M DCCC LXVII. 



AVANT-PROPOS. 



L'université de Gôltiiigcn avait proposé il y a un an en 
viron la question suivante : Etudier les diverses formes de plu 
riels en arabe et en éthiopien. Un mémoire étendu et rédigé 
en latin, dans lequel j'avais essayé de donner une solution 
du problème, fut jugé digne du prix; la Faculté de philo- 
sophie décidait en même temps que mon travail serait im- 
primé avec les morceaux arabes inédits qui y étaient joints. 
Mais, hélas! tant de bon vouloir devait être paralysé par 
des motifs étrangers à la science. Les chapitres du Kitub dans 
lesquels Sîbaweihi traite en détail des pluriels n'étaient qu'un 
appendice de ma dissertation; ils n'en occupent pas moins 
presque tout l'espace qui m'a été accordé, et quelques pages 
seulement empruntées à mon travail et mises en tête jurent 
avec le litre ambitieux du frontispice qui promet une mono- 
graphie complète sur la question'. J'ai cru que dans ces 

' « De pluraiium linguiE arabictc el œlhiopicae formaruni omnis ge- 
neris origine et indole scripsit et Sibawaihi capita de piurali edidit 
Haitwig Derenbourg, Parisiensis. Comnientatio in certaaiine civiuni 
Georgiœ Augustx praemio regio ornata. Gottingae, MDCCCLXVIF, 
typis expressit oflicina academica Dieferichiana. d 



— 6 — 

conditions il ne serait peut-être pas inopportun de me re- 
mettre à l'œuvre etqu'il y aurait même avantage à exprimer 
en français quelques idées mal à l'aise sous leur costume 
latin. J'ai profité du texte publié pour y renvoyer souvent, 
et j'ai condensé outctnt que possible In matière pour ne pas 
trop abuser de Tbospitalilé qui m'est accordée par les édi- 
teurs du Journal asiatique . el dont je les remercie de tout 
cœur. 



ESSAI 



LES FOIUIKS DES PLURIELS ARABES. 



§ 1 . Les langues séiuiliijiics opposent aux éludes 
fie granuîiaire comparée l'obslacle de leur trop 
grande similitude, et il sera toujours plus fariie 
d'en marquer les afïlniîés (jiie les dilTérences. Ce- 
pendant, comme dit M. Renan^ : u L'arabe possède 
des [)rocédésqui lui sont tout à failpropres, et tlont 
on ne rencontre pas le germe dans les autres lan- 
gues sémitiques : tel est le mécanisme si remar- 
quable des pluriels brisés, qui ne se retrouve que 
dans l'éthiopien-, telles sont les flexions casuclles, 
sans parlei' d'une série de formes verbales dont on 
clicrclierait en vain la trace dans riiébreu et l'ara- 
méen.» J'espère avoir bientôt l'occasion d'exprimer 
et de justillcr mon dissentiment au sujet de la dé- 
clinaison; mais pour ce qui concerne les pluriels 
brisés, ainsi que les ont nommés les grammairiens 
arabes, ou bien, comme les nonuneM. Ewald -, les 
l)lurieis internes de l'arabe et de l'éthiopien, je crois 

' Histoire des laiiijiirs sémitiques, 3^ ^d. i863 , p. 342. 

^ Zcitscliriftfûr die Kiuulc des Morcjenlandes , t. XI, 1 8/14, p. 420 
et /i33. Cf. aussi DiUmann , Grammatik dcr œthiopischen Sprache , 
p. 287 et siiiv. 



— 8 — 

aussi qu'on doit renoncer à en prou ver l'existence par- 
tout ailleurs que dans (■elt(^ hrancbe de l;i famille 
sémili(|ue. Que d'efforls inutiles pourtant, et que de 
science on a dépense jîoiu' démontrer le contraire; 
on est tellement habitué à reconnaître dans les au- 
tres langues sœurs, au nioins à i^'-lat rudinientaire, 
le [)rincipe de tout phénomène constaté dans un de 
ces dialectes, qu'on se résigne diUîcilement à ne 
point protester contre une exception aussi remar- 
quable et une opposition aussi éclatante. En étudiant 
l'histoire de la question, nous nous heurterons sans 
cesse à de semblables avortements, que la plus riche 
érudition n'a pu épargner aux savants les plus dis- 
tingués. 

§ 2. Citons d'abord l'infatigable Bochart, qm*. 
pour expliquer le mot si difficile bîNjv. , i\nLcvitique , 
ch. XVI, V. 8 et suivants, en fit l'équivalent de l'arabe 
Jjij^, qui signifierait «des séparations, des retraites 

inaccessibles, » àva)(copr{aeis^ . Pour rendre cette assi- 
milation acceptable, il faudrait que le pluriel cité 
fût employé en arabe, et de plus, que l'interpréta- 
tion proposée fût d'accord avec le contexte. Aucune 
de ces conditions n'est remplie, et un examen at- 
tentif du passage et du mot montre que nous 
avons 1.^ le nom d'un démon '^, et que 'jîN'îy est mis 

' Bochart, Hicrozoîcon , 1, p. 7/19 et suiv. 

^ Il est curieux de voir quel conflit des opinions les plus diverses 
s'est élevé à l'occasion de ce mot. On peut coni|)arer, cntie autres, 
Knobel : Exodus umt Leviticus , dans V Exc(jelischcs Ilandbuck da 
AUen Testaments , t. XII , p. /189. 



— 9 — 

pour 'Pî'^Ty, (le hi racine b]^ « ëloimier, » avec un le- 
donblemont des deux doriiièros consonnes radicales, 
qui csl assez fréquent en hébreu • : l'extension donnée 
à la fin du mol eniraîne avec elle une tendance à 
l'abréger dans son milieu. On peut comparer par- 
liculièrcîr.ent nnïsn « les trompettes, » mot qui csl 
tout à fait analogue , et dont [)ersonne, (jue je saciie, 
n'a songé à faire un [)iuriel arabe. 

§ 3. Ernsl Meyer, en qui la science orientale a 
perdu Unit récemmenl un de ics chercheurs les plus 
ardents et aussi les plus téméraires, publia, en i 8/16, 
un ouvrage spécial , intitulé : La Joriiiaiion. et la si- 
(jnificalion du pluriel dans les langues sénulûjues et indo- 
(jcrnianiques-. Pour lui, tout pluriel sémitique, qu'il 
soit exprimé par une terminaison ou par une modi- 
fication intérieure du mot, est un abstrait du genre 
neutre ^. Au lieu de distinguer les deux espèces de 
pluriel, aussi différentes par leur origine que par 
leur forme, il cherche à les réunir dans une défini- 
tion générale, qu'il ne peut obtenir qu'en violen- 
tant les faits et en confondant ce qui doit être sépare. 
Son argumentation sera, je l'espère, suffisamment 

' Gesonius.Lr/f/T/rftaaf/e, p. 535-536; Thésaurus, p. ioi2;Ewal(l, 
Ausfuhrhchcs Lclirbacli dcr hcbràischcn Spruchc , S i83 a. 

^ Le litre du livre est : Die Bildiing und Dedeutiing des Plurab in den 
scniitischen und indogermanischeii Sprachcn. Je ne parle pas ici de 
l'ouvrage d'Agrell : De varictate ijeneris et nuineri in linguis oricnta- 
libus hebmïca, arabica et syriaca (Lund. i8i5). Je n'ai jamais pu le 
voir, et je ne le connais que pour l'avoir vu cité plusieurs fois dans 
le I.ehrgcbâude de Gesenius et dans la Grammaire syriaque d'ilhle- 
mann. 

3 es. p. iC. 



— 10 — 

ié!ulé(' dai)s la suite do colle disseiliilioii et je :iic 
coiUoiilerai d'adiiiirer ioi la sayaeilé et poiil-ètrc 
l'excès d'ingéniosité dont l'auleur a iiit preuve dans 
ce petit livre , d'ailleurs très-instruolir. 

^ h. Avec la théorie que délendait Meyer, il n'é- 
prouvait nul besoin de retrouver en hébreu et en 
aiaméen âos formes (ju'il put rapprocher particu- 
lièrement des pluriels internes arabes et éthiopiens: 
les deux procédés pour exprimer le pluriel avaient 
poui' lui une \al(Mn' identique et reposaient sur une 
uiôrne conception-, eruploycr luiiquement l'un ou 
les employer tous deux, était pour lui parfaitement 
idenli([ue. C'est à un tout autre point de vue ijue 
s'est placé le professeur Di(;liicli de Ahu'buurg, qui 
lit paraître, également en 18/16, un vohunc de niù- 
langcs, intitulé : Disscrlalivus sur la Gramnmire hé- 
hraujiic^. L'auteur, ipii est arrivé à toute la maturité 
d'un talent aiiérmi par l'étude et renseignement, ne 
défendiait j)lus aujourd'hui toutes les idées (ju'il a ex- 
primées dans un de ses premiers ouvrages. Tout ce qu'il 
dit au sujet de l'arabe se ressent tro]) de la base peu 
sohdo ![U il avait donnée jusque-là à sa comiaissance, 
alors très-imparfaite, de celte langue. Les cjuatre- 
vingt-douze premières pages du livre sont consacrées 
«au pluriel hélireu, examiné par lapport à son ac- 
ception et à sa forme-.') Pour lui, le [)liuiel sémi- 
tique expriuu; seulement une unité plus élevée cpie 
celle exprimée parle singulier, et tient, à l'égard de 

' AbliaiuUuu(iin :itr lu'liràisckcn Gruiiiiiuilili Leipzig, in-S", Vogel. 
^ Dcr lichnîtscltr Plui al luich Bccjrijr tind Forni. 



ce clcniier, à peu pvbs la inrmo phirc ([uo , dnns les 
adjectifs, le superlatif à l'égard du positif. Ij'cxlen- 
sion de la forme répond à l'exlensioii de l'idée, et 
on n'en est venu à exprimer par une terminaison 
spéciale le pluriel, (pt'aj))(S avoir employé d'abord 
un moyen plus injparlait, dont l'application a sur- 
tout clé poussée très-loin dans l'arabe et l'éthiopien. 
L'hébreu, avant même sa période littéraire, doit 
avoir eu aussi des dispositions à former ce pluriel 
collectif et neutre; seulement peu à peu la forme la 
plus parfaite s'est complètement substituée à l'autre, 
(|ui n'a résisté cpiedans un certain nombre de mots. 

Par exemple, ^p:n serait l'arabe J^^Us*. ; 'pDTy serait 
Jol^; t'^l2bn serait j^LAvo^i^i»-, etc. J'ai laissé prcscjue 

lexluellement la parole à M. Dietriclr, niais je me 
demande poui-quoi il fait intervenir l'arabe pour 
expliquer des mots clairs par eux-méines en hébreu. 
Aucune langue ne se sufiit, il est vrai, et la coni- 
[)araison éclaire bien des faits, mais à condition 
([u'elle soit appliquée à propos ^ L'assinnlation 
de nnx, qui n'est pas un collectif de nx, mais qui 
est em|)loyé parallèlement avec lui pour dé.sîgnerle 

lion, avec J-^, pluriel de LK^^i , ne parait non plus 
reposer sur aucune analogie sérieuse. De même l'iiy- 
j)0thèse expliquant 2"'3N'« moisson » comme un |)1. de 
2ii{Dan.\\, 9) me semble d'autant moins acceptable, 

que la forme h'^'JZ [J^ks] est appliquée en hébreu 

' .Sur ces (rois mois comparer lOwaid, Aiisf. Lrhrh. $ \bà a- 



— 12 — 

comiiic ciiar;i!)c {joui loriiicr tous lesniols expiiri).uii 
avec diverses nuances l'époque de la moisson. Cilons, 
par exemple, en arabe, j-^Ài^, J-aa^î, *>w-AAa=^\ et en 
hébreu T'iT, "'"'Pîi '^"'in , i-'ira et 3"'3N mèine'-. Quant 
aux formes où la racine est précédée d'un n, dont 
M. Dielrich parie à la page 87, et qui seraient 
identiques aux plin"iels internes aral)es qui présentent 
la même particularité, elles me semblcMit également 
susceptibles d'nne meilleure explication , et il n'y a 
pas là un seul lait cpii entraîne la conviction. En ne 
nous arrêtant qu'à celte partie, nous j)onrri(nis (aire 
croire que nous méconnaissons la valeur d'un livre 
qui a eu le mérite d'introduire dans les éludes sé- 
mitiques une foule d'idées alors repoussées, et qui 
ont prévalu depuis sans qu'on ait songé à en re- 
porter l'honneur sur celui qui avait eu le courage 
de les aflirmer le premier au milieu del'indifrérencc 
générale^. 

§ 5. Une nouvelle tentative pour démontrer la pré- 
sence de pluriels internes en hébreu a été faite dans 
la nouvelle Grammaire hcbraï([uc de Bôttcher. Mais 
l'ouvrage ne m'est pas encore venu sous les yeux, et 
je ne puis rien préjuger sur le résultat. En attendant, 



' FahiluU clhltolaj'd, cil. Freylag, l. ar. p. rfï , 1. 1 3 suiv. 

* Il est remarquable qu'il n'en soit ainsi ni en syriaque ni en élhio- 

pien, où l'on emploie j^i'uLiaiemcnt dans le nicnie sens J ? -a* et 

" J ai en vue ItMil particuiièreniciil les opinions relatives à i'anti- 
qiiilé (le certaines formes plus vieilles en arabe qu'en liébrcu. 



— 13 — 
je persiste à nier i|uo ce genre do formes ait jamais 
aj)|>ai tonii au fonds commun des langues sémiliquos. 

Aussi ne puis-je regarder le pluriel JL*9CLô(( les villes, » 

du mot ) ;-0 , )J^^Wd, (lue comme un simple cm- 

prunt fait à farabc tjyi , pluriel do aj^-ï u viLlo, » avec 
l'addition do l'o/a/ emphatique '. C'est un exemple 
Irop isolé on syriaque et un pluriel trop usité en 
arabe, pour qu'on puisse songer ;\ une autre expli- 
cation. 

% 6. Pour achever l'histoire de la question, il me 
reste à mentionner la dissertation d'Hamaker «sur 
les pluriels irréguliers arabes et éthiopiens, que les 
grammairiens appellent ordinairement pluriels bri- 
sés-. » Cette œuvre inachevée a été publiée sans chan- 
gement, par des élèves dévoués, après la mort de 
leur maître, qui l'avait destinée à l'impression, mais 
qui n'avait pu y mettre la dernière main. L'auteur 
cliercho <^ démontierquc toutes les formes do pluriels 
irréguliors, comme il les appelle, sont de véritables 
singuliers, et qu'on trouve des exemples oi^i ils sont 
employés comme tels. Les observations qu'il a réu- 
nies à ce sujet ne manquent pas de vérité; mais c'est 
là seulement un côté de la question qui lui a caché 

' On sait qu'on syriaque on exprime la détermination des suIjs- 
lantifs par un o/«y ajouté au liout du mot, qui tient lieu de l'article 
dans les autres langues. Ce pliéiiomèue si singulier attend encore sou 
esplicalion. 

- Commriildlio dr pliiralibiis Arabiini et /Eiliiopum inrtjuluribiis (fm 
a (jrammalicis viihjo j'rach appcllarl soient, dans tes Orienlalia, eden- 
til)us Juvuboil, Roorda, Weijers, f, i8/io , Amstelodami, p.i-63. 



— l/l — 

les aulrc'S. Il est iiinsi ari'iv('' à conroiuiro \c collectit 
el le pluiiel, qui, en arabe même, sont toul à lail 
(lisliiicls. On regrette de no pas voii' cette méthode 
a])pliquce à toutes les formes de pluriels brisés, et 
rcriulition de llamakrr se ^crail heurtée sans douti> 
à des dillicultés sans nombre, qu'il aurait pu tour- 
ner, mais non maîtriser. Ce qui est certain, c'est 
([ue les listes données par M. de Sacy. dans sa 
Grammaire arabe, ont été complétées dans le tra- 
vail de Haniakcr, qui a puisé ses additions dans le 
lexique dlbn Doreid cl dans les notes (jue lui avaient 
fournies ses lectures. 

§ y. A côté de ces monographies, il faudrait, 
pour être complet, citer les chapitres consacrés, dans 
toute granunaire arabe, h la formation des pluriels 
brisés ou internes. Nous verrions presque partout 
un(^ reproduction cl une copie plus ou moins exacte 
des formes et des exemples (pie M. de Sacy a donnés 
dans sa Grammaiie. Même dans la Grammatica cri- 
tica d'F.wald, ce chapitre n'est certainement pas à 
la hauteur des autres, et l'éminent professeur a lui- 
même pris l'initial ive de théories plus rationnelles ', 
qu'il a indi(juées saris les développer. Un progrès 
important a été réalisé par M. Wright dans l'édition 
anglaise qu'il a publiée de la graniniairi- de Caspari'-. 



' Cf. Zillscliiijl fur die Kundr des Morçjciilandcs , I. cil. 

* M. VVriglit a fail preuve do niodeslie en s^ donnant pour un 
.simple Iraduclcur: il a lieureusemeiil remanié, augmenté el com- 
pictc l;i gramn-.aire de Caspari, cts'.irl'uit le premier volume consacré 
.uix Hexioiis noMiiiialos el verbales. 



— 15 — 

On n'iiv.iii pas eiicoro donné une telle abondani e 
d'exemples anssi bien rboisis, el l'altcnlion |)arlic(i- 
li«'re appoilée par iM. Wright à colle partie de son 
li\ re n'aura pas été iniitiie à la science grammati- 
cale. 

Malgré tous ces essais, il reste encore beaucoup 
à faire pour expliquer l'origine de ces formes si 
nombreuses et si diverses, et il est encore possible 
d'ajouter aux matériaux réunis jusqu'ici pour éluci- 
der celte question; c'est ce qui a été tenté dans les 
pages qui vont suivre et qui auront peut-être au 
moins la vertu d'appeler sur quelques points délicats 
et controversés l'atlenlion des savants, qui jugeront 
en dernier ressort. Si c'est bâter la conclusion que 
de la cbercber avec zèle et sincérité, je ne regrette 
ni mes elTorts, ni mon temps. 



S 8. 'foules les langues sémitiques ont la faculté 
d'exprimer le pluriel par des teiminaisons ajoutées 
à la fin des mots, et qui, en les prolongeant, sont 
comme une expression symbolique de l'extension 
donnée au sens'. Cet appendice vaiie selon que le 
mol est masculin ou féminin; mais l'accroissement 
de l'idée se leflète toujoui's dans un accroissement 
matériel , exprimé par Faddition d'une syllabe. fJans 
des idiomes où il v a aussi peu de variété dans la 

' Cf. le principe de la grammaire arabe . 5.>Ij; (^£- *Uxil Js^L; 
^<;,"\.aA| «toute augmentation de la forme exprime une augmentation 
du sens, j ( Coinm de Reidliâwi sur le Coran, rd. Fleischer, p. 6, 1. i 2.) 



— IG — 
forme des mots, imc lolle addition moiitro, poui' 
ainsi dire, d'une façon sensible, que l'unité a été 
, miillipiiéc cl a été remplacée par une somme com- 
posée d'éléments tous identiques, mais considérés 
dans leur ensemble, c I^e nombre singulier est lini, 
le pluriel est infini '. » 

Rien de plus vrai dans sa concision que celte façon 
de concevoir el d'exprimer roj)position qui existe 
entre les deux nombres; seulement cette définition 
a besoin d'être complétée. \jC pluriel n'expiime pas 
seulement une masse , mais cliacune des unités dont 
il se compose conserve, pour ainsi dire, sa vie 
pro|)re, et s'unit aux autres sans se confondre avec 
elles. Il en est tout autrement des collectifs, ou bien 
encore de ces (( noms généraux , » si fréquents en 
arabe, et (jui s'appliquent à une espèce, sans avoir 
(ïgard aux êtres ou aux objets qui en font partie -. 
Ces mots, cjui par leur forme sont des singuliers, 
ont pour le sens avec les pluriels assez d'analogie 
pour (|u'on ait pu souvent ne tenir aucun compte 
des nuances qui les distinguent. La grammaire, qui 
les sépare, se trouve comme débordée par fusagc, qui 
lesraj)proclie. Les scholiastcs arabes ont souvent lieu 
de constater de telles confusions. C'est ainsi qu'Abou 
'Ali , dans le commentaire de Tebrî/.î sur la Hamâsa , 
p. vpf*', explique j.o^ par ^V/jS '^ les giands, » en di- 

' «Singularis quidctn numerus finitu.s est, pluralis vcro infini- 
las.)) (Priscicn, Tract. Gram. ex recensioiie He»'izii, I, 172, aS.) 

- Il y a aussi ([uelquos exemples en hi^breu , moi-- lieaneonj) plus 
rare'^ cpi'en nraiie. Cf. Ewald, Aiisf. Lrlirli. S 17G a. 



/ — 



sanl : » C'<\st un mot (lu'on a forgé pour iiKliquor lo 
pluriel '. ') On va plus loin oucoro, et non-seulement 
on donne i\ ce genre de mots l'acception du pluriel, 
mais on les construit dxins la phrase, comme si leur 
ibrme autorisait à les considérer ainsi, et pronoms 
de même qu'adjectifs sont soustraits à la règle 
par une sorte de syllepse. C'est ainsi, par exemple, 
que dans le vers de la Hamâsa , p. F<iv^ j. i y^ |e suf- 
fixe féminin pluriel de (j^^jj se rapporte au féminin 

singulier •^-«^ , qui indique la «chaleur du com- 
bat, » et par suite « les troupes ardentes. » Tebrîzi a 

soin d'ajouter : « L'auteur dit d abord Ryoys- au sin- 
gulier, [)iiis il dit (j"^^j3 , et emploie le pluriel , parce 
(jue ioej-s=- , tout en étant au singulier, exprime un 
pluriel. 1) De même on trouve dans le Coran , \xiv, 3 i , 

JJ(.ls (d'enfance» et aussi «les enfants,» construit 

avec le pluriel du relatif qui le suit inuiiédiatement 
et par conséquent aussi du verbe qui viei\t ensuite. 
On sait cpi'il en est toujours ainsi , dans le Coian , des 
mots f»y> et J^ « les hommes, » de même ({u'en hé- 
breu certains mots, conmic □!* « peuple, » npp 
«ville, » etc. peuvent être soumis à cette construc- 
tion ^. On forme même de ces mois de véritables 

' J.i J^L^-lo j^Ul &««.:£ "tA^ Q^\ ^i- Ltf^L. Cf. à propos du 

mot JL^Lsk, , donné comme analogue, la glose de Tebrîzî, p. F"!-, 
1. i8. 

■^ H faut seulement remarquer que les noms d'espèces qui se 
rapportent à des êtres inanimés, à des plantes, des arbres, etc. ne 
J. As. Extrait n° lo. (i 867.) 2 



— 18 — 
singuliers, que les graminairioiis arabes appellent 
(les noms d'unité, et qui sedistinguenUlu nom géné- 
ral par Taddition de la terminaison féminine ^ c Le 
nom singulier, dit Zamakhchâri -, peut être employé 
pour désigner l'espèce, puis on en distingue son unité 

par un ^â; par exemple, J-Jf et HjJi , tM^-«*- et AXLiÀr»- , 
^viaj et ii^î^yiaj, J^=.-yu« et ^-s>-^aw -, celle formation 
est usitée seulement })our les choses créées, à l'ex- 
clusion de celles qui sont l'œuvre de l'homme; aussi 

des exemples comme (^iukt et ^àaàa»*, (^ et ^UJ, 

sont-ils contre la règle. » Voici donc des mots où 
l'ordre est interverti; l'unilé n'e.^t pas le point de 
départ, mais le point d'arrivée; sauf c^ servir ensuite 
pour former un nouveau pluriel, comme, par 

exemple, j_^jf {( des dattes,» ([ui est employé à côté 

dcj-jf et de ïJJi^. Nous avons donc ici, d'abord 
l'abslrait, puis le concret au singulier et au pluriel. 
Gel abstrait, nous l'avons vu prendre rang de pluriel 
dans la phrase par une extension que justifie l'opposi- 
tion qui existe entre l'abstrait et le concret, qui est le 

peuvent al teindre cette construction, réservée aux coileclii's dési- 
gnant des êtres vivants. 

' Le nom général opposé à son féminin concret reste au mas- 
culin, et c'est là un des points essentiels par lesquels il se distingue 
du pluriel interne. C'est un signe caractéristique, lorsque l'iden- 
tité de la forme pourrait porter à les confondre. Voir un exemple de 
ce genre dans l'édition que j'ai donnée de quelques chapitres de Sî- 
baweilii , p. <l , I. i. 

' Moufassal, cd. Brocli , Christiania, i85g, p. A- , 1. 18. 

' Voir d'ailleurs Sîbaweilii , éd. citée, p. H , I. 2 et suiv. 



— lU — 
véritable singulier. Si le pluriel n'est pas toujours un 
abstrait au point de vue de la l'orme , il exprime tou- 
jours une notion analogue, et cette analogie peut se 
manifester extéiieurenienl. D'un autre côté, plus 
d'un pluriel est détourné de son sens pour désigner 
une abstraction , paiticulièrementen hébreu, comme 
dans D'JÇN «la fidélité, D\''n ula vie,» etc. ^ Il v a 
donc entre ie pluriel et l'abstrait un échange conti- 
nuel qui pouvait an iver à une substitution complète 
de l'un à l'autre. 

§ g. C'est ce qui ne s'est réalisé absolument 
dans aucune des langues sémitiques, bien que quel- 
ques-unes soient allées assez loin dans cette voie. 
Cependant toutes ont conservé le vérilable pluriel, 
le pluriel exprimé par une terminaison , et ie plus an- 
cien de tous les pluriels'-. Pour le masculin ,1a marque 
de ce pluriel est une voyelle longue ^, suivie d'un miin 
en hébreu et en phénicien , et d'un noua dans toutes 

' D'après Ewaid, .1. Lehrb.î 179, ce serait une façon de par- 
ter que l'on ne rencontrerait dans aucune langue sémitic[ue autre 
que l'héljreu. Il est vrai que nulle part les exemples ne sont 

aussi fréquents. Cf. cependant t\^l dans l'expression iScVil jiAj « il 
est arrivé à maturité » , Coran, vi , 1 53 ; xi. , 69 , et le Comm. de Bei- 
dbâwi sur ces passages. En éthiopien on peut comparer Jiî'*4As> 
similitude, mQ^Ù * '^ disposition naturelle, etc. Cf. Dillmann, 
Grammaire éthiopienne , S i3i. 

^ On sait que M. Dielricb a soutenu le contraire. Discuter ici son 
opinion, ce serait anticiper sur ce qui va suivre. 

' Un F en hébreu , en syriaque et en phénicien ; un à en éthiopien , 
tandis que l'arabe se prête à l'emploi de ses trois voyelles, non pas 
arbitrairement , mais à la condition que certaines règles soient appli- 
quées. 

2. 



— 20 — 
les aiilros langues sémitiques; !<■ pliiiicl lomiiiiri 
consiste toujours, excepté en araniéen, dans la pro- 
longation de la voyelle qui se trouve au sini>ulier 
avant la consonne finale, et se reconnaît par la ter- 
minaison uniforme âl. Plus tard , après que la branche 
éthiopico-arabe fut séparée des autres', <^ coté de 
cette forme on vit s'en développer une nouvelle , dans 
laquelle ia terminaison fut remplacée |)ar un chan- 
gement intérieur du mot'-. Cette nouvelle richesse 
reposait précisément sur la parenté qui unit le plu- 
riel à l'abstrait, et avait seulement besoin , pour être 
incorporée définitivement dans la langue, d'être 
soumise à des règles fixes déterminant les rapports 
réguliers des pluriels et des singuliers. 

§ 10. C'est évidemment à cette idée qu'il faut 
rattachpr la coïnridcnce , au premier abord singu- 
lière , qui existe entre un grand nombre de formes 
communes à l'infinitif^ et au pluriel interne. Si dans 
le verbe il est un mode dans lequel la notion conte- 

' C'est l'opinion de Gcs. Lehnj. p. C.SS ; Evi. Aiisf. Lelirb. p. 46 1 , 
note 3, et de M. Nôldekc dans son article snr la Grammaire hébraï- 
que d'OlsIiausen dans le périodique intitulé : Orient und Occident, 
t. 1, p. 707. 

- C'est ainsi que le Tdrljâl reproduit l'opinion des grammairiens 
arabes en disant que le pluriel n brisé» est celui qui «ne reproduit 
pas ta forme de son singulier» iS(>.i»l« AXi JkC j^^J. Cf. aussi les 
développements et commentaires donnés à cette définition dans 
\cDiclionary oj the Icchnical Icrms , publié à Calcutta, s. v. jl2^- 

^ Je préfère cette dénoniinalion usitée dans notre grammaire à 
celle généralement employée de «nom d'action,* qui, empruntée à 
ia grammaire indigène, semble faire stipposer que ces forn)es n'ont 
pas d'équivalent dans nos langues. 



— 21 — 

juio iKm.s la racine se rellôle en doliois clo loiiU' 
moclalilé, et pour ainsi dire d'une façon abstraite, 
c'est i'infinilil. Celte idenlilé a parlieulièicnient 
frappé llaniaker, qui cherchait dans tous ces pluriids 
des singuh'ers, et trouvait, dans une eonipaiaison 
attentive entre les tahleaiix où les deux genres de 
lornies étaient énuniérés parallèlement, la nieilleuie 
occasion d'en rencontrer. Je nie contenterai de re- 
produire sa liste ^ 



^^ 


Joli 




U^^^ii 






jUi 




u^*f 




tK*» 






i> 






j\« 




5 ^ 

J-*3 










iiXxi 


3 ^ 

J>*3 



Parmi ces formes, aXxj, J^xjL» et iikxÀ^ ne peu- 
vent être considérés comme de vérilables pluriels , et 
la dissertation inachevée d'Hamaker les cite sans les 
appuyer sur aucun exen)ple. Ces vingl-cin(j para- 
digmes sont des paradigmes nominaux, qui, appli- 
qués au vei'be, expriment l'infinitif, véritable subs- 
lantif (jui peut même recevoir l'article. Quand le 
développement naturel de l'arabe amena instincti- 
vement comme nn rapprochement entre le pluriel 
et l'abstrait, cette série d'infinitifs reçut une nouvelle 

' Cf. sa disseil. p. 7. 



— 22 — 

acception, et la langue s'emprunta à elle-même des 
formes dont elle n'altérait que légèrement la signi- 
fication première. Il y a d'ailleurs dans tous les 
idiomes une tendance marquée à employer un peu 
arbitriuicmcul leur bien , mais sans sortir dos limites 
qui les enferment. Elles préfèrent les contre-sens aux 
néologismes. 

§ 11. Ici cependant ce compromis n'avait rien 
d'illogique, et son influence ne devait pas s'arrêter 
à ce premier eflét. Celle signification abstraite du 
pluriel interne a fait également donner à un grand 
nombre de ses formes les terminaisons propres .iU 
féminin singulier ^ En étbiopien , on a la faculté 
d'étendre ainsi, presque arbitrairement, tous les 
pluriels internes. En arabe, l'emploi de ces termi- 
naisons a été limité h tous ceux qui proviennent de 
mots quadrilitères, et <^ un nombre restreint de 
mots Irilitères. C'est ainsi qu'il faut expliquer les 

formes «Xjii, Âk*i, h^Cm ^ iiXxil , i%M ^ i'^kxaS ^ (J-", 
JUi, A^y»* , etc. Il n'est pas étonnant que nous ren- 
contrions de nouveau ici un certain nombre des 
infinitifs que nous énumérions tout à flieure; le 
même motif a pu amener dans les deux cas le même 
résultat, et la signification abstraite s'affirmer dans 
l'un et dans l'autre par une ex|)rcssion identique. 
Telle est d'ailleurs l'explication des grammairiens 
arabes eux-mêmes, quand ils disent que celte ter- 

' C'est ce que les grammairiens arabes appellent le « féminin du 
pluriel» f-*>^ t;>_AJu. Cf. Moufassal, p. \\" , I. içj. Cf. aussi mon 
édition de quelques chapitres de Sibaweihi, p. I . I, )5. 



— 23 — 

niinaison fëminino a ëlé ajouloii «pour mieux inai'- 
(|uer \o. féminin'.)' Il semble mémo que la cons- 
cience (le cette origine soit restée dans l'usage, 
j)uisque tous ces pluriels internes, à moins de dési- 
gner des êtres animes , sont construits dans la phrase 
comme s'ils étaient des féminins singuliers. La syn- 
taxe arabe a consacré un pareil mode d'accord entre 
de tels pluriels et les adjectifs, les pronoms et les 
verbes (pii s'y rappoi tout '-. On a donc considéré 
ces formes comme de véritables abstraits, et l'on est 
remonté à leur acception primitive, sans tenir compte 
des modilicalions qu'elle avait subies. 

§ 12. La modification principale était que ces 
mêmes formes, qui étaient indépendantes dans l'abs- 
trait ci dans l'infinilif, devaient être mises en regard 
de singuliers, auxquels elles devaient être rattachées 
d'après certaines n gics immuables. L'arbitraire seul 
ne pouvait suffire à fixer les pluriels qui répondraient 

' c>:oUjf ^i<iJ, Kâmil, éd. VVrij^bt, p. 1=, i. i3 suiv. parce 
que, ajoulc Aloiibarrad , (oui pluriel csl déjà féminin. Cf. Ibn Ya'îch 
Comni.sur le Moiifassal, nis.75 de la coliectiou Rifà'iya qui se trouve 
dans la bibiiotbèque de l'Université de Leipzig, p.3i5. Le véritable 
nom du commentateur vient d'être restitué dans un intéressant tra- 
vail que M. Prym a mis en tête de son édition du cbapitre concernant 
les phrases relatives (<i;^X-3^^), i'i-8". Bonn, 1867. C'est aussi 
l'expression du vieux grammairien Khalîl. (Sîb. éd. cit. p. f ,\. i.) 

^ Bien plus, dans le mot (Ais «vaisseau,» qui est identique au 
singulier et au pluriel, on ne distingue les deux nombres l'un de 
l'autre que par la différence des genres ; (Ax3 , employé comme sin- 
guliei-, est masculin ; (jxb , employé comme pluriel, est féminin. 
Cf. Sîbaweibi, éd. citée, p. i , 1. 1 1 et suiv. 



— 24 ~ 

à chaque singulier, à moins d'amcnei une véiilable 
anarcliie dans la langue. Nous avons vu, en pariant 
du pluriel externe, comment il semble rappeler la 
dilVérence qui existe dans la signification entre le 
singulier et le pluriel : il y a simultanément aug- 
mentation dans ridée et dans la forme. Mais pour- 
quoi celte prolongation serait-elle toujours placée à 
la fin du mot, et resterait-elle, pour ainsi dire, en 
dehors de lui? Ne pouvait-elle entrer tout aussi bien 
dans le corps même de la racine et en devenir partie 
intégrante? C'est ce qui arrive pour le pluriel in- 
terne; il pénètre dans l'intérieur du mot, auquel il 
n'est pas juxtaposé, mais dont il modifie tous les 
éléments, en leur donnant plus de force et de con- 
sistance. Il y a là un principe dont riniluence a été 
capitale dans ce développement, et une véritable 
symétrie s'est établie entre les singuliers et les plu- 
riels; on les a mis en regard comme deux échelles 
parallèles, où chaque degré supérieur de l'une cor- 
respond à un degré supérieur de l'autre. Le pluriel 
resta toujours, dans la forme, une extension du sin- 
gulier. Seulement les formes les plus légères des 
mots prirent les pluriels les |)lus légers, tandis que 
les plus pesants étaient réservés à ceux qui , déjà au 
singulier, avaient un plus grand nombre de syllabes'. 

' On iit dans Ibn Ya'icli , Conini.sur le iMoitfas.ud, md<iuscv\\. cil. (7). 
'tV^lyl Jiu' bf_j Vy^^CJ *jiji.^U| 4.ji^^^ cVa?" eJ^v^» ^-^^ 



— -^r) — 

Les (H)n50iinos reslèronl iiit;icto.s; l;i ditlérciKc so 
rc^siiiiia dans une plus griiiule ricli(\ss(> de vocalisa- 
tion. 

L'ollbl (ic ce principe général a été souvent contre- 
balancé par d'autres princi[)es; mais il n'en a pas 
moins laissé sa trace dans un grand nombre de 
formes, et il a été reconnu par Ibn \a'^ich comme 
le |)his important et le |)lus ancien do tous. Après 
avoir montré par quelques exemples que ce mode 
de formation entraîne ajîrès lui un bouleverse- 
ment (;-M-'*J') du mot entier, il ajoute : «et ce bou- 
leversement a lieu tantôt par allongement, tantôt 
pai- suppression, tantôt par un antre changement 
sans allongement ni supiiression dans les lettres. 

Voici des exemples du premier cas : J^=rj et Jl==-j , 

^J^J.3 et ij^\ji^ \ voici des exemples du second : j^j\ et 

j))i,jl^ et >..^, et cjLiant au troisième, il revient à 
un changement dans les voyelles, comme *x^î et 

*^^^' 1 (j^.? ^t (^^3 ; mais l'origine de tout cela doit 
être cherchée dans le pluriel exprimé j)ar nn allon- 

cV^Ittif f^s- i j^'yi T~t>^ « Les formes de pluriel sont en rapport 
avccieur singulier ; lorsque le singulier estlégeretqiie les lettres n'en 
sont pas pesantes, les lettres de scn pluriel et les voyelles qui s'atta- 
chent à la forme lirisée sont légères; mais lorsque le mot estpesant 
et que ses lettres sont nombreuses , les letlres attachées à son pluriel 
sont aussi en abondance d'après le principe que nous avons énoncé : 
le pluriel est un accroissement du singulier.» Cf. aussi l'expression 
pour indiquer un pluriel irrégulier : 8(>2»|« juix. s-u^^C t j-Uo «une 
forme de pluriel brisé qui ne peut provenir de son singulier. » (Siba- 
weihi , éd. cllée , p. F , 1. i o. ) 



— 26 — 

geinent '. » Il }' aura lieu plus tard d'examiner celte 
division des pluriels internes en trois catégories; 
pour le moment, les conclusions du passage inté- 
ressent seules le ]:oint dont nous nous occupous. 

§ 1 Ix- X'oyons comment celte théorie est justifiée 
paries faits. Avant tout, si une lettre de la l'acinc est 
tombée au singulier pour wn motiiou pour un autre, 
le mot est d'ahord ramené à sa forme complète 
avant (pion lui donne un pluriel. C'est connne le 
premier pas vers cette plénitude qui caractérise le 
pluriel interne. On peut voir à ce sujet les observa- 
lions de Moubarrad -, dans son ouvrage intitidé : 

Le Parfait (J.^liîi <_»l^! •'), à l'o(M\isioii du mot -^^1 , 

u servante, » et de son pluriel ^î_j-«i ; d compare ^\ 

(1 frère » et son [)lui'iel (ji_5-==»! '. C'est là d'ailleurs une 

• Ibn Ya'îcli , Comm. iiis. cxic/ihid. Voici le texte : wv-vàxii fo^^j 
jA-^o (_\.^|JI LfsXjsA ^./w\à/o îÎ5^5 . .aaàj ï^^-Jj is^Lj'o i •X3 (^cS~^ 

'b'^LJLj ^-t,.^ CiU.i ^A> (J^Yf^ e>-'3^ U-"'?? O^U 
^ Son nom cotnplcl est ^s-M, f cS^yj r.>J O^-t-^ , wlxsJ [ ^jf. 
■"■ Kâmil, éd. Wiight, p. h"F , 1. g. Sur l'importance de cet ou- 
vrage au point tic vue de la grammaire arabe, voir le petit compte 
rendu que j'ai inséré dans leJoiini. (uiul. 1866, t. il, p. 209. 

' On peut comparer en arabe cjLâ.«> et c:jL<.^£. , pluriel de tX^ 
et jC^c , d'après Sîbaweihi, 6d citée, p. Ia, 1. 3 ; cl en syriaque 



J.I 



l't'gle coiniminc; iiii pluriel et au diniiiidlil ', c|iii lous 
deux modifient lintéi'icur des mots, cl ont entre eux 
bien d'autres points de eonlnct. 

§ I 5. Mais lintroduclion des voyelles longues au 
milieu du mot, et particulièrement après la seconde 
consonne-, montre mieux encore la diirérence du 
singulier et du pluriel interne. En parcourant les 
chapitres de Sîhaweihi que j'ai édités, on rencontrera 
à cliacpie pas des exemples de ce genre, qui y sont 
présentés d'une façon d'autant plus nette, que chez 
lui un paragraphe e.'^t consacré h. chaque forme de 
singuiiei', avec l'énuméralion des pluriels qui y ré- 

pondent^. C'est ainsi qu'en face des singuliei's tX^ , 

iy ^y iy y èy ij } iy ij S 

aX«, *X«3, iiK^ti, âKx9 , on trouve les pluriels JL^i , 

i j 1 y y y :< 

Jj^;«i , Jy!;*i, XlUi, 'i^^^i. f.cs formes que nous ren- 
controns à côté de celles-ci , S-xaS , Jl«I , iLV.«i , n'ont 



un pluriel comme ) L©Li2t,^^ de ) J^i2t^- En syiia(|uc , de 

Jl^) , ) J^^J « servante, » on dit au pluriel ) I,©fâo) . 

' Cf. Moufassal, a<5 , 19; Kùiiiil, 1. cit. 

^ Je dirais ia seconde ieltre de la racine, si je ne pensais pas aussi 
aux nombreux substantifs quadriiitères qui ont un mîin ou un clif 
placé avant la racine. 

^ Dans les plus importantes des grammaires indigènes , dans ÏAl- 
fya d'Ibn Màlili et dans le Moufassal de Zamakhchàri , on étudie, 
au contraire, chacune des formes de pluriel en la rattachant à un 
certain nombre de singuliers. 



— 28 — 
d'autre ressemblance, avec les préeecieiites qu'en ce 
qu'elles présentent aussi un développement du sin- 

ffulior. Citons ici é'i:alenient les roinics Joo et J^ , 
pluriels de ^^vx» et de aXâj, où l'accroissenicnl réside 
dans Icfatlui placé sur la consonne qui, au singulier, 
était sans voyell(\ L'explication deces deux roiinesj)ré- 
scnte d'autres dillicullés auxcpiellcs nous nous ;irrè- 

terons plus lard. Signalons encore ici le pluriel JJUi , 
commun à tous les quadrilitèrcs, et où la longue, 
placée au milieu Aw mot, le tient, pour ainsi dire, 
tout entier sous sa dépendance. 

§ 16. Nous avons, dans celte émmiération de 

pluriels, réuni à dessein les trois suivants: J^xil , 
A^«l et Jlxîi. Ils se distinguent des autres par ini 
éiij , ou plutôt par la voyelle a placée avant la racine. 
11 ne manque pas en arabe et en éthiopien de cas 
où l'on ail recours à ce procédé pour exprimer une 
extension du sens contenu dans les formes limi- 
tées aux trois lettres de la racine. Ainsi la forme 
du verbe, qui est la quatrième du verbe arabe, 
qu'elle soit employée comme causatif ou comme 
incboatif, exprime toujours \\\\ accroissement du 
mouvement, soit pour le transmettre plus loin, 
soit pour quitter le repos ^ L'arabe possède seul en- 

' l'jii aranu'cii, dans le aph'el, 01» trouve de incme Yéiif cruplDyi' 
comme ici; l'hébreu a encore l'esprit rude, le Ac'; peiil-cire, d'ail- 
leurs, faiit-il voir dans cet clij , comme dans ce hé, le reste d'une 
consonne alTaiblie, fjui se serait conservée dans les exemj)les «issez 
rares du lIki/'cI araini'eii. 



— 29 — 
coro relatif, <)ui Chl l'c^quiviilcnt h la fois de iioUc 
comparatif et de notre superlatif. Tl emploie, ))our 

rendre cette idée, la lorme tMJi , (pii est directe- 
ment tirée de la racine, sans (pic l'adjectif serve 
d'intermédiaire ^ C'est ainsi que, dans les pluriels 
internes-, on ajoute un clij à |ilusieurs formes, 
comme pour en mieux accentuer la signification. Si 
nous comparons à Jyw , J<-f^ et Jlxi, les formes 

correspondantes avec un ('///', J-xil, iiXxii et JUil , 

nous verrons que celte dernièi^e est la seule qui ait 

conservé la voyelle longue. Dans ^«î , elle a été 

remplacée par la terminaison fénunine qui en tient 

lieu dans bien des cas^. Pour ce qui concerne Jsxii , 
la voyelle est restée brève, parce que le dhainma, en 
arabe, est considéré comme servant pour ainsi dire 
de transition entre les voyelles brèves et les voyelles 
longues^. Dans quelques mots arabes cependant 

s'est conservée la forme J^xii , où la voyelle longue 

' M. Ewalfl a cru retrouver la même formation en liélircii, dans 
")îpî< «dur»-, Dî^iS» «(fleuve) trompeur.» Cf. /l. Lchrh. S 162 t. 

* Ce rapport entre i'élatif et te pluriel interne a été entrevu par 

un scholiaste cilé dans Ibn Ilichâm , Siratoiirrasoùl, éd. Wûstenf. 

notes, p. 170,1. I 5. 

. .. ^.|'- , 

^ Cf. le pliu'iel du quadrililère et des formes comme iLXst.9 , a 

côté de [Jl»J' ^'"^s parler de riunnilifdc la deuxième forme en 
Jk/j«ij' ou iAs«i.J. 

'' La même conception se rcti'ouve eu hébreu, où Ion distingue 
pour toutes les voyelles la bi'ève et la longue, excepté potir Von, 



— M) — 
(lu milieu influe sur ia brève du rouiiiieuceuicnl. 
Kn éthiopien, les deux systèmes ont duré l'un à 
côté de l'autre, et la voyelle est restée longue, ou 
bien, comme toutes les voyelles brèves de l'éthio- 
j)icn, csl devenue une quiescenle, uui(juomcnt des 
tinée à séparer les deux consonnes. 

§ ly. Le mécanisme des pluriels internes n'est 
j)as aussi simple dans toutes ses parties que dans 
celles que nous avons déjà décrites ; il est très- 
complexe quand on en éludie tous les rouages, sans 
se borner, comme nous l'avons Tait jusqu'ici, au plus 
important et au plus actif, mais en recberchaut aussi 
ceux qui le tiennent en équilibre et qui opposent 
leur réaction à son action. Tous les changements 
dont nous avons j)arlé ont pour but surtout, en op- 
posant le pluriel au singulier dans la forme, d'ex- 
primer l'opposition qui existe dans la pensée entre 
les deux nombres. L'accroissement de la racine, soit 
pai l'insertion d'une voyelle longue, soit par l'addi- 
tion d'un clif préfixe, est le moyen le plus parfait 
que l'on ait eu)ployé, parce qu'il montre non-seule- 
ment la contradiction entre le singulier et le pluriel , 
mais qu'il rej)résenle encore par la forme la plus 
pleine celui des deux nombres dans lequel l'idée est 
à son apogée. Mais un grand nombre de singuliers, 
et particulièrement ceux qui ont déjà dans cette 
forme une vovelle longue après la deuxième ladicale, 

(jui a deux signes équivalents pour le sens el probablement aussi pour 
la forme. Consulter, à ce sujet, l'article de M. J. Derenhouri,' dans 
le Joiirn. asiat. i 866 , Il , p. f\ i 3 , note i . 



— 31 — 

auriiicnt, en ;ip|)liqu;int los nièincs Ibrnies do plu 
riel, mis pour ainsi dire leurs doux nombres sur le 
pied (l'égalilé. Ainsi , tandis que l'on ajoule la voyelle 
longue dans les mots qui ne l'ont pas au singulier, 
on la supprime, au conlraiio, pour exprimer le plu- 
riel dans ceux qui en sont [)ûnrvus. J^a l'orme J.xi . 
qui ré|)ond à tous les singuliers dont la deuxième 
radicale est suivie d'une voyelle longue, olVre l'ap- 
plication la plus frappante de ce procédé, puisque 
les deux dhainmas de cette forme ne présentent plus 
qu'un souvenir affaibli de la voyelle longue qui se 
trouvait au singulier. 

§ 1 8. Seulement ces âeuxdliainmas sont loin d'être 
considérés comme ayant une valeur identique; car 

tandis qu'on sujiprime souvent le second , et que J^i 

5 ^ j 
se contracte eu J-xi , le premier est immuable et 

tend à iinposer, pour ainsi dire, son autorité au mot 
entier. C'est que la première voyelle est devenue 
très-absorbante pour ce qui l'entoure, parce qu'elle 
a pour s'appuyer une force qui a exercé une très- 
grande influence sur la formation des pluriels in- 
ternes, et qui n'est autre que l'accent tonique. Ainsi 
l'accent, qui, au singulier, était sur la deuxième syl- 
labe, passe au pluriel sur la première. C'est là une 
différence que l'on peut constater également entre 
toutes les foruics de singulier que nous avons énu- 
mérées et leur pluriel. Le centre de gravité du mot 
se trouve déplacé aussi bien dans JLw, provenant 

du singulier J^, que dans Jj«i et J-** , provenant 



du singulier Jlxi. Ce phénomène csl non-sculemonl 

visible clans presque Ions les pluriels internes, 
mais il conslilne aussi un des caractères du pluiiel 
externe. En laissant de côté toutes les formes où 
ce désaccord est incontestable, je voudrais m'ar- 
rètcr à deux formes dans lesquelles il est moins 

facile à reconnaître. Ce sont Jii et J^i , pluriels 
de *J^x9 et de i^Xjt». L'accent, au sin^rulier, est sur la 
piemière syllabe; au pluriel, il doit donc être sur 
cefalka, et en clVct cette voyelle brève, placée sur 
la seconde radicale, ne pourrait se soutenir si elle 
n'était portée par l'accent. Si dans les formes dites 
scgolées de l'hébreu l'accent est sur la voyelle de la 
jiremièro syllabe, c'est que la brève de la seconde 
n'est ajoutée que ])our faviu^iser la prononciation de 
la consonne sms appartenir h l'essence du mol '. 
Au contraire, nous avons d'abord sur la première 
syllabe la voyelle brève du singulier qui s'est main- 
tenue, laissant tout le poids de la forme reposer sur 
le fdtlja, dont la présence distingue ici le pluriel du 
singulier. Ce serait une simj)le hypothèse, si nous 
ne la Irouvions coniirmée par deux faits très-dilTé- 

' La règle de ces formes a été ainsi posée par M. Oisliausen 
dans son Lehrbuch der hchrâischen Spraclic, § 86 c. «La circonstance 
qu'un mot se termine par deux consonnes entraîne, non pas néces- 
sairement, mais en général, la lormatiou d\me nouvelle syllabe 
par l'inlerposilion d'une voyelle auxiliaire entre les diux consonnes 
finales. Ainsi, à côlé de la forme primitive î3Ç*p , Prov. xxii, 21, 
on trouve t2C'p, Pv. lA , 6. D'auire.^ exemples sont ^p3 pour batn, 
^Ip pour Lodch, ' etc. Cf. aussi Kwnid, /l ((,«/. Lchrb. §32 h el 1 .'16 a. 



— 33 — 
renls en eux-mêmes, mais qui, sur ce point, eon- 
dnisenl au môme résultat. D'abord, on éthiopien, 

aux formes S*^ i^t J^ répond une lorme /jr'a/ où la 
voyelle de la seconde radicale a seule été conservée'. 
Or il est évident qu'une syllabe accentuée résiste 
mieux à de tels elFaeements que la syllabe aban- 
donnée à elle-même, et jusqu'à un certain point 
dominée par la syllabe accenluée. D'un autre côté, 

les grammairiens arabes ont remarqué que d^ se 
transforme quelquefois en Jlw, ce qui n'est possible 
que par l'influence de l'accent, qui, donnant A la 
voyelle brève presque la force d'une voyelle longue, 
a fait de cette transformation un simple pi'ogrès au 
lieu d'une innovalion^. Qu'on compare par exemple 

le pluriel /o»i, de iCi « chevelure, » qui peut devenir 
J.U, comme dans Motanebbi, p. a, i. y, édit. Die- 
terici. De même on lit dans la Châjiyâ d'Ibn el-Hà- 
djib^ : « La règle générale pour un mot comme R'^i 

' La première vovelle a été remplacée [lar celte légère sépara- 
tion entre les deux consonnes que les grammairiens iiébreux appel- 
lent le chewâ mouvant, et dont notre c muet, employé de même en 
tête des mots, est l'équivalent le plus exact. Toutes les langues sé- 
mitiques, excepté l'arabe, peuvent ainsi commencer leurs mots par 
deux consonnes, s'étayant l'une l'autre, pour ne former avec la 
voyelle qui suit la seconde qu'une seule syllabe. 

^ C'est ainsi qu'en éthiopien, à la Torme i.\».3 , dont l'accent est 
sur le deuxièmeya^^n bref, répondent à la fois deux formes, l'une 
tout à l'ait identique , et l'autre avec un a long sur la seconde radicale. 

•* Je me suis servi du ms. de Dresde 2^2. Le passage cité est au 

fol. i5 r°, l./i: '^IfiJ (J.C *l;a»« Lilc îi ^£. 'LssS ^-^5 . 
J. As. Extrait n" 10. (1H67.) 3 



— -dli — 

e>t do former le pluriel JU ; mais on trouve aussi 
^UJ.» Le contraire, d'ailleurs, se produit égale- 
ment, et la forme Joti est quelquefois abrégée de 
JUi, parliculièremcnl dans les racines dont la 
deuxième consonne est faible. On dit^^j pour^Lo, 
comme pluriel de àjb (fois) ' ; je crois que , dans de 
tels exemples, la place de l'accejit ne peut être ré- 
voquée en doute. Ajoutons encore (et c'est là un 
fait inqjortanl) que , tandis (pic Jjsi devient facilc- 
ment J^ , parce qu'il a l'accent sur la [)rrmière 
syllabe, les formes Jj«i et Jjti u n'allègent » jamais 

le mot en supprimant \o. falha do leur syllabe ac- 
centuée ^. 

§ i(). L'étude de ces formes nous révèle encore 
un autre caractère des pluriels internes; c'est une 
tendance à supprimer au ])luriel la terminaison du 
féminin lors(ju'elle se trouve au singulier. Au con- 

traire, les pluriels conuno *Xx», ^*i , jj-xi, *3yw , 
AiUi, sont particulièrement réservés à des formes de 
singulier dont la terminaison ot la signification du 
féminin sont tout ;\ fait absentes^. Voilà donc une 
nouvelle marque de l'opposition qui existe entre 
le singulier et le pluriel. Il n'y a à cette règle (ju'une 

' ("if. Djaûhârî, Siluih , à la racine Aj. 

° Cf. cependant (j^3 pour q--*^, par une ticeiicc poétique irbs- 
rarc. Antar, Mo al. V. i 5. 

' Celle remarque ingénieuse esl de M. Diliniann. Ct' /Ethio- 
pischc Graiiinuilik, § 139. 



— 35 — 
seule apparence d'exception-, c'est la Ibrnio J^xi, 
pluriel de *!i^. Mais les grammairiens arabes ont 
eux-mêmes remarqué que la terminaison féminine 
n'y est nullement primitive et qu'elle provient 

d'un adoucissement euphonique de la forme <jl*i\ 
quelquefois aussi de JoUi. Il n'y a donc là rien qui 
puisse infirmer la portée de cette règle, qui n'est 
pas appliquée d'une façon constante en éthiopien, 
mais qui, en arabe, exphque le rapport d'un grand 
nombre de pluriels avec leurs singuliers. 

§ 2 0. La couleur même des voyelles, qui cepen- 
dant a bien moins d'influence que leur ([uantité 
sur la formation des pluriels, ne saurait cependant 
être complètement négligée quand on énumère les 
antithèses qui existent entre les deux nombres. Sans 
recevoir une application absolue, ce principe a laissé 

sa trace dans y^^jw, pluriel de J-^, tandis que (j^*<.*i 
est le pluriel de JUi^. De même, on peut former 
du singulier JJti les pluriels JUi^ Jy", y^** et 

y^x»; mais Jv.« et (j!5X.«à sont les plus fréc[uents^. 
§2 1. Le pluriel interne est donc l'expression, dans 

' Cf. Sîbaweilai, éd. citée, p. t'I' , 1. i3 et suiv. 

^ Cf. Sîb. éd. citée, p. f | , 1. 1 1 et suiv. p. M' , 1. 7 et suiv., 

' Cf. Sîb. p. <5 , lig. 3 et i3. Cependant, pour le singulier ,1*5 . 

l'usage a consacré le pluriel (Jos.9 , de préférence à (Jv«-5 . Cf. iVià. 
l. idt. Cela prouve seulement combien, en arabe surtout, on attache 
peu d'importance à une voyelle plutôt qu'à une autre; la différence 
qui s'appuie sui' cette particularité est de toutes la pins ij'régulière. 



— 3G — 

la langue , de l'idée abstraite contenue dans le pluriel , 
et il s'est approprié dans ce but nn grand nombre 
des formes verbales usitées pour l'infinitif. Par rap- 
])ort à son singulier, il rend à l'origine l'opposition 
qui l'en sépare et l'accroisseuient de la signilicalion 
qui l'en dislingue, en transformant le mot et en lui 
donnant une forme plus pleine; cependant rexlrôme 
variété des singuliers fiut que beaucoup de pluriels, 
au lieu de rendre sensibles h la fois le désaccord qui 
existe entre les deux nombres , et la gradation qui 
conduit de l'un à l'autre, ne rendent que le pre- 
mier terme et expriment l'idée de pluralité par dos 
formes fondées sur une anlipatbie d'accent, de quan- 
tité, de genre et même quelquefois de vocalisation 
par rapport à leurs singuliers. C'est un système in- 
finiment plus compliqué que celui des terminai- 
sons, auquel il s'est substitué dans l)ien des cas; mais 
il n'est pas moins logique et il rend des nuances de 
la pensée que laissent tout à fait de côté les procédés 
moins raffinés et plus uniformes du pluriel exicrne. 

II. 

$ '22. ii'étude des caractères qui distinguent les 
variétés si diverses des pluriels internes conduit 
naturellement à une classification scientifique de ces 
formes; mais, avant de les disposer par groupes 
d'après leur origine et leur forme, il importe de 
prouver qu'elles n'appartiennent pas au développe- 
ment primitif des langues sémitiques et de montrer 
comment nous pouvons encore saisir quelques- 



— -M — 
unes des transitions pai' les(jut^il(\s la hinguc a passé 
comme pour s'essayer avant de s'approprier cette 
nouvelle jichesse. Il a dëjà été dit que l'emploi des 
teriDinaisons , [)our exprimer le pluriel, sendile 
porter la marqiic d une haute antiquité, l'exami- 
nons d'abord le pluriel masculin : virtuellement 
contenu dans le singulier, il ne s'en distingue tout 
d'abord que par ia voyelle longue, le seul signe 
d'ailleurs qu'il conserve à l'état construit, et aussi 
lorsqu'il reçoit l'appoint des suffixes pronominaux. 
La nasale qui suit, et qui au singulier se confond 
dans l'écriture et la prononciation avec la voyelie 
brève, se détache au pluriel de cette voyelle devenue 
longue, et est représentée par une lettre'. C'est une 
ditlérence d'orthographe et pas autre chose. Si l'hé- 
bi'eu , le syriaque et souvent aussi l'éthiopien ont 
au singulier perdu leur voyelle finale, si la longue 
seule du pluriel a pu se maintenir régulièrement 
avec la nasale qui la suit'-^, l'arabe, ici comme ail- 



' Cf. l'article de M. J. Derenbourgdans le Journ.'asial. iSfik., t. II , 

p. 2 11. 

^ On trouve cependant quelques exemples en hébreu , où le mîm 
du pluriel a disparu comme la nounnation ou la mimmation primi- 
tive du singuliei'. Tels sont : ^Ç!? «les peuples,» 2 Sam. xxii,/i4", 
Ps. cxLiv, 2; Lamentations , m, \à ; ^^iD"'~l« des grenades, » C((n?.viii, 
2 , qui ne sont point des eneiirs de copiste , mais qui manifestent 
bien la tendance particulière à l'hébreu de laisser tomber la voyelle 
finale des mots. C'est le même phénomène qui caractérise la conju- 
gaison hébraïque par rapporta la conjugaison arabe (t_v>J à côté de 
3ri3 ) , sans parler de la déclinaison , qui s'est presque complètement 
perdue en liébren. 



— 38 ~ 

leurs, est resté le plus près du Ivpe primitif. Par 
cette j)rolongation do la voyelle, il a dû se former, 
au pluriel comme au singulier, une déclinaison où 
les trois voyelles longues exprimaient les trois cas. 
L'arabe a conservé intacts le nominatif et le génitif, 
donnant à celui-ci par extension , à côté du sens du ré- 
gime indirect, le sens aussi du régime direct; quant 
à l'accusatif, il a servi pour rendre le duel, tandis 
qu'il demeurait seul en éthiopien pour exprimer \c 
pluriel des noms masculins. Quant aux autres lan- 
gues, elles ont adopté de préférence le génitif, qui 
a fini chez elles par rester seul maître du terrain. Si 
nous passons au féminin pluriel , il est partout, ex- 
cepté en araméen, formé également par un simple 
allongement de la voyelle du singulier; le tel qui 
suit a conservé la nasalité en arabe et l'a laissée tom- 
ber dans les autres langues. L'arabe a, comme pour 
le masculin , perdu l'accusatif de cette forme, pour 
n'en garder que le nominatif et le génitif. La con- 
sonne qui exprime le féminin, à côté de la voyelle 
longue qui exprime le pluriel, n'est pas, comme le 
mîin ou le noûii du pluriel masculin , l'expression 
détachée, d'un son déjà inhérent à la voyelle finale, 
et reste pour ce motif h l'état construit et devant 
les suffixes, aussi bien que lorsque le mot est em- 
ployé absolument. M n'y a donc là en somme au- 
cune formation nouvelle, mais un renibrcemcnt na- 
turel du singulier; la voyelle brève est devenue 
longue, et a cessé, dans les mots masculins, d'être 
combinée avec la nasalité, qui s'en est détachée, et 



— 39 — 

i|iii s'est élevée jusqu'à devenir une consonne. Seu- 
ionicnt cette consonne improvisée n'a jamais eu la 
lorce, clans aucune langue séaiilique, île se main- 
tenir après la voyelle, dès qu'un élément ou un mot 
étranger venait s'y joindre. 

§ 23. Cette simplicité de pluriels, qui ne se dis- 
tinguent de leur singulier que par l'allongement de 
la voyelle, paraît appartenir à l'histoire la plus an- 
cienne des langues sémitique:^ ^ Les conclusions 
qu'on peut tirer de cel indice sont de plus confir- 
mées par la présence de ce môme phénomène dans 
toutes les langues sœurs. Si la diderence entre les deux 
nombres paraît surtout très-légère en arabe, c'est 
que l'arabe a seul conservé au singulier ces cas, 
que des philologues arriérés ont voulu faire passer 
pour une invention des grammairiens indigènes. 
Quant à l'emploi du noiin ou du mîm , selon les 
dialectes, il n'y a là qu'une question d'euphonie ré- 
glée parla prédilection marquée des divers idiomes 
pour l'une ou l'autre de ces nasales. Le l'ait important 
est de retrouver dans toutes les branches des lan- 
gues sémitiques l'emploi d'une môme forme, qui 
a dû être usitée avant leur séparation. Nous avons 
vu qu'il en est tout autrement du pluriel interne, 
qui, limité à farabe et à l'éthiopien, n'a dû com- 
mencer à se faire jour que lorsque la langue dont 
ils découlent tous deux s'était isolée des autres langues 
avant de s'établir aux deux côtés du détroit. 

' C'est pai- \c mèine procédé qu'est formé en sanscrit le nominatif 
pluriel du nom en as. 



— 40 — 
§ 2^1. Un autre argument en faveur de l'origine 
relativement moderne des pluriels internes peut 
être tiré des remarques mêmes qui ont été faites 
relativement à leur forme. Il a été montré que de 
nombreux paradigmes particuliers au nom abstrait 
et à l'infinitif avaient reçu la signifiealion du pluriel. 
Peut-on croire que la langue, dans sa période créa- 
trice, alors qu'elle répand sa sève dans une exubé- 
rance de formes que l'avenir devra réduire au né- 
cessaire, eût ainsi appliqué les mêmes formes pour 
exprimer des rapprocbements qu'on devait alors 
bien moins sentir que les différences? Plus tard seu- 
lement se manifeste dans les langues une tendance 
à détourner les formes existantes de leur acception 
première, plutôt que d'en inventer de nouvelles, et 
il semble alors qu'elles puissent se mouvoir libre- 
ment dans un cercle tracé autour d'elles, mais sans 
pouvoir en sortir. C'est à une telle époque seule- 
ment qu'on peut rapporter la formation de pluriels 
qui, sans emprunter toutes leurs formes au fonds 
commun de la langue, y ont largement puisé, et se 
sont a])proprié tout ce cpii était à leur portée. 

§ 2 5. A coté de ces motifs, il en est un autre 
qui atteste la date récente des pluriels internes par 
rapport aux pluriels externes. Ce sont les transitions 
([ui nous ont été conservées dans quelques fornies 
limitrophes, pour lesquelles on ne sait si fou doit 
les placer dans l'un ou dans l'autre camp. Nous pos- 
sédons encore trois espèces de pluriels très-diffé- 
rentes, qui ont ce caractère commun. 



— /il — 

1° Beaucoii|) do siihstanlifs apparteiiaiil à des 
racines trililères dont la dernière consonne est un 
u'àw ou un yâ la laissent tomber au singulier de- 
vant la terminaison fémiin'nc. Ainsi iiÀ^ «année,') 
àS^ «bande,» iyu «armée,» ^S «bois avec lequel 

jouent les enfants,» etc. Ces mots peuvent former 
leurs pluriels régulièrement en prolongeant le/a^Aa 

de leur seconde radicale (c;jUj), ou encore ramener, 
comme nous l'avons vu(§ i /i), la racine à sa plénitude, 
et ensuite être traités comme des mots ordinaires 

(c:*l_^À^). Mais ils peuvent aussi prendre la termi- 
naison du pluriel masculin, et alors l'intérieur du 
mot subit un cliangement et la première consonne 
reçoit comme voyelle un kcsra. De là les pluriels 

(j^Xmi^ {j^k's ^ U^+-^ > U^*-* ^ etc. Nous avons déjà 

ici un premier pas fait vers la combinaison des 
deux procédés; mais la langue est allée plus loin. 
Ajoutons aux exemples cités les noms de nombre 

^j5 «quatre «et aa^ «six;» leur pluriel se forme 

également en y^-, comme si au singulier ils n'étaient 
pas pourvus de la terminaison féminine, et l'on dit 

y^i^î « quarante » et y^^^ « soixante. » Malgré celle 
anomalie, ce sont de véritables pluriels externes. 
Mais, tout en continuant à employer ijy^ , u^*t^K 
ijyiMi , on en est venu à considérer le noûii comme 

' Sîb. éd. cilée, p. Ia, 1. 2 et siiiv. 



— k2 — 
laisanl partie intégrante de la forme et à l'erulcr la 
marque de la déclinaison jusqu'à cette dernière 
lettre, comme s'il s'agissait de pluriels internes. C'est 

ainsi qu'il faut expliquer des formes comme (jvÀ^i, 
(jytjj' ^» (:^*^ ^- A propos de ce dernier, Tebrîzî 
ajoute même dans son commentaire: «Le pluriel 
régulier, en recevant la déclinaison, a été traité 
comme les pluriels brisés. Un tel fait n'est pas rare; 
c'estainsiqu'un autre écrivainadit au génitif ^.^-xjjiil ; 

de même qu'un autre encore a laissé subsister le 
noûii, malgré l'état d'annexion, dans (^^-**' «mes 

années *. » Nous avons donc ici des pluriels externes 

' Monjassal, ctl. Brocli, p. v^, 1. G. 

- Moufassal , p. v^ . i. g, 

^ Hamaza, p. ^vh", 1. i5. 

* Voir Tcbrîiî ad Ilam. 1. cil. Dans ic dernier exemple l'in-égula- 
rilé consiste dans ie maintien du noân devant le suffixe. Cf. aussi Ham. 
p. ^aH, \. 3 suiv. Ibn Ya'îch, dans son commentaire sur le Moujas- 
sal, nis. cilé , p. 3 1 2 , affirme que certaines tribus arabes déclinent 
ainsi tous les mois où la tcrminaisou du plmiel masculiu remplace 

une confraclion faite au singulier. Voici le passage : jj.-/» ^1 AcI 

Cil] 3. (jjàJ f (j ^y.] \^ ^ y u ««.jc u cj> 'yi [ J-^r?. e)-* vy^ 

4_>it>!jJt eJv^t io'>i'» o^*-^ "S^^ (JjàJI (j3. Le motif de cetlc li- 
cence serait, d'après lui , que le noùn est à la place de la lettre sup- 
primée. On peut encore comparer Djaûhari dans le Siluïh, s. v. 
iXM, cl VAlliyd (éd. Dielcrici). p. Ia, I. (). 



— 43 — 
assimilés par la clécliiiaison ;ui\ pluriels iut'M'ncs, 
cl se rapprochant d'eux sans pourtant laisser lojiiber 
leur terminaison, 

§ 26. 2° Nous retrouvons le même phénomène 
dans deux autres formes, c[ue les grammairiens 
arabes ont également réunies aux pluriels internes, 
et qui cependant, par la communauté d'origine et 
l'analogie de la désinence, semblent avoir appar- 
tenu primitivement à la classe des pluriels externes. 

Ce sont (jtiX** et (j!^^*i. En affirmant que l'arabe a 

conservé le nominatif et le génitif de son pluriel 
externe, nous avons montré que l'accusatif de cette 
forme était devenu la marque du duel (cf § 22). 
On peut cependant se demander si l'accusatif du 
pluriel est complètement tombé en désuétude, ou 
bien si l'arabe peut encore faire précéder le noûii 
de son pluriel d'un fatha, aussi bien que d'un 
dhamma ou d'un hesra. Si nous examinons la ter- 
minaison (la dans les langues sémitiques [on en hé- 
breu et en syriaque), nous reconnaîtrons qu'elle est 
appliquée en général pour exprimer un accroisse- 
ment de la signification et la notion môme de la plu- 
ralité , partout excepté en liébreu. Mais là encore 
elle sert pour former ou des élatifs, ou des abstraits, 
c'est-à-dire qu'elle côtoie l'idée du pluriel sans fat- 
teindre ^. Dans les autres langues de la même fa- 
mille, elle acquiert la valeur d'un pluriel^. Seule- 

1 Cf. Ewakl, AusfiihrUchcs Lelirhiich, § i63. 

^ En syriaque , celle lerniinaisou est devenue parliculitre au plu- 



— kk — 

nient, en arabe, tandis que l'usage a consacré le 
nominatif y^ et le génitif (j*-, il a dédouble l'ac- 
cusatif, qui, avec la terminaison yL, est devenu le 
duel, et, avec la terminaison yU^, a donné naissance 
à une nouvelle calégoiic de pluriels. En d'autres 
termes, cet accusatif est devenu indépendant des 
autres cas, et a lui-même reçu la faculté de se dé- 
cliner comme un mot nouveau. Cet allongement, 
qui est venu ainsi modifier la fin de la racine en se 
confondant avec elle , a entraîné une réaction qui 
s'est produite au commencement du mot et a fait 
contracter en une syllabe tout ce qui précède la ter- 
minaison. De plus, lefatija long, qui domine la fin, 
a reçu comme contre-poids un hesra ou un dhanima 
placés sur la première radicale , et l'on est ainsi arrivé 

aux pluriels y :>^.j« et ^"^aî '. L'explication que nous 



riel absolu du féminin [un- un do ces caprices de la langue qu'il est 
plus facile de signaler que d'expliquer; c'est ainsi seulement que 
peut se comprendre l'isolement du syriaque par rapport aux autres 
langues sœurs, qui toutes forment leur pluriel féminin en âl; de 
plus, à côté de l'abstrait en oii,pour oui, le syriaque connaît des abs- 
traits en un, c3/io (comme JLj^J3Cl3 « autorité»). En éthiopien, tous 

les pluriels externes masculins sont eu an, l'abstrait prend la termi- 
naison an ou avec une interversion nà. (Dillmann, Gramnialik ^eic. 
§ 12 2.) En arabe, cette terminaison est applicable à l'infinitif , à cer- 
tains élatifs (comme (jkX_«. «ivre,» (jLL^à i- joyeux .>) et aux 
formes de pluriel dont nous exposons ici la nature. 

' Quelques grammairiens, à côté de ces deux formes, eu cilcnl 
une autre, QÙla-9 , à propos de laquelle Beidliâvvi dit [Coinmenlinrc 
sur le Coran, éd. Fleisclier, I, p. l^'-f ) : n lùi'lùnonn n'appartient pas 



— Po- 
uvons donnée de ces Cormes Justine siiirisammcnt 
l;i place que nous leur assignons parmi les transi - 
lions cnirc le pluriel externe cl le pluriel inlerne. 

§ 2 y. 3° En éludiant les caraclères de ce dernier, 
nous avons vu qu'il se dislingue le plus souvent de 
son singuli(^r par une plus grande plénitude de la 
forme et par le déplacement de l'accent. Nous re- 
trouvons, à côté de la terminaison régulière, ces 
deux règles appliquées dans le pluriel des substan- 

tifs féminins, dont le siniiulier en ^x», i^x» et 
'^iy*i, n'a pas de voyelle sur la seconde radicale. Au 
pluriel, ces mots répèlent sur cette lettre la voyelle 
de la première radicale, qu'ils peuvent aussi rem- 
placer la seconde fois par un Jaf/ta, De là les pluriels 

cy j\*d , i^y>.x» , Ci» jAjo , t^2\.xà, uy^xi '. Lacccnt, 



aux formes du pluriel : it^4.! i^^jt q'» ^JHai ^J . Cf. cependant 

le Kdnioûs qui , an mot iLa\ «servante,» cite le pluriel i.jl»-«l. 

' Cette règle ne s'applique ni aux adjectifs des mêmes formes, ni 
aux substantifs dont la deuxième radicale est une lettre faible; cf, 
particulièrement le commentaire de Zoùzcni à la Mo'al. d'Imroâou'l 
keis , éd. Arnold, p.f^, 1. 3\Moiifassal,p. vv, 1. 6 et 9; Sîb. éd. ci- 
tée, p. ^ , I.i8 et suivantes ; le /af/ia^ ajouté sur la deuxième radicale, 
ne peut être supprimé que par licence poétique. On lit dans la Cliâ- 

flyad'lhn Hàdjib, ms. cité : « Lorsque la règle de î's.-tf"' est régulière- 
ment appliquée, on dit c^l^' avec unya//irtjren)ploi du souhoiin[ou 
djezw) est une licence poétique : c;jls-<r" jj.^ ^Y^ '-^v ->.^ I-I 
*)35^ (jLCw/jL J^flJlj .» Disons encore ici que les grammairiens 
arabes appellent ces pluriels ciîov-^ «ceux qui sont pourvus de 



— ^û — 

clans ces formes, repose sur la voyelle ajoutée , non- 
seulement pour les molifs que nous avons énumérés 

à propos de Jw« et J^xi (§ 18), mais d'après la règle 

générale de l'accent arabe '. L'importance que cette 
syllabe accentuée prend immédiatement dans le mot. 
en reléguant au second plan la première syllabe, qui, 
au singulier, portait tout le poids du son, est cer- 
tainement le signe distinctif de ces formes , qui , par 
leur terminaison, ressemblent à des pluriels ex- 
ternes. La persislance du /«Ma à se maintenir sur 
Ja deuxième radicale au pluriel, à l'exclusion des 
autres voyelles, autorise peut-être à comparer ici 
le pluriel des formes ségolées en hébreu, comme 
D"'pbp « les )ois, » niji: (des granges,» où aussi la 
vovelle du singulier s'est déplacée, et où une pré- 
dilection marquée pour le son a se fait également 

sentir. Si en araméen on dit Î"'?^P, ^*.i^»ào, c'est 

que, dans cette famille de dialectes, il y a une ten- 
dance à espacer toujours les voyelles de deux en 
deux consonnes, et ^ n'avoir que des syllabes fer- 
mées. C'est à ce genre de pluriel qu'il faut aussi 

rapporter en arabe c:^U?jî de ^^^1 « terre, » et c^^X-jûI 

voyelles.» par allusion à la voyelle ajouléc. En éthiopien aussi, de 
*hA.4"7'!>0" forme lepluricl<IiA^'î«î, qui peut ensuite s'allonger 
encore et devenir^A^^»:. D'ailleurs rélLiopieu et l'iichren usent 
souvent de \u long là où en arabe on se contente du fat ha bref. Cf. 

j_>iâ. «lait» avec a*?!!!, éthiopien JiA'fl!. et d'antres i'^yp, J.«.5, etc. 
' Ewald, Grammatira crilica lifKjuir arnhiccc, S 1/1.2. 



— 47 — 

(le J^l «gens', )■> mots auxquels on peut comparer, 
en éthiopien, un pluriel eounne hAfl'ï' ! do hA"!) ' 

ccœur. 1) Les grammairiens arabes semblent d'ail- 
leurs s'être lait une idée vague du rapport qui existe 
entre ces pluriels et les pluriels inleriies, puis([u'ils 
pai'lent généralement des uns et des autres dans les 
mômes chapitres de leurs traités. 

§ 28. Si nous passons à l'étude des véritables 
pluriels internes, nous rencontrons plusieurs ten- 
tîitives de classification faites par les grammairiens 
indigènes. Ceux-ci, frappés par le nombre de ces 
formes si diverses, ont essayé de les grouper, en se 
plaçant à divers points de vue. C'est ainsi que le 
morceau d'Ibn Ya^'cb, cité plus haut^, distingue 
trois classes de pluriels, selon qu'ils proviennent 
fl'un accroissement («iLj), d'une contraction (j^*j) 
ou d'un changement de voyelles [i^\^jJl j.ajJLjY Cette 
division tout extérieure trouve son meilleur cor- 
rectif dans les développements qui lui ont été donnés 
dans d'autres ouvi'ages, par exemple dans le com- 
mentaire de Halâwi sur rAdiroùmiya^. Après avoir 
indiqué ces trois espèces, il ajoute : u Un exemple 
de faccroissement joint au changement des voyelles 

estcKi?^, pluriel ^^=rj\ car le rà , dans nidjoiiloun, 

avait un falha , et a reçu un hesra dans ridjâloun , etc. 

' Moufassal, p. vv, L 16. 

^ Cf. page A'i5, note 1 . 

^ Ms. 75 de la Rifâ'iya de Leipzig, fol. 1 1 v°. Le désir de ne pas trop 
('■tendre les limites de cette dissertation m'a seul empêché de trans 
crire ici le passage. 



— i8 — 
Un exemple de la contraction avec le changement 
des voyelles est t_>^-^^ ' pluriel u^^S ; car le /.«/ av.iit 
un licsra, le td un fatha , etc. Un exemple du chan- 

gement des voyelles seul est t>w*».l , pluriel <>-*«l ; car 
le hamza avait un faiha au singulier, etc. et un 
exemple d'un mot où sont réunis ces trois caractères 
est *Xa4^, |)luiicl -tiiX^^-, car le ch'ui avait un fa- 
tha, etc. )) Un tel classement, qui s'appuie ainsi sur des 
faits cpii peuvent tous se retrouver d^ms une même 
forme, loin de diminuer la confusion, ne peut (jue 
l'augmenter. Ceux qui ont imaginé cette division, 
ou bien qui l'ont adoptée, font condamnée par la 
façon même dont ils l'ont appliquée. Fondée sur 
l'extérieur seul des mois, elle est de plus absolu- 
ment inapplicaiile, parce que, dans la phqjart des 
formes, le cbangement des voyelles est uniquement 
l'auxiliaire de l'accroissement ou de la contraction, 
alors même que ces trois ordres de phénomènes ne 
se concentrent pas sur un seul mot. 

§ 29. C'est au contraire une dilTérence de signifi- 
cation qui a fait partager par les grammairiens arabes 
tous les pluriels internes en deux classes : les plu- 
riels de paucité (i^iJl ç-T-), et les pluriels d'abon- 
dance (àjii^i ^^ 'j. Une connaissance approfondie 
de la langue et un sentiment très- délicat de ses 
nuances ont présidé à cette division, qui n'est pas 
restée, comme la précédente, enfermée clans les 

' Cr. Moufdssal , |). \-!, 1. 1 suiv. 



— ll\) — 

livres de graininairc, mais qui s'est répaiuluc clans 
les commentaires du Clora u et des vieilles poésies. 
Le pluriel de [)aucité s'applique l\ un petil uoudire 
d'objets semblables, dont la quantité ne peut dépas- 
ser dix; le pluriel d'abondance, qui se rapproche 
plus de l'abstrait ou du nom général , peut se rap- 
])orter à un nombre d'objets allant jusqu'à l'infini. 
En constatant la justesse de cette définition, nous 
ne serons pas étonnés de voir appli([uer au pluriel 
de paucité d'abord les formes du pku'iel externe en 

[j_j~ et en u.'C, puis celles qui s'éloignent le plus 

des formes de l'abstrait et de i'infmitif JUil , ^K*»! , 

ikxi\ , 'ikxà ^ ; car le pluriel de paucité est le véritable 

pluriel, et c'est là une idée si profondément entrée 
dans la conscience des langues sémitiques, qu'elles 
ne construisent niême les noms de nombre avec 
le pluriel que jusqu'à dix; dès qu'on arrive plus 
loin, la langue revient au singulier pour indiquer 
la masse substituée à la pluralité. Toutes les formes 
en dehors de celles que nous venons de citer ap- 
partiennent au (( pluriel d'abondance. » La barrière 
qui sépare ces deux catégories n'est point infran- 
chissable , et très-souvent les écrivains arabes en 
tiennent peu de compte. C'est ce que, d'ailleurs, les 

' Moiifassal, p. vi, 1. 2. Cf. aussi Sîb. passim et p. H, t. 18. Le 

"rammairien Elfarra a ioint à ces formes trois autres qu'il a aussi 

^,< K. ^T-. 
complées parmi tes pluriels de paucité. Ce sont : J^aS , J.ai , iXaJ- 

Cf. Lumsden, Grainnmr of tlie arabic laiif^aarie, p. 53o. Remarquons 
que ce sont également des formes étrangères à l'infinitif et à l'abstrait. 
J. As. Extrait n" 10. {1867.) 4 



— 50 — 

grammairiens ont eux-mêmes souvent constate '. 
Cependant, lorsqu'un même mot peut former plu 
sieurs pluriels, on distingue généralement dans la 
pratique, aussi bien (juc dans la théorie, ceux qui 
appartiennent à l'une et à l'autre classe. Cette divi- 
sion a surtout le tort, au point de vue purement 
linguistique, de négliger une foule de phénomènes 
qui doivent entrer en ligne de compte dans une clas- 
sificalion scientifique des pluriels internes. 

§ 3o. Nous ne citerons que pour mémoire la 
division des pluriels arabes en pluriels apparents 

(Jjûlli] et virtuels (^.xa^), qu'onv trouve exprimée 
dans le commentaiie d'Ibn 'Akil sur XAlÇiya"-. Les 

exemples sont d'un côté cM»j , pluriel J^-j, et de 
l'autre dUi, qui, comn)o nous l'avons vu, est em- 
ployé pour le singulier et le [)lui'iel. Cette distinction , 
une fois admise, ne préjuger.at encore lien sur les 
diverses espèces de pluriel qu'on trouve en arabe, et 
qui sont tous plus ou moins << apparents. » 

§ 3 I . Cherchons donc un autre système de classi- 

' Mou/. <1F, 8; Sîb. M. citée, p. f- , i. i5 ; p. 1= , 1. 3, i 5; ^.g.clc. 
Les singuliers rares ne forment en gi^néral que le pluriel de paucité. 
Cf. Sîb. l*' , 1. 1 7 et suiv. ^, 1. i i. Dans le fait, le plui'icl de pau- 
cité est souvent employé pour le pluriel d'abondance, tandis que le 
contraire est plus rare. Cf. cependant Sîb. p. d , 1. 8; p. "1 , 1. i; 
p. A, 1. I. Selon Ibn Va'îcb (/oc. ci^), ce serait pourtant plus ré- 
gulier, «parce que, dit-il, le petit nombre fait partie intégrante du 

grand nombre : I) q3 iXx]\^^ ï^vXlJl r-*--?- i>^>.».X.wj yi .^.-sL 
- P.fF'J, éd. de BonlaL 



— ôl — 

fication , el donnons-lui pour point de départ les plu- 
riels formés de noms quadriiilèros, dont les rap|)orts 
ont déjà été saisis par les grammairiens aralies '. 
i''On peut dire, en général, que tons les quadrilitères 

forment leurs pluriels en JJ\j«, et l'on retrouve, en 

effet, dans tous la gamme uniforme «, à, i , qui leur 
est partieulière, et qu'on ne rencontre nulle part 
ailleurs dans la langue'-. De plus, ils sont privés de 
la nounnalion et par conséquent aussi de la décli- 
naison parfaite^, comme pour compenser la lon- 
gueur inusitée du mot. Les poètes ont seuls le droit 



' C'est ainsi que Sib. (ëd. citée, p. t'i, 1. i .') et 19) les appelle 
Acli/) et J.^£.li^-, Ibii 'Akîl ,dans son Connu. surrAlJija,^"^*'^ (éd. 
Diet.), les nomme tv^gA-i» (IJ^ ; l'auteur du commentaire intitulé 
Dou'oun sur le 3Iishàli, dans V Anthol. Gramm. ar. de M. de Sacy, 
p. 283 : *^-yi5 ^clif. iMotarrezi , dans VAnlhol. p. <^'^ , ï. 3, les 
appelle i_^i\ %^4-^ , ce que JM. de Sacy traduit : «pluriels qui oc- 
cupent les dernières places, » par rapport au rang que leur assignent 
les grammairiens arabes dans leur exposition. Cf. aussi Moujassalj 
p. VA, 1. 8. 

* Cf. Mouf. p I <; , 2 , où on les appelle des pluriels dont la forme 
ne se retrouve dans aucun singulier» o^—^^L <*v<JV ^c , ^} «<?". 
De même, dans Motarrezi, /. cit. Pour ce qui regarde jLalj^ «les 
os intérieurs du fémur,» que quelques grammairiens considèrent 
comme un singulier, voirie commentaire deWabadi sur Motancbbi, 
p. v'IK'.l. li (éd. Dieterici). 

^ Le Commentaire i>. .i sur le Mishàk dit que la nounnation 

manque à cette forme tU3 HsL^^^t^ JyS3j «pour y renforcer le plu- 
riel. B L'auteur veut évidemment faire allusion à l'emploi de la noun- 
nation dans presque toutes les formes de singulier; de telle sorte 
que sa disparition indique déjà l'absence du singulier, c'est-à-dire 
le pluriel. 

4. 



— 52 — 

d'ajouter à la désinence de ces pluriels l'appoint de la 
nounnation, qui leur fournit une longue au lieu d'une 

brève. On trouve ainsi yiU^ a les mines, ndansHani. 
p. vôp, V, 1 , et '_;^bi , dans un vers cité parMoubar- 
rad , Kâniil , p. i-^ , 1. 1 6, éd. Wright, et dans Ylchtikdk 
d'Ibn Doreid, p. >~4 , I. y. L'éiifde prolongation, (pii 
coupe le mot en deux parties à peu près égales , est 
appelé^**.^^i *-j»-5! u élif du pluriel brisée» ou otlî 
«-«^ «(f/ï/du pluriel^. ') Remarquons de plus que le 

kesra de cetle l'orme J-ilo est prolongé toutes les fois 

que dans le singulier la lettre correspoiuJanle esl 
suivie d'une vovelle Ionique. A colr de celte forme 

J.jJlx», on trouve souvent comme équivalent i^l« , 
où la terminaison féminine remplace la voyelle 
longue qui précédait la dernière syllabe^. Ces deux 
formes peuvent se rencontrer parallèlement df ns les 
mêmes mots, à moins que l'usage n'ait consacré, 
dans certains cas spéciaux. Tune au détriment de 
l'autre^. Nous avons vu (§ i 6), d'ailleurs, le même fait 

dans les pluriels écjuivalents JUil et «Xxil ; dans le 
verbe, l'infuiitif de la seconde forme est J^xij (ou 



' Comincnta'irc do Halàwi sur VAdjroûmija, ins. cit(^, fol. 8 v". 

'' Moiifussal,Y>- lv)*',l. 2; Hariri , Com/ii. p. eH. 

■' Alors, avec la teriniiiaiso;i du féminin, In jiliniel rccH)uvrc ta 
(lt''cliiiaisori jiarfaite : l'iiiie est ^l'-néialeniciit le corollaire do l'autre, 
excepté dans les noms propres. 

* Ainsi, dans les substantifs d'orij^iiie ('■traiigère , on emploie i;é- 

nëralement ^lUà. Cf. S\h. édil. rilée, p. h"! , I. 2 cl suiv. 



— 53 — 
JuÀj ] , et iiXxjb ; tie même aussi , à propos de 1 infini- 
tif (_j*<i_^^ « suggestion de Satan , n Beidhàwi dit dans 
son commentaire: « (j«î^^ est égal à iC*v^^j, comme 

Jiy5 ^st léquivalenl de Aipjj. >> La forme JJUi elle- 
même, sans la terminaison féminine, est employée 

en vers pour JaJI*»-, par exemple, Chrest. de M. de 

Sacy, Ilf, p. fi , où t>5^-?- est employé au lieu de 

^^Jl^ , pluriel de (^"^h" «l'intérieur des sourcils, » 
par suite d'une nécessité prosodique. 

Voici un tableau des formes qui rentrent dans 
cette première catégorie de pluriels internes : 



1 . 


y 


1 2. 


JoJlxi 


23. 


iy y 

y 


2 . 




i3. 




2/l. 


iy y ^ 


3. 


M\i\ 


l/l. 


j.A^lj! 


25. 


5^ -ï 


à. 


y 


i5. 


) y 


26. 


^x^uî 


5. 


M<^. 


.6. 


cUf^À^ 


27. 


5^ X 


6. 


j y 


»7- 




28. 


'i^&\'^ 


7- 


jLsUl 


i8. 




29. 


iy y 


8. 




19- 


%\^ 


3o. 




9- 




20. 


} y 


3i. 




1 0, 




2 1 . 


liUi 


32. 


Jlii 


1 1 . 


> 


22. 


(iJ^i 


33. 


aui 



— 5^ — 

§ 32. 2° Parmi les formes issues de Irilitères qui 
nous restent à examiner, nous pouvons distinguer 
tout d'abord celles où la voyelle de la seconde 
consonne a été prolongée au pluriel. Là encore il 
n'est peut-être pas hors de propos d'établir nue di- 
vision entre les formes qui sont précédées d'un élif 
liamza cl celles qui se sont produites par un chan- 
gement intérieur ne dépassant pas les limites de la 
racine. Nous avons déjà montré dans un paragraphe 
précédent (i6) les motifs qui nous font considérer 

Jlxil, Jotit et iiKxsî comme des formes de valeur à peu 

près identique. A côté do J-xâî , l'arabe a conservé 
des traces d'une forme où le dhamma était long, et 
il reste dans quelques mots des traces du ])lurieJ 

Jywi. En éthiopien, la même forme subsiste égale- 
ment , mais avec la voyelle a sur la première syllabe 
dans des exemples assez nombreux. Le dhamma de 
la première syllabe, en arabe, n'est qu'une répéti- 
tion anticipée de celui qui est sur la seconde, et 
l'arabe applique en général à tous les mots analogues 
sa tendance à faire précéder un dhamma ou un kesra 
long, qui se trouvent au milieu du mot, d'un autre 
dhamma ou d'un autre hesra bref dans la première syl- 
labe, ([uand celle-ci est une syllabe formée ^ Quant 

à la forme *^xii , que nous citons également ici, 

' Des formes JLs«if et (J^«iIsont impossibles cti arabe An 

coiilraire, l'arabe aime mieux opposer les autres voyelles an fiidia, 
qu'à l'accoupler avec d'autres yi/z/irt^. 



— b'o — 

^ y (ji- 

son identité avec la fornie *Kxil n'a [)as licsoin d'èlic 

démontrée, puisque ces àQ\w i'ormcs ne dilîèrenl 
{[ue par l'emploi de deux désinences féminines. Nous 
avons donc ici : 

3/i. JUiî 35. A^xiî 37. ^i/iî 

36. Joiiî 38. Jywl 

§ 33. 3° A côté de ces formes, nous sommes natu- 
rellement conduit à placer celles dont la prolon- 
galion est seulement intérieure. Les granmiairiens 

arabes ont eux-mêmes reconnu la parenté de J^*i^ 

i s y 

et de cUx9 -, auxquels il faut joindre J^*i, qui, pour 

être plus rare, n'en appartient pas moins aux formes 
du pluriel interne. C'est ce qui a été mis en doute 
par plusieurs grammairiens indigènes, qui se sont 
demandé si ce n'était pas im singulier employé dans 

le sens du pluriel^. La comparaison avec Jl*iî, J^î et 

'i^^jtj>\ , auxquels répondent Jlx9,J^x9 et J-6*<», nous fait 

incliner vers l'opinion de ceux qui considèrent cette 

' Sans parler de ij^i>^ » qui n'est quun changement dialectique 

^t ■> 
pour A^sj , et que certains lecteurs du Coran lui substituent tou- 
jours dans les mots dont la deuxième radicale est un (_5, comme 
dans tLig^' ^'*^- 

- Cf. Sîb. édit. citée, p. F, 1. 10 ; p. v , 1. 2. 

^ Ibn Ya'îcli, ms. cité, p. 3i5, 1. i4, prétend que c'est là l'opi- 
nion de Sîbawcihi sur ,_>,^i'^rt les mots analogues; nous trouvons 
tout le contraire dans l'édition déjà citée de Sîb. p. I, 1. 5 et 6. 



— 56 — 

dernière forme eonjine un véritable pluriel. Toutes 
les trois, d'ailleurs, ont conservé leurs voyelles lon- 
gues, parce qu elles ne sont pas renforcées par Véllf, 
qui, placé en tête du mot, contribue à son exten- 
sion. A cette classe de pluriels se rattachent aussi 

des formes comme Jl«, souvent al)réffé en J^'. 
plus rarement en JUi^^ J^g plus, non-seulement on 
peut ajouter àjl« et JUi la terminaison du fémi- 
nin^, mais, dans d'autres cas aussi, la mettre à la place 
de la longue qui précède la dernière syllabe. Ces der- 
nières formes deviennent, par une opposition déjà 
signalée, l'apanage de mots qui, au singulier, ne 
peuvent s'appliquer qu';'i des êtres animés et raison- 
nables. C'est ce qu'Ibn Akil, dans son commentaire 

sur ïAlfiya *, a particulièrement fait remarquer pour 

x- ,-> f/ y^ ^ , ?/ ^ 

les formes *^*3 et *^X9 •'. Ouant aux formes ^x* 

"*■ • 

' Ces deux formes sont toujours juxtaposées daus les mêmes 
mots. Aussi la grammaire indigène a-t-ellc déjà reconnu le lien 

qui les unit. 

' » j 

* Cependant Beidhâwi prcicnd que J Lst3 n'est pas une l'oroie de 
pluriel. Cf. Coinm. f , p. et', 1. 1 1. 
^ Sîb. édit. citée , p. i , i. i 5. 
^ Alf. édit. Diet. p. »*'t*'f . 

^ Il faut ajouter ^jli.j , qui ne se rencontre que dans quelques 
mots dont la troisième consonne est faible. Nous avons déjà dit 
(pi en éthiopien on allonge souvent Va de *;ÀaJ ; mais autrement 
les deux formes sont idenlicjues et proviennent des mêmes singu- 
liers. Les grammairiens arabes citent d'ailleurs aussi *.jl.5? connue 
pluriel de i_s2k,Lv3 « ami. » 



— 57 — 
et plus bricvoment '^^m , \euv pince esl également 
ici à côté de JUj '. Il ne manque [)as de gianimai- 

riens indigènes qui refusent de les compter parmi 
les ('pluriels bi'isés, o en se fondant sur ce (pi'on 
peut en tirer directement des diminutifs, sans les 
ramener d'abord h leur singulier^. Cette preuve n'est 
pas concluante, j)arce que le pluriel interne sert, 
dans bien des cas, de base pour ]a formation des 

diminutifs^ On a, d'autre part, supposé que ^« 
était abrégé pour a11« , et que la forme primitive 

avait dû avoir une longue sur la seconde radicale *. 
Je ne vois aucun motif qui justifie cette hypothèse, 

et d'ailleurs i^Xis , comparé à JUi, et répondant 

aux mêmes singuliers, en est l'équivalent naturel. 
Voici la liste des formes appartenant à cette troi- 
sième classe : 

' Cf. Sîb. cdit. citée, p. i3, où il est dit que AÂs peut aussi 
bien former le pluriel xlaJ , que jls.9 cl J^ai • Cf. aussi , p. Y^ . 
1. 1 I, où il faut lire jL^n, au lieu de jl^^.f. 

^ Ibn Ya'îcb, ms. cité, p. 3i5. 

' Cf. la règle posée à ce sujet et les exemples nombreux cités, 

gM" 1 . . . 

MouJ'assal, p. av, 1. i4 et suiv. en y joignant f»<^| , diminutif de 
%e^\> pluriel de ^ts «hache,» ibid. p. MH , 1. A- 
* Ibn Ya'ich, loc. cit. Voici ses paroles: Aju» iXaJ f>3 ij^5 o. 



58 — 



39- 




/jG- 




/.y. 


i:sKii 


ào. 


u 


^7- 




5o. 




/il. 


jUi 


/.8. 


3 y 


5 1 . 


A^OO 


à2. 


5 ^ 






52. 




Zi3. 








53. 




lili. 












Ii5. 


5 ^ 

JUi 











§ 34- 4" Toutes Jes iormcs ([ui nous restent à 
éninnérer ne contiennent aucune voyelle longue. 
Cependant il faut encore ici distinguer des autres 
celles auxquelles nous avons consacré une étude 
particulière et dont nous avons cherché à recon- 
naître la syllabe accentuée. On se souvient des ar- 
guments qui ont été émis pour démontrer que J.«i 
et Jo« soutiennent par le ton \ç^\\v Jatha bref (§ i8i.- 

Si l'on y joint Jo", qui n'est qu'une légère variante 
des paradigmes précédents et qu'on retrouve dans 
quelques exemples, nous avons : 



5/,. 


Joti 


55. 


5 


56. 





§ 35. 5° Dans les formes que nous n'avons pas en- 



~ 59 — 
corc mentionnées, raccentcstsnr la prcmièresyllabe , 
tandis (ju'au singulier il était sur la seconde, (jui au 
pi miel a perdu sa |irolongation et déplacé son ac- 

cent. Il aétédéjc^ question plus liant de J»** , qui porte 
la marque la plus nette de celte opposition entre 
le singulier et le pluriel. On contracte ensuite cette 
forme si usitée; la seconde syllabe, qui n'a plus 

l'accent, perd aussi sa voyelle, et on dit jJii. Il y 
a d'ailleurs d'autres cas oi^i cette dernière forme de- 
vient directement le pluriel de singuliers auxquels 

no correspond jamais J.*», comme, pour citer un 

exemple fréquent, dans le pluriel de félatif Jj«I. 

^ o ■' . . 
A l'abstrait J-«, ainsi employé couime pluriel, il 

faut joindre J^^i et Jjw, qui \\^\\ diffèrent que par 

la couleur de la voyelle. Ces deux dernières formes 
reçoivent de plus quelquefois l'appoint de la termi- 
naison féminine (^-, et l'on obtient ainsi (jJià^ et (J-** 

La réunion de ces formes dans une cinquième ca- 
tégorie acliève notre tableau des pluriels internes. 
Ce sont : 



57. 


Jii 






58. 
59. 




61. 


jjii 


60. 


jJii 


62. 


Jjo 



' Ce pluriel , f|ui est primitivement le pluriel du féminin j=^jt9 . 
est ensuite devenu commun aux deux genres. 



— 60 — 
§ 36. Ajoutons encore ici ([u'un pluriel interne 
est souvent traite comme un singulier, d'oii l'on peut 
ensuite tirer ce que les grammairiens aral)es appel- 
lent le (( pluriel du pluriel ((^-«^ t"^)* " ^'^sl en 
éthiopien surtout que Ton rencontre les exemples 
les plus nombreux de ces formations à deux degrés. 
En arabe, elles sont infiniment plus rares. Ce ren- 
forcement nouveau n'ajoute rien au sens, excepté 
dans certains cas où l'usage s'est plu, en |)résence 
de deux formes, à utilisci' chacune d'elles dans une 

signification parliculière. C'est ainsi que ^^^vs^ « mai- 
son » fait au pluriel *^y<^ , qui à son tour fait au plu- 

riel ^\iyj<i. Or nous lisons dans Ibn Doreid ' que, 
parmi les tribus arabes, il y avait particulièrement 
trois c:>lj^Aj, c'est-à-dire trois familles (pii , par l'éclat 
de leur origine et les hauts faits de leurs membres, 
étaient entre tontes les autres coiîsidérées comme 
nobles. Ici <^^jsi a été regardé comme un nouveau 
singulier, iiuliquanl par sa forme, non point la quan- 
tité, mais le mérite et la qualité de l'objet désigné. 
C'est un pluriel devenu encore une fois un véritable 
élatif ^. Mais en général il n'y a aucune différence 

' Ichtiluih, |). f\>^\, iLj^ixl] <_j_^ail cjl-Jjr^J- 

* C'est le même point de vue qui a fait considérer à certains 
grammairiens arabes ^olajl , Coran, xvi , 68 , « les bonnes actions, » 
ef par coiis(5qiienl «la vertu,» el ^L^of, Coran, lx.vvi, 2 <i clioses 
n)clées » el par suite « mclan-je infect, » coninie des singuliers. Cf. le 
Commenlaire de Bcidhàwi sur ces deux passagbs. Cf. aussi .Lilil fni- 
roûou'l keis, Mo al. v. 82, et le Convn. cité dans i'ëditiou d'Arnold , où 



— ()l — 

d'acception entre le simple pluriel et le pluriel du 
|ilnriel. (iClui-ci peut cire forme en éthiopien de 
loiilos les formes de pluriels; en iirahc, il y a une 
exception pour celles (jui ont la désinence féminine; 
il semble que ces pluriels, où le féminin est d(^jà 
adVrmi, selon l'expiession des grammairiens arabes , 
répugnent à tout allongement ultérieur. Le phu'iel 
du j)luri('l est tellement entré dans le mécanisme 
de la langue, qu'il ])eut même ad'ecter un collectif. 

C'est ainsi qu'à propos de -j.5 «gens,» on lit dans 
Ibn Doreid, Ichtihik, p. M: ^^ fait au pluriel |*i^5l , 
et j<-5_j.Jjl fait au pluriel j*^!?!. Nous retrouverons sou- 
vent, en étudiant chaque forme comparée aux sin- 
guliers dont elle provient, des pluriels de pluriel , et, 
en multipliant ici les exemples \ nous anticiperions 
siu' la troisième partie de cette dissertation. 



il est dit : a C'est un singulier qui a la foniie crun pluriel.» Il en 
osl de même des pluriels employés comme noms propres, comme 

,wL^, //«»(. vFe, 1. 5; i^Y^i . Mâlili, dans Nôldeke : Beilrâge 
:nr [\entniss lier Poésie, p. i3o, etc. Cf. a>issi le pluriel appliqué ù 
des noms (le villes, qAj|, Mochtarik , édit. Wùst. p. i, 1. 6; yjljf 
Marâsid, édit. Jiiynboll , p. ^ , 1. ult. etc. 

' Citons cependant, comme une curiosité, le passage suivant du 
Mizhâr de Soyoûti (ms. suppl. ar. i3i2 b, t. II, p. 66), où il est 
question d'un pluiiel à la sixième puissance. 11 n'y a pas, dit-il, de 
mot en arabe dont on forme siTCCcssivement six pluriels, excepté 

(Jî^ (( cliamcau ; » de Ji^ , on passe à Jl^ I , puis à J L-^ I , puis à 

J^La, , puis à Jl<^ , puis à ^.jL-?^ , puis à «_;JL^. Voici le texte 



— 62 — 
§ Sy. Quelques mots sciileineiit encore sur ce 
cjii'on nomme en arabe c nom de pluriel» ( j:?: |<v,l) 
ou « nom pour le pluriel )) f j-«^ f^^ )• Ces deux dé- 
nominations identiques se rapportent généralement 
aux formes qui, sans appartenir à aucune de celles 
que nous avons passées en revue, sont accidentel- 
lement employées pour exprimer un pluriel, ou 
bien, au contraire, à des mots (|ui, tout en étant 
de véritables pluriels, sont regardés pour le sens 
comme des collectifs singuliers. On peut donc dire 
que ce terme technique désigne toute forme qui, 
régulièrement applicable à l'un des deux nombres, 
est dans la phrase appliquée à l'autre. C'est ainsi qu'on 

appelle aussi bien «nom de pluriel» pUil les bien- 
faits, rendant la notion abstraite de la vertu (cf. Beid. 

Comm. t. I, oh). que^Is (c l'espèce des oiseaux, n de- 
venu dans la phrase comme une sorte de pluriel 
pour dire «les oiseaux». (Cf. Beid. Comm. t. II, 
p. Fi"^, 1. 20.) Par extension, on emploie également 
cette locution dans le sens d'un |)luriel mis en regard 



arabe : lyv?" ^"l5 ^}^ Jifl c^!^ ^ ^ ^ ^-^j ^jj 

{Coran, iaxvii, 33) ^.à^ tjj^l^ ci^«-j Jb . Lorsqu'on dit dans 
cette pbrase que Jl^I devient J^L^i on semble considérer celte 
(ornie comme abrogée do (_|/ol^|. Cf. rexoinple de ^^.jS , fi\^\ et 



~ 63 — 
iVun singulier auquel il no correspond pas. C'est ainsi 
que civ^^' «les traditions,» (jui serait le pluriel 
de ajj*Xj».| , et qui a été consacré par 1 usage conuiie 

j)lurielde e^r?*^^»-, est souvent nommé dans les com- 
mentaires u nom de pluriel'. » Nous pouvons ici en- 
core renvoyer pour les détails ;\ l'étude séparée que 
nous allons faire des ditlerentcs formes. 

§ 38. Mais résumons d'abord cette seconde par- 
tie. Après avoir caractérisé les pluriels internes, et 
avoir démontré leur âge relativement moderne dans 
la langue, nous avons énuméré les svstèmes de clas- 
sification qui nous étaient connus parmi ceux qui 
ont été imaginés par les grammairiens arabes. A 
deux essais, l'un tout extérieur, l'autre, au contraire, 
tout indifférent à l'identité des formes, et ne se fon- 
dant que sur leur emploi dans la plirase, nous en 
avons opjjosé un troisième qui s'appuie sur les ca- 
ractères particuliers que nous avons reconnus comme 
propres aux pluriels iiiternes, et où la communauté 
d'origine est l'argument le plus décisif en faveur de 
la place qui est assignée à cbaque pluriel. C'est d'a- 
près ce principe qu'ont été distinguées cinq espèces 
de pluriels internes : 

1° Le pluriel du quadrilitère; 

2° Le pluriel formé par un allongement intérieur 
et par l'addition d'un élif hamza devant la racine ; 

' Il en est ainsi dans l'extrait du Kachchaf de Zamakhcliâri que 
M.deSacy a publié dans son Antliol. gramm. p. If»!.!. 16; cf. aussi 
Beid. I, p. fv^, 1. 3; p. F<^^*^. 1. 1, etc. 



— ua — 

y Le pluriel exprimé par l'insertion d'mio voyelle 
lonsiio avant la troisième radicale: 

lx° Le pluriel dont les voyelles sont brèves, mais 
dont la seconde syllabe est accentuée ; 

5" Le pluriel d'ailleurs semblable au précédent, 
mais dont la première syllabe porte l'accent. 

III. 

§ 39. L'étude séparée de cbacjuo forme exige- 
rait, pour être complète, de longs développements 
qui seraient ici bors de propos; du reste, ce point 
est traité dans toutes les grammaires, et il est inutile 
de répéter ce qui se trouve ailleurs. 11 a donc paru 
bon de rédiger cette dernière partie sous forme d'ad- 
ditions c^i l'ouvrage justement célèbre qui depuis un 
demi-siècle sert de base à l'étude de l'arabe, à la 
Grammaire de M. de Sacy ^ J'ai cru seulement devoir 
ajouter à chaque exemple que je donne l'indica- 
tion d'une autorité. L'état d'imperfection dans lequel 
se trouve la lexicographie arabe en Europe ne per- 
met d'accepter aucune de ses données sans contrôle; 
et il est impossible de rien accepter de ce qu'elle 
fournit, si fétude des sources ne vient apporter un 
témoignage plus sûr à côté du sien. Cette étude 
pourrait peut-être servir encore à classer les divers 

' Il est bien entendu que je me suis servi de la seconde édition, 
(|ni est mallieureusement, comme la première, épuisée depuis 
longtemps; je crois donc répondre au vœu de tous les arabisants 
eu réclamant la réimpression pmcliaine d'un livre dont aucun de 
Dous ne peut se passer. 



— 05 — 

pluriels d'après leur plus ou moins grande ancien- 
neté et à écrire l'histoire de la ({uestion, si tous nos 
documents arabes, y compris le Coran et même les 
poésies antéislamiques, n'a|3partenaicnl pas à l'épo- 
que où la langue était déjà devenue sfationnaire.Nous 

commencerons par les formes (j^V« et y^i^xi, que 

nous avons placées sur le seuil des pluriels internes, 
et qui, par leur terminaison et leur origine, sont 
encore dépendantes des pluriels externes. Puis nous 
suivrons dans Ténumération des autres formes l'ordre 
que nous avons adopté, et nous les passerons suc- 
cessivement en revue en leur laissant le rang qui 
leur a été assigné. 

§ 60. Forme ^^"xi (Sacy, § SSy). 

a. De Jo»3, dont la racine n'est pas concave : J^ 
« outre, » pluriel (jl^^^, Ibn Doreid , Ichtikâk, p. m, 
et d'autres dans Sîbaweihi (éd. citée), p. h, 1. i g suiv. 
(Cf. p. Il, 1. 11.) 

h. De JSà : v.^-^ " oiseau mâle, » pluriel yl^^, 
Sîb. p. r, 1. i3', où l'on trouve encore d'autres 
exemples; [ult. (^) .^i côté de (^ii, aussi ^*a^ «cail- 
lou, » pluriel J^x*a.s>- , Harîri dans Sacy, Anlli. vi , 2. 

c. De aX)»5 (ult. j), iUl «servante)), pluriel yî^i 
Kâniil, p. K-F, 1. 9. 

' Cf. aussi Moubarrad, Kàmil, p. \u\:, I. 16. 

J. As. Extrait n" 10. (1867.) 5 



— 66 - 

d. De J<x9 : «Xji-i « vice , «pliH'iol ,.il«XJÙw,Sovoiiki, 

" " s' 

Mizhâr, t. Il, p. 05; (dciixicmc redoublée) (jA^j- 

((jardin,)) [)luriel ^jUi-^*, ?V/. ibid. [mcd. liatnza) *Kjj 
(( contemporain, n pluriel yi*>^J;, Sîb. p. e>, 1. i 5 ; 



( "^'- : ) ^•*'** " palmier, )) phir. ^^y^»o \ Hamâza , p. iff , 
1. 3 , cl^Ài (( branche de dattiers, » pluriel yU-«, Co- 
ra», VI, 99 ^ 

^. De J-^« : «Xa]^ ((enfant)), pluriel yi*>^ij, Cor. 

^ y _ _ ... / i " 

IV, 77 ; rtsMi « victime d'une injustice, » pluriel yU^Ii 

Sîb. p. ft^, 1. 9, et les autres exemples donnés au 
même endroit. 

f. De Jjx» : :>ytï «chameau de selle,» pluriel 
yiik«, Ham. '^^*'\",v. 3 ; O^j-^ « agneau mâle , » plu- 
riel yls^i^, Sîb. f'H", 1. »//. ; i^y.s. (c jeune chevreau, « 
pluriel yîi^* pour ^jî*e mot, où il 
dit : «C'est un nom de pluriel de c>-?.ù^^-, ou bien un pluriel de 

Jo«Owa»f.i) Ce passage démontre très-nel(ement la différence entre 
ces deux termes leclmicpies. 



— 79 — 
§ 58 : 17. — J^i^î (Sacy,§ 878). 

(Jitens seulement J*^^ «feuille pour écrire, «pi. 
j^^lo et t^!^, Ijar. f<î, 5, employé pour les be- 
soins (le la rime pour t-^3î_j,ï, pi, de <l^\i « moule. » 

§ 59 : 18. — cXa*^ 
Ne se trouve que clans quelques mots, comme 

(jliiA^ «Satan, » pluriel (^jvlsU^, Cor. vi, 7; o^-aas 
«rusé,» pluriel Uu>J^,^ , Mouf. i^f", 8. 

§ 60 : 19. — cXj^^j« 

N'a été mentionné que par analogie , sans que j'en 
aie jusqu'ici trouvé d'exemple; mais l'existence des 

formes J^Uà et 'i\^^ rend très-probable aussi l'exis- 
tence de cette forme. 

§ 61 : 20. — J^Ui (Sacy, §878) 

Est le pluriel de tous les trilitères dont la deuxième 
consonne a un tcchdid et est suivie d'une voyelle 

longue. Ainsi 5^-*^^ pourjbi «pièce d'or,» pluriel 
wAjb^, Vie de Timoûr, II, 102, 1 2 ; <_j!^ « fourche, » 

pluriel c-v*J!^, Mouf. ^a, ]3-, JU^ «plante médici- 
nale, » pluriel j-s^U.ft , IbnKlialdoûn, Pro/. ]î,p. 202; 
ji^ «paille dans l'œil,» pluriel j^j\^£., Fâkihat 
Elkholafa, ^F, 3 -, ïj^j ^ « petit caillou , » plurielj.Ajl^, 

' Le singulier ne se trouve pas dans le Dictionnaire de Freytag; 
on le rencontre pourtant dans Ibn Hichâm, Si'r. p. t'e^. 



— 80 — 

Ibn llich. Sîr. notes, p. 68; cjXi« « coûter. u , » pi. 
^51<A« , id. p, H ;^^j « marmite , » pliinelJ-vU:> , Ibn 
Dor. Icht. t'io, 5; Jy^j u espèce de vêtement, » plu- 
riel J^vfi'uu , Dozy, Dict. des noms de vêtements , p. 87 ; 
^y***^ « chaux, » plur. ^^\m*Xd , Fli'igel, Muni , notes, 
p. 1 3 1 . Citons encore JooLl a troupes de chameaux, » 
Cor. cv, 5, où Beid. ajoute : C'est le pluriel de aÎIjI , 
d'autres disent : «Il n'a pas de singulier comme 
»Xj:>VAi (( rassemblement dhommes, » et h^lsu^ 
« troupe ^ » 

§62 : 21. — lilii (Sacy,§ 878) 

Est le pluriel régulier de tout singulier terminé 
par un jfî qui porte un tecluUd, en exceptant ceux 
pourtant où le jâ exprime la notion de « relation » 

[»jiZ.j)-. La présence de la terminaison féminine 
au singulier n'empcche pas l'emploi de ce pluriel, 
dont voici quelques exemples : iUX^] u chose dési- 
rée, )) plur. jUI , Cor. u, 78 ; iUj;J) « selle, » pluriel 
ù^Sj > ^or. Lxxxviii ,16; "(S^J^^^ trône, » pluriel (^^ip , 
Alf. KK^^, 2; "(s^. «chameau du Khorâsàn, » plur. 

' Comparer, sur ce mol , notes ad Ibn Hich. Siv. Y'\ , 7. M. Lane, 
dans son Dictionnaire arabe. 5. v. le donne comme pluriel de Jjj' » 
et compare Ja.^ «jeune veau," pluriel (lA::^l:f . 

= Cf. Jbu 'Alîl ad A\J. rri. 1. 3, \nfra. 



— 8t — 
tilat", Ibn Avi'is av). Arnold, Chrest. vo, 1 3 -, iCX& 
« puissance, » pluriel J^a, Ibn Dor. Icht. >*'«?, i . On 
dit aussi tj\-«*j' « lionnne, »> pluriel (^L*i \ Cor. xxv, 

5i, où Beid. dit: «C'est le pluriel de i£^^ , ou de 

^UCol , comme a|^ est le pluriel de ^jl^iô « sorte de 

* " . ... " ^ I *= . 

chat; » seulement sa forme primitive est (^-»«ul ; mais 

le noua a été changé en yû. » On ne nous fera pas un 
reproche de laisser de côté cette prétendue origine 
et de mettre seulement h. profit le rapprochement 
qui est ici indiqué. 

§ 63 : 22. — civJ'oJ (Sacy, § 878). 

Cette forme, qui est seulement une variété de 
la forme Jh^JUj, a été distinguée par les grammai- 
riens arabes, somme on le voit dans leMouf. vô, /j. 

Aux exemples qu'il cite, ajoutons cjjji^, Imroûou'l- 

keis, Mo^al. v. 77. Vers. «p. Râmil, I'ô, 9. 

§66 : 23. — 4bJ (Sacy, §879) 

Appartient aux mêmes mots que J-*Jl« , et est 
particulièrement appliqué, ainsi que tousles pluriels 
analogues, aux termes étrangers. Voici quelques 
exemples en dehors de ceux donnés par M. de Sacy : 

pjiiÀ" « homme libéral , » pluriel ïL^jUà.^ , Ibn Hich. 

* Et non pas ^rtulô! , comme on lit dans le Dictionnaire arabe de 

Freytag. Cette faute a dt'jà été relevée par M. Ewald, en i83i, dans 
ses AhhandliiTKjen. ziir orient, iiinl hihl. Lilt. (Gôltingen, in-8°), p. 34- 
J. As. Extrait n° lo. (1S67.) G 



— 82 — 
Sir. p. ir-v ; «Xj^^ (( mage, » pluriel »*XjI^, Tebr. ad 

Hani. sfc, il\ : jL.*«>* « agent d'aflaires, » pi. Sj-*«*lvw, 
Sacy, Chrest. Kl, p. S^g; Ji^jl* ((fauconnier,» pi. 
«jil^j, Makrîzi dans Sacy, Chrest. l, p. vt^; aXSI «x a^ , 
ou plus brièvement J-Xa^ ((Abdallah, » nom pr. pi. 
AJiUfii, Moiif. V, 1 y ; c'est ici également qu'il faut 
rapporter iaJU^i (( les Amalccites , » Beid. If , i'^^ , 3 ; 
Nôldeke, T)ie Amalekiter, dans Orient u. Occident, 
I, p. 6/» 3, suiv. 

§ 65 : 'ih.— '^sfx^ (Sacy, § 879). 

On peut compnrer sur cette forme mentionnée 
par M. de Sacy, sans exemples à l'appui, Moubar- 
rad, Kâmil, p. F<5, 1. ulL et Fi , 1 , suiv. Aux exemples 

qu'il cite ajoutons vi)>^^ u ange», pi. ^5j>^^, Cor.u, 
28 et ailleurs^; et J.Ai u prince himyamarite, )> pi. 
aJjUU, Tebr, ad Ham. n^, 10, Remarquons encore 
que cette forme, assez rare en arabe, est une des 
plus usitées en éthiopien. 

§ 66 : 25. -- *K*LM (Sacy, § 879) 
N'appartient régulièrement qu'aux mots étrangers 

' Ce pluriel s'applique aux trois plus célèbres des 'Abd allab : 
'Abd allah ben 'Omar, 'Abd allah ben 'Abbas, et 'Abd allah ben 
Mas'oûd. 

^ Beid. ajoute «(/ Cor. ii, 28 : fj=u^ est le pluriel régulier 

de S^, comme JjUw', de jlôi. et le ta est pour le féminin du 
pluriel. 



— 83 — 
[Moiif. Ac, iG). Ainsi ^yj\ (ap;^a)r), pluriel \kS\j\ 

S'y t 

« les démons, » Fihrisl ap, FliigcJ , AJdni, p. 58 ; io»jij! 

« les hérétiques, » dans les manuscrits chrétiens. 

Cf. cependant aussi »jjU».l «les bracelets, » Cor. xliii, 

53, où Beid. lui-même remarque que la terminai- 
son féminine remplace la voyelle longue, qui de- 
vrait précéder la dernière rndicale. 

§ 67 : 26. — iO^Uj (Sacy, § 879). 

A tXjç^i' « élève, » pluriel 's<y^')K^ , ajoutons JUàj 
«court,» pluriel ^j^Àj, Ham. f*'H, g. 

§ 68 : 27. — iiX^lÀj 

N'a été mentionné ici que jîour servir de pendant à 
JscUj et à J^a^sUj. Cf. ce que nous avons dit au sujet 

de S^.^"^ . 

% 69 : 28. — «Kcly 

Egalement particulier aux mots étrangers. Cf. 

Mouf. ^^, i5. On en trouve quelques exemples en 

éthiopien: ^'fld : «mitre,» pluriel 4**P'(\ô't' ' ', 

h-îffl ' «étoile, » pluriel h'Plî'fl^s. 

3^ ^ 
§ 70 : 29. — AX^Ui 

Est aussi très-rare et se retrouve, en arabe, dans 
Jju.«> « polisseur, pluriel XKiU^ , Har. Conim. ûao , 5, 

6. 



— 84 — 
et en éthiopien, dans ù^^t ' '• Satan, » pkiricl 

§ 7 1 : 3o. — ^^Uj. 

iy x= 

Des exemples de aJ^Uà sont %y^ «jeune homme 
robuste, » pluriel ïj^\ys^ . 'Amr bcn Kolth. Mo ai. v. 

93 ; jî^X>, (( sorte de questeur, «pluriel »;j^> , Ilar. 

f'f*''i, 12. Comme toutes les formes qui ont la ter- 
minaison féminine, celle-ei est plus fréquente en 
éthiopien. Ainsi 4*fl«ft ! «vieillard,» pluriel 4*^fl*" 
ft^ s, 'D^îbC: «espace,» pluriel fl''|£D«C'î' ' , etc. 

§ 7 I : 3 1 . ~ ^fiUi 
Se trouve dans quelques mots seulement, comme 
*^'j « prince yamanite, » pluriel ^^xjUj % Har. Coinnt. 

ci-i, i7;jUr». « rOrion, » pluriel »^U>. Souheili 
ap. Wùst. Notes à Ibn Hichàm, Siral, p. 187. 

§ 73: 32.— JUi (Sacy, § 863) 

Nous avons déjà vu, § 62 , que cette forme prend 

la place de J.jIx9 dans les mots empruntés à des 
racines dont la troisième lettre est faible. Nous avons 
vu que les grammairiens arabes expliquent cette 
transformation comme la conséquence d'une in- 
terversion affectant les deux dernières lettres. On 

y y 

arrive aussi à cette forme tilxà, en prenant pour 

' Qui ne s'applique (|u'aiix trois princes mcntionnt's, \oc. cit. 



— 85 — 

point lit' ilrpart JUi, par une suite do cliangcuicnlî^ 

qui sont décrits dans Sib. éd. cil. p.M-J. i2ctsuiv. 
On trouve la même explication dans Soyoùti, )]//;:- 

Actr, au sujet du mot ^i^^.^^ «terre sablonneuse,») 

pluriel isj^- l-ia forme primitive, dit-il, est<^jl^; 

on supprime le premier jâ, on change le second en 

élif, et l'on dit isj^^^ , 'ivec un faOïa sur le /d, pour 
que IV///' ne soit pas supprimé quand on metle/rt/i- 

ivin. . . . ^ Ici donc la terminaison ^- n'a qu'une res 
semblance apparente avec celle du féminin, et cette 
forme ne constitue pas une exception à la règle que 
nous avons [)0sée, qui ne reconnaît la désinence 
féminine au pluriel que pour les mots auxquels elle 
manque au singulier. On peut voir aussi la même 
explication de cette forme dansTebr. ad IJam. p. rv^, 
5 suiv. 

Aux exemples donnés par ]\1. de Sacy ajoutons 

fi^^ «femme célibataire, » pluriel t^lji , Coran, xxiv, 
32 , et Ham. iv^, i 9 , où la note de Tebrîzî est très- 
intéressante; |<\*j « orphelin , » pluriel J^., Coran, u, 
•yy.oùBeid.comparC/o-JvXj « convive, ))plurielt^l*>o ' 
t^mS « prisonnier, d pluriel c^jUmI , Beid. ad Coran, u , 

' Comme dans JUj . par exemple pour ^JXstS ■ Voici le texte 
du passage: ^^^o Licvfj (2)^^ Wl [j^cva. (J^^^ (J)'^' J^^J 






, J ûÀaJ [ lN£ 



— 86 — 

ycj ; i^^lï (( le devant, » pluriel t^l«X3,$acy, Chrest. II, 

<> ^ /■ . 

Syi; (jj-=* "la tour,» pluriel tii^^^»-, Fâfdhat elkliol. 

^r ^ 3 \ 

î jk : 33. — tilti 

N'est qu'une autre prononciation de (jUi, employée 
dialectiquement dans quelques mots. On lit dans le 
Châfij'cl , ms. Dresd. 2 /i 2 , fol. i 8 , 1. 3 : (( Quatre mots 

prennent un clhamma : ce sont Jl^-^S'u paresseux^, » 
^jKa« (( ivres^, » «jl^ c prompts » et (Sj^s. « jaloux. » 
UndeslecteursduCora7/,Ibn'Amr, litj_^jLwl «captif, » 
II, "79, comme pluriel dcj-A,*»*!. Cf. aussi :>jà « uni- 
que,» pluriel (S^\^ , Coran, vi, g3, où Beid. pré- 
tend h tort que la terminaison ^5- est celle du fémi- 
nin. 

§ 75 : 3/1. — jliiî (Sacy, §853), 
la plus usitée de toutes les formes de pluriels in- 
ternes. A la nomenclature de M. de Sacy, d'ailleurs 

très-complète, joignons : 
^x^x 5 -' ^ '' 
a. De ^^j : iUjui u sommet d'une montagne, » plu- 

riel o^*-^i , Hain. it^- , 2 2 . 

' Dans ce passage, on lil <\.,Jî^avec le suiïîxe de la lroisi^me 

personne du singulier, et il faut prononcer la diplithongue ci. Si 
nous avions la terminaison féminine, il n'en serait pas ainsi, et le 
jâ se cliangerait en c'Uf. Cf. d'ailleurs à ce sujet Ewald, Ausf, Lchrb. 
S y66 e. 

^ Cf. Cor. IV, i/i 1. 

^ Cf. Cor. IV, li6\ XXI 1, 2. 



— 87 — 
h. De JUi : ^bl «vase,» pluriel ^b^, Cor. vi, aS. 
c. De aIIxs : »ùii^ (( trois, » |)liiiicl cbl^Xjl , //n/H. trv, 

r 

1 . 

i y ) y yiii- 

(L De Jjjw ( u//. j ), ^ " étalon, » pluriel i':^\ , 
Sîb. f'F, 3, etj«X£. « ennemi,)) pi. ^I*>sjil, /fam. ft^-v. 

(?. De Joùti : J:^^ « mauvais , » |)1. j[/^' , /(/. «^/V/. 
1. 19. Tebr. ajoute : «C'est un pluriel irrcgulicr. » 

c 

Citons , enfin , ^Ui^l «mélange,» Coran, lxvh, 2, 

dont Beid. dit : « C'est un pluriel de ^^ ou do J^ , 

ou de |a-ûw«; » d'autres disent : « Un singulier comme 

jUaÏÎ «la science,» et yû^^Sl «vêtement de soie et 

de laine ; » et f.Ujî « troupe de chameaux, » Cor. xvi , 
18, que Beid. appelle un «nom de plur. » Ce sont 
là des exemples du pliuiel employé pour désigner 
une idée abstraite comme en hébreu. 

§ y6 : 35.— '^*i\ (Sacy, §85/i). 

a. DeJ^s-l- [lût. is) ■ y>^3 «vallée, » pluriel ^.^^\ . 
Coran, xin, 18. 

b. De Jjti : ^4^ « élévation de terre , r, pi. 5«x^l , 
Ham. ^le, /. uU. Tebrîzî dit que c'est un pluriel de 
pluriel, dont l'intermédiaire est i>l:^. 

c. De Joù [ult. t5 , sans prolongation). Soyoûti 
dit à ce sujet dans le Mizhdr, II , 6 1 : « Il n'y a pas de 
mot dont ï éllf soii sans meddd [j^^-^aà^], qui forme 



— &8 ~ 

le pluriel ^^l, particulier aux mois qui ont un 
mcddil, excepté tii a rocciput, » pluriel ii^\ , de 

même qu'on dit de t_>'^ «porte, » le pluriel iijj^ji et 
de j^*Xj (d'extrémité,)) le pluriel .xj^ji; et -«^^J^ , 
avec un medclâ, est rare '. « 

§ ^-. 36. __ joiit (Sacy, §85'2). 

a. De Josj : «Xvà (( monticule, » pi. ^*i>i, Sîb. 1^,7. 

b. De *Xxi : iLoi a servante , » plur. j.^, Kâmil, f*'F, 

bien qu'on lise dans la même |)age : '^m ne peut 
pas former le pluriel J^l. 

c. De ^x3 : À^xj (( bienfait , )> Coran , xvi , 1 1 3 , où 
Beid. dit : «formé sans tenir compte du ^â;» 5*>v-i 
«force, » pluriel •x.^iî «la maturité, Coran, \i, i58. 

J, De ^Xa9 : »x\ « colline, )> pluriel %-^s), Sîb. ic, 
19; \i\j «chameau,» pluriel (^j^ , id. ibid. 

§ 78 : 37. — i^xiî(Sacy, §860). 
Aux ex.emples cités par M. de Sacy j'ajouterai 

' Voici le passapje: Ur «isil (J.c «^ ^^-«aibo È^JoçJ ^j*^} 

iUi ^ItNJj. Cf. aussi Ham. p. ha\ , 7, el 1(' Ccinin. de Tcbrîzî; Ilar. 
p. e»; notes au 5îV. d'Ibn Ilichàm, p. 1/17. 



— 89 — 

iXjiX,^ u fort, " pluriel *l<>s-il , Coran , xlviii , 2y -, ^ 

((prophète, » pluriel *^jsvI, Cor. iv, 9 i -, 1^^ ((d'une 
origine suspecte,» pluriel '1^^^! , Coran, \k\ui. A; 

klvxAaj ((part,» pluriel -cU^aj!, Sîb. t't', 7, qui cite 
également ij'-ti^ o cinqui(jmc , n pluriel ^Umu^I et ^ajJ 
(( printemps , » pluriel *Uj^I. 

i oi 

§ 79 : 38, — Jj-wi 

est une forme très-rare, dont voici quelques excm- 

pies ; viUU (( possesseur, » pluriel ii)_5.)*-«! , signifiant 

spécialement nies rois de Himvar; » Ibn Dor, Icht. 

p. IV; (ji^ya- H éthiopiens, » pluriel ji;_j.Ar»-l , idem, ii-i, 
6. Selon quelques grammairiens, dont fopinion est 

répétée, ihid. ^i>\" , 3, ij^Ail serait aussi un pluriel 

de (ji « espèce ^ n 



§ 80: 39. — Jy.i (Sacy, § 8/16). 

a. De cMJ : ^Xô (( monticule, I) pi. ^^Ui, Sîb. F, 6, 
et^jî (c pierre sépulcrale, » pluriel ^j);5 , id. ihid. 
6. De *J>Jo : »;«Xj II œil brillant , » pluriel Jj*>s' , 
? - j - ^ . . 

' Onpourrait eu dire autantde t>_ii. . ^^t>.=>.( (it ^VJ-*^! " toss(}. » 
IbnHicliàm, Sir. p. t'ei, CeUe forme, d'après les exemples cpù en 
sont cités, et i'analogie de l'cîthiopicn, paraît avoir (lié surtout usitée 
chez les Himyarites. C'est sans doute pour cela que leur dernier roi, 

Dhou Nowâs, est appelé ^a(>i».^f oos-Us. Ibn Hich. Sir. p. Vu-, 8. 
Cf. aussi .i^jcâ-^f cjU?t , Cor, Lxxxv, h- 



— 90 — 
Sîb. V, 2; A.jU (( bypocondre, » pluriel ij^y> ,id.ib. 
'é\^:> « encrier, « pluriel ^*i^ , Sacy, Chrest. JI, 333. 

c. De JUi : ;jjUi (( chèvre, » pluriel i^^Àt , Sîb. ff, 
«//. *1^ «ciel,)) pluriel /^*-^ , îÏ)jV/. t-r, 5. 

d. De JUi. A ce sujet, on lit dans Soy. Mizhàr, 

II, 65 : « jUi ne forme son pluriel en J_^« que dans 
trois mots, avec fatlui au singulier et dhamma au plu- 

riel : ainsi 4'3'^ " celui cpii a soif, » pluriel 4*3*^ ; 

y^j « écrit , 1) pluriel J^j ; \'i^ " village limitrophe , » 

§ 8 1 : /| G . — Sy*-9 . 

C'est là une simple variété de la forme précé- 
dente dans les mots dont la dernière radicale est 

Cl 

un wâiv ou un yâ; ainsi de t^^*- « parure, » on dit 
jj^aw ou (Jw.=»- , Coran, vu, 1/16, où Beid. constate 
que plusieurs lecteurs adoptent cette dernière leçon , 
de même que, pour IJi «urne, )) on dit Ji -, de même 
de liiL «pleureur,» on dit ÎXj, Coran, xix , 5/i: de 

^ ^ y 'y 

5 

(^*^s. «bâton,» (^*^£-, Coran, liv, 12-, de plus un 

certain nombre de mots dont la deuxième radicale 
est un yâ, en subissent l'intluence sur la voyelle qui 

précède, et font au pluriel Jyw, au lieu de Jyo, 

particulièrement dans la leçon reçue, dans la vul- 
gale du Coran. Ainsi ^^a^ « les docteurs , » Coran , xl , 



— 91 — 

69; «^^J "les maisons,» Coran, xvi, 70; 4'^=?' 

« l'intérieur d'un vêtement, Coran, xxiv, 3 1 ; (j^* 

(des yeux,» Coran, liv, 12. Remarquons que clans 
l'arabe vulgaire la forme avec hcsra s'est tout à fait 
substituée à la forme avec dhanima. 

§ 82 : /il.— jUi(Sacy, §8/i5). 

a. De ^« : »>^j « pluie fine, » j)luriel A^j\ -^^^ 
« cbamelie qui nourrit, » pluriel ^l.x5 , au sujet duquel 

nous avons déjà vu qu'il est pour!^J. Il en est de 
même de ^^; , allongement de ^^.^ . 

h. De ^li-V.^. Soyoùti dit, dans le Mizhâr, II, 55 : 
Il n'y a dans la langue aucun singulier en *>Ui qui 
fasse son pluriel en JUà, excepté -pU-àj «pourpre, -> 
et f\jJi*^ c( chamelle qui porte dans le dixième mois. » 
Le pluriel Jl.^£ se trouve, d'ailleurs. Cor. lxxxi, l\. 

c. De Ju«3 : (sS\ (( femme, » pluriel e:yL>5 ,Sîb.f<5, 3. 

(/. DeJ.*lî: J.>ij « fantassin , » pi. Jl=-j , Cor. 11, 
2/10, Beid. ajoute : comme ^\s «debout,» et ^Ui; 
vXjU, pl.^>Ui, Coran ,\x\, 6/1, Beid. dit : comme 
^^->b(( marchand, » pl.Jl.^; t_AJ\^ « celui qui acca- 
pare, » pluriel u:>Uj, Coran, lxxvii , 25, Beid, dit : 
comme /ooL» « celui qui jeûne, » pluriel p^-^ '■, ^^*- 
«hôte,» plurielJ:>>w»- , Zouheir, Mo\il. v. /i5, où le 



— 92 — 
commentaire, donne par Arnold, compare Jws»-lo , 
pluriel tl'U^' . 

i y 

c. De JUà : (j\i^i>, pi. (jU*i, Soyouli, M'rJi. II, 
179. En marge du manusciit se trouve également 
cité jli«? «petit,» pI.jUa». 

f. De Ailx» : <\=-U=»:> a coq , » pi. ^^^ , Sîb. t^H , 12. 

(j. De (j>V« : ^jlxAAi «mâle de l'hyène, » pluriel 
iW», Ibn Dor. Icht. p. ne», qui ajoute: «Contre 
toute règle; et l'on ne dit j)as (^s\xjà>. » 

h. Des deux adjectifs en J^;Ki (méd. ç^) J^s^ «qui 

est de la maison , » pi. J^^^, (joran, lu, 3 , et «Xa^- 
«bon,» pl.iUs-, Coran, xxxni, 3o. 

i. D'un certain nombre d'élatifs eu J^xài : <^cl 
« aveugle , » pi. ^l-i^ii, Cor. xn , 16, comme variante, 
^J^^\ « année stérile,» pluriel (j^l^r, Tebr. ad 
Hani. ^1-" , 6 ; (^j-i^ « terre dure , » pi. (^\jj , Ibu Dor. 
/c/i^ nô , V. 3; ^#1 « maigre, » pi. o^.^, Dj. i\ v. 

§83 : /i2. — ju«i (Sacy,§ 86A). 

On trouve une énuméiation très -complète des 
mots qui reçoivent celte forme dans Tebrîzî ad 
Ham. p. Fi*'*, 1. I 9 suiv. à propos de ^U u coureur, » 

pluriel (5,*>^-^. Ajoutons-y seulement J^ « palmier, » 
pluriel J<^, Cor. xvi, 11. 



— 95 — 

§ 8/i: /i3 et klx. — jUict jii (SacyJ 8/17). 

Deux formes congénères, déjà réunies clans un 
même paragraphe par M. de Sacy. On Irouvc la 

forme JUi venant d'un participe présent au féminin 

^ - ^ . ^i , 

dans i.!«>-o, pluriel de a^U? «une femme qui dé- 
tourne le visage,» dans un vers que cite \'A]f. \^w , 
■7. Une autre irrégularité disliiiguc les mots otAii> 

« épée tranchante, » pluriel i-Aji. Ibn Hichâm , Sir. 

p. i^V" , et »*X:^;-=»- ((jeune fille chaste, » pluriel :>^ , 
Motancbbi, ^, 1 3. 



i 



§85: /i5. — JUL». 

Au sujet de cette forme non mentionnée par 
M. de Sacy et que Reidhâwi n'admet pas au nombre 
des pluriels (cf. § 33), on lit dans le Mizhâr de 
Soyouti, II, 53 : u Elkâli dit dans ses ylma/i (anno- 
tations, cf. Hâdji-Khalîfa, n" isSo) • Jl.« n'est em- 
ployé comme pluriel que dans un petit nombre de 

mots , comme tS'^j ' pluncl de j,J u celle qui a mis 
récemment au monde; » des chameaux JUs-, c'est- 
à-dire (( nombreux ; » des chameaux tSW^, c'est-à-dire 
(( nombreux; n j\j^ , pi, de ^^j» ((jeune vache,» et 
^ijj , plur. de i^j-..} (( libre. » Sikkit, Seiràfi et d'autres 
disent : (( Il n'y a pas d'autres pluriels en Jl«, que 
tlyj, pluriel de Jyi «jumeau;» une brebis jj, et 
des brebis (^^J; J.^ *' H'^'' nourrit l'enfant d'un 



— 94 — 
autre,» pluriel Jijlà ; ^y& «un os sans chair,» plii- 

^ ■> ^ ^ y . . ^ j c 

riel (i)^js. \ J-i-j «jeune agneau, »piariel Jli*.j ctj^ 
«jeune vache, " pluriel yj», et il n'y en a pas d'au- 
tres Ibn Khàlaweihi dit dans le Kilâb Leisa 

(livre intitulé : «Il n'y a pas, » H. K. n° io/i^3) : «La 

fornie JUi n'est applicable qu'à dix mots. » Parmi 
ceux qu'il cite, contentons-nous de ceux que nous 

n'avons pas encore. Ce sont : J*kj «méprisable,» 
pluriel Jiivj; Ji^ «î(/cm,» pluriel JSi;; 4^j «jeune 
chameau,» pluriel ^Uj; k-M*j «chamelle avec son 
petit, » pluriel IoIan^j ; « cela (ait en tout treize. » Za- 
makhchari ajoute dans les vers qu'il cite, pi^,dans le 
sens de ^b^'- " ^^^ peut encore augmenter cette liste 

' Voici te texte complet de ce passage: jL d^JLof ^j iS^'!^\ J^ 
3j «-^ (_)Lj, Ja^ ItX:?. #^i.A.l5 ci^f ^f Ur" JL*i (jf^ c:jL) 

Jj_9a is^--s/o cjUi j<sîo^ is^^Âi^ J li^ r**^J ^^-IaàJI iAJo.il |_/ij 
J^;5 S^p o^f-^ ày^^ h^:) A V^^; l^j o; *^ [»'y 

*._A^]| ^i=>ij Cjv^l *->^ -^1 J'^ Cy^ CJvS»Jl f>^ (J ?-^-^ 

^c _^iif ^_st.^ i3^ cJys'l ''^_7rr-''ic j^ ^1 JUi tj^ ^^. t 
v*^:*;? v3; «'--^ J*"^;; o'^'^^^ ^^5' a-* J^;j <3'y^ f*-^^ 



— 05 — 

p.irdos niotscoinrne (jl*-.3i c homme, » j)liiriel J^bl • 
Cor. VII, iGo; ^àa*i « trace,» j)luricl Jliuw, Ibn Dor. 
Iclit. i-r, -12 ; «i>!*x4- c( fragment, » j)liir. i!^4-, Wà- 
liadi af/ Motanebbi, HF, i ; »^" et iC^S udeux noms 
t!e vêtements,» pi. ^\ys et vl^^'^ Dozy, D'ici, p. io5. 

§ 86 : /iG. — i^;ïi (Sacy, § 865). 

Voici encore quelques exemples : J^ «fruit,» 

aJ_j^, llam. iFv, y ; JjiXp «aigle,» pluriel s^yi^ , 
Mou/". VF , j . 

§ 87 : /ly. — ^Ui 
N'est dû qu'à un prolongement de la syllabe ac- 

centuée dans la forme ^«, dont il sera question 
plus loin. Cette forme, très-fréquente en éthiopien 

comme pluriel du participe présent actif, ne semble 

5 
s'être conservée en arabe que dans kAi^p « compa- 
gnons,» que les lexicographes indigènes donnent 

comme un pluriel de <,£»»s^U3. (Cf. Sacy, § 866.) 

«.éjsij ia_uL> ^Ljj sXvJf t>.2j (_$tvf txijifjjfcj j'IàJj ^^'iJ'J Jl-j^ 

(J .i.;» X-J..^ y-^.S^ iijsilj !Sas.i=ii U S-j*^ ^» (J~2-=2 IjLuJ 

(jL»!! Vj'ot^r^. |bLc <J cj^-^Î ci c5>*^'^y ' -Remarquons qu'un 
des exemples empruntés à Klialaweilii doit avoir été omis par le 
copiste; car il n'en a que neuf, au lieu de dix annoncés. 
■ Qui est ensuite abrégé en / wli. 



— 9G — 

§ 88: 48. — a]1« (Sacy, § 866). 

Cette forme, plus fréquente, se retrouve dans 
Jji « étalon , » pluriel Jf^\J- , Sîb. r, l 'ij^i « mâle, » 
pluriel «jl^'i , id. ibid.j.i=t.j «jeune chameau, » pluriel 
ïj^j , Jbn Dor. Icht. K'i , i ; JJr « chameau, » pluriel 
aIItt, Bcid. II, p;v^, 1. »?^. Sssi>[i ((bandit,)) pluriel 

^jlw,j , Koscg. Chrest. p. it^t'; J^^l « émir, » pi, »;Ui 
très-fréquent dans le roman d'Antar. 

§ 89: 69. — ^iii (Sacy, § 859). 

a. Est aussi formé, mais rarement, de S^xi, ayant 

le sens passif comme -^^xi , pi. de J-^xi « tué, » et 

^\j.^] , pluriel de J^A^Î a prisonnier. » Cf. Mouf. vs, 

6. Quant à J>Ax» , provenant déracines concaves ou 
défectueuses, voici ce qu'en dit Soyouti dans le 

MizJiâr, II, 5 1 : « J^xi et ^"^iKxi ne se trouvent dans 

s , 

les racines terminées par un ya que dans ^i-j « re- 
jeté, » et ■^!_j.ÀJ. ... et J^^v*-» dans une racine dont la 
seconde radicale est redoublée ne forme jamais son 

pluriel en f^'iKxd\ tout cela d'après Ibn Doreid, dans 
ia DjamJioara; cependant quelqu'un fait, d'après 
Sîbaweihi, une exception pour «Xj^x.;; a fort, n et 

Voici lo. passage : ^| j=UJf ^_^[x^ ^a> isl^ki», JUaS ^ jL 



— 97 — 

b. De Joli : t_>«Xj (( prompt, » pluriel *U*Xj , Tol)r 

ad Ham. k-cN, q; ^^ «bienfaisant, » pluriel *1j^ 
Mou/, vv, li. 

c. De JU* : 11^ « brave, » pluriel *V*è£, Chat. 

ms. Dresd. fol. i6 v", 1. à\ (jW> u lâche,» ?V/. î7)fV/, 

ligne 6. 

^^ ^'' 
§ 90 : 5o. — ^Vjù (Sacy. § 868). 

On lit dans le Mizhâr de Sovouti, II, 80 : u On 

ne connaît '^^^ comme pluriel de J-**» que dans 

* s 

(^^^ « généreux , )) pluriel »i^. n Ibn Dor. Icht. ih. 

6, xii.Aj>. «les Ethiopiens, » comme un pluriel irré- 

guiier. 

s ^ ^ 1 
§ 91 : 5i. — iiXjo (Sacy, § 869) 

N'est qu'une variété de la forme précédente quand 

t^là vient d'une racine défectueuse. Il semble que 

le clhamma, mis en tête, doive faire équilibra à la 
faiblesse intérieure de la racine ^ 

^^'.ioLij t>-JtVi OaAA-« sL^I cX^U .Cf. cependant aussi if .5.^5 , 
^.. ^ ..^... 

pluriel de 0~rt^^ « aimé. » Jl/oîj/". a*!, 12. 

' C'est sans doute le même motif qui fait employer irré^iiHère- 
ment de iuijS a bourg, n le pluriel ijyS , Cor. xxxiv, 17; et de *.^ji 
n mâchoire, » et f.^^^^ t parure,» ^^À. et tj>^, au lieu de ^,-^. el 

j^ , Ai/", rrt*' . 9. 

J. As. Extrait n" 10. (1867.) 7 



— 98 — 
S 92 : 52. — *>^ (Sacy, § 85oj. 
fl. De J-*» : *.^j " homme, » pluriel ^^^j, Sîb. 

F, J 1. 

6. De JoA** : cK*^^ « élève, » pluriel i^^ , pour 
iOJi.»- , Amr ben Roilh. Mo ai. v. 69. 

§ 93 : 53. — ^ (Sacy,§85i). 

D'après Ibn 'Akîi ad Alf. t"^K «cette forme n'ap- 
partient à aucun singulier, et on relient les exem- 
ples. » La liste de M. de Sacy est très-bien faite; ajou- 

è 

lons-y seulement s^-ij (des femmes, n Cor. xn, 3o, 
où Beid. remarque: ((C'est un nom de pluriel de 



§9/1: 5/1. — JJ^ (Sacy, §8/11). 

a. De ^^^ : iUj^ (( indigestion, » pluriel i-j*:', Sîb. 

^ ^, -> $ ^ -* . . . 

'^j 1. «/<. À<yj" «soupçon, )) pi. /o-^J' id. ibid. et Fakhri, 

op. Sacy, Chrest. I, p. h. 

b. De tMJÎ, non pas employé comme élatif, mais 
comme adjectif dans un seul mot que mentionne 

Soyoûti dans le Mizhâr, II, 83. C'est 9-j^K pluriel 

iji) (( les nuits 1 5-i 8 du mois. » D'après Soyoûti, ce 
serait pour assimiler ce mot aux mots d'ailleurs em- 
ployés pour les autres périodes de trois jours. L'er- 
reur du dictionnaire de Freytag, qui doAne ijà , n'a 



— 9\J — 

pas v\i' reproduite par iM. narhicrde Meynard , dans 
son édition de Mas'oudi , Les J^rairirsd'or, ITf |). 'iiq, 

ou on lit «.^:>. 

$^ 95 : 55. — JJi9(Sacy. S 8/1/1) 

s> ^ 

Est abrégé de Jlxs dans un certain nombre de subs- 

. ^ . ^Z"-' 

tanlils, dont le singulier est «Xxi. On lit à ce sujet 

dans Soyouti , Mizhâr, 11 , 66 : « Abou'Obeid dit dans 
le v_ÀA*alt L^jj-s. (« Etrangelés des écrivains, !> Hadji 
Khalifa , n" 8G2 i ) : nV« ne fait au pluriel J^ que 
dans trois mots : ajs^âj ((miche de pain,» pluiiel 
^jAij; Sj^Xo (( œd perçant, d pi. j*>o et i^AAii^fc ((goutte 
de pluie, » pi. «ivA<ja.iû'. Le ^'\]ia]i de Djaùhàri ajoute, 

d'après El 'Asma'i 'ikxi^nH (( bouclier, » id. StAûi; iUAr&. 
((anneau,)) pi. (3-^; »*X-«.j^ (( côté apparent,» [)1. 
Os-As^ ; '^x& ((vicc,» pluriel tS-X^; le Moiuljamnul 
donne do plus '^'^ u troupeau de brebis , » pluriel JUS*'. 

, ^ y" " 3 , " 

Rattachons-y également s^Aaï (( cou, » pl.j^^aj , Beid. 
ad Coran, 11, K^vq, j i ; ii4-^'=- « besoin, » pi. ^3.^*-, Id. 
ibid. et «;b «(fois,» pluriel J-aj , Dj. s. v. où celui-ci 

' Voici le passage de Soyoûti : t_,v-J^ J tV-:v-A_£ ^.j\ JLs 
«_--<i.-j^ i~~A^j i_9y^\ *..s-JIj (J jI L/a-i» «..Isi c:jU |l (_^^f 

(J>*a£0 1 ^ -^'j^ •— ''^^^5 '•■^r>^5 >-^r^3 ^0^^^^ i3^^i *..B-A^« ^"^^î 



— 100 — 

remarque qucjjçj ost pour Jlo', ;\ rause de la lettre 
faible qui est au iiiilieii du mul^ Nous avons vu que 
le iiîêuie |)liénoniène se produit aussi dans des mois 
dont la seconde radicale est une lettre forte; d autres 
mots ayant, comme »;b , une lettre faible, sont 

sxxyâ (( cbanq) , » pi. ^s^i , Sîb. i* , 9 ; ^^^.i»- »< tente , » 
pi. rtfvsw. ià. jhid. 

§ 96 : 56. —- J^ ('^afy, ^^ 867). 

De mots ayant au singulier une longue aprcs la 
deuxième radicale : >Ji' « (erre, » pi. ^^! , flam. trH, 
1 7, 011 Tebr. compare 4'^' "peau,» |)luriel c^^l ; 
(^S II cuii-, pi. (^»\\ ij-S ((Colonne,!) j)luriel ^.J; 
fi^^s (( cpée rouillée, » pi. *-»^. Soyoùti, Mizhdr, II , 
5 1 , cite les mêmes exemples, plus 4vs^* « os de la 
queue,)) pluriel <-a**^. 

§97: 5-. — jii (Sacy, § 8/i3) 

Est le pluriel naturel de tous les mots cpii, au sin- 
gulier, ont une longue après la deuxième radicale. 

^ Voici le passage de Djaiiliâri, 5. v. o-*a w^j CJiU*-J ^^^3 

tjUj 4.>o^^ ^ j lyu AjI {_$_^y ^I ÇA U cîil^ ^_j]_j UJ[ 



— 101 — 
Quand il est jippliqué à des mois des fonms J^ , 
Js«, ou atilnvs analogues, il nu- semble être con- 
tracté de Jy«. Quelques grammairiens considèrent 

Jvx» ilans ces cas-là connne un pluriel de pluriel, 
en passant par Jlx», comme intermédiaire. Cf. Mou- 

barrad , Kâinil , ia, 8; Beid. II, lo^, 1-7. On tire de 

^jlxc « fer de la charrue, » qui a une lettre faible au 

milieu de la racine, le pluriel y^^, Sîb. t^' , iT). On 

trouve également ^-^Aiow , comme [)luricl de *U.^ 
(1 pierre dure. >. Cor. lxiii, 6. 



§ 98 : 58. — yyd (Sacy, § 8/12) 

è > > 

Est souvent une forme plus légère pour J-x»; dans 
d'autres cas, il en est tout à fait indépendant. 

a. De Jj" : e-Ài^v (( toit, » pluriel v_Xs^, Tebr. ad 
llain. Ai 'S, 10; (^.sûj ((gage,» pluriel ^^j , id. ihid. 
ij^ (i rose , » pluriel ^j^ id. \'vy , -l'i^j-Âs^- « (flèche) 
pénétrante,') pluriel J^iî.i>- , /(/. ibid. (médiale faible) 
(j^4- <' rouge, npl. (jj.i=»-,'AmrbenKoltli.MoVt/.v. 77; 
ijA,iJ (( lè|e , » pi. J^Sj' Ham. m*, 9; (deuxième radi- 
cale redoublée) Oaj" épais, )) 1)1. cio, i/fl;?i. t'fv,2/|. 

h. De Jjsi : *XAvi (( lion,» pluriel -^ZJs ^ Hani. vô, 
6; (j.Sj ((idole, 1) [)luriel ^^ , Sîb. ►*', 2 (méd. ^), 
^l.w (tjand)e, n pluriel ^^^ , ffom. ^("1=, 18. 



— 102 — 



c. De J.*9 : (j*«.J ((beau diseur, » pluriel ^*lî , 



llam. ^4.5, 1 --. 



d. De ^<^ : iij«Xj u corps,» pi. (jt>^, Cor. xxii , 

3 y, où Beid. compare aa^I.» « bois dur, n pluriel 
ç " -> ^ ^^.^ _ 5 j 

'->i*i.i!».-, (méd. 3),iC5b (i chameau,» pluriel (j_j.j , vers 

è ^ ^ 
ap, Sacy, Antliol. p. 336; ^'j, Har. f^ô, 2, où le 

è ^ ' 

commentaire compare ^l*« k aiie. » |)iur. ^^-^ et 
iu^ «endroit pierreux, » pluriel 4>^- 

e. De J-isU (méd. 3 ) ; *>iUî> (( repentant, d pluriel 

:>_^. f.'o/'. 11, io5; v>>jU ((Visiteur,» pi. :>^. I.ebîd, 
Mo^al. V. 7, où le commentaire, donné par Arnold, 

fournit plusieurs exemples de mots en J^£-\i sans loaw 
au milieu, qui font aussi au pluriel JJo. Ce sont: 

:y)[* ((dent de devant,» pluriel ^^.j ; Sj\s (( agile,» 
^ . è u ■' -., . ^ 0-' ^ 

pluriel «^.Cependant, en général, J^ nesc rapporte 

i 

qu'au singulier en J-^U, dont la seconde radicale est 
un ivaw. Cl. aussi J.jU»- k ehomelle peu féconde, » 
pluriel Jj-=^. Ham. i^f)=, 1. pénult. 

f. De Jlx» (méd. 3 ) : Jî_j.j (( fuyard , » pluriel Jy , 
Mouf. i-M , 18; (jikii ((animal entre deux âges,» j)l, 
^j^s, /fl. i6/(-/. 

</. De Jxi : ci^Xi (( fourreau, il pi. u-iXi , 6'or. n. 

82 ; (méd. 3) (jî^i» u table , » pluriel ijy^ . Sib. »''-* . 
i3. 



- lo;^ — 

j > > 

II. De Jl*j : vL>"^ '( coihoan , 1) pitiiicl «4^, J'^" 

I)or. yc/i/. f <?!*', \ l\\ v'^'^ (i inoiiclie, " |)liiri('l «-ji , id. 

ibid.j\^'^ ((bracelet,)) phw'icAj^, Slh. r\ , ly. 
■5 = -- 
/. De JUi, dans un .seul mot, d'après Soyoùti , 

Miz. II. 63,Jl^i». <( fai!)le, » plaiicl J^iw. 

/. De cX^xJ :jjtXi (( étang,)) pluriel J^*, 'Ann-, 
Mo ai. V. y8; p-s*^ ((femme stérile,)) pluriel «Jtc , 
i:/a/?j. vi*, 1 o. 

II. De Jy«, selon quelques-uns , ô^^ij u pi"0|)licle, » 
pluriel J^Ivj. Sib.M, i8; (méd. j) J^^j-ï ((bavard,» 
pluriel J_j.â , id. t" , i Zi. 

/. De i^Vjvjo : .xÀAxià (( selle de femme,» pluriel 
U^^ , Lebîd , Mo al. v. \'i. 

m. De Ij^xi : ^^=?■ «de la tribu de Djou'f, » pi. 

v_^x=-. //((»}. FM', 9, où Tebrîzî compare ^^j «le 

Zandjite» et irjj; et ^^^J ((Romain,» et ^^j; j^> 

(( sorte d'oiseau . » pluriel ^^=r- Hain. "^0]=, I. ait. •^ Et 

c'est, dit Tebrizî, comme on dit jj.i ((arabe,» et 

«-vj-c; et c'est là un pluriel analogue à celui qui ne 
se distingue de son singulier (jue par la suppression 

(Yun hâ , comnio »jJi ctj-Ji <( les daltes. » 

§ ()() : 59. ■ — - J-w 
N'estemployé (|uedansun certain nombre demots , 



— 104 — 

i 

v\ particulièremeiil de participes en J^'ij, pris subs- 

tantivemenl. Ainsi tK==-[; « fantassin, » |)lnriel J^j , 
Cor. XVII , G6 ; j^U c clièvre , n pluriel j.;»^ ,, Go/'. \vn , 

M\ \ <S.;>.U» « coin])agnon , ))pluriel 4'^/Amroiiou'l- 
keis, Mo\iL V. i 5; ^^h u niarcliaiul, » pi- j-?'^, Beid. 
ad Cor. I, P-'ir, 1 k ; Xy«oU; (, ehamellc grosse, » pluriel 
Jj.^, Tarafa, Mo al. v. i 5; iL>*>s.ii> d moyen , » jjluriel 
^^^^, Cor. V, 2, où Beid. compare iw«x4- « Inie 
poussière,» pluriel (^<x=- ; o_^a^* uv^cnl violent,» 
pluriel u-iAs- , Motanebhi , i", 8. 

s 1 00 : 00. cNW 

N'est qu'une variété de la forme cMi, appartenant 
aux noms dont la seconde radicale est un yâ et dé- 

tei'mine le changeiuenl de la voyelle. Ainsi ptvûl 
(t obscur, » pluriel ^-^, Cor. lvi, 35; t-^'-wi «qui a 
les ebeveux blancs, » pluriel Jvs-^/Amr. Mo'^al. v. /ly; 
o'-j <; denl , » phu^iel 4^aj , Sîb. IF, 2 ; (j»^^ " blanc, » 

pliuiel i>s-Aj , ?V/. ^'«-^ 1 7, etc. Citons enfui ^^ pour 
(j-«:>, par une licence poétique, Antar, Mo al. v. i5. 

§ 101 : 61. — J.JO (^'^cy, § 861). 

il n'y a rien ti ajouter à la nomenclature très- 
riche et très-complète donnée par iM. de Sacy. 



— 105 — 

A la noie citée? par M. de Sacy, p. 368, noie i, 
et empruntée par lui à Ilariri, p. <M"i , 1. i h , on j)eul 
eomparer Moiif. -^F, i8 et Alf. ri=r, 5. • 

En terminant ce travail, je ne me fais aucune 
illusion sur les lacunes ({ue je laisse, sans même cher- 
cher à les combler; car pour que ce travail fut 
complet, il faudrait maintenant parler ici en détail 
des formes particulières aux noms de pluriels; des 
diminutifs formés non pas du singulier, mais du 

pluriel; des noms relatifs, comme (^jLio«- (( un 

herboriste,» qui proviennent, par l'addition d'un 

yd, de mots au pluriel, icide QiijU*a». «les herbes; » 

des sens ditFcrents dans lesquels sont pris les divers 
pluriels d'un même mol, etc. etc. Cependant , tel (|u'il 
est, je ne désespère pas que cet essai, augmenté 
de quelques appendices où j'essayerai de traiter ces 
points spéciaux, ne présente quelque intérêt pour 
ceux (|ui s'adonnent aux études de grammaire sémi- 
tique. 



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Derenbourg, Hartwig 

Essai sur les formes des 
pluriels arabes 



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