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Full text of "Essai sur les maladies qui attaquent le plus communement les gens de mer, contenant une méthode courte & facile pour les connoître, les guérir, & même en préserver. : Ouvrage utile aux chirurgiens naviguans, & même à tous les marins qui se trouvent dans des bâtimens où il n'y a point de chirurgien. On a joint quelques observations sur la méthode la plus sûre de secourir les noyés, & de traiter les fiévres de l'Isle Saint Domingue & des autres colonies françoises aux Antilles."

_r 



Mc*& Q * iYh 



ÔMHOVl— 







ESSAI 

SUR 

LES MALADIES 

QUI ATTAQUENT LE PLUS COMMUNEMENT 
LES GENS DE MER, 



J 



ESSAI 

SUR 

LES MALADIES 

QUI ATTAQUENT LE PLUS COMMUNEMENT 
LES GENS DE MER , 

Contenant une Méthode courte & facile 
four les connoitre, les guérir^ & même 
en fréferver. 

Ouvrage utile aux Chirurgiens Naviguans, & 

même à tous ks Marins qui fe trouvent dans 

des Bâtimens où il n'y a point de Chirurgien. 

On a joint quelques Ohfervations fur la Méthode la 
plus Jure We Secourir les Noyés, <& de traiter let 
Fièvres de PI fie Saint-Domingue <& des autres 
Colonies Françoifes aux Antilles* 

Par G. M. Maître es Arts & en Chirurgie. 

Illi robur & as triplex circa peFîus erat. 
Qui fragilem truci commifit pel-zgo ratem, 

Horat. Od. 3. 

A MARSEILLE, 

Chez J. Mossy, Libraire, au Parc. 



^ f-'Mi nimu. — — — |— 






^JiÀ**skL£X!2%$2ééU.k&à 



-é-$ -à~à-$-4- -à--à"*t- -à- ~&~à -«--*■ ,$--»•-* 



> sw??r! 



fTÇ^'^srrT' 




A MESSIEURS, 

MESSIEURS LES MAIRE- 
CONSULS- ECHE VINS, 

Protecteurs, Défenfeurs des Privi- 
lèges & Immunités de la Ville de 
Marfeille, Lieutenans Généraux de 
Police Se Confeillers du Roi. 




ESSIEURS , 



La honte avec laquelle vous avez 
toujours accueilli tout ce qui peut être de 
quelque utilité aux Navigateurs , me 
donne la confiance àe vous pré/enter cet 
EJfœii qui traite de leurs maladies, leur 
enfeigne à les connoîïre, À les guérir, & 
même a s'en prefîrver. Qui mieux que 

i iij 



vj ÉPITRE DËDîCATOIRE. 

vous autres y MESSIEURS , peut 
apprécier cet Ouvrage ? Vous veillez* 
nuit ér jour a l'augmentation ér a la 
fureté' du Commerce , vous êtes les Pro- 
tecteurs & les Défenfeurs des Privilèges 
ejr Immunités d'une des Villes les plus 
commerçantes du monde. Faites donc , 
MESSIEURS, qu'il paroijfe fous vos 
jâufpices^ & recevez-le comme un hom- 
mage de la plus refpethiatfe confidéra- 
tion, avec laquelle j'ai l'honneur d'être^ 



MESSIEURS, 



Votre très-humble & très- 
obéiflant Serviteur , 

G. M. *** Maître es Arts 
& en Chirurgie % 



ni *. , ... .■•, .... .-. 

u V 1 .:•..>•...•>..•*-■•■•*'•• 






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PRÉFAC 




1^=3§g=$3!ET Ouvrage eft le fruit 
l§ " C* i d'une longue pratique, fon- 
Ï^Êâ dée fur les Obfervations que 
j'ai faic dans mes différons voyages fur 
mer, & pendant mon féjour dans 
diverfes Echelles du Levant : retiré 
depuis plusieurs années dans un Pays 
Maritime 3 j'ai eu bien des occasions 
d'en faire de nouvelles , & je n'ai 
puenvifager le malheureux fort d'une 
quantité de Marins, fans en être tou- 
ché de compaffion. 

En effet ces hommes utiles 3 pour 
faire participer les Habitans de l'U- 
nivers entier aux avantages de tous 
les climats , expofent non feulement 

a iv 



mm 



viîj PREFACE. 

leur vîc aux fureurs d'un élément 
intraitable , mais encore leur fanté 
aux inconvéniens d'un changement 
continuel de climat , dans une de- 
meure peu commode , mal faine , 
& où ifs ne peuvent fe procurer que 
d'alimens de mauvaife qualité & 
très-fouvent corrompus : il n'eft pas 
donc étonnant qu'ils foient fujets à 
une infinité de maladies , ôc il eft 
certain qu'elles ne deviennent la plu- 
part du tems dangereufes & mor- 
telles, que parle manque de fecours. 

Cette considération & les (impies 
ttiouvemens de l'humanité auxquels 
j'ai cédé , m'ont in/piré le deflèin 
d'être de quelque utilité aux Navi- 
gateurs : j'ofe me flater qu'ils ne 
liront pas fans fruit l'hiftoire de leurs 
maladies , que j'ai taché de rendre 
avec autant de vérité que de fini- 



PREFACE. h 

plicité , afin qu'ils puifTent eux- 
mêmes, au défaut dé Chirurgiens, les 
connoître &; les traiter dans le befbin. 

J'ai cSvifé cet EfTai en deux Par- 
ties , 6c chacune d'elles en différens 
Chapitres : j'ai renfermé dans la pre- 
mière les maladies internes ; la fé- 
conde contient les maladies externes. 

Les Numéros répandus dans les 
Chapitres fervent à indiquer les re- 
mèdes que je prefcrits : on en trou- 
vera les Formules à la fin de l'Ou- 
vrage fous les mêmes Numéros. J'ai 
ajouté au deflousde chaque Formule, 
qui a paru l'exiger , une explication 
qui indique de quelle façon & avec 
quelles précautions le remède doit 
être adminiftré. On trouvera de 
même à la fuite des Formules une 
defcription des drogues fimples qui 
entrent dans leur compofition , mifg 



% PREFACE. 

par ordre alphabétique , afin que les 
Marins n'employçnt aucun remède > 
dont il ne foient à même de connoï- 
tre la nature , Pefpece 6c la^qualité. 

J'avoue que j'ai traité de plufieurs 
maladies qui n'attaquent pas exclusi- 
vement les Gens de Mer 5 mais ii 
n'était guéres poffible de faire autre- 
ment : je n'ofe même me flater d'a- 
voir raflemblé toutes celles dont le$ 
Marins en général peuvent être at- 
teints ; j'ai feulement recherché 6c 
traité , le plus fuccintément qu'il m'a 
été poffible, celles auxquelles ils font 
le plus ordinairement fujets. 

J'efpere que cet Eflai ouvrira les 
yeux à quelqu'un plus inftruit , 6c 
l'engagera à travailler fur cette ma- 
tière d'autant plus importante, que 
nous n'avons fur les maladies des Gens 
de Mer que des Ouvrages Ânglois ou 






PREFACE. xj 

Hollandois : on fait que les travaux, 
la manière de vivre , le tempéra- 
ment & les voyages des Nations 
pour qui ces Livres ont été faits , 
font différens de ceux des François ; 
d'ailleurs quoiqu'ils traitent d'une 
manière très-étendue leur objet, ils 
font trop favans pour être mis entrç 
les mains de plufieurs Chirurgiens 
Naviguans, encore moins des autres 
Marins, puifqu'ils font écrits en latin, 
langue qui leur eft fort peu fami- 
lière : c'eft ce qui m'a donné la con* 
fiance de croire que ce petit Ou- 
vragepourroit être d'une plus grande 
utilité aux uns &. aux autres. 

Quoique le Scorbut ne foie pas 
une maladie fort commune dans ia 
Méditerranée , on trouve cepen- 
dant plufieurs Matelots qui en font 
attaqués, foie qu'ils l'ayent pi ïs dans 



*ij PREFACE. 

des voyages fur l'Océan, ou qu'il 
leur foie furvenu en naviguant dans 
la Méditerranée , ce qui n'eft pas 
abfolument extraordinaire ; c'eft ce 
qui m'a engagé à faire un Chapitre 
particulier de cette maladie, afin 
d'en donner une idée aux Marins 
qui ne la connoiflent pas, & leur 
apprendre à. ne pas la confondre 
avec d'autres, avec iefquelles elle 
femble avoir quelque affinité. 

Je me fuis un peu étendu fur 
les maladies vénériennes, & princi- 
palement fur les différentes métho- 
des de les traiter : i°. parce qu'elles 
ne font malheureufement que trop 
communes parmi les Marins : 2°. parce 
qu'ils n'ont pas dans leurs Bâtimens 
toutes les facilités néceflaires pour 
s'en faire traiter comme il faut ; c'efl: 
ce qui m'a obligé à détailler les raifons 



PREFACE. xiij 

qui m'engagent à leur confeiller la 
méthode de Monfîeur le Baron de 
Van - Swieten dans les Bâcimens , 
préférablement à. toutes les autres : 
j'ofe les a(Turer ( &: l'expérience ca 
convaincra ) que le remède qui en 
fait la bafe eft des plus fimples, qu'il 
n'en efl: poînt de plus facile à pren- 
dre, qui demande moins de pré- 
caution dans le régime , qui ioit 
moins dangereux dans fon opéra- 
tion , en un mot , dont l'effet fok 
plus fur & le prix plus modique. 

Le Chapitre de la Pefte m'a paru 
demander une atttention particu- 
lière : j'ai refté long-tems dans des 
Pays où elle efl: fort commune 5 je 
m'y fuis même trouvé dans des tems 
où elle faifoit d'afïèz grands ravages* 
& j'ai pris fur cette cruelle mala- 
die tous le» éclairciflèmens que j'ai 






xi* PREFACE. 

pu me procurer : d'après quelques 
réflexions auxquelles ils ont donné 
lieu, j'ai la confiance de croire que ce 
tnz\ù y cCi pas audeflus des remèdes^ 
qulln'eft fi meurtrier que parce qu'on 
abandonne les peftiférés , & qu'on 
leur refufe certains fecours qui en 
fauveroient infailliblement plufieurs. 

On trouvera à la fin de la pre- 
mière Partie, la Méthode à fuivre 
pour fecourir les Noyés & les rap- 
peller à la vie : quoique ce que je 
dis Ià-defliis ne foit pas de moi, Se 
que je ne répète que ce que les 
grands Maîtres ont écrit fur cette 
matière , j'ofe pourtant me fiater 
que les Marins me fa Liront gré d'a- 
voir raflembié dans un Ouvrage qui 
n'eft fait que pour eux , des chofes 
qui à tous égards fembîent devoir 
y occuper une place. Dans le nombre 






PREFACE. x* 

des remèdes dont j'ai donné les 
Formules , j'ai taché de n'admettre 
que ceux qu'on peut fe procurer le 
plus aîfément , qui font les plus 
faciles à préparer, qui fe confervene 
plus long-tems , 5c qui font le moins- 
difpendieux. J'ai bannrdu traitement 
des maladies Chirurgicales cette 
prodigieufe quantité d'onguens S£ 
d'emplâtres^, pour les réduire à quatre 
©u cinq , qui fuffifênt afitirémeng 
pour les maladies qui ont befoin de 
kur application» . 



Enfin , comme ce Livre n'ed pas 
fait feulement pour les Chirurgiens 
Naviguans , mais encore pour tom 
les Marins en général , j'ai taché de 
me rendre intelligible à ceux qui 
se font pas de l'Art, en n'employant 
pas mal- à- propos des termes fans 
leur en donner l'explication, & ers 






xvj PREFACE. 

mettant ce que je dis , tant au fujet 
des maladies que des remèdes , à 
la portée de toute perfonne qui eft 
en état de raifonner. 

Ceux qui (ont allez inftruïts pour 
n'avoir pas befoin de cet Eilai > 
pourront trouver , s'ils le lifent , 
beaucoup à critiquer fur la négli- 
gence du ftyle , & fur les répéti- 
tions qui m'ont paru quelquefois 
inévitables , ou qui m'ont échappé ; 
mais j'efpere de leur complaifancc 
qu'ils pardonneront de bon cœur 
ces fautes à. un Chirurgien qui 
a plus d'habitude avec fes ma- 
lades qu'avec les Lettres. Mon but 
n'efl: pas de m'illuftrer , mais d'être 
utile aux Gens de Mer : heureux , 
s'ils me doivent le moyen de fe 
préferver ou de fe guérir de quel- 
que maladie. 

ESSAI 







ESSAI 

SUR 

LES MALADIES 

QUI ATTAQUENT LE I>LU3 COMMUNEMENT 
LES GENS DE MER , 

Contenant une Méthode courte & facile 
pour les connaître ejr les guérir. 

PREMIERE PARTIE. 

DiiS MALADIES INTERNES. 



CHAPITRE PREMIER. 

Du Mal de la Mer, ou du Vomijfement 

ordinaire aux nouveaux Embarqués. 

WW^&i OUT tomme qui s'em- 
% T il t>ar S ue far la mer , femblc 

%zÊ>èj} devoîr un tribuc à cec élé ~ 

~T mcnc : * P eine a-t-ii mis 
te pied fur un Bâtiment , qu'il e ft 
averti des dangers auxquels il 5 *ex- 




2 Du Mal de la Mer.. 
pofe, afin qu'il fonge de bonne heure 
à les éviter. 

Mais que peut cet avertitlement 
contre la cupidité & le défir d'amaf- 
fer des richefles ? L'ambition rend 
le Marin lourd à cette voix : peu 
content des tréfors que lui offre fa 
Patrie , il a le courage de braver 
tous les dangers d'une navigation 
périlleufe ; à la merci des vents 3c 
Ses flots , à travers les écueils Se 
l«-s rochers , il court chercher ceux 
d'une autre Contrée ë£ du Nouveau 

Monde. - 

Déjà les ancres font levées, un 
coup de Canon annonce le départ , 
les voiles font déployées , un vent 
fra's & favorable les gonfle, le Vail- 
feau fort du Port Se s'éloigne bien- 
tôt de la Côte : ne nous contentons 
pas de le confidérer du rivage ; fai- 
ibns-nous y tranfporter pour quel- 
que tems, avant qu'il échappe a 
notre vue. •' ■'-'•; 

Quel fpeétacle fe prefente t Les 
nouveaux Embarqués , qui un nio- 






Du Mal de la Mer. 3 
ment auparavant écoient fi gais, G. 
difpos, Ci bien portans, font ren ver Ces 
pêle-mêle fur le Tillac , ou couchés 
fous les Ponts ; ils font les uns & les 
autres des efforts extraordinaires 
pour vomir : ils n'ont pas plutôt 
mangé un morceau ou bu quelque 
peu de liqueur, que le vomiffernent: 
recommence 6c devient plus vio- 
lent. Il n'en eft aucun qui ne fouhaï- 
tk dans cet inftanc de retournée 
au Port , & qui ne donnât volon- 
tiers tous les trifors du Pérou, s'ils 
écoient en fon pouvoir , pour qu'on 
le rapportât dans l'endroit d'où il 
ne fait que de partir, 

A l'afpect d'un tableau Ci effrayant, 
qui voudra déformais aller fur mer? 
Qu'on fe raiïùre cependant, tous 
les nouveaux Embarqués ne font pas 
auffi malheureux : il y en a qui 
dans leur vomiffement ont certains 
intervalles de relâche ; d'autres ne 
vomiflent que quand le vent efl: 
Jais, & qu'il y a de la tourmente 
dans le Yaiffeau j quelques-uns plus 



I 




j| Du Mal de la Mer. 
heureux ne vomilfent point du tout, 
te ne craignent jamais la mer : enfin 
Je plus grand nombre > après avoir 
vomi & fouffert pendant^ les pre- 
miers jours de la navigation , s'ac- 
coutument à l'élément , & ne ref- 
fèntent plus rien pendant le refte 
du voyage. 

. Il y a plufieurs fentimens fur la 
caufe'du vomilîèment des nouveaux 
Embarqués : les uns l'attribuent à 
l'air falin qu'ils refpirerit pour la 
première fois, lequel picotant les 
libres de l'eflomac, peut occafionner 
le vomiffement ; les autres difenç 
qu'il provient du mouvement d'on- 
dulation de la mer & des fecouiiès 
qu'ils éprouvent pour la première 
fois dans un Vaiffeau , lefquelles 
faifant foulever l'eftomac, procurent 
le même effet. Je ferois volontiers 
de ce dernier fentiment , par la rai» 
fon que plufieurs perfonnes foufirent, 
quand elles vont en voiture pour 
la première fois, la même incom- 
modité que reffentent les nouveaux 
Embarqués, 






Du Mal de la Mer, 5 
Quoi qu'il en foie, on regarde 
communément le mal de la mer 
comme une chofe de peu de confé- 
quence 5 on s'imagine même qu'il 
n'y a pas des moyens pour le pré- 
venir , ni des remèdes pour le gué- 
rir. J'ofe pourtant afîurer d'après 
l'expérience , que cette maladie eft 
quelquefois dangereufe , & que plu- 
fieurs perfonnes en feroient mortes , 
fi on ne les avoir fecourues : les 
meilleurs moyens pour y parvenir 
font ceux que je vais indiquer. 

Dès qu'on s'apperçoit qu'une per- 
sonne craint la mer , il faut la faire 
coucher dans un endroit du Vai£ 
feau un peu aè'ré , ailleurs que dans 
la Chambre , ou fous les Ponts , 
quoique la tourmente & les mou-' 
vemens du .Vaiflèau foient moindres 
dans ces endroits ; néanmoins il eft 
certain que Pair étouffé qu'on y 
refpire, i'odeur de la marine, de 
h poix & du goudron . augmentent 
la difpoficion au vomifTement, & iVn- 
tretiennent , s'il a déjà commencé. 

Aiij 



6 Du Mal de la Mer* 

On ne donnera aucune nourri- 
ture folide à ceux qui craignent la 
mer , mais feulement quelques cuil- 
lerées de bouillon d'un quart d'heure 
à l'autre : on fera diifoudre dans 
le bouillon un peu de fafran en 
poudre ; on leur appliquera fur la 
région du cœur & de Peftomac un 
fachet dans la compofition duquel 
entre cette drogue , avec divers au- 
tres aromates : voyez la formule 
( N°. i )• On leur frotera les na- 
rines avec du bon vinaigre , ou 
quelqu'sutre liqueur fpiritueufe , 
comme l'Eau de la Reine d'Hon- 
grie, l'Eau fans pareille & autres 
iemblables. Enfin on aura foin d'ôrer 
tout ce qui pourroit gêner la cir- 
culation du fang > comme les bou- 
tons du col > des manches , des jar- 
retières, &c. 

Si malgré ces fecours le vomif- 
fement continue , & fait craindre 
la rupture de quelque vaifleau fan- 
çuin, il faut faire prendre aux ma- 
fades demi-dragme ou tout au plus. 




— 






Du Mal de la Mer. j 
une dragme de Thériaque, qu'on 
délayera dans trois ou quatre cuil- 
lerées de bouillon : on donnera une 
cuillerée de ce mélange d'un quare 
d'heure à l'autre ; ce qui fuffira pour 
diminuer & même pour calmer le 
vomiflèment. On ne doit donner 
aucun autre remède , à moins que 
le vomiflèment continuant pendant 
plusieurs jours, malgré l'ufage de 
celui-là , foit parvenu au point de 
faire craindre quelque hémorragie , 
c'efl-à-dire , quelque vomiflèment 
de fang occafionné par la rupture 
de quelqu'un des vaiffeaux de l'efto- 
mac. Dans le dernier cas , U po- 
tion ( N°. 2 ) fait des merveilles : 
on peut y ajouter dans les cas vio- 
Jens , comme il efl: dit au deflous 
de la formule, vingt ou trente sou- 
tes de Laudanum liquide , ou demi- 
once de Sirop de Pavot blanc, & la 
donner en deux prifes dans l'efpace 
de demi-heure , & même dans une 
feule prife. 

Au refte , toutes les précautions 

A iv 



i 




8 Du Mal de ia Meh. 
que je confeille de prendre à ceux 
qui craignent la mer , 6c les remè- 
des que je leur indique , ne con- 
viennent qu'à ceux qui ne font pas 
Marins par état, comme les femmes, 
les Religieux & autres perfonnes de 
diftinclion , qui s'embarquent en 
qualité de Paflagers , pour fe faire 
tranfporter d'un endroit dans un 
autre. Ceux qui fe deftinent à na- 
viguer , doivent faire tous leurs ef- 
forts pour s'accoutumer de-bonne, 
heure à la mer , ÔC ne doivent re- 
courir aux remèdes que dans les cas 
les plus urgens ; autrement ils ne, 
deviendroicnt jamais bons Marins. 







Du Scoubu T.^ 




CHAPITRE II. 

Du Scorbut* 

ES voyages que l'on fait fur 
mer, durent ordinairement plu- 
sieurs mois , fouvent même des an- 
nées entières 5 c'eftpour cette rai- 
fbn eue les alimens qui doivent fer- 
vir à la nourriture des Equipages 
des Vaifleaux, doivent être de na- 
ture à fe confèrver long-tems. On 
prépare en conféquence le pain de 
la provifion, en en faifant du bifcuit 5 
maigre cette précaution , il fe gâte 
quelquefois , & fe remplit de vers. 
Ceft dans la même intention que 
l'on fale la viande & le poilîon. 

Pour confèrver l'eau douce > qui 
efl: la plus néceffaire de toutes les 
provifions , &: la maintenir dans fa 
pureté , on en remplit des tonneaux 
qu'on a auparavant bien lavés èc 
nettoyés : voilà tout ce qu'on peut 
faire pour empêcher qu'elle ne 

* A v 



C* 




io Du Scorbut. 

gâte. Malgré toutes ces attentions, 
elle contracte fouvenr de mauvaifes 
odeurs , & fe corrompt : heureux 
encore ceux qui n'en manquent pas 
pendant le cours d'un voyage qui 
ib trouve plus long que l'on ne 
comptoit. Il eft arrivé plus d'une 
fois que de nombreux Equipages , 
comme autant de Tantales , onc 
péri de foif au milieu des eaux. 

L'ufage continué de la viande & 
du poiflbn falés , la boiilon d'une 
eau croupifïànte ou corrompue > les 
autres alimens de mauvaife qualité» 
la mal-propreté , Pair falé & mal- 
fain que les Marins refpirent dans 
leurs Vaiflèaux, font la caufe la plus 
commune & le germe de prefque 
toutes les maladies qui les atta- 
quent ; le feorbut en eft une des 
plus ordinaires. 

On connoît le feorbut > & on le 
diftingue des autres maladies qui 
lui reflèmblent , par des fymptomes 
particuliers qui le caraftérifent. Il 
exhale de la bouche de ceux qui ea 






Du Scorbut. ii 

font attaqués , une mauvaife odeur, 
provenant des ulcères dont elle efi: 
remplie ; leurs gencives fe gonflent, 
fe relâchent &. faignent au moindre 
attouchement ; leurs dents noircif- 
fent , s'ébranlent &c tombent quel- 
quefois d'elles-mêmes ; leur vifaçe 
éc même tout leur corps devient 
bouffi j leur peau prend une cou- 
leur livide de plombée : une infi- 
nité de petits tubercules s'éfevent 
fur fa furface , &: fembîables à ceux 
qu'on apperçoit fur la peau de ceux 
qui ont froid , forment , ce qu'on 
appelle, la peau de poule? on y re- 
marque des tâches rouges 8c quel- 
quefois jaunes, qui leur caufenc une 
grande démangeaifon : s'ils fe gra- 
tent , il fe forme bientôt dans ces 
endroits des ulcères de même ca- 
ractère que ceux de la bouche, ôc 
qui faignent au moindre attouche- 
ment ; leur fond efi livide , & les 
bords en font durs : ils reffentenc 
des douleurs, tantôt dans une par- 
tie, tantôt dans unp autre ; ils onc 

A vj 



JL 






. , 



! 



12 Du Scorbut, 

des laffitudes dans les bras , dans les 
jambes : enfin la gangrène s'empare 
de quelqu'un de leurs membres , ôc 
la more s'enfuît. 

Tous les fymptomes que je viens 
de détailler , n'attaquent pas à la 
fois le même malade ; il n'eft pas 
même néceflâire qu'ils foient tous 
réunis pour caractériser le feorbut , 
un feul ou deux fuffifent : fi le 
même malade en éprouve plufieurs 
& dans un degré violent , on dit 
alors qu'il efl: attaqué du feorbut 
proprement dit ; mais s'il n'en re£ 
ient qu'un ou deux , on die alors 
qu'il a une affe&ion feorbutique , ce 
qui ne lignifie autre chofe qu'une 
difpofition au feorbut. 

J'ai dit que le feorbut (c trouve 
iouvent joint à d'autres maladies qui 
lui relTemblent , Se fur lefquelles on 
pourroit prendre le change : la vé- 
role ou mal vénérien en eft une 
des principales j elle a cela de com- 
mun avec le feorbut , que ceux qui 
en ont le fang ipfe&é , reflemenc 










DU SCOKBUT, . 1} 

pour la plupart des douleurs vagues > 
ont des ulcères dans la bouche de 
dans différentes parties de Jeur 
corps. Pour ne pas s'y méprendre , 
il faut faire attention i°. que les 
douleurs des feorbutiques font vives 
& aiguës, mais qu'elles donnent du 
relâche aux malades, qui fe trouvent 
foulages, lorfqu'ils font couchés ; les 
douleurs véroliques au contraire 
font plus confiantes , 5c redoublent: 
principalement dans le lit. 2 Q . Que 
les ulcères véroliques font crouteux, 
glutineux, durs ou calleux, &; qu'ils 
attaquent ordinairement les parties 
de la bouche , fituées depuis la 
luette jufques au fond du gofien les 
feorbutiques au contraire n'atta- 
quent que les parties qui font li- 
mées depuis les gencives jufques à 
h luette , èc font blafards , c'eft-à- 
dire , blanchâtres , mous 8c icho- 
reux , c'eft-à-dire , qu'il en découle 
une fanie ou matière aqueufe, acre 
&c fanguinolente. 

On doit encore obferver que le 



A 



34 D u Scorbut. 
fcorbut produit des tâches fur la 
peau , ôc le mal vénérien des tu- 
meurs fur les os , qu'on appelle 
nodus ou exoftofes , ièion qu'elles 
font plus ou moins confidérables , 
àc de plus des excroifîances charnues 
aux environs des parties de la gé- 
nération ; ce qu'on ne trouve pas 
dans le fcorbut. Enfin le fcorbuc 
peut être véritablement joint avec 
la vérole , ce qu'on connaîtra par 
les fymptomes qui font communs , 
ou particuliers à Tune &c à l'autre 
de ces maladies : c'eft dans un pareil 
cas que la prudence eft néceffaire , 
quand on adminiftre les fridions 
mercurielles, pour empêcher qu'elles 
ne fe portent à la bouche, 6c n'oc- 
cafionnent de grands dé/ordres ; on 
ne fauroit alors employer de remède 
plus convenable que celui que j'in- 
diquerai au Chapitre des Maladies 
vénériennes. 

Gomme le fcorbut confirmé n'eft 
autre chofe qu'une dépravation des 
fcumeurs , produite par le défaut de 






Du Scorbut, rj 

réparation de bons fucs , de par la 
mauvaise affimilation de ceux qui 
fè forment journellement , il faut 
avant que les vaiffeaux &; les vifee- 
res ayent perdu totalement leur 
reflort , leur mouvement & leur 
chaleur naturelle , avant qu'il fe 
foit formé des obïiruâions confîdé- 
rables , èc que toutes les fondions 
générales foient dérangées , remé- 
dier de bonne heure à cette ma- 
ladie , & avoir égard à fes diffè- 
rens dégrés. 

Dans Je commencement , c'eft-à- 
dire , lorsqu'il n'y a encore qu'une 
difpofition feorbutique , la première 
attention qu'on doit avoir dans les 
Bâtimens , c'eft de féparer ceux qui 
fe trouvent dans cet état , du refte 
de l'Equipage : on ne fauroit s'ima- 
giner combien cette maladie eft 
contagieufe > ôc fe communique fa- 
cilement , fur-tout en buvant dans 
les mêmes vafes que ceux qui en 
font atteints , à moins de fuppofer 
Bjae difpofition particulière dans les 




iS Du Scorbut. 
fujets. On leur donnera tout de 
fuite de la viande fraîche , & au 
défaut de cette nourriture, des fou- 
pes de ris , du gruau , ou autres 
farineux de la provifion 5 ils uferonc 
pour boiilon d'une infufion de quel- 
que plante antifeorbutique feche ; 
voyez la formule ( N°. j ). Si l'eau 
de la provifion avoit contracté quel- 
que mauvais goût , ou quelque mau- 
vaifè odeur , il conviendroit de la 
faire purifier à l'air, avant que d'en 
faire Hnfufîon , & d'y éteindre trois 
ou quatre fois un fer rougi au feu. 

Pour rendre cette boiiîbn plus 
agréable 6c même plus falutaire > 
on y ajoutera une once de Sirop de 
Limon fur chaque pinte , ou autant 
du fuc de ce fruit 5 qui fe conferve 
long-tems quand il eft purifié , avec 
un peu de Sucre à la place du Sirop : 
on peut encore fubrtituer au fuc de 
Limon, le vinaigre ordinaire, à la 
dofe d'une once fur chaque pinte 
cl'infuïîon , avec un peu de Sucre. 

Si malgré ce régime les malades 







Du Scorbut. 17 
ne fe trouvent pas mieux , & qu'on 
craigne que la maladie fade des 
progrès , on fera ufer les malades de 
îa décoction ( N°. 4 ) à la place de 
Tinfufion ( N°. 3 ). Ils en boiront un 
verre de trois en trois heures , au- 
quel ils ajouteront vingt ou trente 
goûtes d'efprit de Creilbn ou de 
Cochléaria : la même décoction avec 
une vingtaine de goûtes des mêmes 
efprits leur fervira pour fe garg3- 
rifer pluiieurs fois le jour ; ce qui 
préfervera leur bouche 6c leurs gen- 
cives de putréfaction. Ces petits re- 
mèdes fuffifent ordinairement pour 
fixer les progrès du feorbut qui ne 
fait que de commencer , & même. 
pour le guérir totalement. 

11 peut arriver cependant que , 
nonobftant Tafage de ces remèdes , 
le feorbut fa (Te des progrès & entre 
dans fon fécond degré, je ne connois 
alors de meilleurs remèdes à pre£ 
crire que ceux du fieur Moret, qui 
font très-renommés pour cette ma- 
ladie : on en trouvera la deferipripn 



,1 



1 8 Du Scorbut. 
avec la manière de les compofer, 
les attentions & les précautions qu'on 
doit prendre pendant leur ufage, dans 
les formules depuis le ( N°. 5 ) ju£ 
ques au ( N°. 10 ). Si j'ai fait quel- 
ques changemens à ces remèdes, ce 
n'eft que d'après mon expérience &; 
celle des Praticiens les plus éclairés. 
Ce font là les feuls remèdes que 
les Marins puifîènt employer pen- 
dant qu'ils font en mer > mais dès 
qu'ils feront arrivés dans quelque 
Port, ils leur en afTocieront d'autres 
pour augmenter leur action & accé- 
lérer la guérifbn. On doit commen- 
cer par le petit -lait (a) dans le- 



(a) Pour faire le petit-kit, prenez-en une 
pinte que vous ferez cailler avec la prefîure; 
vous couperez enfuite le caillé par morceaux , 
&: le mettrez fur une ferviette blanche, dont 
vous prendrez les quatre bouts, 8c que vous 
fufpendrez fur un plat verni fle , qui fer vira à 
recevoir le petit- lait qui découlera. Mettez 
votre petit-lait fur un feu de charbon , & le 
faites bouillir pendant un demi-quart d'heure , 
avec une poignée des plantes preferites > enfuite 
coulez-le à tfavers un autre linge net, & battez- 
le avec le blanc d'un ou de deux œufs : re- 
mettes le alors fui le feu, &le faites bouillir 









Dtr Scorbut. 15 
quel on aura foin de faire bouillir 
pendant quelque temps une poignée 
de feuilles fraîches de Creffbn ou de 
Cochléaria , ou qu'on mêlera avec 
une troifieme partie du fuc de ces 
mêmes plantes : les malades en pren- 
dront pendant quinze jours une 
ccuelle le macin à jeun , êe autant 
le foir deux heures après le fouper, 
& on les purgera avant &, après avec 
la médecine ( N°. S ) . 

Après l'ufage du petit-lait, on fera 
pafler les malades a l'ufage du lait 
pur ou coupé avec par?:;: égsîe du 
fuc dépuré ( &) de Greffon ou de 
Cochléaria , ou de la décodion des 



deux ou trois minutes , afin que le blanc d'oeuf 
fe caille 8c fe charge de toutes les particules 
de fromage qui fe trcuvoient encore dans le 
petit- lait. Coulez-le une féconde fois , Se vous le 
trouverez très-pur & clair comme eau de roche. 
(b) Pour dépurer le fuc de CrelTon, de Co- 
chléaria, ou toute autre plante , il faut piler les 
feuilles dans un mortier , & en exprimer le 
fuc à travers un linge fort : enfuite bg met le 
fuc dans un plat à Teu j on le fait écumer , 
& enfuite repofer : après qu'il eft repofé , on 
le verfe par inclination dans un autre plat > 
& ks ftee* reftent au fond. 










10 



Du Scorbut. 
mêmes p/antes'nls en prendront pen- 
dant quinze jours & même davan- 
tage, fi leur cftomac peur le (appor- 
ter ; enfuite on les repurgera avec 
la médecine ( N°. 8 ). 

Si le lieu ou la faifon ne permettent 
pas de fe procurer du lait, on y fup- 
plécra par les bouillons ( N°. 7 ) - les 

malades en prendront pendant quinze 
jours, & on les purgera avant & après 
• leur ufage avec la même médecine 
( N° 8 ). Pendant tout le tems 
qu'ils prendront ces remèdes, leur 
boulon fera la Limonade avec les 
Limons frais , & à leur défaut avec 
3e lue de Limon , dont on doit tou- 
jours avoir provifîon dans les Bâti- 
mens , puifqu'îl fe conferve pendant 
très-ieng-tems , lorfqu'il eft dépuré. 
IJsjie vivront alors que d'alimens 
frais Se de facile digeftion , évitant 
la chair de pourceau même fraîche , 
lesjégumes, (g fromage, les ra- 
goûts, le vin & les liqueurs fpi- 
ritueufes. 

Les fruits d'Eté, tels que les oran- 









Du Scorbut. ix 

ges , les cenfes , les grenades 6c 
autres, ne (ont pas nuifibles aux fcor- 
butiques , pourvu qu'ils foient afîèz 
mûrs ; ils font même falutaircs 6c 
furfi(ènt quelquefois pour guérir le 
feorbut (ans le fecours d'aucun re- 
mède , quand il n\d pas parvenu 
à un certain degré. L'ufagç feul des 
granges douces, appellées de Portu- 
gal , eft aujourd'hui regardé comme 
un des meilleurs préfervatifs de cette 
maladie : ainfi les Marins ne doi- 
vent pas négliger de faire une ample 
provilion de ces fruits 5 on les con- 
serve fort long-tems dans des cailles, 
pourvu qu'on ait foin de les enve- 
lopper avec des coupeaux de mé- 
nuifier. 

Les Marins qui défirent fe pré- 
ferver du feorbut , fe tiendront le 
plus proprement qu'il leur fera pof- 
fible : ils éviteront toutes fortes d'ex- 
cès dans l'ufage du vin & des li- 
queurs fortes 5 ils boiront beaucoup 
pour détremper le fel contenu dans 
leurs aiimens ; ils uferont d'an peu 



2i Du Scorbut. 
de vinaigre dans cous leurs alimens ; 
ils feront un exercice modéré; en- 
fin ils fe gargariferonc fouvenc avec 
la décoétion ( N°. 3 ) , A laquelle 
ils ajouteront une trentaine de goû- 
tes du remède ( N°. 9 ) \ quand 
même ils n'auroient aucune difpo- 
fîtion au fcorbut. 




CHAPITRE III. 
Î)U RhttMatiJmcm 

LE Rhumatifme eft une mala- 
Jadie fore commune parmi les 
Marins : fçs fymptomes font des dou- 
leurs dans les mufcles , les mem- 
branes j & fouvenc même dans cette 
peau mince qui recouvre immé- 
diatement les os & qu'on appelle 
période : ces douleurs font accom- 
pagnées de pefanteur 6c de diffi- 
culté de fe mouvoir. 

Quelquefois le rliumatifme eft 
accompagné de fièvre ; d'autres fois 
il eft fans fièvre. On le divife eu 






Du Rhumatisme, ij 

particulier & en univerfel : l'uni- 
verfel attaque prefque toutes les 
parties du Corps à la fois ; & le 
particulier quelques-unes , comme 
la jambe , le bras , la cuifTe , &c. 
On confond aifément les douleurs 
rhumatifmales avec celles qui font 
occafîonnées par la goûte : pour ne 
pas s'y tromper , il faut obferver 
que les premières attaquent ordi- 
nairement les parties charnues 6c 
mufculeufes 5 au lieu que les der- 
nières ont leur (îége dans les par- 
ties tendineufes-aponévrotiques , èc 
fur-tout dans les articulations des 
bras & des jambes. S'il y a toute- 
fois des rhumatifmes qui foient joints 
à d'autres maladies , telles que la 
goûte , le feorbut &; la vérole , on 
les appelle alors rhumatifmes goû- 
teux , feorbuciques ôc véroliques y 
on ne peut guérir les deux der- 
niers , (ans détruire auparavant les 
difFérens virus qui les entretien- 
nent : à cet effet on confultera les 
Chapitres du Scorbut Ce de h Vèi oie. 




24 Du Rhumatisme. 

Le rhumatifme èft occafionné par 
la plénitude , l'embarras ôc la len-> 
îeur du fang qui circule difficile- 
ment dans les parties Souffrantes ; 
or rien n'efl: plus capable d'occa- 
iionner ces embarras que la Tueur ôc 
la tranfpiraticn arrêtée : les Marins 
y font fort fujets par l'intempérie de 
\ l'air &c l'humidité, auxquelles ils font 
expofés; leurs travaux ordinaires font 
fort rudes , &. ils ne peuvent gué* 
res y vaquer fans fuer. Si dans 
cet état une vague les mouille , 
& que Pair ou un vent froid les 
furprenne , ce qui n'eft pas rare , 
en faut-il davantage pour arrêter la 
fueur & la tranfpiration ? De plus, ils 
n'ont fouvent ni le tems , ni les 
moyens de changer d'habits , pas 
même de chemife ; ils fe couchent 
êc s'endorment dans leurs vêtemens 
mouillés : eft-il furprennant qu'ils 
fe réveillent avec des douleurs dans 
différentes parties de leur corps, & 
qu'ils gagnent un r huma ri /me ? 

Si cette maladie eft négligée dan» 

fes 







Du Rhumatisme, 25 
£es commcncemens , elle augmente, 
devient opiniâtre, & caufe de cruel- 
les dculeurs : il faut donc y remé- 
dier de bonne heure ; on y parvien- 
dra en fuivant la méthode que je 
^ais indiquer. 

Qiaand le rhumatifme cû accom- 
pagne de fièvre , û le malade qui 
en eft attaqué eft robufte , s'il a le 
pouls dur &: plein, il faut commen- 
cer la cure par la faignée j on la 
réitérera de quatre en quatre heu- 
rcs, jufques à ce que le pouls foie 
ramolli & diftendu. On ne fauroit 
s'imaginer les bons effets que pro- 
duifent deux ou trois fa ignées bru£ 
quées dans le commencement de 
cette maladie ) elles défempliffent 
les vaifleaux , relâchent les fibres : 
par ce moyen la circulation fe fait 
plus librement , la fièvre ceffè , & 
la maladie fe termine dans peu, fans 
le fecours d'aucun autre remède. 

Si la fueur furvient après deux 
ou trois faignées , on doit en faci- 
liter l'abondance par l'application 



8 








z6 Du Rhumatisme. 
de quelques veffies de Cochon rem- 
plies de la décocîion ( N°. 1 1 ) > 
qu'on appliquera auffi chaudement 
que le malade pourra les fupporter, 
te par une copieufe boilTon de quel- 
que infufion légèrement fudorifique. 
.Voyez la formule ( N°. i 2 ). 

Quoique les premières faignées 
ne terminent pas toujours la mala- 
die , & qu'elles ne foient pas fui- 
vies de la fueur, le malade cepen- 
dant fe trouve ordinairement . un 
peu mieux , il eft moins inquiet ? 
&: fes douleurs ont beaucoup dimi- 
nué : dans cet état on lui donnera 
chaque jour deux lavemens avec la 
décoction ( N°. 1 1 ) $ H boira abon- 
damment de là féconde ptifanne du 
( N°. 1 8 ) /qui fera fa boiflbn or- 
dinaire pendant tout le tems que 
durera la fièvre , & il prendra en 
outre foir & matin une prife du 
remède (N°. 1} ). 

Si ces remèdes ne fuffifent pas 
pour calmer les douleurs , & que la 
fièvre , quoique foiblc , continue en* 






Du Rhumatisme 27 
corc , il faut examiner fi le malade 
a mauvaife bouche , fi fa langue eft 
pâteufe ou chargée , s'il a des en- 
vies de vomir, une pefanteur dans 
la région de l'eftomac , & des mou- 
vemens dans les inteftins; ces fignes 
annoncent qu'il a befoin d'être éva- 
cué par haut Se par bas : on com- 
mencera par le vomitif ( N°. 14 ) 
qui convient dans le premier cas, 
& la médecine ( N°. ij ) fèr- 
vira enfuite à vuider les inteftins. 
Souvent le vomitif agit autant par 
bas que par haut, & les fêcouiïes 
que ce remède occafionne, débar- 
raflent les premières voies d'une 
partie des madères viciées qui y 
font contenu^ ouvrent le chemin 
à celles qui peuvent être dans le 
fapg, qui Cq portent, par le moyeu 
ce la circulation > vsrs les emonctoi- 
res } c'eft-à-dire r dans Jes inteftins , 
& deux ou tn>is jours après en en 
procure la fortie avec Je remède 
( N°. 1 5 ) : on le réitère même for h 
fin de laaiakdVjs'ilparoîcnécefiTake, 




28 Du Rhumatisme. 

Outre les remèdes que je viens 
de preferire , on peut appliquer ex- 
térieurement fur les parties doulou- 
reufes les linimens indiqués dans les 
formules ( N°. 16 & 17 ) : mais on 
ne doit guéres recourir à ces remè- 
des dans les rhumatifmes avec fiè- 
vre ; car les malades ne peuvent 
alors fupporter l'application d'aucun 
topique, dans la compofîtion duquel 
il entre des huiles ou des graifles. 
On doit donc fe contenter d'appli- 
quer fur les parties douloureufes unç 
veffie de Cochon remplie de la dé- 
coction ( N°. il), une éponge 
ou une flanelle trempée dans la 
même décodion : on aura l'atten- 
tion de les appliquer le plus chau- 
dement que les malades pourront 
les fupporter, & d'en réitérer l'ap- 
plication avant qu'elles fe refroi- 
diflent. 

Les demi-bains , les bains d'eau 
commune tiède font très-falutaires, 
& foulagent beaucoup dans le rhu- 
jnatifme : il [faut feulement obfer- 












Du Rhumatisme. 29 
ver de n'employer ces remèdes 
qu'après avoir défempli les vaiifeaux 
par les foignées, &; débarrafle l'eftc- 
mac &c les inteftins par les purga- 
tifs & les lavemens 5 autrement ils 
irriteroient le mal , en augmentant 
la raréfa&ion du fang. 

Plufieurs perfonnes de l'Art pen- 
fent qu'il n'y a rien de meilleur 
pour calmer les douleurs rhumatis- 
males , que de procurer le fommeil 
par l'ufage des remèdes tirés du Pa- 
vot : Pexpérie.nce démontre le con- 
traire , 6c ces remèdes donnes dans 
la vue de faire dormir, de calmer 
le redoublement de la fièvre et des 
douleurs qui furviennent ordinai- 
rement vers le foir , font fouvent 
un effet tout oppoféj ils conviennent 
même fi peu , que le fommeil qui 
vient naturellement dans les pre- 
miers jours du rhumatifme , eft ac- 
compagné de trefTaillemens doulou- 
reux qui^ réveillent les malades à 
chaque inftant , & leur réveil eft 
fuivi de douleurs encore plus vio- 

Biij 



J 



^1 



30 Du Rhumatisme. 
lentes que celles qu'ils refTentoient 
avant leur fommeil. D'où il faut 
conclure , d'après des Praciciens 
éclairés , que l'Opium & routes les 
préparations qui font dormir , ne 
conviennent guéres dans cette ma- 
ladie» 

La terminai/on la plus ordinaire 
du rhumatifine fe fait par des Tel- 
les , par des urines trembles 6c par 
des Tueurs > cette dernière eft la plus 
commune , & fi j'ofe Je dire , la plus 
falutaire : on doit donc la procurer 
par une abondante boiffon des in- 
fu fions ( N°. i 2 j. La première > 
c'eft-à-dire , celle qui eft faite 
avec les fleurs de Sureau , mérite 
la préférence : la feule attention 
qu'on doive avoir dans Pufage de 
ces remèdes, c'eft de ne les donner 
qu'après avoir défempli les vaiileaux 
par les faignéess autrement ils peu- 
vent devenir pernicieux, augmenter 
la raréfaction du fang , Pépaiffir , 
le deffécher, en lui enlevant ce qu'il 
a de plus fluide > ce qui occafion- 



Du Rhumatisme. jr 
fleroît de plus grands embarras dans 
la circulation , & l'augmentation de 
la maladie. 

Quelquefois il arrive que par le 
manque de régime, ou par le mauvais 
traitement, les douleurs rhumatisma- 
les continuent , quoique la fièvre aie 
ceffe 5 elles fe fixent alors dans une 
feule partie , & s'y tiennent , pour 
ainfi dire , fi bien retranchées , qu'il 
eft fort difficile de les en déloger» 
Celles qui s'attachent à la hanche &c 
le long de la cuiiîe , font des plus 
opiniâtres > on peut alors employer 
avec fuccès les linimens ( N°. 16), 
& fur-tout celui du ( N°. 17 ), donc 
j'ai éprouvé en bien des occafions 
les bons effets : fi cependant ces 
linimens ne font pas capables de 
guérir les douleurs rhumatifmales 3 
il faut , fans plus tarder , avoir re- 
cours aux ventoufes fearifiées , dont 
on appliquera quelques-unes fur la 
partie douloureufe. Voyez la ma- 
nière de les appliquer au Chapitre 
IX de la féconde Partie. L'appli- 

Biv 







gi Du Rhumatisme. 
cation des ventoufes cft fort négli- 
gée par les Chirurgiens François ; 
fofç pourtant aflurer, & l'expérience 
m'a iouvent convaincu qu'elles font 
fore utiles dans plufieurs maladies* 
je n*ai point trouvé de meilleur re- 
mède pour guérir des feiatiques in- 
vétérées , & des douleurs rhumatiC 
maies fixées dans différentes parties 
du corps, que l'application de qua- 
tre à cinq ventoufes fearifiées , & 
je les ai employées avec le plus 
grand fuccès , tandis que les mêmes 
douleurs a voient réfifté aux topi- 
ques les plus vantés, & à un trai- 
tement méthodique continué pen- 
dant plufieurs mois* 

Les véficatoires &c en général tous 
les remèdes qui tendent à procurer 
un dégorgement dans la partie fouf- 
frante , produifent de bons effets 
dans les douleurs rhumatifmales 
fixées 6c invétérées- ; on trouvera 
là defeription , la manière de cora- 
pofer j d'appliquer & de panier les 
véficatoires dans le Chapitre IX de 



Du Rhumatisme. 33 
la féconde Partie, de la preuve de 
ce que j'avance dans l'obfervation 
fuivante, 

O B S E R VAT10N. 

,, Une pauvre femme fouffroit de- 
>, puis long - tems de cruelles dou> 
„ leurs occasionnées par une fciatl- 
„ que 5 elle avoir tenté pour fa 
35 guérifon tous les remèdes qu'oa 
3, lui avait propofé , fans avoir refr 
„ fenti le moindre fbulagemenc ,» 
„ quand il lui tomba fur la . cuifle., 
^ où giflbic la douleur, une marmite 
„ d'eau bouillante 5 elle fut guérie 
„ de la brûlure & de ta feiatique eo 
» même tems- 

Cet exemple prouve les bons- effets 
des véficatoires dans la feiatique 
On ne doit cependant recourir a ce 
remède douloureux, qu'après avoir- 
employé ceux qui font plus doux. 
Enfin û tous les remèdes que j'ai in- 
diqués , n'opèrent pas la guériCg® , 
il faut 3 pour y parvenir, avoir re- 
cours au cautère potentiel, & mënp 



34 Du Rhumatisme* 
au cautère a&uel 5 c eft-à-dire , â 
l'application d'un fer rougi au feu 
fur la partis foufîrante. Voyez le 
Chapitre IX de la féconde Partie: 
vous y trouverez des éciairciflemens 
fur le cautère a&uel 6c potentiel , 
fur la manîere de les appliquer 6c 
de panfer les plaies qui en réfultent* 

L'ufage du fer rougi au feu don- 
nera peut-être de l v éloignement pour 
ee remède comme trop cruel 5 je 
vais donc en indiquer un autre qui 
ne paroît pas fi violent, & qui eft 
autant 6c même plus efficace que 
l'application du fer rougi au feu > 
fans en avoir le révoltant. J'ai tiré 
ce remède des Mélanges de Chirur- 
gie de Mr. Pouteau , célèbre Chi- 
rurgien de Lyon 3 & j'en ai fait di- 
verfes expériences toutes plus heu- 
reufes. 

3, Prenez du coton cardé > enve- 
„loppez-le dans une bandelette de 
„ toile fine , large d'un pouce 6c de 
5, trois pouces de longueur 5 coufez 
„ cette bandelette fur le coton par 









Du Rhumatisme. 3 y 
„ les deux extrémités de fa longueurs 
3 , vous formerez ainii un petit cylin- 
33 dre qui aura à-peu-près un pouce 
„ de diamètre : coupez ce cylindre 
» avec des cifeaux tranfverfalemens 
3) par la moitié ; vous aurez par ce 
3> moyen deux cylindres que vous 
3, appliquerez fur la peau du côté 
3, le plus uni. 

,3 Si le coton n'eft pas aiïez ferrés 
3, le feu s'éteindra trop aifément ; 
„ s'il Pefï trop, il pénétrera difficile- 
>, ment jufques à la ba/è du cylindre. 

„ II faut humeâer l'endroit de la 
33 peau, fur lequel on veut appliquer 
3,1e cylindre, avec le doigt mouillé 
3, de falive , afin qu'il s'y attache 
5, plus facilement, 

55 On mettra alors le feu avec une 
» bougie à la partie fupérieure du 
,3 coton , & on l'attifera par le foufr 
„ fie léger d'un éventail 3 ou d'une 
33 feuille de carton : lorfque la cha- 
» leur commence à pénétrer la peau? 
3, on en voit fortir une humidité qui 
>, humecte la bafe du coton, & l'ac- 

Bvj 



1 



_ 






$6 Du Rhumatisme, 
„ tache davantage à la partie qu'on: 
35 cautérife. On peut de la même 
5 , façon faire brûler deux ou trois 
3 , cylindres, les uns à cote des autres, 
„ fuivant l'étendue du mal qu'on a 
3, à guérir ; mais lorfque la douleur 
„ eli profonde, il faut en laitier con~ 
3, fumer deux ou trois fur le même 
3, efearre* 

„ On aura peine à eroire ce que 
33 je vais dire : la douleur que caufe 
3, une pareille manière de caucéri(er r 
33 eft fort légère & très-fupportable; 
3, ea tout cas , fi ceux qui la met- 
3, tront en pratique ne pouvoient pas 
33 la fupporter , ils font a tout mo- 
5? ment les maîtres de la faire cefferj, 
33 quand il leur plaira , en renvet- 
33 fans les cylindres de coton. 

On détachera Pefcarre ou la 
croûte qui réfuîtera de Tune ou 
de l'autre de ces deux méthodes de 
cautérikr , avec la pointe des ci- 
feauxj enfuite on panfera la plaie 
avec le digeftif ( N°. 42 ), jufques 
à ce que la fuppuraûon Ibit bien éta» 










Du Rhumatisme. 3.7 
bile : on continuera les panfemens y 
en fuivant la méthode qui fera dé- 
crite au Chapitre de la Brûlure. 

Si , après l'ufage de tous ces re- 
mèdes y tes douleurs ne font pas 
fout-à-fait calmées ,on confeille pour 
dernière refîburce les Eaux miné- 
rales de Su Laurens y reconnus pour 
fpécifiques dans cette maladie. 

les Marins employent ordinaire- 
ment pour les douleurs rhumatifma- 
les l'Eau-de-vie , le Tafia » l'Eau de 
la Reine d'Hongrie, & d'autres li- 
qrflbrs fpiritueufes dont ils frot eut 
les parties fouffiantes. On ne fauroig: 
croire combien cette méthode eft 
Buifîble & même dangereufe : tou- 
tes ces liqueurs en général rendent: 
les douleurs plus opiniâtres, en dus- 
ciflant & en dcSc chant la peau;. bien 
plus, elles empêchent la tran/pi ra- 
tion de l'humeur rhumatifmale 3 d'où 
il arrive qu'elle fc porte fur d'autres 
parties, comme fur le période & fur 
l'os même , qu'elle afFecle violem- 
ment y d'ov* s'eniiuYent des maladies 







38 Du Rhumatisme. 
très- graves & très-longues. On évi- 
tera de pareils inconvéniens , en 
n'appliquant que des fomentations 
aqueufes & émollientes. 

On doit aufïi prendre quelques 
précautions dans Pufage des remè- 
des gras & onftueux , choifir ceux 
qui ne font pas rances, de fur-touc 
éviter de s'en fervir dans les corn- 
mencemens du rhumatifme , & 
quand il y a fièvre , auquel tems 
on fe contentera , comme il a été 
dit , des fomentations aqueufes & 
émollientes. 

Le rhumatifme qui n'eft pas ac- 
compagné de fièvre, doit être traité 
de la même façon que celui qui 
eft avec fièvre, avec cette diffé- 
rence que, dans le premier cas, 
ies faignées ne doivent pas être G 
fort multipliées, & que la diète doit 
être moins rigoureufe : on pourra 
même permettre à ces premiers de9 
foupes légères , un peu de viande 
bouillie & du vin à leur repas, pour- 
vu qu'ils le boivent bien tempéré ; 



Du Rhumatisme» 39 
pour tout le refte , les remèdes tanc 
incernes qu'externes doivent être les 
mêmes, &c proportionnés à la vio- 
lence & à la durée des douleurs. 

Le régime doit être févere dans 
le rhumatifme : tanc que la fièvre 
dure , les malades doivent refter au 
bouillon êc à la ptifanne indiquée f 
lorfque la fièvre aura cefie, on leur 
donnera des foupes , enfuîte un peu 
de viande bouillie à dîner , & le foie 
un peu du rôti : enfin ils ne vivrons 
que d'alimens de facile digeftion , 
jufques à parfaite guérifon. 

Pour fe préfèrver du rhumatifme* 
les gens de nier prendront les pré- 
cautions fuivantes. Ils fe tiendrons 
chaudement , éviteront de laiffer 
deflecher fur leur corps leur chc- 
rnife oa leurs habits mouillés par 
la fueur, par la pluie, ou par les 
vagues de la mer > ils tacheront fur- 
tout de ne pas s'endormir fur un 
endroit humide , encore moins dans 
leurs vêtemens mouillés. 






CHAPITRE l IV. 
Des Coups de Soleil. 

IL y a peu de perfonnes qui foient 
plus iujettes aux coups de foleil 
que les Marins : ils voyagent dans 
les Pays les plus chauds , & travail- 
lent ordinairement à découvert &; 
expofés aux ardeurs brûlantes de cet 
aftre. La chaleur des rayons que le 
foleil darde , defTeche ôt épaiiïîc le 
fang, gêne la circulation, & caafe 
une véritable inflammation aux par- 
ties contenues dans le crâne. 

Cette inflammation eft plus ou 
moins dangereufe , félon qu'elle af- 
fecte le cerveau , ou les membranes 
qui lui fervent d'enveloppe : dans 
l'un ou l'autre cas la maladie n'efl: 
pas moins grave , 8c elle parcourt 
fes périodes quelquefois fi vite , que 
plusieurs en font morts dans l'efpace 
de vingt-quatre heures. 

Il arrive communément dans cette 
maladie que ceux qui en font atta* 






Des Coups de Soleïï.» 41 
qués , après avoir elTuyé une fièvre 
violente pendant deux ou trois jours 5 
paroiiïenc être mieux > tellement 
qu'on les croit échappés > cepen- 
dant un inftanc après , & dans le 
tems qu'on y penfe le moins , ils 
meurent dans les convulfions» Cet 
accident eft fort commun dans nos 
Colonies de l'Amérique > où une 
maladie à-peu-près femblable moif* 
fonne la plus grande partie des 
Européens qui en font attaqués. 

On connoîc qu'une perfonne efl 
attaquée d'un coup de fbleil , fi .> 
après avoir féjourné quelque tems 
dans un endroit où il darde forte- 
ment fes rayons, elle fe plaint d'une 
grande douleur à la tête ; fi la peau 
de cette partie > ainfi que celle de 
tout fen corps y efl extrêmement 
feche & chaude ; fi fes yeux font 
rouges & enflammés > qu'elle ait de 
la peine à les ouvrir éc à foutenir 
la lumière ; s'ils font mornes ou 
égarés , & fi elle a des mou veinent 
involontaires danrles paupières. 






42 Des Coups de Soleil, 

Tous ces fymptomes font ordi- 
nairement précédés d'un friilbn , 8c 
accompagnés d'une grofle fièvre : le 
pouls cft dur 6c fort plein, le ma- 
lade efl dans un abattement confi- 
dérable ; tantôt il eft altéré, tan- 
tôt il ne Peft pas : il fent un dé- 
goût & même une répugnance in- 
vincible pour toutes fortes d alimensj 
fon ventre efl: corïftipé , fes urines 
claires 6c décolorées : fouvent il ne 
peut dormir ; d'autres fois il eft dans 
un afloupiflement con(idérable , ne 
s'éveille qu'en furfaut & avec des 
trcflàillemens violens : enfin il re- 
çoit du foulagement toutes les fois 
qu'on lui applique quelque liqueur 
fraîche fur la tête, C'eft fur cette 
confédération qu'on a pris la cou- 
tume dans nos Pays maritimes, d'ap- 
pliquer fur la tête de ceux qu'on 
îbupçonne être attaqués d'un coup 
de foleil , un verre d'eau fraîche 
couvert d'un linge fin ; on le ren- 
verfe fur l'endroit de la tête où ils 
reflentent la plus grande douleur : 












Des Coups de Soleil. 45 
un inftant après Peau contenue dans 
le verre commence à s'échauffer 52 
à bouillonner , ce qui n'cft pas à ia 
vérité un figne cara&ériftique de 
cette maladie ; mais ce ligne joint 
a une partie des fymptumes qui font 
rapportés ci-deilus^ peut en donner 
de forts indices. 

Si l'effet du foleil eft fi dange- 
reux , qu'on ne puifïe s'y expofer 
impunément, combien à plus forte 
raifon doit-il être à craindre pour 
ceux qui s'y expofent pendant leur 
fommeil , & fur-tout s'ils font pris 
de vin ? Ceux d'entre les Marins qui 
ne font pas aflez fobres , doivent y 
prendre bien garde ; car quand ces 
deux caufes , le foleil 5c le vin , fo 
trouvent réunies 3 elles tuent bien 
plus promptement , & peu en gué- 
rident. S'il s'en eft trouvé quelques- 
uns allez heureux pour en réchap- 
per , • ils font reftés pour le moins 
pendant toute leur vie fujets à de 
grands maux de tête 5 ç'eft beau- 
coup encore qu'ils en ayent été 






44 D^ s Coups de Soleil. 
quittes à fi bon marché : plufîears 
ont confervé un léger dérangement 
dans leurs idées ; d'autres font de- 
venus fous fans retour , cataractes 
ou aveugles : enfin le moindre mal 
qui puiiie leur en arriver, c'eft un 
violent rhume de cerveau, avec tous 
les fymptornes qui en dépendent. 

Il eft donc de la prudence d'évi- 
ter les rayons du foleil , & les Ma- 
rins qui par état fe trouvent obli- 
gés de travailler à découvert, pren- 
dront les précautions fuivantes. i°. 
Ils auront (oin de porter en tout 
tems un bonne c ou un chapeau dou- 
blé de cuir ou de toile cirée. i°. ils 
mettront, pendant qu'ils travailleront 
au foleil , fous le bonnet ou cha- 
peau , une feuille de pipier huilée, 
pliée en plufieurs doubles, une veffic 
de Cochon , ou quelque chofe de 
femblable, qui foit capable de brifee 
les rayons de cet aftre. 3 . Enfin 
ils tacheront de ne pas s'endormir 
dans des endroits où. il pourroit 
les incommoder. 






Des Coups de Soleil. 45 
Les perfonnes qui font attaquées 
d'un coup de foleil , ont befoin du 
plus prompt fecours , d'autant plus 
qu'un accident de cette efpece , qui 
auroit été facile à guérir dans (on 
commencement , devient mortel , fi 
on le néglige tant foit peu : ainfî 
pour ne pas perdre du tems, comme 
cette maladie reconnoît pour caufe 
l'épaifliflèmer.c & la lenteur du fang 
dans les vaiflèaux capillaires du cer- 
veau ou de fes membranes , on com- 
mencera la cure par des faignées 
copieufes, faites à peu d'intervalle 
les unes des autres ; la force, l'âge , 
Je tempérament des malades, la plé- 
nitude & la dureté du pouis fervi- 
ront à en régler la quantité : on 
fera les premières aux bras ; on 
viendra enfuite à celles du pied , 
fans négliger celles de la jugulaire , 
qui^ produifent le plus fouvent les 
meilleurs changemens dans l'état 
des malades : on donnera de fré- 
quens lavemens avec la décoction 
( N°« 11 ) , ou Cmplement avec 



J 



46 Des Coups de Soleil, 
l'eau tiède , à laquelle on ajoutera 
une cuillerée ou deux de bon vinai- 
gre ; on appliquera fur leur tête 
une ferviecte pliée en plufieurs dou- 
bles, ou une éponge trempée dans 
un mélange d'eau fraîche 6c de 
vinaigre , 6c on renouvellera cette 
application d'abord que l'eau com- 
mencera à s'échauffer. 

Si les faignées ne produifent pas 
l'effet défiré , 6c que néanmoins les 
forces des malades fe foutiennent , 
on leur appliquera les ventoufes fea- 
rifiées derrière la nuque, c'eft-à-dire, 
au bas de la tête , 6c des fangfues 
aux temples 6c aux oreilles. Voyez 
îe Chapitre IX de la féconde Partie. 
Enfin plus la maladie devient grave 
6c les accidens urgens , plus les re- 
mèdes doivent être brufques ; 6c fi , 
malgré tous ces fecours , les malades 
ne fe trouvent pas mieux , fi leur 
pouls efi déprimé, 6c s'ils tombent 
dans un adoupiffement profond , il 
faut, fans différer, leur appliquer 
des véficatoires aux gras des jambes. 






Des Coups de Soleil. 47 
aux cuiifes, encre les deux épaules, 
à la nuque , &c même fur toute la 
tête ; c'eft de ce feul remède qu'on 
peut encore attendre quelque fè- 
cours. On a fouvent guéri par ce 
moyen des malades qui paroiflbîent 
défefpérés. 

Dans les premiers jours de la ma- 
ladie, il convient de faire tremper 
plufîeurs fois le jour les pieds des 
malades dans l'eau chaude, ce qui 
les foulage beaucoup > on peut même 
fans danger, après les premières fai- 
gnées , employer le demi-bain ju£ 
ques à la ceinture, Se fi le mal en: 
preflant , le bain entier dans l'eau 
modérément chaude , &c même le 
bain froid qui dans certains cas a 
fait des miracles. 

On doit tenir ceux qui font atta- 
qués d'un coup de foleil, à une diète 
rigoureufe : leurs bouillons feront 
fort légers ; on- les coupera même 
avec un tiers d'eau commune ou 
de limonade : cette dernière li- 
queur fera leur boiflbn ordinaire , 



1 



48 Des Coups de Soleil. 
èc ils en boiront abondamment ; on 
peut y fubftituer l'eau pure , avec 
une once de vinaigre fur chaque 
pinte. La ptifanne ( N°. 18) fe- 
roit encore à préférer à. ces deux 
boiffbns, fi l'on pouvoit fe procurer 
des Poulets pour la faire ; on y ajou- 
teroit feulement demi-dragme fel 
nitre fur chaque pinte. 

Outre les remèdes preferits, les 
malades prendront tous les foirs , 
tant que la fièvre durera , le re- 
mède ( N°. 19 ) ; & dès qu'elle 
aura cefle , on les purgera avec la 
médecine du ( N°. 20 ) : on leur 
donnera enfuice pendant quelques 
jours des foupes légères , éc peu-à- 
peu une nourriture plus folide, mais 
de facile digeftion. 



3f 



CHAPITRE 



Des Fièvres Putrides. 49 



.MuiJuuiiiiu».Mnmimy-«uit lamLMjjaajajjksism 



« ! »juy 



CHAPITRE V. 

Des Fièvres Putrides* 

LES fièvres putrides font pro- 
duites par des matières cor- 
rompues, qui féjournent dans l'eP» 
cornac ou dans les inteftins , & dont 
une partie a déjà pailé dans la mafi© 
du fang. 

Cette maladie s'annonce (bu-» 
vent plufieuiri jours a l'avance , 
par le manque d'appétit , la mau- 
vaife bouche , l'abattement de» 
forces, par des douleurs dans les 
reins , par des laffitudes , des pe- 
fanteurs , des maux de tête, &c. ; 
quelquefois elle vient tout-à-coup 
& commence par un frillbn qui 
dure plus ou moins de tems , 
ou qui va & revient : au frilîba 
fuccede une chaleur confîdérable> 
le pouls eft vif fans être dur , à 
moins que la fièvre putride ne fo 
trouve jointe à quelque difpofition 

C 




5<d Des Fièvres 

inflammatoire : les malades le plai- 
gnent d'une grande douleur à la 
ïête; ils ont des envies de vomir, 
ils vomiflent même quelquefois 
d'eux-mêmes; ils font altérés, leur 
touche eft amere , leur langue 
chargée, & ils urinent fore peu. 

La chaleur de la fièvre dure plu- 
sieurs heures , elle continue toute 
3a nuit & diminue tant foit peu 
vers le matin : alcrs les malades fe 
trouvent moins mal ; mais ce bien- 
être dure fort peu, & la fièvre 
augmente vers le foir. Cette aug- 
mentation qu'on appelle redouble- 
ment, eft quelquefois annoncée par 
un nouveau friflonj quelquefois elle 
furvient fans friflbn : il y a des 
malades chez lefquels on obferve 
que le redoublement ne vient pas 
tous les jours à la même heure ; 
d'autres en ont deux dans l'efpace 
de vingt-quatre heures, dont l'un 
eft plus fort que l'autre dans cer- 
tains malades : enfin on obferve que 
Je redoublement du premier jour 






Putrides, yr 

■cft égal en force & en durée à celui 
du troifïeme , tandis que celui du 
fécond jour répond à celui dix 
quatrième , & ainfi de fuite. 

Si les fièvres putrides font aban- 
données à elles-mêmes , fi elles 
font mal traitées , ou au deffiis do 
la force des remèdes, voici leur 
marche ordinaire. 

La fièvre augmente d'un jour a 
l'autre ; les redoublemens devien- 
nent 'plus forts, plus longs, plus 
irréguliers; le ventre des malades 
eft dur & tendu; ils parlent en dor- 
mant ; leur pouls devient petit Se 
intermittent ; ils entrent dans des 
mouvemens convulfifs, & meurent/* 
Quand ces maladies au contraire 
font bien traitées , la fièvre refte 
quelques jours dans le premier état 
que j'ai décrit, fans beaucoup aug- 
menter, ni diminuer; enfuite tous 
les f/rr.ptomes énoncés s'affoiblit 
fent , les redoublemens cèdent , 
la langue fe nettoyé, ôc la ma- 
ladie fe termine ordinairement par 

C ij 



ji Des Fievr.es 

des Telles, dans Tefpace de qua- 
torze à vingt jours. 

Voici la méthode qu'on doit 
fuivre pour guérir les fièvres pu- 
trides. Si Ton connoît par la du- 
reté du pouls 6c par la conftitu- 
tïon du malade > qui eft jeune > 
fort 6c robufte , qu'il y a quelque 
difpofition inflammatoire , il faut 
commencer le traitement par une 
ou deux faignées qu'on placera après 
les friflbns , 6c dans le fort du pre- 
mier 6c du fécond redoublement ; 
on peut les pouffer jufques à trois , 
fi la fièvre 6c tous les autres fym- 
ptomes énoncés fubfiftent dans le 
même degré , ou qu'ils augmen- 
tent : il eft rare qu'on foit obligé 
d'en faire davantage, 8c cette quan- 
tité fuffit ordinairement pour ra- 
mollir le pouls 6c défemplir les 
vaifleaux-, on doit même s'abfte- 
uir de la faignée , s'il n'y a pas de 
dureté dans le pouls des malades , 
s'ils font d'une foiblc conftitation , 
6c fi on ne trouve point de figne 



— 



Putrides. 53 

d'infkmmation^d'autantplusqu'elle 
feroit alors nuifible, en diminuant 
leurs forces , & en ouvrant une 
porte aux matières corrompues , 
qui des premières voies reflue- 
raient dans le fang. 

Soit qu'on faigne les malades ou, 
non , ils boiront abondamment 
d'une des ptifannes du ( N°. n ), 
& prendront chaque jour un ou 
deux lavemens avec la décodion 
( N°. n), quand même ils vien- 
drcieiit naturellement à la Telle ; 
ils ne prendront que très-peu du 
bouillon , & pendant tout le teins 
que durera la fièvre 5 on le fera 
très-léger & on le dégraiflera exac- 
tement. Après qu'ils auront garde 
pendant deux ou trois jours ce ré- 
gime humeclanr, qui aura détrempé 
les matières corrompues contenues 
dans les premières voies , on pro- 
fitera du premier calme qui fuc- 
cede au redoublement pour les 
évacuer arec le remède ( N°. 14 ). 
Ce vomitif eft d'autant mieux in- 

C iij 







54 Des Fièvres 
cliqué, que les malades ont ordinai- 
rement de envies de vomir , la 
bouche amere > pâteufe , Se la 
langue chargée : il faut foutenir 
&ç aider l'action du remède par 
une copieufe hoiflbn de ptifanne 
ou d'eau chaude , dont les mala- 
des boiront plufieurs verres chaque 
fois qu'ils vomiront. 

Les Marins font dans un mau- 
vais préjugé contre l'ufage des 
cinétiques , ou âcs remèdes .qui 
font vomir : !e nom feui de ces re- 
mèdes les effraye 5 plufieurs trem- 
blent fans (avoir pourquoi, & pen- 
■fent qu'on veut les empoifonner ,. 
quand on le leur preferit. Qu'ils 
apprennent une fois pour toutes y 
qu'ils n'ont rien à craindre en pre- 
nant celui que j'ordonne; l'eau dans 
lequel il cft, pour ainfî dire, noyé 5 
modère fon action , Se ceux qui 
Je prennent ne vomiflent qu'au- 
tant qu'ils veulent. Si ce remède 
e(ï dangereux, ce n'eft que quand 
oa le donne à ceux qui ont quel- 



Putrides. 5 j 1 

que difpofîtion inflammatoire dans 
l'eftomac ou dans les inteftins, ou 
qui font déjà fi affoiblis par la ma- 
ladie , qu'ils ne font pas en étae 
de réfifter aux fecouffes qu'il occa- 
fionne. 

On connoîcra la difpofîtion in- 
flammatoire de Peftomac &. des in- 
teftins, en examinant & en faifane 
attention à l'état de la fièvre qui 
eft très-forte , à celui du pouls qui 
eftjfort dur 5 ôl à celui de l'efto- 
mac & du ventre , qui font alors 
tendus èi douloureux. Pour que 
les malades puiflent réfifter aux fé- 
condes que le remède occafionne , 
il ne faut pas attendre le dernier 
période de la maladie, mais le don- 
ner dans les commencement £€ 
pendant qu'ils ont encore toutes 
leurs forces. Enfin le véritable tems 
de le donner eft celui du caîme qui 
fuccede aux premiers redouble- 
mens ; plus ce remède évacue , £c 
plus i! foulage les malades : on fou- 
ciendra k$ évacuations qu'il a mis 

C iv 







5 6 Des Fièvres 

en train, en purgeant, un jour l'autre 

non , avec la médecine ( N°. i 5 ). 

Si après le premier vomitif on 
Soupçonne qu'il refte encore des 
matières corrompues dans l'efto- 
mac, ce qu'on connoitra à la mau- 
vaife bouche èc aux envies de vo- 
mir qui fubfiftent encore , au lieu 
de la médecine ( N°. 15 ) , on réi- 
térera le vomitif ( N°. 14 ), en 
obiervant les mêmes précautions 
qu'on a obfervées la première fois. 

Il y a cependant certaines cir- 
conflances qui empêchent de don- 
ner un fécond vomitif, &: même un 
purgatif, quoique l'on comprenne 
qu'il eft néceflaire d'évacuer par 
haut ou par bas ; ces circonftances 
font la trop grande foiblefîe des 
malades, la petiteflfe du pouls, la 
douleur &; la tenfion du ventre : 
on fuppléera à ces remèdes par 
Tufage de la poudre ( N°. 13)* 
dont on donnera trois prifes cha- 
que jour , à une heure de diflance 
l'une de l'autre > jufques à ce que 



Putrides. 57 

ces accidens foient calmés > & que 
l'on puifle mettre en ufage les pur- 
gatifs. Cette poudre à la vérité ne 
purge pas beaucoup, mais elle tient 
le ventre libre, fond & détache 
les matières; & le peu d'évacuation 
qu'elle procure, fouiage infiniment 
les malades. Ainfi, dès que la hévre 
commencera à diminuer , au lieu 
de purger cous les deux jours , on 
fe contentera de donner trois pri- 
fes de cette poudre , &c on repur- 
gera, lorfque la fièvre aura cout-à- 
feit cefle, avec la médecine (N°. 20). 
On peut enfuite permettre aux ma- 
lades des foupes légères , de peu- 
À-peu une nourriture plus fblidc, 
comme un peu de viande bouillie 
ou rôtie , 6c du vin aux repas. 

Si ^pendant la convalescence 
l'appétit manque, on donnera pen- 
dant quelques matins une prife du 
remède ( N°. 28 ), de une heure 
après une Coupe iéeere. 

Les convalefcens doivent être 
fort circonspects fur le régime, s'ils 

C v 




r g Des' Fièvres 
veulent éviter une rechute ou une 
attaque des fièvres d'accès : ceux qui 
n'ont pas cette circonspection , Se 
qui ne font pas aflez refervés fur la 
quantité ou la qualité des alimens,, 
font fort fujets à l'une ou a l'autre» 
Pour prévenir les fièvres putrides 
auxquelles les Marins font fort 
fujets , à caufe des alimens mal fains 
dont ils fe nourriflent , ils vivront 
fobrémenc , éviteront toutes fortes 
d'excès dans le boire & dans le 
manger , ils s'abftiendront des fruits 
qui ne font pas mûrs ou qui font 
mal fains 3 tels que ceux qu'ils trou- 
vent en abondance dans certains 
pays marécageux où ils abordent r 
Se de toute autre nourriture qui 
peut engendrer une corruption 
dans leur cilomae. 

Si ayant eu le malheur de man- 
quer à ces préceptes , ils fe fentent 
Peftomac furchargé , ils ne pren- 
dront aucun aliment folide pendant 
deux eu trois jours , pas même du 
bouillon , boiront beaucoup d'eau 



Putrides. yp 

tiède ou de limonade : fi cette 
diète ne fuffît pas pour débarraflèr 
ce vifcere , qu'ils ayent du dégoût* 
Ja bouche amere, pàteufe, & des 
envies de vomir, ils boiront quel- 
ques verres du remède ( N°. 14 ) 9 
& par ce moyen ils préviendront 
icuvent les fièvres putrides. 




CHAPITRE VI, 

Des Fièvres Maïi?nes* 

À fièvre maligne eft une ma- 
ladie fort commune parmi les 
gens de mer relie eft d'autant plus 
dangereufe , que les fymptomes qui 
îa caraclérifent , paroiffènt dans lé 
commencement de peu de con- 
féquencej ce qui eft caufe fouvent: 
qu'on la néglige , & que ceux qui 
en (ont attaques , font quelquefois 
fans efpoir , avant qu'on fe foie 
apperçu qu'ils font malades. 

La proftraction > ou la perte to- 
tale des forces dès le commence- 

C v) 




60 Des Fièvres 

ment de cette maladie, eft un 
iigoe qui la diftingue des autres 
cfpeces de fièvres putrides &: in- 
flammatoires y ce qui femble prou- 
ver que la caufe principale de cette 
iîévre fe trouve dans la corruprion 
Se la perverfion totale des hu- 
meurs : d'où il réfulte que les or- 
ganes aflfbibiis ne peuvent plus 
remplir leurs fondions. 

Cette corruption & cette per- 
veriioa des humeurs eft occa- 
fionnée, chez les Marins, par les 
mauvais alimens dont ils îe nour- 
rirent , (bit que la viande ou le 
poiflon de leurs provifions v pour 
avoir été mal falés, fe trouvent cor- 
rompus, foit que le bifeuit de- 
vienne vermoulu , moifi , parcs 
qu'il a été mal cuit , mal paîtri , 
ou fait avec du mauvais froment ; 
lait enfin que l'eau qu'ils boivent 
ait été puifée dans d^s étangs , des 
marais , des rivières ou d'autres 
fources mal faines 5 ce qui leur 
arrive fbuvsnt , ou qu'elle fe foit 






Malignes, 6t 

corrompue dans les tonneaux : Ct 
Ton joint à toutes ces câuïcs l'air 
humide 5c trop chaud qu'ils refpi- 
rent , en faut-il davantage pour 
corrompre leurs humeurs , & don- 
ner heu à des névres malignes ? 

Outre l'abattement des forces 
que j'ai indiqué comme un des 
fîgnes inféparables des fièvres ma» 
lignes , ceux qui en font attaqués 
éprouvent encore d'autres fyrnpto- 
mes particuliers, tels que les (ul- 
vans. Ils font comme infeniibles à 
tout; leur vi/age &c leurs yeux font 
totalement changés ; ils éprouvent 
de tems en tems , & pendant quel- 
ques jours de fuite, de petits friflbns 
irréguliers , fui vis de quelque cha- 
leur s quelquefois ils fe plaignent 
d'une pefapteur ou d'une grande 
douleur à !a tête , aux reins, & 
dans d'autres parties de leur corps; 
(cuvent ils ne relfentent aucuns 
forte de douleur , mais ils font mou- 
lus, brifés, & comme s'ils avoienc 
reçu cent coups de bâton ; ils ont 





6z Des Fièvres 
par fois des défaillances y qui tout 
toujours de mauvais augure - 7 leur 
fommeil eft inquiet £c interrompu; 
tantôt ils éprouvent des ferremens 
de cœur , tantôt des mouvemens 
convuififs dans le viiage, les bras 
& les mains > tous leurs fens pa- 
roiflent engourdis; leur langue eft 
quelquefois chargée d'une couche 
d'un rouge brun , mais moins fe- 
che en général que dans les au- 
tres efoeces de fièvre , 6c quel- 
quefois elle eft aflez faine : enfin 
quelques-uns ont une douleur fixe 
dans quelque partie du bas-ven- 
tre , & on obferve ordinairement 
que cette douîeur eft fuivie de 
3a gangrène à la partie qu'elle 
affecte. 

Le pouls eft ordinairement 
petit 2c faible dans les fièvres ma- 
lignes , mais pourtant plus vite 
que dans l'état naturel : fouvent 
il eft très-accéiéré ; ce qui a été 
obferve fur-tout dans les malades 
qui ont le ventre tendu : la peaa 



Malignes. . C | 
fe couvre de tâches rouges ou 
brunes, qui reiïemblent à des pi- 
quures de puce , 6c qu'on appelle 
pourpre ; ces tâches font quelque- 
fois fi grandes êc fi marquées, qu'il 
femble que les malades aycnt reea 
des coups de fouet* 

Les urines font claires comme 
l'eau pure , c£ ne laifient aucun fé~ 
diment; les malades ont quelque- 
fois un cours de ventre , & les 
matières qui fortent font noires * 
et exhalent une odeur cadavé- 
reufe : fi ce cours de ventre ne 
les foulage pas , il termine bien- 
tôt leurs trilles jours» 

La fièvre maligne a beaucoup 
d'affinité avec la fièvre pefnlen- 
tielle : e'elt pourquoi on obferve 
dans cette première maladie* com- 
me dans la pefte, des dépôts cri- 
tiques aux aines & aux aiiTelles 
qu'on appelle bubons, & fous les 
oreilles qu'en nomme parotides % 
il fur vient même quelquefois des 
cli u bons malins dans différentes 
parties du corps, 




64 Des Fièvres 

Les fièvres malignes fe termi- 
nent quelquefois, tout comme la 
pefte , par des hémorragies & des 
dyfTenterles mortelles; ce qui indi- 
que la grande diiïblution du fang : 
enfin la têre & la poitrine s'em- 
barrafienc , & les malades meurent 
ordinairement à l'heure du redou- 
blement. 

On ne peut rien ftatuer de fixe 
fur le cours des fièvres malignes ; 
quelquefois elles parcourent leurs 
périodes fort vite 3 & les malades 
meurent avant le feptieme ou le 
huitième jour de la maladie > mais 
plus fouvent du neuvième au quin- 
zième > fclon la force des malades 
ou de la maladie : quand il ar- 
rive qu'ils recouvrent Pouie qu'ils 
avaient perdue pendant la mala- 
die, c'eft un bon figne, 6c oh peut 
tout efpérer pour la çuéri'on. 

En faiiant attention à ce qui a 
été dit ci-defïus , il fera facile , 
je penfc , à tous les Marins de 
connoître les fièvres malignes : il 



1 



Malignes. 

TïcQ: pas die pourtant que tous les 
fymptomes que j'ai détaillés , doi- 
vent le rencontrer dans le même 
malade ; deux ou trois fuffifenc 
quelquefois, •& en les combinant 
avec prudence, ils ne rifqueront 
pas de fe tromper* 

La /àignée paroîc fort peu né- 
ce (la ire pour ia guérifon des liè- 
vres malignes : dans les premiers 
jours on fe contentera de mettre 
les malades à la diète ; ils boiront 
abondamment , quand même iîs 
ne feraient pas altérés , de la li- 
monade , ou d'eau pure avec un 
peu de vinaigre : après qu'ils au- 
ront gardé ce régime deux ou 
trois jours , èc qu'ils auront dé- 
trempé par la boiflbn &C délayé les 
matières qui font dans l'eftomac & 
dans les inteftins , on les évacuera 
avec le remède du ( N°. 22 ) ; 
c'eil fur -tout dans les premiers 
tems de la maladie qu'il faut le 
donner , ê£ avant que les engor- 
gemens foient parvenus à leur plus 




66 Des Fièvres 
haut degré : car il ne faut pai 
attendre pour faire vomir , qu'il 
foie furvenu quelque inflammation 
particulière J ou que les malades 
ioient à l'extrémité ; on réité- 
rera même ce remède le furien- 
demain , fi la première dofe n'a 
pas aiïe'z évacué. 

Après l'action des vomitifs, on 
donnera chaque jour une prife du 
remède ( N°. 23 ) : fon effet cft 
d'évacuer les matières viciées , 
d'empêcher la corruption des au- 
tres , de détruire les vers qui cau- 
fent fouvent des accidens très- 
fâcheux , & de fortifier en même 
tems Peftomac & les inteftins , 
fans arrêter les évacuations né- 
celîaires. 

Si les malades avoîent une diar- 
rhée qui les epuifât \ & que leur 
peau fut rude &c feche , pour mo- 
dérer cette évacuation nuifible 
êc procurer une tranfpirarion fa- 
Juraire , à la place du remède 
( N°. 23 ), on leur donneroi: 




Malignes, Cy 

celui du ( N°. 14 ). Soie que l'on 
fe ferve du ( N°. 23 ou 24 ) , on 
donnera , deux heures après cha- 
que prife de ces remèdes y une 
cuillerée de la potion ( N°. 25 >: 
on continuera l'ufage de ces re- 
mèdes jufques à ce que les ma- 
lades fe trouvent mieux ; de fi 
pendant cet intervalle ils fe trou- 
voient beaucoup affeibiis, on leur 
donneroit , une ou deux fois le 
jour , à la place d'une cuillerée de 
Ja potion ( N°. 25 ) , une dragme 
de Thériaque ou de Diafcordium* 
mêlée avec un peu de vin pur* 
On préférera le Diafcordium à la 
Thériaque , s'il y a diarrhée. 

Si , malgré I'ufage de ces remè- 
des , les malades reftent toujours 
dans cet état de foibleiîe 5 leur 
pauïs fe concentre , de qu'on con~ 
noiiTe qu'il fa forme des ençor- 
gemens dans le bas-ventre , la poi- 
trine ou le cerveau , on leur don- 
nera tous les quarts d'heure une 
cuillerée de la potion ( N°. z6 ) > 




63 Des Fièvres 
& on leur appliquera des véfica- 
toires aux gras des jambes , dans 
l'intérieur des cuhfes , encre les 
deux épaules, à la nuque, & même 
fur couse la tèce , s'ils font ailoupis 
&: onc un délire fourd. Voyez le 
Chapitre IX de la féconde Partie. 
Il faut avoir foin d'entretenir pen- 
dant long-tems l'écoulement des 
véiicatoires , & même de le réta-. 
bhr, s'il vient à tarir, par l'appli- 
cation de nouveaux emplâtres, 

La pratique journalière a appris 
aux gens de l'art qu'on doit s'abfte- 
nir , dans les fièvres malignes , de 
cette quantité de remèdes fpiri- 
tueux , volatils , aîexiteres , que le 
vulgaire &c les Charlatans regar- 
dent comme capables de chaiîèr !a 
tnalignicé ; je n'excepte pas même 
de cette claile les divers bézoarcls, 
tant orientaux qu'occidentaux : les 
véritables n'ont que fort peu ou 
même point du tout de vertu; 6c 
s'ils n'étoient fi chers & fi rares , 
perfonne ne s'aviferok de s'en fer- 



Malignes. 69 

vlr. Que doic-on attendre de ceux 
qu'on nous appoite (bus ce nom, 
&: qui ne font qu'une compoiîcion 
(àlfifiée , où entrent le rnufc & l'am- 
bre ; en un mot , l'ouvrage des 
Juifs qui les vendent bien cher aux 
ignorans ? 

Les narcotiques 6c tous les re- 
mèdes qu'on donne dans l'inten- 
tion de faire dormir, doivent être 
regardés comme des poifons mor- 
tels dans les fièvres malignes 5 6ç 
les applications des animaux ou- 
verts vivans for la ttte des mala- 
des , tels que les Chats > les Pi- 
geons & autres , font (cuvent plus 
de mal que de bien , for - tout 
(i on les laids trop long-tems ap- 
pliqués. 

On Ce trompe , (ï Ton croit eue 
ces animaux ayent la puiflance & 
la vertu d'attirer au dehors le venin 
& la malignité du mal ; la puan- 
teur qu'ils exhalent , après avoir 
féjourné quelque tems for la tête, 
n'çft pas le venin de la maladie 





fo Des Fièvres 
qu'ils ont attiré , mais une putré- 
faction qu'ils ont contractée dans 
l'endroit chaud où on les a mis*, 
ôc qu'ils auroient également pris 
dans tout autre endroit aufïï chaud 
& auffi humide. Pour s'en con- 
vaincre , on n'a qu'à faire de pa- 
reilles applications fur un homme 
fain , 6c on verra que ces animaux 
y contracteront autant de puan- 
teur dans le même efpace de tems, 
que fur le corps d'un malade. 

La chaleur douce de modérée 
qui exhale des entrailles de ces 
animaux , n'attire pas le venin ; 
mais elle peut agiter le fluide ner- 
veux engourdi , & redonner le 
fentiment : voilà tout l'effet que 
peuvent produire ces applications ; 
mais pour en retirer ce fruit , il 
feut , comme je l'ai dit , ne pas 
les laitier trop long-tems fur la 
partie , & en reitérer l'applica- 
tion au moins toutes les demi- 
heures. 

Si les recèdes opèrent, & que 



Malignes, 71 

les malades d'un jour à l'autre fe 

trouvent mieux, on leur donnera , 

fur la fin de la maladie , pour tout 

remède , deux prifes chaque jour 

de la poudre ( N°. 28 )\ "qu'on 

continuera .jufqucs à ce qu'ils foient: 

fans fièvre : alors on les purgera 

avec la médecine f N°. 20 )t & 

on les mettra aux foupes léo-eres 

de ris ou de femoule , & peu- à- 

peu à une nourriture plus fubftan- 

tielle , comme un peu de viande 

bouillie ou rôtie , à du vin à leur 

repas. 

Si l'appétit manque pendant la 
convalefccnce. , ils continueront 
pendant quelques matins l'ufage 
de la poudre ( N°. 28 ) , &: pren- 
dront une heure après une foupe. 
Cette poudre fortifie l'efromac, les 
inteftins , ôc leur fait reprendre le 
ton ou le reffbrt qu'ils avoient 
perdu pendant la maladie. 



m 



%JF 



Des Fievr.es 




^ 



CHAPITRE VU. 

Des Fièvres intermittentes^ ou Fièvres 
d % acus* 

Es fièvres intermittentes, qu'on 
appelle vulgairement fièvres 
d'accès , font celles qui , après 
avoir duré un certain efpacc de 
tems, ceflent &, reviennent quel- 
que tems après. 

L'intervalle pins ou moins long 
qu'il y a entre chaque accès, donne 
lieu à Ja diftincVion de plufieurs 
efpeces de fièvres intermittentes. 
On appelle quotidienne celle dont 
les accès font ég-aux entr'eux , &r, 
reviennent tous les jours à la même 
heure $ ce qui îa diftingue de la 
double tierce , dont les accès re- 
viennent aufïi tous lçs jours, mais 
non à la même heure , et font 
inégaux , c'eft-à-dire , qu'il s'en 
trouve un plus fort que l'autre : 
de forte que l'accès du premier 

jour 






Intermittentes, -73 
pur répond à celui du troifîeme , & 
celui du fécond au quatrième, &c. 
La iïévre tierce e£t celle dont 
les accès reviennent un jour l'autre 
non , & la fièvre quarte laifïe deux 
jours d'intervalle entre chaque ac- 
cès, Les autres efpeces de fièvres 
intermittentes font aflèz rares parmi 
les Marins > c'eft pourquoi je n'en 
parlerai pas. 

On obferve trois chofes dans 
chaque accès de fièvre j le froid , 
ie chaud, & la fueur qui termine 
ordinairement l'accès. Ces trois 
états fe fuccedent 4 cependant il 
arrive que plufieurs ont des accès 
fans froid , & quelquefois même fans 
fueur : certains ont des accès fort 
longs,, tandis que d'autres qui ont 
la même efpece de fièvre , ks ont 
fort courts 5 ce qui fait ^u'on ne 
-peitt rien ftatuer de certain far h 
qualité & la durée dts accès. Uh 
%ne particulier & prefque eflèn- 
■wcl, qui accompagne ordinaire- 
■^ kj mfç$ intermittentes , cft 

D 





74 Des Fièvres 
un fédiment briquecé , femblable 
à des tuiles pilées , qu'on trouve 
dans les urines , iorfqu'on les lailîc 



. 




repofer 

La caufe immédiate des fièvres 
d'accès eft fort obfcure ; l'on peut 
cependant dire, fondé fur Fexpé- 
rience & fur l'analogie des remè- 
des qui les guérifiènt, qu'elles font 
occafionnées par un certain vice 
du chyle qui ne peut fs conver- 
tir en fang, & qui ne pouvant s'affi- 
milcr avec lui , excite par fon mé- 
lange cette fermentation qu'on ap- 
pelle fièvre -, & qui dure jufques 
à ce qu'il fc foit débarraffé de ce 
fluide, pour ainfi dire, étranger, 
par le moyen de la fueur , qui 
termine chaque accès , & des 
urines. 

Sur ce fondement , il eft certain 
que rien n'eft plus capable de for- 
mer un mauvais chyle , que les ali- 
mens donc fe nourrilTent ordinai- 
rement les Marins : joignez à cettey 
caufe la grande diffipation^d'efprit 



Intermittentes, j^ 
qu'ils font en travaillant , les veil- 
les , le froid , le chaud , l'humi- 
dité , le changement d'air , de 
climat, 6c fur-tout leur féjour dans 
des Pays ou ces fièvres font occa- 
fionnées par un vice particulier de 
rarmofphere, il ne paroîtra pas», 
étonnant qu'ils en foient Ci fouvent 
attaqués* 

Cette maladie qu'on peut ap- 
pelîcr un fléau pour les Marins, 
exerce fon empire dans prefque 
tous les Golfes du Levant > telle- 
ment que j'ai vu dans ceux dix 
Vo!o, de Zekoun> de Lepante* 
de Corinthe, d'Aîexandrete & pla- 
ceurs autres, des Vaideaux prêt 
que défarrnés par les ravages qu'elle 
avoir faits. Ce mi! eft d'autant: 
plus dangereux , qu'on en fait peu 
de cas : cependant il arrive tous 
les jours que pour l'avoir négligé 
par le mauvais ufage des remèdes 
qu'on prend indifféremment , ou 
nai-à-propos , & même par h 
maiivaife méthode d'adminiftrer 

Dij 





je Des Fièvres 
ceux qui font fpécifiques, ii arrive , 
dis-je, que les fièvres , qui par elles- 
mêmes feroienc fans danger, du- 
rent des mois, des années entières, 
détruifent les forces, dérangent les 
fonctions les plus néceflfaires à la 
vie , caufent des obftrucïions , ôc 
jettent dans des maladies chroni- 
ques , comme l'hydropifie & d'au- 
tres encore plus dangereufes. 

Tête font les effets Ôt les fuites 
âffez fréquentes d'une fièvre d'ac- 
cès négligée, traitée par des re- 
niedes violens , ou fixée maUà- 
propos par l'ufage aveugle du quin- 
quina , qui de fpécifique devient 
. quelquefois un poifon capable de 
mettre le fang en diffolution , s'il 
eft donné imprudemment. 

Si ceux qui ont des fièvres d'ac- > 
ces rifquent beaucoup en prenant 
des remèdes à contre -tems, ils 
rifquent encore davantage en n'en 
prenant point du tout , fur-touc 
s'ils n'obfervent pas un certain rc- 
gime : ces fièvres , de quartes ou 



I N T E R M î T T E ÏT T I S. J7 

tierces qu'elles font au commen- 
cement , fe changent Souvent en 
putrides, malignes & inflammatoi- 
res. J'ai vu de cri/tes exemples de 
ce que j'avance , dans les Golfes 
dont j'ai parlé ci-deflùs. 
# Les Marins fe préferveront fa- 
cilement des fièvres d'accès, même 
dans les Pays où cette maladie eft 
h plus fréquente, s'ils prennent les 
précautions fuivantes. 

Dès qu'ils aborderont dans quel- 
qu'un de ces Golfes • ils auront 
foin- i°. de ne point dormir au 
ferein ; ils fe couvriront même bien 
pendant leur fommeil , quelque 
chaleur qu'il faffe, afin que leur 
fueur^ne foît point répérentée par 
la fraîcheur de la rofée du matin: 
cetre^rofée ert fort nuifible, par- 
ce qu'elle eft formée par les vapeurs 
malignes que la chaleur du foleil a 
élevées pendant le jour. 2 °. Ils évi- 
teront l'ardeur du foleil à laquelle 
ils s'expofent imprudemment pen- 
dant le jour : tout comme une 

D iii 




j 



7§ Des Fièvres 
chaleur modérée ouvre les pores 
& facilite la cranfpiracion > de même 
celle qui eft trop force defléche la 
peau , 6c arrête cette évacuation 
qui rentrant dans le fang fe porte 
fur l'eftomac, en vicie les humeurs; 
<Toù s'enfuivent de mauvaifes di- 
geftions , un mauvais chyle , £c 
par conféquent les fièvres d'accès, 
30. Ceux d'entre les Marins qui 
travaillent pendant les grandes cha- 
leurs, fuenc de font fort altérés, 
éviteront de boire de Teau toute 
pure : cette boilTon , qui ordinaire- 
ment n'eft guéres fraîche, irrite 
leur foif , au lieu de Pappaifcr , ce 
qui les oblige de boire à chaque 
inftant pour fe déiaîtérer 5 mais 
leur eftomac fe trouvant furchargé, 
relâché 6c affaibli par cette quan- 
tité d'eau chaude, perd ion ton, 
c efl>à-dirç , fa force & fon reffbrt ; 
le mouvement inteiYinal fe trouve 
diminué par la même caufe, ce 
qui produit de mauvaifes digeftions, 
des "crudités, des engorgemeas a 



Intermittentes. 79 
des ftafes dans les mêmes parties , 
qui par rapport à leur foibleife 
ne font pas capables de digérer les 
mauvais alimens dont fe nourrirent 
]es Marins. 11 n'eft donc pas éton- 
nant que tant de caufes concou- 
rant au même effet , produifent 
cette quantité de fièvres intermit- 
tentes qu'on voit régner parmi 
eux. 

Si fuivant les confeils que je leur 
donne , ils s'abftiennent de dormir 
au ferein, s'ils évitent les ardeurs du 
foleil pendant les grandes chaleurs, 
& fi pendant qu'ils travaillent , 
qu'ils fuent, & qu'ils faafe échauffés 
& altérés, au lieu de furcharger leur 
cftomac par une copieufe "boiffen 
d'eau chaude, ils boivent une gor- 
gée de vin pur ou d'eau-de~vie me- 
iécayee l'eau fraîche, leur foif 
s'appaifera à l'inftant j les parues 
fpiritueufes & toniques de 'cts li- 
queurs fortifieront leur efîomsc , 
au lieu de l'atToiblir :par ce moyen 
leurs forces fe foutiendront ,_les 

D iv 



-/■*» 



So Des Fièvres 
digeftions ie feront mieux ; en- 
fin , ils fe garantiront des fièvres 
d'accès. 

L'expérience doit me fervir de 
garant, dans le cas ou mon raifonne- 
ment ne Raccordera pas avec les 
hypothefes des Médecins : il m'eft 
arrivé plufieurs fois , pendant qne 
j'érois dans certains Golfes du Le- 
vant où les fièvres d'accès faifoienc 
de grands ravages parmi les Equipa- 
ges des Batirnens marchands, de faire 
parc de mes observations aux Capi- 
taines de ces Batirnens. Tous ceux 
qui fuivoient mes avis , avaient le 
bonheur de préferver leurs Equi- 
pages des fièvres > tandis que les 
deux tiers des Matelots des autres 
VaifTeaux , dont les Capitaines n'a- 
voient pas déféré à mon confeil, 
le trouvoient en peu de tems hors 
de fervice. 

Pour guérir les fièvres d'accès* 
tierces , doubles-tierces , quartes , 
quotidiennes, il faut, d'abord après 
le froid du tçoifierae accès , faire 



Intermittentes. Sj? 
une faignée copieufe du bras ,, fur- 
tout fi l'accès eft violent, fi les ma- 
lades ont le vifàge rouge & enflam- 
mé, & s'ils fe plaignent d'une grande 
douleur à la tête : fi l'accès eft:. 
fbibl-e, & que les malades en ayenr 
déjà eu plufieurs 3 on peut 6c oa : 
doit même s'abftenir de la faienéer 
après 1 accès , on leur donnera un* 

lavement avec l'a décoctf on (N°.ï i> 
pour débarrafièr les inteftins de* 
greffes matières. Le jour de repos >, 
ils prendront le vomitif ( N°. 14 V 
en obfervant les mêmes précautions 
qui ont été déjà indiquées en par- 
lant de ce remède 5 de le foir *j 
s'ils n'ont pas allez vuidé par bas* 
il prendront un autre lavemenr 
avec la même décqcTiQn(N , ri % 
H y a une infinité de fièvres 
d'accès qu'on guérit avec ce feu! 
remède : cependant fi- l'accès re- 
vient, on pureera 5 dès qu'il mik 
pane & dans l'intervalle du repos» 
avec la ^ médecine du ( N°. 15), 
& le foir même de h purgaiioa^ 

ï> ¥ 






Si 



Des- Fièvres 
ou le lendemain quatre heures 
avant i'accès, on donnera une priiè 
de l'opiate ( N°. 29 ), délayée 
tians le vin blanc ou rouge 5 enfin 
de la façon que les malades aille- 
ront mieux la prendre. Cette pre- 
mière prife fixe ordinairement la 
fièvre : que cela fbit ou non , le 
lendemain on en donnera une fé- 
conde dofe , & le furlendemain la 
troifieme. Une heure après chaque 
prife de Popiate, les fiévreux man- 
geront une foupe , ôc deux autres 
pendant le refte an jour 3 excepté 
le jour de l'accès où ils ne pren- 
dront que la première foupe une- 
lieure après l'opiate , & pendant 
tour le relte du jour ils fe tiendront 
au -bouillon - r ils n'en prendront 
même point pendant tout le tems 
que durera l'accès , maïs fe con- 
tenteront feulement de boire abon- 
damment de la féconde ptiianne da 
( N°. 21 ). Us doivent encore ob- 
server de ne rien boire > ni manger 
peû&Et ta durée du froid > de 



I N T E K M î T T ijj N T E S, Ë$ 

peur d'augmenter la fièvre, & ren- 
dre l'accès plus violent* 

Je n'ai guéres vu de fièvres ré- 
fifter à un pareil traitement ; ce- 
pendant on en trouve quelquefois 
qui font rebelles à caufe de leur 
ancienneté, ou qui ayant été fixées 
une fois reviennent quelque cetns 
après. Pour éviter cet inconvénient 
iî faut réitérer Popiate, &: en pren- 
dre une féconde -dofe , quoique 
la fièvre ait été fixée par la pre- 
mière 5 on obfervera feulement de 
mettre un plus long intervalle entre 
chaque prife , c'efï-à-dire , qu'ont 
huilera un jour y il pois trois * 
&puis cinq jours > entre chaque 
prife. 

Les fièvres quartes y celles qui 
durent depuis long-tems, de queU 
que qualité qu'elles foient, celle* 
qui font accompagnées d'obfcuc- 
non au foie , à la rare 3 au mé- 
fentere 5 ce qu'on connok au gon- 
flement ttïfrfo dureté de ces par- 
ties contenues dans le ventre-, 

Dv] 



Des Fièvres 

vent être traitées par d'autres re- 
mèdes , il l'on veut en obtenir la 
guéri-ion. 

On commencera par faire vo- 
mir avec le remède du ( N°. 22) 
3e jour de repos; le foi?, on don- 
nera un lavement avec la dé- 
cociion ( N°. 1 1 ) : l'autre jour de 
repos, on purgera avec la méde- 
cine du ( N°. 1 5 ) r en ajoutant au- 
premier gobelet demi-dragme de 
rhubarbe en poudrerie lendemain* 
on donnera Poplate ( N°, 30 )y 
de la façon qu'elle eft indiquée 
au deflous de la formée, èc même 
en réitérer une féconde dofe, de 
peur de rechute , en obfervant de 
laiiTer un plus Ions; intervalle entre 
chaque priie , comme 11 a ete 
dit au fujec de l'autre opiate du- 
( N°. 2j> ). 

il y a un préiu^é extraordinaire 
contre Tufage du quinquina > £e 
des remèdes dans la compoficion 
de/quels il entre :• la plupart des 
£€*}s crovent que cette drocr.is 



Intermittentes. 85 
efl ennemie de l'eftomac , qu'elle 
échauffe beaucoup , nuit à la poi- 
trine , en un mot qu'elle produis 
tous les maux qui font la faite 
ordinaire des fièvres d'accès mai 
traitées- 

Un pareil préjugé n'a gu-éres 
de fondement 1 il ierok à iouhai- 
ter qu'on pût trouver pour toutes 
les autres maladies des remèdes 
auiïî fûrs & auffi peu nuifibies que 
l'eft le quinquina poer toutes les 
fièvres d'accès > non feulement il 
ne nuit pas à l'eflomac , mais au 
contraire c'eft de tous les remèdes: 
eeltâ qui le fortifie davantage, &.. 
le rétablit mieux dans Tes fonctions,. 
Cette écorce précieufe a une vertu, 
aftringente &: tonique , qui re- 
donne à ce vifcere le ton & lg- 
refîbrt, Jor/qu'iB Ta perdu ; elle & 
en outre une ' qualité abforbante?. 
dont l'effet eft d'envelopper & de 
^abreuver des acides dont les 
premières voie? font ordinairement 
farcies , & qui entretiennent la 




86 Dès Fièvres Intermittentes. 
plupart du terns les fièvres d'accès,, 
en viciant le chyle. 

Si l'on a vu plus d'une fois des 
obftruetions rebelles , Thydropilie 
& d'autres maladies dangereuses 
fucceder aux fièvres d'accès , c'eft 
au mauvais ufage de ce remède* 
plutôt qu'au quinquina lui-même > 
qu'on doit les attribuer. En effet, 
on ne rifque rien, quand on l'em- 
ployé à propos , êc au'on ie fert 
de celui qui eft pur , point mé- 
langé avec d'autres écorces, qui 
lui étant intérieures , diminuent 
fa vertu & rendent fcn triage fut 
pecl. Voyez la Table alphabétique 
©u il eft parlé de cette drogue. 






'**l*£ 






«A 







Des C o l i q. v e s» 87 



CHAPITRE VI IL 

Des Colicmes* 

x 

N appelle vulgairement co^ 
liques •> toutes forces de dou- 
leurs qu'une perfonne reffent inté- 
rieurement dans quelque partie du 
ventre» 

Ces douleurs peuvent être pro- 
duites par plufieurs caufes; celiez 
qui dépendent d'une inflammation 
dans Péftomac ou les inteflins, font 
les plus dangereufes : heureufe- 
nient les Marins font peu fujets à 
cette efpece de colique , à moins 
que l'inflammation ne (bit en eux 
la fuite de quelque autre efpece > 
négligée ou mal traitée» 

Les Marins font fort fojets au^ 
coliques qu'on appelle d'ingeftion 5 
elles font oceafionnées par les ali- 
mens groffiers dont lis fe nourrirent: 
en mer : quelquefois auffi après- 
de longues traverses ^ ils aboj> 





Des Co-l.iq.ue s* 
dent dans des Pays abondans en 
proviiions 5 il eft naturel qu'ifs 
longent à jéparer par la borme- 
chere l'embonpoint qu'ils ont perdu, 
& qu'ils fe dédommagent des jeu- 
Des forcés qu'ils ont faits ; il fe- 
roit à fouhaiîer feulement qu'ils 
fulîènt un peu plus circoufpccfa 
fur le choix des mets , & plus mo- 
dêrés dans la quantité qu'ils en 
prennent. Ce manque de précau- 
tion eft caufe qu'ils furchargent 
leur eftomac , fans s'embarraiïèt 
des fuites. 

Cette quantité d'afimens pris à 
la fois , fur-tout s'ils font mal fains ? 
ce qui n'en: pas rare dans certai- 
nes contrées où ils abordent, caufe 
à ceux qui ne digèrent pas faci- 
lement, ou qui ont l'eftomac foi- 
ble, une colique d J indÎFeftion : on 
connoitra qu'une perfcnne en eft 
attaquée, fi, après avoir beaucoup 
mangé, elle fe plaint d'un mal-aife, 
& relient des douleurs dans quel- 
que partie du ventre i ces douleurs- 



Des C o l i q. u "e s. S9: 
ne font pas toujours fixes dans le 
même endroit, & il eft rare qu'elles 
produifent la fièvre 1 cependant 
ceux qui en font attaquas , font 
fujets à des tournoycmens de têce 5 
ont des rapports aigres , ou qui 
[entent les œufs pourris , *& des 
envies de vomir. 

Pour remédier a de pareils ac- 
cidens , il faut aider la nature à 
ïc débarraSer de es qui l'incom- 
mode f on y parviendra par une 
abondante boifibn d'eau chaude .*• 
li le vomifïèmçnt ou la diarrhée 
fut cèdent à la boifibn , les mala- 
des font bientôt guéris 5 mais ù 
Peftomac ou les inteftins ne fe dé- 
bouchent pas, il faut les folliciter 
par quelques lavemens* Voyez la 
formule ( N°. s 1 ). • 

Souvent quand les matières nui* 
fibles qui occafîonnent les douleurs* 
ne font pas abondantes , les ma- 
lades guériilent fans éprouver au- 
cune évacuation , & par la feule 
boifibn d'eau tiède qui détremper 









ço Des Coliques. 
& noyé, pour ainfi dire, ce qu'elles 
ont d'irritant : enfin i] après ic vo- 
miflèment ou la diarrhée, les ma- 
iades ont encore mauvaife bouche, 
& des- renvois dtacufa pourris , ils 
prendront à jeun pendant quel- 
ques matins une prlfe de la poudre 
( N°. 23 ) dans du bouillon ou du 
tlié, ou une infufion d'une dragme 
de rhubarbe dans un verre d'eau; 
ils boiront en même-tems beau- 
coup de limonade, & ne prendront- 
aucun aliment folide , jufques à 
ce que leur eftomac foit bien ré- 
tabli , autrement ils rifqueroienc 
une nouvelle attaque de colique. 
Une autre eipece de colique 
qu'on appelle venteufe , s'unit fou- 
vent à la colique «Mndigeftiea , .& 
la rend plus doaloureufe. On re- 
connoît cet accident à la tenfion 
du ventre , qui cCt produite par 
les vents qui y font renfermés 5 il 
eft alors gros & inégal, fans être 
pourtant dur , & les vents qui ic 
portent tantôt dans une partie ; 



Dis Coliq.ues» 91 
tantôt chns une autre, caufent les 
tranchées que les malades foufrrent 
de rems en tems : on entend même 
un certain bruit , ou des grouil- 
lemens dans leur inteilins 5 ils fe 
trouvent mieux, quand on leur 
frote l'endroit douloureux 5 , quand 
ils remuent , quand on leur ap- 
plique quelque chofe de chaud 
fur cette partie : enfin s'ils ren- 
dent quelques vents par haut ou 
par bas , ils font encore plus fou- 
lages. 

Les mêmes remèdes qui gué- 
rident la colique d'indigeftion, doi- 
vent être mis en ufage pour la 
colique venzmfe > il fuffîra feule- 
ment d'ajouter aux lavemens qu'on 
donne pour cttt^ dernière , une 
poignée de fleurs de camomille : 
la boiflbn àçs. malades fera com- 
poféç de rinjufiïon de cette même 
plante en guife de thé, & on leur 
fera des fomentations fur tout le 
ventre avec la même décoction 
des lavemens. 






J 










5?2 Des C o l r cl U e s. 

Les Marins font encore fujets a 
une autre efpece de colique, qu'on 
appelle colique humide , ou coli- 
que après le froid : ils font plus 
iouvent attaqués de cette efpece, 
que d'aucune autre , parce qu'ils 
foufFrent des froids violens aux 
pieds j occafîonnés par l'humidité 
dans laquelle ces parties font pref- 
que toujours. 

Pour guérir cette efpece de co- 
lique, on fera des frictions avec 
des ferviettcs chaudes aux jambes 
& aux pieds de ceux qui en font 
attaqués : on expofera ces mêmes 
parties , pendant un certain rems ; 
à la vapeur de l'eau bouillante; on- 
les trempera même dans l'eau 
chaude pendant l'efpace d'une 
heure : après quoi on transportera 
les malades dans un lit bien baiïï- 
né, & on les fera boire abondam- 
ment d'une légère infufîon de fleurs 
de camomille, ou de fureau , en 
gaife de thé. Si ces remèdes pro- 
curent un peu de fueur , & fur- 



! 



Des Coliques, 93 
tout aux jambes , les malades fe- 
ront bientôt guéris : G au contraire 
les douleurs continuent , malgré 
i'ufage de ces remèdes & de fré- 
quens lavemens , la fièvre fc mec 
bientôt de la partie : il faut alors 
recourir à la faignée , &. la. réi- 
térer deux ou trois fois, félon la 
violence des douleurs & de la 
fièvre. 

Après que les faïences auront 
deiempii les vanieaux , on met- 
na les malades dans un bain 
d'eau tiède jufques à la ceinture; 
ce qui fuffira ordinairement pour 
obtenir la guérifon. Ii eft rare que 
de pareils fecours ne calment pas 
la fièvre & la colique , & qu'on 
foit obligé de recourir aux pré- 
parations d'opium : on ne doit ja- 
mais employer ces remèdes dans 
les commencemens 3 $c s'il eft des 
cas où ils puiflent convenir > ce 
n'efl: qu'après qu'on a tenté tous 
les autres inutilement : on ne doit 
même les donner qu'après avoir 








94 Des C ô l r q.xj e s. 
fait précéder les faignées ; autre- 
nient ils pourroient faire plus de 
mal que de bien. Voyez les for- 
mules ( 31 6c 31 ). La potion du 
( N°. 31) doit fe prendre dans 
deux dofes , à fk heures d'inter- 
valle Tune de l'autre : on fera 
même mieux , en la donnant à 
cuillerée , d'un quart d'heure à 
l'autre. 

Avant que de finir ce Chapitre, 
je crois devoir prévenir les Marins 
far les dangers auxquels ils s'ex- 
pofent 5 en donnant à ceux qui 
font tourmentés de colique , fins 
examiner quelle en eft la caufe 
&; d'où elle peut provenir, cer- 
tains remèdes qui font prefque 
meurtriers , tels que l'eau de-vie 
Bvcc îe poivre * une quantité de 
vin chaud avec du fucre Si de 
noix mufeade râpée , enfin toutes 
fortes de liqueurs fpiritueufes : il 
eft certain que ces boitions, qui 
dans le fond ne peuvent produire 
HtO grand bien ? peuvent faire beau- 



■"■ 



Des Goliq.ue's, 95 
coup de ma! , rendre morteiie une 
colique qui auroït été fans danger, 
en produifanc dans l'eftomac ou 
les inteftins , une véritable in- 
flammation, qui efl: bientôt fuivie 
de la gangrène de ces parties , & 
de la mort. 

On ne doit non plus dans au- 
cune efpece de coiique , quand 
ii y a vomiflement ou diarrhée , 
donner des remèdes capables d'ar- 
rêter les évacuations , tels que la 
Thérîaque , le Dlafcordium, l'Or- 
viétan, que la plupart des Matelots 
achettent des Bateleurs, 5c pren- 
nent imprudemment dans ces for- 
tes d'occafîons. Tous les Praticiens 
confeillent au contraire de favo- 
rifer ces évacuations par une ample 
boiiîbn de ptîfanne , ou de quel- 
qu'autre liqueur 'rafraîchiflante , 
comme la limonade , ou à Ton 
défaut 5 Peau pure avec un peu 
de vinaigre : ces liqueurs lavent 
J'eftomac & les inteftins , ks nec- 
toyenc de toutes ks matières cor- 








gflff Des Coliques» 

rompues , & font ceiler ces éva- 
cuations , en ôtanc leur canfe. 

Enfin je penfe qu'on peut ai- 
fément guérir toutes fortes de co- 
liques avec les feuls remèdes que 
3'ai indiqués , qui font les fré- 
cjuens lavemens , l'ample boiiïbn 
d'eau chaude, de limonade, ou de 
quelque décoclion théiforme des 
fleurs de fureau , de camomille ; 
les fomentations de même nature 
que les lavemens, appliquées chau- 
dement ftir fe ventre > la faignée 
<>ui paroîc indifpenfable , lorfque 
les douleurs font violentes êc ac- 
compagnées de fièvre ; enfin les 
bains .des pieds , des jambes &C 
jufques à ia ceinture* 






CHAPITRE 



Du Chole^a-Morsus. 97 



CHAPITRE IX. 

Du Choiera- Morbus , ou Trouffe -galant. 

LE cholera-tnorbus , ou trouflè- 
galant, eft une évacuation très- 
abondance & douloureufc qui Te 
fait par les Telles & par le v#- 
miirement* 

Cette maladie eft occafîonnéc 
par une bile extrêmement acre , 
qui picote en même-rems l'eftomac 
& les inteftins; il n'eft donc pas 
Surprenant que les Marins qui ne 
fe Bourriflènc que d'alimens falés 
& fumés , y Talent fort iujets. 

La maladie commence par des 
foibleiTes , un grand abattement de 
forces & de légères douleurs dans 
le ventre : enfuîte il furvient des 
évacuations abondantes par haut 
& par bas ; les matières font jaune^ 
vertes, brunes, blanchâtres, enfin 
oe toute couleur. 
A mefiire que les évacuations 







5^8 Du Cholera-Morbui. 
augmentent , les douleurs devien- 
nent plus fortes : la fièvre fe met 
bientôt de la partie ; le pouls qui 
dans le commencement étoit fore 
& dur, s'affoiblit peu-à-peu ; enfin 
fi la maladie dure un certain tems, 
les malades reflentent des crampes 
douloureufes dans les bras & dans 
les jambes : à ces accidens fucce- 
dent le hocquet , les convulfions ; 
les extrémités fe réfroidiffent , 6c 
ils meurent. 

Cette maladie , qui eft extrê- 
mement violente , n'eft pourtant 
dangereufe qu'autant qu'on ia né- 
glige : pour la guérir > il faut , pour 
ainfi dire, noyer l'âcreté de la bile 
par une grande quantité de boiflbn 
adouciflante & tant foit peu acide, 
comme la limonade , l'eau pure 
avec un peu de vinaigre, les ptifan- 
nes de ris, d'orge , le pain lavé , 
& fur-tout celle du ( N°. iS> On 
donnera aux malades de fréquens 
lavemens avec les mêmes ptifannes: 
on pourra même dans les coiiv 




Du Cholera-Morbus. $ 9 
tncncemcns , fi le pouls eft dur ôc 
plein, Se que les malades foiene 
jeunes, robuftes & fanguins , faire 
une ou deux faignées. 
^ Les demi-bains' & les bains tri* 
tiers font falutaires dans le choiera- 
morbm s on doit donc y avoir re- 
cours > Ci l'on voit que les évacua- 
tions ôc les douleurs ne diminuenc 
pas par l'ufage des boiuons & des 
lavemens indiqués. 

On ne doit pas non plus négli- 
ger les fomentations 5 & il fauc 
obferver de ne point employer 
pendant les premiers jours les 
préparations d'opium. Ces remèdes 
aignflcnt le mal , au lieu de Je 
guérir ; ils arrêtent trop -tôt les 
évacuations , Se jettent fouvent les 
malades dans un état plus dange- 
reux : on ne doit donc y avoir re- 
cours que quand tous les autres 
remèdes font inutiles , & que 
les évacuations font trop abon- 
dantes ; il eft même prudent de 
se les donner qu'à petite dofe i 

E ij 







îqû Du Cholera-Morbus. 
on fe fervira alors de la pocioc 
( N°. 31), donc les malades pren- 
dront une cuillerée d'un quart 
d'heure à l'autre. 

Quand les malades doivent gué- 
rir, les douleurs & les évacuations 
diminuent peu-à-peu 5 ils font moins 
-altérés ; leur pouls, quoique vice, 
devient réglé , & ils repofent un 
peu : on ne doit pas dilcontinuer 
alors l'ufage des remèdes , excepté 
celui de la potion ( N°. 32 ) , 
iqu'on donnera dans de plus longs 
intervalles , comme de deux , ou 
de trois en trois heures ; en peut 
alors permettre l'ufage des bouil- 
îons , & quand les douleurs & les 
évacuations feront tout-à-faic cal- 
mées , quelque foupe de femouls*, 
4ç ris , & quelques œufs frais. 




Des Maladies Vénériennes, roi 




CHAPITRE X. 

Des Maladies Vénériennes* 

E toutes les maladies qui peu- 
vent affliger les Marins , ii 
n'en eft point de plus commune 
parmi eux que les maladies véné- 
riennes : l'efprit de débauche dont 
la plupart des gens de mer font 
afTez fucceptibles 5 le célibat forcé 
dans lequel ils vivent dans leurs 
Vaifleaux ; les attraits féducieurs 
àcs Sirènes enchantereffes qu'ils 
trouvent dans les Pays où ils abor- 
dent ; enfin les alimens éehauffans 
& les liqueurs fortes dont ils font 
ufage j toutes ces caufes font qu'ils 
ne font pas plutôt arrivés dans un 
Port , qu'oubliant tous les dangers 
auxquels i!s viennent d'échapper ,• 
ils s'expofent à de plus grands 
encore. 

Bientôt , mais trop tard 5 on les 
voit fe repentir de" leur impru- 

E iij 










... 



ïos Des Maladies 

dence, 6c payer par de longues 
fpuffirances un inftant de plaifir ; 
une maladie honteufe porte l'in- 
fection 6c la corruption dans leur 
fang : arrivés chez eux , ils la trarr£ 
mettent dans leur famille , & la 
font pafler comme un funefte héri- 
tage jufques à leurs derniers ne- 
veux. Nous voyons dans nos Pays 
maritimes de triftes exemples^ 8c 
les effets le plus malheureux de ce 
wus héréditaire. Combien d'en- 
fans écroueîieux , rachitiques 6c 
impotens , font la vidime des dé- 
bauches de leurs pères , & n'ont 
reçu d'autre bien d'eux que ce 
funefte préfent. 

Un Auteur fameux , à qui nous 
fommes redevables de ce que nous 
avons de meilleur fur les maladies 
"vénériennes, nous a voulu faire ef- 
pérer que le virus qui en consti- 
tue l'eflence , tranfporté de l'Amé- 
rique dans notre continent , s'affbi- 
bliroic avec le tems , à mefure 
qu'il fe difperfe parmi toutes les 




nations qui l'habitent , & s'anéan- 
tiroit à la fin comme la lèpre des 
Arabes dont on n'entend plus par- 
ler aujourd'hui. 11 feroit à fouhai- 
ter, pour le bonheur des hommes, 
que fa prophétie s'accomplît: cepen- 
dant fi nous ne voyons pas arriver 
tout le contraire , au moins il eft 
confiant que ce virus eft encore 
prefque fi actif & auiîi dangereux 
qu'il étoit il y a deux cent cinquante 
ans. 11 attaque toujours avec la 
même force les organes de notre 
exiftence > & porte des marques 
de deftruction & de fureur , non 
feulement dans les parties de la 
génération , mais encore dans tout 
Je corps de ceux qui l'ont con- 
tracté. 

I/hifloire nous apprend , & les 
Médecins qui vivoient dans le tems 
que cette maladie a commencé à 
être connue en Europe 3 nous afïu- 
rent qu'elle étoit fort commune 
dans rifle Efpagnole , aujourd'hui 
Saint Domingue, & dans les autres 

E iv 







104 Des Maladies 
Antilles découvertes par Cliriflo- 
Dhle Colomb & (es fucceflèurs: les 
Matelots 6c les Soldats qui avoient 
fuivi ces Capitaines, la contractè- 
rent en commerçant avec les fem- 
mes Américaines , ôc l'apportèrent 
enfuire en Efpagne , d'où .elle s'eft 
répandue dans toutes les parties du 
inonde connu. 

Certains nient fauthenticicé de 
cette époque ; mais malgré tout ce 
qu'on peut dire pour & contre 
cette opinion > il n'efl: pas moins 
vrai que les maladies vénériennes 
exigent. Il me refte donc à parler 
des moyens qu'on doit mettre en 
ufage , non pour s'en préferver, car 
tout le monde les connoît , mais 
pour les guérir. 

Comme on a ufé fucceffivement 
de différentes méthodes pour 1-e 
traitement des maladies vénérien- 
nes , & qu'aujourd'hui même cha- 
cun a la fienne particulière 3 je vais 
donner une idée des plus ufîtées , 
en commençant par les plus ancien- 









VENERIENNES, I O 5 

nés : je tacherai d'expofer fans pré- 
vention ce qu'on a trouvé de bon 
6c de mauvais dans ces différentes 
méthodes,, afin que les Marins puif- 
fent avec connoifiance de caufe 
juger des raifons qui me détermi- 
nent à leur confeiller celle de Mr* 
le Baron de Van-Swieten , premier 
Médecin de Sa Maie fié Impériale 

* A. * 

la Reine d'Hongrie , &. à la pré- 
férer dans les Batimens à toutes 
les autres , qui ont auffi leurs avan- 
tages , mais qui font peu pratica- 



ies fur mer,. 



Dans le commencement que les 
maladies vénériennes parurent ers 
Europe y les Médecins furent fore 
embarraflés pour trouver des re- 
mèdes à un mal fi nouveau pour 
eux ; & ce n'ell qu'avec Ken de la 
peine & beaucoup de recherches, 
qu'ils parvinrent à foulager ceux 
qui en étoient attaqués : ils vou- 
lurent d'abord fa voir de quelle 
façon on traitoit cette maladie 
dans les Pays ou elle avoic pria 

E v 










io6 Des Maladies 
naiiîance , & ils apprirent qu'on Je 
faifoit avec fuccès avec la décoc- 
tion du bois de gaïac* 

Les fueeès de ce bais qui avoir 
mérité l'épitliete de Saint , a caufe 
des cures merveilleufes qu'il opé- 
rait dans le Nouveau Monde 3 fu- 
rent fort médiocres dans nos cli- 
mats ; en vain pour augmenter ùt 
vertu on lui affocia dan» la fuite la 
fquine, le falfafras % la falfepareiiie 5 . 
racines Se bois précieux qu'on ap- 
portoit à grands frais de l'Améri- 
que 6c des Indes : l'expérience dé- 
montra bientôt que ces fameufes 
décoctions qu r on eroyoit fpéeifi- 
ques, n*étoient bonnes tout au plus 
que pour pallier la maladie , êc ne 
guérifioient pas radicalement : ainft 
elles furent abandonnées aux Em- 
piriques &£ aux Charlatans qui s'en 
Servent encore &ujottrd T hui : ceux 
qui font afiez crédules pour fe fier 
à eux 5 payent bientôt la faute de 
leur crédulité , & voyent renou- 
veler dans quelques années la plu- 







Vénérienne s. Ïgj 
part des fymptomes véroliques * 
que ces décoctions n'ont fait dit 
paroirre que pour un tems. 

Rebutés par tant de mauvais 
fuccès , après bien des travaux 6c 
des expériences , conduits par l'a- 
nalogie Se non par le hazard, comme 
quelques-uns le prétendent 3 les 
Médecins trouvèrent enfin dans le 
mercure un véritable fpécifique 
pour les maladies vénériennes : à 
la vérité ce minéral qui avoic été 
regardé jufques alors comme un 
poifon 3 fut d'abord condamné par 
pluiîeurs d'entre eux - f mais fés 
heureux fuccès Je firent bientôc 
approuver par ceux-là même qui 
avoient été les plus ardens à le 
proferire : ils s'en fervirent eux- 
mêmes dans la fuite avec le même 
fuccès» 

Ce n'étoit pas affez d'avoir trou- 
vé le véritable fpécifique , il refîolr 
encore à chercher la meilleure ma- 
nière de le préparer, & la méthode 
la plus fûre de Padmiciftrer. Ce 

E vî 



1 







^ ÊÊ ^ ÊÊmÊtaÊÊ m tÊ gâ 




jo3. Des Maladies 
fut un nouveau fujet de difputc 
pour les Médecins : les uns étoient 
pour l'application extérieure , & 
vouloient le préparer de façon que 
pénétrant à travers les pores de la 
peau , il fut porté dans les vaiffeaux 
pour circuler avec le fang 5 les 
antres au contraire vouloient l'y 
faire parvenir par la voie de YeC- 
tomac , 6c le préparer de façon 
qu'on pût l'avaler fans danger. 
Dans cette intention, ils le décom- 
poferent par le moyen de la chymie, 
£c le mêlèrent avec une infinité 
d'ingrédiens qu'ils difoient propres 
à en augmenter la vertu : à cet 
effet chacun inventoit une nou- 
velle préparation qu'il vantoic au- 
deflus des autres , pour s'arroger 
à lui feul le traitement de cette 
maladie qui commençoit à s'éten- 
dre, & dont le traitement devenoit 
de jour en jour plus lucratif. C'eft 
de cette fource que font fortis les 
d.ifrerens précipités, les panacées, 
lev> turbiths , les fublimés, & cette 




Vénériennes. 109 
foule de préparations que des Char- 
latans , des Empiriques, & même 
des Médecins renommés prônèrent 
autrefois, & vantent encore aujour- 
d'hui comme autant de fècrets qu'ils 
cnt inventés. Tous ces prétendus 
fecrets ne font cependant dans le 
fond que du mercure déguifé ou 
sflbçîé avec d'autres drogues , qui 
peut-être ne font pas capables d'en 
augmenter la vertu. 

Parmi ces différentes prépara-^ 
rions, il peut s'en trouver de bon- 
nes , & même d'excellentes 5 mais 
à laquelle faudra-t-il donner la. 
préférence ? Doit-on croire les Em- 
piriques ôc les Charlatans fur leur 
parole , eu fur des certificats men- 
diés & achetés à pri$ d'argent ? 
Non > les gens fenfés ne fe ! aident 
pas éblouir par ces fauiTes lueurs; 
ils veulent connoître le remède 
qu'ils employeur 5 & l'expérience 
appuyée fur des principes les con- 
duit dans la voie de la guérilon. 
II faut qu'un remède (bit connu 






i î o Des Maladies 
& conftaté par fes (accès pour 
mériter leur approbation & leur 
confiance : ils ne la donneront pas 
aiïurement à ces prétendus fecrets, 
qui n'ont de verra qu'entre les 
mains de ceux qui ont intérêt à 
les débiter. 

Ceux qui étoienî pour l'ap- 
plication extérieure , préparèrent 
d'abord le mercure Tons la ferme 
d'un emplâtre , en le mêlant avec 
des grailles , des refînes & des 
gommes : ils gamilïoient de ce! 
emplâtre t>lufîeurs morceaux de 

A i. 

linge qu'ils appliquoient , & dont 
ils couvraient certaines parties &c 
même tout le corps , à l'excep- 
tion du vifage , de la poitrine 8S 
du ventre -, mais les inconvénient 
de ces emplâtres , la démangeai- 
fon qu'ils occafionnoient , la folî- 
vation qu'ils excitaient & qu'on 
rnhoit pas maître d'arrêter quand 
on vouloir, firent bientôt aban- 
donner cette méthode. 

Ils crurent rencontrer moins 



■>. 



! . 



V E K E R I E K N S S. î M. 

dlnconvéniens en préparant le 
mercure fous la forme d'ongent y 
& ils en firent des frictions fur 
les mêmes parties où ils avoient 
d'abord &pplï<mé les emplâtres. Les 
kiecès de ces frictions qui devin- 
rent de jour en jour plus grands t 
à mciure qu'on apprit à les gra- 
duer , avoient rendu 'cette mé- 
thode prefque univerfeile ; c'eil 
même la feule aujourd'hui qui 
fuit employée par le plus grand 
nombre de ceux qui traitent les 
maladies vénériennes 5 êc qu'on 
doive fuivre 3 lorfqus le tems , le 
Jieu ôc les circonstances le per- 
mettent 5 mais comme chaque 
chofe a ion pour & fon contre 2 
quoique tous les Praticiens con- 
viennent que les frictions mer-cu- 
rielies fagement admlniftrées font 
k meilleur moyen pour guérir ra- 
dicalement: toutes les maladies vé- 
nériennes , néanmoins on a trouvé 
quelles #e font pas fans incon- 
vénient. En effet 3 avec quelque 







î î i Des Maladies 
prudence qu'on les donne , on ne 
peut , dans certaines circonftances, 
prévenir ni obvier à des accidens 
redoutables-, occafionnés par la fa- 
iivarioa qu'elles procurent. Bien 
plus , certains ont regardé la faii- 
vation elle-même comme un des 
plus grands inconvéniens de la rné- 
tbode des frictions : elle epune , 
difent-ils , les malades y les fait 
foufTrir cruellement , 6c les rend 
fou vent fourds ou difformes. 

Pour rendre la méthode des 
frictions plus parfaite &: éviter de 
pareils inconvéniens*, les uns ont 
cru qu'il fuffifoit de mêler à Pon- 
guent mercuriel avec lequel on 
ies fait , une certaine quantité de 
camphre ; mais l'expérience a dé- 
montré le contraire. 

D'autres ont cru parvenir au 
même but , en' donnant à ceux 
qu'ils traitent , après un certain 
nombre de frictions , des purgatifs 
pour précipiter^ comme ils difent, 
le mesure par les Telles. Cette 






Vjsne-rienkes. i î 3 
manière de traiter &; les purga- 
tifs réitérés ne font pas fans in- 
convénient ; chacun peut aifémenc 
Je comprendre. 

D'autres enfin ont cru qu'il îufH- 
ioit > pour guérir les maladies vé- 
nériennes, d'introduire dans le fang, 
par le moyen des frictions , une 
certaine quantité de mercure qui 
fût fuffifante pour détruire le virus 
véroîique , & qui cependant ne fut 
pas afiéz forte pour produire la 
ïàlivation ; à cet effet ils met- 
toient un certain intervalle de 
tems entre chaque friélion 5 lis 
les fufpendoient même, dès qu'ils 
voyoient la moindre apparence de 
falivation : ils ont appelle cette 
manière d'adminiftrer les frîclions, 
traitement par extinction. Une pa- 
reille méthode aurait du , & a 
effeéYivement pendant un certain 
tems acquis la préférence fur tou- 
tes les autres ; mais la longueur de 
la durée du traitement , fon infuf- 
fifance reconnue dans pluficurs oc- 





1 14 Des Maladies 
calions, l'ont faite abandonner par 
le plus grand nombre des Pra- 
ticiens. 

11 me refte à parler des fufumi- 
gations mercurielles avec le cinna- 
bre, qu'un Provençal qui Te trans- 
porta à Paris , propofa comme le 
moyen le plus court, le plus facHe 
ôc le plus fur pour guérir les ma- 
ladies vénériennes. La Faculté de 
Médecine de cette Capitale , fei- 
gneufe de faifir tout ce qui peut 
augmenter , ou rendre plus faciles 
les moyens tendans à la conferva- 
tion de l'efpece humaine , nomma 
des Commitfaires qui examinèrent 
les malades qui furent traités par 
cette méthode : leur rapport fut , 
qu'elles n'étoient pas fuffifantes 
pour guérir tous les fymptomes 
véroiiques, ni aflez fûres pour être 
employées dans tous les cas, d'au- 
tant plus qu'elles étoient fujettes 
à. de plus grands inconvéniens que 
les frictions, auxquelles par confé- 
quent elles ne pourroient être pre- 






Vénériennes, iij 
fëréesj ainfi elles furent profcrires^ 
& reiervées feulement pour ter- 
tains cas où elles peuvent contenir* 

Je ne dois pas non pins pafter 
fous filence les dragées du iieur 
Keifèr , qui depuis deux ou trois ans 
font beaucoup de bruit. Sa Ma- 
jefté toujours prête à accueillir 
favorablement tout ce qui inté- 
refle la fanté de fes fojets 3 l*a gra- 
tifié d'une penfion de dix mille 
livres pour la cornpofition de fes 
dragées. Il feroit a fbuhaiter que 
cette préparation fin publique, afin 
que les malades qui en ufent , con- 
nurent la qualité du remède qu'ils 
prennent , & que les personnes de 
l'art qui les conduifent , puflent 
trouver des moyens pour le rendre 
moins nuifible à l'eftomac : il eft 
certain qu'alors ils en retireroient 
plus de fruit qu'ils n'en ont re- 
tiré jufques aujourd'hui. 

Quelle eft donc la préparation 
mercurielle capable de guérir toutes 
les maladies vénériennes fûrement > 



i 





ï 16 Des M al a die s 
promptcmcnt & agréablement ? 
Je dois à Mr. le Baron de Van- 
Swieten, premier Médecin de Sa 
Majefté Impériale la Reine d'Hon- 
grie , la connoiiîance de ce pré- 
cieux fpécifîque. 

Ce n'eft pas l'autorité prépon- 
dérante de cet homme illuftre 
dans l'art de guérir, mais les heu- 
reux fuccès du remède éprouvé 
fur toutes fortes de perfbnnes fans 
le moindre inconvénient, qui ren- 
dront Ton u(àge mémorable dans 
les fiécles à venir. Ceft en vain 
que des perfonnes intéreflees à le 
proferire tachent d'infpirer de la 
défiance pour ce remède, & veu- 
lent faire accroire qu'il eft dan- 
gereux : l'expérience démontre 
chaque jour le contraire ; & j'ofe 
avancer que parmi ie nombre de 
ceux qui le condamnent, il n'en 
eft , poar ainfi dire , aucun qui 
l'ait mis en u fa ge : c'eft donc une 
prévention mal fondée de leur part, 
§£ qui feroit à peine tclcrabk dans 




Vénériennes, iij 
les perfonnes qui ne font pas de 
l'art. Je veux pourtant croire , pour 
leur honneur* que la paffion Bt l'in- 
térêt ont peu de parc a ce qu'ils 
difent 5 qu'ils n'ont en vue que le 
bien public , 5c qu'ils abandonnè- 
rent volontiers la méthode des 
frictions , quoique plus lucrative, 
fi on pouvoir leur prouver que Tu- 
bage du fubliroé n'eft point dange- 
reux ; mais il (croît difficile de les 
convaincre, car en fait de pratique 
k*raifonnement fèrt de peu. Qu'ils 
mettent donc la main a l'œuvre 
su lieu de difputer ^ qu'ils traitent 
des véroles avec le fublimé, £c s'ils 
trouvent que ce remède eft dan- 
gereux en France > ÔC qui! n'a , 
comme ils le difent , des fuccès 
qu'en Allemagne entre les mains 
des Médecins les plus expérimen- 
tés de ces contrées , je l'abandon- 
nerai volontiers; mais en attendant 
qu'ils fouffrent que ceux que la 
paffion ou l'intérêt ne guiceit 
\m } publient les bons &$?{$ *ds 









£i8 Des Mal adtes 
ce remède. Quant à moi qui croîs 
être de* ce nombre , j'ofe les aflïi- 
rer que je m'en fers journellement 
avec le plus grand fuccès : c'eft 
pour cette raifon que je le confeille 
aux Marins de préférence à tous 
les autres , ôc cela avec d'autant 
plus de confiance , que dans les 
cas ou dans les faifbns où ils ne 
pourront le prendre méthodique- 
ment , pour obtenir par fon ufage 
une guérifon radicale , ils ne ris- 
queront rien en l'employant comme 
palliatif; car il attaque la cauie du 
mal , diffipe la plus grande partie 
des fymptomes , l'empêche d'em- 
pirer , &: ne le fait pas changer de 
Forme , comme plufieurs autres re- 
mèdes tirés du mercure, dont plu- 
fieurs perfonnes de l'art fe fervent 
journellement, au grand détriment 
des pauyres Marins > qui fe croyant 
guéris , parce qu'ils ont vu difpa- 
roîrre les fymptomes véroliques 
portent un germe d'infection dans 
leur fang , Si le tranfmettent à leur 
pofléricé. 







V E N E H t EN N ES. I ï 9 

Ja fuis bien-aife feulement d'a- 
vertir les Marins 5 que le fublimé $gk 
fort lentement, quand on s'expoie au 
froid, de qu'il le porte alors facile- 
ment à ia bouche : ils remédieront 
à ces inconvéniens, en fe tenant bien 
couverts , Se en diicontinuant pour 
quelques jours i'ufage du remède, 
s'ils éprouvent quelque chaleur , 
quelque picotement à la bouche , 
au gofier > quelque gonflement aux 
gencives , enfin s'ils apperçoivenc 
la moindre marque de falivation. 

Un plus long rationnement fe- 
roit fuperflu ; il me refle a dire 
que , fi l'expérience & la quantité 
de guérifons fuffifent pour confia- 
ter la bonté d'un remède , il n'en 
eft point de meilleur £t de plus fur 
que celui que je propofe. Mr. le 
Baron de Van-Swieten , & tous les 
grands Médecins d'Allemagne &c 
d'Angleterre s'en fervent aujour- 
d'hui : ils ont guéri Se guériflène 
journellement des milliers de per- 
sonnes, Avant que de le confeiller 



1. 



120 Des Maladies 
£c de le donner aux autres ^ j'ai 
voulu l'éprouver fur moi-même , 
£c j'en ai pris dans un feul jour 
uns double dofe^ fans avoir reflènci 
la moindre incommodité 5 depuis 
lors je l'ai donné à plus de deux 
cent perfonnes de tout âge 2c de 
tout fexe , fans qu'aucune ait éprou- 
vé le moindre inconvénient. 

On trouvera la méthode de pré- 
parer ce remède , 6c de radminif- 
trer , à la formule du ( N°. $}}* 
11 opère ce que les ptifannes fu- 
dorirlques > les fufumigations , les 
frictions , Se toutes les autres pré- 
parations mercurielles n'ont pu 
opérer. Il guérit facilement 6c fans 
gêne les maladies vénériennes ré- 
centes , avec gonorrhées 3 chan- 
cres 3 poulains : il guérit même les 
plus invétérées, avec exoftofe êc ca- 
rie ; enfin il détruit , foie fondre 
èc difparoître , fans avoir recours 
au fer ni au feu , les hyperfar- 
cofes les plusconfidérables. Je pour- 
suis en citer plufcurs e;.en"ple 






MM 



VENERIENNES, IZï 

fi la prudence ne s'y oppo(bic j je 
me contenterai de celui qu'on trou- 
vera dans l'obfervation fuivante : 
je Je choifîs d'autant plus volon- 
tiers que la cure a été faite , pour 
ainfi dire , publiquement , èc que 
la vérité pourroit en être atteftée 
par plus de vingt perfonnes dignes 
de foi. 

OB SERVATION. 

Une jeune Demoifelîe , quelque 
tems après /on mariage, rcffèntic 
de grandes douleurs aux environs 
des parties de la génération ; ces 
douleurs étoient occafionnées par 
une quantité de petits boutons, qui 
lui caufoient une cuiflbn 6c un pico- 
tement infapportables : ce fut l'ex- 
pofé du mari qui vint me confultec 
à ce fujet ; quant à moi qui iavois 
à quoi m'en tenir , parce que je 
n'ignorois pas qu'il a voie eu, avant 
ïonmariage, deux bubons vénériens 
qu'il avoit fait traiter fort légè- 
rement, je lui expofai mm cloute, 

F 




Hz Des Maladies 
ïl répondit à toutes mes queftions 
qu'il étoit parfaitement guéri, qu'il 
ie portoit bien , & que la maladie 
de fa femme n'étoit qu'une dartre 
vive 6c douloureufe, occafionaée 
par la ceffation de fes ordinaires. 
Je feignis de me rendre à fon 
raifonnement > & en conféquence 
je lui préparai une pommade adou- 
ciffante ; mais le peu d'effet du re- 
mède l & l'augmentation de la 
maladie obligèrent la Demoifelle 
à m'envoyer chercher ; elle me dé- 
couvrit même fon mal en préfence 
du mari : je connus alors que je ne 
m'étois pas trompé , car les pré- 
tendus boutons étoient autant de 
chancres véroliques , qui garnit 
foient tous les parties honteufes ; 
je trouvai en outre fur la grande 
lèvre du côté droit , une excroilian- 
ce charnue, formée par i'aflemblage 
d'un millier de crêtes. La grolTeur 
de cette excroiflance égaloit au 
moins un œuf de poule , & fa bafe 
large que la paume 






V E N 2 II ï E N N H S, I 2 5 

de îa main ; il en découloit conti- 
nuellement unefanie.fi acre, qu'elle 
corrodoit les parties qu'elle tou- 
choit , & donnoit nailîance à de 
nouveaux chancres qui s'étendoiens 
jufques au fondement, A cet afpect 
effroyable , le mari n'ofa plus difîî- 
muler : il convint avee moi de 
la qualité de la maladie , de fe 
fournit au même traitement que 
foa époufe. 

Le mal connu , ii étoit facile 
de trouver le remède. Les fpéci- 
fiqiaes ne manquent pas dans cette 
maladie : je propofai en canfé- 
quenee les frictions mercurielles ; 
mais elles furent trouvées impra- 
ticables par certaines raiibns dm 
convenance : d'ailleurs je fàvois 
que, quoique par l'ufage des fri&ions 
je fuffe affuré de détruire le vice 
vérolique , je ne pouvois me flattée 
de fondre cette monftrueufe hy- 
perfarcofe , 6c qu'il me faudroit , 
pour y parvenir, après l'ufage des 
fri&ions , recourir à PinftrumenC 



H 



ï*4 Des Maladies 
tranchant ou à des cautérifations 
encore plus douloureufes : c'eft 
pourquoi je me hazardai d'em- 
ployer le remède ( N Q . 33 ) , 
malgré l'état de grofleffc avancée 
où fe trouvoit la malade ; de cela 
d'autant plus volontiers , que je 
favois , par des expériences anté- 
rieures que par le moyen de ce 
remède je détruirais non feule- 
ment le vice vérolique, mais en- 
core que je ferois fondre 6c dif- 
paroître la monftrueufe hyperfar- 
cofe fans douleur , 6c fans avoir 
recours au fer, ni au feu. Je me 
refervai feulement en moi-même 
d'être circonfpecl for les premiè- 
res dofes du remède , que j'aug- 
mentai par degré , 5c à^ mefure 
que je vis qu'elle n'en étoic du 
tout point incommodée : enfin 
dans moins de quarante jours elle 
fut parfaitement guérie , fans avoir 
cfluyé le moindre accident > les 
chancres fe deflecherent 6c tom- 
bèrent par écailles , fans que 










Vénériennes. 125 
fenfle appliqué defTus le moindre 
onguent ; Texcroiflance de chair 
diminua , fe fondit ôc difparut , 
fans Iaiflcr le moindre vertige 3 à 
ma grande fatisfaclion & à celle 
de la malade , qui auroit mieux 
aimé mourir , que de iouffrir au- 
cune application de fer, ni de feu 
fur cette partie. 

L/ufage du remède ( N°. 33) 
fuffit pour détruire tous le fymp- 
tomes véroliques Ceux qui ont 
une gonorrhée , des chancres, des 
poulains , des crêtes , des fies , 
guériront fans en employer d'au- 
tres particuliers. Si cependant les 
chancres font accompagnés de phi- 
mofs ou de paraphimofis, & qu'à 
la chaude-piiTe fe trouve jointe 
une grande douleur & cuiffon ea 
urinant, ce qui eft fort ordinaine 
dans les commencemens , on ta- 
chera de diminuer & de calmer 
ces fymptomes d'inflammation par 
une ou deux faignées , par une 
abondante boiflbn de la ptifanne 

F ilj 



126 Des Mal a di es 

(N°. 34) > à ^quelle on ajou- 
tera une dragme fel nitre fur cha- 
que pint-e, & par l'application des 
fomentations émollientes (N°. î 1 ) 
fur route la verge & fur le périnées 
on fera en inême-tems tremper 
pendant une heure , matin & foir , 
la verge datîs la même déco&ion 
( N°. il), dans du lait y fi Ton 
peur s'en procurer , ou dans l'eâu 
végcco-minérale ( N°. 35 ) - on 
eontintiera ces petits remèdes jut-. 
ques à ce que la douleur & l'in- 
flammation foient calmées , en 
îïiême-tems qu'on ufera de celui 
du ( N°. s 3 ) °t u * en accélérera 
les bons effets. 

Ceux qui ont des bubons véné- 
riens ou des poulains, n'ont hefoîn 
d'y appliquer deffus aucune forte 
d'emplâtres; ils fe fondront bientôt 
par l'ufage du remède , à moins 
qu'on n'eût commencé à le prendre 
dans le tems où la fuppuration de ces 
tumeurs eft déjà fort avancée : dans 
ce cas, on fe fervira des cataplaf- 







MM 



VENERIENNES* 127 

mes ( N°. 36 ou 37 ) qu'on ap- 
pliquera fur les poulains, & qu'on 
renouvellera deux fois par jour , 
jufques à ce qu'ils ayent percé 
d'eux-mêmes ; alors on les couvrira 
de l'emplâtre ( N G . 47 ) ^ qu'on 
continuera jufques à guérifon. 

On ne doit non plus appliquer 
fur les chancres qui font à dé- 
couvert , aucun onguent > ni les 
brûler avec le vitriol ou la pierre 
infernale : on fe contentera de 
les laver tous les jours avec l'eau 
chaude ; & pour empêcher que le 
frotement contre la cfaemife oii 
les linges ne les irritent &C occa- 
fionnent des douleurs , oa les cou- 
vrira avec un morceau de linge 
garni légèrement de l'emplâtre 
( N°. 47 ) : on tes verra bien- 
tôt fe deflecher & tomber par 
écailles» 



F iv 



CHAPITRE XL 

De la Vefte. 




E toutes les maladies qui affli- 
gent les hommes, il n'y en 
a point de plus cruelle & de plus 
dangereufè que la pefte $ les Ma- 
rins 5 &: fur-tout ceux qui fréquen- 
tent les mers du Levant , y font 
xnalheureufemcnt fort cxpofés. Au 
feu! nom de pcfte chacun tremble 
& frémiç d'horreur. A peine cette 
maladie cil foupçonnéc dans quel- 
que endroit , que la trifîede , le 
chagrin , la confternation , le dé- 
couragement 6c la crainte de la 
mort faififlent tous les efprits ; ces 
pafîions naiilènt du préjugé dans 
lequel font la plupart : ils s'ima- 
rinent oue des atomes invifibles 3 
fubtils 6c pénétrans , qu'on appelle 
miafmes peftiientiels , environnent 
de toutes parts les pediférés, qu'ils 
s'attachent & s'accrochent à tous 






•— V 



De la Peste, nq 

ceux qui les approchent, & leur 
communiquent la pefte ; enfin que 
cette maladie eft au defïus de U 
force des remèdes. 

Rien n'eft fi contraire aux prîn- 
cipes de l'humanité , & plus nui- 
fibie à la fociété 3 que de pareils 
préjugés : cette fatale prévention 
fait mourir plus de peftiférés que 
jà pefte elle-même > elle rompt les 
liens les plus facrés de la fociété 
civile s £e même de la parenté „ 
êc elle eft caufe qu'on abandonne 
les peftiférés. Je conviens qu'on 
peut ..& qu'on doit même prendre 
certaines précautions pour éviter 
ce qu'on appelle contagion , mais 
il ne faut pas les outrer j. & fi la 
prudence nous engage à en pren- 
dre, la religion & l'humanité ïeiqus 
obligent à donner aux peftiférés 
certains fecours , que nous ferions 
bien-aifes qu'ils nous donnailent. > 
li nous étions à leur place. 

Pour engager le Marins à moins 
de crainte ? . Ce eu même-rems f oqyç 



130 De la Pestf. 

donner plus de fecurité , de cou- 
rage ôc de fermeté à ceux qui 
*nalheureufement fe trouveront 
dans des pays attaqués de perte . 
j'ai à leur obferver que fi les miat 
mes peftiientiels s'attachoient, .s'ac- 
crochoient suffi facilement, & corn- 
muniquoient la perte a ceux qui 
approchent des peftiférés , an ne 
terroir aucune perfonne exempte 
çb cette maladie dans la plupart 
des Villes du Levant où elle eft: 
fort fréquente y H. où les peftiférés 
vivent pêle-mêle avec ceux qui 
rie le font pas % cependant plu- 
sieurs d'entr'eux n'en font point 
attaqués. Cette maladie n'eft pas 
non plus au deiTus de la force des 
remèdes ; car le tiers au moins 
de ceux qui en font attaqués, dans 
ces mêmes Villes du Levant , en 
échappent > quoiqu'ils n'en fafïent 
aucun : que feroit-ce donc , fi on 
leur adminiftroit ceux qui fonc 
convenables ? 

U y a lieu de croire que la perte 










De £a Peste. ijî 

ne fe communique pas auflî faci- 
lement qu'on fe l'imagine, 6c qu'elle 
n'attaque que ceux qui ont le fang 
difpofe à la recevoir ; ce qu'elle a 
de commun avec les autres efpeces 
de fièvres malignes 5 qu'on voit 
régner périodiquement dans cer- 
taines Provinces , dans certaines* 
Villes de France, 8c que cepen- 
dant l'on ne craint pas tant que 
la peile. 

Bien plus* fi la communication 
de la perte fe faifoit par la voie de 
ia tranfpiration des pefliférés , (i 
k plus petite parcelle du venin 
qui exhale de leur corps fe eon~ 
fervant cachée dans les ha r des, dans 
certaines marebandifes ,.. êtoh ca- 
pable, étant rnife à découvert * àë 
fe communiquer , d'augmenter $ 
<k en fe perpétuant de donner la. 
pefte à une perfenne y à une Ville 3, 
à un Royaume , enfin à tout le 
inonde entier , ce qui paroît in* 
compréiieofible :«fi cela étok, dis* 
je 5 ia communication & la ûiulti- 

f vi 



ij2 E>e h a Peste. 
plication de cette maladie feraient: 
incroyables- & extraordinaires. Tou- 
tes les Villes de Turquie ,. toutes 
les Provinces , les Royaumes de 
PAfie & de l'Afrique , qui com- 
mercent enfemble fans précsution , 
feraient continuellement & en mê~ 
mc-tems.infeâés de pefte ; ce qui. 
n'efl pas, quoique, après chaque 
attaque de pefte , il refte toujours 
dans chaque endroit des meubles y 
des bardes & des marchandifes qui 
avoient approché des pefliférés ,, 
qu'on n 5 a pas enfuite cxpofé à 
l'air 5 Se qui cependant ne com- 
muniquent plus, la pefte ; car une, 
fois paflee , elle ne revient que. 
dans un certain te^ns réglé. A» 
Seyde , par exemple, & dans p!u~ 
fieurs autres Villes de Syrie, la perte 
ne prend que de treize en treize 
2n?j il effc même rare qu'elle re- 
cule ou qu'elle devance ce terme 
d'une année ou deux, Dans d'au- 
tres Provinces de la Turquie , elle 
• ne règne que pendant certaines 







De la PèSTE. F 33 

faifom de Tannée , ce (Te tout-à- 
fait , & ne fe communique plus 
des que la Saint Jean du mois de 
Juin eft venue, tellement que c'efî: 
un proverbe trivial en langue mo- 
refque, à Alexandrie Se dans toute 
l'Egypte : Sanjan venir r ganàcujlm 
sndar. 

D'où vient donc ce retour pé- 
riodique de la'pefte en Syrie r 6e 
la ceflàtion fubire de cette mala- 
die en Egypte après la Saint Jean $ 
Ne refte-t-il plus de miaftnes pe£ 
tiîentieis dans ces- diffère ns pays* 
attachés aux meubles, aux habits 
bc aux marchandises de ceux qui 
croient infectés de la psffe ? c'eft 
ce qu'on n'ofera dire» 

Enfin j'ai obfervé plus d'une fois 
que certaines Villes étoient ijpfee^ 
cées de perte ? tandis que les Vil- 
lages voifins dont les habicans ve- 
rdoient chaque jour vendre , ache- 
ter des denrées & ces marchant 
difes dans les mêmes Villes ,. en 
éioicnt exempts i j'ai encore ©ht* 







134 De la Peste» 
fervé que ies mêmes Villages, pto^ 
fieurs années après , croient infec- 
tés de pefte , tandis qu'on n'en en- 
tendoit parler de long-tems dans 
les Villes circonvoifînes. 

Si les Marins veulent bien faire 
attention à ce que je viens de dire* 
ils ne feront plus tant faïfis d'hor- 
reur £c de crainte > au feul nom 
de pefte & de contagion; ils regar- 
deront cette maladie avec le même 
fang froid qu'ils envifagent les au- 
tres efpeces de fièvres malignes >. 
qui néanmoins font quelquefois 
auffi dangereufes que la pefte : 
enfin ils donneront fraternellement 
aux peftiférés les fecours dont ils 
pourront avoir befoin à leur tour* 

Qu'on ne croye pas cependant 
que je fois affez indiferet pous 
blâmer ou défi prouver les précau- 
tions & les règles qu'une fage po- 
lice a établi en France , & fait 
fcrupulenfement obferver dans la 
quarantaine des Barimens qui vien- 
nent du Levant 5 l'expérience e& 






De la Peste- îjj 
a démontré l'utilité 6c la néeelîké» 

Je n'ai garde non plus de con- 
damner ceux qui fe trouvant dans 
des Pays peftifërés r prennent des 
précautions pour fe garantir de la 
contagion : je ferai le premier à 
leur indiquer celles qu'ils doivent 
prendre ; car mon avis n'efi pa$ 
que la perte ne fe communiqué 
pas: j'ofe feulement préfumer qu'elle 
ne le fait pas auffifacileraenr qu'ois 
fe l'imagine ,. 6c croire que fi on & 
le malheur d'en être attaqué, vn$ 
peut en guérir, comme de toutes 
les autres maladies, par le moyen: 
des remèdes qui lui font propres*. 

Les précautions que les Marins. 
doivent prendre, quand ils le trou- 
vent dans un Pays attaqué de peftev 
confident i°. à ne point commu- 
niquer avec les pefiifsrés > ni avec 
ceux _quï en approchent fans né- 
ceffité ; 2°. à faire tous leurs efforts 
pour difîiper la terreur 5c la-crainte r 
il efi: certain que ces pallions font 
Buiilbies 3 beuieverfent le fang, le 






î 16 




De la Peste. 
difpofent a recevoir plus facile- 
mène te venin peftilentiel > & ren- 
dent cette maladie , pour ainfi 
dire , mortelle. 5 . Ils éviteront 
tout excès dans le boire &: dans le 
manger > Se ne vivront que d'ail— 
mens faciles à digérer. 4 . Ils fa- 
meront une pipe le matin a jeun, 
Il autant après chaque repas ; 
aurès chaque pipe ils boiront un 
gobelet d'eau avec lequel ils mê- 
leront une cuillerée à café du re- 
mède ( N°. 40 ). La fumée du 
tabac cft un fort bon pré/ervati-f 
contre la pefte , je ne crois pas 
qu'il foie beaucoup néceflaire de 
la recommander aux Marins - f ils 
font la plupart dans l'habitude de 
fumer : ceux qui ne l'ont pas, la 
prendront aifément, quand ils fau- 
ront à quoi elle cil bonne. 5 . Ils 
fe parfumeront chaque jour avec 
îa fumée des bayes de genièvre , 
dont ils jetteront une pincée en 
poudre fur un rechaud plein, de 
hraile , ou avec une cuillerée à 






De la Peste, 137 
café du remède ( N°. 4.0 ) qu'ifs 
jetteront fur une pèle rougie au 
feu, 6°. ils fe gargariseront jouvent 
avec le même remède mêlé avec 
l'eau , & ils mâcheront continuel- 
lement un morceau de racine d'an- 
gélique. J'efpere qu'avec de pa- 
reilles précautions ils ie garanti- 
ront aifëment de la pefte. 

Si cependant malgré toutes ces 
précautions , ou pour les aveir né- 
gligées , quelque Marin fe trouvoît 
attaqué de la pefte , on reconnoî- 
troit facilement cette maladie , 
dont les fymptornes font à-peu-près 
les mêmes que ceux des fièvres 
malignes , mais feulement un peu 
plus violens , ( voyez le Chapitre 
des fièvres malignes ) : on le fépa- 
reroit tout de fuite du refte de 
l'Equipage > pour le placer dans 
un endroit un peu aéré , où fl 
fut tant feulement à l'abri du 
froid & du foleil , ôc on le 
traiccroit felcn la méthode Cxùr 
vante. 





13S De la "Peste. 

Tous ceux qui ont écrie fur la 
perte, ou qui ont eu occafion de 
traiter, les pe&iférés , conviennent 
qu'il y a peu de cas dans cette 
maladie où la faignés foit nécef- 
faire : on ne doit donc mettre ce 
remède en ufage que dans le cas 
où une grofîe névre , la dureté du 
pouls , la rougeur du vifage , un 
violent mal de têîc , enfin le dan- 
ger émxnent de quelque inflam- 
mation au cerveau , à la poitrine, 
au foie ou toute autre partie du 
ventre , fembieront l'indiquer : on 
peut alors la pratiquer fans dan- 
ger , ô£ elle fera très-profitable , 
fur-tout fi le malade eft jeune , 
robufte , d'un bon tempérament, 
& qu'on lui admiaîftre en même- 
tems les autres remèdes convena- 
blés ; mais ces cas exceptés ,' la 
faignée fait plus de mat que de 
bien , diminue les forces des ma- 
lades qui ne font déjà que trop 
affoibiis , et ouvre une porte aux 
matières pestilentielles , qui peu- 



De là Piste. 139 

vent être encore dans i'cftomac ou 
les inceftins , d'où elles fe portent 
dans Je fang qui n'en eft déjà que 
trop infecté. 

Les vomitifs font les remèdes 
les plus efficaces qu'on puifle em- 
ployer dans cette maladie : on doit 
donc les mettre en ufage dès le 
troifieme & même dès le fécond 
jour de la maladie', après avoir 
détrempé les matières qui font 
dans l'efiomac & les inteftins par 
une abondante boifîon de limo- 
nade ou d'eau mêlée avec du vi- 
naigre : ces remèdes évacuent les 
matières nuifibîes que la boiflbn 
a détrempé > les fécondes & les 
ébranlemens qu'ils occafionnent * 
mettent tous les vifceres en jeu 3 
augmentent leur reflbrt & en ex- 
priment les glaires, la bile cor- 
rompue , & les autres humeurs vi- 
ciées dont ils font gorgés. Ces 
embarras une fois détruits , la cir- 
culation fe fait plus aifément , le 
pouls fc ranime , le mouvement 






J40 De la P£Ste. 
inteftinal eft plus libre > &C par ce 
conduit tortueux > conitne par un 
égoût faîutaire que la nature nous 
a donné pour chaiTer ce qu'il y 
a de fnperita & de nuifible dans 
notre corps , les matières morbir 
rîques font portées au dehors, font 
place à de nouvelles dont le 
fang fe dépouille , elles s^y accu- 
ilent & font enfuke vuidées 
plus facilement par cette même 

Parmi les différent vomitifs qu'on 
peut erDpJpyer, i'hypécacuana mé- 
rite la préférence : voyez la for- 
mule du ( iN T °. 22 ). Cette racine , 
après avoir fait vomir , fortifie 
par une douce afti iénon les par- 
ties fur lefquelles ii agît s c'eft 
pour cette raifon qu'on le préfère 
au tartre émétique dans toutes les 
maladies où il s'agit d'évacuer 6c 
de fortifier en même-terns, ou 
d'arrêter certaines évacuations par 
les felles ou Je vomîflement > qui 
affoiblhTent les malades fans les 



De la P£ste. 14! 

foulager, & qui fonc préfumer une 
abondance de matières glaireufes 
de tenaces dans les premières voies. 

Au refte , on ne doit point don- 
ner Le remède ( N 3 . ti ) quand 
le pouls eft dur £c plein , la fièvre 
violente, en un mot, quand il y 
des lignes qui indiquent que la 
faignée efl: nécefiaire -, il faut alors 
la pratiquer, 5c n'employer le vo- 
mitif que quand on aura par ion 
moyen défempli les vaiflèaux & 
ramolli le pouls : il fera même 
plus prudent alors de donner à 
la place du vomitif , la potion 
( N°. 16 ) , dont on donnera 
une cuillerée d'ivn quart d'heure 
à. l'autre. 

Dans le cas ou l'on fe fera fervi 
du vomitif , &C après qu'il aura 
débarrafle l'eftomac , on aura re- 
cours aux purgatifs : on les cm- 
ployera de deux jours l'un pen- 
dant tout le cours de la maladie-j 
ôc toutes les fois qu'une bouche 
amere & pâteufe > des borborifmes 





54* £>e *-a Peste. 
& des grouillemens dans les in- 
teftins feront comprendre qu'il 
eft néce flaire de les debarralTer des 
erofles matières qu'ils contiennent, 
parmi les purgatirs on cnoiara les 
plus" doux : voyez les formules 
(N°. 20 6c 39 ). On aidera leur 
action par le moyen de deux la- 
vemens qu'on donnera chaque jour 
avec la décoction ( N-°. 1 1 ) > & 
les jours d'intervalle qui feront en- 
tre les purgations , on donnera de 
quatre en quatre heures une priie 
du remède ( N°. 13 ). 

Si le ventre fe trouvoit tendu 
& douloureux , & qu'on craignît 
de fe fervir des purgatifs , on feroit 
des fomentations fur cette partie 
avec la décoction ( N°. 1 1 ) , ÔC 
on leur fubftitueroit le remède 
( N*. 23 ) ou celui du ( N°. 24 ): 
sJii y avok diarrhée , on donne- 
roit trois prifes de l'un de ces re- 
mèdes chaque jour , à trois heures 
de diftance l'une de l'autre , 6c 
deux heures après chaque prife 



De la Peste. T43 
une cuillerée de la poticn (N .25); 
enfin on fe comporte! 01c pendant 
tout le refte de la maladie comme 
il a été dit dans le Chapitre des 
Fièvres malignes, auquel je renvoyé 
pour éviter des répétitions inutiles. 
Je fuis bien-aife pourtant d'à- 
venir les Marins que les cordiaux , 
les alexiteres èc tous les autres 
remèdes que plufieurs vantent 
comme fpécihques pour chaiîer 
le venin de la pefte , ne convien- 
nent pas toujours ', ni dans tous 
les tems de cette maladie : on ne 
doit même fe fervir des cordiaux 
que dans les cas ou , malgré les 
vomitifs qu'on a déjà employés, 
le pouls cependant ne peut fe 
développer j qu'il eft petit, foible, 
concentré , & que les malades ont 
des fréquentes défaillances : on 
peut alors y avoir recours , &C 
avoir l'attention de n'employer 
que les plus fimples , tel que celui 
du (N°. 41 ). Si pendant le cours 
de la maladie les mêmes fympto- 



144 De la Peste, 
mes fubfiftenr , on pourra conti- 
nuer t'ufte*: de ce cordial , 6c en 
donner une cuillerée cous les quarts 
d'heure. Si ce remède procure 
quelque tranfpiration aux malades., 
ou la fueur, on aidera ces évacua- 
tions , qui quelquefois fonc criti- 
ques & falutaires , en y ajoutant 
quelques abforbans , e'eft: à-dire > 
en fuMituant au cordial (impie 
ci-deflùs, celui du ( N° ; 42 ) qui 
eft plus compofé, 8c qui convient 
très-fort dans de pareilles circonA 
tances. Enfin > pour tout le refte, 
comme je l'ai déjà dit , on fe com- 
portera de la même façon qu'il a 
été indiqué dans le Chapitre des 
Fièvres malignes , qui ont quel- 
quefois des fymptomes aufll dan- 
gereux que la perte. C'eft pour la 
même raifon qu'on fuivra les mê- 
mes règles pour l'application des 
véficatoires > dans les cas où ils 
feront indiqués ; ce qui arrive fore 
fréquemment. Ce remède eft un 
de ceux fur le/quels on doit le plus 

compter , 







De la Peste. 14J 

compter, quand le pouls cft con- 
centré & ne veut pas fe relever : 
plufieurs même conseillent d'en 
appliquer , dès le commencement 
de la maladie , deux emplâtres 
aux gras des jambes , & même fur 
les bubons , s'il en paroît quel- 
qu'un , dans la vue d'attirer an 
dehors le venin peftilentiel ; & 
certes je ferois volontiers de leur 
avis , 5c voudrais en même terns 
qu'on rejettât tous les cordiaux, 
& que dans les occafîons où ils 
font indiqués, on fe fervît, à leur 
place, de bon vin pur, dont on 
donnerait une cuillerée aux ma- 
lades tous les quarts d'heure : on 
pôurroit même alors leur en faire 
ufer pour boiflbn ordinaire , pour- 
vu qu'on eût l'attention de le bien 
tempérer, 

La diète doit être très-févere 
dans la perte : on donnera fort 
peu de bouillon pendant les pre- 
miers jours , & ils feront fort lé- 
gers & exactement dégraifTés ; on 

G 




ia£ Delà Peste. 

exprimera dans chaque prife îa 
moitié d'un citron , ou une cuil- 
lerée du fuc de ce fruit. La boif- 
foo ordinaire des malades fera la 
limonade > ou Peau pure mêlée 
avec un peu du vinaigre (N°.4o), 
ou du vinaigre ordinaire. 

La. fièvre peftilentielle fe ter- 
mine ordinairement par des bu- 
bons , par des charbons , ou , pour 
mieux dire , ces divers accidens 
font des fymptomes prefque infé- 
parables de cette maladie. Les bu- 
bons ne font point dangereux, lorf- 
qu'ils pouffent, meuriffent, ce vien- 
nent promptement en fuppurationj 
mais lorsqu'ils rentrent , s'endur- 
çiffent, deviennent charbonneux, 
ou font entourés d'un cercle li- 
vide , ce font autant de fignes qui 
annoncent le plus fouvent une mort 
prochaine. 

Pour mener à fuppuration les 
bubons peftilentiels , on fe fer- 
vira fucceffivement des cacaplaf- 
mes ( N°« 37 & 3 S ) : quelques- 




De la Peste. 147 

uns fe fervent , à la place du der- 
nier , de fiente humaine. Il efi: 
vrai qu'un pareil cataplafme , ou- 
tre qu'il caufè beaucoup de dou- 
leur , eft fore mal propre ; maïs 
que ne fait- on pas pour guérir ? 
11 faut fe hâter d'ouvrir les bu- 
bons peftilentiels , dès qu'on ap- 
percevra la moindre marque de 
fuppuration : le plus grand nom*- 
bre préfère pour cela faire, à h'nf- 
trument tranchant, le cautère po- 
tentiel i voyez en ce cas le Chapi- 
tre IX de la féconde Partie. On 
détachera avec la pointe des ci- 
féaux l'efcarre que le cautère aura 
ftît , de on panfera le bubon avec 
Jedigeftif(N . 4J ) : fi f es bords 
font pourris & menacent de gan- 
grène , on fe fervzYa de celui du 
( N°. 46 ) , pardefTus lequel oa 
appliquera une compreiTe trempée 
dans la décoction ( N°. 44 ). Ç e 
remède réfifte à la pourriture & 
arrête les progrès de la gangrène. 
Des qu'elle fera fixée, que les bords 

Gij 






/ 



148 De la Peste. 
du bubon commenceront à fe dé- 
tacher , & que le fond de l'ulcère 
commencera à fe déterger , on 
abandonnera Pufage de ce digeftif , 
pour fe fervir de l'onguent (N°.5 5); 
on en garnira un plumaceau , par- 
deflus lequel on mettra un mor- 
ceau de linge couvert de l'em- 
plâtre ( N ô . 47 ) ; on continuera ce 
panfement jufques à ce que les 
chairs commencent à croître & de- 
venir vermeilles : alors on fubfti- 
tuera. à l'onguent ( N°. 55 ) le 
baume ( N°.' 48 ) , & dès que la 
cicatrice commencera à fe former, 
on abandonnera l'ufage de tous ces 
remèdes , pour ne fe fervir que de 
l'emplâtre , par deflbus lequel on 
appliquera un plumaceau de char- 
pie feche 5 ce qu'on continuera juC 
ques à guérifon. 

Les charbons font de petites tu- 
meurs fort peu relevées, avec cha- 
leur ôc rougeur , accompagnées 
d'une rougeur éclatante ; il fe for- 
me fur leur furface une ou plusieurs 



De la Peste. j 4 ^ 

ampoules qui font remplies d'une 
iérofité rouilâtre , & entourées d'un 
cercle livide & cendré. Si ce* tu- 
meurs s'affaiflent & ne Te relèvent 
plus , c'eft un très-mauvais figne. 
Les charbons en général (ont très- 
dangereux : il peut en furvenir dans 
toutes les parties du corps 5 mm 
ceux qui font fort grands", & q l 
viennent fur la poitrine & aux en- 
virons du cœur, font ordinaire- 
ment mortels. 

Dès que les charbons commen- 
cent à paraître ; on doit y appficuer 
ddïhs la pierre 2 cautère, &même- 
fi te cas cH prefFint , un fer rougi 
sa feu : voyez le Chapitre IX de 
la féconde Partie; on détachera 
enfmce avec h pointe des cifeaux 
J'efcarre jufquês au vif, &z on pan- 
Jcra la plaie qui en réfulccra , ou 
1 ulcère, comme il a été dit au 
iujet des bubons, . 



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iyo Des Fièvres aui régnent 



CHAPITRE XII. 

Des Fièvres qui régnent dans les 
Colonies Franc oife s , à Saint-Do- 

i mingue , h la Martinique & aux 
autres Jjles Antilles. 

J'avois réfoîu de traiter au long des 
maladies qui attaquent les Euro- 
péens qui naviguent aux Ifles de 
l'Amcncrne, & fur-tout à celles de 
Saint-Domingue, de (a-Martini- 
que, de la Guadaîoupe & des au- 
tres Antilles. J'avais même déjà 
recueilli diverfes obfervations , Si 
beaucoup travaillé fur les mémoi- 
res que m'avoient fourni piufieurs 
perfonnes de l'art , qui ont fait 
divers voyages dans ces Ifles : en 
combinant leur pratique avec la 
mienne , j'avois taché de -former 
une méthode fûre 6c facile qui pût 
fervir de règle §c de guide aux 
Chirurgiens qui font pour la pre- 
mière fois ces voyages \ mais un 



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Dans les Colonies, ijï 
ouvrage complet fur cette matière, 
-imprimé à Paris chez Cavelier en 
l'année 1763 , & qui a pour titre, 
Traité des Fièvres de rïjle Saint- 
Domingue , par Mr. Defperrieres , 
m'a difpenfé de faire de nouvelles 
recherches. 

Cependant comme il peut ar- 
river que ce Livre ne foit pas en- 
core parvenu à la connoifTance de 
la plupart des Chirurgiens navi- 
guans , ou qu'ils ne foient pas à 
même de ïê le procurer , j'ai penfé 
qu'il ne feroit pas hors de propos 
de leur communiquer l'extrait de 
cet ouvrage , tel qu'on le trouve 
dans le journal de Médecine du 
mois d'Q&obre de la même an- 
née ; ceux qui ne fe contenterons 
pas de l'extrait, pourront avoir re- 
cours à l'original. 

3 , Mr. Defperriere publie dans 
i, fon ouvrage les obfervations qu'il 
3> a faites pendant un féjour de 
3, plufieurs années dans llfle de Sr* 
M Domingue, fur la nature & le 

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52 Dis Fièvres qvi régnent 
traitement d'une efpece de fièvre 
qui fait de très-grands ravages 
fur les Européens qui abordent 
dans cette Ifle. Ceft dans la 
nature du climat , dit-il , qu'il 
faut chercher la caufe des ma- 
ladies épidémiques ; c'eft auffi 
dans la différente température 
de cette Ifle & de l'Europe 
qu'il trouve la fource de ces 
fièvres. 

„ L'ifîe Saint-Domingue fitués 
entre le dix-feptieme Ïl le ving- 
tième degré de latitude fep- 
tentrionale, faic éprouver à fes 
habitans une chaleur prefque 
double de celle que nous reflén- 
tons dans nos climats l l'effet de 
cette chaleur fur les hommes 
qui y abordent , doit être de di- 
later leurs folides & de raréfiée 
les fluides ; ce qui doit néceffai- 
rement afifbiblir la force des 
premiers &C difpofer les derniers 
à la putréfa&ion : cet effet fera 
d'autant plus fenfible > qu'on 







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Dans les Colonies. 153 
fera moins accoutumé à l'action 
jle ces caufes ; c'eft le cas des 
Européens qui arrivent pour la 
première fois dans ces climats: 
leur fang plus riche, leurs hu- 
meurs plus grofHcres , parce 
qu'elles font le produit d'alî- 
mens plus fucculens que ceux 
dont on ufe daas les Pays chauds, 
tendronr d'autant plus aifément 
à la putréfadion , que leurs "fo- 
ndes affoiblis par la chaleur a 
laquelle ils ne font pas accoutu- 
més , deviendront incapables de 
les mouvoir avec la force né- 
ceiTaire pour prévenir leur fta~> 
gnation. Ceft ce qui eft démon- 
tré par ce qui arrive tous les 
jours aux nouveaux débarqués 
dans les Ifles. 

„ Peu de jours après leur arrivée* 
ils perdent l'appétit , ils ne ref- 
irent pas avec la même faci- 
lité ; leurs inspirations font plus 
grandes 5 ils font fajets à des 
maux de tête & de reins : pour 

G v 




ïj4 Des Fièvres qjji reg^ekt 
„ peu qu'ils s'expofent au foleil , 
„ qu'ils fatiguent , qu'ils fafient 
„ beaucoup d'exercice , & fur-touc 
s , s'ils fe livrent à la boiiTon & 
i- auxplaifodesfçmmes. ifeçprôiXr 
% vent bientôt tous les fymptomes 
„ d'une fièvre ardente , maladie 
'„ fi rare dans nos climats, ou du 
■„ moins quelque chofe qui en ap- 
■„ proche beaucoup , & qui n'en 
9 , eft que le diminutif; quelque- 
w fois ils éprouvent l'une ou Tau- 
3 , tre \ fens y avoir donné lieu , 
!!■& par la feule a&ion de la cha- 
„ leur , aidée fans doute par la 
5 , difpofition particulière de leurs 
9> humeurs» 

„ Pour prévenir ces accidens, 
s , combattre & détruire même 
cette difpofition à la fièvre ar- 
dente, que les européens appor- 
, tent dans ces Mes , 51 convient, 
nî en fuivant le confeil de Mr. 
VDefperriere , que ceux qui s'em- 
i barquent pour les ifles > ayent 
foin de diminuer avant leur 



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Dans les Colonies. 15 j 
départ le volume de leur fang 
par une ou deux faignées, qu'ils 
nettoyent leur eftomac 6c les pre- 
mières voies par un purgatif, 
lorfqu'il y aura lieu de foup- 
çonner qu'elles font chargées 
de quelque mauvais levain : pen- 
dant la traverfée , ils fe laveroat 
tous les matins la bouche avec 
d'eau fraîche & du vinaigre; ils 
obferveront un bon régime , non 
par la qualité des alimens, parce 
qu'étant en mer, on n'efl: pas 
toujours les maîtres de fe les 
choifir , mais par la quantité, 
c'eft-à-dire, qu'ils n'en prendront 
pas trop à la fois , & quitteront 
la table toujours avec un refis 
d'appétit. 

„ Ils feront encore un exercice 
modéré, &ne féjourneront point, 
autant qu'il leur fera poffible, dans 
les chambres 6c entre les ponts 
des Vaiffèaux : ils aflaifonneront 
tous leurs alimens avec du vi- 
naigre ? uferonc de la limonade , 




i$6 Des Fieyres qui régnent 
» ou à fa place de quelqu*autre 
„ liqueur un peu acide , comme 
,. Peau & le vinaigre y ou celle 
» dans laquelle on aura fait bouil- 
lir , fur chaque pinte , demi*- 
dragme de crème de tartre. 
n Dès qu'ils commenceront â 
approcher des Pays chauds, ils 
éviteront avec foin les liqueurs 
fpiritueufes, comme Peau-de-vie, 
le tafîa & autres; ils changeront 
de linge auiïi fouvent qu'ils le 
pourront, pour faciliter la trans- 
piration : arrivés dans- ces Ifles 5 
„ ils fe feront encore faigner , vi- 
», vront de régime, ne boiront que 
„ de la limonade, s'abftiendront tot> 
,» jours des liqueurs fortes, même 
» du vin , qu'on pourra leur per- 
„ mettre pourtant , pourvu qu'ils 
ç , en ufent avec modération , &" 
„= qu'ils le boivent comme un re- 
3 , mede , non comme une boiflbn- 
-, ordinaire ; ils éviteront le con>- 
„ raerce des femmes- comme la 
-«, pefte r les violens exercices-, les 



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D'ans les Colonies. 1J7 
;, travaux rudes & le grand foleil -, 
„ ils fe baigneront de ternsentems 
dans l'eau froide : tous ces moyens 
tendent à garantir le fang & 
„ les humeurs des carafes putréfian- 
„ tes , & par conféquent à pré- 
„ venir les effets de la chaleur 
exceffive du climat- 
„ Cependant malgré ces précau- 
tions , ou faute de les avoir prir 
fes, on voit les Européens tonv 
ber dans un accablement extrê- 
me : bientôt ils refléntent une 
grande douleur à la tête, ils re£ 
pirent difficilement , fouffrent de 
cruelles douleurs dans tous leurs 
membres , de particulièrement 
„ dans la région des lombes y la 
„ fièvre fe met bientôt de la par- 
„ tie 5 elle devient considérable^ 



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accompagnée de feif , de fueur,, 
&C d'une chaleur vive. Tous ces 
fymptomes vont en augmentants 
,, les malades ont des naufées , ils 
5 , vomiiîent même quelquefois 
3> ipontaaement des matières bi~ 



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5 8 Des Fièvres ojji régnent 
lienfes & porracées, leur langue 
devient noire & âpre : il arrive 
quelquefois pendant qu'ils éprou- 
vent une chaleur infupportable à 
la tête ou au front , que leurs 
extrémités font froides ; enfin ils 
tombent dans Pinfomnie , le 
délire ô£ la frenéfîe. 

Cette fièvre parcourt ordinai- 
rement tous fes dégrés avec ra- 
pidité ? le tems de Ion augmen- 
tation dure peu , elle eft quel* 
quefois parvenue à fon dernier 
période avant le deuxième jour : 
il n'efl: pas rare que les malades 
en périflent avant le troifieme, 
s'Hsne font pas fecourus prompte- 
, ment 6c efficacement. 

„ Quoique la faignée paroifTè 
„ très-bien indiquée dans cette 
, maladie, il faut bien fe donner de 
, garde de tirer beaucoup de fangj 
9i l'expérience a démontré que les 
faignées multipliées n'ont pas de 
, fuccés , fur-tout fi quelque ex- 
cès avec les femmes a précédé 






Dans les Colonies. 159 
,5 la maladie : il en eft de même 
5 , des vomitifs & des fudorifiques » 
,, que les vomiïïèmens & les Tueurs 
„ qui paroifîentau commencement 
„ de la maladie femblent indiquer » 
„ cesévacuations font toujours iym- 
„ promanques ? les voimflemcns 
t, viennent de l'irritation de lc(- 
„ tomac s ainfî un vomitif donné 
» dans ces cîrconftances augmen- 
„ teroic le ma! 3 au lieu de le di- 
„ minuer 5 les fueurs ne font ja~ 
„ maïs critiques 3 a moins qu'elles 
„ ne furviennent du quatrième au 
„ cinquième jour» 

„ L'ufage des purgatifs eft auiîî 
5, pernicieux que celui des vomi- 
„ tifs ; les cordiaux , les narcotiques 
„ ôc tous les remèdes qui font dor» 
«, mir, doivent être proferits dans 
„ cette maladie , & le Chirurgien 
„ prudent doit attendre la crife 
5 , qui s'exécute par un cours de 
„ ventre bilieux. 

„ Cependant il ne doit pas refter 
,> oifif & abandonner la nature à 



i6o Des Fièvres qui régnent 
3 , elle-même; du premier juiques 
>; au fécond jour il fera dcqx fafc 
5s gnées, fans avoir égard aux vo- 
n miiîèmcns ni aux fueurs : il n'y 
? , a» que le cours de ventre qui 
„ doive empêcher de les mettre 
s, en ufage. Pendant ce tems-là U 
n faut faire boire copieufement le 
3 , malade d'une pufanne de pou- 
3, iet ( N°. ï6 ) y à laquelle on 
33 ajoutera demi-dragme fel nitre 
j, fur chaque pinte : au défaut de 
3, cette ptifanne, on préparera une 
yy boiflon avec le fue d'oranges al- 
„ grès 5 de limon, &; même d'ana- 
„ nas étendu dans une grande 
y> quantité d'eau ; on lui donnera 
j, quatre ou cinq lave mens par 
w jour j & on lui appliquera fur 
n tout le ventre & les hypocon- 
w dres avec la décoction des lavc- 
,3 vemens : fi par ces moyens la 
5> diarrhée eft excitée , il y a tout 
s, à efpérer \ c'eft alors qu'on doit 
3, aider la nature en donnant un 
?9 -purgatif léger > tel qu'une légère 



Dans lzs Colonies. 161 

„ décoction de cafle j mais il faut 

„ prendre garde de ne pas trop fe 

>, prefler dans l'ufage de cette boi£ 

„ ion purgative* 

,, Dans cette maladie, l'on voit 
„ fouvent arriver des faignemens 
3, du nés : s'ils arrivent avant le 
5, quatrième jour & qu'ils (oient 
>, peu abondans, ils foulagent ra- 
„ rement le malade ; mais s'ils fur- 
» viennent du quatrième au cin- 
„ quicme &L qu'ils foîent abon- 
» dans, ils fervent fouvent de crife 
3 , & font tourner la maladie en 
>, bien ; on doit en dire autant 
„ des fueurs» 

„ Outre la fièvre ardente , les 
>, Européens font encore expofés 
„ à une autre efpece de fièvre qui 
„ n'en eft que le diminutif ? celle- 
» ci s'annonce Se fe manifefte à- 
„ peu-près par les mêmes lignes 
„ que l'autre $ elle eft plus ou moins 
„ dangereufe, a raifon des fympto- 
„ mes qui l'accompagnent. Cette 
» maladie va quelquefois jnfques 




î6z Des Fièvres qui régnent 
,> au neuvième jour , & ne paife 
» jamais le treizième ou le qua- 
5, torzieme : Ton plus grand dan- 
« gereftdu quatrième au feptieme; 
jj c'eft dans cet intervalle que les 
» malades périment ordinairement. 
5, Elle commence par un mal 
„ de tête , par des douleurs dans 
?, la région des lombes : le malade 
>, reffent quelquefois des friflons, 
j> ou efr, dans une laffitude ex- 
,, trême Se dans un grand abat- 
•,-rement; il refpire difficilement, 
55 il eft altéré : la fièvre furvient, 
3 , elle devient bientôt très-forte ; 
„ la chaleur s'accroît ..& parvient 
„ en peu de tems à un degré pref- 
„ qu'auffi fort que dans la fièvre 
j, ardente , à peine peut-on tou- 
„ cher le malade > U fbif aug- 
w mente à un point qu'il voudroit 
„ continuellement boire 5 le ventre 
„ devient tendu & douloureux ; 
„ il éprouve une douleur dans la 
,, fofTette de l'eftomac vers le car- 
>, tilage xiphoïde 5 il furvient des 






Dans les Colonies. 163 
„' envies de vomir , & quelquefois 
5 3 même un vomiiiement de ma- 
? , tieres biiieufes & porracées : tous 
3> ces fymptomes parviennent a 
3 > leur dernier déçré dans moins 

dm *-» 

e vingt-quatre heures; les yeux 

3, deviennent un peu rouges & 

îî larmoyans , les urines font blan- 

3 , châtres ; les malades ont un 

5 > délire obfcur , font dans des 

j, anxiétés & des inquiétudes con- 

3 3 tinuelles ; leur langue devient 

3> îeche , d'un rouge vif, & rare- 

3, ment noire 5 à moins que la ma- 

33 ladie.ne tourne en mal. Le t'roi- 

3, fieme jour, il fur vient ordinaire- 

3, ment un redoublement 5 le pouîs 

33 qui dans le commencement avoir 

3, été fort plein, baille quelquefois 

3, vers le quatrième 6c devient 

„ même fou vent convulïîf,; le coma 

„ ou un afîoupiflïment profond fuc- 

„ cède bientôt à. cet état ciu pouls 9 

3, & le malade eft en très-grand 

3, danger : il meurt alors Je cin- 

» quieme ou le -fixieme jour. Si le 



J 



i^4 Des Fièvres qui régnent 
„ malade ne combe pas dans Taf- 
„ foupilfement le quatrième ou le 
„ cinquième jour, que fon pouls 
„ fe fourienne > on peut efpércr 
„ qu'il fe tirera d'affaire , Se qu'il 
3, fe fera une crife favorable : c J eft 
„ quelquefois une hémorragie abon- 
3 , dante par le nés , des fueurs co- 
„ pîeufes ,mais le plus fouvent une 
„ évacuation bilieufe t>ar les /elles 
„ qui fait céder le danger de la 
,, maladie ; la crife fe fait ordinai- 
s , rement les jours impairs , & elle 
„ n'eft jamais filutaire, fi elle ar- 
, 5 rive avant le cinquième jour : c'eft 
^ à quoi il faut faire fpécialement 
3 3 acte n non, 

» Pour guérir cette efpece de 
33 fièvre & remplir les indications 
s, qu'elle préfente , il faut dès le 
3, commencement de la maladie 
„ mettre en ufage les faignées du 



a 



ïs 3 multipliées félon 



pleni- 
33 tude du pouls 3 l'âge 5c le tem- 
» pérament du malade Y qu'on 
s* mettra à Tufi^e d'une bdiflbri 






Dans les Colonies. j6c 
» copieufe , délayante & acidulé , 
3î comme celle qui a été preicrke 
5) dans l'autre efpece de fièvre , èc 
>, on le purgera de rems en tems : 
„ ces moyens adminiiirés fagement 
>î font capables de fauver la vie 
5> aux malades» 

s, Pendant les deux premiers 
3 > jours de cette maladie 5 Jorfque 
53 le mal de tête, les douleurs dans 
,3 les reins, dans la région du dia- 
5 > phragme, font confidérables, lorf- 
3 3 que le ventre eft tendu êc.dou- 
3, loureux, & que la chaleur eft 
,3 extrême , iorfque la fbif eft pref- 
„ fante , qu'il y a des naufées ou 
33 des vomiflèmens de matières 
„ porracées , il faut faire des fzi~ 
33 gnées de dix à douze onces feu- 
,3 jement , c'eft-à-dire , de deux 
,) palettes , pour ne pas trop aflfbi- 
33 blir le malade 6c le jetter dans 
33 un état d'arFaiiTementqui lui nui- 
„ roir ; mais auffi il faut les réi- 
„ térer & en faire juiques à cinq à 
h Cx dans ces deux premiers jours, 




1 66' Des Fièvres qui régnent 
» en obfervant de les rapprocher 
, v les unes des autres, lorique les 
„ accidens l'exigeront, & cela fans 
avoir égard aux fueurs ni aux 
vomiflemens. Les derniers fonr, 
comme il a été die en parlant 
des fièvres ardentes , l'effet de 
> l'état de tendon , de difpofition 
s) inflammatoire , je dis, de l'état 
s, d'érétifrne & de phlogofe de 
l'eftomac : il faut donc bien fe 
garder d'avoir recours aux émé- 
tiques qui l'augmenteroient \ les 
fudorifiques ne ièroient pas moins 
funeftes. 

„ La faignée du pied eft tou- 

s , jours préjudiciable dans cette 

maladie , lorfqu/il y a tenfion 

dans le bas-ventre , & elle ne 

fait qu'augmenter l'engorgement 

& des vifeeres de cette partie : on 

5, doit preferire dans tous les cas 

„ celle du bras, malgré la douleur 

„ de tête qui tfeft que fympto- 

„ matique. 

„ Lorfque les faignées auront 






Dans les Colonies. 167 
5, calmé le vomiflement , on aura 
5) recours aux boitions indiquées 
» ci-deflùs, donc le malade ufera 
„ abondamment : on lui donnera 
» pour route nourriture une eau 
„ de poulet émuliîonée ( N°. 1 8 ) , 
» & il prendra quatre fois le joue 
5 > dans un gobelet de cette pti- 
„ fapne quatre grains de nitre pu- 
i rirîé & autant de camphre 5 on 
„ lai donnera plufieurs lavemens 
„ émolliens (N^n), & on lui 
33 appliquera des fomentations avec 
les fomentations des mêmes la- 
vemens fur le bas-ventre & fur 
les hypocondres : moyennant ces 
fecours, on attendra la crife, & 



„ on aidera la nature relativement 



à lefpece d'évacuation qui fe 
» fera, 

„ Quand la fièvre aura totale- 
» ment difparu , on purgera le rna- 
„ lade avec demi once de feî d*ep- 
» (om dans. quatre verres de dé- 
n coctien d'une once de q.uinquina: 
» cette merveillsu/e racine redoa- 









e68 Des Fièvres qjji régnent 
'„ ne à l'eftomac le ton qu'il avoit 
v perdu pendant la maladie , & 
„ fait revenir l'appétit. 

„ Tous ces moyens, quoique bien 
3, indiqués 3 font quelquefois infifffi- 
3> fans dans cette efpece de fièvre , 
j, & tous ces remèdes adminiftrés à 
3> propos n'empêchent pas les ma- 
? , fades de tomber bien fouvent 
5, dans un affaifTement confîdéra- 
3, ble ôedans l'a floupifïe ment, avant 




les malades font menacés de cet 
accident, il faut, fans perdre 
tems , leur appliquer deux lar- 
ges véficatoires aux épaules , aux 
■cuiflTes 9 aux gras des jambes. 
Ce remède eft regardé par l'Au- 
teur du Traité de ces Fièvres. 
5 , comme un remède afïuré, lorC 
„ qu'il eft appliqué à tems. Il ne 
3 , faut donc pas attendre, pour ap- 
„ pliquer ces emplâtres que les 
3, malades foient tombés dans cet 
„ aflbupiffement léthargique qui 

j, ordinairement 



dams les Colonies. 
» ordinairement cil l'avant- cou- 
„ reur de la mort : il n'eft pas 
y , extraordinaire alors qu'ils de- 
„ vienneit inutiles; cependant il 
j, ne faut p*s pour cela abaudon- 
.„ ner les malades, d'autant plus 
5 , qu'un en gvi plusieurs échapper 
„ qui étoient dtfns ces circoniran- 
5, ces : c'e/ldansce cas feulement 
» qu'on peut employer les cordiaux 
» itimuîans , où entrent les foiri- 
„ tueux & les fcls volatils, pour 
J5 ranimer le /entiment des nerrs 
„ $c faction organique des vaiC 
, féaux ; mâî\ oà doit les donner 
„ à pet ire defe fk par cuillerée. 
3 , Voyez la formule du ( N°. 43 ;. 
„ Voilà la méthode curative que 
j 5 Mr. Dcfperrieres afflue avoir fui- 
3, vie avec le plus grand fuecès ; 
s, ies Chirurgiens navigans qui 
5, vont pour la première fois dans 
.5, ces «fies, doivent déférer aveu- 
' 3, glément à l'autorité d'un G grand 
» Praticien-: en effet, il parcît dit 
» fLilc de trouver une méthode 

H 



È 




i 70 Des Fièvres quî regnent^&c. 
„ plus adaptée à la nature de ces 
„ maladies , & plus conforme aux 
„ principes de la faine pratique. 

Les deux efpeces de fièvres qui 
régnent à Tille Saint-Domingue & 
qui viennent d'être décrites dans 
cet extrait , ne font pas moins de 
ravage à la Martinique, à la Gua- 
daloupe & dans les autres Antilles 
où nous avons des Colonies , au 
rapport des perfonnes de Tart qui 
ont fréquenté & qui fréquentent 
encore ces Ifles ; car le climat de 
ces différentes Ifles eft a-peu- près 
le même , U par conféquent ces 
maladies ont la même caufe : il 
convient donc que lés Marins pren- 
nent pour s'en préferver les mêmes 
précautions, & qu'ils employent 
pour les guérir le même traite- 
ment qui a été preferic ci-deffus. 



Moyens pour rappeller,&c. i 7 1 



3* 



CHAPITRE XIII. 

Des moyens a ± îion doit employer tour 
rappeller les noyés À la ute, 

IL n'arrive que trop fbuvent que 
des Marins ont le malheur de 
fe laiffer tomber dans Peau : tan- 
tôt c'eft un Matelot ou un Moufle 
qu'une vague a enlevé defîiis le 
tilliac ; d'autres fois les pieds ou 
les mains leur glilleront , tandis 
qu'ils montent fur les hautes ma- 
nœuvres : ici c'eft un Vaifleau qui 
a échoué , & dont une partie de 
l'équipage a été fubmergée , &c. 
De quelle façon qu'un pareil 
accident foit arrivé , fi Ton efl 
affez. heureux pour retirer de l'eau 
quelqu'une de ces malheureufes 
victimes , il convient de leur don- 
ner promptement les fecours qui 
feront indiqués dans ce Chapitre , 
d'autant plus que plufieurs peifon- 
nes qui avoient relié pendant Jong- 
la ij 







tji Moyens poi5r rappelles 
tcms ioub l'eau , en ayant eue re- 
tirées, ont été rappeilées à la vie 
par ces moyens. 

Pour que les fe cours dont je dois 
parler (oient adminilires avec pru- 
dence & avec huit , il me fcmble 
qu'il convient auparavant de don- 
ner aux Marins quelque idée kir 
la caufe de la mort des noyés: 
cette idée leur apprendra à con- 
coure ceux qui (ont les plus effi- 
caces pour rappeller ces infortunes 
à la vie , & en les cboifilTafet ils en 
proferiront certains qui , quoique 
ufirés, font inutiles & même dan- 
gereux. 

La caufe immédiate de la mort 
des noyés n'ett pas, comme le penfe 
le vulgaire ,. l'entrée d'une quantité 
d'eau'dans leur eftomac : quoi- 
qu'ils ayent le ventre enHé , tendu, 
]e' nombril faillant , & la poitrine 
f jrt élevée , on n'a jamais trouvé 
beaucoup d'eau dans leurs poumons, 
ni d'autre liqueur dans leur efto- 
mac , que celle qu'ils avoieat bu 



l 




toà 



LES NoYE's A LA VIE. 17 j 

avarie de tomber dans l'eau , ou tuuc 
au plus une petite quantité qu'ils 
en "a voient avalé, & qui ne peac 
furpafler le volume de celle qu'ils 
boiroienc dans un repas ordinaire. 
La vérité de ce que j'avance a été 
démontrée par l'ouverture d'une 
quantité de cadavres noyés, faire 
publiquement par les plus habiles 
Anatomifies. 

D'où provient donc l'enflure & 
la diftenfion de la poitrine & du 
ventre des noyés? Nous venons de 
prouver que ce n'eft pas l'eau qui 
l'occafionne ; il n'y a donc que 
l'air qui en fe raréfiant puiflè pro- 
duire ces phénomènes. En effet , 
examinons tout ce qui fe paiFe 
dans un homme qui fe noyé : tant 
que cette perfonne a la tête hors 
de l'eau „ l'air entre 6c Tore libre- 
ment de fes poumons , pendant les 
mouyemens d'infpîration & d'ex- 
piration 5 mais fi une fois' elle 
vient à plonger , l'air qui y eft con~ 
tenu ne peut plus en fortir , parce 







174 Moyens pouk rappelles. 
que répiglotts fe contracte & 
ferme exa&ement la glotte. 

L'on concevra facilement cette 
contra&ion , fi Ton fait réflexion à 
ce Que produit la crainte relative- 
ment à l'ufage de l'épiglotte ; & 
en même-tems aux dangers qui ré- 
fulteroient pour l'économie ani- 
male, fi cette partie livroit pallage 
à l'eau : il n'eftdonc pas fur prenant 
quelle fe bouche fi exactement 
pour lui fermer le paflage> mais en 
même-tems qu'elle empêche l'eau 
d'entrer , elle ferme la porte A 
l'air qui doit en forcir : cet air 
ainfi renfermé dans les poumons 
cherche à s'échapper , 6c trouvant 
fon paffage ordinaire bouché s'in- 
finue dans les véficules bronchiques, 
les dilate & les enfle ; ce gonfle- 
ment comprime les vaiffeaux fan- 
o-uins qui entrent dans la compo- 
iition des poumons, les afFaifle, 
arrête la circulation du fang, & 
occafionne enfin la mort aux noyés. 
D'après ces principes qui font 



LIS NOYE'5 A LA VIE. I7Ç 

fondés fur l'économie animale ô£ 
fur Pufage des parties, qu'arrive- 
t-il dans l'indanc qu'une perfonne 
k laifle tomber dans Peau ? La 
frayeur la falfit , le défefpoir s'em- 
pare d'elle , l'ennemi qui l'envi- 
ronne efl toujours prêt à l'englou- 
tir 5 c'eil fait de fa vie, fi elle per- 
met qu'il pénètre dans fes pou- 
mons -. auffi femble-t-il que toutes 
fes facultés vitales 6c toutes les 
puiflances de (on ame fe foient 
réunies pour fe porter dans l'épi- 
glotte & lui donner la force de 
lui réfiiler 5 u>ais an fermant ta 
porte à cet ennemi , elle en cen- 



4 f^r 

î w 1 






un antre ci autant plus ter- 



rible & inévitable qu J li efl caché 
au dedans d'elle-même : cet en- 
nemi eft l'air, qui après avoir fé- 
joiirné quelque-tems & fe trouvant 
trop à Péîrok , cherche a s'échap- 
per , £c comme il trouve la glotte 
exactement fermée, il fe raréfie, 
fait des ravages , diftend les véfi- 
cuîes bronchiques , qui ne peuvent 

Hiv 











s j& Moyens pour, ra^eller 
être ainli diftcndues (ans compii* 
nier les vaiffeaux fanguins , gêner 
la circulation & l'empêcher bientôt 
toralemenc j d'où s'enfuir la mort, 
comme il a été déjà dit plus haut. 

Les Marins comprendront alte- 
rnent comment cela s'exécute , 
s'ils veulent bien fe rappdler de 
quelle façon certains Nègres à 
l'Amérique, pour fe fouftraire au 
travail <k aux baftonades , & en 
même-tems pour faire peine à leurs 
maîtres , fe donnent la mort : ces 
miférables doublent leur langue , 
la poùflent en arrière autant qu'ils 
peuvent , & appliquent fortement 
Tépiglotie contre la glotte $ ce qui 
empêche l'air contenu dans les 
poumons de fortir : cet air ainfi 
retenu agit comme dans les pou- 
mons des noyés , ôC les fuffoque. 

J'ai cru ces réflexions néceLTai- 
res , avant d'entrer dans le dé- 
tail des fecours que l'on doit don- 
ner aux noyés , s 6c c'eft fur de 
pareils principes qu'on doit fe fon- 






LES NOYE'S A LA VIE. 177 

der pour les adminiftrer avec fruit. 
Pour engager les Marins à ne né- 
gliger aucun de ceux qui feronc 
indiqués , je crois qu'il eft inutile 
de rapporter toutes les hiftoires 
dignes de foi qui en conftatenc 
l'efficacité , elles tiennent prefque 
du prodige j ceux qui voudront 
s'en convaincre, les trouveront dans 
les Auteurs qui ont traité cette ma- 
tière importante plus au long : je 
ne parle que d'après eux , dans la 
perfuaiion où je fuis que les Ma- 
rins me /auront bon gré d'avoir 
raflemblé dans ce Livre qui n'eft 
fait que pour eux , des chofes qu'il 
leur importe beaucoup de favoir, 
& qu'ils n/auroient peut-être pas 
fonge de chercher dans d'autres 
ouvrages qu'ils ne connoiiTent pas , 
& où cette matière fe trouve con- 
fondue avec beaucoup d'autres qui 
leur font étrangères & même 
inutiles. 

La première chofe que je re-» 
commande aux Marins, c'eft d'a- 

Hv 



È 



178 Moyens tour rappelles 
bandonner une méthode qui leur 
eft fort familière , & qui cepen- 
dant caufe aux noyés plus de mal 
que de bien. Dès qu'ils ont retiré 
une perfonne de l'eau > il femble 
qu'ils n'ont rien de plus prefle que 
de la fufpendre par les pieds ; ils 
la tiennent long-tems dans cette 
fituation pour lui faire rendre l'eau 
qu'ils font perfuadés qu'elle a avalé 
& qu'ils croycnc capable de lui 
donner la mort, fi elle ne la re- 
jette. Je crois déjà avoir démon- 
tré que les noyés ne pendent pas 
par ia quantité d'eau qu'ils ont 
avalé : bien plus je prouverai que 
quand même ils en auroient avalé y 
on ne doit pas efpérer de la leur 
faire rendre en les fufpendant par 
les pieds , êc cela par la firnple 
expofition de la ftruclure des par- 
ties & par, la connoiflance que je 
donnerai de la manière que la 
déglutition & le voniiflement s'exé- 
cutent. 

il eft fur que les alimens & la 






Les Noye's a la vie. 179 
boiflon , qui du gofier defcendenc 
dans l'eftomac , n'y parviennent: 
pas par leur propre poids 5 car fî 
cela étoic , on ne verroit pas des 
personnes manger, boire, 6c ava- 
ler avec la tête en bas & les 
pieds en Pair : ils n'y parviennent 
donc que par l'action mufculaire 
de l'œfophage , ( c'eft ainfi qu'on 
appelle ie conduit qui du gofier 
fert à conduire les alimens dans 
l'eftomac ) > la partie fupérieure 
de ce conduit fe trouve nattyel- 
lernent fermée par les mufcles 
oefophagiens y qui font ie même 
effet que les cordons d'une bourfe? 
de forte que rien ne peut enfiler 
la route de Pefîomàc , fans forcer 
cet orifice fupérieur 5 rien ne peut 
également en fortir fans faire vio- 
lence au détroit d'en bas, qui 
eft l'orifice fupérieur de l'eftomacz 
or la fituation de cet orifice , fà 
direction coudée , l'action des pi- 
liers du diaphragme qui le reflèr- 
rent > empêcheur, tout ce qui efê 

H vj 









180 Moyens pour rappelles. 
une fais entré dans cet organe , 
d'en forcir, il n'y a que la con- 
traction fpaf modique de ce vifcere 
jointe à celle des mufcl.es. du bas- 
ventre y & fur- tout des mufcles 
tranfverfes , qui paillent forcer ces 
barrières, que la nature- femble 
svoir miles expreflement pour cec 
effet ,; & procurer le vomiLlemenr. 
Or cette contra&ion efrimpoffible 
dans un noyé qui ne refpire pas,; 
d'où il s'enfuit que quand même 
il auroic. l'efiomac rempli d'eau, 
la fufpenfîon par les pieds ne 
fbroic pas capable de la lui faire 
tejetter > donc la fufpenfîon eft 
inutile. 

Je dis plus-: la (ufpenfion par 
les pieds eft non feulement inutile, 
mais encore elle eft dangereufe ; 
c'eft ce qui me refte a prouver. 
Si le fang & les humeurs d'un noyé 
coromençoient à prendre leur cours 
pendant qu'il eft: ainfi fu (pendu , 
il étoufferoit infailliblement par les 
obftacles que la fufpenfîon appor- 




les, Noye's a la vie. iSi 
teroic a la circulation : donc la 
fufpcofion eft non feulement inu- 
tile 5 mais encore dsngereufe, 
v. . Je crois en avoir allez die rela- 
tivement % ]a, Tufpenfion : cetts 
dilgreffion pourra* même paroître 
trop longue &c trop recherchée t 
quoique j'aye taché de me rendre 
intelligible, &. de ne dire que àes 
chofes qui font à la portée de 
tous ceux qui ont le moindre prin- 
cipe de raifonnement ; mais elle 
m'a paru néeeiïaire 9 parce que, 
comme rien n'a tant ^d'afcendant 
fur les perfonnes qui ne font pas 
de l'art que la coutume , j'ai cra 
devoir faire tous mes efforts pour 
tacher de fupprimer celle qui efï 
inutile <k même dangereufe : car 
dans le cas dont il s'agit, la moin- 
dre faute ôc le moindre retarde- 
ment peuvent occafionner la more 
à un malheureux noyé, & faire per- 
dre un tems qu'on auroit employé 
avec plus de (accès , fi on avok 
employé des moyens plus efficaces* 






. 



iï3p ! 




iSi Moyens pour k appelles 

Le fecours le plus (alutaire qu'on 
puifle donner à un noyé, ap es l'a- 
voir retiré de l'eau , c'eli de le 
tranfporter fur un lit bien baffiné , 
êc de lui froter le ventre de bas 
en haut , pour faire reprendre aux 
inîeftins affaires & au diaphragme 
leur place naturelle, & les y con- 
tenir : à cet effet on les dépouil- 
lera tout de fuite de leurs vète- 
mens mouillés > &: en les envelop- 
pera dans des draps &. des couver- 
tures bien chaudes > ce qui les ga- 
rantira du froid , Si fera capable 
d'entretenir un refte de vie qu'ils 
peuvent avoir : on continuera de 
les réchauffer , en leur appliquant 
de tems en tems des linges chauds 
fur Peftomac , la poitrine , le ven- 
tre , & fur les parties de la géné- 
ration ; avec ces mêmes linges on 
continuera les frictions en monta ne, 
comme il a été dit , du bas-ventre 
à la poitrine, pour exciter par leur 
moyen J'ofciliation des vaiîïèaux 
& le mouvement des liquides qu'ils 



LES NoYL 7 S A LA VIE. ïS J 

contiennent. Au refte il faut avoir 
l'attention de ne pas trop furchar- 
ger les noyés de couvertures dan.s 
l'intention des les échauffer ; car 
dans l'état de foibleife où ils fe 
trouvent > on rifcjueroic de les 
étouffer. 

On peut encore , pour parvenir 
au même but, transporter les noyés 
fur un tas de cendres échauffées % 
on en a par ce moyen rappelle pla- 
ceurs à la vie : la chaleur douce 
& modérée de la cendre chaude 
s'inilnue peu-à-peu dans leur corps 
à travers les pores de la peau 5 ëc 
ranime le mouvement du ftng* 
J'ai fait moi-même cette expérience 
fort fouvent fur plusieurs animaux 
avec ie plus grand fuccès : d'ail- 
leurs on a divers exemples epe 
plulieurs noyés qui avoient été 
poofles fur des plages fabloneufes 
expofees à l'ardeur du foleil , ont 
été rappelles à la vie par la feule 
chaleur du fable. 

Les différens moyens que i'ou 







184 Moyens pour rappelles 
peut & que Ton doit employer 
pour fecourir les noyés , doivent 
avoir pour bue , i°. de chafièr 
l'air qui seCt renfermé dans leurs 
poumons 5 2. . de mettre en jeu &C 
en mouvement toutes les parties 
folides de leur corps , afin que 
ce mouvement fe communique aux 
fluides qu'ils contiennent. C'eft 
pour remplir ces deux objets qu'ou- 
tre les lecours qui ont été déjà 
indiqués, on emploiera les (uivans. 
il faut fecouer les noyés en les 
tournant, les retournant, les fou- 
levant de mille façons différentes 
dans leur lits : pluiieurs à cet effet 
confeilient de les étendre fur un 
petit matelas ou fur une couverte 
pliéc en plufieurs doubles qu'on 
aura mile aupa? avant fur deux bar- 
rils vuides 5 alors deux perfonnes, 
dont Tune tiendra le noyé par la 
tète & l'autre par les pieds, pouf- 
feront '& feront tourner <k retour- 
ner alternativement ces deux bar- 
rils l'un contre l'autre : cette ma- 






les Noye's a la vie. i8$ 
nîere de fecouer les noyés pour- 
ront avoir («>n uriiité , fi elle é|g$ 
employée par des perionn^Jârj^t- 
ligenres, ôc qui prufent les precau- 
tions r.ecUiaires pour ne pas les 
meurciirj majjg ordinaiiement ce 
défaut d'attention & de foin rend 
ce moyen iufi ucîueux » & x -.çaufe 
aux noyés plus de mal que deiien s 
je penfe qu'il feroit mieux de les 
fecouer dans leur lit , 6c même 
qu'il (eroit plus commode. Pour 
prouver les bons effets de ces fe- 
coufles employées avec prudence^ 
je joins ici une observation irné- 
reflante d'un homme qu'un a fauve 
par ce moyen. 

Monfieur Simon , autrefois Soldat 
dans le Régiment d'Auvergne, §£ 
depuis domicilié dans cette Ville 
où il montrait à faire des armes, 
fut un jour d'été fe baigner : comme 
il étoic un peu pris de vin > il fis 
un faux pas, & fe laiifa tomber 
dans l'eau > fans que perfbnne s'en 
apperçûc , & ne pouvant plus fe 









i26 Moyens four râppilleii 
re'ever il fe noya. Ceux qui l'a- 
rsbnt vu paffer dans cet état , 
fa., l> -de ne le plus voir retour- 
ner i accoururent au bord du ca- 
nal , te te trouvèrent noyé ; ils te 
firent tout de fuite tranfporter 
chez lui, & mandèrent chercher 
des r Chirurgiens pour voir s'il n'y 
avoït^s quelque moyen pour le 
rappeller à. !a vie. Les Chirurgiens 
arrivés firent tout ce qu'ils (avoient 
pour y parvenir j mais rebutés dans 
peu , éc fatigués de travailler en 
vain ^ ils l'abandonnèrent après 
avoir donné ord;*e de le faire inhu- 
mer. Des perfonnes charitables 
qui avoient vu paffer ■ les Chirur- 
giens , S: oui les virent met ce- 
tourner, leur demandèrent fi Mon- 
fieur Simon avoit donné des fignes 
de vie 5 à quoi ils répondirent que 
non : deux d'entr'eux animés dïm 
feèfe véritablement chrétien , fe 
reflbuvînrent qu'ils avoient lu dans 
un mémoire imprimé par ordre 
du Roi fur les principaux fçcours 



LES NOYL'S A LA VIF. 187 

qu'on doit donner aux noyés , qu'il 
n'y en avoit point de plus efficace 
que de les fecouer fans relâche ; 
ils s'informèrent en conféquence 
fi on avoit employé ce fecours , 
6c fur ce qu'il leur fut répondu 



A 



H&xti 



que non, us turent avec confiance 
empêcher qu'on coufût le prétendu 
mort dans ion fuaire. En effet 3 ils 
le firent fecouer tout de fuite par 
des hommes vigoureux 6c intelli- 
gens; ils mirent eux-mêmes la main 
à l'œuvre , 6c Dieu bénit fi bien 
leur zélé , que le prétendu cada- 
vre s 3 échaufTa peu-à-peu , refpîra , 
ouvrit les yeux , reprit fes con» 
noiflances & fut dans peu de jours 
en état de vaquer à fes affaires*, 
Cette obfervation efr convain- 
cante : elle prouve avec la plus 
grande évidence de quelle utilité 
font les fecouiïes pour rappelle r 
les noyés à la vie ; elle fert en 
même tems de leçon aux gens 
de l'art , 6c leur apprend qu'ils ne 
doivent pas être fi prompts à aban- 







iS3 Moyens pour rappeller 
donner les pauvres noyés : fouvent 
ce qu'on n'a pu faire dans un 
quart d'heure, s'exécute «hns une 
ou deux h:ures ; enfin dans pa- 
reille occaiîon il ne faut pas Te 
rebater ficôc , fi l'on veut n'avoir 
rien a (e reprocher. 

L/introduclio^ de l'air chaud 
par le moyen d'un tuyau dans 
les inteftins des noyés , eft un fe- 
cours qui n'efl: pas à négliger ; l'air 
contenu dans ces parties étant ra- 
réfié par la chaleur , poulie' le 
diaphragme contre les poumons , 
& en chaflè fouvenr celui qui s'y 
trouve emprilunné : les lavemens 
chauds Ôc îrritans faits avec l'Q&U 
de la mer ou avec une pinte de 
la même eau dans laquelle on a 
fait bouillir une ence de tabac 
à fumer , produifent louvent de 
très- bons effets. 

Il faut avoir l'attention de ne 
verfer dans la bouche des noyés 
aucune liqueur , pas même de 
fpifitueufesj elles feroiem capables 






tss Noye's a la vif. 189 
de les étouffer , en Ce gliiîanr dans 
Ja trachee-artere, (1 la glotte venoit 
à s'ouvrir dans linftaht qu'on les 
donne , & cela arriveroit d'autant 
plus facilement, que le conduit qui 
aooimt a l 'efromac ïe trouve alors 
fermé : il faut donc attendre pour 
donner ces liqueurs , que les novés 
ayenc déjà donné quelque fiene 
de vie. Les remèdes qui font éter- 
îiuer font dans cette urconfhnce 
fort propres à fecourir les noyés ; 
ils agiflent en irritant & en pi- 
cotant les fibres nerveufes oui ta- 
paient l'intérieur des narines : on 
fouillera avec un chalumeau des 
poudres qui ont cette vertu, comme 
font celles de tabac, d'iris de Flo- 
rence, d'elkbore, de lamier rofe, 
de pdtlt. muguet , de marron fau- 
vage, en un mot, celles qui 
tomberont plutôt fous la main. 
On fupplééra à ces poudres par 
]a fumée du tabac fournée dans 
les narines, celle du papier brûlé, 
des vieux fouikrs , en un mot , 



V 



i^o Moyens pour, rappelles 
par tout ce qu'on croira capable 
de procurer l'écernuernsnt. 

Outre les moyens déjà indiqués, 
il en efl: encore d'autres qui ne 
font pas moins propres à fecourir 
les noyés : on ne fauroit dans pa- 
reilles' circonstances en connoîcre 
une trop grande quantité , pour 
employer fucceffivement les uns 
au défaut des autres. Parmi ceux 
qui reftent À décrire, Tintroduclicm 
de la fumée du tabac dans les in- 
teftins mérite d'occuper la pre- 
mière place j fes bons effets la font 
regarder comme un des meilleurs 
& même des plus fûrs moyens qu'on 
puiffe employer pour fecourir les 
noyés : Tobiervation fuivante en 
fervira de preuve s elle eit rap- 
portée par Monfieur Louis , dans 
ion livre fur la certitude des fignes 
de la mort, &. il dit l'avoir ti- 
rée de celui de Monfieur Bruiner. 

OBSERVATION. 

Une femme traverfant h Sein< 



LES NOYE'S A LA VIE. 191 

dans un petit Bateau , fe -hnfa 
tomber dans cette rivière,; elle 
en fut retirée quelque cenis après 
fans connoiflanec , Se avec coures 
les apparences d'une femme réelle- 
ment morte : un Soldat qui pafîbic- 
6c qui vit beaucoup de monde 
attroupé autour de cette femme , 
s'approcha & die à fon mari qui 
plcuroit à chaudes larmes : Mon 
ami , ne vous affligez point tant , 
dans une heure vous verrez votre 
femme vivante ; en effet , il lui 
remit fa pipe allumée > lui difant 
d'en introduire le bout dans le 
fondement de fon epoufe & de 
fouffier de tontes Tes forces par 
l'autre bout , en mettant dans fa 
bouche la tête ou le fourneau de 
cette pipe couverte d'un papier 
percé de plusieurs trous : à la cin- 
quième fouffiée on entendit dans 
le ventre de cette femme un grouil- 
lement confidérable ; bientôt après 
elle donna dgs fignes de vie, & 
reprit les connouTances. 




19* Moyens pour rappelles 

il y a plaideurs moyens d'intro- 
duire 'la fumée du fibac dans les 
ïnttfiins : on a même inventé &£ 
fabriqué un infiniment qui ne ferc 
qu'à cet ufrige > mais cornue la 
plupart des Marina ne le connoit 
ient pas, ou qu'ils ne font pis 
à même de fe le procurer dans 
le befoin , ils y fuppléercnt par 
les moyens (uivans. 

Un fumeur tirera d'une pipe 
allumée \ la quantité de fumée que 
fa bouche pourra contenir , & la 
feufflera tout de fuite dans les 
inteftins par le moyen d'une ca- 
nule , on d'un autre tuyau que, 
les Marins nomment vulgairement 
bouquin , qu'on aura auparavant 
introduit dans le fondement du 
noyé : il b m< hera avec l'extré- 
mité du doigt le tuyau pendant 
qu'il tire de fa pipe une autre 
gorgée de fumée , & la fou filer a 
de îa même manieie que la pre- 
mieiefoisj il nmér^ra cette mi- 
jsauvie autant de fois qu'elle pa- 

roîira 







■il). 



ies Noyb's a la vie. l5 > 3 
roîtra nécelTaire , & jufques à ce 
qu'il^ ait introduit une quantité 
îuffifante de fumée. 

Si cette manière d'introduire fa 
fumée , & celle dont il cft parlé 
dans l'Obfervation , paroiiTenr trop 
rebutantes , on employera la fuï- 
vante qui cft connue 'de tous les 
Marins Fumeurs. Elle «mfifte â 
introduire premièrement dans le 
fondement du noyé une pipe allu- 
mée, tandis qu'un Fumeur appli- 
que une autre pipe 2U ffi allumée 
dont il tient le bout dans fa bon- 
cm , en adaptant les deux four- 
neaux l'un fur l'autre ; il f cu ffl s 
en meme-tems la fumée des deux 
P'pes , & par ce moyen elle pé- 
nètre facilement dans les inteftins. 
Voila prefque tous les movens 
qu on peut employer pour fecou- 
nr les noyés : on ne doit en né- 
gliger aucun , & ebeifir "ceux qui 
feront les plus facile» a pratiquer , 
« iur-tout les plus prompts ; car 
les œcme» font précieux : il y a 







? K94 Moyens pour rappeliez 
toujours efpoir de réuffir , pourvu 
<qu'on ne fe rebute pas > 5c que les 
jioyés ayent encore le moindre 
principe de vie * dès qu'ils en don- 
neront des marques, & qu'ils com- 
menceront à respirer, on les li- 
gnera tout de fuite à la jugulaire, 
s'il fe trouve un Chirurgien a por- 
tée de le faire , finon on leur ap- 
pliquera des ventoufes fearifiées à 
la nuque 5 ou un certain nombre 
de (angfues au cou qui fuppléeront 
à h faignée* Voyez le Chapitre IX 
de la féconde Partie. 

La faignée du cou doit être pré- 
férée dans cette circonftance a 
celle du pied 5 & en voici la rai- 
ion. On prétend, & il eft vrai que 
U faignée du pied attire vers les 
extrémités une plus grande quan- 
tité de fang , & qu'elle l'empêche 
a- fc porter, en Ci grande abon- 
dance vers la tète j maïs dans le 
cas dont il s'agit, on ne doit pas 
longer à empêcher Se fang de (e 
■nrter à la tête , d'autant plus que 



os Noye's a la vie. i$j 
'dam le corps d'un noyé, qui ne fait 
que de donner des fignes de vie, il 
ne fe fait qu'une circulation fort 
lente dans les vaiifeaux les plus pro- 
dies du cœur : on doit tacher au 
contraire de débarraiïer le cerveau 
de celui qui s'y e fi: déjà porté, qui 
gorge les plus petits vaifîeaux, & a 
peine d'y circuler. Or la faignée de 
Ja jugulaire produit tour de fuite 
tous ces effets mieux que celle du 
pied 3 cela efc d'autant plus certain, 
qu'on a toujours expérimenté que 
Couverture des vaifièaux du pied 
ne donne prefque point de fang 3 
quoique les veines de cette partie 
paroiffent^ fort enflées , tandis que 
les jugulaires en donnent toujours 
avec abondance & prefque fans H- 
garure. Enfin G tous les moyens que 
j'ai indiqué ont été employés fans 
fruit , il faut fuivre le précepte 
d'Hipocrate, qui dit qu'on doit fe- 
counr avec le fer ceux que les re- 
rnedes ne peuvent guérir : Quos mc± 
dtctmenta von fanant yferrumfanAU 




196 Moyens pour rappelle». 
Mais comment > me dira-t-on , re- 
courir un noyé avec le fer ? Re- 
montons à notre principe. 

J'ai die au commencement de ce 
Chapitre , que la caufe principale 
de la mort des noyés étoit l'air con- 
tenu dans leurs poumons, & qui ne 
pou voit en forrir : il tous les moyens 
que j'ai détaillé ne peuvent en pro- 
curer lafortie par la voie naturelle, 
il faut lui donner une UÎuej>ar une 
ouverture artificiellement faite \ [es 
Gens de l'Art comprendront bien- 
tôt que c J efl de l'opération de la 
Bronchotomie àovx je veux parler : 
il n'y a que cette opération qui 
puifle produire cet effet ; on doit: 
donc ia pratiquer , fi Ton ne veut 
rien avoir à fe reprocher. 

Cette opération conlilte a taire 
une ouverture à la trachée-artere, 
entre le fécond & fe troidéme ds 
fes anneaux , en commençant à 
compter au deifous du carnage 
cricoïde, qu'où appelle vulgaire- 
ment la pomme d'Adam s elle eit 






LES NOYE'S A LA VIE. I97 

fort facile à pratiquer, & point du 
tout dangereufe par elle-même ni 
par fes fuites : il n'eft point de Chi- 
rurgien tant foie peu verfé dans 
TAnatomie qui ne foie en état de 
la pratiquer ; c'eft pourquoi je ne 
m'étends pas davantage là-deffus : 
ceux qui en voudront favoir davan- 
tage , confuîceront les Livres qui 
traitent des opérations de Chirur- 
gie. L'opération faite , l'air forcira 
facilement des poumons , & y en- 
trera par la même voie ; ce qui fera 
capable de rétablir le mouvement 
d'infpiration & d'expiration, & par 
conféquent toutes les autres fonc- 
tions qui en dépendent, Ainfi quand 
tous les autres moyens propofés pour 
fecourir les noyés font infructueux 
il faut en venir à l'opération de 
la Bronchotomie : cependant il 
ne faut pas , quand les premiers 
moyens ne réuffiffent pas tout de 
fuite, recourir 'à cet extrême, ni fe 
rebuter pour cela ; plufîeurs noyés, 
tomme je crois déjà l'avoir dit , 

I iij 



$9§ Moyens, &c^ 
s'ont donné des fignes de vie qu'a- 
près avoir ecé fecourus pendant 
plufieurs heures. Quand on a com- 
mencé cette bonne œuvre , il ne faut 
pas s'arrêter au milieu du travail 5 
je ne fâche point d'homme d'hon- 
neur qui ne fe croyc libéralement 
récompenfé de toutes fes peines % 
s'il réuffi-c à rappeller à la vie un de 
ces infortunés,, dont la mort auroic 
été certaine fans lui : quand même 
le contraire arriveroit , dès qu'on 
a adminiftré tous les fecours poffi- 
bles, & auffi long-tems que la pru- 
dence l'exige , on a du moins la 
fatisfaclion d'avoir fait tout ce que 
demande l'humanité, ôc on n'a plus 
rien à fe reprocher. 

Fin de h première Partie. 




ÏQ 






E SS A 



SUR 

LES MALADIES 

QUI ATTAQUENT LE PLUS COMMUNEMENT' 
LES GENS DE MER. 

SECONDE PARTIE, 

DES MALADIES EXTERNES 
OU CHIRURGICALES. 



AVANT- PROPOS. 

LA Chirurgie .eft une fcience 
très-utile êc très-néceffaire à 
tous les hommes i les Marins fur- 
tout doivent tacher d'en acquérir 
quelque connoiflance , parce qu'ils 
font fort fujets aux maladies chi- 
rurgicales , & qu'ils n'ont pas tou- 

I iv 



iqo AVANT-VROPOS. 
jours des perfonnes de l'art pour 
les fecourir : la nature ne peut 
rien, ou agit très-imparfaitement, fi 
elle n'eft aidée par la main du 
Chirurgien dans les maladies qui 
font du reffbrt de la Chirurgie > 
au Heu qu'on vois les maladies in- 
ternes les pius défefpérées guérir 
quelquefois fans remèdes , & par 
la feule force du tempérament des 
malades. Cette conftdération m'en- 
gage à conseiller aux Marins de 
cultiver cette partie de la Méde- 
cine, qui guérit par l'opération de 
îa main les maladies qui ont befoin 
de (on application. Je leur indique 
les moyens les plus faciles pour y 
parvenir , & les remèdes lès plus 
efficaces qu'ils peuvent employer 
dans les différens cas qui fe pré- 
fènteront à eax , je tacherai fur- 
tout de me rendre intelligible , 
en évitant de me fervir rml-à- 
propos des termes de l'art , & en 
mettant tout ce que je dis à leur 
portée. 





Des Plaies et des Ulcères 201 



<ftta 



EaK-xBarç 




CHAPITRE PREMIER, 

Des Vîmes & des Ulcères. 

N appelle plaie une divifion 
faite à la peau par quelque 
caufe externe. 

Quand une plaie pénètre dans 
quelque capacité , comme la tête, 
la poitrine , le bas-ventre , qu'il 
fe trouve quelqu'une des parties 
qui y font renfermées bleflfcc y 
quand elle intéreflè quelque nerf, 
quelque tendon, ou qu'il y a quel- 
que artère confidérable ouverte 9 
il faut néceflairement avoir re- 
cours à un Chirurgien ; mais quand 
une plaie eft fimple , qu'il n'y a 
aucune des parties néceflàires à la 
vie offenfées, quand même un^ 
pareille plaie pénétreroit dans les 
capacités , quelque grande qu'elle 
fou & quelque dangereufe qu'elle 
paroifle au premier coup d'œil , 
on la guérit aifémeat : pour y 

1 y 



zot Des Plaies 
parvenir, il fuffit de rapprocher les. 
bords ou les lèvres de la plaie, Se: 
de les maintenir dans cet état, 
pour qu'elle fe réunifie. La réunion 
ie fait ordinairement dans vingt- 
quatre heures , fans qu'il foit be- 
Ibin d'appliquer aucun baume^ 
car notre fang contient dans lui- 
même un principe glutineux 6c 
balfamique ,, dont l'effet eft Re- 
coller te de fouder , pour ainfi 
dire , les lèvres d'une plaie fore 
promptement : le Chirurgien n'a 
donc autre chofe à faire que d'ôter 
tout ce qui pourroit mettre obf-~ 
racle à cette réunion. 

Voici la méthode qu r 6n doit: 
iuivre pour panfer une plaie fimple 
oui a été faite par un inftrument 
tranchant : il faut premièrement- 
îa laver avec Peau ou le vin chaud, 
pour la nettoyer des caiiiots dâ 
iang Bl des ordures qui pourroient- 
s'y être infinuées y enfuicc on erv 
rapprochera les bords ou. Les- lé~ 
W£&. le. glus gïh <ju'oir goaim* 



l 




■il 



et des Ulcères. 203 
les uns des autres : on les main- 
tiendra ainfî rapprochées par le 
moyen de trois comprefles , dont 
deux feront appliquées fur les bords 
de la plaie , une de chaque côté , 
& la troifieme par - deiîus 5 on 
aflujettira ces trois cornprefles par 
plufieurs tours de bande , qui ne 
feront ni trop ni trop peu ferrés* 

On ne doit lever cet appareil 
que vingt-quatre heures après l'a- 
voir mis , à moins que quelque 
accident, comme une grande dou- 
leur ou une perte de fang , n'o- 
blige à le lever plutôt : fi l'o- 
pération a été bien faite, la plaie^ 
it trouvera guérie , comme nous, 
l'avons déjà dit ; fi par contraire 
l'opération a été mal faite , 6t 
que par conféquent l'a réunion; 
n'ait pas eu lieu, la plaie viendra* 
à fuppuration de toute néceffité^ 
&. voici la marche qu'elle tiendrai. 

Ses bords fe gonfleront , s'en— 
ilammeront , deviendront doulcu— 
mux » la fiévjtc & mettra Bientôt 

h ^ 



É 







io4 Des Plaie* 
de la partie , fur-tout fi la plaie 
cft confidérable. Pendant les pre- 
miers jours, il en découlera une 
eau rouffâtre , 6c en petite quan- 
tité , enfuite un pus fanieux ôc 
de peu de conuftance , qui de- 
viendra de jour en jour plus blanc 
& plus épais : alors le gonflement , 
l'inflammation > la douleur & tous 
les autres fymptomes diminuent , 
îa fièvre calme, & le fond de la 
plaie commence à (é garnir de 
^nouvelles chairs 5 elles deviennent 
d'un jour à l'autre plus rouges , 
plus grainues & plus fermes, enfin 
elles rempliffent toute la plaie, dont 
les bords blancfaiffent & s'allongent 
pour former la cicatrice» 

Dans tes premiers jours on pan- 
fera cette plaie avec un plamaceau 
de charpie ga^ni du drgeflif(N°.45), 
par-deilus lequel on mettra un 
morceau de linge garni de l'em- 
plâtre ( N°. 47 ). Quand le pus 
commencera à s'épaiffir & à blan- 
chir > on fubftituera au dîgeftif le 




E t dbs Ulcères, 10^ 
baume ( N°. 48 ) j enfin dès que 
la cicatrice commencera à fe for- 
mer , on abandonnera Pufage du 
digeftif & du baume , pour ne 
fe fervîr que d'un plumaceau de 
charpie, par-defîus lequel on mettra 
toujours Pemplâtfë ( N°. 47 ) juf- 
qaes à guérifon. 

Si maigre Pufage de la charpie 
feche, les chairs croulent trop, de- 
viennent mohShs de blafardes , 6c 
qu'elles excédent le niveau de la 
peau,, on les réprimera en augmen- 
tant Pépaifleur du plumaceas de 
charpie, qu'on sffujettira par quel- 
ques tours de bande un peu plus 
ferrés qu'a Pordinaire ; fi cette 
comprefïion ne fuffit pas pour ré- 
primer les chairs , on lavera à cha- 
que panlèmcnt la plaie avec Peau 
vegeto-minéraîe ( N°. 35 ) un peu 
dégourdie : on toucher même lé- 
gèrement les chairs avec l'extrait 
pur du même N°. , fi la lotion 
n'eft pas fuffifante ; ce qu'on con- 
tinuera jufques a ce qu'elles foiene 
au niveau de la peau» 






kcyfi 



Des Plaies 
Toute plaie, excepté celles d'ar- 
mes à feu,cft accompagnée d'une 
hémorragie oa d'une perte de fang 
plus ou moins grande : il eft donc 
néceffaire que les Marins appren- 
nent à remédier à cet accident, 
qui dans certaines plaies , quoique 
de leur nature peu dangereufes , 
eft capable de les effrayer , 8c de 
les empêcher d'y apporter des re- 
mèdes ; ce qui pourroit les rendre 
mortelles. 

Pour arrêter le fang qui fort 
d'une plaie, il fuffit de la remplir 
de charpie brute , qu'on aiîujettic: 
avec des comprefles ôc une bande 
un peu ferrée : ce moyen réuffit 
ordinairement, à moins qu'il n*y 
ait quelque tronc considérable d'ar- 
tère ouvert; cela étant, il faut: 
recourir à des moyens plus effi- 
caces , tels que font ceux que ja- 
mais décrire, 

Le moyen le plus efficace , ʣ 
le remède le plus fur que con*--- 
moiSk là- Chirurgie pour arrêta" 



et des Ulcères. 207- 
ïc f"anp> . efl l'aearic de chêne pré- 
paré en guife d'amadou 5 on peut 
lui fubftituer l'amadou ordinaire 
qui eft un autre efpece d'agaric, 
duquel je me fuis fcrvi pluiîeurs 
fois avec le plus grand fuccès : on 
choifira celui' qui eft le plus moel- 
leux, le plus doux 6c le plus épais $ 
on le pliera en trois ou quatre 
doubles, Se on l'appliquera fur Pôtts 
verture du vaifleau qui donne le 
fang. Pour retirer de cette appli- 
cation le fruit qu'on en efpere , il 
faut avoir foin auparavant de bien 
cfiuyer la plaie avec une éponge 
mouillée ; autrement le fang qui 
tumecleroit continuellement l'ama- 
dou, en rendrok l'application inutile, 
Sil y a une artère confidérable 
euverte , iî faut faire au deiTus ds 
la plaie, avant que d'appliquer l'a- 
madou 5 une ligature avec un ru- 
ban de fil ou une jarretière : on 
paiTera dans cette ligature , qui 
ne doit pas être fort ferrée , un 
bàzQïi de ttoh ou quatre £QUG& 



" 



2oS De -s Plaies 
de longueur, & de l'épaiflTeur d'un 
pouce , qu'on tournera en guife 
de garrot pour former un tourni- 
quet ; par ce moyen on fe rendra 
maître du fang. Pendant qu'on 
~efluye la pîaie avec une éponge 
mouillée , &c qu'on place l'ama- 
dou j on le maintiendra dans cette 
{îtuation>en le couvrant d'une cer- 
taine quantité de charpie qui fur- 
pafle le niveau de la peau , 6c on 
l'aflujettita avec descomprefles, & 
la quantité de tours de bande qui 
paroîtront néceflaires ; on peuc 
alors lâcher le tourniquet 6c Pô- 
ter même tout à-faic, fi l'on com- 
prend qu'on fe foie rendu maître 
du fang. 

On ne dok panfèr les plaies 
pour Iefquelles on a été obligé 
de fe fervir de l'amadou, que deux 
et même trois fois vingt - quatre 
heures après fon application > on 
/doit encore prendre garde en les 
panfant de ne pas renouveller l'hé- 
roorragie; e& enlevant trop préexpi- 






et des Ulcères. 209 
tamment la charpie 5c l'amadou : 
s'ils font encore collés 5c attachés à 
la plaie , il r/y a pas du mal d'at- 
tendre qu'ils fe détachent 5c tom- 
bent d'eux-mêmes; ce qui arrivera, 
dès que la fuppuration commen- 
cera à s'établir : on tachera de la 
procurer au plus vke , en fe fer- 
vant dans les premiers panfemens 
du digeflif ( N°. 45 -)/ 5c on fe 
conduira jufques à guérifon de la 
même façon qu'il a été indiqué 
ci-deiïbs-. 

Les plaies dont les bords font 
meurtris ou emportés , celles qui 
ont été faites par quelque inftru- 
ment contondant > celles qui font 
avec déperdition de fubftance , 
5c particulièrement les plaies d'ar- 
mes à feu 3 ne font point dans ie 
cas de la réunion; il faut au con- 
traire travailler à leur procurer au 
plutôt la fuppuration : on l'obtien- 
dra parle moyen des plumaeeaux 3 
ou des bourdonets mollets trempés 
dans le digeftif £ N°. 4.5 ). il ne 



_, 



z i o Des P l a i e s- 
faut jamais tamponer ces forces de 
plaies, comme le pratiquent plu- 
fîeurs pcrfonncs , & même des Chi- 
rurgiens; une pareille méthode eft 
dangereufe & nuifible. Ces bour- 
donets introduits avec force, font 
autant de corps étrangers capables 
d'occafionner une tenfion & une 
inflammation confidérablc , la fiè- 
vre, des douleurs violentes, enfin 
mille accidens des plus graves, qui 
ne furviennent que trop à de pa- 
reilles plaies , quelque attention 
qu'on ait de les panier mollement 
& fuperficîellemenr. 

On évitera .& on remédiera à 
h tenfion , à l'inflammation & à 
la douleur 5 par le moyen des 
faignées plus ou moins réitérées ; 
on les proportionnera à la qualité 
de la plaie , à Page , aux forces , 
au tempérament des malades , à 
la violence des douleurs & de la 
fièvre ; la diète fera proportionnée 
à la qualité & à la durée de ces 
mêmes accidens - r on ne leur per- 



Efr 



et des Ulcères, ru 
mettra aucun aliment ïolide juf- 
ques à ce qu'ils foienc calmés g£ 
la fuppuration bien établie. Pour 
concourir a,ux mêmes fins , on en- 
vironnera la plaie de comprefiès- 
trempées dans la décoction (N°. 1 1) 9 - 
ou du cacaplafme ( N°. 36)5 ce 
qu'on continuera jufques à ce que 
l'inflammation ait celle, ou qu'elle 
ait pour i-e moins beaucoup dimi- 
nué. 

Si malgré les faignées, l'appli- 
cation des fomentations de des ca- 
taplafmes indiqués, malgré ladiétc 
& l'abondante boiflon. d'une des 
ptifane* du ( N^n ) , l'inflam- 
mation augmentait & faifoit crain- 
dre la gangrène , ce qu'on con- 
noîtroic au changement de cou- 
leur de la peau , qui de rouge de- 
viendroic livide, avec des cloches 
ou des ampoules fur fa fuperficie, 
il faudrait alors fubftituer au di- 
geflif ( N Q . 45 ) celui du ( N°-4^ ; y 
faire des fomentations fur tous les 
environs de la plaie avec la de- 






in Des Plates 
cocb'on da (N°. 44) , & donner aux 
blefles de quatre en quatre heures 
une prife du remède ( N°. 28 ) ; ce 
qu'on continuerait jufqctes à ce que 
h plaie fut en meilleur état & 
la fuppuration bien établie. 

Toutes les vertus qu'on attri- 
bue à une infinité de baumes, d'on- 
guens & d'emplâtres pour la gué- 
rifon des plaies, ne font qu'illufion 
& pure charlatanerie : toutes ces 
différentes compofitions n'ont pas 
plus d'efficace que Iqs remèdes que 
j'ai indiqué 5 leur plus grande vertu, 
je penfe , confifte dans le profic 
qu'en retirent ceux qui les débi- 
tent > en les donnant comme des 
fecrèts , ou dans la crédulité des 
ignorans qui eroyent qu'un remède 
a la vertu de guérir toute forte de 
plaie , parce qu'ea s T en fervant ils 
en ont guéri deux ou trois qui 
leur paroiflbient d'une grande con- 
féquence, & qui cependant étoienc 
fort légères, & auroient été guéries 
par l'application du premier on> 












«* 



et des Ulcères. 213 
gucnt ou du premier emplâtre qui 
tombe fous la main : la réunion 
des plaies , la régénération des 
chairs &; la formation de la cica- 
trice font l'ouvrage de la feule na- 
ture , &c non reflet de l'applica- 
tion de tel ou tel onguent; (I l'art 
l'aide quelquefois, ce n'efc qu'en 
levant les obftacles qui s'y oppo- 
fent : quand , par exemple , il fe 
trouve quelque corps étranger dans 
une plaie s on doit faire tout 
fon poffible pour !e retirer ; fans 
cela on ne doit point attendre de 
guériion , quand même on cm- 
ployeroit les baumes & les onguens 
les plus précieux 6c les plus Spéci- 
fiques. Ceft encore une erreur de 
croire qu'il y a des remèdes parti- 
culiers capables de les attirer au 
dehors ; on doit, comme je l'ai dir> 
faire tous fes efforts pour Içs ôter> 
avec les mains ou avec les inftru- 
rnen-s. 11 arrive cependant quelque- 
fois qu'on ne peur en venir a bout : 
alors b'ils font d'une certaine sature 



2î4 Des Plaies 
à ne pas pouvoir piquer, comme les 
baies de moufquet & autres corps 
ronds , & qu'ils foient placés dans 
certains endroits où. ils ne puiflent 
pas gêner les fondions, on deie 
en abandonner la (ortie k la feule 
nature 5 fou vent même ils -reftent 
dans les chairs , fans eau 1er la moin- 
dre incommodité, & la plaie ne 

■m * 

guérit pas moins j mais plus ordi- 
nairement ils font pouffes au dehors 
■•& entraînés par la fuppuracion , 
pourvu toutefois qu'on ait eu -l'at- 
tention d'agçrandir l'ouverture ex- 
térieure de la plaie, & d empêcher 
qu'elle ne fe ferme, avant que fon 
fond foit garni de bonnes chairs. 

Les Marins font dans l'ufige 
d'appliquer fur les plaies qui fup- 
purent, d'eau-de-vie, de tafia ôc 
d'autres liqueurs fpiritueufes, Cette 
coutume eft très-dangereufe ; car 
l'application de ces liqueurs defle- 
che les fibres , augmente l'inflam- 
mation, & empêche la fuppuracion, 
fans laquelle la régénération des 







£T DES Ui/CERHS. 21 J 

chairs & la cicatrice ne peuvent 
fe faire : eiie n'eft bonne tout au 
.plus que dans le premier tems d'une 
plaie, c'eft-à-dire , candis qu'elle 
eil encore fanglante, & feulement 
dans le cas où il n'y a qu'une fini- 
pie divifion fans déperdition de 
ïuhftance. Or je crois avoir dé- 
montré qu'il n'eft alors befoin d'au- 
cun remède > la nature fe fuffifant 
à elle-même pour opérer la réu- 
nion , pourvu qu'on en rapproche 
les bords : -d'où je conclus que les 
applications fpuicueufes font au 
moins inutiles & à pure perte » 
quand il n'y a qu'une (impie di- 
-vifion. 

Des Ulcères. 

Les ulcères font des (blutions 
de continuité , c'eft- à-dire , des 
plaies avec déperdition de fub- 
flance , & écoulement de pus en- 
tretenu p3r un vice local , ou par 
<juelqu'autre vice particulier du 
fang : on ne peut efpérer de,gué- 






sïé Des Plaies 
rir ces derniers , à moins qu'on ne 
travaille en même-tems à détruira 
les différera vices oui les entre- 
tiennent par les (pécifiques qui leur 
font propres ; s'ils dépendent d'un 
virus verolique ou feorbu tique, on 
n'a qu'à confulter les deux Chapi- 
tres qui traitent particulièrement 
de ces maladies* 

Ceux qui ne (ont entretenus qus 
par un vice local , (ont quelquefois 
ia fuite d'une plaie , d'une tumeur 
ou d'une contufion niai panfées > 
ces accidens arrivent fréquemment 
aux Marins, qui ont la plupart les 
jambes couvertes d'ulcères prove- 
nant de pareille caufe : voici en 
cenfëquence la œâhode avec la- 
quelle on doit les traiter , fi l'on 
veut tes guérir promptemenr. 

Si les bords de ces ulcères font 
durs & fces , fi le pus qui en dé- 
coule eu féreux > acre 6c fétide , 
enfin s'il oecsfionne des boutons , 
une inflammation & de nouvelles 
ulcérations fur les parties veifines 

qui 



et des Ulcères. 217 
ii en font abreuvées, on les para- 
fera avec un plumaceau garni du 
digeftif ( N°. 45 ) , par-deflus lequel 
on mettra l'emplâtre du ( N°. 57 )| 
on couvrira le tout d'une corn- 
prefiè trempée dans la déecelion 
( N°<, 11 ) , à laquelle on ajou- 
tera un peu de vinaigre ou d'eau- 
de - vie. Ce panfement continué 
pendant quelques jours , & renou- 
velle foir & matin, diminuera 
l'inflammation , &; ramollira lc$ 
bords de l'ulcère $ des qu'on s'ap- 
percevra d'un pareil changement, 
ou fubftituera au digeftif l'onguent 
du ( N°. 57 ) , qui eft admirable 
pour détruire , confumer les mau- 
vaifes chairs , fondre les callofités 
& changer les mauvaifes qualités 
du pus en une meilleure : par le 
moyen de cet onguent le fond de 
Tu!cere fe déterge bientôt ; les 
chairs,de livides & mollafles qu'elles 
croient , deviennent fermes , ver- 
meilles de grainues; on les voit 
croître infenfibfcmcnt : alors on 

K 



Ht 




2T 8 Des Plaies 
doit abandonner l'ufage de l'on- 
guent , pour fe fervir pendant 
quelques jours du baume ( N°.48), 
qu'on continuera jufques à ce que 
les bords de l'ulcère commencent 
à s'allonger 6c la cicatrice à fe 
former. Dans cet état on ne pan- 
fera plus fi fréquemment, et on 
n'emnloyera pour le refte des pan- 
femens que la charpie ieule cou- 
verte de l'emplâtre ( N°. 47 ) Ja- 
ques a guérifon, 

11 n'eft point d'ulcère , quel* 
que invétéré qu'il (oit , qui réfifte 
i un pareil traitement : on peut 
& on doit même aider l'achon 
des topiques par un régime hu- 
msétant , 6c par une abondante 
boitîon de quelque liqueur rarrai- 
chiflàntc , ou des pttfancs do 
( N°. n ) , & fur- tout par la 
fituation. Je dis par la fituation j 
csr on ne peut fe flatter de guenr 
promptement les ulcères des jam- 
bes , à moins que ceux qui en 
f 9 j»s attaqués, ne gardent le repos 




' -^■^■■^■■^■■■■■n 



et des Ulcères. zi$ 
pendant tout le tems du traite- 
ment. 

C'eft au manque de cette pré- 
caution que l'on doit attribuer la 
longueur des maux de jambes , 
qui font fi frequens parmi les Ma- 
rins , &: qui durent quelquefois 
des années entières , ôc même 
toute ^ leur vie : il eft vrai que 
les alimens falés dont ils fe nour- 
rirent, la mauvaife eau qu'ils boi- 
vent & l'air falin qu'ils refpirent , 
peuvent rendre ces ulcères plus 
opiniâtres ; mais on parviendra 
fûrement à les guérir , fi on les 
traite félon la méthode que j'ai 
indiqué. 






* 









H 





CHAPITRE 

Des Contuftonsy des Meurtrijfures , 
des Fractures & des Diftocations 
en général* 

ES contufions ou meurtriflures 
. font la fuite de quelque coup 
ou de quelque chute j elles font 
plus ou moins confidérables , en 
raifon du plus ou moins de vio- 
lence de la caufe qui les a oc- 
cafionnées : dans toute^ forte dé 
sneurtriiTure , ou les vaideau^v de 
là partie meurtrie font divifés , 
alors le fang s'épanche dans Iq 
voifmage de la bleflure , ou ils 
ne le font pas > Se alors le fang ne 
s'extravafe point ; mais les vaifl 
féaux reftent affaiblis par la vio^ 
lence du coup. Si le fang meurtri 
ou sxtravafé ne fe réfout pas par 
la force de la nature ou des re- 
mèdes , Se que les vaifleaux ne 
fpprenpent pas leur reiïort, il psui 




t des Fractures., zit 
iurvenir à la meurtriiïùre , quand 
elle eft confidérable,. inflammation» 
abcès , & quelquefois même h 
gangrène. 

Les contufions font plus ou moins 
dangereufes ? félon la violence du 
coup ou de la chute , & la qua- 
lité des parties qui font bleffées s 
celles des tendons , des nerfs ô£ 
des gros vaiflèaux , occafionnent 
des accidens graves , fi les parties 
intérieures ont été contufes, qu'il 
y ait épancheraient de fang dans 
quelque capacité, comme le crâne» 
h poitrine & le bas-ventre ; elles 
ibnt fuivies quelquefois de fup- 
puration, & d'autres fois elles eau» 
fent une mort fubite , comme ii 
arrive aux perfonnes qui font quel- 
que chute d'un endroit fort élevé , 
ou qui ont reçu des coups vïolens 
fur la tête ou fur la poitrine ; 
fans qu'il paroiflè aucun mai ex- 
térieurement. 

Pour guérir les meurtriflUrcs lé- 
gères , il fuffit de les couvrir d'une 

Kiij 



1 



122 Des Contusions 

comprefle trempée dans la liqueur 
vegeto-mînérale ( N°. 35 )> à la- 
quelle on mêlera une troifieme 
partie d'eau-de-vie. Ce remède 
continué réfout le fang meurtri , 
coagulé , & le détermine à ren- 
trer dans fes vaifleaux : on con- 
noîc que cela fe fait , en ce que 
la tumeur qu'il occafionnoir, dimi- 
nue de jour en jour , & change 
de couleur ; de noire qu'elle étoïc 
dans le commencement, elle de- 
vient brune , enfuite jaune, & à 
mefure qu'elle difparoît , la peau 
reprend peu-à-peu fa couleur na- 
turelle , les fibres leur force Se 
leur reflbrt. La fomentation du 
( N°. 60 ) & le cataplafmc du 
(N°. 59) produisent le même 
effet que la îiqueîrf vegeto-miné- 
rale du ( N°. 35 ) : on peut fub- 
ftituer ces remèdes les uns aux 
autres > mais la fomentation du 
( N°. 60 ) ne doit être employée 
que quand le fang commence à 
fe réfoudre. 




if t)ES Fractures. 223 
Les liqueurs fpiritueufes , comme 
Peau-de-vie pure , l'efpric de vin , 
le tafia , l'eau vulnéraire , l'eau de 
la Reine d'Hongrie, & beaucoup 
d'autres que les Marins employeur 
journellement & fans attention 
pour toute forte de contufion , 
ne produifent pas toujours l'effet 
défiré^& font fouvent nuifibîes, 
fur-tout (î on les applique dans le 
commencement : elles épaiilifîent 
le fang meurtri > font trànfpirer 
fes parties les plus fubtiles , les 
déterminent à paffer dans l'mter- 
ilice des mufcles , ou les font figée 
dans les vaifleaux meurtris 5 d'où 
s'enfuivent divers accidens qui ne 
font pas moins graves & dange- 
reux , pour n'arriver que plufîeurs 
jours après : ainfi il eft plus fur 
& plus prudent de ne les point 
employer. Les emplâtres de téré- 
benthine , & autres compofés avec 
les huiles, les grailles, les refînes, 
font auiîî très-dangereux : on a 
vu fort fouvent qu'une contufion 

K iv 






224 Des Contttsïons 

légère, 6c qui auroit été guérie en 
peu de tems, fi on avoir abandonné 
la cure à la feufe nature , eft de- 
venue fâcheufe 6c a dégénéré en 
gangrène par Pufage de pareils 
emplâtres, 

On ne doit non plus jamais 
ouvrir les tumeurs formées par un 
fang meurtri bc coagulé, à moins 
que quelque raifon prelTante n'y 
oblige : quelque groffes que foient 
ces tumeurs, elles fe diffipent peu- 
à peu par i'ufage des remèdes pres- 
crits ; en faifant autrement , on 
occafionne (cuvent des ulcères dan- 



gereux. 



Si un Matelot , un MouiTe ont 
Fâk une chute du haut d'un mat, 
d'une vergue ou d'une antenne, on 
doit les tranfporter tout de fuite 
fur un matelas , 6c les tenir bien 
chaudement ; il ne faut pas , en 
cas qu'ils ayent perdu connoiA 
fance , les remuer ou les fecouer 
fortement pour leur rappeller le 
fendaient ; on ne doit pas non 






et des Fractures. 225 
plus leur faire avaler du^vin ou 
de liqueur pour ranimer leurs for- 
ces : tous ces prétendus iecours 
font préjudiciables ; il convient de 
les laifler en repos, & de les faire 
faigner tout de fuite , fi on en a 
la commodité. On fera écorcher 
après un mouton , une brebis , un 
bouc , Se on les enveloppera dans 
une de ces peaux encore chaudes 5 
ce qui eft fort ufité parmi les Ma- 
rins, & n J eft pas à négliger» Si les 
contufions font fur la tête, on ap- 
pliquera fur cette partie qu'on 
aura auparavant rafée , la fomen- 
tation du ( N°. 60 ) le plus chau- 
dement qu'il fera poffible ) ce .qu'on 
continuera, félon le plus ou le moins 
defoulagement que ce remède pro- 
curera aux blefles. S'il y a fradure 
au crâne , épanehement fur le cer- 
veau , compreffion ou commotion 
de cette partie , ce que le Chi- 
rurgien connoîtra par les fignes 
qui caraétérifent ces divers acci~ 
ileris ? c'eft à lui à faire les incï- 




n6 Des CoNTtrsroNs 

fions ô£ les opérations qu'il trou- 
vera néceflaires , |& fur lefquelles 
je ne m'étends pas, pour ne pas for- 
tir de mon fujet. 

Si la chute a occafionnc quel- 
que fra&ure ou quelque disloca- 
tion aux bras , aux jambes , ou à 
d'autres parties, le Chirurgien rap- 
prochera de même les pièces frac- 
turées, ou remettra les es dans leur 
place naturelle , &c les maintien- 
dra par les bandages 6c -les liens 
convenables* 

11 y a cependant des fraclures & 
des luxations qui font fi vifibles, ôC 
fi faciles à remettre ou à réduire, 
qu'un Marin qui aura tant foie peu 
de jugement , pourra le faire , au 
défaut d'un Chirurgien. La crépi- 
tation ou le bruit que font les ex- 
trémités des os rompus , quand on 
les remue doucement, & qu'on les 
fait glifier les uns contre les autres, 
eft le figne le plus certain de la 
fracture : il faut alors , tandis 
qu'une perfcïine empoigne & ûrç 









et des Fractures. 217 
à lui l'extrémité du membre frac- 
turé , & qu'une autre tire l'autre 
extrémité dans un fens contraire ; 
il faut , dis-je , qu'une troifïeme 
qui fera la plus intelligente , em- 
poigne avec les deux mains jointes 
la partie dans l'endroit où l'os eft 
rompu , poufle , comprime , rap- 
proche & égalife les deux bouts de 
l'os l'un contre l'autre. 

Le fuccès d'une pareille opéra- 
tion fera certain , fi le membre 
qui étoit rompu devient égal en 
longueur à celui qui eft fain , s'il 
nerefte point d'inégalité dans l'en* 
droit fracturé, & fur-tout fi îa dou- 
leur que reiïentoit le ble-flé, ceflè 
ou diminue tout de fuite confidé- 
rablement. Pour maintenir les os 
en fituati~n, il faut i°. appliquer 
une compreffe circulaire trempée 
dans un mélange d'eau-de-vie, de 
blanc d'œuf> d'eau commune Bc 
de vinaigre , êc par-deffus ccîto 
comprefle une bande affez longue 
dont on fera des circonvolutions 

Kvj 



228 Des Contusions 
auteur de la partie , en commen- 
çant par deux ou trois tours, de 
bande fur la fraéture même ; on 
appliquera une féconde bande de 
la même façon, & puis une troi- 
sième. , qui fervira à égalifer la 
parue , en mettant par-deflbus de 
petites comprefles dans les endroits 
qui paroîcront l'exiger : on entou- 
rera enfuite la partie avec trois ou 
quatre attelés , qui font de petits 
morceaux de bois mince, plus lar- 
ges que longs y de fer blanc ou de 
carton ; on les aflujettira avec trois 
rubans de fil, dont l'un fera placé 
au milieu , 6c les deux autres aux 
extrémités des attelés. Si la frac- 
ture eft au bras ou à l'avant-bras, 
on fera une goutiere de carton ou 
<ie fer blanc en forme de tuile , 
fur laquelle on repofera le mem- 
bre y & qui fervira à maintenir le 
refte de l'appareil $ on pliera Pavant- 
bras , 6c on le foutiendra par le 
rnoyen d'un mouchoir ou d'une 
fervieue pliée en triangle Se mife 
en guiiç d'écharpç, 





■ i^ — — Mpw 



et des Fractures. 229 
Si la fra&ure eft à la cuiffe ou 
à la jambe , on mettra les parties 
dans une fituation horifontale, ô£ 
on l'empêchera de vaciller d'une 
part ou d'autre par le moyen d'une 
goutlere femblabîe à celle du bras, 
ou par des fanons qui font deux 
morceaux de bois ronds plies , un 
de chaque côté , aux extrémités 
d'une ferviette, de aiïujettis avec 
du fil , avec lefquels on forme une 
efpece de goutiere* Je crois en 
avoir aflfez dit au fujet des frac- 
tures pour ceux qui ne font pas 
de l'Art ; les Chirurgiens trouve- 
ront cette matière traitée plus au 
long dans les Maladies des Os de 
Mr. Petit. 

Pour ce qui eCi des difTocations 3 
il s'en trouve auffi qui font fort 
faciles à remettre : on les connoît 
en général par la difficulté qu'on 
a de faire exécuter aux membres 
difloqués leurs différens mouve- 
ment, par la difformité de la par* 
lis fur laquelle, il parole une éj% 



2jo Des Contusions 
vation dans l'endroit où (e trouve 
la têce de l'os, candis qu'on voie 
un enfoncement dans celui où elle 
devroie être naturellement ; ce 
qui Ce reconnoîc encore mieux en 
comparant le membre faln avec 
celui qui eft bîefle : bien plus, le 
membre diflpqué eft toujours plus 
court ou plus long que celui qui 
eft fain. 

Pour réduire un os luxé & le 
remettre en fa place, il faut, de 
même que pour les fractures, trois 
personnes, doot une tirera le mem- 
bre à elle, en l'empoignant par l'ex- 
trémité oppofés à la dhlocation ; 
la féconde empoignera avec les 
deux mains la partie la plus voi- 
fine de l'endroit difloqué, & tirera 
dans un fens oppofé 5 enfin la troi- 
fieme empoignant l'os dans l'en- 
droit difloqué , le conduira en fa 
place. On eft fur d'avoir rénffi, fi 
le malade fe trouve foulag-é dans 
le moment même que l'opération 
®ft faite 5 fi le membre recouvre fa 









et des Fractures. 231 
figure & fa re&itude ordinaire^ fi 
l'on a entendu un certain bruit ou 
claquement qui annonce que l'os 
cÙ. entré dans fa place 5 enfin fi le 
membre eft en état d'exécuter fes 
divers mouvemens. Pour mainte- 
nir l'os qui avoit été luxé dans fa 
place , on entourera l'articulation 
d'une comprefle circulaire trem- 
pée dans le vin chaud , ou l'eau- 
de-vie mêlée avec partie égale 
d'eau tiède, & on l'aflujettira avec 
plufieurs tours de bande. 

Il y a des dislocations qui font 
difficiles à connoîcre , & encore 
plus à remettre : il faut alors , en 
attendant qu'on pnifle fe procurer 
un Chirurgien , appliquer fur la 
partie luxée des cataplafrnes Se des 
fomentations avec les plantes du 
( N°. n ) ou de leur décoction » 
pour empêcher le progrès de l'in- 
flammation & l'épalffifïèment de 
la finovie. 

Les remèdes internes que îes 
Marins employent ordinairement 



\li'!4 




232 Des Contusions 
pour les contufions, les meurtrifla- 
res, les fra&ures même & les dislo- 
cations , font la térébenthine prife 
dans un œuf, la mumie , les bau- 
mes du Pérou , de la Mecque , & 
autres femblables ; tous ces remè- 
des font nuifibles , 6c occafionnent 
fouvent la fièvre. Si la térében- 
thine a paru quelquefois produire 
de bons effets, c'eft qu'elle a purgé 
les malades qui en avoient pris» 

Je ne dois pas paffer fous filence 
les entorfes & les foulures, qui font 
des accidens fort communs parmi 
les gens de mer ^ on les doit traiter 
de la même façon que les contu r 
fions & les meurtriflfures : il faut 
bien fe garder de froter rudement, 
de tirailler ces parties qui font 
fort douloureu fes > fous prétexte 
qu'il y a des tendons chevauchés ^ 
comme quelques ignorans le pré- 
tendent, des aiguilles rompues ou 
forties de leur place; les froremens 
& les tiraillemens violens attirent 
fouvent fur ces parties une inflan> 



I 




«mm h 






ET DES FrâCTXJRBS. 235 
aiâtion confidérable, &: qui a quel- 
quefois des faites facheufes. On 
doit donc traiter les encorfes £c 
les foulures, quelque considérables 
qu'elles foient , comme Ses conru- 
fions, & employer pour leur gué- 
rifon les mêmes remèdes > Se fur- 
tout tenir la partie dans un parfkié 
repos jufques à ce que les dou- 
leurs foient calmées. 



CHAPITRE- III. 

Des Clous 3 des Furoncles & des Ahch 
ghlegmoneux* 

LE S clous ou furoncles que 
nous connoilïbns en Provence 
fous le nom générique de flairons > 
font de petites tumeurs qui s'élè- 
vent en pointe, avec cbaleur, rou- 
geur 6c douleur ; ceux qui font 
fitués fur les parties tendineufes, 
ou au voifinage des articulations , 
font encore plus douloureux. Com- 
me tout le monde conaoît ces tu- 



234 Des Clous 
meurs , je crois qu'il n'eft pas né- 
ceilaire d'en donner une defcrip- 
tion plus ample : elles font occa- 
fionnécs chez les Marins par la mal- 
propreté, les alimens falés dent ils 
fe nourrifient , & l'air falin qu'ils 
refpirent continuellement. 

Quelquefois les furoncles vien- 
nent feuis j d'autres fois il s'en ren- 
contre plufieurs à ia fois fur la mê- 
me partie , ou en différens endroits 
du corps y quelquefois auffi ils fe 
fuccedent les uns aux autres» Si 
ces tumeurs font considérables , & 
qu'elles attaquent les environs des 
articulations, elles caufent des dou- 
leurs très-vives , ôc très-fouvent la 
fièvre 5 elles empêchent même de 
dormir. 

Pour guérir les furoncles, Se fur- 
touc ceux qui font considérables , 
il fauc en premier lieu que les 
malades obfervent un certain ré- 
gime, qu'ils boivent abondamment 
d'une des ptifanes du ( N°. 21)5 
ils prendront en outre chaque jour 






et des Furoncles. 235 
deux lavemens avec la décochon 
( N°. 1.1 ) : on ne doit pas négli- 
ger la faignée , fi h douleur 6c l'in- 
flammation font confidérables > on 
la réitérera même, félon la violence 
de ces accidens : on appliquera en 
même-tems fur les furoncles le 
cataplafroe du ( N°. 36 ) pen- 
dant quelques jours , & enfuite 
l'emplâtre du ( N°. 47 ) » par-def- 
fous iequel on mettra un petit plu- 
ma'ceau de charpie fine couvert 
de l'onguent ( N°. 56 ) , jufques 
a ce qu'ils ayent percé. On en voit 
alors fortir quelques goures d'une 
férofité roufiâtre > & l'on apperçoit 
au centre de la tumeur quelque 
choie qui refTembre à du pus epaiC 
fi , ou à de la chair pourrie , qu'on 
appelle le bourbillon : pour en hâ- 
ter la fortie , on appliquera fur 
l'ouverture du furoncle un pluma- 
ceau garni du digeftif ( N°, 45 ) 
avec l'emplâtre ( N°. 47 ) par-def- 
fus. Dès que le bourbillon eft forti, 
le pus qui auparavant éteie abofc- 




àg<? Des Clous 

dant & féreux, sVpaiffit ôc fort tù 
moindre quantité > e'eft alors jque 
les bords du furoncle s'a ffai fient , 
& que l'ulcère fe cicatrife par le 
moyen du feu! emplâtre ( N°. 47 )- 

Les furoncles bénins > ou qui 
ne font pas fîtués fur les par- 
ties tendineufes ni aux environs 
des articulations > fe guérifîent fa- 
cilement avec le feul emplâtre du 
(N°. 47 ). 

Les tumeurs infîamihatoïres & 
phlegmoneufes font à-peu-près du 
même caractère que les furoncles, 
mais elles occupent unie plus gran- 
de étendue qu'eux , font fnoins- 
douîoureufes 5 & ne viennent pas fï 
facilement en fuppuranon ; c'eft 
pourquoi dans les commencement 
il faut tacher de les réfoudre par 
l'application du cataplafme (N°. 36),- 
par la faîgnée réitérée , les lave- 
mens , la diète , Se l'abondante 
boifibn d'une des ptifàncs ( N°. 2 1 ), 
Si malgré ces fecours on voit qu'el- 
les augmentent & qu'elles prea* 



^T~ 



ït des Furoncles. 237 
sient fa voie de la fuppuration, on 
facilitera la formation du pus, en 
fubftituant au cataplafme ci-deflus 
celui du ( N°. 37 ) , &c même celui 
du ( N°. 38 ) , qu'on continuera juf- 
ques à c€ que la tumeur sic percé 
d'elle - même 5 Se en cas qu'elle 
tardât trop à le faire , 6c qu'on 
eût un Chirurgien pour l'ouvrir, 
ïl le ferait avec une lancette : le 
pus étant forci , on panfera la pe- 
tite plaie avec le icul emplâtre 
( N°. 47 ) jufques à guérifon. 



CHAPITRE IV. 




Pif la Brûlure* 

■ 

ES Marins font expofés aux 
brûlures par la poix , le fuif , 
la réfine ôc autres ingrédiens qu'ils 
font fondre pour enduire leurs Bâ- 
timens , & le plus fouvenî par la 
oudre à Canon. 
il la brûlure eft légère , & qu'il 



sl^B De la Brûlure* 
De fe foie point formé fur la partie 
brûlée des cloches ou ampoules , 
il fuffit d'y appliquer une corn- 
prefle trempée dans l'eau vegeto- 
minéraîe ( N°. 35), ôc d'en re- 
nouvelier l'application à roefure 
qu'elle fe deiieche j ce qui dimi- 
nue & calme la douleur en peu 
de tems. Si la brûlure eft plus con- 
fîdérabie , & qu'il fe (bit formé des 
ampoules, après les avoir coupées ôc 
€nlevées,on les couvrira du Uniment 
( N°. 58 ) , duquel on étendra une 
couche avec la barbe d'une plu- 
me. Ce remède calme tout de fuite 
îa douleur , comme par miracle : 
dès que cette première couche 
commence à fe deiTéeher par la 
chaleur de la partie , la douleur fe 
renouvelle , il faut alors en appli- 
quer une autre couche ; ce qu'on 
continuera jufcjucs a guérifon. 

On ne doit mettre fur les par- 
ties brûlées aucune comprefle ni 
aucune efpece de linge , après 
avoir appliqué le Uniment ; ils em- 



De la Brûlure. 239 
pêcheroient les bons effets du re- 
mède : on fe contentera de cou- 
vrir la brûlure avec un linge ou 
un drap foutenu par un cercie de 
bois , pour la garantir en été des 
mouches, 6c en hiver du foid. 

*A chaque fois qu'on applique 
une nouvelle couche , celle qu'on 
avoir mife auparavant fe deîlëche 
&c forme une croûte : cette croûte 
s'épaiffit 6c augmente chaque jour, 
à mefurc que la brûlure fe guérit ; 
enfin elle tombe par écailles, fans 
laiflfer la moindre cicatrice. Ce re- 
mède par conféquenteft très-(bu- 
verain, & doit être employé par- 
ticulièrement pour les brûlures du 
vllage , & celles des autres parties 
où il convient d'éviter la diffor- 
mité des cicatrices. 

Quoique ce Uniment ne foit pas 
de mon invention , 6c qu'on ea 
trouve la compoficion dans plu- 
sieurs Livres , je l'ai éprouvé affez 
fbuvent , pour en garantir les bons 
effets , dans les cas pour lefcmels 



240 De la Brûlure. 
je l'indique. On ne doit pas en 
faire beaucoup à la fois , parce 
qu'il s'épaiflic à mefare qu'il refte 
quelque tems expofé à Pair : je 
penfe même que pour éviter cet 
inconvénient , il conviendroit de 
n'en faire que la quantité nécef- 
faire pour chaque panfement. 

Si la brûlure avoic été négli- 
gée , qu'il y eût déjà une fuppu- 
ration établie, ou qu'on Peut pan- 
fée avec quelqu'autre onguent, je 
doute que le liniment que je pref- 
cris eue le même fuccès : il ne con- 
vient pas non plus , lorfque la brû- 
lure efl: profonde 5 qu'elle eft ac- 
compagnée d'efearres ou de croû- 
tes considérables , comme celle 
qui a été faite par la poudre à 
Canon , 6cc. 

Comme les brûlures de cette 
dernière efpece font ordinaire- 
ment accompagnées de tenfion , 
de gonflement bc d'inflammation , 
on tachera de calmer ces accidens 
par les faignées plus ou moins réi- 
térées , 



De la Brûlure. i4r 

térées , & par l'application conti- 
nuée de la déccdion émolliente 
f N*. 1 1 ) , dont on imbibera des 
comprefles qui ferviront à entourer 
la brûlure de k ramollir les efcar- 
res. On les détachera enfuite avec 
la pointe des cifeaux, fi elles font 
profondes; & fi elles font fuper- 
ficielles, elles fe détacheront d'elles- 
mêmes par l'application d'un cerat 
fait avec trois parties d'huile, dans 
lequel on fera fondre une partie 
de cire jaune ou blanche : on 
étendra fur la brûlure une cou- 
che de ce cerat appliqué fur du 
papier brouillard jufques à gué- 
rifon. 

Souvent , quand les efearres font 
profondes , on trouve , après les 
avoir détachées , une fuppuration 
déjà établie , & qui s'eft étendue 
dans l'interftîce des mufcles , après 
en avoir détruit tout Je tifTu cel- 
lulaire 5 il faut alors panfer avec 
Icdigcftifdu (N° 4 ^) 5 jufques 
a ce que les lambeaux de peau 






M 






%a$ De la Brûlure. 
ôc de chair pourries commencent 
à fe détacher , enfuite avec l'on- 
guent du ( N°. 5 S ) > J uf q? es à 
ce que la plaie foie détergée & 
que les chairs commencent à croî- 
tre : on peut même continuer 
l'ufage du même onguent , juf- 
ques à ce que la cicatrice com- 
mence à fe former j alors on ne 
fe fervira que de la charpie feule 
avec l'emplâtre ( N°. 47 ) P ar " 
deffus jufques à guérifon. 

.^ t 

CHAPITRE V. 

Des Hernies ou Vefientes. 

LEs Marins font fi fort fujets 
aux hernies ou dcfccntcs- , 
qu'il y en a fort peu qui /oient 
parvenus jufques à un certain âge 
fans être atteints de cette incom- 
modité. Le travail forcé & les pe- 
fans fardeaux qu'ils font obliges 
de foulever , font la caufc la plus 
ordinaire de cette maladie. Les 







Des Hernies. 24 $ 

bornes que je me fuis prefcrites > 
ne me permettent pas d'entrer dans 
le détail de toutes les efpeces de 
hernies , qui différent entr'elles, 
autant par les différentes parties 
contenues dans le bas-ventre qui 
les forment, que par rapport aux 
divers endroits où elles /ont fi- 
tuées. Je me contenterai de faire 
connoître celle qui furvient or- 
dinairement aux aines , & qu'on 
appelle hernie inguinale ou hernie 
incomplette, & cette même hernie, 
lorsqu'elle defeend jufques dans les 
bourfes , & qu'on appelle pour 
cette raifon hernie complette ou 
bubonocelle , parce que les Marins 
font fort fujets à Tune & à l'autre. 
On doit obferver de ne point 
prendre une hernie inguinale pour 
une tumeur inflammatoire > ou 
pour un bubon vénérien > qui fur- 
viennent ordinairement dans cette 
partie : une pareille méprife feroit 
dangereufe 5 & fi quelque Chirur- 
gien naviguant , 00 tout autre 

L i j 




144 Des Hernies. 
Marin , venoit à faice l'ouverture 
d'une pareille tumeur , fous pré- 
texte que fa molleffe indique une 
coîlcdion de pus, il en verroit 
fortir les excremens au lieu du 
pus , ôc le malade feroic dans un 
grand danger de mort. Pour évi^ 
ter une pareille méprife ^ les Ma- 
rins feront attention à ce qui 
fuit. i°. Us obferveront que la 
hernie fe forme tout-à-coup, qu'elle 
eft molle & point du tout dou- 
loureufe au tact , à moins qu'elle 
ne foit accompagnée d'étrangle- 
ment & d'inflammation > ce qu'on 
connoïtroit par les autres fympto- 
mes particuliers qui accompagnent 
les hernies avec étranglement , & 
qui feront détaillés plus bas. 2°. La 
hernie rentre facilement te dif- 
paroît même tout-à-fait > lorfque 
le malade a refté un certain tems 
couché fur le dos , fur-tout s'il a 
l'attention de tenir les cuiffes écar- 
tées , les genoux plies , & la tête 
plus baffe que fon corps : les tu- 






-— 



Des Hernies, 24 j 
meurs inflammatoires & les bu- 
bons vénériens au contraire fe 
forment peu-à-peu , font doulou- 
reux au toucher , durs , & ne 
rentrent jamais , quelque fîtuation 
que le malade prenne. 

Les defeentes ne font point des 
maladies dangereufes par elles- 
mêmes , mais elle peuvent le de- 
venir par mille accidens impré- 
vus. Les plus à craindre font l'é- 
tranglement & Tinflammation , ils 
font même fouvent mortels ; les 
Marins le* préviendront en por- 
tant de bonne heure un bandage 
ou brayer , & en le gardant pen- 
dant toute leur vie. Il conviendroit 
même que ces bandages fuflent 
faits & appliqués par des Chirur- 
giens entendus dans ces fortes de 
maladies > & qui euflènt pris la 
rnefure fur la partie : ceux qui fe 
fervent indifféremment du pre- 
mier qui leur tombe fous la main , 
rifquent de ne pas en retirer tout 
le fruit qu'ils en devraient atteu- 

Liij 



246 Des Heknies. 
dre , & il leur devient pour le 
moins inutile , s'il n'eft pas nui- 
jfible. Néanmoins comme on n'a 
pas toujours un Chirurgien pour 
îe faire , en prendre la mefure 6c 
l'appliquer, quand il eft nèceflaire 3 
tes Capitaines des Bâtimens de- 
vroient en avoir une certaine pro- 
▼ifion fabriqués par les plus habiles 
Maîtres, afin qu'ils puflTent dans 
le befoin choifir ceux qui feront 
les plus convenables. 

11 arrive (buvent que pour avoir 
négligé de porter de bonne heure 
un bandage > la hernie defeend 
dans îes bourfes , augmente cfe 
volume & y contracte des adhé- 
rences , de forte qu'on ne peut 
plus la faire rentrer dans le ventre: 
dans ce cas le bandage devient 
inutile , 6c celui qui a une pa- 
reille hernie eft condamné à la 
porter toute fa vie ; néanmoins 
pour le foulager, empêcher la tu- 
meur d'augmenter de volume, 6c 
pour éviter en même-tems le ti- 



■"■-- 



Des Hernies.. 247 

ralliement & la douleur qu'elle 
pourroit occafionner par fa pe- 
fanteur , on lui préparera une au- 
tre efpece de bandage > qu'on ap- 
pelle fufpenfoir , acecommodé au 
volume de la hernie. 

L'accident le plus dangereux 
dont les hernies foient fufceptibles 
eft, comme je l'ai dit, l'étrangle- 
ment : cet étranglement eft occa- 
fîonné par l'augmentation de volume 
de la tumeur, laquelle augmentation 
reconnoît ordinairement pour caufe 
une certaine quantité d'excrémens 
endurcis &c accumulés dans la par- 
tie du boyau qui eft dans l'aine 
ou dans les bourfes , ôc qui ne 
peuvent plus rentrer dans le ventre ; 
ce qui arrive jfouvent après quel- 
que débauche qu'aura fait le ma- 
lade , en fuite de quelque coup 
qu'il aura reçu fur la hernie , de 
quelque chute ou de quelque . 
effort violent qu'il aura fait. L'é- 
tranglement eft encore occafionné 
plufieurs fois par une certains 

Liv 




n 



l 



248 Des Hernies. 
quantité de vent renfermé dam 
la partie du boyau qui forme 
la hernie , & gêné par les ex- 
crémens endurcis. Quelle que 
foit la eaufe de cet étranglement, 
fi les matières ne prennent pas 
bientôt leur cours ordinaire en 
rentrant dans le ventre, le ma- 
lade a tout à Craindre , parce que 
Hnteftin acquiert d'un moment à 
l'autre plus de volume , fe trouve 
davantage comprimé & étranglé 
par les anneaux > d'ou> s'enfuit l'in- 
terception de la communication 
entre Teftomac 6c le fondement, 
des douleurs affreufes, des vomif- 
femens prefque continuels, même 
des matières ftercorales , l'inflam- 
mation > la fièvre , la gangrène , 
le hoquet , le délire * les fueurs 
froides» & la mort enfin qui ter- 
mine tous ces maux , fi on ne la 
prévient par l'opération , qui n'eft 
pas elle-même fans danger. 

Pour remédier à l'étranglement, 
il faut tacher de faire rentrer U 






Des Hernies. 249 
hernie 3 fi elle n'eft pas adhérences 
ôc fi elle i'eft, il fuffit de dimi- 
nuer i'inflammation des anneaux , 
£c de ramollir les excrémens en- 
durcis , pour qu'ils puiffent pren- 
dre leur route ordinaire : dans l'un 
eu l'autre cas , on fera placer le 
malade commodément , c'eft-à- 
dire , Ta tête bafle y les fefles re- 
levées , les cuiffes écartées 5c les 
talons près des fe(Tes ; alors on 
maniera doucement la tumeur, en 
l'empoignant avec les deux mains ,.. 
dont l'une fera placée au deflus 
£c l'autre au fond , ou à la partie 
3a plus baffe de la hernie 3 ôc fer- 
vira à la pouffer de dehors en 
dedans , c'eft-à-dire , des cuiffes 
vers le nombril , fans pourtant la 
trop prefler, de peur de la meur» 
trir. 

Si par cette manœuvre on ne 
peut réuflîr à réduire la hernie*, 
ou à faire rentrer une partie des 
matières , il faut faire au malade 
une faignée copieufe , & la pouffer 




250 Des Hernies. 

même jufques à défaillance , fi 
Ton conjecture qu'il tombe faci- 
lement en fyncope , & profiter de 
cet infiant pour manier la tumeur 
qui rentre alors fort facilement 
dans certains fujets & prefque 
d'elle-même , quoiqu'on Tait tenté 
inutilement avant la faignée : dans 
d'autres, on ne réuflît pas auffi fa- 
cilement ; alors certains Praticiens 
tachent de faire cette réduction 
du boyau , en fufpendant le ma- 
lade la tête en bas 8c les pieds 
en Pair. Si l'on n'efl: pas plus heu- 
reux dans cette nouvelle tentative > 
il faut tout de fuite appliquer fur 
la hernie une éponge ou une corn- 
prefle fort épaiffe trempée d'ans 
l'eau vegeto- minérale froide du 
(N°. 35), & réitérer cette ap- 
plication 5 dès que Ton comprend 
tjue l'eau commence a s'échauffer. 
Ce remède produit ordinaire* 
ment de bons effets , félon les 
cbfervations de Monfieur Goulard > 
fameux Chirurgien de Montpellier: 



* 









Des Hernies, 251 
je Pai éprouvé moi-même plufieurs 
fois avec le plus grand fuccès. II 
faut donc employer les fomenta- 
tions froides pendant le premier 
& le fécond jour , & fi l'on voit 
qu'elles font infuffifantes, avoir re- 
cours aux fomentations émollien- 
tes ( N°. 11 ) , ou aux cataplas- 
mes de même qualité , tel que 
celui du ( N°. 37^5 qu'on re- 
nouvellera de quatre en quatre 
heures; mais fi par tous ces moyens 
on ne peut parvenir à diminuer 
l'inflammation & l'étranglement , 
&: à faire rentrer la hernie par 
les nouvelles tentatives qu'on fera 
avec les mains, la gangrène s'em- 
pare bientôt de la partie & îâ 
mort s*enfuit y ce qu*on ne peut 
prévenir qu'en faifant de bonne 
heure l'opération , & avant que 
la gangrène fe foie manifeftée. 

Il eft arrivé cependant quelque- 
fois, mais fort rarement, que cer- 
tains malades n'ayant pas voufoi 
fç foumçttjre à l'opération dans le 

L vï 



152 Des Hernies. 
tems qu'elle étoit encore pratï> 
quable > la gangrène s'efl: empa- 
rée de la partie , l'a faite tomber 
en pourriture , & qu'enfuite s'é- 
tant fixée , il s'étoit formé , après 
la chute des efcarres gangreneux, 
un anus artificiel dans cet endroir 
par où ils rendoient leurs excré- 
îuens. il y en a même qui ont été 
guéris de cette incommodité avec 
Je tems ; mais de pareils exem- 
ples font très-rares > & ceux qui 
refufent l'opération , ou la diffé- 
rent fur un fondement auffi léger > 
ont tout à craindre & peu à ef- 
perer , car le moindre retarde- 
ment peut leur caufer la mort* 






>^ 



Di la Morsure, &c. 253 



*e 



CHAPITRE VL 

De U Morfure des Animaux venimeux. 

LEs Marins font expofés à être 
mordus par des ferpens de 
autres animaux venimeux , dans 
les divers Pays où ils abordent» 
Pour traiter ces morfures , j'ai 
€ru ne pouvoir mieux faire que 
de leur indiquer la méthode de 
Kaempfer. Ce fameux Voyageur af- 
fure l'avoir toujours employée avec 
fuccès dans fes diffère ns voyages 
en Amérique ôc aux Indes , où les 
animaux venimeux fe trouvent en 
grande quantité, & où leurs mor- 
fures font extrêmement dange- 
reuses. 

Cette méthode confifle à faire 
to$t de fuite au deffus de là par- 
tie mordue, une ligature un peu 
ferrée , pour empêcher le venin 
de fe porter plus haut; on feari- 
fiera enfuitc avec une lancette la 



254 De la Morsure 
plaie , pour la faire dégorger de 



le fa 



:lt< 



tout le lang queue contient ; en- 
fin on la remplira de bonne thé- 
riaque , & on la couvrira d'un 
linge qui en (bit chargé, en guife 
d'emplâtre. Il eft encore eflentiel 
de faire avaler à ceux qui ont été 
mordus, deux dragmes de théria- 
que détrempée dans du bon vin 
rouge ou blanc le matin à jeun > 
& autant le foir avant qu'ils en- 
trent au lit j ce qu'on continuera 
pendant fept à huit jours. Ce re- 
mède procure ordinairement une 
fueur falutaire qui fait tranfpirer 
au dehors le peu de venin qui 
peut s'être infinué dans le fang , 
& empêche par ce moyen les mau- 
vaifes fuites de la morfure. 

Cette méthode, comme l'on voit j 
eft moins cruelle que les cauté- 
risations avec un fer rouge , ou 
les brûlures avec l'huile bouillante, 
qu'on employé ordinairement pour 
ces fortes de morfures : l'autorité 
de Monûeur Kaempfer doit fer* 






des Animaux venimeux. 255 
vir de garant pour la réuffire ; 6c 
certes on ne peut en avoir de 
meilleur. 



CHAPITRE VIL 

« De la Galle. 

LA galle c(l une maladie qui 
eft connue d'un chacun : on 
en diftingue de deux efpeees, la 
galle feche & la galle humide ; 
la première qu'on appelle auffi 
galle canine, ou galle des chiens > 
à caufe que ces animaux y font 
fort fujets , fe reconnoît à une in- 
finité de petits boutons , dont le 
plus grand nombre paroît être 
logé fous la peau» Les boutons de 
la féconde efpece font plus gros » 
& remplis d'humidité y ils forment 
dans l'intervalle qu'ils biffent en- 
tr'eux y des gerfurcs > des cre- 
vaffes qui fuppurent , 6c quelque* 
fois même des ulcères crouteu** 
11 faut obferver que les boutons 



256 De la Galle, 
de la galle qui fe trouvent en grande 
quantité aux articulations de la 
main ôc des doigts chez tous les 
galleux en général , fe trouvent 
ordinairement en fort petite quan- 
tité chez les Marins , à caufe de 
l'eau falée dont ils fe lavent fou- 
vent les mains; ainfi il faut pren- 
dre garde que l'abfence de ce 
fîgne ne faffe pas méconnoître 
cette maladie. 

La galle , qui a fon figne dans 
le tiflu cellulaire de la peau, n'eft 
pas ordinairement une maladie fore 
dangereufe y mais elle caufe à ceux 
qui en fom attaqués, un prurit & 
une démangeaifon infupportable , 
fur-tout quand ils font au lit ou 
reflentent la chaleur : elle eft oc- 
©afionnée par l'âcreté du fâng , la 
malpropreté & une tranfpiration 
arrêtée. 11 n'eft donc pas furpre- 
mnt que les Marins qui ne fe 
Bourrifîènt que d'aliraens fàlés , 
qui refpirent continuellement un 
air falin y qui éprouvent toutes. 







De la Galle. 257 
les viciffitudes de l'air , & qui 
n'ont pas tous les moyens & toutes 
les commodités néceftaires pour fe 
tenir propres, y foiem fi fujets. 

La galle eft eontagieufe & Ce 
multiplie aifément parmi les Equi- 
pages des Vaifleaux qui font logés 
à l'étroit, èc couchent, pour ainfi 
dire , pèle - mêle : ain(î on doit 
de bonne heure traiter ceux qui 
en (ont les premiers atteints , pour 
éviter qu'elle ne fe communique 
à tous les autres. 

Il n'y a rien de plus facile à 
guérir que la galle , lorsqu'elle eft 
récente ôc qu'elle vient par com- 
munication 5 mais il eft: plus diffi- 
cile de guérir celle qui eft invé- 
térée ou qui provient d'une âcreté 
du fang : il eft même dangereux 
de le faire avec des remèdes ex- 
térieurs , fans avoir auparavant 
adouci Pâcreté du fang par les 
remèdes appropriés j car l'on a 
vu plus d'une fois furvenir des ma- 
ladies dangereufes , qui n'étoknt 






258 De la Galle. 
©ccafionnées que par une galle 
répérentée qui s'étoit portée far 
la poitrine, ou fur d'autres par- 
ties principales. 

On doit donc traiter différem- 
ment la galle félon la caufe qui 
Ta produite : fi elle eft venue à 
un quelqu'un depuis peu par con- 
tagion , c'eft-à-dire , pour avoir 
communiqué avec d'autres gai- 
lcux , on l'en délivrera prompte- 
ment par l'ufage d'une des pom- 
mades dont il fera parlé plus bas, 
ïàtîs recourir à d'autres remèdes 5 
mais fi la galle eft furvenue d'elle- 
même , fans qu'il y ait le moindre 
foupçon de contagion , c'eft tin 
ligne qu'elle eft, produite & en- 
tretenue par un vice du fang. Il 
faut alors commencer la cure par 
la faignée ; le lendemain de la 
faignée on purgera avec les pil- 
lules du ( N°. 49 ), fi le malade 
eft robufte & vigoureux , finon 
avec la médecine ( N°. jo ) : il 
ufera pour toute boiflbn pendanc 






De la Galle. 259 
toute la cure de la ptifane du 
( N°. 5 1 ) , & il prendra pendant 
huit jours une prife tous les ma- 
tins du bol ( N°. 54 ) > après quoi 
on le purgera une féconde fois 

* Ml I 1 » J 

avec les piiiules 49 ou la méde- 
cine 50 ; alors on pourra fans 
crainte paffer à i'ufage des pom- 
mades. 

Toutes les pommades qu'on em- 
ployé ordinairement pour la gué- 
rifon de la galle, ont pour bafe 
le fbufre ou le mercure : quoique 
celles qui font faites avec le mer- 
cure foient excellentes pour guérir 
cette maladie , elles demandent 
néanmoins beaucoup de précaution 
&c de prudence dans leur admî- 
mftration ; autrement ceux qui 
les employent , rifquent un flux 
de bouche > une inflammation au 
gofier 6C quelquefois même une 
enflure univerfelle : c'eft pourquoi 
on ne s'en fervira point dans les 
Bâtimens , à moins qu'on n'ait un 
Chirurgien allez verfé pour diri- 




%6o De la Galle 
ger les frictions. Dans le cas ou 
l'on s'en fervira , on n'a qu'à re- 
courir à la formule ( N°. 52 ) : 
celle du ( N°. 53 ) n'eft pas fu- 
jette aux mêmes inconvéniensjmais 
on peut objecter que le foufre qui 
en fait la bafe , la rend d'une 
extrême puanteur 3 6c qu'elle gâte fi 
fort les linges , que les leffives les 
plus fortes ne font pas capables de 
les blanchir , ni d'enlever la mau- 
vaife odeur qu'ils en ont contracté. 
Cela ferait vrai , fi l'on employoit 
pour faire cette pommade le foufre 
en bâton ; mais la fleur de foufre 
mêlée à froid avec le fain doux 
ou la graiflè blanche , ne gâte pas 
beaucoup les linges : pour ce qui 
eft de la mauvaife odeur, on peut 
la corriger facilement avec quel- 
ques goures d'eflcnce de Citron, 
de Bergamotte , ou autres qu'on 
mêlera avec la pommade , pour 
lui en donner une fort agréable. 
Ceux qui uferont de cette pom- 
made avec la fleur de foufre , s'en 







De la Galle. i6t 
froteront pendant trois jours de 
fuite , le fbir en entrant au lit , 
toutes les parties du corps, excepté 
le vifage : ils fe tiendront bien 
chaudement, éviteront de fe mouil- 
ler , & garderont les mêmes linges 
& les mêmes habits pendant neuf 
jours, à compter du premier jour 
des fri&ions , & ne les mettront 
plus qu'ils n'ayent auparavant fait 
blanchir les linges à la Ieffive, de 
expofé les autres habits à l'air de 
au férein pendant une quinzaine 
de jours 5 ils prendront les mêmes 
précautions pour les draps de cou- 
vertures de leurs lits. 

Ceux qui aimeront mieux fe 
fervir de l'autre pommade avec le 
mercure , s'en froteront pendant 
trois fois toutes les parties de leur 
corps , excepté le vifage , la poi- 
trine , le bas-ventre & les parties 
honteufes : ces fricYions dureront 
pendant neuf jours, parce qu'on ne 
les fera qu'un jour l'autre non, après 
lequel tems ils fe laveront tout le 






2&i De la Galle. 

corps avec l'eau chaude $£ le fa- 
von, Se changeront d'habits, comme 
il a été die ci deiTus. 

Il y a des galles fi 'opiniâtres, 
qu'elles réfiftent à la première onc- 
tion i il faut alors la reitérer avec 
les mêmes précautions. 



CHAPITRE VIII. 

T>n Dragonne an ou Venu MeâinenÇs. 

Arrni les maladies externes qui 
ont befoin d'être connues des 
Marins , & fur- tout des Chirur- 
giens naviguans, l'on doit compter 
le dragonneau ou vent* medinen- 
fis : cette maladie eft fort com- 
mune fur les Côtes de Guinée, ou 
fe fait la traite des Nègres $ 6c 
quoiqu'elle ne foit pas auffi fré- 
quente fur les Côtes de la Mé- 
diterranée , on la trouve néan- 
moins quelquefois fur celles de 
Barbarie & d'Egypte. 








Du Dragonneau. i&i 
Je me trouvois à Alexandrie en 
Ï74S, quand un Nègre attaqué 
du dragonneau vint s'embarquer 
fur le Bâtiment dans lequel j'étois 
en qualité de Chirurgien : à dire 
vrai, fa malad ie dont je fa vois à peine 
le nom, m'embarrafla , 6c fans fon 
Patron qui la connut mieux que 
moi , j'allois couper avec mes ci- 
feau le ver que je prennois pour 
une excroiflance de chair : il n'y 
a que les perfonnes prévenues en 
leur faveur , qui croient fe des- 
honorer en avouant leurs fautes; 
comme je ne fuis pas de ce nom- 
bre , & que je ne penfe pas de 
même , j'avoue la mienne d'autanc 
plus volontiers , qu'elle peut être 
de quelque utilité èc empêcher 
les jeunes Chirurgiens de tomber 
dans la même erreur. 

Le dragonneau eft une tumeur 
qui dans fescommencemens reiîèm- 
ble allez à un clou ou à un fu- 
roncle y elle fe forme vite & groflit 
en peu de jours : dans fon milieu 



[ 



2^4 Du Dragon ne ait. 

qui s'élève en pointe , l'on remar- 
que une petite veffie remplie d'une 
férofîté rouflatre ; fi l'on ouvre 
cette veille, ou qu'elle s'ouvre 
d'elle-même , on en voie fortir une 
excroiflance charnue d'un rouge 
foncé, grofle comme une moyenne 
plume d'oie & reflemblant à un 
ver : cette excroiflance s'allong© 
d'un jour à l'autre à mefure qu'elle 
fort, & fa longueur ordinaire, lors- 
qu'elle efl: toute fortie, eft de cinq 
à fix pieds. 

Il y a plufieurs fèntimens fur la 
nature du dragonneau : les uns 
ont cru que cette excroiflance 
étoit une efpece de corde poly- 
peufe , ou une veine endurcie ; 
voilà pourquoi ils lui ont donné 
le nom de vena & celui de me- 
iinenfiî , à caufe que cette mala- 
die efl: très- fréquente à Medine, 
Ville d'Arabie. D'autres & fur- tout 
les Modernes, qui peut-être n'en 
ont jugé que par ce qu'ils en ont 
lu dans les Auteurs anciens , ôc 

qui 







Du DrAGONNEATT. îSf 

qui ne Pont jamais vu, ont panché 
à croire que ce n'étoit que du pus 
épaiffi, durci , ou une efpece de 
bourbillon d'une certaine longueur, 
mais le fentiment le plus commun 
parmi les Médecins Arabes qui ont 
obfervé cette maladie , & parmi 
les Modernes qui fe font trouvés 
dans je même cas , eft que cette 
excroiflance qui fort de la tumeur , 
n'eft autre chofe qu'un ver long 
caché fous la peau qu'il perce pour; 
ie procurer une iffue, 

Le célèbre Monfieur Aftruc qui 
a analyfé tout ce que les Anciens 
&: les Modernes ont écrit fur cetre 
maladie, dans un Traité des Tu- 
meurs imprimé à Paris chez Ca- 
valier en. 1752, dit qu'il n'y a 
que le dernier fendaient qui puifle 
être adapté : il appuyé la vérité 
de ce qu'il avance , par l'exemple 
de pîufieurs autres e/peces de vers 
qui s'engendrent dans les animaux 
vivans, parmi lefquels i! compte, 
outre les différens vers inteftinaux, 

M 



n.66 Du Bragonneau. 
ceux qu'on appelle crinons ou co- 
médons , & en latin dracuncuH , 
les cirons en latin acari , les 
poux , ôcc. 

Tous ces difFérens vers, dit-il, 
peuvent entrer dans le corps de 
Tanimal vivant de trois façons dif- 
férentes , i°. fous la forme d'un 
œuf dépofé qui y éclot , & forme 
un animal qui groffit jufques à ce 
qu'il forte 5 tels font ceux que l'on 
trouve dans les chiens , entre chair 
&C peau , & quelquefois même 
dans la fubftance des mufcles, où 
les œufs de ces animaux femblent 
avoir été dépofés par les mouches , 
ou autres différens infectes : i°. fous 
la forme d'un petit ver déjà for- 
mé & imperceptible , qui pénètre 
à travers les pores de la peau , 
comme les chiques qui font fi 
communes dans nos Colonies de 
l'Amérique ; ces petits infectes fe 
tiennent ordinairement dans les 
ordures , dans les balayeures des 
maifons, s'attachent aux pieds &c 




Du Dragonneau. 2. 
aux jambes de ceux qui y vont 
nuds pieds, s'y logent, groffiffènr» 
font des couvées & produifçnt fou- 
vent un abcès qui aboutie à la 
gangrène , fi on néglige de les 
en tirer de bonne heure avec une 
aiguille : 3 . enfin fous la forme de 
petits œufs qui entrent dans notre 
corps , avec les alimens > la boiflon s 
l'air que nous refpirons , & fe dis- 
tribuent dans le fang par cette 
voie , s'arrêtant toutefois dans les 
parties qui font propres à leur 
donner nourriture , où ils fe dé- 
veloppent & prennent leur accroifle- 
rnent ; tels font les vers plats 6c 
faits comme de petites foies, qu'on 
trouve fi fouvent dans les canaux 
hépatiques du foie de certains 
animaux ruminans, après qu'ils ont 
mangé d'une efpece de gramen 
qui leur occafionne la maladie 
qu'on appelle communément ga- 
madure ou le papillon. On voie 
ces vers fe transformer en papil- 
lons, ôc s'envoler dans Tinflam même 

M ij 






2^8 Du Dragonneau. 
qu'on découvre le foie des animaux 
qui en font attaqués : d'où il con- 
clue que le dragonneau efl: un ver 
qui peut avoir pénétré dans le 
corps d'une de ces trois manières. 
Quoique- la tumeur qui eft for- 
mée par le dragonneau ne foit pas 
une maladie dangereuie, elle exige 
néanmoins beaucoup d'attention 
de la parc de celui qui la traite : 
dès quelle commence à. paraître > 
il faut y appliquer le cataplafme 
du ( N°. 36") & des comprends 
trempées dans la décoction émol- 
liente du ( N°. 1 1 ) &r tous les 
environs 5 dès que le ver aura perce, 
il faut l'attirer au dehors par le 
moyen d'un plumaccau trempé 
dans un mélange de miel & de 
jaune d'œuf : on changera fouvent 
ce plumaceau, parce qu'il le deU 
iechc fort vite, & dès qu'on pourra 
faifir le ver , on le prendra délica- 
tement 5 & on l'entortillera avec 
dextérité autour d'une pente ba- 
guette ou d'un cylindre de plomb 



-i 



Du Dragonne au. 2^9 
gros comme une plume à écrire ; à 
chaque panfemcnt on le tirera 
auflî doucement que faire fe pourra, 
de peur qu'il ne fe rompe , &z 
on 1 entortillera autour de la ba- 
guette , ou du cylindre : on con- 
tinuera la même manœuvre à cha- 
que panfement , & jufques à ce 
que le ver foit totalement fort! 5 
alors la plaie fe cicatrifera , pour 
ainfi dire , d'elle-même , par le 
moyen d'un petit plumaceau de 
charpie couvert de l'emplâtre da 

Si malgré toutes ces précautions 
le ver venoit à fe rompre mal- 
heureufement 5 il faudroit roue 
de fuite recourir au catapiafoe~~~ 
(N . 36),auxfomentations(N°.r 1) 
& mettre en ufage la fafgnée, les 
boiflbns rafraîchiflTantes , en un mot, 
tout ce qui cft capable de diminuer 
& de calmer l'inflammation qui 
furvient ordinairement, ôc qui dans 
ce cas-là eft fort dangcreufe , & 
caufe bientôt la gangrène dans la 

M iij 









270 DU D&AGONNEAU. 

partie ou le ver s'eil: rompu > à 
moins qu'on ne vienne à bout de 
îa calmer & de la. difliper parles 
remèdes indiqués. 

Quelquefois on réuiïit à calmer 
l'inflammation , & le ver reparoit 
par la même ouverture, ou^fe faic 
une nouvelle ifluc , ce qui fuffit 
pour calmer tous ces accidens; alors 
on le tirera derechef avec les 
mêmes précautions dont il a été déjà 
parlé quelquefois : tandis que le 
premier ver fort , il s'en forme un 
nouveau aux environs, ou dans d'au- 
tres parties \ il ne faut pas s'en 
effrayer , parce que cela n'eft pas 
rare, mais le traiter comme le 

premier» 

On trouve dans le Journal de 
Médecine du mois de Janvier 1760, 
diverfes obfervations fur le dra- 
^onneau , par un ancien Chirur- 
gien de Vaiffeau 5 ces obfervations 
tendent à prouver qu'on aide beau- 
coup à la fortie du dragonneau* 
en faifant prendre à ceux qui eu 



Du Dragonneâu, z-ji 
font attaqués le remède du (N°.3 3), 
qui eft le même que j'ai indiqué pour 
guérir les maladies vénériennes. 
Le Chirurgien à qui nous devons 
ces cbfervations , aflure qu'il a vu 
lui-même plufieurs fois remuer le 
dragonneau, & que par conféquent 
e'eft un véritable ver. Si cela eft, 
comme je' n'en doute pas, je ne 
fuis pas fu*pris que le remède 
( N°. 33 ) en aide beaucoup la 
fortie, puifqu'il eft éprouvé que 
ce remède guérit , outre les mala-,- 
ladies vénériennes,, toutes les mala- 
dies cutanées les plus invétérées , 
6c tue toutes fortes de vers. 



CHAPITRE IX. 

Des Ventoufes , des Véficatoires , des 

Sangfues, ejr du Cautère tant aefuel 

tpe potentiel. 

Omme j'ai parlé plufieurs fois 
dans le cours de cet ouvrage 
des ventoufes , des véficatoires, des* 

M iv 



zji Des Ventouses 
iangfues , du cautère tant actuel 
que potentiel , £c que plufieurs 
Marins pour lefqueis j'écris , pour- 
roient être en peine pour mettre 
ces remèdes en pratique, j'ai cru 
ou'il convenoit d'en faire un Cha- 
pitre particulier , dans lequel je 
tacherai de leur faire connoître 
tous ces remèdes , en même-tems 
eue is leur enfeisnerai la manière 
de ks mettre en ufage. 

Des Ventoufes* 

Les ventoufes font de petits vafes 
de terre dont l'ouverture, quoique 
large , Peft pourtant moins que le 
fond qui eft arrondi : pour les bien 
appliquer, il faut, après avoir rafé la 
partie, faire quelques légères fric- 
tions avec une ferviette ; enfuite 
on prendra une petite pincée d'é- 
toupes fines ou du coton cardé 
qu'on étendra dans le fond de la 
ventoufe ; on y mettra le feu au 
moyen d'une chandelle allumée , 
& dès que Petoupe ou le coton 




ÏT DES VESICATOIRES. 273 

feront confumés , on renverfera la 
ventoufe fur Ja partie où Ton veus 
l'appliquer : ce vafe s'attache for- 
tement à la peau , l'attire au de- 
dans d'elle-même & la fait gon- 
fler $ on lui fait quitter prife un 
demi-quart d'heure après , en ap- 
puyant l'extrémité du doigt fur fom 
bord, c'eft-à-dire, aux environs de 
l'ouverture^ l'air extérieur qu'on y 
introduit par ce moyen , le fait 
renverfer fabitementv 

On peut appliquer plufieurs ven- 
toufes à la fois , les unes à côté 
des autres : quelquefois & le plus 
fouvent, après avoir enlevé les ven- 
îoufes l on. fait fur les endroits oà. 
elles 'avoienc été appliquées y de 
petites mouchetures avec le zrath- 
chant d'une lanceite pour en faire; 
fortir dufang; on applique déré- 
chef les mêmes ventoufes ,. afo 
qu'elles attirent ôc pompent, pour 1 
ainfî dire > le fang qui découle cita 
petites ouvertures qu'on a faites,: 
dès qu'elles commencent i en- mmz 



274 ^ ES Ventouses 
pleines, on les enlevé de on en 
applique de nouvelles , ainfi fuc- 
ceffivernent jufques à ce qu'on ait 
tiré la quantité de fang qu'on fou- 
haite. On appelle la première ap* 
plication des ventoufes fans feari- 
fication, ventoufes feches, & celle 
qui fe faic après avoir fearifié p 
"ventoufes fcarifîées» 

Les ventoufes fuppléenc à la fai- 
cmée ; on doit donc les appliquer 
toutes les fois qu'elle eft preflante, 
& qu'on n'a pas un Chirurgien pour 
la pratiquer : les fcarifîcations font 
fort peu de même point du tout 
dangereufes , & les petites plaies qui 
en réfultent, fe guérifent d'elles-mê- 
mes , pourva qu'on ait foin de les 
laver avec un peu d'eau fraîche s- 
les parties où on les applique le 
jpks ordinairement, font la nuque 
ou le derrière du col, les épaules » 
te dos f les hanches, les cuiiîès, le$ 
feflès j en un mot on les applique 
fer toutes les parties où elles peu* 
mpt Rattacher* 






ZT DES VSSICATOIRES. 27 J 

Des S&ngfoes. 

Les fangfues font de petits in- 
fectes ou vers aquatiques 9 qui s'at- 
tachent à la peau , la percent 6e 
fuccent le fang dont elles fs rem- 
pliflent : celles qu'on trouve dans- 
les eaux claires &i courantes, font 
meilleures que celles que Pon prend 
dans les eaux bourbeufès Se crou- 
piiîantes ; ces dernières rifquenr 
d'occafionner, quand on les appli- 
que , une inflammation & des dou- 
leurs fort vives. Les premières ont- 
la tête petite & pointue , le dos. 
rayé de vert & de jaune , de 1© 
ventre d'un rouge foncé : les der- 
nières au contraire ont la îët& 
gro(ïe 3 le dos ôc le ventre rayés de- 
bleu. 

Avant que de parler de îa -m%*~- 
mère d'appliquer les fangfues, fm 
à obferver aux Marins , qu'ils doi- 
vent faire attention, quand ils fcnr 
leur provifion d'eau dans quelque 
s étranger > de ne pas retBgiiïr 

m,4 



2-]ê Des Ventouses 
leurs tonneaux d'une eau dans la~ 
quelle fe trouvent des fangfues ; 
ils éviteront cet inconvénient > 
en la coulant à travers une fer- 
vîette nette : ils doivent prendre 
la même précaution, quand ils veu- 
lent boire d'une eau qu'ils ont puifé 
dans certains ruifieaux qu'ils ne 
connoifiéntpas, ôc mettre un linge 
fin devant l'embouchure du vafe ou 
<de la cruche qui leur fert à boire* 
Si pour avoir négligé de pren- 
dre cette précaution , il arrivoit 
que quelque Mario eût avalé une 
faogfue ^ ces animaux ne dépen- 
dent pas ordinairement dans l'es- 
tomac , où ils feroient bientôt 
étouffés par la chaleur de €ette 
partie ; mais ils s'arrêtent Je plus 
fcuvent dans quelque partie du 
gofcr > & caufent un crachement 
defang qui eft quelquefois accom- 
pagnée de toux : ce qui pourrois 
donner occafîon à quelque mé* 
frifè j de faire croire que- ce cra* 
ckisete ck fang-' v.hn%, des- PQ^ 







ET DES \ r £SîCATOIRES. 277 

mons : c'eft pourquoi il convient 
de vifiter le gofier de ceux à qui 
un pareil accident arrive , & (i l'on 
apperçoit la fangfue on tachera de 
Ja détacher avec des pincettes, & 
fi on n'y peut parvenir par ce 
moyen , on les fera gargarifer avec 
un mélange d'eau & de vinaigre », 
et même avec le vinaigre pur ; ce qui 
fera bientôt détacher la fangfue. 

Les endroits cà Ton applique 
ks fangfues , font ordinairement 
les temples ,. le derrière des oreil- 
les y le col y &c. , en un mot on 
les applique à toutes les parties 
d'où l'on veut tirer du fang : c'eft 
pourquoi les Capitaines qui n'em- 
barquent point de Chirurgien, doi- 
vent faire provifion de ces ani- 
maux , pour fuppléer dans i'occa- 
fion à une faigoée qui paroît in» 
difpenfabie > elles feconfervent fort 
iong-tems vivantes dans un vafë 
de verre rempli d'eau , pourvu, 
qu'on ait l'attention de la renoua 
seller de tems en %%m^< 



278 Des Ventouses 

Avant que d'appliquer les fangfues,, 
on doit les laiffcr dégorger quel- 
ques inftans hors de Peau ; enfuite 
on fera quelques légères frictions 
avec un petit linge mouillé d'eau 
chaude fur la partie où on veut 
les appliquer , & afin qu'elles s'at- 
- tachent plus facilement, on y fera 
tomber une goûte de fang de 
pigeon ou de poulet : on les tient 
ordinairement dans un cornet de 
papier qu'on applique contre la 
chair, afin qu'elles choififlent l'en- 
droit oà elles veulent s'attacher 5 
étant attachées, on les laiflera juf- 
ques a ce qu'elles tombent d'elles- 
mêmes ; & fi l'on veut tirer une 
plus grande quantité de fang, on, 
en appliquera plufieurs à la fois ,, 
ou fucceffivement les unes après, 
les autres : on peut même, pour 
épargner ces animaux, couper là* 
queue à celles qui font remplie* 
les premières , & recevoir le fang 
qu'elles ne difeontinuent pas de 
ûiccGc pour cela ,_ dans une pa- 






ET DES VfSlCATOIRES* 279 

ktte ou tout autre vaifleau , jufques 
à ce qu'il en foie forti autant qu'on 
en fouhaitera. 

Quand les fangfues ont fuccé 
une certaine quantité de fang 5 
elles tombent d'elles-mêmes; mais 
fi Ton veut leur faire quitter prife 
plutôt, on les faupoudrera avec un 
peu de cendre ou du fel : on la- 
vera tout de fuite les piquûres qu'el- 
les ont fait avec l'eau de la mer, 
&: fi le fang ne s'arrête pas de 
lui-même , on appliquera fur les 
petites plaies un morceau d'ama- 
dou 3 qu'on aflîijettira, s'il eft né- 
ceffaire, avec une comprefle ê£ 
plufieurs tours de bande» 

Des Veficat vires a 

Les vélicatoires font des mor^ 
ceaux de linge ou de peaa, larges 
comme la paume de la main, gar- 
nis d'un emplâtre compofé avec 
demi-once de poudre des mouches 
cantarides & une once de vieux 
levain > qu'on paierie eufemble dans, 






i8o Des Ventouses 

un mortier, en les arrofant avec 

un filet de vinaigre. 

On applique ordinairement ces 
emplâtres fur la nuque, dans ren- 
tre-deux des épaules , aux temples -, 
derrière les oreilles & même fur 
toute la tête : on en applique en- 
core dans l'intérieur des cuiffes , 
fur la hanche , aux gras des jam- 
bes i. enfin dans tous les endroits ou 
l'on veut attirer une Suppuration, 
& procurer un dégorgement y on 
rafe auparavant la partie fur la- 
quelle on^ veut les appliquer , & 
on les aflujettit avec une compreffè 
& quelques tours de bande : on 
les laille ordinairement quatre ou 
cinq heures , & en les enlevant 
on trouve qu'ils ont occafionné 
plusieurs cloches- ou ampoules rem- 
plies de férofité, comme celles qui 
Surviennent après quelque brûlure ; 
al faut alors couper ces ampoules 
avec des cifeaux , enlever touts 
îa peau qui 1<^ formoit , & panfer 
fes plaies, qui ea réfulrçac: swefi 



ET DES VeSICATOIRES. lîl 

des feuilles de poirée garnies de 
beurre frais , fi l'on peut s'en pro- 
curer , ou bien avec du- papier 
brouillard garni- de l'onguent du 
( N° 56 ) pour les faire fuppurer. 
On entretiendra la fuppuration 
autant de tems qu'elle. paroîtra né- 
ceffaire par le moyen du même 
panfement. Se fi elle tariflbic avant 
le tems, on tacheroic de la pro- 
curer par l'application d'un nouvel 
emplâtre véficatoire fur la même 
partie : enfin lorfqu'on voudra def- 
fécher les plaies , on fè fervira du 
cerat fait avec la cire & T'huile indi- 
qué dans le Chapitre de la Brûlure, 
6c fi ce cerat ne fuffifoit pas , on 
laveroit les plaies à chaque pan- 
fement avec Peau vegeto-minéralc 

du ( N°. 3$ )• 

On doit panfèr les plaies qui 
ont été faites par les véficatoires 
deux 5c même trois fois par jou? 
pendant Pété , & une feule fois 
pendant l'hiver» 



i2i 






Des Ventouses 

Du Cautère actuel & potentiel. 

Le cautère aduel n'eft autre 
chofc que l'application d'un mor- 
ceau de métal rougi au feu fur 
quelque partie du corps ; le ré- 
voltant .& i a douleur que caufe 
une pareille application,font qu'elle 
eftnégligée,& 5 pourainfi dire, aban- 
donnée aujourd'hui parla plupart 
des Chirurgiens François. Cepen- 
dant je puis dire que cette ma- 
nière de cautérifer & de brûler 
plus ou moins profondément la 
peau, a de grands avantages : j'ai 
vu dans plufieurs Pays du Levant, 
des maladies très-graves & très- 
dangereufes céder à ce remède 
& guérir en peu de terns ; tandis 
que ces mêmes maladies auroienc 
traîné en longueur , & auroienc 
même été regardées comme in- 
curables en France. 

Le cautère potentiel eft l'appli- 
cation de certains médîcamens fur 
la peau , qui ont la vertu de brûler 






ET DES VfSîCATOîRES. 285 

& former une efcarre ou uns 
crouce : celui dont on fe fert or- 
dinairement > eft une pierre qu'on 
trouve chez les Apoticaires , & 
qu'on appelle pierre à cautère 3 on 
peut y fuppléer par un mélange 
de partie égale de chaux vive & 
de fa von. 

On Te fert ordinairement du cau- 
tère potentiel pour ouvrir quelque 
tumeur ou quelque abcès qui ren- 
ferme du pus , lorfqu'on ne veut pas 
l'ouvrir avec l'inftrument tranchant, 
ou qu'il ne convient pas de le faire» 
comme, par exemple, les différentes 
tumeurs critiques qui furviennene 
dans les fièvres malignes & dans la 
pefte. 

Les Marins qui fe trouvent fans 
Chirurgien , doivent préférer le 
cautère potentiel à la lancette & 
au bi&ouri pour ouvrir tous les 
abcès en général, de peur de bleflcr 
avec ces derniers quelque nerf, 
quelque tendon, ou de caufer quel- 
que hémorragie dangereufe. 



d 



x^4 Des Ventouses, &c. 

Pour bien appliquer le cautère 
potentiel, on garnira deux morceaux 
de linge ou de peau mince de l'em- 
plâtre (N°. 47 ) : on fera un petit 
trou au milieu d'un de ces linges 
ainfi garni, & on l'appliquera Tuf la 
partie qu'on veut ouvrir 5 enfuite 
on prendra un morceau de la pierre 
à cautère qu'on mettra dans le trou, 
& par-deflTus la pierre on appliquera 
l'autre emplâtre qui l'empêchera 
de vaciller ça & là : on affùjec- 
tira le tout avec une comprefle & 
des bandes , & on ie laiiTera pen- 
dant l'efpace de quatre à cinq heu- 
res ; au bout de ce tems on enlè- 
vera les deux emplâtres , & on 
trouvera une croûte ou efearre 
qu'il faudra détacher avec la pointe 
des cifeaux , & panfer l'ulcère qui 
en. refaite, comme il a été dit dans 
le Chapitre de la Pelle, 



Fin de U féconde VaYtie* 






— 



— - 



2§J 

Si t. W «ftk/w * *?W «* fc W 4b W 4t. W ■**. W -Us. W 4 V* 

FORMULES 



es Remèdes qui répondent aux 
"Numéros répandus dans U 
cours de VOuvragt, 



N 



jo 



I. 



Sachet pour ceux qui craignent la mer* 

Renez canelle , clous de gero- 
fle , noix mufcade & fafran en 
poudre, de chacun deux dragines: 
pilez toutes ces drogues dans un 
mortier , &i les paffez à travers un 
tamis fin 5 étendez toutes ces pou- 
dres parmi du coton cardé, que vous 
coudrez èc piquerez entre deux 
linges fins, pour en faire une ef- 
pecede petit matelas de huit pouces 
en quarré : il faut que ceux qui 
craignent la mer, mettent ce ma- 
telas entre la chair Se la chemife , 
fur la région du cœur èc de Tef- 



II 
11 



; 



286 Formules 

tomac, c'eft-à-dire, depuis 1W 

■bi .ic jufques au milieu des mam- 

nielles 5 ils l'aflujetciront avec des 
rubans* 

N°. 2. 

Potion contre le vomijfement 9 four 

donner à cuillerée h ceux qui 

craignent la mer* 

^ Prenez eau diftiliée de mente 
cinq onces , fel d'abfinthe une 
dragme, firop de limon une once; 
mêlez le tout pour en faire une 
potion , à laquelle on peut ajouter 
dans les cas violens 20 à 30 goûtes 
de laudanum liquide, ou une demi- 
once firop de pavot blanc. On peuc 
fans rifque donner cette potion 
en deux prifes , & même toute 
a la fois, 

N°. 3. 

Infufion antifeorétitique. 

Prenez une pincée de feuilles 
feches de creflbn > de cochléaria 
ou de roquette fauvage , que vous 






des Remèdes. 287 
ferez infufer dans une pinte d'eau 
bouillante. 

N a - 4. 

Infufion antifcorbutiquc. 

Prenez une poignée des mêmes 
plantes que ci-deflus, & faites- les 
bouillir pendant un demi - quart 
d'heure dans deux pintes d'eau. 

N°. s- 

Vin antifcorbutique du Jieur Moret, 

Prenez racines de raifort fau- 
vage fix onces , de bardane fraîche 
trois onces, feuilles de cocbléaria , 
de creffon , de becabuaga , de fu- 
meterre , de chacun une poignée : 
lavez , ratifiez & écrafez le tout 
dans un mortier de marbre, d'une 
part ; pilez dans un autre mortier 
deux onces 6c demi graine de mou- 
tarde : mettez le coût réduit en 
pâte dans une bouteille de verre 
à large col , avec quatorze livres 
de vin blanc \ ajoutez -y quinze 



(t.ff Formules 

dragmes de fel armoniac puivé- 
riféj bouchez bien la bouteille 
avec une veffie mouillée , & la 
mettez infufer au bain-marie ou 
fur les cendres chaudes pendant 
douze heures 5 enfuite coulez la li- 
queur , en exprimant bien la pâte , 
& ta filtrer à travers un entonnoir 
garni de papier gris : gardez-la 
dans des bouteilles bien fermées, 
elle fe conferve quatre à cinq mois. 
Les adultes ou hommes faits pren- I 
dront de cettG liqueur fix onces I 
gu^ un verre ordinaire le matin | 
a jeun &c autant le foir , & lés 
enfans quatre onces : il faut pren- 
dre ce remède au lit, Se y refter, 
après l'avoir pris, encore deux lien- 
res , & le foir deux heures après 
le fouper , immédiatement avant 
que d'entrer au lit. 

On doit ufer de ce vin avec mo- 
dération^ en fufpendre l'ufage de 
tems en tems pour prendre quel- 
ques remèdes rafraîchi/Tans : cette 
précaution eft fur-tout néceflaire 

aux 







des Remèdes. 289 
aux gens bilieux qu'il pourroic 
échauffer , & à ceux dont la poi- 
trine eft affeclée ou commence de 
l'être; ce qu'on connoît à la toux, 
aux crachats & à la douleur qu'ils 
reffentent dans cette partie : ainfi 
le plus fur en pareil cas eft de 
n'employer ce vin qu'après l'ufage 
du petit-lait ou du lait qui font 
capables de caïmer ces accidens, 
& prévenir les mauvais effets du 
remède 5 mais comme fur mer on 
n'a pas toujours le moyen de fe 
procurer du lait, on y fuppléera 
par les bouillons du ( N°. 7 ), 

Comme le vin antifeorbutique 
ne fe conferve que deux ou trois 
mois , & qu'ainil on ne peut en 
faire une grande provision pour les 
voyages de long cours ouïe feorbue 
eft le plus à craindre, je ferois d'avis, 
au lieu de faire Amplement infufer 
ks plantes qui entrent dans fa 
compofîcion au bain- marie avec du 
vin blanc , de le diftiJIer à l'a- 
lambic & d'en retirer quatre livres 

N 




290 Formules 

de liqueur ou efprit antifcorbutique, 
qui auroit les mêmes vertus que le 
vin , mais qui fe conferveroic plus 
long-tems : il faudroit feulement 
en diminuer la dofe,qui feroit d'une 
once Se demi le matin Se autant 
le loir pour les adultes , Se d'une 
once feulement pour les enfans 
au deflbus de feize ans, 

N°. 6. 

Vtifane a hoire pendant VuÇage du 
<vïn antifcorbutîque du Sr* Moret* 

Prenez deux dragmes racine 
d'efquine coupée par morceaux , 
que vous ferez bouillir pendant 
demi-heure dans quatre livres 
d'^au pour la boiflbn d'un jour, 

N°. 7. 

^Bouillons Yfifrakhiffznî & antifeor- 
butiqttes. 

Prenez un petit poulet, coupez- 
lui la tête, les ailes Se les pieds, 













des Remèdes, i^ï 
écorchez-le tout de fuite, vuidez- 
le & rempliflez-le avec partie 
égale des quatre femences froides 
concaffées 6c ^ du ris ; enfuite vous 
le ferez bouillir dans un pot de 
terre verniiîé avec quatre écueJIes 
d'eau, jufques à la diminution d'un 
peu plus d* la moitié : un quart' 
d'heure avant que de le retirer du 
feu , vous y ajouterez une poignée 
de feuilles de cretfbn , d'agri- 
moine , de véronique mâle , de 
pimprenelle 6c une pincée de fleurs 
d'hypéricum. On aura provifion 
de toutes ces plantes feches dans 
les Bâtimens, pour s'en fervir dans 
les occasions où on ne pourra fe 
les procurer fraîches. Coulez votre 
bouillon 5c exprimez bien le pou- 
let, il vous en feftera deuxécuelles, 
defquelles le malade en prendra 
une le matin au lit, & l'autre 
avant le coucher & deux heures 
après le repas. 

Au défaut de poulets , on peuc 
le fervir d'une demi-livre de viande 

Nij 



29 2. Formules 

de veau , d'agneau ou de mou- 
ton , & alors on renfermera le ris 
&: les quatre femences dans un 
lînge qu'on liera & qu'on fufpen- 
dra dans le pot. 

On peut de même fuppléer aux 
poulets par la viande de tortue 
de mer ou de terre , & dans le 
cas où Ton fe trouveroit dans un 
Port , on pourroit encore y fup- 
pléer par une douzaine de cuiiîes 
de grenouilles. 

N°. 8. 

Purgatif à' prendre pendant l'ufage 
des remsdes du Sr. Moret* 

Prenez trois dragmes follicules 
de fené , que vous ferez infufer 
dans huit onces de décoction de 
feuilles de véronique mâle feches , 
ou de crefibn , avec une dragme 
dé rhubarbe concaiTée ÔC demi- 
dragme fel végétal j le lendemain 
vous coulerez votre infufion , & 
après vous y ferez fondre deux 
onces de demi de manne : vous 






des Remèdes. 253 
la coulerez derechef pour la faire 
prendre le matin à jeun , & deux 
heures après vous donnerez un 
bouillon bien dcgraîfle. 

Le fieur Moret recommande de 
purger tous les huit jours pen- 
dant Pufage de fon vin antifcor- 
butique, de commencer & même 
de finir par la purgarion : à cet 
effet il donne la formule d'un bol 
purgatif, dans la compofition du- 
que entrent Paloës, la collequincc 
le mercure doux & le diaphrenic. 
Il m'a paru cependant , de même 
qu'a plufieurs fameux Praticiens, 
qu'il n'eft guéres prudent de re- 
courir à des purgatif réfîneux &c 
irritans^ dans toutes les affections 
feorbutiques : car il arrive fouvenc 
que ceux qui font attaqués de 
cette maladie , ont la membrane 
intérieure de inteftins variqueufe 
& même ulcérée ; ce qui pourroit 
rendre le purgatif du (leur Mores 
dangereux dans pareilles ciconf- 
tances > en occafionnant un flux 

N iij 






2^4 Formules 
de ventre colicatif , une dyflen- 
terie gangréneufe , ou des hémor- 
ragies funeftes. Je fuis donc d'avis, 
& je penfe qu'il eft plus fur dans 
toutes les occasions où. il eft né- 
ceifaire de purger , de fe fervir 
du purgatif du ( N°. 8 ) , qui n'eft: 
point capable d'irriter 6c qui pro- 
duit toujours de bons effets. 

N°. 9. 

Remède du fleur Moret pur les gen- 
cives ulcérées* 

Prenez 48 grains fel armoniac, 
camphre en poudre 24 grains x 
efprit de vin fix onces , mettez le 
tout dans une bouteille de verre 
que vous fecouerez de tems en 
tems , jufques à ce que le camphre 
& le fel armoniac foient fondus. 

Comme ordinairement ceux qui 
font attaqués du fcorbut, ont les 
gencives affectées, gonflées, molles 
de fpongieufes , le plus fur moyen 
de remédier à tous ces accidens 






des Remèdes. 25? j 
eft de couper avec des ciieaux tout 
ce qui eft mol , fpcngieux & 
pourri , ce qui fe fait fans dou- 
leur , èc de baffiner enfuite les 
gencives avec l'efprit de creflfon 
ou de cochléaria ; & fi ces remè- 
des ne fuffifenc pas pour arrêter 
le progrès de la pourriture , il faut 
employer le remède ( N°. 9 ) qui 
produit cet effet. 

N°. ia. 

Uniment àt* fieur Morct pour les 
tâches feorbutiques* 

Prenez fix onces de fa von 3 deux 
onces camphre pulvérifé , trois 
onces fel armoniac ; faites fondre 
le tout dans un poêlon de terre 
vernûTé fur la braife. 

On prend avec le bout du doigt 
un peu de ce Uniment , dont on 
frote doucement les taches feor- 
butiques , jufques à ce qu'il feche 
fous les doigts : on réitère ces fric- 
tions matin &; foir , & fi les ma- 
lades ont la peau fine &: délicate 

Niv 



I 



i$6 Formules. 

il faut diminuer un peu la doCç 
du favon qui eft cauftique , & 
pourroic y faire élever des am- 
poules, 

N°. ii. 

Décoffion émolliente qui feut fervir 
four les lave mens & les fomentai ions* 

Prenez feuilles feches de gui- 
mauve ou akhéa > qu'on appelle 
communément mauve blanche , 
une bonne poignée racines de la 
même planes deux onces ,• faites 
cuire le tout pendant demi-heure 
dans quatre livres d'eau , coulez 
enfuite,& ajoutez, fi c'eft pour un 
lavement , une once miel commun 
êc une cuillerée d'huile d'olive : 
la décoclion fimple fans miel 8£ 
fans huile peut fervir pour faire 
des fomentations ; on y trempe 
une flanelle, un morceau de drap, 
ou une ferviette en plufieurs dou- 
bles , qu'on exprime & qu'on ap- 
plique chaudement fur îa partie 
qu'on veut fomenter» 






des Remèdes. 257 
Quand on pourra fe procurer 
des plantes fraîches , on fera la 
déco&ion avec les feuilles de mauve 
ordinaire que tous les Marins con- 
noiiTent , ou avec celles de pa- 
riétaire , de mercuriale, de bette 
ou de poirée , qui ont toutes une 
vertu émoliiente. 



N 



70 



12. 



Infufion légèrement fudorifique* 

Prenez une pincée de fleurs 
de fureau ou de coquelicot, que 
vous jetterez dans un pinte d'easa 
bouillante* 

N°* il* 

Prenez demi -once crème d& 
tartre en poudre , que vous divl- 
ferez en quatre parties égales. 

Cette poudre doit fe donner 
dans le bouillon ou la.ptifane bienu 
cbaude , autrement elle, ne fe 
fond pas de fe précipite au fîindl 
de récuelle $ il vaudrait encore 



298 Formules 

mieux la faire bouillir un inftant 

avant que de la donner, 

N°. 14- 

Vomitif avec le tartre tmé tienne. 

Prenez fix grains tartre èméti- 
que foluble , & même huit, fi le 
malade eft robufte, que vous mê- 
lerez avec trois ou quatre gobe- 
lets d'eau. 

On donne un gobelet de cette 
eau tous les quarts d'heure, & à 
mefure que ce remède fait vomir, 
©n facilite (on aâion en donnant 
au malade plufieurs autres gobe- 
lets dVau chaude ou de ptifane. 

Si le premier gobelet a procuré 
sm vomiflement fuffifant , il n'eft 
pas néceflaire d'en donner un fé- 
cond , ainfi du troifîeme & du 
quatrième» 

On ne doit jamais donner ce 
remède quand la fièvre eft extrê- 
mement forte 5 . ni dans le tems 
du redoublement ? maïs, attendre 



m s Rime des. 299^ 
h moment qu'elle ait diminué r 
c'efl: -à-dire , celui de la rémiffion* 

Vîifane Royale* 

Prenez fix dragmes fené mondé „ 
que vous ferez infufer pendant 
toute la nuit dans trois gobelets 
d'eau , avec quelques tranches de 
limon, ou une cuillerée du fuc de 
ce fruit & une pincée d'anîs ; le 
lendemain matin vous coulerez: 
votre infufion ,, que vous donnerez: 
en trois prifes , à une heure de dit 
tance l'une de l'autre : vous ferez: 
fondre dans la première prife deu^/ 
onces de manne, & une heure après 
la troifieme prife vous donnerez um 
bouillon. 



I^iniment /impie four le rhumatifihr*. 

Prenez huile de vers de terre 
& de laurier, de chacun une -om&y, 
onguent d'althéa demi- once , mêles: 



3co Formules 

le tout & le faites chauffer pour 
en faire des on&ions : on peut 
rendre ce Uniment plus efficace, 
en y ajoutant une ou deux dragmes 
de baume tranquille. 

Pour bien faire les onctions, il 
faut auparavant froter la partie 
avec un linge chaud, enfuite avec 
la paume de la main enduite du 
liniment, jufques à ce qu'il sic 
pénétré. On efluye après fes mains 
avec du papier brouillard , qu'on ap* 
plique fur l'endroit douloureux, 
& par-deffbs le papier on afïujettifc 
une ferviette bien chaude. 

N°. 17. 

Uniment plus cQmpofé pour le rhu* 
mMtfme'. 

Prenez onguent martial deux 
onces , onguent mercuriel fait a& 
tiers, huile devers & de laurier, 
de chacun demi - once , onguent 
d*a!théa v huileeflentielle de lavande 
sa de foie , efprk de via, de ch&- 






des Remèdes, 301 
cun une once , camphre &C efpris 
volatil de fel armoniac , de chacun 
demi-dragme $ faites fondre le tous 
fur la braife pour en former un. 
liniment. 

J'ai guéri avec ce remède une 
quantité de perfonnes attaquées de 
douleurs rhumatifmales très -opi- 
niâtres 5 il faut avoir l'attention 
de ne point s'en fervir quand il y 
a fièvre , & fans avoir fait précéder 
les remèdes généraux, je veuxdire^ 
les faignées , les purgatifs & les 
fomentations cmollientcs.. 



N°. 18. 

Vtifane de poulet» 

Prenez un petit poulet, que vous 
accommoderez & remplirez, com- 
me il a été dit dans la formule du 
( N 9 . 7 ) ; faires-le bouillir pen- 
dant deux heures dans dix livres 
d'eau : coulez enfuite votre ptifane, 
pendant qu'elle eft chaude , à tra- 
vers im. linge mouillé,, & y ajouter 



yp-2. Formules 

deux dragmes & demi fel nitre $ 
les malades en prendront un go- 
belet tous les quarts d'heure. 

N°. 19, 

Emuljion rafraîchi fiante. 

Prenez demi -once des quatre 
jfemences froides mondées , que 
vous pilerez dans un mortier & 
réduirez en pâte ; ver fez peu-à- 
peu fur cette pâte huit onces d'eau 
commune s il fe formera une ef- 
pece d'orgeat que vous coulerez 
à travers un linge & exprimerez : 
ajoutez à la colature une once fîrop- 
de limon ou de nimphea pour une 



N°. 



20. 



Médecine fort douce. 

Faites fondre quatre onces de 
manne dans un bouillon bien dé- 
graiffé* 

Cette médecine convient, lorf- 
^u'on vtut purger dans les, fîévrçs 



&ES Remèdes. 5035 
putrides, malignes, & autres ma- 
ladies aiguës , avant que de met- 
tre les malades à l'ufage des foupes», 

N°. 21. 

Ptifanes ordinaires. 

Prenez une poignée d'orge 012 
de ris, que vous ferez bouillir pen- 
dant demi-heure dans quatre li- 
vres d J eau : pour rendre cette pti- 
fane plus agréable, on y met, en la 
retirant du feu, demi once racine 
de reglifle coupée par petits mor- 
ceaux. 

Autre Vîifrne. 

Prenez une once racines de 
chiendent ou gramen , que vous 
ferez bouillir comme ci-deflus. 

Autre Viifane, 

Prenez une pincée de capillaire T 
ou autant de fleurs de mauve fe- 
ches, que vous ferez infufer un int 
tant dans une pinte d'eau bouiL- 
fante en guife de thé,»- 









jo4 Formules* 
N°. 22. 

Vomitif avec Vhipe'cacuana* 

Prenez quinze à vingt grains 8c 
même vingt-cinq à trente grains 
d'hipécacuana récemment pulvé- 
rifé , que vous ferez avaler dans 
un verre de ptifanej ceux qui ne 
pourront pas l'avaler en poudre, & 
Taimeront mieux en opiate au en 
pillules, l'accommoderont avec un 
peu de miel ou de firop de ca- 
pillaire , & boiront par-deflus un 
gobelet de ptifane. 

Il faut , après avoir donné ! r hi- 
pécacuana, prendre les mêmes pré- 
cautions qne j'ai indiqaé, après 
avoir donné le tartre émétique , 
c'eft-à- dire , faciliter le vomifle- 
inent par une abondante boîiïon 
d'eau chaude. 

N°. 23. 

Bol oh Foudre dans les fièvres putrides 
ér malignes* 

Prenez rhubarbe & crème de 



des Remèdes, 305 
tartre en poudre » de chacun qua- 
rante-huit grains, que vous ferez 
avaler aux malades avec un peu 
de bouillon ou de ptifane : ceux 
qui aimeront mieux prendre ce 
remède en bol , mêleront la pou- 
dre avec un peu de miel ou de 
firop de limon. 



N°. 24. 

Bol fortifiant dans les fièvres putride? 

& malignes , accompagnées de 

diarrhée* 

Prenez quatre dragmes crème 
de tartre en poudre , quarante 
grains hipécacuana, formez-en un 
bol avec le firop de coing ou de 
limon , que vous diviferez en huis 
prifes. 

N°. 2 5. 

Potion huile ti fie camphrée dans les 
mêmes fièvres. 

Prenez quatre onces huile d'a- 
mandes douces > que vous incorpa- 



gofi Formula 
rerez dans un mortier avec quinze 
ou vingt grains de camphre puU 
vérifé : ajoutez y des yeux d'écre- 
yiflès ôc du corail préparé, de 
chacun une dragme , eau de lys 
fix onces , firop de limon une once> 
mêlez le tout pour une potion 
qui fe prend à cuillerée. 

N°. 26. 

Potion ftm compofée , confort œtive & 
fondante. 

Ajoutez à la potion ci - deffus 
deux dragmes confection d'hya- 
cinthe, tartre vitriole trente grains» 
tartre émérique foluble fix grains, 
pour une potion qui fe prend à 
cuillerée : dans le cas ou la poi- 
trine fe trouve embarraflee , il 
faut fubflîtuer au tartre éméti- 
que le kermès minéral. J'ai vu 
des effets furprenans de cette 
potion , fur - tout lorfqu'elle eft 
aidée par les véficatoircs» 



des Remèdes. 

N°. 27. 

Emplâtre véjicatoirt. 

Prenez une once de mouches 
cantarides en poudre, qtie vous in- 
corporerez dans un mortier avec 
deux onces de vieux levain, &que 
vous arroferez avec un filet de 
vinaigre* 

N°. 28. 

Foudre fébrifuge & ftomachique^ 

Prenez une once de bon quin- 
quina en poudre , que vous divi- 
ferez en huit prifès. 

N°. 29. 

Opaîe fébrifuge Çirnple». 

Prenez une once de bon quin- 
quina en poudre, que vous incor- 
porerez avec un quarteron de 
miel , & autant de firop de capil- 
laire qu'il en faudra pour former 
une opïate qui ne foit ni 
épaifle ni trop liquide. 








5o8 Formules 

N°. 30. 

Opiate fébrifuge plus compofée* 

Prenez une once de bon quin- 
quina en poudre , miel commun 
deux onces &c demi , firop de 
kermès demi-once , firop de rieurs 
de pêcher & de nerprun , de cha- 
cun une once, confection d'hya- 
cinte deux dragmes , thériaque 
une dragme , fafran de mars apé- 
ritif demi-once y rhubarbe en pou- 
dre deux dragmes, fel d'abfinthe 
trente grains > incorporez le roue 
pour en faire une opiate , donc la 
dofe fera de deux dragmes pour 
chaque prife trois fois par jour , à, 
quatre heure de diftance de l'un 
à l'autre. 

Les malades prendront une foupe 
légère après chaque prife les jours 
d'intervalle , & les jours de l'accès 
ils ne prendront qu'une prife quatre 
heures avant l'accès &c immédia- 
tement après une foupe ; pendant 
le refte du jour ils ne prendront 



■ m 



des Remèdes. 309 
que du bouillon : ils continueront 
d'ufèr de cette opiate, même après 
que la fièvre aura ceffé , 6c s'ils 
craignent une rechute, ils en pren- 
dront une féconde dofe , en laif- 
fant un jour, & puis deux, & puis 
trois d'intervalle entre chaque prife. 

N°. 31. 

Prenez un grain de laudanum 
en opiate pour une prife. 

N°. 32. 

Prenez quatre onces eau de lys? 
deux onces huile d'amandes dou- 
ces, une once de firop de pavo* 
blanc ou quarante goûtes de lau- 
danum liquide , pour une potion 
qui fe prend à cuillerée. 

NV33. 

Spécifique de Mr. le Baron de Van- 

Svvieten pour les maladies 

'vénériennes. 

Prenez douze grains de /ubiimé 

eorrofif, que vous pulvériferez. dans 







3ïo Formules 

un petit rriortier de verre > avec 
fon pilon de même , qui ne fervi- 
ront qu'à cet ufage > ramaflez bien 
la poudre , & meccez la dans une 
bouteille avec deux livres efprit de 
froment : mettez cette bouteille 
au bain-marie , ou fur la cendre 
chaude 5 jufques à ce que le fu- 
blimé foit bien diflous. 

La dofe de cet efprit eft une 
cuillerée le matin à jeun , & au- 
tant le foir deux heures après le 
fouper. Chaque pri(e contient un 
feizieme de grain de fublimé. Cette 
dofe ne peut porter aucun préju- 
dice à ceux même qui ont l'efto- 
mac le plus délicat. 

Immédiatement après chaque 
cuillerée du remède , les malades 
avaleront une écuelle de lait pur 
ou coupé avec partie égale de la 
ptifane fuivante > mais comme dans 
les Bâtimens il eft rare qu'on puifle 
fe procurer du lait > la ptifane feule 
fuffira. 

Le remède que je viens d'in- 







^■ — ■ ■! 



DES REMEDEÎ. gî I 

cliquer, eft fort facile à prendre 
& peu difpendieux ; il agit ordi- 
nairement par les Telles & par les 
urines , & prefque jamais par la 
falivacion : fi cependant les ma- 
lades en éprouvoient quelques fymp- 
tomes , comme chaleur , picotte- 
ment au gofier & gonflement aux 
gencives , ils en difeontinueroient 
l'ufage jufques à ce que ces fymp- 
tomes fulîent calmés. Il n'incom- 
mode du tout point l'eftomac ; au 
contraire ceux qui te prennent, ont 
toujours un appétit dévorant : ceux 
qui en le prenant pourront gar- 
der un certain régime , fe tenir 
à la viande bouillie , rôtie, ce aux 
œufs, feront fort bien ; mais ceux 
qui n'auront pas le moyen de fuivre 
un pareil régime , s'a bft tendront 
feulement du lard , du fromage , 
de la viande & du poifïbn falés. 
Dans le commencement que je 
fis eflai du remède de iVîonfieur 
le Baron de Van-Swieren , je fus 
fore embarrafle pour me procurer 






■M 




jn Formules 

de l'eTpric de froment , nos Ap®- 
ticaires n'en diftillent point or- 
dinairement, & je fus obligé d'en 
diftiller moi même, ce qui m'oc- 
cafionnoit beaucoup de dépenfe : 
cependant comme je compris que 
la vertu fpécifique de ce remède 
ne réfidoit point dans l'efprit de 
froment, mais dans le fublimé cor- 
rofîf , je crus que toute autre li- 
queur dans laquelle il fe ditîou- 
droit également, pourroit lui fer- 
vîr de véhicule , fans en diminuer 
la vertu. En conféquence j'efïayai 
de faire difloudre une partie de 
fublimé corrofif dans l'efprit de 
vin, dans l'eau - de -vie trois fois 
re&ifiée , ce qui me réuffit par- 
faitement : je réuffis également à 
le faire diGoudre dans une bou- 
teille de rofîbli & d'autres liqueurs 
communes que vendent nos Parfu- 
meurs ; ce qui me détermina à 
me'fervir d'un de ces diflolvans, 
comme plus agréables au goût que 
î'efprit de froment, Tefprit de vin 



des Remèdes. 3 r 5 
6c l'eau-de-vie pure : ainfî je croi- 
rois me manquer à moi-même, à 
ce que je dois à l'humanité , & 
principalement aux Marins , fî je 
leur faifois un fecret de la liqueur 
que je fubftkue à l'efprit de fro- 
ment. 

N°. 34. 

Vtifane À boire pendant qtion faii 
ttfage du remède ci-dejjus. 



Prenez deux onces de racines 
de guimauve ou d'altheaîque voas 
ferez bouillir pendant demi-heure 
avec fix livres d'eau , en ajoutant 
fur la fin un peu de racine de re- 
glifle. Cette quantité de ptifane 
ièra la boiflbn d'un jour. 

N°' 3 S- 

Extrait de Saturne de Mr, Geularâ. 

Prenez autant de livres de li- 
targe d'or en poudre, que de pintes 
de bon vinaigre ; faites bouillir le 
tout dans qnç marmite de terre, 

O 



m 



— 




3 14 Formules 
en remuant de tems en tems pen- 
dant environ trois quarts d'heure, 
à un feu modéré \ tirez la marmite 
du feu 6c biffez repofer la matière 
pendant vingt-quatre heures 5 en- 
fuite verfez la liqueur qui furna- 
o-era par inclination : vous aurez 
ce que Monfieur Goulard appelle , 
l'extrait de Saturne , ou plutôt fa 
teinture. 

Pour firfre ce que Monfieur Gou- 
lard appelle l'eau vegeto- minérale, 
on prend une cuillerée à café de cet 
extrait , qu'on verfe goûte à goûte 
dans une bouteille contenant^ en- 
viron une pinte ou trois livres 
d'eau commune 5 cette eau blanchit 
Incontinent & reilemble à du lait, 

Monfieur Goulard , fameux Chi- 
rurgien de Montpellier , a rempli 
deux volumes d'Obfervations fur les 
cures qu'il a faites avec ce remède: 
je puis aiïurer que je m'en fuis fervi 
avec fuccès dans plufieurs maladies 
où il en confeille l'ufage, & fur-tout 
dans les hernies avec étranglement, 



bes Remèdes. 315 
N°. 36. 

Cfltaplœjme anodyn. 

Prenez mie de pain blanc que 
vous ferez cuire dans Peau com- 
mune , jufques à ce qu'elle foie 
réduite en bouillie, ni trop claire, 
ni trop épaifTe ; en la retirant du 
feu, vous y incorporerez quelques 
jaunes d'œuf &c un peu de fafran 
en poudre : quand on pourra fe 
procurer du lait , on fera bouillir 
le pain avec , à la place de l'eau. 

On peut fubftituer à la mie de 
pain frais, le bifeuit pilé &: même 
la farine : les cataplafmes doivent 
être appliqués chaudement & re- 
nouvelles de quatre en quatre 
heures. 

N°. 37. 

Cœtœpla/me ëmollient* 

Prenez feuilles d'althea deux 
bonnes poignées , avec une certaine 
quantité de racines de la même 

Oij 




ji6 Formules 

plante écrafées; faites cuire le tout 
jufques à ce qu'ils foient réduits en 
bouil lie ; vous coulerez en fuite l'eau, 
£c pilerez le marc dans un mor- 
tier pour en former une pâte qui 
lervira à faire des cataplafmes 
émolliens : on rendra le cataplafme 
encore plus efficace , fi l'on fait 
frire la pâte dans un poêlon avec 
une certaine quantité d'huile d'o- 
live ou de graifle blanche. 



N°. 38. 

Ca ta ft, a fine fourrijfn nt. 

Prenez un gros oignon que 
vous creuferez , rempliffez-en le 
trou avec partie égale d'huile d'o- 
live , de fuif , de réfine, de poix 
noire & de favon ratifie j faites- 
le cuire fur la braife, enfuite pilez- 
le dans un mortier pour en former 
une pâte qui fervira à faire plu- 
sieurs cataplafmes , qu'on applique 
avec fuccès fur toutes les tumeurs 







— 






— 



DES REMEDES. 



2 V 



7 



qu'il efl: néceflaire d'emmener 
promptement à fuppuration. 

N°. 3 9- 

'Purgatif ordinaire en potion» 

Prenez deux dragmes fenné , 
une dragme fel végétal , que vous 
ferez infufer toute la nuit dans 
un gobelet d'eau fur les cendres 
chaudes ; le lendemain au matin 
coulez , Se ajoutez à la colature 
deux onces ou deux onces & demi 
de manne 6c une once firop de 
fleurs de pêcher, 

N°. 40. 

Vinaigre des quatre voleurs , préfer- 
vatif pour la pefte % 

Prenez feuilles feches de fange, 
d'abfinthe > de rhue , de menthe , 
de romarain , de chacune une 
once & demi , fleurs d'afpic ou de 
lavande deux onces , gonfles d'ail 

O iij 






3 î8 FO RMULES 

deux dragmes , calamus aromatl- 
cus , canelle , fleurs d'œiilet fe- 
ches, noix mufcades , camphre , 
de chacun deux dragmes : faites 
infufer le tout au bain-marie pen- 
dant quarante-huit heures dans 
huit iivres de bon vinaigre ; coulez 
enfuite 6c exprimez bien le marc, 
filtrez la liqueur qui vous reftera 
à travers un entonnoir garni de pa- 
pier gris : ajoutez-y ime once &c 
demi d'efprit de vin camphré , 6£ 
la confervez dans des bouteilles 
bien bouchées. 

Ceux qui fe trouveront dans 
un Pays attaqué de perte , doi- 
vent fe froter foir Se matin le 
nés , les temples , avec quelques 
goûtes de ce vinaigre : ils s'en gar- 
gariferont en en mêlant quelques 
goûtes avec l'eau 5 ils en boirons 
même & s'en parfumeront , comme 
il a été dit au Chapitre de Ift 
Pefte. 








— , 



des Remèdes. 319 
N°. 41? 

Potion cordiale Jimple* 

Prenez une dragme confection 
d'hyacinthe ou d'alkermes , _que 
vous mêlerez avec fix onces d'eau 
de chardon béni ou de fcabieùfe ; 
vous y ajouterez une once firop 
de limon ou d'oeillet pour une 
feule prife. 



Potion plus compofee , cordiale & 
diaphoréticyje» 

Ajoutez à la potion ci-deflus 
d'antimoine diaphonique, d'yeux 
d'écrevilîes préparcs , de chacun 
trente grains , une dragme thé- 
riaque & une once eau de fleurs 
d'orange. 

N°. 43. 

Potion cor aide avec les efyrits volatils* 

Prenez eau de fleurs d'orange 
& de canelle> de chacune trois 

O iv 



'3 20 Formules, 
onces, confection alkermes deux 
dragmes ; ajoutez efprit volatil 
de Tel armoniac, lilium de Para- 
celle y de chacun cinquante goures > 
firop d'œillet une once : mêlez 
le tout pour faire une potion que 
vous donnerez à cuillerée. 

N°. 44. 

Décoclion four appliquer en fomen- 
tation fur les bubons ejr charbons 
donU les bords menacent de gan- 
grené» 

Prenez quatre onces de quin- 
quina groffiérement concafle, demi- 
Once fel armoniac 5 faites bouillir 
le tout dans quatre livres de vin 
blanc , jufques à la rédudion de 
la moitié. 

N°. 45- 

Digeffif fimple* 

Prenez huile d'hypericum quatre 
onces , rérébenthine de Venife 
une once, & deux jaunes d'oeuf; 




des Remèdes, 321 
battez le tout enfemble pour en. 
former un digeftif. 



Digejiif anime. 

Ajoutez au digeftif ci-deflus une 
once onguent (lyrax, fel armoniac 
en poudre quinze grains, teinture 
de myrrhe, d'aloës & efprit de vin 
camphré , de chacun une once* 

Dans le cas de gangrène, on peut 
ajouter encore à ce digeftif, demi 
once quinquina en poudre , &: 
demi- once huile ou efprit de té- 
rébenthine. 

N°. 47- 

Emplâire de Nuremberg* 

Prenez une livre huile rofar % 
demi- livre de minium, & quatre 
onces de bon vinaigre 5 faites cuise 
le tout dans une marmite ou i\m 
poêlon déterre, en remuant con- 
tinuellement èc prenant garde qu'il 
ne verfe : quand le mélange $&» 



-H 



312 Formules. 
viendra noir, on en jettera quelques 
goûtes dans l'eau , & s'il a affèz 
de confiftance, on le retirera du 
feu, 6c à mefure qu'il fe réfroi- 
dira, on y incorporera deux dragmes 
de camphre qu'on aura aupara- 
vant pulvérifé dans un mortier 
graille d'huile. On doit conferver 
cet emplâtre dans des pots bien 
couverts , parce qu'il perd fa vertu 
en s'évaporant. 

N°. 



Baume d'Arceus* 

Prenez une livre graiflè de bcuc ? 
gomme elemi & térébenthine , de 
chacun deux onces , fain doux 
demi-livre ; faites fondre le tout 
& le coulez tout chaud à tra- 
vers un linee fort. 

o 

N°. 49. 

Pilhles pour purger les galle ux. 

Prenez feamonée d'Alep pulvé- 
rifée & mercure doux» de cha- 



des Remèdes* 313 
cun vingt grains, trochifques alen- 
dal dix grains ; pilez le tout dans 
un mortier, & l'incorporez avec 
quelques goûtes de firop , pour ea 
former une pâte afTez dure donc 
vous ferez quatre pillules : les en- 
fans Se les perfonnes qui ne font 
pas fort robuftes , n'en prendront 
que trois , fie deux heures après 
un bouillon. 

Ces pillules conviennent non 
feulement dans la galle , mais en- 
core dans toutes les maladies chro- 
niques , toutes les fois où il s'agit 
de purger Se de fondre en même 
tems des obftruclions dans les vif- 
ceres du bas-ventre : on peut donc 
les donner fans crainte qu'elles eau- 
fent aucun préjudice , ni aucune 
fuperpurgation > pourvu que cguk 
qui les prennent n'ayent point de 
fièvre* 

ro . 50, 



Médecine en potion pour les galkux* 
, Prenez deu£ dragmes.dç ftaae 



_ 



3 24 Formules 
que vous ferez infufer dans un go- 
belet d'eau avec une dragme ds 
fel végétal ; couiez-le le lendemain , 
& ajoutez à k colature quinze ou 
vingt grains de jalap en poudre , 
ou autant de poudre comachine > 
& demi- once firop de fleurs de 
pêcher. 

Vtifane pour les galleux. 

Prenez une once racine de la- 
pathum ou patience feche , que 
vous ferez bouiilir pendant un 
quart d'heure avec quatre livres 
d'eau commune ; ajoutez fur la fin 
un peu de racine de reglifle pour 
la boiflon d'un jour. 

N* S 2 - 

Onguent Napolitain , 00 Vommack 
avec le mercure fout les galleux. 

Prenez demi-once mercure cru 
<ou vif argent, que vous incorporerez 
dans un mortier avec demi-livre 



— 



des Remèdes. j£j 
de fain doux > en tournant jufques 
à ce que toutes les particules de 
mercure ayent difparu. Ajoutez à 
cette pommade , pour lui donner 
une bonne odeur , une dragms 
eflence de citron ou de bergamote* 

N°. 53» 

Autre Pommade avec les fleurs de 
foufre* 

Prenez quatre onces fleurs de 
foufre, que vous incorporerez dans 
un mortier avec demi- livre graiffs 
blanche \ ajoutez a cette pommade, 
quand elle fera faite, une dragms 
eflence de citron ou de berga- 
mote & une once d'extrait de 
Saturne du ( N°. 35 ). 



Bol four les galleux» 

Prenez deux dragmes antimoine- 
€ru en poudre ôc autant de feî 
nître ; mêlez- les exa&emenî dans, 
un mortier & les incorporez aves 



$i6 Formules 

fuffîfante quantité de firop de pavot 
rouge pour en former un bol , que 
vous diviferez en huit prifes , dont 
les galleux en prendront une cha- 
que jour le matin à jeun. 

N°. 55. 

.. Onguent Jlyrax. 

Prenez huile de noix deux li- 
vres 5c demi , coîophone ou réfine 
bien nette deux onces , cire jaune 
fix onces ; faites fondre le tout à 
un feu lent , en y ajoutant peu- 
à-peu fix onces gomme elemi : 
lorfque le tout fera fondu, ajoutez- 
y encore fix onces ftyrax liquide 5 
coulez votre onguent, lorfqu'il efl: 
encore chaud , & le gardez dans 
un pot bien bouché. 

* N.° 56, 

Onguent bafilic* 

Prenez huile d'olive fix onces 5 
cire jaune demi- once ,. réfiae & 







des Remèdes,, 327 
poix noire de chacune deux onces 5 
faites fondre le tout & le coulez 
à travers un linge fort» 

N°. 57* 

Onguent brun pour les ulcères* 

Prenez une once de l'onguent 
bafilic ci-defms , que vous mêlerez 
avec précipité rouge & alun brûlé, 
de chacun trente grains > fi ce 
mélange eft trop fort 5 ce qu'on 
connoît à la grande douleur, à l'ir- 
ritation & à l'inflammation qu'il 
occafionne à l'ulcère , on le mU 
tigera en diminuant la dofe de 
l'alun brûlé & du précipité rouge r . 
ou en augmentant celle de l'onguent 
bafilic. 

N°. s 8. 

Isïniment pour la brûlure. 

Prenez une once d'huile d'olive > 
que vous battrez avec deux onces 
de blanc d'oeuf > pour en former 
un Uniment* 




328 Formules 

Cataplafme pour les contujîcns d? 
meurtyijfiires. 

Prenez mie de pain blanc > du 
bifeuit pilé ou de farine, que vous 
ferez cuire dans l'eau vegeto- 
minéraîe , voyez le ( N°. 35)» 
jufques à conliftance de bouillie* 

N°. 60. 

Fomentation aromatique. 

Prenez fleurs d'afpic,de romarin, 
de thym , d'abfinthe marin , les 
(bmmités des mêmes plantes &; 
rofès rougis , de chacune une pe- 
tite poignée : faites cuire le tout 
dans une marmite bien couverte 
à un feu de braife avec quatre 
livres de vin jufques à la rédu&ion 
de la moitié ; coulez èc exprimez > 
ce qui vous reliera de vin fervira 
pour les fomentations, 

Si vous mêlez à ce vin aiafi 



DES REMEBES. Jlf 

àromacifé, de la mie de pain, du 
bifcuit pilé ou de farine > & que 
vous les faffîez cuire jufques à 
confiftance de bouillie , vous pour- 
rez faire avec cecte bouillie des 
cataplafmes qui produiront le même 
eftet que les fomentations , & qui 
peuvent être appliqués plus facile- 
ment qu'elles fur certaines parties*, 

Fin des Formules., 




- 



_J 



3 3° 



Table 



II 






DES REMEDES COMPOSEE, 

Avec une Description des Drogues 
Jimples qui entrent dans la corn- 
fofiùon des Formules , mife far 
ordre al^hahétiaue* 

ABfinthe. L'Abfînthe eft une 
mJ ^ji plante d'une grande amer- 
tume 5 il y en a de plufieurs et 
peces : Ton fe fert communément 
de celle qui fe trouve dans prefque 
tous les jardins , ou d'une autre 
qu'on rencontre en quantité le 
long de la mer. On la nomme en 
provençal , encens. 

Ail. L'Ail eft la bulbe d'une 
plante potagère que tout le monde 
connoît. 

Aloes. L'AIoës eft le fuc épaiffi 
d'une plante qui porte le même 
nom ; le meilleur vient de l'Ifle de 




des Remèdes compose^, jjj 
Sucotra , & c'eft pour cetre raifon 
qu'on Tappelle Aloës fuectrin 5 pou£' 
]e difëinguer de deux autres e/pe- 
ces qui lui font inférieures» 

Alun. L'Alun eft un fel fort Aip- 
tique qu'on tire des mines ; on 
nous en apporte beaucoup du 
Royaume de Naples : on doit choi- 
sir celui qui eft bien tranfparenc 
& un peu rougeâtre. 

Pour brûler l'Alun a on le pulvé- 
rife de enfuite on le met dans un 
creufet fur les charbons ardens ou fur 
une pèle de fer qu'on met au feu > 
il bouillonne tant qu'il a d'humi- 
dité , de dès qu'il ceffe de bouil- 
lonner, on le retire du feu. 

Antimoine. L'Antimoine eft un 
minéral compofé d'un foufre fem- 
blableau commun >,de d'une fub- 
-ftance approchante du métal : on 
le trouve dans les mines en Hon- 
grie , en Tranfiivanie , & dans pla- 
ceurs endroits de France de d'Al- 
lemagne : on le vend chez lesDro- 
guiftes tel qu'il eft forti de la mine;. 



D J> z 



1 ABLB 

mais plus ordinairement on le fond, 
&; on le mec fous la forme de petits 
pains de figure pyramidale : fa 
couleur eft grifâtre, & on dok 
choiiir celui qui eft parfemé de 
longues aiguilles brillantes. 

L'Antimoine diaphonique eft 
une préparation chymique , faite 
avec un mélange d'Antimoine & 
de Sel nltre. 

Barda&e. La Bardane eft une 
plante fort commune dans nos 
champs : nos Provençaux appellent 
la femence de cette plante arrupon 
féru , & les enfans en font des 
pelotons qu'ils fe jettent aux che- 
veux les uns des autres , ô£ qu'il 
eft bien difficile après de tirer. 

Becœbunga. Le Becabunga qu'on 
appelle en provençal apifer , eft 
une plante qui fe trouve ordinai- 
rement dans les ruiflèaux, & dont 
la feuille reflèmble au céleri des 
jardins, 

Baume tfArceus. Voyez fa com- 
pofîtion à la formule du (N°*48 ) : 







des Remèdes composas. 333 

Baume tranquille* Le Baume tran- 
quille eft une composition qu'on 
trouve chez les Apoticaires , dont 
la vertu eft de calmer les douleurs , 
comme Ton nom le dénote aflèz. 

Blanc d'œuf. Tout le monde 
connoît te blanc d'œuf. 

Calamns arcmaticus* Le Calamus 
aromaticus eft une efpece de canne 
ou de rofeau qui a une fort bonne 
odeur, & qu'on nous apporte du 
Levanc. 

Camphre. Le Camphre eft une 
efpece de gomme réfineufe qu'on 
nous apporte des Indes M de la 
Chine ; elle tranfude à travers l'é- 
corce d'une efpece de laurier qui 
croît abondamment dans ces con* 
trées : le meilleur vient de l'Ida 
de Bornéo , mais il eft fort rare $ 
on dore choifir celui qui eft blanc, 
rranfparent , net , qui fe brife fa- 
cilement entre les doigts , ôl qui 
a de la peine à s'éteindre, quand 
une fois il eft allumé» Son edeur 
eft fort pénétrante 3 & il s'évapore 




- 



334 



Table 
facilement > c'eft pourquoi on doit 
le conferver dans un vafe de terre 
bien lutté avec du ciment ou de 
cire. 

Canellt. La Canelle eft l'écorce 
d'un arbre qui croît abondamment 
aux Indes, & fur- tout dans l'Ifle de 
Ceylan , d'où les Hollandois nous 
l'apportent ; on doit choifir celle 
qui eft ni trop mince , ni trop 
épaifle, la plus feche, la plus aro- 
matique, èc qui picote agréable- 
ment la langue , après qu'on l'a 
mâchée* 

Cmtarides» Les Cantarides font 
des mouches luifantes qu'on trouve 
en plufieurs endroits, ôc qu'on fait 
mourir à la vapeur du vinaigre : 
on doit choifir celles qui font les 
plus récentes > entières & non ver- 
moulues. 

Capillaire. Le Capillaire efl une 
plante qui croît au bord des fon- 
taines ôc des fources d J eau vive» 

Caffe. La Caiîè eft le fruit d'un 
arbre qui croît dans les Pays chauds, 




des Remèdes compose^. 3$$ 
8c principalement dans nos Ifles de 
l'Amérique. Ce fruit reflèmble à 
du boudin , & contient une pulpe 
noire avec plufieurs graines fem- 
blables à celles du carouge : on 
doit choifir celui qui eft le plus 
pefant , ôc donc les femences ne 
menenc point de bruit en les fe- 
couant ; car c'eft une marque que 
la pulpe dans laquelle confifte toute 
la vertu de ce fruit , eft feclie. 

Cerufe. La Cerufe n'eft autre 
chofe que la fubftance du plomb 
réduite en une rouillure blanche 
par la vapeur du vinaigre* 

Cire. Tout le monde connoît- 
la Cire, 

Cochléaria. Le Cochléaria eft 
«ne plante qui eft fort bonne pour 
le feorbut 5 fa feuille reflèmble à 
une petite cuilîiere , ce qui lui a 
fait donner le non de Cochléaria. 

Clous de Gercfie. Les Clous de 4 
Gerofle font connus de tout le 
monde , les Hollandais nous les 
apportent des Indes : on doit choifir 






33^ Table 

les plus récens , les moins fecs 6c 

les plus odoriférans. 

Colophone. La Colophone n'efl: 
autre chofe que la réfine qu'on a 
diftillé. 

Confection alkermes. La Confection 
alkermes eft une compofition qu'on 
trouve chez tous les Apoticaires, 

Confection ^hyacinthe. La Con- 
fection d'hyacinthe fe trouve chez 
les mêmes Artiftes. 

Corail. Le Corail eft une plante 
qu'on trouve dans le fond de la 
mer, & le Corail préparé n'efl: 
autre chofe que la même plante 
réduite en poudre inpalpable, donc 
on forme de petits pains qu'on 
appelle trochifques , en la mêlant 
avec le mucilage de gomme 
adragant. 

Crème de Tartre. La Crème de 
Tartre efl: un fel qu'on retire du 
Tartre, qui s'attache contre les ton- 
neaux où il y a eu du vin , ^ en 
îe faifant bouillir , filtrer & éva- 
porer, 

CreJfon % 




ses Remèdes coMfrosE's. 337 

Creffift. Le Creflbn eft une plante 
qui fe trouve communément dans 
tous les ruifïeaux. 

Dtafcordium. Le Diafcordium eft 
une compofition qu'on trouve chez 
les Apoticaires ; elle fortifie Pefto- 
mac & arrête le cours de vendre. 

Eaux dijiiliées de canelle , de 
chardon béni , de fleurs d'orange , 
de lys , de menthe , de Jcabieufe. 
On-trouve toutes ce eaux diftil- 
lées chez les Diftillateurs ou les 
Apoticaires. 

Ejzu-de-vie. Tout le monde con- 
noît l'Eau- de- vie & la manière 
de la diftiller. 

Efprits de crejfon , de cochléaria , 
de froment , de vin , de fel armo- 
niac. On trouve tous ces efprits 
chez les Diflillateurs ou les Apo- 
ticaires. 

FJfence ou Huile ejfentiel de ber- 
gamote ', de citron, de lavande, d'afl. 
pic. On trouve de même toutes 
ces elTences chez les Parfumeurs 
ou Diftillateurs, 



V 



jjS Table 

Fleurs d'Oeillets* Tout le monde 
connoîc les Oeillets. 

Fleurs de Pavot rouge. Tout le 
monde connoît le Pavot rouge ou 
Coquelicot. 

Fleurs de Sureau. Le Sureau eft 
un arbriffeau qui croît communé- 
ment dans les terres grafles 6c hu- 
mides ; fes fleurs font difpofées en 
ombelle ou en parafol j fes fruits 
reflemblent à de^ petits grains de 
raifin 5 fa tige qui a des noeuds de 
diftance en diftance , eft remplie 
d'une quantité de moelle. 

Fleurs de Soufre. Les fleurs de 
Soufre ne font autre chofe que 
du Soufre commun qu'on pulvérife 
grofîiérement > & qu'on met dans 
une marmite de terre non ver- 
niflee; on couvre cette marmite 
d'une autre de même efpece auflî 
renverfée , de forte que le col de 
l'une entre dans l'ouverture de l'au- 
tre : on lutte bien les jointures, Sç 
on fait un feu modéré fous la 
marmite \ le Soufre monte 6c s'at- 




des Remèdes composées. 339 
tâche contre les parois de la mar- 
mite fupérieure. 

Follicules de Senti Les follicules 
de Séné font de petites gouffès 
plates & tranfparentes , qui renfer- 
ment la femence de cet arbrifîèau. 
Voyez Scné* 

Fumeterre. La Fumeterre eft une 
plante rampante qui eft fort com- 
mune dans nos champs : nos Pro- 
vençaux l'appellent elriagou. 

Gomme elemi. La Gomme elemi 
eft un fuc réfîneux qu'on tire par 
incifion d'une efpecc d'olivier qui 
croît en abondance en Afrique : on 
doit choifir celui qui eft net &C 
dont l'odeur eft forte. 

Graijfe blanche. La Graifle blan- 
che n*eft autre chofe que le fain 
du cochon fondu. 

Guimauve ou Alfhea. La Gui- 
mauve eft une plante fort commune 
dans les Pays marécageux , dans 
les terres ^ grattes & humides s fa 
feuille qui eft cotonnée au deflbus, 
eft «n peu plus épaifle que celle 

Pij 




340 Table 

de la mauve ordinaire , & fa fleur 
efl plus grande : nos Provençaux 
Tappelient maulon bianquou. 

Hypécacuana. L'Hypécacuana efl: 
une petite racine noueufe , gri- 
fâtre, qu'on nous apporte du Brefil : 
on doit choifir les plus petits mor- 
ceaux qui font pefans, bien nourris 
& non vermoulus. Il eft bon de ne 
pulvérifer l'Hypécacuana qu'à me- 
fure qu'on veut s'en fervir 5 car il 
perd fa vertu , s'il refte trop long- 
tems pulvérifé. 

Huile d'Amandes douces. L'huile 
d'Amandes douces fe fait avec des 
Amandes récemment tirées de leur 
noyau ; on les pile dans un mor- 
tier de marbre pour les réduire en 
pâte , enfuite on la met à la prefle : 
on ne doit faire de cette huile qu'une, 
petite quantité à la fois , autre- 
ment elle fe rancit en vïeiîliiîant, 
& dans cet état elle fait plus de 
mal que de bien, tellement qu'il 
vaudroit beaucoup mieux fe fervir 
alors de la bonne huile d'olive qui 
ne rancit pas fi aifément. 



des Remèdes composée. 341 

Huile de Noix. L'huile de Noix fe 
Fait comme celle d'Amandes douces. 

Huile d'hype'ricum , Huile de lau- 
rier , Huile rofat , Huile de vers. 
Toutes ces différentes Huiles fe 
trouvent chez les Apoticaires. 

Jatap. Le Jalap eft h racine 
d'une efpece de belle-de-nuït : on 
nous en apporte beaucoup de Siris 
&: de Smirne coupées par ruelles ; 
on doit choifir les plus pefantes, 
les plus réfineufes , & qui ne fonc 
point vermoulues. 

Jaune d y œuf. Tout le monde con- 
noît le jaune d'eeuf. 

Kermès minéral ou Poudre des Char- 
treux, LeKermes minéral efi: une pré- 
paration chymique de couleur Jaune, 
qu'on trouve chez les Apoticaires. j 

Lait. Le Lait de vache eft fort 
nourriflant , celui de brebis Pefë 
moins , 6c celui de chèvre cft plus 
léger & plus rafraîchifTant que ceux 
de vache & de brebis. 

Lavande. La Lavande ef} une 
plante odoriférante fort commune 




342 Table 

dans nos collines : elle diffère pen 
de l'afpic , tant par fa feuille que 
par fa fleur : on fubftitue ces deux 
plantes Tune à l'autre. 

Levain. Tout le monde connoît 
le Levain. 

Laudanum en épate , Laudanum 
liquide. Voyez Opium. 

Liiium àe Paracel/e. Le LihuOT 
de Paracelfe efl un cfprit volatil 
compofé, qu'on trouve chez les Apo- 
ticaires. 

Limon. Les Limons font un fruit 
connu de tout le monde : pour en 
dépurer le fuc, il faut, après en avoir 
exprimé une certaine quantité > 
h couler ÔC le lailfer repofer au 
foleil , jufques à ce qu'il (oit cla- 
rifié 5 enfuite on le verfe par^focli- 
nation , & on le conferve dans des 
bouteilles bien bouchées : quelques- 
uns, pour l'avoir plus pur , le diftil- 
lent avec un alambic de verre au 
bain-marie. 

Litarge. La Litarge efl: une ef- 
peee d'écume qu'on ramafle autour 



des Remèdes compose's. 343 
de la coupelle, quand on raffine l'ar- 
gent par le moyen du plomb; de 
forte que ce n'eft que du plomb 
calciné, devenu blanc ou rouge» 
félon le degré plus ou moins 
violent de feu qu'il a foufert. 

Manne. La Manne eft un fuc 
onctueux & gras qui découle de 
certains arbres appelles Mélèzes, 
qui font fort communs en Calabrc 
& dans le Royaume de Napîes, d'où. 
on nous l'apporte. Il y en a de 
trois qualités différentes , la Manne 
en baron , la Manne en grain , 5c 
la Manne grafle. Les deux pre- 
mières , quoique plus agréables à 
la vue & au goût, ne font pas 
pourtant préférables à la troifieme 
pour Pufage médicinal. Cette der- 
nière purge même davantage ; il 
eft vrai qu'elle s'aigrit en vieillif- 
fant , mais il eft facile de s'en 
affurer par le goût. 

Mercure cru. Le Mercure cru ou 

* vif- argent eft une efpece de 

minéral qu'on trouve dans les mi- 

Piv 





344 Tauî 

ces tel & quel \ on l'appelle alors 
mercure coulant; ou fous la forme 
d'un minéral compofé d'un mé- 
lange de foufre & de mercure » 
qui fe font joints & fublimés en- 
semble par quelque chaleur fouter- 
reine , on l'appelle alors cinnabre 
naturel : on le fëpare de ce foufre 
en le diflillant. Voyez la Chymie 
de Lemerv. 

Mercure doux. Le Mercure doux 
eCt un mélange de fublimé corrofif 
& de mercure ou argent- vif, qu'on 
fait fublimer trois ou quatre fois 
pour l'adoucir. Voyez la même 
Chymie de Lemery. 

Miel. Le Miel eft connu de tout 
le- monde. 

Minium. Le Minium n'eft autre 
chofe que du plomb calciné , & 
pouffe au feu jufques à ce qu'il 
devienne rouge. 

Myrrhe. La Myrrhe eft une 
gomme réfîneufe qu'on nous ap- 
porte du Levant & des Indes : on 
doit ehoifir la plus nette & qui 






des Remèdes compose^. 345 
fe brife facilement encre les doigts. 

Moutarde. La Moutarde eft la 
femence d'une plante que tout le 
monde connaît. 

Noix mufcfJes. Les Noix muf- 
cades font connues d'un chacun - 7 < 
on nous les apporte des Indes. 

Oeils d'Ecrevijfe. Les Yeux d'E- 
crevifle font de petites pierres qu'on 
trouve au nombre de deux dans, 
la tête de certains crabes de ri- 
vière qu'on appelle Ecrevïflès : on 
les falfifie avec la craie ; mais il 
eft facile de connoître les vérita- 
bles, en ce qu'elles font plus dures, 
plus pefantes > &. paroiffènt, quand 
on les rompt > formées de plufîeuss- 
couches appliquées les unes fat 
les autres. Pour les préparer 5 db 
les réduit en poudre inpalpahl&s; 
enfuite on en fait une pâte avec jb 
mucilage de gomme adraganc , pour 
en former de petits pains qu'ont 
appelle troehiques» 

Oignons. Un chacun conçoit hs 
Oignons : ils. font amant & raêmss 

g 7, 



\ 



346 Table 

plus employés dans l'ufage de la cui- 

fîne que dans celui de la médecine. 

Onguent tfalthéa^ Onguent mer- 
euriel y Onguent flyrax , Onguent 
martial. On trouve ces différens 
Onguens chez les Apoticaires. 

Opium , eft une larme gommeufe 
qui fort de la têce des Pavots d'E- 
gypte , d'où on nous l'apporte. 

Orge. L'Orge eft une femence 
€onnue d'un chacun. 

Petit-lait. Voyez la manière de 
îe faire à la note de la page 1 8. 
Plantes aniifcorbutiques. Les Plantes 
antifcorbutiques font celles de cref- 
fbn,de cochléaria,de becabunga,de 
moutarde, de roquette, de nafitort. 

Poix noire & Poix~réfine, Tous 
les Marinb connoiflent la Poix noire 
& la Poix réfine , qui leur fervent 
à enduire leurs Bâtimens. 

Poudre corn u bine. La Poudre cor- 

nachine eft un mélange de partie 

égale de diîgrede, d'antimoine dia- 

phcréticue & de crème de tartre. 

; Précipité rouge \ Le Précipité 



des Remèdes composées. 347 
rouge n'eft autre cliofe que du 
mercure cru , diffbus par Pefprit 
de nicre > enfuite fublimé a un feu 
de fable gradué jufques à ce qu'il 
devienne rouge. 

Quinquina. Le Quinquina eft l'é- 
corce d'un arbre qu'on nous ap- 
porte du Pérou. 

On diftingue le bon Quinquina 
du mauvais, en ce que les écorces 
du mauvais Quinquina font de 
vieilles écorces qu'on a tiré du 
tronc des arbres dépouillées de leurs 
parties volatiles par les injures de 
l'air : elles font grofles , épailîes , 
fibreufes &. ligneufes ; elles ne caf- 
fent pas net; leur couleur efi: d'un 
jaune pâle : lorfqu'on les mâche 
ou qu'on en met dans la bouche * 
après les avoir pulvérifées , leur 
amertume ne fe développe pa§ 
promptement, & ce n'efl: qu'après les 
y avoir tenues long rems qu'elle fe 
fait fentir : elles ne font pas friables, 
c'eft à-dire , qu'on a beaucoup de 
peine à les mettre en poudre. 

Pvj 



34§ Table 

Le bon Quinquina au contraire 
cft Técorce qui a été enlevée d'un 
arbre jeune : on la connoît en ce 
qu'elle efl mince, moins raboteufe 
& moins profondément gravée que 
l'autre ; elle n'eft point par confé- 
quent ligneufe $ elle fe cafle net 3 
ôc eft friable 5 fa couleur eft rou=* 
geâtre , approchant de celle de la 
bonne canelle : dès qu'on en met 
bq peu dans la bouche ou qu'on 
la mâche , fa bonté fe développe 
promptement par une faveur amers 
& légèrement afïringente* 

Racine àe Lapathum* Le Lapa- 
thum eft une efpece de bette ou 
d'ofeille fauvage qui croît abon- 
damment dans les ruifleaux &: dans 
les foffes humides : cette racine 
eft rouge, & donne une teinture de 
vin clairet à la ptifane. 

Raifort. Tout le monde connoît 
le Raifort,, tant fauvage que do- 
meftique. 

Regliffè. 11 eft peu de perfonnes 
qui ne connciJTenr la racine ds 



l 



des Remèdes composée. $45 
Regiùfe : il n'eft pas jufques aux 
enfans qui ne fâchent, en la met- 
tant à la bouche, la diftinguer des 
autres racines par fa douceur. 

Rhubarbe. La Rhubarbe eft une 
racine jaunâtre qu'on nous ap- 
porte de plusieurs endroits de Perfs 
& de Tartarie , par la voie d'Alep 
& de Smirne : on doit choifir celle 
qui eft pefante , marbrée de jaune 
& de rouge , 6c rejetter celle qui 
eft blanchâtre , légère ôc vermoulue. 
Les Juifs , entre les mains de qui 
p afle cette racine , ont l'attention 
de boucher avec la cire les mor- 
ceaux qui font vermoulus : on re* 
connoît facilement cette fraude, en 
les approchant du feu. 

Rhue. La Rhue eft une plante 
antivermineufe, fort commune dans 
nos jardins de dam nos collines i 
elle exhale une fort mauvaife odeur 
qui eft très-pénétrante. 

Rofes rouges. On doit diftinguer 
]es Rofes rouges des Rofes ordinai- 
res, qu'on appelle Rofes pâles. % 




3Ç° Table 

elles en différent en vertu > tout 
comme en couleur : les premières 
font d'un rouge foncé & prefque 
vineux , & ont une vertu aftrin- 
gente > les fécondes au contraire 
font d'un rouge pâle , ont beau- 
coup plus d'odeur, & ont une vertu 
purgative. 

Safran. Le Safran n'efl: autre 
chofe que les étamines d'une cer- 
taine plante bulbeufe , qu'on feme 
en abondance dans la Principauté 
d'Orange & aux environs : on en 
apporte auffi beaucoup d'Efpagne. 
Cette drogue eft connue de la plu- 
part des Marins > qui s'en fervent 
pour donner à la foupe au ris une 
couleur jaune & un goût agréable. 

Safran de Mars apéritif Le Safran 
de Mars apéritif n'eft autre chofe 
que la rouillure d'acier expofée à 
la rofée du mois de Mai , jufques 
à ce qu'elle acquière une couleur 
jaune. 

Sauge. La Sauge efl: une plante 
fort connue & très- commune dans 
nos coteaux. 



l 



des Remèdes composée. 35 ï 
Scamonée. La Scamonée eft le fuc 
épaiffi qu'on tire par inciiïon d'une 
plante laiteufe &; farmenteufe,qu'on 
appelle périploca; on nous apporte 
cette drogue d'Alep & de Smirne: 
celle qui vient par la voie d'Alep 5 
eft ordinairement meilleure , parce 
qu'elle n'eft pas falfifiée & prépa- 
rée avec le lue d'autres plantes , 
qui ont fouvent une qualité caufti- 
que; on la connoît en ce qu'elle 
eft grife , luifante & friable , c'eft- 
à-dire, facile à rompre avec les 
doigts : celle de Smirne au con- 
traire eft prefque noire > fort dure 
& difficile à brifer. Ceft avec la 
Scamonée qu'on prépare le dia- 
grede, en l'expofant, après l'avoir 
pulvérifé , à la vapeur du foufre : 
la Scamonée d'Alep, quand elle eft 
de la bonne qualité, n'a pas be- 
foin de cette préparation. 

Sel armonitze. Le Sel armoniac 
eft une compofition de cinq parties 
d'urine , une partie de fel marin & 
demi partie de fuie de cheminée* 



35* Table 

qu'on filtre &; qu'on fait cuire enfèm- 
ble , pour les réduire en une mafle 
qu'on fait enfuite fublimer. On le 
purifie en le d/UIolvant dans une 
certaine quantité d'eau , en le fil- 
trant une féconde fois, & en le fai- 
fant évaporer jufques à ficcité : on 
nous en apporte beaucoup d'Egypte. 

Sel d'Abfinthe. Le Sel d'Abfinthe, 
comme tous les autres Sels eflèn- 
tiels des plantes , fe fait avec les 
cendres de la même plante brû- 
lée au four , qu'on diilbut enfuite 
dans une certaine quantité d'eau 
pour en former une lefîive > oa 
filtre cette diflolution , & on la 
fait évaporer au feu ou au folëil 
jufques à ficcité. 
• Sel nitre ou Salpêtre* Tout le 
monde connoît le Sel nitre ou Sal- 
pêtre , donc on fait la poudre à 
Canon. 

Sel vege'tal. Le Sel végétal eft 
un mélange de crème & de fel de 
tartre qu'on fait bouillir , filtrer ô£ 
évaporer , pour avoir une efpec& 



l 



DES RîMEDES COMPOSEE. 35 J 

de crème de tartre qui pùiflc être " 
ditlbute dans l'eau. 

Styrax liquide. Le Styrax liquide 
eft un fuc baifamique qu'on tire 
par incifion de certains arbres, ôc 
qu'on nous apporte de l'Améri- 
que ; fon odeur eft fort agréable 
& réjouit le cœur. On doit choi- 
fir le plus pur & le plus net, èc 
prendre garde qu'il ne foit pas 
mêlé avec du bois , de terre ou 
d'autres ordures. 

Semences froides. Les femences 
froides font celles de courge, de 
melon , de concombre 6c de me- 
lon d'eau : pour les nettoyer, en 
leur ôte la peau ; mais elles ne fe 
confervent pas ainfi mondées pen- 
dant long-tems, & font fujettes à 
rancir. 

Senè. Le Séné eft la feuilte 
d'un arbriffeau qui croît abondam- 
ment dans l'Arabie > on nous l'ap- 
porte d'Alexandrie : on doit choi- 
fir celui dont les feuilles font entiè- 
res j avant même que de s'en fervi/ a 






354 Table 

il fauten féparer les pécules & 
les petits bâtons qu'on y trouve 
en quantité, autrement il occa- 
ilonne des tranchées : (es follicu- 
les purgent plus doucement , Se 
font moins fujettes à caufer des 
tranchées. 

Sirop d'Ahfnthe, de coings , à 'œil- 
let 's y de fleurs de pêcher , de kermès, 
de nimphea , de capillaire , de ner- 
prun. On trouve tous ces différent 
Sirops chez les Apoticaires ou les 
Liquoriftes. 

Afpic ou Lavande fauvage. Uk(- 
pic, ou lavande fauvage, eft fi com- 
mune dans nos Collines de Proven- 
ce , qu'on s'en fert pour chauffer 
les fours & allumer le feu. 

Squine. La fquine eft une racine 
qui nous eft apportée des Indes 
Orientales : on doit choifir la plus 
pefante & la plus réfineufe. 

Sublimé corrofif. Le fublimé cor- 
rofif eft un fel formé par le mé- 
lange du mercure cru qu'on fait 
diiïbudre avec Tefpnt de nitre , Se 



des Remèdes composée. 3 5 $ 
évaporer jufques à ficcicé ; enfuite 
on y ajoute du vitriol & du fel 
décrépité , ôc on le fait fublimer > 
voyez la Chymie de Lemery : il 
faut avoir l'attention de n'acheter 
le fublimé corrofif que de la pre- 
mière main , afin d'être fur qu*il 
eft préparé fidèlement. 

Tabac. Tous les Marins connoit 
fent le Tabac & la plante qui le 
produit. 

Tartre émétique. Le Tartre émé- 
tique eft une composition d'anti- 
moine qu'on trouve chez les Apo- 
ticaires. Quand on acheté du Tar- 
tre émétique , il faut avoir l'at- 
tention de demander quelle en 
eft la dofe, parce q'uil eft plus ou 
moins fort, félon qu'il eft fait avec 
le foie ou avec le verre d'anti- 
moine. 

Tartre vitriole. Le Tartre vitriolé 
eft une composition chymique, qui 
fe fait avec l'huile de Tartre ôc 
celle de Vitriol. 

Teinture de Myrrhe &. d'Aloes* La 



3$6 Table 

Teinture de Myrrhe & d'Alors 
n'eft autre chofe que la diffolu- 
tion de ces deux drogues dans l'ef- 
pric de vin. 

Térébenthine. La Térébenthine 
efl: un fuc réfineux qui découle 
de certains arbres qu'on appelle 
Térébinthe & Larys ; la plus efti- 
méeeft celle de rifle de Chio, 
enfuite celle de Venife : on doit 
choifïr la plus claire > la plus tranf- 
parente &: la plus nette, 

Theriœque. La Thériaque efl: une 
compofition qu'on trouve chez 
tous les Apoticaires. 

Trcchifqaes AlhandaL Les Tro- 
chifques Alhandal ne font autre 
chofe que la pulpe de la Cole- 
quinte réduite en poudre & paî- 
trie avec le mucilage de gomme 
adragant , dont on forme enfuite 
de petits pains appelles Trochif- 
ques. 

Véronique mâle. La Véronique 
mâle efl: une plante qui n'efl: pas 
fort commune ; tes feuilles font 






DES RlMBDES COMPOSEE. 357 
petites ôc prefque rondes : le ré- 
ceptacle de fa femence eft fait en 
bourfette ou en cœur , comme 
celle du burfa paftoris ou tabouret. 

Vin. Tout le monde connoît le 

Vin. 

Vinaigre. Le Vinaigre ^ n'a pas 
befoin non plus de defcription. 

F I N. 



m 



55* 

TABLE 

DES MATIERES. 

JbL PITRE Dédie atoire. Pag. v 
Préface* vij 

PREMIERE PARTIE. 

Des Maladies internes. 

Chap. I. Du Mal de la Mer , ou du 
VomiJJement ordinaire aux nou- 
veaux Embarques* i 
Chap. IL Du Scorbut. 9 
Chap. III. Du Rhumatifme. i z 
Chap. I V. Des Coups de Joleil. 40 
Chap. V. Des Fièvres putrides. 49 
Chap. VI. Des Fièvres malignes. 59 
Chap. VII. Des Fièvres intermit- 
tentes ou Fièvres d'accès* 78 
Chap. VIII. Des Coliques. 87 
Chap. IX. Du Cholera-Morbus , ou 
Troujfe-galant. 97 






TABLE DES MATIERES. 359 
Chap. X. Des Maladies Vénérien- 
nes. 1 o r 
Ch ap. Xï. De la Pefie. 1 2 S 
Chap. XH. Des Fièvres qui régnent 
dans les Colonies Françoifes , à St. 
Domingue , À la Martinique , é* 
aux autres IJles Antilles. 150 
Chap. XI II. Des moyens qu'on doit 
employer four rappeller les Noyés 
a la vie. 17 £ 

SECONDE PARTIE. 

Des Maladies externes 
ou Chirurgicales. 

Avant '-Propos. 199 

Chap. I. Des Plaies à* des Ulcè- 
res. . 201 
Chap. 1 1. Des Contufwns^ des Meur- 
tri jfure s > des FracJures ér des Dijlo- 
cations en général. 220 
Chap. III. Des Clous , des Furoncles 
& des Abfces phlegmoneux* 233 
Chap. IV. De U Brûlure. 237 
Chap. V. Des Hernies oh Defcen- 
tes. 241 



3^0 TABLE DES MATIERES. glL 

Chap. V I. De la Morfure des Ani- 
maux venimeux* 253 

Chap. VII. De la Galle. 2 j y 

Chap. VIII. Du Dragonneau on 
Vena Meâinenjis. 16 z 

Chap. IX. Des Ventoufes , des Véfi- 
catoires , des SangÇues , & du Cau- 
tère tant actuel que potentiel. 271 

Formules des Remèdes qui répondent 
aux Numéros répandus dans le cours 
de l'Ouvrage. 28 r 

Tables des Remèdes compofés , avec 
une defcription des Drogues Jimple s 
qui entrent dans la compofaion des 
Formules , mife par ordre alpha- 
he'tique. 330 



Fin de la Table. 






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